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PROFESSEUR A LA SCHOLA CANTORUM

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TITULAIRE DU DIPLOME DE L'INSTITUT CENTRll JlOUES-DlLCROZE

POUR LES PAYS DE CHEZ NOl'S

CHARLES

par
LETROSNE

•

•

précédé d'un avertissement de

D'ENFANTS

LES LUNDI

LÉANDRE VAILLAT

,DEPUIS 6 ANS
OUVRAGE HONORÉ D'UNE SOUSCRIPTION DU MINISTÉRE DES BEAUX-ARTS

ET ,

BUT DE L'OUVRAGE

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COURS

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JEUDI

Cette œuvre de longue haleine n'est pas une étude d'archéologie, elle a pour but de fournir aux
techniciens et au public les éléments d'une documentation suggestive où l'architecture régionale limitée à l'architecture rurale est présentée sous un jour nouveau, dans un cadre pittoresque; les
planches en couleurs, dessinées en perspective, font ressortir vigoureusement le parti qui peut être
tiré du caractère wpographigv.e et géologique des diverses contrées de la France. L'auteur a écarté avec
soin les formules trop savantes ou les décorations tapageuses : sans doute il est sensible au charme des
vieilles pierres et des vieuœ jardins, mais sans s'attarder à ne. vouloir vit:re que dans la séduction
maladive d'une demeure anachronique, il leur demande ces mâles conseils que Rodin quêtait auprès
des cathédrales de notre pays, et, sans se laisser prendre auœ apparenc.es trompeuses des choses
qu'il11 créèrent, il interroge le rttde bon sens des artisans d'autrefois, afin qu'il11 l'aident par lrur
eœemplc à constT1.1ire la maison de demain.
L'tDITEUR

DESCRIPTION TECHNIQUE DE L'OUVRAGE
SA PRtSENTATION

Un ouvrage in-4o Jésus 28 x 38 de 4 tomes de 250 pages chaque, présentés séparément, fers
originauœ, tirage limité à 2.000 eœemplaires, tou.~ numérotés, reliure d'art,papiers de garde inédits.
I.e papier du teœte, fabriqué spécialemént à la cuve, est filigrané au titre de l'ouvrage. Ce dernier est
omé de 125 hors-teœte en couleurs reproduit11 par procédé spêrial et montés sur hollande de Zonen, le
te:rrte, composé en caractères elzévirs renouvelés des • grafiti.s » italiens, est agrémenté de nombreuses initiales, de frontispices etn1ls-de-lampe originaux,

CONDITIONS DE VENTE ET SOUSCRIPTION
Les eœemplaires souscrits avant tirage ne sont payables qu'au moment de la tnise en vente de
chaque tome et proportionnellement (l'un frs : 150 . - soit l'ouvrage compkt, fr. : 600. -'-). Les
tome.9 parus sont e;rpédié.~ franco de port pour la France ; port en sus pour les pays étrangers, contre l'envoi d'un mandat-poste 9U d'un chèque sur Paris représentant leur valeur. us restrictions sur
le papier de permeitent pas, actuellement, l'envoi de spécimens; un eœèmplaire-type sera eœposé
chez l'auteur et chez l'éditeur. Toutes les ventes sont faites à compte ferme et aucun envoi • à condition »ne peut être consenti pour ce/ 0t1tvroge à tirage limité.

SOM111AIRE DE L'OUVRAGE
TOME 1

D'ADULTES

DE 2 A 7 H.

•

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ÉCOLE DE RYTHMIQUE
ET DE SOLFÈGE JAQUES-DALCROZE

RÉOUVERTURE DES COURS

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* .
* *
La Rythmique est un système éducatif éprouvé ayant pour but de_ former et de d~velopper le sens rythmique d'en étudier les lois, d'inculquer le sens métrique. La Rythmique
proposant à l'individu' l'expérience corporelle, le rythmici~n sera pl~ :nmé pour
poursuivre n'importe quelles étudës musicales, parce qu'il aura acqws les bases mdispei;isables.

Les Mairies, Les Ecoles, les Gendarmeries.

*

TOME Il

Les Palai(dejustice, les Salles de fêtes, les,Gares, les Postes, les Banques, les Cliniques, les Bains.
TOME Ill

Les Auberges et Hôtel.s, les l!'ermes, les Maisons rurales, les lllaisons d'artisans.
TOME IV

Les lUaisons bourgeoises, les Eglise.s, les Cures, les qmetières, le.s Fontaines, divers Projets.

D'ADOLESCENTS

La Rythmique donne à l'individu une

connaissance plus fertile de soi-même et fait
un individu mieux organisé, mieux armé pour
la vie moderne, plus maitre de soi.
Les parents soucieux du développement
de leurs enfants doivent se renseigner sur la
rythmique méthode Jaques-Dalcroze.

La Rythmique en Amérique et en Angleterr~.

- La Rythmique Jaques-Dalcroze est ense1rnée
actuellement dans la plupart des Lycées
ben Amérique.
En Angleterre ~500 enfants et ado~escents
pratiquaient régulièrement la Rythmique en
1919 ; actuellement ce chiffre .~ do~lé. La
Rythmique est à la base de l educabon de
l'enfance.

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(fig. n° 1) se transforme en CABRIOLET (fig. n° 2) ; peut s'ouvrir entièrement (fig. no 8) ; petit
rouler la capote baissée et toutes glaces relevées (fig. n° 4) ; glace de sêparation seule ""ievée (fig. no 5).
Supposons le propriétaire d'une de ces voitures momentanément privé de chaujfeitr : il peut conduire sa voiture, mise en CONDUITE INTERIEURE, sans, p(J'IJ,r cela,figurl'!T le cha,i,ffeur.
Le proprUtaire ayant trouvé un chauffeur projette de faire un voyage à la montagne: avec sa famille ... La route est longue /! !
partira de grand matin. H traf}Sformera sa voiture en
CABRIOLET pour éviter la fraf,cheur du matin (fig. 2). En cours de route, le soleil darde ses brillants
rayons. Il fait chaud dans l'intérieur de la voiture, il la tran.'lfurmera .donc en TORPEDO, et
c•~ avec délice ~e les occupants respireTont l'air [rif qui fouette agréablement le visage, par la
vit-esse acquise ... (fig. 3.)
Mais,lesvoicidans les Montagnes,etpar lahautealtüude et les cascades,l'air devientun peu plus
frais. Il serait pourtant dommage de fermer ta voiture, ce qui priVl'!Tait les vouagct'1B de jouir du
splendide $JJecûule offert par la Nature .•. Comment faire pour s'abriter de la fraîcheur et pouvoir
en mbne temps contempler les cimes des hautes mantagnes ? ?? Simplement laisser la capot~ baissée,
et relevet toutes glaces qui abriteront nos voyagwrs de 1a bise... (fig. 4).
C'est avec pJaisiT que nous indiquons une nourtlle carrosserie, dont une seule personne peut effec-

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Parlant de l'article de M. Raynal, que nous avons reproduit dans notre
derniùe Revue des Idées d'esprit Nouveau (1\'0 11-12), M. Vau,:telles
« Pinturicchio » écrit dans le Carnet de la Semain~ :
c Certes, les plus pures des formes sont les meillew:es. Mais ces vérités énoncées,
• n'exagérons pas, Est modus in rebus. Ce n'est pas tant pour vous que j'écris cela
« que pour nos gentils sectaires de l'Esprlt Nouveau, Jeanneret and C0 • Ces théorie ciens enragés sont prêts à nous prouver (et nombre de cubistes les suivent) que
« l'esthétique de la science appliquée et celle des arts plastiques est la même. ••
« Hélas, où allons-nous et qu'exigera-t-on bientôt de nos pauvres cervelles ! Les lois
c qui régissent la fabrication d'une Torpédo et celle d'un Nu de Corr~, Goya ou
« Renoir sont-elles identiques ? Et la qualité de la matière, la sensualité des pàtes
« ~es, qu'en faisons-nous, que deviennent-elles parmi ces équations? Léonard
c qui possède la c ,·il'tu • des grands Renaissants, fut un savant profond, et un ingé• nieur militaire incomparable ; il établit les fortifications de la V altdine et y creusa
c les canaux qui sont, aujomd'hui encore, la richesse de la Lombardie ; quand il ter• mine le couronnell\ent de la cathédrale de Milan, il est encore le plus hardi caleula• teur. Mais quand il module la statue équestre de François Sforza, peint la Belle
• FerronJ:ière, le Bacchus, le Saint.Jean ou la Grande Sainte-Anne (si elle est de lui)
• n'est-ce pas un autre aspect de son âme qu'il nous révèle ? Je n'111 pas le temps de
" développer en ces notes cursives, mais je suls sûr que vous m'avez compris. •

M. Vauxelles, vous n'avez rien compris et non plus à ce que disent les
a Sectaires » de l' Esprit Nouveau.

Ils disent: que l'art se transmet par des moyens physiologiques; qu'un
tableau, qu'une sculpture., qu'une architecture, sont des machines à émoupoir;
que nos sens ont des propriétés physiologiques suffisamment constantes pour
qu'ils puissent etre considérés comme le clavier d'un instrument de musique ;
qu'il faut les connatlre; qu'en Cônnaissance de ces propriétés physiologiques,
rartiste n'est qu'une harpe éolienne qui vibre à tous çents, à « pâtes pétries », mais une sensibilité qui, au moment de s'exprimer, ne fait pas fi de
fintelligence et de la connaissance. Hélas, dites-'1ous, où allons-nous et
qu'ezigera-t-on bientôt de nos pauçres cerçelles I Tout simplement,
M. Vauxelles, le droit à l'artiste d'être intelligent et &lt;fen exiger autant de
cew; qui le jugent ; nous ne croyons pas à la niaiserie indispensable de

l'artiste.

VOYEZ AU Vll:RSO LES CONDITIONS D'ABONNEMENT

�1576

L'ESPRIT NOUVEAU

Ils disent aussi: la machine n'est pas un suiet de peinture oii de poésie;
elle est une leçon pour l'esprit. Les phénomènes de la nature ou ceuxque crée
l'homme sont une leçon de structure, ime leçon de création ; la leçon est plus
claire oui 1wu se tirer de la machine que de la rose i pour résoudre un problème il faut sa11oir le poser ; les machines sont les solutions de problèmes
posés; lecon de méthode. C(J,1" il ne faat pas être extrêmement perspicace pour
ne oas 11oir aue l'homme n'est qu'un relai dans les organes de la nature et que
les créalions de l'homme obéissent nécessairement aux lois qui /,e dominent
parce qu'elles sont iini11erseUes. Ils n'ont jamais dit, comme 11ous le croyez,
que l'esthétique de la science appliquée et celle des arts plastiq11,es est la même
parce qu'il n'y a pas d'esthétique préalable à la création d'iuie œuvre mécaniqae, l'ingénieur n'a pour but q,.œ de créer une œu11re utile; l'esthétique n'a
rien à faire là dedans; l'esthétique, toutefois, peut apprécier, au point de 11ue
plastiqrie, le résultat du tra11ail de l'ingénieur et en tirer des conclusions et
constater aae lorsmu cette œtwre mécanique arri11e à un certain degré de
sélection, c'est-à-dire de perfectionnement, elle émeut nos sens et notre esprit
de telle façon que certains disent qii'elle est belle; et cela pro11ient de œ que ces
formes sélectionnées ag ltsent sur nos sens, comme les créations 11 esthétiques»
'1olontaires de l'artiste al!issent aussi sur nos sens. n n'y a pas là la preu11e
d'une esthétique préalable mais seulemmt une concordance dans des résultats obtenus par des moyens différents; il n'y a pas pl1zs d'esthéliqu.e préalable dans la création d'wie nu,1,chine qu'il n'y a d'esthétique préalable dans
la création d'wie rose ; l' œ.i11re d'art seule a des intentions esthétiques.
Il n'en reste pas moins, JI. Vauxelles, qne notre époque est arri11ée, par la
rai.son et par l'expérience des lois d'économie, à créer des organismes mécaniques dont 1.6s formes nous émeu11ent puissamment parce que ces formes,
imposées par I.e tra11ail mécanique, retrou11ent celles que crée le grand artiste
aü moyen de sa sensibilité contrôlée par sa raison; c'est que tout se tient au
monde et que nous sommes disposés de telle sorte que nous jouissons au spec•
tacle de certaines formes et de certains agencements de formes lorsqu'elles se
trou11ent ètre &lt;faccord a11ec les ltautes exigences de la na;tu,re. Est-il-bien la
peine de 11ous répondre lorsq1Le voas prétendez que nous oublions la sensibilité de la matière parmi nos équations ? Nous a11ons le goût des belles ma·
tières modernes : l'acier poli, les mal.ériaux bien tra11aillés. C'est une con·
ception qa'avaient aussi les Grecs lo·squ'ils faisaient le Parthénon et /,eurs
vases; cela 11aut bien la sensibilité des pâtes pétries, comme 11ous dites, que
d'aiUeurs, n.ous ne nions pas non. plus.
Les sectaires de r Esprit N ouçeaii disent encore d'autres choses.

O. et J.

*
(c!J:1:tfu:nfe~d::~~=entateur abo!ldant des .arts décoratifs
avec les idées de l'Esprit Nouvea;,sb ~e~f:i~8.l;Jif dr01r se rencon~r
sance » un remarquable article intitulé L' Estl~t. er ans "La «.Ren8.1Strayons les passages suivants auxquels nous ne pouvons
iqae desqu'applaudir.
automobiles. Ex..
"

... - ... - ................ .

• Les m111tres .avaient leur; ·1~~ti~n;·~;.ù~iû.;~ ····:.il.. ••••.: .......... .
• Jangue. Répudiant cette méthod d t
nil
! 111&amp;1S s parlaleot la même
fuyan~ l'utile contr~le qui
1 en rêsulte, les artisans modemcs :ap~li::ent
• œuvres qui soient exclusivement leur chose
r, non point un style, mais des
• Elles le sont en effet si bien qu :uJ I i
.
décorateurs sont, pour1aepïup~~.de:d:l.u~«i.t c'est bien là le roaJ. Les

f~~~if,

•

• !rtistes

· ········ · · · ~ · : · · · · :P
• IJ·······:·············
faut ~nen c_onstater les phénomèn~
· · · ·. · · · • • • : • ...•.. , ..... .

• dans la '!le positive, de force et so11Vent ~grll;X· Cette ~1.81.0Cra~e ei:i,tre peu à peu
• par ~timent du devoir. Elle voyage trouva';;lar estopnttl de solidanté natiooale,
• sportive. Elle est curieuse d
'té
.
par u e même palace. Elle est
• volontiers une toile cubiste.e nouveau et hbre d11Ds ses goûts. Elle achète assez
. 1 . Il s n ,ouyrent l'oreille qu'à la louange.
1 Les artistes commettent le péché d'
• Ils.
composent de jolies tables mais n?rf:lllll
• va.se disposition des tiroirs u'wi
rument P~ qu on leur reproche Wte si mau•
• dessuier1.mt,. dans l'avenir, leqchl\t~~:ed'!; Pî11~er à ]Nettre ne.s'y saurait loger. Ils
• es obligations cotniptri
é
. gior1.eux. os petits neveu.,ç, dèga és

• sonne, mais selon leurs œ~uÊÜ e la

1c, les Juge~ont non plUB selon leur ~-

• 1:'i~
~ s l'oubdli, par~ qu~ rien'\1::a1ab~~ :13;~~~!t ~~r 1a1péremôté
verur, cepen ant, s'informera d
•t d
J=•u•em e ~
.

• mf?!-1ble gui n'auront pas su établir u u gou e ce ~ · .i\ défaut des arts du
I rtio!18 collectives et spontanées oùber~~~:cri~a=le, d lnterrogera ces réali1 daécoraison : car il n'y a point de beauté d
Î u u.se subordonne aux lois cle
•
rateurs s'épuisent à torturer la cl .
eulsaugrenu. ~rchitectes, artiM.o.l
• me font mourir d'amour • s·
a.ire orm e: • Marqmse, vos beaux
•
• de l'adopter. Ces personO:a esJ.IDpl~ent. des ingénieurs anonymes se c o n ~
• du moteur à explosion rr.a~ss\~2)
consulté leur bon sens. L'invention
• construire à la fois robuste sta a
rie e la voiture automobile. Il fallait la
• les &lt;1;onnées du problème. Il ès't p~~o~'!I:e et rapi~e, observ~t avec rigueur
• ~rurebi • l'.ar auçun argument ne persuade 1•a.cJ&gt;eteartoudt,a.illeurs!IWllll non dans cette
• ...,,~ en plus belle ainsi D'épure
ur une voiture absutde qu'elle
• fonne à la plus pure tradition qui~f'qu~e estf,hé.tique nouvelle ut nu. Elle est con• gotU le plus juste qui t't-'llt que hi forme ne soitupune
-~ne ~mâJ
unemais
f onctiOn,
el au
as S,;u«;,~
ral1onmlle
élé.gantt.

rs

dt

(1) VoyezE. N. no

a, pageS46.

�1578

L'ESPRIT NOUVEAU

• Ici comme partout, alors comme toujours, l'esprit de routine a tenû d'entraver
l'établialement d'une formule neuve. L'on voit encore, avec une jubilation diabo• lique, del châsais éqll.ipû en berline du xvm• siècle. Il est fâcheux d'adapter à del
• ereation1 nouvelle• de1 systèmes décoratifs anciens qui ne correspondent plua au
c aentiment mème confus que nous avons de l'art. lllais il est comique de jucher sur
« an cl"'8is rapide une haute carrosserie dont l'inertie multiplie les efforts d'arrache• ment appliqués aux ressorts suspenseurs.
c Par un bonMUT inrigne lu artisùs ne furent point consuUés. Quelquelil·UUS d'entre
• eux, aans doute, anim~ du véritable génie moderne, auraient su prendre une part
« utile à l'élaboration des modèles: mais les méthodes d'enseignement professiorinel,
• qui distinguent encore l'art du métier, et l'enflure des artistes qui se croient eeula
c poaesseurs des vérités artistiques, ont aggravé le divorce. C'est du cabinet de
c l'ingénieur que sont sorties les silhouettes et les formes nouvelles, suggérées ~
« la destination, par la matière ou \&gt;ar l'usage. Pour neutraliser la vibration d un
• moteur à rotation rapide, pour conJurer les ruptures d'un mécanisme de tranami&amp;• aion BOUIDis à de violents efforts, il ne fallait pas seulement des aciers de haute
c résistance jusqu'alon1 inconnus. Il fallait encore un équilibre parfait, non eeuJe.
• ment du poids des pièces, mais surtout des forces dy[!amiques. De là l'adoption del
c moteurs polycylindriqucs, à volant régulateur all~.
, De là, par voie de déduction, le clioix d'un modèle de châssis comportant le
• moteur Il. ravant. Celui des premières voitures n'était point logé sous un capot, mals
• pffll des roues motrices. Les automobiles primitivl'!I substituaient simplement au
• traditionnel attelage, un générateur d'énergie. Mais il était ridicule de voir rouler
« ces cages dont le système a•entralnement restait dissimulé. De plus, le besoin d'un
• refroidissement abondant sans lequel les pièces motrices eussent atteint la tempé• rature de fusion entraînait l'établissement du radiateur. La silhouette actuelle
• s'ébauchait : la puissance rapidement accrue des moteurs allait en dégager lea
« traits. Les premières voitures étaient haut :i_&gt;erchées. Le poids inerte du carroeae
• violemment pmjete dans une direction par I effet de la force vive imprimait au,
• ch!\aai.8, dans les virages, une tendance nu déversement. Il fallut étud1er des car• rœseriea basses, réduire autant que possible la pesanteur des éléments passifs. Bien• tôt, la vitesse augmentant sans cesse, on récupéra l'énergie, on diminua l'épaisseur et
• la masse des organes, on compensa en qualité la quantité. Des problèmes nou" veaux se proposaient : celui de la résistaoee de l'au déterminait une modifica• tioo sensitile de la silhouette ; les angles s'abattent ; le fond de la caiue tend à
« s'effüer pour atténuer la dépression créée derrière la voiture lancée, et pe.r con• lléQuent la résistance à la vitesse,
• Ainsi, l'expérience conseillant aux constructeurs certaines formes organi&lt;lue1
c propres à leurs modèles, imposait à tous une silhouette extérieure à peu près iden« tique. Sans doute les • marques » se différencient par les données scientifiques,
• voire par l'élection d'un principe général à quoi tout le système constructif seta
« nbordonné. !\lais il y_ a, dominant ces particularismes, une forme générale univer• aellement admise, qu'ont mise au point les ingénieurs et les carrossiers.
• Il est vrai que, seuls, nos préjugés nous aveuglent en matière d'art, que jamais
• carrossier, étranger aux querelles sénaculaires, n'a commis un anachronisme. Il
• n'en est pas un qui s'avisât d'orner de sujets galants peints au vernis Martin, la
• caisse d'une limousine. Moins encore, d'encadrer de • chutes de feuilles • et de
• frises rerouillées les panneaux d'une torpMo. Tous ont clairement formulé l'esthéc tique de l'automobile, comme les ingénieurs ont créé, dans leurs locomotives, dans
• le'Ul'II wagons, dans le'Ul'II machines-outils, des formes vraiment belles. On contes• tera qu'il y ait de l'art dans le dessin d'une machine. liais le dessin résulte d'une
c esthétique et comporte un enseignement. C'est là un art extrêmement voisin de
• l'architecture, qui fonde auBBi, dans le principe, ses plans sur un ensemble de don• nées strictement positives et pratiques."

SCIENCES

c

L'Espril. Nouveau a publié, depuis le printemps 1921, les articles suivants:
Dea i,eu.i qui m voimt pas : Les Paquebots, les Avions, les Autos.

Il faut avouer que la manifestation de 111. /anneau tém-0igne d'une r,éritable conversion.

CONSTITUTION DE LA MATIÈRE
1,.

LES ATOMES
D• R. ALLENDY

I

n'es~ .ras de notion pl:is commune ni plus primitive que celle de
mat1ere; cepen~ant, il n'~n est pas de plus difficile à préciser
quan~ on l'étudie à la l~JD1ère de l'analyse scientifique.
. Qu est-ce que la matière ? Le mot même paratt. se rattacher à
la racme grecque 11-ot"y, d'o~ µcxaaoo, µcx't''t'oo, qui exprime l'idée de pétrir et
d_~ touc~cr, et, pour_e~pr1mer l'empirisme original, il semble que la mat!~ro pwss~ êt~e _dé!m1e comme ce qui est tangible. Cette notion, étant
bee au. suhJec~1v1Sme de no~ sens, est d'une critique facile au point de
v_ue p~ilosophique. La matière est essentiellement l'objet du sens tactile ; c _e?t par ce sens que nous apprécions la résistance, l'inertie, l'impénétrabibt? et surtout la masse qui nous semblent les caractères essentiels
de _la matière. La vue ne peut donner l'impression de matière que secondllll'8ment, après une édu~tion préalable et au moyen d'une comparaison
ayec ce 4:1e nous avons déJà touché. Par suite de notre habitude d'objectiver ~e8 nna_ges, nous :.,n sommes arrivés à considérer 'comme matériels
Jes ?bJets qm frappent notre vue, bien qu'inaccessib]es comme les étoiles
~alS nous savons quelles illusions la vue p1mt. nous 'apporter. Quant
J !dée de rapporter il la notion de matière des odeurs ou des saveurs elle
na pu naitre que dans des esprits assez instruits pour imaginer l'action
sur !1os organes? de particuJes invisibles et intangibles. On voit combien l~
notion de matière est progressivement extensible : le sauvage qùi ne
so~pçonne pas l'existence de l'atmo11phère dans laquelle il vit, ne songe
gue_re à rapprocher le soufne ou le vent qu'il perçoit de la terre ou de l'eau
qu'il peut toucher: pour lui l'air n'est pas matière. Lucrèce nous dit bien
que les vents sont dtis corps invisibles :
L

•

à

Sunt igitur verni nimirum corpora cœca
Mais il .n'imagine,_ apr?s,. que le vide. Quant à nous, qui connaiEsons des etats de dissociation plus subtils que l'état gazeux, croyons-

�CONSTITUTION DE LA MATIÈRE

1581

L'ESPRIT NOUVEAU

noue connaitre tout.es les formes possibles de matière ? N'y a-t-il pas
des matit\ree très ténues qui dépassent nos sens, nos instruments de physique et même nos calculs ?
Progressivement la science nous montre qu'en croyant, sur la foi de
nos sens, la matière homogène, continue, inerte et stable, nous sommes
Tictimes d'une immense et profonde illusion. Il est curieux de revoir, dans
un coup d'œil d'ensemble, comment cette illusion a pu se dissiper progressivement, et nous en suivrons aujourd'hui, avec la théorie atomique,
le premier stade.

Tout d'abord, l'idée d'homogénéité ne permet pas d'expliquer les phénomènes d'ordre physique dont la matière est le siège. Quand on voit
une petite quantité de sel se dissoudre dans de l'eau au point que chaque
goutte de cette eau finit par être également salée, la première idée qui se
présente est que le sel s'est dissocié en petites particules très ténues et
que celles-ci se sont mélangées à la masse du liquide. Il est bien évident
que ces particules sont réduites au point d'être invisibles, ce qui suppose à la matière soluble un degré de divisibilité considérable. D'autres
phénomènes comme l'évaporation, les changements d'état, l'expansion
des gaz, les variations de volume, etc., se montrent justifiables de la
même explication. 11 fallut donc, pour les besoins de la logique, admettre
que la matière, d'apparence homogène et continue, était formée en réalité
de particules invisibles. On imagina que ces particules représentaient la
plus petite quantité de matière possible et on leur donna le nom d'atomes, c'est-à-dire, selon l'étymologie grecque, d'i.nsé,..able.r. On peut
suivre cette théorie atomistique ou moléculaire dès unehauteantiquité.
Elle apparaît aussi bien dans les Védas de l'Inde que chez Leucippe, Démocrite, Epicure et Lucrèce (1). En fait ce n'était qu'une hypothèse et,
comme le dit fort bien J.-J. Thomson (2), il n'exista pas jusqu'à ces derniers temps de phénomènes pouvant servir d'expérience cruciale entre la
théorie des atomes et la théorie de l'homogénéité, mais la première fut toujours préféro..,e dès l'origine de la science physique, en raison de ce qu'elle
pouvait expliquer.
Les anciens ne connaissaient les différents corps que par leurs propriétés
physiques: couleur, poids, résistance, etc. Voyant ces propriétés se transformer, il leur fut facile d'imaginer que tous les atomes étaient de nature
identique et que leur arrangement seul différait. Au vue siècle avant J .-C.
Thalès attribuait à l'eau le rôle d'élément primordial; Anaximène donna
ce rôle à l'air; Parménide et Héraclite au feu; ce dernier admit que lei
éléments dérivent les uns des autres; Empédocle, au
siècle, lea ratta-

,e

(t)Cf.M ♦1m:r,um.Hilloiredi!laJ&gt;~lrit~(I) Cf. Lo StnldWe cfc la matière. Paril (Gauthier-Villara). 1921.

cha tous à un constituant plus simple, l'éther, et la théorie prit sa forme
définitive avec Platon et Aristote.
On la retrouve chez les alchimistes, tout i\ fait parachevée. Ceux-ci
crurent à une substance unique formant tous les corps matériels connus
et cette substance, appelée Quintessence ou Spiritus, pouvait affecter
quatre qualités ou quatre modes de manifestation: expansion, rétraction
transformabilité, fixité. Ils désignaient ces qualités par les symboles de;
chaud, froid, humide, sec. Scion eux, ces quatre qualités coexistaient
plus ou moins virtuellement dans chaque corps, les unes prédominant sur
let1 autres d'une manière d'ailleurs varia\ le : la chaleur développait par
exemple la qualité d'expansion et l'humidité, la qualité plastique. Ils disaient qu'un corps douô d'expansion et de plasticité était chaud et humide et de la nature de l'air, qu'un corps fixe et inerte était froid et sec
et de la nature de la terre, etc ... Telle fut la théorie des quatre éléments.
~n en déduisit la théorie des trois principes: le soufre, principe d'expans~on, de :o~~ustibilit~, _I~ mercure, principe d? plasticité; et Je sel, principe de hXtte, de stabilité. Une telle conception, admettant un consti~uant commun à tous les corps, entrainait comme corollaire Ja possibilité
de transformer un corps en un autre : !es alchimistes enseignaient l'évolution minérale et recherchaient la transmutation.
Puis vint la chimie analytique. L'époque de Lavoisier marque une réaction violente contre les alchimistes. La doctrine do ces derniers avait
d'ailleurs quelque peu dégénéré et certains attardés, prenant les choses
à )a !ettre, croyaient trouver dans tous J.es corps du soufre. du vif-argent
et du sel de cuisine. Le jour où la chimie découvrit que l'air était un mélange d'azote et d'oxygène, que l'eau se décomposait en oxygène et hydrogène, les éléments classiques, avec tout l'enseignement des alchimistes et
en particulier l'idée d'une matière unique. furent balayés en un instant.
L'analyse montre que toutes les matières solubles pouvaient être décomposées en un certain nombre de substances qui, elles-mêmes, se montraient
indécomposables aux moyens ordinaires : on les appela corps simples ;
on s'imagina que ceux-ci étaient à jamais irréductibles et on finit, progressivement, par en découvrir un peu plus de 80. On admit que chacun existait dès l'origine du monde, avec des propriétés caractéristiques et définies.
Une merveilleuse découverte, la spectrographie, en permettant de reconnaitre par l'analyse spectrale d'une lumière quels corps cette lumière
avait traversés, montra, dans les astres les plus lointains, à peu près tous
les corps simples que nous connaissons sur la terre, sauf quelques exceptions comme l'azote, le soufre ou l'or. Le soleil révéla la présence de fer, de
plomb, de cadmium, de zinc, de nickel, d'argent, d'étain, d'aluminium, de
silice, de carbone, d'oxygène, d'hydrogène ; dans les comètes, on trouva
du sodium, du magnésium, du fer; certaines étoiles montrèrent une prédominance d'éléments spéciaux comme BéteigJuse, ix d'Hercule,~ de Pégase
pour le titane. L'hélium, découvert d'abord sur le soleil, fut retrouvé sur la
terre. Les substances de la terre parurent ainsi être les constituants de

�1582

1583

L'ESPRIT NOUVEAU

CONSTITUTION DE LA MATIÈRE

l'univers entier : la science crut avoir trouvé une certitude et l'irréductibilité des corps simples fut érigée en dogme.
En même temps la science confirma la théorie de la constitution hétérogène de la matière, ou théorie anatomique (Dalton, 1808). Des lois
comme celle des proportions multiples, d'après laquelle les corps ne peuvent se combiner que selon certaines proportions définies, mirent en valeur la discontinuité évidente de la matière, que l'on retrouve semblable
dans la loi de l'électrolyse. Mais de quelles dimensions peuvent être ces
molécules ?
Les batteurs d'or réalisent des feuilles de 1 /10.000 de millimètre d'épaisseur. Une molécule qui suivrait cette dimension dans tous ses diamètres
ne pèserait qu'un cent-milliaMième de milligramme. Mais la molécule est
évidemment plus petite encore. Une solution, au millionième, de fluorescéiner examinée au microscope, manifeste une fluorescence verte uniforme
da:ns des volumes de l'ordre du millième de millimètre cube. La molécule
de fluorescéine a donc une masse bien inférieure au millionième de la
masse d'eau qui occupe un millième de millimètre cube ; elle-même étant
350 fois plus lourde que l'hydrogène, la molécule d'hydrogène aurait une
masse inférieure à 1021 (1). L'étude de la tension superficielle des lames
minces (bulles de savon, dépôts métalliques, etc.) a ,révélé qu1au-dessous
de 50 à 30 millionièmes de millimèke d'épaisseur, les propriétés de la
matière dépendent de son épaisseur ; tl est probable que, dans ce cas, on
ne rencontre plus que quelques molécules, et l'on peut conelure que les
éléments discontinus des corps, les molécules, ont des dimensions linéaires
de l'ordre de grandeur du millionième de millimètr_e (2). On a obtenu des
lames très minces enétendantsurdel'eau une dilution con e d'huile dans de
la benzine (la benzine s'évaporant et l'huile s'étalant}, et la surface de ces
lames minces étant repérée au moyen de poudre de talc, on en déduit leur
épaisseur qui est de l'ordre du millionième de millimètre; la maljse de la
molécule d'huile se calcule alors comme un milliardième de milliardième
de milligramme, et ceTie de l'hydrogène apparait, par ce calcul, égale à
102 4 gr. 11 en résulte que dans une molécule-gramme (1 gr. d'hydrogène,
16 grammes d'oxygène, 12 grammes de carbone, etc.) il y a mille milliards
de milliards de molécules.
Cette quantité est si considérable que, pour _en avoir une idée, on peut
calculer què les molécules contenue dans une tête d'épingle d'un milligramme, défilant à raison de 100.0C0 à la seconde, mettraient, plus de dixmille siècles à accomplir leur défilé (3).
~e nombre; calculé de onze ou douze manières différentes, qu'on trouvera exposées dans le livre de J. Perrin, d'après des considérations relatives à des phénomènes plus complexes (électricitê de contact, théorie
cinétique des gaz, mouveIIients browniens, radio-activité., etc.) coïncide
à peu près exactement dans tous les cas. La théorie moléculaire est donc

si bien établie qu'elle se trouve à la base de toute notre science (1) au
point que Langevin demande de l'ériger en principe fondamental.
Mais il ne suffisait pas de savoir que la matière est constituée de molé•
cules ou d'atomes et que les types indécomposables de ceu:x:-ci sont au
nombre d'environ 80. Il restait à connaitre leurs modes d'aljsemblage et
leurs caractéristiques propres.
Il ne parut pas possible d'admettre que les atomes étaient agrégés en
eystèmes immobiles. L'expansibilité des fluides, la tendance à la diffusion,
â l'osmose, etc. ne peut être expliquée qu'en supposant une agitation moléculaire. L'étude de la chaleur rend également nécessaire l'hypothèse
de cette mobilité, mais surtout, comment concevoir qu'un gaz exerceune
pression sur les parois qui l'enferment, que cette pression est inversement
proportionnelle au volume (loi de Mariotte), sans imaginer que les molécules gazeuses sont des particules parfaitement élastiques (conditionnécessaire pour qu'elles ne perdent pas d'énergie par leur choc), assez éloignées les unes des autres pour ne pas exercer d'attraction mutuelle, mais
animées de mouvéments et rebondissant les unes sur les autres? Telle est la
théorie cinétique des gaz. L'étude des cristaux permet de l'étendre aux
corps solides : Guilleminot y consacre un intéressant chapitre concluant
que, si les molécules gazeuses s'agitent dans tous les sens, quelques-uns
de ces mouvements persistent seuls à l'état ,aolide : les mouvements de
rotation par exemple, s'effectuant autour d'axes orientés d'une façon
quelconque, soit suivant des directions définies del' espace en rapport avec
les propriétés tropiques des cristaux. Ainsi c( la théorie cinétique élémentaire est le terme final auquel conduit l'analyse de la plupart des phénomènes physiques » (2).
Un des phénomènes les plus frappants à ce point de vue est constitué
par les mouvements browniens. Des particules très petites, mais encore
visibles au microscope, étant placées dans un liquide, se montrent animées
d'un mouvement très vif et parfaitement désordonné. Les trépidations du
microscope produisent quelques déplacements d'ensemble qui n'ont rien
de comparable avec l'indépendance des mouvements spontanés des particules : on s'aperç.oit que l'uniformité absolue de température, la réduction de l'éclair;ige, ne changent rien au phénomène. Ce mouvement ne
s'arrête jamais : il se manifeste dans des inclusions liquides enfermées
-dans le quartz depuis des milliers d'années; il est spontané et éternel.
Le mouvement brownien n'est explicable que par une répartition inégale du choc des molécules. Einstein en a réalisé, d'une manière admirable,
l'analyse mathématique.
·
D'après la pression e;,rercée par un gaz sur les parois qui le renferment,
Maxwell, Gibbs et Boltzmap.n ont pu calculer la v~tesse d'agitation moléculaire. Le problème revient à calculer la pr ssion constante que subirait
chaque unité de surface d'un mur rigide qui serait uniformément bom. bardé par une grêle régulière de projectiles animés de vitesses égales et

Les A.tomes, Paris 1913,, page 71.
La Phy$iql.u moderne. Paris, 1921, page 96.
f32 J.H.
J. DELAm.muT. L'Ether. Paris, 1920.
•
I~

PERBL"f,
POINCARÉ.

(1) lIENNF.QUIN. Essai critiqtui sur l'hypotltèse des atomes.
(2) GmLLEMINOT. Les Nouveaux horizons de la Scùnc;e. Paris, 1918, t. 1, page 248.

�1584

1585

L'ESPRIT NOUVEAU

CONSTITUTION DE LA MATIÈRE

parallèles, rebondissant sur ce mur sans perdre ni gagner d'énergie. On
trouve que la somme des énergies de translation des molécules contenues
dans une molécule-gramme est, à la même température, la même pour
tous les gaz, A Co, la vitesse de l'oxygène est de 425 mètres par seconde;
pour l'hydrogène, la vitesses' élève à 1700 mètres : elle s'abaisse à 170 mètres pour le mercure.
« Bref, dit J. Perrin, chacune des molécules de l'air que nous respirons se meut avec la vitesse d'une balle de fusil, parcourt en ligne droite
entre deux: chocs environ un dix-millième de millimètre, est déviée de sa
course environ cinq milliards de fois par seconete et pourrait, en s'arrêtant, élever de sa hauteur une poussière encore visible au microscope.
Il y en a trente milliards de milliards dans un centimètre cube d'air, pris dans

suffit de songer à l'extraordinaire vitesse de leurs mouvements; on a
évalué qu'ils feraient des milliers de milliards de tours à la seconde (exactement de 600 à 1000 trillions). La résistance qu'ils opposent, dans les
corps solides, à la pénétration, s'explique par cette vitesse même et ceci
peut être mis en lumière de diverses façons. Si l'on approche le doigt
d'un jet d'eau un peu puissant, on remarque une résistance considérable à
la pénétration. G. Le Bon dit que, dans une station hydro-électrique, une
colonne d'eau de 2 centimètres de diamètre, tombant de 500 mètres de
hauteur et possédant, de ce fait, une vite~se considérable, ne pouvait être
entamée par un coup de sabre très violent; l'arme était arrêtée comme
par un mur.
Ainsi ont pu être décelés la taille, le mouvement, la vitesse des atomes.
Nous savons maintenant que la matière est formée par leurs tourbillons:
l'homogénéité, l'inertie, l'impénétrabilité, ses principaux caractères
apparents pour nos yeux ne sont que des illusions. La masse seule subsiste, à notre analyse, comme propriété essentielle de la matière. Mais
ces atomes représentent-ils le terme ultime de ce que nous pouvons connaitre ? Ont-ih une structure simple, ou très compliquée ? Sont-ils irréductibles et véritablement insécables comme le prétendaient les disciples
de Lavoieiier ? L'atome est tout un monde à explorer, dans lequel la
Science vient d'apercevoir d'étonnantes merveilles. C'est ce que nous
envisagerons dans notre prochain article.

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Dr R.
d'aprês Perrin.

les conditions normales. Il en faut ranger trois milliards en file rectiligne
pour faire un millimètre. Il en faut réunir vingt milliards pour en faire
un milliardième de milligramme. &gt;&gt;
Mais, ce qui est plus étonnant peut-être que ces nombres formidables,
c'est la petitesse des molécules par rapport à l'espace apparent de la matière qu'elles constituent. Connaissant leur masse, leur nombre et leur
vitesse, on arrive à démontr~r que la matière des atomes est contenue
dans un volume au moins un million de fois plus faible que le volume apparent qu'occupent ces atomes dans un corps solide et froid.
Ainsi cette matière qui nous parait continue, homogène et inerte, n'est
que l'agrégat d'un nombre extraordinaire d'éléments extrêmement petits, tournoyant les uns autour des autres à d'énormes distances, de la
même façon que les astl'es dans le ciel.
Ceci nous perd dans l'infiniment petit, mais si nous regardons du côté
opposé, ne voyons-nous pas la voie lactée, - cet amas d'étoiles immenses
séparées par des distances incroyables - donner à nos yeux une certaine
impression de continuité et d'homogénéité ?
Pour comprendre comment des atomes si petits, si séparés les uns des
autres, peuvent nous donner l'impression de plein et de continuité, il

ALLENDY.

�IVAN GOLL

LETTRES

IVAN GOLL
Ivan Gou., né en Alsace, au conflt1ent de deux cultures, a publié une dizaine
-c3:e recueils de poèmes et P.ièces de théâtre en allemand ; il écnt à présent volontiers_ en frança~s, Son ~C!111er volume de vers,« Edition du Matin», faillit remporter
le pnx des Treize. La S:i:rene prépare en ce moment la publication de ses œuvres poé-tiques traduites en français.
N. D. L. R,

L

est né en Allemagne en 191i. On a cherché et
trouvé en lui du romantisme et du Sturm und Drang. Cela n'est
pas exact. Il ne faut pas confondre action-dynamisme avec
.
l'é_lan roma_ntique. D'aucuns l'accu.sent d'être maladif, et par
la romant14l!~ : m8:1s,peut-on RI)Pel_er mala~f cet esprit métaphysique et
-cette force d'mtensité et de radicalisme, qlll sont le résultat des recherches_ mo&lt;:1-ernes ~ E~pressiop- directe des sentiments originaux et des idées,
pénetration de 1 umvers : 1 art nouveau relève de la compénétration des
hommes et des choses, en cherchant à se dégager de toute matérialité.
Parmi les poètes de langue allemande Ivan Goll est un chercheurinfati.gahle de formes et de valeurs nouvelles, pour tenter de les réaliser. L'école
expressionniste, qui pendant la guerre a toujours proclamé l'idéal humain
et p_aneuropéen, qui, à toutes les occasions a manifesté contre la guerre et
la v10lence, aux pires moments de la réaction Vvilhelminienne a trouvé en
Ivan G?ll, qui est en même temps allemand et français, un ~eprésentant
.symbolique.
Il écrivit en 1915, en langue française, les (&lt; Elégies internationales »
petite_ plaquette qui compt!=l parmi les premiers sursauts de la conscienc;
humame ~ontre la boucherie de~ peuples. En 1916, il écrivit en allemand
le.« Reqwem pour l~s Morts de l Europe », grande symphonie, où le poète
fru.t entendre les voix du malheur mondial : parmi les &lt;( Récitatifs » de
haut style, il y a les chansons des Veuves, des Blessés, des Abandonnées
des Mères, des_ Morts-. et tout cela se termine par un Hymne à la Pai~
(en 1916), mais une paix des cœurs et des âmes, non celle de généraux
vaniteux et de mercantis avides. La masse libérée chante :
'EXPRESSIONNISME

« Chacun de nous porte le ciel dans sa poitrine ,

« P_euples des p6les et de NquateuT, donnez-vous la main
Unissez•vous comme l'eau des mers
Le Gulfstream de l'amour vous chauffera le cœur ... • ·

1587

Après « Requiem » c'est l'épopée _du &lt;c Nouvel Orph~e »: l'Orphée moderne qui quitte la nature pour la ville, l'enfer de nos.3ours. Il Y re~ourn~
encore une fois, pour délivrer, lui, l)Oète, son Eurydice : l'humaruté qw
souffre. Il se met à chanter partout dans les rues, dans les ?Ours, dans les
cafés, et rappelle aux hommes ce qu'_ils devraie~t être. Mais pers_onne ne
l'écoute. Tour à tour professeur de piano, orgamste dans une éghse, chef
d'orchestre - on le chasse de partout, parce qu'il veut faire entendi:e le
chant de l'amour et de la justice ; celui que les hommes ne sauraient
comprendre. Le sort du Poète rrwderne:
• Orphk parut à la lumière des places et du midi. Clown, devant le cirque, il battit le
grand tambour du so"leil. Au.t: foires, il tourria l'orgm d'!" monde ; ses buffles ~t ses
éléphant.s pliaient au sourire des enfants. Music-Hall, le soir : entre les Yankee-girls et
la 1Janse apache, son couplet d'amour hu~in. éta~t le nu_méro 3: D J 12 h. 30 à 13 h. 30,
le mercredi timide professeur de piano, tl délivrait une 3eune fille ~ sa mère. Les Té.'!"·
nio-ns de di~ianche salle ornée de feuillage, invitaient Orphû. Orgamste, dans la sacnstie il exerçait les :mfants de chœur au chant du saint psaume : AmauT d'autrui. Le
gr~mophone enroué des maisons de passe nasjlle la v_alse d'œr'!cur fr~l. I-:e ~asseur pourpre la siffle au ,matin, dans le comdor froid, panm les pieds en l air des
chaises.
.
·
·1 d
Annonce du grand printemps nouveau. Et les hommesdansawnt,. urn301.trsaussi our s_;
priai.en!, toujours aussi prisonniers; sifflo!aient, toujours av.ssi tristes. Orphée ~cend~t
auœ sous-sols de la ville et devint second molon au Ciné-Globe. Au-d_essus de lU'I. s étalait
l'écran gris de la durée. Les hommes ne croyaient plus qu'à la réalf1é·. Chacun, Copernic, faisait tourner la terr.e autour de ~a propre tête. Dans. celle nuit, ils se reconnurent
profondément. Ah / ce en de reconnaissa1!ce seul ~s r_endit frères .. Là, dans leurs souffrances, ils étai.ent roi, criminel, amant. Rien n'existait que_la réalité.
.
.
Public sourd. Vainement Orphée sortit de rorchestre ; vain~nt les ·palses menrnnses
baitirent leurs flots bleus. Dans îe ~unnel du ciné, les hommes ne l ente1!dire,_it pas. Lev~tilatcur bourdonnait comme une mouche folle. L'opérateur mdchonnait tou1aurs la réalité.
Les uies d'hommes coulaient sur l'écran gris, ciel terl'estre. »
« La passion des Alpes » signale une autre étape de l'individu mode~ne :
il cherche un refuge dans la grande nature des montagnes et_des glaciers.
Eternité, rocs de granit ; dans _la Sflitude, retrouvera-t-11 le repos ?
Arrivé dans les nuages, un grand vide 1 accable, et ce sont les profonde~~•
la plus vile terre qui l'attirent, là où il y a des hommes et de ~a fratermte.
Son expédition vers les altitudes échoue lamentablement. Mais par contre
il y a trouvé une nouvelle foi dans l'amour des hommes:
« Inépuisables sonl les glaciers du monde
Inépuisables sont les cœurs des hommes »

Longtemps avant, en 1912, Goll avait écrit le &lt;( Canal_ d~ Panama »,
hymne plein d'enthousiasme et d'optimisme dans la fraterm te des hommes,
un chant du travail international, symbolisé par ce canal, où toutes les
races de la terre ont travaillé et où les navires de tous les pays passent.
C'était le bel optimisme d'avant-guerre.....
.
.
(( Tout ce qui t'appartient, ô terre, s'appelle : Frère ... &gt;&gt; Mais; depm~,
l'Europe n'est plus que la ruine d'une statue, il ne reste pl"';ls qu une P?I·
trine mais avec un cœur dedans, qui, dit le poète, dans ce dithyrambe mtitulé (( Der Torso &gt;&gt; - ressuscitera un jour dans mille ans sous le souffle
d'un grand homme.
.
Peu à peu, l'élan juvénile de l'expressionniste Goll se_ fat1~~- Son _Prochain livre s'intitule : les Enfers (Die Unterwelt). Petites p1eces, ou est
dépeinte la vie quotidienne, l'humilité de tous les jours et des. hommes
qui y vivent, la pitié avec les êtres déshérités, avec_ les mendiant~, les
chiens, un arbre dans un terrain vague, avec un canari: et partout, a travers toutes les misères, ce rayon d'espoir, une promesse d'amour.
PoW'tant Orphée-Goll perd sa constance. Il va désespérer de tout. Il

�1588

IVAN GOLL

L'ESPRIT NOUVEAU

écrit« Astral», il crée le héros Félix, sim~le héros de notre époque, vendeur
de chaussures dans un G;rand Magasin, et philosophe machiavélique.
Véternelle chanson de Félix:
rc Le vera-shoe est le meilleur »
alterne avec de profondes méditations sur notre vie.
Seigneur je suis inapte
A vendre les vera-shoes aux belles da Tes
Inapte à toujours beurrer les tartines d'Isabelle
Inapte à l'esprit révolutionnaire paysan et animal
Inapte à l'Europe
Queiq1,1e_part su_r une hé'1:1Î5phère sanglote une veuve:
« Jet aime mais ne m'aune pas t •
Mon profil narquois !J:it dans son cœur comme sur velours rouge
Ev~~uellement _la ville .d'Otto_ ~a pourrait m'élire pour shériff
1\1~~~ ne saurai pas faue le discours et Félix est en ce temps-ci un mauvais pré•
C~pendant je ~ens les alouettes chanter dans mon ~osier
L arbre se P.1ru.nt dans ma charpente qui lutte mamtenant contre l'or e
}:a lune br1llel&lt;irtout et chaque librairie met en vente Schopenhaue~
avi::~~)~ e ma mère est tapissée jaune el violet de petites fleurs (jaunes et
Tout ~ela et ma cigarette : étoile des mites.
Je suis comme Dieu.
Ne t'i~quiète plus du bien ou du mal
Au _pnntemP.s B_ouddha ~e sortait pas pour n'écraser aucune vie.
MaIS,!lll re_spirat1on caUSlllt la mort de cent mille miasmes
Net mqwè!e plus du bien ou du mal
L'ard,b_re se nourrit d'air, les insectes d'arbres, les oiseaux d'insectes les serpent.li
01Se3:ux, la ter1e des serpents, l'air de terre.
'
Pourquoi être? Pourquoi
Ne pas être ? ce qui vaut mieux ?
c Vera shoe chausse le mieux t n
Homme je t'interdis le pourquoi ?
Recueillons-nous, recueillons-nous
Les I!ombres de notre cerveau sont trop faibles pour porter les secondes

~~~=~-~
Et le trèfle est sage qui ouvre et replie ses feuilles
Le trèfle - soli taire
et simple
Soyons solitaires
et simples

.

. D'.1fis « ~stral » l_e ~tyle est réduit à une extrême simplicité et devient
ru.~1 très d~ect. Ici, 1 art de Goll consiste dans la spiritualisation de cer•
t8J.IlS problemes fondamentaux, dont la solution le hante dès ses premières
œuvres. Au commencement, il entrevoit vaguement son chemin II con•
nait tous les tou-rmenJs de l'individu moderne. Chaos et volonté ; 0 juxtapose~t. Il en est de ~em~ che~ presque tous les expressionnistes ; tels que:
Rubmer, Ehrenstem, Emstem, Stramm et tant d'autres An début de
tout : l:3- volonté d'action. Puis, petit à petit cette actio~ se construit•
l'est!1étique _du s~ècle,se_spiritu~sE: s~r la base du dynamisme.
•
r· Ld~x-1:{ess_1onruste _et~t pour ams1 dire toujours assis entre deux chaises:
m lVl ualis~e, qui lm commande une contemplation passive, et d'autre
la conscience de son é~oque, dont toute l'essence est faite d'action et
~ mo~vem~nt. Quel est le resultat de cette fausse situation? L'expressionÏste s enfwt sur un ~errain ~eutre e~ de':Ïent, tel est le cas de Goll et de la
P npart au~oui: del~.: sceptique ou 1romque. Ainsi s'entrechoquent dans
prochru.ns hvres l i~éalis~e du véritable poète Orphée et le scepticisme
estructeur du coIDIIlls Féhx. Le poète qui sourit de nos jours n'arrive

Sart
~i5

1589

qu'à faire une grimace et s'en vient à resse~bler ter~iblement_à Charlot.
En l'approfondissant on trouvera que Cllarlie Chaplin ~st v~r1tablemen~
l'image grossie des ridicules de l'homme moderne. Et v01là bien pourquoi
Goll en a fait le héros de son dernier livre.
C'est par lui que Goll est arrivé à la Cinégraphie, qui est un_art surréel.
Avant d'écrire sa (( Chapliniade n, il avait publié deux petits drames,
qu'il nommait cc surdrames », et où il proposa un renouvellement co~plet du théâtre contemporain. Dans une préface il en trace certams
aspects:

« On a complètement oublié que le théâtre doit être un verre gro· ~issant. C~est
pourtant bien ce dont les Anciens se rendaient compte: les Grecs q&lt;11 marchaient
sur des cothurnes, ouS akespeare parlant avec les esprï:ts_. Ona?ublié~uelepremier
attribut du théâtre doit être le masque : le masque est ng1de, uruque, direct, c~mme
une sorte de destin. Chaque homme porte un masque..... Dans tout masque il y a
loi, et c'est là la loi du drame. L'irréel aevient vrai.
Les enfants ont peur des masques. L'art doit refaire du spectateur m enfant.
La plm simple façon d'y arriver, est d'être grotesque, Mettons des masques ~rotesques. Car la monotonie et la bêtise des hommes sont si grandes, énormes, qu on ne
pourra en venir à bout qu'avec des énormités. •

En effet, deux pièces de Golll (( A.ssurance contre l_e suicide 1, et (( Mathusalem», nous présentent des caricatures du bourge01s de notre temps à travers lesquels toutes les vanités de nos contemporains sont amèrement
ridiculisées.
L'ironie y est toute intérieure. Les gestes et mouvements des personnages sont machinisés, réduits à des mouvements de masques et de
poupées. Même truc que chez Charlot, pour r~ndre l'action rlus grotesque
et plus intense. Souvent le personnage au heu de parler tire un J?hon~graphe de sa poche; par quoi le poète indique que ce que tout ~e qm se dit
ne se pense pas nécessairement m~s n'est que phr:3-ses et v~r~1age.
Il ne restait plus qu'un pas à faire, pour en arriver au cmema propr~ment dit. Sa u Chapliniade » est en même temps : poème, di;ame, ~cénan?
cinégraphique, et représente le couronnement de toute son evolut10n p_o~·
tique. C'est une œuvre de toutes pièces nouvelle et ouvrant aux poss1b1:
lités artistiques du film des horizons inattendus. C'est une synthèse, qui
unit en elle les arts de l'espace et du temps, où se rencontrent fraternellement la plastique, la poésie, la musique et la danse .
Charlot (monolo~e). - Voici le monde, quelle simplicité 1
Et c'est moins que divin
Ah je vois tous les hommes qui souffrent
(Le film reprodui1 i;is'anta11ément les visions de Charlot).
Cehù qui attend sa fiancé!' à toutes les stations de métro
Celui qui étouffe à l'hon:1êt table de famille
Celui qu.i chante la liberté devant un mur de prison
Celui qui reçoit Dieu dans une mansarde d'hôtel meublé
0 tous : venez
(Film des rues, de.1 places, des ports, des gares).
Soyez les hôtes de mon cœur prophétique 1
Abreuvez ce désert de vos larmes 1
La tour de l'Equateur poussera de cette terre
L'échelle de Jacob enguirlandée d'anges
Montera montera
Ame : ma mon~olfière 1
ltfait un petit salut avec son melon.
0

*••

CHARLOT. - En ce moment je souris d:ins les ciné:nas du monde entier
Chaque village se tord de me·voir sourire
Et pourtant comme je suis triste !

�1590

L'ESPRIT NOUVEAU

Mille fenêtres pensent à n:oi
Mais il y en a une d'éclairêe
Na mère derrière le rideau attend le facteur
Depuis vinJtt; ans elle attend qu'une lettre frappe à la porte
D f a une Amf' en Europe
Qui n'est jamais allée au Cinéma
Qui ne me vit Jamais, qui ne me connaît pas
Et pourtant, elle seule sait ce que vaut mon sourire
Je souris, je souris.....
Foœ-trott. M!'Bique. Du fond d'une rt4e le8 a/fichu du premieT tableau l'avancent d
Baluenl prof011démtnt le vrai Charlot. Celui-ci f'emeTcie d'un petit coup de chapeau.
Le COLLEUR D'AFFICHES f'éapparaU derribe lui, ren,poigne au collet d le
colle au mtn'.
Charlot obéit 4 sa destinée et souril.

-Le Charlot de Goll est tour à tour Orphée poète sentimental, Christrévolutionnaire, spiritueJ, et Don Quichotte-ballot sublime. Il S'fllthétise l'individu moderne, qui a en lui quelque chose de tous les troJS : du
poète, du prophète et du fou. Il est très humain. 11 veut être bon et
simple, comme Félix tout en vendant des chaussures box-calf.
En fin de compte, la morale de la Chapliniade est profondément symbolique et triste. Elle exprime que même Charlot, au fond de lui-même,
est terriblement seul et malheureux. (C'est bien aussi le cas chez le véritable Chaplin, d' a1;&gt;rès ce que disent ses amis.) Quelle tragédie du comique 1
Et à approfondir cette œuvre, on arrive à découvrir le visage véritable
du poète Goll, qui avec chacun de ses livres s'est jeté vers un autre che- ·
min, cherchant, cherchant infatigablement une route vers quelque chose .••
quelque chose que le lecteur de bonne volonté trouvera à chaque page
de ses livres : un mot pour le voisin qu'il sait angoissé comme lui, abandonné par tous les dieux.
B. To:KINE.

L'ESPRIT

IIOUIEIU

ÉMISSION
DE CENT ACTIONS
DE MILLE FRANCS
CATÉGORIE C:.

AUGMENTATION DE CAPITAL DÉCIDÉE PAR L'ASSEMBLÉE GitNÉRALE
EXTRAORDINAIRE DES ACTIONNAIRES DU 19 OCTOBRE 1921

ERRATUM
Une en-eur s'est produite 4 rimprusion du Phénomène Littêrare, dana notre
N° 18. Lu lecteurs voudront bien 1'étobli1' la di1'ision des Exemples comme suit :
1. A'l'tJM- Rimbaud, Blaise Cend1'Ms, Jules Romains.
11. Jean Cocteau.
III. (Tr4flritions) Guillaume ApoUinaif'e, Marcei Pf'oust.

En dehors du dùn·dende attribué aux nouvelles actions Catégorie C, il est attaché
à ces nouvelles actions des AVANTAGES EXCEPTIONNELS pouvant intéresser:

les AMATEURS
LITTÉRATE.URS
ARTISTES
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ET TOUS CEUX QUI DÉSIRENT VOIR ABOUTIR
L'EFFORT POURSUIVI PAR L'ESPRIT NOUVEAU

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BLAISE

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DE ROME

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Les priœ seront augmentés à la parution de r ouvragt.

PAR

LE CORBUSIER-SAUGNIER

BULLETIN DE SOUSCRIPTION
JE SOUSSIGNÉ DÉCLARE SOUSCUJRE A
PAR BLAISE CENDRAR:i,

AU PRIX DE

CI•JOINT CHÈQUE OU MANDAT DE FRS

LE

EXEMPLAIRE
ll'RA.NCS

DE

L'EUBAGE,

L'EX.l!tMPLAIRE.

MO!'iTANT DE MA COMMA:-IDE.

1921
SIGNATURE

ADB.ESSE COMPLET~

•

Remplir ce bulletin et l'envoyer à la Société des Éditions de L'ESPRIT NOUVEAU
20, Rue d'Astorg, PARIS.

On met en œuvr~ de la pierre, du bois, du ci.ment; on en fait des maisons, des palais; c'est de.la construction. L'ingéniosité travaille.
Mais to_u.1._à COllP, vous me prenez au cœw, vous me faites du bien, je
suis heureux, je dis: c'est beau. Voilà l'architecture. L'art est ici.
Ma mai~o!l est prati_que. Merci, comme merci aux ingénieurs des chemins de fer et à la Compsignie des téléphones. Vous n'avez pas touché
mon cœur.
Mais les murs s'é!éven,t sur le ciel dans un ordre tel que j'en suis ému.
Je sens vos inten,tions. y_ous étiez doux, brutal, charmant ou digne. Vos
pierres me le disent. Vous m' at):,achez à cette place et mes yeux regardent.
Mes yeux regardent quelque chose ([l!i ~nqnce une pensée. Une pensée qui
s'éclaire sans mots ni &amp;ons, ïnais uniquement par des prismes (llli ont entre
eux des rapports. Cés prismes sont tels (JUe}a lumière ~es détaille claire85

�LE COLISÉE
a., 80 après J.-C.

LA PYRAMIDE DE CESTlUS
an 12 avant J. -0.

ment. Ces rapports n'a.n t trait à rien de nécessairement pratique ou descriptif. Ils sont une création mathématique cle votre esprit. Ils sont le
langage de l'architecture. Avec des matériaux inertes, sur un programme
plus ou. moins utiJitaiTe que vous déJJordez, vous avez établi des rapports
qui m'ont ému. C'est l'architecture.

Rome est un paysage pittoresque. La lumière y est si belle qu'elle
ratifie tout. Rome est un bazar où l'on vend de tout. Tous les ustensiles de
la vie d'un peuple y sont demeurés, le jouet_d,e l'enfance, les armes du
·guerrier, les défroques des autels, les bidets des Borgia et les panaches des
aventuriers. Dans Rome les laideurs sont légion.
Si l'on songe au Grec, on p,ense que le Romain avait un mauvais goût, le
Romàin-romain, le Jules U, 'et le Victor-Emmanuel.
Rome antique s'écrasait dans des murs toujours trop étroits ; une ville
n'est pas bel1e qui s'entasse. Rome Renaissance eut des élans pompeux,
disséminés aux quâtre coins de la ville. Home Victor-Emmanuel collectionne, étiquète, conserve et installe sa vie moderne dans-les corridors de
ce musée.a.t se proclame (&lt; Tomaine » par le monument commémoratif à
;yictor.-J?mmanuel Ier, au centre de la ville, entre le Capitole et le Forum .. .
quarante an~ de ·ti-avail, quelque chose de plus grand que tout, et en
'marbre blanc 1
· Décjdément, tout s'enLasse trop dans Rome.

ARC DE CONSTANTIN
an 12 C!prt s J.--C.

�INTÉRIEUR DU PANTIIÉON
an 120 après J.-C.
LE PANTHÉON
an 120 après J.-C.

I

ROME ANTIQUE
_Rome s'oc_c~pai~ de. COn4"?érir l'univers et de !e _gérer. Stratégie, ravitrulle~ent? legislat1on . esprit d o!'dr_e. Pour admirustrer une grande maison d aff~rres, on ad.opte des prmcip 7s fondamentaux, simfles, irrécusables: L ordre ro~arn est un ordre simple, catégorique. S'i est brutal.
tant pis ou tant IDieux.
Ils avaie_nt d'immenses désirs de domination, d'organisation. Dans
Ro~e-~chitectur~, rien à faire, les murailles serraient trop, les maisons
empi~arA
ent le_urs etages sur dix hauteurs, vieux gratte-ciels. Le Forum
deva1t_etre laid, un peu ~o1!1m~ le ?ric~à-brac de ]a ville sainte de Delphes.
~rba~sme, grands t~aces ? Rien a_faire. Il fa1_1t aller voir Pompéi qui est
emotw_nnant. de rectitu_de. Ils_ av~ent conquis ]a Grèce et, en bons barbares, ils avaient trouve le cormthien plus beau que le dorique, parce qrie

plus fleuri. En avant donc, les chapiteaux d'acanthe, les entablements
décorés, _sans grande mesure, ni goût! Mais dessous, il y avait quelque chose
de romam que nous allons voir. En somme, ils construisaient des châssis
superbes, m~s ils dessinaient des carrosseries déplorables comme les landau:' de Louis XIV. Hors de Rome, ayant de l air, ils ont fait la Villa
Adrian~. On y médite sur la grandeur romaine. Là, ils ont ordonné. C'est
~a preIDière isrande ordonnance occidentale. Si l'on évoque la Grèce à cette
Jauge, on dit : ule Grec était un sculpteur, rien de plus ». Mais attention
l'arcb}tecture n'est pas que d'ordonnance. L'ordonnance est une des pré:
rog8:tives fonda~entales de 1'8:I'cbitecture. Se promener dans la Villa
Adrian~ et s1e dire qu_e la _pmssance moderne d'organisation qui est
« ro1:11~me » n a e1.1cor~ rien fart, quel tourment pour un homme qui se sent
participer, comphce, a cette ratée désarmante 1
Il _n 'y avait pa~ de pr~blème des régions dévastées, mais celui d'équiper
les reg10n~ conqmses ; c est ~out comme. Alors ils ont inventé des procédés
constructifs et ils en ont fart des choses impressionnantes, « romaines ».
Le mot a un sens. Unité de procédé, force d'intention, classification des

�1596

L'ESPRI'r NOUVEAU

rléments. Les coupoles immenses, les tambours qui les retiennent, les
berceaux imposants, tout ça tient avec le ciment romain et demeure un
objet d'admiration. Ce furent de grands entrepreneurs.
Force d'intention, classification des éléments, c'est preuve d'une tournure d'esprit: stratégie, législation.L'architecture est sensible à cesintenLions, elle rend. La lumière caresse les formes pures : ça rend. Les volumes
simples développent d'immenses surfaces qui s'~oncent avec une variété
caractéristique suivant qu'il s'agit de coupoles, de berceaux, de cylindres,
de prismes rectangulaires ou de pyramides. Le décor des surfaces (baies)
est du même groupe de géométrie. Panthéon, Colisée, aqueducs, pyramide de Cestius, arcs de triomphe, basilique de Constantin, Thermes de
Caracalla.
Pas de verbiage, ordonnance, idée unique, hardiesse et unité de construction, emploi des prismes élémentaires. Moralité saine.
Conservons, des Romains, la brique et le ciment romain et la pierre de
travertin et vendons aux milliardaires le marbre romain. Les Romains
n'y connaissaient rien en marbre.

INTÉIUEUR DE SAJN'J'E-~1/J.RIE DE COSMÉDIN

Il

ROl\lE BYZANTINE
Choc en retour de la Grèce, par Byzance. Cette fois, ce n'est pas l'ébahissement d'un primaire devant l'enchevêtrement fleuri d'une acanthe :
des Grecs d'origine viennent bâtir Sainte-Marie de Cosmédin. Une Grèce
bien loin de Phidias, mais qui en a conservé la graine, c'est-à-dire le sens
des rapports, la mathématique grâce à laquelle la perfection devient
accessible. Cette toute petite église de Sainte-Marie, église de gens misérables, proclame, dans Rome bruyamment luxueuse, Je faste insigne de la
mathématique, la puissance imbattable de la proportion, l'éloquence
souveraine des rapports. Le motif n'est qu'une basilique, c'est-à-dire cette
forme d'architecLure avec laquelle on fait les granges, les hangars. Les
murs sont du crépi de chaux. Il n'y a qu'une couleur, le blanc ; force certaine puisque c'est l'absolu. Cette église minuscule vous cloue de respect . ~ Oh l » dites-vous, vous qui veniez de Saint-Pierre ou du Palatin
ou du Colisée. Messieurs les sensuels de l'art, les animalistes de l'arL,
seront gênés par Sainte-Marie de Cosmédin. Dire que cette église était

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dans Rome lorsque sévit la Grande Renaissance avec ses palais de dorures
d'horreurs!
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La Grèce par Byzance, pure création de l'esprit. L'architecture n'est
pas que d'ordonnance, de beaux prismes sous la lumière. Il est une chose
quI .n?us r,a&gt;'it, c'est 1.a mesu_re. Mesurer. Répartir en quantités rythmées,
~ru.J?~es d u~ souffle c~al, f:31re passer_ p~tout le rapport unitaire et subtil,
e,qu_1librer, rffSoudre requ_atwn., Car, _s1 1expres_sion bouscule trop lorsque
1 OJ?, parl~ pemtu~ei elle sied à. l archttect~e qm ne s'occupe d'aucune figurat10n, d aucun element touchant de pres à l homme, 1 architecture qui

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~

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gère des quantité-S. Ces quantit_és font un ama de matériaux à pied
d'œuvre ; mesurées, entrée dallS l'équation, elles font des rythmes, elles
parlent chiffres, elle parlent rapport, elles parlent esprit.
Dans Je silence d'équilibre de ainte-Marie de Cosmédin, s'élève la
rampe oblique d'une chaire, s'incline le livre de pierre d'un lutrin en
une conjugaü1on silencieuse aussi comme un geste d'assentiment. Ce
deux obliques modestes qui se conjuguent dans le rouage parfait d'une
m~canique spirituelle, c'est la beauté pure et simpie de l'architecture.

�LES . IB, IDES DE, . ll.VT-PlERRE

LES ABSIDES DE SAIN'l.'-PlERHR

JJT

:\IlCHEL-ANGE
. L'intelligen~e et la P~ ion. 1J n~e t pas d'art ' ans émotion, pas d'émotion sans pas 10n. Les pierres sont 1 nerte , dormantes dans les carrières et
Je ab ides de aint-Pierre font un drame. Le drame e t autour des œu~e
déci ives de l'humanité. Drame - architecture= homme de-Punivers
et dedans l'univer . Le Parthénon e t, pathétique · les pyramide
d'EgypLe, autrefois de granit poli et luisant s comme de l'acier étaient
pathétiques. Emettre des fluide , de orage , des bri e douce ~r plaine
ou mer, dre er des Alpes hautaine avec des cailloux qui font les mur
de la maison d'un homme, c'est réu ir des rapports concertés.

Tel 11omme, le] drame, telle archile ture. , e pas affirmer avec trop de
c rtilude que les mass s suscitent leur homme. Un homme est un phfoomène exceptionnel qui se reproduit à longue étape au ha ard peut-être,
peut-être suivant la fréquence d'une cosmographie à déterminer encore.
Michel- nge est l'homme de no dernier mille an comme Phidias fut
c lui du précédent millénaire. La Renaissance n'a pas fait Michel-Ange,
elle a fait un ta de bon 'homme à talent.
L'œuvre de Michel-Ange c t une création, non une renaissance, création qui domine le époque classée . Le abside!! de aint- Pierrre sont
de style corinthien. Pensez-vous l Voyez-les eL songez à la fade lei ne. Le
Coli ée a 'lé YU par lui et . heureu es me ures retenues ; les Thermes
de Caracalla (lt la Basilique d Con tantin lui ont montré les limites
qu'il convenait de &lt;lépa er par unt&gt; intention élc.vée. Dè lor , les rotondes, 1 raLLrapéc les pan · coupés, le tambour de la coupoJc, le por-

�ENTABLEillEN'l' DES ABSIDES DE SAJNT-Pl EllRJfJ
(exécuté par ~lichel-Ange} .

tique hypostyle, géométrie gigantesque en rapports c~ncordants. Puis
recommencement des rythmes par des s:tylpba.tes, d~s pilastres, ~es enta:
hlements aux profils totalement neufs. Pws des fenctres et des mches qw

recommencent le rythme encore une fois . La masse totale fait 1me nouveauté saisissante dans le dictionnaire de l'architecture; il est bon d'arrêter un instant sa réflexion sur ce coup de théâtre après le Quintocento.

�Pla1i &lt;le Sai1II-Pierre, élal actuel, ori a proùmgé la nef d~ 101/'c la parlie lu11:h(e.
J.1,Jichel-A11ge i,oulai! dire quelque chose, on a tout aboli.
, afot-Pierre. Projet de Michel-Ange (JJ.l.7-1504-). Les dime11lio11., sont coT11Jidérahles. Constntire une te~ coupole en pierre était un tour de force que 11ro osaient rüquer. , aint-Pierrc
com·rc 15.000 llt* et Notre-Dame de Paris, 5.9.35; Sainte- 'ophie &lt;le Co11.9'anti11oplc 0.900 m~.
La coupole a 1:32 m. de haut, le diam~re au.'I' absùles 150 111. L'orclo1111ance aénérale des abside.s et de i'alli.que est parente à celle c/11 Co/i.~ée; les hautrnrs . 0111 les mlmes. Le projet
avait wu unité totale,· il groupait les éléments les plu., beau 1: t&gt;l les plus opu/euts : le portique,
les cylindres, lrs prismes carrés, le tambour, la co1q&gt;ole. La 111011/uratiou est la plus pa$sionn6e qui soif, âpre el pathétique. Tout s' éln:ail d'un bloc, w1iqtu, enfin. L'œil le saisissui'
d'wie fois . .llkhel-Ange, réalisa les ab.o;icles et le lambour de la coupole. Pui.y le Tf,'fte /omba
entre des lll{lÎl/8 barlmru, tout fut a11éa11ti. L'h11ma11ilé per&lt;lil wu &lt;11,s œtœre.s capitales de l'il1,telligenc1?. Si l'o,i songe à lllichel-Ange prrœvtmt le dés&lt;~Y/re, c'est u,1 drame épomw1tnblc IJITÎ
se dél:oile.

POR'l'.1 Pl.l DE .lJICII EL-.LYOE

Place tle Suint-Pierre, état ac:1ul; dn l'erbiage, ries 11101.v 111nl plr1cés. La colonna&lt;li de
Bcmi11 r.9/ /J(lle en ,Yoi. La façade l'.YI belle e11 soi, mais 1t"a rien à Jaire ai•.•claroupole.
Le but était la coupole ; on l'a carltée ! La coupole marchai! OL'et lrs "bsidcs; 01'
l,es a cachée.~. Le partique ~tait fi/ plein i-olume; 011 en a (ail w1 placage de façade.

�1606

L'E.SPRIT NOUVE.AU

Puis, enfin, il devait y av.oir l'intérieur qui etît été l'apogée monumentale d'une Sainte-Marie de Qosmédin ; la Chapelle des Médicis, à Florence, montre à quelle jauge eût été réalisée cette œuvre si bien préétablie. Or, des papes inconscients et inconsidérés ont congédié Michel-Ange;
des malheureux ont tué Saint-Pierre, dedans et dehors; c'est tout bêtement devenu le Sa;int-Pierre d'aujourd'hui, de cardinal très riche et entreprenant, sans ... tout. Perte immense. Une passion, ùne intelligence hors
des normes, c'était une affirmation; .c 'est devenu tout tristement un
«peut-être», un &lt;, ap·paremment », un « il se peut que », un « j'en doute ».
:Misérable faillite.
.
Puisque cet article est intitulé Architecture, il était permis d'y parler
de la passion d'un homme.
IV

ROME ET NOUS
Rome est un bazar en plein vent, pittoresque. Il y a toutes les horreurs
(voir les quatre reproductions accolées) et le mauvais goût de la Renais-

FENÊTRE DES ABSIDES DE SAINT-PIERRE

sauce romaine. Cette Renaissance, nous la jugeons avec notre goût
moderne qui nous en sépare par quatre grands siècles d'efforts, le xvne,
le xv1ne, le x1xe, le xxe.
Nous portons le bénéfice de cet effort, nous jugeons avec dureté mais
avec une clairvoyance motivée. Il manque à Rome assoupie après MichelAnge, ces quatre siècles. Remettant le pied dans Paris, noùs reprenons
conscience de la jauge.
La leçon de Rome est pour les sages, ~eux qui savent et peuvent apprécier, ceux qui peuvent résister, qui peuvent contrôler. Rome est la perdition de ceux qui ne savent pas beaucoup. Mettre dans Rome des étudiants architectes, c'est les meurtrir pour la vie. Le Grand Prix de Rome
et la Villa Médicis sont le cancer de l'architecture française.
LA ROME DES T10BREURS
J. Rome moderne, Palais de JU$tice.
2. Rome Renaissance, Palais Rarber-ini.

l. Rome Renaissance, C'hâteau. St-Ange.
2. Rome Renaissance, Galerie Colonna.

LE CoRBusIER-SAuGNJER.

86

�MICHEL-A.11-.GE, par lui-mim:·.

LA SIXTIN·E·
de

IICBBL-ANGB
PAR

DE FAYET

-----------------

�LA SLYTINE DE j\ff CHEL-ANGE

I

c1,le débat sur la peinture e trouve ingulièrement élargi.

Je rentrai de sept moi. d'Orient, tamboul t Je.
mo quées, Ja Grèce et !'.Acropole.
J'avai vécu de magi tralc simplicité : la mer, de monts
tout de pierr et tous du m"me pro fil.
La Turquie avec Je. mosqu ·e , le mai. on deboi. etle cimetièr~s, Ja Grèce avec le Temple et la ma ur . Le Temple, c' e t
tou1our des colonnes et d s entablements. Dè Brindi i, j'ai
vu tous Je st le et toutes l
ortes de mai on et toute le
, ortes d 'arbr et de fleur., de l'herbe. Les style e compliquent, ce ont des complexe cc • avants » laid , affreux, révoltant . L'intérieur des égli es e t horrible ; les tableaux au i.
pr~ l'impo anleunité de l'Orient* tout apparaîLici, peinture,
ar h1LecLure sculplure, comme un in upportable diverti ement. A Rome, mc1rne malai e ; dC's palai et de églis qui
n'ont ri n de décisif; la VilJa driana et I Coli. ée comptent.
La Sixtine tient, est impérieu e · elle tient aprè l' cropole, le
Mosquée et Pomp ï. C t qu'elle e t un objet d'immen e émotion . _ lai ce qui impo e le respect 'e t le . upport de cette
émot10n, c'e t la forme dan laquell on 'est exprimé pour
transmettre cette émotion. Cette peinture e t un objet d'extraordiJ?air formation. C'est, ou un certain angl , la plu licite
expres 10n picturale que nous connai ions.
0;11 a dit t out le mal po ible de Michel-Ang peintre :
« Mi bel-Ange le plus grand culpteur, s'e t fourvoyé dans la
« peinture dont il ianorait tout et qu'il détestait. culpteur,
« 1I tenta de e révo1ter contre le pape qui l'obligea ... , etc. ».
Fâcheuse vision de. ho e., ar fichel- OO'C e t un peintre du
• L·Orie11t, he1ireu.yeme111, n'a rie11 &lt;le conm11m avec les n:ocatio11s colorées, bariolées
et arro.&lt;Jées de parfums pult-érÎl/és qu'on nous sert aunnutic-hall. L'Orient 11'a eu qu'u11e
71réoccupnJio11 : Dit1.i, Allah on Jupiter, 1111 &lt;nt dtlà loi11taù1. L'homme y t:it auec wie
frt,galiU et rlans une simplicité de décor qui nous para1traient du dét1tum1e11t. J,,'t ses
rév~ élevés ~•utériorisent et~ grandes cotUJ~ructions où le sublime est donné par la proportion. Point &lt;le &lt;léror, 11w1s des masses imposantes, blanches, uniformément d'u11e
iîpre nudité. c·esl fi11t.e11tion hautainement spirituelle qui -~•y man ifeste, él~tio11.
L Occide-111 parait w1i111al, humain et sensuel.

Sixtine, Jugement dernier, fragmer1f .

plu grand génie et un architecte d~ _plu, grand génie. Il est~
sculpteur mal assi entre le modah~e d eryre~ 101: d_e la pern
ture et celle de l'architecture qu il pratiquait g malemen{"
Dans es culpture , a tent~tive ai:chitecturale _·ch ue et e
marbre e dérobe à une e thétique faite pour la toile o~ l~ ~_ur.
La iÀ1.ine e t une œuvre picturale de h~ute et def1Illt1ve
formation. Tout e qu'on doit exig r de la pemture y est. Tout
ce qu'on en peut atteindre 'y trouv .
On entre : plafond. Etonnem nt : la coul_eur la plus omptueuse eL la plus fraîche . La gamme 18:plus digne à grande ha e
&lt;le gris et de blanc, avec des ocre , Jaune , r?ucres, l s terre
vertes et l outremer. Quel progr' de la « pemture-couleur »

�..

L'ESPRIT NOUVEAU
1612
invoquer depuis ceci ? Structure : une suite d'éléments associés par une science des volumes toute neuve, développée dans
les conséquences les plus hardies; disposition des masses en vue
du mouvement de la surface. Ce mouvement des masses n'a
été remis à l'étude qu'en ces derniers temps par le Cubisme.
Or, on veut précisément que ce soit là le grand crime de MichelAnge et on oppose à la Sixtine les peintures à plat du Quatrocento. Ses architectures simulées ? Défi à la peinture ! Mais
non, puisque le but même de la peinture est d'encadrer dans
une surface donnée des masses qui s' architecturent entre elles,
qui provoquent un mouvement continu de l' œil et lui fournissent l'occasion constante d'évaluer des rapports, ces rapports
étant la raison de la plastique, le but de l'art. Les figures ?
Dieu, le Christ, les Prophètes, les Sybilles ? Même destinée :
établir des rapports par le moyen des volumes mis en jeu. Faire
des dieux avec de simples hommes dont les proportions tendent vers des rapports nobles, créés de toutes pièces, loin du
fait naturel, pour faire des dieux. Machine à émouvoir.
On pénètre, on se retourne : « Jugement Dernier». Quarante
ans séparent le « Jugement Dernier » du plafond. Plus forte encore est la volonté de formation. Décisif, cette fois, le rôle
assigné à la couleur. Le (&lt; Jugement Dernier ii est d'une couleur
somptueuse ; il n'y a que deux tons ; l'ocre et le bleu outremer, ces deux tons rapprochés extrêmement par les mélanges
du noir et du blanc.
Machine à émouvoir. Epithète brutale de l'esthétique
puriste. Pour analyser l'effort moderne, on dit machine à
émouvoir, c'est-à-dire, éléments physiques, primaires, suffisants pour donner satisfaction à l'œil, suffisamment clairement choisis, clairement exprimés, clairement assemblés, pour
déterminer des rapports qui ravissent l'intellect. Représentation suffisamment élargie du fait naturel pour reléguer au
second plan l'intérêt iconographique et donner plein sens aux
éléments plastiques qui sont les moyens émotifs de l'œuvre
d'art. La machine à émouvoir construite à la Sixtine, par
Michel-Ange, est la plus grande qu'un peintre est faite . Elle
tourne, elle satisfait, elle encourage. Elle montre un sommet.
Dans l'élaboration de la peinture moderne, Michel-Ange va
prendre sa place (demandez à Picasso s'il aime le Jugement
Dernier).
Dans les recherches de ces dernières années, on •avait repris
à fond l'étude de la surface peinte, de la couleur, du volume,
de la composition, en questionnant des maitres qu'on avait

Sixtine, plafond, Jragmt-nl.

ch_oisis lu:ide~ent_: Cézanne, Corot, Ingres, Poussin. On hésit~1t_ sur 1 Italie. Tmtoret était trop près de Delacroix et tro
p~r~_leux comme le plus fascinateur danseur de corde. Titieii
~ i:n, n?n, tout court. Raphaël? Raphaël attirait beaucoup'
?ns ruct10n, _Raphaël peut-être? ron, Raphaël ne tient as·
C âst trop f~mle, c'. est trop gentil, c'est un peu petit c' esi e~
~ {-e parfo1s,. m~us avec facilité. Raphaël ne tient pas au
'a ican ; ]~ SJ..."\..'tme l'écrase. Et pour MM. les moralistes de
!a~t, enreg~stro~sli e_n pa~~ant que c'est la juste victoire du
e~r sur a am te, de 1 ame hautaine sur l'âme charmante
Mess~e1,1rs de la morale e:n. art, nous sommes pleinement d'ac~
cord . l art est une quest10n de morale · Donc , a· l'he ure act ue li e,

�1614

L'E PRIT

O VER

Mi hcl- nge nous tient un di ·cours singuli 'remenL '}eyé et
opporLun; surface ouleur, volume compo ition.
Il n'y a pas de grand arL sans architecture. Michel-Anae peut
en parler, lui qui on trui it les ab. ide de SainL-Pierre. Lorsque
la peinture touche à l architecture, c'est qu'ell a pa. sé les oasis
charmante de l'agrément et qu'elle parle à l'esprit. De là, l s
grandes émotion , l'émotion dP la me ure. La maLhématique
de la ixtinc e t s n ·ihl par l fait que Je e:xtrait qu'on en peut
faire ont une trahi on ; ce sont forcément des fraamenLs (v ir
les photo de et article), donc de mutilaLion , des tronçon . ( 1)
Le photographe cla. siqu s ctionne av c le oin que met un
botaniste à di po er ici le étamin , là le pétale , c ·e t-à-cfüe,
qu'il Lue la fi ur. On ne peut pa ectionner la i::\.i.ine. Le
« cubi me » de 1ichel- nge c t dans l'extraordinaire intention
qu'il a dévolue aux rapporL des fiaurP et de l'architecture
imul ·e ; celle-ci n'est pas une pauvr té ou une erreur de
fâcheux O'Oût, comme ont bien voululedire les grand commentat urs de l'In titut, mai une acfre e tirant un parti magnifique de indication déjà données par la peinture pompéienn .
C'e. t de cette conjugai on des formes prismatiques reclilign
et des formes plu complexes du corps humain qu'est né l jeu
i inten e des rapport· qui sonL le truchement de l'émotion
inLelJectueJle. Il faut donc, ju qu'à nouvel aYi , connaître
Mich 1-Ange à la ixtine et non chez Je photographe d'art.

Sixtine, Juge,nmt Der11ier, fragment.

J
T'oiti le départ rlu Juge111e1t1 Dernier : On·agua au Campo 'a1110 dt• Pise.
(1}
011a don11011 · dans le te;rte une JJhotographie représentant tm fragment rle la
• création de l'homme , et tm üément 1farcldtuturt simulée 11011r tenter d'éi:oquer la
puissance du groupement tl'élémmts c/0111 il est parlé ici.

Michel-AnO'e créait ; il inventait de arrangement qu_i faiaient arand et noble. II 'occupait beaucoup d~ C?n, trulfe e_n
pierre parce que on a~n.o~r. de J'ordr~ et d~ la d1 mte trouvait
une expre ion plu defimtive dan l ar hitec_ture que ~an la
culpture. La Chapelle ~e fé~~ci, , la Porta ~~a, le Ab ·1d~s de
Saint-Pierre et son proJet de 11mmen e ba 1ltque nt rr_e ~ar
des imbécile , lem ntrent créant avec 1 nornbres, 'e l-a-d1re
mettanL en proportion des ass mhlaoe de forme , de f rme

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�S'iœtine, plafond, fragment.

amenées au type par l'invention plastique, et non par la représentation de vocables traditionnels. Les nombres transformaient le Corinthien et le Toscan en ce que peut être le sujet
cfun tableau.pour un_,vrai peintre, Or le pape voulait qu'à la

Siœtin.!, plafond, fragment.

Sixtine, il racontât des histoires; il fallut employer des vocables
·humains, compréhensibles ; mais de l'homme et de la femme
vus dans les rues de Rome, il fit des formations neuves, des
« monstres l&gt; qui devinrent des dieux. Il n'a pas écrit sous ses

��TECHNIQUE
,,

rECHNIQUE
DE LA

PEINTURE
Presque jamais il n'est question dans les ateliers rlii métier techn·ique de la peinture..
Personne ou presque ne pense qu'wnepetite not'ion ile .chimie prat'i,que évilerait,le triste
spectacle de ces tableaux 'lli.eillis piteusement au bout de dix ans et même rnoins .
La plus élémentaire honnêteté du peirltre veut qu'ils' en préoccupé . Que dirait-on d'un
scul!J}teur qui i,culpterait de$ statues de sel .. . Ainsi font trop de peintres cependant.
Ci-dessous des tableaux qui JIL'TTlieitronl, ~·ile peintre achète des couleurs sa:ines, provenant de maisons honnêtes, de peindre sai.nlfment. Ces indications n, son! vas le Té$Ultat d'études J)UTe'lne'llil théoriques, mais.· le Tésu.Uat d' ewpériences suiviBS pendanl
vingt ans et nous sommes heu,reux d'en faire vrofiter nos lecteurs.

N.D.L.R.

LES BLANCS
LE BLANC DE ZINC. LE BLANC D'ARGENT. -

Siœtine, plafond, frag1nent.

personnages c&lt; Cette femme est une syhille, cet homme est
Dieu )). Il fit des êtres si neufs, si inconnus, si en dehors des
normes, que depuis quatre siècles on dit : cc Ce sont des prophètes, des sybilles, des dieux. )) On pourrait le dire aussi des
nègres et des égyptiens 1 jamais de Titien ou de Raphaël.
Elevant la peinture au delà ~e la représentation par une
création d'éléménts neufs et exclusivement plastiques, si plastiques qu'il y introduit une arehitecture sensible, Michel-Ange
nous est aujourd'hui d'un enseignement opportun.
DE FAYET,

·utile dans certains cas étudiés ci-d.essous,
pâte mêdiocre, sèche mal, tenda:nce à
craque:r:,,
.
llestlabasedelapeintureàl'huile.
Ses qualités: belle pâte, siccatif, aucun
blanc ne lui est préférable, pour l'usage
général.
.
.
Ses défauts : il jaunit au contact des
gaz sulfureux, des couleurs sulfureuses,
d'où il découle que 1a peinture mate à
l'huile el3t une hérésie technique ; l'huile,
incorporée à la poudre colorante protège
oel~e-ci ; les tableaux mats se dégradent
rapidement: 10 Parce que les gaz nocifs
le pénètrent ; 20 Parôe que les réactions
des poudres chimiques sont facilitées par
le contact de ces poudres non isolées par
l'huile : 3° Parce que la peinture mate
s'encrasse et se nettoie mal.
Conclusion : La peinture à l'huile doit
avoir pour base le blanc d'argent suffisamment huileux ; nous étudierons ultérieurement les huiles.
87

�1624

TECHN-IQUE DE LA PEINTURE

L'ESPRIT NOUVEAU

1625

1

LISTE DES COULEURS TRÈS FIXES
COULEURS FRAGILES ET DANGEREUSES
A ÉVITER RIGOUREUSK\IENT

TERRES D'O)1BRE
TERRE VERTE
BITUMES
BLEU DE PRUSSE

Craquent et font craquer les mélanges
affreusement.
Se décolore et devient pisseux, altère
tous les mélanges - désastreux.

Toutes les couleurs non citées dans ces listes sont ou dangereuses ou inutiles. Les bonnes couleurs figunnt dans les listes
1 et 2, il n'y en a pas d'autres de qualité suffisante.

MÉLANGES
PRÉCAUTIONS A PRENDRE AVEC CERTAù~ES COULEURS.

LAQUES DE GA.RANCE

JAUNE.$ DE CADMIUM

O J TREMER

VERMILLONS
CL RE)

(n E MER-

CINABRES ROUGES

VIOLET DE COBALT
VEwr VÉRONÈSE

Doivent être mélangées au blanc de zinc, le blanc
d'argent les décolorant. Conviennent surtout
aux glacis ; elles conservent tout leur éclat.
Réputés parfaits ... Attention aux bonnes marques. Le blanc d'argent les noircit: à mélanger
au blanc de zinc ; les verts jaunes obtenus avec
le vert émeraude changent s'ils ne renferment
un peu de blanc.
·
Moins parfait qu'on le croit; à acheter de très
bonne marque; pas fameux avec les cadmiums.
A ne pas mélanger avec le blanc d'argent ; utiliser
le blanc de zinc ; aucun mélange avec les cadmiums et !'outremer, un léger glacis de garance
les protège très bien.
Les vermillons de cadmium sont parfaits et absolument fixes seuls ou en mélange, mais ils sont,
très chers; sinon, il serait inexcusable d'utiliser
encore les vermillons de mercure.
A ne pas mélanger aux ocres ni aux mars ; à ne
pas toucher avec le couteau à palette d?acier.
A employer pur ; avec tous mélanges sauf le
blanc de zinc ; il noircit.

Lorsqu'elles sont employées bien huilées et de bonne fabrication.
A couleur artificielle, N couleur naturelle.

NOl\1S Cûi\BIERCIAUX
BLANC D'ARGENT
BLANC DE ZINC
RouGE DE MARS
RouGE DE VENISE
ROUGE INDIEN
ROUGE ANGLAIS
OCRES ROUGES
LAQUES DE GARANCE, ROSES
ET ROUGES NON BRULÉES
TERRE DE SIENNE BR "LÉE
ORANGÉ DE MARS
JAUNES DE CADMIUM
JAUNE DE STRONTIANE
JAUNE DE MARS
TERRE n'IT.u .IE
VERT EMERAUDE
VERT DE CHROME
BLEU DE CoBA.L'l'
BLEU DE CŒRULEUM
ÛUTREMER
VIOLET DE COBALT
OCRE Bnu::rn
BRUN DE MARS
Nom DE VIGNE
Norn D'IvornE

CO;)lPOSITION CHIMIQUE EXIGIBLE

Carbonate de plomb (A).
Oxyde de zinc (A).
Oxyde de fer (A).
Terre feçrugineuse (N).
Terre colorée au fer (A).
Oxyde de fer (A).
Terres ferrugineuses (A).
Teinture de garance fixée sur de l'alumine (A).
Terre brtüée ferrugineuse (N).
Aluminate de fer (A).
Sulfure de cadmium (A).
Chromate de strontiane (A).
Terre colorée au fer (A).
Terre ferrugineuse (N) ..
Oxyde de chrome (A).
Oxyde de chrome (A).
Aluminate de cobalt (A).
Stannate de cobalt (A) .
Silicate d'alumine, silicate de soude,
sulfure de sodium (A).
Phosphate de cobalt (A).
T_erre ferrugineuse (N).
Terre colorée au fer (A).
Sarments de vigne carbonisés (A).
Ivoire calciné (A). .

COULEURS ACCEPTABLES
MAIS DE FIXITÉ MOYENNE
JAUNE INDIEN
JAUNE DE ZINC
JAUNE D'ANTIMOI:'&lt;E
SIENNE
.-\TliRELLE
YERT VÉRONÈSE

VERl!ILLON
JAUNE DE NAPLES

S'alourdit et passe.
Noircit.
oircit.
Passe très sensiblement.
Aucun mélange n'est fixe, doit être
employé seul. bien protégé par huile
et verni il est alors très solide.
Noircit s'il n'est pas verni, noircit en
mélange surtout avec cadmium.
Noircit avec tous les çomposés de fer,
soit : les ocres, les mars ; il noircit
même lorsque Je couteau à palette
d'acier l'a touché.

�1626

L'ESPRIT NOUVEAU

LETTRES
PALETTE SUFFISANTE ET RECOMMANDABLE

UN POÈTE .

ON PEUT Y AJOUT~R POUR DES CAS SPÉCIAUX
DES COULEURS CITÉES DANS LES LISTES 1 ET 2

La palette la plus recommandable sous réserve des exceptions de mélanges (voir tableau):
·

GERMAINE BONGARD
PAR

PALETTE DE BASE

Blanc d'argent
Ocre jaune
Ocre rouge
Outremer
Vert émeraude
Terre de Sienne brûlée
Noir d'ivoire

PALETTE SUPPLÉMENTAIRE

VAUVRECY

B

Blanc de zinc.
Cobalt.
Cœruleum.
Vermillon de cadmium.
Véronèse.
Laque de garance foncée.
Jaune de cadmium.
Jaune de strontiane.
Vert de chrome.
Violet de cobalt.
Noir de vigne.
Terre d'Italie.
Rouge anglais.

IEN penser c'est savoir

S.

*
PROCHAINEMENT : LES HUILES, LES ESSENCES, LES VERNIS
LES SUPPORTS (TOILES), ETC,

et sentir, comprendre et discerner,
choisir et rapprocher. Ce n'est pas la pile qui vaut,
mais l'étincelle. Bien écrire, c'est bien .fabriquer la
pile, mais aussi saçoir faire jaillir l'étincelle.
Dans le poète il y a une tête, mais je ne .saurai rien de ce qu'il
a voulu dire s'il n'est aussi un préparateur.
Le préparateur absent, M. le Professeur rate l'expérience.
En électricité, on peut à peu près dire à quelle distance il faut
mettre les conducteurs pour que jaillisse l'étincelle; en poésie
moins; les poètes d'aujourd'hui sont souvent des empiriques
qui ne savent pas ce qu'il faut mettre dans la pile; aus.si le
plus souvent, l'étincelle ne jaillit pas; mais presque tous
pourraient dire en s'analysant comment il faut s'y prendre
pour que l'étincelle ne jaillisse pas, et ce serait déjà quelque
chose.
·

L'apprenti poète qui chipe des roues dans les tiroirs d' Apollinaire et les engrène, fait comme l'apprenti horloger qui rate
la montre ; les mots sont des rouages, ils ne sont pas une machine. Il faut que ça tourne.

Voici un poète qui parait savoir ce que je vais dire, ou du
moins le sentir.
Rien à faire en poésie, en musique, en peinture si on ne
réussit à mettre hors de combat le singe que chacun nourrit
dans son ventre ; le singe est sensible au rythme, à la musique; c'est pourquoi il y a du tambour dans le jazz, des axes
dans Poussin et aussi dan.s Rimbaud et dans Apollinaire de.

�1628

L'ESPRIT NO VEAU

la musique et du rythme ; dans le bon ·Rimbaud et le bon
Apollinaire.
La musique du poème c'e t comme un jazz qui vous tient
le cœur; alors si je le conduis bien, je vous ferai sentir et penser ce que je voudrai.
Mais c'est le moyen et non le but; sinon Victor Hugo aurait
trop raison.
Le but est de créer dans le sujet, dans le lecteur, un état
spécial de qualité intense, momentanément exclusif. Acier, diamant, atome, soleil, fleur, enfant, mère, douleur, bonheur, etc.,
etc... pureté, inten ité, condensation, énergie, réaction, étincelle.
***
Pour un poète une bouteille d'eau n'est pas seulement une
bouteille avec de l'eau dedans.
** *

Mais il ne s'agit pas d'enfiler le mots, comme les enfants
des coquillages.

r

H

Le charbon et le diamant font du feu en toute langue. Je rêve d'un poème qui serait plus beau traduit; car rien
n'est beau qui n'est humain, c'est-à-dire universel. Autrement
c'est de la mode.
·
Exemple : &lt;( Toute les femmes de 45 à 50 ans se souviennent
d'avoir été amoureuses de Capou] )) (Apollinaire).
Quand les femme de 45 ans auront 100 ans ... et au fait savez-vous encore qui fut Capoul ? Mode.
** *
Et l'étin elle n'a rien à faire avec la grammaire, mais avec
le dictionnaire ; c'est lui qui vend le sel et le zinc; mais il faut
s~voir ce que parler veut dire, et avoir quelque chose à dire.
** *

Germaine Bongard a le secret de faire de Dyoni os, le nègre
d'Apollon.

1629

GERMAINE BONGARD

Elle sait aussi ce que la loi d' « économie &gt;) veut dire
Et aussi que l'art d'allusion ne vaut rien.

***
Voici quelques poèmes de Germaine Bongard, poète dont
les œuvres n'ont encore jamais été publiées . .
Vous ne vou attendez pas à ce que je vous démonte ce
petites machines qui tournent si bien; mais si vous les considérez attentivement vous verrez que sous leur délicieuse
fraicheur se dissimule une science fort rare.
VAUVRECY.

POÈMES DE GERMAI~E BONGARD ·
POUR C01tPT6R CU.LB QUI Y SIRA AU

au

DU CAC.HE-CACHE

Prairie
Grenouille
C'est les rois du chiffre çert
Aux sacripanes sorcières
L'écoutant
S'égouttant
L' Alphabet d'une fontaine
A dit son mystère
Leurs pieds menus bouaquent
Aux lacs d'herbe nus
Quand des feuilles aux bois des cerfs
Elles diront ce mystère
Prairie
Grenouille
C'est les rois du chi//re çert.
Juillet 1918,
TROISIÈME

CIEL DES MATINS

�1630

J

L'ESPRIT NOUVEAU

GERl\f_,'\.INE BONGARD

HUITIÈME CIEL; DES MATINS

CINQUIÈME CIEL DES MATINS

ou

Des insectes dans le foin
Qui se marient à midi
Sur les bords des brins qui bougent
Qui se marient

ADOL!SCIB'NCB
« Viens jouer aux billes
Deçant·la maison &gt;&gt;
- « Non pas aux billes
Les cigales on les entend
Et je sais bien la façon
De les mettre au cou des filles &gt;&gt;
- « Viens jouer à prendre
Les nids dans les branches »
- « Non, pas les nids
Les branches sont trop lointaines
Les filles je les entends
Les voilà qui viennent ! n

l

1631

Et sur le mur du verger
On en compte par milliers
Qui se marient à minuit
Sur le mur
Mais dans la mare au fumier
Il en est qui font l'amour
L'amour toute la journée
Août 1716.

QUINZIÈME CIEL DES MÂTINS

ou

LA M\ARClHNIJa DB BREBIS NOIRES
(Chanson pour faire peur à une marchande de brebis noires).
Est-ce à vous madame
Ces brebis là-bas ?
Est-ce à vous madame
Ces brebis là-bas ?
Ne croyez-vous pas
Que sur cette montagne
Leurs pieds pourraient bien

Août 1916.,

Green
Grass
Les prés ras
Des haras
Voyez s'ils les passent
Ils croient que tout exprès
Dans les prés l'herbe croît
L'herbe croît pour qu'on la foule
Qu'on la foule ·
Comme juments de Calâhre
Arec des .jockeys dessus
Hue
Hue
Quelle foule I

1919.

(LES PIEDS SUA LE SOL)

(Tragique)

POUSSER RACINE EN TERRE?

AUBE

Madame leur marchande
Ne craignez-vous pas ?
Madame leur marchande
Ne craignez-vous pas ?
Que durant ce soir
(J'en aurais regret)
Votre si beau troupeau noir

Aube d'eau bénite
Endimanchement
S emaùie prochaine
Prends garde Pierre d'aller dératisser les allées

(Tragique)

NE DEVIENNE FORET

191G.

Si tu passes par la porte du jardin du fond
Laisse-nous la clef de celle de la pépinière
Nous n'osons pas
Marcher sur nos
Perrons
Virginaux
Lavés en sabots neufs hier
Janvier

1919,

(LES PIEDS SUR LE SOL)

�LES LIVRES D'ESTHÉTIOUE
1632

L'ESPRIT NOUVEAU
PAR

WALDEMAR

Février 1921.

soLl

APPOGIATURES
Appogiatures que
Nos rebelles pensées
L'orgue donne
Et redonne l'élément
(Pour que les sots ne l'y laissent)
De tonnerre de quelque clwse rorulo-messe
Ac,ec trompe à jugement
Licence de ciel
Accord majeur sauc,e-nous
Du temporel
1l1algré nous
Février 1921.
(LES PIEDS SUR LE SOL)

Germaine

Le Roger Fry qui dirige le Burlington Magazine n, une des plus belles
et des plus intéressantes revues d'information artistique, a réunit sous le
titre global de (c Vision and Design » un certain nombre d'études et des
monographies publiées depuis vingt ans dans divers magazines anglais.
M. Roger Fry est un des hommes qui ont contribué le plus activement à la
propagation de l'art français moderne en Grande-Bretagne et si nous
refusons. de le suivre toujoms et de partager ses plus récentes admirations
nous. devons rendre hommage à son énergie clairvoyante et à l'intelligence tactique dont il fit preuve dans la présentatîon du mouvement
moderne. C'est que M. B.og'er Fry n'est pas seulement un empirique et un
dilettante averti, à la Théodore Duret, ou bien un amateur d'art dont
l'intuition est l'unique critère, mais un esthéticien dans le mei1leur sens de
ce mot, c'est-à-dire un homme qui s'efforce de discerner les raisons profondes qui déterminèrent un artiste à traiter son œuvre d'une certaine
manière et pour qui cette œuvre ne constitue pas seulement une source de
puissance visuelle ou un document historique, mais un organisme vivant
et autonome, un organisme dont il lui appartient de découvrir les principes
constructifs. Les quelques lignes qui précèdent suffisent-elles à faire comprendre la différence que nou&amp; établissons entre le spectateur profane,
l'historien et l'esthéticien. Tandis que la plupart des hommes considèrent
les manifestations artistiques comme des divertissements d'essence purement décorative, les historiens les étudient au seul point de vue chronologique et les philosophes de l'histoire, tributaires à différents degrés de
Taine, les traitent de « symptômes &gt;&gt; et s'en servent pour édifier le11rs
systèmes plus ou moins viables et leurs théories si souvent sujettes à caution.
M. Roger Fry, dont l'esprit subtil et pénétrant répugne à ce genre de
dissertation, analyse les œuvres d'art avec la volonté de saisir leur sens
intime et leur valeur intrinsèque. Est-ce à dire qu'i] verse dans l'expertise,
cette autre division de la science de l'art, dont les rapports avec l'esthétique proprement dite ne sont que très éloignés ? Non certes, car il fait
toujours intervenir dans ses études critiques des éléments et des moyens
d'investigation auxquels l'expert-spécialiste, versé dans la chimie des
tableaux, demeure indifférent.
Aux yeux de M. Roger Fry, l'œuvre d'art ne représente jamais qu'ellemême. Il insiste sur sa finalité. Elle ne constitue pas pour lui le moyen de
figuration; mais un langage, voire un mode d'expression spécifique. S'il
est donc permis de procéder à une hiérarchisation des valeurs plastiques et
de dresser une échelle qualitative des œuvi·es d'art, il n'est guère possible
à un homme éclairé d'admettre la thèse fallacieuse du progrès et de la
décadence en art. L'application des lois de la perspective et des règles
anatomiques par les artistes de la Renaissance correspondait au xvxe siècle
à un besoin de logique optique et permettait aux peintres de mieux l'éaliser leUI'S conceptions. Mais la perspective et l'anatomie sont des moyens•
techniques qui n'influent en aucune manière sur la qualité propre
des œuvres. Aussi ne peut-on pas faire grief aux fresquitas hyzantins 1 à
Cimabue, à Giotto ou à Donizetti, dont les préoccupations étaient diamétralement opposées à celles des Quintocentistes, de n'avoir point considéré
la peinture comme un art spatial l
(&lt;

J'ai c,isité la capitale sans habitation
Avec seulement des églises et des auto~
Et des jeunes filles en mal de confession
Elles dirent au jeune hom_me·qu' ell,es_ ac,~ient volé des fraises
Et monté des chevaux gris sans pe~igree
Et mangé des bêtab_ondieux pour c,oir
Puis çint l'absolution
Sortant elles dirent qu'elles avaient menti pour çoir •· •
(LES PIEDS SUR LE

GEORGE

BoNGARD.

Vision and Design, par Roger Fry (Chatto et Vindus, Londres).

�L'ESPRIT NOUVEAU

li est à remarquer que M. Roger Fry étudie l'œuvre de Giotto comme
celJe d'un arti Le conLemporain. Il e garde bien d'E.in drcrire le ujet
ou de tenter l'identification de per"onnage repré entés par l'arti te.
JI examine, par contr&lt;', le J is de compo ilion qui ont présidr à la mise en
œuvre de telle fre que. Il étudie les rapport d'angle et le rapports de
tons. li r·duit la « Pieta ,. de Padoue à l'état d'un chéma, voire d'une
figure géométrique. ne pareille méthode ltù permet de voir clair et de
dégager d'une œuvre de loi générales. Comme la curio ité et la faculté
de compréhension de L Roger Fry ne ont point limitées, il applique les
mêmes moyens de connai sauce aux formes d'art. les plus variées. L'art
nègre, l'art azt · que, l'art chinois, l'art per an, n'ont, pas pour lui de
secrets. Il a écrit les cho es le pluse sentie Ile ur Je bas-reliefs égyptien ,
dont la hardie e de con eption dans le traitement du corp humain ne
trouve orâce auprès de nos critique , ennemis du cubisme, qu'à cause &lt;le
l'inaptitude dont. témoignent ces messieur à comprendre la tructure
interne des œuvres, au si bien anciennes que modernes.
Le élément d'appréciation dont e ert, :\1. Fry pour juger l'art de tou
le temps et de tous les pays, lui facilitent l'intelligence des manifestations
modernes. Les éléments ont purement arti tique .. L'auteur ne procède
jamais par voie de comparaison de rœuvre dont il se propose l'étude avec
on pr"tendu modèle naturel. Il di Lingue d'ailleurs entre " l'art de perception'&gt;, qui con i te. implement à enregi trer Je impres ion vi uelle , et
cette forme supérieure de la création plastique qu'il appelle " l'art de conception )). i I
dessins prrhi toriques de caverne de Dordogne,
écrit M. Fry, atte tent, une grande habileté manuelle et de don d'observation hors ligne, il nou mettent cependant en pré ence de~ arti tes
a ujetti à leur vue et inrapable ôe transgre er la frontière de la connaissance ·ensorielle, l'homm préhistorique, pour ne citer que cet,
exemple, est un appareil nregi treur parfait. Le sculpteur · gyptien qui
dispose librement de la nature et n'hésite pas à dé axer un corps humain
par besoin de pl(&gt;nitud et d'harmoni est un créateur.
M. Roger Fry reconnaît que la pos ibilité de éparer l'élément figuratif
de l'élément purement plastique est une des principales acquisitions de
l'e thétique rontemporaine. Une œuvre t lie que la Transfiguration de
Raphaël (au Mus·e du Vatican) est établie au point de vue spi'rituel sur
deux plan bien di tinrt el emble former de ce fait un corp hétérogène.
Mais il suCfit de faire table rase de la signification extra-plastique du
tabl au en que Lion pour 'aperc voir qu'il con li tue un en emble parfaitement homogène et que se parties constitutives re tent indivisible . Le
gestes académiques et drclamatoires des per on nages campés par Raphaël
dans cette étonnante toil peuvent paraitre urfait et la figure mièvre
du Christ risque de lai er froids les catboliqu , les fervents et le plu
dévôts, mais l'œuvre ub isLera à eau e de ses vertu pla tiques. Par delà
le re\'êtement complexe de. attitudes, des draperies et des têtes d'expresion, le onnais eur authentique aura discerner le den e réseau de ligne
ab traites qui forment l'ossature intérieure du tableau. n tel livre e
pa e de ommenLaire . on importance duit, apparaître aux yeux de tous
ceu qui portent quelque intérêt aux probl · mes de l'art. Qu'il me uffi e
de dire que M. Roger Fry a dans son pays la réputation cf'un critique
réactionnaire et que les artistes t, écrivains groupés autour de Vyndham
Lewis lui reprochent, a timidité. Mais qu'adviendrait-il de :\1. Roger Fry i
la presse artistique française s'emearait de ses écrits ? La non-représentation dans l'œuvre de Raphaël ! ~•y a-t-il pas là de quoi rendre fou furieux nos braves ,·ieux chroniqueurs ou rrudits qui fl'licitent M. Jean
Marchand de quitter Je cubi me (sic) lor qu'ils ne reprochent pas à Donizetti d'avoir ignoré la per pective ?
\\'aldemar GEORGE •

xocs l'ROr!TONS DE r.'ACTl'Af,l'.l'l~ oc ALON Ul•:'l INOt:PE. OANTS POnt DON ER
DEL-X PORTRAITS rxt:DIT:, o·nEXRI ROl."S , EAC, OIT LE DOUA. lER, QL, ~TT _C'N DE$
PRINCIPAl' X MAITRES mlvfal:s l'Al.l LE SALON Il);', JNDl~PENOANT" •

PHOTOS OORNAC

�LE SALON DES IKDÉPENDANTS

Le Salon des
IHDËl'llHDAHTS
PAR

MAURICE

M

ALGRÊ

RAYNAL

notre désir d'accepter leurs bonnes raisons, ce n'est guère

que pour faire plaisir aux philosophes que nous faisons se. mblant

de croire qu'ils ont donné des preuYes décisives de notre
liberté. :Mais on peut leur concéder qu'il nous en ont parfois
procuré l'illusion, ce qui est quelque chose, et dont il faut se contenter
si 1/on ne s'obstine pas à vjser perpétuellement un absolu toujours contradictoire.
·
Cependant, parmi les illusions qui sont le plus susceetibles de nous
convaincre d'une liberté poosible et à quoi n'ont pas songé les philosophes,
l'on d1 it tenit celles que nous procurent les arts, les arts considérés, bien
entendu, sous certain aspect, aspect le plus légitime d'ailleurs, nous allons.
le voir.
L'art est fils de la sensibilité et la sensibilité moins que tout phénomène
upporte mal les l'ègleset leslois. Les manifestations spontanées semblent
si nettement constituer les fruits de notre personnalité qu'elles 11ous
appa:rai sent, ju qu'à un certain point, comme nées de rien, si ce n'est de
nous-mêmes. Ce1·tes, nous ne créons pas nos émotions puisque rien ne se
crée, mais à la façon dont tout de même nous faisons nos habits, nous
sommes capable de leur donner une forme particuliêre qui garde notre
empreinte à tel point que nul ne la saurait exactement imiter.
C'est dans cette tend an.ce hum aine que l'on pourrait peut-être trou \1er
un peu de liberté, mais à l'état de traces. Et c1 est ainsi que l'art est très
capable à 1ui seul de donner sati faction à cette exigence de notre entendement sensible, à condition qu'on ne le prive pas de l'exercice des seuls
attributs qui l'en rendeJ1t susceptibles.
Je reviendrai bientôt sur cette importante question. Pour 1in. tant,
notons qu'aux alentours de 1884, époque où fat constitué le Salon des
Tndépendants, les manifestations publiques de l'art se résumaient en une
ten.âance générale à supprimer toutes tentatives de la sensibilité au profit
de la conservation des formules dites LraditionnelJes, et généralement
opposées aux goùts sensibles de l'époque. En principe, l'on tenai~ l'art
dans les chainei. sans hii permettre de danser avec. Classicisme et Romantisme se partageaient la faveur des organisateurs des grands Salons. Mais
il s'agi ait, ,;urtout, d'un Classicisme et d'un Romantisme édulcorés,
adaptant seulement aux c~menances du grand public leurs caractéris-

1637

tiques les plus communes. C'était, en définitive, une tentative permanente
de vulgarisation des deux grandes formes traditionnelles de l'art, présentée
au moyen d'espèces d'analogies à la fac:on dont on enseigne l'électricité
dans les cours élémentaires en comparant, assez arbitl'airement, ses phénomènes à ceux de l'eau. De fait, le Classicisme et le Romantisme, rois
en coupe.s réglées dans les salons officiels, n'existaient plus que sous l'apparence de leurs aspects le plus C'Omroodes, et c'est ainsi que b.ercés dans
une ign.orance innocemment entretenue des ressources de leur sensibilité,
les spectateurs, habitués àneconsidérer que ce qu'on les menait voir, ne
soupçonnaient pas combien Part était en me ure d nous donner l'illusion
de liberté la plus plausible qui fut.
Or, lo soin de reconnaître, tout au moins collectivement, aux artistesle
droit de traduire en des œuvres l'expres:-ion de leur lib1'C sensibilité,
devait être réservé au Salon des Indépendants.
TI ne faut pas attacher trop d'impor.tance au terme un peu batailleur
d' « Indépendants ». Comme l'a dit M. Focillon, dans sa lettre à Joan
Epstein, l'art n cesse de se renouveler, non dans lapaixetle consentement
de tous, mais dans la violence et même dans le scandale..\fais l'on doit,
avant tout, considérer l'effort du alon des Indépendants comme une tentative où serait continue!Jement posé le problème de la réation artistique dans ce qu'elle a de plus primitif. Alors 'qu'en d'autres salons,
nous assistons à la patie11te organisation d'expériences artistiques répétées à satiété sur les sujets rebattus et à l'exercice du culte d'une induction anti-artistique, au Salon des Indépendants l'on trouvera Je foyer
le plus précieux de toutes les déductions hardies, de toutes les hypothèses spontanées de la sensihifü{,, peut-être au si une source d'erreurs,
mais d'erreurs très fécondes en tr01,1vailles extrêmement profitables.
â vec son indHférence complète pour les formules, le Salon des 1ndépendanl les autorise toutes. C est qu'au si les années s'ajoutant aux
années, nous sommes tenus de posséder aujourd'hui des connaissances
dont les ancien n'avaient aucune idée et dont la somme finit bien par
influer sur notre ensibililé. JJ suit de là que nous 110 pouvons plus posséder 1a candeur des anciens âges. Certes, toutes nos actions sont gouver·
nées par 1a sensibilité; c'e t pourquoi, sans doute, les cho es vont assez
mal et qu'il semble toujours très osé de représenter des entités telles que
Je Bien, le Vrai, le Beau, autrement que comme des X qui ne permettent
jamais de résoudre le problème. , 'lais la connaissance a lini par circonvenir à tel point la sensibilité humaine que, tout en conservant sa candeur
naturelle, elle semble avoir organisé elle-même une sorte de huœau de
recherche qui lui permet d'ordonner et de mettre à profit es ressources
personnelles, laissant à la raison, seule inspiratrice des tendance des
salons à jury et récomp~nses, le soin de fonctionner à la façon de ces écoles
sans élèves dont on a signalé la nécessité politique en Bretagne.
Mais si l'on a considéré le douanier Rou seau comme le type d'arti te
que pouvait meure en lumière un salon ouvert à toutes les tentatives,
il ne faut pas exagérer non plus la portée d'un cas unique et qui doit
demeurer exceptionnel. Le Douanier ne fut jamais qu'un peintre aimable
et plein de don . i'\ous ne pouvons le considérer que comme une sorte de
tribun du peuple illumint, capable de doone1· le coup de foudre à notre
sensibilité, mais à ce qui nous reste de notre sensibilité ancestrale seulement, et encore à condition que nous fassions un peu de violence ù ce que
notre cœur sait.
·

�1 38

L'ESPRIT

'O VEAC

Or, c'e t grâce à une orte de self-organisation de notre ensibi lit ' que
l'on a pu voir naîti•e aux Indrpendants les diHfrentes écoles: Impressionnisme, Fauvisme, Orphisme, Futurisme, Cubi me et Purisme, qui ont
toutes donné des résultats extrêmement importants. Et c'est ici que l'on
pourrait trouver les meilleures raisons contre ce reproches d'anarchie que
l'on a opposé aux tendances i.ndividuali te de l'art moderne. Loin de
con tituer des cal.'I uniques (le douanier Rousseau e t. plutôt le plus
doux des anarchistes), le tendances nouYelle., i ues des uéce siLés du
moment, ont Hé&gt; sanctionnée par les fforts d plusieurs arti tes. De
groupes se ont [ormés parmi des peintres de même àge et c'est à l'affrontement de leur, intentions sensibles que l urs diverses tentatives
onL dû d prendre corp, t de s'imposer. Fillrés à travers l s connaissances générales et particuliè1·es, leur efforts ont sans doute pu lai ser
supposer par in tant que d s concepts définis avaient pr ;c · dé leur exécution, mais il n'en est rien. Et si j'ai pu, moi-même, par des théories
nécessairement peu claire , entretenir cette illu ion, c'est que le travail d
l'esthétique n'est pa celui de l'art et que les mots qu'elle emploie ne
peuvent être consid · rés à la manière d'obJet uivant le mode de la poési ,
mais bien comme des signes mathématique destinés à toucher la rai on
plutôt que la sen ibilité&gt;. u si bien grâce à la culture de cette liberté sensible ans quoi l'art n est qu'un mot con idéré comme signe, le a Ion de
Jnd{&gt;pendants permet aux pectateurs et aux arti tes de confronter leur
per onnalités émotives sans jugements préconçu et sans points de repère,
tel que les décision de jurys ou le médai lies.
Ce sera sans doute la gloire des lnd ·pendants que d'avoir vu la nai. sance des grands mouvements picturaux du siècle. prè l'imp1·essionni me qui a recré' le lois de la technique picturale, 1~ fauvisme aura
amené &lt;les progrès con idérable dans la libre expres ion de la joie sen·uelle de volumes coloré , et l'orphi me conduit 1 s mêmes tendances ver
un idéalisme plu marqué. Le cubisme, lui, tempérera ce que ce recherche
pouvaient avoir de ensuellement excessit et posera le principe d'une
organisation nouvelle du monde plastique. Le purisme, enfin, sera le régulateur q_ui réus ira à accorder cette onception avec le resp et des éléments les plu· normaux de la sensibilité plastique. Le • alon des Indé·
pendants d 1922 affirme, une roi de plus, la vitalit· dece tendanc sel
l'on y retrouvera les rouvres les plus qualifiées pour les représenter. Le
toile de Friesz, Segonzac, Mor au, imon-Lévy, Lhote, Laglenne,
Gemez, Marchand, lix, Gimmi, Gozare, Grunewald, Valensi, L·gcr,
zenfant, Gri , Jean.neret, Medgyes, et les sculptures de Lipchitz, de
Mme Bongard et de Zadkine, Loutchansky attestent les progrès des effort
constants qui les animent. ans doute ces œuYl'e emblent-elles un peu
perdues dans ce grand palais, triste symbole d'une architecture embarrasflée de pierre dont el! cherche les secr ts et d'espace qu'elle ne sut
jamais comment couvrir. Il raudl'ait adorner son fronton d'une allégorie
qui pourrait avoir académiquement pour titre: ,, l'homme qui n sait que
faire de e mains 11. Mais il faut espérer gu les Indépendants ne se laiseront pas gagner par l'atmo phère du heu, qu'il seront toujour ouverts à toutes les initiative. et qu'ils con erveront le soin très pieux d'enlr Lenir ce renouvellement c.onstant de l'art qui, en cl •pit de l'académisme, constituera sa plu saine tradition.
Maurice RA Y.NA L.

LE SALON
DES I~DÉPENDJ-t\.NTS
Ce!·tain de 110 lecteur'i e sont plaints de ne pas !'oir l' Espril .VouCJerm
p:1blzer d'œuvres moderne rhoi't'.es en dehors de ce qu'il esl ronçentL
d a~peler l&lt;'s m_mwement cnbistf&gt;s, puri tes, etc ... Yonç fai,sons droit ci leiir
désir en pu/Jlmnt aujourcl'hui un nombre important de reproduction
à.' œ1wres d1• tout esprit choisies parmi c,,lfes c.~poséos a•t alon des f ndépendants.
Les seize pages snivantcs remplacent la reproduetion en co11l •urs 7l ,ibituelle .
.\'. D. L. R.

GOZ.\HE

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LOUIS FAVRE

Nature morte

�SURVAGE

Portrait

BISSIÈRE

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Collection

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I:C'C-ALBERT llOREAU

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OZEKFANT

Collectio11 l;éonce Ro9e1wcrg

�LES LIVRES
PAR

MAURICE RAYNAL, FRÉDÉRIC MALLET
JEAN EPSTEIN

JEAN BIUSCATEL :
IEYERDT :

LA TIIST&amp;,SI DIS PITES (LIBRAIRIE PERRIN}. -

CŒUR DB CldftB

(ÉDITION SIMON). -

LOUIS DELLUC :

PIEIRE

CHAR.LOT

(ÉDITION DE BRUNOFF).

J

été si magistralement étourdi par les louanges qu'avait bien
voulu me décerner M. BoJJscatel dans la dédicace de son livre,
que j'ai dû mettre plusieurs mois avant de reprendre la plupart de mes sens. Par bonheur, j'y suis parvenu três compfêtement. A tel point même que j'ai fini par m'accoutumer si bien aux éloges
qui m'ont été distribués qu'il me semble, tout compte fait, que M. Bouscatel a raison. Aussi tiens-je à prévenir les auteurs qui ne me traitero11.t
pas d'éminent critique ou de prestigieux écrivain et qui ne m'enverront
pas leurs livres en toute humilité qu'ils n'auront à compter ni sur ma
complaisance et encore moins s:ur ma pitié.
_
Et maintenant quelles raisons ont pu déterminer l'auteur de la Tristesse
des Fétes à envoyer son ouvrage à !'Esprit Noupeau? M. Bouscatel s'est
réservé l'exclusivité de chanter l'amour comme une dame peintre se distinguerait dans le culte spécial des pivoines ou des petits chats. Et sur ce
sujet, se déroule la cohorte des soirs et espoirs, des jours et amours, des
étoiles et des POiles et en général de tous es accessoires bien connus d'ut
genre qui est àla poésie ce qu'un conte est à une action. Quoiqu'on puisse en
être surpris, le cas de M. Bouscatel est indénombrable, et l'on reste stupéfait à la pensée que tant de poètes n'aient jamais lu ni Rimbaud, ni
Mallarmé, ni même, je ne crains pas de dire au pis aller et si l'on se reporte
aux tendances de l'auteur de la 'Iristesse des Fêtes, à Heine et Laforgue.
Mais il faut, je crois, désespérer de faire jamais comprendre aux poètes élégiaques que la figure du monde moderne exige que la poésie ne sQit plus un
prétexte à pleurnicheries et à racontars sentimentaux, parés de mots em•
ployés en méconnaissance absolue de leur valeur significative ou plastique,
mais bien le choix de certains éléments de la vie, élus par l'imagination
comme susceptibles de nous frocurer une émotion d'ordre :pratique et
non sentimental. M. Bouscate ne semble pas savoir que la poésie est avant
tout un art et qui comme tel s'est renouvelé sensiblement depuis Gilbert
ou Arvers. Et, à travers les platitudes de son livre l'on perçoit qu'il ignore
absolument que la sensibilité humaine et la langue française sont des
mines inépuisables dont grâce aux transformations de la vie les véritables poêtes réussissent à tirer soit les pierres précieuses les plus éclatantes,
soit les sujets d'émotion les plus impressionnants.
'AI

89

�1656

1657

L'ESPRIT NOUVEAU

LES LIVRES :

***

vers, ceci est à voir. Tout dépendra de la façon dont Charlot se laissera
manœuvrer par sa gloire. Les œuvres de tous les artistes attestent en
vieillissant un penchant à larmoyer. Il ne faudrait pas trop appuyer comme le fait Delluc sur « la tristesse profonde de Chaplin i). Et quant à la
Vie de Chien ne nous attardons pas trop sur certains couplets sentimentaux, crainte de perdre de vue les étonnants efforts d'imagination qui sont
la vraie part de création de Charlot. Voyez Le Gosse : l'on songe déjà
aux Deux Gosses. Charlot pleurant de vraies larmes, quelle erreur. On ne
rit _plus devant ce Charlot-là, il est donc bien près de devenir ennuyeux.
Quant aux propos de Charlot l'apportés par Louis Delluc, ils n'ont rien
d'intéressant. Charlot ergote sur des sujets sans conséquence. En définitive ce que l'on aimera dans l'œuvre de Louis Delluc, ce sont les véritables
petits poèmes qui sont la transposition des films et en quoi l'on retrouve
sous une autre forme l'humour de Charlot. Lisez cette Vie de Chien qui
commence en ces termes : &lt;t Il y a toujours un policeman dans le voisinage
d'un terrain vague. Et Charlie est à l'intérieur. » Louis Delluc réussit à
percer les intentions de Charlot de la manière la plus sûre et à les exprimer littérairement de la façon la plus cinématique qui soit .

Pour en finir je conseillerai aux poètes sentimentaux de lire « Cœur de
Chêne i&gt; que vient de publier Pierre Reverdy, aux Editions de la Galeria
Simon. !ls verr~~nt co~bie_n_J'art _poétique_doit au respect qu'il a de soi
de réussir à clanfier, à s1mplif1er utilement toutes les suggestions de l'imagination si ~iche soit-elle. ~ierre Reverdy ne raconte pas. Les poèmes de
Cœl!,r de Chene son~ des act10ns sobres et soutenues comme toute action.••
Les él~ments poétiques ~'il _choisit et réduit à la pureté de leurs formes
essentieHes sont ordonnes SIDVant un rythme qui est le sien c'est-à-dire
qui ne s'inspire d'aucune méthode à la façon dont son souffle s'accommode de la marche que dirige sa volonté. Et c'est ainsi que le poème
devient chez Reverdy l'expression d'une sensibilité toute personnelle qui
per~oit l'émotion.et d'une imagination qui la revêt suivant ses moyens.
Lisez le Chemm du pas ; vous sentirez et verrez comment le poète
dévoile qu~ 1:ambiance est pleine_ de faits qui échappent à qui ne jouit pas
du sens poet1que et surtout à qw ne possède pas l'imagination lumineuse
et pure de Reverdy.

... le mystère des portes
On franchit l'émotion qui barre le chemin
Et sans se retourner on va toujours plus loin
La maison ne suit pas
La maison nous regarde
Entre deux arbres
Sa cheçeZure rouge
Et son front blanc
Le silence s'attarde
Et le meilleur critérium. de la simple grandeur de l'œuvre de Reverdy
c'est qu'il arrive, passez-moi la comparaison, qu'à la lecture de tel de se~
~oêmes l'on, se de_mande P?ur_quoi l'on n'avait pas pensé aux objets poétiques que 1 émotion peut mc1ter le poète à créer, à la manière dont nous
nous étonnons qu'il ait fallu Pascal pour perfectionner la brouette.

***
Uon é_crira sal!-s doute des études en quoi l'on montrera comment l 1art
de Charhe Ch~plm se rattache à ceux de Footit, de Little Tich et de Drane~ e,t combien son ~umour possède de caractéristiques personnelles,
mais l ouvrage. de LoIDs Delluc sur Charlot constituera un excellent prélude_ à ces essai~. Dell~c, en effet, détaille en des petits tableaux aussi
précis que des films meme toutes les émotions que suggèrent au spectateur
les moyens nouveaux créés par Charlot.
At:1: surplu~, l?in de présente~ le joreuX; comique comme un tragédien
pon?if, à qui d aucuns voudraient faire Jouer Hamlet (quelle sottise 1),
Louts l_)elluc ne per_d pas non plus le lecteur parmi des détails oiseux. « Il
a été dit que ce petit anglais de Los Angeles avait failli naitre à Paris d'un
père anglo-s~on et d'une mère espagnole, or nous voilà fixés et n'en voulons pas savoir davantage.
Toutefois quan~ Delluc ~outient qu'au contraire de Molière qui devint
ennuyeux sur la fm de ses Jours Charlot ne tombera jamais dans ce tra-

Maurice RAYNAL.

SAMUEL BUTLER:

AINSI VA DUTB CIIAIR.,

TRAD. VALÉRY LARBAUD

VIYIAN GRETOR : UR JOUR•••
BT D'AUTRES (E. SANSOT, ÉDITEUR). - MARC-ADOLPHE GUtGAN : t'IRYITATION A LA. FSTI PRIMJTIYB (ALBERT l\lESSEIN, ÉDITEUR). - GEORGES

(NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, ÉDITEUR), -

MEREDITH:

SHAGPAT RA.SB

(NOUVELLE REVUE FRANÇAISE, ÉDITEUR),

TRAD. HÉLÈNE BOUSSINESQ ET RENÉ GALLAND.

Erevlwn, le premier livre de Samuel Butler, est un peu décevant. Fait de
pièces et de morceaux, écrit de fa(;on évidente en réaction co.ntre l'espèce
de moralisme frigide, et d'ailleurs superficiel, qui sévissait durant l'ère
victorienne, il porte justement la marque de cette période révolue. Les
descriptions - de premier ordre - écartées, tout ce qui reste a été, en
Angleterre, si fortement dépassé depuis que l'intérêt que Samuel Butler
pouvait avoir paraissait purement .rétrospectif.
Mais voici mieux, voici plus homogène, plus substantiel: unroman solide, bien construit et d'une pensée plus ordonnée.
Ainsi va toute chair est, comme ErePhon, une satire très dure, âpre même
avec une ardeur polémique sur la nature de laquelle on ne peut se tromper: ce roman est une vengeance. Vengeance contre l'autorité paternelle,
contre la brutalité dont les pères anglais usent envers leurs enfants. Vengeance contre l'esprit de l'église protestante anglaise et sa médioc1·ité
fréquente. Vengeance contre les femmes. Vengeance contre tout ce qui est
artificiel ou mensonger. En disant de Samuel Butler qu'il fut un romantique aitardé on ne le définirait pas. Il a la tête parfaitement froi~e et la
volonté intacte. C'est un fils bourgeois de Dickens et aussi - on le sait
par sa biographie - un colonial qui a connu la vie large sur des terres

�LES LIY.RES DE SCIENCE
PAR

1658

L'ESPRIT NOUVEAU

neuves et qui juge en homme fort les basses hypocrisies, les tares mesquines d'hommes faibles, vivant à l'étroit dans des cadres usés, une destinée plate et morose.

JEAN EPSTEIN

B.OLE DIS COLLOIDES Cllll LES !TRIS YlYAl(TS
CISSAI DB BIOCOLLOIDOLOGIE&gt; (MASSON ET Cie).

AUIUSTE LUMltRE

O

retien_t bi~n _dans P~cal la séparation entre esprit de finesse et
de geometne, et bien trop on croit à cette philosophie de
persévéran_ce co~e _un c~téchis1;11e. Le vrai J!laisir de l'intelligence est fm et geometre, 1 un rammant son existence à 1' autre
et l~autre à l'un, ou _pl~t?,t ins~parables, su~erposés, le sentiment étant
le signe ~e.la c~ose s1gmfi~ qm est gé_ométr1que. Quand je fais manœuv~r 1~ s1~ene a voyelle_s, 11_ faut _que Je s_onge au plain-chant grégorien
~ d e~tun~r ~ette m~camque a sa vrrue valeur qui est d'échelle huID81IlA c ~st-a-dJ.1'0 sentimentale. Ce cumul de deux: réalités est aujomd'h~1 md1spensable à la réalité complète, comme pile et face dos à dos
se tiennent.
Cette profonde poésie géométrique on la capte prês de sa source dans
l'~mvrage de M. Auguste Lumière : Rô/,e des Colloïdes chez les Etres
11wa!f,ts, Une idée générale, légitime et solide: L'état colloïdal conditionne
la vie. La floculation. défe:mine la maladie e~ la mort, filtre à travers chaque '
page, et chaque expenence de M. Lllillère s'en illumine à l'intérieur.
Ayant exécuté, en 1919, 1~ Mythe des_ Symbiotes, l'auteur, mis en goüt
de _massacre, _condamne a un;0 pareille mort toute une mythologie:
tox.me, apotoxme, anaphylatoxme dont on se servait bien depuis Richet
Ro~x. Besred~a, pha~tasme~ nés P3:1' la commodité d'une hypothèse'.
A I an~phylaxie que l empl01 quot1d1en des sérums les nombreux cas
de choc ~aum3:tique obs~r~és pendan~ la guerre, c~rtains empoisonnements al~e~taires, ?nt nv~e au preIDier plan dea préoccupations médic~es, la bibliog!ap~1e ré,urue en témoigne, M. Lumière trouve le prem!er une exp~ca~1?n etonnamment génér,ale, dépouillée autant que
f8.J.l'e _se peut d art1fwes. Elle est due au phenomène de floculation des
collo1des. _De ces colloïdes que nous et toute vie sommes, le,a micelles ont
l~ur mamêre d_'adolescence, de maturité, de vieillesse et de mort. Leur
vie est notre vie, leur coagulation, notre pathologie et notre mort. C'est
ainsi que l'auteur découvre une origine commune à tous les accidents
pathologiques, et l'étaye, la variété des manifestations morbides au lieu
d'embarrasser sa vie unitaire, servant à éclairer les formes et 'les circonstances diverses de cette floculation. Une si vaste thêse et la foule
d'ob~erv~tions qui Y. aboutissent ou en partent, ne peut guère être réSfil;11ee. L ayant_ lue, il !aut r~marquer combien cette hypothèse,, ce n'est
~u une hyJ?othese souligne 1 a_uteur, et, n'est-ce pas, toute certitude est
a grand peme probable, combien cette hypothèse est harmonieuse pure
indépendante. Si nous n'assistons plus à ces querelles sur les c'ontra:
dictions magistrales de la science dont Paracelse Jérôme Fracastor
G~en ou C'.'-1&gt;~is ou Gerdy_ 9u n'ill:1potte lequel de tant d'autres écri:
vaien! les diatribes, néanmoms la biologie est, aussi aujourd'hui, tourmentee et pousse des branches folles en tous sens. On se demande toujours si la vérité est possible. Et les livi'es qui contiennent un système
d'ensemble autoritaire doivent nous être bienvenus.
C~ ~ui im1;&gt;orte. davantage,. c~ R6le des colloül_es, avant même d'être
un,I1v1e d~ b10log1~te, est c~lm d ~m grand médecm. Carrefour de projets
therapeutiques qUI pourraient bien changer le visage de la médecine
même ce Yisage pharmacien qu'elle montre au malade.
'
Çolloides, vie. Ce _pas !ait et admis, e~p~rons les autres qui nous condul.l'&lt;:mt, dans combien d années, aux chimies de la pensée et de la sympathie.
N

Madame Vivian Grétor prolongeet continue Renée Vivien. Renée Vivien
était plus poète. Madame V. Grétor a de la grâce assez musicale pour habiller ses émois ou décrire ses amies.
11 y a dans son recueil des sentiments fins et nuancés. Il y a bien aussi de
la tristesse au fond de tout cela :
Voudrais-tu, Poésie, en devenant Bonheur,
Nouvelle illusion, combler en moi le vide .
Des chagrins, des douleurs de passion morbide.

***
Le livre de M. Marc-Adolphe Guégan est un recueil de sonnets. Il y a
enoore d'honnêtes travailleurs du sonnet. Il faut saluer ces hommes courageux qui maintiennent une si heureuse tradition. On peut faire tenir
tant de choses en quatorze vers l
M. Guégan se donne d'excellents conseils :
·
Vis donc 1 Trouant le ciel de ta fière stature
Sens s'affermir en toi l'animale ossature
Jadis si frêle au jardin du pensionnat.
Fuis le charme spectral des blondes Korriganes,
Tout ce qui, trop loin du bèau réel, t'emmène,
Et sois reconnaissant de vivre à tes organes ...

Shagpat rasé est la première œuvre en prose de Georges .Meredith.
C'est une œuvre de jeunesse. C'est un livre très amusant, d'un esprit très
fin et d'une ironie non moins fine.
Meredith a pris le merveilleux oriental, avec sa poésie mais aussi ses
invraisemblances1 et il en a fait la satire. C'est, si vous voulez, une sorte
de A la manière de, mais pas en raccourcis, en traits légèrement forcés, en
tics familiers, isolés et montés en épingles. Meredith blague à froid, sérieusement, lentement, et au moins, çà et là, s'amuse visiblement en s' efforçant de ne pas le laisser voir.
Il y a des princesses, des princes, des rois, des pouvoirs magiques - que
magiques ! - des aventures et des aventures dans cette parodie satirique.
Tout cela scintille, chatoie, tourne, vire de façon fort divertissante et
même parfois fort belle.
Shapgat rasé est tout à fait à part dans l'œuvre de l'écrivain anglais.
Comme le disent très bien les traducteurs on y sent déjà cependant le
Meredith de l'avenir.
Frédéric M ."-LLE'l'.

Jean EPSTEIN,

�.
THÉATRE

1

PAR

FERNAND DIVOIRE

'

1

01 SOURIT ; Ofl PLIURNICBB. LOUIS XI, CURIEUX B.0111

P

A.UL FORT a quelque chose de oomI?-un avec Strindberg. Il est
toujours maître de sourire et de pirouetter. _C,e rapprochement,
d'ailleurs, uniquement parce que le souverur de la Danse de
nwrt m'est encore proche.
. .
Il y a dans cette œuvre de Paul Fort, deux choses bien d1sti_nctes : . , .
10 Un drame· un drame assez noir, comme ceux des poet~s qu1 ecnvaient du théât;e poétique pendant qu'à côté d'eux on pleurait au mélo-

dr~Les ornements de ce drame. C'est ici que Paul Fort trouve sa voie,
s'il ne la suit pas au point de planter là, oarrément, son ~a~e ..
Ces ornements sont d'une fantaisie délicieuse. Je_ di_rrus b~en s~ak~pearienne si on ne l'avait déjà trop dit, et s'il ne suffisait de dire enJouee,
ailée et juvénile.
.
Qu'un vieux due de Bourgogne meure, et c'est auto~r de lm une sarabande de ses fous de colll', qui sont comme autant de lutrns, comme autant
de petits génies du rire. Ils vont, dansent, et chantent
Rien n'est plus fou que la mort...
Au dernier tableau, on trouve un Paul Fort presque inatten~u. Tandis
que, dans la coulisse, o~ crie ; (( ~a guerre l la guerre 1 » un Vle~x mendiant qui rappelle ?elm de Bo:is Godounoff, lamente et maudit. Et la
vie continuera le ndeau tombe, avec ses guerres.
Paul Fort s~uvent monte au delà de sa « gentillesse ». Il faut le noter:
Son aisance,'le reste du temps, s'explique par 1~ sé~urité d~un homme qw
ne cesse point de s'appuyer sur l'âme du terroir, c est-à-dire sur quelque
chose de solide.
La mise en scène est du Gavault de luxe.
.
A noter : le succès de la pièce auprès du « grand public ».

* **
PELLÉAS ET MÉLISANDE, de Mœterlinck, a été joué au grand t~éâtre
des Champs-Elysées, sans ID:usique de Debrusy et avec une belle nuse en
scène de M. de Salzmann, decorateur rruse.
PeUéas on le sent à la représentation « parlée», est doué d'une excellente rapidité d'action. Les scènes ne sont pas développées par les cheveux jusqu'à satiété. Chaque scène est un acte.
. .
Il fallait donc des décors qui n'immobilisent pas; il fallai~ u_ne rap1d1té
de décors. M. de Salzmann l'a trouvée. Ses « moyens » prmcipa0:x sont,
comme matière des rideaux noirs et un exhaussement de la scene. La
mise en valeur e~t donnée par des lumières. J'ai eu à décrire les décors de

Pelléas.
Ainsi:
dl·
'd
« Quand le rideau, où sont agrandis des cavaliers. e a ta]?1Sser1e, e
Bayeux, est ouvert par une théorie de servantes en n01r, on voit la scene

1:..

THÉATRE

1661

exhaussée de quelques marches. Ainsi quand le soleil se couchera il pourra
descendre vraiment derrière l'horizon.
&lt;&lt; De chaque côté du proscenium une colonne de lumière, blanche ou
bleue selon l'heure, agrandit encore le vaste cadre.
« Les décors ? Deux plans de rideaux noirs pouvant s'ouvrir par moitié, des silhouettes d'arnres noirs quand il faudra une forêt, le minimum
d'accessoires réalistes (margelle de fuits, tour, lit). Et puis des lumières.
Parfois, au-dessus du sol sombre i n'y aUl'a rien dans la grande scène,
autour des personnages, qu'une profonde étendue de lumière.
« L'éclairage, dans les plis des rideaux entr'ouverts, donne parfaite•
ment l'impression d'une grotte sans fin. L'éclairage encore, sensible aux
nuances, peut varier comme les états d'âme des personnages.
« Et la toile de fond ? Je n'ai pas vu de toile de fond. Pour la première
fois mes regards n'ont pas été arrêtés au théâtre par un mur devant le~el
on a mis de la peinture; pour la première fois j'ai eu l'impression de 1infini sur la mer et de la forêt illimitée. Ainsi la suppression des accessoires
m'a mieux donné que les cartons-pâtes réalistes, la sensation d'un paysage

vrai. »
Une seule réserve : une tour de toile peinte, qui au milieu de ces beautés
intelligentes et schématiques apparait un peu comme une tour de guignol.
Dans ces décors, on aimerait entendre Tristan après Pelléas. Les dimensions seraient plus encore à «l'échelle n.
*

**
LA MAISON DE L'HOMME, par Victor Margueritte au Théâtre Antoine.
Un sujet grandiose~ s'accorde justement avec un des sentiments les
plus répandus aujourd hui: l'importance de l'enfant, comme lien entre
l'homme et la femme.
M. Victor Margueritte a traité ce sujet par des moyens du théâtre quotidien, et il s'est donné des facilités de conclure en rendant tuberculeuse
la femme bréhaigne.
Mais l'entrée de l'enfant au théâtre est une « date ». NoUB en verrons
d'autres.
***

LE PARADIS FERMÉ, par M. Hennequin, à l'Athénée.
On rit. On loue l'acteur Brasseur.
Eléments du rire : des mots, un homme qui met les pieds dans tous les
plats, des quiproquos.
***
LE Cousrn DE VALPARAISO, par M. Fonson, au théâtre des Arts. On
sourit. On s'attendrit.
.
***
AIMER, par M. Paul Géraldy. A la Comédie française. Un mari fort et
tendre, à la Georges Ohnet, rattrape sa femme - de justesse.
On pleurniche.
Fernand DrvornE.

�MUSIC-HALL

MUSIC-HALL
PAR

RENÉ BIZET

La directrice,
Le spectateur.
La directrice. - Asseyez-vous, monsieur le spectateur, et dites-moi
quelles sont vos impressions sur mon spectacle.
Le spectateur. - Je ne suis pas habitué à tant d'égards. Laissez-moi le
temps de rassembler mes idées, si j'en ai.
La directrice. - Puis-je vous y aider ?
Le spectateur. - Je vous en prie ....
La directriœ. - D'abord, vous êtes-vous amusé ?
Le spectateur. - Je ne me suis pas ennuyé. C'est déjà beaucoup. Je vous
sais gré de ne pas laisser à l'esprit, ni aux yeux, le temps de se fermer,
même sur une belle image et d'être si prodigue de beaux décors et de
belles couleurs qu'on se croit à la vitre d'un wagon, dans un pays à surprises.
La directrice. - J'aimerais pourtant que vous fussiez moins ébloui :e.t
capable de juger avec plus de calme.
Le spectateur. - N'en demandez pas tant encore. Quand vous me présentez un sketch qui a la prétention de fixer mon attention, je m'ennuie.
La directrice. - Nous n'avons plus d'auteurs gais.
Le spectateur. - Peut-être ne trouvent-ils pas de moyens nouveaux
pour me faire rire.
La directrice. -C'est possible. Mais je les essaye tous, cependant.
Le spectateur. - C'est votre erreur. Pourquoi croyez-vous que le sketch
ou la scène dite &lt;&lt;comique» est indispensable au bonheur de votre clientèle.
La directrice. - Je ne peu~ pourtant pas, d'un seul coup, les effrayer
par un total bouleversement.
, Le .spectateur. - Vous raiso:nnez comme un. fumeur obstiné. S~us le
prétexte qu'il ne peut pas, du Jour au lendemarn, cesser de fumer, 11 contiime de griller quarante cigarette.s dans sonaprês-midi et sa sofrée, trentehuit quand il s'obserye ... Et il continuera jusq,u'à ce que mo~t s'en~uive. Il
faut avoir la volonte de bouleverser et y preparer un public, qm ne demande que votre hardiesse.
La directrice. - Vous ne voulez pas me confier des capitaux?
Le spectateur. - C'est votre dernier argument. Il serait facile de vou.s
citer l'exemple des tentatives qui ont réussi, au cours de ces dix dernières
années, les ballets russes et la chauve-souris ... Mais vous devinez comme
moi que c'est précisément votre routine qui causera votre ruine. Laisijez-

1663

moi vous dire que vous ne cherchez point. Je viens moi-même â'assister
à l'Olympi_a à un spectacle qui devrait vous fournir d_e quoi émerveiller
votre public pendant une demi-heure. J'ru. vu une danseuse américaine
Nina Payne et son jazz-band; j'ai vu Walter et Briant, deux excentriques
et si j'avais eu la charge d'un établissement tel que le vôtre, je les eusse
engagés sur le -champ.
.
La directrice. - Pourquoi faire ? Recommencer le numéro de musichall ? C'est d'une originalité douteuse. D'ailleurs, en Amérique on ne Iait
pas autre chose. On demande aux clowns de commenter la revue et aux
acrobates de s'adapter à l'actualité. J'ai vu une scêne sur la Conférence de
la Paix où figurait une danseuse sur la corde raide. Ce que vous allez me
proposer exige beaucoup d'_argent. Tous les artistes que vous remarquez
réclament des cachets que Je ne puis donner. Par conséquent ... Et puis
nous ne sommes pas ici pour imiter les Américains.
Le sp_ectateur. -A beau mentir qui vient de loin, Madame, si j'ose ainsi
m'exprimer. Je vous parle France, vous me répondez Amérique. Mais
serait-il donc bien difficile de créer un genre qui nous soit propre ? Vous
ne comprenez pas que vous avez sous la main les éléments les plus rares et
qu'il vous suffirait d'un peu de bonne volonté pour les rassembler et nous
donner un spectacle neuf.
Avez-vous vu les Brigands d'Offenbach ?
La directrice. - Vous me parlez d'une opérette. Il faut s'entendre!
Le spectateur. - Il y a des trouvailles qui pourraient, si vieilles soiente~es. vous être _util~s I Le chœur des bandi_t~ qui se moquent des carabirue!s, tout en_ iri:m1que douce~r ou en risibles éclats, permettrait de
plaisantes variations sur des themes actuels. Malheureusement, directeurs
et acteurs ne voient rien, ne regardent rien et ne copient rien.
La directrice. - Recommandez-moi le plagiat.
Le spectateur. - Je n'y manque pas. On ne copie jamais d'ailleurs, mais
tout artiste est un bon estomac qui assimile. Il croit copier la vie. Il la
déforme heureusement. Et la nature ou les hommes sont si heureux de
cette déformation qu'ils la recopient à leur tour en la redéformant. C'est ce
qui fait_qu'on peut encore aujourd'hui écrire ade l'amour ou de l'argent&gt;&gt;.
Le music-hall, quand il aura su se créer une personnalité particulière, fournira au théâtre un modèle qu'il copiera et qu'il transformera peu à peu.
Voilà pourquoi nous devons nous y intéresser. Et dans tout cela, je ne
vous parle pas de l'utilisation du cinéma, à quoi vous ne semblez point
prendre garde. C'est dommage.
La directrice. - Quoi ? vous voulez mélanger les genres ?
Le spectateur. - Nous sommes à une époque où il faut tout mêler dans
la même boite pour voir ce qu'il adviendra de ce mélange. La machine se
heurte avec l'esprit ou plus exactement l'esprit ignore l'esprit de la machine. Nous entendrons des bruits nouveaux, vous voyons des formes nouvelles, tout cela se confond. Il faut faire un puzzle. Au plus intelligent decréer avec ces découpures quelque chose qui, tout en tenant au passé,
soit du jour, caractérise notre siècle. Au spectacle, c'est votre œuvre.
La directrice. - Merci I L'entracte est fini, retournez à votre plaGe.
Le spectateur. - Je n'y vais pas manquer. Aprês tout ... c'est encore plus.
intéressant que du Pierre Wolf 1
La directrice. - Flatteur t
Le spectateur. - Non... demandez à Wolf.
René BIZET.

�PAR

AIJIERT JEANNKIIET

...

ao•a•a..-■

Wl&amp;RB
Cens-ci. aont pU'Dli lea rues qui appol'.ient dea faite JlOllflaûotpnïaateur, M. Jean Wiéner, estime, à jute tiln, ~•une tillé
eoneert eet ~ t le lieu de rencontre 8' de confrontation
lltbétiquea et de9 rialiaatiom nouvelles de ran muical. Fêlioi_.
d'Oke non aeolement ua interPrète de grand_ talent et on pianilte l9IIUlf,o
aual,lê, maïa aUIIÎ de hdlœr·èe rappef-là ~.• oonfrèrel. No111 _...,
:iom.boraer aujourd'hui à men&amp;nœr tiOis pointe l8ûlemeal dèt ~
pammea de Jean Wiênel'i. L'Ol'Clluln Billy ArnAoW.-Cake-Walk: dame nègre. Jazs-llilnll.!-l"f
là, la musique fixe l e ~ au aol, mais tout, dans la musique, y_~
'1 trépide aoua l'act.ion cfu ~ e . Cela devient~ un ronflemeal..,.
__
~ one détente ~ é e dea articulatiom. Ceue musique, o'êif.
. . - de rioheaaes auditivea comidérable : un violon, ua aa:mphonlt(
• pl8DO, une c1arineUe, une fltie, la batterie forment à eu ll8UÙ toal
OICheatre nouveau, ~euni par un choix typi41!e dea matrmnenta, perll'llf3
lumonie due à dea tùnbrea caraeUria\iquea. La batterie : bruiteul8
NUNle avec la cymbale oula grOll8 ~ a l e
aveolaOIÎlll8tle 1Hù,
•tiritê aux rap~ voublante. CHte
• tout 'Oil 8l'l8Ml i. &amp;
.,,•..,,,...,. d&amp; ~ . rAn@tMlie Lei an
el a•êmeuven~ ~
mventive dono, • • ti"!8t ê ~ e t ID01ffementée que ceJJëflei~
elalre de Billy: f i De la musi~ tout ooun. Lea blam,a onl •
mil6 le Jan-band et en ont fait un art. Billy Arnhold elsea oinq1JM11lelas
eat 81111J191D8lll le meilleur jaa que Paria eDtende de longtemp1. Leœà!~
tlanle, le blanc marche. Tou deux replacent. le rythme à sa bu!': Ili!!(
t]qaiologi~- n y a enoore trop de muaiqœa attard6ea, qui •'MioJell
laù&amp;e de n.oiDM.
La mêlodie de folk-lore du juz est p ~ U e . rarement
BIie ~ plaœ commodémeœ dam l'o
• Une mêlodie qu'onNlild
QD8 bonne mêJodie. C'est un profiL
A las.De dea .Aplea1tieDa (d6oembre 1811).

Alban 1SUJIIDll'J'.

�PRO CINÉMA

PAR

LOUIS DELLUC

Le fait est qu'il n'y a pas encore un cinéma français. Pourquoi ? La Franc~ renai~ en s~ie~c~,. ~n tac~ et en art et se
retrouve, épanouie apres avoir ete dispersee dans le rayonnement complexe
son intelligence éq~ibrée. ~a peintur.e
française, la sculpture française, la poésie îrança1se, la musique française même, jaillissent en incomp?J'ables .fusées. Et le
cinéma - on vient de prouver que cette mdustr1e est un art,
on vient de prouver que cet art vient de France - ne porte
pas la marque harmonieuse de chez nous.
.
,
Certes, notre égoïsme de spectateurs n'est pas encl!n à ~eclamer des œuvres aérées, amples, neuves et fortes d une mfinie simplicité comme certains films de :?3-om_as Inc~, de
D. W. Griffith, de Selma Lagerloff, et la serie demesuree de
leurs semblables cinégraphiques renouvelle chaque jour à nos ·
yeux un spectacle de haute séduction. Le _ch:3-1"n:e, ayentur?,
action, espace - qui se dégage n'_e~t pas d1mmue,. lom de la,
du fait que ces larO'eS compos1t10ns usuelles viennent de
Stockholm, de New-York, de Los Angeles ou d'ailleurs. Mais
il importe de s'inquiéter, car cet cc aille~rs )&gt; peut ·s',étendre encore et joindre aux centres transatlantiques ou d outre-Manche des centres disons plus centraux.
Nous sommes tous d'accord, n'est-ce pas ? pour demander
qu'il y ait un cinéma français qui soit français. C~ n'est encore qu'une espérance mal~eureusement._ Croye~ bien qu~ ce
n'est pas dans le monde cmémato?r.a1;hique q~ on se preo~cupe le moins de cette conquêt~ des1ree. 1~ y regne une act~vité touchante. Les artisans qm ont la régie de ces efforts temoignent d'une bonne volon:é qui désai:me. Vous, me direz
que les artisans du moyen age ont bâti les cathedrales de
France. La foi les animait. Ceux d'aujourd'hui n'ont pas .la
foi, et pour deux ou trois qui se proclament gonflés de gérue,
quelle étroite pensée occupe le labeur des autres ? La plupart

de

1667

sont bas. Ah! ce n'est pas moi qui vous conseillerait de tolérer
leur bassesse.
La cohue exotique qui envahit les salles de Paris, les spectateurs étrangers qui assistent aux rares apparitions de nos
films dans leurs pays, ne cachent pas leur consternation devant cette misère. Drames puérils mal adaptés de mélos au
rancart, comédies pesamment sentimentales accouchées d'un
vieux fond de théâtre bourgeois et désuet, farces lugubres ou
trépident les épaves de nos cafés-concerts, que sais-je encore ?
Mais le procès de ces tristesses n'est plus à faire. Et je vous demande si après un peu de réflexion, j'allais dire de contrition,
vous n'estimez pas vaines vos colères contre ces artisans.
Avez-vous élevé la voix, tous, et avec insistance, ·quand
l'écran vous livrait telle navrante inutilité du crû français ?
Non, tous, intellectuels, artistes, meneurs de cerveaux:, vous
avez moins combattu que le populaire. Les spectateurs de
Wagram et du Colisée se dépensent en cri d'animaux, mais
aussi bien en l'honneur d'un essai noble et rare que pour une
fang~use ordure. Pendant ce temps, la foule des faubourgs
témoigne de son instinctive délicatesse en refusant véhémentement des tentatives douteuses, des contrefaçons vulgaires,
toute la tragique grossièreté que le public cultivé tolère dans
ses secteura. Ce jugement de la foule n'est pas inefficace, il a
porté de rudes coups - et il a porté des fruits. Mais ce n'est
pas assez. Il faut agir à la source même. Et qui le peut mieux
que le groupe intellectuel français ?...
Songez que ces psychologies pour images animées se meuvent encore dans des cadres dont ne voudrait pas un casino
de province. On dit que nos décorateurs de meubles et de tentures ne sont pas hostiles à la cinématographie. Est-ce une
excuse ? Il devraient être ençahissants. Quant aux peintres,
école admirable de la couleur tourmentée, ils sont toujours
prêts à collaborer aux fastes poussifs du théâtre actuel. Deux
ou trois scènes, et une saison de Ballets-Russes par an, ne
composent pas un débouché si brillant à une importante ·phalange de chercheurs. Je pense à tout ce qu'apporteraient à la
matière photogénique ces jeunes gens, qui en quelques mois
d'après-guerre ont affirmé une personnalité vigoureuse. Il est
bien difficile de nommer les vivants - comment choisir dans
un tel chœur ? mais imaginez un Fauconnet dans le cinéma.
Oh! si vous doutez quelle puissance le film français gagnerait

�L'ESPRIT NOUVEAU

1668
à l'aide d'un tel talent - précision, mesure, style, audace imaginative toujours suprêmement à.osée - c'est que nous n'êtes
pas encore informés des ressources d'art de la photogénie.
N'attendez pas un investissement total pour les découvrir.
Les peintres français n'ont-ils pas déjà trop attendu?
Pas plus que les pcètes, c'est vrai. Egaillés sur la grande
piste sereine d'où Villon, Ronsal'd, Charles d'Orléans menèrent
le mouvement de pure inspiration latine, ils écrivent sous la
dictée de la muse livresque ou, pal'fois dans le feu véhément
d'un verbe précipité, - tellement précipité pour d'aucuns que,
dans leul' jonglerie de mots, bien des mots s'évanouissent dans
l'espace. Quelques-uns s'activent à renouveler la haute tradition thé&amp;trale et je leur souhaite, sous l'égide de Jean Racine, d'atteindre le but sacré.
Je leur souhaite aussi - et je souhaite à l'art muet - qu'ils
écrivent pour lui. Je ne leur demande pas de donner leurs
œuvres au cinéma. Croyez-vous sincèrement que l'écran ait
gagné un sang neuf aux adaptations d' Anatole France de
Maurice Mackerlinck, de Gabriele d' Annunzio. Les auteurs ont
gagné de l'argent. C'est toujours cà. Mais ni la littérature ni
le cinéma n'en ont tiré quoi que ce soit. Ces œuvres n'étaient
pas destinées à l'écran.
Encore moins destinées à l'écran, ces brouillons anciens ou
ces {{ livres de jeunesse&gt;&gt; quel' écrivain transforme - ou laisse
transformer - en scénario pour trouver quelques milliers de
francs ou simplement pour faire comme tout le monde, ô

Panurge.
Il faut écrire pour le cinéma. Non jeter sur le papier une
idée brève que le metteur en scène développera. Il faut noter, visuellement et rythmiquement, le conte que vous avez
conçu pour l'art des images. Respectez en cette œuvre une
œuvre digne de ce nom, comme un essai théatral : pour trois
répliques coupées dans votre pièce par un impresario hâtif,
vous ameutez toute la presse de Paris. Pour un bouleversement
de votre scénario, vous souriez. C'est que vos scénarios ne sont
que des scénarios. C'est que, en face de la dramaturgie française, il n'y a pas une cinégraphie française.
Si vous le

VOULIEZ,

E
"

contre Marcel L'H b'
,
aussi El Dorado. Au début : i~~\{ e~~ un film _qui s'appelle
Madame Franc1·s J·o f 'd ' .
er ier est tres en forme •
ue .roi et, ' prudente,_ se r?serve.
,
même jus 'à la fin
Elle gardera'
trahit tous les rôl: composé~et~ res_erv~ quel~ lm reproche. L'écran
silencieux et mûrs les visa es . ' ross1s vmgt fms, ~rempés de lumière,
le soi-même qu'on'aurait p! et n y ~av~n~ plus mentir. Etre soi-même ou
tion cinématographique permet~o; r:rt et~, c'est tout ce que la traduepour la première fois se voir à J':er:! ~:·hi~~ n'es! plus.désagréable que
un névropathe par son psy.e,hiât
. b/ a ue-tete, decouvert comme
coupé dans tous ses menso
re, pu ~e ~u _et confondu, on se trouve
Les mensonges sont donc n:;es, co!1fes~e, l?,t1me, honteu~ et véritable.
apprise, puis acquise. Je conse~!legrace _e !ivre, _d'.abord imaginée, puis
bien plus précise que le symbolism
JO!~ experience de psychanalyse
l'école de Freud. La s cholo ·e e ireur, e ~artes étymologiques selon
jour ce film confesseufo! le suj~t et l\m;~ecme mentale utiliseront un
bons acteurs, exclusivement cin!~:~1 o Jet_ vu. Et _cela explique que les
mêmes rôles. Hayakawa Ch 1 R ogaphiques, Jouent toujours les
tonie nécessaire perdritientar ~s ay, ouglas, e.n dehors de leur monomêmes.
,
c arme et persuasion, n'étant plus euxVE FRANCIS

ce:~e

Madame Eve Francis possèd
t ,
personnalité nécessaire pour sou~~ e cf~en France exceptionnel - la
à-dire où scénario, mis en scène
sous le régim~ de ]a star, c'est0:
de la vedette principale. Et le . our ù prses sont à ~a trolle et à la guise
elle-même, sans passages à jouj . f o e e a1_1ra un film tout à fait selon
si lucide.
r a aux, son Jeu n'aura plus besoin d'être

::i:

Je tiens encore Le Carnaçal des Vé . ,
'
M. L'Herbier. Les défauts ét
ntes pou: ~ œuvre maîtresse de
surtout littéraires, gênaienimo:! ;~l~~.~~:fme~ato_grap~ques mais
carrure d'un des bons réalisateurs f
. e . issaient Jusqu au bout la
environs de quatre (avec lui : Gancer~ça1s qm, en tout, doivent être aux
œuvre qui est le génie d'un ho
, ., ~lluc et Madame Dulac). Dans une
tés, ses travers. Ceux-ci qua~u:e, J .~e, autant ou plus que les qualiéID:ouvants : signatures de sincérit: â~::I,e est sympathi~e, sont le plus
phie précieuse du Carnaçal des Vé;.tés f ~don ~t de passion. La oalligrade ce film. L'éclairage n'e
t i
a~t partie du (( grand caractère "
moins homogène, continue~ ées 'IibS:é moms ébl~uisssant, ~ le montage
on a reproché à M L'He b' qm .
d~ns le lyrisme. DepUis ce Carnaçal
·
·
r ter sa virtuosité t ·
·
t1on gêne maintenant ses tr
aill E e 'Je crms, un soum de perfecfois, en contient encore asse~ue~ dees. • l Dora~, _naturellement et touteautres est admirable ce flou corn /~e~ent mnema~ograp~ques. E~tre
graphier littéralement un rythm p
be 11a danse qui en arrive à photoe. a e e cadence propre à L'Herbier

f

il y en aurait une.

Louis

DELLUC.

�Pour Monsieur Vauxelles

L'ESPll.lT NOUVEAU

1670

retrouve aussi dans ce. film, mais bientôt ce rythme est recoupé, brusqué et dévié par un autre que peu à peu impose Madame Francis. Bientôt
c'est elle qui l'emporte et nous fait perdre contact avec le metteur en
scène. Cette lutte et cette sorte de victoire d'un génie sur l'autre ç,réent
toute une atmosphère de drame, mais aussi d'instabilité et de cahots. Tout
à la fin presque M. Jaque Catelain qui est remarquable, mais un peu distrait, et fut meilleur, rayonnant du plus pur style, L'Herbier arrive au
secours de son metteur en scène : Il est trop tard. Eve Francis a gagné la
partie. Si j'étais M. L'Herbier, je demanderais ma revanche.
S'il est entendu qu' EL Dorado n'est pas encore, même de loin, le cinéma
pur qu'on souhaite voir enfin réalisé, et do:nt, par exemple, une comédie
Mack Sennett se rapproche même davantage, il constitue néanmoins l'œuvre la plus intéressante de 1921 jusqu'ici.
Et c'est une idée heureuse de résumer sous forme de livre, en cinquante
photos accompagnées d'un arguJnent, le film qu'il est souvent impos!'lible

1.e

de revoir comme on relirait un volume.

Jean EPSTEIN.

SYMPTOMES
Un de nos grands industriels de France ayant appelé, récemment, un architecte pour étudier la construction d'une cité ouvrière
disait: cc Je n.e veux: plus de maisons qui soient construites avec des briques, des pierres, des tuiles; n'êtes-vous pas capable de me faire des maisons qui soient construites comme un châssis d'automobile, en série, réalisées automatiquement, avec des éléments étudiés comme ceux des autos
que je construis ? Une maison est une machine à habiter et ses organes
sont comme ceux d'une machine ; l'in&lt;;lustrialisation des organes poussera
à la sélection.

&gt;l

Symptôme de l'esprit nouveau.

REALITE
Un entrepreneur occupé à la reconstitution du Nord avouait :
« Nous avons essayé de faire moderne, de réaliser un programme intelligent avec tout l'apport de la science nouvelle de bâtir : maisons salubres,
matériaux salubres, procédés de èonstruction standardisés. Mais dans le
Nord, personne n'en veut. Le Nord sera reconstruit comme il était avant
la guerre, avec des briques rouges et des tuiles, et des planchers en bois, et
des petites fenêtres, des toits pointus, exactement comme avant la guerre.
Triste, triste Ill

Nous sommes avisés qu'un grou d
stock considérable de &lt;( mait·
~e e m~chands de tableaux ayant un
res &gt;&gt; 1mpress1onni t
t·
peuvent du marasme aénéral d aff .
s es, ll'ant le parti qu'ils
•
es ru.res et de · ,
•
0
sa repercuss10n sur la vente
d e l a pemture ont envisagé d
•
'
e
provoquer
b.
une campagne dont l'objet e.st
d e f aire croire à la mévente d
· •
u cu 1sme
et à
ams1 provoquer la reprise d p·
.
. sa non valeur ; ils espèrent
Au même
e 1mpress10nmsme.
.
moment, M. Vauxelles a l''dé d . .
Semaine, où il détient u
hr .
i
e e pubber dans le Carnet d,e la
.
ne c omque hebd
d ·
d e1 &lt;( Pmturicchio » une suit d
orna aire sous le pseudonyme
l' art d' esprit
. nouveau
'
e e .notes
.
le c b'
1 extrêtnem
.
. ent ma1veillantes
pour
droit;-. de M. Vauxe1les d'
u • isme, e purisme 'et c... C' est assurément le
, .
e ne rien compre d ,
.
etonne c'est de voir ce mêmeM V
n re_a_cette pemture, mais ce qui
l'Art ». Or, dans sa Revu M v· auxelles d,1riger la Revue c&lt; l'Amour de
.
.
e, . auxeUes puhr10 d
. 1 ,
P1easso, Lipchitz Juan G .
.
es art1c es elogieux sur
,
ris, etc les art1st
. ,·1
. .
... ,
es qu I attaque d'autre part
d ans le Carnet de la S
.
emaine ' noùs avouons
.
.
vaut•il mieux ne pas comprend
Il
ne pas comprèndre; peut-être
soit moin1, forte à l'heure t Ure.
se peut que la vente des tableaux
ac ue e qu'elle ne l' 't . ·1
ch arbon aussi se vend mal . ou
e rut l y a quelques mois ; le
Kahnweiller' presque exclu~.' p rtant les ventes des collections Uhde
.
,,,1vement compos, d
1·
'
teindre près d'un milli
ees e cu istes, viennent d'at·u·
on
et
semblent
PfOU
l
.
1Ill ion d'un coup pour 1
b'
,
ver e contraire, car enfin un
0 cu 1sme a cette h
"
'
d
·
. Et, au fait ' ser.,;t
= ·il .1·n 1scret d e ' 8 • MMeure e cnse monétaire .. ·
s10nnisme, la question de savoir si~I: a
.. les_mafchands de l'Impresplutôt parce qu'il se vend très mal
press~onmsme se vend ? Serait•ce
merciaux (il y a beaucoup d
·u· que 1~ defense de leurs intérêts corne fil ions en Jeu) les .
, ,
contre le cubisme et 1 ·s , l
a eng.ages a la campagne
.
e eco es modernes qui se
d
Et aM. Vauxelles qui set
ven ent, eux, très bien
,
rouve commep h
d ,
. .
·
ment les désirs des marchands im
. ar . asar prevemr s1 o_bligeamd'o.rdre esthétique. Po
. l
press10nmstes, cette autre question
,.
·
urquo1 e grand p hl'
h,
.
pas d impressionnisme -? y
·t ·1
u 10 ac ete-t-il du cubisme et
·
aurai -1 quelq Oh
d0
du gran~ public ?
ue ose
changé à l'optique

a·

. P ..s. - Corrigeant les épreuves de .
ncchio-Vaw.:elles récidive le 9 janvier. cette note, nous :i.jouterous que M. Pintu-

�NOtU instrons avec plaisir le communiqué 11nno11ça11t :

LE CONGRÈS DE P \RIS
Au mois de mars prochain s'ouvre à Paris un Cungrts i11/n11alio1wl pcmr 1 1111/èttr111i11ation des tlircctit'l'S el la défe11se d, res]lril ,11otlerne •· Tous l'CUX qui tentent aujourd'hui don le domaine de l'art, de ln science ou cle la vie un effort neuf et dêsintéressé sont com:iés à y prendre part. Il s'agit 3'\.'nnt tout d'opposer à une certaine
formule de dévotion au pasllé - il est question ron ,tntnm&lt;'nt de la nécel;sité d'un
prétendu retour(?) /J. la trodition - l'e.,t&gt;ression d'une volonté qui Jl!)rtc à agir avec
le minimum de référenées, autrement dit à se placer au départ en dchoN du e&lt;1m1u
de l'attendu.
Laetpart
cle la '\"érité n'est certes plus à faire dnns les arguments que peuv&lt;'nt
invoquer en leur faveur les représentants de l'une et de l'autre tendances. li est,
par ('J()ntre, permis de dire que l'attitude des premiers, s'appuyant sur une doctrine de plus strictes et se posant, on ne i;nit pourquoi en f(nrdiens de l'ordre,
menacerait gravement la lib&lt;'rté des second.c;, livrés par définition à des entrel1rises
hasardeuses et fréguemment contradic-toires. si ces derniers ne se rcnouvc aient
sans cesse ou s'ils n étaient renouvelés. Les uns gagneront donc à être instruits de
notre projet. Aux autres, nous demandons de t'il.ire abstraction de leur alllbition
particulière et de nous adresser leur aclhé.'!ion.
Qu'on ne s'y méprenne pas: les sip;nataires de œt article n'ont nullement.l'intention,
par-delà les caractéristiques individuelles, voire les caractéristiques de groupement
ou d'écoles dont nous avons l'exemple en art avec. l'impressionni me, le symuolisme, l'unanimisme, le fauvisme, le simultanéisme, le cubisme, l'orphisme, l'cxpn-ssionnisme, le futurisme, le purisme, Dada, etc., de travailler à ln création d'une
nouvelle famille intellectuelle et de resserrer les lienc; que beaucoup jugnont
iUuwires. Nous n'entt-ndons en effet former ni lil(Ue, ni pùrti ; tout au plus nous
estimerions-nous heureux ~i, par tous les mo,•ens dont nous &lt;lisposons, nous ren·
dions impossible la confusion présente. Il sutfit, pour rcla, qu'ave&lt;,• la collahonLtion de tous ceux que la question intéresse, nous procédions à la &lt;.'Onfrontation tlet1
Vl\leurs nouvelles, nous rendions pour la première fois un &lt;·ompte cxa&lt;'t des fore-es
en présence et puissions au besoin préciser la nature de leur résultant~. ~ul un pnrti-pris de scepticisme pourrait empêcher de répondre il cet appel, qu'on attende ou
non du C'ongrèl de Paris une révélation capitale.
' n tel prognunme subit à ce jour un &lt;.-ommenccmcnt de réalis11tion prali&lt;J.UC. On
conçoit qu'il ne doive se borner à une campagne de presse ni n1êmc /J. un cchangc
plus ou moins intéressant.de points de vue. Le difficile reste ll fo.ir&lt;'. Il nous semble
qu'une simple lecture d'uhservation, de mémoires, selon la m(·thode des assemblées scientifiques, manquerait ici de vigueur. Toutefois nQUS réservons provisoirement notre solution, afin de pouvoir tcmr compte des suggestions qw nom
seront
apportées,
Les
membres
du Comité d'organisation, au nombre de i;ept, sans se donne, pour ll'll
mandataires quali!iês de qui &lt;\ue ce soit, profrssent dt-s idées trop diverses lKl\lr
qu'on puisse les suspecter des entendre afin de limiter l'esprit modemc au profit
de quelques-uns : leurs dissensions sont publiques. Le malentendu qui règne entre
eux Tépond de leur impartialité au sein du Congrès : il laisse &lt;'cpcndnnt subsister Je
minimum d'accord indispensable pour ne pas paralyser la tentative.
,li ne leur échappe pas que cet o.ppel aurait sans doute l(LLgné il {•lre rfdi~é d'une
façon J&gt;lUS attrayante; que, quoiqu'il ouvre, à !eut sens, un dèbut pnmordial,
moins impersonnel, il aurait touché plus facilement.Maison leursaumgrêclen'nvoir
pas supposé le problème résolu et d'avoir ainsi rendu possible un plus grand
nombre de ~ticipntions. Ils croient devoir souligner encore une fois le raractère
peut-être decisif de la partie qui se joue cle prendre sur eux et lui ménager lé plus
grand éclat. En conséquence, ils e:sl1ortent tous ceu.x qui se reconnaissent ,-oi.-.. au
rhapitre1 sans distinction d'âge, de qualité, d'opinions, à contribuer dans lii
me!lure cle leur pouvoir au succès d'une expérience aSSC7- vaste pour que dc,-nnt elle
s'effarent
les personnalités.
Georges
Auruc,
coropositcur ; André D11ETON, directeur de LittlTalurt ; Robert
I&gt;ELAUNAY, artiste peintre; Fernand Lt:GJm, artiste peintre; Amèdée Oœ~a·A-..:T,
co-directeur de l'Esprit 1',o,n:eau; Jean PA1i LTIAN, secrétaire généml de la ]\"ou•
veUt. Rt:t'fM Franraise; Roger V1TBAC, directeur de l'iJce,1t1rrr.
Lu ptr,o,mu dtsirt11srs de participer au Congrts s011t priées d'écrire
Comill c,rgani.aalttir du O. P., 2, rue de NoisiclJ&gt;ari!I, XVI•·.

1111

Srerc!l11ri11l cl11

BOZBUBS
. Rigidité circulaire des plastro·ns hlan&lt;·
décor d "b
lmes perles journalistes
cigarettes
coupé
d'omh
e' ·1
rese dz1ures
l
sou. œi mauve des lampes à arc
~ur le rmg mathématique il n'y a que le choc de
t
pomts
d
.
qua
1
qua ri atere dont les angle , s' aim11se t · •t , re
nent
lt" l' , • •
~- n e s oumu ip ie a 1tmfini
avec le geste d'un seul . ongleur s_e renvoyant ses poings en quatre ballons de . . J
Apres l
·1 ,
cUir JaWle
. e gong I s accouche en deux corps d'hommes h l
tants comme des idoles de gélatine
padischahs po a
01
xante
secondes
dans l' envol blanc des serviettes éventails
ur s .
.
eponges citronnade qu'interrompt la f at alit,e coupante &lt;lu
chronométreur

~

TIME
lent le ballet recherche
son rythm e en pomtes
.
.
de Plus
· arobes
..
et Jeux
se
mobilité de deux danseuses au tutu clair qui
e icnt avec des agaceries simiesques de Zamhelli
.
sol si mi
fa ré do.
Un direct
tombe
là-dedans
comme
un obus
l e sang
d l'
d ·
.
e arca e sourcilière sculpte à vif une belle brute
hl
qtlÎ sa
., tt ar d e sur un genou mou et se relève à la
. essée.è
cmqui me
avec une banderille rouge sur une joue verte
pour chercher la revanche d'un coup mat
doul)lé

à-r

�1674

SPORTS

L'ESPRIT NOUVEAU

Stop
intermède che,ving-gum
friture d,eau fraiche

PAR

à la mâchoire adverse du dentiste américain

Petite comédie des soigneurs
massage de flanelle pectorale

LE

or

WINTER

27 novembre: l.,e Racing Club gagne le championnat de Paris ( Rugby).
FOOT-BALL PARTOUT. 11 contre 11 - 15 contre 15; les équipe.

seconds out.

qu'une couleurunifie, artirulent leurs gestes et le ballon ovale ou rond, dans
les limites des rectangles Yerl~ bordés de blanc, décrivent de nettes trajectoires.

Time
Troisième épisode du film
l' Anglais l' Américain l' Anglais
attention
l' Américain l' Anglais
contre du
droit à l'épigastre bien uppercut du gauche l' Amé~icain l' Anglais
il n'y a plus que le choc de quatre p_omts
.
en notes de musique SUI' la portée des cordes reglementrures
l'Américain
damn
l' AM E R I C A I N
Et oudain un homme à terre
les bras en croix comme
un Christ décoiffé
avec une face blanche et blonde de
baby mort
sept huit neuf DIX

Knock out
Jean-Francis

LAGLENNE

PISTES OU L'O.V T0l.:flYE: 27 novembre. Révélation du jeune
sprinter !tfichard, vainqueur de Poulain, Dupuy et Faucheux:.
11 dérembre: Brorro-Goullet gagnent les six jours de .lladison.
* **
:l décembre : Sur le Hin~ : 11atch Siki-Journée. Bluff !!ans intt'•rêt.
Siki = belle forme athlétique.
Etude de la préparation olympique, 192 1l.
f

***
Le"Grand Pri.r A. C. F. sera couru en Alsace en 1922; bien loin de
Paris ... on avait proposé le bois de Boulogne, c'était une idée excellente,
naturellement abandonnée.

***
Usines, music-hall, laboratoires, expositions de peintures ou d'automobiles, cirques et cinéma - L'Esprit No1u,eau désire tout voir. - Le
voici sur les terrains de sport. JI laissera aux journaux spéciaux le soin
de romptes rendus détaillés. Il veut envisager la renaissance physique de
l'homme moderne dans un sens large. 11 veut tenter d'en dégager des
règles, d'en tirer des conclusions.
PHEMIÈRE AFFIJOIATI0i\': Tout exrrcice physique doit sortir de
l'empirisme et subir le contr61.e sci.entif ique.
L'homme n'est pas un être spécial privilégié des dieux, il est dans la
physico-chimie universelle un transformateur d'énergie soumis à des lois.
SCHÉJIA SJ,1/PLJSTE: queletle, articulations, muscles leviers,
appareils cardio-vasculaire, pulmonaire, &lt;lige tif. Moelle, rentre réflexe
automatique, cerveau, ordres volontair s.
Pour obtenir d'une machine un rendement maximum avec un minimum d'usure il faut ronnaître le jPu intime de tous ses organes, la
nature exacte des aliments qu'elle réclame, les condi~fons favorables de
température, de prc. ion, etc ... Pourquoi faire une exception pour l'homme 1 - Le raisonnemPnt paralt puéril. - Nous l'avons fait, après bien
d'autres, car s'il est bien certain que le « bon sens de tout le monde le
comprend, bien peu jusqu'ici l'ont appliqué pratiquement.
SCIE,\ CE ÉLÉ.IIEATAIRE: L'homme isolé - dans un sens ah11olu - ne se conçoit pas .• uivant Le Dantec appelons A l'être limité par
!lOn sac de cuir et B le milieu extérieur.
A B srMmatise la vie. Elle n'est qu'un rapport.

�1677

SPORTS

167G

L,ESPRlT NOUVEAU

Il faut connaître A.
li faut connaitre B.
li faut la science universelle.
C'est certain.
C'esL aux scienti[iques, biologisLes surtout, qu'il fauL réclamer les règles
fondamentales. Elles s'élaborent peu à peu.
Heprenons A. Il s'agite dans ce qu'on mesure commodément avec un
mètre et un chronomètre: l'Espace et le Temr.··
Définition provisoire ùu sport: Toute activ1Lé physique disciplinée. Le
mouvement est son élément fondamental.
HP.duit iu1es moyens nnturPls l'homme fait du sport, !!oit isolément, soit
en i·quipe. Ce sont les sports athlétiq11Ps.
Aidé de ma~hines qui augmentent ses possibilités de mouvement dans
le' différents milieux, l'homme pratique ]e,&lt;1 sports méranilju'!.s.
Tous les sports peu,·ent rentrer dans l'un ou l'autre de ces deux grou·
pes.
HYPOTHÈSE, PAIŒ1"THÈ F:: « 100 dernières années, l'bommr
parait figé dans l'immobilité, sédentarité à outrance, recueillement, spôculation, lravnux de lahoraloire!I et d'atdiers qui abouti~sent à l'envolée
prodigieuse du machini me. Ré,~olution. Les machinC&gt;s, frémissantes de
vie,rnachi nes ~t diminuer le temps et l'espace, augmentent la vjlesse de la
vie et accélèrent son l'ythme ... et synchroniq1iemmt~le corps si'. réveille, le
rorps ,•i.bre, il entend cet appel des forces multipliéc11, il vcul s'Phattrc
courir, sauter, assouplir ses rouages, perfectionner sei; gestes, pour inienx
sentir (car l'homme sent avec tout son corps) la ,ie nouvelle que sr,
découvertes ont créée ».
·
Le sport doit être situé à sa place, dans le développeroe&gt;nl physique &lt;le
l'homme. Il est lin aboutissant.
PHOGH,1M JllE (d'après le or Boigey. Physwlogie générale de l'édurntion physiqzie).
.
(1) Education phy;ique élémentaire, prépubcrtaire (6 à 13 am,). Jeux
naturels divers utilisant un grand nombre de muscles àla fois. Alliturles
éducatives de correction. Ronde , marches chantée . 1Tout ce qui développe le lhorax et donne son plein jeu à la fonction respiratoire. Ed ucatîon
sensorielle, rythmique. Aucun exercice de force et de fond.
(2) Education physique secondaire, 13 à 18 ans. Jusqu'à 16 ans, aucun
exercice de force ou de fond. Education physique générale, systématique,
rationnelle, ba"-e de la préparation aux sports athléti~ues.
(3) Education physique supérierire, de 18 à 35 ans. hducation phy iquc.
SPOftTS ATHLÉTIQUES

(~) .tiprè.s 35 et pendant la vieille.sse: Malgré le préjugé courant, n(,cessiU·
absolue d'un exercice physique d'entretien d'où seront exclu~ les sport de&gt;
forc.c et de vitesse. Condusion: « L'éducation physique commencée dès le
foyer, ·poursuivie à l'école, rloil s'épanouir dans.les sports » (Dr Boigey).
Quelque.s règles : 11 parait banal d'affirmer qu'une loi !'l'harmonie régit
l'équilibre d'un corps qui fonctionne. Surmenage, cœurs forcé~, etc ...
chez les gens qui pratiquent un sport athlétique empiriquement, autorisent à lo rappeler. Tout effort doit se régler i-ur le fonctionnemenL du
cœur et des poumons. Ce fonctionnement est le témoin de tout effort. li
airle à le doser.
J&gt;onls normlll !'hez l'adultf" : 70 par minutt&gt; avec variations dn i O &lt;'Il

m~ins ou de 5 en pl,ns, au 'repos. Quand le pouls atteint 140 à 150 à la
mmute an cours d un exercice un peu -r.rolongé, il faut suspendre cet
ex~rcice. ,~près tou! effort 1 si violent soiL-11, le pouls doit redevenir normal
rn 3 à 5 minutes. C est le signe tlu r tour à la normale. Il est à la portée de
f.ous.
fle.çpiration, expiration et in'-piration par le nez. Rythme chez l'adulte
au repos, 20 à 18 rnspirations par minute. Le signe du retour à la normale
exisl comme pour le pouls.
i, au courli d'un exercice, la respiration nasale devient insufüsante, si
la houch,i s'ouvre et le rythme re!lpiraloire s'affole, arrêter l'exercice.
Cause : rr.trécissement nasal, insuffisance d'entrainement, etc ...
Tout exercice, quel qu'il soit, doit. être rrglé sur un rythme respiratoire
défini.
Douin, le fameux coureur, était arrivé à une maitrise absolue de son
rythme respiratoire. Il pratiquait l'~galité des 2 temrs, inspiration d'une
durt'c égare à celle de l'expiration, formule parfaiLe. 1 était bien l'homme
machine, l'homme chronomètre. Il connais ai.t son allure à 11ne seconde
prè~. Il l'accPlérait ou ln ralenLi:sait suivant le moment de la course ou la
dis~ance à parcourir. Cet équilibre, ce rythme, qui n'existent que chez les
véritables champions, donnent à leur allure une beauté qui n'échappe pas
à l'observation des foules sportives.
De tels hommes s'imposent. Ils ne sont pas l'effet d'un hasard. Depuis
qu'une préparation scientifique mrthodique est exigée de athlètes, de
jeunes championll, d'une qualité toute nouvelle, font leur apparition. Ils
l;eronl de plus en plus nombreux. La loi de l'ordre, la loi de l'économie se
vérifient ici comme aillcw··. Le but à aLteindre est le maximum de rendement obtenu avec un minimum d'effort.
Une telle discipline et les.joies al)solues qu&gt;elle donne s'étendront hors
de.- terrains de sport, à tous les modes de l'activité humaine. ·ous sommes
à une époque où l'homme est en passe d,améliorer tous ses records.
Dt ,YI:-.TER.

CURIOSITÉS
Foch, le

e&lt;

Taureau chargeant

n

Bismarck, 27 novembre. - Le maréchal Foch a rumé le calumet de
paix avec le chef indien Tomahawk Rouge, qui tua le chef Taureau
Assis, après le massacre des forces de Cusler par les Sioux rebelles.
Tomal1awk a nommé le maréchal Foch Watakpech Wakiya • (le
Taureau chargeant).

Avions Ford
Ford, le fameux constructeur américain, annonce son intention de
co.nstruire maintenant des avions hon marché, en série, comme il a con . truit ses autos. C'est l'amiral i.rns et Edison qui lui ont donné l'idée .de
cette entreprise, qu'il compte mener ù bien.
On ne saiL pas encore à quel prix pourra être vendu le petit aéro, mais
c',•st vraim1mt l'entrée dans la vie pratique de ce mode de locomotion.

(Intransigeant)

�LES REVUES

LES LIVRES REÇUS
Les ouvrages doivent etre adressés impersonnellement à la revue en double uemplaire, pour étre annoncis et et,e remis pour compte rendu éve11tuel à nos rMacteurs.
La liste ci-dessotu constitue accusé de réceptia,i; zu~u. les Auteurs d Editeurs &lt;"0118·
tatant dans un délai de detUJ mois aprts rexpédition de le1ir service 11ue leurs livres
adressés à la rtvUt ne sont pas annoncé, sont priés d'l'1i aviser !'Esprit Nouveau.
Jt'mncis CaTco.

Roger Allnr(l,
André Gide.
Pierre Mac Orlan.
Georges Vallières.
André Suarès.
Wilhehn Uhde.
D• Allendy.

'.\Jau.rire Utrillo. 27 reproductions.
Marie Laurencin. 26 reproductions.
l\lorccnu.x rhoisi~.
La Cavalière El!!n.
L'Amoureusc Chanson.
Poète tr. gique (portrait
de Prospéro ).
Henry Rousseau, Ot1Yr11ge
orné de nombreu.ses reproductions.
Le Symbolisme des nombres. Essai d'arithmoSOJ?,hie.

Dr Gnr&lt;'hine.
Max Brod.

Walther Rathennu.
Cnrtaull.

.Jcon Epstein.

Fréd&lt;lri&lt;' Bérence.

La lileu.r Rouge .Traduction française de Satleba.
Tycho de Brahe.
La Triple Révolution.
Propos tenus au Lm,crr.bourg.
Cinéma.
Moi et les outres.

'. R. F .. P11ris.
N. Il. F., Pnris.
N. R.F. ,Paris.

Emile Paul, fri·rcs, P1uis.
Emile Paul ftèr&lt;•~, Puris.
F,dit. Rudol! Kummcrer,
Dresde.
Dibliothèque Chacoma&lt;',
Paris.
F,dilion Rhéa, Paris
quare llnpp.

fil,,

Pragm.&gt;.

Kasimir Erlschmid.

Fmuen.

Edit. Paul Cassirer, Ber-

C'arl F.inst&lt;'in.

• culplure ACricnine.

Edit. E. Wasmuth .
Collection Orhis PÏ&lt;'tus,

Montfort.

Brelan Marin.

Artémidore d'Ephèse.
AIbert l&gt;u.lar.
F .-J. Ronjean.

Lo Cid des Son;cs.
La Dnnse aux .E nfers.

Les ,targes. Librairir clc
!•rance.
La Sirène, Paris.
Ln Sirène. Parici.
Ricù&lt;'r. Puris.

lin.
11°

Une histoire de douze
heure .

I,F, :'!10!'.'DE ~OUYEAlT -

REVUE DEL·rnGÉNTEUR- nER KUNSTWAN'DERER - L'ITALl\_ CTIE CRIVR - GMï1IREA - LA DA..~. g - LE
,œncURF. DE FRANCE - LA VIE INTELl .ECTUEl,LE - LA REVUE
DE FRANCE - LA REYUE ,J01'7JIALE - LE Tll\'RSE - REVUE DE
:\I~'I'APilYSIQl'B ET DE )IORALE - CHO. ACHE D'A'M'UALITA LA CO~'NAISS,\.."°CE - LA GRA.~E REVlE- L.\ RE\'UE :\Œ-SSL'ELLE
- GRA11MATA - LA NlfüVIE - LA CRITJCA - ZDROJ - LES FlfülLLET DE L'El&lt;'FORT - :\ŒDICIS - LE CRAPOUILLOT-THE FRENCH
QUARTERLY - ZENIT- SIG AUX - L'~CLAIR- RE\ïSTA '.\IU 1CAL CATALAN -LA RENAISSANCE-L'ACROPOLE-DE fôiTIJLLE.BULI,ETJN DE LA YŒ AHTISTIQ ;E - LES :\JARGES- C. :M. D. I. IL cm,-rvEG::--O - LA RENAISSA~CE D'OCCIDENT- ATLJU,,"TJC MON·rm,Y - LU:\HÈRI&lt;~ - PCESIA ED ARTE LA RENAIS Al CE DES
CITF:S-ÇA IRA - LA ROl\'DA - U. S. T. I. C.A. - DER • TURli. - LA
REVUE DE GE t"BVE- Dl,'BLINGTO. ,IAGAZI Œ- LES ÉCRITS NOUYEA l:X - LA SCŒ'N'CE ET LA vm - LlJ'.\l18RE - LE THYR. E - LA
H.EYUE DE FRA, tCE- CRITICA - PRIMATO- LA REVUE MONDIALE
- MERCURE DE FRANCE - l\IÉDICIS - DIAL.

PROiffiNOIR
ExtmyonR de cette c.,ceenente petite revue :

7droj, Poznan.
Edition du Rhin.
Paris-Bâlc.
Payot. Paris,
La Sirène. Paris.
Edit.
rbanck cl

f

7.

ECHOS DE L'HOTEL DROUOT
Notre écho de l'hôtel Drouot a du, être remis au numéro 15
vu l'ahondance des matières de l'actualité.
,V. D. L. R.

« Il faudrait s'entendre : ce n'est pas parce qu'il y a des cerises en
losange et des pommes carrées dans un tableau Cfll'il est vraiment neuf
imrtout en 1921 ; et cc n'est pas pour cela qu'il est cubiste. La discipline
&lt;'ubist~, à qui tout jeune peintre, même s'il n'est pas soumis complètement à ses lois, doit être humblement reconnaissant, consiste en
autre chose qu'en une déformation facile et approximative des choses.
Rrconstruction; l'opération n'est pas simple : leR objets, les montagnes,
lC's mai.som-, réclames, affiches, guitares, leR caisses FRAGILE, n. ages
sont absorbés par l'e!lprit qui les digère et les rend mais autres, changés
dans leur intime essence, assemblés dans un ordre intellectuel et logique,
sC'lon la pensée rigoureuse, monde fermé Pt fini qui ne doit plus dépasser
les bornes assignées par son crfateur,PLAT (où le ciel ne·passe plus derrière les personnages, mais devient un morceau de surface définie entre
eux - pareillement solide), comme une symphonie est un univers, qui
co·mmencc à la première note, se déroule et finit à la dernière, étanche,
sans rapports, sans attaches et sans ramifications avec l'extérieur - qui
est 1â nature immédiatement perceptible.
Le Cubisme a montré que: TablPan n'Mait pas rC'production même très
sPnsible d'un moment - r.ar que serait dev&lt;&gt;nue la peintur.c en face de ]a
photographie fausse PL du cinéma vrai, art bâti sur le rérl ; que Tableau,
c'r11t d'abord expression de pensée - demandant choix, distinction dei1
matériaux, recon~lruclion, T "TELLJGENCE ; que lC' peintre doit être
autre cho e qu'un œil et une patte, dont. la seule réunion n'a pu faire
jamais qu'un rapin, celui qui peint comme l'oiseau chante ou la poule fait
l'œuf. C&lt;&gt;tte mise au point, due au Cubisme, le Cubisme l'exploite dans
sPs dernières conséquenrP!I. 1\laii- on p .ut s'en servir, je pense, différem-

�1681

T,Ei:I }\EVUES

1680

L'ESPRIT NOUVEAU

ment. Remettant en avant l'lntelligPnce, elle comporte logiquement qur.
l'artiste se règle non 11eulem«?nt sur les lois générales des novateurs, mail!
sur son cerveau à lui. Et s'il lui plait de se servir plus humblement (en y
changeant moins) drs matériaux usuels, si son esprit, Jes ayant bien assimilés, les rend intacts, cela l'c,mpêchera-t-il d'êLreprofondémentmoderne?
11 L'artiste entièrement nenf est classique. Car au moment ou ceux qui
suivent la :\fodr&gt; vont de plus en plus loin dans son sens, l'artiste neuf
RAPPELLE,\ L'ORDRE, par des œuvres qui étonnent, soit par la hru·diesse, soit par la fausse apparence d'une réaction froide. Au moment du
romantisme, le réYolutionuaire c' i;t Ingres. Quand d'autres cherchaient
l'intérêt do leurs tableaux da.ns des arrangements 'de mascarade, il prenait, lui, des bourgeoi. avec leurs habits de tons les jours, - et, en les regardant simplement, sérieusement, sans lyrisme, sans penser à l'Art, il
faisait des PORTRAIT . Toute une génération y vit.
La tradition clas_sique, qu'à chnquP époque on croit définitivement perdue, se retrouve ininterrompue à travers ces artistes neufs. -:\tais on est
tellement occupé à la cherch r dans le cPrcle -toujours plus large et plus
détendu mais ne se détachant pas du noyau qui l'a engrndré - formé
par tous }Ps disciples, imitateurs, profiteurs, autour d'un de ces artistes
classiques, après qu'ili; l'ont compris, c'est-à-dire quand il n'est plus
neuf, qu'on ne voit pas un noyau tout nu se former plus loin- libre
de toute mode, pur, plein, opaque, ans reflets, original. Et celui-là seul
importe, parce que lui seul est viable.
Pierre DEVAL. (Promenoir) (Lyon).

llcnri St1u1rfer-Straslmug: Au~en. - J)r Th. )fo11rcr-Strasbo11rg: Hermann Bahr
und das GU'theprohlem. - ,Ttat1 , rbas: Gcdicht. - ('/au.~ Jlrin/,o(t: Prol'undin
(~ okt&lt;'). - hui , lgo{!i-TT'l'lln[.\'htim : J)('r Uummcr und clic P1•rlmusc•h1•l. - 11enri

-\olt·1·e1J : A&lt;lolplm I

1ff : L'ArL populair!' en Alsace.

J,,l-1L,;.,1sclll' Bihliogmphh.-. -

Glo~-.;t,n. -

. yolizen.

Critique. -

Hevuts. -

nnomr
Int_ércssanlc r1:vue ,unéri&lt;"nine p:1rnissa11t à Rome, illu&lt;;lrée par PicW1.,n, Liprhil::
nera111, .lua11 Gns.

K .'STDLATT
Pa11l lrr.,tlu:/111 : Der Mn 1er malt Kun~tpruh)eme.

n

Robnt llb1rml: Das llaus der dcut,chen ,tschart in Paris.
J,;mil.r lliperl: Dunte clisriplc- dC's troubadours provençaux.
l,hmrlre Vail/fll : Rinc i:ro. se Lei tuni moclemer Kunst - Der Dnmpkr « Paris •

der Compugnie Générale transoll:mliqul'.
idenecs.
Jm11 Cl1antavoine: Die cleutsche Uichtung in franz ,sischct Yertonuug.
Mrmrict Claudel: Nuremberg.
M,mrire Be.~: Die )lusik clC',; Ta1w.es.
f;mile J'11illerrno;:: De lu Rythmique.

Jrtm BardouJ' : La fin des H

LE ~IO. "DE \'OUVGAU
Ed. JroronieçH: Considérations esthétiques. Florian ParmentieT.

L'AMOUR DE L' RT

ARARAT

T.'Art rus..'le d'aujourd'hui. - Les Breughel de Vienne, ,Tt«m Gris. - Jean .Mar•
cha11d, Louis D~ea11, Loui., Cltarlnt, u port.ail de :Notre-Daine de Cho.rues. Le
livre nu Salon d Automne. llfadame Bardey, F.cbo .
·

~1aœ Reckm&lt;Znn, Guido Knschl)itz.
Joan Goll, Le Purisme de Ozenfant et Jcanneret.
Polt11, Der Polnischc Formismus.

Bresdin, Zah11.

CI 'ÉA

AVENTURE
Bien venue.
• •ous signaloM twec plnisir lu naisc:anœ de cette jeune et channnnte revue ; le
numéro de décembre contient:
Proses et Poèmes de 2\1.'\I. Jean Coct«m. Marcel .4rland, Paul Morand, J&lt;ZCqrll',9 Barorl,
Rmé Crn.iel, Roga J"itroc, J.lt1.r ilforisc, Amlré Dotltel.
•
D,ome de JI. Jlenry Cliquennois.
~
Intervie ,1· de ,lf. FrmlCis Poulenc.
Bois et destjns de MM. Raoul Duffy, Ferna11tl Uger, .Tean Dubuffet et Pierre Flouquet.

Article &lt;le .Term Epstri11: Amour de Charlot .

CO ~IOPOLIS
,Tean f:ipstei11 : Jean Ginuuloux.

DER CICERO, E

•

LA REVUE MUSICALE
Trl-s beau numéro conMcré au Ballet au

XJ.·

iècle.

LES NOUVEAUX CAHIER

/)/111blrr : B&lt;·rnur&lt;l Ilœtj?eT.
Riermmw : Bernard IIœtger.
H'iest:: )lolzahn.

ALSACIE.

IIenri Solrte11: 7je)e-Hoffnungen. -AUiert Michel: Die Kritik der cinhcirnischen

Litteratur in'.den To.geszeitungen. - lraymond Buehcrl: Gecliehtc. -Naia11' 1.;al':.:
Gedichte. -TMotfore '{'11gcrer : L'Horloge de tra'!ùourg et les Poètes d'Alsace. -

Jean-Jlicl1arrl Rloch : t:ne journée &lt;'Il ;\la1whe.
Gtt.s~m•1• t:a11 ller.kr: l'o~mc-s Domestiques.
B/m.~t Cmdrars: La Perle Fihrl·use (rom,rn) Prologue cinémutogrophil'.·.

�1682

L'ESPRIT NOUVEAU

ACTUALITÉS
ACTUALITÉS
Actualités: Le Décor Moderne, par André de Ridder.

SIGNAUX
Le Centenaire de Dostoïevski, par Ilenry Dommartin - Sur la mort d'Alexandre
Blok, par Elie Ehrenbourg - Jeunes filles à marier, par Georges Gabory.

LES MARGES

LE RÉSEAU AÉRIEN

J. Srlltas: Les derniers jours d'Alfred ,Jarry.
F. Divoire: Stratégie littéraire : ne pas se déshonorer.

ART ET DtCORATION
Voici d'après LA NATURE, le réseau

Cl&lt;Juiot et Level : L'art du Congo Belge.

des lignes aérrennes actuelles.

RASSEGNA D' ARTE
L. Mariani : Le Musée du Capitole- Giglioni - Les dessins des Uffizi.

LA REVUE DE FRANCE
Albert Besnard: Sur les routes d'Italie.
Marius-Ary Leblond : L'Opbélia.

BULLETIN DE LA VIE ARTISTIQUE
Tabarant : Les « Procédés sur verre

LA TOUR DE TATLINE

».

Fb~n : Dans le Ring.

LA REVUE MONDIALE
F. Divoire : Les Tendances Nouvelles de la Poésie.
J. F-inot : L'Occultisme devant la scien&lt;'e et les lettres.

A LA TROISIÈME INTERNATIONALE

faite par Wladimir Tatline en 1919-1921 en

verre et fer. Elle doit avoir 400 mètres de haut

LA VIE
Philéas Lebesgue : Les poètes de la Terre de France -

ture. L.-L .Martin: Le Salon d'Autornne.

et être placée sur le Champ de Mars de Pétro-

Enquête sur le goût de la lec-

grad. Le modèle reproduit ici mesure 15 mètres de haut.
Elle renfermera de vastes salles de rét.mion.

La spirale sr:rt de chemin à un ascenseur. Au

sommet station de radio.
(Documents rem'is par M. Elie Ehrenbourg).

�SOMMAIRE DU N° 7

L'ESPRIT

'Eubage, Bt.ugs CF.SDRAl!S •....• ,........
'antlclpatton chez d'Annunûo, Cffî.S E\'lEn .. ,
pollinalrc, Vildrac, nurresnr, Morand, Ghle
(Llvr~s), RA YSA r•....••..•.•••..••.. •. •.
ndances de la Littérature tchèque, StHUK • ,
"temp des t~nêhres et le temp~ des dhcrll~·
semenl!, DIVOIRD ••..•••..• -~.... .. .....
mou,·ement lh~lral en .\llemagne. I. Gou
ous:o;in, DE FA VET................ . . . .. . . .
xenranl el Jcanneret, RAY:-AL , ... •• • • • . •• •
Ions Peinture (Il), L. H.0sEl'iDY.BG • . . • • • . •

NOUVEAU

Vledel'aulC~zaone,VAUVllECY ·•··•· • • ··•·
Lettres, Cf.ZA NNt.. . . • . . . . • • • . • . • • • . . • • . . .
F.rlk satle, lIEs-111 COLL'l:Y • • . . • • • • • • . • • • • • •
Ornem,·ntet Crime, ADOLPHll l,00~ • . . . . • . . •

Llpcllltz, Paul DEll11tB .. . . . . . . . . . .. • . . .. . .
La Rythmique, ALBERT Jli:S!'&gt;ERET..........
Knut Hamsun, A.LZIR JI P.LLA.. . . • • • . . . . • . .
Trois rappels Il. MM. tes Architectes 12.• article)
Lli Co1rnu tBR•l:iA t:O!,lJIR .• • • • • • • • . . . . • • •
La Doctrine deLacerba, Ot.SEl'l':S U:SOAIIEtn

t 33
145
1:,9

169
183

l 90
105
200

eraln,MAt'.RIOJ:RAYNAL ...... . ...... ..•.•
Expositions, \\'ALDBllAR G&amp;ORGI •. ,..... .
·s;,·iir.)
1 tœle·, · 1
Oir:5t~~~~l~s1:Jf1~1

!~v.~~

SOIIOES lhGO'r

.. • .. • • • . • • • • .. • • . • . .. •

Molspassé,VAllVREOY

SOMMAIRE DU N° 3
J t;l,l!S LALLUU:"iD ••• , .... ,., •.• • •. · • •. •

257
269

jourd1lUI, J:l!A:S ROYll\a......... . ... .. ..

284
285

Gréco, V' AtVRECY.........................
neux d;.ne:r:reuse~ tendances poéllques d·au•
Gongoraet Mallarm(', ZDISLA MIL:SJll1........
La l\luslque en Russie so,'ié\lque, JJ:. L. r'1&lt;0u1our •. ... . . • .. . . . . .. . . .... .• .• . . .•
Manifeste Inédit. La danse futurlBte Jo'. T.
MAltI:SETTl ••• , •••.••••.•• , ••..•.. • •. •.

Appogiatures : Sur ta possll,IIIH: de~ raJ1port ·
entre deux polytonallt~, 0 JtORGES MIOOT
Revue esthétique des J ourno.ux et revue, :
Une enquête sur Raphael (Dl.r..,L,. J.·E.
BLA:SCHE). Un nouvel lllêal mu ·!cal (J ACQtES
DALCl\OZ&gt;;). L'Art muet (MAllGF.S). Dl~CUS·
slon aur le 31oderne !A. TBIIIA \'DJ:T) ••••.•. ,
Autour de La Fresnay&lt;-, J. CotTEAtt.. •• .. ••
Les nouveaux ti111bres-1&gt;oote.... . . • • . . . . . . . . .

297

30\
308

313

C ,\11,11.,\ •••• • ••••••••••••••••••••••

Ctu,i..AR:SA rLD

Cl', ••• • • ·, • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • •

sso ... • • .•..... • ...•........ ,........

Groupe • . • . . . • . • . . • . . . . . . • . . . • • . . . . . .
~t Polonais........................... .
te, ALBICBT Jus;s.&amp;RKT...............

La littérature belge depuis 1914, Ltos Gur.~o\'
Les J-:xpo,ltions 1Nadclman•LeJe11nc-~Iat1sse1,

mols pas:;~. VAUVI\KCY . . . . . . . .. . . . . . . . .
Pb~nomêne lllléra.lre, JEH EP$Tf.P,· ••• • •.

Mariés de la Tour Eirfel, Jiu . CocT11:., u ..
Livre', M. RAYS-AL ••••.••••• • ••.••.••.
Frère.&amp; Le Xain, VAUYJl.ltCY .••••••..••.
rens, :YAUBICI RATIIAI, ••••..•.•.••••••
rt en Lettonie, R. SUTTA ..••..•... .......
Yeux qui ne ,·oient pas ... l,c, Auto~. LB
011.B USl}.ll•SA t:&lt;ô,; IJ.ll ••.......•.....•....
talalc, 0 Divine Vérité, },'J;:11.l'IA:SJJ IIIV0lllE

SOMMAIRE DU NO 4
410

4tl
419
423
427

443

H9
453

(3• article) .............. .

Les r,i-vrcs, Cllll'IB Alll1J.CLD . . . . . . . . . . . . . . .
La poésie polonaise d'aujourd'hui. R. IZ01111s-

G. U:R • • . • • • . • • • • • • . • • • . . . • • • . • • . • • . . .
Régnes, P. RBCHT........................
Parlons Peinture, LtOIICII ROSll!'IDlll\O •. , . . •

Esthétique Musicale, ll1oor................

521

563
573

Lell Expositions, YAUVBECY ••••••••••••••••

570
585

GOS
624
625
639
657

667

9i5

Jtépon.qei; à notreEnquètc (l!'Hll ••..•..•••.•

PrlladaptlOD, PA n. RECUT • • • • • . • • • • • • • • • • •

LaC~~':!i~eli~~~~I~~ ~~.1 ~.~~~~~.
Les Clowns etle.s Fantalsl:;tes, RE:-.~ RIZET .• .
L'Arrl~re-Plan. !-'&amp;RNA s II D1vo11tE ..•. , . . • . .
Où mène la politique antl•soü~th1ue, H. CllE·

~_i~~·:::::

i.zvu,m. .. . . . . • . . . . . . . . . . . . . . . • . . . . • . . . .

Franc1 Picabia et Ilada, F. PtOAllU. • . .. • . • •

Curiosités . . . . . . . . . . . . . . . . . • . . . . . • . . . . . . .

973
970

1068
1061
1064
1045
1059
1016

Critl()IIC de
l'Esi,rit all&lt;!mand, W AloTER
R.\TRB:SAl'.............................

Le Président Ma11aryk, Elrl\HNUEL Sraux....
:-i11uYCllcs Jlypolhese5 dans lo Domaine de la
la Phy,lologl cl dela;\lédeclne,A.LU.!Oli&lt;l\
Lellre à Saturne. llAllTV... •• . . . . . ••. .• . . .•

1093
1107

ti83
tilt

:::: î~~~J~t·::: : :::::: :::: : :: : :: :::: : : BU
1177

Le~ Revue• .. . .. .. .. .. .. . . .. . .. • . .. .. • .. .
BilJllographle . . . . . . . . . . . • . . . • • • . • • . . • . . . •

t 200

1201

OLI~ .... • • .. . .. •

1238

Poésie
ru-,~ l,olchevlque,
H. lZDEBSKA.
Expoalllon11,
\VJ..Ll.lltJI.\B Gi,:oao.&amp; •.•.•••

12:JI
1273

.n·L

!257

VJF.R . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

1123

l'eau de

mer, 11r U.

J .~woa•XY......... .• . . . . . . . • . . .. .. •.• •

L:iTypographle,CUl!ITIAS ................
La ~lmlligravurc, PARTY...................
Le~ Idées de l'1::spr1t ·ouvc:lU dans la presse

1290
12117

1~15
1277

C&lt;-1.wne et C!:'zannlsme, GINO s1v1,;11r.-, • • • • •
\\ lJsun el l 'li m11ani!'111e rranÇ'al,, R. CIIE~E·
L·1111érlort~allu11 de

13111
l'.!O',

6AUO.SIEl1. • .... • ....... • ·• .. ••. • ... • • •.
Phénomène littéraire, Jx.u, Et-Tn .·.....
Livres, FRtDtRJC :ll.H.LBT ••.• _. •......
!mir ~·d h 11 P
c

et dan,; le livra•
·

1328

I

-

· · • • · · • · · • • · · • • ·•· · • • • · •

~e, Llvles ~eçur. • •. • •.. • ... • .... • .. •....
· "'"'" 3 rc es {evue:s. · · · · •• · • · • • • • • • • • • • •
Le :-.alon del 'Aulomotllle 0' 1'AINT•Q1JE)(T1:S.
•ro•1,rrer et le Cinéma, na }'An,T............
(';\}llhoclntmatographlque PA1.L Rl!CRT....
l•'ootll et Charlot ... ,......' ..•. ............

1267
1245
13ô5
13'8
•

1366
1367
113363~

..

1375

77
t3

SOMMAIRE DU No 13
Phèoomènc Lltt~raire: cxemplt's: Rlm•
baud, Ceudrars, J. Uumalns, Coi·t.-.au, Arroi•
linaire, Prou,t. J1:A:11 1;1·sT1n&lt; ..•..••.••.•
ncxlon sur Jean Cocteau, JC. ~l.\!'l(l.lB111 ••
Livres, MA\.RlC&amp; UAYSA.L . . . . . . . . . . . . ' .
cuso et la Peinture d'aujuurd·hui, Y.,L··
nECî° ·••·•••·••·••··•··•··•···•···•··

salon d'automne, Ili;: l&lt;'An:T .•...••••..•.
~?uca
romaln&lt;"s, Dll FAYET •. • .••.•••••
,·res d'Art, B ...•.•...••..•..••. • ...•

1~ C~znnnhme (Ill, o. stnrnt&lt;,J ..
d .Eslb(;tlquc, V .............. , •.
.Maisons en S~rle, Lr. CoRDUlllltl\·SAll:

ffv~ii

7

Cl 111in l■tial 131 JIIII, 30 ,NttlflllHI hll li ltlll, Il lm-t111,, Ill n,n111u11 Il 111111n : T1'1111 •• lr1411.

.,

946

Ill 1116?1 Clltilt 181 JIIII, H lllutnliDI flll H ltn·IIIII Il 5 un-llilt Il cnltln.

Blbllograi,hle ..••..........•..•..•....••.
Echos de l'Uôlel Drouot .....•..•••••..•••
Echos du mols ••.•••.••.•.....•..••••••.
La Rcloede Sa.tia, Knut Hamsun ...•••..••.

Dialogue sur 1'Esthêtlque du M uslc•Jlall,
RENI BIZET ....•.....••..•.....•...•.•. .
Une Villa de Le Corbusier, 1916,J't:LIENCARO!(
La Yie Francal se, R. Cllli.!llll:Vl.i,:ll •••..••••.•
Le Respect de~ Plans, P'11BNJ.SD DIVOJli......
J/OriglnedesPétrole!, PAllLRJ.CBT ••••••••
Bibliographie. Barabour, lt. R. ... . • • . • • . • . •

1088
Ill&amp;
1172
112.5
tt52

1111

Les Jeunes Revues allemandes, lVA!,•GOLL .•••
Les Sports, l,,\GLli::S:SJi. ...•••..•.....•..•..•

SOMMAIRE DU No 6
La Lumière, la Couleur et la Fonne, CB. UE; aT
Boileau et le Cinéma (les Revues), HElSRI Au• RIOi, .. ........ .. • . .. .. .. •. . . .•.•.. .. .
L'Elthéllque so.ns AtnOur (II) eu. LAID • • • • .
Braque, W J.l,DlllUR G EORO&amp;. •• • • • • • • • • • • • • .
Cllarlol,E1o11111'AU1\J: ............. •.•••. •• .
L'Bltbétlque et l'Eaprlt, PlDBll REVHDY • • .

t 083

12!l2
12U9

••.• '".,Ill&lt;.

DELLUO...................... &amp;89
Iman Clllill 138 Jllll 1 IUIÜIOI liltil'IIH, 55 m11tntiaJ, 11 un-llltl ,1 WrtJ?NICtlll a Cllllffl (tû1111 t1 JIii

Photogénie,

1Olll
1020
1023
1038
989

Lcllre~,M.\URll'l-lRA\'NAL ••••••••••.••
ln tureet Sculpture, :!lt.\t;llJC'B RAYliAL....

rc, FEIi, A"ll ll1vonu:...... •. •• . . • • . .
IC·ll:tll, Rut BlillT...................
hêtlque 11e l'lng&lt;:nieur, I.E C'ot:11rs11:1J.-

Cubll!me,(WAtDJ:JUB oaono•&gt;

Les Revues 1-:dlson Spirite, (JEAN Fll•OT)
Le Jeune Taine (O. BRtllJ:T)

1in
1077

DIRECTIOS •••.••••.••••••••.• , • • • • • • • • •

turc ancienne el l'elnture m111ler111• UE
'î\'I,;T
............................ :...
~uc, ~\LDERT JE1.;:s1:a1n..............

l

524
556
659

872

SOMMAIRE DU N° 11-i.2

LeTaclillsme .. • ........................ .

•

933

•••••.. • •. , , • . . • • • • . . • . • .
Les 'J'ourLlllons, PA 1,1. It t.CHT .......... , • . • •
La Lumière, la Couleu1• el la Forane &lt;•ultc)
CBABLU lCJ::SR\' • • • • . . • • • • • . . • • . . . •• • • .
Faut•ll
mlllto.rds de billets c.lo IJIU"
que? êmettre
Fl\.\'iOJ~150
llELAl~I..................

que nou~ a.-on. rait, ce que nous rcron,. LA

SOMMAIRE DU No 5
L'esthétique sans amour, en. LALO • • • . • • • • •
491
Dé quelques Acrobates, R. BIZllT ......••...
L'A.rtde cardarelli, Csccu1 . . • . . . • • . • • . . . . .
500
De 1·emplol du verre grosslsaant, F. Drvoui: ••
f&gt;lf&gt;

U03
902.
9t 7

84:i

J(O. D Ll:11011!

JIiin CHlinl 132 ,,,n, U il!UtnlilU tau 11 llllt, tut 1G km-1,111 11 Uir Il 1 urs-11111 UClllllt; 1,11,tm •• Lnnu.

BA .•.•...• ·••· • • •••· • ••· · · ·•·· · • ··•· · ·

La lltt6rature anglaised'aujourd "hul,J. RODKER
Les Expositions, V.&amp;llVI.BCY ••••••••.•••.•••
Cinéma, L. DllLLUO ..•••.•••••••••.•••••.•
science et esthétique, P. RxcaT .••..•.....••
Correspoollance ....•...•.••.•..••.....•...
F.cllos de 1·uotel Drouot •••.••..•..•••• • ...•
Blbllograpble, etc......................... .

1111111116n, 138 111n, 55 ,u11tnnn1, 1 n,nt1ct10 m tn11 lnl1m (fùllll 111. Ypr).

Fouquet. B•••..... ... .. .. .. . . .. .. .. . ... ..
I.'Art de Whltman, L. BHALGETn.... •• . • • •
Iuan Gris, M. RAY:SAI,....................
ApJ)l!I de IIOM, Appel de &amp;en~. P. Di:tu,n....
Tagore, CILtNB Att!&lt;AllLD ... • • • • • • • • • • • • • • •
Les Tracés Régulateurs, LB COltBt'Sll;il•S.\li·

869

8931

LE Co11n1rsn.:n•SA ,GS'lt:R . • • • . • • • . . • • • • . •

Des ~ystèmes d·~sthéllque en Franre. HH'•

SOMMAIRE DU NO 10

Note-: et }:cbo, •••••.• . ••...••..•••.••..•.•
Echos de J'HOtel Orouot
Supfllément littéraire, Knut Hamsun • La
Reine ile Saba 1Prlx N:obel l!l20 J.

Sll!R·SAUG)HER

~os

Des Yeux qui ne voient pas .. , Les Paquebot.•,

Il lllin cutiUt 132 ,110, 55 lllutntnu Ùll lt tnt,, IC UH·tlIII, 1 re,rdtetiU Il clllnn : TûllU b PICUII.

.•.....•••....•..•••..

326

369
367

&amp;'i

877
92.l

. •.•• •

WALDF.llAR Gr.oKGB • .. . • . • .

La 'fypo!llraphle, CBRISTIAN ••••••••••.•••.•
Cinéma, LOUIS DEl,lot!O •..•.••.•.•...••....
LE' )lusic•ll.all, Rur:a BŒIIT .••••.••••.••••••
Dan• les Revue~. FJ:RNA:SD DIVOlRII •.••••.••
Les Grands Concerts, HENRI COLLIIT ••••••••
Les 1..IYTC'I (Picabia, llax Jacob, Apo\llnalrn),

BIii ~ lllirt, H Jkllllflllrtl Il III r11nl1ctiu au tnil mm (Tùlllt û La PfflllJI).

Le Puri.me, 0HNP.&amp;1iT f.T ]F.Ali'l\l!ll:F.T .•....•
Ingres, B1ssw11 ............... , ....... ~ ..
Pensêe~d'HlereL dellalnlenant ............ .
Du Coran et de la Po~learaLe, RElO\ITRl'U.E.
De la recherche de nouvellesconvenllons de ly•
pographlemuslcale, G. lflGOT ..•••.••••..
Les Grands Concert H. COLLltT .............. .
Fernand Léger, M. RA Y.SALS ................ .
L'.Esthéllque de Proudhon, R. CBE:S n1:i:r.... .
Parade,ALBl1.llT 1BAN:.&amp;BU . . . . . . . . . . . . • . .
Le Sacre du Printemps, AloBllRT JJIA!'ll1EBET .•
Trois rappels à MM. lei Archltect~. Li:cOt\BU•

729
777

7'8

SOMMAIRE DU N° 9
1011
DesYeu-icqulnevoienLpas •.. LesAvlons,La
••• •• •
190~J. ~.
COKBt;Sll!R·SA t&lt;, snrn . . . . . . . . . • . . . . . • . .

t51~~!scg.~~:i,\!:'i:~=éi; :.'.::::: '.:::::::

VAUVIJ.EC'\" .. ••·• .......... • •. · ..... ••• •

311

807

839
i69
719

.................

Pttnomllnelltteralre, JBAS E PSTEIS
vre.s, M. RAYNAL •• • • • • . • • • • • • •

po(:,ile. Lyrl~me, Arl, l'.tUL DIIRllRE •••••..•
La Rythmique (/ln),,\LIIE~T Ju:s;:i:au .. ·:.
La Critique des Arts fi.guratH3 en Italie,
CAIILO

742
7fd

A propos des théories d 'Ein,l~ln, LR Il F.CQ ...••
Ten Ion, et l're Ion~. Ro.yons X et Lumllre.
J.a yn11lt c de l'ammoniaque. REC'BT ••••••
La Lumi1·re. la Couleur el la l• orme (Ill,
CU.IULES trE:-1~\' ............. , •...•••...
I.es l'uta.s • d·Al~nce, CRllSE• lllll .......... .

833

•ln ■11111 131 PIII, 38 lllutntilll lw li 11111, li kll'l·llltl, 1n,nlHtiOI II Hlllffl: LI Cl?C)I cu111t11u fi !aarlll IWJ.

Dau u 1116n l38 ,a1n, 50 ,btllflrutl, 1 rtJ?HUtill tU tnil Hlllffl (tùllll ù Ctldl 1I U IIJ)lilllt Utüraln).
1.a lW Mile et la dê!lnlllon ile 1·esthétique,

i37
7 7

SEI\ET •. •• .•• , •.••••..••••••• , ••••••••
t.a création pure, JI un,O1111O ••••• • ••••••••••

SOMMAIRE DU NO 8
PbénomMelltlétalre, IRAll J-:PsTEJ:-........
Jacob en 10 minutes, H111'!Rl 1-IBRT?. .. , . .
Vralsemlilancevlvanle, FBll:SA~D D1vo1KB
Liffe~. 1. RA \"SAL....................
Ile Corot,••• .•...•..•...• , • . • . . . • . . . • .

L:Expres•lonni~mc dan~ l'Allemagne conlem•
poraine , RAY llOSD l,1so11t .....•. , .••• · ..
Lesrn1an1sde l'J11hloror,Cf.L1SllA!t;1u1-T .•..
LI'~ \lai•on~ Voisin, L•: coam·~1BR•S.\ t:GSIRR •
Copeau Cl Gémier. :llAXrn: Ll::ll.\11\li • •• ·• •• ·
L'IIarmoulc, G. ~l!GOT •••.••• • •• ·,. • ••••• •
Le Salon d'Automne, V AtVBl::CY ........... ..
Echo~de Ill dcmlt're lleure .......•. , ...• , , ..
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119
131

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SOMMAIRE DU N o 2
L'E~lhtliqnc nouYclle ou la i-cienr~ de \'Art
Uin), VUJTOR BJ.S&lt;'R....... ... . . • • • • • • • . •

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GlfJ.E:R., ••. ••••...•.••..•.•• , .•••••.•• •

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Evolution de la Carro--rrle Automot.ile .••..
Ollo Lud '!l'ig, AJ.Dll&amp; CŒt;RO\' ..•••..••••••
Le Dlxtuor 1,t'u Sir, ALRBRT lEA!S:&lt;l.11ET • • . ,
Le . ThMlre ru,;se pendant la rholution,

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bRRE:SDot·11u ••••••••.• , ••••••••••.•••.•

Qua11d on w11t ~orllr des sc~nb NI couleurs
F. D1vo111&amp; ......... . ................. _'
La Médecine ~}'llthC\lque, D• .\LLJ,;SDY ..•..•

Economie, P.a.ui, Rtcar .•........•.....•..
Les Revu~;, .•••.••.•...•••..•••..••.•....

Lo• I,lvres ••..••...•..••..••..•.••••.••••
Echos de l'lJ0tel Drouot IHDlrs Udlio et
X:ùlnwelllcri ..•..••...•....••...•...••.

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t55':l
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tS63

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Le Gtra11l : J.ucieo GIRARD

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              <text>https://www.codice.uanl.mx/RegistroBibliografico/InformacionBibliografica?from=BusquedaBasica&amp;bibId=1752865&amp;biblioteca=0&amp;fb=&amp;fm=&amp;isbn=</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>La Sixtine de Michel Ange</name>
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                    <text>IIEVVE INTEA.VA.TlONALE il,1,IJSTRÊE .DE L'A.CTl'f!ITÉ l:Ol'f'l'EJIPOIIA.lNE
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par

CHARLES LETROSNE

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précédé d'un ave:rLi~scmcnt de

D'ENFANTS

LES' LUNDI

LÉANDRE VAILLAT
OUVRAGE HONORÉ D'UNE SOUSCRIPTION DU MINISTÈRE DES BEAUX-ARTS

ET

BUT DE L'OUVRAGE

JEUDI

DEPUIS

@':-----:::--

e· ANS

COURS

Celle œuvre de longue-halei11e n'est 11as une étude d'urch~logie, elk a pour but d_e fou:mir a,u:
techniciens et au public les é1hnerrts d'une docwmen/atiorr S'llggesl'ive où l'architecture régionale li- .
mitée à l'architecture rurale est présentée sous un ,imtr nouveau, dans un cadre pittoresque; ka
planches en coulews, dessin ées en perspective, font reS.'!ortir 1tigoureu-scment le parti qui peut être
tiré du caractère topographique et géologique de,Ydiverses eonfréc.~ de la France. L'auteur a écarté avec
soin le.&lt;i formules trop savantes ou les décorations tapageuses : sans doute il est sensible ait charme des
vieilles JJierrM et des vieti:rjardins, mais sans s'a:lt&lt;irder à ne rouloir vi'l:re que dans la séduction
maladive d'une demeure anachroni(J'Ue, il leur demande ces méi.les conseils que Rodin quêtait auprà
des cathédrales de noire pays, et, 11a'l'ls se laisser prendre awr apparence11 trcrmpeuse11 -des choses
qu'ils créèrent, il interroge le mde bon ,'!ens des artisans tf-a:uircjai.s, afin qu'ils l'i.tident par leur
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l,e papier du teœte, fabriqué spécialement à la cuve, est filigranémditre defouvrage. Ce dernier e,.çt
orné de 125 hors-teœte en couleurs rt&gt;produits par p-rocédi S']lécial et montés sur hollande de Zonen, le
te:1:le, composé en caractères elzévirs renouvelés des • grafit-is » italiens, est agrémenté de nombreuses initiales, de frontispices el culs-de-lqmpe origi11aUa',

CONDITIONS DE VENTE ET SOUSCRIPTION
Les eœemplaires souscrits avant tirage ne sont paiJables qu'au moment de la mise en vente de
chaque tome et proportionnellement (l'un frs : 150 . - soit rouvrage complet, fr. : 600. -). Les
tome.9 parus sont e.rpédié., franco de porl )lmtT la France ; port en sttS pour les pm1s élrarrf!,ers, r.ontre l'enooi d'un 11umdat-poste. ou d"iut rhèq_ue sur Paris représentant leur valeur. Les ra1rièti-011,&lt;r sztr
le pnpi.er de J)(;rmeftent pas, nctnellement, l'cm:oi de sp~cimenlJ: un exemplaire-type sera e:rpo.9é
chez l'auteur et chez l'éditeur. Toutes les t•tntes sont faites à compte ferme et mwun envoi • à conditio1i » ne ptut être consenti pour cet ouvr.age à tfrage limité.

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lopper le sens rythmique, d'en éLudier les lois, d'inculquer le sens métrique. La Rythmique
proposant à l'individu l'expérience corporelle, le rythmiden sera plus armé pour
poursuivre n'importe quelles études musicales, parce qu'il aura acquis les bases indisvensables.

Les Mairies, Les Ef!Oles, les Gendarmeries.
TOME Il

Les Palais"dejustice, les Salles de fêtes, le., Gares, ka Postes, les Ba1iques, les Cliniqu~,s, les Bains.
TOME Ill

ùs Auberges et II6tels, les Fennes, les Maisons rurale.~, les .Maisons d'arti.sari11.
TOME IV

Les Maisons bourgeoises, les Eglise,9, la Cures, les Cimetière,, les Fontaines, divers Projets.

La Rythmique donne à l'individu une
connaissance plus fertile de soi-même et fait
un individu mieux organisé, mieux armé pour
la vie moderne, plus maitre de soi.
Les parents soucieux du développement
de leurs enfants doivent se renseigner sur la
rythmique méthode Jaques-Dalcroze.

La Rythmique e11 Amùiqu,e et en ,111gle1crre.
- La HyLhmique J aquPs-Dalcrozc . Pst pnseign6e acturlkmcnt dans la plupart &lt;les Lycé;s

en A-mériquc.

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En Angktc1Te 2500 curanls d adolescents
pratiquairnL régtLli(;lrement la Rythmique r.11
1\l19 ; acluP!lt'menL ce chiffre a doublé. Ln
Hythuliq\le esL à la l&gt;ai;c &lt;le. l'éducation &lt;le
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Le propriétaire ayant trouvé un chauffeur projette de ftiire un voyage à la montagne, avec sa fa•
mille... La route est longue /!! l'on partira de grand 111atin. Il transformera sa voiture en
CABRIOl,ETpou:r hJiter là fraicheur du matin (fig. 2).Encours dero1t1e, le soleil darde ses brillants
myons. Il fait chaud dans t'intérieur de la voilure, il la transformera c«mc en· TORPEDO, et
e'e.çt avec illlir;e que les occupants respireront l'air t&gt;if qui fouette agréablement le vüiage, par la
vitesse ac(f1.iise ... (fig. 3.)
Mais,les voici dans les Montagnes, et par la ltaut.e altitude et le.s cascades, l'air devient un peu plus
frais. Il serait pourtant dommage de fermer la voiJure, ce gui pr~cerait les voyageurs de jouir du
splendide spectacle offert par la Nature ... Comment faire JJOUT s'abriter de la fraîclie;ur et pouvoir
en même temps conlernpler les cimes des hailles man fagnes ? ?? Simplement laisser la capote baissée,
et relever tmlle.s glaces qui abriteront nos voyageurs de 7a bise•.. (fig. 4).
C'est avtc plaisir que nous indiquons une 11-0uvelle carrosserie, dont une seuÜ/ perso,me peul effe&amp;·
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�LETTRES

PAR

JEAN EPSTEIN

(f)

VII

J

indiqué plus ll!lut que la vie contemporaine ne peut aller sans traces d. e
fatigue intellectuelle comme une vie physique intense ne peut aller sans fatigue physique. Comment nier que Pintellectuel qu'est l'homme civilisé, tout
homme civilisé, l'ingénieur certes plus que le wattrnsn de tramway, mais
le wattman aussi, soit prédisposé à éprouver de la fatigue intellectuelle assez f:réquemment, quand il est évident que l'athlète e.rt prédispo3é de par ses conditions de
vie à éprouver fréquemment de la fatigue phy.;ique. Pùurtant l'athlète qili éprouve
cette fatigue n'est pas un débile. De même l'intellectuel n'est pas un débilité mental et nerveux parce qu'il éprouve de la fatigue intellectuelle.
Si l'hypothèse de la fatigue civilisée est juste, on doit en retrouver le reflet dans
la littérature européenne civilisée. Et c'est en effet ee qui a lieu. Je passerai toutefois rapidement sur cette preuve qui est surtout intéressante lorsqu'on considère
la fatigue intellectuelle non seulement comme civilisée, mais encore comme civilisatrice, ce que j'ai fait ailleurs et qui sortirait du cadre donné à une étude som•
maire.
D'autre part, seconde raison de ne pas insister, je crains, car on est naturellement
porté à mal généraliser sur ce mot fatigue qu'on estime toqjours péjoratif, en m'ét.endant trop sur la fatigue dans les lettres modemes1 qui n'est que la réverbération de la
fatigue géné~e du monde civilisé, sans démontrer en même temps les avan~ages
de cette fatigue, de faire croire que les auteurs modernes soJt, comme on dit, des
décadents, des diminués, des faibles. Ce contre-sens, je l'ai si souvent entendufaire
que j'en éprouve une véritable phobie.
Loin d'être un mal, la fatigue est un moyen d'entraînement. La fatigue forge
l'athlète, le coureur, l'acrobate, le boxeur et le penseur. C'est parce que ce savant
s'est fatigué plusieurs mois sur un problème qu'il en trouve finalement la solution;
ce plùlosophe doit à sa fatigue sa philOB1lplùe, le poète, sa poésie, et le civilisé, sa
civilisation.
La fatigue intellectuelle a fait que les anciennes formes littéraires ne nous émeuvent plus, comme elle fait qu'un réflexe nerveux s'éteint, et elle a donc contribué
en bloc, à créer les formes d'art nouvelles. La fatigue intellectuelle ou nerveuse fait
que ce qu'on regarde trop longtemps, trop continuellement, trop régrilièrement, on
ne le voit plus : les meubles de sa chambre, les bibelots de 11a table, le visage de ses
parents, les défauts de son ami intime, le paysage de sa fenêtre ; c'est donc la fatigue.
'AI

(1) Voirl'Esprit Nouveau, n°' 8, 9, 10 et 11-12.
Ll•i P.IEIUtOT

C'Ol...LEOTlON" S lM01""

JUA

GRIS

'75

�1432

L'ESPRIT NOUVEAU

qui détow:ne l'attention moderne des notions stables, des lignes immobiles et la
porte sur le mouvement. L'art statique est reqi.placé par l'art dynamique qui comporte par exemple, entre autres éléments, la métaphore de déformation et de mouvement, une véritable danse des idées. La fatigµe .rend les hommes impulsifs et spontanés, et, à lire les lettres modernes, on y note de l'impulsivité et une belle spontanéité, raison de cette sincérité sur laquelle j'ai insisté. L'exercice et la fatigue intel• ·
Iectuels créent la pensée ])ar images successives, intermittentes, la pensée-métaphore
favorable aux analogies les plus étonnantes, aux brusques associations d'idées, aux
raisonnements rapides dont les termes moyens ont été échopés, au plan intellectuel unique, à l'accélération onirique des images mentales, toutes choses qu'on retrouve dans la pensée moderne.

LE PHÉNOMÈNE LITTÉRAIRE

1433

minations des pyrotechnies où trente idées à la fois flambent, ronflent: fw;ent, _bnùssent et parlument; des images qui ne font pas voir, mais font décou;'1r,'I)révoll'? a::
ticiper et comprendre ; des images dont le nœud coulant fulgure et s abat, lasso 1~
tendu sur des nuques encore vierges de col et que celui-ci nous donne tout fréims:
sante; d'nne longue liberté ; des images nues et, ce comble, neuves ; ~nventeur q~u
use le premier du raccourei, qui brouille les époques, les date$, les pbeet~es-déplie
corwne ces panoramas qu'on vend en Suisse près des points de vue, _qm mnove
la concision, la précision et la suggestion, qui fore l'avenir .e t le présent d'une-seule percée, qui ajuste l'écriture Stll" la pensée, qui pose des pièges et y capture le momentnn.é, l'éphémère, le soudain, le mobile, le vivant ; qui découvre un rythme nouveau,
une pensée, une manière de penser nouvelle ; visionnaire,~ :voit ~us ~es rappo~, le
miracle continuel ; païen, il ne sacrifie pas au ma:rbre, mais à la VIe ; Jmprévu, aigu,
tranchant, il aperçoit des correspondances, il accorde le so~ à la coul~ur, et la couleur à la. forme, fa forme au rythme ; il veut un verbe poétique accesslble à tous les

-s~; a parlé d'hallucination, d' • hypnose ouverte ,, quand il fallait éviter_ surtout
à ce subtil maitre de l'observation du moi, les psychiâtries balourdes, médiocres et

I

A.rthnr RIIBAUD
Arthur Rimbaud, dont toute l'œuvre connue tient-ou tiendrait en un volumede
350 pages, et qui a cessé de produire à vingt ans, est l'écrivain qui a eu la plus forte
influence sur la littérature française contemporaine.
Comparable pour sa manière d'écrire et de penser à aucun de ceux qui l'ont pré•
cédé, il a, le premier, brisé sur un genou d'adolescent la cangue des phrases. Jeune
homme inexplicable, impulsif et brutal, si étonnamment et si universellement doué,
si intelligent que tous autour de lui, depuis le collège, camarades et professeurs, puis
hommes de lettres, ses cousins pauvres, s'ébahixent continuellement, jusqu'au jour
où Rimbaud brusquement B'est tu, les ébahissant une fois de plus ; révolté contre sa
famille médiocre, contre ses camarades médiocres et, de plus, jaloux, contre sa ville
médiocre et, de plus, petite, c'est-à-direextrêmementignominieused'esprit,contre
tant de littérateurs médiocres et, de plus, bavards, pompiers, têtes vides et mal•
honnêtes; voyageur•qui voyageait comme on s'évade, sans pouvoir échapper à cette
médiocrité qu'il haïssait ; liseur qui lisait comme on ferme les yeux, pour ne pas voir ;
hautain parce qu'il lui était impossible d'ignorer ce que lui-même valait ; violent et
brusque au point qu'il leva un bras armé au dessert d'un repas contre tel interlocuteur que les sarcasmes dont Rimbaud usait, écru;i.uffaient ; ancêtre à vingt ans, et
ancêtre aujourd'hui, quarante-sept ans après sa mort littéraire, encore jeune, pourvu
d'une plus féconde descendance poétique quetout autre écrivain; fauve, cruel; si beau,
dit-on, qu'il fut aimé comme une femme, et si ample son geste au delà du vice qu'il
J'enjambe et n'y touche pas ; artiste toujours, virtuose jamais, et c'est peut-être
paroe qu'il ne voulut pas, ayant -été artiste, devenir virtuose, qu'il cessa un jour
d'écrire, non qu'il n'ait plus rien eu à dire, mais plus rien, lui, à inventer ;poète sirespectueux de la poésie qu'il ne voulait en sa présence ni règles, ni lois, ni science, ni
critique, ni traduction, ni ordre, mais rien que la poésie qui grelotte nue dans un cer•
veau ; intelligent, trop, il·découvrit, penché sur lui-même, la poésie de l'intelligence,
la poésie des associations intellectuelles, des compréhensions soudaines, des illu-

goonnées. Rimbaud lui-même prononce « balluqino.tion 11, mais ne voii:on pas que
c'est une image comme toutes celles qui suivent et qui précède~t ? S~?lement,
mais enfin avec une certaine précision, Rimbaud sent que la poésie est mtimement
liée au subconscient. Ce que :u. Abraroowski vérifie pa:r des expériences ou des q~estionnaires, ce que de telles e~ériences moi je garde, votre horoscope, poètes, Rim·
baud le découvre, l'invente. La rime, la composition, toutes les règles, la 1:°étaphor_e,
même le sujet retombent à _leur vraie place d'accessoires. Les discuter ~e~lent puéril.
Derrière une basse porte de cave, insoupçonnée, surgit, coule et brwt 1 essence des
poèmes. Tant d'écrivains qui mirent l'œil à cette serrure sans pousser le bat1;~mt.
Rimbaud pénètre jusqu'à cette source et s'en saoule. Moment illustre dans la vie de
l'intelligence.
« Depuis ùmgtemps je me vantais de posséder tous lu paysageg possible.s .....
J'aimais les peintures idiotes, dessus de portes ..... •

Mais l'homme n'était point mûr pour cette Amérique.
.
.
Comprendre que ces peintures idiotes, dessus de portes, décors, toiles . de sal.ti:mba,,,.,,,,,,, enseignes e,ll-uminures populaires ; la liitéra:we démodée, la'in d'église,
-,--,
•
.
·1
li
livres érotÙ]U".,s sans orthographe, romans de nos aïeules, contes de fées, peti.s vr~
de l'enfance, opéras 'Vieu-'.!}, refrains niais, rythmes naï'fs peuvent être et sont ~uss1
beaux que n'importe quoi qtù est beau, à condition qu'on les huile de sub6?~e1ent,
source de poésie, et qu'on les considère sous le jour parti_culi~ des états_s~bliminaux,
demandait une subconscience à îl eur de peau. Et cette situation superficielle du subconscient dont jouissait Rimbaud, anachrorriquement, pour sa gloire, n'était '?oint
encore l'apanage de ses contemporains, même les meilleurs. Des causes orgamquea
sont responsables de cela comme de tout. Aujourd'hui l'avèn~ent ~énétal de ces
causes commence. Et c'est pourquoi il y a une poésie nouvelle qm contmuera.
A tout prendre la poésie littéraire ou cinématographique, la poésie en ~néral me
paraît impossible sans la participation intense et particulière du ~ubcousc1ent.. Cette
vitesse énonne de pensée, cette compréhension rapide des analogies métaphoriques,
cette perspective unique du plan intellectuel, cette succession d'images-détails foi:it
fa poésie parce qu'elles embrayent la vie du subconscient et fouettent cette toupie
à cent miroirs. Les gestes des meilleurs acteurs d'écran sont poétiqu':8 p~rce ~.ue
toujours inachevés, esquisses, flèches, programmes, tangentes à uneréalisat1onqu lD•
terrompt un autre geste, un texte ou sobrement du film opaque, ils chargent le sut·

�1434

L'ESPRIT NOUVEAU

conscient de parachever leur devenir. Voyez le jeu de Sessue Hayakawa, les scénarios
de ~1. Louis Delluc. Et si tant de littérature académicienne nous excède, si tant
de films Rigadin-Navarre-Grando.is nous font hausser les épaules, c'est que le liubconscient n'y trouve aucun aliment.
Peu à peu le subconscient s'érode. La conscience claire, comme un halo, empiète
sur des couches toujours plus profondes et use les superficielles comme les marches
d'une crypte vers où rampent des genoux croyants. Tous les dix. quinze ou trente
ans on peut marquer une étape nouvelle en pro-fondeur. Sur l'échelle de cette géofacrnûe ei:plorée les dcgt-és s'allongent. Les poètes comme des sourciers indiquent de
leur plume qui, alors, vibre, les riches nappes souterraines. Parfois un effondrement
et une chute dans un sol sournoisement miné. C'est ce qui est arrivé à Rimbaud. Audessus de son cratère les littérateurs du temps se grattent pensivement le menton.
.Même Gourmont qui pressentit tant de choses (cf: La Culture du ldéu, La C'rtation
s1wconscienie), écrivit des phrases qui ont été pénibles à ma vénération de lui. Il y a
donc une ascension centripète, une montée en profondeur, Wl vol en dedans. Et "·ers
quel centre ? A travers quel axe?
Il existe d'autre part une loi de rétrécissement de l'intelligence, incomplètement
formuJée par 1\1. Matisse. li aurait fallu dire: rétrécissement de la sensibilité ce qui a
une autre importance. Plus la civilisation offre à l'homme de variantes sensibles, de
possibilités de perception, plus la sensibilité se tresse d'œillères et d'écrans, habitudes et fatigues, pour se protéger contre le surmenage. Cc qu'elle gagne en profondeur, eJle le perd en surface comme un objectif allonge sa portée aux dépens du champ.
Si on plonge donc en profondeur, cette plongée se fait en coin, en évantail tenu à
rebours. On voit moins, mais mieux. Vers un butoir inconnu les trajectoires convergent. Et vers quel foyer d'attraction cette spécialisation parmi tant d'autres spécialisations glisse etfilc? C'est un horoscope à faire. Je cherche les signes de ce zodiaque.
Observateur, comme tout poète sincère, Rimbaud engage la bataille contte l'inexprimo ble ou l" encore inexprimé ; .e t l'inexprimable recuJe ; des choses qui semblaient
indicibles sont dites, peuvent être répétées. li ne raconte pas un objet, mais se raconte à propos de tout. D ne dit pas un objet, mais lui-même au contact de cet objet
ou cet objet sombré en lui-même; toujours il se souvient, il induit, il se superpose
au monde et nous présente de ce monde plusieurs épaisseurs de mémoires, d'imaginations et d'analogies.
Tel fut brièvement Arthur Rimbaud dont l'apparition etla fuite ont quelque chose
de co mique, de divin, d'incompréhensible, génie, méritant exactement cette épithète vilipendée, et qui, s'en allant vers d'autres continents, cessa d'écrire au moment où tous les autres commencent, ayant dit inévoeablement, dédo.igneux de répéter, ne voulant pas ajouter aux découvertes des radotages de virtuose. D revint
mourir en France. Et, mort, il lui fallut supporter le faix des nécrophores qui voulurent redorer 83 mémoire à la manière des petits esprits goulus d'apprendre faussement que cet homme leur ressemblait.
Kon.
li oc leur ressemblait pas.
Voue connaissez ces pages qu'orchestre un rire de faune intelligent, ces poèmes où
les poinga gèlent dans les poches crevées de misère et de juste orgueuil, de jeunesse
qui n'a point connu la sérénité, de printemps qui éclate parmi les priapes, d'oraisons
qui fusillent le ciel et massacrent les anges. Les vingt ans y ont si beaux qu'ils devraient aller nus. Les bateaux• insoueïeuœ tk tous les tquipages •• y dérivent sur les
mers d'amour et de rythme
• ..••• où flouai.son blime
et ravie, un noyé pensif, par/ois descend. »

LE .PHÉNOMÈNE LITTÉRAIRE

1435

Les archipels se désancrent et on les heurte comme un corps de femme. Des vieilles
cherchent tendrement les poux sur la téte de leurs enfant~. Les voyelles peignent. Des
Sabines douteuses se pendent au poitl'ail du poète. Il y a des vertiges et des sileüccs
sonores comme un cyclone, des rengaines qui frémi ent comme des feuilles de saule,
la &lt; eiu....sCN DE LA:PJ..US BAUTE Toun I et les I F~TES DE (.A PAUi' ••
Aussit6t que fidée du déluge se Jm niaise, Un lilure s'arrl.a dans le, sainfoi111
el les clochettu mouvantes et dü sa priire d rarc-en-cW, à travers la toile tk rara,gnée, et le monde se reconstruit en deux pages comme la graine germe, pousse une
tige, des feu 1:es, fleurit et fructifie en deux minutes au cinématographe. Une flora:son de verrerie et de métaux couvre un satin blanc. Le fils de Pan creuse son rire taché de vin et d'ivresse, puis étire ses bras acrobates. LepoèteembrasseJ'aubed'l-tésur
la bouche, puis, étant ivre de ce baiser, danse. D danse jusqu'au soir et dételle le
corbillard de aon sommeil. Des villes surgissent, actuelles, géométriqUC3, cristallines,
huilées, actives. L'enfance mise en perce goutte à goutte s'écoule, lourde de désirs i nutiles, de souhaits baroques, d'invecti,·es, de désespoirs ; d'un promontoire s'apercolvent toutes les banlieues métropolitaines, les rails, les Splendid Hôtel avec leurs
terras.ses chargées de boi ons fraîches, d'éclairages et de voyages, les glaciers, ces
tortues carrossables, les volcans qui trouent cette sécurité, les quais, les tourelles des
canons à éclipse, les canaux, les galeries de l'art, les parcs. L'histoire, le conte d'une
royauté sans pouvoir, d'une vie d'ouvrier, la guerre, le désir d'être ou d'avoir été barbare, vingt ans, la dévotion à quelques mortes, • Une saison en Enfer » ou les souvenirs imaginaixes, tout se mêle, cuit et distille dans cette • Alchimie du Verbe ,.
• Celas'ut paaséje sais aujourd'huisaluu la beautt •·
C'est alors qu'il savait qu'Arthur Rimbaud s'est tu.
Et que Rimbaud, le plus grnnd écrivain de son temp&lt;J, ait soudain cessé d'écrire,
avant même d'être tout à fait orti de son adolescence, e'est ce qu'on appelle ale problème de Rimbaud •·Problème? Mais certes comme dans un problème la solutiou est
contenue dans les données. Le plus grand écrivain de son temps, c'est-à-dire pos édant une sensibilité, déjà du eul point de vue organique et cœnesthésiqne, en avi:.nce
de quarante ans sur la sensibilité de ses contemporains, Rimbaud ne pouvait être
que mal entendu. Pour un poète, vivre et créer dans un malentendu continuel est une
vie atroce. Et pour un poète qui estime sa poésie non pas comme littérature, c'est-àdire courbettes, gagne-pain, décorations, • cher moître •• cinquantième mille, ITUlis
comme l'essence, la rai on, et le eulmi.n ant plaisir de sa vie, qui aime sa vie dans sa
poésie et non pas sa poésie dans sa vie, mieux valait aller ailleurs vivre selon son
rythme libre que de le cogner à d sensibilités tardives, écoli_ères, lentes, envieuses.
n partit comme on ouvre une fenêtre.
De !"oxygène 1
omme il dut vivre de la poésie, manger de la poéùe, respirer de la poésie, dornùrde
la powe, souffrir de la poésie dans ses vagal&gt;0ndages . Londres, J'Ecosse, l' AJlemagnP,
les Alpes, Milon, Turin, ienne, Livourne, l'hôpitnl do Marseille, l'Espagne, les b:u:dcs carlIBtes, Sumatra, déserteur de l'ann(,c hollandaise, Bordeaux, pri.sonnier ·à
Vienne, Bavière, Charleville, Hollande, Copenhague, contrôleur de cirque à Stcckholm, Rome, contre-mnitre à Cl1ypre, Egypte, la mer Rouge, l'Afrique, Atlen,
armurier du Négus Ménaick, le IL.rrar.
Et tout ce qu'on ne sait pas.
Comme son silence suffit à punir.

�1436

L' ESPfüT NOUVEAU •

Blaise ·CENDRARS
Un homme a compris qu'il n'y avait Jk"LS nne minute à perdre, que la poésie était
en jeu, que le miel des rhétoriques ne servait plus qu'à fabriquer du papier tuemouches dont les mouches même ne votùaient pas.
Il s'est dit : « Toute poésie vient de vivre et y retourne. Il n'ont pas l'air de savoir
s'y prendre. Il faut que j'y aille. •
. .
,
.
. .
n a su nous dite que le journal quotidien, gras d encre hmrude, se lisait comme
un martyrologe et, maintenant, je ne sais plus faire sauter la bande des périodiques
sans sentir la vie, la large vie me s.ouffler au visage. A lui qui n'a pas voulu bav~nde.r
comme tout le monde,' ni tirer à la ligne, ni amincir sa vie à travers des filières, quelquefois un cri échappe, mais c'est t~ cri de poète, UD ~~ orch~~re.
.
Il a touché mon oreille de sa paroLe mesui:ée et mus1c1enne ; J entends :mamtenant
la musique automobile des rues et des usines, la pl~te colorée des ~i~es sur_le
mur, ces jaunes et ces bleus où -rebondissent des maJuscules, ce sourire 1mmobile
qui dit : pâte, savon, poudre, éli:xir. ,n a ~u voir que les mu~ des vill~ sont le décor,
préétabli des drames industriels. J'rmagine entre une machine à ~ : et un stylographe un suicide en habit, le faux-col déboutonné, devant le rcliquan:e du coffre.
fort. L~ jeunes gens s'embrassent sur le chèque reconquis. Il sent en musicien, en
peintre, en poète que cinq cent mille hommes sur deux kilomètres_ carrés, sup~pos~
par les feuillets des étages, travaillent, achètent, boycottent, vivent, - et il sait
le dite. Il transpose le chant des moteurs qui ronflent aux portes des banques, les
taches polychromes des robes, des vitrines, des lampes à arc et du soleil. Il sait
de ses imaO"es mouler tous les reliefs, toutes les p:tofondeurs, celles de l'architecture
humaine, du ciel rond au-dessus des têtes bosselées et phrénologiques, de la paume
des mains où l'amitié se retrouve et sombre dans une étreinte, des horloges qui
avancent. retardent et obéissent aux honunes mieux qu'aux planètes et ne marquent
plus qu'une heure de décret, de sorte qu'il n'y a plus de temps, celles des gares d'où
les rails luisants fusent pour trouer la distance de sorte qu'il n'y a plus d'espace, de
sorte qu'il n'y a plus rien, mais UJJ poète. Un poète qui entend crier les couleurs,
chanter la lumière folle, qui gémit doucement des souvenirs à la lune, une lune électrique pendue à une potence, qui vibre sous la caresse des express dont les continents
frémissent. qui écoute, désolé, le rythme des trains nocturnes et il note l'orgue des
freins qui à ce bruit de cœur m.a.lade met une sollI'dine, qui s'endort et puis se réveille sm les ponts entourés de vacarme métallique. Il est fasciné par les kilomètres qui grelottent aux vitres nocturnes. Il a pleuré sur les embarcadères parce
qu'il connaît, homme, le prixdel'amitiéd'unhomme. na eu le mal du pays, le mal
de tous Jes pays, le mal de toute la terre et le mal des planètes. Il a fermé les portières
avec ce geste sec, tardif, nerveux, courageux, soigneux des mains qu'il ne faut pas
pincer. Vodeur des gares le prend à la gorge comme une pendaison. na vu entre les
wagons les accordéons noira s'allong.e r, se raccourcù:, plier, déplier lel,l.rS r.ides et les
a entendu bêler sans arrêt un grand air triste. Entre leurs parois mobiles il ausculte
le rapide. Dans la nuit, aux portières, il a été lui-même le paysage, ombre sur le
talus, lui sur la terre, lui qui se penche, s'élève, s'étend, change de forme, s'enroule
autour des poteaux, se gondole sur les fils de fer, s'étale sur les fleuves, glisse sur les
quais des gares, et soufflette au visage les employés indifférents. Il a connu la grâce
monstrueuse de trente wagons se penchant d'un mouvement brusque sur la mer;
toutes portières ouvertes ou roule dans un courant d'air ; les mains aux poches on
titube sur place.

LE PHÉNOMÈNE LITTÉRAIRE

1437

Toujours il appareille vers autre chose; il attend. C'est plus fort que hrl ; il attend. Quoi ? Tout ; rien ; n'importe quoi ; une lettre ; un ami ; un télégramme ; un
journal; un livre; une. surpris:e; l'orage; Je soit; midi; une rencontre; lai-même;
quelque chose d'autre. Son œil jamais ne se ferme, son oreille jamais ne s'endo.rt etil
enregistre, recueille, module. Il sait voir- autour de lui la forme, la ligne, la beauté
géométrique, calme et parfaite d'un œuf qui satisfait J'œil et la main. Il n'arrive pas
dans une ville, mais y retourne et s'y reconnaît, s'y retrouve, s'y découvre-et sait
le dire. Il voit le bondissement de la vie et le note avec des doigts où il y a de la. musique jusque uousles ongles ,. Il perçoit le tressaillement de l'appareil MOl'Se comme
une prosodie, les marques de fabrique co:mmeune histoire colorée du monde, une
théogonie, une géométrie mythique. Pour lui les paysages dansent, coupés par les
poteaux télégraphiques, sur la portêe des fils. Pour lui les journées sont profondes,
inépuisables, remplies à déborder par-les vies des- quinze cent millions d'hommes qui
bruissent en tournant autour du soleil.
M. Cendrars regorge tellement de poésie qu'il en laisse, comme de la dorure, à tous
les objets qu'i:I touche, et qui sont désormais des reliques. Une boîte de conserves
et sa naïve étiquette résonne en lui comme UBe possibilité de poème, et la façade
des hôtels devient quelque chose d'énigmatique, monstre et douloureux. Il aime les
villes et les déserts. Il tremble de ce que peut contenir une boîte aux lettres - mort
ou naissance ou guérison ou faillite, etü y a des lettres qui se perdent-: il a laissé
des lambeaux de son épiderme à tontes les frontières, à toutes les latitudes, à tou.&lt;J
les méridiens : il a mis les horaires en musique, et un cœur, un grand cœur vaste
et dur, un cœur en floche.
II lui reste dans les pownons le vent de tous les climat.s, et dans les yeux la couleur de toutes les mers, de toutes les lumières, de tous les sols, dans les oreilles les
mots de tant de langues et les noms harmonieux et rudes des tribus indiennes, qui
sont ceux des E:i.iJress Transaméricains, et le silen'?e de toutes les forêts, de toutes
les solitudes, et sur les lèvres le goO.t de tant d'auberges, de bars et de sources.
Il n'est plus besoin de chercher la poésie dans les traités de mythologie, ni dans
l'histoire romaine ou juive ou pel.'Se, ni dans la vie des saints, ni dans les musées.
On peut donc être poète sans savoir que les Epigones furent les fils aînés des Sept
Chefs et périrent, sauf Adraste, dans l'expédition contre Thèbes, sans montrer qu~on
a lu Tite-Live, X(mophon, et l'Ecriture, sans être bibliothécaire ; et, comble, lui
connait pourtant toutes les bibliothèques. La poésie se trouve partout, à portée de
main, dans ces gares où nous prenons le train, dans ces rues où nous marchons, dans
la boîte du facteur que nous interrogeons et jusque dans le moindre pli de nos vêtements. C'est ainsi que :M. Cendrars a renouvelé la nature mieux qu'une époque
géologique, la vie mieux qu'une révolllt.ion, l'homme davantage qu'une guerre. Et
à la guerre, lui, poète, il a tué - et il a su le d:rre, musicien - et il y a laissé un bras.
Il a vu tant de visages gantés de verre, visages ruisselants de soleil, visages de toute
sa vie, visages nus que déchire un sourire, visages hâlés dans le vent maritime, visages déguisés, visages fatigués. Il est allé partout, et il est revenu parce que le retour, le retour est enco:i:e plus triste que le départ quand on ramène une ten&lt;hesse
éreintée de s'être tant promenée. Il a aimé, aimé la vie, le monde, la terre, l'Europe,
Paris, la France, lui-même, les autres, les continents, les couleurs, les lignes, la tristesse, les timbres exotiques, les enveloppes quî sont venues de loin, la danse des viJ]es,
la trajectoire pure des comètes, la littérature, le Christ, ses. amis, les jeux puérils de
son enfance, New-York, la forme des iles, l'odeur des vieilles reliures, la poussière
des chambres inhabitées, la rose des vents; les, cris des vagues, les grands voyages,
« la tristesse et le mal du pays ,, le plaisir d'être seul, la solitude d'être deux, d'être
plusieurs, d'être tout le monde, le frottement des foules,l'inqtiiétude, l'attente, et
encore Paris, « la tristesse et le mal du pay3 » : la vie. Et ayo.nt tout- aimé de ce!.

�1438

1439

L'ESPRIT NOUVEAU

LE PHÉNOMÈME LITTÉRAIRE

amour qui est identification et absol'ption, presque sacramentelles, un peu mage et
un peu diable, succube et incube, il a tout regretté, « lui qui est ébloui •·
.
Non, il n'est pas seulement le poète de la machine, ni d'un exotisme mod~rne, rail
ou paquebot. Pourquoi prescrire des limites et un ré~e à 1~ qui sent la_ VJe, t?ute
la vie, telle qu'il l'éprouve.Da écrit un poème de rmssel et d encens: et s1 le mJSsel
est de missionnaire barbu, grillé par tous les soleils, lavé par toutes les pluies et toutes
les vagues : et si l'encens est de fumerie chinoise, s'il sent le thé vert et la pirogue,
la pou.ssière des routes, les bouges de New-York et les épices, tout de même c'est
un missel et c'est de l'encens. Le père blanc qui a tant couru l'Afrique, mélange un
peu de nègre à, son latin ; tout de même la messe est dite.
·
Il a écrit dix-neuf poèmes drus, brusques, mélodieux et explosifs qui se cognent
à la v;e, la vie tout entière, s·y blessent et s'y égratignent.
D n'aime pas beaucoup les muses périmées, qu'elles tiennent salon sur la colline
reconstituée de l'Olympe ou dans la ruelle d'un XVlll" polycopié. Autour de lui, et
de nous circule une beauté fraîche, une beauté utile, quotidienne, servante, robuste,
· qui E.e f~t et se défait à chaque heure.L'avenir et le passé, c'est très beau.Mais cet
aujomd'bui qui lolle à notre peau et y laisse des cicatrices 1

sonnent comme des commandements jetés à une troupe indocile mais qui suivra.
Il a foi en lui-même et en la foule. Il apostrophe. II prie. Il conduit.
Il est social. S'il a gémi, blessé, vers une survie de l'Europe, il a dit également l'âme
batailleuse de l'armée. Il se joint à tous les cortèges et à toutes les processions parce
qu'on s'y sent les coudes, mais que lui importent leurs politiques et que lui importent leurs cultes.
Mais il n'est pas pacifique. Pacifique il ne peut pas l'être. Sa poésie, comme toute
poésie sincère, est une poésie d'élan, une poésie de mouvement. Le mouvement est
toujours guerrier et la foule n'est jamais en repos, ce repos qui n'est pas une mort,
ni même la mort, mais le résultat d'une mort universelle, c'est-à-dire rien, inappréciable, néant.

Et tout ce que j'ai dit du rôle du subconscient dans la P&lt;?ésie de Rimbaud devrait
être répété à propos de la poésie de M. Cendrars. ·

Comme un pianiste prodige virtuose à quatorze ans, je l'imagine, après ce geste
de la tête pour repousser les cheveux rebelles et de la main pour apaiser le nœud de
la cravate, qtû s'installe devant le clavier des mots où il frappera tout à l'heure ses
plus rares métaphores. Je verrai toujours M. Cocteau élégant, jeune, précoce, avec
des mains souples d'acrobate, la démarche d'un danseur, très joli garçon, spirituel, intelligent comme on ne l'est guère, dans un salon, avec, en tapisserie, des
spectatrices qui ne savent s'il convient de s'émerveiller déjà, tel que son style enfin
rare, agréablement maniéré, qui désire étonner autant que plaire, qui fait songer à la
ligne savante d'un shake-hand selon les formes. Son écriture est semée de -tours de
passe-passe qui éblouissent. On s'arrête, on en redemande, on voudrait voir comment c'est fait.
Et la littérature de M. Cocteau m'est extrêmement sympathique. Sous l'épiderme fardé de son style, la vie circule. Un peu de truculence n'empêche pas l'observation, mais la souligne. L'intelligence partout transparaît, comprend, îllwnine. Si,
par moments, la phtase est un peu rampe et théâtrt&gt;, cirque même, sa flèche, bien
qu'empennée excessivement, porte et perce. Lui-même la compare aux acrobaties
des aviateurs, à leurs virages., à leurs gli:ssades. D aime les raccourcis, les voltes soudaines, le saut périlleu...-.c, les rétablissements brusques, le saut de la mort, les danses
sur la corde raide, le feu d'artifice, les tours de cartes et·Je calembour. Il est étourdissant et délicieux. Malgré cela, et c'est ici qu'il devient, en cessant peut-être de le
vouloir, vraiment étonnant, malgré cette virtuosité, il est artiste. De sorte qu'à s.es
plus inimitables jongleries il ajoute celle de jongler sérieusement. Sincère, bien entendu ; et son observation va loin. En quatre ligues il charpente un tableau. Une
demi-douzaine de détails composent un ensemble. Il comprend, résume, démonte,
manie, caresse, remonte en deux cents pages toutes les idées générales de la vie. Le
lieu commun, il y ·excelle, et ce n'est plus le lieu commun. Son rythme est d'une fragilité précieuse et exceptionnelle. Certains de ses a disques de gramophone » me
semblent des architectures en verre filé, en larmes bataves. J'ai peur, en lisant, que
ma voix n'en casse la ténuité et l'harmonie, et je repose le livre doucement, pour suppléer par la précaution du geste à l'ouate dont ma bibliothèque n'est pas garnie. On
en retient un gollt extraordinaire. Cela pince l'oreille comme de la musique digne
exécutée avec les instruments les plus simples : mirlitons et peignes entourés de papier de soie sur lesquels on souffle en faisant trembler les lèvres. Ailleurs sa phrase e&lt;it
infiniment pleine et sonore, coupée de silences. Ces silences qu'impm•e au lecteur l'ir-

Jules ROMAINS
M. Jules Romains est le poète du nombre. Il écrit sa fenêtre ouverte sur le grondement des villes peuplées. Même cela ne 1~ suffit point. Il quitte sa table et descend dans la rue. S'il voit un groupe il ma1·che vers lui, car il préfère être deux qu'un,
cinq que deux, cent que cinq, une armée que cent, une nation qu'une armée. Et ce
groupe il l'embrasse de bras f01ts, et le maiJ.1tient contre une po~trin~ larg~. Ce gr_oupe
il l'absorbe et le devient. Il a pour la multitude une tendresse mqwète d entrameur
pour son. poulain, une tendresse rude d'hcmme envers des hommes. Il respire avec la
multitude, pense avec elle, aime et souffre et crie avec elle : avec elle, non pas comme
elle. Il est Français mais il est Européen, parce ue l'Europe est plus nombreuse que
la France. Le rythme de ses vers a quelque chose du piétinement lourd des foules :
il marche au pas. Parfois seulement surgit_une mesure légère et infiniment souple,
si souple au milieu de ces chants rudes, comme un rire de fille énervée dans le bruit
d'une élJ"leute. Il pense toute une ville, il pense trois ou quatre rues et leurs passants qui sont des hommes. Le vent du soir porte à son visage penché d'~e fenêtre
l'haleine de la plus grande ville. Il se met sur le passage des hommes et se la1Sse heurter par eux.Il se donne à la foule,il se donne à elle, i~édiatement,~u coin,d'~ca:rrefour, devant une boutique, à la caserne, tout entier et tout de swte, et l aspu:e et
la pénètre. Mnis il n'est pas passif ;il ajoute sa vie à celle de cettefoule,_samass.e _à cette
masse sa parole à .ses uis parce qu'il est nat~re_fümtJ.lt un chef. Il arme. la p1ti_é dont
oscille un groupe, la prière dont fermente une eglise pleme, la fureur ~e ~le pomgs. Il
ressent telkment le charme du n~mbre que, le rcmpant, il se cro1rrut coupable de
lèse-m:agnéfame, de péché. S'il voit un enterrement rien ne po~~a e11;pêch~r qu'~
ne s'y joigne, et un mariage, qu'il n'attende à la port~ de la ma1:1e, afin qu il y ait
un plus grand ncmbre à rire et à pleurer. Il est volonta1rc et certaines de ces phrases

Jean COCTEAU

�1440

L'ESPRlT NOUVEAU

ruption brusque de la marge parmi Je texte, P,arlent autant que les mots. M. Cocteau
joue de la marge comme de Ja plume, dn blanc comme du noir, de la pause comme de
la parole.
M. Cocteau est philos-ophe parce'qu'il voit. Il excelle à résumer en dix lignes une
époque de sa vie.• Q,/,al'l'ejoura, nous- f(tmu cc,neiergea. 1 Il s'inscrit si exactement
sur le papier qu'on jurerait sa plwne fixée, comme un stylet enregistreur grattant
le noir de fumée, directement an ludion de sa sensibilité. Il est exact jusqu'à la manie.
Plutôt qu'un.senti.ment ne s'évad.e de l'exp_r.ession, il l'enroule si bien de sa phrase,
I' emmaillotte si tendrement, l'examine si méticuleusement qu'à moitié il l'étrangle et
le guinde. Il force l'attention par quelques- faux accords, puis déploie sa vraie musi•
que.Sapenséetoujoursintercaledes parenthèses qu'elle ouvre,mais ne ferme pas,
bien qu'elle passe son droit chemin, de sorte qu'on marche au milieu d'un continuel
carrefvur. Il vit dans l'accident intellectuel, ce poète du fait divers. Les idées qui se
télescopent, qui dérapent, qui confluent et 1:/ifurquent, c'est ce qu'il aime. L'idée
JJtatique, il la dédaigne. Il arrive à cent à l'heure sur le pire des virages. Le lecteur
Jle cramponne. a Malheureux il va se rompre le cou!• l\fais non, il passe dans une
pyrotechnie de poussière et d'éclabou.ssures, sain et sauf.
Comme un prestidigitateur mondain, iJ mélangè dans un bocal les éléments les
plus disparates : morceaux de· films, pans d'affiches, une tendre amitié, quelques
pages du Baedecker, un lambeau de conte de fée, des vieux journaux, l'image de la
Tour Eiffel, une anectode exquise, quelques très nostalgiques souvenirs, une carte
de géographie.
Agiter avant de s'en servir. Brasser au métronome. « Mesdames et Messieurs •,
les manches relevées jusqu'au coude - il en sort un poème.
On s'étonne, on en redemande, on voudrait voir comment c'est fait.
• Tentative d'évasion • est plus qu'un titre. Evasion non pas hors d'une prison
mais vers la plus profonde cellule de cette pli.son, vers Je puits de mine, vers le noya~ ·
inexprimé de JJOi-mëme, vers les plages où le flux-et le reflux des états de subconscience laisse parfoi,s sur le sable de bien belles méùuses.
Cependant, malgré cet effort de repliement sur l'inquiétude interne, la source sub•
consciente où plongent directement les sensibilités ultérieures, et ultérieures autrement qu'en date, lui échappe. Il connaît la route, mais non le but. l3rouillant une
communication instable des fritures grésillen.t. Comme chez Mallarmé dont l'émotion
est analogue, des avertissements mal compréhensibles montent dans Je brouillard.
« La pérrnlti~ est morte • disent les • parlementaires de rinco17,nu ». Et comme l\Ial•
larmé, ne pouvant et peut-être ne voulant modeler à pleine sensibilité directement
ce. subconscient, qui toujours se terre et file sous les pièges, sachant, déjà incon•
sciemment, qu'il faut pour- faire • beau. •, donner prise à ces formidables valenees
poétiques subconscientes, 1\1, Cocteau, la voie droite lui paraissant dure ou même
dangereu.se, se résout à un détour.Si Le Potomak, après Le Cap lie Bonne Espérance,
s'obstine encore la plupart du temps à creuser une voie d'approche rectiligne et vise
en plein but, Poésies lui tourne le dos et se décide à peu près entièrement aux
ricochets. Renonçant à faire entrer en résonance le subconscient du lecteur par la
sonorité de son propré subcon:;cient qui se gonfle mais ne gei;me pas, M. Cocteau
complique Je conscient, le force à une rapidité, à des intermittences, à des brièvetés,
à des brosquerics, à une frappe qui doivent donner le change et embrayer la poéti·
que subconsciente. Ainsi il reste ou rentre, mais moins que Mallarmé, dàns la grammaire, seulement cette grammail't!, il la concasse, la plie et la tord. Ainsi il reste ou
rentre, mais moins que Mallarmé, dans la logique, seulement cette logique il la pervertit heureusement, la débauche et la moque. Arrivcra-t-il à faire toucher, comme
des coudes derrière un dos, cette " extrême droite » où il est, à cette " eœtrtm,e gau,.
chc » vers quoi il tend ?

LE PHÉNOMÈNE LITTÉRAIRE

1441

II

Guillaume APOLLINAIRE
Guillaume Apollinaire fut avant tout uu poète , • durant dmae ans le seul poète de
France o dit M. Blaise Cendrars.
Il aime les allégi;iries, et les siennes .ne sont pas de glace pilée que le moindre rayon
de soleil fait fondre. Les années pa.::sent enchaînées et regardent la vitrine du tailleur où se succèdent, sans doute, sur les mannequins les modes éphémères. 11 aime
1es souvenirs qui tissent un tapis aux couleurs passées où il s'étendra comme les en•
fants qui regardent par terre un livre d'images. ~fieux que l'allégorie il aime le mythe.
Non le mythe orné d'un numéro au Louvre, porté sur les catalogues, so.r ti del'herbier
d'un hagiographe et qui en reste fripé, maiJl un mythe à lui, convenant à sa v!e, forgé
par elle sur les décombres des mythologies mortes où on ramasse de si jolis morceamc
de mosaïque. Il aime le noble feu, il le po:i;te et l'adore.

• Flamme je fais ce que tu ve'Ua).

•

Il écoute le sabot impatient de centaures : l'herbe qui bruit de ses mille cellules, les
pâtres qui chantent, les villageois qui dansent, la voie lactée qui se tait, la terre qui
se plaint déchirée par les fleuves, corrodée par le vent, consumée par le .soleil ; les
ruines qui se sont couvertes de mousse et de légendes, les ruines qui racontent une
religion morte ; il entend tout cela, lui qui est "assis dans un fauteuil -.. Et il voit les
yeux des squales parmi l'écume des océans, un mauvais g~çon qui -r(!SSemble trop
à son amour dans la brume de Londres, un baisei: pour qui les rois du monde au•
raient voulu mourir, des yeux où « nageaient des sirènes et des trat:nes d'étoiles •
• les cheveux nüirs de Madeleine»,les sept épées de mélanèolie et d'amom:, les a des:
tins impénétrables» assis en rond autour du feu de la Saint-.Jean, les cafés pleins de lumières, de fumées, d'orchestres sanglottant l'amour tzigane; il a vu la folie des machines et ce baiser chaste des locomotives qui s'approchent l'une de l'autre, lente•
ment, avec mille p-récautions fragiles, les yeux grand ouverts comme des chats. Il a
aimé les belles idoles, le soleil de Pâques, la rose de Noè1, la voie Jactée, sa « sœur
lumineuse », l'amour à voix virile, les dieux morts, les dieux perdus, les dieux inconnus,« le grand Pan, r:amour, Jé$1LS-Christ •• le malheur, « Paris-jaU », Iafemmemor•
monne, les choses charmantes et curieuses qu'il y a. à Auteuil, à Nîmes, à New-York,
au Café Napolitain, à Bourg-en-Bresse, au caveau de la rue de Buci, à Munich et par
toute la terre dont il connaît tant de patois. Et ce qu'il aim-e, il le dit simplement,
parce que cela lui est agréable de le dire et qu'il nous sera ag1éable de l'entendre. Il
sait, mais que ne sait-il pas, la saveur amère • des baisers flarentins », la plainte des
journées veuves, les longs baisers mouillés par l'embrun des embarcadères, des anecdotes sw: M. Anatole France, M. Canudo, Ernest La Jeunesse. Quelqu'un lui a dit
comtnent est le wagon-promenoir du Trans.sibérien, ce qui s'est passé aax fané•
railles de Walt Wlutmann, quels livres il y a àla bibliothèque de Fort-de-France de la
Martinique, à celle d'Helsingfors et à celle de M. Edison, et même quels livres on

�1442

1443

L'ESPRIT NOUVEAU

LE PHÉNOMÈNE LITTÉRAIRE

vole de préférence en preuve de grand amour. Il sait, mais que ne sait-il pa.s, le chant
des sirènes modernes qui vont en six jours du Havre à New-York, la fraîcheur ~e tous
les océans aux mains brûlantes, la chanson des Cosaques Zaporogues, • ivres et
pieux • les «plaintes du servant de Dakar• qui était un pauvre tirailleur nègre, une_ au•
bade d~ l'an passé et une autre de l'an à venir, c le miaulement des eha:s à Paris, ~
les hymnes d'esclaves aux murènes », la généalogie contestée de Crowamantal qnt
fut le Poète assassiné, le dernier poète, assassiné comme tous les poètes, le regret des
yeux peints, les danses des satyres, des pyraust~, des égypa?8, des fe~ follets ~t des
« obus couleur de lune », « des lais pour les reines -., les sous de Pans, les sou-s d~
monde,• les chanso718 pour les sirènes • et • la romance du ,nal-?imé •: des noms_ qm
ont la saveur du laurier-femme, et le goût des oranges et le cri des _singes pa~ les
arbres. Il a été le pauvre qui aurait voulu vendre son ombre,le convtve du Ro1-L~e,
l'amant de Léda qui l'a préféré au cygne, l'ami de Germaine, un homme candide
comme un enfant, le guerrier à la tête étoilée et mitraillé~ et trépanée, savant comme
une bibliothèque. Il a connu des prophétesses, des saltunbanqu~~ • les l~rs sou•
daines des tirs », le « chant de l'horizon: en campagne •, la « triS,e mer~lle de la
guerre ». n a quêté l'aventure, et de cette m~ndicité il ~ rappo~t~ de poésie autant
qu'en peut porter un homme et de quoi nourrir tout ce siècle qw viendra. Il a été.

discrètes, internationales, diplomatiques et mystérieuses. M. Proust se souvient bien
de tout cela et d'une clochette qui annonçait les visites, et d'une vieille tante grignotée parl'àge qui ennuyait le curé de ses );ùstoires et que le cmé ennuyait des siennes,
et des livres qu'il reçut pour sa fête un soir qu'il pleurait, et de l'odem qui trainait
dans un escalier, et des plats qu'on servait à table, et des deux grand'tantes qui faisaient le bel esprit; il s'en souvient comme on se souvient, c'est-à-dire sans beaucoup
de suite, tantôt de ci, tantôt de là, à droite et à gauche, mélangeant les dates, les
morts, les joies, les naissances, mais surtout, surtout il se souvient de lui-même, tel
qu'il veut se dire, frêle, parfois jeune h&lt;;&gt;mme, et parfois enfant, si bien que sa bonne
surgit d'elle-même pour l'accompagner à la promenade, et sa maman, doit absolument, absolument monter dans sa chambre l'embrasser au front pour la bonne nuit
ou sinon il ne dormira point.Etcommeellenemontepas, parce qu'il y a du monde à
diner, justement M. Swann, cet homme si mesuré, si « grand monde •• si poliment
amical et dévoué, si ami de la famille, l'enfant fait un caprice - comme on dit - et
ce caprice - c'est ici qu'éclate l'art sombre et cruel de M. Proust, -ce caprice dont
vous avez envie de rire quand c'est moi qui vous le raconte maintenant, lorsque c'est
l'auteur lui-même qui vous le dit, vous voyez que ce caprice est une tragédie bouleversante. Ce jeune homme, car il est brusquement devenu jeune homme, aime une
jeune fille qui est la fille de M. Swann, et même beaucoup d'autres jeunes filles, et
toutes ces jeunes filles on les aime avec lui, et quand il a des battements de cœur, on
a des battements de cœur. M. Proust se souvient aussi de toutes les choses qui lui paraissaient belles de loin et moins belles de près et qu'il se reprochait ensuite de ne
pas aimer.assez, de n' avoir pas su les aimer, et il se décidait ensuite à les aimer par
ordre de sa volonté, pom se repwcher de nouveau cette volonté et ce manque de sincérité . Quelle poésie il y a dans les scrupules. Et cette église qu'il imaginait persane,
quand il savait bien pourtant que les églises persanes ne sont pas très nombreuses
en France, et qui le déçut ... Et la figure étrange de M. de Charlus qui lui pince familièrement. et je devine, bien q11e ce soit « à suivre », trop affectueusement la nuque,
et sur laquelle il médite... Et cet amour de Swann pour Odette, amour scrupuleux
et inquiet, qui est bien l'une des plus belles histoires de cœur que je connaisse.
Demandez-moi qui est Madame Swam1,si je la connais,si je crois qu'on peut lui
t6léphoner pour lui demander des renseignements sur un nouveau maître d'hôtel
qui se recommande d'avoir été à son service•.. Je crois bien que je la connais. M.
Proust m'a présenté à elle. J'en suis même assez fier, car n'est pas présenté qui veut
à Madame Swann, bien que ce soit une personne que son mari ait tirée d'une position
assurément un peu ... enfin ... voilà.
Et si M. Proust m'invitait à déj euner, je lui parlera!s de Combray, de ses souvenirs qui se sont si bien mélangés aux miens que je ne sais plus ce qui dans ma mémoire est à lui et est à moi, de Madame sa grand'mère qui aimait les jardins incultes,
de Monsieur son grand'père, et mon oncle, qui était attentif à la météorologie et
aux historiettes, de son ami Bloch, le mien s'appelait Cohn, que nous avons cessé de
voir - mon Dieu, oui, cela valait mieux. - et je voudrais bien démêler enfin si
telle petite petite mésaventure m'est arrivée à moi ou à Monsieur Proust. Mais j'aurais bien honte, parce que je n'ai jamais été invité à goûter par une princesse. Une
fois seulement, quand j'avais douze ans, sur une plage, une actrice voulut m'offrir
un gâteau, - c'est toute une histoire - et ma gouvernante refusa pour moi. Etj'ai
bien une tante qui est comtesse, mais elle me croit bolchevick et refuse de me voir.

« devant tous homme plein de sens
Connaissant la vie et de la mort ce qu'un vivant p~ut connaî ·re
Ayant approuvé les joies et les peines dauleurs de l'amour
Ayant su q,.telqmfo-is imposer ses idées
Connaissant plusieurs langages
Ayant pas mal voyagé
Ayant vu la guerre dans l' Artillerie el l' Infan:erie.
Blessé à la tête trépant sous chlo-roforme
Ayanl perdu ses meilleurs amis dan~ l'effroyable luUe • •..••

Et il y a tant de choses qu'il n'a pas osé nous dire,
tant de choses qu'on ne l'aurait pas laissé dire.

Marcel PROUST
M. Marcel Proust se souvient : et il écrit Sl,!S souvenirs, soigneusement, scrupuleusement. Il est un peu maniaque. Il a horreur d'oublier quelque chose, et s'il a oublié, il s'en retourne faire ou dire ce qu'il a oublié au mépris parfait du lieu, de l'heure.
de ce qu'il était en train de faire ou de dire quand la mémoire lui est revenue. Il se
souvient de son enfance, de son adolescence, de ses flirts, de la chambre qu'il habitait
à Combray, des manies de sa grand-mère et de sa robe prune et de sa voilette, des
gravures qu'il y avait au mur de la salle à manger, de ses brouilles avec Gilberte, du
directeur de l'hôtel où il habitait à Balbec, du petit verre de liqueur que le médecin
avait interdit à son grand-père, et que son grand-père prenait tout de même, désobéissant aux reproches timides de sa femme, de M. Swann si correct, si érudit, de l\I.
de Norpois qui avait été ambassadeur, et qui comme tous les ex-ambassadeurs,
s'était spécialisé dans les anecdotes fades qui commençaient bien et ne finissaient
jamais, dont chaque mot était pesé avec un soin de chancellerie, et qui ne signifiaient
rien à moins qu' elles ne voulussent dire immensément de choses ténues, importantes,

Jean

EPSTEIN.

�OTTO LUDWIG

ÉTUDES DE MUSIQUE ET DE LITTÉRATURE COMPARÉES
L~HÉSITATION
ARTISTIQUE

D'

OTTO LU.DWIG
PAR

ANDRE

CŒUROY

I

Lest des hommes qu'un bienvei_llant hasard a marqué~ du double sign~
de la littérature et de la musique. De tout tem}?s, 1 Allc,magn_e a éte
riche de ces esprits divers. Elle a co~u, P?Ur ne citer q?eles meilleurs,
au dix-septième siècle, Mattheso~, lingmst,e, ~omancier et autel?r de
près de cent œuvres musicales (do~t hmt opéra~ e~ vmgt-_quatre ora~or10s) ;
au dix-huitième, Sc~ubart, org~~ste, c~mp_os1teur,_poete et _gazet1Ler; et,
à l'orée du dix-neuvième, une plew.~e d a~tistes qui' ont subi la luüe des
deux instincts créateurs. On put croire~ rnsta~t qu à Schumann,. co~e
un peu plus tmd à Wagner et à Cornelius, était 1·éservée une g!o1relittlraire. Chez :wackel!,roder, _ce jeune roma~t!que ~nort à la fl_eur du tal;nt,
c'est la munque qm fut vaincue par la :poesie. Grillparzer, N1etzsc~e, e" de
nos jours Gustave Falke ont su les Joies jumelles de la mélodie ~t du
verbe et Hoffmann en c~éant de pair Ondine et les Contes FantastUjlles,
a réalisé ce miracle tl'•un équilibre presque parfait e~tre l'une et ~•autre;
Mais aucun d'eux n'a vécu, comme Otto Ludwig, les ~g01sses du~
talent qui, durant des année~, ne s_ait se ~ésoudre au ch~1x, ~t nul é~r1:
vain parmi ceux dont la musique fit cortege à la muse, na mieux laiss.e
tran;paraitre dans son esthétique les traits confondus des deux sœurs.

I
Otto Ludwig est né en 1813 dans cette Thuringe dont _le poète Voss a
dit que cc tout paysan y sait la musique ». C'est la patrie des Bach: La
richesse des chants populaires s'y transmet à travers des ~éné~at10ns
laborieuses, gaies au travail comme aux kermesses. ~a musique rn~trumentale a su toujours y délasser toutes les classes. L exemple venrut de
haut ; l'éclat de l'excellente chapelle princière fut longtemps ~ehaussé par
la voix de la grande-duchesse Charlotte, dont Jean-Pau~ louait nla glotte
de rossignol ». Les bourgeois de ~ildburghausen rappelaient avec queJ~ue
orgueil que le jeune Weber avait reçu, de 1796 à 1797, ses premieres
leçons de musique du hautboïste K~~rmus1kus Johann P~ter Hen~chkel. Et il y avait foule aux concerts dirigés par le Kapellme1ster Gle1chmrtpère d'Otto Ludwig, issu de cette bo_urgeoisie_ musicienne, fit
enseigner le piano à son fils, dès l'enfance, pms le confia, pour son édu-

1445

cation, au co-rec_te~r d'~isfeld, Morgenroth, ancien théologien et mélomane ardent, ~ tachait. à développer en tous les élèves de son école le
sens de la musique. Ludw1g eut po!-1~ con~isci]?Ies J ~cob Beer, plus tard
~antor_ à Saalfeld, et ~challer, lli"!-151Clen-ne, qm devait devenir petit fonct!onn3:ITe par_ nécessité. Les Soll'ées _que n'occupaient point les études
littéraires étruen~ consacrées à la musique de chambre. C'étaient des trios
où Schaller tenait le premier violon, Ludwig le second et Beer le violoncelle. D_'.au~re~ fois, les tr~is amis impr(!visa~ent sur un thème connu:
le Fre-u_,,schzitz etrut l_eur pas_s1_on; ~udw1g ~ouait Kaspar, et Beer faisait
Max. Entre temps, ils_ étudiaient l harmome et le contre-point.
~ependai:t les af!a1res de la famille allaient mal. Le père était mort
rm~e; la mere ne lm ~urvécut que peu. Un oncle recueillit le jeune homme;
rn.a:s ce barbon, subJ~gé :par une gouvernante plus attentive à la cave
qu au ménage,. voul~t !aire d'Otto un co~erçant et prétendait s'oppos_er à s~ pass10n az:t1stique. Otto, à son piano, oubliait ses misères. Las
d~ Jouer, 11 compo~a1t. ~n 1833, sa résolution semble prise ; il sera music~en i et tout 3:uss1tôt 11 se plonge dans les ouvrages de Marpurg. II lit
d affilée les ]!~ments de la ."!u.sique théorique, le .Manuel de basse générale
et de composition et Je Traité de la Fugue. Installé dans la vieille maison
paternelle qu'.entoure un vaste jardin, il appelle Schaller auprès de lui ;
et ce sont ~es Jours heureux de l'espoir et de l'amitié.
« ~udw1g, rac_onte Schailer, s'installait, dans la grande chambre du
premier, à_ son ~~ano ou à sa ~able de travail et composait des opéras;
lef un~ ét~e?t déJà en préparat10n, les autres étaient de création récente ...
~ apres-uu~ nous tr~uvrut occupés à l'étude de la plupart des opéras classiques ré~wts po~ piano et des œuyres de Marpurg; puis nous nassions
à la pratique des 1~1,truments, du p1ano et du chant ... Le soir, c1étaicnt,
a"."ec quelques anus, des chœurs et des quatuors, des airs, des duos, des
tr10s extrruts de bons ~péras avec accompagnement de cordes ou de piano.
De~ fra~m1;nts de_ scenes. d'opéras. récemment composées par Ludwig
étaient Joues et nus au pomt. Une Je?ne c~a~teus_e, parente de Ludwig,
é~uquée par_ Mor~enroth ~t douée d une Jolie v01x de soprano, Sophie
Fischer (1~ ~gayait nos sou~es de ses remarquables soli ... Mozart était
notre pr~fere ?Omme compositeur d'opéras. Nos entretiens ne tarissaient
pas d? d1scu~s10ns s~ l'opéra en général, sur sa forme à notre époque, sur
le gout musi~al ~ se perd à quitter le droit chemin de Gluck et de
Moz?1't, sur l'mtruszon de la musique.italienne et de la musique française,
s~n 11;1f~uen,ce, n~faste sur les ?o~pos1teurs all~mands et sur ~e public, le
discredit ou etruent tombés 1 élement dramatique l'express10n et plus
généralement, la vérité artistique. »
'
' '
C'~st alors chez Ludwi_g une poussée de sève musicale. En 1834, il
e~g;msse un opéra ~omantique, Le Roi du Li,ed, dont la tonalité était défm1e par une po~s!c de l'auteur : cc Comme autrefois je viens m'asseoir
à la source - e~ J'e&lt;:oute les échos de jadis - n'entendrai-je dans le bruit
d;s vagues - J~mrus Ie_chant d'adieu du cygne ? » Il jette aussi le plan
d un ?Péra-collll_q~e, Signor Formica, tiré de la nouvelle d'Hoffmann.
Sa J?,ethode ~amiliere ~st
fa_çonner à la fois la matière poétique et ]a
~at1~re mus1~ale. DéJà I ms~rnct poétique, puissant, fait violence à
l rnstm~~ m1;1s1cal et _le m~~rISe dès l'ébauche; mais par un déplorable
retour, l mstmct mus1calres1ste assez pour entraver l'essor poétique. Ainsi

1.e

{I) Elle épousa plus tard Sclialler.

�14~6

OTTO LUDWIG

L'ESPRIT NOUVEAU

débute cette tragédie intime des forces créatrices do~t au~une ne _veut
être serve. En même temps que L~dwig compose ?-e petits _poemes lyriques
(dont il met quelques-uns _en musique), def esCJ,U1sses de_bvrets,1 des pl;:i.ns
de tragédie, des ballades, 11 caresse le )?r_oJet d un Requiem et~ un op~r~,
Roméo et Juliette, sans doute après l'audition, à Cobourg, de celm de Be~m;
car il entreprend des voya~e~ à pied ~our se rendre au co~cert ,des villes
voisines. Semblable au musici2n Bcrglinger, cet étrange heros d un conte
de Wackenroder, il fait en plein hiver di;x: heures de marche pour all~r
entendre à Meiningen son opéra favori, le _Don Juan. de Mozart, dont1l
étudiait longuement avec Schaller la réduct10n pour piano.
Ces pèlerinages musicaux, qui le mènent tantô~ ~ Cobourg, tantôt à
Hildburghausen, l'incitent un_instant à la compos1t10n._ Dans la lutte des
deux instincts la musique parait l'emporter : le Requiem prend forme,
un Hymne s'a~nonce, des fragments de Signor Formica sont ~efondus. E~
août 1836 il a terminé le livret d'un grand opéra rom~nt1que La pze
cf Or. De multiples projets bourdonnent dans sa tête; trois opéras en c~nq
actes, intitulés Lorelei, Diane et Zuma ; deux en deux actes : Am~is et
Tentyra, La Nuit Espagnole, et un en un acte : La P_écheuse. M~s le
17 janvier 1837 on lit dans son Journal qu'il est las des s~Jets romantiques
et de leur musique, qu'en fin de compte, l'opéra~conuqu": n'est pas_so_n
fait. C'est que l'instinct poétique vient d'être e:x:c1té_e_n lm :rar une ~~ee
nouvelle qui l'enthousiasme et qui peut-être va con?1lier enfm ses _desir~
contraires. Il s'agit d'écrire u~ grand poème Cécile ~u Polhymnie, qm
sera une « Théodicée de la Musique ». On y verra la Naissance de la musique, son développement jusqu'au cc rayon argenté » Mozart-Bee~hoven son action sur l'âme humaine · on y pénétrera l'essence de la musique
de danse, de la musique- guerrière: de la musique d'église, du choral, de
l'oratorio, de la symphonie, del'o.J;&gt;éra et des chants de matelots. C:ette
épopée musicale ne vit jamais le Jour, pas plus qu'un roman cyclique
Octaçien et qu'une épopée nordique Sçanhildur, p~c~ qu'un, nouv~au
sursaut de l'instinct musical venait de se produire. Ainsi ba.J:1otte, le po~te
musicien épuise les forces de sa jeun~ss~. Il so_n~e à traiter le~ suJe~s
d'Agnès Bernauer de Charles le Témeraire, mais il ne peut décider sil
le fera sous la for~e dramatique, sous celle du lied ou celle du drame
musical.
Souvent les circonstances décident ce que l'âme ne peut dé:partager.
En 1836 s'était fondé à Eisfeld un théâtre d'amateurs. _Ludyng en_ fut
aussitôt élu c&lt; poète officiel et chef d'orchestre ». Le dcstm_ lui forçait l:1
main; il se sentit, cette fois, désigné tout de bon pour la musique. En a~nl
1837, il fait jouer par cet orchestre et cette troupe d'a:mateurs un premier
opéra complet Frères et Sœurs, en trois actes. La partie de cor était tenue
par un garde-forestier, la tromp~tte par un médecin, ,l~ flûte pa~ un
peintre, le r_este des ~ois et de~ cmvres par des r~gen~s d ~cole: lJn vieu_x
pasteur était .au pupitre du v10loncelle et le chirurgien, a qw l on avi1:1t
confié les timbales criait, chaque fois qu'il donnait à faux: « C'est plE:1n
d'erreurs dans ma'partie. » (1) Ludwig, à vrai dire, n'étai~ pas fort satisfait de son œuvre qu'il considérait comme c&lt; trop pathétique et préten•
tieuse ». Mais le démon de la musique est en lui, et semble le posséder po~
jamais. Certes il note encore dans son journal le plan d'une tragédie
(1) Voir le récit de la représentation par F. Hofmann dans Die Gartenlaube
1865, n° 19.

1447

Le

f'idèle E~kart et l'esquisse d'un poème sur des héros nationaux; ces
proJets ~e tiennent pas devant son regain de mélodie. Il a envoyé le
manuscri~ de son opéra à divers compositeurs, à des chefs d'orchestre,
tout spécialement à Detzauer, premier violoncelliste de la chapelle de
Dresde. Le m~uscrit lui revient intact, personne n'en a même dénoué les
ficelles.
Qu'importe, il a vingt-cinq ans et l'assurance d'avoir trouvé sa voie.
s ~s lett~es de cette époque, enjouées et fines, le montrent jouant des valses
pour faire ~anser son oncle grassouillet, ou riant comme un fou à une
représe!1tat10n de Fra_ D7!1-POlo c1 où acteurs, machinistes,régisseur, orchestre
et _musique, tout était ivre ». C'est avec une nouvelle ardeur qu'il travaill~ à un second opéra, La Charbonnière, sur lequel il fonde de grands
espoirs. Il a soigné la mélodie (confie-t-il à Schaller) et quelques numéros
de l'œuvre sont traités en contrepoint vigoureux, « si bien que chacun y
trouvera quelque chose à son goüt ».
_Les petites vi~es sont trop fières de leurs petits succès pour n'en pas
faire grand hrmt. L'éditeur Kesselring, de Hildburghausen, entendit
parler du compositeur-poète et lui fit l'offre d'imprimer quelques-uns de
ses ouvrages. Ludwig envoya deux ballades sur des textes de Goethe,
La Cloche qui marche et la Danse macabre. L'éditeur les soumit au chef
d'~rc~estre de Meiningen, Ed. Grund, qui déclara que si la mélodie
laissrut un peu à désirer (elle rappelait assez la première manière de
C. Lœwe), elle décelait un talent d'avenir. Aussi l'invitait-on à venir
s'installer à Meiningen où l'on pouvait entendre à loisir de la musique ;
la Somna~ule de Bellini y faisait fureur. C'est par ce chef d'orchestre
que ~udw1~ fut présenté au duc de Saxe-Meiningen qui le décida à aller
étudier sér10usement la musique à Leipzig sous la direction de Mendelssohn, avec une bourse annuelle de 300 gulden pour trois ans (1).
Le~ é_tudes devaient commencer en octobre.Jusque-là, Ludwig redouble
d'ac~1V1té. ~ans un bal, il joue une scottisch extraite de sa Loreœi. Le
succe~, cons1déra_hle, l'amène à t~availle~ cet opéra et à ~eprendre son
Requiem auqu_el 11 ne manque que le Dies irœ; en août 11 compose la
fugue Gum tu1,S sanctis pour l' Agnus Dei. Un instant l'instinct littéraire
trop lon_gtemps comprimé se réveille. Il projette de démêler par écrit sa
C?ncepfaon personnelle du Requi,e,m, particulièrement au point de vue de
l'instrumentation, et d'en faire une préface à sa partition. Mais les b
lades paraissent en librairie (2), c'est le premier contact dumusicienav€c
le gran1 p~Iic. P'un cœur_léger, il part pour Leipzig.
.
La VIe littéraire et musrnale y était alors intense. Laube régnait en
maitre ave~ son Journal pour le monde élégant. L'opéra dirigé par Ringelhart, était un peu terne, malgré le succès de Lortzing ; mais la gloire
du 9"ewa~dhaus, dirigé depuis 1835 par Mendelssohn, rayonnait. Elle
avait. at~1ré Gade, Sterndale, Bennett, Hiller, Liszt (3). A Saint-Thom.as
travaillai~ un peu dans l'ombre le Cantor Weinlig que devait remplacer en
1842 Moritz Hauptmann. Les « jeunes » étaient réunis sous la bannière
de la Neue Zeitschrift für Musik fondée par Schumann en 1834. Celui-ci,
r

(1) Lettre du 18 mars 1889.
d (2) • ~ eine :Singsti~e ~t ~egleitung des Pianoforte komponiert und Maame Caroline Voit zum Zeichen uuugster Hocbachtung zugeeignet. P
{8) Cf. dans les lettres de .Mendelssohn, le récit de la soirée donnée en avril 18l0
en l'honneur de Liszt.
76

�1448

L'ESPRIT NOUVEAU

revenu à Leipzig en 1839_ ap~è~ une vaine tenta~ive pour se fixer à Vienne,
était soutenu par ses arrus f1deles: Verhulst, Hirschbach, les deux Becker
c,t Wenzel.
.
.
.
. ,
Peut-être était-ce là la terre promise ? Ludwig f 7rme et sn;1cere ~e
croyait décidé à se faire un nom de_ composit~ur. Mais ~'abord 11 falla~t
vivre. Son Journal le montre étudiant son piano plusieurs heures p~
jour, afin de se mettre en état de donner des leçons; il e~père en pouvoir
donner deux par jour, à quatre groschen l'heure; de qum payer son logement et sa nourriture (1). Mais les leçons ne viennent pas. Il n'a pas &lt;l~argent pour aller aux concerts ; le billet coûte seize groschen. E~ qua:id il Y
peut aller, des troubles pathologiques l'assaillent. Malade, isolé, Il perd
en quelques mois courage.
.
.
, ,
.
Il se fût repris, si Mendelssohn l'y eü~ rudé. Mrus d~s 1 abord ils
se heurtèrent sans se comprendre. Avant meme de p~co1;1r~r ~es m3:n_uscrits Mendelssohn lui avait, de ce ton protecteur qui lm eta1t fanuher,
cons~illé l'étude, le respect des règles, la religion de la for~e.
.
Docile, Ludwig tenta de composer une Sonate pour piano smvant les
principes orthodoxes. Le profit qu'il en retira fut de constate~ quel'~ de
Mendelssohn ignorait au plus haut degré cc le naïf, le naturel, l'immédiat &gt;&gt;.
MJndelssohn, en lui reprochant à son tour son manque de goût, consomma
la rupture.
.
;
. .
.
Schumann aurait pu exercer plus d'attrait. Ludwig habitait non lom
du célèbre Kaffeebaum. Mais il démêla vi~e e1!- Schumann une nature trcp
différente de la sienne. Après une consmencieuse analyse des No11elette~,
il porta sur lui le jugement dont les esprits entiers accablent toute mus~que nouvelle; il n'y vit que de la facture, des effets concertés, cc le prodmt
d'une industrie musicale qui ne cherche que des tours no~veaux et
étran,,es comme les coiffe~rs ne rêvent que de frisures ori~inales ».
Dè: lors son irritation maladive s'acharne sur la musique moderne. Il
r€proche à l'art musical d'avoir désappris le langage du cœur pour ne
s'a~resscr qu'_au cerveau; Cette musiq:ue fajt r~vivre en lui les terreurH
qu'il éprouvait, enfant, aevant un ohJet mecamque ou dev:3--1?-t 1~ grosse
cloche du clocher qu'il ne manœuvrait qu'après de longues hes1tat10ns, en
a_ppuyant sur le pédalier. « Et je pensais et je pense encore, que la m~SHI_ue doit guérir, et non pas déchirer, qu'elle doit c_onsoler, et non ~rod!guer les blessures. &gt;&gt; (2). C'est la musique de 1Berh5&gt;~, surtout, q~ fait
souffrir ses nerfs exacerbés. Il dénonce dans l esthetique de Berlioz« la
Révolution politique de 1789, désormais passée dan~ la musi9:ue, le ca;-nage, la profanation des inti_ffi:ités les plus sacrées qm se réf~gient au com
le plus secret do l'âme, le régrn1de des sons ». Les concerts ou alternent les
œuvres de Haydn, de Mozax·t et de Beethoven avec los productions modernes lui font mieux sentir encore ce désarroi (3). Il glisse sur la pente où
se rallient nombre de littérateurs ; la musique nouvelle ne leur parait que
sécrétion cérébrale et drogue dissolvante. En même temps son état maladif s'aggrave. Comme le pitoyable Wackenroder quelques années plus
tôt, il est la proie d'un mal physique, dès qu'il est assis devant l'orchestre.
(1) Janvier 1840.
(2) Lettre à son oncle, 14 Il:lnrs 184.-0.
.
.
,
(8) Il écrit encore : « Depllls Beethoven, la m1IS1que est comme aliénée ; c ~ un
éternel chassé-croisé du ciel à l'enfer, de l'enfer au ciel ; point de repos; point de
refüae hospitalier ; de chaque buisson en fleurs, joli, joli, terriblement, le serpent de
la folie darde sa langue mouvante. »

OTTO LUDWIG

1449

&lt;( A peine entré dans la salle de concert, je sentais mes pieds se refroidir ;
j'entendais la musique, mais non pas comme l'entendaient les autres; il s'y
mêlait des rumeurs et des sifflements ; mon cerveau flambait et grouillait
de visions fébriles ; c'était une délivrance quand la séance prenait fin.
Bientôt je n'eus plus le courage de fréquenter les concerts. J'ai tenté à
nouveau l'expérience avec les quatuors du Gewand-Haus, mais j'ai dû y
renoncer. »
·
Maintenant, il n'a plus qu'une idée, celle des inquiets et des vaincus:
retourner dans son petit coin de terre et oublier. Son Journal intime,
d'avril à août 1840, déborde de regrets violents pour le jardind'Eisfeld
et la grande maison paisible. Son idéal, deux mots l'expriment : « Je
voudrais être Cantor à Eisfeld, vivre avec mes vieux camarades, et tuer
des cochons que je mangerais pendant les quelques années qui me restent
à vivre.»
La lutte des deux instincts entre dans sa phase critique ; la musique
n'est pas encore supplantée, mais les signes avant-coureurs se multiplient. Ludwig écrit dans sonlournal, le 2 mai 1840: 1&lt; La poésie est supérieure à la musique ; elle a retrouvé le chemin vers la nature, dont la
musique continue à s'éloigner. n Une paralysie· commençante des doigts
l'oblige à renoncer au piano, et il s'y résout sans peine. En même temps
qu'il travaille à sa nouvelle, Les Domestiques, il prépare un opéra, BarbeBleue, à propos duquel il écrit: « Et si l'on essayait maintenant d'une
nouvelle forme d'opéra, une forme strictement dramatique, étrangère aux
roulades et aux tirades, sans longueurs déplacées, en sorte qu'à la fin le
spectateur ne sache :r,Ius s'il a vu un drame ou un opéra ? » Précieuse
remiœque: elle dév01le le travail qui s'élaborè dans l'esprit du poètemusicien. Parti de la musique, Ludwig s'achemine vers le pur théâtre, et,
à mi-chemin, il conçoit une forme qui réalise l'une et l'autre; il rejoint
l'idée wagnérienne du drame musical ; mais son point de départ s'oppose
à celui de Wagner, qui sortira de la poésie v.our arriver à la musique.
Cependant Ludwig reprend son piano ; Il ne veut pas s'avouer sa faillite musicale. Il va jusqu'à se tracer une ligne de conduite pour l'avenir:
étudier toutes les formes musicales, s'exercer dans tous les genres. Il
achète le gros Traité de lXt compositwn musicale de Marx et recommence à
composer. Vains efforts. Faut-il encore douter ? L'instinct musical est
près de mourir. Mélancolique, le Journal porte, à la date du 18 juillet:
&lt;&lt; Plus rien ; aucune idée ne me vient plus. &gt;&gt; Et pourtant, par un admirable scrupule d'artiste, il lutte encore ; il se force à composer des lieder,
un Kyrie; il songe à une Messe, il rêve d'une ouverture à programme qui
décrirait les noces d'or d'Obéron et de Titania. Le Jou;rnal s'arrête en
août sur cette réflexion : (( Gloire poétique ? Mes vœux sont plus modestes.
Je serai satisfait si le veilléur, en éteignant la dernière lumière, chante une
de mes mélodies. » Il est peu de drames moraux aussi poignants que celuici, d'un homme qui sent pâlir en lui la flamme musicale et qui tend toutes
les forces de son être pour la ranimer.

II
' Alors, rentré à Eisfeld, en octobre 1840, après cette unique et malheureuse année perdue à Leipzig, il prend lentement conscience de son véritable génie. Dès la fin d'août, après l'audition de la cantate de Bach,

�1450

OTTO LUDWIG

L'ESPRIT NOUVEAU

Jésus, ma joie, qu'il avait trouvée.longue mais adJ?Ïrablement composée,
il notait : &lt;&lt; Le vague de l~ musique ne me suff~t p_lus. Il me faut d~s
formes plastiques » ; et méditant sur sa per~onnalité 11 la déc.ouvre enfin
dans une lettre à Schaller, en un élan de _clairvoyance. psychi9.ue: &lt;&lt; A;u:
tant que je puis juger, c'est l'élément poétique de la musique qm m'a attire
vers elle, et j~ ne sera~s sans doute capable _de comp?,ser .que dan~ les
domaines musrcaùx qm se fondent sur cet iement. L_ inst~nct plastique,
que j'ai voulu satisfaire en composant, n'a ~·ess~ de m'1nd_mre en erreur.;
et il ne pourrait en être autrement. Or, cet m~tmct plastrq~e me parai~
être l'élément décisif de ma nature. » Il en arrive, raconte-t-Il à Grund, a
éprouver une ~orreur mala~ive de la musique ; le son du violon fait naitre
en lui un sentiment d'angmsse.
Mais les plus ardentes années de la jeunesse consacrées à la musique
ne succombent pas d'un seul coup ~ un eff~rt de volont~. L8: mu~ique, il
a beau la vouloir chasser, elle reVIent touJours. Complice sile~c1eux, le
hasard la sert et la soutient. Un jeune garçon qui veut ~everur Cantor,
Kramer, vient demander à Ludwig des leçons d'Jiarm'?m.e, et quand, _la
nuit l'enfant a ronflé, le maître, hanté i:l'harmomes, lm dit: « Cette nuit,
vou~ respiriez en quinte juste. &gt;&gt; la musique veille; la musique guette;
elle redouble d'artifices pour reconquérir son dévot. Elle le rapproche de
Bechstei:o. l'auteur d'insipides nouvelles musicales. Elle lm dé.couvre
une pare~té avec Hoffman~, ~usi?i~n~poète, et l'.ohlige ~ s'insp1rer de
celui-ci dans un conte, L' fll,Sf,oire veridique des trois_ souhaits (2), et_ d8?s
un drame Mademoisell,e de Scuderi. Lorsqu'en1842 Il retourne àLe1pzi~,
il évite 1~ monde musical ; il ignore ~a mais~n de Mendelsso~°: ; m~s
une force l'entraine à une représentation de l Othello de Ross1ru ; mais
cette force lui en fait écrire la critique pour un journal.
Au moment de partir pour Dresde, il note, Pll!mi l~s &lt;&lt; objet~ à emporter », la partition de la Charbonni?re. Cependant il résiste à I ultime appel
musical. Malgré le lustre qu'avait donné Weber à la Deutsche Oper de
Dresde, la présence de chanteurs réputés comme ~ilhel_mine Schrô~erDevrient, Tichatschek, Mitterwurzer, malgré la glmre naissante de Wagner, chef d'orchestre, il ne fréquente q~e le monde du drame_ et d~s arts
plastiques: le graveur Lange, les pemtres Œhme et Loma Richter.
Son oncle mort, il se retire dans la banlieue de Dresde, à Gersebach. Il
a trente et un ans. Il se livre à ses romans, à ses nouvelles, à ses piècea.
Et tenace, le feu couve encore sous la cendre; en 1844Ludwigsonge à un
reihaniement possible de l~ Charbon_nière ; il lou~ un piano d3:11s cette
intention, et co_mme il reç01t de sa_ fiancée_ u~ petit P?ru;r1e (1), il _le met
aussitôt en musique. Edouard Devrient, qm VIent le voir l année smvant~,
reçoit de lui la confidence &lt;( qu'il se sent encore musicien, qu'une maladrn
de nerfs chronique l'a détourné de la musique, mais qu'il compte s'y adonner à nouveau » (3).
Ce n'est qu'une flambée. L'instinct de la compositio_n est bi_en mort.
Jusqu'à la fin il continue à suivre le mO'Uvement musical, mros sans y
prendre part. h écou_te Hiller ,à !'Hôtel d~ Saxe;_ il se sent revivre à l'audition de la symphorue de Mozart en sol mmeur ; 11 entend le Prophète et la
(1) Un des personnages, un boucher, porte le nom de Fl0tenspiel.
(2) Fern m.ôcht ich mît dir leben
Fern vom Gerli.usch der Welt.
,
(3) Journal d'Edouard Devrient, 26 décembre 1845.

1451

Symphonie de Schubert en ut majeur. En 1852, en l'honneur de son
mariage, sa ville natale fait rejouer Frères et sœurs, son premier opér~,
témoignage d'une vie abolie. Et cet hommage rendu à son talent de musicien défunt ne le détourne pas de sa voie résolument littéraire. Il a désormais abandonné le drame lyrique, les plans d'opéras et sa Libussa, pour
le drame plastique et vivant, psychologique et social. La musique n'est
plus qu'un objet de sa curiosité critique. La première fois qu'un de ses
biographes, Stern, le vit (1853), il jouait l'ouverture de L' Enlèvement
au Sérail. L'entretien porta d'abord sur Mozart, puis dévia et l'on vint à
parler de Wagner. &lt;&lt; Vous devez avoir raison, conclut Ludwig, cet homme
a tiré de sa nature tout ce qu'elle contenait ; mais vous verrez que l'ivresse
où il a plongé ses disciples prendra nécessairement fin. De Mozart a pu
sortir un Beethoven ; c était naturel, organique, et même pour les petits
comme Hummel et Reichardt il restait une place. Mais Yotre Wagner a
conduit la musique dans une impasse. » .
Pendant les dernières années de sa vie, Ludwig ne goüte plus que des
joies musicales choisies ,et pures. Liszt, qui admirait sa tragédie bourgeoise Le Forestier, lui amena un jour, avec le critique m~sical :8--· Pohl,
Ie célèbre violoniste Lipinski; et toute une soirée l'écrivain, mamtenant
célèbre, écoute les deux virtuoses. Une fois encore, il entend Don Juan, une
autre fois l'Enlèçement; en 1860, il tient à aller écouter Clara Sch_umann.
C'est sur cette audition que se clôt la série de ses voluptés d'auditeur. Il
se délasse de ses travaux littéraires par la lecture de partitions ; sur un
rayon, tout près de son lit, sont rangées celles de tous les opéras de Mozart,
de la Passion selon Saint Matthieu, des Symphonies de Haydn e~ de Beethoven. Quelques jours avant sa mort, il assurait encore à un aIDI qu'elles
lui remplaçaient l'orchestre (1).

III
Otto Ludwig n'a laissé aucune trace dans les ouvrag,:is d'histoire !fiUSicale. Hugo Riemann, qui consacre q.:..elques lignes aux tentative~ music~es
de Grillparzer et un développement à c.elles de Nietzsche, le mte à peme
dans son Dictionnaire de musique.
Ce n'est pas que les œuvres musicales de Ludwig aient grande valeur.
Elles ne sont guère qu'un docUJUent psychologique 1 et il es~ d?uteux que,
si l'on publie les manuscrits de partitions conservés à la hiblio~hèque de
Meiningen et les œuvres de jeunesse jalousement gardées à vVeimar, l'on
découvre des chefs-d'œuvre. En littérature, Ludwig dramaturge a_ é~é
novateur. En musique, il est resté épigone. Son amour de la nat~re prumtive, si fortement exprimé dans des nouvelles comme H eitere~hei, ou dai:s
des romans comme Entre ciel et terre, n'a pas-dépassé en musique la cop~e
des rythmes et des mélodies populaires à souffle cour~. C'est que Ludwig
est essentiellement traditionaliste. Sa théorie littéraire de la Nouvelle
&lt;&lt; villacreoise » est dominée par la question métaphysique de la survivance
du pa~sé. Mais, dans sa musique, ce traditionalisme ~e s'est ~x:primé
qu'en un respect de formules vieillies. Ses opéras sont moms des origmaux
que des copies du Singspiel populaire, voire de la Fa'!7-iUe Sui~se de
Joseph Weigl. Julien Rietz a jugé ainsi sa production musicale: (&lt;Sion la
(1) Souvenirs du Dr Hermann Lücke.

�1452

L'ESPRIT NOUVEAU

compare avec celle des musiciens ses cont€mporains, on constate qu'elle
retarde de trente ans sur le goût, la facture et la technique pianistique
de son époque. Elle ne rappelle ni Beethoven, ni Schubert, non plus que
Mendelssohn ou Schumann. » Ses lieder et Sel! ballades ont une évident{:)
parenté avec la musique de Reichardt, de Zumateg ou du jeune Weber.
Il a quelques accents dram~tiques et puiss~ts dans ses compositions sur
le Roi des Aunes et la Plainte de llfarguente de Gœthe, sur le Plongeur
de Schiller, mais toujours la mélodie est courte et comme nouée.
Bien autrement féeon.de au.ra été l'influence de son instinct musical
sur ses théories et ses œuvres littérairas.
Il ne s'agit point seulement de ces emprunts de la littérature à la
musique sous forme de rythmes, _de s~morités ou de co~paraison_s ti;ée_s du
domaine sonore. Lorsque Ludwig dit, en parlant des Jeunes Le1pzig01ses,
· què leurs qualités de fraicheur et de grâce sont gâtées sur les visages « par
les variations innombrables d'un thème insignifiant », il se range dans la
catégorie des écrivains qui pensent en fonction de la musique. Et cela
n'est pas trop commun, mais enfin cela n'est que nature1 aux esprits
doublement doués, comme Hoffmann, par exemple, quand il écrit : « Les
habitants des petites villes sont pareils à un orchestre complet et bien
entrainé qui se suffit à lui-même et ne connait que lui-même.; seuls les
morceaux qu'il sait sont joués sans accroc. Toute note étrangère est
dissonnante à leurs oreilles et les réduit pour un temps an silence. »
Plus profon.d, quoique non encore proprement original, est son penchant à concevoir le drame littéraire comme un opéra ou un opéra-comique.
C'est là un tour familier à la dramaturgie allemande. La différenciation
del! genres n'y existe guère; elle relève moins de la logique que de l'association d'idées et de sentiments, de la découverte de sympathies internes
,entre les conceptions humaines et de la tendance d'un mélange des arts
qui prend, dans les cas extrêmes, le nom d'art intégral. L'alliance aisée et
comme nécessaire du drame et de la musique, ùn la suit facilement à travers le Singsriel, les drames du Sturmund Drang, les tragédies-opéras de
Schiller vieillissant, les fantaisies des romantiques, les féeries de Raimund,
les tragédies de Grillparzer, et les mélodrames de Bauernfeld, sporades
du drame à pôle double qu'a réalisé Wagner. Ludwig était naturellement
porté vers cette forme. Sa tragédie des M acchabé,es en offre un bel exemple. L'idée même du drame semble lui avoir été inspirée par ses études
musicales, car il connaissait !'Oratorio de Haendel Juda .Macchabée. I
savait aussi que le suj&amp;t aYait déjà tenté beaucoup de compositeurs :
Franck (1), Seyfried (2), sans compter de nombreux et vieux oratorios
italiens. Dans C(.tte tragédie, il voulait &lt;&lt; combattre l'opéra par ses propres moyens » (3). La première esquisse de l'ouvrage relève du &lt;( genre
opéra &gt;&gt; : deux femmes en querelle, un héros entre elles, une catastrophe
sans rapport avec le développement psychologique, et, à l'arrière-fond, le
grouillement de tout un peuple. Sous sa forme définitive, la pièce n'a pas
perdu ce caractère. A l'action se mêlent, au deuxième acte, des trompettes
et des fanfares pendant la scène tragique du sacrilège et de la révolte.
Au troisième passe un cortège de vierges avec des flûtes, des cymbales et
d1:ls tambourins. L_e final du cinquième simule le grand opéra: pendant leur
(1) Die M.akkabaer l\ilutter, 1679.
(2) Die l\iakkabaernder Salmonâa, 1818.
(8) Lettre à Ambrnnn, 1851.

OTTO LUDWIG

1453

supplice, les frères Macchabées chantent un psaume « d'une voix tour à
tour faible et forte, mélodramatique n ; le tonnerre gronde, la tempête
renverse les lampadaires, la lune se voile ; a-u moment où le psaume
s'arrête, marquant la fin du martyre, la dernière lampe s'éteint et de
toutes part,s éclatent des trompettes qui se mêlent au tonnerre ; le soleil
se lève sur leurs accords (1).
Une autre pièce, Le Forestier, débate comme un Singapiel : au lever du
rideau, des musiciens jouent quelques airs champêtres qui célèhrrnt des
fiançailles.
La véritable originalité de Ludwig réside dans sa Théorie du contrepoint.
C'est une entreprise aventureuse que de vouloir imposer à la composition
d'une tragédie ou d'un drame la méthode de Marpurg; mais l'esprit humain ne cesse pas d'être le même quand il s'applique aux différents art-s:
il est donc possible d'aborder un sujet littéraire dans l'état d'esprit .d'un
compositeur.
L'action d'un drame, ainsi raisonne Ludwig, se compose de «parties &gt;&gt;
à marche indé:pendante, mais coordonnées à la fois et contrastées ; chacune a son motif propre; mélodique et rythmique, et l'ensemble forme une
polyphonie qui peut présenter toutes les variétés du contrepoint double.
C'est la polyphonie du drame, qui consiste en un développement d'idées opposées et pourtant concordantes. Parfois il y a des silences dans certaines
des parties, tandis que les autres continuent à développer leurs thèmes.
Pour produire cette polyphonie, les caractères des personnages se groupent peu à peu autour d'une idée centrale, qui n'est autre, enfin de compte,
que le cantus firmus du drame. Ce chant est d'abord donné seul, ensuite apparaissent les cc voix &gt;&gt; (c'est-à-dire les caractères), et dans chaque voix so
précise un motif typique, rythmique et mélodique. Il est clair que ce motif
est le meilleur quand il nait de la mélodie du cantus firmus même. C'est dire
que les personnages du drame se transforment pou à peu en rôles agissant
pour le compte de l'idée centrale.
Dès lors, ces caractères dramatiques ne sont pas différents des motifs
de l'écriture polyphone, où chaque partie trouve en elle-même la loi
propre de son mouvement (2).
L'analogie feut même être poussée plus loin. Le dialogue, aussi, sera
polyphone: i le devient quand trois personnages (ou un plus grand
nombre encore) parlent chacun dans son sens et chacun affrontant les
autres. « Lorsque plusieurs personnes opposent en groupe leur opinion
à celle d'un autre groupe, il n'y a là qu'un dialogue, un duo, un chœur à
deux voix, dont chaque voix est exécutée par un groupe. Mais on peut
imaginer un trio, où chacun des personnages poursuit sa propre idée ;
c'est là le propre des phrases polyphones à rythmes divers. Elles feront
surtout de l'effet, si, débutant par un nombre modéré de voix indépendantes, elles s'enrichissent par degrés jusqu'à former un ensemble. Sur ce
point, il y a des enseignements à tirer du Don Juan de Mozart. » (3)
Ludwig n'a pas eu le temps de réaliser ce genre de dialogue, l'idée ne
lui étant venue qu'assez tard. Mais son système de contrepoint a déterminé toute sa production dramatique. La tragédie du Forestier illustre sa
(1) R. Beyer a écrit une partition pour la pièce même de Ludwig. Mosenthal en

a par ailleurs tiré un livret (1875).
(2) Aphorismes dramatiques, 1re série, p. 456 (Edit. E. Schmidt et Stern).
(3) Apharismes dramatiques: le dialogue polyphone, p. 430.

�1454

L'ESPRIT NOUVEAU

méthode. Elle présente un thème tragique (cantus firmus) d'?ù na~ssent
deux thèmes secondaires opposés, séparément développés, puis réagissant
l'un sur l'autre; finalement ils s'enchevê~r~nt et amènel},t un retour au
thème principal dans une nouve~le tonaht~. Le cantus firmus est représenté par l'idée suivante : la no~xon du dr01~ naturel conçu par un cœur
sincère, mais ignoran~ des exi~ence~ sociales, _est vaincue dans sa
lutte avec la notion sociale du droit écrit. Le premier th~me es~ ~ouble ~t
contrasté; a) Ulrich le forestier, ho~e dur et tout d _une piece, mais
foncièrement bon règne sur un domame et sur sa maisonnée, dans la
tonalité joyeuse d~s fiançaiµes ~e sa f~lle. b)_ Il se heurte ~ l? volonté st'!-pide, mais légale, du proprietrure, Stem, qui en~end ad~mstrer sa foret
suivant une méthode désastreuse, que la loyaute professionnelle du forestier ne peut admettre.
,
Le deurième thème, au second acte, est également doub~e et contr~ste :
a) Stein affirme la légalité de sa prétention et chasse Ulrich. b) Le fils de
Stein fiancé à la fille d'Ulrich, prend parti contre son père.
Le 'troisième acte est traité fort exactement comme un d~veloppement
médian de symphonie. Les_ de~x thèm_es _se dé_for;11ent, s ~ffro~te~t et
s'enrichissent de thèmes épisodiques (ams1 celm d André, fds d Ulrich).
L'habileté du quatrième acte es~ de figurer une modu}ation franche
que domine un nouveau thème, celui de la femme du forestier dont la tendresse conjugale est méc&lt;:mnue.
.
. ,
Le cinquième acte, enfm, est une succession de cadences, ~ resolvent
peu à peu toutes les dissonances nées du heurt des thèmes. M~1s la tonalité a varié· de la lumière elle est allée vers l'ombre. L'oppositxon entre le
mode maje~r du début et le mod~ mineur ?U dénouement est même si
crue et si peu conforme au systeme classique de développement, que
Lud~g, très attaché aux fo~n:ies orthodoxes_, se l'est reprochée plus tard
comme une faute de compos1t1on.
Il serait aisé de montrer comment chaque thème particulier, à son tour,
subit la loi du travail thématique. Tout de même qu'un thème musical
donne naissance à des succédanés rythmiques et mélodiques, chaque
caractère créé par Ludwig tir~ de so:'1 essence de~ form~s n?uvelles q~ le
continuent et marquent son evolut10n. Dans l'a.me d Ulrich, le theme
forestier se transforme en thème paternel, puis en thème humain. Dans
Agnès Bernauer, le héros, conçu prince, se mue en amant, et, sous cette
nouvelle apparence, illustre le double thème de l'orgueil et de la crédulité.
Il n'est pas douteux ~ue la hantise d~s formes_musicales n'ai_t nui parfois au dramaturge au lieu de ~e secourir. Etablir, un contrep?m~, régler
la marche des parties, le~ compli9:uer, l~s enlacer, c es~ une ~es Jowssances
intellectuelles les plus roguës qm se puissent concev01r. Mais à transposer
cette méthode au drame on risque la complication et l'obscurité. C'est
l'écueil que n'a pas évité Ludwig. Ses pièces sont extraordinairement
encombrées de quiproquos, d'événements qui s'enchevêtrent au point
d'en rendre le récit presque impossible, Le contrepoint en est la cause, et
sans doute est-ce ]a vengeance de la Musique sur celui que, pendant près
de trente a~nées, elle crut s' être attaché à jamais.
André CœuROY.

LA MÉDECINE
SYNTHÉTIQUE
PAR

LE

D' R.

ALLENOY

Cette';,gra11ure est le frontispice des œuçres médicales de llfichel Ettmüller,
publiées à Francfort en 1708. Elle exprime bien les tendances synthétiques de
la médecine chez les successeurs de Paracelse.La Santé, qui trone au centre, tient
sur ses genoux une table portant l'inscription : UxA omnes contra morbos
MEDICINA : une seule règle de médecine contre toutes les maladies. Le grand
li11re, sur la table, porte la maxime complémentaire ; PLURA morbos contra
singulos REMEDIA : Beaucoup de remèdes peuçent être indiqués contre
chaque espèce de maladie. A droite se tient le mauçais médecin; il n'a lié
la maladie que par le pied et au moyen d'une simple corde ; il est armé d'un
énorme çase de drogue; il guérit mécaniq_uement et son emblème est l'horloge.
A gaziche est le praticien de la médecine à règle unique. Il dirige la maladie
par le cou, au nwyen d'une chaîne puissante : il en est maître. Son instrument est un flacon compte-gouttes portant cette étiquette : « il suffit d'une
goutte à peine » ; il guérit magnétiquement et son emblème est la boussole i il
est représenté sous les traits dti grand Paracelse.

�LA M:.€DECINE SYNTHÉTIQUE

LA MÉDECINE S YNTIIÉTIQUE

D

Ès l'origine, les sciences ont toujoUTs progressé par l'alternance
de deux processus : analyse et synthèse. On commence par accumuler les faits et les observations particulières ; cha&lt;l11-e chercheur exploite un sentier divergent et c'est la période d'analyse.
En s'éloignant trop les uns des autres, les spécialistes aboutissent à un
chaos de notions éparses, et perdent toute vue d'ensemble; le besoin se
fait alors sentir d'une idée générale pour coordonner la multitude des
acquisitions parcellaires : on cherche à abstraire quelques principes essentiels de toutes les branches du savoir humain, et c'est la période de synthèse. L'Ecole d'Alexandrie a tenté une pareille systématisation générale,
puis ce fut la Renaissance ; depuis, on est retombé dans l'analyse - la base
du système synthétique ne paraissant plus valable - mais aujourd'hui,
après l'immense labeur de générations matérialistes, qui se sont appliquées à rester en dehors de toute idée générale, nous entrevoyons, pour
les temps à venir, la possibilité d'une merveilleuse synthèse. Le mouvement s'amorce, dans toutes les activités humaines-: la psychologie rejoint
le psychisme et l'occultisme dans l'étude du subconscient et de l'unité
du Moi à travers les vies successives. La chimie reprend la thèse alchimiste
de l'unité fondamentale de la matière et s'unit à la physique pour affirmer que Matière et Force ne sont qu'un. Les arts suivent le mouvement :
la peinture, la sculpture, lasses d'exister anarchiquement pour ellesmêmes, sentent le besoin de s'unir à l'architecture en un art synthétique.
De même, il est curieux de dépiste1· dans l'évolution de la Médecine les
indices d'un pareil mouvement et de chercher les conséquences qu'il
pourra comporter:
Le dernier essai de synthèse médicale a accompagné l'effort collectif
tenté dans ce sens à la Renaissance; on pourrait l'appeler l'essai hermétique ou spagyrique. Les médecins alchimistes ont essayé de ramener
la complexité des facteurs en cause, dans chaque cas, à un système simple
d'influences, classées selon l'idée plus ou moins abstraite des caractères
planétaires (médecine astrologique), ou des qualités élémentaires: chaud,
froid, humide, sec (rajeunissement de la médecine humorale),- ou encore
des trois principes : soufre, mercure et sel (médecine proprement alchimique). En vertu de ces idées synthétiques, qui unissaient sur un canevas
commun la psychologie, la biologie et la chimie, les hermétistes ont
cherché à systématiser l'influence morbide en une catégorie simple - pour
lui opposer un remède de catégorie correspondante. Ainsi dans le système
planétaire, le cœur, centre vital de l'économi~, correspondait au soleil et
les maladies du cœur étaient traitées par des préparations d'or (ce métal
étant attribué au soleil), ou de plantes qui étaient censées correspondre
à l'influx solaire. Quels qu'aient été les résultats thérapeutiques, _c'était

1457

un essai de systématisation, de synthèse, et l'œuvre des spagyristes est
curieuse à ce point de vue.
Ensuite, on voit se dessiner1 dès la fin du xvue siècle, un mouvement
analytique qu'on pourrait appeler l'ère matérialiste. Les médecins ne
trouvent pas dans l'art spagyrique les résultats espérés; les premières
découvertes physiologiques tournent leur attention vers le mécanisme
des organes et ils rêvent de pouvoir expliquer toutes les maladies par des
causes objectives. Alors commence l'étude minutieuse de l'anatomie, de
la physiologie, dela chimie biologique, dela parasitologie,etc., qui trouve
son couronnement dans la découverte des microbes, l'asepsie chirurgicale, la sérothér~pie. Mais les lendemains de fête sont souvent un peu
mornes, et malgré ces résultats splendides, il faut bien reconnaitre que
la médecine étiologique -qui espérait, une fois l'agent pathogène connu,
pouvoir le neutraliser ou le détruire facilement - a fait fausse route.
L'étude ph)'!liologique approfondie a précisément montré que tout un
aspect des idiosyncrasies échapperait nécessairement toujours aux
moyens d'investigation ordinaires ; mais surtout, les essais d'applications
thérapeutiques ont été décevants : à part deux ou trois sérums d'une valeur
incontestable, qu'a-t-on gagné à la connaissance de l'agent ? Une fois
connue la cause - microbienne ou histologique - on s'est aperçu qu'elle
était le plus souvent inaccessible ou impossible à modifier directement.
La déception a surtout été cruelle en ce qui concerne la bactériologie
quand il a fallu revenir sur l'idée première de spécificité et constater par
exemple que :
1° Le microbe-peut exister sans que la maladie se développe (porteurs de
germes);
2° Inversement, le microbe peut ne pas se montrer et la maladie e~ister (le bacille-virgule manque dans certain~ cas de choléra foudroyant ;
le bacille de Koch fait défaut dans un certain nombre de tuberculoses
suraiguës; il y a des abcès sans micro-organismes) ;
3° Le même microbe peut produire plusieurs maladies (le staphylocoque produit le furoncle et l'ostéomyélite) ;
4° La même maladie peut être produite par plusieurs microbes (la
grippe, par exemple, serait due soit au micrococcus de P1eiffer, soit au
micrococcus catharralis, soit au pneumocoque, soit à un tétragène (Bezançon
et Yongh). Le laboratoire permet de distinguer plusieurs paratyphoïdes,
etc.) - Quelles que soient d'ailleurs les discussions possibles sur ce sujet,
un fait reste patent: l'impuissance relative de la sérothérapie dont on
attendait tout. Ceci constitue l'impasse étiologique dans laquelle la
médecine actuelle s'est embouteillée. La connaissance de la cause ne
permet pas une action directe pour neutraliser cette cause et la médecine - en tant qu'art de guérir - n'y gagne presque rien.
De là, la débâcle incohérente de la thérapeutique ; il y a tant de facteurs à envisager que le praticien tend à se spécialiser et à ne poursuivre
ses recherches que sur une seule direction. Le chirurgien ne veut connaître
c.1.:.e ce qui tombe sous son bistouri et se moque hicn des impondérables
è'une neurasthénie ou d'une douleur rhumatismale; ceci ouvre la voie au

�1458

L'ESPRIT NOUVEAU

hotbéra eute qui prétend guérir les abcès par suggestion et la médep~yc ff 1/spectacle d'une anarchie thérapeutique complète. Allez vous
c;n? ~ r~e vos migraines à dix médecins différents et comparez les ordonp am re
rez qu'il n'y a pas de principe thérapeutique. Il n'est
nances : vous ver
·
·
1 rr·
t· ns
A e as ·us 'aux questions de régime qui ne suscitent es a irma 10 .
::n;u; co!tr~ctoires:_Etudiez, dans les différents auteurs, ce que doit
pl é · d diabe'tique ou de l'obèse et quand ces auteurs ne se sont
être e r g1me u
d'
as entendus pour copier quelque maitre à la mod~, vous serez ecou~aO'é des divergences d'indications. Enco~e plus decouragé serez-':ous,
si" médecin, vous essayez de vous en servir chez vo~ malades_. Aussi,. e~
'· nce de ce désarroi on sent le besoin pressant d un travail synthet~prese . coordonne les 'acquisitions éparses sur des idées génér~es clru:e:
a un trésor, immense à classer et des matériaux à profusion pour

fi1~

la synthèse future.
•
1f
b · t"
Q 'on ne m'accuse pas ici de faire des rêves en l'air. Lace synt e ique
t un fait. elle existe elle a déjà été formulée, mais jusqu'à pré_sent, elle
:: ·-~ f rmclée trop tôt pour être comprise. Trop tôt quand Hippocrate,
~:s ~ éclair de génie, formula cet~e loi que : « ~e semblable appe~e ~e
mblable et guérit ce qu'il a produit ll, parce qu alors, on ne possedai:
s:cs e aucune notion de pharmacodynamie ; t!op tôt .encore ~an
~ar:else s'opposa à toute thérape~tique1 systématiquAe, afhrm8:t CJ": u;~
aladie déterminée comme la jaumsse n est pas !a me~e _chez eux 1,n i
vidus distincts et qu'il faut lui opposer des remedes d1fferents, - c est:
à-dire qu'il [aut individualiser le cas dans sa synthèse, en ch~rchant ce qui
com a ne cette jaunisse, si le malade est g~as ou ma1~e, _brun ou
~~ond,phÏmme ou femme, s'il a des ma~x de têtel~ des palp1~a!ions, et~
On ne voyait pas encore le moyen pratique de realiser cette 1dee. Qu~
Ettmüller le disciple de Paracelse, proclama : pbJ,ra morbos c~ntra sinalos rem~dia, il sentait de même la nécessité d'une règle u~que l~ur
ro rier le remède au mal en se bas~nt n~n pas sur la notion d et10/~ p on as sur le nom de la maladie, maIB sur le complexus sympto;~:, ne to~t entier. Ce fut Hahnemann qui trouva 1~ mode d'application
dans1'expérimentation de la drogue sur l'homme sam et dans la pathoénésie médicamenteuse, mais il était alors.trop tard - ?~ trop tôt,---;-- car
fa médecine était en pleine période·analyt1que, hypnotisee ?~ le ~rage
étiologique, et le grand courant du siècle passa à côté de sa gemale de~ouverte sans la voir.
..
.
t·
Hahnemann avait pourtant conçu la grande synthese therapeu _1que,
cherchant chez le malade, non plus s~ulement les sy~~tôme~ habituels
d'une entité morbide définie, mais tous l~s menus . ~etails qu on a coutume de négliger dans la médecine étiologique : le fait, pour une douleur,
d'être brülante ou térébrante, d'apparaître brusquement ou le1;1-tement,
d'être soulagée par le chaud ou par 1~ froid, d'avoir son _maximu~ le
matin oule soir . les impressions subjectives du malade ou meme ses dispositions psychol~giques, tout cela trouva place ;dan~ le gr_and tableau
synthétique qui devait correspondre à la pathogénés1e m_éd1cam.enteuse,
c'est-à-dire à l'ensemble des symptômes, grands ou petits, avec toutes

!

LA MÉDECINE SYNTHÉTIQUE

1559

leurs modalités spéciales, produits par l'ingestion d'une certaine quantité
d'un médicament.
La conception de Hahnemann put rallier quelques vitalistes attardés,
mais la plupart de ses contemporains, épris de matérialisme, cherchant la
maladie dans l'altération du tissu et se flattant de découvrir sous le
scalpel le mécanisme de la pensée, poursuivaient un idéal différent : sa
méthode resta comme une graine perdue sur du sable sec, attendant
l'occasion de germer.
Aujourd'hui, le milieu devient favorable. Le besoin de synthèse se fait
sentir. La médecine analytique s'est heurtée à la notion du tempérament
individuel ou, comme l'on dit, du« terrain &gt;&gt; dont l'importance apparait
chaque jour plus grande, au détriment de l'idéal étiologique. Car enfin,
s'il est vrai qu'un microbe comme le bacille de Koch ne se développe que
sur un organisme prédisposé par de l'hérédité, par le surmenage, par une
constitution lymphatique ou « plastique », et qu'il ne produira rien sur un
autre organisme, de soucbe arthritique, d'un âge différent, d'un tempérament sec, quelle est son importance réelle dans la genèse de la maladie ? Et
le médecin, pour·remplir son rôle de guérisselll', doit-il espérer plus d'une
action purement bactéricide que d'une action modificatrice du tempérament ? Et de quel ordre peut être cette action ? On sait que le fibrome
est produit par une altération histologique. Fort bien - mais cette connaissance ne sert pas à Je combattre. Au contraire, le· fait de i;avoir qu'il
peut disparaître chez la femme au moment de la ménopause, ne montret-il pas l'import ce capitale du terrain en même temps que le rôle prépondérant d'influences impondérables, car enfin, en quoi düfêre, histologiquement ou chimiquement, l'organisme d'une femme avant et après
l'âge critique ?
C'est cette notion de terrain qui servira de pivot à l'orientation des
recherches médicales pour les faire passer de la direction analytique ou
étiologique à la connaissance intégrale et synthétique du malade. Dans
eet ordre d'idées, le médecin envisagera non plus la lésion et sa cause apparente, mais l'ensemble des réactions ou des caractéristiques du sujet,
jusqu'à la couleur de ses yeux, jusqu'au cours de ses idées, en une grande
synthèse symptomatique. Il én résultera logiquement ceci, que le traitemnet variera non selon le nom de la maladie ni selon ses circonstances
étiologiques, mais encore et surtout selon les particularités individuelles
du malade. Il n'y aura plus de maladies, mais seulement des malades, selon
la célèbre formule qu'on ne put jamais appliquer. Par suite, il n'y aura
plus un traitement systématique de la syphilis ou du psoriasis, comme
c'est l'usage actuel dans les hôpitaux, mais des remèdes.variables, selon le
eomplexus symptomatique du malade.
Il semble bien que toute l'évolution future de la médecine tende à se
faire dans ce sens, mais, pour cela, il faudra remplacer le concept étiologique, qui est analytique, par un concept synthétique, un principe de
classification embrassant tous les cas et l'ensemble intégral de chaque
cas. Il faudra classer toutes les possibilités réactionnelles de tous
les cas pathologiques comme le botaniste• peut classer chaque plante,

�LA MÉDECINE SYNTHfTIQUE

1461

A

14.60

L'ESPRIT NOUVEAU

et il faudra que ce classement conduise à un traitement approprié.
Or,leprincipe de similitude, répondant à ces desiderata, para1t recevoir
des médecins officiels des applications de plus en plus nombreuses. Ce
principe est qu'un médicament, à dose réduite, peut guérir, ehez un malade, les symptômes semblables à ceux qu'il produirait chez un homme
sain, pris à forto dose. Si ce principe est admis, il fournit une clef permettant d'opposer la synthèse médicamenteuse à la synthèse morbide.
Il est assez remarquable qu'à part le mesquin et confus réquisitoire de
Trousseau, personne n'ait jamais présenté d'objection véritable au principe
de similitud~. Au contraire, tout le monde l'applique plus ou moins, bien
qu'iroparîaitement. Par exemple, l'ipéca est une drogue qui purge et fait
vomir ; elle peut donc guérir la diarrhée et les vomissements, notamment
dans l'embal'l'as gastrique: les médecins militaires en savent quelque chose;
par exemple, l'intoxication bydrargyrique cl1ronique produit des nécroses
osseuses et le mercure peut guérir les nécroses osseuses des syphilitiques ;par
exemple I une forte chaleur brûle, et pourtant une chaleur modérée soulage
les brûlures. N'est-ce pas une règle synLhétique par excellence que ce prmcipe de similitude? Or, c'est un signe des temps que les maitres officiels y
aient. îréqucment recours. Ainsi Lanceraux recommande de trè13 petites
tloses de cantharide dans le traitement des néphrites, alors que l'intoxication massive par la cantharide produit une néphrite typique. Dans le
même ordre d'idées, Dujardin-Beau:metz recommande le cyanure de
mercure dans la diphtérie alors que l'intoxication aiguë par cette substance, commo en témoigne L. Simon, donne lieu à une angine couenneuse
pseudo-diphtérique. Le sul[ate de quinine, qui provoque des bourdonnements d'oreille, serait le remède de choix pour les bourdonnements
du vertige de Mf!nière, ainsi que l'affirment Charcot et Gilles de la Tourelle. Le sublimé corrosif, qui engendre à dose toxique une véritable dysenterie mercurielle selon Brouardel, peut servir avantaguesement de remède
à la dysenterie ordinaire. Bouchot recommande la fuchsine pour l'albu•
minurie tout en reconnaissant qu'elle provoque ce symptôme à partir
d'une certaine quantité. La digitale passe pour le remède spécifique de
l'asystolie, et pourtant Launder-Brunton consLate que l'intoxication à
la digitale simule l'asystolie. La colchicine a été vantée comme le
médicament-typo de la goutte ; or Mairet et Combemale montrent que
i,,os symptômes toxiques sont la congestion des têtes articulaires et
l'augmentation de l'acide urique à ce niveau. Grasset prescrit l'ergot de
seigle dans le tabès, alors que, dans certaines épidémies d'ergotisme, on
a noté des désordres comparables à ceux du tabès. Manquat signale quo
la belladone a des effets curateurs incontestables dans l'épilepsie, alors
qu'elle est un poison épileptogène. Peyraud décrit les symptômes d'emp0isonnement à la tanaisie comme identiques à ceux de la rage et il constate que l'essence de tanaisie est un remède contre la rage vraie, etc.
Il n'est pas jusqu'à la sérothérapie qui ne puisse être rattachée au
roême principe. Ainsi le sérum de Roux, qui peut guérir la diphtérie, provoque, quand on l'injecte à un animal ou à un homme aain, les mêmes
modifications dans la formule sanguine qu'une diphtérie bénigne ; de

O

mcme aurait-on pu constater d
blessés de guerre ayant reçu
e~ ~ymptômes de tétanos fruste sur des
nique.
une mJection préventive de sérum antitéta11s sont donc Hahnemanniens to
.
l'effi~cité ~lu principe de similiLu::! ~e;~u~eurs ~ me~tent en lumiêre
auraient raison, car il existe entre e
s en dcfendraie_nt bien, et ils
rence : les IIahnemanniens soi entx· et_les H~e1?anruens une différêgle synthétique qu'ils ont génégnali é ru.àns1, par principe, en vertu d'une
que par pur empirisme,
. .
r s e tous. les
·
sans savoir
. cas•, eux, ne soignent
ain· i
l~ur passe par la tête. Les Hah
po':rquo1, et seulement quand cela
c1ents i eux sont des synthét· t n_emanru_ens sont des synthétistes cons
1s ~ 1nconsc10nts
t . ,
' .
·
d ·
es,c estcequiles empêched' .
I
qui vou rru.cnt etre analyssans laquelle le principe de sarruru·~li':terdà a synthèse thérapeutique intégrale
Ains" p·
u e est d'une a li · •
t .
1, 1.P~a guérit les vomissements et 1 di :p caL~on impossible.
_.r1que, mais il n'agit vraiment bien e
a arr ée de l embarras gas,l un ensemble d'autres particular"téqu quand _ce~ symptômes s'associent
nette, salivation naueées i·nce l ts, caractéristiques de l'ipéca: lan!rue
1
• .
•
·· ,
&lt;:san es avec
t·
0
a poitrine, coliques péri-ombilicales âl sensa ion de consLrition de
quand on est couché etc etc s· , p cur,_ yeux cernés, aggravation
11,~es, il faut chercher ~n a~'tre r~m~dce~ particularités ne sont pas réas il y a langue chargée ho uet . e , ce sera par exemple l'antimoine
so~de, etc., etc. Ou bien' ce sira l~ ~01r, dou,Ieurs à l'estomac, céphalalgie
decms de l'école officielle ne le , ryone, l hellébore, etc. Or, ceci, les mésynthê_se_ individuelle du malads:,ent pas encore, faute d'avoir cherché la
J~ fm1ront par le savoir car il est vi .
. .
la voie synthétique indiquée tro ré sible que la_ medecme s'engage dans
par Hahnemann - et c'est pc~ m~turfent, il y aura bientôt un siêcle
dérable que prend en ce moment
exp ~que le développement consi:
l'ho1;lléopathie, médecine d'avant-gar:;ctrme de ce novateur persécuté:
D autre part, on avait cherché h
..
h?méopathique avec l'emploi de~ d!~oc~It~~e?~• à confondre la synthèse
coté accessoire secondaire et . . es mI1mLesimales, ce qui n'est qu'un
cipe fondamen'tal. Or l'étude d~:g~~~le de la ~ratique, à côté du prinm1sme des ions dans les eaux th i rument. petits biologiques, du dynatution de la matière (que no
ermnles, les nouvelles idées sur la constiar~icle), _etc., viennent préci:é::e:~::oposons ~'.ét~d!er dans un prochain
p~i~L faible vis-à-vis de la science d'1 ncentre~ l mté:cL sur ce qui était un
1 Y a un siècle: Juste retour des choses
d 1c1-bas 1
A

•

ia

'Ma:is peu importent les questions d'é l
.
sans doute plus rien de la vieille ere co es. Dans dix. ans, il ne restera
La ~édecine reviendra au but
lllle entre allopathes et homéopathes.
derruers : celui de guérir Elle s'
e ~ un peu trop négligé ces temps
symptomatique individu~! s t:c emme_ vers la notion du complexus
~e l'analyse étiologique dé~ev:te ~ 1fe st m~~ ~ remplacer les éléments
ans le grand mouvement synth ·t-'
e s_era orientation de la médecine
e ique qui se prépare.

':;1,

ut

or

R.

ALLE~DY.

�ESTHÉTIQUE ·

CÉZANNE
ET LE

CÉZANNISME
PAR

GINO SEVERINI

IIe

PRIME A NOS ABON·NÉS
A nos anciens abonnés qui se réabonnent pour
la deuxième année.
,
A ~os nouveaux abonnés qui nous- feront parvenir leur bulletin avant le 31 Décembre (date
de la poste) nous e"verrons Franco une superbe

.

GRAVURE ORIGINALE en couleurs, gravée spéARTICLE

oialement pour I' « Esprit Nouveau

&gt;&gt;

par le

CÉZANNE ET LE VÉRITABLE ESPRIT CLASSIQUE

Maître Juan GRIS. (Cette gravure est la première gra-

., . dit ·us u'ici, il résulte clairement que
tout ce que ,J 8.1 . l ~·t·rune méthode en analysant
Cézanne P:etend; t ~e
qu'il voulait redevenir clasla_ ccsens~t10n ~- .e~e~out bon sens pour ne pas s'asique. Or il fautetre denut
est un cc eHet n et non une
percevoir que la cc se~sa rnn n pourra atteindre un but analocc cause &gt;&gt; et que iam~s on ne •vant un chemin tout à fait
gue à celui des cl~s1ques :nd:: maîtres est sous ce rapport
opposé. Or l'ense1gnemen
'il faut analyser et non reffet.
catégorique : c'eSt la cause qu , 0 ue et pour qu'elle soit
C'est ici la grande erreur detore1:pm~nde je vais mettre en
claire à l' ente1:1de1_Ilent d~ o; des deu_~ co~ceptions opposées:
présence l' ~pplic_at10? prat1f~a conception vraiment classique.
la conception ~ezame_nne ede représenter une bouteille. Le
Mettons. qu'il s' ag1~se de établie d'avance » et qui analyse
peintre qui a un; cc methc:dera ainsi : il tâchera d'abord de se
la cause et non l effet pr\ . t mesurer c'est-à-dire de la haurendre compte de ce qui peu . , , '
teur de la bouteille et d~~on di;:t~:·s deux grandeurs n'ont
Disons, entr~ PW:~n eses, rées sur nature, mais peuvent
nullement besom d etr~ ~esu pour être exact doivent être
être inventées par le pem te, 0 tles cc proportion~ » qui règlent
établies selon les cc rappor 8 n e
la compos~tion entière.. 1 bouteille et mieux la situer, nous
Pour mieux constrmre a

vure sur bois de Juan Gris)

D

E

-:sI

Voir le no 11-12 de L'Esprit Nouveau.

Tirage limi~é, sur p_apier spécial du Cambodge ;
la -pla~che s~ra détruite après le tirage. ·
_Nos - abonnés apprécieront l'effort · que
N

I'

« Esprit

fait

Nouveau » en leur offrant cette

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de collection dépasse de ~eaucoup celle des
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isolément 35 francs.
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Pour tous les abonnés faisant partir leur _abonnement
du ND1, l'abonnement reste fixé à :

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75 francs pour l'Étranger
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OUVEAU OU DE RÉABONiOUT BULLETIN O'ABONNE:E;J, ~ous SERA ADRESSÉ AVANT
NEMENT POUR UNE ANN : LA POSTE) DONNERA DROIT A LA
LE 31 DÉCEMBRE &lt;DAETNE gOULEURS OE JUAN 'GRIS. ..
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L'ANNÉE Î ÉTRANGER 71§ fr. (Fran.çais)
LE NUMÉRO 1 ÉTRANGER 7ft. (Français)

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!l'OlU

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PIWFESSJON

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✓1T)llE=is=·s=./i.~'- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

CÉZANNE ET LE CÉZANNISME

1463

la renfermons dans une forme géométrique qui aura les dimensions choisies ou mesurées, et qui, dans notre cas, est un cube
ou un cylindre. Une fois que ce cube ou ce cylindre est situé
dans la construction générale du tableau, le problème change,
car on passe de la construction à l'exécution, et, dans cette
seconde phase du tableau la sensibilité du peintre humanise le
cube ou le cylindre, il passe en un mot de la forme générale et
constructive, à la forme spécifique et vivante, de l'analyse de la
cause à la synthèse de l'effet. Il reconstitue ainsi par son esprit
(la géométrie) un fait humain, universel.
Selon cette conception le point de départ est donc la cause, le
point d'arrivée l'effet.
Léonard disait : « saisis la cause » et toute l' œuvre des
maitres obéit à cette conception.
Regardons maintenant la méthode opposée, celle de Cézanne
et des Cézanniens, c'est-à-dire l'analyse del' effet, ou sensation.
Le hasard conduit le peintre devant une table où une bout eille est placée parmi d'autres objets, et dans un éclairage
quelconque. La sensibilité est mise en éveil par le jeu des
lumières, par les rapports de couleurs et de lignes, et il se dit :
voilà une jolie nature morte à faire.
Disons entre parenthèses que parfois il prend des objets et il
les dispose devant lui jusqu'à cc arranger » sur nature une
nature morte; ce qui, en substance, revient au même, vu que
dans un cas, comme dans l'autre, le point de départ est la sensation (1). Le peintre se place donc devant ce fait que le hasard
lui met devant ses yeux, ou qu'ilasus'arrangerlui-même. En
paroles il affirmera qu'il n'est p~s dominé par la nature,
parce qu'il prend les c&lt; déformations »auxquelles il se livre pour
des cc constructions &gt;&gt;, mais en fait il en est tout autrement,
car aucun peintre devant le « motif &gt;&gt; ne peut se vanter den' en
être pas plus ou moins dominé: Donc, en fait, il se mettra tout
simplement à traduire sur la toiles on modèle comme ses yeux le
voient, et, en adoptant la technique empirique de Cézanneilmettraàgauchece qu'il auraenlevéàdroite, etc ..., et cela tout encherchant bien sincèrement à saisir le caractère, l'expression del' objet qu'il veut représenter. M3.Îs ce caractère et cette expression
changeront chaque jour, et, s'il a l'honnêteté de Cézanne, chaque jour sera un nouveau départ pour une nouvelle destination.
(1) Il n'est pas question ici des peintres cubiste! qui ne partent pas d'une émotion
direeû; cependant les équilibres au~uels ils aboutissent n'appartknnent pa$ moim en
gmbal à la ,emation, mais à une sensation cérébralùée.
77

�1464

CÉZANNE ET LE CÉZANNISME

L'ESPRIT NOUVEAU

Un peintre ordinaire, c'est-à~dire de l'Ecole, d~s Bea1;1X-Arts,
à force d'essais nous donnerait un trompe-1 œi1 agreable et
plus ou moins savan~ en apparen?e, selo~ que les v~es r~gles
apprises auraient éte plus oumomsapphquées.Mais lepemtre
dont nous nous occupons, et à qui il faut rendre justice, ne se
contente pas si facilement, car il a une idée de con~truction
« derrière la tête », il a en plus une tendance vers l'uruversel et
l'absolu, c'est pourquoi, en analysant sa sensation, il passera
graduellement de la forme spécifique et vivante, qui dans son
cas n'est qu'une apparence et une anecdote &lt;1isuelle, à ce qu'il
croit naïvement une forme générale et absolue parce qu'elle
rappelle une figure plus ou moins régulière de la géométrie.
Lhote a trouvé une expression heureuse qui résume et éclaire
cette tendance: « passer de l'assiette au cercle ». Dans notre
cas cela deviendrait : « passer de la bouteille au cylindre )&gt;.
Moi, je prétends qu'il faut passer du cylindre à la bouteille, et
l'observation es méthodes des maitres me donne raison.
J'ajoute que les plus subtils sophismes ne pourront pas
démontrer qu'il est une bonne méthode, en admettant qu'il
fût possible de placer des meubles et des tentures dans une
maison avant d'en avoir fait les fondations, l'échafaudage, et
dressé les murs en pierre ou en brique. Même si on se donne la
peine de soutenir après coup cette maison chimérique avec des
supports, des barres de fer, des poutres, etc... on arrivera
peut-être à une solidité apparente mais non réelle (1).
Tandis que la méthode inverse : faire des fondations, et
puis l'échafaudage, et puis les murs, et enfin les tentures et les
meubles, symbolise l'ordre naturel des choses, la marche simple
et logique de la création.
"En effet, si nous prenons notre corps pour exemple, nous
voyons que les os sont à l'intérieur, et puis viennent les muscles
et enfin l'enveloppe extérieure de la peau, avec toute l' apparence de vie. Nous devons aussi procéder de l'intérieur à l' extérieur, et dans notre cas, le cylindre représente la charpente
ou le système osseux du corps humain, et enfin la bouteille est
la forme extérieure et vivante.
(1) ra suppmisetbarrudefer quel'onmetauœmursquimenacent de tomber joutnt le
mlme Tôle que ces« géométrisations • 01, ces contours qui passent d'un objet à rautre
pour les relier, ou tout autu • tn,c • qui ont pow but de donntr une apparence de construction. Poussin et les maîtres n'avaient pas besoin d'avoir recours à des ,expédients•
li peu honnétes ; leur construction réelle était derrière l'apparence, et paur la • saisir•
il ne su/fil pas d'etre malin, ilfatl,/, avoir de, notions • spécialu • qui manqtlffit à la
presque totaliU ~ péintru.

1465

Procéder autrement, c'est prendre le «moyen &gt;&gt; pour le «but»
e~ ad_rne.ttan~ que les géométrisations auxquelles on aboutit
d ~rdmaire ruent une relation quelconque avec la géométrie
qui est la seœ e et vraie charpente de la peinture; mais ce n'est
pas le,.cas ~n général. Car. le plus souvent ces peintres, qui se
font 1 illusion de constrwre parce qu'ils donnent à leurs tab~eau~ _un aspect géométrique, ne font que géométriser ou
simplifier, ce q~ n'a aucun rapport avec l'application rigoureus~ ~es propriétés géométriques.
Ainsi la bout~ille ~u~ nous avons prise pour exemple, malgré
son a~parence geo~~t~1':{11e, n'est que simplifiée et reste dans le
domaine ~e la sens_1bihte tout aussi bien qu'une bouteille peinte
par Monsieur CoRMON del' Institzit.
·

En _faisant l' ~al~se del' ~n?eignement de Cézan~e, j'ai tâché
de relier son œ~vre a s~n or1gme impressionniste et à son dével~ppement_ cubiste, afm que la vérité sur son enseignement
re~ulte ?lrur,aux_yeux de tout le monde. Je n'ai' nullement la
pretent10n d avoir touché les multiples aspects de cette œuvre •
personne ~~ peut se vanter de pouvoir réaliser un absolu pareil
~ans la cr1~1q~~• et encore moins dans le cas de Cézanne dont
1
P,~1culierement qualificatif, échappe par son essence
~eme ~ 1 analys~ et au contrôle. Cet « impondérable », ou
mc?ntrolable, qm est dans une mesure différente dans chaque
art1st~, forme tout l' a~~rait_ et la valeur de Cézanne, lequel, de
ce. pomt de vue qualificatif, est certainement un très grand
pemtre.
Mais il n' e~t pas ~oi~s vrai_ que son enseignement est presque nul: car a part certaines &lt;&lt; mtentions )), qu'on a superficiellement mterprét~es (1), tout ce qu'on a voulu tirer de son exemple nous a condmt au but opposé à celui qu'on espérait atteindre.
, Dans la peinture comme dans la littérature (cette forme
d art depms les symbolistes a toujours empiété sur la pein-

3!1,

sit~~ tmi;;;~~e=r 'J:~J;:anne en cher~hantréquilibredrJormaitles objetsjusqu'à les
de ttavers Evidern
~• on_ est arrivé à r:réer une sorte d'esthétique du compotier
réalise nédnmoins
la SU~tion de l'objet n'a pas d'importance, si l'équilibre se
cet .ihilililm n'avai·t pas pber"!isdde remarquer que Chardin, par eœcrnple, pour réaliser
• "'1
,
esoin e mdtre un compotier de tr
· de
fig~;es c~mme si elles étaient réjl.échies par des miroirs conca~:! :i!veaiedéJ~rm;.r
sys matiser ce cOU de l'impuissance de Cézanne il va:ud · •
·
s. u ieu
à se rendre compte qii' on peut équilibr
· tabl •
rait mieuœ, 3e pense, commencer
déformation est tout le contraire deerlaun
eau s?ns déformer ... et que, justement, la
atteindre r.i,.,,,:u..
construction par laquelle seulement on doti .

r;r;:i

d:

.. ---x-u-w-re.

�1466

LETTRES

L'ESPRIT NOUVEAU

ture) on a cérébralisé la sensation et on a cru atteindre l'esprit.
rous avons cru un moment que nous étions des réalistes et
même des sur-réalistes, et nous ne nous doutions pas que nous
regardions le réel avec les yeux de l'imagination, ce qui est permis pour les poètes, mais non pas pour les peintres. On nous
aurait appelé « sur-symbolistes » que nous l'aurions bien
mérité.
Cependant le sur-symbolisme des peintres aboutit, chose
hattendue, à la vraie tradition décorative, ce qui constitue un
rasultat plus grand que l'on ne pense (1), tandis que le sursymbolisme des poètes reste en général un divisionnisme
d'images ; une sorte de cinématographie des images dont le
film ne tournerait pas.
Ce n'est pas mon rôle de deviner si ce film poétique tournera
ou ne tournera pas ; il importe de constater seulement que
jusqu'aujourd'hui, dans un camp comme dans l'autre, ainsi
que je le disais tout à l'heure, nous avons été toujours projetés
vers le but opposé à celui que l'on visait, à savoir:
Au lieu de réaliser une synthèse, on reste dans l'analyse ; au
lieu de créer selon l'esprit, on reste dans le domaine des sens;
on croit continuer Ingres et on suit Delacroix ; au lieu d' atteindre le style on atteint à peine la « stylisation &gt;i; sous prétexte de faire de la &lt;t peinture pure ii on fait de l'art décoratif
et symbolique ; au lieu de construire comme les Maîtres, on
adapte « d'après les Mlitres &gt;let on géométrise ou on simplifie
au lieu d'employer les vraies règles de la géométrie.
Et il en sera ainsi tant que l'on restera dans cet art absolument « qualificatif », résultat d'une mauvaise interprétation
de l'enseignement de Cézanne dont, loin de développer les
quelques bonnes indications, on agrandit démesurément tous
les défauts.
J'ai la certitude que l'avenir est aux Constmcteurs et non
aux Adaptateurs, aussi habiles, malins et même géniaux qu'ils
soient et plus d'un dans notre entourage commence à saisir la
difîérence qui existe entre ces deux adjectifs, qui symbolisent deux routes toutes difîérentes : la bonne et la mauvaise ...
J'espère qu'on me fera l'honneur de penser que tout ce que
j'ai exposé dans cet examen rigoureux et sincère de faits et de
conséquences, ne vise ni les œuvres ni les peintres, mais bien
la méthode, ou pour être exact, l'absence de métJwde.
GINO SEVERINI.
(1} A condition, bien entendu, qu'on ne le déguise pas en art plastique ...

RÉFLEXIONS SUR

JEAN COCTEAU
PAR

HENRI MANCAROI

D

ANS

le numéro du 25 déccmb

des Lü,res l\I. André Th . /

1920 d

. e la RePue critique &lt;ks Idées et
çaist;_, a p~lié une sériee\i:e;é1ï1 ~onore la jeun~ critique franextremes de la poésie t eJl cnons ~ur certamcs tendances
la • po~sie sans fil 11 .
ac u e, celle qu'il appelle spirituelle:ment
. Je tiens à dire immédiatement
.
rive quand il condamne les mots ~ue ) 8 partage la sévérité de M. Thépure, 1e m_.épris total de la syntaxe 1~ 1ber!é, le culte de l'oi:iomatopée
de "[!-e pas etre sur cc point tout à fait d'a~:~dme. Il n_i.e para1t impossible
9u Il e~t urgent de défendre notre lan
. avec Jw et de ne pas penser
interdire, contre de pauvres gens d fue, pms~ue ~ous ne pouvons la leur
Il est donc certain qu'à partir de: _on ne rit m_eme plus.
notre so_l, la française et celle qui ne l'es~n~n:nt ". zl Y. a deux liJtbatu.res szir
du_ géme français, une classification f.
. Mais s1, pour la sauvegarde
gwder 1~ puhlic dont le divorce avec 1~ unpose, capable d'éduquer et de
11_1. Thér.ve, cette classification doit a art a ét~ t.r~s exactement noté par
r1té. L'examen des cas partie r
ppadrattre indiscutable dans sa sévé
tance. Or, parmi les noms ue u rrurrn. _dès lors une très réelle im or=
des lettres françaises il en1st
·ther~v:e et qu'il exclut du palm~rês
quelques réflexions. iJ s'agit de M.
cquel Je me permettrai de présenter
, I-,e cas de M. Jean Cocteau est .di ean Cocteau (_1 )_.
n etrP paR confondu avec celui de Mfr,e
plus Vl~ mt~rêt. Il méritait de
. zara et Picabia (2). Le commen8

J

~;~

j

4u

(1) Ce~te exception ne signifie as
M.èThé!1ve me paraissent tout fai~~~ t ~ les autres. condamnations inffigées
te, 11 me semble mai· P
gi
es. M. Blru e Cendrnt-s été 1
por
'Actionfrançaise 1~ Car"rie,°)t~ Ïe1ti~;u~e e~ prose, il est vrai, par oJon qui0 ~!nfà
~~~!i ~~/~:C'jéro du li&gt; septemb~~~;~ eJ:~a.1~\ïu!lnt à l\1. Drieu La
,1aJional •· Nous so~~cs-unes de ses paroles • it1&lt;Jld1/iables • • nttJerselle, l\I. ~ené

f'

l

oc,~)p::
lue Mc. André Thé~_
~':j! fa :m~:e1I~oi:: etfrM. J~ha::e~l~:::ir;~~
·i
. ean octeau a écnt dans son
. .
es ançaises.
!Ei':;J920). Majs
véri~i:'f~o'!~t'~
:(;d;
u
0

m1~audadal~m'omUMntbe
pet1tJouroaJ.ùCoq:•Lesarticles . '
.
je dois à Ja
je suiJ l'anti-dadaïste typfi
O ue que si M Cocteau
nne et tow • 1 ne • en gtnlr-' il
d-'- •••
• lu vakur, individuelk8 ""'
,._ D ad.,.
pas d~ quelque sympathie
• r!-8app~ou1.~
le
a ».•, ne se
pour

déf&lt;:nd

�1468

L'ESPRIT NOUVEAU

taire de M. Thérive, sinon son information, est un peu sommaire. Et cela
nous a fort étonné de ]a part. d'un critique intelligent et subtil à qui l'art
des distinctions et des nuances est fort loin d'être étranger. M. Thérive
cite quelques fri:gments du Cap de Bonne-Espérance. Ce volume ne constitue pas toute l'œuvre poétique de M. Cocteau.
Mais il ne s'agit pas d'examiner les quelques vers qu'en détache M. Thérive · la critique de forme qu'il leur adresse n'est pas ce à quoi il tient le
plus'. G'est un procès de tendance que fait M. Théiive, c'est à un esprit
qu'il s'en prend. C'est alors que la question posée devient intéressante.
Il nous parait que l'élément essentiel de la poétique, et plus généralement de l'esthétique, de M. Jean Cocteau a échappé à M. 'Thérivo: nous
voulons dire la fantaisie. M. Jean Cocteau ne l'a pas inventée: il circule
à travers la littérature française un courant de fantaisie qui n'est pas d'auiourd'hui et dont il serait facile de noter les traces au cours de notre histoire. Mais la fantaisie était un genre, assez à part, qui avait comme ses
lois et ses règles aussi bien que ses sujets ; de plus, elle était presqu':' généralement comique. La fantaisie de .M. Jean Cocteau n'est certes point
1évolutionnaire, entièrement originale et individuelle, jaillie toute armée
de son jeune cerveau. M. Jean Cocteau a lu, quoi qu'en puisse penser
M. Andt'é Thérive. Il n'ignore pas, outre ses devanciers, ceux de ses
contemporains qu'on a appelés les poètes fantaisistes i. et il faut faire la
part de l'influence exercée sur lui par l'humour ang o-saxon. Il reste
que la fantaisie de M. Jean Cocteau rend un son nouveau dans la symphonie des lettres françaises. La définir n'est pas facile ; il faut le tenter pourtant. Beaucoup plus qu'un genre, elle est une manière, un point de vue sur
les choses et les gens, celui del' intelligence émue; subtile toujours, elle est
accent. Elle n'est certes point exempte d'une certaine préciosité; mais
cela fait qu'elle ignore les échevèlements; elle est une discipline, souple
sans doute, mais qui ne veut méconnaître, jusque dans l'outrance, aucune
mesure intelligente. M. Gide dirait qu'elle est pédale au piano des lettres
françaises. Elle nuance, elle déforme avec grâce. Elle n'a rien de commun
avec le fantastique des romantiques. Nous croyons avoir le droit de dire
qu'elle est méditerranéenne. Elle est sourire, plaisant ou grave, souvent
tendre. Elle aussi est une pudeur à sa manière.
ll faut l'admettre, cette fantaisie du temps présent, qui n'exclut aucune
émotion, mais qui les préserve toutes de l'étalage romantique par un jeu
subtil de l'intdligence, pour aimer M. Jean Cocteau. Et même seulement
pour le comprendre.
Quand M. Jean Cocteau écoute les pianos mécani9.ues, quand M. Jean
Cocteau va au cirque ou au music-hall, et ~•il nous dit ensuite ses impressions, il faut entendre sur quel ton il parle. Il ne faut pas croire qu'il prêche.
Il faut faire la part de l'intelligence de M. Cocteau, qui fait la part de l'intelligence de son lecteur.
C'est ici que je ne suis pas du tout d'accord avec M. André Thérive. U
voit dans M. Cocteau un romantique attardé, dont l'inspiration est toute
instinctive et qui fait parade de la plus artificielle fausse nalveté. M. Cocteau y mettrait même • une çieille petite per"ersi.té » Eh 1voilà une affirmation dangereuse. La perversité, cela est un vice, certes, mais intellectuel
(et on le verra tout à l'heure nous ne pensons pas qu'il y ait aucune
perversité dans le cas de M. Jean Cocteau). Pour faire éclater le
romantisme de M. Cocteau, M. Thérive devrait nous assurer qu'il croit le
plus bêtement du monde, ou le plus généreusement, à cette natveté. Mais

RÉFLEXIONS SUR IEAN COCTEAU

1469

M. Thérive n'en fait rien . il no .s
il ne l'est pas lui-même. Mais alu r ass~e qne M. Cocf:eau n'est pas dupe,
p~s eu le souci d'une démon.strati~ Je Jeu eS t l?yal. S! M; Thérive n'avait
meuse observation tout cc qu'elln géntale, 1 aurait tiré de cette ingéM. _Jean Cocteau est un intellect:ali~fe
etellvérité ~t de j~stesse.
lyrique, parce qu'il est poète. Mais .
· n JO ectuali:ste souriant et
que l'homme est un an·unal
· •t Je pense que M. Thérive se souvient
'il
qm r1 en même tem
·
ab
~u nous accordera que le lyrism; est
f ·t
ps 41:10 _raisonn le, et
tisme .. Et ce n'est pas un paradoxe
par ai ement distinct du romantant de démontrer que toute l'œuvrque no'WI prétendons soutenir en tenest peut-être même une réaction
Jean Co_cteau est en réactionJ
M. André Thérive, tel que l'entend .M P" e roLantisme, tel que l'entena
tendons nous-mêmes
· ierre asserre, tel que nous l'enNous avons dit quê la fantaisie 'ét ·t
est bien le contraire de l'emphase e~ d j pas
tout romantique. Car elle
légère, et l'on sait que ces qualités :, a grti oquence; elle est aérienne,
romantiques exception faite
Al/pdar ennent guère aux écrivains
classiqu_e, d~ le large et vrJ~e~ d/!ole Musset dont la fantaisie est
Le grief maJeur formulé p M Thé .
à ~•~~a.rd de M. Cocte.a u c'esS: de ·culti;ive, si nous l'avoll;&amp; bien compris,
médiat ». Sur ce point il'
mb
/r presq~e exclus1vement " l'impeut_ s'é_largir jusqu'à dém:s!:r le juil faudr8lt s'e!ltcndre. Et le débat
s~voir s1la sensation ne p~ut
C~t.eau l~-mêJ?le. 11 s'agit de
s1 o~ pense que seul les idées déjà élab ~ t ere àl art. Si o~le conteste,
matière ~•une poésie exclusivement ii[ ils, tesal~oncepts ~01vent .être la
faut le dire nettement Nous ne
e ec u iste et philosophique, il
ll: Thérive. « Soit, no~s dira-t-!:°s~ns pas 'P,le ce s01t là l'opinion de
s,01t un~ matiere poétique, si l'on p8:ut
l armets (JUe la sensatio~
1 organiser,_ co~poser, ne pas tenter de m 1 Jar erh, m8.ls encore faut-il
cord. _Aussi bien M. Cocteau ne s'ef
e a vrer rutalement. , D'acnotatlons. Si l'immédiat est son thè fore~ pas à la.plu~ suhje~tive des
a un effort d'analyse et de tradu . me, ~.es~ un theme intelligihle; il y
son~ œuvre de l'intelligence réfl;~n J msiste _sur ces deux mots- qui
t?UJOUI'S un minimum d'élaborationer:,· y a él~ction de mots et d'images,
s1~le 8: d'autres, il se soucie d'être co~ :fs1sfdiat de M. Coc~eau~st accessaire, il faut s'en prendre à la subtibil~é d qu~lque attention est nécesest tentée. Mais que M. Thérive mes 1
u ~entiment.dont la traduction
M. Jean Cocteau les Jlluminatüms }îf1_;thdistR"cebqui sépare des notes de
peut-être, maïa intelli~ible d'un art
ur 1m. a~d, ~ art personnel
non traduire l'immédiat MTh . purement 8~Jectif, qw veut inscrire
i~po1:tante distinction à. raire tR;°c~e renserait-~ p_as qu'il Y a là une fori
l mspiration. Il n'en reste pas m~ins c e~l peut ins1stcrsul'lemystèrede
lettres et les mots importe qu'il
qu i l reconnatt, CJlle le « noir », les
rola qui flotte; si'« parce q~'elle fl!tt.: 0iue re cdeh~~e à ~re sur l_a bandece que cela n'ei.t pas Ja art d'él
d
a Len w peine à la lire », esttielle à la poésie ? « P.Mais sa~hl,,nte con~entra~ion, d'ésotérisme essenle mieax de soulager s~;; intelligence alo~s ~
dire et s'efforçant pour
. N?~s soutiendrons donc cet
,
n res se ~angen_t. »
1ntwtionisme d'art (M Cocte ~PP.f.cntLpar3:doxe: bien lom d'être un
~cou11ertes de l'instinct , . au en . u a science M sert qu'à Périfier les
me pas la valeur de la sci~~:odonn~~!1ut s?n sens à c~ • vérifier ", cela ne
M. Jean Cocteau est une réadtion de l'i:itru1~on
humEalltne),
l'e~thétique
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�147 0

RÉFLEXIONS SUR JEAN COCTEAU
L'ESPRIT NOUVEAU

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N
, vons pas la co~pétence nécessaire
ntttement _anti-romhét1gue. ~icsaÎe: présentées par M. Cocteau, _mais il
pour examiner les t ories ~1?-ar
remarquer un ~oüt affirmé de
n'est pas besoin d'~tre li':fe3_1 \stetf°M ~octeau préconise l'affrancpïsconstruction, de si~p cf , .
a~si bien que du fluide impress10nsement du wagnérisme orm.1 .
t être ses mots d'ordre. Est-ce cela,
nisme. Mesure et ordre_, tels pl~~a1sséd' t » ? Mais que M. Thérive y songe,
le culte presque exclusif de « zmm ia
ons voir dans l'effort de
cette réaction de l'int~lligence que D;OU~
des choses. M. Jean CocM. Coctea~, elle est lyrique. Celd,exp~iune philosophe intellectualiste ;
teau ne tient pas le lang~ge un 1 · t uloir l'entendre.
M. Jean Cocteau est poète,_il faut savoir e voincs affirmations où il faut
Ainsi réagit-il par certams gestes et. certa 'il eut avoir dans les uns
faire la part de sa fantaisie de poète. Mais \e â_1;1ex€érieu~Ement outrancier,
et les autres d'inatten~u, d'appar:1%°en 'vec verve et jeunesse à mener
cela fait sa besogne utile, cela co~ r ue.Ai . M Cocteau a imaginé des
le bon comhat contre le romantisme. . ns1 le. cornique auquel voulait
[arcès, Le Bœuf sur le toU, PaLradeÈ Esft-;: qup;ticulier, n'était pas ~ur~out
atteindre M. Coctea~, d~s e œu
8 de bar à laquelle aidaient
intellectuel ? La stylisat10n ~~ se5iper?~:;ip tôt di;paru qu'était Faules masques du délicat et spmtue ar is e . e endiablée de M. Milhaud,
connet, leurs mouvements lents sur la m~1~qdonnait un plaisir d'esprit qui
certaine retenue dans le wotes~e, tout c sourire l'intelligence. Que cela ~e
ne faisait pas ~clater le rue, _mros 0 f~:Oté sans doute, ~ais quelle u~ile
soit pas le vrai et lar~e. com.1dquf .
roma~tiques I Et pms, le franc nre,
réaction contre la facilité e ce u1 e
le cheval de Para~~ bi~_n su le .déch;m~r. aler l'influence sur l'esthétiq~e
C'est peut-être ic~ qu il convient e s1~ses Elle est indéniable, et l~de M. Cocteau du cirque et ~es ballets rd l'ét blir Je voudrais au moms
même l'a reconnue. Il ne ~•art donc pas entreÎe ro~antisme, ce qui n'est
montrer qu'elle ne pouvait s exer_cer que co
peut-être pas évident pour cer~ama." .
. Ce spectacle a peut être subi
Il y aurait un bel é~oge à écmeabr t·&amp;~~oins n'a-t-il pas disparu, a-~quelques transfor~ations r~grett \i~ieurs ·eunes écrivains. _Il !au~ai:t
il encore un public, des anns, dont p d cir u~. Il ignore la gr1vo1sene1 il
dire la santé, la propreté, la beauté. u ·1 qst harmonieusement humron.
n'est pas boulf:v~dier. Il se po;'te ~~~: commandement de la vo~onl_é
L'élégante maitrise du mus~le s y _a ~umftlne s'y dépense, chaque soir; il
au corps s'y apprend. De 1 ~nergie b"té l' crobate recommence le tour
faut voir avec quelle a~abl~ pro f•ame~de du régisseur, le plus b~
manqué; et ce n'est pas gu il cra1gnl h val la beauté et la grâce an1orgueil e~t. en jeu: Au cirque, ~tl~h~~:e. Èt les panto~nes des clowns
males se 101gnent a la souplesse e
. d lus dépouillé - acrobanous révèlent la puissance du pl~s tnCJ~q:!. Cela est u~e charmante
tique et simple, - du plus hu~_am ?~t~~ieur du cirque ; mais ?n en po1;1rleçon, cela est comme 1~,classll1s::os~n classiciEme extérieur: 1e veuxrïf:i8
rait dire encore ~e quel appe er _ _ l'acrobate }a danseuse sur
e
la fixité conventionnelle des genrtsi t dition de; farces clownesques, et
fer, l'écuyère, l'Au~s_te, eic ... , - ~ ra lie dont il y a plus d'un_ exemp}_e
cette continuité falJ!lliale et p~ofess10~~ entaché de nul romantisme, sil
dans le mond~ du cirque. Le cir~u! ~e:te sur lui.
. . .
peut y en avoir dans le regard 'quo 1 1 on d'intelUgence et de discipline
Quant aux ballets russes, c est une EÇ

dahk

bi~!

Jd:

1!

1471

qu'ils doivent donner aux observateurs attentifs. On ne peut ignorer que
les résultats auxquels ils ont abouti, cette prodigieuse intensité d'expression dramatique, ~tte révélation du grotesque souple, cette grande impression de déchainE:ment naturel qu'ils donnent parfois, ce réalisme
schématique, sont le fruit d'un labeur patient, d'une stricte ordonnance,
de la mise au point d'une technique savante et minuti€use qui fait le plus
grand honneur à l'intelligence de M. I.:éonide Massine.
M. Jean Cocteau a eu raison d'aller au cirque et aux ballets russes (1).
« Peut-être, voudra bien reconnaitre M. Thérive pour nous faire plaisir,
mais je ne suis pas près d'admettre pour cela que le piano mécanique soit
« le comble de l'art mu.sical », « les toiles cirées la fleur de l'art plastique »,
« le mu.sic-hall, le cirque même, le fin du fin de l'eurythmi,e. » Fort bien,

M. Thérive. Mais M. Cocteau n'a pas écrit ces affirmations absolues transcrites de votre article. Et, une fois de plus, vous n'avez pas entendu
comme il fallait, avec le sourire qui vous a dicté votre titre meme («la poésie sans fil», voilà de la fantaisie comme M. JeanCocteaul'aime,je pense),
vous n'avez pas entendu comme il fallait, trop littéral M. Thérive, les propos de l'auteur du Potomak. Je vous demande de vous souvenir de ma
petite formule: réaction lyrique. Est-ce que tout ne s'éclaire pas à la jQ.lie
lumière de la fantaisie ? Le piano mécanique, M. Thérive,mais c'est la
réaction contre le sentimentalisme affecté et facile, contre la romance
béate, contre la déplorable mélodie italienne, contre tel musicien dont
j'allais écrire le nom I La toile cirée, mais c'est la réaction contre le poncif
académique, la platitude savante; je suis bien sûr, M. Thérive, que vous
préférez la saveur d'une image d'Epinal à l'outrecuidance d'un chromo
signé par un faux pontife, quelque «conserPateur des Pieilles anarchies », dirait ingénieusement M. Cocteau I Le music-hall ou plutôt le cirque, -car
j'imagme que M. Cocteau aime dans le music-hall ce qui, du cirque, y a
passé, - le cirque, mais c'est la réaction contre le mauvais théâtre, lo
théâtre mufle et le théâtre bête, contre le faux lyrisme, contre l'artisteric
de M. Henri Bataille. Ce sont là réactions de la santé, de la santé française, même si la fantaisie leur donne un visage quelque peu inattendu.
Mais M. Thérive nous demandera compte de cette naiveté, de ce sentimentalisme, dont la rencontre chez M. Cocteau semhleraitinfirmer la thèse que
je soutiens. Je crois qu'il n'en est rien. Là encore, il s'agit d'une manière
de réaction. La romance populaire, vraiment populaire, la vraie n1:.iveté
peuvent nous émouvoir, quand elles se donnent pour ce qu'elles sont, en
toute candeur. L'inacceptable, c'est leur transposition, c'est la fabrication
au nom de l'art d'un sentimentalisme qui se croit bien autrement distingué et qui ne parle même pas en meilleur français, qui est stupide et non
plus naif. Vive l'âme populaire plutôt que le romantisme bourgeois I Plutôt qu'à une facilité artiiicielle qui Vf:ut se faire passer pour de l'art,
venons-en, quand notre sensibilité trop énervée par la vie moderne le
réclame, à certaines heures, venons-en à la vraie simplicité, celle qui ne
fait pas illusion, ou dont la convention simpliste soulève les épaules des
faux artistes: tout au plus sourirons-nous, d'un sourire. point méprisant,
à peine ironique, intelligent.
Voilà quelques-unes des observations que m'a suggérées la lecture de
(1) Si :M. Cocteau pense qu'il a dd se dégager d'une mauvaise influence des ballets
russes, il n'en reste pas moms que ceux-ci jouèrent un rôle dans la dêtermination de
son esthêtique.

�1472

RtFLEXlONS SUR JEAN COCTEAU

L'ESPRIT NOUVEAU

l'article de M. Thérive. M'accorder a-t-il que l'art de M. Cocteau est comme
une géométrie subtile, que l'outrance de ses bienfaisantes réactions sait
trouver une mesure sous le contrôle de rintelligence, dont il ne fait pas
li - ni de la siennet ni de celle de son lecteur - , que son esthétique peut
être parfois d'expression personnelle, non - si l'on peut ainsi parler d'expansion personnelle, ce qui caractérise le romantisme. On ne peut
étenâre à M. Cocteau le reproche de man~er de culture que M. Thérive
adresse en général aux poètes sans fil. Le Potomak nous ap?.rend ~'il a
lu Platon et Shakespeare, Pascal et Sophocle, ce qui n'est déJà pas s1 mal,
Alired de Vigny, Musset, et même Dickens et Mürger. M. Cocteau se
montre averti de mythologie, comme un bon poète roman ou néo-classique,
et il va jus~' à nous citer, en bon hellénisant, une épitaphe d' Ale~ de Messénie (1). Sil est souvent précieux, nous nous souviendrons tr.1e la préciosité contribua pour une bonne part à la formation de l'eapr1t de notre
dix-septième siècle. Et cela nous sera une raison encore de reconnaitre le
caractère français del' œuvrc de M. Jean Cocteau.
A l'appui de ma démonstration, j'ai cité, chemin faisant, quelques
textes empruntés au Potomak. 1e voudrais en parcourir encore certains passages avec M. André Thérive ; je lui demanderais s'il ne lui
semble ]?as qu'il fait bon lire une affirmation comme celle-ci : c .Alors
m'en11ahtt la plus 11éhémente réaction con.tre le pittoresque_ », sous le titre
Esthétique du .Min.imam (2), formule d'un classicisme à peine outré.« .. Non

que j'approu11asse ar,euglément ce raccourci; mais une seule épithète dewait

suffire au re11e, un léger coup d'épaule, une flèche de poUau. indicaleur... ,.
« Oui, dira M. Thérive, mais c'est la concision de la farce américaine qui a
appris cela àM. Cocteau. ,, Eh I qu'importe,M. Thérive, l'esscntieln'est-il
pas d'arriver à la vérité française, même par un détour américain? Et il ne
(1) Je m'en voudrais. à propos de Musset, de ne pas recopier pour M. Thérive un
fragment de dialogue entre 1\J. Cocteau et son 8DllC Argémone, qui prétend aimer
Musset:
Mai. - ... J'ai mqrri,é Musset d r4ge ingrat. J'en ,rokm ~ p . Sea petitu
pilces de vera me ravissent, et meme je me réptte M1Uvent, dù: Joi.8 de auüe :
IL SE Fr1' TOUT A COUP LE PLUS 1'11.0FOND SILENCE
QuANn GEO:BOINA S!IOLDEN SE LEVA l'OUB Cll.ü&lt;"TEJl-

Argémone se levant alora co111me Georgina Snwlden, dlllattia :
LoRSQUE LE J'WCAN LASst D'UN LONO VOYAO~
TnoUVE, LE sora, SON CBAMl' Jl.ABÉ PAR LE TONNEJUlE•··

et boudeuse, une main sur lu yeux, se plai1.1nit de ne jamail se souvenir du ,erte.
SES AILES DE GÉANT L'Ellll'iCBBNT D11. :r.l.AltCBER.

eonclw-je timide, •. •
Que M. Cocteau &amp;i.me de Musset, les deux vers qu'il nous cite, et qu'on pourrajt
dire romans, et que M. Maurras doit admirer, et qu'il ne paraisse avoir que peu de
goût pour eeux que cite Argl:mone, voilà qui n'est pas précisément d'un romantique
et pourquoi je réclame l'applaudissement de M. André Tbérive. Et je lui demande ai
eeci encore est d'un romantique :
• En AJriqut,je soupirais aprù la place de la Concordt.
J'ai eu"le paludisme, lk• idyllu dana du parc, au bord m, lac Majeur.
Eh bien, Je prtftre la maison de Chtnier .•• ,

(2) Dans un autre passage, M. Cocteau écrit :
'
•
• Savez-vous le poilh occulU tt ri beau de ce qui aurait pv. ltre et de œ qu'on Tetranehe 1
La marge et rinlerli.gne, A.rgémOne, il y circule un mitl de aacrifice, •

1473

fa1_1t pas e!l vouloir à M. Cocteau de nous di
,
.
mstal • lm cr de11int l'art et le confort ». il f t r~ qu • un presse~papier de
son cl~r symbole de u réaction cond-e le au. auner ce rac~ourc1 ~e p~ète,
« ~sthétique du minimum ». Et c'est ave 1 pi:;esqlll:. 1 , d apolog!e dune
phce qu'ilfaut entendreM C
c e ':Il e esprit et un sourire compoètes jurent : Larousse Ch.atctcJ,au quanVdidalil
déclare solennellement: « !,Ju
. t il
,
...,, oanne
-Lablache
M .
v1cn - pas d'applaudir encore qu d i1
di
•·· ». ais ne con1 nous t: • J.e monte sans sauter
de marches » ?... Ne s'a it-il s
d'eff~~ pati~nt qu'un tféol'icfe~ ellr~ pr~:ft: cla~i51que de cont~uité,
fantalSled,ml8.1Sfsans _q~cl'esse!)-tiel del a pinsée r-a.ia::treo?Qte.u!!fMcmTohmé s_ de
au nom e a antrus1e venait à m'as
., . .
.
nve,
prendre trop au sérieu~ ces textes sure~ que J 1U t~1·t de dé~acher et de
dont je n'ai pas besoin qu'il me les ~~et~'::î~to~s de Jyr1~es ~carts
compter avec ces sentences autant qu'ave' l Il
11;1 que u m01_ns~ faut
Et, tout de même M Cocteau ne s'
c ce es q~ pe_uvent l'indigner.
bon sens du monde c~tte remar eamuse pas q~and ~ écrit avec le meilleur
de.toue les romantismes, M. bfa~rare: lfnires1gnera1ent tous les ?1'~tiqu~s
meme : « La 11irtuosité mène au lie
· asserre comme M. Ther1ve lw.,;8
d .,
.
u commun ... ,.
M'"
, quan J aurais la chance d' ·t
t d d
.
ter9:Ït ce re_co'!]rs de me dire : a tout c:l~ee:f beÎ ~ b e M. Thénve., il lui reshahile. Maia JO vous ai cité des v rs d
e e on, et votre discours est
j'attends que vous m'en a orLiez
e M. Coc_teau, de méchants vers,
1\1. Cocteau est poète Il vlïci M Th~~en_ts, pwsque vous prétendez que
1
l'oreille:
·
•
erive, Je ne me dérobe pas, prêtez

d'

d'

•

Î~a;1'!ï::' 7!/3,:~r sur rlierbe tk la terrt,
80

Ei de tomba sans ttfaire niai.
Songe que sous ta place élroul
ll y a de la terre
'
Et encore de la te'rre
En ligne droile
•
Et de 1a roche el du milléral
Et de la lave.
Et des it1ca11descencu
Et le Jeu central.
'
Sonç_t, en continuant la desct:nte
Qu'j.l Y a dufw. et encore du feu:
~ . dea laves incMdescentes,
PutfJ tk la roche et du. minéral
Piru de la terre
•
Et encore de la'terre.
Et, peu à peu,
De la terre où. pb1ètre th l'air
Et dugaum,
•
E_t de la nuit aurtme ,aï.ron
Etunefnrn1i.equi dort à la Noovtlle·Zs'-"•
Avec rabfmeau-dessorud'elle
-•-.
Au-dessous de son totl.
•
Et ,onge que puur tlle il ut pareil pour toi.

Ne trouvez.vous P.aB délicieux la m
d
.
sobre composition, J'oserai dire son ct5ll!e. e celet1t P.O~me, sa claire et
parmi des réflexions sur la mort
. ass1c1~me Et vo1c1 encore des vers
à la conception panthéiste d'
Jeier8l tout.es rés~rves r~ativement
cœur ni la raison:
un eu agmentaire qm ne satisfait ni le

diù

�1474

L'ESPRIT NOUVEAU

RÉFLEXIONS SUR JEAN COCTEAU

Quand.tu verras mourir un ami de ton dge,

Et encore ce si curieux et important témoignage d'un jeune blessé
allemand sur les prêch'.ls fanatiques d'un Herr Ebel dans les forêts de
Germanie, recueilli par M. Cocteau, et qui fut commenté par MM. Maurice
Barrès, Charles Maurras, par Péladan et la Revue hebdomadaire. II ne
s'agit pas de confondre ici les domaines et de démontrer le patriotisme de
M._J ean Cocteau ; mais dans toute la mesure grave et délicate où les lettres
d01v~nt avoir le souci national, il importe de dire que M. Côcteau sentit et
réa~t,. à _une heu:e décisive, peut-etre même pourrait-on écrire servit,
en ecr1vam français.
M. Jean Cocteau est jeune. Son œuvre est fort loin d'être achevée. Il la
faut juger sur ses promesses aussi bien que sur ses premières réalisations.
~- Jean Cocteau se connait lui-même; il a écrit au début du Potomak; «A

Et s'évaporer la rtJUgeur
De son visage,
Déjà tout enduit de néant,

Enme-le comme un voyageur

Qui va faire un -interminable et célèbre voyage.
Après les derniers gestes,
Et cette pesante inertie
De la mort,
Espère connaitre auslli,
Bient.it,
C01nme espè:re celui qui reste,
Sur le quai,
Api:ès le départ du bateau,
Ce Hame, ce Cherbourg, ce Brest,
Ce départ sans navire, sans rive et sans eau,
Cette lourdeur du corps dont fâme se céleste.

1475

•

Et pour finir je proposerai à la réfüxion et au goût de M. Thérive c~~
vers dont le soi: me rappelle celui d'ùn beau poème de M. Dubech, pubhe
par la Revue Unfrerselle; je demande à M. Thérive d'accepter l'ascenseur
et d'écouter la fin admirable et si simple du chant.
Si f;u aimes, mon pauvre enfant,
Ah ! si tu aimes I
Il ne faut pas en avoir peur,
C'est un ineffable désastre.
Il y a un mystérietlœ système
Et des lois et des influences,
Puur la gravitatwn des cœurs
Et la graviUJJ.ion des astres.
On était là tranquillement,
Sans penser à ce qu'on évite,
Et puis tout à coup on n'en peut plus,
On est à cliaque heure du juur
Cmnme si tu descends très vite
En ascenseur :
Et c'est l'œmtJUr.
Il n'y a plus de livres, de paysages,
De Ylésir des ciels d'Asie ...
Il n'y a plus Tien qu'un seul visage
Auquel le cœur s'anesthésie.
Et rien autour.

Enfin M. Thérive faisait un grave reproche aux poètes sans fil 1e t~~dre
à un art international, vague et confus. Nous penSOD;S avec lw qu il ne
saurait être d'art plus humain qu'un grand art français. Et nous pensons
aussi que les écrivains doivent ê~re d'~n(lrace, d'un sol, d'une patrie. ~ous
lui demanderons simplement s'il n'aime pas le ton ardent et. mesw:e du
jeune écrivain français qui écrivait d~ns ses i:otes du preliller ~o~~ de
guerre : «••• Un jeune Allemand se réveaze ~ !feidelberg_;_ on pourrait l etre.
Quelle farouche mélancolie!.:· »,Et rappellerai-Je~ M:. Ther1ve ces Eugèn/3f de
guerre dans la rude géométrie desquels la pluf!!erugue_deM. Coc-tea"!1 sutresumer et synthétiser la cruauté, la gloutonnerie, le sadisme germamquc.-., (1) ?
(1) • Voyez-vous Persicaire les Allemands n'ont pas droit à notre force impondérable dont ils cherc~t"naïvemdit à découvrir le ressort; ils n'ont pas droit non plus à la
belle machinerie américaine parce qu'ils tirent après euœ une trop lourde c~rge ro~ntique. Leurs dynamos ressemblent d Fafner, les chevelures vertes des Nixes s mibrouillent
diins les engrenages de l'usine alimentée par le Rhin. .
.
•
a Cette annexe (Les Eugènes .de guerre) vise la faiblesse irune nation vor_ace, pastichant chèvre et chou eroyant obteni.r ainsi une parfaite mesure et ne réussissant qu'à
mettre au monde un' monstre lxttard, très ridicule et très dangereu.c. •

dix--neuf ans, les uns me fétèrent par sottise, ma vériJ;abl,e jeunesse plaül,a auprès des autres. Je deçins rü/,icule, gaspilleur, bavard et prenant mon bavardage et mon gaspillage pour de l'éloquence et pour de la prodigalité. »
« Muel
Drame de la Mue/))

dit-il, e~ l'achevant, de son Potomak; il faut tenir compte de cela aussi.
« Ces mirages, ces tours de carte, je ne pouçais pas prétendre à autre chose. &gt;)
On ne peut en vouloir à cette souriante fantaisie, d'autant plus que nous
croyons avoir montré tout ce qu'elle inclut de sagement français.
E!le est en marche ; souhaitons-lui bonne chance; elle a, M. Thérive,
le f!l conducteur de l'inteUigence. M. Jean Cocteau ne rêve pas,. car il
' c&lt; digère fort bien » et se « porte à merveilk ». Cela a peut-être son importance, cela a son sens. M. Jean C-0cteau ne porte ni gilet rouge ni cravate bouffante, il n'a même pas de longs cheveux. Son visage et son élégance correcte, comme son nom, sont bien de chez nous. « Je suis parisi.en,
J~ parle parisien, je prononce parisien», nous dit-il. Allons, M. .André Thér1ve,accordez-nous que M. Jean Cocteau appartient aux lettres françaises.
Il a non seulement l'accent de Paris, mais de France.
Henri

MANCAR.IH.

�LES LIVRES

sr~S:!;[.
:

même de la poésie• mais il le •t A .
. .
temps devant les d~ ers d'
USSJ réussit-il to?jours à s'arrêter à
0 P ci:ux qm nous sollicite tous
en raison de sa faeilitlet de ~

LES LIVRES

•••

PAR
MAURICE
111cous muo11111 :

AVEll■lm

SIQ1'&amp;S DOUBL!S

RAYNAL

{ÉDITIO~S POVOLOZKY). -

aom

LA co,JUIATIOk1 DIS CHATS {ÉDITIO;.'lS LUMIÈRE, ANVERS).
- FERNm 01vo11e : JAlSSAftCI DO PO!llB (ÉDITIONS FIGUIBRE). - JEAII
COCTEAU : LA ftOCB
ASSACR.8B (LA SIRÈ."ilE).
:

N

ICOLAS

1477

Beauduin, avec une opiniâtreté inlassable, entend donner

à son imagination les moyens de s'exp~er sous la forme la ~lus

neuve. 11 pensera certainement avec m01 que le vers de Chémcr :

« Sur des pensers nouveaux, faisons des vers antiques •

constituait une erreur inféconde, et qu'il ne s'agit pas de « {&gt;ensers11, guelque sens que l'on donne au mot, mais bien d'émotions poétiques inspirées
par le spectacle de la vie de l'époque. Aussi, loin d'enfermer_ les mouvements de l'activité_contemporaine .e~ ces cost~es d'au~re_fo~s que les
néo-classiques aimer8lent et sous quoi ils sembleraient aussi ridicules que
gênés, Beauduin confectionne à leur usage le seul vêtement qui ne les
incommode pas et dont il n'entend surtout pas les parer.
Beauduin estime en effet qu'avant de rechercher le brillant d'une prosodie artificielle, si spirituelle qu'elle soit, il est bon de dom1er d'abord
libre ~ours à la simple expression de ses émotions. Or le fait que les poèmes
de « Si!!Iles doubles » apparaissbnt surtout comme des notations extrêmement senties mal~ le soin évident de leur présentation, provient justement de ce que Beauduin les exprime graphiquement tels que sa sensibilité les a tracés.
Certes, Nicolas Beauduin ne laisse pas ses sensations courir nues. Cependant s'il les babille, ce n'est pas de recherches ni d'affectations luxueuses,
mais bien avec ';1ll souci du conf ~rtab~e q?i leur permet d'évol~er en tou~e
aisance et à plein rendement s1 Je pws dire. De sorte que les unages bnllantes que crée son instinct poétique apparaissent sous un jour de liberté
1-ouvent incisive et même violente, mais qui ne choque pas. Et ce, grâce
à la sûreté des moyens que Beauduin a définitivement arrêtés, ù quoi
l'on s'accoutume, et qui donnent aux e1..1&gt;ressions poétiques qu'il crée une
sensation de reliefs dont il sait mener le plus habilement du monde les jeux
des bosses et des creux.
Il faut dire surtout que la place importante qu'occupe Nicolas Beauduin
parmi les poètes contemporains devient de plus en plus significative.
Comme la plupart des poètes du temps, il est menacé d'un excès d'activité
cérébrale qui pourrait nuire à ce qu'il faut considérer comme l'essence

c ·•

Avant.même l'organisation définiti d
T •
maete fait ~eux que de dénoncer le p~:il ~è onuiiÎ Pan- ~ir, Roger AverNous assistons en effet et d'ab d
gre, e supprime.
d'Af~ique. Les Alliés, qui le sont o~c!r:°r~r~!v:re ~nérale de_s, n?irs
ac~ au cours de la guerre contre l'AJ1 '
es prmc1pes milita.ires
ratifs ~ormidables, inimaginables de leemagn~, tentent, après des prép:.•
ennenus du Droit et de la Civilis:it·
k:fipliquer contre ~s nouveaux
I malgré la sc1ence de tous
leurs états-majors les armées bl 1tn. .
leur entreprise pok n'avoir . am81!-C es e~ ouent lamentablement dans
troupes noires. Après des J t lllS réussi à _en~er en contact avec les
l'~rmée américaine subit dC:v~hars extr1ord m8{res, al! cours desquels
~cx:obe vie.nt à point pour détrtilics~Wg ants, l mvent10~ d'un canon à
ams1 à la raison.
e
ement la race noire et la mettre
Pendant ce temps l'E
.
l'être et gardée seuJemen~op! ~nv~ _de soldats, d'hommes en âge de
. resteàlamercid'aventurier~dé -':{ ~1ll~d~, les femmes et les enfants,
elle pas de se produire. Les cha;;
/ss! une cadtastr?phe ne manquo-tmes leur ont imposé se révolt ,
u Joug omest1que que les homl~urs chefs les derniei!s défense;~~! f,eur tour, attaquent sur les plans de
mers et prennent le pouvoir C
~urope, los battent, les font prisondemandes de secours de la ·art°~en ~nt, har~é~ par T. S. F. de
généraux _que le choléra règne ln Eurip~ srm~il d Afrdique, il~ ~visent les
de leur fau-e parvenir du secours
e qu est ésorma.is impos-iblc
Au bout du compte l'armée ar;•1 • 8
l'o~ sait, et la nouvelle ne tarde ~
remporte la victoire décisive que
qui ne se ~entent pas capables de luite 6 ~ P ~pag~r en E~ope. Les chats
pas acquis le goftt du pouvoir dé .d rrd re armceréguhereot qui n'ont
libèrent leurs prisonniers
.
c1 en e reprendre leur vie ancienne et
tés et des habitudes fâ~i{e'::;e~u
duer d~ir•ité, ont pris des liberen Europe et constatant les déborde o ta s
rique rentrent bientôt
comP-atriotes mâles et femelles e f mtn s auxquels se sont livrés leurs
Lon saisit l'allusion. Mais l'a:ec:J~~ :ne venge~ce éclatante..
~e Roger Avermaete ui sait
e ~ut ~8 qu e~e vaut, et Je pense
rame tient les anecdote~ ne d
quelle f~sestime la littérature contem p_ofahulation de son livre. 'En ré~iéa~i5p
beaucoup d'illusions sur 1 arsamment équarrie sur la elle ·1 , i_ u lise co_mme_ une charpente suffiSes trouvailles ré~ident dans 1 1 ~ dispos~ des s1tuat!ons bien spirituelle~.
bonhomie dont il souligne plus~tr:~ntatiof~1certrunes scêne.~ et dans ln
ne prend pas les nègres tro a u é . e nos
esses. Je veux croire qu'i l
serais pas autrement étonnf s'il r1eux tou~ de même. Et même je ne
peu d'estime qu'il voudrait nous faie cons_ervru~.yas quelques doutes sur lo
E1;t évi~an t encore toutes Jes babil crrril qu 1 garde à n~s frères blancs.
tait de Jouer, il se contente d'ad ~ es a~ es don~ son suJet lui permetallvec grâce de certaines difficuh~~1~ le tra1t ~rop v_1f po~ s~ tirertoujourb
Y a du Swift dans son livre mais ders5 ~ 1~1 so~ imagination l'entraine.
l
Pus précieuse pour un ouvr~ge de :et ~,d m~m1s amer. Etla qualitéla
r re cc ate à chacune de es

hs

1:~

1

r:~

~r

fr

!

7·

�il.1:78

pages: l'œuvre de Roger Avermeaete est en effet joyeuse, sincèrement
Joyeuse comme peut l'être la tentative vivante et imagée d'un esprit qui
ne prend pas trop au tragique la destinée un peu ridicule de nos semblables, quelle que soit leur couleur.

Avec la « Naissance du Poème n de Fernand Divoire nous pénétrons
dans le laboratoire où s'élabore le travail mystérieux de l'imagination.
Divoire semble donner son poème tel que l'exercice de cette pensée consciente et organisée que célèbre Jules Romain, ne l'a qu'à peine effleuré de
son appareil plus déformateur, hélas ! qu'orthoY.édique. La « Naissance du
Poème l) eat une sorte de murmure de la sensibilité: c'est pourquoi Fernand .
Divoire a voulu que le mode d'expression de son poème fut confié à la
parole et que celui-ci fut plutôt entendu q ie lu. De là sa représentation à
l'Odéon. C'est que s'il ne faut pas l'entrainer dans les excès du verbalisme,
il ne faut pas oublier que la l&gt;oésie est d'essence nettement verbale. Elle
doit être un cri de la sensibilité avant que de subir les affres laborieuses
du travail de la littérature. Il est bien certain encore que le poème ne doit
pas devenir logorrhée ou, mieux, cette jargonaphasie dont parle la psychologie et qui consiste, dit-elle, à créer des mots faits de toutes pièces et
des syllabes sans suite. C'est pourquoi Divoire n'invoque pas l'intervention de l'inconscient, mais celle de ce qu'il a appelé avant le nr Geley
l'hyperconscient. Pour Divoire, le facteur déterminant de l'imagination
réside en cette faculté sensible que l'on pourrait considérer comme l'intermédiaire entre le subconscient et la perception consciente. L'on sent
très nettement en étudiant le remarquable poème de Divoire qu'il existe
également des associations d'images et d'idées dans les centres subcons•
cicnts. Il est donc illégitime de vouloir scinder les centres de l'activit é
poétigue en deux parts correspondant à l'activité consciente et à la subconsciente, pour tenter d'équilibrer une fois de plus les distinctions trop
schématiques d'une psychologie finaliste.
L'on remarque que les tendances artistiques d'aujourd'hui, les \&gt;lus
pures s'entend, sont animées d'un souci de mise en valeur des principes
générateurs de tous les arts. De nos jours, l'on refait très volontiers toute
la route parcourue pour retrouver un chemin perdu et l'on a très logiquement raison. Aussi, à la façon dont la biologie taille en pleine matière
vivante pour tenter de mettre debout quelques vérités durables, le poète
puise aux sources mêmes qui donnent naissance à son art et non dans les
canalisations artificielles qui ont la charge de l'alimenter seulement.
Divoire taille lui aussi son poème à même sa sensibilité sans vouloir l'encager dans les moules consacrés qui ne feraient cr.ie le déformer. Nous ne
pouvons pas ne pas danser dans les chaines ; soit, mais il n'est pas indispen~able d'accepter trop bénévolem~n~ une défaite contre quoi s'insurgent
tonJours les vrais tempéraments art1st1ques.
A force de sincérité, Divoire distend ces liens dont sa conscience lui fait
une représentation périodique 1
-il les distend au point que nous ne les aper•
cevons pour ainsi dire plus. Et a « Naissance du Poème ,, chante librement,
purement, passionnément, sans déguisement et sans costume, comme le
feraient les litanies de l'Eglise qu mieux ces redites vertigineuses des
moulins à prières en quoi la raison aime à abdiquer pour se laisser totalement absorber par l'amour éperdu que dégagent leurs cris de sensibilité.

nE··L

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L'ESPRIT NOUVEAU

l:ESPRIT
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C:dlr tdüiot1 cot'ntlfJrlt' àc p/tts:

2t• A~. 'l~E

au cours de la deuxi .
t.i ré EXOLUSIVE;:Im année 11 sera de plus
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e lu4 e~

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ophllesetau atour ...
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ection un oh· t d
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b aut:e qua.lit• d"art
ue e colle tion
n1er9ia.le ~era. ~an'-1 ]) ·éet ,dont. 1, ,,.aleur con1I
·- " cedon1·
... prix de- gra·vurc""' r
..
la ·aleur quadruplP. le l'· ebprésent à lui _eul
'
a onnemen.t.

1

�SOCJ~É DT,S ÉDITIONS DE L'ESPRIT .VOUJ'BAli
29, rue d'A,torg - PA.RIS

1479

LES LIVRES

SOUS PRESSE
A PARAITRE EN NOVEMBRE

70 exemplaires de

PAR

BLAISE

CENDRARS

OS VOLVME DE 11,UJT LUXE BOB HOLLANDE fAN OELDD

TlltAGE LIMITÉ à 100 exempta.ires numérotés, soit:
No 1 à 70 mi en souscription à 50 francs.
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N• 71 à 100 exemplaires de chapelle r ervlil aux actionnaires de 1'1:i3PRIT NOUVEA
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PRIME .t NOS ARONNllS ;LVCIBNS ET NOUJIBAUX :

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Pour nos abonnés aooien9 et nouveaux, le ptix de sou!ICriptioo est dduit à
francs,
Lu p,iz ,eront au~ntu à la parut,on de rouvra

BULLETIN DE SOUSCRIPTION
,111: SOUSSIOSÉ DÉCL.t.11.E SOOSORl&amp;E 4
:P4R B~SB C&amp;."fDRAJIS,

Cl•JOlNT

AU PRIX DE

ce~u&amp; OV IUNDAT Dl\ FU

llElll'LAIIUI:

os L'.EUBA

l'JIA!'{CS L'GUl"LA.J &amp;&amp;.
..OMT.t.MT DE lU, COIIOL\NDlt.

LE
810NATOR&amp;

ADDR SK CO)ttLtl'i,:

78

,

Remplir ce bulletin et l'envoyer
20, Rued'A torg, PAlll ' ,

La « Noce massacrée », est une suite do notules fort intéressantes et qui
conslituent un excellent résumé des tendances, des goûts surtout et des
qualités de Jean Cocteau.
li s'agit non pas d'une campagne contre Barrès, mais peut-être d'une
confession sincère que le « littérateur du territoire J1 goûtera certainement.
Mieux encore, Jean Cocteau se sert de Barrès comme d'un tremplin pour
sauter ailleurs, c'est-à-dire au mrme endroit, mais avec la grâce que nul
ne lui refuse. Toutefois, en écrivant ailleurs, j'entends que Jean Cocteau
ne nous dit pas exactement où il veut sauter. Mais l'on sait déjà d'où il
part et nous aimons que pour nous avoir obligé très agréablement à perdre
de vue le but qu'il se proposait d'atteindre, son esprit délicat fasse à lui
seul le reste.
·
« Il arrive, dit l'auteur, qu'on me confonde avec l'extrême gauche, c'est
que les extrêmes se touchent : je serre volontiers la main du jeune Allemand excédé de Wagner, au moment où Joseph Prudhomme et nos gêné•
raux le découvrent. » II semble que Cocteau confond ici l'esprit de con•
tradiction qui régit sa nature avec une disposition naturellement rationnelle qu'il voudrait avoir ? Hélas! les condamnations humaines ne sont
jamais que des taxes de remplacement. Or, voilà-t-iJ pas une particularité qui apparente singulièrement Cocteau à. M. Barrés, et qui constitue
ce goût d'adaptation plutôt qu'une prédisposition à créer, que l'on rencontre chez les deux auteurs ?
II faut dire ce~endant que l'intérêt de la visite de Jean Cocteau
réside en ceci qu elle forme un excellent avertissement aux disciples
attardés de M. Barrès. 11 est évident que le culte du moi persiste
encore chez un grand nombre d'écrivains contemporains, alors que l'art
d'aujourd'hui demande un respect de l'objectivité qui le tiendra toujours
à l'abri des déliquescences telles qu'en peut suggérer un sujet trop circonvenu. Le meilleur moyen de détruire la subjectivisme de « l'égoculture »
n'est certainement pas den' en pas parler etc' est pourquoi Cocteau a cru devoir avec raison tuer à nouveau le Barrès que beaucoup d'entre nous
croyions mort avant que nous ne fussions nés.
Si d'ailleurs Cocteau y réussit, c'est que l'on trouve chez lui comme
chez Barrès ce même dualisme d'hommes cultivés et sensibles, qui cherche
un mode d'expression en quoi sensibilité et culture pourraient donner
naissance à une sorte de tertwm quid qu'ils voudraient plus parfait. C'est
peut-être là tenter le diable et à coup sfir s'enfermer dans un cercle, mais
puisque nous ne pouvons vivre sans alcools, il faut bien accepter la légitimité d'une pareille tendance.
Au fond Cocteau revient ,eeut-être à Maurice Barrès, comme le coupable retourne toujours au heu qui vit se perpétrer sa faute. Lorsqu'il
parle de « contradicteur-né de la poésie maudite JI et qu'il se donne pour
tel, il n'ignore sans doute pas que M. Barrès tient en une profonde horreur
les poètes maudits. C'est du moins ce que Maurice Barrès voulut bien me
donner à. entendre un jour qu'en compagnie d'André Salmon,jeluirendais
visite. En réalité donc, Jean Cocteau ne peut oublier 9-u'il est l'auteur du
• Prince Frivole 11, et cela il ne le pardonnera jamais à M. Barrès qui,
d'ailleurs, ne lui en tiendra pas rigueur. Maurice Barrès reconnaitra que
eon jeune visiteur de la guerre a gardé un sens de la hiérarchie très accep-

la 'ociété o.es ltditions de L'ESPRIT NOUVE

�t bl

LES LIVRES D'ART

L'ESPRIT NOUVEAU

1480

puisque malgré la réticence aimable de l'interjection, hélas ,1 ~~nt

iÎ ae~~mJ&gt;aglle son jugement distribut.if, il accorde à l'auteur de Beremce
la place de premier littérateur de ce temps.
f . il
Nous retiendrons surtout ave~ Jean Coctea~ que pour unt 0j;i ,
valait mie111 « aller au mauvais lieu » co~e dit B~es que c ez ~-e. C'est d'ailleurs ce que les poètes maudits ont fait et ce pourquoi ils
!!~~t ·amais eu de noces à massacrer. Il est vr~ qu~ Jean Cocteau, avec
sa ve~e et sa délicatesse poétique, cam?ufle s1 agreabl~ment le ~I_l-Îge
des personnages de sa noce, que l'on n'eprouve aucun etonnemen a es
voir se relever seuls à la fin;_comme c'est l'usage.
MAul'llCE RAYNAL,

LES LIVRES DE SCIENCE
pt

Sigm. FREUD :

PA YOT,)

fflTRODUCTIOft A LA PSYClllftALYSI.

Traduit de l'allemand avec autorisation de l'auteur

p(J't

(ÉDITION

ASIATISCU IHNUl!RTAL PllSTIK - lftDISCBB IOOATURU
(ÉDITION

WASMUTB.)

Ces petits albums fort bien présentés font honneur àl'lf. Paul Westheimqui dirige
cette collection. Il donne des documents parfaitement choisis sur la miniature ~doue et sur la plastique monumentale asiatique, Nous sommes hetlJ'eux de voir repa•
raître ces doc111:nentations si bien faites que les éditeurs allemands nous envoyaient
avant la guerre. Il est regrettable que les libraires français ne puissentfairel'effort
nécessaire pour mettre à notre disposition des documents analogues à des prix abor~es.
&amp;

LES LIVRES D'ESTHÉTIQUE

le Dr S. JA.NRÉ·

LÉVITCII

L' ·ntroduclion à la psychanalyse que publie la librairie Payot, comble une lacune.
La France est un des rares pays ~ù les théories dt?- professeur ~ud1 ne sontfrerico~e
ues ue d'a rès des ex-posés de seconde mam. Désormais le ecteur ança1s
conn • q er ces~héories en pleine connaissance de cause, ayant sous les yeux des
authentiques. La librairie Payot se propo~e en effet de procéder à la
publication de plusieurs ouvrages,cboisisparmi lesplus1D?poi:t,ants,du célèb~ !onÜM

ro:e1~~

teur de la «~s~~l:!~t
1k5I!ci!~Tbciinle ~t~~~~~i!~r~~~ ~!:ent
et le tTaitÎment des névror, :
d~u::! t:é':i~f:S'i~~~:: !ei:1t:î!
humai:e:~tn::a!·!;:X~:fh~a:uiJ:rp~f~tion applicable aiix producti?ns du
i~lkl?rl à la m~hologie, à la création artisti9ue, à la naissan1ce et ~ ~•ti~rs°1:S~l:1
l
a e' aux institutions religieuses et sociales des peup es. pr1IJ11
1
ang gcr •
t-ïs de nature à intéresser non seulement le méde_c11;1. et ~e psyc~ol?çue,
~!ilia:i:s~l~ s~ciologue, le li?guiste, l'artiste, l'historien des civilisations pr1Dllt1ves
auxquels ils ouvrent des horIZOns nouveaux.

i~n:t!el;Je

~!'M•

!~

C.

PAUL StRUSIEB :

ABCDB LA PlfflTUlll

(EDITION DE LA DOUCE FR.ANCE.)
M. Paul Sérusier, l'ami de Gauguin, nous donne un AB C de lapeinture qui renferme de bonnes choses. Citons :

« Si son art se réduisait à imiter, en les reproduisant sur un écran, les
images qu'il perçoit, le peintre ne produirait qu'un acte mécanique, auquel
ne prendrait part aucune des facultés supérieures de l'lwmme; ce serait l'impression notée sans y rien ajouter, travail inintelligent. La peinture ainsi
comprise n'est plus de la peinture. Analysons, en effet, la formation d'une
sensation visuelle.
L'lwmme normalement construit a deux yeux, dont chacun transmet au
cerveau une image, et ces deux images sont différentes.
Il faut en clwisir une et supprimer l'autre. Au lieu de cela, l'esprit construit, en la déduisant des deux autres, une troisième image, laquelle contient
en outre la localisati.on dans l'espace, ou relief.
Etant donné la forme plane de l'œuvre peinte, il devient nécessaire de
représenter ce relief ou de le supprimer. Dans les deux cas, une simplification de l'image nous permeura de l'inscrire sur une surface plane: nouvelle
modification de l'image donc, modification voulue, en vue de l'adaptation.
La sensation que nous donne l'objet évoque des notions antéri,eurement
acquises et conservées par la mémoire. La plus importante est le concept de
l'objet, lequel est le résultat d'une généralisation. Après avoir reconnu et
nommé l'objet, l'esprit travaille: il utilise les expériences fourni.es précédemment par !,es autres sens: forme, situation dans l'espace, poids, mobilité
ou repos, utilité, etc.

�1482

L'ESPRIT NOUVEAU

THÉATRE

A ces données s'ajoutent des sentiments personnels: amour ou répulsion
(beauté ou laideur).
. .
l' ,
h ·l
A tous les fa.cteurs ~i modifien:t l'image .s~ 1oint encore etat P ysw ogique du sujet, à chaque mstantyanable (sensi{nlite,. .
Tous ces coefficients ont agi sur !a sensatw11, au point de la transformer
en une image que nous appellerons.image m~n~~le. . ,
,
,
Nous sommes loin de l'image çisuelle primitwe qui na plus qu un role
effacé.
.
dé ·
L' Harmonie est un arrangement de sensati?ns tel.(J!ll nous ne 1~ sirons pas
autre. Il satis/ait à la fois nos se7!S _dont il fa_cilite_ le f?n.ctwnnerr:en~, et
notre esprit qui y retrouve la soumission aux lois qui le regissent lui-m~me.
En dehor~ du style propre à un indiçidu, à une époque ou à une_ race,. il est
des formes d'une qualité supérieure, langage commun à toute intelligence
humaine.
. rse I., ,i·z n,e~iste
· fas d' œuçre.d' art .
Sans quelque trace de ce langage umve_
Ce n'est que par L'abstraction et la généralisatwn quel esprit peut y attein~r~.
Jl est toujours identique à lui-mê~e _à traçers _le t~mps et l'espace. Ses eléments sont inhérents à notre constitùtwn, donc innes. Nous les trouço~s ~ns
toutes les œuçres d'art, dans tous les temps, d~ns tqus les pays, mais ils se
manifestent plus clairement chez les hommes simples, que nous appelons _des
primitifs, même chez les sauçages. C'est là que nous pouçons les découçnr et
les étudier.
•
l
·
J'ai dit que nous apportons en naissant l'intelligence de cette angue universelle.
.
• f • d' ~
·
t·
Cela est vrai mais la mau'1aise éducation a tot ait ouscurcir ces no ions.
C'est pourquoi,'à notre époque, nous sommes forcés de les retrouver par l'abstraction et la généralisation.
.
La mode est un diminutif du style, essentiel7:ement changeant et fu~ac~,
parce qu'elle ne s'appuie pas sur le langage unwersel; elle est donc mepnsable. »
Ce petitlivreprouve que les peintres de la génération:de:Gauguin se'.préoccupairnt,
plus que leur peinture ne semble le tlmoigner, des mêmes probll.roes qui pasEionner.t
les jeunes peintres d'aujourd'hui. Malheureustmcnt, un esprit• S) mboliE.te d üotlrique » gâte un peu tout cela. Exemple:~
-~ : f : ~

, (L'hexagone étoilé comprend deux_ tri;cznglesé_quilatér(!-UX dont les sommets
opposés figurent la lutte des deux principes, qui est la çie,
On l'appelle le « sceau de Salomon ».
Le nombre 1 exprime l'union du CréafeU! et ~e la, créature, 3 + 4. Il est
stérile parce que c'est le nombre de la creatwn achevee.
8 c:We de 2, participe aux caractères de 2 et de 4.
9: carré de 3, a les mêmes çertus que lui.»
Aujourd'hui nous nous préoccui:ons des n;lrees qucstionl', n:;ais a"ec un Hat
d'esprit plus scientifique ; nous avons donné à la physiologie la place qu'elle coit
avoir et nous n'attachons plus aux belles phrases crcusu de l'eithétique plus qu'il
ne faut attacher à toute phrase creuse.
Malgré cette restriction, les peintres liront avec profit la Lioclurctle l'i!. Sé1uitr,
qui lui u:in;e Eemble avoir lu ph!sit:urs écrits d'eEp1it nou,eau, ••
VAVYRECY.

QUAND ON VEUT SORTIR
DES

SCÊNES EN COULEUR
PAR

F'ERNAND

L

DIVOIRE

S"(&gt;ecta?les du début de l'hiver nous ont montré quelques efforts
d'mtelhgence. Quelques auteurs ont cherché à présenter autrechose que des éléments visuels.
. LB »:nn:r ~':4-~œ:ur.. B de M. ~douard Schneider (Théâtre Antome) est la plus mer1to1re de ces tentatives. C'est une pièce psychologique. Remarque: presque tout le monde a vu là une œuvre métaphysique ; les mots cc fensée », « théâtre intellectuel » ont persillé les
~ti~les éc~its sur 1:,E D ~U D'ARGILE. Il n'y a pas là d~ métaphysique;
il . n y a la de philosophie que parce que la psychologie est l'une des
sCiences que l'on groupe sous le bonnet des professeurs de philosophie. . LE DIEU D'ARGILE est un philosophe, certes, mais il n'est pas question de son œuvre philosophique. On sait simplement qu'elle est fondée
sur ~'orgueil et la négation de la sensibilité. Le philosophe en &lt;{Uestion va
habiter sur lés plus hautes montagnes parce qu'il fait en lm-même un
calembour (ou un symbole, c'est tout comme), sur le mot (( cimes » cimes de la montagne et cimes de l'esprit. Il dédaigne le troupeau' des
hommes - ce qui est un trait de psychologie et non un système.
Le drame sera un exemple du grand conflit du cœur et du cerveau de la
sensibilité et _de l'esprit. Ce ~!rame a pour enjeu une femme, que s~ disputent le philosophe (l'esprit) et un auteur dramatique (la sensibilité).
Tous deux, certes, aiment la femme, mais le philosophe met son œuvre
au-dessus d'elle. C'est lui qui ferd la partie, mais pourquoi ? Parce
qu'o~ nous d?J?-ne à entendre qu il n'est qu'un faux philosophe, et stérile.
Il écrit myster1eusement une œuvre. Il laisse partir la femme au cerveaufrère plutôt que de lui montrer le manuscrit. Il céderait et montrerait
une belle œuvre qu'elle resterait. LE DIEU D'ARGILE ne condamne
donc que les dieux d'argile.
L! pièce est en quatre act~s. A la ~in du q~atri~me, le dur philosophe,
reste seul, en. meurt. Je vois t_rès bien un cm qui ème acte possible : la
femme a appris l~ mort de ce~m auquel elle s'était cl,évouée pendant dix
ans i elle. revient, l_1t !emanu~cnt, le trouve génial et laissant l'homme qu'elle
allru.t smvre (ou _rudee par lm), consacre le reste de sa vie à la gloire du mort.
La psychologie des deux hommes mis en présence est bonne celle de la
!emme me parai~ moins sûre. ~es troi~ types qui sont offerts sont des
etres réels. Et pomt tellement d exception. Il y a sur la terre un certain
ES

�1484

SCÈNES EN COULEUR

nombre encore de philosophes, d'astronomes ou d'artistes qui se vouent

!rances morale~ de leurs fils, incapables de «faire comme fapa » n'intéressent donc dire?temen~, pour tou_te l'histoire connue, qu une &lt;prinzaine
de personnes enVll'on. N1 M. Maurice Rostand, ni aucune des personnes
présentes dans la salle ne sont parmi les quinze dont on entend énumérer
et louer les pères dans les tirades du théâtre Sarah-Bernhardt comme on
les énumérait dans les livres de Péladan.
'
En nous présentant un seizième homme de génie, M. Maurice Rostand
pèche contre ce que M. ~ourget appelle la crédibifrté, et qu'il réclame si
Justement des auteurs: D_ autant plus ~e, lorsque le rideau se lève, il découvre les œuvres prmc1pales du pemtre de génie. Ce sont de vieux
tabl9;1-lll: qui étah~s~nt · magistr~ement une atmosphère d'ennui.
« Qu _o~ me fasse VOU' l œuvre de géme avant de parler de génie • disait
un critique, à un entr'acte du théâtre Antoine. Eh I oui. Ou alors qu'on ne
parle pas tout le temps de génie.
Mais Maurice Rostand montre dans ses vers de théâtre du lyrisme une
belle ardeur ? Certes. Un lyrisme digne de grandes louanges et tra~ersé
de pa_quets de ,v~rs où une sincère émotion réussit à s'e:x::i&gt;rimer. Le fils
du pemtre de geme trouve des mots frappants pour se plaindre de la gloire
~e s~n père, _gloire sans laquelle l'histoire du fils ne serait d'ailleurs
Jamais venue Jusqu'à nous.
Mais l'étoile à laquelle on allume sa torche est la même que celle dont
les vers de terre ont coutume d'être amoureux; et le lyrisme de Maurice
Rostand parait chronologiquement être le grand-père de celui d'Edmond
Rostand.
Sur le rideau du thé~tre Sarah-Bernhardt, où l'écusson S.-B. domine
un_e grande photographfe e~ coul~urs représent8:Ilt le quai aux fleurs, on a
pemt deux masques, 1 un ivre, l autre mortuaire. Tous deux. vomissent
sans fin des paquets de jolies feuilles mortes.
Je pense aux vers de LA GLOIRE.

à leur science ou à leur art. Mais lorsque l'âme de l'un d'eux apparait sur la

scène, c'est un ahurissement général et une incrédulité compétente.
Que la pièce de M. Schneider ne soit pas sanB défaut, ë'eet possible. Elle
est; dans l'état actuel du théâtre, c'est énorme.
A signaler : le décor montre une sorte de porche qui demeure pendant
toute la pièce. Le fond varie, et les accessoires. C'est une façon de faire
dont l'effet est heureux.
.

•*•

L'enthous~asme de répétition générale qtl! a accueilli :Là GLOlllB
de Maurice Rostand (Théâtre Sarah Bernhardt) n'est pas une raison
suffi.Jlante pour dénigrer cette pièce. C'est toujours un événement heureux
quand une œuvre d'un auteur assez jeune menace d'a,pporter quelque changement aux goilts et aux habitudes du public. Or, le public a fait à LA
GLOIRE, comme la critique, un très bon accueil. Applaudir une pièce
en vers est un acte flatteur pour celui qui l'accomplit. Cela dénote une
àme poétique. La vaste boutiquière du quartier et le calicot imberbe entre
lesquels j'ai eu le plaisir d'assister à la représentation de LA GLOIRE,
étaient enchantés de battre des mains avec force après des vers comme :
·
Quel Dieu réprobati/ s'agite donc en elles ?
ou comme celui-ci :

Lai,ssez-moi rallumer ma torche à votre étoile.

.

1485

L'ESPRIT NOUVEA.U

Il y avait là un beau geste, avec un joli allongement du bras, et cela
méritait des bravos, tout comme:
Je m'anéantirai comme un temple d'Ephlse.
Pour moi, j'avoue que n'ayant guère l'âme i poétique », je suis tranquillement resté assis sur les miennes.
Mais je tenais à rendre hommage, avant de parler de LA GLOIRE, à
ceux qui l'écoutent.
Quant à la pièce elle-même, c'est l'histoire d'une fumisterie, d'une sale
blague à froid faite par la Gloire à un jeune homme sans aucun talent.
Qu'il soit sans aucun talent, c'est net et clair comme clarinette, dés le
premier acte, aux yeux de son père comme aux yeux des deux élèves
compétents appelés -par son père à juger une petite composition du jeune
homme. Mais celui-ci veut égaler son pêre, peintre de génie (cela fait avec
11 Le Dieu d'argile »de M. Schneider et l'auteur de« La Comédie du Génie»
de M. de Curel trois « génies » sur la scène en un an, ce qui est
dans les fortes moyennes). Il y renoncerait devant les avis sincères émis
par son père et les deux élèves. C'est à ce moment que commence la fumisterie. La Gloire en os et en chair apparait dans le cadre d'un tableau et
hourra odieusement le crâne au pauvre marmouset. Elle lui dit: « Va à
Lo'ndres, travaille; toi aussi, tu as du génie. » Et q;u.and il est parti, elle
avoue sa mauvaise plaisanterie : « C'est moi qui t'ai menti. »
La plaisanterie a les plus funestes conséquences. Le jeune peintre suit
les conseils pernicieux de la célèbre humoriste. Contrairement au préjugé
qui écarte des médiocres la vésanie, il en devient fou. Et ce n'est pas la fin
de ses malheurs .
Dirai-je que ces malheurs ne m'ont pag autant ému que ceux du chercheur du « Chef d'œuvre inconnu » et même que ceux du philosophe
au chef-d'œuvre inconnu de M. Schneider. On a retenu les noms, pour
les dernières civilisations, d'une quinzaine d'hommes de génie. Les souf-

•*•

Le Vieux Colombier a représenté LA FI\A.Vl)B de Louis Fallens et AV :PBTZY BOHH:?117B d'Anatole France
Al! \ETIT B9NHEUR est u?-e comédie en un acte qui ;st bien jeune
et qm n est p~us Jeun~. Je veux dire que l\_L Anatole France a dll écrire cela
à 12 ans, et il y a bien longtemps. Une Jeune veuve est courtisée par un
~incère ~t bedonnant gentilno~e .c~pagnard, M. de Nalège, et par un
Jeune V1veur agr~ahle et sans smcerite, Jacques Chambry
. . Elle ira chez
Ch~11', au pe~1t bonheur. C'est que M. de Nalège est un « raisonneur de
la ~mcér1té » qw ressemble trop à M. de Curel. Les adolescents ont t.ous
~crit ~e petite comédie en un acte sur la frivolité des femmes et leur
maptitude à comprendre les grands cœurs sincères. Plus tard ils oom~encent à i;ompr_endre qu'une sotte sincérité ne mérite pad toujours
l ~our et~ y oblige pas. M. Anatole Frana~ 8: dû le ~omprendre, depuis
qu il a écrit AU PETIT BONHEUR. Mais il savait déJà alors faire
1
parler les femmes.
•
LA F~UDE é~~ ?ilficile à jouer pour des acteurs français. Il fallait
rendre clm.rs la s_obneté des ~estes, _le c~e lourd des paysans flamands.
La troupe d~ V1e~x-Colomb1er qw av8.lt,_ dans ~ Cromedeyre le vieil »,
mon~ré ~e s1 a~1rahles fnRJ:sans français, n'a pas su, ici, donner une
pareille unpress1on de gr
ur.
Ce drame de frontière, douaniers, fraudeurs, paysans, ne vaut que

�1486

1487

L'ESPRIT NOUVEAU

SCÈNES EN COULEUR

par son caractère ethnique. Si on ne peut le lui conserver, il tombe
II est vrai que le texte de Fallens, auteur belge, mort à quarante ans,
contient maintes phrases de trop et qu'il est lourd à défendre.
M. Copeau a pris l'habitude de fixer, en quelques-unes des scènes d'une
pièce, des c&lt; tableaux » d'ordre pictural. Il n'y manque point ici. Exemple: Une silhomtte dans le cadre éclairé d'une porte.
*
*
*
A l'Œuvre, LA DANSB DE DOB.T de Strindberg.
Danse de la haine conjugale. Danse sur place à se piétiner, à essayer
de se faire trébucher l'un l'autre dans la déchéance et la mort. Strindberg
monte avec une patience infernale un sombre mélo. Le mari va mourir
ayant déshérit~ sa femme, lui ayant soigneusement préparé une vie de
misère. La femme a préparé l'arrestation du mari, qui a commis un détournement. Elle prend un amant et le dit au moribond avec l'espoir qu'il en
crèvera.
Puis Strindberg met le mélo dans sa poche. Pas de mort; fas d'arrestation; le mari est innocent; il n'a pas déshérité sa femme.Lamant s'en
va, épouvanté de ces âmes sinistres. La vie continue, pareille, dans son
âpre monotonie.
Résultat double, sur le spectateur: 1° impression de grandeur, de
grande œuvre qui jette par terre toutes les piètres constructions de nos
comédies bourgeoises ; 2° malaise, parce que, quelque temps, les personnages ont des gestes ou des paroles d'êtres anormaux. Alors, on sort de la
crédibilité en tant que psychologie générale.
La question est de savoir si un personnage qui paraît un peu fou, ou
« fêlé n, est intéressant comme exemple d'humanité. Hamlet? Hamlet
est un être qui exprime d'une façon inaccoutumée des sentiments pro:ondément normaux.
La haine n'est-elle donc pas c( normale » ? Si. Mais la faire aller en zigzag n'est-ce point lui faire perdre de la grandeur ? Et pourtant LA
DANSE DE MORT obsède, comme l'image grossie d'un microbe que l'on
pourrait porter en soi.

Dans ces pièces, le véritable auteur, celui qui donne un attrait au spectacle, c'est le décorateur, l'homme qui dispose l'or et l'argent, les verts et
les bleus, et qui découvre les ventres.
*
**
Cela est vrai pour SIN. Cela est vrai aussi-guère plus- pour le musichall. Un exemple, avec la permission de René Bizet : 'l"U' PBVX Y
ALLBB, à la Cigale. L'affiche porte : « Revue de M. G. de la Fonchardière ». ~- de la Fouchardière n'y est pas pour grand'chose. Sur les
tableaux rutilants des décorateurs et des costumiers, il promène seulement l'ombre de sa barbe noire, son incorrigible et antique parisianisme
qui lui fait porter tout l'effort de son « esprit » sur une dizaine de personnages, éternels et simplifiés comme les poupées de Guignol : Mlle Cécile
Sorel, MM. Mayol et Maurice Rostand, l'hôtelier Cornuché, etc ... Et sa
haine de l'art encore. Car M. de La Fouchardière n'oublie jamais sa haine
de l'art, et de proclamer: « Chopin ... moi j'aime mieux des chopines. ,
Est-ce une obligation du métier de fournisseur de drôleries ?
Et voyez, tout autour des mots de M. de La Fouchardière, il y a un
spectacle qui emplit les yeux de joie. Joie des couleurs. Ingéniosité des
costumes. Dans~s norvégiennes et hawaïennes, tableaux rapides (savoir
ne pas s'éterniser), lanciers à la Balieff, en plus mou, mains agiles de
Miss L. Bruce, saute-mouton endiablé de Mlle R. Flory, danse de M. Natta
qui est une sorte de Nijinsky bondissant et disloqué ...
La recherche du plaisir des yeux est générale. On la trouve jusqu'à la
Gaîté-Rochechouart, dans un décor de soie vert tendre de la revue
O'UIH-OVZH. On la trouve aux&lt;&lt;Deux-Anes », avec un rideau vert
entre deux grandes amphores de lumière tango. On la trouve à la Gaîté
dans les décors de BOCCACE.
***
Pour le plaisir des oreilles, il y a eu J:.E CEl:ŒVR !\VSSE du
théâtre des Champs-Elysées. Nouvelle occasion de méditer sur la richesse
et la souplesse de l'orgue humain. La voix, mêlée et variée, crée tous les
paysages et tous les rêves, surtout qu'on ne comprend pas les paroles.
Ces Russ~s - femmes dont les poitrines se gonflent avec ensemble ;
hommes qui ont un front dans la mâchoire et des nez encore en enfance ont revêtu le costume bleu, rouge et or des chanteurs de l'ancienne cour
impériale.
***
Le théâtre de la Renaissanca a repris ZtA.Z.A, la pièce de MM. Pierre
Berton et Charles Simon. Pour les Parisiens, l'intéressant était de savoir
si la parfaite, la scientifique habileté de Mme Cora Laparcerie égalait les
mines émues et les tristes sourires de Réjane. Une autre question était:
la pièce a-t-elle vieilli ? Des critiques ont répondu : oui. Il me semble
pour avoir vu ZAZA jadis et naguère, qu'ils se trompent. ZAZA n'a pa~
plus vieilli qu' Alf AN'r'S, de Maurice Donnay, que l'on a repris au
Gymnase. ZAZA n'est pas plus vieille que la pièce de M. Pierre Wolff, L'f..:
0:ŒBMIH :DE DAX.AS que le Vaudeville vient de créer. ZAZA
n'est pas plus vieille que les pièces anciennes « l'Enlêvement au sérail "•
« Werther », « le B:ll'bier de Sé.vi1le », « le Tour du Monde en 80 j mrs »,
« les Cloches de Corneville », « Robert Macaire », ou que les pièces nou-

***
Théâtre Femina : S:!l:N', féerie chinoise de M. Maurice Magre; musique
de M. André Gailhard.
Les typos appellent (( Histoire de Chine» une copie interminable. SIN
est. une luxueuse histoire de Chine.
Peut-être MM. Magre et Gailhard ont-ils eu d'abord l'intention d'écrire
un opéra. Ils ont bien fait de se contenter de vers et de musique séparés.
Ce qu'ils ont réalisé est un mélange de Balieff et de théâtre.
Dans des dorures à la Ida Rubinstein, dans des paravents de laque,
parmi des seins nus, les personnages passent, pour amuser la musique. Il
y a des soies chinoises jusque dans la salle.
L'histoire de SIN ? Elle est aussi compliquée que celle d'un drame de
Catulle Mendès. Un empereur, son fils perdu (enlevé par le génie du
mal), et retrouvé, l'~nnocence d'âme d'une !ille ~e bateau de fleurs, la
descente du ciel du dieu de lune, la sagesse d un vieux bonze, et les vers,
les vers les vers, tout cela se mêle comme dans une salade chinoise les
pousses 1d' algm:s, les germes de soja, les particules de crabe, les petits boutJ
de viande et l'huile, l'huile, l'huile ...

�1488

L'ESPRIT NOUVEAU

velles, LA PASSANTE ou le CHASSEUR DE CHEZ MAXIM (qui sont
inscrites au programme du jour où j'écris ceci). ZAZA n'est pas plus
vieille que ce tout qui co:astitue le théâtre actuel, de la Madeleine à la
place de la République.

***

ET

Le « NOUVEAU THÉATRE » a déjà joué cinq pièces, de mérite
inégal. Contre les difficultés d'une salle ingrate et d'un public à créer, il
lutte courageusement, entre la Madeleine et la place de la République.

LA PEINTURE D'AUJOURD'HUI

•*•

« ART ET ACTION » a donné, dans son studio de la rue Lepic, une
représentation privée : essai de mise en scène, composé par Mme Lara,
sur LE ~.AB.TA&amp;ll DB UZ»Z, de Paul Claudel.
ART ET ACTION dit volontiers que son théâtre est un «théâtre de
chambre )). Il y aurait entre le théâtre de chambre et le théâtre la même
différence qu'entre le laboratoire et l'usine. ~
.
Le &lt;&lt; Théâtre de chambre » vit des mêmes ressources que le laboratoire,
d'abnégation et d'eau fraîche. Il a le droit de rater ses expériences, et de
les recommencer sur nouvelles recherches. Il ne cherche, et ne peut chercher, ni le succès ni l'argent.
.
Dans LE PARTAGE DE MIDI, l'expérience ne portait pas sur
le texte même de Claudel. Elle eüt été tardive - et cependant personne ne l'avait tentée et LE PARTAGE DE MIDI est presque inconnu.
Claudel - ce mal;\llifique millionnaire du « comme »••• - y développe
toutes ses belles images, fastueuses ou familières, nobles ou rondes de
bonhomie. Il y montre ses pensées profondes qui montent de l'adultère
à la cosmogonie, comme l'a si bien expliqué aux spectateurs Georges
Polti. Aussi - au premier acte - il y montre la « différence de vitesse »
de son temps et du nôtre. Les événements de PARTAGE DE MIDI la psychologie des quatre types posée, s'enchaînent avec une logique
dévastatrice. Finalement, au delà de la mort des personnages, l'œuvre a
de purs reflets du sublime.
L'essai de mise en scène de Madame Lara s'est présenté ainsi. Un
« décor de hase » formant rideau. Des décors pivotants, actionnés par un
seul homme et qui essayaient de présenter une synthèse cc idéologique »
de l'acte. Par exemple: les cordages du bateau, au premier acte, se terminent en toile d'araignée - la toile d'araignée du destin. Des personnages rarement visibles, et le reste du temps des projections sur un écran,
les représentant - moins vivants sans doute et moins matériels. Les
« décors projetés » sont dus à un jeune homme de vingt ans, M. Girard.
J'e suis trop mêlé à la vie d'ART ET ACTION pour porter un jugement sur cet essai. Quoi qu'on en pense, il y a eu là des apports qui, en
certaines circonstances, pourront être utilisés. Le (&lt; laboratoire » d'ART
ET ACTION ne veut ignorer aucune des ressources de la lumière ni, sans
doute aucun, du mouvement.
FERNAND DIVOIRE~

PAR

VAUVRECY

I. -

C

PICASSO ET L'IMPRESSIONNISME

est mort, Seurat est mort, Renoir est mort; savez-vous
que Monet vit encore ? Picasso est bien vivant, Dieu merci I Dans
le milieu qui représente le Paris agissant des arts, vous ne trouvez
plus guère quelqu'un qui n'admette Picasso grand peintre. Pour
mesurer l'importance de Picasso, son immense influence sur les arts,
pour distinguer le chemin qui lui reste encore à parcourir, pour
essayer de prévoir quelle pourra ,être son évolution ultérieure, il est bon
de se représenter l'état de la peinture lorsque Picasso, obscur à Montmartre, se préparait, sans certes le savoir, à devenir le plus grand révolutionnaire des arts depuis Cézanne.
A cette époque terne de l'histoire de la peinture, on lisait dans la plupart des journaux et des revues des attaques contre l'Impressionisme
qui était alors la forme 4e peindre « révolutionnaire &gt;&gt; et les termes de ces
critiques n'étaient guère différents de ceux qu'on emploie de nos jours
encore, contre les œuvres même de Picasso, celles des cubistes et celles
qui sont issues de cette école. L'lmpressionnisme, cela émouvait les partis
conservateurs et il se trouvait encore beaucoup de jeunes gens à qui ce
mot, pourtant bien vide de sens, pa.aissait un drapeau d'un rouge assez
vii. Aujourd'hui que nous voici assez loin de !'Impressionnisme pour
y voir clair, on constate que tous les grands peintres qui vécurent
sous son égide ne durent rien aux prétendues théories de l'impressionnisme (Cézanne, Renoir, Seurat).
On peut essayer de cristalliser ce qui paraissait si transcendant aux
peintres impressionnistes et si alarmant aux conservateurs. Les barbotages des historiens de l'impressionnisme se résument à ceci : un grand
amour de l'aspect momentané des choses, un certain goüt des spectacles
changeants, une affection prononcée des effets~de la lumière, la recherche
des tonalités effacées, fugaces, somme toute un gotlt pour certains sujets ;
d'esthétique, point; toutefois des recherches très sérieuses qu'il faut
estimer. sur les moyens de créer une langue capable de transmettre exacÉZANNE

�1490

•

1491

L'ESPRIT NOUVEAU

PICASSO

tement les vibrations de la lumière (puisqu'à ·cette époque on s'intéressait surtout aux vibrations de la lumjère), et qui mena à l'invention de la division du ton ; cette division du ton, systématiquement em•
ployée avec plus ou moins d'intelligence et de réussite, donnait aux
tableaux de l'école impressionniste un certain petit air de famille, un
aspect facilement reconnaissable ; malheureusement, aucun des impressionnistes n'eut un esprit assez systématique pour se bien rendre compte
que la technique, pour aussi heureuse qu'ell!l soit, n'est jamais qu'une
technique, c'est-à-dire un moyen; ces peintres se contentaient d'un certain
aspect et ne se rendaient pas bien compte de l'épouvantable insuffisance
des raisons qui les faisaient peindre; on ne fait pas un tableau si facilement
que cela I La gaieté des tons, leur pâleur charmante, le petit aspect débridé
que les tableaux impressionnistes manifestaient plût enfin beaucoup ; il
n'était pas besoin de se creuser la tête pour composer un tableau; on allait
gentiment, tout le long de l'eau, chercher l'ombre fa:vorable d'un arbre,
on installait son chevalet confortablement, on allumait sa pipe, et l'on
!!'asseyait en se lai:ssant délicieusement impressionner par l'abeille qui
passe, le glouglou de l'eau, à reproduire les petits friselis des ondes et le
petit nuage qui s'en va. On signait Monet ou Sisley. La merveilleuse technique, qui paraissait bizarr_e à beaucoup de braves gens, vous sacrait
immédiatement peintre avancé, satisfaction à laquelle les peintres attachaient un~ certaine importance. Un seul homme utilisa la technique
divisionniste vraiment comme 1,1.ne langue, ce fut Seurat, mais avec un
esprit de réflexion, de raison qui fait prélude à l'époque cubiste.
Quand Picasso arriva à Paris, la gloire de Monet cachait le modeste
Seurat; on parlait beaucoup d'un peintre médiocre, Gauguin. Dans
les ateliers, causer peinture était bien autre chose que maintenant où l'on
commence à se préoccuper surtout des raisons de peindre; on parlait surtout de la façon dont on peignait; on se préoccupait extrêmement de
prouver que les ombres étaient violettes ; on croyait avoir fait une merveilleuse découverte lorsqu'on peignait en virgules au lieu de peindre en
points. Il reste encore des spécimens de ces braves et sottes gens qui continuent, aux Indépendants et dans les Salons, à se croire important3
parce qu'ils ont trouvé une forme de points particulière ou une coulelll'
d'ombre bien (&lt; nouvelle ». Puérilités.
Picasso avait étudié sagement, comme malheureusement bien peu le font
aujourd'hui, nous connaissons (1) d'anciens tableaux de lui exactement
naturistes, très gris et même un peu noirs, représentant de petites scènes
familières. Dès le début et malgré des apparences normales, on découvre
un don évident de la forme, un sens aigu des couleurs, un don particulier
dans la sûreté des valeurs.
Aujourd'hui, les peintres étudiants ne vont même plus aux Académies;
fascinés par l'aspect des œuvres des maîtres de l'heure, peu savent
que c'est la qualité qui fait les maîtres, laquelle qualité est en dehors de

l'aspect. Le jeune peintre se met à l'unisson de l'aspect du maître qu'il
aime, il pastiche, il démarque, oubliant que la peinture moderne est une
peinture synthétique et que nul ne peut se permettre de pratiquer la synthèse qui n'a longuement pratiqué l'analyse. Les licences apparentes
d'un Picasso lui sont permises parce qu'elles sont des abréviations et des
synthèses; reprendre telles quelles cc les formules d'un maitre, » c'est
composer un livre en coupant dans des textes des phrases qu'on aime,c'est
prétendre faire un arbre en collant, sur un tronc emprunté, des rameaux
cueillis de ci, de là ; ne comprend-t-on pas que la géné.ration d'une œuvre,
pour si simple qu'en puisse paraitre le résultat, se nourrit de toute l'expérience du peintre ? Ils sont rares ceux dont l'expérience est assez féconde
pour leur permettre une cristallisation en'.:quelques raceourcis éloquents.
En 1905, le cubisme n'était pas encore né. Picasso peignait les figures
de l'époque dite bleue, qui témoignent, certes, d'un développement sur les
premiers tableaux dont nous avons parlé, d'une émotion pathétique.
Notons ici que jamais l'art de Picasso n'a été un art purement technique;
nous reviendrons sur ce point en parlant de ses dernières œuvres; jamais
une œuvre de Picasso n'est autre chose que l'expression d'une émotion.
On ne peut parler du début du cubisme sans signaler le petit groupe dont
la destinée fut si importante et qui se composait alors de Picasso, de Braque,
d'Apollinaire, de Salmon, de Max Jacob, de Raynal,dePrincet, etc ... ; une
intime amitié fit de ce groupe une sorte de laboratoire d'idées dont la peinture et la littérature actuelle devaient en sortir. Le contact presque journalier de ces jeunes gens fit connaitre à chacun d'eux le résultat des expériences quotidiennes; les littérateurs se rattachaient à Rimbaud. L'érudition d'Apollinaire et son tour d'esprit particulier furent pour beaucoup
dans le développement intellectuel de la jeune école. Cézanne ne fut jamais
mieux compris que par eux; certes, ils n'avaient pas découvert Cézan.ne,
mais comment diable avaient bien pu le comprendre les Maurice Denis
d'alors ? Ils comprirent aussi Seurat, ils inventèrent les foires, les fêtes
publiques, rencontraient Jarry; ils sentirent la remarquable qualité plastique des peintres en lettres, etc ... Nous parlerons ultérieurement de
l'influence de ce peintre considérable : Matisse.
Nous avons dit cette vérité de La Palisse que la synthèse ne pouvait que
suivre l'analyse ; cette lapalîssade se traduit: la création des formes na
peut que suivre la longue étude des formes naturelles. (Hélas, combien peu
de jeunes gens s'en rendent compte aujourd'hui.) C'est pourquoi les prodromes du cubisme se manifestent en 1908 sous un aspect assez réaliste,
sous une forme de paysage simplifié où les volumes sont mis en valeur
avec prédilection ; après Cézanne, Derain avait cherché déjà dans ce sens
(fauves) et a persévéré. Le paysage comportait des maisons; la simplification fit parler de « cubisme ». Ainsi vint au monde ce nom qui fit couler
beaucoup d'encre et qui n'a d'autre sens intrinsèque que celui d'une
firme. L'invention de Picasso est déjà dans ceci: il se dégage de l'aspect
représentatif des formes qu'il emploie; tous les grands maitres,et particulièrement Cézanne, ont toujours employé les formes pour leurs propriétés
plastiques et non pour leur représentation ; une pomme de Chardin, une

(1) Collection Zetlin.

�1492

L'ESPRIT NOUVEAU

pomme de Cézanne, une pomme d'un Picasso de cette époque, n'est _représentative que par surcroit ; elle vaut pour une propriété spéciale des formes qui la constituent. Petit à petit le cubisme se dégage. Picasso emploie
des formes qui n'ont plus aucune signification; en somme, il ne peint les
formes et les couleurs que pom l'émotion qu'elles provoquent; son sens
plastique exceptionnel, la science profonde que lui a va.lu l'étude
analytique des phénomènes de la nature, lui permettent d'inventer des
associations de formes et de couleurs qui sont vraiment de la création et
non plus de la représentation. Il y a de ces tableaux par petites facettes
dont les titres ont longtemps choqué : &lt;&lt; Portrait )&gt; (et qui n'étaient titrés
ainsi que comme d'un numéro de répertoire) où l'on ne découvre que difficilement le thème qui servit de vocabulaire à sa construction ; on voit
dans ces tableai.u: des chiffres, des inscriptions, dont l'emploi n'a d'autres
raisons que les propriétés plastiques de ces éléments ;. si dans ces œuvres,
intitulées, par exemple « Portrait »,..on discerne la courbe d'un nez ou la
forme d'un oeil, la courbe de ce nez ou la forme de cet œil est simplement
employée pour la vertu physique de ses formes etnonpoursasignification
figurative.
J'ai dit, tout à l'heure, que l'art de Picasso fut toujours un art d'expression ; je veux dire que les bonnes œuvres de Picasso émeuvent fortement
car les formes et les couleurs s.ont choisies non simplement pour l'intérêt
optique qui peut résulter de leur connexion, mais comme on choisit ses
mots pour dire exactement ce qu'on pense clairement; Picasso a le don
de la clarté, de la précision, de l'exactitude, de la limpidité. Quand Picasso
fait un tableau il sait ce qu'il veut dire et quel tableau il doit faire pour le
dire-; aussi les formes et les couleurs sont-elles judicieusement choisies en
vue du but proposé. Il emploie les formes et_les couleurs comme les mots
d'un vocabulaire. Qu'on m'entende bien lorsque je parle de vocabulaire;
je suggère l'existence de&lt;&lt; mots plastiques» ; le sens de ces mots plastiques
n'ést pas de nature descriptive ; bouteille, pipe, guitare, ne sont pas des
objets dont la description importe, mais des organismes physiques déclanchèurs de certaines émotions bien définies. L'expérience permet de distinguer l'existence de ces vocables plastiques. Il n'existe malheureusement
pas de dictionnaire des formes plastiques et chaque peintre doit savoir
créer sa langue. Picasso est l'un des seuls qui aient su se créer vraiment
une langue pure. On trouve rarement dans un tableau de Picasso des
associations de formes de natures différentes, des couleurs appartenant
à des gammes étrangères l'une à l'autre.
Picasso manie la langue qu'il a créée avec une sfueté telle qu'aujourd'hui, devant la figure hum.aine, ayant abordé à :nouveau ce dangereux
sujet, il a trouvé, pour l'expression des formes organiques et de l'émoi
qui peut s'en dégager, une terminologie toute neuve qui lui permet d'exprimer uno tête, un oeil, un torse, un corps enfin, de façon si particulière
que ces figures se présentent comme des créations quasi-entières. Alors que
Picasso ne faisait que du cubisme, c'est-à-dire des tableai.u: où les formes
et les couleurs sont associées en dehors de toutes contraintes, hors celle de
la volonté du peintre, on pouvait craindre quedevantlesexigencesfatales

PICASSO

1493

du corps humain qui ne tolère pas la dissociation, 'mais exige la continuité
des formes organisées, Picasso se sentit à l'étroit. La preuve est faite:
la science plastique de Picasso est telle qu'il a su inventer un système de
formes issu des éléments organiques, et avec une aisance égale à celle qu'il
a montrée dans ses natures mortes ; maitre de ses moyens et de ses volontés, Picasso peut aujourd'hui dépasser l'émoi physique qui se dégage
d'un jeu heureux des formes et des couleurs, et atteindre l'expression,
même sous formes représentatives.
Car il faut bien admettre ceci : c'est que la peinture a pour but de transmettre ce que ressent, pense, conçoit l'artiste, que le grand art se sert des
moyens physiques et physiologiques des formes et des couleurs 'pour :mettre le spectateur dans un état voulu par le créateur. C'est la qualité de cet
état qui détermine la qualité de_l'oeuvre d'art.

***
Parce qu'aujourd'hui Picasso peint tantôt des tableaux cubistes et
tantôt des tableaux de figures, on a clamé contre la réalité qu'il abandonnait le &lt;&lt; cubisme &gt;l ; cette clameur a jeté du trouble dans les ateliers et
fait applaudir les fossiles. Ne comprend-on pas que le mode d'expression
cubiste et le mode figuratif sont deux langues différentes et qu'un peintre
a le droit, s'il estime que ce qu'il a à dire se dit mieux en l'une ou l'autre
langue, de choisir l'une ou l'autre.
L'économie des moyens d'expression est un des signes de la perfection
de l'art comme il est le signe de la perfection de toutes les choses de la
terre. Certaines choses, par exemple, s'expriment mieux en langue algébrique qu'en langue géométrique par suite de meilleure appropriation à
certain mode de penser et de plus simple expression; ainsi fuyant l'acrobatie inutile, Picasso s'est créé une langue spécialement adaptée aux
émotions pouvant se transcrire par des figurations du corps humain. Estce nier la valeur de l'algèbre que de faire de la géométrie ? Ce qui compte,
c'est ce qu'on exprime. La valeur du cubisme ou de Pi"Casso est moins dans
le moyen d'expression que dans la qualité de ce qu'il exprime; se soumettre aux obligations de la forme humaine, c'est simplement admettre
un relai de plus ; la langue cubiste organisée de formes désorganisées pos•
sède l'avantage d'agir directement sur notre esprit par l'intermédiaire de
nos sens, sans qu'interviennent les sensations associées aux figurations
humaines ; aussi, cette langue est-elle peut-être mieux appropriée aux
émotions spéculatives. Pourtant il est possible d'introduire dans des figurations une abstraction suffisante ; Picasso dans ses dernières oeuvres
figuratives le prouve bien.
Nous avons intitulé la première partie de cet article &lt;&lt; Picasso et l'lmpressionnisme ». En parlant surtout du cubisme de Picasso, nous avons
essayé de montrer l'immense différence qui existe entre la ensée d'un
Picasso et la pensée d'un Monet.
La peinture impressionniste fut vraiment une peinture d'impression,
Elle l'était nécessairement puisque c'était une peinture faite en principe

�1494

L'ESPRIT NOUVEAU

en plein air sous la suggestion d'émotions directement dictées par la nature,
le peintre impressionniste est une sorte de harpe éolienne qui ne rend
de son que si souffle le vent. Le peintre cubiste, au contraire, réfléchit et
n'agit que pour transmettre une conception; c'est dans ce sens qu'on peut
dire que la peinture cubiste est vraiment une peinture d'expression; elle

se rattache à celle des grands peintres qui tous peigtiaient, non des impres•
sions, mais des conceptions.
( A suiPre.)

VAUVRECY

Pour

rompl&amp;r la documentation graphique de cel article, voit l'Esprit Nouveau
N° 9:
NaJ.ure Morte (reproduction en couleurs), 1 dessin à la plume et 8 peintures. N° 11-12 : 1 peinture (figure) l peinture (nature morte cubiste).

N° l : Nature Morte (reproduction en couleurs) el 12 dessins de Picasso. -

BIBLIOGRAPHIE. Esprit Nouveau : N° 1 : PICASSO par Andrê

SALKON. -

No 9 : E:x:positwn Picasso par Maurice RAYNAL. Une E:zposition de Groupe par
WALDEMAR-G.&amp;oRGE. - N° 11-12 : Peinture ancienne et Pein,ure Moderne par
D.&amp; FAYET.

Maurice RAYNAL. PICASSO: Delphin Verlag. !lfUNicH.
Maurice RAYNAL. PICASSO : Edition Lbmce Rosenberg. P .üUS.

PROCHAINEMENT

LE DESSIN DE PICASSO PAR ÉLIE FAURE
Figu,re 1905

PICASSO

Collection P aul Rosenberg

�Nature morte (1908)

J&gt;I('ASSO

Collection Paul Rosenberg

�.KaLure morte (lOHl)

Nature morte (lOH)

PICA SO

PIC

'O

C'olleciion Léonce /lo e111Jerg

Collection Paul Rosenberg

�1918

PICASSO

Collection Paul llosenberg

Nature morte

PIC.\ SSO

Ce t.it,leau a é l~ acc1uis 1,ar
L'Esµri I Nouveau pour ètre Li r~
au sort ent re les actlon nairr~
rte la Société Anonyme ck,
.Êdili11ns de !'Esprit Nouveau,
rornrne première prlmeàl 'émission dl'S actions.

�Figure (1921)

PICAS!-O

Collection Paul Rosenberg

�Le Salon d'Automne
PAR

DE

FAYET

Le Paquebot (&lt; PARTS "

LE SALON D' AUTOlllNE

1505

ner, ainsi, l' illusion de son ér11ditiot1; c' est un petit j eu auquell es visiteurs (les
salons ont toujours été très sensibles.
Tobt:en, G~rnez,~Lix, css~ientdejongler avec les form es et les couleurs et tâchent
de manerles 11went10ns cubistes et les apparences cla~siques. La plupart des peintres
de ?es salons semblent ne p eiJ1dre que pour faire montre des moyens d' expression
qu'ils possèdent; de personnalités très richef comme celle de M. Lhote abusent un
peu de ce côté-là; ils paraissent oublier que s:ivoir peind!'e c'est simple;nent sa\'oir
s' exprimer,etquebien s'expdmer n'exige pas nécessairemEnt remploi de tons les
mots que l'on sait. Bien s'exprimer, c'est transmettre ce que l'on a à dire c'est réussir à faire Sentir ce que l'on veut faü-e ressentir. Aujourd'hui, la plupart des peintres
~e contentent cle _nous faire ét_alage des moyens dont ils disposent, et trop souvent,
11s semlilent oublier que ce qm vaut, c'est la qualité de l'émotion transmise. :\falgré
tout_ le sérieux, maJ~ré tout 7 la s~ience del\f. André Lhote, le résultat, certes point
négligeable, ~onne 1 1mpr~sE10n d une page f,·ançai~e farcie de trop de mot!, périmés
et d &lt;: néologismes. Les peJlltres qui le suivent, pleins de talents, n'ont pas l'air de.
savoir assez que les pio_,·ens plastiques sont pratiquement infinis (moyens formels,
m~\·ens colorés) et qu'un choix systématique des mo:i,ens 'impose; sin~n la lanoue,
qm n'est pas autre chose que le truchement de !"émotion, prend une import~née
e:-:cess1ve c~ nous ,ne ress~ntons plus rien que des sensations; un tableau est un systeme _pJas~1que_ ~ exp;essio_n ; ces ,moyens doivent mettre le spectateur dans une
~ertame d1spos1t1on d esprit ; on n y peut parvenir que par des moyens sélectionné ,
1 l ne faut pas que ces.rno.v ens procèdeut de deux systèmes d'expression d:ifférent ,
sinon, c' est la tour de Babel.
·
P~r exemple : la langue grl).phique, c'est-à-dire celle qui use des contours pour
exprnner les volumes, est un S) stème d'expressiou différent de celui qui se sert des
fo1:1~1es modc]ée,s pour e:ll.-primer le volume; nous VO)Ons couramment les peintres
utiliser, dans le même tableau, ces deux moyens appartenant à des ·langues diffé-

M

Pica$SO, Braque, Grü, l\letzinger, _Lipchitz, Ozenfant, Janneret,
Laulens, Herbin n'ont rien envoyé. Parmi les c1tbistes, F. Lége1·, qui
voisine avec Gleizes et Bruce, ont seuls exposé. Nous dirons tout à
l'heure ce que nous pensons de l' effet excellent qu'ils y font.
Danscettellevue, nous avons souvent parlédutravaildesélection; notlS
avions en vue le tra.vail de sélection par le haut; il y a aussi, malheureusement, le
tra.vail d'unification par le bas et c'eE.t le triste spectacle que nous donnent tous les
·Sa.Ions les uns après les autres; l'éliminat~o!1 des bon~ par les m~diocres,1~ neutralisation des efforts nouveaux par la coallt1011 - évtdemroent involontaire - des
médiocres. Il se crée tm état d'esprit « normal » qui est, ma foi, la plus lamentable
'Chose qui puisse être en art: le goût moyen, lï1ab,leté mo,\enne, les ambitions
·moyennes ; il se constitue ainsi un petit royaume d'aveugles où cl:).aque année, un
peu· par voie de roulement, une « vedette » est placée sur w1e tribtme décorée par
·Sue et Mare.
Cette année, c'est l\I, Jean llh1rchand qui a l'honneur de l'élection. 'ous en avons
eu de pires.
Une Revue comme « !'Esprit Nouveat1 », QLLÎ cherche à distinguer les idées-fol'Ces,
les œuvres-forces de notre époque, uc peut s'engager daus la voie d'exégèse individuelle de troisième zone.
PaTmi les 3.052 articles exposés, il y a cles choses stupides, des choses médiocres,
,des choses moyennes et quelques choses bien. Ou peut citer les œuvres de
l\11\1. Halicka, Désiré, Friesz, Reno, Lotiron QLLÎ ont de la fantaisie, Gimn'ly une
.c.e rtaine pureté et un développement possible; mais il n'y a vraiment qu'un
tableau exceptionnel, c'est ~elui de F. Léget. Ce pr.&lt;;&gt;be artiste, qui a tout pour
dé.plaire à ceux qui veulent que l'art soit une chose aimable, p&lt;;&gt;ssède une quMité
rarissime , la dignité, une science rare de la disposition des volumes dans la toile,
une gamme de couleurs apparemment frustes,prisesiso lément mais dont les réactions
savamment prévues réalisent des harmonies très neuves; un don d'invention des
formes vraiment très remarquable; le tableau de Léger « LE DÉJEUNER &gt;&gt; est une
des œuvres capitales de ce beau peù1tre sans compromü~on.
Un groupe qtli a fait passablement parler de lui est celui du peintre Segonzac .
.Segonzac a du don, incontestablement la science de la belle couleur sourde, et pourrait être un grand peintre, se contente vraiment trop facilement de moderniser, avec
un esprit de Vlaminck triste, les tableaux noircis de.Courbet . On est surpris.de penser que dans une époque qui a nu permettre Picasso, toujours lui-même à travers
des modalités d'expression si différentes, i1 soit des peintres qui semblent avoir pour
tout principe : « Fàite toujours Je même tableau ». Le public aime évidemment
.l.&gt;en.ucoup cela, quilui permet de repérer facilerr.ent l'aut.em· d'une toile et de se donATISSE

FERNAND LÉGER

Collection Léonce Rosenberg

�1506

L' ESPR[T NOUVEAU

rentes et cette alliance irréfléchie ôte à Jeurs œuvres l'homogénéité ans laquelle il
n'est pas d' unité d'expression.
M. Bissière expose une délicieuse figme,qui témoigne d' unesciencee,-.··trêmement
étendue de la peinture et d'un goût poétique charmant ; ~l. Bissière est un poète.
Qu'on ne voie pas ici un blâmclorsquenous disons que l\f. Bissière est un poète; nous
avons dit, tout à l'heure, que la peinture a pour but l'expression; il ne peut être de
vrai peintre qui ne soit aussi un poète.
L'erreur qui consiste à faire étalage des moyens sans savoil' assez ce que l'on
veut dire, n' est pas commise par des peintres infiniment moins savants, des peintres
primitifs un peu comme l'étaient le douanier Rousseau, l\I. Beauchant, l\f. Mouillot,
.M. Go7,arrc. Ces peintres veulent nous trammettre la " petite émotion • que leur
donne la nature; assurément, nous aimerions mieux que leur • petite émotion » soit
&lt;l'tme qualité pareille à celle de ~I. Léger, mais,mon Dieu, nous aimons encore mieux
une " petite émotion » que Je déballage de moyens savants et pas d'intention du
tout.

MOSAIQUES ROMAINES
DEBUT DU Jl/e SIECLE AP. J. -C.
PAR

DE

FAYET

AUT DÉCOUATIF

La « Grande attraction » du Salon d' Automne, &lt;'-'est les productions de ces Messieurs les Décorateurs.
Les lecteurs de " L'Esprit Nouveau " savent ce que nous pensons du rôle actuel
del'Art décoratif; cc ne sont pas les insanités qui sont exposées là qui pourront nous
faire changer d'avis. Il n'existe rien clans la peintme, sinon peut-être des toiles de
M. Van Dongen, qui témoigne d' un désarroi plus complet, d'un manque d'imagination plus total, d'une absence plus complète du sens de la hiérarchie des choses_
Nous aimons mieux passer ~ous s.ilence toute celte équipe cle mcublicrs dévergondés
et sans imagination. Au moins, 1\1.Poh·et, dans lut décor d'ensemble qui semble destiné à quelque lupanar, fait preuve d'une imagination et d'un cran qui le met à cent
coudées au-dessus de tous ses falots confrères ; nous regrettons assurément l'orientation qui con iste it ne se préoccuper que du meuble décor de fêtes galantes,.
mais M. Poiret fait preuve d'un sens plastique dont la fécondité vaut une certaine
admiration.
LE PAHIS
C'est une détente bienfaisante que de se trouver clans le hall d'entrée après la
promenade dans les petits salons clos de " nos décoratem:s » ; une splendide 1·éduction
du paquebot Paris 'allonge au bas de l'escalier; quelle leçon d'économie et combien
on se peut persuader de la fécondité de l'esprit moderne devant de telles constructions. Hélas, les pourtours de l'escalier s·ornent des maquettes de la décoralion
intérieure de ce magnifique paquebot; hélas, héla~, mes:::ieurs Tardif et Cie, lèS dessinateurs de la coque vous donnent une fière leçon.

LE LIVRE

n faut cette fois faire une mention spéciale pour la section du livre qui témoigne
d'une évolution très heureuse du livre fran~ais.
La typographie était, avant-guerre, un art absolmncnt ignoré en France. Les
éditeurs d"art se contentaient de commander à des graveurs sur bois des gravures
sur bois et d'imprimer ·oigneusement leur papier. Cela faisait des ouvrages qu'on
vendait fort cher aux bibliophiles et cela était fort laid . Les tnwaux d'lribe, qui fut,
il ne faut pas l'oublier, le premier à renouvele1· l'intérêt de la typographie en innovant, heureusement, les publications comme " Le Mot •, d'lribe et Jean Cocteau,
a L' Elan », de Ozenfant, les impressions de Bernouard, celles de La Sirène, donnèrent
un i-enouveau d'intérêt aux rechercl1es typographiques.
On peut signaler 1111 ouvrage « Architecture », qui témoigne d'un très grand soin
typographique; les caractères choisis sont fort beaux et très bien mis en page;
les gravures sur bois en plusieurs couleurs de La :Fresnaye sont des pages très
heureuses ;il y a toutefois lieu de regretter qu'un cspritLouis:XIV règne là-dedans; il1
est à espérer, maintenant qu'on attache une certaiueimportanceàla belle réalisation
technique du livre, maintenant qu'on est capable d'apprécier la beauté des ;1 carac-·
tères » du temps passé, espérons que les artiste ont créé une typographie digne de·
notre temps.
DE FAYET.

Elles revêtaient le sol des Thermes de Caracalla. Se trouvent actuellement au
i\fusée de Latran à Rome.
·
R_eprésentent une centaine de gladiateurs, figmes entières et bustes, ai11si que des
~ttnbuts. Le tout est groupé ur un schéma géométrique très ferme clessiné par un
rm.~eau: et o_ffre au regard une vaste . urface de pierre polie. Nous ne croyons pas
qn 11 ex_1ste ailleurs un échantillon atlSsi important de la peinture antique.
. Admirablement recon ·tituée3, elles offrent l'ttn des plus beaux pectacles plastiques de R_ome. C~s mosaïques motivent la visite du :\!usée de Latran, va. te catacombe de vieux cailloux ro _nains gravé d'épitaphes et intéressant pour Je profcse urs; on rencontre aussi dans ce .H usée trop de chapitemrx, tl"architraves de statues qui inquiètent beaucoup et laiss·c nt le spcctateu r ·ongeur il l'idée du goût,romain,

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l VOS AMIS

OUVEAU qui, sur mandat ou chèque adressé
-----------------par vous à notre iège, leur sera servi pendant un an; c'est miezix qu'une boîte de
chocolat ou qu, iin bouquet de fleurs : votre ami pensera à vou pendant un an.
Vous nous envoyez le bulletin ci-dessous
l'ous remettrez à votre ami le BO

Je vous prie de faire servir un abonnement d'un an au nom de................................... .
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Revue L'ESPRIT 7OUVEA
REVUE I TER ATIO~ ALE
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D'un maître d'esprit noureau.
SONGEZ que la rerue que lisait rotre père lorsqu'il arait rotre âg~, a oublié.dt
lui signaler qu'un Cézanne, qu'un Seurat, dont personne ne roulait pour cinq.
cents francs, ()audrait un jour 50.000 francs. L'ESPRIT NOUVEAU étudie leJ
artistes qui seront les maîtres de demain ...

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de nos collaborateurs; rous sa rez ce que ralent déjà les éditions originales d' A polli
naire ou de Rimbaud.
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BOB.EAU

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l:ESPRIT

IOUVEIU

del'artroma-in, et surtout de l'esprit ro1:1ain. Rome, du reste, lii.isse le visiteur rêveur
èette ville' porte un, trop beau nom . fat statuair e romaine inquiète, les temples r-0maii1s inquiètent. Le Colisée est beau et la Pyramide de Cesti us est belle; les
nlOsaïques .sont remarquables.
Dans ces d ernières, on reconnaît les vertus impératives, a fortiori, d'une
t echnique formelle . .Jusqu'à quelle limite la vertu technique est-elle intervenue
ici ? La peinture romaine du )fusé.e des Thermes et de la Maison de Livie
p euvent nous 1·épondre; il est certain qui: la plastique des mosaïques est plus
ferme. On a toujours observé qne les limites imposées à un art (et on peut
étendre ce principe à ~01.1tes les manifestations humaines) ont ])OUr résultat de faire
toucher de plus près la solution ; les d iffi cultés aiguisent l'imagination,
suscitent l'effol't créatem, obligent à une simplification toujours favorable et par
.simplification il faut entendre conce11tralio11. On peut dire que la mosaïque de pierre
est une concentration de la peinture. En effet, la mosaïque de pierre agit au moyen
d'une seule gamme de tons qui va du blanc au noir en se moiulant par' les ocres
jaunâtres et rosés ; cette. gamme est dans une échelle extrêmement restreinte, les
tonalités de pierres étant t rès rapprochées les unes des autres et n'offrant
aucun écart violent; on se rend cOJnpte de l'exiguïté de cette gamme, en confrontant
à ces mosaïques une ca.rte de visite ou un chapeau noir ; une fois de plus id, le blanc
« pictural » n'est pas blanc et le noir n 'est pas noir. » (M. Ingres disait :
• mon cha1Jeau noir n'est pa noir n) . On peut donc admettre que les ~nosaïques de
Caracalla sont, quant à la couleur, créée par la n écessité. )lais si on les considère

��Le Théâtre Russe
PENDANT LA RÉVOLUTION
PAR

ÉLIE

P

la révolution de 1917,tandjs que les obus pleuvaientenco1'e
sur Moscou, les soldats entrèrent dans un des théâtres de cette
ville, prirent les costumes de Salomé et commencèrent à jouer
au foot-ball avec la tête de Iokanaan. Ce fut le premier acte de la
folie théâtrale en Russie. Comme l'on dansait pendant la Révolution
française, on joue en Russie. Le théâtre est devenu la soupape d'échappement des forces créatrices des foules. 11 y a peut-être autant de théâtres
aujourd'hui en Russie, que de bistros à Paris ~t de banques à Bruxelles.
Je donnerai quelques chiffres pittoreiïques. Dans le petit ~ouvernement
de Toula, on compte 4$0 théâtres, presque tous dans les villages ; dans Je
gouvernement de Tomsk en Sibérie, il y a 17 .000 artistes dramatiques,
dont 200 seulement sont des professionnels. Il existe une petite ville, dans
le nord de la Russie, Kargopol, qui compte à peine 5.000 habitants, elle
possède non seulement plusieurs théâtres, mais encore une revue théâtrale
dont le tirage est plus grand que celui des journaux politiques. Dans l'administration théâtrale (Theo), arrivent chaque jour plusieurs dizaines de
délégués, de toutes les parties de la Russie, pour y chercher des renseignements et du matériel.
U est encore difficile de juger ce théâtre de création populaire. Les
intellectuels, pour la plupart, Iui ont laissé l'héritage du théâtre naturaliste et psychologique ; mais le sens théâtral est vivace dans le peuple et
il imprime sa marque sur les anciennes formes. J'ai' vu, par exemple,
un vaudeville parisien exécuté par des paysans qui en ont fait un véritable
mystère ; pour eux les éléments naturalistes deviennent abstraits et relatifs. Un drame de Maeterlinck fut, transformé par des ouvriers en un
skeLch admirable .. Imaginez-vous une tragédie de Lope de Vega ou de
Shakespeare, représentée dans un village de Sibérie. Bientôt, sans aucun
doute, nous pourrons parler de la création d'un théâtre populaire vraiment nouveau,
Pour le moment, je ne veux parler que de la façon dont les artistes pro•
fessionnels ont répondu à cette soif théâtrale du peuple. Tout de suite
après la Révolution, une foule nouvelle a envahi les théâtres. Et ce fut
chose bienfaisante, non seulement paroe que l'intérêt se déplaça du
buffet et du foyer vers la scène, mais encore parce que les anciens specE 'DA NT

au point de vue esthétique, on ressent une impression de sécurité, de for~e et de
clarté Poillt d'ambiguïté, une formation synthétique des organes essentiels, -ime
leetur~ puissante, une expression volontaire des formes. Cette amplification, cette
·
·
t un pont d.1r ect , à Rome , entre le Latr:m
formation concentrée des élements,
Jetten
.
,

et la Chapelle Sixtine. On est en droit de se demande:r: si Michel-Ange n'es~ po~nt aile
méditer dans Jes ruines des Thermes de Caracalla; sori esprit altier devait vibl'~r~
· auJ·olll'd·hm
l'uni%on des formidables masses architecturées q1.u· nous f·ont croire
à Ja rrrandeur d'un Caracalla et les mosaïques qui, à cette époque, pavaient le sol,
clure~t le côni(rmer dans la loi de discipline qu'il s'était imposée au nlilieu deln cour
brillante et snperfi cièlle ùe Jules Il.
.
, , .
Rome, en ruines depuis ton jours, unique dans l'nistoire des v1 lies, porte a l exaltation et au sublime les âmes trempées.
DE FAYET.

EHRENBOURG

�tateurs russes, pour la plupart des intellectuels, étaient athéâtraux. Tandis
que les théâtres pour le gros public étaient approvisionnés de pièces boulevardières les intellectuels d'un niveau plus élevé avaient créé leur théâtre,
à leur sen~, avancé. Le Théâtre d'Art de Moscou était un théâtre d'analyse
psychologique, allant du nat1;1ralisme excessif, où l'on _imitait, le ".ent et ~e
chant des grillons, au symbolisme brumeux de Maeterlmck. L àct1on exterieure en était totalement bannie; en voulant attraper la vérité, on y a tué
le geste. C'étaient des tableaux vivants, des déclamations, un souper en
famille, une clinique, tout, sauf du théâtre. Je ne sais ce que fait en ce
moment le Vieux-Colombier, mais afin de me faire comprendre du lecteur
français, je dirai que le Théâtre d'Art ressemblait beaucoup à une pièce de
Ghéon ou aux frères Kararnasoff, mise en scène par Copeau.
Quand on ne peut pas changer de peau, on change de costume. Tous les
théâtres russes ont voulu suivre le goùt de l'époque, en changeant de
répertoire. Les événements de ces dernières années furent tellemènt violents et bruyants, que l'on veut trouver dans l'art des couleurs pleines;
toutes les formes intermédiaires ont été délaissées. Nous assistons à une
1·enaissance de la tragédie et de la pièce bouffonne. L'on n'a ni le goût, nile
temps de suivre le drame d'un homme pris individuellement, et l'on a
recours à la tragédie pour exprimer des synthèses. Le comique du sujet
est remplacé par celui du geste et des mots. Si l'on considère Je répertoire
russe actuel, on remarque des réminiscences du théâtre espagnol, de celui
de Shakespeare, de la Comedia del Arte, etc., mais le fond est resté le
même qu'à l'époque où l'on en était au drame de l'adultère. C'est-à-dire
que ce théâtre est resté naturaliste, statique et anarchique. Le peuple
russe a toujours manifesté un grand dégoût pour le naturalisme en ll.rt ;
peut-être est-ce un soldat qui exprima le meilleur jugement sur cet art,
lorsqu'il disait : (&lt; Chez nous, il y a un sous-off qui dessine, et il fait tellement ressemblal\t, que ça devient ennuyeux. » Imaginez-vous maintenant un millier de soldats de ce type-là, dans un théâtre où l'on imite la
réalité jusqu'à reproduire les traces des tableaux sur le papier des
murs!
Les seuls théâtres qui puissent répondre au goût du public actuellement, ce sont ceux d'avant-garde. li importe d'en finir une bonne fois
avec cette légende que l'art d'avant-garde est l'art officiel en Russie.
Malheureusement, certains esprits avancés dans le domaine politique et
-1:1ociologique sont, dans les questions esthétiques, absolument réactionnaires, préférant à l'art constructif, l'art à thèse. Toutes les affirmations prétendant que les théàti;es pompie~s sont opprimés sont fa1;1sses:
Sur les 20 à 25 théâtres d'Etat a Moscou, 11 n'y en a que deux ou trois qui
soient vraiment révolutionnaires. La seule chose vraie, dans tout cela, c'est
que malgré les préférences personnelles des hommes du Gouvernement,
on a donné les moyens, aux régisseurs d'avant-garde, &lt;le faire des expériences.
Le théâtre d'avant-garde russe, comme les autres arts, d'ailleurs, s'achemine vers une union étroite avec la vie. Comme le peintre moderne tourne
ses regards vers l'industrie, le poète vers la télégraphie, le scénario ou le
roman policier, le régisseur du théâtre s'oriente vers le geste quotidien
de l'homme moderne. Le cinéma, ce produit des masses, qu'on voulait
renvoyer à l'école théâtrale, est deven,u maintenant l'école du théâtre.
Les régisseurs russes ont beaucoup appris chez les créateurs de la comédie
d'art mécanique (Charlot, Max Linder, etc.). D'autre part, ils se sont tournés vers le cirque, vers cet endroit où l'on conservait le sens du théâtre
à une époque où, dans le théâtre, ce sens avait disparu. Je parlerai plus

tard du cirque nouveau, en Russie. Je noterai seulement maintenant que
les m,eilleurs régisseu~s d~ théâtre d'avant-garde, TaïrbfI, Radloff, 'etc.,
travaillent en contact etrmt avec les clowns.
De même que dans la peinture nouvelle, dans le tbéàtre nouveau on
remar,qu~ &lt;leu~ directions &lt;:fifférentes. Le cubisme a bifurqué, d'un coté
vers l aff1rmat10n de la pemture pure, ou la composition abstraite de
l'autre vers la négation de la peinture de chevalet, au nom de la const~uction de formes dans l'espace. Si l'on est d'accord sur un but lointain on
est divisé sur les moyens de l'atteindre. Les uns veulent créer un thé'âtre
pure~ent théâtral, mettre sur la scène, séparée par la rampe, l'essence de
l'act10n. Les autres veulent tout de suite démolir u la boite du théàtre &gt;&gt;
et dissoudre cette essence dans la vie, théâtraliser l'existence quotidienne~
La meilleure réalisation du premier groupe e, t le théâtre /1amernii de Moscou. Son directeur, Ta·.roff, a compris que le théâtre est basé sur le
mouvement organisé. Il en a fini avec l'anarchie, où l'individualité de
l_'~cteur étai; prédo~in~!e. Les acteurs, dans ce théâtre, ne sont que des
elements qu 11 raut d1sc1plmer ; tous les gestes, tous les mots, sont calculé,
comme l'on calcule les mouvements d'une machine moderne. N'import.~
quel moment de l'action représente un tableau complet. Il a aussi entiè1ef!lent c~an~é )e rôle du peintre dans le théâtre. Il a supprimé les décors
pemts qu1 fa1sa1ent ress~mbler la scène à un harem. Les acteurs qui représentent une forme en trois volumes, demandent un décor en trois volumes.
L'architecte remplace le peintre, et il est curieux de noter que les costumes
et les décors de !'Annonce faite à _1farie sont exécutés par un architecte du
métier, Vassnine, Celui-ci, ainsi que Takouloff, Mada:n , Exter, ont trouvé
des formes mathématiques qui correspondent aux conceptions modernes.
Ils const_ruisent la S?ène de telle faç:on que l'action se déroule, non dans le
sens horizontal, mars dans Je sens vertical. On a joué au théâtre /1' ememii
des pi~ces archa:ques en soi, mais en les interprétant de telle façon qu'elles
prenaient un aspect moderne. Un conte de Hoffmann, La Princesse
Brambilla, est un vrai carnaval, violent, gai, fabuleux. Le mystère dè

�Claudel a perdu tout ce qu'il conten3:it de th~~logie mondaine, pour devenir l'histoire éternelle de l'amour qm se sacrifie .
Le second "roupe est conduit par Merhold. Il veut mêler spectateu:s et
acteurs et cela jusque dans le détail ; c'est ainsi que_ non se_ulement _11 ne
dï d pas d'applaudir mais il invite à siîfler et à fa1re des mterruptions.
Je::old et son école r~nient le théâtre écrit. li considère q~_e le text~ de la
pièce doit être édifié sur la scène même. ~n prena~t- des piec~s ~nmennes
comme thèmes il ne craint pas d'être taxe de sacnlege. Il a Joue Hamlet
en changeant domplètement la scène. La scè!le a"'.e~ le fossoyeur, par
exemple, est devenue chez lu~ une ~ouffonnene poht1que moderJ?.e,_ Po~r
représenter une pièce sociale, 11 a pris.les Aub~ ?e. Verhaere11:, m,ais Je_sms
convaincu que personne ne put reconnaître 1 ongmal: Parfois, les art1~tes
intercalaient dans leur rôle le texte de nouvelles de Journaux se~sat1onnelles ou bien l'on voyait les spectateurs sol~ats pass~r sur la scene avec
leurs 'instruments de musique. Il constrmt la sc~ne et la salle ensemble, il remplace le grimage par des masque~. Evidemment_, la rampe
est supprimée. Sa meilleure pièc~ c'est le Mystere-bouffe de Mruakorosky,
une vision comique de la Révolution.
. .
. . . ..
Les grandes fêtes théâtrales organisé~s e~ pJem ~r ~nt et~ dmgee~ da~s
le même sens. Dans La Prise du Palais d Hwer, Jouee le JOur del anm-

de cette exception. Etait-ce par suite de la dépression physique, par
l'effet du climat, ou peut-être par une erreur des organisateurs ? Mais
comme chacun comprend maintenant la nécessité de pareils spactacles,
il est probable qu'on en découvrira bientôt la formule définitive .
Comme je l'ai dit, je parlerai maintenant brièvement de la renaissance
de l'art du cirque en Russie. On en a enlevé la couche de fausse esthétiq e.
la féerie, les ballets, les nuances mièvres. On a rendu le cirque aux clowns,
aux acrobates, aux jongleurs, aux écuyères. La rapidité du mouvement,
ce pathétique de notre époque, répond au besoin essentiel du peuple, et je
ne mentirai pas en disant que c'est dans l'arène du cirque què se célèbre
la messe moderne . Tous ceux qui connaissent l'attirance de l'art avancé
pour le cirque ne s'étonneront pas d'apprendre que ce sont des peintres
cttbistes qui exécutent les costumes des clowns. C'est surtout par le cirque
que l'art d'avant~garde entre actuellement dans l'épaisseur des foules.
Je n'ai parlé que des chos~s essentielles ; je n'ai cité ni plusieurs œuvres,
créées à Pétrograd et en province, ni quantité de studios qui sont les
laboratoires du théâtre de demain, ni la haute école du théâtre et du cirque,
organisée pàr Merhold. Mais je dois rappeler au lecteur que tout le travail
théâtral en Russie s'effectue dans des conditions extrêmement difficiles.
Pour le prouver je ne raconterai qu'un seul fait. Des acteurs étaient venus
jouer dans la salle d'une usine ; malgré tous les efforts des ouvriers, on ne
put placer un poêle, et il régnait dans la salle un froid de 12 degrés sous
zéro. Mais le public insistait et les artistes jouèrent, dans leurs fourrures
et non grimés, les Fourberies de Scapin . Public et acteurs demeurèrent
ainsi trois heures dans cette salle glacée. Quand on aime à ce point le
théâtre, on ne peut manquer d'arriver à quelque chose.
( Traduit du russe sur le manuscrit original) .

Elie EHRE~ BO uRc.

MUSIQUE

LE DIXTUOR LÉO SIR
PAR

ALBERT

JEANNERET

A

Ac,r10:., dont il faut louer l'activité qu'elle. doit à ses chefs:
Madame Lara, MM. Autant et Fernand Divoire, donnait
jeudi 3 novembre dernier, en son Studio de la rue Lepic, un
concert de musique inédite, composée pour la première audition de six nouveaux instruments, ajoutés aux quatre déjà existant
du quartuor classique, forment le dixtuor Lé_o Sir, du nom de son constructeur (_1). Afin d'éviter toute erreur d'interprétation, disons que
RT ET

versaire, sur la place même de l'é:éi:iement, la nuit, il y avait 10.000 acteurs et 400.000 spectateurs. Mais d faut :iv?l!er que_ spect:iteurs et acteurs étaient quand même séparés. Il est chffic1le de dire au Juste la cause

(1) _Notons que : dans le dixtuor, _le 2 ' violon du q uatuor classique _se trouve
suppnmé, en revanche a u grave s'aJoute la contreba se, rétablissant à quatre le
nombre des instruments.

�SUR
SOP;RANO
)!EZ%0SOPRANO (violon actuel) SOPRANO

1520

ALTO
(actuel )

CONTRALTO

L'ESPRIT NOUVEAU
EFFET R:E:EL

les nouveaux instruments Léo Sir sont ·construit:, sur le modèle du violon
ordinaire de l'alto et du violoncelle. Seul, leur rôle d'intermédiaires
entre l~ ~ontrebasse (bas~e aux_iliaire d~ quatuor _à ~ordes) et ~e violon 1 a
détermmé pour eux des d1_me~s1ons var1ab!es -:-- ai1~~1 que des trmbres différents. L'apport de M. Leo Sir est donc d av01r cree un nouvel ensemble
d'archets parfaitement oradué et divisant l'échelle totale de sons parcourue p;r les instruments à archet en dix régions, au lie?- des cinq départies jusqu'ici aux instruments du quin tuor ou quatuor h ab1tuel. La prat1 que
situerâ définitivement la valeur de ce nouvel ensemble .des cordes et les
compositeurs diront exactement les ressources _de groupements, ~e
combinaii;lOD$ et de timbres qu'offre le nouv~~u d1xtuor. ~ne -:h?se _est
dès maintenant certaine, c'est que l'o~ va 1c1 v~r~ une s1mpl!ficat10_n
du mécanisme de chaque instrument pwsque·_celm-c1 se meut desormais
dans une région plus restreinte, donc plus facile et demandant un effort
de virtuosité moins grand. En outre, la sonoTité y gagne.
.
En effet, chaque instrument de l'ense~ble classique poss_ède d.ans le
dixtuor sa doublure (le violoncelle en a trois: le baryton, le teno_r, le contralto). Au violon, par exemple, est adjoint le sursoprano, qrn, avec le
même doigté que le violon, atteint une q~arte plus haut . . ~'alto est
prolongé à ]'aigu du mezzo-soprano, qui monte une qurnte audessus.
Le -contralto le dernier des intermédiaires entre le violoncelle et l'alto,
continue le v.io1oncelle d'une octave entière. Quant à la contrebasse, c'est
d'une sixte que sa région aiguë est prolongée par la sous-~as~e- A'?t~ement
dit, alors que jusqu'ici, chaque instrument du quatuor eta1t cbhge, pour
l'exécution intéorale de l'œuvre musicale, de sortir de ses bonnes notes,
de sa limite, de ~a région " favora~le n, pour ~tteindrë: à l' ~igu_une ré&amp;ï?n
défavorable, où la sonorité est pomtue et seche et le mecarnsme perilleux - à des intermédiaires est désormais dévolu le rôle de muer toute
régi~n défavorable en fayorable, puisqu'~ne s~ri13 aig~ë ~ésagréable 1se
situe chez eux en un médmm favorable, retaLhssaut ams1 fur toute létendue de l'échelle sono're une sonorité égale et plastique. Ceci grâce à
une construction approprié~ de l'ins-~rument._
...
.
En outre de nouveaux timbres s'aJoutent a Ceux deJa existants. Le
sursoprano, 'par exemple, possède une sonorité fluide, aérienne et puissante, contrastant avec celle plus vibrante du violon. Le mezzo-soprano,
lui, tient à la fois du violon et de l'alto.
.
Tandis que le contralto sonne plein et généreux, le ténor plus violent,
le baryton se rapproche beaucoup plus du violoncelle, mais contrairement à ce dernier, l'aigu en est très sonore.
.
Quant à la sous-bas.se, elle comble le vide ~norI?e qui _ex1.s~e entre la
contrebasse et le violoncelle, et est très accessible a un mecamsme développé.
.
Sauf le sursoprano et le mezzo-soprano, les nouveaux mst~u!_llent~
Léo Sir se jouent à la pique. Leur technique n'offre aucune d1fhcultenouvelle, puisque, construits sur le modèle de leurs aîn~s du quatvor, seuls.
la dimension et le timbre varient. Ils sont transpositeurs en sol et en
fa (1 ).
(l) l\f. André Laurent, G9, rue_Ordencr, qui _présenta 6- \a soirée ù'A;t e~ 1\ction
les nouveaux instrument•, fo1.11:mra ~ur ceux-ci tous renseignements_ necessau-es.
Nous donnons ici un tableau du d1.xtuor, avec l'accord àe chaque tn!'&gt;tn1ment.

NOTATION

T:E:NOR

BARYTON

BASSE

OUS BASSE

(\'lulotH elle nd.uel&gt;

EFFET R:E:EL

N01'.ATION

CONTRE·
BASSE (ae~ueUe)

1::::1 °::~1~:: 1~:::/i-I?I
-e-

-e-

-e-

-e-

-&lt;. -

Dans ~e. nouve~u, clavier a~x di_x touches qu'est le dixtuor, le composit;ur _c~o1sira les elen:ie_nts _utiles a l'expression de sa pensée; il orientera
l ~nteret _de la sonori~e s01t vers les fluidit~s limpides des instruments.
aigus, s01t vers la pws_san~e et la générosité du groupe forll).idable des
bass_es. M. Rosen~hal, Jeudi 3 novembre, sut fort bien donner une illustration , du prem~e'. de ?e_s parti-pris, dans sa pièce en quintette, et.
M. O. ) gouw ch01sit les elements graves du dixtuor pour sa pièce en
sextuor.
_Pour M. D~·ius_ Milhaud, c'est à la polytonalité, qu'il manie avec une
science tout a fait remarquable, qu'il réserva l'emploi du dixtuor au
co_mplet (choral de sa 4.e symphonie pour dixtuor), se servant, dans le prem}er mo~vement de cette ~ême _symphonie. du style fugué où s'enchevetrent v1goure~~ement les dix voix de cet orchestre de chambre.
Une cons~at~t10n en passant : ~chœnbe~g, dans sa " symphonie de
c~ambre ll, redmt le grand oroh~stre a vmgt-cmq exécutants. Le «dixtuor )}•
lm, augmente le no~bre des mstruments du quatuor classique. De nouve:3-ux gr~upements, 1Ss~s. d'une esthétique progressive, sont-ils donc en
".018 d~ deplacer la densité des ensembles sonores ? Une directive restrictive, d une part, va~t-elle rencontreT l'ascendance d'une autre, et leur
rencontre ,en u~ pomt, tellé la_ rencontre de deux tracés régulateurs,
va-t-elle_ deter~mer une norme, fixer de nouveaux usages ?
l1 est md~b1table que,_ dès longtemps, l~ n~mbre des cordes du quatuor
a. tendu a et~e au$i:nente, par_ta_rr~ du prmc1pe exposé plus haut, de la
defectueuse repart1t10n des activ1tes sur l'échelle sonore: Mozart, Beethoven, Br~okner, Brahms ont écrit des quintuors des sextuors à ar'chets.
Il est !ntéres~ant d~ souligner ici q~'en l'occu~rence, _c'est un technicien,
u!1 luthier1 qui s.olutwnne Je _probl~me. Et c'èst logique. Et sa réussite
~ est _pas I effet du hasard, mais le resultat de vingt années d'un travail
mtelligent et tenace ..
Le (( jardin d'essai&gt;: qu'est le théâtre d'Art et Action ,comprend admir~blement le rôle qu'il a assumé, l'affirmation des efforts nouveaux et leur
defen.se. 11 est toujours plus à souhaiter ·que les ocèa.sions lui soient.
~ffertes, ~ombreu~es, d'affirmer, à côté de celle de moyens nouveaux del art musical, l'existence d'œuvres en émanant, lémoins probants d'un
style que ch_aque nouvel effort contribue à constituer.
A!be!'t

JEANNERET.

�ÉCONOMIE

ÉCONOMIQUE

'' ÉCONO~IIE

L

"

progrès est plus généralement observé dans ses eff~ts
que dans ses causes. Aussi longtemps que la relat10n
ne sera pas faite on confondra le but avec ~e moye_n.
Or, pour obtenir une définition qui soit pratique, v01re fertile
dans son application, il faut s'attarder un peu à l'étude
des statistiques révélatrices de l'évolution progressive de
notre civilisation. Le progrès intéresse particulièrement les
améliorations matérielles de notre mode d'existence.
Recherchons donc quelques exemples numériques. Remarquons d'abord que des éléments naturels déjà exploités par les
hommes dans l' Antiquité sont susceptibles d'une nouvelle
exploitation grâce au perfectionnement des méthodes de traitement, c'est le cas pour les gisements de fer ou de plomb.
Le prix de la tonne de soude est passé de 700 francs vers
1850 à 110 francs en 1902.
Le thorium, au moment où l'on commença de l'utiliser pour
la confection des manchons à incandescence valait 4.000 francs
le kilogramme, il était tombé à 35 francs avant la guerre.
En 1853, le prix du kilogramme d' aluminiu~ était de 1110
francs, il était d'environ 2 francs en 1900.
Ces réE,ultats sont dus au rendement des opérations d'affinage.
Ce rendement a pu être amélioré grâce à la mise en pratique
d'une science nouvelle, l' électro-chimie, et par l'application des
lois de la thermo-chimie.-Ces facteurs primordiaux qui intéresE

Voit l'article cle M. Léon Lafitte claus le 11:fercure de France.

1523

sent le processus même des opérations d'affinage sont subord~nnés à l'uti~sation d'une source économique d'énergie électrique. ~a puissance développée par les chutes d'eau permet
ch~que JOUI" de tenter de nouvelles expériences qui jadis seraient demeurées dans le laboratoire et qui, aujourd'hui, sont
assez rationnelles pour tenter la grande industrie.
Il y a une connexité, évidente pour tous, entre les découverte
intéressant les lois de transformation de la matière et celles
· qui concernent les lois de transformation de l'énergie. Cette
dernière joue le rôle primordial aussitôt qu'une découverte entre dans la phase d'utilisation pratique. Et l'on constate une
continuelle alternative dans l'orientation des recherches scientifiques inhérentes à un processus donné.
Ce~te alt_eri:iative consiste_à passer de l'étude du phénomène
physico-chimique en quest10n à celle de la consommation
d'énergie. On peut inverser l'ordre de ces études.
Nous parlions tout à l'heure del' aluminium, son cas est frappant. L'affinage de ce métal est réputé impossible ; on envie.
sage tout au plus des fusions supplémentaires pour le rendre
plus homogène. Sa fabrication exige des constantes chimiques
si sévères que les in~tallations nécessitées pour la purification
préalable des matières premières sont plus importantes que
c~lles exigées pour sa fabrication propre. La bauxite qui contient l'alumine n'est utilisable que si elle a une teneur en silice
inférieure à 3. p. 100. La silice est donc une ennemie redoutable
qu'il faut éliminer à tout prix. C'est à cela qu'ont travaillé des
chimistes de toutes les nations. Une fois que les résultats furent ~atisfaisants, il fallut songer à économiser l'énergie nécessaire ou plutôt à réduire son coût. Heureusement les sciences hydraulique et électrique faisaient ensemble des pas gigantesques qui devaient permettre progressivement l'affinage
électrolytique de presque tous les minerais des métaux
usuels.
·
Ces sources d'énergie économique constituaient comme un
nouvel organe qui allait engendrer de nouvelles. fonctions.
C'est-à-dire que des richesses qui paraissaient inexploitables
absolument comme l'atmosphère, devinrent des sources nouvelles quasiment
inépuisables. En effet, o-râce
aux effluves et
.
0
aux étmcelles soufflées obtenues à de très hautes tensions

'

�1524

ESTH l::TIQUE DE L'INGENIEUR

L'ESPRIT NO VEAU

100.000 volts, l'azote atmosphérique peut être '.fixé sur du
calcaire.
L'homme découvrait ainsi un moyen deperpétuersasuhsistance en synthétisant des engrais et d'engendrer a mort en fabriquant des explosifs nitrés. L'atmosphère devenue matière
première à l'état statique devient aussi source d'énergie à l'état
dynamique, effectivement les vents sont maintenant propulseurs de turbines aériennes qui sont elles-mêmes génératrices
d'électricité. Avec moins de dépenses on obtient plus de résultats ; cela est vrai sil' on établit des proportions comparatives
entre ·1a quantité de richesse obtenue. et la quantité de richesse
utilisée.
M. Léon Laffitte, dans l'article dont nous parlions plus haut,
accumule les exemples d'où il extrait les rendements économiques. Il montre que la longévité de la vie humaine a augmenté depuis le début du x1xesiècle, passant de 61 à 66 a.ru.
Cette augmentation est due apparemment à l'amélioration des
facteurs physiques de notre existence, à la moindre dépense
de nos forces et à leur accumulation correspondante.
C'est pour cela que M. Laffitte conclut que le progrès peut
être défini : une économie d'énergie.
Il ajoute que cette définition est scientifique et nullement
arbitraire.
« Elle a les qualités que le philosophe exige d'une bonne définition.
1° Elle est courte, puisque son attribut n'a que deux termes ;
2° Elle s'applique à tout le défini ;
3° Elle est réciproque, puisque on peut faire de l'attribut le
sujet et du sujet l'attribut, sans altération de sens;
4° Enfin, elle est claire pour tous ceux qui sont en possession
de l'exacte sigrùficaticn Et de la valeur des mots. n
Paul

RECHT.

.

MAISONS en SÉRIE
PAR

L

LE CORBUS I ER - SAUGNIER

programme, vient d'être fixé. MM. Loucheur et BonneYay
?emandent a la CI~ambre une loi décrétant la construction de
o_00.000 logements a bon marché. C'est une circonstance excep. . t~onnelle dans les annales de la constmction, circonstance qui
ret1ert cgale~en~ des ~oyens exceptionnel .
.
r, tout es! a fa.1re ; ~1en n'~st prêt pour la réalisation de ce p.rOO'ramme
0
1m1~~nse. etat. d'espnt n'.ex_iste pas. .
. L etat d esprit de co~s!m1~~ des ~a.iso_ns en série, l'état d'esprit d'hab!t~r des maisons en serie, 1 et.at d esprit de concevoir des mai ons en
serie.
To~ t est à fai~e _; rien n'~st pr~t. ~a spé?iali ation a à peine abordé Je
doma!ne de la b~t1s~e. _Il ~Y,~ m usrnes 1 m techniciens de spécialisation .
. Mai~ en un_ clm d œil s1 l' etat d'esprit de la série naissait, touL serait
v1~e m1~ ur pied. En effet, dans toutes les branche du bàtiment, l'industri~, pmss~nte com_m_e une force naturelle, envahissante comme un fleu,·e
qui roule a sa dest1nee, t~ncl de plus en plus à transformer les matériaux
uts natu_r~ls, ~t ~ prodmre ce qu'on appelle d_e _ " m_atériaux nouveaux&gt;&gt; .
s sont lrg1on - cunents et chaux, fors profile , ceramique, matériaux
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APITAL D1!.CIDÉE
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PAR L' SEJ1BLÉE GÉ ÉRALE
EXTRAORDI AIRE DE ACTJO • ÀIR'E DU 19 OCTOBRE 1021

;uai.yo11 en série. Pour être sai11e il Jaur qu·uue ltab-itatio11 soit
largemeut isolée ,Je la terre. Comtruire .9ur cave coilte très cher Uottillt, 111ur.v de soit•
/è11e1mmt, etc., etc ... ). RéstTVer m1 vide entre fa terre et le premi.er pla11chtr est 11lus
chu e11core; ce r•ide ,i'exige-t-il pas un gros effort de co11structioii ? (solivage ou dalle
s11r murelle, etc., e/c ••• ) et il est ùmiilisable. L'ÉCO.VO.l/IE commande &lt;le construire
la maisorl sttr w1 sottba$Senunt assez liau, pour co11te11ir les rlépe111lcmces rie rlwbitatio11. Cdu di:tposilion es;t celle de b-eauooup de mai.wn française, trè..ç ancit1111es oit
le soubassement co11Jient /"élable, /,a remi.ve, la buamlerie, le.&lt;/ rh;eni('S, etc., etc ...
L'habitation reproduite ici e.,t rœ ce type : elle ,st placée surtm terrain qui prh;e11teu11
lulus d'1111 mètre en bordure de la route el desre,ul lf«utant LV!T,V finUrieur: le souba.,.çe.
111e11t 1\VI tlonc enterré crwi mNredu côté r01tlert il est de plai11-J1ied rlt1 c6tijardi11 .

DE

.\ GUSTE PERJH•:T.

i olant ·, tuyaut rie, quin aill rie, nduit imp rméable , el ., elc ... Tout
ela arrive p ur lin tant n vra clans les bâtiment. en con trucLion, y
ajuste à l'improvi te coût une main-d'œuvre ënorme fournit d ~olution bâtarde . C'e t quel diver. objet de la con truction n'ont pa 'té
ériés. C'e t que l'état d'esprit n' xi tant pa , on ne ' t pa liwé à
l'élude rationnelle d objet t plu encore à l'éLude ralionnell d la
eonstruction ell -même ; l' tat d'e prit de la érie e t haïssable aux ar hitecle taux habitant (par contagion Lper ua ion). ·ong z: on en arrive
justem nt,, t tout -. ourrJ ·, au r-é-g-i-o-n-a-1-i- -m-e ! Ouf ! El le plus
comique, c' , t la déva talion de pay nvalli qui nous y ·onduit. Devant
la tâche immens d tout à r con truire, on st aU '• à a panopli dérro·b r a flûte &lt;le Pan, et on n j ue, on en jou , clan 1 . comit; et dan- le

'

En dehors du dividende attribué aux nouvelles actions Catégorie C, il est attaché

a ces nouvelles actions des

VANTAGES EX~E T ION E $

pouvant intéresser:

le AM TE RS
LITT8R TEUR
RTL TE

BIBLIOPHILE
ET TO

CE

QUI DB IRE T VOIR

L'EFFORT POUR UI 'I p R L'ESPRIT

BO TIR

To

VE

......................................................____
Demandez à notre ièae le

RENSEIG EllENTS RELAT IJ1S
A L'Él\Il SION.

�a crise des logeme.nts amènera
la RÉVOLUTION. Préoccupezvous de l'HABIT ATION.
1

Nous avons déjà publié sous la rubrique
ESTHÉTIQUE OE L'INGÉNIEUR

les articles suivants :
'• 1.

Trois Rappels à MM. les Archil.ectes : LE VOLUME, par LF. Connusœn-SAUGNIEll,
avec 9 illustrations.

LA SURFACE.

Troi:J Rappels à MM. les Arcltitecles
avec O illustratiom.

N° 8.

Les M nfaons Voisin ............. . ......... . ........ . .
avec G illu trations.

Trois Rappels d MM. les Architectes : LE PLAN.....
avec 15 illustrations.

•
••

Sous la Rubrique
o

5.

ARCHITECTURE :

Les Tracés Régulateurs .. . . . •.. ... ... . .... .
avec 10 illustrations.
par JULIEN CARON, avec 18 illustratiom,

Une Villa de Le C-Orbusi.er

Sous la Rubrique
N• 8.

ESTHÉTIQUE DE L'INGENIEUR :

Des Yeu:i:. qui ne voi.ent pas : LES PAQUEBOTS . .. ... par
avec 13 illustrations.

Des Yeux qui ne voient pas
avec 22 illu trations.
N• JO.

LE

CôlUIUSŒR·, AVO:N1J:;R

LES AVIONS....... .. .

Des Yeuœ qui ne voient pas : LES AUTOS ........ .. .
avec 15 illustrations.

N• 11 {12. Esthitiqtte del' Ingénieur. avec 17 illustrations.

Architec:ure (Reuue de. l'année).

Nous continuerons ces études en publiant dan nos prochains numéros, les Articles suivants :
ARCHITECTURE-

Mai.von.~

e11

Série.

La L eçori de Rome.

N° 14.

De l' Illusion. des Plans.

N° 15.

Pure Création de l' J,n ·elligence.
POUR P ARAlTI?E :
URBANISME.

Le chemin des ânes, le chemin de l'homme.
Ce que l' œil voil.
Architecture ou Rêvolt(tion.

Ai·oi::s-r-e l'Enni;:-r. Maison en série. Co11,Ytruile
avec les moyens les plus
m.odemes, Mgère comme
dit bâtiment d'exposi•
tion, mais solide et
rnble, saine et isolante,
cette maüwn e.st d'une

m,-

esthétique classiqlte; elk
est en pleine harmonie
,wec les habihuies de

voir que nous avons ac-

quises &lt;ni con tac/ de 110,'1
occupations quotidiennes.
AcGl, STE P1maF:T. ,lfaison en s&amp;ie. Le mode
de co11slruction employé
est la projection, par
l'air comprimé, de plâtre au de mortier de ciment. sur une carca&lt;Jse

en latlis uwcan.i,que. Les

1nurs extérieurs sont à
double 71aroi, plâtre d
ri ntériettr, cùnent rH: e:xlérieur ; les vza11chers
sont supportés par des
tt0i1tes très te11dues, et
minces dfJ.n-1 lr.t proportion rl'wie coq1tille
d'œuf.

.....

l

•1

�•

LE CORBUSIER-SAUGNIEll, 1915. Groupe de
sur ossature « Domino ». En -1915, /,e p1'iœ

maisons en sériedes aciers et des
ciments ciutorisait l'emploi i:lnportant du ciment armé. Des
oss.ature.~ rigides étaie11t Uvrées, par une entreprise, .mr siœ
dés 71réalable11tent établis de niveau, au-dessus du sol. Les
. m,urs et les cloisons n'étaknt qu'un rempli.ssage léger, pouvant être fait, sans main-cl'œ1wre s-pécialisée, de laUis, briques ou varpaings de remplissage. La .hauteur entre deux

dalks éUiit combinée avec celk des portes et i1nposles, celle des armaires, ·celle des
fenêtres, gui toutes obéissaient auœ mêmes rnoduks. Contraii'ement œ11x usag~s actuels, les menuise1'ies Journiea par /,es usine.s étaient pos~es avant les 1nurs, d-i~tant.
automaliquement l'alignement de ce!l,()-CÏ ainsi que des cloisons ; /,es murs 01t cl01So11s
étaient maçonnés autour des me!1uiseries et la maiso~ p~m;ait être construite, totalement pa,r wi seul corps de, mét-ier: /,e ?1U1fon. ResU,.it a -installer la tuyaut.ene. (Un
jour :m,oche, on pourra faire emploi de fenélres autrement plus perfect'ionnées que
celles dont on dispose actuBllement),

devant des procédés si « désinvoltes » ; on ne cro•it pas à tme maison faite en trois jours ;
ilfautun an et des toifsJJointus et des lucarnes et des cham"tlres mansardées !

�Lis Conuo-rnR-SAUGNTEn. Type. ,rune Celllra7.e électrique de petite vilTe avec r11aiso1M ouvriè-res pour les oiwn,er.'I attachés an service de nuit &lt;le l'1.isine. Co11struitc,ç
comme des batimenis ,r usine, ce.ç mai.sons bf-n!fidetil de l'e:;théliqt1e·de f'usitœ.

commissions. Puis on vote des résolut.ions. Celle-c.i par exemple, qui
mérite d'être citée : de faire pression sur la Compagnie des Chemins de fer
du Nord pour l'obliger à con ·truire sur la ligne Paris-Dieppe tl'ente stations de styles diîlérents, parce que les trente stations .que les express
brûlent, ont chacune une colline et tel pommier qui sont bien à elle et qui
sont son carnctère, son âme eLc ... Fatale flûte de Pan 1(1).
Les premiers effets de l'évolution industrielle dans le « bâtiment » se
manifestent par cette étape primordiale : le remplacement des matériaux
naturels par les matériaux artificiels, les matériaux hétérogènes et douteux
par les matériaux artificiels homog' nes et éprouvés pa1· des essais de
laboratoire et produits avec de éléments fixes. Le matériau fixe doit
remplacer le matériau naLurel, Yariabl à l'infini.
Par ailleurs, la loi d' Economie. réclame ses droits : I. e fers prorilés et,
plus récemment, le ciment armé, sont de pures manifestations de calcul,
employant la matière totalement et exactement; tandis que l'ancienne
poutre de bois recèle peut-êLre quelque nœucl traitre et son équarrissage
conduit à une perte de mati \re considérable.
Enfin, dans certains domaines, les techniciens ont parlé. Les ervices
d'eau, d'éclairage, sont en évolution rapide; 1 cnauffage central a pris
en considération la structure des murs et de· fenêtres - surfaces refroidissantes - et, conséquence, la pierre, la bonne pierre natureJle en murs de
un mètre d'épaisseur, s'est vu damer le pion par de légères cloisons doubles en scorie de mâchefer, et ajnsi de suite. Des entité , de qua i-divinités, out déchu : les toits qui n'ont plus besoin d'être pointus pour évacuer l'eau, les grandes et si belles em brasures de fenêtres qui nous ennuient parce qu'elles emmurent et nous. frennent toute la lumière ; les
boif; massifs, épais à souhait, ·olide · pour 1 éternité, mais non, qui sautenL
et se fendent devant un radiateur, taTidis qu'un contl'e-plaqué de trois
millimètres d'épaisseur demeure intact, etc .....
On voyait aux beaux jours d'antan (et c la dure toujours, hélas) de
gl'os chevaux qui amenaient dans le5 chantiers d'énormes pierres, et
beaucoup d'hommes pour les descendre de dessus la voiture, pour les
couper, les tailler, les monter sur les · ohafaudages, les ajuster en vérifiant longuement, mèt,re cm main, leurs six faces; une maison ça se constr~sait en deux ~ns; on monte aujour~ hui des irr.ime~~les en quelques
mois ; le P.-0. v1enL de term.mer son 1mmense fr1gor1f1que de folbiac.
. (J). Citons, par contre, la • Rmmissancc des Cités• qui, t&gt;:lr un concours dï&lt;lées
rntefhgemment pror:isé, a doté la ville ùe Chauny d'un bon projet d'alimentation
en eau potable et cl assainissem('nt.

L:e Corumsma-

AUG:.IER.

ltitéri= des maisons précéclentes.

Il n'est entré dans ce chantier que des gi·ains de sable et de mâchefel',
gros comme des noisettes; les murs sont mincei:; comme des membranes;
il y a dans ce bâtiment des charges énormes. Des murs minces pour protéger contre le diffé. enccs de température et des cloisons de onze centimètres malgré les charges énormes. Les choses ont bien changé l
La cri e dei- transports a sévi ; on s'e t aperçu que les mai ans rcpréi-entaient un tonnage formidable. i on diminuait ce tonnage des quatre
cinquièmes ? Voilà un état d esprit moderne.
La guerre a secoué les torpeurs ; on a parlé de taylorisme ; on en a fait.
Les entrepreneurs ont acheté des machines, ingénieuses, patientes et
agiles. Les chantiers seront-ils bienLôt des usines ~ On parle de maisons
qu'on coule par le haut avec du béton liquide, en un jour, comme on remplirait une houteilJe.
Et de fil en aiguille, après avoir fabriqué en u ine tant de canons,
d'avions, de camions., de wagon , on se dit : e pourrait-on pas fabriquer
des maisons ? Voilà un état d'esprit tout a fait d'époque. Rien n'est
prêt, mais tout peut être fait. Dans les vingt années à venir, l'industrie
aura groupé le matériau::: [ixes, semblables à ceux de la métallurgie;
la technique aura porté bien au delà de ce que nous connaissons le chauîfage, l'éclairag et les modes de structure rationnelle. Les chantiers ne
seront plus des éclosions poradiques où tous les problèmes se compliquent
en s entassant; l'organisation financière et sociale réaliser·a, avec des
méthode concertées et puissantes, le problème de l'habitation, et les
chantiers seront immenses, gérés et exploités comme des administrations.
L'évolution sociale fatale aura tran formé Jes rapports entre locataires et
propriétaire. , aura rnodirië les conceptions de l'habitation et les villes
seront ordonnées au lieu d'être chaotiques. La maison ne aern plus cette
chose énorme et qui prétend dôfler les siècles et qui est J'indice dé ·isif
de la riche se ; elle sera un ou:Lil comme l'auto devient un outil. La maison
ne sera plus une entité archaïque, lourdement enracinée dans le sol far
de profondes fondation , bàtie de dur '&gt; eL à la dévotion de laquelle est
instauré rlcpuis si longtemps le cu lte de la famille, de la race, etc., etc ...
&lt;(

�LE CoRBUSIER-SAUGNTK!t, Maison « ,Wonol ~- Quand on parle de 11uzi."101is en série

imposeraitfatt;lemem la discipline au,-v habitants; l'Amérique iwus 11i.ontre l'exemple
de la suppression des murs de cUJture grttce à cet état !l'esprit nouveau créé là-bas dii

il faut parler de lotissement. L'unité des éléments constructifs est une garantie de beauté.
La diversité nécessaire à tm ensem.bl.e a:rchiûctural eçt fournie par le lol-i,ssement qui conduit aw: gr01ules ordonnances, au.'!! véritables rythmes de r architecture. Un village bien
loti et constmit e1i série cumnerclif une impression de C(dme, &lt;l'ordre, de propreté; il

respect de la propriéU d'autrui; les banlieues en recevraient une i11tpressio11 rC esz;ace,
car le mur de clôture tlisparaissw1t, tout gagne en soleil et en clarté.

LE Commsum-SAuc:-.mn, 11)15.11:laison « Domino ». LeprocMé ro,rntl'uctif e.~, ap71liqué ici r't ww mai.~on de mnître q11i

autorisrm ries di57Jositfons larges et rythwées et permellent rle frtire de véritable mch.i·
lecttire. C'est ici que le prindpe de la 11rni,çon en sérir mon/ri' sa valeur morale: 1111

est éhtblie au vrix de cube de la plu,t 1iaur,re 111aiso1J oz!•
t:rière. T.es ressourcrs urchilrcturules du procédé con.~tmclif

ccrtuin lie1i cmmnw, entre l'ltabitalio1i llu riche el celle du pauvre, une rltcence dans
1:habitation du rie/te.

�Lotissement « Domino » •

Si l'on arrache du cœur et de l'esprit des gens les concepts immobiles
de la maison, et qu'on envisage la ·question d'un point de vue critique
et objectif; on arrivera à la maison:outil, maison en série accessible à
tous, saine, incomparablement plus que l'ancienne (et moralement aussi)
et belle de l'esthétique des outils de travail qui accompagnent notre existence.

LE Ço1rnusmR-SAUG:NIER. lntérie1tr d'une maison « Domino •· Fen2tTes en série

JJm·tcs en série, placards en série; on ajuste deux, quatre, douze éiément.s defen2tres :

?fllC porte avec une imposte, ou deuœ portes avec·dewi! impostes, ou deux porte,ç san;

irnposte, etc ... , des placards avec le haut vitré et des tiroirs en bas fonnant des bibliothèques, des commodes, des buffets de service, etc... 1'ous ces éléments, qui sont à fournir
par la grande industrie, sontétablis sur un 1nodule commun; ilss'-adaptentlesuns eontre
les autres eœactement. L'ossature de la mai,son étant coulée, on lès juxtapose les uns
auœ autres dans le Mtiment vide en les maintenant provisoirement avec des lattes ·
on remplit_les vide~ en carreaua, de pl.âtre, en briques ou en lattis ; on fait à rcbour;
des opératwns habituelles et on gagne des mois. On gagne a11ssi une unité architecturale d'une importance capitaf,e, et, avec le module, la proportion entre d'elle-rn2me
dans la maison.

Mais il faut créer l'état d'esprit d'habiter des maisons en série.
Chacun rêve légitimement à s'abriter et à affirmer la sécurité de son
logis. Comme c'est impossible dans l'état actuel, ce rê.ve, considéré comme
irréalisable, provoque une véritable hystérie sentimentale; faire sa maison, c'est à peu près comme faire son testament .. . Quand je ferai ma maison ... je mettrai ma statue dans le vestibule et mon petit chien Ketty
aura son salon. Quand j'aurai mon toit, etc. .. Thème pour un médecin
neurologue. Lorsqu'a sonné l'heure de ·bâtir cette maison, ce n'est pas
l'heure du maçon ni du technicien, c1est l'heure où tout homme fait au
moins un poème dans sa Yie. Alors, nous avons, depuis quarante ans,

dans les villes et les périphéries, non pas des maisons, ,mais des poèmes
le poème de l'été de la Saint-Martin, car une maison est le couronnement
d'une carrière .. . ce moment précis où l'on est assez vieux et décati par
l'existence pour être la proie des rhumatismes et de la mort.

Question d' Esprit Nouvean :
J•~ trente an~, pourquo_i ne m'acheterais-je pas une maison; car j'ai
beso1? de__ cet 01?,til, u-?-e m.~son comme la Ford que je me suis achetée (ou
ma C1troen, pwsque Je suts coquet).

Collaborateurs déCJoués : la grande industrie, les usines spécialisées.
Collaborateurs à su.sriter : les chemins de fer de banlieue les orcranisa0
tions financières, l'Ecole des Beaux-Arts transformée.
'

Le bnt : la Maison en sërie.
Maison • Domino ». ·Logement et échoppe. Pas de murs parlants; les fenitres font le tour de

[fl

m

�c__----------""'---------------:-------t-------------------- - - ·
L'ossature "Domino " comportait de:uœ combinaisons diff,
rentes a et b permettant ainsi qu'un jeu de dominos, tootel
les -juœtapositions en vue de constituer des groupement&amp;,
rues, places, etc ... Le module unique (multiple de 4) vrovo-

quait une unité agréable dans les ensembles projetés ; une esthétique su:rgissaii du
simple fait de l'application d'un procédé constructif modulaire. Les ossat:u.res a et b
se pliaient à tous les lotissements imaginables, fournissant des solutions architecturales. Les rues prenaient de l'ordre, une limpidité gaie.

LE Connosrnn-SA"GG:-JIER, 1919 . ,lfaisons de gros béton. Le terrain était fom
de bancs de gravier. Une carrière est installée à même le terrain; I.e gravier est oo
avec de la chau.œ dans un banchage de 40 centimètres d'épaisseur; les planchers e
ciment fumé. Une esthétique spéciale na'it directement du procédé. La bonne économ ·

âun chantier 111.ode-rne eœige l'emploi eœclusif de la droite; la dro-ite ·est la grande
acquisition de l'architecture ·moderne et c' rstun bien~ait. llfattl ne/loyer de nos esprits

les araignées romantiques.

�~
'\

LE Conuvsmn-8Au-G:--mn, 1921. li-foison en série « Citrohan » (pour ne pas dire

Cilr~ëu). Autrement dil, une maison comme une auto, co11çue et agencée comme un
omnibus ou une cabine cle navire. Les nécessités artue1les cle r1tabitalio1i peuvent être précisées et exigent une solution. Il {mit agir co11/re l'ancienne 11wi!1on qui
mésusait de l'espace. Il faut (11écess'it11 actuelle: 7&gt;ri:IJ de revient) considérer la maison
comme 'lwe machine à habiter ot, com111,e un outil. Lorsqu'on crée une industrie 011
achète l'outillage; lorsqu'on se met e11 ménage, on loue actuellement des appartem~11ts
imbéciles. Jusqii' ici on faisait d'une maison w1 groupeme11t peu cohérent de nombreuses grandes salles; dans tes salles il y avaittoujours de la place en trop elloujours de
la place en pas assez. A.ujourd'hui, heureusement, on n'a plus assez rI'argent r1our
perpétuer ces usages et comme on ne veut pas considérer le problè1ne sou.~ son vrai jour
(machine à habiter) on ne peut pas constmiTe dans les villes et une crise désastreuse
s'en suit; avec les budgets actuels, on pourrait construire &lt;ks immeubles admirable·
111ent ar"encés, à condilio11, bien entemlu, que le locataire 11wdi{ie sa mentalité; rlu
reste, i obéira bien sous la 71oussée de lei nécessité. Les fenêtres, les portes doivent
avoir leurs dimensiom; rectifiées; les wagons, les limot1si11.es, nous ont prouvé que
l'hom111e passe par des out·ertures restrei11tes el que /'011 peut calculer la place ai, centi111Jtre carré; il est criminel de construire cles W .-C. de qtwtre mètres carrés. Le pri.1!
du bâtiment ayant quadruplé, il faut réduire de moitié l.es anciennes prétentions architecturales et de moitié au moins le cube des maisons; c'est désormais un problê111e de
technicien ; on fuit appel aux découvertes de l'industrie ; on modifie totalement son
état d'esprit. La beau.té I' Il y en a 101,jours quand les choses smil calculées et la proportion ne coûte rien aii propriétaire, 11wis seulement à l'architecte. Il ne faut pa;;
avoir honte d'habiter une maison sans comblepointu,·de po.,;séder &lt;les murs lisses comme
des feuilles de tôle, des fenêtres semblables aux chassis desu.~iltes. Mais ce dont mi peul
êtrefier, c'est d'avoir une mai.ton pratique comme so machine à écrire.

CouPf.

LE (;on.BUSIER•SAUGNJER, 1921. Maison

"- Citroltan •· Deux seuls murs portant,
en briques, 7Jierres, parpaings, etc ... , suivant les matériaux employés dans le
pays ; les dalles des planchers sur le
meme module, des lignées de chtissis de
fenêtres d'usine avec guichets utiles sur le
même nwdule. La di.sposition des lieux,
conforme à Texploitation d'un mé11age;
r éclairage abondant conforme à la destination des pièces; lesnt!ce.ssités cf hygiène
favorisées, le., domestiques soignés avec
respect.

Coalition : leR archüecLes et le esthète. , le culte immortel de la maison.

Les réa/i.-,·ateurs : les enLreprise._ el le architectes vériLahl s.

La preuve par neuf: l0 Le Salon de l'aviaLion ; 2° les villes d'art célèbres
(Procuraties, rue de Rivoli, place des Vosges, la Carrière, le Château de
Ver~aiJles, etc ... : série). Car la mai. on en série implique des tracé aulomat1quement amples et grands. Car la maison en série nécessite l'étude
poussée de tous Jes objets de la maison et la recherche du standart, du
type. Quand le type est créé, on est aux portes de la beauté (l'auto, le
paquebot, le wagon, l'avion). Ca.r la mai,on en série impo era l'unité des

illlll li li llIll li tll

~ HIIHlllllllllllil

'

w

�LE ConBUSil!:n·SAUGNIER, I 010 • .l_liJaiSOII « Monol ». Crise des 7'ransport.~ : la maù1011,

ordinaiTe pèsè trop lourd. Briques, menuiseries, ciments, dallages, tuiles, charpentu,
représentent, roulant SlfT le 11o._ys de 'Frcmce, ~s ';Ollvois form~(lables de wagons:
Le problème de la maison usm.ée se pose. Pnncipe constructtf; cellules d'amtantocime/lt en flaques p~iées de '11(iillimètres. d'épai~se:ur, fornu:nt des ass~1es de I 1nèlrt
de haut qu on r1m1pltt de motfntm:r grossters, cwll.oux, gravillon, maténauœ de démolilion, etc ... , trouvé.~ !l'UT pùice, légèrement collés àuu lait de chauœ et laissant e11lrt

eux de gros trous qui confèrent mt,v murs 1m coefficient isolant important ,· les plafonds et planchers sont faits de tôles ondulées cintrées (arc très letulu) d'ainiantociment qui constituent mL coffrage recevant 11 ne chape de béton de queIgues centimètres.
Les tôles cintrées demeurent et constituent un enduit définitif isolant. Les menuiseries,
fenêtres el portes, sont ajustées en mime temps que les cellules il'a111iw1to-ci1ne11l. La
11iaiso11 es/ /aile par un seul corps rie métier et 11'a nécestlité le tra11.,porl que rl'une
double coq,.tille de ciment et amia11le de 111ûllimètres.

LE Conm:; IER-S,\1.; r:~n;:R. Jntériew· d'tme .il-laison " Monol •, adaptée à un 1.ogil
co11fortable. Si les gens cultivés sm:aient qu'on peut co11s!ruire en série des lof:is âwu:
parfaite harmonie, coûtant moins cher q,.œ. le11r appartement de ville, ils feraient pres•
sion sur les Chemins de fer de l'Etat 71out faire cesser le spectacle honteuœ des traùu
de bcmlie1u dJ?. la gare Sàint-Lazare; ils feraient comme les Berlinois, et ce serait 7J&lt;u·
J&lt;tit. On pourrait alors ttser de ces imme11ses terrains tle la périphérie. La maison en
,yérie autoriserait précisément les solutions les plus pratiques et d'une esthétique pure. F---:-----r--✓
Mais il faut attendre le réveil des Compagnies de Chemins de f er et l'étJeU de la grandt
·indl.llltrie qui doit fournir les éléments de série.
•

�1542

BIB_LiOGRAPHIE
L ' ESPRIT N O UVE AU

éléments, fenêtres, portes, procédés de construction, matières. Un ité de
détails ~t grands tracés d' ensemble, voilà ce que, au siècle de Louis X lY dans
le Paris composite, congestionn é, inextricable, inhabitable réclamait
un abbé très intelligent, Laugier, qui se mêlait d'urbanisme :'« De l'uniformité _dans le détail, ~i~ tfl,miilte dans !'e'!'semble » (le ?ontr~e de ce que
nous fais ons : une varieto foll e des detail:s et une umform1te môm e des
tracés de rues et de villes).

LES REVUES
Voyez plus loin :
ÉVOLUT ION DE
L'AUTOMOBILE

C?;iclusion }l s'_a~it d'un pro~lème d'époque. Davantage, du problème
~e ~ epoque. L eq~nhbre de_s sométés est une question de bâtiment. Jous
ecr1rons sur ce SUJ et un artrnle : Architecture on Rérolution.
L E CORB USIER-S.U ' CN IER.

LA REVUE MUSICALE
Vues su.r Beethoven, André Suarès. - La Musique populaire hongroise, BelaBartok ..
- L'Ariane de Montev:erdi, Xavier de CourviUe, - Nieolas Oboukhoff, /loris de
SchloeZl!:r.
Il y a les Revues de combat, organes de producteurs. Le nombre de leurs collabo•
rateurs se limite forcément du fait que le$ créateurs sont rares. Quelques individus
rèpondent de leurs destinées et le programme choisi est ,d e propagande d'idées et
d'action directe. Leur angle de pénétration est aigu et tranchant. Ton affirmatif, pas
nécessairement amène, toujours souligné. La phrase y prend volontiers l'allure d'un
ordre de marche. La revue de combat n'est pas l'affa;re dtt grand public qui aime
qu'on le pousse doucement, qu'on Je laisse « y venir • én son temps. Revue technique
aussi, elle s'attache à l'analyse serrée des mo1.ens de l'expression. Le tempérament
du créateur y inscrit le lyr;sme d'une époque d un trait passionné. Il y vit son époque
en en ébranlant parfois les parois de rudes coups. L ~s impondérables, cet aiguillon
lancina:nt, le poussent vers de nouvelles A:mériques.
La Revue de faits organise le terrain conquis; ce n'est plus l'éperon dans les terres
inconnues, ce sont de vastes domaines où l'on attire l' habitant. D aps le domaine
de l'art, la revue de faits rassemble un public,elle conglomère unè assemblée,en pli.Js,
. elle choisit les pièces des musées.
La Revue Musicale est une revue de faits. Chroniqueurs, critiques, conférencient
sur les valeurs de l'art musical. Vaste programme, car l'œuvrc solitaire et hautaine
du créateur deviendra un des éléments de la tradition . Strawinsky et Satie ne .
peuvent entrer d'emblée dans la- tradition ; leur action solitaire et individualiste
sollicite des commentateu.rs et des interprètes. Le créateur, autom_a tiquement, fJi.t
le vide autour de lui ; par le commentateur et l'interprète, son œuvre pàrvient dans
les rangs animés de la vie sociale. L'assemblée est alors amenée à admettre la valeur
du prédestiné.
:
La Revue Musicale, que dirige M. Prunières, consciente de l'utilité vulgarisatrice
des valeurs de l'art musical, poursuit un programme variant entre le passé et le présent ; le niveau de son action, - et c'est le ~igne de toutes les revues bien dirigées,
ascende sans cesse. Le sérieux, aini,i que l'abondance des matières, font de la Revue
Musicale, p.umi les revues de musique, un organe documentaire de premier ordre,
assurément la première actuellement.
A. J.

SIGNAUX
F entilateur basse r1ression (Socjété Rateau).

NO'l.'f'- · - Les illu strations du présent articl e n'ont trait qu'à la petite maison
d' un menage.
~fous reprendrons plus tard le problème de la grande maison de ,ille en série
éb~uché dan s le n° 4 d_e l'ESPH IT NOUVEAU a\·ec . les villes-tours, les vrlles-pi~
lotts, les rues à redent5.

Le pot de flevrs, André Baülon. - Le Cratère de Dionysos et d'Apollon, Fernand
Di.voire. -Je voulais en faire un homme, NeelDoff. -Paroles du peuple en guerre,
Sophie Fedottchenko. - Poèmes, Eric de llaulleviUe. - Alfred ou le Père Ubu en
liberté (Fin), André Salmon. - Signaux : • Eloge du parti-pris •, 0.-J. Perrùrr. • Le Classique futur •, Franz Hellens. - « L'Amateur de Films ,, Uan Chenoy. Notes sur les livres, Léon Chenoy, Franz Tlellens. Annibal, Pie, etc. Extrayons
la citation suivante de l'article de M. Hellens : LE CLASSIQUE FuT UR
•. .. L'tcrivain classique attendu, ce n'est p(UJ celui qui nous conduira sur le., fils de sok
de la léçende si humaine soit-elle, ni l'imaginatif qui nous contera des histoires eœtraordinmres de ce monde au de l'autre, ni le construcleu,r dont l'esprit comb-iiiera de
nouvelles architectures, ni cet autre dont les romans seront comme une mappemonde, 11i
celui qui résumera le mieuœ tous les désirs, toutes les joies et les douleurs del' humanité.
C'est l'homme qui sera capable d'e:cprirner l'homme, un homme, n'importe lequel, de
telle sarœ que t'intérieur_soü visible comme l'enveloppe. ChaqtJe cellule sera mise à nu
et chaque mouvement des artères, des muscles, des nerfs et du cen&gt;eau sera parfaitement
apparent puur celui qui lira. Il montrera l'homme, non p08 c&lt;mime m~jaurd'hui, acca•
blé par son œuvre, en danger perpétuel d'itre écrasé par elle, et tuujours en co-ntradiction avec le ptJl'/ectionnement mécanique de l'époque, mais se muuvant au contraire
aisément dans l'œuure qu'il a construire, en respirant l'atmo$phère, s'adaptant à sa
forme et d son caractère.
Je crois que l'imagination ne jouera pas un -rdle important chez un tel écrivain : il
verra tout ce que.fai dit et sentira si bien ce qui est invi-sible, que les mors se placeront

�tfeu.Nn~mu sou, sa plun~ • il M l · f, udr lu
•
,~ sera plu.t 11implt ,,:~::
im'rl ~;:atedq_u un trè., pelil ,wmbrt lie mols,
~
,a ire ... ..
FRAsz H1u.u:ss.

paru q~ ru-11

ZENIT
Art irk de Jrnn Epstrin sur Je Cinémn.

RYTII:ME ET

"\ . ITHÈSE

Les Thl&gt;ories d'Einstein, A. de Tloi'lvin. - Naissance, Paul Jamati. la poésie bnudclairicune, G. Rnmel.

LA
Francis Jnrnmes, Thedor dt
ublorid.

LA VIE DE

LETTRE

Bib!iothèquc de ma Poupée, RimlJ dt Goun , t
C
L 1:{ommc co mogonique Nirola., Beaudui11 ~ Dl'O h~son, Andri Spire. tativcs de Kupka A 1 it G
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rph1sme à prop&lt;&gt; des ten!&gt;im~les Albert Gki~•~' ou L-••~.~,md y. -:-(ISt'1'nchronisme, .\1ar1:&lt;•llo-Pobri. - Cho ·es
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~- ~nU e VI C
a&lt;:te) lle11ri Gl11
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· Agrestes,
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D · • Dorbaix.
- Le bon ouv i
J
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•.on. Jacq,~ Po~so,1. - Pathologie
-:ApCorès
le
cycl~
d'analvse,
1
1'° · &lt;'t la Littérature _ B ·
. J
mmenta1rc ur l'Art
6d
zano, .-1.-P. Gallien. ois grnv s e Arclupenko Vlaminck, Marcello-lt'abri, Lo-

:~~~n!:'b.j:~~

L'A."\fOUR DE L' RT
La Prescience de Tintoret' Elit Faure.

LA RENAi

A, CE

L'!i!étique de !'Automobile, Guillm,mt Jameau. -Bordeaux, Ville d'Art, Ch. Sm,l

DER QUER CHNIIT ·

Tl'!f"..eUJll. -

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L'Ilospitalité française, 1'1ari11s-,try

COS110POLI

Poésie hispano-américaine, de Torre. - Les Compagnies russes de ln chauve-souris,
Torr,. - Benedetto Croce, Josep/1 GaUi.er. - André Gide, l'homme et son œuvre.
Lo::t,1/10.

LI::S FEUILLES LII3 RES
Cette petite Revue, jusqu'à présent assez réactionnaire, renferme cc-tte fois des
t~rticles de. almon, Cocteau, :\l. Raynal.

O~L TA. - THE DIAL. - R S EG1'A D'A RTE. - Ç\ IRA. - LES
ÉCRIT
·ouVEAUX. - Cl 1 ÉA. - L'OPl~lO'.'J. - REVUE
MO DIALE. - FANFARE. - LES MARGES - LA CllL E.
- LE CRAPOUILLOT. - DE STIJL. - REVUE DE MÉTAPHYSIQUE ET DE MORALE. - LE BULLETI DE LA vrn
ARTI TlQUE. - LA REVUE DE L'ÉPOQUE. DROJ. - DER
l&lt;UN T\\A1' DERER. - KUNST AND KU TLER. - ART
ET DÉCOHATIO~. - LE MÉ~"ESTREL. - THE ATLA, ·ne
10. THLY. - LA REVUE RHÉ. A. E. - LACRLEE. - LEPROGRE CIVIQUE. - LECARNETDELASE~L\.INE. - Cl ' EMA.

Iotére ·sante Revue 'occupant b
d ,
P. Wcsthcim. Nomùreuse re ~ucou_p e I Ar~ français.~ signaler un article de
Juan Gris; cette Revue tient &amp;e~~l~~t~~!!~ r!~~rot, Ma\lt11sse, Marie Lauren~in,
avec ]'Art français,
r en' emagne en connexion

LES LIVRES REÇUS

L'ART LIBRE
Alexandre Black Reni Jf&lt;rrchand _ L S
.
.
situation de l'Àrt, Kasimir Eds~hi,,i,/_aQçti n d~ la Liberté, ~m'f Colin._ La
Pound, Conr~ Aiken, \V.~Jlace Stevcn
f~des ptc.'J nmér1cams, III : Ezra
F!,etcher. - Littérature flamande, III 1880-1800
de John G-Ould
L1p ch1t?;, Wakkm,ar Geor~e _ Le Co~ 8 d' ' té d •.
ne
ock. - Jacques
-Commentaires: traductio.ns Jacques Oliv. c
eL ,~z &gt;&lt;&gt;urg, Char/a Bttu4d-Ouin.
Jacque., Muni/. -Livrei; d',~t par J _0
e rongrè~d'Hii;toire de l'Art,
J.-0., et A.-L. -Nécrologie . -'Parmi ·1es.revu::d~ ~ii~~a1s et étrangers, P.-C.

Xf1

Ëe:.t"°J!n
"fi

~L--:-

KRITIKA
L'import:mte Rovue yougo,Iave, consacre son numéro de septembre.nu Dante.

DER KUNSBLATT
l'ltére'!santes reproductions l
· t B
·
·
L'E PRIT NOUVBAU d~~~~:~n rc a1;1meister, illuRt~nnt un nrticlccleSchmidt.
plus intéres ants de I' ., 'le
prochiunem~nt un article ur cc peintre un des
,.., magne contemporaine.
•

DER CICERO E
tatucttes de Chine, Art du \'\,'est Africain.

ARARAT
ReRf~~i!:~crt:b1!!~:i~t:~~~=~atues de Hélène Pcrdriat, Irène Lngut, Marin

BURLL GTO~ M GAZINE
B ~w:•D~~~JiJctions de des ins de Rembrandt. -

La Restauration de la Peinture,

us ouvragea doivent ltre adressés impersonnellement et la revue m double exe,nplllire, pour etre annoncû et ~tre remi., pour compte rendu toenl14t!I 4 ,ws rlwicteur •
La liste ci-dtssOWJ constitm acciué tù réception; MM. les Aweurs et Editeurs conRtatant dana un délai d'un mois aprù t ex~dition tù leur service qm leurs livrts
adressés d la revue,~ sont pas aunoncés sont priés d'en aviser l'E prit Nouveau.

EmilcBréhicr.

Histoire de la Philosophie Payot, Paris.
Allemande.
Traité comparatif des • 'a- Payot, Paris.
Arnold Van Gennep.
tionalités. Tome I.
Dr, igm. Freud.
Introduction à la psvrha- Pavot, Pari..
Traduit ptLr le D• S. Jan- nalyse.
·
kéléviteh.
Edition des Dits modcrn&lt;'s,
Etal (Poèmes}.
Fernand Demeure.
Paris.
Das Flammende Reich.
E&lt;litions Die Freude •·
Wilhelm Uhdc.
L'anndnc • fait.e à Mnrie Edition~ • Zdroj •• Pc1.nan.
Paul Claudel.
(traduction en Polonoi . .)
Editions • Zdroj •• Pr1,nnn.
Brask Epold.
Le
F,difices phy-,ico-chil)r Achalroe,
miques, tome I: L'Atome. Pavot, Pari~.
La Volonté de l'&amp;pétance. Edhions du Fauconni&lt;'r,
Unoul Jiauticr.
Paris.
Editions de ln Lampe merEldorado.
!\forC'el l'Ilerhier.
veilleuse, 20, boui. ~JaJe,herbes, Paris.
Edition5
L?. Nieder, Pa-:-i,;.
La Peinture.
Tri~tan L. Klingser.
Edit.ions , Au Sans Pnreil ••
.Jncob Cow.
Jean Paulhan.
l'arh.
EditionR Gtlrnier J?rères,
Le cR!l Racine.
Gon1,ague Truc.
Paris.
• La Sirène •• Paris.
I.a Do.ose nux Enfers.
All&gt;&lt;'rt Dulac.
Modeleurs et tailleurs de
Joarhim Co \a.
• La douce France •• Paris.
pierres.
Chez !'Auteur, Puris.
Le .F ou (l&gt;oèmes).
Aurèle Paterni.

�COSMOPOLIS

ÉCHOS DE L'HOTEL DROUOT

REVUE MENSUELLE DE LITTÉRATURE ET DE CRITIQUE

Directeur : E. GOMEZ CARR1 LLO
Secrétaire de Rédaction : GUILLERMO DE TORRE

LISTE COMPLÈTE

1'rofrièine année. Paraît tou8 les mois par volumes de 200 pages, beau fomwt in-4°.
l

Depuis sa parution Cosmopolis s'est placé à la tête des Revues espagnoles de
culture générale. Cette grande Renie présente un intérêt considérable, non seulement pour les lecteurs espagnols et hispano-américains mais aussi pour ceux d'autres pays, car ces pages constituent un vé~itable miroir international où se projettent tous les faits marquants de la Vie, dela Pensée et de l'Art contemporains:
Littérature, Poésie, Musique, Arts plastiques, Critique, Bibliographie, ln[ormations
monographiques sur les faits et les hommes nouveaux. Ce résumé des sommaires,
permet de juger Cosmopolis, la seule Revue capahle de donner 1. l'Etranger une
idée complète de la vie intellectuelle espagnole de no8 jours.
COSNOPOLIS compte parmi ses collaborateurs les écrivains les plus qualifiés
et l'on trouve dans le texte de la Revue les valeurs universelles les plus importantes à côté des jeunes tendances les plus caractéristiques. COSMOPOLIS accueil]e, expose et critique les œuvres et les représentants des nouveaux mouvements d'avant-garde avec un esprit de sélection et de comparaison objective.
ABONNEZ-VOUS: Le Numéro: 2,50 Pesetas . .
Abonnement annuel pour l'étranger: 30 Pesetas:
Adresser les demandes &lt;fabonnernent et mandats au bzzreall de Cosmopplis, Plaza del
Cordon, 1, Apartado de Correos, 502, Madrid (Espagne).
Défôt général po1~r la CJente en gros; Sociodad Gral. Eapaîiola de Li.breria:
Ferraz, 21, Apartado, 428, Madrid.

· des Prix atteints aux Ventes

VENTE UHDE -

30 MAl-1921
Prix cle demande
Prix
de 1·expert
d'adjudication

PEINTURES
Georges BRAQUE
l La Ville •.......................•..••.........
2 Nature morle ............•....•..-.............•

3LaGuitare ............ : ....................... .

t(; {!gj{~1~~.
:. : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : : :
La F/11.te ....................•..•..............
1 Verre cl Cartes ......................•..•......
8 Pipe, Cartes et Journal ............ , ...........•

LUMIÈRE

Il

1'

REVUE MENSUELLE D'AVANT-GARDE
Directeur:

160, Avenue d'Amérique

ROGER AVEflMAETE

ANVERS

LUMIE:RE » compte parmi ses collaborateurs, des
Français, des Anglais, des Allemands, des Italiens, des Néerlandais,
des Tchéco slovaques, des Américains, des Brésiliens, des Catalans,
des ~lsses, etc... Largement accueillante, elle publie à côté de noms
célèbres - Les Upton 81nclalr, les Duhamel, les Latzko, les Spitteler,
etc... - les essais de jeunes totah.ment inconnus.
La revue

cc

ÉDITIONS CONCOURS - EXPOSTTIO:'\S - CONFÉRE'.'"CES
Le n° Fr. 2.50 - Abonnement semestriel. Fr. 12. - pour tous pays.
DÉPOT GÉNÉRAL POUR LA FRANCE :

Librairie PICART, 59, Boulevard Saint-Michel, PARIS

9 La Grappe.de Raisin ........................... .

10 Le Journal •...........•..............•..•.....
11 Le Verre sur la Table .................... ....... .
12 Verre, et Pipe Journal ...............•..........
13 Nature morte ................................. .
14 La Ville .......•......•..........•............
15 Nalure morte •.................................
16 Nature morte ....•.....................•.......
17 Nature 1f!PTte •••••..•...•..............•.••••••

800
1.000
2.000
1.200
800
400

$00

450
350
300
4.50
500
1.200

705
916,50
1.703, 75
998,75
564
470

4.28
611
411,25

352,50
498,50
640,25
611

500
500
350

58.7 ,50
446,50
587,50
376

300
300

587,50
046,25

300

188

400

Nils de DARDEL
. 18 Dans les ru.es de Senlis ......................... .
19 Dans le Fauteuil ............. .................•
20 Portrait de M. Uhàe . ...............•. , ........•

Raoul DUFY
21 Plage à Marée basse ...........................•
22 Le Cavàlier arabe .............................•
2::1 1,e, Canal ....................•.................
24 La Statm da.ns le Parc ......................... .
25 Le Banmi-ier •••..........•..........•...•...••

2.000
.1.800
1.500
1.000

1.500

1.645
2.201,25
1.057 ,50
1.288,75
1.116,25

(1) Les Priœ d'AdjadicaJion. que nous donnons camportent les dro'ils qui s·élèvent. à
17,5 p. 100 en sus du pria! atteint.
N. D. L. R.

�1564

Prix
Prix de demande
de l'e:i:pert
d'adjudication

Prix de demande
Prl:z:
de 1'expert
d'adjudication

Henri ROUSSEAU

Juan GRIS
O Le Campotier ...•••.•..•.••..•••.•••••.........

800

528,75

Auguste HERBIN
27 Les Pots de Fleurs ......•......................
23 Le Pont de Fer ................... , •...........

800
1.200

893
1.057,50

Alfred KIRSTEIN
29
80
31
82

Femme dans la Clairière ........... . . . .........•
Paysage .•...••....•.........•.•.••..•........
Paysage ..................... , ..•.............
Vue du Boulevard de Port-Royal .....•............

Portrait de 111. Brummer ....................... .
L'E1e,ant à la poupée de carton .... ...............•
La emme en rouge dans la ForR.t ............... .
Vue de Malakoff.•. .............................
La Promenade sous les arbres ................... .

56
57
58
59
60

200
150
100
50

67,05
47
35,25
29,40

62 La Ville .: ...•..••.......•.•.•...•. , ..•.....•.

35,25
17,65

800
1.500

881,25
2.056,25

300

446,50

63 Portrait •.............................•......•

64 Le 'l'orrent dans la 111ontagne ..............•.....
65 Le Cheval blanc . .........•....................•
66 La Ruelle ..................................... .
67 La Mise (/;Il, 1'ombeau .......................... .
68 Christ en croiœ (peinture sur verre) Art Slave ..... .

141

•

100

105,75

200
50
50
50

35,25

»
&gt;

800
400

800

20

14, 10
329
5,90
152,75

Georges BRAQUE
69 Le Compotier (dessin au fusain et papiers collés) ..••

400 ·

235

•

Ma.rie LAURENCIN

820
4.70
564

70 Tt!te (dessin au fusain) ......................... .

200

82,25

1.200

1.410 *
705 •
528,75

Pablo PICASSO

Lucien MIGNON
41 Paysage ..................................... .

100

D

AQUARELLES ET DESSINS

1ean METZINGER
38 Nus dans un paysage marin ....•..•....•........
39 Nus dans la Montagne . ••................•......
40 La Danse ..................................... .

•
•

WOLFF

Fernand LÉGER
87 La Femme couehée . .........................•...

15 . 000
8.500
9.000

18.305
10.575
80.550
15,980
19.975

7.000

PEINTRES INCONNUS
20
20

Mar-ie LAURENCIN
35 Le Pot de Fleu:rs . ............ ..... ... ......... .
36 La Femme au boa rose ... . "'. ..................... .

10.000

Attr:bué à H. ROUSSEAU
61 Hommage à Saint-Hubert ...........•.......••••

KLOSSOWSKI .
88 Carnat&gt;al •...................................•
84 JaTdin àSamoi.s ............................... .

1565

ÉCHOS DE L'HOTEL DROUOT

L'ESPRIT NOUV:IDAU

100

20,40

71 Le Compotier (dessin gouaché et papiers collés). ...•
72 Le Verre (aquarelle) ........................... .
78 Guitare (dessin au fusain) ..................... ..

400

800

Pablo PICASSO
42 Portrait de M. Vhde . .......................... .
43 ]ligure dans un fauteuil ................•........
44 La Joueuse de Mandoline •......................
45 Le Joueur de Clarinette .. ....•............... . ...
46 Buste de Femme .. ..••..........................
4lT Le Violon .......... . .......................... .
48 Le .Fumer,r de Pipe.~ ... ......................... .
49 Le Joueur de Mandoline ..................... . .. .
50 La Dame au Fauteuil ... ........................ .
51 Violon, Verre et Journal ...........••..•.. : ....•.
52 T~t,e •....•.•...............••................
58 T~te ............ ·............................ .
5-i Buste de .Jj'em11u; .. ..•........•.........•........

S.000
4.000
8.000
2.000
7.000
5.000
8.000
2.500
800
2.500
700
1.000
1.200

1.988,75
8.525 l
21.150 J
4.280 J
9.165
6.815
8.525 5
2.585 •
1.175
8.848,7»

•

940

•
•

1.880 •
4.817,50

Jean PUY
5 Nu

sur le Soja. rouge

1.000

, VENTE KAHNWEILER

•

1.586,25

13 ET 14 JUIN 1921
Prix de demande
Pri:i&gt;é
de 'l'expert
d'adJudic.ation

N"'

PEINTURES
Georges BRAQUE
l Le Compotier • ••.•...............• : ...........•
2 Le Port d'Anvers ••......•........•...........•
3 . Nalure morte .......... : .••••...•••.........•.•

350
300

1.000

488,75

56"

,

1.801

»

�1566

Prix de demande

Prix
Prix de demande
d'adjudication
de l'expert
4 Le Port ......•.... , ...............• ,,.,.,., ..•
5 Les Poires ........................•....•.....•

6 Bord de Rivitre ............• : ................. ••

7 La '.l'ranche de Melon . .............•.........•..
S La Pl.cheuse . ...........•......................
9 Le Campotier .................................•
lp Village sur la collilui ........................... .
11 1.,e Verre ...................... •, • • •, • • • • • • • • • •
12 La Guitare ................................... .
13 La Mandoline ........ " ...................... .
14 Nature morte ..................... , ... • • •,, • • • •
15 1..es Cartes à_jouer ................ , .•....• , • • • • • •
16 Maison sur la colline, La Ciotat ................. .
17 Nature morte ......................... , . , , , - . • •
18 La Roche-Guyon ........................ , • . • • • • •
l O Pipe et Tabac .. ..................... , . • • • • • - • • •
20 Le Violon ............... . .... , , • • • • • • • • · • · · · · ·
21 1,a Terrasse. L' Estaque ..................... , . , .
2"2 Le Joueur, Guitare ........•...................

300
400
300
700
500
900
800
800
1.000
1.500
400

300
600
1.600
800
500
2.000
700
2.000

305 •
893,50
246,75
1.180,25
775,50
799 •
1,~68,75
587,50
1.851,25
1.880
705 •
470 •
705 •
1.603,75
l.292,50
1.116,25
8.760 •
305,50
2.820 •

Maison aux Martigues ......................... .

2·e1c ..••.. , , •.. , , .•... , , . ·.,:.,., · ·, • • •, • • • · · •

Le Compotier de Gd/eaux .....•.............•.•..
La Colline de Cagnes .......................... .
Femme arcoudée . ................. , ............ .
Les Arbres ..•..................................
Femme asme ,me à mi-corps ..................... .
N atun· 11wrle .. ................................ .
Paysage ..................................... .
Vue sur Martigues •.............................
33 /,a C,,(t'tière ............................ , .. , . · ,
34 '1.'tte d - Fe1mne . ...............................•

35
36
37
38
39

Le Pot le Fleurs .•..............................
Les At ,res ..••...................... , , .. , • • • . •
1','ature Morte ............ .............. , •. • : • • • •
Paysage ............................. , ... ••.,,
Nature morte .. .....................•....... , .. •
40 Portrait de Madame K ... •...........•........... ,
41 Fermne assise vm à mi-corps ..................... .
42 Bai;piettrs ........................... , - · , , • · · · ·
43 La i;ibecière .. •.................................
44 Le Pot bleu .................. , .. , ·. · · · ·, · · · · · ·
45 La Mappemonde ...........•................ ,••
46 Brocs et bouteilles • ..........•.•...... , . , • . • . , • • •

800
600
9.000
1.500
1,800
4.500
1,000
1.200
1.000
4.000
1.800
2.800
2.500
9.000
2.600
2.000
3.000
18.000
1.200
900
16.000
2.800
6.000
12.000

GO Nudansunpaysage ............................ .
Gl Les Maisons sous les arbres ..................... , .
62 La Femme en bleu .....•................ : ..•...
63 La Ville vue d'un haut .•.•.......................
64 Les Maisons sous les arbres .....•...•...•.•.......

1.418,75
1.23!1,75
12.690
8.642,50
2.467,50
7.990 »
2.115 ,,
3.290 •
2.850 •
7.285 •
2.820 »
4.700 •
3.525 »
12.690 •
4.817,50
2.232,50
4.230 »
21.150 •
2.232,50
1.468,75
13.160 •
8.877,50
11.867,50
11.280 •

•

5.405

La Guitare ......•...................•.........

49 Le Peintre .•..........................•........
50 Le Vi-Olon ....... . -............................. .

51 Le Toréador ........................•.•.......•
Guit&lt;rrc .mr une table ............................ ,
Le Bock ......•...................... , .... •.,•
Le livre ......................... , .•. , .. ,,•,,.••
NaJuremorte •....................•....•....•...
Le Violon ...................................... ,

52
53
54
55
56

800
800
500
700

MO
400

250
300

4-00

1.000
500
2.500
700
3.500

1.175 »
403,50
2.350
528.70
2.526,25
1.175
822,50

500

900

))

))

•

470
998,75
470 •
498,50
258,50
387,75
410,25
293,75
528,75

300

1.500
1.000
450
2.000

540,50
410,25
3.642,50
646,25
728,50
1.192,50
705 •
940 •
1.880 •
1.821,25
940 •
763,75
1.762,50
1.468,75
_763,75
1.938,75
2.350- •
1.034 •
1.880 •
2.350"
040 »
822,50
1.603,75
998,75
646,25
3.642,50

300

152,75

1.000
300
300
200
150

940 •
1.527 ,50
176,25
211,50
352,50
258,50

800
700

763,75
446,50

400

2.500
1.000
400

2.000
400

500
1.000
3.000
1.200
400
2.500
2.000
800
2.000
2.500
1.200
z.500
3.000
400
400

•

Kees VAN DONGEN

»

93 Portrait .. . ...........•..............•........

Juan GRIS

1.703,75

Jean PUY

92 Le Pot de Fleurs ......................•........
48

2.500

Pablo PICASSO
65 V erre, pipe et allumettes . . . . . • . . . . . . . . . . . . . . . . .. .
66 Ttle ......................................... .
67 Les Poires • . . • • . . . . . . ........................ .
68 Nal.ure Morte ... ............................... .
69 Nature Mort.e, .. ,. ............ ................. .
70 Femme Nue .......•..............•............
71 Ttted'Homm,e ................................•
72 La Plante verte ................................ .
73 NatureM&lt;rrte .................................. .
74 NalureMorte ................................. .
75 Figure ....•...... ; ........................... .
76 Sur le Piano . .......... , ............... , .. , ... .
77 Nature Morle ... ............................... .
78 Figure ....................................... .
79 Tite d'Homme ............................... .
80 Portrait ...................... , ............... :
81 Arlequin, vu à mi-corps . ........................ .
82 Figure ....................................... .
83 Femme aux bras lev~ ........................... .
84 Portrait . . . ........... ·....................... .
85 Ttte ......................................... .
86 Nature Morte, .. ............................... .
87 Figure •......................................•
88 Nature Morte .................................. .
89 Le Saucisson ...............•..................
90 L' Ilomme à la Guitare . ......................... :

Othon FRIESZ
3.500

d'adjudication

Fernand LÉGER
58 Le Fumeur .•.••...............•.......•......•
59 Nature ll:torte .... .......•..................•....

91 La Morte .. .•............ : •...................•
47 Paysage •.••......•....•......•.........•••..•

Prix

de l'expert

GUILLAUMIN
57 Bord de Riui~e ..........................•..•.•

André DERAIN
23
24
25
26
27
28
29
30
31
32

1567

ÉCHOS DE L'HOTEL DROUOT

L'ESPRl'l' NOUVEAU

94
95
96
97

Nu couché .•...................................
L' Acrobate ... , .....•......••..................
La Terrasse .................................. .
Femme cou.sant ................................. .

a.ooo

Maurice VLAMINCK
98 La cathédrale ....•....•........................
99 Nature morte ... .........•......................

�L:·ESPRIT

NOUVEAU

1568"

NOS DÉPOTS .EN PRANCE

Prix de demande
Prix
de l'expert
d'adjudieatio~

Southamp/on ...... , ... . .... , . , . , ..... , ...... .
Le Pot de Fleurs .............................. .
La Flûte ............ · ... · · · . · · · · · · · · · · · · · · · · ·
fi'l.eurs . .••••...... • • • • • • • • • • • •: · · • • • • • • • · · · · •
Nat1,1,remortc . .•......... . .... , .... - - ......... .
L' Abbaye de TYetsminster ...................... .
Le Pot de Pleurs ............................... .
Paysage ........ : ......... • .. • . • • • • • • • .. • • • • •
Chapeauœ et gants .................. , .......... ..
Paysage .............. • • • • • .. • , • • • • • • • • • • • • • •
Nature morte ................. , ........ •.•••••.
Paysage ............ • - .. • • • • • • • • • • • • • · • · • · • · •
Le illelon .......... , . ·, .. · · · • · · · · · · · · - · · · · · · ·
Le Clocher ..................... - . •. •. • • •. • • - • • •
114. Bougival ....................... • . • • • . • ... • , • ,
115 Le Pot de Fl.eurs ........... • .. - - • • ... - • • - • • • • • •
116 Portrait ...... - - . • . • - • • • • • • • • • · · · · · • · · · · · · · · · •
117 Paysage ....•...... • • • .. • • • - • • • • • • • • • • • • • • • • •
118 LePotdeFleurs ............................... .
119 Le Compotier de pommes : ..................... • .
120 Paysage ............. • ; . • • • • • • • • • • • • • • • • • • • • · ·
121 La Garenne-Bezons ........... • ... • • • • • • • • • • • • •
122 La Fumeuse d'opimn ................. • • • ..... • •
128 Paysage .... ·.. • .... • • • • • • • • • •: · · · · · • • • · · · · · • · ·
124 Maisons à Bou~ival ........................... • •
125 La Janc-Portra·it ........ .....•......•.. • ... • • • ,
126 Portrait .................. • • • • ... • • • • • • • • • • • · •
127 Le Pot de Fl.eurs ............. , ... • • • • • ... - • • • • •
128 Nature morte . ..................... - .. • ...... - 129 Le Chemin dans la Foré/ ... ..................... .
180 Paysage •.....••...• • - .... • : • • • . • • • • • •·• • • • • • •

J 00
101
102
103
104
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l 08
109
110
111
112
J,13

500

800
1.000
800
400
800
700
400

5op

:gg
900
800
700
600

705 •
1.034 •
998,75
1.069,25

876
968,50
658
470 •
852,50
361,25

968,50
940
1.084

470

•

564

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300
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DES

FORnES

DE

1921

�L'ESPRIT

SOMMAIRE DU ND 6
La L}lmière, 1:,. Couleur et laForme, Crr. HEN11 Y
'Boileau et le Cinéma (les Revues), Itx:rnr Aull!OL · ·, ........ ,.....................
L'Esthétique sans Amour (Il) Ca. L.1.Lo . . . . .
Braque, WALD1!11.All G-l!lORGE .... , . . . . . . . . . . .
Charlot, ELIE FA URE.......... ..... .... .. .
L'Estbétlque et !'Esprit, PIERRE REVERDY . . .

IOUIEIU
SOMMAIRE DU N° 1

L'E-spritnouveau ..••.. , ... ..... ........ ...
L'Esthétlque· nouvelle et Ja Science de l'Art
VrCTORBASOH ...................... .. .'
NotessurJ';\:rt de Seurat, BISsrèRE...........
Découverte du Lyrisme , PAUL DBR)llUI .. ·-..
Sur la Plastique, A, OZENPANT et ÜH.-E. 1BANl'!BRET , .•.•..•. , . . . . . . . . , , . . . • . . . . . . • •

La Musique Polonaise, HENRY PRuNraRl!s....
Les deux routes, . • . . . . . . . . . . . . . • . . . . . . . . .
Picasso,ANDl\l'lSALllON, ... . .. . . . . .. . . .. . ..
L'Esthétlque du Cinéma, B. TOXINE........
3 rappels à MM. les Architectes, LE CORBUs111a-

3
!\
l3
29
38
49
60
61
84

Cl 11111ra mtlaal 138 JlliS, 30

SAuo&amp;n:l\ ..•....•. • • • • • • • • • · · • ·• • · · · · ··

Le Cirque, art nouveau, Ct.J.INE ARNAJIT.T ·, • •
Notes suries Revues 19H-19'20, o. DE LAOAZE-

159
169
183
J 90
195

200

L ;Expr~ssionnlsme dans l'Allemagne contemporatne, RA.Y lilOFD LEKOlR , , , · · , · · · · · · · • ·
Les Chants de ll{aldoror, C~LINE ABNA ULT, • • •
Les Maisons Vol!iln, L:&amp; C'ÔRBUSlE&amp;-SA UG!UER •
Copeau et Gémier. MA.XUŒ Li!J.Uil!.E , • • · · · · •
L'Harmonle, G. MJGOT • • • • • • • • •,, · · • • • · · · •
Le Salon d'Automne, "VAUVREOY .. · • · · · · · · · · ·
Echos de la derolèrebeure .... , · ·, · · · · .. · · · ·
Echos de J'ltôtel Drouot.
Une exposition de peinture à Liège.
Supplément littéraire, Knut Hamsun (Prix Nobel
02.0).
.
.

.Dm es uamira 138 pagts, 50 phetogrm:res, t reprndnctlon au troh couleurs (tableau de CèWe et un sup1Ieme11.t littéram).

-~~ _R:~~~i~

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-~~~:

LaJ~~1~e
_s_o_v_i~~l_ll_~e.'. ... ~-:'llanlfeste inédit. La danse ruturiste F. T.
MAll.INETTI . • . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Appogiatures : Sur la possibilité des rapports
entre deux polytonalités, G:EORGES MIGOT
Revue esthétique des Journaux et revues ;
Une enquête sur Raphael (DER.UN. J.-E.
BLA.lfCHE). Un nouvel Idéal rnuslcal (J ACQJJES
D.1.LCll.OZG). L'Art muet (MARGES). D'iscussion sur le Moderne (A. THI)l.l. UDET).... . . . .
Autour de La :Fresnaye, J. Coor~Au........
Les nouveaux limbres-1&gt;0ste...... . • . . . . . • . • •

257
269

284
285
297
304
308

31 t
313
326

Poésie, L}'J'isme, Art, P.1.UL DERlllhl, ·, · • • · •
La Rythmique (/in), ALBERT JE4:SNERET, · · · •
La Critique des Arts figuratifs en Italie,
CARJ.O OA.llR.1.- ....... • • • • •, • • • • .. • • • · · · ·
La.Typographie CBRISTIA.N ••. .. .• .. .•.. ...
Cinéma, Loms DELLUC . , • • • • • • • • • • • • • • • • • •

~!r~~~~cl~e~~~:~:: iiivom~ :::::::::

Les G-rands Concerts, Hm-nu CoLnT , • •, • • • •
Les Livres (Picabia, Max 1acob, Apollinairr),
Ci!nINE All.NAt'LD ... • , • •. • • • • • · • · • · · · • ·
La llttt\rature belge depuis i 914 , LtON ClllllNOY
Les Expositions (Nadelman•LeJeune-M:atls~e),
V.!.UVRIICY ...•. , ....... · ·, · ·. ·, · · · · · · · ·
Notes et Echos ...•....• •., •• • • • • • • • ... · • · ·
Echos de l'Hôtel Drouot
Supplément littMalre, Knut Hamsun : La
Reine de Saba (Prix Nobel !920).

327
331

Le Purisme, OZENJIA.l'fr ET JE!_NNERET • . . . . . .
Ingres, B1ssie1111: .. . • . • . . • . . • • . . . . . . . . . . . . .
Pensées d 'Hier et de Maintenant.... . . . . .. . . .
DuCoranetdelaPoéSlearabe,HENRITHUILE.
De la recherche de nouvellesconvel)tlons de typographle musica~':J G-. M1G.OT • . . . . . . . . . . .
Les Gran'ds Concert .H, Coi,nr........ ... • • • .
Fernand Ltg~r. M. RA. YN.U.S.- ............. •..
L'Esthêtlque \le Proudhon, R. cnxNRVl!il,L...
Parade, ALBBP.T 1BANNIIRET . . . . .. .. . . . . . . .
Le Sacre du Printemps, ALBIIRT JEANNERlliT..
Trois rappels à MM. les 'A rchitectes, LECOllBU-

Dw ce 11161'8, 138

369
387
HO
411
419
423
427
443
449
453

KA································....

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Les Expositions, V .1.1TV8EOY .• . . . . . . . . . . • . . .
Cinéma, L. DELLUC .... • ... ,,•••••• • • • • .. •
Science et esthétique, P. RECHT •• • • • • . . • • • • •
Correspondance .•.........••.....•....... ,
F,chos del'Hôtel Drouot ••.. , , , , , . , · · · ·, · · • ·
lllbliographle, etc ..••...• - . , , . , , , , , · ·, ·, · · ·

367
368

457
4 71~
474
476
478
480
483

486
488

56S
573
570
585
589

De quelques Acrobates, R. BIZET •.• , , , .••••
De l'emploi du verre grossissant, F. DIVO[llE •.
Le Tactlllsmeu•, .......•.••.. , .•••.••.••
Cubisme, (W.1.LDll!tl.1.11 GEORGE)
Les Revues Edison Spirite, (JE.1.N Fn.or)
Le Jeune Taine (G. BRUNBT)
Les Jeunes Revues allemandes, Iv .I.N-GOLL ....
Les Sport~, LAOLENNE ...•.••.... ... . ......
Les Expositions, VAUVltEOY ..... .. . ....... .
Bibliographie ...... . ; . •. ..••. . .. ..... ....
Echos de !'Hôtel Drouot ..••............. ,
Echos du mols •... . ..•.• ......... ......•
La Reinede Saba, lrnut Hamsun...........

•

•

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•

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169
719

729

777

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856
877

92i
908
869
893
903
902
917

Des Yeux qui ne volent pas ... Les Paquebots,
LE OORilUSIE&amp;•SA UONUlR ......... , . . . . . •
Des Systèmes d'Esthétiqne en France, R.1. YKOND LENO Ut . . . . . . . . . . • . . . . • . . . . . . . . .
Les Tourbillons, P .A UL REOB:r .. • . . . • . . . . . .. .
La Lumlère, la Couleur et la ·Forme (suite)
CHARLES HENRY . . . . . . . • . . • . . • . . . • . . . . .
Faut-li émettre 150 mllllards de billets de bar,.
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ltéponses à notre Encrnête (Fin) ........... .

845
933
872

91.6
925

ll1111!ra natlnt t 3Z ,a~H, 38 muxtratious am la texte, 1ti hm-ta11e, 11epreiBlio1 u culenn: Le cmle ehra11at1qu 4e Charles !mJ.
SOMMAIRE DU ND 9

~1Cô·.:::::::::::::.·,·.·.··..·.·.··..··..··..··..··..··..·

1011
955
1052
997
1010
t 077
i10
02t 08

Groupe · • · · · · • · · · · • • · · · · · · · , · · · · .. · . ,
8 Artlol°nals. ·
ocra e, LBEllT EANNimET...............

102.3
10l8
989

111

'i · · · · · · · · · · · · · ••••••.. , . .

Des Yeux &lt;rul ne volent pas •.. Les Avions, LE
COll.l)USIER-SA.UGNIER .•............ , . . •
9"73
Préadaption, P.AUL RECHT .. . .. .. . .. . . .. • . .
970
La l,umlêre, la Couleur et la Forme (fin) ..•. •.
CRARLli:Slil!NRY ....................... 1068
Les Clowns et les Fantaisistes, RE!i:A BIIET • • . t 061
L'Arriére-Plan,FB1tNANDD1voIR.ll .•.....•.. 1064
Où mèoe la politique anti-soviétlque, R. CHE·
NRVI'ER .... : . . . . . . . . . . . . • . . . . . . . . • . . . . . ! 045
F'rancis Picabia et Dada, F. Pra.1.na . . . . • . • . 1059
Curiosité$ ............ . .... ... ... -- . . . • . . 1016

umrt mlint m PIJi!, 55 illoatra!lm dm le tute, 16 hm-tnte, t repredacliOD 11 coaltars : Ta)lm dl Picma.

ee mhols passé, VAUVJIEOY · · · ·.,. • ...... ,,.
L
e P énoméne littéraire, JEAN EPSTEIN......
Mariés de la Tour Eiffel, 11wr OOOTJ!AU ..
FLl'l&gt;res, :1.1:. RAYN.!.L ... · · · · · · · • • • • • • • • •.
Las rëres Le Nain, V.1,.uV'REOY .. •... . .....
L'_x~ns, rAURIOE RAYNAL ···· .. • •••·· •• - .
en et1onie, R. SOTTA.... .. ..........
Des Y eux
qui ne voient pas ... Les Autos, LE

1'083
1088
1115
il 72.
H25
1152.
1165

f C01\_BUSJJ!R·8AUGN1Ea ........ , ., .........

1139
i 177

f:
u/

antarnie, ô Dtvlne Vérité, Jo'ERN.AND DIVOIRE

Critique de l'Esprlt allemand
WALTER
R
N
'
Le tri!~e~f
Nouvelles Hypothèses dans le Domaine de la
la Physiologie et dela Métleclne, A. Lu:111i!llE
Lettre à Saturne, DA&amp;TY..... ,........... . .
Curiosités
·• · · · · · · · · · · · · · · · '· · · · · · ·' · · · · • '

ru:~àaryk.; :ËxiûiiuÊL s~iii.ix::::

;~t~é;~.::::::::::::::::::::::::::::::::
Les Revues.............. . . . . . . . . . . • . . . . •

1093
1!07
f183
t11 I
1195

mx

12.00

hBlffl Hltlnt m pagu, 48 illullntim diD&amp; le tut&amp;, dont 16 h;;~;~~;P:~; ·,i ·1· h;r~:1~~1; ~~ ~;~~u~ ·: ·1~~;~; d~ Ln~:S~
SOMMAIRE DU N° 11-12
Cézanne et Cézannisme, G-rno SEVRRINI ...•. 1267

CeD~~gofs _avons !ait, ce q_uenous ferons, LA
WLettTON.1,1·····--·············--······

::::i~;{~~~fe~E~].Îtii~~:

SOMMAŒE DU ND 5
491
500
515
521
521,
556
559

787
742
751
807
748

833

839

SOMMAIRE DU N o 10

,av11, 55 photngrmm, 1 re-prnductiou m trois cnlm1 (Tahlm la F. Léger).

L'estbétlquesans amour, OH. LALO ••.• , . . . .
L'Art de carda:re111,0EcoHI • • • . . . .. . • . . . . . .
Fouquet. B•••....................... . ....
!,'Art de Whitman, L. BAZA.LOETTE.. .. ......
Juan Gris, M. RAYN"AL................ ....
Appel de sons, ApRel de sens, P. DER)l:8E....
Tagore, C:8LINE ARNAULD.... . . . . . . . • .. . . . •
Les Tracés Régulateurs, LE Coanusnrn-SAUGNlER . . . . . . . . . . . . . . . . . . • . . . . . . . . . . . . .
Règnes, P. RECHT............... .. ... ... .
Parlons Pelntnre, LliONOE ROSENBERG . . . . . .
Jl;stllétlque Musicale, MIGOT.... . . . . . • . . . . . .
Photogénie, DELLUC......................

•

r~

4,

STilR-S.!.UGN!E&amp; (3• article) •...... , , .... ·Les Livres, CllLINE A.RN.!.ULD ... , .. , · •., · · · ·
La poésie polonaise d'auJourd 'bui, R. lZDEBS•

-

359
364

nw ce nuire, su pboto1mms et ane reproducthn 1111 trais G1111lms (Tablm da ta FmnaJt).
SOMMAIRE DU ND

-

357

i~:

804
737

Cahiers d'un Mammifère, ERIK S.~TIB .....•..
L'intelHgence dans l'œuvre musleale, A. JEANlCERET , ... , . , , , ... , .... , ...... , . , , . •,.
La création pure, HmnoBRO •...............
A propos des théories d'.Èlnsteln, LE BEOQ.. , ..
Tensions et Pressions. Rayon5 X et Lumière.
La synthése de l'ammoniaque, REOIIT ..... .
La Lumière, la. Couleur et la Forme (Il),
CHARLES HENRY ... , . . . . . . . . . . . . . . . . , .. .
Les Potasses d'Alsace, CBENEVml! .......... .

SOMMA.IRE DU ND 8
LePhénomênelittéralre, JEAN E1&gt;STErN.,......
Max :racob en 10 minutes, HENRI HEM'Z . . . . .
La Vraisemblance vivante, FERNAND Di-vo1R11
Les Livres, M. RAYNAL ..•• , . , ...••.. , . . . . .
VIe de Corot,••• • • . • . . .. • .. . . . • . .. . . • . • . . .
Deraln, MAUlUOE R.1.YN.1.L ... . . . . . . . . . . . . • . .
Les Expositions, WALDEKAR GEORO:E.........
La Presse musicale. VUiLUJRMoz .. • . . . . . . . . .
Essais pom: une Esthéti(Iue musicale, (suite)
G11011a11:s MIGOT ••

CeMolspassê, ~hUVREOY .... . , . . . . . . •. . • .
!-!.,I&gt;LbtnomèMneRllttéraire, JEAF EPSTEIN . . • . . .
""" vres, · · AYNAL .. .. .. .. .. . . .. . . . .. .
Notes sur Corot, B1s~1:tR1:............ . . .. . .
Le&amp;Llvresd'Art,VAUlRECY ................
WALDElUR G-EORGB - . , • , . • .

339
343
349

791
798

Il mtn Clatint 131 ja1u, 38 illmstraUm hu 11 11111, 1Ghm-ttxte, 2npnAoctim n ml1m : toi am le Bsnfut 11 dl Jewmt.

M

SOMMAIRE DU N° 3
La Méthode et la définition de l'esthétiq_ue,
JULES LA.L'l,Eld'..I.ND, •. ,..................
Greco, V uv&amp;E6Y.. . . . . • • . . . . . . . . • . . . . . . . .
Deux dangereuses tendances poétiques d'aujourd'hul,1l!IANROYtlltJ&gt;:... .•. .. ..•. .. .• .
Gongoraet Mallarmé, ZDlSLAS MILlfBR. -.. . .. .

671i
679
705
715 ,
719
724

SOMMAIRE DU N o 7

SOMMAIRE DU ND 2
119
131
133
145

Dialogue sur l'EstMLique du l\fuslc-Hall,
Rrnu:: B1z.ET ... . . . . . . • . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Une vma de Le Corbu$ier, HH6, JULIEN CARON
La Vie Francalse, R. CRE'.l,EVIER . . • . . . . . . . .
Le Respect des Plans, FERNAN'I&gt; DIVOIRR......
L'Origme des Pétrnles, PA. Ut RECHT • . .. . . . .
Bibliographie. Barabour, .M. R. .. • . • . . . . . . . .

J\ltorrmm dm 19 tJit8, 18 bora-texte, UDI rapro4DCtiGI BB mimi : Tùleu de Brlfl8.

L'Eubage, BL.!.ISE CENDRARS.............. .
L'anllcip.ation chez d'Annunzio, CHENEVIER . .
ApoJllnalre, Vlldràc, Dufresny, Morand, Gide
(Livres), RA YN .u .......... .... .. . ..... .
Tendlll)ces dela LlttératW'e tchèque, Smuit ..
Le temps des ténèbres et le temps des divertissements, DlvomE................. .... ..
Lè mouvement théMral en Allemagne. I. GoLL
Poussin, DE F .1. Y:El'.. . . . . . . . . • . . • . . . . . . . . . .
Ozenfant et Jeanneret, RAYNAL.. . . . . . . . . . . .
Parlons Peinture (Il), L. ROSENBERG . . • . . . • •

Dumrzll! .•..... • • •: • • · · · · · · · • • • · · • · · ·
Calllgrammes (Apo![ina.tre), LOUIS ARAGON-·
Les Expositions (Ploabla), G. RlDEM'.ONT·
Ql!SSAIGNl!S . . - · · • · · · · • • • · · · · • · · ; • ·: · · ·
La littérature de langue espagnole d au1ourd 'b.ul, VIOENTE HTIDODRO. · · · · · .G.... · · · ..
Lanouvellepoésleallemande,IVA!• OLL- • .. •
EcMsdel'ROtelDrouot ,. ·· · ··· · · · · · · · · · ·•
Echos, nouvelles, etc .•• • • • • • · · ·, · · · · · · · · · · ·

.Dm ce numéro, 138 ~ages, 50 ,hotogrmm, 2 reJroductim m !reis mlem dt tTableau Seurat et Plmm.

L'Esthétlque nouvelle ou la Science de l'Art
(fin), VICTOR BA.SCH. . . • . . . . • . . . . . . . . . . . .
Vie de Paul Cézanne, V .!.UVRECY . . . . . . . . . . . .
Lettres, ~ZANNE...... . . . . . . . . . . . . . . . • . . .
Erik Satie, Hl!NllI COLLET .•.. •.• ....... , . .
Ornement et Crime, ADOLPHE Loos . . . . . . . . .
Lipchitz, Paul DEllMllE . .. ...... .. ,........
La Rythmique, ALBERT JEASNE8.BT..........
Knut Hamsun, A.r,1;1rn HELLA.. . . . . . . . . . . . .
Trols rappels à MM. les Architectes (2• article)
LE CORBUSIER·SAUONIK\t . . . • . . . . . . . . . . . .
La DoctrlnedeLacerba, GIUSEPPE ll!'rOA.RRTTI

605
624
625
6:)9
657
6G7

FA.YU

!

1211

~e: :D:E: tm

ioA.dYeN/n.

,

Jl112ique, AL:o~it--r' j-~~·NNE ·t · · · · · · · · · · · · · · · 1316
'tlléê.tre FERN A.ND D(VOil\lt T.' · • · · · · · · · · · · 12.94
.lfuslc-hall, REN:0 BIZET E. · · · · · · • · · · · · · · · 1290

c· ····.. ··

~&amp;thétique de !'Ingénie.. ·· i," · ·
8AUGNIER
ur,
E
ORDUSlllR·

Le Phénomènê iittérâ:. "j" · · Ë .... · · · · · • ·

tes Livres FR:8D:8Rro'~tuiAN PSTE!N · · · · ·
lraatm1r ll'dschmld p Er · · · · · · · · · · · • •
ta Poésie russe botc~~;i~i;rNH. ·1 · · · · · · · ·
626

Ca 1uéra Clltilll 138 Jllll, 1 1mlil1Rt littéraire, 55 illutl'atim, t 6 hm-19111 tt m repre4UltlDD en mlem (lalllilU le Jw Brll)

Lea E:xposltions, WALDEllA.ll. GEORG;~~~~~~:

1297

1328
12. 15
i 277
i 238

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Wllsonetl'Humanlsme français R

CHENE•

~è~-..

L'~i~iorisâÙort . ci~. ï·éà~. d~· .
i:i :à
JA.WOl!.Sli:Y., .......................... .
La Typographie, CllRJS'.l'lA!il . .. ...........•.
La Similigravure, DART'î ................••.
Les ldées de !_'Esprit Nouveau dans la presse
et dans les hvres ....................... .
Le~ Livres reçus ... •..........•............
Sommalre des Revues.................... .
Le Salon del 'A.utornoblle Dr SA.IN!r-QUlilNTIN.
Tœptter et le Cinéma, DE F A.YET ...... .. ... .
Glyphocinématvgraphique, P.1,.uL REcnr . •. .
Footlt et Charlot... , ..•...•..•......••....

el Hiére caallent 101 JIii&amp;, 84 W11ll'aU111 (181 H h&amp;rl·l8Ili Il 5 hm-111t11111ll11n.

H.23

1267

1245
1355
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1367
1365
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1375
1377

�------'--____________......

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                  <text>La revista “L’Esprit Nouveau”, cuyo título es un homenaje a Apollinaire, y subtitulada Revue Internationale d’Esthétique. (en español, El Espíritu Nuevo) fue una importante revista de arte francesa, publicada entre 1920 y 1925. Alcanzó los 28 ejemplares.  Con un promedio de 100 páginas y con imágenes en color, fue la revista del movimiento purista. Su ámbito fue internacional, llegando a alcanzar bastante difusión en países como México. Su eslogan era: “Hay un espíritu nuevo; es un espíritu de construcción y de síntesis guiado por una concepción clara”. fue dirigida en sus tres primeros números por uno de sus tres fundadores, el  poeta dadaísta Paul Dermée, (fue importante colaborador inicial, pero sólo participó durante los primeros siete números), Amédée Ozenfant y Charles-Edouard Jeanneret (Le Corbusier). Colaboraron poetas, artistas y músicos como Aragon, Bissière, Breton, Carrà, Cendrars, Cocteau, Éluard, Max Jacob, Lalo, Milhaud, Raynal, Satie, Tzara.</text>
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              <text>https://www.codice.uanl.mx/RegistroBibliografico/InformacionBibliografica?from=BusquedaBasica&amp;bibId=1752865&amp;biblioteca=0&amp;fb=&amp;fm=&amp;isbn=</text>
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                <text>L' Esprit Nouveau, 1921, No 13, Octubre</text>
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                <text>Ozenfant, Amédée, 1886-1966, Fundador</text>
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                <text>Corbusier, Le, Fundador</text>
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                <text>La revista “L’Esprit Nouveau”, cuyo título es un homenaje a Apollinaire, y subtitulada Revue Internationale d’Esthétique. (en español, El Espíritu Nuevo) fue una importante revista de arte francesa, publicada entre 1920 y 1925. Alcanzó los 28 ejemplares.  Con un promedio de 100 páginas y con imágenes en color, fue la revista del movimiento purista. Su ámbito fue internacional, llegando a alcanzar bastante difusión en países como México. Su eslogan era: “Hay un espíritu nuevo; es un espíritu de construcción y de síntesis guiado por una concepción clara”. fue dirigida en sus tres primeros números por uno de sus tres fundadores, el  poeta dadaísta Paul Dermée, (fue importante colaborador inicial, pero sólo participó durante los primeros siete números), Amédée Ozenfant y Charles-Edouard Jeanneret (Le Corbusier). Colaboraron poetas, artistas y músicos como Aragon, Bissière, Breton, Carrà, Cendrars, Cocteau, Éluard, Max Jacob, Lalo, Milhaud, Raynal, Satie, Tzara.</text>
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                <text>Dermée, Paul, Director Fundador</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>IIE'f/lJB •NTERNATfflNALE ILLIJSTRÉB BE L'ACTIVITÉ CONTEMPORAINE
PARAISSANT LE 1er DE CHAQUE MOIS

ARTS

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et les primes
réservés aux Abonnés.

l

CE NUAfÉRO
contient 132 pages,
16 hors-texte, 1 reproduction en

couleurs : le cercle chromatique
de Charles Henry.

SOMMAIRE
lettres

esthé,ique dt l'ingénieur

Des Yeux qui ne voient pas ...
Les Paquebots,

Le Phénomène I i lléraire,
JEAN EPSTEIN.

856

LE CORBUSIBR·SAUGNIER.

Max Jacob en 10 minutes,
HENRI HERTZ.

877

La Vraisemblance vivante,
FERNAND DIVOIRE.

Les Livres,

M. R.HN AL.

Des Systèmes d'Esthétique
en France,

921
908

RAYMOND LENOIR.

933

scie11tes

beaux-,rts
•••

869

RAYNAL.

893

IHLDEMAR GEORGE .

903

Vie de Corot.
Derain, MA1!RICE
Les Expositions,

8',.5

esUlétiqYI

Les Tourbillons,
PAUL RECHT.

8ï2

tcience t\ art

La Lumière, la Couleur et
la Forme (suite),
CHARLES HENRY.

musique

9',.6

économique el sociolog'que

La Presse Musicale.
VUILLERMOZ.

Faut-il émettre 150 milliards de billets de banque ? FRANCIS DELAIS!.
Notre Enquête. Fin.

902

Essais pour une Esthétique
Musicale (s,ûte) ,
GEORGES ~IIGOT.

~

917

925

PRIX DU NUMÉRO
FRANCE
6 Cranes
!::TRANGER 7 francs français

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l:ESPRIT

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DtltSÇTIOA

INTERNATIONALE
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ILLUSTRÉE DE

29, Ru■

o•A1TOAGI,

L'ACTIVITE CONTEMPORAINE

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TliL■ HON■ ÉLYdH

•o-87
J 40-88
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ComrlJl()1ldaftCI!, demandn d'abonnmaent, mandata •t 11auur1 doi11mt ltrtt &amp;dr..ait , :

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LIBRAIRES. - commandes de numéros et retours doivent être adressés à notredeposltatre eitclllllf peur la
M~rlea llttéraires, G. Uazard. 11, Hue Coetlogon, PA JUS (VI•1.

n111r1 .&amp;17 1'1!Ml&amp;o:

ABONNEMENTS, 29, RUE D•ASTOH, PARIS
·
~ FRA. 'CE 70 Francs.
numeros : 1É fRA. 'GEil 75 Francs (Français).

12

La Revue parait le 1er de chaque mois
PIIDŒS IŒSERVÉES AUX SEULS ABONNtS :

Gramres tirées sur papier de luxe, numéros spéciaux, suppléments, quel qu'en ~
pri~ marqué.
Le Direcµon reçoit chaque malin de 10 à 12 à la Revue, 29, Rue d'Astorg.

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LE-a ouvrages envoyés pour compte-rendu doivent être adressés impersonnellement à la Revue, en do
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tous pays, cita,iona du présent num;ro aurori•ù• aPec indiclJliori de •o~e.

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de lrurs ouvrages peuvent les reprendre au bureau de la Revue où ils restent à leur disposition pendant

aoan.

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LES GRAVURES IIGllt Uriu .ur lori VELIN TEINT&amp;
LES !:PREUVES EN COULEURS IIGllt tiriH 11W' PAPIEJUI SP1:cIAUX.
LES GRAVURES ORIGINALES 111r GRANDS PAPIEJUI DE FIL, vt:LINS OU VERGIII,.
Ce■ 100 ezemplairu aon.t nunwrot6■ de 1 • 100 et portpt
IMPRIM1:, LE NOM DU SOUSCRIPTE1.11l
Le pnvilètre du m6me numuo da Hria eat irarantt au ■ou■orlpleur pendant toute la dUNe de allonnem-i.
Cette 6ditlcm comporte de plua:

DOUBLE SUITE DES GRAVURES ORIGINALF.8
,.
,.
•
BOIS ORIGINAUX
,.
»
•
POCBODlS, ~TATS
QUADRUPLE SUITE DES trATS DES TIRAGES EN COULEUR
Bn cour, de publir&amp;lion, nous qarantluona cl'apport1r 4 telle Milion touunrlchinamfflta el per/ect1on'1141fflmt, tllal•
rabla, tenant à honneur d'en faire un, malll'li/i'l111 tolltttion d'un. Nltur bibllop/rillque hW imp0r1ante, un objet unl,.118,

*

N.-B. - Celle édition n·est pas mise dans le commPr&lt;'P. MM. les bibliophiles sont priés d'adresser direclemen t le mon tan l de leur souscription, soi l 200 francs par an, à la Société des tdilions de l'Esprit ouveau, 29, Rue d'A lorg, à Paris, pour les numéros de série de 3 à 100.

*

Par eneption, en rai6on de leur particulière t aleur bibliopbilique, la soucripUon au ncmfros de sêrfe 1 d 2, tirés sur fleur de !orme, est de 1.000 franœ tour l'année.

�r

Paquebot «

FLANDRE»,

Bra1.,10TEcA

U.A

CENTRAL

f

C10 Transatlantique, construit par les Chantiers et Ateliers de St-Nazaire.

DES YEUX ·
QUI NE VOIENT PAS ...

*

Les Paquebots
PAR

LE CORBUSIER-SAUGNIER

« Il y a un esprit nouveau : c'est un esprit de construction et de
synthèse guidé par une conception claire.
Quoi qu'on en pense, il anime aujourd'hui la plus grande partie de
l'activité humaine.

UNE GRANDE ÉPOQUE VIENT DE COMMENCER
Programme der • Esprit Nouveau "• N• l, Octol&gt;re 1920

LE CERCLE ÜRROMATIQ0E DE CHARLES HENRY

« Nul ne nie aujourd'hui l'esthétique qùi se dégaga d11s créations de
l'industrie moderne. De plus en plus, les constructions, les machines
s'établissent avèc des proportions, des jeux de volumes et de matières
tels que beaucoup d' entre elles sont de véritables œuvres d'art, car elles
comportent le nombre, c'est à dire l'ordre. Or IEs individus d'élite qui
composent le monde de l'industrie et des affaires et qui vivent, par
conséqumt, dans c?tte atmosphère virile où se créent des œuvres indéniablement belles, se figurent être fort éloignés de toute activité esthétique. Ils ont c.ort, car ils sont parmi les plus actifs créateurs de l'esthétique
contemporaine. Ni les artistes, ni les industriels ne s'en rendent compte.
C'est dans la production générale que se trouve le style d'une époque et
non pas, comme on le croit trop, dans quelques productions à fins ornementales, simples superfétations sur une structure qui, à elle seule, à
46

�engendré les styles. La rocaille n'est pas le style Louis XV, le lotus n'est
pas l'art égyptien, etc., etc ... »
.
Tract de • r Esprit Nouveau »

A propos de culs-de-lampes, de lampes et de guirlandes,
d'ovales exquis dans lesquels des colombes triangulaires se
baisent et s' entrebaisent, de boudoirs d'un incorrect Louis XVI,
etc ... M . Guillaume Janneau,' dans la Renaissance d'avril 1920,
par ti sur son destrier, écrit en un langage ganté de daim, des
choses énormes, considérables, imposantes :
cc C'est une régénération de l'art français qu'élaborent dans
« la peinture, M. Guillaume Dulac, M. René Francillon ; dans
&lt;c la- décoration, MM. Süe et André Mare, M. Ruhlmann,
« M. Paul Vera. Ils dégagent les lois d'un style profondément
« traditionnel. &gt;&gt;
&lt;&lt; Ils s'ingénient à retrouver les schémas géométriques évi&lt;&lt; demment éternels dans lesquels les vieux maîtres affircc maient leurs compositions. Des Grecs à Perci_
e r et Fontaine,
« des Romains à Blondel, en passant par Philibert Delorme,
« etc ... ~
&lt;&lt; A feur crayon sévère, ils ne permettent aucune improvicc sation.

M. Paul

VÉRA :

Le Paquebot «

Qunard Line, transporte 3.500 personnes..

la dimension et nous devrions bien être condamnés, pour-nous
apprendre à tirer notre chapeau devant les œuvres de la « régénération )), à faire les kilomètres de marche que représente
la visite d'un paquebot.

cul-de-lampe (La Renaissahce).

cè A quel maître à penser, M. Paul Vera va-t-il demander
« conseil ? C'est à Pascal,' c'est à Descartes; -et, dans l'art,

c'est au Grand Siècle. &gt;&gt; Etc ... , etc.....
Les Grecs, les Romains, le Grand Siècle, Pascal, Descartes,
, régénéi'ation de l'art français, rien que oola au service de fanfreluches à la mode du jour: tilleul et camomille, rayons des.
Galeries Lafayette ! !
***
cc

Des ingénieurs anonymes, des mécanos dans le cambouis et
la forge; ont conçu et construit ces choses formidables que sont
les ,paquebots. Nous autres terriens, nous. p.e rdons le sens de

AQUCTANIA »•

-1

Les architectes vivent dans l'étroitesse de leur ignorance
des règles de bâtir et leurs conceptions s'arrêtent aux colo1?1es_
entrehaisées. Mais les constructeur.S de paquebots, hardis et
savants, réalisent des palais auprès desquels les cathédrales
sont toutes petites : et ils les jettent sur l'eau l
L'architecture étouffe darrs les usages. .
·
L'emploi des murs épais, qui étaient une nécessité autrefois,
a persisté, alors que de minces cloisons de verre ou de briques
peuvent clore un rez-de-chaussée surmonte de cinquante étages.
Dans une ville comme Prague par exemple, un règlement.
désuet impose une- épaisseur de mur de 45 centimètres au soin-\
met de la maison et de 15 centimètres de saillie par étage en dessous, ce qui porte les constructions à des épaisseur~ de mur_s
pouvant aller jusqu'à 1 m. 50 au rez-de-chaussée. AuJourd'hw,
la composition des façades avec em.ploi de pierre tendre en
grands blocs, conduit à cette conséquenc·e paradoxale, que
les fenêtre$, projetées pour introduire la lumière, sont cantonnées d'embrasures profondes, résultat nettement contradi~
toire.
Sur le sol coûteux des grandes villes, on voit encore surgir
des fondations d'un bâtiment, d'énormes piles de maçonnerie, quand de simples potelets de ciment suffiraient. Les
toits, les misérables toits, continuent à sévir, paradoxe inexcusable. Les sous-sols demeurent humides et encombrés ~t les
canalisations des villes sont toujours enfouies sous des empierrements, comme des organes morts, alors qu'une conception:
logique solutionnerait le problème.

�• L"AQtJITAStA "

Cu11a,r/ Li11e.

L s tyle , - car il faut bien avoir fait quelque cho e, interviennent comme le grand apport d l'architecte, dan la
déc ration des façades et des alons; ce sont le dégénére cence de tyl , la défroque d'un vieux temps; mai c'e t le
(&lt; garde-à-vau , fixe ! » respectueux et ervile devant le pas é:
modestie inquiétanLe. Men onge, car « au..-x belles époque », le
façade étaient li se aYec de trou réguliers et de bonne proportions humaines. Le mur étaient le plus mince po ible.
Les palais ? C'était bon pour les grands-ducs d'al01 . E t-&lt;'e
qu'un monsi ur bien élevé copie le grands-duc d'aujourd'hui?
Corn pièO'ne, Chantilly, Ver aill s, ·ont bon à voir ous un certain angle, mai ..... il y aurait bien des cho es à dire.
Des mai ons comme des tabernacle , de tabernacle comme
des mai ons, de meubles comme des palais (fronton , tatue ,
colonne tor es ou pa torse ), de aigui 're comm d meuble mai ons et les plat de Bernard Palis • où il erait bien impo sible de déposer trois noisettes !

** *
Une mai on e t une machin à demeurer. Bain , oleil, eau
chaude, eau froide, température à .-olonté, con ervation d s
met , hygiène, beauté par proportion. Un fauteuil est une machine à 'a eofr, etc.... : laple a montré le hemin. L s aiguièr s ont de machines à se laver : Twyford le a réée .
Totre vie moderne, toute celle de notre a tivité, à l'excep-

Le " L.\~comc,tnE • C18 Transal/anlùJtœ.
Aux &lt;trchitecles : Une beauté plu,s technique. 0 gare cl'Ol say J

tion de celle de l'heure du tilleul et de la camomille, a créé es
objet : son co tu.me, son stylo, son ver harp, a machine à
écrire, on appareil téléphonique, se meubles de bureau admirable , les glaces de Saint-Gobain et le malle « Innovation )&gt;,
le rasoir Gillette et la pipe anglaise, le chapeau m Ion et la limousine, le paquebot et l'avion.
oLre époque fixe chaque jour on style. Il est là ous nos
yeux.
De yeux qui ne voient pa .

Il faut di iper un malentendu : nous omme pourris d'art :
d 'pla em nt du eniim nt d'art, incorporé avec une légèreté
d' prit blâmable, dans toutes cho es à la faveur des théorie '
et de campagnes men· es par de décorateurs qui ne entent
pa l ur époque.
L'art e tune ho eau tère qui a es heure acrée . On le
profane. L'art, frivol , grimace ·ur un monde qui a besoin d'organi ation, d'outil , de moy n , qui 'effor e douloureusement
vers la stabilisation d'un ordr nouveau. ne ociété vit d'abord de pain, de soleil, du confort néce aire. T ut e t à faire!
Tàcho immen e ! Et 'e t i fort, si urgent, que le monde entier
s'absorbe dans cette impérieuse n 'ce ité. Le machine

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L' AQUIT.A.NIA

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Cunard Line.

La même est-hétique que cell.e de votre pipe anglaise, de votre 'meuble de bureau, de votre limousine.

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L'AQUIT

» Cunard Line.

Pbur les architectes : Un mur tout en fenêtres, une salle à clarté pleine. Quel contraste avec
nos Jerdtres de maisons qui trouent un mur en déterminant de chaque ctJté une zone d'ombre
rendant ld pièce triste et faisant paraître la clarté si dure que des rideaux sont indispensables
pour tamiser et effacer éette lumière.

�« L'AQUITANIA •

Cunard Line.

A MM. les Architectes: Une villa sur les dunes de Normandie, conçue comme ces
navires, serait plus utile que les g,:ands « toits normands • si vieux, si viell.l! I
litais vous pourriez me dire ![Ue ceci n'est point du style maritime!

• L' AQUITANIA »

Cunard Line.

Aux architectes : La valeur d'un long vromenoir, i;olurne satisfaisant, intéressant;
runité de matière, le bel agencement d'éléments constructifs, sainement eœposés et
assemblés avec imité.

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« EM:PnEss OF FRANCE •

Canad'ian Pacifie.
« El\lPRESS

Uw; architecture·pure, nelle, ·claire, propre, saine. - Contraste : les tapis, les coussins, les baldaquins, les papiers damassés, les meubles dorés et sculptés, T,es couleurs
'Vieille-marquise ou ballets russes; trù;tesse nwrne de ce bazar &amp;occident.

conduiront à un ordre nouveau du travail, du repos. Des
villes entières sont à construire, à. reconstruire, en vue d'un
confort J:?l~nimum, dont le manque prolongé pourrait faire osciller l' éqmhbre des sociétés. La société est instable, se fissurant
sous ~n ét~t-de choses bou}eversé depuis cinquante années de
progres qm ont plus change la face du monde que les six siècles
précédents.
L'heure est à la construction, pas au badinage.
_L'art de notre époque est à sa place quand il s'adresse aux
é~tes. L' ~rt n',est pas c~ose populair~, encore moins fille pubh~e. L art n. e~t un aliment ~ecessa1r~ que pour les élites qui
ont a _se recueillir pour pouv01r condwre. L'art est d'essence
hautame.
** *

Dans le douloureux enfantement de cette époque qui se
forme, s'affirme un besoin d'harmonie.
Que les yeux voient : cette harmonie est là., fonction du
labeur rfgi par la loi d'économie. Elle est dans les ouvrages qui
sortent 1e ~•ateli~r ou .de l'usine. Ce n'est pas de l'Art, ce n'est
pas la S1xtme, ml' Erechteïon; ce sont les œuvres quotidie:r.µies

«

OF ASIA •

Canadian Pacifie.

L'architecture est le jeu savant, cotrect et magnifique des volumes-assemblés
sous la lumière. •

de tout un univers qui travaille avec conscience, intelligence,
précision, avec imagination, hardiesse et rigueur.

r'

1

Sil' on oublie un instant qu'un paquebot est un outil de transport et qu'on le regarde avec des. yeux neufs, on se sentira en
_face d'une manifestation importante de témérité, de discipline,
d'harmonie, de beauté calme, nerveuse et forte.
.
Un architecte sérieux qui regarde en architecte (créateur
d'o:rganisme), trouvera dans un paquebot la libération des servitudes séculaires, maudites.
Il préférera au respect ·paresseux des traditions, le respect
des forces de la nature, à. la petitesse des conceptions médiocres,
la majesté des solutions découlant d'un problème bien posé.
La maison des terriens est l'expression d'un monde périmé •à
petites dimensions. Le paquebot est la première étape dans la
·réalisation d'un monde organisé selon l'esprit nouveau.

LE CoRBUSIER-SAUGNIER.

�LE PHÉNOMÈNE LITTÉRAIRE

LITTBBAIBB
« Tu parles, mon vieuœ

Je ne sais pas ouvrir les yeux ?
Bouche d'or
La poésie est en jeu. »
Blaise CENDRARS
Dix-neuf poèmes ,élastiques.

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~@~~:!l'.T:EOlNi~
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N@UV~~~~s

~:ETTÉaA~~~

le monde change lcela ne peut avoir qu'une importance théoriqµe et ne
constituer qu'un numéro de •plus dans la loterie des hypothèses.
C'est la connaissance humaine du monde qili a changé. L'ensemble
d'erreurs, . d'.app.roxima~ous, d'opinions arbitraires ou expérimentales
.dont la pe~ee tisse ce filet maraudeur qu'elle jette ensuite sur les objets
et où touJours des mailles rompent et sont à reprendre, en dix ans chan"e étonn;.imment. La littérature, graphique de la sensibilité humaine, indique fidèlement ces
sautes de vent sur les hauts-plateaux de l'iutel!igence. Girouette, elle suit le souffle
mais ne le dirige pas.
'
UE

I
La vitesse réalisée par l'homme a donné un caractère nouveau à la vie civilisée.
Vitesse dans l'espace d'abord ; les villes sont reliées les unes au." autres par le
réseau serré, exact et continu des rails. Mieux que les vllles, les pays. Les autos roulent. Les avions ~•un tr it en?ore plus direet franchissent les distances. Mieux que
les pays, les contments s envment des ponts mobiles. De dix ans en dix ans le kilomètr~, comme un.e ba~k•~ote ,d~préc'.ée, perd de sa valeur. Le mot « loin » n'a pas
le meme sens auJourd hID qu hier m que demain. Des terrains déserts deviennent
populeux, bon marché quintuplent de valeur parce qu'un tramway et lefilnourricier
dont il lèche la sève d'ampères et de volts, passe maintenant dans une banlieue. Uue
race nouvelle d'h~m.me est née sous les halls vitrés des gares et surie pont des paquebots : ,ie co~mopolite.' Ce mot n'est pas s.ynonyme d'int,e rnationaliste, ni de métèque
On fmt ht11t cents kilomètres pour se distraire, trois mille pour vendre un stock de
fourrmes. Les peuples tout de même se connaissent mieux; ils s'en aiment et s'en
haïssent mieux, mais peut-être pas plus l'un que l'autre maintenant qu'autrefois.
Ou_écha~ge les coutumes, les mots, les idées. On peut imaginer pour bientôt l'anglais
obhgatoue comme la vaccination. Coïncidence de dialectes dans un même cerveau

7

857

veut dire coïncidence de grammaires. La grnmmaire est la forme la plus simple et la
plus définie de la logique d'expression propre à chaque peuple. Ces logiques d'expression qui diffèrent, de voisiner s'influence.nt, se compénètren~, se soutiennent, se combattept, se modifient-réciproquement. La pensée change peu à peu ses moules. Polymorphe maintenant elle. cristallise selon plusieurs systèmes ; elle admet plusieurs co- .
munes mesures. De ce fait des barrières qui tWipêcbaient certaines inoculations in\ellectuelles, s'écroulent. Au contraire l'homme est prédisposé aux contagions idéologiques que la vitesse transporte d'un pôle à un autre.
Par ailleurs la belle géographie légendaire des vieux bouquins est morte. On a
refait cent mille fois les voyages de MaICo Polo. Ce n'est plus la même chose; Venise
est moins belle d'être à précisément tant d'heures et de minutes de Paris. La terre
est petite. A regarder les cartes d'il y a huit siècles on voit qu'un sentiment a di spam
avec le blanc des « 'l'errre innotre &gt;•, et qu'un autre est né. La possession de la vitesse
spatiale a créé progressivement des sciences et pas seulement la géographie. Grâce
à elle l'astronome chenu court après l'éclipse ou la comète, et les rattrape, Mysté1·ieusement n'a-t-elle pas pris part à la formation des premiers cristaux de glycérine
entre Vienne et Londres ? Ce serait à voù-. Elle modifie le commerce, la banque,
c'est-à-dire l'assise de notre civilisation. L'argent, ce sang du monde, circule plus
rapidement parce que le cœur des locomotives bat plus vite. La terre est petite.
'fout cela a évidemment modifié la sensibilité humaine et par conséquent la littérature.
II
A côté de la vitesse spatiale il y a la vitesse de pensée. Lorsqu'on pose la même
question à divers individus, plus et moins cultivés, plus et moins intelligents,
parfois on obtient la réponse avant même qu'on ait fini d'énoncer la demande, parfois il faut attendre plusieurs secondes. Ce délai, qui est le temps perdu de la compréhension, est eJ\."trêmement varia})le. Sa durée dépend de la plus ou moins grande
vitesse de pensée de l'individu interrogé. Cette Tapidité mentale présente non seulement des variations individuelles, mais des variations de pays à pays, de race à race,
et des variations dans le temps.
Le cinématographe permet une observation plus précise du phénomène. En effet
le film enregistre et mesure cette vitesse de pensée. La rapidité avec laquelle se
succèdent et s'enchevêtrent à l'écran les épisodes, les péripéties et surtoutles détails
de l'action, rapidité qui est dirigée et dosée par le metteur en scène de manière que
son public habituel puisse stùvre, sans fatigue com,me sans ennui, le scénario, rapidité qui correspond donc à la vitesse mentale moyenne de èe public, varie suivant le
metteur en scène et suivant le pays d'où provient le film. Les films italiens sont à
citer parmi ceux qui en général décèlent la pensée la plus lente ; ils .e nnuient le spectateur français, par exemple, qui ne sait à q11oi occuper son esprit pendant les dix
secondes de trop que dure telle scène de conversation mimée, parce qu'il l'a comprise dix secondes plus tôt que la moyenne des spectateurs italiens pour lesquels le
film était fait. Certains films américains témoignent au contraire d'une vitesse mentale considérable; pour en suivre l'action il n'y a vraiment pas trois secondes à gaspiller en distractions . Si l'on en veut'un exemple précis qui a toutefois le désavantage
de faire intervenir la vitesse mentale individuelle du metteur en scène presque autant
que la vitesse moyenne du pays d'origine, on se rappellera un film quelconque, mais
récent de Charles Chaplin et on ira le revoir à l'occasion. On sera étonné de constater
corn bien de choses on avait manquées et mal comprises à la première vision (1) . Dans

&lt;t) Il faut tenir compte de la vitesse à laquelle sont passées les bandes. Cette vitesse
v,ar1able selon la fantaisie de l'opérateur et les exigences de l'exploitation peut fausser

l'observation.

·

�868

L'ESPRIT .N OUVEAU

LE PHÉNOMÈNE LITTÉRAIRE

les littératures la même différence apparaît naturellement, mais le film présenté
cette différence à la roanière plus nette d'un appareil enregistreur...
n ne faudrait pas d'autre part identifier absolument rapidité.mentale à intelligence-en général. D'habitude assurément qui saisit vite les rapports, en saisit beaucoup et de subtils. !\fais chacun connaît de ces gens dont la vitesse de compré-.
hension est considérable, qui arrêtent à mi-chemin les phrases ayant bon premiers
touché le poteau, mais dont la versatilité intellectuelle est telle qu'elle empêche toute
conversation sérieuse. Spécialistes du saut en hauteur, ils ue donnent rien en longueur.
Soit un peuple arbitraire, A, entre deux peuples, B et C, dont l'un, B, pense plus
vite, et l'autre, C, pense plus lentement. La vitesse spatiale permet le contact ;de
ces trois peuples. Si Je peuple moyen A s'intéresse aux productions de l'activité
intellectuelle de ses deux voisins, il s' apercevra qu'il détient une supériorité sur
l'un d'eux C, dopt la lenteur de pensée l'agacera. Au contraire la vitesse de pensée
de l'autre peuple B, imposera au peuple moyen un effort s'il veut comprendre et
être de •niveau et ne pas agacer à son tour. Tout cela d'ailleurs peut-être nssez
inconsciemment. Certains paresseux abandonneront la poursuite. D 'autres s'en'tr;îneront, parviendront à une vitesse de pensée progressivement plus grande, tout
comme un « coming-man • en b.oxe acquiert progressivement sa vitesse maxima.
Petit à petit, très lentement il est vrai, cette élite sera suivie par le gros des spectateurs ou des lecteurs. Il arrivera finalement que la vitesse de pensée de ce peuple
moyen s'accroîtra.
Que la vitesse mentale se soit accrue dans le temps, cela ne peut faire de do,1te.
L'instruction universelle obligatoire a tout de même agi un peu dans ce sens. Ou
si elle n' a pa-s été la cause de ce changement, elle a pu en être une conséquence.
Et aujourd'hui, du com,nérçant le sténogramme passe à l'usage du poète.

L'éducation de l'intelligence contemporaine est fondée sur le scruptùe qui fut un
symptôme et qui est un état vénérable. On évalue pour toute e:,..-périQDce, pour
tout calcul, l'erreur absolue et l'erreur relative, et on int~oduit ainsi la subtile
_l'impondérable, l'immai:trisable erreur de l'erreur, et l'erreur d'écarter l'erreur· e;
de la croire écart~e. Tout cela l'intelligence le note, essaye de le comprendre, s'en
nourrit et le distill.c dans son ventre de bête sournoise.
·
Le machinisme de la civilisation, l'instrumentation innombrable qui encombrent
les laboratoires, les usines, les hôpitaux, les ateliers des photographes et des élec,
triciens, la table de l'ingénieur, le pupitre del' ru:chitecte, le siège de l'aviateur, la salle
de cinéma, la vitrine de l'opticien et même la poche du menuisier, permettent à
l'homme une infinie variété d'angles d'observation. L'optique surtout (et quoi d'~tonnant dans une civilisation sw·tout optique ?) (1) accroche à notre cou ses
lentilles comme des amulettes au cou du chef indien. Et tous ces ini.truments,
téléphone, microscope, loupe, cinéma, objectif, microphone, gramophone, automobile, kodak,-avion, ne sont pas de simples objets inertes. A certàins moments ces
machines viennent faire partie de nous-mêmes et filtrer pour nous le monde comme
l'êcran filtre les émanations du i:adium. Nous n'avons plus des 'objets une notion
pure, simple, continue, constante. Ce paysage l'homme l'a vu non pas seulement
en se promenant de ses yeux nus, mais brouillé de vitesse par la fenêtre d'un wagon,
les yeux mordus par Je vent et la poussière à l'avant d'une auto, du haut d'un avion,
étalé à plat comme une reproduction de musée géographique, à travers les jumelles,
dans un diorama, ~ photographie, photographié à gauche, à droite, en plein sol~il, à l'ombre, avec diaphragme, sans diaphragme, peint par un peintre, dessiné,
dit par un poète. De ce paysagel'hornme n'a pas un souvenir, il en a mille différents,
qui se ressemblent ou ne se ressemblent pns. Le monde est aujounl'hui pûtll" l'homme
comme une géométrie descriptive avec son infini de plans de projection. Chaque
chose possède des centaines de diamètres apparents qui ne se superposent jamais
exac~ement. Tout est mesure d'angles, trigonométrie, ou mesure de correspondances,
logarithmes. TI n'y a plus de dimensions, mais des rapports. 'fout est proportion,
fonction d'une variable, mobile, relatif, momentané. Savoir est un verbe défectif
q~ ne se ~onjugue qu'au conditionnel. Une voix entendue natt!rellement, puis surgie du nou graphite téléphonique, enfin résonnant quand le saphir la délivre du
disque, n'est plus, quoi qu'on fasse, la voix sim.p]e, la voix une. Des nasillements
se décèlent, une intonation nouvelle reste dans la mémoire; désormais on l'écoutera
autrement. La reconstitution historique au théâtre ou à l'écran brusquemei:i.t et
pour quelques demi-heures biffe vingt siècles de durée. La photographie instàntanée
a ~éèouvert des gestes que l'œil maintenant devine et la main triche pour reprodwre. Cette physionomie connue soudain à l'écran elle se découvre autre. Une ride
surgit '.lu'on n'avait pas su, pendant vingt ans voir, mais désormais on aura appris
à le faire.
La civilisation permet donc à l'homme de développer une plus grande surface de
contact avec le monde; elle multiplie les voies d'absorption. Mais ce contact est
essentiellement indirect et médiat, cette absorption n'absorbe que des filtrats, des
résidus de distillation, des produits de synthèse. Les villes sont plus fausses qu'un
décor d'opéra. La nature se promène en travesti. La vérité culbute de circonstance
en circonstance. L'artifice sature la terre des campagnes. Masque. _Transposition.
Analyse. La vie se fait en simili mathématique. La sensibilité en plaqué .alcool.
L'amour en trente-sLx qualités, depuis l'article courant jusqu'au système pêrfectionné comme une chausse-trape.

III
, La civilisatiçm, qul est joliment loin d'être un simple mot, nous offre à consi•
dérer d ' un même objet une variété infinie d'aperçu~. Des appareils innomqrables,
èompliqués et délicats suppléentamcrenseignements sur le monde que nous donnent
nos yeux, nos oreilles, la pulpe de nos doigts. Autant d'appareils dont nous prolongeons l'un ou l'autre de nos sens, qu'il y en ait cinq ou plus, autant de déformations nouvelles qu'enregistre l'intelligence. Par déformation je ne veux pas dire
erreur, déformation fausse. Toutes les philosophies et tous les scepticismes guettent
le mot que je voudrais empl.oyer innocemment. Cette ligne me paraît droite à l'œil
nu et courbe grâce à tel verre ; voilà une déformation ; c'est tout ce que j'entends
flar là.
Ces déformations on ne s'en contente pas. Comme elles diffèrent des données
de nos sens nus qu'on s'étonne de voir transformés quand on en ~oulait simplement amplifier la portée, comme pour un canon, en conservant bien exactement
la direction de la trajectoire primitive, on les surcharge, ces déformations, de dé
formations nouvelles sous le prétexte peut-être légitime de corrections. Prétexte quj
n'est d'ailleurs, comme toute cette mentalité scientifique et .e xpérimtµttale d'aujourd'hui, qu'une forme du scrupule. Le doute vùlgadsé et nùs à la portée de chaque vie, que les religions utilisent ne pouvant le supprimer, a surgi depuis longtemps, grâce à des complicités organiques encore inconnues, dans l'évolution de
l'intelligence que maintenant il dirige . .Merveilleusement à l'aise dans J:1, science
qui le cajole comme un bienfàiteur, adapté aux méthodes expérimentales, rien plus
ne lui fer!!- lâcher prise.· D'ailleurs ce n'est
sur le têrrain aialectique qu'on pourrait chercher à le combattre, si .c ombat, de bénéfice dùutcux, il devait y avoir.,

pas

859

(1) A ce propos c/: Féllli: Le Dantec, Revu3 philosoph)que, 1er Janvier 1904 et Revue des
Idées, 15 avril 1904.

�0

L'ESPRIT

860

VEA

IV.
Au domaine des actes, des gestes appa1'ents, des objets et des cl10ses e:-..térieurcs
ù. nous-mêmes, s'oppose, arbitrairement et pou\' satisfaire not~ manie des • ici com·
mence • et « là finit •• le domaine d la pensée, de l'imagination, de la cœnestbésie,
nous-mêmes enfin, notre cerveau, tout ce que circon crit et ferme la li mile étanche
et pfùe de notre peau. Ce " domaine • ou « rè~e intérieur • comme on s'est plu à
l'appeler un peu muj, Lueusemcnt, l'observation de soi-même, l'nutopsycholoJ?ie
l'~'Ploitent comme un carrière inépuisable.
Or il semble que la civilisation oriente assez nettement la vie • en dedans• et non
• en dehors •· L'instruction générale, en plus de es autr contre-sens, met l'observation de soi-même à lu p rtée d'un plu· ~and nombre. La réclame dont on salue
mainteuant la tuberculose, le cancer, ln sou -alimentation, les épidémies, conseille
aux hommes de se tiller, d'écouter lelll' cœnesthésie, de s'effrayer nu moindre désordre intérieur, au moindre ~iJ?ne d'alarme du sy tèroe nervetLx.Lc médecins sont
plus nomhrcux aujourd'hui qu'hier, et ue manquent pas tant que cela de C'lients
puisqu'il vivent. Non qu'il y ait plus de malades - ce serait à , •oir - mois
parce qu'il y a plus de gens qtù se savent ou se croient molades. Ln fausse, sans
doute, inquiétud de statistiques au sujet de l'augmentation de fréquence du cancer
a pour c.auses cette meilleure observalion de soi-même autant que l'auiélioration
des procédés de diagno!t1:ic. On sait que pour se guérir il fnut se soigner au début
d'une maladie. Et le début des maladies est souvent insidieu.x. Que d'attention dé·
sormais portée &amp;ur sa cœnesthésie l Et j'ai montré ailleurs (1) quels étl'oits rapports,
presque d'identité, lie11t la cœnesthéric d'un individu à on subcon cicntetson sub•
con&amp;cient à sa rcligio ·ité, à. son intelligence.
Don le trésor det IIumbles, M. l\lacterlinck considère cette époque, pour des
raisons peut-être un peu extra-lucides, comme riche en mystici me latent, et l'homme d'aujourd'hui comme plus proche de son âme qu'il ne le fut jamais. i âme veut
ici dire subcon cicnt, c'est une opinion qu'il faut retenir pour tout à. l'heure.
Autre cuuse civilisée de l'orientation « en dedans • de la pensée du monde, c'est
l'oisiveté manuelle. Certes les athl te&amp;, les débardeurs, les menuisiers e:tistent
encore. luis dans combien de métiers, le bras, la main, l'épaule, Je pied ont été rem•
placés par une courroie de transmission, quelques engrenages et des poulies. L'au•
vrie1', de plus en plus, la main i;ur un 1 vier, surveille simplement une machine qui
travaille. n coup d tsmpon parfois. Quelques gouttes d'htûle. Entre temps, dans
ces intervalles dïuactivité mubctùaire, que veut-on que fas e rouvrier sinon qu'il
pense et pense à lui-même, à sa vie, aux moyens de l'améliorer. D'autres professions
sont devenues cérébrales exclusivement; le commerçant, le banquier, le chef de
gare, l'enlreprcncur, te commis ionnaire combinent, réfléchissent, attendent, se
décident. Bien nlendu ilB ne pensent pa toujours à Jeu1' vie intérieure, mai le jour
où par hasard ils y pensent, toute leur agilité intellectuelle acqui eau cours de ces
autres exercices brusquement fore un puits en eux-mêmes d'où, désormais, nrté·
sienne surgit raulopsychologic, comme l'arc liquide de pétrole dans les paysages
américains.
Les livres de philo ophic et de spéculation ab traite se vendent à dix mille exem·
plnires. On lit.
Jean EP

TEIN.

(11 suivre.)
(il

La po(:sie d'aujourd'bul. Un nouvel etat d'intelligence (Ed. de la Sirène).

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Cot.OT

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COROT

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Co~oT

�Purtrait de t'.lrtisre.

J .• u. CoRoT.

J)JI

~gA,N ... JilAFTEST~

COB@T

1796-1875
47

�VIE DE COROT

VIE

L

vie de Col'ot fut celle d~ ge~- heur':ux : elle n'?- pas d'~istoire. On n ' y·
trouve presqu_e aucun fait ~aillant, rien de cuneux ou de dramatique.
Sa longue ~xiste~ice tranqwlle consacrée au travail journalier, s'est
.
dél'oulée sans accident, son talent s'est formé lentement, normalement,
il a développé ses dons par un labeur ininterrompu et logique qui durant soixante
ans a rem11li toutes ses heures.
0!3 peu! cependant fixer quelques traits et quelques dates qui pourront aider
à faire r~~1vre Je c_aractère _de cet honnête homme simple et droit, issu de la vieille
bourgeoisie française dont il conserva toujours les habitudes et les manières.
·
Il na1uit en 1796 à Paris, rue du Bac, d'une mère modiste et d' un père ancien
employe de ~w:eau ~~ve_n u comptable. De sept à onze ans il fut interne au collège
de Rouen PUI~ Ju~qu a dix-neuf ans dans une école à Poissy. Le père de Corot est le
type du boutiqmer de Ba!zac : J~ge ca~quette plate, redingote flottante, culotte
courte, sa. ~~r~ au contrai~e avait une figure douce -et naïve, un air de délicatesse
e~ de sens1b1hte dont_ devait ~ériter son fils. La jeunesse de Jean-Baptiste Corot
s écoula dans ~rn~ ~rnère-b?utique de commerçants formalistes et dignes, pleins de
respect pour I opuuon publlque et pom les préjugés séculaires.
De tels paren~ n'imagi_naient pas qu'il y eût d'autre carrière possible pour les
leurs. que_ celle qw leur av?-1t valu une fortune honorable et la considération publique.
Aussi le Jeuue Cor~t fut-il placé, ses études à peine terminées, chez différents marchands de ~ap amis de sa famille et où il fut censé apprendre le commerce. Malgré
que ses d_ésirs fusse~t différents, il s'inclina plein de respect pour l'autoritè pater~elle, mais ne réussit point à s'initier aux mystères de la vente et de l'achat aussi
fmalement, sa famille découragée consentit à Je laisser obéir à sa destinée et e~bras~
ser l'état de peintre pour lequel il se sentait né.
. Il fut ~w:ant un an l'élève de MichalJon, jeune prix de Rome qui momut très
.Jeune, pws il pas~a ~ns l'atelier de Bertin où il apprit les formules alors en usage
dans le parsage histonque et hors desquelles il semblait qu'il n 'y eût point de salut.
Au sortir de chez Bertin, Corot voyagea. Il partit pour l'Italie et là, livré à luimême, commença en face de la nature à prendre conscience des directives qui devaient régir toute son œuvre.
Entre 182!&gt; et 1829 se placent la plupart des paysages d'Italie, qui forment peut•
être la partie la plus pure de sa production, celle en tout cas qui, avec ses fi.
gures, nous touche le plus profondément.
A so~ reti;mr en F1;ance Corot ~'inst?-lla quai Voltaire et sa vie se partagea entre
s?' famille _et son ate!•er. ~haqu~ Jour_, ll_fu~ au trnvail à huit heures du matin et s'y
tmt régulièrement JUSqu au soir. Ains1, Jusqu'à sa mort qui surviendra en 1875
sans qu'aucun événement vienne troubler sa quiétude, il vécut entre son travail
A

871

et ses amis d'une existence calme et boutgeoise que seule la perte de ses parents et
de sa sœur affljgea un moment. Ce furent là peut-être les seuls grands chagrins de
sa vie. Il y fut très sensible, car il n'avait pas quitté jusque là les siens et éta:it de•
meuré constamment auprès d'eux, ne les quittant que pendant la durée de ses voyages.
Il n'y eut pas en effet d'homme plus sain, plus calme, plus équilibré que Corot.
Il ne connut jamais ni dans sa vie ni dans son œuvre les excès où tombent constamment les natures tourmentées. S'il eût été le petit boutiquier que son père avait
souhaité qu'il fût, son mQde d'existence n'aurait pas été différent, cari1 ne crut point
nécessaire pour être un bon peintre de répudier ses origines et d'agir autrement
qu'avaient toujours agi les siel).S. Disposant de rentei, suffisantes pour assurer son
existence, ayant fort peu de besoins, il peignit tranquillement, sans ambitionner
le succès et la gloire vint à lui sa.ns qu'il l'eût appelée. Sa carrière se déroula Jent~ment, sans heurts, peu à peu il s'imposa à l'attention de ses contemporains, et vit
sa notoriété s'aecroître de jour en jour, comme une juste compensation de ses efforts quotidiens. Ses ennemis même le combattirent juste ce qu'il était nécessaire
qu'il le fût pom accroître son prestige.
Son aspect physique était l'image de son caractère. De ha.ute taille, bâti en athlète,
la figure rasée, le menton énergique, l'œil illuminé de gaieté, il respirait la sauté et
Je bonheur de vivre. Sa nature confiante, généreuse, son caractère tranquille, lui donnaient l'houeur des drames et des complications inutiles. En lui coµune en son
œuvre _tout est mesure et équilibre. Il garde avec tous et dans toutes les occasions
ses manières simples, sa cordialité joviale, sa casquette et sa pipe. Il a des amis parmi les artistes ses camarades et il continue à fréquenter les vieilles rela.tions de sa
famille. Avec les uns il parle de son art et de ses préoccupations, avec les autres il
ne dédaigne point de s'intéresser aux lieux communs qui sont la base des conversa•
tions bourgeoises. De même il adore la belle musique et ne méprise point la chansonnette comique. Il sait parfaitement raisonner lorsqu'il est devant son chevalet, il
sait se discipliner, et a sur son art des idées très arrêtées et très peJ:Sonnelles, mais
il n'éprouve point le besoin de les transposer en formules obscures et grandiloquentes. Tout en lui est aisé, naturel, discret.
Quant à sa bonté elle est tr?P connue pour qu'il soit besoin d'y insister. ]Jmesuf•
fira pour montrer à quel point elle fut délicate de rappeler deux anecdotes assez
connues, mais qui valent la peine d ' être redites car elles sont caractél'istiques.
Souvent, à Il\ fin de sa vie, il arrivait.que des élèves dans le besoin lui apportaient
leurs études pour lui demander ;conseil. Corot donnait des explications, retouchait
complètement l'étude puis interrogeait en souriant: « Et maintenant une petite si•
gnature? »
L'autre anecdote plus connue encore fait particulièrement honneur à Corot. Celuici, sachant que son ami Daumier, dont il estimait beaucoup le talent, allait être expulsé, faute de pouvoir payer son terme, de la petite maison qu'il occupait non loin
de Paris, acheta la bicoque, la fit remettre à neuf et envoya les titres de propriété à
Daumier. Toute la vie de Corot est pleine de semblables générosités, il est bon de ne
point les passer sous silence, car elles sont un des traits essentiels de son caraçtère et
se reflètent indirectement dans son œuvre. Daubigny disait de lui: « On le remplacera difficilement comme artiste, comme homme, jamais. »
C'est la 1:neilleure conclusion qu'on puisse trouver à ces notes qui ont essayé de
faire revivre Corot durant les soixante années où il vécut bourgeoisement en édifiant
une œuvre qui demeurera comme une des plus .importantes de celles que vit éclore le
dix-neuvième siècle.
XXX.

NOUS JLLUSTRONS CETTE BIOGRAPHIE AVEC LES REPRODUCTIONS DES « FIGURES • IMPORTANTES DE J.-B. COJWT. NOUS
PUBLIERONS DANS NOTRE PROCHAIN NUMÉRO UNE ÉTUDE SUR
SES PAYSAGES D'ITALIE AVEC D IABONDANTES ILLUSTRATIONS.
N.D.L.R.

�SCIENCES
T@VB;g~~Ei@HS
~7J@B,J:QlrN~ DU A~Jç6T~
D J~Hi 1\1! 0 HD B S

~~S

~T

PAR

PAUL RECHT

N

ous ne connaissons la matière que sous _ trois états que nous
savons modifiables_ d'après la variation ~es facteurs ambian~s :
température, press10n, etè.... Ce à quoi nous pensons moms
communément, c'est à l'influence que la vitesse de giration, par e.xemp1e,
·peut avoir sur les liquides ou sur les gaz. Déjà, dans un précédent article,
nous avions décrit et précisé les influences gue les hautes pressions ont
sur les corps plastiques. Nous voulons, aujourd'hui, parler des matières
fllll:des soumises à des forces c!;lntrifuges et envisager les conséquences
logiques de leur application.
D'abord, nous constatons partout autour dè nous, l'existence de tourbillons, depuis les anneaux de fumée jusqu'aux cyclones. Il suffit que deux
couches fluides viennent à frotter l'une contre l'autre pour que leur surface de contact s'organise en tourbillon; une fois unis, ces tourbillons
se conservent et progressent. Ainsi, on arriverait ,à donner à un jet d'eau,
par l'intensité de la giration, une rigidité assez grande pour briser une barre
d'acier. De même que les tourbillons gazeux engendrés par la déflagration
de la poudre creusent dans l'âme des canons des sillons profonds. Lorsqu'on
produit à l'aide d'un ventilateur un tourbillon aérien vertical, il suffit de
diriger sur sa base le courant d'air d\une soufflerie pour voir, suivant le
cas, le tourbillon s'incurver vers la droite ou vers la gauche ou bien encore
remonter vers ]es régions supérieures, se désamorcer et disparaître. En
interprétant ce phénomène, on a pu expliquer comment certaines collisions entre un toûrhillon de la haute atmosphère et des vents de surface pouvaient engendrer de b~usques dépressions bàrométriques. Ainsi
par des sondages appropriés, la météorologie peut prévoir ces dépressions
presque systématiques. Mais, les mouvements tourbillonnaires ont reçu
une interprétation beaucoup plus fastueuse en cosmogonie et ils peuvent, aujourd'hui, servir à expliquer la genèse des mondes.
Dès longtemps, Descartes avait compris qu'une phase chaotique, où
r~gnaient à _reu près seules les forces répulswes, avait précédé la phase
dite ni;wtomenne où allaient dominer les forces attractif/es.
Les théories de Newton intéressent donc la période actuelle de notre
système solaire mais ne permettent aucunement d'en imaginer la formation.
Laplace avait tenté une synthèse, mais elle était tout aussi chimérique que la formule universelle à laquelle il croyait et qui aurait permis
(1) Voir dans !'Esprit. N&lt;YUveau, No 7,

«

Tensions et Pressions "·

Fig. 3.

aussi bien de déterminer quels étaient les traits du masque de Phèdre
que de déterminer telle contingence d'un lointain avenir.
Les lois de l'embryogénie sur la fécondation et l'évolution mendélienne,
la théorie des actions et des réactions en mécanique et peut-être l'utilisation contrastée des CO'!,Jleurs complémentaires dans la peinture impressionniste semblent représentatives de l'orientation profonde de la vie
parce qu'elles s'intéressent plutôt à l'émanation de deux éléments qu'à
leur substratum.
De mêmé que les règnes de la nature comportent des espèces d'une
variété inouie, de même les astres présentent une grande variété de forme inhérente au même fait de dualité qui préside à leur formation. Mais
pour que les parents cosmiques fondent une famille nouvelle, il faut évidemment qu'ils se rencontrent. Connaissons-nous de ces rencontres dam
l'Univers ? Oui, et ce sont précisément les Novae, ces astres étranges à
évolution rapide. Mais, au reste, qu'est exactt:ment une Nova, c'est en
principe une étoile nouvelle, mais c'est plus réellement un chôc lumineux
entre deux masses lumineuses, l'une, ressemblant à une nébuleuse planétaire à peu près sphérique douée d'une rotation intense, l'autre, pa• reille aux nébuleuses amorphes bien co.nnues Et douées seulement de
translation comme un cirrus dans l'atmosphère.
Voici ce qu'imagine M. Emile Belot, fondateur de ces théories cosmogoniques .
. Adm,ettons l'existe?ce pr~nùtive (phase cartésienne - forces de répuls10n) d un tube tourbillon orienté, par exemple, vers la constellation Hercule (cas de notre système solaire), animé à sa périphérie d'une vitesse

�Fig. 2.

voisine de 75 .000 kilomètres à la seconde:Or, il advint que ce tube tourbillon lancé comme un projectile dans l'espace vint heurter par sa pointe
un nuage cosmique, le choc fit vibrer le tourbillon comme il advient lors
qu'un filet d'eau vient frapper un obstacle solide, de même que la veine
liquide se divise en nœuds et en ventres, les tourbillons se divisent en
nœuds et en ventres alternés et équidistants.
Puis, chacun des ventres entraînés par la vitesse de giration fit explosion et s'épanouit comme une tulipe en donnant naissanceàunenappede
matière cosmique et chacune de ces nappes servit de berceau à une des
planètes; c'est ainsi que naquirent presque en même temps que le Soleil,
Mars et Vénus, la Terre et Mercure, le gros Jupiter avec Saturne, Uranus
et le lointain Neptune et alors seulement, les lois de la gravitation_universelle devinrent applicables à cet univers coagulé (1).
L'expérience suivante (2) va nous apprendre ce que produit un choc
gazeux sur une sphère gazeuse qui sera représentée par une grosse bulle de
savon B faite avec le lig_uide de Plateau. Ici, l'attraction est remplacée
par la tension superficielle du liquide ; dans les deux cas, la sphère est
élastique et vibre par un choc. En effet (fig. 1), soufflons brusquement
en S sous la bulle B: elle s'aplatira en un ellipsoïde qui sera renflé alternativement aux pôles B', B"' et à l'équateur B, B", en sorte que dans son
trajet dans l'air (représentant la nébuleuse) l'enveloppe de toutes ses positions formera comme un tube-T à renflements périodiques. Dans ces bulles
de savon la tension superficielle est trop forte pour que la matière de renflement équatorial en E, E", etc., soit projetée au dehors: mais dans la
(1) Voir l'article sur « Les Tourbillons » de M. L. Houllevigne, paru dans le Temps
du 4 juillet 1916.
(2) Voix la conférence faite par 1\1. E. Belot sur « L'Origine des Mondes», éditée
par l'Association française pour l'avancement des sciences.

Fig. I.

réalité cosmique il y aura émission équatoriale de matière, car à l'impulsion radiale qui résulte de l'augmentation du rayon (de B' en B", etc.),
équatorial, s'ajoute encore l'accroissement de force centrifuge du noyau
en rotation, pourvu toutefois que le choc cosmique se soit produit dans
la région polaire du noyau solaire en rotation, alors les nappes émises
auront aussi un mouvement de rotation qui sera capable d'équilibrer l'attraction centrale du noyau.
Pour les autres syst'èmes sidéraux, les plus importants de beaucoup sont
les nébuleuses spirales, dont on a déjà dénombré plus d'un million Sl!r les
plaques des grands observatoires américains. 'Quel lien m.ystérieux existe
entre les mouvements presque circulaires de nos planètes sur leur orbite et
les mouvements divergents de la matière steJlaire sur les branches des
nébuleuses spirales-? Nous avons vu plus haut que pour expliquer les nappes- planétaires? il faut admettre non seulement leur émission rac,l.iale,
mais leur rotation autour de l'axe du noyau solaire, ce qui exige que le
choc de celui-ci sur la nébuleuse se soit produit par sa région polaire.
Qu'arriverait-il si le choc du noyau en rotation se produisait sur sa
région équatoriale ? Voilà le second cas de ce même problème d'un choc
cosmique qui va nous livrer le secret des nébuleuses spirales.
Imaginons donc une sphère gazeuse S en rotation dont les pôles sont en
PP' et dont l'équateur EE' est le plan de la figure (fig. 2); elle rencontre
par sa région équatoriale une nébuleuse N dont la vitesse rotative V est
aussi dans le plan EE'. Du côté E la matière nébuleuse se comprime tout
en accélérant la vitesse de rotation équat,oriale qui est de même sens. En
E ou la vitesse V de la nébuleuse est parallèle à la vitesse tangentielle du
noyau, la matière adjointe à celui-ci se partage en deux: celle S, qui échap-

�876

L'ESPRIT NOUVEAU

pe tangentiellement sous forme d'une spire qui s'incurve vers S en raison
de son attraction et celle de M qui, avec une vitesse accélérée, continue à
suivre l'équateur du noyau.
Du côté opposé E' quels phénomènes vont se produire ? La matière nébuleuse N glisse sur le noyau : l\fais sa vitesse V est, ici, en sens inverse
de sa vitesse de rotation ? la collision est donc maxima de ce côté. Elle se
traduit pas une dilatation de l'équateur et un bourrelet B qui écarte sa
matière du centre d'attraction P. La force centrifuge dépassant alors l'attraction centrale fera échapper en E' une seconde spire S2 également
incurvée vers le noyau par son attraction, mais qui tendra à s'aplatir
en S3 par la vitesse V de la nébuleuse et être chassée par elle en S4 loin
du noyau B.
Supposons maintenant qu'à une certaine distance du noyau S la spire
S1 ait sa vitesse V2 assez diminuée pour ne pouvoir dominer la vitesse
antagoniste V de la nébuleuse N : la spire S1 sera refoulée sur elle-même en
S' qui formera une nouvelle agglomération nébuleuse favorisée encore par
l'attraction du noyau S. Or, c'est précisément que ce l'on constate dans la
nébuleuse des chiens de chasse sur l'une des spires seulement, l'autre correspondant à S2 étant au contraire étirée et comme diluée dans l'espace en
S4 par la vitesse V de la nébuleuse N. Il existe d'ailleurs plusieurs nébuleuses spirales présentant ces mêmes particularités qui exigent pour se
produire deux conditions : 1° la vitesse V doit être à peu près dans le
plan équatorial du noyau S et par suite, dans le plan des spires S, S2 ;
2° la nébuleuse N doit avoir assez d'épaisseur dans le sens perpendiculaire
à EE' pour que la spire S1 n'en sorte pas avant qu'il ait atteint le point
S où elle pourrait être refoulée sur elle-même.
Ajoutons que, contrairement aux théories modernes de beaucoup d'astronomes, notre théorie prévoit que la matière des spires s'éloigne du
noyau en tournant autour de lui dans le sens même de sa rotation et que
c'est bien le sens de marche qui a été constaté en 1916par Vanl\1aumenen
comparant les clichés des mêmes nébuleuses spirales pris à quelques années de distance.
Ainsi, toutes les particulari és des nébuleuses spirales se trouvent expliquées par le choc équatorial d'une nébuleuse sphéroïdale sur une nébuleuse amorphe.
Le problème de l'origine des mondes ne devait-il pas nous mener jusqu'au chaos primordial, au tohu bohu sortant des mains du créateur ?
Ne devait-il pas nous expliquer d'où est venue cette différenciation des
êtres cosmiques dont la conjonction a produit les soleils, les planètes, les
satellites et sans doute aussi les atomes, systèmes solaires en miniature ;
où les nébuleuse initiales ont-elles puisé leur vitesse formidable de rotation et de translation ? Nous pouvons répondre que la science remonte
seulement où elle peut, c'est-à-dire à l'avant-dernier stade des transformations cosmiques qui précéda l'ère paisible de nos astres actuels : aujourd'hui elle avoue ignorer pourquoi il y a des êtres cosmiques de deux
catégories, les uns doués de rotation et de translation, les autres de translation seulement. De même elle ne peut expliquer l'existence de deux sexes
dans le règne animal et végétal. Ce qu'elle constate, c'est que le dualisme
est universel à l'origine de tous les êtres dans le domaine cosmique comme
dans les autrès règnes. Et c'est là une acquisition nouvelle pour la philosophie naturelle.
Paul RECHT.

..J

Î

..

MAX JACOB

Max Jacob en dix minutes
PAR

HENRI

.:t

HERTZ

E pense qu'il n'est personne, ici, qui ne connaisse Max
Jacob.
MAx JACOB est connu, très connu, désormais.
Et c'est notre bonheur, à nous qui, durant des années,
l'avons suivi à travers l'obscurité, dans « Les ingrates allées
çerdoyantes &gt;&gt; dont parle MÉRÉDITH, où malgré les fleurs et les
feuillages, le ciel et l'horizon sont opaques ».
Mais précisément parce que Max Jacob est connu, il faut,
sans perdre une minute, s'attacher à le faire connaître, car
rien n'est incertain et perfide comme la situation d'homme
connu, lorsqu'on l'est pour le maniement des grandes lueurs
fugitives de l'expression poétique : on risque, à tout instant,
de n'en être que plus brillamment méconnu.
Je parie qu'en ce moment, ici même, dans cette maison
pleine de lettrés et de psychologues, il existe une bonne demidouzaines de façons de connaitre Max Jacob.

J

�878

879

L'ESPRIT NOUVEAU

MAX JACOB EN DIX MINUTES

Il y a Max Jacob, le causeur, l'homme d~ monde, ingénieux
à ravir un salon frivole, encore qu'il y distille quelque chose
d'assez stupéfiant.
Il y a Max Jacob, le thaumaturge qui, familier avec les
astres, s'efforce d'acclimater leurs signes fatidiques aux destinées qui lui sont chères.
Voici un solitaire négligé, un solitaire àlasuited'excèsdesociabilité,.un monastique promeneur, inabordable, distrait, que
l'on ne peut plus saisir, qui ne fréquente qu'un petit calepin
qu'il barbouille, sans fin, de secrets au crayon, en errant, chérubin perdu, dans les bois de Paris.
·

Vous allez le défigurer en sa vie, ce qui est fort discourtois;
vous allez altérer la vue de son œuvre.
Ne dissociez jamais ce captivant, · ce captieux ensemble,
ce composé primesautier qu'agitent harmonieusement de spontanées et naturelles contradictions. C'est sur lui que 1·epose
la plus fantasque, la plus ductile féerie littéraire.
Ah ... Ah! il est temps - bien que les penchants de la société
s'y prêtent mal - que l'on comprenne qu'il est des hommes
sur terre, dont la fonction n'est que de réunir et faire chatoyer
en eux les impulsions dissemblables de la vie qui porte leur dérive ..
Ils gênent, je sais, la morale et ne paraissent avoir aucune
utilité. Ils ne sont ni imposants comme des p·olitiques, ni
vertueux comme des pasteurs ; ils ne bénéficient même pas,
· dans l'exercice de la mobilité, de cc l'action directe &gt;J, si séduisante, des acteurs. Ils sont dans u:p.e évasion perpétuelle. Ils
sont le danseur· de corde toujours mourant, toujours agile,
dont le prophète scella le cadavre dans un tronc d'arbre et
qui y devint, aussitôt, sans doute, une charmante dryade.
Max Jacob est de ces hommes là.
Même la foi, la rude foi catholique à laquelle il est venu, n'a
pu exclure, chez lui, tout ce que reçoit constamment et assimile, en vert-µ d'une lyrique endosmose, sa nature avide, inquiète et si hospitalière, son intelligence sans cesse en alerte et
en alarme : Max Jacob a passé d'un dieu à un autre; il a
changé de Dieu, mais il n'a pas changé.

J'écrirai donc, toujours, mes ()ers sur mes manchettes, dit-il.

Max Jacob chez lui, rue Ravignan, autrefois, rue Gabrielle,
à présent, accoucheur socratique des vocations qui frappent à

s-a porte, hôte évangélique de quiconque, durci par la raison
ou rendu fébrile par l'ennui, a besoin de l'assistance délicieuse
de la fluidité ; bienfaiteur aussi - quand c'est possible - des
plus pauvres que lui, ses voisins.
Max Jacob, le peint1·e, un petit monsieur très volubile, qui
va vite, ses toiles et gouaches sous le bras. On le rencontre à
Montparnasse, on le retrouve rue de la Boétie. Jamais rue
Laffitte : il est trop tard pour elle. Sa suprême concession fut
la rue Richepanse.
Max Jacob, le croyant, celui qui prie la nuit, au Sacré-Cœur,
qui se tourmente sur. son âme trop joueuse, et qui la livre,
la subtile, la rouée, l'innocente, à Dieu, en offrande, en faisant
tout pour qu'elle s-e présente, à ses pieds, avec u:µe mine suffisamment macérée.
Tous ces aspects de Max Jacob sont vrais, tous concourent
à sa figure de poète. C'est pourquoi j'ai dû être indiscret et en
parler.
Mais si vous vous arrêtez, plus d"une seconde, à chacun
d'eux, en vous persuadant paresseusement qu'il est, àlui seul,
tout Max Jacob, vous êtes sûr de vous tromper et vous allez
le défigurer.

{

.

1

1

.:

Emanant tout de go et avec une admirable sincérité de cet
être à la fois ingénu et_compliqué, l'œuvre de Max Jacob forme une masse plantureuse, tantôt vers, tantôt prose, tantôt
les deux mêlés. Elle comprend un roman SaintMatorel, bientôt deux, car le Terrain Bouchaballe va paraitre, des pamphlets
sous forme de dialogues ou de nouvelles : le Phanérogamme.
le Cinématoma, et des poèmes en vers et en prose, un ruissel-

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MAX JACOB EN DIX MINUTES

L'ESPRI'l' NOUVEAU

lement de poèmes : ŒufJres mystiques et burlesques -defrèreMatorel, le Siège de Jérusalem, la Côte, le Cornet à dés, la Défense
de Tartufa, et, prochainement le Laboratoire central, sous presse.
Max Jacob s'est mis à cette œuvre, une fois qu'il eut conquis l'indépendance, nous savons à quel prix. Sans trêve, sans
ambition, sans espoir, il échafauda manuscrits sur manuscrits.
C'est une œuvre qui n'a pas de date, pas d'actualité, qui a
attendu l'heure de paraître, avec soumission et avec dédain.
Romans, nouvelles, pamphlets ? A contre-cœur on se résigne - on y est bien obligé - à employer ces qualifications
habituelles. En réalité, aucune classification n'est possible.
Cette œuvre est un flot impétueux d'éclats, d'aperçus, de
silhouettes, de fantômes, de fantoches et ce flot ne se délimite et
ne se circonscrit que sur les bords, si l'on peut dire, et par le
hasard des rives.
Ce qui ajoute encore à l'embarras c'est que cette matière
poétique regorgeante qui se nourrit par elle-même, en profondeur, demande aussi tout èe qu'elle peut au simple jeu de la
forme et rassemble par dessus un fourmillement de sensations
et d'émotions imprévues, surprenant es, une profusion de styles
litt éraires. Styles éprouvés et styles vierges, Max Jacob les aime
tous, les choie tous, les manie, les remanie, quitte à leur glisser
brusquement dans le cœur, comme faisait Hamlet pour ses statuettes de cire, la longue aiguille maligne de son caprice. Il
s'apparente à la tradition, à toutes les traditions, à celle du
moyen âge, à celle de l'humanisme, à la classique, à la romantique. Il a l'air de les respecter. Puis, tout d'un coup, d'une
chiquena~de bien placée, il en fait éclater la cosse vraiment
par trop fossile, et donne jour à lme série d'explosions tendues
et fines éveillant, le long des cordes du sentiment, des ricochets
précipités, qui n'ont de but que dans le vague, infini ...
Quels feux d'artifices ! Quels éclairs étincelants ! Que de délicats orages ! Quel bombardement de surprises et &lt;l'attrapes
verbales artificieuses ! Ensuite., nous revenons à de majestueuses phrases, un peu sombres, à la Nicole, à un calme pas-

/

881

sionné très racinien, ou bien à des grâces et danses canoniques,
surgissant tout droit du xvm 0 siècle.
A qui affilier, à qui comparer ce prestidigitateur? Je n'en
sais ma foi, rien. Peut-on le définir ? Il l'a essayé lui-même.
Il a écrit une préface à la Côte, et une préface au Cornet à dés.
Mais la Côte, ce sont des chants bretons traduits en français, ou
des chants français traduits en breton, je ne sais pas au juste,
lui non plus, peut-être. Et, dans la préface, il a fort à faire de
s'en prendre aux celtisants de profession, aux anglomanes et
aux mécènes, tout en adressant le sourire de son souvenir mélancolique aux amis de son enfance, à ses chers amis de Quimper, qui chantaient naïvement, dans l'atelier de brodeurs, près de
la cathédrale. Tout ce qu'il a le temps de dire de lui, c'est qu'il
ne sait pas du tout l'hébreu, ni le grec, trois mots .de breton,
trois d'anglais, « strugle for life », qu'il n'a tué personne et qu'il
fait fi de l'argent. Ce n'est pas beaucoup.
Quant à la préface de cette corne d'abondance ·qui s'appelle le Cornet à dés, elle établit très savamment en quoi consistent la situation et le style, et le rôle de la distraction, en
art, et comment, en ce qui concerne le poème en prose, le Cornet à dés est excellent à ces trois points de vue. Poète en prose
ou plutôt, auteur de poèmes en prose ? Oui Max Jacob est
cela, je le veux Dien. Mais n'est-il que cela et en sommes-nous
plus avancés ?
Il est de partout, à la fois, autant dire de nulle part. Il sait
être vers-libriste et il sait être versificateur. Il est un jongleur
incomparable de raccourcis et de syncopes et il conte et disserte comme on le faisait aux Charmettes.
.
Il donne l'idée de quelque trouvère de grand chemin qui,
se plaçant devant les avenues de la littérature, empêche tout
ce qui s'y est entassé, de passer, de mourir :
- Attendez, attendez, vous allez voir; vous n'êtes pas si
mortes que cela, crie-t-il aux lentes périodes d'alexandrins ;
vous n'êtes pas si mortelles, crie-t-il aux pédàntes analys~s
discursives. Venez tous réalistes, vieux panaches, et philosophes, et baladins, vous allez voir ce que je ferai de vous !. .. »

�882

L'ESPRIT NOUVEAU

LES REVUES " REVUES "

Puis il se tourne de l'autre côté, vers le vide, vers l'avenir
et son langage transformé, un peu hagard, devient muet et
secret comme des trainées de lune.
. C'est un veilleur et un guetteur singulier, au carrefour en- ·
combré d'un vieux siècle.
Avant tout, jamais il ne consent à sacrifier l'enregistrement
immédiat, en sursaut, de ce qui traverse, d'un bond, sa sensibilité su(3ceptible. Tandis que la plupart des écrivains se canalisent assez vite et s'apaisent dans une formule, il obéit
•, à une verve secouée, inlassablement, d'une lucidité diffuse.
On pense à Rimbaud qui, partagé entre le scrupule de s'en
tenir aux jets de son âme et celui d'affecter une contenance
artistique trop étudiée, reniant tout ce qu'il avait fait, prit
le parti de ne plus rien faire. Seulement Max Jacob, doué
d'une fertilité adroite pour le cliquetis des apparences, sait
toujours, avec malice, habiller les idées s_auvagesses, rendre
mondains les fauves, de sorte que nous n'avons point à redouter que la gaieté de la création l'abandonne.
Ai-je bien laissé entendre ou, plutôt laissé deviner ce qu'est
eette œuvre prismatique ?
Max, tu donnes bien du mal en dix minutes ...

1

Henri HERTZ.
Préambule à une lecture de poèmes faite chez Madame AUREL, le jeudi 7 avril 1921.
~

MUSIC-HALL

LES REVUES " REVUES

"

PAR

RENÉ

A

BIZET

Pâqui:s, les Music-Hall~ parisiens, Casino de Paris, Folies-Bergeres ,en t,ete, ont renouvele leur spectacle. Ou plutôt, à une revue
. a succédé une autre revue, avec le~ mêmes couplets, les sketches
quasi semblables, les mêmes girls et les mêmes femmes nues.
Le Music-Hall ayant trouvé sa formule productive, depuis quatre ans
VAN,T

883

l'applique rigoureusement sans faire d'effort pour utiliser les merveilleux
moyens dont il dispose.
Voyez d'abord, les Folies-Bergères.
On y dépense largement l'argent. On y est assuré d'une.clientèle qu'un
promenoir plus ou moins bien fleuri, suivant les saisons, attire et retient.
Il y a &lt;!ans ce vaste hall une atmosphère plaisante, parfumée, exotique ;
aux soirs d'ennui on y vient pour s'évader du monde gris. Cela-tient de la
maison spéciale aux ports et du cirque. C'est tumultueux, criard de couleurs, plein de laisser-aller et de civilisation ·vieillie.
On y pourrait donner des ballets, des fantaisies un peu légères, libertines ; on entendrait volontiers de la musique amusante. Des danses
d'Afrique ou d'Asie désarticuleraient le rythme banal de la promenade
circulaire des spectatrices professionnelles ... Que d'images neuves, imprévues nous y pourrions admirer, au cours d'unerevuesobre,etsansprétention à la gaîté. Des clowns et des excentriques suffiraien.t ànous faire rire.
Au lieu de cela, on demande à M. Lemarchand qui tient bureau d'esprit,
de décoration, de costume, de chaussures et de mise en scène, un spectacle qu'il compose de son mieux, certes. Car nul doute qu'il ne prenne beauc9up de peine à nous prodiguer tant de banalités. C'est son excuse et nous
lui en voudrions de ne la lui pas laisser. M. Lemarchand est ainsi fait qu'il
en est encore aux vieilles reconstitutions de tableaux célêbres, aux défilés
des quatre saillons. Cela témoigne des fortes convictions de son âge mur,
et d'une belle résistance à l'esprit moderne. Il faut de ces laudatores temporis acti.
Il en faut, puisque les Folies-Bergères ont maintenu l'Amour en Folie à
leur programme pendant près d'un an, et que le poducer sous lë titre :
C'est de la Folie a redonné la même revue. Mais je.crains bien tout de
même, pour l'honnête commerce de M. Lemarchand, que cela ne puisse durér longtemps.
Comment supposer, en effet, qu'un public saturé comme le nôtre, de
vaudevilles et de plaisanteries grasses, de femmes dévêtues et de rodeurs
de barrière, s'intéresse encore pendant des années à ces pauvretés imaginatives que :sont les tableaux de C'est de.laFolie, aux sottises fâcheuses
des sketches ahurissants ,qu'on ose nous présenter ! L'étranger baille, le
Parisien hausse les épaules. Et s'il n'y avait pas les charmes particuliers
de l'établissement, je crois qu'on iinirait par en oublier le chemin.
En tout cas, esthétiquement, de telles représentations ne peuvent pas
nous intéresser. Là, le Music-Hall rejoint le théâtre, et ses momes formules, et ses tristes rabâchages. A peine donne-t-on quelques coups d'œil
aux danses de Germaine Mitty et de Til).io, couple tourbillonnant qui
dépense des ressources infinies d'adresse etde force pour exéc11ter des danses
trop rapides, trop brutales, et qui ne leur permettent point de laisser adminer leurs rares qualités d'acrobates.
Dorville, lui-même, Dorville, cette irrésistible force comique, cette verve populaire, caricaturale, qui suscite le rire, quasi mécaniquement, par
le seul aspect de sa trogne et par ses cris, n'a que des rôles incohérents.

�884

L'ESPRIT NOUVEAU

Le Casino de Paris a mis plus de coquetterie dans son effort. JI faut
d'abord reconnaitre ce mérite à ceux qui le dirigent qu'ils ne présentent
que des spectacles fort bien au point. JI y a toujours dans la série des scènes, un tableau d'un goût délicat qui fait plaisir aux yeux. Cette fois ce
sont les grandes amoureuses qui viennent habillées par Poiret, offrir à nos
imaginations toutes les gaîtés des couleurs, des ruissellements de perles, et
le souvenir d'époques que nous voyons fastueuses parce qu'un nom seul
suffit à évoquer autour de lui des splendeurs.
Il y a là un costume jaune d'or, portée par douce amie d'Abeilard, qui
est une sorte de chef d'œuvre de grâce éclatante. Pour moi, c'est toute la
revue. Cette longue robe m'éblouit, et vêt de rayons toutes les autres fantaisies plus ou moins réussies de A"ec le sourire. Elle, et Chevalier, suffisent à ma joie.
Il faudrait écrire un jour quelque plaquette, de l'excelle.nte influence de
Che"alier sur l'esthétique du Mu.sic-Jiall; ce grand garçon qui semble toujours
avoir vingt ans, qui est rose comme une rose, et souriant comme un gamin, est la bonne santé et la douce humeur de notre race. Il n'attache pas
trop d'importance à ce qu'il dit. Quand il ne chante point, il danse. Et
c'est la même gaité. Le même rythme bon enfant qui balance cette tête
fleurie, agite les jambes et tout le corps. Voilà la libre souplesse aussi plaisante qu'un libre esprit; ... qu'un poète moderne aurait en cet artiste un intelligent interprète IMais ce n'est pas aux auteurs des sketches du Casino
de Paris qu'il faut demander un essai original pour l'emploi d'un tel sujet. Ils fabriquent des scènes courtes, qui d'ailleurs sont d'une qualité supérieure à celle des précédents, mais qui hési ent toujours entre la comédie
et la farce et n'ont aucune vigueur.
Le metteur en scène, M. Jacques Charles, a réglé avec beaucoup de goût
les ensembles et les danses d'un bal de l'Opéra sous Louis-Philippe. Des
lumières à profusion, des taches de couleurs heureuses, un mouvement
alerte et bien scandé, des costumes un peu trop exacts pour mon goût,
font un tableau assez digne d'une féerie. Mais là encore, le courage manque
aux. auteurs, qui imaginèrent cette reconstitution. Ils ne s'évadent point
de la photographie en couleur. Ils n'interprètent pas une époque, comme
Poiret, ils en décalquent des images.
Aussi longtemps que le Music-Hall ne sera pas, franchement, nettement
autre chose que le théâtre, aussi longtemps qu'il ne sera pas ce qu'était le
cirque, jadis, c'est-à-dire un spectacl qui n'a aucun rapport avec la
comédie, le drame et la décoration théâtrale, il n'apportera pas ce qu'il
nous doit : l'expression fantaisiste de la vie moderne.
Le cinéma, art photographique pourtant, diraio-on, nous la donne bien
davantage. EtJe public est si peu routinier quoiqu'on pense, qu'il se précipite dans les salles où il peut poir des films. Là il vit dans son époque. Il
en subit la nervosité, la vitesse, l'imprévu ...
Le Music-Hall pourrait aussi bien. faire, et avec tout le prestige de ses
clartés, de ses danses et de ses rires.
René IlrzET.
La ToiMte (1918)

Collection Si71!on
DERAIN

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Collection S tmon
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DERAIN

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Collection Paul 1.J11il/a11me

La Grecque (1920)
DèRAIN

Portrait (Nov, 1918)

Collection Léonce Rosenberg
D ERAl N

�Portrait de l' Artiste (Nov. 1918),

DERAIN

Coll-ection Léonce Rosenberg.

Portrait (1921)
Col1ection Paul Guillaume
DERAIN

ANDRÉ DERAIN
48

�ANDRÉ DERAIN

ANDRÉ DERAIN
PAR

MAURICE

V

RAYNAL

songer un instant, je vous prie, à. l'effroyable
anxiété dont fut sans aucun doute assailli ce bon M.
Masson, de l'Académie française, lorsque terminant le
quatre-vingt-quinzième tome de son Histoire de la vie de
Napoléon, il ~pprit, tout-à-coup, brutalement, et sans qu'on
l'eût seulement ménagé de la plus élémentaire façon, qu'un
livre considérable venait d'être publié, un livre dont le ToutParis s'arrachait fébrilement déjà les exemplaires, et au sujet
duquel s'échafaudaient mille conjectures ; un livre intitulé
froidement : « Napoléon a-t-il existé ,, ?
Il est fort probable que le docte vieillard dormit fort mal
au cours de la nuit qui suivit l'annonce de cette terrifiante
nouvelle, et il faut avouer qu'il y avait de quoi.
Or un jour, voici de cela dix ans, Derain travaillait à une
œuvre importante, et ce de toute sa foi superstitieuse en l'art.
Perdu dans un nuage de tabac il semblait en peindre attentivement la fumée, quand soudain entra Picasso qui lui dit
en signe de bonjour : &lt;&lt;Ah! tu sais, c'est fini. Il n'y a plus
de peinture ... Non! ou si tu préfères la peinture est toujours
la peinture, mais elle n'est plus la peinture tout en l'étant
quand même. Tu comprends ? ,1
Derain reçut apparemment le coup sans broncher. Après
avoir profondément soupiré, il murmura en clignant un œil :
&lt;&lt; Voire ». Mais tout de même, il ne put s'empêcher de considérer que son pinceau, pas lui bien sûr, mais cet imbécile de
pinceau tremblait légèrement dans sa main. Hâtons-nous de
dire cependant que si Frédéric Masson perdit tout-à-coup le .
· sommeil à la suite de l'aventure ci-dessus rapportée, André
Derain, lui, dormit magistralement ses douze heures d' arrache-pied sans plus songer au coup de main, dont sous l'aspect
de Picasso, le Malin av.ait voulu surprendre sa foi.
Le lendemain donc il reprit son travail plein de la plus
sereine confiance, après avoir constaté que le pinceau ne
tremblait plus entre ses doigts. En détachant la feuille quotiEUILLEZ

dienne d'un calendrier qui lui offrait tous les matins une pensée nouvelle à méditer il lut ceci: &lt;&lt; Malheur à l'homme qui n'a
pas un certain fond de candeur et de confiance, düt-il en êt_re
dupe ,,. Mais fort posément il alluma sa pipe avec cet ar,hori?me sans examiner plus avant la question. C'es_t dire qu:Il av~t
définitivement oublié l'importance qu'un msta_n t Il avait
donnée la veille, à la nouvelle de Picasso, et c'est dans cette
disposition qu'il reprit sa toile à l'endroit q~'il l'avait_lai?sée
en fredonnant ce vieil air qu'il a-ffectionnait en particulier :
&lt;&lt; J'aime celui qui m'aime... ll, etc.
En réalité il n'arriva rien de tout cela ; mais faites comme si
les choses s'étaient passées de la sorte, et vous le verrez, nous
ne serons pas loin de compte.
.
. .
La sensibilité de Derain n'est jamais SUJ ette à l' afflict10n;
elle possède cette heureuse _disposition que son in?onstance
spécifique la sauve à chaque mstant,de tous les accidents, ~e
tous les abattements et de tous les soucis du monde. Derain
a quelquefois la puce à l'oreille, mais il n'avale jamais 1~ J??ire
d'angoisse. Quand il rit, ce ~'~st pas s~ule!Ilent d'une mmtie de
visage, comme le ferait un bilieux, mais bien de sa face tout entière. Aussi bien ne lui est-il jamais arrivé de prendre les événements de la peinture au tragique; l'oiseau n'est pas venu
voir comme faisait l'avion pour apprendre à voler dans les
règles, le sculpteur nègre ne rêve pas d'une Académie de ·Montparnasse. Derain considère plutôt la _peinture com~e une co médie que comme un drame, c'est-à-?ire ~omme un J~U excessivement varié et qui ne comporte Jamais de travail susceptible de le fatiguer.
.
.
. .. ,
.
Il est déjà aisé de concev01r pourquoi la sensibi½te de D_eram
est baignée d'une fraîcheur constamment renouvelee. Tout Jeune
il se promena dans les Musées. Il s'y promena, ?'est-à-dire _qu'au
lieu d'interroger méthodiquement chaque artiste sur ses mtentions, il recueillit sans lessolli_c iter les confidences que les Maîtr~s
voulaient bien lui faire. C'est qu'un au.tre événement retenait
plus_ ~espotiqu~ment son at~ention :_ la :7ue d:~ j~r~ns pos~s
derriere les fenetres du Musee, des Jardms ou Il etait permis
de fumer en regardant paysage et _pass~ts .. Ainsi Der~in ne
prit de l'art des Musées que ?e qm était stric~e?:1-e?-t fait ;1on
pas à la mesure, mais à l'umsson de sa sensibillte. So_n ~e
vibrait seulement lorsqu'elle était touchée par les radiations
qui se dégageaient des œuvres avec lesquelles elle était accor-

�·896

L'ESPRIT NOUVEAU

dée. Il conservait de ces impressions non pas un enseignement exclusivement formel, mais une émotion dont il perdait
bientôt la notion exacte et qui contribuait en définitive à
étoffer, à développer le riche tissu de sa sensibilité.
Certes, et corri.me je le disais plus haut, Derain fait preuve
d'une foi solide en la peinture. Mais au mot un peu idéaliste
de foi il serait bon d'adjoindre celui de besoin. Pour lui, peindre n'est pas un prétexte unique à construire des objets, mais
plutôt un moyen de s'exprimer, de se faire comprendre, de
livrer son opinion sur la nature. C'est ce besoin gui, dans ses
meilleures œuvres, se renouvel1e continuellement, ce besoin
qui en oes mêmes œuvres n'a pas adopté de moule particulier,
ne s'-est pas posé comme une nécei::sité raisonnable, n'a été
touché d'aucune littérature et n'est pas encore devenu un prétexte à faire del' Art. L'on sent en goûtant son œuvre d'avantguerre que Derain n'a jamais obéi qu'aux caprices de sa sensibilité et qu'il luttait contre les influences fâcheuses qui l'e1;1ssent porté à systématiser son penchant naturel pour la pemture. Avec tous les enfants que l'on ne mène jamais de force
aux cours du soir, il ignorait les mesures de l'espace et la perspective. Aussi faut-il se réjouir de l'avoir vu conserver cette
sage ignorance et d'être resté en l'âge d'homme le primitif qui
dort au cœur de tout enfant.
C'est ainsi que les œuvres les plus significatives de Derain
sont volontiers plates comme les idoles des Crétois, les figurines
des tombeaux de la Grèce primitive., certaines soulptures
-du Moyen Age ou les fétiches nègres. Toutes les parties importantes, indispensables sont soulignées, étudiées-individuellement, c'est-à-dire qu'elles ne sont pas choisies méticuleusement, ni concertées spécialement en vue d'un ensemble artistique déterminé à l'avance. Derain les synthétise chacune en
un schéma que son tempérament remplit toujours de la plus
délicate sensibilité. Il ne sent pas encore le besoin de composer
avec l'ensemble de ces éléments une synthèse générale dans
l'unique but de complaire au cadre de son tableau. Et quant
à la couleur elle a pour but de faciliter l'intelligence du sujet.
Ce ne sera que bien plus tard que Derain lui demandera. de,
rehausser la valeur du modelé plastique : et à cette occas10n
nous pourrons voir assez nettement que cette ~ntention ~'est
pas absolument conforme à la nature des qualités dont il est
pourvu. Ainsi ]' œuvre la plus personnelle de Derain semble
généralement conçue sous deux dimensions et ce grâce à cette

Le CaJ,vaire (J-912)

DERAIN

Collection Simon.

tendance à la schématisation dont la sensibilité humaine tend
à_ traduire - avant l'aide de tout autre moyen - les impress10ns que nous suggère la.vue des volumes. Et ceci n'est pas
chez Derain le résultat d'une convention décrétée à l'avance
mais bien l'effet de cette disposition humainement sensibl~
dont l'on trouve déjà les traces chez l'enfant. L'on aurait
donc ~e rius grand tort de croire que Derain travaille suivant
un prmc1pe ; et ce d'autant que d'aventure, il ne se gêne pas
touJours assez poux aller à l'encontre de ses tendances naturelles pourno'?s convaincre d'ailleurs .qu'il n'est pas toujours
b_on de v_oulo1r 3J?ender la nature. Mais hélas! la gloire est
s1_ ~a:uva1se ~°:nse1llère et, _d'autre part si impérieuse, qu'il est
d1füc1le de res1ster à ses exigences auxquelles nul grand artiste
n' é~happe. A chaque époque de l'histoire del' art nous trouvons
touJours quelque Chauchard qui poussera les grands artistes à
chau?hardiser_ c?ûte que coûte, c'est-à-dire à opérer la repro~uct10n ~n_ serie avec s?ulefi;ent l'adjonction de quelques variantes cerebr?1e.II?-ent d1sposees des chefs-d' œuvre qu'ils auront
au-rarav~t reuss1s av~c le p~us grand éclat et qui auront plu.
Mais pmsque tout artiste vit ses heures chauchardisantes, il ..

�898

L'ESPRIT NOUVEAU

n'est que de fermer les yeux sur es instants de faiblesse pour
se reporter à ceux qui ont yu l'éclo ion de leur plu profonde
sincérité.
Pour en revenir à Derain, nous diron qu'il semble avoir la
ferme conviction que a toile n'a qu deux dimen ion : c'e t-à
dire qu'il n'a jamais été inquiété par la question de la troi ième et moin encore par celle de la quatrième. Comme tout
peintre il po sède lr sen de la troisième dimension, mai il ne
croit pas devoir en faire état d'une manière précise ni définitive
par e qu'il n'ignore pas que a traduction ur la toilee. t toujours
subordonnée à quelque concept arti tique. Et commelasensibilité à &lt;leu - dimen ions e t Yéritablement le propr de a nature, l'on peut dire que les conséquen es pi turale qui en ré ultent con tituent, à cause mêm de 1 ur incérité chaleureu e
et de leur qualité de grandeur, un ca a ez rare dans la peinture moderne.
La théorie d'une quatri 'me dimen ion arti tique, c'e t-àdire celle qui n'a de mathématique qu'une appellation assez
fau e d'ailleurs, pui qu'il 'agit d'une dimen ion qui n'en a
aucune, cette théorie, di -je, n'est pa plu illégitime que celle
de la per pective. Peut-être même doit-elle la vie à celle-ci.
Ri n ne nou empê ·he de penser en effet que la notion de perspective contienne en germe ce concept d'hyp re pa e dont les
primitif avaient déjà le ntiment. Or, i Derain ne 'est jamai lai sé uborn r par ce goût pour la péculation qui e t l'un
de · ymptômes l plu légitim s de l'art d'une époque profondément inquiète et troublée, il ne 'e t jamai lais é non
plus convaincre par le règles de la perspective. Mais suivant
le principe que la création de règles uit toujour le émotions qui ont donné naissan e àl urs objets, il est ai é de reconnaitre que Derain emble généralement on idérer le plan de
sa toile omme l'âme essentieJle de la nature et qu'il estime
que la urface blanche on titue comme un hyper ·pace idéal
non plus àquatremaisà ndimen ion surlequcllesimage viendront e po er. Derain aute donc de la deuxième à la quatrième
dimension, c'est-à-dire que a sen ibilité n'accepte d'être encagée
que dan les formule les plu imples; c'e t-à-dire qu' lie réclame le droil à re pir r dans un espace que le mathématiques
n'ont pa encore irconscrit et qu'Euclide n'a pas ob curci
de po tulat pas toujours démontrables.
De là l'indéniable fraicheur qui donne à l'art, de Derain
l'aspect reposant t pl in de sérénité que l'on connait. De mê-

ANDRÉ DERAIN

899

me qu'il existe deux espèces de distin tion, il est deux sortes
de fraîcheur: la natur 11~ et ~•acqui~e- La fraicheur acquise dépa se ~on but. A voul01r faire frais l'on aboutit au glacial.
Voy~~ ~es alo~ officiels : la grâce y e t confondue avec le
mamerISme, ~'ai ~~ce ave~ l'~ffec~ation, l'élégance avec larecherc~e, la -yivacite avec~ épilep_s1e, la coquetterie avec le imagrees. SmvantquelesuJetlehncommandel'arti teicifournit
à e œuy1•es les a pet't de la fraie heur ou ceux de la é here e; et pour ce faire il mploie tous les subterfuaes de la
6
chimie picturale.
Ile t par contre des œuvres animées pour ainsi dire d'une
fraîche~r constante, d·une fraîcheur qui Yivifie les ujet qu'elle
touche mdép ndamment de leur repré entation. C'e t la fraich ur naturelle, c'e t-à-dire celle qui baigne en aénéral l'œuvre
de D rain. Pf:111' êt~e _né très jeun_e Derain au;a encore ·v ingt
an_ lor que 1 etat-crn~ youdra lm en o troyer soixante. u
p~mt que dan se meilleures un Derain n'hé ite pas à e
lai. er, por~ _r Pru.: l'ingénuité jusqu'aux bord de la naïveté.
Mais c e t ici le def aut d'une qualité que nou aimons l'un de
ces_ défa~ts g~e l'on goûte quelquefois plu que des quilité , et
qm -rarticulie~ement chez Derain se pré ente ous forme d'une
onf iance pleme de naturel, d'une in ouciance prime autière
et d'_une ~ence com~lète de présomption.
eanmom. le .~~-1rateurs de Derain ne sont pas an regretter parfo_1 qu il n mterroge pas plu souvent sa con cience.
Il . ne s ~hai tent pa qu'il fa e d'un tel examen un deYoir
q\11 certamement deviendrait périlleux pour sa sen ibililé.
D 3:bord on tempéram~nt s'y oppo erait et des conflit naitraient du choc de sa rai on et de ·a en ibililé dont ni l'une ni
l'autre ne r tireraient de bénéfice. Mais Derain devrait all r à
confe_ e à certaines date fixe : à la veille de certaine œu~·res_ ~port8;11te à exé_cuter, p_ar exemple. Sans doute seraitil tr _etonne de ~- voir tradll1;t devant on propre tribunal;
au_ pomt même qu il ;.her~he:ait p ut-être dans quelque caté~hi me les faute ~ Il aurait pu commettre. Bien entendu,
~l ne les trouv_er~t pas car la religion mondaine e t très
mdulgente, ma1s il est certain qu'à ceUe occasion l'étonnement ~e se ren~ontrer en pareille circonstance soulèverait
ch~z lm ~ctte_ not10n du doute qui dort toute éveillée chez Cfftam. e_t a pomgs fermés chez d'autre et peut-être Derain exi~era1_t-il de a sensibilité qu'elle fût plu difficile? Il lui confierait en tout cas qu'il n'est pas toujours prudent à elle de se

�' .

000.

L'ESPJUT - NOUVEAU

fier entièrement- à son activité et à sa force, crainte de voir
une vitesse _acquise la pousser à des conséquences périlleuses.
Hélas ! · Facilité; ton nom est femme ! Nous savons bien que
l?r~que ~erain ~aiss~ un -peu trop agir à leur fantaisie les qua, ·
lites qu 11 possede, Il ne verse pas dans une ornementation
vide d'humanité comme de pensée, mais nous savons aussi
que la facilité y mène et qu'à ne pas surveiller les pinceaux
l'on s'aperçoit un jour qu'ils courent seuls sur la toile pourse livrer à des sarabandes qui trahissent généralement la pensée SBnsihle de leur maître.
L'œuvre de Derain est surtout objective : jamais elle ne
livre les secrets de sa pensée. Or voilà une disposition de
tempérament assez dangereuse et qui demande à être surveillée et soutenue. A peindre comme les yeux fermés, l'artiste
semble croire qu'on ne le verra pas. Tant il y a que la faculté
de réceptivité chez Derain est si considérable qu'il a tendance
à rendre av:ec ~rod~galité ce q_u'il a reç~. Mais son essence purement latme 1 obligera certamement a respecter cette notion
de choix qui e.s t l'une des qualités de celle-ci. Et surtout, il
n'oubliera pas que son art étant érralement fait d'une intelligence très perspicace des formes de la nature, il se doit de
n'attl;lcher d'importance qu'à celles qu'il est à peu près certain
d' avoi'r renouvelées grâce à ses belles dispositions. Il est bien
certain qu'il redoute un peu cette habile.té suprême qu'il possède à saisir les accents d'une physionomie, sans quoi il menacerait de compter parmi les plus grands portraitistes. Il sait
que l'artificiel guette la facilité et que l'artificiel signe à brève
échéance l'arrêt de mort de toute œuvre qui se laisse aller à ses
excès. Sans compter les leçons d' Académies qui l'attendent et
le désirent.
Il n'est pas sain de se laisser aller aux rêvasseries qui amollissent,_si délicieuses soient-elles et si faciles. Certes, il est doux
de rêver que le tableau s'est fait seul. Mais, attention à l'irrésolution, à la versatilité, à l'inconstance, ces sources de toutes
les compromissions ao.adémiques ou officielles.
Heureusement pour lui Derain n'a pas besoin qu'on lui crie
longtemps au casse-cou, car il possède les vertus nécessaires
èt tous les privilèges utiles pour retomber quand il le faut
sur ses pieds. Il le montre à intervalles réguliers. Mais, il faut
le dire, le goût contemporain de la toile de chevalet est bien
coupable lorsqu'il sollicite Derain. C'est encore à quelque
Chauchard du xv 0 siècle qu'if faut attribuer l'invention de

Naiure Morte {1911).

DERAIN'

Colleotion Simon.

la toile de chevalet, Qui donc rendra à Derain les surfaces
c'.1-p~b_les ,de contenir Gette gran~eur pleine de force qui est la
s1grnfica~1on d~ sa valeur. La pmssance de sa sensibilité bouillon~e, piaffe, eto_uffe dans l'exiguïté de ces petits cadres en
qum l'on voudrait _l' enferm~r. · Elle les fait craquer de toutes
parts ; souvent, mais elle subit leur étreinte à son tour. Donnez
de l'a}r às:3-l~r~e poitrine, il ~ousmontrera à aimer davantage
la $fac_e _fem1rune et cette vigueur masculine qu'il couve de
sa JUvemle tendresse. ~es c:11-âteaux, les palais et les églises
sont les se~s ~adres qm pmssent célébrer le rêve qu'il a fait
et ;10? le, d1s~1per ?omme. le f?nt ~es petits espaces que sa
maitrise s extenue a vouloir faire vivre d'une vie artificielle.
Les pet_ites toiles supportent que l'on se donne moins de
m~ a vivre; elles ne sont pas non plus des lettres de félicita:t10ns ou de condoléances. Ni fleurs, ni couronnes une
carte de visite suffit_
'
Maurice RAYNAL.

�Expos itions

LA PRESSE MUSICALE

A~B~BT Q.~~~~~S nous ~ontre à.la
«Cible)) quelques-unes de ses dernières toiles, ainsi qu'une série de dessms
~!)

La tradition romantique avait fait de l'artiste, et en particulier du compositeur
un être halluciné et un peu hagard, en proie à la divine fureur du génie, créant des
chefs-d'œuvre sans s'en douter et obéissant passivement et inconsciemment au vent
violent de l'inspiration comme un roseau courbé par l'orage .. Berlioz avait dépensé
une prodigieuse quantité de littérature pom: accréditer ce poncif. A l'en croire, la
visite de la Muse inspiratrice dans une cervelle de créatem serait assez semblable à
une attaque foudroyante d 'épilepsie ; tout y est, les tremblements ne1·ve1uc, les grands
spasmes, les dents entrechoquées, les frissons, les sueurs glacées, les gestes convulsifs
et la pe1te de Ja connaissance. La crise finie, le compositeur searetrouveàsa table, brisé
de fatigue, épuisé, :pantelant, ne gardant aucun souvenir de ce qui s'est passé ; mais
il constate avec plaisir que son papier à musique est sabré de notes fiévreuses et qu'il
vient d'emichir sa partition de quelques pages décisives .
.
. . .
. . . . . . . . . .
. . . . . . .
Les jeunes compositeu:r:s d'aujourd'hui contrôlent sévèrement leur délire.

.

. .

.

· La ~éa~ti~n des ·jet;ne~ ~usÎcie~s ~o~tr~ le{trs·~~és se ~a~f;st~ s~r 1~ po~ts ~ui:
vants. ~lest temps de renoncer aux recherches harmoniques, à la trouvaille de beaux
accords 1,)0rtant en soi un élément de richesse, de pathétique ou de rêve. La musique
sera dynamique ou elle ne sera pas. Le halo scintillant, phosphorescent, irjsé ou brumeux de l'harmonie impressionniste est un obstacle à ce dynamisme. Il faut le supprimer. Même réforme pour l'orchestre avec tous ses timbres myonnants, ses sonorités diffuses, ses couleurs vaporisées. Finie la manie de !'aérographe. On n'orchestrera plus un tableau symphonique avec les procédés de Claude Monet faisant tourb,illonner autour de ses cathédrales toute une poussière d'arc-en-ciel. Voici venir un art
dépouillé et clarifié, aux lignes nettes, aux arêtes vives, aux reliefs fortement accusés.
Î~u~ d~~er~ cette.te~hniqu'e ?-N~us Î'i.g.no;on~ e~co~e. Mais l~s ~u~re~ d'~n Gc~ru;
Migot nolis prouvent qu1elle est parfaitement coml?atible avec une conception de Ïa
musique beaucoup moins féroce que sa terminologie. Son Quint.ette est un triptyque
décrivant un paysage vaste et aéré, tme bel horizon aux proportions harmonieuses
et évoquant successivement les moissons, la gaieté rustique et les vibrations du
crépuscule. Et son Trio, dédié à la mémoire de Lily Boul~ger, est pénétré d'une émotion trop sincère pour n'être pas communicative. L'hommage rituel des trois voi."&lt;
instrumentales qui viennent, l'une après l'a_u tre, jeter des guirlandes mélodiques sur
cette tombe, la majestueuse colonnaûe d'un temple irréel construit en l'honneur de
la jeune Muse disparue, la montée en plein azur dans la sérénité et l'apaisement sont
des «motifs &gt;l que le mttSieieu a traités avec une sensibilité toujours· perceptible et ·
une puissance évocatrice indéniable. Pour lui, l'écriture nouvelle est un moyen et
non un but. Sagesse élémentaire que ne pratiquent pa!l toujours ses camarades et qui
porte en soi sa récompense. Ce Trio n 'est pas obscur et il est émouvant. Et nul n'a
le droit de discuter la légitimité des procédés techniques de son auteur puisqu'il
atteint son but : il a bien le droit de remplacer la suggestion émotive du « bel accord»
par cette imperceptible palpitation mélodique d'un triolet qui agite périodiquement
sa phrase d'un court frisson, la fait vibrer doucement et lui communique un pathétique purement "linéaire »puisque l'émotjon rêpond à son appeLil y a même, dans
ée parti pris de ne recourir, pour nous émouvoir, qu"à. de5 moyens d'une si parfaite
dignité, une noblesse intellectuel le à laquelle il faut rendre hommage. Il n'est plus
honnête de chercher à cambrioler notre tcpdresse ou notre pitié en se servant, pour
crocheter le coffret de notre sensibilité, de la fausse clef d 'un violon solo éperdument
vibrant et expressif. La pl'!-thétique de la musique de Migot est en ce sens, d'une
qualité $upéneure.
Il faudrj;L suivre de près la production de ce musicien sensible et réfléchi qui dans
cette furieuse mêlée de football qui a remplacé à notr.e époque la belle émulation
de la course du flambeau, manifeste une si grande loyauté et joue si correctement s0,
partie. ·I l est un des rares artistes de la génération nouvelle qui n'ait pas cru devoir
fonder sur une trahison ses ambitions légitimes. Et iJ faut lui savoir,i;ré de nous permettre d'accorder notre affection à..de nouveaux amis sans être forces de traiter nos
anciens confidents avec la plus basse ingratitude !. ..
(Le Temps).
Emile VUILLERMOZ,

,.

J

et d'aquarelles. Le but actuel del\'.LAJbert Gleizes est d'éviter l'effet m~nstrueux. Aussi divise-t-il ses œuvres en représentatwes e,t en abstra_ztes.
Pour représenter il applique les lois rég;_ssant le mécanü,me de l'œ1l et
r-

-

·•

�904

L'E PRIT

' O VEAU .

peint ou dessine sur nature avec un ouci louable d'imiter son modèle.
Il s'iuterd.it alors ces vain(• déformation par où tant d'artistes tentent
de donn!'r le l'hange du don inventif; il ait ios('l'ire son ujet dans les limites du cadre dont il a choisi rn toute liberté le, dimen ion ' et le format,
tout en lui conservant son aspect naturel et normal.
Par contre, lor qu'il abandonne le mocll' de figuralionimilatif M. l\lbert
Gleizrs ne s'embarrasse guère des donnN'S initiales de l'esthétique cubiste. C'est en vain que l'on clwrcherait dans son œuvrc actuelle des effets
de SJnthè e optique ou de ùi socialion. L'ubjrt étant plastiquement lranspo é et dépouillé &lt;lP a gaine eorporelle, le peintre n'éprouve nul besoin
de l'exprimer, &lt;lo le drfinir et de le situer dans l'e ·pac1•. )[. GleiZl' , qui
part de l'objet, ne lui reste pas as crvi et crée un organisme formel qui
friserait l'ornemrntation s'il n',•tait équilibré en profond&lt;&gt;nr. Cette profondeur qualitat.ivc qui demeure une dt s plu glorieu 1·s conquêtes du
cubi me esL obLenuc gràcc à l'utili ation de propri ~lés physiologiques de la oul(lur qui fail aYancer ou reculer le· plans et qui pcrmeL d' 1tendre ou de rétrécir les surfac s. La couleur rPste néanmoins tributaire
de la forme qui condilionne son a pect et modifi on sens.
L s préoccupation de ?IL AlbcrL Gleizns ne tralùssent pas la moindre
inquiétude et s'adapt •nt parfait ment à on caractère do grand peintre
iùéaliste qui tient le cubisme naturali le pour une gageure et voire pour
un sini lrc paradoxe.

BJSSJÈRE

C'oll1•ctio11
Paul Rosenberg.

~" B@Q~B Blt SS~~B~ rrui expo e à la
Gale1!e Paul Rosenbc•rg nou donne un bel exemple de probit; ouvrièr .
Ce pcmtr_o e. l yarYcnu à se tracer unr mir au prix de maint sacrifice
CC!ux qui_ ass1 tèr 1~t à la p 1riodc dr s s dé•buts el ·uiYirent la courb~
de sa rap.1dc évolution sonl surpris de Je voir marrh&lt;'r si rapidement à
la conqueL d'_un_e c •rtitudi&gt; qui lui c::;t p rsonneJJe.
)I. Roger _Bissière ~sl awc Derain, )Iatissr, Dufy el André Lhote un
des rares :pemtr~s qm trouvt'nt n dehors de la méthode cubiste un
~ode de f 1gui:at1on_ qui ne heurte pas de front notre concèption de l'art
pictural et qui r~dui_t au strict minimum l'usage des moyens tran mis par
les pcrspecteurs italien .
M. Roger Bissière est, d'autre part, un artiste trop consciencieux au
sens le p~us noble c~u mot, et trop clairvoyant pour prêlendre à ré. o~&lt;lre
l~s p~obJ~mes pla tique pat voie d'habiles déformations. La forte orgamsat1on _interne de ~ s. tabl~aux nou est un témoignag de son ardeur
au l;avail, de sa claire rntelhgence et aussi de sa maturi.Lé.
L ~nalyse du sy11tème de M. Bissière impliquerait une étude approfondie. ans Y r&lt;&gt;noncer, contentons-nous de rendre hommage au talent
Bl Sli!:RE

Colleelio1i
Paul Rose11bcrg

�906

L'ESPRIT NOU EAU

LE SALON DES BEAUX-ARTS

de ce peintre dont le C'ntiment du stylr, l'acuité de dC' in et la sobre
facture consliturnt les principales qualitrs. l\t. Bissière, qui respect&lt;&gt; avPc
dévotion les loi dC' la urface, ramène nolcmmf'nt C'D avant les fonds de
ses tableaux, répartit la lumière extérieure selon les besoins de sa composition, évite, autant que pos ible, de faire un u age abusif drs lignes de
fuite et 'efforce d'indiquer la forme organique des objets indépendamment de leur po iLion dans l'espace.

~r3:q~C', de :\Iati . e, de GlPizes, de Lhote, de Bonnard et de Friesz
.
ebst
préd·
•
·
e, l es rnnom
rables
_emalarqueur
,
suiveur
et
contrefacteurs
de
:.\Ianet
qui
abondent
à
la
i\ t
1
ion
eMneJnous
font
guère rcgr
tt cr Jes raux é1eves
·
a
uels
•d
.
,
.
~
de
Cézanne
parmi
lesq
. . oui ai_n recrute 1 elile de ses troupes. A l'arbitraire ui rè
parrm les autodidactes qui forment la maJ·ori·te· d
q
gne
es exposants des
Sal ons d i·ts d' avant-garde au travail bâclé à l
1 dr
, .
.
gion d' ;t t
, '
.
, a ma a 1;s e cr1géc en rchd' C \ ; nd~us préf~ron~ la conscience professionnellle d'un Raffaelli
~ o e , un LuCien imon. Le fait d'être moderne n
..
'
touJour une garantie contre la médiocrité.
e consutue pas
Les clégats commis par 1•·unpress1onrusme
·
·
à l'éclo . d'
dont la pous ée contribua
ti
~o~ un art auquel nous sommes redcvabl s de quelques authenques c e -d œune, sont tels aujourd'hui que sous prc\texte de lih .
to~!:s les exlravag3:nces passent aux yeux d'un public dont le goût
n .iei:ement perYert1, _pour des preuves de hardie , e et de lé "time licen
::tl~ue. Lf. flot doit_êtrc endi?ué. EL ce n'est qu'en restitu~nt au trav;~
. . atcomp 1, son ancien pre I rge que nous parvi ndron à vaincre les
~:~:t:~ce~ qu, oppo. eront toujours ~ux légi lat~ur , le arti tes qui mêa av, ur du tumulte un ex1stcnc, relativement ro .
l\1 .
nou dou~onR du succès immédiat de l'œuvre d'affranchissfmclte;;e ~::
venons d en_Lreprendre ? li n'e. t guère facile derétablir un contact sori~
rompu
et de forger
à l'u age d
1,
t· depu1.
't
J longtemps
,
.
u pu bli c d es armes contre
es
ar
1 es. ,es regles anatomique
t
le
loi
de l a persp clive
.
.
b li
,
, . .
elant
a O e , en c, t qu en rnst1tuant de nouvelles lois d'harmonie obligatoires
~our tous, q~ o~ créera un code où critiques et simples spcct~teur puise1 ont un en e1gnement.
\~,va
' ld emar G EORGE.

LE SALO DE LA SOCIÉTÉ NATIONALE
DES BE1UX-ARTS
L'attitude hostile adoptée par la partie de la pres e pari imne acquise
à l'art rrputé ü1dépendant, à l'endroit du alon de la, 1ationale, témoigne
de l'état de confusion et de trouble qui règne dans les milieux des critiques
et de amateur~. Le puhlic, littéralement ü&gt;rrori é par le esthéticiens,
qui relatent à son intention lrs hi toire du re:te véridique des grands
impressionni te méconnu et injuriés au temps de leur jeunesse, accepte,
par crainte du ridicule et par volonté d'obéir aux commandement de la
mode, tous le « ymptômes » de l'activité artistique moderne. A la critique doctorale et tendancieu, e des profes:01rs, dont l'incapacité notoire occa, ionna la perte, a uccédé la critique subjective des journalistes
ignorants rt des poèt&lt;'s plus ignorants encore,
Les reporters sacré chroniqueurs d'art, créent de no,; jours les courants d'opinion, s'érigent en arbitres, distribuent blâmes et éloges. Le
public uit docile et dérouté. Le arti t de econd plan triomphent et
l'art seul pàLit de celte absrnce d'équilibre. Faut-il rendre responsables
1 descendant de impressionni t - d'avoir corrompu le jugrment et
substitué à un ordr périmé l'anarchie totale ? Pui que l'art libre et s
ucrédanés s'étalent victorieusement dam deux salons et près de
cent boutiques, puisque parvenu a un àge fort avancé le doyen de la
critique voit s'effondreruu à un les remparts des académies, il esL permi ,
san courir le ri, qur de sap&lt;'r la po ilion solide de la peinture cc avancé »,
de porter une opinion sincèr ur l'en mblc de la production contemporaine. L'Esprit .Yow,eazi a si ouvcnt précisé el défini sa façon de voir rn
la matière, que je crois être à l'abri de tout soupçon, en prenant contre
srs détracteurs la défen r clr la Société Nationale des B aux-Arts. N'en
déplaise à ::\I. Jourdain, le niveau technique moy n du ' alon d'Automne
n'est guère uprricur à celui dr l'institution aux &lt;ll'stinées de laquelle préside !'!'minent :Monsieur Bartholomé. Le Salon d'Aulomo , dont l'entrée
re ·te rigour usemcnt interdit&lt;' à tous le cuhi tes, à l'exception de M~I.
Braque et Gleizes, fusionne d'aillrurs par sa droite et par son centre gauche avec la gauche d la :Xationale. Les cloi ' Ons étanches qui rparaient
naguère les salons, ces vastes confrontation:; annu lie des principales
tendance de la peinture française, sont donc abolies. i l'ab ence de

907

Jtlflic1able à la trnue générale cl u alon de la 'at1·onal

t

:!:

"l.'1~N1'D~NC ~S A C
D ;g r.,
J?,~ J; N'T U'

. .....

• La peinture ·t · Ï· · · · · · · · : · · · · • · · · · • · • .
ga e s"ébauehan:Sà u~ an_guge commet~ mu ique ou la titt rature. :\lais c'est un lanlc:,gcouleurs, !&gt;&lt;'Ion l~~\~~;;!J:~~OnC'_ l~gi~ue e~àn~Lurel qne le peintre manie d'abord

~~~~ :: l~~1r.: harmonies, lui ~évè~~~t ::i:~;~1

;~oi~:.

r:~:~~~s°t~

~~scf~~:':~~
Je
gu1:e nouveau. :'lla1s ju~que là, il fera de la peinture d'agrément
le plaf~;'1c: ~i~~u~?:~aiémen!, toute peinture réaliste. Elle n'est faite q;1e pour
tendent que ~.en: Îo. C'onquê:~ d~~l)~l-néral, ~l!belestOupe~ficielle .• es recherche'! ne
phère d'un
,
.
mnecs \'lSJ es. n
fforee de rendre ratmosC
paysag&lt;', 1 expression d'une physionomie
stri:tt!:1 t~ndancc eor:nmence donc à la reproduC'tion ·ervile de lo. nature (ce ui est
cho es c. ~ la négation de _l'nrt) jusqu·à la traduction aiguë de ratmosphè;e des
C • mms i,;ans que cette mlerprétation sorte des forme;; de lu nature
elte Lendan~e ga_rdera comme adeptes tous les talents moyens to~s ceux ui
sag~incntt en s appliquant, acquièrent du savoir-faire. Elle uè pe~mct plus· q~'à
que ques cmp 'raments très personnels de Ne distinguer difficilement da
pos ·édant un pru;sé lourd de chef -d'œuvrc.
ns un genre
·R~G~R

ÀVEIÎ~WT.E. ».

•
(Lumière) .

�LES LIVRES

LES LIVRES
LA . 1Î.GIUUH1 li IHtA iT !r»AltA'U.~TI (ÉDITION
BQSSARD ). - JULES ROMAINS. LE BOl!JRG R.ÏGB~ÉRÉ (NOUVELLE REVUE

SYLVAIN

LtVI

FRANÇAISE). -

RABINORANATH TAGORE

vELLE REVUE FRANÇAISE). -

MODiRNB

Lt c~RIIHLLB os
TH. VAN oœsaunG

nrm,~- (Nou-

CLASSl~UE- B.1UtHUE ..

(ÉDITIO~s. DE s1KKEL ET LÉONCE ROSENBERG).

***
&lt;c C'est un vieux conte de fées où l'Inde Ancienne a glorifié l'amour
conjugal», dit M. Sylvain Lévi. Il s'agit en effet d'un Prince ·charmant
qui a épousé une belle princesse. Leur bonheur serait parfait n'était ce~te
passio_n du jeu que contracte le Prince. Il perd en effet sa fortune et sa prm~
.cipauté aux dés. Forcé de s'exiler il abandonne son épouse et pour lm
.eviter de .rartager sa propre misère, il préfère, le brave cœur, la l~sser se
débattre au milieu de celle que lui rapporte cet abandon. Bien entendu,
tout s'a.r.r;nge et après mille péripéties la princesse finit par retrouver son

~poux .
. 1\1 .. Sylvain Lévi nous enseigne dans sa préface que lo jeu de dés tient
:une pl~ce prépondérante dans la littérature hindoue. Les héros jouent
volontiers leurs maisons, leurs frères, voire leurs femmes . No~s savons
par ailleurs que le jeu est à l'origine· de toutes les civilisations et qu'on lui
demandait souvent dé régler des questions, de lever des difficultés ou de
dénouer des différends. A tel point qui lorsque l'on songe à la mésaven.:
. ture dés vingt savants à qui on avait confié récemment le soin de calculer
la capitalisation des 226 milliards des réparations allemandes en quarantedeux annuités avec les inÙrêts et qui réussirent à trouver vingt totaux différents, l'on est en droit de se demander si nos pères étaient si mal venus
à demander au hasard de régler leurs petites affaires.
En réalité l'usage des dés, comme celui des dames, paraît immémorial
dans l'Extr·ême-Orient . Platon, lui, le fait remonter à l'ancienne Egypte.
(&lt; J'ai entendu con~er, dit.-il, qu'aux environs de Naucrates d'Egypte
existe l'un des plus anciens Dieux, que son nom est Theut (c'est Hermès)
et que le premier il avait découvert le nombre, le calcul, la géométrie,
l'astr-0nomie, les dames et les àés. )) On raconte -que Hermès ayant gagné
u~e partie de dés qù'il jouait avec la Lune, obtint rn gage de celle-ci cinq

909

jouis qu'il ajouta aux 360 de l'année. Signalons· enfin qùe le Louv:e possède deux damiers de l'époque pharaonique.
M. Sylvain Lévi s'en tient à l'exposition des conditions du jeu de dés
hindou et des règles de cet ancêt.re du zanzibar et de la passe anglaise.
Le dé n'est plus un cube à six faces. Chez les Hindous, en effet, il n'en a
guère que quatre, ou du moins, rassurons-nous, quatre qui soient vala:.
bles. Il faut calculer très vite, e.t l'on cite un héros hindou qui gagnait
-souvent pour avoir la faculté curieuse de compter d'un seul coup d'œil
toutes les feuilles d'un arbre avec ses fruits.
Le jeu de dés nous rappelle, surtout à nous Français, le juge Bridoye
qui, suivant Rabelais, « sentenciait à coup de dés )) et qui sur le tard de sa
-vie craignait que quelques-uns de ses jugements ne fussent très équitables
·parce que sa vue basse ne lui permettait plus de distinguer nettement les
points des dés. Or, comme l'imagination des conteurs est souvent le levier
de l'imagination scientifique, nous rapproch~rons ce fait des démonstrations de Le Dantec, démonst,rations par lesquelles il est prouvé que tous
les jugements des Cours criminelles .n e sont dus qu'au hasard et de ce
-fait pas plus valables que ceux de Bridoye.
Si nous nous sommes engagé dans cette petite dissertation sur le jeu
de dés, c'est gue M. Sylvain Lévi nous y a ·conviés d,an·s son excellente
préface. Il ne parle pas beaucoup du conte lui-même, persuadé sàns doute
que ce n'est pas la peine puisqu'ôn va le lire, et il a raison. Ce conte est
d'ailleurs plein de ·ces images un peu nues, un peu à plat qui sont iâ marqué du -merveilleux hindou. Il serait peut~être un peu 'fatigant n'était la
brillante traduction de M. Sylvain Lévi et les b'oi:s très habiles de Andrée
Karpelès .

***
Les systèmes littéraires nouveaux meurent généralement les .u ns 'après
les autres; il ne reste.hélas au cours des siècles que l'œuvre de ceux qui
surent les accommoder au goût de là moyenne humaine. Il n'en est pas
moins vrai que ceux .d 'entre eux qui furent construits d'abord avec foi,
puis sous la dictée d'une imagination contenue, laissent toujours un agréable souvenir et des traces durables. ·
Tel est un peu le cas del' Unanimisme qui généralement nous apparait
légèrement c&lt; manches à gigot n. Au contraire de la plupart des systèmes
-qui doivent leur appellation au hasard ou à la malveilJance, l'Unanimisme
a été baptisé par son créateür Jules Romains. C'est dire pourquoi l'art de
Jules Romains sent un peu le procédé et pourquoi son système semble
119

�910

LES LIVRES

L'ESPRIT NOUVEAU

surtout reposer tout entier sur une certaine façon sans cesse répétée de
traduire les images qu'il crée. Aussi Jules Romains apparait-il un peu
suspect dè pompiérisme, mais après tout, cEci est bien légitime puisque
c'est lui qui a le premier allumé le feu.
Le Bourg Régénéré est une application directe du système unanimiste.
Directe, parce que la prose plus explicite montre plus nettement la mécanique du procédé. Il en résulte peut-être une certaine fatigue lorsqu'il
arrive à l'auteur d'avoir un peu forcé la note; mais par contre un agrément réel lorsque telle image est nature11Ement venue. C'est pourquoi
nous préférons Jules Romains poète. Tant que l'image s'applique à une
sensation éprouvée par lui, elle nous semble très normal€ment naturelle.
Mais lorsque dans un conte l'auteur est obligé de créer différents personnages, il se croit tenu de les faire rendre des images dans le goût du système et c'est là que nous tiquons.
En tant que sujtt, le conte est une apologie du travail universel.
Puisque l'humanité a décidé de se tuer de travail, il ne faut pas de bras
inutiles, sans quoi toute la machine craquerait. Mais tout de même, supposons qu'au début de l'humanité, l'homme n'eût pas accepté d'être considéré comme une force d'inertie que les forts vainquirent à leur profit;
supposons que la journée n'ait eu ni dix, ni huit, mais seulemént quatre
heures. Est-ce que la richesse pour être moins riche n'eut pas permis
aux hommes d'acquérir une culture meilleure et une idée du bonheur
moins vulgaire ? Mais il est trop tard et le vin est tiré. Donc tout le monde
travaillera dans le Bou,rg rêgé'néré, et ce parce qu'une main inconnue
a tracé dans les latrines cette inscription : « Celui qui possède vit aux
dépens de celui qui travaille : quiconque ne produit pas l'équivalent de
ce qu'il consomme est un parasite social. » Ce sera la revanche du travailleur pour l'établissement d'un cercle vicieux à l'usage de l'économie
politique. Grâce au travail le Bourg se modernisera : il aura des rues
rectilignes, l'électricité, des filatures, des usines. Hélas! reste à savoir
si ces usines ne tourneront pas un jour des obus, ou si pour recevoir des
bombes enm.mies les habitants du Bourg ne seront pas ruinés. En réalité
l'amour excessif du travail amène la cupidité, son corrélatif normal; la
cupidité déchaine à son tour l'ambitjon et les deux réunies nous apportent la guerre. Nous ne dtvrions pas oublier que le roi de la création est
naturellement fainéant, et, après tout il n'a vas tous les torts.
Mais encore une fois, nous ne pouvons plus reculer. Et les lecteurs d'un
certain âge qui aiment qu'un conte ait du fond, comme dit le peuple, goûteront le récit. J?erveilJeux et si remarquablement écrit par Jules Romains

911

qu'unreferendum récent . t d d ..
poètes aux côtés de p .;~: e es1gn:r c_omme l'un des-sept plus grands
Le Cardonnel Mm d.
_ry, H.deRegmer,Viélé Griffin, PierreLouys,
'
e e Noailles, et ex-requo avec M. Georges Fourest.

t

* **

Malgré que l'Inde paraisse encor d
d
en reviendrons une- fo. d 1
e e ~o e en quelques milieux nous
L l
is e pus avec Rabmdranath Tagore
es 10mmes sont tous lus
.
.
.
.
qu'ils n'aiment au fo d
p l ou moms poetes, il est donc naturel
n que eur propr
~ ·
A
sissons pleinement 1,. t
.
e po sie. u surplus nous ne saim ent1on des poètes
,. • .
lan"ue et s'ils
t·
, que s 11s ecrivent en notre
appar rennent à notre é • t·
.
.
0
sib1'li'
te· h
· d
g nera IOn immédiate tant la sen
·
umame ont l
é · d · •
'
lutions des J. o
. a po ~re mt etre le reflet suit _dccilement les évours
qtn
se
suivent
et
aveugles.
'
ne se- ressemblent que pour les
Comment goûterions-nous lein
l'
naire et de plus hindou ? M . p
ement œuvre d'un poète septuagé,
· ars nous ne nous d · · d
•
.
une sagesse de bon aloi Et
1 ,
. ecr erons Jamais à adopter
réputés aient démo t ,'
mba gre que tant de philosop_hes et d'écrivains
n re sura ondamment ,
t d .
,
qu'une trahiso
qu une ra uct1onn était jamais
n, nous ne cesserons de v ·, à
, .
dégagent les noms exoti
ou, cause de l attirance que
d uctions, cependant queqtes
ro_nflants, les librairies regorger de trahons poètes français ge'n. eulrs iroi~s sœnts seront bourrés des œuvres de
.
era Ement ignorés.
Il faut bien que Rabindranath Ta(J'ore .
.
.
nous le dit et que tout r· ·t
o . s01t un grand poete, puisqu'on
mr par se savoir II
.
dans la CortJeille de Fru 't
. d
.
. y a certes de belles images
t s, mars es images q ·
« déjà vu ». C'est que M T
_u_r sentent quelque peu le
dans une interwiew réce~tea!o;,e est ~res trad1t10nnel. Il le montra même
qu'il avait déjà lu l'œuvr d K' ~-ccas10n de laquelle il donna à entendre
à l'encontre des anciens p:è:es rhi~ indg dans la sienne. Toutefois M. Tagore,
11 ous ne raconte p s d'hi t ·
.•
.
d eJà•un point acquis Il t
'. m f . d.a . s mres,
.
ra var·11 e en plerne
. et voilà
dans une matière que bon
b
a rere, irait un pemtre, mais •
.
nom re d'autres O ·t
. .
contnbution. C'est que 1
P e es ont avant lm mise ·à
, orsque nous recevo l · · d
vient de loin, nous nous attend
à
~s a visite 'un voyageur qui
ons ce qu'il no us conte d es choses in."
connues.

e:.

Or, la traduction très élégante de Mm
,.
nous app_orte quelques désillusio
.N
e I~elene du P~squier
·
ns • ous voulons bien q
t •
mires de la poésie sor'ent e' t erne 1s mais cf · 1 J
· ue. cer ains acceslotté par la tempête de l'est
,
or. &lt;' e serai pareil au nuage bal» nous rappelle un peu le « Ah I si j'étais

�912

L'ESPRIT ,.'0 VEA

p •tit oi eau », c&gt;t tel &lt;• ois prêt à t élancer mon cœur » qui n' l pas mi
exprès nous reporte au "Tais-toi mon cœur &gt;i bien connu.
Mais en ore une foi ceci dit en dialecte hindou Pst peut-être sublime et
nou nou. gardon bien de porter un jugrment ur un tel ffort.
i 'ous di ion. plus haut que l'on ne goûte plein ·mrnt la poé ie d'une
a11tre g 'nération quo la sienne, mais il st une xceplion, une rxception
à formuler n faveur d ceux qui n'ont encor ni âge ni génération, c'e là-dire aux jeunes g •n d quatorze à vingt an .. CPux-ci en ffet aimeront
sans doutl' dans Rabindranalh Tagore, d'abord le nom, trè héro do
cinéma, puis urtout crt ensemble de fleur , fruits, parfum , couronnes,
étoile., coupe vide ou pleine,, chant., flùtes, oiseaux àmes de poète ,
auror s etc. matfriel ordinairl'menl mis à contribution par le poêle.
Mai traduction pour traduction nous donnerion volontiers lout ce capharnaüm pour un de C&lt;' petit poème malgache qu nou · fil connaitre
Jean Paulhan.

•

* *

Théo van Dœsburg st en Hollande l'un d s pionnier del art moderne
t l un de plu dévoué propagandi t de conception les plu neuves.
·a revue "De til » e. L trè goûté en France. Et un livr important (1)
publié à Amsterdam Je cla se parmi les écrivain d'arts et les artist s (il
e L également peintre) le plu averti de on époque. Avec plai ir nous
avon lu le , la .ique-Baroque-Modernc » publié aujourd'hui par I s
soins de Léonec Ro enberg.
an Doe burg nous permettra toutefoi de ne pas le suivre dan la ditinction de l'art en le trois phrase : clas ique, baroque el mod rne, qu'il
lui a igne. &lt;• La grande différ nec entre lassiques et modernes con i te,
dit-il, 'Il ceci : c' st qu, 1 s cla iques produi ai nt de l'art à la façon d la
nature et quel s mod rnes r produisent la nature à la façon de l'art.» Dan
c condition. nul modern ne pourrait d venir classique. Or un grand
nombre d'œuvrcs contemporain s ont d'e ser.cc trè neltcrnenl ela1:iqu puisqu'elle produi ent de l'art, ce t-à-dir des objets humain,, uivaot 1' condition à nou imparties par la nature san ce cr pour cela
d'être modern , c'est-à-dire d avoir pris en con idéralion la théorie de
l'art pour l'art que défend avec rai n Doc burg.
Aus i pcr i ton -nou à croir que le cla sici me t un co tum que
(1) • Drie voordrachtcn over de ni uwc beeldende Kunst •·

LE

LIVRES

913

doit porter la sensualité. C co turne change aYee ]p temps &lt;'t l'arti t~ doit
lr faire lui ID1!me. On le recunnat 1ra toujours,. imal exécuté oit-il et l'on
wrra fort bien 'il a étü acheté tout fait ou n quPlque ,, décrocl:r.z-moi
Cà ».

La lh~orie cl • l'art pour l'art n'e t plu attaqué de no jours, t Je erpent qm se mord la queue » esl adoptè par ce concept conventionnrl
qu'e I l'~t. i\Iai il ne faut pas qu'il oublie son origine liumaine, sou pcin
dt' condmr à la fanlai:ie, c'est-à-dire à lou les baroque et à toutes ]ps
déca&lt;lenc .
Or c'e t ce que ne s mblent croire ni Doesburg, ni Mondrian.
Les impre ionni. te le plu grand sont ceux qui ne groupent pas seul ·ment ~es tache de couleurs ou de pointiJJ; , mai bien ce.ux qui ont
con tru1t d s group s harmoni és. an Do sburgdit ceci « : Vou ne pouYCZ pa vous Honnu que l'artiste n arrive à cxprimcr l'essence de la
beauté pictural implcment par un rapport e thétique et barrooninrx de
plans, de couleur el de ligne . ,, 'ou nou ouvenon d'aYoir, aux débuts
du Cub'. me et alors que nou cherchion à préci r sa t chnique, érrit
de P~'f'tlle cho~es._ Depui nous avons r connu qur l'homme e t un •orps
pos edant parmi différents organe rn ihle deux yeux, el qu'il n e l pa.
d_ ux yeux autour de q~ l la nature a di. posé un corp . Ceu~· qui inventere~t, le mot d e thél1qu' ont eu recours au verbe grec qui signifi
entzr. fout rapport thétique doit donc . uggérer une émotion. Or il c t
indi pcn able que la théori ù l'art pour l'art louL en ne devenant pas, bi n
~l_e~~u, c llc de l'art pour ce qui n'c. t pas l'art, ne néglige pas notresen1b1hte générale pour n'accorder e oins qu'au chaLouill m nL ao-rfable
0
de notre s n vi uel.

:'an

L'art_ d~
Do sburg nou paraît donc contredir un peu es théories.
l chfftcile de dégager de on œuvre ce , particuli r naturel II même
u àla façon de la p inture » t qui doit nou rappeler la nature. Par • naturel • Doe burg_ n v ut pas qu'on nlende un fragm nl découpé du
• grand tout » ma, la • totalité » de e qui nou contient. Pourtant
l'hon:ime n' , t pa i uni ver d que cela. Il ne uffit pas qu la nature déternune .'' la cou! ur Je rapport, la distribution cl la compo ilion ,,
san qu01, pour ne pa êtr en ontradiction avec cllc-mêm&lt;', la throrie d"
l'~rt pour l'art uivant l'c·xempl de Doc. burg, ne devrait voir aucune
d1fférrnc de rapports C'ntr • la ensalion d&lt;' beauté • que donne un arbr
_L c lie qu_e nou procure un rnaison. Au si, t hi n qur on es ai cont1e~n · d Ju l rcmarqu s clair m •nt ·po , s, nou avon Je regret de
crotre qu'à l'encontre de c intrntion l'art que défend Do, burg ne pr _
Il

�915

LES LIVRES
L'ESPRIT NOUVEAU

914

sente pas suffisammenL dégagé ce rapport d'harmonie en lequel il voudrait
voir la découverte d'un style nouveau, à savoir le sien.
~faurice RAYNAL.

LES LIVRES D'ART

PI C'.ASSO(i)

L

A critique esthétique à Pafümand.e contribue pour une large part à
l'état de confusion, dont pâtit l'art contEmporain. La lecture des
ouvrages tels que &lt;&lt; Der Kubismus » de}1. Paul Erich K.uppers et
&lt;&lt; Franzosische Malerei seit 1.914 ,, de K. Otto Grautoîfnousconfirmedans
l'idée que l'Allemagne, malgré les efforts de compréhension dont elle
ne cesse de faire preuve, fausse le sens véritable des œuvres et crée de
par le monde une atmosphère d'exaltation malsaine. La littérature d'art,
si chère à M. Blanche, fait outre-Rhin de cruels ravages. Les brochurns de
grande vulgarisation aident à répandre et à faire connaître les noms et
les œuvres des peintres expressionnistes . La « Stosskraft » ou la puissance
offensive de l'art moderne est telle qu'il force _les portes des salons
mondains et s'infiltre dans tous les cercles sociaux. Cet art fait tache d'huile.
Ce n'est plus un métier, mais une religion, une religion du reste très
lucrative.
Le livre que M. Maurice Raynal vient d'écrire sur Picasso et dont
une traduction allemande a paru à :Munich, embrasse l'ensemble des
problèmes picturaux actuels et forme un remarquable essai de mise au
point. En situant dans l'évolution de l'art l'œuvre de Picasso, M. Raynal
a voulu mesurer l'exacte valeur de son apport. Aussi a-t-il étudié au
cours d'un bref avant-propos la situation de la peinture franç-.aise au début
de ce siècle.
Cette situation était pour le moins critique. Bien que M. Grautoff attribue à Matisse le rôle d'un agent de liaison qui mit à la portée dEs jeunes
hommes la dernière manière de Cézanne, les peintres sortis de l'impressionnisme piétinaient sur place en s'efforcant de retrouver le sens de la
forme par d'ingénieuses contrefaçons ou par de puérils emprunts aux
styles archaïques. Gauguin était parvenu à corrompre un certain nombres
9-'artistes. La leçon de Cézanne semblai~ vaine. Une baisse générale du
(1)

Par l\lamice Raynal (Delphin-Vcrlag), 1\Iunich .

niveau technique était le signe distinctif de la peinture « fauve ». La
couleur anarchique, affranchie de .oute contrainte formelle tenait lie
d d .
'
u
~ essm et de c~arpente structurale. Néo-classiques et post-impressionrustes se partageaient le~ faveurs du public ...
Picasso, redevable de sa maîtrise à une forte culture traditionnelle restitua tout d'abord au dessin son ancien prestige. Il comprit le cara~tère
~ette~e~t conventionnel de la peinture et renonça à concilier ce qui est
rnconciliable. Cézanne prétendait (( faire du Poussin sur nature». Picasso
abandonne le motif au sens impressionniste du mot et recrée librement
selo~ les lois de l_'art, les seules qui lui importent, un univers plastique qui
reqmert de ce fait une personnalité autonome.
Convaincu que l'œuvre de Cézanne contient des éléments intransmissibles, Picasso ne _tente, m_ême pas d'imiter par quelque savant subterfuga
la facture du Maitre d Aix-en-Provence. Il met fin à l'affreux malaise
que créa Cé~~nne en inscrivant sa couleur expansive et dynamique dans
les cadres rigides d'une forme préétablie, qui tantôt l'enserre et tantôt
cède sous sa pression interne.
. -Le mé~ite _d'avoir opéré la dissociation 'revient sans doute à Henri Matisse, 1:1ais Picasso, le ~remie~·, l'applique rigoureusement (1). Respectueux
d~s lois de la surface il rédmt la forme à i'état d'épure planimétrique et
d1spose la couleur autour. Il emploie les «localités» c'est-à-dire les
_
l
· . ,
,
cou
eurs mtrmseques des corps et soustraites aux effets éphémères des éclairages exceptionnels. Il représente la forme organique des obJ. ets et n
··
on
1eur position
_par_rapport à ~'angle visuel du spectateur. Il forme une profon~e:11' qualitative en variant les angles d'inclinaison des plans colorés
qu'il Juxtapose.
Ce gr:ind ~rtiste, ~ont l'œu~e a suscité un mouvement d'une importance historique capitale, a-t-il perdu aujourd'hui son exclusive· di _
·
? 1
rec
t10n . I es~, en tout cas, bien incapable de fausser sa présente orientation
de le canaliser, de le pervertir et voire d'arrêter son cours. Certains mod '
d e figurat·ion sont assez répandus de n.os jours pour mettre le c b.
es·
l' b · d
u 1sme a
a_.ri es caprices passagers et des changements d'humeur d' un h omme .
spmtuel, cet homme fût-il un génie authentique.
Les conclusio~s de M. Raynal infirment d'ailleurs celles de M. Otto
Grautoff.
Il ne saurait être question d'un désaveu du Cubisme par Picasso ni
(1) Dans une tê~e de Matisse, vu~ de trois quarts, un œil, au lieu de rom rc l'har1'.1on_1~ ~Jane du v1sag~ et cle c~ntribucr par un effet de clair-obscur ou
un r _
comc1 à former un relief, peut etre simplement prnjeté sur le fond du tabieau. ac

i:;

�916

MUSIQUE

L'ESPRIT NOUVEAU

d'une apostasie. Mais on peut souhaiter que dans un avenir prochain des
artiste;s à la hauteur de leur tâche élaborent une législation susceptible
d'_ordonner le Cubisme qui est jusqu'ici un art puTEment empirique. J'en
sais même qui s'adonnent à cette œuvre avec une ardeur qui porte déjà

ESSAIS POUR UNE

E

ses fruits.
Le Picasso de M. Raynal est certainement le meilleur ouvrage qu'ait
écrit1ce subtil esthéticien. Il atteste de sa part un.sens critique aigu et une
parfaite connaissance du sujet traité. Aussi est-il étrange et regrettable
qu'aucun éditeur français n'ait songé à le faire paraitre jusqu'à ce jour et
que l'Afümagne en ait rn la primeur ...
\Valdemar •GEORGE •

..
1 •

Les rapports mut.uels de l'art et de la vie sociale sont riches
en suggestions de toutes sortes. L'auteur s'est efforcé de les
étudier avec une méthode d'analyse aussi précise que le sujet le
comporte. Il examine tour à tour leurs principales catégories :
les rapports de l'art avec le métier, avec les classes sociales,
avec la famille, avec la vie politique ou nationale et la vie
religieuse. Dans ces ape_rçus' multiples, où les esprits les plus
divers pourront trouver plaisir et profit, il faut noter des études
pleines d'·actualité sur l'art Et la guerre, sur l'art dans le luxe
et la mode, sur les salaires des artistes, sur les genres religieux,
sur les formes populaires, mondaines 6t académiques, sur les
influences politiques, E.tc.
On voit que l'esthétique sociologique ne peut plus se contenter aujourd'hui des points de vue par trop vagues où elle
se maintenait à l'époque de Taine et de Guyau. Elle aborde
des analyses plus vivantes et plus scientifiques à la fois. D'autre
. part, M. Charles Lalo ne qmclut pas, comme beaucoup de ses
prédécesseurs, que les œuvres d'art sont une sorte de reflet
pur et simple des milieux sociaux par lesquels et pour lesquels
elles vivent. Il estime au contraire que l'activité esthétique
consiste à dégager de ces conditions préalables et nécessaires
une vie autonome, une évolution qui lui est propre, une liberté:
No-us reviendrons prochainement sur cet important ouvrage.

tement
ysique
ntes ou
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le mot"
CE NUIIIM
t.ofliCINlt 13'

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V.
(1 ) Ca. LALO. Paris, Doin, Éditeur.

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•• 1\lpplime.nt 11uer.1irt, 39 ,111...

(l) Voir !'Esprit Nouveau, no 5.

�MUSIQUE

L'ESPRIT NOUVEAU

91-6

d'une apostasie. Mais on peut souhaiter que dans un avenir prochain des
ar tistes à la hauteur de leur tâche élaborent une législation susceptible
d'ordonner le Cubisme _qui est jusqu'ici un art purEment empirique. J 'en
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L'ESPRIT
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KNU'r IL\.lt8UN lPrlx NoocO.-La Rcln•~•l:!&lt;l~•z:. IDLNBJL - Goaioril- el MallUm6,
PAUL J)F.RMl!:E. - Lo Lytl111110.
I,J';ON CJIESOY.- IALtttérature belge ~epuh 1014.

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NOUVEAU

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te,vle des principauJJ articles sitivnrits :
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rdigie\
divers
pleine'
et lam
sur les
influe,

ESSAIS POUR UNE

•••. - 'Pensées d'hier et. de maiotenant,
l!, HERTZ, - M.&amp;~ .Jacob.
~NR1 TJIUILE.- Du Korau et de la.Po~e a.ta.be.
R. lZDEBESKA, - l,;.L Poésie. ])Olouaisc d'a:ujoutll'l1,ul.

J. RODKER. -

Lt\ Litt.6,ra.ture iwglal&amp;c d';\uimll'•

d'hui.

IV.AN' GOLL. -ûr. Nou,•elle r"oés.le 1Ulema.11dc.
VINC&amp;NT RIJ(DOBRO. - L&gt; Llllérafore eoJ)&lt;l·
goole c1·,1.ujoùc.:l'hui.
B. CEOOHI , -L'A.Tt de 01.rdl\rclll,
PAUL l&gt;'ERMÉE. - Appeb ùc ao1.1s, Appels de

""""·

8JSSI&amp;RE, - L'Arl de StllI'at.
OZE:S-.FANT d .TE.U""NBRET. - Sur la l'llslique.
t,.NDR~ SA.Ll!ON. - p;o.\880,
YA.U\'JfF.cY. - Paul Oêi'.U.1Ue.
C€2lA..'i~E. - I,ol.ln,a
ADOLl!'HE LQ.OS . - Ornem!!at.. eL Crime,
't"A.UrBECY. -Le Salon d'Aulouwe.
'VA. lJVR.ECY. - Gd.cj.
J EA...X OOCT.E.!.U, - La. FrE.l:lu~ye.
CJIRlSTIAN. -Ll- TyPogra11ble.
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RAYNAL. - .Ju,in Orle.
LÉONCE.ROS:ENB.E:BG.- P.tU"loua l'eiot.mo.
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(1 ) CH . L ALO . P aris, D ain, Éditeur.

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r.1.

J)'A UTfll-:8 ltEYUl&gt;S. IL 1':ST T.

•

NA l '.I S BESOIN DE ti'AllONKER A
'
l,NU AU COUI\ANT OHIQUB )[OIS
l'O)ll'l'E AU J OURJJ'HJ;'I; IL ltEÇOJ1' ClIAQt"E :U ',
•.
• DN TûU'I OF. Qt'l
LA l'LlJS LUXUEUSE:
OJij SOUS LA FORl!E TYPOG!l,1 PH I QUE

P. R.ECR'.r, - ll~gn.._
CllA.RL"ES HKN"RY. -

ll.pnesie,
- La théâtre).
Revue de lil/&lt;'ralurc la 1111
z ·• avertie
• Cl lit plus complèle (liUémtw·e, romnn.

r&amp;.

ll l.France.
- La Ret•ue d'es tllét'
•
. tqur, prmuère
L"Esprcsslonnisme.
edtique des Arta ligur:tlifll

en l t.alie.
.R. OJIENEVl ER... - L'e.,thWt1ue de l'roud"bon.

CH. LALO. -

L' .EnhéUc1ue sana A.mout.

ÉLlE FAURE. - Charlot.,
. ... - Le T&lt;lO-tiUsineP. JtEHlRDï'. - l,'E,tbôllque et !'&amp;prit.
:R. CII'.E~,;;•1.ER, - L,1,- \"Je frauçaitie.

l '. DEL. USI.
.
-

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LOIJill DELLUCJ. - Ciu/,mA.
Jt:E:s'É BIZET. - Le Mu•ie,,IWL
F f1RN'.~ D l YOJRE. - Le Théitlr._

I&gt;
1

•·l seule revue d'esthétique

L'ESI' HlT NOUVEAU F ORMERA eu
IN -8 RÀ ! Sl l&gt;' (25 x 17 C } .
AQUE ANNJlE 4 llùll'IS VOJ,U)[ES 1'0RIU T
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SAN
'
,, •
DE
llEl.'IIOl&gt;UCl'lONS, DONT
QUI Al; 0. S 00h11 n,R- LES POCHO! RS, ~JAUX FORTES, URA•
.,
Il NT UNE Y AUHiB J)E COLLHOTION CONSIDÉRAULE.

:R. BIZET.- Do quelqueis 11r,t&lt;ibo-tu.,
OlYOI R.E. - De l'eQ'IJilol du ,,erré gro&amp;'!i ,n11t.
}'.Dl ,~01RE. - Lo llespœl des l!'hwl t'U Thé.lt.re.
. ..... - .U01lC&lt;"IU et le Clu6m.1..
J_. COLT.,,. -.Les Jclllleli Ren1ca ;.ille-ma.uût._
L AOJ..Gt-iNR-J.d::lport.e.

Elc.. Eli.:. , l~lc.

FRANCE

ABONNEM~NT
LE NUMÉRO:

~cience

lrouver

paraissa!lt ""

IV. - La Revue des recherches esthétiques de I' I ngl .
V. - La Revue -musicale rraiment modC'l'ne
nrnur. .
VI. - La Revne scientifique (science
' abond~mmenL illustrée d'e.-x:emple.~.
1i01·tée de tnu~ les intellectuels, les c~!?J~e,~:l a~pl';'litées_) , la. seul~ gui metle ;i l;;,
Lrielle du mots, sous une forme élev~e e/ :c ns 'bÎ l actw1lé sc,e:nt1/i'}uc et indus•
YII.
La Re
de
.
.
•
e$St e•
V Ili. - La . rue
socto!OfJ'1&lt;JUr et d _éco11omiq11e, librr de tout pa,·ti.
l X - L
Re,we du m~t•emmt 11h.1losophiqt1e dU monde entîer
• ••
if, Rev1te de l 'acl11•ité de la ,,ie
d
·
trces, resumé concis de Lou/ ce qui 81• /a.tmotdeern1~~s1ous forme de chmni1111cs iUu.s•
va "" e en Mlre temps.

\'UBES St'Jt DOIS El!'&lt;'

lité de
lemo~

'parer,
Ir cette

de très
1 siècle
le très
jpauv1·e
bornée
·ens ne

ÉTRANGER

70 FR. ABONNEMENT '75 FR.
6 FR.

(l ) Voir l'Esprit N ouveau, n• 5.

LE NUMÉRO:

7 FR.

ret ard,
mté et
e l'uti•
mer les
règle.
partie.

�916

MUSIQUE

L'ESPRIT NOUVEAU

d'une apo tasie. Mais on peut souhaiter que dans un avenir prochain des
artistüs à la hauteur de lcu1· Lâche élaborent une législaLion susceptible
d'ordonn r le Cubisme qui est jusqu'ici un arL purement empirique. J'en
_ _ • ..,,

-~ -

-

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ESSAIS POUR UNE

1

,c.r,ccrtirn l'laire. • Èoit i 1naîs e~l•Cl· 1!1 lnut re &lt;111r rep1·(•,rn(e celle for111ulc ~- ..

LA PRESSE ET L'ISPRlT NOUYJ~AB

lï mf\ll-l ons, pnur les non lnltiP.,.

Fllr r~ ·ume, tel te cxpresslnn qui r,•r~le tant 1\t• rllu~eg, 1·11 se~ deux Jlllll~ cl1an·
tants, ln fin dt·~errernent, tri:sanciens par quoi h• ,·ienx mm11lr - ,tlas !
plétiuc
sur place, vfgète el cbanrclle sur ses als vermoulus.
.Ellr ind iqne la mise rn n•uvre clc l'esprit couslrnctif fon!lé i&lt;ur la mHlln&lt;!c. l'ap•
plication du systtme esthélitJ\Ie rntionnel, sans quoi aucun édifice ne v,mt.
Jl s'agit ùr rh·élcr les unes au-..: autres les , ·aleurs qui s'ignorent afin que,
s'nnlssant et sr romplHant, elles puissent donner , tout cc que la communauté
pt·11t en attemlre. F.n jux1arcrnnl t'l t11 conjuguant les forces objectives, créal rices el réaJis,11rices. un ~1,ticndra c,ldcnuncn1 , de leur hannonieuso combimtl·
sun, Je ma-,;imum de résullat~.
G. FLEl..R) 11.A REVU, ~!ONDJA.LE. - 1•• Déconlm• 19~0).

L'F. PRlT NOljV"EAll publie son st&gt;plit'me numéro d'un inlérl'l toujours
rc'llouvclé, d"une llluslratlon al;unù:mte.
.
.
Parmi les Revues nouvelles L'E!-PRIT NOUVEAU est celle qui mérite le
mit&gt;ux l'adjeclif dont elk ~•esl 11ar~e. Il n·cst 11as une qucslion &lt;les lelLres, de•
scil·nNs, ô•· nconomie ~ol'iale à la musique, qu'1•lle m· semble pr.-le à golliciter
rl, ~on exœllcnle [0l'mulc aidant, elle est apr,el(c à rendre les meilleurs ~t&gt;r•
vices.

LES '1'11F.fZE lla'Jl\TRANSH.EANT. -

24 Avril 1921).

l.'ESPJll'l' NO-CVEA e t(moip.ne LI En de te som•d lravail confus et caché de
l 'hlyer; les 1e1 mina11cns s'y 11r(parent, on y trou,·e des ~sp~rances rnai:n.1ifiq·ucs.
tLA RE''t'.E DE GE.l\"ÈYE. - Féurier 1921).

..... r:ep1:-ndant 11ulkp11L1licaliml plus que• L'ESPRI'l' NOUVEAU , ncs'affir·
nie dévouée à l'avènrment du ri'gnP sou,·erain d• l'InteJllJ.(rllce en Art. Nulle non
plus ne se rl•vi·lc aussi c1Jh(,tcnlr et lmpér,ltiw dans son rltort. sous de libérales
apparences c1·1··rlcctisme. Toul cr nui s'y publi1' semble l'1' tre en Yerlu d'un plan
eoncc•rtê et concourir à une même fi1\ a\'"oul-c : hl con,1 llulion tl 'une cst11étique
scicnLiiique ...
Lo1tis-Richarù .lfOl' ,\'ET. (L,\ RE\'1;E DE L'lIPOQ\î:'.. -

Le sixii·rne ùl• • L'ESPRIT NOL ' ' EAU • est certainement 1·un des plus inté1•rssa.nts fascicules de rrvues • avancées • crui aient paru depuis des années.
(L'lNTRANSIGEANT. - 30 Mars t 92.l).

:IJai l02Î).

L'ESPRl'l' NO1.'\TEAU, Rerne internationale, est à snin-e. Alon; que la plupart ùes publications d'avant-garde de nos jeunes gens d'apr~~-gucrte sont put·
1·llrs et incoh~rentes, à peu prts nulles, celle-ci semble d 1ercher non pas à dé·
trulTe, mais à ('onstruire. On n,., s')• rail pas gloire de ltl1Llrier. Ses trois premiers
11um(•rcs sent curieux d intére;;sanl.!'.
ILES :MARGES. - 15 Jam&gt;ier 1si1J.

L'énergie, Je trtsor de ln J;PTJ5ée françaiS&lt;' cl (lrang~rc yous pourrci ). puiser
à pleines ni:ilus cta11s chaque nuni~l'O d'une Renie qui s'annonce lllen sous le li·

Il'&lt;' de L'ESPRIT NOCVEAt: ...
... Le, premiers num(·ros en sonl si tourrus, si nourris que l"on en Il meure coi.
J~l quelle" illusl rations, quel lès rcproductlcns : Le Je sais !out de, intelleeluels, le Vadc-1\fe('um des ca11dl!lats à la llc&lt;'nce es-Esthétique. L'ESPHlT
NOUVEAU Internai lonal sortira chaque mois sur 130 pngeR; c'est l:t
première RPvue dans cc monde consacrée à l'esth~tiq11e de notre 1cmps, dans
ton les ses manife•tations. Elle se 1ll'npose de raire comprendre l'e. pril qui anime
l'époque contemporaine; faire saisir la hcautlr de cette ~poque, l'originalltl'.! de
son espril; cltmontre1· que cette époque esl aussi belle que celle du pass6 où l'on
voudrait avoir vécu. Jllontrer l'esprit unilalre qui anime dans Jeurs recherches
lrs ditfér&lt;'nles élites de notre ~oclH(•. Elle pr(sentera, tommentern les œuYres,
les ldt'es de ceux qui, aujourd'hui, conduisent notre ch·ilisalion, e·lhl-Lique cxp(1ri111enlale, cstheliq111• de l'ingi•nicur, lr music-ball, le cin~ma, le lhéàtl'e, le
costume ...
,/acqu.es·EmU• BLANCl·IE
(COMŒDIA.
25 i\'orembre 1020).

L'ESl'RIT NOUYEAU. -

rcnx qui 11rnsenl.

CellcRcvuem&lt;-riteson tilrecLla sympathie de tous

!CA RN"ET DE LA f:Ellf.AINE. -

10 Avi·il 1921 ).

V.ESPRI'l' KC l. YF Ali. 'filrc Ju&amp;llfié, lan:nc· cc ml,l(r. bimfail réalisé ....
L'ESPRIT :l\CL\ l·All ... (;nl rrogi-ammc 1... et quelle opportune ;iclion
arcompli.•fnt ainsi Je~ prlluncurR de grand laient qui vont l'imposer aux sa•
Llsfalts emmurés dans la routine mortelle ..•
Le · • œm·rle~ • modernes, inirtnieul'!', arcllitectfs, bornmcs d ·affaires, colO·
niaux, clc .. rl'mplis de fol ardente, u·éatcurs et réalisateurs pratiques, singull{'remenl trempés par la longue ~preuYe, réclnmenl l'aY~llcJlle.nL d'un esprit uni•
tnlre qui s'lmpo~e .1 ls ,·culent, d:ins le domaine intellccluel, leur place au soleil;
ib e11lendcnt, rux qui ont impn,vlsé, lutté, lriompl\é, coopérer à la direction de
nos dl&gt;stiné11s t li faut les fcouter a!in que uutre PaLrle continue son rOle d'im111&lt;,rtelle conductrice du mo11de ...
Vuilà Le dogme, , ,oilà la thèse dheloppée en des articles infiniment attacllnnl~,
Ml111rdants d'idée. et de foi. Et d'admiralllcs illustrallons dfmonstr,11 ives complHenL celte rnue 1Zénérale ùe bon combat.
(LE FIGARO. - 24 Octobre 19':l.0).

Voici que des tecltnlciens di~scrlenl avec ~l(gance $Ur les condilions que de•
vra remplir la maison de 1921 sur son architecture, sa rnatière, son volume, sa
distribution rl sur • les réactions :physiques 11 u 'elle r-rovoquera • cbei les pas•
~ants.
De ce nombre est lit. Julien Caron qui , dans l'ESPRlT ·ouVEA ll, nous van le
avec compbisance l~s merl tes de ce qu'il appelle , la maison ralsonnable •···
VU ILLER J\JOZ (LE TEMPS. - 6 Atnil 1921 ).
Qu'entendl'nl par
ESPRI'I' NOl, \'EAU • ces r(•alisateuts qui consncrenL
;·, sa diffusion une revue nouvelle?
Ils le dêlhlisscnl aim,I: • fa,pril èe ccn. lructi&lt;:n et de srntlltsc guidé par une

L'ESPRl1' NO\;VEAU vicnL de p11blier son cinq_
uiêmc numéro et témoigne
toujours le m(me~ou&lt;'i de di'-'c1·~ill' eL d'Hude Qriginale.
(LïNTRANSIGEAN'I'. - S .,Jars 19~1).

(1) Cn. T,ALO. Paris, Doin, Éditeur.

f

L'ESPRIT
N fu s sommesllcurrm:des1gnall'l'la11aisMnccd·11nr
·
Revue
Hal.tlie NOUVEAU
sur un
N
. .
,..
so umenL nou,cau. L'ESl'RIT NOUVE!\U
~~~Y~~: ~~el!~ ~~m~rquallle .P_ublicallon sera accueillie ,n;ec ~~pre~
rorce rie la. civlll~allon d~~ 116 1
partie del 'élite intellecluclle, seule

se:n~~:

l'"'C.:ili

:~a:g~~~t~!'~

{Gll.AJ\IMATA·ALEXANDRIE. -

(lu~f\f(;c;:1~~1••usnrncaœnu11;:e1aolio~s dlenonL ètre $Ull'ies awr Loul l'lntérN que l'on
·
• , r1gma c et neuve.
(I'ARIS-101:RNAL. - 24 Octobre 1921) .
L'E PRIT NOUYE;\ c~. - Le Corlrnsicr•
.
.
.
l'lun,• sur 1·archilecture par • les Tracés R.égul Laugruer continue sa mag1stl':ùr
a c11rs •·
!CARNET DE LA SEJIIAUŒ. -

3 .-l"-ri! 1921).

Nons poss(•dnn~ enfin. avec L'E, PRIT NOl'VEA •· J
-· •
1011s ceux "ue 1mi
.
..,, n renie Ms1rt•e rar
- ,,
ocrnpen 1. 1es i-aractfr1stl()ues nouyellrs de la litt · l
1 arts
et ces
Tl y a là 186 pages de g ·and 1
·
cra ur~
duction d~ lalJleaux, photos sc11C~as th~rn~at, parfaitrmcn L illustr(•cs : reproà se synthéti~cr, sous forme a·~nst~·ler~el
1 01/le~l oil comm~ncenl
mer par le 11rlsme ou la plasti
, 1 es es entat1ves d eXJJrl1, s
qu'unc Reyue soit née oil l'on que n.pect nouveau clu Jn(lllùe, il est important
~enlrd l\'eS de 1·esprit et clc 1:l
œudvre~ et les tlll'ories_vral111~nL repré•
PRIT NOUVEAU .
. l e mo ernes. li Y aura ams1, clans L'ES1,rodutUcns lrs.plu; rr:1~~~uda~~!m~~~!\ii~;ér~~~~=:~i3!:;;~_ in1C:re!Slianle sur les

et°t~i:~e;~ ~i f

re:~:r11'r:~

15 \·omnbre 19:10).

L'ESPRIT NOLYEA U (n° 01 t ,
·
goOt en donnant ll'aclmlral&gt;le~ 1~epr~Ju:~~;;; ri franc, afrilmc le largeur de $On
ILA YlE. - 1•·r Mars IU21l.
L'ESPRIT NOUVE.\lT l'enie inl
1·
1
qurls &lt;tu'ils soll'nl. ne J'a1•ci1itecL11re r/1;:-1adrn1;a e,. trait&lt;&gt; des errorls m_o dernc~
ra le labeur llumainau c,iritue celle
nh;n. 311 ~ ~soins de l'usine qui alJrite·
i·l1HJletouslcsiesLes,toulesl~scnu •... P 1111:&lt;:~o e,L'RSPR11'NOUVEAU
du moment ùfrouuent dans les r,t~~:;~ ~eult:~:~~-~~lol'aUons &lt;tue les rccberchcs

,y':n

CLE POPULAIRE. -

t~~~ t

,~~~-i~~~~'! ~}~i!1~1~~

D~cembre 1920).

L'ESPRIT NOUYE \.l.: •oigneusen-e t
f
,
Nr~ d'unerérlle utilité ~ 1 Jc. mo·ns · . n r,r ~r 1111•·. et s'ndrr~&lt;mnl à lous, peut
houre.
, qu on en puisse dire, est i1u il vient hlen il sun

(LE THYRSE. -

L'ESPRIT NOUVEA l'. - Cet te nonvellc Rc·vu 1 1 1 ·
·
1
1
1
nL m:1!s ont r,aru ju,qu'l!·i, semble dc~Li,;ée :) Jou~~ \~~ r~Jleuf~~~~1~~
m1111HU1Clll moderne. AI cnconlrc de 1·rnl !l'autre·
' c
111
1
1
1Nrouvc, ma ll1t•u,rt•u,eme111 11aralysée p,n u'n fcli•ctbn;e~~ ; 11
ou,EAL s efforce, n1•11cmcn1, de ùdenùre.el dr prnn•i"dr
·
Il 'llui.
,,. ~• lesi·d-'
1•c.s d~auiour•

tO Janvi,,,. 19:!l).

. .Le numOr~ sept c!e • L'ESPRIT NOUVEAU , ne (\êmcnl s · s •
~e~~i~c~~~:/•ente lle &lt;11aq11c nurn&lt;ro, qu'il ~Cra encore J)lus ~~lllla:i~~~

"Yoici l"Lnc t:rs Rnues rr~nçalHs les plus rc111arql1abl!'s de l'b
. • a prtsentath.. n cL Je suucl que les directeurs· oienrant el J .
cure p1ésenle
les aul.,urs d'un très bon r,elit lin-e • Après le êuhismc
ne ~.rnnen·t h[u1 ;;01\l
giJ• leur programme
leur cadre jusqu'à raire ùu
L '.~Sl'~~~c~~
une sorte de monileur de la pensée et de l'a1t &lt;'nnlcm )0r:11 1
,A •
que la ~~rio~i,lé: une s1m(lathienct1c l't r~condc...
l
' , • comm:rndent plus
..... C est d organes conçues sur ce plan clair el co
•
g(·nt'ration. • L'Art Llhrc • trahirait ~on progran1meu:::i~1~,~: ~:•l~lq1,1ednéollre
ranl pas très hn11L.
•
c c c aP. CfJLLV. L'ART LIIHU~ (Bruxe/leRI. - Mai 1921.

eL

·-

-

1~f;fétr•

'fGA~

-

(l) Yoir l"Esprit ,l\-ouveau, no 5.

- -·-

r

Est-ce à dire que l'errorL emreprls ar
,
vain? N"on pas, certes. Excellente 1· , P L'F. PRIT ~O ~'EAU soit lnulilc ou
Lll]UC ùes ~ys1îmcs ainsi l]Ue des l&lt;•c~~~gne q~edcelle d un 1·1g~urcux examen cri•
_ques cL es œuvres qui en r(•~ulfent.
(LA RF. Vl;E DE L'f.:POQl'E. - Ffnrie1· rn21J.

.~~ie :,

des

l"' Avril 1921).

Nous aimons à saluer L'E, P_RlT l\Oli,'EA~ •, une nouTelle Revue fran
~aise donL l'élan juvEnilc nous p1omel de sallsraire les plus enthousiastes espé•
rances.
(LA RENAi SANCE D'OCCll)ENT. -Bru:&gt;.·el/es. - Mars 1921 l.

~~~

:,;·y lrouvml: que'.qns (lrges ()e • l' Eub.:irr , de J'aùminl,le 131· ·• ·
.
dont la re, ue a~su1 el ·cdltion à I ou cxemplair;~ seulement 1
,li. e Cellal',n"'
Qt1l' les le11rts se h/. lrot; ur.c étude sur d'AnnuTJzio
.
·
Hude ~ur le thNllre, par DlYoire. d'adC1rab'e ' notes !l'If \.Par ~l1encv1er, tmc
lenle thèse dlîuitlollro, sur la ~realion, e.L
cahie1·s'~'e
un1;_ewcl•
rrll111ue, ()11111 mpli'.te1,t la rneillrnr~ renie de uotre gtn(orali~n. icc. • 11 ,ll'l. \JP
!CAR. wr DE LA 8l,;\tAI ·v.. - 13 :.rar 1921).

J,'E PRIT NOUVEA li dont je vous ai dit la hardiessr.
(LA RE\'l'E DE Jo'HANCE. -

Février 1921).

(ÇA IRA.

L'E~PRIT :.--OL VE Ali une de~ plus remarq11aliles Rc1·ucij du Temps prés!'nl
(CCL\JŒDlA.
9 .l/ars 19211.

.,.

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LA COPRBE DJt1 NOS ABONNEMENTS

�MUSIQUE

L'ESPRIT NOUVEAU

916

d'une apostasie. Mais on peut souhaiter que dan·s un_ a~eni: prochain _des
. t . · la hauteur de leur tâche élaborent une leg1slat10n susceptible
ar t1s es a
. .
J'
d'ordonner le Cubisme qui est jusqu'ici un art purem:nt emp_mque. en
sais mt&gt;m,,
ses fr
Le
écrit:
parfai
qu'au

quel'

r&lt;n;

ESSAIS POUR UNE

'n..d.o.n.n.r.:

·ESTHÉTIQUE MUSICALE

BIBLIOPIIILES .

L'ESPRIT NOUVEAU

(Il, Suite) (1)

TIRE EN PLUS DE SON EDITION NORMALE
PAR

UNE ÉDITION SPÉCIALE DE GRAND LUXE
.
GR -tND LUXE numérotés, ju.stifit.s.
Il est tiré avec art 10? e.:eemplai;e:ELIN TEINTÉ P,UR FIL LAFUMA.
LES TEXTES sont tirés sur Jort
, ,
• , INT É
Lh'S GHAVURES sont tirées sur Jort J ELIN_ TE
PAPIERS SPÉ·
L~S ÉPREUVES EN COULEURS sont tirées sttr

Le
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Nou:

CLAUX.
S ORIGINALES sur GllANDI:; p ,-1PIERS DE ~'IL,
LES GRAVURE
VELINS OU VERGÉS.
Ces 100 eœernplaires sont numérotés de 1 à 100 et portent

LE NOM DU SOUSCRIPTEUR
Le prwilègc du ,ne,ne numéro tle série eNt garanti au souscripteur pendant toute la durée de son abonnement.
Cstte édition co11tporte de plus :
DOUBLE SUITE DEI:; GHAl'URES ORIGINALES
BOIS ORIGINAUX
"
»
POCllOIRS, ÉTATS
. » SUITED~::; ÉT-1TS DES T1R,4GES EN COULEUR

QUADRUPLE '

.

. .

. .
arantissons d'a1&gt;porter à cette édition tous enr'.~iaEn cours de ymbltcation, nous _o
t , honneur d"en /aire une magnifique
f • n ments désirables, tenan "
et
bib!ioplliliquc tris importante, un objet unique.
,;o ec ,on
.
,
. mise dans le commerce. MM. les blbllophile.-.

se~t':t r.:11:c~:1:,:

N.-B. - Celte édition n est pas
tant de leur souscription, soit 200 francs
sont priés d'adresser dircclc'.ucnt le t~on ·t Nouveau 29, Rue d'Astvrg, à Paris,
par an, àla société des Ed1t1on~ de spr1
•
pour les numéros de série de 3 a 100.

*

Par exception, en raison de 1e7
souscription aux nuinéros de sér e
1.000 lraDCB pour l'année.

(1) CH. LA.LO, Pads, Doin, Éditeur.

r

articulière valeur bibliopl:&amp;ilique, ln
t 2 tirés sur Beur de !orme, est do
e
'

GEORGES

MIGOT

DE L"HARMONIE
Suivant la définition de l'Ecole, l'l1armonie est rart d'enchai ner correctement
nne suite d'accords. Cette correction s'obtient en suivant les règles de la physique
acoustique. Par elle sont exclus les accords de sixte et quarte, les suites de quintes ou
d'octaves .
Ces Tègles édictées en dehors de tout contrôle, de tout droit pour la sensibilité de
s'exprimer, nous amènent à remplac_er dans cette définition le mot art par Je mot
science.
Des règles établies avant toutes nouvelles recherches permettent à la science
q'aller vers de nouvelles dé.c ouvertes.
Des besoins d'exprimer des impressions nouvelles permettent à l'art de trouver
des moyens nouveatoc
En science, chaque nouvelle découverte confirme la règle.
En art chaque œuvre nouvelle infirme la règle.
Pendant plus d'un siècle trois accords successifs ont été nécessaires pour préparer,
faire entendre et résoudre une septième.
La science acoustique en avait ainsi décidé, nous privant d'effet5 neufs par cette
règle imposée et usée dès sa première application.
Pas de suite de qwntes, était-il dit. Pourtant la sensibilité auditive en sait de très
savoureuses, écrites avant cet arrêt et depws, heureusement. Pendant plus d'un siècle
il était convenu de trouver creuse la sonorité d'une telle suite.
Pas de suite d'octaves était-il dit. Pourtant la sensibilité auditive en sait de très
claires et très sonores. Pendant plus d'un siècle il était convenu IJ_e trouver pauvre
la sonorité d'une telle suite.
Grâce à ces brimades, la conception harmonique de la musique se sc1·ait bornée
à des exercices d'harmonisation des lignes mélodiques, si les vrais musiciens ne
s'étaient souvent libérés de ces entraves.
Pour expliquer leurs libertés, on catalogue celles-ci dans les exceptions du retard,
de l'appogiature, de la broderie, etc. c·est là que l'on mit lïmprévu. Commenté et
classé, cet imprévu devint vite « très prévu ", les places où il était permis de l'utiliser étant restreintes par une préc(se délimitation. Un moyen simple de calmer les
consciences inquiètes de ces exceptions fut de dire qu'elles confirmaient la règle.
C'est une formule de paresseux ou d'ignorant. L'exception infirme la règle en partie .
(l) Voir !'Esprit Nouveau, n• 5.

�18

L.ESPRIT ~OUVEA

ou en tot~lité. :,lous &lt;liron~ plus : en ciencc comme en Art, l'exception doit être l'indication qu'il y a une règle nouvelle 1 trouver : C&lt;' qui ne YCUt p:L~ &lt;lire que la règle
ancienne c. t mauvaise. Toutes l . règles, toutes les directives sont bonn&lt;'s.
Un ensemble de règles constitu une théorie, une mani re de conccvolr la l\lu ique
ou tout autre mode de manifCblat.ion de l'activité arti tique ou scientifique. Les
exception. , o'esl-à.-dire les c11s qni ne ont pas expliqué. par ces r gles, , ont ronsidéré. comme ks confiTIT1ant par le rôle de point de délimitnlion qlû p&lt;'ut leur être
nccordé.
Il faut celte manière de juger pour sta'biliser pendant un temp le matériaux av&lt;'e
le quels peut travailler le !(ènie humain. !\lai il faut aYoir, lorsqu"il en est temps,
considérer ces exceptions oomrue quclqne règle faisant partie d'une tl1éoric à trouver.
Le monde sc11sible est éternellcmcnl r1mouvelable. Des ri'gles groupées forment
une théorie nous permettant d"obtenir un ongle de perception de ce monde. Une
fois cet angle de vue u é, e·e. t grâce aux exceptions contenues drin la théorie qu'il
~ero po ible de trouver une uouvclle tliéoric dounant la I
ibilité d'un nouvel
angle de vue.

Toute directive e;,tbétique est bonne. li ne fnnt ni dire, ni croire quïl n'y en a
qu'une seule.
..
La conception classique de1a m,1sique II créé des chcf.s-d'cruvre; ma,., avant elle,
la musique e&gt;,,-i tait en des œm•rc mt,gnifiq11 .
onception rythmique de ln musjqueavcc 11111111 ique grecque.
onceptioo linéaire avec la mélop~e.
Conception linéaire-rythmique in-ec la C"hnnson populaire.
Conception plura-linéaire et rythmique avec ln Rennissance.
L'Harmonie naquit. Tr rc- rtreinte d'abord, elle 1ùunène une conception neuve
ùe l'art m usico l qu'avec Debu sy . R cmlons hommage au génje fmnçais. Héritier de
la mélopée, il crée les types les plu parfait de la chanson Jlop1ùaire et de plein 11i_r.
Sa renais ance flit magnifique. Palestrina fut élève rie Goudimel. Plu tard, Couperin
fut copié de la main même de Bacb. Hameau trouve l'harmonie moderne de l\loznrt
à \Vagncr. Dcbu. y vint, et de l'Ilarrnonie considérée comme une po. ibilité d"cxpr ion muskalc par elle-même, fit voir des régions nouvelles du monde onorf'.

Les C'hi.. siqnes, ajoutant le fugoto à la concepti.on plurn-linéairc et rrthmiquc de la
Renaissance, Nêèrcnt l'architecture musicale : cela dè. le X\'Tlc siècle. L :i..,111• ièC'lc
p rfcctionne &lt;'elle architecture, alourdie un moment au J,,.,xe iècle par le Msir d'en
allonger les dévclop1)emcnts, rajeunie par la cooception cyclique de Franck et
d'lndy.
Dans cette conception arcbitecturale de la musique, la modulation joue nn grand
rôle. Chaque modnlation ei t CLl effet consid rée comme un degré nouveau ajouté à
l'œune architecturale.
La modul ation était u n plui ir nouveau npr , les hésitntions éprouv~ pendant
le trajet cl modes anciens pour aller nu majcur-minc11r moderne. Peu rie'.'lle en
moyens, !'Harmonie mockrne ne put n sirniler ù son début ces anciens modes, qui
nvaient i magnifiquement créé des lignes allant et yivnnt sans avoir besoin d"un
vêtement harmonique.
Youlant libérer la !orme musicale de la con truction ternaire, les Romantiques,

E THÉTJQl E MUSI ALE

919

o_\·ec un orche,,tre plus puissnnt capal,lc de su~citer l'inthêt pnr la vari té de ses
~mbrC' , créèrent la mu ique à pr0J:r&amp;rume; et ·was:uer, ubouli sement du roman tl me, créa le personnage thémntiquc.
. Des timbres de r,_lus en plu variés de rorcl1e\tre, ln sensibilité recherche la sonoJ'1té en elle-même, 1 Harmouic en elle-même.
De~Ju~, vint. L'orchestre alors réalise la nouveauté de ln c1i sonance sans prépar~tion et Mns ré ~lu~ion, con idérée &lt;'Olllmc \'alcur expr • ive en cllc-m'•me.
'lous les accords cta1cnt trouvés dès l'emploi libr de la septième.

.Mais ulors Yers quel monde nouveau peut
l'lé dit '/

11011 .

conduire l'Art n usicul, FJ. tout~
,
••

Tout a ét dit, et il y aura toujour tout ù dire.
. C!1acune de . J!~~ndes époque de 13 musiq11C' pOU\·ait donner l"imprcs ion d'avoir
t•pmsé le po ·1b1hlés de renouvellement de !"Art musical en un cy&lt;'le qu'elle avait
fermé et qui contenait tout.
En Art, il n'y n pas de courbe fermée crë::int l"impossibilité de po er des points
ll0UYeam.:.
Les grande. pl•riodes del' Art tracent de parnbolc. ayant chacune un "foyer différen\ A~le de vut' ·ous leqnel la cnsibilité conçoit une mru1ière nC'uve de sentir et
de s cxpnmer.
Dan le chapitre de la composition, nous allons non c.ftorcer de füire cntreYoir 1111
angle de Yuc, des angles de vue no11vea11x, donnant d po sibilités de tracer dCl&gt;
paraboles nouvelles.

J)E LA L JGNE
u-des. u du rythme, au-dessus de l'hanno1ùe, e pince la ligne. Nou prenons
mot au eus génémli é de mélodie.
.ne séri~ de.rythmes crée une ~J!llC par la suite de sons qu'elle emploie.
'Cne éne d accord crée une ligne par les note;, supérieure de chacun clc ecs
accord
Le rythme et lï1arrnouie ont donc limité JH\r la ligne.
Par contre.', ni le rythme ni rharmonic ne limitent lu ligne.
Alors que le rythme et l'harmonie, en dehors de toute ,,oJonté et même contre
tou!e volont~, e JiJnitent et se prééi ent, même en eux-mêm~, par la ligne plus ou
mom mélodique que forme ln suite de sons, manife tations sonores du rvtbme ou de
l'harmonie, la ligne peut exi ter ans eux. La mélopée et le plain-chant en ont de
magnifique exempl • .
~:~xpr ion rythmique, pour exister, c·c t-1l-dire pour créer une imprt'Ssion,
clo1t. ctre ét11_bhe sur_ une ou p lu. ie11l'S période!l revenant identiques à elle-même.
L hnrmo111e, considérée en dehors de a fonction d'hannoni~ation d'une ligne,
pose u~·ec le premier accord dissonant des rapports avl'C Je accords les plus éloignés.
La hgne eule a cette liberté ab olue de pouvoir e déyclopper, sans c " C renouvelée.
C'C

Alors que 1~ concep~io~ rythmique de la musique nous conduit vers la poésie,
comme ~0\1 1 a,•ons_ ùit, aillc~rs, la conccpliou lin(•rure uou conduit à la phrase de
pr_o e, ou I euryllmue s l!t-abht sur d'autres buses que l'l:quilibre de périodes rvthm1ques.
•
~hec la ligne nous oinmcs dans le domaine purement mu. ical, c·t'sl-à-dire purement sonore.

�THÉATRE

L'ESPRIT NOUVEAU

920

.
d'un clément rythnliq~e, :un certain isochroPour arcirmcr la valeur e,-...-pressive
.
10 rythme de la cinqtlième
.
.
L
l s bref le plus tragique, ~
nisme est obligatoire.. e P u
.' d'
et même de plusieurs répétitions pour
symphonie beethovemenne, a beso~ ~~e
·prnssive. pour s équthbrer.
. , •
affirmer sa va1eur ex . ~
·
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=si· on de ce fra"roent 1meaire,
·
s dirons que 1 expr=
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Pds au hasard dans les lignes, nou
t déga«e dès sa première audition 1.1ne
de quelque façon qu' il soit rythmé, conserve e
.,

PAR

FERNAND

DIVOIRE

émotion.

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leur différentes accordées à
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n.s pas rythmes es va
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pour le préciser. Nous ne nommo
, d ythmique
de s notes à moins que ces valeurs créent une pério e r . . rvth·m·1que il existe une
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o~I)osant une ligne mélo.
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expression intervallique, ormee P
d.ique.
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uns des autres ? .
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Sur un fond harmonique, n est-1I pas potss1
rant à w1 ensemble ?
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et Jinéaues mdepen an es u
. .
plet développement d ans
Chacw1 de ces moyens n'atteindrnit-il pas ams1 s?n corn
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l'entière réalisation de toutes ses possi~il!tés expr:;:1.ves~ais nous voulons susciter à
No1.1s ne nions pas la ligne harm?msee et ryt t ;:~ moyens expressifs nouveaux,
l'esprit créateur des fhrectives variées app~rtan
céd ts mais s'y ~\Joutant.
•
ne supprimant pas les pré
en
. Tt' rchitecturales de la ligne, en cons1Un autre chapitre indiquera les posSibi 1 es : , t
de développements.
dérant celle-ci comme un centre eurytbmique g nera eur
Georges
(A Suivre).

l\1IGOT •

M. Paul .Bourget disait il y a quelques années à un jeune romancier :
« Ne perdez jamais de vue la vraisemblance. Demandez-vous toujours :
Ce que j'écris est-il vraisemblable ? &gt;1
Plus que le roman, le théâtre a besoin d'être vraisemblable. Mais le
vraisemblable, c'est la logique.
J:.,g SON'@E :gi;~"ei'NE NU-1".!i:' D'~"J;''g est vràisemblable,
parce que de la base (féerie) découle logiquement toute fantaisie.
Le réalisme est ce qui engendre Je plus facilement l'invraisemblable,
. parce qu'il juxtapose des « observations», sans souci de psychologie. Il
ne comprend pas encore que faufiler ensemble des faits vrais, cela ne fait
pas de la vérité.
Exemple : ~g ~mv:a ~g l!'.,,,:EX..AS~ de MM. Charles-Henry
Hirsch et Tristan Bernard, qu'a joué le théâtre de Paris.
Tout y est cc réaliste ». Les personnages sont des filles, des souteneurs,
des policiers. Et le réalisme reste ici fidèle à sa plus sûre manifestation:
le lyrisme sentimental: car si le réalisme restait réaliste, il craindraitd'être
ennuyeux ou âpre. Alors, il s'ajoute des ornements, comme le bœuI s;àjoute des cornichon&amp;. LE CŒUR DE LILAS et le cœur du jeune policier
tendre qui se prend &lt;l'amour pour elle déborderont donc de générosité
romantique et de sentiments de mélodrame à faire pleurer Margot. On y
ajoute aussi des mots d'esprit de revuiste, de~ obs.ervations de psychologie parisienne. Et tout cela finit par le plus bel invraisemblable.
On reconnait d'ailleurs dans ces fautes, semblc-t-il, 1a main de M. Tristan Berna.rd. Amateur de boxe il a introduit un match entre le jeune policier tendre et un souteneur. Match classique à la fin duquel le souteneur
vaincu dit à l'autre: « Tu os le meilleur » et lui serre sportivement la
main. Amateur de calembours, il fait dire par un mastroquet, au moment
où entrent deux autres souteneurs : « LE TRAIN DE MAR$E A DONC
DU RETARD ? &gt;&gt; ce qu'aucun mastroquet ne se permettrâ.it,sans sanction sévère, ailleurs qu'au théâtre. Quelques détails comme cela suffisent
à créer l'atmosphère d'invraisemblance qui est insupportable au théâtre.
Au contraire on a considéré comme une œuvre de littérature pure, hors

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922

923

L'ESPRIT NOUVEAU

LA VRAISEMBLANCE VIVANTE

de toute réalité, les AMANTS P-VÊ:a.:n-:,s de Fernand Crommelynck qu'a représentés la Comédie Nrontaigne. Et ici cependant, si osées
que soient certaines situations il n 1 y a pas d'invTaistmblance, ou du
moins il n'y en a qu'une, celle qui rend un jeune homme amoureux fou
d'une septuagénaire tefüment bim fardée que même lorsqu'il lui baise la
bouche il la prend pour une jn1rn;sse. Si cette pièce est vraie c'est qu'elle
reste dans la vérité psychologique et dans la vérité d'une leçon générale
sur l'amour. Lr::çon d'un pessimisme un peu flou. Fernand C:çommelynck
d'ailleurs adore apporter un cçmtour flou à des précisions d'une cruauté
sauvage. C'est pourquoi peut-être son théâtre est souvent à la fois intéressant et décevant. Les Amants Puérils c'est une Danse Macabre
de l'amour. La tragédie à certains moments a la grandeur d'une danse
macabre. Deux enfants s'aiment et ils vont se tuer. Et au monient
où le garçon entrainera la fille dans l'eau ils ne s'aimeront déjà
plus. Et à l'autre extrémité de la vie il y a les amants déchus, la princesse
de Groulingen et le baron Cazou. Autrefois leur couple émerveillait et rendait curieux le monde entier. On les admirait parce qu'ils étaient beaux
et qu'ils s'aimaient plus que tout. Crommelynck le cruel nous les montre
aujourd'hui. Le' baron Cazou est gâteux et il est le jouet d'une bonne à la
Mirbeau. La princesse c'est cette étrangère mystérieuse, qui ne quitte ni
son voile, ni ses gants et quand le jeune homme fervent, soupçonnant enfin
la vérité, la tire le soir hors de sa chambre et voit ses cheveux blancs il
éclate de rire et la laisse écroulée. Oui vraiment il y a là une grandeur tragique. La langue du dialogue y ajoute, elle est vraiment d'un poème. Elle
a toutes les ressources des symphonies musicales. Et cependant on sort
du théâtre, disons presque déçu. Peut-être que M. Crommelynck est trop
timide. Tout le monde l'a trouvé hardi mais il n'a pas eu la hardiesse d'une
architecture simple . Ses personnages entrent, disent quelques longues
phrases et puis s'en vont, et d'autres viennent. Le pessimisme général
ne s'impose qu'à la réflexi.on. M. Crommelynck est bon musicien mais,
peut-être par horreur de la construction banale du théâtre contemporain,
il veut se montrer mauvais architecte.
M. de Curel aussi, dans sa OOU~l'):12 DV &lt;:i-~N:11:li.'i a voulu éviter l'architecture banale. Il a bien fait. Il a tenté une coupe dont le
rythme plait : trois actes de trois tableaux chacun. Chacun des tableaux
prétendant fixer un point culminant d'une existence. Il a supprimé les
développements interminables dEs « scènes à faire 11; il a supprimé k,s
effets inutiles; il s'est un peu rapproché ainsi du théâtre futuriste qui
déroule et conclut une scène rn une minute 1:t d€mie. Il n'a laissé dans

sa pièce que vraiment ce qu'il avait à dire . .Mais il n'avait rien à dire, et il
ne sait pas le dire.
J'aurais préféré parler ici de x..~AlWE :eN F@L~~ •. Car devant cette pièce, M. Tout-Paris avait ouvert le .bec et avait crié au
génie. Il y avait un redressement à opérer. Aujourd'hui le même M. ToutParis tourne le dos à M. de Curel. Et cependant l\1. de Curel n'a pas changé.
Sa oout;J:grg nu G;,;g~u::i manifeste même un effort nouveau
chez lui.
On reste persuadé que M. de Curel est un penseur e.t qu'il exprime des
Idées. Je ne comprends pas l'origine de cette opinion. Voyez· quelle distance le sépare d'Ibsen. Chez Ibsen aussi, il y a des « idées ))' mais ce ne
sont que des idées éternelles et simples ; elles se résument souvent d'un
mot : Liberté: Ce ne sont pas des idées pour articles de journal, des
idées pour polémiques d'actualité- EllEs « exsudent » des personnages
sans que ceux-ci aient l'air de le faire exprès. Lc:s personnages ne savent
pas qu'ils expriment des idées. Ils vivent et leur vie est une émouvante
démonstration, parce qu'elle reste toujours la même. L'action est en eux
et non dans des discours, et ce ne sont pas les discours préconçus de l'auteur qui règlent la marche de la pièce et l'action des personnages.
Le théâtre de François de Curel offre le tableau contraire. Ses (( idées »
sont celles de la conversation courante des tables d'hôte. Il y a toujours
chez lui llII garde-chasse, un commis-voyagem ou un instituteur en grande
discussion sociale ou théologique avec un curé de campagne. Dans l' Ame
en folie, ces conversations étaient navrantes et elles se déroulaient nous y revoilà - dans le manque le plus complet de vraisemblance, donc
Pie. Par exemple, un jeune homme se présentait à l'oncle de sa bienaimée. Il avait tout intérêt à l'amadouer, pour être r€çu chez lui. Mais
non, la conversation d' 1( idées » commençait et le jeune homme aussitôt
de développer ses phrases in abstracto, de la façon la-plus désobligeante
pour le vieux. Hors de toute psychologie.
La Comédie du Génie appelle plus d'indulgence. C'est une pièce qui
désarme par sa naïveté.
Dans ce style qui est commun à M. de Curel et à l\C. Bourget, se développe l'histoire d'un auteur dramatique qui est persuadé qu'il a écrit du
théâtre d'idées et qui se désole d~ ne pas atteindre le public.
Comment il devient auteur dramatique ? Un jour, dans la rue, il voit
une femme à la fenêtre. Il monte. Elle lui dit qu'il a tout ce qu'il faut pour
devenir auteur, puisqu'il est atteint du sadisme de l'observation (l'expression n~est pas dans la pièce).

de

�924

L'ESPRlT :-;OUYEAU

Son th(&gt;àlrr plaîl à J'élit1• Pl aux C'riti11ur!l (un grand eonp de pommade
aux critiqm•s). ~lai:- il di•plaît à sa mèr,•, et à la provinc1!,Ct au • w-aml
public ». L'autrur est victime de la :\lus•• des intellig~n,·es (l'Pxprl',;sion
,,st. clans la pii'•cP). (.'_t-s1-à-dire qur d1•pmirvi1 d11 tout moy1•n d'expriml'r la
i-en~il,ilité, il est pnsuailé qu'il ,;&lt; rit ,lt-s idée;;. Je wux bien &lt;·roirt&gt; qu'il
l''\l inrapnhlc d'Pxprimer les 1•hos1·s du rœur, l"s &lt;·lrns1·s h1Lmai11ei-, mai'\
vour les i,lt~eA, b,·rniq111•. L'auteur 1•n quenlion nr • 1wn~1• • sùre1m•nt pa'\
birn haut. On n't•i;t pas un p,•nscur parce qu'on a l'àmc ~èl'he Pl qu'on fait
d,•s dis:;1•rlatio11s en langui' plate•.
Donc l'auteur en question veut rPntrer dam, la normal&lt;', dcsrendrt• &lt;l1'
~a « haut(•ur •· Pour devenir n!lrmal, il faut vivre une vie normale, 1&lt;e dilil. Et cela n 'csl pas si mal raisonné. Sr marier r ~on. 11 aura un enfant. 11
i:e mettra à l'école du bélié. Et pour a,·oir un b1\hé il t•xpliqUl' à sn mallrPs~c quïl va st'.-duirr la fille ile son fprm1er rt l't-n1,.,rrosser.
Hélas, le mioche nP le change pn,;, Jl continue à • é,·rire pour 1'1-litl• •
i;oui1 la 1füt1;e d,: la .\Iuse ,lt•s Intr.lligPnc(•~Po11r comble de malhPur. son fils dcvil'nt aut,•ur dramatique aussi et
l'aulrur 1&gt;e11t dirP: « J'ai rait un fils pour a-voir du génie et c'!'sL h· fi),; qui
le prl'nil ». Du coup, li' père doutP dr son géni,•. \Ton génir. ... , ton génil' .. ,
son g,,nie ... , notre gî•nie ... , votn• géni.1• ... , lr ur génil·. Il s'endort dnns les
coufüsPF&gt; dl' la Comédie Frani;ni~&lt;.&gt;,et là l'ombre dl' don Juan lui consPille:
"Le génie vilml de Dir.u, va le lui dPmandrr. »
11 va donc ... i-'aballre aux pi1•ds de Diru? '\on. ~lai\\ avoir uneconver~alion d' «icli-1·~ » awc un capu&lt;"Ïn. Et cduH'I lu1 apprend qm• la me~s&lt;' est
la pièce la plus jourr. du monde parct&gt; que les audit1-urs communient de
tout cœur avPc 1.- prêlrr., arlPur prinôpal.
C'e,.L une chosP que répètrnl tous \ci; (•urè\\ de cnmpagrn•, mais c•.'p~t une
r(•v,~lation pour notrP naïf a11t1•ur .C1·rt,·~, il)' a ccrtainrment sous la Comédie du Génie un brrnnd cri rlP délrt&gt;s~e. lP 1-.•rand awu d'impuis~anc~ 1\'un
honnête homme ingi•nu qui a J)ris au M•rieux i-a réputation de « pl•ni;rur 11.
Ah ! si :'IL d1• Curd avait su sortir re cri dt• dHrt'!l!I(', nou~ le tain•
entendre, nous en émouvoir. )Iaii1 non; il l'e.rplique. Et ça nous intéresse
autant qu(• si on nous appelait au th1'·àln- vour nous y e:xpliqu1:r un th(,orëme de gt;omelrie, appris rn cla~sr a11trPfo1s.
,\h 1 :'IL dt&gt; Curel, rel\Sl'Z d'être h• ~1•nsc·ur du Théâlre Libre. Comprc•nrz la nt\('rl\silé d&lt;' la vraisc•mlllanre vivant••- El lais111•z sortir votre cri.
La danse rnfantine vous en snura gré.

�ÉCONOMIQUE -

SOCIOLOGIQUE

Faut-il émettre
tSO MILLEAI\D8
DE ·BILLETS DE BANQUE'?
PAR

FRANCIS DELAIS!

N

ous devons une grande reconnaissance à MM. Aubriot,
Levasseur, Rozier et J. Barthélemy. Ces quatre
députés ont découvert un système propre à supprimer
en un tourne-main la crise industrielle, le déficit budgétaire et
la dette extérieure. Et cela, citoyens, sans impôts ni emprunts,
sans effort ni douleur.
Le moyen est très simple et, à la portée de n'importe quel
Parlement : Une loi, - dont ils ont déposé le projet sur le
bureau de la Chambre, - autorisera la Banque de France à
émettre, aussitôt que possible, 150 milliards de billets. Chaque
billet de mille francs coûtant à peu près six sous, on voit qu'il
est facile de créer de la richesse.
Là-dessus, 50 milliards seront appliqués à la reconstruction
des régions dévastées ; de ce fait, les commandes vont affluer
dans nos usines, l'activité industrielle reprend, le chômage est
enrayé, et la cote de la Bourse va retrouver son aspect riant
de naguère.
50 autres milliards vont être affectés au remboursement des
Bons du Trésor : depuis longtemps l'Etat paye avec ces titres
ses fournisseurs qui ne peuvent pas toujours les monnayer; en
outre il faut servir les intérêts. Les billets de Banque au contraire ne coûtent rien: d'où une économie annuelle de 2 milliards et demi pour le budget.
Les 50 derniers milliards seront employés en rachat de rentes.
Cela permettra de tenir au pair le cours des fonds d'Etat, et
les gros rentiers, qui, n'ayant qu'une confiance relative dans le
crédit de la France vendront leurs titres, pourront acheter à la
place de bonnes valeurs industrielles, françaises ou étrangères,
50

�928

L' ~SPRIT NOUVEAU

ce qui va redonner de l'animation à la Bc.urse depuis si longtemps dans le marasme.
Enfîn ces i50 milliards de billets, lancés hrusquem~nt dans
la circulation, vont provoquer unc.ha~sse géné_r~le de tous ks
produits : industriels et agTiculteurs, mterméd1aires de t _out~s
sortes, courtiers et boutiquiers ,ont écouler pendai:i,t des :mois
leurs stocks actuels, qui les encombrent, à des prix touJ_ours
plus élevés. Les ouvriers ~ux-mêmes, après quelques ~e;:es,
verront monter leurs sa]a1res, et ce sera le retour a 1 age
d'or du « dancing »universel.
•
Le proc~dé est si facile_ qu:_on s,'éto;11ne que pei;s?nne, depuis le« Sunplex ,, de M. _Citroen, n_y ait plus pe~se. pour atteindre un pareil résultat il ne faut nen de plus~ une presse et
quelques rouleaux de papi~r à vignettes. Le publi,c ne se doute
pas des ressources de la Fmance moderne_: ~n _s est beaucoup
moqué des alchimistes du Moyen Age obstines a la dé~ouvertc
de la pierre &lt;&lt; philosophale &gt;&gt; : le1:1r erre~r,. c'est qu'ils cher. chàient une pierre ; Wl peu de papier suffisait.

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Mais ne plaisantons pas : MM. Aubriot, Rozier, Lcvasseur et
G. Barthélemy sont des hommes sérieux : ils n'entendent
point fabriquer des cc assignats » : leurs billets sont couverts
par une garantie sérieuse : la créance allemande.
.
Dans quelques jours le montant et le _mode de pa1emen ~ en
seront définitivement réglés, - du moms on peut l'esperer.
La moitié des versements de notre débiteur, ~•après le plan de
nos quatre députés, sera consacrée à l' amort11;isement _de notre
dette extérieure ; et voilà encore une quest10n réglee - . C;1;
admettant que nos créanciers y conse?~ent. L'aut~e moitie
servira au remboursement des 150 milliards de billets. De
cette façon les détenteurs de ces 1;&gt;etits papiers peuwnt êt~e
rassurés ; dans 42 ans au plus tard, ils P?urront les éc_h~ger librement contre de l'or. En attendant, ils auront évidemment
cours forcé, tout comme de simpl~s ass~gnats.
Mais les entrepreneurs des regmns devastées, les bureauc_rates
et les rentiers à qui les agents du Trésor remettront ~es bill~ts,
ne les garderont pas en portefeuille. Quand ces petits papiers
auront passé des mains du gra11:d pat;on ~u d~ percepLe'?'r dans
celles des ouvriers ou des fonctionnaires, ils viendron~ s échan~
ger contre des denrées, des vêtements, des m_aténaux, des
out~ls, car on ne m0.J.?-ge pas de billets, on ne s'habille pas, on ne
bâtit pas avec des billets.
1

FAUT-IL ÉMETTRE

150

MILLIARDS

929

Le propre d'un billet de banque c'e~t précisément de pouvoir
être échangé immédiatement contre des produits consommables
ou utilisables. Autrement ce n'est plus une monnaie, c'est Wl
titre de crédit.. S'il faut attendre 3 mois pour pouvoir le convertiren marchandises, c'est un Bon du Trésor; s'il faut attendre
30 ans ou plus c'est un titre de rente. Jusqu'ici les Etats ou les
particuliers qui ne pouvaient immédiatement couvrir leurs
dépenses, s'efforçaient d'en ajourner le paiement ~n offrant à
l'épargne des titres à plus ou moins longue échéance: ils mettaient ainsi de l'aisance dans kur Trésorerie. C'est ce qu ils
appelaient « consolider leur dette flvttantc ». Par une méthode audacieusement inverse, MM. Levasseur Barthélemy,
Rozier c:t Aubriot transforment au contraire, les Bons du Trésor à 3 et 6 moii::, les rentes amortissables en 30 ans, en billets
réalisables immédiatement en marchandises ; ramenant ainsi
à l'état cc flottant )&gt; ce qui était cc consolidé ».
Admettons que sur les 150 milliards de billets At hriot, une
bonne partie soit « remployée &gt;&gt; par les rentiers en achats de
valeurs indm,trielles ; la moitié au moins, et notamment les
50 milliards de la reconstruction des Régions dévastées, voudront s'échanger immédiatement contre des produits.
Où les trouveront-ils ? Il est bien clair que toute cette avalanche de papier n'aura ajouté au.."'r. stocks français ni un sac de
blé, ni un veston, ni une tonne de charbon, ni un outil.
Il est vrai que ces billets sont gagés sur )'indemnité qui nous
est due par le Reich.
Mais est-ce à dire que leurs détenteurs trouverontimmédia, tement en Allemagne les 50 ou 100 milliards de produits qu'ils
représentent ?
Notons d'abord que ces billets n'auront point cours de
l'autre côté du Rhin; qu'il faudrait les convertir en marks à un
cours variable, et qu'évidemment une telle quantité de marchandises disponibles exportables n'existe pas chez notre
débiteur. C'est même pour cela que le Traité de Versailles lui
a accordé pour s'acquitter un délai de 42 ans.
Si pourtant, ayant échangé mes billets français contre des
marks, je parviens à acheter quelques marchandises en Allemagne, -seulmoyend'augmenterréell1:mentlarichessedenotrc
pays, -je veux les faire P.asser en France, je me heurte à vos
barrières douanières, dont le but avcué est de limiter, voire, en
certains cas, d'Empêcher les importations allemandes.
Ainsi, d'une part, vous me donnez le pouvoir d' achc:ter chez le
vaincu, et d'autre part vous m'empêchez de prendre livraison.

�FAUT-IL ÉMETTRE

\

L'ESPRIT NOUVEAU
930
Il faudrait pourtant s: e?-tend~e et :3-_juster notre politique
commerciale à notre pohtique fmanciere .. Toute taxe douanière limite le pouvoir d'achat de mon billet. en Allem~gne,
toute mesure prohibitive le dét~it. Le~ prod~ts e~ les signe~
monétaires qui les représentent d01ventcirculer ala !Ileme allure•
on ne peut à la fois laisser passer les. uns et ~etemr le~ autres.
C'est pourquoi le billet de banque mtern3:t~onal r_eve
certains suppose le libre-échan_~e absolu. Poht1q1:e fmanciere e.t
politique commerciale sont hees par la nature meme. des c~ose~.
Tant qu'on ne l'aura pas compris, toutes les tentatives d ,a.II!-eliorer les changes par une réforme simplement 1;îlonet~e
échoueront piteusement. Un billet de banque&lt;~ gage sur lmdemnité allemande &gt;i, comme disent MM. ~uhr1~t, Levasseur,
Rozier et Barthélemy, ce ne peut être qu un billet, donnant
droit à la livraison immédiate de prodmts allemand~ e~trant
librement en France; - sinon le ga~e n'é~ant plus re~sa~le,
l'expression est vide de sens. Un tel billet n est plus qu un titre
d'emprunt amortissable en 42 ans et ne donnant au porteur
aucun intérêt.
.
.
- Mais, diront nos quatr~ déput~s, nous ?-'avons 3amais
pensé que nos billets dussent mrculer a~~urs qu erl: Fran~e ..
- Sans doute. Mais alors vos 150 milliards de billets n aJOUteront pas un milligramme de m.ai;-chandises au stock actuellement à la disposition de nos nationaux. En quadruplant brusquement le nombre des signes mo~étaires alors que_le nombre
des produits représentés reste le meme, vous aurez simplement
réduit au quart le pouvoir d'achat actuel ~e chacun, ~-e ces
signes. Ainsi, le billet de 100 francs actuel qm nevautdeJapl~s
que 40 francs d'or tombera à 10 francs ; et le franc français
vaudra tout juste deux sous.
.
Voilà le seul résultat de ce que vous appelez, fort improprement la &lt;&lt; mobilisation immédiate de la créance all~mande &gt;&gt; !
Vous' n'aurez pas enrichi le pays, vous aurez snnplement
déprécié son change.

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Précisément, c'est ce que nous voulons! réponde1:-t

MM. Aubriot, Levasseur, Rozier et G: B_arthélemy. C'e~t le,fm
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du fin de notre réforme. Car la déprtc1ation de ~a monnaie, c .~st
le meilleur moyen de développer les exportat10ns, relever l 1~dustrie, ranimer l'activité nat~on~e. Voyez ~e qu'ont fait
Rathenau et Stinnes et le parti qu'ils ont su tirer du mark
à 4 sous ! Faisons comme eux.

150

MILLIARDS

931

- Cet hommage aux puissants trusteurs d'outre-Rhin dans
u~ rapport à la Chambre ne manque pas d'imprévu ; et il est
piquant de voir le vainqueur réduit à copier le vaincu dans
l'art d'utiliser la faillite. Mais ce qui convient aux grands
hommes d'affaires du Reich est-il nécessairement applicable
à la France?
L'Allemagne, avec 65 millions d'habitants, n'en peut nourrir
que 50. Il faut qu'elle puisse acheter au reste du monde de
quoi alimenter le surplus. C'est pourquoi elle est devenue une
grande usine de transformation.
Si son industrie s'arrêtait, 15 millions d'Allemands seraient
réduits à mourir de faim ou à émigrer. Exporter est pour elle
une nécessité vitale.
Par malheur, le fabricant allemand qui achète ses matières
premières à l'étranger avec un mark déprécié, les paye plus
ch~r qu~ ses concurrents anglais, américains, belges ou français. Mais. on a remarqué que dans les pays à finances avariées,
la monnaie se déprécie moins vite sur le marché intérieur que
sur le marché extérieur; d'où il suit que le salaire d'un métallurgiste de la Ruhr ou d'un tisseur de la Saxe, exprimé en
livres sterling, est moins élevé que celui d'un ouvrier de même
catégorie à Birmingham ou à Leeds. Ceci compense cela.
~outefois, c~ n'est pas ?-ssez e~core. Mais supposons que les
tar~fs de _c~emms de fer s01ent mamtenus au-dessous du prix de
reVIent, il en résultera d'une part le bon marché des transports,
et d'autre part des émissions répétées de marks par l'Etat obligé de combler le- ·déficit, ce qui maintiendra l'écart entre les
salaires anglais et allemands.
Dès lors, dans un objet allemand vendu à Londres en livres
sterling, la matière première aura coûté plus cher que dans le
produit similaire anglais, mais la main-d'œuvre et le transport
auront coûté m~ins cher: et en fin de compte, le prix de vente
sur 1~ march:é ~nternat10nal pourra être inférieur aux prix
anglais, américains ou belges. C'est ce qu'on a pu voir récemment pour les commandes espagnoles, argentines, etc.
Dès lors, les débouchés étant rouverts, les usines travaillent à
plein rendement, le chômage cesse, l'excédent des ventes à
l'étranger permet d'acheter les denrées suffisantes pour nourrir
le trop-plein de la population ; on évite à la fois la famine
1:émigrat~on, et la di$rersion du peuple allemand. Pourvu qu~
1 essor s01t assez rapide, le change remontera, s'améliorera,
et l'~lemagne ~e.ut espérer retrouver à la longue un peu de son
ancienne prosperité.

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L'ESPRIT NOUVEAU

Tel est l'art d'utiliser la dépréciation de la monnaie : ~eu
d gereux d'ailleurs, car si les Alliés, menacés de ce ~umping
d'un nouveau genre, prennent des mesures protectio~stcs
su:îfisantes pour paralyser ce développement ~es, e~ortat1~ns,
le Reich avec son mark de plus en plus. deprec1e, peut être
amené r;pidement à la si~uatio~ del' Aut~1che.
C'est donc le coup de desespoir de gros Joueurs.
Mais la France a-t-elle besoin de jouer ce jeu? Et en a-t-elle
les moyens ?
. .
,
.
Pour compenser un baisse brusque ~u !ranc a~ s?us, il fau~
drait atteindre rapidement une exportation cons1derable. Qm
nous la donnera ?
Ce n'est pas notre agriculture, qui, ma!gré ~e rema_rquables
efforts, ne parvient pas enèore à assurer l'alimentation de la
nation.
.
·
t
Ce n'est pas notre industrie de luxe à qm l' appauvr1sseme~
général de l'Europe est peu favorable; notregrossemétallurgie,
a-vec les plus ric~es gisem~nts de fer de l'Europe, manque de
charbon ; nos usines textiles ne sont pas encore toutes rétablies notre industrie chimique est encore adolescen~e ! notre
flott~ marchande est insuffisante ; nos ports mal outilles ; nos
commerçants et nos banquiers mal préparés.
En admettant que nos grands patrons et notre gouvernement, secouant leur habituelle indolence, se mettent avec
ardeur à la tâche, que le Parlement les compr~nne, et que
l'opinion les suive, ils seront prêts dans quelg:ue dix ans.
A ce moment tous les débouchés seront pris, e~ notre chaJ}ge
déprécié nous aura enfermés dans une muraill~, d~ Chine
comparable à celle . derrière laquelle meurent d epmsement
l'Autriche et la Russie.
,
Pour risquer un_ pareil co~p d' au~ac@, il faut, comme les speculateurs, jouer vite et ~éaliser~ap1d.ement ; on ne le _peut que
si l'on a toute prête unemdus~rie pmssante, unorga~m~ économique orienté depuis longtemps vers l'exportat10n.L Allemagne.le possède ; la France ne l'a _pus.
.
,
Voilà pourquoi Rathenau et S~mnes ont raison peut-e~re,
et MM. Aubriot, Levasseur, Rozier et Barthélemy certamement tort .

***

- Pourtant dira-t-on, de grands industriels, d'importants financiers sont partisans de leur proposition; ils sont compétents,
ils connaissent les risques du projet et cependant l'approuvent.

FAUT-IL ÉMETTRE

150

MILLIARDS

933

- En effe~, depuis quel~es moll!, ~ur un mot parti de la
~ourse ~e v1ye campagnes est dessmee en faveur d'une politique d'mflat10n.
Dans cert~s groupes îndustriels, les plus violents détracteurs des methodes allemandes en sont devenus soudain les
apôtres passionnés.
,, Il est remarquable qu~ Ie~r conv~rsion a suivi de près le
declanchement de la crise econonuque qui sévit actuellement.
Producteurs et spéculateurs, qui avaient constitué des
stocks ~Il vue rune h?'usse .qu'ils croyaient éternelle - d'autant.mieux qu ils la stimulaient eux-mêmes en retenant le plus
poss11:&gt;le leurs marchandises à l'écart du marché, - furent
~urpr1s tout à coup par l'arrêt des achats des consommateurs
a bout de ressources.
, ~a Banque de France, déjà surchargée p.ar les assignats
effilS pour le compte de l'Etat, dut restreindre puis suspendre le
concours qu' ~Ile _leur avait si largement prêté.
Alors surg~t l'idée d'~e vaste émission de billets qui, couvrant à la_ f01s les besoms du Trésor et ceux du comme1ce,
p_ermettra1t de repren~e~ pendant quelque temps; le jeu lucratif de la hausse. 1?0 ~ar~s de papier-monnaie lancés brusquement ~ans la c1rculat1on, provoquant une hausse rapide de
tous le~ P!IX: :(lermettront d'écouler à un cours très élevé sur le
marche interienr (car on ne parle d'exportation que pour
l'apparence), les stocks constitués aux prix actuels.
Sans doute la haus~e des salaires s'en suivra, mais avec un
r~tard de q:a,el~ues m01s; pendant l'intervalle, fabricants, court~ers, ~outiqmers de toutes catégories réaliseront de gros bénéfices ; a la Bourse, les ~péctilateurs professionnels pousseront
les c?urs des valeurs qu ils repasseront au public avec de forts
profits.
Enfin, inév~table!fi~~t, viendra le moment où la hausse dépassant les d1sporubihtés, la consommation se restreindra à
nouv~au, provoquant une nouvelle crise.
Mais cette !ois, on·.ne se ~aissera plus prendre au dépourvu.
On aura place ces gains, s01t en terres, soit surtout en bonnes
~aleurs de socié~és étrangères, fabricant des produits d'un
ecoulement certain comme le pétrole, et dont les coupons sont
payables sur tous les marchés du monde, comme la Royal
f!utch, la She~l _Transport, etc. ; on sera ainsi à l'abri de tous les
risques de faillite et de révolution.
Ces hommes habiles savent bien que la France n'est pas ou~

�4lif d e ~ à ~llVOirtènter 11D8 ~
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fil. et'de1e.-.8D81iiteàrooa
~-•'•~làlebatP.tsa
~ - d.iputœ 8()Cialistes. De bonne lei, lJa ont em
Jtathenau a p ~ à la France; de bonne foi ifs ont

lfl}on,Laeclerichetaùtteeu;ploitems~88ionnelsdubu
En bons parlementaïree, -ils ont choisi la solution . .
le moins de peine àleuraélecte'll1'B: P-88 d'impt,tâ nouv~
les.agrieulteura n'en veulent P8!I; plUll d'emptlints,.. car,.
pe ne souscrit,•; pas de prélèrimeut $\li' l e ~ oar:
a laissé passe:, fe moment favorable
Alors, faute de mieux, on n'hésite ~ à recourir \ l"~-.#.lf]
dient le plus dangéreux pour l'économie ~tionale, àl'unp
l)}us onéreuX pour les cJasaes pauvres. -aunrœent.~
l'électeur n'en aperçoit pas le d&amp;Dgel', et qu.'.il aoov.eillerad'
tut mieux qu'il en éprouvera un so~ent IIIOID8Dfianl.
Lo1'$qu'un 1118We est·trèa d.ép1i:mé. a ï ~ ~ lui~
de morphine, on voit EOV un-~ la douli'll! ~
et le patient reprendre son actmté et 80D en.~:Ma»!
de la drogue s'efface vite, entratnant un affai8881._s;;
plus profond, qui exige une no~e injectiC?Jl à plus ha:
a,oae. lie malade 4P1?59 alors ses iéserveS vi'81es; avec
vitesse croissante et descend ra~demem vers la mort.
L'injection de paeier-momwe daBB la ~tion d!'8
nits entraine des effets anà1ogues : employêe ~ 1-_
"'..:
,un orpl)ÎSDl_e incluatrk,l ~ t , elle peut f a ~ lt!Ul
d'un plOlllpt ntabliaaement. Mail dans \Ul ~ ~
mique qu&amp; rien ne prépare à l'effort ~ t e ù r der~
nnrtatiOD. elle ne peut être qu'un trop fàcile procédé d'

e

MfllOND IM.IÔIR

' ._,.,.. ta ,. .... ' .,,

*••

1-,..3911:M~•

. . . .». ..

Bèohenh•mrrAlt ........ .
·-~(180S).

fionam.

os tous les domaines de l'aetivité, dep':J,lus d.'
siècle, l'intelligence humaine émoussée
lè «
perdu le seDS des rêalités p,tsentea et s'
antieipatious et am so11V8DÎ1'S. Elle cne uae
le oà les id&amp;&amp; cessent d'être ,upreasion de la
apêçulation ~ d'avoir pour but la ttirioip1in&amp; de l'
Le développernellt puamûfè de la réflexion ea
pa:rition de systêmet conceptuels. Et, de même que la
hysi(P.18 ordC&gt;Dne à nouveau le œonca, l'ea\hétique en,
er l'activité anistique, 88DB même prèvoquer la
d'utistes qui se font trop volontieis tMoriciens •
· ..
qui conpv&amp;nt leür fonttion«&gt;mme lU1 ~
ll 'J a là 1111 fait einptier, pll)p?e . _ ~

d ' ~ n t i de a~teurs pnsÂldese mettre à?,abri.ou•
parlementaires soucieux de ne pas déplai:l'e à leurs ~
Daœ~~esmoia, on ne pourra pluseacheraumalade
Alon il lui faudra 88. sauver lui-même.
Francis Da.ulL

Jatétlmon~
. - humaniste. qui;ae-eomttit
....---•s....ne en Ftàn:!'8 à])$:
----~WiaDOê~•cm~~~avec le
el d dehoti de to1de. vtdition - . ~ aeeorde :qalto
prix i Ja. BCienee poeitive pour se linw sana îétiexi

0

Ces proèédéa de finance pare8S81lle, loin de sauver.le ._,w;,
l'épuiseront. Le moment n'est pl111 oàl'on ~ a e ~

r à coup •~ ,niÎ8 flônt il conrient
~ léeoUÎ8cètlea~clasla.i

�936

L'ESPRIT NOUVEAU

à la pratique des beaux-arts. Sans doute Descartes rappelle

au Père Mersenne, lui demandant la raison du beau, ~a relativité du jugement esthétique et les variations du goût; il allègue que (( généralement ni le beau ni Ji agréable ne signilient
rien qu'un rapport de notre jugement à l'objet; et parce que
les jugements des hommes sont si différents on ne peut dire
que le beau ni l'agréable aient aucune mesure déterminée )&gt;.
Mais il indique, dans le Compendium Musicœ, comment l'optique et l'acoustique permettent au savant de mesurer le rapport entre les sensations visuelles ou auditives et leur objet,
de déterminer à quelles proportions répond cette qualité particulière qui rend les sensations agréables.
Aussi Descartes montre la voie aux artistes au moment
même où la fondation de l'Académie de Peinture en 1648 libère les artistes des règlements imposés par la Corporation de
Saint-Luc et opère une scission .entre les· arts mécaniques et
les arts libéraux. Peintres et sculpteurs tiennent à n'être plus
confondus avec les peintres en bâtiment et les tailleurs de
pierres, à être placés dans le même rang que les écrivains auxquels
l'Académie française confère un prestige particulier. Comme
ils ont à cœur de montrer la noblesse et la dignité de leur
tâche, ils épousent le goût pour la raison, dédaignent de s'attarder aux questions de métier et entendent faire œuvre de
réflexion philosophique. Ils n'abordent l'étude des procédés
que pour discerner le rôle de la raison et du jugement. La
compréhension purement plastique des formes, des lignes et
des couleurs s'efface devant l'interprétation intellectuelle de
l'architecture et de la sculpture antique. Et c'est la méditation passionnée de Poussin dans la campagne romaine ; ce
sont les conférences mensuelles de l'Académie où Le Brun
commente devant ses élèves La Manne de Poussin à la manière
dont tels de nos contemporains corn.mentent l' œuvre de Cézanne; ce sont les-écrits de Félihien. Le monument, la statue, le
tableau ne valent que comme expression d'un esprit retrouvant
les lois invariables auxquelles obéissent la pression des matériaux et la structure du corps humain, construisant à l'aide
de ces données intellectuelles un ensemble dont les parties
doivent à la géométrie, non au hasard, leurs proportions et
lelll' équilibre.

DES SYSTÈMES .D'ESTHÉTIQUE

937

Mais cette critique très légitime en soi prétend avoir une
valeur pédagogique; l'analyse de l'œuvre parait livrer le secret de la création. Une confusion s'établit entre l'intelli~
gence de l'art et la pratique del' art qui èntraine, dès 1680, une
réaction de la part des artistes et des écrivains d'art, une adhésion de la part des gens de lettres et des (c philosophes &gt;&gt;. La docilité avec laquelle certains peintres et seulpteurs adopten tl' esprit
des écrivains leur permet d'élargir les polémiques qui les consument, de ne plus faire porter uniquement leur réflexion sur des
textes et d'étendre à l'activité artistique dans son ensemble les
conclusions du Càrtésianisme. Car le Cartésianisme qui leur
donne la sécurité intellectuelle leur parait l'expression fidèle
de la civilisation. Dans le culte du vrai, dans la conformité de
l'homme à sa nature et à son excellence, ils ont trouvé un~ discipline mentale et une règle de vie. Aussi l'admiration pour
l'antiquité porte ombrage à ces systématiques: n'entraîne-telle pas les fictions des poètes, un paganisme superstitieux,
des erreurs populaires ? Et ils poursuivent les divinités dont
Ronsard a peuplé les bois, dont Rubens a fait un cortège à
Marie de Médicis. Ils entendent que les arbres, les eaux et les
rochers redeviennent naturels. 11s soumettent les modèles
tant vantés par les écrivains à une critique minutieuse et ne
leur accordent qu'une circonstance atténuante, celle d'avoir
été en contact avec la nature. Par là même ils renforcent ce
que les tendances académiques pouvaient avoir de fluctuant.
L'accord de Perrault et de Boileau met fin à des malentendus,
à des mésinterprétations réciproques et consacre l'unanimité
des esprits danp les questions concernant l'art, le besoin profond de faire aller de pair l'activité artistique et l'actiyité
· scientifique pour répondre à des exigences conceptuelles.
Mais cette tentative faite pour appliquer aux beaux-arts
l'esprit philosophique ne peut se développer que lentement et
hors des propos en quelque sorte. A mesure que les beaux-arts
voient naitre des tendances nouvelles, le besoin de résoudre les
contradictions de goût devient plus intense. Une fois l'époque
de Boileau passée, dès qu'apparaissent Le Sage et Rigaud, la
critique, les polémiques, les querelles du dernier quart de siècle perdent la cohérence qu'elles devaient à l'idéal classique.
Il ne reste plus qu'un amas de tendances contradictoires, de

�L'ESPRIT NOUVEAU

938
règles inutiles qui accroissent les fluctua~ions du goût, l'éclectisme des amateurs et l'hésitation des artistes.
Alors les philosophes offrent leur médiati~n- Suivant
réforme accomplie par Descartes dans l'ordre mtellectuel, ils
abordent l'activité artistique de manière à donner aux notions qui concentrent les préoccupations de l'époque une vie
indépendante.
. .
.
.
Dès 1715, P. de Crousaz, mathématicien et phllosophe qui
a séjourné à Paris de 1682 à 1684, publie un Traité du Beau. Il
reprend ceux qui, livrés toute leur ~e à leurs. sens e~ à leurs
passions, donnent le nom de beau un1quement a_ce qui c~arme
leurs sens ou intéresse leur cœur par des émotions agreables.
Ceux-là oublient que l'art offre à la raison quelque chose qui
doit lui plaire et que les lumières de la raison doivent prendre
part à notre jugeme~t. Or le te~~ér~ent, l' amo;ur-~ro~re,
les habitudes, les passions, notre legerete naturelle, 1 alterat10n
de notre corps et des organes des sens s'opposent à tout moment au parfait accord qui_ devrait régn~r entre les sens: le
cœu.r et les lumières de la raison. 11s nous Jettent dans des egarements dans des goûts singuliers dont nous ne saurions nous
déiendr~ qu'en nous tournant ver~ les lumièr_es de la r~son.
Ce qui nous les rév~le, _c'est 1~ pratique des, sc1~nces physiques
oùle jeu de l'orgarosat10n l?Wque -p er~et d ~mr en unsy~teme
de vérité un nombre prod1gieux de frots ; c est un exercice de
l'activité intellectuelle qui n'est pas renfermée dans les mêmes
bornes que les sens; c'est, d'une manière_ plus précise ell:core, ~e
langage de la géométrie qui, seul, exprime les proport10ns re-elles, le développement de la mathématique ((oùl'espritdécouvre avec ravissement des uniformités qui se soutiennent pal'
des diversités infinies &gt;1. Aussi les conditions de la recherche,
de la découverte et· de la certitude scientifique se retrouvent
dans les beaux-arts. Science et art usent d'une même organisation logique. C'est da liaison de plusieurs pensées, l~ur
rapport à un même bu~, leur ~épendance d'un ~ênw, P1'.~cipe &gt;&gt; qui assure à la fois le çraie~ le beau. La var1~té, l ~t~,
la régularité, l'ordre, le~ proport1~ns, t~utes qualités geo~etriques et logiques, deviennent necessairement les caracteres
naturels du beau, puisqu'aussi bien, l'écrit de Crousaz,_repose
sur une éOnviction plutôt que sur une démonstration, la

:a

DES SYSTÈMES D'ESTHÉTIQUE

939

conviction Cf?e. le beau est d'essence géométrique et qu'il en faut
cherc~er l'or1gme dans la méditation.
M~s cette transposition du Cartésianisme ne pouvait être que
le frut d'un mathématicien et l'abbé Dubos pense agir c&lt;en phil~sophe » en se contentant d'associer, dans ses Réflexions critiqlles ~r la poésie e! ~a peinture de 1719, les souvenirs de voyage,
les pr~ceptes de ~elibien et les réminiscences de Fontenelle.
Il releve da~s l'ecol~ hollandaise la trivialité de sujets aussi
co_m~uns qu un p~er de flèurs, un homme qui passe son che~m, une ïem11:1e. &lt;fl!I porte des fruits au marché, une fête de
yillage et la tr1v1ahté de héros qui ne sont que· c&lt; faquins &gt;) 11 reproche aux tableaux de l'école lombarde de se borner
!latter les feux par la richesse et la variété de leurs couleurs 11 note ~es 1m~erfe~tion~ dans l'école romaine, dans l'œuvre d;
Rapha~l et Veronese ; il remarque enfin, non sans humeur,
que « 1 ~urope n'est que trop remplie aujourd'hui d'étoffes de
porcelames et des autres curiosités de la Chine et de l'Àsie
Central~ ». ~' ~t e~t tout autre chose : il se propose de donner
~u _besom d ag1t~t1on et de .divertissement qui est en nous
1 ~ment de p:1-ss10ns superficielles excitées par l'imitation des
ac~10ns humrune~, par l'expression de (C figures qui pensent
a±;m de donner heu de penser », par la noblesse des sujets.
L exc~lle~ce des arts en France pendant deux générations, la
constitu~10n 8:u!our de _la France du génie européen attestent 1~ f eco~dite et la perennité de la doctrine classique commune a la p~m.twe et à la poésie dramatique. Aussi bien l'abbé
~ub~s ne fait:il que donner une expression nouvelle aux reven~cati_ons nlrt.10nales des « modernes &gt;&gt; contre les engouements
d un 3our.
. Et_la,réflexionsur les beaux-arts n'acquiert une véritable origmalite qu'. avec l'abbé Batteux. Remarquant combien le fonds
d'observat10ns et de réflexions sur l'art nous est une gêne Batteux se propose ~e. procéder comme &lt;c les vrais physicie~ qui
~asse~t le_s exper:e~ces et fondent ensuite sur elles un système
qmles, red~t en ~r~c~pe, &gt;&gt;en 1746, l'année même où Condillac,
d?ns_l E~sai sur l on_gm_e des Connaissances humaines, tente de
redm~e a un seul prmc1pe tout ce qui concerne l'entendement
~um~n: Sans doute l' ~hé Batteu.x est préoccupé surtout de
linguistique, de grammaire, d'art poétique et de belles-lettres.

à.

·•

�DES s ·YSTÈMES D'ESTHÉTIQUE

9,H

L'ESPRIT NOUVEAU

..

940
Sans doute il est sensible, comme son époque, à l'empire croissant de la musique d de la danse non moins qu'aux intérêts
du cœurqui «a. sa métaphysique&gt;&gt;, «quiasonintelligence indépendante des mots&gt;&gt;. Mais, en abandonnant les remarques, r.éflexions et discours de tout un peuple de commentateurs pour
la Poétiqzie d'Aristote, il se libère à la fois des préjugés a~~démiques sur la dignité des beaux-arts et des analyses philosophiques portant exclusivement sur les caractères :formels d'?beau. Comme Bùîfon, comme Rousseau, comme Lamarck, il
subordonne le point de vue partiel de la connaissance au point
de vue plus général del' action.
La nature des arts s'explique alors par le génie de l'homme
qui les a produits. Il suffit de remonter à l'origine : Po_ur satisfaire les besoins, les hommes ont été d'abord amenés à mventer
les arts mécaniques. Puis, pour mettre un terme à des Jouissances trop uniformes et renouveler ~e cours des idées, ils ~nt
inventé les beaux-arts. Mais &lt;( inventer dans les arts n'est pomt
donner l'être à un objet, c'est le reconnaitre où il est, et
comme il est. Et les hommes de génie qui creusent le plus ne découvrent que ce qui existait avant eux auparavant. Ils ne sont
créateurs que pour avoir observé et réciproquement ils ne sont
observateurs que pour être en état de créer.» L'esprit hum!rin,
limité dans la fécondité et dans ses vues, ne crée que d'une manière impropre et dans les bornes de la nature : les arts mécaniques sont fondés sur l'emploi de la nature; les beaux-arts
sur l'imitation de la nature et sur le choix de ses parties les plus
belles. Les uns et les autres supposent une volonté, une intention, des vues raisonnées, des règles fixes confirmées par l' expérience et propres à la nature humaine. Ainsi en recherchant dans
les Beaux arts et dans l' Art, dialogue adressé à Shaftesbury,
des raisons d'admirer, l'abbé Batteu:x: a trouvé des raisons de
comprendre.
.
,
De la sorte, au cours d'un demi-siècle, la fusion de l'esprit
philosophique et de laréîlexion sur les beaux-arts entraine d' abord une scission des arts libéraux et des arts mécaniques et
l'identification brusque del' activité scientifique et del' activité
artistique. L'approfondissement de leur nature révèle pro•
gressivement que, si les beaux-arts requièrent, comme la science,
la médiation de l'intelligence, ils n'en conservent pas moins

des aspects purement techni ues .
mécaniques. Et, vers le mili q d ~ les apparentent aux arts
rent leur autonomie dans 1:u . _u sied~, les be~ux-arts conquièexpressions diverses de l' t1:i~;~rhchie d_es sciences et des arts,
ac lVl e umame foncièrement une.

Cependant l'affirmation de l'. telli
.
pour ne pas entraîn~r un m t. 1;11 . gen,~e a é~é trop entière
part, si l'action de Descartys ICisme_ de 1 intelligence. D'autre
l'~nthousiasme religieux d :a1a
imposer une discipline à
la1ssé subsister un my1::t· _e
_e r~n~he, elle n'en a pas moins
de Saint-Augustin met::~e ms1n~~ de Platon, de Plotin et
esprits sont de Dieu C
en lumrere _la dépendance où les
suggestion nouvelle a; me couran~ ,acquiert une puissance de
et amateurs enlève to t o~~nt ou 1 eff~rt novateur des artistes
audience à la sensih~t~rett
,dociirm: académique et prête
sentiment se trouvent , . es I ees vrees aux puissances de
solvent. Et c'est tout atnoullveau embuées de désirs et se dis'd .
na ure ement que le P' Andr' ·, •
se mt par les penchants de 1'0 t .
ere
e, Jesmte
Vérité, donne dans son E
.
rla mre et la Recherche de la
.
.. '
ssai sur e Beau de 1741
.
t 10n
ant1-mtellectualiste à 1 ïl .
, une orientasihle aux transformations sa re ex10nd sur les beaux-arts. Sen.
urvenues ans l'art
al •
esprits; au fléchissement de l'int Ir
1 ' ~u m a.I.se des
d'amplification et de
e igence: e Pere André use
la doctrine que Malehr=:phr~ses pour ete:1-~re à la beauté
l'ordre de la physique t d \presente de la vis10n en Dieu dans
en Dieu, chaque raiso~ . ~. a. morale. Chaque vérité résidant
raison universelle, la bea:éird~~~~ ~• étant qu'un reflet &lt;;le la
esprits ne saurait avoir
o?. l ee se trouve dans tous les
l'homme l'admet arh·t ~e or1gme humaine. Le beau tel que
dans le grand théâtr: Jairement, le beau tel qu'il se manifeste
beau essentiel, indépen1a!.:ture ne sont ~ue ~es reflets d'un
vine. Il est une règle éternelle \ouie co~~t~t10n, même di1' amour du beau
•
e a eaute V1s1ble des corps . et
la th, . d , '. qw apparait avec la raison s'expli
'
eorie e renumscence rés t,
'
que pa
l'ont observé les Pères de
ee pa_r Pla.ton ~ui, « comme
breux, surtout Moïse et Sal g se, av~1t lu les livres des Hé.
omon &gt;&gt; C est le Cre' t
··
prnne à toutes les âmes l' anmc ur du ;_
a
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qui
1m.ueau et un amour de prédi-

Ju

à.!f

J
fE f

�1.

L'BSPIUT NOUVEAU

9'2
laèticm pour un certain genre de beau. Ainsi, oont.raii'ement à
f espritdu~e, laréBexions'karte dessoiêDÇlf posÎ•
tives pour s'appuyer sur la révélation, la méditation~
?-expérience mystique è\ va eherchèr reasenee du beau._ un
~eipe de perfection et d'exeeD.~ dana quelque~ tp
eat indépendant de l'homme, Bllpérieur à l'homme, divin.
,Au dehors, chelles peuples anglo..u:ODS, un courant parallêW
se des&amp;ine. L'action exercée sur eux J)$1' Renaissance. n'apd
,u assez clirecte pour rompre toute attache avec le Moyen Age
et ses habitudes d'~prit scolastiques; la Réforme les a rendus
partiellement étrangers à la discipline catholique. 11s ont assisU, contribué même au développement des sciences poaitives
sans voir dans l'esprit de la physique mathématique les éléments d'une discipline mentale capable de contenir les élans
imaginatifs et d'imposer un ordre raisonné à l'activité humaine.
11s ont assisté à la découverte de l' Antiquité sans comprendre
la leçon d'équilibre qui s'en dégage. Au cours de voyages en

la

Italie, leurs nationaux, incapables de déchiffrer l'énigme de
Florence et de Venise, ne trouveront dans Rome que des ruines
propresàsusciter des méditationssur les Empires, des vocations
d'archéologues, des rêveries sensuelles. Car la reprisentation
du corps humain leur apparalt oomme dépourvue de valeur
intellectuelle et humaine. Elle est un appel animal dont seul
peut nous détourner et nous distraire une interprétation religieuse, morale et métaphysique de la plastique. Et ce sont les
réminiscences platoniciennes et néoplatoniciennes unies au sentiment religieux qui permettent in~tinctement à des Angl!'Ï9
comme Shaftesh'1?Y et Hutcheson. à des Allemands comme
Wmckelroann, Raphaël Mengs et Lessing, de restituer à leur
enthousiasme irraisonné pour l'antique toute sa pureté. Alors.
seulement la beauté ~uprême que nous croyions saisir dans lea
formes particulières et dans les apparences sensibles se revèle
insaisissable, ineffable et divine.
Ce courant pénètreenFrancegrlce àl'échangeactif desidéee,
grlce surtout à Diderdt. Sans d_oute cet esprit Bottant, mobile
et impressionnable fait encore siens certains préceptes de l'art
classique dont la vitalité s'affirmera dans l'œuvre de Gabriel
et jusque sous l'Empire dan&amp; les travaux des Id~logues. Mai&amp;
il est sènsible, il est moral ll s'indigne de voir le peintre La-

~

w&amp;
"8teeet
èllce del' art due àla
~uradanal'expérien
SlïlBible sa~llant ~ 1è •wai. le liienet le bê&amp;
nkl~ • qu ilap~nt d'ôpérer une r'to~•
~.,."J1i.~phJB1qu!, 'J'e un appel àl'icMal. la
· 'P•9ft!t-* 'f Origuae et la Natun da Beaa,,
âe maugurent, un genre de cliuata.ijon littbmép
ont iata!'.,.unf ~rnble de ~ O D S peu cohhen
17-de hètivid
. f) dans ce inouvement de dissoluti
e. 8 é8ociàlisation
rement le l'OmaDliam · , : no111 nommona
L'effetveacence
rcpaa· d'avoir éW
tenu. les événements socia ~ lei tluaux
'JUicherche dansPqfliquitéunm:,~~!&gt;~~ celle 1'
8.a.a1•tionet
tuer l'héroleme• Les a.n,œ
ft ...:ft•tes et amateurs
.
' les médailles, les camées et 1
~ t Jee bas~omment inévérenciEusemen:S ~ t s , que d'~ummutie d'antiquaire d un soue{:! ~~' avec
t tout mouvement imagm· tif ,.,, xactitude qm parairitualiste,
a · ~ est à une méta . ~
. .
à un moralisme simplet qu'il d---f.:.-7-ttion. Dans le retour à l'anti
~ t leur
?ÏJ\Capacilê de lihére la que ~riconisê par VJ.eD ·ae
. et moraux et de r:tro~tion des cnrnmentmea
&amp;tl88in. Impuissant à do .
les pnoccupatiou d'un
ntradictions de
mmer les ~uctuations du goti et les
sa nature, DaVId n'ab&lt;ïrde d ...a_1. __
grecquè, enohêuée dans la ·
u QalUD la

pnüo!,

d.: d1lx

ublicame 1tux blandices pierre que pour allier l'auat6mé
à l'imiiation des f
de Coypel Et l'ut rnn91PS a'eb
aiuance
déjà reepd dt
de la &amp;\atuaire peeqll8 s o i t ~ q,'lirie èYorilpl"éde· la pensée et de l'art pour r e ~ la nature
1
unage ~uvelle du monde antiqÙe
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!l!Emeric-Dmd, qui

-uu °!e

devien:r:: ~==ment oà

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cherchant, !an,6;-Q{: ;~ théoriciens du beau

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�946

L'ESPRIT NOUVEAU

par l' œuvre d'art, en donnant libre cours à la contemplation,
elles se confinent dans un mode d'abstraction sans rapport
avec l'activité artistique ; elles se condamnent à demeurer
sans contact aucun avec l'Humanité.
** *

C'est que, depuis.le xv 0 siècle, la crise trave~ée par la pensée grecque lors de l'apparition de Socrate se renouvelle dans
le monde moderne. Les acquisitons des physiciens et des moralistes, nos sophistes, sont simultanément exa).tées et mises
en question par deux civilisations qui s'affrontent et se disputent la conduite des esprits. Il y a la Renaissance, qui place
dans la fusion des arts, des beaux-arts Et des sciences la plénitude de l'effort humain, dans les disciplines consenties
l'équilibre harmonieux de l'intelligence et de la vie. Il y a la
Réforme qui fait tenir dans l'épanouissement spontané de la
conscience notre sagesse et notre destinée. De là les oscillations de l'Europe occidentale partagée entre l'intelligence et
la sensibilité, les sciences positives et la métaphysique. De là
les intentions qui font ployer un art trop chargé d'idées, de
croyances ou de passions pour rdrouver jamais la sobriété de
la statuaire grecque, la pureté plastique d'un Véronèse, la
sérénité de Sébastien Bach. De là les errements des artistes
chez qui les scrupules de métier, la réflexion et la conscience
s'atténuent au point de permettre l'improvisation ; les errements des philosophes devenus oublieux des limites de l'intelligence et de l'aveuglement des sens au point de devoir à la
cœnesthésie ou à l'imagination kur évasion hors de l'humain.
A trois reprises, vers 1750, vers 1810, vers 1860, la coalition des
puissances de sentiment venues de France, d'Angleterre et
d'Allemagne oppose au Cartésianisme l'esprit du Kantisme,
rejette l'activité artistique en deçà ou au delà de la vie et met
en échec l' Humanisme. A trois reprises l'humanisme reparait.
Dans les derniers temps, l'orientation de l'art cherchant à
pénétrer la vie moderne, son esprit scientifique, ses machines,
ses groupements sociaux toujours instables, les inquiétudes
de Cézanne, de Rodin et de Debussy ont rendu aux artistes
le goût de la méditation. Les combinaisons de lignes, de cou-

DES SYSTÈMES D'ESTHÉTIQUE

947

l~urs ou, de ?ons, l'équilibre _des volumes deviennent l'objet
dune reflexion assez exclusive parfois pour jouer hors des
li;Ytites de l~ représentation_. _Il y a là, _entre les moyens techmques de 1 art et les cond1t1ons humames de la création artistique, une confusion qui rappelle sans doute les pa,rti-pris de
Le Brun et del' Académie, mais qui atteste la volonté de restitue~ à l'a~~ivité artistique ~bâta:die par les esthéticiens sa purete premiere. Cette volante suffit-elle ? Toute rénovation de
la plastique_ne supp~se-t-elle pas ce qui manquait hier, ce qui
manque auJourd'hm: un épanouissement -des milieux humains. assez _intens_e ~our .di~puter l'individu au~ rythmes
orgaruques,_ a la vie !magma1re, au formalisme logique, et
pour nourrir ses passions.
Raymond LENOIR.

LA :E"B:@T@GRAJ.i!lD:ID
AVEO SBNSATIOH »B BELll:lU:"'
A une des ~er~ières sé~nces de l'Académie des Sciences, M. Louis Lumière a fait
une coi:nm~1catio~1 très mtéressante qui a été écoutée avec une vive attention, sur
la mamère d obte1:1r des photographies donnant l'impression du relief.
Les _photogra~bies qu 11 a montrées donnent de la manière la plus saisissante la
sensation du relief et de l'atmosphère.
Ce résultat a été obtenu grâce à un principe entièrement nouveau qui consiste à
-pren&lt;;Ir_e des négatifs d'.une série de plans parallèles d'un objet ou d'un visage, à la
condition que chaque image ne représente que l'intersection de l'objet par le plan
-correspondant.
En s_uperposant les positifs, examinés par transparence, on reconstitue dans l'es.p ace l'image de l'objet.
Il suffit de six épreuves environ pour obtenir Je résultat cherché.

Mo1:9ieur Edmonif P_érier . signa": que le paléontologiste Albert Gaudry a
découveTt en Grèce a Pikermi un gisement considérable d'ossements d'animau.'IJ
ayant vécu à. l'époque préfi,iatorique ; l'étude de ces ossements prouve que les ani'11l&lt;lt.JZ
dont ils con~titu~Î:nt les squelettes étaient analogues à. ceu:1J de r Afrique actuelle ; ce
sel;!ant déduit qu a une_ époque reculée la Grèce devait être rattachée d r Afrique et qu'un
climat anal?gue à ~elui de l'actuelle région tropicale devait y régner; il a isolé des osse•
ments de D~nothérmm, élé'phant à défenses recourbées, vlusieurs espèces de rhirwcéros
et un animiil analogue à rakapi qui existe actuellement dans les forets de l'Est africain.

�LA LUMIÈRE
LA COULEUR.
LA FORME
PAR

CHARLES HENRY

(Suite 3) (1)

J

vous présente (fig. 13) ce cercle chroma~iqu~ (2),_ qui r~présente sur la circonférence, de gauche a dr01te, a partir du
haut, les couleurs dégradées du violet au rouge ~t, sur c~aque rayon, chaque couleur dégradée du blanc au noir, le pomt
situé à la moitié du rayon représentant la couleur avec son
intensité spectrale : il présente en outre une dégrada~ion du
violet au rouge par l'intermédiaire du pourpre, qm ne se
trouve pas dans le spectre. Les 11. extrêmes du champ réellement efficace des couleurs sout sensiblement dans le rapport
1,5, l'intervalle de quinte : à partir du rouge p. = 6~6, raie C
du spectre solaire), chaque point distant de 45° figure, en
conséquence, par rapport au précédent, un rapport de ~réquences = 1,052. Ce cercle est, en somme, ~e dé!orma~10n
circulaire d'un spectre normal : c'est une representation obJective et sont telles, c'est-à-dire concordantes entre elles et proportionnelles à l' excitan~, le~ réactio_ns élémen~air~s d? ~• être
vivant (un muscle peut etre rntercale sur un c1rcmt telephonique). Le rouge est en haut, le jaune à droite, le vert bleu en _bas,
le bleu à gauche. Cette association de la couleur avec la direction peut paraître étrange à qui ignore la liaison profonde de
nos sensations et de nos mouvements et méconnaît la forme
E

(l) Voir les nUJ11éros 6 et 7 de la Revue,
{2) Hors-te:i..-te en tête du pTésent numéro.

LA LUMIÈRE, LA COULEUR, LA FORME

949

circulaire imposée par notre organisation aux mouvements
de nos appendices : elle est établie par un grand nombre de
faits, dont je vous dirai quelques-uns, en particulier par les
illusions d'optique.
Les Grecs et les verriers du moyen âge connaissaient les
apparences rentrantes (directions d'arrière en avant) des rouges
et des verts, saillantes (directions d'arrière en avant) des
bleus et des violets. Je n'ai pas retrouvé mes anciens cartons
monochromatiques : un carré rouge et un carré vert paraissent toujours plus hauts que des carrés bleu et jaune, rigoureusement égaux aux premiers. A travers des verres colorés
aussi purs que possible, par ex., des verres rouges, cherchez
à rerroduire des traits verticaux, vous ferez des eITeurs systématiques en trop, parfaitement appréciables, si vous remplacez le verre rouge par un verrê bleu. A travers un verre bleu,
c'est sur les reproductions des lignes horizontales que porteront
les erreurs systématiques en trop. Il nous est même arrivé de
prévoir, par des expériences de ce genre, la composition de
verres colorés~ que nous indiquait ensuite le spectroscope.
Cette association de la couleur et de la direction est le principe physiologique de la polychromie. Je vous présente une
vieille affiche de Signac, qui a orné longtemps les murs du
laboratoire. Il a inscrit ses lettres dans le cercle chromatique,
en les faisant tourner d'angles variables suivant les lignes de
l'affiche: d'où des changements systématiques de teintes,
intéressants, quoique le lavis ait souffert, en maints endroits,
de l'humidité.
Cette association d'un excitant avec une direction se retrouve dans les sons ; mais il y a un renversement. Les couleurs, quand le soleil est bas, c'est-à-dire quand l'absorption
atmosphérique est la plus forte, ont des énergies qui décroissent régulièrement, quand on va du rouge au violet. Nous
représentons par des directions qui coûtent plus ou moins de
travail à notre appendice droit, si nous sommes droitiers, des
énergies plus ou moins grandes. A égalité des sensations, les
grands À des sons graves ont plus d'énergie que les petits À
des sons aigus et pourtant nous disons des sons aigus qu'ils
sout hauts, des sons graves qu'ils sont bas. Les Grecs faisaient
l'association normale, quand ils considéraient comme hauts,

��B
B

A

tion ., en raison des excitations motrices, produit.es par là
lumière, qui s'ajoutent aux déplacements de l'œil et, qui
agrandissent soit le fond, soit le cmé.
Voici une expérience nouvelle. qui nous a été nspde
par un petit jouet allemand. Mettons l'une au-dessus de l'autre

ces sections identiques de r.ones circulairesA et B(fi_g. i5) :-la
sectionB, qui est enhaut. paraltsensiblement plus petite que.A.
Ceci s'explique. si l'on considère ces zones rooune identüWea
à des 81'CI de oercla concentriques, tracés par un de nos ap,-.
dices autour d'un centre; situé en bas, dans le cas de la figmê.
et doJdi la position eat liée ici à la situation de la concavill
deA;commel'arcde cerclemérieurestleplus graad,lamne~

sitœa SUI' eel 8'0,nOUS parait trop petite~ rapport à ce6 81'0
et
à la limne, nous identifioDS l'arc extériêur awo

com--.

_..,i u, .i .._.,__, .,.,_.-,.
le ceDke des arcs concentriques en haut, œr on a Bargi8èlili,-.11'. -

I, ......

.blement les ~nes ~ allant de haut eu. bas; œœ plaçons ce
eentre au p(&gt;Dlt d'intersection des obliques qui défi»îMellt

�954

L'ESPRIT NOUVEAU

LA LUMIÈRE, LA COULEUR, LA FORME

les zones; c'est toujours la section. de la 'zone la pl~s éloi:
gnée du centre d~s arcs de cercle virtuellement traces, qm
parait la plus petite.
. .
Voici (fig. 17, I) un carré exact et II, un carré Juge tel par
l'œil de Helmholtz : ils paraissent plus hauts que larges;
le parallélogramme incliné vers la gauche me parait plus

955

dépenses dans le ~as de la vision ou avec déplacements del' œil
ou avec mouvements de la tête. On admet que les longueurs
apparentes des droites dans ces différentes directions sont
proportionnelles à ces rapports. Quand il n'y a que des mouvements des yeux, les grandeurs apparentes de la verticale, de
l'oblique inclinée à gauche, de l'oblique inclinée à droite, de
A

Fig. 18. - Parallélogrammes inclinés à droite et à gauche.

grand que le parallélogramme incliné vers la droit; ~fig.18).
De même (fig. 19), le cycle A, dont la tangente superieure est
dirigée vers la gauche, la tangente_ inférieure dirigée vers la.
droite, ce qui définit le sens de rotat10n du cycle,.n:i-e parait plus
grand que le cycle B, dont les tangentes sont_ dmgees en ~ens
inverse. Que A soit décrit par la.gauche, qm est plus fruble,

Fig. ~9. -

!.

Fig. 21, - L'horizontale touchée par des obliques.

par définition, chez un droitier,_ ou par la dr?ite, do~t les.n:i-ouvements sont orientés en sens inverse, la depense energet1que
est plus grande: d'où l'illusion; elle se renverse pour les
gauchers.
.
Le travail dans des plans nous cou~e des depe~ses ene_rgétiques qui décroissent dans l'ordre smvant: v:ert1cal, obli411;e
incliné à gauche, oblique incliné à droite, horizontal. Ces_ depenses sont dans de certains rapports avec la dépense statique
pendant le repos. On peut calculer les rapports moyens de ces
,

l'horizontale sont respectivement: 1,35; 1,27; 1,2; 1,12; d'où
(fig. 20) ce carré théorique apparent, qui me parait plus
.
1,12
large que haut; le rapport théorique 1135 entraine l'erreur,
1
trop forte pour mon œil, de 4, 9 : Wundt admettait, pour le
5

Cycles diTigés à gauche et à droire.

A

C

Fig. 20. - Un carré théoriquement apparent.

sien, l'erreur, légèrement moindre, de

B

A

•

1,35'
J)

•

Ces nombres permettent de calculer les erreurs d' appréciation de rayons quelconques, les angles étant supposés appréciés correctement, des angles, les rayons étant supposés appréciés correctement et de déterminer les corrections nécessaires pour produire l'apparence d'une valeur donnée dans
une droite ou dans. un angle. Le calcul prévoit què l'angle, sous
lequel nous voyons la lune, est d'environ 1/9 plus grandàl'horizon qu'au zénith. Un angle de 45° à partir du zénith est apprécié égal à 67°: le calcul indique 66°,6. Un angle aigu paraît

�•
L'ESPRIT NOUVEAU

956

LA LUMIÈRE, LA COULEUR, LA FORME

plus grand qu'il n'est, l'angle obtus supplémentaire, plus petit.
Ceci explique une illusion importante: la concavité dirigée vers
le haut, de l'horizontale, qui est touchée à partir de son milieu
par des obliques, qui font avec elle des angles successivement
aigus et obtus (fig. 21). Le carré apparent prend la forme
échancrée (fig. 22).
Nous pouvons aborder un sujet qui m'a toujours passionné,
la restitution des illusions d'optique des architectes du Par-

~/

fir---J--'-------l_i___::::::.,~
,,

I

...... _

•

1

1

1

/

l

Fig. 23. -

L es illusions dans la façade d'un teniple.

j

! - - - - - l - - - - - - - - - - 4 --- .:,
;

'

1

t-tJ, _-·-·· - -1.i~ · -- --- ----- --~
i. -. -··-·-··--t..~1- .. . __________ J
Fig. 22. - Les déformations du carré.

thénon, d'après les corrections qu'ils ont fait subir à la verticale, à l'horizontale et aux angles. Ces illusions n'ont pas été
corrigées pendant très longtemps : cependant elles persistent
encore très fort. Placez-vous sur le boulevard Saint-Michel,
en face de la rue Soufflot ; regardez le Panthéon ; les colonnes
paraissent diverger en éventail, l'architrave s'effondrer au
centre. Ces illusions ont paru frappantes à toutes les personnes
auxquelles je les ai signalées; il serait donc intéressant d'en tenir
compte. Elles constituent le contraste dans les formes: d'après la
loi de l'auto-régulation, tout travail dans une direction entraîne
un travail dans une direction contraire, qui tend à annuler le
premier et ramène l'énergie au zéro de la dépense statique :
cette double réaction constitue la dépense de la droite dans

Fig. 24. -

L'entas-is.

957

�A NOS ABONNÉS

·'! ll. les libr?ires ayant adopté l"usage de renouveler leur étala
1

958

L'ESPRIT :NOUVEAU

la direction considérée. Les rapports de grandeur apparente
calculés pour les droites, la représe1itation exacte des angles
étant assurée, valent pour les angles, quand la représentation exacte des droites est acquise ; ils valent donc pour les
couleurs associées, on l'a vu, à des directions ; effectivement,
l'on retrouve, par cette voie, les rapports très différents des À
complér.•.entaires.
'
Dans la figure 23, les angles obtus ex, ~' ~. c paraissent }llus
petits qu'ils ne sont; les yerticales des colonnes s'inclinexont

mois, la parutwn au ~5 est devenue défaçorahle. Nous avons
reporter au 1er du rrwtS la parution de notre revue.

e le

,ter

du

do!c décidé de

.Al~!. NOS ABONNES continueront à être serçi.s "les premiers, une
semame a"ant la mi.se en r,ente.
LA COURBE DE NOS ABONNEJ1ENTS

....

f-+-

ERRATU.U: llors-tcxle DERAIN, page 885, li,1tz 1008 au lieu de 1918.

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Fig. 25. - Façade corrigée d'un ttmplt.

en dehors et les horizontales se creuseront ; les angles aigus y
et 8 paraissant plus grands qu'ils ne sont; les marches et l' architrave se creuseront: c•est l'illusion de la fig. 20. Craignant
que la colonne parût s'évaser par le ha.ut, les architectes du
Parthénon en ont renflé la portion médiane; c'est l'entasis
( fig. 24). Bref, ils ont corrigé dans le sens de la figure 25, qui est,
bien entendu, une exagération. Les motricités, qu'impliquent
ces corrections, sont plus grandes que les nôtres ; elles sont
liées à ces sensibilités également plus grandes qu'impliquent,,
nous l'avons -vu, de moindres persistances d'impressions; d'où
une évolution, qv'il serait possible de préciser, vers des états
plus subjectifs de fatigue.

L'ESPRIT NOUVEAU
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NOM

f ra11C6.

SJ&lt;/NATURE

PROFESSION
.4.DRESSE

(à

suicire.)

CHARLES HENRY
Directeur du Laburatoirt de Physiologie
dt~ Srn,alicms, de la $qrbo11ne.

Repmpµr, détacher, et retourner aux Edition., de ,. L'ESPRIT NOUVEAU ,. .,
,
ans.
.9, rue d Astorg,

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doit Mre maj~ré d'un franc pour frais.
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Afin d'éviter cette ma'oratl
bo
le montant de leur abonnefuent.on, noe a nnés doivent no111 adresser, dès à présent et directement,
1

52

�FAUT-IL BRULER LE LOUVRE

RÉPONSES A NOTRE ENQUÊTE (FIN)

FAUT•IL

BRULER LE LOUVRE?

?

961

Le Louvre e,t dan! toute forme figurée, il t8t dans !ous le$ ye_ux ~ dans quelques cœur s L'otwrier qui devant un 1Jla.tisse, dit • Mon gos!le en ferait autr:mt 11 -porte le Lauvrt:
en lui incon•ment et pe,a-eire satw y avoir jamais été.
Le Louvre nous est intégré.
,
Henri HEIMTCK.
Plus q~ parricide, ce serait sui~de. Y pense-t-on ?

Non, mon Di.et,, non, car ils z1ourrai~ échapper auz f«zltWl.es, les !leissonier de la
collection Cliauchard J
VmcENT Hu.mo:imo •

•••
Oui. 011 doit br,îler le Louvre. ll contient peut-être des chefs-tFœuvre. ll en contient
mbne beaucoup t·rop. Le speetacle que nous proposent Vinci ou Raphaël n'est, il faut
bien le dire, d'a·iwun enseignement aujou:rd'hui &lt;rn chaque pe:intre qui nait se propose de
tout créet et de tout refaire. Que lui fait l'antique vision cfes peintres défunts, cataloguh,
eœ:pertisés ? Il peint avec sa seule chair, avec sa 11eul.e inquiétude, et ne doit pas trouver
chez les Anciens, eœc-use à ses hardiesses que ceure-ci instinctivement ont prévues sans l~s
réaliser. Ces hardie11ses, elles sont, en lui, prêtes à se corrompre ou à se ternir s'il veut
leur (iimner raison en invoquant les Ancien.s. Ce qu'il doit peindre, encore Ulle fois, c'est
Loufa El:r:m.
Oui, il fmit .le briller. La confrontalion des œ:u:1,vres qu'il contient et de celles que no.~
contemporains produisent est toujours préjudiciable à ces dernières, quand elle n'-est pas
mortelle.
Oui, il faut le brûler, dans rintéret m€me de. rart: le nmnbre des sujet.s qu'un cerveau
hum&lt;Lin peut cmuieooi.r est lî:mité; nous sommes .donc con.damnés à 'l'IOus répéJ.er; si nous
conservons soig1leUSerrnmt t(Yl.(.ŒS ca rcliqttes dans des musées, je ne donne plus 100 an,s
avant (_[Ue l'art soit mort de pléthore et tf. ennuyeuae monaUm:ie.
Des chefs-a' (J':W)re di'lparaUront ? Qu.el est le •mal ? Au co:ntrai.re, leur destruction les
parera, dans les sUcles, d'une légende de beauté invérifiable dont eu.1! et leurs auteurs
bénéficieront. Qu'nuc:u.ne œuvre à' Apelle ne nous .ail été comeroée, cela a-t-il nui " la
c'élébrité du peintre grec et conlmrié la contintiitt de l'art pictural ?
Quand nous n'aurons plus de Vin.ci, plus de Raphaéf.; plus de Rubc11.~, plus de
Rembrandt, plus de Watteau, g:uan.d tou8 ces ét.alons ·metirtri.ers n'obsétleront plwJ nos
yeux blasés, Mus aurons alors, auteurs et spectateurs, ceux-là la conviètion joyeu,.je et
stimulante de faire du 1wuvea1i et ceux-ci la fralche et savoureuse impression à' en admirer.
Oui, il faut 1Jrli.ler le Lrncvre; il faut q1M. ce ehœur assouraissant du passé se taise.
Pourtant, si fon t.rou:œ q_UIJ e'e.st aller wi veu fort, ne le .br-alotu pas ; 1na.i-s fair.ons-:/e
disp.arcdtre néanmoins, d'une manière moins brutale. Et, sac1'ifiant à l'utilitarisme q1.1i
e.sl le grand moteur Ile notre époque de reconstrnctwn, vendons ses collectüms, dispersonsles a-uœ enchères. Que toutes ces amures vieilles s'en aill.ent s'e1iterrer dans le mystère
de q,re'lque salon prii;é pett accessible rl'où. leurs voi~ i-solées, ai on les entend encore,
seront trop faibles pou·r distraire et détourner l'attenti.on cle l'atii.~te et&amp;: la critique.
Camille l\lATliY.

• **
C'est i1wtile de le brûler parce que je l'ai dé/à àrûlé en dedans, quand u~ chose est
brûlée en dedans elle est al.lSsi bralée en dehors.
l\1ichele GASCELLA, pittore.

. *.
Celui qui a vomi, sa.it-il où est le défaut. Dans son esto1n,ac ou dans l'aliment ? Coni111.ent pourra-t-on retoitrner à son vomissement, si quelque jour on se sent de ta-ille à r ass-imiler ?
Il .frmt garder le Louwe comme un témoin permanent de notre indignité.
C'est not11e pierre de touche, aul'"ions-nous la ldcheté de l'abolir 'I
Ce serait parricide au sens le plus net. Et combien inutile !

Il faut briller le Louvre, hôfiel où ronfait awre chose que de l'art et entremet autre matière que la beauté.
,.
,., "'"" •
Jl faut. briller Chauchard-Haza.r-Lo1.1;1rre à cause du. nom ([U il a ~TP~- 7o-J=,on
pou.rra dispenser ces dtu.t:PALA..cES du 11ac1Mr s'iïsconsentent àrestüuer l ttiquettequ Us
usurpent, à cause des services -oénusiaques que l'un et rautre pe1.ivent rendre.

René-Louis DoYON.
Ah / certes oui I brûlons le Louvre.
Le Louvre est une tent,ation.
Et c'est un éteignoir.
Jl trompera les cr~ations tie demai·n, comme il @r:ugle - ou dh»urage - les créateurs
âaujourd'hui.
Qitandil les inspire, c'est pire.
A quoi sert-il - ou à qui ?
•
Rien n'est ooin, pour un art-iste, comme de chercher sa personnali~ datl,8 la personrtaiité d"es autres - eussent-ils du génie.
•
Le génie - et le talent, même - n'admet poi1it à'&amp;ole, ni de 1l"IO&amp;le, ne ~~nait q"! ~
1,ropre règle, qui est de n'en p(l8 aooir, et n'obéit, souvent obs&lt;:urtmenl, qua une discipline, au vrai, sévère : la sienne.
La dépcndanœ est e/llclue de roriginalifé.
.
Notre tpoque, parce qu'elle végète dans rcmibre maléfique d~ Passé, est une ép_oqtte
liâtm-de. Le Passé y pèse sur tout, y corrompt tout, y ~touffe tout.eJ~sse, toute hardiesse,
toute énergie.
,
,
•
. Brisons l'esclavage du Passé. Evitons_ do~~ la c?n(enip[.(i~ion du Passé, car c est vivre
daii.s le Pa.ssé- alors q~, seul, un avenir mril doit émouvair nos penstes.
Cessons de vivre dans les cimdières du Pagsé, &lt;mt!C les morts.
Notre vérité n'est pas d'hier 1 elle.est d'aujou:rd'hui.
On ne mt qu'avec l.a vie. On ne crée qu'en elle. L'arl doit itre viva,if. Un art qui se
sot1vient du Pasllé n'est pas vivant.
.
.
,
La 'IJie point m hante les sépulcres -_ni la vérité ~ctuelle ~ la vie. Car rien n est
vrai que pendant son cycle vivant. La vérité, une et universelle n est pas.
.
Il y a votre vérité, d vivants, comme il y a votre b;auté. Elle_s sont en oous, qui et.es la
vie. Elles ne sont qu'en vous. Votre vérité n'est pcnnt la vérité des temps précédents.
r otre beauté ne ressemble à aucune autre beaut.t.
.
Etes-vous fous, pour demander à la pattSsièTe des temps anciens, la vérité de votre
temps ?
Qu'allez-vous faire au Lou'Dre ?
•.• y poursuivre, ailleurs q,.fen vous, le r2~ humilié àe la beauté future ?••• Offrez
des chourA} en p&amp;ure à la vie, alors .•. et ne disputons pl:u.s rr AJ·t I
Georges d' Aoo•

Au cours d'une visite que je fis au Louvre, il y (l quelques sem~ines, j'avou._2, à ma
honte, avoir éprouvé une vive sensation d: ~rt et une profonde émotwn. Il est évident que
je suis intoxiqué par les f&lt;&gt;rmules convtntianrielles.

�962

L'ESPRIT NOUVEAU

RÉCLAMEZ

Par contre, reœamen des œuvres de Braque, que l'Esprit Nouveau vient de reproduire dans son dernier numéro, m'a plongé dans le plus profond ahurissement - il est
certain que mon intelligence est trop étrr,ite pour en saisir la beauté, voire même pour en
cmnprendre le sens.
Si je voulais résister à la noble pensée des destructeurs du Louvre, je ne pourrais me
pr~aloir ni de mon infériorité intellectuelle, ni de fintorication chronique de mes centres nerveuœ.
Bnllez donc le Louvre, Messieurs les Incendiaires; mais comme vous m'aurez
gratuitemtmt privé d'une grande source de jouissance, vous ne trouveTe::; pas e;i:cessif que
je vous inflige la peine du talion.
Je m'adresst:rai, pour cela, non à vos impressions visuelles, mais à vos sensations gusttnives et transporterai simplem~nt vos méthodes dans r a:rt culinaire.
Depuis des siècles, vow, subissez le joug d'un odieu:JJ traditionalisme : L'infâme
Brillat-Savarin et ses émules ont déformé votre jugement en le subordonnant à des routines dont il est grand temps de sortir.
Vous n'aurez d011C point à vous plaindre si j 'applique d'autre part le système de Braque qui uous est cher.
Or, quel est ce système : point de Tègles, point de lois, point de connaissances préalables, libre manifestation du génie inné, en empruntant aussi pett que possible les arrangements que la nature fait tomber sous nOs sens.
Exemple: L'œuvre reproduite sous le titre plein de finesse et de poésie - Buute-i.lle
de Rhum et Mandoline, darut laquelle nous crowms trouver un fragment d'étiquett.e portant le mot Rhum égaré au milieu d'objets informes dont quelques-uns rappellent vaguement des débris d'instruments de musique.
A r e:umple du nooateur, nous allons confectionner, à votre intention, un mets digne
de récole cul&gt;iste, mets que nous désignerons sous le nom de " Sole et Artichaut ».
Sa sublime composition consistera à mélanger en proportions convenables quelques
arêtes de sole, de la graine de lin pilée et des cafards 1:rroyés auxquels nous aurons ajouté
de la mélasse, un peu de moutarde el une petite quantité de foin d'artichaut. Une sauce
au safran, quassia amara, angélique, tabac à cJtiquer et coquilles à' œuf finement pulvérisées complélera cet liarmonieu:JJ mélange.
Ce sont de tels aliments que vous devrez manger, Messieurs les démolisseurs, si vous
détruisez notre Louvre et c'est alors, et seulement alors, que vous deviendrez logiques avec
vous-mêmes.
Auguste LUMIÈRE •

LE VÉRITABLE
L' AUTHENTIOUE

NANT'ERRE

•••
Lorsque des athées ont protesté du bombai'dement. des cathédrales, il ne faut pas s'ét.onner si des iconoclastes de l'art s' écrient à leur tour: Gare I Ne tuucltez pas à cela.
Laissez le Louvre tranquille : - Donc, je réponds carrément non. CeuilJ qui posent la
questi&lt;m seraient les premiers à regretter la catastrophe. Et encore : pensez-vous !lU'un
autodafé semblable conduirait à quelque chose ? Le tableau le plus inoffensif aujourd'hui,
serait présenté, demain, comme un martyre. Et ce martyrologe ferait naître un prosélytisme des plus effrénés.
AJfons ~1ASERAS.

I

A LA MARQUE DU POMPIER

Essayez toujours, vous verrez bien si les • Pompiers • d'en face arrivent à temp11 I
ANnRY•FARCY.

Conservateur du Musée de Grenoble.
" L'ESPRIT NOUVEAU " ne réclame pas la destruction des quelque cent
chefs-d'œuvre qui se trouvent au Louvre.
L'enquête ci-dessus n'était pas si futile que îa.

N.D.L.R.
FOURNISSEUR DES GRANDS MAGASINS DU LOUVRE, DU LUXEMBOURG DE L'ÉCOLE DES BEAUX-ARTS ET AUTRES MONUMENTS

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BIBUOflllAPHIE

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nations s'attrontent, se défient, se dupent, se vengent, luttent pour la richesse, pour la
puissance, pour la vie elle-mème. Dans une époque comme la nùt re un homme tel que
Delaisi a vraimeni une fonction de salut social.
STÉPRE!'i V ALOT (Pro:~s -cic,:que .)
L'étude est vraiment très Dien faite, p!eino d'informations précises, de documents,
de chiffres. C'est 1e meilleur des canevas (encore 1) pour les articles qui seront faits quelques semaines-plus tard, au moment où la campagne commencera.
Goac&amp;s VALOIS (Action Fru.nç:ûM.)
Le volume est précêdè d'un " a.ant•propos " qui sert de préface à cette sorte
"d'Encyclopédie " économique. Elle nous tait songer à l'autre, à celle qui constitua
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Cll4Qft'11018 aoua LA l'OU&amp; rrtOGaàl'IIIQU&amp; LA. PLUi Lt1JCU&amp;Ui&amp;:
L-

La

a.... d'art œaeien el ,,.,dm•~ la pl10 co•pUle el lrJ pl"' t..rueue, la plu illllllrle.

n.
- La B,w, de lillbtlÂlfe lo plu avmu el la plùa com=(lilttrature,
f'Ollltm, ~ ) .
m.-La._4'~,f'M"Ureet.et,ierevued'
· pandMmlmFrtin«.

IV. -La Rèvw ~ vrcnment "80fkrne, aliondamment 1otrk d'e:umples.
V. - La B,uw ICimtifif'M (xiefttu pures d ap~), la leUk qui tlldle d la (!O'I« de ,_.
,_ MtsOerflrsk. a conduiona de raawili ~ l f u e et il'lduirialle a w, .,., w ·

J,,,_ .,_ d acœaible.
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VI. - La aitlllc de ,ociololif,u d lléconolfllque-Zibre de toul parti.
VIL - r.,, a.. da tllOllfJelll/Jnl pldli&gt;,ophiq,u 4" monde enlier.
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                    <text>��I·

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Reprodud_ion_ et tradu•~tion d•.)S ceuvres et illu~trali_ons pu_bliées p;u • l'Esprit Xouveau, in terdites pour
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E'n rours de ¡,uUiratic,n. 1nua oara.nt~Mna d'appúrllr&amp; cetttédilion tou.senrichisaem1mts et parf~tionnvnerua dési •
rabies, tenant a t,onnrnrd'en.fa1ret.1ne magnifí1juecon6"tion:•une naleur bibliophiliqu.e l~s importante, unobjel uni,¡ue.

1N.-ment
B. - Cette l;di!ion n ·t•st p;t. mise dan!ó; Je commerce, MM. les bibliophiles son t priés d'adresser directe•
Jp 1nont:.nt de Ieur ~l•Uscriplion. !&gt;Oit 200 francs paran.ala Société des Éditions de !'Esprit Xou
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,·eau, :.!9, R1.e d'hti rg, a l'a!'is, ¡,ourlt&gt;s num-=ros de séríe de 3

•

•

a 100.

Par exception, en raison de leur particuliére ,;aleur hibliopbilique, la souscription aux numéros de rérfe 1 et 2, tirés sur iJeur de fotme, est de 1.000 francs pour l'année.

de curiosité gé_nérale, exploi~ées pa'. l_es spéciahstes et les vulgar1sateurs, les theories d Emstem entrainent une conception générale du monde. S'il appartient au savant de développer les équations mathématiques
qui en offrent un symboleclair pour laminorité des esprits.ilapparticnt a la critique de discerner l'attitude mentale alaquelle
ell e c·orrespond, le processus psycholcgique qu'elle suppose.
Deuxsystémes dumondeprécedentcelui d'Einstein: le systéme de ropernic, fondé sur un ensemble de calculs a partir de
données astronomiques, et qui oppose d'une maniere définitive
l'ordre d'un univers au macrocosme du Moyen Age chrétien.
Le systéme de i\'ewton, fondé sur la découverte d'une loi
purem;nt physique, la loi de gravitation universelle. Ce sys-

O

BJET

'º

�720

L'ESPRIT NOUVEAU

teme porte les esprits a donner une va]eur moindre aux observations astronomiques et a l'établissement de lois mathématiques des mouvements célestes, qu'a la recherche de lois
physiques a partir d'observations et d'expériences faites,
depuis Galilée, a la surface de la terre.
Or, a nouveau, délaissant les concepts concrets du physicien.
le systeme d'Einstein tend a faire de la pensée mathématique
le pivot de la science_ En cela, il suppose une attitude intellectuelle assez proche de celle de Copernic. Mais en meme temps,
l'état actuel des sciences oblige Einstein a prendre la physique
newtonienne pour terme de comparaison. Tant il est vrai que
l' activité scientifique est trop complexe pour permettre d' établir des liaisons simples ou des filiations, ou meme une filiation
entre les systemes du monde. Cette implication des sciences fait
d' ailleurs l' originalité des propositions fondées sur le j eu réci pro.
que de données mathématiques et de données expérimentales

En effet, le systeme d'Einstein suppose la convergence et
comme la concentration en un cerveau mathématique, des différentes discipl"nes scientifiques au cours du x1x0 siecle. 11
serait sans doute difficile d'en suivre et d'en décrire les phases,
les détours, car, aux yeux du savant, la science n'offre guere
d'aspects primordiaux imposant une direction aux recherches,
et, d' autre part, les aspects épisodiques qui échappent au
critique ont parfois une puissance de suggestion qui les rend
essentiels.
Mais on peut du moins insister sur ce fait que les démarches
mises exclusivement en lumiere dans les expositions d'Einstein (1), ont été fécondées par l'électromagnétisme et la physique moléculaire.
(1) « Ubcr die spcziclle und die allgemeinc relativitats theoric •· Gcrncinvcrstanclig
von A. Einstein. (Fried. Vierveg et Sobn, Braunschweig, 1920.)

A PROPOS DES THÉORIES D'EU.STEIN

72.l

La physique prend, au :xrxe siécle, en f aisant, a l'exemple
de la chimie et de la biologie, un usage a peu pres exclusif des
laboratoires, un caractere expérimental qui permet, au moment de la découYerte de l'électrornagnétisme, de faire entrer
le probléme d~ la lumiere dans une'phase nouvelle. Aux hypotheses de DESCARTES, HuYGHE~s, XEwToN et EuLER (1),
sur les conditions du mouYement de la lumiere, aux observations de RoE~IER et de F1zEAU sur les vitesses de la lumier&lt;',
s'adjoignent les éclaircissements apportés par la découverte de
1L.\XWELL qui permettait d'identifier la nature de la lumiere,
et celle eles phénoménes électro-magnétiques. Ils demeuraient
insuffisants toutefois a rendre compte de la valeur de l'hypotbése physique d'un éther qui restait nécessairement associée a la solution du probleme de la lumiére.
II fallut l'hypothése de LORENTZ, sur l'existence d'un temps
local (2), qui donnait une interprétation des résultats contradictoires obtenus par l'observation expérimentale des vitesses
de la Iumiére, pour permettre a Einstein de développer un
ensemble d'intuitions mathématiques qui devaient etre le
point de départ de sa nouvelle conception du mouvement universel. D'ailleurs, l'hypothése de LoRENTZ, replacée dans
l'orientation conceptuelle de l'époque, équivalait a une application particuliere de la notion d'un temps scientifique que les
géométries a quatre dimensions avaient introduite. Elle restait
le témoignage d'une grande tradition physico-mathématique
qui ne provoque pas les expériences, mais se confíe en toute
sécurité aux rlémarches mathématiques et demande aux seules
observations astronomiques une vérification.
D'autre part, il importe de retenir qu'Einstein fut, pendant
un temps, préoccupé de rendre compte, au moyen de vues
théoriques, des mouvements bro·wniens (3), et qu'ainsi la
(1) C'f. E1,1.En: Lettres el une pri11cesse cl'Allemagne (1760). 1-64, etc.
(2) Cf. L. FAam; : Les Théories d'Einstein (Payot).
(:3) Cj. J. P1mR1:s; : Les .1tomes, p. J;;&lt;;.

�722

L'ESPRIT lliOl. VEAC

notion de macrocosme inséparable encore chez Copernic des
préoccupations astronomiques fait place, dans l'explication
d u mouvement universel, a des préoccupations expérimentalEs,
inséparables de la notion récente de microcosme.
** *

L'élaboration d'éléments apportés par des courants se
dépla&lt;;ant simultanément dans des directions différentes, mais
retenus et fixés par le symbolisme mathématique, aboutit chez
Einstein a la constitution d'une nouYelle physique du mouvement universel. Cette physique du mouYement demeure encare
organisée autour de la notton fondamentale de gravitation,
qui devient pourtant plus complcxe et, disent les einsteiniens,
plus complete.
Mais dire qu'une nouvelle physique du rnouYement est
constituée, reYient a dire d'une maniere beaucoup plus précise qu'une nouvelle mécanique uniYerselle est constituée.
:i\'.os habitudes de pensée nous portent a remarquer en premier lieu que to~t probleme du mouYGment peut se ramener
a la considération de deux termes fondamentaux: l'Espace et
le Temps.
C' est une conception logique, qui s' aecorde tres bien avec le
point de vue de la mécanique classique, mais qui est impropre
rendre compte de la mécanique einsteinienne.
En effet, dans la mécanique classique, toute l' attention est
portée sur le terme espace. On prend successivement des portions d' espace. et le facteur temps intervient pour exprimer
les déplacements de mobiles, observés dans chacune de ces
portions. Le tem'ps est mesuré en fonction del' espace parcouru.
Les rapports de temps et d' espace sont exprimés par les vitesses. On peut observer toutes les yariations possibles d'un
rapport espace-temps, a partir d'un mobile doué successivement de vitesses différentes ; on peut ensuite, au lieu de

a

A PROPOS DES THÉORIES D.EllliSTEIN

723

considérer un seul rapport espace-temps, considérer plusieurs
rapports espace-temps, variant simultanément ou indépendamment les uns des autres, et, dans tous les cas, établir un
certain nombre de comparaisons entre les états de ces divers
rapports espace-temps, a divers moments. Pour prendre un
exemple concret, nous supposerons avoir trois montres a considérer, une premiére que nous dirons convenablement réglée,
une deuxiéme qui devra promptement marquer un retard, et
une troisiéme qui prendra sur la premiére une avance considérable. Si nous suivons la marche de ces montres, qui ne sont
chacune autre ehose que l' expression d'unrapport espac e-tcm ps,
nous établissons une série de termes de comparaison entre les
rapports successifs espace-temps des trois montres. De l'établissement de ces termes de comparaison, nous ne pouvons rien
conclure d'autre que la possibilité de les établir; de comparer-,
autrement dit, avec la précision que permettent les mesures
physiques, la marche de trois montres différemment réglées.
Nous avons supposé que l'une des montres était convenablement réglée, c'est-a-dire mesurait avec une régularité suffisante
notre tem ps social. Supposons un instant que cette montre soit
aussi mal réglée que les autres : nous serons amenés, pour
avoir une mesure approximative du temps social, a établir une
moyenne des données des rapports espace-temps pour les trois
montres, ce qui revienta établir un seul rapport espace-tem ps.
Le point de vue d' Einstein met en lumiére que l' attitude du
physicien classique se raméne a ceci : lorsqu'il expérimente,
d'une partil est préoccupé de l'espace sans tenircompte de son
propre mouvement, et il en résulte que la notion commune de
l'espace est dominante pour lui; d'autre part, il emploie pour
temps un temps social, qui lui parait étre un facteur accessoire
en quelque sorte, destiné seulement a.lui permettre des mesures.
Nous avons vu comment les rapports espace-temps, établis
dans ces conditions, équivalent a autant de petits systémEs
clos, dont les termes sont seulement comparables les uns aux

�724

L'ESPRIT ::.-ot· YEA.l:

A PROPOS DES THÉORIES D'EINSTEH\

autres. De semhlahles constatations ne pouvaient done permettre de pousser assez avant l'interprétation des phénomenes. Le systeme newtonien du monde, qui n'était qu'une
image agrandie de cette mécanique terrestre, ne rendait pas
suffisamment compte des prohlemes du mouvement universel,
dans la mesure meme ou la mécanique classique ne rendait
compte du mouvement de la lumiere qu'avec le secours d'hypotheses. Et, malgré ces hypotheses qui pouvaient apporter
en apparence une solution au prohleme delalumiere, la notion
ele vitesses, telle que pouvaient la donner les rapports simples
espace-temps, demeurait impuissante a éclairer les expériences
contradictoires sur les vitesses de la lumiere.
Le développement de la spéculation mathématique avait
déj a permis aux physiciens, dans le cours du x1x0 siecle, de
renoncer a admettre une trop grande rigueur des propositions
newtoniennes et les avait incités a porter leur attention, en premier lieu, sur la vitesse de la lumiere, facteur du mouvement
universel.
Les réflexions d'Einstein ont confirmé cette tendanee, et
obligent d' admettre d'une maniere définitiYe que ce sont les
expériences rnr la vitesse de la lumiere elles-memes, qui doivent
nous renseigner sur la valeur des notions anciennes d'espace et
de temps jusqu'alors a !'origine des considérations sur les
vitesses.

matiques d'Einstein, maintenant vérifiées, permettent de
dégager cette conclusion : La lumiere a une masse. Elle obéit
clone a la loi universelle de gravitation.
Mais si Einstein a ainsi trouvé le moyen d'intégrer les phénomenes lumineux dans la physique newtonienne du monde,
sans qu'il soit hesoin• d'hypothese, il importe de comprendre
que la loi fondamentale de 1'EWTON sur l'état de gravitation
universelle a perdu de ce fait sa rigueur apparente. Un déplacement du systeme s'est opéré.
En second lieu, un renouvellement s'effectue dans les
príncipes directeurs de la pensée physico-mathématique. Nous
pouvons dire, des que nous prenons un moment du mouvement
universel pour donnée primordiale, sans préjuger de notre
situation dans l'univers a ce moment, au li€U de poser a partir
des deux termes fondamentaux espace et temps avec la valeur
que leur donne le sens commun, un probleme de mouvement,
que nous sommes en train de passer des conceptions de la
mécanique classique a la mécanique einsteinienne. Nous renongons aux concepts sociaux de temps et d'espace dont s'était
accommodée la mécanique classique : la spéculation mathématique nouvelle appuyée sur les observations expérimentales,
est orientée de telle sorte que la distinction d'un concept
d'espace et d'un concept de temps a en réalité disparu : c'est
ce que l'on paut exprimer, d'une maniere nécessairement imparfaite puisqu'elle reste en dehors du symbolisme mathématique, en disant que le temps a la valeur d'une dimension.
C'est ce qu'indique encore, dans l'exposé d'Einstein, la suhstitution de systemes chrono-spatiaux aux rapports simples
espace-temps de la mécanique classique. Au lieu du temps
social, considéré jusqu'alors comme temps universel, nous
sommes amenés a reconnaitre l'existence de temps innombrables, fonctions des mouvements eux-memes innombrables
d'un univers que les lois trop simples de la physique newtonienne permettaient de calculer seulement avec une approxi-

*
*.*

Ce bouleversement réalisé par Einstein dans les données
d' une mécanique universelle ne peut manquer d'avoir des
répercussions considérables dans la science, et dans la réflexion
philosophique.
En premier lieu, le probleme de la lumiere se trouve résolu
en meme temps que disparaissent les discussions sur l'exis:tence ou la non-existence d'un éther. Les inductions mathé-

725

�72G

L'ESPRIT NOUVEA.U

A PROPOS DES THÉORiES D' El).STEI:X

mation insuffisante, et, pour ainsi dire, dans la limite des
besoins de l'humanité. La synthese conceptuelle qu'Einstein a
tentée, met en valeur I'insuffisance de notre notion et de notre
mesure sociale du temps pour développer une conception
physique du monde qui soit conforme a de nouvelles données
expérimentales de Ja science. 11 fallait atteindre a une notion
nouvelle du temps qui devait bouJeverser un ordre de concepts
plus anciens.
Il y avait la une nécessité, pressentie longtemps avant
Einstein, explicable par l'état général des sciences del'époque,
nécessité dont témoignent les tentatives de géométries a
quatre dimensions, l'inquiétude des physiciens qui cherchaient a ramener les forces révéJées par l'éJectro-magnétisme
au principe d' action et de réaction, les intuitions de Lorentz.
la possibilité que pouvaient pressentir les physico-chimistes
et les biologistes dans leurs laboratoires, d'un entier renouvellement conceptuel de la science en dehors de l'influence des
concepts quotidiens de la vie sociale, les réflexions critiques
d'HENRI PorncARÉ, qui posaient un probleme de la re1ativité
générale de notre monde physique, et qui sont d' autant plus
curieuses qu'elles nous montrent comment, avant les audaces
mathématiques d'Einstein, la clairvoyance ne pouvait etre
complete par la seule raison qu'une compréhension nouvelle
du temps ne parvenait pas a se fonder (1).

dantes de l'homme, possédant un caractere d'absolu (1). Elle:entrainent peut-etre alors la dissociation croissante de l'activité scientifique et de !'ensemble d~s autres modes de l'activité humaine, y compris la spéculation métaphysique contemporaine. Car, si la critique interne de la science effectuée par
H. PoINCARÉ rendait hésitant sur la valeur qu'un savant doit
attribuer a la découverte du temps psychologique par BERGsol\', il semble que l'admission du temps comme dimension
de l'espace, mette fin a ces hésitations et interdise tout rapprochement conceptuel - qui ne serait pas simplement verbal
et dia1ectique - entre l'reuvre de BERGSON et la physique
contem poraine.
En présence d'une révélation conceptuelle aussi considérable que celle d'Einstein - encare qu'Einstein nous mette
en garde contre une extension systématique de ses idées - il
est humain d'incliner a juger moins de la valeur des idées
que de leur opportunité.
Nous ne devrons pas oublier toutefois, quelles que soient les
répercussions immédiates des nouvelles théories, que ce sont
les observations positives de MAXWELL, une hypothese particuliere faite par LoRENTZ, la découverte des électrons qui
servirent de fondement, dans l'histoire de la science moderne,
a l'élaboration de nouveaux symboles mathématiques. Nous
ne devrons pas oublier que les raisonnements mathématiques,
sans correspondre exactement a l'élaboration discontinue des
connaissances expérimentales, les rejoignent sans cesse, composent avec elles et combinent leurs méthodes avec les méthodes instrumentales.
L' reuvre d'Einstein en effet rappelle que seul l'équilib1 e
entre les méthodes mathématiques et les m~thodes instrumentales est la garantie de la science.
PAUL LE BECQ.

*

* *
Si la science, avec Einstein, se constitue bien autour d'um
notion nouvelle du ~emps, en dehors des notions communes
créées par les milieux humains pour satisfaire a des exigences
sociales, elle cesse d' etre relative. Les notions qu' elle met
en reuvre demeurent autant de notions physiques, indépen(I)

Cf. H. Po1~CARÉ: in

Valeur de la Science, la mesure du temps.

r

(1) Cf. ~lIND, vol. XXIX, u 0 llO: Co111111tmicationau111eeti11gáOaford, 5sepl. l!ll 9,
du professeur Eddington.

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LA LlJMIERE
LACOULEUR

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(Suite) (1)

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vous présente une des courbes les plus intéressantes de la
physiologie des sensations (fig.10, n° 2); c'estlacourbe,
f
d' Uhthoff, de la sensibilité aux changements de teinte ou
auxchangements de dur¿e de vibration, sensibilité mesurée par

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les rapports ~ \ !::i). représentant la plus petite différence per-

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ceptible de teintes pour les A marqués sur l'horizontale. Vous
voyez que cette sensibilité a des durées instantanées est
minima aux confins du vert et du jaune, maxima aux confins
du bleu et du vert, maxima encore, mais moindre que lors du
premier maximum, aux confins du jaune et de l'orangé.
Cette sensibilité aux durées instantanées doit etre distinguée
de la sensibilité aux temps notables dont je vous ai entretenus
jusqu'ici ; elle nous explique la petitesse singuliere de la puissance mécanique qui déclenche le mínimum perceptible du
vert. Vous voyez que les valeurs de la sensibilité ..!:._ sont
/:1).

'

1

beaucoup plus petites pour le violet (A= O, 4) et le rouge (A= O, 65)
que pour le vert 0,55; la durée de déclenchement du vert doit
..!.!!:!..._ , dont le numéradone etre plus grande; la puissance seconde
teur est plus petit pour le vert en raison de sa plus grande sensi(1) Voir le précédeot numéro de la Revue.

Fig. JO. -

I. Caurbe de la sensntion au changwient de teinte. 11, 111, IV. Sensibilités
Jr•, 2•, 3• au changement de teinte.

�730

L'ESPRIT NOUVEAU
LA LUMIERE, LA COULEUR ET LA FORME

bilité a l'énergie, doit done diminuersensiblement, puisque le
dénominateur qui marque la durée augmente beaucoup.
De cette courbe de sensibilité on peut déduire lacourbe des
sensations en fonction des durées instanstanées: c'est le n° I de
la fig. 10 et les courbes des sensibilités seconde et troisieme; re
sont les courbes III et IV.
La sensation un peu intense de toute couleur, sauf le vert,
est suivie de la sensation subjective d'une couleur, &lt;lite complémentaire, car la somme_ de ces deu.'C sensation~ équiva~t a
une sensation de blanc. Si deux couleurs sont JUxtaposees,
chacune se teint apparemment de la complémentaire de
l'autre. Ce contraste des couleurs a été illustré brillamment
par les maitres impressionnistes: c'est le phéno~ene dont
vous avez a tenir compte le plus souvent dans la pemture.
Voici, enµ, les 11. des couleurs complémentaires:
Rouge ...... 0,6562
Orangé rouge 0,626
Orangé ..... 0,6823
Orangé ..... 0,5995
Orangé j aune 0,5876
Jaune ...... 0,5777
Jaune .. . ... 0,5728
Jaune ...... 0,5707
Jaune ...... 0,569
Jaune ...... 0,5681
Jaune ... . .. 0,5663

Bleu vert .....
Bleu vert .....
Bleu vert .....
Bleu vert .....
Bleuvert .....
Bleu .........
Bleu .........
Bieu .........
Bleu violatre ..
Bleu violatre..
Bleu violatre ..

0,4852
0,4846
0,4836
0,4818
0,4789
0,4739
0,4693
0,4648
0,4604
0,4521
0,4404

La courbe nº IV nous apprend ce que sont les complémentaires · en recherchant ces 11. sur la figure, vous constatez que
ce sont des sensations de fréquences, dont les sensibilités troisiemes sont designecontraire; par exemple, les or~ngés-jaunes
ont des sensibilités négatives, au-dessous del'hor1_z~1:t~le, tai:dis que les bleus verts e~ les bleus ont des s?ns1b~1tes pos1tives, au dessus de l'hor1zontale ; ces sensat10ns s annulent,
parce que proporti_oi:melles a des s~nsibil~tés inv:erses..
Vous retrouvez ic1 la grande 101 de 1 auto~regulat10n.. La
sensation de blanc est, dans cecas, une sensat1on proport10nnelle a deux sensibilités inv:erses ; et telle est sans doute la

7:11

définition générale du blanc, qui nous faisait défaut. Comme
vous le voyez, le vert jaune n'a pas de complémentaire. Sa
sensibilité seconde (courbe n° III) est successivement négative
et positive ; sa sensation doit done avoir les memes propriétés
que le sensation de blanc ; e' est bien ce que nous savons ; elle
se complémente elle-meme; c'est pourquoi elle n'a pas de
complémentaire.
Les sensibilités

A11.

U/,

sont = 681, pour 11. = 490 µµ, et = 659

pour 11. = 580 µµ: ce sont les maxima; e~les sont tres i~férieures
a celles des réseaux et des prismes, qm peuvent at\emdre respectivement 1 million et 100.000.
, . ,
... ,
Chacune des six couleurs est caracter1see par sa sens1b1hte
troisieme; le rapport 1,085 de leurs "A extremes représente
une période analogue a }'octave de la musique. La théorie physiologique des couleur.3 n'est qu'un chapitle d'une théorie
aénérale des vibrations, dont font partie les odeurs et les
saveurs ; il est possible de calculer ces sensat10ns en partant
des "A infra-rouges, émis par nos récepteurs et absorbés par les
corps sapides et odorants. Les champs olfactif et sapide commencent au "- = 687, précisément ou finit le champ coloré
efficace.
!")

•

***
Je ne vous ai parlé jusqu'ici que de lumieres colorées. Voici
des papiers irisés qui les produisent par interférence, grace a
des lames extremement minces, déposées a leur surface : ces
épaisseurs provoquent, entre le rayon réfléchi a la surface de
la lame et le rayon qui en émerge, des différences de marche
del' ordre de grandeur des "-: d' ou des couleurs.
.
II y a trois autres especes de couleur.s : 1° des couleurs p1gmentaires; 2° des couleurs pigmentaires, cornpliquées d'interférences et de diffraction ; 3° des couleurs purement physio.
, . ,
,
.
logiques.
Les couleurs pigmenta1res sont caracterisees par la ~eflex10n
ou la transmission de lumieres colorées, apres absorption de la
portion complémentaire de la lumiere blanche incidente. _Un
corps est jaune, parre qu'il absorbe toutes les complémenta1res

�732

L'ESPRIT NOUVEAU

LA LU)lIERE, LA COULEl:R ET LA FOR:llE

des jaunes, c'est-a-dire les bleus et qu'il ne laisse passer et ne
réfléchit principalement que du j aune. Pour caractériser un piO'ment, il faut mesurer les intensités i des " qu'il transmet ~t
on rapporte ces intensités a celles I, que ces " ont dans la
lumiere blanche. Une courbe, comme le n° 1 de la fig. 11, représente un pigment pur, caractérisé par un maximum, tres
précis pour un seul ": les courbes 2 et 3, avec plusieurs rnaxima
ou un rnaximum tres flou, représentent des pigments impur3,
c' est-a-dire les pigments usuels. On figure d' ordinaire les
bandes d'absorption; ces spectres dépendent de la température, de la concentration, de la composition chimique : c'est
tout un monde.

rée : autrement dit, une meme apparence colorée résulte de
deux ~pparences coloré~~' identiques avec elles-memes, quelles
que s01ent leurs compos1t10ns. Maxwell admet qu'il y a trois sensations élémentaires correspondant aux
O¡.,.630; Oµ. 528,
O¡.,. 467 qui, mélangées dans des proportions convenables, donnent du blanc. Ces,. se confondent sensiblement avec ceux que
nous avo ns été conduits a considérer comme les" frontieres communes ~º de l'orangé et du rouge; 2° du vert et du jaune;
3° du v10let et du bleu, cl'apres les courbes de sensibilités aux
durées instantanées ,ibratoires. Maxwell aclmettait encare
que toute radiation simple produit simultanément les 3 sensations en proportions différentes : ce qui est certain, si l'on
observe que ces sensations sont des sensations frontieres et si
l'on in_troduit les complémentaires. Ceci posé, on assimile les
sensat10ns fondamentales, avec des coefficients cl'intensités,
a des masses placées aux sommets d'un triangle équilatéral
et l'on place les couleurs résultantes aux centres de gravité
des masses considérées. L'expérience confirme ces calculs tres
complexes.
. On n'obtient pas naturellement la meme approximat10n pour les ªJ?~arences colorées d'un pigment quelconque
par la superpos1t10n sur la rétine des couleurs de trois pigments : rouge-orangé, vert, violet. Ce défaut est sensible encare
da_ns les d~rni_ers essais de photographie pigmentaire. II y a des
ra1sons theoriques de penser que la solution de ces difficultés
serait dans l'addition d'un 4° pigment élémentaire convenable.
Il viei:t d'ailleurs se greffer des complications d'ordre photo~rapluque. La photographie ne peut etre une reproduction
r1goureu~e des mtensités lumineuses incidentes: en principe,
la quan~1té d' argent réduit par centimetre carré de plaque est
proport10nnelle a l'absorption du gélatino-bromure; celle-ci
est pr_oporti?1;nelle, non a. l'intensité, mais au logarithme de
cette mten~1~e, ce défau~ pouvant d'ailleurs etre atténué par
tous les art1fices de la cmsine photographique.
Le~ couleurs de la vie sont, en général, compliquées de diffract10n, dues a des milieux troubles: la coloration bleue de
l'iris est due aux impuretés de l'humeur aqueuse qui le baigne
dans _la chambre anté~ieure de l'ceil; comme le ciel, qui est
bleu a cause des pouss1eres atmosphériques, la peau, avec ses

"(

f

1.

11--.....-----

f

i,

f
ti-------

J.

Fig. 11. -

Courbes de trans111issio11 de couleurs pi!{mentaires.

En s'ajoutant, les lumieres colorées tendent vers le blanc,
tandis que les couleurs pigmentaires tendent vers le noir. Si
vous broyez l'un avec l'autre du bleu de ·cobalt et du jaune de
chrome, vous obtenez un vert : e' est la couleur des radiations,
communes aux deux corps: des lurnieres jaunes et bleues relativernent pures donnent du blanc, comme nous l' avons vu ; ce
sont des complémentaires. Sur les secteurs d'un disque rotatif
juxtaposez alternativement du jaunc de chromo et du bleu
de cobalt; a la rotation, vous obtenez un gris : il y a la mélange
de lumiere et aussi mélange de sensations, en raison de la persistance des impressions (le vert ne persiste pas). C'est le
grand mérite technique du pointillisrne d'avoir substitué, au
« cambouis » des mélanges pigmentaires sur la palette, des
teintes claires, provenant du mélange, sur un meme point de
la rétine, de deux lumieres colorées, réfléchies par deux surfaces contigues.
L'reil ne distingue pas la composition d'une apparence colo-

"=

733

�73'1

L'ESPRIT :\'OPVEAU

•
LA LUl\lIERE, LA COULEUR ET LA FOR:\IE

1

,
1

1
1

' 1

1

granules pigmentaires, réfléchit les tres petites longueurs
d"onde et ne laisse passer que les grandes. En somme, les
peintres sont bien malheureux ; ils emploient des tubes que
leur fournissent des industriels, que nous supposons consciencieux, et avec cela ils doivent reproduire le bleu du ciel, les
verts et les bleus des eaux, les tons de chair, etc. Un papier
hlanc ne réfléchit guere que 60 fois plus de lumiere qu'un
papier noir, tandis qu'ils peuvent avoir affaire a des éclairements variant de l a 1 million. Vous voyez la part de l'artifiee en peinture et combien serait illusoire la prétention de
vouloir reproduire la 'i\' ature. La peinture ne peut etre qu'une
interprétation de la nature par un systeme nerveux.
J'ai fait des efforts persévérants pour obtenir des pigments
&lt;'Ompliqués de diffraction. Je vous présente des échantillons
de ces colorations a cóté des teintes primitives {l). Voici des
teintes obtenues par addition a la teinture de traces de décolorants ; elles sont notab]ement avivées. Ici virage et luminosité plus grande, par addition plus sensible de décolorants :
la décoloration ajoute du blanc et augmente relativement
davantage les intensités des radiations les plus faibles dans
la couleur primitive, comme on le constate au spectrophotometre; d'ou virage. En diluant une solution colorée, on ajoute
du gris. Enfin, voici de nouveaux virages de teintes, par addition de milieux troubles et de décolorants. Les couleura virent
légerement avec l'incidence, ne sont pas les memes par transparence et par réflexion, ont un pouvoir spéculaire et présentent une plus grande intensité des bleus et des violets aux incidences rasantes. Ces colorants sont applicables a la peinture.
11 y a enfin des coulems purement physiologiques : pour les
montrer a un auditoire, il faudrait étudier une installation.
qui peut-etre ne donnerait rien. Ceci est un toton, avec lequel
je fis connaissance, il y a longtemps, a Londres, dans la boutique d'un marchand de savons célebre ; il avait été inventé
par un j ournaliste de Colchester, Ch. Benham. Les disques pré1'.ientent une moitié noire et une moitié blanche: sur celle-ci,
4 groupes dé trois ares de cercle concentriques de 45°, dont les
rayons décroissent de la périphérie au centre, a partir du haut,
111 \ºoil' Rern1e des _¡lJatih-es coloranles, tome XI, 1\1117.

735

. 1 voit asa gauche (fig. 12, nº 4). Si
pour un observateur qm es
des aiguilles d'une mon1'on fait tourner le toton dans le ste~sques présentent pour une
1 4
es d' ares concen r1
' .
tre, ~s .group l'
t d cercles colorés de teintes mtenses
certame v1tesse, , 3:sphe~ . e centre . rouge J. aune, vert, bleu.
t d 1 per1p erie au
·
'
•
·
·
qml'son
, etourner
a
Si
on fait
le toton dans le sens inverse ' la s1tuat10n

Fig. 12__ Le toton chromogene.

des couleurs se renverse et les teintes, toujoui·s de la ptt1,:;
rie au centre, sont l_e bleu, ~~ :e~!' ~!Jt:~n~~;;:~~~~diquent
fait tourner en sens mverse u . 1
~ ramme 12 deme
les fleches extérieures de la f1g. 2 du td1ag 't t a cóté l'une
1
oitiés noires de chaque to on e an
d
!:ti:~tre~::Voit rouge ala périphé~1
á
a part~r d?_haut les totons tourn:nd ~ls tournent du noir au
la pér1pte!1~, ro~~:;~:~tr~~xilication de ces phénomenes.
en ou / oeCJa, qm. est au centre de la rétinP et
blanc.
La
tacheo~ci
Jaune
u le

º\~~,:•~";.:\~• ~~';;'

�,.
736

L'ESPRIT NOUVEA"G

lieu de fixation des objets dans la vision directe, n'est sensible
qu' au rouge et la périphérie de la rétine n' est sensible qu' au
bleu. Or, il y a tropisme pour l' c;eil del' ombre vers la lumiere,
du noir au blanc ; ce sens des mouvements del' reil est conforme
ou non au sens de rotation du toton ; il est conforme pour les
totons inférieurs de la fig. 2, contraire pour les totons supérieurs. Dans le premier cas, l' reil suivra les mouvements du
toton et finalement la f ovea se fixera au centre, ou la vitesse
est nulle; elle ne pourra voir que rouge, puisqu'elle n'est sensible qu' au rouge ; on verra bleu a la périphérie. Dans le
deuxieme cas, pour les totons supérieurs, le tropisme de l'reil
étant de sens contraire a la rotation du toton, l' reil est sollicité
par deux forces de direction contraire ; il se fixera done a la
périphérie, ou il est immobilisé; les ares périphériques seront
rouges et les ares centraux, bleus. 11 est possible de fonder sur
ces apparences des indicateurs de vitesse (fig. 3) : elles interviennent encare dans d' autres conditions et nous renseignent
sur les tropismes de la fo vea.
(a

suivre.)

CHARLES HEXRY
Directeur du Laboratoire de Physiologie
des Sensations, de la Sorbo1111e.

LES TENDANCES :NOUVELLES
DE LA

LITTÉRATURE TCHEQUE
y a cent ans que l'esprit tcheque, grace aux écrivains éminents,
patriotes convaincus, tantot Tcheques tantot Slovaques, s'affranchissait lentement du joug allemand qui fut une des plus tristes
eonséquences de la malheureuse bataille de la Montagne Blanche en 1621.
Les premiers poetes dignes de ce nom appartenant a eette renaissance
nationale, unique peut-etre dans l'histoire de l'humanité, Tchelakovsky
et Makha, virent leurs oouvres publiées seulement _apres 1830. Comment
ne pourrait-on pas admirer alors cette force vitale de la nation qui, dans
les ehaumieres de la campagne, asu survivre aux poursuites de tout genre
pour éclore surtout vers la fin du xrxe siecle, dans les oouvres littéraires
qui ne le cedent enrien aux chefs-d'reuvre des littératures européennes.
Les lettres tcheques ont répondu en effet a tous les mouvements littéraires ayant eu leur école Romantique, Naturaliste, Symboliste, Décadente et Moderne. Toutes ces écoles se recommandaient volontiers de
l'influence franc;aise qui a su leur donner toute autre orientation que celle
qui s'imposait jusqu'ici. Ainsi les écrivains tcheques, affranchis par }'esprit latín de l'influence germanique trop exclusive, se "trouvaient beaucoup plus a meme de suivre leur propre voie qui était le chemin des
manifestations de l'esprit tcheque pur.
La guerre venue, les relations des écrivains tcheques avec le monde occidental de lettres furent naturellementinterrompues, mais l'évolutionlittéraire en Boheme s'est montrée assez forte au point de se passer de l'irnpulsion qu'elle recevait de la-has; les poetes Toman, Dyk, Theer, pour
ne parler que de ceux-ci, l'ont admirablement démontré.
Toutefois il sera intéressant de démontrer plus exactement au nom
de quels príncipes philosophiques se fait l'évolution des jeuncs autrurs

I

L

�738

L'ESPRIT )iQCYEA.C
TE~DANCES ~OUVELLES DE LA LITTÉRATURE TCHEQUE

tcheques et quels en sont les príncípaux leaders. Cela nous améne a parler
avec mon ami Hartl de Míroslav Routté et de Stanislav K. NeumannP
qui, dans leurs lívres récemment parus, ont caractérisé de fa~ons dífférentes se complétant toutefois jusqu'a un certain poínt, l'atmosphere
esthétique des lettres tcheques contemporaines.
Miroslav Routté, íssu de l'école symboliste, est un esprit essentiellement réceptif. I1 est d'avís que toutes les reuvres littéraíres, poésie ,,t
prose, parues dans les derniers temps, expriment, malgré la diversité des
tempéraments et la vigueur des indivídualítés, une meme conception du
monde. Il analyse l'évolution philosophíque qui s'est produite dans 'J¡,s
idées européennes. Il note les mécomptes de l'idéalisme et les effo~•ts
a accomplír pour créer une foí nouvelle, enríchíe de toutes les expérience~,
de toutes les déceptíons, comme de toutes les joíes et de toutes les acquisitíons. Il voít dans le pragmatisme la base et le point de départ de l'art
moderne et il le con~oit comme la lutte pour la confiance dans l'existence. Dans la littérature, cette ídée se traduit par l'optimisme, enseignant
que la douleur et la souffrance sont des éléments positifs de la vie.
Cet humanitarisme pragmatique est done )'une des tendances de l'arL
moderne.
L'art moderne est démocratique. Cela ne veut pas dire toutefoís qu'il
soít fait pour une certaíne classe; cela signifíe simplement qu'il implique
une conception philosophique et esthétique de la vie, de ses rapports
éthiques avec le monde extérieur. La poésie moderne renonce au préjugé
de l'idée abstraite de la beauté ; elle devient une poésíe de la réalité banale
et du fait quotidien, mais en transfigurant les ídées du savoir exact en
une légende éternelle de la vie. A la conception statíque de la réalité, l'art
moderne oppose la véríté de la réalíté, conceptíon dynamíque et hístorique.
Telles sont dans leurs grandes lignes le nouvel art et la nouvelle beaut.-•
que Rutte voit réalisée dans l'oouvre littéraire de Walt Whitmann
'
d'Emile Verhaeren, de Charles-Louis Philippe. ::\lais le développement
de ses propres idées et sa conceptíon essentíellement hístorique, qui luí
permet de comprendre que les nouvelles tendances viYent des conquetes
de celles qui l'ont précédées, l'amenent a la conciliation critique : 11
aper9oít les caracteres de l'art nouveau la meme ou l'reuvre littéraire,
par son style, se rattache ailleurs.
Stanislav K. Neumann est un esprit individue], fort différent dt&gt;
Routté, par le tempérament. C'est un _novateur par príncipe, favorable
a toute hardíesse. 11 se met délibérément a la tete de tout mouvemrnl
audacieux.

739

Plus poéte que critique, íl ne s'attarde pasa philosopher ni a raisonner.
Il n'analyse, ni ne co_mbat l'art a l'ancienne mode: il l'ignore simplement. Son íntuition ne connait que le nouveau. Il sent perpétuellement
le besoin de se laisser ravír par ce qui est neuf, de répondre et de faire
partager son ravissement. 11 y a quelque chose de don Quíchotte dans
son humeur combative. I1 n'est pas cependant de ces polémístes vaniteux
qu'avaient produits les luttes littéraír,es de la génération précédente; il est
trop sincere et trop ardent pour etre méchant.
St. K. Neumann est un rhéteur pathétique. II preche en substance
la meme doctrine que Routté, mais avcc quel éclat, quel tapage et
quelle turbulence. C'est sa maniere. Les commentaires placides ne sont
pas son faít ; mais clamer a tous vents quelque mot d'ordre audacieux,
mettre en rage le bourgeoís en lui agitant au nez le drapeau rouge, lancer
des énormités, voila ce qu'il aime. Si Routté est l'interpréte fin et tolérant des larges possíbilités théoriques et des tendances les plus diverses
de rart nouveau, St. K. Neumann est le charnpion, le propagateur
enflammé de la profession de foí artistíque et sociale d'un groupe beaucoup plus étroit sous le rapport des idées. Routté sait comprendre la
filiation des tendances et l'évolution des idées : il est essentiellement un
historien. Neumann preche la révolution, la guerre a la tradition : il
est avant tout un artiste, et ensuite seulcment un critique. Tandis que
la méthode de Routté est susceptible de luí faire pénétrer l'ame de Partiste, N eumann se perd a suívre les mouvements du drapeau flottant
de l'individu, néglige de soumettre l'reuvre a une analyse profonde,
se limítant souvent a !'examen de l'étiquette et a la discussion de l'élément social de l'oouvre d'art. Les articles de propagande écrits par Neumann en 1913 et 1914, n'ont ríen, au reste, de tres révolutionnaire. Son
esthétique ne différe guére de celle qu'avaíent formulée en Boheme les
principaux critiques d'art, notamment F.-X. Chalda, qui y avaít travaillé avec tout son enthousiasme et de toute sa belle ame. Comme luí,
Neumann saít que pour la création de l'c:euvre d'art l'ivresse dyonisíaque ne suffit point, qu'il faut encore et surtout le travail de la forme ·
(.'0mme lui, il méprise la foule. Maís sa critique se distingue de celle e~
honneur a cette époque par l'aversion qu'il montre pour son caractere
négatif. On condamnait l'reuvre d'art et l'on attaquait l'auteur dans des
critiques oú l'esprit créateur faísait trop défaut. Par la, l'icumann, se
révele moins combatíf que les hommes de la vieille école. II ne soumet
pas l'art moderne a des analyses destructives ; il lutte saos réserve pour
cet art et pour ses représentants. ::\fais il condamne l'art de la vieille école

�740

L'ESPRIT NOUVEAU

avec une égale vigueur ; il distribue la louange et le blame, la bénédiction
et l'anatheme avec les farouches préventions d'un défonseur de la foi.
Son credo est ne vieillir jamais en art, etre toujours jeune et toujours
moderne. Etre moderne ne signifie nullement etre a la mode. L'art
nouveau, dit Neumann, date des premieres tentatives pour passer de
l'état d'hypocondrie de scepticisme et d'analyse a la synthese claire et
calme, au dedans de laquelle le poete peut aimer toute la réalité en restant libre, dans le sens le plus élevé du mot.
L'art moderne européen se manifeste a certain &lt;legré de perfection
chez les Flamands (Lemonnier, Maeterlinck, Verhaeren), et surtout
chez Walt Whitman, le Magnius Parens de la poésie lyrique moderne.
Le modernisme, pour Neumann, c'est l'aveu de l'unité intime du
monde et de la vie. Cet aveu est caractéristique de notre a.ge philosophique. Tandis que le monisme a:llemand est le produit reveche de l'intellectualisme - outré en littérature jusqu'au naturalisme - le bergsonisrne est un effort de synthese par l'intuition, lequel exprime en philosophie, par son sens du flux de la vie, ce que l'art moderne traduit d'une
fa9on plus précise encore. Les actions et les choses simples en apparence
sont, pour un poete moderne, aussi admirables que les actions et les
choses rares et choisies. 11 voit leur connexion avec la vie courante d'une
toute autre fa9on que le naturaliste qui les a isolées. Ses yeux ont été
ouverts et il peut adrnirer les liens infiniment multiples de la vie.
C'est ainsi qu'un nouvel élément de pathétique est entré dans l'art
moderne. 11 peut exister dans une affiche, dans une machine moderne, dans
un aéroplane qui vole, dans une usine au travail, dans le bruit quotidien de
la ville; il prend d'assaut les trones et les autels de l'art ; il met le
poete citoyen a coté de l'ingénieur citoyen, il ne s'oppose nullement a la culture et son caractere n'est point de détruire. La poésie
nouvelle est done sociale. Elle a un sens profond des relations positives
de l'homme avec la vie contemporaine, c'est-a-dire des acquisitions de
la civilisation et· de la culture technique. Elle marque son aversion pour
l'exclusivisme aristocratique, mais elle aime les choses qui sont banales
aux yeux du commun ; elle use d'un pathétique nouveau, :susceptible
d'étayer son idéalisme ; elle recherche l'expression crue, qui rajeunira
le vocabulaire et la forme poétiques.
Tout art nouveau se crée contre la tradition ; dans les petites nations
il ne porte jamais l'empreinte de la nationalité. Toutes les générations
de poetes qui se sont succédées depuis le xrxe siecle ont résolu catégoriquement la question du nationalisme dans l'art et celle de la tradition

TENDAXCES ?\OUVELLES DE LA LITTÉRATURE TCHEQUE

741

léguée par les générations antéricures. Neumann, peu avant la guerre,
ne se distinguait nullement par des exces antitraditionnels et antinationalistes ; il résolvait la question de la tradition et de la nationalité de la
meme fa9on que nos peres en littérature le faisaient il y a plus d'un dernisiecle. :.\'eumann ne preche pas le dogme antinational; au contraire, il
serait heureux de voir des reuvres d'art modernes vigoureusement et
purement tcheques a coté des reuvres d'art des nations occidentales.
:.\Iais il professe que la tache d'un poete lyrique n'cst pas de chercher
l'ame nationale; c'est le fait des psychologues des nationalités. La tache
d'un poete lyrique est de donner une expression originale asa propre ame,
qui peut etre tcheque ou ne l'etre pas. Si elle est tcheque, elle le restera
malgré les influences qu'elle peut recevoir de la poésie de Whitmann ou
de Ver haeren ; si elle ne l'est pas elle aura beau s'inspirer des auteurs,
des artistes considérés depuis longtemps comme Tcheques purs-sang, elle
demeurera étrangere. Au reste, ces auteurs, ces artistes ne peuvent rien
nous dire de l'art tcheque moderne; Verhaeren et Whitmann le pourraient plus facilement. Tandis que le capital tcheque des sociétés anonymes devient international, l'écrivain tcheque ne saurait continuer a vivre
dans une atmosphere d'idylle nationale : or, c'en est fait pour toujours
de l'idylle tcheque. Nous sommes aussi le monde occidental.
L'analyse des opinions philosophiques de deux leaders de la jeune
littérature tcheque montre suffisamment d'une part les idées dont elle
s'est nourrie et de l' autre elle fait preuve d'une grande confiance en soimeme, ne craignant point pour son avenir qui lui semble désormais assuré. Et cette confiance est pleinement justifiée par les reuvres littéraires
poétiques et prosal:ques ainsi que scientifiques qui sont faites pour intéresser le public intellectuel du monde entier. En les étudiant les étrangers
y découvriront l'ame neuve d'une nation presque inconnue jusqu'alors.
Emmanucl S1BLJK.

�I"'E MOUVEMENT THÉATRAL
EN

ALLEMAGNE
LE DRAME MODERNE
« Drame » (les Anciens appelaient ainsi toute piece de théatre
- mort d'homme n'étant pas le moins du monde le seul type du
tragique),-le drame est l'reuvre d'art la plus agissante qui soit, a
l'instar de cet autre chef-d'reuvre qu'est la vie.
II s'y déchaine des passions, des geneses et des morts qui prennent le
masque humain, parce que nous sommes des hommes et que nous réduisons nécessairement tout a notre formule de nains. l\1ais le grand poete
dramatique obéit a des regles, qui sont au-dessus de la vie, parce que
l'c:euvre d'art a précisément pour but de rectifier la vie, de la construire
(comme disait le cubiste), de réduire les gestes de tous les jours a un impitoyable absolu » nécessaire.
Voici done qui nous éloigne vite du réalisme niais, tel qu'un demi-siecle
qui a mal compris sa vocatio_n, a voulu nous le faire accepter. Ce triste
résultat apparait encore journellement dans tous les théa.tres de nos boulevards.
II y a aussi une majorité qui se figure que des directeurs de théatre
dits &lt;1 couragcux », comme Copcau ou Gémier, renouvellent la scene. ~n
quoi, dcmandons-nous ? L'(Edipe du cirque ou un Shakcspeare sty~sé,
adapté aux arts appliqués d'une scene archi simple, sont des trouvailles
de Reinhardt d'il' y a dix et quinze ans.
Et les poetes : les trois colombes du Vieux Colombier, Ro~ains, Vildrac, Duhamel, sont trois lyriques trop doux, pour pouvo1r créer le
drame de sang et d'action que l'époque exige.
.
J\Iéré est un excellent architecte, mais il batit sur d'anc1ens plans.
Lenormand comprend ce qu'il faudrait, mais la force de réaliser luí manque.

L

E

(&lt;

IIANSBLA,YH.If: Projet de décor pour « Tlmmortel " a·1va11 Goll.

II y a Crommelynck, un créateur de tres nouYelles valeurs. « Le
Cocu magnifique &gt;&gt; est une révélation. II annonce enfin une génération
qui se réveille, qui fouille son propre cc:eur, au lieu de fouiller le linge sale
d u (( grand monde », voire du « petit monde &gt;&gt;.
Et l'on ne sait, au premier abord, a qui se montrer plus reconnaissant,
au poete, ou a celui qui l'a découvert et qui l'a Yéritablement rendu au
théatre: Lugné-Poé. Luí seul garde dans son creur les braises rouges
d'un vieil enthousiasme, luí seul, avec ses cheveux gris, est jeune a Paris,
luí seul a le courage (mon Dieu, et il faut du courage ! ) de jouer lhsen,
ee vieux lion édenté, et Strindberg, ce cocu moins magnifique pourtant,
et d'autres noms scandinaYes, anglais et meme médiévaux, et meme
allemands.
Et si l'on regarde autour de soi : La ville la plus proche de París,
c'est Berlín. On y joue du théatre moderne, expressionniste, mouvementé, presque cinématographique, et l'on est fou de l'ignorer. La scene
allemande devanee le théatre frangais d'au moins 15 ans, a tous les points
de vue.
Technique: 1º La scene tournante du (( Deutsches Theater» et de quelques autres a Berlin est déja classique, presque (( vieux jeu ». Elle permet
de monter des pieces a scenes tres courtes et variantes, comme notamment dans Shakespeare et Gc:ethe. On est presque tenté de dire que ce
i:-ont ces poétes qui ont suggéré l'idée d'inventer un moyen qui remplagat

�744

L'ESPRIT NOUVEAU

l'éternel changement de coulisses. La « scéne tournante » a deux ou trois
compartiments, qui permettent de préparer les décors dans l'un, pendant que l'autre fait face au public. Quand elle' tourne, entre deux
scénes, a peine faut-il trente secondes d'obscurité pour introduire le nouy;:au paysage.20 Les décors sont complétement modernisés. Les plus jeunes peintres,
expressionnistes, extrémistes, sont appelés a fournir les cadres appropriés
aux piéces révolutionnaires de leurs contemporains. Ainsi, l'art le plus
avancé trouve un précieux- débouché et la foule s'habitue a voir les « déformations de l'éternellement folle jeunesse ». De sorte que l'Expressionnisme, qui correspond au Cubisme fran~s, a déja. droit de cité partout, tandis que le fait que Picasso collabore a un ballet russe, est encore
considéré comme un événement.
3° L'acteur est intellectuel, tres individualiste et un laborieux mineur
de nouvelles valeurs également. Le grand acteur allemand est une personnalité d'esprit, et non seulement, ce qu'on appelle un « ténor )). Il est
le plus précieux ami du poéte dramatique.
(Euvres dramatiques. - L'Allemagne moderne posséde trois grands
poétes dramatiques: Wedekind, Kaiser, Sternheim. Nous nepouvonsici
les approfondir. Ils sont, tous les trois, de grands novateurs. Hauptmann
et son époque sont éteints. Le Réalisme-Naturalisme n'a plus de valeur
marchande. L'Européen, depuis 1910, est devenu de plus en plus cérébral.
Il ne se contente plus de regarder la vie, il la critique. Voila ce qui nous
sépare de nos grands-parents. Les trois poetes sus-nommés sont des
chirurgiens du creur humain : et en tant que chirurgiens, ils nous montrent les tares et les maladies, sans aucune sentimentalité et sans pudeur,
comme il convient pour des gens du métier. Souvent le public, plus souvent encore la censure se sont effarouchés de voir des ames mises a nu,
comme dans les hopitaux des cancéreux. C'était au commencement. Il
y a dix ans Frank lJ' edekind était trainé devant tous les tribunaux de
l'Empire. Aujourd'hui (il est mort depuis 2 ans) ses reuvres sont toutes
jouées dans les théatres de toutes les grandes villes. Citons parmi ses
piéces principales :: « Le Réveil du Printemps l&gt;, « Loulou », «La boite de
Pandore », « Erdgeist », « Le marquis de Keith l&gt;, etc., etc. vVedekind a un
humour terrible, qui fait rire et qui vous ébranle des pieds a la tete. Ses
personnages sont cyniquemcnt spirítuels, gracieusement noirs, senti(1) Gémier a son tour a donné, par la suite, a la Comédie :\lontaígne les • Amants
puér-ils », reuvre de tout aussí belle importance.

J

Mise en scene de Paul Legband (Th.éátre libre populaire ele Be:rlin).

mentalement profonds. Ils ont tous un je ne sais quoi de méphistophélique, comme d'ailleurs vVedekind lui-meme. Ses hommes sont des
aventuriers. Ses femmes sont des cocottes. l\Iais l'action est toujours
haute et généreuse. On y rit comme dans les catacombes, pour entendre
l'écho des dieux.
Carl Sternheim se nomme lui-meme le :.\!oliere allemand. On verra, si le
siecle lui donne raison. Toujours est-il vrai qu'aujourd'hui il ne se trouYe
pas en Allemagne cl'ironiste plus rosse, de contempteur plus foudroyant
du bourgeois que luí. 11 connait a fond les vices, les défauts, les petitesses,
les niaiseries, toute la betise de ses contemporains, et i1 en brosse dans
ses pieces de théatre des caricatures magistrales. II crée le type et l'exécutc rondement. A ces qualités vient s'ajouter un style ardent, sec, cassant, tuant comme des pistolets. Lui aussi a eu de formidables luttes
avec la censure, lors des représentations de « Snob &gt;i, « Citoycn Schippel n,
« La culotte », «Tabula rasa », etc., etc.
Quant a Georg l{aiser, c'est !'outsider favori du théatre contemporain.
Cet homme a été connu a quarante ans seulement et apres avoir écrit une
douzaine de pieces, qui n'avaient jamais vu le jour. En ce moment, il
détient le record de tous les auteurs joués. Il est le véritable créateur du
drame « expressionniste l&gt;, ou la hardiesse de l'action rivalise avec celle
des paroles. Plus de phrases entiéres. Des mots ga et la. L'action est tout.
Le geste. Puis soudain, une cascade, un monologue, débité nerveusement,
éruptif. D'ailleurs tout personnage de Kaiser est, a }'instar de l'homme

�/

746

L' ESPRIT NOCVEA {;

rooderne, nerveux, sans rcpos. Tout bouge toujoÜrs. Le dialogue sursaute
comroe entrecoupé par des bruits de rue, d'autohus. On tait beaucoup
plus qu'on ne dit. Et le tout est irréel, est baigné dans une lumiere de
lampes a are, c'est grossi, c'est surnaturel : expressionniste. La situation toujours haletante. On se comprend ademi-mot. Des chiffres regnent.
Des machines qui explosent régissent les actions humaines. Toutc la
vie hallucinée. Le probleme social agite ses drapeaux rouges, ses bras de
famine, ses ordres durs et impitoyables. Kaiser est un maitre de la « situation ». Nul comme lui ne sait faire hattre les cceurs, tendre les nerfs
a grincer des dents, cnchevetrcr l'action et la dénouer commc un prestidigitateur, en prétendant que ce n'était rien. Ceux qui ne l'aiment pas
disent qu'ils manie un art céréhral et trop peu humain. l\Iais les autres
comprennent ce grand artiste, qui a trouvé une forme et une languealui,
pour transposer au théatre, en art, les manifestations sociales, esthétiques et cosmiques, de notre ere électrique et rapide. Bien souvent,Kaiser
frole le film. Et ses pieces s'adaptent admirahlement a ce nouvel art.
Nul doute que hientéit il y viendra directement.
Parmi ses omvres citons : &lt;e De l'aube a minuit », &lt;e Les bourgeois de
Calais », &lt;e Gas» Jre et ne partie, &lt;e Le Centaure», «L'incendiedel'Opéra ».
etc., etc.
Pour nettoyer le théatre européen, il estindispensahle de connaitre ces
Allemands. U y en a encore d'autres certes, qui, eux aussi, ont trouvé de
nouvelles fayons d'exprimer la vie au théatre : et parmi ceux-ci, pour la
plupart tres jeunes et dans le vif de leurs recherches, il y a des hommes
qui fraieront de nouvelles routes bien plus larges et bien plus pres de
l'avenir que ces trois, qui sont cotés et arrivés.
Il faut nommer August Stramm, Kokoschka, Hcrwarth ,vaiden,
super-expressionnistes dans la forme. D'autres, qui ont approfondj l'idée
et les problemes modernes : Paul Kornfeld (La Séduction), Walter
Hasenclever (Le Fils), et Reinhard Sorge (Le Mendiant).

Encore quelques méditations sur le dramc classique, le grand drame
des Sophocle, Shakespearc et Moliere :
11 contient deux éléments : e, parole » et &lt;e action ». Question primordiale a toute création (celle de Faust): qu'y avait-il au début ? La Parole? L'Action ?
La parole est la chair, oil s'incarne l'ame de l'action. Elle est done

• ,lfarquis de Keith » de Wedekind. ¡er acle (Staals" Theater Berlín)
. décor d'Emile Pirclwn, mise en scene de Léopold J essner.

secondairc, en principo. Mais éminomment essentielle pour le puhlic, qui
est avant tout ce auditeur ».
Dans le drame, la parole ost génératrice d'action - tandis que dans
la réalité l'espece meme de e&lt; drame », de ce vie » consiste en action pure.
Le ma1wais théátre sacrifie l'un a l'autre : Les mots ne sont pas générateurs d'action: ils dégénerent au contraire en conversation, en échange
d'idées, ils tombent dans la grande phrase, le heau vers, le discours, le
potin. Le mauvais théatre parle &lt;e autour des actions ».
Le grand drame agit a travers les mots. l\fais il pourrait aussi bien agir
par lo silence. 11 le fait meme souvent.
ll ne copie pas la vie (voir Peinture et Photographie), il crée des cctypes
humains » : CEdipe, IIamlet, Tartufe: les individus les plus irréels, les
plus rares, les plus imparfaits, les moins a envier - ceux qui échappent
a cette douce médiocrité d'un public béat. Aussi le poete dramatique
n'est-il pas la pour faire passer le temps et pour faire plaisir, mais pour
secouer les esprits las, fainéants et endorm.is, pour effrayer les hommrs
dans leur fauteuil d'orchestre. Tel était le grand drame chez les anciem
Grecs, tcl il sera, espérons-le, de nouveau un jour.
!van Gou.

�PARLO NS PEINTURE ...

glorifient l' reuvre des grands morts auxquels ils désirent etre
apparentés. Rabile fa!;lon de se glorifier eux-memes, ou encore
de vouloir faire légaliser leur signature.

l'&gt;ABLO:RS
l'&gt;Bl:R'rUBB~~~

***
Seuls les hommes vaillants et sérieux peuvent s' engager
dans le Cubisme ; ils sauront y trouver le chemin qui mene
a la Connaissance.

( Suite)

Gardez-vous des animaux malades de la peste apollinarienne. Ils sont non seulement incurables, mais aussi dangereusement contagieux. Regardez-les cependant et contemplez
en eux la fin d'un monde.
*

***

Quand il s'agit de la marche, d'étape en étape, de l'homme
vers la connaissance, ér;oluer n' est pas changer, mais s' améliorer.

•

•

***
S' améliorer, ou prendre de la qualité, e' est passer graduellement des valeurs inférieures aux valeurs supérieures.

* *
L'acces du Cubisme est aussi dangereux aux etres pus~lanimes et ignorants que l' était autrefois celui des ~:3-nctua_ues
égyptiens. C' est la mort qui les attend, alors qu ils cro1ent
trouver le salut dans une fuite honteuse.
** *

Le Cubisme ne craint pas ses pires ennemis, ceux qui retournent a un monde agonisant.

** *
On ne sauve pas un moribond avec les vieilles dr~gues aux:
quelles il est depuis longtemps habitué. ~e malade importune
repousse le charlatan dont il n' a nul besom.

** *

*

* *
Beaucoup de personnes disent d'une reuvre qu'elle est belle
parce qu' elle est d'une exécution soignée : e' est confondre la
qualité du trar;ail avec la qualité de l'intention; ou encore
parce qu'elle est d'apparence plaisante : c'est confondre la
qualité du sujet avec la qualité de l'objet, ou enfin, parce
qu'elle est de proportions imposantes : c'est confondre laqualité de l' effort avec la qualité de l' esprit.
*

**
La preuve de la décadence de l' art avant Cézanne . : En
remontant, dans un Musée, le cours des siecles, il apparait
lumineusement au spectateur, qu' au fur et a mesure qu'il
s'éloigne de son temps, la qualité des reuvres s'améliore et
l'esprit des choses s'éleYe.

Pour justifier leur défection, les transfuges du Cubisme
Voir n° 5.

749

*

Tell e époque, tel art.

*

*

�750

L'ESPRIT KOUVEAU

** *
Il ne s'agit pas de reconstituer une grande époque, mais
d'en constituer une autre équivalente.

** *
Tout art qm n'a pas ~ne portée universelle, n'est qu'un
amusement.
*

* *
Les analystes auront beau représenter l' art égyptien comme
un art primaire et les empiriques l'ignorer, l'Egypte qui a su
déja initier les esprits les plus élevés de l'humanité : Moise,
Pythagore, Platon, Jésus, saura bien encore éclairer les prophetes del' avenir.
***
En art comme ala guerre, le salut est encore et toujours dans
l'esprit de victoire.
Qui ne sait pas in()enter ne mérite pas le nom d'artiste.

P01::ss1-.:

* **
Au temps des Seigneurs, les peintres, modestes artisans, du
réveil au coucher penchés sur leur travail, n' avaient d' autres
préoccupations que celle de matérialiser l'Esprit. Aujourd'hui,
certains, se prétendant demi-dieux, en raison d'avantages
dont notre bourgeoisie paysanne et boutiquiere est incapable
de contróler la valeur et surtout d' en faire la part de mérite,
n'acceptent d'autre préoccupation que celle de tirer du sentimentalisme d'une société inculte, les moyens de matérialiser
leur gloriole.
*

* *
Les demi-dieux aussi ont soif.

(aszúvre)

Léonce RosENBERG.

par lui-meme.

NIGOLAS P0OSSIN
Sa fa mil/e esf originaire rlu í"e,l 'in Sor111a11rl (Les Anrlelys) et de Picardie. 1l naquit le
jui11 1.393 ou 1594 dans w1e cluwmiere de Y-illers, aune heure du Grand Andely.
On ne sait oü il ful inslmit et cependant il ful tres instruit, ce fut probablernent un autodidacte comme presque tous les grands hommes. On ne co1maU de lui aucun dessin,aunme esquisse. aucun tableau de jeunesse ; il ne now1 apJ&gt;araít qu'en J&gt;0Ssession de tous
ses 1110!1e11s et ele son esthétique.
A 16 ott 17 ans, il rencontre Qwmti11 T'arin, 11etif pei11tre de Beauvais, qui est son premier waítre aux A.11delys.
1616. - 11 l'ie11t cmec luid Paris.
Il est éleve de J'an Elle, 11einlre de 1,Jalines.
JI est protégé par le 111alhématieien Courtois, amateur de gravures de ~Iarc Antoim
( Raphai'l - Jules Homain), il réve tfJtalie, nwisil esf pauvre.
No11vea1t protecteur; un gentillwnnne 11oitevin qtti ltti cmmnande ñorner son cháteau;
mais la femme du gentilhomme enfait s011 domestique.
1l1alcule il retourne chez son vere et resle1111 an souffrant.
11 étudie [optigue, laperspective, l'anatmnie.
l 020. - 1l tente de gagner llame, mais Jau/e de ressources, U s'arr8te a Florence et
1·evient en France.
.
On le re11c011tre á Lyon 011 il tornbe nllllacle de misi:re ; t:&gt;a a Dijon.
42
];3

�1623. - A Pal'is les Jésuites lui conimandent 6 panneau:JJ en détrempe a Jaire en
si:JJ jours. ll est logé au college de Laon ; il y rencontre Philippe de Cham¡}(Íigne et s' y
attache.
lú24. - Le chei:alier .Uarino le protege et l'emmene enfín a Rome; il a plus de 30 ans
lorsqu· il y arrive enfin.
On ne connaít ríen d'authentique de POUSSIN avanl son séjour a Rome, ni 'dessins,
ni peintures.
Rome, le París d'.alor.~, &lt;mirait le monde entier; L'académie des Carrache maintenait
l'académisme: le Guide, l' Albane, oi'¡, en est-on ? Le Dominiquin seuf res/e Jwnnéte; il
est le seul de son temps qui ait une influence sur POUSSIN, influence purement mora/e;
c'est Le Dominiquin qui clisait : « ll ne doit sortir de la main d'un peintre auc11ne
ligne q_ui n'ait été formée auparavant dans son esprit.• Les Carrache rmnantiques
furent aPoussin ce que Delacroix esta lngres.
·
Qu'est ce que les artistes de son temps purent bien apprendre a POUSSLV?

DEU:-JIERE Lk:'ITRE 'ÉCUITE PAR

LE P .\RADI.3 TERRESTRE

Détail

.11ais Ronieest Rome, laville etsa campagne sont une leron'constante de raison, d'austérité, de grandeur obtenue par les moyens les plus saín.~; et, pour qui sait voir, Rome est
la pelite-fílle á' Athenes. La le¡-on des ruines, c'est la lefoll de ce qui dure, de [essentief.
Et Rome est la ville de Raphai!l et de .l,Jichel-Ange.
Rome r¡ui a fait POUSSJN [era plus tard lugres. POUSSLN qui a fait Coro/, par
Corot {era Cézanne (voir les paysages de La Terre Promise et de Huth et Booz).
POUSSIN se passionne pour les écrits de Léo11lml de Vinei.
En 1 (i;Jl il épouse ,l,farie Dughet; il n'eut pas tl'enfant íl ful heurmx et laborieu;JJ.
ll achete u,ie pelite maison au Pincio. Il n'eut jamais de domestique.
La gloire vint. Ami de Cltantelou, aua:iliaire de Richelieu, 011 l"attire e); París. Peinll'e
ordinaire du Roi, il s'i11stalle au Louvre tlans le Pavillon de la Cloche, aux Tuileries.
Ricltelieu l'embrasse. Quasi surinteudant des Beaux-Arts, il est en butte aux cabales.
16-1-2. - Apres deu;JJ ans il s'échappe et retourne a Rome. Sa santé ~·altere, il t:it en
P8USSIN écrivit : Des ol&gt;servations sur le fait de la Peinture qui sont perdues. 1f ne
nous reste de ses pensées sur l' art que de breves allusions dans ses le/tres.
Sa palette était toujours parfailement propre et nette : il trai:aíllait de mémoire.
l 665. - ll meurt le 16 not·embre. Son corps n'a pas été consert:é. Cháteaubrümt luí fil
C-011struire un nwnument a San Lorem::o a Rome.

Pouss1::-.

A CHAN'l'ELOU

:NOTES SUR POUSSI~
·

p

·

Bonaventure d'Ar1Yone écrivait: ,, Je l"ai reneontré

{!:'¡J~J:11etnJ~~~~Í{ome, et qu&lt;;lquefoi;
d_a~s la ca~npagnp e~ sur les l~or&lt;l~
1

1

~~~1~~

d11 Ti~\~~in~~5;~n~iiu~t;};~•~c~c;,:¡j¡:q~~ ~~~l:::~t!s:~1fsºo!~fseet ~!a~~~r~~:~1~~
rappot ,u ' ..
.
, dre exacte,nent d'apres nature... Je hu demandat un
semblables
~or:ul!~~¡f~;rivé a·ce haut point d'élévation qui lui donnait un rang
{f~~tis~~1lr~~t1e entre les plus grands peintrcs d'Italie; iJ me répondit modestement :
Je n'ai rien négligé. »
,
. ,
D · d'
ti apres sa mort
Son élevc Gaspard l)uohet le peintre, - CCl'lt ·'1· esJar_ ms, - qt .
la
,.
se 1Jara de son nom et".5e fit appeler « Je Guas_pre Poussm », ~arquait .P.ª: .qu 11
a1J réciait nionneur d'une telle alliance; mais cet adro,~ arbst~ ne Stma1t pas l~s
' _P ·imes de son maitre . iJ se fiait a sa nature prompte, s en a lla1t petndre en plem
011 etit ba a&lt;&gt;e su; un ane et rapportait ses impressions telles quel~es, sans
~~tire /son tra~ail cette intensité de réflexion qui faisait, au gré de Poussm, toutc
la «randeur de l'art.
.
..
No~,s n 'avons pns a parler ici de l'influence &lt;le Pouss1_n sur ses co'.1tempor~1 ou
sur ses successeurs et nous n'examinerons pas son mflt~ence sur Ingres , . 1 est
plus eurieux de reU:arquer que les peintres modernes adnurateurs du Poussm out
plutéit imité le Guasprc.

i~

n~ª\

~r

�Parce que Poussin se servit de la nature commc d'un dictionnaire daos lequel iJ
choisissait les termes éternels, on alla a la nature, mais l'on ne choisit plus.
Parce que Poussin passait de longues beures dans la campagne rornaine et parce
qu'il rapportait des petits cailloux dans son mouchoil', on crut faire mieux encore,
comrne son neveu lu1-méme, en transportant son chevalet et ses couleurs au milieu
d'un site fort agréab)e, qu'on copiait mais dont on ne pouvait donner forcérnent
qu'une • vue » fragmentaire. Or, un tablean de Poussin est un petit monde entier.
Ce qu·il y a de grand en Poussin, c'est que les themes constitutifs de son tableau
sont en soi de véritables éléments, presque des types, qui cntrent dans l'agencement
atitre d'éléments et quis11bissentladisciplined'uneo1·gaiúsation rigoureuse; éléments
d'intensité maJdma, employés en symphonie avec une rigueur austere et forte.
Sans en mesurer peut-étre bien clairement les raisons, les peintrcs d'aujonrd'hui
ne s'arréte1.1t plus a la Grande Galerie du Louvre ou est accroché l'art italien théatral
et pompeux, un peu creux, hableur et tres décoratif, mais ils passent directement
aux salles fran~aises et, apres Fouquet et Le Nain, ils s'arrétent devant Poussin :
pierres dures, taillées, bien autrc chose que la gangue du minéral, toute la géométrie derriere le lapidaire.
L'art aetuel fatigué du décoratif et du déploiement facile des eharmcs de la couleur,
recherche des mots pour exprimer fortement des éléments qui aicnt une valeur intrinseque permanente, de signification probe, d'universalité.
Poussin a su se créer des mots ; ces mots sont formés d'éléments pris au spectaclc
de la vie, mais ils sont choisis avec mesure et science parrni les éléments de grande
géométrie, de ferme orgamsation. Il y a loin des arbres de Poussin, de ses maisons,
de ses architectures, de ses mouvements de terrain en assises fermement construites,
de ses nuages architecturés, aux falottes interprétations d'arbres, de ciels et de terrains que vient de nous laissel' l'impressionnisme égaré dans la recherche des petites
harmo1úes de couleurs hors des conditions plastiques du tableau, hors des fatalités
de l'élément.
Poussin a toujours aimé les ~randes compositions complexes et multiples, r,arce
qu'il possédait des éléments s1 sélectionnés, si formellement plastiques, que c était
délectation pom ltú de les assembler dans l'économie de son ordonnance.
La peinture moderne s'étiolait faute d'éléments éprouvés, conduite par un esprit
procédant de l'ex-térieur des choses, avec ses accidents et son arbitraire. Nous
recherchons aujourd'hui des points fixes, des rnots qui si~nifient quelque chose, des
élémcnts qui soient organisés, sains et viables, expressifs a'une vie intense. Done des
éléments vivants en soi et d'une signification transmissible.
Avec de tels mots, la pensée peut s'exprimer et une esthétiqne peut se formulcr,
maitresse de ses moyens et susceptible ainsi de sonner avec !'esprit de notre époquc.
Ces éléments se casent daos des an"les bien définis et la force de Poussin a été de
n'uti!iser, apres étude minutieuse ~e la nature, que quelques grands éléments qui
réapparaissent constamment dans ses tableaux et qtú résonnent en nous profondément; : Les mots les plus forts ont toujours été les plus simples et ces mots sont permanents a travers les ages.
C'est la la grande raison de l'irnportance de Poussin.
On peut s·extasier sur sa composition magistrale, mais il ne faut pas oublier que
cette composition qui est en somme la nécessité de tout tableau, n'a élé grande que
parce qu'elle a été faite avec des éléments épurés.
Avec ses éléments si admirablement et si J)rofondémcnt organisés, Poussin put
alors faire jouer les charmes et les richesses de la lumiere et du clair-obscur qui encanaillaient la peinture d'alors. Quand chez les autres tout était fadeur et décoration
facile, chez lui, tout était cristallisation. Ses éléments étaient si forts, et si formellement plastiques, qu·ils purent survivre a la mode de l'époque de raconter des histoires et d'illustrer des légendes. Il esta peu pres inutile de signaler que ces histoires
et ces légendes sont dans l'ceuvre de Poussin, juste un prétextc.
Les Caravage, les Albane, les Guide, les Le Sueur qui, a son époquc, passaient
pour plus grands que Poussin, ne nous ont transmis que des histoires qui ne valent
pas une page de littérature, qui salissent et cornpromettent les murs des musées et
e~poisonnent la jeunesse _qui s'y égare. Voila bien des choses qu"iJ conviendrait de
bruler au Louvre..... et ailleurs.
llabitant Home comme Poussin, sur la meme colline, ignorant totalement Poussin
le peintre, les Directeurs de J"Ecole des Beaux-Arts (section villa lllédicis), ~nimés
du plus ardent esprit de tradition, mettent leurs éleves en loge et pour en fatre des
Poussin ils leur commandent des Bergers á' Acadie, des Ruth et Booz et des Terre
Promise. Jolis poussins !
DEFAYET.

Nous ne reproduisons pas iti, choisies parmi les reuvres nombreuses de Poussin,
celles qtt'il est coutume ; ce qu'on aúne gé11éralement en foussin, c'est e~ qit'on y rel.rouve
du ~l'itie11, des Jtaliens (reuures qui précédtre11t la matunté de s011 esthéttque).
Poussin f&lt;nme avec Fouquet, lngres, Corot, Cézanne, S!fUr&lt;tl, la grande lignée des
J}eintres franfais : clarté de conception, de la langue, économie des moyens.

�Elii:zer et Rebecca.

Pouss1x

(Lourrel PIioto Dru.el.

�La lerre prornise íOétail)

Photo Druct

�Eliezel' et lteliecca I I.11U\"l'C)

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PoUSSIN

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LA CRÉATION

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PROPOS D' ESTJIÉTIQUE

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L'enthonsiasme artistique de notre époque et la lutte entre
les di[férentes conceptions individuelles ou collectives résultant de cet enthousiasme ont re.mis a la mode les problemes
esthétiques comme au temps de Hegel et de Schleiermacher.
Il faut cependant exiger maintenant plus grande clarté
et plus grande précision qu' a cette époque car le langage
métaphysique employé par tous les professeurs d'esthétique du
xvm 0 siecle et du commencement du x1x0 n'a pour nous
aucun sens.
Aussi devons-nous nous éloigner le plus possible de la rriétaphysique et nous approcher de plus en plus de la philosophie
srientifique.
Commengons par étudier les différentes phases, les différents aspects sous lesqucls l'art s'est présenté ou peut se présenter.
Ces phases peuvent se réduire au nombre de trois et pour les
désigner plus clairement, voici le schéma que j' ai imaginé :

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(Art reproductif).
A.VEC LE MILIEU (Art d'adaptation).
MILIEU (Art de création).

ART INFÉRIEUR AU MILIEU
ART EN ÉQUILIBRE
ART SUPÉRIEUR AU

�770

L'ESPRIT l'\OUVEAU

LA CRÉATJO:', Pl'RE

Chacune des trois parties composant ce schéma et qui
marque une époque dans l'histoire del' art renferme un second
schéma composé aussi de trois membres et qui résumel'évolution de chacune desditPs époques :

titué et qui sont son essence meme, en ne voyant que le cóté
externe et superficie!, en un mot son apparence. Ils exécutent
les reu vres par pure sensibilité, on peut dire machinalement,
car l'habitude fait passer du conscient a l'inconscient. Ici commence la troisieme époque, c'est-a-dire la décadence.
. Je dois dire qa'a chacune de ces étapes prennent part plusieu1·s écolei- ; ainsi, a l'étape de l'art reproductif, nous avons
1'art égyptien, chinois, grec, les primitifs, la renaissance, le
classique, le romantique, etc., toute l'histoire de l' Art est
pleine d' exemples qui témoignent de ce qui a été &lt;lit.
Il est évident. que, dans ces différentes étapes, il y a des artistes chez lesquels une faculté prédomine sur l' autre, mais la
ligne générale suit fatalement le cours ici tracé.
Toute école sérieuse qui marque une époque commence forcément par une période de recherches dans laquelle l'lntelligence dirige les efforts de l' artiste. Cette premiere périodr
peut avoir comme origine la sensibilité et l'intuition, c'est-adire une série d' a equis inconscients. Etant donné que tout passe
d'abord par les sens. Mais ce n'est qu'au moment de la gestation qui est un travail antérieur ala production meme et comme
sa premiére impulsion. C'est le travail dans les ténebres, mais
en _sortant a la lumiere, en s'extériorisant, c'est l'InteHigence
qm commence.
C' est une erreur tres répandue de croire que l'intuition appartient a la sensibilité. Pour Kant, il ne peut pas y avoir une
intuition intellectuelle. Par contre, Scheling dit que seulement
l'intuition intellectuelle peut surprendre la relation de l'unité
fondamentale entre le réel et l"idéal.
L' lntuition est la connaissance a priori et rentre dans
1' reuvre uniquement en qualité d'impulsion, est antérieure a la
réalisation et prend rarement place dans le cours de cette réalisation.
En tout cas, l'int,uition n'est pas plus pres de la sensihilité,
mais rlle jaillit d'un accord rapide qui s'établit entre le crour

PRÉDOl\IINANCE DE L'INTELLIGENCE SUR LA SEKSIBILITÉ.
EQUILIBRE DE LA SE:.'.\SlBILITÉ ET DE L'INTELLIGENCE.
PRÉDOl\1lNANCE DE LA SENSIBILITÉ SUR L'IXTELLIGEXCE.

En analysant comme exemple le premier membre du prcmier schéma, c'est-a-dire l' Art reproductif, nous dirons que
les premiers pas vers son extériorisation sont effectués par
l'Intelligence qui cherche et qui tatonne. Jl s' agit de reproduire la nature et pour cela la Raison cherche les moyens
d'arriver a cette reproduction avec la plus grande éconornie
et la plus grande simplicité a portée de l' artiste.
On laissera de cóté tout le superflu. A cette époque, il se
présente chaque jour un nouveau probléme a résoudre et
l' Intelligence doit travailler avec une telle ardeur que la sensibilité reste reléguée au second plan et comme réduite par
la Raison.
*

Mais bientót apparait la seconde époque ; les problémes
principaux sont déja résolus, tout le superflu qui n'avait
pas de raison d' etre pour l' élaboration de l' reuvre a été soigneusement écarté. La sensibilité prend alors sa place aupres
de l'Intelligence et vernit l'reuvre d'une certaine chaleur
qui la rend moins séche et plus vivante que dans sa prerniere
période. Cette seconde époque marque l' apogée d'un art.
*

Les générations d' artistes qui viennent ensuite ont appris cet
art par des recettes, se sont habitués a lui et savent le réaliser
par camr et pourtant ils oublient les lois initiales quil' ont cons-

771

�772

L'ESPRIT NOUVEAU

et le cerveau comme une étincelle électrique qui surgirait tout
a coup en illuminant le fond le plus obscur d'un récept,acle.
Dans une conférence que j' ai donnée en juillet 19'16 al' Athénée hispanique de Buenos-Ayres, je disais que toute l' Histoirc
de l'Art n'est autre chose que l'histoire de l'évolution de
l'Homme-Miroir vers l'Homme-Dieu et qu'en étudiant cette
évolution on voyait dairement la tendance naturelle de l' Art
a se détacher de plus en plus de la réalité préexistante pour
chercher sa propre vérité, en laissant en route tout le superflu
et tout ce qui peut nuire asa réalisation parfaite. J'ai ajouté
que tout cela cst aussi visible al' observateur que peut l' etre en
géologie l'évolution de Paloplothérium en passant par l' Anchitérium pour arriver au cheval.
Cette idée de l'artiste créateur absolu, del' Artiste-Dieu me
fut suggérée par un vieux poete indien de l' Arnérique du Sud
(Aimara) qui dit : « Le poéte est un Dieu, ne chante pas la
pluie, poétc, fais pleuvoir n. Bien quel'auteur de ces vers tombat dans l' erreur de confondre le poete avec le magicien et de
croire que l' artiste pour se montrer créateur doit troubler les
lois du monde, alors que ce qu'il doit faire e' est créerson monde
propre et indépendant parallélement a la nature.
L'idée de la séparation de la vérité de l'art et de la vérité de
la vie, de la vérité scientifique et intellectuelle vient sans doute
de tres loin mais personne ne l' avait précisée et démontrée si
clairement que Schleiermacher au commencement du siécle
passé quand il disait que &lt;&lt; la poésie ne cherche pas la vérité, ou
plutót elle cherche une vérité qui n' a ríen de commun avcc la
vérité objecti ve ».
&lt;&lt; L' art et la poésie expriment uniquement la ,·érité dr la
conscience singuliere » ( 1).
Il faut bien faire rcssortir cette différence entre la vérité de
la vie et la vérité de l' Art; l'une qui existe antérieurement a
(I) .'Esthétik, pages 55-6 l.

LA CRÉATION PURE

773

l' artiste et l' autre qui luí est postérieure, qui est produite par lui.
La confusion de ces deux vérités est la principale cau.&lt;;e d'erreur dans le jugement esthétique.
Nous devons porter notre attention sur ce point, car
1'&lt;5poque qui commence sera éminemment créative. L'Homme
secoue son esclavage, se révolte contre la Nature comme jadis Lucifer se révolta contre Dieu, bien que cette rébellion ne
soit qu' apparente, car jamais l' lwmme n' a été plus pres de la
N ature que maintenant qu' il ne cherche plus a l' imiter dans ses
apparences, mais a faire comme elle en l' imitant dans le fond
de ses lois constructie,,es, dans la réalisation d'un tout, dans
le mécanisme de la produrtion de formes nouvelles.
Nous verrons ensuite comment l'homme, produit de la Nature, suit dans ses produits indépendants le meme ordre et les
memes lois de la )l'ature.
Il ne s' agit pas d'imiter la N ature, mais de faire comme elle,
de ne pas imiter ses extériorisations mais son pouvoir extériorisateur.
Puisque l'homme appartient a la Nature et ne peut s'en
évader, il doit prendre en elle l'essence de ses rréations. Nous
devons pourtant considérer les rrlations du monde objectif
avec le Moi, monde suhjectif qu'est l'artiste.
L' artiste prend ses motifs et ses éléments dans le monde
object-if, les transforme et les combine, les rend au monde
objectif sous forme de faits nouveaux, et ce phénomene esthétique est aussi libre et indépendant que n'importe quel autre
phénomene du monde extérieur, tel qu'une plante, un oiseau,
un astre ou un fruit et il a comme ceux-ci sa raison d'etre en
lui-meme et autant de droits et d'indépendance.
L'étude des divers éléments qui offrent a l'artiste les phénoménes du monde ohjectif, la sélection de quelques-uns et
l'élimination des autres, apres ce qui convient al'reuvre qu'on
poursuit est ce qui forme le Systeme.
.'\..insi le systéme de l' art d' adaptation est différent de celui

�774

de l' art reproductif, car l' artiste du premier tire de la Nature
el' autres éléments que l' artiste imitatif, il en est de meme pour
l'artiste de l'époque de création.
En conséquence le systeme est le pont par lequel les éléments du monde objectif passent au Moi ou monde subjectif.
L'étude des moyens d'expression de ces é1éments déja choisis pour les faire revenir au monde objectif est la Technique.
Par conséquent, la technique est le pont établi entre le
monde subjectif et le monde objectif créé par l'artiste.
Monde objectif
qui offre
Systeme
a J'artiste
____
les
1
divers éléments

l
L

J

7
MondeSubjectif

775

LA CRÉATIO:N PURE

L'ESPRIT l'íOl:VEAl'

Retonr an Monde

ohjectif
Tcchnique
sous forme ele
_ _ _ _ rait nouveau créé
1
par l'artiste

Ce fait nouveau créé par l' artiste, voila ce qui nous importe,
et son étude jointe a]' étude de son origine forme l'E sthétique ou
théorie de l'A rt.
L'équilibre parfait entre le systeme et la technique, c'est ce
qui fait le Style et la prédominance de l'un de ces deux f acteurs
sur l'autre donne comme résultat la Maniere.
Nous dirons que l'artiste a un style quand les moyens qu'il
emploie pour la réalisation de son muvre sont en parfait accord
avec les éléments qu'il choisit dans le monde objectif.
Quand un artiste a une honne technique, mais ne sait pas
choisir parfaitement ses éléments ou quand au contraire les
éléments qu'il emploie sont ceux qui conviennent le mieux a
son reuvre, mais que la technique laisse a désirer, cet artiste
n' att.eindra pas le style, il aura seulement une maniere.
N ous ne nous occuperons pas de ceux dont le systeme est
en désaccord ahsolu avec la teclmique. Ceux-la ne peuvent
entrer dans une étude sérieuse de l' art, bien qu'ils soient la
grande majorité et qu'ils fassent la joie des j ournalistes et la
gloire des salons de faux amateU1'5.

•

Je veux avant de t9rminer cet arUcle, en éclair0ir un point :
presque tous les savants modernes veulent nier chez l' artiste
le droit de création et on dirait que les artist3s eux-memes ont
peur de ce mot.
Je lD;tte depuis longt9mps pour l' art de création pura et
cela a été u_ne véritable obsession dans toute mon reuvre. Déja
?ªn~ mon hvre ce Pasando y Pasando », publié en janvier 1914,
Je d1s que ce qui doit intéresser le poete, c'est «l'acte de création et non celui de cristallisation» (1).
. Ce sont prácisément ces hommes de science qui nient a l' arti~tE: le droit de création qui devraient plus que tout autre le
lm accorder.
. Est-ce que l'art de la mécanique n'est pas aussi l'humanisat10n de la Nature et n' arrive pas ala création ?
. Et _si on concede au mécanicien le droit de créer, pourquoi le
merait-on a l' artiste ?
Quand on dit qu'un automobile a une force de 20 chevaux,
nous ne voyons pas les 20 chevaux, l'homme a créé -q.n équivalent a ceux-ci, mais ils ne nous apparaissent pas. II afait comme
la Natura.
L'Homme, dans cecas, a créé et non pasen imitant la ~ature dans ses apparences, mais en obéissant a ses lois intérieures, et il est curieux de constater comment l'homme a suivi dans
ses créations le meme ordre que la Nature non seulement dans
le mécanisme constructif, mais aussi chronologique.
L'Homme commence par voir, ensuite il entend, puis il
parle et enfin il pense. Dans ses créations, l'homme a suivi le
meme o~dre ~ui lui a été imposé. D'abord, il a inventé la photographie qm est le nerf optique mécanisé. Ensuite, le téléphone qu,i est_ le ~erf auditif mécanisé. Puis le gramophone qui
est la mecan1sat10n des cordes vocales et enfin le cinématographe qui est la mécanisation de la pensée.

t
(1) Page 270.

�776

L'ESPRIT NOUVEAU

Et non seulement cela, mais en cutre dans chacune des créations de l'homme, il s' est produit une sélection artificielle
exactement parallele a la sélection naturelle et obéissant aux
memes lois d' adaptation au milieu.
Cela se rencontre dans l' reuvre d' art autant que dans la mécanique et toutes les prcductions de l'homme.
Pour cette raison, je disais dans ma conférence sur l'Esthétique en 1916, qu'une reuvre d' art « est une nouvelle réalité
cosroique que l'artiste ajoute a la Nature et qui doit avoir
comme les astres une atmosphere a elle et une force centripete
et une autre centrifuge. Forces qui lui donnent un parfait équilibre et la rejettent hors du centre producteur&gt;i.
C'est le mcmrnt d'appelEr l'aLtrnticn des artistes sur la
création ¡;ure, dcnt on parle déja beaucoup sans en faire.
Vincent HurnoBRo.

ÉCONOMIOUE -- SOCIOLOGIOUE

LES POTASSES D'ALSACE
I
RÉGDIE ET YE~TE
En marge des espérances démernrées 6t des illusions imaginatives, que l' opinion publique fran9aise nourrit lors du retour
a la France du bassin potassique mulhousien, d' autres espérances plus fermes, issues d' ambitions calculées, se fondaient
silencieusement, pretes a s' affirmer au moment opportun. Et,
si au lendemain du rachat par l'Etat des mines de potasse,
cette heure opportune semble a voir sonné pour les groupes et
les consortiums qui, dans un silence propice, et sous le couvert
factice des agitations politiques se préparent a accaparer cette
richesse d'intéret nat.ional, ce ne sera pas tout au moins sans
qu'une voix se fasse entendre en faveur de cet intérét que
d' aucuns prétendent absorber et pour lequel les hommes s' entretuent. T andis que le peuple, conscient de son éloignement du pouvoir et ignorant des spéculations financieres, ne
voit dans les richesses minieres ou industrielles de la France
qu'une source de prospfrité et de profits C!)mmuns, d' autres
calculent des dividendes, supputent des bénéfices, tt mesurent
des fortunes. Si bien qu'en fin de compte. l'émancipation démocratique et la c¡_rriére ouverte au talent aboutissent a ce
résultat contradictoire : le servage du pEuple au profit d'une
ploutocratie anonyme et internationale.

�778

L'ESPRIT NOUYEAU
LES POTASSES D'ALSACE

*

**
Le rachat par l' Etat des « biens, droits et intérets afférents
aux roncessions et exploitations des mines de potasse du
Haut-Rhin », voté par le Sénat, le 3 février 1921 et par la
Chambre, le 11 mars 1921 prévoit une loi ultérieure statuant
sur les conditions del' amodiation. Ce vote n' engage point l' avenir, et sa portée se réduit a abroger le rr.gime de liquidation
judiciaire en vigueur depuis 1'armistice. La question demeura
par conséquent entiere et la porte ouverte atoutes les ambitions.
A qui l'Etat amodiera-t-il les mines de potasse? Trois projets sont en présence, que succinctement nous allons examiner
tour a. tour. Le premier, celui du Gouvernement, prévoit l'amodiation a quatre sociétés distinctes, a l'une desquelles l'Etat
accordert1 sa participation financiére pour la constitution de
son capital. Le second proj1:t, émanant de MM. Rendu, Louchem-, conserve la structure du précédent, mais prévoit le controle des quatre sociétés par une société centrale. Le dernier
projet, d'origine alsacienne, réclame l'amodiation a une scciété unique. Cette combinaison recueille l' adhésion du monde
alsacien industriel et agricole par l'esprit régionaliste qu'elle
manifeste. Disons de suite qu'il convient d'écarter la conception Rendu-Loucheur, dont le seul mérite est celui tout ré'latif
d'une tentative de conciliation probablement intérPssée, qui
aboutirait &lt;&gt;n dernier lieu a réaliser la formule du Gouvcrnement, avec tous les inconvénients - pour l'intéret national du projet alsacien.
Une erreur initiale réside a. la base des deux theses restant
en présence, avec cependant une pointe de gravité supplémentaire pour la derniere. En effet, la vente des potasses a
l' étranger se trouve subordonnée dans son exécution a. celle
effectuée dans les limites du marché natio•al. :Mais tandis que
l'Etat ne concédera de licences d'exportation aux socir:tés
exploitantes qu'au prorata des ventes effectuées par elles aux

779

agriculteur3 fran9ais, la gestion alsacienne distraira des bénéfices réalisés, une ristourne au profit de ces memes agriculteura,
ristourne destinée a ramener le prix de vente a l'intérieur au
prix de revient réel, controlé par les ingénieurs de l'Etat. Remarquons tout d'abord que la prévision des licences d'exportation dément le programme de liberté commerciale de M. Dior.
De plus, la question des exportations apparait en fait comrne
secondaire dans les projets en vigueur. L'un comme l' autre,
sous la pression d'influences rJgionales ou électorales, font
bon marché des débouchés extérieurs. A titre égal, ils méconnaissent l'importance de cette source de profits qu'est le marché international, et s'ils divergent ce n'est que sur le mécaniscanisme des concessions a accorder au.x agriculteur3 fran9ais.
Cette ingérence indirecte des associations agricoles franpises dans une exploitation quiintéresse peut-etre ces associations est logique en príncipe. Mais d'un príncipe estimé a une
utilité reconnue, il y a loin. Surtout si l'on escompte le jeu des
intérets qui ne peut manquer de se produire, et de résorber en
lui-meme tous les bénéfices attendus de la conception initiale.
Le GouYernement, dont la préoccupation majeure est de tenir
la balance égale entre tous les groupes parlementaires, sacrifiait dans son projet au groupe de défense paysanne.
Parmi les quatre sociétés susceptibles de hénéficier de l'amodiation prochaine, il en imposait une d'essence mi-agricole,
mi-étatiste. Et ce faisant, il s' attach~_it la reconnaissance d'un
groupe ; or tout le monde sait qu'une reconnaissance parlementaire s' exprime par des voix et des votes. Semblable place
ne pouvait etre réservée aux agriculteurs dans le projet alsacien, puisque les mines de potasse ne seraient adjugées qu' a
une société unique. Pour obvier a cet inconvénient, grave en
l'espece étant donné que tout projet futur d'amodiation fera
l'objet d'une loi, les repr¿sentants alsaciens ont imaginé le
príncipe de la ristourne au détriment des exportations. Le
cercle est vicieux: d'une part, l'intérét national dont la France

�780

L'E!:PRIT NOUVEAU

est la mandataire, mais sans voix ni mandat ; de l' autre, l'intérét régional alsacien, et celui gouvernemental lié a une majorité. Entre les deux derniers, un Parlement indécis en l'occurence, incompétent par définition et flottant par intérét.
Mais, si apres avoir statué sur les reglements possibles demandés respectivement par les deux adversaires, on envisage
la question sous son aspect le plus général et le plus attachant
pour un citoyen quelconque, on ne peut manquer de manifester quelque surprise du role négatif joué par le GouYernement
en matiere de politique économique générale. On considere généralement que par définition, l' Etat est a la fois le détenteur
et l'administrateur de la fortune nationale. Parfois, une
démence d'orgueil l'incite a l'administration directe et c'est
un désastra. En d' au tres cas, il dél egue ses pouvoirs, et les intérets nationaux s'ils ne sont pas gérés a la perfection, accusent
tout de meme une plus-value, inconnue sous la gestion directc.
Or, pour ce qui nous occupe, l'Etat renonce a son role d'administrateur et se déclare prét a déléguer ses pouvoirs et ses
charges. Mais a qui, et dans quelles conditions ? A qui, il n'en
i:;ait rien lui-meme. Sinon au plus offrant ou au plus rnéritant,
tout au rnoins a celui dont la gestion ne luí procurera jamais
de désagréments. Les conditions ? Subordonnées a son intéret
de Gouvernement, comrne nous l' avons vu précédernment.
Ici, il convient de faire une discrimination et de séparer
l'Etat, gardien de l'intéret national, du Gouvernemnet, coalition d'hommes intéressés au pouvoir personnel. En príncipe,
l'un n' est que l' expression de l' autre, son conseil d' adrninistration en quelque sorte. En réalité, les assemblées générales
ne se réunissant que tous les quatre ans pour élfre des mandataires de controle, et quatre ans étant l' éternité pour un Gouvernement, ce dernier a tout le tcmps pour mener son jeu d'intrigues, d'inaction publique et d' action personnelle. Si les vieillards sont deux fois enfants, les parlementairas le sont au
rnoins. quatra fois, et les électcurs beaucoup plus, surtout sur

LES POTASSES D'ALSACE

781

le rapport de la mémoira. C'est pourquoi le Gouvernement ne
s'apeure pas, et nie impunément l'Etat qu'il raprésente.
Or, s'il est de l'intérét du Gouvernement de réserver une
place privilégiée aux agriculteura dans la vente des potasses,
il est de l'intéret de l'E tat d'avoir une politique uniforme et
réglée des engrais chimiques. Le projet d' arnodiation, avec les
restrictions agricoles qu'il comporte, est la négation de cette
politique. Entre le bassin minier lorrain, les gisements potassiques de Mulhouse, et les phosphates tunisiens, le Gouvernement estime qu'il n'y a aucune connexion d' application possible, ou alors qu'une telle connoxion lui serait nuisible. Le
machiavélisme n' est pas mort, et s'il a émigré de la politique
e' est pour se réfugier dans la finance; et de l'une al' autre, il y
a un si petit pas ! Bref, ou est la politique gouvernementale des
engrais chimiques ? Pourquoi le Gouvernement ne profite-t-il
pas de l' amodiation des mines de potasse, pour coaliser les
ef forts des producteurs de phosphates ou de scories de déphosphoration, avec ceux des producteurs futurs de potasse ? S'il le
f aisait, point ne serait alors nécessaire de subordonner abusément la vente des potasses aux besoins agricoles nationaux.
Car une entente entre les exploitants ou producteurs des trois
engrais, déchargerait l'un pour charger équitablement les
autres, et permettrait d' affronter calmement, et tous atouts
en main, la concurrence f arouche de l' Allemagne sur le
marché mondial. La France est-elle done assez riche pour
se désintéresser des ventes internationales, et le franc feraitil par hasard prime sur les bourses étrangeres ? Que le proj ct alsacien se d.ésintéresse, lui, quelque peu de la vente extérieure, rien de plus naturel: il est éminernment régional, et
le Gouvernement le contraint a semblahle calcul par les concessions de son propre projet. A la séance du 11 mars dernier,
les députés ont voté a main levée et sans coup férir le rachat
des mines par l'Etat, estimant peut-etre qu'il était trop tot pour
exiger des précisions, ou plus vraisemhlablement n'estimant

�i82

L' ESPRIT ~OCVEAU

ríen du tout. Et cette loi n'a pris que le temps d'une lectur~
que nul n'entend et dont nul ne se soucie. Ou sont les bienfaits
des premieres et secondes lectures des bills aux Communes ?
Dans de semblables conditions, révélant l'inanité de toute
lutte internationale entre les engrais chirniques frani;ais et
allemands, on en est a se demander si une entente entre les
producteurs des deux pays ne serait pas plus profitable a la
France, qu'une action isolée et vouée des ses origines al'échec.
*

*

*

Que M. Helmer, liquidateur séquestre des mines de potasse,
ait dénoncé avec vigueur l'impossibilité de cette solution,
ríen de plus naturel. Sa protestation figurait dans un maníleste électoral au college du Haut-Rhin. l\Iais, n'en déplaise a M. IIelmer, ce un monopole mondial » a. deux vaut
mieux qu'une part réduite a un. De plus, un tel monopole ne
régenterait jamais les cours, les réduirait au contraire, et
pour qui connait la mentalité anglaise, il est probable que les
commer~ants britanniques f eraient un bien rncilleur accueil
a des potasses franco-allemandes de prix réduit, qu' a des J)Otasses frani;aises de prix élevé: M. Helmer nous permettra
enfin de considérer avec quelque scepticisme son affirmation,
toujours électorale, « que la Grande-Bretagne pose comme
condition formelle que nous ne fassions pas contre elle un
acord avec nos ennemis » (1). Si la chose est vraie, et nous le
demandons a M. Helmer, nous espérons que le Gom·ernement
tiendra a honneur de s'expliquer sur cette condition draconienne, inadmissible, et qui accuse au plus haut chef unP. mainmise anglaise sur la politique intérieure frani;aise. L'ere de
Clémenceau serait done semblable a l'hégyre de Mahomet.
Elle se pour.mivrait. L'ere de M. Helmer se pour.mit également, et cela au plus grand préjudice des mines de potasse.
(1) Rei'lle des Produits rhimiquts du 15 jam·icr 1021, pngc 16.

LES POTASSES D'ALSACE

783

Apres tout., moins il y a de potasses extrait8s ou vendues,
plus il en r~ste pour les générations a venir. Gest un oo.lcul
de ce genre qu'a du faire 1\.1. Helmer en prcnant la direction
de la Société commerciale des potasses d' Alsace-Lorraine, et
en dirigeant le bureau des Yentes en compagnie de l\lM. Mecier et Yogt. Or ce bureau, profitant de sa situation privilégiée,
a imposé des conditions de vente plus que séveres, et des
reglements de cours a l'étranger, dont le moins qu'on puisse
dire, est qu'ils répondent peut-etre aux besoins financiers des
sociétés de potasse, mais pas du tout aux conditions d'une
lutte monrliale. Le systeme des agents de vente a l'étranger
est fort bien inventé. Le K.alisyndic:1te l' avait déja utilisé
avec succcs. l\1ais le Kalisyndicate était l'organe repr.?sentatif
de 164 mines allemandes, et le marché mondial lui appartenait sans conteste. Ce n'est pas le cas pour la France d'aujourd'hui qui avec ses 13 mines de potasse ne peut etre en
mesure de lutter contre les 1SO mines environ restant a
l' Allemagne. Ses agents de vente a. l'étranger seront annihilés
par leur.5 concurrents du Kalisyndicate, et les prix franvais
atteinclront par comparaison des taux prohibitifs. C'est alors
sans doute que la Grande-Brctagne manifestcra son indéfectible attachement aux potasses frangaises, en passant commande au Kafü,yndicate ! De plus, le systeme d' agents de
vente déja. employé l'année derniere, s'il n'a pas donné d'excellents résultats a l'étranger, a soulevé en France un mécontentement général auprcs des négociants de produits chimiques, acheteurs des sels de potasse. Une condition impitoyable serait imposée aux acheteurs frangais des sels, celle
de ne pas réexporter. Que signifie cela ? On comprend le monopole. C'est une théorie a faire valoir quand on en a les moyens,
mais nous l' avons déja. &lt;lit, en potasses seules, la France ne
peut prétendre concurrencer l' Allemagne. D' autre part, le
jeu de la libre concurrence, c'cst-a.-dire le droit aux négociants
frangais d'exporter les sels qu'ils achctent aux exploitants

�784

L'ESPRIT NOUVEAU

des mines, permettrait d'escompter des fluctuatíons de prix,
plus profitables certainement aux acheteur.s que les cour.;
artificiels pratiqués par la Société commerciale de Mulhouse.
Alors a qui profite !'affaire ? A un groupe, uniquement. L'intéret national mis de coté, inexistant du reste pour les gens
d' argent, il ne reste plus que les intérets particuliers. d'un
petit consortium. Et le plus curieux, est que ces intéréts ráussissent a s'exprimer sous une gestion d'Etat telle que celle
de la liquidation judiciaire. Le passé et le présent permettent
de bien augurar de l'avenir. La production des potasses,
comme la sidérurgie, sera aux mains d'un consortium, anonyme, selon la loi, plus.ou moins international, et dont les intérets résideront tout autant a.Londresou New-York qu'a.Paris.
Cette conception de consortiums et de sociétés anonymes
est anti-démocratique et anti-humaine. Rien n'est plus contraire a l'idéal des peuples que cette régence avouée dans son
príncipe, secrete dans son exécution, des affaires du mond&lt;'.
Si le boss est un tres grand homme, la Belgique est a ce compte
la plus grande nation &lt;lu monde, puisque le b3.ron Empain
dirige de sa main toute puissante tous les tramways de l'univers en passant par Riga, Salonique et Buenos-Ayres. Cct
idéal n'est pas celui du peuple frangais, quoi qu'en pensent
certains parlementaires pour qui l'intéret général est un superhe paravent destiné a celer les petites opérations de coulisse.
Mais le pis est que meme ce bureau commercial de l\1ulhouse géré par un représentant de l'Etat, n'arrive pas adonner
satisfaction a ses acheteurs quels qu'ils soient, et par conséquent ne fait pas ses affaires. La question des transports est
intervenue, restreignant ainsi les envois de sels tant a l'intérieur du pays qu'a l'extérieur. Une question écrite de M. de
Rodez-Bénavent, député, au ministre du Commerce, tendant
ríen moins qu'a réserver la totalité de la production des potasses aux agriculteurs frangais, a provoqué une réponse
avouant accidentellement la crise des transports. Une amé-

LES POTASSES D'ALSACE

785

lioration était en projet, qui devait porter les expéditions a
7. 000 tonnes par mois a. l'intérieur du pays, soit 84. 000 tonnes
par an, ce qui serait relativement peu. Mais en admettant
que ce chiffre puisse etre triplé ou quadruplé, il n'approche
pas encore de la vente intérieure del' Allemagne qui en 1908,
alors que les mines d'Alsace ne produisaient qu'en quantité négligeable, consommait 1. 965. 900 tonnes de KCI, soit
328. 000 tonnes de K 2 0.
En somme, sous quelque aspect que l' on envisage le probleme des potasses, on arrive a cette conclusion tres nette
que rien de sérieux, de définitif, n' a été réalisé, ni meme tenté.
Les mesures envisagées sont temporaires et les décisions définitives reculent dans l'attente du moment opportun. L'Etat
et le groupc alsacien s'opposent mutuéllement leurs projets,
s' affrontent, laissant ainsi la voie libre a toutes les ambitions
des consortiums d'affaires. Ceux-ci ne choment pas, et un
jour quelconque, le pays apprendra avec stupéfaction que les
mines de potasse sont échues en partage a un groupe dont le
président du conseil d' administration est un de ces hommes
qui dirigent les affaires les plus diverses. Que l' amodiation se
fasse a quatre sociétés distinctes ou a. une société unique, le
résultat sera le meme en définitive, ayee une teinte d'hypocrisie en plus d'une part. La loi qui regle les conditions des
sociétés d'exploitation est singulierement retor.se, et rien n'cst
parfois plus illégal que le droit lui-meme. A coté de cela, les
opérations de surenchere se précipitent au dam des ventes
a l' extérieur. Celles-ci du reste sont sacrifiées dans leur exécution depuis l'armistice, et l'homme qui les dirige, parlementaire et avocat, n' aurait peut-etre pas la confiance du
pays, si on lui en référait directement.

* **
Il n' entrait pas dans nos intentions de discuter a la lettra
et en détail les différents projets des mines de potasse. Bien

�786

L;ESPRIT NOUVEAU

des questions, telles que celles des Kuxes (actions) n'ont
meme pas été abordées, et bien d' autras restent qui dernanderaient a etre tranchées définitivement. Nous avons voulu
simplement avertir la nation, et faire comprendre au peuple
qu'il est temps pour lui de gérar directement ses affaires.
Nous n'agissons ici pour aucun intéret, pour aucun groupe,
pour aucune force occulte. ~otre seule force est la volonté
nationale. L'opinion publique est une grande voix dont les
grondements sont parfois salutaires. Qu'elle se fasse entendre.
11 y a aujourd'hui assez de sociétés, assez de groupes, assez
de rartels qui brisent la joie du travail humain et la quiétude
des travailleurs. Ces puissances anonyrnes exploitent a leur
profit des richesses qui sont atous. L'reuvre de dépouillement
se pour.3uit a la faveur du silence propice et voulu danslequel
on la maintient. La lutte entre le peuple et ces puissances sera
dure et sera longue. Un homme qui a compris le danger et qui
n' a pas hésité a mener le bon combat en faveur du peuple
contre les Magnats de la finance, a été brisé par eux. Cet
homme était le Président Wilson. En 1912, lors de sa campagne électorale, il formulait ce jugement qui est aussi le nótre,
et que nous proposons aux méditations de tous ceux qui croient
en la France et en la dignité des hommes : « Le danger dominant pour.le pays, ce n'est pas l'existence de grands syndicats
d'individus, c'est déja. assez dangereux, en toute conscience
- mais c' est le syndicat des' syndicats, - des chemins de fer,
des entreprises d'usines, des études des grandes mines, des
grandes entreprises pour le développement des forces hydrauliques naturelles du pays, le tout enfilé les uns dans les autres,
avec toute une série,de personnel et de conseils de directeurs,
pour aboutir a une communauté d'intérets plus formidable
que tout ce qu' on peut concevoir d' un syndicat isolé qui se
peut montrer au grand jour » (1).
R. CHENEVIER.
{l) La nouvelle Liberté. -

Woodrow Wilson, page 168.

THÉATRE
·

ESTHÉTIQUE DU THÉATRE CONTEMPORAIN

*
LE TEMPS D~S TÉNEBRES
ET LE TEMPS DES IDEVERTISSEME~TS
au théatre Moncey, de La puissance des ténebres de 1:olstoi:. Un éloge d' abord, a M. Darzens, qui
veut acc_hmater en France les abeilles blandes de Ligurie
et dans le qu~rtier de l'avenue da Clichy un théatre d'art
.Car La puissance des ténebres est une piece d'art. Le Théatra
Libre_nous l' a léguée. Et le Théatre Libre était un théatre d' art.
Mais le d~ame de Tolstoi: est une piece de ténebres. Et nous
ne nous p1aisons plus a l'art des t énebres.
L'intention de Toltor est morale. La puissance des ténebres
dans son texte imprimé, porte un sous-titre : « Une fois s;
patte engluée, l'oiseau est bientót pris. » Le r·aisonnement
cst celui des bonnes femmes : un enfant menteur est un enfant
voleur ; u~ ~nfant voleur devient un assassin ; done, si tu
me~s, _tu fm~ras su: l'échafaud. Le héros de Tolstoi, Nikita,
a sedmt une Jeune fille; done il deviendra l' amant de la femme
~e son patron, i1 f~ra_ ~ fa:1-x serment, il sera le complice de
1 as~assmat du mar1; 11 sedmra la fille du mort, il tuera l'enfant
qu'1l aura de ladite fille, et il finira sur l'échafaud s'il y a un
échafaud en Russie.
'
Tolstoi aurait pu nous montrer cela par l'évolution d'une
~me capable _d'apporter au germe d'une pensée ou d'une pass1on un terram fertile.
, 1:'' homme qui a écrit la Sonate aKreutzcr aurait peut-etre pu
ecr1re cela.

R

EPRISE,

(

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L;ESPRIT NOUVEAU

des questions, telles que celles des Kuxes (actions) n'ont
meme pas été abordées, et bien d' autras restent qui dernanderaient a etre tranchées définitivement. Nous avons voulu
simplement avertir la nation, et faire comprendre au peuple
qu'il est temps pour lui de gérar directement ses affaires.
Nous n'agissons ici pour aucun intéret, pour aucun groupe,
pour aucune force occulte. ~otre seule force est la volonté
nationale. L'opinion publique est une grande voix dont les
grondements sont parfois salutaires. Qu'elle se fasse entendre.
11 y a aujourd'hui assez de sociétés, assez de groupes, assez
de rartels qui brisent la joie du travail humain et la quiétude
des travailleurs. Ces puissances anonyrnes exploitent a leur
profit des richesses qui sont atous. L'reuvre de dépouillement
se pour.3uit a la faveur du silence propice et voulu danslequel
on la maintient. La lutte entre le peuple et ces puissances sera
dure et sera longue. Un homme qui a compris le danger et qui
n' a pas hésité a mener le bon combat en faveur du peuple
contre les Magnats de la finance, a été brisé par eux. Cet
homme était le Président Wilson. En 1912, lors de sa campagne électorale, il formulait ce jugement qui est aussi le nótre,
et que nous proposons aux méditations de tous ceux qui croient
en la France et en la dignité des hommes : « Le danger dominant pour.le pays, ce n'est pas l'existence de grands syndicats
d'individus, c'est déja. assez dangereux, en toute conscience
- mais c' est le syndicat des' syndicats, - des chemins de fer,
des entreprises d'usines, des études des grandes mines, des
grandes entreprises pour le développement des forces hydrauliques naturelles du pays, le tout enfilé les uns dans les autres,
avec toute une série,de personnel et de conseils de directeurs,
pour aboutir a une communauté d'intérets plus formidable
que tout ce qu' on peut concevoir d' un syndicat isolé qui se
peut montrer au grand jour » (1).
R. CHENEVIER.
{l) La nouvelle Liberté. -

Woodrow Wilson, page 168.

THÉATRE
·

ESTHÉTIQUE DU THÉATRE CONTEMPORAIN

*
LE TEMPS D~S TÉNEBRES
ET LE TEMPS DES IDEVERTISSEME~TS
au théatre Moncey, de La puissance des ténebres de 1:olstoi:. Un éloge d' abord, a M. Darzens, qui
veut acc_hmater en France les abeilles blandes de Ligurie
et dans le qu~rtier de l'avenue da Clichy un théatre d'art
.Car La puissance des ténebres est une piece d'art. Le Théatra
Libre_nous l' a léguée. Et le Théatre Libre était un théatre d' art.
Mais le d~ame de Tolstoi: est une piece de ténebres. Et nous
ne nous p1aisons plus a l'art des t énebres.
L'intention de Toltor est morale. La puissance des ténebres
dans son texte imprimé, porte un sous-titre : « Une fois s;
patte engluée, l'oiseau est bientót pris. » Le r·aisonnement
cst celui des bonnes femmes : un enfant menteur est un enfant
voleur ; u~ ~nfant voleur devient un assassin ; done, si tu
me~s, _tu fm~ras su: l'échafaud. Le héros de Tolstoi, Nikita,
a sedmt une Jeune fille; done il deviendra l' amant de la femme
~e son patron, i1 f~ra_ ~ fa:1-x serment, il sera le complice de
1 as~assmat du mar1; 11 sedmra la fille du mort, il tuera l'enfant
qu'1l aura de ladite fille, et il finira sur l'échafaud s'il y a un
échafaud en Russie.
'
Tolstoi aurait pu nous montrer cela par l'évolution d'une
~me capable _d'apporter au germe d'une pensée ou d'une pass1on un terram fertile.
, 1:'' homme qui a écrit la Sonate aKreutzcr aurait peut-etre pu
ecr1re cela.

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EPRISE,

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L'ESPRIT NOUVEAU

LE TE.MPS DES TÉNEBRES

Mais Tolstoi était russe et vivait au temps du théatre
réalíste (La puissance des ténebres eEt de 1886).
PurssANCE DES TÉNEBRES = idée morale + théátre réaliste
+ folie russe.
Part du théatre réaliste : les personnages sont d'une psychologie épaisse et basse de pores en has age. Le crimen' a aucun
mérite a s'emparer d'eux (affaiblissement de la démonstration
morale poursui/Jie). Les effets sont les effets puissants du réalisme, peres de eeux dugrand-guignolisme (l'assassinat du nouveau-né : ce il piaule, il piaule... ses os craquaient »).
Part de la folie russe : effets de mysticisme : le pere du
jeune Nikita, Akim, nettoyeur de réalistes fosses d'aisances,
invoque les sanctions divines et s'extasie d'une eonfession
qui a des allures de flagellation; Nikita le joli-eccur paysan
qui rit et aime les femmes comme du sucre, se sent pris subitement du besoin de cette eonfession publique qui le rachéte
aux yeux de Dieu. Psychologie uniquement russe. Done,
démonstration morale 'diminuée aux yeux de ce qui n' est pas
russe; inapplicable a ce qui n'est pas russe.
La formule du drame serait done plus exactement :
Pu1ssANCE DES TÉNEBRES = idée morale théatre réalisle
- particularisme russe.

colorés et fant~sístes. Je vois la la principale legon de ce spectacle. e&lt; La Pet1te Scene &gt;&gt; se &lt;lit « théatre de cour &gt;&gt; et se co _
sa~re aux c~efs-d'ceuvre '.anciens, parfois aux chefs-d'ceu;e
mmeurs. Ma1s ne montre aucune routine. Sa mise en scene est
~o~erne ; done le moderne s'infiltre partout et il n'y a qu'une
differei:ce de &lt;legré entr~ les plumes vertes, roses, rouges, vio~ttes, Jaune~ de la :e~1te Se ene Et les spectacles bariolés que
onne au theatre Femma la Chauve-souris de Moscou.

Le théatre que l'on voit aujourd'hui nous fait passer du
temps des ténébres au temps des divertissements.
Exemple : &lt;&lt; La Petite Scene ll, ayant un spectacle a donner
a choisi une piece ou il y eut du chant, de la danse, de la comédie, de la musique et de la fantaisíe. Cela peut se chercher dans
le théátre franQais, hors des seenes du boulevard. « La petite
scene » a trouvé La Princesse d' Elide, comédie-ballet de
Moliere, musique de Lulli - que la Comédie-Frarn,aise, paraitil, trouvait trop diffieile aj ouer.
Les acteurs de la ce PE-tite Scene" prenaient a leurs roles un
plaisir évident. Le public se divertissait autant qu'eux a écouter leur chant supérirnr scuvent .a lcur jeu, a regarder sur
les casques et les chapeaux, les plumes j aunes, violettes,
rouges, vertes.
Je dis plumes jaunes, violE.ttes, vertes, rouges et costumes

A

** *
Cette _Cha~/Je-s~uris est comme une sorte de chat noir russe
avec .i:rioms d esprit dans les textes mais plus de fantaisie dans
les P1~es d'ombres, plus de gaieté, plus de belles chansons
popula1res, plus de bariolages surtout.
La for~ule du théatre d'_art moderne e'est, jusqu'a présent,
le perf~ct10nnement ~u bar10l~ge. ~e voila partí pour rejoindre
le musw-hall, perf-ect10n du d1vert1ssement.

Le_ simpl~ divertissement, on croit bien que M. Henry
Bataille Y e;happe ~uan~, on voit le titre de sa píeee : La
Tendr~se. C est un t1tre d etude psychologique. Son sujet est
assez snnp~e pour ~omporter de la grandeur : un homme et une
femme s aiment, ils se quittent, ils se retrouvent avec tendress?. 11 Y a la une tragédie a la taille de Bérénice. M. Henri
Bataille ne l'a pas faite, a cause:
1~ De sa _propre maladie qui est de confondre psychologie
et teratologie.
2° De l~~aladi? gén_érale du théatre contemporain, qui est de
trop ~acr1her au divertissementetal'accessoire, ala sauce corsée.
, R~sultats. ~ Pour _la tératologie : il lui faut abaisser son
h~:ome, au r1s~ue_ d'mtroduire dans sa piéce une deuxiéme
p1ece, con:t,rad1cto1re avee la premiere : le drame de « la
femme_ qm a des sens JJ; et cette femme qui a des sens aura
un petit ~ant, acteur de cinéma E-t donnera rendez-vous a un
potache. Nous retombons a la piece de boulevard.
, ~our l' acc?ssoire : on voit défiler des bonshommes : un
eveque cand1d2.t al' Aca&lt;lÉmie, un ccmpositcur, drnx auteurs,

�790

L' ESPRIT );0l'VEAU

un comte revendeur de meubles, etc .. . Le « nO'ud de \' intrigue» repose sur une histoire analogue a celle de la cuisiniére
qui a acheté quelque chose dont le nom commence panm Z, des
z'haricots. L'homme sait qu'il est trompé pour un homme dont
le nom commence par un J : Sergyll. Mais il a laissé la femme
triompher des audaces des deux seuls hommes de sa connaissance dont le nom commence par un J. Et quand toute la salle
a cru a l'innocence de la dame et a bien« marché », une nouvelle ficelle est tirée, un fil téléphonique qui nous apprend que
le J existe mais s'appelle Sergyll.
Tout cela, c'est expérience du théatre, expérience de la vie
de certaines gens, si l'on veut, mais ce n'est pas psychologic.
Que M. Henry Bataille ait beaucoup ou « énormément » de
talent, peu importe, je ne cherche pas ici a jouer le juge et a
attribuer de bonnes notes ou de mauvaises notes, mais aessayer
peu a peu de trouver et de réunirles ressorts du théatre contemporain, en disant quelques mots des spectacles les plus divers.

1

l

Et ensuite, nous pourrons parkr peut-etre d'une esthétique
du théatre contemporain. Nous verrons alors si nous devons
approuver la sentence de Georges Polti : « Notre pauvre art
dramatique est grossier et mou comme un vieillard exhibitionniste. »
Ce jugement, il le portait au cours d'une présentation du
Théatre de chanwre d' « Art et Action ».
Ce théatre de chambre veut étre le contraire du théatre
de cour que veut étre la «Petite Scene » et du théatre de divertissement a quoi tendent tous nos jongleurs de mots (Le Bamf
sur le toit), de couleurs et de costumes (ChauYe-Souris, Ballets
russes) , de lumiéres (Lo"ie Fuller), de bruit (jazz-band, opérettes,
chansons).
Pour cet essai, on avait choisi le Philoctele d' André Gide.
Les trois personnages étaient peints par Dor Klein sur un grand
panneau et !'un d'eux devenait luminelL""&lt; par transparence des
que l'un des trois acteurs invisibles parlait. Ainsi l' attention
était avertie mais point distraite et pozivait se donner au texte.
Acheminement vers une séparation des acteurs et des récitants.
Essai heureux.
Fernand D1vornE.

�PAR

BLAISE

CENDRARS

CHAPITAE

Y

DU MIEL

Dans la riviere du Temps qui coule dans l'Espace, on
voit des truites paresseuses sous les herbes grasses. Les
eaux sont claires; le courant limpide. Au fond, parmi les
rayons ultra-violtt et inlra-rouge de la lurniere décomposée, on voit écumer les gemmes odo-magnétiques qui composent les aérolithes. Les métaux, les pi erres et les racines,
les herbes 6t toutes les feuilles sont riches de leur propre
vie. La végétation est audacieuse. Dans ce vallan, en en
survolant la source, j'ai chassé aujourd'hui a coups de
EXTRAITS D'UN LIVRE A PARAITRE PROCHAINEl\lENT AUX
ÉDJTIONS DE L'ESPRl7' NOUVEAU. La typographie de ces extraits n'esl
plls celh de l'ouurage, qui comporte une c~m¡ios'il'ion originale et de grand luxe.
~'1.

�canon_l'i~mense papillon hybride de la Crete-des-Heurcs,
au_x ailes 1sochrones €t dont l'une est le matin, l' autre le
so1r.
. Nos _petits obus ~ harpon n' avaient pas de prise sur ses
ª!les _diap~an~s et 11 ne f allut pas moins de 28 obus avant
d arriver a lm en loger un dans le ventre. La bete touchée a mort, fit une chute, se releva, fit une emb~rdée
pu_is s'enfuit a grand coups d'ailes, nous entrainant as;
smte car le harpon tenait bon.
L'in~ecte géant montait, descendait, se cabrai t, se retourna1t sens-dessus-dessous, virevoltait, nous remorguant, nous emportant, nous secouant. Nous nous trouvjons tant?t sur lui, dans le rayonnement de sa tete, tantot sous lm, dans la nuit de son ventre.
. A c?-:3-que co_u ~ nous risquions de chavirer, et craignant,
s1 ~e film venai~ a rom¡ire, de perdre notre prise, j' ordonna1 _au canonnHsr_ de t1rer un obus explosif en visant le
pap1~lon d~s l'oo~l. L'explo_si?n fit des ravages terribles.
~e _vis la bete ghsser prod1gieusement et choir les ailes
rig1des. Nous chümes derriere elle en tire-bouchon.
NGtre ?itu'.3-ti?n _était _crftique. L'esquif piquait du nez,
La machinerie eta1t arretee. Les homrnes étaient tombés
pele-méle a la renverse. Je resta.is seul debout cramponné au hublot avant, avec une douleur aigue dans la
tet~. Et c'eEt a cEt instant précis que j'eus la vision de la
fohe de notre entraprise. l\fon esprit fut accablé par l'erreur de nos rachtrches 6t l'inanité de nos efforts scientifiques.
Nous tombions en vrille, périsciens, entre le soir et le
matin, depuis to~jours. Non, il n'y a pas de lois ; il n'y a
pas de mesures ; 11 n' y a pas de centres. Pas d'unité, pas
de temps, pas d'espa~e. Notre raisonnement scientifique
est _un pauYre pf:t1t mstrument d'analyse, un filet aux:
!fla1lles de plus en plus serrées qui capte etligoteles termes
mertES de notre 1ialectique, :un filtra qui dépouille les
m?ts de tout esprit, _de toute 1mage, de toute force créatr1ce, de toute connaissance (co-naissance), qui les isole,
les décortique, les lave, les purifie, les dépouille de toute
attache, de tou~ granule, de toute scorie qu'ils apportaient
avec eux en n_aissant, pour arriver a circonscrire, préciser
un~ chose umque, done métaphysique, c'est-a-dire rien,
pmsqu? ~o_ut se ti~nt, se li~ Et rebondit, « et que l' on ne
peut def1mr un brm de paille sans démonter l'univera &gt;i.
Et commer.t démontuait-il l'univers ou définirait-il un
brin de_ paille, C(. t épanchement séreux au cerveau qui a
nom ra1sonnement scientifique, puisque la science ionora
les processus les plus primaires de l'univers et ne iait a
quoi attribuer, a la composition du sol, a l'exposition
climatérique, a la dégénérescence de la graine, au procédé
1

/_,_--- - _El~!!---- ---{&lt;z.

,/

,
1

a.,

''

- .. ________ _---

de culture, la teneur d' amidon plus ou moins élevée de
tel brin de paille.
Non, le point n'existe pas, sa définition peut etre celle
de l'espace (ni longueur, ni largeur, ni épaisseur) et tout
ce qu'il génere est fatigue de notre cerveau, convention.
lettre morte, rhó and phi. Sans superstition aucune,
l'instinctif balbutiement d'un enfant fait accourir l'uniYers, le range autour de son berceau et luí fait gracieusement don de sa réalité. Nos sens parlent et affirment. Physiquement, tout est caprice, folie, habitude, vice. Tout
est profondeur. L'univers est isomere, ce qui veut dira
qu'il est composé en tout et partout des memes éléments
qui ont pourtant (en tout et partout) despropriétésdifférentes selon que ces éléments sont différemment exposés.
Comment avais-je pu confier ma vie etcelle demescompagnons acette machine fragile, construite, je me l' avouais
maintenant, pour ainsi dire al' aveuglette, en tátonnant ?
N'avais-je pas travaillé au milieu d'incertitudes et de
doutes continuels ? Oui, moi, le savant consciencieux et
probe par excellence, l'inventeur de cet engin prodigieux:
qui nous avait transportéenpleincieletdontj'étaisjustement fier, moi, le dompteur de la spirale universelle comme
mes concitoyens m' avaie11t appelé apres mes travaux définitifs sur la vie des nombres, n'étais-je pas un imposteur
apres tout ? J' avais fait table rase de la géométrie, de la
trigonométrie, de la mécanique appliquée et céleste, des
lois et des théories scientifiquesles plus sures, les plus avérées, les plus stables pour professer les hypotheses les
plus chimériques, les plus folles, les plus obscures, comme

�un prophete inspiré, ccmme un poEte qui dit l u qui fait

semblant de dire des betises !Comment aYais-je pu convaincre mes compagnons a
m' acc0mpagnu ; oui, pcurquoi aYaient-ils rn foi en moi
alors que moi-méme je ne croyais plus a rien Et que je
m'effori;ais a me cae herma folie ? Ma pre~tance, mon rcgard de chef lt ce que drgage de reve millénaire un front
intellcc tuel.
Et alors q~e je croyais tout pudu, interYint obscurément cr besom de controle c-t de direction qui m' a toujour.;
fait agir. Je jetai un rrgard par le hublot. Le monstre
qu~ nous train~it v~nait de s'éc~ouer. Kous n'étions plw,
qu a une dem1-encablure de lu1 et nous allions nous fracasser. « Tout le monde a son poste ! » criai-je d'une Yoix:
de tonner_re. Je fis. sauter les amarres qui nous liaient a
notr~ pro_ie. De pmssantes décharges éleltriques mirent
rn nbrat1on les plaques de répulsite qui reYHaient notre
coque. L'énorme turbine arriere entra en action. D'un
coup de barre, je parvins a redresser l'appareil, et c'est
dans une embardée terrible que notre en gin vint s' arreter
e?_Pl~né a deux metres a peine de la carcasse géante. Ríen
n_ etait perdu. :Mes hommes me regardaient hagards ; un
t1~ i:ierveux: me faisait sourire. :\Iais les quartiers-mai~es
cr~a1ent &lt;' Au travail ! &gt;i. Déja des grues silencieuses sortaient des flanes de :11otre vaisseau Et se mirent a dépecer
le cadavre. :\fa pass1on me reprenais, je cataloguais fiéYreusement ce que nous emmagasinions de notre hutin.
Voici ce que nous trouvames dans le papillon mort :
1. Le Bélier écumant, qui martelait la tete mutilée.
2. Le Taureau furieux qui jaillit de la nuque.
3. Le Cancer chaud qui couvait dans le sein.
-'1. Le Lion rugissant qui siégeait dans le plexus solaire.
5. Les Gémeaux a. califourchon sur les antennes.
6. La Balance dans l' axe des ailes (nous ne pu.mes embarquer ces ailes immenses).
7. La l'ierge humainement endormie dans les flanes.
8. Le Seor pion qui rongeait le ventre (c'est lui qui aYait
été harponné).
9. Le Sagittaire qui défendait la bouche.
10. Le Capricorne au nreud du corselet.
11 et 12. Le Verseau ondoyant, les Poissonsquinageaient
dans les yeux.
Les pattes crispées étreignaient l'espace, blanc comme
un nénuphar.
_En explorant la trompe, je fis couler une goutte de
miel.
La vie est efficaccment, manifestement, formellement
de l'espace et du temps sublimisés, fondus, aromatisés.
Du miel.

vz
:DB ~ 11 BHDBOZT @V GJtSJIHT
~~•

vz•~~~~• ~va;ga ;.

:D'U Bz.;g JIT D~ ~rcg~~
Nous venions de repartir et de regagner un peu d'alt.itude, quand on vint m' avertir qu'une chaine de montagnes était signalée dans notre ouaiche. Je me rendís immédiatement au poste de cartographie, dans la tourelle
arriere. En effet, des cretes géométriques émergeaient
tres has a l'horizon. Je fis virer de bord et nous nous dirigeames apetite allure dans la direction ~.-X.-0.

Xous entrames biC'ntot dans ww zone essentiellement
lumineuse. Nous naviguions au milieu d'étincelles, de
reflets, de micassures. Les radiations semblaient prendre
1·orps, se granulrr, deYenir sonares. Cela faisait comme
un frissoulis continu contrc notre coque. Un rayon plus
puissant nous heurtait de plein fouet comme un obus,
faisait résonner notre navire et parfois une vague semblait
le soulever. Les émissions de lumiere se succédaient de
plus en plus rapides, densei::, violentes et pruwnaient

�toutes des montagnes qui barraient notre route. L'analyse spertralc détermina l'osmium et fen conclus que les
montagnes que n0us avions deYant nous étaient des montagnes de platine en pleine activité et qu'en nous en
approeh~nt_ la coque ~~térieure, en cristal, de notrc engin,
en polar1sa1t la lum1ere comme de la tourmaline. Ceci
rxpliq_uait aussi notre aYance de plus en plus pénible et
ralent1e.
Nous arrivámes ainsi difficultuwsement deYant un
ri:iur uni, lis:::e, poli, brillant, rouleur ardoise. Ses aret&lt;'s
t1rées au cordeau ne présentaient aucune anfractuosité.
Ayant franchi ce mur, nous découvrimes plus loin une
autre fa~ade inclinée, tout aussi unie, lisse, polie, brillante. ~ous fimes le tour de la montagne. Ce n'était
~u'un seul bloc _de pl~tine, énorme. icosaedre régulier.
29 blocs de pare1lle tru1le et de pare1lle structure,abouehés h~ut_a bout, composaient cetle chaine demontagnes
et la fa1::;ment ressembler a une chenille géante del' espe1·e
d~s. proC"~ssionnaires. Le dernier bloc était fendu par le
miheu. _~ous nous engageames dans ce canon ótroit, profond, smueux.
L'entrée était tapissée d'un métal blanc, cassant. qui
s'émiettait d dont les dissolutions sur le sol présentaient
lrR couleurs atténuées de l'arc-en-eiel.
_Plus ª?rnt, d~s concrüions éncrmes saillaient drs par01::; et s eboulaient a notre passage en souleYant drs
ra~agcs de poussieres bruJ1es, rougeatres, safran. Plus
lorn, au fond d'un puits, une souree jaillissait par interrnittences, épaisse, lourde, sanguine, charriant une espeee
de tourbe chaude, fragments &lt;le végétations, cristallisations ramollies, astres en caoutchouc, pierres banuses,
sirop animal, huile agglomérée. Au bout, le couloir aboutissait a un eirque immense, ou dans un clair-obscm·
d'aquarium nageaient des formes confuses. Les ombres
des choses se chevauchaient en désordre, a peine opaques,
H' compénétraient. Etrange tohu-hohu ! La d&lt;'rniére lune
moisi5sait dans une cuvette poreuse et, tout autour, les
lunes anciennes éparpillées, gisaient, salies, navrnntes,
troublrs, sans tain, le ventre en l'air parmi les objets lrs
plus hétéroclites qui Yoisinent habitueJlement et ehampignonnent dans les coulisses d'un théütre comme dans
une ce1Telle a l'envers. 1'ous fimes demi-tour dans eette
ent'einte, et avant de nous engagH dansl'étroit corridor
qui nous avait amenés, je fis allumer tous nos phares.
Les Yieilles lunes se ranirnerent, blafardes, iYoirine:,;,
et j'eus la vision rapide et infiniment tragique du cimeticre des éléphant,; que déerit Sindbad le Marin dans
les 11ille et une 1'11its, les grandes carcass&lt;'S blanchei:;,
les monceaux d'os délaYés !

Maintenant, nous approehions de la sortie. Yues de
l'intérieur de la montagne, les irradiations tremblaient
sur le seuil lumineux eomme les cils d'une paupiere.
Devant nous tout le champ Yisuel palpitait, moutonnait
a l'infini, moisrnn dcrL'&lt;', fragrance des plus beaux blrs
de la lumiére. En passant je fauehai les épis lPs pluslourds.
Jr les nouai en gerbe et YOil'i ce que j'emporte pourensemrncer éterncllenH'nt la tC'rre des hommes :
POI.AIRE, &lt;lit Bh: de S::,arawka ou dePolognc: grain jaunr
tres caractéristique et bien particulier, paillc blanche, &lt;l&lt;'
hauteur moyenne et rési~tante a la Yer:;e. Tres rJsistant
a la g¡,Jée.
ALGOL, clit_ Rouge dr la Valutte: grain rougr, plcin, gras
e!, _lourcl. ~"&gt;aille rousse, _de hauteur moyenne, mi-pleine,
rPs1stante al~ Yersr. H at1f, talle peu, se plait dans presqu&lt;'
tous Jc,s terr~ms. P&lt;'ut etre semé jusqu·a fin février.
~LTAI~,. d1t Japhet ou_ Blé de Dim: beau grain roux.
pl&lt;'m, mun~sant bien. Prullr blanche de hautwr moyennr
assez furte. S' accommode de tous les trrrains. Se i::éme á
l'automne et au p1:internps. Tres hatif. :\'e talle pas.
~~;ELGUEVSE, cht f!on J:r:mier: gr°:in jaune,_ laurel, apprl'Cie de la meuner1r, resiste hwn a la romlle. Paill&lt;'
jaune-elair, coul't!.' Pt raide. liatif, talle peu, se plait dans
prrsque tous les terrains.
L'EPr, dit Goldrnrop rouge d'Ecosse: c,rain rnoyen, général_rm&lt;'nt glacé, mi-pnrtie jaune et ;ouge. Tres befü,
paille ruugr, haute c:t forte, souwnt colurJe de violct audessous de l'épi. Tres rustique, résiste a la gelée Et aux
maladies. Talle trei; biPn. Tardif.
.ALDEBARA~, dit des /&gt;rés: magnifiqucgrainjau1)(', dair,
gros et lourd. Bellc paillc hlanehe, ass&lt;'z haut1:&gt; mais tre~
résistante. i\'e rouille pas, n'échaude pas. Talle bien.
Réussit en tous terrains.
. HrcEr:, dit Cartcr: gr,1in gri:-, jaunútr2, tres gro:-, un peu
mié. Pmlle hlanche, haute mais gro~s&lt;' et tres 1&lt;,sistante
alawr:-;e. Tallagp moyen.Hatif. DPmande de bons tr-rrains.
ARCIIEMAR~, di~ J aune á l~arbes: grain rouge-brun,noir
au germe. Pa1lle Jaune. Epi brun, wlouté, énorme. Le&gt;
plui; produetif de touks les variétés. Tres rw,tique. Talle
bien. Hésü,i.e a la grlée et aux maladies. A le défaut d'etrl'
tal'dif 1-t de se battrc difficilrrnent.
La CROIX nu Suo. dit Roseau : grain blane, a:,;~ezgro~.
Paille bland1e, assez gross&lt;', tres résbtante. Fe{"iilles
lal'ges. Le plus hátif des épis canés. ;\Jürit bien. A semer
en bonnes t, rre!-.
., Je ~rois ~)i:-n que nous avions voyagé dans un a'il et quC'
J ava1s l'ue1lh de~ regard~. Blés du cerYeau.
Blaisr CEXDR.\HS.

�L'ANTICIPATION CHEZ G. D'ANNUNZIO

CIIEZ

G. D'~!lNNUNZIO
Malgré des formes d'activité multiples et ordonnées, d une
apparence de logique, dircctriec dans l'élaboration des principes et harmonique • dans l'établissement des conditions de
vie, les sociétés modernes souffrent d'un mal profond, vital,
qui chaque jour davantage entame leur structure et menaee
leur équilibrc organique. De toutes parts, et avec une abondance inusitée due au bouleversement mondial, des forces
nouvelles se font jour, et peu a peu pénetrent l'ossature &lt;lu
corps social mena~-nnt d'aecomplir un de ces renouvellements
qui atteignent toute::; les formes de la vie et ébranlent les civilisations. Mais, si intime et dissimulée que soit l' ~uvre de &lt;'e
transformisme silenrieux, l'inquiétudc cependant a saisi les
esprits et le trouble gagné les creurs. Un sens nouveau, sens
social, suscité en quelque sorte par l'effroi de la menace latente
s'est créé, avide de fonctionnement et soucieux de canaliser
ou · d' endiguer les forces immenses dont le déploiement marquerait la fin d'un ordre connu et l'inauguration d'une er?
nouvelle. Des hommes se sont trouvés qui, sous des latitudes
différentes et selon des modes d'expression divers, ont tenté

799

d'attJnutr la crise toute proche, et anticipant sur le devenir
historique, se sont donné a tache de pr¿voir la structurc des
sociétés futures et de dé finir le caractere de ses éventuels composants. Ils ont compris que les valeurs d'apres lesquelles
l'homme construisait depuis dix-neuf sierles étaient viciées,
et que la science avait porté un coup mortel aux mythes et
aux dogmes dont se nourrissait l'ame humaine. Un ordre nouveau appelle des valeurs nouvelle~, et toute l' muvre de Nietzsche
tend a r¿aliser la transmutation. De leur cóté, Taine et Renan
demandaient aux civilisations de restituer non seulement lE-Ur
passé, mais ene ore de prédirt' quelques-unes de leurs étapes futures, et de l'étude des origines concluaient a des possibilités
changeantes et hypothétiques. Plus pres de nous, \Vells Et
Rabindranath TagorJ antieipaient parcillemcnt, satisfaisant
dans la mesure des právisions humaines la euriosité et l'aviditJ
des esprits.
A tant de curiosité Et d'aviditL•, un flot de prophéties constamment alimenté est nécessaire. 11 y a vingt ans que O,abriel
d' Annunzio alimente ee flot. Chaque pensée qu'il extériorisait,
chaque parole qu'il pronon9ait, étaient marquées au coin de
ret esprit nouveau que le monde avait fait sien. Toute son
hérédité latine était luurde des inquiétudes qui accablaient les
esprits, toute sa foi l'appar?ntait a la lignée des Tainc, Renan,
~i€tzsche, Et cependant seule, sa qualitt• poétique conquérait,
l'univeraelle admiration ignorait le visionnaire. C'est que
l'objet de sa vision n'est pas une vie colleetiw, une civilisation
déchue, ou un mom('nt de la pensée humaine. Lui-meme est
son propre objet, son uniquc fin. Toute la richesse d'un monde,
toutes ses possibilités d' agencemcnt sont concentrées dans
eette nature compliquée, ou le jeu des facultés s'accomplit
suivant les mo&lt;les les plus diYers, les plus précis et les plus
eomplets, sous l'empire d'une imagination au rythme harmonieux et dominateur. Des lora, et par cela meme, les anticipations ehez G. d'Annunzio portent uniquement sur la vie

�800

L"ESPRIT ::';OUVEAC
L'Al'iTICIPATIO:'í CHEZ G. D'Al'il'il:_:liZIO

individuelle, sa vie. A la fois, il est l'expression complete et
raffinée de sa civ:ilisation, et la synthese de l' etre nouveau et
possible. A la fois, il vit, dans son temps et hors de son temps.
Sa nature féconde et sa volonté forte ne s'accommodent pas
des limites étroites dont l'ordre social l'enserre comme d'autant de rets. Il les dépasse, ou il les brise. Nulle place n'est la
sienne a demeure. C'est une magnifique force naturelle, échappée dans la nature. «La vie de mille hommes est-ce done toute
la vie (1) 11 s'écrie-t-il tragiquement. Et, sa Yolonté se tend,
sa sensibilité se concentre, sa faculté crfatrice se déchaine, et il
vit une multitude de vies, chacune sans durée, mais atteignant
dans chacune la plénitude de l'intensité, et l'épuisement des
sensations. Toutes les possibilités, tous les aspects de la vie,
G. d' Annunzio les explore tour a tour et les réalise. Son irnagination toujours en éveil crée a tout moment un personnagc
nouveau qui le devanee, l'attire et auquel il s'assimile, tantót
Stelio crfatcur dans la joie, tantót Alexandre, monstr,, tragique de plénitude individuelle, t:mtót Ruggero Flamrna.
ambitieux clievalier d'une gloire qui le consume et le tue. Et, si
int~nse est cette imagination, qu'elle impose ala fiction qu'elle
cr2e ou a la vie qu'elle découvre une forme lyrique et passionnée, transposant dans un monde éblouissant les pauvratés,
magnifiant les laideur:;, ennoblissant les infarnies, et par l"emploi d"une langue sonore aux périodes musicales et colorJe:-,
conférant a toute chose un pouvoir sublime et magique d"attir.mce et de per:;uation.
Une telle richesse porte en elle-meme se::; éléments cl'impui~~ance. Si l'abondance imaginativ~ et le eoloris du langage
serYent le poete, c'est au p1'&lt;~judice de l'indiYidu, et G. cl"Annunzio est vou-• a cet étr.1nge destin de ne pénétrer dans la
pensée et dans la foi des hommes, que mutilé et clédoublé. La
disparité des jugements que le róle rJcent du Commandentc
(1 ) G. o'A:--Xl' :,,;z10, La Gloirc.

..,.

801

suscita, attestc pleincmcnt l' ar bitraire de CC'tte mutilation et
disjonction. Comme bien d" autres pllurtant, ce róle était écrit
et prévu; au meme titre que bien d'autres, G. d'Annunzio
s' était promis de le tenir. En regard des volontés fléchissantes
qui sont la comrnune mesure des hommes, il a dressé l' irréductihle de sa force. A toutes les solutions de l'ccuvre future que la
spéculation avait élaborées, auxquelles l'histoire avait contribué, que la poé::;ie avait embellies ou la chimere déformées, G.
d'Annunzio a joint l'expérience douloureuse, laseule qui créela
vie, en enfantant dans la souffrance et dans le sang.
De toutes les étapes sociales possibles qui att~ndent les
óvilisations dans leur vie future, G. d' Annunzio vient peutétre de r.?Yélcr la plus proche. Latín et Italicn, il n·ignore rien
de l'histoirc de sa raee. 11 prolonge daos le présent, la lignée
de ces rudes génies de la Renaissance. a la fois artistes et
guerriers, débordants de fiewe crJatrice et de passion, animateurs des idées, des choses ou des hommes. A la plénitude,
a l' épuisement total des formes de la vie, nul riel n·est plus
propice, nul climat plus faYorable que le ciel et le climat de
ritalie. Sur eette terre heureuse, dépositaire de la plus noble
des eivilisations, une avidité de jouissances, unie a un scntirnent tres vif de la valeur du t~mps étr1:int le::; hommes, multiplie lcur..:; Yies et le::; jet t e parfois hor.- de leur époquc ou de
lrur sueiété. Les plus grands paraissent alor.5, sur un plan que
l"ccil n·a point coutume de par,·ourir, et leur g~nie dépassantla
norme du temps, anticipant sur le devenir, en fait des visionnair{'S ou des prophctes. Souvent, lcur antit:ipation sC' loealisl'
dans l'idéal et l' abstrait, varfois elle atteint 1' action, mais
rarement l'action complete et affirme ce que la pensée a con&lt;;u
ou prJdit. G. d' Annunzio a cu CC'pcndant cette fortunC' si rare.
Ce que le Commandant vient de rJaliser, vingt ans auparavant
sa tragé&lt;lie « la Gloire » l' aYait annoncé, et ríen ne manque
ú cette rcprésentation vJcue, pus meme le tragique du sang.
JHlS memela chute fatalC' et le hniser mortel de la Comnena.

�802

L'ESPRIT NOUVEAU

Si les mysteres ont une clef, e' est au recueil des « Victoires
mutilées » qu'il faut demander la clef de celui de Fiume. L'anticipation est la, plus claire et plus compréhensible qu'ailleur3,
a cause peut-étre de sa forme dramatique, et del' action qu' elle
s'est choisie. Tout d'Annunzio, au moins celui des derniercs
année:-:, y transparait, et s'entoure de cette auréole prestigieuse
que les grandes actions conferent aux grandes pensées. Si
l' ambition est la maitresse des hommes, et la gloire, leur hantise, chez G. d'Annunzio, l'une esta demeure l'aliment de la
vie, l'autre la vie elle-méme. Xulle force ne l'éleve davantage,
nulle ne lui parait plus digne de l'activité humaine, et quel que
soit son appétit et parfois sa monstruosité, elle l'attire, l'enchaine, et le condamne a un perpétuel dynamisme, a une cráation infinie et illimitée. Force naturelle lui-meme, il ne songe
pasa se dérober a elle, pas plus qu'on ne se dérobe aux lois qui
régissent la nature. A la gloire pure, idéale, a celle que ne
souillent nu11e compromission et nul amoindrissement, il a revé
plus que tout autre. Plus que tout autre, il s'est donné a tache
de la conquérir, de la faire sicnne, uniquement vivante en lui,
et lui vivant en elle. Pas d'exigences qu'ils ne satisfasse, d'efforts qu'il n'entreprenne, de néation qu'il ne tente, si pénibles
et si douloureux soient-ils. Car, il sait que la doulcur est le
complément naturel de tout enfantement. « Nullc reuvre de,
viene peut s' accom1Jlir sans :effusion de sang sur un peuplc »
(1). A la pure ambition de jadis, celle d'un Stelio, s'l'panouissant dans la création joyeuse et la magnification de son propr&lt;'
reve de beauté dominatrice, a succédé celle d'un Ruggero
Flamma, messie ardent, attiré par la renaissance sociale, détourné de son orbe naturel, et livrá aux fluctuations et aux
imprávus qu'une telle renaissance comporte. ffiune grandiose,
et propre a capter un esprit de cette force, a l'accaparer et a. le
t~ndre jusqu'a. la limite, ver., la rJalisation et la conquete. Tuut
(1) G. u'Asxusz10, La Gloire.

L' ANTICIPATION CHEZ G. D' ANNUNZIO

803

pénétré de sa mi~sion quasi-divine, il s'abstrait alcrs de luimeme, dédaigne les aspirations communes c,t moyennes, et
d'un seul élan atteint le sublime du renoncement. « J'aspire
non au bien-etre de mes jcurs, mais a l'accomplissement de
mon reuvre » (1). Et, il s'incorpore si pleinement a l'humanité
souffrante, que les préoccupations sociales, le déséquilibre
des esprits, et l'incertitude des lendemains s'expriment avec
l'acuité et la profondeur propres au sociologue. « Ce n'est pas
la faim, ce n'est pas la faim seulement qui partout hurle et
tend les mains; mais e'est la révolte contre l'intolérable fausseté, qui enrnhit tous les organes de notre existence, et les
déforme, et les empoisonne et les menace de mort &gt;&gt; ( 1).
Comme son héros Flamma, G. d' Annunzio a tenté de magnétiser une société apathique, et de forcer la gloire, et comme lui
il a succombé. C'est que les éléments humains lents a féconder,
sont encore plus lents a prendre conscience d'eux-memes et de
leurs aspirations. De-ci, de la, quelques grandes forces natur2lles échappées a la fermentation commune, et précocement
vivifiées se Ievent pour indiquer la route encore incertaine.
Mais la multitude des pousses s'agglomere, se concentre et
du faisceau ainsi formé, étouf fe les audacieux et dément leur.;
anticipations. Le róle récent du Commandente ~- d'An~u~zio
n'a pas d'autre histoire. Comme il l'avait préd1t et écr1t, JUS·
qu' au bout, il l' a vécu.
R.
{!) G. n'ANsusz10, La Gloirr.

CHENEVIER.

�LES LIVRES

LES LIYRES

805

**•
Le viril ouwage de Dufrpsny: Amusements sérieux et comiques, paralt

a l'intfrcssante Collection des cl1efs-á'amvre méconnus. S'agit-il bien ici d'un
6UlllAUIE APPOLLINAIRE
CHARLES YILo•ac

cA:sE). BOSSARD }.

ALC0OLS

(XOL'YEJ.LE REVUE FRAl'i&lt;;:AISE). -

LES cs,m DU 08s11s,2ae (xouvELI.E nEvuE FRANour1mr AIUS1l4.MTS COIUQOES ET S!RIEUX (tnrT10Ns
PAUL IORAIID TUDRES STOCKS {NOUVELI.E RE\'UE

FRAN&lt;;:AISE).

-ANDRt 61DE

PALUDES (NOGVELI.E REVliE FRAX9AISE).

La surprisc a été grande de voir Alcools édité par la N. R. P. Qui l'eut
cru en l!Jl 3 ? Apollinaire confiait volonticrs alors que la Xouvelle lievue
Franraise était une i;orle de manrPnillier, cet arbrc dont Fon sait quu
l'ombrage cst mortel. En tout cas, il est &lt;'XCPllrnt que son livre ait Hé une
fois de plus largement vulgarisé. L('s jcunes extrémistt•s de ce jour affcctcnt de m6priser, Apollinairc. Du fund de nos souvenirs ou il est encore
tout vivant, Apollinaire constate que pour etre wnu dans le pays de!l
Lettrr.s en sabots et y avoir fait la plus bellc fortunc, il t'tait inévitablc qui'
ccux de ses fils qui n·ont cu que le mal de recucillir sa suce&lt;'ssion et la dilapidcr rougisscnt un pcu de 88 gloirc de pan-enu. Ct.Ja est aprcs tout si
normal qu'il ne s'en fache ccrtain('ment pas. 11 &lt;'n sourit meme parce
qu'il sait que lorsqu'ils seront obligés de pay?r un jour de IPur proprc
poclw, ils pstimPront a sa valcur le g-)ste amusant qui consiste a jetcr l'or
d'autrui par l&lt;'s fcnetrcs.

• •*
Dans ses Chants d·i désespéré, titre qui date un p::-u, comme l'on dirai.t
aujourd'hui, Charles \'ildrac nuus &lt;&gt;nscignc que si d'auruns n'onl, jamais
senli le hPsoin de commcnlrr Jps cinq p(' nihles annres de la d ~rnierc gucrrc
pour se contenter de s'en souv0nir aux h ~urcs ou l&lt;'s blrssures re9ucs la
lPur rappPIIcnt, d 'autrt'S qui ont la mém oire plus complaisante ne résistent
pas a la satisfaclion de les conter toujours et en vcrs. La gu)rrc est-clle
un objcl a accommodcr a la sauce dl's rythm~s et eles rim ,s ? :\ious n'avons
pas le coour assez pur que de cruirc la poésie capa ble de dégotit~r I' huma11ité de la guerrP, car apres toul, les hommc5 n'ont que ce qu'ils méritcnt.
)lais ne rnudrait-il pas miPux laisspr aux polilicipns 1P snin ele r(;gler une
nécessité awc laquelle l'art n'a riPn d e commun? Et la sensibilité humaine n'a-t-Plle pas de molif, suífisanls pour p ~rmettrc au poóte de joucr
d'elle sans faire inlPrvcnir des 0lémcnl s si hétfrogenrs et si ~péeiaux que
l'l'UX d'une gucrrc ? L'on demande aujou1•d'hui au poótc de n'etre pas si
poete mais plus poele que crla cncore.

'

chef-cl'ccu\Te ? 11 cst pnmis d'en douter. Dufresny, certcs, fut l'un des
annonciateurs de l'esprit du xvme siecle, et voila quelque l'hosc.Toutefois,
pour possédPr un tcmpérament intransigeant, libre et toujours anormal,
les précurseurs ne réussiss!'nt pas souvent a exploiter IPurs découwrtes;
partant ils nP font pas dt&gt; clwfs-d'reuvre. II pst possible aussi que l'obstruction ha.biturlle des conlPmporains y soit pour quelque chost'. Hil'n done
de surprenant a ce que Dufresny se laissat chiper St's idét'S par Hegnard.
Xfanmoins, il ne faudrait pas Pxag(;r!'r da.ns ce St&gt;ns, et en effet, les idét•11
cmprunt(;Ps par fü·gnard auraient pu luí etrP pretrPs par d'aulrcs ('crivains moins réputés, car, en réalit1\ si Dufresny fut le précurseur &lt;l'une
certaine maniere d't&gt;xprimt•r dl's pctites pcnst&gt;es courtes et spirituPlles,
maniere que nous rPtrouverons chPz ks Encydopédistes et surtout chcz
Rivarol, ou Champfort, il faut rcconnaitre que &lt;·es pens,;es PllPs-mcmes
n'accusai('nt pas urn' profondc originalilé. I&gt;ufresny ful en effet plulót un
l10mme spirituel qn'un homme d'(•spril. Les Am11seme11ts attestent un
esprit d'assez mince envergure; cntains tic ses jugt:menls apparaissent
comme asspz rococos ; il s'étonne soun•nt pour peu de chosp~; son irritation donnc hi,m souv1•nl dl's coups d\,p,;e dans l'ean.
Voltaire disait ele Dufresny qu 'il avait 1óté un pr(•curseur,mais pas Jp sien
hiPn rntcndu, cclui d(~ )fonlesquieu. 11 reste wóanmuins que si Jps • Leltres
Persancs •se lisent cncorP, lt•s «Amusements ,, n 'amusenl plus 0normémcnt.
Srrait•ce la ran~on du temps, mais riPn ne vicillit commc l'ccuvr1! des
prt'curseurs, les systémPs S('Í(•nl ifiq11ps et philosophiques meurPnl lf's uns
apres IPs aulrPS: )ps sytilemps littfrairl'l- n't;chappPnl pasa la regir. Tout
cela d'abord parcp que l'Psprit humain, si ék•Y(' qu'il soit, esl d'e ,st•nce
routiniere. Et puis aussi parce que chez le prt'.•cursPur, l'homme est la
plnpart du temps supérieur a J'q,uvr1.•. Tout en pensée, il.regimb~ d rvant
l\•x,~cution et c'rst de cela que mPurt souvl'nl l't'ffort qu'il a fait. Dufresny n'a pas manqué a la regle. Esprit Msinvoll(• et « pht'nomen(' », comml!
nous clirions aujourd'hui, il r&lt;•ste l'homme qui plutot quP payer dt&gt;s dl'ltes
asa blanchissPusP, préfere l'épousrr. Ur voila d •s chos~s fort drólPs a dire
mais bt&gt;atwoup moins a fairP, Dufrl'sny semble avoir l'lé victime de ses
farces, pt la dernit;rc preuve qu'il en donna ful de se réconcilicr sur le tard
avrc l'Eglise et de lmilcr ses manuscrits.

Avant &lt;le chanler des « ,\Iarseillaises » ou dPs « lntprnationalcs » littérairPs, il cst hon quP la j♦'UIIP~sp ruucnule simplPment des romances.
.M. Paul .\Iorand a d'aLord le mfrilc de laiss1·r parler sa wnsibilit(•. C:Prtes,
il le fait av,•c une science qui l'h1.z un j1•1111e hornm(• est un peu dét-onct'rtantc, mais il faul en prPndr1· notrf' partí. Que ne fail•on, que ne frra-t-on
pas encore au siecfo d(• la rdativité ? ll n'y a plus de temps et si d .! nos

�806

L'ESPRIT l\Ol'VEU;

jours chacun des Ja vingtiémc année a íait fortunc et sait lout sans '2'n
avoir l'air 1 c'est un(' illusion de plus que l'art nous aura donnée et non l'unc
des moins agréables,
C'est ainsi qu'rn trois gouach("s Iumineuf-les

)I.

Paul )Iorand fait un

petit r!-sai de clissC'ction sur trois de ses Umrs succcssiYí'S. Il cxf'cutc ce

lravail awc la plus habilr súret(• el ce parmi des images de la plus grande
fralcheur qui ne lui font pas toujours perdr(' le fil de sa pensée. Entre la
désinvoltc et inconsistante Clarissc, la troubtantc Dclphine et la fantai~

siste Aurorc, il ne cache pas que c'est a celle derniérc que Yont ses pr(•férrnrrs. La liberté d'Aurore nous semble crpendant un peu factice ,
Aurorc nous apparait un pcu commc une sauvagrsse de Chatraubriand

OZENFANT &amp;JEANNERET

ou des gra,·ures coloriées de 18',Q, Je regrette pour rna part que )l. Pau l
1

.:\Iorand n ait

a oífrir a la douloureuse DC'lphinc qu' « un creur plein d'au•

m6ne ,. Ce!Je-la vit et sent; e!Je mérilait mieu.\:. :\[ais c'est que:\!. Paul
.\Iorand parle encore de mauvais gollt; par conséquenl il ne saurait longtemps se laisser prPndre aux injonclions de son ti.me Delphine, car iI rcdoute avec précaution Jef: ravages d'une scnsualité qui c01He toujours e her
aenlrclenir et qu'il esl souvcnt difíicile d'arrCler a temps.
Mais i] cst cerlain qu'A la íavcur des qualités précieuses qu'il possC&lt;le
)f.

Morand se méfirra &lt;.le plus en plus du dilettantisme d'Aurore. 11 se dé-7

couvrira une quatriéme él.me, plus subjectivc ceUe-13., et qui n'cn R&lt;'ra
peut Ctre pas moins celle d'unc quatriC'me « gosse de riche », si J1on
peut s'exprimer ainsi . Elle sera présentéc sous l'aspect d'une eau-

forte, elle abandonnera tout prénom élégant, pour s'appeler Paul :\Iorand
tout court, et comme eHe aura su s'arrCter A tflmps sur les dangPreuse~
penles oll Delphine !'aura cette Iois entralnée, elle accumulera un stock de
riches et substantiels objets qu'il n'éprouvera jamais Je besoin de liquider.

1\1. André Gidc réédite Paludes, paru il y aura tantilt vingt ans. Comme
nous vieillissons. 11 s'agit d'une devinettc physio-psychologique qui fut
jadis goU:tóe. Dans Ja préface, J'auteur écrit A propos de son Jivre : « Et
ce qui surtout m'y intéresse c'est ce que j'y ai mis sans le savoir, cette part

d'inconscient que je YOudrais appeler la part de Dieu ... Atlendons de partout la révélation des choses, du public la révélation de nos ccuvres. »
C'est nous dire aimablement : uOn ne paye qu'en sortant. » Toutefois,
et puisque }a part d'inconscicnt que l\t . Gide a misedans son livre est ausü

la part de Dieu, comment de simples mortels parviendronl-ils a sonder les
insondables desscins de la Providence ? Si M. André Gide n'avait pas lant
de talents, nous passerions au compte de notre oubli de la piété le fait
ele n'avoir plus rctrouvé dans son livre qui semble tellement avoir été fait
exprés ce qu'il pense y avoir mis involontaircment. ::\Iais il faut dire que si
i\I. Gide a voulu nous inquiéter, il n 1 a que lrop bien réussi, car cctte inquiétude devient parfois de la gene . L'on a pcur do toucher a ces jolis
bonbons fondants un peu Iondus déj3. dans cette bonbonniére retrouvée.
l\Iaurice

RAYI'iAL .

des ceuvres de Ozenfant etde Jeanrrnret(l)
éclate comme une sorte d'avertissement du_ c1_el. Les
~ deux artistes ont entrepris do donner la d1sc1plme aux
successeurs des I mpressionnistes, aux successeurs des Cub1stes,
Pn un· mot a tous les successeurs futurs de tout mouvement
artistique généreux.
·
L'envahissement périodique d'un art par tout ce qui
n'est ie sa caricature suit généralement l~s efforts des
rands)ondateurs. A cólé de leurs discipl_es qm comment_ent
~t dépassent leurs ceuvres, les créateurs vment surg1rles imita:
teurs qui les déforment et les compromettent. Les apports,
no peuvent
personne
• etre
·
As
appor l s 1·1 Y a , fa1·ts par ceux-ci
sans oi leurs auteurs seraient les prem1~rs. mventeurs. u
. lqu e mme l'ceuvre du créateur est generalement toute
surp
, a. g1aner derriere
· · . elle . Les
el' us . •oce elle ne laisse guere
;ont done tenus d'emprunter des ,é~éments étran:
ern JOur donner un semblant de personna_hte a leur_s efforts ,
Tis s'~ngagent dans la voie des superflmtes, des pleonas~e,:
drs superfétations, des surcharges et des. redondances d ou
!' essence la plus pure de l' art est a peu pres ~anme. Au contraire de la mode l'art cloit donner 11a1ssance a _des ,~anzfestations constantes sur lesr¡uelles le tnnps ne peut nen. C est done

I

'EXPOSITIOK

t

¡~;:t:~:s

{l) F(·vricr, Galeric Drud.

�806

L'ESPRIT l\Ol'VEU;

jours chacun des Ja vingtiémc année a íait fortunc et sait lout sans '2'n
avoir l'air 1 c'est un(' illusion de plus que l'art nous aura donnée et non l'unc
des moins agréables,
C'est ainsi qu'rn trois gouach("s Iumineuf-les

)I.

Paul )Iorand fait un

petit r!-sai de clissC'ction sur trois de ses Umrs succcssiYí'S. Il cxf'cutc ce

lravail awc la plus habilr súret(• el ce parmi des images de la plus grande
fralcheur qui ne lui font pas toujours perdr(' le fil de sa pensée. Entre la
désinvoltc et inconsistante Clarissc, la troubtantc Dclphine et la fantai~

siste Aurorc, il ne cache pas que c'est a celle derniérc que Yont ses pr(•férrnrrs. La liberté d'Aurore nous semble crpendant un peu factice ,
Aurorc nous apparait un pcu commc une sauvagrsse de Chatraubriand

OZENFANT &amp;JEANNERET

ou des gra,·ures coloriées de 18',Q, Je regrette pour rna part que )l. Pau l
1

.:\Iorand n ait

a oífrir a la douloureuse DC'lphinc qu' « un creur plein d'au•

m6ne ,. Ce!Je-la vit et sent; e!Je mérilait mieu.\:. :\[ais c'est que:\!. Paul
.\Iorand parle encore de mauvais gollt; par conséquenl il ne saurait longtemps se laisser prPndre aux injonclions de son ti.me Delphine, car iI rcdoute avec précaution Jef: ravages d'une scnsualité qui c01He toujours e her
aenlrclenir et qu'il esl souvcnt difíicile d'arrCler a temps.
Mais i] cst cerlain qu'A la íavcur des qualités précieuses qu'il possC&lt;le
)f.

Morand se méfirra &lt;.le plus en plus du dilettantisme d'Aurore. 11 se dé-7

couvrira une quatriéme él.me, plus subjectivc ceUe-13., et qui n'cn R&lt;'ra
peut Ctre pas moins celle d'unc quatriC'me « gosse de riche », si J1on
peut s'exprimer ainsi . Elle sera présentéc sous l'aspect d'une eau-

forte, elle abandonnera tout prénom élégant, pour s'appeler Paul :\Iorand
tout court, et comme eHe aura su s'arrCter A tflmps sur les dangPreuse~
penles oll Delphine !'aura cette Iois entralnée, elle accumulera un stock de
riches et substantiels objets qu'il n'éprouvera jamais Je besoin de liquider.

1\1. André Gidc réédite Paludes, paru il y aura tantilt vingt ans. Comme
nous vieillissons. 11 s'agit d'une devinettc physio-psychologique qui fut
jadis goU:tóe. Dans Ja préface, J'auteur écrit A propos de son Jivre : « Et
ce qui surtout m'y intéresse c'est ce que j'y ai mis sans le savoir, cette part

d'inconscient que je YOudrais appeler la part de Dieu ... Atlendons de partout la révélation des choses, du public la révélation de nos ccuvres. »
C'est nous dire aimablement : uOn ne paye qu'en sortant. » Toutefois,
et puisque }a part d'inconscicnt que l\t . Gide a misedans son livre est ausü

la part de Dieu, comment de simples mortels parviendronl-ils a sonder les
insondables desscins de la Providence ? Si M. André Gide n'avait pas lant
de talents, nous passerions au compte de notre oubli de la piété le fait
ele n'avoir plus rctrouvé dans son livre qui semble tellement avoir été fait
exprés ce qu'il pense y avoir mis involontaircment. ::\Iais il faut dire que si
i\I. Gide a voulu nous inquiéter, il n 1 a que lrop bien réussi, car cctte inquiétude devient parfois de la gene . L'on a pcur do toucher a ces jolis
bonbons fondants un peu Iondus déj3. dans cette bonbonniére retrouvée.
l\Iaurice

RAYI'iAL .

des ceuvres de Ozenfant etde Jeanrrnret(l)
éclate comme une sorte d'avertissement du_ c1_el. Les
~ deux artistes ont entrepris do donner la d1sc1plme aux
successeurs des I mpressionnistes, aux successeurs des Cub1stes,
Pn un· mot a tous les successeurs futurs de tout mouvement
artistique généreux.
·
L'envahissement périodique d'un art par tout ce qui
n'est ie sa caricature suit généralement l~s efforts des
rands)ondateurs. A cólé de leurs discipl_es qm comment_ent
~t dépassent leurs ceuvres, les créateurs vment surg1rles imita:
teurs qui les déforment et les compromettent. Les apports,
no peuvent
personne
• etre
·
As
appor l s 1·1 Y a , fa1·ts par ceux-ci
sans oi leurs auteurs seraient les prem1~rs. mventeurs. u
. lqu e mme l'ceuvre du créateur est generalement toute
surp
, a. g1aner derriere
· · . elle . Les
el' us . •oce elle ne laisse guere
;ont done tenus d'emprunter des ,é~éments étran:
ern JOur donner un semblant de personna_hte a leur_s efforts ,
Tis s'~ngagent dans la voie des superflmtes, des pleonas~e,:
drs superfétations, des surcharges et des. redondances d ou
!' essence la plus pure de l' art est a peu pres ~anme. Au contraire de la mode l'art cloit donner 11a1ssance a _des ,~anzfestations constantes sur lesr¡uelles le tnnps ne peut nen. C est done

I

'EXPOSITIOK

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¡~;:t:~:s

{l) F(·vricr, Galeric Drud.

�OZE~FANT ET JEANNERET

809

L'ESPRIT NOt:-VEAU

avec une véritable joie de !'esprit que nous goütons en les
reuvres de Ozenfant et celles de J eanneret l' avenement total
d'une réaction contre l'emprise sur l'art del'habiletémanuelle,
de la recherche de la séduction, du culte ducharme, tous éléments dont les effets sont certes irrésistibles, mais aussi passagers, aussi fugitifs que ceux des drogues aphrodisiaques.
Tout effort nouveau porte en soi les germes de sa décadence.
J'admire done l'héroisme de Ozenfant et de Jeanneret qui les
pousse a opposer une barriere a toutes les déliquescences
dont l' art est menacé, et a toutes les ten dances qui l' incitent
a échapper a sa destinée la plus haute. D' autre part, en ce
qui touche aux efforts contemporains, il faut féliciter Ozenfant et J eanneret d' avo ir contraint le plus élevé d' entre eu.x,
a savoir le Cubisme, a respecter les directives les plus saines
de l'art en sapant les rejetons épuisants et inutiles dont son
existence propre était menacée. 11 apparait, enfin, que l'rnuvre
de Ozenfant et J eanneret peut etre considérée comme un
rappel au respect et au culte absolu des éléments vitaux et
primordiaux de la plastique, sans quoi la peinture ne pourrait
vivre que de la vie la plus artificiellc et la plus arti[icieuse qui
soit.
Des critiquesd'art considérés: Louis Yau.xcelles, J.-E. Blanche, André Salman, ont souvent taxé Ozenfant, Jeanneret,
et moi-meme a l'occasion, de ratiocination. 11 y a évidemment
chez les écrivains, comme chez les peintres, les exégetes et les
chroniqueurs. Mais qui niera que les uns comme les autres ne
soient souvent capables d'ergoter. ll s'agirait de savoir seulement si l'ergoterie porte sur des sujets qui en valent l'm·enture. Il est certain qu'a ne pas parler comme tout le monde
l'on passe souvent pour ratiociner. Ce qui nous rassure. e'est
que ce reproche est toujours proféré en faveur d'une généralisation qu'il faut trouver excessive parce que rendue surtout
nécessaire par les exigences d'une clientele tres nombreuse,
tres bigarrée et dont la mesure d' incapacité, si je puis dire,
est nécessairement multiple. En tous cas, et puisque l'on juge
toujours au nom d'une formule et que la critique d'artnepeut
manquer a cette précaution élémentaire, ce reproche de ratiocination est sans doute basé sur quelque principe. Le malheur
est que ce príncipe est surtout den'enavoiraucun.Orsil'em-

pirisme a son charme, son charme dangereux toutefois, sauf
en certaines occasions ou il est bon de meler quelques grains de
[olie a toute sagesse, il n'est pas normal d'en faire comme une
regle générale au nom de quoi tout ce qui est plus droitement
humain puisse etre critiqué, disons meme blagué. Je veux
bien que Ozenfant comme Jeanneret ne se laissent pas souvent
aller iJ. cette tentation. Mais on l' a tellement fait pour eux et
si mal qu'il faut se féliciter de voir des artistes regimber contre
un tel envahissement de la facilité.
Ainsi l'audace de Ozen[ant et de Jeanneret, car de nos jours
ceci est une audace, aura été d'abord de rappeler que l'art est
l' ensemble des méthodes et des moyens gril.ce auxquels l' on
peut réaliser un objet. Et leur mérite particulier sera d'avoir
souligné dans les rnuvres pleines de pureté que nous avons
admirées, que ces méthodes devaient etre avant tout des méthodes uniPersellement humaines, basées non pas sur ces [aiblesses de l'homme que l' on nomme sensiblerie, affectation,
afféterie, et encore sensualité, licence, déréglement des sens,
mais sur sa force la plus pure, c'est-a-dire cette sensibilité
profonde qui est la source de ce que l'homme peut faire de
mieux, cette sensibilité qui ne s' embarras se pas du culte de nos
imperfections et qui partant est mere de l'imagination la plus
haute que tout artiste puisse exprimer.
Les hommes sont généralement d' arcord pour admettre que
l' art a pour but de les élever. Reste iJ. savoir quelle hauteur
ils ont assignée iJ. cette élévation. Nous sommes des hommes,
certes, mais il est des cas ou nous ne retirerons aucune gloire
a le crier sur les toits. En tout cas l'élévation la plus parfaite
commande avant tout le désintéressement le plus complet,
et c'est pourquoi, nous l'allons voir, les rnuvres de Ozenfant
et celles de Jeanneret, qui sont par ailleurs la lec,on de bien
&lt;l'autres choses, attestent en premier lieu celle du plus pur
renoncement á. ce culte des buts secondaires en quoi la peinture trouve des canau.x par ou s'écoule et se perd souvent le
meilleur d'elle-meme.
Qu'il s'agisse des natures mortes de Ozenfant ou de celles
de Jeanneret, il apparait qu'elles sont tributaires de cette
méthode déductive, qui est bien la plus féconde servante de
l'imagination. Chez Ozenfant la déduction semble plus ration-

•

�810

.

L'ESPRlT NOUVEAU

OZENFANT ET JEANNERET

nelle, chez Jeanneret elle parait plus sensible. Bien qu'unis par
les memes directives, leurs tempéraments particuliers se font
jour; !'esprit déductif du premier complete la sensibilité déductive du second. Jeanneret semble plus peintre, Ozenfant
plus artiste ; le premier sent et pressent, le second com.prend
et dePine. Aussi les deux tempéraments sont fonction !'un de
l'autre au point que l'on aimerait voir ces deux artistes collaborer plus intimement, sur la meme toile, á l'exemple de cer:
tains Maitres anciens. La caractéristique la plus nette qm
jaillit de leurs efforts conjugués est:certainement ~ amour de_ la
perfection. L'amour de la perfection n'est pas le des1r de plaire
et le courage de Ozenfant et de Jeanneret est justement de
sacrifier la popularité fragile du second aux émot10ns profondes et durables que procure le premier. Il suit de la que
pour reconstruire leur monde, Ozenfant et J eanneret, au cours
d'un libre examen de leur sensibilité, font table rase de tout
ce que l' éducation et les contingences de la vie o~t p~ dé_poser
d' accidents mémorables en leur entendement, c est-a-d1re de
tout ce que leur propre sensibilité ne semble pas avoir puremcnt créé pour leurs besoins. Dans leur foi ardente il~ n'.a~cordent de confiance qu' en ce que l' áme de leur sens1b1hte,
si l'on peut dire, leur indique comme les éléments premiers et
derniers de la plastique. C' est ainsi que, découvrant Art
comme une nouvelle Amérique et gráce á l'ardeur qm les
anime, ]'examen de leur conscience plastique leur enjoint
cette pu.rification de la nature que déjá Hegel exigeait del'art.
Il s' agit de cette purification nécessafre . dont Foubh souvent répété au cours des périodes art1st1ques determme le
retour nécessaire d' efforts détersifs tels que ceux de Ozenfant
et de J eanneret. Parce que la perfection ne s' obtient qu' a
force de sacrifices, les oouvres de Ozenfant et &lt;le J eanneret
nous apparaissent résolument dépouillées de tous accidents
parasites. Tout ce qui touche exclusiv~~ent. a la réal!té sel~lement visuelle est rigoureusement pnve de toute preponderance et situé impitoyablement á la place secondaire á laquelle
le cu]te spécifique des sens a simplement droit. L' ceu vre de
Ozenfant et celle de Jeanneret nous avertit que la réalité
ne peut offrir que les éléments d'un beau nécessairem~nt im:
parfait, insuffisant, qui suggfre contmuellement la necess1te

!'

811

d'un beau plus parfait encore. Ce n'est pas qu'ils aient la
notion exacte d'un beau métaphysique auquel on puisse
atteindre, mais ils sa vent que le beau comme la vérité est susceptible de perfectionnement a condition que l' on ne perde
pas de vuele sens premier que l' émotion humaine lui a donné.
Hegel signale que dans ]' animal l' áme du beau reste cachée
sous la multiplicité des organes et sous les formes purement
matérielles. Pareillement, mais plus plastiqucment encore,
Ozenfant et J eanneret nous diront que si la forme de tel animal n'est que le dérivé d'une constante plastique, un ceuf, pnr
contre, est un ceuf, comme une sphere est une sphere, c'est-áclire une représentation clairc d'un concept purifié par une
sorte de sélection mécaoique qui travaille toujours dans le sens
d'une perfection moulée par l' entendement. lndépendamment done de son caractere d'cnseignement, caractere que
nous examinerons plus loin, le « Purisme ,, de Ozenfant et
de Jeanneret touche au domaine de l'émotion la plus intime
dont l'homme soit susceptible parce qu'il repose essentiellement sur la perception sensible des grandes bases plastiques
dont nous avons « flatté ,, la nature, comme disait encore
Hegel. « Flatter ,, est aimable, « purifier " était mieux. En
effet, gráce au désintéressement absolu dont les toiles qu'ils
exposent sont la preuve, Ozenfant et Jeanneret rappellent que
l' art n' est pas précisément l' art d' agrément. Pour eux, la
recherche de l'harmonie du Beau provient surtout de l'imperfection de ces réalités que les arts secondaires se complaisent
trop á cultiver. Nous ne retrouvons done dans leur oouvre ni
souci décoratif, ni soin psychologique, ni pieges trop aimables
tendus a la sensualité. L' on n'y voit que des spéculations picturales peintes sur des surfaces sensibles par des hommes pour
qui les données des sens et celles de la raison n' agissent que
sous le large contróle du coour.
Cependant, pour contenir délibérément tous ces ac,cidents
hétérogenes qui, la plupart du temps, laussent les données traditionnelles de l'art, Ozenfant et Jeanneret ne vont pas jusqu' á nier la valeur du ch arme, de la séduction et de la gráce.
Ce qu'ils exigent essentiellement c'est que l'on ne produise pas
au nom de l' art, du charmant, du séduisant ou du gracieux sur
commande. lis veulent que ces agréments viennent de l'ins-

�812

L'ESPRIT NOUVEAU

tinct propre de leur auteur, et se dégagent naturellement de
l' oouvrc sans provocation artificielle, sans affeetation et sans
recherche de la surprise. Au contraire de ce que faisait le valet
de Moliere, les impromptus ne se composent pas a l'avance.
Il faut bien dire que la confusion du beau et del' aimable est
en partie due a une erreur de l'esthétique. Kant disait: «le Beau
est ce qui plait "· M. Víctor Basch, dans l'étude que publia
l'Esprit Nouveau (1), énumerealasuite les qualificatifs beau,
sublime, joli, gracieux et charmant, en leur assignant la meme
valeur. Il semble cependant ici qu'une distinction importante
soit a faire et l' art de Ozenfant et de J eanneret vient la confirmer. Le joli, le gracieux, le charmant, sont plutót des succédanés du beau, je dirais meme d'aimables corruptions du beau.
Il faut admettre que le beau est essentiellement durable, alors
que le charmant est absolument fugitif et peu codifiable. Le
charme n'est qu'un qualificatif, et, encore que cela se soit vu,
il est bien périlleux de n' écrire qu' avec des qualificatifs.
Meme l'on pourrait aller plus loin et je suis persuadé que
Ozenfant et J eanneret seront de mon avis. Ces éléments secondaires que sont le charmant, le j oli, le gracieux, ne ressortissentils pas plus spécialement aux arts qui ont pour moyen les sons
plus que les formes, la musique, le chant, l' art dramatique
par exemple ? Les arts plastiques se développent incontestablement dans l'cspace. Comment les soutenir ou les
nourrir exclusivement de nourritures qui sont préférablement
assimilées par des arts qui se déroulent dans le temps. C' est
done par un manque de logique que la !latterie de la sensualité
n'excuse pas, que l'on tend a fixer éternellement des éléments
qui ont toute leur valeur dans leur fugacité. Peut etre le culte
de ces éléments serait-il légitirne dans les arts mineurs de la
gravure, du pastel, de l' aquarelle, etc. Mais en peinture proprement dite, expression la plus haute del' art visuel, leur mise
a contribution exclusive est une gageure trop périlleuse.
C'est ce désir de perfection substitué au goüt de plaire qui
constitue l'élément le plus important de la purification sévere
que Ozenfant et J eanneret ont tenté de réaliser dans les ceuvres
exposées a la Galerie Druet. Dans ce but, Ozenfant et J eanne{1) L'Esprit Nouveau, octobre 1920, janyier 1921.

OZENFANT ET JEANNERET

813

ret, limitant it dessein les données de leur art, excluent tous les
su¡~ts de. satisfaction q~i ne sont plus universels. Le goüt, le
go~t va;iable et trop d1scutable n'est plus qu'une des petites
precaut10.ns du charme. « Le Beau est ce qui plait universellement » d1t Kant. Encore qu'il faille faire toutes réserves sur
leverbe plaire, Ozenfant et Jeanneret attirent notre atttention
sur le terme universcllemcnt qu' ils font leur et dans une mesure
plus étendue que celle que Kant lui attribuait. En príncipe, ils
sont d'abord plus précis que Lamennais qui faisait sortir
tous les arts de l'architecture et notamment du temple.Pour
eux, e.n effet, ces premiers éléments que sont la sphere, le cube,
le cylmdre, le polygone desservis par la ligne droite, le point,
le triangle ou la circonférence forment justement les données
sensibles et universelles qui, pour l'homme le plus civilisé
comme pour le dernier des negres, sont les bases de la plastique
sensible .et les éléments premiers de la beauté humaine.
Ce.s éléments grace auxquels la nature a re~u les lois nécess,a1res sufhsent a la c?nception d'un art qui est un rappel a
1 ordre pour ceux qm seraient tentés de lui laisser reprendre plus que sa liberté, c'est-a-dire une anarchie contraire a cet
amour d' ordre qui est également l'une des bases denotre entende~ent s_ensible. Il suit de la que les obj ets qui retiennent la
predilect10n de ?zenfant e~ de J eanneret sont ceux qui attest~nt les apph~at10ns humames de ces premiers éléments plast1ques. Pour c1ter un exemple, le choix de la bouteille provient
de ?e que l'objet bouteille est un concept clair qui ressortit au
cylmd~e et a la sphére. Il n'est done pas nécessaire de choisir
des ~b¡ets, peut-~tre plus plaisants, mais moins purs par suite
d' ad¡onct10ns qm dénaturent leurs bases légitimes cachées ou
oubliées sous des accidents de forme.
Construite uniquement sur la charpente meme de la sensii&gt;ilité plastique, la peinture purifiée d' Ozenfant et de J eanneret
offre, non plus le spectacle de tableaux destinés al' ornement
d'.un m'?-f, mais de véritables objets plastiques batis sous trois
dunens~ons. Ce sont. des objets que l'on serait tenté de prendre
ala mam. 11 ne s' agit done plus d'une esquisse, ni d'un schéma,
Ill d'un fragment de réalité mais d'un tout unique et complet.
L~urs .oo?vres sont comme des mots, des mots un peu crus
depomlles de tous les charmes de l'adjectif, des mots dont les

�81/J,

L'ESPRIT NOl.:-VEA.U

éléments sont unís entre eux grace a leurs relations mutuelles,
relations qui sont des rappels nécessaires, relations qui sont
des lois.
Créer un objet quelconque est toujours transfigurer la nature. Ozenfant et J eanneret ne 1' oublient pas et e' est dans
un aceord intuitif avec Hegel qu'ils sentent que, si pur qu"il
soit, l'art n'en doit pas moins ce transfigurer » la nature. N'estce pas la d'ailleurs une conséquence qui résulte de toute purification? Cependant l' art de Ozenfant et de J eanneret a surtout
ceci de précieux qu'il n' est pas une tentative de purification brutal e telle que eelle que pourrait cnvisager dans sa. partie un
trop sévére Pere de l'Eglise. Ce qu'ils veulentsurtout, c'est que
l' art ne perde pas de vuc les éléments plastiques dont le respect exclusif est la sauvcgarde d'un art élevé. Que la sensibilité intervienne largement, a l'occasion de leur emploi, ils le
veulent essentiellement. Mais ce a quoi ils tiennent aussi, c'est
que cette sensibilité ne dépasse pas ses propres moyens,
que l'imagination puise bien en elle memc toutes ses ressources,
mais qu'elle ne fasse jamais appel, en cas de détresse, au secours d'une imagination cérébrale qui eonduirait l'~uvre a
des exees correspondants a ceux de toute sensualité excessive,
e' est-a-dire a ceux d'une fantaisie provenant del' exces meme de
la raison. Les théories de Ozenfant et de Jeanneret, non plus que
leurs reuvres, ne peuvent done etre taxées de ratiocination ;
tout au plus pourrait-on leur reprocher quelque rigorisme.
Hélas la discipline ne s'enseigne pas par la doueeur. Mais
malgré cela, et je reviendrai plus loin sur ce suj et, je verrais tres
bien le &lt;e Purisme &gt;&gt; de Ozenfant et de Jeanneret susciter des
reuvres en lesquelles la pensée et la forme s'uniraient en une
harmonie parfaite telle que eelle d'Ozenfant et d' autres en quoi
une imagination plus sensible pourrait conduire al'impression
plus romantique de l'illimité, telles que eelles de Jeanneret~
L' austérité apparente avec laquelle sont peintes les oouvres
des deux artistes pourrait faire eroire qu'ils ont résolument
saerifié l'emploi de la couleur; or, il n'en est rien. La eouleur
pour eux est un accident rigoureusement matériel ayant son
existence propre. Mieux encore, elle est un qualificatif. Elle
ne peut etre un but, mais seulement un moyen. L'idée de « purification &gt;&gt; de Ozenfant et Jeanneret s'étend done a tout art

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a tendances sensuelles. Tres spirituellement,

0zenfant dit en
effet que la couleur n'est que l'esclave de la forme, mais qu'il
faut se méfier des esclaves. L'exemple de quelques grands
artistes lui donne raison. C'est pourquoi l'on constate chez
Ozenfant, et surtout chez Jeanneret, quelacouleur etledessin
sont considérés comme deux entiers d'essence ahsolument
différente. La couleur posée sur un dessin nous montre le
spectacle d'une matiere confondue avec un concept et un
concept d'ordre imposé a la nature. Tres logiquement done,
Ozenfant et Jeanneret entendent que les deux valeurs
possedent nécessairement deux roles distincts dont les prérogatives ne doivent pas s' annihiler entre elles. 11s ne
peuvent se résoudre a meler la variabilité de la valeur couleur
a la valeur constante de ces élérnents premiers dont la raison

�828

OZEl"FAJ\'1' ET JEANNERET

L' ESPRIT l"OUVEA U

a doté la matiere et qui sont l' ame du dessin. Il s' agit done, et
d'une maniere absolue, de conserver entre la peinture et la
musique une disparité que l'on tend de nos jours a oublier. La
peinture ne doit pas laisser la faculté de sentir qui préside aux
destinées de la musique submerger la faculté de jugement qui
la gouverne, elle ne gagnerait rien a trouver dans l'imprévu
ce qu' elle y perdrait en pu reté.
Te! est !'un des enseignements les plus précieux qui se dégagent des oouvres et des théories de Ozenfant et J eanneret, que
ce soit al' exposition de la Galerie Druet, dans leur livre substantiel et fécond « Apres le Cubisme » ( 1) ou dans leurs articles
de ]' Esprit N ouveau.
Il reste a préciser dans que! sens les théoremes brillants qui
sont leurs oouvres pourront influer sur l'art actuel comme sur
celui de demain.
- La recherche de « l'invariant ", qui est pour Ozenfant et
J eanneret le but de l' art grave, les pousse a !aire de leurs
oouvres des démonstrations toujours plus completes et plus
brillantes de vérités conn.ues. C'est la le pro pre de la géométrie,
ce peut etre celui d'une méthode d' art. Aussi les oouvres
des deux artistes sont-elles des théoremes qui se proposent
d'éclairer ele plus en plus lucidement les évolutions possibles
de cette invariabilité plastique qui commande aux destinées
de la nature. Il faut en général reprocher a l'Esthétique de ne
donner comme exemple a ses définitions que des oouvres définitives. Les manuels citent en effet, et volontiers, Shakespeare,
Beethoven ou Raphael sans pousser beaucoup plus avant la
recherche des origines spécifiques des arts dont il est question
a propos de ces grands noms. Je tiens done que ]'Esthétique
devrait se souvenir d' abord que son nom vient de
qui veut dire sentir, ce qu' on oublie ou ne sait pas, et qu' avant
de développer des conclusions sur ce qu'elle nomme la science
du Beau, elle a pour but de poser exactement les données fondamentales de notre sensibilité plastique. Alors que les manuels de psychologie ne manquent pas de faire d' abord appel
a la structure du corps humain et a la fonction de nos organes,

"'ªº""ªª"

(1) Apres le Cubisme, par Ozenfant et Jeannerct. Edition des Commentaires,
1918.

829

n'est-il pas curieux de voir que l'esthétique scientifique n'ait
pas plus profondément recherché les causes physiques de notre
sensibilité plastique ? L'honneur reviendra done a Ozenfant
et a Jeanneret d'avoir su, de par leurs connaissances techniques, déterminer scientifiquement dans quelles mesures l'Esthétique devait a l' avenir tenir compte des réactions sensibles,
de ces réactions en lesquelles la sensibilité et ]' entendement
posent la plus vraie mesure humaine qui soit, des réactions,
dis-je, que peuvent faire naitre en nous les bases plastiques
du cylindre, de la sphere, du cube, et de toutes les valeurs
géométriques qui sont le canevas de]' art.
C'est de cet apport que découle a mon sens la conséquence
la plus précieuse des théories et des oouvres de Ozenfant et de
Jeanneret.
Il ne faut pas se lasser de répéter le mot de Guyau : « Recommencer a vivre, idéal de tout artiste ». L' expression a
peut-etre sous sa forme poétique le sens de vivre sa vie propre.
Orvivre sa vie propre, peut-il autrement se faire qu'en suivant
les injonctions de la sensibilité pure ? Pourtant les méthodes
d'enseignement artistiques et actuelles semblent se croire
tenues de brúler les étapes. Nous ne pouvons pas cependant
ne pas dire que travailler sous les Maitres est plutót puiser
dans un vase qu' a la so urce meme de la sensibilité. Comment
done exiger qu'une fraicheur naturelle se dégage d'oouvres
convues dans ce sens dérivé, ou mieux, dénaturé. La fraicheur
ne transparait qu'au travers d'une enfance ou d'une adolescence pures que n' a pu réussir a encombrer le poids souvent
trop laurel de la connaissance. Sinon, nous assistons aux laborieux ébats d'une fraicheur frelatée et artificielle qui si brillantes que soient les illusions qu'elle donne, n'est plus qu'une
sorte de bouture entée sur quelque plante magnifique pour
former comme une exception et susceptible seulement de vivre
en marge de la véritable nature.
En donnant le conseil de « recommencer a vivre » Guyau
n'indique pas le secret qui peut permettre de le suivre. Avec
hardiesse, Ozenfant et J eanneret le dévoilent.
A la lecture de l'enquete ouverte par !'Esprit Noureau sur
la question de savoir s'il fallait ou non brfiler le Louvre, je
pensais qu'il vaudrait mieux le fermer a taus entre la dixieme

'

�830

L' ESPRIT NOUVEAU

OZENFANT ET JEANNERET

et la trentiéme années. Jusqu'a clix ans, l'enfantle considérerait comme une sorte d'album d'images; aprés trente ans il y
pourrait cueillir, avec la joie qu'on devine, des conseils qui ne
prendraient plus d' emprise trop exclusive sur sa nature pleinement formée. C' est entre dix et trente ans qu'il faudrait
done que l' on suivit les conseils proposés par Ozenfant et
J eanneret. La fraicheur ne peut pas j ouer sur des valeurs
connues et reconnues, elle nait avec les élémcnts memes de la
création. 11 faudra done et avant tout, développer chez lajeunesse la perception des bases plastiques, de fa&lt;,Jon a ce que non
seulement sa sensibilité en soit largement imprégnée, ce qui
sera facile, mais que sa consciencc saisisse en toute connaissance exactement leur valeur rationnelle. Le Beau est ce
qu'on aime, mais ce qu'on aime profondément, c'est-a-dire ce
dont on ne peut se passer, ce dont on a un besoin indispensable,
ce sans quoi il n'y aurait guére de vie possible. II n' est pas le
superflu, le congestif, la prodigalité, le remplissage, memc si
les exigences de l'insatiabilité ont fait de ces superfétations
des nécessités. Aussi est-ce parrni ces sources naturelles de la
plastique et que nous avons nommées plus haut que s'établira
et se formera cette fraicheur créatrice que nous demandons a
l'art. Le« surtout pas de livres ", de Rousseau, quinous revient
a la pensée, nous délivrera de l'enfancetrop studieuse qui confectionne des artistes défraichis dés leur naissance, de l'enfance
prodige, de cette vieille femme qui joue les petites filles.
L'esthétique de Ozenfant et Jeanneret invite done a ne pas
oublier que la fraicheur ne peut émaner ·que de valeurs nouvelles et qu'elle ne peut sourdre que d'inventions non perfectionnées. La fraicheur qui nait avec une invention est épuisée
a sa maturité pour la raison qu' elle ne peut pas se répéter ; a
plus forte raison manque-t-elle absolument a toutes les tentatives qui tendent a la perfectionner.
C' est ainsi que prenant position « aprés le cubisme ,,, Ozenfant et Jeanneret se sont élevés contre toutes les tendances
capables de dénaturer l'effort de ceux qui sont a la tete de ce
magnifique développement. Les deux artistes estiment en
effet qu' a vouloir le perfectionner, le réaliser comme dirait un
profiteur, on ne peut pas ne pasl' altérer. A.u culte des bases plastiques qui entre autres données, fut a la base du cubisme, ils

craignent qu'on ne substitue le culte d'une formule, avatar qui
arrive d' ailleurs a la suite de toute invention. Leur audace est
done de rapp_eler a l'ordre de la fraicheur d'imagination les succédanés nécessairement dégénérés qui proviennent de cettc
erreur. lis craignent justement c¡u'une fantaisie, une fantaisie
débridée, ne vienne se greffer sur I' effort le plus désintéressé
quisoit; ils craignent de voir !' apparitiondes fauves du Cubismc
comme il y eut ceux de l'Impressionnisme. Nous parlions d'un
rappel a l'ordre de la fraicheur d'imagination, mais mieux
encore, c'estun rappel al'ordre pur et simple de la nature humaine
que représente l'effort que Ozenfant et Jeanneret ont tenté
et dont l' on peut voir les applications pratiques a la Galerie
Druet. Je pense done que leurs o:mvres sont des beautés
froides qui ne se livrent pas au premier abord et qui ne déterrninent pas le coup de foudreviolent et passager de la séduction,
mais que l'on finirait par aimer et dont l'on prendrait tellernent les habitudes hurnainement disciplinées qu'il deviendrait
difficile de se passer de leur présence aprés les avoir attentivement considérées.
C'est que leur art est d'essence bien frarn;aise, c'est qu'il
porte la marque de cette clarté qui certes comporte aussi bien
les défauts de sa qualité, mais de cette pure clarté fran&lt;,Jaise
en quoi il n' cst pas exagéré de dire qu' actuellement se traduit
toute peinture étrangere. Si la peinture fran&lt;,Jaise, et en particulier celle de Ozenfant et de Jeanneret, posséde cette qualité,
c'est qu'elle semble prendre son point de départ dans une sorte
d' absolu. Les amvres de ces derniers sont done construites suivant des regles naturelles, et non exclusivement artistiques.
Mieux encare, elles ne partent pas du point de vue artistic¡ue
pour parvenir a un naturel nécessairement artificiel. lis ne sont
pas tentés de dire: « Vos beaux yeux, belle marquise, me font
d'amour mourir », et encare moins: « D'amour, marquise, me
font », etc., mais simplement: « Belle marquise, vos beaux
yeux me font mourir d' amour. » Ainsi leur syntaxe ne connalt pas ces inversions dont les arts du Nord ou du Sud
montrent partout des exemples. Elle présente généralement
le meme schéma, elle groupe toujaurs des éléments qui tirent
uniquement leur origine des nécessités posées par la sensibilité. Du fait meme de cette simplicité, la langue fran&lt;,Jaise,

831

�832

L'ESPRIT NOUVEAU

qu' elle soit picturale ou littéraire, n' est sans doute pas aussi
poétique que d' autres. En revanche l' on peut assurer qu' elle
est la plus humaine qui soit et les ceuvres de Ü?enfant et de
Jeanneret le montrent largement.
11 n' en faudra done pas davantage pour que l' on accuse
Ozenfant et Jeanneret d' étre plus royalistes que le roi. Pourtant voila qui est naturel et par suite tres légitime. Parmi les
intentions que je préte a Ozenfant et a Jeanneret, il en est une
sur laquelle je reviendrai un jour, car elle estd'uneimportance
telle qu'elle semble susceptible de soulever des discussions
pleines d' intéret. Ozen[ant et J eanneret, dans leurs théories
comme dans leurs ceuvres, semblent avoir formé le dessein, que
nul n' avait entrepris avant eux, a savoir de nous enseigner a
sentir. L' on pourrait peut-étre mieux dire qu'ils ont voulu
canaliser, orienter vers la voie la plus purement humaine les
injonctions de la sensibilité. Or voila une tache sans doute difficile et telle que s'en imposent seulement ceux qui ont pris
le goüt de purifier, de perfectionner les manifestations des
hommes. 11 est quelquefois nécessaire que certains sujets
soient plus royalistes que leurs rois qui généralement ne le sont
j amais trop. C' est pourquoi, au cours d'une époque qui exige
que l' artiste ne se contente plus d' étre l'instrument aveugle
et désintéressé de sa sensibilité, a une époque ou un besom
d' apurement de tou tes les valeurs fragiles ou périmées se lait
quotidiennement sentir, l'effort de Ozen[ant et de Jeanneret,
par son audace soutenue, marquera et se. développera comme
l'un des plus nécessaires qui ait jamais vu le jour.
Nous vivions trop pendant et apres la lettre ; Ozenfant et
J eanneret nous auront réappris a vivre un peu aDant.
i\Iaurice

RAYNAL.

Celui qui n'aime pas Wagner n'aime pas la France..... Ne
savez-vous pas que Wagner était Fran9ais? - de Leipsick.
..... Mais oui .....
Oublieriez-vous? ..... Déja? ... Vous?... un patriote? ...

..
Les Critiques sont beaucoup plus intelligents qu'on ne le
croit généralement ..... Aussi, veux-je devenir critique un petit critique - tout petit, bien entendu ...

•
Si je suis Fran9ais ? .....
Bien sur ...... Pourquoi voulez-vous qu'un homme de moµ
a.ge ne soit pas Fran9ais? .....
Vous me surprenez .....

..
C'est entendu :..... a la prochaine guerre, Ravel sera encore
aviateur - sur carnion automobile .....

�SCIENCES
·t·
?
Cet homme ne peut
Ne pas respecter les cr1 iques . ·····
etre qu'un PAS GRAND'CHOSE .... .
Surtout, ne le fréquentez pas .... .

TENSIONS ET PRESSIONS

.
'est pas Allemand ..... Il est seulement
Non: Samt-Saens n
rend toutdetravers,
un peu « DUR » de cerveau ..... I1 comp

"

sans plus.....
A son a.ge, on dit ce
:Mais il est de bonne foi, parbleu ·····
q u'on veut .....
. ?
Qu'est-ce que liª peut f aire .

..
.
.
plus un critique est bete, plus il est inChose curieuse . telligent .....
C'est a n'y rien comprendre ...
Evidemment ...

..
'Artn'a pas de Patrie, ... le pauvre ... Sa
Nous savons que l
fortune ne le lui. permet _pas ... Richard Strauss et Scham- ·
Alors pourquoi ne pas ¡ouer
· savez tout ...
Di
tes
e
her
monsieur
Laloy'
vous
qui
,
b erg ? .....

CI. -Compresseur ordinaire a 100 atin.
C2. - Hypercompresseur portant la pression exercée sur le mélange AzH' a 300 atm.
Ca. -Hypercompresseur portant la pression a 1000 atm.
P. - Puits de réaction enfoui dans le sol pour éviter les accidcnts dus a l'c:xplosion
fortuite d'une conduite.
p. - Purificateur.
Tl. - Premier tube catalyseur.
LI. - Liquéfacteur a courant d'eau, l'ammoniaque se condense en A et este:,,.-trait
en R; les gaz non combinés s'échauffent dans un second tube catalyseur T!•
L2. - Deuxi~mc liquéfacteur avec robinet d'extraction et conduite de retour pow
les gaz non combinés,

•••
De récentes recherches faites par M. Holveck, _préparateur de Mme Curie
du Radium, ont abouti a l'identiflcation de rayons « X » a

a l'Institut

grandes longueurs d'ondes avec certains rayons lumineux du spectre
solaire.

Ce résultat a été obtenu en partant des observations suivantes : les

Est-ce que Marnold ne ferait plus de critique? ... Ce serait
bien facheux .....
erte séminale •·· !
Que11e P
.
. . . UN PEU LA» le cher homme ...
Cornme comique' il eta1t «
'
ErikSATIE.

rayons « X » constituent une série d'ondes a longueurs diverses, selon
que ces ondes sont relativement grandes ou petites, on obtient des rayo ns
u mous &gt;&gt; ou des rayons « durs u. Jusqu'alors, les rayons &lt;( X » les plus
« mous u étaient loin de voisiner sur l'échelle spectrale, avec les rayons
lumineux les plus &lt;&lt; durs ))' 8. savoir, les ultra-violets.
Pour amollir au maximum les rayons (&lt; X &gt;l, M. Holveck a réduit au
minimum l'intensité du. champ magnétique qui projette, sur une petite

plaque métallique d'ou se réfléchissent les rayons «X», les éleetrons s'échafpant d'un filament incandescent.

I a constaté que plus le voltage était has plus la longueur d'une onde

�836

837

L' ESPRIT NOUVEAU

TENSIONS ET PRESSIONS

était grande, ll cette fin, il a ramené la tension, peu a peu, de 50.000 volti
a 25 volts.
Ayant, grAce ll ce procédé, obtenu des rayons de deux especes mais ll
peu pres de meme longueur d'onde, il a constaté leur absorpt10n analogue

et + 80°; son point de lusion est de+ 80° lorsque la pression atteint enviren 20 .000 kilos. M. Bridgmann a done pu lormer de la glace a une
température ou d'habitude l'eau est presque a l'éhullition.
On a constaté, d'autre part, des phénomenes é)ectriques consécutils

par un gaz déterminé, ces rayons sont done identiques.

Cette constatation a plutOt un intéret spéculatil que pratique. En ellet,

les rayons ultra-mous, obtenus a des tensions trés basses, sont des &lt;( har~
moniques » de la série des rayons ({ X l&gt;, mais leurs propriétés sont vrai~
semblablement incomparables a celles des rayons « X » engendrés par
de hautes tensions. Néanmoins, la continuité, ou plutót la liaison obtenue
ainsi entre deux gammes spectrales, offre une nouvelle preuve du métamorphisme universel. La vulgaire insolation est done, a la limite, une
radiographie que le soleil rious olfre gratuitement.
· En faisant varier la tension ou le volta.ge, au cours d'expériences sur
des phénoménes électriques, on agit comme lorsqu'on modifie la press,on
dans la plupart des expériences de physique.
A ce propos, nous signaJons les expériences d'un savant des EtatsUnis, le Dr Bridgmann, intéressant les hautes pressions, dont les
effets sont aussi curieux, pour le moins que ceux des·basses tensions.
M. Bridgmann a réussi A construire un tube assez robuste et assezétanche, pour supporter des pressions de 40 .000 atmospheres; mais il n'a
ellectué des mesures précises que jusqu'a 20 .000 atmospheres.
On constate a ces hautes pressions, Paugmentation extraordinaire de
rigidité des matieres usuellement plastiques ou molles. Sous 20.COO atmosphéres,la paraffinedevientplusrigide quel'acierdoux. (&lt; Le caoutchouc
mou, 8. ces pressions dovient dur et cassant, et se fissure comme du verre;
de l1acier doux en contact avec le caoutchouc pénétre 8. l intérieur des fissures de ce dernier, comme le ferait dans les circonstances ordinaires, une
substance plastique refoulée dans les fissures d'un corps dur. ,,
, L'étude la plus intéressante exécutée par len, Bridgmann, est celle de
l'eau. Tamman avait déja ohtenu en opérant jusqu'a 3 .000 atmosphéres
des résultats remarquables ; il constata, en dehors de la gJace ordinaire,
J'existence de deux especes de glaces di!férentes qu'il baptisa glaces 1\08 ll
et 111 ; la glace ordinaire ou glace N° I est plus légere que l'cau et son
point de fusion s abaisse réguliérement quand la pression augmente. A la
pression de 2 .200 kilos, le point do fu~ion est - 22°. Alors se forme,
quand la pression augmente, la glace N° III qui cst plus lourde que l'eau
et dont le point de fusion s'éléve quand la pression augmente. », .
« Au-dessous de cette te-mpérature, on observe également l ex1stence
d'une autre espece de glace, la glace N° 11, la distinction entre la glace
II et 111 s'établit de la lacon suivante: a la températurc de - 55°,_on
observe la translormation de la glace N° I en glace N° II sous la press1on
de 2.100 kilos; le phénomene s'accuse par un changement de volume;
roais la m8me glace N° I peut encare se transformer sous la press10n de
2 .250 kilos et l'on ohtient la- glace N° 111 dont le volume, a ces
memes température et pression, est dillérente du volume de la glace
N° J ou II. ,
1 M. Bridgmann a repris ces expériences, mais sur un plus v~ste domaine de P.ression 1 et il a constaté l'existence de deux autres variétés de
glaces qu'1l désigne sous Je terme de glace N° V et VI. Toutes deux sont
plus lourdes que l'eau. •
La ¡¡lace V a été observée entre - 10° et 0°; la glace VI entre -10°

a des

pressions exercées sur certains cristaux, tels que le quartz ou la

tourmaline. En 1883, Curie a découvert que la tension et la compression
provoquent l'électrisation de cristaux dont il est parlé ci-dessus. Curie a
trouvé que la quantité d'élcctricité produite est proportionnelle a la
pression. On a utilisé cette propriété, par exemple, pour mesurer les

pressions développées par les explosions dans les armes a leu et dans les
moteurs.
Si l1on soumet un sel de Seignette

a une tension convenable, on cons-

tate une dillérence de potentiel de 500 volts entre les plaques aboutissant
A l'appareil enregistreur, réciproqm-ment, si l'on applique au meme cristal une tension parei1le, iJ se tord lui-m8me ; soumis a un courant alternatif, il entre en vibrations et produ.it un son plus ou moins fort selon la

tension appliquée. Cette propriété a pu etre utilisée en téléphonie et a
donné a H. Me. Jean Nicolson, d'excellmts résultats. (1)

1

1

1

:Ir.A S"SfN'Ji."Bi:iSB

»B

:lo• A mi: M@ H :E A Q V B

Une des applications industrielles les plus récentes des prcssions élevées, est celle de la synthése industrielle de l'ammoniaque par le procédé

Geor~es Claude. La dillérencc qui existe entre ce procédé et celui imaginé
prim1tivement par Charles Tellier, le Pere du Froid, et perlectionné par
Haber, provient précisément, de la pression de 1 .OCO atmosphéres qu'on
a pu obtenir en vue de cette synthése. Celle-ci s'ellcctue par le mélange
de deux gaz azote et hydrogéne en proportions voulues, en présence d'un
catalyseur approprié et sou~s A une ~r~s forte pression. .

Le procédé allcmand de Lmde n'ut1hsant que des pressrnns de 150 ou
200 atmosphéres, Georges Claude s'arreta a l'idée d'employer des sur-

pressions, qu'on obtient tré~ économiquem~nt a l'aide d'un si_mple piston plongeur. Plus la press1on s'éléve, moms son augmentat10n coüte
d'énergie. Ainsi on peut dire que ce qui _coüte 2 pour comprim?r a 2CO at-

mosphéres, ne coüte que 3 pour compr1mer

a 1 .éCO atmospheres.

M. Georges Claude a déternuné la re)at10n exacte qm ex1ste entre la
preirnion et la température Alaquelle doit ~tre soumis le ca!alyseur .. .

A la pression de 2(0 atmosphéres utihsées par la Bad1sche Anilin, le
rendement en ammoniaque était de 13 p. 100 du mélange gazcux
soumis au catalyseur · a la pression de !000 atmospheres, le rendement est de 40 p. 100. 'La dépense supplémentaire d'énergie exigée est
extremement faible ¡ la température est d'envuon 60C0 •
Les deux gaz élémentaircs,. azote et ~y~og~ne, ut~s~s dans cett~ ~ynthese sont extraits : le prrm1er de la d1shllahon de I a1r atmospher1que
liquéfié dont les 80 p. 100 sont de l'azote;
(1) Ce mot est pris ici dans son acception mécaniquc,

�838

L'ESPRIT NOUVEAU

Le second de l'électrolyse de l'eau, ou encore des gaz résiduels des lours

a coke qui contiennent 50 p. 100 d'hydro~ene.

Nous donnons ci-dessous, le schéma au processus de la synthése de

MUSIQUE

l'ammoniaque (voir figure en tete de la rubrique science).
C'est la tension élevée des vapeurs qui permet de les condenser au sortir des tubes catalyseurs par simple refr01dissement.
Nous insisterons, une autre fois, sur le róle particulier des catalyseurs.

L'INTELLIGENCE
M. Auguste Lumiere a pu vérifier l'hypothese émise par lui et d'apres
laquelle n des produits toxiques secrétés par les racines des plantes ou résultant de la transfonnation des débris végétaux apres la chute des feuilles et la
mort des plantes annuelles » (1) pouvait jouer un rOle dans Je fait que la
végétation est ralentie pendant l'hiver et ne se réveille qu'au prin-

DANS L'&lt;EUVRE MUSICALE

temps. 11 suppose que le temps qui sépare l'automne du printemps est
m atériellement nécessaire

a la nature pour la

destruction par fermenta-

tion, oxydation ou dilution et l'entra!nement, par les pluirn, des produits

toxiques antérieurement .secrétés.

Cette idée s'est trouvée vériliée par l'expérience. M. Lumiere a utilisé
un échantiJlon de terrean qu'il a partagé ; apres avoir soumis un des lots
a des lavages répétés A l'eau distiJlée et avoir simplement arrasé l'autre
lot avcc le meme liquide, il a constaté qu'A la tcmpérature du laboratoire,
Je premier lot se recouvrait de petites herbes au bout de quelques jours,
tandis que le second lot restait stérile.
IJ en déduisit que Je lavage avait éliminé les produits s'opposant /J. la
germination des graines.

M. Lumiere a pu extraire, par épuisement, les produits solides stérilisants qui, dissous dans un litre d'eau, utilisés comme arrosage, se sont
opposés en toutes saisons a la germination.

Si I'on parvient a déterminer les procédés de saturation ou de destruction de ces substances, on aura frut réaliser /J. la culture un progres au
moins équivalent /J. celui que suscita la synthese etl'utilisation des engrais

nitrés.

Peut-etre le rOle de ces derrriers sera-t-il completement changé une fois
l'étude chimique des substances stérilisantes plus avancée.
II faut toutefois noter que les phénomenes de symbiose consistan\ en la
nitrification du sol par des micro-organismes, présente un maximum d'activité Ala fin de la saison hivernale. D'ou il résulte que cette rritrification
ne s'eflectue également qu'apres l'élimination des substances en question. II y aurait done Iieu de déterminer si nitrification et germination
restent solidaires ou deviennent indépendantes.
Paul RECHT,
(I} Promenoir.

M. Charles Kcechlin, dans un article « La Musiqu.e, plaisir
d,e l' esprit, ou jouissance sensuelle », oppose intellectualisme a
sensualité, intelligcnce a sensation, et cherche a dégager la
part de chacun d' eux dans l' ceuvre musicale.
Tout en admettant « la sensibilité qu'une belle intelligence
équilibre », l' ceuvre musicale est avant tout, pour M. Kcechlin,
« le passé de l' artiste, ses amours, ses haines, sans oublier
son intelligence ». «L'intelligence n' exige qu'une sorte d' ordre
apparent ». « C'est u.ne logique intime qui s'ignore elle-meme.
Cette ignorance est précieuse ».
M. Kcechlin ne veut pas de la science « qui philosophe sur
les raisons des choses, explique les pourquoi et les comment »
- de la Raison qui détermine. Il leur préfere « le mystere » de
la création, et « un art si divers, si riche d'inconnu non encore
exprimé, qu' on ne voudrait point dire de fa&lt;,on certaine ce
qui arrivera ou ce qui n' arrivera pas ».
.
Enfin, « pour la vraie ,logique musicale, elle est d' ailleurs
imprévisible, diverse extremement et ses lois restent cachées
dans un profond mystere "·
Nous regrettons que M. Kcechlin ne s'exprime pas en
Revue Musicale de mars 1921.

��842

L'abondance des matieres nous oblige a remettre
au prochain numéro la RUBRIQUE BIBLIOGRAPHIQUE.
ainsi que la suite des féponses A NO'rRE ENQUiTE :
DOIT-ON BRULER LE LOUVRE.

L'ESPRIT NOUVEAU

superflue. L' auteur a parfait son reuvre au dehors de 1ui,
comme une belle cho se, pour la délectation d' autrui. 11 est des
reuvres trop longues ou trop courtes qui ne satisfont pleinement ni l'intellect, ni les sens: absence de plan, ou planinsuffisamment con,;iu, ou modifié en cours de route pour telle raison
secondaire.
11 est des musiques coÍnme l'imprassionnisme, qui ne correspondent plus aux ten dances de notre époque. 11 est des musiques
d'autres époques qui ne nous satisfont plus pleinement : Beethoven, le preiniei des romantiques, auquel- nous préférons
Mozart et Bach. Pourquoi ? Parce que nous nous lassons de la
prédoininance exagérée d'une personnalité. Bach et Mozart
nous offrent des architectures s'équilibrant presque d'ellesmemes, par la force des choses (musicales) ; de temps a
autre apparait lurtivement la main du créateur, comme pour
ordonner Inieux encare un équilibre stable déja par soi-meme.
Il est une généralité qui nous touche plus profondément
qu'un fait isolé.
Beethoven, c'est le drame d'une ame et notre subjectivismc
s'y laisse prendre. \Vagner, c'est la fusion entre la musique et
l'art scénique, forme d'art inférieure puisque la musique y
partago sa force entre le Ver be et le Geste.
L'art de Beethoven et de \Vagner se perpétue en Allemagne,
ou il est né, parce que l' Allemand n' est pas encore une race
arrivée asa maturité artistique. La musique d'un Schcenberg,
d'un Bartok en sont un exemple. L' Allemagne en est encare
au romantisme individualiste.
L' art des Cubistes, d'un Picasso, d'un Gris, des Puristes,
déclanche des réactions collectives, objectives, parce qu'il
n' est pas l' expression primaire des sensations et des passions,
mais leur transposition dans un ordre supérieur ou l'intelligence agit et trouve de hautes satisfactions.
Albert

JEANNERET

LECTEURS,

Vous nous donnerez une preuve de votre sympathie en nous indiquant ci-dessous les noms et adrult
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nouvelle, et e8t

P .4.R.4.IT TOUS LES MOIS, SUR
160 P.4.GES IN-IJO .4.U MINIMUM

Chaque mois elle publie un BiUet Parisilfn d' André Salomon, réstbnant la vie artistique fra~e.

Rédacteurs : André de RmoER et P. Gusta ve VAN HEcKE.

Internationale mais non internationaliste, intersociale, mais non socialiste, la

Re•U$ de Geni•e est une revue de liaison inteJJectuelle et de .documentation ori-

SOMMAIRES DES NUMÉROS PARUS A CE JOUR
· SOMMAIRE DU N° 5. - La Section d'Or, par Florent Fels. - L' Art nouveau, par Wale
démar George. - Musique nouvelle, par Paul Collaer. - Les lithos de Marie Laurencio, par
André de Ridder. - Les Arts A Paris (III) par André Salman. - Notes, remarques et nouvelles.
muvres de L. Survage, Férat, Archipenko, Lambert, Marcoussis, Duehamp-,Villon, Laurens,
G. Buehet, Angiboult, Tour Donas, Jacques Villon, Fernand Léger, Georges Braque, Albert
Gleizes, Marie Laurencin, - Couverture de Géo Navez.

SOMl\.lAIRE DU N° 6. - André Foy, par René Bizet. - Foujita, par R. Rey. - Valentine
Prax, par Marcelo Fabri. - Fernallde Barrey, par L. Aressy. - F:rans Masereel, par Paul
Colín. -JuJes Vermeire, par André de Ridder, -Les Arts a Paris (IV) par André Salmon. Les écrits d'Ensor, par Paul Fierens. - Notes, remarques et nouvelles.
CEuvres de A. Foy, Foujita, V. Prax, F. Barrey, F. Masereel, J. Vermeire, James Ensor. Couverture de Joseph Cantré.
SOMMAIRE DU N° 7. - L'art de ne pas savoir peindre, par P. G. van Hecke. - Albyn
van den Abeele, par André de Ridder. - Gustave van de Wrestyne, par .Fmnz Hellens. Prosper de Troyer, par P. C. van lleche, -Creten Georges, par Paul Fierens, -Léon de Sm_et,
par Francis Careo, - Les Arts a Paris (V) par André Salmon. - L'exposition de Gen~ve, par
Fr&lt;mfOÍS Gos. - Notes, remarques et nouvelles.
CEuvres de A. van den Abeele, Gustave van de Wrestyne, P. de Troyer, Léon de Smet,
Georges Creten, Marie Laurencin. - Couverture de Georges Creten.
SO:MMAIRE DU No 8. - La jeune peinture fran9aise, par André Salmon. - Art anclen,
Art nouveau, par André Lhot,e. - La nouvelle peinture, par André de Ridder. - Interview
devant le roiroir, par P. G. van Hecke. -Liberté et Tradition, par Paul Fierens, - Paris, Paris.,.
par Franz Hellens,
CEuvres de A. Deratn, A. Lhote, B. de Warocquier, M. Gaillard, Ch. Dufresne, A. Favoy,
O. Friesz, M. Laurencin, R. Durey, BissiCre, Bischoff, Dunoyer de Segonzac,Corneau.-Cou.
verture d'André Derain.
PBIX DU NUMÉRO. , •••••• , •• , •••••• , , .. , • , , • , , • , , , • •

ABoNNEMENT o'UN AN. • . • • • . • • • • • • • • . • . • • • • • . • • . . • •

3

ginale. Seule, elle joue ce rOle nécessaire a une époque qui, apres tant de bonleversements, réclame qu'on reconstruise. Dans ce chaos douloureux, elle cherche a
retrouver les lignes directrices ; elle contribue a préserver nQtre civilisation soumise a tant de menaces.
Chacun de ses numéros se divise en trois rubriques. Une premiare partie contient
des reuvres d'imagination, des études de caractére général, des es~ais politiquea,
historiques, critiques. La seconde partie donne des 1&lt; Chroniques nationales ». Iesquelles sont rédigées par des ressortissants des pays dont elles traitent. Tirant la
philosophie des événements, ces chroniques fournissent des vues d'ensemble et
. donnent un tablean comparé, une image synthétique du monde moderna.
A ces « chroniques nationales » succéde une 1&lt; chronique internationale » consacrée A retracer les efforts des peuples non plus pour s'affirmer, mais JtOur s'entendre les uns les autres. On y trouve l'analyse des grands problemes q:m se posent
A toutes les nations en commun, la libre discussion des diverses inst1tutions universelles dont Geneve est le siege, le coinpte-rendu de l'activité internationale dans
le monde entier.
La R ePU$ de Genive compte parmi ses collaborateurs: MM. Maurice Barres, René
Boylesve, Georges Duhamel, Edouard Estaunié, Georges Eekhoud, Elie Faure,
Daniel Halévy, Emile Henriot, Edmond Jaloux, Camilla Mauclair, Pierre Mille,
Edmond Pilon, Henri de Régnier, Jean Richard-Bloch, Jules Romains, André
Suares, J.-J. Tharaud, Albert Tbibaudet, Jean-Louis Vaudoyer, Benedetto Croee,
G. Ferrero, Piero Jahier, G. Papini, Vilfredo Pareto, G. Prezzolini, Joseph Conrad,
George Moore, Bernard Shaw, J. Sangwill, Arnold Bennett, J ohn Erskine, Charles
Macfarland, E. Curtius, F. W. Forster, Freud, H. Kessler, Heinrich Mann, W. Ratenau, J. RedHch,Maxime Gorki, Kouprine, Remisov, Sologoub, J. Bojer, Geijerstaním, Per Hellstroem, Jules Andrassy, Fr. Riedl, J. de Voinovitch, Andreades
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artistes italiens et étrangers dont l'im¡;ortance peut étre considér€e comme cardinale, en
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. Nous y reprendrons sur de nouwllcs bases esthétiques et critiques l'étude d'artistes
dé¡d consacrés par la renommée. Aiais notre attention se portera principal.ement, dans
le but de les identifier et d1 en fafre ressortir la "aleur, sur l'reu(lre d'art-istes 9ui b'ien
qu'inconnus encore, apportent néanmoins une contribution a la connaissance mtégrale
de l' al tipité réelle et de.s ten dances artistiques de nos jours.
Chaque Mlume sera consacré d un ou plusieurs artistes, sur d' ceuvre desquels noas
donnerons un lar ge aperr;u critique dú d la plume d'un des meillcurs écriPains cho-isi.s
parmi nos collaborateurs. Chaque rolume ne contiendra pas moins de 24 pages de texte.
AJ ais la caractéristique de cette collection et ce qui en jera la c.·aleur, ce sera sa
documentation grap/zique. Jrous appelons sur ce point toute l'intelligente attention de.
nos lecteurs qui trouveront dans les 32 nprodi:ctions thoisies dans freuPre totale de
fartiste un large matériel d'étude. Ces reprcductions com,titua,.t, ¡:ar la finesse et
l'ori&amp;inalité au ¡ rccédé ¡:,hol_cf'!;'[i~zw ado¡,té, un mcdlle tarfait dans son
genre. Imprimées sur bcau ¡apur i¡é&lt;.ial&lt;rnrnt fabriqué par la ¡ap.terie .iltiliani
de Fabriano, sclidcmrnt rtliüs tn ur.e aure1ture illuMrée a dmx couleurs, ces monogra,hies eerrnt rour l, liblio¡/;i/e des dornmcnts d'une rahur excqtionnelk.

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                  <text>La revista “L’Esprit Nouveau”, cuyo título es un homenaje a Apollinaire, y subtitulada Revue Internationale d’Esthétique. (en español, El Espíritu Nuevo) fue una importante revista de arte francesa, publicada entre 1920 y 1925. Alcanzó los 28 ejemplares.  Con un promedio de 100 páginas y con imágenes en color, fue la revista del movimiento purista. Su ámbito fue internacional, llegando a alcanzar bastante difusión en países como México. Su eslogan era: “Hay un espíritu nuevo; es un espíritu de construcción y de síntesis guiado por una concepción clara”. fue dirigida en sus tres primeros números por uno de sus tres fundadores, el  poeta dadaísta Paul Dermée, (fue importante colaborador inicial, pero sólo participó durante los primeros siete números), Amédée Ozenfant y Charles-Edouard Jeanneret (Le Corbusier). Colaboraron poetas, artistas y músicos como Aragon, Bissière, Breton, Carrà, Cendrars, Cocteau, Éluard, Max Jacob, Lalo, Milhaud, Raynal, Satie, Tzara.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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