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                    <text>CJNQUléMe ANNm!, N• 1
JANVlBll•MARS 1922

laatbt ft!tlal tH11efq,ees
de l'Ual..-.lU de Pllrls

HISPANIA
SOMMAIRE

Pages
Le Thédtre de Clara GazuL ......... ........ .
Le Carrosse du Saint-Sacrement ........... .
Luí.! de Góngora (A. propos de Z'édition de
ses an.ivres completes par M. R. Foutch,é.
Delbosc) ........................ ............. .
La chronol-Ogie des pieces de Lope de Vega.
E94 de Queiroz ... ......................•.....
Le témoignage de Lopez de Ayala au sujet
de D. Fadrique, frere de Pierre-le-Cruel.

ERNBST MARTlNBNCHB .•••
PROSPBR MBRIMÉB ••• , ••• ,
MARIOS ANDRÉ ........... .

COIILLK PITOLLBT ••.•..••
ANDRÉS GONZÁLBZ BLANCO.
GBO'RG.BS CIROT .•• , • , , , .••

1

15
41
50
59

70

CHRONIQUES

-

GABTON PICA'RD .......... .

E.M. et CiltlLLJl PlTOLLBT.

Revtte des Revues ............................ .
Livres RecU3....... , ·. · · · .. · · · · · · · .. · · .. · .. · · ·
Echos (un article de M. Jorge GuiLUn sur
M. Marius A.ndré........... ............. .

R,EDACTION 4 ADttUNISTRATION:

96, BOULBYAR.D RASPAIL

PARIS

77

89
94

��INSTl1Uf O'ETUDES HISPANIQUES
DE L'UNIVERSITE DE PARIS
96, Boulevard Rcqall

INSTITUT D'ÉTUDES HISPANIQUES DE L'UNIVERSITÉ

PR.ÉSIDENTS D'HONNEUR.

DE PARIS

Son Excellcncc l'Ambassadeur d'Espagne
et

M. le Recteur de l'Université de París
COMITÉ DB DIRBCTION

M.
M.
M.
M.
M.
M.
M.

Le Marquis de Casa Valdes.
Maurice Croiset, Administrateur du College de France.
E. Dibic, Trésoricr-Conservateur de la Bibliotheque.
E. de Huertas, Avocat-Conseil de l'Ambassade d'Espagne.
E. Martinenche, président.
l. de Sard, Directeur de l'Hopital espagnol de Paris.
Ch. Widor, Secrétaire perpétuel de I'Académie des Beaux-Arts.

HISPANIA

SECR.ÉTAIR.B OBNBRAL

M. C. lbáñez de Ibero.

TOME IV

HISPAN/A

Rédacteur en Chef : M. V. Oarcia Calderon.

(JANVIER-DÉCEMBRE 1921)

Rédaction : Adresser les manuscrlts, 1/vres, revues et tout ce qul
concerne la rédactlon a Hlspania, 96, Boulevard R11sp11/I,
Parls 6•.
Administratlon : Pour les abonaements, les cbangements d'adresse,

J'acbat des numéros et la publicité, s'adresser a l'Admlnlstr11t/on
d'Hispania, 96, Boulevard R.aspall, Paris.

Prlz. des aboanements :
Le coQt du papler et la nouvelle majoratlon de la cbambre syndlcale
des lmprlmeurs fran?ls, nous obllgent A flxer, A partir d'auJourd'bul,
les prix sulvants :
Ea Freace
LE NUMÉR.O • . . . . . . . • . • • . . • . . . • • . . . . . . . . . . . . . • • • • • • • • • • • • • . • :a francs
UN AN • . . • . • • . . . • . • • • • • • . . • • . . • . . . • • . • • . . . . . . . • • • • • . . • • • • • . .
8 francs

Ea Espagne et pays étrangera
LE NUMER.O ...• •. • •• • •... • .. . .•.. . •. • •..•. .. • .• •. , ...... . ..
UN AN •••••••••••• , • • • . • • • • • • . • . • . • • • . • • • • • • . • • • • • • • • • • • • • • •

:a pesetas
8 pesetas

PARIS

�Table

ANoRÉ (Marius) ........ .

Les banquets de Argamasilla (janvier-mars) . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

BoussAGOL (G.) ......... .

CAssou (Jean) .......... .

D'HERMtGNY (Baron R.) ...

¡um) . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

142

Manifestations universilaires franco-espagnoles a l' UniversiU de
Toulouse (janvier-mars).. . . . . .
Miguel de Unamuno, Miguel Cervantes et Don Quichotte (juillet-

67

septembre)...................

254

La situation économique et sociale
des classes rurales en Espagne
(janvier-mars). . . . . . . . . . . . . . . .

,,,

l)

9

Les exploitations miliieres de la province de Mt1rcie (octobre-décem-

l)

bre)... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
D'ORs (Eugenio) ....... .

Fragments de " la Ben Plantada

GoNZá.LEZ BLANCO (Andrés)

Amiel et lbsen m F:spagne (jan-

GmLLÉN (Jorge).. . . . . .
l\lAssoN (Georges-Armand)

Eugenio d 'Ors (janvier-mars) ....
L'Espagne a Paris 011 lesje11x de la
mode et de la géograpliie (juillet-

vier-mars) . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

:\1ATA (Pedro) ........... .

MAUCLAtR (Camille) ..... .
,\1tRÉJKOWSKt (Dmitri) ... .
))

M10MANDRE (Francis de) . .

340

JJ

(janvier-mars)................

))

54

Les banquets de Argamasilla (avril-

))

))

septembre). . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le casque de Don Quicliottc, trad.
par Georges Pillement (juilletseptembre).............. . . . . .
Orti:: Echagüe (octobre-décembre)
Cervantei&gt; (avril-juin)............
Calde1·ó11 (avril-juin)............

[.,'hispanisme de Rodó ( A propos
d 'un livre de Gon::alo Zaldumbide) (octobre-décembre)......

5
13

199

226
308

96
125

289

�P1ges

P1TOLLET (Camille) ...... .

»

))

»

))

))

HvNER (Han) .......... . .
SERVAL (.'1auricc) ....... .

\ ' AUXCELLES (Louis) ..... .

»

l)

S11r quelques sai•:mls esj,agnols conlemf&gt;orains (jan vier-mars) ..... .
Le,, Y car Book » des l:zngues mode, nes j,our 1920 et la littérature
espagnole (auil-juin) ..... . ... . 160
f&gt;ot-j,ourri csj&gt;agnol (juillet-septembre) ..................... . 201
f&gt;ot-f,ouni esra1:nol (octobre-décembre) .....•......... . .....
355
I lie, et dem;zin (octobre-décembre) 301
U11 réfugié espa.~1iol sous l.i R.eslauralion. Le Gt!né1al Mina en
France (octobre-décembre).....
Beltr.í,i el la f,einlure esj,agnole
co11temforaine (juillet- septembre) ........................ . 1 93
De ftfaleo llern.inde:;, dtt modelage
et de la taille directe d..111s la sculp,
lrne co11temf&gt;or:zine (octobredécem bre) .... ........ ...... . 2
93

CHRONIQUES
CAssou (Jean) .... : . ... . .

»

» .......... .

P1cAno {Gastoo) ........ .

1)

•

)1

E ..\\ ................ . . .
P1TOLLET (Camille) ...... .
))

•

•

•

f: -- . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

•

lt . . . • . . . . . . . . . . . . . . . . .

Revue des Rel'ltes (janvier-mars) ..
Revue des Revues (avril-juin) ....
Re11ue des Revues ( a11ec tm article
de Camille M auclair sur l'art de
Federico Beltran) (juillet-septembre) ......... ..... ....... .
Revue des Re1•11e.~ (octobre-décembre) ........................ .
Livres refllS (octobre-décem bre) ..
Lirres refus (avril-juin) ......... .
Livres rer;us (juillet-septembre) .. .
Eclios (avril-juin). . ........... .
Eclios (a1.•ec 1111e Lettre de Baldomero Sa11fo Ca1w) (juillet-septembre) .................... .

92
166

Hispania

Le Théatre de Clara Gazul
M. Morti11cnche publie ces jours-ci che11 l'éditeur Hachette, un tres beau
lit-re s11r l'Espagne et le Romantisme fran~ais qui semble le som,net de
son ce11vre et le couronnement de sa corriere d'hi.spa11isa11t. Pour écrir, ces
roges míiries, si p/cines et si Ugcres Po11rta11t, il follait toute u11e vie de
rec/1erches sa-z:antes, la clair1.·oya11ce d'une sympathie mvers l'Es¡x,gne qui
t·st det·c11uc, prcsq11e, de /'amour patriotique ; et po1tr tout dire, un certain
courage. Car u,ie 111ode rhe11te t•cut que le romantisme d'Espag11e ou d'aillcurs, soit le galeux, le pcstiféré, le se11l coiipablc de tous les crimcs littéraires. N ous établiro11s da11s 11otre procl,ain numéro le bilau du ro111a11tisme
l'(pa911ol c11 a,10lysa11t le li1.·re de AJ. Aíartiucnche; mais 11ous at•ons t'Otclrt
r11 do1111er 1111 a,•a11t-9oíit c11 pub/iant, gro.ce a la charmo11te co11rtoisie de l'a
maiso11 Hoc/1cttc, qttclq11cs-1111es de ses pills be/les poges.
C'est aussi vers Hcmani, mais par une voie bien différente, que nous
achemine Le Théatre de Clara Ga.:111 (1825) auquel il convient d'ajouter
La Famille de Ca.rt•ajal (1828).
A quelle inspiration obéit Prosper l\Iérimée ? I1 passe alors par la
¡,hase romantique. Aussi lance+il volontiers ses épigrammes contre les
regles dont les classiques continuent a imposer le respect. Clara Gazul n 'a
que faire des unités. Elle ne perd pas son ternps a s'arréter aux otjections
du poete effarouché par une comédie qui commence en Danemark et finit
Espinosa en Galice (1). Elle préfere monter dans « les voitures si com-

a

( 1) Cí. le Prologue du Thé.itu de Cloro Go~ul. • Je ne vais pas m'iníormer, dit 11 comédiei:ne espagnole, pou~ jugcr d'une pi«e, si I évén~ment 1e p111e dan, Tingt-quatre heures,
et 11 les personnagcs v1ennent tou, dan, le mlme heu, les uns comploter leur conspiration,
les 1utre1 se faire assassiner, les autres se poignarder 1ur le corps mort, comme cela ,e
pratique de l'autre c61é des Pyrénées. •

I

BIBLIOTECA CENTRAL

U.A.N.L

�-2-

modes » de messieurs les romantiques. La conclusion de l'Amour Africain
est une plaisanfe réplique aux peintures dans lesquelles les classiques s'imaginent représenter l'amour. Le capitaine de corvette Diego Castaneda n'est
pas plus tendre pour les héros de tragédie. 11 les traite de « philosophes
fiegmatiques, sans pe.ssions, qui n'ont que du jus de navet au lieu de sang
daos les veines, de ces gens enfin a qui la tefe tournerait en serrant un
hunier (1). » Lorsque plus tard Prosper ?llérimée reviendra sur cette
période de sa vie, il ne manquera pas de rappeler que vers l'an de grace
1827, il n'y avait « point de salut sans couleur locale (2) ». Il va done
chercher cette couleur dans la littérature du pays que la critique préromantique a mis a la mode. l1 ne le cormait encore que par des lectures,
mais déja il se sent attiré vers lui. 11 semble deviner le plaisir qu'il aura a
pénétrer dans un génie dont on pourra dire qu'il est le seul de ses contemporains a l'avoir véritablement compris.
..
Prosper Mérimée a beau se ranger en 1825 sous la banniere romantique ;
i! est déja lui-meme, c'est-a-dire !'esprit peut-étre le plus opposé aux exaltations de la nouvelle école. S'il est un trait qui le caractérise des ses débuts
et qui demeurera sa tendance essentielle, c'est assurément son effort pour
mettre sur sa sensibilité le voile de son ironie. Ce n'est pas la simplement chez lui la marque d'une éducation raffinée ou la persistance de
ct:tte défiance que la litt'érature classique tui avait enseignée a l'égard du
« moi » si haissable. Est-ce une précaution d'un amour-propre qui
rcdoute la raillerie ? Est-ée plutót une barriere qui s'oppose aux curiosités indiscretes et aux familiarités déplacées ? Est-ce surtout la révolte
instinctive d'une ame qui ne peut pas s'empccher de voir daos le don
d'elle-meme comme une atteinte a sa dignité ? Toujours est-il que Prosper 11érimée n'a jamais cessé, au cours de sa vie, de porter son ironie
c&lt;,mme la plus élégante des armes défensives. Il s'en est, pour ainsi dire,
enveloppé comme d'une sorte de pudeur masculine. Son ceuvre ne prend
tout son seos que si on l'y voit toujours présente.
C'est elle déja qui lui inspire le fravestissement sous lequel il présente
ses prernieres productions. Il imagine Clara Gazul comme il inventera
pour La Guda le joueur de Dalmatie Hyacinthe Maglanovich. Au Joseph
l'Estrange (tres étrange, en effet), qui écrit la Notice sur le Théatre de la
comédienne espagnole correspondra pour la préface des Ballades l'Italien
né d'une Morlaque réfugiée en France. Le point de départ de la Famille
de Carvajal est daos l'histoire du proces de Béafrix Cenci. Comment justifier la saveur sauvagement espagnole qu'il importait de lui donner ?
( 1} Cf. la Préface de La Fami/le de Car~ajal.

(:a) Cf. Lettres a une inconnue, 1, p.

21.

Le procédé est tres simple. Prosper Mérimée déclare gravement qu'il a
Ju l'anecdote qui íait le sujet de sa piece dans l'ouv~ge sur la Nouvelle
Grenade du 11 malheureux Ustariz ». 11 y cut bien parmi les chefs de
la Révolution de Caracas un Ustariz qui périt en 1814, mais je crois qu'on
¡;erdra bien du t'emps a chercher son ouvrage. L'extrait qui lui est attribué est, en tout cas, en son genre un petit chef-d'reuvre. Ríen n'y manque
de ce qui pouvait lui donner aux yeux !ies bourgeois d'alors un -:aractere
d'indiscutable authenticité. Mérimée n'est pas plus embarrassé pour citer
des noms indiens que pour forger des généalogies espagnoles. 11 n'oublie
meme pas de preter a son héros des superstitions et des scrupules qui
port"ent la marque de son temps et de son pays (1). 11 connait enfin l'art
ci'endormir les défiances en melant adroitement la vérité et la fiction (2).
C'est un mystificateur de premfor ordre, et c'est peut-étre par la. surtout
qu'il appartient a cet'te école romantique qui était: alors l'école des jeunes
et qui ne dédaignait pas les farces de rapin.
N. quelles sources emprunte-t-il les é!éments avec lesquels se joue sa
fantaisie ? Les uns lui viennent naturellement de ses lectures classiques.
D'autres sont tirés des ceuvres que la mode romantique commence a porter aux nues, de Shakespeare surtout et de Byron. Mérimée e~t loin
alors d'avoir des livres et des choses de l'Espagne la connaissance précise qu 'il n'acquerra que plus tard. 11 a sur elle a peu pres toutes les idées
de son temps et de son milieu. Il écrit Le Tliéatrc de Clara Ga~ul au
moment ou, apres l'avoir accommodée au gout troubadour, on la tourne
au tragique, et ou on lui demande avant tout' les plus sombres peintures
et les plus terrifiantes histoires. Aucune tendance ne pouvait mieux
convenir a Prosper Mérimée. II a toujours recherché ces effets ,effrayants
qui soulevent une émotion d'autant plus forre qu'ils sont présentés avec
la plus froide impassibilité. Son art s'est meme si exclusivement attaché
a ce contraste qu'il y faut voir sans doute non pas tant un procédé qu'une
forme naturelle de son esprit'. Et peut-etre est-ce la la raison profonde
de sa sympathie pour un pays ou les contradictoires semblent s'unir sans
effort. Bien qu'il ne l'ait point encore visité, i1 se préoccupe déja
d'en étudier la langue. S'il partage sur la littérature espagnole les préjugés de ses contemporains, il pousse 'plus avant que la plupart d'ent're eux
( rj &lt;e Ajoutez_ i cela q_u'il (C~rvajal) s'_adonnait i la magie, et que, pour plaire au diable
son 1nventeur, 11. comm11 plus1eur~ sacnleges trop horribles pour que je les rapporte ici. »
p·(:a) 11 est parfa11ement exact qu un Carjaval fut en 1544 « mestre de camp de Gonzalo
•~arro
• et que sa cruaut~ souleva de te!les .~oleres que le peuple l'arracha en 15 8 de sa
9
4
Prl !)n pour le mettre en p1eces. 11 est vra1 qu 11 ne s'appelait pas Diego, mais Francisco
.Ménmée a sans d&lt;;&gt;ute confondu son prénom avec celui de Almagro. D'autre part, un de se;
parbnts, _Juan, q_u1_ usurpa un momtnt le gouvernement du Vénézuéla, ne fut pas non plus
un and1t de mediocre _envergure avant de monter sur l'échafaud en 1~ 6. N'est-ce as
4 de familltau
ass~zMde ':esd~eux Carya¡ales pour qu'on ne songe plus i demander ses pap1ers
Jose- aria « Ustanz » ?

�,
-sles lecturcs qu'il en fait. Ses deux autcurs préférés sont naturellement
ceux dont on parle autour de luí, Cervantes et Calderón. 1fais il ne se
contente pas des traductions dans lesquelles ils se présenfent au lecteur
fram;ais. 11 emprunte au texte original des épigraphes qu'il juge inutile
de traduire. ll cite aussi Lope de. Vega et !'Araucana. d'Ercilla (1). ll
affecte meme de mettre dans le texte ou en note des mots qui prouvent
qu'il se familiarise avec le castillan.
Comment met-il en reuvre les matériaux dont il dispose ? Les souvenirs
de notre littérature classique se rencontrent surfout daos une piece qui
occupe une place spéciale dans le Théatre de Clara Ga~ul, parce que c'est
une comédie qui ne se départit jamais de son allure comique. C'est le Carrosse du Sai11t-Sacrcment (2). Le perroquet _. qui rappelle
la marquise
d'Altamirano le métier de son pere en s'écriant sur son passage : « A
combien !'aune de drap ? »
sans doute appris sa malice dans le Bourgeois Gc11tilhomme. Et n'est-ce pas aussi a Moliere et a son Tartufe que
songe don André de Ribéra lorsqu'il avoue a son secrétaire que « pour
etre un vice-roi, on n'est pas obligé de vivre comme un saint ? » Le róle
entier de la Périchole semble écrit par un éleve de Voltaire. Quant au
trop confiant Martinez, sa disgrace est une seconde et' cham1ante édition
de la fameuse histoire de Gil Bias et de l'archeveque de Grenade.
Quelle que soit la valeur de ces rapprochements, ce que Mérimée doit
surtout
son éducation classique, c'est la sobriété de son style, et c'est
la délicat:esse de son goút. Daos l'Avertissemcnt qui précede focs Me11do
ou le Préjugé •vai11cu, il fait dire
Clara Gazul qu'il faut savoir gré
l'auteur de n'avoir pas, en imitant les anciens comiques espagnols, « copié
aussi le style culto, si fatigant pour les lecteurs de ce siecle ». Prosper
Mérimée ne se contente pas d'éviter la plus légere trace de préciosité, il
11'a pas une moindre horreur pour le bavardage sentimental et pour les
grands mots qui veulent enfler les petites choses. 11 ne recule pas devant
les sujets « larmoyants et' improbables », mais il les traite en une forme
d'une simplicité nue et en quelque sorte marmoréenne.
C'est pourquoi il ne tire guere de ses lectures romantiques que des
matériaux isolés. Il se souvient d'Atala quand il raconte comment Eugenio fut « voué Dieu » pour obtenir du ciel la guérison de sa mere.
Dans la meme comédie, doña María se prépare au suicide sur le ton d'un
héros de Shakespeare (3). On sent enfin a plusieurs reprises l'influence

a

a

a

a

a

a

(1) Cf. les épigraphes de l'Amour Africain et de La Famille de Caryajal. _ .
•
(2) Le Carroue du Saint- Sacremeni ne se trouve pas daos la prem1~re éd111on du T~litre
de Clara Gaiwl, mais ce n'est passans raison qu'il s'y rencontre en 1842 avec la Fam,!I• d,
C•"!ajal. 11 parut ~·~illeurs d~ 1829 d~ns la R~u• d, París 1ou1 la aig~atu!e, cette fo1s, de
Ménmée. Lea condmons de sa publtcauon exphquent son caract~re parucuher.
('JI Cf. L'occasion, se. xu.

de Byron et de sa peinture de l'amour fatal. Mais c'est surtout l'Espagne
telle que la voient alors nos romantiques qui fournit au T/aéJtrc de Clara
Ga:ul ses éléments les plus nombreux.
Le procédé est déja visible dans la biograp'hie de l'auteur présenté par
l'Estrange. Clara a un tuteur. Ce vénérable personnage est inquisiteur au
tribunal de Grenade. 11 brúle naturellement tous les livres légués a sa
pupille et ne lui permet de Jire que ses Heures. Clara avait un « onde )),
le licencié Gil Vargas. Cet excellent •chanoine, étant bon patriofe, ne pouvait manquer de commander une guerrilla andalouse et d'etre quelque
peu pendu par les Fran~ais. I1 fallait bien aussi que Clara eút une mere.
Elle en eut une, en effet, qui disa,t la bonne aventure et qui la lais~ a
son onde apres l'avoir portée cinq ans sur son dos. Si vous ajoutez que
cette fille de bohémienne passait pour etre l'arriere-petite-fille du « tendre
Maure Gazul » si fameux dans les vieux romances, en vérité, que lui
manquait-il pour etre la plus complete et la plus pure expression de la
race et du génie de son pays ?

a

Comment s'étonner, en tout cas, que dans son t11éatre soit versée
profusion cette Espagne romantique a laquelle elle devait le meilleur
d'elle-meme? Le romance de don Alvar que Mme de Coulanges chante
don Juan Diaz est ·un pastiche amusant de ces pieces mauresques que
venait de faire connaitre la traduction d' Abel Hugo. Rien n'y fait défaut
de ce qui peut la fois rappeler la couleur du modele et flatter le gout
du jour. Alvar de Luna a tué plus de Maures qu'il n'y a de grains au
chapelet d'une dévote, mais il a •ét'é vaincu par deux beaux yeux. Ces
beaux yeux sont ceux de Zobéide, filie de }'alcaide de Cordoue la Grande.
Et voila pourquoi Alvar de Luna devient frere Jayme du cloitre de
Saint-Inigo (1). Les ballefs ne sont pas moins significatifs que les chansons. Le fandango se glisse jusque dans les divertissements militaires oi.t
on l'attendait le moins (2). Tout l'attirail de la dévotion dite espagnole
est rappelé la moindre occasion. Le chapelet et l'Ag,ius De, deviennent
les plus indispensables des accessoires. L'amour a l'espagnole ne joue pas
un role plus effacé. Un peu partout résonnent les guitares, tandis que les
éventails s'agitent en un langage aussi expressif que des rei!J..ades. Mais
ces amantes qui se plaisent aux petits jeux de la galanterie ne sont pas de
celles qu'on abandonne impunément. Elles ont, comme doña Urraca, un
poignard daos la jarretiere et elles savent s'en servir aussi bien contre
l'infidele que contre le confesseur qui les a trahies. 'A cóté des galants
et de leurs &lt;lames, des soldats et des inquisiteurs, voici, pour compléter

a

a

a

(t) Cf. Les Espag-nols en Danemark, Journée 11, se. 1.

(2) Id., Journ!e w.

�-6-

-¡

la collection des types espagnols, les taureaux furieux et ceux qui savent
l'art de les tuer, ces « cholos » qui peuvent jouer au besoin de la guitare
comme du couteau. ~1élez a leurs propos quelque « corps de Christ ! » (1)
blasp'hématoire, faites-leur prendre tour a tour du chocolat- et de la limonade empoisonnée, et bien difficile sera le lecteur qui ne croira pas respirer partouf la sauvage odeur de l'Espagne.
Pourquoi done le Théátre de Clara Ga::111 écrit avec une sohriété cla::;sique sur des thcmes furieusement romantiques ne présente-t-il cependant aucune disparate ? D'ou tui vient son unité ?
Dans la « deuxieme lettre » qui termine la préface de La famille de
Carvajal, Z. O. écrir a l'auteur : « Monsieur, j'ai quinze ans et demi,
el maman ne veut pas que je lise des romans ou des drames romantiques.
Enfin, l'on me défend tout ce qu'il y a d'horrible et d'amusanf. On prétend que cela salit l'imagination d'une jeune personne. Je n'en crois
rien, et comme la bibliotheque de papa m'est toujours ouverte, je lis le
plus que je puis de semblables ouvrages. Vous ne pouvez vous figurer
quel plaisir on éprouve en lisant a minuit dans son lit un livre défendu.
Malheureusement la bibliotheque de papa est épttisée, ef je ne sais ce que
je vais devenir... ». C'est pour complaire a cette espiegle jeune filie que
Mérimée feint d'avoir composé sa piece. Deux mots sont a retenir dans
les boutades qu'il luí prete : « horrible et amusant ». L'unité de son
théatre, c'est' l'ironie dans l"horreur.
L'horreur éclate d'abord dans les intrigues. I1 est difficile d'en imaginer
de plus effrayantes. « En une heure, s'écrie l'inquisiteur Antonio, je suis
devenu fomicateur, parjure, assassin. &gt;&gt; C'est un résumé tres exact de
Une femme cst 1m diablc. L'Amour africaiti a pour héros Hadji-Nouman
qui tue successivement son ami Zein-ben-Hurneida et sa belle esclave
1Iojana. L'héroine de In~s M e11do meurt, tandis que son pere tire un
coup de pistolet sur son mari. Dans Le Ciel et l' Enfer l'inquisiteur fray
Bartolomé est poignardé par sa pénitente qui fait évader son amant sous
la robe de son confesseur. Doña Maria fait pire dans L'Occasion. Elle
empoisonne son amie doña Francisca au moment ou elle va etre enlevée
par le pretre qu 'elles aiment toufes les deux. II ne lui reste plus qu'a se
jEter daos un puits. Le comble de l'horreur est atteint par La famille de
Carvajal. Le pere incestueux impose a sa femme, avant de la faire périr,
raveu d'une faute qu'elle n'a point commise, et il tombe sous la dague
de sa filie qui sera dévorée par les tigres.
Plus significative encore est' la recherche du détail effroyable. Pour

prouver a son ami Nouman combien il aime l'esclave qu'il lui demande,
Zeín n'imagine ríen de mieux que de se percer le bras avec son poignard.
Le bourreau Mendo se coupe la main droite pour ne pas etre forcé de
couper la tete de don Esteban. Au moment d'enfoncer son poignard dans
la nuque de fray Bartolomé, doña Urraca s'écrie : « C'est la qu'on
frappe le taureau ». Et son coup d'essai doit etre un coup de maitre, car
le confesseur s'affaise en poussant un seul ah ! La meme frénésie éclate
c!ans l'expression des sentimenrs. L'amour se croit trop fade s'il ne va
pas jusqu'au sacrilege. Doña Francisca voudrait etre plus dévote pour
sacrifier a fray Eugenio la crainte de l'enfer et renoncer pour lui a
son áme. Pour effrayer sa filie, d. José Carvajal pose sur sa gorge un
poignard qu'il retire avec un sinistre éclat de rire. Sa femme hésite a
signer son dés'honneur. La dague a la main, il lui propose de lui donner
« de l'encre rouge » . I1 est pret a tous les crimes pour satisfaire une
passion plus brúlante « que la lave au sortir du volean ». Pour s'arracher a des transporfs sauvages qui aspirent a « une lignée de démons »,
la malheureuse et farouche Catalina consent a un enlevement dont le
signa! sera donné par le rugissement du tigre ; mais elle n'est délivrée
qu'au moment ou elle a été contrainte d'enfoncer sa dague dans la poitrine de son pere qui secoue vers elle sa main ensanglantée.
On devine l'indignation que souleverent de pareilles peinfures dans
!'ame des lecteurs candides. Cette indignation était d'ailleurs aussi maladroite que vertueuse. Le remede a toutes les horreurs étalées dans le
Théátre de Clara GaJJul et dans La Famille de Carvajal se trouvait fout
naturellement dans l'ironie avec laquelle elles étaient présentées.
L'épigraphe qui ouvre le livre indiquait déja !'esprit dans lequel il
faut le tire. Elle est tirée du conte par lequel Cervantes rép)ique a
l'impudent qui s'est' permis de fabriquer ttne seconde partie du don
Quichotte. Au: lieu de l'accabler d'injures, il se contente de •)ui narrer la
piquante histoire du fou de Séville qui, avec un tuyau de jonc, faisait
une boule ronde du chien qu'il avait attrapé dans la rue, et le lachait
ensuite en disant aux badauds att'roupés : « Vos Gria.ces penseront-elles
maintenant que ce soit un petit travail que de l'enfler ? » C'est dans cette
interrogation, qu'elle se garde de traduire, que la « comédienne espagnole » semble résumer le sens profond de son théatre: « Pensarán vuesas
mercedes ahora que es poco trabajo Jii11char ttn perro ». Si nous ne sommes pas avertis, tant pis pour nous. Nul n'a le droit d'ignorer son don
Quichotte.

(1) Cf. Le Citl et l'En/tr. Prosper Mérimée prcnd la peine de traduire en note ce juron si
espagnol ! (Cuerpo de Cristo).

Que de détails d'a'Ílleurs ou la mystification se laisse entrevoir avec le
plus malicieux sourire ! Au moment ou il nous rapporte l'autobiographie

..

�-8de Clara telle qu'il l'entendit un soir pres d'un brasero et d'un curé,
Joseph l'Estrange ajoute négligemment qu'il est loin de la garantir. A bon
entendeur salut ! La premiere des notes mises la fin de foh .Mrndo ou
le ¡,réjugé mine" est un chef-d'reuvre en son genre : « Clara Garul, y
est-il dit, a donné un patois galicien
Ines ; on sent qu'il esl' impossible
de rendre dans une traduction les légeres différences de langage qui distinl,'llent les habitants de plusieurs provinces de l'Espagne &gt;&gt;. 11 ne s'agit
de rien de moins que de la u 1égere différence » qui sépare le portugais du castillan. Quand on n'ignore pas que la prétendue traduction est
un piquant original, on sa,·oure cl'autant mieux la suite de la note annon~ant que dans la seconde partie d'/11ts M e11do le langage de l'héroine est
'&lt; beaucoup plus chatié ». Le plus dróle, c'e:,t lorsque ::\{érimée s'amuse
jouer la difficulté. Il imagine des jeux de mots qu'il déclare en note
« intraduisibles &gt;&gt;. 11 forge une phrase espagnole d'assez libre signif.ication et il s'excuse, toujours en note, de n'avoir su conunent traduire (1).
Ah ! !'adorable pudeur !

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A ceux qui pouvaient en étre clupes, ~Iérimée offrait plus d'une fois,
dans la scene finale, l'occasion de reprendre leurs esprits. Au moment oit
l,• résident éperdu implore son secours, Charles Leblanc luí répond. en se
tournant vers le public : « Vous n'avez qu'un parti
prendre, c'est de
clemander grace ces &lt;lames et ces messieurs ». (2). Apres que Hadji1,ouman s'est livré toutes les fureurs de L'Amortr africain, Baba-Mustafa vient annoncer que « le souper est prct et la piece finie &gt;1, et toutes les victimes s'ernpressent de se releV"er. Ines Mendo n'oublie pas non
plus de ressusciter la fin de Le Triomphe
préjugé pour solliciter
l'indulgence des spectateurs. On ne voit pas revenir doña Maria et sa victime dans le dénouement de L'Occasion, mais on est tout disposé accorder
Fray Eugenio la griice qu'il sollicite : « Ne m'en voulez pas trop
pour avoir causé la mort de ces deux aimables demoiselles ».

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C'est quelquefois par la violence froide du ton et par l'exagération
,·oulue des détails que se marque le mieux l'ironie. Comment prendre au
sérieux Zein-ben-Hurneida, lorsqu'il s'écrie avec simplicité : ce En naissant
j'ai donné la mort ma mere ; douze ans, j'ai crevé un reil mon pcre
d'un coup de Aeche... 11 ? Qu'il serait malheureux s'il n'était pas si plaisant ! Et quelles larmes ne verserait-on pas sur la pauvrc Maria qui se
jette volontafrement au devant des taureaux furieux, si l'on ne savait pas

a

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• ( 1) • :'\on, a'é&lt;;rie do~a Maria dana. la se~ne vm de l'OC&lt;asio", non, peraonne ne t'aurait
armé co_mme mo1. Et toa quand je 1er11 morte ... 11. A ces pointt de 1u1pen1ion correapond la
note 1u1v1nte
: . " T11• t• l,0l111rá1 co" •1111' e" t. "'"" compr11d11 d• mi di"1ro. Je ne aais
comment
traduare.
(l) Cf. la dcrni~re ac~n• de lu E1J,01no/1 hl Donc'"11rk.

\

a,·ec Fray Eugenio que c'est 1&lt; une espece de mode que de vouloir
mourir &gt;&gt;, et qu 'il faut ctre un enfant de son áge et de son époque pour
faire entendre ces plaintes de la vie !
Parfois aussi l'ironie fait avec l'horreur le contraste le plus rassurant.
Si l'on était tenté de s'indigner de l'amour du pretre Eugenio et de doña
Francisca, on oublierait bien vite la robe du confesseur devant la naíveté
de la pénitente. üne seule chose )'inquiete. « Nous n'avons pas d'asile,
&lt;lit-elle, nous bivouaquons. Comment ferons-nous daos la saison des pluies ?
Le jardín ne sera pas tenable 11. La maison de Carvajal ne serait pas
tenable non plus s'il fallait assister avec une angoisse ininterrompue aux
abominations qui s'y accumulent. 1fais on n'entend pas saos un sourire
doña Augustina déclarer qu'elle l'abandonnerait volontiers pour entrer
dans un cloitre « .dont la regle ne fut pras trop sévere ».
11 arrive enfin que l'ironie de l\Iérimée se révele par la couleur fran~aise de la satire que Clara Gazul est censée diriger contre ses compatriotes.
n Quelle différence, s'écrie Baba-Mustafa dans l'Amo11r africain, entre
nos femmes et celles des infícleles !... 01ez nous,... avec deux eunuques
011 gouveme vingt femmes ... mais allez chez les Espagnols. une femme
gouverne vingt hommes. n Est-ce bien
Léon que Baba-1\Iustafa a vu
les femmes des in'fideles et leurs mreurs ? 11 en parle, en tout cas, comme
s'il les avait observées París. Et comment croire aussi que dans L'Occa,...
sion doña Francisca n'ait appris qu'en Espagne et
La Havane
e, se monter la tete » en lisant toujours ce des romans anglais » ? 11 1
y a bien du couvent fra~ais dans son cas.

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Le Théatre de C/,ara Ga::ul n'est-il done qu'une spirituelle mystification ? Et nous est-il interdit de lui accorder la moindre valeur espagnole ? L'auteur prétendait imiter la comedia ancienne. JI ne cherchait
nullement, disait-il (1),
en éviter les défauts. It prenait grand soin
de terminer ses pieces
la maniere de Lope ou de Ü!.lderón, en sollicitant pour ses fautes l'indulgence du public. N'était-ce la que jeu d'espritet superficielle duperie ? Assurément, ce n'est que dans la seconde
1,1aniere de Mérin1ée, quand il aura visité et sérieusement étudié l'Espagne, qu'on trouvera un seos exact et une intime pénétration de son génie.
On peut, cependant, des sa premiere maniere, entrevoir ce que sera le
futur auteur de Carmen dans la justesse de quelques-uns des traits qu'it
dégage de ses lect'ures.

a
a

II note avec soin des détails qui ne laissent- pas d'etre caractéristiques.
11 sait la vanité que les « filies de Cadix » tirent de la petitesse de
. (_,) Cf. l'Av~rtissemc!'t de /"'' Me",;/º !)U le Prijug, v.iinc11. , L'auteur qui s·c,.1 étudié l
am}ter les anc1ens com,qucs cspagnols, na nullcmcnt chcrch6 l 6vitcr lcurs défauts ordin11rc1, tela que le trop de rapidit6 dan, l'action, le manque de dévcloppcmcnts, etc. •

�-

10-

leurs pieds. Il use avec une habite discrétion, pour habiller. ses héroines,
de la basquiña et de la mantilla qui n'a pas encore servi de parure aux
Andalouses de l\fontmartre. I1 met aux mains des gens de justice la vara
qui est !'insigne de leur profession. JI a appris dans El médico de su honra
que « l'épée et la dague se portaient attachées au méme ceinturon •. Ce
ne sont pas d'ailleurs de simples détails de costume qu'il emprunte seull!ment a la comedia. I1 semble déja se rendre un compte assez exact de
sa nature et de sa composition. II donne sur le mélange des tons auxquels
elle se complait, et sur ,es « joumées » qui correspondent a nos actes,
des explications judicieu~. II a le sentiment que les classiques espagnols
peignaient la vie telle qu'elle frémissait autour d'eux. Aussi n'hésite-t-il
pas a s'appuyer sur leur reuvre comme sur un document 'historique. C'esf
par l'Alcade de Zalaméa qu'il justifie la brusque intervention du roi
qui termine la premiere partie d'/nts M cndo. Peut-etre n'aurait-il pas
pu citer, comme il l'affirme, &lt;, cent autres pieces » aussi démonstratives. 0n voit, en tout cas, qu'il en a }u plus d'une et qu'il n'en fire
pas un mauvais partí.

a

:A-t-il réussi
donner quelque vérité a la peinture des sentiments
qu'il prete a ses personnages ? II flaut au moins luí reconnaitre le mérite
de s'étre attaché surt'out a ceux qui animaient les héros de la comedia,
c·est-a-dire
l'amour, a la dévotion et a l'honneur. 11 ne les met pas
encore sous leur véritable jour, mais la prépondérance qu'il leur accorde
est déja la meilleure preuve qu'il saura, quand il en aura l'occasion et le
moyen, de quel cóté diriger l'effort de son analyse. 11 n'y a, bien entendu,
ríen d'espagnol dans sa fa~on de parlcr des -inquisiteurs ou de la
confession. On n'aurait pas toléré de l'autre cóté des Pyrénées cetfe
raillerie élégantc d'un tribunal qui avait assuré l'unité religieuse de la
nation. On y aurait plutót compris les éclats d'une colere qu'on aurait
cléclarée impuissante ou les cris d'une haine qu'on n'aurait pas manqué
de proclamer aveugle. Ce n'cst pas en Espagne que Mérimée a appris
~on pcrsiflage, c'est
l'ecole &lt;le \'o!faire. llien de moins espagnol aussi
que des transports d'amour au grillage d'un confessionnal. Certes, le.;
faiblesses humaines pcuvent se glisser partout sous l'habit le plus sacré.
Devenu prétre, Lope de Vega ne cessa pas d'etre amoureux, mais il ne
cherchait point
glorifier sa. faute, et il n'y apportait pas le raffinement
pcrvers que doña Francisca trouve dans l'Occasiori aupres de Fray
Eugenio. Les amours « sataniques » sont de pure invention romantique.

a

a

a

I1 y a, au contraire, dans le TM.itre de Clara Ga::111 quelques matices
assez 'heureuses dirigées contre la piété espagnole, contre les super~titions
dont elle s'accommode et contre son réalisme familier. Lorsque, dans

lJ -

C11e femme est 1111 diable, Fray Antonio retourne contre la muraille le
tableau qui représente la Vierge afin qu'il ne soit pas témoin de son péché,
p1:uf-étre !'e souvient-il &lt;l"tme des plus jolies pages de Rinconcte y Cortadillo ; il fait, en tout cas, un geste assez naturel dans son pays. Ce n'est
pas non plus un trait mal observé que le désir des pénitents espagnols de
cí1erchcr une expiation, non pas tant dans la contrition que dans quelque
fondation pieuse ou dans quelque don l'église ou au couvent' (1). N'est:.
elle pas assez a sa place daos la « Nouvelle Grenade &gt;1 1 la scene qui
nous montre doña Catalina échappant au poison parce qu'elle s'aper~oit
qu'il n'est pas encore midi et que c'est jour de jeüne (2) ? Le trait est
aussi juste, mais un peu trop appuyé daos Le Ciel et l'Enfcr. Doña
lirraca se découvre le mercredi des Cendres des pudeurs inattendues ;
elle n'en subir pas moins le baiser et le juron qui ne lui auraient pas paru
si criminels le mardi gras. Est-elle vraiment préoccupée d'avoir, par
mégarde, un jour de jeüne, avalé une mouche dans son chocolat ? Heureusement, la mouche était tres pctite, et, comme le lui explique son
confesseur, « les petites, qui s'engendrent dans l'eau, sont maigres &gt;l,
tandis que « les grosses, qui s'engendrent dans l'air, sont grasses ». Ce
n'esf la qu'une drólerie, mais qui souligne spitituellement la dévotion d'un
peuple chez lequel tant de légendes cléricales fleurirent pour l'enchantenient d'une foi naive.

a

La peinture de l'honneur est loin d'étre aussi heureuse dans le T/rt,.itre
de Clara Ga~ul. Aucun Espagnol n'aurait accepté le mépris que don Luis
&lt;le Mendoza affecte a l'égard de la noblesse de son nom. Ce &lt;, grand de
¡,remiere classe » a beau avoir lu Séneque et les anciens et se dire
qu'apres tout c'est le mále qui anoblif, il parle de cette petite syllabe ;a,
qui fait sonner si bien Mendoza en comparaison de Mendo, avec une
légereté qui sent trop son philosophe et pas assez son grand seigneur. Et
comment admettre que son füs fasse inscrire dans un testament en
bonne et due forme qu'il a, au mépris des préjugés, épousé la filie d'un
bourreau ? Don Esteban Sandoval se pique d'un poinr d'honneur que ne
suffisent expliquer, ni son amour, ni « la prévoyance de son déces ». JI
parlait, au contraire, sur le ton des héros de Calderón lorsqu'il s'était
cngagé dans le duel qui luí a valu sa condamnation. La brusquerie avec
laquelle il donnait un souffiet et tirait l'épée pour l'enfoncer dans la poitrine d'un rival rappelait assez exactement les querelles sanglanfes qui
édatent daos la comedia a la prerniere rencontre facheuse, au moindre
¡,ropos blessant. JI n'est que juste enfin de reconnaitre qu'il arrive a

a

11) Cf. L, Cid d l'En[tr, se. 1 ; l.e carrosu du Saint-Sacrtmtnt qui sera pour la Perieholc
le ehariot d'Elic, et la Famill, d• Carvajal, se. 11.
(l) Cf. La Famille de Carja,·al, se. , ·111.

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12 -

Mérimée d'entrer assez avant dans l'étude de cet orgueil 'qui est pour les
héroines du théatre classique espagno) comme une sorte d'honneur féminin. Le monologue dans lequel doña Maria s'efforce de se dre:ser
au-dessus de doña Francisca et imagine un trépas qui soit pour son amie
1.m 5upplice et pour elle-meme une gloire e.,t écrit quelqueíois avec des
mots qui passeraient sans peine au castillan (1).
Aucune des ré -erves que nous pouvons faire aujourd'hui sur la valeur
e~pagnole du Thootrc de Clara Ga::ul ne se présenta !'esprit de ses premiers lecteurs. On y vit, au contraire, le plus beau triomphe de la plus
exacte des couleurs locales. Des 1825, Le Globe proclamait que l'auteur
cie ce théatre complétait la révolution accomplie par W a1•erley dans la
partie épique en portant la vérité des mreurs et des caracteres « dans les
passions et par contre-coup dans le drame (2). On ne sentit point l'ironie
qui se glissait
peu pres sous chaquc ligne, et' les violences froides
auxquelles se complai5ait une fantaisie amusée pas$erent pour les découvt:rtes soigneusement contrólées d'un observation réfléchie. Aussi le
Thltitre de Clara Ga.sul exer~a-t-il des son apparition une influence considérable. C'est de lui que dérive cette école dramatíque qui chercl,era ses
plus nombreux accessoires dans l'armoire aux poisons ou dans les coUections de poignards. C'est sous son inspiration que l'amour d'un pretre ou
la séduction d'une nonne paraitront
Dumas le pere et
ses érnules les
sources naturelles des plus fortes émotions dramatiques.
Victor Rugo lui-meme devra
Mérimée beaucoup plus qu'on ne l'a
&lt;lit. II lui empruntera d'abord quelques termes et quelques tours. Doña
Sol parlera comme la 1Iojana de l'Amour africoin quand elle s'adressera
i;on !ion superbe et généreux ». Les plaisanferies de la Périchole 5Ur
les vice-rnis qu'il faut pour faire la monnaie d'un capitaine ou d'un
matador, et les formalités nécessaires pour tenir sur les fonts de baptcme
t•n cacique indien qui portera désormais douze noms chrétiens (3), pour
ne rien dire des graves réflexions sur le baillement ordinaire de l'inquiétude (4), tous ces contrastes savoureux et tous ces gestes panache que
Mérimée esquissait avec un sourire, font songer des effets marqués plus
fortement par la griffe du jeune chef de l'école romantique.
L'imitation est quelquefois plus directe. Relisez la scene dans laquelle
Zein-ben-Humeida réclame l'exécution de son serment
son ami HadjiNouman : « N'as-tu pas juré par la Caaba la prohibée, par les tombeaux
des prophetes, par ton sabre, de m'accorder ma premiere demande ? »

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l I J Cf. L'Oc.,uio11, se. rn1.
12) T. 11, p . 621.
13) Cf. L• Carro1u du &amp;int-Sacr•1111nt.
I◄ J Cf. L'Omuion,

13 -

En vain Hadji-Nouman, pour ne pas se séparer de la femme qu'il aúne,
propose son ami de lui céder tous ses biens. Zein-ben-Humeida préfere
retourner
ses tentes du désert oi.t, il ne rencontrera pas de parjure. Le
vieux Ruy Gomez n'exigera pas d'Hemani a\'ec une moindre énergie qu'il
renonce doña Sol en renon~ant la \'le. Mérúnée fournit meme Víctor Hugo des indications qu'il mettra profit dans des drames dépourvus
de toute couleur espagnole. 1lme de Coulanges et' don Juan Díaz ont un
róle et prononcent des paroles ou s'annoncent déja l\farion de Lorme et
Didier (1).

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L'influence du T/1/ütrc de Clara Ga.=ul a été si grande qu'elle n'est pas
encore épwsée. Elle se fait sentir dans presque toutes les pieces contemporaines ou il est question de l'Espagne. Pour ne citer qu'un exemple, un
eles tableaux les plus applaudis de La Sorcicre de M. Sardou, celui qui
nous fait assister un interrogatoire du tribunal de l'Inquisition n'est que
le développement de la scene dans laquelle Fray Antonio fait comparaitre entre deux familiers du Saint-Office la malheureuse Mariquita (2).
C'est qu'en effet, le TJ,Mtre de Clara Ga:ul n'a pas médiocrement contribué répandre quelques-uns des préjugés dans lesquels se résume l'état
actuel des connaissances sur l'Espagne d'un assez gand ~bre de Fran~ais. On continue
prendre au sérieux les boutades d'un jeune 'homrne
spirituel, et
voir des traits de mreurs oi.t il n'y eut d'abord que des
traits d'humour.

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11 J Cf. L.s Esfx,gnol, ,,. Dan,mork, Journée 11, fin de la se. 111, et Journée 111, se. 111. • Du
moment que je vous ai connu, s'écrie Mmc de Coul1ngcs, j'1i en quelque 1ortc changé
d 'lme ... me, ycux ,e 1ont ouyerts... pour la premi~re fois j'ai pensé que Je f1isais mal... j'ai
voulu \'Oua 1auvcr... O don Juan l l'amour que je1cn1 pour vous, souffrcz que je parle cncorc
de mon 1mour... mon amour pour vous m'a renduc tout autre. - Ecoutc, répond don Juan,
écoutc, Eliaa, sois franche; une sculc quc11ion ... u-tu j1mai1 causé 11 mort d'un hommc ?...
Mais non, ne me réponds pas... je ne te demande ricn ... je n'ai pas le droit, moi, de te
dcmander cela ... .Moi l ... cte. •
(2) Cf, Un, f•mme ut "" dioble, se. 1 :
ANTos,o, lu y•ux ftrmi,. - M1i1 commcnt nous expliquercz-vous que le plant de Juana
Mcndo I été détruit par une inondation.
M..1uQ~tTA, riant, - L'expliquer ? non certc,. Dcm1ndez au Geyar pourquoi il s'est
débordé.
A.'ITON10, d• mime. - Et c'e11 précisément l vous que je le demande. Pourquoi luí a1·cz1·ous dit de 1c déborder ?
MARIQUITA, - Ah fl I sommcs-nous l jeun et dans notrc bon sens? Me prenez-vous pour
une 1orcícre?
J
AsTos10, dt mlm,. - Vous le di tes.
MARIQCtTA. - Mcrci de moi I Si vous ne me faisiez pas trcmbler avec votrc grossc voix,
vous me fericz mourir de rirc.
A.'&lt;TOs10, de mime. - Vos rircs pourront IC ch1nger en !armes ! - Vous niez done noir
jeté un aort aur les olivicrs de Juana Mendo?
MAtUQt::ITA. - Est-ce que je s1i1 jcter de, sorts, moi?
AsTOs10, de mime. - Tous péché, peu\"ent s'cxpier. Femme, je t'adjure 1u nom de ton
créa1eur; dis 11 vérité, si tu ne vcux pu la mort de ton lme.
Ah1ttQtJtTA, - Est-ce que, ai j'étais sorci~re, je ne mo acrais pu déji en,·oléc d'ici pu la
chcminéc?
ANTos,o, de mlm.,. - Réfléchissez et trcmblez ; plus t1rd il ne senira de ríen de vous
rétracter, etc.

�-

14 -

a

Fau t-il en vouloir
Mérimée ? II est toujours dangereux de se facher
contre les gens d'esprit ; il suffit de ne plus en ctre les dupes. Ce n'est
pas dans le Théµtre de Clara Ga::ul qu'il faut étudier Mérimée comme
hispanisant ; c'est daos les r écits historiques et daos les nouvellcs qu'il
écrira plus tard, quand
l'ingénieuse mystification se substituera la studieuse compréhension. Le Théátre de Clara G~ul n'en conservera pas
moins sa place et son importance daos l'histoire de notre littérafure, car
il nous aide mieux comprendre le milieu -dans lequel va éclatcr la fanfare triomphante d'Hrmani. Tant pis pour q ui garder ait cncore quelque
rancune son auteur. Ce n'était pas apres tout l'ceuvre du premier vcnu
que « d'enfler ce chien ».

a

Le Carrosse du Saint-Saaement

a

a

Saynete
Tu verás que mis finezas
Te desenojan.
C4LDlltON, Cvo/ u lo mayor pcrjcccion,

PERSONNAGES :
Don ANoRa os RtaiRA, Vice-Roi du Pérou.
L'EvtQus de Lima.
Le Licencié TuoMAS o'EsQUl\'KL.
Mu.T1Nu, Sccrétaire intime du Vice-Roí.
BALTIIASAR, Valct de Chambre du Vice-Roi.
CA1111LA PiR1c110LE, Comédienne. ,
La Scene est • Lima en 17•••

U:

CADINET

DU

VICE-ROi

Le Vice-Roí, en robe de cl1a111brc, assis dans 1m grand fauteuil, aupres
d'u11e table couverte de papiers. Une de ses jambes cnvclop#e de fla11elle
repose sur m, coussin. .M arti11c::, dcbout aupres de la table, tme tlume a

ia main.

MARTINEZ. Altesse.

Messieurs les J\uditeurs attendent la réponse de Votre

LE V1cE-Ro1, d'un ton cliagrin. -

Quelle heure est'-il ?

:\fARTINEZ. - Bientót dix heures. Votre Altesse a justement le femps
ele s'habiller pour la cérémonie.
LE V1cE-Ro1. -

Le temps est beau, dis-tu ?

MARTINEZ. - Oui, Monseigneur. .11 souffie un vent frais de la mer, et
il n'y a pas un nuage dans le ciel.

�-

16-

LE V1cE-Ro1. - Je donnerais mille piastres forte~ P?ur qu'il p)Üt ~
verse Alors je resterais volontiers dans mon fauteml a. me dorloter ,
mais. ar un temps comme celui-ci... quand t~ute la v11le se_ra dans
l'égl~ .. renoncer a se montrer, et cédcr le prcm,er rang aux aud1teurs l. ..
Ainsi Votre Altesse se décide...
LE VicE-Ror. _ Les mutes sont atte1,ees ';&gt;...•
MARTIXEZ, -

... 1:ARTIN EZ. - Ou,·, 'l.,fonseigneur
1,
l&gt;
, elles sont attelées a ce beau carrosse
qui vous est arrivé d'E!lpagne.
.
.
vu un semblaL E \ r ICE-Ror · _ Le~~ habitanfs de Lima n'en ont 1ama1s
·
'
) ' ' )a 1
bl
Quel effet cela va produire !... et je renoncera1s a ~e p amr- ..
ma foi !. .. Mes deux gardes (r) sont habillés de neuf, et Je ne me :,U~:,
as ~ncore montré au peuple avec mon habit de gala et la pl~que dont J_e
P.
v1ens d'-t
e re dec'ore'... On ne peut perdre une aussi belle occas1ond... Mart1-l
·•·r,,:
Une
nez, J 1 .... ,. oui , vive Dieu ! et je marcherai.
.
~1 fois
·
;,au bas u grane
e~calier, le plus fort sera fait. Qu'en d1s-tu, • artmez .

N:;;

l\1ARTINEZ. _ Le peuple sera enchanté de voir Son Altesse.
LE VtcE-Roi. _ J'irai, morbleu ! et les Audit~u_rs, qui ~•attenda~ent a
·1ouer le premier róle, en creveront de dépit:·· D ailleu~s, J~ ~e puis me
.
d'y alter ... L'e'veque doit faire a1lus1on, en chaire,
a 1ordre
dont
(11spenser
.
1
r
· v1ens
·
d'·t
JC
e re dec'ore'... 11 est agréable de s'entendre dire ces c 1oses-- a...
Allons un effort'... (/l sonne. E11tre Baltliasar). Qu'on m'apporte mon
)¡ b ·t d' gala
place
,a 1 e
•·· Toi , rep'onds aux auditeurs qu'ils aient' a prendre
r
d
derriere moi pour ta cérémonie. Balthasar, donne-moi des sou 1ers et es
bas de soie... Je veux alter a l'église.
BALTHASAR. _ A l'Eglise, 11onseigneur ! et le docteur Pineda qui a
&lt;léfendu que Votre Altesse sortit !

I,E \ r ICE-Ror . _ Le Docteur Pineda ne sait pas ce qu'il dit... Jei\lsais bien
'
~i je suis malade ou si je ne suis pas ... Je n'ai p~s la go~tte. •. on ~re
111 mon grand-pere ne l'ont jama!s eue... JI _voudra1t me fa1re roire qu on
a ta goutte a mon age !... i\lartinez, que! age me donnes-tu .
)IARTIXEZ, embarrassé. visage... a coup sur...
LE V1cE-Ro1. MARTINEZ. -

)fonseigneur... Votre Altesse a ~¡ bon

Je gage que tu ne devines pas... eh ?

. ';&gt;....
Quarante... Hem

LE VicE-Ror. _ Va, va, tu n'y es pas... Allons. Balthasar... habillonsnous... (/l fait des r/forts po11r se lc..·cr). Aidez-moi done,_ vous autr~s ..
plus doucement... Aie... Plus doucement, morbleu ... Je ne sa1s ce que e est,
mais il me semble que j'ai dix mi lle aiguilles dans ma pantouAe.
( 1)

DALTHAZAR. -

dangereux.

17 -

Ne vous exposez pas

a l'air,

Monseigneur ; cela serait

LE V1cE-Ro1, essayant de marcher. - Oh ! Vive Dieu ! quellt douleur ! Jamais je ne pourrai mettre des souliers... ma foi !... Oh ! corps du
Christ !... Parbleu ! va-t'en au dia ble a vec tes bas de · soie et tes souliers ...
]'aimerais autant etre mis a la torture. (On l'assied). Avance ce tabouret...
Ouf ! Je ne sais, mais je ne souffrais pas comme cela tout a l'heure.
IlALTHAS.\R. - Que Votre Altesse songe aux recommandations du docteur Pineda... 11 dit que vous devez éviter le grand air... Et puis la cérémonie sera fatiguante... lJ faut rester longfemps debout...
LE V1cE-Ro1. - Oui, c'est la fatigue que je crains... car je ne suis pas
malade... Meme, je suis assez bien, maintenant ... et je pourrais sortir si je
voulais... .Mais je ne veux pas me rendre malade pour le sot plaisir de tenir
un cacique indico sur les fonts du bapteme... Baste ! Martinez, écris a
l'Auditeur don Pedro de Hinoyosa qu'il tienne l'enfant... c'est-a-dire le
cacique, a ma place... Voici les douze noms qu'il doit porter... Je lui
souhaite bien du plaisir... Balthasar, óte-moi ces habits de devant les yeux...
je ne veux pas avoir de regrets... Sotte chose que la gloire de montrer
des galons, des rubans et des broderies l Qu'on m'envoie aussi Pineda,
s'il n·est pasa ce bapteme du diable... Donne-moi un cigare et du maté (1).
Allons, puisque je suis obligé de garder la chambre e( que je n'ai rien a
faire, je vais m'occuper des affaircs de ce gouvernement... Balthasar, je
n'y suis pour personne, pour personne absolument. (A Marti11e.::). As-tu fini,
voyons ? (ll lit la lcltre que Marti11e= vient d'frrire). Bon ... vive Dieu I tu
oublies de mettre avec mes litres... chevalier de Saint-Jacques... Parbleu,
je le suis depuis six mois en Espagne et depuis trois jours au Pérou.
MARTIXEZ. -

ajo11te ce 'titre

Je demande pardon de ma négligence

a la leltre).

a Yotre Altesse.

(fl

LE V1CF:-Ro1.
Dalthasar, envoie un écuycr avec cette lettre... Allons,
Martinez, travaillons. I1 y a bien des dépeches dans le porteíeuille, n'est-ce
pas?
_,J

MARTINEZ. - Oui, Monseigneur, j'allais en entretenir Yotre Altesse.
Pour commencer par le plus pressé, voici une lettre du colonel Garci
Vasquez, lequel annonce qu'il regne une grande fermentation dans la province de Chuquisaca ; que les Indiens font' des assemblées fréquentes, et
que, s'il ne re\oit pas de prompts sccours, avant un mois, ils seront en
pleine révolte.
LE V1cE-Ro1. - Martinez ? ~Iais il me !-emble que tu m'as déja parlé
de quelque cho~ de semblable. Le colonel Garci Vasquez, et la province
de... de... diables de noms indiens. Pourquoi tous les indiens ne parlent-ils
pas espagnol ?

Les vicc-rois du Pérou et .du Me1ique ont le privil~ge d'l\·oir deux gardcs.
( •) Esp«e de bois~on en usage dans le :-;ou,-eau-Monde. C'e.t une e,~ce de th~.
2.

�-

.-

18 -

a

19-

11ARTIXEZ - Chuquisaca, .Monseigneur. J'ai eu l'honneur de faire ce
sujet un rapport a Votre Altesse, il y a deux mois, la dernierc fois qu'clle
.1 éprouvé une attaque de goutt:'e ... je veme dire, la derniere fois qu'elle a

,~e t_rompe: a ce que le perroquet soit étranglé et la seiiora, sa maitresse,
repnmandee et muletée.

úé indisposée.

~~ARTl:'"EZ· - M~nseign_eur: voici le fait. l1 ne s'agit que d'une aimable
esp1eglene
• passe
,, · A de la. senora Cam,la. Le perroquet, quan d 1a marqu,~e
s ecr,e :
c~mb~c~ l'au11e de drap ? Or, comme la marquise, avant' &lt;l'é u~
ser le marqu,:., eta1t lfille d'un ri.che marchand de drap elle ·t . ~ po
offensée de l"allusion.
'
es gncvement

Eh bien, qu'ai-je répondu ?

LE V1cE-Ro1. MARTINEZ. -

\'ous avez dit que vous y songeriez.

LE V1cE-Ro1. - Ah ! Eh bien !... ~ous n'avons gut:re de troupes... A
combien de licues de Lima se trouve cette province de... tu :;ais bien ¡,
MARTINEZ. - A pnb de trois cents licues d'Espagne.
LE V1cE-Ro1. - Vraiment... je croyais que c'était bien ))lus pres... Eh
bien ! le cas est difficile, et il ne faut pas prendre de résolutions a l'étourdie. - ]'y songerai. - Quel autre papier tiens-tu la a fa main ?
)lARTINEZ. - C'est une supplique de Francisco Huayna Tupac, soidisant dcscendant de la main gauche de l'ynca Huayna Capac, lequel
demande a joindre a son nom le titre d'ynca, a en porter les armes et a
jouir des privileges dont jouissent les autres yncas.
LE V1cE-Ro1. -

Et, e~t-ce qu'il n'y a rien pour accompagner cetfe

demande?
11ARTINEZ. - Pardonnez-moi, Monseigneur. Environ une aune ct demie
de satín de la Chine sur laquelle est peinte la généalogie de l'impétrant,
depuis ·Manco Capac, Titu Capac,• l.Joque Yupanqui ... des noms a fairc
dresser les cheveux sur la tete...
LE V1cE-Ro1. - Ce n'est' pas la ce que je demande... Mais, quan&lt;l on
,·cut obtenir quelquc chose de ce genre-la, on s'y prend d'une autre
maniere ... Ce n'est' pas une petite affaire que celle de vérifier une généalogie comme celle-la. C'est ordinairement !'affaire de mon secrétaire ... et je
ne suis pas faché qu'il tire quelque profit de son travail... Apres cela, si
ce secrétaire est homme d'esprit... Tenez... informez-vous a votre prédéccsseur de ce que vous avez a faire.
:\IARTINEZ. -

Je comprends. Cet ynca est fort riche...

LE V1cE-Ro1. -

Passons

a une autre affaire.

Pourquoi ricz-vous ?

MARTINEZ. - C'est' une plainte portée par la marquise d'Altamirano
contre le perroquet de la señora Camila Perrichole et la señora Perrichole
elle-méme.
LE V1cE-Ro1. -

Autre folie de cette méchante filie !

MARTINEZ. - Attendu que le perroquet susdit, a l'instigation de la
défenderesse, toutes les fois que la marquise passe daos la grand'rue,
l'appelle en des termes que la pudeur de la demanderesse lui défend de
répéter, elle conclut a ce que la señora Perichole soit étranglée... Non, je

LE V1cE-Ro1. -

Que dit done ce perroquet ?

Cette fille-la' me b rouil lera avec toutes les dames de

LE Y ICE-Ro1. Lima.

~IARTI!'.EZ.
- Voici une lettre de la comte~sc
de 'nlontemayor qui se
1
d'
~
p.amt
•
une
tentative
de
la
señora
Pericholc
pour
la tourner en ridicule
héa
au t
tre, dans la Saynete de la « Vieille Coquette ».
LE V1cE-Ro1. - Encore ?
MARTINEZ. - Votre Altessc sait avec quelle rf .
. . .
actrice saisit et rend tous les ridicules.
pe ectaon cette mun1table
LE V1cE-Ro1. - Oui, mais eJle passe les bornes
.
Je la tancerai verternent. Vive Dieu t J
. . , et ~e respecte nen.
rart' dramatiqu
. . '
. e me su1s mteresse toute ma vie a
e, ma,s Je n entends pas qu'on se perm tt d
injurieuscs pour des femmes dont les famill
: e es pe~sonnalités
grand tort a M d "d
es pourra,ent me fa1re le plus

a n.

MARTI!\EZ - Voici la pétition d'un cap,·tame
·
•
.
mvaltde
LE
V1cE-Ro1
_
e•
...f .
.
.
en est assez. Je commence a
•
l1rons le reste une autre fois . m .
d
me atiguer. Nous
sujet de la Perichole. je veux • mo:s~=l\;::/ue nous en sommes sur le
a creur ouvert.
'
mez, que tu me parles d'elle
MARTINEZ. Altesse ?

1\1o,,· 't
n onseigneur ;, Eh ' que pourr . . d'
·
•
ais-Je 1re

a Votre

LE \'rcE-Ror. - Oui je veux u t'
d"
en dit dans la v'll d ' 1
. , ~ e u me ,ses franchcrnent ce qu'on
~
.
t e, ans es soc1etes que tu fréquentes.
• IARTI:-.Ez. - On en parle partout comme d'un talent de prem·
d
LE VICE R
B
ter or re.
01
· on ! ce n'est pas cela
·
savoir ce que l'on &lt;lit d
1· .
que Je te demande. Je veux
e ma taison avec cette filie •
·
,
en sommes, le mystere serait inut'I
B'
' car, au pomt ou nous
1
•
e. ien que tu sois depu ·
•
serv1ce, tu as saos doute deviné Q d' bl t
is peu a mon
,,. R •
... ue ta e on est homme t
vice- 01, on n'est point oblig' d
.
·
, e pour ctrc
e e v1vre comme un saint.
MARTINEZ. - l\fonseigneur V t
Al
et •·1 f
.
.
' o re
tesse fait beaucoup d'envieux ;
' s t aut tout d1re, elle fait aussi des envieu!-ts.
ctr:Ep~:c:~~otr~

~

:ª:!:~: /

Mais il y aurait dans ce que tu &lt;lis... peut-

�-21-

-20-

MARTINEZ. -

Ah ! Monseigneur, je ne dis que la vérité !

LE VicE-Ro1. - Comme je sais que tu m'es entieremeut dévoué, je
veux bien te faire une confidence ; mais c'est' a condition que tu paieras
ma franc'hise par une franchise semblable. Tu sais que je ne suis pas de
ceux a qui on fait voir des étoiles en plein midi ... ainsi, fais bien attention
a ce que tu vas dire.
MARTINEZ. - Monseigneur, je parlerai a Votre Altesse commc si j'étais
devant mon confesseur.
LE VICE-Rol. - Eh bien I Martinez, apprends ce qui me tracasse. La
l'erichole est au fond une bonne filie, mais fort évaporée. Elle fait san'&gt;
cesse des imprudences qui peuvent la compromettre et ·moi aussi. Tu sens
bien que je ne crains pas qu'elle me trompe. Non, non, il ne s'agit pas Je
cela, et la pauvre fille est loin d'y penser ; mais j'ai peur qu'a la villc 011 ne
s'imagine qu'elle me trompe...
l\1ARTI:-:Ez. -

Ah ! Monseigneur...

LE \'IC'E-Ror. - Le monde est méchant et ne respecte pas les personnes d'un rang élevé. D'ailleurs, les apparences sont quelquefois trompcuses... Toi-méme, Martinez, est-ce que tu n'as rien observé dans sa conduite
qui t'ait donné des inquiét'udes ?
MARTINEZ. -

Comment votre Altesse peut-elle croire.....

LE VICE-Ro1. - Tiens, pour te mettre a ton aise, je veux bien te dire
que tu ne plais guere a la Perichole. Elle m'a demandé ta pla:e ; tu ne
devineras jamais pour qui ?... pour le neveu de son cordonmer. 11 est
vrai que ce cordonnier lui fait des souliers admirables. Dieu ! Lorsqu'clle
danse dans la Gita11iJla avec des bas de soie roses et des souliers couverts de
paillettes ... ah ! Martinez, Martinez, qu'elle est jolie 1
MARTINEZ, d part. - La traitresse !
\ LE VICE-ROi. - Comme je te suis attaché, je l'ai renvoyée bien loin.
:,Iais tu vois par ce trait que la Perichole ne t'aime point. Amsi, tu n'es
pas tenu de la ménager. C'est pourquoi, je te le répet'e encore une fois,
parle avec toute franchise !
MARTINEZ. - Ah mon bon maitre !
LE V¡cE-Ro1. - Je t'écoute ; mais prends bien garde de mentir avec
moi.
l\1ARTINEZ. - Comblé comme je le suis des bontés de Votre Altesse, je
11r. sais pas en vérité comment je pourrais jamais les reconnaitre. Mais
surtout que la confidence que votre Alfesse a daigné me faire me met
ctans un grand embarras ... car maintenant je n'ose dire... Ce n'est pas que
j aie a dire quelque chose... qui puisse porter préjudice a la señora Perichole... Mais peut-etre Votre Altesse pensera-t-elle au premier abord, que

c'est... en quelque sorte... un motif de vengeance... s'il est permis d'appeler
vengeance... ce qui ne peut riuire ... car votre Alfesse sans doute ne lui en
voudra point... puisqu'apres tout... il ne s'agit que de bagatelles.
LE V1cE-Ro1. -

Quelles bagatelles ? Explique-toi.

l\fARTINEZ. - Oh ! ríen de sérieux. Il est certain que la señora Perichole
vous aime... Votre Altesse est si bonne ! qui pourrait ne pas l'aimer ?
Peut-etre était'.-ce par pure méchanceté qu'on me le disait... car, comme
l'observait íort bien Votre Altesse tout a l'heure, le monde est méchant.

LE V1cE-R01. - Qu'est-ce qu'on te disait ?
l\IARTI~EZ. - Il ne faut pas que Votre Altesse attache de l'importance
qu'il me disait, car ce n'est que le premier garc;on du marchand de
soieries de la rue du Callao... Et je ne devrais peut-etre pas redire a Votre
Altesse les propos que tiennent les personnes de cette classe... Votre
Altesse ne daignera peut-efre pas les entendre, mais enfin Votre Altesc;e
m'a commandé de dire ce que je sais, et je ne puis dire que ce qu'on m'a
dit.

a ce

LE V1cE-Ro1. -

Corps du Christ ! dis done ce qu'on t'a dit !

iIARTINEZ. - Ce jeune 'homme, qu'on iappelle Luis Lopez, et qui
appartient d'ailleurs a une honnete famille, m'a dit, comme nous parlions
de soieries, qu'il avait vendu l'autre jour huit aunes de satín cramoisi au
capitaine Heman Aguirre, qui l'avait payé, sans marchander, dix ducat's
!'aune.
LE VxcE-ROI. -

Au fait !

MARTINEZ. - Eh bien, Monseigneur, Luis Lopez prétendait avoir vu
ce meme satín cramoisi fac;onné en robe, et porté par la señora Perichole.
Vous souvenez-vous de la robe qu'elle avait dimanche soir ? C'est cellela meme. Mais rien de plus probable que Luis Lopez se sera trompé. ..
d'autant plus que le capitaine en payant disait : « Je ne marc'hande pas,
car c'est pour ma maitresse. »
LE V1cE-Ro1. -

Pour sa maitresse !

MARTINEZ. - Preuve, selon moi, qu'il se frompait ... Moi, je lui ai
parlé vertement, et je lu-i ai dit ce que je pensais de sa belle histoire...
Mais, si je l'avais cru, i1 m'en aurait conté bien d'autres.
LE V1cE-Ro1. -

Quoi done encore ?

MARTINEZ. - Oh ! de ces hrstoires qu'il a ramassées je ne sais ou...
Par exemple, qu'un soir un sergent de ronde attrapa dans la rue du Palais
un homme qui n'avait qu'un manteau par-dessus sa chemise : a la vérité,
il tenait ses chausses a la main. D'abord, on le prit pour un voleur ; mais
arrivé au corps de garde, le lieutenanr de service vit que ce prétendu
voleur était le capit'aine Aguirre. Mais qu'est-ce que cela prouve ?

�-

LE V1cE-Ro1. -

22

Quelle nuit ?

l\IARTINEZ. - II disait la nuit du vcndredi au samedi ... Cette nuit que
nous avons attendu si longtemps... Mais, dans la rue du Palais, il y a
quelques &lt;lames qui ne sont pas des plus farouches ... Je présume que le
capitaine courtise la séñora Béatrix... Ah ! mais je me trompe ; car il y a
pres de quinze jours qu'elle est partie pour Quito... Si ce n'ec,t elle,
ce sera une autre.
LE VrcE-Ror. -

Est-ce la tout ce que tu sais ?

MARTINEZ. - Hélas ! M:onseigneur ! Votre Altesse sait bien que les
médisances ne s'arretent jamais en beau chemin, et qu'une fois que les
mauvaises langues ont commencé a s'exercer sur quelqu'un, elles trouvent
bientót qui leur fait chorus... Mais ce qui me reste a dire est si ext'ravagant, que je crains d'ennuyer Votre Altesse en le lui répétant.
LE VtcE-Ror. -

Point. Cela ne m'ennuie pas. Continuez.

MARTINEZ. - Au dernier combat de taureaux ... en vérité la médisance
est assez bien arrangée pour les détails, mais pour le fonds elle est d'une
absurdité criante. Au dernier combat de taureaux, Votre Altesse a peutctre remarqué un grand gaillard bien fait, léger comme une panfocre,
courageux comme un lion, un cholo (r) nommé Ramon, et qui est l'un des
habiles matadors de Lima ?
LE V1cE-Ro1. -

Eh bien?

MARTINEZ. - On dit... vous savez que les faiseurs de médisances disent
tout et: qui leur vient a !'esprit .. on dit qu'il n'est pas sans exemple que
quelques-uns de ces messieurs aient osé prétendre aux bonnes graces de
certaines &lt;lames de haut parage ... et, ce qui est' bien plus extraordinaire,
que l'on a vu des &lt;lames, distinguées par leur naissance ou autrement,
s'abaisser jusqu'a favoriser les prétentions de ces misérables. Je crains
ele fatiguer Votre Altesse qui me semble souffrir en ce moment.
LE V1cE-Ro1. -

Oui, mon pied me fait grand mal.

MARTINEZ. Or done, quelques gens oisifs et méchants, comme Dieu
merci il n'en manque pas , a Lima, ont prétendu surprendre des reillades
fort enAammées que le mat'ador larn;ait a la belle comédienne. N'a-t-on
pas remarqué encore que cet homme, qui est consommé dans son art, au
lieu d'attirer le taureau sous la loge de Votre Altesse pour le tuer la,
comme tout matador bien appris a coutume de le faire... eh bien ! ce
Ramon, au contraire, se postait sous la loge de la señora Perichole, lui
faisant ainsi tous les honneurs de la fet'e. Il faut avouer qu'il y a des gens
c;ui trouvent du mal partout, meme daos ce qu'il y a de plus innocent ! Par
exemple, a cette meme course, la séñora a fait quelque chose qu'ils ont

(1) Un cholo est le fila d'un multtre. On appelle mulltres ceux qui sont nés d'une
indienne et d'un n~grc, ou d'une négressc et d'un indien.

-

23 -

bien mal interprété, et qui au fond n'a ríen que de naturel. Au moment ou.
lt&gt; taureau noir et blanc, le plus t'errible de tous, a été abattu par Ramon,
le collier de perles de la señora Perichole est tombé dans !'arene. Ramon
l'a ramassé et l'a passé a son cou, apres l'avoir baisé avec respect. Mais
moi, je suis convaincu que ce collier est tombé par accident, puis par
générosité la señora l'a abandonné au matador, lequel, au reste, ne l'a pas
vendu, comme bien des gens de sa profession l'auraient fait a sa place, pour
aller en dépenser le prix au cabaret. Lui, au contraire, le porte a son cou
par la ville, fier comme un paon, et bravan{ encore plus qu'a l'ordinaire.
Que Votre Altesse imagine quelle fortune que cet accident pour la médisance ! Aussi Dieu sait comment les gens travestissent !'affaire. Suivant
eux, la señora Peric'hole ,se serait élancée hors de sa loge, elle aurait
arraché elle-meme son collier expres, et l'aurait jeté au matador, en
crianf : Bravo, Ramon ! La señora Romer, du grand théatre, et qui se
trouvait daos la meme loge (mais c'est la jalousie qui la fait parler), elle
a dit que la señora Perichole s'était écriée : Bravo, mon Ramon ! J'étais
trop loin pour entendre, mais je gage qu'elle a menti ; car elle est si
méchante, tenez, qu'elle ose dire qu'a la derniere représenfation de « la
Pille de l1Air », la couronne qui est tombée aux pieds de la señora Perichole avait été lancé par Ramon le c'holo. Enfin, elle va jusqu'a conter que
Ramon est entré quelquefois dans sa loge au tbéatre, et que meme il va
chez elle. Ce n'est pas que le dróle ne soit assez hardi pour tout oser. Il se
croit un Adonis malgré sa peau tannée ; il joue de la guitare, il jouerait
des couteaux aú besoin... personne aupres de lui n'oserait fousser ou se
moucher quand la Périchole chante... C'est un homme précieux pQUr une
actrice. La Romer ajoute que la señora Perichole s'enferme quelquefois
des heures entieres avec luí, surtout quand Votre Altesse va a la chasse
ou lorsqu'elle est malheureusement indispos'ée.
LE V1cE-Ro1. -

Est-ce la tout ce que vous savez ?

1\fARTINEZ. - De semblables propos la kyrielle ne finirait jamais ; mais
comme j'y attachais peu d'importance, et que je présume que Votre
Altesse...
LE VrcE-Ror. - Monsieur Martinez, vous étes un faquin.
MARTINEZ. - Monseigneur !
LE VrcE-Ror. -

Un insolent, un effronté menteur.

1WTINEZ. - Monseigneur, je n'ai ríen dit a Votre Altesse que ce que
j'avais entendu dire.

LE VrcE-Ror. - Et voila, Monsieur, ce qui prouve votre impertinence.
Comment ! vous osez me débiter insolenm1ent comme parole d'évangile
tous les sofs bavardages que vous entendez dans les coulisses ! Qu'allezvous faire dans les coulisses ? Est-ce la votre place ? Vous donné-je des
appointements pour cabaler avec les acteurs ? Vous ne faites rien ; vous

�-24 -

étes un ,paresseux ... et un menteur. Il n'y a pas un mot de \'rai dan ce
que vous avez eu la hardiessc de me soutenir en face. Comment ! misérable, vous osez me dire que je suis le ri\'al d'un marador ! d'un chob !
MARTIXEZ. -

Non, Monseigneur, ... je ne dis pas ...

LE V1cE-Ro1. - Je connais la Pcrichole. C'est une excellente filie, qui
n'aime que moi. Vous etes un menteur, un impudent menteur et il n'y a pas
une syllabe de vrai dans tout ce que \'OUs avez dit.
.MARTIXEZ. -

Qüe Votre Altes~e daigne se souvenir ...

LE V1cE-Ro1. - Taisez-,·ous. Je vous ai tiré de la boue pour rnns
¡:rendre a mon service. Je voulais íaire votre fortune. Vous etes indigne
óe mes bontés. Je devrais vous chas~er ignominieusement ; mais, par une
extreme faiblesse de ma part, je veux bien vous donncr une place. Je
vous fais receveur des contributions dan~ la pro\'ince de... auprcs du colontl Garci Va5&lt;1uez. Partez vire ; si vous étes demain a Lima, je vous fais
conduire au Callao entre quatre dragons et vous n'en sortirez qu'a ma
mort.
MARTIXEZ. - Hélas ! miséricorde ! Monseigneur, c'est pire que la pri~on. Que Votre Altessc daignc se rappeler que je n'ai parlé que par son
ordre.
LE V1cE-Ror. - Ah ! vous raisonnez encorc. Qui done est le maitre
ici ? \'ive Dieu ! si je pouvais marcher, je vous assommerais a coups de
c:mne ! Hors d'ici, faquin, ou je vous fais jeter par la fenetre. Ah ! je
r.e vaux pas un cholo ? Un cholo ! Impudent ! Hors d'ici !

º"

c,itend un grand bruit a la porte dii cabitiet : e11trent Baltl,asar,
ensuite l&lt;J Perichole. S ort M arti,ae::.
BALTHASAR. - Monseigneur, Mademoiselle veut absolument entrer
quoique je tui dise que Votre Altesse est en affaires.
LE VrcE-Ro1. -

Qu'elle entre ; et vous, sortez.

LA PERJCHOLE. - Il est asscz étrangc qu'on ne puissc vous voir qu'en
emportant d'assaut la porte de votre cabinet. }'espere qu'il n'y a la-de&lt;lans
qu'une méprise de votre butor d'huissier.
LE VrcE-Ror, d'u,i ton chagrín. -

Je vous croyais

a la cérémonie.

LA PERICHOLE. - Je ne sais encore si l'on m'y verra. Cela dépcnd un
pcu de vous. Mais, avant tout, comment va votre goutte ?
LE VtcE-Ror, avec ut1e humeur croissante. -

Je n'ai pas la goutte.

LA PERICHOLE. - Ah ! ce n'est, a ce que je vois, qu'un acces de maunise humeur rentréc. Tant pis ; j'avais quelque chose a vous demander,
et j'espérais vous trouver cn de meillcures dispositions. Puisqu'il en est

ainsi, je vous baise les mains. Adieu ; nous reparlerons de cela une autre
fois.
LE VicE-Rm. - Camita, ne vous en allez pas si vite. J'ai a vous parler,
moi. Vi\'e Dieu ! on croirait que vous avez peur d'un tete-a-tete an·c moi.
L-\ PER1c1101.H. - Oí1 ! Votre Altesse me fait rarement peur.
LE V1n:-R01. - Restcz. Tenez-moi compagnie quand je suis malade. Je
~ai~ bien que vous aimcriez micux causer avec le captiaine Aguirre ...
mais il faut ~avoir se résigncr quelquefois .

L., PERICOLE. -

Aguirre ? Je le quitte a l'instant.

LE V1cE-Ro1. - Vous le quittez a l'instant... Fort bien, ~ladame ! vous
m'épargnez une préface, et je puis entrer en nµtiere sur-le-champ.

J_, PERICIIOLE. - 1Ionseigneur, je sou~onne que vous voulez m~ régaler d'une pctite scene de jalousie; car il y a pres de deux mois que vous
n'avez donné carriere a vos 1mmeurs jalouses. Je crains que cette scene ne
dure un peu de temps, et, si vous l'aviez pour agréable, je vous ferais ma
demande tout de suite. Vous me l';accorderiez et nous remettrions d,..main
les reproches et les fureurs.

a.

LE VICE-Ror. - Je ne suis guere d'humeur a vous accorder des gmccs,
vous abusez de celles que vous avez obtenues de moi.
LA PERrCHOLE. - Deau début ! mais a mon t'our de parler... Toutes les
bégueules de Lima se sont liguées pour me mortifier de toutes les manieres,
et le tout, parce que suis plus jolie qu'elles. - N'est-ce pas que je suis jolie
aujourd'hui ? - II y a entre nous une petite guerre bien active, de petites
calomnies et' de petites noirceurs. Si je n'étais pas si pressée, je vous en cont'erais quelques-unes. En outre, nous faisons tous nos efforts de part et
d'autres pour nous surpasser par la magnificence de nos parures. le goüt
de nos toilettes, cte. Aussi nous sommes une providence pour les bijoutiers
et les marchands de chiffon.
LE VtcE-Ror. - Qu'ai-je a faire, morbleu ! de toutes ces bali\.emes ?
Si vous ne surpasscz ces dameslpar le luxe de vos parures, en fait d'amants...
LA PERICBOLE, avec tme grande rél.'érence. - En fait d'amants. je fais
tout au contraire de ces clames. Je préfere ta qualité a la quantité.
LE VrcE-Ror. ce moment.

Périchole. laissez-moi parler ; je suis tres séricux en

LA PERICHOLE, par/ant rn n,i,ne tcmps. - Ecoutez-moi, je n'ai que deux
mots a vous dire...
LE V1cE-Ror. - Je suis tres mécontent de vous. De tous cóté:. on parle
de votre coquetterie, et', s'il faut parler net, je crains que vous ne me fassiez jouer un sot róle.
LA PERICHOLE, parla,it en mime temps. - Je me sui::; avisée, aujourd'hui meme, d'une invention sublime qui fera crever de dépit toutes ces

�dames, pourvu, toutefois. que vous soye:: aimable comme vous l'etcs quelquefois.
LE V1cE-Ro1. - Mais, vive Dieu ! écoutez-moi done !

l.\ PERICHOLE. - Mais, morbleu ! écoutez-moi done ! Je suis femm~,
vous étes castillan, vous me devez du respect ; ainsi, faisez-vous quand Je
parle.
LE V1cE-Ror. - Eh bien, parlez, vous ne perdrez ríen pour attendre.
L\ PERJCHOLE. - Aujourd'hui, comme vous le savez, toutes les femmes de Lima se font voir dans leurs parures les plus c:légantes, étalant
J'cnvie tout le luxe qu'elles peuvent. Toutes les voitures qui sont a Lim_a
sont au nombre de cinq : les dcux vot'res, celle de l'évéque, celle de l'Aud1teur Pedro de Hinoyosa, enfin le carros.-;e de la marquise Altamirano, mon
cnnemie capitale, presque aussi vieux que sa maitres:e• mais cnfin c'e~t un
carrosse. Or done, ce matin, apprenant que vous gard1ez la chambre auJourd'hui, je me suis mis en tete que vous pourricz assu~er mon triomp_he, sur
ma rivale, en me faisant don de ce beau carrosse qui vous est arnve de
Madrid.

a

LE V1CE-ROI. - Est-ce la ce que vous vouliez me demander?
' L, PERICIIOLE. - Vous me ferez plus de plaisir en n1e donnant ce carrosse que si vous me donniez une mine ou un département d'lndiens.
LE V1cE-Ror. - Cerfes, la demande cst modeste. Elle ne veut qu'un carrosse pour se faire trainer a l'église commc une marquise. Je n'en reviens
pas.
LA PERICIIOLE. - \'ous saycz, don Andres, que je fais peu de cas de
!'argent. Je ne sais ce que vous coute cette voiture, mais vous étes ric~e.
S'il ne s'agissait pas d'humilier des ennemies mortelles, vous scntcz bien
que je ne vous aurais pas demandé un cadeau d'une aussi grande valeur.
Au surplus si ma demande vous choque, oubliez-la. Si j'ai eu tort de Yous
la faire, je' vous en demande pardon. J'ai le défaut d'agir d'abord, et de
réfféchir ensuite.
LE V1cE-Ror. - Un carrosse ! il feraif beau voir une comédienne en
carrosse ! Etes-vous un éveque, madame, un Auditeur ou une marquise
pour aller en carrosse ?

a

LA PERICHOLE. - Et ne suis-je pas tout la fois, !'infante d'Irlande, la
reine de Saba, la reine Thomiris, Vénus, et sainte Justine vierge et martyre?
LE VxcE-Ror. -

Folle !

L, PEIUCHOLE. - Toutes ces &lt;lames-la valent bien une marquise dont le

a

pere vendait du drap
Cordoue pour habiller les n~~letiers. Allons, m~n
petit papa, mon cher Andre-illo, vous avez ri ; vou~ n ctes plus de mauva1se
'humeur, vouc; étes channant votre ordinaire, et vous me donnerl'z votre
carrosse, n'est-ce pas ?

a

LE V1cE-Ro1. - Camila, d'abord vous demandez des choses r.:xtravagantes, ensuite vous prenez mal votre temps, car j'ai maintenant a me
plaindre de vc:,us.

L\ PERICHOLE. -

Et si je voulais user de représailles !

LE VICE-Ro1. - Ecoutez, vous avez tort de t'ourner tout en plaio;,mterie.
Je vous assure que votre conduite m'est connue maintenant, et que je ne
veux plus etre votre dupe.

LA PER1cnou:. - Si je n'obtiens pas de vous ce carrosse, il faudra que
je m'en retoume chez moi bien tri.-stement, car le moyen d'aller a cetfe cérémonie a pie&lt;l comme une filie du peuple, ou en chaise a porteurs, comme une
bourgeoi~e. et surtout apres les espérances que j'avais conc;ues... Ah !
Monseigneur le vice-roí du Pérou, vous étes un cruel homme !. .. Combien
vous coute ce carrosse ?
LE VICE-Ro1. - Laissez votre carrosse, mademoiselle, et répondez-moi.
Je suis parfaitement au íait de toufes vos actions, et vous ~urez que je ne
su;s plus aveuglé sur votre compte, comme je l'étais quand je vous aimais.
Maintenant, je ne vous aime plu~, entendez-vous ? Je suis détrompé, je
vous connais... cependant je ser'.ais bien aise de voir de que! air vous 1-ourriez
vous y prendre pour vous justificr... Voyons, essayez ... parlei, que diantre ! parlez... Eh bien, a c¡uoi pense-t-clle ainsi, les yeux levés au ciel ?
L., PERICIIOLH. - Ce beau carrosse !
LE V1cE-Ror. - Vous feriez perdrc patiencc a un ~aint ! Que le &lt;liable
emport'e le carrosse l Je sais que le capitaine Agui1 re vous aime ...
LA PERICHOLF.. -

Je le crois sans peine. Donnez-moi un de vos cigarcs.

LE V1cE-Ro1. - Et que vous l'aimcz ... oui, vous l'aimez... je le sais, j'en
suis sur ... Mais soutenez done le contraire... clu courage ! Niez, par exemple,
qu'il vous ait donné une robe de satín cramoisi ... Niez, nicz-le ! je re vous
en empeche pas.

LA PERICIIOLE. - JI aurait dü me donner aussi une mantille de dentelle.
J'ai déchiré la mienne.

a

LE VICE-ROi. - Et on l'a surpris demi-vetu sous ,·os fenetres. je le
sais bien... je l'ai vu ... l\Iais, vive Dieu ! &lt;lites done que cela est faux ! Vous
qui étes si bonne comédienne, vous devez mentir de l'air dont les autres
disent' la vérité.

LA PERrcnor.E. -

~Ierci du complimcnt.

LE V1cE-RoI. - Vous sentez bien, ma mie, que cela ne peut durer. Aussi
nos relations vont cesser... Et cela devrait etre fait depuis longtemps ... car
je ne suis pas homme a entretenir les maitresses du capitaine Aguirre...
Vous etes bien tranquille... Vous croyez peut-et're que je prends votre ffegme pour le calme de l'innocence ?
LA PERICBOLE, d'un to" tragique. -

C'est le calme du désespoir. Je

�-

28-

ne vois la-dedans que l'occasion perdue d'aller a l'église en carrosse. L 'hcure
va se passer, et quand vous me demanderez pardon, il sera trop ta,,!.
LE V1ci::-Ro1. - 'Ah ! vous demandez pardon, ma mignonne ! Ah!
vous ne prétendez a rien moins ? Eh bien ! je vous demande pardon d'a,·oir
découvert une autre intrigue avec un persoonage bien illustre.
LA PERICIIOLE. - Et de deux. Quand nous serons a trois, nous ferons
une croix.
LE \'1cE-ROI. - Ce n'est ríen moins que le vaillant' Ramon, cholo de
nation et matador de ~on métier. Vous choisissez bien vos amants, Madame. C'est un homme célebre, et tout Lima est rempli de son nom.
LA PERICHOLE. - Il est vrai, et sa réputation n'est pas usurpée comme
tant' d'autres. C'est le plus brave toréador du Pérou, et peut-etr~ le plus
beau et le plus robuste.
LE Y1cE-Ro1. - Parbleu ! il est clair que vous n'ctes pas femme a quitter un vice-roi pour le premier venu. D'ailleurs, en personne habile, Yous
quittez un amant pour en prendre deux. Vous donnez un ducat, ma;s vous
en prenez la monnaie.
LA PERICBOLE. - Si bien qu'a votre compte, un capitaine et un matador seraient la monnaie d'un vice-roí ? Vot're Altesse se trompe dans son
calcul. Il faudrait, suivant-moi, trois vice-rois pour faire la monnaie d'un
caprtaine, et six vice-rois au moins pour la monnaie d'un matador.
LE V1cE-Ro1. -

Vous étes une impudente ...

LA PERICHOLE. - Courage !
LE V1cE-Ro1. - Une cffrontée, qui ne prend pas meme le
cacher ses débordements par un peu de respect 1,umain.

soin de

LA PERICHOLE. - F erme l (Déclamant). « Cruelle imagination ! pourquoi
par tes doux prestiges, affiiges-tu mon cceur ? » (1).
,
LE VrcE-RoI. - Prendre un matador et un cholo pour amants ! .. Vous
etes une Messatine !
LA PERICHOLE. - Qu'est-ce que cela veut dire ?
LE VICE-Ro1. - Vous étes...
LA PERICHOLE. - Que Votre Altesse ne se contraigne point. ]'imagine
qu'elle se livre a ces acces de fureur par ordonnance de médecin. En effet,
vous vous échauflez, et cela doit etre bon pour la goutte.
LE V1cE-Ro1. -

Taisez-vous, infame ! Prendre un cholo pour amant !

( , ) Vers d'EI m.i;ico troJigioio, comédie de Calderon.
.¿ Pesada imasinacion
.-\1 parecer lisonjera,
Cuando te he dado ocasion
Para que dcsta manera
Aflijas mi corazon ?

Vive Dieu ! Je vous ai comblée de mes faveur.;... Pour vous, je me suis
presque compromis aux yeux du public... car it est scandaleux que le
représentant' du roi d'Espagne aille chercher sa maitresse sur les planche.;
cl'un théatre... Je ne sais qui me retient... ~fais, si je n'étais mille fois trop
bon, je vous ferais fourrer daos une maison de correction.
•

L.\ PERICHOLE. - \'ous n'oseriez pas !
LE Y1cE-Ro1. signe l'ordre.

L, Pu1cnor.E. prison.
LE V1CE-Rm. -

Je n'oserais pas !. .. Vite une plume et de l'encre, et je
JI y aurait une révolte

a Lima si la Pcrichole était en

Une révolte ! ta ! ta ! ta !

LA PERICHOLE. - Oui, une révolte. Faites décapiter, pendre tous vos
:1obles marquis, comtes et chevaliers de Lima, pas une voix ne criera,
pas un bras ne se levera pour eux. Faites égorger douze mille pauvres
Jndiens, envoyez-en vingt mille daos vos mines, on vous applaudira, on vous
clonnera du Trajan par le nez... Mais empéchez les Liméniens de vcir lcur
actricc favorite, et ils vous t3ssommeront a coups de pierre.
LE V1cE-Ro1. - Oui, oui... Et si je défends au directeur de rer.ouveler
votre engagement' qui va finir ?

LA PERICHOLE. - Eh bien l Je prendrai ma guitare, et j'irai chanter
dans la rue, sous vos fenetres ; et dans mes chansons je fcrai rire aux ,
dépens de votre vice-royauté et &lt;le votre goutte.
LE V1cE-Ro1. - Fort bien. Et que feriez-vous si je vous envoyais en
Espagne par le premier galion ?
LA PERICHOLE. - Vous ne pourriez me faire un plus grand plaisir... Je
meurs d'envie de voir la vieille Europe, et d'ailleurs, en Espagne, j'ai la
chance de devenir la maitresse du premier ministre ou du roi, et' le cas
échéant, je me venge de vous. Je vous fais ramener prisonnier en Espagne,
les fers aux pieds, comme Christophe Colomb, et ensuite vous serez bien
'heureux si je vous fais groce de la potence et si je vous envoie seulement
pourrir daos la tour de Ségovie.
LE VICE-ROi. dans ce palais.
LA PERICHOLE. Altesse.

En attendant que cela arrive, ne remettez plus les pieds
Certes, jamais je n'obéirai plus volontiers

a

Votre

LE V1cE-Ro1. - Encore un instant. Comme c'est la derniere fois que
nous nous voyons, il faut terminer nos comptes... Je vous méprise trop
pour vous accabler. Andres de Ribera ne daigne pas punir une offense
quand elle part de trop bas. Je vous ai donné des., sommes considérables, des
ca&lt;leaux précieux... gardez-les. On vous paiera t'rois mois de votre pension,

�-

30-

-31-

· cela vous entrerez a, l'h.opi'tal quelques semaiue" plus
et j'espere qu •avec

LA PERICHOLE, lui don.wnt la mai,i. crois que vous m'aimez v'éritablcment.

tard.

Li-: \'1rn-Ror. - Au moins, par générosité... Je suis bien sür de toi ... Je
ne suis plus jaloux... 1Iais est-ce que cela te coüt'erait beaucoup de dire
qu'on t'a calomnree ?

' . écouté patiemment vos injures et les calomnies
f .
t dre . -e les attribuais l'état de
me aire en en
, 1
d
atroces que vous
.
.
d
·er outrage ne peut se par onner.
, • ous vois • ma1s ce erm
., .
souffrance ou Je ~
h . '.
t de Castillans, 1fonseigneur, et l a1 1e
Je descends de_v1eux e retten~ e résents d'un homme que je n'aime pas.
c~r trop hau[ pour accepter es p
-i- • - . , maison et me~ mcuont rendus Je venw;.a1 .. _
Tou:-. vos cadeaux vou::. ser
·
. .
ollier de diamants et des
1 r ·te En attendant, vo1c1 un e
bles pour payer e ' es .d
.
C soir 1· e n'aurai rien vous.
bagues que vous m avez onnes... e . '

J ª1
venez de

a

LA PEllICHOLE. -

a

Elle óte ses bijoux rt se di.spose d sortir.

.

' r

richole !... La ... ne vous en allez
é11111. Pcncholc --·: e .
r ¡, Aie ' aie '
coutez
...
Ecoutez
done
...
Faut-tl
que
Je me eve .
.
E
pas...
•
f •
1 ¡,
L ' PERICII0LE, S'arre·, 011 t• - Vous vous efes a1t roa..

LF. V1rn-Ro1,
.

.

¡,

LE V1cE-Ro1. - Vous parliez de calommes ....
., . . ¡,
PERICUOLE
Je
ne
me
souviens
plus
de
ce
que
l
a1 d1t .
L
A
·
,
· et j'oublie tout.
LE V1cE-Ro1. - Dis seulement que cela n est pas vra1,.
. . d
LA PERICHOLE. - Croyez-en ce qu'il vous plaira. Je ba1se les mains e

p • 1
J'é•ais en
N
ne t'en va pas encore... ene110 e...
..
.
LE \ ICE-Ro1. - .i. _on,
.
.
t pliquons-nous tranquillement.
-.
·•a¡
été
trop
v1f
...
Ma1s
mamtenan
ex
co1ere... J
• • • f
?

Votre Altesse.
r

. .
u'on m'a dit de to1 eta1t aux
Ains1, tout ce q
.
. '
ali r Je tiens peu votre opinion.
LA PERICBOLE. - La1ssez-mo1 m en e .
.
., .
Camila
Eh
bien
!
je
cro1s
que
l
a1 eu
LE VICE-Ro1. - Voyons d onc,
.
tort. Es-tu satisfaite ?
.
LA PERICHOLE. - Non, non, vous avez ra1son.
.
• ,
• , 1 méchante ' Je te déteste ; ma1s va,
LE VICE-ROi. - _Entetee I Et'~tetee .
Je sais.bien que tout e~ que l'on
tu es charmante tou1ours_. .. Je aime trop...
.
ue
, .
f
M31·s dis-moi que cela est faux ... nen q ...
.
m a d1t est aux. •
,
ue ·,. ttenne
, LA PERICH0l.E. - "t..'
on
.
vous
m'avez
trop
offensee
pour
&lt;i
l
n
·

a

beaucoup

a votre estime.

T t
1 ... Je e
Eh bien , n'en parlons pus
LE V1cE-Ro1. - Allons,
., ·s si souffrant que je ne
d
J' ·
tort C est que l e 31 ·
.
,
demande par on.... a1_ e~ T ...t est fini ... Donne-moi la main ... Ma1s d1ssavais pas ce que Je d1sa1s. ou
moi ...
. vous d'ise ¡,....
I ' PERlCH0LE. - Que JC
.
~- V1cE-Ro1. - Que tu n ' es pus
1 r·a chée, et que tu me pardonnes mon
LE

emportement.

·1 '
eamiª,
.

't:

Oui, je vous pardonne ; car je

LA PER1cnoLF- - Quoi ! toujours vous en rcvcnez la ?
Li-: VrCE-ROI. - Allons ! voila qui est dit ... n'cn parlons plus... Je te
croi:- sans que tu te cléfendes... Pourtant... Vois, comme je suis faible !

a

L, PmucHOLE. - En vérité, Monseigneur, faut-il vous montrer que!
point la jalousie vous a troublé la raison ? Voyons : cherchons nous rappcler vos reproches. Ah ! la robe de satin cramoisi ?... Bon Dieu, quelle
idée !

a

LE V1cE-Ro1. -

Oui, cela ét'ait ridicule ; mais ...

LA PERICllOLE. - Il est parfaitement vrai que je possede une 1obe de
satin cramoisi, et il est non moins vrai que je l'ai achetée d'une filie de
couleur, ma voisine, qui es-t entretenue par le capitaine Aguirrc. A,·ait-elle
rcc;u cette robe de son amant ou d'un autre, c'cst ce que j'ignore... c·est' ma
femme de chambre qui a fait le marché, et vous pouvez l'interroGcr ladcssus.
LE V1cE-Ro1. -

Je m'en garderai bien, mon enfant !... Je te crois. (A

tart.) Ah ! coquin de Martinez, tu me paieras l'imposture.

a

LA PERICllOLE. - Quant l'autre histoirc du capifaine Aguirre, je n'ai
rien a vous dire, sinon que les accidents de cette espece sont communs
Lima, et que je ne puis les empecher. D'ailleurs, je c1ois me souver,ir que
ce jour-la meme vous etes resté fort tard souper chez moi.

a

a

LE VrcE-Ro1. - Perichole, ma mignonne, je ne veux plus entendre un
mot la-&lt;lessus. Cela me rend trop honteux... Dieu merci, je ne suis plus
jaloux... Tu disais done que ce cholc ...

LA PERICHOLE. - Yos espions vous ont aussi bien inst'ruit relativement
au cholo Ramon. U est vrai qu'aux dernicres courses je fus transportée
d'admiration en voyant son adresse et son courage, car aussitót qu'il cut
enfoncé son épée dans l'épaule du taureau, sur de son coup, sans daigner
regarder si )'animal conser~ait encore quelque res te de vie, il fit une pirouette,
et, tournant le dos au taureau, il me fit un salut fort gracieux pour un homme de sa profession. Je compris ce que cela voulait dire, et je cherchai ma
bourse pour la lui jeter ; mais je l'avaas oubliée. Je pris done le premier
objet de prix qui me tomba sous la main. Mais jamais je ne me serais avisée de croire que dans une semblable action on put voir de l'amour. Un
cholo ! un matador ! un homme qui boit de l'eau-de-vie et qui mauge des
oignons crus ! Ah ! ]ifonseigneur !
LE V1cE-Ro1. -

Oui, oui, j'avais tort, ma toute belle... Cepcmlant, si

..

�-

32-

j'avais été ce taureau, j'aurais rassemblé le reste de mes forces. et j'aurais
rudement secoué M. Ramon.
LA PERICHOLE. -

Alors j'aurais crié : « 1'ive le taureau ! »

LE VrcE-Ror. - Tu es charmante ! demande-moi ce que tu voudras ...
Car je ne crois pas du tout que tu fasses venir chez toi ce Ramon qui mange
des oignons crus.
LA PERICHOLE. - Pardonnez-moi. Votre Altesse n'ignore pas que je
dois jouer bientót le principal role dans la, comédie du poete Peransurez.
J'y dois chanter un air avec des paroles daos le patois de ces gen5-li ; et
pour bien saisir leur accent· et leur prononciation, je fais venir Ramon, qui
a une assez belle basse-baille, et qui chanterait toute une journée, pourvu
qu'on lui donnat suffisamment a boire. Je n'ajouteraii plus qu·un mot. Pour
peu que Votre Altesse conserve des doutes, elle peut envoyer le capitaine a
Panama, et le matador a Cuzco ; mais je crains que, si la chose a fait' du
L1uit, leur exil ne donne lieu aux mauvais plaisants de s'égayer·a vos dépens
et aux miens.
LE VrcE-Ror. -

Ah I ma bonne Périchole, comment te faire oublier...

LA PERICHOLE. - L'amour fait excuser bien des choses ; mais j'engage
Votre Altesse a se tenu en garde a l'avenir contre ces domestiques qui affectent beaucoup de dévouement, tandis qu'ils sont' tout disposés a trat.ir leurs
maitres.
LE VrcE-Ror. -

- 33 - Oui, 1·•y tenais bea
. LA PERICHOLE.
d 1scuss1on,
·
ucoup... l\Iais cicpuis cettt. crueIJe
J•,a1. changé d'idée.
LE VrcE-Ror. - Tu comptais que je te !'aura·15 d
,
,
.
0
ble... ce carrosse... non pas que ., ti
•
.
~e... C est que, d1a1 y enne , ...ma.is que diantre dira-t-on si ...
LA PERICHOLE. _ Laissons cela. D' .11
.
.
la cérémonie Je n' .
.
a1 eurs, 11 est bien tard pour aller a
•
arnvera1s pas a t'emps
LE VrcE-Ro1. - Quant a cela mes muJ
.
ces rnaudits Auditeurs Ce Ped' d Hi es trottent vite... Je ne cr:1ins que
sa guise...
...
ro e
noyosa... il va travestir !'affaire a
. LA PERICIIOLE. - II vous déteste r
.
.
Je serais désolée de vous com
pa ce que 1~ peuple vous a1me... Ma1s
.Monsieur qu'il faut ménager. promettre avec lu1. ll parait que c'est un
LE VICE-Ror, aprcs fin instant de réflexw
p
qu'il voudra. .. Ne suis-je pas le maitr d d n. arb~eu ! qu'il dise ce
qui bon me semble ?
e e onner ce qui m'appartient, et a
LA PERICHOLE. - Non, de grace J' . f . ,
.
' ,
ma demande, et je rouO'is mainterra t. d a11 ai~ reflex1?n. a 1extravagance de
::, violence to
n e vous en avo1r unportu , Et .
Je me su1s. tellement fait
t , l'h ne.
pu1s...
. , . 1 d'
a
eure pour ne pas pieurer... que
J a, p us envíe de me jeter sur mo ul't'
me promener.
n I pour reposer mes nerfs, que d'aller

Comment ?

LA PERICHOLE. - Je ne nomme personne, et le métier de dénonciateur
ne sera jamais le mien. Jeune, assez jolie, comédienne, je suis e~posée a
recevoir bien des propositions impertinentes, et j'imagine que certain petit
présomptueux que vous honorez de votre confiance et que j'ai fait chasser
de nos coulisses, vous aura régalé de toutes ces belles histoires.
LE VxcE-Ror. - Oh ! le scélérat ! Je m'en étais toujours douté. Oh ! le
monstre ! comment' ! il a osé te faire des propositions ! Tu parles de Martinez, n'est-ce pas ?

LA PERICIIOLE. - Je ne veux nuire a personne.
LE V1cE-Ror. - Ah ! coqum ! ce n'est pas avec Garci Vasquez que tu
iras. C'est au fort de Callao, et le diable m'emporte si tu en sors de si tót l
LA PERICHOLE. - Je n'ai ríen &lt;lit contre ce jeune homme. Qu: vous
prouve que j'ai voulu le désigner ?
LE VrCE-Ror. - Laisse-moi faire. Je sais ce que je sais ... 1fais mon
enfant, tu m'avais demandé, je crois, mon carrosse ?... Diable ! c'est...
LA PERICIIOLE. - Ne parlons plus de cela ; je suis assez heurcuse mainfenant, puisque je n'ai pas perdu votre amitié.
LE VxcE-Ror. - Mais cela te ferait beaucoup de plaisir ?... C'eft que,
vois-tu, ma petite ...

. LE V1cE-Ror. - Pauvre enfant, comme elle , .
f
ti faut q~e tu prennes l'air, cela te fera du bien p~ a1me .,. .. Non, ma filie,
ter en vo1ture quand 1·e vien d
. meda m ordonne de mon,
s e me mettre en colere y
·
carrosse est a toi Sonne pou
,
... a, m1gnonne, mon
·
,
r que 1on attelle sur-le-champ.
LA PERJCHOLE. - Monseigneur de a
'fl, .
tenant trop bon comme vous
', ., gr c~, .re ech1ssez ; vous etes main,
avez ete trop t.nJuste tout a l'heure
LE V rcE-Ror. - Sonne, te dis-1·e J
.
·
de jalousie.
· e veux que tes ennemies en meurent
LA PERICHOLE. _ Mais...
LE VzcE-Ror. - Enfin si tu n'acce t
,
.
.
es encore fachée contre moi.
p es pas ce present, Je croirai que tu

.LA PERICHOLE. - De cette maniere ·e n
.
sws véritablement confuse (Ell
, J e pu1s vous refuser... Mais je
·
e sonne. Baltliasar entre).
LE VrcE-Ror. - Qu'on at'telle sur-le-cham 1
nouveau carrosse et d't
p es mules blanches a mon
1 es au cocher que les mules
·
'
J
•
tJennent a Mademoiselle (Baltl
I
e carrosse et ltu apparest agité ! Allons m'en .
t iasar sort}, Pauvre petite ! comme ton pouls
,
veux- u encore r
LA PERICHOLE _ Comme t
. .
Altesse ?
·
n ne serais-Je pas pénétrée des bontés &lt;le Votre
3.

�-

LE V1cE-R0I. -

34-

La.isse-la ton Altesse, et apelle-moi comme tu m'appel-

les quelquefois.
A1 b·en ' Andres tu m'as rcndue bien malheureuse
1
LA PERICH0LE. '. 1. •
. h
se auJ· ourd hu1.
\' ·
et bien eureu
.
J t'aime conune ceL"l
o1sE b sse mo1 mon ange. e
•1 t ,
LE V1cE-Ro1. m ra. · .' .
•. d ma Perichole ! Mt.-C' ian e ·
.
le V1ce-Ro1 aupres e
,
tu, je ne veux pas etre
d't d mérite des vice-rois en amour .
· d e que tu as I u
¡
1.
souv ens-to1 e e
A d , pour moi, .:~ 11011 e
is bien que tu es n res
.
l .
\'
LA PERICIIOLF- a, tu sa . .
1· . brodés que m'a fa1ts ?-. armo,
\" . d e les Johs sou iers
Vice-Roi du Pérou. o1s on
l . t'ai parlé il y a longtemps.
·
le neveu duque Je
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ce cordonmer pour
. .
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he tout entier dans ma
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Q
el . r1 pettt pied ! e e cae
I E V1cE-ROJ. u JO
·11:ml qui a de 1 mtc ""
:
s tu dis que ~n neveu est un ga1 .
mam. A propo '
.
. • la place de Martmez.
gence ? Je le prends a mon sernce a
•
e D'ailleurs, Marti•
. ne veme
LA PERICH0LF.. - Non,
JC
. deplacer personn .
. •¡ 11 fait de bons rapports.
nez vous est ut1 e.
. . ' Va ' il couchera ce soir au Callao.
LE VICE-Ro1. - Rancumere .
.
,
La voiture est attelee.
BALTHASAR, rcntrant. toi bien et reviens tout
'
LE VICE-Ro1. - A 11ons, m a toute belle, famuse. 't• quelque affront, ne man,
. S. elqu'un te a1sa1
. .
de suite apres la cér~~IC...1 quDieu ! les mauvais plaisants ne_ nra1ent
que pas de m'en prcvemr. bagu\
,ve
tu oubliais. Approche, que Je te ratE . t collier et tes
es que
' .
plus... t on .
tu es divine aujourd ht11.
.
tache ton colher... Va,
1
d plus préc1eux que
.
LA PERICJI0LF.. - J 'emporte d'ici quelque c ,ose e
ces diamants : ta confiance et ton. amour.

-35 renversé. .. Et tout le monde qui s'attroupe ... Que va-t-on faire ?•.• 0n va
peut-etre l'insulter... Balthasar, allez done...
BALTHASAR. -

Oui, Monscigneur...

LE VICE-Ro1. - Vive Dieu ! on se bat la-has... Courez tous, vous autres... Allez, prenez les armes... Assommez-moi cette canaille... Perichole !
Ah ! heureusement... elle poursuit sa route, grice a cet homme q,,¡ fait si
bien le moulinet de son ha.ton... 11 lui ouvre un passage.
Dois-je courir apres le carrosse de ~!adame ?

BALTHASA11.. LE V1cE-Ror. -

Non, demeure. Cela est inutile maintenant. .. Cependant
Qu'ils
prennent des mousquetons et qu'ils la suivent de loin... et qu'ils Ófent ma
livrée... S'il arrivait quelque malheur, je m'en prendrais a vous. Ce peuple
de Lima est si grossier I je crains qu'il ne lui fassc quelque avanie... Apres
t'out, il semble qu'il ne soit ~s arrivé d'accident ; car voici l'autre rarrosse
relevé et qui continue sa marche... et la foule entre dans l'église. Fasse le
ciel qu'elle s'en tire sans malencont're !... 0n aura beau dire il n'est pas
défendu aux comédiennes d'aller en carrosse si elles en ont... Tant pis pour
les marquises, si, moins jeunes et moins jolies que les actrices, elles ne
trouvent personne pour leur en donner... (/l fume · un cigare). Ce bapteme
n'en finit pas l... 11 me tarde de la voir revenir pour apprendre d'elle les détails de !'aventure... Oh I maudite jambe !... Je souffre davantage, je crois,
quand je suis inquiet... Voyons : la derniere fois que j'ai été mabde, cela
m'a duré cinq... six jours,.. bon l Cette fois-ci, je !'espere, j'en serai débarrassé plus tot. Ainsi je pourrai assister a la premiere représentation de la
comédie ou elle doit jouer un róle. .. Et si je ne pouvais sortir... Ma foi ! je
ferais retarder la représentation.

a son retour... Dis a Sébastien et a Dominique de monter a cheval

Elle sort.

BALTHASAR. - Monseigneur, M. le licencié Thomas d'Esquivel demanae
la faveur d'entretenir Votre Altesse.

Cette filie-la íait de moi ce qu'elle veut.
LE VIcE-Ro1. - Tu es un angeJ.
·s rien lui refuser ... Cependant...
,
¡
'
·
e tant
e ne pui
, Une
11 est vrai qu el e m atm
...
.
que le monde en pensera ....
lui donner mon carrosse !... J~ ne sa1s ~e d marquises et tant de comtes~s
actrice en carrosse doré, tand1s q_u.~ ta~ J\macnne que la cérémonie dott
bº
•
sont trop heureuses d'aller
. en ht1ere .... l'exhortation
de 1',eveque
. . Tant
t':tre tem1inée... Elle n'arnver~ que po::s dans ma cour. Elle n'a pas per. x ... Ah ·' j'entends le bruit
des ro
m1eu
¡
fauteUt·¡ aupre's de la fenetre et donnez011
du de temps... Dalthasar, rou ez_ m 1 air a ce carrosse ... Pa.rbleu ! je.1a ver• Je veux v01r
r
Jama1s mon
moi ma longue -..ue.
. quePeste , comme elle va ....
rai jusc¡u'a la porte &lt;le l'Eg~1se._.. Tout .le monde s'arrete pour la re~rcocher ne me mene de ce tram-la...
omme si c'était moi qui passa1s...
d
En voila qui ótent leur chapeau, e
d place... Bon Dieu ! elle va
er...
. • ,. • res de la gran e
. t
Quelle folie ... La voila deJa p
c'est rautre carrosse qu1 es
accroch er... Ah ·' Jésus ! heureusement que

LE V1cE-Ror. - Fai5 entrer. - JI vienf sans doute me régall!.- d'unc
petite morale, a'fin de tirer de moi quelque cadeau. Au fait, il y a bien un
mois que je ne l'ai vu.
LE LICENCIÉ, entra11t. -

Je baise les mains de Votre Altesse.

Ah ! 1fonsieur le Licencié, vous voyez un homme bien

LE V1cE-ROI. malade l

LE LICENCIÉ. - Je suis désolé de l'apprendre. C'est done cct acces de
goutte qui a empéché Votre AJtesse d'assister a la cérémonie de ce jour ?
LE VrcE-Ror. - Je n'ai pas la goutte... C'est un bruit que répancl Pinc-da ; ce n'est qu'une enflure au pied. Je le saís mieux que lui.
LE LICENCIÉ. - Au surplus, Votre Altesse ne doit pas regretter de
n'avoir pas assisté ce bapteme. Elle a eu le bonheur de n'etre pas témoin
d'un grand scandale.

a

�-37LE V1cE-Ro1. - Un scandale ?••• (A part). Diable ! la Perichole doit y
étre pour quelque chose.
LE L1cEsc1É. - Oui, un scandale énonne et dont Votre Altesse aurait
été profondément affiigée, j'en sui:. sür, ... d'autant plus que, suivant les
apparences, elle en est la cause involontaire.
LE V1cE-Ror. -

Expliquez-vous.

LE LICESCIÉ. - Un jour comme celui-ci, une cérémonie ausci touchantc !... En vérité, je suis désolé d'affiiger Votre Altesse ... t~ais, il _fauf que
je parle et que je parle íranchement, meme au risqu~ de. 1~1 depla1re. Mon
devoir et J'intérct de Votre Altessc le commandent 1mpcneusement
LE V1cE-Ro1. - Je ne devine point. ..
LE L1cEsc1É. - Cette comédienne fameuc;e ...
LE V1cE-Ro1, d part. -

..,ous y vo1'1.l.
.....1
... T

LE LicE."CIÉ. - ...A qui Votre Altesse porte, dit-on, tant d'i~téret, vient
de causer un désordre bien grand aujourd'hui meme. La p_rot:cct1on que ~70tre Altesse tui accorde l'cnhardit au point, permettez-mot de vous le d1re,
qu'elle se croit tout permis.
LE V1cE-Ro1. - Je vous assure que je ne la protege 1~int.._., Sc•tle!11e~t
j'estime son t'alent. .. qui est fort estimable, Monsieur le Licencie. Ma1s, Je
vous en supplie, contez-moi !'affaire.
LE LICEXCIÉ. - Voici le fait. ll paraít qu'elle a un carrosse ; et ce carrosse, dit-on, vous le lu.i avez donné.
LE V1cE-Ro1. - C'est un carrosse qui m'était inutile.
LE LICENCIÉ. - Ah ! ~lonseigneur, ce carrosse eüt été mieux empl~yé. ..
mais ce qui est fait est fait, et Votre Altesse avait sans doute ses -~a_,so,n~
pour le donner. Dieu veuille L. suffit. Je vais raconter ce dont J a1 et:
témoin. Elle a done un carrosse, e~ c'est en carrosse qu'e~le se ~~nd .ª
l'église... De mon coté, ayant été retardé par. quelques_ acc1de~ts, J a~a,s
accept'é une place dans la voiture de la marq~1se ~t:i-1mrano. N~us alhons
au pas, comme il convient en approchant d une ~hse ; tout a , c~u~ ~a
señora Périchole arrive au grand trot de ses mutes ebranlant le pave a ~mot
toises a la ronde. Nous allions déboucher sur la place ; ~lle ve~t ~rendre le
1
pas sur nous... sur la marquise !... bref~ elle nous a serres de l&gt;1 pres, qu elle
nous a accrochés avec la plus grande \'1olence...
LE VtcE-Ro1. -

C'est son cocher qui est un maladroit...

LE LtCEN'CIÉ. _ Votre AJtesse m'excusera ; , mais je _ne pu~s c~oire que
son cocher ait agi saos ordre, d'autant plus qu elle a mis la tete a la portiere, en voyant notre voiture, et_ qu'ell~ a parlé a cet homme sans doute
pour lui commander cette mauva1se action.
LE VicE-Ror. - Et j'espere qu'il n'est pas arrivé d'accident.

LE L1ct:xc1i. - Commeot ! c'est un miracle que nous soyons encore en
vie ! La secousse a ét'é épouvantable ; la marquise est tombée sur moi, et
moi, sur le chien de la marquise que j'ai écrasé -involontairement... Ma perruque est tombée daos le ruisseau ... et la marquise a re«;u, a la hanche, une
contusion tres forte.
LE V1cE-Ro1. - Loué :,oit Dieu ! Je craignais qu'il ne fút arrivé un
plus grand malheur.
LE L1cE.xc1t. - Il me semble qu'en voila bien assez comme cela. Le carrosse de plus ei;t fort endom(?\3gé ; un carrosse superbe, qui, depuis plus de
vingt ans, faisait l'admirafion de cette ville.
LE \'1cE-Ro1. Perichole.

Je paierai ... c'ei;f-a-dire, je ferai payer le dommage a la

LE L1cEsc1i. - Mais, Monseigneur, le scandale, comment le réparer ?
Pour moi, je n'y vois qu'un seul moyen, c'est de défendre a cette dame de
sortir en carrosse ; car, non seulement il est de mauvais exemple de voir
une comédienne en carrosse, tandis que tant de dignes ecclésiastiques vont
a pied, mais encore la vie &lt;les paisibles habitants de Lima serait compromise par son imprudence... Je n'ai pas t'out dit, et j'ai le regret d'ttre dans
la nécessité d'affiiger Votre Altesse... - Les domestiques &lt;le la marquise,
indignés de !'insulte faite .a leur maitresse, ont adressé quelques vives
remontrances manuelles au cocher et au laquais de la dame. U-dessus, la
canaille qui la suivait avec des cris de joie a pris parti pour elle. Surtout
un certain mauvais sujet, un cholo, un toréador, nommé Ramon, a fair
rage. II a roué de coups de baton le cocher de la marquise, cassé l'épée de
son écuyer et brisé la mac'hoire de l'un de ses laquais.
LE V1cE-Ro1. -

Le scélérat ! Je le ferai punir exemplairement.

LE L1cl!sc1É. - Ce n'est pas tout. Sans faire attention a nou~. saos
demander excuse, elle poursuit sa route, et peu s'en est fallu qu'elle n'enfrát
dans l'égliise tout en carrosse. La tete de ses mules était sous le portail
quand elle s'est arretée. Elle descend, traverse la foule des fideles a grand
bruit. .. Tout le monde se retourne pour la regarder... On oublie la cérémonie commencée ; et', je frémis en le disant, Monseigneur l'Eveque, luimeme, a partagé la distraction générale. I1 a oublié de demander :-.u párrain, la promesse d'élever chrétiennement le nouveau convertí, son filleul.
Pour moi, indigné et scandalisé au dernier point, j'ai quitté l'églice pour
vous raconter cette aventure, et vous prier de met'tre un terme au;, impertinences d'une filie qui, pennettez-moi de vous le dire, fait le plus grand
tort a Votre Altcsse.
LE V1cE-Ro1. portance.

Elle va venir dans un instant, et' je la tancer?.i d'im~

LE LICENCIÉ. - Je vous préviens que la marquisc portera plainte jusqu'a Madrid, s'il le faut.

�-

38-

-39 -

LE \'1cE-Ror. - Monsieur le Licencié, il faudrait empecher cela. Vous
sentez bien que ces plaintes-la me nuisent beaucoup.

L, PERICHOLE. - Kon, 1Ionseigneur, mais je ne l'ai plus et je ne la
regrette pas, car j'en ai fait, je )'espere, un bon usage.

LE LICENCIÉ. -

l\Ionseigneur...

L'EvEQUE. -

Un bon, un saint usage.

LE VICE-ROL -

Yous a,·ez du crédit aupres de la marquise. Eneagez-la

LE L1cExCrÉ, d part. -

-

Je m'y perds.

a se contenter des dommages qu'on lui donnera. Pour moi, je me charge ae
faire une semonce a la Périchole.
LE LICENCIÉ. -

L'EVEQUE. siecle.

Monseigneur... Je ne sais ...

LE V1cE-Ror. -

LE VICE-ROL - Votre église a besoin d'un t'ableau pour le maitre-autel...
Je veux que la Perichole vous en fasse cadeau pour expier sa faute ...
Aussi bien, je lui ai donné une madone de l\furillo, qu'elle veut changer
contre mon saint Christophe... Au surplus, vous pouvez compter sur la
madone... Mais rendez-moi le service de faire taire la marquise... }test-ce
pas ? vous me le promettez ?
LE LICENCIÉ. -

LE VICE-ROL -Amenez-moi votre neveu, un de ces matins. NottS tacherons de faire quelque chose pour lui.

a fait

L'EVEQUE. - Ma filie, vous etes trop humble... et quoique je ne vous aie
jamais vue sur la scene... je sais que vous honorez singulierement' votre profession. Saint Genest était acteur.

digne des bontés de Yotre Altesse.

LE VICE-ROL - ]'entends un carrosse qui entre dans la cour. La voici
sans doute. Vous allez voir comrnent je vais lui parler.
BALTIIASAR, annon,a11t. -

Monseigneur l'Eveque de Lima.

LE VrcE-ROI. -

L'Eveque !

LE LICENCIÉ. -

Il vient sans doute porter plainte aussi.

L'Eveque et la Perichole paraissent
entrer.
L'EvEQUE. -

a la porte, et font des fat;ons pour

Passez, Mademoiselle.

L, PERICHOLE. - Monseigneur, je vous en supplie...
L'EvEQUE, lui prenant le. main. - Eh bien ! entrons ensemble.
LE LICENCIÉ, d part. - Que vois-je ? l'Eveque donne la main a la comédienne !

LE V1cE-Ro1. - Monseigneur, je vous baise les mains ... Je suis confus
de ne pouvoir me lever pour vous recevoir, mais un pauvre malade...
L'EvEQUE. - Mademoiselle m'a parlé de votre indisposition, et je n'ai
pas voulu rentrer chez moi sans m'informer de vos nouvelles. Cela m'a
procuré le plaisir de conduiire Mademoiselle dans ma voiture.

LA PERICHOLE. LE VICE-Ror. brisée ?

C'est une grace que je n'oublierai jamais.
Comment ! ma voiture... ta... votre voiture... s'esf-elle

:..

Expliquez-vous, de griice...

LA PERICHOLE. - Pardonnez-moi, Monseigneur, si j'ai si lot abandonné
un présent' qui ,·ena.it de vous ; mais, lorsque vous apprendrez en quel!es
mains je m'en suis départie, vous m'excuserez et vous me féliciterez. - Tandis que j'allais par les rues mollement bercée sur ces coussins élastiques, une
idée m'est venue a !'esprit, qui a dissipé, en un clin d'reil, le plaiisir que je
goutais. Comment ! me suis-je &lt;lit, une pécheresse ... une misérable créature
comme moi ... une femme exer~nt une profession presque coupable...

Monseigneur, je ferai mon possible, mais ...

LE LICENCIÉ. - Il est' tout
Mais, Monseigneur...

Vous avez donné un exemple de piété bien rare dans ce

I

LA PERICHOLE. - Eh quoi ! je suis portée d'un bout a l'autrc de la
ville, mollement et avec la rapidifé -d'un éclair ; je suis a l'abri du soleil,
de la pluie, tandis que des personnes qui valent rnille fois mieux que moi,
tandis que des serviteurs de Dieu, portant des secours spirituels aux malades, sont exposés a toutes les intempéries de l'air, a la chaleur, a la poussiere, a la fatigue ? Alors je me suis souvenue que j'avais vu souvent de
dignes pret'res accablés par l'age, marcher a pas précipités dans Je,; rues de
Lima, portant le saint viatique a des malades, et ne craignant qu'unc chose,
c'est d'arriver trop tard aupres du lit de l'agonisant. J'ai pleuré sttr moimeme, et la Sainte Vierge m'a inspiré, comme expiation de mes péchés, de
faire homrnage a Dieu de ce carrosse qui avait flatté mon orgueil, et' que
j'étais indign•e de posséder (1).
L'EvEQUE. - Mademoiselle a eu la générosité d'en faire don a notre
'église, et d'y ajouter une fondation pieuse pour son entretien a perpétuité.
A !'avenir, lorsqu'un malade réclam'era les consolations que la religion donne aux mourants, cette voit'ure servira a porter le Saint-Sacrement, et de
la sorte, bien des ames seront sauvées ; car il est trop commun que des
pécheurs endurcis ne demandent leur Créateur que lorsque la mort va les
/1) Une comédienne fameuse de Uma, nommée la Perichole, eu1 un jour la fan1aisie
d'aller l l'église en carrosse. Il y a\·ait alors peu de rnitures a Lima, et elles appartenaient
1oute1 a des personnes de la plus haute distinction. La Perichole, qui érair entretenue par le
vice-roi du Pérou. obtint, non sans quelque peine. que son amanr lui lit don d'un carrosse
magnifique, dans lequel elle se montra par la ville, au grand éronnement des Liméoiens.
Apres arnir joui de son carrosse pendant une heure II peu pres, aaisie tout l coup d'un
accés de dévotton, elle en lit don II l'église cathédrale, voulanr qu'il servil II transporter
rapidemenr les prérres qui iraient adminis1rer les aecours spirituels aux malades. Elle lit, de
plus, une fondarion pour l'enrrerien de cette voiture. Depuis ce temps, le Saint Sacrcment
est porté en carrosse, a Lima, et le nom de la comédienne est en grand honoeur.

�-40-

saisir, et' trop tard pour qu'un pauvre ecclésiastique a pied puisse ~rriver

a leur che,·et tandis qu'ils rcspirent encorc.
LE LicENcrÉ. inspiration.

Mademoiselle, en effef, a cédé a une bonne et sainte

LE V1ce-Ror. - Je vous admire, Perkhole, et je voudrais m'a~socier
a votre bonne action, en prenant a mon comptc. ..

Luis de Góngora

LA PERICJIOLE. - Ah ! ::\Ionseigeur, laissez-moi la gloire de l'avoir
faite. .. )'en suis assez récompenséc par ce précieux don que je tiens de
~fonseigneur. Ce chapelet a été enfermé pendant neuf jours dans la chasse
de la bienheureuse image de Notre-Dame de Chimpaquira (1). (Elle fait
baiscr le ' cl1apelet au t•ice-roi et au lice,irié).

A propos de l'édition de ses ~uvres completes
par M. Foulché-Delbosc ( 1)

L'EvtQUE. - De grandes indulgences y sont attachées.
LE V1cE-Ro1. - Je suis si joyeux, que je ne sens plus du tout ma jambe. Pineda est un sot, et je n'ai pas la gouttc.
LA PERICJIOLE. - C'c:-t ce chapclet que
a soulagé, ::\Ionseigneur.

\"Otts

\'enez de toucher qui vous

L'Evi:Ql,'f. - 11 n'est rien &lt;le plus prol,able, et j'en ai vu souvcnt des
cffets mcrveilleux.
LE V1n:-Ro1. - Je le crois, mais je t·ontinuerai cncore deme jours mon
rc:gime ; ensuit'e, ::\lon!--eigneur, je voudrais faire une bonnc folie, et rnus
fairc souper chez Madcmoiselle, pour que vous puissiez faire plus ample
éonnai. sanee.

L.-\ PERICUOLE. -

Je n'ose espérer que l\lonseigneur daigne me faire
tant d'honneur. Cependant notre divin Sauveur mangeait avec les Samaritains... et si le secret le plus profond...
L'Evi:QUE. - Nous verron!-. Attendons que Son Altesse soit guérie.
Le \'1cE-Ro1. - Cela veut dire qu'il accepte.
L'EvtQUE. - Je crains bien de ne pas avoir la force de refuser.
L, PERICIIOLE. - Sr :'.\fonsieur le Licencié voulait faire le quatricme.
LE LzcE:-ctÉ. - C'esf trop d'honneur que vous me faites.
L'EviQUE. - Monsieur le Licencié, nous n'en parlerons pas.
LE Lzcc:sc1É. - Monseigneur !
LE \'1cE-Ro1. - Et \"OUs entendrcz chanter la Perichole ... des air:. pieux,
s'entend. Sa voix est capable de convertir un infidele.
L'EvtQUE, sal11a,it la Perkliole et souria,it. qu'elle ne fasse renier un fidele.

Je crains seulement

LE CuAXOINE. - Mademoiselle, ce carrosse sera, pour vous, le chariot
d'Elie ; il vous menera droit au ciel.
Prosper MÉRIMÉE.
( 1) lmagc trc. révértc du Nouveau-Monde.

A Alfonso Reyes
Enfin, mon cher ami, elles ont paru, et tous les gongoristes et gongorisants d'Espagne et de tous les empires, royaumes, principautés et
républiques de l'ancien et du nouveau Monde sont daos la joie. On les
attendait depuis pres de' vingt ans. Certains de ceux qui ont dépassé
le milieu du chemin de la vie commen~aient désespérer de les arnir
sous les yeux ; moi-mcme, je me demandais si je n'aurais pas e.xprimer mes regrets et ma déception dans mon testament, comme le mélomane qui Henry ~Iurger, dans une de ses poé$ies, prete cette plainte :

a

a

a

Le ciel n'a pas 1,•ottlu.
Qi,e je puisse m'a.sseoir parmi le groupe élu
Des gens qui verront 1'Africaine !
Apollon et M. Foulché-Delbosc en soient loués. Je suis du groupe
élu des gens qui lisent les reuvres completes d'un des plus grancls poctes
castillans (du plus grand, n'est-ce pas ?) daos une édition irréprochable, débarrassée des poésies faussement attribuées a lui, enrichie d'autres jusqu'ici inédites et dont quelques-unes sont parmi les plus belles,
bien orthographiées, bien ponctuées (détail d'une importance capitale,
j'en sais quelque chose, car la mauvaise ponctuation de Pellicer, de
Hoyes et de Salzedo Coronel m'a souvent fatigué et fait perdre du
temps), en un mot parfaite. Cette édition, la seule complete, la seule a
laquelle on peut se fier, parait deux cent quatre-vingt-quatorze ans autant dire trois siccles - apres la mort du poele ! Une attente aussi
prolongée était deYenue un scandale. Pour que le scandale cessat, il a

.

11) Obros poítius de D. Luís de Gdngoro, 1 volumes (New-York, The llispan1c So.:iety
, 921 ).

o( America,

�-43 -

fallu qu'un hispanisant fram;ais consacrat une partie de sa \'ie laborieuse et déja longue a don Luis de Góngora. Pcrmettez-moi d'en tircr
quelque fierté, la meme fierté que je trouverais légitime chez vous si ~a
premiere édition et la seule pleinement satisfaisante des ceuvres completes de Ronsard (au génie de qui celui du poete des Soledades s'apparente) ne paraissait qu'aujourd'hui et avait un Espagnol pour auteur.
Il y a dans le vaste monde deme grands gongoristes, M. FoulchéDelbosc et vous, mon cher Alfom:o. Si mon vénérable compatriote
n'ayait pas entrepris ce tra\'ail magnifique, c'est vous, j'en suis certain,
qui l'auriez accompli. Etant votre ainé, il vous a devaneé. :Mais ,·ous
deviez forcément vous rencontrer. :\f. Foulché-Delbosc se félicite de ce
que le sort (il aurait du dire : Apollon, ou les Muses, ou les nymphes _du
Bétis) lui a procuré votre amitié d'abord, puis une collaboration
pour laquelle il vous témoigne publiquement sa gratitude.
Un lecteur, qui ne connaitrait Góngora que pour en avoir lu quelques
pages dans des anthologies, ne comprendrait pas quel énorme labeur,
quelle patience, quelle science il fallait pou:- conduire a bon terme une
pareille entreprise, car il ignorerait que des cinq cents poésies qui
composent l'ceuvre du poete, quatre-vingt-dix-neuf seulement furent
imprimées de son vivant, non en un volume, mais dans des recueils
collectifs ; qu'un certain nombre fut publié apres sa mort sans nom
d'auteur ; que beaucoup qui ne sont pas siennes tui furent attribuée~ ;
que des versions différentes ont couru ; que les éditions publiées par
ses amis et disciples ont toutes sortes de défauts auxquels votre maitre,
le premier, a magistralement remédié.
Des lettr.is meme qui se fieraient uniquement a la préface &lt;le
1\1. Foulché-Delbosc ne se rendraient pas compte de l'immensité et de
la valeur de ce travail. I1 n'est pas de cewc qui mettent leur moi en
avant et sollicitent des compliments et l'admiration. 11 est d'une pudeur
et d'une réserve qui ne sont pas celte fausse modestie qu'on peut
appeler une forme hypocrite du sot orgueil. 11 n'a meme pas mis son
nom sur la couverture et la page du titre. Cette élégante discrétion
nous charme, n'est-ce pas, en nos temps de bluff, de coups de grosse
caisse et d'exhibitionnisme.

En lisant Gó:1gora dans l'édition Foulché-Delbosc, je me suis rappelé
la demande que vous m'avez faite a la fin de l'article trop bienveillant
consacré ici-meme par vous a ma traduction de Polypheme et Galatéc.
Vous vouliez pénétrer daos ce que vous appelez l'arriere-boutique du
traducteur. Vous m'encouragiez a écrire des commentaires sur notre

poete. Tout un gros bouquin, quoi ! Comme vous y allez, don Alfonso !
Trouvez-moi done un éditeur, et je le ferai, ce livre, tant bien que mal,
vous lirez peut-etre mes réflexions avec un sourire indulgent, mais enfin
je le ferai. En attendant ce livre possible, sinon probable, nous allons
retire ensemble, si vous voulez, un sonnet de Góngora, celui At, tombeau du peintre Greco, je le traduirai, puis je me livrerai sur ce sonnet
et autour de tui a quelques divagations, au courant de la plume, et si
je commets des erreurs, vous me ferez l'amitié de les rectifier.

Esta en forma elegante, o peregrilio,
De porfido lttcien.te dttra llaue,
El pincel niega al mimdo mas suatte,
Que dio espiritu a leño, vida a lino.
Su nombre, aun de maior aliento dino
Que en los clarines de la Fama cabe,
Et campo ilustra de ese marmol graue:
Venerale, i prosigue tu camino.
lace el Griego. Heredó naturale::a
'Arte, i el arte estudio, Iris colores,
Pl:ebo luces, si no sombras Morplieo.
Tanta urna, a pesar de su dure::a,
Lagrimas bei,a i quantos suda olores
Corte,a fu11eral de arbol Sabeo.
Je propose a vos corrections la tra&lt;luction suivante :

Et, sa forme élégante, o pelerin,
De porpliyre brillatti cette dure clef,
Refuse au monde le piliceau le plus souple
Qui anima le bois et domia vie au li11.
~

•. . . l. ; -~~"'

':' --

Son nom digne d'tm souffee encore plus grand
Que celui dans les clairons de la Rmommée co11fe1m,
lllustre le champ de ce marbre grave :
Vénere-le et poursuis tou chemin.
Gít le Greco. De lui la Nature hérita
L'art, et l'art l'étude, Iris des coulettrs,
Phébus des lumieres, sinon des ombres M orpliée.

�-

44 -

Te/le unic, cu dépit de sa Jureté,
Boii·e des larmcs et q11antcs odcurs e:rsude
L'écorce funérairc d'itn arbrc sabéen.
Et maintenant voici mes réflexions, puisque vous en voulez :
1. Quoique le mot fran~ais pelcri1' n'ait plus, aujourd'hui, le sens
ele '&lt;'OJagtur et d'étranger qu'il avait encore chez les classiques du
xvu• siecle, il me parait indispensable pour traduire pcrcgritw.
1-2. J'ai eu d'abord l'intention de traduire de la maniere suirnnte
el il n'est pas &lt;lit que je n'y revienne point si je publie une traduction
des sonnets de Góngora :
« Cette en forme élégante, o pelerin, de porphyre brillant dure
clef. »
Mais ce"n'est pas fran~is, c'cst &lt;lu charabia I s'écrieront quelqucs
lecteurs. Pardon ! c'~t exactement aussi fran~ais que les deux vers
&lt;lu poete sont espagnols. Góngora disloque souvent la syntaxe ; i1 fant,
dans la mesure du possible, disloquer celle de la langue dans laquelle
on le traduit si l'on veut donner une idée approximath·e de son singulier génie ; si9011 on le trahit, et il ,·aut mieux renoncer a le faire
passer en fran~is.
On parle souvent de la parenté de ::\Iallarmé avec Góngora, quelquefois un peu a tort et a travers. Cette seconde traduction pour laquelle
j'opte définitivement nous permet de saisir une de leurs ressemblances
les plus frappantes ; un mot annoncé au début d'une phrase par tm
article ou un pronom qu'il devrait suivre immédiatement, ou n'en etre
séparé que par un adjectif, est rejeté au milieu ou a la fin. Dans son
chapitre sur le style de Mallarmé, Albert Thibaudet analyse certains
procédés du poete fran~is qui sont ceux de son précurseur castillan et
donne, entr'autres citations, les trois suivantes prises dans Dii·agations :
« Ces &lt;létachés de toute rumeur derniers moments. »
« L'immense, celle du bow-window, draperie, au dos de l'orateur. &gt;&gt;
« Ma tres peu consciente ou volontairement mise ici en cause inspiratrice. »
Ces rejets synt~xiques sont exactement de la mé1!1e nature que celui
des deux premiers vers du sonnet au Greco.
Citons encore un exemple de Maltarmé qui peut clre rapproché des
précédents :
« A qui ce matelas décousu pour improviser ici comme les voiles
dans tous les temps et les temples, l'arcane I appartint. »
La syntaxe fran~ise exige qu'on dise : « A qui appartint ce
matelas... »

-

45 -

Thibaudet compare la phrase qe Mallarmé a une arabesque. Celle de
Góngora est cela aussi quelquefois, mais plus souvent une courbe harmonieuse daos laquelle il excelle a mettre le mot principal non a la
place qu'exige la syntaxe mais a celle que tui suggere son oreille ou,
peut-ctre méme, son ceil.
A moins d'étre un barbare il est impossible de ne pas admirer la
courbe de cette phrase de Polyphcme et Ga/atée :

Nymplta, de Doris hija la mas bella,
Adora que viü el Rc:;mo &lt;fr la espuma.
Le mot principal, adora, est rejeté et placé au sommet de la courbe
comme a la cime d'une vague.
Allons-nous, effrayés par une audace bien moins grande que certainei;
de Mallarmé, suivre, dans une traduction, l'ordre syntaxique habituel
en fran~ais alors que Góngora a violé l'ordre identique espagnol ?
Alors, inutile de traduire : ce ne sera plus gongorien. Restons gongoriens et disons en fran~ais :

Une 1111111plte, de Doris la filie la plus bel/e
ll adore ! que ·vit le royaume de l'écume,
en mettant, pour le lecteur fran~is d'aujourd'hui l'artifice typographique du point d'exclamation cher a Mallarmé.
Daos le méme poeme, exemple curieux d'un ajectif séparé de son
substantif et placé a la fin d'un vers et d'une phrase :

Mas (cristalinos pampan.os sus bra,os)
Amor la implica, si el temor la am,da,
Al iufclice olmo, que peda,os
La segur de los ::elos harii aguda.
Mais (pamprcs cristalli1f.S, ses bras !)
Amour /'implique si l'cffroi la nouc
Au 111al/1euret1.t" orme qu'en morceaux
Mcttra la fau.i: des jalousies - aiguii.
Vous souvient-il, mon cher Alfonso, qu'un soir, au café de Fornos,
l'un de nous a récité a l'autre ces quatre vers et que nous. avons admiré
le ton si délicieusement prémallarméen de la parenthese du premier ?
Je les cite a cette place a cause de l'adjectif aguda séparé, en dépit
de la syntaxe castillane, du nom qu'il qualifie ; pour traduire Góngora

�-47jt sépare aiguc de faux et je le fais précéder de l'artifice typographique
d'un trait.
Ces vers appellent un autre commentaire, le meme que le septicme
vers du sonnet au Greco.
¡. Son tiom ... i/lustre le champ de ce marbre grai·c.
.
C'est un des nombreux vers qui, si Góngora vivait de nos JOurs,
sen·iraient a montrer qu'il a subi l'influence de Mallarmé. Mais essayez
de remplacer les mots illuslre et gra. 1e par d'autres, la ressemblance ne
se per~oit plus et - ceci est autrcment important - rien lle ce qui
fait J'originale bcauté du vers espagnol n'aura passé dans la traduction.
D'ailleurs pourquoi ne pas rendre grm·e par gra·ve et ilustra par ill11slre ? Gra..•e clans le sens de /011rd est fran~ais. /1/ustrer dans le seos
d'fc/airer, illumina est rare, poétique, mais fram;ais ; c'e:.t le sens étymologique. Or c'est un des procédés les plus caractéristiques du style
de Góngora : il emploie constamment des mots en leur donnant le
sens latin, meme quand ce sens a disparu &lt;lcpuis longtemps de la tangue écrite et parlée, de la poésie et de la prose. Les quatre vers, cités
plus haut, de Polj•pliemc et Ga/atfr · en contiennent un exemple frappant : amor la implica, et je traduis, je calque méme : amour l'implique.
Mais ce n'est pas fran~is, dira-t-on. Amor la implica n'est pas plus
espagnol. C'est latin. L'espagnol implicar et le fran~ais impliqucr viennent &lt;lu mcme mot latin implicare qui signifie enlacer, embrasscr,

ceindrc.
Implicuit materno brachia eolio (Ovide).
Implicuitque suos circum mea colla lacertos (O,·ide).
Frondenti tempora ramo implicat (Virgile).
Quand Góngora parle latin, il faut pour le traduire faire comme
tui surtout, ce qui est presque toujours le cas, lorsque nous avons a
notre disposition un mot frani;ais dérivant du meme mot latín que
le sien.
9 a II. Ces trois vers nous donnent un modele d'hyperbole gongorienne. II est banal de dire qu'un peintre doit son art a la Nature,
qu'il a ravi les couleurs de l'arc-en-ciel et que Phébus tui a donné sa
lumiere. Góngora rem·erse la proposition, i1 la retourne completement
et avec cette imperturbable audace andalouse, qui est celle de ses compatriotes Lucain et Séneque, il nous affirme qu'a la mort du Greco, la
Nature, l'art, Iris et Phébus furent ses héritiers.
Et l\forphée ? Est-il ou n'est-il pas l'héritier du Greco ? Les commentateurs ne sont pas d'accord sur le seos de sino dans le onzieme
vers du sonnet. Les uns disent oui, les autres non ; le désaccord ne

pourrait etre plus grand. L'accord doit se faire sur le doute, car Góngora n'a voulu dire ni oui ni non. Sino est un de ses mots préférés.
C'est un mot souple, insinuant, féminin, félin, caressant, perfide et
traitre, le mot-Protée de la langue castillane. Cette particule ronditionnelle a une quinzaine de significntions que je traduis par les équi\'alents latins : siu autcm, si 11011 sfo mi1111s, qllinimo, imo, f•otius,
1

f'rtl'fer, nisi, sed etiam, ,iec ,ion, nihil 11isi, -.·el ¡,rr.rtcr, aliter, alioq11i,
et j'en oul,lie. C'est dire a,·cc que lle habilcté -ct quelle dilection un arliste
C'Omme Góngora joue de ces deux syllahes : sillo. Le sino,i fran\ais 11e
se prete pas a tant de jeux variés. ll y a, pourtant, clans Jlhodiadc
un si11m1 insinuant qui est d'un gongorismc cxquis :

Si110,i la myrrl,c gaic e11 su bo11tl'illts e/oses,
De l'esscnce ravie aux ·viei/lesses des roses
r 01tle=--.•011s, mon cufanf, essayer la '&lt;'t&gt;rfu
Ftmcbrc '!
La nourrice voudrait bien qu'Hérodiade prit de la myrrhe ; par pcur
d'clre rabrouéc elle n'ose la tui offrir franchement ; mais, comme elle
y ticnt, elle glisse, sur un mode catín, une insinuation avant de nommer le ·parfum qui, croit-ellc, aura la préférence de sa maitresse.
Par l'emploi du si,io dans le onzieme vers du sonnct au Greco, Góngora a voulu faire flotter un léger doute &lt;lans !'esprit du lecteur ; il
insinue, je pense, que Morphée n'a pas hérité de Greco, mais i1 ne
l'affirme pas catégoriquement. Imitons-le done si nous voulons le traduire et employons le sino,i fran~is qui pour ctre moins protéique
que le sino espagnol a pourtant quelques-unes de ses qualités.
10 a 12. Le· sonnet tout entier, et particulierement le tercet qui le
termine sur des notes graves, profondes, inconnues dans la littérature
castillane avant Góngora, suffirait a démontrer que celui-ci n'est pas le
précieux ridicule qu'il aurait été uniquement d'apres certains manuels
de professeurs qui n'en ont pas lu une page. Car il ne parait guere possible que l'auteur de cinq cents poésies n'ait touché qu'une fois dans
sa vie avec une telle maitrise ies cor&lt;les de la plus noble des lyres, et
que le sonnet au Greco soit, dans toute son ceuvre, une exception unique. Les poemes de ce genre sont, en effet, nombreux, saos compter
ceux qu'il écrivit avant de tomber dans l'obscurité et de disloquer la
syntaxe (ce qui luí valut autant d'injures et de mépris que d'admirations
passionnées), et qui ne se distinguent de ceux de ses contemporains que
par une plus grande beauté.
Certes, i1 y a de la préciosité &lt;lans Góngora. II reste a savoir si elle

�-49est ridicule. On a eu le tort de ne voir dans la préciosité qu'un genre
littéraire, et un genre faux. La préciosité est essentiellement populaire ;
elle est surtout espagnole, et, en Espagne elle est, par-dessus tout, andalouse. Il suffit qu'une filie monte sur une table d'un bouge andalou et
y chante des cantares populaires pour que ce bouge se transforme aussitót en une espece d'hótel de Rambouillet.
11 y a dans Góngora une préciosité bien andalouse, mais qui luí est
tres particuliere par le style, et serait exclusivement sienne si deux
cent cinquante ans aprcs sa mort l\Jallarmé n'en avait retrouvé le
secret. Je lis cette phrase énigmatique : « Un rubis concede ou nie
selon qu'altemer lui plut entre vingt perles nettes douze menues gouttes
de rosée. » Qu'est-ce que cela signifie ? Tout simplement que les le\'res
rouges en s'ouvrant et en se fermant montrent et cachent tour a tour
les douze petites dents, canines et incisives, entre les \'ingt molaires.
Mais c'est du pur Mallarmé ! C'est un quatrain de Góngora que je
viens de traduire :
Un. rubí concede o niega
Stgun alternar le plugo
Entre ·veinte perlas ,aetas
Doce aljofares mcm,dos.
Lorsque, pendant mon dernier séjour a ~ladrid, je gongorisais avec
une ardeur que vous n'avez pas oubliée puisque vous y avez fait allusion dans votre article, je traduisis quelques pages de Góngora et les
cnvoyai a Paul Valéry a,·ec l'espoir qu'elles piqueraient sa curiosité ;
j'y joignis le texte, car bien que n'ayant pas étudié l'espagnol il est
.., assez érudit et humaniste pour le comprendre a l'aide d'une traduction.
Voici plusieurs de ces fragments :
Restituie a tu mudo horror divilio,
Amiga Soledad, el pie sagrado...
Restitue a ta muelle horreur diirine,
Amie solitude, le pied (metre) sacré.

En 'i'C::, señora, del crysfal luciente
Licores nabatheos e.r¡,iranfe...

•

Au lieu, madamc, du cristal brillant
Expiran/ des /iqueurs nabat/aéennes.

Lo caduco esta urna peregrina
O peregrino, con magestad seÚa
fragrante, entre una y otra ;sfre/la,
ista no fabulosa determina ....

¡.~

La part caduque, cette urne étrangc
O étranger, avec majesté la scelle . ,
La fragrante, entre une étoile et u~ze autre
Une vue non fabuleuse la détermine.
'

................. . . . . . . . . . . . . . . . ... ... . ...

f;' suavidad que espira el marmol (llega)
el '11tltrto lilio es, que aun no perdona '
El santo olor a la ceni,a fria.

La suavité qu'expire le marbre (approcl,e !)
Est
L celle
. du lys mort' car ne Pard onne e11core
a saante odeur a la cendre froide.

.................. . . . . . . . . . . . .. . ... . .

O aq_uel dichoso que la ponderosa
Porcton depuesta en tma piedra muda
La leue da al ::afiro soberano !
,

H eu~eux celui qui, sa pesallte
Part,e aéposée soztS u11e pierre muctte
Do11ne la légere
sa¡,lzir sou•;oerain 1 '
. ....... . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . ...
. . . . ...

ª"

Je joignis a l'envoi le sonnet sur le tombea
en fut surpris et charme' IJ m
,
d.
. u du Greco. Paul Valéry
•
e repon ,t qu' J
•
•
les analogies entre la poes' ie de 11..r lJ
, , ava1t cru Jusque la que
ma arme et celle de Gó
, •
pure~ent superficielles et qu'il venait de
ngora eta1ent
extra1ts, qu'elles étaient réelles et
f d se rendre c~mpte, par mes
Albe
.
pro on es.
rt Thibaudet a écrit un tres
r
mé ; le nom de Góngora n'y t gros •~re sur la poésie de Mallar.
.
es pas mentionné une u1 f · S
bten sur que si le poete des S olitud
• , ,
. se e o1s. oyez
un grand chapitre luí aurait été con es ~ut ete scandmave ou sarmate,
contre ces oub11·s . . .
sacre dans cet ouvrage. Réagissons
mJuneux.
Sur ce, mon cher ami je vous bai l
.
dévoué.
'..
se ª mam et me redis ,·otre tout
Marius ANDRÉ.
4.

�- 51 -

. des pteces
·, de Lope de Vega
La chronologie

.
. , d e Toro-•o
.
ud de l'U,m.:crs1tc
'"' , Série de•
Daos la Collechon des Et es
f
d',.talien et d'espagnol a
B ch an pro esseur
Philologic, Milton A. u an.,,
, un fort intéressant trava1
.
1.
a pubhe cette annee
·1
l'Universite de oronto, ..
de Vega, dont l'importance me1 chronologie des p1eces de Lope
sur a
.
H·spania. » (1).
.
rite un long extra1t dans « '
d . t complété le Lote angla1s de
'
• . Castro a tra u1t e
.
1
Depuis qu Amenco ·¡
.
ble d e se prétendre hispano o"t mexcusa
Hugo Albert Rennert, l sera,
•
t . di-pensable i•adc-mccum,
gu
·
,
d
sa bibliotheque ce 10 s
- .
,
La
e saos posséder 1ans
1a v1.e1·11e 1,,·ograph1e d Alberto
•
·
·
propos
q
ui est venu supp eer s1 a .
· , . nous renseigne avec un sem. · . •· · ·1 n'ex1ste nen qu
.
•
J
Barrera. _fa,s Jusqu ,c~ '. . . ·eotifi ue sur l'exacte origine m sur e
blant sculement de prec1s1on so
q
ssibles dépendance!I a l"endéveloppement de l"art lopesq~e, sur stes poporains sur l'intluence exacte
éd •
r. ou de ses con em
'
.• l
droit de ses pr ecesseu ::. .. de ses imitateurs. Apres plus d"un_ s1ec e
qu'il exer~ daos la ~•ere
1 d ame e,pagnol, la questton se
. ·
· t at1onales sur e r
'
d'investtgat1ons m em
·1 d'
mble moderne que nous possepose entiere. Le meilleur trava1de {-:s: - 131 pages de MM. Cam!lle
dions en notre tangue sur ~~
g
n tete de leur belle vers1on
G ·11 d Sa1x mises en 1912 e
' .
Le Senne et u1 ot
.
d e Lope et l'on sait aujourd hm,
·¡¡ e ··is croya1ent
.
de l'Eto1le de rv1 _e: qui
~
F lch' Delbosc, qu'elle n'en est vra1• • l' 'd"t· n critique de ~u. ou e. •
· •
grace a e 1 10
•
, débat _ qm eut exige,
n'effieure meme pas 1e
,. .
semblablement
pas, -des conna1ssances
. .
d e premicre main, qu eta1ent
pour e·tre abordé

.

s·

Join de posséder les auteurs, si méritoire par ailleurs qu'ait
été Jeur effort. C'est que pour traiter a\·ec des chances d'originalité un theme aussi ardu, ce qu'il fallait, c'était la patiente investigation d'un savant de cabinet, d'un membre de l'enseignement s11pér?eur
que de propices loisirs mettent
méme de poursuivre ces besognes
minutieuses et précises. Panni ces heureux ntortels, notre ami Milton
A. Buchanan était spécialement désigné, par ses travaux antérieurs sur
le drame espagnol, et son étude ici analysée constitue un de ces tra,•aux
qu'en la laborieuse Allemagne d'avant-guerre on qualifiait a juste titre
de « bahnbreclund », ouvrant qu'ils étaient la ,·oie a toute une su~te
de recl1erches sur une matiere donnée.

a

Lope, obsen·e le professeur canadien, était le plus original dramaturge de l'époque de fonnation de la comedia. Les caractéristiques de
son talent sont, en fait, l'originalité et la versatilité et c'est d'elles qu'il
a acquis son uni,·erselle renommée. L'examen de sa production théatrale nous le montre en continuelle expérimentation et toute tentative
de résoudre le probleme de son développement artistique par un groupement systématique de ses picces la fa~on de Menéndez Pelayo
et d"autres - par ordre de matieres traitées : pastorale, carolingienne,
histoire légendaire d'Espagne, etc., équfraut a éluder la question. I1
scmble que ríen ne soit plus naturel que d'admettre qu'un génie comme
celui-ci - dont I'activité dramatique porte sur au moins 55 années de
son existence (Iui disait 62) - , dont l'inventive veine introduisit l'innovation du &lt;&lt; romance » comme metre de la narration dramatique
et créa le personnage du « gracioso », devait se sentir prodigieusement intéressé a modifier la comedia selon que ses propres conceptions
artistiques et celles du public de son temps se modifiaient elles-memes.
A moins - ce qui est absurde - de prendre pour une machine notre
poete, qui ne saisit qu'une é,·olution, inconsciente si l'on veut pousser
les choses l'extreme, de son art et de son « écriture » dut s'opérer
en proportion ou son gout évoluait ? L'exemple de Shakespeare - ou
qui que ce soit que puisse couvrir ce nom - est la qui nous montre
- encore que l'activité dramatique shakespearienne cou\'re une période
bien moins longue que celle de Lope - les transfonnations d'une telle
e&lt; écriture » : le « blank verse » rendu plus flexible par une graduelle
substitution des séries de vers continus aux vers arretés ligne par
ligne, sans parler d'autres modifications non moins apparentes, mais
qu'il serait oiseux de relater a cette place.

a

y

a

0n sera sans doute d'accord pour admettre qu'a la base d'une étude
un peu sérieuse de l'art lopesque, c'est I'examen méthodiquc de l'évolution chronologique de cet art qui doit etre mis. Or Menéndez y Pe-

�-

52-

-

layo, dans les 13 volumes de l'édition académi~ue_ d~nnés sous son
égide de 189a a 1902, n'a tenté que de vagues md1cahons, aux ~rologues qu'il a écrits en tete des in-folios de ce monument s1 ~al
continué et pour lui, il suffit qu'wie piece soit écrite vers 166o pour etre
de la jeunesse de Lope - qui, a une telle dat«:, écrivait pou~ la _scene
depuis au moins 20 années et avait des centames d~ comedias a .so~
actif ! Quant a l'idée que le Directeur de la « 1':acJOnal » se fa1sa~t
exactement d'une piece n'appartenant plus a la Jeunesse de Lope, 11
serait difficile de la préciser. On pourrait, toutefois, affirmer que, pour
lui, tout ce qui remontait a la période allant de 1,6~5 a la n:iort _du poe~e,
1635, était reuvre de vieillesse. La grande expe~1ence qu _av~1t acqmse
;.\lenéndez du style de Lope a pu lui permettre, 11 est vra1, d heureuses
divinations et plus d'une fois son sur instinct littéraire l'a fait supposer
juste, mais avec quel vague, le plus souvent, f_ulmine-t-il, s~ pronostics !
Voici, par exemple, « Los Vargas de Castilla ». Il ecrit.: « Por el
título, parece composición de la ju-z,entud de Lope. » Ma1s Lope ~st
né en 1562. Le critique santandérin continue, cependant : « escr~t~
probablemente en Sevilla ». C'est-a-dire en 16o1 ou plus tard I V?1c1
encore, « El primer Fajardo ». Menéndez déclare : « Es esta p,e::a
anterior al año 1604, fecha que parece bien confirmada por el desorden
de la traza, la viciosa contextura de la fábula y el desaliño del estilo, que
son notas características de la primera y más ruda manera de Lope,
sobre todo en sus piezas históricas y tiovclescas. » On voit que ce
genre de critique conjecturale ne mene, en vérité, pas loin. 11 est vrai
que Lope avait lui-meme une opinion assez élastique de sa « jeunesse ». Il nous confesse que « La Mocedad de Roldán » est de la
période de sa propre « mocedad ». Or elle remonte en fait a une époque
ou il comptait pres de 35 ans, étant postérieure a 159Ó l
Ce n'est done que lorsqu'aura été établie, sur des bases variant de
quelques années souvent, la chronologie des pieces de Lope, qu~ l'on
pourra enfin aborder l'examen de que~tions qui se po~e~t et qm sont
actuellement insolubles, v. gr. ses relat1ons avec des predecesseurs supposés, tel Juan de la Cueva, dont les pieces datées sont _de 1579-15~1 ;
Cervantes, un rival vers 158o ; le groupe des Valenc1ens : Agu1lar,
Tárrega, Mercader, Virués ; ses disciples : Tirso, Mira de Amescua,
Guillén de Castro, Vélez de Guevara, Alarcón, Calderón, Moreto et
d'autres, qui accepterent la formule de la comedia perfectionnée par le
maitre ; le développement, aussi, de sa technique ; l'examen de ses
themes et de ses personnages préférés : pieces sur l'honneur, etc. ; la
versification et combien de ct1rieuses autres énigmes intéressantes 1
11 semble que l'on ne puisse guere dater exactement, ou a peu pres,

53 -

plus ~·une centaine de pieces de Lope. On possede un assez grand nomb_r~ d autographes contenant l'indication précise de la date de compo~1t~on. Seul le ~anuscrit de la comedia en deux parties sur certains
ep1sodes de l~- v1e de Jean II ?e Portugal : « El Príncipe Perfecto »,
passe pour n etre pas authenhque. Dans d'autres pieces, ce sont des
allusio?s a des ~vén~ments contemporains qui constituent des points
de repere approx1matifs. Parfois, des noms d'acteurs qui représenterent
une reuvre pour la premiere fois, suffisent pour une identification
au moin~ prudente. Enfin Lope a lui-meme pris soin de consigner, a maintes repnses, des détails sur l'époque de composition de telle ou telle
piece._ Ces détails sont, au demeurant, d'une exactitude point toujours
parfa1te. Le cas de « La M acedad de Roldán » est connu. Celui du
« Verdadero 'Amante » mérite aussi mention. Dans sa « Geschichte des
spanisclzen Nationaldramas », I, 85 (Leipzig, Brockhaus, 189()), Adolf
Shaeffe~ écrit a ce propos : « Si l'on songe que « El Perseguido » est
le prem1er ~rame ~~primé de Lope et que les pieces composées antérieurement, ma1s publtees plus tard : &lt;&lt; El Verdadero Amante » et « Los
lacinto_s », ne peuvent pas ctre prises en considération a cette place comme étant les travaux d'un enfant, etc. » Or ce « travail d'un enfant »
publ~é_en 1~20, m~is composé, au dire de Lope, en 1574, est en réalité
P?steneur d au moms 6 ans, pour la simple raison qu'en 1574 les comedias espagnoles - a l'exception d'une seule, inconnue de Lope et de
ses contemporains - étaient écrites, non en trois, mais en quatre actes
comme il le confesse, d'ailleurs, dans son Arte Nuevo :
'
Yo las escriví de once y doce aiios
De a cuatro actos y de a cuatro pliegos...
Et comme, en outre, la piece en question contient des passages en
vers d~ « r~mance » - genre métrique introduit par Lope dans Ja
comedia, ma1s pas avant les alentours de 1585, ~ il s'ensuit qu'au lieu
de douze ans, c'était vingt-trois que comptait l'auteur (1).
, Fréquemment LoP&lt;:, suiv~nt une coutume de la littérature pastorale,
s est, dans ses comedias, mis en scene sous le nom de Belardo. Tantót
notre Belardo Y figure avec une Belisa ; d'autres fois avec une Lucinda.
( 1) F~u1-il rappclcr qu'en 1860, quand La Barrera publia son ir Catalogo JI Je futur
~uteur e la tr Nu,_va 8 1og rafla » donnai1 pour ccrtain, p . ,po, que Lope avait 'comme il
1affirme dans son epllrc poétique A D. Luis de Haro, combattu les Portuguais a~x ilcs Terceras, en 1577,
En tr~s lustros de mi edad pri,nero,
quand, .c~ttCebataille ayant ~u licu, en 1 582,_ ce _n'était pas trois, mais quotre lustres quºil
com1;&gt;ta11 ·
,gen_re ~e galéJades I a amené a pre1endre également ~u'il n'était qu'un enfant
aux 1ours,ide I fnv1nc1ble ,Arma?ª! tou1_en ayant 26 ans et qu'il écriv11 la ,r D,ago11 tea JI dans
&amp;a « moce ad », alors qu en faJI 11 1va11 35 ana .

•

�-

- 55 -

54-

Mais Belisa n'est que l'anagramme d'Isabel de Urbina, femme du dramaturge de 1588 a 1595 et Lucinda représente sa maitresse, Micaela
de Luján, dont il eut, comme on sait, un fils et une filie, le premier
étant ce Lope Félix qui périt prématurément dans un naufrage évoqué,
avec quelque inexactitude, par Blasco Ibáñez a la page 328 de ses « Argonautas » (1). Ces détails permettent de dater, au moins approximativement, un certain nombre de pieces, dont celles de Belardo-Lucinda
appartiendront par suite a la période 1599-16o8.
Enfin, il n'est pas malaisé de surprendre, spécialement dans les discours du gracioso, maintes allusions des comedias
des événements
ou a des traits de mceurs de l'époque, qui constituent d'utiles jalons
chronologiques. Ainsi, dans son « Argel Fingido », Lope décrit tout
au long et en qualité de témoin oculaire, la cérémonie du mariage de
Philippe III et de Marguerite d'Autriche a Valence et cela remonte
1599. Dans certaines pieces, des allusions au gongorisme, qui commen~a
peut-étre vers 1009, peuvent aussi etre utilisées. De meme, diverses
références aux lois somptuaires, relatives a l'usage des carrosses et
d'analogues articles de luxe. La présence, ou l'absence du gracioso ne
doit pas non plus etre négligée. Lope a dit avoir introduit pour la
premiere fois ce personnage dans sa ce Francesilla ». M. Buchanan
est d'avis que cette piece date de 1598, pour des raisons qu'il donne
comme reposant « on internal evidence ». Si cela est exact, ici encore
Lope serait un garant sujet caution, puisque son « Maestro de dancar », qui est de 1594, renfermait déja un gracioso. A quoi, d'ailleurs,
on peut observer qu'encore que le personnage füt devenu bien vite
populaire, il ne figure pas, l'origine de sa création, dans toutes les
pieces de Lope et que, par suite, sa présence ou son absence n'est pas
un garant sür en faveur de la composition antérieurement 1598, ou,
a la rigueur, 1594. Chorley, daos sa bibliographie des reuvres dramatiques de Lope reproduite, augmentée, par Rennert en 1904 (2), avait
décidément abusé de ce dernier chef de preuve.
Mais, dira-t-on, Lope n'a-t-il pas, deux reprises - en 16o..¡. (16o3)
d'abord, puis en 1618 - donné une liste de ses pieces daos « El Peregrino en su Patria » ! Sans doute, mais d'abord la liste est incomplete,
puis i1 arrive que le titre que fournit Lope se trouve différer de celui
que porte la piece que nous possédons. Dans le « Peregrino » de 16o4
- ou de 16o3, puisque la licence est de cette derniere année - il est

a

a

a

a

a

a

(1) Voir a ce sujet La Barrera, /\'u~a Biografu,, p. 338, et la Vi.la «e Lote d'Américo
Castro, p. 171-17◄ et p. 400.
(i) On aait que M • .M ilton A. Buchanan a corrigé et complété Chorley-Rennert dan!! un
article : Chorley', Catalogu, of comedias a11d A 11tos o/ Frey Lope Felix de Vega Cartio, daos
.\Joder,. Lngua~eNot,s, 1909, 167-171 et 198-:204.

question de ce Los Comendadores » tout court. Les bibliographes
n'ont pas hésité a y voir « Los Comendadores de Córdoba », ce drame
de l'honneur conjuga! vengé, a base historique déja exploitée en 1596
par Juan Rufo dans 5 ballades pédantesques (nº 1 1032-1036) de ses
« Seiscientas Apotegmas », dont le texte est aux numéros que nous
venons de citer du « Ro111a11cero General » de Durán ? Certes, mais
s'il est vrai que cette derniere piece fut publiée en 1009 dans un volume dont les autres pieces sont également citées dans le catalogue de
16o4 (16o3), il n'en est pas moins avéré qu'une piece portant ce simple
titre : « Los Co111c11dadores », aYait été représentée en 1593. Si c'était
déja l'histoire oi.t l'on voit D. Fernando, « veinticuatro » de Cordoue,
massacrer sam•agement sa femme, la niece de celle-ci et leurs deux
amants, Jorge et Fernando, les ce comendadores » et neveux de l'éveque de Cordoue et donner également la mort, dans sa fureur barbare,
a tous les etres, animaux y compris, vivant sous son toit, avec la pleine
approbation de Ferdinand-le-Catholique, qui, pour le récompenser d'un
te! acte, ne trouve rien de mieux a faire que de le fiancer aussitót avec
une noble et riche pupille ; si, disions-nous, les deux reuvres étaient
identiques, nous aurions la le plus ancien drame contenant un type parfaitement développé de gracioso, en meme temps que le plus ancien
exemple d'emploi de « décimas », metre dont la présence réguliere
dans la comedia espagnole doit etre reportée aux alentours de 1610
(quoique l'on en trouve dans « El Argel fingido », écrit en 1599).
L'hispanologue italien A. Restori, dont les notables recherches sur la
comedia de Lope sont dans toutes les mémoires, pensait que « Los
Comcudadores de Córdoba &gt;&gt; étaient une satire contre l'actrice Elena
Osorio. II faudrait qu'alors ils eussent été composés avant 1587, qui
est la date oi.t Lope fut poursuivi en diffamation par elle. Mais si l'on
réfléchit a cet emploi du gracioso et a cet usage des « décimas &gt;&gt;, d'une
part ; si, l'occasion de le remarquer étant opportune, on songe, de l'autre, qu'il n'y a dans cette piece ni octaves ni tercets et que le nombre
des versen « romance &gt;&gt; ne laisse pas d'etre caractéristique d'une époque, l'on restera en suspens au sujet de cette identité supposée entre
&lt;&lt; Los Comendadores &gt;&gt; tout court et « Los Comendadores de Cór-

doba».

a

On voit par les quelques réflexions et exemples ci-dessus quels obstacles se heurtent les efforts tendant a établir la chronologie des reuvres
de Lope, dont le premier volume de compositions dramatiques n'a l!té
publié qu'en 16o4. Mais sur la base des quelques faits certains d'ailleurs
obtenus, est-il possible d'établir une étude méthodique de l'évolution de
son art, en meme temps - et par ricochet, si l' on peut dire - que

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56-

-

l'on parviendrait a fixer, par les criteres ainsi définis, la_ d~te d'au~res
reuvres, jusqu'ici douteuse ? M. Milton A. Buchanan, qm s est ~se la
question, apporte, dans cette étude que nous analysons, des resultats
précis en assez grand nombre déja et nous en réserve _davantage ~nc~re,
sans doute dans ta suite de ses travaux. I1 faudra1t, en parttcuher,
creuser, e~ profondeur, l'examen des changements apportés par, Lope
a ta forme meme de sa matiere dramatique : nombre et caractere de
ses personnages, introduction, développement et fin de la fable, choix
des sujets (pastoraux, historiques ou pseudo-historiques, drames d'honneur, de cape et d'épée, etc.). M. Milton A. Buchanan s'est surtout
attaché a scruter le véhicule de l'expression dramatique lopesque, nous
voulons dire sa versification. Ici encore, les problemes qui se po.sent sont
&lt;iélicats. D'abord, la plupart des pieces de Lope ne répondaient pas a
une intention de publicité. D'ou ces textes imprimés la diable, avec
les changements, additions et suppressions de toutes sortes de frelons :
censeurs et acteurs en premier lieu. Combien d'éditions subreptices ont
été faites sur un texte obtenu de la mémoire de ces professionnels qui,
tel te fameux « Gran Memoria », vendaient aux libraires et aux
imprimeurs leurs versions corrompues ? I1 n'est, ~anni les dramatu~g~s
espagnols de ces temps, qu'une voix P_OU~ se plat~dr~ de t~~s pr?c~des
de pirates. Parfois, les changements amsi apportes a la p1ece eta~ent
de si grave sorte, que l'auteur n'y reconnaissait plus sa productton.
Cela complique singulierement la question, du point de vue de cet ~~­
men des metres. Voici, par exemple, les « décimas &gt;&gt; et les « quintillas ». Ces deux metres sont différents : la « décima &gt;&gt; ou mieux :
« espinela &gt;&gt; - puisque c'est Espinel qui en fixa la forme et l'on sait
que, dans le prologue de son « Marcos de Obregón &gt;&gt;, il ?éclare que
Lope recourait a son expérience de la versi~cation, da~ s~ Je'!11:5se est faite sur ce schéma : abba : accddc, ma1s avec ce deta1l prec1s : que
ta pause a la fin du 41 vers est aussi de rigueur qu'elle est défendue a
la fin du 5•. Mais i1 existe, d'autre part, une variété de la « quintilla &gt;&gt;
- dite : « copla real » - rimant de deux en deux vers sur un schéma
fixe tres rapproché de celui de la « décima n et dont un type comrnun
est : ababaccddc. Dans les volumes de l'édition de Menéndez y Pelayo,
elle est parfois imprimée comme « quintilla &gt;&gt; ; parfois aussi comrne
« décima &gt;&gt;. Or la matiere est plus délicate qu'on ne serait tenté de
l'admettre de prime abord, puisque la « quintilla &gt;&gt; - réguliere ou
spéciale - était devenue hors d'usage, tandis que 1' « espinela &gt;&gt; encore
peu employée dans les premieres pieces de Lope, y pr~n,d graduelle~ent
une place de faveur, selon les progres de sa populante. Les_prem1cres
« espinelas » employées par Lope sont dans « El verdadero A mantc &gt;&gt;

a

57-

et « El ganso de oro » (édition académique, N. S., I, 153). D'autre
part, il est absolument nécessaire, pour savoir exactement si certains
mélanges bizarres de stances ne sont pas le fait de textes corrompus,
d'étudier soigneusement la pratique de Lope sur les autographes qui
sont conservés de ses pieces. I1 ne faut pas, d'ailleurs, perdre de vue
que, tout en admettant le développement normal de la versification chez
Lope, celle-ci était exposée, daos une seule et meme piece, a des variations anormales du fait du sujet et, souvent, des circonstances spéciales
déterminant la représentation, circonstances, maintes fois, obscures pour
nous, aujourd'hui.
M. Milton A. Buchanan a soumis a w1 examen attentif quelquesunes des formes principales de la versification de Lope de Vega. Tour
tour, il y passe en revue l'hendécasyllabe, cet hóte italien peu en faveur
dans les drames du grand Italianisant ; le vers de huit syllabes, ce
favori de la littérature espagnole dont l'introduction, par Lope, dans
la comedia ne contribua pas peu a donner a celle-ci le caractere populaire qui luí manquait encore ; le vers blanc, qui n'a jamais été un metre
favori chez les poetes d'Espagne. auxquels Lope ne fait pas exception ;
!'octave, qu'il emploie dans les situations graves et que sa maitrise du
poeme épique lui faisait etre d'un maniement facile, encore que, dans
1'« Arte Nuevo &gt;&gt;, i1 lui assigne, ainsi qu'aux tercets, un róle narratif
qu'elle eut chez Cervantes, mais qu'il devait conférer surtout au
« romance » octosyllabique, le metre, chez lui, des « relaciones &gt;&gt; ;
le tercet, sacrifié a !'octave et que Calderón devait également éviter ;
puis les différentes formes du vers de huit syllabes : « quintilla de pie
qttebrado », « qufotilla » pure, de cinq vers, mais surtout « redondilla » et plus encore le « verso de romance », dont une traditicn voudrait que l'introduction en soit due a Juan de la Cueva, encore que ce
metre ne se présente pas dans ses pieces et que Lope n'en ait fait l'armature de sa versification dramatique qu'a partir de 1593, l'employant,
non plus, comme au début, daos la narration, mais dans le dialogue
et dans d'autres circonstances encore.
Nous ne suivrons pas M. Milton A. Buchanan dans les indications
qu'il donne du détail de la versification des pieces de Lope dont la
date est avérée. I1 en examine ainsi 76. l1 consacre un examen part
aux pieces les plus anciennes : « Hechos de Garcilaso » (en quatre
actes), « La Pastoral de Jacinto » (qui serait la premiere piece de
Lope en 3 actes), « El verdadero Amante » (soi-disant écrit a 12 ans,
soit en 1574) ; « El Belardo Furioso », « La In.gratitud vengada »,
« El Soldado amante &gt;&gt; (trois pieces de 1587 ?) ; « El ganso de
oro », « El Hijo vmturoso », « La Infanta desesperada » (trois

a

a

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pieces qui seraient de 1588-1595 ?) ; « El Grao de Valencia »
( 1590 ?) ; « Los Enredos de Benito » (1593 ?) et enfin, ces « C?mendadores de Córdoba », dont nous avons suffisamment marque plus
haut l'incertitude de la composition. A ce relevé, l'auteur a ajouté celui
de la versification de cinq pieces en quatre actes de Juan de la Cueva :
« La Muerte de D. Sancho », « Ajax » et « El Tutor », qui sont
de 1579, « Virginia y Appio Claudia » et « El Príncipe Tirano »,
qui sont de 158o; de 4 pieces de Cervantes : « Nu111ancia » (158o ?,
4 actes), « El Trato de Argel » ( ?, 4 actes), &lt;&lt; La Grati Sulta,1a »
( 16oo ?) et « Los Baíios de Argel » (16 q. ?) et, enfin, de quatre
comedias de Calderón : « La Vida es Suc1io » (1632-1635 ?), « El
Mágico Prodigioso » (1637), « Hado y Divisa de_ Lcónid? ~ ~farfisa » (168o ?) M. Milton A. Buchanan opine que l usagc reflech1 des
criteres par lui établis et un sage emploi des points de repere qu'il a
fixés, e:i établissant ainsi les détails de la versification des pieces datées,
« will help to determine the approximate chronology of most of
Lope's undated pla::,•s ». Nous croyons qu'il ne faudrait pas trop se
risquer dans l'emploi de cette méthode de critique, tout de meme _légcrement conjecturale. Mais notre savant ami nous apprend aus~1 ~ue
le professeur S. Griswold Morley « Itas 1mdertake,i th~- compil~tion
of statistics on all of Lope's plays &gt;&gt;. Quand seront pubhes 1~, r~ultats de ce pénible labeur, il sera peut-~tre ~elativemen~ p_l~s a.1se d mstituer un tableau chronologique approx1mattf de la maJortte des ceuvres
dramatiques de Lope.
Camille

-

P1TOLLET.

~

de Queiroz

I• Devant la statue du romancier
Maintes fois, par une des claires matinées de cet hiver de Lisbonne
lumineux et tiede qui n'a de comparable en Europe que les hivers de
l'Engadine, Saint-Moritz ou Interlaken, ou les éclatants hivers de la
Cote d'azur, Nice ou Cannes, je suis sorti de mon hotel et, apres amir
suivi la haute Rua do Alecrim, je suis descendu par w1e pente douce
jusqu'au Caes do Sodré, officiellement place du Duc de Terceira.
Cette rue recele un charme secret de rue de ville maritime. De son
point culminant on voit le fleuve et les petits \'apeurs de la Parceria
de vapores lisbonenses qui sortent du Caes do Sodré pour aborder, a
l'autre rive, aux pittoresques hameaux de Cacilbas et d' Aldea Gallega ;
ce fleuve qui, par les clairs matins de soleil, brille comme un miroir.
A l'entrée de la rue - semée de boutiques d'antiquaires a11tiquit31-sltops
- s 'ouvre une toute petite place: le Largo do Barao de Quintella, encadrée entre la rue animée do Alecrim et la mélancolique rue des Fleurs ;
c'est une de ces rues classiques de Lisbonne, avec des portes toujours
fermées, des rameaux d'arbres passant leurs tetes curieuses par-dessus
un mur de clóture, avec de petits balcons a balustres auxquels apparaissent aussi, parfois, a de rares intervalles, d'autres curieuses petites tetes
de meninas lisboetas... Rue silencieuse comme celle ou Ec;a fait vivre
l'héroine de Le cot~in Basile. En face du monument du grand romancier s'éleve une petite maison aristocratique toujours fermée, une petile
maison a fac;ade polychrome et a l'aspect sévere, demeure de robustes
hidalgos de province, pareille a la petite maison des Barrólos a Oliveira
qu'il a décrite dans l'Illustre maison de Ramires avec sa noble fa\ade
a douze balcons.
C'est le palais des Carvalho Monteiro ou se logea le maréchal Junot
a l'époque de la premiere invasion du royaume (18o8), lorsque l'aigle
napoléonienne se foca pour la premiere fois sur la petite proie lusitanienne. Propriété du baron de Quintella, qui fut un philanthrope, un de

�-ooceux qui contribuerent a la fondation du théatre de San Carlos, il est
aujourd'hui toujours ferrné, et avec sa physionomie sévere et grave il
met de l'harmonie dans ce coin de Lisbonne ou vit de l'immortelle vie du
marbre le créateur de Os Maias.
CEuvre du sculpteur Teixeira López, ce n'est pas une merveille de
technique et d'exécution. L'artiste a produit des reuvres meilleures que
celle-la, par exemple la Verrve, qui orne le vestibule du Musée des
Ja11rllas -.·crdrs. ~lais quoique Teixeira n'ait jamais été un Soares dos
Reis - le plus grand sculpteur portugais, le seul qui ait eu le génie
moderne - il est parvenu a donner une certaine distinction a la figure
d'E~ de Queiroz et de la robustesse a la Vérité demi-nue. Le romancier soutient en ses bras (ou plutót on dirait qu'il va la recueillir) la
Vérité demi-nue, voilée par la transparente étoffe de la fantaisie.
&lt;í Sur la nudité forte de la Vérité, le manteau diaphane de la fantaisie, » comme dit l'épigraphe de la Rclique, Ec;a contemple la Vérité
d'un regard attentif et quelque peu ironique.
Mais remarquez bien ceci ! Un détail qui est une réussite accidentellc
de l'artiste, par suite des difficultés de l'exécution et qu'il ne faut pas
considérer au point de vue sculptural et plastique : Ec;a ne porte pas
son caractéristique monocle. Dans cette réussite fortuite, il y a, selon
moi, tout un symbole. L'unique moment de sa vie ou Ec;a ne port:i.it
pas le monocle était celui ou il rencontrait la Vérité et la contemplait
face a face. 11 la regardait fixement, comme les aigles regardent le
soleil, sans le secours du verre malicieux et mondain, verre d'ironie et
de salon, de vie artificielle et de société, d'élégance. Ec;a regardait la
Vérité avec ses propres yett.'&lt;, avec ces yeux que la terre devait manger, comrne dit le peuple en Espagne.
C'est pour cela, parce qu'il a regardé la Vérité face a face qu'il a
mérité le nom de réaliste. C'est aussi pour cela, c'est parce qu'il a eu le
courage de la regarder dans toute sa crudité et dans toute sa nudité,
qu'il a mérité d'etre consacré artiste. C'est pour le meme motif qu'il a
laissé cette galerie de figures immortelles que ses compatriotes ne lui
pardonneront jamais, mais qui tui vaudra une reconnaissance jarnais
trop grande de l'Humanité a cause de sa beauté et de sa vérité :
l\Ime Patrocinio das Neves, la bigoterie ennuyeuse et niaise, le Pere
Pinheiro et le Pere Casimir, l'avarice et la simonie ecclésiastiques ;
le pompetLx Docteur Margaride de La Relique, l'inénarrable conseiller, . incarnation du ritualisme et de l'emphase officielle ; la
l;igoterie hypocrite, moins apre que celle de dame Patrocinio,
mais plus stupide de Mme Felicidade ; la petite littérature vide incarnée
dans le pauvre Ernestinho ; la mauvaise éducation de la f emme lisbo-

-6I nienne dans Luisa ; l'ivrognerie &lt;lans Sebastiáo du Cousin Ea.rile ;
le néant intellectuel des politiciens dans le comte de Gouvari:iho ; la
stupidité et la betise du petit jeune homme chic dans Damaso Salcede ;
la pompe théfürale du culte dans Rufino ; le journalisme pamphlétaire
et de chantage, mcsquin et fripon, honte du Portugal... et de l'Espagne, de toute la péninsule, &lt;lans Guedes, le folliculaire &lt;le La Trompcttc ; l'attitude paradoxale et sceptique &lt;levant la vie de Joao d'Ega ;
la noblessc et la distinction dans Carlos de llaia, &lt;lu plus complexe
de ses romans, Os Maias.
.
Toute cette reU\'re de démolition et de vérité est écrite en une prose
parfois fastueuse de splendeur et de luxe oriental d'irnages ; d'autres
fois, sobre, pure, polie, comme un marbre de Paros, comme celle que
voulait Alfre&lt;l de Vigny ; quelquefois en une prose ce comme il n'y
en a point encore », teUe que la revait son héros littéraire, son Fradique Mendes.
Devant la statue d'E~a j'ai été, en ces claires matinées de décembre,
relire ces pages uniques dans la littérature portugaise, d'une prose
cadencée et rythrnique, que je sentais s'élever comme une mélodie glorieuse parrni l'étourdissant ramage des oiseaux qui voletaient dans les
arbres ; - ces oiseaux chanteurs sur ces arbres tropicaux qui sont un
des plus grands ornements de Lisbonne.

11. L'ceuvre poathume du romancier
A la mort du génial romancier portugais, en 1900, des amis vraiment &lt;lésintéressés et fideles, le comtc d'Arnoso, Ramalho Ortigáo,
Luis de Magalhaes, le comte de Sabugosa, Batalha Reis, et quelques
autres, s'empresserent d'organiser la publication &lt;le son reuvre dispersée dans des revues et journaux du Brésil et de Portugal, dans des
almanachs et autres auberges de circonstance ou rec;ut maintes fois
l'hospitalité l'e.prit critique, vivace, humoriste et subtil d'E~ de Queiroz auquel, dans la littérature européenne, seul celui d'Anatole France
peut etre comparé, - et en qui s'unirent, a sa naissance, la mordacité
caustique d'un Voltaire et la mélancolique ironie d'un Heine, recouverte d'un style aussi chatié et exquis que celui d'un Flaubert.
En peu d'occasions un pareil hommage posthume a pu etre aussi
mérité et louable. On a beaucoup abusé - en France surtout ou on
abuse de toutes choses, meme de !'esprit - de ces hommages posthumes, de ces obseques littéraires que l'on rend aux grands artistes.
Aprcs leur mort, on a l'habitude de publier d'eux des balbutiements et

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02-

d'insignifiants essais d'adolescence, ou des radotages de vieillessc. ou
des élucubrations érotiques, ou de ridicules notes de voyages et coutumes, ou des communications épistolaires a,·ec leurs amis. Dans ce
culte de latrie on en arri,·e a la frénésie de l'insubstanciel, a 1:.i cécité
1
du niais ou du frivole. Je ne puis oublier certaines lettres fameuses de
Baudelaire que publia le Mercure de France je ne sais plus en quellc
année (ah ! pour cette fois, chers lecteurs, je ne donne pas en note la
référence de la citation ; c'est plus commode, en vérité), et dans lcsquelles s'étalaient la 'plus sordide avarice et le plus vil merca_ntilis~e.
Le pire ennemi du poete n'aurait jamais revé plus ardente 1Uvective
que ces lettres qui constituai~nt, en apparence, un hommage posthume,
une couronne d'immortelles sur son tombeau.
Et tant d'autres qui, comme lui, ont été vilipendés et ridiculisés
post mortem avec la plus obtuse des admirations aveugles, par inconscience ou mauvaise foi. Oubliant le parce sepultis, il y eut des amis
qui les criblerent et les livrerent la moquerie et la risée sous prétexte de les exalter et de leur élever des monuments plus durables que
le bronze. C'est en France surtout qu'on a exagéré cette passion minutieuse pour connaitre toutes les intimités des grands hommes depuis
les palpitations de creur jusqu'aux comptes de la blanchisseuse. En
Angleterre, le cant puritain a empeché qu'on étendit aux fenetres le
tinge sale qui, d'apres le sage refrain castillan, doit etre lavé en famille.
En Italie, suivant l'imitation transalpine, on a publié beauconp d'intimités, dont quelques-unes, bien viles, de Léopardi et d' Alfieri ; le mal
a irradié jusqu'en Portugal et en Espagne ou l'influence transpyrénéenne est si intense, quoique pour des questions de tempérament et
d'éducation nous nous soyons arretés au bord de la vie privée, ce qui
fait que dans la péninsule on conserve encore un peu comme un héritage de nos ancetres, le respect des Arabes pour le foyer domestique.
Peu de fois, vraiment, il aurait été aussi intéressant que dans le cas
de Ec;a de Queiroz de publier tout ce qu'on aurait pu conserver de
lui. Sans ces éléments posthumes nous ne parviendrions pas
former
un concept juste et un jugement complet de la personnalité du romancier. Malheureusement, pour des scrupules de famille tres respectables
mais regretter, beaucoup des lettres qu'il a écrites et que conservent
quelques-uns de ses amis n'ont pas été publiées ; le comte de Sabugosa,
Ir comte d' Arnoso, le marquis de Soveral, la famille de Carlos Lobo
d' A vila, la veuve et les freres d 'Oliveira Martins, les descendants du
comte de Ficalhao, les héritiers du comte de Rezende et tant d'autres
avec lesquels Ec;a entretint une correspondance.
Seul Antonio Cabral nous a donné une vague idée, une esquisse de

a

"

a

a

a

ce que pourrait etre une Corrcspondancc de Ec;a de Queiroz, en autant
de volumes" qu'il faudrait, autant peut-etre que celle de Flaubert ; sans
aucun doute, comme celle de l'auteur de Salammbo elle serait vivace
.
,
'
J?yeuse, franche, pa:fois mélancolique, avec des nostalgies de la patrie,
la-bas, dans ses sohtudes de consul et de célibataire a Bristol et a
New-Castle qu'il évoque a,·ec tant d'émotion dans sa polémique avec
Pinheiro Chagas.
Flaubert en Egypte, pres des Pyramides, évoquait avec une ironique
n_ostalgie les_ séances de l'Académie de Rouen, la pompe de ces mess1eurs, les d1scours, les palmes. Ec;a de Queiroz en ses exils du nord,
d~ns la brumeuse _Grande-Bretagne, évoque avec délice tout ce qui
nent de la Rome 1mpérale, jusqu'aux molles épigrammes d'Hyginus
(,·oír Pinheiro Chagas).
O~ i&gt;;~t se rendre compte combien inté1 essante, animée et curieuse
aura1t ~té la correspondance amicale et familiere d'Ec;a de Queiroz
et comb1en elle nous aurait aidé a reconstituer sa personnalité complete
p~r les tres curieuses prémices et les fragments que nous donne Anto~
mo Cabral dans sa Biographie d'Ec;a de Queiroz : Sa vie et son reui•re
(Lettres et documents inédits. Lisbonne, 1916). Ce fü•re est d'un auteur ~nodin et ~adoteur : on l'appelle bien a,Lisbonne La •vengt!ance du
conse,/lcr Acacio ; mais en réalité il sert de prétexte a un certain auteur
es~agnol pour amonceler des prologues longs, sans notes ni citations
grace a ce procédé commode qui consiste a macher et a avaler tout c~
que dit ce livre pour le rendre ensuite, sans l'avoir digéré ni assimilé en
des vomissement~ !aborieux... et en donnant le tout comme son bien ;ropre. Oh l les cn!1~u~s espagnols sont d'une originalité stupéfiante !
Ceux de nous qut md1quent honorablement a la fin de leurs trayaux les
s~urces et les origines de leurs connaissances sont accusés d'etre des éru~ts lourds et indigestes. Quant a ceux qui ont digéré tres bien trop
bien,, tout ce qu'ils o~t lu sur un auteur, le toument et le répanden¡ comme etant de leur cru, ces vulgaires plagiaires... Oh ! ceux-la reconstituen~, _exhument, font palpiter une personnalité sur leur visage. Quant a
la critique, nous sommes dans un pays d'opéra bouffe.

J'~i _entre l~s doigts, in inguis, comme disaient les anciens, toute
la .~1bhograph1e queirozienne, tant portugajse que madrilene, je n'ai
q~ a lever les yeux pour voir sur mes rayons le robuste Ramalho Ortigao avec ses Parpas, le délicat Carlos de .Magalhaes de Azevedo avec
ses H ommes et livres (Homems e /ivros), Enrico de Goes avec ses H eur~s ,de _Loi.sir (Horas ~e la::e_r), Adherbal de Carvalho avec ses Esquisses
litteraires (Esbofos litterartos), José Verissimo avec ses Hommes et
choses étran.geres (Homems e causas estrangeiras), Frotas Pessoa avec

�-

sa Critique et polémiquc (Critica e polcmica) ; mais_~urquoi _conti~~~r ?
Cela deviendrait fatiguant. En ce qui concerne la b1bhograph1e bres1henne sur ~ . je me flatte de posséder la plus co~plete qu'il _Y .~it en Es~a~
gne, et pour la portugaise je doute qu'il en extste une qm 1egale. V01c1
mon Forjaz de Sampaio, Joáo Chagas, José Agostinho, et, en fin de
compte, tant d'autres qui m'offrent des renseignements et des d~cu~ents
sur E~ de Queiroz et des jugements sur son ceuvre. _Avec cette b1bhofaphie vaste et variée que je mettrai quelque jour en hgne de combat, J aurais pu présenter en n'importe quel premier prologue a l'une de mes traductions d'E~ de Queiroz (par exemple dans le prologue de la Décadence du rire, Biblioteca Nueva, Madrid, 1918), un formidable appareil
bibliographique qui ferait la stupeur des ignorants et méme l'étonnem~nt
des érudits. Je me gardai bien de le faire et j'écrivis un prologue rap1~e
et plein de suc, comme il convenait a la personnalité de l'auteur. Ma1s
comme nous sommes dans la Péninsule, c'est-a-dire dans le pays des
idées faites, des jugements précorn;us, des réputations fossiles et des
concepts décharnés - comme l'a si bien remarqué~ lui-méme - le
mot qui a circulé dans les petits cénacles littéraires a été toujours le
mcme, ce mot enkisté, découplé, opiniatre, bouffon : « Prologue de
Gonzalez Blanco ! Ah I érudit et avec notes 1 »
Mais vraiment, je n'ai pas voulu me donner le plaisir d'exhiber une
érudition queiro::ienne qu'il m'aurait été facile d'étaler, ni de construire
un somptueux chateau de bibliographie comme conclusion d~, mon
prologue, bien que cette bibliographie soit presque . :oute le r~ultat
personnel de plusieurs années de travail sur ~a m~ttere P?rtuga1se, et
par conséquent absolument ignorée - comme Je pu1s en fa1re ~a preuve
- de presque tous les critiques espagnols, méme de ceux qw se vantent d'étre queirozistes. Mais cela me parut non seulement ennuyeux
et pédantesque, mais en outre inopportun. Cette bibliographie a sa
place en un lieu qui lui conviendra mieux.
Rien qu'avec les renseignements et le fruit des recherches de Cabral,
n'importe qui peut se complaire a fabriquer de longs prologues documentés. Le méme Cabral est le seul qui ait recueilli quelque chose de
la correspondance d'E~ de Queiroz ; singulierement intéressantes sont
diverses lettres a Oliveira Martins et certaines destinées aux deux freres Pindella (Vicomte de Pindella et comte d'Arnoso), a Antonio Eunes, au comte de Sabugosa, etc. Mais si méritoire que soit l'ceuvre de
Cabra! sur ce point, pour les documents inédits qui y figurent, elle
n'est pas tout ce qu'on pouvait et devait faire pour la mémoire et la
gloire d'~ de Queiroz.
On aurait dü publier en Portugal un livre (en plusieurs volumes, s1

65 -

c'était nécessaire), le principal de la correspondance du maitre. En Espagne nous avons eu la précaution de recueillir ce qu'il y a de capital
da1~s la :orrespondance de Ganivet qui est, comme penseur et comme
arttste, bien au-dessous d'E~ de Queiroz legue! est un artiste méritant
l'universalité.
?n n'a pas publié non plus en Portugal les Pages oubliées, compilation et prologue de José Sampaio (Bruno), qui sont annoncées dans
tous les volumes posthumes d'E~ et que les éditeurs, dans l'avertissement au lecteur de la 2• édition de Notes co11temporaines, annoncent
comme devant étre nubliées prochainement. On aurait recueilli dans
ce _volume, a cttr~ comme on dit, sous les auspices de l'érudit José Sarnpa,o (Bruno), d1ve~s articles, dix-huit lettres écrites, de 1877 a 1878,
de ~ondres pour le JOurnal de Porto, A Actualidade. ]'ignore! pour quels
~otifs ce vol~me n'a pas été publié, l'ceuvre posthume et dispersée
d E~a de Qu~1r~z restant ainsi incomplete et tronquée.
, J?ans ces limites que les éditeurs portugais eux-memes ont imposées
a I ceuvre posthume du maitre, j'ai entrepris la tache ardue dure et
~a~~ gloire de la faire connaitre en Espagne, iti integrmn, 'par une
edt~ton scrupule~se et soignée, une édition qui soit définitivement et
\'ra1ment 11.e ·varietur.
Pour que les lecteurs d'llispania se forment une idée de la tran~ceudence et ~e la grandeur de cette c:euvre, je donne ici w1 schéma des
travaux d1~rersés_ et posthumes d'E~ de Queiroz qui ont été distribués
de la mamere suivante dans les éditions portugaises :
I. Proses barbares (avec une introduction de Jayme Batalha Reis).
Librairie Chardron, Porto, 1903.
II. Echos de París. Librairie Chardron, Porto, 1905.
III. Lettres d'A11gleterre. Librairie Chardron, Porto, 1905.
IV. Notes contemporai11es. Porto, 1909, 2• édition. Librairie Chardron de Bello et frere. Porto, 1913.
. V. Lettres familieres et billets de París. Librairie Chardron,
tion. Porto, 1913.

2

•

édi-

VI. Derniercs pages. Librairie Chardron. Porto, 1917.
E~ la traduisant en castillan, j'ai suivi pas a pas l'ceuvre posthume
et dtspersée _d'~~ qui_ c?nstitue un des aspects les plus surprenants de
s_on, c:e_uvre lt~tera1re s1 nche et si féconde. J'ai déja lancé dans !'arene
httera1re Saint Christophe (Biblioteca Nueva, Madrid, 1920) en un
volume; et en un a_utre volume Saint Ouuphre et Saint Frei Gil (Biblioteca Nu~va, Madnd, 1920) ; et je tiens a faire observer au lecteur,
pour qu 11 se rende compte de la probité de mon entreprise, que ces

�-66trois « Vies de saints », ces magnifiques travaux dans lesquels était
plongé a l'époque de sa mort le glorieux auteur de la Relique, joints
a quatre autres brefs essais (qui, dans l'édition espagnole seront incorporés au second volume de Notes conJemporaines), forment un gros
volume, bien /arto, comme on dit ici, intitulé Derniercs pages, publié
en 1917.
Ont été également publiés en castillan les Echos de Paris (Biblioteca
N ueva, Madrid, 1920) et les Lettrcs d'Angleterre (Biblioteca Nueva,
Madrid, 1920). Dans le courant de l'année 1921, a paru Le Mysthe
de la routc de Cintra (Biblioteca Nueva, Madrid, 1921) qui n'est pas
une reuvre posthume : c'est, au contraire, une reuvrc de jcmwsse q¡¡i
a été incorporée dans cette collection parce qu'on n'en avait qu' 1111e
lamentable édition espagnole antérieure.
Depuis quelques mois circulent sur le marché littéraire les Notes contcmporai11-es (Biblioteca Nueva, Madrid, 1921), qui réunissent les
Essais compris depuis celui qui est intitulé « De Port-Said a Suez »,
jusqu'a la magistrale étude sur Anthero de Quental.
11 reste a publier (et cela ne tardera pas) un second volume de No tes
coutcmporaines, qui s'intitulera Demiercs pages et qui comprendra les
autres essais (depuis « Anthero de Quental » jusqu'a « Almanachs »),
plus les quatre essais dont j'ai parlé plus haut qui sont inclus dans le
volume portugais du meme titre, c'est-a-dire « Le Francesismo »,
« Lettre a Camille Castello Branco », « Derniere lettre de Fadrique
Méndez » et « Testament de Mécene ».
Doivent apparaitre ensuite les Lcttres familieres et Billets de Paris,
et enfin les Proses barbares et une seconde édition des C ontes qui ont
ont publiés en castillan (Biblioteca Nueva, Madrid, 1920). Je m'arrete
la car il me semble que voila, a mon avis, l'reuvre fondamentale de
tout le labeur posthume d'E1ya de Queiroz a la version castillane de
laquelle j 'ai consacré, depuis cinq ans, de longues veilles.

III. Les Contes d'E9a de Queiroz
E1ya de Queiroz qui avait re~u les laur iers de Flaubert portugais
comme romancier, se révele dans ses Coutes le Maupassant de la Péninsule. Ses C otites sont un chef-d'reuvre parmi ses divers chefs-d'reuvre.
Dans ma traduction castillane j'ai adopté l'ordre chronologique des
compilateurs. Le volume débute par le conte Sitl{Jularités d'une jeune
filie blonde ot't E1ya est le fort écrivain naturafüte qu'il fut a ses débuts

-

67 -

et &lt;lans ~o~, initicH:io,~ ~itt~r~ir_e. Ce p_remier conte correspond, par sa
facture,,ª ,1 epoque ou il ecnnt le Cnme d1t Perc Amaro; le style et
les ~roce?~s son~ les memes qui lui inspirerent les pages inoubliables de
la v1e clencale a Leiria.

u:i

Vie~t ensuite
poete l)•rique qui est plutót l'esquisse psychologique d un ty~e c~neux pa~ son exotisme du pauvre poete, gan;on de
restaurant, Kornscoso, qu un conte proprement &lt;lit. Ait 1,,oulin est un
cont_e_ nettement réaliste, du genre et méme de la tendance du eoz,sfo
Baszlzo, da_ns Ie_quel il _analrse m_inutieusement les vices et les pourritures que _la,sse a sa swte I adultere dans l'fune d'une petite bourgeoise
&lt;le_ provm,ce. Dans 1~ C oi~n Basilio c'est une « lisboeta » qui est
pemte ; c est la fam11le « lisboeta » avec tous ses défauts qu'E
attaqu~ : a familia lisboeta producto do namoro, rewziao desagradav~~
de egoismos que se co11Jradi::em e 111ais tarde ou mais cedo centro de
bam:oclra~a: ~omme il dit lu!-~éme _dans sa furieuse lettre a Théophile
~ raba ... Vo1c1 la dame provmc1ale, mfinniere, consacrée a son mari et
a ses enfants, sreur de. charité Jaique, Scuhora dedicada, qui se
~ra~~orme en femme débauchée et libertine parce que son cceur a été
eveille par le cousin Adrien, romancier fameux a Lisbonne. qui Ja
trouble.
Ce c~nte est suivi de Civilisatio,1, qui appartient a la derniere époque
de la ne du romancier (il a été écrit certainement de 1899 a 1900) •
plutót qu'un conte c'~s_t _un _court roman, une esquisse de La vil/e et
monta~nes. Dans ~t111~isat1on, E1ya peint avec une splendeur ou il se
complatt ~t avec mmutie le type intéressant de son grand ami Eduardo
Prado, nchc Brésilien, tres érudit et cultivé, journaliste par sport
voyageur par gout irrésistible, a,•ec une fortune princiere et une rési~
dence de na~ab, dans la rue de Rivoli. Jacinto n'est pas autre chose
que 1~ portra1t d Eduardo Prado (1) qui se dcssine de plus en plus dans
1
La ~1/le et les 111ontag11es dont Civilisation n'est qu'une es uisse
plutot une maquette.
q
ou

le;

f

Il
a ensuite deux co~:es de reconstruction historique a Jaquelle
E,;a s adonna dans les dern1eres années de sa vie a Paris. On remarque
p~r ces de_ux contes _: le Trésor, qui parait détaché d'une vieille chro~iqu; castillane, Frei Genebro, charmante histoire italienne, qt:i n'est
egalee que par quelques pages du Puits de Saitite Claire d' Anatole
France, et, plus spécialement, on remarque, par fe Défim:, conte de
sa,·eur et de form~ castillane, avec une ambiance et des personnages
( • 1 .M. Manuel de Souza Pinto la pro
b ·11
d
·
lio de Jacintho (voir l'excellent ouvragc ~~a ;• a_mmc"J ans son intéressant article O EspoLello lrmao, édit. Porto, 1910).
e romqucs e voyage: Ttrra "'ºfª, p. '347 a 36í:

�-68merveilleusement décrits et modelés, que si ~ avait vécu quelques
années de plus i1 serait devenu un émule des gloires ou s'élevertnt, dans
le roman historique, Herculano avec O Bobo, Amoldo avec la Ruc
désertc, Rebello de Silva avec Haine vicille ne lassc jamais. Dans ce
meme genre, le Jour (la Nourricc) est un bijou, une délicatesse de
style et d'exécution. 'Adam et E1..•e dans le paradis et la Perfection
appartiennent a un autre cycle et a une autre orientation : ce sont
de pures et simples reconstructions artistiques sans objet historique
ni didactique, dont le seul but est de peindre de grands tableaux. On
dirait des contes écrits ou gr¿,és Stir des murs de jaspe, tant en est
claire et burinée la prose qui atteint sa pleine consécration d'écriture
artistique, comme disaient les Goncourt, une prose comme la revait
Fadrique Mendez : une ¡,rose comme il n'e,i e.~istc point cncore.
Cornme fin et agrafe d'or du livre, reste le suave miracle duque\
son intime ami, le comte d' Amoso (Bernardo Pindella), a tiré une
piece de théatre, un merveilleux mystcre de style médiéval ( 1 ). Le
suar;e miraclc est une conccption tres belle appartenant a un genre de
légende religieuse qui a besoin d'un public recueilli et dévot. On comprend qu'il n'ait pas plu au public banal, superficiellement aristocratique, - sauf le comte d'Arnoso, don Luis de Soveral, le comte de
Ficalho et le comte de Sabugosa qui dépassaient leurs contemporains
et qui, du groupe des vaincus de la vie, des hautes fenetres de l'Hótel
Bragance, dédaignaient Lisbonne ; le reste était mesmo re/es, meme
dans l'aristocratie. C'est ce que laisse a entendre bien discretement
Alberto d'Oliveira lorsqu'il dit qu'on alla jusqu'a la qualifier de
« suave ma,ada, suave pe~ade:: » (suave 111assue, sua,•e loflrdeur).
Au contraire, on peut assurer que dans la prose chatiée et dure
d'Ec;a de Queiroz, parvenue la a son plus haut point de sobriété, nous
sommes passionnés et séduits par l'essai, si bien réussi, de résurrection
pieuse et passionnée du style biblique simple, et le conte parait une
page extraite de quelque narrateur des premieres années de la prédication du christianisme.
Ce n'est plus la le style d'Ec;a que Fialho d'Almeida, avec sa causticité habituelle, décrivait comme étant d'une syntaxe énervée et cynique, en présentant cette these que ríen ne définit si bien un auteur
comme sa forme littéraire et que ríen ne l'a_utobiographie tant... « Ríen
n'autobiographie tant un auteur comme sa forme littéraire. Certatnes
(11 Rcpriscntée au théatrc de Doña Maria, l la Noll de 1901. Pourceue piece furcnt ccrits
quclques beaus vers mystiques par M. Alberto d'Oliveira qui con~acre un beau chapitre au
conte et au m711ere qu! en est_ ~urait da~• son tres be.1 o_uvrage qui n'cst pas une apologie
aveugle et am1cale, ma1s de cnuque sereine et noble, in111ulée : Eía d, Queiro:¡_ (J&gt;og,s d,
mtmoir,), Portugal-Brésil, Lda Sociedade editora, S. d. mais de 1918.

phrases de ~s JIa~as, avec leur syntaxe énervée et cynique, sont tout
Ec;a de Que1roz v1vant et parlant. »
Rémy de Gourmont a exposé et brillamment développé ce theme dans
le Probleme du style, affirmant que le style n'est pas seulement l'homme
ment~lement mais l'homme avec sa physiologie, ses passions et son
temperament.
Er~dQu'
· · a¡ors parvenu au sommet de la se' • ºté'
-Ye
e1roz eta1t
•
me dan 1 . d l' ,
rem supres ~ ;·1~ } •e a emanait dans son style cette sobriété persuasive
~t ~et!e seremte emouvante et presque religieuse qui furent ses dons
l1ttera1res de derniere heure.
ANDRÉS GONZÁLEZ BLANCO.

Lisbonne, r"' décembrc

192 I.

'

�-

71 -

. En_ affirmant ainsi d'une fa~on si appuyée que le Maestre de Santiago
avait ~as vu le roi depuis que, sur l'ordre de celui-ci, il était venu le
t~ouver a Llerena, au début de 1351 (Año II, cap. II), Ayala aurait tout
sm~plement ;7oulu donner le change, et' faire croire au lecteur que, les accusahons ~rtees contre D. Fadrique tombaient d'elles-memes, vu son absence
prolongee. On sait du reste quelles sont ces accusations : nous les connaissons . par, les ~o~ances cités plus 'haut, et par les lettres de D. Diego de
Castilla a Jerommo Zurita (réunies par Juan Francisco Andrés de Ustarroz
et publiées par Diego J. Donner dans Progresos de la historia e,i el Reino
de Aragón (1), avec les réponses de Zurita).
0

Le·témoignage de López de Ayala
au sujet de D. Fadrique, frere de Pierre-le-Cruel

a

Un mémoire présenté récemment la Faculté des Lettres de Bordeaux (1)
sur Blanche de Bourbon, femme de Pierre-le-Cruel, dans l'histoire et dans
la littérature, m'a foumi l'occasion de regarder d'un peu plus pres que je
n'avais fait auparavant le texte de López de Ayala et les romances relatifs
ce couple tragique. Je voudrais dire ce que me suggere cet examen qui
ne fait, au surplus, que confirmer les conclusions générales auxquelles
était arrivé l'auteur de ce mémoire. Je me limite d'ailleurs a deux points
tres particuliers.
J" avouerai d'abord que j'avais été jadis quelque peu ébranlé dans ma
croyance a l'innocence de cet'te reine franc;aise, par l'article si brillant que
M. Lucas de Tor re y Franco-Romero a publié en 1909 dans la Revista de
Archi-11os (2). Les rumeurs dont nous apportent l'écho les romances 67 et
67a de la Pri1tiavera y Flor de roma11ces, dans l'Antología de poetas
líricos castellanos, t. VIII, p. 129 et 131, auxquels il convient d'ajouter le
nº 3 de l'Appen&lt;iice au t. XII de la meme anthologie, et' aussi celui que
M. de Torre a publié a son tour dans son étude seraient-elles done vraiment fondées ? Et faut-il admettre, comme M. de Torre nous y conviait,
que López de Ayala a passé volontairement sous silence des faits qui
expliqueraient' assez, par eux-memes, le ressentiment de P ierre contre
sa fernme en meme temps que contre D . Fadrique ? Ce dernier point, M. de
Torre a cherché
l'établir en démontrant que !'historien a sciemment
falsifié la vérité quand il prétend, au ch. XXVII de l'année IV (1353) (3)
que D. Fadrique étant venu a Cuellar, ou se trouvait le roí, celui-ci

a

a

« rescibióle muy bien : e 11011 aiia -z,islo el Maestre al Rey despues que ovemos
ro11/ado que vi11icra a él a Llerc11a, luego que e1 Rey regnó, quando levaron presa a
Talavera a Doña Leonor de Guzman su madre. ll (4).
(il Par Mlle M. Raynard, étudiante a la Facullé des Leures de Paris, en \'ue de l'obtention du diplOme d'études supérieures (décembre, 192 1).
(2) Las boJas del Rey D. PeJro de Castilla.
(3) Et non « año V ( 1154) », comme porte le texte de J'article, par une faute ci'impression
sans doute. Meme lapsus dans Sitges. p. 6-1.
(◄) Ed. Rosell (Bib. ,-tul. Esp., t. LXVI, p. ,n8J.

De~ 19 10, cependant, M. J.-D. Sitges, qui, selon toute apparence, avait
tout Juste eu le temps de prendre connaissance de l'article de M. de Torre
et qui avait préparé auparavant le plus gros de son consciencieux et volu~
mineux travail, Las mujeres del Rey D. Pedro J de Castilla, nous livrait
son ar~umentation, sans se laisser influencer ni troubler par celle de son
devanc1er, et nous expliquaif l'attitude du roi Pierre vis-a-vis de sa femme
par le dépit qu'il avait éprouvé de ne pas voir verser la dot promise
(p. 361-3~2). C'est une explication, et on peut la retenir. Je crois que l'on
peut en aJouter une autre, sans faire intervenir la légende scandaleuse des
rapports de la fufure reine avec le frere batard du roi, sans voir en elle
une Yseut-Ia-Blonde, ni dans D. Fadrique un Tristan. A la mort du
1~aest~e: l~s tractations de celui-ci avec le roi Pierre d'Aragon, apres la
reconc1hat1on ~e 13~5 (a Toro), ne peuvent-elles avoir donné, vu le tempérament du ro1 castillan et les circonst'ances vraiment terribles ou il se
trouvait, un préte&gt;..1:e, sinon une excuse, aussi bien qu'a sa fureur contre
D. Tel10, son autre frere batard, contre D. Juan, son cousin, contre Doña
Leonor, sa tante, mere de ce dernier (2) ? Vraimenf, Pierre-le-Cruel eut
é~é bien endura_nt ~'il eut attendu tant d'années pour se venger des privautes de son dem1- frere avec Doña Blanca, avant que celle-ci fut reine d'Espagne.

a

Reportons-nous done
l'année 1353, 29 juillet, date de l'entrevue de
Cuellar. Les noces royales avaient été célébrées le 3 juin précédent (3).

Tout d'abord, M. de Torre trouve extraordinaire qu'on nous dise « el
Rey le recibió muy bien » (4) ; pourquoi cette remarque ? se demande(1) B~bl. de Eser. arag-., Zaragoza, 1868, p. 255-262.
/2) Sitges, p. 235, expose les faits.
(3) L'Abreviada dont il sera question plus loin porte une date différente et incomplete
« 1unes en el mes de Mayo».

(4) Año IV, cap. XXVII.

�-

72 -

-73-

t-il ; « Nadie dudaba de lo contrario ; el Maestre, según la Cró11ica, quedó,
cuando la entra\"ista de Llerena « asegurado de la merced del Rey (t) », y
después no cuenta acto alguno de D. Fadrique que pudiera desplacerle n.
Que López de Ayala ne nous raconfe, apres l'entre\"ue de Llerena, aucun
acte de D. Fadriquc qui ait pu déplaire au roi, c'est certain. Mais au chapitre suivant, il nous dit comment le Maestre obtint l'autorisation de \"oir

sa mere, gardée

a vue.

E el Mae~tre fué a Hrla e Doiia Ltl)nor tomó al Maestre su fijo, e abrazólo,
e be~ólo, et estovo una grande hora llorando con él, e el con ella. e ninguna palabra
non dixo el uno al otro. E lo:. que estaban y por guardas de Doña Leonor dixeron
al Maestre que se fuese para el Rey ; e así to fizo, e nunca más ,·ió el Maestre a
Doiia Leonor ~u madre después de aquel día, nin ella a el.

tre ,· et ces
• t peut-etre
•
ce que n'a ias voul

.
pensait qu'a Doña Blanca. 11 eüt
u cro1r~ M._ de Torre. qui ne
man Qtte dan. I'
. d
auss1 penser a Dona Leonor de Guz•
•
s
e'-pnt e son ni • )
, ·
Alburquerque l'immédiate r,
./'. e venta!.&gt;le auteur de sa mort füt
de celui-ci le, donne assez a·econtc1 idahon des_ deux frcres apres le départ
••
en en re Je &lt;lit
•
T .
bien cela qu'il y eut a· Cu 11
• •
« reconc1 iation n, et c'est
e ar : vraunent c"t ·t" b'
•
.
pouvait etre autre chose car o
' d
' e a1 ien nece~~aire et ce ne
· •
n n a mettra tout d
drique ait supporté le meurtre de sa m.
.
e i_nem_e pas que D. Faétaif d'autant plus di~posé san. ~
ere_ san~ chagnn ni rancunc. ~Iais il
favori que précisément - )~; ds º¡~te, a reJeter la respon,abilité sur le
•
'
·
•
s e entrevue de Ller
D F
.
, ,, •finco... asegurado en la merced del Pe. 1
ena,
. •adnque

ra1L ..

s·mgur·iere

par les mots qui suivent :

En effet', sur l'ordre du roi et par le conseil d' Alburquerque, Doña Leonor
fut conduite a Talavera, et tuée, ajoute Ayala, qui nous donne le nom de
celui qui íut chargé de l'exécution.
Comment s'étonner que, parlant de l'accueil que fit le roi a . on frere
batard,
Cuellar, Ayala éprouve le besoin d'en remarquer l'amabilité :
« rescibióle muy bien ,, ? Il semble en effet' que l'on pouvait s"attendrc
quelques cxplications plutot dure~. Non, D. Fadrique a tout oublié el
memc, pour faire sa cour aux Padilla, i1 con~ent
rctirer l' c11co111ic11da
tll,IJ)'Or de Castilla.
Ruy Chacón pour la donner Juan García de \'illagera,
frere de la favorite. Ce n'est pas· tres beau, ni meme attcndu ; et' l'on
s'explique \'raiment cette insistance, qui inquiete tant M. de Torre, a dire

a

a

a

a

a

« rescibióle muy bien &gt;).
C'est aussi que, depuis Llerena, il s'est produit' un changement dans la
politique, ou plus simplement dans les rapports du roi a,·ec Alburquerque.
Qu'on lise seulement la fin du ch. XXV, distant de la longueur d'un simple pelit chapitre, de cclui ou est racontée l'entrevue de Cuellar :
E desque Don Juan Alfonso entendió qua! era la voluntad del Rey, luego otro

,io,i

día se tornó para Caravajale~. e dende se fué para Portugal ; ca
se auguró
dt estar allí par miedo dtl Rey, porque ya los f uT,os st daiiaba11 más dt cada día :
é ya era Don Juan Alfonso muy arrepentido por quanto enviara su fijo Don ~fartin
Gil en arrchenes al Rey.

La fuite de D. Juan Alfonso, de celui qui avait conseillé l'envoi de
Doña Leonor a Talavera, explique le rapprochement du roi et du i\lacs(,) Año 11, cap. 11. Le roi avait voulu cette cntrevue, comme cela est dit au ch. X de
l'année 1, 1ur le conseit de aes pri~ados, qui, aprb l'arreatation de D• Leonor de Guimán
l!Ji firent observer? malgré tout • que era bien ,que el Rey cobrassc los suyos e non ,e par~
tte!&lt;sen del. E dec,an\o por el Con_de Don Enn9ue, e por el Maestre Don Fadrique 1u1 hermanos•• etc. Le managc clande111n. de D. Enrique avec D• Juana et la íuite de D. Enrique
n't:m_plch~r~nt pas le conaeil d'itre bon en ce qui concernait D. ,Fadrique, et D. Pedro le
1u1•1t effeeuvement.

"a}un

merced cl'ailleurs, réduite

'·

exil dégu'1.. . 11
• •
·
~e , e e el\t definie

E mandóle que se fuese para su ticrr~ª• e diólc licencia que O
cor tes que se avían de facer en Valladolid.
n n

{

uc~e a las

Un peu plus haut, Ayala a expliqué que c'est sur l'ordr d
le Maestre est arrivé
Llerena
ur I' .
e u roi que
Maestre al Rev mucho scrv1·c· d po. d} attendre, et que « fizo ollé el
J
•
10 e vian as » cha
bl'
.
qu'enfin et c'e t r 1
.
· '
rge O igatoire du reste •
,
s a e pomt, les commandeurs d 1'0 d
• .
'
solennellement (plc)•to e omcnage) d
.
e.
r re prevmrent
Fadrique (bien sp, ifi. ,
e ne pas recevo1r le J.Iacstrc Don
ec e, c est une mesure toute
.
11 )
•

a

~:~:~~ ;::v~! :us:es:;a~:~~eil: !evsaie
nt _toujourE~. s:;;o~n~lt:cs:;;s «I ::::
u 5 enor » • t c'est la-d · .
1
·
a

autori~e son frere se rctirer d
.
essus que e ro1
11."
ans ses terres, sans prendre pa t
C
., ouhlions pas que Doña Leonor e'ta1t
. pen danf ce tem
.r aux
. • artes.
le pala is de ta reine Doña ~r .
'.
.
ps, pnsonmere dans
" ana, sa nvale tnomphant
t
, 11
,
¡,as tarder a disparaitre.
e, e qu e e n allait

I~ Si D. Fadrique n'est pas en disgrace, comment désigner sa situation ?
:.t tour cela, c'est a Alburquerque qu ·¡¡ le doit.

De meme,
•
pour comprendre comment 1 r .

.5

~O:esst bon d1e r(el~e les chapitres qui préc:de~~ :ef:/ cliª~:~:: e:t~:i~=~
0

roya es ano IV cap XII) A
1 1
Alburquerque voyant q'
l.
. . u c l .• V, Ayala nous dit comment
ue e ro1 « non av1a gra11d
1
d
.
sus bodas » tui dédu ·t
.
vo unta de 1r facer
'
t 1es ra1sons de convenanc s t d bo
qui commandent la réalisation d'une union dev:nue .
. nbnle poli.tique
e mev1ta e, puisque

~

l•l La rccommandation n'e&amp;t pu sens 1ron1c,
• . epres l'ordre formel qui vient d"6tre do .
nne.

�75
la fiancée était arrivée a Yalladolid. Si bien que le roi « ca~o que no de
buena voluntad, fizolo asi segund que Don Juan Alfonso le aconsejaba l&gt;
(cap. V). Puis D. Enrique et D. Tel10, venant pour assister aux noces
royales, s'arréterent a Cigales, sans consentir a enfrer &lt;lans Valladolid
autrernent qu'avec toutes leurs troupes. A l'instigation de D. Juan Alfonso,
le roí « acordó de los ir a prender o matar al Conde e a Don Tello en
Cigales )), et cela le lendemain méme de son arrivée a Valladolid (cap. \"J).
Néanmoins, au moment ou les troupes sonf en présence, séparées par un
petit ruisseau, voici ce que nous dit Ayala :
...El Rey non avia voluntad de pelear con el Conde (1), por quanto ya 11011
amaba ta11to a Do,~ Jrum Alfo11so de Alb1trq11crq11c como solía ; como quit'r que lo
non cntendian así todos. (ch. Vll)... Como quier que Don Juan Alfonso de Alburquerque acuciaba que el Rey pelease aquel día con el Conde, diciendo que era ya
hora de vísperas, e que el Conde le tenía en palabras por esperar la noche para
foir, empero el Rey non quería nin lo avía en voluntad... (ch. IX).

L'accord est fait entre les trois freres, mais c'est sur le dos du favori (2).
Aussi, bien que ce soir-la, a Yalladolid, D. Enrique et D. Tel10 dinent
d:ez Alburquerque, Ayala laisse prévoir le dénouement' : « pusieron sus
amistades en uno, pero duró poco la amistad. )) (ch. X ). En effet, les noces
ont lieu le lundi ; le mercredi, D. Pedro part subrepticement retrouver la
Padilla ; deux jours apres, D. Enrique et D. Tello allaient le rejoindrc,
suivis le lendemain par d'autres personnages.
E todos estos eran amigos de parientes de Doña María de Padilla, por facer
placer al Rey ; e todos cra11 contra Dou J11a11 Alfo11so señor de Alburquerque
(ch. XIII).

Qu'est-ce qui ressort de cet exposé, si ce n'est' que le roi, alors agé de
20 ans (3) a peine, avait supporté difficilement le joug de son favori, et
avait fini par se cabrer. lJ en avait assez d'écouter l'austere voix du devoir.
I1 avait h!lte de se retrouver avec Doña Maria, dont" il n'avait consentí
a s'éloigner que sous le coup des objurgations d'Alburquerque.
Il en voulait a celui-ci de son autorité et ne songeait plus qu·a la secouer.
La maniere la plus brutalement expressive, la plus plaisante sans doute
pour lui, n'est-elle pas' celle qu'il adopte ? C'est avant tout une farce contre
Alburquerque, lequel se trouve joué par le roí comme par ses freres, et
meme en livrant son fils, unique légitime, D . Martín Gil (ch. XXII), ne

parviendra pl_us a regagner la faveur royale. Et c'est alors, précisément,
i~e D. Fadnqu~ revie~t aupres du roi - moins de deux mois apres.
J~rre n:, pouva1t ~ debarrasser d'Alburquerque sans s'appuyer sur ses
freres. L enorme pmssance de ses vassaux l'obligeait' a cette politique de
bascule.
. , ~u.e; besoin alors d'ima~iner que le chroniqueur a voulu dissimuler la
~ente · _On comprend fac1lement ce qui s'est passé. Les charmes de la
Jeune reme, une étrangcre ímposée par des raisons d'Etat et qui n'est méme
~as fille de roí, n'ont pu faire oublier la femme aimée, celle que le roi a
elue selon son cxeur. lis l'ont pu d'autant moins que l'ínfluence de celui
qui l'a imposée (1) est batt'ue en breche par les freres batards, avec lesquels, malgré tout, le roí est obligé de compter. La cause de la reine est
líée a cel!e, du, fa~ori : on a vu que celui-ci, méme avant le mariage, a
commence a depla1re. La fram;aise, dont le sort était Eé par le fait au
. na
' pu soutenír la comparaison avec la « doncella 'muy fermosa
' »
sien,
dont le. roi avai~ d~ja une filie. Et les raisons ne pouvaient manquer au
souvera1n pour JUsltfier sa conduíte. Remarquons néanmoins que le pape
Innocent VI les quaHfie de frivoles et de ridtcules. Assurément il serait
intéressant . de connaitre les lettrc:; que Pierre écrivait au pape comme
no~s co~na1ssons celles de ce dernier. l\Iais l'impression qu 'elles avaient
faites, n est'-ce pas quelque chose que de la voir si énergíquement résumée?

Sans doute, il y a les fameux romances. Le cas qu'íl faut en faíre,
Men_éndez Pelayo l'a dit. L 'explicatíon par Iui donnée a la faveur que leur
vers1on trouva aupres de certaines familles (2), celle des Enriquez en particulier, n'a pas été ruinée par I'argumentation de M. de Torre, non plus
que les observations si fines et si serrées de Zurita. Inut'ile d'insister. Ce
sont la des rumeurs, pas autre chose :
Entra la gente se suena, ·y no por cosa sabida ...

comme déclarent, avec d'insignifiantes variantes, les quatre romances, ou
plutót les quafre versions d'un meme romance qui nous sont parvenues ;
et le comment'aire que M. de Torre a trouvé dans le manuscrit de la
Biblioteca nacional qui tui a fourni la quatrieme ne saurait nous en imposer.
Vouloir

( 1) Abrev.: « non avia voluntad de matar al Conde, n_in le prender•&gt;.
.
(2) 11 Fue la primera vez que el rey se apartó ostensiblemente de los conseios de ~lbu~querqt e», observe tres bien M. Sitges, sans en tirer pourtant les conséqutnces que ¡e va11
dédu1re (Las mujeres del rey don Pedro, p. 189).
(1) 11 était né le 10 aout 11'3◄ (Fl6res, Reynas Cath., t. 11, p. 617).

(1

l

a toute force que D.

Fadrique ait été chargé d'aller chercher la

Sitges, p. 135, marque bien que ce mariage fut l'ccuvre d 'Alburquerque

(~) ,fotol. de poetas líricos, t. XII, p . 1,p.

·

�-

¡G-

future reine a Xarbonne (1) et ait profité odieusement ele l'occasion prétendre que c'est cela que López de Ayala a voulu cac11er, c'est faire de
l'histoire imaginaire. Possible que le séjour qu'il fit plus tard a Tolede (ou
Doña Blanca, amenée comme prisonniere, trouva d'abord des sympathies),
ait donné lieu a des suppositions f.acheuses, et que ces suppositions se
soient traeluites dans des romances plus ou moins spontanés, libelles anonymes qui prenaient de l'autorité en passant de bouche en bouche. Les
Coplas del Pro·villcicl, auxquelles on pourrait songer ici, portent une date
implicife. Les romances n'en ont point. tn eussent--ils une. que I'on ne
pourrait leur accorder plus ele valeur documentaire qu'a telles ou !elles
infamies en vers ou en prose, souvent simplement orales, qui ont terni
injustement la réputation ele telle ou t'elle princesse, de notre temps ou des
temps plus anciens, sans autre motif que les haines politiques ou la stupidité des foules.

Revue des Revues
L'effort de l'Espagne vers le progres. germanophile

La propaganda

Deux sons de cloche :

Voici maintenant une remarque qui ne me parait pas sans portée. Au
ch. XXVII d~ l'année IV (1353), les mots rescibwle mii)• bie11 s'appliq_uent
dans la version la plus breve, celle que Zurita appelle l'Abreviada et' qu'il
considere comme la premiere en date, non pas a D. Fadrique, mais a
D. Pedro de 'Xérica, qui offrait au roi « muchos presentes de falcones » ;
et c'est presque en passant qu'il est fait allusion au M acstrc :
E tiraron estonce, estando y el Maestre Don Fadrique, la encomienda mayor
de Castilla a Don Ruy Chacon...

Cette variante, relevée, comme tant' d'autres, par le diligent Zurita, et
reproduite par Llaguno, puis par Rosell, nous avertit qu'il convient de
ne tirer d'une phrase de )'historien que des déductions bien appuyées par
)'ensemble. I1 y aurait peut-etre lieu de revoir les manuscrits eux-rnemes.
Zurita a certainement préparé le collationnement avec soin et intelligence,
rnais en a-t-on tiré le parti qu'il fallait ?
Je noterai aussi que Rosell ne reproduit pas toules les variantes que
donne Llaguno (2) et ne distingue d'aucune maniere les notes dues a ce
dernier de celles de Zurita lui-méme. I1 faut done se garder de discuter
sans autre chose que le volume de la B. A. E. entre les mains. Si l'on
n'admet pas les conclusions auxquelles j'arrive ci-elessus, on souscrira peutétre au moins a celle-ci.
Georges CrnoT.
(t) M. Sitges rejette nettement une tellc supposition : « Es aventurado admitir que
Don Fadrique, Maestre de Santiago, estuviera entre los caballeros españoles que fueron a
Narbona en busca de Doña Blanca. No consta en ninguna parte». (Las mujtres dt Pedro /,

p. 'J5'J).
12) Par excmple cclle du ch. XXVI de l'année IV ("35'3).

« Bie11 que l'Espag11e 11'a.it ¡,oiut été au 110111bre des J,a)•s bclligéra11ts de la dcrniJre g11errc, chartm sait q,l'rlle en a so11ffert d'1mc fa,;on tres sm.l"ible »
écrit M. Paul-M. Turull Fournols dans le Monde Nowvcau.
« Q11clles que soient les raisons pour lesq11elles l' Es¡,agne a gardé la 11rutralité
pe11da11t la guerre, il est certaill qu'elle 1m a retiré d'i1111nenses avautages ,.

écrit l\f. Albert Esquerré dans La Re11qissa11ce.
Le collaboratenr du !,!onde No11veau rappelle les dures épreuvcs que supporta
spéciatement ta Catalogne, région industriellc, ou un arrét brusque des commandes
s'est produit, au grand dam des commf!r~nts, sitot l'armistice décrété ; it cite « la
guerre des tarifs avec la Francc, le manque de programme du gouvernement espa- /'
gnot en ce qui concerne le probleme de Tanger et les relations intemationales », la
révolte des Rjffain-s au l\Iaroc et la faillite du Banco de Barce/01,a.
Le collaborateur de La Re11aissa11ce, il le prouve dans le corps de son article,
ne méconnait pas la gravité d'un événement tet que la révolte des Riffains auquel
son confrere du Moudc Nouveau fait allusion. Et la surprise tui parait d'autant
plus douloureuse pour l'Espagnc que celle-d vivait en nation heureuse. Heureuse,
oui ; voyez plutot ce tableau sur lequel s'ouvre son article :
En vendant les huiles, les légumes secs, les cuirs, les vins, le bétail, elle s'est enrichie. Les banques ont accumulé des réscrves d'or et acquis ta majorité des actions
dans certaines grandes entreprises, telles que les chemins de fer, {!ui étaient controlées depuis lcngtemps par des capitaux étrangers. La petite bourgeoisie contracte
des goíits de luxe au point que les musées abritent une foute de copistes chargés
de commandes. Les campagnards n'offrent plus le spectacle de vestons rapiécés et
d'espadrilles ; ils ont adopté le vetement de confection et les broclequins. Malgré
la crise économique dont on souffrc en Espagne commc partout, le bicn-etrc est
réel.
Beaucoup mieux que les enseignements des théoriciens, cette fortune a donné
aux hommes d'affaires, jusqu'ici perdus de routine, une audace inattendue. La gri-

�-

-

¡9-

¡8-

serie df:'S bénéfices a non seulement multiplié les magasins et les usines mais cncore
poussé aux insta\lations confortables, aux expéricnccs de laboratoire, aux voyagcs
d'études. Délivrée de craintes, l'imagination échafaude de pt1issantes combinaisons.
Un directeur de société me racontait qu'il a\lait constitt11:r une vaste organi&lt;ation
destinée a régulariser la distribution dt1 coke dans toute la péninsule. Je ne comprends pas, ajoutait-il, qu'on n'ait pas poun·u plus tót a cette nécessité.
L'Espagne a done ses 41 nouveaux riches », tout comme la France. ~Iais un détail
savouret1x montre combien ils different des nótres. Quoi ! les goüts de luxe de la
pttite bourgeoisie espagnole s'affirment par des commandes de copies des tableaux
célebres ! 0n a ici plus de hardiesse : les tableaux c-ubistes sont la gloire des salons
encore neu fs.
La richesse bien gérée n'est pas négligeahle. Si des écrivains espagnols désespérerent autrefois de leur patrie, te\ ce Jean Valera, dit le collaborateur de La
Re11aissa11ce, qui « affirmait, en 1876, qu'au point de vue politique, social, économique, il n•était pas une nation, la Turquie exceptée, qui ne surpassat la sienne »,
si ce pessimisme fut encore accru en 1898 par la victoire américaine, la guerre a
réveillé les courages abattus.
Tandis que la France et 1' Allemagne s'épuisaient, les journaux conseillaient de
s'endettcr judicieusement pour développer l'instruction, agrandir les ports, exploiter
les mines, construire des routes, approvisionner les arsenaux. L'Espagne est une
grande nation, répétaient les pt1blicistes, en forc;ant volontairement la note, afin
d'ancrer l'e,pérance dans des ámes promptes au renoncement. :t-{e nous trompons
pas a ce cri. Ce n'était pas de la fatuité stérile. C'était un orgueil qui voulait exalter
les éncrgies et qt1'il convient &lt;les lors d'approuver.
Et l'effort sincere de t•Espagne vers le progres, dit plus loin M. Albert Esquerré,
cet effort est indéniable. Comme le touriste franc;ais s'attache trop exclusivement
au pittort-sque de \' Anda\ousie, ou ne voit guere l'Espagne qu'a travers ses courses
de taureaux, l'écrivain franc;ais ne cherche en Espagne que l'évocation d'un passé
favorable aux reveries historiques.
Et cependant le génie de Cervantes ou de Velasquez, ou le cu\te de l'idéal s'a\lie
a un sens aigu des réalités, se retrouve aujourd'hui a chaque pas. J'ai vu, l'autre
jour, une danseuse de Séville qui mimait une scene bachique avec un mélange
surprenant de gráce et de vérité. Fernando de los Rios, prófesseur de droit public
a Grenade, a été surpris des analogies qui existent entre la musique andalouse
et la musique russe. Dans \'une et l'autre, i\ y a un rythme monotone comme la
tristesse quotidienne du moujik ou du \aboureur sévi\lan. Tout a coup une note se
cabre. C'est tantót une révolte, tantót un élan, une aspiration qui dans le domaine
littéraire produit l'Anna Karenine de Tolstoi ou le l\azarin de Pérez Galdós.
Bien qu'on ne nous aime point en toutes choses, la culture franc;aise est toujours
en honneur :
La variété de nos livres, a l'éta\age des librairies, atteste l'influence prépondérante
de nolre pensée. Les auteurs espagnols parlent presque tous notre tangue ; ils
citent a tout propos nos g\oires littéraires ; la p\upart d'entre eux gardent pour
nous une targe gratitude inte\lectuel\e. Ajoutons qu•aupres des socia\istes et des
répub\icains, notre régime politique nous attire de loyales sympathies.

M. Albert Esquerré n'en constate as
.
du terrain ». X ous citerons la fi d p
mom~ que « la culture allemande gagne
•
n e son article quo·q
·
. .
1
a cau~e de cela : il importe d b.
.
•
ue s1 pess1m1ste, ou plutót
f
e 1en conna1tre les senfm t b •
ac;on qu'il sera loisible de les mod·fi
. 1
• en s ostiles ; c'est de cette
• er, a a faveur de notre culture.
.
.
•Les ceuvres &lt;les pb1·¡osoph e'S, h1stonens
et soc· ¡
d'
repandues et bien accréditées si .,
.
10 ogues outre-Rhin sont traduites
t' fi
•
,
J en J uge par le ton p f
•
• que qui se g\isse dans le styl d
.
ro essora 1 et le jargon scienD'
..
e es essay1stes espagnol d't
1 },f A
. une maniere plus générale, la nouvell
, . .
s,
• lbert Esquerré.
a. quarante ans, se rapproche sans cessee len~ration, celle ~es hommes de trente
f~t-ce que parce qu'elle redoute d
e 1 ':llemagn_e. Resolument pacifiste, ne
hon pri,·ilégiée de J'Espagne 11 es guerres qui pourra1ent compromettre la situa~
, e e nous soupc;onne d'i , • 1.
ue sa germanophilie sont plus s , ·
mpena isme. M:ais les raisons
l' \\1
eneuses « }.ous avons 1'nt' ·1 •
emag~e, me disait un jeune avocat · Sa
.
, ~re a nous inspirer de
1
de ses methodes. Au point de .
.·1
pu1ssance matenelle prouve l'excellence
•
,
'ue socia , elle a donné :
•
.
mveau qu aucun peuple n'atteint .
,.
ª son mstruction
moyenne un
.
, e11e a amehoré plus
e1asses ouvrieres. Elle va de l'avant
que personne la condition des
F
• ~
en toutes choses Po
· • • .
ranc;a1s . Je ne vous execre P s
.
·.
urquo1 1m1tenons-nous les
•
.
a , croyez-1e bien Bien a
.
avoue que ¡e me sens plus d'affi . ,
·
u contra1re, sans doute
JN' • •
mtes avec un Par· ·
,
·
a1-¡e pas d'ailleurs épousé une Espa:mol • d' . .
~sien ~u avec un Berlinois.
Vous avez les memes défauts que
"'V e . ongme ranc;aise? Je vous connais.
parcsseux et bavard que le nótre. :ous. otn; gouvcrnemen.t est aussi imprévoyant,

Les courses de taureaux et les élevages andalous
de taureaux ont 1eurs amateurs, en France particulierement dans
le Les
Mid'courses
La
i.
revue que fonda le regretté poete Emil s·
'
son siege a Aix-en-Provence la vil\
. , d
e _1card, Le Feu (revue qui a
Jaloux, de Emile Henriot) '•-r
e a1mee . e Henn de Régnier, de Edmond
•
, se eve contre le ¡ugemcnt d N'
C'
supreme qui va décider du sort d
e
imes.
est la Cour
'b
es courses et a cette oc ·
L F
v1 rant « appel au Midi » La 'd .
'
casion e eu lance un
.
re achon du Fc11 tient la
d
seulement pour « un beau specta
•
course e taureaux non
e1e », ma.is pour C1 une lib rt'
,
.
e e provenc;ale ».
E t les partisans des courses sont loin d
l'héroicité de la béte elle-mem H
e meconna1tre la grandeur, on pourrait dire
d'
•
e.
onneur au taureau I Le p
.
apres La Revue Hebdo111adaire ces cons"d' t'
d
eu cite volonti&lt;.'l's,
tains aspects d&lt;.'S élevages anda,lous ». 1 era ions e M. Jean d'Elbée sur « cer. On \: soutiendrait a Gabriele d'Annunzio lui-meme ..
neur a ses lévriers a ses nobles
h
d
• ti Y a quelque cbose de supét
b
'
grey oun s si magnifiq
ch ,
oro ravo, de toute la supériorité d
b
uement
antes, c'est le
L'homm I
b
u com attant sur le chasseur
.
e e com at avec l'épée selon une escrime s·
.
qui manque a ses regles est comm d, h
.
t scrupuleuse que le torero
tauromacbique. Raphael Guern'ta le . es_ onore et p3:5sible de sanctions selon le code
w-meme ce dem1-dieu n
·¡
toute une nuit, apres une faena malheure~s I
ch ' e connut-1 pas, pendant
ont goüté au _sport unique au monde de l'¡lev': ;ad ots de ~aragosse ? Ceux qui
dcmeurent tou¡ours ¡¡assionoés et ceux q . ' d g
e ces an1maux de combat en
particuliere. 11 Y a un envoütement du ~:us/ a onnent portent sur eux une marque
,
eau ....... .
eb arme » etrange est dü aux lieu
• ·¡ •
· · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · · • • • •.
ee 41 motte
chaque
est pétrie d'antiques sou x_ ou t v1t, terres abandonnées, mais dont
L
vemrs ..... .
e torero..... exerce son talent varié dans un cer~l~· e regles et d'usages, aussi

.d ......................... .

�-81-

8o,
.
.
u sínscrivent ses jeux périlleux. Cercle idéal mais qui
ferme que le c1rque meme o
dre a une réalité profonde, puisque, s'il le trans·
ne laisse pourtant pas de correspon
r tui fait rejoindre sur son propre
, t d I béte elle-méme que son erreu
d
gresse, e es e a
.
·
h.
) qu'il rec;oit sans tarder ans sa
terrain (pour parler la techmque tauromac ique '
chair un terrible rappel a l'ordre.

L'Héroisme Espagnol et le Génie de l'Espagne
.
.
1 . . 1 s humains Te\ le jeu de pelota.
~1:~snc~c7u~:~• ;~u:st~::n~:~xd:su sccnes sa,;glantes, plus sa1,glantes ,~ue dles. sccnes
•
Legendre, dans L es L e ti res, rapporte cette egen e •
u. "1:aurice
i,
d e 1,are'ne.•·u
.
1
( our que ce soit plus espagnol), il Y cut.
A propos d'un coup de ¡eu de pe_°;ª ··P¡
d1"•c11ssion entre deux frcres de
.
d
"t"é du xv s1ec e, une ·
un ¡our de la sec_on e m01 • .
d ix freres de la famille ele Manzano ; ces
la famille de Ennquez de Sevilla ~t é\ r le champ l'autre sans doute, un peu
• 1 plus ¡cune su · •
'
•
deux derniers furent tues, e •
f .
L me're des Manzano doña Mana
,·¡
\"engeat pas son rere. a
•
I
plus tard et pour qu ne .
.
ns comme si elle fuyait, mais en route el1e
Rodríguez de Monroy, ~ar,ht a,ec ses g; et elle \eur fit jurer de l'aider ; elle pourleur révéla qu'ell~ parta'.t ~- 1~ veng~a;c.és au Portugal et quelques jours aprcs elle
suivit les meurtners qui s eta1ent l~éet,.gi ,
propres fils avaient \eurs sépultures
jetait \eurs tétes sanglantes da11s g ,se ou ses
fraíches.
étudié les artistes de l'Espagne, étudic aujourd'hui
M. Maurice Legendre ayant
·¡
d
pas celte querelle sanglante, née
,
.nts Sans doute t ne onne
11
ses he ros et ses sai ·
d'h. roisme espagnol, mais, {-crit le co a1
d'une partie de pelota, comme un exemp e
e
borateur des Lettres :
.,
premiere dont cst fait cet
• comme un échantillon typique de la mahere
héroisme. »
11 ajoute :
te de bravoure soit d'une femme ; il y a
J'aime aussi a souligner que cet ac bl d'héroisme et les années de ta grande
s des femmes capa es
. .
,
•
dans beaucoup d e pay
, . ,
t "lleurs qu'en Espagne, ma1s s1 les resencs
guerre en ont vu beaucoup, prec1semen a1_
Espagnc a flcur d'histoire, elles
. . •
,
araissent pas tou¡ours en ·
d'héroisme fem1mn n app
. . d" 'd 11 t {amiliale et e·est pcut-étrc &lt;.'11 vertu
d
la v1e 1n 1v1 ue e e
•
se conservelnt purtes ·tªe•nsreste en si grand honneur dans ce pays.
d'elles que a ma erm
M. Maurice Legendre rend honneur a ta _bravoure
,
,
t dans \'a.pre campagne marocaine ».
genereusemen

espagnole, qui • se dépensc

F n ais du moins au premier abord, de
11 est d'ai\lcurs singutier, pour nous ra e; t 't ut en les combattant, pour ces
. ¡ s Espagnols ressenten , o
d'
•
voir quelle sympath ie e
.
d .
•·¡ ont d'occuper et exp1o1ter
. .f d t
guernlleros, le ro1t qu 1 5
•
ennemis qui de en &lt;.'ll en
•·¡ doit y avoir une express1on
gana
»
Ue
suppose
qu
1
.
1
leur pays, seto~ 1eur « rea •
·. n es agnole pour signifier cette qmntess~nce
marocaíne auss1 forte que_ 1 ~x.press10 M ~s c'est que ce que nous a\"ons appele la
de \'esprit d'indépendance in~1v1_duelle).
a 1
distingue pas substantiellement
··
de l'hero1sme espagno ne se
, b
tte
« matiere prtmiere •
d berbere, ou, mieux, de 1 ara e ; ce
1
de ce qui fait la bra~our~ , du kab~ ,e o~ u ancune et meme de perfidie ; Pile peut
bravoure peut etre tres me lee de co ere, e r

Hre tres chevaleresquc et inutilement ostentatoire ; mais s'il n'y avait eu que ct'tte
matiére premiere, l'histoire de l'Espagne pou rrait ressemblcr
\'histoire moderne de
la péninsule des Balkans, et i1 ,:i'y aurait pas de raison pour que la gloire de l'Espagne et sa part de sacrifices dans l'établisseml'llt et dans le progrés de la civilisation
íussent plus brillantes que la gloire des tribus de \'Arabie et de l'Afrique du Nord.
C'est en vertu de cette conception de la valeur trop limitée a la sphere de l'individu et de ses passions que les Espagnols ont toujours montré une complaisance
exagérée pour les rébellions qui énervent l'organisation sociale. Les Espagnols ont
raison de protester contre les exagérations romantiques sur les bandits espagnols,
mais ils ont eux-memes quelque peu induit en tentation les étrangers naifs a la
recherche de thémes a exploiter littérairement sans se fatiguer a observer.
Par bonheur pour l'Espagne, la Providence a pris soin de catholiciser cette valeur
individutlle qui autrement ne se fut pas élevée au-dcssus des exploits du point
d'honneur, et ou il entre des éléments de qualité morale fort iné.,ale ; elle prit
soin de fai re vivre les braves d'Espagne dans la société des saints ; et les guerrilleros
devinrent des conquistadores : ce qui est en apparence la mcme chose, mais a, réalité
précisément l'inverse.
11 y a un héros légendaire de l'Espagne, qui est a la limite de l'héroisme naturel
et borné, de l'héroisme qui pourrait étre simplement musulman, et de l'héroisme
catbolique, illimité et fécond, pénétré d'éternité : ce héros est connu sous un nom
arabe, c'cst le Cid. 11 a d'ailleurs un autre nom un peu moins connu mais non moins
.significatif ; el Campeador, ce que l'on peut traduire par le cbampion des combats
singuliers. Le Cid a été tout a fait catholicisé par le grand Ccrneille, mais le véritable Cid n'est que le précurseur incomplet du Cid de Corneillc ; i1 a rendu en
somme de beaux services a la chrétienté, mais i1 a passé la plus grande partie de
sa vie de guerrillero a vendre son épée aux plus offrants et, 1comme beaucoup d'autres
gentilshommes chrétiens du x1• siécle, i1 ne considérait pas comme défendu de servir
un prince musulman ; il servit, Saragosse Almoctadir, et plus tard le fils de celui-ci
Almutamin, contre le roi de Valence, qui était un maure, mais qui était aussi l'allié
du roi chrétien d'Aragon Sancho Ramirez et du comte chrétien de Barcelone, Ramon
Berenguer 11 ; ses démelés antérieurs avec son souverain Alphonse VI de Castille sont célebres. En somme, il n'y avait pas au x1• siécle de progres (tant s'en
faut) sur l'héroisme de Viriathe et des Lusitaniens ni sur celui des Numantins ;
si l'élément germanique et l'élément arabe avaient introduit quelque chose de 11011veau dans cet ordre, ce dont il est permis de douter, ce n'était certainement pa.s
un levain.
Mais le levain chrétien travail\ait peu
peu, au cours de la reconquéte, la notion
espagnole et l'inspiration espagnole du courage ; nous en a,·ons un témoignage
dans le Poeme de mo,i Cid, dont le « strict réalisme » si bien mis en lumiere par
le grand érudit Ramón Menéndez Pida!, est, i1 faut le préciser, plus encore que le
portrait liistori(J11e du Cid, le portrait de ceux qui l'ont chanté et qui \'ont admiré.
« Le premier monument que l'on ait conservé des trois littératures de la p'éniinsulc
est aussi la premiere ceuvre capitale ou se révele ce réalisme qui domine ele si haut
l'art espagnol, et qui avec les différences d'époque et de civilisation. se retrouvera
chez les grands génies du siécle d'or. En vain, chercherait-on dans un tableau de
Velazquez une altération, si légere qu'elle füt, de son modele, soit par désir de
l'idéaliser, soit par recherche de \'effet ; on y trouvera seulement une parcelle
de réa\ité profondément ·sentie par l'artiste et transporlée sur la toile avec vigut\1r et
probité sans ombre d'effort, ni de maniérisme : art supreme qui se clérobc aux yeux
qui l'admirent, et ne laisse devant eux que la Yérité toute pure. Rien de plus semblahlc, si l'on met a part la différence de technique, que le tableau de la Redditio11 de
Bréda et le Poeme de 1110,i Cid ... 11 n'est pas jusqu•a ce Spinola peint par Ve\azquez qui ne rappelle le Cid du Pobnc : Spinola apres s'etre emparé d'une place que
l'Europe entiere j ugeait inexpugnable ne mani feste sa satis faction que par un sou-

a

a

a

G,

�-

8.2 -

-83-

rire plcin de bonté ; de meme la figure du Qd apparait éclairée d'un ~imple et bcau
sourire apres qu'il a triomphé de toute la puissance marocaine.
Ainsi le premier monument littéraire conservé en Espagne garde dans son inspiration et jusque dans le détail un fort cachet de race, sans que l'intérct général en
soit diminué le moins du monde... »
La valeur, l'importance des travaux de M. Mhurice Legendre sur J'Espagne n'est
méconnue de personne. Mgr Baudrillart l'a lui-méme proclamée publiquement, dans
le discours qu'il a prononcé a l'occa-sion du centenaire de la naissance de García
Moreno, en l'Eglise St-Sulpice :
Qu'est-ce qu'un Espagnol ? Et qu'est done le génie de l'Espagne ?
Un écrivain fram,;ais, habitant l'Espagne et nourri des meilleurs auteurs de ce
pays, l'a dit récemment en des pages qui sont ce que je connais de plus profond
et de plus juste sur notre grande sa:ur latine.
Le magistral &lt;liscours de Mgr Baudrillart a été publié in extenso dans la Rtwe dt
l'Amfriqut Latint. Nous citerons ce fragment :

a

Les Espagnols aiment
parler de la « raza •, la race, mot pour eux singulierement plus plein et plus riche de sens que pour nous. Quand ils célebrent la fiesta dt la
ra.ea, la féte de la race, le 12 octobre, anniversaire du jour ou Christophe Colomb
parvint au Nouveau-Monde, ils rappellent avec un Jégitime orgueil que la population
de la péninsule ibérique a créé plus de vingt nations sur le sol américain. Ah 1
n'a-t-il pas fallu que le caractere de cette population fiit d'une trempe étonnante
pour qu'il se transmit avec tous ses caracteres essentiels, pour que l'Espagne et le
Portugal répétant dans l'age modeme le plus étonnant prodige de l'antique Rome,
et précédant celui de l'empire anglais, aient pu créer un monde nouveau qui fiit
la fois de leur sang, d,: leur langue et de leur esprit? C'est le miracle de l'Amérique
latine.
Ttmpérament humain qui s'est forgé sur les hauts plateaux de Castille. aux ardeurs
briilantes du soleil, a la bise cinglante ; si physiologiquement fo.rt qu'il vit &lt;lans les
plaines basses de l'Argentine comme sur les hautes terres &lt;lu Mexique et des Andes,
sans se modifier, sans dégénérer, absorbant et &lt;lominant les autres éléments, mais
ne les détruisant pas et constituant, du Mississipi
la Terre de Feu, des nations
qui sont encore la Castille, l'Aragon, la Navarre, le Pays Basque, le Portugal, qui,
en un mot, sont toujours l'identique lbérie.
Tempérament physiologique, mais aussi tempérament moral. Ah I certes, elle n'était
pas faite pour inspirer la volupté et la joie de vivre, sauf en ces grasses plaines qui
s'épandent au picd des montagnes, J'apre et rude terre d'Espagne que l'on a pu
comparer
une mer pétrifiée sous un ciel limpide, tantót de fcu, tantót de glace.
Mais qu'elle était capable de formcr une race d'hommes énergique, riche de noblcsse
et de spiritualité 1
Je les ai vus, ces paysans des deux Castilles, une des plus vigoureuscs réserves
d'humanité qui soient au monde. Je les ai vus, secs et tannés, travailler de Jongues
heures sous le 6oleil, a peu pres sans boire et sans manger, puis, la nuit tombante,
revenir au pas cadencé de leurs mules, vers leurs villages recucillis, en chantant
Jeur mélancolique et religieuse cantilene. Chez ces hommes, quelle sobriété, que! courage, quelle indépendance, quelle majesté, « la majesté castillane, fille de la majesté
romaine », quelle inépuisable faculté de sacrifice 1
Ah I si parfois vous accusez ce peuple de ne plus produire assez, songez qu'il a
produit un monde et qu'il est comme une mere momentanément épuisée par le nombre meme de ses enfants.

a

a

a

Peuple, pour qui le stoicisme est naturt1, le stoicisme le plus humain, je veux dire
cclui du grand Espagnol que fut Séneque, dont la doctrine se condense daos des
propositions telles que celles-ci : « Ne te laisse vaincre par rien de ce qui est étranser a ton esprit. - Aie en toi un axe de diamant. - Quelles que soient les cootingences, maintiens-toi si fierement que du moins J'on puisse dire de toi que tu es un
homme. •
Oui, mais par une conséquence presque fatale, peuple éminemment individualiste,
ou l'individu, fort de son droit et de ses convictions, va jusqu'au bout de sa doctrine
tt jusqu'au bout de son indépendance, qui ne fait pas ce qu'il ne veut pas faire,
qui refuse de s'incliner devant la volonté d'autrui, mais qu'autrui empeche souvent
de réaliser la sienne ; individualisme poussé si loin qu'il est devenu la source de
ce qu'il faut bien appeler l'anarchie des nations espagnoll'S.
Peuple idéaliste et spirituel en raison de ses propres tendances, spiritualisé encore
dans ses attraits par les infiuences que le sémitisme oriental exer~ sur tui ; je ne
dis pas seulement celles dont nous avons tous bénéficié et qui nous vicnnent de
J'Evangile, mais celles qu'apporterent sur le sol d' Espagne tant de Juifs et surtout
tant d'Arabes et de Berberes arabisés qui y vécurent pendant des siécles et dont le
sang se mela méme en maint endroit celui des indigenes. Leur contact n'a-t-il pas
fortifié chez les Espagnols cette passion de la justice absolue que célebrent les prophetes et, par la double force de l'exemple et de la réaction, cette tendance a l'exclusivisme religieux que la Bible encourage, que le Coran commande, que le resp~t
dii a la vérité justifie mais que doit tempérer, dans ses manifestations, la charité
du Christ ?
Peuple qui n'a pas craint de reconnaitre quelques-uns de ses traits les plus saillants
dans le héros chimérique dont nous rions trop facilement en France, parce que
nous ne le connaissons que par les aventures fabuleuses qui amusent notre enfance,
ce Don Quichotte, de qui la conception de la justice et du droit est noble t't touchante, mais corubien anarchique elle aussi 1

a

Que d'articles, d'études, de poemes seraicnt

a citer

dans la Re1.,·ut de l'A111ériq11e

Lati11t, qui, des ses premiers numéros, s'est classée au rang des grandes revues 1
Je n'apprendrai pas aux Jecteurs de His¡,a11ia qu'clle a pour directeur M. Ernest
Martinenche, pour rédacteurs en chefs ~nf. Charles Lesca et Ventura García Calderón.
Nommons en passant : la croisodc d es Co11quislodors, par M. Francisco García
Calderón, Rubé11 Dorio, par Mme Rachilde, le Go11c/10, par M. Jules Supervielle,
lts forces lati,us, par M. Charles Maurras, B ollvar el la dlmocralit, par M. Marius
André, les poemes de Mme Juana de I barbourou, traduits par M. Francis de Miomandre, k trésor des focas, par M. J .-H. Rosny ainé.
Les signatures de Max Daireaux, Georges Pillement, Jean Cassou, André \Vurmser, etc., assurent une vie intense a la partie : chroniques.

Au poteau frontiere
Un des meiUeurs écrivains belges de lan!t\Je fran~ise, M. René Lyr, pcndant la
guerre fut secrétaire général des Comités officiels belges de la France du SudOu&lt;:st. IJ va réunir en volume, sous ce titre : Le/tres a Régine, les lettrcs qu'il a
adrcssées a sa femme au cours de voyages, au Havre, dans le Centre et :mx P yrénécs. Le Tliyrse a publié une partie de ces lettres, notamment celles que M. René Lyr
écrivit
Hendaye.

a

�-85 Des fenétrcs de son hotel il voyait Fontarrabie, - « vieux \'illage au flanc de la
cótt' d'Espagne, .finement découpée en plein a!ur, a\'ec des paliers crétés de ,·erdure », - et la chaine des Pyxénées - dont les « silhouette~ infinie~ se couronnent
de pourpre et d'or ».

0n le de\'ine : le désir le hantait de \'isiter l'Espagne si proche... Ce
arri\'a :

a quoi

il

Et pui~. je dois te conter une aventure extraordinaire ! Figure-toi que Y_ a rencontré au Pont de la Bidassoa, qui sépare la France de l'Espagne, - le poteaufrontiere est juste au milieu - un de ses amis de Bordeaux, qui joua nagucre du
piston, au Con~ervatoire, et a repris son métier de patis~ier dans ,a Gironde natale.
11 était de garde, a la guérite de la douane, en qualité d"agent de la Süreté, détaché par l'autorité militaire. Avec tui, tout d'abord, l'apres-midi, nous avons franchi
le pont, foulé le ~bt de la neutre voisine. Puis, a 9 heures, sans mot dire a personne, nous sommes allés rejoindre le « copain • a la gare et nous avon~, tout
bonnement, pris le train pour lrun. Trois minutes plus tard, nous étions dans cette
ville, en pleine Espagne. Oui, en plt'ine Espagne I Trois minutes nous avaient suffi
pour franchir un monde.
Des gens autrrs, qui s'agitent, qui courent, qui crient a tue-téte dans une langue
inconnue, aux consonnances dures, comme leur íace, taillée au couteau. Des femmes indolentes, aux chevcux noirs, leurs chignons étagés et frisés comme te~ maisonnettes capricieuses ; aux yeux profonds et doux, aux levres de grt'llade sensuelles. Des douaniers, avec leur haut képi blanc ; des gardes municipaux, des
soldats, le mousqueton en bandouliere, avec leur chapska d'acier noir.
Un trarnway, tiré par trois mutes, éclairé par une lanterne a bougie préhistorique,
nous conduit a Fuentarrabia, ou c'est la grande féte. •
Je t'ai dit que Fontarral,ie est un antique village. Il para:t qu'il faut pénétrer au
c&lt;rur meme de l'Espagne pour retrouver son caractere.
lrun, Burgos, St-Sébastien sont européanisés. Fue11tarrabia c'est l'Espagne, la
vraie.
L'ami de Y... qui procura a M. René Lyr le plaisir du íruit défcndu, était un type
plcin de íaconde et de roublardise. Par l'entremise d'un député qui admirait fort
la Révolution russe, il se fit désigner aux fonctions d'adjoint-secrétairc au commissariat de la Süreté du poste-frontiere de Hendaye.
M. René Lyr rapporte ses gais propos :
\

« C'est le filon I Ccst le reve, mon view., lache le Ga~on, qui me connait depuis
douze heures, en me tapant sur le ventre, en me bourrant- de tu, de toi, de « monne
cherre • dont je me sens au moins flatté. Je crois devoir lui faire compliment pour
la rapidité avec laquelle il a su s'adapter a ces taches difficiles. « Hé, je les fais plus
que bien, observe-t-il modestement, je ne suis jamais la. Quand on m'envoie de
¡arde au pont, té, j'y mets un brave type a ma place, et il en est tout fier, tu penses...
C'est un vrai ha~ard que vous m'y ayez rencontré. •
Devenu lyrique, il s'attendrit alors a me détailler ~es projets d'avenir, car il a
su tirer profit des avantages de son poste.
• Vois-tu ces bottines ? Chiques, hein ! De la chevrette, et c'est fini, et c'est ~ouple, du satín, de la bichette. Je les ai payées 17 pesetas, et &lt;.'ncore avec le pourboire 1
)'en ai rapporté a ma femme, aux gos,es, a mon pere, :i mes voisins, ,·ingt-six paires
au moins I Tu comprends, le marchand habite Jrun. De temps en temps, avec une
autorisation en regle, il peut passer mille paires en France. Je mºarrange pour étre
au pont. C'est moi qui compte. }'inserís mille paires, rn, encaissé et il en passe

cinq mille. Té, (a ,·aut bien ma petite réduction, car je ne veux pas les avoir a
l'ccil, tu comprends.
- Je comprends 1
- Et ainsi de tout. N"y a qu'a se baisser pour r amas,er de l'or. De l'or ! Je connais tous les douaniers, tous les contrebandiers, les agents municipau,c, le, gar(ons
de café, les femmes - señoritas, - on ne fait tort a personne ! Tous les gendarmes
sont venus chercher des godasses, et les mécaniciens de la gare. Quand i1 faut passer
une lettre, cela mettrait quinze jours par la poste, alors, c'est moi qui la porte. Le
lt'Ddemain, c'est rendu ! Et pas de danger qu'on J'ouvre. }'y fous le cachet de la
Süreté.
• }'achéte ici mon chocolat a 3 francs, ma femme le revend 8, et mon sucre, j'en
rapporte toutes les ~emaines 6 bons kilogs a N ... Je ramene aus5i du savon, ~e
l'huile. 0n s'y r&lt;:trou,·e. Mais, tu comprcnds, je ne gagne que 200 francs par mois,
au bureau. C'est scandaleux ! J'ai su qu'on a demandé des secrétaircs :i l'ambassade
de Saint-Sébastien. J'y suis trois fois par semaine. On s'embete a lrun, il n'y a pas'
de monde, pas de femmes. Tu vas voir, a Saint-Sébastien, - je vo~ y méne :-de la mousseline, de la plume, toutes les grues, tous les mannequms de Pan~.
Je vais vous montrcr des femmes, ce quíl y a de plus bat/1 (et le camaradc fait
claquer sa tangue patissiere sur ses rouges babines). Je vas íaire mar~her mon _petit
« couseigne ». Je suis • certain • d'etre. nommé. 400 _francs pa,r mo1s, mo~ ~1~x:
et te reste ; et puis, une fois dans la ma1son, comme Je parle I espagnol, te, Je I a1
appris, je resterai dans la carriere diplomatique. II y a des ministres qui ne me
valent pas. »
11 dit ceci d'un ton convaincu. Sa large íace, cuite au four, s'illumine si naivement,
si joyeusement, que je suis con\'aincu moi-méme.
Cet homme, en effet, peut devenir ambas.sadeur, et ministre. Son apprentissage
d'Hendaye luí ouvre des voies sure~.

Les origines du théltre espagnol
Dans la jeune revue : Ge,nnits d'Art, M. Pierre Legrand établit avec une érudition
inégalement informée les origines du théatre espagnol, auquel M. Leandro Fernandez de Moratin a consacré un livre qui demeure utile malgré ses !acunes et ses
erreurs.
M. Pierre Legrand part de ce príncipe que lorsqu'on rctherche les origines de
nos théatrcs européens modernes, il importe de considérer ceux-ci comme étant
postérieun, a la formation des langues aujourd'hui en usage. A leur attribuer une
existence plus ancienne, estime le collaborateur des Gemmts d'Art, on risquerait
de les confondre avec lt' théatre latin • qui ne disparut que lorsque les peuples,
asservis d'abord a l'Empire romain, puis aux Barbares, eurent corrompu la langue
latine •·
Des dialectes trés vanes se formcrent sous l'influence physique des climats. La
prononciation des mots se modifia. Des vocables nouveaux símposcrent. Conséquences iné,·itables du mélange et du commerce incessant de races étr.ingi:n.J ks
unes aux autres. Chacun de nos idiomes actueb est un des innombrables étage3 de
cetle incommensurable tour de Babel.
Au commenccment du cinquieme siecle, en 418, les successeurs du \Visigoth ALARIC, ATAULF et WALLIA, occuperent une partie de l'Espagne. Plus tud, aprcs
avoir vaincu d'autres nations barbare~, ils la dominerent toute. Les gut'l'rien goths
parlaient le latin, plus ou moins correctement. 11 y avait plus d'un demi-siecle que

�-86leurs troupes armées avaient franchi le Danube avec l'autori~ation de l'empereur
Valeos, s'établissant dans certaines provinces de l'Empire, d'abord en qualité de
réfugiées, puis comme alliées, finalement en conquérantes. L'éducation des nobles
était toute romaine. Le parler et les coutumes des soldats différaient tres peu du
langage et des mreurs des vaincus. Aussi, bien qu'ils y ~oient demcurés pendant
trois siec:les, jusqu'en 7n, les Wtsigoths n'ont-ils guere laissé a l'Espagne de traces
de leur civilisation premiere. Quelques mots (a peine le millieme du vocabulaire
actuel) et certaines particularités grammaticales (suppression de la déclinaison des
noms, cmploi de'S articlcs) sont les rares vestiges de leur maigre inftuence. Aucun
manuscrit, aucun monument, aucune piec:e de monnaie de cette époque ne nous
renseigne sur la langue maternelle de ces Barbares. Le latin seul était parlé, était
écrit. Du cinquicme au huitieme siec:le, les auteurs espagnols appartiennent tous a la
basse-latinité (1). La langue espagnole est done vraiment d•origine latine ; a la
longuc, elle a admis quelques mots de source septentrionale~ mais l'élément romain
y a toujours dominé.
D'ailleurs, la corruption de cet idiome fut rapide. 11 serait difficile de préci~er
sa forme des le début du septieme siecle. Les piec:es dramatiques représentées alors
en Espagne le furent certainement dans un mélange grossier de bas-latin agoni~,mt
et de romance naissant. Seule, l'existence de ce genre de distraction ne fait aucun
doute. Les Wisigotbs connurent les spcctacles de l'amphithéatre, du cirque et de la
sccne. Outre les théatres que l'on construisait pour célébrer certaines fetes, religieuses ou guerriéres, la péninsule possédait encore lt's gradins érigés dans les villes
importantes, a Sagunto par cxcmple, sans compter tous ccux dont les ruines ont,
depuis des siec:les, étouffé l'écho da rires ou des lamentations populaires.
Sur la qualité des représcntations données entre le quatrieme et le septieme siecle,
aocune illusion n•est possible. San Isidro, dans SC'S Origcncs, livre 18, chapitres 41
et 59, exhorte les chrétiens a s'abstenir de ces manifestations pseudo-artistiques,
infcctée'S de superstitions barbares. D'autre part, Mariana, Historia general de
España, livre 6, nous raconte que vers l'an 620, Sisbuto révoqua Eusebio, évéque
de Barcelone, parce que « les comédiens représcnterent ccrtaine'S choses empruntées
a la vaine superstition des dieux, qui offensaient les ort'illcs chrétiennes » (2).
Ainsi done, 90 ans avant l'invasion arabc, le~ spcctacles chers aux Barbares du
Nord constituaient tout le bagage dramatique de l'Espagne. Les Wisigotbs, incapables de luí imposer leur langue, lui avaient fait facilement adopter leurs divertissements. La conquett' du pays n'avait profité ni aux conquérants ni aux vaincus.
Au huitieme siec:le, l'Espagne subit l'invasion arabc. Mais la mime époque voit
commencer la récupé.ration du sol conquis. Le langage grossier dont nous avons
observé la formation s'éloigne de jour en jour de ses origines ; il s'enrichit de mots
et de locutions mauresques ; la prose espagnolc va naitre. La poésie suit ces progres.
Certes, elle imite encore le vers latín, dont elle copie la mesure, et r.emplace la
quantité des syllabes par le; jeu des assonances. Le Poema del Cid, écrit par un auteur
inconnu du douzieme siec:le, n'est qu'une reuvre informe : le vocabulaire, le style,
la versification y apparaissant déséquilibrés. Mais lisez te poeme de la Vie d' Alexandre, faussement attribué au copiste Juan Lorenzo ; fcuilletez les Vies des Saints de
Gonzalo de Berceo ou les vers dédiés par le roí Alphonse X a la Viergc, et vous
éprouverez la sensation tres nette d'une langue castillane déj a originate.
Maints documents nous prouvent que ces reuvres poétiques étaient souvent accompagnées de musique. Chantécs ou récitées, on les intcrprétait au cours des réjouissances privées ou publiques. Les vertus chrétiennes des saints ou les actions héroi(1) Tels furent: Justiniano, Elpidio, Justo, Nebridio, Aprigio, Luciano, Severo, Eutropio,
Lcandro, Eulgurio, Muimo, Isidoro, Siaebuto, Artuago, Fructuo54, lldefonso, etc...
(2) • Los fanantes representaron algunas cosH tomadas de la vana supcrsticion de los
dio1es, que ofendían las orejas criatianas. » Cité par Moratin (page ¡).

ques des guerrier,;, princes ou capitaines, en constituaient le theme. Mais ces dh-ertissements n'étaicnt pas seuls en bonneur. D'autres compositions, de moindre envergure, faisaient la joie des grands et du peuple ; les yoglares, ceux que notre MoyenAge fran~is connut sous le nom de trouveres ou de troubadours, selon qu'ils écrivaient et chantaient en langue d'oil ou en langue d'oc, en étaient lci,. auteurs et les
interpretes ; ces poetes, souvent doués d'un talent vrai, gagnaient leur vie au son
de leur instrument, au rythme de leurs danses, ou aux grimaces de leurs pantomimes
plus ou moins 61)Í.rÍtuelles. A vrai dire, il n'y a pas dans ces fantaisies de jongleurs
et d'acrobates la moindre trace d•art dramatique.
Les Arabcs, du moins, connaissaient-ils le véritable tbiatre, et le firent-ils adopter par lt'S Espagnols ? Sans aucun doute, non I Leur action littérairc fut nulle.
Les sciences naturelles, la médccinc, les matbématiques et l'histoire, voila les domaines ou ils passaient pour maitres. En poésie, ríen a retenir de leurs essais, rien surtout qui se rattache, méme de loin, a l'art de la scenc. Aucun érudit ne peut se
vantcr d'avoir jamais cencontré la preuve indéniablt' de l'existence d'un théatre
maure. Casiri, qui a publié le catalogue de la Bibliotheque arabe de l'Escurial,
s'exprime ainsi : • Jam vero arabes europreorum more nec tragédias nec comredias
agunt ; an vero scripserint, altum apud ,scriptores silentium. » (1). « Les Arabcs
ne jouent ni tragédies ni comédies a la maniere des europécns ; en ont-ils écrit ?
Silence profond chez les auteurs. » D. José Antonio Conde, auteur d'une Historia
de los Arabes en España, écrite au cours du dix-neuviemc siécle, ne fait mention
d'aucun manuscrit relatif a la qucstioo qui nous intéressc. Il scmblc done que le
théatre arabc n'ait jamais cxisté, ou du moins n'ait pas mcme en sur les Espagnols
l'inftuence passagére des spectacles gothiques. Inutile de s'obstiner a chercher dans
la poésie africaine les origines, méme lointaines, du théatre moderne.
Franchissons les Alpes, et regardons. A peine débarrassée par Charlemagne de ta
présence néfaste des Barbares (la monarchie succombe a la prise de Pavie, en
774), l'Itatie se met a cultivcr les lcttrt'S et a restaurer les arts. V enise entre en ,relation avcc tous les ports de la Méditerranée : Pise, Florence, Padoue, Crémone,
Sienne, Genes, s'enrichis~ent rapidement de le'Ur commerce ; Bologne attire les
esprits fervents de l'étude ; Milan, sureie de ses ruines, devient toute splendeur ;
Rome, gouvernée enfin par des pontifes de valeur, s'efforce de recouvrer son antique dignité. A cette fiévre de renaissance enthousiaste correspond l'ardeur des Croisés de passage en Italie, qui se traduit bientot par une prospérité croissante du pays.
véritable centre d•attraction vers quoi tendent tous les esprits avides de science, de
gloirc, de bcauté ou de lucre.
Terrain propice aux semailles artistiques I commcrc;ants enrichis et p,ele,-ins
curieux de nouveauté accourent en foule aux réjouissances publiques. Les grands
donn.ent l'c..xemple. Leurs couronnements, leurs mariages, fournissent le prétexte de
prodigalités et de pompes inouies. Qui en profite ? Les trouveres, les bouffons, les
mimes, les danseurs, les musiciens, les chanteurs, tout un monde d'artistes, sinceres
ou non, dont l'émulation s'avive au spectacle de celle des princes.
Les comédies et les tragédies g,-ccques, trop austeres et trop fines pour un paiplc
ivre de se sentir délivré du joug étrangcr, sont supplantées par la pantomime.
Théatre bien rudimentaire encore, ou les mreurs de l'époque sont pesamment repro-duites, louées ou btamécs, mais théatre quand méme. En vain, le clergé, inquiet
de cctte soif de réjouissances, tentc-t-il de mettre un frein aux abus des spcctacles
populaires. L'opinion publique t•cmporte sur les lois. 11 faut la suivre, sans avoir
l'air de la flatter. On organise alors des fetes religieuses, avcc de la musique, des
chreurs, voire des mascarades. Le scandale n'en fait que croitre de plus bclle. La
pompc catholique dégénere en pitrcries charlatanesques. Des personnages graves

1 '.(1) Cité par P. de Moratin, loe. cit.

�-88viennent a peine de precht:r ou de célébrer la sainte mcs~e qu'ils courent se déguiser
en baladins grotesques. Cette confusion, pour le moins étrange, des solennités
pieuses et des farces profanes_. durera jusqu'au treiziéme siécle, époque a Jaquelle
Jnnocent III interdit aux pretres le métier d'histrion. La coutume étrange se perdit
peu a peu en Italie. Mais elle avait, pour longtemps encore, imposé sa bizarrerie aux
autres nations.
C'est probablernent au cours du onzieme siécle que l'usage des représentations
&lt;lites sacrées passe d'Italie en Espagne. La langue castillane a déja réalisé de notables progres. La poésie semble l'apanage des ecclésiastiques, des chevaliers et des
rois. La musique se fait entendre dans les temples, les palais, les assemblées populaires. La pantomime est a la mode. Les éléments primordiaux d'un art dramatique
existent. I1 ne restera plus qu'a les amalgamer pour tenter les premiers essais
théatraux. L'exemple rctentissant de l'ltalie, centre de la chrétienté, autorise l'organisation de cérérnonies religieuses. L'art dramatique espagnol en sortira.
11 copie, au début, ct:'lui qui triomphe au dela des Alpes. Les membres des
chapitres s'improvisent auteurs et acteurs. D'ailleurs les spectacles, toujours relatifs a des scenes de l'Ancien ou du Xouveau Testament. évitent tout soup&lt;;on de
profanation scandaleuse. L'Espagnol, ZaJ!s cxagfrer t'austérité de semblables divertissements, cherc!te a ne pas tomber dans les cxpes de l'ltalien. A l'époque oi.t
U rbain IV établit des fetes en l'honneur de la sainte Euc.'-laristie, Alphonse X le
Savant est roi. JI dresse une liste de spectacles au~quels peuvent prendre part les
ccclé:;iastiques. Ainsi, les premiers essais dramatiques en Espagne, imité:. des essais
italiens, n'en atteignent pas le ridicule. •
La rareté des documents ne permet pas de prec1ser davantage les caractéristiques
de ce théatre primitif. Mais il est déja bien de coonaitre « qu'il fut créé pour célébrer
les fétes de l'Eglise et les mysteres de la religion, que les piéces étaieot jouées en
castillan et en vcrs, en fin qu'auteurs et interpretes apparteoaient tous au clergé •.
On sait a que) heureux développement atteignit, par la suite, le théatre espagnol, - oi.t
un Pierre Corneille puisa l'inspiration du Cid.

Livres R~us

1-~~E

Jsubelfe la Gra11de, rei11e de Castille (1451-1504). Librairie Ha-

chette, s. a., 4º, 486 p.
Cet ouvrage était prét en 1914. La guerre en interrompit l'impression. Mme Dieulafoy a eu jusqu'a ses derniers jours pour les choses d'Espagne une prédil~tion
justifiée. Pourquoi s'est-elle attachée plus particulierement a la figure d'lsabelle la
Catholique ? Parce qu'elle a vu en elle un génie qui pouvait se montrer d'autant
mieux vir:1 que la différence n'était pas aussi grande de son temps entre le costume
de l'homme et celui de la ft:mme. On lit a la page 437 : « L'arrét de la postérité
a ratifié le jugement des contemporains et, apres quatre siecles, les Espagnols ne se
lassent pas de glorifier le talent, la vaillance, la grandeur d'ame et la vertu de la
Souveraine qui renversa les barrieres debout entre la Castille et l'Aragon, recouvra
J'Andalousie, découvrit (.ne) le Nouveau Monde t:'l restera toujours la personnification la plus belle de la Fe111111e-Roi comme la Vierge de Domrémy demeurera la
plus noble et la plus pure figure de la Fem111e-Capitai11e.
r: Epoque a jamais mémorable ou, en moins de quarante ans, le Dispensateur de la
justice immanente fit naitre les libératrices de la France et de l'Espagne.
r:

Gaston P1CARD.

D1ECL.\l'O\' :

Gesta Dei per mulieres. •

11 n'y a pas a redouter qu'une cruvre entreprise dans de tels sentiments abuse
de !'esprit et des discussions critiques. Mme Dieulafoy a lu les ouvrages essentiels
sur l'époque ou se détache son héroine, all'Ssi bien les travaux d'un Prescott que les
chroniques des contcmporains des Rois Catholiques. La bibliographie qu'elle nous
donne prouve l'étendue de sa recherche. I1 est un livre cependant qu'on n'y voit
point citer. Et c'est précisément celui de M. Jean-H. Mariéjol sur « L'Espagne
sous Ferdinand et Isabelle •· Cet oubli ne laisse pas d'étre inquiétant.
Le récit que Mme Dieulafoy nous présente des événements historiques est, en
général, assez clair et d'une lecture facile. 0n regrette de le voir parfois entrecoupé
de petites réflexions attendr~santes et inutiles. On aurait préféré un examen plus
approfondi de certaines décisions de « la Femme-Roi •· On ne dira jamais assez
combien un parti pris d'apologie continue est funeste a la gloire qu'on veut servir
et dangereux pour le p.rétre ou la prétresse de ce culte. Isabelle n'a-t-elle pas fait
payer trop cher a l'Espagne son unité religieuse ? Et n'est-ce pas jusqu'a elle qu'il
faut faire remont~ !'origine d'une léi¡ende dont son pays souffre cncore cruellement ?
La question valait au moins la peine d'étre examinée.
Deux chapitres sont consacrés a la civilisation espagnole au temps d'lsabelle.
L'un, le dernier, traite des arts, de !'industrie et des mccurs. Il fait une part qu'on
s'explique, mais qui ne demeure pas moins excessive, a de prétendues influenccs

�pcrsC's. Pourquoi le chapitre sur « La vie intellectuelle au temps d'lsabelle • est-il
introduit dans le cours du récit historique 11 On ne le saisit point. Mme Dieulafoy ne parait etre exactement renseignée ni sur !'origine et l'évolution des romances, ni sur la véritable époque des autos sacramentales, et elle écrit sur la Célestine
des lignes surannées.
Trente-huit planches bors-texte illustrent ce be1 ouvrage de vulgarisation.

91 -

Fran~s du Xord comme a ceux du Midi une période importante de l'histo.ire littéraire de la France. • Souhaitons comme tui que son Histoire excite ses lecteurs a
Jire ou a relire des textes qui apporterent jadis au dela de nos frontieres un peu du
charme d'un « gentil pais • et qui sont loin d'avoir perdu toute leur vertu d'enchantement.
E.M.

E.M.
JosEPH ANGLADE : Histoire som111aire de la littérature méridionale au moye11 crge.
E. de Boccard, éditeur, Paris, 1921, 8°, 274 p.
Ce livre est un manuel consacré a la littérature de ce qu'on appelait autrefois la
langue, c'est-a-dire le pays d'Oc. Nul ne pouvait l'écrire plus facilement que M. Joseph Anglade qui est a la fois un professeur averti et le plus cordial des jos-copiscols. I1 arrive a son heure. Les textes les plus importants ont été publiés, et de
savantes études critiques ont présenté sous leur véritable jour un grand nombre
de nos vieux troubadours. M. J. A. nous avait déja donné un travail d'ensemble sur
leu.r lyrisme. 11 le complete aujourd'hui en adoptant une nouvelle méthode. « Nous
avons essayé, dit-il, de grouper les troubadours par provinces, ce qui est relativement facile pour les débuts et le xn• siécle presque en entier ; au xm• siécle,
nous avons essayé de les groupcr autrement, en les rattachant aux grands événements bistoriques du temps : Croisade albigeoise, changement de dynastie en Provence, progres du pouvoir royal dans le Midi de la France, etc. •
La seconde partie de cette Histoire sommaire est entierement neuve et poursuit
jusqu'a la découverte de l'imprimerie, l'étude de la poésic narrative et religieuse.
0n n'y trouvera point des chefs-d'ceuvre comparables a ce ly.risme dont Gaston
Paris a pu dire que « la poésie artistique de l'ltalie, du Portugal, de l'Espagne, de
l'Allemagne en proceder ». 0n ne saurait négliger cependant des poemes comme
Flamenca ou la Clranso,i de la Croisade, et il est curieux de voi.r, apres la croisade
contre les Albigeois, le culte de la femme se transformer en culte de la Vierge.
Daos le fatras des poésies religieuses du x1v° siecle se détachent parfois des strophes
d'un souffie puissant ou émouvant, comme cette Co11te111placio de la Crotz que nous
a conservée le deuxiéme manuscrit des Leys d'A111or. Comment d'ailleurs ne pas ctre
reconnaissant a M. J. A. de nous faire suivre tous les courants littéraires qui nous
menent a la fondation du Consistoire du Gai Savoir et a cette Ecole toulousaine
dont la tradition a été si heureusement reprise au siécle dernier ?
La trois;éme partie de son travail, pour etre plus aride, n'en est pas moins utile.
Elle nous offre un tableau de la prose didactique, religieuse et profane, pendant
les deux ou trois siccles de décadence qui suivent l'age d'or des troubadours. Comme
disait Mistral, « les beaux diseurs sont morts » ; mais si, en debors de leurs biograpbies, on n'écrit rien alors qui éveille encore l'intéret, la tangue du moins conserve
sa pureté, et cette continuité justifiara plus tard les efforts de ceux qui essaieront de
récbauffer leur enthousiasme aux rayons du soleil « qui s'est caché, mais ne s'est
point éteint •.
A la fin de sa Préface, M. J. Anglade écrit : « Le présent ouvrage aura rempli
lt róle que son auteur souhaite pour lui, s'il contribue mieux faire connaitre aux

a

ALFRED LAuvoNIER : Catalogue de terres c11ites du Mlusée archéologiq11e de
Madrid. Bordeaux-Paris, 1921, 4•, 253 pages de texte suivies de LXXXIV planches

d'exemplaires.
Ce catalogue forme le fascicule II de la Bibliotheque de hautes éludes hispaniques.
11 fait le plus grand honneur a l'Ecole que dirige avec une autorité si féconde
M. Pierre París. L 'Espagne demeure encore aujourd'hui une terre
la fois séduisante et mal connue. Ceux mémes qui la viennent visiter la quittent sans sou~onner
les richesses qu'ils ont frólées. Que de touristes cultivés se sont attardés a Madri :f
au Prado et sont repartís sans faire les quelques pas qui IC's auraient menés a
!'admirable Musée archéologique national ! lls n'y au.raient pas seulement trouvé des
picces essentielles a l'int&lt;:11igence de l'art primitif espagnol. lis y auraient aussi
éprouvé d'incomparables émerveillements devant des collections d'antiques a peu
pres ignorées. 11 faut remercier le savant auteur de l'Essai sur l'art et l'i,idustrie
de l'Espag11e primitive d'inspirer e~ de diriger des travaux qui appelleront l'attention
sur des trésors que sont loin encore de connaitre tous les spécialistes, pour ne ríen
dire des profanes.
Le regretté Gabriel Leroux nous avait déja dormé en 1912 le premier catalogue
méthodique des vases grecs et italo-grecs du l\fosée archéologique de Madrid.
l\f. Laumonier continue fort heureusement la série en publiant les ter.res cuites
grecques, romaines et bispaniques. Ces terres cuites proviennent presque toutes de
collections particulieres qui ne fournissaient que des renseignements incomplets,
vagues ou inexacts sur leur provenance. 11 était done impossible de leur assigner
un classement géographique et il fallait se contenter d'un groupcment par collections.
Voici l'ordre adopté par M. Laumonier : « En tete, écrit-il dans son introduction,
viennent les figurines proprement grecques ; parmi celles-ci la préférence est donnée
a celles que rapporta Rada y Delgado de leul'S pays d'origine ; par cont.re, la petite
collection Vives, dont la provenance est inconnue, est rejetée a la fin de cette
série, apres le lot Stutzel. Ensuite se placent les figurines de Cyrénaique et d'Egypte
(coll. Asensi et Toda), et la collection Salamanca, qui comprend a la fois des statuettes et des reliefs grecs, hellénistiques et .romains, de tous les styles et sans
provenance connue, sauf pour quelques figurines romaines. Les terres cuites bispaniques, au style hybride, tantot gréco-romain, tantót oriental ou africain, forment
une catégorie part, placée a la suite, car ces ceuvres indigénes, malgré leur originalité, sont en grande partie inspirées de l'art gréco-romain. La derniére section
(provenances diverses) contient quelques picces importantes, dont plusieurs sont
préalablement d'origine hispanique. •
On pourrait pcut-étre discuter parfois la fa1,on dont M. Laumonier a tenu compte
de l'ordre chronologique a l'intérieur de cbaque collection. On est parfois aussi
un peu surpris par certains classements comme celui qui, dans la collection Sala-

a

a

�-92-

-93 -

manca, fait intervenir, apres les types divcrs dé fcmmes drapées, les « styles particulicrement mauvais •· 0n ne peut qu'admirer, en réVanche, l'abondance et la
belle ñctteté des photographies qui illustrent ce catalogue dont les descriptions sobres
et précist'S attestent le goút et la conscience de son auteur.

en signalait comme la sourcé un texte parallele d' Aristophane (Co111a-di0!, l:;,f.xt;,
V, 678, éd. d'Oxford, 1900, vol. I) : 1tOAAIZ fLEV iv rñ 1toH:z a' iq¡ 'úyp~ ! Virgile,
a la fa4-on de Michel-Ange en sculpture, représente la fusion géniale, presque souvt'Taine, des deux courants - l'hellénique et le latin - qui, depuis de longues années,
se disputaient i'l.égémonie des terres romaines et, en vrai dominateur, suit, a chaque
moment, la direction et le critere qui lui semble11t les meilleurs &gt;. - Pou~ M. P.-M.
Bordoy-Torrents, l'introduction de l'E11éide n'a rien a voir avec celles de l'lliade ou
de l'Odyssée (1). Elle est « syrnptomatiquement romaine et latine en général »
(p. 123). Et les fameux quatre vers du début sont (p. 103) « indiscutablement virgiliens et... confirmen!... la mentalité et les flexions de l'ame virgilienne &gt;, absolument de la meme fa4-on que les deux derniers vers des Géorgiq11cs, que Lejay
imaginait, av~ plus d'ingéniosité que de raison, avoir pu donner l'idée des dits quatre vers et si ceux-ci manquent dans les ms. antérieurs au x• siecle, c'est uniquement parce que Varius et Tueca les avaient supprimés et que les historiens anciens Properce, Ovide, Martial, Ausone - ne connaissaient, du poeme de Virgile, que le
texte fourni 1,ar les dits manu::crits.
Nous avons tenu a signaler dans Hispania et l'orientation nouvélle des Quaderns
d'Estudi - trop peu connus hors de la Cat:ilogne (2) - et l'intéressant essai de
M. P.-M. Bordoy-Torrents. Trop rares sont les apports modemes de l'Espagne a
la philologie classique pour qu'on ne nous pardonne pas cette digyession, qui, nous
le répétons, r,'avait aucune prétention de critiqut personnelle.

E.M.
Quader11s d'Estudi. NtÍm. 47. Volu111 XIII [av1il-juin 1921.) PERE M. BoanovTORRENTS : Estudis de critica virgiliana (pp. 97-124).

M. P.-M. Bo1doy-Torrents entrep, end, dans cette étude, de restituet définitivcment a Virgile les quatre premiers vers de l'Enéid1 :
lile tgo, q1ti quo11dam gracili modulatus ave11a
Carmen, et egressus silvis vici11a coegi
Ut qua"'vis avido parerent arva colo110,
Gratu"' opus agricolis, at nu11c horrentia Marti.r, etc.

rlont tous les l!lar.uscrits antérieurs au x• sicde sont dépourvus et que de récents
éditeurs de Virgi)e ou suppriment purement et simplement - comme c'est le cas,
chez nous. des CE.uvre.r de Virgile par Plessis et Lejay (Paris, 1920) - ou citent
en note pour dire que l'antiquité faisait commencer le poeme au vers 5 - ainsi
O. Ribbcck, P. Vergilli Mm-oni.r Opera, II (Lei9zig, 1895) - , alors que d'autres,
comme Hirtzel (P. Vergilii Maronis Opera, o~:ford, 1900), regyettaient 11n tel procédé : versus pr&lt;rclarism11os foiuria poetm abiudicaru,it editores p/erique... Ctpthdant
le roi de la critique virgilienne en France, Benoist, était resté hésitant (P. Virgilii
Maronis Opera, XVIII• éd., revue par Duvau, Paris, 1910) : « Ce.r qttatre ver.r 11e
se lrouvent dans aucun de.r manuscrits i,nportants. lis fonl allusion aux pre"'iers
ouvrages de Virgile ; mais on ne peut affirmer qrlils soient de la mofo du poete... -.
Nous n'avons pas a prendre position dans cette querelle d'humanistes dont les
clivérs arguments ont été exposés avec suffisante précision par le philol~gue catala~. La maniere ~"arguer ~e celni-ci sent un :&gt;eu sa scolastique, parfois, mais s'appu1c sur une solide conna1ssance des textes, qui ont été produits, dans cet article
d'une revue devenue tout récemment organe d'érudition - apres avoir été Jongtemps
d'.or~re strictement pédagogique catalan, - avcc toute l'acribie désirable. Ce passage,
cu 11 apprécie Virgile, mérite d'etre traduit. e Virg;Je, - écrit-il, p. 120 - comme
il est aisé de le démontrer, représente et incarne la plénitude de l'ame Jatii:e. II est
p~r excel!ence ~e poete de notrc race. Mais, précisément par sa puisance et sa plémlude memes, 11 cherche dans lés r,1eilleurs :node!es - grecs et fatins - d 'innombrables éléments de beauté, qu'il s'assimilc et transforme a sa maniere sans amoindrissement de sa gloire, a la fa4-on de Dante dans la Com111edia. De sorte que sa
propédeutique est fonnid1ble, mai~ que son irte'l~ité de vie latine l'est plus encore.
II cst bien certain que nous trouverons daos ses ~uvres de nombreuses réminiscenc~s helléniques, mais moindres, de beaucoup, que ne l'indiquent quelques hellénophiles, qui vont jusqu'a !'extreme de leur attribuer les sources de modes de concevoir et de rédiger communs a ·toute menfalité. Ainsi le P. La Cerda, qui, commentant le vers :
. .multuni ille et terris jacfatus et alto,

Camille PIT0LLET.
(1) Voir sur ce sujet la Glossa a la introducci6 de l'lliaJa, publiée par M. P.-.\1. BordoyTorrents dans La Veu de Catalu11y a, 23 juillet 1920.
(2) Cette publication trimestrielle ne coute que 9 francs d'abonnement annuel. L'adrcssc
du aecrétaire de la Rédaction est cclle m~me du Bureau du Co11u/l de Pedago;:,a : Urgcll.
187, Barcelona.

�-95 -

Echos
M. Jorge Guillén, le spirituel chroniq11cur de La Libertad de Madrid dont nos
l,cteurs ont pu apprécicr la finesse et le don lyriq,u, t'Íent de publier da11s son
journal un tres bel éloge de notrc ami Marius André, « curie11x homme &gt;1,
dnnt on peut disc11ter les idécs explosit•es et la partialité, mais non pos la con11aissance approfondie et l'amour vigilant des clioses hispano-américaines. Nous
sommes heureux de traduire et piquant hommagc publié sous le titre de « Un
amoureux de l!Espag,rc &gt;1 dans le n• de la Libertad d11 19 ffrrier 1922.
Une nation ne devient jamais amoureuse, pas plus qu'elle ne suscite l'amour
chez les autres nations. Mais entre la nation et l'individu, l'amoureux transport se produit avec fréquence. Marius André est un. amoureux de l'Espagne.
11 ne serait pas suffisant de le qualifier d'admirateur ou d'anú. L'objet de sa
plus haute exaltation lui apparait en un seul bloc. N'est-ce point la l'attitude
de l'amoureux ? Marius André représente l'hispanisme intégral. Sa nature l'y
pousse, ignorante des clairs-obscurs et des ténebres. Ardent, violent, ent:~r,
définitif dans son opinion, dogmatique dans ses vues, ses yeux memes brillent
des étincelles de la foi dogmatique. 11 a besoin de certitudes absolues : c'est
une preuve que dans son creur battent des passions profondes. De la, que les
conséquences extremes le plongent en un voluptueux vertige. Dresser ses lentes
sur les promontoires les plus avancés de toutes les cótes n'est pas une aventure
&lt;lont il est peu coutumier. C'est de ces mille aventures qu'il tisse .sa vie quotidienne. Done, tempérament de militant, de chef de partis tres avancés ou tres
réactionnaires ; de toutes fac;ons, paradoxal, turbulent, révolutionnaire, toujours
..rmé de pied en cap. Etant franc;ais, il ne lui restait plus qu'a se déclarer
bokhévique ou royaliste. 11 a opté pour la seconde alternative, qui revient a
etre la meme chose q,ue la premicre, sinon par la doctrine, du moins par la
trépidation doctrinale. Dynamiteur, il lance des bombes ; mais intellectuel aigu,
ses explosifs sont strictement littéraires.
Pour ses attaques, il choisit dans le piff-paff-pouff de la Troisieme République, ce qu'il appelle « la science officielle » en ce par quoi elle touche a l'Histoire. Pourquoi est-elle enseignée par les historiens républicains, les Lavisse,
les Seignobos ? Ici, voici surgir son hispanisme. Chevalier errant, l\farius André
vole au secours d'une jeune filie persécutée : l'Espagne, l'Espagnc des Philippe, celle qui dressa &lt;e devant le scandale de l'Europe » le noir, lugubrc,

funcbre catafalque de sa Monarchie catholique. La défense de l'Espagne lui
sert a attaqucr le régime démocratique actuel. Non seulement il aime l'Espagne
parce qu'il l'aime : il l'aime encore pour des raisons d'articlcs de foi. Peut-ctre
son credo n'cst-il pas le tien, lecteur et non-ami, ni le míen. Et que nous
importe ? Le résultat est que Marius André trouve dans son amour des motifs
pour approfondir l'étude de l'Espagne classique. C'cst a elle qu'il revient toujours devant le public de son pays qui n'est pas habitué a cntendre de pareils
panégyriques. Le voici qui consacre cinq conférences a « l'Améri,que latine et
la science officielle &gt;1, a l'Institut d'Action Franc;aise : c'est une réhabilitation
des colonisateur·s espagnols, en un langage si enthousiaste, si excessif que le
dicton : 11 plus royaliste que le roi », vient forcément a !'esprit.
On prétend que nos vice-rois s·enrichissaient a tondre jusqu'aux os les pauvres petits indigenes ? Eh bien, Marius André argumente : &lt;e Supposcz que
run des rois de la grande industrie, un des ploutocrates qui dominent notre
démocratie, ayant ramassé une énorme fortune pendant la guerre, - appelonsle Loucheur, si vous voulez, - aille rendre visite ,au président du Conscil et
luí dise : Je vicns solliciter l'honneur d'etre nommé gouverneur de Madagascar,
sans traitement ni indemnité. U, je dépenserai mes millions a construire des
routes, des chemins de fer, des ports, des écoles, des hópitaux et je ne reviendrai pas sans avoir dépensé mon dernier centime. Absurde, n'est-ce pas ? Eh
bien, cette abnégation n'avait rien d'insolite dans la noblesse de l'ancien régime
rspagnol d'ou sortirent maintes fois, pour aller gouverner une province d'Aru'!rique, de grands seigneurs qui revinrent ruinés, Jittéralement ruinés, apres avoir
consumé leur fortune a fonder des villes, tracer des routcs, batir des écoles et
des églises, secourir les pauvres et défricher des terrains incultes ». Qui sont
ces nobles? L'auteur précise ses assertions : « Luis de Velasquez, vice-roi du
Mexique, mourut pauvre et accablé de dettes, parce qu'il avait employé sa
fortune de cette fac;on. García de Hurtado de Mendoza, gouverneur du Chili,
n'ayant pas achevé de dépenser son bien durant qu'il occupait sa charge, avant
de la quitter, distribue aux pauvres tout ce qui lui restait. José Solis Folch de
Cardona, vice-roi de la Nouvelle-Grcnade, en abandonnant son poste, laissa
tous ses biens aux indigents et entra dans un couvcnt. Manso, vice-roi du
Pérou, revint en Espagne completement ruiné et se lit maitre d'école. » L'auteur illustre cette thcse d'une grande abondance de documents, en mani:in:
le détail historique avec cette habileté que possedent ceux qui sont quelque
chose de plus que de simples historiens. Les príncipes généraux qui bouillent
dans leurs cerveaux leur communiquent une sorte de jonglerie transformant
la donnée brutale qui manque par elle-méme de signification. Un professeur
d'histoire tout court ne comprendra jamais le langage du faits, intelligible a
qui possede une machine a comprendre, mise en mouvement par lesdits príncipes générau.x. Marius André possede une de ces machines.
Enfin, cet amoureux de l'Espagne est-il amoureux surtout de sa Sainte Inquisition, par exemple ? Peut-étre. Et pourquoi pas ? Un amour est toujours
louable. Mais ce n'est pas tout. Deux autres traits caractérisent notre homme :

�son enthousiasme pour Góngora et son goüt pour la copla populaire . ren arquable a_ccord. 11 a publié quelques coplas de sa propre composition et. du 'ius
pur casti_llan, dans la revue « Hispania ». Et il y a peu, il publiait a P:ris
une vers1on de la « Fable de Polypheme et Galathée ».
L'reuvre opposait des difficultés extraordinaires. Le traducteur les a vaincu~s. Comment _?. En changeant le vers admirablement ténébreux en un vers
tª1~, trop ~phc1te, ,ª~ec une superabondance d'explications, ce qui eüt été
a pire trah1son au geme de Góngora ~ No
•
f
.
• poe
· n, 1e poeme ran~a1s reste tres pres
~:elle m\;spagnlol, méthode qui produit un fram;ais tres gongoresque. Et
me1 eure ouange ? La traduction, en tous cas a1'de a'
d
l'ongma'
· · J mente
' • digne
•
,
compren re
d'un éloge superlatif.
. Aw;ir~i.on des coloni~ateu:s espagnols, culture de la copla populaire relig1on e . o_ngor~. Ce~ h1spanisme n'est-il pas un hispanisme tres inrelli' ent ~
Pour mo1, Je la1ssera1 peut-etre certains jours Marius A d ,
g
.
seul dans ses forets américaines. Maís dans le b .
." rhe se promener_ tout
a d I
• 1
• •
ois ou c ante 1-e ross1gnol
n a ou, Je e SU1vra1 toujours comme un guide t
.
l'exégese, fraternel daos l'extase O
e un ~a1tre, paternel dans
insigne Don Luis ! t&lt; Estas que. me ª;~~re~ de la me11leure Espagne, salut,
ic o rimas sonoras, - culta sí, aunque
bu co·1·1ca, T a ¡·1a... »

Jorge GuILLtN.

PUBLICATIONS DE L'INSTITUT D'ÉTUDES HISPANIQUES

Inauguration des Conférences du Centre d'études
franco-hispaniques de l'Université de Paris, sous
la présidence de MM. Louis Liard, Vice-Recteur
de l'Université de Paris, et Francisco de Reynoso,
chargé d'affaires de S. M. le Roi d'Espagne. Conférence de M. Rafael Altamira, Directeur
général de l'Enseignement primaire d'Espagne,
membre de l'Académie Royale des Sciences
morales et politiques.
La Guerra y la Civilización francesa, avec
préface de M. Ernest Martinenche, broch., Paris,
1914.
Une enquéte littéraire : Don Quichotte a Paris
et dans les tranchées, par M. Ventura Garcia
Calderón, broch., Paris, 1916.
Programme de l'lnstitut d'études hispaniques
de l'Université de Paris, broch., Paris, 1918.

Orientaciones de política exterior y de economia nacional, par Carlos Ibañez de Ibero, broch.,
Paris, 1919.

--:::;:-:---~--:---------...:L:e Gérant: A.

CouESLAl'iT.

Cahors, Imprimerie CoUESLANT (perso1111el intércssé). -

2

5. 52 2 -

Les communications entre l'Espagne et le Maroc,
par Carlos Ibañez de Ibero, broch., Paris, 1919
(sous presse).

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                  <text>1917, año en que, en plena guerra mundial, nace el Instituto de Estudios Hispánicos de la Universidad de París, su director Ernest Martinenche escribe al joven mexicano Alfonso Reyes para agradecerle el envío de un texto y anunciarle le manifestó su intención de publicar una revista que inicialmente sería trimestral, y “que se esforzará por mantener informado a nuestro público sobre “la España de hoy””. Reyes, antes de convertirse en uno de los mejores escritores mexicanos del XX ° siglo, contribuirán a la publicación de Hispania, como parte de una densa red de escritores y críticos en ambos lados del Atlántico. Esta revista finalmente se mantuvo trimestral durante los cinco años de su corta existencia. Es decir, un total de veinte números de unas cien páginas cada uno, impresos con la sobriedad propia de una revista que quiere ser científica: sin dibujo, sin viñeta, sin adornos en la maqueta. Hispania vivió desde principios de 1918 hasta finales de 1922 y, probablemente, por lo que se sabe mucho menos que las otras dos revistas de hispanismo, nacidos en el final del siglo  XIX.</text>
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      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
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                <text>1917, año en que, en plena guerra mundial, nace el Instituto de Estudios Hispánicos de la Universidad de París, su director Ernest Martinenche escribe al joven mexicano Alfonso Reyes para agradecerle el envío de un texto y anunciarle le manifestó su intención de publicar una revista que inicialmente sería trimestral, y “que se esforzará por mantener informado a nuestro público sobre “la España de hoy””. Reyes, antes de convertirse en uno de los mejores escritores mexicanos del XX ° siglo, contribuirán a la publicación de Hispania, como parte de una densa red de escritores y críticos en ambos lados del Atlántico. Esta revista finalmente se mantuvo trimestral durante los cinco años de su corta existencia. Es decir, un total de veinte números de unas cien páginas cada uno, impresos con la sobriedad propia de una revista que quiere ser científica: sin dibujo, sin viñeta, sin adornos en la maqueta. Hispania vivió desde principios de 1918 hasta finales de 1922 y, probablemente, por lo que se sabe mucho menos que las otras dos revistas de hispanismo, nacidos en el final del siglo  XIX.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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