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                    <text>1f1STO'J{1A

~I me de Vieux-lfaisons est une des plus
grande suivante· de Cupidon, cl, ce qui pis
est, une des plus méchantes femme qu'on
pui e voir.
Elli~ e t la sœur de ~[me de Vauvray trè
belle femme que le duc d'.\.yen a aimée en
amant romanesque, ce qui ne lui res- emble
guère.
li 'était fait pa ser pour maitre de musique et lui a donné de leçons. Un beau
jour, à aint-fiocb, elle voit son mailre de
mu.i1p1e en habit supt:rbe, suivi de valets!
On pen c que c'e t puur e divertir plutôt
que par grand sentiment qu'il a joué ce rôle.
)lmc de Vieux-Mai~on n'a\·ait pa de plus
grande amie que la pré..~idenle Portail. n
am:int, qu'elles e disputèrt'nt, jeta un froid
entre elle . Elle se rencontrèrent chez Mme
de ,;-..i-.:i, et e quPrellèrent. La présidtnte reprochait à l'autre de courir après le homme .

- C'est bien à vous, riposta Mme de de son appartement. Il 'habilla en if cl parut
Vieux-füi on., qui arPz couru aprè le Roi, dan la aile. La foule de prétendantes élait
au ]Jal de la Ville, à Yer·ailles, et qui avez inGni,\; loutrs crurent rernir le noi; la préélA attrapée par un de 5CS domesti11ue , qui sidente se cha.r"'ea &lt;le l'agacer plu que toute
a fait de ,·ous tout ce qu'il a ,·oulu ! 1&gt;
les :intres.
Et aussitôt, .:il\, qu'on pùl l'interrompre,
11 Il ne fut pas cruel l propo. a à la Porelle commença l'histoire. La présidt:nle Por- tail de le sui1·re d,rns 1,• fll'lit :ippa.rtcrucnt de
tail 'en alla îurieu e, an entendre le re::te, son premier valet ùe chamlirc. La pré idcnle
qu'on décida :rn. peine Jrmc de Vieux-)Jai- ne :.clc lit pa.s rt;péler el. c hr\La dl! l'y suine,
son à raconter. Elle dit :
cr Il n'y avait point de lumi~re parce que
« Au bal, pour le mariage du Dauphin ~I. de Brige avait eu, :iupara\·ant que de
(25 février 17 i5), plu ieur femme cher- rentrer au bal, la prfolULiou de l'éteindre.
chaient à faire la contJuête du Roi. El Ja p1·éc&lt; L'érnyer prodigua les plus belles prosidente Portail n'était pas ln rooin. emprcs.ée. mes~c. i1 )lrne Portail, la pres a •,ivemenl...
Le Roi el quclyue courli an de sa ~ociété el elle crut avoir rendu le r\oi heureux.
in lime parurent dégui~é en if ·, taillé · dans
&lt;c ~lai$, eu sortant du petit appariement,
le got'lt de ceux de. jardins du chàleau.
le vèternent en dé ordre, S3 coiffure défaite,
« Il 'amusa quelque temp au bal. Et, les eux rayonnants d'or!!Ueil, elle ,·it tout à
ensuite, fatigué de la gène et du poids de . on coup a )laje té ttni traversait le salon de
déguisement, il rentra cbc•l lui par une porte l'Œil-de-Bœuf, vètu à l'ordinaire et .uivi de
de derrière. On porta sa ma carade chez son ses courtisans habituels . .\u·sitôt l'ir, qui lui
premier valet de chambre qui a un pl'lil ap- donnait le bra , la quilla el 'évada. Elle \'Ïl
partement dan l'anlichaml,re de Sa Maje lé. qu-'elle avaiL été trompée et devint furieuse.
cc li. de Briges, écu)tr du noi, était l'ami Lonntemps après, par &lt;JUdques indiscrétion ,
du premier valet de chambre. li le pria de elle ut, ain·i que moi, le nom de celui qui
lui prèter le dégui emenL, ainsi que la clef avait i bien joué le rùle du l\oi. »
~I.Ao.uiE c.u

IL\C

ET.

t:hcbe lilr&amp;o00D

LA

VIE ET LES Mlf.UR~ AU XVII' SI.E.CLF;. -

L"HIVER. -

Gra11ure à'AuRAHA.\l Bosse. (Calririd iks Estampes

Cliche OlrauJoq

MADAME AR AULT
Tableau de j.-B. REG. AULT. l~lusée de Versailles. )

�LIB~AIIUB ILLUST~EB.

JULES

TALLANDIBR, ÉDITEU~. -

75, rue Dareau,

PA~IS

(XIV' arr').
'::..

·m~

3oe fascic ule (20Février l9II ).

Sommaire d u

l\.i~

Les comparses de I' , Épopée • : Un ami de
Napoléon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . :2.p
Ju:,i POUJOlJLIT •• · • La seconde Murie-Antoinette . . . . . . . . 2-13
. •
.
'fALLE.\1A:-1T llES RÉAUX · Histoires de pendus . . . . . _.
219
FRÉDERIC L OLIÉE. . , · Les Femmes du second Empi re : La prmcesse de Metternich . . . . . . . .
Cn. G\ILLY PE TAUR\NES. Le lieutenant ci v il Dreux d'Aubray .
Querelles
de princesses . . . . . .
SMNTSum:, . . . . . . .
PO:-TE:-ILLES • . .

G.

LE:-IOTRE • . . . . . •
ÜL'CLOS • . . . . .
C•• DE FHA:-iCE 1l'lH.ZECQUES • . . . . . .
GÉ:-IERAL DE -'lARBOT . .
VICTOR H UGO • • .
ER:-IEST DAUDET • • • . .

ILLUSTRATIONS

TIR EE EN CUIAÎEIJ :

J

11 AullERT BEL.LIARD BERTHAULT, Co:-;RAD, ri.ES DA no, D Evtn1.1 , E. DurAI'I,
f)E:PLESSl·~E~;EAUX, f-~EIJ DEBERq, ]Ul.E ' &lt;.illlARIJET, MAGDELEINE IJORTIIEMH.:l.
SCOTI~, GEORGF.S SCOTT, F.-A. YINCENf.

ARN'AUL T
Tableau de J.-8. Regnault (.\!usée de Versaille /.
MADAME

Copyright by Tallandier 1910.

'' LISEZ=MOI ''

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Paraissant
le IO et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

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SOMMAIR.B du NUMÉRO 132 du 25 février 1911

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UNE VIE
• R oman, par Guy de MAUPASSAN~ \-.; on,:• Tl·IErRIET. La ~o~elière . - Tul':oDORE DF. _BA:\ : ILLE . yœu ._ . .\hr~ ALPHOSSE DAUDE r. Alinéas - Gu~ CIIANTEPLEURK A.~1es fem1n1nes .
_ L i:crn DEL.\IU'E--'lARDRt.,S. Mardi gras. - JI E:&lt;RI II El :'i E. ~es dieux
grecs. _ PAUL BOURGET de l",\ce1demie franyaise. La vie es~ aux Jeunes._ ANAJOLE PR.\I\CE, d~ l'Academie françmbe . La _~agesse des griffons ..--: II ENRY
BORDEAUX. La ro be de laine. - P111L1PrE GÈRF.\UT. Pensées~ h,ver._Eo~IOKD RoSTA~P, de l'Académie frnnça1se. Tes_ yeux . - J. MAR'.\_l. A~a, re
c.i"honneur. -CHARLE " UAUDELAIRE. Tout entière. - H ENRL I.AVEUAN , d e
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l'Académie rrançabe. Le prince d' Au rec.

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2o

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Prénoms _ _ _ _ _ _ _ _ __

Rut _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

Dq,arltmtnt _ _ _ _ _ _ _ __
8urtau dl Poste _ _ _ _ _ _ __

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1)

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Un amt• de Napoléon
.

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OUTES

les personnes contractant un abonnement

à H IST O RI A jusqu'à la fi n d e sa deuxième

année (20 Novembre 1911), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d' abonnement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.

~,)')

~
1

~(

Parmi les poètes de second plan qui surt&gt;11l
e faire un nom sous la Révoluliou et sous
l'Empire, mais que la po térilé pt&gt;ul . a11s
déni de justice traiter avec qucl, iu" dédo1i11,
il en est un qui doit .urtout aux cirt;1,nlances extra-littéraires de .a vie de n'è1re
pas encore, pour nos contemporains, un
« oublié ». Ce poète, c'e l Aruault, dont
F.-A. Vincent a pt'Înl le rrrand portrait qu on
peut voir au dernier étage du p;1la.i · d~ \"crsailles, dans une des sa lles du Consulill,
auprè · de celui demadameArnault, sa fe mme,
représentée dans le plein épanouis emt'nl do:
a beauté planrureuse par l'onctueux pinci-au
de J .-B. Regnau lt.
De tra.(édie' de style néo--cla~ ique am,·
quelles Arnault, pendant près d'un dl"misiècle, dut de pass .. r pour un maitre dP. 1a
scène frarrçaise, il ne ubsiste gui&gt;re que
de brève mentions dans le cours de litréralure documt'nlé· avec un oin tout particulièremPnt méticu l1::ux. De r fa bl~.,
qui con Lribuèrenl, avec plu dt&gt; rai on
peut-être, à aFseoir sa réputalio11, on
retrouve-' en cherchant bien, d, s ci1a1io11s
dans certain manud · scolaires. De ses
caulates el autres pièi:e de circonsbtnCt',
comme de St"s poé ie fngitin·s, 011 ne
connait plus qu.. celle plaiule d'un honaparli~te exilé : La feuille, une élégie dl'
C( □inie vers. 3fais, en outre, Arnaull a
lais équalcc volum , vivant et a-nu anls.
où, sou le lilre de Souvenirs d'un sexagénail'e, il retraça verveusement et ·p1rituellement se aveulures de jeune ho111me
et d'homme fait. El comme tout app11rt
d'un témoin qui a su voir et s11it rnurer
sera toujour , prti,·i~u ement recut'illi par
quiconque Ïotére,. eaux rhoses de Jadis,
il se trouve 11u·aujourd'hui ces 4ua1re
volumes-là, écrits .ans ·pré1eutio11, parîuis
même un peu à la diable, consli lut"ut
en réalité la. meilleure partie du copieux
bagage littéraire d'Arnault. Uu brtf résumé
de ces souveuirs, ou du moiu de leurs
parties saitlan1es, ne saurait donc ètre
dépourvu d'iutérêl, car l'existen,·e ruouvt&gt;mentée du poète présente, en cha, un de
es haut el de se bas, une conséquem:e
directe de sursauts 4ui agitère11t a prn prè.s
sans répit la société de on temps.
rnaull était né à Pari en i 766. Apri&gt;s
avoir fait ses éludes ebtz les Uralor1 .. us,
ou la férule de professeurs parmi l"'squel ·
on cornpt.ait le Père Fou,:hé, futur duc

Sous ce pli mandat postal de :
22 fr PARIS. - 24 fr. PROVINCE. - 2 8 fr.
ETRANGER. Rayer les chiffres inutf~.

Afin d'êYiter des erreurs, prière d'écrire très lisiblement lou~ les indications.
AJouter

ÉPOPÉE

~

I}

La Cour de Versailles inti me : La chapelle. 268
Mémoires. . . . . . . . . .
270
La fuite de Louis-Philip pe .
278
Mademoiselle de Circé . . . . . . . . . . . . 28 1

c&lt;

~

~

!!).

:~ r,

tffi

~

..

0

PLANCHE HORS TEXTE

D' APRÈS LES TABLEAOX, OESSINS FT P.STAMPF.S DE •

J0

L'Exode des Girondins : Madame Bouquey
Procès de presse . . . . . . . . . . . . . . . 26,

·-

-0

LES COMPARSES DE L'

~&gt;

.

- ·-

~

0 fr. 5 0 pour l'envoi des gravures, O fr. 2 5 ~ourle stylographe et pour
les Uvres O Ir. 25 (l'aris) et O fr. 85 (Dcpartements).

!V. -

SU'RP'RlME ~VEILLEUSE

lliSTORIA. -

d'l1trante, et le Père Hillaud-Varenne, futur
th,·rmidorit&gt;n, il devint clerc de procureur,
u1ais un clerc beaucoup moins friand d"ampliation~. expédi1i11ns et transcriptions, que
de minute ver~iliécs écriles sous la dic1ée de
cc la Muse 1&gt;. Cel apprentissage de ha od1e
dura pl'u. ~:n 1i8fi, Arnault se vil attaehé
au ~ervia:e d'une prince e du sang, la comlt's.e d,· Pr11ve11c", eomme secréta.ire du cabiul"l, avec un traitC'mtnl de mille écus. La
mème année, - a1·a11l, par con~équent,
d'rlre ruaJeur . - il épou ait la jolre maden,oi-elle d,.. B1111 ueui l, l'une de filles du premil'r valet decb;1mbre d.. U ,nsieur. Llè· lor ,
il • 'abandonue tout à 1,nsir à sa vocation de
poPle drdm~tique, el broche pour se débuts,
à l'i111enlion d~s ach·urs du Tbéàtre-ltalien,
une ptèce où 11 s'e t donné pour sujet l'aven-

prémunir eonll·e le retour d"une lelle mésavcnlure, il va cultiver désorma is un genre
enllèrement différent, el se met à aligner les
alt:rnndrin héroïques. Pendant qu'il s'abandonne aio i au feu de l'in pir~tion d'où doit
ortir. coulé en airain pour l'éternité, le
Jlrwius à Alinlurnes qui St'ra on premier
titre de gloire. une cala Lrophe d'ordre proaïyuemcnt économique s'abat soudain ur
on foyer. On lu i supprime la si11écure qu'il
devait dt&gt;puis deux ans à la géoéro ité de
Madame. Pour parer à ce désastre, il achète
alors, un bon pri~, la charge de valet de
garde-robe dans la maison de Monsieur ....
Les événements allaient bientôt lui démontrer que s'aviser, en 88, d'un tl'I placement
d'ar,Tent, c'était, ain i que d'ailleur il devait
par la suite le remarquer lui-mème, (t se
faire marchand de poisson aprè · Pâques 1&gt; .
Deux ans s'écoulent encore. 9l arrive
et voit le succès de Marius. Mais la fuite
de Monsieur va lais.er Arnault an « patron » et ce n'est assurément pas, e.n
une épnque aussi troublée, le métier d'auteur qui pourra suffire à nourrir son
homme. Aussi retrouve-t-on, en 1792, le
poète tragique titulaire d"un modeste
emploi dans les servire créé· pour la
fabrication des assignais . Pui , la tragédie
dé ertant le tréteaux pour le pa,·é dts
ru,..s de Pari , prudemment l'ancien "officieux 1&gt; da comte de Provence passe eo •
An;{letl'rre. Il se risque pllurta1,t, au Lout
de quatre mois, à rentrer E'll France. On
l'arrèle à llunker,1ue, on l'emprisonne
comme émigré. .DPjà des vi:.ion~ dt' guiUotine vit&gt;nnenl le hanler d.. n~ son cachot.
Par bonheur, mademoi.ell,.. C1111tal et un
groupe d'amis, Tallien, fiolaud, 1-'ons de
Verdun, Fabre d"Églantine, prenuenl en
mam a cause "?t le sortent d~ Cl' mauvais
pa ·. Arnault taille alors de uouvtau sa
plume de dramaturge. ll émt pour Méhul
uu opéra-comique, Phrosine el !ilelidor,
CUcht Glraudon.
pui~ revient au répertoire tragique avec
LE POÈTE AR~AULT.
o~car, fils de Der,nid. C'e.~L à ce moment
Tableau de F.-,\. V1,-cE. T. 1Musée de Vtrsail/es.)
yu~ se place un voyage du poè•Le à Marseille, où il devait se lier d'amitié avec les
8011aparte, et à la suite duquel on le voit,
!ure de Gil Blas dan la caverne d1·s bri- sous le Directoire, devenir le fa1111lier de Jo égan,Js. liai ·, aui·un co111éJiP11 d., la troupe ne phine et de madame Tallien. Une page de ses
vuulanl fair~ li!{ure de ban.lit Je ;.iranJs Souvenirs montre ~i bien sous :,011 vrai jour
tbtm1i11 ·. 1., pit&gt;~ d'Aruault lui e·L, à l'u11a- - t:œur IPger et tête de linoLte - ec•lle qui,
01w1Lt&gt;, r .. rus,•e C'e,L u11e leçon donl notre
de 11 1lt·mi-ruondaine », comme 011 dirait mainjeune poète ~au,·a faire ·un prol:ii. !lin de se teuaut, allait deyenir impératrice, qu'elle

Fasc. 3o.

16

�111STORJ.Jf
mérite à coup . ùr d'ètre citée intéŒr.1lement.
11 farcbant de uccè en uccès, dit Arnault, Bonaparte avait contraint le roi de ardai!me à demander la paix. La Yictoire lui
a1·ait ou,·ert le porte· de ~lilan. rural, son
premier aid11 de camp, 11ui viol apport •r à
Paris le· lrophét&gt;, de Montenotte. de Dego, dti
Jloado1·i el de Lodi, remit à madame Ilnnapartc un• lettre par laquelle le jeune conquérant la pre ail de ,·enir le rejoindre. Cette
lettre, qu'elle me 6t Yoir, portail, ain. i 11ue
toulP. celle. qu'il lui avait adrer ée d1•pui
son d :part, le caracli•re tle la pa ion la plu'
violente. Jo · 1phine s'aruu ail de ce enliment,
•1ui n'était p;1 c empt de jalou:.ie. Je l'entend en ·ore li~anl un pa age dan lequel,
emulant repous~er de inquiétudes 11ui \i i1,lemenl le tourmentaienl, on mari lui dt. ail : • 'il était uai, pourtant I Crain l •
poirrnard d'Otbello 1 11 je l'entend, dire u·ec
~on accent créole, eo souriant : « ll e.~l drôl.e,
Bonaparte! Il l,'amour c1u'elle in pi rait à un
homme au. i e1traordinaire la flattait 1hidemment, quoiqu'elle prit la cbo.e moin sérieuem •nt &lt;Jue lui; 1:Ue était fio\re dè voir qu'il
l'aimai L pre que autant 1111e la gloire; elle
joui. ait de celte gloire qui chaque jour ·'accroi sait, mai c'est à Pari qu'elle aimait à
en jouir, au milieu de acclama lion· qui retenti ·saieot ·ur .on pa age à chaque nouvelle
de l'armée d' Italie. on cba..,rin fut extrême
quand elle Yil qu'il n'y avait plus moyen de
reculer. Pen anl plu à cc qu 'ell allait 4uit1er qu'à ce qu'elle allait trouver, elle aurait
donné le pala1 préparé à ~itlan pour la recevoir, elleauraildonnétou le· palai' du monde
pour sa. ma'l&gt;On de la rue Chantereine, pour
la petite m.iison qu'ellti 1·enail d'acheter de
Talma. c·e~t du Lu embourg qu'elle partit,
aprè ) avo,r oupé arnc quelque ami au
nombre d •·quel je me trou~ai.... P.iu,•re
femme! elle fondait en larme , elle an.,lolait
comme i Il• allait au upplice : elle allait
régner. •
Après voir vécu dan l'iotimilé de Jo é• phine, Arnault allait être bientol appelé à
vivre dan. celle du mari. A la fin de li96, le
•~néral Lederc emmena notre poète à iJao,
où le beau-frère de ce dernier, fügnaud de
'ainL-Jean-d'Anrrély (qui arait, lui au •Î,
épou é une demoi elle de Bonneuil) rempli . ait le fonction d'admini:·lrateur énéral de '
hôpitaux de l'armée d'llalie. Arnault de\'inl le
commensal du général en chef, qui, l'ayant
apprécié pour son inlellirrenœ ou1erle, lit de
lui le repré~enlanl du Uirectoire pr de la
république de ile Ionienne , avec le rang et
le traitement de cbd de brigade. Prouvant
de réell qualité pl'llli&lt;tue , Arnault or"anisa le goul'ernement et J'admini lraliou de

\·pl-lie , mai n 'élerni ·a pa dan. a nouvelle fonction. a Aprè~ a\'oir, dit-il, donné
dr·s )ni à Corfou, lai~. ant à d'nutr l'honneur de le faire e é ula, j'abdiquai le pou,·oir au~. i béroitJuement c1ue L)cur ue et plu '
prudemment que ancbo. pui~c1ue je n'attendi pa. pour le répudier que l'expérience
m'en eùt démontré tou le inconl'énienl . »
flel'enu d'Italie à son tour, Ronaparlc l,'.
traita comm • un ,, ami de famille », un de
ces intime. de quel. on ne peut e pa: er.
Quand, par ba.ard, il manquait un jour de
e montrrr cbez le premier Con ul, celui-ci
lui di ait : « On ne vous voit plu ! Que devenez-\'OU donc? » et c'était Arnault qu'il
char eait de lui compo. er un entourage de
choix, recru lé dans le mon Je avant el parmi
lé g•ns de lettre . Le poèle, bon enfant, peu
porté j l'emie, incapable d'.lpri&gt; parli pri ,
dut œlte ilualion pécialc d'être, en réalité, pour bon nomlire de i.;c confrère , le
d1 pen ateur pre111ier de ta\'eurs m:itérielles
ou honorifique dont le coml,lerail par la
uitc l'Empereur.
Élant do11né une telle cordialitjl de rapport·, on conçoit qu'à et·lle ami lié du premier
Con ul Arnault ait répondu par l'affection la
plu dévouée, el l'on 'étonue moin qu'au
l Brumaire, avec on beau-frère J\e!!tlaud
de int-Jean-d'Anf(ély, il . e soit fJit _l'un
des complice le plu zélés du. coup d'~tat.
On peul au i lui rendre celle ju lice c1uc,
loin d'abu cr, pour « pou er a fortune»,
de~ relation an•c l'ami &lt;1u'il 1•oyai1 à préent au faite de la puL oœ el de se ruer,
comme tant d'aulre', à la curée des place el
des honneur , il ~ • oil contenté de faire
œu\'re mod • te el ulile comme chef de division à l'ln lructioo publique, où il fut, huil
ann.:-cs durant, le collabora! ·ur de Fourcroy,
tJU·acliYcmcnl il aida dan l'orzaoi alion d
écol centrale CL de hcée .
C• brarn homme u·l, pourtant, e taire
plu d'un ennemi. C' l qu'a,·ec un cœur
excellent, il a,·ait parfoi · mauvai e tèle, et
que, dan ct'rtain arcè' de franchi ·e brutale,
an tenir le moindre compte d~ l'importance
du per onna"' au11uel il 'adrc~sait, il ne fut
pa a\'are de coup de boutoir. La façon dont
il 'attira l'inimitié de Foui.:hé, qu'il a1·ait
touJour· eu en viv • antipathie, montre qudle
pou\'aient êlfè, à l'occa ·ioa, la liberté cl la
,·t• rdeur de. e. ripo·tc . Un jour que le loul
pukant mini tre de la police ~omnolait aprè
. on diner, Arnault entre à l'unpro,·i. te chez
lui et le ré\'eille. • Vou. arri,·ez bien à propo,, dit au poète l'ancien Oratorien; je rèvai que vou étiez ur le point de mourir de
la· corde ou d'une '!alanterie. - Le enre d~
ma mort crait en efftit ,ite réglé, réplique r-

nault du tac au lac, si j' lpou. ai votre maitrP _s ou ,·o princi p . »
En i I i, l'ami de Bonaparte, le dévoUl:
. •nitcur de , apoléon, aÎYant un e1cmple
trop commun, eut on heure de faiblesse. li
alla, prêt à e remettre au ordres de on
ancien a patron », au-d •rnol de Loui XVHI
à Compiègne. lai , p r"onnarre de trop minœ
envergure pour qu·on lui :-ùl ,rre de celle démarche, l'accueil glacial qu'il rencontra n
fut pa de nature à atténuer le remord· de
sa palinodie. Et c'e t une UdêliLê à peine en~
lamée qu'au moment du retour de l'i)
d'Elbe, il offrit de nouveau à Napoléon.
Lorsriue urvinl la chute définitive de l'Ai
gle, la froideur royale devint de la rigueur.
On ne pardonna pa · à Arn ult d'a,oir fait,
pendant les Cent-Jour , partie de la Chamhr
des Repré~entanLs. Pro cril, il se réfugia en
llel11ique. C'e L là qu'il exprima a mélancolie
d'exilé dan· l'élé&lt;1ie qui comm nce par ce
ver :
ne ta Lige déLAchéc,
l'am·re fouille ,t,• ··, Iule,
Où ~•--lu "! - J,• n'en SJI~ rien ....

el qui se termine ain i :
Je vai ou n toute cho,r,
Où va la fouille de rose
Et la reaille de laurier.

lai le frontières de Fraoec ne devaient
pa lui r 'Ler à jamai fermée . D 1819,
on lui permit de rentrer dan oo pays et de
repr •ndre a place à l'Académie, où il avait
élé admi vinrrt ans plu lot.
a combath·ité ne s'e erça plus que dao.
le domaine lilléraire, par un con •rvali me
auqu.PI l'e. or de l',•cole romantique donna
l'occa ion de e ma nife ter, ou forme de
prole' talion · ou de sarca me~. li fit partie de
la peu éùlouL ante pléiade dont l'a lre de
première randeur était un Baour-Lormian,
et qui pré eula au roi Ch:irle X une requêt
à l'elftl de fermer le Théàtrt:-Françai à Ioule
pièce entachée de romanti~me. li , ·a . ocia
enfin à l'indignation d'un Lemercier, qui
s'écriait, dan un alexandrin moin cruel qn ·
comique:

Cuo, ET

(OC108llP.

JEA

r:-gJ). -

rtkht! A. DIO&lt;lr.

Ta/o~;JU J~ Jur~ GIRAROET.

PO JOULAT

.,..

La seconde Marie-Antoinette

Açec impumti: il'. llu,?O r,ml Jes vtnl

Quant à lui, Arnault, e lai. anl doucement vieillir, il lit tranquillement ses p tile
{abl . Pui , par un jour d'été, en J851,
pendant que a fille lui jouait au piano un air
d'antrefoi qu'il aimait, il 'allongea dao
son fauteuil, pencha la tête èD un lent dodelinement, comme un homme 11ui 'endort, et
'en alla, ourianl el apai é, an même une
rrisµation de ou Ifrance ....
FO TE, ILLE

... 2.p ...

l)ÉROUTE l&gt;E

Yer la lin de 1ï\13, en pleine Terreur, à corpore parwi le~ ~arde. de la porte qui , uplui délivra le comité r :volutionnaire de la
un• lieue de la FI '·cbe, ur la limite de cc
pléaient l'i doul,laienl, pour ainsi dire, le
Flèche.
pr1nince de l'Ouf'_l .ilor à feu et à ana, un
ardc du corp .
Pour obtenir celle protection, \larcilly nt'
hàteau, seul peut-être du département, le
Le fonction da mari étaient trop m0&lt;le l("
'était li Hé à aucune de ces làchelé féroce
château dl' )larcilly, u'a1ait pas été dé-crié pour ,aloir à la femme un rao" di.tingué à
par on maitre, lequel, ~ou la ~auni ..ard • de Yer~aillc . l'ourlant, l'e~pèce d'adoration par le ·quelle , à celle époque, 1 · poltron e
l'afii&gt;ction de
compatriote., y menait. à voUt:e par Éléonore au . ou,·enir de larie- rendaient plu redoutable que le m 1cbanl!.
pèu de cbo·e pr\s, la 1ie impie et pai iblc Antoineltc donne à penser qu'elle en r&lt;'çut, D•ux roplistc , errant et furritif:;, étant
,·enu demander a ile dan on château, il 1
d ,, a ntil ·hommc campa"nard~ d'autrefoi .
à celle époque, de martJuc · de hil•nrcillance. accu illit au péril de sa propre vie.
Le chàt1·lain i prhilégié . e nommait Loui Au licenciement de la mai~n du roi, le
Dans le dernier jour· de novembre t 703,
\liche! Giroult de llarciUy. Quelque années
farci Ur rtitournèrent dan · leur province; per- riuaod l'armée royale occupa la Flè,·he, pluaupam·ant, en iï 1, à peine àgé de îingtoune ne le~ I inquiéta. La popularité du
cinq an , il nait épou é une Ioule jeune lille mari était i !!l'ande que, loin de le I nir ·ieur de. chef se rendir 'nt auprè de l. de
fürcilly cl in i tèrent pour qu'il se joignit à
d'u.ne beauté remarquable : Éléonore de Couw pect comme ayant eni à la Cour. les
eux. li commença par refuser, ne pouvant se
drcaux. Celle-ci, bientôt las e de la monotone
patriotes de la Flè, be le nommèrent officier décider à lai · er eul , an défen eur, sa
'i d~ campagne et dé! irant connaitre la cour,
de la garde na li on ale. Il en exerça le foot&gt; mère et a femme, mais celle dernière interamit obt ou d,, on mari qu'il ach '•terait une
Lion jus11u'en ii92, pui , quand le régime \iot. L'exécution de la reine ( uneooe .ix
char e dan la mai ou du roi. Loui de llard
· la Terreur commen , il se retira dan
._ mai.ne:; auparavant) avait frappé au cœur
cill~, ricb , mai de petite noble se, dut e
ses
terres où il pul demeurer relati vemenl eo Eléonore. Exa pérée contre la Révolution,
nteoter d'un emploi ccoodaire. Il fut insécurité, nràce à un certificat de ciYi me que humiliée de voir on mari éparé du. parti de

�111STO'l{1A
la noblei se, la.se de vhTc oiSJve el olitaire
reclui:e dan on chàteau, elle voulait suivre
l'armée comme le faisaient ces grande dame.
vendéenne qui avaient déjà leur légt&gt;nde.
EHc obtint donc de Marcilly qu'il parL1raiL el
que ce serait avec elle. i nrandes étaient es
illu ions sur les dangers de la campa ane,
qu'elle l'mmena, pour la ervir en route, une
fillette de quinze ans, [◄' rançoi e Guarodé,
orph~line que la douairihe de Marcilly faisait
élever par charité.
Le cbet ruyafütes offrirent galamment à
la jeune femme un carrosse pour la durée de
l'expéJiLion; c'était, vu les circonstanre ,
autant d'é.rard que pour une prince se. La
beauté, lajt'unessc, l'entbousia me d'Éléonore
les charmaient; ils la surnommèrent alors
« Marie-Antoinette », peut-être à cause d'une
vague re · emblance avec la reine, peut-ètre
seulemt'nl par allu ion à son dévouement
fanati11ue pour la m(moire de celle-ci.
Pendant douze jours, à partir du Ier décemhre i i93, à A.ngèrS, au Mans, à Ancenis,
à ,ort, 1 ~ MJrcilly suivireut l'armée royale
à trav1r une . érie de défaite dont elle ne
devait jam~i · se relever. La guerre de Vendée,
après ce · dernil'r comhals, fuL une gm rre
de dé e. péré~. Toute perspective de victoire
finale arn1t disparu.
Il de"erwil imµossible pour M. de Marcilly
de lrdÎllt'r a Jeune femme à la suite des
'bamh·s en di:route qui, affolée. , repas aient
la Loire, alia11dunnant les hies és et ne recon11ai ~ml plu les cbefc. liai ·, retourner
en arrière était irupossil,le. Les troupe républi1·ai11es 1·er11aie11l li,s environs, refoulant ur
1 ante les Jébri de l'armée rebelle : « ui« vanl le orJre ' que vou m'a,ez do11nés,
c1 écrivait \\'e t...rmitnn à la Coment,on, j'ai
« é1·ra é 1, e11f..tnls sous lt:s pieds dt&gt; che• v;rnx, nia, acré les femmes, 11ui, au moin
« celles-là, 11'eufan1ru·o11t pas des brigand .
11 Je 11'ai pa un pr1 onuier à me r,•procher,
« h:~ r1111Lt·s ~onl emécs de cadaues. Un
cr fu,ille ·,111s cesse, car, à chairue instant, il
n arrive des br,;...ranJ. qui prélt!uJent se
&lt;&lt; r.-11dre pri,111111ier , mais la pitié o·e~t pas
11 rrvoluli1111rn1ire. 11
E11 clM. p,,ur al'hevt'r de semer le Jésordre
parmi le:. v ,mcu,, de ' agents de Carrier
foi ait'11l traitrt'u~emeut courir le bruit d ·uue
anuu~he pro111i~e à tou eeu1 de · rebelles
qui \ie11Jra,cnl faire l,·ur soumLsion.
M,,rcill e fia imprudemment à cette rumeur. Tout aut.1 e mo)en de salut ne semblai1-1I ~a . d'aill1·ur., presque au i dangereux ttu•· cdui-1 .. 7 Eu1111enaut donc avt'c lui
a Jeu11e Ct:wme el la petite uirnute Françoise, il ~e J1riw a \er anlt' , espéraut 4ue
le Cornilé ri:\1Jluti11uuaire de Ct!tle ville lui
tiendr.. il co111µ1e de e an1écédents et du cerutical dl' l'i\~ uw que lui avaient délivré aulrdoi~ 1,. p.,trwtes de la Flèche. Sans doule,
à l'lit&gt;ure 11ù il e rattachait à ce dernier e·poir. ll(1HJ1·ai1-iJ ce qu'ét.ait la situation de
aul~~ ,011:. lt&lt; vrocuusulat de Carrier.
~a11lt'S pl1111g~ dau le aog. jonchée de
cad,,\'le~, liv,tie au ruai- acre, à la pe..'.'le el à
la fa.ruiu e, riait le dernit:r cerde daus l'enfer

de la THreur. La commi--~ion militaire, en
seize srancc • prononça dix-neuf Cl'nt oixanteneuI condarunation' à mort, et le procon ul,
trouvant encore les formes juridiques trop
lentes, eut recour à de exécution ' sans
ju1tement. En deux fournée , on guillotina
airu i cinquante-trois pcr onne ·, parmi le quelles deux enîant de treize an dout la tète
ne dépas aut qu'à moitié la planche de la
"Uillotine fut mutilée par le coupt'rel. Le
bourreau en mourut d'horreur.
Carrier chercha un mode d'exécution moin
public et plu rapide que la guillotine et le ·
Cu illades. ri fallait dêsencombrt'r le pri on ,
ix mille per onoes pourris aient dan · l'ordure et, comme on n'rnlevait pa les corp
de ceux qui mouraient, une épidémie de
typhus 'était déclarée. D"ailleur la famine
évi sait; autant de gen supprimé , autant
de bouches de moin à nourrir.
L'expédient cherché fut ugaéré au proconul par unt orle de maurni génie ou de
traitre do mélodrame, .Jean-Jar4ues GonLin,
créole de aint-Domin!!Uo, lequel, ayant joué
au "enlilhomme sous l"ancien rilgime, a)anl,
au courant d'une explication un peu vive,
frappé son père à coup de bàro11, ayant péroré dans le café· au déhut de la Révolution,
ayanl, lor de Ja première atla.qut des endéens contre antes, refusé de prendre les
armes sous préteite d'une malarlie neneuse,
\·emiit finalement d'ètre élu président de la
ociété populaire dont le pouvoir à ante
était si graud que le procon ul avait lenu à
honneur d'en faire partie.
Goulin parla « d'un navire où l'on ferait
embarquer les prisonnier lJ; Carrier comprit
à demi-mot. i le créole, toujours prudent,
ne e chargea pa de diriger le expéditions,
il fournit des hommes pour les exécuter :
U11 las d • gens perdus do

th':llcs cl

de cri mes

a ociés sou le nom de compagnit Maral.
Ces bourreaux amateurs s'adjoignirent
comme aides une liande de nè1tres, venus en
France à l'appel de Fournier l'Améri,.ain, et
tout échauDës encore des ma · acres de ainlDomin!!lle. Le a a in · trouvés, il leur fallaiL un chef; l"bomme qui assuma celle terrible re~ponsabilité e nommait Guilfaume
Lamberty. ~é aux environ de I antes, à
Poutchàteau, il avait dans sa première jeune e exercé la prolrssion de carro sier. A
l'époque de la Révolution (il était alors âgé
d'une tri:ntaine d'année ) il pril, comme
pre que tou les ouniers de la ville, le parti
de Bleu~, qui l'emplo1èrent en qualilé d'e pion.
Connaissant à îond le pay , qu'il avait souvent parcouru autrefui ' quand il allait de
château en château pour réparer des car•
ro es, il était à mème de guider Jes troupes
républicaines à Lraver les chemins creu
bordés de baies de la campa!!lle vendéenne.
Parfois auslli il avait l'audace de s'aventurer
seul ju:.que dans le camp de Charette; fait
pri onnier au cours d'une de ce dangereu e
expéditions, il s'évada et revint à Nantes où
il e trouvait en juin i 793 lor de l'auaque

simultanée de celle ville par le armées de
Charette et de Cathelineau. On ail que le
plan des chefs roialbte échoua par la rési tance inattendue de 'ort, bourgade ituée
devant , ante , en sentinelle, au bord du
fleure, et qui, défendue par cinq cents ·antais, tint huit heures contre dix. mille Vendéen.
Parmi les cinq cenl défenseurs de ort,
trente eulement survécurenl. Guillaume
L:imberty était du nombre; il avait comhallu
comme un héro de l' lliade. On citait de lui
dt&gt;s proues es de légende; on di ail qu'à lui
seul il avait, sur un des ponls de Nort, tenu
deux cent royali te en échec.
Quelques mois plus tard, Carrier, à son
arrirée à Nantes, e prit pour le héro populaire d'un enthou ia me d'autant plu· vif que
le procoo. ul lui-même était rarement brare
et parfoi tout à rail poltron. A la bataille de
Cholet il était descendu de rbeval pour e cacher; le grand abre qu'il portaii à on côté,
dont il menaçait à tout propos es inLPrlocuteurs (:l qu'il brandi ait à la tribune de la
Société populaire, ne lui senait guère qu'à
moucher les chandelle , ainsi que le rapporta
un témoin au cour de ~on procè".
li donna d"emblée à Lamberty le commandement de l'artillerie de la ville el le !!rade
de général. La présence auprè de lui d'un
homme au i brave lui ,emblait devoir as uror . a propre sé urité et, comme il aimait à
jouer au souverain, il fit du nou1,eau général
son aide de camp favori, uoo orle de premier mini tre pour lequel il n.. cachait pas
a prilférence ;1 la petite cour formée autour
de lui par les « lfarats » et 11-s memlires de
la ociété populaire : « Vous ète de bon
b .... , mais vou ne \·alez pas Lamllerly, 11
leur disait-il som·ent dans :,on langage fami•
lier.
Les puissants élèvent ou abais enL leur
faroris suivant leur propre nin•au. Dieu sait
ce que NJpoléon aurait fait &lt;l un bumme
comme Lawberty, Carrier 1'11 lit un a ·sassin.
Il l'a ocia d'abord à es débauche , t·n uite
à ses crimes. Le proconsul, dans le somptueux bote! dont il avait fait a résidence,
menait, ainsi que es courtisan, , une vie de
satrape auprè Je laqut•lle les Ji tractions de
Lom XV au parc au Cerfs po11vaieul pas er
pour une églogue de Florian. Outre e" deus
mai1r e en litre, la 'ormand t'L la Caron,
qui, s't-nricbi santde prévanca11on:a, t:t,ùt.1ieul
plu cher aux 1'antais que la IJu.harry n'avait
coùté aux Pari iens, il - 'était en Louré de
femmes do mau,,ai~e ,ie. Tuul ce monde festoyait gaiement au milieu de la ville aUamée,
au bruit des fu illades.
Lamb~rly n'ayant connu, ju 4u'à la force
de l'àge, que la dure vie des artisans, était
déJà gri é plll' sa rapide fortuue; les plai,ir
au111 uels il se jeta avec to11Le la violence de
sa ualure ardente achevèrent d~ lui faire
perdre Lout équilibre moral.
a Lamberty, a écrit un de es contemporain 1 , a montré de la bra\'oure, mais e·
mœur · 0111 élé dissolues. Il est d1:ve11u un
1. Rapport de Chao-x,

'-------------------homme de sana; il s'est livré aux oraies les
plu crapuleuse , aux dis -olution le plu
méprisa hie . »
C'e ·t au sortir d'une de ce· orrries que
d~n la nuit du 15 au i 6 novembre, la pre~
mtère noyade fut exécutée sous les orJres de
Lam1&gt;&lt;:rty et de Robert Fouquet, un ancien
lonnel!er, dont l'adjudant général avait fait
,on aide de camp el qui lui était tout dévoué.
l:e Yi~·lime de œ premier assas inat collecltf étaient quaLre-viogt-dix prêtre détenu
a_u Bouffay: _l~ur mort fut annoncée par Carrier au. mm1slre· dans une lellre dont la
Convention acdama la lecture. Le lendemain
dr. ~elle exécution, Carrier réunit à souper a
peute cour à bord de la aliote d'où a,·aienl
été_pr~ipitées le victime . Le proconsul ne
lar.•_s ait pas d'~loges à, l'égard de Lamberty
c1u 11 embra smt en l appelant le meilleur
d~ rév?lt,tionn~ire~, et, en témoignage de
r.econna1s ance, il lui fil présent de la ga1,_ote. Ivre.. e1altés par le. éloges, le as asm .et l •ur c·hef e livrèrent à d'ignobles van~ard' ~ rncontanl comment ils avaient achevé
a coup de abre le malheureux qui tentaient
de o sauver à la narre. Le souper e termina
par des chants patriotiques.
' Dès lors, (es nuits de noyades se succèdent
a de court" rnterYalle : noyade de prètre
noyade do pri onniers de guerre, noyade di~
d_r . uspe~I~ comprenant cent cinquante-cinq
VJi:Umes ltree au hasard pêle-mêle de la prison du Bo~ffay, noyade de quatre-viogt-trui.
fill~ publiques. C'était une idée fixe chez
Carrier de purger le sol républicain de ces
~alheureu ~. re tes impur de l'ancien régime.

LA

SECONDE MA~lE-ANT01N'ETTE - - ,

et qui dre sait los listes de victime , ayant le
talent de se dis imuler toujours au moment
suprême. li y eut pourtant de · occa ions oi1
il fut forcé de mettre la main à la beso11ne :
au 20 frimaire, par exemple, pour 0cctto
norade de su"pecls que, dan un moment
d'horreur subite, de remords sans lendemain,
L~mberty refusa do commandèr : « Pourquoi
fa1 -tu des difficulté ? n dit brutalement Goulin, voyant que es in tances et celles des
Marats re taienl inutiles. « Est-ee que ce
n'esl pas toujours toi qui es charué de ces
alTaires-là'l » L'adjudant général :'oL tina
dans son r~fo ; il fallut agir sans lui. lais,
dans la nuit même, quand le noyeur revinrent de leur expédition, il s'attabla avec eux
chez Carrier el l'h•re se di ipa bientôt se
velléité de repentir.
_Cependant, si endurci qu'il fût dès lors, le
m1sérable fut encore capable d'un sentiment
généreux; il respecta la rési tance d'une pau\·re fille, Aaathe Gingrou, femme de chambre
de \~me de Le cure. Agathe, arrêtée après le
défaites de. Vendéens, avait d'abord été conduite à la pri on de l'Enlrepôt et en u.ite à
~rd de la galiote à soupape. Lamber!)',
la ·ant trouvée à on oût lui offrit la vie
sauve moyennant condition.
li lui arrivait :;om·ent de sauver :rin i de
joLies femmes; ce en quoi il se montrait
moins féroce que les Milrats et que les noirs
de Fournier, le quels violentaient d'aliord le
pri onnière et les noyaient ou les fu illaient
en uite.
Agathe, pour toute réponse, courut à la
ou pape et voulut e jeter d'clle-mème à l'eau
Ce trait de coura 0 e toucha Lamberty :
·

Pui , le sy tème se développant davanta"'e,
on, noya :" ma se, sans y reaarder de trop
pre '. hmt cent, victimes d'un seul coup
parUIJ le quelles e trouvaient, mêlé au re _
tant de_s hordes vendéennes, des condamné ·
d~ d~oil ~mmun, un pauvre diable accu é
d avoir vole un pantalon et deux autre arrêtés pour ivrognerie.
_L~ \'Îlle d~gorgeait ain i dan le fleuve des
milliers de victimes, des noble • des gens du
peuple, des prètres, de jeunes fille ' des voleur , de enfant., de filles publiques. le
fleuve le re,·omi sait sur la ville. Le l~na
de her~I' ven_aient 'échouer de c.,davre~
aux mams ?1utilé~s p~r les coup de abre,
paunes m:nns qu1 avaient tenté vainement de
e raccr0t:ber aux parois de galiotes. Le
m~rts se von aèrent; la peste 'exhala de la
Loire; un arrêté interdit de boire l'eau du
fleuve et ~c manaer de ses poi ons, mais on
~e pou~a1L défendre de respirer et Ja corruption éta.J.~ dans l'atmosphère.
JEAN-BAPTISTE CARRIER .
On ,01r, chez Carrier, Lamberty répétait
D'apr~s ,~ dessin de BELLIARD.
co~me ob édé d'une idée .fixe : « Deux mi!J;
b_utt ':6°1_ ... cela fait deux mille huit cents ... u
n lemoin demanda de explication . cc Tu
- Tu o une brave fille, dit-il· je le saun\fmp~ends pa , Ûl Carrier en riant : deux verai quand même.
'
m1 _e bu1l _cents de ·ceodu au food de la baignoire naltonale f »
1: C'est p•~ erreur que Michelet a écril : c 11 la mena
drn1l t he~ lu i l La. chose était impo sible, au moiJJS
La~?erty était le chef apparent de ce
po~r ~~e bonne ra1wn : chei LamberLy . e trouex_péd1l.Jon , Goulin, qui les a\·ait conseillées Vi l~ deJa une aul re Vendéenne au,·ée par lui, une
maitresse de La Trémoille, laquellcl s'était montrée

Et il la fit cacher à 1 antes, chez la femme
d'un de ses lieulenanls.
C'e t quelques jours aprè cet épisode quo
le~ farcilly, toujours accompa11:nés do Françoise, furPnl arrêtés au sortir du bourg de
Carquefou, tout près de Nantes, où il se rendaient dans 1a croyance d'une amni~lie. Conduits en pré ence du général Lamhrr1y, tou
trois furent sur· son ordre écroués à la pri on
de l'Enlrepot.
Tout conspira pour allirer sur Éléonore
l'attention de l'adjudant général; quand il
n'aurait pas été frappé à prt&gt;mière vue de la
l1oaulé de la prisonnière, il aurait eu l'ima"ination montée par les récils dont la jeune
femme élait l'objt:L.
Ce urnom de Marie-Antoinelle. que ,a
dévolion pour la reine lui avait fair donner
parmi les royali te , urnom répété de ville
en ville à on pa age et parvenu à la connaissance des comités révolutionnaires; les éaards
que lui avaient témoignés le chd:; vendéen ,
le détail même du ca.rro se mis par eux à sa
disposition, tout cela per-uada aux patriote
de Nantes que Mme de Marcilly était une aristocrate de Lrè· haut rang, une de ces fameu e
briaaodes que la Jéaende rrprésentait dirigeant l'insurrection vendérnne.
. L'idée de ces grandeur: ajouta à l'imprc s10_n que 1~ v~e de ~Lne de Marcilly avait produite ur I adjudant général. Il voulut la revoir
e~ charn-ea on aide de camp, Rol:wrt Fouquet,
daller la chercher à l'Entrepôl el de la lui
amener dans une petite mai ·on qu'il s'était
amilnagée à Nantes 1 •
Êléoaore comprit-elle par qui•lle honteuse
cltclmence elle était seule extraite dn charnier
de l'Enlrepôt après quelques jours do détention el cooduit.e dan une mai,on inconnue?
Impossible de le savoir; pa une pen ée, pa
une parole d'elle ne sub. i te, pa une de ce
li_gnes qui, retrouvées dans le lias es pous1.ér~u~s des documents, re. suscilt!nl pour
am51 dire une âme après des siècles d'en eveli semenl et d'oubli.
Après a sorLie de rEntrepôt, Mme de farcilly pas e dans celle trai:!édie dont elle est
l'héroïne comme l'Alcesle d'Euripide revenue
du éjour des morts, triste, ~ilenciense et
glacée.
. ~~ ne peut lui reprocher de n'avoir pa
1m1le ces co°:ageuses Vendéennes qui préférèrent mourir que de racheter leur ,·io au
prix de leur honneur : Victoire de Jourdain
celle enfant de seize an dont la mort ublim;
a été racontée par tou les historiens de la
Terreur à ante' l, ou cette autre j .. une fille
que, .~or le ~~nt de la. galiote, ~•ouquet avait
en va.10 upphee à genoux de se laisser sauver.
. Celles-là ne acrifiaieot que leur propre
VIC.

Éléonore n'eut pas a ez d'héroïsme pour
sacrifier l s deux ètre c1u'elle avait enlrainéi;
dans sa perte. Elle accepta l'ignominie de devenir la favorite du lieutenant de Carrier, de
moin~ farou che qu'Al!nthc il l'ilgard «le son sauveur.
'.!. llrmuin&lt;tle la llod ~jaquekù, : c Tumbée sur
ua ~ oacca11 . de_cadavres qui emp1•che gur le neuve
ne so11 _un a~1\e a ~a pudeur, elle s'écria : , Je n'ai pas
•
1. d eau, aidez-moi 1 •

�H1ST0~111----------------------•
l'exécuteur des noyades. Moyennant celle rançon, qu'elle paya de sa pt\rsonne, Lamberly
alla chercher lui-mème à !'Entrepôt el amena
près d'elle la pelite Françoise. Quant à Louis
de Marcilly, il fut laissé en prison au lieu
d'être, e-0mme les autres transfuges de l'armée Ye11déenoe, envoyé deYant la terrible
commission militaire, c'est-à-dire fusillé immédiatement.
Sans doute, il n'aurait pas été impossiLle
à l'adjudant génér:il de le faire évader; mais
celui-ci préféra le garder comme otage, ne se
fiant qu'à demi à l'apparente résignation de
, a capti,e.
Entre ce P}rrhus terroriste et son Andro•
maque, c'est le mari qui jouait le rôle d'AsLyanax.
D'ailleur~, sur tous les autres points, Lamberty était soumis aux désirs d'Éléonore; son
caprice pour elle avait fait place à une violente passi m; non seulement, pour lui plaire,
il avait délivré Fr·ançoise Guarodé, mais il
défün d';,1utn:s royalistes prisonniers el laissa
Mme de Marcilly libre de communiquer aver,
eux. C'était pour !ni-même le risque d'un
coup de couteau, si l'un de ces proscrits,
ayant à venger des parents ou des amis engloutis dans la Loire, eût, dans un recoin
sombre de la maison, guetté la visite du lieutenant de Carr,er.
oit pour se e-0oformel' à une demande de
Mme de Marcilly, soit que les sentiments qu'il
éprouvait pour elle eussent rouvert son cœur
à la pi lié, Lambert y Lenla à celle époque,
avec l'aide de son in éparable f ouquet, l'en)è\·ement en masse d'un ccrt~in nombre de
prisonnières, parmi lesquelles plusieurs
étaient enceintes; mais, pour la première
fois, le favori du tout-puissant proconsul rencontra de la part des autorités de Nantes une
résistance à laquelle il n'était pas habitué.
David Vaujois, accusateur public près le tribunal révolutionnaire, prévenu des fréquentes
ex.tractions de détenu opérées par l'adjudant
général dans les diverses prisons de Nantes,
y avait apposté des gens à lui ; on courut le
prévenir de l'entreprise de Lamherty. li arriva comme par hasard et déclara qu'il ne
laisserait pas emmener les captives. Une
scène violente se produisit; cependant Vaujois tint bon et Lamberty, après l'avoir vainement menacé de le faire guillotiner ou de le
sabrer de sa main, dut se retirer sans exécuter son projet.
C'était un signe des Lemps qu'une semblai.ile rési ·tance chez un membre de cette
magistrature tellement asservie au proconsul
el à ses créatures. Vaujoi~ n'aurait pas monlrJ tant de fel'meté s'il ue s'était enli soutenu par la municipalité et la Société populaire, lesquelles commençaient à se lasser du
despotisme et de l'arrogance de Carrier et de
son aide de camp.
Plusieurs fois déjà des connils s'étaient
produits, mais il était vi ible que les choses
s'envenimaient. Tout avertissait Lamberty de
se tenir sur ses gardes, de ne pas donner
prise sur lui. Si le prüconsul, succombant à
l'hostilité de la Société populaire, ne pouvait

plus lui servir d'appui, le fait d'avoir sous- chez lui en lui faisant promellre de rernoir
trait de royalistes au (l glaive de la loi 1&gt; le voir le lendemain.
~lare-Antoine, on le comprend facilement,
était de nature à mener un homme à l'échafaud, surtout quand parmi ces royalistes se se soucia peu d'une seconde enlrevue et détrouvait une brigande célèbre, celle que deux campa dans la nuit. Carrier, devinant ce que
comités révolutionnaire arnient flétrie du lui présageait ce brusque départ, entra dans
nom de « seconde Marie-Antoinette &gt;&gt;. Une des convulsions de rage. Rage inutile, le sort
telle faiblesse était bien autrement criminelle élait accompli; dès sa premii&gt;re étape, le petit
que la noyade de deux mille huit cents per- Jullien avait écrit à son cher 71apa et à son
sonnes ' an jugement; Lambcrty, à vrai dire, bon ami fiobespirrre pour raconter les périls
pouvait encore réparer s1 faute en renvoyant courus par lui à Nantes cl llétrir les débaula brigande dans sa pris,in, mais au lieu de ches dè Carrier, qu'il Mpeignit &lt;1 vivant
prendre ce parti prudent il attendit le danger, comme un satrape entouré d'insolentes sultanes et d' épa11/eliers lui .~e1'1'anl d'eunula i;riffe sur sa proie.
Le danger parut bientôt à l'horizon sous ques ... les 1•1·ais patriotes sont conslernis,
les traits d'un agent secret de Robespierre; ajoutait-il, tandis que les aide.~ de camp de
agent que le dictateur en,·oyait de départe- Carrie1-, fiers de lelfrs uni(ormes chamarré
ment en département, sous prétexte d'une d'o1·, éclabous. ent en passant dans leurs voiiospeclion d'instruction public1ue, et dont la tu1·es les sans-culottes à pierl. » •
mission véritable était d'adresser à Paris des
Quelle étrange oblitéra lion de sentiment!
rapport sur les agissemenls des proe-0osuls. Au sortir de l'immense charnier qu'était Nanflobespierre, avec l'insolence que donne le tes avec s,in odeur de cadavres et les gémispouvoir absolu(. urtout quand il esl usurpé), sements de ses mourants, ne trouver d'acavait confié ce droit de censure envers les cents attendris que pour compalir à l'humireprésenlants du peuple à un baml,in de dix- liation des sans-culottes à pied, regardant
neuf ans, ~lare-Antoine Jullien, fil du con- passer les aides de camp de Carrier en voiventionnel Jullien (de la Drôme). Le jeune lure!
Td était le crédit du rramin que Robeshomme, déjà secrètement en rapport a\'eC la
Société populaire, arriva 11 Nantes à l'insu de pierre, au reçu de sa lettre, rappela imméCarrier et oommenç:i sans bruit son enquêle. diatement Carrier, sans autres explications
Les massacres, noyades ou fusillades ~ans ju- préalal,les. Ici les dates ont leur éloquence.
Alarc-Aotoine s'est enfui de Nantes dans la
gement ne furent pas ce qui le loucha.
Lui-même avait écrit je ne ~ais où : (l La nuit du i5 au 14 pluviôse (du i•• au 2 féliberté ne veut se reposer que sur un lit de vrirr); sa l~ttre à fiobespierre est datée de
cadavres. » Mais Carrier vivait dans le lux.e, Tours, le 16 pluviôse, et le rappel de Carrier
dans la débauche; il avait des maîtresses, des ainsi que son remplacement par Prieur (de
aides de camp au:t uniformes galonnés : voilà la Marne) furent décidés le 20 du même mois .
Si promptes que fussent ces décisions, les
de 'JUOi scandaliser péniblement un disciple
de l'austère Maximilien, surtout un disciple à événements à Nantes les devancèrent. Au lenl'àge des illusions, croyant encore aux vertus demain du départ de Jullien, la Société populaire, süre désormais que ses griefs seraient
républicaines.
Le jeune homme allait repartir, indigné appuyés auprès de Robespierre, avait envoyé
des révélations que lui avaient faites les pa- deux délégués à Paris pour dénoncer à la
triotes de la Société populaire, quand un soir, Comention la tyrannie el les débordements
fort tard, au sortir de celte société, il fut ar- du proconsul. Celle nouvelle, coïncidant avec
rêté et conduit devant le proconsul. Celui-ci, l'affaire de Jullien, jeta la panique parmi les
informé par ses espions du vrai but de la compagnons de Lamberty. Ces bandits, noyeurs
mission de Marc-Antoine, tenta d'abord de el égorgeurs, avaient de l'affection pour leur
l'intimider par de menaces : « C'est donc chef; ils le virent perdu par la disgrâce du
toi, petit b..... , qui veux me dénoncer. Mais proconsul et voulurent le sauver à leur maje te tiens, tu ne m'échapperas pas et je ne nière, malgré lui s'il le fallait. Ils comprirent
me donnerai pas la peine de t'envoyer à la d'où viendrait le péril. Les victimes jetées à
guilloline; au besoin, je serai moi-mème Loo la Loire comptaient peu; le comité révolutionnaire, les ayant pour ainsi dire poussées
bourreau. ,&gt;
Le petit Jullien se raidit contre sa frayeur dans les galiotes, ne pouvait prétendre les
et riposta qu'on ne se défaisait pas du fils venger. C'était des victimes épargnées qu'il
d'un conveotionnel comme d'un simple pay- ~erail demandé compté. Donc, il fallait les
san vendéen : « Tu peux. me faire mourir la sacrifier au plus lot, afin d'anéantir avec elles
nuit dans les ténèbres (sic), mai ma mort les preuves du crime d'indulgence. Une batne restera pas impunie comme celle de tes tue fut organisée pour retrouver les malheuautres victimes. Mon père est député, je suis reux sauvés par l'adjudant général el presque
l'ami de Robespierre; au ,ein de la Conven- tous cachés dans 'antes.
Pierre Robin, un des Marats, voulut ain i
tion, ils te demanderont comple de mon sang
et tu périras toi-même comme un vil assas- poignarder Agathe Gingrou dont il s'était fait
indiquer la retraite. La pauvre fille le supplia
sin .... o
Carrier eut peur, el balbutia des excuses de lui lais er la vie. Il ne l'eûl sans doute pas
stupides : il y avait erreur de nom; ce n'était ée-0utée à bord de la galiote, entouré d'autres
pas à ce Jullien-là qu'il en voulait, mais à un assassins; mais, hors de l'engrenage de la
autre. Finalement il renvr,ya le jeune homme collectivité, ce tout jeune homme ( Robin avait

�111ST0~1A--------'-----------------vingt :ms à peine) fut acces ible à un scnlimenl humain. li éparrna Agathe el lui procu.ra un autre a. ile riue œlui où elle avait éLé
découverte.
Agathe n'était qu'une compare: la femme
fatale, celle pour qui Lamberll' ris,~uail l'échafaud, c'était la seconde füric--Anloinelle. Les
Marat la firent arrèlcr le 23 pluviôse, dan
celle mai on mystér1eu e où Lambert l'arait
tenue cachée pcndaulquaranle jour. L_a malheureuse, en rentrant à l'Enlrepôt, ne subit
pas la boule d'y revoir son mari. Marc1lly,
compris dan· l'hécatombe r1uc les amis de
Lamberty immolaient pour j ustiOer leur chef
du reproche d'indulgence, avait élé jurré le
22 pluvio. e par la commi sion militaire el
fusillé le 23 au malin.
li semble qu'il ait ignoré en mourant par
quelle faveur iofàme, au lieu d'être. comme
tant d'autres prisonniers, enVO)'é aussitôt arrèlé devant le peloton d'exécution, il avait. vu
on procès différé pendant ix emaine . Au
cours de on inlcrrogaloire, les juges, auiquels }P. mol d·ordre était donné de ne rien
dire qui pill comprometlre Lamberly, évilèrcnl toute allu ion à la femme de l'accu é.
Peut-être ce dcruier crut-il t1u'elle avait péri
avant lui.
Franc;ois Guarodé, arrêtée eo mème temp
que a matir,· se, (ul, apr~s a\'Oir été interrogée, renvo~ée en prison ju r1u'à plu ample
informé. C'était une formule d'indu! 't&gt;llce
relalive qui p"rmellail aux accustls d'ê1re
oubliés sou le verrous. Françoise dut cette
farnur à ce qu'elle prétendit n'a"oir uivi
l'armée royale tiue c•mlrainLe par le . larcilly; sy Lème de défense rendu vrais~mblable par on extrème jeune e et sa position
ubaltern,•.
En envoyant \Jme de Marcilly occuper à
l'Entrepol le rrrJbat laLsé vide par la morl
de son mari, les compagnon de Lamberty
'imaginaient le au ver; ils ne firent qu'assurer sa perte. La Jureur où le jeta le rapt
tl' Éléonore lui fil oublier le oin de sa con ervation per onnelle.
a puis ance était brisée : la nou\·elle du
rappel de Carrier venait d'arriver à ante .
Le temp n'était plus où le prisons s'ouvraient selon le bon plaisir de l'adjudant général. Carrier, auquel il s'aclres a, ne put
rien faire pour lui que d'exalter eucore sa
colère par des paroles frénétique., allant ju riu'à lui conseiller d'incendier antes; conseil
que, dan on délire, Lamberty emble avoir
réellement ongé à uivre. a dernière espérance était de fomenter un soulèvement populaire : « Il ne faut pas s'étonner. di ait-il,
' Î après cela on s'égorge le un~ les autres! n
Le misérable, en comptant ur l'appui du
peuple dont il se rappelait avoir été l'idole
lors de la dérense de 1' antes, ne comprenait
pa à quel poinl ses crimes récent avaient
effacé les glorieux: souvenirs d'antrefois. li
n'était plu le héro de i'orl; il était 1homme
des noyades, le pourvoyeur de la Loire.
Pris enlre l'aaimo ité des comités révolutionnaires et la vindicte publique, sa ule
chance de aJut étaiL de quit ter la nlle dans
0

le sillage de l'ex-proconsul. En clîet. le rappel de celai-ci n'était qu' une dt'm.i-di. gràce,
Barrère le mandait à Paris dan des termPs
amicaux: c1 Vien pr ·ndre au t•in de la Con,,cntion, parmi tes collè)!ues qui eront heureux de te re\"oir, un repos mérité par te
lra,·aux multiple . &gt;)
On peu de rt'pO était en ,·érité nére~ aire
à un homme qui \'en1~ de raire ma sacrt•r
neu[ mille per onnc en cent jours, et l'adju•
dant général, al•a11l parragé les travaux de
on chef, aurait eu le droit d'allt:r avec lui
e repo er à Paris. Carrier lui portait une
amitié Y "rilaLle, i l,izarre que soit un pareil
sentiment dans le cœur d'un pareil homme;
il n'aurait pas rt&gt;fu~é de l'emmener pour le
souslraire à Ja haine de ses ennemis 1 ; mais
Lamberty ne \'Oulait pas s'éloirner de la
pri ·on.
Le 25 pluviose, Mme de Marcilly comparut
devant les mêmesju~esqui ovaient condamné
son mari. on int,·rro!raloire ne se retrouve
pa aux archive de 1 antes. Le jugement eul
sullsi le :
« La commission miliLaire, conv.. incue
« &lt;11d:1 'onore Condrol, fomme Marcilly, a
« suivi de son plein gré lt' hordes de bri&lt;C gand , alors qu't:lle aurait pu
uivre l'ar1c mée républicaine (?), la condamne à La
« peine de murl cl, en con idération de la
a dticlaratioo faite par l'accu ée qu'elle e. t
&lt;&lt; enceinte de &lt;.:inq emaines, ordonne uo or« is de Lroi moi à l'exécution du jugement,
Cl à la fin desqu"I l'accusée sera visit ée par
a les gens de l'art el, dans Je cas où elle .eo rail pré umée eoceiute, sur i · aura lieu à
« l'exécution jnsqu ':\ l'accouchement de la« dite femme llarrilly. »
Chez quel désel péré le mol de sur. is DE
fait-il pa renaîrrc l'e poir'? Lamùerty crut
que ce long délai allait lui permettre d'arracher à la mort la femme qu'il aimait, la mère
de son enfant; mai une cala lrophe inattendue vint le frapper comme un coup •te couteau entre If:: · deul épaulèS.
Le 27 pluvio e, Carrier avait quillé ante .
Or. le lendemain mème de œ départ, Guillaume Lamlierly cl Robert Fouquet étaient
arrêtés à l'impro\'Ï te et fcroués à la pri on
du Bouffay. Le coup venait de Goulin. Le
créole avait loujo11r élé jaloux de la puisance oclro:yée à LamberLy p:ir la fa eur de
Carrier el peu 1-èLre au~si de la réputation de
courarre de l'adjudant général 'urveillanl à
]a dérobée lrs arlion de l'homme qu'il voulait perdre, il a,·ait eu ('Onnai ance de l'enlè,·emeot de Mme de Mar,•illy el, malgré I dévouement cruel dont les Marals avaient fait
preuye en .remmeuant la jeune ft'mme en
prison, le fait lui semhl.a suffl ant pour étayer
une accu alion mor1elle. l □ i , pal' prudence,
pour dénoncer ·on ennemi, il avait attendu
que Je procon..c;ul ne fût plus là.
La subite arrestation de deux acolyte de
Carrier tau. a daus la ville de la urpri e ans
aucune pitié. Les autorités aYaieat beau les
1. Carrier emmeomai u i, pour le mellre en sûre.té
à Pari-, ce Pierre Robin qui avait voulu poignardt:r
Agathe Gingrou.

inculper de modéranlisme, c'e t-à-dirc d'humanilé, on pensait au1 cadaHes échoués or
le bPrges de la Loire et chacun Lrouvail juste
le chàLimenl des as a,sins. En revan he, les
.u&lt;·c,,s' eur de Carrier: Pr,eur, Hentz el
Franea lei. se montraient fort ior1uiet de
l'évrnernenL lis n'o aient tenir tète au comité ~ui, par la bouche de Goulin, demandait impérieusement la morl dès coupable ,
rt, cep ..ndanl, il craignai1ml lrop la colère
du procon ' ul pour prendre sur cm la responahîlilé du procès de on favori.
Leur ioqniétudes étaient d'autant mieux
fondée que Lamberly se rédamait hautement
de Carrier, allant ju qu'à dire que Mme de
Marcilly élait ortie de prison du con ·enterrwnt de celui-ci, ce qui, en omme, n'arait
ri .. n d'impo. ible.
Les repré entants, pour sortir d'!!mbarras,
. omruèr nt les juge d'informer Carrier des
alltlgalions de Lamberty.
L'accu aleur public Vaujoi , que la cornmi ion militaire chargea de celle mission.
rut très mal reçu par l'ex-proconsul.
11 En apprenant l'armlation de Lamberty,
témoigna plus tard Vaujois, il s'emporta et
tomba dans des agitations convul ives. portées à un Lel point que j'aurais tremblé si
nou avions été encore à , ant . D Mai Carrier était trop poltron pour o er la seule démarche qui aurait pu srnver on ami : écrire
qu'il parta"eail la responsabilité de. acte
rt&gt;prochés à celui-ci. D'ailleurs, il s'illu ionnait ru; ez pour croire que es rodomonL1des
arrête.raient le cour· du procès. Il comptait
an Goulin. Talonnée par le haineux créole,
la commi ion militaire conlillua son œuvre.
Voici J'acte d'accusation rédigé par Vaujois;
« L'accu ateur public etc., expo. e à la
« commi sion les faits qui feront connaitre
« combien Lamberly el Fouquet sont cou« pables envers ltmr pay et enver. la liberté.
et Une ex.-noble, Ja femme Giroult de Mar11 cdly, cootre-révol1Ùionnaire enragée, qui
« al'a1t eolraioé son mari à la uite de Bri11 gand -, le quel lui fournis.aient une voi« Lure. des chevaux et des dome tiques, une
« femme enfin, ou plutôt un monstre. qua« litiée par les comités rél'olutionnaires de
« La.val t&gt;L de la Flèche du titre de seconde
11 Marie-Antoinette à eau e de sa conduite
" abominable contre la RéYoluLion, a été en« levée du lieu où elle était pour être jugée,
« par le dits Fom1ueL el Lamberty qui vou" laient ain-i sou traire à la vengeance des
cc lois une célérale qui les oulraD"eait depuis
&lt;1 loogtemp .... Lamberty c disculperait-il
« de cette accusation, œ qu'il ne peut faire,
11 il ne e disculperait pas des autl'es crime
11 seml,laliles qu'il a commi . Le grand nom« bre de céléral qu'il a soustrait à la
c, vengeance de loi n'est pa encore connu,
t&lt; ruais plusieurs le sont déjà et ont été dé« couvert dans les retraites qu 'il leur a,·ait
11 accordée , an mépris de décret
de la
« Convention nationale. En con ér1uence des
tt faits ci-dessus, l'accusateur public demande
u que le coupables soient jugés conforméa ment aux lois. 1&gt;

LA, SECONDE
Lamuerly et Fou11uet comparurt:!nl le
13 germinal (~ aHil) deranl La cocnmi' ion
militair•, mai', contrairement am:. rè 11lcs da
1héàtr&lt;', la tragédie s'ét.iiL dénouée avant ce
dernier acte. ly,1rrieu1 dénouement doot les
circonsl,Jllce resLenl iuconnul!..
Le 9 g-erminal, cinq jours a,•ant le procè ,
[léonore Coudrot, femme Harcilly, est extraite Je l'Enlrepùl pour ètre incarcérée à la
prison du Uoulfay (celle où se lrouraiL Lam1.Jerty). Or ur le registre d'éerou, à càté &lt;le
on nom, rei impies mot sont tracés en
marge ; « j/01•te le même )01,,.. » Que igoifie cc tran~fcrt d'une mourante c11lre une
pri 011 et l'autre ? Par quelle faveur Guillaume
Lamberty obtint-il de n!\'Oir celle pour cJui il
all3il èlre envoyé à l'écha(aud? Succomba-telle à une mort nalur1•lle ou on :iwanl l'a-l-il
tuée pour ne pa tJUC, lui di paru. elle devint
la proie d'un autre Laudit 1 De Goulin peulêtre ou d'un des nègre, de Fournier. Le dramalurrr,~ qu'inspirera cette tragédie d'amour,
traver ·ée de si douloureux. épisodt! , aura le
champ lihre parmi ce uppo ·itions.
LamberLy, a,ant de suirre sa Yarie-AntoineLLe dan le repo de la mort, eut encore
un Yerre de fiel à boire. i, pendant l'instruction, il n'avait pl été que Lion dt:S noy.td~,
oo ne put, à l'audience, empêcher le témoins
d'en parler; une Fois de plus, les cadavres
enseveli au fond de la Loire reparurent à la
urlace. Le peuple, qui se pres ait dao la
salle d'audience, accueillait avec de cri · d'indignation chaque dépo ilion relative à ce
monst rueu es exér.ulion . Quand LacnberLy,
exaspéré de se voir eul chargé du crime
collectif, parla avec emportement de se complices, de Goulm, de Carrier lui-mème, les
jurres lui impo èr&lt;'Dl silence. lls le pouvaient
en toute sécurité, l'ordre écrit, deliHé par
Carrier ;j l'adjudant gënéral, avait été ous-

lrJ.il à celui-ci par l'accusateur poulie Vanjois qui, dans on réquisitoire, nia effrontément l'existence de la pièi;e volée par lui.
Au milieu de lanl d'atrocités, se troure un
incident comi&lt;cue, relaté dao- les notes d'audience reslé&lt;JS aux: archire de ante 1 •
11 des juge demanda curieusement à
Lamberly en quoi Mme de larcilly diff.irait
pour lui des autre Cemme:: ! Le malheureux
:umlil bien été le premier homme connaissant
a set son propre cœur pour répondre à une
semblal,le question.
La double condamnation à morl, prononcée
au milieu de' acclamations du pulilic, fot
etéculée le lendemain. On témoin oculaire de
l'e1écution a raconté à Du ga t-llalifeux (un
des princip1uic hi&lt;ilorien{ de la Terreur à
'ante ) que Lamberly alla d'un pas leste el
ferme à la guillotine. Arrivé sur la place, il
cria : &lt;&lt; Vive la République! 1&gt;, répéta le
même cri sur la plaie-forme pendant que le
lJourreau le liait el le répéta encore la tète
son le couteau.
A. l'heure uprème, le misérable assa in
était redevenu l'homme d' aulrefoi , le héros
de la défen e de 'ort.
Carrier apprit la mort de Lamucrty par
Goulin, le'{uel fidèle à e habi tudes de prudence, était venu faire à Paris un voyage
d'agrément, tandi 1ru'on exécutait on ennemi
à Nante , moyen spécieux pour se dégager de
Loule r • pon a.Lililé dan l'éYénemenL. L'exprocon ul hurla, j!:esticula, parla d'aller luimême porter le fer et le feu dan antes :
&lt;1 Une ville abominable.... Un seul patriote
'y trouvait, vous l'avt!z guiUoliné! »
1. Le do, -icrs furent envoyé il Pari ·, lor du procès de i:~rricr, et •gnrés en route, mais un con erre
à ·a11le~ queh1ue brouilJon el oot..!s pri•es au "ul
pendant les dêbals.
'2. l,ellrc de la duchesse de Dinu /,. l'nlihd Dupanloup ( 10 111ni 1 30).

M Jf..'R,rE-.Jf.NTOlN'ETT'E - - ...

li 'en tinl d'ailleur aux menac . 'on
seulement Lambert y ne devait p:i ' être
vengé, mais il fal, en quelque orle, jugé el
condamné de nou\·eau aprt&gt; :&lt;a morl. Quand,
à la suite de la réaction de Thermidor, Carrier el le ComiLé révolutionnaire dn Nantes
durc:nl rendre compte de leurs crime. , tous
les accu~és, à qui mieux mieux, cherchèrent
à se déchargêr sur la mémoire de Lamhtrly.
Si Carrier, au prix de celle l.1cheté, ne réussit
pas à ' nover sa lèle, il n'en ÎUL pas de même
pour Goulin. Le rusé créule, tanlol prétendant avoir été la dupe et la victime de l'adjudaot-génér.11, tanlotjouant des sc\ncs d'alteodris ement qui flattèrent la fausse . ensiLlerie
de l'époque, arracha aux juges une sentence
d'acquiuemeol.
Tl mourut de a Lelle mort, troi ans plu
lard, chez un de ses amis, un prêtre marié,
qui l'avait recueilli dans a maison.
Lamberty, moins coupable que lui, mais
ayant moio ménagé sa responsabilité, n'aurait snns doule pas évité uue condamnation
capitale, une entence mortelle. La Révolution, en l'envoyant à l'échafaud pour une
fomme, lui fit une grande gràce : elle lui
épargna l'ignominie de périr avec Carrier el
pour les même- crimes.
Certe , ces crime son L trop grand pour
que la mémoire de Lamuerly puisse être défendue. Toutefoi , il est permis de rappeler
à sa décba1·ge cc paroles de Talleirand, à
une pçrsoooe de a famille qui lui demandait d'expliquer œrlain actes de la période
ré~olutionnaire : « En vérité, ,je ne peux
« vous donner d'explication; cela s' l fait
« dan un Lemp de désordre •é11éral. On
« n'aLtachaiL alor- grande importance à rien,
« ni à soi ni aux autres .... Vou ne avez
&lt;&lt; pas jusqu'où le hommes pem•ent s'égarer
!I aux époque de Mcompo itioo ociale 1 . 1&gt;
]EA.N

Histoires de pendus
~ l'u suldat îrançai au ervice des Étals
des Provinces- nies, s'étant tromé engagé
avec quelque autres dans je ne sai quel
crime, fut cond1mné à tirer au billet a\"eC
eux. à qui erait p •ndu; mais il ne voulut jamais tirer, et l'ofticier, selon la coutume, fut
oblirré de tirer pour lui, el Lira le biUet où il
a,·ait écrit potence. Le oldat en appelle,
dit qu'il n'avait point donné ordre à l'officier
de tirer pour lui, ce que n'avait point été de
on con entement, et fit tant de bruit que
cela vint au1 ort"illes de M. de Coligny, fils
ainé du maréchal de Cl:iàtilloo, qui commandait alor le régiment de son père, et ce oldaL
était de ce régiment. Cela lui sembla plaisant;
il !'alla conter au prince d'Orange, qui, après

en avoir bien ri, fit gràce à cc soldat qui a1ait
si bonne en11ie de vivre.
~ Uo autre oldat, qui St.&gt; rvait au i le
Etats, ayant été coodamué à être pendu, fit
demander au. même prince d'Orange qu'il lui
fût permi~ lie faire publier par ioules les
troupes que, s'il y avait quelqu'un qui voulût
êlre pendu à sa place, il lui donnerait quatre
cents écu · qu'il avait. La propo ilion . embla
si e:xtravaganle que, pour eu rire, on ne
\'Oulut pas refu ·er ce qu'il demandait. 1[ais
on fut bien urpris quaud un vieux soldal
angLai e présenla pour être pendu au lieu
de l"aulre. Le prince d'Orange lui demanda
de quoi il s'avi ait. Le soldat lui dil que, deeuis trente ou quarante an · qu'il servait les
Etal , il n'en était pa' plus à son aise; qu'il
avait une femme el des enfants, el que, s'il
venait à èlre tué, il ne leur laisserait rien,
au lieu que, s'il était pendu pour cet autre,
il leUt· laisserait qualre cents écus pour leur
aider à ,•ivre. Le prince donna la vie au cri-

POUJOULAT.

minet, à condition qu'il lais erail le quatre
cents écus à ce vieux soldat, qui ga!!lla, par
cette générosité, de l'argent et de l'estime.
~ Un homme, à Londres, se lai sa gagner par le créancier d'un de ses amis, coutre
lequel il y avait une pri e de corps, et promit
de le preodre; mais ce débit~ur ne sorlait
point de chez lui. Que fait cet homme? Pour
le faire sortir, il s'avise de faire semblant de
se pendre à un arbre qui était devant la porte
de ce débiteur. L'autre, quj était à la fenêtre,
court pou.r l'en empêcher. Les ergents cachés orient el le prennent. Celui qui faisail
semblant de se ~ndre ~•a~u _a un peu trop
à regarder ce qua se fa, ait; 1l avait déjà la
corde au col ; en e tournant, il rait tom ber
le tabouret et demeure pendu. C'était de bon
matin el en un quartier fort recuJé, de sorte
que ce coquin fol pendu comme il le méritait. M. de Fonteoay-M.areu,l me l'a conté· il
était alors amLa ~adeur eu Angleterre. '
TALLEMA. 'T DES RÉAUX

�' ---------------------------LES FEMMES DU SECOND EMPIRE
+

La princesse de Metf ernich
Par Frédéric LOUÉE.

-.
Toute Viennoi:e de cœur et Cervenle patriote qu"elle ee montrât, ce ne fol pa à lorl Jluoe lille on l'avait Yue, par lïndtlpendaoc(• non an h 1~itation de la fortune, la pui · nce
11u'on la urnommail une « princei e pari- dci:e mani'&gt;rt&gt; ctle~an -gèncde on espril,ra- autrichienne au delà du quadrilatère. A l'inicone », l'ambas adrice d'autrefoi ', la lemme g3illardir l'ntmo phèrt- un peu froide du ruondt• térieur, de - démon !rations de force, d1•
officil'I, à ln Cour impériale d'Autriche. On richesse, de confiance, faisaient illu ion sur
prime autièrc, qui. pendant dix à douze ant·ommençaiL à ·occupPr d'ellP. prP que à l'état de pré. omption el d'incurie du gou\'ernées, très en évidl'nce, amu. a, intér sa,
l'imiter, dans ce clan d':iri tocratic hautaine nemcnt françai, en ma hère de politi,p1e étrancharma de a Yen• aigui ée el.' amis de
cl dédaigneuse fai~ant cercle tiutour des ar- gi-rt&gt;. Elle ar1;vait, l'ambn sadr1ce, au m1•illeur
France, irrita le. jaloux, effaroucha le. tichiduchese , !or qu'elle .e maria a"ec le tunp,.
moré~, étonna le uo , fâcha I autre , remprinre Richard de IL•tternicb, fils de lïllu h·c
Oéj~ l'avaient pr'cédée le. iodi crétioo
plit du bruiL de son nom et de l'éclat de
diplomate, qui pré~iJa le Congrès de Yit'nne, Je· gazelle.. On arait en Je information.
fêt le écho. de la grande et de la petite
t, presque au ,ihlt, elle partait a,·ec lui pour préalaLle , ur celte originalité de nature,
pr se; et &lt;Jui, depui lor , aprè un i Ion
la f'rance, pour Pari , oi1 il était enroyé, . ur
celle crânerie parlit:ulière de façon., cette inintervalle, n'a pas c é d'a ir, de corre l:i foi de .on nom, comme amba .adeur. Elle dépendance de propo Pl celle ponlanéité de
pondre, d'évoluer entre les deux capitale ,
repartit-., qui l'avaient rendue l'enfant gâtée
théâtre ch:ingean_t de on originale d ..
lin !e.
de la Cour "iennuise. Le interro;;alion et
le. suppo].ilion. allaient leur train. Comment
Tl y a peu d'année - l'autog-raphe csl '-OU
erdil-elle '1 (lue! co tume allait-Pile expo er à
no yeu - elle détachait, de a haute et
~
la première oirée d'Opéra ou de all11 Yen:,igniflcathe écriture, le li!!Tl suivanl~e
.
d_
Ladour, au balcon de ~a loge? an doute
de lin
à l'un d notre. . aus i répandu dan. le monde que connu dan. le
elle l'ell emblcrail à la plupart dr prince.lellre :
. e autrichiennt&gt;., élanœes de taille, très
froides, très ré ervéc , et gardant, au
1 Vou
avez combien le royautés
de la mode ont pa sa..,èr , etje dois
coin de 1hr • le pli df&gt;daif?ll ux inYOU a. urer que celle que vou me
l'Olontairc. Tels avaient pen~é qu'elle
prêtez n'e iste plu., je croi , qu'à
~~ aurait le nez dé cette façon, le:l'étal de mythe et de rague sou1
chernux decPtle nuance.et qu'elle
\enir. ,,
se montrerait, au théàlre, en quel•
Je crois ... dit-elle. Que la ré, que maje tueux co~tume de Yeticence e t adroitement u. penlours incarnat, alléiré. dans a
due! El quel heureux rorrectif à
lourde magnificenct•, de denlelle
l'eipre·sion de c d6-ahu ement
de \'eni e, et brodé au point d'Esphilo ophiquc ! En réalité, nulle,
pa,,ne. On allait le avoir .... Un
,ntre le pereonnalilé féminine
. oir, à l'Opfra de la rue Le Pdedont l"éclat éblouie.ait I yeux, :1
lier, le bruit a couru qu'elle \lient
la Cour de :Xapoléon TU, n'aura eu,
d'entrer dan a loge. L'allention
ain i que lime de \fetternich, le pridos première· galeri " . 'e t au ivilè17e de prolonger une telle cl si fu.
tôt détournée de la scène. Oc chu!!itivc ro ·nuté au delà de circon lances
chotement ont fait pa . er la nouqui la firent naitre. Elle n'eut point su, elle de place en place. Tou les les lorbir, comme les étoile pas airère , qui
gnettes ont dirigée ,·er l'avant- cène
cinlillaient à coté d'elle, l'impression douoù elle s'e t commodément et ~impieloureuse et oudaine de l'ellàcemenl da~
ment in titllée. Mince, de taille moyenne,
a!!l'éable à \·oir et, néanmoins, un peu dt..
la nuit, de la d~persi~n ~u du vide. implcment, elle contmua d ag,r et de briller, au
concertante quant à l'expression de trait
même rang, ou un autre ciel.
du visag , ln première impre ion qu'elle
Émanée d'un père fanta que, un ma"n:ll
eau e e t de urpr· e. La econde t de 1mhongroi , le comte ndor, que ~e folle aupathie. On n'a pas été long à 'aJ&gt;l!rcevoir
daces de caralier et de thasscur avaient rendu
qu'e)le pouvait être prince, e aulhenti,1ue et
rameux, elle aYail gardé dan le . ana el dan.
marier, pourtant, le naturel à la distinction
de commnnde.
l'humeur un grain de on ardeur l~bulente.
avait \Ïn,.1--deux ;.n . Il n'en avait pas plu
« Le san" paternel, a-t-t'lle dit, parle lrè
Le lendemain, Paris, par la plume flatteu. e
de trente.
haut chez moi. ,
d'un Jules orinc, proclamait que la nouvelle
C'était en 1 60. Oo était rerenu de l'émo- amLa sadrice était le charme, la gràce et l'l' La nature l'avait faite gaie. Tout enfant on
tion
produite dan les cercle diplomatique
la trouvait bien turbulente, la petite comtes e.
prit dan une même personne. Eli avait
par la courte campa"ne qui avait refoulé, &lt;'onquis a place d"uoe façon lrè dêliurr·e.

Dès son arri\'ée, elle 'était rendu compte
de I' ·prit de la . ociété où elle était appelée à
,ivre, dan' un milieu de jeune. c, d'insouciance el de luie. et clic ·'y
trouva comme chez elle. Elle
lais ·a, comme on dit, galoper
.on oalurt'I. Il faut prendre
son bien où il t' r 'Ol'Ontre;
cl, d'abord. elle ·e mil à !'uni n du ton 11ui r~ 11oait en
ces lie111, pour J'entrainer_bicntot à .e ré,,.Jer ·ur elle, et en
•rarder linalt'menl la direction
mondaine. On e lanç.1 à :.a
suite éperdument. L tlé.,ances de a mi. e, le p:irtil'ularit ·s do on caractère et les
mot., 1 n•partie , 1 boutades, 11ui jailli~~aient Je es
lèvres, à cha11ue moment: rien
ne pa .ail inaperçu de ce qui
était d'elle. ~ur •le boulevard,
on connai ait, au .i bien que
les équiparrc• de: l'emper•ur,
le huit-r · ort attelé d quatre
chc\lau upl'rbe de l'amba adriœ d·Autriche, et portant,
:ur Je panonce.'111 , son écu
~on timbré d'une couronne
princière. Son nom revenait
quotidiennement sou. la plume
J · chronicp1eurs.
Le cachet de c. toil •ttc el
lt•ur diversité, . e façon: déinvolt et le nouvcautésaux11ueJle elle attachait oo nom,
mille détail. émanant d'une
complexion de jeune ·se un peu
exaltée el tapa"eu. c pr 1taient
à toute le · conrnr. alion ..
li était de notoriété qu'elle
allait recréer le mode. . · n
innuence rénov:itrice dan· le
dom:line léaer de. fanCreluches
ÎUL prompte el en ible. Elle
amit déclaré la guerre à la ca..,e
triplement fermée et bataillé
pour le robes courte . Les co turne ahréaés
fnrcèrcnl l'entrée d bal et le coup d'œil en
plut à beaucoup de ctens. a A celle occasion,
remarquait le malicieu. férimée, j'ai rn 110
a, z !!rand nombre de pied·· charmant· el de
jarretière dan la valse. • Les circon tanc
étaient propice : Une rérnlution allait s'accomplir dao la hiérarchie d tailleur et de
modi les. Les couturier· commençaient à
prendre le pa ur I grande [ai eu ·. L'un
d'entre eux, un Anglai · nommé Worth, le
1. llippalytc llrioll,-t. dan le Chm·it•ari, fut lîn,,.n1eur de celle ,ldinuiun 1:uiitmatiquc.
i. TltfoJure d,: lfanvillc,cn .P&lt; Gamin pariait:111,
111erceuil 1111 rapJIOr-t 'lAUC, rugitif, lrt&lt;, •rai, pourtanl. ,mtre ces den:i: Ullur('~, ou 1lomioait la
&lt;;e,
•1ui Iran figure Ir. lrail~.
3. Puisque nous ,enoo ùenommerco mt.lc Vme ,le
eu rnich el Victorien 'ardou, ou\"l'On en,·ore une
l' renlh• , pour enea,lrer uuc autre an cdote, que
JC li n comme Il préce,fo11te dl.' la bouche Je lîlluslr 1r1dêmici •n. ar,lou dinait chez la comlr de
l'ourlai'··. me de •ttcroich Lcn1il le dé de la ron' ·rs.tiun p,!ndant que se reposait i l'écouter le plu,
•pir,tuel des rau u . Elle
nait amené le ujei
ur n ooau-pèrr. 1.. lfl'lntl lfcllcrnilh, et rapporlail

,,,w.

LA P'R,_TNCESSE

fameux Worth, · 'tait établi pour on compte
à Pari • en 185,. lime de lfellernich avait
au l-ilôl di tiO!rut: cet haliilleur bor li"ue,

entait, interpr 'lai!, rectifiait la nature
;Hec I don el l'ima ination d'un arti le.
Au risque dïnlli..,er un déplai ir à Aurélien
cboll, qui l'a\·ail . urnomm ' ... jalou ement
cdo Caunede la toilette», parce que de c main
d'homme il cb.ilfonnait à . on aise le corsage
Céminin et les alentour , elle l'adopta el l'impo a. Il étail devenu, grâce à elle, l'autocrate
du 0 oû t. El les mondaine. el toute les dame. ,
qui avaient le graod vol de I' 1léganœ, e porl.iient également rue de la Paix, à on adres e.

'IUÎ

CJ&gt;llc hislorirlle. l)o ,J •mamlail, une foi., i ll,•U,•rmch
en quelle drcon,t1uce . •poléon premier, a,·cc lr.•1uel il
cul tant O('ra,ion ,te con forer. lu, av.il J .on; lïm11n""
i.,11 du plu, ~r:uul pr....rige, ,le la s,,u~erameltl la plu
compli'lë. Ou ,,11~mtai1 à ~-e qo'il rëronilit: à llrl!:-41&lt;'.
à Erfurt, qn.,n,t 11 fai&lt;.ail ,emr de l'•ri. • " Corn -.Jie 1
1iour 1111u'!'r ,m N•r:r•e ile prinre&lt; N ,te roi,. ,1.,i, non,
ce n'a1ait 1•1s élt&gt; l1 . Ce rut, ,lil-1I. au château ,le
Com1iii• ne. un malin, 111 retour d'une prom,·oaile en
carru;"' dan. la forêll où l'on &lt;'{,11it 1111 peu attanlê.
On ëlait rentré au c 1Îll'au ~e~ midi. En alfend1nt.
l'empereur 'enlrt•JcnaiL a, •c
hùtc • ado,- 1 i 1
cheminée ,·ommr il en nait l'hal,itudc. Il ,· avait li
quantiré Il,· per-111111:ig • el dr membres de s· r»millc.
1.rpcndanl, 11 cornmcn ait il ~tir l'ai:ruillon de la
.. 251 ...

DE METTJ;J(JV1C1i ~

\fme de lletlernich avait dP. mrrites plu.
personnel que d'ayoir aidé de .on initialil-e
original' à 13 rénovation de )\,:;thétique Céminine. Son e.~prit, on ne le di culait pa : il Oamhait à chaque mot. Le phJ~ique, en
elle, prE'tait davantao-c à la conlro,er·e. « Il 0'1 a pa que le·
bouteill de Leyde, disait un
railleur 1 ; il y a aus~i fme de
"t:lkrnich. » Elle-mème, tr'
adroite ô faire a propre critique afin de pr,1,enir celle dt&gt;
autres, ,e proclamait dénuée
d1• toute beauté, c. pérant bien
qu'avec ,a pby.ionomie parlante on ne la prendr:iil pa · au
mol. ln oir, thez la prince e ~falhilde, cllt abordait
no célHire écrhain de théâtre:
o \'ou ,~te ~I. ardou?- Oui,
prince e. -- Dite -moi, e t-il
,•rai, que je re . ernble i particulièremen là Mlle Oela porte 1 ?•
C'était une actrice du G)'mna e, qui a\lait la réputation
d'être laide el , pirituclle. a Il
y a toujour · dt&gt; c.ôlé de reseoiblance entre deux femme ,
avait répondu • ardou. ,i différente qu'elle pui.. ent être.
füi je n'en juge que sur le
• phy ionomi ; el c'c L par lb
que je lroure de -Ïmilitude.
frappante entre vous, princ,•, e, el cette actrice : la jeune .ect l'e prit•.» Entre femme , on vopit davantage; on
remarquait que l'ovale du vi. age n'était pas la régularité
même, que. le lène étaient
Corte et qu'il · au rail eu à reprendre il la n courbe imprérne » du nez. Il n'était qu'une
opinion, eo re\'anche, sur l'éclat de e yeux noir· et pétillants, ur l'agrément d'une
phy ionomie mobile à l'e. trèmc, el l'on convenait, an r: istance, que la blondeur de la
chevelure avait bien au si son aurait. Finalement, on arrivait à dire, à force de bonne ,olontr, 11ue l'ambas adrice pouvait pa cr, en
omme, pour une jolie II blonde u ; el cc devait être le sentiment de\ 'iolerhaher, le peintre officiel de~ gràre du décaméron impérial,
puisqu'ilsutfairedu charmeà. are semblance~
« Lorsque la prince .e de lellcrnich, rapporte un témom du temp , entrait aux Tuiraim. lnlermmpaul le d1, ur• commèllré, il -c lourn

,·ers lural :
c !lui de ~api~. allei donc voir pourquoi nous ne
Mje11uo11s pas. •
El le br1llanl llur1l -orl, va, "informe. • , ire, le
r'pas '!(Ira prêt Jans quelqu,s minut ,re~,ent-it dire.
li y I Cil UD l&lt;¾ter COIILre-1 rnps. 1
)1pvféon reprend ,a Jémon ln.lion. 1111 J'artente se
prulouge. 11 'impalienlt'. ,e rouroanL d'un aulrc cote :
lloi de Uollande. dil-it, sachrz d ne ;,j nous ne
tlêjeuneron pa aujourd'hui 1 • Et te prrnce de li ltern,ch. 1c1·oulum,• aux ri(U •urs dr l'éli1ruelfe autrichienn•. avait été fr.iµpé sin ulièremenl d-1 celle conditien d'un empereur en•oy1nt de, rois it l'office pour
r&lt;&gt;mmander qu·on h:llil le cnicc de 1,Lte.
•

•

�H1ST0~1A---------------:---------•
l&lt;'ries, un . oîr de l•al, Ir~ minr.e, rnai 0 re
mèrur, a,sez rrrande, avec: ,e épaule· Lr-.
décou,·erte , on front charné de diamanl ,
·c.., lon"ue jupe lrainanle , il élait imposiltlc d'a"oir plu.· grand air. Elle a,. it celle
allure ari. tocratique inimiL.'lble, ,,ue donnrnt
la nai ~anœ l le milieu dan · lequel on a 1·é ·u.
Toute la haut• .ocitlté pari'iennc, dè' lors,
affluait dan. .
alon. de la rue d Yarenne.
En ·'1 in. 1allan1, le priuce el la prin&lt;'e c de
letternirh n'avaient eu qu à r •prendre d,•,
habitude.ci, anciennement accrédité à l'amhL ade d'.lutri1h , d'abandon cl de• gaieté
bo:pitalih1•. Lt&gt;. rèle délici u e de nuit el
·urtoul le déjeuner~ dan ant , qu'y nail
donné le comte Appon i, ou la Heslauration. n'éLaienl pas sortis de mémoir , dan
li: noble fouhour".
La conver alion y fut, de nouveau, lrè· en
fareur, et au~ ·i la mu!&lt;i«1ue, Richard de lfetlernich étanl, lui-même, ce prince diplomatique des ,·al ·, un Yirluo:c. Lt&gt; liede,· dth
plu· grand~ mai1res de la mélodie allemande,
le- ml
de tram:. ou }, grand. air d'opéra 'y mêlaient dan un harmonieui éclecti. me. C'e l là que rut arrête, décidé, l'audacieuJ projet d'impo.er Wagner au· Pariien . La prince e avaiL pri l'avance d'un
peu loin, Ior 1u'ell • fil ordonner par l'empereur la repré! enlaLion,
l'Opéra, du
Tnmihaü er, - l'inouhliable première, tumullucu ·e comme une bataille, le fia co béroïqu où fme de lfetlcrnicb d ;ploya tant de
\'aillanli e pour enlever d' lroup ", el une
éner·•ie . i militante, que ~ adver. aire.... en
mu.ique (el je vou · donne à pemer . 'il
étaient nombreux, ce .oir-Fi!) Ji aienr, ou
.a lo"e: « L Aulril'hien cherchent, évidemment, lt•ur rc,·anche de olrérino. 11
Quelle . oiré&lt;&gt; ! Quelle aYenluri: ! Quelle o. ée
tentathe, vin"t an. avant l'heure p ycholo!lique !
ur e in lance donc, l'empereur avait
déciJ..; que rüp~rajouerait ce nébulcui: Tannh&lt;Liiser : la première cul lieu, en l'an de
11 râœ
1 61. Dans Ja chaleur prévoyant de
:on zèle, Mme de fetternich avait groupé
autour d'dle tou. se ami . Je me lrompt-.
Plu inlellirremmenl elle le avait répandu
dan la sllle. C'étaient, en Ire les fcmru . ,
les comtes es de PourlalèQ, Walem ka, ~hon,
les prioc •~ e de agan, Ponialo, ka, de
Beauvau, ~!me Erazzu, la ùelle llexicaine~
parmi le homme· on reconnai ait les Roth child, le. A!!Uado, 1 frère Lamlwr1,, le
marquis de Ma a, d'Alton-Shée, Gallilh·t,
Grammont-Caderou · et comùieo d'autr !
Dominant, de lt•ur lnrre, Lous ceux-là, l'empereur et lïmrJratrice étaient pr; enl , :elforça.nl en consci nce d'avoir une opinion, de
paraitre intér · ·- • une mu ique qui leur
restait incompri. e. ~faü I yeux rc,·eoait-nl
an ces e ver· \lme de ~Ie1ternich, ljUÏ 'étail
chargée vi iùlement de conduire les bravo. et
le applaudh,emenls. En effet, la partition
e l d 'ployée d ,ant elle . ur le rt'bord d . a
log~. Elle a l'éventail lc,é comme un Laton
de commandement 1Calheurru·em ol ou a
débuté par rire dan ,la , alli: et rire un peu

haut. Le . t!rieux ne r ,·ira Ira plu . L •. « caraîh ~ » ont dérhaim: .. L'1odirrnation peinte
ur l · traits de la princ,, s,•, e. ge. te courro11cè,, un mot qu'elle ne peut retenir, el qui
~Hile à lrarer.· IJ salle: lmbecile~, jt, croi..
n' p u1·t&gt;nt rien. On a applaudi la marche,
parce qu'il étail impo. 11,li: de n'être p enlevé, . oulcvé mnlgré .oi par celle pa)?c mer,. illeu e. Lt&gt; r6le m à la débandadl!. Et c·e t
un bruit, un Lumulte inénarraùlt&gt;s. Des lo 0 e
à l"ord11•·1re, de l'ori.:he,tre à l'amphithéàtrP,
des 11101 ont écl1angé, et librent comme une
rnlée de lli·1•h1\. Et Ilien .ail ..i l'on cause r•l
-i l'on ja.·c ! Ct&gt;rutin.· in,iournt r1ue la représentai ion du Ta1111lwüm· fut une de conwntion .. ecrètc, dn traité de \'illafranca. d'auIre. prétendt:nl qu'on a enVOJé Warrn°r aux
Pari.ir.n. pour 1 . forer d'admirer l~rlioz.
Le 1 ndemnin Loule la pre· e fut mauvaisr.
On n'épar•:m •1ue ln march,•, la rritique ,011lant avoir l'air d'ètre impartiale. Oc colère la
prince. e décida qu'on ne Jouerait cbei elle,
ce jour-là, 11ue du Wagner. Ace~~ d'humeur
tout pa . ~ger, et qui ne l'empè ·bail pas, en
~on éclecli me, de ~oùter, à leur moment, le
mu e folàtrcs d'Olfi•nlnch et d'llcrré, ni de
e montri•r eu. ible à la mélodie di&gt; Gounod.
On ne lui lai a pa · le temp de pleurer
cet écbel'. L'un d~ fidèle de .on ,alon,
homme d' .pril, Beyen, imagina ur l'heure
d'écrire pour omhrru 1;hin,,i,~· el de faire représenter ch1•z elle une plai,ante parodie de
l'ouvra e lo1Dbé. Le rom1e de olm , qui
avait de aptitude de de i11a1eur, découpa
en carton le cb:irgp: de., principaux per,onnag ' de C&lt;'th.' faota mal{orit•. Et ce fut un
amu nl coup cl'ccil. ,hant le levrr du rideau, une amie de la mai on, t•n robe et bonnet d'omreuse, a,-ait eu ln Joyeu e id·, de
di~tribuer «ratuil.t'm••nt à tha,1ue pecl,tlriœ
un é,·entail à bon mar,·M, pour le ca où ce
dam hé,iteraient à bri,er le leur par raison
d'économie•. On cul le tableau de cha .e, où
le relt lé1rin~ était•nl repré~ent :, par dt·
La ·.els à jamhes tor es, et le dix-corlj par
un lapin craintif. On eut la Iran fi"uration
de la Wartlmrg dèveou • le Johanui:ber11,
château célèbre el fameux ,-ignoble appartenant au prince de .\letltirnil'h. Et l'héroï«1ue
Tannbaü H, enfermé dan la cave, y ridait,
en tituLant, une bouteill de ce cru, ~ndi
qu'une voix chantait dan la couli e, ur l'air
du 1Jo11ton tle to e:
0

Dieu, quelle ,·cslr
Pour W ·,ner 1:• son fonu.:;berg !
·oyou. du moin J ,ur sorl funeste
.\ p-a0tl flots ,le Joh•nnî,,herg
, ur celle ,·c.le 1

Dll grand éclat· de rire di~ ip\renl les
dernier· re-. ntimeni' de la princt• e. Il ne
fut pla- de lon°lemp pari· du Tan11hau~er.
Chacun le ,avait à l'amba sadè et, au
dthOr', dao le grand nombre de ceux et de
œll · qui désiraienL y participt&gt;r, lime de
llt!Uernich exei·llail à rarit&gt;r lt! plaisirs. ~lre
admis à es redoute~ était fort rt·cLeri.:bé. Le
I._no racont.il qu'• l'_Op :ra .. aux. pr('mi,•1"5 coup·
de ,,rnet, )lme d,1 llcll m1ch 1n1l l,r1së èc rol~re son

è,·,•ntail e nlre

ûoigt crispJ .

liomme · étaient rrçu à Yi~age d11cometl ;
les fomme· . · · présentaient Pn d11mino, mais
le capuchon de,·.iit
relewr , l'entrée du
prPmier .alon, 011 c tenait la maitr11s c du
ln~k Car elle n·ou,rait l porle~ dt&gt; on chez
oi que sur iovilaLion per. onncllc. Elit! recevaiL beaucoup de demand ~. accui•illait l
une~, déclinait le autre . . et ~e montrait, en
ré,-umil, pt. abll'ment ri~oureme, ce 11ui lui
al tira de inimitié cruelle.. Une foi dans la
place, on ' · •ntail tr\ à l'ai e. Le grand
charme de . e réc~pti'ln élail 11ue l'a 0 rPmcnt
Je.:- .pectark on de auditions 01• rai.ait qu'y
alternt&gt;r a\"r le jeu des piriturlll' causeri ..
Elle ·'y prodi!!Uait. On se plai. ,,it à rtlpéler
Il' ,a1l11~ un peu hardie 1p1elqucfoi , Lrè:
linei ouvent, que le ha ard dt• id.:c , l'occa,ion, le too · de l'entrl'li, n, pou~~aicnl à
jaillir ùe
lèvre . Toute de premier mouvrnl'nt, elle n'1:chnppait point, non plu que
d'autr .. , au accè · d'humeur dont un chacun
~e ent échauffé pour une · maladre~se, une
coutradi..iioo une importunitti, une parole
mahonnanle; el le mot o'alle11d.1it pa d'en
traJuire l'impr ion. Tant pi. où il tomùait.
Elle n',:t,lÏt pa la maitre e d"arrêler .e rrpli,4ue . Prompte aux bouillon de l'impatience, li&gt;s entiment de dotm•ur, d'aménité,
en . outlraient quelque(oü. Elle a rait la ripo te un peu oudaioe el bru 11u~.
Certain . oir de grande r ~ception, un étranger, un j11urnali Le américain, qui, lui-même,
m·eu rapportait le détail en ~ourianl, à quarante ar111é de di. tauce, piétinait, . an 'en
aperce,oir, la lraioè .uperhemeut déroulée
de sa robe de cour. Elle tourne I tète, et,
d'un ton ,ec : cc Pay an 1 » ruurmure-t-elle.
lluil J0Ur' npr\~, dan une autre oirée
olfitidle, l'a. i · rance était errée aux npproch1• du ùulT&lt;'l, où pas aient le,.. ·oupe du
viu pétillant. Quelqu'un la heurte lé •èremcnt
au coude, et des goutte 'épancbenl da ,·erre
.ur l"étolTe oieu de ,on co turne. Même
rr lé rapide; elle a r connu le coup:ible. ,, Ah!
reprend-elle, c' t encore mon pay aa ! o
Une au1re foi que, pendant un bal lrave.,ti. son ami Galliffet l'avait un peu trop
harcelée, traca · ée, elle s'en revancha wrtemeut. Cet officier, 'lui avait été lile é d'un
éclat d'obus, joui sait d'un congé de conva1 cence t l'emplopil aiment. Il parcourait
les alon , celle nuiL-là, en co turne d'apothicaire Loui XI Vet portait arec une fierté
martiale, ·u pendu à on ceinLuron, l'in. trumcnt tfUe lfolière a lé 11ué au marécltal Lobau ....

• f.onnais-tu œla, b au ma que? demandait-il à la priac.es c.
- Oui! répondit-elle vivement : c'est le
canon qui a ble I ce pau,·re Gallilfet, en
Crimée! »
tlle eut d • trait moins rudes. On en citerait à l'mftui.
Le frivolité de la toilette, les programmes
de e fête el le plai ir de la conrersation
ne rempfusaicnt pa uoi11uement on temps
et
pco é •. Mme de letteroich était née
diplomate. Elle e erça une intluenc.e offi-

'--- - - - - - ------------'---------"---- LJt

P'ft1NCESSE DE .M°ETTE'R,NTCH

cieu e, qni ne fut pa indPmne d't1rreurs, loujour , Lr prompte à pa ·~er d'un ·ujl·l à
- a remi le. rho e au point dan.. ~· • oucomme dan. l'alTaire du fe'fique, - car elle l'autre et 'C défendant bien de trahir, dan.
11eni1·1 de la Cou,• des T111leties. Avec plu de
n'avait pa été la moin· ardente à pour uine l'expr ion de on ,·i age. celle manière rt,L
préci ion encore, au cour d'une conversation
la rt.&lt;ali~lion du rê,·e califoraieo 1 - mais llécbie d'écouter, qui met le bavard en dt,t..
que j'avais l'honneur d'enlretenir a,·ec elle, à
qui l'llt pu être .alutaire sur d'autre point , fiance. , ··e. t-ce pas elle qui disait ce mol
œ propo , elle ramenait l'état de ce rapports
i on l"eùl écoutée da\"antage, par exemple plein Je en el qu'on a lant cité : a li a l'air à leur, ju les limite .
en i fi6, 11uand il élait encore po sihl' d'ar- trop 6n pour un amhas adeur?
En réalité, au delà du càt!monial habituel,
rêter lt-s empi lt-menls de la l'ru. e. Une
Elle avait 11arraé, dè en arri,ant, les Hm- l'impératrice n'avait d'amie que la ducbe ,e
douhl,· gunre u·aurail pa · éclaté, à quatre pathie le plu· marquée· du couple ioipt-:..
de Mouchy; et, en clebor de e lundis et
annPe. d1• disritnce. On n'tùl pa. eu adowa rial. Eugénie goùlait l'animation . éduisanll!
des circon lance. de pure mondanité, elle ne
el dowa n't&gt;ùl pa. amené edan. En gém.t.. de ~on e ·pril et 'entretenait familièrement
rece,·ail per onne, , an demande d'audience.
rai, on pourait e dire que, dau la fine,~ avec elle, chaque foi que les circon tanc
~f.ci , dans le! déplacemPnt du printemp
rcn .. ei!,!11!.'e donl l'amba. ~adc d'Autriche donna oîficiell le réuni .aient. Encore a-t-on exael
de l'automne, aux lieux dH villégiature
de. pr•uvc., uue bonne part rcvrnait à la
éré la m 'ure de lt&gt;ur intimité. La princ . c saisonnière, à Fontaineblrau, ~ CompiègnP,
prin, ·' .e dt: felteraith. Elle complt1tait, par cle Metlernich ne Fut pos, ain i qu'on l'a écrit,
une iu1dlig1•nti: a ·ol'iation, le roi• de on l'in:éparable amie dt' l'impératrice . .Yme Ca- où le. cadres étaient rompus, où le contact
oumari, qui la tenait en grande estime. l,e relle - lectrice, pui dame du palai , alla- était de chaque jour, où l'exi tence d
verain était mêlée cootiuueUemenl à celle
prince . uutt•nait on per,onde J ur · Mie., à table, au
narrt' d'une h1•lle tenue extéLai, au théâtre, en promerieure. C'était l'amha .adeur
nadr, 1 · lien e rc ~1.:rraient.
accompli par ]\·,prit el le~
,\lor , vrai111e111, la pré enc
ruanièr s. Il perdait de vu ,
de la prince:. e de leuerni h
Jan. l'rl,loui · ement trop rad ·venait pré&lt;'Ïf u~P, indi. pcnpide dt• Îèle mondaine,,
,able, à l'impfralrice. Il iml{Udtturs-urw. d,•, nél'e il~
portait
de crét·r, autour de
d'oh trnttiuu el d é1udi: de
oi, du mouvement et de la
homm • , qui 'impo~enl à
aietc'•. Ur, personne ne po l'étal d1pluuiali,1ue. La politiédait le don d"enlraînemrnt,
11ue e1111u11-!éede. '· poléon Ill
cedoo qu'ell garda toujour:-,
a,ait J,. détour· et d omà l'égal de ~Jmc dl' Mel ternicb.
bre , où ne Dé11étrait point
Le temp~ étaient calme,
.on coup d'œ,I fu••ace, it
et pro.pèrl• . Toute les illuqu'il n' prit pa garde, oit
sion emblaicnl permi e .
ftu'tl '11n 1apporlà1 à la 6nes!-.e
Pour pa · l'r I heure aus~i
de pcrcep1i11n de 1'aruba ~,agréaLlement que po . ible,
drice pour y roir clair. Ce
la prinre-~e 'était pa. ,ionnée
n'c lpa. qu'"llc en parùttr~
de
specLacle . IJle î apporta
occupt!e. tlle ~erul,lail avoir
cette fougue qui lui élait naa. ez à raire. nu d air
Lardie el CPtle facullé d'iniétourdi,, 'lui trompaient ùicn
tiatiYe r tée . an t·mploi . ur
dt! "en,, d.. 111euer . a partie
d'autrfs lt'rrain ..
dr femme â la mod .. dans l'i ntouraot.. hal,itud de l'impéra.\ la Cour dr Tuilerie., on
trice. un a1tP11tio11, toujours
nait re::-!-U~cil • le rilt .ompe.o évt1l. u·aur:ut ·u trouwr
tuaire_, remi. en ,i;!Ut-ur dr.
dema rJU1! plu· ing..nitur 4ae
lois de pré éa11re et d1!. oh ercette fo111tc i11diffl:rrnce pour
vance: d'étiqurue. qu'on 'atle my,tr-re dt! la politi,1ue .
tachait :irn1: d'aul:11Jt plus de
Elle était de ecu -là, pour-:&gt;În à faire re p1·cler qu • Je
laol, qui peu ;tÎtnl. r, llé&lt;'hLpre. rriptioo en dataient de
aicnl. ~l.11,1I t'ml,l it4u'elle
la Yeille.
·e fùL d,t 11 Ill' lt! plu:.- pre é
Le début· de diner el
étant de s'amu,t-r, Je re.te
de ré&lt;·epl ions 'a nno11ç.aient
Yiendrait à MIO hcurè.
an&gt;c une froid1·ur impo ée.
Le ·alun d • la princes e de
Aell.erui, b était le plu ouPeu :i peu le liPn. ~e détendaient. On e rdâchait de ces
wrl à la co1m•r~1ioo libre
qu'on cu11uùt à Pari • Elle
manil·re apprêlé&lt;',. I.e tementreten.iit. de 011 air d'inpérament el la jeune. redul~eucc d1 traite et de on
prenant le dr,sus, on riait,
encour-Ji ant ·ourir , le lai on •~ aiait, on était oi, et
er-aller de ce eau crie
bien dl• réunion commenl'excitait 11,ème de l'ai.,uil~
cée ou le ma~11ue d la
LE l'Rl . 'CE ET LA PRINCE . E OE ~, ETTERsrcn.
Ion, qu,tnd il ri,quait de
ré r\'e officielle e terminaient en une ,orle de terlanguir. lbacuo, aleu tour' di ait , on mot.
Elle euteud.üt et c ou,·enait, tri'· é,.,,vée ché con&lt;.1ammPnt à la p,•r onnc de la souve- lulia e.pa11nolc, où chacun dh,it tout ce qui
raine, et à 1111i lme d11 \IPllernich déclarait, lui pas.ait par la tète an au1r• .oud de
dan. une minule d",·xpan ion, 'lue, . i l'impé- la formule. Mme de fctternich, a1•ec l'ai1: tlle rnlra fort ••nol aussi ,laos le, idét&gt; de l'impè~1(!•'t ~ur la ~u,• lion romaine. Or, 001 nï1n1ore qu l'.:~ratrir.e etit été une Jarie-Antoinelle. elle sanre de sa naturelle gaieté, bàtaiL le motm1e rul t.,UJOU IIUC J patin\' oppù.anlc.
aur;iil ,·oulu être a princesse de J.amballe, ment de la :con,er. aûon . franche et d'e -

. .

... 253 ...

�1llST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

L.Jt
pre~. ion libre. La causerie . e rendait plus
intime. Le. yeux brillaient a,ec plu , d'éclat.
On r pirait, on ,h-ait. r1i:jà le préc'dent amba. adeur, baron de lhibner, avaitcoo latéque

en :prouvait un ha"rin 'm81 • d'irritation, la
prinec!S e de MeUernieb lui était une comp gne instante el néce saire même, par le lwoio qu'elle r, eu tait de distractions à tout

UIGII

LES

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E T IRES DE C€ R
..,,.,.,...._,

eo!lldes.

DE M, LE MARQUIS DE MASSA

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FAl · UIILE DlS PR OGRAllllES, l)l f&gt;lllllÉS
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J.I.IPtRIAUl, A COlll ' llG ' E. (Col/~clio11 Ju )h1&lt;QCIS DE

le Tuilerie- n'ùait:nL p . un liru de tri le.
el que ce· représentation dL gala avaient bien
four charme au :reux amu is d'un diplomate.
liai c'e là Compiètme, avon -nou dit, où
fme de Yeucrnicb pas ait, chaque année,
plusieurs emain~, qu'on 'échaulTait da\'antarre à la pour·uite du nouveau, et qu'ellemême exerçait, avec le plu de uc -. , le don
qu'elle avait de emer ur . es pa l'animation
, el la vie. Dans le io lanls de tri te e de
l'impératrice, lor que l'empereur, qu'elle
aimait exclu hemcnt, la délai il, et qu'elle

1.,nns

DES

!IIA ,. A, t

pm. La « dame du logis , , comme l'Jcrhait
lérimée à oo a Inconnue 1&gt;, u,ait de tout
pour comballre l'ennui ecret. Et les représentations, le:. chanson , les partie de campagne se uccédaient au •ré de imagination de celle dont on a dit qu'elle fut, à la
Cour de France, l'amba~sadrice de plai~r .
C'est à traver ce jeu:t: et ce dj\erti ement qu'avait eu lieu, un 15 novembre, jour
de la fête de l'impératrice, ur le tbWre de
la Cour, le pa , si expre iI, le pa ioouhlialile
du Diable à quall'e. n caprice de grande

dame, «lu'on nec" a plu de raconter, et qui
e~t dewnu, depui le temps, bel et liien un
cliché de chronique.
On al'ail eu la fanlai ie d'un ballet à daner en co turne, comme à l'Opéra, maillot et
jupe courte. Le Diable à quatre aYait été
choi i. o maitre à dan cr de !'Opéra • 'était
rendu, chaque jour, en nrand ID)' 1ère (car
on en ré.!ervail la .urpri e), à Compiègne.
pour conduire le répélttion des «Juatre dan. u. e cl de leur partenaire, le m rqui de
Caux. Et le moment arrhé, devant Ioule la
Cour, en pr'•. encc d'un grand nombre d'étrangers io,·i1é pour la circon. tance, le baHet fut
dan$é, ruimé très brillamment. Le artu-te.~,
au noml,re de quelle une ambas,adrice,
c·e t-à-dire 1. princ " e de lellernich, étaient
venues recevoir, confu e et ·atb!aite , les
compliments de l'empereur et de · hôtes.
Une chronique indi.erètr. ajouta que la f te
a,anl été terminé• par un bal, on avait prié
1; dan· u e du Diable à quatre de ne pa
remplacer 1·or maillot· par de jupes de
cour, d jupes longues, et que le plabir de
la oiréc en fut de beaucoup augmenté.
Les cbo e' n'allaient pa. loujour an encombre dao l'arrangement. de pectacles et
d diverti_ ments,oùellea,·aitlaha.utcmain.
Ou a conté le ingulier dilîérend qui 'était
élevé entre Mme de llellernich et la duches e
de Per igny, pour fort peu decho , un mince
détail de mise en scène. On devait donnn à
Compii&gt;gnc la figuration d'un tablt&gt;au de Watteau : le Dé;eur1ei- champêll'e. Et la prinet&gt;s e 'était chargée de la di:.tribution de
per. onnarre et des co tum s. Cha_cune e
disiit contente, saur Mrue d1• Per:-1 11n), la
fc&gt;mme du mini trc de l'fntérieur, par '
qu 'elle n'} ,oyait pa l'occa ion de 'attifer à
.a manière, comme elle l'aurait voulu. Par
exemple, se· chc,·cux blond· étaient d"une
rare Leau té, cl elle aurait tenu à I • montrer.
, - Je veux que l'on mie me cheveux, »
répétait-elle 3\'e~ un lége: 1.ézai~menl et une
ob ·tioation mutine, qui o!Tra,eot quclqu
cho e d'enfantin.
« - ~lai c'e l impo iult', répli(JUall
Mme de letternit-h, il faut, au contraire, une
pclile coiffure rele1· ·' cl poudrée l
u ...- Non, reprenait Mme de Per ignJ,
nous fai. on cela pour noo amu cr et cela
m'amu_e d'arnir le· cheveux défait ' .
ai ,·ou ne voulez pa raire comme nou.
tout~, ne parai . ez donc pa, dan Je tableau. »
Et elle .-n r 1féra à l'impératrice.
&lt;1 - Lai se:c-la faire, dit la ouveraine, c'e t
une nouYeaulé, qui . t&gt;ra pt•ul-èlre heureuse.
« oo, non, elle ft:ra tout man4oer.
li oyon , ma chère princesse, qu'estce que œla ,·ou fait'! !-:Ile era Loujoftrs_jolie.
e ,ou querellez pa pour etla, soyez 111dul"Cnle. Vou avez, cette pauvre Mme de P'rign · sa mère e t folle 1
" ~ Ah! . a mère e t follet, ch bhm!
1. L'imp1:nlrice n'a,ail pas rnulu dir~. que la du1&gt;11t 11 cervel!e ~ 1ercnl et . Iridées uo peu bn,utllus. O_n con11a1ss.11~, ~u~ ce p&lt;11n1,
les ,ou i du duc ,le Pel'Slgoy. Aux rcc.·P.lfons de la
place Beau vau commP aus fèles plus rntrmes Je Ea
thP se elle-ml!lll~

P'R_1NCESSE DE METTER.N1C11 - -~

mon phc e l fou, t'l jt• ne céderai pas. 11 mieux un clalrue plan!' droit. .. el orné de
de corrirrer ! Av nt elle, on n'était rien moins
Il fallut en pa. ~cr par a \'Olorrttl.
tl,·urs ! t:ne autre foi., Octa\'c Feuillet dt•vail que difficile, chez ce.&lt; dileltaotC's, ne onOn a pu . 'en former une juste opinion : faire venir un e:irrick et un paotalcin mou:se
l'aml,a ·,adric •, 11uoi1rue au fond du cœur p,rnr un rcilc de \·01ageur, el l'idée de pa- ~eant que de rire el de 'amu cr. Ain i, le
bienveillant et honn ', açail l'humeur prompte; raitre en cette tenue, ou plu tard en maillot 15 nol'embre I a7, le jour d,· la tète de l'impératrice. on avait joué, à Compiègne, une
el J"on s'en ap•rcevait. quaNd on .'altirail i1 paillettes devant Leurs ~laje té , n'était pa
grande
charade, dont Mhimée et ~locquart,
imprudl'mm nt quelque r •partie mordante ou pr :ci émenl ce 11ui le rlljoui. ait le plu au
le
·ccrélaire
particulier de l'empereur, comquelqnc Irait acéré, ,·enapl de a franchi: , monde. Comme il eùt préfér,: à tout cela une
po. èrenl le texte. ftoufand y rempli.sait, à
en droitt• li~ne.
promenade trani1uille et méditalil'C en forèt !
Ceux qn"dle appréciait el farnri:-,ait de ;es füis la princes e sarnil si bien ramener en- la .atUaction ~énér11le, un rôle l,ooffc d'Auymp:1thie , en revanche, la juneaienl bien -uite le contentement dans l'àme de on au- '"er;!nal et rc:hélait un talent de comédien
. édui::inle. Lo. poirrnéc de main chaude el teur, cmbe.o.,né de Ioule· cc menue. -eri-i- parfaitement inattendu chn un mini tre de
rordiale, le mot heurcu trou,·é de uit.e, le Lode ! Elle était la. plu fervente de applau- l'Io lruction publique el de. Culte!!. En redétail pn onnel 11ui louche a1nilcll, l'action di. ,eu. : . Elle donnait le _inoal. Ou lapait "anche, le atlrice , pour la plupart d
t!tprr ·. ive de e ·eu. el de .-oo l, n"age lui de. mains dam la aUe élécranlr. On criait étrangère , avaient e tropié la poé ie, à qui
mieux mal et, en particulier, une lady Egling,.a,.nai nt, à l'in ·tant. le· intelligence. qu'il d' •ntbou ia,me. On rappelait le po:,,te, et •
lon,
qui cbangr.ait le rimes, tourmentait le
lui plaisait de 'attacher. 0 aa,·e Feuillet, d~- intrrprètt . Mme de Yetteroich réapparai ait
la premil•re foi!i qu'il arait été mi en sa pré- entraînant l'beurem: coupahle Jusqu'à la dialogue, allong •ait le ver de trois ou qua~enCP cl qui! trè opportun :ment cil a,·ail ramp' 1&lt; dc,·anl le public idolàtre 11. Et Oc- tre pied de conlr -bande, et e trouvait,
entamé la conrersation :,ur .on roman de i- la,·e Feuille! fini ,ail par trou\'er que c'élail avec cela, très coolente d'elle et du public.
La Cour avait été charmée.
bylle, 'était déclaré charmé, t:duit, conqui . délicieux.
f me de lctternich l mit ordre. li fallut
Elle açait, d'ailleur , cc qu'elle fai:-ait, la
s'entendre à jouer et à dire comme de arfine amha. ~adricc eu :-e montrant à l'égard
Le rtile qu'elfo avait accepté de i bonne
dn maitre frri1·:iin lleuri • de douceur el de gr.\ce n'était pa. au si ai é qu'on le pourrait û le ce comédie de paravent.
pr :"enance. Quand t1D aime le tbé.llre el croire. Il n'était pas i • impie d'entretenir à
J'ai ou les yrut. tr~- à propo·. le volume
(Ju'on a . ous la rnain no nuteur tel •1uc Feuil- jet continu le rourant de la belle humeur
let, cela vaut bien qu'on dépen:c de l'cm- dan cette ociété dé. œurrée. On y mellait à as. cz raréfi I du Thédlre de aum du marqui
Philippe de lia a, gentilhomme, .oldat et
pre: 1•m nt cl de l'amabilité . • ·e venait-elle
'amu f'r, parfoi , une lionne ,oJonté Lri•
écri\'ain,
auteur attitré de la Cour de Tuilepa justt•mmt dr former le projet d'une cha- laborieuse. Toul comme aux Tuilcri~, il y
ries, régi seur général des cène de Comrade pour la fètc de l'impératrice?
avait à Compièrrne de. aprè -midi fort mau - pii·gne et de Fonlaineblco.u, qui avait pri la
Le lendemain, san plu~ nlleadr ', elle lui
aJc , quand il n·y a,·ait pa cba ~e ou excuruite du duc de Moro ', dan· l'art d'improfai.ail ronfidencc de ce li au d1u,cin. Le mot , ion en forêt.
"i,er de vaudevilles mondain à l'u a11e de
4u'clle a trouvé est de circon:-tance : ArmiUo oir, avant le dloer, elle n'avait pu
1•er airl', • fa ·œur Anne • pour la pre- trouver rien de mieux, co attendant le po- prince el de leur imités, el qui app lait
mi/•re syllabe, lui ouvr, une matière com- la •e, que d'indi11uer aux belle. oisivei un jeu, ~lme de lellcrnicb a u e. On ne jouait se.
mode à remplir. ffüer vi •nl de lui uggércr où il .· avail de la farine et une barrue dcdao ·, m nues pièces qu'une ou d ux fob; mai il
une malicieu~c fantai i&gt;. Elle a rché &lt;1ue le ,1ue l'on devait ai~ir avec . e, d~nls -an e a,·ait ce u~ enviable de recueillir le
fringant Galliffet aurait l'attitod, d'un homme blanchir le nez. Cho e difficile entre toute . applaudi .ements de· main •l le- vivats de
bouche· le plu ravis antes de la création.
11ui tom!., le ,enlre ~ur la glace el ne peut
Par le Lemp de pluie, on ne ~avait qu'iui, \·oilà Lien ces faroeu Com111er1tair
pa e relt·H•r.
maginer pour réveill •r l'animalion ur le
" - Très bien, princ se .. fai qui fera ri arr• a~.oupis. L'annonce d'une charade de Càa,·, C lie revue en deut actes Je l'anlt's \'Cr 1
née 1 lî5, un document lypi&lt;fue des actuartait la mieux accueillie et répandait, ou- lité.~ pari. ienoe· du momen1. el qu'avait
• - You~. 1 n'.pond-clle. •
dain, une noie folùtre dan. 1 salon . La
Les cbo~ei; ne trainaient point a\·rc celte perspecti\·e de co. tume ·, le ouri d toi- montée, répétée, et en grandi! partie interC"nlraincu e. On avait du :,'y mcllrc de uile. ldte , le jeu d,~ · répétition , c'était pour en- prétée, chantée 'on .\Ile e la prince e Pauline de Metternicb.
Quand il la rdrou,·c au ·bàteau, ,·io!lt-quatr
chanter Ir femme ·.
Elle y tléplo1a une chaleur tic zèle c traorht&gt;ure après ou guère drn1111a"c, la princ . e
Le thé:itre était le grand moyen.
dinaire.
a on rôle en main el le trarnillc dïmporCe fut toujour · la pa, ion dominante de
Dan la mi~e en ·Cclne d'une pièce in~crite
lanle, Oeta,·&lt;! l'euilld ura donc été l'auteur lime de Ic1t1:mich, le thé.Ur i en tou , enr
diliuenl, le con. rillcr littl'.-rairc ingénieux. li et ou toute le r;rmes. Elle n'en ùédai- au tableau, ,\!tue de ~fotteroicb, tout à on
e croit quille à cc compte. ,\fah non. Ju~te- gnait rien, même le fi1ruration-; rouelle cl role et à cc qu'on c,-pérait d'elle, ne ~e tenait
correspondance
ment, on per oonarre reste inoœupé dans la • le· taLleaux ,ivaots, qu'elle di. po,ait -céni- pa · d'agir et d't'crire.
charade; c'e l un méchant rùle de jardinier, quemenl avec le femme· intelli••cnte el ljUOlidienne en était con idérablemeot gro ic.
1pii lui tomiendraiL à men •ille. Un le lui a jolies, 11ui partarreaienl cc "OÙl. Elle était Clraquejour, elle email de Ct!' hillrt · alerte,,
r: ené. Il 'eo défend. Est-ce ,pie le prince prince~ e de nai ~auce el d'éducation, arû te comme elle ut en lourni:r ur tou le ·ujet~.
et qui formeront, le jour où oo 1 réunira,
de l\cu~s'!... E l-ce 4uc Clermunl•Îonncrrc el mu icienne de tempérament.
un r ·cueil de plu curieux d de plu· vivant. ,
u· nd.,~~erail pa Lt'au •oup micu la 1·c. le
Le leu acré était en elle. Elle anit la con~I. de lia ·:a, 11ui com ·rra, depuis lor ,
enrulrannfo de ce hergèr LouL XV? Vaine
·tanœ d'apprendre de lonrr. rôle.- coupés de avec la prin · e des rapport J, "rande
xcu c.. Oo ne \'eut pa eo entendre daran- chan ·on , d'organiser les répétition- et de réla"e. Il n'a que le lemp. de donner es ulcr point par point l'arranrrement d pre- amitié, en fut, naturellement, très farori ·é.
JI y a\·ait à 'entendre ur maints détail·, à
in trutLions pour le décor el d'aller pa. er mière , awe le concoor de ault' ur et de
culoltt! de a.tin. La repr :,enta lion a déléuué · officiel· de· plaisirs de la Cour. Ellll couvenir d'un rôle, d'une intcrprt'•Lation,d'une
lieu. n ,erra le délicat écrivarn apparaitre se fai.aitde on plai ir un devoir et un lra\'ail. nuance nouvelle à introduire, d'un changement h faire. Et les notes épistolaire n
tout à l'b ure, au débouché d'un para,·1:nt,
li était bon qu'une entbouja 1, de la
et e montrer &lt;:u cène rc\'èlu d't111 as ez ridi- .c ne, une ,irtuose comme la princes c de cbomaient pas
c Vou de,e;: al'oir bien des letlre de la
cule co turne, a'"cc une tète de vieux bon- Ml!llt:ruicb, eût à cela l'œil el la main. IJor ·
pirituelle grande dame, di ·ais-je au marqui
homme poudré à blanc, portant de on de sa ·urreillanc , on eùl commis tant
de Ma a, un oir de rencontre inopinée
terre de CliamaranJ •, la 11ë1r1&gt;-1:i d,· la 1lud1
d'inexactitude , répété tant de petile mala- (c'était au Th~àlre-Fro.nçai , à la prrunière de
11' lait un • •cr~l pour aucun ,les im·ité •
dre ~e , qu'on oe prenait pas a ez la peine la Plus Faible, de Marcel Prévo t), dt-... 255 ....

�H1STO'J{1.ll
perles que vou'! ne lai erez poinl s'égarer.
« Vou· vous tr11mpez, me répondit-il. Je
ne con&amp;t'l'Ve plu de lellres, depuis qu'une
tentation lrop forte ou qu'une main trop
pr Le s'est :1vi,ée d'en alléger mes tiroirs. ~
Par quel ·ortil~e e ont-elle~ en,,olées de
la cassdte du mar11ui' de ~fa a, qui les
croyail bien en ùreté dans le château de
Ménars, po11r circuler rn public, an indication de la provenan1:e, ni du nom du d.. Lmatairr? Le mysti&gt;re ne nou en a pa été éclairci.
Ou moin , rlle n'ont pas été perdue pour
tout le m,,11de. Il n'est rien que de très innocent, au re Le, dan ces billet « d'arli te » à
son poè1e, dt'S idées qu'on échange, de la
collaboration à &lt;l1:-lance. On y peut uivre,
jour par jnur. la marche des répétitions el
J'avancemeut des étud..s.
Ce sont de~ a,is, des conseils qu'on sait
donner fort à propo , avec une ju ·te ·se
d'instinct el de la manière la plus courtoise.
« Ne m'tlo v,•u1llt.'z pa~, dit-elle, - à la lin
d'une a· ·.,z lon~ue mi~. i,·e pleine d'obst-rvations, - Ut! m'en veuillez pa · de ces difficulté· pour mon rôle. Je déte· te faire de
emharra~, et j .. me suis décid.le difficilement
à vou~ en parltir. U,i· c'est que votre uecè·
dépeud b, auc·oup aussi de œrlaioes ch,i-e ,
que je me ,uis llt!rmi de vous mar4uer. ))
La que tiou de co. turnes e L son :,onci
parlil'Ulier. Ult' s'y eute11d, du re:.te. F.mellre
des proj .. ts. ltls fJire dessi11er par Marcelin,
de la Vie parisienne, exJculer par Wo1-th ou
par un aulre, PL revèllr par le plus charmantes mo111.ldi111· ·. pour le plai,,ir de Lou$,
c'est on eocl,antemenl. Mai· il n'e L pa · uu
seul poi11t 4ui 11e la Louche et donL elle ne
s'occupe avec . oll1ci1ude, en ce· coulis ·,·s de
fautai ie. Uan, le partage de· d,v.. rlls~eme11ts, les g11ùLS soul varié~. On aime ici le·
tableaux vivant,. On pr~fère là les ma ·carade ·, les Lraves1i~. Mme de Mellernil'h ue
dé~avoue 11i IP. uw, u, les autrt' ·. M111ife.,temenl. .e:, pr..d,lc• l1ow v,ml à la d1..iraJ .. , à
la comé,lw, aux ~I' ctad,i · dialogués el vivant,.
Là surtout un al'LIVILé fait mt:rvcille~ Pl donnerait à cruire 'Ille l'é,·enla1l r1•pl1é Je la
princes ·e a res,11 ·cité la vertu des l,a~u,·1 tes
ma!!l4u~·. r,,uJours la plu \·aillan1e. Loujours t.ur la hrèdw. elle se plJinl u11 pPu, de
temp en lt•mp,, de la ltédeur vù s'tlnd11rl le
reste de la coml':igniP.
« Vou · verret.. dt!cl:tre-L-elle au puèle de
la r ,·ut!, vuu · n·rr,·z 1t,s Pnnui et le:: llllSt'l'lque vous auret a sul11r avec acteur el aclrlCt'~.
Je con11ai · cela, c'est une ral'e allreU•t'. JI!
pui le dire. pu• ,1ut- Jt'II ui ·. ~~t Comp•èj!tlt'
esl fait, pour répti•er sérieu tme111, c,,111we
moi pour dan er ,ur la corde de B1011 d,n. 1)
Et ,,ue celle 1ruupe br1llrnte esl mala, èe
à conduire, ~urloul à nodre exa&lt;'le!
a Toul le monde court du rua,in au ,-oir
el, à 1'11 .. urtl de la répétition, pa~ àrne qui
vive. Rien 4u.- rautt-ur el ... moi. Ju ·qu'à
préstlul. ça u'a jamai mao4ué. ous a11ri1111
une t,elle cbauni, i le slatu q1w étai, cbd11•rti. o
Eocure, ,,i uu la lai,sait travailler; wai ·

non, pendant qu'elle on!re de la pièce, qu'elle
écril de la pièce et qu'elle eo vil, qu'elle se
tourmente à en éprouver chaque effet, à en
interroger chaque nuance et chaque détail,
aulour d'elle on babille, on fait du bruit,
comme s'il ne s'agissait point d'une cho e
d'importance.
&lt;&lt;
On ,ient m'interrompre à chaque
instant. Bu on {le prince de agan) ja e
comme une pie. Bussière ne se lait guère.
Richard fait comme eux; ma tète n'y e Lplu
du tout, et je ne sais trop ce que je vous
dis. 1&gt;
Richard de Metternich, en effet, est beaucoup moio entrainé. Tenir l'orche Lre, jouer
du piano, il y consent; mais monter en scène,
donner la réplique. il n'en éprouve qu'une
faiMe envie.
« Ne comptez pas ur Metlernich, écrit
lme de Pourtalè ; on n'e l jamais ùr de
lui; il ne veut pas jouer. 1&gt;
'importe, la princes e e donne as ez de
mouv..ment pour deux el davantage. a dilig,rnce e t ans ecoode; sa complaisance
d'apprendre, de dire ou de chanter est sans
limites. C'est au mème correspondant :
« Mon cher ~la a, je chanterai ce que
vou voudrez me donner et ce que les autres
ne voudront pas. Je vous répèle ce que vous
sa,·ez, j'e père : c·~t que j~ ne uis pa lrop
d1ffi1·ile à faire marcher. J°ÉTonu:, à l'heure
qu'il est, mes rôles; car ils ont à peu près
appris. Voilà mon plan de campagne : la
cantinière uipageu e, bruyante, l'allure mililaire, l'air go 0 uenard; la Grève. bona e, un
milieu entre le 1·omi4ue el le ridicule ... une
naïveté, p.enre Alphon ·iot&gt;. Enfin, la Cban on
l1'ès f,·ançaise, graci... u e, f{entillc, gaie et
parfuis très posée, rieuse et parfois Lri le •... »

de la repré·entalion !. .. Cti serait à e pendre
au premier arbre venu l »
En voyaae, à Vienne, ou ur les chemins
qui mènent à es magnifiques propriétés de
Bohême et de Hongrie, elle emporte ses rôle ,
les reprend, les travaille avec le cru pu le
d'une véritable actrice :

Le lieutenant-civil Dreux d'Aubray
Par CH. OAILLY DE TAURINES

« Vieone, 29 octobre 1 65.
&lt;&lt; Je chante et je rechante; j'apprt&gt;nds, je
répèle; je uis, enfin, en pleine revue 1 ••• • ,i

El, à force de brûler les pl aache ... du
théâtre de Compiègne, ans y prendre garde,
entraînée par le métier, si j'ose dire, elle se
lai e gagner légèrement aux façons de parler
dé 'iovoltes, un peu osées, un peu familières
des divas el des divette· :
« Quant à l'air à loul casse1·, cela va
comme sur des roulelles et je me demande
pourciuoi il m'allait si pt&gt;u, au début .... Je
refuse énergiquement la dan e espagnole,
dont me parle Bo on. J'en aurai a,sez fait
en créant tout ce que vous m'avez envoyé. li
y en a plu qu'il ne faut à ja er et à fredonner. Je crains que le public ne me prt'nne en
grippe; car je lui eo sers, en veux-tu en
voilà. »
Mais, tout en se livrant à des espiègleries
que a jeunesse explique, tout en jouant avec
un diable au corp qui n'appartient qu'à elle,
ne croyez pas qu'elle oublie son étal de princes,e et a dignité d'ambassadriœ. li umL
qu'ils soient en cause pour qu'elle se mette
nettement ur la défensive :
« Permettez-moi de vous confier touL bas,
tout ha , que je me refu e à chanter le coupl •t à l'empereur. Je ne pui le faire, et ce
serait ridicule dan ma position d'ambassadrice. Je vous upplie de ne pas me faire
Lrû.ler un seul grain d'encen . &gt;&gt;

Il se rencontre ouvent des anicroches.
Cbal'uae apporte une réclamation, demande
un 1·ba11 •ement, exü:e un coup de ciseaux.
L'1mpératri1·e au.· i taille dans les couplèl en
loug ou en large. Toul de même, le cho es
P!llin s'arrangent. Cda ~e des ine el prend
1·orp·. La troupe arrive à travailler d'ent'tuhle. « Je counais bi .. n LDnn public »,
a ,ure alor la d1rt.'clriœ de la scène. ne
aclr•œ de prores~ion ne s'i:xprimerait pa
autrem• nl.
011 st-nl qu't•lle 11'aime pas les lenteurs.
Elle hrùle d avoir en main toute la pièce, de
~.noir . es rôlt&gt; , d'P11trrr en .cène. « La
pièn,· ! la pièi.·Pl » rèclamt"-t-f'lle. L'imprévu la
wurnwnte. l'1mp11He. Elle t sl dan 1• tran es
4ue tpwlqne événetut'nl malencontreux n'aille
e11t·11re rt&gt;Lard"r la fèlt.&gt; théàlr;1le.
(( J'., ·vèrt: bt.'aucoup, j',·.père de tout mon
cœur •1u.. le d1u1t:ra u·l'rufiè•·hera pa le séjour
d, CompiègnP, ni qu'un affreux deuil de cour
ne viendra uou · towuer l&gt;llr le do , la veille

Qnant aux hardies e· du texte, elle n'e,t
pa · prudE:. ~lai , pour d'autre., pour Cornpi rrne, pour la grande maitresse d'E süng
aux airs timorés el renfrognés, elle réclama
qu'on atténue la vPrdenr de couplrt .. Dan
les Commentaires de César, elle avait douli~e
rôle. Elle incarnait la chan on, la vraie chanon françai e; elle repr l•enta1L au •i, bra,·emenl, un u chevalier du îouet 1&gt;. Il fallut
supprimer, dan le grand air du a apin • en
course, l'allusion trop vive aux store bais és
dt&gt; · voiture publiques. Très amu ée, d'ailleur~, heureuse d'avoir à détailler le malice·
du rondeau, elle avait chaulé le reste du
morceau avec beaucoup d'humour, en digne
automédon-femme, qui, par dévouement à la
famille, a remplacé pour un jour, ur le
siège, 011 mari en état de grève.
Ces grandes audaœs théâtrales étaient de
ai on el ne Juraient que leur temp ·, une
fiè\'re d'automne renai ant el di parais anl
a1·cc le vacances de Compiè!!lle. Le vertige
l. Dan- la même lettre, de sa main de princesse,
pa~ é, elle savait, et vite, reprendre ous son
elle aJuula : , Vilr, faile:;.-moi ln mu~ique Je l'air :
amabilit~ !1ère, pour qu'on n'en ignorât, le
llac.iche turco
a,·ache coguaco .... ,
tond~ la grande dame el les convenances de
Un miuce tlètail, cumu,e on voit, qu'elle n'oublie:
son rang.
pa,.
(A suivre.)

FRÉDÉRIC

LOUEE.

du faubourg Saint-Jacques, cl, le trajet étant
forl lona, celle cbaritalilc prince e a,·ail
l'habitn,le de lui envoyer son carro se.
Le 1;; mai,~(. de Sacy devailju tcment e
rendre thez la duch .e, mai · celle-ci ne put
ce jour-là le faire prendre, tou ·e chevaux
ayant éLé envo1és en relais au-devant de
~[me Ja prince e de Conti, a btlle-,œur,
revenant à Pari aprè la mort de ,on époux
qui venait de terminer dans la pénitence une
,ie p1 .ablemenl agitée.
En cette année 166G, avai , nl commencé
di! précoce chaleur , l'air était orageux, el
en prévision d'une longue marche à pied, l'extrémité dn faubourg "aint-,\nloine n'e. t
p~ tout prè de hauteurs du faubourcr aintJacque. , - M. de Sacy, voulant profiter de
heure les plu fraiche du jour, e mil en
marche à ix heure~ du malin.
Comme, depui plu de deux. am•, il 'al-

afin, lor,qu'il ,erait pris, d'al'oir au moin
comme con. olation et -ecours ce beau lh·re
M. de Sacy, les épîtres de saint Paul,
dans sou cacliol.
les u carrosses à cinq sol n et les
cc Q11'on fa ·.e de moi ce qu'on ,·omlra,
Mét.11norphoses ,t'0111de.
di ·ait-il avec a · urance, en quelque lieu que
l'on me mette, pourrn que j'aie mon :tint
Paul, je ne crains rien 1 »
Les . olitair~, ces amis du dt!hors chez qui,
dès l'année I GGO, le Lieutenant Ci,·il avait
lai 1a chaleur 'annonçait comme devaol'
été appelé à faire de~ vi ile~ terminée de si
être i accablanle et le chemin à parcourir, à
aimable taçon, furent, par ordre du lloi,
pied, dan des rue montante el pous iépotmuhi· avec autant d'acharnement que le
reu e , était i Ion que, ce jour-l;1, avec un
religieu e . Errants d'asile en a.ile, c'est
peu de Mrrel el pour ne pas se trop charger,
en 'min que, réunis par pctil !!Toupe , ils
~r. de .. acy lai a on ,:;aint Paul ur a talile.
·tlîorçaient d'échapper au. recherche d'une
Afin d'ailleur de diminuer la fatigue el de
police sans cesse en é,·eil.
couper le trajet, il comptait 'arrèter ;1 miPeu aprè l'e111rée solennrlle du Uoi el de
chemin à l'egli_e aint-P,IUI ou à 'aint-Gcrla Reine à Pari , M. de acy, le saint prêtre
vai' pour y enlendre la me, e.
directeur piriLuel de olit.aire , avait dû
Accomp:icrné de ~I. Font.aine, l'un de
quiller a retraite d Trou el venir 'in litaires qui demeuraient avec lui, il ,e mit
taller en ecret dan une mai on i.solée
donc pai iblement en route ,er la ,-ille.
entre cour et jardin, tout à l'extréA peine, en suivant le faubour"', les
mité du faubourg ... ainl-Antoine, non
deux matineux marcheur· araienL-iL
loin de l'e planade qu'on continuait à
parco11ru une faible distance, qu'arappeler « le Trône », depuis qu'y avait
rivés à la hauteur do l'abbaye Sainlt\lé dre~sée l'e trade du baul de laquelle
Antoine, il· croi èrenl uncarros equ'il
Leurs !lajesté a\'aienl reçu l'hommage
reconnurent comme celui de M. le
de Lous les corp de la Yille.
Lieutenant Ci,il; il était tout rempli
Là, en compa!mie de deux ou trois
de commis aires.
amis fidèles, M. de acy menait la vie la
Sans prêter autrement attention à
plu rclirée,ctce me -ieur ·, respectéi;
cette rencontre et é,itant de e retourdes voi~in pour la dignité eL le calme
ner, le deux Yoya"eurs continuèrent
de leur ,·ie. e.-;péraienl pou\'oir échaph:ur route; ils allaient en grand .ilence,
per ain~i aux recherches de leurs encar M. de ac.·l avait coutume de dire
nemi~.
tout en marchant quelques prière, et,
Pendant un certain temp il
passant le pont el la porte aiut-Anloine,
avaient réos i en eJfcL, lorsqu'au comil pénlitrèreut li.cnlôt dan la ,·ille.
mencement de mai de l'année 166ü,
A celte heure matinale, le .oleil, has
ils crurent remarquer autour de lrnr
encore sur l'horizon, projetait à travers
logis et de leur per onnes des allée
la rue aint-Antoine J'ombre des ha11el ,enue et une surveillance de gens
les Lours de la Bastille. [)'in linct le
bitarre aux allure à la fois discrèles
compagnon de M. de 'acrleva le eux
cl inquisilire , ayanl tout à faiL l'air
vers les sombres murailles de la prid'e pion de l)Olir . M. de acy ou
on:
-e ami· venaient-il h orlir, quelqu'un
11 En vérité, dit-il, nou ne peu on
au itùt était ur leurs talon ; prepas as ez à ceux qui sont enfcrmés là;
naient-i ls uncarro e, unaulre carros e
ou n'a point celle compa · ion, dont
les sui vail; comme il avaienl un jour
parle saint Paul, et qui fail que l'on
p:t sé l'eau à la porle aioL-!nLoine
&amp;t au si sensiblement louché de 1a
pour aller à Saint-Médard as.i ter
capliüLé déS autres que si l'on était
aux funérailles d'un de leur5 amis, un
captif mi-même. J&gt;
homme se trou\'a dan le même ba- L.i. RtrE AINT-A::-TOIXE ET L'Ü,LISE An.t-PAUL AU nu• SIÈCLE.
Il disait cela en pensant au bon
D'après unt gravurt .tu Cabinet des Estampes,
teau cl ne le quilta pas d'un pa 1 •
M. avreux, Je libraire cl ami des
Choi i comme directeur de conscience
olitaires, qui, depui lonrrtemps déjà
par la duches.e de Longue\'ille, .Y. de aC) tendait un peu à être concluil qudque jour à était à la Bastille pour aToir imprimé leur;
avait 01nent à se rendre dans Ja peli te mai on la Ba tille, il avait pris oin de faire relier, écrit 1 •
en un volume do formaL portatif qu'il prenaiL
«
assez! C'est a ez, M ieurs! cria
; Ellrail du volume : /'ère el fille 1Philippe de
toujours
ur
lui,
les
Épitres
de
aint
Paul,
Uiampague et tl'III' Cc1ll1el'i11e de Samte~S11~1111e
2. 11vreux re la dix mois â la Ba lille. )'ou· l'ie
;, Port-lluyal , 11ar Clt. Gailly de Taariues. (Libr iric
1. Foot .. ioc. lcmoiré pour .en-ir il l'hi toire de
Ïllléru,011us et édifta11le1 de 1/eligieu ·es cil' J&gt;ort

c·~t

lle1:ltcllc d C".J

... :?56 ....

lV. -

Hu,TORIA . -

l'orl·ll.upl. lln.'t:hl, 2 vol. in-12. 1ïj6.

fasc. 3o.

Royal,:, L. lï52, m-1'.!, I\·. p. 25~.

�_

111ST0-/{1.Jl ----- - -- -------------------------·--------'

à l!e momenL uno voix derrière les marcheur
, 'étant retourné:, ceux-ci reconnurent

fours, les attendaient au passage, les voyaient
lou pa~serpleins devanteux. Le· jourssuhanl •
le uccès ·'accentua encore : des magi Lrats,

glisser le lettre , de a pocbe dans .on caleçon; imiolable asile. pen ait-il.
En quelques tours de roue, un se Lrouva
chez le commis air .
u OtE&gt;z votre manteau, Mou icur, cl ,·euillez
Yous a seoir ur cel escabeau. dirent le archer à M. ùc SacJ dès qu'il fut entré; et le
cordons de es hauts-de-chau~sc a ·:ml élé
dénoués par ces valet de cbamLn· improYisé~
qui, pour le mieux servir, 'étaient mis à
genouJI de,,anl lui, le pamre M. de ,. ac eut
la douleur, au milieu de leurs rire ironique , de voir les 1&lt; lettre de con cience » se
répandre lamentablement sur le parquet eL
tomber dan · leurs main ".
fai , après celle Cormalilé forcée.
le
commissaire voulut faire preuve de l'amabilité qui en dehors de :c devoir profedonnel , lui éLait baùituelle; ayant donc mené
~[. de acy dan une chambre haute. il ounit un placard dan · l'encoi.,nurc d'une cheminée; les lablelles en étaient garnies de
liv1·cs.
&lt;1 C'est ma bibliolbèque, annonça-L-il, non
san. fierté, car il se piquait de quelque cannai ·once dans les belle ~letlres; vou. poU\·ez,
Mon ieur, y puiser à voire fantaisie . Quel e t
,·otre auteur pri:f{,ré? Voici les Metamo1·pho ·es d'Ot•ide, Ll1·t ,J'aime1· ....
- Pardon, ~Ion icur, interrompit doucement ~L de ~acy, j'aimerais mieux la BiUe,
ne l'a\•ez-,1ous point? 1J
EL comme la Diltlc ne se lroma pa dans
la bibliothèque de M. le commissaire, déplorant le fatal mou,em.ent de mollesse, 11ui,
pour éviter une falibrue, 1ui avait fait lai ser
son aint Paul ·ur la table, le pauvre li. d~
Sacy se pas a ce jour-là de lecture.

,r.

LA PORTE

\\i; T-.-biTOl1'.E. -

Gr.ivure dt

alor · uu de, rnmmissa1r &lt;lu carros~e qui
accompagné de deux archers, les avaiL doucemcnl uivis sau qu ïl s'en aperçu sent.
u )fo sieur , e'Xpliqua celui-ci, j'ai l'ordre
ùe mus arrêter.
- ·e vou trompez-vous point, Monsieur,
u'l a-t -il point d'équivoque 'l répliqua, en s 'effor\:ant d·assurer a voix, le compagnon de
~L ùc 'acy. Moo iear, achcz-le, esL uuc
per onne d'importance · prenez garde de faire
mal à propo du scandale.
- '1on, non, répondit le commissaire, il
n'y a point d'équivo 1ue; nou connai . ons
vo as t•mblée. du rauhourg aint-Antoine.
- .\.lor , .il'!!&gt; icur I faiLE's de nous ce que
vous avez ordre de faire 1 • ,i
Le commi saire voulait éviter l'éclat, cl
comme on .c trouvait justemeul en face du
bureau des (l Car,·osses ri. cinq liOl ,, . au
coin de 1a rue coaduisanl à la place Royale, il
y fil entrer se pri onniers.
,. ur l'inilialive de ~1. Pascal à qui 4ucl!JDe · grands ~eignt urs de se amis a\'aienl
fourni de food .. l'rntreprise de C( Carrosses
à cinq sol » - ces ancêtres de no moderne · omnibus - a\'ail eu, quelques années
auparavanl des dJbuts e:.trêmement brillants; l'inauguration de la première« roule ,&gt; ,
aJJaut préci ément de la place Royale au
Luxembourg, avail été un vérilahlc triomphe :
la foule se pressait sw· loul le parcour , le
ouuier, au passage des voilure . quiuaieot
leur ouvrage pour les regarder· on ne travailla guère, ce jour-là. dans ces 11uartier •el
la11l de ,·oy:igcurs e pre -i:renl pour entrer
dans les ,·éLicules que ceux qui, aux carrc1. fü,moirc~ de Fuulaine.
2. ur le;; Cm-rosse à 5 sols, , oir la M ll·c de
\lme l't!Jicr i1 Arna uld ,le Pumponne , racoolànl d11
façou fo rt amu,au lc b journée d'ina ul!'Uraliu11 . (l'u-

~ COTIN .

(C.:ab{ntl des E sl.1111pe_s .)

con. eillers au Chàtelet, maîtres &lt;les f\eqi.tèles,
et même des conseillers au Parlement ne dédai0nèrent pa d'empnm1er ce mode de Lransporl pour se rendre ù l'audience el au Palais;
bien plus, on rit uu jour, non ans admiraLion, uu prince du ang, !gr le duc d'Enghieu,
fils du grand Condé, monter en carro e ~
cinq ols! L'entrepri e en uu mol ,emblait
marcher Vl'l'S un triomphal uccès lor que ,
toul d'un coup, la mort malheureu e du
pauvre M. Pascal, enlevé à trente-neuf ans
par de · infirmités douloureuses cl précoces,
vint arrèlrr ce bel es or. Oe ce jour, les carra .c à cinq .ol · ne firent plu que ,·égéler,
leur e.n-ite devint irrégulier et incommode,
au si la foule ces~a+dle de se pre scr aux
bureaux, hs ,·oilure partirent à ,,ïde , ilne
,c trouva plus pt:r~onne pour le allendre
aux carrefours; l'enlr?pri e était morte avec
son merreillcux organisa leur 2 •
Ce jour-là donc, à celle heure matinale,
un carro.:i e vide allenùait JSolitairement le
moment du départ· profilant de la circonstance, le commi . aire pria &lt;1 le mailre du
bureau &gt;l d'agréer qu'il fit monter es prisonniers dao la ,·oiLure pour leur faire ,eulemeol Lra,erser la rue et les conduire à son
logis, c1ui était loul prod1e, prè ainl-Paul.
- Pendant ce court lrajd, Y. de 'acy 'ilgilait beaucoup. Dan la poche de son habit,
se trouvaient en effet quch1ues !cure_ reçues
de personnes don l il dirigeait la con cience;
l'idée de Yoir ces papier contidentiels tombe!'
entre le- mains des gens de police lui élail
une atroce ou[rance el, sous .on manteau,
à grand effort, il paninL à faire douœruent
pier ùc la r~millc Arnauld. BilJl.dc l'Ar enal) et Y.de

Youlrncrqur . Le carru,:;es-à 5 ,ob. br0&lt;·h. iu-12, 11!28,
J . ll émoirr rie Fonlà me.
i-. li. de ,tuloml iu . ,lu ca nton ile Soleur e, anil

Les Suisses du colonel Molondin

Pcndanl ce temps, l'émotion était grande
au logis du faubourg ainl-.Anloine. Suirant
les ordres trè évères du Roi, des force
impo ante · avaient été préparée pour s·a surer de ces dangereux conspirateur· et de
leur. important papier . Le colon I dr
ui~se , M. de )Jolondin 1 , qui e trouvait
êlre le voi in de 11. de Sacy el de es compagnon et dont la mai on touchait à la leur,
avait r(çu ordre d'as embler chez lui, pendant la nuil, Ioule sa compagnie en armes el
de se conformer en uile aux prescriptions de
M. le Lie11lenanl Civil· une centaine d'archers
a\'ait de plu ' élé cachée dans &lt;&lt; la mai.on du
Trùne », &lt;:elle mai on où Leurs Maj11 ·tés
avaient pri leur repa le jour de leur entrée
dans Paris.
-.: i, le malin, M. le Lieutenant Ci,il avail
tranquillement Jais é passer devant son carro ~e )1. de acy et on compagnon et donné
ordre à son commissaire de ne les arrèter
qu'en \'ille, c'était de crainte que le moindre
brait, excité dan le faubourg, ne vînt à présuccüdê comme 1--olo11el rlu rëgimenl des Garde,
11i.-scs â ~ - de llcs&lt;y, ,lu 1:a nl&lt;&gt;11 Je Gloris. P, Daniel,
lli&amp;t . de la 111ilfoe frrn u;ai«e, 1. ll . p. :;1;, \'oir nulu
à la liu du chapitre.)

L E LlEUT'ENA.NT c1nL D 'R.,EUX D'.JlUBJ?.AY ~

nmir ccu. 4u'on cbcrchait du dangrr qui
planait sur eu\ et ne leur donnâl ain i le
loi ir de Mtoarner qudques papiers compromettants. ... e_ inslruclions donnée, , ce magistrat c fü conduire chez le colonel de
uL ses et tous deux, de concert, combinèrent
un habile plan de campa!!lle qu'il mirenl
aus itôl à exécution.
Parmi les olitairc demeuré dans la maion ain~i menacée d'un siè"e, se lrom:ail
M. du Fo · é, cc jeune homme sur qui lei;
fri,;olrs pectacle du siècle exerçaient encore,
quelques année · auparavant, un si regrellable
attrait et qui, en aoùl IUOJ, n'avait pu ré isler au désir d quiller la olilude de · Trou,
pour venir contempler les pompes de l'entrée ·ol,mncUe du Roi.
Le jour où M. de acy commît la regrettable imprudence de sortir n on volume de
saint Paul, li. du Fossé, un peu fatigué d'un
voyage dont il étail revenu la ,·eill , C'éda au
be oin de faire gra ~e malinée cl, nlrairement à on habitude, à ix heure pas • il
-C Lrouv:.1it encore au lit. "élanl alor- é,·eill &gt;
il e leva, courut ounir la fenêtre de son
cabinet afin d'y donner de l'air et rentra
dan sa 1.;hambre pour s'habiller.
A peine avail-il commencé sa toilette qu'un
Lruit .ourd cl répété, em.hlable à celai de
plusieurs objets de fort poid tombant lourdement · ur le p:irquet, le rappela en toute
hâte et fort intrigué dans .on cabinet; quelle
ne fuL pas sa Lupt1faclion de s') trouver face
à face a ec quatre soldat sui - qui, par la
fcuètre ouverle, venaient d'y sauter avec
Loule la légèreté propre à leur nation el à
leur élal.
« A qui eu arez-,'Olt ·, demanda M. &lt;lu
fossé ahuri au premier de ces étranges ,i iLeur qui se Lrom·a devanl lui; qu'est-ce que
vou waez faire ici, par les fenêtre , au-de.!ll des murs, arec des mou quels?
- Je n'&lt;'n s:iis rien, répondit le fidèle
oldal, c'e L par ordre de M. le Colonel 1 • 1)
Par la mème Yoie, arnc la même légèreté,
d'aulres ·uisscs conlinuaienl à pénétrer;
bienlùt le logis en fut rempli, ils e répandirent daos Ir couloirs, de cendirenl IP.
degrés et coururent ouvrir la porle d'entrée
à leur. camarades appo té en ba .
Un moment après deux commis aires monlaient à la chambre de
du Fos é.
« Voici M. le Lieutenant Civil, 1, annonchent-il .
Ea effet .ll. d'.\uhrar marchait sur leurs
pa·, et, pénétrant dans Ïa chambre, 'y trouva
eu pré cnce de 1. du fos é, lOUJOnrs en
costam1: de nuit, tel qtr'il était orti de on
lit.
&lt;&lt; llonsieur,
'écriait avec agitation M. du
Fo éen parcourant sa chambre dans ce léger
co~lume, je ne ~aurais a set 'l'OUS témoigner
combien je uis 'urpris de votre façon d'agir.
\os rren me traitent TI"aimr11L comme un capitaine de ,oleur !
- C'c t par ordre du Hoi, D répondit
·implement le Lieutenant CiYil.

lléveillé au bruit cao-é par cet extraordinaire déploiement de forces, tout le quartier
'était ameuté; des gen · parai saient aux
fenètres, 'habillaient en hâte, descendaient
précipitamment dans la rue pour s'enquérir
avec curiosité des événement .
(&lt; Ce
ont des rrcn de finance à qui l'on
rcut Faire rendre gorge, disait l'un .... Xon, répondaient le autre. , cc onl des hérétique;; q11'on ,·a brûler.... - You vous
trompez Lou , ce sont des faux monnayeurs,
complices de ce Delcampes qu'on a pendu
ju. lement hier. ,1
Celle forluile coïncidence fai aul pencher
les opinions de ce côté, c'est la version de
faux monnayeurs qui reaconlrail le plus de
créance el le boula.nge.r, fourni eur de~ Solita ires, quo ceux-ci avaient ju Lcmenl payé la
\"eille, courul en hâle el Lrès inquiet \'érifier
dans son tiroir la monnaie qui lui avait été
comptée.
&lt;&lt; 'ils font de la fau e monnaie, dit-il
ra uré après avoir fail sonner les écus, ce
n'est toujour pa à moi qu'ils l'ontdonnée 1• 11
Pendant cc temp , toujour · captif chez le
coromi aire dc,·ant l'armoire aux llétamo,·ph PS d' 01•i1le, 1. de ~aCl contiuuait à
déplorer amèrement J'ai, ence de on saint
Paul. Enfin. après ix heures d'angoi se,
ver. midi, ·arrêta de"ant la porte le c..trros e
de M. le Lieutenant Civil dan lequel deux
commissaire fir nt entrer le pri onnier .

aire· demeuraient muet comme de poi. son . C'est seulement lor que, roulant avec
bruit sur le paré de la rue ~ainl-Ântoine el
se di rigeant rnrs le faubourg, le carras e eul
dépassél'cnlréc de la Ba tille, que les commi saires, e déridant enfin, s'écrièrent en rianl :
« Vou· le voyez, lle ieur· , c'est chez ,·ou ·
que nou vous menons l , »
Quel cbange~ent au lo"IB en si peu ùc
lemp ! et comment reconnaitre dao ce
camp militaire, bruyant, affairé, plein de·
jurons, le lieu qui, hier encore, enail de
dem '11re i paisible à la piété?
.\.u dedans, au debor , ce n'étaient que
Suisse et archers; les cours, les jardin , le ·
,ulles, le degrés, 1a cui inc el la ca\'e surtout, étaient remplis de soldat , le· un· faisant sentinelle, d'autres sondant le pot-au-feu
ou vérifiant si le î'În était à leur goût.
A l'approche du carrosso amenant ~1- de
acy, tou furent rassemblé pourtant el se
rangèrent en une lon••uc haie tJui, prenant an
milieu de la rue, traversait taules le cour
el allait jusqu'au fond du jardin.
Devant le Licutenanl Civil qui, pour dr ser se procè -ve!'bau , s·élail in ·tallé un
bureau dan une de chambres de la maison,
l'inlerro atoirc commença ans ilôt.
&lt;l Voici, dit le magi traL en feuilletant le ·
importants papiers si mnlheureu ·cment saisi ·
:-ur M. ,lr Sacy. Yoici des lettre qui, Loule· ,
se111Llenl bien adœsséc /1 la mèrne pcrsonrni

,r.

,1. Rdation_~e fa prison de M. de. :1cy par li . Fo'lla111c,

,lan&lt; 11e8 111(ére.•

a11 /e1 el &lt;'rlifinufe de-. rt li

L .\BIU YE
0

l)E P o 1n- R OYA L-lJES· ClIA..\! PS :

LE

CIIAPITl{E.

lJ'Jprës I.J gra1•ure Je ~IA &lt;iDELEI NE H o R tuE&gt;lî.Lb. (C.ié ine/ des Estampes.)

You nous condui ·ez à la Bastille '/ ll
inlerro 0ea M. de acJ,
~lai , impa iLle et gra\'e , le commi &lt;1

gicmes c~r Porl-Roy'!-l el de pl1!$ie11r!!'.1r~1J111:;
leu r Uaimt atlnrfrüs, l. lî. . 1.. 1JJ - , 111- L .
.... 259 ...

q111

el rhacune d ellc pourtant porlc une buscription dilférente. Qu'e t-ce par exemple qn u
~J. de Gournay?
0

2. Vie i11ll!rtssa11les, IV , 1'· 1i~1.

;;. llémoires de

Fonl~Îl11• .

�1f1ST0'/{1A
C'est moi, Monsieur.
Et M. Deleau?
- C'e t moi encore.
- Et M. de ..,ac1?
- C'e t toujours moi.
- Oh I oh! observa d'on Lon sévi·re le Lit•utcnant Ci\'il, tant de mystères sentent Iiien la
conspiration.
- Monsieur, répondit sans s'étonner et
d'un ton dou mai' ferme M. de ac,, l'étal
où vous me vo1ez maint.enanl réduit do.it a~ ez
justifier à ,·os yeux les précautions que j'ai
pu prendre; si j'ai eu tort en un point, c\:st
s~uJemen.t, je crois, de n'en point choisir
dassez ure .
- Où demeuriez-vous avant d'être ici Pl
où vous rendiez-vous tle ce pa , lorsqu'on
mu arrêta?

sant, )lonsieur, de la liberté que le Hoi
donne à tous ses sujcls de lo,.er où il leur plait
et d'aller où ils veulent, j'ai demeuré là où
bon me embla &lt;'t sui allé partout où m'a1&gt;pclaient mes affaire ; je n'ai pas à \'OUS en dire
davant.1,.e, vou n'avez droit que snr hl
crime et non sur les choses le· plus innocentes, et c'est naimenl se moquer du
monde que de croire, quand on a pris une
personne, avoir droit de lui faire rendre
compte de taule a vie.
- En agis anr sur ces principe on pour•
rait éluder toute le demandes des maaistrats,
objecta timidemenl ·et d'une ,·oi. faible• le
Lieutenant Civil qui, devant œlle belle assurance, se trouvait tout décontenancé el avait
presque l'air non d'un juge, mai bien plutôt d'un accusé.

1. lïu i11lt!res1anles. I\'. I'· 170-71.
2. l'ira i11t1fre 1a11lu, 1V, p. '171.
Le colonel des ·uisses dont il e.t 11u~:,l1on en ec
cl1apilrc esl Laurent d"Esla,·a,o! de llolondin, colonel
d'un régiment suisse de 1648 ~ t6M, puis des Gar.les-

Sni es 11 u 13 d cembre 1655 a octobre 1685, m1trêchal-de-camp le 7 jan~ier 1056, mort le 25 oclobrc
IO 6 à soi~ntc.Ju neuf an~. Reuseigncmcnls dus à
l'obligcnncc de ~- Félix Brun, arcbi1i~le des Archives
J,isloriqucs au ministère de la Guerre.

(A

Querelles de princesses
ous fûmes d'un voyage de )farly, qui fut
pour moi le premier, où il arriva une singulière cène. Le roi et Monseigneur y tenaient
chacun une table à même heure et en même
pièce, soir et malin; les dames s'y partageaient sans aUectati.on, inon que Mme La prince se de Conti étail toujour à celle de Monseigneur, et ses deux sŒurs toujours à celle
du roi. Il y avait dan un coin de la m~me
pièce cinq ou six comerl où, san affectation aus i, se meltaieot tantùl les unes, tantôt
Les autres, mais qui n'élaienl tenus par personne. Celle du roi était plu proche du grand
salon, l'autre plus \'Oisioc des fenêtres et de
la porte par où, en sortant de dînet, le roi
allait chez Mme de füintenon, qui alors dinait
,ou vent il La table du roi, se mettait vis-à-vi
de lui (les tal,les étaient rondes), ne mangeait
jamai · qu'à celle-là, et soupait toujours seule
chez elle. Pour expliquer le fait, il fallait
metlre ce tableau au net.
Les prince es [après une brouille récente]
n'étaient que très légèrement raccommodées,
et .Mme la princesse de Conti intérieurement
de fort mauvaise humeur du goùt de Monseigneur pour la Choin qu'elle ne pouvait
ignorer et dont elle n'osait donner aucun
signe. A un dtoer pendant lequel Monseigneur était à la chas e, et où a table était

- 'i vous m'accusiet, Monsieur, poursuivit M. de acy, d'avoir fait quelque chose
contre le Roi ou contre le Lien de l'État, je
con enûrru alor à vous rendre un compte détaillé de ma conduite et, non seulement je vous
dirai tous les lieux où j'ai été, mais je \"OU
nommerais encore toutes les personnes que
j'aurais pu fréquenter; mais la ..-érité m·empèche de mentir et la charité de vou livrer
les nom de me' corre pondant ; ce n'est pa
ble er le respect que je vous doi de ne vouloir pa expo er mes amis à vos violences; en
faisant autrement, fagirais contrl1 le droiL
des gen et me montrerais indigne d"avoir :1
l'a\'enir aucun ami. »
e trouvant rien à répliquer à cela, le magi~tral e lut. ... « Le pauvre homme l pensait en lui-même M. de Sacy, il n'est pa
des plus habiles el Dieu nous fait une
arande grâce de n'avoir affaire c1uâ un
magi Irat auquel il était si facile d'en imposert. 1&gt;
0

SUÎ)'re.)

tenue par Mme la princesse de Conti, le roi
s'amu a à badiner avec fme la Duchesse, et
sorlit de cette gravité qu'il ne quittait jamais,
pour, à la surprise de la compagnie, jouer
avec elle aux olives. Cela fit boire quelques
coup à Mme la Ouches e; le roi fil semblant
d'en boire un ou deux, et cet amusement
dura jusqll'aux fruits et à la sortie de table.
Le roi, pa ant derant Mme la princesse de
Conti pour aller ched[me de Maintenon, choqué peut-êlre du sérieux qu'il lui remarqua,
lui d.itassezsècbementque sa gravité ne s'accommodait pa de leur ivrognerie. La princes c
piquée laissa pa ser le roi, puis se tournant
à Mme de Châtillon, dans ce moment de chaos
où chacun se lavait la bouche, lui dit qu'elle
aimait miem: être gra,·e que sac 11 Yin (entendant quelques repas un peu allongés que ses
5œur avaient fait depai· peu en emble), Ce
mot fut entendu de Jme la doche e de
Chartres, qui répondit a scz haut, de sa voix
lente et tremblante, qu'elle aimait mieux être
sac à rio que ·ac à guenilles : par où elle
entendait Clermont el des officier des gardes
du corps qui avaient été, les un· cha sé , les
autres éloignés à cause d'elle. Ce mot Iut si
cruel qu'il ne reçut point de repartie, el qu'il
courut sur le champ par Marly, et de là par
Paris cl partout. Mme la Duchesse qui, avec
bien de la gràce et de l'esprll, a l'art des
chan on salées, en fil d'étranges sur ce
même ton. Mme la princesse de Conti au
désespoir, el qui n'avait pas le mêmes armes,
ne ut que devenir. Mon ieur, le roi des traca series, entra dans celle-ci qu'il. trouva de

Cu. GAILLY DE TAURINE'.

part el d'autre trop forte. Monseigneur s'eu
mêla aussi; il leur donna un dtuer à Meudou
où ~fme la prince,se de Conli alla .eule et y
arriYa la première; les deux autre y furent
menées par Monsieur. Elles se parlèrent peu,
tout fat aride, et elles re\inrent de tout point
comme elles étaitm l allées.
La fin de celle année fut orageuse à Marly.
Mme la duche .e de Chartres et Mme la
Duchesse, plus ralliées par l'aversion de
lme la princesse de Conti, se mirent au
voyage suivant à un repa rompu, après le
coucher du roi, dans la chambre de lime de
Chartres au ('bàtean; Uon eigncur joua lard
dans lesllon. En se retirant chez lui, il monta
chez ces princes es et le trouva qui fumaient
avec des pipes qu'elles avaient envoyé chercher au corp de garde 1tisse. Monseigneur,
llui en vit les uites i cette odeur gagnait,
leur fit quitter cet exercice; mais la fumée
les avait trahies. Le roi leur fit le lendemain
une rode correction, dont :\!me la prince se
de Conti triompha. Cependant ce brouillerie.
se mulLiplièreot, et le roi, qui avaiL e~péré
qu'elles finiraient d'elles-même , s'en ennuya;
et un soir à îcrsailles qu'ell~s étaient Jan
son cabinet aprè on ouper, il leur en parla
très fortement, et conclut par les a urer que,
sïlenenlendaitparlerdavantage, elles avaient
chacune des maison · de campa ne oil il les
enverrait pour longtemp el où il les tramerait fort bien.
La menace cul son effet, et le calme el la
bien é:tnœ rc-vinrent el suppléèrent à l'amitié.

EN 17()1. - Ff.:TE DE L'ÊTRE SUPRÊME, u:

G,·a~urede

BERTOAULT,

d'atrès

Dt1PLESS1-BERTE.AlJX.

L'Exode des Girondins
Avec lu So-nin de F,tion d lu Jlf,mair~• de
Lount, nous avons suivi la fwte à travers la France
du diputis girondins proscrits par la rivolution du
3 1 mai 179.3. On a vu pOT suitot de qudl&lt;-S angoisu.ntcs
avc.nhrru louvet, SÛ&gt;andonnant sucompa~nons dïnforhu,c aux environs de llbo::irne, parvint à rcgagntt
Paris el à .-ctrounT ,a chère Lodoisb . .L'itude qu'on
va lin nous ramèntta dans I• Gironde et nous fix«a
sur le son de ceux quot Louvd y avait laissis. On se
rappcJlt, sans doute, qu'il avait été, ,avec d'autru fuitltifs, recueilli à Saint-Emilion par une femme héroïque
dont, p~r prudence, il ne prononce pas le 110m, en il
écrivait Je récit de son l1.m.«n1ablc voyage alors qu'il
était ioncort: sous le co;tp de la proscrlptio:1 ignora.nt
et q1ùtaient devenus su amis. C'est l'hi,toire de cette
couragtusc ciroycMe qui va urvir en qutlquesorte de
dénouement et d'ipnoguc aux pagu que nous avons
publiêu soiu le titre d 'Exo:I, dts Giro11dit1s, en risumant qudquu-11115 dt.s faits qu"on connait dêj\ et en
nous nnscign1nt sur la tin tngique des compagnons de
Louvet et de ceux qui cun.nt la rémériti, bien rare.
de J,.ur vorur en Ïïdc.

son lr Girondins proscrits, montre une de
ces bourgeoise d'antan avenant-es et adroites,
dont le cœur était aus i parfaitement ordonné
que la mai on. Elle s'est endilll3nchée pour
c faire peindre; sur ses cheveux pompeusement étagé-, e t posé un petit chapeau de
bergère; elle a de grands eux noirs un peu
étonnés, le nez. est mince et régulier; la bouche, naturellement souriante, se force à la
11 rarilé; un ruban noir suspend au cou une
croi.x à la Jeanneue 1 ; mai sou ces atours
apparait la femme impie et laborieu e des
jours ouvrables, circulant, dè le matin, de
es chais à son fourneau, avec la bonne humeur conciliante de ménagères d'autrefois,
économe., aimante , 11ui faisaientà no pères
l'existence si confortable et si digne.
)Jme L\ouquey n'était pas jolie, elle était
charmante : c'était, a dit quelqu'un, &lt;c une

Madame Bouquey.

J. L,· portrait a èl~ publié. pour la premii•re fois.
par C. ,•atrt dms son ouvnge, Cliar/Qlle Corday et
les Girrmdius. C'esl aux documents publié par Vatel
que se nfiportent les références citëes au cours de
celle étut e•

Un portrait de Ume Bouquey, l'héroïne au
tra·nquille courage qui recueillit dan sa mai... '.!ÔO ...

10 PRAIRIAL -

de ces figures qu'on mit sans surpri e mais
qu'on quitte avec regret 1,. Son nom était
Thérèse Dupeyrat. Mariée au procureur du
roi à Saint-Émilion, Ilobert Bouquey, de dix.ept ans plus âgé qu'elle, homme assez ordinaire et parfois morose, Thérèse semblait
néanmoins très heureu e : elle était franche
et gaie comme une soubrette du rêp&lt;'rloire '·
C'était le temps des surnoms : on l'appelait
familièremenl Jlarinelle ;;.
a sœur avait épousé f;lie Guadet, élu en
Iï92 par le département de la Gironde député
il la Convenlion, et Bouquei, gràce à l'appui
de son beau-frère, obtint du mini Ire llo]and
un emploi de régi seur des domaine nationaux qui lui valait la résidence au ci-devant
chàte.1u de Fontainebleau.
C'est là que les Bouquey apprirent le coup
de force parlementaire du 2 juin 1795, l'exclusion el la mi ·e en arrestation d députés
2. .'était, disaiL w1e femme qui l'nait connue,
ur.e charmante femme, bonne, oimable, gaie, dn carnclère le plus franc et le plu.s ouvert. Vatel, 698.
3. Vatel, 698.

�- - - 111ST01{1.Jl
&lt;lu parti rrirondin, la fuite de Guadel el de bouleversé 1 , con ·entait bien à recevoir ~on
~es ami , leur audacieux "~ode ,·er la pro- m~ et un de ses ami , pa plu , n'ayant pa.
vince. L'illusion de pro crits était grande; de cc cache » où loger le. autre .. Gua&lt;leL 'ad'aprè leur· upputatiou.-, oixante-neuf dé- dres. a &lt;t ~ plu de trente per·onne », papartemcnL allaient 'in. urger h leur appel : rents, ami· d'eniance, obli•1 és de lui ou de
la déception, dèi l'arrivée en •'ormandie, fut
ien .... Pas un n'o a omrir a mai on.
rrucllc; il· passèrent plusieurs rcrne , proLe. aulr , au Bec-d',\ ml,è , p rdaient panoncrrenl •1uelque!- ltaranrrues; mais d,tjà il: tience : leur pr ·ence
était . i nalJc. Il
étaient per uadé. que la France nr prendrait e_artir ·nt en troupe, e diri 0 eant ver :aintpoint parti dan une querelle parlementaire Emilion - huit lieues - par des chl'min~
qu'dl · ne comprenait pa . . Jk ne réu .. irent détourné·. Pour bagage, il· a,·aient o une
à écbaufü•r qn'uue tète, celle de Charlotte petile malle et trois porte-manteaux lié enCor&lt;la1, et le fol exploit de celle fille enthou- semble » ; il portaient o Len iblement de·
. ia 11• les perdiL irrémédial1lcment : il di pa- pi tolet , des cannes à épée el des abre . Le
rurenl. Oo le arail Lra11ués en , 1orma11clie, père Guadet voulut bien le. abriter Lou penfu~·ant Yer, la Bretagne, ,an parti ans, ,an
dant une nuit; mai dè l':iuhe, iL e remimoyen d'action : on les oublia.
rent en route, sans Lut. Comme pour le.
Ocpui quatre moi Thérè e Bouquey, de- interdib et le. excommuniés du moyen àge,
meurée à Fontainebleau avec on mari, était toute Je porte c fermaient devant eux; il
·an· nom•elles de on beau-îrère Guadet et erraient, « comme des loup », de Pomerol à
de ,C' ami • quand lui pm'ÎDL une lettre de
aint-Genez, de ~lonpeyroux à Castillon, dor. on père, le citoyen flupeyrat, vieillard de mant dan. les vi,,ne , dan les bois, dans le
·oi:xante-dix.-·epl an , contant le a,enlures carrières .... On avait leur pré ence dan le
lamentables de députés fugitifs ; leur par- pays; on craignail leur rencontre comme
cour · à travers l'oue t de la France, d'abord celle de bête maUai antes; il portaient « la
ou des déguisem nt d'cnrôlés volontaires, contagion du upplice &gt;&gt;; leur a,pect eul
vimnt de la vie du soldai, réclamant aux ell'rayaît le· pay an . n d'eux déclara que,
ferme· « la couchée 1&gt;, un billet de lorrement ver la aint-.Uichc.l, avanl ix hP.ure du
à la main; hicnlôL dépi té
matin, il avait croi é u quaLre ou cinq étranguide, san chau ur , l pied en ang, ger ayant de. chapeaux à haute forme, boncaché' pendanl le jour da11s de ranges i o- net blancs par-des ous, vêtus chacun d'une
lée,, dan- le: boi , dans 1' marais, se trai- roupe brune, collet et rever' rou"e, ayant un
nant la nuit. évilanl les village el gardant canne à sabre, et chacun, sou, le bra , un
cependant leur fierté, convaincu que leur
ac de nuit en toile; qu'un in tant apr ,urmi érable personnalités, fourbue L tra- vinrent deux autres élranaer , l'un de haute
quée·, incarnaient loutc la repré entalion taille, l'aatre plu petit, ayant chacun an
nationale.
habit Yert pas é des chapeaux à corne et
[) étaient allés ain,i Yer la mer, e pérant de bonnet hlancs de ou , qui uivirent le
'cmbariruer, alleindre &lt;&lt; la terre de Gironde», ring tmtre lJ. Le pay an eut méfiance el
a,ec ln certitude d'y trouver de cœur chaud~ pen a « que c'étaient de dé,crtcur ». n
et de patriotes pur . A Quimper, il- 'étaient autre racontait que a le 29 "cptembrc, un
dhi. é · : Pétion, 1;uadet, Valad · Lomel
dimanche, à huit heur du .oir, il aperçut
Buzot, alle et Barbaroux araient, à Dre
sept homme. inconnu , dont un d'une haute
rejoint na brick de commerce, l'Jnduslrie, taille, et que la peur lui ota l'envie de arnir
acco·té la nuit, en rade, qui les avait dépo- de quelle manière ils füicnl babillé 1,. C'était
é , après trois jour- de narig-atioo mom·e- l'époque de la 9m11&lt;le épo11Mnle.
ruenlée, en Girond!', au Bec~• mhès, où le
En apprenant c cho c , Tbérè c Douquey
licau-pèrc de Guadet po édail une propriété. ne put se contraindre; non pas que son opiLe jour même, Guadet el Pétion avaient nion pcr-onnelle cnlràl pour qnelque cho c
gagné Bordeaux à pied; iL en re~inrenL con- dan on indignation : clic n'était ni « fédt!,-lcrnés : Ioule la ville était terrorisée, ou- ralisle » à la manière de Charlotte Corday. ni
mi e aux arrenl de la Convention; rien lt « girondine • de la façon de ~lmc Roland. On
tenter, il fallait attendre et se terr r. Où? ne ,oit pa que jamai ellr manifesta quelque
l~uadel qui connai ::-ait tout le pay., e fit préférence politique; mai elle était de celle
forL de léur procurer une retraite. Un gaba- qui courent au malheur comme les oldat~
rier du Bec-d'Amb , nommé Grèze, con- courent au canon. Lai .anl on mari à Fonsentit à le conduire jusqu'à aiot-Pardon, tainebleau, elle ne perd pa une heure, prend
un hameau, ur la "raad'route, au bord de la diligence, arrive à aint-Émilion et trou,·e
la Dordogne, d'où, le soir renu, Guadet alla ans itôL le moyen d'a"iser aile el Guadet
jusqu'à Sainl-Émilion. li erra lonrrlemp au- que sa mai on leur e L ou"erte. li \ accoutour de sa mai on familiale, ituée hor de
rent, non ans crupulcs, car Ba_;baroux,
mur· &lt;le 1a l"illc, dan les viane~, ur le che- Lom·et el Valady n'ont pa d'asile. - « Qu'ils
min de Contra . minuit, il c rrlissa chez viennent ton Lroi · , dit la brave femme. La
on père, se jeLa à e pied le upplia de •nuit suivante arri'i'enl les troi proscrits, hai:lonner asile à · compagnon ; le ücillard. ra .é , le bauit en lambeaax, rapport.ml
1. - •. Ion ûls ~inl il minu_it se Jl'lcr il me pieds che1· les ervante·, et, drmcuronl seul u ·cc mon lfü.
en. t~e pr1nnl ,le lw ~onn~r a,1le; que i&gt;i je le refu·
ù 13 favl'ur tl'uM èc~cll~, je le pla\·ai 8\'Cf son com1:, 11
1) po1imnr,lera1I. J a mue que mes eotraille
pagnou tla~ le r~_01c~, ~t le len~cmain, je rtpaodis
,'énmr,·11( e1 .•1ue _je ne ,us pa, le .,·e~rnycr. !,;tilt&gt;
tlnn, la mai on qu tl· c10.1e11t parl1 1•r. 1&lt;01r mi•m1•. •

t:

~onwr,:il:on lut fa,tc entre lui r·t mot; J'enn1~ni mu-

lnt,.rrogatoir, · tin père Guadet.

que, depui 4uinœ jour , Buzot et Pélion on ·
changé neuf foi de retraite el qu 'iL sont
cc réduit à la dernicre extrémité 1&gt;. - (1 (Ju 'il
viennent donc aus i &gt;&gt;, fait Mme Büuqucy.
recommandant seulement qu'on les avertisse
de ne e présenter qu'à la nuit.
A minuit, - c'était le 12 octobre 179;;_
- le. ~epl fugitif étaient réuni che, elle :
elle pleurait de joie en contemplant celte
hamle éplorée &lt;1 a nichée d'enfant~ »; Loule
heureu5e, elle régala d'un copieur oupcr ces
rudes homme qui, depui de· emaines,
n'a\·aient rencontré ni oupe fumante ni ourire accucillan 1.
La maison Bouquey, tapie entre den"&lt;
rues, dan l'om.Lre de la Collégiale, au sommet de la colline où 'éparpille ~ainL-f:milion, était une commode demeure provinciale, combinée, an fa te. pour le ùicu-~Lre.
ur la rue du Chapitre, aujourd'hui rue de
la République, était l'entrée principale, une
porte très impie, donnant accè. au pr1•s oir
et aux chais. La maison, en errée dans e
dépendance , n'a Je façade que _ur un jardinet, recueilli el silencieux, que dominenl
les pignon d'immeuble voisin . ur CC' jardinet- deux carré de lérrum et une treille.
- 'ouvrenl l'entrée et toutes le feoètre de
l'habitation; un petit ,e·tihule d'où part l'escali r ru Lique du premier étage; à droite,
une Jar e cuisine, une laverie cl un bùcher;
à gauche, une aile à manger, un aloo d&lt;·
proportions confortable ; dan le salon, une
cheminée de marbre blanc, portant, enlacée ,
le lettre Il. B, (Robert Bouquey). Rien n'e t
modifié : le fcnèlre gardent leur anciennes
vitres, les porte sont de chènc i paL, le
serrure ont leur vieille cil·~ - lei cl,,r.
qui pendaient en trou,. eau au cordon du
tablier de Marine/le.
La mai on po sédait une &lt;1 cache » admirable. Contre la dernière fenêtre de la cuiioe, dan le jardinet, e t un puit carré, profond de trente mètres : une pierre qu'on )
jeltc n'atteint l'eau qu'après une longue
chute, aYec un bruit i.ni lre et lointain. Dan
la maçonnerie de deux. de paroi., e fai ant
face, onl ména 11és dt:s trou , - de quoi
po er le pied , un à droite, l'autre à gauche, alternaLil'ement : on dru:cend ainsi; en
des ou., l •s profondeur. attirantes du puits.
Ce marche creu es suintent d'humidité; le
pied y glL ent, le main n'y peuvent rien
ai ir. En c risquant à cette effroyable gymna ti'lue, on lrome, apr' ix ou epl mètre
de de cente, une baie ouvrant sur un souterrain égal en superficie au jardinet qui Je recouvre. Tout le ous-sol de int-Émilion ~t
percé d'immense 11alerie d'une antiquité
nébulcu e el de coofi 11 uration incertaine;
nombre de propriétaire , pour s'isoler, ont
aujourd'hui muré leur part de oulerrain;
mai naguère on circulait d&lt;\n ce dédale,
encore qu'il fùt imprudent de 'y aventurer :
le· camèr • 'étendent, e replient, e nouent,
'entremêlent, se di l'i enl en plu ieurs étages.
ur a colline é,idée, au-de us de ce catacombe étonnamment froide , la ville étale
au ebaud oleil
ruine calcinée comme

~----------------------------------

L'EXODE D'ES GTR..ONDl'NS - -

de vieux ossements et .e Loits plats de tuiles nemenl, qui e ·t le suprème de la vertu, elle
bombée , de même ton,, ocre, carmin et avait le dévouement ai, con errnnl a bonne
roux, quP. les belle· pêches mûres du pays. humeur et .on sourire. Autour de cet te mai.\lme Bouquey « nichait dan sa grolle » son où elle confinait les homme , but et
le. sept Girondin·. C'c l une aile irrégulière, prétext . d J'etîroyable tempèle déchainée
mais , pacieu ·c qui elle-même aYail a cave, ., or la rrance, le abayeur de clulis circurralerie plu~ profond, à laqucll' on panenait laient, criant le nom~elle., jurant qu'il- fern se lai ant 11 lis er dans un trou ordinai- raient brûla ,·ifs dans h·urs repaire:- lei,
rement fermé d'une planche. C'e·t dan, cette rl'Céleur. d'ari tocrate . . .. Elle, a,·en:inte
fo .• e, :1 trente pied- sou terre, que Ume B11u- enjouée, imulait l'in ouciance, défendant .a
11uey rnfouit se hôte .. Elle ~ de~cendit deux porte, érentant le~ ,i ile. domiciliaire , mematela , deux chaises, une table. du linge,
urant ju qu'à la rumée de sa cui·inc et
Je. cou,·crLurcs; le mobilier, sommaire d'a- l'odeur de e pot-au-feu. Un jour, elle dit à
hord, ·au!!Ill ·nla ,ile. Pour que .. e pro·crit
~e pen.ionnaircs, . 'oubliant elle-même : se troul'a. ent hien, la brare femme aurait 11 .\ton Dieu! i on m'am'tail, que deYieajeté dan leur trou toute a mai .. on; elle leur driez-vou ? »
rnrnya, à J'aide d'une longue Li"e de fer
li mellaicn Là profl t ces étranp;c loi. ir ;
garnie d'un crochet, une lanterne, de lhre , Buzot. Barbaroux. Pétion, Louvet écrivaient
&lt;le l'argenterie, un &lt;t moine 1&gt; pour chaufîer leur mémoire. ; aile· composait une trale couchage : la grolle était humide el l'on rrédie, Cha rio/le Coi-tla,11; il travaillaient
n' poufait allumer de feu. En outre, on n'y tout le jour à la lueur d'une lanterne, au
devait parler qu'à voi ba,sc, car &lt;le perfides fond de leur cachette, plu close, plu étouffée
écho peuplent cc;: cavité· de pirrre. au'.&lt; ra- qu'un tombeau. C'c,t là qu'il. connurent,
mifications inconnu s.
aur premier jours Je novembre, la mort de
Lr. pro crit. n'l éjourmient pa, d'ail- Vergniaud, de Bri ·:ot et de leur dix-neuf
1,~ur, continnellemcnt. ~lme 8011q11ey, , n. amk l)ix jour" plu· tard, )lme 8011que) leur
cc~. c aux aguets de ce qui ~e pa:sait ou c apprit l'cmpri 11nnemenl &lt;le \lme fioland à la
Ji~ait ùan la , ille, ju 11e11it-elle que le zèle Concicrgt'rie. Quelles journé..- ! Que de tor&lt;ll· terroriste· ~e ralenti.. ait, rite elle arnrli - ture endurée dan ce trou noir où il emblc,
ail e · redu· qu'il· pouvaient prendre l'air: 1111and on ~ pénètr à lâtoo , qnïl plane enelle a,ait même im iné. ponr le. pins frileux core qucl1p1e chose du désc, poir cl de ln rag~
rl le moins robu. te., une autre" cache», de ,ept cœurs robu$t • qui . e bri èrcnt là!
d~n. sa mai on même, plu saine, plu
Cc jeune. rren , bouillant d'exuuérance et
a :ré~, moin glaciale. es h&lt;Îlc viv:iicnl ainsi de be oin d'action, fiers d'avoir touché le
éparé~.
la moindre alerte, tom enjam- . ommct , _c 1·0 ·ait•nt enfoui· ,·irnnt • ctitc à.
liaient la marrrelle du puit , pa · aient dao. côte, dan un sépulcre; vaincu., réduirs à
le souterrain, et de là dan le ca,·eau : une l'impuLance, n'o anl parler. par crainte de
bêche, un pic, un seau plein &lt;le morJier leur l'écho d•- "aleric: onore , il~ re,taient là,
permettaient d'en oh trucr l'entrée el de la roncrés de pcn ées. De tou., Ruzol fut le plu
1111\rcr mèm ·ur eu. , au be oin. C'étaient mi érable : il aimait \!me Holand, il se a,ait
le ca · cxtrème ; bahituellemenl, le soir, ils aimé d'elle; le malhcurea~, oblirré de cacher
. e réunis.ai nt autour de la ta hic &lt;le ll·ur 11. e~ compa -rnons le déchirement de son ,lme,
11 fée &gt;J qui ïnaéniaiL à le nourrir le mieux ne pouYaiL 'i oler pour sall'•loter. Louvel eul
po· iùlc - rrra\'c prolilème.
était le confident de . on béroïq111• amour el
Toute la pronac · était ralionnèe en fro- 11,:1it ,iurJ Jr 11\•n ri,•11 rè11:l1·r.
ment tl en viande. La citoyenne Bou11uey
Un . oir, c'était le l;j novembre, en rcmonn'a1·ait droit, étant eule, 11u'à une lirre de llat pour le .oupcr, il trourèrcol Mme lloupain par jour! Et il lui fallait poun·oir aux quey en larmes. llepui plu ·ieur jour , elle
liesoin de ept homme: jeune , ton, bien dissimulait ~on ango~se; e parent ,
endenl • . Pour ne pa· déjeuner. ils ne :-c ami , '-Oil mari même, rc.t '. à Pari,, 'étaient
l •vaient qu'à midi; mai kur appétit n'en ligué· pour ohtenir d'elle le remoi des proétait que plu vif. l ne forte ,oup aux lécrit · . on cœur en crevait de honte et de cha~ume compo ait tout le diner que ~[me 8011- grin; •lie dit le intrirrue , les menaces, lt&gt;
11uc) descendait dan la ~ cache 11; le ,-ouper l:ich · manœuvre emplo}éC" pour la conen commun était plu opult·nt : un morceau traindre; la ville tout entière menacée d'efde bœur à grand'peinc obtenu· - l'héroïque frayantes repré;.aille . . . . Les cruel !
hùtes,e ri ·quait a vie pour oulircr au bou- Quelle violence ib me foot! Jamais je ne la
cher une livre de plu, .... \ défaul de viande, leur pardonnerai, 'il faut que quelqu'un
ou manaeait un poulet de la l.,a e-cour, !Jlli d'entre YOU::- 1•••• 11 Elle n'achera pas, . e la~·épui a vite, des œufs, de. légume:,, tin peu 111ent.ant de ~a dépendance, allant de l'un à
Je lait. li .e trouvait toujour· que la bonne l'autre en «émi· anl. Eux, déjà, 'apprêtant
llal'Ïnelle, n'ayant pas d'appétit, lais.ait. a au dJpart, :.'adre_saienl leurs adieux.
part aux plu affamés; elle était II comme
C lle nuit-là, re&lt;:ommença la ,·ic errante.
nn ru &gt;re au milieu de . e. enfants », une Guadet, alle cl Lomet pa, sèrcnt la journée
mère dP trente et un an .• - cl par ce raîfi- . uivaote drm le carrière ; Ba.rLaroux, Pé_l. • c·,, l, par.1i1-il, Roltcrl Unuq1w1 •1ui, m.. in
qu ' c11 ,1 'c•·mltri•. du muiu·
ïl faut c11 cro1rr 111 1 in.
lt&lt;·roïqu • que &gt;li f~mm,•, ,•~ig('m IJ~P. J,,; rro.;a\b ~lterro)!'atoirc ,l,· lui. dl· psr V:ilrl. fi5!1 note.
ia, ·r•nl /lortC'r e1ll,cw la .conl~e111n de ,lrur mf~r'.! . llédaration ,te s_, hr,ll'I' r;ro., â \"n1,,1, eu 1, Oi.

Lion et Buzot, qui ne devaient plu .equitter,
prirent le chemin de vi!!lle , espérant pa: er
la Dordogne, gagner la mer ou les Landes;
Valady 'éloiima par la route de Périgueux,
où il croyait trouver un a ·ile ùr, lui seul et
Louvet, ré, olu de untrer à Paris el qui J
panint. réu ,irent à . 'éloigner de la Gironde:
le autre riidèrenl mi érablement autour de
taint-Émilion, dont le oulerrain · offraient
du moin un abri contre le pluies d'automne.
Salle. et Guadet amient repri · po e sion
de leur ca.cht:tte ous le toit du père Guadet.
)f me Bouquey e ri qua encore à rece,·oir
Barbaroux, Pélion el Buzot; mais a famille
la surveillait de prè , en garde contre :on
héro1 me compromettant. ,r. Bouqu~ avait
quitté Paris el était renlr~ à Sainl-Emilioa.
Le père Dupe)Tat était éŒalement in:tallé chez
a fille. Elle fut. de nouveau, obligée de
fermer a porte aux pro crit : indi née de la
l:1cheté des . ien ·, incapable de modérer on
dévouement, elle 'ingéniait à procurer aux
fugitif· des refuge , in oucianle du péril, négligeant les précaution . , ur se:- instance • ils
CurenL hébergés pendant quelque jour par
le citoyen Pari , curé con LiLutionuel de ainlÉmilion : elle leur a ·sura en uite une retraite
chez di ver bourgcoi' dtJ Ca tilloo, le citoyens Penaud, fourel, Coste, qui le reçurent ll)Ur tl tour. Co te I s logeait dan un
grenier dépendant de l'ancien couvent, aude u de c· écurie., rue Planterose. C'e 1
là qu'il • étaient en fin de décembre. lln garçon
de ci1.c ans, .:ylvc lre Gro , apr~ a,·oir fêté
avec ·e camarade le ré,·eillon de .NoPl, jugeant l'heure trop tardive pour rentrer chez
es paren~. imagina d'afür ~e coucher dan
le foin de ~t. Co ·te. cr Mai en montant dans
le grenier, raconla-t-il je •enti trois tètes cl
je me auvai. ~Ion amaraùe me dit : - e
crie pa , ne parle pa de c que lu as \'U: ce
onl le.~ troi · é111igre· 2. Ainsi ra~onnait le
zèle contagieux de Mme Bouquey : ton· les
gen, du par s'impro,isaient se complices.
Elle, cependant, rêl'ait pour se i:her pro crils une hospitalité moin. précaire ..\u centre
même de ..,niot-l~milion, à l'an°le de la
Grand'Rue - actuellement rue Guadet •- et
de la rue Cap-du-Pont, était la boutique d"un
perruquier, ,Jcan-Daptislc Troquarl. Le troi
face. de la m ison, aujourd'hui di:molie, formaient promontoire à l'endroit le plu pa sant
de la ,·iUe. Troquart y ,·init eul et n'occupait que le rc1.-de-chau ée: le premier étage,
·urplombant, e composait d'une .eulc pièce,
• un laudi infect , , eneombré Je chiffons,
dont le renêtre ne s'ouvraienljamais:.. C'est
là que dan Ir premiers jour· dejanviert 794.
füue Houque;· installa Buu1t, Pélion et lfarbaroux; elle 'engageait à fournir leur nourriture, pain compri , el elle remit à Troquarl
un a~ ignat de cirnt cent lirre , :1 rompte
·ur la pemion.
La pièce où, pendant cinq moi~. e tinrent
tapi les troi. Girondins, ne contenait qu'un

lunr. • ,u,;;arnl, f,(ngl' lw lurt1111e dl' 1,ttndet, \atcl. :. . Il. C,:,114•111lan1 , llou,1m·! 1w r"1in1 ,1.- I' ri~

:i. , t.a mai,011 Tl'Ulju.,rt êuit i,,Me d "311&gt; Utuu
,·nnlnt·t ,ur lroi, fa
arnc le, haliilalton, u, 1,in,•~.

"" 263 ...

Elle -e compo,nit ,ruu rez 1l1•-d111u,.c,. en pi erre cl
,l'un 1,rcmier ,1tai:e &lt;'n colomho~«• à t1·an'. rse,. opparcute_.•. • Le. fonelrc~. peu nomLreu c,, étaient i1
noi,;illoo, et o fll'til• rnrr,·~11~ ou m1111i1•s de mit'!~. •

V3t cl,

fll11.

�111STO'RJ.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,.
it où couchaient Pétion et Buzot; Barbaroux
dormait sur un matelas. lis ne pouvaient allumer de feu, « à cause de la fumée dénonciatrice •, et osaient à peine eau cr, 1, de peur
d'être enlendu · ·par les pa sants ». Buzot et
Barbaroux écrivaient sans ces e. Pélion dt·meurait oi if : a.sis dans un Yieux fauteuil,
il rêvait ou sommeillait. Quand la nuit étail
obscure et les rue désertes, Troquart faisait
les commLions de es pensionnaires : il allait
à la mai. on B'.&gt;uquey, trè Yoi ine, ou plu
loin, ch«.'z le pète Guadet, échangeait de lettres, rapportait des prod ion .
alles, ur Je grenier de la mai on ,uadet,
ùans une cachette i bas e qu'il ne pouvait
s'y tenir que couché', Salles s'ob Linait à sa
tra 0 édic de C!iadolle Corday; il en expédiait,
par Tro11uart, de longue tranches à . es amis,
m les prcs anl de I ui transmcllre leurs ohscr111lions : le drnme fut ain i par eux commenté, di culé, politiquement cl liuérairement, d'une manière peu Oalletke, d'ailleurs,
pour l'amour-propre de l'auteur. - « Pluicur· tirade· oa l une longueur déme urée »,
nole Pétion. - « J~ vou engage à imiter le
pièces de Shake pcare 1&gt;, insinue Blllot. (1 , oirrne ta ver ificalion, eJle est né,,Jicrée,
même dan· les hon~ endroit 1&gt; , remarque
Barbaroux.
Il n'avaient guère d'autres di traction :
l'éûon, qui s'ennu~ail, e ri qna à ouper un
oir chez le .Bouc1uey; une autre foi , il y
entraina c deux compaftnon ; Mme Bouque · efforçait de leur rendre upporlable la
cc pri on Troquart &gt;&gt; , elle leur fourni sail
drap , mouchoir ·, lin°e de corp , leur expédiait
de friaudi e , leur confectionnait de vêtements pour remplacer leur baùiLs en loques;
elle envop à Barbaroux une grande culotte,
coupée el cou ue de se main '; aut premier jour. du printemps, elle leur fil porter
de Oeurs «pour parer leur pauvre et sombre
asile ».
Us · · croyaient bien en tlretê, et de fait,
nul ne oupçonnait leur pré ence chez le
perruquier, au-des u d'une bo!lliquc où les
plu chaud· patriote de aint-Emilion c !elMmaienl à l'heure de la barbe. Mai un proco11 ul de vingt an , Julien, ri!gnait à Bordeaux
et tenait à honneur de e si cr~aler. Quelqu'un
- Nada!, aubcrgi te à 'aint-Emilion, croit-on
- lui ouffia une idée : on supposait les Girondins caché dan le carrières · on a surait
qu'ils s·l' étaient ménagé de retraite: impénétrable · mai nul n'o ait 'y a,•enlurer, Or,
à ainle-Foy-la-Grande, pelile ville ur la
Dordo!!lle, à sept lieues de aint-Émilion,
vivait un boucher, nommé François !larcon,
qui élevait des dogues énorm , dres é au
combat; a meute él~it fameuse et redoutée
dan Loule la contrée; &lt;1 on venait de Bordeaux pour la voir lutlcr » ; un de ce chiens
cc n•avail que trois pattes », on l'appelait,

» : c'était le plu terrible de torn,
on citait de lui des fait exlraordinaires 3 i&gt;.
Le 17 juiu 1791, au malin, "aint-Émilion
se ré\'eille bloqué par le 10 · bataillon de la
Gironde, Ycnu de Libourne. Toutes les porte
sont gardées, ainsi que Ja maison Guadet et
le diver·es is ues des souterrain . La meute
hurlante de Marcan, amenée de aiule-foy,
est de la partie : la chasse au Girondin se
prépare; le molo se sont làcbés dans les
carrière el l'on s'atleod à en ,·oir ~ortir,
comme d'un terrier, les pro crits déhuchés'.
flien ne parut: Marcan renchaîna se do urs,
et morlilié de leur insucd•·, se dirigea 'l"ers
la m,i on Guadd ; on la fouilla des caves
aux combles. Sou un de angles du toit, on
décourrit. alles et Guadet, au itôt garrollé
et conduits cc dan un caharet de la ville ».
Mèmc opération avait été faite chez Mme llouquey : on y reconnut, dan la « irrolle Il,
traces du Pjour de hors-la-loi. A deux
heures et demie, ""r une charrette réquisitionnée, on chargeait M. et .\lme Bouquey,
le père Dnpeyrat, nlle , le vieux Guadet,
on fils le député, a fille ~farie Gundel; on y
jeta même uoe pauvre fille bos ue, cnante
chez MrnC' llou4uey 6 • Un des soldat chargés
d'c corter les pri onnicrs racontait qu'il se
pas a « une scène terrible 1&gt; au momenl où
l'on chargea la charrette. Le père Guadet était
a is de côté; son fils était debout pr~ de
lui : il était dé olé; il s'écriait avec force :
« A.b ! mon père, mon père, nous allons
mourir et c'est moi qui en ~uis eau e ! »
Pla lard, de,·enu vieux, ce soldat (&lt; qui
avail vu bien de carnane el n'était pas
tacile à attendrir D, répétai!, comme 'il en
e1il étè obsédé: - &lt;t Ce qui m'a fendu l'àme,
c'est d'entendre Guadet crier : « Ah mon
përe, mon pèl'e, c'est moi qui 1•ous lue!»
Il y arait quelque chose de déchirant dan sa
voix 6 »:
Aux heures chaudes de l'après-midi, la
éharrelle, 11agnant la porte de la Madeleine
pour rejoindre la roule de Libourne, drscendil la Grand'Rue el pas a rontr~ les mur de
li maison Troctuarl où se tenaient, angoi é..
ilencieux, lluzot, Pélion el Il:irbaroux. La
boutique du perruquier était remplie de oldal . n de meneurs de l'upédition, Oré,
a,ait allaché son cheval à l'un d..s barreaux
de la (enètre. Nul ne songea à monter l'escalier et à vi iter le premier étage. Les trois
proscriL , à travers les au,enls clos, virent
défiler le cortège qui condui.ait à la mort
leurs derniers amis. Le soir, quand la ,i.lle
con Lernéc fuL retombée au calme, ils dirent
adieu à leur hôle 1 et rnrtirent de la ,ille par
la porte Brunet, antique amas d'ogives el
de tour du xruc iède, qu'ombr:ige aujourd'hui un vieux noyer, arbuste à cette époque,
planté sur l'un des bastions du pont dormant.
Ils allaient, déguenillés, hâve , la barbe

1. •. Le . toit é~il moins ~levé qu • ~l~i _du eorp
de l~s; 11 formul un .-Jdmt auquel 1I cl.11L imposiblc â·acctldcr el qui ne pouvait servir à aueun usage,
n'ét.anl ni aéré, ni i!clairé, el n'annl aucune commauication avec le grl'nier qui règne ur la maison. ,
Vatel, 665.
'2. • n. - Quel tnillcur ils ont employtl pour foire
des vè·lemcnls1 - R. Que Saint-Brice-Goadcl lew·

pvrta une ve le bll'Ue tr·• IDauvaL&lt;c ... et que la
femme Robert Bouquey leur a fait w,c paire de
gran~les culottrui. » Interrogatoire de J.-8. Tro-

a Le Tors

1c

quarl.

3.
4,
5.
6.

Déclara lion de Marron. bouclier à ainll'-Fuy .

J Gua,lt&gt;t. Le, Girmulim.

Décluration de lmc Adéran, née Fonfrèdc.
Déclnralion de Jean Cagnard.

lo°-orrue, dé habitué de la marche par plusieur: mois de réclusion. lis 'étaient munis
de leur· pistolet ; Barbaroux portait en
outre, à on ct'ité, un couteau de cha 'SC;
Pélion tenait sou le bras les provisions de
bouche: un gros pain rond, bourré de ,iande
et de pois verl . ffailleur- ils ne savaient
vers quel point de l'horizon se diriger : la
Frontière la plus proche était celle d'E·pagoe :
et, au péa 11e de tous les ponts, à la traversée
de moindres b,JUrgades, ils ~avaient que des
rntioelle veillaient, réclamant à tout pasant une josti6caLion d'identité: or il étaienl
•ans pa. eport. ...
Errant, ils de cendirenl les coteaux de
aint-Émilion, éviLanl les ,illage de · intLaurenl el de -caint-Hippolyte : on montre
encore l'endroit où leur pa ' age à tra,·ers les
vignes a été con talé. Il avançaient vers la
Dordogne qu'il· e péraicnt traver~er peulêtre : mais le pont le plu voi in, celui de
Ca Lillon, était gardé : il fallait pas er à la
nage, ou profiter, s'il était po$sible, du bac
de Civrac, ,illacre . ur la rive gauche, moins
surveillé que Castillon. A l'aube, les proscrit
avaient parcouru cmiron deux lieues et lra,·ersaicnl la rrrand'roule de Bergerac lt Bordeaux, non loin d'une métairie app~lée Germans. 11, a,·isèrent, dans la plaine opulente,
un petit boi de pins, planté à quelque deux
cents mètres de la route ~ entre le bois et la
route s'é1en&lt;l:1it une pièce de blé dans laquelle ils s'eorrarrèri&gt;nl. A.u milieu de ce
champ deux gros mt\riers fai aient OII}hre;
les troi hommes, fatigué , 'a sirent là pour
déjeuner; la place de chacun d'eux s'est trouvée marquée par un mouchoir el un morceau
de pain : on dit qu'un enfanL, monté dans un
de arbre el occupé lt cueillir des feuilles de
mû.rier, fut fort effrayé de l'arrivée de ces
rôdeur à mine ini tre : tapi dans les
branche , il les aurait vu faire halte en de ous de lui, et entamer leurs provision ....
A ce moment Lluelques YOlontaires ,·errant
de Castillon et e rllndant à Bordeaux passèrent sur la route : ils étaient précédé d'un
Lambour qui, par caprice, e mit à battre ~a
caisse. Le proscrits, gîtés dans le blés
hiuts, ne pouvJient les apercevoir, mais le
on du tambour leur fil croire qu'il étaient
poursui is. Deux. d'entre eur, Pétion et Duzot,
se lèvent aus:i.itôt et gagnent en quelques
auts le bois de apios où il di parai ·eot :
llarbaroux, appesan li par une obésité précoce,
ou peut-être dégoûté el las de celle vie de
panique , arme on pislolel, l'applique à on
oreille droite et fait feu.... Le volontaires,
sur la route, enttndcnt le coup, s'arrêtent,
entrent dans les Ll.5s; il trouvent le ble é
• souffianl très fort, el se retournant eo tous
sens, comme s'il agonisait »; toute sa joue
droite est en saug, l'œil est presque hors de
l'orbite. Qui est-ce? On entoure le hies é
Ime Lacombe-Guadet, pe1Île-6Jte ,lu CooYentionnel,
ccrivail : - • Mon J&gt;Cr(', qw o':i1ait f10urlanl que
quatre a 1s nl?r', ~•arl itn~d~ le ~uvenrr du. del:!ier
bai er que lui avait de&gt;nnc son pcre, cl en,,uile t rmprt!. ion. ,fun•· joumoo iui:.tre, âe ,·i~a::-es con lernés
nulour de lui, des L:unbours qui ballaient dan le
,·oi inage, et des gens qui disnieul tout has ; t Les
,·oilil qui pa •eut. • -Vite), 600.

HISTORIA

MADAME AR AULT
Tableau Je

J.-R. RU,

- \L LT. 1;1\u~ëc Je \ 'L:r.aillc.

�L'EXODE D'ES G-m,ONDTNS - ,

san que n~l ose approcher de lui pour le
oulager ou lui donner des soins : les paysans
ont peur de ce moribond; c'est, sans doute,
un de ces émigrés, un de ces hors-la-loi dont
on dit que le pap foisonne, et l'épouranle,
par ce temps d'échafaud est si grande, qu'il
émane de ce suspect, même expirant, quelque
chose de la terreur qu'inspiraient jadis aux
('hrétiens du IDOJen âge les pécheurs frappés
d'anathème. Jusqu'à l'après-midi, Barbaroux,
le beau Barbaroux, qui naguère, admiré et
galant, elfcnillait, d'un geste élégant, de

dans l'esprit méûant des pa~ ans terrorisés,
la crainte de la guillotine étouffait tout sentiment de pitié : on demanda aux métayers
une tasse d'eau pour es. uyer la blessure, il dirent non; un peu de p1ille pour étendre
le morihond, - ils reîusèren1. Ainsi la révolution, hérissée de sa législation draconienne,
se retournait contre celui qui avait élé, au
temps des illusions, son apôtre et son idole:
elle lui rrfusait une goulte d'eau pour adoucir son ai;ooic, une poignée de paille pour
reposer sa têle expirante : à cel effroyable

close de la ferme~ et l'on assit le hie é : de
tous côtés arrivaient des curieu-x qui formaient cercle autour de lui: le oleil était
brùlant, mais la curiosité avide, et les arrivants, pour voir, bousculaieot les mieux placés: c'était une rumeur, des cris, des appels,
de~ disputes: lui, affalé sur sa chaise, sans un
momement, regardait de ses yeux fixes les
gen rrni l'entoutaienl : sur son pantalon de
coutil le sang avait coulé et « paraissait
ùeaucoup i&gt;: on lui parlait, il ne répondait
pas; on le touchait, il oc donnait pas signe

l'ucuc .\ lilock.
LES GIRO:SOl:-15 P1t TION ET BUZOT, LE SOIR

ou 3o

PRAIRIAL 1~94. -

TaNea11 cte E.

DO PA I:'!.

(.)Jusée Je Lit&gt;ourne.)

roses dans le verre de Mme Roland, Barbaroux resta gisant sur le sol .rougi de son sang,
que piétinaient autour de lai cent curieux
dont pas un n'eut la pudeur de lui porter
assistance. Vers trois heures seulement, arrivèrent les officiers municipaux de S:ùntfü anc, enfin avi ·é' de l'iocident; ils H.renl
porter le blessé ju qu'à la métairie ,·oisinc,
Gcrmans; mais le fermiers ne voulurmt pas
ouvrir leur porte : les loi · étaient formelles·
tou.t citoyen donnant asile à un conspirateur
devenait par là même son complice; et,

retour de événemenls, BarlJaroux comprit
qu'il serait proscrit jusque dans la mort.
Qaoiqu 'il eùt présente toute son intelligence,
il ferma les 1eu.x, désormais résigoé : qualrc
hommes le saisirent, et gagnèrent, à travers
champs, suivis d'une foule amu ée, une autre
ferme, la méLairie du c&lt; Bout de l'allée »,
qui se trour&lt;! en bordure de la grand'route
de Bordeaux 1 • Là encore on refusa d'abriter
un hors-la-loi. Pourtant un paysan, moins
timoré que les autres, consentit à prêter sa
chaise : on la posa de,·ant la grande porte

de vie. o gam;n de quatorze an, , Françoi
Laprade:&gt;, accouru des premiers, ne perdit pas
un incident du spectade; soixante-treize ans
plus tard il racontait aiosi ses impressions :
&lt;&lt; C'était un homme brun, je veux dire qu'il
a,·ait la peau brune, les cheveux el la barbe
noirs, la figure allongéa; il était vêtu d'une
grande lé\·ile. Les uns disaient : c'est 'lin
traître de Par· is; les autres prétendaient que
c'était Pétion ou Buzot. Plus lard on a su
que c'était Barbaroux : on ne lui donnait
aucun soin, ni eau, ni ,·in, ni antre chose.

1. Les Lour1;le dèsireui. de faire le pêlcrinage etc
la métairie ,lu t lJout de t'A.1/,éc » reconnaitront la
maison ~ncor · intacte à sa ~ituation ol.Jlique, à droite,
p,·e. 1uc en bordlll'r, de la roule en allanl de Ca5tillon

V&lt;'rs oiul-Êu,iliun. Pre,quc en face de la maison se
trourn la borne de distance 45.9. Lïndication que
donne Yale! (709 note) Lien c.ertainemenl &lt;'Xactc au
temps où ili&gt;cri,·ait, ne l'csl donc p1115 aujourd'hui.

'.!. Dèd.aratioo de M. EspèL"on, ancien m~irc de
SainHlagne.
3. [I raconla lui•m~me les laits à Val.el, en 1867
Il avait alors 11uatrc-viagt-sept ans.

�1flSTOR..1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
Les esprits éta.ieBt si animes alors! Je tili
sur quü n':t"'lÎt qu'une seule blessure audessus de l'oreilte: j'y ai moi-même porté la
main. D'abord il n'y avait qu'une vingtaine de
personnes; plus tard toute la rille de Ca tillon J est accourue. »
Le citoyen L1'"ache, ancien maire de Castillon, petit homme, d'opinion avancées, imagina d'interroger le mourant : celui-ci &lt;( fnt
longtemps sans lui répondre »; et, comme
Lavache, sans pitié, insistait, Barbaroux imp-1tienté répliqua &lt;&lt; qu'il se mêlait de choses
qui ne le regardaient pas et qu'il n'était pas
de taille à l'interroger &gt;&gt;. Graillon, pharmacien à Castillon, survint également et se pn.l..
para à onder la blessUl'e : il tira sa trous e,
disposa ses instruments, explora la plaie el
ne trouva rien. Enfin, vers quatre heures de
l'après-midi, en pleine chaleur, des hommes
soulevèrent la chaise, el, portant ainsi le
proscrit, e mirent, au petit pas, en routr
ver Castillon où l'on ne parrint qu'à six
heure . A la geôle, en arrivant, on l'étendit
sur un matelas et on désigna, pour l'assister
1-t lui donner des soins, une fille de Fonbaud,
faubourg de la ville, nommée Maria; six jours
plus tard, les gens de Castillon le virent de
nouveau : il était, celle fois, (&lt; amarré » sur
un matelas; ses beaux cheveux ooirs encadraient a joue bllldée; on prit la rue qui
mène au port, on le hàla par la Gargouille à
la Calle I sur un bateau qui ver· Bordeaux
descendit à la dériw, au fil de l'&lt;'au. Du
haut du pont les Castillonnais regardaient :
on ne savait pas encore, au juste, ce qu ïl
était : le peuple ,·oyait eu lui, &lt;&lt; un des
émigrés dr la Chambre crui avait gllillotiné
Loui XVI ». Rien d'autre! On apprit, une
semaine plu· tard, qu'il était mort sur
l'échafaud.

finir; n'osant. peut-être, se regarder, tant ils
redoulaient de lire dans les yeux l'un de
l'autre la résolution déci h·e, ils se trainaient
sous la pinada, affaiblis, boueux, au guet,
sini lres. Et c'ét~il Pélion, et c'élail Buzot!
Duzot que h plu romaine des femmes de la
llévolution arail aimé d'un amour héroïque;
Pétion, le jovial Pélion, si infatué naguère
de . a vigueur cl de sa popularité, et dont
maintenant les cheveux avaient blanchi en
quelques nuits, comme ceux de la reine que,
,j:tdis triomphant, il avait ramenée humiliée
de Varennes.
Le soir, tard, quand la nuit vint, le· habiLanL&lt;; des métairies de Germans el de PilleDois entendirent au loin &lt;t du côté du hois
de M. Devalz », deu.x coups de feu presque
simultanés. On n'y prêta nulle allention; huit
jour plus lard seulement, le 25 juin, un
nommé Béchaud, dit Bnraba, rerenanl dl'
cbez sa fiancée, à Cafol, entendit dans un
rhamp de seigle, des grognement de chien~ :
il se détourna du sentier, pour voir, et ·on
approche mit en fuite trois dogues occupé. à
déchirer deux corp étendus sur le do à
quelques pas l'un de l'autre : les deux cadavres aYaienl le isage intact, mais &lt;( noir
comme une pla 1uc de cheminée ». Baraba
courut à Castillon afin d'avertir les autorités.
Il était si satisfait de sa décourerle qu'il en
fit le ujel d'une chan ou en patois.
En venant de Ctûô
Pa ·ant au coin des pins
J)c 11100.icur Tlrvô
.l"entendi, lrois gro kins
Qui tOA"naicnl deu-x corp morts.... t

Le lendemain, dès quatre heures du matin, le juge de paix de Castillon e mettait
en roule, accompagné des officiers municipaux de aint-Magne et escorté d'une douzaine
de gardes nationaux en armes. Une troupe de
Au moment précis où leur ami se blessait curieux suivait. On alla à traver· champ · jusd'un coup de pistolet, Pétion et Bllzot s'en- qu'à l'angle du bois de pins, où étaient les
fupient, à travers les blés el le seigles, vers corps. Celui de rJuzot était vêtu d'une longue
le petit hosquet de pins planté entre la mé- redingote brune à collet de velour. rouge: il
tairie de Germans et celle de Pille-Bois. Terrés avait une culotte de cotonnade à raies bleu et
dans l'cpaisseur du taillis, ils puren-t, de là, blanc, de bas de filoselle jaspé de mêmes
voir le pay ans relever leur compagnon, et couleurs, un mouchoir de soie noire au cou ;
l'emporter. Comme la plaine, à ceL endroit, une ceinture de fer ceignait on corps. Pélion
est lrè plate, il leur fut aisé d'obsener le
était vêtu d'une redingote semblable à celle
allées et vanue dll groupe, la file des curieux de Buzot, d'un gilet blanc à boutons jaunes,
sur la route, l'attroupement devant la mé- d'une culotte de velours candie gris, et de
tairie du Bout de )'Allée. Que se passait-il? b1s à grandes raie bleu et blanc•.
Ilarbaroux n'était donc pas mort? S'il avait
TandL que les magistrats locaux opéraient
réu si à se tuer ne l'aurait-on pas inhumé leurs constatations, les a si tanls épilo6',laient.
sur place? Oo ne sait rien de ce qui se pas a Autour des cadavres étaient épars beaucoup
entre ces deux homme qu'une si étonnante de pistolels : &lt;1 une pile, peut-èlre 5, ou 6,
destinée avait amenés au dernier point de la 7, .. . » Les eigle étaient versé comme i
mi ère et du dé espoir. Mais quand on inter- les deux hommes s'étaient longtemp retourroge la plaine lragiquè témoin de leur arro1iie, nés el débattus; el ceci donna à penser « qu'il
les dernière heures qu'ils pa èrcnt là s'évo'étaient empoisonnés &gt;&gt;. D'autres, e basant
quenl impérieusomenL. Quelle journée! Tous sur la petite distance qui les séparait, - dix
deux, clapi ou les pins comme des bêtes ou douze pa , - e Limaient &lt;JU 'ils n·a vaienl
traquées ; entant diminuer, d'instant en in- point dû e uicidcr, mai &lt;&lt;~e tuer récipro~ant. leur chances d'exister; _achant bien quement ainsi que dans un duel n ; ce qui
qu'avant la fin du j•mr il leur faudrait en prête à celle opinion une certaine naisom1. neclaratioo d'Antoine Roy . Valet, 751.
2. Dcclarat ion de fo an Quentin , adjoi nt de SaiolPc~ d'Armcns.

:ï. Desc ription et lr vêe des cadan cs dL· Buzot et de
Pètion.
~- Oéclaration do Pierre Galineau.

blance c'P.sl le fait que, pour mourir. ils sortirent de l'enchevêtrement des branches du
bois de pins, se postèrent en face l'un de
l'autre comme pour se vi~er ' . On ignore tout,
d'ailleurs; le procès-verbal dressé le malin
du 26 juin est trop uccinct et trop imprécis
pour qu'on en puisse déduire une indication
certaine. Les corp étaient dans un Lei état de
&lt;&lt; pestifération &gt;&gt; que le citoyen 8oulan1rer
Lanose, officier de santé, requis pour la circonstance, se refusa à les examiner. ~ul ne
consentit à les toucher : on déchira, it raide
d'outils, les poches de leurs vêlement ponr
y chercl,er le papiers ou l'arrrent 11u'on y
pen ait découvrir : il ne 'I trouvait rien, pa
un sou, pas un crayon, pas un feuillet: ce
qui faisait dire qu'on avait pillé le, cadavres;
seul Burnt avait gardé sa montre qui fut mise
dans un sac avec le. deux chapeaux: cl les
mouchoirs qu'on pril oin d'expo:-cr à un
rrrand Ccu de plante odoriférante .
Les curieux:, pendant ce temps, 'amassaient : ils étaient près d'une centaine, vers
ept heures du malin, quand les deux fosses
furent creusées et qu'on 'apprêta à j jeter
les cadavres. Une femme remarquait « que
c'étaient Ms homme terril&gt;les, magnifiques ·
un paysan, nommé Blanc\ habitant aintMagne, ne décolérait pas contre les conspirateurs. Il s'approcha des morts et leur brLa
la mâchoire d'un coup de pioche, en disant:
&lt;( coquins d'émigré 1 &gt;&gt; Oo prétend que celui-là
mourut quinze jour plus tard.
Les deux trous, profonds de ix pieds,
ont prêts, on y pousse les corps qu'on recouvre aus ilôt dti terre : les lombes étaient
si voi ines qu'elles ne semblaient former
qu'un seul monticule.
Pendant longtemps elles sub istèrcnl :
mèml! quand les années les eurent affaissée ,
on les respecta: on ne labourait pas le lieu
où reposaient les pro crits; durant hien des
années, à cette place-là, la terre ne travailla
poinl : l'endroit, par les pa ·sans, était appelé le champ des émig1·é.~. Car on n'en samit pas davantage. Royalistes'? Républicains 1
q1ù s'en inquifüil ! li ,emble bien que, à
l"époque, le peuple ne comprit rien :1 ces réYolutions successives qui traitaient en maudits le héros de la veille : les gens acceptaient les événements avec docilité: plus tard
ils en parlaient, se contentant de dire, foi ant
allusion aux assignats: c'était le temps du
111aul'llis papier, sans chercher à comprendre pourquoi ceux qu'on diyinisait un jour
étaient les parias du lendemain. Ignorance
a sez semblable à la agesse.
Aujourd'l1ui le bois de pins a disparu: on
ne sait plu au ju le où reposent le deux
émigrés; jamais le soc d'une charrue n'a rencontré leurs ossements : à quelques mètres
près, on montre la placé, dans un champ de
maï , non loin d'une sorte de cabane qui serl,
en cas d'oraae, d"abri aux cultivateurs et qui
jadis, avant le défrichement, e trouvait en
bordure un bois de M. Devalz. Les gens du
pays l'OU. y coudai ent Yolontiers; ils n'ignoà. Dédaralio11 de 11. E,pcron. ancieu m~irc tlc. aint•
llagnc.

"------------"""'"""":~------------rent pa qu'un drame s'est passé là, sans
savoir précisément lequel; les visiteurs, au
reste, sont rare . C'est si vague, et i vieux!
Les trois représentants, Barbaroux, Salles
et Guadet, 1c père Guadet. sa fille Marie, son
second fils Saint-Brice-Guadet, Robert Bouquey, Thérèse Bouquey et son père, le vieux
Dupeyral, furent condamnés à mort.
A l'audience, Mme Bouquey, indignée de
s voir accusée t&lt; de pitié envers les malheureux &gt;&gt;, fut prise d'un effra~anl accès de colère. Elle apostropha les juges : « - Des
monstres! criait-elle. i l'humanité est un
crime, nous méritons la mort! &gt;&gt; Puis elle e
jeta en pleurant dans les bras du père Guadet.
.\prè la lecture du verdict, pendant les
liravos et les buées des curieux dont s'emplissait la maison de justice, on la vit, furieuse, hors de soi, repou sanl les hui sier.s,

s'élancer dans le prétoire, C( vers le président,
qu'elle cherchait à . aisir, pour le déchirer&gt;&gt;.
On l'emporta, écumante. Quand on dut lui
couper les cheveux, elle échappa aux aides
de l'exécuteur; une lutte 'engagea; « il
fallut employer la violence pour la contenir n.
Le père Guadet s'approcha d'elle, lui ouvrit
ses bras, la pressa ur sa poitrine; alor elle
éclata en sanglots el &lt;( cet attondrissemenl
ramena le rt&gt;pos dans son cœur ».
n procè. qui surgit quelques années plus
tard entre les héritiers rJouquey révéla un
détail saisissant. U s'agissait d'établir lequel
des deux conjoints Bouqney était mort le
dernier, leur contrat de mariage a1anl Lipulé
une donation réciproque et univer elle faite
au survivant. Or, ils étaient morts le même
jour, à la mème heure et presque du mèmc
coup. Le procè.s dura jus'}U 'en 1810; à celte

L'LXODE DES Gffto,4D1JYS - ~

époque, le t1·ibunal de Libourne ordonna un~
enquête et l'on interrogea le bourr~au ~•
vivait encore. Cet homme raconta qu au pied
de l'échafaud « Bouquey, voyant son épouse
s'avancer seule vers la planche fatale, dit à
l'un des a sistants : &lt;t Ah! donne:, donc hi
main it madame. » Mais elle, très calme,
demanda ex.pressément d'être e.xéculée la
dernière, voulant épargner à son mari ln
douleur de mir répandre le sang de sa
femme».
Je oe sais pas si. dans le grandiose monument, encore incomplet, que la ,ill~ de ~ordeaux élèrn il la mémoire des G11'011d111s,
doit fiourer le nom ou l'image de Mme T3ouqu-cy. 0ll semble bien qu~ l'effigie de ~eu~
femme héroïque ne era1l pa. déplaree n
côté de la ,talue de ceux dont elle prolongea
J'un an la vie en donnant la sienne.
G. LE TOTRE ·

Procès de presse

Le parlement de Bretag_ne a rendu un pour avoir vendu des livre. contraires aux
arrêt, le 29 mars 1767), qui condamne un bonnes mœurs et à la reliiion.
Ces livres sont : le Christianisme dàoilé,
nommé Bocloy à êlre enfermé le reste de ses
l'Homme
a11,i; quarante écus, Éricie 011 la
jour dans une mai on de force, comme soupVestale,
les4uels
ont été lacérés et brûlés par
çonné d'avoir voulu faire imprimer une brochure :11,- les tronb/es de la France, et l'exécuteur de la haute ju· tiœ, lors de l'exécomme soupçonné d'avoir Youlu donner le cution de. coupables.
On s'e t récrié contre la sévérité d"11n pajour it deux libelles, dont l'un intitulé le
reil
arrêt, qu'on attribue à M. de Sainl~FarRoyaimtP. clei; femme.~, et l'autre les A1•e~gean, président de la chambre des vaca_t,on:,
t11res du comte de•", lesquels manuscrit
homme dur cl inflexible, el ùont le Janscont été lacérés et brùlés.
On ne sait encore quels sont tous ces ou- nisme rigoureux n'admet aucune tolérance.
vrages criminels et quel mérite lilléraire ils
peuvent avoir.
***

:l Octobre 1768. - On a exécuté ces joursci un arrèt du parlement, qui condamne JeanBapliste Josserand, garçon épicier, Jean Lecuyer, brocanteur, et Marie Suis e,. fe~me
dudit Lecuyer, au carcan pendant trois JOUr:1
con écutifs; condamne en outre ledit Jo cranù à la marque et aux: galère· pendanl neuf
ans ledit Lecu)·er au i à la marque et aux
aalères pendanl cinq an , el ladite Marie
n
. ans
ui~se à ètre renfermée pendant cmq
dan, la maison de furce de l'h&lt;1pital général,

La république des le!lrcs vienL de ~etdrc
le sieur Deforges, mort, 11 y a quelques J0nrs,
ubitement à tabll'.
C'était un auteur moins célèbre par ses
opuscules que par_ ses ~aI1;eurs.
.
En i 749, il était à 1 Opera, lorsque le pretendanl fut arrêté. li fut indigné de cet acte
de violence; il crut que l'honneur de la nalion était compromis, el exhala ses plaintes
dan une pièce en vers forl cout1.tc alors,
qui commence ainsi :
Peuple jadis si fier, oujourcl'hui si senilc. .
Des prince, malheurcm: ~ 0 11• o·èt,•s pin, l":ml{'.

li ne put prendre sur son amour-propre
de 0oarder l'incormilo: il se confia à un ami
prétendu, qui le trahit; il fut arrêté et conduit au Mont-Saint-llicbel, où il re la trois
ans dans la Cage, qui n'est point une fable,
comme bien des gens le prétendent. C'est un
caveau creusé dans le roc, de huit pied en
carré, où le p1·isonnier ne reçoit le jour que
par les crevasses de marches de l'église.
M. de Broglie, abbé de ainL-~lichel, eut
pitié de ce malheureux. 11 obtint enfin qu'il
dit l'abba ·e pour prison. Ce ne fut qu'avec
des prél'.aulion extrêmes qu'on put le faire
passer à la lumière de celle longue et profonde obscurité.
Le caractère de M. Deforges, son esprit el
ses qualités per annelles lui gagnèrent les
bonnes g~;lces de cet abbé, au p~int d'obtenir
son élaro-1ssement au bout de cmq ans. 11 le
donna à son frère M. le maréchal, en qualité
de secrétaire, el, Mme la marquise de Pompadour étant morte, il fut fait commissaire
de guerre, dela nomination de ce rrénéral,, ui\'anl le droit de tou les maréchaux &lt;le France.
M. De forges avait supporté courageu~emen L
sa longue et cruelle captivité. Son e prit n'était point affaibli dr tant de disgrfu:es, el
"· le maréchal en faisai l grand cas.
DUCLO~.

�"---,---------------------CO,'ttTE DE FRA CE D'HÉZECQUES
et&lt;&gt;

La cour de Versailles intime
La chapelle.
c=,..

Tou' le arh . 'étaient donné rcndez-l'ou
el al'aicol employé le produit, le plu précieu pour préparer à Dieu, au chùteau de
Ycr:-aille • un temple di:me, ~inon dé la dil'inité qui dél'ait l'habiter, du moin de la
dtlm,•urtJ ro)ale dont il de,ait faire partie.
l'arloul on y rnyait hrîller le · d1cf~-d'œurre
de la peinture!, les dorure: le· plu éclalanLC
et Il' · m rbre' le plus pr·•cieut.
'fnw le· jours lt• roi allait à la me. e; il
él.lîl imité par le rc.&gt;.Le de a famille. et . i
c'ét1ît uuc . uîle de l'étir111etll', c'était du
m ,in, un liel exemple. On ne &lt;lc,ait ju rrer
,11ue l'adé et nullement Ier di,positions; au
re,te, la piété édair~e de Loui \.\1 ne pou,ait lai l!r de doute qné ~on cœur ne le
porlàt à la diapdle Litln micu\ 1p1e Il\ cérémonial.
C'était à midi, - ou plu· tôt si le le,er e
lai. ait plu· matin, - que le roi, ortanl de
on appartl'ID!!11L par une porte de "lace,
commu11i,1uanl du c.,liin •t du con ·eil à la
",derie, traver ait Lou I grand · appartemllols et ·e rendait à la lribuoe, précédé d
pages, de rcu1 •rs, d • grnlil homme , de

( ' IIATEAU DE VERSA.ILLES. -

réuni sait po11r la me5 ·c. Le, prince~ e r ndaicnt ch z le roi, et lc . corlùgc en ortait
quand la reine elle-mêm? quittait on appartement par le alon de la Pai • au fond de la
"alcric. C1.:1te multitude tl'oflicier-, de dame,
magnifirp1emenl parée. , 'a1ançant :rn milieu
d'une fouit\ de curieux, dan. celte lon 11 ue
pièce. l'un de. plu· beaux monument! de l'e
genre ciui oient en Europe, formait le coup
d'o·il le plu: impo ant.
La chapelle de Versaille e composait pour
ain i dire de deux éLa:;ies t La triLunc était en
haut, t•L de chaque càté régnait une ~alerie
oil e plaçaient les personne du en·ice qui
11e pouvaient lroul'er place dan · la tribune,
ain ·i 'Ill, le t=lrangers. La tribune était tri..
~rande. Elle était bordée, ur le uc\·aol, d'une
balm,lrade de marbre ur laqudle on jetait
nu grand tapi de 1·elour cramoi ' i à fran"t'
d'or, et à chacune de se eitrémité. ~c trouvait une lanterne doriic el frrmée de glaces,
pournnt contenir une eul p r onn cl de ·lim1e aux prioc · e: malade- ou qui ne voulaient point paraitr • pnbli,101ment. On r •mar&lt;1uera que, sous Louis XI\, madame de
.laintenon était loujour. placée; c'était là
la seule mar']ur publirJut&gt; qu'ellt• eùt jamnis
fait paraitre do lien ,p1i l'uni~sait au mo-

\'tJr, El TERIEt;R F. Dl! L.1 CIIAPELLE.

onicier~ des rdes, cl uil'i du capitaine
de "3rd~.
Tou: le. dimanch .s la famille ro)ale e

narque. Comme la tribune eùt été trè froide
l'hh-er, la cour as i~laot à de. offiœs lrÎ!5
lon!!S, urtout la ,·cille de oël. où le .enice

divin durait depui dix heure du :oir ju. qu',
une heure, on montait ur la Lril.mne une
grande charpente dorée qui en fai, ait un
Leau :al.in, arec de fenêtre de glace ttu 'on
ou,rait à volonté.
C,· n'était que le jours de grande ft1t
que la cour de rendait dan. le ha· de la cbnpclJC', par d~ux e calier touroanli placé de
chaque côté de la tribu nt'. On courrait le pa\'é
de uperbe tapi·; on di ·po. ait un prie-dieu
cl deux fauteuil pour le roi et la reine; les
prince uaient de chai es cl un carreau;
tous le officier~ et l •· dames e plaçai nt
derrière ur des tabourets cl de· ùanqueue ;
enfin, le aumônier el le1 gardes de la
manche étaient de chaque côté du prie-di 'U.
Il ~ aYait cc jour-là une con·éc qui ~tait
cependant Lien rechercht&lt;e, c'était la quête.
oe jeune femme, aprè· a prt enlalion,
devait . 'aei1ui1ter de celle fonction, qu'on
redoutait Lien un pt&gt;u avant la cérémonie,
ruai· dont on était a&lt;&gt;réal&gt;lemenl r1kompensé
par le murmur de louange et d'admiration
que oulerail la pr:•ence d'uncj ·un• fomme,
daru la fleur d l'àge cl de lo b •auté, maa-nifiquemenl p:irée et courerte de diamants de
tolll • .a famille. J'ai dit qu'on royait Yenir
ce jour avec une certaine appréhen ion. En
effet, quel cmharra pour unejcuoe personne
qui a,Jit à peine 11uitté sa mère, Je se ,·oir
obligée de pa~ .cr ou , le yeux d'une &lt;'&lt;&gt;Ur
nombreuse en faj ant, avec lentc-ur, une
multilu Je de r,fréreoces dont elle faL ait, la
vciU&lt;.', une rJpélit'on m·ec un homme l'hargé
de la dirirrt'r! Et elle n·avait mrmc pa.,
comme Jan le t,.Ji e , la re :onrce d'fürc
conduite par un ca1·alicr qui aurait pu. au
Le oln, soutenir , pa cbaocdant . A . on
LrouLle, ?i l'in,Jlriétudc de manquer une révérence. d'aller à tel prince avant tel autre, .e
joignait encore l'embarra· de !"habit de cour,
de cet énorme pani ·r et de la loo!!lle queue.
J'ai YU plu~ieur d' ce jeune quêteuses dan·
nn état à faire peine; mai la coquellerie,
l'ambition, leur faisaient ,ite oubLier une
"ène pas arrère et la fatigue de cette impoanle cér11monil·.
Cette quête rapportait beaucoup; car,
quoique les princes, les grand officier el
le~ dames donna :enl culs, comme on ne
pouvait mettre que de l'or, la recette montait trè haut el ne lai ait pa que de nêner
li' pcronnes peu ricù~. Ueureux qui pouYait e procurer un demi-loui ! à moin de
faire comme un cordon-bleu qui y metlail
con ·tammeol un jeton. On m'avail, en elTet,
as. uré que, depuis plnsieur année dt'jà, l
jours de cérémonie de l'ordre du aint-Esprit,

,

1.A cou~

DE °VER,SA1ll'ES 1NT1ME - -...

on trouvait toujoor un jeton dans la _quêl~. affairé du collier, où l'on a\·ait rn le nom de que oo mari, alor. reniarië, el j •_l"ai lromé
Jan· la de traction de l'or.Ire, ou aurait fin,, la . OU\'eraine ervir dïn·trument à d6 fri- diane d'a1oir eu une Îl'mme au. ,1 coupaLI,·.
à la morl de ce moderne llarpa!!OO, par dé- pons pour duper un grand sei 11oeur. .\ux
!"&gt;Le cardinal de Bohan. qu'on appelait le
counir . on nom, à moins qu'une dispo ·ilion
de .on te lament n• .ùt perpétué on secret.
Cc· IJUêtes, qui, les jonr· de proces i_on,
allaient à plu · de cmt Joui-, élaieot remise
au curé de Yer~aillcs.
Le jour· de granJe (ètc qui Lomb~ient u~
dimanche, on présentait le pain béml au roi
et à la famille rol·ale. C'était un très gros
morceau de briocl.te. Loui \ \'I tirait son couteau de sa poche, et, ~pri• en aroir coupé
une tranche, il donnait le re te aux pag de
la chambre. u,·cnt même il ne prenait point
tant de peine : il mordait à mème la ~~ioche.
Le jour de mon entrée aux page .Jeu: le
morceau ur lequel les dents du rot arrueot
lai ,é leur empreinte, et, dan mon exta e
provinciale, je ne le maorreai qu'avec un certain ri!. ped.
La mm,ique du roi exéculait des me e
et des motels compo és par les au~eu~s le
plu· di tinaué . A la me se de mmmt du
jour de 'oël, on entendait a,ec beaucou~
d'admiration le hautboi Ju cJlèLre Ilezozz1
exécuter de petits air que le calme de la nuit
CUATJ::All DE YERSAILU:S . LE \'EHIBl'LE DE U CIL\l'ELLE .
rendait encore plu gracieux. On avait atlach • à lJ mu ique du roi douze enfant., appelés pa,. • de la mu ique, qui remplaçaient
le· fau ,e( . C'êtaienl le enfants dei; valet '
eu de la justice, le prince de llolian n'était prince Louis, était enc_ore lr~ Li ·n con ·enr,
de~ officier de la cour. li· portaient la lim..:C point coupable, el l'arrèt du parlenPnt de lorsque je le fr au Etats généraux, malgré
de la "rande écurie · mai- oo les distinguait Pari· ét:iit coméquent, car le parl~meol Loule le infirmité· qu'il conlracla dan .on
rn ce ~u'il ne pounient avoir ni ba. de ·oie n'était point junc &lt;le mn•urs ~OCJales; rxil à l'abbaye de la Cbai c-Dieu, el un m:il
ni Loudes d'ar •enl.
mai· au1 1eu . de la majesté roya~e le car- à l'œil qui l'obligeait de le couvrir d'uu tafIJuand le roi était dl 1 le ha de la cha- dinal êta.il répréhen~ible pour al'Otr cru ~ fela. noir. Dan le lemp de a . pknJcur,
pelle, on lu.i pré ·entait le corporal à bai.cr_; ·ouveraioc capable d'entrer dan. t~n march_~ c'était le plu noLlc. et le plu marnifi_que
c'était une d, prérogatl\'e Je la rolaute, clande tin dont le clau e el:111:nl au 1 ei!!llcur de ln cour. P r oonc ne fil m1cu\
le roi étant re•!afdé comm, ::;ous-diacre.
déshonorante pour lui que pour elle. La Yaloir on opulence cl l'autiq ue dignité de , a
Quand 1 éH! rurs prêt.. icot ·erment a~ perte de c cba.rgCli, o~ ~xil _loin de la cour, race.
roi, c'était après l'é1·an°ile l'une meise qui n'étaient donc pa. une lDJU~L,ce, comme ont
Dan· le f.'lc-beu c. affaire dont je lien d •
e disait ?I l'autel de ':tinte-Thérèse, 011 le \OUiu le faire croire les ennemis de la reine. parler tout à l'heure, le cardin~l fut m_:il
pinceau de • anlcrr' arait repré ·enté cette Le cardinal en était si per uadé qu'il ne ,eeni par qudqucs-uw de es amis. ~n a1_l,
, ainte eo extase, i lwlle, i roluplueu ·e, que nail point aux États ,.énéraux ·an la permis- co effet, que leur olle méchanceté hl orl1r
.
bien d,i prêlrti· craignaient de dire la messe
ion de la cour; cl,e plu tard, . a con d111le
de l'hôtel d monnait· de trasbourg, l'II
à celle chapelle.
dans ~e ro~- '5 ion all,·mandl!·, · · sacrifice
17, • d • !oui d'or où l'eflîgie du monarque
Le nrand aumônier de I•rance était le car- pour la eau de LtJub \ \'l, lo~1t a pr~mé a\ail an front une petite protul,érance qui
dinal de lloolmoreocI-La\'al ', évèque de que cc prélat était loin d'en ,·oulo1r au roi de
emblail vouloir a:~imiler l • roi aux mari·
. letz, prélat lier et fa lueux, que , on nom, l'a,·oir puni Je ·e imprudl•net• .
trompé . La police ·crupr..:~sa 1e Fair: d!, paplus que se. conmi.ss:inc_!! , al'ail po:lé aux
~ladamc de Lamothe liait coupahle, au
r::ùtre celle ~cauJalt-o tl monnaie. Mai· 1I n
plus haute dignité de \'Enlise. IJ ar:11l uc- yeux des loi~ et de la ocié_té: d'intrigues, d_c a échappé plu icur _Pit·ee qui ont_ tromé u_n
cédé Jan!\ cette ch,r,,.e au cardinal de Rohan, ,éJuctioo~ et d·uo ,·ol con 1d ·ral,lc. n pre- asile dan le~ cahmel ' de curieux. Mo1évê 1ue d,, tra ·bourg, apr la malheureuse teodu nom de Valois n'était pas une rai on mème, en i 7!H, j'en ai YU une en Ire le
de la sou~traire au peines infamanle. qu'elle main· d'un né •ocianl de Valencienne·, grand
1. Lom--Jo,1•pl1 ,lo 'luul,n11rcnc~-l.:i1al, è_,ê')1te ,1,e
méritait.
conduite n'en de1iut pas meil- amateur de médaillt:s, que je rencontrai à
llclz, graml aum.' uier tl, pui ti , ne ,lcnnl canliual 11u·cn l 71S\J.
lcurr. J'ai lo•é depuis don le même hàtcl Amers.

ComE oc FR.\. 'Ch lrl!ÉZECQLL~.

.... 20&lt;) ...

�' ·-----------------------

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE IV

culte,, r11rn l'ancienne France, . cule, élail
vraiment soumise aux restrictions commerLa guerre del'ienl inc.-illhle. - A"erti scmeot, ilon•
ciales;
encore, les licence,, d,mt j'ai parlé
n~ i ~apoléon. - l.i, Cour i111péri1l~ il IJn'l11le. l'icc ,le compolition ,le l'armée et deo clircn
plus haut. y faisaicut-dl d'~normes Lrècorp,i.
d~. Quant à l'Italie, à l'Allemagne cl aux
pro,iuccs llhrienncs. le s,,tème continenlal
Le mot.ir le plus pui~,aut 11ui portât l'Eru- hien •p1'étal,Ïi par décret i111périal, u·y étai~
p«·rrur à faire la guerre à la fiu!-ie était le appliqué 'lu'illu,o:rcment, tant à eau e de
dbir de la ramener à l'exécution du traité
l'i:tênJue des côte:. que par la connileuce cl
:-i~né à Til itt en 1)l07, traité par lequel
le défaut de · ur1·cillancc de œux qui admil'empereur .\lennJrc ,s'était en•,,v,é
à fermer
0 0
nistraient ces vas les contrées: aussi l'cmpr1
tous
es port
de •~es • !.lat:;
à L\onler.-rrc, , e
• ..
• •
,
..
e
'
rcur Je Ru_ie répondait-il ao1 sommation:.
11m II a,,ut J3lll,fü etc pra11qué que d une
que la Frarwc lui faisait d'interdire toute rcmanière fort imparfaite. i\apoléon p ·ns 1il
,l\ec raison quïl ruinerait les An:,ilais. peuple btion commerciale n,l'C l'.\ngleterre, en
c.sentidlerncot fahric-ant et marchand, s'il signalant cet état d'exl'eption pre:;11ue général
parvenait à détruire l1•ur négoce a,·cc 11• con- en Europe. Mai, la 1·éritaLle cau,e du refus
tinent européen; mai l'CJ:œution de œ pro- 11u'oppo~ait .Ueiandro aux prétentions Je
jl'l gigantesque offrait de ~i grandes diW- i\'apoléon était la crainte qu'il épromait d'êlrl•
as5as~iné comme l'avait été l'empereur Paul,
0

~on père, arurucl on rtprochait J;irnir Llessé
l'amour-prnprc national eu s'alliant à la
France, et, en Sl'fOnd lieu, d'a,·oir détruit li:
rommerce russe en dt'.-clarant la guerre à
l',\n;;lctcrrt•. Or, Alexandre commençait à
rompr• ndre qu'il ù:ttit d~jà aliéné les esprit:; par la ùéfërcncc cl l'amitié qu'il avait
t;( noi. ·,,:es à ~apoMon dan les entre me
d'Erfurt et de 1ïlsill; et il de,ait craindre.
maintenant, de leur fournir un nouveau griC'f
par la suspension Je tout commerce avet·
l',\03lcterrc, seul débouché par le,1uel la nohle:;se ru~~c pournit écouler les produits eucomlirant~ de se, imm&lt;•nses propriété, d s'assurer . e&lt;: re1enu,. La mort de Paul ter prou1ail bien à qucb danger· l'empereur de Russie
s'exposait en prenant une pareille mesure.
.\lexan,lre devait craindre J'autaut plus, qu'il
,oyait encore près de lui le:, orficim, •111i

:l\·ai&lt;'nt entouré •011 père: de ccu1-là était
llenninz,cn, ,on chf'f d'é1at-majnr.
~apolt•on ne tenait p3• a,.sez rompre Je:;
dirfil'11ltl; Je l'êtte •ituation. en mPnaç.1111
\lexarrdre Je la :::urrrc s'il n'acc~d~it pa~ à
ses J,:,irs. Cependant, eu apprenant les perle"
uhies et les rel'er;; es uyés en E,papne et en
l'orlu~I. il •emhl:tit hé,itrr à s'('n:?a"er Jan,;
une guerre dont le nhùtal lui parai sait fort
inc('rtain. Je tit'ns ,lu ;énéral fkrtrand 11ue
,1\'apoléon a ,ou,·,mt r,;pélé à Saintc-llrlr11e
•rue sa seule pc115ée fut 1l'.1hord J'cffra1er
l'empereur Alexandre, alin de l'amcnrr'à
l'cxi'.-cution du trai1é: « ~uu:, étion , disait-il,
« comme dl'UI maitrèS d'l;~le Corœ qu'on
« croit prêts à en \'l'llir aux main", mab ,pri,
« n'en aJant cn,·ie ni l'un ni l'autre. c ruea n:went de l'œil et du rcr co aunçant à pe« lils pas, cb:icun d'eux 3)3111 l'espoir que
11 son adrer,aire reculera par crainte Je
cr croher l't1péel ... D .,rab la comparai~orr de
!'Empereur 11'était pas cxade, car run Je.~
Jcn, m.ritrè.~ J'arme., a,ail J .. rrièrc lui un
précipice ~nos fond, prèl à l'engloutir au premier pas ,,u ïl rcrait en arrièrl!: ainsi plaré
entrtl une mort ignominieuse et la nl:r1~•~i1tl
dti combattre a,cc des chance.- de •uc«·ès, il
de1'3it prendre cc dernier parti. Telle riait la
,ituatiun d'.\lexanJre, :-ituatioo encore :i~;rarr.e par le.- 111anœu,n.', au,;11udles l',\n~lais
Wilson c fürail auprès Ju gént'.-ral Bermingscu t'l des officier, de ,on t'.·tat-major.
1. 'C'rupcreur Xa1ioléon hésitait l'IICorc I'!
:semblait ,·ouloir écouler b sagth ans Je
Caulaincourt, so11 anciC'n nruba ~adcur a '-arot1'{1crsl"1urg. li ,oulut mêmc interroger pluieurs oflîci,•r~ rrançai,. qui u·aicot habité
11uclque temp~ la nu,,ic el en connaissaient
la topo!!raphie et 16 rcs~ourt'es. Parmi eux
se lro111ait le heutenant-coloncl de Ponthon,
•1ui auit ,:té Ju nomhre de, officier, du ;;énic que i\·apolt'-on, lor, dn traité de Tibitt,
av11it, sur les in~tanccs d'.\lexanJre, aulori~t~S
et même in\1tb à pa, cr &lt;1ucl,p1cs années au
.ser1ice ,le la nn~,ie. C'était un homme des
plu, c.ipal,lcs el Je,; plu~ mode,t ..\ttacbé
au ser1ioo lopographi,1ue Je i\'apoh'.'011, il
n'eût pa cru pournir érnellro ~ponL1n,1ment
son avis ,ur les difficulté., 11u·,~prouverait une
armée portaut la guerre darr rernpirc rus,e;
mni, lorsque !'Empereur Il! ip1cstionna, de
Ponlbun, en homme d'honneur, tout Jérnué
à ·on pa]", crut Jc~oir dire la rir~té tout
1:ntière nu clid de ll::tal, et. s.:tn, cram«lrc Je
lui déplaire, il lui signala tous les obstacll'
qui s'oppo"eraient ù son cntrepri~c. Les principaux étaient : l'apa1ltic et le défaut de coucour, des pro,·inccs lithuanicnocs assujettie
de1mb de longue nnn6cs à l:i l\u ic: la rê~i tance fanatique Jes nucien llo.covites; la
rnrdé Je.., , iHc, ,•t fourrages; dC's coulrilt•&lt;
presque dt'.-s1:rtc- •1u"il rauJrait tra,erser:
des routes impraticables pour l'artilleri,1
aprè,. une pluie Je r1u ·l,1ue heures: maii' il
appu}a surtout sur le, ri;ueurs de l'lii1er et
lïmpo.sihilité phFi,1ue de faire la guerre
lors11u·o11 aurait atlt•int l'époque Jes nci;;cs,
qui lo1u.baient sou renl dès I" premier jours
d'oetolirc. Enfin, "Il homm1! HaimC'ol coura-

)JfF...'JfOr~cS DU GÉj\'1;~J(L BA~ON DE .M.Jl~BOT - - ~

;&lt;'nx, an ri,'(UC de Mpl:tire 1·L Je comprometlre son awmir, li. de Ponthou ~c permit
de tomber aux S•'noux dt• !'Empereur pour le
,upplirr. au nom du bonheur de la Franrc el
de sa propre ~luire, de 11e pas cntr!.'prc11Jn·
celle dan~ercu e expédition. dont il lui pn'.'llit
toute le:- calamilt:s. L'Empercur, apri·~ a,oir
écouté a,ec c:ilme le colonel de Ponlbo11, le
congrdia ,an, faire aucune olNnation. Il rut
plu ieur,- joor, rèîcur et pen. if, et le hruit
se rt:panJit que l'CJpéJition é111it ajournée.
Mais l,il•ntôt M. ~farci, duc Je Ila,sano, ramena l'F.mpereur à son premier projet, et
l'on as~ura, dan fo lrmp,, «prc le marédral
llnout ne Cul poiol itranger à la résolution
que prit ;\apoll-on Je porter a nornhreu~e
armée d'.\llema::me. ur 11• ri1cs du i\iémen.
à l'extrême fror~ièrc Je l'empire russe, afin
de déterminer .\lcianJre à obéir à ses . ommation~.
.\ rornptcr de œ moment, Ucn 11ue M. ile
Punlhon Urt toujour, attaché au cahiuct et
"ui"il con,tamnwnl l"Emprreur, celui-ci ne
lui aJrl'~~a plu~ la parolti penJanl tout le
trajet Ju Siémen à Moscou, et lor"111e, p.. ndaot la retraite, ~apolt'.-.,n fut forcé ùc ,:a,oucr
à lui-mfme 11ue b pré1isio11s de cet e;timalilc orlicicr ne s'étaient 11ue trop rt:rifirt:s,
il tvitait dl· rt.?11rontr1·r ses reriard,; m:anmoin,, il l'élern au grade Je colonel.
ius ne dc,·anrons pn~ le cour:- des él'l'nCments el rc,cnon~ DU\ prép:iratif~ que fai,ait Napol~on pour arn!.'ncr Je Hré ou Jl,
forn: IJ f\u_,ie nux l~•ndi1i1111~ 11u'il wulait
lui impo,er.
Il~ le moi~ d'a1ril, b lroupc., rram~,i~es
cantonnfos l'n ,\llema 0 nc. ainsi •1ue cell

GhtlUL C.tL'l..U:'&gt;-COl:RT.
0

lJ 11frès ,~ aus/,i jr IILLLIARD.

des dil'er, princes de la Confédération ;crmani,Jlrc rangés sou~ la Launière de ~apoléoo, s"t~taienl mises en mouH·mml, el leur
marche ,·er la Pologne o"é1ait ralenti,1 que
par la Jirtirulté Je .se procun:·r les mopifü

de nourrir kur.s nomlm::ux chl!1aux, lê~
herl,cs et même les hlé, t:La.nt à peine hor·
de terre, à cdtc ép,,,,nc, dans le~ contrl:c,
Ju .\'orJ. Ccpcn,lanl, !'Empereur quitta Pari~
Il: Il ruai, l'I, al·compag-ni- Je l'lmp{-ratricc, il
se rendit 11 llrcsdc, oi1 l'attendaient son Lcaup~rt•, l\·111pcrcur d',\ulrichc, t•I pre~•rue lous
le- prinœ d'.\llemagne, attiré., les Ufü Jl:lr
J'e.,poir Je rnir accroitre l'étendue Je leurs
~:tals, les autres par la crainte Je Mplaire 11
l'arhitre Je leur destinée. Parmi les rois, 1c
seul ah~L·nl était le roi Je 11ru~ c, p.irce que,
ne fai,aul pa~ pntic de la Co11fo!dénitio11 du
l\birr, il n'a,ait pas i·té appelé ir cl'ltc rJunion cl 11°füait s'y présenter san, l'autorisation de Sapoléon ! li la fit humblenll'nt ~olliciter, et, dès qu'il l'eut obtenue, il s"cmprcs.sa dt• venir augml'nter la foule de,
sou,crains qui i;"étaienl rendu~ à Dresde pour
faire leur rour au tout-puissant vaio,prcur Je
l'Europe.
Le., prolcstations Je fidélité cl Je dévouement 1111i furt·nt alor,- prodiguées à ~apoléorr
l'étourdirent au (IOint de lui faire commettre
un,· foute Ùl', plu~ gra,es Jans l'organi$alion
des coutin6ent• qui dc,aient former la granJe
armrc Jl'~tin,:,. à porlcr la guerre en llussit·.
En elli!t, au lieu J'affail,lir les ;om·erncmtwl.s J'Autrid1tJ cl d~ Pru,st•, ~es anrit.&gt;ns
enncrub, en eli3eanl d'eux •1uïls lui fourni,~cnt la plus grau,le partie de IL'ur~ troupes
dbponilob, 11uc la prudence aurait Jù l'enga=c•· à foire nurdtcr à l'a,·ant-!!arde, tant
pour épar,,;ncr le s u1g fran\·ais que pour être
à même tic suneiller -c., nou\·t!aux el chauc,·lanls alliés, nuu "e11lemc11t ~apoléon Ill!
demanda t1ue ;;0,1100 bomme:s à chacuue de
,·ci; puis:,arrrt:!&gt;, 111ais il l•n forma les deux
aill' J, . .,:, rméc! ... Le., Autrichien , sous
le priuce Sd111Jr.tenl,erg, tiureot l:t droite en
Yolhrn11. I, , Pru sien.,, auxquel il donna
pour" d1d un marécbal frarr~ai$, )focdonald,
occupî•rcnt la gauche. ,cr l'emLouchure Ju
~ifo1en. I.e ferrlrc éluil composé des corl':s
rrançais et de., l'011tingcnts Je la Con[éMratiou du Hhiu, dont la li,lélittl arait été éprou,ée par Ici; campagne~ d'léna el Je \\ :i;;ram.
Le ,iœ Je celle or;anisation frappa beaucoup dl' bon~ 1:sprits, 11ui YO)aicnt a,cc peiuc
les aile de la Grande \rtuée compo,écs
J'étraugers rc;,tanl sur _les frontihcs di• leurs
paJS respectiL cl à même de former, eu c.i
de rcn·rs, deux armée., :sur no, dcrrièrl',,
lor que notre centre, composé Je troupes
sùres, ~e serait eufoncé dan, l'Empire ru~se.
.\imi, l'Autriche, qui avait :!00,uou soldats
mus les armes. u'co mcllarrt que :i0,000 i1
la Ji.spo~ilion de ~apoléon, en 3arJait I Ï0,000
prêts à a;ir conlrc oou en ca,, d'in~ocœs! .•.
l,n Pru.sc, liien rp1e moin!, puissante, avail,
outre son contingent. (j0,000 hommes en ré~cr,e. Un s"élonnait donc que l'Enrpercur Lint
i peu compte Je ce qu ïl lai~sait derrière
lui; mais sa i.:onhance était "i grande 11ue lt·
roi de l'rus_c ra}ant prié Je permetlre que
son til!, ainé (le roi actuel) 1 fit la c.'.lntp:iinw
aupr.:s de lui en 11ualîté d'aide de camp, ?\apoléon ne ,·oulut pas ) consentir. Cependant
1. rn:,téri,-t;uillaumc 1\.

�IDSTOR.1.11
ce jlunc prince eût été un ola• e précieux, ui1
Ce fut ·n un d: · princip le · cau_cs des perçant, décontman~·aient bi,·n d •- col!)~el:,
ga"e bien .ùr de la fidélité de .on père.
r~vcrs que nou éprouvàme .
et cependant. malheur :, elui qui _hé.ita_it ,\
Pendant que les fête H' uccédaient à
répondre : il étai~ ruai noté dan 1:e.pril de
Drc~de, les troupes de ~~po!t:on . il1011naicnt
CHAPITRE V
·apoléon !.Je !!l'étais. i bien préparil que j' ·\!
le nord de l'Allcmarrnc. n,:jà l'armée d'llafü•,
répon c à tout, cl l'Empcr~ur, aprè m'àvoir
fraud1i sant lt• montarrnc' du ÎJrol, e diri- llcrnt: J • l'Emper,ur. - 1.·1rml!C -ur I • :'iifo1,•11. complimcnlé ur la helle tenue du n:;;ime111,
geait sur Vàr O\ie: Le 1 ', 2" el ;;ë corp
l'n mol sur les hi,toru•u, ,111 la umpagnt: d • 1 I:!.
allait probablement me nommrr cç,lon~l cl
Ellorls
,le
Auglai
pour
nuu
1•oler.
Alli1111lc
franç:u. , comniandés par le n~réc~a~x ba,le ilernadullr. - Di,positions &lt;le la Pol~'TIC,
élever
au grade de gênéral. M. de La • ougavout, Oudinot el 'ey, lrarcr~aient la .f'ru :c
rède,
lorsque
celui-~i, le jamLe em·~loppées
pour marcher ur la Vi Iule. La \~cstphalic,
L'Empereur, ayant quitté Dresd le ~9 mai,
la n \ière, la .·:i e, Bade, le Wurlember,T, .e dirigea ,·ers la Polo!!ne par Danzj.-, e! la de llanl'lle, 'étant r it hi, er à cheval pour
uine de loin les mou,•emcnt de son régiainsi que le' autre . conféJérés du ll~in, \'ieille Pro . c, que trarer~aienl en ce moment
ment
que je commandais à sa pla e, s'cnlcnfournis~aienl leur. contin"cnb, el l'Autrid1r,' ses troupe , 11u'il passait en rcrne à me ure
danl
appeler, , 'appr0t h~ d1\ 1"apoli:on cl
ain.i que la Pru~:e, le~ a,·ail imit · : MaL, qu'il le rencontrait ..
l'irrita par une dcm1nde maladro~te en fàwur
cbo~e di~nc de remar,rùe, tandi: que les éU'aprè l'organi:ation de l'armée, le -:!3t de
néraux autrichien exprimaient leur 1;ati ·fac- cba, eur à cheval se trou mit emhrizaJé avec d'un officier, son parent, indigne de tout
intérèt. Cette demande oulcva une tcmpetc
tion •d'unir leur drapeaui aux nôtre., le&gt;
le 2t• de la même arme. Le gém!r~I Ca-tex dont j"éprourai IP conlr1•-co11p. \apoléon e
oflirier!&gt; rnbalternes et la troupl' ne mar- eut le comma.ndemcnt de cette lirigade qui
chaient' qu'à rrgrct contre la flu :,.Ïe. C'était fil partie du 2fl corp d'armée, placé .ous mit dan. une colère de~ plu violente~, ortout le contraire dan le contin••ent pru - le, ordre du maréchal Oudinot. Je C'onnais- donna à la rrrndarmPrie de cba~ cr de l'arm11c
l'officier dont on lui p'lri:lit, et, fai saut
·ien: le· générau. cl le: colonel· e trouai depui lon°ternp le . nénéral Ca.tex, M. de La ,·ougrirède allcrré, _il -'éloigna au
vaient humilié · d'ètrc dan l'oLlirration de cxccllenl homme, qui fut parfait pour moi
galop. ,\in i La ~ou,.arèdc ne fut point fait
.enir leur Yainqueur, tandis que le. orficier
penJanl toute la camparrne. Le maréchal général.
de ran inf1lricur.s cL le, .oldats se félici- Uudiuot m'avait \U au sit·"e de Gènes, aupr
taient d'avoir l'occa,ion de combattre il côté de mon père, ain i qu'en Autriche:, lorn1u'cn · Le maréchal Oudinot ayant suhi !'Empede· Françai , pour prourer que 'il n,·aienl 1 Oil j'étai aide de camp du maréchal reur pour lui demander s ordr relativeüté batiu dan la campanne d'léna, ce n'était Lanne ; il me traita arec beaucoup de honté. ment an 2;:;e de chas~eur , 'a Maje té répondit : a Que le cher d'e cadron.:. larl1ot continue
pru; faut de coura"e, mai parce que leur
L,. 20 juin, le 2e corp reçut l'ordre de à le comman,ier. \vant d'ol1tenir le grade
cher le- a,ai 'nl mal ùiri;.:é .
. 'arrèter à ln Lerburu pour J être pa sé en
• 'on culerùenl 'apoléon avait encadré a rerue p:ir l'Emp ·reur. Ct!:; olennit.é- mili- de colonel, je Jcvai recevoir encore une
Grande" .\rru\ dans les . continacnts autri- taire étaient toujour attendue • a\·ec impa- nou ,·i:llc et "ra, c hic, ur !
Pour rendre jn:tice à 1. d • La, ·ou"ar'· le,
chiens et pru. ien., mai il avait affaibli le tience par le individus qui espéraient partimoral de troup, Irançai · un le mêlant à ciperaux favt.:Ur di tribuéc dao ce· réunions je doi· dire qu'il m'exprima de la m:inière
de· r 1aimen t~ étranger-. ifüi, le t..,. corp , par ~apoléon. J'élai de cc nombre, et je rue la plu loyal fos regret qu'il ,:promait d'ètre
commandé par le maréchal Davout, comptait cro ai d'autant plu certain d'èlre nommé la cause involontaire du rt!larJ apporté à mon
avancement. La fàdicu e po. ition de 1·rl
au fer juin 67 000 homme·, sur le, quel
colonel du régiment que je commandais pro5 ',1100 Fran~i ; le urp]u était compo é \·isoiremcnt, qu'outre les prome ·c •1ue homme c~timaLlc m'in,;pirait un ,·if intérêt,
de Badoî~, lccklcmbour coi , lie oi , Espa- l'Empercur m'a,aiL faite il ce ujcl, 1• gé11é- car il craianait d'a\'oir prrdu b couftance de
gnol. et Polo·nai • Le 2• corp. , au ordre du ral Ca~tex cl le maréchal Oudinot m'avaicnl n:mpcrcur et, par uite de e. infirmité., ne
maréchal Oudinot, e compo ail de :ï4,000 prévenu qu'il allaient me propo cr of,'iciel- pouuil se remdtre hicn dan l'c~pril de a
Françai ··au· '{UeL on avai l joint i ,000 Por- l1'nte11t cl 11u'il · cropicnl que \I. de La ~ou- Majest~ par a conduite Jafü les comhats qui
dera1cnl avoir lieu.
tuaais, 1, '(li) Croate el 7,000 ui · e..
gn.rcde allait èlre placé comme génrral à la
J'a,·ai' été a.~ez beur ux, le jour de la
Le ;j• corps, commandé par le marécha 1 tète d'un de' urand· dépôt· de remonte 11u·on
re1·ue,
pour 11uc l'EmpP.rcur l'Ùl accord' tout
e~, était formé par 2:i,0110 Français, 3,0011 de,ail établir , ur le derrière de l'armée.
l'a,anccment
et toute· le décoration que
Porlugai=&gt;, ~,000 lll1rien rt U,000 \for- ,fai~ la raw!ité qui, quelques mois a\ant,
j" avai dem:indé · pour Il· oflicier ·, ou tt:rnb rgcoi~. L 4~ et 6" corp , réuni ou
avait reculé i souwnt la dl:liHance de mou officier et oldal.! 'du ~;;•, cl, comme· la
le: ordre. du prince Eurrène, étnicnt formé
bre,·el de chef d't cadron , me pour ·ui,it de
de i7,000 homin , .ur lc~quel' :i ,000 nouveau pour l'ohtcntion de cdui de colonel. rcconoai ~ancc q11i r6. ullc de &lt;·e fa1·eur ·
remonte toujour au cher qui le a rajt ohteFrançais, 1, i(J(J Croatr , 1,200 E pamol ,
Les revue étairnt des examens évère ,,ue nir, l'inlluence fJUC je commcnrai à prendre
2,1100 Dalmate , ~0,000 llalicn et {2,000 ['Empereur faisait oulenir aux chef de es
ur le régiment ·en accrul beaucoup el
BavaroL.
r1Hments, .urtout à la Yeille d'une entrée en
La réscne de calaleri1•, commandec par campagne; car, outre les 11ue lion d'u,agc calma le reôrets que j'~prouui de n'arnir
Jla obtenu Il' grade dool je remplis ai: le.
\Jorat, comptait -H,000 combattants, .ur
ur la force numérique en hommes et en îonctiun .
lcsquel il y avait 27,000 Françai , 1,-i-00 chevaux, l'armement, etc., il en adres,ait,
Jè rl'ÇÜ à œtle 6poquc une lettre du maréJ1ru . .icn-, 600 Wurlcrub1Jrgeoi~, J, 100 lla- coup ur coup, une foule d'imprévu • auxYaroi , 2,000 'a ons, 6,000 l'olonai cl :i,000 quelles on n'était pa · toujours préparJ à rl'.'- c:bal \ta éna et une autre de · lme la maré·cbale, me recommandant, le premier, ll. He\\'e tpbalicns.
pondre. Par exemple: c Combit:n arez-,·ou · nique; la seconde, .:on fil Prosper. ,le ru!&gt;
Je n'ai pa· l'intention de donucr ici la no- « reru d'hommes de tel départcmeut depuis
ruruclature de force- dont ~apoléon cfüpo- - « dcu an·? Combien de mow;quetow pro- trè' rn iLle à cette double démarche, el ,
sait au moment de ~on entrée en Ru ·ic; « ,enant de Tulle ou de Charle,·iUe? Com- répondi comme je le dt,·ai,, en acceptan l
mai· j'ai ,oulu démontrer, par l'examen de a b.ien ayez-,ou de cheraux normanJ '! Corn- dans mori régiment cc deux capitaine·. foul'état de ituation de plusieur corp d'ar- « bien de brelolli) '/ ComLicn d'allemands? Lcfoi,, hue lâ maréchale n'ayant pa per~Lté
dan ses in leu lion., Pro pcr ~la séna ne vint
mée, 11 quel point l'élément françai était « Quelle quanlité la compa!!llie •que ,·oil
mèlé aux éll'angers, qui, confoàdus eux- 11 a+elle de triple chevron ? Combien de point en llus.ic, et il n'aurait pu, du reste,
même de la façon la plu hétérogène, sous et douhles et de impies'? Quelle t la moyen fil! en supporter le rode cli1D.ft.
L'armée allait bicntôl toucher à la fronle rapport du langage, des mœur, des habi- 11 de l'âge de tous ,·o oldats'/ de vos of6tière
de l'empire ru ~e cl revoir le 1 'iémen,
rudes et de intérêG, servirent tous fort mal « cier:.? de"°' cheYaux'? etc .... i,
ur
le11uel
nous nous étions arrêté en 1 07.
el paralysèrent oment les efforts des troupe
Ces que tion , toujours faites d'un ton ltref L'Empcrcur di posa es troupe· sur la ri\c
françai es.
dc.s plus impératif , accompagné d'un renard g uche de et fleuve daru l'ordre uivanl .

I\". - HISTOJt.a,- Fa•r. Mi

�r --

111ST0~1A - - - - -- -- - - - - - - - - - - - - - - - -

d'abord, à l'extrèmP droite, le corp,- autcicbîen du prince de .- hwJrzcnkr!!', -':ippuyant trop acerbe, ce qui O&lt;'casionn:1 un dtll'l entre .\lai ce peuple turbulent, dont le:. aïeu .
sur la G:tlicie 1•er · Orn·•itchin. A la "a11cbe de lui et . f de 1:~ur. qui fut Lless~. Tl fout 11'arnicnt pu . 'accorder lor qu'il formaient
chwarzenberg, le roi J •rôme avait ra •. m- convenir qu i O) dernier e monlre peu un eul État indép•ndanl, 11'olfrait aucun
lM, entr • B,aly ·tok cl Grodno, deux i:orps favorable à ~apoléon et à on armée, le éoé- appui moral ni pbJ~fr1ue.
ral Gour:!and e.,t trop louanrrear pour !'Emped'armée con ·idérable-. A côté d'eu , le prince
En el, la Lithuanie el au Ires pro\·ince
reur, eu il ne veut rcconnailr• aucune de se
Eutr1\ne de Beaubarnai réuni-. ait, à Prenn, fautes!...
r1ui forment plu du Lier de l'ancieon
0,000 h'lmme . L'Empereur était au centre.
Pulono , soumise depui prè · de quarante
Je n'ai ccrtaim•meot p:i l'intention d'écrire
en face dt! Kowno, a1·c · 220,000 combatan: à la nu. ie, aYaicnt pre. que entièrement
tant • commandé~ par Mural, e •, Oudinot, une nou relie relation de la campa"ne de l 12, perdu le. ouTenir de leur antique con ·tilution
Lefebvre et Be ,ière . La garde Iai ait partie maL je crois del'oir l'n rappeler le îai~ prin- et . e r.on idéraieut comme Ru!- depui de
cipaux, pui.qu'ils font partie es!'flnlielle de
de tt'lle immen e n1union de lroup : Enfin,
longue annt.:CS. La noble e enYoyait t&gt; frl
l'époque à laquelle j'ai v,~cu, et que plu~ieur
à Tihu, le maréchal , lardonald, avec
dans les armét&gt; du Czar, auquel l'hahitud,i
::ï~,.000 Prussien~, formait l'aile gauche, . e rattachent à ce qui m'e. t ad1· •ou ; mai , les avait trop attaché pour qu'on p11l e. pérer
ainsi que je l'ai déj dit. Le Niémen couuail dans cette anal . e uc,:incte, je veux 1viter 1 voir o joindre aux Français. Il en était de
le frool de l'armée rus e, fort d't&gt;n1·iron le deux exc~ con1raire dan Je ·1ucl .ont même de· autre Polonais, que dh-er- par100.000 homme commandé· par l'empe- tombé é:.:ur et Gour!rnud. ,le ne erai ni taae avaient jadis ~éparés de la mère patrie
erai véridi11ue.
reur " le andrc, ou plutôt par Bennio en, détracteur ni Jlatteur :
pour les oumellre 11 l'.\utrkhc et à la Pru . e.
Au
moment
où
I
deux
pui ·~anLs empire
son rbtr d'é1at-major. Ce: fore étaient diviIl marcbai •nt bien contre Ja Ru ie, mai.
d'Europe allairnL 'entre-cbo11ucr, l'An:.:leée en trois C{trp · principaux, commandé
c'était par obéi sanc el ,ou le- drapeaux
par les nénéraux Dagralion, Barclay de Toll · terri•, alliée naturelle de la C\u ic, dut faire de leur:; nou1eaux ou1·erain,. Il· n'épronlou, e · rtrort. pour l'aider à rrpou.s. er l'inet Witt enstein.
vait•nt ni amour ni cnthoo. iru me pour l'emvasion
quel' •tnp •reur de f'ranç-0.i allait faire
Quatre hi lorien ont écrit ·ur 1, campagne
pereur Napoléon, el craignaient de mir leurs
de 1 12. Le premier fut Labaume, i11 énieur sur on lerritoirll. En prodi~uanl l'or au
propriété,. déva téc par la guerre . Le grandgéograµbe Cranç1is, c' t-à-dire appartenant minislr turc , le cal,iuet anglai parvint à duché de Var Ol'ie, c,~dé eo J 07 au roi de
faire conclnre la paix .entr • le sultan et la
à un corp · qui, biec que dépendant du mini
axe par le traité de Til ·itt, ét.tit la cule
tère de la guerre n'allait point au comh t et flu . ic, ce qui permllllait à c lie-ci de rap- province de l'ancienne Pologne qui cùl conpeler dan· e Etat l'armée qu'elle avait sur
ne uivait le. armée que pour lel'er de
en·é un rr. te d'e. prit national et . • r,H un
la
frontière de Turquie, armée qui joua un
plan . Labaume n'avait jamai commandé le
peu attachée à la !•rance. \lai· de 11uclle utilroup •~ et n'a1·ail pa la oona~:ance prati,rue rôle immeo e dan I rruerre contre non . lité un si petit Ctat pouvait-il êtrt&gt; pour k
de l'art militaire; au .. i . e jugement!&gt; .onL- L'Anglet rre a1·ait ti-ral •ment ménagé la pai.
grande· armée de , 'apoléoo?
il pr que toujour · ine act·, quand il ne enlre I' •mpcrt&gt;ur Al ·xandre cl la , uède, alliée
éanmoins celui-ci, plein de con0ance dau
font pa tort /t l'armée françai e. Ct:pendant, naturelle de Ja France, ur laquelle ~apoléon .e force comme dans on nénie, ré olut de
l'ouvrage de Labaume a ant paru peu de de1•ait d'autant plu comptt&gt;r que &amp;&gt;roadoue franchir le i 'iémen. En con tiquenœ, 1•
venait d'en être nommé prince héréditaire el
lem p aprè la pai de 1 14 d la rentrée de
23 Juin, !'Empereur, accomp1"n1: du énéral
C(u'il
!!Ou1·ernail le paJ . pour le ieax roi, on
Loui :XVHI, l'e. prit de parti et le dé ir père adopur.
Uuo el e 01uHanL du bonnet el du ruanlt&gt;au '
d'a,·oir de ren.ei.,nemcnt.s sur les terribl
d'un Polonai· de a garde, parcourut J.
Je rou ai fait coon:ùtrc préœdemment par
é1·énements de la récente campagne de Ru ie
bord - du ~iémen. Le oir même, à dix
quel concour de circon tance liitarres Berlui donnèrent une célébrité d'aut.,nl plu
heure,, il fil commencer le p age de ce
nadou.c
fut élevé au rao" d'héritier pré mptiI
rande que per onne ne 'occupa de réfuter
lleu,e ur plu-ieur· pont de bateaux, dont
ce füre. el que le public 'habitua con i- de la couronne de uede. Le nou1·eau prince lei plus importants avaient été j •tés en face
uédoi,, apr~ ' avoir a uré qu'il re lerait
dér r . n contenu comme de vérité inconde la pelite ville ru· c de Kowuo, que no
Français p1r le camr, . e lai ·. a cependanl
leslable .
troupe.: oceupt&gt;r'nt sau éproul'er aucune
ré i Lance.
La seconde relation publiée sur la cam- s •du ire ou intimider par Ir \114!laL, auxquel
il eût été d'aillcur facile Je le rcnver er. JI
parrne d • J 12 (!l;t du colond Boutourlin,
.acrifia le véritable intérêt de a pairie
aide de mp de l'empereur l&amp;xandre. Cet
CHAPITR E VI
adoptive
en e lai. ant dominer par l' o"leouvra,.e, bien qu'érrit par un ennemi, contient de appréciation ~age , et i la narra- terre et en 'alliant :ivec la l\u ie dan une l'a, ge du ~iémen. - Enlr'i. Jan, Wilna. - Je juin
nlrevue avec l'empereur Alllxandre. Cette
l'ennemi. - Le 2-1• de rl,a.-- UI'! i \\ilkumfr, tion de l':iuteur n'e;t pa. elacte . ur tou le
rencontre
eut lieu à Aho, petite 1ille de la
Dlfficultc c11 f.ilhuani •. - Marche eu 1,1111 .
point , c'e.t que l · documt•n1 . lui ont manqu.X, car il est impartial, cl il a lait tout ce FinlandP. L •· Tlu · e venait•nt de com1uérir
Le 2i, au Ie,·er du soleil, nou, fûmc léqui dépcnd.,it de lui pour décomrir la v' rité; celte province et promelt.ii nt à la ' uMe de moiu d'un . pectacle des pin - 1mposanL. ' ur
l'en dédommarrt'r par la ce ,ion de la ;',om\"e
aus i lloutourlin est-il nénéralement e limé,
la hauteur la plu élc1ét! Je la m·e gauche,
110'00 arracht•raiL au Danemark, trop fidèle
car il a écrit t•n homme d'honneur.
on apt•rœl'ait J . , tente de l'Empereur. Auallié de la France. Ain ·i fü:rn:1dotte, loin de tour d'elles, tout •· J, colline., leur;: pentes
Le libelle de Labaume étaiL déjà oublié
'appuyer or nos armtle da ~ord pour e
for ·11uP, en l 2;,, par con équcnt après le
et leur ' valh1es étaient garnie · d'homme: d
faire
rc li tuer es province. , con~al'rait au
déci•s de l'Empcr •ur, le ntlnéral comte de
de cbe1au t·ou1·erts d'arme, étin elant~ !...
égur puhlia une lroi io'•me relation de la i:ontraire, se empiékment. en e ran••eant Celle ma · e, compo ée de 250,000 comh 1p:irmi les alli • de Ilus~e !
_
campagne de 1 12. L'e priL de on ouvrage
t:mt,, di1i é en trois immense. colonne ,
~
i
&amp;rnadotte
cùt
agi
d
concert
avec
oou. ,
aflli"ca plu d'un ·urvi,·ar1t de celle cam-·
'écoulait dan le plu · rand ordre rer. le
la po ilion topo"raphique de la ui•dc e1)l
pagne, et no' ennemi · l'ont eui-mème. quatroi · pont étaLli · ur l • fl,•u1·c, et IP diflëlifié Je romn11 militaire. lf. de égur eut men eilleusement eni no' intérèt · œmrnun . rcnls corp, ~•avançaient ensuite wr la rive
œ(&gt;l!ndant 1111 immen su~, tnnt à cauw Cependant, le nnU1·eau prince ne prit pa
droite dan · la direction indi4uéc à chacun
d • l:i pur •lé et de l'élénance de ~n tyle que en&lt;ore eutii-remenl parti contre nou ·; il rn1J- d'eux. Ce mtîrue jour, le • ïé,oen était franchi
par ·uite de l'accueil que lui firent la cour el lait sarnir de quel côté :crait la victoire et 11e par no · lroupe . ur d'autre. points, rers
e prononça 11uc l'ano~e • uhanle. l'ri,·é de Grodno, l'ilonr et Til. ilt.
le parti ultra-roynli lt). Les ancien orficier:
l'appui de IJ Tur4uie et de la ' u•·dc• . ur
dl' l'Empire, e trouvant attaqués , chargèrent
Le énéral Gouruaud m'a communiqué uu
le gémirai Gour!!aud de répondre à ~I. de lesquellc il avait compté pour contenir 11!5 étal de -Ïtuation urcharrré de note écrite·
"«ur; il le fil awc uccè~. mais d'une fa çon armée ru e., .\'apoléon ne pou1ait arnir de la main de Napoléon, et il rtS.uhe de ce
d'autre. allié Jau le . ord que le Polon~i~.
documt.'nt orficid 11ue l'armée complait au
11

.MË.JJfOTJres DU G'É.NE~AL B.JUtON DE .MA.~BOT

ie

11

pa,:ane du I ïém n 5:?ti.000 homme. 1 pré-- men, em·ahir la Lithuanie et occuper Wilna lcrie et la mous11ucterie, ce qui étonne et
..enls, donl 155, iOO françai · et 170,UOO al- san oppo er de ré i lance, il ~lait de\ettu de ébranle Ill olda6 J · leur· ad,·er aire !...
liés, plus 9 i ltouchc à feu. Le régiment bon ton, parmi l'ertains officier,-, de dire que Clltlt• méthode, qui ofîre p 'at--ètre quelque
que je commandai ~ai:ait p:ir~ic du '.?•_ corp , le ennemi fuiraient toujour cl ne tien- avantaie , a souvent eu de bon · ré ullats
aux ordr du mart&gt;chal Oudinot, 11u1 pa ·~a draient nulle part. l.,'état-m~j'lr J'Oudinot, pour le l\u e ; au i le général Witl"'en ·le 25 . ur le premier pool de Kowuo et e
tt&gt;in nou préparait-il une réception de ce
diri ea ur-le-cliamp 1·rr) [anow,,,
geurel ...
La chaleur était étouffant . Elle amena v, rs
Le ca. me parut i grave que, an monl:i nuit un oraue a1Treu1, el une pluie dilutrer mou tégimenl, je Ill fi:; rentrer dan· la
1·ienne inonda Ill, roui cl le champ à plus
for L cl couru· de ma per onoe au-devant du
de cinquante lieue à la ronde. L'armre 11·~
maréchal OuJinul pour le prth·enir de l'état
vil cependant pa · un Cu11e le pré·:ige, comwc
Je ('Ùo e·. Je le lrouvai hor du hoi , dans
on s'e ·t plu à le dire, car le oldat con. idt:rl
une pl ine, où, apr · a 1·oir mi pi, J à terre
la grêle el le 1onncrre comme cho,e fort ?ret fait arrêter ~es troupes, il déjeunait fort
diuair en été. Au urplu. , le. flus r .• luen
trall!Juillcrnl'nl au milieu de on étal-major.
autrement super litieux que certain· Fra_nJ~ m'allendai à ce que mon rapport le tire\·ai , eurent aussi un Li,·11 ftll·h 'Ut prono Il(',
rait. de celle fan.se sécurité, mai· il mo reçut
car, dan la nuit du~;; au 2i juin, l'emped'un air incrédule. et, me frappant ur l'éreur Alexandre faillit périr Jau. un hal à
paule, il 'écria : « Allon , voilà larLot qui
W1lua, le planch ·r d'une . aile . 'é1ant l'llfonré
vient d . oou · trouver :'i0,000 homme: à étril_ou on fault!uil, à l'heure mcm où la prcler! » Lr gt:!néral Lorencez, gendre el chef
mièrti harqu françai e, portant le premier
d'état-major du maréi:hal Oudinot, rut le
détach m nt d s troupe de , 'apoléon, .iLor~ ul à me croire; il ai ;iil été jadi · aide de
dait à la rh·e droite du , 'ifolt!n, ur le terri&lt;'amp
d'Aurrrreau el me conuai sait de longue
toire rw, ·e. Quoi (tt1'il en . oil , l'ora"e :i~ant
date.
Il
prit donc ma défen e, en fai.ant obinfiniment rerroidi le temp., ufü ch•!vau en
,
crver
que
lor qu'un chef de corp di:ail :
oulfrir nt d'autant plu· dau · le Livou.ic
«
J
ai
v11
»,
11 Je1·ait être cru, et que négli11u'il m:io ..eaient de· h~rL
mouillé•, e~
S
'r
les
averti,
·entent de. ofl1cier de. lronpe
couchaient . ur un terrain fangeux. Au. 1
PR1.·ce ~l!G ·a.
lé~ère · était 'expo er à de •rrands re,·er . Ces
l'armée en perdit-clll! plusieur~ millier,, de D'.Jt,·ts ,~ iimtn .u D vtRr.,. (CaN11et Jes F:. t.J tts,l ub ervation · du cher d'état-major ay:int fait
colique ai~ufu·.
.
réfli!chir le marécbal, il commençait à me
Au delà de Kowno coule une lrè p lite cl ce m:iréch;I lui-mème, émettaient auvent qne:stionner
ur la pré~ ·nce de l'ennemi, prérivière appelée la Yilia, dont l'ennemi avait celle opinion el traitaient d conle le rapence dont il parai ait douter encore, lor coupé le pont. L'orage ,enait de gooner les port que Cai:aient le pay o , ur un ".'ro
qu'un capitaine d'état-major, M. Ouple. · i~.
eau. de cet afllucul du ïémen, de .orte que corp de troup · ru
pbr: rn a\11nt de la arril'anl tout e·souroé, vient dire qu'il a parle premier éclaireur d'Oudinol e trou- petite ville de Wilkomir. Ci:lle incrédulit: fut couru tou le · environ , pénétré mèm,i dans
,aienl arrêté'. L'Empcreur unint au mour Je point Je nou devenir fatale; 1oici la forêt, el qu'il n'a pa 1u un . eu! l\u · e!
ment où j'arrivais moi-même à la 1ète de
comment.
En eoteod:int ce rapport, le maréchal el son
mon régiment. li ordonna aux lanciers poloLa cavalerie létrère, étant le )eux d ar- état-major ·e prirent /t rire de m ' crainte •
nai de onder le "Ué : un bomme e noya: mt!es, marcbe babi1uellem al en avant el sur ce qui m'alîect.a viv-menl. • · nmoin. je me
je pri :-on nom, il 'appelait Tzcin. ki. , i le Oaocs. Ion ré:,iment précédait donc les contin·, certain que, .ou peu, la vérilé .,j'in.ÎJ le . ur cc détail, c' t qu'on a infiniment division dïofauti:rie d'uni&gt; petite lieue, lor - rait connue.
exagfré l'accidl'lll qui e produi il au passage que, arrivé~ non loin de~ ilkomir,. an a1·oir
En elîel, le déjeuner terminé, on e r m l
de la \'ilia par le lanciers polonais.
rencontré uu eul po te ennemi, je me trou- en marche, el je retourne à mon ré•riment
Cependaut, le Rus,t'S se retiraient an
vai en face d'une forèt dïmmen e sapin. au qui fai ait l':11·ant-rrardc. Je le dirige encore
attendre l'armée fraoçai e, qui occupa bientôt
milieu des,,uel les pclolo05 à cheval pou- à travers boi , comme j'avais fait la première
\\'ilna, capital dll la Lithuanie. li 1 eut pr·
vaient ai. émenl circuler, mai dont le haute · foi , car je prévo ·ai ce qui allait arriver dè ·
d celle ville uo combat de ca"alcrie, dan:
branche. ma qnaientau loin la ,ue. Craignant que nou déboucherions en fai:e Je la po:ilec1uel Ûl'tave d • ;,.ur, mon ancien camarade
unc eml,u ·cade, j'arrfüai le régimenl et lançai • lion ennemie. Malgré me. ol,senalions, Oude l'état-major Je . la ~éna, fut pri. p:ir le
à la décournrle un seul e·radron, commandé dinot 1·oulut uivre uoe trt'&gt; large route tirée
nu s à la tète d'on e,cadron Ju ~ J e hu par un capitaine fort intelligent, qui revint au cordeau qui travcr ,, la forêt; ID' i à pein
sarJs 11u'il commandait. clave était le rrèrc
au
bout d'un qnart d'h ure m'annoncer la approchait-il de la lisière, que le· ennemi ,
ainé du aént1ral cOmte dr. 'gur.
pré.,enc • d'une arm~c ennemie. Jll me porte apercevant le groupe nombreux formé par
I.e jour mème où l'Emper&gt;ur entrait dan.
alur rapidement à l'ettrème lisPre de la
on état-major, font un feu roulant de leur,
W,lna, IPs lroupt's du maréclial Oudinot renforêt, d'où ,j'aper{'oi à ·ouc porlée de canon canon qui, placés en face de la grande route,
conlr~rl•DL le corp ru. se de Willgen, tein /t
la ville de \\'ilkomir protégée par un rui ·seau l'enfilent de plein IronL et portent le d: ordre
W1lkomir. oi1 eut lieu le premier enga"emcot
et par une colline ur laquelle _e lrou1·aienl dan l'e ·cadroo doré, naguère i joyeux! Heu- ·
sérieux de celle campagne. Je n'avai jam:u
. er,Ti sou I• ordre d' udioot. r.c début en bataille ~5 à 30,000 fauta . in. ennemi:, reusemenl, les boulets u'attei••nirenl aucun
a1·1JC ca1·alerie cl artillerie!...
homme; mai le cheYal du maréthal fut tué,
confirma la haute opinion que j'a1ai · di: :on
Vou
'
erez
an
doute
étonné
·
que
ce
·
ain
i qne celui de .\f. Dople! i et beaucoup
coura"e, mais il m'en donna une plu faible
troup
n'eu
ent
en
avant
d'elle
ni
grand'd'autre
!... J'.ltai uffisammeot vcng : ; au~ i,
Je
talents militaire .
garde:.-, ai petit po ·t ' ·, ni éclaireu . , mai. j'avoue à ma honte que j'eus pein • à cacher
lin dt&gt;· plu nrand défaut des fraoçab,
11uand il,.. foot Ja zucrrc, e L de pa: cr ans c'a--t l'u a 1re d · flu. eJ. !or qu 'il soul ré- la ~ati faction que j'éprouvai · en l'oyant tou
rai on de~ précaution le· plu minutieu e /t sola à défendre une bon1w po ition, d'en œu qui avaient ri de mon rapport et traité
lai. er approchl.'r le plu pr~ po. ible leur de fautai ie tout ce que j 'a1·ai. dit sur la
unll confiance . an · liorne.. Or, comme lt&gt;
llus:,c nous avaient laL ·: franchir le ~ié- ennemi an que le (eu de leur tiraill •ur. le prt'.~ence de l'ennemi, e di ·perser en courant
prthienne de la r ~ i. lallc.'-C r1u 'il rn éprou1·er, sou une gr 11e de boulets ·t .auter le fo sés
et
c'c t eulemenl lor que e ma · . ont à à qui mieux mieux, pour chercher un refuge
1. . Thiers pari d l&gt;CJ,
eu chiffre ronJ.
bonne portée qu'il le.' foudroient avec l'arlil- derrière les 0 rand , pin I Le l&gt;on général
C

J

�------------~

1f1ST0~1.ll - - - - - - - - - Lorcncez, que j'avais eng.ig&lt;- à re ter dans Ja
foret, ril beaucoup 1fo c •lh: srcne. Je dui au
mmfohal Oudinot la ju lice de dm: l(UC, à
~iuc rc:munlé à che,·al, il ,·iot à moi pour
m'c\primer les regret· 11u'1l éprou\laÏI 1fo œ
qui /était pa é p •nJanl le déjeuner, el m enO'agcr à lui donner des rcn eignemeuLS ur la
po ilion Ût!S Hu . el à lui 111diqul'r les pa s.1 11 1·s de l.i forêt par le. 11uel il pourrait diri;:; r ~t! colonne dïnfaulerie dlls trop te~
e., pwer au canon.
Plu icur olficier · du ~;5• qui avaicnl, aim,i
r1ut• moi, parcouru le bui · le matin, furent

abordé l'ennemi al'CC une grande ré olulion,
elle · Je repoud:rcnl de toute. par~, et,
après deux bcures de combat, il t:lfeclua sa
retraite. Elit· n'était pa an · dan rrer pour
1U1, car, pour l'o_perer, il dernit pa cr par la
,itte el lraver,er Je pont d'un ruis eau fort
enr.ai sé. Celle opérJûon, touj,,ur' fort wIlic,le qu:1od ou Juil la faire: l'O comballaut,
commenç.a J'ahord a1ec ordre; 11i;1i uotr •
arlillcri • IJgèrt! a1:111L pm po~ition sur une
hautl!ur qui domin • la ,itlc, un feu redoulilé
porta bientôt lt: dé ordre Jan le ma ses ennemie-, If UÎ c pr: ipiti·rent à Li dél,andade

uo 11uarl d'heure pour arriver dernnl lt' pont,
el 1'· momeul · étaient précieux.
.\Ion ré •imcnt, qui avait fa,L une e.:hargr.
hcureu à l'cntrt.:C de la \'ille, e lroU\a1l
réuni sur l:t promenadc, peu éloignée du
rois eau. Le maréch:il me fait J..irc de l'amener au galop, cl, à peine arrivé, il m'ordonne
de cbarrrer ur les Lataillon cunemi , 11u1
COU\'reut le pont, de le lraver cr et de me
lancer en uirc dan la plain~ à la uite J
IuprJs. Le!; militaires expérimentés a,ent
combien il e l dûticile pour la ca\·alerie d'enfoncer de brav' fanl - in résolus à e bien

JffÊ.M017?_'ES DU GÊNÉT(JU. BA~ON DE Jff.Jt~'BOT -

été impélucu I o;:,- que nou · eùm ·, pénétré poléon Je oulel"er toull!s !,•. pr111inet!: d de
J 10 li• ran", ennemi , rut•. terribles cha - mcllre à on enice plu de :i00,000 homeur,;, ,e st•nanl O\'c.:C de térité dt&gt; la pointe m •s, le jour où il Jé.:larerait o({iciel/eme11t
de leur~ al,r ·,, fir •nt une affreuse bouclll'rie ! 11ue Lou le parla es ubi, par leur pa~
L ', enrwmi . e r •tirèrent sur le tablier du étaienL anuul~ · el 1111c le ro)aumt! dll P,,lome
pont, 011 nou l• s suhime., d ,i pr., quP, étnil reco11,litué! \lais l'emp •rcnr Je rranarrivt!.; de l'autre colt!, il cb •rch'rcnl vainc- ç1i,, tout en reconnai-sanl 1· avantage · qu'il
111c111 à ,·e rcform r, il ne purent y pan·enir,
pourrait recueillir d,· ci~lle bée de hourlit&gt;r. ,
no cavalii:r étant m~lJs :t\'ec eu el Luant uc e di-~imulail pas 11u'elle aurait pourpretout c' 1p1'1ls pouvaient allt:indrll. Le colonel mier ré ·uhat de le mettre en "Uerre al'ec 1
r,r:c tomba mort. \lur on régiment, dé- Pru ·~e el l'.\utriche, 1p1i, plutùt que de i;e
couran,t_ n'&lt;-hmt plu· commauJJ el voyant 1oir nrracht!r dïmmen t·s el l,elle prolinœs,
accourir les rnlti•.,..:urs rranç:ib, •1ui arrh·aienl joindraient leurs armées i1 celle, Je· Hu· e .
Jéjà au pool. mit !fa· le, armi&gt;. l Je perd 1.
hi· il craignait ~urtoul l'inron. tance de l.t
epl homme Lué· l'l eu · une ,inut.a.ine dll 11 lion polouai e, 110), aprè~ l'avoir en°agé
hl!'.!·,; . 1 'ou prime un drapeau el fime: contre l ,, lroi plu · gran fos pui ances du
~.ooo prisonnier,.
•'ord, ne tiendrait peul-être pa . c prome~1pr' r~ comhat, je m, lançai avec mon ,cs J':\tlj11urJ'hui. L'Empereur rJpoodit donc
monde dan· la plaine, où nou prim • un 'lu'il ne recoooaitr. it le royaume de Pologne
grand nombre de fu3ard~. plu . ieurs ~non~ 11ue !or que le populalioo ' de cc. ,a le conel l.ieaucoup Je cheraux.
trée: e •raient montrée di••u · d'être ind :_
Le marxhal Oudinot, qui du haut de la p,•odantc en e . oulevant contre leur oplille al'ait été 1·111oin d, l'affairt!, vint compli- pr • ~eur . On tournait ain i d10 un cercle
menter le n~•!'Ïmt:nl, pour lequel il eut depui · ,icieu:r, 1 npoléon ne ,·oulaol reconnaitre la
ce jour une pr 1ddettion parti ·ul1ère. Il la Pulo"Dl! qu'aulanl qu'elle . e oulherait, el
mérit.ail à Lou érrard . .l'étai, lier de co,u- le· Polonais ne voulant a.rir qu'apr · la remaudcr de tel . oldat , el lor.,p1e le maré- l'Oo,Lilution de leur nn1ionali1é. Au urplu · ,
chal rn 'annonça 11u 'il allait demander pour Cè qui prourerail 11ue J'E.nperl!ur, en portant
moi 1• 0 r.ide de culont:.I, je crai,.nai 11u&lt;! la n-ucrrti en Hu ie, n'a1·aiL d'autre Lol que
l'Cmpereur, r•nonç.,nt à .a premii•rc C'lmùi- l • rJtahli,,-.cmenl du blocus continental, c'c. t
uai~on, !1' m,! dunn.\l I • premier r;.uimenl qu'il u·av.iil fait conduire ur 1, Niémen au,acanl. E1ran" · LiLarrerie de, cho~1· hum 1i- cun approvi ionnemeol d, fu,il ni d'habits
n1• 1 Lt! I,• u combat de \\'ïlkomir, où 1• 2:i• poÙr armer el é.1uipcr le lroup que le.
,'était courcrl de nloire, fol ·ur le point de Polonais eu" eut dù metlre . ur pied.
,leH·11ir plu, Lard la cau,e Je . a perle, parœ
Qooi qu il eu :.oil, quclqu
eigneur~ iu(1ue le ruura••t! qu'il ;rn1it montré dan rl'!te Ilueul , voulant l'on:cl' la m.iin à ;'\ poléon cl
occa. ion lt! lit chui ir pour une opération mt- l'tm 3"cr lllal••ré lui, e con liLuàr nl à Vartéricllemcol impralicablc, dout je parlerai ~ovie en Dit!tc nation:ile, à laquelle ,·iorent
.ou. peu.
e joindre un petit nuwurt~ d.i députés de plu\lai, M·e11110 à \Vilna, où l'Erup&lt;•n ur
ieur cercl . Le pr,mi11r acte de celle ascomrnençait à rencontrer l(Ocl(JUe -unec de
:emlilée ayant ;lé dc proclamer la recn11~/il11difficulté qui deYaitnt foire é, houer a i •an- lio11 el lïmlépenda,ice 1/e l'a11cie11 1·oya11111e
lcs11ue entn·pri.:e.
de l'oloy,1e. le retenti ·tmenl de cette patrioLa prsmière fut d'or"',1ni ·er la Lithuanie, li,1ue dédaration fut immen e (lan Ioule Je,
11ue nou venion de curup1érir. Celle or:!3.- province., •1u·et1e fu" ut d,·,·enUI!!-- ru-:,e ,
ui!oalion devait èlrc faile -Je mamère à nou
pru -,icnue ou autrii-hicnnr- . On crut penattacher 11011 culemenl l · pro,in
encore dant qucl,1u jour:. à un ·oulèvemcnl én •oci.:upt{c, par le l\u e , mai · Je plu. celle~ rai 11u'eùl prol,alJI lllrnt appu é I apoléou;
u11 Juché. Je l'o-en et J la Galicie 11ue J'an- ruai~ celle exaltation irréfléchie dura peu
1:Îen trait: ai aient incurpor 1e à la Pru'" c chez les Polunai ·, dont à peine quc!t1ue.:- t·er1él à l'.\ulricbe, allitie de , ·apoléon, tpti a\'ait Laine · \'inrcnt se joindr • à nous. 1. rerroidi eu ce moment tant d'inlt.!rêl à le ména"'cr !
"ment de,iul td •1ue la ,ille ·t le cercle de
l. • cigneur l · plu ardents des divt'r ,
\Vilna ni! pur ·nt fournir que vingt homme
partie de IJ l'oJo ...nc l'ai ienl propo5er a ~a- pour 1a &lt;&gt;arde d'honneur de Napoléon. , i le
0

0

0

P,1 SAGI:; Dt! N11b1EN ( 2.j JCIN 1f11 :i). -

char é, Je conduire les dili -ion . C ·lie -ci
furent néanmoin reçue à leur débouché par
une caoun11ade terrible, ce qui :mrait pu être
évité si, a\'erli comme on l'était de la précoce de fius , on eùl manœmré pour
tourner un de leur Oaucs. au lieu de mar!'her ~an - préellulion Yer leur fronl. ~ou
fùmes aio i contraints, une foi · , orli de la
forèl, d'alla'luer la po "tion par le point 11!
mieux défendu, cl de prendre I • taureau par
le cornes!
Quoi qu'il en _oil , no· br3\ troupe:, a1ant

IJ'.itr ~s unt llllr ogr;,thlt du Cabi11tt dts J•:stamft s.

\'ers l pool. Au lieu de reformer le ran~
aprè l'avoir pa sé on 1• vo,·ail fuir lumullueu eme11L dan le plaine, de la rive oppoée, où leur retraite se changea bieolôl en
déroule! n . eul régimenl d'infanterie rus e,
elui de Toula, lenail encore ferme à l'entrée
Ju pont du côté de la üUe. Le maréchal OuJinot dé5irail ,iH·mcnl Jurcer ce défilé pour
aller compléter a ,·ictoire sur le troupes qui
ruyaient dao- 1 , plaine au Jt'là du rui ·seau:
mais no:. colonne d'infanterie touchant à
J&gt;t!ine I r,u1hour -, il leur fallait au moio

déCendre Jans le ruP d"une Yille! J, com pris toute l'étendue des périls de la mi ion
qui m'était impo. ée; il fallait obéir ur-1 ....
champ; je !-avai d'ailleur · que c'est par le
première impre ' ion. de comuat qu'un chef
decorp
place bien ou mal dan l'esprit de
sa troupe. La mienne était ,·ompo ée de bra,·es guerrier·. Je 1 enlt•ve rapidement au
galop et fond,
à leur tête ur le · eureoadier ·
.
ru " • qu, nous reçurent en croi aoL bravement la baMnnelle. lis furent néanmoins enfon · du premit.r choc tant nolrt&gt; élan avail

1

(A

-,

Polonais avaient dliplo}é à celle époqur la
crntième partie de l'énergie el J, l'l'nlhousinsm,i do111 il: firent prrmtl lor · de l'in,urrcrtion de 1 30-1 :'l 1, il auraient peul-être
r •coum~ leur inJépenJanc el tt,ur lihtrlt:,
loin de ,·enir en aide aux troupe fra111;:tise., ils IPur rem aient les chose. les pins
inJi~pcn able. , d, dans le cour. de C!'ll1•
t:ampagnr, nos olJat durent . ouveot s'emJ&gt;arer de fo.rt·e de· viHe el de~ fourra"e:-,
que le. hal,itant t.'l • urloul le sci"neurs
nou cachaient, e.:t li,raienl cepl'ndanl à la
première ré(JUÎ ilion d,•. [\us e , leur · persécuteur~. Cl'tte parlial,tt! en fa1eur de no· en11erni rérnltait le ,olJaL rrançai , ce qui
Jonna lil!u à quch1ues .cim, Î;icheu,e:-. que
li. de '"iSn-ur qualifie J'nff,.eu.r. pillage! Il
n'e t cependant pa· po iùle d'emp 1cher de
malheureux rnldats hara~sé. de Iali!!lle et
au quel: on ne rail aucune di~triLution, de
'emp:irer du pain rl de:. Le~tiau do11l il
011t l.,c, oin pour vine.
La né ..,ité de maintenir l'ordre dao le
province occupée par on armée, amena,
mal!!ré hml, l'Empereur à nommer de préfets el des ·ou -préf•!ls, cboi i. pa rmi le Polonais le plu éclairé. : mai· leur admiai lratioo fut illu~oire el ne rendit aucun . ervice
à l'armée îr.inçai e. La eau. e principale de
l'ap:ubi' de Polonai lithuanien· pro1·eoait
de l'auadwmenl intérë~sé des grand:- pour le
_ou,·ernt'm •nl ru . e •. qui a.. urail leur droil.
!-Ur le pa1,ans dont il· rrai nairnl rarrranchi . emeul par J• Françai , car lou ce, nobl, polonai., qui parlaient .an, re ~e de
liberté, tenaient l · papan . . dan I plus
rude ervar!e !
Ouoique l'a""lom 'ralion dt. troupl's rrançai · ur leur. frontièr · e1i1 dû faire presenlir au. llu, e le commencement prochain
de. ho Lili té , il. n·en avaient p:i. moins été
surpris par lt: pa age du 1 irmcn, qu'il
u·a,·aieol défendu -Ur aucun poiut. Leur armée s'était mie eu relrailc . ur la llûna, sur
la ri,·e auche de laquelle il· avaient con Lruil, à l&gt;ris a, un irnmcn e &lt;'amp retranché.
D • tout..., parll. le. di,·er corp· îrançai. ·uivaient les colonne ennemie . Le prince Mural
commandait la c,nalcrie de l'a,. nt-!!llrde, et
chaque oir il alleigoait l'arrière-garde de
l\u~.e·; mai ·, apr • arnir outeou un léger
eu,.acremcnl. cdle..:i ~'éloi• nait à marche ·
forcées pendant la nuil, .an qu'il fût po ilile de l'amener à un combat :érieu.\.

,ta,

0

sun•re. l

ÜÈSÉRAL DE

.\lARIJOT

�L;t. 'FU1TE DE L OU1S- P11TL1PPE - -.,.
~ur li. Jules de La~teirie, le duc Je Yonlp n,i r sur .\l. Crémieui.
Le duc de Moolpem,ier dit à ~I. Crémieux :
t t 3\'CC 11ou,. mon ·ieur Cr ;mit!UX,
n nou 1p1it1 z pa . \' otre nom p, ut riou,
ètr' util '.
On arriva aio~i à la place dt! la Bé,·ululion.
Ll , lo roi pàlit.
li cbcrd1a J · yeux k: quatre rniture.
qu'il araiL fait d m.1nd1:r à e t~urie . Elle,
o' · étaient pa ..
.Au ~orlir des écurie,, le co ·ber de la première miture avait été lm1 d"un coup de fu,il.

- ne

r.~

lll'CIIE

E o'ORLF.A:-1

Au CII.AJIBRE DES

Du&gt;on:·,

A\'EC '-E

DU 2.i FEVRIER. -

DEUX Fil

Lt&gt; roi ouvrit ,ircmcnt la porti,·rc et dit
aux 11ua1re femme : - D• ctnJct ! Toute· !
Tont · !
Il ne prononça qne ce· !roi mols.
L - coups de fu ·il denmaient de plu Pn
plu terr1_bl1· . 0~ _e11l~ndaiL le Ilot du peuple
qui entrait au1 1 mlene:.
En un clin d'œil le. 11uatrè fom111r furt&gt;nl
sur 1• pavé, - le m~me paie oi1 avait été
dr1• ~é l'échafaud de Loui .HI.
Le roi monla, ou, pour mieux dire, e
plnn;.:ea dm le fiacre \ide; la reine l"y ui,·it. ~ladame de Nemour monta ur la. ban-

. ant ,. retrou,•er Je roi. Là, il ap1•rit 11ue Ill
l'OÎ ét;it rt•parti pour Trianon.
Eu ce mom, nt, madamP. la prince~. e Clémentine el on mari, Je duc tic a1e-Cobour 11 ,
arrivaient par l,• cbcmi11 de f1•r.
- Vile, madame, dit Thuret, rcprenon
le ch min Je fer et partons pour Trianon. Le
roi c. t là.
Ci: fut ainsi que Tburtt par\'iot à rc•joiudre
le roi.
·
Ccpi&gt;ndanl, à \ ersaillc • le roi ·"était _procuré une herline et une e. pèce de ,·01tu re
omniLu -. li prit la Le, line a1ec la rt•ioc. a

'LE CO»TE DE PARIS ET LE DUC DE CnARTREs, DA:O.S LA JOUR,&gt;EF.

F.st:unpe d~ ]CLE" D,1vir,

(18,i8J,

VJCTO~ H GO
':fa&gt;

La fuite de Louis-Philippe
JI. Crémieux étendit la main rcrs ce bruit
Ce fut li. Crémieux qui dit au roi Loui ini Ire qui venail du debor et répéta :
Philippe cr tri-te paroles
ire, il faut
- dre, il faut parlir.
parllr.
Le roi, ·ao· r11po11dre une parole, el ans
Le roi déjà a\·ait abdiqué. Cette i!!Tlature
quitter M. Crémieux du on reg,,rd fixe, ôta
fatale était donnée. Il regard I. Crémieux
on chapeau de général qu'il tendit à quelfixement.
qu'un au hasard près de lui. pui il ôta on
On entendait au dehors la vh·e Cu illade de
uniforme à gro . i- épaulette d"argunt, el
la place du Palais-Boyal, c'était lt: mnmt&gt;nl
dit .an se levi,r du large fauteuil où il était
11
où le ardc municipaux du Château--d'Eau
comme alfai é depuis plu it-ur heure· :
luttaient cootri: 1 'deux barricadi:s de la rue
- Uo chapeau rond! une redmn-ote !
de Valoi el de la rue aint-Hoooré.
On
lui apporta une rt-clingote el un chaPar moments d'immerues clameur monpeau rond. Au bout d'lllt instant il n'y a,·ait
taient el couvraient la mou queterie. Il était plu, qu'un \Ïeu. bourgeois.
é\·ideot que le peuple arrivait. Ou Palai Pui il cria d"uoc voi qui oommaodaü à
floyal aux Tuilerie • c'est à peine une enjambàtc :
bée pour œ géant qu'on appelle l'émeute.
lies clef: ! me clefs!

Lt~~ clef: e firent attendre.
Crpendant le bruit crois-ait, la fusillade
emblait s'approcher, la rumeur terrible
grandi sait.
Le roi répétait : les c)pf ! me clefs!
Enlio on trouva le cll.lr· et on le, lui apporta. li en ferma un porkfeuille qu'il prit
dan ses bra , et un plus gros porlt-feûille
dont un ,·alet de pied e chargea. li avait une
orte d'a.,itatioo félirile. Tout ~e bàlail autour de lui. On entendait lr prince et )p
,·alet dire: Yite! vile! La reine eule était
lente et fière.
Oo e mit en mard1e. On lrarer a les Tuilerie . Le roi donnait le bras à la reine ou,
pour mieux dire, la reine donnait le bras au
roi. La duchesse de Yontpen ier s'appuyait

ARRIITE llE

Lour

-PJUl.ll'PE ...:::, ROl'VILU:·SUR·.\\ ER. -

Et au moment où le roi le cbcrcbail ·ur 1il
place Loui · X\', le peuple lei. hrùlait ,ur la
place du Palai -noyai.
Il y avait au pied de robéli que un peLil
fiacre à uu rh~\, 1, arrèté.
Le roi y marcha rapidement, uiYi de la
reine.
Han ce fiacre il y arail quatre femmt ·
portant ur leur:; genoux quatre enfant .
Les quatre femme étaient m dame· de
, 'r·mour · et de JoilJ\ille, et deux per oooe
de la cour. Le quatre enfants étaient le
peliL-fi) du roi.

YtF. DE LA MAI ON

ou

LE ROI S'EST RI FUGlt:. -

quelle de rlernot. Le roi a,ail Loujour ,on
porlt•Îeuille .ons le Lra . On lit entrer l'autre
!!1',ind. 111ii ét:iil vert, dan la roiture a,·ec
qu •'que peine. M. Crémieux l'y fit lomber
d'un coup d.: poin".
- Par ! cria I roi.
Le l'iat:rt· p:tr1il. On prit !"avenue de :euilly.
Thur t, le nlcl de chambre du roi, monta
derrière. Mai il Ill' pul .e 1c11ir ~ur la barre
qui tenait lieu de trapoutin. Il t ~.1)3 alor
de mon Ier ur le chcral. pui finit par courir
à pi,·d. La voi1urt: le Mpa,sa.
Thuret t urul juS&lt;1u'à ... aint-Clou&lt;l, peu-

279 ...

D".:irres 1/lle est~rn~ de

,o.,e.

uite prit l'omnibu . On mit à loul cela d~
1·bevaux de poste cl l'on partit pour Dreux.
Ch min foi ant, le roi ôta oo faux toupet
el • , coiffa d'uu Lono t de • oie noire jusqu 'au1 )eux .. a harbe n'était p3 fdile de la
,eille. li n'a, 1l pa~ dormi. Il était méconnai. .able. li e tourna "' r la reine, qui iui
dil : - \'ou a,· •:,; cent an .
En arrivant à IJr Ill, il y a dPux roules,
l'une à druite, qui e t la mdlleurt&gt;, Lien
paH:e el qu ·oo prend toujours, l'autre à
""dUthe, plein· de fondrière Pl plu longue.
Le roi dit : - Po tillon, prenez à gauche.

�1f1ST0~1.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
Il fit bien, il était l1aî à Oreux. Linn partie
liais il était trop lard.
Hcnard fouella et l'on 11uitta ÉHeux.
dt la populJtion l'allrndait :eur la rouw de
.J. de .. . ra . ura 1' roi . llcnard était un
Oa courut Loule la nuiL. De temp, en tl'mp
droite a,•t•c des iulentioa ho Liles. Ue relle l1ra,e hommt&gt;. On pou iait e fier à lui.
on 'arrèlailau.uuber,.i: du l,ordJ .. la route,
tacon il i-ch:ippa au da11 •er.
oute la ferme était pl1'.ine de gens Ùri,.
et nenar&lt;l fobit man"Pr l'a,·oine '.à e cht-.
Le ~ou,-préfet de Ur 'Ux, pré,enu, le r&lt;'joi- Et1 bien I dit fo roi, il faut que je r ·- vau .
;;nit cl lui remit douze mille franc , , i. mille parle tout de uitP. Cummcnl faire?
li di ait à Thuret : - De. ct•nd~1.. À}CZ
rrancs l'n billets, .it mille en ac. d'ar~eol.
-- Où \"OUIPz-n,u~ aller'/Jcmanda flcnarù.
1'1ir à ,·otre ai·e. Tutmez-moi. - Il tnlotait
La li rlin quilla l'omnibn., qui devint Ct'
- (Jnel e. t le pnrl le plus proche?
aus i un peu le roi. ·
•
11u'il put, et .e dirii;ea ver · Evreux. Le roi
- llon01mr.
Le&gt; roi ahai ·ail . 011 bonnet dl' oie noire
conuai sait 111, à une lieue avant d'arriver à
- Eh Lieu! je ,,ai · à llonlleur.
ju. qu'à oa ne, et gardait un , ileuce profond .
la ville, une mai .on de campa;ne apparte- Soit, dit flenard.
.\ sPpt ht&gt;ure du matin on était à Uonnant à quehp1 'un de dévoué, )1. de .. .
-- Combien y a-t-il d'ici là?
neur.
Les chernux araient fait rinnt.dt&gt;u
Il était nuit noire quand on arrirn à celte
- , inrrt-dcut lieue !
lieue
ans . 'arrêter, en douze bt&gt;ure ·. Ils
mai~on. La voiture 'arrêta.
Le roi effr.né s'écria :
étaient hara ·s.
Thuret descendit, ·onna à la porte, onna
- Vin -,t-a"eux lieue~!
lon~lemps.
- Il est lemp • dit le roi.
- Vou erez demain matin à llonfleur,
f:nrin quel11u'un pJrul.
Ue llooOeur le roi &lt;Ta 0 na Trou\ille. li
dit fünard.
espérait se cacher dao~ une maison autrcfoi'
Thuret demanda : - J. de ... ?
llenard avait un lape-cul dont il ~en-ail
M. de . . . était ab ent. C'était l'hiver; pour courir le marché -. Il était éleveur el louée par ,1. lluchàtel quand il venaitprtadr •
'I. de . . . étai l à la , iUe.
les bains de mer au racaru:e·. Jai, la maimarch:ind d~ chevaux . li allela à on tapeon était fermée. Il
réfugièrent ch ·1 uu
on fermier, appelé Renard, qui était venu cul deux fort chrvaux.
pêcheur.
oui rir, expliqu cela à Thuret.
Le roi se mit dan un coin, Tbur•t dan~
Le g 1néral de llumirroy uniul dans la
- C'c&gt; 1 égal, dit Thuret, j'ai là un vieux l'autre;· Renard, comme cocher. au milieu;
mon ieur et une vieil! dame, de . ami , ou mit en tr.ner · ur I • taulier un "rand .ac matinée el Inillit tout perdre. n offi ·itr J •
reconnut 11r la porte.
&lt;111i soul fati,1?ué . Ouvrt-z-nou: Loujour l:t d'a"oine, et l'on partit.
mai,011.
Enfin le roi parrint à s'em1Jar,1uer. Le
Il était epl hl.'urc du oir.
GouYerneruent provi oire 'y prêtait bt aucou p.
- Je n'ai pa le defs, dit llenard.
La reiue ne partit que deux h ure aprèi
C pendant, au dl'rnier moment, un comLe roi était l:pui.é de fatigue, de ~ou li ra ace da11 ' la berline avec de chevaux de po te.
mis aire de police çoulut foire du zèle. Il ,e
et de faim. Renard re&lt;Tarda ce Iieillard et fut
Le roi avait mis le billets de han11ue dan _
ému.
pr 1:-enla ur le h:ltimenl où ét.iit le roi en
a poche. Qua11t aux ·acs d'argent, ib
rue de Uoaflcur et le vi, ita du pont à la
- Moa i •11r et nud:uuc, r ·prit-il, enlrl'-' tiênaient.
cale.
loujour . Je Dé puis pa ,·ou · faire ounir le
- J'ai vu plu d'une roi le moment où
Dans l'enln•pont, il reo-arda heaucoup ce
ehàtf'au. m, i · je ,·uu- ou~rc b forme. Entrez. le roi allait ru 'ordonner de le· jt•ter ~ur la
Pend,11ll ce lemp -là, je vai enrnyer cherehcr route, me disait plu tard Thuret en me vieut mon i,·ur et cette vieilli• dame tJui
mon maitre à ÊH •ux.
étaient là a, is dans un coin et a,anl l'air de
contant œ . détail . .
H!Ïller • nr leur sacs de nuit.
·
Le roi et la reine de ceadircnt. llenard 1•
On lraver.a Évreux, non an~ p ·ine. A fa
Cependant il ne s'en allait p:i ..
introduisit dan: L1 . :ille ha. e de la ferme. sortie, pr·•- l'é li e .'aint-îaurio, il y arnil
0
Tout à coup le capitaine lira ·a montre el
Il)' a\·ail un 11ra.nd feu. Le roi était trao-i .
un ra,, •mhlement qui arrêta l.t voiture.
dit:
- J'ai bien froid, dit-il, pui.· il reprit :
(Tn homme prit le chernl par la hride el
J'ai bien raim.
1011-.ieur le comrni aire de police,
dit: - C'est qu'on dil que le roi s • sau,·e r ~tez-1·00:
ou parttz-\Ou ?
fi ·nard dit:
par ici.
Pourquoi
celle que lion? Jit le com- ton~ieur, aimez-vou la soupe à l'oin aulr' mil une !Jaterne ~ou, le )·eux du
mi .aire.
"rton?
roi.
- lk~uroup. dit le roi.
- C'e l &lt;Juc&gt;, . i ,·ou n'ètc. pa à terre &lt;'n
Enfin une e. pi'·re d'orlicier de garde a tioOa lit une suupe? l'oignon, on apporta le· nale, 11ui dl.'pui - 11uelque in ·tant~ semblait Fran ,laa. ua •1uart d'heure, dPrnain matin
r 1 li' du d ~jean r d l:t ferme, je ne sai · toutber au baruai, de d1evaut dan une You .erez c&gt;o Aadeterre.
- You, parlez?
4ucl r.i oùt froid, uae omdette.
iutention u pectt•, 'écria :
- Tout de ·uite.
Le roi cl la reine~ mirent à table, et tout
1en · 1 c·e t le père l\euar&lt;l ! Je le conLe commissaire prit le p.1rli &lt;le d1:guerpir,
le monde nI l!C eu • flenard le Cermier, . 11
uai , citovcn !
fort mécontent el ayant vaim·mPnl 11.iiré une
!3rçon, d d1arrne, cl Tburc:t, le ralet d
Il · jouia · vuit ba se en e tournant ver · proie.
chamhrè.
Thuret : - Jt· rPcoanai ,olre comparrnon du
Le bâtiment partit.
Le rc,i d •vora tout ce 11u'im lui !)enit. Ln co;n. Parlc•z Yitt•.
reine ne man&lt;Tea pa .
·
Ea
vue du Havre il faillit ,ombrer. fi e
Thuret m'a dit depui
li •urta - le temp était mau\'ai èt la nuit
·Au milieu du repa , la porte ~•ou1rc.
- Il m'a parlé 11 ~mp,, cet homme-là, car
C'était il. ue ... il arrh-ail en bâte d"Émux. je cro)ai 1111'il v•nait de l'Oupt•r le trait· uoire - daus un gro · navire gui lui enleva
Il aperçut Loui -Philippe el "écria : - Le d"ua ch•val, elj'allais lui donner un œup de une partie de sa mâture et de on Liordane,
roi!
On r{-para le· a"aries comme oa put, el le
couteau. J':i.vai. dtijà mon couteau lout ouvert
lendemain
malin le roi et la reine étairnl en
- . ilencel dit le roi.
. ou la main.
Anglet&lt;'rre.
\ ICTOR

B 'GO.

-

-

lt
.

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,~

~

~\'Ill

ij

~

~'

Ma demoiselle de Circé
-

4~---- ,.

ciac&gt;

-- -

cujeu. [J 'tltait enuarré à . aurcr d la morl
ceux à qui . • dérnuail l. abelle. Cet cn••ag, ment, il voulait le knir, 11uoi qu'il dût lui
eu coùter.
Comment il s'y prit pour le Lenir, le note
qui ont in. piré c récit ne le révl'lcut pa . Il
· 'l fait allu. ion eulemeat à Je fal-iûcaLion dïnt •rrogatoire ·• à la di,p.1rilion de
pr •uve. étrile' .ai ·ic - ur le accu és, c&gt;l à
l,!ur hàti,·e mi5e en liuerlé. Il c t permis d'en
conclure 11u'nva111 d'inlerro"er œs malheureux, le jeune commi ·,aire "énéral de police
le· prévint de
iulentioa , délrui il en
ll'ur pr •. ence le · papier· compromeltaul ·,
11u'il dicta lui-mème leur- réponse~ à .e ·
11u • tiun, , el 11u'aprè ' en Hoir dre, é procè n~rl,al, il orJunna lt&gt;ur l,b ·ration immédiate,
pres.é .ans doute d'apprendre à L abelll! qu'il
ne !'Ouraient plu aucun dan~cr. La ,raisemhlance de œlle :apposition ré ulte clairemeut
de la urpri' • que lit éprou,·er ce dénout•mcnt
inattendu à l'officier de gendarmerie qui avait
arrt!lé le mariiui de t:ircé, urpri ·e rru'il
exprima !or de l'enquête &lt;JUi eut lieu plu
tard, à Pontarlier, par ordre de Fouché.

·-

--

~
tf°6'-

.

ji

11

C,,mme, ·ur le premier moment, il crul Jernir la di,-simuler, Oli 1icr Tal va\1 pul c, pérer
,,u·on ne saurait jamai à quel couvable
·tr-J.tairè~e il arait eu recour pour arrin:r à
e lin -. Ce incident: 'étaient pas. é' au fort
Je Joux durant le court .tljour 1p1'il y fil. I.e
pouvoir dont Fouché l'avait revêtu mellaient
ou: se, orJrt!S, pour l'accompli: ement de a
ruis ion, le autorités civib el militaire .. Il
lui ufti ait d'ordonner pour être ri"oureusemenl ol&gt;t!i. li et probable qu'il -'entoura
de my t~re, évita le- explication que, d'ailleur~. per onne a'eùl o é lui demandl'r, 'al,linl de toute coalidcnces, il qu'il put ainsi
conduire à :on gré ccll~ téoébreu c affaire.
Durant celte journée, l ·abelle de Circé,
re tée cule apr le départ du commis aire
g:néral de police, altendail arec impatience
le r: ullal Je· promc · qu'il lui a,ait faite
en la quittant. Autour d'elle, tout était my. tèr · et . ilrac •. De .a &lt;Trand'mère, de Cha,,eral, Jp l'abbé, elle ne savait rit•n, sinon qur
Tahau les avait lai é au chàle.1u, el 11u'ea
ordonnant, au moment de on d .,part, 11u 'il
y fu··ent pri,onniers ju 11n"à .on retour, il

L, · homme, de cc Lemps l;laient d'une
autre trempe 11ue J,. homm.1• d'aujourd'bni.
llan le ·ou, air de la Terreur comme dans
le. fait de guerre qui ~e d :roulaient autour
J ·eu , il· pui~aient le m :pri. de la mort.
fltlriticr · ou acteur d"une épo,1uc qui foulait
au pied· le rc pect de la ,ic humaine, celle
d'autrui n • t"Omptait pas plu. pour eux que
1, llur. Oli,icr l:ihau _'tltait nourri de 1:cs
tra&lt;litiun .. Bès lor. , de quel poids pouvait
pe.,~r .\ c }CU\ l'honneur d'une femme'!
Ill• J1• Cim: ,oulait ,:iuver ~on fl'l}rc et 1
complil'C. de ce dernier. ~'était-il p logi,rue
11uc p11ur 1•. ~au,er elle pa)âl Je a persunn •'! ,haut cllt•, tant J'aulre J'araieut fait!
L'hi 1oir1i Je la Hérnlution , t r conde en
épi,ude de cc a:enre.
tout in 'tant, on y
n,it dt' ~ictim • acbekr pour die· ou pour
J';iutre l'e i lenl'e el la JilJerlé au pri de
,acrilin•~ et d'immolation pirl' 11ue le trépa~. Olivier 1ahau n'ét~it Jonc qu'un imilall'llr. Le con.laltir, œ n'e.t pa uuiquemenl
plaider ll s ciri;oo tance · atléuuanlc à on
prulil. C',.st am i démontrer q11\:n dépit des
apparence,, . on action n'était pas ùc celle'.
!JIIÏ mfritent une condamoaûon san' meri.:i.
Pl·ut-êtrc mème y a-t-il lieu J'inrn,1uer en , a
fari:ur uue c 1·11. e tirée Ju p :r.i dan. lerJ11el
il ·e jetait pour donner .\ ~a pas. io11 la cul,•
pàture 11ui µùl t'U apaiser l'ardeur.
ll'aillcur , en 11uiltant hab lie, il ne appartenait plu -. ~i la per:;peclÎ\e de .on avenir
cornpromi, p:tr .:a faute, ni cdle du cbàti111c111 qu'allait allÎrl'r . ur sa lètc l'oubli de
,1· dc·,oir· profc. sionnels, qu,1lilié par la loi
crinw en\tT l'l:tat, n'auraient uffi à le ".ird1•r ronlrc l'e111rai11cmen1 11u'1l ulii sait. .'un
dé:oir lé tenait tl•rp cl cœur, l\:trcinuait
comme en de, -erre pub ante~. uulitérail
. un entendement, le r&gt;nJait a\'eurr) cl ~ourd.
llomioé p.,r une volonté upéricurc el fatale,
il n con en-ait d'autre éocr·•ie qt1l' celle de
lui nLéir. Elle l'emportait dan· on tourbi'lun allé"• de tout r1·••rct cl J · tout n'mor,ls,
II!-ah sa con.cieure au point de lui rnikr
le caracll'rc odieux de ,a conduite. La promn e qut•, le couteau ~ur la •orrrc, il avait
ol,teuue d , Ille de Circé, cette infàmc c ploitatiun ,le taal &lt;le faihles~ el d'innucence lui
,eml,laieul cho,c- impie.- et naturelle , ju Lili1:,., par son amour 1p1·exaltaienL le circofütam·,•. tr:igi11ul', dans le 11uclle il a,ail •• La f.isslon ,J"O/frier ~ureimUe, se ,·t pa11.Lin/ tn f l.Jintes sirrcfres , en prii!res ar.:Jtnles, t11 ,men.2ces me,n;:
ftf!roi u .VIIe~ Cir,:t, ses surtrctlion s, toutes les f'lri~l•n .ù,,re résl.\l.211cl! ;USl!sJIWu aux prius auc Jts
pri nais ance l'i . urtout par la ra.leur de on
txlgenc.:s impLJ .:,Nes .... (Page :lb.)
1

pa./

... 28o ...

-

ERNEST DAUDET

~

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-~

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.. '.?8I ...

�111S T0'1{1.11

-----------------------=---------------------..

leur amil as. i!!llé leur charulir&lt;! pour pri~on. ,ai1•11l i·•uorcr l11ujour dt! qm·l prix elle élail
ou·uper, Js:il,cll• .e lit ,iolence pour rclenir
Les gendarme· oli,t•naicnt ri 11ureu,1·menl
co11dnm11éc à lt• p:,~er. IJu.1111 :1 &lt;'" . tlle la ,éril: prlte à torul,cr dt! ,t. · l'•l'rc.. Lor leur consi!!f1e. Ille d Cirré, t:11 dt:pit de , · · n'était r,·dc,ahle que de cc prix. cl, quand
1111 , \'ers dix heure,, C'lte se lrom·a cule
pri•~res l't de se. larme . n'arait pu rommut-llc .e nait ac,111i11L:C. die rt· )i-rait lilire de
niquer 111ème arec la marq11i,e. Elle é1ait mépris..r le l1ru1al auteur Je :a chute, de le Jan .. a c.:hambrc, elle était au. si hri. 'e par
œ Ion~ et dottlourt Il\ clforl 1.fUC par l'appréalor rentrée chez elle, ré\Oltt:c, trouLI :e, ha1r l'l Je . 1ew•cr.
hl'nsio71 du malheur 1111i pl'sait sur a tète.
fiévr ·u e, l'e prit eu proie à de pt&gt;n t't' •
li c,.t remar1111al,Je •1u't•n ,ongc.:ml à J'oui\"ou ne ~arnn~ rien de préci sur ce qui
amère· cl .. io,stre:, maudissant le riel el Il'
tra~e 4ui lui éla1t C.1il, l'idée Ill' lui YÎnt pas
homme , écrn éc déj' ,,us l'affn·ux de.,tiu de s'i .011 !raire, Elll le p11U\:1il cep .. nda111. .e pas~a au ch;itcau de Circé durant cclk
nuiL. On pl·nt c •pendant le d,·l'iuer. · Olh·il'r
auquel elle ne poul'ait plus .e déroLcr. Elle
En Lc:nant d'.1rnnce tll 11u'il avait promi,,
re ta aiu i ju ·que ver la lia du jour, lh·rée Olhit&gt;r h'érait d '~arm,:. ,Lti,; b,,belle ,e cou- allcnda11t armeu. que le· haliita111s du ch.1teau .e fus "Ill rndurmi pour aller troU1er
à ellc-mème, allant el ,eoanl dao .oo appar~idfrait eomrne •'11ganée t•11v1-r · lui par la palsalidlc; sa pa. sioo sure. cité•, , c répandant
tement, tentée de e briser le Crout ro111re le
rolt' dounée. eul, il aurait pu la délier de
en plaink' incrr,·s, t•n prière ardente., en
muraille:, montrant aux cnit, nr. l•·rrifié_
on cn;.:ag... awnl, rt romme die n'allendait
menare. mune · l't flroi d · lllle de Circé. :.e
•1ui . e pré·cutèrent rhez clic à plu. ieur rPpa de lui «·c ~:i, rifice, t·lle d •m1•uraiL à . a
pri , un ,i. age t•xalté et farouch•. Pui le lllt'r ·i, irnpui,.a11te à le li 'd1ir, lrop fi\re, supplicarions, Ioule le péripétie d'une rt.L
soir ,·enu, au moment où elle dé:-,·~r :rait de d'a,llcur,, pour faire apftl'I à . a pitié. L'u)l- . istaocc dé. c,pêrifo aux prise a,ec de· eximir, ce jour-là, liuir son supplie&gt;, on l'ap- eUe ,oulu, 11u'dl1• y cùt renoncé rn ron ·ta- gence· implacalil , t'I enlia un con eutemenl
pela. De retour au chàte:iu, le cum111i ·.aire lant n·c tJll«•lle hal,ildé Oli, i r lirait parti arraché uon à une ,olont1; maitres. e d'ell "éoéral de police l'invitait à comparaître d1•- de· circon l,mces pnur faeilitn la réa!hation mème, mai ' à un ép11i cruent dt!S forces pby. itJlle~ et morale,, la ,·ictoire J • l'amaul, rl'vaol lui. Elit! courut an .alon où il l'altt'IJJe ' de .ei11 . L'heure :nancé • ri•ndail :difdait. A force de Yolonté, elle 'était fait une tic.:ile ,on di p.irt pour Pun1arli •r le rnè.m • ,·ètant l1•s allure d'uu 1·iol, lei est le lablcnu
ph)' iooomie impa .ible, la ph) ionomie d'uue ,oir. Dan,- l'rlan Je sa reconnai,.anee, la qui .e pré ute tout ualurt'llement à l'e prit
et celui q11 'il l a lieu de r"lcuir e-0011111!
vaincue de\anl un w1iaqneur délt• lé, donl
mar!Jui~e l':l\•ait invité à p:1. ·t•r la nuit au
elle va. ubir la loi en Je hais nnl. Mai ci•lle chàreau. Ct-Uc offre, il l'.J\ait arci·pt,:C en e l'image ruèmc de la ,érité, pui~qu'aucun
autr • ne 'actorJ rail plu lo;?iq111·111e11t an!c
impa.~il,ilité Youlue .ous la11udle elle dis~idu11nant l'air de ne ci&lt;Jn •1u'à la pressante
la uile de cc n:,·il. J•our le romplliler et lui
mul:iit , s émotions, es rén,ltc.• ,ou anprii·n• d,• ceux dont il , 'était in1pro\'i~é le
impriml•r uu Irait de plu , il convi ·nt d'ajoulTOÏ .,!, e fondit ÙcHmt le . pcdarlc qui '·..
l.ii1·11foiteur, mai. t--n réali1r. part-e •1u'1l ,outer lfUe le lendemain, lorn1uc Olivier Tnlvau
frait à e · re •ard . Oli\'icr n' :rait pa, seul.
lait s'a ,urt-r le mol •n de• ne pa · ~\:Joirrn •r
Près de lui, ,e tcnait•nt la mar,1ui l', Ch:i.- d'•~ati.1 Ill!. Elle li,ail clairenw11t dans on allait quitter la demeure où ,a pré,enre a... ail
cral, rahhé, :ner, sur leur~ trait , une cx.- j,·u. Elle n't-n é1:1it que plu di. po,é • à 'ir- apporlé le dé ·espoir et la mort, l,nbc•lle ne
e pr: enta pa pour rt'cc,oir ~e · adit•Ux. 1,a
pr -,ion de joie et de reconnai ,anr •. bab.. llt•
riter de, atl1·11ti1111 •tUt' prodiµu:1it la marmari1ui ·e, Cha ·~cral, l'aLbé llaucombe pror lait ~ur le euil, ,an· comprendre, 11'0 ·tnL
11ui~1· à 011 h1ile. \ïnF!l li,i:-, ju qu'à la fin
digu3i1 nt au comu1i ~aire général de police
avancer. :a nrant.l'mère e précipita ,·en; l'lll-',
d.. 1·dle journilt•, duraut lt' · i11slanl · lfUi préde .ouhail alfeclm•u qui exprimai~nt à
la prit p:ir la ruain cl, l'e11lrai11ant ,·er, Oliœdèrent le ~oup•·r, à la taLI~ familiale où
peine leur gralitud,•. 11~ cxig,·aient de loi 1
vier, lui dit : \'oki notr,i lihératt!ur, ma
prome . dti revenir Licntôt. Il 'éloignait acfille. llernerciet-le. ~ou~ lui dl'v..ns la , ic de
compa&lt;&gt;né de leur - bénéd11:1ions. .\lai c·c l
rnlrc rrère, noire liLerLé, uotrc reµo .
en min qu'il cherchait parmi eut Ille de
- li y :n·ait routrt! le mar,,ui.- de Cirré
Circ: pour la nluer. Elle ne :e montra pa •.
de preu,e at'cabla1111- , dit alol"!i Tal\'au. Je
Il partait an l'a\'OÎr revue, . an ~afoir 'il
1 • ai dét ruilt- . Il ne pou,ait I rai11dre ljOt!
lai ait derri~re lui de l'amour ou de la haine.
e propre :neux. J'ai r11fu~~ &lt;l'cnlt 11dr,•
ceux tJUl', cnlraint: p:ir ~un or •u1·illrux , ouXI.'
ra" , il allai! me foire. Sur ruo11 1·01hril. il a
profité de a liberté pour rrpJ,,t•r la fron{JneJqurs jour apri'.•~. il arriv.iit à Pari,;.
tière. Il 11c ri1•11Jr.1 ici que l1w,1p1 • nou, ~èOo venait d'~ appr ·ndrc la nou\dle de la
ron c,•rlain- 1p1'1l n'a plu. ri,•n à crai11dr,·. JI
1icloirc d ,\u. lcrl111, remport,:e par ~ poléon,
t:n fiui,sant, Olivier crm•loppa l~alit•llc d'un
le 2 clfre111bre, ur les arm 11 s Ù1• la co1lition.
re••· rJ 11u'dle ,cule pou\'ail 1:11ml'rcudre. li
Au i1111uié111d1!. qui rénn:iil'llt da11. la capila prt•nait à tértNin du lny.11 rrupr1~·,e111eot
tale. lor-r111c Tah:m en était parti. cdl • ,wu•1u'1I avait mi, à accomplir ·e pr111ue ,c!:'.
,clle fai,ail rnl'céd ·r de· espéra ni' • répara« E t-ce hien la ,ùi Lè ·? d,·111:iuda-t-dlt·
lrin•- . On &lt;'ropil maintenant à une pni
encore dériant.i•. Qu'c l-ce qui prome •111e
mon frère e,L lihre?
définitive, à la rl'nai~~anœ de la pro,pfrit ·
...énéralc, il la lin de la cri.' linanl'irr •, Tou
- La lellre que, avant de 11uiller la
IP couLrrnp ,rai11 ,out d'accord pour rœonFrance, il m'a écrite, répo11d1l la mar,1 uiH·.
La. roid. 1)
naitre que la joi du people lcuait Je l'frr e.
Les Parisi1•11s allcudaient, pour l'atclaowr,
Elle 1•udait :, J ·ahclle un bill, t . i•mé par
n.:mpl'ri'Ur \'ÎCloricut, dont on mmouçail le
Bol.i rt. En IJUel,jltr li!!nru lr.1cé lié1reu,,.procl1ai11 retour. En l'allendau l, i 1· acdament, le mar,1ai rendait homm~"e à la i;éaéro. 1té de lahau el rccounai, il qu'il lui l.'f.:mtertur, au.~ ri•el.Jlions Jt Fo11chi. eut u11 .k cts mai •nt au pn · ngc 1• dr,1p aux pri à 1'1•11a.:«s Jt cokr-r .tonl les tclJ/$ cour~Jitnl 1011/t• /ts
ncn,i, qu'apportai•nt du tf.11:àlre Je la :nierrc
defait ~on alut. Ot!\alll œ 1émoi·•na!!ll irréltlts, (l'ai:e
.)
de:, oldats noir:- t·ncore de la poudre d •:cu alile, llllt! dt: Circ.:é ce enlil défaillir.
combat:-. Ce drapeaux déchiré con lituairm
a llerci dune, ruun~ieur 1, soupira-l-elle.
Oh! comme elle le d :1e·tai1, cel homme Tahau occupait la place d'honneur, pui à un Lémoi!!lla"e ,i:-ible et tan •ible de la ,.ileur frauç.ii e. JI. allait"nt dt'.'COrcr les aile
abominaL,e, de,·enu son mailre ! Vue d'aul'heure du com·her, 11uand elle entendit ~
du •'énal, le 0 -alt&gt;ries de l'Bô1el de ville, lt•
tre· lui Ius c1ll reconnai ~anl do cnice
raud·wère donner à Cha. cral et à l'aLl,é
\OÎILI' d ·• olrt!-Dam,•. Un préparc111 d fèll''
qu'il venait de r~ndr • à la mai on de Circé,
l'ordre de conduire li. le commi . aire ,:!énépubliqur pour célébrer ces grand - é,éoeelle n'1 pou1·ait rien. 11 ignoraieut el deral de police darli l"apparlt!lllcnl qu'il devaiL
ment ·, pour m consacrer le -ou,· ·11ir.
01

1

r-

0

1

...

282 ►

M ADE.MOlSEl.lE

DE Cr]f,CÉ - - ,

.\u moment de rl'Ddre compte à Fouché
de sa mi, ·ion, Olhier Tahau ne puUtail trou\'Cr de' cirt'onstanct• · plus proprC!. à farnri,er
1 ru e t'l 1 · mtnsor,ge au111ud · il était
contraint d • rl'rourir pour di, imulrr sa cnlpaliililé. La glorÎL-lhC is. ue tle la campa,,.ne,
l'écra eml'nl tic allié,, la condu:ion de la
paix. ·1aie11t Je~ fait i con. idérabl •:;, si dé1·isifs, •1u'il, allnii-nl an doute relé..,uer au
derni r r:w .. Je préoccupnlioo~ de l'Emper ur 1• complot de Circé. Pl.'ut- \tre l'arnit-il
ouLlié Jéj;\ et n'en parlerait-il plu .. , 'il y
n3c.1i1 encort•, ~·11 y revenait, il cra1t lreureux J'apprcnJre yue le franç:ii~ «lénoncé,à se colèn·, comme rebelle· à . es loi. el
in t'nsible : l' bi1•nfails ;naienl été aceusé
à tort. La Cortune de ,; arme le rendrait
confiant el ert'~duli&gt;. li .e féliciterait dl! n'avoir
pa à a. ·omhrir par des ch,Himcnls ce
heures de joie triomphaule dont il .e propo ait de rele\cr la olt•nnité en prodi!!llant
de: ré mJkfüe à ,es lieutenant,; et à t·s
oldati. Fouché lui-mêm" n'y r '!!:!rderait pa
de trop pri-s. Il nœepterait comme vraie les
aCfirm lion d son mandataire. ati ·fait d'un
dénou,·mcut 1pii prouverait à l'l:mper,•ur
qu'aucun dt~ es ujets ne con.pirait c.:ontre
. ou pou,·oir.
n :i,·enir prochain allait démontrer à Olivier Tahau IJllc c'étaient là de illu ion . ne
connais. anœ pin complète du caractère de
opoléon l'aurait &lt;'mpt.\ hé de I conœrnir.
Mai , à celle heure, •lie. le dominaient. JI ,
puisa r udace tranquille av laquelle il .;~
présentait de,aut Fouché au lendemain de•
son retour. If fit au mini tre le récit de sa
conduit•, lei 11u'il l'a\·ait préparé. li mir ou
es )CUI le iul •rrwraLoires de :ll'CU é . De
leur dires, de • propre démarche pour
d :coU\rir la ,ùiLé, de !'ab cnœ cou talée de
loute preu,·e c,mlre eu~. ré,mltait, à ·on aYi ,
leur innoceuce. Il ,·antail la ~incérité dei prote,tatio11: J la marquLe de Circé, . a gratitude 1•n1·e1· · l'Emper ... ur, . a loyauté couuue,
qui l'Cartnit toute idi:c cl'arrière-pt·n ·r&lt;c et de
dnuLJc jeu. Il parlait d'hal,..lle, n,:ii - u11iq11emt•111 p,cur ol, ·1•r1 t•r «fUC a jc1111e~ e, ·es habitude d' · i,lt•nn•, le long i ·olenwnt dans
l•!quel cllt• a l'ait ,·L:C·u, ue p ·rmcttait•nt pa d
la ·0111 ·uunl'r. L'abbé ,, 111c11ruLc prhait lrop
haut la fa,·cnr qui lui av,1it ouwrl J porte,
de on pay· p11ur ètre. u p clé . .\11 prolil de DJns Ll mJlinét Ju prtrnitr .ti"'~ 'f,h, Je Nvrltr rlloo, .Jrri•:1 tll /rJu1t.1u, au c:h.iltau Je Circé, un f'trsonn.1ge
inconni, t'!COrlê t qu:i/re J(tnd.Jnnes. (Page :2.."6.)
Cha~st-ral, le eorumissaire général de police
im-o,1uait lout 1111 pa,,,; &lt;l bounc11r t de pur
ci,i me. Quant à l\oli ·ri de Cirré, lorsqu'on cooCronlation, répouÙÎI Talvau a,ec embarra . accu ation. dt! rtcurier. li 'éd1a111làit en par- Je dcvai. allcnilrc de votre zèle et de
l'nvail :ll'rè1t!, il renlrail en France, en wrtu
l~nt, . 'attad1ail à mellre en lumière 1 fait·
\'Olre
clairvoyance que ,·ou eu prendriez
Je l'autori.atiou qu'il ,ferait il la clémence
fnoralile
l'i11i1iatire. diL Fouché a1·ec hum~ur. Elle fcn. rur. à ceux dont il 'était fait le déimpériale. Il n't'lail coupai&gt;!• 11ue d'a,oir
s'impo~ait, el je ,ou a\'aÎ donné de plein
tenté d' fairtJ rentrer avec lui deux émiurés poa,·oirs
« You plaidez bil'n nrdemment leur
11
11ui, l.1 J'1·rrtJr à l'élran~er, drmai1daicml à
eau e », remarqua fo111hé.
Et comme Talnu "ardait le ill'nCC, I •
,·iue ou. ru1 ' el ,oumi. au i: loi , dan la
Ce mol tomba ;.ur J'élo1p1enœ de Tah-au
miui. tre reprit :
contric où ils étaient Ill~·.
comme
uu ooup de ma: ue. li en resta dé« Ce n'e:t que lor~c1u'elle aura ea lieu
11 Fleuricra donc m oti ! dit Foncbé aprè
conrerlé.
C'e.-.t à ce moment que on altitude
que je pourrai affirmer à !'Empereur qne le
a\'Oir entt-odu le récit de on ~ubordonné.
é,cilb le· oupçoa du mini~tre. D\ lor ,
m r,1ui de Cin-v était innon nt. 1&gt;
- li a menti, cela ne fait pas doute pour
Tal,au p;ilit. Dan. on inexpérience, il n'a- relui-ci rcnou~cla k qu~tioo , proie, 10a de
mui.
vait pa pré1a celle obJ ction. li n'o.a a\'ouer nnU1·ell r •pon . Son flair de policier, .on
- L'awz-,·ou roufronlé arnc Ct:'Ut qu'il
que le mar,1uis l'l e complice, :Haieot re- habiLu,le de cruter le coo,cicnl'c et de tenaccuse'?
dre d,· pit}nes lui révélaient que Talvau ne
- - \'otre Eu lli:11ce n'a\"ail pa, ~iné Ct&gt;lte pa é la frontière. Pour di imuler on trou- coule . ait pas Ioule la vérité. ~on opinion une
hl •, il re,int ur le· invra.i t!Jllblance Je
foi· I.Jle, el an ~YOÎr encore dan qnt!lle
0

""283 ...

�ms TORJJL

------------------------------------~---j

mesure le jeune fonctionnaire avait trahi .es préparatirs de fête, l"allégre .e d'un peuple
devoirs, ni pourquoi il les a,·ait trahi., il ne déliné de e craintes et recommençant 11
ongea plus qu'à le rassurer pour obtenir vine dan sa érurité recourrée. lfaîs ers
ultérieurement, en feignant la conftance. de
ma.nife-talion du contentement populaire ne
areo1 complet .
p~nenai(·nl pas à le tirer de. a torpeur.
« Vou rédigerez un rapport ur tout ceci,
Qu"eût-ce été, s'il a.\'aiL u qu'à la même
lui dit-il, en rede\t~nant soudain birorr.illant beure, et par ordre dt! Fuuclu\ un artc d'acet affectueux. , ou: l' joindrez vos procès- cusation ·e dres ait co:nlre Jw? On po édait
\erbaux l'l ms inlrrrogaloirc . Je mellraî Je maintenant sur l'or•7 aoisation du complot de
tout mu les yeux de !'Empereur.
renseignements qui en affirmaient l'eiistence.
- Votre E.x-cellcncc dé.ire-t-clle que je Le prl5[d du Douh', chargé conftdt:&gt;nûelleprocède à la confrontation dont elle parlait? ment de e liner à une enquête sur le séJOUr
demanda Talvau, à qui le souci de sa sùreté d'Olil'ier Talrau à Pontarlier, !&gt;'était transel le désir de cacher encore au ministre que porté dans celte ville. U appelait devant lui
le marqw de Circé n'était plu. en son pou- le commaodaut du fort de Joux el l'officier
voir suggérèrent celte demande invraLem- de gendarmerie qui, lors de l'arrestation du
hlable.
marquis de Circé, avait sai i sur lui les let- Allendez mes ordres el oe \'OU , occupez tres patentes du prétencl.anl : « Loui , par
que de ,·otre rapport, répliqua Foucbé. Vous la grâce de Dien roi de France et de Name le remettrez dl• que vous l'aurez ter- varre. 1&gt; Ces témoins de la première henre
miné. 11
exprimaient l'étonnement que leul' avaient
Il le congédia • ur ce· mot .
causé la di ·parilion de œs papiers, le brusCet en lretien lai sa le commi sa ire général que déparL du marqui et de ses complices,
de police ous le coup d'une anaoi se poi- ordonné par Tahau, les singulière allures
gnante ré.ml tant du danger clairement entreru de ce deruier, la prolongation de on éjour
qui le menaçaiL. Ce n'e t pa quïl fût di posé au chàteau de Circé. De ces faits constatés,
i1 se repenlir de ce qu'il avait fait. Le souve- rapprochés, réunis, se Mgagi·ail celle connir d'J abelle était trop récent, trop brû.lanl clruion, c"est que le repré:.enlant de la police
surtout, pour qu'il regrettât sa conduite. Mai
impériale s'était fait le libérateur dP.s grands
il se reprochait d':woir manqué d'habileté, de coupables sur le quels il devait exercer la
prudence et de ana-froid, de s'être trop b:ité l'enaeance des lois. A quel mobile avait-il
de mettre en liberté le marquis de Circé. obéi~C'eitce qu'on ne avait pas et ce que
Cette hâle con litueraiL contre lui, lor qne 1a Fouché Youlait sa.voir.
preuve en erait faite, une charge accablante.
Olivier îahau, laissé dans l'ignorance de
Si Fouché confiait à un autre que lui le soin ce qui se tramait contre lui, dut à ce naturel
de confronter Fleurier avec les accu é , il désir du ministre de la police générale de
était perdu, pui que l'impos-ihilité de celle n'être pas arrêté. On le lai - ail en liberté.
confrontation démontrerait sa trahison. li ne Mais on le surveillait avec l'e. poir de découpouvait plus être samé que s'il éwil chargé vrir, dans ses allérs et venues, quelque fait
lui-même de celle formalité. Sous prélexle qui révélerait le causes de a criminelle cond'y procéder, il partirait avec fleurier, et duite.
quand il le tiendrait en ·on pouvoir, il sauLe 26 janvier 1 06, !'Empereur entrait
rait bien Je contraindre à se prêter à une triomphalement dans Paris. Dès le lendemain,
comédie qui acbèverait de tromper Fouché. il aborJait avec se divers mini Lre l'rx.amen
Il ,e entait ré ·olu à ne pas reculer même iles affaires dont la solution avait été uborJ1-:vant un crime pour fair~ di pa1·aître cet donnée à son retour. 11 en était de si graves,
accusateur dangereux, 'il refusait d'obéir.
celles qui touchaient aux 6nances surlouL,
Durant le jour •1ui suivirent, il ,·écu! dan
que, comparée à elles, la conspiration de
des transe· que l'on devine. Il a"ait rédigé Circé, avortée par l'impui auce des conspison rapport el, en le remetlaut à Fouché, rateurs, ne pou,·ail retenir longtemp l'atLenfourni lui-même la preme écrile de on men- tion du souverain. lais, avec on habitude
,onge. Pui' il n'avait plu entendu parler de de "occuper de toutes cLoses, de ne rien
rien. L11 miuislre ne le faisait pa appelrr. A oublier de ce qui l'avait un moment frappé,
deux repri es, il se présenta pour Je voir. Il il revint sui· l'événement au sujet duquel il
ne fut pas reçu. L'horreur de .a ilnation avait écrit de chœnbrunn au mini tre de la
s'aggrJvaiL de la trif&gt;lesse à la'luelle le fürait police. Ce dernier lui communiqua les pièces
le souvenir d'Isabelle. Il aurait rnulu la re- de l"enquête.
joindre. Il n'osait pas quitter Pari,, et moins
L'Empi&gt;reur, à ce révélations, eut un de
encore écrire à sa victime. 11 ouffrait de son ce accè dtl colère dooL les éclats courbaient
impuis~ance à l'enlrdeuir dë son amour, de toutes les têtes. Ce &lt;fui se passa entre l11i et
ne pomoir, en lui disant queL péril il avait Fouché e t resté leur secret à tous le deux.
encouru: pour mériter d'être aimé d"elle, lui On ne peul que se livrer à des hypothèse~
promer combien iel amour étai L si acère. li entre les1p1elles il e11 est an moins une qui
allait el venait, iudi[érent à la Lâche qui, ne saurait être conte tée, c·e l qu'ordre Iul
chaque jour, l'appelait dans les bureaux de enjoint au minh,tre de é,·ir avec la dernière
la police où il avait repris es fonction , in- rigueur tontre le fonctionnaire qui avait endifférent aussi à la joie de· Parisiens, surex- .Ireint es de-roir. On sait qu'1m ce Lemps-là,
cit~ par la noufelle de l"arrivée prochaine de Lout crime où apparai ait la main de émi!'Empereur. Toul autour de lui, il rnynit de
gré était deféré à une commi, ion militaire.

Celte juridiction toujours prèle fonctionnait
_ans cesse. Le tribunal s'organisait en hâte
sur les liem mêmes où le coupable était arrêté. li prononçait souverainement, san appel, et a smlence reœrnil ur l'heur!! soo
exécution. Les ordres de l'Empereur é&lt;JuivaLaienl donc pour le malheureux: qu'il concernaient à une condamnation à mort.
Ce ruème jour, Fouché signa u11 mandat
d'arrestation. Mais soit que, pris de pitié
pour uo jeune homme dont il a~ail connu le
père et s'était fait le protecteur, il eùt voulu
se donner le temps de l'avertir el lui laisser
celui de se mettre à l'abri; soit 11ue d'autres
soucis l'eu sent empêché d"agir arec plu de
diligence, ce mandat ne fut envoyé que dans
la soirée au préfoL de police. Quand lt•s agents
chargés de l'exécuter se prêscnlèrenl au domicile d' livier Tal vau, ce dernier avail di paru.
Celte nuit-là et le lendemain, on le chercha
vainement dans Pari ..!vi fut donné à Fouché qu'on avait perdu ses traces. Il accueillit
cel!e nouvelle sans manifester aucune émotion. Il se borna à faire écrire, sui,·ant l'usagr,
anx autorités des département pour les prévenir que le sieur Olivier Tah·au, poursuivi
à raison Je crime contre la ûreté de l'État,
était fugitif, el pour leur envoyer on ignalemenl, avec l'ordre de se sai.ir de lui, s'il
se trouvait à leur portée. Le préfet du Duubs,
comme tous les autres préfots de France,
reçut cette circulaire. A dater de ce jour, il
fil exercer une surveillance rigollfeuse aux
abords du chàleau do Circé.

.X
En re11Lrant en France. la marquise de
Circé espérait y Lrouver repos et sécuritP.
Bru quement, cette espérauce venait d'être
détrn.ite. En quel4ucs heures, une tourmente
s'était déchainée, menaçant d'emporter un
bonheur à peine recouvré. Oe~ circonstances
pre •JUC miraculeu. es a,•aient conjuré ee danger, mais ~ans ramener le oonheur compromis. Roht!rt condamné à vivre dans l'exil, la
famille de Circé re'tanl 011 le coup des suspicions de la police, l'éloignement de l'unique
héritier màlc du nom et des armes, la lai sanl en quelque sorte décapitée, &lt;lan lïmpo ibilité de reprendre son ancien éclat, la
bienveillance de !'Empereur pour lonslemps
aliénée, pllul' loujour:1. peut-èlre, telles étaient
les con équences du complot ourdi à l'insu
de la m1rqui~e el de la réalité duquel elle ne
pouvait plus douter.
Le péril disparu, dl,! avait voulu connaitre
la vérité. Elle la connais ail par le aveux de
l'al,bé Mautomlie. Elle en ,·onlait à celui-ri
comme à son petit-fils di? l'avoir e"posée à
p1sser au1 yeux de !'Empereur pour une
femme san honneur el sans foi, 1ui n'avait
imploré sa clémence que pour en rc:lourner,
après l'avoir obtenue, les effets contre lui.
Elle se tonsidérail comme l'rappée dans a
vieille. réputation de lo1aulé et de droiture,
cl quoique s'ah tenant de récrimioatitins el
de reproches, elle con,erYaÎl de ces iocide11ts,
outre un chagrin que seul le retour de Ro-

"---------------------------------herL aurait pu t&gt;Ul:rir, une impre:.:.ion d'humiliation el de honte.
Ce l{lli ajoutait il sa tristes.e, c"était l'altitude d'lsalielle, dt·pui le juur fun~ 1c où Cl':événemenls arnie11t éclaté. Comme sa rrrand'mère, ln jeune fille paraissait écra ée .ous le
fardeau d'un inrnrt1Lle accablement el las c
&lt;le vivre. C'en était rait de son hel entrain
d'autrefoi~, J1! a viq1ci1c, du ourire confiant et rnrdial •1ue lout1&gt; manifestation de
sollicitude ou de sympatlüti amenait à es
lèvre .... on regard, donl l"éclal pénétrant el
la mobilité fai aie11l le charme, :,\:tait uniformisé dan une expre.sion malacti\'1'. Aloutce
qui rendait communicatif et contagieux l"élan
de sa jeune e rac.lieu e. a rail . uccédé une
prostra Lion contre laquelle, oil irnpuis ance,
oil volonté, l'llt:&gt; ne tentait pas Je réagir. La
Iran forma1iou de on être phi i1p1c e reprodui ait en son être moral. , aguère acce ~ihlc
,rnx idée génércu 1·s, t:lle ne s'enLh1msia~mniL
plus, co111JJe ·i, soudain, die t·tH été dépo ~édée de toute ~en~ilJililé. Elle portait en tou.
se acte· une é••ale indillërence, un amer dérouragemenl, le déJain de la vie, de ce 11ui
la fail aimer et de ce (JUi la fait haïr. Aut11ur
d"ell ,, on s"alarruail de cet état qui réve1ait
un mal ecret. liais elle se refusai I à eu lai ser
de,·i11er ln cause. Toujour de plu en plu
impénétralile, elle :,e rJidissait dan a douleur ilencieu e, rommt&gt; dans une armure
qu'aucun elfort ne pouvait bri er.
Ce qu'elle 'ob tinail à ne pa dire, il est
aisé de le de\'iner en e rappJant l'outrage
dont elle avait é1é "icliwe. Ocu1 moi ' déjà la
éparaient dé lïnoublialJle nuit durant laquelle elle était LomLée ous le dé:,ir brulai
d'Olivier. liai le Lemps avait beau 't:ofuir,
le om·enir de la Oétri ure sul,ie ne 'e!Taçait
pa . IA trace en re lait dans a 111émoirc
aussi profonde que dan a chair. L'impr&lt;'ssion douloureu ·e IJU'elle en con ·enait la
maint nail en une altitude de réwlte el de
colère, qu'elle di.simulait sous a froideur
1ouluc, appeléu i1 . on- aide ain i qu'un frein
néce~ aire pour coutcnir les éclat de sa vengeance. c rnnger ! Elle y était résolue. Mai
clle entendait ue le faire qu'à son heure,
11uand elle serait sùre d'i réu ·ir et de poumir ca her à a grand'mère pourquoi et de
quoi cil!.! se vengea il.
C'e·t à celte con.,,idéralion que Talvau avait
dù ou sa lut, au moment où ses bra , ép □ i é
par une lulle crimiuelle, lais aient retomber
le corp· iuerle de .a 1·ictimc. lai., dans la
pen·t~ de cefü-ci, il était déjà condamné.
L'hoo1me qui l'avait po édtie par un abu de
force ne pouvait rester vi,ant si lie-même
1·ivait. Comment e débarras erait-elle de lui?
Par &lt;1ud moyen lui ferait-elle expier .on forfail? Elle l'ignorait el ne cherchait pas à le
pré mir. En la quittant, Olilier avait juré une
éterntlle .fidélité, promis de re\'enir. Elle l'attendait à ce retour-, prèle à tirer parti des circon lances pour t'Xercer ·on droit de le cbàtier. Loin d'aJfail,lir ses résolution . le jour
cl les heure·. en 'écoulant, les rendaient
plus inéuranlables.
Et cependant, lorsqu'elle d,•,œndait en

.MAD"E.MOlSELL"E D"E Cl~C'É _ _ ..,

ellt.!•mème, ce n'e t pa uniquem, nt ùe la il a trahi la sincérité de la passion qui l'euh.aine r1u'f'lle ' lrournit, cl ce Irait, qui 11c trainail.
Elit: ne doutait pas de la sincérité de ~ou
$aurait èlre pa é \IU ilencc, n·é1onnera
que ceux pour riui le cœur de la femme est raris~cur. Si l'amour pouvait ufüre 11 cicuscr
uri line fermé. E11lre ll'~ pou~se. \Îgoureu~es le · crimes qa 'il fait commellre, elle cùl parde cellt! haine, apparaissait parfoi. , hurublc donné et tenté d'oublier la violence impo éc,
el fragile, une fleur de clémence, lorsque, la domination exercée, tout ce qui la laissait
par e:.cmple, lllle de Circé était contrainte de humiliée. Au ri que même d'être éterndkrendre hommage ;1 la lvyalc rigueur a,·ec la- meut malb.eureu.e, elle t:ùl considéré le maquelle Olivier Ol'ait tenu I paroi,•. Elle 11e riage comme une réparation ufûsante el 'en
pouvait lui reprocher de l'arnir lrompee. Ce serait reruise à l"an•nir du ~oin d'effac:er l'ou4ui était arrr\'é, elle y a"ait cunsenli. Oe la tra~e. ,rais ~a nais ancc, son rang. le nom
respon.abilité &lt;le l'outrage, elle de,ait porter qu'tllu portail, l'ob.curité de celui d'Ofü·ier,
sa p:1rt. IWe s'y était prêlée, en cou entant à l'infériorité d11 a condition ne permettàienl
lais.cr auver ~n frèr!'. rn contrariant de ee pas un tel dénouement. C'e.t 111 c·e qui renchef une delle dont par avam·e elle ronnais- Jait, :1 es 1eux, irrrparable et indigne de
saiL la rançon. i coupable qu'eùL été Olivier pardon l'àcle odieux qui l'avait perdoe, el
en abusant de sou poul'oir, en dictant iolkxi- tandis qu'une voix s'élevait en elle pour délilernent sa loi. :;a fault s·auénuail de luut fendr(' Olivier, une voix plus haute répondait
ce 11u't·lle-mè111e se rapprlail a,·oir fait pour pour l'accuser. C'est cellc-d qu'elle écoutait
raue11drir. Elle se re"o)aiL le suppliant après el dont le- accents impérieux étouO'aienl
l'avoir l,raré, ver·anl de lartnl'S, édifiant de l'autre. Ain.i, elle e dél,allait entre ce qui
lui prèchail fo pardon et ce qui lui prêchait
:.e propre. lllain. la tentation ;\ laquelle il
avait urcombé. Ce souvenir de leur réci- la vengeanl'e, et cette lutte l'épai, ait, la
proque fail,le. -e plaiùa,t lle,·ant elle pour livrait à une torture dont la mort eule fa
délivrerait.
celui qn'elle a&lt;"l'II, ait.
L'absenre d'Olivier, le silence qu'il gardait
A ce souvenir, sa mémoire, :1 tout in tant,
en ajoutait d'autres, !ont un Ilot de sensa- exasp '•raicnt celle ouffrance. an nouvelles
tiom t1 peine re ·s nfie·, dan l'emportement de lui, 1 ahrlle ~e demandait s'il allait mainde ses protestations de vaincue, mais qui ~I.! tenant l'abandonner comme une épnve el i
prrcisaient mai11Lenanl, san l'irriter au l'ardeur de sa pa ion, inrnquée ur le premême degré qu'au moment où., pour la pre- mier mOUlent pour sa ju tification el son
mière foi , un ~iruulacre d'amour le avait excuse, était éteinte. Avait-il résolu de ne
é\·eillél•s en ~011 èl re révolié. Diljà nai sait plus rewnir? Espérait-il se foire oul,lier'?
Elle ne savait que pcn•er. Mais die ne se
ri! iguait pas à l'idée qu'après avoir détruit
son repos et la dignité de sa vie, il se consi.
dérerail comme liure de tout eng~gement
en"er elle, la traiterait en étrangère, oserait
tenir à une autre lrs propos qu'il lui avait
lenu à elle-mèmc. Son re rnlime.nt s'aggra.:iit de cette jalousie incon~cienle, sous laquelle l'amour était l'n train d'éclore A
qui lui eût alors prét.lit qu'elle airuerait un
jour l'auteur de on inforlune, elle eût répondu par des protestations indiguées. C'est
l,ien l'.iilJOUr ct:pendant qui se mêlait à a.
haine. Mais il 'y mêlait ~ans la dé armer.
Toul éLait agitation, ronfu ·ion, m1stère dan
ce cœur ulcéré, où l'urgueil enlrelenail un
impérieux besoin de représailles el CJUÎ ubi ail en ruèmc lt•mps les premier ellets de
celle naturelle di. position de la femme à c
sou.mcLLrr à l"homme qui l'a possédét-.
0

Hl

Le con,missaire gtt11éral Je poilu do1111all lect11re des
lexie$ dt loi qni .J~similtnl aux ac,uses «ux qui
leur 0111 Jonnc asll~. (Page '!,(1/,.)

dan son cœur ce enlimenl m)· Lé.rieux. que
conçoit toute femme pour l'homme à qui elle
a appartenu s:m~ l'aimer, qu'il l'ail pri e
par la violence ou qu'elle se soit donnée
Yolontairemenl, quand, par 11uelque trait,
.., 28.'i ....

Depuis plu de d~u-\ mois, Mlle de Circé
vi,·ail dans cet état d"abaltement el de fièvre.
Elle sortait peu, passait ses jouruées dans a
chambre, expliquant ce goùl subit pour la
solitude et a dauslration ,·olontaire par la
riglll'Ur de l'hiver. Tout ce pillore·que pa)S
de Franche-Comté, à cette époque de l'année,
est en~eveli ous la neige. Elle blanchit de es
nappe d·ar 0 en l, cristalli ées par le froid, les
prairies et les mont.~. Elle allacbe ses slalactites aux branches de sapins. Ellt: remplit
jusqu'aux bord les combes profonde., s·a-

�1t1STORJA
moncelle . ur le roule,, aux loiturei; de~ celle \ i ile ioallendue, Je per on nage déclina
cbàteau le main üde . Au moment de
ferme , enveloppe le pa agl' •t les horizons
es qualité en monlrant l'écharpe tricolore parlir, il prononçait de parole menaçante .
d'une uniformité il •nrieu e. Libre de re- qu'il portail , ou sonbabit.C'ét.-iil le rommi.prendre ses habitude d'autrefoi:, la mar- saire néuéral de p-0lice du département du Il afûrmait, d'aprè· des rapport émané · de
quise de Circé aurait 11uiL1é le chàtcau, dès Doub .. li vc,nait de fit, :inçon, muni d'un l'admini ·tration de douane, , que Tal\•au arail
le commencement de décemLre, pour aller mandat d~ per11uisition, à l'elfot de 'a urer été rn dan le pay,. Gro j . ant la voix el
vivre à Pari pendant la durée de la maurni e que le château ne donnait pas a!'ile au ieur prenant une attitude hautaine, il donnait
~airnn. C'e. t m~me ri' 'l" ·en rentrant en Olivier T.ilvau. pré,·cnu du crime de haute lecture des textes de loi qui a imilent aux
accu é , pour l'application de peine , ceux
France, elle . e propo. ail de f:iire, autant trahi on, qu'on suppo~ail ·'1 êlre réfurrié.
qui leur ont donné a ilr. li annonçait qu'il
pour c dérober aux ri:rueur du climat ,,uc
A cc déclaralion. , Cha eral, surpri~. pro- lai~. ait dan le pay un peloton de gendarmeg,
pour prbenter dan le monde , a petite-fille te ta contre l'inju. tice des nouveaux. oupçons
et on petit-fil ·. liai le:- incido!nl . urve~us conçu p:ir la police. Il fit remarquer au avec la mis ion de arveiller les abord. du
l'avaient décidéè t1 ajourner se. proJcl . Elle commi aire géo :rat que le fu~itif, à suppo r château, et . 'éloi gnail enfin, certain d'a,oir
in~pîré un efTroi alutaire.
ni• ,·oulait rel'Coir aux usage~ de a vie pas ée
qu'en quittant Pari ·. il , e fût dirigé ver Pon11 erail-ce po .. ihll' qu'Ol1,1er flit prè'
que lorsqu'elle crail tranq111lli ée ur le sort tarlier, a\·ait dtl profit r du voisinage de la
d'ici?
pen. ait I abelle. Chmhe-t-il à pas er la
de Hobert.
frontière pour ,e mettre en sûreté. L'em·oyé frontière? A-t-il \'Oulu .e rapprocher de moi? r&gt;
Loin de . e plaindre de cette déci~ion, l:a- de Fouché n'en di con\·int pa . füis .e
Pour la première foi. , dt-pni lonrrtcmp ,
bdle . 'en était montrée . atbfaite. La p r:~c- ordrt·. étaiPnt form •1s. lis lui enjoignaient de
tive d'un hiver pa. é au cbâteau ne pouvait pcrqui~ilionoer dan le cbâwau, et il entendait elle eml,foit .orlir de a torp ur. comme. i
l'efîr.11er ni lui déplairt&gt;. C'était ~a vie _ci_rdi- les ex éculer. Cba~st•ral e rt1 i11 na à ce qu 'il ce qu'elle ,·enait d'appr•ndrc eùt imprimé à
tout . on être une ccou e.
naire, continuée dan les mèm · cond1llon
n • pom·ait empc•d1er. li ·'offrit même à guider
que jadi.• une vie qui mainten:int répondait le. r ch rd1 ,. Elle, eur •nt lieu et n'am uèrent
XXII
plu que jam~i à . on étal d'âme. ~~lie répu- aucune dltcouverte. Pendant qu'on yprOC'édait,
gnait tant au mouvement cl au bruit. Il e. t la marqUJsc .. sa petite-fille el l'aLbé étaicut
Le même jour, elle ,·oulu t monll.'r à d1e\·al,
des Lies ure· qn'enreoime le contact de la revenus des Etrache . Il fallut leur avouer la
mal!!'!'é
le froid, malgré la neige qui com-rait
foule. La ienne el.irrcait l'i ..olement. Au cbl- présence de la police et la mis ion &lt;Ju'dle
le
.ol
d'un épais linreul. :i. rrrand'mère
teau . cet Lolemt'nt était facile. La conlrainte aŒ·ompli ~ait.
pous,a les hauts cri·. Aller ~c promener en
mP.m1! qu'elle dev it ,e faire pour cacher on
La marqui.e fut boult•rersée par la révélamol à ceu parmi lesquel elle ,·il'ait ne néce. - tion des danrrers qui menaçaient le jeune plein bher, ri 11oer un accid1•nt. hraver la
sitait pa de t•llorts u-de. u · de on .énerµic. bommfl dont le dévouement aYait pré ervé sa ri1,r1.1Cur de la aison, c'était folie. Elle n'en
Elle n'av, it à redoutH ni le: que lion indb- maison d'un irréparahle d; ·astre. Ce dérnue- per i la pa moio dao . a ré,-olution. La
crèle~. ni I inlerprélaLion malveillante· . meot, elle en irrnorait le eau. el ; elle le marqui ·e, redoulant de l'irriter, se rési 11na.
L'nb.cnce de son frère et le. raison· de celle croyait désintér . é. P1nétrée de reconnai - J.;lle l'ennagea eulrmenl à ·e faire accompaaner par Cha rai. .fai bahelle entendait
ab ·eme suffüaient à expliquer a tri ·le e
ance pour son ~duveur, elle s'affü.,cait de le être •ule.11 fallut c soumdtr' à .a Yolonté.
qui, dans ses manife talion., ne di~1:rait en .aroir en détr s_e el de ne pou\'01r rien pour
Elle partit, parcourut la li"oe de· rrontièrcs
rien dll la Lri te e que le mème motif cn.,.cn- lui épargner le ort qui l'at1eodni1.
ur une éll'ndue de 1,lu ieurs lieue., 'jetant
drait autour d'ellr.
Quant à l ·abelle, ell • compr nait mainteDu reste, sa rulonlé de ne pa laLer péné- nant pourquoi Olivier n'avait pa. écrit. Traqué audaricu. enwnt ou. les boi , blanc" de gi\re.
trer le ocret de on mal, loin de 'affaiblir, pnr la police, comment aurait-il pu 1krirc? franchi.. ant ·ur la lace I torrent , lravcrant le défilé étroits, exaltée, anxieu. e,
·'accentuait de jour en jour. Plus clle alkit, llan . on l"œur, en proie depui tant de jour
'attendant à tout in tant à voir Olivier lui
et plu elle s'appliquAÎt : le dérober à autrui. à d'irrilanle pen.ée , nai · ail une angoi~se
De, a\'(mx, mêmll à sa rrand'mrre, tJe l'auraient altcndrie, la pitié naturelle aux àme géné- apparaître.
Quand elle rentra, à lo tombt1e de la nuit.
pa oula ée. Elle e ·erait r1 proc_h • comme ren es, pour quiconqut· ouffr • el va périr,
son
anxiété durait toojour , entretenue par
nn crime de confe · er à la marr1m e a dou- cclui-111 rnt-il un con ·mi. ... on re entiment ne
loureu e avenlure. C'e t autant pour èlre dtk.armait pa . l:ii il perd dit quelque cho. e l'e. pérance de découvl'ir celui dont l'image
a~ ur~e que celle-ci n'en saurail jamai· rien de . on caractrre al,,olu et farouch•. Ce que hantait a pensée. Ce qu'elle avait f,tit cejourlà, elle .e propo ait dti le recommencer le
qui: pour, 'Jpargner une honte nouvdle qu'elle
eraicnl pour Olivier le con. équencc de
!end
main. Le langage de boromC! de police
per·i rail à en l'airem), tèreà l'alibi füucombe pour uite diri~écs contre lui, il lui uffi ait
cl à Cha ,eral. Quant à eux, ils étai nt trop pour le de, ion de , e rappel ·r certain faits l'avait com·aincue que on amant errâit dan
le pay . Elle voulaiL le trournr, le mettre en
loin de la \'érité pour l:t deviner. Il:. allri- antérieur~. 'il tombait aux main. de reu
buaieut aux même eau es l'accaUcmeot de qui le cherchaient, traduit aus,ilôt de,·ant une gard • conlre leur piège . A!!issail-elle ain ·i
l'aïeule cl celui de ,a pelite-fillt&gt;, ,'inquiétaient commi ion militaire, il payPrait de a vie la p3rce qu'dle inclinait au pardon ou parce
moin der lui-ci que de œlui-là, n'i norant mise en liberlé du mar11ui flobat cl de I s qu'elle ne rcconnai ,ait à personne le droit
pa · qu'à l'.i"ll de la mar,111i,e le coup · de complice . qu'il avait ordonntlc, au mépri de de lni ravir sa reogeance? Elle eût été hor·
d'étal de le dire. Elle ubi ·sail des ensation
l'ad\er,ité ont ouvent mortels, et r.aressanl
dC\oÎr . En enrisaat•ant celte dc:-tinée. confu e et contradictoires, leur obéi..ait san
l'e poir qu'a,·cc le temp , la jeune.se de Mlle de Circé entait 'amollir sa haine. Le
le· raLonner, emportée tour à tour par . a
~Ille de Circé erail ,·ictorieu.,e du ~a douleor.
ouvenir du bicnrail que le bienfaiteur allait
Tdle étail,au commencement de fëvricr t 06, exri ·r i chèrement devenait en on e prit colère, soudain ravi\·éc, et par de pensées
de clémence. Elle ne .e pliait pas à l'idée que
la situation qu'il romeuait d'expo~er en tou.
au: i puis. ant lJUe le .ou,·enir de l'outrngP,.
e, détail pour rrndre c-0mprében iLlc le Elle soon-eait moins à . e venger d'Olivier qu'à le crimll d'Oli\'ier - ce qu'elle appelait . on
crime -re Lerait impuni, et clic trcmlilait de
tra i11ue dénouement de cc rt'cil.
lui porter secour , mai ~an a\'oir, lant elle le voir périr.
Dan la matinée du premier dimanch • de r tait lrouliléc, tiraillée entre de, entiment
A la lin de cette fiéHeuse journre, elle avait
ce moi de fé,·ricr, la m1r,1ui e, !~a belle el
onlrair · , i c'était afin qu•it vécût qu'elle
l'aLbl .laucomb, s'étaient rendu ;) l'é 11li.e aurait rnulu défondre . a vi • ou si c'était afln allégué a falirrue pour se donner le préle1te
de reulr•r cht•z elle. L'appartement 1p1'clle
de · l~trache!' pour a i Ier à la me. ·e parois- d'ètre seule:) pou\'oir en di po. er.
hahitait depuis le retour de a grand' mère
~iale, et Cha -~eral s1• trouvait seul au château,
Elfe ne rel'oana un peu de rolmc que était itué au r z-de-chau ·,ée, da11 · l'aile
quand arrirn en traineau un per ·onnage lor.-l]UP le perquisition eurent pri ûn. Elle
inconnu de lui, e. corté de qnalre neod rme,. aYaicnt été raine . Le commi.!&gt;.lirc "énéral gauche do château. li ~e compo ait d'une
Com,ue Chawral 'informait de l'ohjet de de police e ,·oyait contraint de quiller le vaste chambre agrandie encore par le ~alon
11ui la pré-iédait, auquel elle était réunie par

,

_________________________________
.MADE.M01SELŒ

DE Cffl,CÉ

une lar·•e ouvi·rlure en forme de bail'. Le
1·r0Lée;. donnaient .ur le parc. Pourcombaur,
le froid IJUÏ ré"nail ous le haut el \ieilles
,oûte:,, on l avait iu. tallé un poêle monumental en Ta:icnœ, comme on rn \'Oit encore
Pn ui e cl tn Allema ne, de,·ant lequel une
table el un fauteuil, proté" ··par un paravent,
0Jfraier1t une sorte d'abri.
C'étail, depui le eommencement de ce
ri,.ourcut hi\·c:r, la place préfér~ d'Labelle.
Lil, hien . OU\ nt, ·Ile aYait pleuré, médité,
re,u par la pen~ée le pa . é lrai;iquc: et, avant
d'aroir suhi l'indélébile 0étri ·ure, rèl'é d'un
avenir plu doux que cc pa,sé. La force de
l'hal,itade l'y ram nait tuujours . ._'i maiuten:mt lie n'y pou\"ait plu· olller le même
con olation ni lt's mèmes e p{,rance qu·autrdoi', Ile · tromait encore la lib1•rté de
l•·rst:r d larme,, m, être troublée, dan, le·
manif,·tation de .a Jouteur, p r lt's témoign:i,,e d'uoc ·ollicitude importune.
\'cr neuf heure , ce oir-là, elle ,, étai1.
Lri ée de corps, lasse d'àme. 1:n lh--; è était
ourert de,·ant elle. on goût pour I lt·cture
datait de :on eu Cance. Il s'était «Jé~·eloppé
avec s011 iotclli 11enrr. et . a rai~on. Elle lui
du,ait les moments les plu. doux de . a ,i1•.
.t'u11 1·olœ d"h1,miJ/tt cr'-'lal/i t!t, tint oml-rt mou·anle se dtssi111Ji/., .• Sur lert~ord
Mai queli1ue pui ant et efficace qu'il Iùt, il [)errj r, /.r 1•1/rr coui•trlt't'.d.!ritur
d.t' /J C/Oistt, un homme se lm.ri/ as.&lt;is, II',1/?C :87.)
Ill' l'était plu a:sez en cet in tant pour la
distraire de :e préol"cupation . Lefü re restait
011\'ert à la mème parre. ·e yeu1 ··y fixaient
uni' lran,formation déci,h •. Grandi ou li&gt;s pa · m'expatriersan vou. reroir, ~an. implorer
peut-èlre, mai· non ~on attE&gt;nLion. Et nul
rc ::-eutim1·11t.· . contenu par la haine, mai
à 1 e11ùux mon pardon. J'ai été .i coupahle ....
effort u·y JIOm·ait rien. C que la ie mèt _-ur
fécondé
par
le
larme~,
l'amour
ét'lataiL.
En
Mais je \'OU· aimais .... Oui, je \'ou- aimais
notre route, pein s ou joie,, l'sl autr •ment
retrou\'ant le malht·ureux qui 'était perdu comme je rous aim encore, comme je mus
absorbant 11ue la magie des poème , les imapour, unir1ucment, c donn1•r le droit de la aimerai toujour .... r&gt;
ginations de, romans ou Je· évocation de
tenir
dan c bra , elle _entit touL .on ètre
l'hi toire.
Elle l'interrompit, en di. :int :
cfoudrc dao un ·uLil attendri s•menl, el
« 1·ou· reprendron. plu tard cet entretien.
~ oudain, · la vitre, derrii!re le lourd·
monter en elle, comme un Ilot qui \"3 bri cr Quant à pr ·~enl, il ne faut .onner qu'à
rideau lt•ndu · devant Je. croi ée~, un bruit
tout les dirru ,ippo~ée à son pa~ a11 e, une réparer \'O furce , qu·à vous meure en état
e fit entendre mais ;i léger, si timide, qu&lt;',
:ération plu forte •1ue ~c r .cn- de partir demain matin. Chas.eral e charuera
bien &lt;Juïl fùt arrivé à n oreille, elle ne e commi
liment.
d'a surer votre fuite.
retourna p. . llienlôt il
reprodoi il. Cette
Toute
déraillante
de
l'émotion
qui
la
méta- Allez-vou. donc lui faire l-avoir que je
foi. , elle reb-a la tête. Pui Je choc redonmorpho ait, elle n'i•xprima pa d'abord ce
ui ici? 'écria-t-il avec effroi. on, non, que
1,lant et devenant plus fort, elle alla, au
qu'elle éproHait, ou i tlle l'eiprima, cc fut tout le monde l'ignore. Cachez à tou ma
comprendre encore, du oté où il était venu.
d"un :icceut de ré.:ene timide ,,1 craintive, à pré ence. Permette:,; que je re le là. C'est
ln· 1inctivemcnt, die écarta h, ridt•au. lJ •rrit·re
laquelle Olivier dernit e tromper. Elle u'eul pour vous ,·oir pour vou parler que je ui.
la ritre couverte d'un mile d'l•umidité cri tald'autre élan ,·er · lui qu'un élan de -Ollicitude, \"enu. i ·e me prh·ez p:1.1 de cc bonheur. C'e t
lLé • one ombre mouvante se dessinait. Cette
tel qu'elle eût pu l'a,oir pour un inconnu qui peut-être la dernitlre fois 11ue j'en jouirai.
fois elle comprit. Éperdue, elle omrit la
l'aurait
sup1iliée de uula 0 er a détre- e. Elle Dan quel11ue · heure , avant que le jour se
Croi { ·. ·ur le rebord e lérieur, un homme
·al,
tint
de toute allu ion à r1hén ment qui lhe, je crai contraint de partir. Personne
,e t nait a,.i ..\rant m me qu'il eût ,auté
.
e
Jres
ait
entre eux. Ufüier demandait asile. que vou ne ru 'aura rn, personne que vou dans l:i d1amlire cl mal!.l'ré le eba~au dont
L·asile
lui
était as ur ;_ 1,. première parole ne ~aura que je . u.i, ,·cou. J
lP. Jar •e aile· carhail'nt
ligurt•, elle le
qu'il
entendit
fut pour le lui dire et pour lui
J.. ahelle le regardait, émue, apitoyée, pénérëConnut. C't:tait lui. Mai:. Jan quel étal,
apprendre que le m1'mc jour. ~eut 11ui le trée par cette \"Oil. dont, n. !!'llèr~, le- accenl
2ranJ Ohd le. )"CU cr a~ .parla ~oulTranœ,
cherchaient avaient fouillé 11· ch,He:m du haut pJ. ·ionné l'a,·aienl olfcn. ée, ne 'é1onnant
la p •au 1,1 uie par le froid, les fètements
en
ba · a,·ec l'r.,.poïr de l'y troU\w. Et comme, mêmll pa de l'é,·outer an colère tl d'être
.-ouilfl:, et d~cbirés.
à celle oou\'dle, il ~·alarmait, fai~1il mine de ain i Jésarmée, alor que, la reitle encore, •
1, r pelldilnl, à celle minu(('. en Je
·euîu.ir, 1 abdle lui rend11 coufiaoœ en loi elle ne on°eait qu'à e \'t:'D"er.
royant tel lfUÏl était, larn niable &gt;t mécond~darant que, pour quelque heure· au
« Eh bien, ·oit, 'écria+dle. Il sera fait '
naisi-aLle, pr ,er,t, ru •nacé, pour ui1·i, • ra ·é
moin , il était en ~ùreté.
ui\'anl
,·oLre dé.ir. Vous dormirez ici, apr'• ·
par uu inc.xorable d ' :tin, qu'J ahclle ,e
c J"ai eu peut-êLre tort de solliciter votre arnir pri · une nourriture qui rou est néceslai a pr•ndr • de cœur, &lt;'omrne. 1•lle ·'était
protection, fit-il alor .. Peut-ètr• eût-il ruieux .aire, à en jugc·r par volre air d'épui emcnl. »
lai~ é pr ·ndre dti corp~, nni ·an rési. tarw~.
,·alu continuer ma route pou1· ne m'arrêter Et plu bas, elle ajouta : &lt;i Je veillerai ur
celte fois. Cc fut, d, rr un rapidité d'édair,
qu'au dd.i de la frontière. ~lai je ne voulais YOU ·. I&gt;

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suivre. ,;

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LES MAÎTRES DE !.'ESTAMPE AU

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TOILETTE. -

"Li~EZ-MOi"

HISTORIQUE

Giraudon .

Gr:11•ure Je FRI UDEBERC. (Cabinet Jes Estampes,)

Clkhe Braun cl (" 1•

MADAME ÉLISABETH , SOE UR D E LOU IS XVI
LlBRAm IE ILLUSTRt E

Tableau de i\lme \'IGÊE-LE BRU:'-J.

75, RUE ÜAREAU, 75
l&gt;4RIS 'xlv- arrong' .)

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 30, Febrero 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Frédéric Loliée</name>
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                    <text>, - - fflSTOR_lA

LA

VIE U' AUTREFOI . -

CHA.

T E OR DE COlol PLAC-TES.

-

Tahltau de MAORICEt,l.ELDIR.

Clicht Giraudon.

LA DUCHESSE D'ORLÉANS AUX EAUX DE SPA.
FÈTE DE LA SAUVEi 'IÈRE.
Tableau de l' Êcole anglaise. fin du xvm· iècle. (;\!usée Condé, Chantilly.

�Lis~AJIUE ILLUSTitÉB. -

JULES

TALLANDIBR,

&amp;&gt;ITBUlt.

75, rue Dareau, Puis (XIV• arr').

29e fascicul

Sommaire du

(5 Févner 1911 )

DAMES D'AUTREFOIS
Jli=;:-mv ROUJO:'. .

Loc;vcr . . . .

+

Dames d'autrefois: Madame de Genlis .

.te l"l11stll111.
CO.IITE DE EGt:R

.1

Deux généraux russes . .
L'!:xo~e des Girondins . .
Memotres . . . . . . . . .
Le prince de Conti . .
. . . . . .
Le Lieutenant-Civil Dreux d'Aubray .

. ..

CiE'.'IÊR.11. DE ,\L\ksor ..
DE: CAYLUS • . . •
C'II.GA!LL\'DETA Rll'IES

"1"' 0

Paris au XVIII• siècle . . . . . . . . . .
Le mystère de Nuremberg . . . . . .
La Courtisane de la Grande-Armée . .
Amours d'autrefois : n ménage royal
Mademoiselle de Circé . . . . .
Au bal des ifs . . . . . . . . .

;\IERCll:.I! • . . •
LES

Uocm: . .

l DA 'àl:-.T-ELMI:..
p AUI. AULOT . .
ER'.'IE T DAUOE 1 .
tm• !JI, R AU ' l:.T

ILLUSTRATIONS

.
.
.
.

Madame de Genlis
Par HE RY R.OUJON, de l'Institut

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS ET ESTAllPES Dl!. :

BERTHA LT,

BLANCHARD,

,\BJlAIIAll

CHAPERON, LÉON Cor.x1ET,

Bo r-,

ONR.tD,

PHILI PPE DE CHA)IP.\GNE.
DIIPLE ,i-BERTE.\UX, J\\!EDÉE

TIRÊI! EH CAMAÎ.EU :

E GbE
FA RF,

BARON GRO
JI ERSE;,;T, 1'\AGl•ELE!NE lJ OflTIIE:II EL~, LE CLERC, LEG.!US ;\\,1S ' ON,
;\I.E:-.'JAUD, ,\loR EAO I.E JEU:SE. NANTEUIL. RAFFET, Louis DE · ,1l'&gt;T-.\ 1...1m,, .. - \'.
CHELLIIOR.'i
\\'EllACll·ÛESFO TAINE • AN CllUPPE;,l _\ \ •• YIGÉE- L F- BRi.;:s._ _ _ _

LA DUCHE

E D'ORLÊA -,- A X EAUX IJE
D

PA : FÈTE

LA 'A \'ENIÈRt::

Tabh!nU ùe J'École anglaise, Jin du

X\'111'

sièdc (.\l u ec Conde. (ïiantill) /

Copyright by TallandJer 1910.

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MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 131 du 10 février I o 11
GYP. Joies conjugale : Heure tranquilles. -

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BAil RE', de l'A~adt!mic franç:ii c. llan l'lsola B elin. - .\I HRICE 1) '\X,\ Y, Je
l'Académie françai c
n mariage. - II E;,;m 'ECO.' D. La mort du vieux chat.• l ' î Cll,\ NTEPLE RE. Ame fé minines. - H ENRI ~L\ZEL. Parade \\'attenu .-Rlc 11ARD O'MO'.'il{OY. Le vide-poches. J EAN ,\I CARD, de l'Acadcmie frnnçai~c. Cruauté déç ue . - II ENRI 1.,\ \ 'EL&gt;,\~, de l'A~ajcmie rrançai ~- Le prince
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Afin d'éviter des erreurs, priêre d'écrire trés lisiblement toutes les indications.

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La Jeune. e du ,·oi Loui -Philippe a
trouvé c1) M. Anatole Gruyer un nouvel hi torien dont la méthode est • ùre et charmante.
Le recrretlé con rvateur du mu.l1e Condé a
publié toutes le peinture el toute les miniature de Cbantill · relatives au roi-citoyen
el à sa famille. C'est une orle d'album p cbolo11ique, accompagné de commentaire à
la fois crupult!UX et all endri . L'analy.e de
ce tr,. ·or icono!!raph1quc
e igerait une longue étude.
A11 demeurant. 1. Gru ·er
a lai é bien peu d cho e
à dire, après loul ce qu'il
dit exceUemmenl. Il connaissait intimement tout Je
per onncl princier dont il
'e t fait l'annali te affectueux. li avait toutefoi .es
prédil ction., qu'il e plaiait à avouer; il préférait
ne point insi ter ur les
'véril' . on croyon bien
qu'il réservait le meilleur
de sa sympalhi à l'un des
meilleure et de plus douces femmes qui aie.nt pratiqué la vertu dan la grandeur. Loui -Philippe eut
pour mcre une exqui e
créature de ouffrance cl de
bonté.
Qu'il e t douloureux, ce
portrait de Chantilly, non
montrant la duch se d'Orléans, en i 7 6, dans a
!!l'âœ dolente el rési!mée!
La baronne d"Oberkircb,
bon juge des cho·e du
cœur, dit dan ~e Mémoi,·es : « ladame la duchesse
portait partout une mélancolie dont rien ne pouvait
la guérir. Elle ouriaitquelquefoi et !:'Ile ne riait jamai . Elle cherchait à e di Lraireet n'y rén .i8 aitpa . »
Cette araode dame était ce
qu'onappelleau village &lt;rnne
maumariée )). ~on mari, 1
futur E11alité, an être tout àfait nnméchanl
bomme, commellail. par veulerie, toutes les
gro se rl pelit • infamie . Femme ans
époux. mère , an enfaots la fille du bon

60 pour l'envoi des__gravures, 0 fr . 25 pour le stylographe et pour
les livres O Ir. 26 (Paris) et O lr. 86 (Départements).

Slf1{P'R_1.ME MER._VElLLEUSE

IV. -

HlSTOIW -

ra c. ·ig.

duc de Penthièvre ful la mari re du maria 11e · a mélancoliqueef6gie la miniature où triomd'Etat. « Elle apparaît, dit )1. Gruyer, dans phe la fringan(c Mme d • Genli . Ah! la vérice portrait du musée ondé, comme l'ange dique ima"'e d~ rouée! ous un giganlc.que
de la douleur el de la ré ignalion. a tête, chapeau, qui semble d'aujourd'hui, la papresque de face, et comme accablée de tris- tronne des ioLriganle non montre wn
tes·e, e penche douloureusement ur l'épaule effronté mu eau de oubrette arri,,ée. La
gauche. Le beaux yeux, grand ouvert , ne doches e d'Orléans dut e Jais er tout prenemblenl plus avoir de vie que pour pleurer; dre par ce petit mon lre charmant et charet la bouche, en parfait accord avec le ·eux, meur. Pa e encore pour le mari, qui n'élait
pas de ceux &lt;lonl la perte
estirréparable. lais la ~ournoise institutrice sul se
sub tiluer à la mère. ainteBeuve, qui n'a pas o é dire
de Mme de Genli loul ce
qu'il en pen.aiL, s'est amué à vanter on génie pédagogique. Elle pos.édait, at-il dil, « l'ouliluniv r l ».
ll y avait qm•lque Cau ses
clef dans cet outillage; la
gouvernante des enfaol
d"Orléans crocheta leur
cœur . i le jeunes prin~s
n'avaient pas été fil· ùe bonne mère, la ru ée cabotine
Je vertu eût fait d'eux d"accompli imulaleur . Elle
les dominait, Loui -Philippe, drj4 grand, \·énérait
candidement la maitre. e
de on pèrt! : « .l'ai diné
hier à Bellecha · e, écrivaitil dan on Journal ·anvier, 1791). Le soir, aprè
le ouper, je ui rentré
ébez mon amie : j' , suis
resté jusqu'à minuit et
quelque minutes· j'ai été
le premier 11ui ait eu le bonheur de lui ouhailt'r la
bonne année. On ne peut
pas me rendre plu btJureu . En vérité je ne ais
pas ce que je de,iendrai
4uand je ne erai plu
avec elle. »
)lADAME DE GE. LI •
li devint quand même ua
/YQprés un lab~au du !,fuste de l'usailles.
brillant colonel de draaons.
Il de,·int au ·ijacobin, maL
exprime le même enlimenl dooloureu1, la gré sa mère, pour plaire à la plu. pré\'oyante
même la situde de vivre. »
des in lilutriœs. Elle lui a,•ait en eigné le
Une voleu e d'amour 'était in Lallée an ton pleurard l dadai de a 'pêdaoo!!ie niaifoyer de la paune duchesse. Rapprochoo de
ement menteuse. Voici ;un document (tout

�111STO'R,.1.ll

' ----------'--------------------------

à fait inédit) que nou exlrayon d'un do,sier
d'archh·e , qui va êlre publié prochainement.
Le j une duc de Chartres e l à la veille de . e

écarte jamai . . Je ne vous cacherai pa non
plu que je n'ai pa pu réussir à me con erver pur an combats, . an ouITrances: ma
ault: même en est quel4uefoi altérée, mai
n'imporle ! je oull'rirai paliemmenl Loule le
pein que Dieu m'en\'erra ju qu'à ce qu'il
me oit permi d'être heureux lé 0 itimement,
el quelque grande· que oient le tentation
qui m"entourent, maman peul être ûre que
j'en triompherai, car j'aimerai'&lt; mieux mourir que de manqUt•r de mœur et à c• que je
doi. à la reli 0 ion. ,Je 1·ous ai ouvert mon
cœur el je ne vous ai rien cacM. J'espère
que ma chère m:iman gardera toul ceci ponr
elle. Cependaut, i mon grand-père avait
queli1uc. doult·s nr la pureté de fil'. mœur ·,
je ·erai · trop ràché qu'il 1 con ervàt, pour
ne pa prier maman de vouloir bien le. disip •r. Je vou demande pardon dé lou •·c
détail ; jt: n·~ ui entré que parce que j'ai
cru que vou eriez bien ai$e de les connaitre. ,,
F&gt; t-ce à dire que 0011 · refu ion. notre
approbation aux. enlimenls parfaitement
louai iles qui 11nt 1· primés dau · celle lettre? Nou no la l'Îtons que pour montrer à
11ucl lour. d'adre c pf:daoo,rique 'entE&gt;ndait
celle bonnr pièc(, de Mme de Genli. . Cne
c·aricature :.e permit de la reprérnnter armée
d'une férule et d'un l,àton de ucre d'orge.
Ces deux engin manié tour à tour lui permirent de réali.er ce produit ine 1léré: une
ùme de prince jacobin dan le corp d'un
colonel immaculé l

li . E l-ce une rai. on, parce qu'ellP a (( roulé 1&gt;
.on . ièrle, pour que la po liSrité demeure sa
dupe? Ah! par exemple, elle a triomphalement joué . e contemporain , PPtion compri , et ce qui de1·ail être plu diflk~le,. "apoléon par-de,su le marché. L'empereur, qui
n'aimait pa. les pédantes, accorda a confiance à cellr-là. On dit, ile. Lnai, ,,ue c'était
une confianc, de fonds ecr t · el que Napoléon l'apprrcia surtout pour ses qualité· rle
fine mouche. La prêlre e de la pédagogie
aurait joué un rôle dan la troupe policière;
l'emploi lui convenait à ravir.
Quant nus bo11nes àmP , elle en voudront
toujours à ~(me de Geoli du lon1r ruart1rc
qu'elle inOi:;c&gt;a 1t l'exquise et douce duche.. e
d'Orlcans. Feuilleton encore le charmant recueil d'imao-c , i éloquemment commenté
par M. Anatole Gru ·cr : la Je1111e.-..~c tlu 1·0
Loni -Philippe. Voici la r •produttion d'un
tahlPau du musée Cnndé, la Fêle de La ,'au1•1:niel'e. Il n'e_ l ri&lt;'u de plus complètement
genli dan · 1 fa te de la cnli cric·. L'œuvre déliordi&gt; de seolimentalité Loui:- cizc. i
Jean-Jac4ues avait as.ez ,·écu pour connaître
celle peinture, il eùl exigé d'Émile el de o-

.\'IT01NE-PIIILIPPE u'ORLÉ.\NS,

DUC DE MONTPEN IER (1~;:'-tllo'.'),

Eeo·m FIL

DE Lou, -Puu.tl'PE·JOSF:PII o'01tÜ.\S!'.
Gravure de MA Olil,
d'après le I.JNeau a".b1t.1,te F,WJ&gt;E.

ren&lt;lre 11 l'armée. Et voici commenl Mmr de
Genli · élail arriv~e à faire parler un dragon
de dix-huit ans :
« JI! n'ai pa pu répondre hi r _ur-lechamp à la lettre de ma ·hère maman dont
j'ai éLé vi,emenl touché. Je parlai~ dao ce
moment pour le Raincy a,ec mon p\re .... Cc
dont je M ·irai parler à ma chère maman ne
conc rne que moi, et je pui , par con. é4uenl,
le confier à la poste. Ce qui fai ait que j'éprouvais de l'embarra à en parler, c'e:,l 11ue
c'e l une de ce cbo e ur le.quelle" on ne
peul pa- 'e pliquer nellement et clairement,
mai puisc1ue maman m'a permi de tout lui
dire, Je vai · le faire. D pui · lon°Lemp je
dé irai vou entretenir de mes mœur::-. Je
.ouhaitais vivement que ,ou connai · iez entirremeol ma conduite. Elles ont, j'o e le
dire, au si pure' .ou tou le rapport 4u'il
est po~sible qu'elles le soient· elle oal intacte . Ma chère maman a peut-ètre cru que
j'avais employé dt! moyen malheureu ·ement
trop répandu · ; elle peut ètre sûre que rien
n·e ·L plu faux. 11 w'a d'ailleur · in piré
trop de prmcipe- de religion, il ont trop
bieu gravé dao· mon cœur rour que je m'en

lin aimahle rom.pondant m'a reproché
d'avoir parlé de )lme de Gcnli an e.pril
de charité. &lt;( Ce n'était pa., dit-il, la pr&lt;'mière Yeoue. » ~on ccrte . J" accorder:ii
même bien volontier qu'au point de me
lilléraire nou négli,.eoas inju tement celle
damP. Elle ubit le ·orl ordinaire de pol ·rtraphru, le quel dL•mlPOdent à la po térité
trop de ses loi irs. li n'e t rien de plu dan0ereux que d"arnir écrit cent \'Olume . ~•empêche qu'en cherchant ùien, l'on trouverait
dan le fatra. de Jme de Genli , plu. d'une
page dign d'ètre relue. Certain· de ~e
Conte· de la veillee ne mam1ucnt point
d'émotion ; .e: Mlmoires ont une orâce
nimeu.e. (C c·t'~t loujour · liien, )) di~ail
ainte-Beure. Mais il ajoutait : « Cc n't' t
jamai mieu1. » Coucédon. que ce n'était
jamais mal. Ceci dit, je rl· le quaud mèmc
en désaccord avec mon corre pondaut. J~ l'ai
contri lé en traitant Mme de lienlis de a cabotine ». Je retire le mot 11ui n'esl pa dans
la lan°oe du temp •. lJi oo « comédienne »
tout .implemeol.
'"1I y eut au monde une créature de faux
i:emblaul, une à.Inc f,trdée, ce fut téphanieFélicité. Toul e.t mco~oo..,.e chez celte ensorceleuse. De qui donc Barbe · d'Aurevilly écrivit-il un jour: a Qu'on ne me parle jamais
de celle coquioette ! » Celle exclarualion vou
vient aux l~vre toute le foi que rentre en
scène le per onnage maquill: de Mme de Gen-

,e-

-

194

-

Lo 1s-CuARI.E

o'OnLt tN ,

COMTE DE 8E.U:JOLAJS ( 1 ~'i()-lllo8), TR0I IÎ:.llE fil,.

DE Lorns-PmLIPPE-jOSEl'U o'01ntAN .
&lt;.rravure .ie ~h. o,i,
d'aprés le laN(.lU à',\Mü,ü FirRE.

MA.DA.ME DE GENL1S -

pompe dom •~tique. 1,a dnche ~e d'Orléans, 0 ie, Paméla, la divine Paméla qui li avait 0 ani~atrice de celle cérémonie de famille e t,
loujour lan!!ui:sant,·. était allée au eaux de courir comme Atalante ll. L'eflel produit, les or l'oublion point, la mailres.e en fonction
pa. La source de la ,'au"enière, doot la r - enfant de la duche e abandonnèrent la pose du papa. Ouvrons un 1'olume de notre ami
Lenotre; nou y trou.on ,iae letnommée quasi-miraculeuse re1re de la duchel se d'Orléans qui
moolail à Pline, lui rendit la
va commenter lamentablement
.anlé. ~lme de Geuli · excellail
la cérémonie de la auwnière:
dan le tal,leaux \·ivants. Toute
(( )Ion cher ami, écrit-elle à .on
fillelle, elle a,·ail .1 jolimenl fimari, vou a,ez déjà fait bf,, ugun: l"Amour qu'on n'a1ait pu .e
ré ·oudre à I ui enlPwr e, poi:coup pour mon bonheur C'n m':'lccordanl me enfant un certain
tique oripl'a11x; elle a,·ait connomLre de foi par semaine ....
tinué 1t porter, dan la vie &lt;1uoLidit'noe, ·on arr, ~on carquois
.le ne ,eux plu revenir sur le
t'l une paire d'aile· couleur bleu
pas é, ain i que je YOU l'ai déjà
d'awr. Elle cnlt'1ait 't-ulemenl
dit. L•s tort que je reproche i1
·e,, aileron le dimanche, pour
)lme de Genlis exi teal et ne peualler ,i la mr~sc. Aux proce:,.sion:,,
venl être délruil , ni par 011
!'Ero païen . l' mélamorplw,.iit
Journal, ni par toul ce 'lu'elll'
enannelot dt• mi.~el. llepui lors,
pourra Yous dire : c'e·t moi 'JIIÏ
!~phanie-Félicité l'écul perpéai vu el entendu tout ce q11i
tuellcmi,nt ('D ce doul,le co tume
111'a drplu. ,,
de ma c.arade.
E111r'uu1ro1is l'llCOrP certain
,\ la au wuièr&lt;', elle or anisa
dossil'r 1k document · inédi L.
tout un petit carnaval larmo·rnnl.
, 'ou y lison une lt•llre, non
or . on ordre, on éleYa, ,;r un
datée, où la mèrr, sevrée de t •nlerlrc de gazon, un autel à la
dre e filiale, exhale moins disRcconnai,.an(·e. en marbre blanc.
crètement sa plainte. Fut-elle
LP. quatre e11fanL. d'OrlPan , .c
em·oyéc, celle lettre? 'ous l'i&lt;rnoélèle,. lraraillèrenl, 1w11dant troi
ron . En tout ca , elle fut des.tiemaine., à l'édification dl' ce
née on ne sait auquel de ces quamonuruent. Au jour dit, Loulrs
tre enfant qui, autour de l'a 11le· jolie pnsonue: :;en ihle de
tel de ln J{ecormais,anre, faipa furt&gt;Ol priée de :,e rPndre à
aienl i élécramment les ge te:
la fontaine, a "èlue de blanc,
de l'amour filial ·
arec Je plumes hlanrhe·, des
u li n'i a pa· de r 1pon e i1
hou,1uel , dl' écharpe de fleur.
faire à voire lcllre, mon enfant.
de bruyère et Je ruban · violcl l&gt;.
Au si ai-Je lai,sé partir ,·otrecourLOCI E·:'IL\RIE·ADÉLAÏl&gt;E DE BOCRBOS, DCCJIESSE D'ÜRLÈAd.
Taodi que la muSÎtJUe du \'au ricr .an lui en donner une. Que
D'après le IJ.t!l,:,.u Je Mme \ '1Gü:- LE BRtN.
Hall rempli ait le' l,oi d'harvous dirai-jP. d'ailleur ? Que je
monie, la duche . e d'Orléan
uis malbeurl•u~e, \'OU le saparut. lendremenl soutenue par
1ez; que je ui très ,ourfraotc,
~!me de Genlis. e: quatre enfant , Char- et vinrent se ré1ugier dan, le sein malernel. l'Ou ne l'ignorez pa": roaî You· '"ou y
tre , ~lontpen ier, Beaujolai · , Adélaïde, ~lme de Gcnli e rappelait a,,ec allendrL e- ête montré bien indifférents, c.ir mes enétaient groupé autour de l'autel, .elon touh:s ment, trente-huit an aprè , cet ~pi·ode de fants sont le euL qui n'ont pa .eulemenl
e, lois de la compo ·ilion. Le roi Loui -Phi- ,on roman 'COlaire. C'éLaiL le lemp où, plu
envoyé prendre de me noul'elle . Le perlippe, coiffë en catozan, a\'t•t· un soupçon de que eptua~énaire, elle po ail pour la ve;.tale
onne que je connai .ai le moin ru ont
poudre, culolle chamois, h:il,it Lieu et bas du pol-au-fl'u; le· ,i~iteur qui Vl'naient lui doon~ celle marque d'iatfrèl. Celle dillërence
blanc , était armé d'un st let et semblail rendn· hommage la lrouYaicot épluchant de
m'a été au cœur. Je vou ai mandé à tou ·
gra,er lui-mème &lt;'elle in ·cription : « Lt•
poireaux et r.cumant le l.iouilloo . Elle enle"ait qne j' étai~ dan un étal affreux. P:t. un de
eaux de la ... mvt•nièrt! t1\·anl 1étahli la an1{•
on tablier de cui:.ine, et la mu~ apparai. - vou ne m'a témoi 0né la moindre ~en. il,ilité
de ~fme la ducbes~e d'Orltlans, e enfants ~ail oudain :ou la ménaghe. Après tant ~ cet écrard. Tom; t·os sentiments, toutes 1·0.~
out voulu embellir le emiron~ de celle fon- d'aooJe el tant de fortune di\"enc , elle pe11 ees avaient w, autre objet que 111ni.
taine. lis onl eu1-mêmes tracé le route ·, plt!urnicbail ncore au . ou,·enir d • la fèle de Ah I mes enfants, que j'ai Le.oio de me flatenl •vé les pi rn•s, planté le lieur· et les ar- la ~nu1l'nière. El elle écri,ail : « Toul ce qui ter que le heoreu x germe r1ue \"OU ariez
bust~·, el il· out d,:friché ce boi · aYt•c plus ét.iil là fondait en larme . Ce qui prouve que annoncés dan · Yotrc première cafance ne ont
d'ardeur et d'a,siduité que les ouvrin riui le. émotion. les plu. vive ont ouvcnt pro- qu'éloutfés el qu'un jour l'amour et le devoir
tra,aillèrenl ou· leur ordreli. &gt;&gt; Telle e·t &lt;luite~ par le 1.:ho. le plu· impie . »
vou. porteront a rendr • à la meilleure des mère ·
l'é,,lo!!lle qu'a reproduite le peintre du mu é
\'oil11 re qn'on 1oil dan " le tableau, d'ail- ce qu"elle aurait droit d·aue11dre de ,·ou ! 1&gt;
Coud,•. Auprè de dî ciple princier de la leur délicieux, de Chanlill . Ce qui ne e
Ce pelit èlre , enveloppé de men on~I',
perle des in,titutric&lt;' ·, on ,oit encore ll•s îOÎl pa , c· • t le d sou cruel. affreux. , ai.: adoraient leur paul're maman lointaine. Jla.is
jeun amie de ~Jmc de Genli , IJcnrielle de 0nanl, de celte impudente comédie. Et le autour de ce quatre rœur. pri onoier veilercey, et ce d1ef-d'œuvre ,h·anl de pédago- mot de cabotinage s'écrit de lui-même. L'or- lait implacablement la Cabotine.
0

HENRY

de

phie qu'il vin eat la baigner de leur pleurs.
Mme de Genli a longuement raconté dans
e .l/émofres comment elle organisa cette

ROUJON,
l7tutil■ t.

�,

,

Deux generaux russes

Je ,i à l\i'&gt;fT1 heam·oup de généraux que
j'a1 ais peu t'onnus à P{,tcr:,hourg, parre qu'ils
étaient habituellement tmployé~ ou rl:,iJaicnt
dans leur~ terres, loin de la cour. Deux .urtout me fr.ippèrmt, l'un par la ,iol1•ncc• de
son caractèr,,, l'autre par des hiLarrerie., el
par une originalité 11u 'il alfrctail, et dont il se
plai,ail à ma ·quer de~ talents cl un Sltnie
qui offu,11uaicn1 s1•s rh·aux.
Le pl'l'OJicr, le :.:éntlral l\ame11,ki, était un
homme 1·if, dur, pétulant el emporté. l"n
Français, tout cllra1é de sa colère et redoutant l'ellel de se oi'enacc , ,int cherclwr un
asile dan, ma maison; il me dit que, a étant
« entré au ~c·riice du général lfomensl.i, tant
« 11u'il a,ait été a,ec lui à P{Ler,IJOurg il
« n'arnit eu qu'à se louer de la maoii·re dont
• il se \O)ilit traité; mab 'lue bientôt, le
a génc:ral l'aJant emmené dans une de ses
a terre~, la scène changea totalement. Loin
• de la capitale, le Ru~.e moderne di,parait,
• le Mo,covite e montre tout entier; il traite
« .es gens comme des escla,es, Je~ gronde
« )'ans œ~~e. ne leur pa)c point de gag~.
e cl les aœ.1blc de coups pour la moindre
a faute, ou même ourenl ~ans ~ujet •·
Excédr d'un joug i.i L)rannique, le l&lt;'raoçai~
. e sau,a el ,int à KioO, où le:, émis.aires du
général le poursuil'aienl. L'un d'eux, plus
humain, le fit a,·ertir que son maitre avail
juré, ,il pou,·ait le reprendre, de lui faire
suLir un t'l1:\timent exemplaire.
Indigné de celle conduite, j'allai lrou1er
. QU pers,':tuleur pour le prél'enir que je ne
souffrirais pas 11u'un Français rot ainsi oµprimé. La )'cène fut vive; Kamen,1..i me dit
« qu'il lrou\ait fort étrangti que je me mêa las~c de se, affaires domestique:,, et 11ue je
« pri~-e la dércn e d'un mauvais ,ujet, qu'il
• ,aurait bil·n chàlitr maigri moi.
• - Eh bien! g,foéral, lui db-je, j'ai
« deux IÎlr,•s pour ·protégrr 1otrc ,ictime :
« je suis ministre et Fran\·a1s. S1 vous ne me
a pro111cttez pa~ formellem, ni de ce:,,er
« toute poursuite contre un homme libre par
o Je, loi~ de mon pays, et que rien ne rou~
« autori,e à traiter en cscla,e, comnll' mia ni~tre je ,·ais sur-le-champ chei l'impéraG tricc pour rue plaindre de ,otre conJuite,
u el ensuite, comme militaire franç,,is, je
11 vou JemaoJ~rai raison di:, in~ultes faite~
o à l'un d1• mes compalrioks, insultes 11ue
o dè~ œ rnom,·nl je regarderai comm,, pero ~onnclle,, pui~~ue je l'ai pri · sou, ma prou tel:liun. D
1. Au court d'un vo)a;:e i lla1cr,; l'empire n1sse,
en t;sl , où le COUII~ de Skur füi-.,11 .,utsc de la ,u.ile

,le Cathtrinc

li.

llnr :iflair• parti,·uli,'-r, n aur.iit point ellraié
le général, mais la crainh' du courroux de
l'impératri&lt;:1 lï1111mid,1; il me fit la promP se que j'exigeai,, el 0011, oou, éparamrs.
lonblt mp, aprè,, le o,,,m1.. ir .'rai rue
donna d'inconvennntcs preuves de son s01neoir rt d,• son res~rntimenl. Dans la première
guerre d1·s Fran\ ais contre 1, · Ru,se,. guerre
que termina glorieusement la part de Tilsilt,
mon fil , le ,.;ioéril Philipp,• d,, St\;ur, aprt:s
une chnr~e hrillanle, apnl poursuivi avec
trop d'ardt'Ur 1'1·nnemi qui !-c rl'lirait, fut
entouré, ble,!-t: el pris; on l'amc·na de\ant Je
général Kamenski.
Celui-ci, après lui noir d,·maudé on nom,
voulut qu'il lui donn,H quelques notions ~ur
la po~ition et le force~ dl larml'e franç;ii11e.
D'apr~ . on refus il li&gt; traita nec l 1 rigueur
la plus indécente; malgré ses bles~ures, il
voulut li&gt; contraindre à faire dlns la nci;e,
où l'on s'enfonçail jusqu':iux genoux, prè.,
de vingt lieues à pwd, sans lui donna le loi. ir d'être ,oigoi! ni p:in-.é. lhis ses propre~
officiers, mdignés de cette dureté, donnèrenl
à mon fils un kibitki, el peu de jours aprt!.lil arriva au quartier du général Apraxin, 11ui
le dédommagea, par son urbanité, par sa
courtoi,ie, dt mau,·ai, tr:iitemcnts que lui
avait fait tlprouvcr le vindiCJ1 tif Mosco,ite.
On m'a conté dt•pui que cc mèrue Kamenski, dont l'à~e nt• calmait point b ,iolt•nce~, en péril ,ietime, et qu'un de ses
pa1,~ns, dans un acci: dl dé,•·~poir, lui fendit la tête d'un coup de hache.
Le général St&gt;uwaroff' Hait bien autrement
digne d'exciter la curio,ité; p.u son bouiUant
courage, par son habileté, par la confiance
11u'il io,pirail aux ,oldab, il avait trou\'é !,·
moyen, dans une monarchie absolue, où tout
se donnait à la fa1·cur, de s nancer rapidement. quoiqu'il fùt ,ans fortune, ,:10s appoi,
et né au sein d'une famille qui n'était pas en
crédit.
li avait t•mporlé chaque grade à la pointe
de l'épée; toute les fois &lt;Ju'il ) avait qaelque ·
périls à courir, quel11ue orJr1• dirticile à exécuter, quelque~ succès audacieux à tenter,
le nom de , ouw.,roff était le premi•r 11ui nol
à la pensée de ses chds.
Mais comme, dès le:. premiers jour de a
clorieuse ~rrii're, il s'était ,u l'objd de la
jalousie active de plusit•urs court isans et
rarnris qui aur ,1, ·nl t:lt a. sez pui"1nts pour
s'oppo,er à son nvanct•ment, il forma l'é1range
dcs,ein de counir son mérite tran:.ecndanl
dt~ formes liilarres de h folie.
Rien n'était plus lumineux que ses plans,

+
.... 196 ..

plu profond que ses conception~, plus rapide
que son action: mais, dans la ,ie ordinaire el
en public, sa contenance, ses gestes. ses
par'lles portaient une telJe empr••inll• d'ori~inal1té, l'i mème on pt•ut dirr d't&gt;xtravagance,
qu, 1,·~ amb1L1eux ces. aient de le craindre, le
re;.:ardaicnt comm,• un inslrum1·nt utile pour
agir, pour frapper, mais incapahle de lt•ur
nuire et de 1, ur di$puler la JOuiss:,nœ de$
honneurs, du crédit el du pouvoir.
Je rn, . ourhfü ']Ue, lui a1ant demandé une
fois s'il était nai 11u'à l'armée il nt&gt; dormait
presque Jamai:;, domptaut la nature, mème
san, ol,:e. ,ilé, couchant louJour, sur la
paille, et ne quittant jamai~ ni ~es hottes ni
s,· arm,·s. • Oui, me dit-il,je bai~ la paresse,
« et, dans fil crainte de m'endormir, j'ai tou« jour~ dans ma tente un coq très e\aCL à
• me rt:\,:iller fréc1u, mm, nt; lom1ue par&lt;• fois je veux céder à la mollesse et me re8 po er commod~ment, j'ôte un de me~
c éperons. •
Lorsqu'il fut nommé maréchal de l'empire,
il ,·oulut faire lui-m1~me sa réœption en prt!S&lt;.'Dce de ses soldats, de la manière la plus
h1zarre. A)anl fait placer dans une église, de:,
deux côtés de la nef et en colonne., autant de
chaises qu'il existait d'officiers généraux plus
aoriens que lw, il entre en wste dans le
temple, franchit en aautant chaque chaise,
comme les écoliers lorsqu'ils sautent l'un
pa,r-dcs. us l'aulrc, et, aprè&gt; a1oir ainsi lestement rappelé comment il avait dépassé tous
. •·s maux, il se re,êt du grand uniforme de
maréchal, se couvre des nombreuses décorai.Jons qu'on lui avait prodiguées, et invite
ensuite gravement ll'S prètr,·s à terminer
celle cérémonie par un Te Deum.
Le premierJour qu ·il rencontr:i \J Alexandre
de Lametb, dont le défaut ne rut jamais
d'aYoir un caractère trop 11,rtible, lt11r entretien me parut ,~-el ori,.inal pour ètre ici
rapporté.
• He quel pa)s êtc -rous? lui dit hru~que« meut le général. - Français. - Quel état?
c - \hlitairc. - Quel grade? - Colonel. a \'otre nom? - Alexandre de Lameth. « C'est bon. ,,
lJ. de hmeth, un p,·u pi,1ué de ce hrC'f
iuterrogaloire, l'interpellant à son tour et le
regardant fixement, lui dit: « De &lt;Juel pal~
Ci ètes-vou ?- Rus~P appar,·mm,·nt.
(.!u,-1
« état? - Militaire. - Quel grade?
Ge'.·« néral.- Qu,lnom? - Sùu\\'aroff. -C'e,t
a boa. » \lors Lous deux se prirent à rire,
et depuis furent trè~ bien ensemble.
COMTE

ue SEGUH ..

1111

1111lllt1

Ill

•

1

SoUPERS f'RATER:-IELS DA~S LE' ~f:cTIO'iS V&amp; PARI•, 11, 1,,

r3 li.li

liQ~. -

r,, IJl'UYt .Je

BF.RTUAOLT, ,:t'JpYb SwfDACu-Duroi1T.UN[~.

L'Exode des Girondins
\'I

J'a,ais, dan- mon retranchement as~ez
larg1•, un siègP pour m'asseoir, un paillasson
sou, mes pied . un petit briquet pbo,pburi11uc dont j'allumais une lJOugie, les journaux du jour, et, par un contraste a~sez
frappant. les l,'é.or9i11ues de \Ïr!!ile, les Jardi11s de Delille. les ltlyl/es de Gèsner; j'a,ais
encore de l'encre, du papier, de plumes, el
i1 tout ha,ard qucl,1ues prori~ions. Une c:-pèce
d,• soupape mu rendait l'air, quand j'en sentais le besoin. Comliien de lwr$ /(l loi, pour
avoir ma cache, eussent pris l'engagement
de n'en jamais ,ortir; je n'en sortais que
•1uand ma femme accourait me doonPr ellemême le signal convenu; el nou~ nous emLrassions alor:. comme après une lon3ue air
).ence.

~ous avions des Yo1sms à coté de nous
cl de.,~ous. Les plancher:., le.-, murs étaient
minces; pour les assourdir, nous avions couverl reux-ci d'une tapisserie épaisse; ceux-là
cl'un fort tapi·; el, afin que je pus_e rue
mou,oir, me promener, courir mème sans
ètre entendu, Lodoï~ka. toujours inYentire et
toujours adroite, m'u·ait fait de lions chaussons de grosse laine, avec une forte . emellc
de crin; c'étaient là me souliers. \Jille autres
préc-,utions su baltcrnes avaient été prises, el
n'étaient jamai D~"ligées.
liais celle etœllentc cache et toutes ces
précautions tutélairt!S ne pouvaienl rien contre une 1isite de l'orJre du comité de sûreté
générale ou de la muniripalité. Celles-ci ~e
faisaient, à domicile donné, contre telles personnes suspectl·S qu'on ioulait arrêter. ,\ supposer que rien ne pût jamais indiquer aux
.. 197

...

bourreaux qù'en dépit de toutes leurs fureurs
une proie ardemment con,oilée é!.'lit là, qui
1frait rncore, toujour~ parai ~3il-il œrlain •1uc
ma femme dc1·ait être bientôl reconnue et
~rait plu~ tôt cnrore su.pectie. Tôt ou tarJ le
municipal Iléhert, ou le conventionnel Amar,
lou~ deux ses ennemi~ per~onnC'b cl ~es rnnemis jurés, lui enrerraient leur a~ru~in~.
Heureusement ceux-ci, comme tous les hrigand,, craignaient la lumi~re, et ne fai~aient
jamais leurs expéditions que dans les ténèbres. Quand on riendrail frapprr dwz nous,
au milieu de la nuit, 11u'nions-nous ré.,,ofu
de faire 1 Nous jeter tous deux dans mon
retranchrment, c'eût ét, notrt perte. Quel1fl1e
hien que mus puissiez vou~ trotner caché~.
\·ous ne l'êtes réellement plus dans un ptlit
logement ou des in11ui~iteur~ arrirent, Lien
i:ùrs que vous vous y tenez 11uel,1ue pari. Un

�1f1STOR._1A -------------------------------,------------J

•

simple feu de paille mouillée vous enfume
dans votre asile, et la nalure, qui machinalement résiste a l'asphyxie, VOUS livre a la
guillotine. Le bruil de vos convulsions vous
Lrahil, vous tombez vivanl aux mains de Yos
bourreaux.
- :Non, non, m'avait Jit Lodoi'ska, roa
digne compagne. Si l'on frappe au milieu de
la nuit, nous nous garderons bien d'aller
ouvrir. Nous nous garderons bien surtout de
dispu ter un inslanl a la morl. Qu'ils enfoncenl la premiere porte! il en reste encore
deux, pleines, épaisses, garnies chacune de
sa serrure et de ses verroux. 'fes pistolels el
l'espingole sonl sous l'oreiller, non pour les
assassins. Pourquoi lremper nos mains daos
un sang aussi vil! descendons sans tache au
lumbeau. Du moins nous aurons tout le temps
de nous frapper; et surtoul, je t'en conjure,
ne commence pas. Laisse-moi, d'une seconde,
seulemenl d'une seconde, mourir avant mon
époux.
Que de fois nous nous endormimes, a peu
pres surs que presque aussitot nous allioos
rounir nos yeux, pour les refermer a jamais !
Que de fois, lorsqu'un locataire retardé venait, apres minuit, frapper a grands coups
de marleau, réveillés en sursaut par le bruit,
puis entendant la porte cochere crier sur ses
gonds, que de fois il nous arriva de nous
embrasser et de saisir nos armes!
Mais quelle joie_, lorsque le soleil revenu
nous apportáit la douce certilude qu'un jour
nous reslait encore; que nous avions, de bon
compte, au moins seize heures a passer ensemble! Que de temps gagné pour l'amour !
Elle se levai t, roa Lodo'iska; elle se levai l
toujours plus charmante. Toujours aussi plus
altentive a ma surelé, plus occupée de mes
besoins; ses soins pour moi recommencaient
avec l'aurore. Une fille, sure et íidele, bélas
plus íidele que tous nos amis! venait l'aider
au petit tracas du ménage, en moins d'une
heure achevé. La boone servante allait nous
acheter quelques provisions; ma femme aussi
devait en chercber, car daos ces temps de
disetle, une seule personne ne pouvait obtenir, ml!me a prix d'assignats, double portian.
Elle sortait done, mon amante! hélas oui,
nous nous quittions pour quelques instants,
pour des siecles ! elle sortait, laissant enfermé, sous la double garde de ses trois clefs
et de mon retranchement, son précieux dépcit, qu'elle tremblait encore de ne pas retrouver. Et moi, que j'étais inquiet, jusqu'a
ce qu'elle ful rentrée ! En fin, la voila de retour, et c'est pour la journée.
Qu'il sera délicieux ce repas qu'elle apprete
de ses mains charmantes I au moins, c'est
moi qui mets le couvert ! c'est moi qui dois
servir a table, quoique je le fasse bien maladroitement, car je n'y vois goutte. Mais j'ai
mes raisons pour m'y obstiner; de peur qu'il
ne m'en reste poinl assez, elle me donnera
toul, si je la laisse faire, et si quelquefois je
ne me fache.
Apres diner, c'est elle qui me fait tout
haut la lecture, puis elle est a son piano;
ensuite une partie d'échecs; et parmi tout

cela de doux entretiens a voi1 bien basse.
Enfin, D0US soupons encore tete-a-tete, car
peu de gens sont curieu1 de troubler nolre
périlleuse retraite; et nous nous couchons,
souhaitant avec ardeur que des barbares ne
viennent pas nous ravir la superbe journée
du lendi&gt;main.
Non, rien n'eut troublé la douceur de ces
journées trop courtes, rien, si j'avais pu gagner sur moi de répondre a I'attention de
roa fcmme, qui tachait toujours de me faire
oul.ilier les journaux; mais le moyen de n'y
pas cbercber continuellement des nouvelles
de mes malheureux amis! Que de fois j'en
trouvaí de funesles ! Tour a tour ils étaient
malheureusementdécou1·erts, impitoyablement
assassinés.
C'étaienl : Lebrun, ex-ministre des all'aires
étrangeres, surpris daos un grenier, sous des
babi Is d'ouvrier, a peine interrogé, sur-lechamp conduit a la morl;
Bougon, administrateur du Calvados, qui,
a l'époque de la défection de son département, s 'était réfngié daos Fougeres, ou les
tyrans furent le trouver. Avant de le frapper,
fideles a leur méthode de calomnier ceux
qu'ils égorgeaient, ils publierent qu 'ils l'avaient pris au milieu des rebeLles de la Vendée. C'est le m~me que Charlotte Corday a
immortalisé, en parlan! de lui daos sa lettre
a Barbaroux;
Claviere, ministre des contributions, plus
heureux que les deux autres, avait pu, avant
de paraitre devant les assassins au tribunal
révolutionnaire, se donner la mort; sa vertueuse femme l'avait suivi. Un poison subtil,
obtenu, dit-on, de l'amilié de C... , venail de
la réunir a son époux.
Ils avaienl de dignes compagnes, qu'ils
rendaien t heureuses, et dont ils étaient adorés, presque tous ces républicains. Et teUe
est la réponse victorieuse que les amis de
leur mémoire feront a ces vils lihellistes qui,
non contents de les calomnier daos leur vie
publique, out osé les atlaquer daos leur vie
privée.
I\abaut (Saint-Étienne), bien caché dans
Paris, mais vendu, dit-on, par !'infame cupidité d'une filie de confiance qui le servait
depuis longtemps. La femme de Rabaut fit
comme celle de Claviere, mais eUe lomba
plus tragiquement. Elle alla s'asseoir sur le
bord d'un puits, de maniere que le coup de
pistolet qu 'elle se tira la précipitat daos le
fond. Elle mourut ainsi de deux morts lt la
fois:
Bois-Guyon, généreuse victime qu'ils immolerent avec Girey-Dupré. Avec que! courage il finit, ce digne Girey ! Les tigres du
tribunal entendaient lui faire de son attacheínent pour Brissot un chef d'accusation.
- N'avez-vous pas été son ami 1 lui demandait-on.
11 répondit :
- Oui, je l'aimais; oui, je le respecte et
je !'admire. Il a vécu comme Aristide, il est
mort comme Sidney : je n'aspire qu'a partager son sorl.
En allant au supplice, il chantait gaiement

son hymne de mort qu'il avait composé.
Comme il passait au coin de la rue SaintFlorentin, il vit, aux Ienetres du logemenl de
Robespierre, la maitresse de celui-ci, ses
sreurs et quelques-uns de ses féroces complices.
- A has les tyrans et les dictateurs I leur
cria-t-il.
Et il leur répéla ce souhait prophétique,
jusqu'a ce qu'il les eut perdus de vue.
ll mourut enfln comme il avail vécu, plein
de courage et de civisme. Son dernier vreu
fut pour la république;
Custine, le fils du général, assassiné comme
son pere pour avoir trop bien servi cette république, maintenant anéanlie. C'était un
jcune bomme de la plus grande espérance,
celui dont Mirabeau fait l'éloge daos sa correspondance secrete sur la Prusse. ll mourut
en souriant, comme devait mourir un bomme
loué par Mirabeau;
Mazuyer, coupable d'avoir, par une amere
plaisanterie, un momentdéconcerté la scélérate
hypocrisie du maire Pache. Oui, Mazuyer a
perdu la tete pour un bon mol;
Enfin, Valady, que j'avais laissé daos la
Gironde, et qui fut apparernment bienlot
abandonné du parent sur Jeque! il comptait.
J'ai lu que l'infortuné avait passé, quelqucs
semaines apres moi, a Périgueux, qu 'il a1·ail
élé arreté dans les environs ou i'avais couru
le meme risque, ramené dans cette ville 011
l'on voulail aussi me ramener, qu'il y avait
été examiné, questionné, dépouillé de son
déguisement, enfln conduit au Roux-Fazillac,
et de la a l'écbafaud. Tlélas I quoique le moios
intéressant des sept, a ce que je crois, il aura
couté bien des regrets a cet ange du ciel qui,
daos la Gironde, désolée de nous voir quitter
sa maison, disait: «Si l'µn d'entre vous péril,
je ne me consolerai pas. »
C'était une amie, celle-la : mais les miens,
ces amis de Paris sur lesquels j'avais tant
complé, les miens, au milieu des chagrins que
me causaient tant de perles si grandes, quelles
consolations me prodiguaient-ils? de quels
secours aidaient-ils ma Lodo'iska?
La citoyenne Brémont du moins nous rendait quelques visites, et il est consolant pour
moi d'a,•oir a déclarer que son mari, par
réllexion rendu alui-méme, a son creur naturellement généreux et bon, s'exposa bientot
davantage pour nous maintenir dehors avec
quelque surelé, qu 'il ne l'efit fait en nous
gardant chez lui. Quant au compagnon de mon
enfance, il ne me vint voir que quinze jours
aprcs mon arrivéel ll ne vint, dans l'espace
de deux mois, que trois íois !
U nous restait d'autres amis, répulés
intimes, auxquels j'aurais cru faire injure de
leur cacher que je fusse daos Paris, et qui
sentaient bien qu'en un temps ou tout était
matiere a soupcons, on suspecterait bientot
une demoiselle, a peu pres inconnue, nouvPllement emmenagée, tombée tout d'un coup on
ne savait trop d'ou, laquelle se réclamant
d'une assez nombreuse famille, n'allait pourtantjamais manger debors, et ne recevait non
plus jama is personne. Une voisine, le portier,

'---------------------------=--------lous les curieux et tous les espions se
diraient : « Serait-ce une a,·enturiere? une
émigrée? ou seulement une personne suspecte
aYec laquelle on ne veut point avoir d'intelligcnces? » C'en était assez pour qu'elle ful
incessamment notéc au comité rérnlutionnairc
de sa section, et lot ou tard arre1ée. lls le
sentaient bien; ils n'.,n tinrentcompte. Aucun
ne parut chcz nous ! pas une fois, pas meme
une seule íois l De sorte 11u'il esl vrai de dire
qu'a la dél:ition pres, ils firent ab~olument
lout ce qu 'il fallait pour nous perdre.
Au reste, s'ils se privaient du plaisir de
nous voir, ils ne s'épargnaient pas celui de
s'entrelenir de nous. Notre position devenait
l'objet pcrpéturl de lcurs entretiens et de
leurs alarmes. Moi, j'étais bien malht'ureux,
el je ne l'avais pas mérité, on en comenait.
Mais on me plaignait t..m l has de n 'avoir pas
assez de courage pour lerminer mes peines:
de n'ctre pas asst'z !'ami de mes amis pour
les débarrasser, en mourant unr fois, de la
crainte ou ils élaient toujours de me voir
mourir. Ma fcmme. on la lrouvait fort extraordinaire. Soit, je l'accorde. ~fais on ajoutail:
fort égo'iste, égoiste i1 l'exces. Et cela, non pas
précisément parce qu'elle exposait sa l'ie pour
sauver la mienne, mais parce qu'en s'obstinant ainsi a me vouloir sau,·er contre toute
appamice, elle finirait par compromettre tous
mes amis et tous ses amis. Bon Oieu ! quels
amis! comme ils m'ont appris a me défier
de ce nom !
Jleureusement il existail un homme qui,
daos le cours de mes prospérités littéraires et
politiques, n'avait jamais all'ecté de se parer
du litre de mon ami, mais qui en réclama
tous les droits, des qu'il me vit dans le
malheur. Dix ans auparavant, le connaissant
a peine, je ne lui avais rendo qu'un service
léger en soi, qui tirait seulemcnt quelque
mérite de !'a propos. Des qu'il fut de retour a
Paris, et qu'il m'y sut rentré, il accourut. II
vint tous les jours. Vainement nous le conjurions de ne pas paraitre si souvent chez nous.
Tantot sous un prétexte et tantot sous un
aulre, aujourd'hui parce qu'il passait dans le
quartier, demain pour nous renJre comple de
quelque nouvelle propre a nous tranquilliser,
une autre fois pour nous apporter quelques
proYisions dont il s'apercevait bien que nous
étions dénués, il venait, il revenait ; son
esprit ne rerait qu 'aux moJens de me sortir
de mon cruel état, et s'il se trouvait quelr¡ue
occasion ou il pul me servir, il se croirait le
plus heureux du monde.
Ma Lodo'iska, depuis qu'il ne lui élail plus
permis de porler ses regards vers l'Amérique,
ne voyait d'asile pour moi que dans le Jura.
A force d'y penser, elle découvrit que, saos
parler de sa bonne volonlé bien reconnue,
F.... semblait al'OÍr en lui, par un rare concours de circonstances et les ba~ards les plus
singuliers, tous les moJens de me faire arriver a celle terre promise, des moyens dont je
ne donne point de détails, de peur de le compromettre; mais tels qu'il semblait que la
Providence nous efit conservé tout expres,
tout expres ramené cet ami.

... 1()8 ...

Ma femme médita, mf1rit son projet. Des
que F.. .. revint, c'est-a-dire des le lendemain, elle lui en fit l'ouverture. ll la saisit
avidement. Des lors plus de repos pour lui.
Comme son esprit, son corps [ul daos un
continuel lravail I Point de démarl'hes qui lui
coutassent, point de peines qu'il ne pril
gaiement, poiot d'obstaele qui piH l'arrcler,
point de danger qui l'étonnat. Que! zele ! quel
dévouement ! qne de grandeur d':i.me! mon
creur en gardera l'éternel souvenir.
En moins de quinze jours les difficultés
disparurent devant son invincib!e activité. Le
6 février 1794, deux mois, jour pour jour,
apres roa renlrée dans Paris, tout se trouva
prel: déguisement, passeport, voiture.
Nous parlions le lendemain a l'aurore. Je
dis nous parlions, car il m'accompagnail
jusqu'a la monlagne; il l'Oulait m'y voir établi
ou périr avec moi.
Le courage de LodoJSka ne s'étail point
démenti daos le cours des préparatiís; mais
les ob~tacles étant surmontés, l'heure de notre
séparation et celle de mes périls s'approcbant,
la tendresse de !'amante s'était alarmée. Plusieurs fois daos la journée elle m'avail dit :
- Si pourtant je ne devais plus te rel'oir !
si, voulant te sauver, je causais ta perle!
tiens, je tremble. Tiens, ne pars pas, ne me
quitte pas, reste; hélas ! nous avions résolu
de mourir ensemble!
Le soir, elle venait de m'enfermer: elle me
laissait un iostant seul; elle élait allée me
chercber quelques derniers renseignements
indispensables. Je profitai de ce moment pour
luí écrire:
A.

MA. FEIUIE.

Do ma cache a Paris, ce 6 février 1794-,
sept hcurcs du soir.
e&lt; C'est done demain, ma bicn-aimée, que
je pars pour la cabane 1• Par que! chemin la
destinée nous aura-t-elle conduits a cet objet
de tous nos vreux? ll fallait done qu 'auparavanl, bienfaiteur el victime de mes compatriotes, lacbemeot abandonné par tous mes
faux amis, je me trouvasse seul au fond de
l'abime ou m'avaient précipilé les scélérats
qui oppriment mon pays. Mais non. non; je
n'étais pas seul. Quelque cbose me restait de
plus consolateur, de plus secourable, de plus
fort que mon courage, que mon amour et
meme que mon inoocence, tu me restais, ma
bien-aimée ... et chaque jour, au péril de ta
vie, tu m'as défendu, tu m'as sauvé .... Que!
étrange bonheur ! cbaque jour, chaque nuit,
environné de nos dangers imminents, nos
armes toujours pretes sous notre cbevet, un
pied pour ainsi dire dans la lombe, mais
!'ame exempte de tout reproche, mais le creur
plein de nosamours,nousavons constamment.
au sein de cettcimperturbabletraoquillité qui
n'appartient qu'a l'homme de courage et de
bien (car toi. ma bien-aiméc, roa digne
épouse, toi la plus aimable des femmes, tu es

1. .C'élait aiusi que no_us désiguioos la relrailc ou,
&lt;lepu1s di\ ans, oous bri1hons de noas dérober au tour-

billon du n,ornlc, pour uous livrer saos partagc a
l'amour. Et ccllc rclrait~, ou m'a,suiail auJourd'hui
que je l'aurai. rlans le Jura.

... 199 ...

..

L'ExoDE DES GrR,ONDTNS - -..

en meme lemps homme de courage et de
bien) nous avons goüté de ravissants plaisirs,
que peu de mortels connaitront. Nous avons,
par notre bonheur, bravé, puni nos tyrans.
Nous avons, toujours préparés a la mort,
épuisé la coupe de la vie. Nous aurions, dans
notre ivresse, épuisé l'amour meme, s'il
n'était pas vrai qu 'une passion comme la
nolre, a l'épreu,,e du lemps et des supplices,
est inépuisable. Nous avons, graces t'en soient
rendues, idole de mon creur, toi peul-elre
encore autant quema fomme idolatrée, liberté,
nous avons, dans !'asile secrel, dans le profond
mystere ou les oppresseurs nous tenaient
ensevelis, nous avons trouvé le moyen de
rester libres 1
)lais cet état ne pouvait durer. Des mille
précautions qui nous sauvaient, une seule
oubliée pouvait nous perdre .... La Providence,
oh! oui, la Providence vinta mon secours. Oma
bien-aiméc ! c'est encore toi .. . c'étail toi, c'était
l'ascendanl dr. ton étoile, c'était ton impérieux
génie qui, du fond de cette Gironde, 011
m'environnaient tanl d'cmbuches morlelles,
m'appelaient et m'appelaient saos cesse. Eh
bien! le visagedécouvert, le fronl levé, le bras
toujours armé, !'esprit toujours vers toi, au
milieu de leurs comités, de leurs commissions,
de leurs satellites, a lravers celte foule d'assassins, j'ai passé ! Saos loi, je périssais !abas; saos toi, j'allais périr ici. C'esl toi, c'est
ta patience qui ne s'altere point quand il s'agit
de ton amaut; c'est ton courage que ríen
n'étonne quand il íaut résister a l'oppression;
c'est ta douce éloquence qui me suscite des
libérateurs ....
... Espere, crois-moi; ne crains rien : me
voila sauvé. Je le suis; le ciel le doit, peutetre aux sacrifices que j'ai faits pour le
bonheur des hommes, mais surtout a ta
généreuse constance, a loo malheureux
amour, a ton dévouement magnanime. Ma
bien-aimée, je le le dis : longtemps j'ai
travaillé pour fonder la cabane ; je vais
mainlenant la choisir. Dans six semaines je
t'y posséderai. Nous la gouterons enfin, celle
vie casaniere que j'ai toujours ardemment
désirée; je les savourerai ces délices de la
retraite ou je serai tout entier a toi, ces
charmes de la solitude que j'ai si longtemps
sacriíiés a ma patrie ingrate. Mon amie,
enlends la priere que je te fais a genoux;
veille sur toi. Je laisse derriere moi la plus
chere moitié de moi-méme, tu le sais. Veille
sur toi. Laisse tes all'aires, si leurs soins
doivent te couter quelque imprudence. Soyoos
plus pauvres encore, et soyons plus promptement réunis. Songe a l'inquiétude mortelle ou
je vais languir .... Te voila de relour. Que
j'aurais de cboses a te dire encore !. .. A.dieu,
je t'adore, conserre-toi; je pars le premier,
je t'attends. »
Le 7 février, des six heures du matin, je
repris ma course aventureuse. A l'eilrémité
de la rue de Charenton, je laissai ma femme
daos le nacre ou elle avait voulu m'accon..¡;agner. Je la laissai. J'étais a plaindre, elle
l'était davantage : Celui qui 1·este est le plus

�111STORJA
malhem·eux. La prudence exigeait que la
séparalion se üt a quelque distancc en de~
de la barriere; il tallait y passer seul el a
pied, pour etre moins examiné.
De la porliere de devant, Lodoiska me
suimil d'un reil plein d'inquiétude ; elle
lremblail que je n'allasse échouer au premier
écueil. Elle vit trop bien que la sentinelle
m'arretait; mais elle vil aussi que, d'un air
assuré, je produisais une carie qui n'était
pas la mienne, el que d'un air amical je
passais.
Qu'en ce moment je senlis vivemenl ta
joie, roa Lodoíska ! mais que je souffrais des
promptes alarmes qui allaient succéder. Bien
des passages plus dangercux me restaienl a
franchir, et les regards ne pounient plus
m'y accompagner. Que je soulfrais pour loi !
L'absence, d'ailleurs, la'cruelle absence commencait. Ah! du moins' ne néglige rien pour
l'abréger ! A ton tour, dans six semaines, tu
me l'as promis ! daos six semaines au plus
tard, viens te présenter a cette porte; metstoi sur celle route ou je te devanee. llate-toi,
sors de celte ville ou si longtemps nous avons
cru lrouver notre tombeau. Viens avant la fin
de mars m~ joindre dans celte coutrée qu'on
nous a dit etre sure, tranquille, ho~pilaliere.... llélas 1
Dans le bourg de Charenton je trouvai mon
brave ami qui m'attendait. Ensemble nous
entrames a Villeneuve-Saint-Georges.
Par une beureuse précaution, j'avais décidé ma temme a trouver bon que, partant
un jour plus tót, et devancant la voiture ou roa
place était retenue de París a Dóle, je fisse
dix licues a pied, pour l'aller altendre a MeJun. C'était un sur moyen de diminuer les
dangcrs de roa sortie de París, et d'etre
beaucoup moins inquiété dans ses redouLables environs. Nous lui dumes notre salut a
Villeneuve-Saiot-Georges.
Un commissaire du pouvoir exécutif se tenail la, pour examiner a leur passage toutes
les voitures publiques, tous les voyageurs a
voitures. On me dit son nom que j 'ai oublié;
tout ce qui m'en reste, c'est que c'était un
Jacobin qui tres probablement m'aurait reconnu; mais on ne nous fil point, a nous,
braves piétons, l'injurieux honneur d'une visite commissariale. On nous conduisit seulement a l'officier de garde, qui n'examina que
tres légcrement nos papiers, et sans difficulté
laissa passer deux soldats. Deux soldats, car
F... en avail le costume ordinaire. Moi je
portais, avec UD large pantalon de laine noire,
la courle veste pareille, un gilet tricolore,
une perruque jacobite a poils courts, plats et
noirs, tout récemment faite expres, et qui
m'allait si bien, qu'on eut juré que c'étaienl
mes cheveux; enfin le bonnet rouge, I'énorme
sabre et deux terribles moustacbes que
j 'avais laissées croitre pendanl ma réclusion.
Si, daos cet équipage, je représentais encore
quelque chose, ce n'était assurément pas un
muscadin; lout cela était alors le grand habit
des grands paltiotes, et s'appelait une carmagnole complete.
J'avais pu enlreprendre et j'acbevai tres

bien cette marche de dix lieues, parce que
deux mois de répit et de soins coafenables
avaient cbassé mon rhumatisme.
Le lendemain, tous les voyageurs de la
voiture publique que je venais de joindre
a.. ... , furent conduits a la municipalité. Un
membre du comité de surveillance visait les
passeports. Je lui donnai le mien, il le lut
attentivement, me regarda beaucoup, et, sans
me le rendre, demanda ceux de mes compagnons de voyage. 11 les examinait tour a tour,
les leur rendait et retenait loujours le mien;
il le gardait a part dans la main gauche, qui
se retirait chaque fois que j'avancais la
mienne pour le reprendre.
- Un moment, me disait-il toujours.
Je commencais a n'ctre pas fort a mon
aise. Tous mes camarades de route étaient
déja renvoyés, je restais seul avec le surveillant.
- Tu vas rejoindre l'armée? me demandat-il.
- Eh non! tu as pourtant assez lu ! je
vais pour affaires de commerce 1
11 y rejeta les yeux.
- Ah! pour affaires de commerce!
- Oui.
- Don ne done! m'écriai-je.
J'avancais la main. U fit encore le meme
mouvement en arriere.
- Tu es bien pressé! dit-il.
- Et toi tu ne l'es guere ! ne vois-tu pas
que tu as expédié tous les voyageurs, et que
la voiture va partir saos moi?
- Mais, n'as-tu ríen a me dire?
- Non, répliquai-je brusquement, daos le
style du jour et de mon accoutremenl.
11 répondit :
- Eh bien, j'ai quelc¡ue chose a te dire,
moi.
- Sacrebleu ! dis tout de suite!
- J'ai a te dire, poursuivit-il, en prenant
une de mes mains, qu'il serra, et en remettant mon passeport daos l'autre, j'ai a te dire
que je souhaite de tout mon creur que tu finisses ton voyage sans accident. Adieu.
Je répétai adieu, n'en demandai pas davantage, et je cours encore.
Était-ce a mon seul hahit que je devais
cette politesse? M'avait-il pris pour quelqu'un
de sa connaissance? ou plutót, quoir¡ue je ne
le connusse pas, ne me ronnaissait-il pas tres
bien? Voila ce que le lecteur se demandera,
ce que je me suis demandé cent fois a moimeme, et ce que je n'ai jamais pu décider.
Je ne pourrais fidelement rapporter toutes
les hizarres aventures de ce voyage, saos risquer de compromettre le généreux compagnon de mes périls. Je vais done tout a coup
sauter a... ; et de ce qui nous arriva dans ce
dernier endroit, je dirai seulement que la voiture y restait, mais que nous ne limes point
la faute de nous y arreter, meme deux minutes. Je savais qu'il y séjournait un représentant montagnard; aous évitames habilement le corps de garde, qui nous etit peut-etre
conduits a la muaicipalité? celle-ci au comité
de surveillance, et l'un des inquisiteurs, au
représentant.
.,_ 200

►

De la a.... , six lieues que nous ,imes apicd,
par un affreu1 temps. Pour comble de disgraces, l'abondanle pluie qui nous lravcrsait
dans la plaine nous promettait une neige
plus abondante daos les montagnes.
C'cst en sortant de .......... qu'on commence a gravir le Jura. On nous dil que la
route porta1t, dans les passages les moins
chargés, trois pieds de neige. Des cinq heures
du matin, nous DOUS y enfoncames.
Avanl la fin d'une journée pénible, 'j'emhrassai le généreux F... ...... Cbarmé d'avoir
acbevé son ouvrage, il allait reporter une
heureuse nouvelle a roa femme impatiente.
Ah! qu'il jouisse a París d'un bonheur constant ! qu 'au milieu des forfaits qui regnent
daos ma patrie, ses verlus y demeurent •méconnues, pour n'y elre pas chatiées. 11 est du
moins une récompense qui ne saurait lui
manquer : cctte joie intérieure, ce délicieux
sentiment qui suit les belles actions courageusement faites, vivra daos son creur. La
reconnaissance ne mourra pas daos le mien.
Adieu, mon ami.
Je fis quelques pas, j'entrai dans roa retraite. S'il daigne UD moment arreter ses
regards sur moi, Dieu meme doit jouir de
l'une de ses reuvres. Ce ne peut füre un spectacle indifférent pour sa justice, que cclui
d'un bomme libre, d'un homme de bien,
enfin arracbé au glaive des dictateurs et des
brigands. Mais sa protection n'~mbrassera-telle que moi? Voudra-t-il laisser un peuple
immense sous le joug des oppresseurs les
plus détestables? ou, pour le cbatiment d'une
mullitude enlrainée, soulTrira-L-il que ces tyrans soienl remplacés par d'autres tyrans? A
peine débarrassé de mes plus imminents périls, je tonrnais ainsi sur mon pays des regards d'inquiétude; ainsi je formais, pour son
alirancbissemenl, d'inutiles vreux.
De l'impénétrable asile, de la caverne profonde ou je m'étai~ jeté sur les a.pres montagnes qui de ce colé limitent la France, je
voyais et je touchais pour ainsi dire I' anti que
Uelvétie. Au premier bruit, a la moindre
alarme, je pouvais me précipiter sur le territoire neutre, puis, ayaot vu passer l'ennemi,
remonter a ma retraite, et rentrer en meme
temps daos ma patrie.
Toul ce que j'ai souffert, tout ce dont j 'ai
joui daos ces retraites, vous ne pouvez le concevoir. Au moins, j'y nourrissais mon indépendance. Tous les boas sentiments de mon
creur, ses mouvements les plus louables, il
m'élait permis de les épancber. Je le pouvais
au milieu de ce bois solitaire ou je restais des
journées entieres, ou je ne restais pas assez.
C'est la que, tantot rcnversé sous de noirs
sapins, pensant a ma famille ajamais quittée,
je soupire; et tantót me rappelant toute roa
patrie, la gloire qui lui était prom.ise et l'opprobre dont ils la souillent, la prospérité dont
elle allait jouir et les décombres qui la couvrent, sa liberté d'un jour, et son esclavage
éternel, je pleure.
C'est encore la qu'appelant l'amour a mon
aide, l'amour et I' espérance, son inséparable
compagne, je grave sur l'écorce tendre du

�1t1STO"J{1A
faya1·d le chiffre de mon amanlt' qui, dC'main, 11ir la prerniere, au moins Lodoi,ka ne mourpeut-etre, me sera rendue.
rait pas seule. ensemble nous irions au suplirias, elle n 'arrivait pas ! plus de six H'- plice, je finirais d 'une maniere moins triste
maines sºétaienl écoul•5es; Je n'a,ais cu de ses pour elle el plus digne de moi.
nouvrlles qu'unt' fois. L'espérance comm&lt;'nCinq semaincs sºétaient écoulées dans les
&lt;;ail 11 quilter mon cu•ur. J'avais done perdu Lourments de cette ficvre ou moa corps
l"unique bien par lec1ucl, allaché &lt;ksormais a épuisé perdait le re. te de ses forces, mais ou
la vie, j'aurais pu la chérir cncore. Je l'avais mon ime s'exercait de plus en plus aux résoperdue ! Eh comment ! pour m 'avoir sauvé, lutions magnanime.~.
elle gémissail dans les prisons, &lt;'lle périssait
Un jour, celui-la doit faire époque dans ma
sur l'écbafaud. Quel homme assez malhPu- rie, c'était rcrs midi, le ~ 1 ruai : un homme
reusemenL sensible se repré,entera mes agi- comme moi victime de la tyrannie, un ami
talions, me.~ angoisses, lous m1·s désirs de que je m'étais fait dans ces solitudes, m'l!nvengcance el dl! morL. Avec l'aurore j'allais traina, sous je ne sais plus quel prétexle,
me jeter dans ces bois, naguere sculemenl daus une route ou je n'arnis jamais été, une
mélancoliques, maintenant tristes, sombres, lrarerse de ..... it..... ,
pleins d"horreur. Sur ces roches ou dernic- \'ous vous laissez abattre par le cbaremenl je me bornais a fuir les hommrs, grin, me dit-il; eh pourquoi? \'0tre malhcur
aujourd'hui je ,enais chrrrhrr les images n'est pas eertain : je parierais meme que
du chao,, de, ahimes, de la d&lt;'slruction. Que ,ous reverrez votre épouse tres 'incessamde fois j"ai, d'un n•il d'envie, mesuré ct's menl. ...
deux cents pieds d'élél"ation, d'ou je pourais,
- Jamais, ciloyen, toul me le dit : jame précipilanl, rouler de pierres en pierrcs, mais.
el déja mille fois brisé, m'engoulTrer dans
11 s'était arrelé; il attachait a quelques
ces eaux rapicles, Lempélueuscs, l,lanchics cents pas son rcgard allentif.
dºécume, el d'ailleurs lrop pcu profondes
Cºest un char-a-hancs, rt&gt;prit-il, je n·y
pour empecber que de Lout mon poids, cen- di,tin¡rue qu 'une ciloyenne avec le conductupJl: par la chute, je n'ache\'a&lt;se de me mel- teur. Tenez, c·est peut-elre votre fcmme !
Lre en pieces sur les tranchanls du roe vif qui
- Ah citoycn ! par pitié, gardcz-rous de
formaiL leur lit.. .. ~lais de quelle ulililé serait me présenter de pareilles images.
celte fin? :\ussitol mon esprit s'élevail a d'auJI poursui,•il :
lres pensées. 11 n'y en eul poinl de si folles,
- Ma foil je n'y vois qu'une femme en
de si forcenét.'s qu'elles fus,ent, que je n'em- hahits de \'0yage, et elle a des malles.
brassasse d'abord avec passion. Je voulais,
Je m'écriai :
'-0US un nou\'eau déguisemenl, renlrer a
- Ami, ne vous jouez pas de mon désesParis, pénétrer jusqu'au cabinet de ílobespoir; je vous avertis qu 'il 1 aur?il de quoi me
pierre, et, le pistolet sur la gorge, le forcer a rendre fou.
me signer l'ordre qui rendrait a ma Lodo'iska
11 indiquait de la main le point de la route
sa liberté. Puis, contraint de m'avouer les
oi.t il apcrcevait la voyageuse; je repoussais
in,incibles diíficultés de l'exécution, je me
sa main, je louroais la tete, je fermais les
bornais a examiner lequel des oppresseurs de yeux.
.
mon pays je devais aller immoler sur la
Cependaot le conducteur faisait claqucr
tombe de mon épouse. Enfin, roa tete s'étant
son fouet. La légere voilure renait a nous de
un peu reposée, je m'arretai au dessein que toute la vitesse des che1aux. BientoL une voix
voici:
- quelle voix, grand Dieu I celle de ~
Je manderais au dictateur que l'un des esprits célestes que peint Jlilton, ne laisse
proscrits du :51 mai, celui qu'il déteslait le
point a l'oreille charmée d'impre.~sion plus
plus sans doute, respirail sur la fronti~re de ravissante,
une \'OÍI dit:
France, hors de ses recherrhes, hors de ses
- Arrelez!
atteintes. Pourtant je lui proposerais la tele
Son doux accenl m·a íail lressaillir. Je
de cet enncmi, a cette condition seule que
role, je me précipite sur le char. C'est Loma íemme scrait amenée saine et saure dans
dotbka qui s'élance; c'est elle que j'enlcve
mes roches. Au moment ou elle y poserait le
dans mes bras. Quel fardcau ! quel momt&gt;nl !
picd, jr descendrais dans la plaine, moi, je
Mon bonheur n'a duré que trois jours. 11 a
me remettrais sous la hache des lictcurs.
fallu se ré~oudre encore a l'absence, a c;es
On sentira lout ce que ce projcl arnil de
tourments, a ses périls: ma femme a du le
hasardeux . .\fa derniere espéranre était que
\'Ouloir, j'ai dü le soul.Trir. Elle est partie ;
ma fomme, qui portait dans son sein I'unielle est rentrée.... Quoi ! dans Paris I daos
que íruit de nos aruour ·, consentirait il ,·ine
cette ,ille ennem1e? ... Elle y est rentrée,
pour éle\'er le fils de son amant, el peut-etrc
oui. Je ne saurais dire en ce moment, comun ,·engeur a la patrie. Que si le trailrc Romenl ni pourquoi l'in1incible nécessité I'orhespierre prcnaiL ses mesures de sorle qu'en
., donne; au reste, tant de surelés garantissenL
altirant la seconde victime, il pul aussi retele succcs ! Je suis tranquille. Depuis douze

•

jours elle esta París; elle r est arrivée i:ans
accidenl, ~ans inquiétude; /en ai la nouvelle.
C'est aprcs-demain qu'elle en sorl. ... Je l'attends dans nt&gt;uf jours; dans ncuf jours nous
nous réunirons, nous nous réunirons pour
essa~er de nous ou\'rir, a tra\'ers de nouveau~
áangers, le chcmin de quelqut&gt; contrée plus
heureuse: mais quoi qu 'il arril'e, pour ne
nous plus séparer.
Un lecleur attentif a pu s'aperce\'Oir qu'il
y arait daos ces Mémoires une !acune importante; je n 'ai pas fait le récit des obstaeles que ma femme a surmontés pour retourner du Finistere a París, el venir de París
au Jura; je ne l'ai pas fait, je m'en suis bien
gardé. C'est elle qui l'écrira; elle l'écrira de
ce style enchanteur qui dictail les 'lettres
qu 'elle m'adressa pendanl les di1 premieres
annécs de notre amour alors malheureux.
Pui,,e toute sa corrcspondance et la mienne,
prérieux dépot laissé en France aux mains
dºun ami fidele, se conser\'er el 11uclque jour
elre publié ! C'e~l la qne se rencontrerail
majustificalion complete; fier de mon amante,
j'ai l'orgueil de croire aussi 11ue le monument
ou l'on verrail nos ,,me~, ne paraitrait pas
indigne de ses auleurs. Au reste il m'importe
as~ez peu qu 'apres avoir parcouru le recueil,
un lecteur superficie] se demande si l'homme
qui gagna le crcur d'une fcmme douée de
tanl d'espril, d'une sensibilité si ex11uise,
d'un si grand courage et d'une foule de rares
talenls, n'en a\'ail pas lui-meme un peu plus
qne bien d'autres. Mais ce que j'aime a
pcnser, c'esl qne l'amant lendre et le philosophe sensible n'acb1heraieut pas cette atlendrissanle leclure sans s'etre dit plus d'une
íois: Puisqu'il mérita d'étre aimé d'elle, il
fut vertueux.
Pourquoi ma femme a fait ce dernier
voyage a Paris, comment elle a su sortir
encore de cette ,iJle redoutable, et venir
une seconde fois dans mes roches, c'est ce
que ma femme aussi dira, mais dans un
autre temps. Ni moi non plus je ne saurais
rendre compte aujourd'hui des hasardeux
projets que nous formons, des lointaines
espéranccs qui nous reslenl. Oieu protecteur, ne retire pas le bras qui nous appuie,
guidc-nous, marche devant les amis des
peuples; pcut-etre ceux-ci ne sonl pas ingrats. Si, pourtanl, de ces lrois proscrits que
je rais confier encore aux é1·énl'menls, un
doit sucromber daos I'aventureuse enlrcprise, ah! Je t'en conjure, que ce soit moi !
Donne a Lodo'iska la force de me sunivre, et
sauYe notre eníanl.
O Dit•u ! si lu ,·oulais :irnnl tout sau\'er mon
pa~s!

Fmi dans nos cat•emes, le ~2 juillet l 791,
quelt¡ues jours ai·a11t la chute de Robe.\pien·e.
LOUYET.

•
_,. 20 2..,.

..

Mémoires

du général baron de Marbot
TROISIEME PARTIE

CHAPITRE PREMIER
,100 m1r11¡¡,•. -

.\d1eux ñ )Ja,,ena.

\Ion frcre et les aulres aides de camp de
Masséna ne tardi•rent pas a quiller l'Espagne
el vinrenl nous rt•joindre 11 Paris, ou je restai
tout l'été et l'automne suivanl. J'allais cbaque
mois passer 11uelques jours au chateau de
Bonneuil, chez ll. et ,Jme De.~bricres. Pendant mon absence, celle exccllente famille
avait eu les meilleurs procédés pour ma mere.
~Ion retour accrut l'aflection que j'aYais depuis longtemps pour lcur filie, et bientot il
me íut pcrrnis d'aspirer il sa main. Le mariage ful con\'enu, et j'eus meme un moment
l' tsµoir d'obtenir le grade de colonel avanl la
célébration de cel acle important.
11 étail d'étii¡uette que l'Empereur signal
au ronlral de mariage de lous les colonels de
se, armées, mais il n'accordail que fort raremenl eette íaveur aux officiers des grades inférieurs; encore fallait-il qu'ils fissenl connailre
au mini,tre de la guerre les motiis qui les
portaienl a solliciler celle distinction. Je
fondai ma demande sur ce que l'Empereur,
quand je le ,·is, la veille de la bataille de Marengo, m'avait dit, en me parlant de mon
pcre, réccmment mort a la suite de blessures
rerues au siege de Genes : « Si tu te com1( portes bien et marches sur ses traces, ce
« ,era moi qui te senirai de pere !... 11 J'ajoulerai que, depuis ce jour, j'avais recu huit
bles ures et aiais la conscience d'arnir toujours rempli mon devoir.
Le ministre Clarke, homme fort rude et qui
repoussait prcsque toujours les demandes de
ce c:enre, cominl que la mienne méritait
dºctre pri~e en considéralion el me promil de
la pré,enter a Sa Majesté. 11 tint parole, car,
p&lt;·u de jours aprcs, je re~us l'ordre de me
rendre auprcs de l'Empcreur, au cb.itcau de
Compicgne, et d'y amener le notaire, porteur
du contrat de mariage : c'étail le bon ~l. )lailand, avec Ic,1uel je partís en poste .•\. notre
arri,·ée, l'Empereur était il la &lt;"hasse acourre,
non qu'il aimal bcaucoup cel exercice, mais
il pen~il a~·cc raison c¡u'il de,·ail imiter les
anciens rois de France. La ~ignalure fut done
rt'?mise au lendemain. Le notaire, qu ºon attendail aParís, était dé,oléde ce rctard; mais
qu·l faire? ... Le jour sui1·ant, nousfümcs introduils auprcsdel'Empcreur, que nous trou,amcs dans les appartemenls 011, vingt ans plus

tard, j'ai si souYenl fait le senice d'aide de
Ce n'est pas a vous, mes chers eníants,
camp auprcs dt&gt;s princes de la maison d'Or- que je íerai l'éloge de l'excellente femme que
léans. ~Ion contrat ful si¡:né dans le ,alon ou j'épou,ai : je ne peux mieux la louer qu'en
le ful depuis celui du roi des llel¡:rs avec la lui appliquanl la rnaxime de !'un de nos plus
princesse Louise, fille ainée dl! Louis-Pbi- célebres philosophes: « La meilleure de Loutes
lippe, roi des Fran~ais.
les fernmes esl celle donton parle le moins 1 »
Dans ces courtes enlrernes, Napoléon étail
J'étais beurcux au sein de ma famiUe, el
hahituellemcnt lri&gt;s afTahle. 11 adre~sa qurl- j'attendais chaque jour mon brevet de coqul's questions au notaire, rnc demanda si lonel, lorsque, peu de temps apres mon mama prétendue était jolie, quelle était i-a riage, je fus informé par le ministre de la
dot, l'lc., etc., et rue dit en me congédiant : guerrc que je venais d'etre placé comme
« Qu'il \'OUlait aussi que j'eusse une bonne chef 1l"esca1fro11s dans le -! •• régimenl de
« position, el que, sous peu, il récompense- chasseurs a cheval, alors en garnison au fond
« rail mes bons ser vices .... 11 Pour le coup, de l'Allemagne !. ...le fus allerré de ce coup,
je me crus colonel ! Cet espoirs'accrul encore car il me paraissail bien pénible d'aller enlorsque, en sorlant du cabinet impérial, je core servir comme simple chef d'esradrons,
fus accosté par le général llouton, comle de grade dans Jeque! j'a,·ais reru lrois blessures
Lob:m, dont je recus l'assurance confiden- et fait les campagncs de Wagram el de Portielle que l'Empereur a,ait inscril mon nom tugal. Je ne pou,ais comprendre le motií de
sur la lisie des officiers supérieurs auxquels celle disgrace, aprcs ce qui m'a\'ait été dit
il voulait donner des régimcnls. Cette asser- par l'Empereur el le comte de Lobau. Celui-ci
lion me ful d'autanl plus agréable que le me doona bientot le mol nr l'én;~me.
comte de Lobau, aide de camp de Napoléon,
~lasséna, ainsi que je l'ai déja dit, avail, a
son entrée en Portugal, quatorze aides de
camp, donl six oíficiers supérieurs. Deux
d'entre eux, ml. Pelet el Casabianca, furent
faits colonels pendant la campagne; ils étaient
plus anciens que moi et avaient bien rempli
leur de,·oir. Leur avancement semblait, du
reste, assurer le mien, puisque je devenais le
premier chef d'escadrons de l'état-major.
Celui qui avait le cinquicme rang était M. Barain, oíficier d'artillerie, que j'ayais lrom-é
capitaine aide de camp de Masséna a mon
entrée daos son état-major. ~l. Barain, ayant
pcrdu une main a Wagram, avait été nommé
chef d'escadrons : c'était justice. Mais I'Empcreur, en lui donnant ce nouveau grade,
l'a,ait désigné pour le service des arsenau1,
qu'on peut tres bien faire avec un bras de
moins. ~fasséna s'allendait égalcment il voir
~l. llarain s'éloigner de tui; néanmoins, celui-ci
insista pour l'accompagner en Portugal, bien
qu'il íüt dans l'impos,ibilité de remplir aucune mission daos un pays aussi difficile.
Per~onne ne pensaíl done qu'on lui donnerait
de l'avancemcnl.
ALEXAsDRE l .., Elll'l. REt:R DE Ht:SSIE.
Or, il se trouvait que Barain était neveu
lY~trts lt .itssh, dt Lo~IS 11 • SAIST·.\ u1m,.
de M. Franeois de Nantes, directeurdes Droits
réunis, qui ,·enail d'assurer de nombreuses
étail chargé, sous la direction du ministre places a des membres de la famille de Masde la guerre, du lra\'ail relalif a l'avance- séna. M. l raneois de Nantes demanda, en
ment militaire. Je revins done a Paris, le rélour, la fa1eur d'une proposition au grade
creur rempli de joie et d'espérance f. .. Je me
de colonel pour son neveu Barain. Le marémariai le 11 norembre suiYant.
cbal, forcé de cboisir enlrl! Barain et moi,
... 203 ...

�ll1STORJA

.MÉ.MOTJ{ES DU GÉNE~.JU. BA.'l?_ON DE .íJfA.7fBOT

opla pour mon camarade. J'ai su, par lecomte
de Lobau, que l'Empereur a\·ait ht!silé a signer, mais •1u ·¡1 céda enfin au1 iaslances de
l'inlegrc d1rccteur de~ Droits réunis, venu
pour appuJer la seule demande de faveur
qu'il etH encore faite pour sa Iamille. Ainsi
mon camarade íut nommé coloncl.
Je me ~uis peut-clre trop appesanti sur
celle malheureu~e affaire, mais, pour juger
de mon désappoinlement, il Iaut se reporter
a cette époque et ~e rappelcr que l'imporlance dt&gt;s cbeís de corps élait lelle, daos les
armées impériales, qu'on a vu plusieurs colonels rcfuser le grade de général et demander
comme Iaveur spécialE: la permission de rester
a la tete de leur régiment. Masséna m'adressa
la lellrc suivantc, seulc récompease de lrois
campagnes faites et de trois blessures recues
aupres de lui :

Son aieul paternel, tanneur estimé, eut lrois
du Var. Ses connaissances lhéori&lt;¡ues el prafils : Jules, pere du maréchal, Augustin el
liques des exerciccs militaires le flrent nom\farcel. [ es deux premiers allerent s' établir mer capitaine adjudant-major, el peu de
a Nice, oü ils installerent une fabritJUP. de temps apres major. La guerre éclata bienlot;
savon. fürcel pril du senice en France daos
le courage et l'activité de Masséna l'éleverent
le régiment de fio)al-Italien. Jules )lasséoa
rapidement aux grades de colonel el de géoéral
étant mort en .laissant tres pcu de forlune el de brigade. 11 eul le commandement du camp
cinq eníants, lrois d'enlre eux, au nombre dit des .1/i//e (ourches, dont íaisail partie la
desquels se lrou\'ait le jeuue André, fureol
compagnie du i• d'artiUerie commandée par
recueillis par leur onde Augustin, qui, se
le capilaine Napoléon Booaparle, sous les orbornant a leur enseign(•r a Jire et a écrire, les dres duque! il de\ail servir plus tard en
employait a faire du savon.
llalie. \fasséna, tbargé de conduire une coAndré, donl le c.'.lractere ardenl et avenlu- lonne au sicge de Toulon, s'y distiogua en
reu1 oc pouvait se plier a la ,ie monotooe et s'emparant des forls Lartigues el Sainte-Calaborieuse d'une fabrique, abandonoa, des
therine, ce qui lui valut le grade de général
1'age de treize ans, la maison de son oncle el
de di"ision. La ville prise, il ramena ses
alla s'embarquer clandestinement comme troupes a l'armée d'Italie, oü il se fil remarmousse sur un vaisseau marchand, en comquer daos tous les engagemenls qui eurent
pagnie d'uo de ses cousins nommé Bavastro, lieu entre le lilloral de la Méditerranée et le
« Pnris, 24 novembre 1811.
qui delint, pcndanl les guerres de l'Empire, Piémont, pays 1¡u'il connaissail si bien. In« Je rous cnvoie, mon chcr Marhot, l'ordre le plus célebre cori;aire de la Méditerranée. telligent, d'une acthité dévoranle et d'un
Quant a Aodré, apres avoir navigué deu1 ans courage a toute épreuve, ~fasséna, apres plu&lt;&lt; de service que je reeois pour vous. J'avais
« demandé de l'avancemenl pour vous, ainsi el Iail meme un \'Oyage en Amérique, les fa- sieurs années de succes, avait déja rendu son
« que vous le savez, et j"ai le double regret tigues et les mauvais traitements qu'il eut a nom célebre, lorsqu'une faute grave faillit
e de voir que YOus ne l'avez pas obtenu el subir dans la marine l'en dégoíllerent, et le briser lotalemenl sa carriere.
« de Yous perdre. ros seniccs sont bien ap- 18 aotit f 775, il s'enrola comme simple fanOn était au début de la campagne de 1790;
&lt;t préciés par moi, el ils doiveot etre, pour tassin dans le régiment de Royal-ltalien sous le général Donaparte Yenait de prendre le
« \Ous, iodépendanls des récompeoses au1- les auspices de son oncle Marce!, qui était commandement en chef de l'armée, ce qui
« quelles ils vous donnaient droit de pré- devenu sergent-major et obtint bientol l'é~ placait sous ses ordres Masséna, sous lequel
« teodre. lis vous acquerront toujours l'es- paulette. Ce Marce! Masséna, que j'ai connu il avait jadis servi. Masséna, qui menait alors
« time de ceux sous les ordres desquels vous en 1800 commaodanl de la place d'Antibes, l'avanl-garde, ayant battu aupres de Cairo un
« vous lrouverez. Croyez, mon cher Marbot, étail un homme grave el capable, forl estimé corps autricbien, appril que les chefs eunede son colonel, lf. Chauvel d'Arlon, qui, mis avaicnt abandooné daos l'auberge d'un
u a celle que vous m·avez inspirée, ainsi
&lt;t qu 'a mes regrels el au sincere altacbement voulanl bien étendre sa prolection sur André, village voisin les apprets d'un joyeux souper;
a que je vous ai voué.
lui fil apprendre passablement l'orlbographe
il forma done avec quelques officiers le proet
la langue írancaise, el, malgré quelques
(1 JfASSÉ:U. l)
jet de profiter de cette aubaine et laissa sa
incarlades, il l'éleva en quelques aooées au
Je ne pensais pas revoir Masséna, quand grade d'adjudant sous-oflicier. 11 lui avait di\ision campée sur le sommet d'une monMme la marécbale m'écrivit que, dé~irant meme íait espérer une sous-lieutenance de tagne assez élevée.
Cependant, les Autrichiens, remis de leur
connaitre ma femme, elle nous invitait l'un maréchaussée, lorsque,. lassé d'attendre,
et l'aulre a dioer. Je n'avais jamais eu qu'a André prit congé a l'txpiratioo de son enga- terrear, revinrent a la cbarge el fondirent au
point du jour sur le camp francais. 'os solme louer de la marécbal'!, surtout a .A.atibes, gement.
dals,
surpris, se déíendirent néaomoins avec
sa patrie, ou je la rencontrai au retour du
Rentré daos la vie civile, saos aucune forsiege de Génes. J'acceptai done, Masséna vint lune, ,\adré rejoignit son cousin Bavastro, courage; mais leur général n'étanl pas la
it moi, m'exprima de nouveau ses regrets, el et profltanl du voisinage des frontieres de pour les diriger, ils furenl acculés a l'extréme proposa de demander ma nomination au France, de Piémont, de l'~tat de Genes et de mité du plateau sur le&lt;¡uel ils avaienl passé
grade d'oflicier de la Légion d'hooneur. Je la mer, ils firent sur une grande écbelle le la ouit, et la division, allaquée par des ennerépondis que, puisqu'il n'avait pu ríen faire commerce inlerlope, c'est-a-dire la contre- mis infioiment supérieurs en nombre, allait
pour moi pendant que j'étais daos son état- bande, tant sur les cotes qu'a travers les certainemeot subir une grande déíaite, lorsc¡ue
major, blessé sous ses yeux, je ne \ onlais montagnes du littoral, dont Masséna apprit Masséna, apres s'etre fait jour a coups de
pas lui créer de nouveaux embarras, et que ainsi a connaitre parfaitement tous les pas- sabre parmi les lirailleurs autrichiens, accourt
je n'attendais d'avancement que de moi-meme; sages. Cette circonslance lui del'int plus lard par un senlier depuis longtemps connu de
puis je me perdis daos la foule des invi tés.... d'une tres grande utilité, lorsqu'il eut a com- lui el apparalt devant ses troupes, qui, dans
Ce fut ma derniere renconlre avec ce maré- mander des troupes daos ces conlrées. En- leur iodignation, le recoivenl avec des huées
chal, bien que je continuasse a visiter sa íemme durci par le rude métier de contrebandier, bien méritées !. . . Le général, sans trop
s'émouroir, reprend le commandement et mct
et son fils, tous deux excellents pour moi.
obligé d'épier sans cesse les démarches des
Je crois devoir vous donner ici quelques douaniers saos laisser pénétrer les siennes, rn division en marche pour rejoindre l'armée.
détails sur la vie de Masséna, dont la biogra- Massfoa acquit, a son insu, l'iotelligence de On s'apereoit alors qu'un bataillon, posté la
phie, ainsi que celle de la plupart des hommes la guerre, ainsi que la rigilance et l'activilé veille sur un mameloo isolé, ne peut en descélebres, a élé écrite d'une faeon fort inexacte. saos lesquelles oo ne peut etre un bon offi- cendre par un chemin praticable sans faire
un tres long détour qui l'exposerait a déliler
cier. Ayaot ainsi amassé quelques capitaux,
sous le fcu de l'ennemi !. .. .\Jasséoa, gra\isCHAPTl~E 11
il épousa une Francaise, Mlle Lamarre, filie
sant la mootée rapide l.'Ur ses geooux et sur
d'un
cbirurgien d'Antibes, et se fixa daos
Biographic de Ma.,sfoa. - E1islence nenlureuse et
ses maios, se dirige seul vers ce bataillon, le
celle ville, oü il faisait un petit commerce joint, barangue les hommcs el les assure
campaKne ,l"llalie. - Zurich. - Genes. - 1805. d'huile d'oüve et de fruits secs de Provence,
Abu, des liccoccs. - Seo d~rnii!re, campagnes. qu'il les sortira dece mauvais pas s'ils veulenl
"afio.
lorsque survint la ré\·olution de 1789.
l'imiter. Faisant alors remettrelcs ba1onnettes
Dominé par son gotit pour les armes, ~fasAndré Masséna naquit le 6 mai i 758 a la
dans le fourrcau, il s'asseoil sur la neige a
Turbie, bourgade du petit Élat de Monaco. séna quilla sa femme et son magasin pour l'cxtrémité de la pente, et, se poussant ens'eoróler dans le 1e, bataillon des volonlaires
suite en avant avec les mains, il glisse jus.. 204 -

c¡u 'au has de la vallée .... Tous nos soldab, accusail déja de s'etrt' procuré braucoup d'arriant aux éclats, fon! de meme, el, t·n un «rnt durant les campagnes foites les années dan, venait d'elre ballue a Storkacb par le
clin d'a:il, le ltalaillon eotier ,p trouva réuni précédenles en ltalre, l'armée se plaignit prince Charles, et celle que nous a,·ion~ en
hors de la por11:edl's .\utrichiens slupéíaits !. .. d'etre en proie a la misrre, saos lelements el Italie, vaincue a XO\·i par les Russcs aux ordres
Ct'lle maniere de dt·set•ndre, c¡ui rcssemlile presqui: sans pain, landis •111e les adminislra- du célebre Souvarow, avait perdu son sénéral en chef Joubert, mort sur le cbamp de
beaucoup ;1 ce que les pa)sa11s et lt-s guides
hataille. Les Autrichiens, prets a passer le
de Sui,s, appt•llenl la 1'ama,~.~e. n'arnil Ct'rRbin, mcnacaient l'_\lsace el la Lorraine;
tainl'ment jamai, été prati&lt;¡uéc par un corps
l'llalie
était au pouvoir des fiusses que Soudt• lroupc, de ligue. Le fail, lout exlraordivarow cooduisait en Suisse en francbissant le
uairc qu'il paraissc, n'en e.sl pas moins exact,
Sainl-Gothard. La France, sur le point d'etre
cm non &lt;culr·menl il m'a été ccrtifié par h•s
en\'abie en meme temp, par ses fronlieres
!.:énéraux Hogu1•1 pere, Souli·s, ,\llwrl l'I
du Rbin el des Alpes, n'arait plus d'espoir
autres oflicit:r~ fai ant alors par tic de la di liqu 'en Alasséna. Elle ne ful point trompt~
siou )fa,séna, mab, me lrou\·ant neur an,
daos son aliente.
plus lard au chah·au de la llotMaye, lorsque
En vain, le Direcloire, impatient, et Berle marét-lial Augereau ) re~ul l'Erupercur et
nadotte,
son turbulent ministre de la guerre,
tous lt-s maréchaux, je les cnlt•ndis plai,antcr
expédient courri¡•r sur courrier pour pres,1asséna sur le nouveau IDOJCn de rl'lraite
crire a Ma~séna dP. livrer bataille : cclui-ci,
donl il :t\ail usé en celle circonslance.
comprenant que la déíaite de son armée
11 parail que le jour ou .\fasséna ,·é1ait
serait
une calamité irréparablc pour son pays,
l.'Crvi dP ce bizarre cxpédil'DI, ,ou\·ent cmne se laisse point ébranler par les mcnaces
plo1é par lui lor~•1u'il l;lail co11lr1•liandit•r, fil
réit1:rées de destilution, et, imilant la sage
g,:néral Bonaparle, nouvellt•menl placé a la
prudencc de Fabius t'l de Catinat, il ne veul
tete de l'armé1•, comprcnant c¡uc, arri\é trc,
frappcr qu 'a coup sur et décisif, en profljl'une au rommaodement en ebl'f', il dcvait
lant de l'instaot ou les circon,tances lui donpar rrla 111c111c s1• montrer s1;nlre rnwrs Ir~
neronl une supériorité momentani•e sur les
olticiers 1p1i mani¡uaienl a lc•ur drvoir, orennemis. Ce momcnl arri\·a enfin. L'inhal,ilc
donna ,le traduire ~la,séna devanl un con,eil
grnéral Korsakow, ancien favori de Cathede gnl'rrc. sous l'iru·ulpation d'a\oir aha11rine 11, s'étanl imprudcmment avanctl \ers
do,111e" ~011 poste, ce qui 1•ntrainait la pPine
Zurich, a la Irte de 50.000 Russes et Bavadt• mor! ou !out au moins sa dc-tilulion! ...
.;\l.\t&lt;É(II \L :'ll 1s,i:,A, l&gt;CC l&gt;E RIVOLI,
rois, pour y allendre son général en chef SouMais au moment ou ce général allait t~lre
l'RISr[ u'E•SLl:-!G.
varow, qui venait d'ltalie avec 55.000h,,mmt•s,
arreté. rommenca la rélcbre haJaille de )lond"apres lt /:,t,~au du BAROll GROS.
Masséna, s'élancant comme un lion sur Kortenottc, dans lar¡uelle les dilisions \lasséna Gravure de LEGRIS.
(.Vusée .k lºtrs.J/llts.)
sakow, a\·ant l'arrivée de Som·arow, le suret Augereau firent d1•11t mille prisonnicr~,
prirent 1¡11alre draprau1, enlcverent ('inq teurs, préle\ant de nombreu1 millions sur prend dans son camp de Zurich, bat, dispiPcrs de canon el mirenl l'armée aulri- les ÉLats du Pape, \·ivaient daos le luxe et perse ses troupes el les rejelre jusqu 'au Rhin,
cbiennc· dan, une déroute complete! ... Apres l'abondance. L'armée se révolta et envoya une aprcs lcur aloir fait épromer des perles
ces immenses résultats, auxquel, ~fass1;na députation de cent oíficiers demander oompte immcnscs! Puis, se retournanl \ers Sou\aª'"ait si qrandement conlribué, il ne pouvait a Masséna de J'emploi de cet argent. Soit que row, que l'béroique résistaoce du général
plus elre qucstion de le lraduire &lt;leva nt des le géuéral ne pul en justifier, soit qu 'il se Molitor avail arreté pendant lrois jours aux
ju¡?1•s. Sa íaute fut done oubliée, &lt;'l il pul pour- relusat ale faire par e~pril de discipline, Mas- défilés du Saint-Gothard, Masséna défail le
maréchal russe comme il a\·ait vaincu son
sui1re 'ª glorieuse rarricre.
séna ne consentit pas a se di~culper, et les
On le \ it ,e distinguer a Lodi, ~filan, Yé- troupes ayant persisté dans leur demande, il lieutenant Kor~akow.
Les résultats de ces diler~ eng-agements
ro11e. Ar1·ole, eufin parlout oü il comba11i1, ~e ,~it forcé de quiltcr Home et d'abandonmais principal&lt;'rnent a la bataille de Rirnli. ner le comm:mdemenl de l'armée. Des son furent :50.000 l'nnemis lués ou prisonnicrs,
t•l sr•s surcc'•s lui flrent donnr•r par le général retour en France, il publia un mémoire justi- quinzc drapcaux et soiunle bouchl's a feu
Bonaparle lt• gloricux surnom d'en(ant clufri licatif, qui íut mal atcueilli par le puhüc, enlevés, l'indép&lt;'ndaoce de la . uisse affermie
de la rfrlo1re !.. . Les prtlliminaires di! la ainsi que par la plupart de ses camarades el la France délivrée d'une invasion imminente !
Ce fut le moment ou la gloire de Maspaix a~anl élt; signés a Uoben, Masséna, qui au\quel~ il l'adressa; mais il fut surtont
a,·ait pr1, u11t• si !..'l'aodt• part ii nos vieloires, peiné de ce que le général Bonaparte partil séna ful la plu~ helle el la plus pure; aussi'
re~ul la mi,sion d'en porter le lraité au gou- pour l"Ég~pte saos répondrc a la lettre qu'il le Corps législatif proclama-t-il trois fois que
son armée et lui avaienl hit•n mí-rilé de la
wrnement. Paris l'accul'illit an~· les marques fui avait écrite a Ct• ~UJel.
palrie !. ..
de la ~lus , i\e admiration, el partout le
Ccpendanl, une nouYelle coalilion, oi1 enCependant, les peupll's t;lran!l"er, se pri•Jll'upl,· ,e pressait sur son passag,•, chacun lraient la Rus,ie, l'Autricbe et l'AngletPrre,
1011lant rnntcmpler les lraits de ce fameux ayant bientot déelaré la guerre a la France, parai,mt a de noU\·elles alfaques contre la
!?Ut·rrier..\lai, bientol cl'l éclataot triompbc le, ho,tilités recommencerent. En de teUes France, donl ll• g-ouvernement el la nalioa,
di: ~la~,1:na ful obscur&lt;'i par son amour exa- t·irconslances, Mas,éna, quoiqu 'il se fut mal diYisés par les factions, ~ 'accusairnt réciproc¡uement des dt:~ordres de l'intérieur, ain,i
;.!éré d1• 1';1r;,·nt, qui fut loujours ,on défaut
disculpé des accu~ations portées c-0ntre lui,
dominan!.
que &lt;les revers des armée~ du Rhio et d'ltalit.
ne pou\·ait rc;.tt'r daos l'oul,li: aussi le DirecLe !.!én1:ral Ouphot, ambassadl'ur de Francr loire, roulant u tili,er ses talents militaires, Le Directoire avili cbancelail sous le mépris
¡, fioow. a\·ait été assas~iné daos cette Yille. s'empre~,a-t-il de lui confier le commande- puhlic, et chacun avouait •1ue cet élal de
[ne partil' de l'armée d'ltalie, sou, le com- ment de l'armée franrai~e chargée de dé- c·hoses ne pomait durer, lorsque le général
mandl'nwnt de 8ertbicr, ful chargée d'allcr Cendre la Sui,,e. lla,séna y obtint d'abord de Bona parte, récemment arri"é d'Ég~ple, accomen tiri:r lCO!.!t'ance; mais ce général, bientul grand, avan1agi&gt;s; mais ayanl allaqué avec plit, au i 8 1,rumairc de l'an VIII, le coup
rappelé par l!onaparlc qui vou)ail l'emmencr
d"État prévu depuis deux ans et se plac;i a fa
trop de prfripitation le dangereu1 défilé de
en É;r~ ple, cJda la place a Mas~éna daos le Feldkircb, dan, le \'orarlberg, il fut repoussé lele d'un nouve.,u gourernemenl avt&gt;c le litre
commandemtnl de l'armée de Home. Peu de a\·ec perll' par le-, Autrichiens. Acelle époque, de premier Con,ul. Masséna, homme nul en
kmp, apres l'arrivéc de ce général, qu'on notre armée du Hbin, commandr.&lt;¡• par Jour- politique, ne prit aucune part i, Ct'lle rérnlution, et bien que peu dé\"Oué au nou1el
... 205 ...

�111STORJ.ll

________.;._________________________________~

ordre de choses, il accepta par palriotisme le
comman&lt;lement des débris &lt;le l'armée d'ltalie
que la morl du général en chef Championnel
avait momentanémenl placée sous les ordres
de mon pere, le plus aacien des généraux
dirisionaaires.
L'iocurie &lt;lu Directoire avail élé si grande
qu'a son arrivée a Nice Masséna lrouva l'armée daos la plus profonde misere. Des corps
enliers renlraient avcc leurs armes en France
pour deman&lt;ler du pain el &lt;les ve temen Is!. ..
J'ai déja fait connailre les elforts teutés par
le géoéral en chef pour remcllre les troupes
sur un bon pied, malgré la péourie qui
régnait alors daos la ri,·iere de Genes, ou il
s\:lait jeté :t1ec l'aile droile de son armée
lorsque les forces supérieures des Aulrichiens
l'curcnt séparé du centre el de la gauche. Je
ne re,iens done pas sur ce que vous coonaissez drja, el me bornerai a dire que Masséna se counil d'une gloire immorlelle par
son courage ph}sique et moral, son aclivilé,
sa pré10yance et son intelligence de la guerrc.
11 garantil de nou1·eau la France &lt;l'un1• im-asion, ca donnanl au prcmier Consul, par la
Lénacilé &lt;le la défense, le lcmps de réunir a
Uijon l'armée de réserre, a la tele de laquelle Bonaparle traversa les Alpes et vial
hatlre les .\utrichiens &lt;lans les plaincs de fürcngo.
,\pre~ celle victoire, le premier Consul,
rclournant rn Franct', crul ne pouvoir confier
le comman&lt;l1•menl de l'armée a un homme
plns illuslre que Masséna; mais au hout de
quclques moi~, &lt;les griefs semblahles a ceux
dont s'était plainle jadis l'artnée de Ilome se
produisirt'nl cootrc lui. Les réclamations
s'élevcreal &lt;le toulcs parts: des impols nouVl'aux s'ajoulcrenl aux anciens, des réquisiLioas nombreuses furenl frappées sous divers prétextes, el cependant lrs troupes
a'étaieot pas paJét•9 ! Le prl'rnier Consul,
instruit de C&lt;'t élal de choses, retira brusqucmcnt et saos cxplicalioo le commandernent
de l'armér a Jlasséna, qui, rl'nlré daos la
vie pri vée, manifesla son méconlentemenl
en refusant de ,·oter le consulat a l'ie. 11
s'abslinl aussi de paraitre a la nou,elle
Cour; mai~ le premi!'r Consul ne lui en don na
pas moins une arme d'honneur, sur la1111elle
étaient insrriles les virloircs rPmporlé&lt;'s par
lui el celles auxquelks il al'ait conlribué.
Quaad Bonaparte ~aisil la couronne impériale et récompPnsa les généraux qui al'ail'rll
rendu le plm, de senit'es it la patrie, il comprit Mas,éna &lt;lans la premiere li~le des maréchaux et le nomma grand cordon de la Légion d'bonneur t'l chef de la qualoriieme
cohorte de cct ordrt· 11u'il ,·enait de créer.
Ces hautes dignités el l...s émolumcnts énormes
qui y furcnl allachés ayant détruit l'opposition faite par Masséna depuis qu'on lui avait retiré le commandement de l'armée d'ltalie,
il vota pour l'Empire, se readit aux Tuilrries
et assisla aux cérémoaies du sacre et du couronnement.
Une troisi~me coalition arnnt menacé la
Fraoce en 1805, l'Empereur·confiaa ,tasséna
le soin de défendre al'ec 40.000 liommPs la

haute ti1tic conlrc les allaques de l'archiduc
Charles d'Autricbe qui en al'ait 80.000. Cette
t:1che offrait de grandes dil'licultés; cepeodant, non seulement )lasséna pré~t•r,a la
Lombardie, mais altaquant les ennemis, il
les poussa au dela du Tagliamcnlo et pénétra
jusque dan~ la Carniole, oú, for~anl le prince
Charles it s'arrelrr tous les jour~ pour lui
faire face, il retarda trllcmenl sa marche que
le gém•ralissimc aurril'hicn ne pul arriver a
Lemps pour sauYer Yieanc, ni pour M' joindre
11 l'armé1· russe que l'Empcrt•ur haltit a
Au~terlitz. i\'éanmoins, celui-ci ne parut pas
apprécier hcaucoup les Sl'r,ices rendus par
Masséna daos t·clle campa~ne; il lui reprochai t de n'avoir pas agi avec sa ,igueur habiluelle, ce qui n'empecba pas qu'aprcs le lraité
de Presbour~, il l.: cbargea d'aller conquérir
le ropume &lt;le .\aplt-s, sur le lrone dm1uel
il voulait placer lt&gt; prince JosC'ph, son frere.
En un mois, les Fraacais occuperent lout le
pays, excepré la place forte de Gaele, dont
llasséna ~·empara cepcndant apres un sicgc
soutenu arce YiguPur. liais pendanl qu'on
dirigeait les auar¡ues contre celle l'illc, il
éproul'a un hipn , if chagrin dont il ne se consola jamais. Lne sommc énorme que Masséna
prt;lendail lui appartenir ful confisquée par
n:mpereur ! Ce fait curicux méritc d'elre
ral'onté.
Napoléon, pcrsuadé 11uc le meilleur moyen
de conlraindre les Anglais a demandcr la
paix était de ruincr leur commerce, en s'opposanl a l'introduclion de leurs marcbandises sur le continenl, les faisail saisir el
hruler dans tous les pays soumis ason autorité, c'esl-a-dirc dans plus de la moilié de
l'Europe.
Mais l'amour de l'or est bien puissant
et le commerce bien subtil !. .. On aYait done
imaginé une maniere de faire la contrehande a coup sú1·. Pour cela, des négociants
anglais avec lesquels oa étail d'arcord envoyaient un ou plusicurs navircs remplis de
marchandises se faire prendre par un de nos
corsaires, qui les coaduisait dans un des
nomhreux porls occupés par nos troupes,
1lepuis la Poméranie sné&lt;loisc jusqu'au boul
&lt;lu royaume de 1~aples. Ce pr¿micr acle
accompli , il restail it débarquer les colrs et a
les inlroduire, ea évitanl la confiscation;
mais oa y al'ait paré d'avan!'e. L'immcnse
élcndue de roles des pays conquis m• perml'llanl pas de les faire cxactrmcnl surl'&lt;'iller
par des douaniers, Cl' senicc était fait par
des soldats placés sous les ordrcs de généranx cbar~és du commaadcment du roHume
ou de la province occup¡:s par nos lroui&gt;es. Il
sufllsait don,: d'une aulorisalion doanée par
!'un d'eu\ pour fairP passer les ballots de
marchandises; puis les négociants lraitaicnt
avec le protecteur. On appelait cela une
licence.
L'origine de ce noul'eau genre de commcrce remoalait a 1806. époque a lac¡uelle
Bernadotte orcupait lfambourg et une partie
du Danemark. Ce maréchal gagna de la sorte
des sommes considérables, el lorsqu'il rnulait donner une marque de rntisfaction a

quelqu'un, il lui acordait une licence, qu
celui-ci l'l·ndait a dl's aégociants. Cet u,age
s'étca&lt;lil peu a pcu sur lout le lilloral de
l'.\llemagne, de l'Espagae, el principalcmenl
de l'ltalie. 11 pénélra memc ju~qu'a la cour
&lt;le l'Empereur, dont les dames l'l les chambellans St' faisaicnt donner dl's lice11ces par les
ministre~. On :.'en C.'lchail vis-i1-vis de .\apoléon, mais il le sarnit ou s'cn &lt;loutait. Cependant, pour ne pas rompre trop hrusqucmenl
les habitudes des Pª}" coni¡uis, il lol(.rail cet
auus hors de l'ancirnne FranC(', pourrn que
l'exéculion s 'en fil avec myslere; mais chose
étonnaalc !'hez ce grand bommc, &lt;les 1p1 'il
appreaail que r¡uelqu'un avait pou~~é trop
loin les gains illicites pro&lt;lnirs par les
lil'enl'e.~, il lui faisait 1'entlre gol'ge! Ainsi,
l'Empereur aiant &lt;;té informé que Je conunissaire ordorrnatcur llichau:t, chef de l'a&lt;lminislralion de l'armée de fü•rnadottc, a,ait
perdu en une seulc soirée 300.000 francs
daos une mabon de jeu de Paris, il lui lit
écrire par un aide &lt;le camp qm• la caisse drs
lnralides a~aot besoin d'argenl. il lui ordonnail d'y 1erser 500.000 francs, ce que füchaux s'empressa de faire, tanl il avail gagné
sur les lic!'nces !...
\'ous penscz hien que lla,st•na n'arnit pas
été le dernier a Yendre des licences. o·accord
avec le général Solignac, son chd d'ét.1lmajor, il en iaonda lous lrs porls du róyaume
de Na ples. L'Empereur, informé que Masséna
aYaiL déposé la somme de ll'ois millio11s cbez
un baaquier de Livourne, qui avail recu l'D
mcme lemps 600.000 francs du général Solignac, fil écrire au maréchal pour l'engager
a lui p1'eter un mi Ilion et demanda 200.000 fr.
au chef d'étal-major. C'étail juste lr licrs d.:
ce que cbacun d'eux avait gagné sur b
licences. Vous "oyez que l'l!:mpereur ne les
écorchait pas trop. füis a la vuc• de ce
mandat d'une nouvelle forme, ~lassérra, rugissant comme si oa lui arracbait le~ enlraillcs, répond a Napoléon que, étaat le plus
pauvre des máréchaux, chargé d'une nombreuse famille el criulé de dettes, il n·i:rPtle
,ivemenl dl' ne poul'Oir rien luí emo~~r! ...
Le géaéral Solignac íait une réponse analogue, el lous deux se féliciraienl d'ayoir
ainsi trompé l'Empereur, lorsque, pendanl le
sicge de Gai•le, on voit arrivcr ca courrier le
fils du banquirr de Li,·ourne, annoac,,nt que
l'inspecteur du lrésor fran~ais, escorié du
commissaire de police et de plusieurs gendarmes, s'étanl présenté chez son pere, ,:est
fait remellre le livre de caisse sur Jeque! il a
doané quittance des lrois millions six Ct'Dl
mille francs Yersés par le marécbal el le général Soligaac, en ajoutant que cetle somme,
apparte,wnt i1 tarn,ée, étail un dépot confié
a ces deux personnages el donl l'Empercur
ordoanait la remise sur-le-champ, soit en
espcces, soit en effets de commerce né~ociables, anoulaat les recus donnPs a Masslna et
a Soligaac ! Proces-verbal avait été donaé de
cette saisie, a laquelle le banquier, qui, du
reste, ne perdait rien, n'al'ait pu s'opposer.
11 est difficile de se faire une idée de la
fureur de Masséoa en apprenanl que ~a for-

.M.\RIE· LOl ISF. ET

tune veaait de lui etre ravie. 11 en lomba
maladP, mais n 'osa adresser aucoae réclamation a l'Empereur, qui, se lrouvant alors en
Pologne, y lit venir Masséna. Apres la paix

XA POLEO:-..

-

T.JNeau de lllE."&lt;JAto. (Musee de Vtrs,11/les.)

de Tilsitt, le litre de duc dP Ilimli et une
dotation de 500,000 francs de rente fureat
la rérompensc de ses services, mais ne le
coasolerent pas de ce qui avait été pris a

.... 20ó "'
.., 207 ,...

Livourne, car, malgré sa circonspection habituelle, on l'entendait parfois s'écrier: « Le
cruel, pendaat je me ballais pour ses intérels, il a eu le courage de me prendre les

�,,____________________________

111STO'RJJI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - , - - - - petites économies que j'avais placées a Livourne 1 ! ,&gt;
L'invasion de l'Espagne ayant allumé de
nouveau la ¡nierre avec l'Autriche, l'Empereur, menacé par ces armements considérables, revint en toute bate de la Péninsule
pour se rendre en Allemagne, ou il s'était
fait devancer par Masséna. Je vous ai déja
fait connaitre la part glorieuse que ce maréchal prit a la campagne de 1809; aussi, pour
récompenser sa bonne conduite et sa fermelé aux combats d'Essling et de Wagram,
l'Empereur le nomma prince d'Essling, en
lui accordant une nouvelle dota tion de
500,000 francs de rente qu'il cumulait aver.
celle de 500,000 du duché de Rivoli et
200,000 francs d'appointemenls comme maréchal et chef d'armée. Le nouveau prince
n'en dépensa pas un sou de plus.
Les campagnes de 181 Oet i 811, en E¡:pagne et en Portugal, furent les dernieres de
Masséna. Je viens de les raconter : elles ne
furent pas heureuses. Son moral était affaibli; aussi ces deux campagnes, au lieu d'ajouter a sa gloire, amoindrirent-elles sa réputation de grand général, et l'enfant chéri de la
vicloil'e éprouva des revers la ou il aurait pu
et du vaincre.
Masséna était maigre et sec; d'une taille
au-dessous de la moyenne. Sa figure italienne
était remplie d'expression. Les mauvais cotés
de son caractere étaient la dissimula tion, la
rancune, la dureté et l'avarice. I1 avait beaucoup d'esprit naturel; mais sa jeunesse aventureuse et la position infime de sa famille ne
l'ayant pas mis en élat d'étudier, il manquait
totalement de ce qu'on appelle l'inslruction.
La nature l'avait créé général; son courage
et sa ténacité firent le reste. Daos le~ heaux
jours de sa carriere militaire, il avait le coup
d'reil juste, la décision prompte, et ne se
laissait jamais abattre par les revers. En
vieillissant, il poussa la circonspection jusqu 'a
la timidité, tant il redoutait de compromettre
la gloire jadis acquise. II détestait la lecture; aussi n'avait-il aucune notion de ce
qu'on a écrit sur la guerre; il la faisait d'inspiration, et Napoléon l'a bien jugé, lorsqu'en
parlant de lui dans ses Mémoires, il dit que
Masséna arrivait sur le cbamp de bataille sans
savoir ce qu 'il ferait : les circonstances le
décidaient.
C'est a tort qu'on a voulu repré¡:eoter Masséna comme étranger a la flatte1·ie, disant
franchement et un peu brusquement meme
la vérité a l'Empereur. Sous sa rude écorce,
Masséoa était un rusé courtisan. En Yoici un
exemple remarq11able.
L'Empereur, accompagné de plusieurs maréchaux, parmi lesquels se trouvait Ma~séna,
ehassait a tir dans la foret de Fontaiuebleau,
et Napoléon ajuste un faisan ; le toup, mal
dirigé, porte sur Mas~éoa, auqut'i un graio
de plomb crel'e l'0&gt;il gauche. L'Empereur,
ayant seul tiré au moment de l'accident, en
était incoutestablement l'auleur iuvolontaire;
1. le général Lamarque raconte dans ses Mémoires
commcnl il cul la désagréal,le mission d'annoncer á
l\Iasséna la conliscation de ses millioos. La sci!oe se
pa•se la nuil, au i&gt;alais Aclon. - (Sote de l'éd. )

cependant Masséna, comprenant que, son reil
étaot perdu, il n'avait aucun intéret a ~ignaler le maladroit qui venait de le blesser, tandis que J'Empereur lui saurait gré de détourner J'attention de sa personne, accusa le
maréchal Berthier d'imprudence, bien que
celui-ci n'eut pas encore fait feu ! Napoléon,
ainsi qce tous les assistants, comprit parfailement la di serete intention du courLisan, et
Masséna fat comblé d'attentions par le maitre 1
Bien que tres avare, le vainqueur de Zurich aurait donné la moitié de sa fortune
pour etre né dans l'ancienne France, plutot
que sur la rive gauche du Var. Rien ne lui
déplaisait autant que la termioaison italienne
de son nom dont il transformait l'a en e
muet daos sa signature, et lors4u'il parlait a
son fils ainé, il l'appelait toujours Masséne.
Cependant le publie n'adopla pas ce changement, et le nom de Masséna prévalut, en dépit de celui qui l'avait illustré.
La campagne de Portugal avait tellement
affaibH le moral et le physique de Masséna,
qu'il fut contraint d'aller cbercher le repos
et la santé sous le doux climat de Nice. 11 y
passa toute l'année 1812; mais Napoléon, a
son retour de la malhl'ureuse expédition de
Russie, s'étant trouvé daos la nécessité d'utiliser tout ce que l'Europe avait de ressources,
pensa que le nom de Masséna pourrait encore
rendre quelques services, surtout en Provence, et il contera au marécbal l'emploi de
gouverneur de la 8• division militaire.
Lorsqu'en 18!4 les ennemis envahirent la
France, Masséoa, qui, du reste, avait peu de
troupes a sa disposition, ne fit rien pour
arreter leurs progres, et le 15 avril il se soumit au duc d'Angouleme, qui le nomma commandeur de Saint-Louis, mais ne le créa
point pair de France, sous prétexte que, né
a l'étranger, il ne s'était pas fait naturaliser !... Comme si les victoires de Rivoli, de
Zurich, la défeose de Genes et une série
d'actions glorieuses pour la France n'avaient
pas autant de valeur que des lettres de
grande naturalisation données souvent a prix
d'argeul a des intrigants étrangers !... L'injure faite a Masséna daos cette circonstance
produisit un fort mauvais ellet sur !'esprit
des populations et de l'armée. Cette mesure
facbeuse ful une des causes qui contribuerent
le plus a irriter la nalion contre le gouvernement de Louis XVIII et a amener le retour
de l' Empcreur.
Celui-ci débarqua pres de Cannes le
1er mars 1815 et se mit sur-le-champ en
marche vers Paris, a la tete d'un millier de
grenadiers de sa gard&lt;!. L'imprévu et la rapidité de celle invasion surprirenl Masséna et
le jeterent dans une grande perplexité. Il
essaya néanmoins de résis1er au torrent, en
réunissant quelques régiments de ligue P,L en
mettant en aclivité it's gardes natiouales de
fürseille et des eovirons; mais ayant appris
que le duc d'Angouleme avait élé forcé de
capituler a la Palud et de quitter le royaume,
Masséna dépecha son fils a Louis X\'11[ pour
le prévenir qu ·¡1 ne devail plus compler sur
lui, et, se ralliant au gouvPraPment impérial,
... 2o8 ...

il fit, le 10 avril, arborer le drapean tricolore daos toule l'étenrlue de sa division et
eníermer le préfet du Var qui voulait encore
résister. PJr celte conduite, Mas,éna ne satislit aucun parti et s'aliéna les royalistes ainsi
que les bonapartistes; aussi I'Empereur s'empressa-t-il de le rappeler a Paris, ou il le
recut assez froidement.
Napoléon ayant, peu de lemps apres, commis la íaute énorme d'abdiquer une seconde
fois par suite de la perle de la ba1aille de
Waterloo, la Chambre des représentants,
qu'il avait eu le tort de réunir en partant
pour l'armée, s'empara du pouvoir et nomma
un gouvernemenl provisoire, dont le premier
acle ful d'investir Masséna du commandement de la garde nationale de Paris, bien
que les infirmités du marérhal le missent
hors d'état de l'exercer en personne; mais
on voulait un nom capable d'animer !'esprit
de la population et de la porter a seconder
l'armée dans la défense de la capitale. Les
intrigues de Foucbé, duc d'Otrante, ayant
semé la discorde parmi les membres du gouvernement provisoire, les projets de résistance furent soumis a un conseil militaire,
dans lequel Masséna émit !'avis que Paris ne
pouvail 1·ésiste1· !... En coost5quence, un
armistice fut conclu avec les généraux ennemis, et l'armée francaise se retira derriere la
Loire, 011 elle fut licenciée.
Lorsque les alliés furent maitres de la
France, Louis XVIII, pour punir Masséoa
d'avoir abandonné sa cause apres le 20 mars,
le fit comprcndre au nombre des juges du
maréchal Ney, espérant que, aveuglé par la
haine, il n'hésiterait pas a condamner son
infortuné collegue et entacherait ainsi le glorieux nom de Masséna; mais celui-ci se récusa, en alléguant les dissentiments qui
avaient existé, en Portugal, entre le maréchal Ney et lui. Puis, voyant ce mo1en rejeté, il se joignit a ceux des juges qui voterent pour le renvoi de Ney devanl la Chambre des pairs. lis espéraient le sauver ainsi,
mais ils auraient mieux fait d'avoir le courage politique de lejuger el de l'acquitter ....
lis ne l'oserent !. .. Ce fut une grande faute.
Le maréchal Ney, condamné par la pairie,
ayant été fusillé, son sang, au lieu de calmer
la fureur de la faction royaliste, la rendit
implacable. Bientót elle poursuivit' Masséna
lui-meme.
Les Marseillais, pour lesquels il a1·ait oaguere employé son crédit afin d'obtenir la
franchise de leur port, le déooncerent a la
Cbambre des Mputés pour cause de péculat ! ... Cetle accusalion était mal fondée, car
Masséna n·avait commis aucune exaclion en
ProYencc; aussi la majorité de la Chambre
introuvable, bien que renommée pour sa
haine contre les hommes célebres de l'Empire, repoussa aw:c mépris la pétition des
babitants de Marseille. Ce fut a cette séance
que le député Manuel, de,·eou si célebre,
commenca a se faire remarquer par la cbaleureuse défense qu'il prononca en fa1·eur de
Masséua. Cclui-ci, ayant aiosi échappé a la
réaction qui, a cette époque, ioonJait la

•

Francc, abandonna la scene du monde, sur
laquelle il avait joué un role si brilla ni, l'l
Yécut désormais dans la retraile, en son
chatl'au di' Rueil, ancienne bahitation du
cardinal de Richelieu. 1tasséna termina ainsi,
dans la disgrike el la solitude, sa glorieuse
carriere. II mourat le 4 avril i8 l 7, a l':\ge
de cinquanle-ncuf ans.
A son déces, le gomerneme11t ne lui ªIant
pas encore cmoyé le nouveau baton de comma11demenl qu 'il est d'usage de placer sur le
cercueil dcR maréchaux, le général Tleilll',
gendre de Mas~éna, fit réclamer cet insigne
auprcs du gfoéral Clark&lt;-, duc de Feltre,
mini,tre de la guerre; mai, celui-ci, devenu
légitimiste des plus forcenés, n'ayant pas
répondu a cclle juste demande, le géoéral
Tleille, par un arle de courage fort rare 11
cetle éprn~ue, fit savoir a la tour que, si le
liiilon de maréchal n'était ¡ias l'llYOJé au moment des obsequcs de son beau-pere, il placerait ostensiLlement sur le rercueil celui
que l'Empereur avait donné jadis a Masséna;
alors le gouvernement se décida a faire remellrc ct•t insigne.
J'ai sigoal~ quelqucs taches dans la ,ie de
ce guerrier télcbre, mais elles sont couvertes
par sa gloire éclatante et les services signalés
qu'il rendit a la France; aussi la mémoire de
Masséna paniendra ala postérité comme celle
d'un des plus grands capitaines de celle époque, si fertile en illu~lratious militaires.

CHAPITRE 111

J1f'É.M01'R,ES DU G'É'N'É'J?,_.AL 11A.'J{D'N DE .MJH{BOT - --.

ni' pouvc,ir presque plus mooter a cheval;
« mais, continua l'Empereur, c'esl un excel« lent ofíicier, qui a vaillammenl fait les
« premieres campagnes avec moi; je l'aime
11 et l'estime heaucoup, et comme il m'a supe, plié de lui permettre d'essayer de faire une
&lt;1 noul'elle campagne, je ne veux pas lui rec1 tirer son rrgimenl. Cependant, j'appreuds
« que ce beau corps péril lite entre ses
c1 mains; je ,ous enrnie done comme coadju« teur de La Nougaredt'. Vous travaillerez
« pow· t•ous, car si la santé du colonel actm·l
&lt;1 se ré1aLlit, je le ferai général; dans le cas
ll contraire, Je le mellrai daos la gendar« merie, et, de quelque manii&gt;re qu'il quille
c1 son régiment, c'est vous qui en serrz colo11 nel. Je vous répete done que vous allez
ll travailler pour vous .... &gt;&gt;
Cel1e proruesse me rendit l'cspérance, et je
me préparais a gagner ma noul'elle destina1ion, lorsque le minis1rc de la guerre prolongea mon congé jusqn'a la fin de mars.
Bien queje n'eus&amp;epas demandé cellefayeur,
die me fut tres agrrable.
Le 25• régiment de chasseurs se trouvait
alors dans la Poméraoie suédoise. J'avais done
une dislance énorme a parcourir, et comme
je voulais arri\'er avant l'expiration de mon
congé, je quittai Paris le 15 mars, en me
séparant a grand regret de ma chere femme.
J'avais acheté une bonne caleche, dans
laquelle, sur la recommandation du maré,bal
Mortier, je cédai une place a son neveu,
M. Durbach, lieutenant au régiment daos

1812. - L'Empereur m'adjoinl au colonel du 23• de
chas.,eurs a chcval. - Je rcjoins mon régiment il
Stralsund. - Sui&gt;erl,e élal de ce corps. - lnlrigurs
du comte de Czernichelf.

.le commencai l'anoée 1812 a Paris, aupres de ma jeune femme et de nos paren1s.
Mais le bonheur dont je jouissais était troublé var la pensée de mon prochain départ.
Je devais allcr rejoindre le 1er régiment de
chasseurs a cheval, dans lequel j'avais été
placé comme simple chef d'escadrons. Les
regrets que j'éprouvais de n'avoir pas obtenu
le grade de tolonel, que je croyais avoir mérité, furent un peu atténués lorsque, ayaot
été aux Tuileries pour les salutations du jour
de l'an, l'Empereur me fit ordonner, par son
aide de camp, de me rendre dans son salon
particulier. J'y trouvai le général Mouton,
comte de Lobau, qui, dans cette affaire, fut,
comme tnujours, tres hienveillaot pour moi.
Napoléon parut et me dit d'un ton fort alfable qu'il avait eu le projet de me donner un
régiment; que des considérations particulieres
l'ayant porté a nommer mon camarade Baraio colooel, ce qui, avec Pelet et Casabianca,
faisait trois colonels pris parmi les aides de
camp de llasséoa, il ne croyait pas devoir en
accorder quatre a son seul état-major, mais
qu'il ne me perdrait pas de vue. L't&lt;..mpereur
ajouta que, ne pouvant me nommer sur-lecbamp titulaire d'un régiment, il allait me
cbarger d'en commander un, le 25• de chasseurs a cheval, dont le colonel, M. de La
Nougarede, était devenu goutteux au point de
I\' . -

HISTORIA, -

FASC. 2&lt;).

MARÉC::HAL M.AISON.

Gravure de LFCLERc, d':,pres k latkau de Ltm,
CoGSIET. (Mustie de 1' ersatlks.)

lequel j'allais servir. Mon ancien domestique,
Woirland, m'ayant demandé a rester en
Espagne, ou il comptait faire fortune comme
cantinier, je l'avais remplacé, a mon départ
de Salamanque, par un Polonais oommé
... 209 ...

Lorentz Schilkowski. Cet bomme, ancien
uhlan autrichien, ne manquait pas d'inlelligence, mais, comme tous les Polonais, il était
ivrogne et, con1rairement au caractere des
soldats de celle nalion, poltron comme un
liene. Mais Loren1z, oulre sa laogue natale,
parlait un peu le francais, parfai1ement
l'allemand et le russe, et, sous ces derniers
rapports, il me fut tres précieux pour
V0)agn et faire la guerre daos le Nord.
J'approcbais des provinces rhéoanes, lorsque, en sortant pendant la nuit du relais de
Kaiserslautern, le postillon précipila ma
caleche dans une fondriere 011 elle fut hrisée.
Persoone ne fut blessé; néanmoins, M. Durbach et moi nous dimes simultanément :
« Voila un bien mauvais présage pour des
« militaires qui ~eront bieolot en face de
« l'ennemi l. .. ¡¡ Cepeodant, apres avoir passé
une joumée a faire réparer la voiture, oous
pumes nous rcmellre en roule; mais la chute
avait tellement maltraité les ressorts et les
roues qu ',Is casscrent six fois pendant notrc
rnyage, ce qui nous retarda beaucoup et nous
ÍOr(.!a souvent a faire plusieurs lieues a pied
daos la neige. Nous parvinmes enfin sur les
bords de lamer Ilaltique, ou le 25• de chasseurs
tenait garnison a Stralsund et Greifswald.
Je trouvai daos le colonel de La Nougarede
un excellent homme, instruit, capable, mais
que la gou1le avait tellement vieilli al'ant
l'age, qu 'il pouvait a peine se tenir cheval
et voyageait constamment en voiture, triste
maniere d'aller pour le chef d'un régiment
de cavalerie légere ! 11 me re(:llt on ne pcut
mieux, et apres m'avoir expliqué sa position
el fait connaitre les raisons qui, daos l'intéret
de son avenir, le retenaient au régiment, il
me communiqua une lettre par laquelle le
comte de Lobau l'informait des motifs qui
avaient porté l'Empereur a me mettre aupres
de lui. M. de La Nougarede, loin d'en etre
blessé, y vosait au contraire un redoublemenl
des bon tés de l'Empereur et l'espoir prochain
d'etre nommé général, ou chef de légion de
gendarmerie. 11 comp1ait, avec mon aide, faire
au moins une parlie de la campagne et obtenir
ce qu'il désirait a la premiere revue de l'Empereur. Aussi, pour me faire participer a
l'autori1é du commandement plus que ne le
comportait mou grade de premier chef
d'escadrons, il réunit tous les officiers, devant
lesquels il me délégua provisoiremcnt tous ses
pouvoirs, jusqu'a ce qu'il fut completement
rétabli, prescrivaot a chacun de m'obéir saos
qu'il fut besoin d'en référer a lui, que ses
infirmités mettaieot si souvent hors d'état de
suivre le régimeot d'assez pres pour le commander en personne. Un ordre du jour fut
rédigé en ce sens et, sauf le grade, je me
trouvai par le fait chef de corps a dater de
ce jour, et le régiment prit bientot l'habitude
de me considérer comme son chef réel.
Depuis l'époque dont je parle, j'ai commandé plusieurs régiments de cavalerie soit
comme colonel, soit comme officier général.
J'ai été longtemps inspecteur de cette arme,
et je déclare que si j'ai vu des corps aussi
bien composés que le 25• de chasseurs, je

a

q

• •

�111STO'J{1.Jl

________________________________________..

n'en ai jamais rencontré qui le surpassassent. venait d'envahir les États, nous a,·ions vu
d'etre rejoint par un courrier, il prit les mies
Ce_ n'est pas que ce régimenl offrit quelques arriver 11 Vienne le colonel comle de CzerniSUJCls hors ligne et d'un mérite transcendanl cheO', dont la mission ostensible élait d'entre- les moins fréquentées el panint a la frontiere
tels que j'en ai connu un petil nombre daos tenir de bons rapports entre Napoléon el du Rbin en é,•itant Mayence et Cologne, ou le
plusieurs autres corps; mais s'il n'y avail Alexandre, mais dont le but $Ccret élait Lélégraphe avait déja transmis l'ordre de
dans le 23• aucun homme d'une capacité d'informer son souverain de nos succes et de s'emparer de sa personne. Quant au pauvre
n-aiment remar&lt;1uable, il ne s'en trou\'aÍt nos revers, afio que celui-ci piit resserrer ou employé, il ful saisi au moment meme ou il
aucun qui ne fut a la hauteur des fonctions rompre son alliance al'ec la Fraoce selon les comptait la somme de 500 000 francs en
billets de banque, qu'il avail recus pour prix
qu'il devait rcmplir. leí pas de sommités, ci rconsta nces.
de
sa lrahison ! Forcé par l'évidence de conmais aussi pas de parties íaibles; tout le
Le favori d'Alexandre ful on ne peut venir de son crime, il a,·oua qu'un autre
monde marchail du meme pied, lant pour la mieux reru par l\'apoléon, dont il ne quilla
"alcur que pour le :.:ele. Les officiers, remplis pas la personne daos les remes et les courses commis dela guerre avait aussi vendu diversPs
d'intelli,:tcnce el suífisamment instruits, qui précéderent la bataille d'Essling; mais pieces au colonel russe. Oo arreta le second
avaient tous une 1&gt;1cellenle conduite el vivaient lorsque cette sanglanle affaire par ul indécise coupable, et •ous deux furentjugés, condamnés
en nais {,·eres d'arrnes. 11 en étail de mcme el qu'une grele de boulcts vint lomber au et fusillés ! lis moururent en maudissant
des sous-ofllcicrs, et les cavaliers suivant ce milieu de l'étal-m1jor impérial, )l. de Czer- M. de Czernicheff, qu'ils accusaient d'etre
venu les chercher jusque daos leurs mansardes
bon exemple, l'accord le plus parfait régnait nicheff lourna bride promptcment, puis,
afin
de les séduire par la vue d'un monceau
parmi eux. C'étaient presque tous de vieux repassanl les ponts du Danube. il alla se
d'or,
qu'il augmentait sans cesse lorsqu'1l les
soldats d"Austerlitz, Iéna, Friedland, Wagram; meltre a l'abri du péril daos le palais de
voyait
hésiter. L'Empereur fit publier daos
aussi la plupart d'entre cux a,aient le triple, Schambrünn, el, le surlendcmain de la
ou au moins le double chet•ron ; ceux qui bataille, il repril le chemin de Pétersbourg, lous les journaux francais un article des plus
n'en naicnt qu'un étaient en tres petit pour aller saos doute raconter l'insucces de ,·irulent - contrc lf. de Czernicheff, en y ajounombre. L'c~pece d'hommes était superbe; notreentreprise! ... Napoléon trouva le procédé tant des obserl'alions qui, bien qu'indirectes,
elle provcnait de la l\'ormandie, l'Alsare, la ÍOrl inconvenant, el il sortil de sa bouche des durent blesser vivement l'empereur de Russie,
Lorraine et la Franche-Comté, provinces lazzi piquanls sur la bravoure du colonel car elles rappelaienl que les assassins de
connues pour leur esprit militaire et leur russe. Néanmoins, apres la paix conclue avec Paul l", ~on pere, n'avaient pas été punis par
Alexandre.
amour pour les chevaux . La taille et la force l'Autriche, ll. de Czernicbeíl' vint tres fréApres une telle sortie, il ne fut plus posde ces chasseurs ayanl élé remarquées par le quemmenl a Paris, ou il passa une partie des
sible
de mettre la guerre en question, et, bien
général Bourcicr, chargé de la remonte géné- années i8 IO el 181 l. Beau, galanl, aimable,
rale, il avait donné au 25e de chasseurs des fort dissimu.lé et d'une politesse des plus qu'elle ne ftit pas encore déclarée, on s'v
chevaux plus grands et plus corsés que ccux recherchées, son litre d'aide de camp de prilpara de part el d'autre ouvcrtemenr. L;
affectés a !'arme; aussi appelait-on ce régi- l'empereur de Hussie fo fil bienvenir, non conduite de M. de Czernicheff, bien que
ment les carabinier1, de la cavalerie légere. seulement a la cour, mais aussi daos les blarnée hautement par tout le monde, trourn
Un séjour de plubieurs années daos la fertile salons de la haute société, ou jamais il ne néanmoins, surtout parmi les diplomates,
Allemagne avaitmis les hommes el les chevaux parlait de poli tique; il paraissait absorbé par des approbateurs secrets qui fondaienl leur
dans un paríait état, et le régimenl, quand les soins qu'il donnail aux dames, pres opinion sur le íameux adage: ce Salus ¡,all'i;e
j 'en pris le commandemenl, présentail un desquelles il passait pour avoir beaucoup de prima !ex », et ils rappelaienl a ce sujet une
effectif de plus de mille combattants bien succes. Mais vers la fin de 181t, époque ou anecdote peu connue, que je liens du maréchal
disciplinés, toujours calmes et silencieux, des bruits de guerre se renouvelerenl, la Lannes, el qui prouverail que, tout en punissant avec raison les Francais qui vendaieut
surtout de,·ant l'ennemi.
police de Paris ayant été informée que, tout les secrets de leur patrie aux ennemis,
Je n'étais pas encore monté. Je me rendís ea feignaot de ne s'occuper qui! de ses plaidone de Stralsund daos l'ile de Rugen, qui sirs, M. le colonel russe se livrait a des Napoléon faisait corrompre cht-t les étrangers
nourrit d'excellents chevaux. J'en achetai menées suspecles sous le rapport politique, les employés qui pouvaient lui fournir des
plusieurs; j'en fis venir d'autres de Rostock elle le fil surveiller avec soin, et acquit renseignemcnts utiles, surtoul pour la guerre.
Le maréchal Lannes me raconta done a
el me íormai ainsi une écurie de sepl bonnes bientot la cerlitude qu'il avail de fréquentes
Vienne,
en i809, qu'au momenl ou les
betes, ce qui n'étai t pas trop, car la guerre entrevues avcc ll. X... , employé au ministere
hostilités
allaient éclater entre la France et
avec la Russie paraissait imminente. Déja, de la guerre, spécialemenl chargé de dresser
l'Autriche,
dont l'archiduc Charle¡ de,·ait
pendant l'été de i 811, je l'avais pressenti en les élats de siluation présentés tous les
commander
les armées, ce prince fut averti
voyant le grand nombre d'anciens soldats que dix jours a l'Empereur sur le personnel el le
par
un
avis
anonyme qu'un général-major
l'Empereur lirait des régiments de la Péninsule matériel de loutes les forces de ses armées.
qu'il
estimait
heaucoup et dont il venait de
pour renforcer sa ,·ieille garde. Le séjour que Xon seulemenl ll. de Czeroicheff avait été
faire son sous-chef d'état-major, s'était vendu
je venais de íaire a Paris avait donné plus de reconnu se promenanl aprcs miouit daos les
a J'ambassadeur de F'rance, le général
force a mes prévisions. Ce furent d'abord de parties les plus sombres des Champs-Élysées
Andréossi, avec lequel il avait pendant la
ltSgers bruits de ruplure qui s'évanouissaient avec l'employé francais, mais on l'avait vu
promptement au milieu des fetes et des souvent se glisser sous des "elements vulgaires nuil de fréquenls rendez-vous daos une
plaisirs qu'amena l'hiver, mais ils se repro- daos le logement de X... et y passer plusieurs maison solitaire du vaste íaubourg de
Léopoldstadt, dont on indiquait le numéro.
dui~aient toujours avec plus d'inlensité; ils heures.
Le prince Charles avait une telle estime pour
prirenl enfin une grande coosistance qui
L'intimité d'un personnage aussi haul le général-major, que, considéranl comme
devinl une quasi-certitude, a la suite d'un placé avec un pauvre hcre de ~mmis des
énlnemeol grave que je dois relaler, car il bureaux de la guerre étant une preU\·e indu- une iníame calomnie l'accusation porléc
eut un tres grand retentissemcnt en Europe. b"ilable que le premier avail soudoyé l'autre contre fui par un inconnu qui n'osail se
L'empereur Alexandre avait eu pour com- pour qu 'il lui livral les secrets de rEtat, nommer, il ne prit aucune mesure pour
pagnon d'eníance un jeune seigneur russe, l'Empereur, indigné de l'abus que le colonel s'assurer de la vérité. Déja l'ambassadeur de
nommé Czernicheff, qu 'il aimait beaucoup el russe avait fait de sa position pour agir con- France avait demandé ses passeporls el devait
donl, a son avenement au tróne, il avait fait trairement au droitdes gens, ordonna d'arreter quiller \'ienne daos quarante-huit heures,
son aide de camp. Déja en 1809, lorsque M. de Czernichelf; mais celui-ci, prévenu, lorsqu 'un second avis anonyme informa
Alexandre, alors allié de Napoléon, simulait dit-on, par une femme, sortil a I'instant l'archiduc que son sous-chef d'état-major,
plutót qu'il ne faisait réellement la guerre a meme de Paris, gagna un relais voisin, el aprcs avoir travail!P. seul daos son cabinet ou
l'Autriche, dont l'empereur des Fran~s quiltant la route de poste directe, de peur se trouvaient les états de situation de l'armée,
devait avoir la nuit suivante un dernier

.MÉMOT~ES DU G'ÉN'É~AL BA~ON DE .MA~BOT - - ~

entretien avec legénrralAndréossi. L'archiduc,
voulant éloigner de ~on e,,priL des sou!l{'ons
qu'il crai¡mail de conserver malgré lui contre
un oíficier qui lui étail -cher, résolut de
constater lui-meme son innocence. En conséquence, il prit un habit de ville des plus
simples, et, accompagné sculemenl par son
premier aide de camp, il se promena apres
minuit dans la partie la plus sombre de la
ruelle ou élait la maison indiquée. Apres
quel!¡ues momenls d'attente, le princeCbarles
et son aidc de camp apercurcnl un homme
que, malgré son déguisemeot, ils reconnurent
a,·ec douleur etre le sous-chef d'état-major
autrichien, auquel un signa) fit ouvrir la
porte. Pcu d'instants apri·s, le général
Andréossi íut introduil de la meme facon.
L'entreticn dura plusieurs heures, pendanl
bquelles l'archiduc indigné, ne pouvant plus
douter de la trahison de son sou~-cheí d'étalmajor, resta patiemment devant la maison, et
lori;qne enfin la porte se rouvril ponr donner
passage au général Andréossi et au génrralmajor autrichicn qui sortaient ensemble, ils
se troU\·erenl face a íace avec le prince
Charles, qui dit tout haut : « Bonsoir,
monsieur l'ambassadeur de FranrP ! 1&gt; Et

dédaignant d'adrrsser des reproches au souschef d'état-major, il se borna a diriger sur
fui la lumiere d'une lanlrrne sourde l. .. llais
l'aide de camp, moins circonspect, írappa sur
l'épaule de ce misérable en disant : « Yoila
cel infame traitre de général ttn tel que l'on
dégradera demain ! . . . »
L'ambassadcur Andréossi s'esquiva sans
mol dire. Quanl au sous-cbrí d'élat-major
autrichien, se vopnt pris en Oagrant délil et
connaissanl d'avance le sort qui l'altrndait, il
rentra chez fui el se flt sauter la cenelle d'un
coup de pistolet.
Cettc scene tragique, soigneusement cacbéc par le ¡rouvcrnement autrirhien, eut
peu de retentissement; on annonc;a que le
sous-chef d'étal-major était mort d'une allaque d"apoplexie foudroyante: il par:ill que
l'ambassadeur de France fui avait r1&gt;mis deux
millions.
Quant a !'affaire du colonel Czernicheff,
elle présrnta une bizarrerie remarquable :
c'csl qu·au momenl ou Napoléon se plaignait
des moyens emploJés par cet aide de camp de
l'empereur Alexa~dre pour se procurcr les
états de situation de nos armées, le général
Lauriston, amba~sadeur a Saint-Pétersbourg,

achetail non seulemenl les renseigncments
les plus positifs sur le placemenl et les forces
de l'armée russe, mai.s encore les cuivres
¡rravés qui avaient servi a l'impression de
l'immense carie dP l'empire moscovite !...
fülgré les diíficultés t:normes que présentait
le lransport de cette lourde masse de métal,
la trahison ful si Lien ménagée et si largement
payéc, que ces cuin-es, dérohés dans les
archives du ¡rouvernemenl russe, íurent
tran~portés de Saint-Pélersbonrg en France
sans que leur disparition ful découvcrte par
la police ni par fps douanes mosco,ite~ ! Des
qur les cuivres furenl arrh·és a Paris, le
ministere de la guerre, apres a,·oir substitué
les caracteres francais aux caracteres ru,ses
qui indiquen! les noms des lieu'{ et des
Oeuves, lit imprimcr cette belle carie, donl
l'Empcrcur ordonna d'envoyer un exemplaire
a tous les généraux el chefs de régimenl de
cavalerie légere. A ce Litre, j'en recus un que
je parvins, non saos peine, a sauver peodant
la relraite, car il forme un gros rouleau. La
carte contenait toute la Russie, mcme la
Sibérie el le Kamtchatka, ce qui fil beaucoup
rire ceux qui la rec;urenl : bien peu la rapporterent, je possede la mienne.

IA sui11re.)

faisait par des plaisaatcries, qui réussissaienl
presque toujours a,·ec madame de )laintenon
quand elles étaienl faites avec esprit. Lassé
pourtanl des discours qu 'on tenait, el craignanl enfin qu'1ls ne re,inssent au Roi, il fil
scmblant d'etre amou rt&gt;ux d'une autre femmc.
~f. le prince de Conli, jusqu'a la passion Ce prétcxtc réussit assez pour alarmer la íaqu'il eut pour madamP. la Ouchesset, n'avait mille de celte ícmmc; el comme c'étaicnt des
pas paru capable d'cn avoir de bien sé- ~ens bien a la cour, ilSYinrcnl prier madame
rieuscs. 11 a,·ail eu plusieurs affaires ga- de llaintenon d'empecher le comte de llailly
lantes, el avail fait voir plus de coquetter1e de continuer les -airs qu'il se donnait a
que d'amour; mais il en eut un violenl pour l'égard de leur filie: cºétail tout ce que voumadame la Duc11esse. Pl•ut-etre que le rap- lait le cornte de '1ailly, et il ne manqua pas
port d"agrérnents qu'on lrouvait en eux, et la de dire a madame de lfaintenon que, si elle
craiote des personnes inléressées, ont con- le grondail sur cetle fcmme, il íallait au
Lribué a faire naitre cette passioo : i1 e~t cer- moins qu'clle íut en repos sur l'autre. Quoi
tain du moins que les sou~ns de M. le qu'il en soil, et le prétexte et la réalité priPrince, les précautions de madame la Prin- renl fin.
cesse, et l'inquiétude de M. le Ouc l'ont préll. le prince de Conti ouvrit les yeux sur
venue. ll y avail longtemps que madame la les charmes de madame la Duchesse, a force
Duchesse étail mariée, et que sa beauté íai- de s'entendre dire de ne la pas regarder: il
sait du bruit daos le monde, saos que 11. le l'aima passionnémenl, el si, de son coté, elle
prince de Conli par1il y faire attenlion. Quel- a aimé quelque chose, c'csl assurémenl lui,
ques pcrsonnes meme s'I étaienl attachécs 11uoi qu'il soil arrivé depuis.
particulierement; mais aucuoe ne lui a plu,
On prétend, et ce n'est pas, je croi~, saos
si on excepte le comte de Mailli, donl je n~ raison, que ce prince, qui o·avait été jusquerépondrai pas, quoique je n'aie rien rn, en li1 sensible qu·a la gloire ou a son plaisir, le
passanl ma ,·ie avec elle, qui ptit autoriser ful assez aux charmes de madame la Dules bruits qui ont couru. Je l'ai bien rn chesse pour fui sacrifier une couronne.
amoureux; j'en ai parlé en badinant, el maOn sait qu'il fut appelé par un parti en
dame la Ducbesse me répondait sur le meme Pologne, el on prétend qu'il aurail été unaniton. lfadame de ~aintenon en a sou\'cnl mement déclaré roi s'il l'avait bien voulu, et
¡ arlé, et en ma pré. ence, a ll. de Mailly: si son amour pour madame la Duchesse
mais il se tirail des réprimandcs qu 'elle fui 1ú"ait pas ralenli son ambition. Je cl'ois
t. lllle de ~antes (filie de Louis XIV et de 'lme di! pourtanl que beaucoup d'autres choses ont
ltonte,pao\, dcvenue duches..&lt;c de Bourbon par ~n contribué au mauvais succes de son rnyage
mariage a,·ec le petit-fils du grand Condé.
en Pologne; mais, comme on croyait ici, dans

Le prince de Conti

~

.., 210 ....., 211 "'

GÉNÉRAL DE

M.ARBOT.

le temps qu'il partil, l'aflaire certaine, el
qu'il était persuadé de ne jamais revenir en
France, les adieu'.t lureot aussi lendres et
aussi tristes entre madame la Ducltesse et lui
((U 'on peut se l'imagincr.
lis arnienl un confident contre Jeque( la
jalousie el la véhémencc de M. le Duc ne
pournienl rien: ce confident étail M. le Dauphin, el j&lt;&gt; crois qu 'ils n'en onl jama is cu
d'autre.
Cette affaire a été menée avec une sa¡:ressP
et une conduite si admirables, qu'ils n'ont
jamais pu donner aucune prise sur eux; si
bien que madame la Princesse fut réduite a
comenir a,ec madame sa belle-fill1&gt;, qu'elles
n'avaient d'aulrt.&gt;5 raisons de soupc;onner celle
galantcrie, que parce que ~l. le prince de
Con1i el elle paraissaient íails l'un pour
l'autre.
M. le prince de Conti ne gouta pas loogtemps le dédommagement qu'il trouvait daos
sa passion au déíaul d'une couronne. Son
tempérament faible le fit, presque aussilót
apres son retour, tomber daos une maladie
de langueur, qui termina enfin sa vie troisou
quatre ans apres [le 22 février 1709}, infiniment regrelté de toute la France, de Monseigneur, et de sa maitresse.
Elle eut besoin de la force qu 'elle a naturellement sur elle-meme pour cacher a M. le
Duc sa douleur.
Elle y réussit d'autant plus, je crois, qu'il
était si soulagé de n'avoir plus un tel rival ni
un tel concurrent, qu'il ne se soucia d'examiner ni le passé, ni le íond du creur.
.\lADAME DE

CAYLUS.

�"--------------------------

Le lieulenanl-ci'vil Dreux d'Aubray
Par CH. OAILLY DE TAURINES

Un magistrat bon vivant. *

présenlanl du Tiers Üat aux Étals Gént\raux
d~ i i&gt;93, y ava_it, avec une courageuse énerg1e, soulenu pu1ssammentla cause d'lleori IV.
Le pere du Lieulenant Civil avait acquis
une charge de Trésorier de France a Soissons
et épousé la filie d"un gentilbomme du Poilou 6, Louise Dreu1, dont il n'eut qu'un enfant, c'est notre magistral. Celui-ci, né en
1600,, avec le nou\'eau siccle, et orphelin de
~on pere fort peu de tcmps apres sa naissance, Cut éle,é sous la tutclle de M. de
Compans, trésorier de France a Amiens avec
lequel sa I?ere se remaria en 1605; par l'acte
di: tut~le ' alors dressé, on voit que le nom
de fam1lle di: la mere Cut ajouté a celui de
I'enfant qui s'appela loujours depuis : An-

d'babitude la table, servie de mels raíílnés
at!lo.ur de ,laqu~Ile, réchautfé par les vins
. Ce n'était pas le premier venu que AL le
gene_reux,
esprit s'allume, péiille et circule'
Lieutenant Civil
Dreux
d·Aubray
·
sa
char"e
.
,
0,
au~s1 M. d Aubray. montrait-il pour la bonne
une des ~lus importantes de la magistrature,
chere un gout qui se lisait jusque sur sa
comporta1t non seulement des allributions
levre ~lorée et eharoue; gotit d'apparence
judiciaires, mais encore toute la police de fa
ass~z i~n~cente mais qui, dans sa jeunesse,
Ville e_t faubourgs de Paris; c'est sur luí que
ava1t fa11li lui allirer la plus désagréable des
reposa1ent le maintien de l'ordre et l'exécum_ésaventure_s. De passage a Rome, il s'était
tio? de toules les mesures ~rdonnées par le
la1s_sé alle~ a fréc¡u~nter fort assidfiment la
Ro1 en vue de la sureté &lt;Je I'Etat.
ma1son d un cert.am Cardinal qui &lt;1 lenait
L'homme
qui, depuis pres de vin"l
.
e ans,
bonne table », mais dont la réputatiou était
cxerca1t ~ette cbarge n'était pas non plus de
par conlrc íort mau,aise et qu'on accusait
ceux. qui peuvenl passer inapercus : son
ouverte~ent ,de ne s'entourer que de jeunes
exaclltude a ses devoirs était absolue et sa
débauches d une trop facile complaisance.
fid~lité au ~oi inébranlable. Magistrat integre,
!leureusement pour lui, pré,enu a lemps le
ma1s en meme temps fonctionnaire entiere- taine Dreux &lt;i'Aubray.
Jeune vo?geur put échapper a un si dé~Io~ent sou~is, jamais on ne l'a\'ait vu partiJovial, spirituel, bon vivan!, ~I. le Lieulerable peri); quelqu'un lui ª) ant remontré
c1per en r1en ace téméraire esprit d'inque cette maison ou il dinait si soudépendance qui, 11n moment, :wait
vent ne passait pas daos Rome ponr
paru souffler d'une faeon si f:\cbeuse sur
une_ for~ bonne école, que s'il contitous les corps judiciaires du royaume;
nu~1t d y aller, les autres Francais,
pendant la Frondeilétaitopiniatremenl
VO)anl ce commerce, pourraient, a
demeuré attaché au Roí, a la Reineleur retour, dire sur son compte· dt-s
mere et a Mazarin. Le jour 011 la macbose~ dont la ~·raisemblance donnerait
lenconlreuse arreslation du Cllnseiller
de. íacheuses impressions de sa conBroussel fit gronder la révolte dans
du1te ell'empecheraieot peul-etre d'enParis, c'est luí qui, a travers mille
trer dans ¡~ charges, il sut profüer de
dang~rs, ac~urut au Palais-Royal pour
ce sage a,•1s et quilla llome en tres
averllr la Reme el son ministre de !'exgrande bate 1
treme gravité des événements 1 • l'anLorsqu'il recul de M. Le Tellier l'ornée suivante, il fut le premier ~ rapdre de licencier les éleves de Portpeler de ses vreux le Roi dans Paris t ·
Royal, le Lieutenant Civil n'en éLail
pendant la seconde guerre de la Frond;
~as ases débuls contre les Jansénistes;
enfin, beaucoup plus sérieuse celle-Ia
l_année précédente, c'est une perquisiil prit le part1, pour suivre la cour'
llon chez MM. les Solitaires qu'il avait
d'abandonner les murs de la ville r;_
eue a opérer' et pour vi siter successibelle• ; il n'eut en un mot, pendant
vement la maison des Granges, Porltous ~es troub\es, qu'une seule préocfl?yal_ des Cbamps et Les Trous, il avait
cupat1on et qu un seul souci, ce fut de
du fa1re loufe uneexpédition a~sez lon« gagner le peuple pour le Roi », ainsi
gue et assez pénible a son age. u était
q~e le constate un écrit du temps qui
al?rs daos sa soixante et unieme anlui reproche meme d'avoir alors enlierement négligé pour cela Loules ses
n~ et. son peocban t a la honne cbcre
fonctions de poi ice '.
lm_ ava1_l va~u un fort aimable embonpomt; tl
fallut, ce jour-la, marcher
P~r sa famille, M. d'Aubray apparpas mal a .trai-ers cbamps, dans un
len~1~ a la plus honoral,fe bourgeoi,ie
par1s1enne; depuis pres d·un siecle
pays fort ~cc,de~lé et comme, « couvert
LE LIELTE:-.1:-,¡T CIVIL 0REUX D'AUBRAY.
de :i..llue J_usqu au visage », ¡¡ palauson nom avait marqué daos I'hisloir;
Gravu1·e de NANTEUIL. (Cai'i11el .tes Estamfts .)
gea1t pémblement daos « de tres fade la Yille : Claude d'Aul,ray, son
cheux chemins », un des Solitaires,
grand-pere, avait élé élu en i 564 trni.
dans un endroit íort escarpé, le voyant
sieme coosul des marchands, Landis r¡u'un
nant Civil é1ait le plus souriant des magis- s1 gros el « en danger de rouler en b
aulre Claude d'Aubray, son grand-oncleS, re. ehar1ta
. blement tendu la main as
&gt;&gt; '
lrals; les bommes d'esprit ne Mlestcnt pas 1u1. avrut
•.
* Extnit Ju volume : P¡,r~ el filie Philippe de
2. Voir Corrrspondance de Mazarin lome III p 397

!

!m

..

Cha111pag11e et S&lt;Pur Ca_th,n11e de ~lllll(e-Su,a1111e
a Port-Royal: par Lh. Ga,lly de Tauri11c.,;. (l.,brairic
llachelle el t.;1•.)
l. 1/elz. J/émoires. Retz ruille un pcu l'etfro· d
ll. &lt;l'Aubray &lt;'". celle _ci,consl~n~e : • Je n'ai ja~,i~
,u a la C~~ed,e llahenn~, d1HI, de pcur si nai~emcnt el r1d1culcmrnl rcpresentée.... 1

lellre ,lu 14 anil 1649.
'
' ·
'
3: Journal ~e 0ubuisson-Aulwnay. publié par la
So~•~le de l'lhstoire de Poris. lome 11. p. 253
8 JUIIJet 1652.
'
4. llélangc Cl~i,.ambault, vol. CCXL, tih; dans: Corrcs11ondanceadmm1strativernus Louis ll\', t.11, p. XLIV.
á. Ou plus cxactemenl son cousin au 8• dc11rc.
..., 2 12 ...,

,,

Voir llibl. :Sal. Dom'ers Bleus. ,·ol 212 D b
13 U · e·
t 1 1· ·
·
. v • au
. e,, e e ce u,-c, qu ·¡¡ est qucstion da
·
ns a
6. B!bl. ~al. Douier.r Bleu.t, vol. 242.
7. llibl Nat. :lis. Clairambault rol 553
81
8. A!71elot de la lloussa ye. .1u:uoir'u hist~",.· ·
3 vol. in-12. Ams/erdam, 1737 1 lll
60 ques.
.
el (' el
' . • p. .
!) M•
· .mo,ru e 'º efroy llerma11/. Cités par
~- • -

Sallre _Memppée.

r,l

LE LJEUTEN.JtNT Clr11.. DR_EUX D' .JlUZH{.JtY

Plus aimable et plus prévenanl encore celles-la, il y en a huit autres qui, des le ca- maison et de son diner, lorsqu'une otTre ohlis'était montré M. d'Andilly; entre ce magis- reme dernier, ont été recues daos la commu- geanle de la mere Agnes - c'était bien la
tral et ces gens que, par ordre du Roi, il ve- nauté pour y prendre l'bal,it de novice; je ne digne sreur de ~l. d'Andilly - vint le tirer
nait quelque peu molester, s'élail fait un
vérilable assaut de mutuelles polilesses et la
visite domiciliaire, commencée administralivement et policicrement, s'était lerminée en
une ,·érilable visite d'amis.
« Monsieur, avait dit, en vrai gentilhomme,
)l. d'And1lly au Lieulenant Civil lor,que, le
soir venu, celui-ci s'appretait a se retirer avec
ses gens pour aller coucher a Cbevreuse;
llonsieur, soit en qual11é de ,1. d'Aubray,
soit encelle du Lieutenant Civil, vous demeurerez ici, s'il vous plait; vous nous afíligeriez étran~ement d'aller loger ailleurs. »
lncapable de résister a une iovitation si
courloise, non pin~ qu'a la perspeclive d'un
bon souper au lieu d'un souper d·auberge,
)f. d'Aubray accepta.
Le repas fut fort gai; Lieutenant Ci,il,
Procur~ur du Roí et commissaire.~, ils se
lrouverent sept a table dans la chambre de
M. d'Andilly, tandis que les archers mangeaient avec les gens.
« Ne seriez-vous pas bien étonné, disait,
loul en faisanl honneur au repa~, M. d' Aubray a son bote, ne scriez-vous pas bien
étonné si Oieu me donnait lout a coup le
mouvement de demeurer ici avec vous 1 1 »
C'est ª"ecdes d,spositions personnelles tout
Vui! DE L'ARBAYE DE P ORT-ROYAI. DES CIIAMPS.
aussi conciliantrs que l'année suivante, le saD'.ipres,.. grJVUrt ,ie ~l.,CDELEISE IIORTIIEMELS. (Catlntt dts Estampes.)
medi 23 anil 1661, le Lieutenanl Civil se
présenta a Port-Royal de Paris pour y exévous dis poinl le nom de celles-la puisqu'elles de peine el rassurer son appétit. Quelques
cuter les ordres du Hoi.
Depuis qu·au parloir avait élé prononcé le sonl déJII censées religieus&lt;'s.
inslants plus tard, conforlablemenl ioslallé
« Quant aux pensionnaires, vous savez, daos la chambre du portier devant de délimol de a Persécution » el qu'avait été posée
la queslion du grand voile pour le martyrr, Monsieur, l"ohligation 011 nous sommes, selon cieux reuís frais accompagnés d'une bonne
une sorle de terreur lourde, d'anxieuse al- nolre regle, d"élever les enfants daos le ser- miche de pain cuil daos la maison, ~I. le
iente, régnait sur toute la commuoauté. Lor~- ,ice de Dieu, et nous ....
Lieutenant Civil faisait largement honneur a
- Oh! je n'enlre pas la-dedans, répondit ce repas rustique rendu succulent par la
que ~l. le Lieutenant Civil se préseula, ce fut
un grand sujet d'étonnemcnl. Avec sa f.i.rure le magistral; vous savez, ~ladame, bien par- course et le grand air •.
réjouie, ronde et pl~ine, son reil ,if aiguisé ler et bien écrire, écri\'eZ au Roí, rcprésenleiCe méme jour, la mere Angillique, sreur
d'un regard malin, plissé d·uo sourire, sa lui vos raisons, il les écoulera, c·est un bon de la mere Agncs, venant de Port-Royal-desnarine ouvertc, sa joue nbondie, sa Corte pere. ))
Champs, croisa en chemin un ecclésiastique,
machoire, ~l. d'.\uliray ne rcprésenlait nulEt comme, landis qu'aidé de ses greffiers, ami de la maison, qui, avec des !armes
lemenl un bummc prel a conduire au mart)Te ~l. d'Aubray s'occupait a dresser le proces- d'émotion, lui conla la visite des magistrals,
des ,iergeHhr~tirnnes: ce bourreau-la n'avait verbal de sa visite, la mere Agnes lui disait l'ordre de disperser les pensionnaires, el toules
pas l'air mél:hant du loul !
eocore, d'uae voix désolée :
les poignaules émotioos de la matinée.
« Qu'ayons-nous done íail, lloosieur, pour
Loin de parlager sa lrisles~e, la mere Anelre trai tées de la $orle?
gélique se mil aussilot a rPmert'ier üieu et
- lié quoi I ltadame, répliqua+il en sou- continua ~a roule en récitant le Te Deum. A
Visite de police. - Le bel appétit et ria11l avec finesse, ne voulcz-vous point elre son arrivée a la maison de Paris, tout était
l'heureuse chance de M. le Lieute- affiigéc? Tous les grands saints l"ont été 1 • " daos la conslernation et la douleur.
nant Civil.
A -ce moment il lira sa montre. Midi !
« Eh quoi ! s'écria-l-elle d'un ton de rel'heure du diner ! Une faim de loup commen- proche, vous vous étonnez I Et qu'est-ce done,
A,ant fait demander a l'abbcsse - c'é1ai1 cait a tirailler l'eslomac exigeanl de M. le s'il vous plait, que lout ceci devant Dieu?
alor~ la mere Agnes Arnauld - de Youloir Lieutcnant Civil, et, facbeuse perspective, son Des _mouches qui volenl et qui font un peu de
bien le ,·enir lrouver au parluir, le Lieule- hótel se lrouvait situé rue du Boulov 3 , au brml. En a~ez-vous peur? D1eu ne voit-il pas
nant Ch-il d'Auhray lui fil parl de sa mission carrefour de la Croix-des-Pdits-Champi,jn~te tout ce qm se passe et qne pournns-nous
et la pria de luí donner les noms de loutes en face de celte croix, a l'extrémité de la craindre si nous avons la Coi 5 ? »
les pen,ionnaires, tanl de la mai,on de Paris ville, précisément la plus éloigoée du fauTandis que, loules réconfortées par cette
que de celle des Champs.
hourg Saint-Jacques.
énergie, les religieuses essayaieot de sé, her
« Nous arons ici vingt et une pensionnaiAvec désespoir, le pauvre magistral consi- leurs larmes, &amp;l. d'Aubray, restauré et conres, répondit ta mere Agnes; mais oulre dérait la dist.aor.e qui le séparail et de sa lent, reotrail tranquillemeot en son hotel.
.11. G11~11'r : L11 de1trurlio11 de, pelitu E&lt;:ole,, artJcle paru J1.ns la l\erne iutemalionale de rEnscignement.
l. /bid.
2. 1/ialoire du persict,lio111 des Rtliyie11ae1 de

Porl-Royal tcrite pnr tllu-nllmu. 1 vol. in-i•
Yi,le-rranche, t 7a:;, p. 3.
'
. 3. Sur r_e,npl~cr!lwul de rimm~uiJle Jans lequel
s ouvre au¡ourd hm Ir! ¡iassagc Vt!ro-llodat. Vuir le
Pla,1 de Gombou,t, lli51. - to~ tres inlt'!ressante

reprOlluclton de ce plan a été faite récemmeol par
l'éditeur TarriJc.
4. lbil.

á. /bid .. p. i .

�1f1ST0'/{1.ll
LE
C'était la véritablement un homme heureux, tout lui réussissait el la fortune partiale semblail n'avoir en sa faveur que des

mier rang _par ses richesses et dont les plus
nobles ma1sons recherchaien t alors l'alliance,
voila celui qu'un bonheur merveilleux et

de sa lerre de Sains, pres de Mondidier.
Mais le nom de Sains n'ayant pas saos
doute assez belle apparence pour devenir celui d'un marquis, le Roi, par une prévenancc
aimable, avait bien voulu que ce litre ful
reporté sur l'une des terres dépendant de
cette seigneurie, au nom plus sonare et plus
vibran!~, et, de ce jour, bonheur inoui: et
chance exceptionnelle, M. d'Aul.Jray, ce pcre
déja si coml.Jlé de tant de faveurs de la fortune, pul encare appeler sa fille : la mm·qttise de B1·invillie1·s.

L'écharpe : « Par respect pour les
ordres du roi. » •

L'ABBAYE DE PORT-ROYAL DES CHAMPS: LE RÉFECTOIRE.

D'apres la gravure de M.AGDELEfNE HORTREMELS. (Cat&gt;inel des Estampes.)

sourires. Magistral, mari, pere, un bonheur
exceptionnel s'était épanoui pour lui. La
belle charge qu'il occupait, n'avait-il pas pu,
des l'année i 645, l'acquérir pour la failile
somme de 500 000 livres, alors que des concurrents qui furent écartés en otfraient jusqu'a 700000 1 ? Son mariage, qui l'avait fait
entrer daos une famille de bonne noblesse,
fort nombreuse, tres unie el tres considérée,
les Olier, n'était-il point un nouveau pas daos
cetle ascension continue et douce vers les
grandeurs? La belle lerre d'Offémont, pres
de Compiegne, avec le litre de comte qui y
était altaché, n'était-elle pas venue, d'ellememe pour ainsi dire, se donner a lui alors
que, contisquée sur le malheureux Mootmorency, dont la tete lomba, comme on sail,
sous la hache lranchante et implacable dt:
Ri1:helieu, ti a\·ait eu, lui d'Aubray, la chanf"e
- il le considérait du moins aiosi - Je
pouvoir l'acquérir presque pour rien?
lleureux pere, n'avait-il pas favorableme11L
établi taus ~es enfants : ses deux fils, magislrats comme lui et comme lui aussi magisLrats du plus hrillant avenir; sa tille ainée,
Marie-Madeleine, d'une délicate beauté, mariée, en 1651 , plus richemenl, plus bautement que Jamais il n'eut osé l'espérer?
Un homme élégant, spiriluel, hrave, cambié d~ ~iens et d'houneurs, mestre de camp
du Reg1ment de Normandie, descendant de
celle opult:Dte famille Gobelin élevée au pre1. Journal ~'Olivicr dºOrmesson, I, p. 37.

2. Au;ourJ hui rue Charles V. L'l,Mel existe eorore _au ••• 12. Yoy. Geo1·ges Gafo, Prome11adcs dons
Pana.

presque insolent avait donné pour gendre a
l'heureux M. d'Aubray.
Que! événement mondaio fut alors daos
París ce mariage I Avec quel admiratif étonnement on s'entretint des richesses du jeune
époux : et les six cent mille livres de dot, et
le bel hotel de la rue Neuve-Sainl-Paul', et
les terres de Sains, Morainviliers, ele ... , et le
magnifique mobilier, et la suite de ces splendides lapisseries de la fabrique des Comans
et La Planche, représentant, en huit grandes
pieces, toule l'histoire de Psyché 3 !
Beau sujet de nouvelles a la main pour les
gazetiers qui s'étaient empressés de conter
l'événement en belle prose, ou meme, comme
l'un d'eux, l'illustre Loret, en beaux vers :
Le fils de mo11sicur Gobclin
Épousa dimanche au malin
liue agréablc dcmoiscllc
Qur. l'on m'a dit clre assez belle,
Et d'uo esprit doux el ci.-il,
Fillc du Lieutcnant Civil.
Oo croil qu'ils feront bon ménagc.
Mais je n'en sais pas davanlage.

Ci:: n'est pas Lout encare : le bonheur, les
riches,ses, les bonoeurs semblaient pleuvoir
d'eux-memes sur le Lieutenant Civil et tous
les siens : par une spéciale faveur, le Roi, a
l'oC\:asion de son union avec !'Infante d'Espagne, avait, par leltres patentes datées de
Saint-Jean-dr-Luz, accordé au gendre du
Lieulenant Civil l'érec.;tion en marquisat
3. Voir J.-J. Guiffrey. Les Gobelina, teinturiers
e11 écarlale, notice publiée daos les mémoires de la
Sociélé de l'lli,toire de Paris, 1004.
4. Arch. Nat. Registre du ParlemenLX"8661 p. 517.
.... 214 ...

Afalgré le réconfort momenlané apporté a
la coi:i_munauté par la mere Angélique, c'est
au m1heu des lamentalions que s'accomplissaient, a Port-Royal de Paris, les rigoureux
ordres du Roi. Parmi les éleves, beaucoup
ayant leur famille en province, l'exode se
prolongea durant huit longues journées.
Les départs se succédaient lamentables
douloureux, presque tragiques; parmi le~
éleves, parmi leurs maitresses, parmi les
personnes parentes ou amies qui venaient
les prendre, ce n'étaicnt que pleurs, cris de
douleur, évanouissements.
La chambre d'asscmblée des enfants présentait l'aspect d'un cachot rempli de personnes dont on va faire l'appel pour le supplice.
« C'est un si pitoyable et douloureu1 spcrtacle, disait alors aux autres religieuses Ja
maitresse chargée des pensionnaires, que je
ne puis enlrer daos celle chambre qu'apres
avoir été plus d'un quart d'heure devant la
porte pour me résoudre a l'ouvrir. Sitot que
j'y suis, ces enfants se viennent jeter dix ou
donze sur moi en pleurant et en me conjurant d'avoir pilié d'elles : &lt;t Ma sceur, me
&lt;e discnt quelques-unes, vous le savez, je me
« perdrai si je relourne daos le monde! »
D'autres refusent de manger et passenl la
nnit saos sommeil. Certes cette séparation ne
m'est pas moins douloureuse qu'aux enfants,
je souhaite pourtant de toule mon ame
qu 'elle s'achere au plus lót; toutes ces !armes me pt:rcent le cceur. o
Au moment de passer la porte du couvent,
il y eut plusieurs de ces petites que leurs
parents durent tirer par la main pour les torcer a sortir, et les personnes qui, de la rue,
assistaient a ce lamentable spectacle, ne pouvaient s'empecher de s'écrier : « C'est véritablement l'image du Martyre des Inoocents 5. »
Des le lendemain de la visite du Lieutenaut
Civil, on s'était haté de donner l'babit a quatre novices el de faire prendre le voile a quatre postulantes.
Des contretemps facheux et de mauvaise
augure allrislerent ces eérémonies : daos la
« ... A ces_ causes, :". avons _élevé ladite seigocurie
de Sams en ltlre. qualtle, d1gmté et préémi11ence de
marquisal, sous le uum de nrnrquisal de llrinvilliers... ,.
:&gt;. /Júloire des Penécution,, p. 6.

L1EUTEN.JtNT C1nL D~EUX D'.JluB~JtY

premiere, au moment ou la porte donnant trevenir a ses ordres; de sorle que, non seu- y obéissant. ... Nous savons le Roi si juste et
dans le chceur des religieuses aurait du s'ou- lement pour le service du Roi, mais aussi si équitable qu'il écoutera, nous en sommes
uir deranl les nouvelles sceurs, la clef, par pour votre considération parliculiere, il sem- sures, nos tres humbles supplications. Notre
une étraogc fatalité, se lrouva rnalenconlreu- lile qu'il esl bien a propos que vous redou- état ne nous permettant pas de nous aller
sement égarée; apres une longue aliente de bliez vos soins dans l'exécu tion des choses jeter a ses pieds, il aura certainement la
plus d'un quart d'heure, il fallut faire tra- que Sa Majeslé vous ordonne présenlemeot bon té de recevoir la letlre que nous aurons
l'honneur de lui écrire 4 • »
verser a ces rcligieuses la cour extérieure, sur oo sujet 3 • »
A
peine
le
Lieulcnant
Civil
avait-il
rccu
- Je rendrai compte, Madame, de vos
toule pleine de carrosses, pour les conduire
par la jusqu'au chceur par un long détour. cette lettre que, lout ému et presque trem- déclarations, répondit M. d'Aubray avec un
Quant aux novice5, en traversant le préau blanl, il était aPort-Royal. La, apres avoir Ju peu plus de brusquerie celte fois; quant a
par une pluie bailante, la corbeille contenant a l'abbesse les ordres recus, il lui remit en moi, je n'ai poinl a m'y arreter et, coníorméles voiles bénis dont allait les revetir l'ah- mains la leltre de cachet que le Roi lui adres- ment aux ordres recus, je ne dais que vou
enjoindre a nouveau d'oter l'habit aux filies a
liesse se renvcrsa si malheureusement que sait a elle-meme.
A cette communication, la mere Agnes de- qui vous l'avez donné et de rendre dans trois
ces \'oíles furent tout mouillés et sal is; 011
dul en hale les remplacer par d'autres, mais meura consteroée, mais absolumenl ferme jours ces filies a leurs parents, faute de ce
ceux-ci n'anienl point recu la bénédiction de pourtant dans ce qu'elle considérail comme faire dans le dil temps, vous y seriez conl'ofticiant.
un impérieux devoir.
trainte, Madame, par toutes voies dues,
Les personnes qui purent avoir connais&lt;&lt; Toujours, répondit-elle au
magistral, nonobstanl opposilion ou appellation quelsance de ces accidents répélés et significatifs nous serons disposées a rendre les memes conques. »
hochaient tristement la tete en disant: « Ceci soumissions aux ordres du Roi loutes les fois
Toute vibrante d'éloquence, la lettre que,
est un averLissemenl du Ciel, il arrivera cer- que nous croirons le pouvoir faire saos de sa meilleure plume, la mere Agnes écrivit
tainement quelque chose i1 ces religieuses et blesser notre conscience. Mais l'ordre qu'on au Roi, expliquait, en termes clairs, a Sa
a ces novices 1• »
nous donne maintenant de renvoyer les filies Majesté, que seuls des esprits malveillanls
Des le commencement de mai, a l'appari- postulantes et novices et de n'en plus rece- l'avaient saos doute abusée. « ... Nous avons
tion des premiers beaux jeurs, la cour avait voir a !'avenir est si exlraordinaire et '.nous sujet de croire, Sire, disait-elle, qu'on a conquitté le Louvre pour se renfondu l'élat des postulantes
dre a Fonlainebleau. C'est la
avec celui des pensionnaires,
que, suivaot l'haliitude récemquoique ce soient deux choses
mcnt imposée par lui, le Roi
exlrememenl ditTérentes.... »
tenaitchaquematin son Conseil.
Puis, venant a l'ordre d'oter
A la nou\•elle qui lui parvint
l'habit : &lt;&lt; Si cet ordre ne nous
de ces h:Hives prises de voile et
venait pas d'un Roi tres chrévetures, Louis XIV fronca le
tieo, nous n'aurions qu'a soufsourcil de facon inquiétante ; il
frir en patience qu'on nous ar11 'aimait pas beaucoupces essais
rachat d'entre les bras celles
furtifs de l'abbesse pour tourner
que nous ne pourrions renses ordres, el, dans le Conseil
voyer nous-memes .... &amp;fais, vidu lundi 2 mai, il commanda
van! sous le regne d'un prin1:e
a Le Tellier d'envoyer au Lieusi religieux et dont nous somtenant Civil les instruclioos némes tres assurées que l'intencessaires pour « obliger laLion n'est que de maintenir les
dile abbesse d'óter l'habil aux
lois el la discipline de l'Église,
filies auxquelles elle l'avait
nous nous croyons, Sire, un peu
1
donné », el Sa Majesté se
excusables si nous avons quelmontra si peu satisfaite de la
que peine a nous résoudre d'arconduite tenue jusqu'alors enracher de cette maison lanl de
vers les religieuses de Portfilles que Dieu y avait unies a
Royal par ce lrop bénévole malui et a nous par tou¡¡ les liens
gistral que M. Le Tellier crut
de la Chari té 5 • • • • &gt;&gt;
dt:voir écrire a M. d'Aubrai
Tres satisfaite des termes de
une lettre personnelle et consa lettre, si pleine a la fois de
fidentielle pour l'avertir du
tant de respect et de fermelé,
grand danger auquel trap de
la mereAgnes en attendait l'effet
politesse et de ménagemenls
avec émotion. Des nouvelles
pourraient l'expo~er : ce ... Sa
tout a fait favorables lui en arMajesté, lui mandait-il, a telriverent bienlól : une dame dt:
lement a cceur l'exécu tion de
la cour qui, a Fontainebleau,
ces mesures, que je ne saurais
s'élait trouvée un matin au lever
assez particulierement vous le
de la Reine-mere, avait entendu
faire connaitre. llais je ne dois
ANGiLIQUE ARN.\ULD 1 DERNIERE ABBESSE TJTULAIRE DE PORT-ROY.\L,
le Roi dire en enlrant dans la
point, Monsieur, vous dissimuGravurt de VAN SCHUPPEN, d'ap,·es le tableciu de Philippe de Champagne.
chambre: ce Je viens de rt!celer que l'on a voulu insinuer
voir la plus belle lettre du
daos I'esprit de Sa Majesté que
monde; elle est de l'abbesse de
l'indulgence et la douceur que l'abbesse et parait tellement attaché, non a la puissance Port-Royal qui me mande qu'elle ne pent, en
la prieure onl pu lrouver en vous les ont séculiere, mais a la puissance spirituelle, que conscience, dévoiler ses novices, mais que,
peut-etre portées a oser enlreprendre de con- nous croirions notre conscience intéressée en ponr ce qui est du reste, elle m'obéira avec
respecl. »
1. Hist. des Perséc11lio11s, p. 5 el 7.
2. ~e~oriaux du Conseilde 1661., eubliés par ll. Jean
de Botshslc. Col•• de la Soc.. de I Htstoire de Fraoce.

3. Arcbi ves ele la Guerre, vol. 168, r 336. l\eproduil par ll. Jean de Boislisle. - Mémoriaux du
Co11seil, p. 2U.
... 215 ....

4. llist. des Penéculions, p. 9.

5. Hist. des Perséculions.

•

�fflSTO~l.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _- - c - - - - - - - - - - - - - - - L'espérance et la joie renai,saicnl presque
dans le malheureux monastere; on ne né¡iligeait ríen toutefois pour obtenir la protection
di,foe : daos le préau du cloitre, on fil, pieds
nus, une neuvaine de processions, en portant
les saintes reliques el chautant des psaumes
propres a la nécessité présente.
A la premii\rc de ces processions, la tres
vénérable mere Angélique, alors Agée de
soixante-neuf ans, marchail en tete, pit"ds nus
comme lt's aulres et portant la croix; son
l'isage était si pale, son corps ~¡ chancelant en
dépit de la ,·igueur de l'ame. que, tout en
chanlant, les autres sreurs, la voix tremblante,
ne pouvaient en la voyant ainsi reteuir lcurs
(armes.
En entrant dans le chreur, la vieille religieuse sentit soudain ses forces la lrahir
et, comme un général au champ d'honneur,
la croix en a,ant, la mere Angéliqul', droite
et toujours ficr!', lomba sur fos dalles de
marhre. On la transporta en bate daos une
cellule, et ce fut la le cornmenc!'m!'nt de la
douloureuse maladie dont elle ne devait plus
se relever.
Dans le ronseil tenu a Fontainebleau le
7 mai, le Roi manifesta les vrais sentiments
que lui avaient inspirés la Iettre de la mere
Agnes; les dislinctions suhtiles l'irritaient,
les louangcs ne le touchaicnt point, il voulait
tout simplemenl etre obéi et pui~que la résistance des religieuses semblail s'abriter derriere l'autorité ecclésiastiquP, eh bien I que
l'on fil agir contre elle, s'il le fallait, l'autorité ecJésiastique el que, de la part du Rui,
il ful ordonné au doyen du chapitre de NutreDame qui, en l'absence de l'arcbeveque Gondi,
toujours «:n exil, représentait le pouvoir
épiscopal « d'etre présent lorsqu'on fera

ouvrir les portes du monastere pour en tirer
les no vices• ».
Le do)en de lXolre-Dame auquel fut com-

sail en ríen au marlyre. 11 aimait ses aises,
la honnc cherc, les pelits plats sucrés, et les
armoires de sa maison, succulente, bibliothc,1ues, étaient remplies de toules sortes de
confltures de divers fruits '·
En apprenant la simple mission que lui
assi¡;nait le f\oi, assister a la ruplure des
portes d'un couvent, M. de Contes Cut anéanti;
un terrible coml,at intérieur commenca a se
livrer en son ame entre sa terreur et sa conscience.
Le vendredi 1.3 mai, M. le Lieutenant Civil,
accompagué celle fois du Chevalier du Guet
et de ses archers, se présenta pour la troisieme fois a Port-Royal et réitéra les ordres
du Roi.
« Puisque, répondit la mere Agnes, le
lloi, malgrl nos priere~. pt•niste dans la
meme volo 1té, nous obéirons et renverrons
nos noviccs; &lt;¡uant a leur oler l'habit el le
voile, en tonscience, je ne le puis !
- ~Jadame, réplit(ua le Chevalicr du Guet,
prenanl a sou tour la parole, si dans vingtqnalre bcures ces fllles ne sont pas dPhors,
j'ai ordre de rompre les portes pour les
prendre. D
Au milicu des !armes de leurs compagnes,
les nouvelles religieus!'s et noviccs &lt;¡uitterent
la communauté, mais la rucre AgnPs se refu,a
toujours /t les dévetir du voile et de l'habit,
et, « par respecl pour les ordrcs du Roi »,
ou se contenta de leu r couvrir la tete d'une
écharpe.
Le doyer, du chapilre de Notre-Oame n'assista pas a cel Clode : sa cun,cience l'al'ait
emporté sur sa Lerreur el, tremblanl de lous
se~ membres au milieu de ,es armoires de
sucreries et de duuceurs, véritable héros,
ll. de Contes al'ait osé ne point obéir au f\oi '.

A"ITOl'iE AR:-IAULO.

IJ'atrts un la/:lea11 arant app:Jrttn11 .i l'atfart
ilt Port-Rorat.

muniquée cette commission était l(. de Con tes,
un bon chaRoine, honnele hom111e et homme
vertueux, mais d'une verlu douce, tcmpéréc,
saos rudesse, d'une vertu qui ne le préd1spo1. Vi•morí111~ du r.on-;cil. l'Ít,1s plus haul.
2 Lcllre d,• 'l. ,t,, l'un1rh3lcau, cilcc dans 1/i,t. de,
Per,,é&lt;'ulion,, p. i!l, note.

CA suivre.)

f~ r

1

• P arís au XV!lle #e.ele / -:
lb.
,,.,

L'exécuteur de la ha ute j ustice - le hourreau - a pour gagc di.c-huil mille livres
paran. 11 n'en tuuchait que seize m11le il y a
six ans. JI avait le droit de porlcr ses mains
1mmondes sur les denrécs publiques, pour en
prendre une purtion. On J'a dédocnmagé en
argcut.
ll u'y a eu qu'un bomme décapité a Paris
depui~ 4uarante ans cnviron. Aussi Ji: bourreau cst-il ineipérimenté daus cette fonction.
La derniere classe du peuple counait parfaitemeut sa figure; c't!sl le grand acttmr
lr.igi4ue pour la populacc gros~iere qui court
en fuule it ces affreux spcctacfos, par le seutiwenl de cette ineiplicaule curio:.ité, qui

entrainc jusqu'a la foule poli .. , quand le
crime ou le crimine) sont distingués.
Lt'S femmt's se sont porlL:es en foule au
supplicc de 0Jmiens; elles onl été les dernicréS a détourner h urs r,·gards de cette horriule scene.
Le petit peuple s'entretient fré,1uemm,·nl
de l'eléculeur, dit qu'il a tahle ouv,·rle pour
les pauues cbernlit'rs de Stint-Louis, et va
cherchn chtz lui de la grais~e de ¡,cndu; car
il vend le, cadaHes aux chirur¡;iens, ou les
garde pour lui, a son choix : le criminPI ne
peut pas se vendri: de sou 1il'ant, ainsi qu'il
fail a Londres.
flien ne distin;.tuc cet homme di' autres
citoyens, méme lorsciu'il exerce ses épourantal,les fonctions, ce qui est trt'.·s nial vu. 11
e,t frisé, poudré, galo,mé, en has de ~oie
hlancs, en escarpias, pour monter au fatal
poleau : ce qui me parail révoltant, pui,r1u 'il
devrait porler, en ces moments terribles,

I1 ISTORIA

Cu. G.\ILLY DE TAlJRI ES.

I't'mpreintc d'une lui de mort. Ne saura-t-on
jamais parler a J'ima~ination? et puisqu'il
s'a¡;it d'efl'rayer la multitud,•, ne co,m.1ilral-on jamais l'empire dtlli formes éloquentes?
L'e,térteur de cet homme de,·rait l'aunonccr.
11 esl, saos contredit, le deruier citoyeu di:
la vi lle, el lui seul esl fr 1ppé par bOll emploi
d'un opprol,rc inhérent. 11 a des valet, qui
exercenl pour cent écus le métier qu'il fait
pour six mi lle. EL il trouve des valeb !
11 marie ses filies, quand il en a, a des
bourreaux de pro,ince. Entre eux ils s'appellrnt (a l'instar des é,e'lue~) jfonsieur de
Pa,.is, .l1011,;ieur de Char/res, .',Jonsieu,· d'Orlean~. cte.
Et C/1111·lot et Berger fournissPnl aux enlrelil'ns du peuple une maticrc inépuisable.
Tels savetiers ~ave11t l'histuire des pendus et
des IJourreaux, aiusi qu'un homrue de bonne
~ociété sail l'histoire des rois de I'Europe el
de leurs ministres.
;\lERCIER.

LA DUCHESSE D'ORLÉANS AUX EAUX DE SPA.
FETE D8 LA SAUVE~IERE.
Tableau Je l' École anglaise, fin du wm sied e. p!usée Conde, Cbantilly. )

.,. ::?IÓ,...

�Le myslere de Nuremberg
Par JULES HOCHB

Vlll (suite).
Vers trois heures, la veuve Scholler, accompagnée de sa filie Lisette, descendait la
promenade qui mene a la porte du ch&amp;teau.
A une distance de quarante pas em·iron,
Liselte apercut Hauser, saos manteau, vetu
d'une redingote brune, qui rlescendait la Promenade dans le meme seos. Arrivé au bout
il prit a droite, suggérant a Lisette la pensée
qu'il se rendait chez M. de Sticbaner.
Hauser était seul, et la promeuade, déserte. (Les deux femmes oot déposé ce fait
sous serment.)
La femme du cordonnier Weigel qui remontait dans le me.me lemps la rue Thérese,
vit Hauser entrer tout seui dans le jardin
royal. De memela blanchisseuse Weiss.
La demi-heure qui s'écou la entre trois
hcures et trois heures et demie n'a donné
licu a aucun témoignage précis. 11 est avéré
seulement qu'a trois heures et demie le cuisinier Briohtelshauser el le propriétairc Conrad
Slurm apercurent Uauser courant a trarers
la cour du chateau . Le second témoin, qui ne
le reconnut pas tres bien, remarqua d'abord
qu'il anit du sang au poignet droil, et
comme il se relournait pour le suiue des
yeux, il lui parut que la main gauche aussi
était ensanglantée.
Vers la meme beure, le professPur &amp;feyer
et sa femme rentraient de promenade. lis
étaient a peine chez eux depuis quelques minutes, quand la sonnelle de la porle d'enlrée
_íut violemment agitée.
&amp;fadame &amp;lel·er alla ouvrir, et Ha user se
précipila daos la cour, le visage boule,·ersé,
ne répondaot que par gestes aux questions
alarmées de la femme du professeur.
Celle-ci courut prévenir son mari, suivie
par Hauser lui-meme. Ce dernier ne ful ras
plutot en présence de son profe\seur qu'il
éleva les bras, daos une attilude éperdue, et
de la main droite désigoa a plusi~urs repri~es
son coté gauche.
Puis, saos avoir prononcé une parole, il se
cramponna a lui et l'entraioa vers le jardín.
lis a1·aient fait cinq ceots pas environ, Hauser, du geste, indiquant toujours un endroit
plus éloigné, quand Meyer, par crainle é1·idemment, forca son éleve a rebrousser chcmin. Alors seulement llauser articula quelques mots entrecoupés, inintelligibles :
- Alié daos jardin royal... homme.. .
arec couteau ... donné bourse... poigoardé.. .
couru tant que j'ai pu ... bourse encore par
terre la-has.
A ce moment-la, &amp;leyer donna toute la me-

sure de sa cuistrer1e de pion allemand. Au
lieu de s'élanccr sur les traces du meurtrier
présumé. ou d'appeler a l'aide, ou de prodiguer uo premier soulagement au blessé dont
les forces s'épuisaient visiblement, il commenca par le mori~éner, lui reprochant d'etre
allé au jardin royal saos permission, ajoulant
méme qu',l venait de faire la une équipée
absurde et donl, selon toute apparence, il ne
se tirerait pas aussi aisément que de celle du
17 octobre 1829.
Ge trait de caractere nous parait, a distance, un des documents les plus riljouissanls
que nous aient transmis les chrooiques allemandes relatives au m1stere de Nüremberg.
Gaspard IJauser ne répondit pas, il n'en
al'ait plus la force, il se contenta de lever les
yeux au ciel et de murmurer : « Dieu... savoir. »
La-dessus, ~feyer éprouva le besoin de se
singolariser une seconde fois eo posant au
blessé a demi é1•aooui une question urgente :
- L"homme étail-il grand?
- Moyen, répondit Hauser, et il s'affaissa,
iocapable d'aller plus loin.
Meier, qui semblail teoir décidément a ce
que cette scene n'eut d'autre témoin immédiat que lui, s'ingénia a le faire revenir a lui
et le traina tant hien que mal vers sa demeure ou deux dOUJestiques furent chargés
de le monler chez lui. Taodis que ces derniers le transporlaienl sur uo canapé et lui
prodiguaient les premiers soins, Meyer se décidait enfin a aller prévenir la police.
llauser ct•pendant ne tarda pas a recouvrer
l'usage de la parole et donnait aux deux domestiques l'explication suivante de ce qui
était arri1•é :
&lt;&lt; Un bomme a~sez grand l'avait accosté
pres du palais de la cour d"appel et lui nait
demandé : &lt;&lt; Etes-vous Uauser? Vous promenez-vous quelquefois dans le jardín royal? »
et il avait répoodu : oui. Un jardinier élait
ven u a luí aussi et luí a vait proposé d'enlrer
daos le jardín pour visiter les lravaux de réparatioo du puits artésien. C'est celle derniere proposition qui l'avait décidé a se rendre au jardin.
&lt;&lt; Mais comme il n'avait lromé personne au
puits artésien, il s'était dirigé vers le monument commémoratif d'Utz (le poete) ; la se
tenait un bomme aux favoris et a la moustache noirs qui lui tendait une bourse et tout
a coup, pendaot qu'il ouvrait la bourse pour
voir - le poignardait. »
ll n'est pas iQutile de faire remarquer ici
que certains détails de cette version sont eo
contradiction avec les témoignages qui pré... 217 ...

cedent, "oire avec la version plus élendue
que Hauser formulait le lendemain devant la
commission d'enquete.
~leyer, comme nous l'avons dit, était sorti
pour prévenir la police et demander qu'on
envoyat d'urgeoce uo agent sur le théalre du
crime. En roule, il renconlra le docteur Heidenreich auquel il cria saos s'arreter de se
rendre imméJiatemeot aupres de Gaspard
Hauser. Ce dernier obéit a cette injonction
et se rencontra au chevet du blessé avec le
docleur llorlacher, médecin du tribunal local,
et le docleur Albert, médecin de la justice
royale.
L'examen médica! constata l'exislence au
!ein gauche, daos la région des premiers espaces iotercostaux, d'une blessure d'une loogueur de trois guaris de pouce, semblant
résuller d'un coup porté de haut en has et
d'arriere en avant avec un instrument pointu
et a double tranchaot. (Bien plus tard, un
ouvrier occupé a ralisser les plates-bandes
du jardín ro~al trouva dans l'herbe un couleau a manche d'ébe11e dont la de,cription
nous parait corre~pondre a l'iostrumenl visé
dans les ligues ci-dessus.)
Apres !'examen de la Llessure, l'avis des
médecins ful qu'aucun organe essentiel n'avait du etre atteint, et que pour l 'iostant la
vie du Llessé n'était point en danger. (Erreur
grossiere, uniq,1eme11t ba~ée sur ce fait que
Ilauser avait pu fournir deux courses assez
lougues a partir d u momPnl ou il avait été
frappé jusqu'au mnmPnt ou \leyer le rameoait cbez lui, - erreur que la m•irt de llauser, qui succomba a diverses lé~ioos organiques, devait anéantir moios de quatre
jours apres.)
A l'autopsie, on trou va que le ventricule
du creur, la pointe du cccur, le poumon el
l'e~lomac éla1ent plus ou moins gravement
endommagés.

IX
Pendant que Ilauser se débattait entre les
mains des médecins qui l'accaLlaieot de queslioos oiseuses. bien plus empressés a sonder
le nouwau myslere de sa bles~ure que la
blessure elle-meme, l'agPnt de police Hermano se rendait, sur l'ordre de ses chefs, au
jardin royal, avec mis~ioo de chercber la
bourse doot parlait HdUser, et d'explorer
simultanément lous les enviroos, pour le
cas ou il s'y trouverail un homme a favoris et a moustache noirs et purleur d'un
rnanteau.
L'homme désign~ par Hauser était, pa

�111STO'J{1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _l _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ J
r~it-il, aussi coiffé d'uo C)liodre, et ces deux
d'ou je 1·iens. Pour évitcr
cclte peine a llauscr,
p1eces essenlielles de son costume, le manje yais vous le dire moi-mcmc d'ou
leau -~e couleur bleu foncé avec pelerine el
je viens, - le cylrodre, onl joué un grand role daos le
Je vicns de de - - _
proces d'Ansbach, le dernier proces qui rédes fronticrcs bavaroises - Au Flcuvc - sume loute l'histoire bausérieone.
Je veux mfüne vous dire cnt0re
Orce genre de manteau et de chapeau était
le nom : ll. L. O. »
alors de grande mode en Allemarrne (on
peut en voir des spécimens en gravu~e daos
Le lecleur pourra se faire une idée exacte
la Ga:.elle 1t11ú•er~elle des modes, de l'hiver de la facon dont _le billet étail ecril, en pré1~55-l,854-, Leipzig, 13aumgartncr, éditeur). seotant cette feu11Je de\'anl un miroir ou en
Rien d anormal des lors daos la déclaration la relouroant el en la lisaot a conlre-jour
de Hauser, et rien d'étonnanl non plus a ce par lransparence.
que la sentindle lleinrich Frosch, de 11arde
Apres la Mcouverte de la bourse, il deYe?ans le voisinage du Palais, ait vu pas:er ce nait plus que jamais importanl d'obtenir de
JOUr-la, ~ l'hcure iodiquée par llauser, qua- lla~ser l_ui:me~e un récit détaillé de ce qui
tre ou crnq messieurs tous velus de man- éta1t arr1ve au Jardio royal, et c'est daos ce
teaux bleus et coiffés de cylindres.
but qu'une commissioo d'coquete se transLes recherthes de l'agent de police ne res- porta au chevet du Llessé, le meme soir,
l~rent pas tout a fait ii~f'ruclueuses. Au pied pour procéder a un premier interrog:tloire.
d un arbre, a trente-cmq pas environ du
monument d'Utz, il lrouva cilectivemeot une
X
bourse en soie violeue a doublure blanche.
A l'endroit ou il ramassa celte bourse la
Pl'emier interrogatoii-e.
neige faisail tapis et lui permit de remarq~er
Trrs
courl,
ce premier iolerrorratoire. La
u?e ,double trace de pas, paraissant appartecornmission
judiciaire
ne pul to~l d'abord
rur a une seule el meme personne el se dirigeant ver~ la ville; mais il n'en vit poinl, Lirer de llauser que quelques paroles entreaf6rma-t-il, conduisant du puits artésien au coupées melées d'iodications excessiYemeot
monument d'Utz. (Dépositioo qui vient en- vagues.
&lt;e fardio royal, pres d'Utz, bomme grand,
core a l'encontre des points essentiels de la
déclaralion de llauser.)
~avor1s el moustache ooirs, plus vieux que
La bourse Cut ouverte par la direction de Jeune, porteur d'un mantea u.... »
~l comme oo le priait de s'expliquer plus
p~lice et on y trouva un billet plié en quatre
triangles, complication géométrique a pro- cla1remeot :
&lt;e Peux pas dire au juste; je me suis sauvé
pos ~e laquelle la femme du professeur ~feyer
a fa1t, sous sermeot, la déclaralion sui- aussitilt apres avoir recu le coup, - on trouvante :
vera une bourse a l'eodroit en question. »
D. - Vous avez déclaré yue cela s'est
« Quand la bourse fut apportée et ouverte
passé au jardin royal. A qudle heure?
devant nous, et C[U ·on en eut Liré le billet
R. - Apres trois heures.
j'ai. élé effmyée, ~Jrce que j'ai remarqué
D. - Qu'est-ce qui vous a done inspiré
auss1tilt que ce pap1er était plié absolumeot
de la meme facoo dont Hauser avait cou- l'idPe d'aller au jardin royal?
n. - Quelqu'un m'y avait donoé reodez~ume_ d_e plier ses lellres .... J'ai communiqué
1mmed1atement cette observation a moo mari vous.
D. - Que! étail l'endroit assigné a ce renqui ,en ~t. resté égalerneot frappé. »
• e_ esl eVIdemmeot la une forte présomplioo dez-vous?
R. - Au has de l'escalier qui mene au
a aJouter a celles qui oous permeltenl de
coosidérer tous ces détails comme autant palais de la cour d'appel.
d'accessoires préparés a l'annre par le mo- 1 D. - Quelle heuri: vous avait-oo fixée?
oomaoe llauser pour eocadrer dirrnemeot Ja ., R·. - Entre trois et quatre heures; mais
scene finale par laquelle il avait° décidé de J ava1s rencontré l'bomme a neur heures du
courooner le romao de sa vie.
rnatio au momeot ou ji: me reodais a la cour
Aulre indice non moins important : Hau- d'appel (Hauser faisait alors des écrilures au
ser était gaucher, el l'écrilure du billet est grelfe).
D. - En quels termes vous avait-il donoé
une écriture déguisée, tracée de la main
gauche, a rebours, c'est-a-dire de droile a ce rendez-vous?
R. - Alleodez un peu, je souffre... a la
gauche comme l'écriture arabe. Le billet est
d'~i_lleurs ,écrit ~u c:ay~n, et ~leyer, parait-il, poitrine ....
a~a1t eu _I occas100 Jadis de surprendre plu- · Celle ~la in Le. du blessé fil suspendre J'inlerrogato!re qm ne pul etre repris ce jour-la,
:.ieurs fm s son éleve a s' exercer au crayon
a une écriture arebours.
'
' parce qu un commencement de délire semVoici du ~este, en écrilure redressée, le blait s'etre lout a coup déclaré chez ílauser
c~oteou du b1llet, aYec la dispositioo aulhen- celui-ci ne reconnaissaot pas le pasteu;
t1que de ses lignes arraogécs comme une Fuhrmanu.
strophe de vers :
1

11

• Hauscr ponna vous contcr
avcc beaucoup de précision
quels sonl mes debors, el

Deuxieme inte1·rogatofre.

Le leodemain, a oeuf bPures du matio
les médecins ayaot déclaré l'étal du blessé
"''

2 18 ...

assez salisíaisant, et celui-ci jouissant de
toutes ses facultés, la commission judiciaire
procéda a un nouvel interrorratoire doot oous
doooons ci-dessous les point~ esseoliels :
D. - Pouvez-vous nous décrire l'bomme
qui rnus a,ait donné rendez-vous au jardín
ropl?
11. - 11 éLait de Laille moyenne d'aae
•
'
o
mur, et porlail une mouslache bloode. 11
était vetu d'une sorte de blouse, comme un
ouvrier. 11 avait une casquette aussi.
D. - A quelle heure l'avez-vous rencontré le matin?
n.. - A neuf heures moios un quart. 11
~ne
&lt;e Je dois vous saluer de la part du
J~rdm1er en chef du palais, et vous dire que
s1 vous voulez vous rtndre vers trois heures
au jardio, on vous mootrera les Lravaux du
puits artés!en. &gt;&gt; EL j'ai répoodu que j'irais.
La-dessus 11 esl parti sans rieo ajouter.
D. - Qut-l chemio prites-,·ous ro quittant le pasteur Fuhrmaon?
_R. - (llauser indique le chemin et poursu19 : Arrivé a_u jardio, je me dirigeai Loul
dro1t l'e~s le p~1ts artésieo et o'y trouvai personoe; Je conlmuai rna route jusqu'au monument d'Ulz. A l'e11droit ou sont les deux
bornes, pres d'un huissoo fourré, cet homme
me teo~it une bourse, et au momenl ou je
la preoa1s, me porta un coup au coté.
D. - Qu'eotendez-vous par cel homme?
11. - L'homme qui m'a dooné la bourse.
lJ. - De que! inslrument se servit-il pour
vous donoer le coup?
R. - 11 m'a serublé que c'était un lona0
stylel.
D. - Pouvez-vous nous faire la descripLion de cet homme?
, R. - ~l semb!ait un peu plus grand que
I aulre et il porta1l des favoris et une moustache ooirs.
D. - Satailleetsonage?
R. - Sa ~aille ét~il plus grande que la
~oyenoe; et d pouva1t avoir de cioquanle a
crnquante-quatre aos.
D. - Vous a-L-il parlé?
R, - ll m'a dit : « Je vous fais cadeau
d~ celle bourse'. &gt;&gt; et au momeot ou je 1·oula1s la prendre 11 m'a porté le coup.
D. - Comment était-il 1 etu?
H. - II avait un maoteau muni d'une
grande pelerine qui lui retombait sur les
manches, et un chapeau ooir de forme cylindrique.
O. - Que fites-vous apres avoir re~u le
coup?
IL - Je courus de toules mes forct!s vers
la maisoo, et saos me retourner de sorle
que j' ignore ce qu'a fait l'homn,e ~u suite el
daos quelle direclioo il est parti.
Quelques queslions peu importantes furenl
posées eocore par la commi~sioo, puis l'inlerrogatoire prit fin, Hauser s'étant de oouveau plaint d'uge faiblesse.

?'~ :

1

Troisieme et dernier inten·ogatoire.

i)ans ','?ntourage . immédiat de Gaspard
Hauser, l etrange at11tude de ce dernier les
contradictions relevées daos ses propre.' dé-

LE
claratioos commeo~aieot a soulever des perplexités difficiles a cornbaltre, mais persoooe
ne s'apercevait ou ne voulait s'apercevoir
qu'on était peut-etre tout simplemeol en préseooe d'uo monomane qui, atleiot du délire
de la perséculion, venait d'atteoter a ses
jours pour la seconde ou la troisierne fois.
Les sceptiques du geore de lfe1er élaieol
tout juste asscz clairvoyaots pour voir daos
la mystérieuse affaire du jardio royal « une
équipée doot les suites seraient saos doute
plus fuoestes a Hauser que ne l'avail été celle
du 17 octobre ».
Aussi, le l 7 décembre, a ooze heures du
matin, la commissioo judiciaire, saos s'apercevoir qu'elle étail en préseoce d'un moribood, adjura llauser de dire toute la t•érilé
et procéda a un oouvel mterrogatoire :
D. - Vous avez dit que l'homme qui
vous avait fixé le reodez-Yous au jardio rolal
avait été rencontré par vous samedi passé, a
neuf heures moins un quart. Ne l'aviez-l'ous
ja.mais \11 auparavant?
R. - Non, j'ai pensé que c'était un ou1Tier employé au jardin. 11 serait peut-etre
bon de demander au jardioier en cheí s'il n'a
pas vu un ouvrier semblable avec une moustacbe ooirc épaisse.
D. - Vous avez dit hier que la mousLacbe de cet homme était bloode.
H. - C'est une erreur du proces-verbal,
j'ai dit tres clairemeot qu'il avait une moustache bruoe, tira11t sur le ooir. N'oubliez pas
de rectifier cela; c'est une erreur qui m'a
échappé au momeot de la lecture (la déposilioo de la veille avail été lue a Hauser, puis
approuvée et signée par luí), saos quoi je
vous en eusse fait la remarque immédiatement.
D. - Avez-vous rencontré quelqu'un en
allaol au jardin ou en fuyaot, apres que l'assassio vous eut blessé?
R. - :Xoo, du moios je o'ai remarqué
personne. Quand meme j'aurais rencontré du
monde, une fois le coup recu, la terreur
m'eut empeché de recoonaitre qui que ce
ful. Je o'ignore pas que bien des gens préteodeot m'avoir rencontré hors du jardín,
mais je o'ai vu personoe.
. D. - Vous avez dit qu'en arrivaot au jardrn vous \'0us eles reodu d'abord au puits
artésien, mais que o'y ayant trouvé persoooe,
vous l'0US eles immédiatemeot dirigé ver$ le
roonumeot dTtz. Qu'est-ce qui vous déterminait a un changemeol d'itioéraire aussi
complet, apres avoir accepté un rendez-vous
au pui ls artésien?
R. - C'étail ma promenade habituelle.
IJ, - Aviez-vous parlé a quelqu'uo de ce
rendez-vous?
R. - Je u'eo ai parlé a qui que ce soit
au monde. Peu de temps auparavant on m'avait donoé un rendez-vous semblable: c'était
le jour du premier bal cbez M. le commissaire général, mais le temps m'avail paru
trop malll'ais ce jour-la. J'en ai parlé alors a
madame Ilikel qui pourra vous le dire si elle
¡,'en souvieot eocore. (Ceci était uai, comme
nous l'avons vu au chapitre précédeot.)

D. - Qui est-ce qui vous avait clonné
rendez-vous cette fois-la?
R. - Le meme homme qui m'a fait l'iovitatioo samedi. C'est précisément pour cela
que j'étais persuadé que c'était un ouvrier du
jardinier et que je n'eo ai plus parlé a personne.
D. - Quand el ou vous fil-il cetle premiare invitalioo?
R. - A huit heures et demie ou un peu
plus tard, a la meme place que le samedi.
D. - Et avec quels termes vous abordat-il?
n. - Avec les memes termes que samedi; et il formula son invitation absolument de la meme faeon.
D. - Vous avez parlé d'uoe bourse que
vous aurait offerte l'homme qui vous a poignardé; pouvez-vous décrire cette bourse?
R. - Oui, certes, une bourse vide a ce
qu'il m'a paru au toucher, car il me préseota
tout juste le colé ou se tireot les cordoos.
Mais je ne sais trop comment elle étail faite,
car je l'ai laissé tomber aussilol que je me
sentis blessé. J'ai dit a M. ~1eyer qu'oo envoyat quelqu'un sur les lieux pour la chercher.
D. - La reconoaitriez-vous si oo vous la
montrait?
R. - Non, c'est lout juste si je crois me
rappeler que les cordons en étaieot bleus.
(On mootre a Hauser la bourse trouvée au
jardín par le policier lleulein.)
D. - Que diles-vous de celle bourse?
R. - D'apres les cordoos, je serais disposé a croire que c'est elle. L'autre pourtanl
m'avait paru plus grande, - mais le temps
était sombre et froid.

JHYSTE'JfE DE Nwt'EMB'E'J{G - -~

mano, el je l'ai laissé a la maison, de peur
de le salir avec la colle. Je le ménage en géoéral parce qu'il e~t beau.
D. - Comment awz-,·ous pu, apres ce qui
s'étail passé a;\üremberg, commenl avez-vous
pu vous risquer a accepler un rendez-vous
d'uo inconou daos un eodroit aussi désert?
R. - Je pensais qu'on n'atteolerail plus
a ma vie, puisque mainteoaot j'ai un second
pere en quelque sorle.
Comme on le ,·oit, en somme, ce deroier
interrogatoire qui oous parait (comme les
deux aulres d'ailleurs) ressasser &lt;les questioos oiseuses, ne devaitjeter aucune lumierc
nouvelle sur le rnyslérieux évéoement. Hauser allait mourir et emporter avec lui le secrel inexpugnable de son origine et de ses
destioées.

XI

Déjl1, dans l'apres-midi du f6 décembre,
une teiote étrange avait eovahi le visage du
blessé qui respirait difficilement et se plaigoait d'une assez vive douleur daos le coté
gauche. llauser avait néaomoins gardé sa
boooe humeur. U causa assez looguemeot
avec Fuhrmaon, affirma qu'il se seotail mieux
et parut heureux d'entendre dire a son pasteur qu 'il repreodrait les travaux de cartoonage sitot qu'il serait rétabli.
Mais le lendernaio mardi (seloo une déposition excessil'ement importante de la gardernalade Caroline Lorenz) le blessé commenca
a délirer des l'approche du soir. Entre aulre~
phrases mystériemes qui reveoaient souveot
11 ses levres, la femme Lorenz aífirme sous
sermenl avoir entendu celui-ci dire : ce 011
ne peut pas Jire ce qui est écrit au crayoo. &gt;&gt;
(On se rappelle que le billel conlenu daos la
bourse bleue était écrit au crayon.)
De rneme il aurait dit ce soir-la ala femme
Ritzioger : &lt;e J'ai eocore beaucoup de choses
a écrire aujourd'hui, rnais tout au crason. »
(Déposition faite sous sermeot.)
Le meme soir, a six heur es, son état empirai t encore, car le docteur llorlacher dre~sail le bulletin suivaot : &lt;C Peau du visagc
íroide, lrails creusés, exlrérnités froides couvertes de sueur froide, respiralioo tres
courte, pouls nul, tous les symplomes d'uoe
mort procbaine. 1&gt; C'est pourtant ce mouraot
que la commissioo d'enquete lourmeotait
encore quelques heures auparavaot avec son
questionnaire naif et tout a fait ioefficace.
Le fils du concierge de la maisoo ~leyer,
a1ant appris que l'état du blessé devenait
grave, monta dans la chambre de Hauser ou
il lrouva la garde-malade seule a son chevet.
ll s'approcba de lui pour relever un peu
l'oreiller sous sa tete, mais a ce momenl, le
CiASPA.RO HA¡;SER.
blessé se dressa avec effort sur son séaot,
D'aprés la gravure.ú C.-V, SCHELLHORll,
éi:arta le jeune homme, et les yeux grands
ouverts, fixés daos le vide, les bras étendus
D. - C'esl pourtant par ce mauvais temps s ecr1a : « Oh! moo Dieu, etre forcé de déque vous eles sorti vous promeoer daos le camper (abkralzen 1) aiosi, daos la honte et
jardin saos maoteau. Pourquoi cela?
le méprisl »
R. - J'étais sorti pour aller faire un ou1. o ... So abkratzen müssen in schimpf und
vrage de carloooage chez M. le pasl!m-r Fuhr- schandc .... •
...,, 219 ...

�1f1STO'Jt1.ll

-----:---;-------=----___:_--------~

Vers sepl heures un commcnccment d'as- chantes gens m'onl délourné du droit cbephyx!e se .d~dara, el le docleur lleydenrcicb mi_n, m~is ... re,·enu sur le droit chemin. J'y 1O heures, des suites de la blessure que lui
fut ~m~d~atement appelé. Tandis que ce su1s marnlenan1 ... 11 ne me reste que quel- fil le 14 décembre un assassin re~lé inconnu.
Victime infortunée d'une monslrueuse inhudermer a1dc du fils du concierge soulevait le ques heures probablement a pa~ser daos ce
manité,
il a la clef maintenant des éni"mes
busle du l,lessé, llauscr murmura a Ieurs monde.... Mcrci encore une fois .... 011 est
allachées
a son triste séjour parmi ;ous.
or?i~les : « ~romettcz-moi que ,ous voulez votre rpouse?
Dan~
les_
splendeurs
d'un prinlemps éternel,
~ ~1der, » s 1maginanl peul-elre, dans son
- Dans l'autre cbamLre.
le D1eu Juste luí rendra sans doute toul ce
delire, qu'on cherchail plutol a ha.ter sa fin
- Eiprimez-lui .. . a elle aussi ... ma re- dont il fut sevré, les joies ravies a son enqu'a luí sauver la vie.
con_naissance pour toul ce qu 'elle a fait pour fance, la force enlerrée de sa jcunesse tous
Quelques personnes amies furent alors ad- mo1 .
les bienfails abolís d'une vie qui ne ;'était
mises au chcvet du moribond. Hauser ne les
Le lieulenanl Hikcl s'approchail mainle- o~verte aux nolions de l'humanilé que depuis
reconnaissail que par intenalles.
nant du lit :
cmq ans.
A~ p~steur Fubrmann qui, apres I'avoir
- Me reconnais-lu, llauser?
Paix a ses cendres!
salue allectueus1·ment et s'etre enquis de son
- Eh! oui, mon~ieur le lieulenanl.
élal, lui demandait s'il voulail prier, il réXürembl-rg. le 18 décembre 11133.
- l'fas-lu ríen a me dire pour M. Je
pondit:
comte? (Stanhope.)
Bi~orn, premier Lourgmeslre.
- Je ne peu1 pas prier, - je suis si fati-. Pour Al. le_ comte ... beaucoup de regué!. .. mes pensées m'écbappent conlinuel- merc1ements auss1 ............ .
\'oila done l'assassioal de Hauser rendu
lemenl.
. . . Luí aussi duil rester sur le droit che- officit•l, imprimé en loules lettres, jeté en
La-dessus le pasteur fil une priere a ,·oi1 min ... pour que les erreurs ... donl il n'esl paturc a Loutes les imaginations d'Allemagne
ha~te, écoutée par Bauser qui répéla « Amen » pas non plus !out a fait exempl. .. ne l'en- et d'Europe. i\ous allons l'Oir maintenant
pu1s_ ~•cndormil. Mais il se réveilla presque trainenl pas .... 1
comment ce premier noyau va enaendrer la
auss1tol pour demander a boire. Alors Fuhr... . 11 fait beau~oup _de bien ... par Se$ gé- légende toutlue a lr~vers les frondai~ons de
mann revinl a la charge :
néros1tés .... 11 m a fa1t beaucoup de bien ... la11uelle nous avoos cu lant de peine a suivre
- Eh bien! mon cber llauscr, comment amoi aussi cela luí sera compté ... dans l'au- les étapes réelles de la courte carriere fourvous sen tez-vous? Votre conscience ~t-elle tre monde... ou il faudrail désespérer du nie par le mystérieu1 météore de Nürembien tranquille? Ríen ne vous oppres~e-l-il ciel. (üne pau~e.)
berg.
dont vous éprouviez le b~oin de vous souEn moios de huit jours, les fleurs de rhé- lmpossible ... arracher .•. damnalion .. .
lager?
lorique du b_ourgmei.tre allemand vonl pousmonstre ... plus fort que moi ..... ..
- Pourquoi ma conscience ne serait-elle
......... Quand vous vor1·z que... quelqu'un ... ser de formidables racines d'ou jaillironl a
pas lranquille? répondil Hauser. J'ai de- s ecarte du bon cbemrn ... saisissez-le... im- leur tour les floraisons les plus inallendues .
mand~ pardon a loules les personnes que je médiatement par ... les cheveux... pour le
conna1S. Le bon Dieu ne m'abandonnera lirer en arriere ... a lemps ....
cerles pas.
... Combat d1fficile ... d'o11 Loul le monde
ÉPILOGUE
- Non certes, il ne vous abandoonera ne peut sortir victorieu1.
pas; !I_ se réjouira au contraire de l'e;.prit de
(Longue pause. La l"OÍI de Hauser s'éteint
La premiere de toutes les mystifications
conlr111on que vous maniíestez. Mais je dois de plus en plus, entrecoupée de 'rales .... On
dont
le mystere de ~üremherg allail elre
vous faire remarquer, en ce moment solco- ne le comprend plus que diíficilemenl.)
!'origine pril naissance sur la tombe meme
oel, que Dieu nc,us recommande aussi de
- ... Fatigué ... tres Ídtigué... tous mes de l'infortuné Gaspard llauser.
pardonnrr a nos semblables les offeoses qu 'ils mi&gt;mbres devienoent. .. lrop lourds.
~lui-~! avai,t été enterré en grande pompe
oous onl faites. ~·avez-l'Ous rien a pardooFurhmann : - Pcre tout-puissant ta vo- a_u c11net,_er~ d .\nsbacb, en présefll•.e de plune~ a personne? i\'y a-l-il personne contre lonté soit faite ....
s1eurs mtlhers de curieux qui, aprcs avoir
qui vous a)ez gardé un ressenlimenl au
Hauser : - Et non ... la mienne.
écoulé religieusement le sermoo du pasteur
C&lt;Cur?
Fuhrma11n : - Qui a prié en ces termes? fu~hm_ann, pricrenl, 1·bantcrent et pleurer('llt
- Pourquoi done en aurais-je gardé conlla11ser : - Le Sauveur?
a I enn autuur de la fosse entr'ouverte. Cela
lre quel,¡u 'un puisque ... persoone ... ne m'a
Fuhrmann : - Quand?
se passait le 20 décembre.
rien ... fait.
llauser: - Al"anl de mourir....
Le 21, la commissi11n judiciaire char"ée de
Vers neuf beures, ce fut le tour du prol.)uel,¡ues minutes plus lard on n'enlendait diriger l'enquele ordonnée a nouvea~ sur
fesseur ~foyer, ,¡ui L,mail décidémenl aobtcnir plus que ces mots 1¡ue IP. moribond semblait
l'a~lenlal du. 14 apprenait avec stupeur
~u 1:°º~rant quelques aveux au sujet de son prononrer en reve :
qu une lenlat11·e aiant pour but d'exhumer
equipee.
- Fatigué... horriblement fatigué ... me llau,er rnnait d'étre faite daos la nuit rneme:
- Mon cber Hauser, n'awz!vous ríen a reste ... encore ... grand l'Opge ... a faire.
la femme du fossolrnr Weiss l'avait affirmé
me dire? \'olons, regardez-moi bien franA dix hi-ures moins un quart llauser ne
cbemenl en face .... Yous sal"ez que je ne reconnaissait plus personne et ne répondail cbez son boucher daos la malinée. De meme
le ~ardien
nuil Muller avait déclaré qu'il
vous veux que du bien.
plus a aucu1~e question. Sur le coup de dix ava1l ,·u tro1s personnes escalader les murs
- Oh! beaucoup ... j'aurais beaucoup de hcures, le VJsage lourné vers la muraille el
c~oses a vous d,re ... mais je ne pe111 pas comme endormi en apparence, il expira dou- du cimetiere, lesquelles s'étaicnt enfuies a
d,re.... Bcaucoup de rcconnaissance (luí teo- 1:l'menl, e~ rendí~ l_'ame en un long et pro- son approche.
Ces íaits furent non seulement démenti~
daot la main) pour vos ... e1cellentes leeons ... food soup1r de res1gnation, peut-elre de reorp1·i1·ll_emenl
!e lendemain par le fossoyeur
el conseils. Je nr. puis... dire ... combien je grel.
\Vorrlern, ma1s la police lit suneiller le
vous suis ... redevable.
L~ pl_upart des jnurnau1 allemands qui
Visiblem ..nt, le mourant s'épuisail de plus para1ssa11·nl le lendemain conlenaient l'eotre- cimetiere peudant plusieurs nuits el s'assura
ai~,¡ que la tcntative d'exbumation apparteen plus. 11 reprit apres une courte pause :
Jilet suivant :
na1t au domame de la fable.
- Il y a beaucoup ... de gens ... qui se
Les journau1 cept&gt;ndanl ne larissaienl plu
Nolice nécrologique.
l~issent _Piulo~--:, ~ller ... au mal~.. qu'au
sur les particularilés fantasliques de la mort
b1e?. Mm auss,, J a1 été entrainé par le mal;
Kaspar Hauser,' mon 1her pupille, n'est
ma1s ..; revenu sur le ?roit cbemin. 11 y a plus. 11 esl morl a Ansbacb bier soir a de Hauser.
Une fPuille théatrale, entre autres, publia
de mechan tes gens qUt ... vous conduisent
..
1.
llauser
semble
n•a;,oir
pa
pardonner
au
comle
le
lendemain de sa morl une lonn-ue lettre
sur la roule du 111al; moi aussi ... de méd ,·tre sur la fin Jcvenu sceplique i son endroit.
signée d'un certaio docteur llarlmaon el

""'

d:

"" 220 ""

t

•

L'E MYSTE'T{'E D'E NUJ{EMB'E'T{G

011 ce dt·rnit&gt;r commuuiquait au public d'élranges conlidences ucucillie, de la bouche
du morihond lui-meme.
L'enqucle démontra malbeurrusement que
le soi-disanl Ilarlmann n 'étail autre que le
dramalurge Adolpbe llauerle, dt\ \'icnne, qui,
pour iotéresser s,·s h·cleurs, al'ail rru devoir
résumer dans w murceau de haute litlérature les no111l1rt&gt;u1 canards que le m1stcre
faisait journellement éclore daos la presse.
Le comte StauhopP, d~ lon¡;temps rerenu
,le ses illu~ions sur Gaspard Uauser, était
alors en .\ngleterre. Convoqué par les soins
du minislcre de la justice, il dut ,e rendre
plusieurs fois a Municb alin de dépo~er sur
ses relations a,·ec llau~1·r, et comme ses
témoignage, n'étaient pas toul il íait conformes au m~ the ra,·ori du naif populaire, ll·s
parlisans du martyr llauser finircnl par rrpandre le Lruit absurde que le comte s'étail
défail lui-mcme de son fils adoplií pour mcltre fin aux dépc·nses occasionnécs par son
entretirn.
Cela n'empe, ha pas que lord Stanbope,
s'inspirant d1i l'opinion de la minorilé inlelligente qui préférail s'ab~Lenir de se prononcer sur la mort de llau~er, fit ériger sur sa
tombe une slele porlant cette inscription :

me

JACET
G-ASPARLS 11.\CSER
.il\lGIIA.
SUI TEIIPORIS
IG:'iOT\ :\A1 IVIT.\S
OC:ClLH IIORS 1 •

MllCt:CXXXI 11.

u.'s hour¡;eois d'.\nsbacl,, parmi lesquels
la légende hausérienne comptail le plus de
parlit,ans, tromi·rent lout ensemble le monument et l'épilaphe insuífis:mts.
Aussi érigercnt-ils, plus tard, au jardín
royal, un monument íunéraire dédié a la
mémoire de la victim~ de l'allenlat du U décembre.
Ce monument (qui existe encore, a la
place ou llau~er aurait été assa,siné) est de
st1le gothique, en gres.
11 porte l'inscription suivante :
lllC
OCCULTl'S
OCCll 10
OCC1'lS hf

XIY.DEC.
\lOCCC\XXIII
Sur ce.., entrefaites, la justice, qui conti-

nuait fort activemenl a rechercber J'assas~in
introuv.11,le, ne tardail pas a se trouver en
présence d'uoe foule d'iunocents, ,·ictimes de
déooncialions anooymes ou que des coincideoc~ fortuihis signalaient au zi:le exagéré
de la poli,·e. Ce 11ui devail arrirnr en France
aprcs J'atlentat de Fiesthi, ce qui se passe
toules les fois qu'un crime m}·stérieu1 passionne vivement les esprit,, se passa alors m
Allernagne. La justice perdit la tete; on fit
perquisilioos sur perquisilioos, arrestations
sur arrt·~talions, pour n'ahoulir, comme de
justt•, ;1 aucun rbullal.
Au dire des journaux du temps, les soupcons s'égarerent succcssil'ement sur un commercaot de Bohcme, sur un acleur de Wurzbourg, sur un soldat de Stullgard, sur un
lithographe d'Asherg, etc ....
Le Figaro, lui-meme, prolita de l'occasion
pour lancer son petit canard, se coott-ntanl,
luí, de dévoiler le secret de la naissance de
llauser :
a On ,ient cnlln de découvrir en Allt&gt;magoe la haute naissance de l'infortuné Gaspard llauser. 11 est fils naturel recc,11,m du
c;arét-itch Co1uta11tin, mort du cboléra en
1831. Un paqut•l cacbeté, déposé chez le notaire Weslhausen a llamberg, a révélé ce secret si loogtem¡,s el si bien gardé. On ne i:ait
a quoi attribuer l'assassinal dont i1 vient
d'elre victime. j
(Numéro du :;o janl"ier 1854.)
Ce qui ne contribua pas peu a élargir le
rercle des faus5es pi~tes 011 s'égarait J'enquete, c'est une pro..lamation du roi Louis
de Ba,iere, datée du 5 janvier 1834, promellant une prime de dit mille gulden (une
vingtaine de mi lle francs, ) a celui qui fournfrait a la justire un re11sei911emenl de
nalure a /aire dérou1•rir el punir fas~assi11 ou 1111 des a~sa.~si11s de llauser.
L'appal d1·s fa mille gulden piqua non
seulement le zele des dénonciateurs, mais
aussi celui des déchiffreurs de rébus r¡ui continuaient ?t décounir pour le compte de íeu
llamer des peres illustres, el qui afficbaient,
eux aussi (leurs lellrl's en font foi), des prélentions a la réc·ompe11se rople.
Une des hyputhi!,.cs les plus curieuses qui
~e donnerent carriere en ce temps, est celle
que nous lrouvons exposée daos une lellre
d'un nommé Louis Dikme1er, adressée au
comtc Stanbope. Selon J'auleur de celle lcltre, Ga,pard Hauser serait l'enfanl qu'on
1. ki ft'po,r. Ga•par,I llau,er, r,:ni~mc dr "&lt;&gt;n
ll•m¡&gt;&lt;. morl J'une morl inrnnnur. commr. sa nai~
sanee.

- -....

donna pour le .fils de Napoléon !••, celui qui
íut haptisé roi de Rome et qui de\'::Üt hérit, r
du lrone de France. Voici commenl l'autcur
de la lellre explir¡ue la possibilill~ du cas.
On sait, dit-il, qne le Yreu de :Xapolron
élail que le premier-né de Marie-Loui,e í1it
un enfaot mule el qu'il ful proclamé roi de
Home et héritier du trone. Or il se pourrait
que l'impératricc tul mis au monde un eníant du sexe féminin, auquel elle aurait fait
rnbstiluer dans ce cas un eníant male. Mai,
l'abdication de l'emptreur, la séparation des
deux épout, le dl1part de l'impératrice pour
Parme ou Schonhrunn, 011 elle allait füer sa
ré!;idence, lous les événements enfin qui rendaient la subslitution désormais inutile l'l
allaient, au conlraire, a l'encontrc des pn~
férences intimes de l'lmpératrirc, impos1•r
au duché de Parme un prince de race írancaise, pouvnient aYoir poussé e&lt;•lle-ci a modifiPr !'ncore une fois ses plan,, a éloignl•r
d'clle l'enfnnt qu'elle avail fait reconnaitre
pour son fils rl qui avait trois . aos a peine
(l\ige que dcvait avoir llauser a celle époque) el a lui subslituer un prince de sang
italien, celui qui devait mourir plus tard 11
Scbonbrunn.
Cet exemple, choi5i entre ·cent, doit suffirc
a donner au ll•rteur une idée des ll1gende,;
que cbaquc jour faisait pousscr autour du
m1stcrc eníoui dans la tom be d'Ambach.
légendcs tenaces que les ouvrages drs critiques modernes allemands les plus consciencieux (car il y a aujourd'hui en Allemagne
toute une école de critiques anti-hausériens)
sonl a peine parvenus a dérariner.
Aussi la seule morale de l'hisloire de llauser est-elle peut-etre contenue dan- l'opinion
indulgente du profcsseur Daumer.
A quarante ans de di,tance, le célebrr
Daumer, le meme que nous a\'oos vu droguer llauser avec une feneur exlra-humaine,
prend une pose d'aruspice el, jetant un coup
d'o.'il rélrospeclif sur les deroiers momenb
de llauser, tran,met a la postérité ce jugemeot supreme, nébuleuse lleur de rhétorique
dt:posée ~ur la lombe d".\nsbacb :
« U mourut avec un mensonge, mais te
ful le mensonge d'un ange! »
Eh bien soit! Mais quand on songe que la
vie d'un bomme, dut-il dépasser ,a cenlicme
anoée, ne suffirail pas ¡,our lire les seules
erreurs imprimées t¡u'a erigendrées en Europe ce lle singuliere faeon de trépasser,
on resle confondu devant le,; proporlions
effraiantes que peut prendre le mensonge
d'un ange égaré parmi le troupcau des simples morlels.
jULES

HOCIIE.

•

�__ _____________________

,,

La courtisane de la Grande Armée

On vlcnt de rii&lt;Ltcr, en les 1llógcant de tout vcrbl1gc et en en el1gu1n1 tout inutilc Í•ITls, Ju .Mimoir,i
j1dis si f1mcux de lt bcllc ldt Sllint-Elmc, a qui ses
rcJation1 avcc nombre de chds miJitajrc:s, sous Ja R&lt;volutiond sous l'Empirc, entre. autru le. ,té.nér-.J More.a-u
et le marich,l Ncy, ont nlu le surnom justifii de CouaTIIANI! oe LA G1tANor. A ■Mi■•
11 • scmbli intirunnt de npprochtr ici, en cxtr1its,
les pasngu de ce volume ou 11 tris scduisante 1vcntuT1trc.

racontc, de fa~on alerte u ve:rvc.111&lt; Ju cnttcvuu

qu'cllu cut, adilférentsmomentsde 11 vic, •~•e N1poléon.

A Milan.

Beaucoup de personnes de ma connaissancc
se rendaient a Milan pour les fetes du 2ü mai.
J'avais toujours été en correspondance avec le
comte
italien fort
.
• Strozzi, grand sei!!lleur
o
mstru1t. Un de mes parents faisait parlie de
la députation qui avait été envoyée pour oll'rir
la couronn~ d'[talie au vainqueur de ~!arengo.
Je fus vo1r ce parent. II me facilita mon
vorage. II me donna une lettre qui, daos la
smte, me valut la faveur de la princesse Él isa,
grande-ducbesse de Toscane.

naissais d~ja. J'en re9us l'accueil le plus aimable _et 11 me demanda si je voulais de sa
protecllon pres de l'Empereur ....
Je lui répondis que je rnulais aller a Milan
pour le couronnement.
- Tres hicn, s 'écria-t-i l. Mais je veux
absolument vous présen1er a Xapoléon.
- Non, non, lui dis-je. J'ai toujours eu
~e~r de ,·otre nouvelle Majes té.... Je ne
1a1mc que dans ses bulletins de vicloirc.
Duroc ne manquail pas d'une cerlaine amahilité. Nous dimes cent folies. 11 me demanda
si j 'a vais beaucoup de connaissances aMilan ...
puis il s'offrit a me recommander aquelqu'un
qui étail fort in Ouen t.
Les gens au pouvoir ,e lrompent généraleI?enl sur les puissants elJets de leur protecllon.
Elle ne vaut jamais la recommandation
tres simple d'un nom honorable.
J'en fis a }filan la peu llatteuse expérience.
On m'y re9ut avcc politcsse, meme avcc
une politesse empresséc, mais défiante cependant.

;'l;°APOLÉOS C BEZ LA VIEILLE.

ú '.:,pris unt lilhogr.zph~ Ju C.itlntt d~s Estamfts.

Daos le lemps, j'eus l'occasion de voir le
grand marécbal du palais Duroc, que je con-

Vivant a,ec les arlistes, j'assistais a toutes
leurs fctes et ils m'eogagerent facilement a
... 222 ,..

parailre daos le prologue d'une picce de circonstance ou, sous le costume de la Reno~mée, je débitai une soi"t.antaine de mauva1s vers italiens en déposant une couronne
de laurier sur le husle de Napoléon.
En rentrant chez moi, mon étonnement ne
fut pas médiocre de lrouver un mot d'un des
pl?s intim_es, confidents de l'Empercur qui
m eag~geait a ~e rendre au palais impérial.
., Quo1que lOUJOUrs élrangrre a J'amhition,
J avoue que ce soir-la le soin de ma toilette
ne fut point saos calcul.
Arrivée au palais, je trourni un confident
de l'Empe~~ur qu\ apres quelques compliments, m_rntrodu1S1l daos un cabinel ou je
me trouva1 en présence de Napoléon.
II n'y cut d'ahord ni salut, ni compliments. ~n_fin Napoléon se leva, puis, ,·enant
vcrs moi, 11 me dit :
- Savez-vous que vous avez l'air ici d'etre
plus jcune qu'au théalre? ...
- J'cn suis heureusc, répondis-je.
- Vous é1iez tres liée avcc Jloreau ?...
- Tres lire ....
- El il a fait pour vous bien des folies.
Je ne répondis rien.
L'Empereur se rapprocha de moi C'l nous
causames avcc plus d'abandon encore il se
faisait aimable.... Toutefois, il arnit pius de
hrusquerie que de tendresse ....
11. ne fallait qu'un peu de tact pour s'apercevo1r (JUP. les femmes ne pouvaient guere
e~ercer d'empire su~ lui, qu'il était capable
d un moment de fa1blcsse, mais nullemeat
de ce~ a_uachements aveugles qui peuvcnt
devemr s1 funesles. 11 n'y eut jamais a craiadre avec lui que les trésors publics fusseot
sacrifiés a apaiser les vapeurs et a désarmer
la colere d'une favorile.
Il n'ignorait rien de ma singuliere existcnce et me demanda si j'étais atlacbée au
théatre de &amp;filan el si je comptais y rester.
Je lui répondis que mon projet était, aussitot apres_ les fetes, de voyager dans le Tyrol.
Il me Jeta un regard dont rien ne pourrail
exprimer la pénélration, en ajoutant :
- Vous eles done Allemande?
- Non, Sire, je suis née Iralieone, el j'ai
le creur francais.
_Il me ~egar?a de_ nouvea_u, resta quelques
mmutes 10déc1s, pu1s me d1t avec amabilité :
- Je m'occuperai de vous ....
Puis il disparut.
Je fus reconduite par mon introducleur el
je rentrai chez moi.
J'étais fiere et humiliée tout a la fois.
Deux jours se passcrtnl et je n'entendis
plus parler de rien.

...:..,_

LA

Les bles~ures de la ,anilt1 commen9ait'nl a
se joindre aux tourmenls de l'cnnui, quand
je rec;us la ,i~ile du grand marécbal du
pal~i,.
11 m'étonna l,raucoup plus par la magnificenre du don qu'il me lit que par l'annonce
d'une secunde audience de l'Empere11r. Je
,·oulus refm,er le pré,enl. Duroc me donna
de si l,onncs rai~ons ~ur la néccs~ité d'acccpter
que je m'y résign:1i par dévouement, en lui

retira. t;n !!l'and quarl d'beure se passa sans
que l'Emp:reur parul se souvenir qu~ j'étais
la. Tout a coup, se tournant sans qu1Uer sa
plume, il me dit :
·
Vous rnus ennuyez?
- C'esl impossible, Sire, répondis-je.
- Commenl, impossible?
- Ne suis-je pas témoin des lravaux d'un
grand bomme?... N'y a-t-il pas la quelque
intéret pour l'amour-proprc?

\VATER LOO : LA FER),IE DE HouGOHONT. -

demandanl s'1\ fallail que j' en remerciasse
l'Emp&lt;&gt;reur.
- CerlE's, me dit-il; saos cela, il \'OUS en
demanderait drs nouvelles avec humear, avec
inquiétude meme, el, dans tous les cas, il
prcndrait rntre rcfus pour une ruse ou pour
une offense. L'Empereur n'esl pas un homme
comme les autres, il mérile bien de n'etre
pas traité de mcme.
Je me rendis done le soir au palais. ~Jeme
introduction, mais attente beaucoup plus
longue.
Le grand marécbal me conduisit dans une
piece assez spacieuse qui ressemblait bien
plus a un bu rea u de ministre qu 'a un boutioi r de somerain.
L'Empereur étail occupéa signer un énorme
paquet de lellres; il ne fit que jeler un rcgard de mon coté quand j'entrai.
Le maréchal me fil signe de m'asseoir et se

CoUl{TTSAN'E DE

G~ANDE Jl~MÉE

Je songeai peu a l'étiquetlc et il n'en fut
que plus aimable.
Notre causerie intime se prolongea jusqu'a
2 beures du matin.
- \'ous ne dormez done pas? lui dis-je.
- Le moins possible .... Ce qu'on prend
au sommeil est autanl d'ajouté a la véritable
existence, me répondit-il.
Lorsque l'on parle d'un bomme aussi extraordinaire que l'Empereur, les plus miau-

T.zi'lt.JII á'Euci;Nt: C11.i.rEROS.

La-dessus, je me levai .... L'Empereur en
fil autanl et il s'approcha de moi avec beaucoup plus de tendresse que la premiere
fois.
Soudain, il regarda du coté de son hureau,
traversa la piece, sonna, el, d'une porte opposée a celle par laqudle j'étais enlrée, je ,•is
un mameluck ayant derriere lui plusieurs
hommes qui resll'renl en debors.
Je fus si étourdie de cetle apparilion que
je n'enlendis rien; les yeux du mamuluck se
fixrrenl sur moi; il rtmil un paquet a J'Empereur qui se rapprocha de son bureau, puis
il sorlit et referma la porte.
Dans mon im¡uiétude, je me mis a marcber a travers la piece el je fis comme si je
n'aperce,·ais pas J'Empereur venant doucement derriere moi; ses yeux exprimaient
bien plus l'énergie italienne que la dignité
impériale.
.... 221 ...

u

tieux souvenirs ont je ne sais quel puissanl
intéret. ...
On a fait ~rand bruit de la brusquerie de
Napoléon .... C'esl une critique de la haine.
L'Empcreur n'étail pas un gcntilbomme,
mais sa galanterie, par cela meme qu'elle
étail plus brusque, m devcnait plus flatleuse; elle plaisait parce qu'elle étail sienne.
Il ne disait poinl a une ÍC'mme qu'elle était
belle, mais il savail détailler ses avantages
avec le tact d'un artiste.
- CroyeM·ous, m'arnua-t-il fort plaisamment, qu'en vous voyant au théalrej'ai soup90nné un peu de contrebande daos volre
beaúté ....
On a débité encore que sa peau avait la
teinte el le désagrément de celle des hommes
de couleur .... Ceux qui l'ont rn de pres
comme moi pourront affirmer le contraire.
Napoléon me parul mieux Empereur que

�1 f 1 S T 0 ~ 1 . l l - - - - - - - - - - - - - - -'- ' - - - - - - - - - -

"

Consul; sa physionomie avail gagné de la noblesse el n'avait point pcrdu de sa simplicitt:.
Son rc~ard élail d'une incroyable pt:nélration,
et les belles lignes de son proíil r~ ppelaient
ce caractere césarien, si,;ne de la grandeur,
sor1e de prédestinalion de l'Empire.
Ses mains, aun1uellcs on a fait une céléhrilé, ne démcntaienl point en efTct leur
haute répulation .... J'1•n rcmarquai l'étonnanle hlanclll'ur el il m'cn remercia presque
a\·ec le sourire d'une jolie íemme. Tanl il y
a loujours daos les plus grands &lt;·aracten•s
une place en réserve pour quelque puérile
\'anité!
Je puis avouPr ici un changemcnt daos mes
opinions, que lanl d'autres éprou \'crcnl comme
moi a celle époque.
A dater de cclle entrerne, :\apoléon ne
s'offril plus a ma pensée que comme le plus
~rand homme de son temps.

Aux Tuileries.

Je n'a"ais pas vu Napoléon depuis le fameux vopge de Milan. La curiosité m'en
prit. •
L'Empereur "enait de confier a la fidélité
de la garde nationale parisicnne, subilement
ressuscitée, la filie des Césars el l't•spoir de
sa dynastie, Marie-Lnuise et le íloi de ílome.
La nste cnceinte du Carrousel ,·enail de
relentir de ces acclamatio11s brupntes donl
París ne manque jama is.
Je grJvis I'escalü•r 4ui est daos le coin
reculé de la cour des Tuileries. Ma mine était
si connue de la Gardeimpérialec¡u'il ne m'arrivait jamais d'etre repoussée par lt's militaires daos mes curiosilés. J'arrivai donr,
sans exciter la moindre attention, jusqu'a la
premi~re anlichambre.
La, je m'assis sur une banq uelle et j'allendis. J'étais sure que l'Empereur allait passer.... Je savais aussi qu'a llla ,ue, il s'a"ancerait, comme cela luí arrivail a la t·ue de
toule personne étr.ingere.
S1Jel'eusseha1 autant queje l'admirai:s, rien
n'eut élé plus facile que de le poignarder.
J'étais assi~e derricre le grand vilrage qui
longe le palier d'ou I'on apercevait une espcce
de corridor Cort ol.iscur qui conduisait derriere les appartemcnts du pavillon de Flore.
J'avais écrit sur mon memento les propos
que j'avais recueillis dans la cour du Carrousel et je tenais ce billet déplolé daos ma
main. L'Empereur parut.
- Que voulcz-vous? me dit-il. ... Que
f.iites-vous ici?
~
- Sire, répondis-je ... j'ai assisté a la
reme et j'ai écrit ce que j'ai entendu dire... .
.L'Empereur regarJait moa billet.
J'ai une si détestable écriture que je craignais bien qu'il ne. put déchifl'rer mon griffonnage.
Je tendis la main pour reprendre la note.
L'Empereur souril de son fin et délicieux
sourire, mit sa ma10 sur la mienne, puis
pril le billel et le lut....

- Tres hien, dit-il.. ..
Puis il sourit cncore et disparul.

Le placet.

Aprcs le retour de I'ile d'Elbe une a¡?italion intense régnait dans Paris. Comme tout
était a la guerre, la capitale ressemblait
pour ainsi dire /¡ un ,aste camp.
L'Empereur allait tres ,ou1ent, le matin,
visiler les fortillcations de ~lontmarlre, toujour, accompagné de Rntrand et de Jlonlholon.
On pouvait alors l'approcher assez íacilement.
Oans le conflit de hainc~, d'enthou,iasmes
et d'opinion~ divcrses qui 1·emuaienl :ilor~ la
population,j':idmira1s celle sécurilé, ccueconfiance de l'Empen•ur, úxposant sans crainle
au premier coup de poignard. J'étais curieusc
de le surprendrc dans une de ces promenadcs
téméraires. Je le guett,1i un jouÍ' et le vis
:trriH•r avec trois ou 1¡uatre ofticiers a cbernl.
Avec sa redingote et son petit chapeau, l'air
tranquille. l'reil attentif, ~:ipoléon parrourait, a six heures du matin, le faubourg
Saint-Denis.
Oeux molifs ajoutaienl 1i mon désir de le
mir : je ,oulais saisir l'oct·asion de luí présenter une supplique tcndant a me f'aire
allacher déllnitiveme11t h la maison de quclqu'une des priucesses de sa famille Je tenais
mon papier prel, et des que je I'apt!r~us, je
descendis de cbeval pour l'ahorder.
fles qu'on l'approchait, l'Empereur tendait
toujours la main pour prendre ce qu'on Iui
présentait, mouvement qui n'est peul--elre
pas autorisé par I'étiquette, mais qui, pourtanl, va bien aux souverains.
Napoléon tenait déjil mon placet el je toucbais presque sa bolle ....
- Ah!. .. c'est rnus, me dit-il. ...
11 prit le placel, le mit dans sa poche et
me dit :
- :'lous verrons cela ....
Et a pres un sourire, il s'éloigna.
Je le Yis monter le Caubourg Saint-D.-nis;
Je le suivis de loin. On ne faisail entendre
aucun cri, mais le peuple sortait des boutiques et l'attendait, rhapeau has. On se parlail nec un peu d'espoir et de tristesse.
- Ah! disait-on, le voila revcnu, mais
va-t-il rester?
L'Empcreur monta les hauteurs et parcourut les lravaux; il causait assez longuemenl et en connaisscur uec les chefs. Je
crus remarquer qu'il n'était point satisfai1.
Quoiqu'il fut encortl de honne beure, il y
avail la beaucoup de monde. Des cris partaient de tous cotés :
- \'il'e I'Empereur !
- \'he Xapoléon !
On avail foi en luí; on comptait sur cet
homme qui a,ait terrifié I'Europe et l'on
élait persuadé qu'il pou,ait encore faire de
grandes choses.
La campagnc all:iit s'ounir.

Le départ de l'EmpcM1r éta1l immirn·nt.
Tous les généraux avaienl pris la posle pour
les frontieres et j'a\'ais eu bien dt&gt;s adieux
sur le creur.
Ney s'était dirigé sur Charleroi. Quelqu'tm
m'obtint un pas~eporl et je quillai París
daos la nuil. \ey al'ait, parail-il, r1-joint
l'armée, le matin.
J'arrivai hientol sur le thé:itrr de ses nou,caux exploits. ~i Ney eut été in,truit de ma
présenct•. il m'aurait, saos nul doute, signilié
J'ordre de rctourner a Paris; aussi me tenai,jc hors de ,ue.
Je ne le re, is 4u'i1 Ligny ou il avait pris
position, &lt;'l p('u ª"ªºt la bataille du 1G juin.

Waterloo.

Depuis dcux jours on se haltail; les troupps
étaienl harcclées, mais n'étaienl poinl abatlues.
L'entbousiasme circulait encore daos les
ran~s.
,Je racontai le soir au marécbal les joyeux
propo, des soldat.s qui t3cbaienl de garantir
leurs armes contre la pluie qui tombait a
torrenls. \lalgré que l'on Cut enjuin, le temps
était déplorahle.
Cette der11iere journée fut peut--etre la plus
hrillante des innombrables et immort.-Ues
journées du prince de la Moskowa.
NeI ful cbargé du centre, sur la grande
roule.
Peu aprcs l'allaque, l'enncmi fut délogé et
notre ca1alerie de ré~ene occupa ses positions.
A cet instanl, j'apercus une íemme vetue
comme moi en homme. Elle a, ail tres imprudemment mis pied a !erre; je l'aidai a se
remellre en selle.
Elle me rapporta qu'elle arril'ait du cbaleau de Hougomont que le général Rcille
avail enle,·é au commcuccment de la journée.
- Blücher n'a pas lrenle mille bommes,
me dit-etle; si Grouchy auaque, les Francais
gagnent la balaille.
Cette fcmme me déplaisait, je ne sais pourquoi. J'eus m~me envie d'essayer contre elle
ma rnleur en comba! singulier, mais pour ne
pas céder acette tentalion, je sautai aussitót
a cbe,al el me dirigeai du coté ou se trouvail
I'Empereur.
J'étais pres de ~apoléon quand il apprit
que le maré,·bal a,a1t bi,o,1aqué, pendanl
qu'il le croyait en pleine attaque rnr Waues
pour en chasser les troupes de Blücher.
On avait détaché des éclaireurs en obscrvation du coté de Sainl-Lamberl; de la, on
attendait du reníort, rt c'était l'avant-garde
d'un corps de ;i0 000 Prussiens qui arril'ait !
ll ét.1it alors deux beures.
Sur la ligne, il n'y uail d'engagés que les
lirailleurs. En ce moment, vers la gauche, un
officier de l'Empereur pas,a; il portait l'ordre
au marécbal Ney de commem·er le fea el de
prendre la ferme de la llaie-Sainte et le ,·illage de la llaie.

~ - - - - - - - - - - - - - - - - - L.A.

Ce n'titait 'pas la consternation de la terJamais ordre ne fut plus promptemcnl ni Saure-qui-peul, et lor~que, par une l~ntati"e
reur,
mais une sorle d'bébétement, de &amp;tuplus completcment exécuté. La dil'ision an- désespérée, il ordonna a ses grcnad1ers de
péfaclion.
passer un ra,·in qu'tls comblerent de leurs
glaise ful lilléralement _foud~o~ée_. .
La montre a la marn, Je sums pendan!
trois heures cette scrne de carnage dont
notre raYalerie vint acbel'er 1,·s résultats. 11
v a,ait fuite de lous ces dél.iris anglais ,-ers
Ía route de Oruxcllcs.
La vicloire parul décidé~ el rll~ l'ét~~t par
l'impélueuse alluque de i'\e). )l:11s ,olla que
Oulo" ( par le retard inrnlontaire el fatal du
marérbal Grouch,) opere uu fune~IP relour
.nec ses ;;o.000 I;ommes de troupes fraicbes.
Nous élions perdus.
.
:\ey, voyant la ,·ictoire luí érhapper, :-e Jeta,
l'épée a la main, au milieu d'un _carré d~ la
\'ieille Garde dont les cadaH~ s enlassa1enl
aulour de luí.
- La France esl perdue ! dit-il, il faut
mourir id.
1.e peu de bravcs c¡ui r••~tni('nl deb~ut.
4ui, tous, depuis si lon~lcmps, le regarda1enl
commc le plus bra\'e, l'entraincrent avec les
dél.iris de la colonne.
(.)u'on se représentc une femme t'garée sur
un ch:unp de bataille, en proie a t~ules les
¡\.\POLi.o:-; .\ ,YArERLOO, DA',S LE CARRÍ: f'OR)IÍ: PAR l..\ GARDE.
fatigues du corps, a toutcs le, ango1sses dn
creur el l'on ne s'étonnera pas que dans
D';iprts /,1 lllhograthlt d&lt;' ltAnF.T
celle 'peinture d'un etfrop lile désastre, je ne
sois pas lidele aux. rigoureux calculs des
L'ttran"er était aux portes de París.
ca&lt;laucs, la pbysionomi1• de l'Empereur élait
mouvemenlg militaires.
Je me promenais, pcnsive, au~ Champs}la lcte se perd au ~OUl'Cnir de ces ter- effra,ante de $ang-froid.
,\~tour tt devant luí, lombaienl les plus Élrées qui, en dépit de leur nom h~perboril1les péripéties de carua:;c. Je suis 11 che\'al,
hra1·es
· son front ne sourcillail pas; il mesu- lique, ressemblaienl plus au Tarlare ~u•? l_a
le llot m'emporte el je m•~gare daos la mel~.
rait
I'
ai,ime
el semhlait de son regard d'aigle demeure des bienbeureux. Celle nU1l eta1t
J'arrirni a Furnes le 17 ... tout y exalla1t
le nom si soul'eul prononcé par la vicloire. , chcrcher encore une issue; il attendail les étran"e et terrible; le ciel, qui a\'ait été nébuleu0x toute la journée, paraissait s'i~lumi.
:\cy y resta, aprcs a,uir remporté un bril_Iant troupes de Grouch1 !
nrr, a l'horizon, de lueurs fantas11ques,
Qu'on
juge
de
l'épouva~table
ce~L1tude
avantage sur les .\nglais, malgré les renlo~ls
semblahles
a celles des ª!.\rores boréales.
qu'au
licu
d'un
renfort,
lu1_
~usa
I
aspect
qui arri,aient d1• tous &lt;'.Olés aux ennemts.
· Je me mis en 'route pour la Malmaison ou
~·esl \e) qui arracha le Jrapeau du GU• r~gi- des Prus~iens en\'eloppant pu1s mondanl nos
étail l'Empereur. A onze heures, j'étais a
lignes Mja éclaircies.
.
.
.
rnent.
G'est
alors
que
les
oífic1cr5
qui
enloura1ent
cbeval. et cing minutes apres je touchais /i la
Toul /¡ conp, on eul encore une joie : le
harricre de l'Etoile.
l'Empereur
l'entraincrent.
général Pa\11I vena1t, par un miracle de braCela ne s'appelle fuir daos aucun pays du
Je m'aperrus, en arriv~nt au pont . de
voure, de· cha~ser le.~ Pru,~iens triples en
Neuilly, que le passage éta1t encore poss~bl~
nombre. Je m'adrl'ssai a un sous-oílicier de monde.
el que le cbeu,in n'était pas coupé,. ams1
la ca,al1·rie \lichaud.
qu'on
le disait partout. On commenca1t ce- Les ordres arriv1•nt, me diL-il; il y a
pendant a barricader ce pont en y roulant,
uu t•ngagenwnt ,·ers la llaie-Sainte.
.
A la Malmaison.
sur Loute son étendue, de lourdes voilures
Tout a coup, j'enlendis de no1_1veaux cris
qu'on enlevait de dessus leurs roues el qu'on
de ,1ctoire. D~nouetles venait de chasser les
renl'ersait con(usément les unes sur les
La
seconde
aLdication
fut
enfin
arrachée
a
J&gt;rus,icns du )lont Saint-Jean. A sept heures,
autres.
~apoléon.
b fran\:ais avaient triompbé trois fois, et
J'arrivai enfin au sommet du mont qui
Ce (urent les ducs d'Otraote, Decres et de
c1•pendanl le mot de défaile circulail d&lt;-ja.
domine Nanterre, puis a la MJlmaison.
.\ huil heures, la Garde étail tombée en Vicence qui la porlerenl.
Quelqu'un de la foule dit en les \'oyant
Je pénétrai dans le _chiit~au a ~me~ une
s'iw,11or1ali,anl.
fuule
observatrice et s1lenc1euse. J enlra1 saos
passer:
Ct:u\ ,1ui ont dit c¡ue ~apoléon avail fui le
- \'oici le bourreau, le confosseur el le di(ficullé ª"ec d'autres gens daos le cabinet
champ de halaille, apres y etre resté ~pecl~de' l'Empereur ou chacun pénétrait a son
leur a l'abri du péril, ceux-la ne l'ont Jama1s geolier.
• . .
... Je revis Ney ce jour-la.. .. 11 eta1t triste, aise. Je ne dirai rien du peu de mols que
vu i1 b zuerre; il y étail exposé aux boulets.
j'échange;ii avec le maitre déch? ~e l'~uMoi qutne préte;ds pas a l'immortalilé, je abaltu.
rope. lis furent quelcooques, ma1s Je rev1_ns
~ous
causa.mes
longtemps,
puis
nous
nous
1111: tenais autaot que possible aJ'abri a\'anl la
accablét, remplie d'uoe insurmontable tr1sLagarre et j'ai olisrné de pres, avec une séparames.
.
Paris était agité, et olfra1t un aspect t.esse.
e~cdlente longue-vue, le visage de l'EmpeLa france courait ,·ers d'autres deslinée~.
reur un quart d'heure avant le terrible élrange.
lo,\ S.\I:-.;T EU\E.

IV. -

... 224 ...

•

CoUR,T1S.JtN'E D'E I..A. G~ANDc A~.Mtc ~

HISTORIA, -

Fase. ·29.

... 225 ...

15

�UN .MÉNAGE ~OYAZ. - - - .

les plus déplacées, se poursuivant

Lou1s XVI

....

.

IJISTRIBUANT DES SECOURS ACI PAUVRIS (111\'ER DE

1·88)
.

· -

Gr.:wure Je

BLAN&lt;;JJARD,

d atrts le laéleau .fllr.R~E:-.T. (Musü Je Versailles.)

l .

1.

..

AMOURS D'AUTREFOJS

....

Un
o

ménage royal
Par PAUL GAULOT

le romle de Merey, au Petit J,uxemhourg. d'un grand succcs : toulefois, il jugeait de son
Joseph II étail un prince intelligent, spiriCependant le temps approchail ou le sin- luel meme. Comme Marie-Théri:se, il suivait devoir d'apporler a ces époux mal assortis
gulier ménage royal allait en.fin se lransfor- avec allention ce qui se passait a la cour de l'appui de son expérience.
Désireux de juger les choses a,·ec impartiamer, grace a I'intervenlion du frcre de Marie- France. 11 correspondait souvenl avec sa smur
Antoinette. Sept années s'étaient écoulées el ne se genait pas pour lui adresser des con~ lité, il voulut d'abord observer avant de se
prononcer. Ce qu 'il vit a Versailles ne fut
depuis le mariage : il serail di!flcile de citer
se~ to~jours sa_ges ~l des remontrances par- guere de nature a lui donner des impressions
un autre exemple J'une pareille aliente.
fo1s séveres. Ma1s 01 les uns ni les autres ne favorables. A. l'un des premiers diners auxL'empereur Joseph ll arriva a Paris le
parais~ai~nl ~voir. produi!. l'eO'et espéré. De
28 avril f777, et, comme il voyageait inco- plus, il s expliquait mal I mcroyahle conduite quels ~I se trouv_a, il assista a un speclacle
gnito, - un incognito des moins slricls, sous du roi de France. 11 résolut done de venir peu fait pour lw donner une honne idée de
le nom de comte de Falckenstein, - il ne v?ir par lui-me~e qu~ls r~mcdes étaient pos- l'é~ucation qu'avaient re~ue les princes de la
voulut accepter aucun apparlement dans le s1bles a une pareille s1tuation. Plein de finPsse ma1son royale. En eO'et, le roi, le comte de
palais de Versailles el prit logemenl chez el dépourvu d'illusions, il n'osait se flaller Prol'ence et le comle d'Arlois, sans se soucier
de sa présence, se livrerent aux gamineries

a travers

les salons, sautanl sur les meubles, déran•
geanl toul le monde. L'empereur ne dit mol,
et affecta meme de n'arnir pas l'air de s'aperrevoir d'un te! manque de lact et de dignité.
ll obsena sa sreur et son cntourage : il ne
íut séduit ni par l'une ni par l'autre des
amies favoritC's. La betisc de la princesse de
Lamballe lui déplut autant que l'aslucieuse
rouerie de la comlesse de Polignac. Cellc-ci
s'ingénia a se faire bien ,oir, mais, vis-11-vis
d'un prince plus fin que ceux auxquels elle
avail affaire a la cour de France, le moyen
qu'elle employa était trop ~ros et dépassa le
but. Voici ce 411 ºelle avait imaginé : saisissanl
un momenl ou Joseph 11 rausail familicrement
et dans l'intimité avec sa sreur, elle fil par,enir a "arie-Antoinette une lellre dans
laquclle elle avait accumulú les louanges les
plus extremes 11 l'adresse de l'cmpereur,
témoignanl pour sa personne d'une admiralion
s:rns pareille et d'un dévouement aussi pur
que profood. La reine, qui étail évidemmenl
du complot, communiqua la letlre a son
frcre; mais celui--ei, llairant le picge, ne se
laissa point prendre a cctte admiration si
opportunémenl manifcstée, el il n'en conrut
que plus de méfiance ~ l'égard de cette intrigante.
Le jeu aussi attira son atlenlion, le jeu et
les joueurs. 11 s'apercut que la plus parfaite
bonneteté ne régnait pas daos cette société,
composée cependant de personnages de haute
lignée, et il remarqua tout particulierement
la facon peu délicate de jouer de madame de
Guéménre. 11 ne cacha ni sa désapprobalion
de tcls amusemenls, ni son mécontenlemenl
de les \'Oir ainsi pratiqués.
Mais ces objets, quelque impprtants qu'ils
fussenl, n 'élaient que le bul accessoire de son
vo¡-age. On sait qu'il se préoccupail a,·anl tout
de la situation de Louis XVI a l'égard de sa
femrne .
Comprenanl ce que dénotait de timidité,
d'inintelligence, en un mol de faiblesse morale
une telle faiblcsse physique, il se montra tres
circonspect el tres prudent. Craignanl d'effaroucher a le pamre homme » en abordant ce
sujel, il altendit que lui-meme amenat la
conversation sur ce lerrain. En cela, iJ agil
s:igemt'nl.
flans un premier enlretien confidentiel, le
roi, faisanl \a;.;uement allusion a une penst:C
commune, dédara a son beau-írcre &lt;( c1n'il
espérait d'avoir bienlol des eníanls ». L'empereur se borna a lui répondre qu'il partageait
cet espoir.
Celtedouceur, celle biem·eillance toucherent
le roi, qui, s'enbardissant peu a peu, passa
des généralités aui. conGdences plus précises.
Bientol il n'eut plus de secrets pour son heaufrere • sur son étal de mariage , . ll re,·enait
sans cesse a I son grand désir d'avoir des
enfants », el il s'élendait a sur les conséquences importantes allachées ace bonheur ».
Puis, enfln, poussant a ses extremes limites
la confiance aussi bien que la naiveté, pour
sortir d'une .itualion dont il commen~it a
sentir le ridicule, il demanda des conseils a

•

l'empereur 1 ! 11 n'étail point diíflcile de lui en
donner, et ceu1 qu'il recut ne pouvaienl etre
qu'excellents.
Joseph ll ÍUl touché de celle extraordinaire
candeur, et le jugrmenl qu'il porta sur son
beau-frere s'en ressentit. ll l'avait cru d'abord
tres borné, « plus borné qu'il ne l'étail en
C'ffel », au dire de Merey. 11 parait se rangcr
:1 l'aris de ce dernier dans la lettre qu'il écril
le 9 juin a Marie-Thércse : (( Cet homme esl
un peu faible, mais poinl imbécile; il a des
notions, il a du jugemenl, mais c'est une
apathie de corps comme d'esprit. ll fait des
convC'rsations raisonnables el il n'a aucun go1H
de s'inslruire ni curiosité : enfln le fial luJ·
n'esl pas encore ,enu, la maticre csl encore
englobe. ,,
L'empereur proflta de sa présence 11 \'ersaillcs pour continuer son role de donneur de
conseils, et il usa largement aYec )farie-Antoinelle du droil de franchise que lui permellait
sa qualilé de írere ainé. ll disccrna tres bien
les torts qu'elle a,ait de son coté, il la reprit
sur nombre de points, el toujours aveca-propos
et justesse.
Malheureusement S&lt;'S conseils n'eurcnl pas
autant de succil$ auprcs de la íemme qu'aupres du mari. Lºun de,·ail les suivre; l'autre
n'en tinl pas complc. Le pli était pris, les
mauvaises habitudes anerées; Marie-Antoinelle
remit a plus tard le soin de ~e corriger de
ses défauts. A peine I'cmpereur íut-il parti,
que la rctenue imposée par sa présence fil
place au laisser-aller le plus complet. 11 semhla qu'on eut bate de raltraper le tempsperdu.
Les folies du jeu recommencerent, et, mal-

jOSEPH

Gravure

II,

EIIIPEREGR o'ALLEYAG',"l:.

iÚ CnATELIX,

d."aP,ts

DCCREUX.

gré les inconvénients qui en résultaient, la
reine s'y livrait avec une passion chaque jour
plus grande. 3Jercy le constate avec chagrin :
« Les parties de jeu sont devenues quelquefois tumultueuses et indécenles; elles ont
l. Cotrespo11dance 1ecrete, t. lll, p. 57, 66, 69
~el~.
'
2. Cellc-la m~me qui jouail d'une f,~n suspecte.

... 22Ó ..
◄

227 ...

occasionné, de la parl de ccu1 qui tiennent la
banque, des repro('hes a qurlques íemmes
de la rour sur le pcu d'exactitude dans lt•ur
ía~on de jouer. 11 y eul un soir 1•nlre le duc
de Fronsac et la comlesse de Gramont une
scene assez vi ve en ce genre. De pareils scandales, qui ne peuvent eire ignorés, ne manquen! pas de íaire naitre bien des propos. La
reine en a senli tout l'cmbarras, etelleacruen
éviter une partie en rctournant de temps en
temps joucr chez la princesse de Guéménée 1 •
ll'ailleurs, les perles au jeu au!!mentenl; les
linanccs de la reine en sont entierement épuisées, les aneicnncs dettes par conséquenl ne
~e paient pas, et il n'y a jamais de fonds
pour des acles de bieníaisance 12 septembre 1777) 3 ».
C1• n' était pas toul, el la fli:vre du plJisir allail de pair avec la fli:vre du jeu.
~·avail-on pas imaginé, sur l'instigation du
comte d'Artois, toujours le premier aimenter
el i1 proposer les amusemenls les plus déplacés, de faire venir, vers les dix heures du
soir, sur la grande terrasse des jardins de
Versailles, des groupes de musiriens pris daos
les gardcs rrarn;aises el dans les suisses !
Entrait c¡ui voulait, el une foule énorme se
pressail sur celte lerrasse. La cohue n'effrayait
ni la reine ni les princesses, qui prenaicnt un
plaisir tres grand a circuler sans suite el
cachées sous une fa~n de déguisement parmi
tous ces gens. Le roi, toujours bonasse, y vint
deu1 ou trois fois el parut s'amuser, ce qui
consacra en quel,¡ue sorte l'usage de ces fetes
nocturnes.
On comprend les dangers que faisait courir
a la majcsté royale une telle promiscuité.
Bienlol la chose fut divulguée, et les bruits
circulercnt relatant les familiarités de la reine
avec quch¡ ue bel officier ou quelc1ue galant
soldat. Les ennemis de la cour n'eurent garde
de laisser écbapper une si honne occasion de
déverser sur les personnes roples leurs
attaques ordinaircs, el bientot des pamphll't~
tels que le Le1•er de l'au1·ore parurcnt, pretant a !'imprudente 'larie-Anloinclle le désir
de chercher des aventures dans ces réunions
si melées, el le plaisir d') donner des rendczl'Ous'.
Et daos ce momenl-la, cependant, la reine
n'était plus l'épouse méconnue et délaissée
qu'elle avait été pendan! les sept premii:rcs
années de son mariagc. Les conseils de
Joseph II anienl porté lcurs íruils, et une
intenention venue de si haut et de si loin
avait eu raison des ex.traordinaires timidités
de Louis XVI.
Marie-.\ntoinelle annonce a ~a mere la
bonnenou\·elle, elles circonstánces font (fu'elle
en éprouve plus de joie encore : a On croit la
comtesse d'Artois encore grosse. C'est un
coup d'reil assez désagréahle pour moi apres
plus de sept ans de mariage; il J aurail pour- ·
tant de l'injuslice a en montrer de l'humeur.
Je ne suis pas saos espérance; mon frere
pourra dire a ma chere maman ce qui en est.
5. /bid., l. 111. p. 113.
4. AUmoiru hútoriquu de Soularie. -IUmoiru

de madame Campa11 .

,

�UN

ROYAL.

-~et~l~/Jrzr
tllJJa11,e
.... 228 ...

/a. ~ Je ~"-tct..J

Jc..c//!011.1,·tt/ll{'///'
e/

#('

0,1''~(/J,
/l.

/,• .;:[.lt

(Dessiné d'aprcs nature et gravé par J.-~. lloauu

KÉN.ltG"E ~OY.lt1.

...

Toutes ces nouvelles transmises al'impéra- ne faites pas votre devoir de ,·ous ranger
Le roi a causé avec lui sur ce chapitre avec
1
trice
contre-balan~¡enl la joie qu'elle avait selon votre époux. S'il est trop bon, cela ne
sincérité et confiance (i6 juin 1777) l&gt;.
vous excuse pas et rend vos lorls plus grands,
Bienlót Merey confirme la chose, et Marie- éprouvée de savoir sa filie enfin devenue
el
vol re avenir me fail lrPmliler .... &gt;l
Thérese, pour la premiere fois, appelle sa femme. « Je suis de plus en plus confirmée
Marie-Antoinelte se déíend en niant ses
daos
le
sentiment
que
j'
a
vais
loujours
du
filie d'un nom qu'rlle a tanl désiré lui poutorts et en se plaignanl &lt;( des conles el des
voir donner : « L'empereur est enfin arrivé
exagérations qu'on a portés a Vienne sur son
de ses élernels camps en bonne sanlé, lui
jeu »: néanmoins elle profite un pru des
écrit-elle le 5 octobre, el moi, j'embrasse tensagcs avis maternels, et Merey, comme un
drement ma chere petite femrne que j'aime
surveillant sévere, mais juste, rend meilleur
bien. »
témoignage des ía~ns d'agir de la reine,
Ma lheureusement la « cMre petile femme i&gt;
11 qui continue a se conduire tres bien avec
ne souhaitait au fond qu 'aYoir un enfanl qui
le roi, qui de son coté persiste a vivre mariassural l'ordre de succession direcle a la
talement dans le sPns le plus exact et le plus
couronne, et dont la naissance en meme
réel
( 17 jamier l 77~). n
temp~ la relevat de la situation humiliante et
Enfin la nouvelle qu'on e~pfrait loujours,
facbl!use ou on la saYait depuis de si longues
mais qu'on n'altendail plns a \'ienne, y parannées. En dehors de ce désir, son cceur
vient daos le mois d'avril. La reine est enn'éprouvait aucun amour pour le roi, celui
ceinte.
&lt;1 Que Ditm en soit loué ! écrit l'impéque le prince de Ligne appelle &lt;1 le meilleur,
ratrice,
et que ma tres chere Antoinetle ~oit
mais non le plus ragou Lant de son ro}aume ll,
afTermie dans sa situa1ion brillante, en donet les embrassements de l'époux mainlenant
nant des héritiers a la France (2 mai 17 78) ! &gt;J
lui causaient un véritable déplaisir. 11 n'est
Elle espere maintenant « un Dauphin, son
pas de moyens qu 'elle n'emplo~·at pour se
peli
L-fils i&gt;.
soustraire a la communauté complete de
Sur ce point encore une déception l'atlenl' existence. Elle allongeait le plus possible les
dait: la reine accoucha le 20 décembre d'une
séances de jeu dans la nuit pour pouvoir renfilie
qui fut appelée Marie-Tbérese comme sa
lrer seule daos ses appartements, et, quand
grand'mere,
pauvre enfant destinée aux plus
Merey voulait la rappeler asesdevoirs d'épouse.
~I.ARIE·ANTOINETTE.
cruels malheurs ....
elle inventait divers prétextes, et allait jusqu'a
Cette naissance fut néanmoins accueillie
déclarer « que le roi n'a pas de goiit de couavec
des marques ostensibles de grande joie,
caractere de ma filie. Comme elle n'est gucre
cher a deux'. »
mais
l'impératrice, qui songeait avanl tout
susceptible
de
réflexion,
la
conviclion
ne
sauAussi l'ambassadeur de Marie-Thérese étaitil désolé de voir ce ménage toujours désuni, rait non plus opérer sur son esprit, quelque a cct hérilier tant désiré, n'étail pas éloignée
et l'accord des deux volontés si impossible a docile qu'elle parait elre a vos remontrances, de retomber dans les craintes anciennes.
condure. ll s'effor~ail de ramener la reine a qui sont d'abord effacées par son gout déme- A vrai dire, elle n'avail pas plus confiance
de meilleurs sentiments par des remontrances suré pour les dissipalions et frivolités. Il n'y daos son gendre que dans sa filie.
« Je ne serais gucre fialtée si le premier
aussi respectueuses que fermes : il n'obtenait a peul-etre que quelque revers sensible qui
rien ou fort peu de chose. 11 était navré, et, l'engageat a changer de conduite, mais n'est- début du roi en sa qualité de mari, apres les
dans sa lristesse, il ne prenail plus le soin de il pas a craindre que ce changement n'arrive couches de ma filie, devait nous annoncer un
cacher al'impéralrice la vérité de la situation : trop tard pour réparer les torts que ma filie délai d'une nouvelle grossesse encore pendant
« Je commencerai par observer que mes re- conlinue a se faire par sa conduite inconsé- huil ans (28 février 1779). o
c1 Ce que roa filie me mande sur son état
présentations sur la nécessité d'etre autant quenle? Saos lui faire dans ce moment de
que possible avec le roi, de l'amuser et de nouveaux reproches, je me contenterai a lui conjuga! ne saurait guere me satisfaire, et me
l'intéresser, ne produisent pas l'effet désirable faire comprendre ma tendresse malernelle, fait douter s'il ne faudrait pas attendre encore
sur la reine, parce qu'elle se forme une trop qui m'anime toujours :1 lui donner des bons une huitaine d'années de voir naitre un autre
mince idée du caraclere et des facultés mo- conseils el a l'engager a se preler aux votres enfant (5 l mars 1779). &gt;&gt;
A Marie-Antoinette, elle écrit le i •• avril
rales de son époux. Elle le croit lrop apathique et a ceux de l'abbé de Vermond.
de
cette meme année : &lt;1 Ce que vous me
et timide pour supposer qu'il puisse jamais
« L'empereur comple la sermonner, mais
se livrer aux désordres de la galanterie. La il ne me communique ni ses lettres, ni ses mandez de votre chere fille me fait grand
reine en est si persuadée qu'il lui est arrivé réponses. Je ne saurais rico assurer (5 dé- plaisir et surtout de la tendresse du roi. )lais
j'avoue, je suis insatiable; il lui faul un compade dire a quelques gens de ses entours qu'elle cembre f777)'. »
ne serail ni en peine ni bien fachée que le roi
Le meme jour, Marie-Thérese écrit a sa gnon et il ne doit pas tarder trop longtemps.
prit quelque inclination momentanée et pas- fille, mais elle ne peut se retenir comme elle Ma chere filie, ne négligez rien de ce cp1i
sagere, altendu qu'il pourrait acquérir par la l'a annoncé a Merey, et c'est avec des paroles dépend de vous, et surtout a cette heure a la
plus de ressort et d'énergie (19 novembre sévcres qu'elle lui parle et qu'elle va jusqu'a belle saison ne courez pas trop a cheval, ce
1777) 3 • ))
lui communiquer ses craintes, - crainles qui est absolument contraire a nos souhaits
Merey était scandalisé d'un tel langage, et prophétiques et si malheureusement réalisées et a tous bons Fran~is et Aulricbiens .... ,i
Au moment ou Marie-A..ntoinelte rece,·ait
il s'efforcait d'en faire comprendre l'inconve- seize années plus tard !
nance a la reine, qui ne l'écoutait que d'une
« Vienne, 5 décembre. - Madame ma cette lettre, elle n'était pas capable de monter
fa~n distraile et ne lui répondait que tres chere fille, tous les courriers j'attends des a cheval, mais elle l'était encore moins de
vaguement. L'ambassadeur parlail en poli- nouvelles consolanles, mais ellPs tardent trop. vivre avec le roí; elle avail la rougcole, el
tique, ~larie-Antoinelle agissait en femme. Je souhaile un temps abominable pour que le cetle maladie, qui se communique si facileCertes il était naturel a Mercv de conseiller roi ne chasse pas tant et se fatigue, et que la ment, explique qu'on ait voulu en présener
une intimité absolue avec le r~i, mais il était reine nejoue pas les soirs, et bien avant dans le roi, en l'écartant tout a fait de la malade.
non moins naturel a la reine d'éprouver de la la nuit. Cela est mal pour votre santé et Seulement, comme il semble qu'en loutes
répugnance pour la personne de ce gros beauté, tres mauvais vous séparant du roi et choses une fatalité se mele aux acles les plus
homme, plus habile a forger qu'a plaire.
tres mauvais pour le présent et l'avenir. Vous raisonnables, quatre gentilshommes, Lres
connus pour etre fort arnnt daos les bonnes
l. Corrupo11da11ce secreú, t. lll, p. 85.
3. lbid., p. 137-138.
graces de leur souveraine, le duc de Coigny,
4. lbid., p. 143.
2. lbid., p. 123,131.

LE JEONE•

.... 229 ....

�111STO'R1.Jl

-.....:....""---------..:..---------'-.;..;;;.;;;..--""-=-----------------------~

le duc de Guincs, le comte Esterhazy et le
baron de Besenval, curent l'incroyable idée
de se proposer comme garde-mafades, et ce

qu'ils obtiennent que les quatre garde-malades
volontaires se retireront de la chambre a onze
heures du soir et n'y renlreronl que le matin.

blesse aveugle de son gendre. Elle désespérail
presque d'apprendre jamais la ,·enue au
monde du Daupbin tant désiré. El la deslinée
lui refusa ce bonheur : le 29 no,·embre 1780
elle mourut, prh·anl sa filie du seul appui
sérieu1 el intclligent qu'elle cut dans la
ViP,

LE O.\UPIIIX u :\1.lonE ROY.\LF:.
T~Ntw dt .\!me \'1Gt1!!-LB 8Ro1. (.\fusdt .ú Vn-saillts .)

&lt;¡a'1I .Y cut de plus extraordinaire, c'est que

la reme accepta aussitól leur proposition el
1¡ue le roi donna son consentement a cet
arran~emenl.
Voila done les quatre personnarres installés
pri&gt;.:; de la reine, et preoant au sérieux •leur
oflice, si bien qu'ils maniíestent l'intention
de ,·eiller pendant la nuit. Mcrcr, informé de
ce projet, bondit, va lrouver le ·médccin Lassonn~ ~t le ~~pplie ?e s 'opposer aune pareilJe
fantawe numble a la malade. Lassonne ne
comprend pas ou ne Yeul pas comprendre,
~forcy se re;ette sur l'abbé de Vermond; enfin,
tous deux font si bien aupres de la reine

11 e3t facile de s'i rnaginer le brui L que fil
cette :t,·enture. el les commenlaires auxquels
elle donna naissance. Les plaisants demandcrenl quelles seraient les quatre dames qui
soigneraient le roí dans le cas ou il tornberait
malade. Tout se combinait par la malicc des
cboscs pour le rendre chaque jour plus ridjcule.
Marie-Anloinclle ne pouvail l'aimer; aussi
la vie continuait dans ce ménage royal aussi
décousue que par le passé. Marie-Thérese, de
plus en plus affiigée, de plus en plus découragée, voyrut avec de sombres pressentimenls
les imprudences réiléré.es de sa filie et la fai..... 23o

►

.\ partir de ce momenl, l'iníluencc de
M,·rcy, qui n'était qu'une iníluence de rellet,
si mincc qu'elle fut, diminue encore; llarieAntoinette, avide de di~tractions et de plaisirs,
continue plus que jamais a jouer el a commettre imprudences mr imprudences, el, daos
la situation ébée ou elle se trouve, aucune
ne reste ignorée et toutes sonl interprélées
contre la malbeureuse femme. Déja son impopularité commence. On remarque que. lors
d'une ,isite que les soaverains font a Paris,
apres les rele,·ailles de la reine, le peuple
montre plus de curio~ité que d'aíl'eclion, et
les cr,s de Vive le Roí! Vfoe la Reine! sont
déja forl rares. Cela ,ient de ce qu'au milieu
de la misere générale, entretenue par un gouvernemenl incapable, confié par Louis \ \ l
aux mains des ~laurepas, des Calonne et dn
Loménie de Brienne, on juge séveremenl les
dissipalions de la cour el les Mpenses considérables de ~Jaric-Antoinelle. Commenl s'étonner que de paunes artisans qui ont tant
de peine a lrouver du tra"ail el a gagner le
pain de cbaque jour ne sentenl pas en eu1 la
colere sourdre, quand ils apprennent les
sommes colossales qui dansent la sarabande
sur les tables de lansquenet ou de pharaon
pendant les nuits de Versailles, ou quand ils
voienl des favoris el des favorites gorgés d'or,
comme les Poli¡('nac et quelques autres?
Mais la ílévolution couvait seulement, et
dn. années devaicnl s'écouJer avant tiu'elle
éclalat au grand jour. Durant ce laps de
tcmps, llarie-Antoioette eul trois enfants : le
premier Daupbin, si genLiment appelé chou
1l'amn111·, mort au commencemenl des mauYais jours, en 1789; une filie qui ne vécul
pas, et le duc de Normandie, Daupbin a la
mort de son frere, roi a la morl de son perc
sous le nom de Louis XVII, mais qui ne
régna point,
llalgré ces lrois grossesses, les sentiments
de llarie-Antoinelte pour son mari reslcreul
les mcmes: pouvaient-ils cbanger, d'ailleurs.
quand C(:lui qui les inspirait ne changeail pas
et continuail a se monlrer bon ouvrier, gros
mangeur, grand cbasseur el pielre roí'!
Soulavie rapporte I a qu'en monlant dans
les pelits appartemcnts de Louis AVI, apres
le lJix \ 0tit, a \'ersailles, il ,·it six taLleaux
ou J'on lrouvait les élats de toutes ses chasses,
soit quand il était Dauphin, soil quand il fut
r.&gt;i; on y voyail le nombre, l'espece et la qualité du gibier qu 'il avait tué a cha que parlie
de chasse, a\'ec des récapituJations pour
char¡ue mois, cbaque saison et cbaque année
de son regne • .
Quand la Jlé,·olution &amp;:lata, il se conduisit
vis-a-vis d'elle comme il s'était conduit \'is-avis de sa íemme : il ne su t ni la dominer ni
la séduire, pas meme luí céder avec grace. 11
1. Mémoirea lualorique,, l. 1 p. 43

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ne compril rien a ce mouvemenl de tout un
peuple rompanl Jt,s vieux cadres usés d'une
sociélé llnie; il louvoia, mais rnalaJroitrmPnl,
comme Loul ce qu'il fai~ait. 11 n'évitait un
écueil que pour se jcter sur un aulre. Dans
celle lulle inrgale, il montra peu de íranchise,
peu de courage el mnios de di1:1nité encore.
Ce que la reine souffrit d'une telle allitude,
il est aisé de se l'imaginer pour qui connait
l'ame altiere de ceue archiduchesse d' Autriche. Elle laissa plus d'une fois échapper
l'expression de sa Lristesse humiliée. Madame
Campan raconte, avec les adoucissements
obli;::és, en usage a l'époque oi.t elle écrivait,
qu'ell.. en recut l'al"Cu : « Elle me parla du
peu d'énergie du roi, mais toujours dans des
terml's qui pt&gt;ignaient sa vénération pour ses
vertus et son allachemenl pour lui : - « Le
et roi, disait-t•lle, n estpas poltron; il a un tres
et grand courage passif, mais il est écrasé par
e, une mauvaise honte, une méfiance de lui« meme qui vient de son éducation aul:ml
« que de son caractere. 11 a peur du com« mandPment el craint plus que loute aulre
u chose de parler aux hommes réunis .... Uue
&lt;t reine qui n'est pas régente doit, dans ces
&lt;• circonstances, rester daos l'inaclion el se
« prépart&gt;r a mourir 1 • »
Louis XVI, du moins, fut-il bon, comme il
était d'usage de le répéter daos les années qui
suivirent sa mort, alors qnt&gt; les crimes de la
fié,olutioo inspiraienl une horreur 11ui rejailli~sait en adm1ration ou en sympathie sur Sl'S
victimes? Sur ce point, l'bistoire n'esl pas
d'accord a,·ec la lége:ide; l'on connait aujourd'hui des traits de son caractere qui
contrediseot la cropoce recue, el l'on est
quelque peu forcé d'adopter l'opinion de l'archeveque de Cambrai, lequel murmura, un
,iour que devant luí on affirmaiL que &lt;e le roi
avait la bonté peinte sur le visage , : « L'heureux masque'!»

sait pas, au centre d'une cour ou tout le
monde la traitait en étrangere. De la cet
amour du jeu et cet amour du plaisir qui
preterenl a tant de médisances et a plus de
calomnies encore. De la enrore ces amitiés
pour des femmes et des bommes qui o'en
étaient pas dignes, el qui fireut uailre tanl de
bruils f¡kheux et préparerenl les accusations
monstrocuscs do11L on accabla la pauvre
femme aux dernieres heures de sa vie. De la
ces noms abominables de Messaline el meme
d'Agrippine que lui doona l'indignation sincere ou jouée de ses ennemis.
Ce n'esl pas tout, et le plus triste a dire,
c'est que ce fut dans la propre famille de son
mari qu'elle renconlra l'aJversaire le plus
acbarné, le calumniateur le plus odieux.
Prince ambitieux et faux, le comte de Provence s'é1aiL réjoui de rnir le roi sans béritiers,
et, pendant les longues anoées qui précédercnt
la naissance des e11fants royaux, il se laissa
aller au reve de devenir un jour le successeur
de son frere, et il s'accoutuma a l'idée que lui
aussi monterait snr un Lróne qui ne lui semblait point de~liné.
Les évé11emcnts devaicnt salisíaire celle
amLition, mais non poiot ccux qu'il étail raisoonahle de prévoir. Cumme il ignorail !'avenir,
il fut allerré eo apprenant que l'homme
s'était réveillé daos le roi, el le chagrin qu'il
en éprouva ne saurail elre nié, puisque luimeme en a íait l'aven. 011 possede une lellre
écrite par lui, le 5 oclobre 1778, au roi de
SuMe Gustave lll, el les termes en sonl Lrop
clairs pour laisser su bsister le moiodre doule
sur ses sentimcnts : « Vous avez su le cbangement survenu dans ma fortune .. . Je me
suis rendu maitre de moi a l'extérieur fort
vite, et j'ai tonjours tenu la meme cooduite
c¡u'avant, sans témoignerdejoie,ile quiaurait
passé puur fausseté, et ce qui l'aurait élé, car
franchement, et vous pouvez aisémentle croire,
je n'en resseotais pas du tout,-oi de tristesse,
qu'on aurail pu attribuer a de la faiblesse
Ces secrets de l'alcóve royale, que d'irréfu- d'ame. L'intérieur a été plus diíficile a vaincre,
tables documents ont dévoilés, n'auraient il se soule,e encore quelquefois•. n
Le prioce se vante : « l'intérieur 1&gt; n'a pas
certes point mérité de preodre place daos
J'histoire s'ils n'avaienl eu sur les événemenls été vaiocu. ll employa toul son esprit, et il
de ceue époque et sur les person11ages qui y n'en manquait pas, a jeler sur sa belle-sreur
fureol mclés la plus décisive et la moios le discrédit, et il Lravailla 11 son impopularité
contestable influeuce. Pour qui les igoorerait, avec un zele qui ne se ralentil jamais. Partis
bien des choses resteraient obscures ou inex- de baut, les bruils qui altriboaienl a d'aulres
pliquées. C'est par eux, et par eux seuls, qu'a Louis XVI la palernité des eníants roJaux
qu'oo sait a présent pourquoi le ménage firent rapidement leur cbemin daos la foule
royal se trouva des le début daos une situa- grossiere el crédule. Et, tandis qu'il arrivait
tion critique : ils furent l'ori:;ine de tous les au roi de trouver sous sa serviette des vers,
trop libres pour etre rapporlés ici, qui le
malheurs qui accablerenl ~larie-Antoinelle.
Toul d'abord, épouse d'uo mari réfractaire_ représentaient comme un mari trompé, la
a l'amour, elle se rejeta vers les dislraclions reine comme une femme coupable, et le Dauqui pouvaieot lui faire oublier sa réelle soli- phin comme un batard, daos les rues les
tude au milieu de ce pays qu'elle ne conoais- memes insultes se rrproduisirent souvenl,
4. Récit de Pilio11, publié par ll. :llomna-Trn1. .llémoire,. t. 11, p. 221-230.
2. 1/t!moire,dugbit!ral ba1·01l Thiibaull, L.I, p. 26i.
3. Gu.tace 1// el la Cour de Frnnce, par A. GEPrnor.

~•u•, daos son lliatoire de la Terreur.

5. Donl le récil se Lrouve dans Vil ami de la Reine
(Jlarie-Antoinette et M. de Fersen).

surtoul aux mauvais jours. Peut-on imaginer
une s,·erw plus borrtl,I.,, plus ,Ju11lo11rt'U,I:' que
celle qui se passa a P&amp;111i11, au ri,1our di' Varennes'! Une bagarre Vl'11a1t de ,e pr11Ju1re, et
1·om,11e, dans l'l',p.,ir dº1111po,er ,il .. 11,·t• aux
agitaleurs par la vu1• d'un enÍJul innoecnt,
~larie-Aulutndte mo111rail so11 li ~ par la porLicre de la berline, des cri:. affreux se llrent
eolendre:
« - La b... de g... ! la p... ! crierenl des
hommes érbauffés. Elle a beau nous monlrer
sonenfant, onsaitbienqu'iln'estpasde lui. »
« Le roi entendit tres distinclement ces
propos. Le jeune prince, effraié du bruit,
du cliquetis des armes, jeta quelqurs cris
d'effroi; la rl'ine le retinl, les !armes lui roulaient dans les yeux '. »
Cerles, elle paya bien cber les imprudcnces
de ~a jeunesse, mais t'lle ful ju~qu'au l,out
surtoul la virtime des maladrt!s~es de son
mari. 11 ne sut pas défendre son exbtence, il
ne sul pas proléger sa mémoire.
Dans son testamenl, destiné a étre Ju par le
monde entier, il ne Lroure pas unecxpn·ssion
qui venge la reine des accusations répandues
contre elle. 11 sail ce que l'on a Jit contre la
mere : il écrit simplemenl: « Je recommande
mes enfanls a ma fcmme; je n'ai jamais
doulé de sa tend1·esse ¡iour eux .... 1&gt; ll sait
ce que l'on a dit conlre l'épouse : voici sa
réponse : e&lt; Je prie ma femme de me pardonner tous les maux qu'elle souffre pour moi ·
et les chagrins queje pourrais lui avoir donnés
daos le cours de notre union, comme elle peut

étre súre que je ne garile rien contre elle,
si elle croyait avoir quelque chose a se rep1·ocher. 1&gt;
Rien n'autorise a croire que ces paroles
cachenl une arriere-peosée; ce serail méconnaitre le peu d'esprit qu'avail Louis XVI que
de lui preter une iotention malicieus••. En
écrivant ces lignes, il s'imagioait remplir le
devoir du chrétien qui, au momenl de la
mort, ohéita cette sentimentalité convenue de
proclamer l'oubli des injures el le pardon des
offeoses. Ni luí, ni ses conseillers, t¡ui lureot
11 di verses reprises ce Leslament, 11e s'aper\:urent quºen parlant de pardoo, quclque vagues qu'en fussent les termes, ce mol éveillait
ou révcillait l'idée des offenses .... Malheureuse
reine, que la grandcur de sa naissance el le
malheur de sa destinée ont unie a ce « pauvre
homme » couronné ! La postérité ne saurail
étre qu'indulgente a son égard, el assurémenl,
moios eocore que le roi, elle &lt;1 ne garderait
ríen contre elle si elle cropit avoir quelque
chosc a se reprocher. »
Que se reprocherait-elle, d'ailleurs? Le touchant, le tendre et le dramalique roman qui
fut dans sa vie comme le seul coin bleu daos
un ciel chargé d'orages 5 ? En devenant reine,
elle étail restée femme : qui voudrail lui ravir
la joie d'avoir été aimée, le bonbeur d'avoir
aimé?
PAUL

GAULOT.

ERNEST DAUDET

Mademoiselle de Circé
:\ll

ctll entrepris de réformer ses habitudes, ~ne
veste verle en gros drap, une culotte de_ meme
étoffe et de méine cuuleur, dl'S has no1rs, el,
sur ses cheveux rele,és et réunis au sommet
de la tele, un [eutre gris qui en dissimulait
la mas,e lourde et en éteignait daos l'ombre
de ses larges bords ks fauves reílels. Sous ce
co~tume usé, détraichi, dont la coupe saos
élégance enfermait, comme en un fourreau
destiné a les cacher, ses formes sveltes et la
"race parfaite de ses mouvements, elle avait
ºl'air d'un jeune paysan, presque d' un pel1t.
va"abond. Que de reproches elle c1'1l cnlcndus
. arns1
. ·1·. M.
si ºsa grand'rucre l'eíll su~pr1se
a1s a
·
cclle heure matinalc, la v1e1lle marqmse dorma1t em·ore.
A pas de loup, lsabelle qu!lla sa chamLre et tran'.rsa les longs corridors du chi'ILeau encore silencieux el obscurs. Daos
la co~r, l'ahbé füucombe l'atlendait. I1 voulait assister a son déparl, lui renouveler
recommaodalions el conseils. Elle l'écoutait a
peine, pressée, souci~use, to~te bal~_tanl~ de
son émoi contenu. Fa1re sort1r de l ecur1e le
petit che\'al qu'elle montait or~inairement,
jeler uue selle s~r son dos, 1enfo~rcber,
tout cela fut l'affa1re de quelques mmutes.
La nuit n'était pas encore enlieremenl dissipée quand elle se mil en route, saos et~e
rne de personne si ce n'esl de l'abbé, qm,
tres ému, l'accompagna du regard jusqu'au
moment ou sa fine silhouelle se ful évanouie
daos les lueurs crépusculaires.
U est plus aisé de se figurer ce qu'elle
éprouvait a ce moment que de le décrire. Les
trésors d'éocrgie, de résolulion, de volonté
qui, depuis si loogtemps, se formaient et
s'amassaienl en elle, saos que se fut offerle
l'occasion de les dépenser, trouvaieot maioteoant leur cmploi. Sa course audacieuse a
travers bois, par des chemins perdus, au
mépris de périls devanl lesquels toule femme
eut reculé, S)mholisait par avance !'aventure
ou elle se jetait a la suite de son frere. La
créature décidée, ardenle, enthousiaste, dédaigneuse de la morl, qu'elJe étail en ce
matin que voilaient encore les dernieres
Allait~lle a la victoire? all.Ji/-elle au /ré~Js 7 El~
ombres de la nuit, elle devait l"etre plus tard
l"ignorait, ne songe3tt meme fas ase le dem311der....
au milieu des péripéties que, d'un cceur intré(Page 2~4.)
pide, elle bravait déJa par la pensée. En une
seule ouit, son ame s'élait virilisée comme
Le lendemain, a,·ant meme qu'il fil jour, son visage ou s'afHrmait daos l'expression
elle était debout. Pour la circonstaoce, elle plus sombre du .regard, daos ~a contrac~on
avaiL revelu un costume d'homme, aiosi 1des traits, et meme daos un 1mpercepuble
r¡u 'elle le íaisait naguere, avant que son aicule pli sillonnanl le front, une soudaine méla-

1 dessein que lui avait suggéré le désir de
rcvuir plu~ vite son élcve.
. .
.
On pt•ut cro1re que ceae so1ree et la nU1l
qui ~ui,iL parurent Mmesuréme'.1t lougues .ª
Mlle de Circé. Hans le salun ou sa grand mere venait cba•1ue soir aprc, souper pr~ndre
place devant la cb,•minée en cornpagm~ d_e
l"aLbé, elle dul se faire violence pour d1s~1muler ~on impaliencc et son Lrouble. Sa personne était la, mais son esprit était ailleurs.
Elle sonncait a ce frcre doot elle lle se rappelait m¡me plus le visage, mais c¡u'cl_lc b~ulait du dé~ir de revoir. Elle mesura1t d un
cceur confian L et forme les grandes choses
l¡u'il allail tenll'r el la nloire qu'il rel'ueillerail
o
. 1
si, par sa vaillaole audace, il re?vers_a~t e
tyran qui occupaiL la _pl~ce du r?1 lég1t1?3e,
Et ces pensées la domma1ent et I absorba1~0L
a ce point que, dix fois, elle ful sur le pomt
de se Lrahir. La veillée cnfin s'ache,a, et,
rentrée daos sa chambre, elle [ut heureuse
de s'y trouwr seu~I', libre de se_ recueillir
daos la contemplat1on de la destmée nouvelle ou elle se précipilait les )'eux fermés.

3,

llaa, la ,o,n•t• du ':! t nmemlire, l~ahelle
recut une lettrt' de ~on fri·r ... l:t'Lle lcttre
était vcuue 11011 par la p11,lc, mais par 110
piéton a qui lui-nrruw l'a"ail r .. mi~c._ E_llc
aanoncait J'arrivée de l\uliert ~ur ll' tcmtoire
hehétiquc, a pruximite de la írootit•rc. Arn1~t
d'eutrer en France, el liiPn qu'il cut le dro1L
d'} parailre el d'y résider, le marq1iis_ ,011laiL causcr avec sa sreur. Sur quel suJet? 11
ne le lui disait pas. JI l'rnvilaiL seulemenl, en
termes assei. ol,scurs, a allcr le trou ver, le
lcndemain, des le lever du jour, en un endroit qu'il lui dé,ignail el ou ils ~uraient 1~
liberté de s'entretenir sans Lémo10s. ll lm
rccommandait a cette occasion un excc.s de
prudeacc. Elle devait t'•~ilt!r d? passer de~ant
les maisons des douamers, s assurer qu elle
n'étaiL pas suivie, el si, durant sa route, el~e
découvraiL quelque figure suspecte, revemr
sur ses pas, renoncer, au be~.o!n, a son e_xcur,sion et ne pas s'exposer a trah1r la retr:ute ou
il l'atlendail.
Celle lettre lue, Mlle de Circé se crut une
héroine.
~laiutcnaot, elle en étaiL, de ce terrible
complot. Comme tous .ceu~ qui . s'I !rouvaient enaa«és,
elle y J0U:UL sa liberte, sa
0
vie. Toute fiire du role qui s"imposail a elle,
et qu'elle acceptaiL ~v~c enlb~u~ias~e: ell.e
communiqua la myster1euse m1ss1vc a l abbe.
D'abord, sous le coup de l'émotion qui s'e~parait de lui, il déclara qu'íl accompagnera1t
la jeune tille. Mais elle ne l'eutendait pas
ainsi. Appelée seule a ce rendez-vous, elle
\'Oulait y allcr seule. Elle oLjecla a l'abbé
que sa présence serait une. g~ne P?u~ ~lle.
Les bois d'Eutreportes luí etarnnt lam1hers.
Elle les avait si souvcnt parcourus depuis son
enfancc! Elle y connaissail des cbemins qui
ne senaient guere qu'aux coolrebandiers,
ou ne s'aveuturaient ni les douaoiers ni les
gendarmes, des seotiers réputés inaccessibles.
~laintes fois, courbée sur son cbeval pour ne
pas déchirer son froot aux braoches des
arbres, elle y avait passé, allanl de France en
Suisse et reveoant de Suisse en France, saos
etre vue. C'est cette route, au premier abord,
bonne tout au plus pour les écureuils, qu'elle
comptail suivre. füis elle n~ le pou~~it qu·~
la condilion d'etre seule, l ahl,é o elant m
assez bon cavalier ni assez agile pour traverser ces périlleux dé6lés. 11 se rendit sans Lrop
de peine al'évidence de ces raisons et renonca

�ltlST0-1{1.Jl
morphose. Allail-elle a la ,ictoire? allail-elle
au lrépas? Elle l'i~norait, ne songeail meme
pas a se le demander, uniquemenl dominée
par un irupéricux bcsoin d'agir, de combaltre, de contribucr, quoi qu 'il dul en ad\·enir, a une entrcprise kntée dans l'intércl &lt;lu
roi el en son nom.

dcveoanl complices des conjurés'! Par &lt;1ul'lle teur d'une lcttre de Fouché qui imitait les
route ceux-ci qui ftguraicnt tous, a l'exccp- autorités civiles et militaires du département
tion de leur chef, sur la liste des émigrés, du !loubs a lui prcter main-forte s'ils en
pouvairnt-ils fraochir la fronticre saos ris- étaient reqms el a lui obéir en toutes circonquer lcur lillt'rté ou leur ,·ic? ,\ ces ,¡ueqions, stanet&gt;s. En vertu de e.elle lcttrc, il mandait
Roberl ajoutail r¡u 'elles dernient etre résolues auprcs de lui l'officier de gendarmcrie comsur l'heure. La prudence lui commandait de mandant les brígadcs de l'arrondissement et
ne pas rester dans cetlc auber~e, oi1, duranl lui donmit ses instrucüons préparées a!'aXIII
la nuit, 1':naient rejoinl cinc¡ t·ompagnons. vance. Elles avaient pour objel l'établisscmenl
II derail les íaire rntrer en france sans rc.\u dela de la fronticre suisse, daos le ,oi- lard, et, s'il ne le pournit, les em·oyer a Lau- sur la fronlicre d'une survcillance toutc spéciale et rigoureuse, jusqu'a ce qu'un certain
sinagc d'une masure servant d'auberge pour
sanne ou a .\'cucli:itel, ou ils se ticndraienl nombre d'indil·idus prél'enus de complot emles rouliPrs, son írcre l'allendait. Éloignée de
prets a profiler d'nne occasion plus propic1•. scnt été arrelés. Elles précisaient les p&lt;•ints
luí depuis quinle ans, elle le voyait loujours
A loules t·es &lt;lcmandl.'s, lsalielle rt'pondiL qui del'aicnt ctre occupés mili1airemcnl dusous les lraits d'un cníaot, de cioq ou six
de maniere a prouvcr a son frcrc r¡u'clle pos- ranl loule cctle journér, entre la fronticre el
ans plus agé qu'elle. Cependant, des qu'ellc sé&lt;lait autant tl'l'spril de déci,ion que de clairle ch,llcau de Circé. O'autre part, le coml'apcrrut, elle le reconnut, malgré la dis- ,·o~anrc el de san¡;-froid.
mandant du forl de Joux, qui a,·ait été égaletance, a son l'isagc qui resscmblait au sien,
« .\'olre gr,m&lt;l'rncre ne &lt;loit ril·n sa,·oir,
it la couleur de ses chcveux tres noirs, ases dit-elle. Elle e~igcrail de ,·ous, mon frcre, un mcnt apprlé, recerait l'ordre de s'appreter a
yeux sombres, asa liaule laille, a ses allures renonccmcnl ah~olu a 1·0s desseins pour le rt&gt;ce,·oir dil'Prs pri,onniers et &lt;le former a,ec
d'homme robusle, a tout ce qui lui donoail présenl el pour l'arnnir..\rril'ez au chatcau, les officirrs f'l sous-offtciers plal'és mus rnn
un air de famille donl elle fut frappéc al'ant puisc¡ue mus y eles atiendo. Mais que ,os command('ment une commission militaire drmtime d'avoir entendu sa l'Oix. Quant a lui, amis n'l riennent pa,, si ce n'e l un ou dcux vanl lar1uelle Ct'S pri~onnicrs seraieul tra&lt;luits
il regardait venir de loin, a,·ec plus de curio- que l'Ous scre¿ libre de pré~cnter comme dt·s imméd,atcmcnt et qui pronoocerait sur Jt.ur
sité que d'iotéret, ce jeune cavalier &lt;¡ui ne compagnoos de route, des émigré.,; autorisés sort.
Ces procédés de justice rxpéditivc el somtrahissait son identilé ni par un cri, ni par a reulrer. lis pourronl resler nos botes a1mi
un geste, ni par un sourire. Commeot sous longtemps que ce sera nécessaire. Quanl aux maire avaienl été d'uo fré1¡uent usage sous
ses habits de paysan Robert aurait-il rleviné autrcs, qu'ils francbissent aussi la fronticre. le Directoire el le Consulat. L'aonée précécette sreur tlonl l'image tlepuis si longtemps Je connais un chemio sur qui lcur permcttra dcnle, ils avaíent été appliqués dans toute
lcur rigueur au duc d'En3hicn. Plus dºuoe
s 'élai t elfacée de son sou venir'? lfais leur
de la passer sans elrc rns. Mais qu'uue fois
fois, pendant la durée de l'Empire, ils deappareote indilférence ne dura pas. Quand
enlrés, ils se dispcrsent pour se rendre,
ils se furent rapprochés, un mom·ement chacun de son coté, au poste c1ui leur est vaient l'etre cncore a d'autres malheureux,
inoocents ou coupables. La míssion que veiosünctif les jera l'uo vers l'autre, en meme assigné. i&gt;
nait remplir en Franche-Comlé le commislemps que les levres de llobert pronoo('aicnt
Mlle de Circé compléta ces réponses si préle nom &lt;l'lsabelle et les levres d'Isabelle le cises en monlrant a son frcrc le chemin par saire géoéral de ¡:.olice Olivier Talvau, n'otfrait
nom de Robert.
done rico r¡uc de conforme a la tradition
lequel elle-memc était venue le trou,·er. Finall n'y a pas lieu de s'allarder it dépeiodre lement, il ÍUL décidé qu'elle relourncrait sur- ré\'olutionnaire recueillíe par J'Empire et al'CC
laquelle il ne rompit jamai~ entieremcnt.
les naturelles effusious de cette rencontre. Ce
le-champ au cbatcau pour annooccr a sa
sont cho,es doot lout lecteur peut se fairc grand'mcrc le relour de Robert. Celui-ci, Ce jeune fonctionnaire luí-meme, tout aussi
w1e idée en se rappclaal les émolions t¡ue a¡,res avoir donné ses dcrniers ordrcs a ses drpourvu de scrupules que son protectcur
Fouché, semlilail excellemment approprié a la
lui-mémc a ressenlies en des circonslanccs
afftliés et l'Cillé a leur passage en France,
analogues. 11 esl ordinaircment si doux de de,·ail rel'enir sur ses pas, alter prcodre sa besognc en vue de lar¡uelle il a1·ait été choisi.
Son arnbitíon lui donnait loutes les apparcnretrouver ceux qu'on aime r¡ue les heures r¡ui
chaise de poste au rclais de \'allorbe ou il ces d'uo in,trumcnt tres complaisaot, tres
vous ont réuoi a eux sonl de celles qu ·on
l'avail laissée el enlrer ensuite 0U1·ertement
n'oublie pas. En moios d'iostants qu'il n'm sur le tcrritoire fran~iis a la fal'eur du pas- souple, tres habile. fouché étail en droit de
faudrail ¡&gt;0ur lraduire ici ces émotíons, la seporl que lui avait délivré le ministre de se flatter d'aroir cu la main heureuse. 11 en
eíH élé convaincu plus encore s'il avait pu se
reroonaissance fut opérée entre le frere et la Fraoce a llambourg.
lransporler re jour-ll daos le cabinet du
sreur, el du meme coup, ful comblé le ride
En une beurc, on pcut se dire bcaucoup de sous-préíct de Ponlarlier, elre le lémoin de
qu'uoe longue absence al'ait cremé enlre choses.
eux.
la sécberessc hautainc et de la précision riDuranl cette coníércnce &lt;p1i ne dura pas
Mais ce n'était pas seulemeot pour reroír plus loaglemps, le frere el la sreur épui- goureuse arce lesquelles Talvau transmettait
lsabelle que Robert l'a,ait mandée pres de lui, sereot ce qu º1ls avaicot i1 se conftcr . .\u mo- ses ordres. Sous cettc parole froide et concise, derriere ce visage saos sourire, ce teiot
sur le lerritoire suis~e, au lieu de continuer
mcot de se séparer, leurs accords étaienl raiLs. bilieux, ces yeux saos flamme, il ne poul'ail
sa roule jusqu'au chateau de Circé, ou il eut
lis savaient qu'ils pouvaieal compter ajamais ~ avoir r¡u'insensibilité, entetemcnt, cruauté,
retroul'é a,·ec elle sa grandºmere el l'abbé
l'un sur l'autre. 11s échangcrenl un dernicr un cceur cuirassé contre toutes les séductions,
Maucombe. C'était aussi pour l'interrogcr en baiser, convaiocus qu'a quelques heures de
vue de sa propre renlrée en France. ll tcnait la, ils allaienl se rctrouver. Mais Lrompeuse incapable de s'attendrir, incapable d'aimer,
résolu a toul pour arriYer ason but, semblaa savoir comment il serait recu par la mar- était
ceue espérance. Déjale destin avait dis- ble, en un mot, a taot d'hommes de meme
quise, s'il serait possible de lui dérober les
posé d'eux el décidé de leur avenir. lis ne
lrempe qu'avait enfantés la Rérnlulioo. Et la
préparatifs de la coospiralíon el la présence devaienl plus se revoir.
ressemblance de ce jeune bomme avec les
accidenlelle, mais inévitahlc, de ,¡uelques-uns
terroristes, les traits par ou éclatait en luí
dcsconspirateurs it qui l'ordre a\'3il Pié donné
XIV
leur héritier n'avaieot jamais été plus visibles
d'arrirer au cbateau ce meme jour. 11 \'Oulail
,1u'au momeot ou, ses instructions données,
s 'informer aussi de l'état des espri Is en
Duranl cetlc meme nuit, ,·crs lrois hcures, il mootait a cheval pour se rendre, suivi
Franche-Coruté et plus particulierement ;1
PonlarliPr et aux environs. L'Empereur y Oli\'ier Tahau arrirnil en poste a la sous-pré- d'une vingtaine de soldats, au chateau de
fecture de Pontarlier, faisait réveiller le sous- Circé, saos se douter qu 'il allait s'y trou ver
élait-il aimé? l.e roi y complait-il des partipréfct el al'ait aussilol a1·ec lui un long cntre- aux prises avcc une femme plus forte que lui,
san~? Pouvait-on recruter parmi eux des
tien. Désigné comme commissaire général de par la seule puissance de son charme et de
hommes d'aclion, prilts ¡, jouer leur vie en
police en mission extraordioaire, il était por- sa beauté.

.M.J1.DE.Mo1s-znc

DE

Cmct

~

\V
Chaque matin, depuis son retour, l'abbé
'1aucombe di~ail sa me,se a buit he~res,
daos la chapelle du chaleau. La marq~1se Y
assbtait toujours, Isabelle soul'~ot, dé~1~euse
de plaire a sa grand'mcre qut. attac~a~l un
nrand prix a l'exercice des de,·01rs rehg1eu,.
Aprcs a\oir ,u partir la jeunc fill~: 1'.abbé;
ayant con~laté que le _momeo~ n cla1t P?:
, enu &lt;le célébrcr le saml ~acrificc et q u 11
:t\'3il plusieurs beures de,·ant lui, reotra dans
,a chambrc el, pour utiliser ce lemps,_ c?mmenca la )prture de son bré1iaire. ~la1_s 11 l_c
récitail machinalemcnl. saos fcrveur, dblra1~
de sa pieu~e tache par_ le, yréoccu~alions q~1
pesaienl sur son espri_t. _(;ne ~ngo!sse serr?1t
~on creur. ll ne se d1ss11nula1l m la gran té
de l't·nlreprise tentée par lloberl, ni 1~ respofüabilité qn'il a1ail as~~~1é~ en_r Jeta~l
\lile de Cirn:. Si elle y par11c1pa1l, e_ esl q_u !'
l'a\'ail ,·oulu. Par ses rl!Cils. il l'al'att e1c1ke
el déchainée. Jamais ses torls ne lui a,aieot
paru plus grands qu'au mome~~ 011 s'e~gageait cclle périlleuse al'entu_rc. S~, contra1rcmenl it son e.,poir, die se denoua1t par qudque catastrophe, la mar1¡ui:,c n'aurai~-elle p:i~
le droil de lui adrc:-ser de~ reproches ! Elle lu1
reprochait déja d'~,·oir _faitde, flo~ert un ~oy~:
liste ardenl, pas,1onne, de 1~,·01r _n~um dc:s
préjunés des émiorés, de lu1 a101r inculqué
leurs ~essentimear~. Que serail-cc done quand
elle ~aurait a la fois quel. fruits a1ail portés
celle éducation, el qu'l~abclle elle-mcme en
a,ail suhi les effets'! L'abbé mainlenant en
restail morlellemenl inquict, en proie aux
plus ,ives appréhem\ons._ Ju~qu'a ce momcnt,
il avait eu foi daos I hab1letc de Robcrt, dan:,
le succcs de leur cau~e communc. 11 en doutait mainlenant. 11 se demandait si c·é1ait sagesse de sa parl de n'a,vir pas comballu le
1.cle t•nflammé donl les roméquences menaraient de dc,·cnir lragiques.
11 en étail a ce poinl &lt;le ses douloureuses
réllcxions lor~qu'on l'rappa a la po, te de sa
cbaml,re. 11 alla ou, rir et ,it cntrer Chasseral,
donl il n'eut aucuoe peine 1l dc,;ner l'émotion.
.
.
, ., •
« Que se passe+1l, mons1eur I abbe 1. l~a
demanda ce dcrnicr. Je ,íens de m'apercc,01r
11ue le che,al de mademoi,elle n'est p_as a
l'écurie. Je J'ai en \'ain cherchée ellc-mcme.
llu est-dle? Le sa,ez-rnus? »
L'abbé n'osa mentir. ll avoua qu'lsabellc
étaiL partic de bonne heurc pour aller a la
rencontre de .son frere. Et comme Chasseral
s'étoonaiL que le marc¡uis eiil fait myslere d_c
son retour a sa grand'mere, le paune abbé,
pous~é dans ses dcrnit!r:i retranchemenls.'
contraint de parler, prononea des paroles a
tral'ers lesquelles Chasse~al ~nlr~,il la ,é~ilé.
1 Je m·en &lt;loutais ! s écrta-t-11, mons1eur
le marquis conspire.
- Eh bien! oui, répondit l'abbé, il conspire... nous conspirons. C'e?l un sccrcl d'oi.t
dépend ootrc vie a tous. M1eux l'~ul \'Ous 1~
confier toul de suite, Cbasseral, puisque ams1
bien il aurait fallu lous le confier plus lard.
M. le marquis e~L sur la frontiere a deux

licues d'icí, pret 11 la franchir avec une poi!!Ilé1• dºltommes di! creur. Ces bral'es gens
~onl ~oulcwr le Pªl'· ~ous ,oulons que le
molllcmenl éclate parloul a la foís.
- )Jais sºil échoue, malheureux, qu'JJ' iendra+il &lt;le nous?
- 11 n\:chouera pas, répli,¡ua l'abhé, qui
se rcdressail ftcremcnt. ~ous a10ns l'appui
des .\nglais.
- Ce u'est pas le ¡.,lu~ heau de rnlre
afl'aire.
• - On ,oil bien que 1ous eles resté en
France.
- Et ,ous, on 1oil bien que ,011s en eles
sorli. C'esl folie de ,ouloir tenler de n·mcrser l'Empcreur, poursuí, it Chasscral. 11 a
pour lui l'armée, les lois, la majorité des
Franrais. Vous screz écrasé.s, et du mcme
coup \'Ous nous aurez perdus. lime la marquise sait-clle ?...
- Elle ne sait ríen; elle nous eiil Llamés.
- Et mademoisellc? inlerrogea Cbasscral.
- Son frere ne pournit lui laisscr ignortr
ses projets. 11 m'a chargé de les lui ré,éler.
Elle nous seconde.
- C'est done pour cela qu'elle est sorlie ce
malio?... 11 est alfrcux de peoser que ,ous
l'a,ez associée a ,os extravagances.... '11 luí
arril'e malbeur, je ne \'OUs le pardonncrai jamais. »
L'ablié allail protesler. lfais il en ful t'mpeché.
La man¡uise cnlrail. JI jeta sur Chasseral un regard supplianl ou cclui-ci d!l,ina
une instante prit•re de ne rien réréler de ce
qu'il ,enait d'appren&lt;lre. Elle n'étail pas nécessaire pour le décider a garder encore le
silence. Surpris par les événcmcots, n'a)ant
pas cu le temps de rechercher s'ils pomaicnt

clre conjurés, il 1oulail se donne~ le Ler_nps
dºy rétléchir, bien loin de penser qu'tl~ alla1ent
se· précipiler. 11 affocla d~nc ~e .~e monlrer
rassuré. Saluant la marquise, 11 s mforma de
sa santé, ain~i qu'il avail coulume de le faíre
t'har¡ue matin . .\Jme de C1rcé lui répondil
a,ec son ordinaire bienveillance. Puis, elle
demanda :-a petilc-fille. lle noul'cau, l'ahbé
re..ardail Chas~eral, comme pour J'engager a
ne° pas lrabir lrs conftdcnces qu'il venait d_c
recevoir, quand, du d~hors, monta un bru1t
d'armes et &lt;le chcrnux. Chasseral courul 1ers
une croisée, rcgarda el palil. OeYant le cb,ilcau, ,enait·nl de s'arr1lter des soldats. l'u
personnagc qui semblai_t !es com~~n~cr,
qu~ic¡u'il ne porl,il pas I umforme m1hta1re,
desceodait de che\.11. Sans dire un mol, Chasseral sorlit pour alter a leur rencontre. 11
mesurail daos toute sa graYilé le péril 1111i
éclataít ainsi t¡u'il l'avait pré1 u. lJans l'escalier, il apercut uu domestique qu'il savait
s1)r et &lt;lél'oué.
« Érbappez-,ous coule que coiHe, lui souffla-1-il en passanl. Allez du colé d'Enlreportcs. \'ous del'ez renconlrer mademoiscllc.
Empechez-la de rentrer au chateau. »
Le domestique avait compris. 11 se b,ita de
di~paraitre dans fos longs corridors a l'extrémité desquels se trouvaiL une sortíe qui de,ait
etre encore libre. Au meme momeot, se monlrait au has de l'escalier, s'appretant a en
gra1ir les de~rés, l'homme que Chasseral
al'ait déja vu par la croisrc. Des soldats le
suiraient. Chasseral s'appretait a l'interroger.
~Jais il fut préveou par un ordre d'arrestation
qui le concernait el qui ful e:xécuté avanl
quºil eut recouvré son :;ang-froid. Les soldats
l'eotraincrent avec eux, a la suite de leur
chef qui montait en loute bate. 11 se rctrou1e

�fflSTO'Jt1.ll

------------------------------------~

ainsi daos le salon ou il avait laissé la mare&lt; Vous voyez bien que je ne me trompe
« Mais e'esta notre demoiselle, ces livres, »
quise et l'abhé.
pas. Les renseignements parvenus au minis- dit-il a l'abbé.
ce Que signifient ces violences? demandait
tere de la police gilnérale sont positifs. Si
Celui-ci poussa un soupir. lsabelle prisonla marquise avec hauteur.
vous n'etes la complil'e du marquis de Circé niere I Décidément, Dieu lui-meme abandon- Vous eles bien la marquise de Circé?
et de l'abbé Maucombe, vous eles leur dupe. nait les serviteurs de la bonne cause.
- Oui, monsieur.
Tafrau feuilletait curieusement !'un des
- J'ai l'ordre de vous arreter, ainsi que
volumes,
exprimant tout haut sa surprise.
l'abbé füucombe, comme aussi tous les habi11-o:= - -..« Un tome dépareillé de la Nouvelle
tants de cette maison. Quand je vous aurai
llilo'ise! »
interrogés, les innocents seront remis en
L'ahbé eut un geste indigné.
liberté et les coupables conduits au Fort de
« Comment ! Chasseral, vous lui laissiez
Joux, pour y etre traduits devant une cour
Jire
ce gueux de ,Jean-Jacques? &gt;l
martiale. C'est la volonté de l'Empereur. Je
Mais Chasseral n'entendait pas. Il écoutait
dois en assurer l'exécution. Je suis le comTalvau, qui continuait :
missaire général de police, Olivier Talvau.
« Un signet a cette page ! » Et le commis- )fais quel est notre crime? reprit la
saire général de police lisait : « Viens done,
mar,¡uise.
ume de mon creur, vie de ma vie; viens le
- Vous avez conspiré. Vous vouliez atréunir a toi-meme; viens, sous les auspices
tenter a la sureté de l'État et aux jours de
du lendre amour, recevoir le prix de ton
Sa Majesté. »
obéissance
et de les sacri{i.ces; viens avouer,
La marquise tombait des nues. Son regard
meme
au
sein des plaisil's, que e' est de
exprimait un tel étonnement que Talvau,
l'union des creurs qu'ils ti1·ent leurs plus
des cet instant, demeura convaincu de son
grands cliarrnes. Un passionné, ce jeune
innocence. Elle se tourna vers l'abbé et, tres
homme, observait Talvau. Et bien avancé
dédaigneuse, lui dit :
pour son age et sa coadition. 11 11 prit l'autre
«Y comprenez-vous quelque chose, l'abbé?
volume
et regarda le tilre : l'lmilalion de
- Cette accusation est saos fondement,
Jésus-Christ. « Étrange assemblage ! » 11 en
répliqua le malheureux pretre qui tentait de
tournait les feuillets : « Encore un passage
tenir tete a l'orage.
marqué
: La paix viendra en ce jom· qui
- Parhleu ! ce n'est pas de monsieur que
est
connu
du Seigneur. Et ce ne sem plus
j'attends des aveux, objecta Talvau d'un
Avec ttne sécheresse hautaine et une Précision rigou•
le
jow·
et
la nttit de ce monde, mais une
accent de raillerie. C'est un conspirateur
reuse, Talvau tra11smettail ses ordres. (Page il¡.)
lumiere perpétuelle, une cla,·li infinie, une
endurci. II conspirait déja en 92.
paix solide, un repos assu1·i.... » 11 s'arreta
- Qu'cn savez-vous? Yous deviez elre un
et, regardant I'ahbé, dit ironiquement :
enfant ea ce temps-la. »
Du reste, vous vous expliquerez devant la « N'est-ce pas une fine allusion au retour de
Le visage de Talvau se rembrunit.
commission militaire, si je juge, apres vous votre roi? »
&lt;&lt; En ce temps-la, fil-il, je déíendais la
avoir interrogée, que vous devez y compa11 y eut un silence dont Chasseral profita
patrie contre les armées étrangeres a qui raitre. »
pour faire observer a l'abbé qu'lsabelle ne
vous en avíez ouvert les portes, vous et vos
ll s'installait a une table, étalait devant lisait pas seulement de mauvais livres. Talvau
pareils. »
luí des papiers, s'apprelait afaire subir a ses s'était recueilli, se consultait avant de décider
L'accent de cette réponse n'en imposait prisonniers l'interrogatoire de rigueur. Chasce qu'il allait faire, regardant tour /¡ tour la
pas al'abbé.
seral se pencha vers l'abbé.
marquise hautaine et muelle, Cbasseral qui
Il leva les épaules en disant:
e&lt; Vous nous
avez mis daos de beaux
« Vous avez été soldat ... on ne s'en doute- draps. La voila découverte, votre conspira- cherchait par quels moyens il sauverait l'enfant, et l'abbé qui ne cherchait plus a dissirait guere a voir quel méprisable métier vous tion.
muler son accablement.
faites aujourd'hui.
- Résignons-nous, Cbasseral. Mourir pour
« Emmenez-les, dit-il tout a coup aux
- Vous voulez done nous perdre, » lui son roi, c'est bien quelque cbose.
soldats. Vous les garderez jusqu'a ce que je
dit a voix hasse Chasseral, aupres duque! il
- Quand on est royaliste, possible; mais les aie interrogés, et vous les empecherez de
se trouvait, entre les soldats.
quand on ne l'est pas .... Et puis, qui veillera communiquer entre eux. »
Quant a Talvau, il parut insensible a cette sur mademoiselle? 1&gt;
L'ordre fut exécuté.
injure. Tres calme, il répondit :
Leur enlloque fut interrompu. Un sous« En quelque condition que l'on serve son ofllcier de gendarmerie entrait en bate, et, _se
XV.
pays, il est plus noble de le servir que de le rapprochant de Talvau, lui racontait que ses
trahir. »
hommes venaient d'arreter aux portes du
Une fois seul avec le sous-officier, Talvau
Toute stupéfaite de l'événement auquel chateau un jeune paysan qui tentait d'y pénéelle étai t melée, la marquise assistait indilfé- trer au mépris des consignes. En se défen- lui ordonna d'aller chercher le prisonnier. Le
rente a ce duel de mots agressifs. Elle reprit dant, le petit drole s'était emparé du pistolet sous-officier disparut et rentra bientot, poussant devant lui un jeune homme, presque un
en s'adressant a Talvau :
dºun gendarme sur qui il avait tiré. On était enfant, dont il élait impossihle de voir le
&lt;&lt; Il vous suffira de nous interroger pour
·parvenu cependant a se rendre maitre de
vous convaincre que vous vous trompez. lui. füis on ne savait qui il était. 11 avait visage sous les larges ailes de son chapeau.
« C'est bien, laissez-nous », lui dit Talvau.
L'Empereur vient de me rouvrir mon pays refusé de dire son nom.
Et s'adressant au nouveau venu, il contiet de me rendre mes biens. A que) litre
En entendant ce récit, l'abbé sentait son nua : &lt;e Avance, petit enragé. Tu voulais done
aurais-je conspiré?
sang se glacer. Quant a Chasseral, ignorant tuer mes gendarmes? Tu en as blessé un.
- Si ce n'est vous, madame, c'est votre qu 'en vue de son expédition, Jsahelle avait
- Pourquoi m'a-t-il barré la route? répetit-fils.
pris des vetements masculins, il ne compre- pliqua l'enfant révolté et farouche.
- Mon petit-fils est hors de France !
nait pas encore. Soudain, il comprit en voyant
- Pour m'obéir.
- Pourquoi n'y est-il pas rentré avec le sous-officier tendre au commissaire général
vous?))
- C'est done vous qui auriez du recevoir
deux petits volumes tres usés, trouvés daos le coup, et non ce pauvre diable. »
Et comme elle se taisait :
les poches de l'enfant. 11 les reconnut.
Si dédaigneuse était cette réponse, que

,

___________________

Talvau en resta confondu. Tanl d'audacieu~e
hravade chez cet adolescent l II n'en revenait
pas.
« De quel air il dit cel_a !... E~ de quelle
douce ,·oix! Une voix de Jeune v1erge. Quel
ao-e
as-tu?
o
.
.
.
_ L'fige que Je para1s avo1r.
- • Que font tes parents?
- lis sont morts.
_ Oü est ta demeure? Lorsqu'on t'a arrelé, d'ou venais-tu;'I l)
•
L'enfant persistait a si' taire. Talvau aJouta,
en désignant les dcux volumes posés sur la
table:
« C'est a toi, ces livres?
- Vos sicaires me les ont volés.
- Sais-tu que ce sont la des lectures audessus de ton état?
.
- Que vous importe! N'ai-je pas le Jro1t
Je lire ce qui me plait? »
,,
.
Dans ces réponses breves, -~ ener?1e ~u
paisan s'acceotuait. Talvau s 1mpallenta1~.
M,1is il tenla un deraier effurt pour a1·01r
raison de cette résistance sans l.i hriser :
« Tu es brave, petit; ton courage excite
mon intéret. Regarde-moi : ai-je l'air mé:
chant? Non, n'est-ce pas? Alors, pourquo1
celte ré~istance a mes questions?
- )f'avez-vous dit qui vous etes, vous?
Sais-je seulement d'ou vous venez, daos ~uel
but vous etes ici, pourquoi vos solJats m ont
traité comme un brigand? »
A retle réplique prononcée avec impétuosité, Talvau, qu'avait d'abo,J amus\la sau:
vagerie de sou prisonnier, seotit isa ermete
s'amollir.
Daos ces fonrrueux accents, passaient des
notes caressaut;s et tendres qui allaieot a
son creur.
,\11 lieu d1~ s'emporter, n; reprit du meme
ton hiem·tillant :
&lt;&lt; Ob l je veu:t bien te répondr~,. ne s~r.aitce que pour t'engager a user de rec1proc1t?.b»
~t il déclinait son nom, ses foncllons, 1o jet de sa ,·isite, révél~ot ~i'.1si a so~ interl.oculeur que la police 1mper1ale te~a1t les .fils
du ,·omplot, et que ses auteurs étaieut arretés
ou a la 1-eille de J"etre.
11 Vous avez arreté la marquise, l'abhé,
s'écria le pdit pa)San. Le beau ~érite ! U~e
femme, un pretre l lis ne pnuva1en t vous resistcr ! 11 ne vous sera pas aussi facilc de
vous emparer du marquis. 11 cst jeune, lui,
il est vaiUant, il est fort. ...
- Que) entbousiasme ! Ce serait a te croire
:imoureme de lui, si tu étais une fomme.
Yoyons, tit Tah-au en prenant un air sévere
et en grossissant sa ,·oix, ta résistancc a assez
duré. Yeux-tu me dire ton nom?
- Découvrez-le, si vous pouvez.
- Sais-tu que j'ai plus d'un moyen de
d :rier les tangues récalcitrantes? »
.\ celte wenace, la prem1ere quºil se fut
déc1dé a proférer, l'enfanl releva la tete dans
un mom-ement de défl, et cette Iois, monlraot en pleine lumiere soo pile visage et ses
yeux noirs, il dit :
« Essayez-en, de ros moyens. »
Talvau tressaillit. L'éclat de ces yeux qu'en-

.íf(Jf.D'E.M01S'EI.1..'E D'E C11(C"É - ~

Et, d'un geste brusque, il fil saulcr. le
Oammait la colere, la purcté de ce visage ~u,
sous le hale, apparaissait une rare períe~tion cbapeau, détruisant du meme coup le íragile
de lirrnes. rendaienl tout a coup plus 1•1f ~e édifice des cheveux. lis se déroulerent sur
mystérieux émoi qui, Jes l'appa_ritio~ du_ pr1- les t'paules.
&lt;( Uné femmel s'écria-1-il.. .. J°en étais
sonnier, l'ava1t saisi. Une pen~ee na1ssait en
son esprit, puissante, dominatricc, t~ouLlante sur. 11 nespectueusement, il b'inclinait, desurtout et toute une ardeur de Jeunessc, mandant en trois mots ce qu ºil avait hale de
longte~ps contenue ~ans ,1~ disci~li_rn~ ~·u,ne saroir :
vie de privations et d austerité, prec1p1la1t ,es
ce ~t1dame ou mademoiselle? J&gt;
batlcments de son creur.
Furieuse, elle rele,·ait ses cheveux . Tout
11 se rapprocba, comme poussé par la en les renouant, elle répondi t :
t&lt; Je me nomme Isahelle de Circé; je suis
~Lié:
.
la sreur du marquis de Circé.
ce Pauvre cnfanl ! murmura-t-1!. .Je pour- Et vous conspiriez, vous aussi?
rais, si je voulais, le contraindre .~. parle~.
- Pour venger nos paren Is!
füen quº11 touchcr ~es mc_mbres ~clicat~, _Je
- Conlre l'Empereur ! ll.tis ce nºcst pas
les briserais. » ll lu1 prena1t la marn : « \01111.
des mains bien hlanches pour un vagahond, luí qui les a enroyés a la mort.
une peau bien fine ....
- 11 protege leurs bourreaux. Les fils des
- Laissez-moi, monsieur.
plus infames d'entre eux sont a sa cour, daos
- Ab ! pardieu, j'en aurai le creur net. » les emplois, dans l'armée ....

Devanl ~ ch.iteau, vtnaient de s'arréler des soldats. ¿·n ptrsonnage ,ui semblalt les commander, quoiquºil ne
portát p:zs /'uniforme mitílaire, dt:zit d.esctnd.11,de cheval. (Page ~-)

�1t1ST0~1A------------------------•
L'Empereur csl un grand politique, est voué 11 la mort. Rappelez-rous le duc
Celle fois, c'en était trop. Depuis quelques
obserra gravemenl Tahau, c¡ui lentait de se d'Engbien.
inslanls,
il s'exaltait par degrés, s'affolail,
rcmellre de son lrouble et de re\enir a son
- Et vous servez un lel mailre! objecta perdait pied. H éclata, confessant sa détresse
role un moment oublié. 11 reul la pacífication lsabelle.
el ses désirs.
de la France, l'oubli d u passé.... &gt;J
- 11 récompense les sm·ices qu "on luí
• Sous quelle forme? s'écria-t-il. Ne le
D"un rire de raillerie, Isabelle coupa la rend.
de\inez-,ous pas? Je suis jeune, et vous eles
phrase en disanl :
- Si vous vous éliez dé,·oué ll la cause du belle . •\ mon age, le cceur est sensible; il
ce La réconciliation des \Íctimes avcc les
roí, il rnus eul récompensé, lui aussi. »
cherche le bonheur daos l'amour. La ,ie des
assassins !
JI sourit amcrement.
camps,
arec ses souffrances, l'horreur dPs
- Des juge~ ne sonl pas des assassin~,
« Je n'ai pas de sang hleu daos les \'eincs .... hatailles, les déceplions saos nombre, une
mademoisellc de Circé. »
Je sors du peuple.
existenre de misere et d·obscurilé n'ont pu
Elle bondit comme s'il l'eul outragée.
- Fn mot du roi pourait vous lirer de
« Vous auriez done condamné mes pa- votre obscurité, vous créer l'égal du plus endurcir le mien. »
11 s'arrela, comme s'il cherchait ses mots;
renls?
grand de ses sujet.s.
puis,
montrant le volumc de la Nouvelle
- Oui, si, comme volre roi, ils pactisaient
- Quoique 61s de rt.:gicide! ~fon pcre élait lfeloise, il reprit :
arce les cnnemis de la patrie.
comcntionnel. 11 a rnté la mort de Capet.
« Puisque vous are1. Ju re livrr, puisque
- Et c'cst a moi que rous osez le dire !
- Le pardon et\t élé le prix de \Olre dL:..
Tenez, monsieur, au lieu d'insulter a ma \OUl'menl •• répondit ~lile de Circé, en dissi- ,ous en aYez marqué la pate la plus brulante,
doulcur, il serait plus humain de m"envoyer mulant l'horreur qut• lui inspirait l'bomme vous savez commenl s'exprime la passion et
ce qu'elle foil de nous, quand elle nous dorejoindre les iníorlunés que vous avrz arre- de qui dépendail son sort.
mine .. .. On n'échappe pas a sa destinée. En
lés. Je suis leur complice, je dois partager
11 conlinuait il sourire, irooique en appa- me cooduisant ici, la mienne m'a livréa Yous.
leur sorl. »
rence, mais craintif en réalité, lroublé, déL'énergie de ces accenls s'évanouit daos \'Oyé, perdu daos la contemplation des yeux Je le vois, je le seos .... Quand vous eles endes !armes. Et ce fut alors, H comient de le fixés sur lui el qui drja lui versaienl leur lrée, tout a l'heure, j'ai eu le pressentimenl
que j'allais cesscr de m'apparlenir. Yous avei
préciser, qu'au speclacle des pleurs qu'il fai- poison.
parlé, et votre voix m'a remué; vous m'arez
bait couler, devant ce désespoir de jeune fillt.&gt;,
a lic ferait-il assez grand pour m'éle\'er
Olivicr Talvau re\:ut le coup de Ioudre qui le jusqu'a vous, \·otre roi? » 6t-il soudain. Et regardé, et dannotre regardj'ai bu l'ivresse ....
transforma. L'bomme insensible qu 'il se comme Isabelle le regardait étoooée, saos le Pour sentir vos levres sous les miennes, je
ílattait d'etre, ambitieux, sans entrailles, comprendre, il formula ~a pensée saos dé- donnerais ma vie. Oui, si volre amour doil
résolu jusqu'a ce jour A n'écouter que son tour : « Oui, si, grisé par votre beauté, par etre ma récompense, j'arracherai a la morl
ambition, devenait un homme faihle, docile, vos paroles, je trahissais l'Empereur, si je tous ceux qui vous sont chers. »
Isabelle avait écouté cette ardente déclaradésormais a la merci de la femme dont la me consacrais a la cause dont \'0us soubaitez
beauté venait pour la premiere fois d'éveiller le triomphe, ces beaux yeux, en récompense tion, un sourire de mépris ala bouche.
« Savez-vous que vous eles un misérable!
ses sens et son cceur daos un désir impé- de moa dévouement, daigner-.iient-ils me soutueux, un de ces désirs auxquels rien ne ré- rire? .. Oublieriez-rous mon origine?» 11 se dit•elle.
- Un misérable! parce que votre beauté
siste et qui désarment les ames les mieux pencbail sur elle, alliré par ce corps frais et
trempées. IsabelJe, en!ermée daos sa chasteté charmant, dont il devinait, sous les ,etemenls m'a rendu fou 1
- Vous me lrouvez belle, assez helle pour
native comme un diamant daos sa gangue, qui le recouvraienl, les formes délicates.
vous
servir de jouet. Vous vous eles dit que
ne pourait s'apercevoir de cette métamorEt tout enivré, il ajouta plus has :
votre présence et la mienne daos celte maison
pbose. Ce qu'elle savait de I'amour, des pas« Si je ,·ous aimais, m'aimeriez-vous? » vous offraient l'occasion d'une galante a,·ensions qu'il décbaine en nous, elle ne le savait
ture, qu'il fallait en profiler. l\'etes-vous pas
que par des livres, dont la leclure, meme
XVII
en
pays conquis ! Et saos respect pour mon
celle de Jean-Jacques, eflleurant a peine son
malheur!. .. Tenez, il n'y a qu'une ame lache
innocence, ne lui avait révélé que des formulsabelle, soudaio, comprenait ce qu 'elle
les. L'amour seul, ressenti, subí, pratic¡ué, n'avait pas encore compris, la séduction et vile pour concevoir un calcul aussi abominous apprend ce que peut l'amour. Elle l'i- qu'elle exer~it, le pouvoir de sa gr,1ce de nable .... »
Ce langage de colere rendit a 'falvau un
gnorait, et daos le personnage debout .levant femme, les résultaL. qu'elle pouYail en obpeu
de sang-froid en lui rappelant qu'il tenait
elle, dévoré du désir de lui plaire, mendiant leoir sur l"heure. Et, tout aussitót, !'esprit
humblement son sourire, pret a tout pour la de ruse, naturel a son scxe, se manifestail, daos ses mains la vie de ~lile de Circé. Il releconquérir, elle ne discernail encore que ce lui dictanl sa conduile, lui tracant la voie il vait la tele et redevint mena~nt :
« Vous le prenez de bien haut avec celui
qui le rendait redoutable, et non ce qui fai- suirre.
de
qui dépend, en celle minute, votre salut
sait de luí, des ce moment, un esclave em« Si je vous aimerais? répondit-elle avec ou votre perle. Que! est moa crime 7
pressé a luí prom·er sa soumission.
décision .... Cela dépendrait de ce que vous
- Le marché honteux que vous osez me
Lui-meme, d'ailleurs, ne se sentait pas feriez pour etre aimé. »
proposer. Une filie comme moi, la femme
encore réduit a ce role. 11 ne raisonnait pas
Elle avait tendu son piege, soudainement
ce qu'il éprouvait. 11 y arail de l'in~nscience inspirée par les circonstances. Olivier Talvau d'un homme comme vous 1
- Je ne prélendais pas si haut, avouadaos la docilité aYec laquelle il se livrail a ses y lomba, brulé par le feu a,ec Jeque) iljouait.
t-il.
sensatioos. Ce qui le dominait n"étail encore
• Suffirait-il de vous saurer?
- Yotre mailresse! La propositioo n'en
que de la pitié, une pitié dont il s'effor~,
- Je ne dois pas séparer mon sort du sort est que plus infame .... Encore faudrait-il que
daos un dernier effort, de secouer le joug de ma famille, de mes amis.
naissant.
je vous aime.... Je ne \OUS aime pas .... Je ne
- Et si je les sauvais aussi?
peux rous aimer.
En eolendant MIJe de Circé s'accuser, il
- Vous détourneriez de leur tete le coup
- C'est alors que vous avez un amant. &gt;J
ne pul relenir un geste pour lui imposer qui les menace?
silence.
Elle ne bondissait plus. L'exces de l'injure
- Oui, au risque de me perdre et saos
« Plus has, mademoiselJe, fit-il, plus has. regrets, si je savais qu 'an hout de mes elTorls, ne poumit l'atteiodre.
a J'ai loujours vécu seule, fit-elle, mélanUne jolie fille comme vous lraioée en justice, je trouverais volre reconnaissance.
colique et douce; sauf les habitanls de ce
est-ce possible? Ignorez-vous que ni la jeu- Veuillez au moios m'apprendre sous
nesse ni la heaulé ne trouvent gr-lee devant queUe forme elle devrait se traduire. Peut- chdteau et les braves gens qui m'ont vue
grandir, je ne coonais personne.
fEmpereur? Quiconqqe se déclare son ennemi
etre pourrons-nous nous eotendre. •
- Je peux done espérer vous cooquérir .
.. 238_...

.JJ(.ADE.M01SEI.l.E DE C1~C'É

Promettez d'etre a moi, Isabelle, et je ,·ous
sauve.
_ Pour me sam-er, il íaudrait que je fusse
en pér1I. Vous n'avez pas de preuves.
•
- En scra-t-il de meme quand volre frere
et ses amis St'ront lomb.is en mcn pouvoir?
- Vous ne les tenez pas eucore. »
.
Et, comme lout a J"l1eure, elle le brav~1l
J'un oeste de défi, droile et Ierme, la mam
appU\·ée au dossier d'un fauteuil, loute lr~mblan~ de cctte indignalioo et de cclle samte
fureur ,¡ui font les martyrs, prct~ a dé_fendrc
son bonneur menacé, résolue a lu1 sacr1fier sa
vie. Tahau allail el venait par la chaml,re, la
tele en ft:u, n'a)aDt plus d'un m~~re qu,e l~s
appareuU!s, élrcint par ~o~ ~~•~ q~ ava1t
e1c1té cctte résistance dout 1) s eta1t d abord
llatté d 'aroir facileUJenl raison.
La porte b uuvr1t. ,
..
« IJui se ¡,ermet d enlrt!r 1c1 saos ,elr~ appclé '! &gt; s"écria-t-il l,rut.ilement. 11 s éta1t rt!Lourué el :,'apaisa en reconna1ssanl un des
oeudarmes qui l'avaicnl accompagné.
~ Que rue \eut-on '! • r1•prit-il.
Au ltl'U de répondre, le gendarme lui pr~sentail une en1cloppe rnlumineuse et sorl1t
aprc, la lui a\·oir remise. Tahau fiéueuseruent la déchira, et ses mains tremblanles en
relircrcnl dirnrs papiers qu 'il parcourut des
0

yeu,.
·
· ·t d" un
Mainteoanl, son v1sage
s''eclaira1
sourire de triomphe.
• Écoukz ce qu'on m"écrit, » dit-il. Et il
lut : a llonsicur le commissaire ¡;énéral de
police, je m·emprc,se de \0US a,erlir qu~ le
marquis de Circé et deux de ses complices
,ieunent dºetre arretés au momeo! ou ils passaienl la frl)otiere. Suhant \OS ordres, je les
conduis au Iorl de Joux, ou ils scronl écroués.
Je vous envoie les papiers qu 'on a saisis sur
eux. » 11 s'arrcta pour regarder lsabelle doot
Je ,·isarre exprimait l'effroi. 11 reprit ensuite :
« Vou; ,oyez que je les liens et que j'ai des
preU\es. D ll parcourait les papiers. - Une
leltre du prélendant! « Louis, par la gr.lee
de Dieu roi de France et de Na\·arre, a notre
amé et féal servileur, Roberl, marquis de
Circ.é .... 1 Est-ce assez clair? Et tout joyeux
de sa décoU\erte, emporlé par la joie jusqu'a
oublier qu'il o'avait plus en Cace de lui qu'une
p:mue filie désarmée et vaincue, il l'apostrophait.
« Vous ne me bravez plus, mademoiselle
l'arrogante. ,
Non, elle ne le bravait plus. Se faisant violencc, elle paraissai t se résigner, redeleoai t
tllluslralions dt CoNRAn.)

• - Eh Ntn, soll. alltz txüultr 110s promessts ... puls rt11tner.... J.f:Jls Jt vous hals pour 14 l'iolt11et que vous
mt falles. Cttlt halnt sun,ivra a mo11 sacrlflct. Ellt durtra Jusqrl'.i ma tnorl ;¡11t vous aurtz halét. • •
(Page 23?.)

peu a peu calme, froide, impassible, a~ec,
dans les yeux, a travers des éclairs de haine,
une expre~sion résolue.
« Qu'allez-\OUS faire d'eux? » demandat-elle.
JI ne répondit pas sur-le-champ, liraillé
enlr~ les instincls généreux qu'a\ait éreillés
l'amour daos son cceur et les ardents désirs
que ce meme amour déchainait daos ses seos
La brutalité des désirs l'emporta :
« Les livrer a la jusi ice, fit-il.... Elle suiHa son cours. »
11 fnisait mine de sortir.
, Arrctez ! s'écria lsabelle. Je veux les sauver. » ll re\ int wrs elle, les bras 0U\erls.
Mais elle l'élila, laissant échapper en un cri
de détresse la proteslation de sa pudeur révollée. « Eh bien, non, non, plutot la mort
que celle dégradation, oui, la morl. .. pour
moi, pour ces malheureux. D
11 n'en était plus a se décourager. Loin de
s'irriter, il grima~it un sourire d'incrédulité, car il savait qu"il tenait sa proie, et que
mainteoaot, elle ne pou,ait plus luí échapper.

« Eux seuls seront frappés, objecta-l-il. A
vous, il sera Iait grace.... Vous \·ivrez avec le
remords d'arnir causé leur perle. »
C'était le coup de grace. Elle ccssa de
résister.
&lt;1 Eh bien, soit, allez exécutPr vos promesses ... puis re venez .... Mais je vous hais
pour la violence que \0US me faites. Cetle
baioe suni\ra a mon sacrifice. Elle durera
jusqu'a ma mort que vous aurez hatée. Vous
pourrez posséder mon corps; mon cceur jama is; et quand , ous me liendrei daos vos
bras, vous saurez que je ne resseos pour ,ous
qu'horreur et mépris. »
Peu t-elre espérait-elle I' attendrir, car elle
l'emeloppa une fois encore d'un regard suppliant. Mais cette explosioo de douleur qui
dramatisait sa ,·oix et sa beauté ne pouvait
rien sur un homme affolé par le désir.
« Je vais les saurer, » dit-il simplement.
Elle le regarda sortir. Puis, se redressanl,
elle passa ses maios sur son froot comme
pour s'assurer de la réalité de son infortuoe
et murmura:
« J'ai promis, je tiendrai. )fais il mourra. &gt;J
(A

suivre.)

ERNEST

DAUDET

�111STOR,.1A

)J me de Vieux-11aisons esl une des plus
grandes suivantes de Cupidon, el, ce qui pis
est, une des plus mécbantes femmes qu'on
puisse voir.
Ell,! est la sreur de )lme de Vaurray, tres
belle femme que le duc d'.\.yen a aimée en
amant romanesque, ce qui ne lui ressemble
guere.
11 s'était fait passer pour maitre de musique et luí a donné des le~ons. Un heau
jour, a Saint-fioch, elle voit son maitre de
musique en habit superbe, suivi de valcts !
On pensc que c•e~t puur se divertir plutcit
que par grand sentiment qu'il a joué ce role.
)l111r de \'ieux-~lai,ons n'avait pas de plus
grande amie que la présidente Portail. Un
amant, qu'elles se disputcrt'nt, jeta un froid
entre elles. Elles se rencontrerenl chez Mme
de *** et se qurrellcrenl. La présidt·ntc reprocbait /¡ l'autre dé courir aprcs les hommes.

- c·est bien it ,·ous, riposta Mme de
Vieux-ltni~ons, qui art&gt;z couru aprcs le Roi,
au bal de la V1lle, a \'ersaillcs, el qui avez
été attrapée par un de ses domesti,1ues, qui
a fait de mus lout ce qu'il a voulu ! »
Et aussitól, salis qu'on pul l'interrompre,
elle commenra l'histoire. La présidcnte Porlail s'en alla furieuse, saos entendre le re,te,
qu'on décida saos peine füne de \'ieux-llaisons a raconter. Elle dit :
« .\u bal, pour le mariage du Dauphin
(25 février 17 i5), plusieurs femmes cherchaient a faire la conquéte du Roi. Et Ja présidente Portail n'était pas la moins empressée.
Le Roi et quelques courtisans de sa société
intime parurent dégui~és en iís, taillés dans
le go1it de ceux des jardius du chfücau .
« 11 s'amusa quelque lcmps au bal. Et,
ensuite, fatigué de la gene et du poids de son
déguisement, il rcntra chrz lui par une porte
de derriere. On porta sa mascarade chez son
premier valet de cbambre qui a un pt'lit appartemenl dans l'anlichambre de Sa Majesté.
« 11. de Briges, écu)tr du floi, était l'ami
du premier valet de cbambre. 11 le pria de
luí préter le déguisement, ainsi que la clef

de son appartemenl. 11 s·hahilla en ií rl parul
dans la salle. La foule des prétendantes était
infini,•; toutcs crurent rc,·oir le íloi; la présidente se cbargea de l'agaccr plus que toutes
les autres.
&lt;I II ne íut pas cruel et proposa a la Portail de le suirre dJns lt• peiit appartcrncnt de
son prt!mier Yalet de chamlirc. La pré,idcnte
ne ~e le lit pas répélt'r el ~e h:Ha de rysui \'re.
• 11 11 n'y aYaiL point de lumiere parce que
~l. de Briges arnit cu, aupararnnt que de
rentrcr au bal, la précautio11 de l'étcindre.
« L'érnyer prodigna les plus belles promes~cs a ~!me Portail, la pressa ,ivement ...
et ellr crut aYoir rendu le floi heureux.
&lt;1 ~l:lÍ$, en sortant du petit appartement,
le retement en désordre, sa coilfore défaite,
les ycux rayonnants d'orgueil, elle vil tout a
coup Sa \lajesté qui traversait le salon de
l'(Eil-de-Breuí, \'élu a l'ordinaire et suivi de
ses courtisans habituels. Aussitól l'ií, qui lui
donnait le bras, la quilla et s'évada. Elle vil
qu'elle avait été trompée el devint furieusc.
Longtemps apres, par quelques indiscrétions,
elle sut, ainsi que moi, le nom de celui qui
avait si bien joué le role du Hoi. »
~lADAME

e.u IL\CSSET.

f. bcbt lrlr&amp;PolO.OD

LA

VIE ET LES l4lE.UR~ AU

xvu·

SIECLE. -

L.llffER. -

Gravur~ J ' AtiRAHAll Bosse. (Cabinet aes Estam~s

MADAME ARNAULT
Tableau de j.-B. REGX.\UL T. (~1usée de \'ersailles.

Clichc Glraud o~

�</text>
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          <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Gailly de Taurines</name>
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        <name>Henry Roujon</name>
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                    <text>'lt1ST0'/{1.ll - - - - - - - - - - - - - - , - - - - - - - - - - - - - roup, l. 'Ihiers, il corrigeait trop, il avait la
fàcbeu e habitude de récrire ses di cours et
de remplacer par de grandes el longu
phrases les petites phrases, heurtées et incorrectes, qui avaient été saisies au vol, tout s
,chaudes et toutes ,·ibran1~ , par les sténol(rapbe . Cela n'e l Jlas français, di ait
M. Thier .. . oil, mais c'était vivant.... Et,
après que Thier a,ait re\U el rt'manié es
~preuves, c'élait bien moins vivant, et cc
n'était pas toujour plus français .... C' ;lait
même &lt;1nel4uefoi t·ucure moins {mnçais.
Celte nuit-là, je m'approchai re pectueusement de M. Thiers .... i'\ous avions grand'peur de lui .... li était d'une exlrêmc vivacité
et regimbait à la moindre ob er,•alion. Je me
permi de lui faire ob cm:r que, dans la
reYision des 1lpreuve , il avait écrit deux
phrase qui, l'une à la uite de l'autre, en
Jes termes pre ljUe identique , di aient exact1:menl la même cho e :
- Je le sai bien, répondit M. Thiers de
.a petite voix aigrelelle, je le ~ais bien, el
c'est exprè., entendez-vous, c'est exprès ....
La première foi c'e t pour lts gens intelligents, poar ceux qui saisissent tout de
~mite .... Mais il faut parler à Loul le monde,
il faut se faire comprendre de tout Je monde ....

Et la seconde fois, c'e t pour les imbécile ,
qui sont la majorité, en dehor de la Chambre.
Et comme je m'en allai , piteu~ement,
apr' mon échec, j'entendi M. Thier qui
mdchonoail entre ses lèvre
Et mème en dedans.
Un de mes amis dinait, il a quinze jours
fmai 1 7 l], chez M. Thiers, à Versailles ....
Et '10ilà IJUe mon ami, après le dîner, se
lrouvant dans un coin du salon avec deux
ou troi personnes, eut l'imprudence de dire,
à voix ba sf', très basse :
- Mon ·entimentest que, depui un moi ,
on aurait pu entrer à Paris par ~urprise.
M. Thiers était à vingt pa de là, à l'autre
bout du alon, mais il a l'oreiUe fine, surtout
4uand on parle des fortifications de Pari . li
bondit ur mon malheureux ami a,•ec un véritable emportement :
- Ah! vous êtes, mon cher monsieur, de
ceux. qui croient qu'on peut entrer dans Paris
par surprise. C'est une erreur, sache~le
Lien .... Par surprise! Voilà qui est bientôt
dit I Prenez le commandement de l'armée, et
entrez dans Paris par surprise !.. . par urprisel Je suis peut-être compéte11t dans la

question. Les furtifica.Liorn de Pari sont un
ouvrage immen e, un ouvrage de premier
ordre .... Elles ool arrêté 1c Prussiens pendant cinq moi . Elles ]es auraient arrêlés
pendant cinq an , pendant cinquante an , i
Paris n'avait pas manqué de vines. Et la
Commune ne manque pas de vivres; elle se
mitaille tout à on ai.e, à traver les ligo ·
prus~ienne . Croyez-moi, ce n't· t pas une petite all'aire que d'avoir rai ·on de forlifü·ation de Pari . C'esl une enlrt&gt;prise &lt;:910. alf',
gigante. que· ou ne peut en Yenir à boul que
par une grande opération d'en.cmble, par
un immense effort militaire, longuemi:nl, a,,amment comùiné .... Ah! le fortifications Je
Pari !. .. Je les &lt;·onnais, moi, mieux que ptronne, les forLifica1ion dê Paris!
f. Thiers là-de u s'en alla. Mon ami
avait reçu celle semonce, la tête ha se, doc1lement. respectueu ement. Mais, li:: lend,·main, il se vengeait en me disant :
- Oui, M. Thiers veut entrer dans Pari ,
el il y entrera, mais il lui déplairait de voir
es fortifications tomber trop vite et trop facilement. Jl faut qu'il oit bien démontré que
M. Tbier seul était capable de prendre cttte
ville rendue imprenable par 1. Thiers. Amourpropre d'auteur!
Lrnov1c H.\LÈYY.

EN 18o7. -

LE JOUR

DE

L'AN. -

Estampe de DEBOCOORT.

CLAUDE DE SlMlA E, ENFANT.

�LIBitAIR.IB ItLusTitÉB. -

J ULES

TALLANDIBR, ÉDITBUl&lt;. - ..1_5, rue Dareau,

Soinmaire du

:20 J a11vier 19 1r• .

totu. . . . Les soldats de l'ancienne France: L'armée
du R.oi-Soleil . . . . . . . . . . . . . ..
PAUi.. G.-u :t.oT. . . . . A~OU!'S d'autrefois : Un ménage royal
GtNtRAL DE M.\.RBOr. . .Memoires . . . . . . . . . . . . . .
V1cToR lluGo. . . . . Madame de .Montléar. . . . . . . .
T. G. . . . . . . . . Cœurs de rois . . . . . . . . . . . .
J\soii DE Cuoi r . . . Henri JV . . . . . . . . • • • • • • •
jEA.'&lt; RI IIEPTN. . . . Grandes amoureuses : La Périoe .

s\lJ\'T- 1\10.

P110L DE

D• :\&gt;fa x

•-1&lt;.i

Ji:u: · liOCllE . .

156

162
163

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1·
16

6$

L'abbé de Vatteville . . . . . .
Un petit Gaulois de Lutèce .
Le mystère de uremberg . .
Louis XIV et Mazarin . . . . .
L'Exode des Girondins . . ..
Mademoiselle de Circé . . . .
Le colonel prussien Collignon

. .

14

l:ltt.LAJW

P. LIE L\ PORlt.

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VET . . . . .

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P.

DE PARDTEI-L,\'i . .

. . . . . . . .

1-

.
.
.
.
. . . . . . . .

de L'Acalém1ef1·a11ç::1ise.

ILLUSTRATIONS

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS IIT ESTA MPES DE :
TIRÊE SN CAMA ÏEO :

Ar.AUX BERTA "LT CALLET . CARPACCIO, CnoFFARD, CONRAD Co DER, DESFO ÉS,
D1E:s A.-J. Duc1.o , DUPLES r-BERTEA -;, J.-M. FONTJ.1 E LI E:i1&lt;rcu Go1.Tz1c ,
GUD IN,

J.-lf. K ER. OT ,

C L A DE DE

CHARLES LAN l. 1,;, MAU RI CE L ELOl R, L LA.'i:TA, P AOI..O
JEUNE, ARC:EOT P RUDHOmtE, ANTOJXE R OBERT, ll IIIF11RE.
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SOMMAIRE du NUMÉRO 130 du 25 janvier 19 1 l

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LE P R INCE D'AUREC
Comédie en trois actes, par Henri LAVEDAN, de 1' Académie fraaiaise.
Lll"•N ne T I N' E,\ l'. La belle Mrs Kennedy, de Baltimore . - Guy U,\);TEPLE l'RE. ~m es féminines .
Co,,1T~S E .\l.,THTP.U DE :.\OAILLE.. Emotio n.
CATa1.1.e ,\Ili;. DÈS. Touffe de myosoti s. - ANA1C)I P. FM~ 'E, de l'Académie
françai ·ç.
jarà ln d' Epicure. - AtPIIONsF. DAUIJET . U7:1- mé nage de cba nt eu:r ·.
.
Ri: Rl\'01 RE. Plus tard. - HE'-R• BOllDEAVX. La robe de laine .
- T11l°':ONIIL. G.\ TIER. Bai s er ro se, boise r bl eu. - Re:;-É MAI ZEll Y. En
Provence. - J. l.\R NI. Sortie de fav eur. - Jr.,N RI Cll EP IN, de l'Ac:id~mie
aise, Une fa ntùi ie. - lll•R,.f:L l'H l~\'O T . d~ l'Acnd~mic
hon cb ette. - ,\hCilEL PR ) \ T \"'. L'é prouvette. - . \ tHF.RT .\I ER.\ T. F igurine .

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L'armée du Roi-Soleil

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L'embarquement pour Cythère.

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LES SO LDATS DE L'ANC IENNE FRANCE

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dans les ateliers d ·une des plus
grandes maisons de Paris, spécialiste
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~"~::~:OI" HISTORIA Ma:::~~:tré
WATTEAU~

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Paraissant

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

fran

TAHLEAU o"ArL~ULPBY

li\lL\ XC

SU'R_PR._1.ME MER._YElLLEUSE

Parmi les riche e d'art, trop peu connu~,_que garde précieusement en son musée
la vieille et noble viJle d'Aix-en-Provence il
~L ~ne toile, peinte ,·ers f 715 par le mai~re
a_• 01 Aroulpby, qui appelle el retient l"atten-

feU.J. d'artillerie, croire que l'arfi te 'est
~mplu, en exécution d'une commande royale,
a représenter d le ha. àge un Dauphin
da~ l':ipp:U:eil ?'1errier que, par préde tinaL1on devait lm réserver l'avenir. Ce n'est
lion .
po_urtant
~as de l'héritier présomptif d'un
On_ y voit, en pied, un petit personnage
roi
_qu;
l
~uvre d'Arnulpby nou a conde di à onze an dont l'ajustement imserve
l
effigie,
mai simplement du cadet
préni e5 L mi-p_arti de robe el d'épée, la robe
d:~E'
mai
on
de
Provence, Claude- ecret de
a_mple pli soyeux étant celle d'un joli
•~iane,
~
I
·_
de
Jo
eph de La Cépède, marmbrn que ses gouvernante- n'ont pas encore abanJu~né .an retour aux oin plus &lt;tlll- de H1:uane-lès-Ai1. el de Marguerite de
~udes _du preceplt'ur; la cuira se, étoilée de \ ~lhelle-Me1ra_rgues de Rian . EL Claude, bien
r C~OII d l'ordre, étam ceUe d'un haut lorn de deverur, par la uite, Je roudre de
0 ficie_r; .• l'ilpée dti commandement qu'il guerre _dont le pinceau d'un bon peintre avait
compla15:1mment et prématurément présagé
~rand1t herement au bou l de son petit lira
les e~plo1t , n"eù_t lai é d'autre trace qu'une
ta~DI t ~ne d un héro , d'un gagneur de bitmenLJ_oo de oo titre el de on nom dao le
e..
On po urra,t.
· en face de ce tableau. dont le re~ut-Il ' de «éaé.alo!!ie, nobiliaires, si l'eiqui e
10nd
tuwultueru s't•claire et s'enfume de ~o,le _du mu ée d'Ah, aprè deu sièc!Ps
ccoules, ne le !ai ait re,ivrc ous no ·e11.1.

:x

I\". - H1

TORI A. _

Fasc. 28 _

En ,d~pit_ du peu de place qu'il occupe
dans_l ~t lo1re de son lemp , le fils de Joseph
d~ im1ane-~ Cépède, inon par es haut
~a•t~, du .mo~ par son portrait, olTre un
~nterêt b~stor1que spécial. La belliqueuse
11~age qu on ·nou a gardée de lui montre
bien, en effet, quel était le principal souci
des parents, quant à l'éducation de leur
enfant mâles, dans la nobles e de l'ancienne
France. On ne voyait en eux que de futur
oldats, et, _dès leurs premiers an , c'était
v~:s _le ervice du roi qu'on les dirigeait,
~ eta1t_ ~ur ~e ~ 'lier des armes qu 'on le
mstrui_-ait, _c éta1L à devenir des chef qu'on
le~ prepara1t. Aus i, lorsqu'on leur faisait,
a,~nt l ân-e,. pa_rler en si n-raod apparat la
~•ra _e et l epee, on ne songeait nullement à
n_ y voir, com~e aujourd'hui pour le petit
ctt_oyen français, fil de bourgeois ou de travailleur ' pendant les journées de caroanl,
10

�111S T O'J{1.Jl

L'AR_.MÉ'E DU '/{01-SOL'ElL

qu'un travestissement et qu'un jPu. On
de\'ançait tout bonnement une réalité très

grand'mère d'aujourd'hui, serait près assurément de paraitre monstrueux: - l'impa-

Cliché Glraudon.
UNE REVUE DE MOUSQUETAIRES. -

Tab/.ea.11 J'AsTOlNE ROBERT. {!tf11sée tte Versailles.)

prochaine, qui, chez le fils de noblesse, verrait avant la fin de l'adolescence son plein
accompHssement.
A l'appui de cette explication qu'il est permis de donner pour commentaire au singulier portrait de Claude de Simiane, rien ne
serait plus aisé que de mulliplier les exemples, mais un seul suffira, tant il est concluant,
!!l'àce aux considérations et réflexions qu'il
sut inspirer à une femme en qui l'on saluera
toujours un de nos grands écrivains français.
11 s'agit du marquis de Grignan, petit-fils
de la marquise de Sévigné, jeune gentilhomme-soldat dont un savant critique, M. Ernest Bertin, a étudié el résumé naguère la vie,
d'après la belle étude, puissamment savoureuse et copieusement documentée, du maitre
historien Frédéric Masson.
Lorsque, encore tout enfant, le fils du
gouverneur de Provence semble être et devoir
re ter d'un naturel timide, disposition fâcheuse
dont s'inquiète sa mère, en raison des projets
d'avenir qu'elle forme pour lui, la bonue
marquise écrit bien ,·ile à cette dernière, pour
la tranquilliser là-dessus: cc Ils sont des filles
&lt;&lt; tant qu'ils sont en robe. En croissant, au
« lieu de craindre les loups-garous, ils crai« gnent le blâme el de ne pas être estimés
&lt;t autant que les autres, et c'est assez pour
&lt;&lt; les rendre hraves et pour les faire tuer
(t mille fois : ne vous impalientez dong
l( pas .... J)
« L'impatience, dit M. Ernest Bertin, en
reprenant et expHquant le mot de madame
de Sévigné, - uu mot qui, se retrouvant,
appliqué au même cas, fût-ce même sous la
forme ironique, au bout de la plume d'une

tience, voilà le trait oaraetéristi,rue de l'affection maternelle dans ce temps et dans
cetle classe. Le souci de l'avenir gâte ou détruit la joie du présent. Il faut mûrir ses fils

Sévigné finit elle-mèmn par se laisser rragner
aux pensées arnbitieu es de sa fille; elle
parle, sans sourire, de la figure considérable
du marquis; elle le voit déjà gouverneur de
Provence, à tout le moins colonel, et il a
six an . Elle rencontre, en allant à Vich1, un
l,ambin du mèrne âge un fils d'officier, façonné aux màles exercices, délibéré, adroit,
ous i vigoureux qu'agile à manier le mousquet et la pique, et die le cite avec admir.,tion pour ainuillonner son dauphin de Provence .... &gt;&gt;
Quelyues années s'écoulent. 16 8 arrive.
Au début de l'automne, Mon eigneur, fils du
roi, quille Versailles pour aller commander
en chef l'armée qui doit assiéger Philippsbourg. Toute la jeune nobles e s'élance sur
ses pas, impatienle de se signaler sous les
yeux de son futur souverain. Le pelit marquis de Grignan, dont la sPizième année est
révolue depuis peu, avait, trois ans plus tôt,
été admis d'emblée à faire ses débuts à Versailles, en dansant dans un bal de cour. Il va
maintenant faire sur le Rhi~ ses premières
armes. et Void un autre genre de précocité
qui ne prête pas à rire, et qui a son prix
dans tous les Lemps et sous tous les régimes.
C'est encore la même grâce, mais intrépide,
mais héroïque, sous le feu du canon, ou bien
c'e t la passion, la soif du péril et des élan
d'indomptable audace ... A. Philippsbourg, il
faut que le maréchal de Duras, sur un ordre
formel de Louvois, défende aux Yolontaires
de donner à tous les assauts, les attache à
un régiment spécial, leur assigne leur tour

Jolre marquis, attaché au o-lorieux régiment
de Champa!!Ile, y fait bonne et martiale figure; il ptor-te allègrement les fa ~cine , rit
aux boulet qui passent, enrerristre les incident du ièrre avec le sang-froid ù'un vieil
officier.... Tout marche ;1 ouhai t pour le
mou quclaire, et néanmoins madame de Grignan, il faut le dire à sa louange, en 'prouve
moin de ravissement que d'angoisse . -

bombe sur l'épée et la hanche du mou~quetaire. L'beureu-e contu,ion, qui a si bien
choi i sa place, dan~ de bonne chairs, el
·e t arrêtée à point! ... » Nous retr0t1vons,
peu après, le marquis, capitaine de chevaulégers ùans le régiment de son oncle. « li
mène une fringante compa&lt;snie qui a été
levée et équipée par maJame de Grignan
en personne. Il enlre en campagne dans

BATAILLE DE YILLAVJCIOSA (10 OÉCEllBRE J"IO)
1

PRISE DE SEPT VAISSEAUX ANGLAIS, HOLLANDAIS ET CATALA."1S PAR J\,l. DE L'AIGLE (2 MARS

Gravure de Stir.'t.TON, J.'après le tableau de

. en toute hâte pour la cour ou pour le champ
de bataille, et les ~• envoyer grossir le renom
et les honneurs de leur maison. Madame de
.... q 6 ...

Gi;oJN.

1711).

(,}fusée de Versailles.)

de se faire tuer. Vauban, si avare de l'humble sang des soldats, ne peut empècher ct.-s
généreux étourdis de prodiguer le leur ....

C'est le moment, ajoute M. Erne!tl BP.rtin, où
madame de Sévigné rtdouble de confiance
d'entrain, d'humeur guerrière, exalte Ja for~
lune el les exploits du marquis, pour jeter
~~elque baume sur la plaie qui saigne. Elle
lait bravement campagne avec son petit-fils
pour ~e protéger, le célébrer, pour le ramener tr10mpl1ant et entier. «J'ai Philipp bourg
à prendre, &gt;&gt; répond-elle aux invitations qui
pourraient la détourner de cette rude be 0 •
~ne. Elle prend Philipp bourg, et après Phihp.p bourg, il lui faut prendre encore Manhe1m, et à Manheim elle reçoiL un édat de

•

-

.

G, avure Je

P1wouom1E,

-

forcer un cbà[eau, - et enlerer onze ou
c&lt; douze cents hommes! Hepré entez-vous un
11 peu cel enfant devenu un homme, un
t&lt; homme de guerre, un brûleur de maisons l 1&gt;
cc Un lei foudre de guerre ne pouvait rester
longtemps capitaine.... Le chevalier de Grignan, , on oncle, lui offrit en cadeau son propre régiment. Mais qudque chose encore
1c

,t"af'rês le tableau -l'Auux. (.!fusée de l ·ersail/es.)

le corps du mar4uis de Boufllers. De sa
k~r~ de Bretagne, madame de Sévigné suit et
decr1t Jes événements qui s'accompli sent Sllr
les hmds de la ~loselle, et di tribue la oloire
arec une charmante partialité. Dan le"brillant assaut donné au chàleau de Kocheirn
elle ne distingue à travers la fumée du corn:
bat q.u'un seul ~éros, le sien : elle se plait à
le pnndre hou1llant, furieux, et même un
peu féroce, d'autant plus féroce qu'il est plus
imberbe, et elle onne en son honneur une
triomphante fanfare:
&lt;&lt; Ce marmot I entrer l'épée à la main, el

m~nqua!t au nouveau colonel, quelque chose
qm ne s emprunte pas, l'expérience, l'autorité
el le tact nécessaires pour mener un rérriment
de douze compagnies et s'imposer aux ~ieilles
moustaches. Il est plus facile de bâter les
grades que la raison; l'enfant reparaissait
da_ns le col?oe_l,, av~it Je~ caprice qui blessa1e_nt la d1gnue d autrui, compromettaient
la, sienne et l'exposaient à d'amers déboires. A
defaut de maturité, le marquis paya de bravuure et ce ne fut pas sa faute s'il n'eut point
de part aux actions brillantes de Fleurus H
de Staffarde. Des marches et des contre-mar-

�H1STO'J{1.Jl
ches, sans gloire, sinon sans fatigue, tel fut
le lot de son régiment. Avec la meillenre volonté do monde, madame de Sé,,igné n'y peul
trouver matière à louange .... füis son admiration se ranime à l'occasion du irgedeNice,
où le jeune colonel, affamé d'honneur, est
-accouru en wlontaire. Elle trace de ses travaux et de son altitude un portrait où la
-martiale élégance du gentilhomme esl comme
encadrée dans la beauté de la nature méridionale .... Ce n'est plus le brûleur de maions de Kocbeim, c'est l'orticier correct de
YersailJes, portant fascines à petits pas (ain i
le veut le bel air) sous la mitraille de la place,
c&lt; el quelles fascines! toute~ d'orangers, de
&lt;1 lauriers .roses, de grenadiers; ils ne crai« gnent que d'être trop parfumés. 1)
La mort de la marquise de Sévigné, qui
survint, comme on sa:it, au mois d'avril 1696,
fit perdre au brillant colonel, en même temps
crue la plus adorable des grand'mères, le plus
brillant et le plus vibrant historiographe que
jamais il eùt pu rêver. Aussi, depuis ce m()ment-là, on ,·ague brouillard rccouvre-t-il
la courte vie du marquis de Grignan. « Son
histoire lient en quelques Lignes : une promotion de brigadier, une mission d'étiquetle
à la cour de Lorraine, une vaillante attitude
à la bataille d'Hochsledl, puis la maladie, la
petite vérole, qui le prend et le tue à Thionville, au seuil des grandeurs rêvées par lt·s
siens. Tant d'application, de soins, de démarche , d'efforts généreux et hâtifs, et pour
unique récompeuse une mort obscure à
l'écart des champs de bataille, une lombe
ignorée, un nom éteint l Son épitaphe, du
moifü, nous reste, écrite par Saint-Simon,
un juge dont la louange vaut double:
c1 C'était un galant homme, et qui promettait fort. o
Telle fut, brièvement résumée, la vie d'un
de ces jeunes gentilshommes destinés dès le
berceau à devenir des soldats, et qui recevaient, avant même la fin de leur adoles. cence, ainsi qu'un dernier jouet do1l.t ils savaient d'ailleurs apprécier le prix, leu.rs pre.miers galons d'officier. Et, de même qu'elle
montre avec un relief particulier, grâce aux
lettres de l'immortelle marquise, comment
les aïeules et les mères prenaient en ce
temps-là leur parti des risques courus à la
guerre par leurs fils et leu.rs petits-fils, cette
biographie sommaire du dernier des Grignan
pourrait, dans ses grandes lignes, servir de
prototype à celle de nombre d'autres héritiers
d'un beau nom.

TI y eut Jà, pC'ndant toute la durée d'un
très long règne, uoe floraison incomparable
de jolie Lravoure, de ouriante inlrépitlité,
d'béroï~me sans pose ni apprêt. La jeune
noblesse de France prodigua, sous le grand
roi, avec le meilleur de son sang, les plus
brillants faits d'armes. De ses exploits fut
faite en partie l'auréole dont ~e nimlia l'orgueille'ux sou,·erain. Aussi, lor que arriva le
déclin dn Iloi-Soleil, dont l'éclat aveuglant
avai.L si longtemps éLloui le monde, Lous ces
noLles porteurs d'épée, quOÎ'fue toujours
aussi résolus en Iaee du pilril et vaillants en
face de la mort, s'effacèrent dans le demijour crépusculaire où s'estompait maintenant
celui devant qui l'Europe allait se déshabituer
de trembler.
Le années funestes avaient succédé aux
années glorieuses. On avait C'DCOre des troupes
ad.mirai.iles, aussi patientes que courageuses,
résistant aux plus dures fatigues comme aux
plus cruelles prirntions, et réunissant des
hommes qui, comme à Malplaquet, pour
courir plus vite à l'ennemi, s'aJJégeaient en
le jetant du pain qu'on yenait de leur distribuer et dont ils manquaient depuis la veille.
On avait, pour les commander, des officit&gt;rs
tels que le marquis de Grignan et ses pareils.
El si, malheureusement, pour mener ces soldats et ces ofûciers, on avait des chefs comme
les Chamillard et les Villeroi, on en avait
aus i comme les Villar;; et les Vendôme.
Mais, depuis la défaite d'Hochsledt surtout,
en août 1704, où tout un corps d'armée
français - vingt-sept bataillons de vieille infanterie, douze escadrons de dragons: de dix
à onze mille hommes - avait capitulé, le
prestÎ!:e de la France s'était de plus en plus
affaibli. Le malheur s'acharnait sur le vieux
roi et son royaume. « Tout révélait la profonde décadence des choses et des personnes
dans ce gouvernement 4ui avait été l'exemple
et l'effroi de tous les autres. Le présent était
s,inislre; l'avenir, tel que la pensée n'osait
plus en sonder les abimes : on n'entrevoyait
pas seulement l'abai~sement, mais la ruine
de la France l 1 »
De toutes parts, les échecs succédaient aux
échecs, les défaites aux défaites. Mais, pendant que Louis XIV, vieilli et déprimé, pouvait dire lri~tement à l'incapable Villeroi, le
vaincu de Ramillies : « Mon ieur le maréchal, on n'est plus heureux à notre âge, »
l'armée, où bouillonnait toujours un sang
jeune et ardent, ne connaissait ni le découra1. Deori Martin, tome XIV, page 506.

gement, ni la résignation . .Faisant face aux
diverses coalitions formées contre la France,
elle continuaithravement, sur tous les points,
à combattre - pour l'honneur. Et la fortune
devait enfin répond-re à tant d'efforts par des
sourires qui, pour un temps, allaient sinon
faire oublier Lanl de désastres successifs, du
moins en atténuer le souvenir.
C'est en Espagne, où le I oi de Fran"e, par
la force des armes, tentait de consen-er le
trône à Philippe V, son petit-fil~, que les
alliés devaient, à leur tour, essuyer de nouveaux revers.
De ce côté la marine française se montra
la digne auxiliaire de notre armée de terre.
Dès i 707, - alors que le duc d'Orléans et
Berwick s'emparaient de Valence, puis de
Lérida, cette fameuse place, réputée imprenable, contre laquelle le grand Condé luimême avait échoué soixante ans plus tôt, Forbin et Dugua1-Trouin capturaient ou coulaient des convois anglais portant en Espagne
troupes et munitions. Et celle guerre maritime se poursuivait presque continument pendant toute la durée de la campagne dans la
péninsule, jusq u•au déùu t de frl1 , où M. de
l'Aig]e prenait brillamment, après un combat
de quelques heures, sept vais~eaux anglais,
hollandais et catalans, qu'il conduisait ensuite partie à Malte et partie à Toulon.
Entre temps, le roi de France envoyait au
secours du roi d'Espagne le duc de Vendàme, dont le nom, à lui seul, &lt;C valait upe
armée ». Vendôme, qui possédait au suprême
degré l'art de fanatiser les troupes qu'on lui
donnait à diriger, jouissait d'uu prestige tel,
qu'une foule de volontaires, dont un grand
nombre appartenaient à la noblesse, le suiYirent en Espagne, et infusèrent à l'a.rinée
franco-uspagnole comme un sang nouveau.
Aussi vil-on à Villaviciosa, où Philippe V
commandait à côté de Vendôme, une des
plus vigoureuses et des plus frappantes manifestations des qualités spéciales qu'une éducation avant tout militaire, un cc enlraÎDt'ment » app.roprié, ainsi qu'on dirait aujourd'hui, donnait aux gentilshommes de ce
temps-là.
EL la bravoure de ces'jeunes officiers, menant si crânement leurs hommes au Ieu, ne
con tri boa pas peu à cette brillante victoire,
- l'un des suprêmes rayons dont s'éclairèrent les dernières années d'un vieux roi, qui,
à sa mort, laissa la France plongée dans u
si terrible misère, en un désarroi si profond,
après l'avoir comblée de 1ant de gloire.
PAUL DE

.\lORA.

L&amp;

REl:.E A. NONÇANT A M~IE DE BELLFGARl&gt;P., DES JUGES ET LA LtnERTÉ DE SON MARI, EN MAI

17~7. •

Gravure tie A .-J. DuvLoS, j'aprés le faste/ .:te LEsFOssü.

AMOURS

D'AUTREFOIS
♦

Un

ménage royal
Par PAUL GAULOT

[1

pareilles d'autre désaYantage que de n'avoir
point un mari à tromper ou à désespérer,
Louis XV meurt le iO mai 1774.
comme le Montespan, les Châteauroux et les
Le premier acte de son successeur est une Pompadour?
insulte à la mémoire du roi défunt : il
Le seul reproche politique qu'on pût
cc envoie la c-réature au couvent 1 » ; en
adresser à madame du Barry ··tait d'avoir
d'autres termes, on expédie à madame du poussé au renvoi de Choiseul. Si Louis XVI
Barry une lettre de eachet. La mesure était considérait la disl-!ràce de ce ministre comme
pour le moins inutile, car la favorite, privée une faute, le meilleur moyen, pour réparer
de son protecteur, se serait retirée d'elle- cette iuj ustice, était non d'exiler la maitresse
même dans quelqu'une de ses propriétés. A royale, mais de rappeler Choiseul. Il n'en fit
quoi bon attirer davantage encore l'attention rien cependant, et ce n'est pas fauted'enavoir
sur une liaison que la mort venait de rompre, été sollicité. On verra plus tard ce que raconte
el surtout traiter aussi durement une femme à ce sujet llarie-Anloinette; qu'on sache seulégère, mais bonne, el qui n'eut sur ses lement que, par les soins de la reine, une
1. Lettre de Marie-AnloineHe à :Uarie-Tbérêse entrevue eut lieu entre le nouveau roi et
14 mai 1774).
l'ancien ministre, lequel entendit, sans trop

d'étonnement, ces étranges paroles sortir avec
peine de la bouche royale :
- Monsieur de Choiseul, vous avez bien
engraissé .... Vous a,·ez perdu vos cheYeux,
YOus devenez chauve.
Ce fot là tout ce qu'il put trouver à dire.
L'impression que produisait le pauvre
prince élevé ainsi à la toute-puissance était
?éné_rale, el_ceux-là seuls conservaient quelque
1llu~1~n qm ne le connaissaient point et se
flattaient que le successeur de Louis XV
vaudrait mieux que &amp;on prédécesseur. Lacho e
s~mb!~t facile, car o~ ne pensait guère qu ïl
f~l aise de t,rouver pue. On ne trouva point
pire, en eflet, mais on trouva autrement
mauvais. Louis XV ne manquait pas d'inlelligenre, mais de caractère et de moralité.

�, ___________________________

111S TORJ.ll
Louis Xîl a, ait moins d'intelligence, pas écrit : assurémeuL, elle n'avait pas lieu ù'en "ucces. ion en ligne directe, tous s'imaginaieul
davantage de caractère : par contre, il avait èlre c1 on ne ;:aurait plu coatente u. La for- découvrir dans les moindres SJ'mptàmes la
de la moralité à rcrendre, i l'on peul appeler mule banale de sou mari lui causa quelque réalisation de ces espérances. Marie-Antoinette
de œ nom une apaÙlie extraordinaire, qui dr.crption, el elle ne s'en eacha pa . Elle rapporte un mince incident urrnnu à ce
ést un défaut ans i bien chez un roi que reprit la plume, priaot sa mère d'excu er le sujet : cc En revenant de Compiègne, j'ai eu
chez un homme.
1·oi à cau,e de sa &lt;&lt; timidité et embarras une petite indisposition fort dé agréable en
Mèrcy-Aruenteau sentait lti danger, et ne naturel. " Et elle ajouta : « Yous vo ·ez, ma ,,01age : la grande chaleur et le mouvement
"oyait de ren.ècle à cet éLaL de choses que chère mamaa, par la fin de on comphmenl, de la voiture où j'étais montée en sortant de
dan l'action polilic1ue de la reine. Il regrettait que, quoiqu'il ail beaucoup de tendre e pour la table m'ont porté au cœur, ce qui m'a fai t
qu'elle cùt toujours été ,1 un peu
beaucoup vomir, te qui m'a
trop éloignée de aifa ires séfait grand honneur dan le purieuses n, el, elon lui, il fallait
blic; mais, malheureu ement,
&lt;&lt; que, pour la sûreté de son
ma chère maman voit bien que
IJonheur, elle commen~·ùt à
j 'étais loin de grosse se•. &gt;&gt;
'emparer de l'autorité 4ue le
En d'autres circonstances,
roi n'exercera jamais que d'une
elle Y mettait moins de bonne
façon préca ir ', et, rn la tourhum~ur, et il arriva un jour
nure des gens qui composent
que, pressée par une de ses
cette cour, ru l'e pri Lqui le
femmes de ne plus monter à
anime et qui les guide, il crait
cheval, elle s'écria dans un
du dernier danger eL pouT l'État
moment d'impatience trop exet pour le sy tème général
plicahle :
que qui que ce . oit s'emparàt
- Au nom de Dieu! laisdu roi, et qu'il fùt conduit par
sez-moi en paix, et sachez que
un autre que par la reine 1 &gt;l.
je ne compromets aucun hériAin ile malheur de sa destitier4?
née \'OUlait que ses ami~, ses
Bientôt la joie d'autrui vint
con eillers la poussassent eux .
ajouler à ses propres tristesses .
mèmes dans la \'Oie funeste oit
Le comte d'Artois, de trois ans
la malheureuse princesse dt:!vaÜ
plus jeune que Louis XVI, el
rencontrer lant d'obstacles et
marié trois ans plus tard,
soulever tant de colères ... .
n'avait point imité la réserve
Mais les Lemps terrililes
de ses frères : la nouvelle que
éLaienL encore éloignés , er, pour
la comtesse d'Artois était en1.: momeut, elle éprouvait l'éceiute se répandit à la cour
Llouissement que lui donnait
avec une rapidité prodigieuse,
ce beau titre de (1 reine de
et, dès le deuxième mois, les
France &gt;&gt;. Son orgueil s'en
uns s'en réjouissaient, tandis
i·éjouissait, et, naïvement, elle
que d'autres s'en attristaiènt.
ne pouvait s'empècher, écrivaitCe fut une cruelle piqûre d'aelle, &lt;&lt; d'admirer l'arrangement
mour-propre pour la reine.
de la Providence, qui l'avait
Elle 'elforça d'atlénuer son
choisie pour le plus beau royaucb.agrin en écrivant la cho e à
IDIJ de l'Europe. Jl
ca mère: (( J'avoue ... que je
EUe était heureuse de monsuis fàchée qu'elle devienne
trer sa joie à sa mère. Dans celte
mère avant moi, mais je ne
heure d'expan,ion, elle voulut
m'en crois pas moins obligée à
y associer sun mal'i, et elle Iui ·
avoir pour elle plus d'auention
demanda d'écrire 4ueh1ues mols
que personne. » Mais Mercy
auss i. Afin de lui rendre la
LOUIS xvr.
pouvait être plus franc: « Debesogne plu facile, elle lui dicta
puis les apparences très probaGra,•ure de NARGEOT, cf Jf&gt;rès le tableau de CALLET . (.lfusée de 1·c,-sailles. )
deu'( phl'ases qu'il écrivit doLles de la grossesse de macilement : c1 .fe uis fort ai e
dame la comtesse d'Artois, il
de Lrouver une occasion, ma ch?1rc maman, moi, il ne me gâte pa par ses fadeurs!. &gt;&gt; est arrivé ce que j'avais toujours prévu et
de vous prournr ma tendres e et mon atlaCependant il y avait un progri!s dans la craint : c'est que la reine, frappée de cette
chement. Je désirerai bien avoir de vos conduite conjugale : depuis quelque temps circonstance el réiléchissan t sur les siennes
conseils dans ces moment~-ci, qui sont si em- déjà, il avait ce sé de se reLÎrt'r le soir dan
propres, y trouve avec rai on un sujet très
barra~ anis .... &gt;&gt;
se appartements el ne souhaitait plus le grave de peine, el je rnis avec un extrême
Il était. lancé; e1le espéra qu'il allait conti- bonsoir à sa femme, comme il avait fait le chagrin que Sa Majesté en est intérieurement
nuer, mais elle eùl voulu qu'il le fit de lui- jour de se noces et pendant si longlemp de- affectée d'une façon Lrès douloureuse 5 . »
mème. Le roi continua en elîet : &lt;C Je serai
puis, mais il dormait simplement plus près;
Bien qu'elle cherche à conserver son embien enchanté de pouvoir vous contenter et c'était le seul changement survenu, car il pire sur elle-mème, la vérité finit par lui
de vou marquer par là tout mon attachement n'empêchait point la reine de dormir.
échapper, et alors les imprudences commene~ la reconn~issance que j'ai que vou avez
La nouvelle u t'D avait pas moia été ébruitée, cent. L'exaspération qu'elle éprouve d'être
bien voulu m accorder votre .Olle, dont je suis et tous alors, partageant ce désir universel, associée à ce mari ridicule lui fait oublier ses
on ne saurait plus content. »
qu'il e t d'usage de manifester sous les monar- résolutions anciennes; elle ne se relient plu ,
Marie-Antoinette Yint lire ce qu'il avait chie , de voir un héritier assurer rordre de
0

1

J. Correspv,ulaure secrète, 1. lI. 11. l;:ii.

•

2. ibid., L 11, 11. H0-141.

- r5o ...

3. Ibid .. L li, p. 230.
'•· Mémofres de 111adame Campan .
b. Corresp. sea., 1. li, p. 268 et 214.

el c'est sur uu Lon de plaisante raillerie trop heureu e encore i, eu se perdanl, elle
qu'elle parle de lui maintenant. fü c'était conserve les vertus dues à son rang! »
L"empereur Joseph li, son frère, fut aussi
encore à Mt-rcy ou à a mère, il n ·y aurait
attristé
tiue Marie-Thérèse. et. dans le preque demi-mal; mais elle prend pou.r confident
mier
in
tant de la surprise el du mécontenun ancien diplomate, qui fut l'homme de
confiance de l'impératrice en diverses circon- lemenl, il adressa à sa sœur une lettre
s.Lances, le comte de Rosenberg. Elle lui écrit. contenant le reproche, les plus durs, el où,
le 17 avril l 7ï5 : (&lt; Le plaisir que j'ai eu à arec uue Yéritahle perspical'ité, il lui énuméeau eravec vou , monsieur, doit bien mu ré- rait es fautes, celle que plu tard on devait
pondre de celui que m'a fait votre lettre. Je transformer en crimes. Faisant allu~ion à la
ne serai jamais infjuiète des conte" qui iront nominal ion de M. de Sartines au ministère de
à Yienne taot qu'on ,,ou en parlera; vous la marine, au remoi du duc d'Aiguillon, à
connaissez Pari et Versaille , vous avez vu l'affaire as ez louc-he du duc de Guines, et à
et jugé. 'i j'avai besoin d'apologie, je me la charge de surintendante donnée it la princonfier11is bien à l'0us. De bonne foi j'en cesse de Lamballe, il disait : « De quoi vous
avouerai plu que vous n'en dites : par mèlez-,·ous, ma chère sœnr. de déplacer des
e:xemple, mes goùts ne sont pas les mèmes ministres, d'en faire envoyer un autre snr es
que ceu'&lt; du roi, qui u'a que ceux de la chasse terres, de faire donner tel département à
celui-ci ou à C'elui-là, de faire gagner un proel des ouvrages mécaniques. YousconTiendrez
que j'aurai~ ass·cz mauvaisfl 11,râce auprès cès à l'un, de créer une nouvelle charge disd'une forge; je n'y ,erais pas Vulcain, et le pendieu e à votre cour, enfin de parler
rôle de Vénus pourrait lui déplaire beaucoup d'affair~s, de vous servir même de termes
plu que me goûts qu'il ne désapprouve très peu convenables à volre situation?
pas. \) Cette lellre nous fait connaitre une
« Peut-on éi.;rire quelque chose de plus imMarie-Antoinette qu'on n oupçonnerail pas prudent, de plus irraisonnahlP, de plu~ incond'après .a correspondance hahitu.elle. Elle venant que ce que vous marquez au comte de
n'a pas lieu d'aillt&gt;urs de beaucoup étonner, Rosenberg touchant la manière avec la'luelle
la p.rincesse ayant de tout temp monlré une vous arr·angt&lt;âtes une conversation à l\eims
tendance à la malignité et une grande apti- avec le dur. de Choi eul '! Si jamais une lettre
tude à ai ir les ridicules des gens. On devine comme celle-là s'rgarail, si jamais, comme je
les bruits auxquels le comte de rio enberg n'en doute presque point, il Yous échappe des
avait faiL alla.ion dans sa Jeure. La .réponse propos et pbra es pareilJe vis-à-vis de vos
est très uelle et marque la très petite place irn imes confidents, je ne puis qu'entrevoir le
que tenait &lt;( Vul(·ain &gt;) dans l'e prit de sa malheur de votre vie, et j'avoue que, par
femme. Un pas~age d'une lettre, adres ée le l'attachement que je vous ai voué, cela me
15 juilld, au mème de tinataire, accentue fait une peine infinie 1 •..• »
enrore les chose .
Ces crainles prophétif]ues ne parvinrent pas
rt s'agiL de l'entrevue préparée à son in. ti- à Marie-1ntoinette. L'impératrice jugea trop
gation entre le roi et Choiseul, entrevue dont vifs les reproches de Joseph II _à sa sœur, et
on sait le piteux résultat.
t&lt; Vous aurez peut-ètre appris l'audience
que j'ai donnée au duc de Choiseul à Reims.
On en a tant parlé que je ne répondrai pas
que le vieux Maurepas n'ait eu peur d'aller se
reposer chez lui. Vous croirez ai émenL que
je ae l'ai point vu &amp;ails en parler au roi, mais •
mus ne devinerez pa l'adi·esse que j'ai mi e
pour ne pas avoir l'air de demander permision. Je lui ai dit que ,j'avais cnvie de ,·oir
M. de Choiseul el que je a'étais embarrassée
que du jour. J'ai 't bitn fait que le pauvre
homme m'a arrangé lui-mèmc l'heure la plus
commode où je pouvais le voir. Je crois que
j'ai assez usé du droit de femme dans ce moweut 1. ))
Le comte de Rosenberg ne se crut pa tenu
à un secret qu'on ne lui demandait pas, et il
montra les lettres. Elles étaient d'un st;ile à
ne point pas er inaperçues, et elles de1•inrent
promptement le sujet des conversation . Le
BARON DE BESE~VAL.
bruit en parvint jusqu"à l'impératrire, qui
demanda à voir l'ori"inal. Avec quelle stupeur elle lut les confidences de sa fille!&lt;&lt; J'en elle obtint qu'une lettre de formes plus douces
sui· pénétrée jusqu'au fond du cœur, écrit- seraiL substituée à celle-là. Peut-ètre aussi se
elle à Mercy. Quel S!Jle, quelle façon de pen- ~ouvenait-elle qu'elle avait partarré l'avis de
ser! Cela ne ron firme que trop mes in4uié- Mercy, conseillant à la reine de prendre autotudes; elle court à grands pas à sa ruù1e, rité sur son époux, et de s'.occuper des affaires
1. Correspon.lance tecrèle, L. Il, p. 561 et 562.

2. ibid.,

L.

Il. p. 36:5.
... 151 ...

UN

JKÉNAG'E ~OYAL ~

de l'État, ce dont le roi ne leur semblait
guère capable.
~lercy apprit avec peine l'incident causé parces lellres; il essaya tout d'abord d'atténuer
le mécontentement qu'on en avait ressenti à
Vienne.
(C Je vois avec un grand chagrin combien
celte lettre de la reine au comte de Rosenberg
a causé de peine à Votre Majesté; cependant
je la supplie de daigner me permettre d'observer que le sens et la tournure de celle .
lettre ne partent absolument que du point de
la petite vanité de vouloir paraitre en position
de gouverner le roi, et que dans le fond la
reine n'a pas eu l'intention de donner aux
termes dont elle se sert, nommément à celui
de cc bonhomme n, l'acception de plaisanterie
d011t ce terme pourrait paraître susceptible.
Votre Majesté apercevra celle vérité si elle
daigne jeter un coup d'œil sur l"article de
mon très humble rapport du 17 juillet, où il
s'agit de la façon où le roi indiqua lui-même
le moment de l'audience à donner au duc de
Choiseul. Lorsque la reine me confia cette
circonstance, elle m'en parla comme d'une
chose arrivée de hasard el à laquelle elle
n'avait point mis de détour ni de projet. Ce
n'est donc qu'après coup que Sa Majesté a
imaginé, en écrivant au comte de Rosenberg,
de donner une tournure de plaisanterie à une
chose qui était arrivée tout naturèllement. J'ai
toujours insisté sur ce que, à l'extérieur, la
reine manquait quelquefois à de petites démonstrations d'égards et d'attention envers le
roi : mais, cruant à l'essentiel, il est certain
qu'elle estime son auguste époux, qu'elle est
mème jalouse de sa gloire, et qu'il n'y a que
de petits mouvements de vivacité et de légèreté
qui puissent quelquefois masquer en elle
celle façon de penser el de sen tir• .... &gt;&gt;
C'étaient là les efforts d'un vieux courtisan,
désirt!ux de plaire à tout le monde; malheureusement, l'impératrice ne pouvait accepter
tous les beaux raisonnements du diplomate,
non plus que la pelite entorse qu'il donnait à
la ,·érité. c&lt; Ce n'est pas l'épithète de cc bon &gt;&gt;,
mais de c&lt; pauvre homme )), dont elle a régalé son époux. )l Toutefois, comprenant
qu'une trop grande sévérité produirait mauvais e[et, el sentant le besoin de ménager ~a
fille au moment où celle-ci vient d'apprendre,
- avec quelle jalousie, avec quelle amertume,
on le devine, - que la comtesse d'Artois est
accouchée d'un fils, Marie-Tbérèse se borne
à quelques maternelles remontrances, gardant
pour Mercy la confidence de ses chagrins et
de ses craintes.
ll semble que chaque jour les augmentât;
en effet, la reine en était arrivée à une sorte
d'exaspération contre son mari, et, comme si
elle eût.redouté qu'on atlribuàt à elle, et non
point à lui, cette absence d.héritier qui faisait
gloser tout Versailles et tout Paris, elle ne se
retenait plus et confiait les secrets de l'alcôve
à ceux qui, pour une raison quelconque, lui
paraissaient mériter de telles confidences.
C'est ainsi qu'elle donna sur la constitution
5. ibid. , 1. li, p. 570.

�SACRE DE

Louts XVI,

ROI DE FRANCE: ET DE NAVARRE, A

REws.

LE 11 JUIN

17~5-

Dtssi!1é d'atres irature el gravé par J,-1\l.

MoRua LE JEUNB,

desSinale:ur el graveur du cabinet du roi.

�1f1STORJJI - - - - - - -----------------------------------pb)'sique du roi certains dJtails trop préci
au baron de BeseOYal.
Ce personnage, Sui ~e d'origine, avait servi
avec distinction dans la guerre de ept an ,
et s'était par là acqui une bonne situation à
la cour. « li avait une belle taille, une firure
agréable, de l'esprit, de 'l'audace : que faut-il
de plus pour réussir? Au si avait-il eu beaucoup de succès auprès des femmes .... Il parvint bientôt à ~e faire admettre dans la ociélé
intime de la reine; mêlant alors la flatlerie à
des maximes pernicieu es qu'il débitait avec
une as urance faite pour en impo er à une
princes e sans expérience, il ac•1uit or elle
un ascendant foneste, et que je regarde même,
ainsi que plusieurs per-onne à portée d'en
juger, comme une d~s principales causes de
sa perte. En effet, la reine, avec un 1rès bon
cœur, avait un malheurrux penchant pour la
moquerie. ll applaudi t à ce défaut que l'on
pourrait presque appeler vice dans un tel
rang 1.... »
On juge de ce que devenaient les confidenl'es
faites par la reine à un tel homme, qui se
fiaLLait cc de lui fa.ire jouer le rôle et de lui
donner la con istanr.e la plus convenable à sa
gloire el à assurer son bonheur' 1&gt; . ll n'eut
rien de plus pressé que de les divulguer : il
était si heureux d'exciter la jalousie en se
vantant des bontés qu'on lui témoignait!
Le bruit en Yintjusqu'aux oreilles deMarieThérèse; ce lui fut un chagrin de plus : &lt;( La
confidence qu'elle a faite au Laron de Besenval sur ce qui est personnel au roi est une
nouvelle preuve de son peu de réflexion, »
écrit-elle à Mercy le 5 octobre 1775.
Le fait est qu'il étaiL sin~lier, pour ne pas
dire plus, que Marie-Antoinette parlàl à qui
que ce fùt, sauf à sa mère el à Mercy, d'une
légère opération qu'il était alors question de
faire au roi, opération plu utile d'ailleurs
pour l'aider à vaincre son excessive timidité
que pour lui en facililer les mol'ens physiques.
L'excuse qu'elle peut invoquer, c'est qu'au
milieu des curieux malreillants qui l'environnaient, les secrets les plus intimes cessaient
promptement. par l'indiscrétion de la domesticité, d'ètre des secrets. Puis ne doit-on pas
pardonner beaucoup à une ft&gt;rnme placée
comme elle dans une situation si anormale?
Elle n'avait pas un caractère assez fortement
trempé pour dévorer son chagrin en silence
el s'armer en public d'impassibilité. Quelle
patience, d'ailleurs, il lui eùl fallu! Les années
passaient; à l'époque où nous sommes parvenus, il y avait plus de cinq ans qu'elle était
mariée, et elle était toujours obligée de répéter à sa mère ses aveux mélancoliques sur
l'inditlërence du roi à son égard. li y avait
certes là de quoi dépiler une femme même
moins jeune, moins jolie el moins aimable
que la reine.
(&lt; Le roi parait redoubler d'amitié et de
confiance pour moi, écrit-elle le 12 novembre 1775, et je n'ai rien à désirer de ce
côté-là. Pour l'olijet important qui inquiète la
tendresse de ma cbère maman, je suis bien
1. Souvenirs el Porlraiü, par 11. le duc
2. Mémoù-es du. ba1·011 de lJe8enval.

DE

Uvis.

fùchée de ne pouvoir rien lui apprendre de
nouveau; la nonchalance n'est ùremenl pas
dti mon côté. Je sen plus que jamais combien cet arLiclc esl intéressant pour mon sorl;

Duc

DE CH01sEt.;L ,

G•avure de

J ,-',[. F'ONTAINF.

d'après un taNeau ;tu /lf11sèe de Versailles.

mais ma chère maman doit juger que ma
situation est embarras~ante et que je n'ai
f?Uère d'autres moyens que la patience et la
douceur 3 • )&gt;
Parfois, comme si elle eût voulu racheter
auprès de sa mère le tort de certaines confidences imprudentes ou inntiles, elle se montrait plus résirrnée à on .ort,et cherchait à
dire de Loui Hl le plu de bien qu'elle
pouvait. La chose n'était pas facile en ellemême; elle ne le devenait un peu que par
comparaison. Quand elle reportait son allention sur ses beaux-frères, qu 'el!e,voyai.t l'un,
le comte de Provence, (( gros comme un tonneau, bien paresseux et bien gras 1J , et sous
le rapport de la virilité plus nul encore que
on mari, el l'autre, le comte d'Artois, sot et
\'anileux incapable d'un acte de courage ou
d'une action raisonnable, elle en arrivait à
trouver sa part moins mau,·aise : « Je sui
convaincue que, si j'.n-ais à choisir un mari
entre les trois, je préférerais encore celui que
le ciel m'a donné. Son caractère est vrai, et,
quoiqu'il est gauche, il a toutes les a Ltentions
el complaisances possibles pour moi 4 • ))
Le vague el relatif sentiment de préférence
que Marit!-Antoinelle croyait 011 disait éprouver
pour son mari ne suffi ail point à sa nature
alfectucuse. Instinctivement, elle chercha autour d'elle qui pourrait en combler le vide, et
tout d'abord se raballit sur l'amitié. Sa bonté
la guida mal en l'occurrence, et ses choix ne
furent pas heureux.
Elle commença par distinguer une femme,
un peu plus âgée qu'elle, dont la beauté et les
malheur avaient atL.iré l'attention de tous.
5. Cm·respo11da11ce secrëte, 1. Il, p. ;;94,
4. ibid., t. li, p. 40/4 .

füdemoiselle de avoie-Carignan. veuve à dixneuf ans du prince de Lamballr, avait eu
pour ce mari déhanché une a[..,ction vive. et
elle avait éprouvé à sa mort, suite d'excè de
toutes sortes, une douleur profonde. Elle
avait songé un instant à s'ensevelir dans la
retraite. a situation de famille l'avait ramen,:e à la cour, et il avait éLé même qu estion
prndant quelque temps de lui faire épouser
Loni XY, ennuyé et désœuvré, veuf à la foi
de. a femme et de l'a maitres e, la marquise
de Pompadour. Les con olations que prodi,,.ua
au vieux roi madame du Barr~ firent tomber
ce projet.
Marie-AnLoinetle, O,rnphine, ·entil un p;oùt
très vif pour cette jeune Î&lt;!mme, et, lorsqu'elle
devint reine, elle n'eut d'autre désir que de
placer son amie dans une haute position près
d'elle. Par malheur, la princesse de LamLalle
était aussi peu iutellig:enle c1ue dévouée, el
elle ne larda pas à las er l'afJeclion de sa protrctrice.
Déçue de ce côté, celle-ci reporta toutes les
ardeurs de son cœur aimant ur une l"ernme
séduisante, habile au suprèrne degré, d'une
in. atiable cupidité, et qui devait, au rebours
de la princesse de Lamballe, montrer plus
d'intelligence que de dévouement, en se mettant à l'ahri par la fuite dès que viendraient
les mau 1rais jours.
La comtesse Jules de Polignac, dont le
vil'af(e d'une pureté angélique dissimulait
admirablement une âme aux: pires instincts.
1·oroprit au. sitôt le parti qu'elle pouvait tirer
d'une amitié si haute pour ~orlir de la position précaire, misérable mème, dans laquelle
elle se trouvait. Mettant à profit l'extrême faveur dont elle jouit promptement auprès de
la reine aveuglée, elle amena avec elle toute
s~ famille, y compris le comte de Vaudreuil,
qui, publiquement, était son amant. Ilicntôl
elle forma, avec la princes e de Guéménée,
une joueuse suspecte, le baron de Be emal,
un intrigant sans moralité, et quelques autres
personnages dignes de ceux-ci, une coterie
de tinée à se protéger mutuellement et à mettre
en coupes réglées la bienveillance et la généra ité de la reine. Ils ne réus irent que trop
bien : il n'est pas d'honneurs 11ue la Polignac
ne réclamàt pour elle et pour les siens, pas
de cadeaux qu'elle ne ollicit àt, an"menlanl
ses prétentions à mesure qu'augmentaient les
l,ienfails. Elle sut, au bout de peu d'année ,
faire altriliuer à sa famille près de cinq cent
mille livres de revenus annuels; ous un vain
préteite, elle obtint pour Vaudreuil une pension de trenle mille livres, et, quand sa fille
fut en âge d'êLre mariée, elle reçut pour elle
une dot de huit œnt mille livres.
Mercy était candalisé, et ne s'en cachait
point : « Toutes les familles les plus méritantes se récrit'nt ,conlre le tort qu'elles
éprouvent par une telle dispensai ion de grâces,
et, si l'on en voit encore ajouter une qui
serait sans exemple, œs clameurs el le dégoùl
seront portés an dernier point 5 • n
li était, en elfot, que·stiou de donner à

a.

UN
madame de Polignac un domaine du roi de
cent mille livre de rente, le comté de Bitche.
Toutefoi. . l'imprudente reine ne se bornait
pa à ce amitié· féminine., rt bientôt elle
di.lini!Ua un g-rand seigneur, flcnri de Franquelot, dur de Coigny, preruicr écuyer du
roi. li acquit auprè d'elle un crédit tel
i1u'il sufllsait qu'il ollicitàt quelque grâce
pour qu'elle fùt accordée immédiatement. U
était bien de sa personne: il n'en fallut pas
davantage pour faire naitre de bruits qui,
une foi . emés dans le puLlic, prirent tant de
consistance que la répu la lion de la reine en fu l
irrémédiablement atteinte 1 •
Ce n'e.l pa tout: la politique tente l'épouse
délais ée, et on in°érence dans des matitlres
-i gra,,e n'étant guidée ni par le. conseils
d'homme autorisés, ni par une expérience
réritaLle, porte le fruits le plus déte table .
Son hostilité valut 11 Malesherbe. et à Turgot
leur disgràce, et même, « sans les repré entalion les plu fortes et les plus instantes 1&gt;,
qui firent fléchir sa volonté, c'est à la Bastille
qu'elle eût voulu que le contrôleur général hit
conduit. El ce qu'il y a de plus tri Le dans cet
incident, c'est qu'on l'yYoit manquer de franchise : elle écrit à Marie-Thérè e &lt;I qu'elle
n'e t pas fâchée de ces départs, mais qu'elle
ne s'en est pas mèlée )&gt;, ce que, pour rester
fidèle à la vérité, Mercy est obligé de démentir.
En dehors de la politique, qui ne pouvait
point donner de bien grandes jouissance à
une femme comme Marie-Anloinelle, la grande
dislrac1ion de Lou les moments que lais aient
libre · l'étiquette et les devoirs de représentation était le jeu, non point le jeu pris comme
amusement, mais le jeu pousséjusq11'àl'ahus.
Et, comme il arrive toujours eu pareille circonstance, cette passion s'augmentait d'autant
plus q11'on s'y laissait davantage aller. Mercy
disait, en parlant de la reine : « on jen e~l
devenu l'ort cher; elle ne joue plus au jeu d&lt;-l
commerce, dont la perte esl néce sairement
bornée. Le lansquenet est devenu son jeu
ordinaire, et parfois le pharaon, lorsque on
jeu n'est pas entièrement public. Les dames
et le courtisans ont effrayés et affiicré des
perle auxquelles ils s'expo ent pour !aire
leur cour à la reine. [I est de même vrai que
le gro" jeu déplait au roi, el qu'on se cache
de lui autanl qu'il est possible. 1&gt;
·I . .lft&gt;moirea dit cnmte de Tilly.
i . Con·espo11do11,·e seai:lr, l. Il. p. 40i el a2t

.MÉJ\J.JWE ~OYAl. - -...

plus enracrés; mais, portant en cela la mesquinerie et le manque de dignité qu'il avait
en toutes choses, il &lt;( tourmentait toot Ir
monde el formait une espèce de quête dans
Versailles pour ra~sembler cinll à six cent
louis dont on formait une banque, et contre
laquelle on joua il tr~s gros jeu:; )) . Il n'était
même pas beau joueur, « se désolant quand
il perdait, et se livrant à des joies pilopbles
quand il gagnait ».
Quant à la reine, elle ne ju~tilîait guère
l'adage qui veut que les faveurs de la fortune
compensenl les déplaisirs de l'amour : elle
perdait constamment, et, comme sa cassette
particulière n'était point inépuisable, elle
devait des sommes con idérables. Mercy l'aida
à en faire le calcul au mois de janvier l 777 :
le total fut de lfUatre cent quatre~vingt- epl
mille deux cent soixante el douze livres.
Les dettes contractées par la rerne n'étaient
peut-ètre pas le plus. grand inconvénient de
ce jeu effréné; les séances s'en perpétuaient
sc,uvent fort avant dans la nuit, et le roi
vivait de plus en plus séparé de son épouse.
Cette situation fit naitre dans l'esprit de quelques courtisans l'idée de reprendre pour l1mr
compte le rôle joué ous les règnes précédents
par quelques grands seigneurs dépourvus de
prPjugés. Pourquoi ne donnerait-on pas une
maitresse au roi? Si la chose réu si~sait,
quelle infiuence ce $erail pour eux! Et ils
al'aienl même quelques bonnes raisons de
croire qu'en plaisant ainsi au roi ils ne
déplairaient point à la reine.
ll y avait alors à la Comédie-Française une
jeune artiste de dix-sept ans, mademoiselle
Contai, laquelle possédait « la taille la plu
svelte, la plus élégante, une physionomie
étincelante de vivacité et d'enjouement; qu'on
se figure enfin une femme qui, aussi spirituelle que jolie, est aussi jolie qu'il est possible de l'ètre ». Avec cela « un talent au
niveau de sa beauté : profondeur et finesse,
gaielé et sen, ibililé, donnant l'accent le plus
juste à tous les sentiments qu'elle exprimait
al'ec 1a Yoix la plus mélodieuse 'i&gt;.
Ce fnt sur cette sédui ante comédienne que
quelques personnes bien intentionnées jetèrent
les yeux; daw leur pensée, elles la destinèrent
à déniai er le roi.
Mais la tentative échoua dès le début : on
:i. Ibid .. t. lll, p. :;.J,
voudrait pouvoir n'en faire honneur qu'à. la
4. Les S01we11irs el les Regrets du L•ieil amaütll'
tlramotiquP.
vertu du. pri ncê.

Mai sur ce point comme .ur tant d'autre ,
le roi ne .avait témoigner qu'un déplaisir platonique, et sa bona serie, imprudente et maladroite en l'espèce, ne trouvait rien ponr
enrayer le mal. ans énergie, ans autorité, il
se laissait en quelque sorte bafouer par les
joueurs acharnés qui ne t~naient aucun compte
de ses remontrances. Mercy rapporte un incident bien caractéristique à cet égard : c&lt; li
prit envie à. la reine de jouer au pharaon; elle
demanda au roi qu'il permit que l'on fit venir
des banquier -joueurs de Paris. Le monarque
observa qu'après les défenses portées contre
le jeux de hasard, mème chez les princes clu
.ang, il était de mauvai~ exemple de les
admettre à la cour; mais le roi, avec sa douceur ordinaire, ajouta que cela ne tirerait pas
à conséquence, pourm que l'on ne jouàt
qu'nne seule soirée. Le banquiers arrivèrent
le :iO octobre ( 1776) et taillèrent toute la nuit
et la maliuée du :'ll chez la princesse de L~mballe, oit la reine re ta jusqu'à cinq heures
du matin, après quoi Sa Majesté fit encore
tailler le soir et bien avant dans la matinée
du j rr novembre, jour de la Tou saint. La
reine jona elle-même jusqu'à troi heures du
matin. Le grand mal de cela était qu'une
pareille veillée tombait dans la matinée d'une
l'ète solennelle, et il en est résulté des propos
dan le public. La reine se tira de là par une
plai anterie, en disant au roi qu'il avait permis une séance de jeu sans en déterminer la
durée, qu'ain i on arnil été en droit de la
prolonger pendant trente- ix heures. Le roi
e mil à rire et répondit gaiement : &lt;&lt; Allez,
vous ne valez rien, Lous tant que vous
êtes!! »
La ituaüon qui était ainsi faite à ce mari
débonnaire n'était _pourtant rien moins que
plai ante. A Paris, en elJet, la fureur du jeu,
un moment contenue par les ordonnances de
police, s'autorisait d'un aussi haut exemple
pour reprendre de plus belle, el le pauvre roi
édictait de nouvelles défenses très sévères,
qu'il 11°o ail même pa a,·ou.er à la reine, el
que l'on critiquait d'autant plus qu'au palais
de Ver ailles régnait une plu grande tolérance.
Le comte d'Artois, qui partageait sut· cc
point les goùt de sa belle-sœur, était un des

(A

Ibid. , 1. JH, p. 382.

.,. t5.'i...,.

suivre.)

PAUL

Gr\.ULOT.

�,

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITJ{E XL

placés autour de la chapelle. Enfin, pour
comble Je malheur, le désordre iut jeté parmi
Bataille de Fuentes d'Oi'ioro. - Fatale méprise. nos troupes par un déplorable événement que
Beau mouvement de Masséna. - Insuccés dù it
l'on
aurait dù prévoir.
l'abstention de Bessières.
Il y avait. dans la division Fcrey, un baLorsque nous rencontrâmes l'armée anglo- laillon de la légion hanovrienne au service de
porlugaise à l'extrême frontière de l'Espagne la France. L'habit d'uniforme de ce corp
et du Portugal, elle était postée en avant de était rouge comme celui des Anglais, mais il
la forleresse d'Alméida, dont elle faisait le portail des capotes grises comme toute
bloclls; les troupes occupaient un très vaste l'armée française; au si le commandant des
plateau, ilué enlre le ruisseau de Turones et Hanovriens, qui avait eu plusieurs hommes
celui qui coule dans le profond raviu nommé tués par nos gens au camp de Busaco, avait-il
Dos Casas. Lord Wellington avait sa gauche demandé, avant d'entrer à Oùoro, l'autorisaauprès du fort détruit de la Conception, le tion de faire garder les capotes à sa troupe,
centre vers le village d'Alameda, et sa droite, au lieu de les rouler sur les sacs, ainsi que
placée à Fuentès d'Oiioro, se prolongeait vers cela venait d'être prescrit. Mais le général
le marais de Na,·e de Ave!, d'où sort le cours Loison lui .répondit qu'il devait se conformer
d'eau que les uns nomment Dos Casas et les à l'ordre donné pour tout le corps d'armée. li
autres Oi1oro; ce ruisseau couvrait son front. en résulta une méprise bien cruelle; car le
Les Français arrivèrent sur cette ligne en 66• régiment français, ayant été envoyé au
trois colonnes, par la route de Ciudad-Rodrigo. .outien des Hanovriens qui combattaient en
Les 6• el 9e corps, réunis sous les ordres du première ligne, les prit au milieu de la fumée
général Loison, formaient l'aile gauche placée pour un bataillon anglais et Lira sur eux,
en face de Fuentès d'Oiioro. Le Se corps, sous pendant que nolre artillerie, induire aussi en
.Junot, et la cavalerie de Montbrun, étaient au erreur par les habits rouges, les couvrait de
centre, au bas du monticule de la .Briba. Le mitraille.
général Re)'nier, avec le 2ecorps, prit position
Je dois à ces braves Uanovriens la ju tice de
à la droite, observant Alameda et la Concep- dire.que, bien que placés ainsienlredeux feux,
tion.
ils les supporlèrent longtemps sans reculer
Plusieurs bataillons d'élite, les lanciers d'un seul pas; mais enfin, ayant un grand
de la garde et quelque!' batteries composaient nombre de blessés et 100 hommes. tués, le
la réserve, aux ordres du général Lepic, bataillon se trouva dans l'obligation de se
célèbre par sa valeur et la brillante conduite retirer en longeant un des côtés du village.
qu'il avait tenue à la bataille d'Eylau.
Les soldats d'un régiment français qui y
A peine nos troupes étaient-elles à leurs entraient en ce moment, voyant des habits
postes respeclifs, que le général Loison, sans rouges sur leur flanc, se crurent tournés par
allendre les ordres de Masséna pour un mou- une colonne anglaise, et il en résulta quelque
vement simultané, foncüt sur Je village désordre, dont les ennemis profitèrent habiled'Oiio.ro, occupé par les Éco,sais et la dh·ision ment pour reprendre Fuentès d'Oùoro, ce qui
d'élite de l'armée des alliés. L'attaque fut si ne serait pas arri\'é si les généraux. eussent
brusque et si vive que Jes ennemi , bien que garni les fenêtres de fantassins, ainsi que
retranchés dans des maisons en pierres sèches l'avait prescrit Masséna. La nuit vint mettre
très solides, furent obligés d'abandonner lem· un terme à ce premier engagement, dans
poste; mais ils se retirèrent dans une vieille lequel nous eûmes 600 hommes mis hors de
chapelle située au sommet des énormes combat.
rochers qui dominent Oùoro, et il devint
Les perles des ennemis furent à peu près
impossible de les déloger de celle importante les mêmes, et portèrent principalement sur
posilion. ~lasséna prescrivit donc de s'en tenir leurs meilleures troupes, les Écossais. Le
pour le moment à l'occupation du village, et colonel Williams fut Lué.
de garnir toutes les maisons de troupes; mais .
Je n'ai jamais compris comment Welcet ordre fut mal exécuté, car la divisionFerey, lington avait pu se résoudre à attendre les
qui en était chargée, se laissant emporter par Français dans une position aussi défarnrable
l'ardeur d'un premier succès, alla se former que celle dans laquelle l'inhabile général
tout entière en dehors d'Onoro et s'exposa Spencer avait placé les troupes avant son
ainsi au canon et à la fusillade des Anglais arrivée. En effet, les alliés avaient à dos non

- 156 -

culement la forteresse d'Alméida qui ,leur
barrait le seul bon passage de retraitl', mai
encore la Coa, ril'ière très encaissée, dont les
accès sont in6niment di[liciles, ce qui pouvait
amener la perle de l'arm~e anglo-porturaise,
si les événements l'eu~sent contrainte à se
retirer. li est vrai que la gorge escarpée el très
profonde du Do Casas protégeait le front des
Anglais, depuis les ruines du fort de la Conception jusqu'à Nave de Avel; mais, au delà
de ce point, les berges de ce grand ravin
s'affaissent, füparaissent même et font place
à un marais très facile à traverser. Wellington
aurait pu néanmoins s'en servir pour courrir
la pointe de son extrême droite, en le faisant
défendre par un bon régiment appuyé par du
canon; mais le généralissime ennemi, oubliant
le tort qu'il avait eu à Busaco en ~e reposant
sur le partisan Trent du soin d'empêcher les
Français de tourner son armée par le défilé de
Bofalva, .retomba dans la même faute; il se
borna à confier la garde du marais de Nave
de Avel aux bandes du partisan don Julian,
incapables de résister à des troupes de ligne.
Masséna, informé de cette néglig-ence par
une patrouille de la cavalerie de Montbrun,
ordonna de tout préparer pour que ses divisions
pussent franchir le marais le lendemain au
point du jour, afin de prendre l'aile droi.tedes
ennemis à rever . On fit dol)c confectionner
pendant la nuit bon nombre de fascines, et en
même temps le ge corps et une parlie du 9•,
marchant en silence, se dirigèrent ,·ers 'ave
de Avel. La division Ferey resta devant Oiioro,
que l'ennemi occupait toujours.
Le 5 mai, au point du jour, une compagnie
de voltigeurs se glissa parmi 11::s saules et les
roseaux, franchit sans bruit le marais, et, se
passant des fascines de main en main, combla
les mauvais pas, do"nt le nombre élaiL infininimenl moins considérable qu'on ne l'avait
présumé.
Don JuLian et ses guérillas, se croyant à
l'abri de toute attaque derrière le marais, se
gardaient si mal que nos gens les trouvèrent
endormis et en tuèrent une trentaine · tout le
resle de la bande, au lieu de tirer vivement,
ne fût-ce quepouravertir lesAnglais,se sauva
à Loutes jambes jllsqu'à Freneda, au delà du
1'urones, et don Julian, quoique fort brave,
ne put retenir ses soldats indisciplinés. os
troupes, profitant de la négligence de Wellington, s'empressèrent de traverser le marais,
et déjà nous avions de l'autre côté quatre divisions d'infanterie, Loule la cavalerie de

________________________

Montbrun, plusieurs batteries, et nous étions
maîtres de 'ave de Ave!, sans que les Anglais
e fussent aperçus de notre mom-ement, un
des plus beaux que Ma séna ait jamai
conçus.... C'était le dernier éclair d'uue
lampe qui s'éteint. ...
Par le fait de notre passage au lraYers
des marais , l'aile droite de ennemis était
complètement débordée, et la situation de
Wellington devenait eHrêmemenl difficile,
car non eolement il devait opérer un immen~e
changement de front pour s'opposer à celle

-,

sur Pozzo Velho la première brio-ade d'infan- les seules qui fussent encore arrivées à se
terie qui lui Lomba sous la main. ·otre cava- ranger devant nous!. ..
Cependant, par ordre de Masséna, le général
lerie, dirigée par llonL~run, culbuta el sabra
celle arnnt-gard e l... Le général ~Iaucuae. Montbrun, cachant son artillerie derrière
suivant alor ce mo•l\'ement en avant, se pré- quelques escadrons de housards, s'avance de
cipita dans les bois de Pozo Velho, d'où il nouveau et, démasquant tout à coup ses
chassa les Écossais, auxquels il prit deux cent bouches à feu, foudroie la division llouston,
cinquante hommes et en tua une centaine. et, lorsqu'elle est ébranlée, il la fait charger
Toul faisait donc présager aux Français une par les brigades Wathier et Fouroier, qui
victoire éclatante, lorsque, par suite d'une sabrèrent presque entièrement le 5i 0 régiment
discussion élevée enLre les généran.x Loison et anglais et mirent dans la plu complète
llontbrun, celui-ci ~u pendit la marche de la déroule le surplus de la division Houston. Les

C A\IPAGN"E D' ESPAGNE : CœlUAT DE CASTALLA. -

de nos divisions qui occupaient déjà ave de
Ave] el Pozo Velho, ainsi que le bois situé
enlre ce village et Fuenlès d'Oiïoro, mais le
général anglais était forcé de laisser une pa.rLie
de es troupes devant Fuenlès d'Oùoro et Alameda pour contenir les corps du comle d'Erlon
et du général Reynier, qui se préparaient à
passer le Dos Casas, afin d'allaquer les ennemis
pendant leur mouvement. Lord Wellington
avait i Lien cru l'extrémitéde son aile droite
à l'abri de Loule atkinte par le marais de Na,·e
de Ave), qu'il n'avait lai sé sur ce point que
quelques cavaliers éclaireurs. Mais en VO}ant
celle aile tournée, il s'empressa de diriger

,Mi:..M0 11(ES DU GÉNÉR,.llL BAR.ON DE ;Jf .Jl'Jt_BOT -

Gn1 v1111~ Je DrEN, ,i 'af'rès le lal'lea11 d4 C nARLES LAN GL OIS. (Musée de Versa illes.)

réserve de cavalerie, sous prétexte que les
batteries de la garde qu'on lui avait promises
n'étaient pas encore arrhées! En effet, le
maréchal Bessières les avait retenues sans en
prévenir Masséna, qui, averti trop tard de
celle difficulté, envoya sur-le-champ plusieurs
pièces à Montbrun; mais le temps d'arrêt de
celui-ci nous fut doublement funeste: d'abord
parce que l'infanterie de Loison, ne se voyant
plus secondée par la cavalerie de )Iontbrun,
hésita à s'engager dans la plaine; et en second
lieu, cette halte fatale permit à Wellington
d'appeler tonie sa cavalerie au secours des
divisions anglaises de Ilouslon et de Crawfurd,

fuyards ga~ècent Villa-Formosa, la rive
gauche du Turones, et ne durent leur salut
qu'au régiment des chasseurs britanniques
qui, posté derrièreunelongue et forte muraille,
arrêta l'élan de nos cavaliers par des feux aussi
nourris que bien dirigés.
Wellington n'avait plus sur cette partie du
champ de bataille que la division Crawfurd et
celle de cavalerie, le surplus de son armée,
pris à revers, n'ayant pas encore terminé
l'immense changement de front qui deva.it
l'amener en ligne devant les Français. Comme
le terrain sur lequel on combattait en ce
moment était, avant nolre passage du marais,

�,
1f1S T0'/{1.Jl
le lieu le moin expo é à no· coup , le "en
attaché à l'intendance de l armée anglai e,
le ble .és, le dame tique le bagaJ?e., les
chevaux de main, le soldats éloignés de leur
ré iments .• étaient acmlomér ·s, el cette \'aste
plain était couverte jusqu'au Turone d'une
mulli1ude en désordre, au milieu de laquelle
le Lroi carrés que venait de former l 'in footerie de Crawfnrd ne parai aient que comme
des points! ... Et nous avion là à portée de
canon, et prèt à fondre ur le nnemi , le
corps du général Loi.on, celui de Junot, cinq
mille homme. de cavalerie, dont mille de la
garde, et de pln riuatre batteries de camparoe ! ... IPjil Je " corp a,·ail dépassé le
boi· dP. Pozo Velho; le \:l• atlaquait vivement
le village de Fucntès d 'Oîioro par la ri,•e
droite du Do Ca as, el le général Reynier
avait ordre de déboucher par Alameda, afin
de prendre les An lais par derrière; il n'
avait doue plu qu'à marcher en avant. ...
us i l'hi torien Napier, qui a i tait à celte
bataille, convient-il que dan lout le cours de
la guerre il n'y a point eu de moment au. i
dangereux pour le armre hrilannique ! ...
~lais l'aveurrle fortune en décida aulrementl. ..
Le rrénéral Loison, au Jieu d'aller par la rive
oauche el le Loi prendre à rever le village
de Fuentè d'Oiioro, allaqué de front par le
général Drouet d'Erlon, perdit beaucoup de
Lemp. et fit de faux mouvements qui permirent à Wellin,..,.lon de renforcer ce poste
important devenu la clef de la po ilion. De son
ôté, le général Re)'oier n'exécuta pa les
ordre· de iasséna, car sous préteito qu'il
avaiL des force trop con idéra bles devant lui,
il no dépa sa pas .\.lameda el ne prit presque
aucune part à l'action.
lal«ré tous ces contretemps, nou pou\'i.ons
encore garrner la bataille, lant no avanlages
étaient grands I En effet, la cavalerie de
~Iontbrun, ayant battu celle des ennemis, ne
tarda pas à ,e trouver en présence de l'infanterie de Crawfurd. Elle chargea et enfonça
deux carré , dont un f utlitléralemcnLbacbé! ...
Le oldat du second jetèrent leur armes et
'enfuirent dans la plaine. Le colonel llill rend
on épée à l'adjudant-major Dulimbern, du
15ede cha seurs, et nou faisons quinzecents
prisonnier . Le troisième carré anglai Lient
toujours ferme; Montbrun le fait attaquer
par les brigade Fournier et \\'athier, qui
pénétraient déjà par l'une de îaœs, lor que
ces deux t't'énéraux ayant eu leurs chevaux
Lué ou eux et les colonel étant Lou
ble és dao la mêlée, personne ne se troun
là pour diriger 1•s ré 0 imenls vainqueurs.
,1onLurun accourut, mai le carré ennemi
s'était remi en ordre; il dut, pour l'attaquer,

reformer no escadrons.
Pendant qu'il 'en occupe, \tas éna, voulant a.chever la victoire, envoie un aide de
camp porter au général Lepic, qui se trouvait
en réserve avec la caYalerie de la garde, l'ordre de charger lais le brave Lepic, mordant de dé,espoir la lame de son !:al.ire, répond a,·ec douleur que le maréchal Be· ières,
son che[ direct, lui a formellement défendu
d'engager le ll'oupe~ de la 0 arde sans son

nrdrc! ... Dix aide de camp parlent alor,
dans tout le direclions à la recherche de
Bes ièr ; mai celui-ci, qui depui plusieurs
jour marchaü con Lam ment au prè de Ma éna, a,·ail di paru, non par manque de valeur, car il était fort brare, mai par calcul
ou jalousie contre on ramarade. li ne voulut
pa enrayer un eul de homme confié à
son commandement pour a urer un uccidont Loule la "loire rejaillirait ur fa éaa,
~an . f&gt;0!Ier aux intérêt upérieur de la
France! ... Enfin, au bout d'un quart d'heure,
on trouva 1o maréchal Drssièrr loin du champ
de liataille, errant au delà du marai , où il
examinait de quelle manière étaient fait le
fascines employée le malin pour é!ablir le
pas age 1... JI arcourl d'un air empressé,
mais le momenL décisif, manqué par sa faute,
ne e retrouve plu . car le ..\n°lai • 'étant
remis du dé ordre dan lequel la cavalerie de
Montbrun le avait jelé • venaient de faire
approcher une artillerie formidable qui couvrait nos escadrons de mitraille, pendant que
les leur délivraient le quinze cent prisonniers que nous avions faits. Enfin, lord ,Wellington, aprè avoir terminé son chanj!"emenl
de front, avail rétabli son armée ur le plateau, ]a droite au Turones, la gauche appuyée à Faentès d Onoro.
A la vue de celte nouvelle ligne rnlidement
constituée, Ma séna su pendiL la marche de
es troupes el fit commencer une forte canonnade, qui eau a de grands ravages dans
le rang- épais de ennemis, qu'l\lle charge
générale de toute notre cavalerie pouvruL enfoncer.
Masséna espérait donc que Be sières consentirait enfin à faire participer le régiments de Ja 'garde à ce coup de collier, qui
nous eût infailliblement donné la victoire;
mai Bessières s'y reîu a, en disant qu ïl
était re~ponsable enver !'Empereur des
perte que pourraient éprouver les troupes
de a garde! ... Comme si toute l'armée ne
servait -pas !'Empereur, pour qui l'~ entiel
était de Eavoir le Anglais battus et cha sé
de la Péninsule!. .. Tous les militaires, et
principalement ceux de la garde, furent indignés de la détermination de Bessières, et
se demandaient ce que ce maréchal étail venu
faire devant Alméida, puisque, pour sauver
cette place, il ne voulait pas que se troupes
pri sent part au combat. Ce contretemps si
inattendu changeait tout à coup la face de
affaires, car à cbaque in tant le An°lais recevaient de nombreux renforts, et 11ne de
leurs plu fortes divi::.îons, anivant du blocu
d'Alméida, ,·enait de pa er le Turone pour
se former dans la plaine!. .. La po ilion r~ pective de deux armée .e !ramant ain i
chan«ée, les combinaisons faite la veille par
Mas éna deraienL l'être de même. Il ré olut
- donc de porter ses principales forces sur
Alaméda, de s'y réunir au corp de Reynier.
pour tomber tau ensemble sur la droite et
les derrières des ennemi . C'était la contrepartie du mouvement opéré la nuit précédente par Nave de A,·el.
){ai un nouvel oh tacle imprérn arrêta

tout à coup l'elfet de ce di:-po ition . Le
général Eblé, chef de l'artillerie, accourt préYenir quïl n'y a plus au parc d'artillerie que
quatre cartouche par homme, ce qui, aYec
celle lais ée dan le giberne , donnait à
peu près une vin.,.laine de cartouches par îa:11la in.
r, c'était in-urfi ant pour recommenr.er le combat aYec un ennemi qui oppoerail une résislance dé I' pérée ! ... ~la éna
ordonne donc d'envo er à l'instant même tau
les fourcron à Ciudad-Rodrigo pour prendre
des muni Lion de guerre· mai l'intendant
déclare qu'il en a disposé pour aller chercher
dans la mème ville le pain qui doit être di lribué le lendemain aux troupes! Il fallait
cependant des cartouches. Ma éna, n'a ·anl
plu aucun moyen de Lran port, invite le maréchal Bes ières à lui prèter pour quelque
heure les caisson de la garde; mai celui-ci
répond froidement que es alLelage , déjà
îatieués dans celte journée, seront p· rdu
s'il font une marche de nuit par de mauvais
chemins, et qu'il ne les prêtera que le lendemain!... fa éna 'emporte, el 'écrie qu'on
lui enlève une seconde l'ois Ja victoire, qui
vaut bien le prix de quelques chevaux; mais
Bessières rcf u e encore, et une cène des plus
violenles a lieu entre les deux maréchaux 1
Le 6, au point du jour, ]es caissons de
Bessières partaient pour llodrigo ; mais leur
marche fut si lente que les cartouches n·arrivèrent que dans l'aprè -midi, et WelJington a,•ait employé ces vin°t-qualre heures !t
retrancher a nourelle position, surtout la
par1ie haute du village de Fuentès d'Oi1oro,
qu'on ne pouvait enlever désormais sans répandre des torrents de sang français! L'occasion de la victoire fut donc perdue pour nous
ans retour!. ..

CHAPITRE XLI
Dèvoue.menl de trois soldats. - Deslruclion d·Atméida et é,·a ion tic la garni on. - L'armée" se cal\•
tonne à Ciudad-Rodrigo. - Marmont rempl3ce
Ma éna. - fautes de ce dernier.

Masséna comprenant qu'il ne pouvait plus
ètre que tioo. de livrer bataille, ni de ravitailler Alméida, dut e borner à tàcher de
sauver la garni on de cette place, après en
avoir détruit le fortifications. lai pour arri'"er à ce but, il fallait pouvoir prévenir le
gouverneur de la ville, qu'entouraient de
nombreu es Lroupes anglaise,, et les communication étaient, sinon impos ibles, du
moins fort difficiles. Trois braves, dont les
nom doivent ètre conserr · dans nos annales, e présentèrent volontairement pour
remplir la périlleu e mi ion de Lraver ·er le
camp ennemis el de porter au général Brénier des in tmctions sur ce qu'il dernit fair~
en ortanl de la place.
Ces troi intrépides militaires étaient :
Pierre Zanihoni, caporal au 7Ge: Jean-Xoël
Lami, cantinier de la division Ferey, et André
TilJet, cba seur au Ge léger. Comme il·
avaient tou as Lté l'année précédente au
sièn-e d'Alméida fait par le Français, ils
cannai saient parfaitement le contrée rni-

___________________

MtM011{ES DU G"ÉN"É'R/tl BA~ON DE JJfA1fBOT - ~

e guidant sur la lune et sur le cour de
incs el devaient prendre des chemin dilfé- mai - ce îut tout le contraire dan le villa:ze, rui eaux. Déjà il n· était plu qu'à une peren1 •. On remit à chacun d'cui: une petite où le ennemis amieot combattu à l'abri de. tite distan e de la divi ion française du génémai ons et de murs de jardin . On releYa
lettre en chiffre, pour 1 gounirneur, et il
ral Ileu&lt;lel t, envoyée au-devant de lui par
beaucoup de bJes.és des d~u~ parts. At~ no!°partirent le 6 au uir, nla nuit clo e.
lia .éna lor.que, a)aot renconlré une bribre
des
nôtre
étail
le
cap1tatn
cpteml,
aide
Zaniboni. dé••ui é en marchaml espagnol
n-ade porlu aise, il Loml.,a ur ell , la dis(il parl:iit fort bien la langue d~ pap), _'i1!- de camp du prince Berthier, qui aw1it, comme ~er a el continua rapidement sa retraite. Mais
:;.inua dan· le lii\'Ouacs an!!laJs sou. pre- Canouville, reçu l'ordre de quiller Pari pour le .,énéral Pack, a\'erti par la fusillade, ac,enir auprè. de Ma séna. Le malheur de ce
1cxle de ,. ndre du tabac el d'acheter le hacourut de l(alpartida, uivit 110s colonnes en
bit. de bummes tué·. Lami, ,·ètu en paysan jeune homme fut eo~ore plu ~-rand, car un tiraillant, el bientôt la earalerie anglai e du
boulet
lui
bri,
a
une
Jambe
qu
11
fallut
amportugai., joua 1t peu prè~ le m~me rùle sur
o-énéral Cotto, attaquant vivement l'arrièreun autre point de la lig-nc annlai~e, cl ce pe- puter ur le champ de bataille! 11 up~orl_a iarde de la garnison, lui fit éprourcr ciueltit commerce étant en usage dans toutes lL'S celle terrible opération avec courage. el il Y1t que perte . Enfin, no aeo. , apercevant le
encore.
armée~. le~ deux Françai · ;uaienl d'une lirrn
[n rovant rarmée rrançaise re ter immo- pont de Barba del Puerco par lequel s'a,·an;1 l'autre an· éveiller aucun oup~·on, cl
çail la divi-ion TieudeleL Ytnant à leur ren:ipprochaienl déjà de portes ~'.\lméida, ~or.- bile dev;nt lui pendant plu ieur jour , Wel- coot re, e crurent sauvés et manifestèrent
qu • des circon, tances re tée inconnue· hrenl lionton, dont les alve faite par le canon leur joie; mai. il était écril &lt;1ue le ,ol portud'Alméida ,·enaienl .ans doute d'aLtirPr l'aldécounir Jeur ru,,e. Fouillés cl trahi par le
«ais de,•ait ètre encore arro é de sang franlctlrei; accu.atrices, ces deux malheureux fu- teolion, comprit que Ma,séna aYait l'intençai !
tion
de
favori
er
l'éra
ion
de
la
garni2on
de
rent fu.ilP comme e pion , J'aprè· le. loi·
La dernière de no colonnes a·,ait à lracette
place.
(1
renforça
donc
la
di"ision
de la «ucrre, qui rangent d,1ns c&lt;·lle catéver
er un défilé abouti ant à une carrière
gorie ef puni enl de mort tant militaire qu'., l'bargée du b1ocu et donna au général Ca.mpituée
entre des rocher en pointe d'aiguille.
pour remplir une mi ·:ion, quille ,on uu1- hell, qui la commandait, de ordre· telle- Les ennemi accouraient de tous côtés, el
ment bien comuinés que 'il eu ent été
forme.
quelque peloton de notre arrière-,,.arde r1!Quant à. Till •t, mieux impiré el urLouL ponct_ucllement exécuté., le énéral Brénier
rent ooupés &lt;le la colonne par la cavalerie
plus hauil que es di!UX _infortunés_ cama- el ses troupe n'auraient pu édlapper aux aot't'lai e. 1 celle vue, les oldats f raoçai
• 1
rade • il parlit pour Almé1da Pn umîormc. ennemi. ....
Ce fut le 10, à minuit, qu'une e-xplo- gravissant avec légèreté les "ersanl escarpés
armé de ou .al,re, et prenanl d'abord pour
îon
ourde el prolongée appriL à l'arméè de la gorge, évitèrent la cavalerie anglai e,
chemin le Lit profondément encai il du rui ruai ce fut pour tomber dan un autre daneau de Do Ca.a . où il aYail de l' au ju.- françai e qu'enfin A.lméida n'existait plu , du
ger : l'infanterie portugaise les suivit s~r les
qu'à la ceinture, il ·'avança leulemenl de ro- moins comme place forte. Le général Bréhauteur", dirigeant . ur eux une fusillade
cher en rocher, e blottis ant derrière :rn oier, pour donner le chan"e aux An°lo-Porvive et meurtrière! Enân, lorsque nos vollimoindre Lruil, jusqu'auprès des ruines du
creur , près d'ètre secourus par la division
fort de la Conception, ou, quillanl le Do
lleudelet, espéraient toucher au port, la
Casa , dont les haute berges J'a\·aieut . i
terre manquant tout à coup sous leur pa
bien caché, même ur le~ points qui touen enrt}outit une parûe dan un précipice
chaient au camp ennemi, il rampa ur
béant, au pied d'un immen e rocher. La tète
genoux au milieu des mois~ons déj1\ hautes
de la colonne portugai e qui pour uivait viel parvint enfin à l'avancée d'Alméida, où il
vement nos gen éprouva le même sort, et
fut reçu le 7, au poinl do jour, par le po te:
roula pêle-mêle avec eux dans ]e gouffre. La
de la garnison françai e !... La lettre tran,division Heudelt:l, qui accourut, étant parmi$e au général Brénier par cel intrépide
venue à repousser les troupes anglo-porluoldat contenaiL l'ordre de faire auler les
gai
es bien au dela du point où venait d'a,oir
rempart et de e retirer au ,ilôt ur Barba
lieu
celle cala trophe, on fouilla le fond du
del Paerco, 01J les troupes dn général lle~·précipice,
qui pré entai L un pectacle aiîreux !
nier iraient au-Je1·anl de lui. Plu ieur alve
Là gi aient trois cent oldals français ou
d'artillerie du plu gw cahure, tirées à des
portugais, morts ou horriblement mutilé !
heures indiquées, devaient annoncer à MasCependant
une oixanLaine de Françai et
éna qu'un d,. .e. émi· aire èLa.it arrivé.
trente
Portugai
urvécureoL à celle horrible
Le canon d',\lméida ayant fait entendre ces
chute.
. alves, Ma séna fit le préparatif nécessaire
Tel fut le dernier incident de la pénipour opérer sa retraite sur Ciudad-Rodrigo.
ble
et malbeureu·e campa 0 ne que les Frandè qu'il aurait acqui' la cerlilude de la desçai
venaient de faire en Portugal, où ils ne
truction des remparts d'Alméida. Le. opérarentrèrent µlu. !
tion de ce 1renre exi.,ent beaucoup de temp.,
L'armée de lias éaa, abanùonnanl le champ
car il faut miner le remparts, char-"cr le
de
bataille de Fuentès d'Oiioro, se replia ver
fouroeaux, détruire le munition , l'artilforie,
Ciudad-flodrirro,
où elle prit es cantonneuri er le affùts, etc., etc.
ments.
ll fallut donc altendré que le Lru.il du caLe .\nrrlai ne la ui I irent pas. 'ous
)\~RÉ.CHAI. )1oCTOX, COMTE: DC LOBAU.
non nou avertit que Brénier éi;-acuait la
ùme
plu Lard que "'elliogton,
exa. péré
plac-e; le deux armé · re tèrent donc en pré- r ,r.1r1ff" Je RomtRRE, J':ifn!s 1111 t:icl/le,111 lu ,\frt~,•e
v
contre
le
..,énéral
Campbell,
qu'il
accu ait
ence toutes 1e journées des 7, 8, 9 el 1()
d'avoir
voulu
lai
ser
évader
la
o-arni
on
d'.\lsan rien entreprendre l'une contre l'autre.
méida, faute d'avoir exécuté ses ordres, avait
Pendant ce temp , le Anrrlai demand~rcnl
traduit ce général devant un con e-il de
une su. pension d'arme pour enterrer les
"Uerre,
et que Campbell 'était brûlé la certurrai
,
les
avaiL
harcel
·
dans
les
journée·
mort . Ctt hommane rendu à de ùrav " "Uervelle
de
désespoir.
précédentes
du
côté
oppo
é
1t
celui
par
lequel
rier devrait loujour· êlre pratiqué chez les
.i peine l'armée [raoçai e fut-elle rendue
la garni on d Yait etlectner .a ortie, qui eut
nation· civili·ée . Le noml.ire des cadavre
anglais Lrouvè dao La plaine fut infinimtnl lieu san malencontre. n en fut d'abord de dan ses quarùer. de rafraichis ement, que
plu con.idé.a.ble que celw de Françai. ; même de la retraite que Brénier diri 0 eait, en Ma_ éna on,,.ea à la réor"ani er dans l'e pair
.... 1.)(,) ....

... 1.58 -

�JJf"ÉMOTR,ES

1f1S T O'f(1.Jl
de faire une nouvelle campagne; mais on
travail était à peine commencé, lorsque nou
vimes arriver de Pari le maréchal Marmont.
Ce maréchal, qui apportait sa nominaiion de
générali ime, se pré-enta d'abord comme le
successeur du maré bal Ney au commandement du 6e corp ; pui , quelques jours aprè ,
lorsqu'il ut suffisamment cannai, aoce de
l'étal dus choses, il produi il ses lettres de
service et remit à Ma séna l'ordre impérial
qui le rappelait à Pari !
Mas~éna fut atterré par c lle disgrâce imprévue el par la manière dont elle lui était
annoncée, ce qui présageait que l'Empereur
n'approm·ait pa la façon dont il avaü dirigé
les opérations; mai contraint de céder le
command ment à Marmont. il fil es adieux à
l'armée el se rendit d'abord à • alamanque,
après avoir eu une très vive explication avec
Je général Foy, qu'il accu ait d'avoir fait
cause commune avec Ney pour le des ervir
auprè de !'Empereur.
En apprenant la vigueur avec laquelle le
général Urénier avait dirigé la retraite de la
garni.on d"Alméidn, !'Empereur le nomma
général de divLion. Il récompensa aussi le
dévouement et le courage de l'intrépide Tillet,
en lui douoant la croix de la Légion d'honneur et une pen ion de 600 rranc . Cette
seconde faveur fut plus tard l'objet d'une discussion à la ChamLre de député . Tillet,
devenu sergent, avait obtenu, sou la Re Lauration, une pen ion de retraite, quand on
propo a de la lui retrancher par application
de la loi ur le cumul. Le rrénéral Fo~' plaida
éloquemment la eau e de l'héroïque oldat,
qui con erva e deu pen ion .
Ma éna fit un trè court éjour à alamanque et e dirirrea sur Paris, où, dès son
arrivée, il e présenta chez !'Empereur, qui,
prétextant des alfaires importante ·, refusa
pendant un mois de le recevoir!. .. La di grâce était complète! ... Il est vrai que !asséna
avait commi de bien grande faute et mal
répondu à la confiance de !'Empereur, principalement dans sa marche ur Lisbonne; mais
il faut convenir au i que le gouvernement
eut le torl bien grave d'abandonner son armée
dans un pays aus i dénué de re sources que
Je Portu al, et de ne pas a surer e communication par des troupe échelonnées enlr~
on armée et la frontière d'E pagne. Quoi
qu'il en soit, Masséna se releva dan l'esprit
de ses troupes p&lt;'ndant l'e pédition entreprise
pour ecourir Alméida; non eulemenl il .fit
de très beaux mouvements stratégiques, mais
il e montra fort actif, ne s'inquiétant plus
de tme . . . . qu'il lai a sur les derrières de
l'armée, et donnant tous e soins aux opérations de la guerre. Cependant, je me p rmettrai de sümaler plu iears faute commi e par
(asséna pendant on expédilion contre A.1méida.
La première fol de l'enlreprendreavec des
moyens de trao port io uffi ants pour les
vivre el pour les munition de guerre. On a
dit qu'il manquait de chevaux de trait : c'est
vrai, mais il exHait dans la contrée une
grande quantité de mulets qu'il aurait d11

mettre en réquisition pour quelque jours,
ainsi que cela se pratiqu en pareil ca .
~econdement, la fatale mépri e occa ionnée
par le habit rouges de llanovrien ayant
déjà eu 1ieu à Bu aco, Ma. éna aurait d11
faire prendre le capotes !!l'i es à ce bataillon,
avant de le lancer dao Oiioro pour combattre
les Anglai , dont l'habit rou 0 e était pareil 11.
celui des Uanovrien . Par celte préYoyance, le
0 énérali sime eùl con ervé lout le ,·iUage, dont
nou perdùnes la partie élevée, qu'il nou fut
impossible de reprendre.
Troi ièmement, Ma. séna étant maître d'une
grande partie de la plaine el du cour du Dos
Casa , moins le point où ce ruis eau traverse
Fuentè d'Oi'loro, il eut tort, selon moi, de
perdre un temp· précieux et beaucoup
d'homme , en cherchant à repou er entièrement le nglai de ce village fortement retranché par eux. Je pen e qu'il eùl mieux
valu, imitant la conduite de Marlborough à
Malplaquet, dépasser Oiïoro, en laissant hor
de la portée de on feu llile brirrade en oh ervalion, afin de maintenir la arni on qui, se
croyant prèle à être cernée, eût éré obligée
d'abandonner le poo:te pour rejoindre Wellington; inon, elle 'eipo. ail à mettre bas le
armes après 1a défaite de l'armée anglaise.
L'essentiel était donc pour nous de battre le
gros de troupe ennemies qui était en rase
campagne. Mais le Fraoçai ont malheureusement pour principe de ne lais er. un jour
de bataille, aucun poste retranché derrière
eux. Cette habitude nou a élé souvent bien
fatale, surtout à Fuentès d'Oiioro et à Waterloo,
où nous nous ob tinfüne à attaquer le fermes
de la Raie- ainte el de flou 0 omool, au lieu
de les masquer par une divi ion el de marcher
sur les lignes anglaises déjà fortexnenL ébranlées. ou aurion eu le lemp de les détruire
avant l'arrivée de Prussien , ce qui uou
aurait assuré la victoire; après quoi, les défen eur des fermes auraient mi bas le
armes en e voyant abandonné , ain i que
cela eut lieu pour no troupes à Malplaquet.
La quatrième faute que l"on peul reprocher
à Masséna lur de la bataille de Fuenlè
d'Oûoro fut de ne 'ètre pa assuré avant
l'action qu'il exi tait dan ses cai on un
nombre utfisant de carlouclies, et, dan le
ca contraire, il devait en faire prendre dan
l'arsenal de Ciudad-Rodrigo, qui n'était qu'à
trois petites lieue du point où nous allions
combattre. Ce manque de précautions fut une
des principales causes de notre in uccès.
Cinquièmement, i Ma séna eût eu eorore la
fermeté dont il a\·aiL donné tant de preuves à
Rivoli, à Gène et à Zurich il aurait envoyé
arrêter le général Reynier lorsque celui-ci
refusa d'obéir à l'ordrt! qui lui prescrivait de
déboucher d'Alaméda pour prendre le ennemis à revers, le commandement du 28 corps
fût alor pa~ é au hra\re général HeudeJet, qui
eùt promptement pous~é les Anglais. Mais
~fasséna n'osa prendre sur lui cet acte de
vigueur; le vainqueur de ouwarolf, n'ayant
plus d'énergie, se voyait Lravé impunément,
et le sang des soldat coulait sans qu ïl en
résultàt ni bénéfice ni gloire.

CHAPITRE XLII
Ca~cs prtncipales cle n , re,·crs dan. lt P,111in ulc. Dèsunion des muéchn1u. - ruihl c ,c de Joseph.
- De crtion de! ullié . - Ju lrs e du lir de• An•
glais. - Ju,,.,mcnt sur la rnll'Hr rl' 1wc1il·c t.fe
&amp;pognols cl des Porlu.,.:ü-. - Retour en France

Il n·entre pas dans le plan que j me uis
tracé, en écrivant ces )Iémoires, de relatn les
pba. e dil'er~e de la iroerre faite pour l'indépendance de la Plin.insalc; mai· avant de
quiller ce pays, je croi- de, oir indiquer le
causes principale · de revers que Je Françai
y éprouvèrent, bien qu'à aucune époque ni en
aucun lieu no troupes n'aient fait prem·e de
plus de 2ùle, de patience el ·urrout de r11leur.
Vou devez vou rappeler qu'en 1 0 l'abdication du roi Charle l V et l'arre talion de
on fils Ferdinand VII. que l'Emp rear délrôna pour placer la couronne d'E•pa"ne sur
la tête de on rrère Joseph, a anl i11Ji«né la
nation espagnole, elle prit lt' arm pour
reconquérir sa liberté, et quoique le in. urgés
aient étê battus dans les rues &lt;le Madrid,
l'impéritie du 0 énéral Dupont leur dunna la
victoire à Ba len, où il prirPnt entièrement
l'un de no corps d'armée. Ce succè inespéré
non seulement accrut le courarre d ,. Espagnols, mai enllamma au :i celui de leur
voi in le Portugai , dont la Reine, de crainte
d'être arrêtée par le Français, s'était 1&gt;mbarquée avec sa famille paar le Bré·il. ~ sujeb,
aidés par une armée ancrlai e, se ré\ollèrent
alors contre les troupes de l apoléon, rt fil"ent
prisonnier le énéral Junol et toute on
armée. Dè ce moment, la Pénin ule enlière
élanl révollée conlre l'li:mpereur, il comprît
que sa pré ence élait néœ..~ aire pour comprimer les révoltés, el pn anl les Pyrénées à
la tèle de plus de iO0.U00 vieux ~oldal , couverts de_ laurier d'Au tcrlitz, d'léna et de
Friedland, il fond il ur I' E pagne, "arrna pluieur bataillt' el ramena triomphalement le
roi Joseph à ~ladrid. Aprè· ce éclatants succès, apoléon, se mettant à la pour uite d'une
armée an laise qui avait o.é s'aventurer
ju. qu·au centre de ce royaume, la r foula sur
le port de l.i. Corogoe, où Je maréchal uult
acheva ~a victoire, en forçanL les A.nulai à
'embarqurr à la bâLe aYec perle de plu~ieurs
millier d'hommes, au nomLre de quel e
trouvait leur géuéral, sir John loore.
Il esl hors de doute que i J'Empereur eût
pu continuer adiriger lui-mème les opéralioos,
la Pénin. ule aurait promptement succombé
ou e coups; mai le cabinet de Loodre
lui avait habilement su cité un nouvel et
puLsant ennemi : l'Autriche venait de déclarer la guerre à Napoléon, qui fut contraint
de courir en Allemagne, en lai aot à. ses
lieutenants la difficile tâche de comprimer
l'insurrection. Il aurait:nt pu néanmoin
alteindre ce bat, l'll arri anl awc ensemble
et bon accord; mai le mai 1re une fois parti,
et le faible roi Jo epb n' aJant ni l cannai aoces militaire- ni la fermeté néce·saires
pour le remplacer, il n'y eut plu de centre
de commandement. L'anarchie 1a plus corn-

piète régna parmi les maréchaux et chef de
d.iver corps de l'arm 'e françai e. Chacun, se
considérant comme .indépendant, e bornait
à dëfendre la prorince occupée par es propres troupes, el ne voulait prèler cco1:1r , ni
en homme ni en ub islances, à ceu de es
camarade qui gouvernaient Jes contrées \·oiine .
En vain le major gém\ral el !'Empereur
lui-même adre aient-iL les ordre les plus
péremptoire pour prescrire au commandant upérieurs de s'entr'aider clon les cir•
con~1.anœ , l'éloirrnemcnl le rendait indi ciplinés i aucun n'obéissait, et chacun prétendait
avoir besoin des re ources dont il pouvait
disposer. Ainsi, le général aint-Cyr fut ur
le point d'être écrasé en Catalogne an que
le maréchal Suchet, gouverneur de rO)'anmes
d'Ara on el de Valence, con entîL à lui envoyer un eul bataillon! Vou a.,·ez vu le
maréchal oult abandonné seul dan Oporto,
ans que le maréchal Victor exécutât l'ordr
qu'il avait reçu d'aller le rejoindre. oull, 11
son tour, refu,a plus tard de venir au ccour
de Ma séna, lorsque celui-ci éta it aux porte
de Li bonne, où il l 'altendit vainement pen•
danl six mois!... Enfin, lia éna ne pul
obtenir que Bessiores l'aidàl à battre le Anglai Jevant Alméida 1
Je pourrai citer une foule &lt;l'exemple
d'égoï me et de désobéissance qui perdirent
l'arm~e française dans la Pénin ule; mais il
faut avouer au i que le tort principal appartint au gouvernement. En effet, on comprend
qu'en 1809 !'Empereur, se voyanl attaqué en
Allemagne par l'Autriche, se soit éloigné de
l'Espagne pour courir au-devant du danger le
plus pressant; mais on ne peut 'expliquer
comment après la victoire de Wagram, la
paix conclue dans le ord, el on mariage
fait, apoléon n'ait pa enti combien il importait à se intérêts de retourner dans la
Pénin ule, afin d'y terminer la guerre en
cba ant, les Anglais 1. .. fais ce qui étonne le
pin , c'est que ce grand génie ait cru à la
p:&gt;. ibilité de diriger, de Paris, les mouvement des diverses armées qui occupaient à
cinq cents lieues de lui l'Espagne et le Porturral, couverts d'an nombre immense d'inurgés, arrêtant le officiers porteur de
dépêches et condamnant ainsi souvent le
chef d'armée français à rester an nouvelles
el .ans ordres pendant plusieur mois!
Était-il po ible que la guerre ain i dirigée
produisit de bons résultats? ... Pui que !'Empereur ne pouvait ou ne voulait venir luimême, il aurait dù im tir l'un de es meilleur maréchaux du commandement supérieur
de toutes ses armées dans la Pénin ule, el
punir Lrès évèremenl ceux qui ne lui obéiraient pas 1... apoléon avait bien donné le
titre de son lieutenant au roi Jo epb; mai
celui-ci, homme d'un caractère fort doux
piriluel, instruit, mai tolalemenl étranger
l'art militaire, était deyenu le jouet des maréchau,:, qui n'exécutaient pas es ordres et
considéraient même a présence à l'armée
comme un embarras. H e l certain que
l'exce ive bonté de ce roi lui fiL commettre

à

IV. -

HISTORIA. -

Fas.:. 28.

DU G"ÉN'ÉR.JU.. BJU(ON DE

hfon des faute , dont la plus crra\C ful de e
mettre en oppo ilion arec la volonté de l"Empereur relativement à la conduite qu'il fallait
tenir vi -à-n des militai r e pa0 nol- que
les troupes françai es prenaient sur le champs
de bataille. 'apoléon ordonnait de les envo)·er

GÊl'-1!.RAL LEPIC.

D'après ta lllhograp/iîe de

L~ANTA,

en France comme prisonniers de guerre, afin
de diminner le nombre de nos ennemi dan
la Pénin ule, tandis que Joseph, auquel il
répugnait de combattre contre des hommes
qu'il appelail e ujets, se fai ail contre nous
le déien eur des E pagnols. Ceux-ci, ahu ant
de a crédulité, s'empressaienl, dès qu'ils
étaient pris, de crier : « Vive notre bon roi
Jo eph 1 » et demandaient à prendre da rvice parmi e troupes. Joseph, malgré le
observations des maréchaux et généraux français, avait une telle eoofianœ dans la loyauté
castillane, qu'il créa une garde et une armée
nombreu e, uniquement eomposée.s de pri:;onniers fait par nou ! ... Ce oldal , bien
payé , bien nourris el bien équipés, étaient
fidèles à Jo cph tant que les affaires pro pé.raienl; mais, au premier rever , ils désertaient
par millier , el, allant rejoindre leurs compa.trioles insurgé , ils e servaient contre nou
de armes que le Roi leur avait donnée ; cela
n'empêchait pa' Joseph de croire de nouveau
à la sincérité de leurs protestations, lorsque,
faits prisonniers derechef, ils demandaient
encore à s'enrôler dans les régiment jo éphin . Plus de -1.50 000 hommes pa sèrent
ain i d'un parti dan l'autre, et comme Jo epb
les fai ait promptement ha.biller quand ils lui
revenaient en guenilles, le E pagnols l'avaient
surnommé le gmnd capitaine d'habillement.
Les troupes française étaient très mécontent.es de ce stème, sorte de tonneau des Danaïdes, qui éternilt3.it la guerre, en rendant aux
ennemis le soldats que nous leur avions pri ,
el &lt;lont il e ervaicnl c-0n lammenl contre

.MJU(BOT

--~

nous! L'Emperenr exprima ouvent le méco1!Lentemenl que lui causait cet abus; il ne put
pan-enir à le détruire! De on côté, 'apoléon
contribuait au i beaucoup au re rutem nl
perpétuel des ennemi qu'il combattait en
Espagne et en Portun-al, car, ne voulant pa
trop affaiblir l'armée française d'outre-Rhio,
il a-vait sommé les alliés de ]ni fournir une
partie de con lingent Lipulé dan les traités,
el dirioé ce troupes w•r la Péninsule, afin
d'éparrrner le ang françai . Le motif était
san doute fort louable; mais les circonstance
rendaient l'application d ce y tèmenon eulementimpraticable,mais nui ible à noire eau e.
En effet, ~i l'emploi de étrangers peul êlrc
utile dao- une campagne régulière de courre
dorée il n'en e t pa de même lorsqu'il
s'agit de comballre plusieurs année d
ennemis tel que les Espagnol el les Portugai , qui, you harcelant an cc se, nepeu\'ent
êlre join Ls nulle part. Or, pour upporter le
faûgues ince ante de ce genre de guerre, il
faul être limulé par un déjr de nincre
el une ardeur qu'on n trouve jamai chez
de troupes auxiliaire ; aussi, non ,eulement
celle que l'Empereur obtenait de es alliés
servirent-elle fort mal dans no rang , mais
one foule de leurs soldats, séduits par la
haute paye que les ennemis accordaient à
ceux qui ,•enaient prendre dn enice cbl'.'1.
eux, désertaient journellement. Ain i les (Lalicn , uisse , axon , Bavaroi , We tpbalien, ,
Ile soi , "\\ urteoobergeoi , etc , formèrent-ils
bientôt de nombreux régiment chez no;
ennemis; cl les Polonais, ces Polonais qui
depui · ont fait onner si haut leur dé,·ouement
à la France, pas èrent en si rrrand nombre
dan les rang de l'armée anrrlai e, toujours
bien payée el nourrie, que Wellington en
forma une forte lécion, qui .e battait san
façon contre les Françai .
La défection des soldats étranger dont
l'Empereru inondait la Péninsule, ajoutée à
celle de pri onniers espagnols i imprudemment réarm · par Joseph, nous de1•inl infiniment préjudiciable.
lai , à mon avis, la eau e principale de no
rernrs, bien qu'elle n'ait été indiquée par
aucun des militaire qui ont écrit ur les
guerres d'E pa 0 ne el de Portugal, fat l'immen e supériorité de Ja juste se du tir de
l'infanterie anglaise, upériorité qui provient
du très fréquent exercice à la cible, et beaucoup au si de sa formation sur deux rang . Je
sais qu'un grand nombre d'oftlcier françai
nient la vérilé de celle dernière eau e; mai
l'expérience n'en a pas moin démontré que
les oldats pres és entre le premier et Je troisième ranrr tirent presque lou en l'air et que
le troisième ne peut aju Ler l'ennemi, dont
les deux premiers lui dérobent la vue. On prétend que deux rano-s ne présentent pas a ez
de résistance contre la cavalerie; mais l'infanterie anglai e, doublan L ses rang en un clin
d'œil, se trouve sur quatre homme de profondeur pour recevoir la charge, et jamai ·
no escadron n'ont pu la surprendre sur deux
rangs, disposition qu'elle reprend lesLement
dè r1u 'il fau l tirer!
TI

�_

1f1STOR..lll

OtLoi qu'il en soit., j'ai la co1mclwn que
Napol 'on aurait fini par triompher cl par
élablir on frère rnr le trône d'E. paanc, s'il
se rùt horn' à terminer celle guerre avanL
d'aller en Ru ie. La Péninsule ne recevail en
effet d'appui que de L\.ngletcrre, et cell ci,
malgré le rée nts ucœ de ses armée était
i accablée par les envois in.cessant d'hommes
el d'arll'enl qu'engloutissait la Pénin ulc, que
la Chambre des communes élail su1· 1 point
de refu cr le subside nécc saires pour une
nou,-elle campagne, lor_qu'à nolre retour de
Portugal, une rumeu-r sourde ayanl fait prc...~
sentir le des cin formé par Napoléon d'aller
allaquer la Russie chez elle, le Parlement
anglais autorisa la continuation de la guerre
en Espagne. Elle ne fut pas heureuse pour
nou ; car la mé intelligence que ,j'ai signalée
continua à régner entre les chefs de no ·
3rm :c . Le maréchal Marmont se fit battre
par Wellinglon à la bataille des Arapiles, et le
roi Joseph perdit celle de Vitoria, où nous
éprouvâmes de tels revers que, ver la fin de
1815, nos armées durent repasser les Pyrénées et abandonner totalement l'Espagne qui
lenr avait coûté tant de sang l
J'e ti.me que dans les six années crui se onl
é('oulées depuis le commencement de 1 08
ju qu'à la fin del 15, le Français ont perdu
dans la péninsule Ibérique -00.000 homme
tué", ou mort dans les hùpilaux, auxquels il
faut ajouler les 60.000 perdus par nos alli6s
de di,·er es nations.
Les Anglais et les Portugais éprourèt·dlt
aussi des pertes considérables, mais celles des
Espagnols dépa sèrent toules le autre , à
cause de l'obstination qu'ils mirenl à outenir
le siège de plusieurs villes, dont les populations périrent presque enlièrcment. La
vigueur de ces défenses célèbre , particulièrement celle de Saragosse, a jeté un tel éclat
sur les Espagnols qu'on attribue généralement
/, leur courage la délivrance de la Péninsule;
mais c'est une erreur. Ils y ont cerlainemen L
beaucoup contribué; cependant, san l'appui

des tr011pes anglaises les E. pagnols n'auraient nirs de la campagne que nous venions de
jamais pu rl!si ter aux. troupes françai~c · faire. Ce notes me oui aujourd'hui trè '
devant lesquelles ils n'o. aient tenir en ligne. utiles pour écrire celle par lie de mes Mémoires.
Le ministre de la guerre, prenant en consiMais ils onl Ull méril immen c, c'e•t que
bien que battus, il ne se décou-rall'ent jamais. dération la blessure que j'avais re .ue à M.iranda
Ils fuient, ,·ont e réunir au loin et reviennent de Corvo, m'envoya enfin un congé pour me
quelques jours après, avec une nouvelle con- rendre en France. Quelques autres officier
1iance, qw, toujours déçue, ne peut èlre de l'état-major de Masséna ayant aussi reçu
détruite!... o oldats comp:iraient les Espa- l'autorisation de quiller la Péninsule, nou
gnols à des bandes de pigeons, qui s'ahattent nous joignîmes à un détachement de cinq
sur un champ el s'envolent au moindre bruit, cent grenadiers &lt;JU 'on venait de choisir dan
pour revenir l'instant d'aprè . Qu:rnl aux Por- toute l'.armée pour aller à Paris renforcer la
tugai·, on ne leur a pa r ndu justice pour la garde impériale. Avec une escorte pareille, on
part qu'ils ont prise aux guerres de la Pénin- pouvait braver toutes les guérillas d'Espagneule. Moins cruels, beaucoup plus di cipliné· aussi le général Junot et la dnchesse sa
que le Espagnol et d'un courage plus calme, femme résolurent-ils d'en profiter.
ils formaient dans l'armée de Wellington pluou voyagions à cheval à petites journées
sieurs brigades el division qui, dirigées par et par un temps charmant. Pendant le trajet
de officiers anglais, ne ie cédaient en rien de Salamanque à Ba1•onne, .Junot ne manqua
aux troupe. britanniques; mais, moins van- pas de faire quelques excentricités qui m'intards que les Espagnols, ils ont peu parlé quiétèrent pour l'avenir. Nous arrivâmes
d'eux et de leurs exploit , et la renommée le
enfin à la frontière, où je ne pus m'empêcher
a moin c{&gt;léhrés.
de sourire, en pensant au îàch.eux. pronosti
Mais revenon pour un moment au mois de que j'avais tiré de ma rencontre avec l'âne
juin 1 l l, époque 1t laquelle Ma éna quitta noir sur le pont de la Bidassoa, à ma derle commandement. La guerre que les Fran- nière entrée en E pagne!... La campagne de
çais faisaient dans la Péninsule élait si désa- Portugal arnil failü me devenir fatale, mais
gréable et si pénible que chacun aspirait à enfin j'étais en France!. .. J'allais revoir ma
renlrer en France. L'Empereur, qui ne lïgno- mère, ain i qu'une aulre personne qui m'était
rait pa el voulait maintenir son armée au déjà bien chère!. .. J'oubliai donc les maux
complet, arnit décidé qu'aucun officier ne passés et m'empressai de me rendre à Paris,
s'éloignerait d'E pagne sans autorisation; cl où j'arrivai vers la mi-juillet 1811, après une
l'ordre de rappel adressé à Mass~na lui enjoi- absence de quinze mois bien péniblement
gnit de n'emmener que deux aides de camp remplis ! Contrairement à mon attente, lP .
et de lai::-ser tous les autres à la disposition maréchal me rcçul on ne peut mieux, el je
us qu'il avait parlé de moi en terme · très
de ~on succes eur, le maréchal Marmont.
Celui-ci, ayant son état-major au complet, et bjenveillants à !'Empereur. Aussi, la première
ne connaissant aucun de nous, n'aYa.it pas fois que je me présentai aux. Tuileries, l'Emplus envie de nous garder que nous ne dési- pereur voulul bien m'exprimer sa saûsfaction,
rion rester auprè de lui. TI ne nous assi- me parler avec intérêt de mon combat de
gna donc aucune fonction, et nous pas àmes Miranda de Corvo, ainsi &lt;rue de mes nouvelles
assez tristement une vingtaine de jours à blessures, et me demander à quel nombre
Salamanque. Ils me parurent cependant moins elle s'élevaient. c1 A huit, Sire, 1&gt; lui réponlongs qu'à mes camarades, parce que je les dis-je. « Eh bien, œla vous fait huit bons
employai à consirrn~r sur le papier mes souve- rpiartiers de noblesse! » reparlil !'Empereur.
(A sui~re.)

Madame de Mont léar
·1844.

.

lf me de Montléar est une fort grande da.me.
Elle est petite-fille du feu roi de Saxe et mère
&lt;lu roi actuel de ardai 0 ne, l'anci n prince de
Carignan. Je ne ai plu ce qu'elle e· t il la
vice-reine d'[talie, ~lme Eurrène de Beauharnai •.
Elle a épou é un petit gentilhomme du
Béarn. M. de lontléar, qu'on a fait prince,

et elle s'appelle la princes e de Montléar. Du
reste, elle ne va pa à la cour de Sardaigne,
car elle n' aurait pa de rang, ou du moins
elle cule aurait un raug, on mari !non, encore moins c enfants. Elle reste à Paris.
C'est une femme étrange comme la po ilion qu'elle a. Elle réalise d'une façon frappante l'idée qu'on ~e fait de ces ancienne
électrices qui figurent dans les Mémoires.
J'imarrine que ~!me la Mar,.,.rave de Bareith
dHait être quelque cho c d'approchant.
La princes e de Montléar est une rrrande
femme fort laide avec de beaux eux
d·homme, une coiffure frisée qui lui cache
le front, parlant beaucoup, vite et haut,

GÉNÉRAL DE

l\lARBOT.

fière, bizarre, rude, familière, pa méchante,
spirituelle, négligée, mal faite en tout, des
bonnet ridicules, des jupes qui lui viennent
à mi-jambe, et avec tout cela le plus grand
air du monde.
Le roi on fils lui a fait don de son portrait, petite miniature entourée de perles
dont la ingularilé est d'être couverte d'une
rrlace faite d'un gro. diamant aminci ju qu'à
l'épai seur du verre. Celle glace de diamant
fait un étrange effet. La princes c de Monlléar
porte la cho c en bracelet. Elle en fait arandement montre el en tire vanité. Du re te.
elle paraît tenir beaucoup plu" à la glace qu'au
portrait.
VICTOR

..,. 102 ►

HUGO.

•
rots
Cœurs de

M. P •tit-Cuenol, commi saire-pri eur; il vil
passer aux enchère treize plaques de cuivre
qui, d'oprès les in criptions quis'· trouvaienl
gravée , prornnaienl des urne où jadis
avaient été con crvés les cœurs de quelques
princes el prince ses de la famille royale. If n
amateur, pour le compte du duc d'Orléans,
acheta douze de ces in eriptions : Schunck
poima la treizième cl s't~n rendit acquéreur
pour U Cranes, C'élait ceHe mentionnant le
Mpiil du cœur de Loui XIY.
Très sati fait de se trouver en posse sion
de ce p-récieux bibelot, Schunck en voulut
reconstituer l'histoire, et c'est ain i que, ou
tliaire des &lt;'lier- le prétexle d'acheter un tableau , il se fil préenter au peintre Sainl-fürlin , dont Petitcheto·.~ el c111'ie11.r.
Il e l certain qu'on Badel avait été l'ami.
Saint-~fartin, d'abord, u a de réticences;
y con-erre un coffret de métal tiui, enfin, Limul I par chunck, il raconta que, à
s'il fauL en croire l'époque de la Révolution, lors de la destrucUR~E DU CŒUR DE
non seulement la tion de monument funéraire qui peuplaient
FRANÇOIS J••, A L ABHAYE
lr ad Ilion, mais
les ca-veauxde Saint-Deui el du Val-de-Grâce,
DE SAINT-DEN! .
ans i nne in . crip- Petit-fladel, en qualité d'architecte, ayait été
1Clkht Ncurdcin ,
tion très explicite, chargé de urveiller l'opération. Notons ici
contiendrait le que chunck, en rapportanl le récit de Sainlcœurdu grand roi. Mais M. l'abbé Dnperron, Martin, ne fait mention, comme on le voit,
procédant à une enquète, n'a trouvé là qu'une que de l'abbaye du Val-de-Grâce et de la La iboîte rondo rece1ant quelque fragments qui
parai sent être desimples débri d'os emwt.s.
La que Lion posée par l'Jntermerliaire a
en pour premier rèsultat de faire ju lice
d'une légende d'après laquelle le royal viscère
aurait élé mangé, - oui, mangé - par un
certain docteur Bukland, doyen de Westminster. Quelque piuore que que soit celle verion, il faut décidément y renoncer; mais
j'en vais pré enter une autre qui ne lui cède
en rien, sinon en macabre, du moins en inatlendu. Celle-ci m'e t ré\·élée par une lias e de
trè authentiques dossiers: j'ai tout lieu dela
croire inédite. Elle mérile, en tout cas, examen, el bien qu'elle soit d'une déplorable
invraisemblance, il me paraît difficile de la
mettre en doute. ans plus de préambule,
voici l'anecdote. Je n'ai, pour la conter, qu'à
résumer deux pièces conservées parmi le
papiers provenant de l'administration de la
maison de Loui XVlll et qu'on trouve aux

L'armoire 011 ·ont "ardé· le ci ur tle
plu ieur rois de France et rru'on voit dans
la crypte de Saint-Deni , ou, pour mieux dire,
qu'on ne voit pas, car elle occupe le fond de
cet ob cur cl lugubre caveau où sont
déposé· le cercueils des Bourbon , renfermet-elle, comme on
l'a dit, le cœur dt&gt;
Louis XIV"! Telle
e Lia question qu'a
posée l' lntel'mi-

0

Saint-Antoine; ils étaient contenus en deux
man olées se faisant vis-à-vis, de cbaclue côté
du sanctuaire, et que supportaient de anges,
de grandeur (( qaasi-naturc », en argenl doré.
L'un de ces monuments était de Coustou;
l'autre avait été modelé par Sarra in. chunck
derait donc, pour t\tre erncl, citer, en même
Lemps &lt;1ue lü Val-de- ,ràce cl Sainl-Denis,
l'église des Jé uites, puisque la plaque cru'il
po, édait ,·enait de là. Peut-être se liait-il aux
ouvenir incomplets de ainl-)fartin. Peutêtre aussi rapportait-il simplement le indications sommaires du catalogue de la vente
Petit-Badel. Quoi qu'il en soit, la suite de
l'bistoirc établira qu'il n'y a là, de sa part,
qu'une omi sion résnllant d'ignorance ou
d'oubli.
Petit-Rade!, chargé de surveiJler le « démcublement » de églises, convia donc à y
as ·i Ler le dit aint-Martin et un autre pcintro
de es amis, fürlin Drolling. Tous deux l'accompagnèrent, désireux de e procurer, si
possible, de la momie dout ils a\·aienl be oin.
La momie est, comme chacun sait, une couleur brune séchant lrès lentement, cL qui se
compose d'aromates provenant des corps
embaumés. Au dix-huitième siècle, on disait

ArchiYe ~alionales sou la cote 03629.
On honnête bourgeois de Paris, PhilippeHenry chunck, habitant 26, rue d'Artoi ,
chaussée d'Anlin, avisa, dan les premiers
jours de février 1819, une affiche annonçant
la vente du mobilier el des collection· de
M. Pelit-Radel, ancien architecte, décédé
rue Castex, le 7 novembre de l'année précédente. chunch. était curieux de bibelot · il
se rendit à la vente, faite par le oins' de

L'ABBAYE DE , AI:-iT 0EXI ·

li que de ainL-Deni ; or, le cœurde Louis Xl\' ,
ain i que celui de Louis Xlll, arnienl été
dépo és à l'égli e des Grands Jé uitrs, rue

LA

CRYPTE .

mummze; à &lt;:e lle époque, celle matière était
d'autant plus recherchée par k artistes
ryn •elle fournissait, assurait-on, d s rrlaci:

�("" -

-

msTO'J{l.ll

111crveill'ux. Cdle11ue \Cndai1:11t alor~ le. dro:,:u, te du L '\a.Dl pro,t•nait d cadaue que
le~ juif'· d' rient con_ervaicnt it l'aide d'aromate~ ré~ioru:t el de bitume dt•J udtie; mai on
la pa)ail cbt rel on 'en procuraitdillicilcmenl.
L'ocea.ion était donc lrntantc el le deux

.\DB.\ YE DE

.\IST·DE. IS : LE TOlffif. \U DE

Lours XIV.

vaiL ' tromper, puisqu'il gardait pour oi la
pl:ique indicatrice cell 'e ur l'urne. ainllartio pa a cc qu'on lui demandait; il acheta
éaalemenl le cœur de Loui · XIII et parliL
ain i pourvu. La cène, c'esL évident, eut
pour théàtre l'énli_e des Jé uite , et 'e l bien
pour cela que, vingt-cinq ans plu tard,
int- farlin prudemment, lais a dan le
1•a1rue la dé ignation du lieu où elle 'était
pa. ·ée, de crainte qu'on loi reprochât celle
profanation; en r ,·anch • il parla du Val-deGr-.lce, d'où il n' vail rien mporlé. C' t là
que Urollinrr fit a provi ion; comme il peignait ordinairem nl de int 'rieur dan la
manièr • flamande et qu'il se péciali ait dao
le claii·-nb:,'m·, il lui fallait beaucoup de
momie : il acheta onze cœur ; à eo juger
par le épitaphe qui e relrou\'èrent en i 10
à la ,ente Petil-Iladel el que le duc d'Orléan
fil acheter c'étaient ceux d' nne d' ulriche,
de ~larie-Thérè e, du duc cl de la doches e de
Bour oane, de Mme Henriette - l'héroïne
de Bo uet - ceu. du Ré 7 ent, de la Palatine, du Ga ton d'( rléan., de la du bes c de
Jontpen ier, etc. Drollincr les emporta à on
atelier et le mil en tubes .... Le tout pa· a
ur sa palelle, car chunck, pour uivant on
enquête, acquit la certitude quo Martin Drolling, mort d'ailleur depuis t 17, avait employé la totalité de la momi recueillie p1r
lui aux caveaux. du Yal-de-Gràce.
aiot-~lartin avait eu plu· de crupult' .
Apr • a\'oir lon!rtemp hé·it , il e dé id,1
pourtant et entama le cœur de Louis • I\';
celui de Loui XIII re la intact; même le
peintre ne déroula pa la bandclello qui l'enserrait, à laquelle était u pendue une petite
médaille. Afalheureu ement, quand chunc.k
se p, enta chez lui, aint-~artio ne avait
plu où il avait fourré cette relique royal ; il
étail certain de ne l'avoir ni jetée, ni donnée,
ni vendue; elle devait e lrouv r dan quelque
0

,Clichi • 'eur~in ,

peintre a i tèrent à l'ouverture des urne
où repo_aient 1 cœur princier·. Petit-lladel,
en aH. ant un, le propo a à 'ainl-Yarlin,
di ant : a Tien , prend ceJui-là, c'e l le plu
gro ; c·e t celui de Loui XI . » Il ne pou-

coin de son atelier. et il pro mil que dè qu'il
aurait le temps, il ln rhcrcltuait dans dr:
ffJui/11 · !

En attendant, il fallait a urer la con::- rvation de la parcelle ul&gt;si tante du cœur de
Loui Xl . 'aint-.lartin con entait bien à
'en défaire, mai « à condition qu'on lui
rembourserait ce qu'il avail payé à Pelilfladel ». chunck e chargea de né 11ocier
l'alTair aYec l'intendant de la mai on du roi.
Lui-m 1 me offrit à Loui , \'(li la plaque grante qu'il posséd it ·
int-M rtin, de on
côté, r litua le reliquat du cœur du grand
roi et reçul en édnn 'le une tabatière d'or,
promettant d'apporter Lou e oin à retrouver le cœur de Loui XllL n an plu
Lard, se entant sur le poinl de mourir, il fil
appeler ch unck et le lui remit en ...tfèl, encore entouré de .a banddette el muni de a
petite méd ille. cbunck porta le tout à l'intendant de la mai on du roi, en même temp·
qu'une relation de on enquête que ignèrenl
le duc d'Aumont et le ,icomte d'A.,oult, pr~mier écuyer de Mme I duches e d'Angoulême, atle Lanl Lou· le deux qu'il avaient
connu chunck bien avaot la Hévolution, qu'il
était in1:apable d'unpo Lure el trop bon roya]j te pour qu'on o·àt mettre en doute a
parole ur de i re pectable; objets.
Voilà comment il se p)urrail bien que la
parcelle aujourd'hui coo,ervée à aiot-l.leoi ·
el 11ui, d'aprè· ~I. l'abbé Duperron, ne re embleen ri'!n à un cœur, Fùl tout implemenl le fra •ment échappé aux pinceau de
'ainl-Martin. Quant aux. autre· c ur , ceux
de fürie-Tbér~ ·e, de la doche e de ilourgo Tne, du Rl•Tenl, d~ füdarue Henrielle quel 11.Jt d'éloquence pour Bo"uet! -quant
à ceux-là, il- ne ont pa p!rdu:; tout à fait;
m1i , dame! il faut en chercher la trace dans
l'Intérieur de cuhne, tableau de Drolling,
qui est au Loune.

l'f.n:

O.\'i

UN l'ALAI ' A VESI E, AU XVI"

IÈCLl.. -

,-;rJ)•ttr~ .fllF..~RICC. GOLTZl~S.

(Cabinet dtS Est.imtes.)

GRANDES AMOUREUSES

+

La Périne
Par J E

~ICHEPI , de t'Ac:.idémie fr.inçai ·c

T. ,.

Henri IV
~

llenri l\' était le plus grand roi el le
m illcur homme du monde. 'n jour )L du
füinc I vint _e plaindre à lui de l'insolence
de JI. de Bala!!'ll ·', qui a1ail fait appel •r en
duel le duc J' iauillon ·on fiL II Balanny
e t Lien heureux, di :iit li. du Maine, qu je
n'aie point ét I chez moi; je l'aurais fait
pendre à la grille. 1&gt; Le roi ne fit que e rel. r.tiarl •. de Lorrain . duc de 3h;enn~, lieuh•nanl
gén ·•rai de l'Llal el s-ouronnc de France pour la Ltg11c
aprè le duc do., Gui. son rr~rc.
2. Je~n dt• Baia 1y. Mimi ,I,• \Jontlnc, llllri-,·hal
11, f'raucc &lt;'Il I Mit

tourner ver ceux qui étaient dan la chambre,
et leur dit: « Le bonhomme e nt encore
de la Ligue. li

Ti ch, lui dit-il en l'embra ant, j'ai tort à
votr • étrard, et je \'OU fai tou le réparation.
- Ab! ire, lui répondit le vieu colonel,
vo bonté me vont coûter la vie,
o ùonoa
la ha taille el il ful Lué.

~ Ce grand prince était prompt, mai
bientôt la rai on I • foi ail revenir. Le colonel
Ti ch, qui commandait le ui ses dan on ~ Cc grand roi avail e faibles c. comme
armée, lui vint demander le m:&gt;nlrc 3 de· un autre homme. JI était amour •ux de la
ui_ e la veille de la Lataill • de Dreux, Le ducbe- e de Beaufort 4 et roulait ab olumcnt
roi, qui n'avait p:i d'argent, e mit dan une l'épou er. Il nomma ~anc • on amba adeur
furieu e colère. 1 traita C-1rt mal, el • 'm- à Rome pour faire C.'l cr on mariage a\'CC
porla à de parole fort injurieu c . Le len- la reine llar"uerite, ou prétexte de a maudemain, en ran(feant
troupe en bataille, ni e conduite; mai
ncy ne voulut point
il e souvint de ce qu ïl avait fail, et quand il
e charger de la commi ion. « ir , lui ditfut devant le bataillon ui
: 1 Colonel il arnc une rranchi e de vieux Gauloi , courtisane pour courtisane, encore vaut-il mieu.x
;;, lfo11il'e1, Ide, On appdait ,11011frt la rcrne où
la wlile : t.li lribuail au soldats,
que rnu "ardiez ce!Je que \'OUS ayez; au
'•· Gabrielle d'E lrécs.
moin. e t-elle de bonne maù on. »
ADÉ DE

.,.

IÛ-! ,..

'J 101 Y.

Le lorieux le grand, I • divin .Arétin,
celui 11ui de,ail ètre l• roi de l'Italie lill''rnire, el l'emperrur de la satire l'n Europe,
o·eut pa dl' nom en nais aol. li 'appdait
impll'menl Picrr , Pi tro, fil de n'importe
qui, •nrant de courfüane, , nu au jour :1
l'hôpital d'.\rezzo en I i02. dl mère Tita
fai ait métier de modèle et de pro~litufr, et
l' \rélin fut le bâtard d' Loulle lllondl!.
:on rnrance fut Ct·lle de fil de "Ul'Ul''
celle qui .e pa ·.c . ou le table du c.iharet,
ur le de cente de lit d mau,ai' l1eu:r,
dan le rai eau, dan l':ipprenti a"e de
vice précoce rl du ,agaLonda"c mal~ain,
celle d'où l'on ort rnurien, filou, outentur.
A ln iLe an • il file ÎI. Pérouse pour cherchcr forlunr, el r:u. il à y vi1re, comml' apprenti rdieur, "ràce à la Liemcillance de·
b Ile fille . Mai cela n lui .uflit point; car
ce n't· t pa. là un &lt;&gt;r•din \'Uh:airc. \'opnl
que l'a, •ntar e:-l la loi de l'Italie, que tout
e~t ouvert aux audacieux. et .e _ nlant tailJ:
our l'audace et l'arenture, il piaule là un

Leau jour le belle fille de l'érou e; el .an
le do· et il a des gràce naturelle en e met•
ou ni maille, avec un seule chcmi e u,- l,· . lanl à plat rentre. Le Lout e l d'entrer dan
derrière, rouchanL à la belle étoilr, mcn- une maison où on pui •·e exercer ces talents,
dianl, \·olant, ,·hant de raccroc, le ,·oilà en
rne foi valet d Léon X, quoi&lt;1ue perdu
route pour Home. Le tcmp d'être nlcl cl de dan la foule des Lai eurs de parquet, rn ez
e _au ver de cht•z on maîtr en emportant comme il sait e faire valoir. Eu moin de
un• la_ c de ,·crmcil, et il e l gro Jean rien, ràce à Juil' de Médici habilement
comme de"ant. Il rclour11e rn pro1ince, pui. 0aué, l'Arélin e t orti de l'ornière. Il a derentre en rvice, chez un &lt;·udin:il, pui re- habit à lui, de maître e à lui, el deYienl
devient porl '-be.arc, puis e îa1t c.1pucin, quelqu'un,
pur jelle I rroc aux ortie , pui finakmenl
.\lais décidément il a trop de concurmit&gt;nt à Rome, où 11 rnil hicn qu'il faut re·- rence Rome. Tùton la proYinr ! Bon11e
trr pour faire fortune. Toul cela en moin de idée en effet. Iilan Bulo 17ne el Pi.e le rencinq an , C'était un joli début d'aventurier. voient riche et presque pui ant. C'e l le
Etre parasite, ,oilà l'art qu'il faut ap- c-0mmencemenl d'un bon établi ement de
prendre pour réu •• ir alor:. Pietro n'a pa
para ile.
be.oin de l'apprendre. La 0allerie, la basE t-ce as ez·? Oui pour un autre. Non pour
.e e, la eomplai.ancc doul use, la pro titu- !'Arétin. li allend enœre le coup dëclaL qui
tion focile, il a toute cc belles qualité3 dan
doit le mellrc au-de u de Lou ,es ri1,au:..
le :30". Qu'un .utre ·c\'.ténue ;1 les aet1ué- Que faire? Il revient à Rome. Léon · e l
rir, el arrive par de nombreux eflbrts à plier mort et a été remplac: par dricn nr, Ull
comenablemenl l'échine! Lui n'a que faire Flamand ri 11ide. Mauvai-e affaire. Bah! lè.l
de 'efforcer. Ou premi r coup il ait courber trop bon papes durent peu. Quinze jour de
.,. 10.'i"'

�________________________________________
1f1STO']tl.Jl
~évérité, el Adrien \'Il est mort. Clément ''ll
lui succède, un lédicis cc]u i-là. A la bonne
heure; c'e t le champ ouYert aux courtisan .
L'1rétin accroche une pen ion par-ci, de·
cadeaux par-là . • 'importe! il n'est pas salisrail enrore.
ur ces cnlrt·failes, en 15~4, Jules Romain dessine eizc compo itions obsci!ne . On
le condamne, il prend la fuite. L'occajon
depuis i longtemp gueltée par l'Arélin, la
voilù enfin trourée. A la me de ces oh cénités, le ais de Tita a senti qu'il aYait du génie. Que fai ail-il ,ju.qu"alor , à user
emelle dan le antichambre comme Lou
le autre '! Pourquoi n'était-il qu'un para ile
!'Ont me Lout le monde, à Lrenlc et un aus?
Ah! maladroit cl avi é gredin! Happelle-Loi
donc t.lc qui tu c né, cl commente ce qu'a
fait La mère. Écris cc que tu as dans les
veine , de luxure l'urieu e el de raffinements
ingénieux. El l'.iréli.n joint aux eize compoitions de Jules fiomain eize .onn l explic:ati(s c1ui ,ont re Lé le modèles du genre.
a réputation était faite du coup. ~laintcnnnl
l'Arélin était un nom. Peu importait qu'il
fùL cba é de lloroc. lla1ai Lun refurre a uré
partout où on aimait la dJhauchc, c't t-h-dire
dan l'llalie tout enli. 'rc.
·
&lt;1 Vi,,e le Grand-Diable! i&gt; Tel c:.L le cri
que pou saient le troupes d Jean de Médici
en célébrant leur capitaine· Lei e l au si celui
que pou sa l'krélin, appelé à la cour de ce
eigneur. Quelle cour, el qu I e.igncur. ·n
camp et un chef de bandit . C'était bien un
rand diable en elfot, que cc tbef des Ba11tles
noi1·es, joueur, ivrogne, débauché halai lieur, grand capitaine au demeurant et adoré
de se oldat , car eux aussi étaient comme
lui, ivrogne , débauché el
joueur~. Le camp amit plutôt
l'air d'èlre au pillagêq_ue d'être
crardé. La ripaille y régoaiL.
Ici on assommait un bœuf qui
beuglait en s'aliai saut. là de
moutons entiers rôtis aient.
On buvait à même les tonneaux défoncés. l&gt;es filles écrasaient leurs chair blanches
ur l'acier des armures. De
tambours crvaienl de table·
;1 jouer. On criait, on riait, on
e di pulail. Des ,oix enrouées
hurlaient des chansons à boire,
et le baiser vineux claquaient
fortement sur les µeaux. Dans
un coin, on pa ait par le
armes des paysan qui ne
voulaient pa se lais er rançonner. Sur tout cela planait
une odeur forte où e mèlaient
la cui ine, la sueur, le cuir de
buffleteries, le Yin, le sang. Quel
paradi pour un aventurier!
Au si !'Arétin fut-il ,ile le
meilleur ami du Grand-Diable. C'e t lui qui
a ai,onnait d'esprit et d'obscéni Lés les festins
pantaarnéliques du soudard, cl qui lui tenait
le mieux tête dan le orgies. ki, il n'était
plus be oin de délicates louanges, de onnels

quintessencié,, &lt;l 'cxq uises courti,ane ric,,
comme il en fallait :'i Home pour charmer une
société de rafanés litléraires. ki la gro c
rraîté était la bonne, le el n'avait rien d'attique, la farce épai se était la bieol'enue, l'esprit était comme ln cuisine, el emblait divin
pou nu qu'il fût crou tillant, aignant, épicé,
arro é de vin l'umem qui ebaulfait l'estomac
et pou sait au larcre rire.
Cependant on oc pouvait rire loujour . li
fallait e Ùallre au · i. Pour le Grand-Diable
et pour ses ribaud , ce n'était que chan cr
de fêle. liai pour l' rétin, poltron comme
un être intelligent ttui tient it _a peau, c'était
le re,er de la médaille. u i quan:l ,·int le
moment où la bataille fut le de sert allcudu
de chaque repa Pierre jugea-L-il prndenl
d'aller faire un tour 11 llome.
Mal lui en priL. .\u si, que diantre avait-il
besoin de courtiser la cuisinière de monseigneur Ghiberti? Car voilil où il cherchait es
amours. Malheur u ement il n'était pa le
cul, et, qui plu c,t, un gcn1ilbomme ne
ÙQdaignail pas de lui faire concurrence.
C'était un Bolonai Achille de.lia Volta. Pour
l'éloigner, l'Arélin euL recours à son arme
ordinaire, la calomnie, el lança contre lui et
la sédui ante maritorne un sonnet plein dïnjures. Le cordon bleu e fàchc, le gentilhomme encore plus, et un beau oir, notre
amoureux transi et médisant reçoit de on
rival cinq coups de poignard qui lui !rouent
la poitrine et lui taillad ent les main . A
rrrand peine peut-il se sam•er, estropié et
aignant.
Décidément il valait encore mieux retourner auprès du Grand-Diable. Mais;ohéla ! le
Grand-Diable allait régi r son compte. Quel-

_,,

chenapans l'adoraient, cl perdaient en
lui un nai père.
Que faire maintenanl '/ Plu de protecteur!
Borne (ermée l L'ltalie en fou gràce à la
guerre t Pui , l'habitude perdue de faire le.
pied plat dan un alon. Au camp du GrandDiable, !'Arétin avait pris le CTO"Ût de la "ie
large, san crêne, des orgies facile , des dépenses san calcul. Faudrait-il donc rentrer
dan quelque cour de petil eiaoeur, et refaire le valet'! Faudrait-il recommencer les
petit sonnets à éloges fin , le petite épilr it délicate" allu ions? Faudrait-il e remettre
au c.rn·an Je telle ,·ie . an lendemain, où le
plu b au laient de parasite est à la merci
d'u.n m3Îlrc, où votre sort dépend de on
ourire, de , on humeur, de sa honoe ou
de sa mauvai e di 0 estion '? ~on! non'. l'Arétin ne voudrait pa s'abai rnr jusque-là. Car
pour lui, voilà le Yéritable ahais ment :
c'est de deveni r moindre. Mieux vaut 'enfoncer dans l'ianominie, mai grandi.r eu
riche ,e et en influence. Allon I l°J\.rétin,
l'homme ingénieul, l'aventurier sans scrupule et .an préjuaé, que va -lu faire? Yoici
l'embranchement de ta ,·ie. Tu vas re ter un
t'Ourti an ordinaire, ou devenir un grand
homme. Pou1· devenir cela, il faut trouver
du nouveau. Le trom·era -lu ?
L'Arétin le trouva, el c'est là qu'est proprnment on génie.
Il inventa la presse.
Certes, avant lui, on avait l'art de battre
monnaie a,·ec l'éloge ou la satire. C'est un
art au i vieux que celui de □ alteur, c'est-i1dire au si vieux que le monde. Mais on llaltait celui-ci ou celui-là, on s'allachail à quelqu'un. On était le panégyri Le d'un maitre,
el on attaquait abrité ous
sa protection. Puis, on ne faisait pas le métier en grand.
L'originalité de l'Arélin, a
force, fut de fonder en quelque
sorte une entreprise d'éloge
et de blàmc. li se mil à tenir
Lontique de calomnie. e retrancher da.n un fort inacce sible aux vengeance~, et met Ire
de lit lout le monde i1 contributiun, telle fut son idée. Poltron corume il l'était, il sut
en mèn:e temp se préserver
des danger que pouvait offrir
le métier. Fanfaron, mordant,
cruel a,,ec ceux dool il n'ara.il
rien à craindre, il trou,·a
moyen de faire croire qu'il
était prêt à dire Loule vérité,
el qu'il ne reculerait devanl
rien. Ain i il pouvail Jaire
Clkh~ GirauJon.
acheter son silence. Quant à
se" éloges, a réputation de
1 N PALA[S SUR 1.E GR.\:SO ' ANAL .~ \ ' ENISE·
satirique de,·aiL leur donner
un prix siogulierque n'avaient
que ·temps après, en l:i26, il recevait un pas ceux des flalleurs de profession. Joignez
eoup de fauconneau dans la jambe, ubissail :'1 cela .on audace d'a,cnturier, son cynisme
l'amputation ans e plaindre cl mourait d 'S d'é rh•ain, ses di positions ntiturelles à faire
suites de l'opération. li laissait e bandes le charlatan, et vous aurez le secret de la
noire désolée , et l'A.rélin au J6sespoir. Tous terrible pui ance qu'il inaugura el qui c~t
cc

,

_______________________________

ci elées, Labl aux, bronzes, tenture . Un
devenue la maitresse du monde. Ll [ul le jusqu'au maitri:. Beaucoup ont app ·lé , mais
homme du peuple crui frotte se aro ier»
,,éritable créateur du chantage en grand, qui peu eronl élu , dan celle troupe de quémanvt!lemeot à Loul cc lu e, pou ~c elTronLémcnt
L resté le plu olide fondement de l'in- deu r l)Ui ,ientas aillir le pui saulpropri6Laire
du pal.ai . Toul le monde peul entrer le tout le monde pour arri l"er le premi r. Il
0u nce en matière de pre:; e.
porte dan une corbeille un poi on d 1mesu\'coi e e t la seule ville libre en llalie. Là, demander: mai pour le voir, pour lui parler,
rémenL aro. · et le secrétaire
tranquillement, à couver t ou.s
du maitre, un !!rand fland.rin
l'égide de la Républit1uc neutout de noir ,·rlu Lorenzo
tre, pourvu 11u'il n'ait pas
Ycniero, lui fait faire plaœ.
maille à partir avec elle, il
Les autre ont beau bai er la
pourra travailler 11 a gui e
main cl n·rais.'er la patte du
dans sa nom·eUc manière. Le
jeune drolc, in oleoL rommc
27 mar- 1527 il
fait on
un chirn de riche, il îai L pa enlrêe el pail' a bienvenue
~er le pre111icr cc porl 'Ur de
en plalitude par une épilre au
pois on · car il ait que le
doge. Maintenan L il est as ur:
maill'C avanl toul e t un fin
contre l'extérieur, cl il ,a e
gourmand
.
mettre à l'œuue.
Ce mattre, qui se lai c ,oir
'froi an· aprè , e11 1550, il
~i difficiletll ni en per onnc,
esL le maitre de la littérature
on p ut adJllirer on portrait à
italienne, le ,éritabl' roi de
loUr. Ue-treproduit partout
1'1Li1lie et même de l'Europe.
'Il marbr , en bronze, ur la
Il écrit en protecteur au Ta~se,
1
oile, ur dl· médaille . couil corr pond a rct le potenronné d' laurier, , coiffé de
tat , il Lient tête au pap , il
rayon:. Le Titien lui-m 1me l'a
e L redoul;, tout-puis anl, et
pris pour modèle. Oui voil:1
1.'c t lc di,·in ArJLin.
bien
le portrtiil du !!rand
\'oulcz-You a,oir comnirnt
hom Ult'. nassa. icz \'O yeux
,·il l'ancien appreuti relieur,
de ·a me diYine. La tète,
l'aneien valet, le capudn déénorme 1iar del'rièrc, éLrniLe
fro4ué, le ouleneur mi épar deYant, porle impudemrable, l'amant des ·uisioièrcs
mcn L la face bestiale qu i
le fil de la prostituée·~ C'est
s'a,ance. Le front est dégarni,
à n' pas croire.
ridé, plissé, bosrné 1 urplomur I Canale Grande 'élèrc
banl. Le sourcil épais forme
un palai comparable aux plus
carcrne l'n dessous et dan.
beaux de Yeni.e, un palais
celle caverne e cache l'œil,
tout de marbre, ave des copetit el fauve. Le nez, écra é
lonne , des ogi,,e , de talue ,
à l:l. racinl', ,e dilate large,1ui parait, dè l'enlrée, fa
m •nt aux narines. Les lèrrcs
demeure d'un prince.
lippue el entr'ouverles, déL'intérieur L plu sompcou, renl de dents qui ont
lu ux encore. Ce n'e t pas eul'air de croC-. C'e l une fi.,urc
lcmcnl le palais d'un prince,
L'.\R1':m1.
sen udlc, hrnlalc, ru ·ée, et
c·e t le mnga in d'un ricbis/'remi~•· Jt• ses fOI INltl' f'ei11t&lt; f.ir LE TITIEX ·
la gramk harh qui la t •rime commerçant, encombré
mi n lui donue l'aspect, non
(Gravure Je CORNEILLE \ J1.N O1.1.EN LE JH~E./
de produits de l'Europt· et
d'un apôtre il c·oup . ÛJ•, mais
de l'A ie. On marl'hc de luxe
en luxe, de plendeur en ' plt-ndL•t11•i,. pour obtenir quelqu, cho. 1· du grand homme, bien plutùt ù'un b uc lu urieux.
'aluez ! c'e t le divin Arétin.
L'escalier qui mène à la première salle est il faut venir l main pleine . Donnant , donRiche, heureux, adu1é à 'Oil tour,jouis ant
monumental. L murs ont peints à rresque. nant. Et l'on voil là se pres er de. gen av
IJos Lapis de myrne su ienl les pieds de' des cadeaux arri,·és de Lon_ les coin du de toutes le · voluptés, ourmand, débauché,
ainsi vi\'3it-il à Vcni e, honoré de tou el
visiteur dont on ue demande mèmc pas l
monde connu. De amha adeur ont mèl'
nom. Ham l'antichambre où on arrive sont aux: arli les, le un tenant de sacs d'écus el a ·aot le Titien pour ami intime. Gràce à son
uspendu d~s tableaLL~ du Giorrrionc et du le autres de taLlcau...:, d ~talues, des &lt;rra- commerce de calomnie el de pané rique ·,
Ti lien, donné par c grand maitre·.
il avait fait du monde enlier on tributaire.
rnre , des bijoux. Des prètre cachent 011
Et cc n·c t pa · U, une farcur d'un in ·tant.
Quelle este Lie salle qui uit, où ii; femme · leur robe quelque pré enl payé avec l'aracnl
tra.aillcnt, causent, chiffonnent d ,, ruban:-, de fidèle , et coudoient des ·ourtisanes qui Non, l'œuvre e L trop bien organisée pour èlre
jouent de la !IUÎ.tarc et mangent de fruit
r .gard ill d'un œil d'crnie les helles .\rétines. passagère. Celle fortune, celte pui ·sancc,
dao de as iette d or? C'e L la alle de · Les Allemand , lourds el 1ètus de cuir, le
!'Arétin en jouira tout sa vie, et il vi1Ta
Atélinc•. et les Arélint'. sont le no,au d'un
nalaj raides dan leur a coutrcment de loncrtemps, trtlS longtemp·, dans l'opulence et
~frail. fai nul n'o e Loucher à cc Jfcmmes, ltrocarl, les Arméniens an long bonnel de 1• honneurs, plu admiré qu'un sao-e, plus
Lien qu'elles rirent ou l'œil de la foule qui fourrure, alteudenl patiemment qu'on les glorifié qu'un grand honune.
monte toujour le grand e calier. Et pourtant introdui. e, el se demandent a\'CC anxiété si
llire es amours, cc erait entreprendre
clic n'ont pour "ardien que Je nom de leur leurs dons cront les hienveous. Car autour une litauie san fin. Avan! mt\me d'arriver à
amant et sei!meur. Loin de le mépriser, car d'eux, ur les mur , sur le tables, charg,•anl la forlunc, il avait déjà épuisé toute la li te
œ soul d courtisane , chacun 1 adult&gt;, 1 meubles, il c:ontcmplenL de Lou · côtés
de_ liai ·oos voluplueu es depui celles qui
leur parle avec re pect el tùche d'obtenir 1·nr mille men-cille dont le palai:. regorge et &lt;[UÎ nai enL dan · le 1·uisscau, ju qu'à celle &lt;JUi
protection.
'épanouis enl dans l'alcôre d'un pa.Lai . li
onl été données au maitre, étoffes précieu ·e ,
Car il en faut ne fùl-ce que pour arriver manteaux. brodé , loques d'honneur, épées avait eu des doche se étant valet, et de
0

1

"" 107 ...
◄

lbù ..,_

�111S TOI{ 1.Jl
servantes étanl le commen al de du . 11
avait beau être un para ile, un bouffon, il
avait beau \tre laid sa venc, on esprit, ·on
cyni me, . a réputation obscène, on audace,
lui avaienL ,·:ilu pla d onqaètc· qu'il n'eût
pu n compter. Le temp qu'il avait
pa é avec le Grand-Diable avait été
une atllfnal, perpétuelle, pendant
lar1ueUe le femme se succéd:iient
an qu'il pùt seulement se rappeler
leur noms. C'était pire encore depui
qu'il était à Venise. Outre Je , Arétines, qui formaient n quelque orle
·on méaarre, il an:1il haque jour des
occa ions nouvelle d' ~Ire aim ', oit
JJOur lui, oit pour a rrnommée,
soit pour on or. Plu · d'une grande
dame ne dJdaionait pa de payrr en
nature une parrc de lui. Ile maris
menacé,; de .a plurn e rachetaient
en lui enrn,·ant leur femme. Le courtis:mt le • plu . belle Yenaienl loi
demander I ur célébrité. El cerlrs,
la liste de Oon Joan pouYait e comJ&gt;ar r à ceUe de ce faune liberLin.
De tout ce peuple de maitresse il
en e L une cependant qui ne peut
ètre ouliliée · il en e t une qui rendit
malheureux ce débauché toujours
heureux; il en est une qui fut
adorée par lui et qui ne 1 aima pa ;
oui, il exi. Le une femme, une enfant
Lien plutôt, que !'Arétin fut réduit à
aimer an espoir, el qu'il aima, lui
l'Arélin, platoniquement.
L'Arétin était dan tout l'épanoui cment de a grandeur, el il avait
quarante-cinq an , quand i! rencontra
ccl amour. La jeune fille se nommait
Perina Ri cia et avait quinze ans à
peine. On venait de la marier, quoique
paurre, à un homme riche appelé Polo. Elle
élail belle, mai d'une beauté étrange et Lien
rare à Veni e. Dan ce pays, célèbre par e
courtisanes planlurcu e dont le Titien a
con ervé le type opulent el ma11nifique, la
Périne fai ail l'effet d'une étranrrère, pre que
d'une apparilion. Grande el sYelle, elle n'avait
rien de., forme sculpturales si admirée
alor . Mai , en re\'anche, elle sédui ait sin ulièrement par une élégance maladive, par une
délicate se prc que an 11élique, par un air de
Yicr•'e tri te. Elle avait cet allraiL exqui el
pénétrant de la mélancolie, celte profondeur
de Leaulé morbide, qui est le charme de
poitrinaire . Par un contra.Le qu'on peul
·ouvent con taler dans Je amours, la nature
chaude et Loule &lt;&gt;n uelle de !'Arétin fut
, uLjuguée par celle pàleur. Il sentit là
quelque chose de niluYeau, d'inconnu. Lui qui
emblail avoir vu et savouré la femme ous
Loul e forme , il trouvait un mystère dans
celle frêle enfant, dont il avait oif, et qu'il
n'o ail pas même efllcurer du re..,ard de peur
de la fatiguer tant elle était faible. Celte faible e faisait précisément sa force.
ttre aimé de la Périne devint son vœu le
plu ardent, on eul ,·œu même, à lui qui se
croyait incapable d'P.n former encore. Et ce

vœu suprême, il ne put venir à boat de
l'accomplir. Grâce à on influence et à son or,
il put hi '.l aplanir tous le ob tacles; mai là
s'arrêta son pouvoir. Par de l'ar enl ou d
menace., on ne ait, il parvint à éloigner le

exige une éparation. Il viendra la voir, ce L
bien assez.
Et l'hiver commence, l'hi,·cr terrible aux
poitrinaires. La maladie entre dan · la période
pre que repou sanle, celle qui défigure, 11ui
d"un corps fait un pectre, qui amène
rnr de lèvres aimée des crachats répu!!Da ols. I 'importe I il bai e ces
lènes. Il ne voit pas l'horreur du mal,
ou il ne la voit fJU pour chérir
davanLa..,e la malade. li passerait s
jours el ses nuit à la soigner i elle
voulait. .Mai clic c,;t cruelle, elle ne
,·eut pa , elle le renvoi · chez lui.
El quand il a oif de la voir, ce
o·esl pa seulement cdle défen e qui
l'arrête. Souvent la mer e l mauvai e,
l'ora ce t menaçant, l pa un Larrarol ne veut le conduire, quelque
prix qu'il y mette. Eh birn I il ira
seul, il bra\'era tout, il a besoin d'aller pa.ser quelques in tants auprè '
ll'elle, il a be oin de la soigner, de
la consoler. El lui, l'homme riche
l'épicurien, le jouisseur, le poltron, il
'expo e aux intempéries et aux
danrrers plutôt que de rester sans
nouvelle de la bien-aimée. li oublie
tout en la voyant.
« ouvent, raconte-l-il, par le plus
« .cruel décembre, le plu affreux
« jan"ier, le plu tri Le Ié,·rîer quel 'on
« ait subis, je ne pouvais trouver de
,, barque di ponible. Alor , ous la
Cli&lt;ht! Oiraudoo,
(( plaie qui m'inondait, ous la neige
PAGES ET VALETS ATTENDAXT LEURS MAITRES
c, r1ui me glaça.il, sous le vent qui me
A LA PORTE D'UN PALA!~.
,, mordait, je me mellais en route,
De/ail 1fun tableau du fnnlre -,it!ntli1m CARP~ccro.
" et j'arrivai près du lit de la Périna,
(A cadtmie des Beaux-Arls, l'e,iise.)
« eul et dé e péré; el les gouttes
,, d'eau froide, et le flocon de
mari. Il obtint de la mère et de l'oncle &lt;le &lt;( neige, et les morsures de la hi e me
Périne tout ce qu'il voulut. La jeune femme « emblaienl encens, parfum et nuages de
,·int ho.biter chez lui. ,rai, ce fut tout. Elle ne « neurs. ))
l'aimait pas.
Tant de soins devaient avoir leur récomli n'en priL point d'ombra"'e, lui, habitué pens ', et le rétablis ement de la Périne en
au~ triomphes le plus rapide . (l e dit que fut le fruit. Après treize moi de cruelles
cela tenait à la maladie, aux soufl'rances de sa
ou[rances, elle se reprit à l'ivre. Quelle joie
chère maitre e, et qu'il entrerait dans ce au cœur d'Arélin, cl comme il se remit à
cœur fermé en prodiguant à l'enfant ses l'entourer de luxe, à la combler de faveurs,
soin les plus tendre .
pour hâler a convalescence! Ah I maintenant
Elle était au plu mal, en effet, la pauvre du moins Ile ne pourrait 'empêcher de
Périne. La phti ie minait ce frêle corp . On l'aimer. C'est lui qui l'avait arrachée à la
suit pa à pa ce douloureux_ progrè. dan les mort. C'est à lui qu'elle devait de voir encore
lellres de l'Arélin. On y lit combien il ou1frc la lumière du oleil. Et œtte foL, le pauvre
d \'Oir ou[rir la Périoe, combien il esl bon amant toujours rebuté espérait bien qu'ell e
pour elle, combien il l'adore. Rien ne lui lai erait toucher par une si vive tendresse.
emLlè a.us i beau qu'elle. Il n'a jamais rien Uélas t espoir trompé. Certes la Périne était
connu d'~u i accompli.C'est un angemalade. pénétrée de reconnai ance, et témoignait à
Pour lui faire oublier son mal, il n'est rien son bienfaiteur toutes le grâces qu'elle pouqu'il ne fa e. Toul ce qu'elle désire, il le lui vait. Elle lui disait avec un sourire qui le
donne. Le belle robe , le bijoux l'or, ont fai ait pâmer :
le hochets de celle enfant capricieuse. Qu'elle
ous ètes mon père et ma mère.
prenne tout, qu'eJle ca se tout si elle veut,
Mais de ce sentiment à l'amour il y avait
pourvu qu'elle solll'Îe el qu'elle semble un peu encore un abîme; et œt abime, quelque
. oula..,ée.
eJfort que fil l' Arétin pour arriver à le
Mais le mal augmente loujour . ur l'avis comliler, la Périne semblait de moins en
des médecins, il la conduit à la campagne. moin décidée à le franchir.
Va-+il donc se éparer d'elle? Il ne veut pa .
Le a iduités du pauvre homme eurent
lais elle, que tant de prévenance fatiguent, même un résultat auquel il était bin de
"" 168 .....

HISTORlA

CLAUDE DE SIMIANE, ENFANT.
Tableau d' R, 1ULPHY. (:;\lu ée d'Aix. )

�~---------------------------------------

Ut

'PÉ1{1N'E - - ,

s'attendre. Un beau matin, il apprit que la une làchcté. On se rappelle seulement une idées vaporeuses cl douœmenl mélancoliques,
Périne s'était enfuie, et le lendemain il chose, c'est qu'on les aime, et du coup on les l'ai;onie de la fin est horrible et répugnante.
Il faut un amour hicn trempé pour résistc1
savait qu'elle n'était pas partie seule. Sans aime davantage.
doute elle était lasse de la situation où il la
Et la Périne est de nouveau installée chez à ce spectacle. Celui de l'Arétin, qui avait
mettait par ses protestations d'amour, et elle l'Arétin. Pauvre entant! Comme elle est ma- déjà résisté à tant de choses, résista encore
y avait coupé court par un coup bien cruel, lade! Voilà trois ans qu'elle était partie! à celle-l'i .
(( C'est une passion folle, écrit-il, mais je
en se faisant enlever par un jeune homme Qu'a-t-elle fait pendant ces trois ans? Elle a
qu'elle aimait.
aimé un autre homme. Mais ne craignez rien : « ne puis m'empêcher d'aimer celle jeune
Oo juge quelle fot la colère de l'Arélin, et le grossier et obscène compagnon du Grand- « femme qui m'a si cruefüment traité, qui
comment il prit un tel acte, avec sa nature Diable a trop de délicatesse de cœur pour &lt;1 n'a pas vingt ans, qui a perdu la voix, le
violente. Autant il avait aimé l'ingrate, autant parler de tels souvenirs à celle femme qui c&lt; pouls,l'odorat, qui ne conserve quele scnil la détestait, ou du moins croyait la détes- souffre. li u'a pas un rrprochc pour elle, pas &lt;c liment de son martyre, cl qui, morte et
ter. Il s'emporte en invectives contre elle, une parole amère. Comme un père dévoué, &lt;( vil'ante à la fois, est gisante dans son lit
dans ses Jeures, et la maudit mille fois, et comme un amant fi&lt;l1:lè, il la veille, il la (&lt; comme un cadavre dans le sépulcre. l&gt;
E:te mourut dans ses bras, et il la pleura
nonobstant ne peut s'en détacher, quoiqu'il soigne, il lui adoucit les derniers moments.
prétende ne l'aimer rius.
Car ce sont bien ses derniers moments celle de toutes ses larmes. Pendant de longues
« Oui, écrit-il, la voilà dissipée, celle illu- füis. Le peu de vie qui restait dans celle journées, de longs mois, cet homme si gai,
&lt;l sion qui, pend~nt cinq a1,nées, m'a conlampe fragile, ce peu do vie que \'Arétin avait si plein de verve, si cynique, fut triste,
« lrainl à l'adorer! Est-il possible que je l'aie rallumé jadis pendant lreize mois de soins, morne, silencieux, respectueux de son sou« aimée, et qu'elle n'ait pas cessé d'accroître ce peu de vie vient de s'user à la flamme de venir. Les plaisirs, aussi bien 11ue les affaires,
« sa haine quand augmentait ma bienveil- l'amour pendant trois ans. Si elle rn plus 10 laissaient froid. li pensa mourir de don&lt;l lance? Je royais bien qu'elle était !romm~I, si elle est plus bas qu'elle 11'a jamais lcur.
Un an après, il écrit ceci :
« pense; mais je savais 11u'en essayant &lt;l'étouî- été, c'est à son ingratitude, à rn lr:ihison, à
&lt;t La mort n'a pu me l'arracher du cœur.
&lt;l fer mon penchant, je ne réussirais pas
elle-même enfin 11u'elle le doit. Mais l'amant
« mieux que ceux dont les mains impru- trahi, le bienfaiteur méconnu ne ,·eul pas « Je me crois fou. Je 1;émis sans cesse. Je
(( denles essaient de courber les branches savoir cela. Elle a bernin d'ètrc so· gnée, l1 sais qu'elle était ingrate el que je devrais
(( des jeunes arbre~, toujours prèles à se voilà tout ce qu'il sait, el il la soigne. Et il (( l'auhorrer. Je me reproche ma faiLlcsse.
(( ~fais je ne peux me persuader qu'elle est
&lt;( redresser ver, leur cime. Peul-on aimer
l'aime de plus en plus.
(( ou désaimcr comme on veut? Aujourd'hui
Quelle mort hideuse, que celle des poitri- &lt;( morte. Je la cherche toujours. 11
c mème je le sens, mon àme, privée de la naires! Si quelque chose semble fait pour inA la longue, cet abattement se dissipa.
(1 chose aimée, est comme une terr-1 livrée
spirer le dégoût de la femme aimée, n'est-ce Entrainé par le tourbillon de sa vie, voué
&lt;1 à la licence et à la cruauté des ennemis,
pas ce cortège des maladies de poitrine, cet par état aux agitations perpétuelles, pris dans
l'engrenage de l'argent à gagner, des
(( toute couverte de ruines, et où ne
relation; à entretenir, des comman(&lt; vivent plus que les larmes. 11
des à satisfaire, des plaisirs à parLe coup était rude, et quelque fatager, il fallait bien qu'il se reploncile que lui fussent les remèdes, grâce
geât dans la lutte et dans l'orgie. Son
àson opulence, aux plaisirs, aux Arétempérament d'ailleurs n'était pas
lines, à ses amis, l'amant trompé ne
fait pour une prostration éternelle.
put se guérir. Jamais il n'a'Vail aimé
Au contraire, il se fentait poussé,
aiusi; jamais non plus il n'avait autant
pour oublier, à se jeter plus que
souJTert. Du seul amour sérieux et
jamais à corps perdu dans les jouisprofond qu'il eût dans sa vie, il n'avait
sances, et il s'y rejeta. Mais en dépit
goûté aucune des joies, aucune des
de tout, malgré le succès croissant
satisfactions, et il lmvait à longs traits
de ses pamphlets, malgré ses cométoutes les amertumes.
dies, malgré ses livres, malgré sa
li était dit qu'il souffrirait plus
encore, qu'il passerait p1r toutes les
renommée de plus en plus grandissante, au milieu des voluptés ou des
torlures réservées aux amants malpérils, parmi le bruit d'une maison
heureux, et qu'il riderait le calice
jusqu'à la lie. Après la fuite de la
sans cesse pleine et encombrée, dans
Périne, sachant qu'elle s'était donnée
l'opulence, dans la satisfaction, dans
à un autre, s'étant refusée à lui, après
les débauches, toujours il fut pourtant de cruelle ingratitude, il ne semsuivi par le îantorne de la Périne.
blait pas possiLle qu'elle pût le faire
Rien ne put eJTacer dans son cœur
souffrir encore. Malgré la force de son
le nom de cette enfant malade qui
amour, il devait la délester, la méloi avait fait connaitre les douleurs de
priser même, et sans doute, avec l'aide
l'amour trompé, el aussi, à son insu,
do temps, il était en garde contre une
les splendeurs d'une passion vraie. De
nouvelle rechute. Que la Périne osât
Lous lef souvenirs brnreux ou mal-

revenir, et il la chasserait, à tout le
moins il refuserait de la voir. Eh bien!
non. Elle revint, et il la reçut, el il fut
trop heureux de la revoir.
Les malades ont un moyen si sûr
.de se faire pardonner : _ils n'ont qu'à être
plus malades. La pitié vous prend en face de
leur figure amaigrie. En les royanl souffrir, on
oublie qu'ils vous 1,nt fait souffrir, eux aussi.
Le plus petit désir de vengeance semblerait

heureux, vulgaîres ou bizarres, de ~a
vie qui en fourmillait, celui-là fut le
] EAN DE )[É DICIS, DIT C JEAN DES B.-1.NUES N OIRES ».
plus doux à la fois el le plus cruel,
TaNtall d11 TtTIE~, gravé par PAOLO L ORENZ!.
et en tout cas le plus tenace.
On sait à quelle infamie arrirn cc
amaigrissement qui alterne avec la tuméfac- maître de la littérature ordurilire, ce profestion, ces poumons crachés pu lambeaux. seur de calomnie. Par ses pamphlets odieux
infects, ces SJmptômes de mort qui envahis- et par ses dialogues immoraux, il fut tout
sent l'être encore vivant? Si fa lente agonie ensemble la honte et la gloire de l'Italie. li
des phtisiques a pu donner aux poètes des récut jusqu'à soixante-cinq ans dans cette

�111ST0~1.Jl

--------------------------·-------------~

"loir • el dans cetl • hunl , courli.é Jt• print · ·, clto)é dt roi., craiuL d tout le moodc,
el faillit dntoir cardinal. Rien ne Je rorri ca
jamais, et il .1· mlih:i au ·onlraire 'èlre faiL
plu· immonde à me ure qu'il ,idlfü,ail. L s
Arétin . finir •ol par êlre uo hmm, ·l pir
ocore. L •· fr tio. du troinfrc .e chan,.,èrrnL
n bacchanale . L · vi illard fut . urnommé le
a Roi de la D hau he .
La lérrC'nJe raconte qu'un jour, comme on
0

lui raiontail une ordure im·cnté par une de
« Jp ne sai i Je anué • "Uériront jamai.
·c ,o:u r., courthar;,• à Arcuo, il fut pri. 11 le mal :ilfreur que m'a lai. é dan le cU'u r
1l'un r u rir • cl en mourut. C\·.t une fin cc l'aff ction que je portai à la Périne, j ·
digne d lui à coup ùr.
« croi · qui· je ui mort du jour où clic e t
Eh Lil'n l m~mc au Jéclin dt• 1.: ·lie ,ic im- " murie, ou plutôt je croi~ que ell p te
pure, même dan tout l'éclatd e déLauch s 11 d'amour ne me quillt&gt;ra pn mème quand
1ni1e,, l'Arét in ,&lt;' .our nait toujour, d • la
je mout rai. Le mal c t au fond d me
P1rin , et voil'i ce qu'il écri1·i1, quelque - a entraiUe , et mille .iècl ne J'en arracheannée a,anl t-a mort au profo. eur de phi- « raient pas, llocl •ur c 'lèbr n philo. opbir,
lo opLie llarbaro :
&lt;t i vou pou,iez m'enseirrner l'oubli! »
JEAN RICHEPI .
de l'Aca.fémie françalu.

L'abbé de Vatteville
n cad ' l de VatLeviUe e flL cbartrcu.x de
bonne heure, el après sa profe sioa fut ordonné prêtre. Il avait Lcaucoup d'e. pril,
mai un e prit lfüre, impélueu , qui 'impatienta bientôt du jourr qu'il a,·ail pri . Incapable de d m urer plu longt1mp soumi à
de . i gènante oh ·mmces, il oanra à ·' n
affranchir. Il trouva moic-n d'a\'Oir de habit
écolier , de l'argent, d pi toi t , cl un
cheval à p u de a· lance. Toul cela peul-être
n'uait pu e pratiquer an donner quelque
oupçon. on prieur en ut, et, avec un
pa e-partout, ,·n ouvrir a cellule el le trouve
en bahiL -écuJi r ur une échelle, qui allait
~auler le mur . \'oilà le prieur à crier :
l'autre, sans s'émouvoir, Je Lue d'un coup de
pi tolet el e aure. A deux ou lroi journée
de là, il 'arrête pour dù1er à un méchant
cabaret cul dan 1. campag11 , parce qu'il
:1•ilail lanl qu'il pouvait de 'arrêler dan des
lieux b:ibiLé , met pied à terre, demande c •
qu'il I a au logi . L'hôte lui répond : « L:n
•igol et uo chapon. - Bon, répond mon défroqué, mettez-le· à la broche. » L'hôlc lui
veut r•montr r c1ue c·e t trop d deux pour
lui .eut, el qu'il n'a que ceJa pour loul chez
lui. Le moine e fàche, cl lui dit qu'en payant
c'e Lbien le moin · d :l\oir ce qu'on reul, el
qu'il a a ez bon appétit pour tout man t1er.
L'bùte n'o.e répliquer et emLrocbc. Comme
ce rôti 'en allait cuit, arrive un autre homme
à cbenl, ul au i, pour diner dan ce cabaret. Il en d mande, il Lrourc qu'il n'y a
quoi que ce oit que ce qu'il voit prêt à irrc
lité de la broche. Il demande combien il
·onl 1 -d u , et e Lrou,·c bien étonné que
ce oil pour un eul homme. li propo e, en
p, yant, d'en manrrer a part et est encore
plu urpri de la répon e de l'hôte, qui l'a ure qu'il en doute à l'air de c lui qui a commandé le diner. Là-de su le rnrarreur monte,
parle civilement à Valleville, ~l le prie de
0

lrou\'er bon 11ue, puL11u 'il u' a rien dao 1 ru t Li •n; cl, plein •ment a ~uré, il 'en revint
lo1ri 11uc cc 11u'il a rel •nu, il pui .e, en en 1'rancbl'-Cumlé Jans sa !amillc, cl c plaipayant, diner arrc lui. Vatlcl'ill n'y veut sait ;1 mor ucr l ·hartre11x.
pa con entir; di pute, ell '1chauffc; br f,
1) érénement i ing11liers I fir nt conle moine n u c comme arec on pri or, et naitre à la première 1-onquête Je la Franche-tue on homm d'un coup de pi Lolel. Il de-- Comté. On le jurrca homme de main el d'incend aprè tranquillement, et, au mili1.11 de lrrnue : il en lia direclcmrnl arC'c la reine
l'dl'roi de l'bôt et de J'hiit Uerie, .e fait er- m\re, puh, avec le mini.Ire~, qui ' n .&lt; r,·ir le irrol el le chapon, les mange l'un el
virml utilement à la .rronde conqnète de la
l'autre ju.qu'aux o., paye, remonll' à chcrnl même pro1incr. li y .crvit forl utifoment,
cl tire pays.
mai ce ne fut pas pour rien. JI a1aiL stipulé
,e a hant que•de,·enir, il • · n va •n Tur- l'arch 1ècl1é de Be an on· el rn elle! aprè
quie, t, pour 1' faire court, , e foit circon- la • cond conquête il y fut nommé. Le pape
cirr, prend le turban el 'enga"e dan la mi- ne put se ré oudre à lui donn r de , l111lle :
lice. on reniement J"avance, on c prit et a il e récria au mcurtr ll l'apo tasie, à la
rnleur le di. tingucnt, il del'ien t ba ha cl circonci ion. Le roi entra dan le~ raison dn
l'homme de confiance en )foré , oi1 1 Tur
pape, el il capitula arec l'abbé de Valleville,
fai aien l la !!lierre aux \' éni tien . JI Jeu r prit qui e contenta de J'abba ·e de Baume, la
de place , et e condui il si bien av c le
den ièmc de Franche-Comté, d'une autre
Turc , qu'il e crut en élal de tirer parti de boone en Picardie, et de diver autre avan,a ituation, dan laquell il ne poul'ait .c larr . Il 1·écut depui dan on nbbnyc de
trouver à on ni c.11 eut de moyen de faire Baume, partie dan .e terre~, quclquefoi 11
parler au gouvernement d ' la république, et Bc·ançon, rarement à Pari l'i • la cour, où
de faire on march: a\' lui. Il promit Yer- il étail loujour' reçu a1cc di tinclion.
bal 1menl d • livrer plusi ur place ' et force
Il avait partout beauc·oup d'équiparrc,
ecr L de Tur , mo ·ennanl qu'on lui rap- grande chrrc, une belle m ute, grand laLI •
porlàt, en Loule les meilleure. formr , l'ahl bonne compagnie. li ne .e conlrairrnait
~olution du pape de tou ll's méfaits de :,a point ur le· dcmoLeUe ,el ,•ivait non .eulcvie, de se meurtn•s, de on npo. lasic, . li- ment en grand eirrneur el fort craint el rc r Lé entière contre le cltnrlrcu , el d n
pecté, mai à l'ancienne mode, lJranoisant
pou,oir t:lrc rcmi dan aucun autre ordre, fort .e. terre. , cell de · • abbaye , et quelr • litu: plénièrement au . iè ·le avec le droit.
qul'foi
roi. in , urtout chez lui tr'. al;de c ux qui n'en ont jnmai orti , et plei- :-olu. I.e intendant· pliaient le épaule , et
n ment à l'exercice de on ordre de pr ltri. ,
par ordre e. pr de la cour, tant qu'il récut,
el pouYoir de po Jder tou bénéfice qucl- Je lai aient faire el n'osai ut le choquer en
con•1ue . Le \'énitien
trouvèrent trop rien ni ·ur les impo ilion qu'il réglait à
bien leur cornple pour 'y épar!!Iler et le peu pr comme bon lui ·erublail dan toute
pape crut l'intérêt de n ~gli c ~i rrrand à favo- se dépendance , ni ur
enlrepri e as. ez
riser le chr :Lien. coolr le Turcs qu'il acouvent ,iolenle . Avec cc mœur el ce
corda d • bonne ràce toute le demande du maintien qui e fai ail craindre el re ,peeter,
hacha. Quand il rut bien a ur; que toute
il e plai ait à aller q uelqu foi voir le charlé· expédition en étaient arrivée· au 1rouver- treux, pour e audir d'avoir quillé leur
oem nt en la meilleure forme, il prit i bien !roc. Il jouait fort Lien à l'hombre, cl
ae. me ure , qu'il exécuta parfaitement loul gnait i ouvent codille, que le nom d'abh:
ce à quoi il 'était engarré emers le Véni- CodilJe lui en r ta. Il ,écul de la orle, et
tien . Au •.ill apr, , il .e jeu dan leur ar- toujour dans la même licence el dan la
mée, pui ur un de leur vai seaux qui le même con idération, ju qu'à pr\ de qualreporta en Italie. li Cul à Rome, le pape le re- vingt-dix an .
Al "T- 1.\10 •

Un pet.il Gaulois de Lutèce
Par le Doèll:ur MAX BILLARD

.\u lemp &lt;le Gauloi P.~ri. n'éLail_q~·.uoe
hourt1ad' r nferm 'e dan I il de la Cite . o~
la nommait Lutetia, Lutèce (de Loutouh i1,
habitation au milieu de. eaux). Cep•ndant,
ui1a11t ccrtnio~ anti11uaires, le nom d • la
;.apiLale de Pari ien ,i ndrail d'un l~mpl ·
qui cr, il plu tard de forle~_e. ·e el o_u I on
adorail la dées e Leu ·olhoe, . ln ~ ?Jp~c
marine, une de plu haute el vic1lle dmnrte
océanienne .
.
Toujour· c t-il qu le a le e p~ce ma1~lcnanl cou1·ert de palai , de marrnifique prdin de pla ·e publique·, de monument
. upe~be , était alor,- o~upé p1r de · hu:l en boi de· mara, fanrrcux el une
~ombre fo;èl. w pul prévoir alor
i1ue cell bourgade, avec. e l~'.L de
ch.aume de,·iendrail, qunu:e .ic le
plu ta;d, la métropole d'un e~pir dont llome ~ me ne ~tirntl
elre qu'un ch f-h •u de prcfectur ?
},'hi Loire nou apprend, en
loul ca , que la parti de la rirn
gauche était occupé par d~ a~li an et urtout de poLter .
En J 7..,7,à l'endruil où s'élère
l'éJ1lke aux forme sé,èrcs el
•randio e du Panthéon, qui rappelle le temple de l'anli~uilé
romaine, il fut décou,·erl plu ieur
pui • sans re,·ètemcut, creusés dan
l'unique but d' · trouver de te~r ~
propres à la rabricaLioo de. pot~r•e · ,Qu~lque -un de ces puit a,a1ent JU cp1 à l'1ngLcinq pied· de profondeur• n trou"~ de
âtr . de four con truil pour la cu1 on
de potcri s, de f ragmcnlS de v c • de pot
entier et imparfait .
.
Ou laure nou dit tiu'on ~- emplo ·art.« d_cu_
orle de terre : l'une, d'un blnnc ri • clall
recouverte d'un ,·ernis noir el fort égal, et
l'autre. rou"e, dont le icroi avait un éclat
briUant ».
.
Le mu ée Carnavalet, ce chd-d'œnnc &lt;l ~rthilC'elure de la Rcnai ance, dont le gal~r,
content de façon i ai i ante la chr~nrque
rél'olutionoaire, e l rempli de ouvenrr de
la plu lointaine origine de 1~ ville : de po~,
de Yas de fiole de hou le1lle tou falm11u •, par'
antique artisan , qui ~i a!ent
érralemenl le chanvre el l • lin et fabr1qua1enl
m~me l'orfèvrerie; et, parmi
' témoin
mat.érieb du pa ·é, le plu intére.' ut!', sans
1. • On peul aninn, r •1ue la t"•.l••ric ~nloi,' .. poleriP il l'ac rab11len,,• 1 â p,11,• i::ross1è~c&gt;. !l'une c111 "OIi
1 i, nt encor' i ,li ircr, i·tail f, l,nq11,·c ru Gaule.
t,ieu a, anl l'arri, é • M, llomain,. · .\ • 'I• HlA\U. l.&lt;1
l 11Jtcr1earn11t l'/ii. toirc. llulleti11 de la
1t'lt- • l.e11
Ami, du ' cie11«s et frt, de lloc/1eclwuai·t ». 11107 •

.,. liO

1\1&gt;

cool, te, ont le objeL pro\'enanl de· cimetière pai •n de 'aint-Uarccl • cl du fauL urg
ainl-Jacque·.
L tombe se compo aient, pour la plu pari,
d impie· fos es reu. :c en terre, dans
le quell ,
lrouçai •nl, a, . 1' ~quelellc du
morl, d • monnaie pour le tribut Je la ~arrru:
à Caron, le ri iJc t•L 3\'nrc nauto11111er qu 1

;\1A QUE

o'c:,; PETll

\ULOI

(,\lrtsee Carnaulcl,
S.Jlle. tto-1ue 1;a//o,romatne.)

jadispa· ·1 le ombre_ ic:tril .tà remarquer
que peu à p u le Part , o a,·a1enl adopté le
mœur:--, le lob, la religion cl la lan"U' de
leur- ,·ainqueur. •.
. .
Dan le épulture d'enf?nls on a ~ecueilh
Je coUier , de d: , de J0uel curieux des jouets d'enfants vieux Je .eize cent a!1s
_ entre aulrc une fi urine en terre cmle
blanche représcnlo.nl une nourrice l nanL on
nourri on (la tête de la femme manque) i ?n
petit canard llollant, au i en terre mie
blanche, po é ur une nacelle lui perm liant

de ,orru r .ur I' 'au, et percé de petit trou
aux extrémité pour ' attacher un fil, el
pre IJUe Loujour un bib ron.
,.
,
Ce biberon , a\'ee aii es t Letm , d un
conl nanccd' miron cent ~ingL-cinq nrammc ,
•n , rr tr-. iri. é par l'o. rdation, dat~nl ~
111• d "' iè le , d'aprè · le tile de m crrpLion~ cl le monnaies de aaularrc.
Lor que l'admini !ration municipale JiL
•on truire, en l ' 73, le lari:hé duPort-lloyal,
au coin de la rue ~icole et du boulernrd dont
le nom rappelle une aLba1e riche en om·cnirs, on déèounit, en foi ·ant le fondation de ce marché, de nombr u e·
épullure romaine '· pui , cinq a_n
aprè , lL Landau relrourn la u1tc
de ce cimctit·re dan a propri :1é
itué, rue Xicole, ouverte à Lra,·er. C( jardin · de Carmélite.,
où MademoisclJe de La altière,
accoutumée à tant ' de Joire, de
mofü·.. , de plai ir , ~ • dépouillant de on lilr de duche se pour
pr ndre c lui de ... œur de la ~Jiéricorde, fit un con,crs1on
au i célèbre que a tendre
n ,oit au mu~éc C..,rnavalct.
dau la . eplième lra,,éc, pron:nant du cimetière romain de la
rue I ïcol ', un petit arcophage
,fenfant de 0,90de Ion ueur, ur
o,;,3 dl' lart1eur, creu é dan un bloc
"ro ièrement é&lt;1uarri, aJanl comme
co~nrr le une gro. ière pierre plate.
ou,enir plu intérc·,ant encore que h•
bil, ron c. t le ma que d'un pelil GauJoi de
Lut ère, - un contemporain de Julien l ',\ po ta.t,
_ pou,anl avoir huit à di. moi , lrou\ 1 dan
cc arcopharr du 1'' iècle. Le lrait ~nt
con cné avec toulc les apparence- d la \lC,
malrrr · lanl de tcmp éroul '.
La tèl de ce petit mort c trou,ail en parlie
cou'" te par une couche de mortier a ei
épaL.e. Lor du . cellemcnt du COU\'~rclc, ce
mortier 'élanl r 'panda sur le n a«e de
l'enfant c.n arnil pri l"empreinte rt, par ~a
nature même, a pu tra,·er·er cize ~ièck et
nou con ener aiwi intacte l'image de ce
petit aulo1 de Lu~ècc, ~ort il y .a ~lu de
~ ize cent an , qu une ~•mplc opcral!on d
moula"e, faite ·ur place, a pu reproduire
exaclcm •nt. 'n ruuu lromé anprè de
l'entant, po 1dail une e pèce de tube de1·anl
remplir le fonctions Ju ein.
On peul du r :te roir, au musée arna\'a.lct,
1. l.a pnnl'iji3IC og~lun1fral111n. ,li· ,,~p11ltu.r, '. · _,.
Jrnnuil , LL l'1UI,&gt;lacm1cnl d,• 1_cnclo,; ,le } ~~u, u
wuveol t1 Carméhti- cle ln rue d Euf~r. 11u1 elcnJail cle ourd. )Juct ju•'}u'à la llaterrull!,

�111STO"Jtl.ll _ _

----------------------------------=---,#

un lrè, inl 're · anl e cmplaire de c moufoi:-c'
dao· le compartiment iHféricur de 1a vitrine
centrale de la deuxième aU • de l'époque
rrallo-romaioc, auprc d'un :mir• moula!!e
non moin curieux, celui de. débri du crànc
de I' nfant, que recouvrait le masque d rnorlicr. Ce déLri .ont con-ené· au ~ru l!Um •

°'"

1. ,
eu ,lo11nmh
j1l'l:,·{,1le11k.

la r,·prutlud1on

it la 1111:;c

Ilien de plu· curicn que c lie envelo;&gt;pe
de plàtrc qui reproduit ce que le temp t le
ourd travail du ver du -épulcr auraient
délruit, ce que I ciment humide a ardé, la
chair, nou dirion pre que la rie.
Le momi~ ég ptienne -ont noir ,
hidru e , défl&lt;&gt;urée ·; cil• n'ont plu rien d ·
2. fo1r le 1;,,,,1,. ,Ji, mu. ü Cama miel. Jl.lr '"'·. t:L-

l.1Ln I flonun. l1ari,, l!IO;;.

commun arec 0011-. ·ou avon là au contraire, aprè cizc iè.-cl :cou]· , un portrait
viv110L d'un petit conlempor11in du C· ar
proclamé empereu r par e oldat dan c
palai de Th •rme dont il r t rncore aujourd'hui deu rn te Yoùtc- cncadr~c de fleur. ,
de rcrdure et de débri de vieux àrre , réuni. l.'1 pour peupler cette demeure qu'on pourrait, h ju le Litre, appeler le palai de ruioct-.
ÜOCHLR

'.\I AX BILL \RD.

Le mystère de Nuremberg
Par JULES HOCHE

YI
u moi · de janvier 1'30, le bour1rmcsl re
de .'ürcmbern- r connut, de concert avec le
tuteur de Gaspard llau~er de baron de Tuch r) tJUC l'état maladif du profe eur Daumer ne permettait plu à ce dernier de 'occuper de on jeune élrrc. En con ~quenc •
IJau r fut au lori é 11 accept r l'oJl're én 1rcu e du con ciller füh rach, qui meuait à . a
di. po ilion la table l le lo eruent.
lai ce chan •m nt de domicile, de milieu
urlout, ne parait pa avoir été du "OÙL du
jeune Hau er, 'il C ut en croire le iocid nl
f,icbeux qui 'datèrent peu aprè on entrée
dan la mai on Diberach et détermino\renL
_on départ au moi de mai de ,la même
année.
Le 2 avril t 30, nou appr nd un de -C
hi toriographe , Ga pard llau cr rentra plu
tard que d'habitude. Comme on le que lionnait à c ujet, il répondit qu'il ,· nait de
chez Je profe eur llaümler, el montra même
du pain d'épice que le pr îe cur, disait-il,
lui avait donné.
Le lendemain, le con ciller füberach intcrrorrca Rai1mler à ce ujet, en pré.eoce de
Uau-cr lui-même, cl le profe cur affirma
qu'il n'a1•ail point vu le jeune homme la
veille. Là-de . us Uau.er entra dao une ,•iolcnte colèrt', mai an rien avouer d'ailleurs
relati,·emenl à on e capadc, dont on ne ut
le lin mot que plu tard 1• Et comme le con, eiller Biberach le prenait à part pour l'admone:;ter év'•rement, llau er frappa, de e
deu poio1r fermés, la table placée entre
eu , et 'é ·ria d'un Ion furieul'. : cr Je ne
mu plu î"ivr • ici !
1. Il parait 'JU • llnu.er :11ait uiri cc jour-lit unt•
Jan,(•u Je cord , .orle 1f'E mer. Ida l.iararoi .!ont

Pour le punir de a conduite, le con-eilkr
lemme nt arraché de , a place H Je coup
lui intrrdit de quiller sa chambre ju qu'à partit.
nouYcl ordr , et lui défendit c·n même tcmp
On retrou\'a à l'endroit dé~inné de la mud'aller diner ce .oir-là chez le hourgmc Ire
raille deu lrace de feu et dao la direction
Dinder, omme il en avait !"habitude Lou Ir
oppo. :c le trou où 'était lon-éc la hall,
dimanche .
mai nucunc eD!JUêtc n' Cut ouverte à ce ullau cr était ,cul dan ~a chambr depui
jet, el l'étranrre ac ident d~ 11:tu rr e l re té
quelque, minute à pcin , lor·qu'une déto- d 'linitir ment enveloppé de my Lère.
nation relt'nlit dan la pièœ.
deu arEn ) réllé hi ~anL bien, on erait prc. que
dien accouru ur-le-champ le lrouvi'renl
lenlé de ré, oudre le probl me 11 bau. éritm
ét ndu .an counai ance, av c une ble. ure
(c "rmani,me vient loutnaturellement ,ou
Ugèr au-de. u de l'oreill droite.
ma plume) n con idéraot en réalité lem . n de "ardit'u~ pré\'int au itôl la directéril'u Il w,u comme 110 fou hy lériquc, ou
tion de polie que (;a 'pard Uau r Ycnait de
au moin comme un 01:rropalbc dont le d :_
se nicider en e tirant un coup de pistolet,
ran emcut céré~ral e traduit de lcmp en
à Lout portant, - a erlion bien ratuite, ou
lemp par la monomanie du uicide. Celle
pour le moins co11-idérablement e'&lt;:agérée.
olution d'ailleur· expliquerait tout au i
Quand le dir cleu r de police Rod r arriva·
ai ·ém nl h: prétl'lldu allenlat du l 7 octobre
ur Il'· lieux, le docteur Prcu t le chiru rgien
1 29 que celui du I i d :ccmbre 1 35, l~&lt;Jucl
challer • 'occupaie11t déjà à pan er la ble - de,·ail lui coùter la , ie.
ure reconnue tout à fait in. innifiante.
Mai. nou aurion mau,·a;se ràcc à tran!lamer a,·ait-il réellement attenté à .c
cL r d'autorité un ID)~t··re que n·onl pu prrjour , et 'était-il manqué? Jlan tou le
ccr le propres contemporain, de Jltu cr.
ca. , lui-mêm ne fit jamai aucun aveu dan
ceux même qui l'ont approché le plu prè
cc .en .. Rer nu à lui, il donna de a bic po _:ililc; au, i c, t-ce une opinion toute plaure re&gt;.plication uh·ante, a cz plau. ible.
ton111uc que nou formulon ici, 11ou conliHe étaient raorré ur un raîon tr\
tentant, quant au r le, de mettre en œurre
éleré fixé contre la muraille el im~édiale1 documenl authentique où le my ·tère
ruenl au-de ,u duquel étaient accroché
bai•arois est re lé en rcli.
drux pi. tolet chargtL, pour • a sûreté perI.es dimcn ion de ce r !Cil ne ooa permt:t.onnclle.
tent pas malhcureu emcnt d'in i ter .ur 1
Or pour atteindre un de ces fore , il
aî"ait placé une chai e contre le mur. li était nombreux aralar que l'opinion puLliquc.
à peine ll'Oole ~ur celte chaLe qu'il perdit loujour à la recherche d origine du jeune
I' :quilibre. La chaLe ha cula et tomba, Lan- ~?mme, fai ait ubir à la mème Ppoquc à
1infortuné llau,er, .e, prétendue filiation
di que lui, pour se retenir, .ai i ail au
ro alèS, impériale-, ' atwch hon«roise. ,
hasard un de pi. tolet accrochés à la mu- polooai es, 11utrichicnr1e , clc ....
raille; mai le clou céda, le pi tolet fut vioJu le à c momcnt-1.i, un pcr3onoa1re entre
1:i junhe maigre a,·ait e1crcé :ur lu, une allr~ction en cène qui "éprend pour Ga pard llau cr
r1ne Daumer rul pourrait c,pliquer.
d'un• affection que r, p 'rieocc de plu ieur
0

.... 171 ...

1;E MYSTÈ'JfE DE 'NUR.EMBE'R.G - - ~
année· de,·ait seul• ébranler, el dont l rr:né- lieux p:tr dcu. a1renls de polin• qui le nrrosité allait permellre de donner ~n~ tour- rcillcnl comme un pri.onnicr.
Il se plaignit 1;galemcnl que se· rapport
nure plus érieu. et plu. ~ctirn ~ma! infructucu e quand mlmc ) au mve twallon dont arec on père nourricier le barùn de 1 uchcr
dc,enaient de plu &lt;n plu tendu~, t &lt;1u
le jeune homme onlinuait d" 'Lrc l'ohjet.
Lord tanhope rencontra pour la pr 111ièrc di, rs . autre circon tance du même rrcnre
fois Hau r chez le bourgme· tre de ·ürem- le portaient à considérer :omme pénible ~l
berg 1 2 · mai l -1 et tout ~e- uilr 'i?t '•- inopportun un plu Ion~ .éJOUr dan. la ma,on de ce dernier.
r a à lui au point que le ~ JUID de 1~ ~em_e
année, c·e l-à-dir quatr jour· apr~ , 11111 Illlau cr, bien entendu, oblinl gain de eau
tuait par a te dùmcnt léœali é uue prirne d~ Par acte dùm nt 1'•gali é, lord tanhopc ~e
;-;oo florin à attribuer à celui ou à ceux qu_, , ub tilua à la ,ille de 1 uremb r pour le·
aid rai nt d'une fa on effica('C el directe tl frai d'entretien l d'éducation de Ga pard
d • ounir le auteur du crime commi · contre !Jau er, dont le -.ort fut a . uré mème en ca
la pcr.,,onne cl le· d tinée de G, pard llau- de décc du bienfaiteur. li fut arrêté n
_er. Ce dt&gt;rnier derail, en :lllendanl, toucucr même temp que Je bourn-mc Ire Uiodcr rcucillerail la tutelle de main du l1aron de
le intérêt· de cette . ommc, laqu lie lui
erail attribuée tout nlière .i le m ··tèrc Tucht'r el que ,a~pard quiller~it 1' uremn'a1•ait r.. ~·u au une &gt;lotion dJ1H le troi~ berrr pour être n,·oyé en pen ,on cht'z le
année qui 'écouleraient dater du jour de profc ·~ ur Geor"e 11 ycr, à .\n. bach. .
h donati1111.
En même tt'mp llau r obllnl, en r 1. on
de ce chann ment de r •, idcncc, comme o', n'était pa tout. Le_:; du mème moi
une ordonnance du roi Louis de Barièr d 'la- rateur péciaux, deux notabilit I d'An hach,
ch:iit en mi ion extraordinai re le lieulen:111t le li utenanl de gendarmerie Jl1kel l le préde l'ndarmcri l11kt'I à l'effet de faire avec ,jdcnt Feuerbach, ce dernier pour veiller
llawer le va •anc de Il nrrrie, et la exclu -ï- exclu i\'ement au bi n-être pby ique et moral
,·cmcnt aux. !rai du omle • tanbope. Le but du jeune abandonné.
on tran Cert à An hach accompli, lord
de cette e pédiLion - une Yéri~aLle lour~ée
d'exploration à tra,·er. l' .\ utr1c~c-llonrrr1~, • tanhope repartit oula1ré, ~our l'An_gle~erre,
a,·e • mi·. ion de recher ber le pt le po. 1- d'où il rnvo a pendant plu 1eur moi , a on
fil d'adoption, de longue~ 1 tir !ou h~nle.,
hle de la nou,· Il oricine austro-honrrroi
de llau:er ( a deroïre incarnation) - dc,ait alli•clucu r~, auxquelle JJau ·er emLlc n avoir
re ter ecrclju.qu'à on retour.
pa · été aus i ~ n ible qu'on.. eOf ai~é à le
Le 4 juiUcl, le lieutenant Hikel alla cb~r- croire. Dh:u ait pourtant qu 11 n a\':ut plu à
e plaindre de rien, le malheureu . aba?cher Ga ·pard llau er ch z on nou_\·eau _pcrc
donné et que le implc r pect humam eut
nourricier le baron de Tucber, qui ,cna1t d
dù le porter à épargner au comte la cruelle
uccédcr à Diberach, cl le baron lui-mêm
e mit en roule a\'ec eux.
Di.ans-le en pa ant, c tte curi u ·e e pédition e L peul-être bien pour quelqu cho
dan l'in piration humori tique à 1.aq~el(e
ob il l'auleur an•,lai - ar all quand li ·crtvait on joli roman : « Japhet in mn·cli of
hi.- father, " - u Japhet li la rechl'rche de
son père. »
_
,
Inutile d'ajout r que on i.. u • fol n •gativ à Lou le point de me, i ce n'e l
qu'elle fournil au lieutenant llikel l'occa ion
de livrer à la publicité de enqnèle ullérieures quelque' impres ion de rnyarre mi&gt;diocre .
l~a·pard llau er, 1 ci-devant magnat
au lro-honrrroi , rc,·int donc à ·uremLerg
r1•prendrc le jou" de a rrrandcur inconnue,
m:ii ce jou" parait dè · lor· lui de"enir de
plu en plu dirficile à upporter.
Au i quand le comte taohop' propo c (le
2 t no\'embre) de prendre à ou compte lous
le frai de lutclle du jeune homme et de le
confier à la tutelle du bourgme Ire Bind r,
llau ·er, oîficiellem ut con ulté à. ce ujet
1 IJF.RÈSE, REll 'F. llE BA VIÈRE.
:l\'OUC a,·ec de lorren de larme qu'il c l
D'atris untlilho rafhre u C.Jtintl Jts Eslamf&gt;e:.
tout di posé à aimer le comte tanbope
comme un père, d'autant qu'il ouffre cruellt'ment à l'idée d'être d pui i lon temp à désillusion qui l'allendait au bout de tant de
la I bar e de 1:i '";ne de l 'üremb rg. Il lui généreux · crifice .
p'- e. d·am •ur , de ne pou mir faire un pa·
Celle d 'rillu~ion, ur laquelle nou ne
au dehors san e dire que sa vie e'.!_ peul- nou élendron. pas aulremcnl pui 11u'elle e t
être en d:1Drrer, et de e voir corté rn Lou
en omme étran Pre à notre hi. Loire, emhl

a\'oir trou\'é s premièr~ racinr dan. la
di'•claration découra••cantc d' ll ikel 11ui, d •
retour d'une .econdc expédition en llonrrrit',
ne di • imula pa au comte qu • la pr 'tendue
orioin au tro-hongroi~c de llau er ne lui
parai •. ail plu qu'une lég~nde. _ans c?nsi •
tance (notez que Hau r lu1-meme a,a1t accrédit; celle légende à l'aide de oi-di~ant
re ou venir de 1110/ · hongrai et de c/10 e.
honrrroi e ) el que l'allitudc mèmc d 11:iu cr
dans cet! qne lion lui emblaît de plu. c.n
plu u.p cte. « /,e jeune hom111e, écma1l
llikel en rrançaü,, e11 ·ait plu lo,1ç1 que ·eu,·
qui e'ri-ii•tml des lil•res . 111· _lui, nwi: tl ne
veut parle1•. Toute la que lt011 r t '?· »
EL elfcctire1.0 nt Jlau r en .a,·a1t plu:
lonrr · il ne poumil mtlme en èlre autr ment,
car ,;on ,eulemcnt il a,·ait .ur le bout de
doi111 a propre hi loirt' - naie ou Cau :e
- telle qu'il l'avait i ouvent racontée à e
prolecleur mai il ·~_tait _a -!milé , an·
doute au i lout ce que 111uag1uat1on de
hi torio rapb ordinaire , Oaum~_r _en lêl~
avait brod; autour du m · tèrc qu il 111cnrna1t
t qui formait déjà. alor· une. bio raphie mooumen1ale, jouis ant du r •hef de la cho .
imprimée et rrndue puhlique.

vu
1 'ou . utons à présent deux annre
durant I quelle l'bi Loire d_c Jlau ~r o'o~r
rien de particulièrement milan~, ~ cc ne. l
l'in_istance de e proll'Cleur a c1r onveoir
le eomle tanhope dont le ·ceptici me de
plu en plus marq.u 1, en dépit_ de ·a lcndr~ e
per i tante pour l abando1111e, ne_ leur a pa
échappé. Tou le moyens ont m1 e~ œu.r~
par eux pour amener le lord angla1 à 1~1
a urer une pen ion viagère, et le comte 601t
pa.r s' •xécuter comme il a1·~il au re te toujour u lïnt nlion de J, faire.
· ur ce entrer: ite · (i:nai 1 73) le président
Feuerbacb, un des plu zélé d 1~ o eur. de
llau er vint à mourir, et pour la. première
foi · peul-ètre ( 'il faut ('O croire de . témoin
diones de Coi ) le jeune homme térno1 na uni'
douleur Haimenl ind•re.
Pour Je di traire on le fit voyager n
" ui .e.
li en revint à peu prè con olé, pour a i ter à 1 ·ür rober r à la grande fête national
du i O août 1' :5:i.
L'étoile de llau r était alors arrivée au
zénilh de .a cour. c el brillait d'un éclat
incomparable. De tèt · couronné demandèr nt l1 le ,oir ce qui était le summum de
honneur qui pomaient attendre une carrière eml,laLle à la i one.
La prin e de Lie nih: (comte c Augu la
de llarrach, depui 1 2i épou c morganatique du roi Frédérîc-Guill~u~e ur de
Pru se), était alors de pa a eu uremh, r .
Elle e fit pré crter le jeune _llau er et . entretint familièremenl avec lut.
D mèmt• le roi Loui l•r de Jla,ièr et la
reine Tbér~ , arri\'és :t •'ürt:mber.-. pour 1~
fête , youlurcnl avoir une nt~01-ue a\"ec lm.
La pré entation eut lieu au paY1llon de la 1. r-

�1flSTOJ{1Jl

L'E

--------------------------------------~

mes ,.• dans la .allt' de. ima:.:c:-. llau cr I ndil uracieu cmcnl J la reine 'fhérè'-C cl ;\
füth.ild · un pa~ a"e d'Uriilllt, cl tandi 11u1'
le roi 'était éloi:.:ué un in tant, il pria la
rein de u Youloir bien foir • porter 11 la connaL ancc publique tftt'il ne fcrail rail aucun
mal :1 celui lJllÎ l'aYait . équc tré :rntrcfoi
celle me,urc lui parai ant, dLait-il, le cul
moyen d'as ur r a Yi ontrc l • attentat ;1
venir. 1,
.\. ln même :pu,1ue au · i ·e place l'bi Loire a cz inallcndue d'une liai. on qne noua
Ga. pnrd Hau cr avec une femm' mariée dt•
trente-quatre :in·, parente de madame la
hour.,me. tre de i'iiirembcrg, el avec laquelle
on le fit trè .ouvenl .e promener hra de u lira des.ou dans le rue de 'ürcmher0.
La dame 'appelait Caroline l\anne'\\"urf,
et elle avait pour mari le comptable de la
mai on de banc1ue Wcrlbeimer de Vienne.
Cetll' liai on re ta-t-elle innoc nie alor
mt\me que. le exe avail fini par 'éveiller
chez llau er? :ous ne avon rien de préci ·
à cc ·ujel. L'hi Loire rapporte implemenl
que madame Kannewurf fil cadeau i\ Ga pard
llau er de a tabatière, un joyau en papiercarton noir (papier mâché. di enl le document allemand ) orné d'un couvercle d
verre lai sant Iran paraitre un bouquet de
Oeur en l,roderie .
Mal un témoignage plu important dt•
celle liaison, c'r t la lettre que Ga. pard llaurr écrivit 11 a Oulân :c du t~ au i6 • plembre el dont une copie Jérrali.ée e l encore
actuellement con.ervée dan les archives de
la cour d'appel d'An baeh.
\'oici le lext littéral de celle épître qui
jelte un jour urieux ,rr l'~tal p ychologiqu de nolr héro .
n ~l.t trè chère cl inouhliahle amie,
Je vous ac ompagne en e prit ju qu'à
Xïir mherg. )laintenant adieu, ma lrè chi::re,
me voilà maintenant fore·, aus i en e prit,
de me séparer d votre bon cœur, car je ui
obli,. I d'aller avec le Lour,.,nestre au natban
afin d meure no affaires au net. .\h ! quelle
douleur n'éprouve pa mou cœur aujourd'hui de avoir loin de moi un cœur au si
hon, air i !&gt;incèrc• 11ue l'e t le vôtre .• an
pou\'Oir l'accompagner à natLbonne, (où
nou avons été dt1jà une foi ) alin de m'a urer d'une façon certaine que ce bon cœur
arrivera aio et heureux avec on second
petit creur I à llati bonne. Pourtant une conolation rend mon cœur un peu plus lé 0 er,
c·est le doux e. poir que mu me donnerez de
vos chères nouvelle. el que TOU m'apprendrez i .ou êtes arrivt1e aine el heureuse à
füli ùonnc.
(Bien allemanJe, n'est-ce pa , cette salade
de cœurs?)
» Oem:iin m1lin à ix heur , i c'e t la
volonlé du Trè Oaut, je 'fl_lilterai "üremùerg, cl quand je serai arrivé à Ansbach,
mon premier oin .era de vow enw er la
1&gt;

[ •.\Jiu ion à 1'1•11fant deJ!m1• Kannc11urf.
'.!. 1:a,pnrtl llnu•cr s'nmu•ail ~lors i, foire oies ou-

petite boit &lt;·onfcr·Lionn 1c p:ir moi-mt1me 1 , I •
livre a,ec le purtrail et l •s objet de la f~te
populaire de Niircmbcr,.,.
» )lai Dieu! que ui -je forcé d'entendre
au Rathau ! On m'a dit que j'aurai à comparaitre encore une fois le 14, à onze heure .
Juoez de ma po~ition, l pen cz 'il m'e l
a!!réable de re. ter deu jour de plu à •'ii remberg an vou .
11
amedi, l'Cr onze heure ·, je uis allt:
au natbau pour mellre ordre à la cbo e: à
midi tout était terminé : je rentrai chez moi
faire mes paquets ju c1u'au moment rlu d 'jeuner. Apr~ le déjeuner, je commandai une
hai.e de po. te, et parti ain.i à troi· heure
pour arriver à An bach ver ept heure~.
1&gt; Dimanche, Je la, j'ai faiL mes vi ile
d'arrivée dan la matin6e, et l';iprè -midi j'ai
été in,•ité chez M. le commis aire général.
» Mais j' 1tai tr~s contra.rit: de n'aYoir pu
apprêter vos objet de façon à le mettre encore à la po le le même jour. 11
Ansbach, lundi le Hi
•&lt;

plembrc.

Bonjour, ma lrè- chère amie,

» li c t ix h ure et demie du malin, je
vais aller chercher le lil're, afin de pouvoir
mu· l'envol·er par la po te celle aprè -midi.
» 0 joie! qu'est-ce qne je trouve en rcnlraol à la mai.on avec le livre? votre chère
lettre. Elle m'e. l une nouvelle preuve de
votre con. tante amitié. car je voi par là que
wu. pcn.ez, même dan l'éloi«nement, à
votre ami Bau er. nec ,·cz-cn mes remerciements les plus cordialernenl incères, cl
croyez Lien que je sai e limer le prix d'une
amie au i belle que vous.
J&gt;
i Dieu m'a corde la vie ('l la ,anté, je
vou le prom-erai per.onnellemenl à Vienne
le printemps proehain. Je roi au i par
votre lellre que vous arrz ramené ros ami
en bonne santé à llalisbonne, e dont je me
rl'joui fort.
» ,oyez persuadée qu'il m'a emùlé bien
plus dur d'avoir à retenir mes larmes pour
ne pa · vou rendre nolre .éparation plu
cruelle.
» \'otre ami envoie à on cher p Lit Fritz
nombre de bai er , et .ouhaite de le voir
bientôt complètement rétabli. li faut que je
cc·~e d'écrire, car le cours m'attend dao
une demi-heure. Pour finir rntre ami envoie
encvre ~péeialcment pour ,·ou lroi a baiser .
Et maintepant, lais ez-moi seulement vous
a ·surl'.'r encore que je ne ces erai jamais de
rc Ler votre véritable cl pins cher ...
ami Dau er. D
c [,a peinture cl l'aul re porlrail. rnu le·
recc,·rez quelque juurs plus lard, je n'ai plus le
temps aujourd'liu1 tic le cmpaquclercon1ena.~•emcnl.
U1i bonjour à Pépi!

Au ver_o de la feuille c l écrit : &lt;t Je ,·ou
prie, chère amie, de lir• celte Jeure pour
vous seule. »
Il e là rcmar 1uer que le lirre dont llaude carlonn,1-(e ,lan
"randc atlresst:'.
n-3"t'S

le 11ucls il tl11ployail u11c

s r pari :1 plu ·ieu r · rl!pri.e. dans sa lctt rr
n'est autre chose que la fameu brochure
publ' ·e par Feuerbach sur le my l~r de Nuremb r••. (Dép(lsition de madame Konnewurf
à la cour d'
1, le Hl fé,'l'icr 1 :ii-. ) Ilauer était don , ctlte époque déjà au courant
de ce qu'on avai
·t t publi \ _ur son
compte, el ne négli 0 ·l aucune o ca ion
d'entretenir sa propre cél ùrité.

YIII
L'hi toire i commentée de Ga pard lia
er marche à pré ent à grands pa ver un
dénouemenl tragique. L'homme à la barbe
el à la mou tache noires va reparaitre el portera crlle foi à Tiau ·er un coup infiniment
plu fane le que celui du 17 octobre 1 29.
De tous temp les opinions ont été tr .
parta«ées au sujet de la morl du malht&gt;ureux,
le un ,·oulant y mir une impie réédition
de l'allental du i 7 octobre, con idéré d1lj:1
comme une sorte de comédie mi e n œuvre
par liau er tout eu! dan le but de donner
un nouvel appoinl it la curio ité publique, les
au Ire 'allachanl aveuglément à la version
recueillie de la bouche même de llau.er ur
on lit de mort et suivant laquelle il aurait
ét; victime d'un guet-apen analogue à celui
où périt Kléber, poignardé par un inconnu
qui lui avait fait lire une lettre pour distraire on attention.
En étudiant de prè. el minutieusement
l'hi toire de dernier jour de Uauser, nou
serions plnlùt tentés de rejeter l'une et l'autre
de ces versions, et de nou prononcer définitivement pour la monomanie du uicide, qui,
à celle époque précisément, fait apparaître
chez lui ses ymplômes le plu caractéri tiques.
Dans lou les cas nous ne aurion adopter
le vues tout à faiL dénuées de en commun
d'aprè !~quelle certain critique allemand
moderne e aie de démontrer que Hau r
avait implem 11t voulu réveiller autour de
lui le courant des sympalhies romanesques,
et ouvrir de nouveaux dél1ouché à es appétit d'ambitieu , de pare eux, d'impo L ur
el de propre à rien.
Certes, on peul soupçonner llau cr d'arnir
mi le particularité romane que de on
enfance au service de sa folie, et d'a,·oir atliré
sur lui l'attention de son iècle par des artifire plu ou moins légitime , toul en entrclenanl la crédulité de on entourage par
toutes sorte de ru es el de upercberies dont
il était souvent l'auteur incon cicnt (comme
il arrirn quotidiennement à certain hy tériqu dans nos hôpitam.), mais il c t purement ab urde d'imaginer qu'un homme ain
de corp et d'esprit (ç'a toujour été la conlictioo de notre critique allemand) va e
percer le cœur d'un coup de poignard a,·ec
l'idée qu'il fai Là es connai aoce une impl .
farce ans con équence aucune pour luimême.
u re lr, no lecteurs cronl juges eux;;. llnns l'or,ginnl ce chiffre tient le milieu 11'un
cœur des inè il ('Clle place pnr lhuser.

mêm · de• la qu . lion; il nous nfl:ra d'expos •r dan l'ordre cl la lumit'·re ·onvcnahl,·~
le, cène finalt• du ro111a11 Lau.éri u, tdlc
qu'on a pu le recuo Lituer d'apr' le ourcc·
authentique · el 1, d{•po ilion de· témoin .
Dè· le premier jour du mois de décemLre, Ga, pard llau er commençait t1 perdre
l'appétit, i bien que madame )lcyer lui n
fil l'ob enalion, disant :
- liai vou ne manocz plu rien du
tout!
A quoi llau r répondit :
- C'e t vrai, je n'ai plu le moindre appétit depui quelque t mp ; 11 peine at-Je
commencé à manrrer que je sui repu ... el
pourtant, ajoutait-il, il ne me manque rien.
En même tcmp· les di traction , le abence d'esprit de l:lau.er devenaient de plu
en plus fréquentes. ( oton en pa anl que
ce .onl là précisément les premier:- )IDPlôme par le-quel c manife le l'a 0 gravaLion de monomanies en «énéral, et en particulier de celle du uicid . )
on profo eur raconte à ce ujet : « Rien
q_uc je fu e habitué dt•puis qucl11ue lemp
aux façon indillërenle l di traites de llau.er, je de,ai néanmoin · ~tre frappé dans la
suite de l'apa1bie totale que je con latai chez
lui le 15 décembre ait oir, à la lt•çon d'arithméti11uc. Jamai je ne l'avais vu ain i .• 'on
e11lem nl il interprétait loul de lraver le.
donnée les plu impl , mais même dan
de impie addilioo et 011straction , il enta sait faute ur faute, _i bien que je du
lui dire à la fin : « i vou continuez 1, montrer aw; i ptu de érieux el d'aplitud au
lra,·ail, nou allons être fore: de u. pendre
la leçon. fü•,•fillez-,·tJu. donc, c'e l un peu
trop rort à la fin! 1)
Dan ce dernière semaines, lia.user avait,

JHYSTÈ'R,E D'E NUJ(EMBER,G - - ~

d'autr • pari, · nlracl ~ d'étran"e. h, bitudt'
d'i$olemcnt. Comme tou~ l •s ecncaux fail,b
rongé par mw idé , Jhe, il II arri,ail à n:ch rcber ardcm111enl 1, calml' la olitud '·
voire l'ub,c nrité. ilôl qu'il était libre, il c

LO UIS

l .

ROI

o~; B,\\ 1i,;RE.

D'iJfrès 1111e lllllogr.-ipllie J11 c '.1N11e1 Jts Est.-im('es.

barri!'adait dan a chambre, el fermait hermétiquement le per ienne' , bien que le ·
jour fussent ombres en général, comme
loujour à la fin de l'automne.
Il r; ulte encore de l'enquèle judiciaire,
que llawer détrui it à ce momenl plusieur
lettre el papier &lt;1u'il con ervait depuis a s z
lonotemps, tou indice parfaitement d'ac-

orù a,·c l'h poth' e d'un , ufride lon°uem ·11t prémédité.

Le .amcdi, l '1- décembre, Ga pal'd !lamer
e pré. ntail à huit heure~ un quart du matin chez le pa leur Fubrmann, pour prendre
comme d'habitude a leçon de religion. A
neuf heure un qu:i.rt la leçon était terminée,
et comme le pa leur priait son élè,·e de lui
aider à parfaire c1uelques ouvrage de cartonnarre ntrepri aux heure de loi ir celuici promit de revenir à une heure de l'aprè midi.
Il reYinl effoctivemenl, mai sans son
manlean, en dépit du froid as.ez ,it qu'il
îai ail alor (une pluie fine mèlée de neige
tombait depui le matin).
A deux heure el demie, le pa:.teu r dut
e r ndre au templ pour le be oins de on
mini tère, et Jlau er déclara au itôl rtu'il
avait de on cillé une ,i ite pre ée à faire à
mademoi elle Lilia de tic:haner, pour laquelle,
di ait-il, il était en train d confCl'lionner un
aliat-jou r.
11 Je reviendrai demain, dit-il au pa.teur,
et j, laLse mrs affaire · chrz yous.... i&gt;
Fuhrmann el on él ,e ·ortirenl en e111ble
bras d :,u bra de .. ou , et de, i ·anl gaiement. .\u moment de e é_parer, Hauser ecoua trè cordialpmenl la main de ·on pa teur, cl rien dan on altitude ne dêcelail à
cc moment qu'il fûl troublé par l'approch
de quoi que ce f ûl.
Pourtant, a ,·i ite à mademoi ·elle d Stichan r était un simpl prétexte, car au lieu
de e rendre chez elle, il ~e diri«ea tout droit
ver le jardin ro ·al oi1, aYait-il dit l'a,·antveille à madame Hikel, il avait rendez-vou~
avec le jardinier eo chef qui devail lui faire
vi iler le puit arlé ien. Que 'y pa sa-t-il '?
{ci commence le mystère.

JrLE 11

(A suivre.)

Louis X1V et Mazarin
Quoique le cardinal [Mazarin] eùl ,.,rand
o~n qu'on ne dit rien au roi [Loui XlYJ qui
IU1 pill nuire auprès d • lui, je ne lai sai
pa , le plus adroitemenl que je pouvai , d'entrel nir on e. prit dans le di po ilions oi.t jl!
le vo,ais à l'é,.,ard de 'oo Éminence · cl
J
"
'
rruoique je ne fusse plu bien aYcc lui, il me
oull'rait néanmoins, ne crai"nant pa que je
~ui pu e faire tort, parc que le roi étai l forl
JeWltl; cl par celle même rai ou il ne prenait
aucun oin de contenkr ~a Maje té en quoi
que ce fût, et le lai ait manquer non eulcwent de chose qu.i regardaient on diverti. sement, mai encore des néce aire .

La coutume c l que l'on donne au roi Lou
le~ an douze paires de draps et deux robes
de chambre, une d'été el l'autre d'biYer :
néanmoin je lui ai vu .enir ix paire de
drap troi ao, entier , et une robe de
chambre de ,elours vert, doublée de p tilari , ervir hiver el été pendant le même
temp , en orle que la dernière ann ·e elle ne
lui venait qu'i, la moitié de jambe ; el pour
le drap , il étaient i u és que je l'ai trouvé
plu ieur foi le jambe pas é au traver ,
à cru ur le malela : et tout le autres
cbo e allaient de la même sorte, peodanl
que I parti ans étaient dan la plu rrrande
opulence et dan une aliondance étonnante.
Un jour, le roi voulant s'aller baigner à
Connan , je donnai le ordre accoutumé
pour cela. n fit venir un carro . e pour nous
conduire avec le hardes de la chambre el de
la garde-robe; el, comme j'y vol!lu monter,

IIE.

je m'aperçu que tout le cuir de portière
qui couvraient le jambl' étail emporté, el
tout le reste du carros e tellement u é 'IU 'il
eut bien de la peine t1 faire le vopge: .fe
montai chez le roi, qui étudiait dan on
cabinet; je lui dis l'état de ses carrosse , et
que l'on e moquerait de nous si on nou J
-Yo ·ail aller : il le voulut mir el en rou it de
colère. Le soir, il se plaignail à la reine, à
._on Éminence et à t. de lai on , alor urinLendant des finances, en orle qu'il eut cini[
carros es neuI .
Je ne finirai point si je voulais rapporter
toute le me quinerie qui e pratiquaient
dao:- le cho e qui regardaient son ervice;
car l s esprits de ceux qui de,·aient avoir oin
de '-a ~lajesté étaient si occupé à leur plaiir ou à leur affaire , qu'il se trouvai nt
importunés lor qu'on le averti,sait de leur
devoir.
P.

DE LA

p RTE.

�L'EXODE DES GTl{ONDTNS

REPRISE DE TùULON PAR LES TROUPES FRANÇAISES, LE 18 DÉCEMBRE

1793. - Gravure de BERTHAULT, d'après

SWEBACK-DESFONTAINES.

L'Exode des Girondins
V

.,

Pendant les deux premiers jours, tout alla
bien; personne ne s'inquiéta de nous. Au milieu du troisième, la mésaventure d'Aix se
renouvela. C'était à Bois-Belmont, je crois :
un misérable petit hameau, composé de cinq
à six chaumières. Le moyen de soupçonner
qu'une sentinelle était là. li avait gelé, il
faisait très froid; pour me réchauffer, j'avais
mis pied à terre, je marchais avec le cavalier.
Tout à coup un factionnaire nous apparall;
je vais à lui :
- Que fais-tu là, camarade? il me paraît
que lu ne brûles pas?
Lui se met à rire.
- Si tu veux que j'aie plus chaud, me
répondit-il, tu n'as qu'à m'apporter un verre
de vin.
- De tout mon cœur ! je le vais chercher.
Je ne le lui portai pas, je le lui envoyai. Cependant il regardait les passeports des autres;
il oublia le mien.

- Pourquoi donc une sentinelle dans ce
hameau? disais-je au maître du poste, qui
tenait un bouchon qu'il appelait auberge.
Il nous apprit que la Vendée, qui grossissait beaucoup et s'avançait de c.e côté, forçait
à cette surveillance.
Sur une route de trente lieues nous trouverions des corps de garde dans tous les endroits où nous passerions.
A ces mots, notre voiturier fronça le sourcil.
Après Limoges, il avait cru ne devoir être
visité qu'une fois à Châteauroux; puis d'Orléans à Paris, :très mauvais passage, quatre
ou cinq fois. Sa contrebande devenait bien
plus difficile à sou(fl,er 1C'est dans cette occasion que j'eus lieu de reconnaître qu'avec un
grand courage cet homme avait plus d'adresse
et de pénétration qu'on ne devait l'allendre
dans son état.
- Vous -vous conduisez très bien avec ces
gens-là, me dit-il tout bas, en me montrant
la carrossée; continuez, ne craignez pas que
je vous manque. Fussiez-vous le diable,

ajouta-t-il, en me serrant la main, je vous
passerai!
Je répondis :
- Fort bien l mais puisque les obstacles
sont doublés, je doublerai la récompense.
- A la bonne heure! répliqua-t-il : vous
êtes un homme juste, et cela me fait plaisir.
Cependant ne vous gênez pas ; on se retrouve
dans le monde, et alors comme alors.
Le soir du lendemain, nous fûmes arrêtés
à l'entrée d'Argeoton; mais on ne fouilla
point la voilure, on se contenta de regarder
les papiers que chacun produisit. .Moi, pour
n'en pas produire, j'étais, comme je l'ai annoncé, tapi sous un las de hardes et de jupes.
Je ne m'en dépêtrai que pour descendre à
l'auberge. Tous les esprits y étaient occupés
de l'événement de l'après-dinée. Sans se faire
presser on nous le conta. Deux volontaires
avaient été rencontrés hier, aux environs de
Dufay, vers minuit, dans la traverse, et
n'ayant pour tout passeport qu'une permission qui n'avait pas paru fort en règle. Au-

jourd'hui douze gardes nationaux les amenaient à Ârtienton, pour qu'on les examinât
de plus près. A quelques portées de fusil de
la ville, un des deux suspects aYait prétexté
un besoin. On lui amit permis de s'écarter.
Arrird sur les bords de la riYière, il en avai l
d'un coup d'œil sondé la profondeur; il avait
jeté un couteau à son camarade, en lui
criant :
- Tàche de t'en servir!
Et il s'était précipité.
On s'était vainement efforcé de le secourir;
d_epuis deux heures on le cherchait sous l'eau.
Son compagnon venait d'être jeté dans les
prisons de la ville.
Ce récit me fit frémir. Je savais que Guadet et Salles nourrissaient depuis longtemps
le téméraire projet de traverser toute la
France, avec une permission qu'ils se seraient
fabriquée, comme étant des soldats qui allaient
rejoindre l'armée du Nord. Parvenus aux frontières, ils auraient traversé les Pals-Bas, pour
aller chercher, à Amsterdam, quelque vaisseau qui les eût portés en Amérique. Tremblant pour mes amis, je demandai le signalement de ces volontaires; on me les dépeignit
tels à peu près que je les connaissais.
Hélas! était-il bien vrai que ce fùt Salles
qui, non loin de moi, gémit dans les cachots,
et que mon cher Guadet eût trouvé son tombeau dans les eaux de la Creuse; je n'ai pu,
depuis ce temps-là, rien apprendre de ce qui
les touche 1 •
Tourmenté de celle inquiétude nourelle, il
me fallait cependant affecter quelque joie.
L'heure du souper était venue. Acharnés sur
le premier plat, les convives ne s'apercevaient
pas que je ne pouvais manger; mais le cavalier se fut bien vite aperçu que je ne pouvais
boire. Entre lui et moi le choc des verres avait
dt&gt;jà commencé. Jugez de ce que je souffrais.
Cl y eut péril à Châteauroux dans la journée suivante. C'était uo chef-lieu de département : les passeports furent longtemps
c~amim1s. Puis un des Jacobins de garde se
hissa, je ne dois pas dire à la portière, je dois
dire à l'ouverture de notre voiture. li voulait
s'assurer s'il n'y avait en effet que six voyageurs, cmignanl toujours que quelque Gi1·ondir, n'e'chappdt. (C'était ainsi qu'en cc moment il le disait lui-même.)
lleureusement nos précautions avaient été
prises. Habits, manteaux, jupons, paille, cartons, paquets, hommes, femmes, enfants,
tout me cachait, me couvrait, m'étouffait; je
ne bougeais pas, je ne soufflais point; mais
mon cœur ballait fort. Enfin l'inquisiteur
nou~ abandonna d'un air assez mécontent; et
il devait l'être, car malgré toute sa surveillance, il laissait échapper un fier Girondin.
Il était écrit que ce serait dans celle ülle
de Châteauroux que commenceraient pour
moi des épreuves d'une autre espèce. Dans la
Gironde nous avions su l'événement du 10 brumaire, je veux dire l'assassinat juridique de
nos vingt et un malheureux amis, la plupart
fondateurs de la répuLlique. D'autres res-

laient, qui pouvaient échapper; du moins
nous voulions l'espérer Pncore. Ce soir, à Châteauroux, un homme qui venait de Paris vint
se mellre à notre table. On lui demanda des
nouvelles.
- Madame Roland vient d'être guillotinée, nous dit-il.
Quel coup pour moi 1 j'y résistai le moins
mal que je pus. Les Parisiens avaient donc
souffert aussi qu'elle tombât sur l'échafaud,
celte femme courageuse qui, seule, aux premiers jours de septembre, osait encore prendre leur défense, el, dans ses écrits immortels, tonner contre les assassins. Au moin~,
on avait recueilli ses dernières paroks. Après
avoir entendu .son arrêt, elle a,·ail dit aux
brigands du tribunal révoluiionnaire : « Vous
me jugez digne de partager le sort des grands
hommes que vous avez assassinés. Je tâcherai
de porter à l'éC'bafaud le courage qu'ils y ont
montré. » Comme on la trainait sur un indigne tombereau, la foule, émue de pitié, ou
saisie d'admiration, mais glacée de terreur,
la foule se taisait; seulement, de loin en loin,
quelques scélérats apostés criaient : « A la
guillotine 1 1&gt; Elle, avec sa douceur mêlée de
fierté, leur répondait : &lt;( J'y v·ais, tout à
l'heure j'y serai; mais ceux qui m'y envoient
ne tarderont pas à m'r suivre.' J'y vais innocente, et ils y viendront criminels; el vous,
qui applaudissez aujourd'hui, vous applaudirez alors! » On lui avait donné pour compagnon d'infortune, ou plutôt de gloire, un
citoyen Lamarche, homme faible. Auprès de
cette femme, qui souriait aux approches de
la mort, il était dans l'accablement. Elle le
soutenait, elle le consolait; et jusqu'au pied
de l'échafaud, par un dernier égard, digne
de celle grande àme : « Allez le premier, lui
dit-elle, que je vous épargne au moins la
douleur de ,·oir couler mon ~ang. &gt;J
Elle n'était plus, cependant, cette femme,
dont le moindre mérite avait été de réunir en
sa personne toutes les grâces, tous les cba rmes, toutes les vertus de son sexe; celle
femme dont les rares talents et les mâles \"erIus auraient honoré les plus grands hommes,
elle n'était plus I Ma Lodoïska venait de perdre l'amie de son choix, son intime et digne
amie. Elle n'avait, un moment, embelli sa
patrie et travaillé à l'affranchir, que pour
attester encore, par un grand exemple, l'ingratitude ou l'aveuglement des hommes 1. ..
Elle n'était plus! ... et lorsque j'en recevais
l'affreuse nouvelle, je devais garder un front
calme. Que dis-je? il aurait fallu que je partageasse la cruelle joie de mes compagnons
égarés! Je pe me sentis pas ce courage atroœ.
A son nom révéré, ma bouche murmura
quelques mots d'éloge et de plainte. C'était
assez de retenir mes larmes. Quel tourment,
grands dieux!
Plus nous nous rapprochions de Paris, plus
nous rencontrions de gens qui en arri1,aienl.
fü position en devenait plus périlleuse; elle
en devenait surtout plus cruelle. Des visites
à essuyer deux ou trois fois par jour, le dan-

ger toujours plus pressant d'être reconnu
tout œla n'était que mon moindre mal. Les
nouvelles, les nouvelles qu'on nous débitait,
portaient le désespoir dans mon cœur.
Deux jours après; à Vierzon, c'éiait de
Cussy que j'apprenais la fin; on l'avait immolé dans la Gironde. Le lendemain, à Salbris, c'était de Manuel et de Kersaint : on les
avait assassinés à Paris. Deux jours après,
non loin de la Ferté-Lovendal. c'était Roland.
A la nournlle du trépas de sa femme, il n'a,·ait pu supporter plus longtemps le fardeau
de la vie. Pour ne pas compromettre l'ami
(Jlli lui donnait asile, il avait été se frapper
sur la grande route de Rouen. On avait trouvé
sur lui, parmi d'autres écrits, celte ligne :
&lt;t Passants, respectez les restes d'un homme
\'ertueux. ! &gt;&gt;
La fin tragique de Lidon mérite aussi quelquPs détails à part. Il s'éclrnppait de la Gironde,
et arrivait vers Brive, lieu de sa naissance.
Bientôt, ne pouvant plus marcher, il écrit i1
un ami de lui envoyer un cheval. Ce misérable était deYenu maratiste, et certes il se
montra digne de ne jamais cesser de l'ètre.
Le monstre! il porte au comité de surYeillance de sa commune, dont il était chef, la
lettre d.u trop confiant Lidon; et au lieu d'un
cheval, il lui envoie deux brigades de gendarmerie. Lidon se défendit jusqu'à la dernière extrémité : après avoir tué trois malheureux, il se tua.
Tt'ls étaient les récits journaliers qu'il me
fallait ent, ndre, sans changer de visage. Quiconque n'éprouva point un pareil supplice,
ne saurait en amir une juste idée. 0 Lodoïska !
sans le souvenir de ton amour, qui donc aurait pu m'empêcher de terminer mes peines? ...

1. Je ne le sais que trop maintenant. Cc n'est pas
sous les eam de la Creuse qu'ils ont péri; mais dans

Bor_dca~x même, dan, cette ville q~e leur courage
avait def~nduc, que leurs talents av:ucnt illustrée! 0

cité malheureuse! quand meltr3s-tu leurs statues o,·,
lu a~ ,·u lcm-s échafauds?

I\'. -

IIISTORI.I. -

Fa.c. :?8.

.... t77 ...,..

Je l'enais d'entrer dans le département où
tout un peuple, libre de son choix, m'avait
élu; j'avais, avec quelque courage, peul-être,
rempli les devoirs difficiles qu'il m'avait unposés; cPpcndant j'arrivais· au milieu de lui,
fugi1ir, dégoisé, proscrit, trop hrnreux s'il
me laissait passer. Orléans, son chef-lieu, renfermait depuis longtemps mes plus iµiplacables ennemis. C'étaient plusieurs brigands
vendus à la faction de l'étranger, longtemps
sans pain et sans ressource, maintenant investis du pouvoir, couverts de richesses, el
toujours chargés de mépris, de haines et de
crimes. lis me connaissaient bien, car ils
avaiefrt entendu, quelques jours avant le
51 mai, ma dernière opinion dans une assemblée qui avait encore une ombre de liberté. Ils m'avaient vu, dans la tribune nationale, tonner contre eux et leurs forfaits.
Si l'on d'èux pouvait m'entrevoir, j'étais
reconnu; si j'étais reconnu, je ne vivais pas
vingt-quatre heures.
Les portes de la ville étaient fermées, par
mesure de sûreté générale. A la suite des
visites domiciliaires faites dans la nuit précédente, on avait donné quarante nouveaux
compagnons de malheur aux cinq cents infortunés déjà mis en réserrn pour l'échafaud.

12

�_

1llST01(1.Jl

C'éraîrnt encnrrdrs cc LouYetins 11, jugés dignes
de ,,lu, pronrpl Lrépa . . Ain~i. dan~ ce pa~sage
diffi,·ile 'l'''i! ml' fallaiL îra, clrir, nrou nom
s1·ul r.ila11 la muri à quiror11111., élaiL soupçouutl de lui garder l(Ueltjue alladu:rut:nl.
Après qne nous Pùmrs essu)é l'rxamen
ord111aire, au da111a\er duq11d je m'a,·, 011lumais, on nous pt•rnrit d"e11trer dans Odt1an ..
Je Lrftlai:- d't·n ,urrir; mais le mallreureux
voiturier ava,L d1·s p;1quels à M1·harg1·r rl des
paqt1t•I. à pM1dre. Nuus restàmes impu11éme11l 1p1alre h.. ur, s dans cer le villt?, 011 je ne
potn•ai~, sa11 thuérilé, re~lcr dix mi11u1es.
Enfin 111111s parlon~; uous all11ns fraucliir
la grill,: du p1111I : 011 nous y arrèLtt.
- No:.. pa~sepor1 out é1é vus, dit mon cavalit'r.
- li n'ei-t pas question de cela, rilpond
l'offi,·i,·r de garde; yue tuul le monde de ceud... l
- Pourquoi donc? s'écrie la marchande.
- Que tout le ruonde descende! rt•pète-Lil d"un Ion plus imp..:rieux.
Il fout ol,..:ir. te~ h,1111mes commencent.
- Cela ne suflit pas, crie l'uflirier, les
femmes au~,i doivi ut Je~ce11Jre: œrlains
hornrn.,, prenne11L Lil'O Jes haLi1s de Ît'mmes.
- Jll vou, rép1111Js 'l'•e lt&gt;Urs pasi.,-porls
onl été 1•us pa rluul el soul Lien eu règle,
disaiL le voillrri,·r.
Mais le 1·ht'r homme avaiL d..:jà la l'OÏX toute
changée. Que j ... le plai~n:ii, ! 11utl je m~ reprod,ais de l'avoir emLar4.ué dans celle
affai rt&gt; !
L'orG,·ier venait de répliquer :
- ()ui vous parle de passeporl s? Je ne
demande pa~ les passt'porls; ce snut les
fiyu1·es qu'il f&lt;iul voir : nous savons ce que
vous ne savez. pas.
KL pour la troisième fois, mais d'an Lon
très llll'llllçanl :
- (Jue loul le monde de~cende! qu'il ne
reste pei-sonne là: lwul ! ajon la-t-il. a prè~ un
mo1111·11l de rc Ot·~ion; j'y nmarJnai, je vous
eu pr1hien;:, L••~ Ît'nrme.,, doue! les fc·mmes!
Pour celle fuis, je crus rues travaux LienLôt
finis.
Appar,•mmenl j'avais été reronnu quelq1ll' p;1r1; 011 nr·al'ail Jtl11011cé;j'é1ais alhmdu
sans d,,ure. A c;iu,c dt! l11us Ct'S brave.~ g.1•11s
du moin~, ne Îerai!--Je pa!l Lil'n Je par:1ilr1:?
CPllt' id,•e ne li 1 ,,ue pas, er Jans 111a tèle; car
à qnoi le11rt•ùr.,l ~...rvi 11ue j.. me Jécouvris~e?
P,111r n'avoir pu me co11J11ir" JU~qu'à Pdris,
aurairnl-ils été moins eoupal,les au,i: yeux de
me per ·éruleurs? L'a,,eutureuse eu1r1•prise
était trop a~arwée: pour rux-ruèwcs je devais
patie111111e11t m all1•11Jre la lia.
Ln.-; fo1111ne$ 11ui venait'nt de dP-"cendre,
emporla11l 1,·ur:.. jupes i-e1:011rablPs, lais,ait'nt
Ullt: L,11111e m11i1ié Je mou rorps altsolu111t'nl
dé,·uuŒrle. Sa11s l1rui1. mais pr11111p1 ... n1cul,
j'éte111l1s ~ur lltt'l- Ja11,L"s Pl s.ur mon e...;Joruac
u11 peu d... paille, l'l le gra11J manteau que
ruo11 i;a\·alier av,11L lai,:-.é la. Eu,uite Je rawenai de muu mieux, sur iua pui1riue el ~ur
ma tête, lt:s hardes el les cartons sous lesquels on les avait d'abord ensevelis

Cela fait, Je tirai dour.ement de mon sein
1'Pspi11i11le rp1P j'y lt•nais Lonjnur~. je l'armai,
je la mi da11s ma liout·be. Je Junne nn s11upir
à ma p~ rrie t,111jo11 rs ~i chr.rP, à ma fenr me
adnré,· une larmP, u•,e pensée f'rtMre à la
Provi,IP11ce rPm1111fra1ric... Pt j'alleudis l'insta111, l'î11..;l:111l s11prè111P . Oh! •JUt' i-on appruclre
était lenre! oh! qu'.1lors un momenL parait
long!
On demi-quart d'heure, un demi-siècle pénibl ... rnenl se 1rai11a, pendant lequel ce crud
visileur examiua crupuleusemeut Loules les
ftg-urPs; puis eulin:
- N'y a-1-il plus personne dans la voilure'?
s'é,·ria•t-il.
Du n,ème Lemps il y sauta. Je l'entendis,
jP le s,·nlis e11lrrr! L"c~trémiLé J'un de ses
pi, ds ve11ait dt' s' Appuy,•r conl re ma cuisse.
Ses 111ai11s 1111J;1it'nl le~ gros Lallols enta,sés
drrrit:re le sirgl'l Ju f,,11d; il du11na plusil'urs
coup, rnr les lia11t:s au pred J":-cl'1ds j'é1ais
gi-aul pèlt!-mèle avec un tas de pdits paq1w1~.
Dieu tutélaire, ses pieds ne surent point
me se111ir, ses mains ne purent me toul'h...r,
ses yeux, qui me cht'rchaienl, se prome11èrPnt
sur nroi sa11s d11ule, et 11e me vir1•ul puirrl !
se fùt tarit suil peu ha,ssé, s'il I ùl de
bas en haut jeté seuleme11L uu coup J'œil,
s'il eùl déra111,;é 'lu"lqut'S Lrins de paille, ou
soul,·vé le coin de ce manteau, daus l'in:-tant
mème c'en éwit fait,je &lt;lécbarµ-eais mou arme,
je ttuitLais mon pa}S el Loduï,ka, je lombais
dans les abîmes de l'éleruilé.

s·,1

-- Parbleu, nous l'avons éch;ippé belle!
me dit le vuilurier, tout pâle e11c11re el tout
défait, quoi4ue nous fus ions dt:hurs ,depuis
plus d'un 1p1arl d'heure.
Le cavalier, dont la voi:x tremblait aussi,
me demanda pourquoi, pui. que ce n'était pas
les passeporls 11u'o11 voulait tlxami11er, je ne
m'étais pas fait voir. Je lui rrp 111dis 411'un
bruit vague avait bien frappé IDl'S orcillt'S,
mais qu'a}anlla tètHn veloppée el surchargée
de paquets, je n'avais pas eutendu ce qui se
disait.
Oa sent que ce mensonge était néce8saire. Il eût paru fort singulier que j'eui-se
scierumPul refusé de me 111unlrer. Je ne pouvais avoir l'air de croire que ruon ~ig11aleu1ent,
à moi siml'le &lt;l~serku r, eùt élé e11Vo)é, el que
ce fùl à la rech..mbe d'un pauvre 1liaule •1u·on
mil celle importance. Ou se sou,·ient qu'il me
fallait par-dessus tout éviter de me rendre
su~pecL à la c1rrossée.
Je [us bien près de l'abandonnn à Toury.
Je b,1lançai loaglemp · si je ne me jellerais pas
sur la droite, pour aller, par Pithivit&gt;rs,
gagner ernuurs, où Lodubka pouvail s'èlre
relirée, 011 je croyais trouver encore nomure
d"amis. Mou Lon génie 111·.,11 détourna. J'ai su,
depui~, 'Iue, dt: mes i11fortu11és amis, une
partie élail en arr~lation, cl l'autre en fuite.
L"affreux marali~me avait fini par conquerir,
à sa manièl'e, q11inze à vrngL mauvai, sujets
de celte petite ville, où j'a\ais vu longlt'mps
régner le meillt:ur espriL. Là, comrne ailleurs,
celle bande dominait par la terreur. Comme
1

j'avais fait jadis quelque séjour dans œ joli
endroit, plusieurs de ses nouveaux trrans
connaissait&gt;nl très l,if'n ma figure : si j'y
avais parn, j'étais arrêlé.
_ De combien peu je manquai l'èlre à
Erampt's! D'abord la 1·isite y fut chaude,
moins terrible 4ue cdle d'Orléa11s, mais a~sez
seru.blable à celle de Chàleauroux, el plus
sévÎ&gt;re.
Comme à Châteauroux., un trop curieux
Jacobin se hissa sur le marchPpied et mit
la tète dans noire voiture! Ce fut dans celle
altitude qu'il lut les passeports, après quoi,
promenant ses regards el comptant sur ses
doigt , il s'assura longuement s'il y a1•ail
autant de passes que de voyag.. urs . Encore,
aprùs lecakul deu1 ou trois fuis recommPncé,
demandait-il &amp;'il u'y a,ait pe1's01111e aulrc'l
011 n'avait garde de lui dire qu'un mince
indiviJ u. qui aurai L beaucoup donné pour
être plu.-. mince enl'ore, était presque élouffé
sous les in~ividus qu'il nomJJrait, que deux
femmes pilaient ses jambes l'l ses cuisses,
qu'une petitdille écra$ait sa poitrine, el qu"un
, ac de solda t pesail ~ur sa lèle. Oa ne le lui
di~ail pas, mais il aurait pu s'en apercevoir,
car plu~1eurs fois, pour retrouver son équilibre, il posa la main sur le sac.
Nous pasloàmes cepe11dant, mais nous trouvâmes dans la ville un moul'ement considéraLle. Sa. rue princivale était obslruée de soldais; les 1aruLours battaient aux champs :
un cavalier, qui v... nait de recel'oir les hommages de la municipalité, passait dans les
rangs, et l, s troupes lui porlaient les armes.
Pour comble de dr~gràt:e, on venait de faire
signe à aolre voirurier d'arrèler jusqu'à ce
que la cérémonit: fùL fiuie; el 1a f tmme du
cavalier, curieuse à l'e.icès, s'oLstinait à tenir
nos rideaux ouverts. Je me rem·oignais de mon
mieux, pour échapper aux regar&lt;ls de celle
multitude, au miliPu de laque-Ile il suffisait
d'un seul homme ponr me perdre.
Cependant le voilurier Yenait lie s'informer
pourL(UOl tout ce Lruit1 c·e,ail qu'après quelque ~éjour dans ce cbef-litlu de dis1rict, un
cowruissaire de la Moutagne le quallail, pour
se m1dre dans Arpajon, ce soir, et demain à
Paris. La commune u'a,ail pas voulu le IaisSt'r JJartir sans lui Jonner les mar4ues de son
allai:heme11l. Ou espérait Lien le ga,der
e11core 4uel,1ues heures, pat·ce qu'apparemmenl il ue refu,erait pas de vider 4ud4 ues
der11ières uoulerlles avec les Jacobius de la
ville. Etre JacoLin c'était. .. , un e:xterminateur, et l'un des vtus làches, des plus cruels,
des plus forcenés qu'il y eût sur J'LorriLle
Montagne, par conséquent l'un de me mor•
tels eunerni ....
Tous deux, après six mois, nous nou
retrouvions dans une niême cité, sur la
mêw.ll place, pour aiusi dire, encore en face
l'uu Je l'autre. Quel corurasle Ct'peudanl !
Moi, pour avoir \'Oulu sacrilier quel4.ues talents
peul-èlre, tous mes goùLs si sm1ph!s, toutes
mes occupations chéries, 4ue dis-jt&gt;? Lous mes
attacbemeuts les plus saints : mes parents,
mes amis, mon amaule aussi, ma Lodoïska ;
oui, pour a,•oir tout voulu sacrifier au bonheur

�. _________________________________
,

'HIST0~1A
de homme", je me trouvai. foy~nl -~~ _les que j'1•nt ndrai monter a\"~C rr~';-3"'.' ou _prélhTéc de la mL ère, réJuil à I h11nul1allon lcltl' d'on L1• oio pr . a111 Je m eJ01gnera1 de
de. d1•rnier t•11,édi,.11t.. meua •p d' la mort la compa!!ni1•, je me li1·n_Jrai qnelqu~
de crimim·l-. El lui, vil, i;.!flor.int. corrompu, minuit•. à l"érarl. l'&lt;'lle f\"ai.1on shLtle a,a1t
làclll'mt'11L amlti1ieux nm1me !ou: Ct-ux d • ~a J.. ~rands dangn., die én•illt•rail le ?upnié11ri~.1 hie rac11011, il •e rn~:iit ('n\ iro1111é çnn .• je 1· .r111:,i,; mai au. ion pouvait nt'
d'honneur , dr rt&gt;~p I"!., de 1011lP lt•. app:i- pa \11 ap,·n•p,•oir. E11lin.', q?el a~lrt&gt; moy1•n1
Celle fui 11core cc n l'larl qu une fau . c
reuœ de l'amour de H' 1·omrudtat1t:,,I Peuple
alerte. ·11 duml'~lique, que le rcpr~:cul:ml
in en,é! mJlh1•ur1•ux peuplt'!
El . i ce Lrirrand, pou ~ · par le "· oie de la fai~il courir e11 a,ant, avait été pri. pour lui.
t i · i le 1·ourrier pa .. ail déjà, le maitre n_l!
maln:illanre, tùl approt~é culeml'nl, ~c~x
pa plu prè de cc c~ariol ou1•erl, d oo JP tard .. rait doue pa:? .\u moins on le. croyait
pouYai e11lr•nclre le bruit de~~ mar~·hc: &lt;piellc fermcn1cnt dan l'auLer••e. A chaque m. tant,
J°cutenJ:ii~ :
proie pour lui! quPl dou prc t'nl a ra,re au
- Le rnilà ! le rni111 !
roi. du dt·hor el au. roi. de la lloutarrne !
Yous jul!l'Z da11 quellP tran,e j'achevai,
Ce Iul eu rellc occa.ion 1111" j.. ret:onnu
que OH)ll t·ondUl'leur av~il :irdé de ra1•t·t1l u~e on plu1ô1 Je 11'orh1•,•ai pa· le diner, do11L lou
d' rléan~ uue im1,re. 1011 rnrte, et 411r, li le. m,•t.,. pr11I- ~Lre trè~ J.on , me parur nt
ne s'en l'r•,,ait ~or, du moi11. il ~oupc,:mmait dr, lurs d 111- 11,!Jli-•• ,\ mon •ITao1I oularr ·ment.
,•iolt'mnwnt·1111e ji- d1•,·~i · è1r1· un pt'r~111111;i •e 011, wit fiu pt,urlanl. Qud4uc heur ·s aprè ,
de 4ul"l,1ue importance. Quaud 1out eut oo,:. cn1 rà ml' dau Arp:ijon.
L'auh.. rori-le, quoique ordinairemenl il
défilé :
- \'oilà un LerriLle remuc-mén:in-c, di1-il log âL notre conducteur, ri:fu. de nou receen fiunt t' reuard· , ur moi d'un air tr \
voir.
..
'ou avion •I : prér nu par d ux d1l1j nificaLif: i nou:- pou ion pin loin?
J'all~ctai d , l'ind1lli:M1ce, à eau c d • m
irenre. ; d'ailleurs le repré entant du pruple et
toul son corlege di:vaieut \enir coucher L
compa11non ;j1• r'ponJi· nontb.olammenl:
- Il e. 1 ccr tai11 qu'il)' a 1, Lien du mo.nd ';
oupcr.
.
- Pa po .ibl que je poas e plu _loin,
1oul rcla ruan •e dan I• :iuL r•e auJourd"hui · nou, 111: lromerion peul-être puinl à me dit tout bn mon ,·oilurie.r d'un air lml
diner 'dan, la ,·ô1re.
il est nuit· d'ici à Lo11n-jurncau il y a Lroi.
- C'e Lc •la! :.'écria-l-il, ,•ous av z raison. lieues, el l'o II de mt· cbevaux l bic é · j'
Du rnPme I mps. mal •ré Il• murmure de rai voir Ir anlre~ aulierge .
Tout ~lait.'nt pldnt' .
la Ît'OlffiC du .olJat, qui n'aurail pa élr
- Je vai. ius1 ter ici, me dit-il; il faut
fàd1ét! de ~I' produirt&gt; dau celle cohue, le coup
biPn qu'on me loge, on y ~ L obligé; mais
de f11uct d11 d,·parL fut d 1111 •
•
1011
allà111t' dt!u l1t&gt;uc plu loin, à c t' l ou qui m • dounez de la l~L!aturt.
Il rue lix.a lwaucuup el pour u1,1t :
Étréch~, ptlil 11U.i"e, uù né.inmoiu dix _,uya- Ce mon. ieur dépulé vous connait peutgeu~ viurcul e m, lire à noire laLI: d l101e.
Ceux-ci ,enait•ul de Tour , ceux-là d Orléam. êlre?
.
. .
.
- Peut-èlre bien : du mom JC u1 ùr
plu,i1:mr' de Tuuluu •, uu ca1101111i~r p~ris_ien,
d ,. P)ré111•e Ori 111:,ll's, où 11 a,a,l lai ~' un qu'il m'a ouvent p é en rerne dan mon
hra,. Tu11
rendaient à Pari . A me ure bataillon.
ui, oui, reprit-il en secouant la IIH ,
que nuu opprod1io11 de celle _,illt&gt;, le rt·~conl re de Cètle e p \ct.J der na1enl plu.s fre- j'cnlend · liien. .
.
li rtlllé, bit uo m 1:ml, pu, :
11ueul, L plu 11omL1 eu e . E t-il l,ien • ûr
- Ît'nez, ou- fait aujourd'hui bien de
que plu it•~r · ne n~'ai~11l pa.. r~coanu? ~~­
menl n'ai-Jepa. t1tedcuouœ? \ou ne la,e~ cbo c que \'OU n'avez jaurai:- faitl'.,)c croi
pa roulu, l1ruv1Jc11ce impéuétraLle· à quo, Eh Lieu, . i v0u alliez pa~.er la nu1L ur la
doue me ré ·er1 cz-vou~ '?
pJille, dan récurie?
.
_.
_ Bien trou'"é !. .. Cependanl n l aurai l-11
Comiue j'a,ai co1uml'nl'é d'a,sez bon appt'.pa de l"alf,c1a1i110L. Qu'en p n!-eraiL la carLÜ, 011 ~e mil à cril"r dan, la rue:
- \',1e le repré,;eulanl du peuple! \·i,·e .... ! ro é '?... '011. llt·z eull'meul à l"aulicrgi le.
'ou élion ' dau- une rhamLrt: haute, p.irce olJtt,nt'z ,1u·,t ooui- ll'ardt•, et lai l'Z-moi faire.
(l fallut u~n qu'il con entil à nou. arder,
que le r1 z-de-tbau ~ée e trou.,ail vtl'i_n. li
:1.1ail 1~ Loule la au culouer1e du \'tlla"e; mai ce ne fut pa. n' nou a,·oir pr 1,·enu
cinquante à oix.aole Juroo qui, le ,·erre en que ùr ment nou erioo t!\'rillé avanl
main attendaient au pa ~age leur repré en- minuit, el qu'alur il faudrait l'éder no 1,ts;
pour le souper, nou l'allion faire ince .amtant.
ment, à taLli: d'btite, a,·ec Lou les ropg ur .
Habile à ai ir l'occasion des séduction
C'étaienl encore dt!S Orléanai el dl Toules vlu ,ile , et:lui-ci ne man11u~rail p de
pa11·r, en pa ant, qut!lque, ceutames de bou- ran ealll. mai reufurcé d' nge'"in .• de Poitevm el de troi l'ari it:n . C'etail bt:aucoup
tc1llt! •l de 'arrèlcr quelque kmp pour en
pr •ud~e a part. l'cut-ètre ~u~. i, ~o~mc Lrup de ruoude.
Je pri au ~ilôt rand ~al .de têie; mal r~
liucl411e--un d~ icu , pou e ~ un •~-_tmcl
d'c.,pio,ma re l'lll:ure plu· qu_e _d un d:~,r de le mau1·ais r1·pa de m1d1, Je me coute.mat
populari1é, peut-èlre rnuùra1l-LI pa_rélllre un d'une rôlie Lie11IÔL apprèlét'. pui j'allai choiir dan le coml,le~ uu taudi ·, et parrui tous
womc:nl à La taLI de Vo)a"cur . ~o ce ca ,
moo plan étaiL foit. Je prêtai l'orc:ille. Dè
le plu mau,ai lits le plu mau"ai~, bien ùr

récompeu er aulant que je le roudrai. !
Je lui donnai Ir cent franc d'a~. irrnal
11ui me re laient, et que j'a,·ai promi ; j'y
ajoutai une montre d'or qui valait . ii. foi
autant.
- Et au revoir encore. m'é..:riai-jc,
jamai la cbo e e. l po. !&lt;iLlc !
- C'e I pour vou que je le roudrais en
,érilé, me répondit-il· quant à moi, cela ne
, rait pa , l même rnu oc m ·auriez rien
lai.,·,, que je . erai toujours lrt' ('ontenl !
Il me errait la mai a, il allait m'embra ~cr. D'un -il,!n , je lui fi comprendre que
,;'était une imprudence que ,ie ne permellai ·
pa. ; je m' :Joirrnai.
~on loin de là, élaiL un ,·aLarel. oi1 je me
réfugie, landi que le cav:i!Jcr ,·a me clwrcher
un fiacr •; il l'amène bi1•ntùt, je m'y jeue.
~le rnilà .eut, rn plein jour, b dcu. beur
de l'apr~.-diuée, le ix déc mlire, Ira ver.. anl
d't:n ex1rén1ilé à l'autr cell11 l"ille in raie,
0(1 farai. tanl d parti an failile t't tant de
·ru •1 cnnPmi .
liai je pui e. pérer d'y retroU1· r ma Lodoi ka. ''y fùL-elle point, je aurai du moin
en quel lieux elle vil quel dernier hasard
me re tenl à courir pour l'aller rf'joindre ..Je
,·ais lrou,·er es ami· l le mi •n,, no ami
1·1r , dévou~ , no ami. de ~in"l nn . li me
c1·oi nl à jamai perdu, ,an doute; il vont
pleurer d pla.i ir en me ren1yanl.. .. Pourriuoi
donc mou cœor ne peul-il ·'t,u1rir à la joie?
Qu l e t cc douloureux pre entimenl qui
m'accable•~
1011

qu'à .on arrirl'c, le repré enlanl du peuple el
son cortèo-e décou, bcraient tout le monde
avant de me découcher.
- Fali"Ut', malad ·qucf 'tai , di:.ai -jr. à_ la
.j,ervanle, (airue mi1•u me reposn lan.t ~1en
que mal ur c,• rrrabat, que d'èlre uLh"e de
me le,er dan d •u heures el de pa er le
re l de la nuit ur pied.
La ~cn·ante lrouv:iil que j'avai raison: l
mon in'-luiet ,·oilnrier, 11ui me vopil faire,
me errait la main el di ·ail :
- Quand on 1ra1aille a\'ec un homme
d re ourcc romme ,ous, la besogne fait
plai ir.
Excédé de a&lt;&gt;ilalion de celle journée, jt&gt;
fi , à part moi l mon lral"er. in qu..J11u~
bon r.,i onnenwnu . ur le pPine de la 1·1e
el I douceur de la mort; clll' ne pou ,•aient
mi' fuir: j1 ,·enai de m'a , urcr qu~ l'?pi~11~1
el l'e~pin!!ole étai11111 eo l,on étal. Am 1 re 1goé, je m'endurmi · profond 1menl._
.
A mon ré,·cil, je ne m'iuformat pa ~ le
rt'prbcntaot du peuple t't on corlè••e •tarent
venu . Il ne foi. ail pa jour quand uou parlime · mon ennemi ne 011geait point . an·
doule à se lever.
Long1umeau, perdu de brigandage, nou:
fit . uLir un P.\aru n plu. menaçant que celur
d'Étampc . . , 'ranmoius l"énincmen_l en ful
, emLlaLle. 'foujours m me mahe,Uance et
mème maladrc c d'un tôlé; même audace
tl mPme Lonheur de l'aulr . 10Lre diner à la
Croix-de-llt"rn m'oll'riLencoredeju. lt' uj1•t·
d'inquiétude. 'ou rtion un grand no~Lr,
à taLle. Je ne sai plu. à propo de quoi un
de. con11,·e , 411i m'avait bcaut'oup r g~rdé,
je le ro ai du mui11 .' dil el répé_la plu~1enr
foi · à l'aub •rrri te, d un ton 4u1 me parut
affect 1 :
• '&gt; •
_ ~[e prenez-,ou. pour un romancier. Je
oe Cai pa ' de roman. , moi.
Étail-t un appel à J&lt;'ntthlas qu'il prétendait foire?
Quoi tJU'il en oit, il chud10L_a q~clque
mol à l'oreille d"un ami, qu,, l m~tanl
d"aprè , . mil 11 fredonner le r.. frain d_'une
do me rom ,n,-e tri·~ connu : Est-rc cramle,
Pst-cl' i11tliffereuce '1 jl' 11n111frais bien le de1

1•111er.

Toul ceci n'était-il donc qu'un jeu du
ha ard?
Au rc te, i ce deux homme· n 'in-noraicnt
point qui j'étai , je ne devai pa m'en ala~mer beaucoup . Cc n'eùl pa él: par d ' plais nkric qu'un ennemi m'eût fait comprendre
qu'il me recon~ai.s_aït. Ain _i, ra . u~é par
me réOcx.ion , JC m a\'eolura.J ur Pari:. .
La vi 'Île aux barrière· nou épouYaola1t;
nou prime conlr elle nombre de précaution·
tr inutile - : on nous lai sa pa ser an oou ·
dire un mot. Hue d'l'.:nfer, je remerciai mille
foi me compagnon de voyage, ~l .ou, I~·
murs de Chartreux, lieu peu frequenle, JC
mi , pied à lt:rre.
- llrave homme, di -je à mon conducteur ,ou avez couru de ha ard , mai entrr
Die; et nous, je vou jure q~e ,·~u avez_ fait
une bonne action .• uc n me Hl pcrm1. dc

'L 'EXODE DES G I'l(ON D1N S - - ,

~Ion plus grand dan;œr m'attendait à l'endroit mème où j'allai cher ·her un a ile. Mon
intim ami n'y demeurait plu . ~fui 11ui ne
nùn don lai pa ,, je reni·oie mon fiacre au
coin de la rue voi ine, el vai frappt&gt;r à la
porte &lt;JUe je connai. i,i bil'n ; un 11fonl de
:-cpl à huit ans me I" oune ; je reconoai le
fil d'un d1:pu1é, qui l'amenait ouvcnl à l'a semblée. ,le m'écrie :
- Qu'e l- .e la? n·c.l-cc pa ici le logement du ciln eo Brémont'? (Qu'on me p rmelle de d,:gui er aio i le oom de l'ami que
je dcmaudais.)
L'enfant répond :
~011.
-- Qui don· l demeure? lui di. -je.
- C"e.t mon papa, le voilà qui ,·ieot.
Eu eifol, quelqu·un vcnail de la pi~cc vuiine.
,le n"1m demande pa da\antarre; je me précipite ur l'e caJier, dan la cour, au milieu
de la rue.
ependanl une ervanle allail rentrer dan
la mai ·on; je lui demande oii loge actuellement le citoyen Brémont; lie me lïndique.
le voilà réduit à m'y rend 'à pied à \"Î.age
découvert; heuri-u~ement il n'y a pas loin, el
j1· n'y vai pa , j' · cour .
Je uis dan la maLon el à la porte de
l'app r((-m.. nt ind,qu 1 . La pr mière ,·oi , la
"Cule qui me frappe. c l Ile de Lotloï ka;
ïentri:, je me prilcipite: eJle pou e un cri,
.e j •tte à mes genoux qu'elle emLra se, se
relhe me pre e ur son cœur, pleure el

lomLe dan m bra . Je ne crain ric·n : ce c lui 11ui l'a 1•u na1Lre, c' l notre ami de
ont le larm , c'est Je di'Jirc de la joie; tou les lemp qui r•fu e d le recueillir,
c'c l celt joi, qui 111':i~ile, qui me rrmplit qui crainl de t'cnlrcvo1r, qui non envuic ur
comme elle q111 confond déjà no nnpir, et la pla1·e de la füfruluùou ! fü , emLle lrs
no , an°lut . . 0 [fo-u, "oilà de to11 ' rue maux fore !
I' nlier dédommag mPot! rnilà de Lou. me
t&gt; p ut-i1 que je oi révrillé? n'e l-ce pa,
Ira vaux la di 0 ne récompen c !
un aflr.,ux , ongtl qui me lourm nle · jr 1:icuc
La maitre
dn !11 i , 1 neveux, la nièce à reru.,illir m1&lt; e. prit, , Ioule mi&gt;. facullé .
onl accouru . Tou. il. 'écrient, lou il
Je ne pui en cro1r le premier trmoil,!D3~1:l
m'embra enl, tou il pleurent comme nou~. de me oreille et de me. ·eux: di. foi, je
Celle .r ne, i douce à mon cœur, . e pro- l:ile el rrn-:irde aulour de moi. Enfin, il e l
longe; cuGn nou, nous aperce,·on qu'il me trop certain que je n"ai pa le Lonbeur de
faut du lin 11e, de habit , du rcpo. ; que de
ré,er; c't' t Lien ma rl"mlllc qui e:,L 1.), l
be oin de tonte pcce me pre.. e11t. On me
erl 1ioemenL elle a dit 1.. cru"II" &lt;ho~ :,,
onduil à la ch:rmLr la plu n·culce de l'ap- que je vien. d'enlendre, car je l:i roi d1 Jwul,
pariement · c·c l œlle de Lo,loù,ka; ell el
imntoLile de douleur, le rt&gt;~ard Jiw. trop
moi nou y en Iron .. Peronne ne nou )'. uil; aflerlée pour ver. rr une larme, t.'l fai. aut
c·e l apparl'mm1•nl une alknlinn dt&gt;licatc de eflort alin d,• r&lt;'leair
11émi · l'Olcal A m
l"amitié 4ui nuu ' lh·re à l'amour · ô mon
urpri e indiciLlt! ·ucréda pmque 011.,-ilôl
èpou, c, mon épou.e adorre I qui pt&gt;indr::i me
une inJi.mation \ive, qui Lrùlail d'éclater.
lran~port et lc: 1·harme de l car• e.? c'e l )la Lod11Ha le r1Jmar,1uaiL l.,it&gt;n.
aux amant qui eront ra,ori. é pour brûler
- J' n'ai plu Pn ce momrnt d'l'i:pérance
de IOU ' 1 s feux du ,érilaLlc amour, que j'en
11ue
dan lon courage, me di ail-elle de ~a
lè ue le oin.
roix i tendre· au mom. quelque con.olation
'rpl'ndant lant de marche.!!, tant Je ralime re le. Tu n'e plu dan. la G.ronde, ah. o~
ll'U , de ha. ard ·. el mdme cl'llc douce joie, lumeul abanchmné, tout à fait r11I. Tu 11'éce ,,ir bonheur qui lru.r uccèdcnl, ont épuL:
prou\·era pa le tourment de li11ir loin d
un corp trop fait.le contre tant d'agitation .
moi; je n'aurai p;i. ctlui de le unin·c; c·e t
ln lit, mai 1p1el lit I celui de mon épnus Ya en •·mLle que nou allon. mourir.
me r Ce\'Oir. c·e t là 11u't·nfin j ,·ai. avec
• doux ac ni •. se roura~Pu e parole·
dt11ire r.. poser ·ett tète arra1 héc à lanl de
c:ilmaient mP agilalion dt1snrdonnée .
p ·ril . lia fommc un in. laot m'a quilté, pour
&lt;I ~:h oui, pensais-je déjli, 11uel1p1
êlre:
me fair~ apport,•r plu \"Île le· cbo le · plu
privil~ié e i Lent encore, fidèfo , généreux,
néw ·aire ; elle renlr • un moment apr\ , magna ni me . »
d'un air a ci tri ·te.
Déjà je nourr~ ai plu tranq11illemenl
- Nou ommes pre·que eul dao la
l'indigna1ion que m'ill'pirail la làLhcté de
mai:,on, me diL-ell ; le jeune "CO , ont homml".
.orti. , la ni~ce au~.i · ell a pri on manl let
Pour e pénélrer de toute la barbariP quïl
devant moi, et ne m'a point dit adieu. ~au
y avait 1.l.m ccl ordre de ~orlir .nu demiJoute, elle n'e t allée &lt;tu'à deux p11.; elle va
hem·e, il raut a,·oir qu'après la r&lt;'trailc hatrevenir; mai ne pouvait-elle pa différer un
tuc, l ·urtout quand di heure: ont ,onné,
momeut'!
11ul ne e monlre dan le rues de Pari.-.
Et moi, ans déiiance, je répète arec ma
qu'au silot on ne l,!fa~ e enlrer dan un corp:
femme:
de garde pour cp,'il y produi.e sa carte tir
an doute elle va rel-'enir.
~'Ûrcté, ·ur Jaqu lie. lrou11eol, awc on nom
'on, non ! nou nou Lrom pions Lou dcu x;
cl le nom dt: la i;ection, a d1•meure cl
die ne re,·iendrait pa , celle jf'une per ·onne
on ignalement. fon ancienne carte, arec
.i i111 'res.ante, qui m'était i cbère, 411i avait
mon n,,m, ne pou,~ait me .C'r\'ir;j.? n'en arai
n-ra11di ous me. yeu-x, pour la4uclle ma
pa d'aulre qui pût m'allcr, oo le .a,·ail Lien.
lemme a mit pri J'auacbementlc plu tendre,
Me ren,·o,er ai1l'i, c'élaiL donc, romme le
el qu'en Jes leo1p plu pro,-pt!re uou parl10n d'ad,1plcr. La làcbé peur commençait à disait ma Îl!mme, me pou r . ur l'écbafoud.
- !Ion ami, 11ucl parti prendre actudlc"lacer, autour de nou , toutes I àme . Elle
menl? pour ni"ail Lod11ï~ka.
11ou abandonnait déjà celle que oou · avions
Je lui di· d'un ton cru.me et déterminé :
\"Oulu faire notre li lie; elle ne re,iendrail
- Tlépond -lui de ma parl qu'il méritepas!. .. Ma femme ne l'a rerne qu'une foi :
rait qu'à lïn tant même je me tra1'na . e au
je ne l'ai jamais revue, moi! et quoi 11u 'il
euil de a porte, pour m'y brûler la cerYelle.
arri,·e, je ue doi' jamai la rernir !
Quïl . c ra. sure pourtant; il aura le bonheur
d'apprendre que j'ai fui, an le comproIl était dix beure et demie, ie dormais
meure. Mai je crois avoir, au prix du péril
profondément.
que f ai courus pour ,enir me rejetn dan
- 0 mon ami! ra cmlile Ioules lei force ,
.c l,ra , aci1ui~ 11:l droit d' ·xi er 1p1eJque
me dit ma femme, lu n'en eu jamai uo i
lwure · de répit, el de pr.. nJn•, a,ant de tergrand Le oin; je IJ1111ooce, dt: tou les malminer mon lr1 te ort, le lcmp. de me r conheur , le plu,; cruel peul't!lre el le muin
naiL1·e. Déclare-lui dime po iltvement qu'aualleudu. Ilrémout, qui rient de rentrer, te
rune pui san,·e ne 01';1rraclll'ra, vi,ant, de
donne une demi-heu1·e pou,· sortir de cite;
chez lui, à l'heur qu'il c~t, de mème que
lui; je ne chao 11e pa es paroles. C'est le
rien ne pourra m'cmpb.·bpr d'en ortir, avec
compagnoo de l'enfance de ton père, c'est
le précaution convenabl , demain à epl
0

0

�111STO'RJJI
heurrs du soir. Que si la -iirnr lui tourne enlÎPrPm1•nl la fêle, q11 'il M,·011rhr; rpwl1p1e
ami Je trf'nle ;ms pourra le. r&lt;'rernirponr une
nuiL : il Il f'~t pa, proscrit. fi va S:111S doule
insistrr, cri,•r, llli-'nacer. Aj11n1e alors que
pour1a111 il lui re~le un moyen, m:iis un moyen
u11i11ue, Je me mir sortir d'ici, a\'ant le
temps t111e je fixe; et ri11'après la leçon 11u'il
me Junne. j' alle11d · encore une anlr1· lt•çon :
c'est que tout à l'heure il m'aille d,:noncl'r;
c'est 4ue lui-m,:me, au lieu de m'envoyer à
mes assassins, il me les amène.
0

])u moins il n'ip:nnrail pas que je savais
gard,•r me,; résolu1io11s : en lps a11prcn.1111 de
la b,1111·he Je ma f.,mme, il pàlil; il s11rliL
sur IÏll'ure, 11 Ili-' rt&gt;11tra que le surlcnJ,·main.
Ct•ppn,l.111t Lo,loï~ka ne rPvenaiL pas seule
vers mon lil. )laJame Br1:mor1l a1·cou,·ai1 me
cousoler, elle accu,ait J'i11hum.1uilé de son
mari. La nfo·ssité de m"al,anJnnnn, pour
lui 111,{,ir, l..1 d.:se~pé1·ai1. tju'allais-je dev1:nir?
elle me couvrait de ses larmes.
Je m'éL011nais de voir 1p1e Lodoï~ka dPmeuràl l11ut à fait insrnsiule aux pr111estalions
d'allac!Jcmt&gt;nl qui m'étaient prtldiguées. Oès
que 11011s rù/Iles St'uls, ma malheureust' épouse
dul m'folaircir cet autre mys tère de douleur.
Des i11Jiœs' lrup ~ûrs la forçaient à penser
que c'était la cito)enne Brémont, dont nous
counai:,.sion~ d'ailleur, l'empire sur l'esprit de
son mari, plus aC(•es$ible enrore à ses conseils, q11a11d il avait peur, que c'était elle qui
avaiL &lt;l~lcrrniné cet bumme failile, en tout, à
montrer du moins quel4ue force pour me
mettre dehors. Pourtant ce n'était'nl 1.1ue de
fortes présomption~; depuis nous en avons
eu la pri·uve. Quel aLomi~ahle as~emhlagc
de IJarltarie, de fausseté, de lâches trahisons!
- 0 liuaJet, m'écriai-je, mon pauvre
Guadet, tu Le plaignais de les amis! si Lu
voyais h~s miens!
Au milieu de tant d'horreurs, cependant,
l'hymen d11nhait à l'amour une uuit. Oui,
l'hymen. Eh! t..jUel plus saint contrat que
celui que nous avions écrit et juré de\'ant nos
malheur1:ux amis ! dt'vanl quelle autorité
civile aurai -je pu, malheureux proscrit, me
présrnter el faire recounaitre mon épouse
légi1ime. 0,111s quel Lemps die avait uui ses
de~tinét's aux mienne~! Au .cin de notre
cruelle paL ie IIOUs ne pouvious plus a1oir
d'autres aulrls 4ue les échafauds.
Uelas ! serail-elJe du moins suivie de plu-

mur qui séparait les deux logements était s
mince, qu'il n'y avaü point de mouvemPnt
qu'on ne pùl mutuellement entendre. Une
amie de ma femme me reçut alors, mais elle
prit peur dès le second jour. Ma femme se
vil obligée de me venir chercher, quoique la
cache r1u'elle me préparait dans son nou"eau
logement ne fùt pas achevée.
Les jolies mains de ma Lodoïska, ses délicates mains, n'avaient jamais, comme vous
le pensez bien, manié le rabot, ni les clous,
ni le plâtre; pourtant, en cinq jours encore,
elle acheva seule, sans mon secours, car mon
myopisme me rendait ab~olument inhabile à
crt apprentissage; elle aùbe"a un ouvrage en
menuiserie ma~onnée, d'un plan si parfaitement conçu el si artistement imaginé, qu'un
tel coup d'essai eùt passé pour le cht!f-d'umvre d'un maitre.
A moins 4u'on ne sût qu'il y avait quelqu'un dans cette uoite, qui p~raissait un
mur, et un mur où l'on n'apercevait pas une
fente1 à moins qu'on ne le sùt, je défiais
le plus haliile de me lrou\'&lt;:&gt;r là.
Désormais nous étions parfaitement assurés
contre ces visites générales dont les sections
s'avisaient de temps en temps, chacune dans
son arrondissement. Celles-là se faisaient de
jour, elles n'avaient point pour objet telle
personne en parlicu lier; elles se bornaient à
queh1ues coups d'œil d'inquisition dans chaque logement.
Ma cacb.e était, en ce cas, un rempart certain ; j'y volais, au premier coup de sifilet du
portier.
·
Si l'on venait à frapper chez nous, sans
que le sifOet nous eùL avertis, ma femme,
lente et lourde dans sa marche, n'ouvrait jamai la première de nos trois portes,
qu'après m'avoir donné le temps d'aller,
au fond de la quatrième pièce, me laisser doucement tomber dans mon asile, où
j'entrais fort vite, et beaucoup plus commodément que je n'en pou\'ais sortir; elle avait
calculé 4uc, pour cette dernière opération,
j'aurais toujours assez de temp .
Si c'était quelque importun, m~s dans
notre adversité nous n't'n avions guère, quelAvant sept heures du soir le lendPmai11, que l,avarJ, on en rencontre en tout temps,
ce brave jeuue homme qui m'avait déjà rt:- - un.e voisiue, par exemple, et souvent la
cueitli t1ud11ue temps a\'a11t mon déparl pour portière qui, soiL désœuvrement, soit curio•
Caen, vint me preuJre encore; il ne put me sité, restait là 4udl1uefois deux ht.:ures, garder que trois jours. Des maratistes de- alors je m'arrangeais pour une espèce d'étameuraient actuellement sur son carré; le blissement.

sieurs nuits scmblahles, cette nuit si fortuné!:' 1Ne nous. touchait-il poinl, le jour, le jo□ r
fat;;] où nos doux liens, à f)eine f.. rmé:;, serai t'nl rompus, de la seule manière qui pût
les rompre?
- É1·0111e. me disait mon amante, il nous
rei;te du moins une consolation qu· on ne prut
nous ravir, relle de mourir en.t'mule. \'oici
mon plan : dès demain, je cherche dans ce
quartier perdu un logPment; je le prends
sous mon nom de fille. et je t'y reçois . Je sais
qu'on ira liienlôt s'informant quelle est CPtle
nou,·ellt! venue; je sais riu'on ne peul larder
à me décourrir, el &lt;p1'alors, à snpposer même
qu'on ne me sonpçonoàl point de le donner
a~ile, il kur sulfüa de retronrer en moi Lon
amie, Lon am:intc, la compa~ne de tes travaux, pour qu'au sitôt mou supplice soit préparé. Il, ne n1'y lraincronl pourtaut pas; avec
toi, eummc loi, je saurai me déroL,,r à leur
é.chafoud. 11emar&lt;Jue œpenda11t qu'aiosi nous
allons ga~ner linit jours, quime jours. peulêl re un mois. 0 mon ami! combwn, daus ce
court espace de temps, pourrons-nous vivre
davantage que lei qui ne tombe que de vieillesse. Cumme Saint-Preux, tu me puurrali
dire : Nous n'aurons pas quillé la \lie, sans
avoir connu le bon beur.
Je la serrais dans mes bras, sur mon
cœur; je la couvrais de baisers; mes Jeux
versaient des pleurs délicieux.
- Si pourlaut, lni dis-je, il n'était pas
impossil,Je qu'un jour, sans moi, la vie le
fùt moins à charge, 411'avec le temps ....
- Pour11uoi cet outragu? interrompit-elle.
Par où l'ai-je mérité?
Elle m'échappa, joignit les mains, leva le
yeux au ciel :
1on, je jure que sans toi la Yie m'est
un tourment, un insupportal,le tourment.
Seule, je périrais bienlôt, je périrais désespérée. Ah! permets, permets que nous mourions enseml,Je.
Je n'ai pu me résoudre à passer ces détails.
On les trouvera. Jongs, peuL-èLre; qu'on me
le parduune : ces moments furent à la fois
les plus doux el les plus cruels de ma vie.

(A suivre.)

..., 182 ,,.,.

LOUVET.

ERNEST DAUDET
+

Mademoiselle de Circé
VI
Je ne crois pas qu'il existe en France une
conlrre plus pillore~CJllf~ que celle ou est située
la petite ville de Pontarlier. Les voyall'PUrs
attiré~ en c:-s lil'UX se rappellt&gt;ront peu~-Plre
des sites d_aspecl ~!us grandio e, les Al~s
ave~ l:urs c1meq allter1·s el leurs ,:?laciPr~, Jps
Pyrenees avec leurs g-or~es profondes. Mais
nulle part ils ne ressenriront au même derrré
que dans le coin de Francbe-r.omlé où les
né~essilés de cette hisroire m'ol,ligent à conduire le lect~ur, l'admiralion qu'é\·eille en
nous la profu~1on des beautés de nature cette
sen atio11 d'apaisement infini et d'inallért1Lle
sfrénité que la grâce d'un paysaae où rè"ne
0
la solitude procure à noire âme. b
Cela est vr~i surtout du pays qu'on traversP!, au so~f•r dti P~ntarlier, pour gagner la
front1ere sm ~e. Qu on aille la Iran1;hir à
Verrières, au défilé d'Entreportes, aux llôpit~ux-Jougne, ou sur quel11ue autre point, ce
n est de toutes parts que 101·hps et forrenls
bois de sapins grimpan t aux flancs dt'S rolli~
nes, vastes prairit&gt;s - des (( combes 1), pour
employer l'exprei::sion locale - au fond de quelles s'élève parfois une Ît'rme à tuiles rouges, et que paissent des vaches, dans le bruit
argentin et mélancolique des sonnelles qu'elles
portent au cou.
Au fur el à mPsure qu'on avance, le paysage se 1ran~formc au gré des accidents de la
route. Tantôt, il ouvrn devant vos pas un
défilé tortueux, ass11rubri par les murailll'
humides que forment à droite età ~aul'he dt's
rochers crevassés, d'où coule ,11:outrt à goutte
une eau venue de sources cachét' ; tanlôl, il
vous oblige à loa~er, sur un s1mtier sillonné
d'ornières, un torrent qui promène ses onde
écumeuses au fond d'un hl rocailleux· tantôt
enfin, il vous drcouvre hrusquem~nt u11
horizo~ m_agique qui appelle le régardjusqu 'à
d_es lo.wtarns dont les extrémités se perdent,
s'._ le ciel est cl~ir, dans une poussière d'or et,
sil est obscurci par des nuages ou par l'approche de la nuit, sous un voile de brumtl
grise. Dti tous côtés, la couleur foncée des
sapins répand sur les cbosPs son reOet verdàtre, el, dans la mélancolie de son uniformité, contribue à vous donner l'illusion d'un
bout de monde, où les hommes ne viennent
pas, illusion accrue encore par la rareté des
ctnlres populeux et par la distance qui, dans
ce pays, les s.épare les uns des aulres.
Pour éprou\'er ces impressions, il faut le

par~ourir ?nrant la hPlle saison, alors qne le
soll•1l éda1re de se.~ feux les fnrrls, l1•s cnmhPs, lrs monts, IPs e:rnx. L'hiver V&lt;'ntJ, le
mervPillenx écrin s',·n~evdil sous la nf'irrr et
?'est 1i pPine s'il laissP devinn S&lt;'S ril'he;i;Ps
Jnsqu'nu jom 011 le printemps commence à
en ranimer l'éclat.
C'&lt;'sl dans ce cadre, sur un platran mamelonné, du hanl du1p1el on apPrçoit distin::temcnt les con,truclions massh·rs du Fort de
Joux, placres en senlinelle ur la frontière,
au-d,•ssns de Pontarlin, qn'existail enrore
en ·I 820, IOUl·bant au hameau des F.tra,·hes
le chàteau de Cirr.é. Mis en vente à ceu~
épo11ue par des h,:ritiers rollatrrau,c il drvint
la proie de la han.:le noire. Elle le dhruisit,
morcela les ferres, les venJit par lots à des
pny~ans qui eurent bientôt îait d'en cuuv~ir de sapinirres le vaste empla1:emenL. Il
n l'n rrsle plus !race aujo11rd hui. Ce n'est
&lt;f?'après de longues rt&gt;chL•r1·hrs que, lors d'un
r~e~t voyage !D Franche-Comté, j'ai pu,
gmde par un v1Pux garde dès furêls retiré
depuis sa mise à la relraite, dans Je Yillaore d;
la Cluse, Mc·ou vrir l'endroit où se dress;il le
châtea u, théâtre des événements que je raconte.

Mon vénéral,le iznidr SP. rappelait C'nrore la
physionnmir archi1Prf11ralP d,, l'a11tiq11r niaison dt&gt;s Cir,·é. r,·rasé~ drjt l11rsq11ïl la vit
P.~nr la prrmi1\_re rois,. sous le poicl~ de quatre
swcles, son Lml PU p1µ-non, f11r111é dl' tuiles
plalPs, ro11µ-rs à l'uridn,•, m~is noircirs pru
a . peu par le tt&gt;mps. sa foça,le f'n pi, rr, s de
faille, ron~r&lt;'s par l'hnniidiré. sr d1tr1111lnnt
avec ses croisél's élroites à pr1i1s c·nrreirnx
d1·vant un parterre que clmqne tl té 1ro111·ait
tout ncuri et au delà duq111·I s'élr11Jaic11l les
bois immt&gt;nsrs d'où les Circé tiraicut leurs
opulents revenm.
Il se rapp1•lait aussi la chapPJle en ruine,
avec ses a1J1cls en huis scu lplt•, srs innomlir?b_les slatnPs pou,siPrcusrs rt f'lus 011 moins
br1spe;:, \'end11es depui:- aux dirnws éorlises
da voisin11ge. C'l'St izrà1•p ;nu suun•11irs Je ce
b~ave homme qu'il rn'.t Pfé po,-,iule &lt;l1• rei·onsutu~r _rar la pr.u~ée la dt-lllPllrl' que la dénon1·taL1on de Fleurirr Vf'nail de lil'r1 ·r à la
police imp1:ri.le, Pt d'1·n don111•r à mes lt·cteurs une idée '(lie 1·h.icnn d'eux, J'aill, ·ur
a~1ra _la lilJPrlé de modifi,·r au gré de son ima~
grnaL1on, sans que l'intérèt dt: ce récit en soit
amoindri.

L'hh•er venu, le merveilleux écrin .s·e11sevelit s011s
la n,iJ!e, ,t c'est a Peine s'il lai.si,e deviner us
richesses jusq11'.iu jour oü le prinlem('s co,nm~rce à en ranimer l' · l l ,
ma,mewnné, qu'existait encore en 1820 le château de Circé. (Page ~~~ · C eSI J.~ns ce cad.re, sur

... 18.1 ...

1111

platea11

�~----------------------------- ..MADE.MOTSEI.L'E DE C11{CÉ

111S T0-1{1.Jl
On a vu par les nolt'S extrailcs du dossier
de la famille de Circé, 11 qui:lles cruelles
épreuves la llé1•olution l'avait soumise : le
vieux mar,1uis, dé igné aux. terroristes par
ses anrieus cl glorieux services, obligé de
s'enfuir avec sa femme el son petit-fùs, Robert de Circé; le père el la mère de celui-ci
cnroyés li l'échafaud, laissant derrière eux,
auandonnée aux hasards de la vie de Paris, si
féconde alors en périls de toutes sortes, leur
fille l :ibelle, encore enfant; celle orpheline
arrachée par miracle au plus misérable sort
et ramenée par un ami de ~es parents en cc
château de Circé où elle était née et que li!
dévouement d'un serviteur de sa maison, celui
que le fioles de police signalaient sous le
nom de ·chasserai, disputait intrépidement
aux agents ré1olu1ionnaires.
On ne comptera jamais le nombre des
drames privés qui se passèrent à celte éporp.1c,
on n'en connaitra jamais Loule l'horreur. li
faut remonter à la révûcatîon del'édil de l an les
ou aux tragiques épisodes de la Jacquerie
pour retrouver une égale accumulation de
catas trophes d'un caractère aussi somure.
L'histoire n'a pu le~ énumérer toutes ni nou
en transmettre tous les détails. Mai~, par
ceux qu'elle nou a légués, nous pouvons mt!·urer l'étendue de ces calamités privées q11i
vinrent a&amp;graver les calamités publiques.
Dans le district de Pontarlier, la Terreur
avait eu, à ses déuuls, le caractère d'une persécution religieuse cl non d'une pePsécution
politique. Elle s'en prenait au.x pr.ètres bien
plus qu'aux nobles. Ce fut à partir de 1792
que le club de Pontarlier étant deYenu !o.utpui sant, on enveloppa dans les mêmes meures les uns èL les _a,ulres. Ne se sentant plus
protégés par- le sou,·enir de leurs bienfaits,
menacés d'arrestation, le marquis et la marquise de Circé se décidèrent alors à émigrer,
poussés à ce parti, non eulcmcnt par la nécessité de se mettre à l'auri des violences,
mais encore par les pressantes ~ollicilalions
d'un certain abbé Maucombe, qu'on va voir
reparaitre dans la suite de cc l'écil. li vivait
auprès -d'eux. comme précepteur de leur pelittll-. Son active jeunesse, l'ardeur de es convictions, surexcitée par les coups portés au
clergé, n'avaient eu aucune peine à dominer
l'esprit d'un vieiUard et d'une femme. A force
de leur parler du péril qu'ils couraient en
restant en France, il les décida à partir avec
l'enfant, el les suivit dans leur fuite.
Cbasseral, constitué gardien du château el
de.s biens de Circé dont il suneillail depui
longtemps l'exploitation, ne songea plus qu'à
les conserver à ses maîtres. Jouant dans cc
lmt une comédie à laquelle c trompèrent les
plus enragés Jacobins du pays, il se jel:i dans
le parti terroriste, uniquement appliqué à
gagner leur confiance. !Jan les clubs, &lt;lans
les manifestation publiques, on le vit au
premier rang des orateurs qui annonçaient au
monde l'aurore de temps nouveaux et en ,,antaient les réformes. Mai , s'il parlait dans un
-ens, il agissait dans un autre. Beaucoup de
malheurtmx, dejà marqués pour la mort, lui
dnrent la vie. En même temp , il employait

son in llttence à défendre les Liens de Circé contre la cupidité des puii;sants du jour. Il n'avait
pu empêcher que ces biens fus ·ent équeslré, .
Mai il fut assez influent ou as ez habile d'aùor&lt;l pour se faire nommer gardien du séquestre, ensuite pour éloigner les acquéreurs allirés par la perspective d'une bonne opération.
Deux fois, il y eut tentative de vente aux enchères, et deux fois, elle échoua. Peut-ètre eùl1·lle réu~si un' troisième foi . Mais, après 'fhermidor, les érénements, en se précipitant,
écartèrent le danger. Sous le Directoire, les
propriété de la fa.mille de Circé étaient toujour - jntactcs. Elles le restèrent jusqu'au
jour où ~apoléon, devenu empereur, les restitua à leurs propriétaires.
Quant à Chassera}, il n'avait eu aucune
peine, lors&lt;iue commença la réaction, à faire
peau neuve, et, fort des erviccs rendus par
lui. pendant la Terreur, aux citoyens uspects
et poursuivis, à prom-cr qu'en s'affublant d'un
masque de Jacobin, il n'avait eu en vue que
de porter secours aux victime . Du reste, dans
l'intervalle, un fait d'ordre tout intime était
venu lui cré~r d'autres devoirs qu'il avait
remplis avec un égal dévouement.

VII
Durant l'hiver de i 794, alors que, sans
nouvelles de ses maîlres émigrés, il apprenait le supplice de leur !ils et de leur bru
exécutés par ordre du tribunal rèvolulionnaire, il avait vu arriver sous la conduile
d'un habitanl de Pontarlier qui rentrait d'un
VGJage à Pms, une -fillette de srpl ans Loule
chétire el toute pâle. C'étaitlabelle de Circé, la
sœur cadelle de Robert de Circé. Au moment
&lt;l'être condamnés, son père et sa mère avaient
eu la pensée de la confier à Chasserai el le
bonheur de trouyer une personne sûre qui
s'était chargée de la lui conduire.
Chasserai demeuré veuf à trente ans, peu
de temps avant la Ré\'olution, vivait, depuis
le départ de ses maitre -, dans une dépendance du château a\'ec un ménage de paysans,
qui l'aidait en son travail de surveillance et
d'entretien. Il y rerut l'orpheline comme un
dépôt non moins sacré que celui des richesses
confiées à sa proLité. Dans l'obscurité redoutaLle donl la Terreur enveloppait alors la
France, nul ne pomait préciser la durée de
ce régime odieux. Tout portait à croire qu'il
ne finirait pas de sitôt. La tâche qui s'impo·ail maintenant à Chas eral ne semblait donc
pas dernit- être la tàcbe d'un jour. ll l'emisagea dès le premier moment comme si désormais rllc devait remplir a vie. 11 avait
souhaiU passionnément d'avoir des enfant~.
Mais, par suile de Ill mort prématurée de
. a femme, cc souhait ne s'était pas réalisé.
];abelle en Sl'mbolisa pour lui la réalisation,
sous une forme assurément imprévue, mais
qui offrait au si charme et douceur.
Il aima la petite dès qu'il la vit. Elle
devint son rayon de soleil, la joie de son existcnt:e de préoccupations, de tristesses el d'an"oisses. li se découvrit des trésors de ollici~de quasi maternelle pour cette enfance en

fleur à laquelle il fallait faire oublier, dan
une atmosphère de tendresse et de sérénit•\
ses malheurs précoces. Us a,,aient ébranlé 1a
santé d'Isabelle. Réparer ce dommage, rendre
la confiance et la sécurité à cet le âme qui,
battue par la lempêle, se repliait déjà sur ellcmême, préparer l'héritière des Circé aux
dm·oirs de la vie en sti-mulanl son intelligence
el en rendant à son corps Ja santé, tel est le
programme qu'il se proposa. Dans ce prorrrammet l'édLtcation intellectuelle tenait peu
de place. Cbasseral n'était pas un savant.
Peul-être l'élève eût-elle en à souffrir de l'ignorance relative du professeur, si, mise en goùt
par le peu qu'il lui avait appri , elle ne se f1H
avisée de s'instruire elle-même dans la bibliothèque du château ouvcrleà ses curiosités. Cc
que contenait celle bibliothèque, Chas cral
ne s'en était jamais enquis, n'ayant ni le goût
des livres, ni le temps de les ouvrir. Il n'en
prit pas da1·antage souci, lorsque Isabelle
parut se passionner pour la lecture el n'avoir
pas de plaisir plus grand que celui de feuilleter les innomLrabks rnlumes conservés au
château, d'en admirer les gravures et d'en
parcourir au ha arJ les pages. EUe put doue
lire tout cc qui lui tombait sous la main, el
quoique sans ordre, sans méthode, souvent
même sans comprendre, elle lut tout. Trois
ans après son arrivée, elle en savait beaucoup
plus long que la plupart des enfants de son
ùge, à peine protégée contre le danger de
tant de libres lecture par son innocence
naturelle, ses honnêtes instincts et par le
leçons de morale qu'à toute heure el en toute
circonstance Chasserai opposait aux ardeurs
de sa jeune imagination.
Ces leçons, il en puisait les éléments en loimême, dans son cœur si généreux, dans .sa
conscience si droite, dans sa raison si sù.re. JI
rappelait à l'enfant l'histoire de sa famille,
célébrait les vertus de ses aïeux, pleurait avec
elle les morts, l'accoutumait à prier pour les
absents. Il l'entretenait de Dieu, de la religion, des cultes proscrits, des pieuses coutumes que la Terreur avait interrompues el
auxquelles il était défendu d'être fidèle sous
peine de mort. Par malheur, ces ages
enseignements, dont la rigueur des lois révolutionnaires entraYait sans cesse la pratique,
étaient dépourvus de sanction. Us ne ponv:iienl constituer un frein suffisant pour contenir dans les règles d'une discipline salutaire
celte orpheline déjà démoralisée par l'excès
de ses infortunes et qu'elles ne disposaient
que trop à douter d'une justice divine qui
l'avait jusqu'à ce jour si peu protégée, à n'y
plus compter et à ne pas la craindre. 'ayanl
jamais connu ni subi le joug des conventions
sociales momentanément suspendues, et bien
qu'elle ne fût encore qu'une enfant, elle
n'écoutait qu'avec impatience ce que lui en
di ait l'honnête Chasserai. Elle n'en voulait
accepter que ce qui flallait ses Mréditaires
préjugés de race et l'orgueil qu'elle tirait de
on nom, malgré les maux que ce nom a\'ait
allirés sur sa tète.
La vie qu'elle menait maintenant, au grand
air des montagnes el des bois, celte vie soli-

,

laire! presque sauvage, la métamorphosait
physiquement, faisait peu à peu de la fillette
frêle et timide qu'elle Jtait nao-uère une créa0
ture audacieuse et robu, te, dont un rare
mé_pris de tout danger inspirait les actes.
~tais elle n'était pas pour assouplir ni dérider
son cœur, ce cœur raidi et glacé, figé en
quelque sorte dans les affreux souvenir du
pas é. Trop d'implacables ressentiments v
grondaient, trop de haine pour les persé:
cute~rs et les bourreaux, un trop ardent
espoir de vengeance qu'exprimait, à certaines
heures, la dureté du regard farouche et hautain.
Chasseral s'inquiétait sou rent d'un étal
d'âme aus i exceptionnellement violent. li
~ss~ya:il d'y remédier par la persuasion, car
il n eût osé employer d'autres mo)'ens envers
la fille de ses maîlres. Vains étaient ses
etrorts. For_te de la déférence que tout naturellement 11 lui témoignait, elle s'entêtait
dans ses idées, s'y retranchait comme en une
fortere se, n'atténuant les effets de son iné~ranla~le volonté_ d'indépendance que par
1 affechon reconnamante qu'elle témoignait au
lirave homme devenu, par suite des événements, son unique protecteur.
Lorsque, après l'élévation de Bonaparte au
Consulat, parut s'ouvrir une ère réparatrice,
Chasserai conçut l'espoir de réformer le
caractère d'Isabelle. Elle venait d'atteindre sa
c1uinzjème année. Il appela à son aide Je curé
des Etraches, paroisse rnisine du château
rentré depuis peu dans son égfüe Iongtemp~
ferml!e. Sous l'influence de la ferveur religieu~e dans laquelle la jeta sa première commu?10n:. et p~ut-êlre aussi parce qu'elle touchait à l age ou dans toute jeune fille la femme
s'éveille, elle devint plus docile aux bons conseils, plus accessiule à d'heureuses transformations. Les aspérités de sa nature 'émoussèrent.
Elle cessa de considérer la vie comme un
théâtre où le triomphe du mal est assuré.
Elle prit co~fiance dans l'avenir. Elle apporta
dans ses actions plus de raisonnement et de
logiq~e. En ~n mot, les belJes qualités qu'elle
gardait en soi commencèrent à fleurir sur un
terrain retourné de fond en comble. Elle n'en
cons~rv~ fa,s moins son esprit d'indépendance,
sa temerite, ses allures garçonnières, cette
ph~sionomie d,e ~eune adolescent qu'accentuaient son dedam des parures, sa passion
pour les exercices virils, l'habitude de monter
à cheval sous un costume d'homme, sa disposition aùx aventures. Il ne pouvait en être
autrement, puisque, privée de tout contact
avec le monde, elle continuait à viYre dan la
solitude, au milieu de gens incapables de lui
apprendre ce qu'elle ignorait. Mais ces inconvénients d'une éducation sans contrôle trouYèrent un .contre-poids dans sa 0(l'énérosité
natu~eUe mieux exercée, dans son goût pour
les livres mieux dirigé, et surtout dans son
instinctif amour de tout ce qui était beau,
hon et droit.
Cha,.sseral fut alors rassuré. Sous une
l'orme encore un peu rude, la vi!!ueur morale
d~ Mlle de Circé se manifestait l'égal de sa
ngueur corporelle. A seize ans, c'était uno
superbe fille, grande el mince, coulée dans le

à

--~

Une c/Jaise Je poste, 1•e1111e e11 droite lig 11e du /011J de la Russk, s'arrêta, au village des l16pitaux-Joug11e
devant u11e cabane occupee par 1111 poste des douanes , .:ommis à la garJe de la frontière. (Page 186.)
'

moule d'une structure parfaite. Sous ses cbe~
veux châtains, tirant sur le roux, qu'elle
portait un peu embroussaillés, le visage offrait
les pures lignes d'une statue grecque. L'expression en était aristocratique el fière. Les
yeux larges, profonds et très noirs, révélaient,
en leur éclat sombre, la franchise et l'énergie,
une hérédité d'aspirations hautaines poussées
dans le sang. Toutes les impressions de
l'àme s'y reflétaient avec une spontanéité qui
faisait de celle âme un lirre toujours ouvert.

VIII
On était alors en 1805. De toutes parts, en
France, renais;;aient l'ordre et la sécurité.
""' r85 ..,.

Cbasseral, depui dix ans, n'avait eu que de
rares el indirectes nouvelles de ses mailres
11 en attendail de plus précises avec une
impatience fiévreuse. Ignorant en quel lieu il
résidaient, il n'avait pu leur apprendre que

leur petite-fille était ,·ivanle et digne d'eux.
Enfin, arriva une première lettre. Elle
Yenait d'Ode.:,sa d'où l'avait écrite et expédiée,
à l'adresse de (;basseral, la marqui e de Circé.
La noble douairière ne savait si l'ancien régi, seur de ses domaines était encore de ce
monde, ni si le cl1àteau de Circé était toujours
debout. Elle éc::-ivait donc au hasard, racontait à mots discrets les douloureux épisode
de son émigration, son séjour en Allemagne,
la morl de son mari, son départ pour la

�HlSTOJ(l.JI
l\us ie et enfin on récent pu age en Crimée,
ollicit~e de lui. ou vent au s ce pétition ·
ba 0 a es, la marqui e entraina lsabeJle dan "
o~. gràce à la prolcctioe1 du duc de Richdieu,
'égaraient dan les bureaux de la police; on
la
caliane. Elle avait Mte de la voir à la lugouverneur de cette province, elle a vair pu ·'in - le y Duliliait. Les iulért&gt;, é , e vo1·ait&gt;nl alor
taller auprès de on pctil-61 , nommé, comme contrainrs de les renouveler, quelc1uefois mière. D'un regard, elle enl'e)oppa celle été.beaucoup de enlil homme Crançais, olfi ·ier m~me à plu ieur repri es, ou de recourir à gante il!Jouette de jeune fille, ce 60 visage,
dans l'armée ru se. Elle parlait au ·ide l'aLW de inOuences a ·ez puis anle pour IPs tirer c~ beau cheveu où la failile lueur de lroi
chan~dle fichée dans des bouteilles mettait
Jaucombe IJUi n'avail ce sé de partager on dt! rarton où ell
'accumulaient. C'p t ain i
des rellcts cuirré , celle taille velte, le
e. il, a cwié à e douleurs el à e mi èrt' .
que la mm1ui~e de Circé :illend,L peudant
pures ligne de ce corp aux forme parfaite. ,
EUe rappelait le lra!!Ïque trépas de _on fil
deu1 an . a radiation de la li te des éroi ré ,
el toute boule ver. ée par le émol100 de cell
et de a bru, et, tout angoi sée, demandait à
alors qu'elle espérait de jour en jour en receCha eral ce qu'était devenue I abelle.
heure i douce, après la11uelle elle avait tant
,oir la nou,elle.
de foi oupiré: • Ah! chère mi!.!Tlonne, murC'est celle-ci cp1i répondit à cette lettre,
Enfin, peu de temp après la prorJamation mura-t-elle, je reconnais mon aao. Vou.
narrant à on tour le événement amquel
de !"Empire, un entilhomme dont la famille
elle avait été mèlée, et par uite de quelle
êre bien une Circé. » Comme l'ahlié entrait,
élait alliée à la ienne, el que le nouveau
circon lance elle re ·tait , aine el sauve, aprè
uivi de Cha sPral, elle lui dit: a Xe trou,·ezr 10 ime amit rait cbamb.. llan de !'Empereur'
vous pa~ l'ai.il, l, qu'elle re- emble à on
de• .i tt&gt;rriltlt' tourmt&gt;nlt&gt;'. Elle traçait de
o a plaider aupr de ce dt'rnier la c·au e de !!rand-père'?
l'héroïque dérnuement Je Cha . eral un ral,lrau
a parenle. Le , urcrs couronna a témérité.
où e 1r11u1ai nt énumérés tou les liienfaits
- t:'est 1·rai, madame la marqui e. ~fadeEn ,epli•mbre 1 05, la mar11ui e de Circé et
moi,elle ne aur11il di, imuler on illu Lre
que la rodi on de Circé devait à ce lo, al rron pelit-fil furent aulori:,é. à re111rer en
viteur : « Il vou a con ené votre pelitt&gt;-fille
origine. a re emblance al'ec feu on aïeul
France et à rt&lt;pre11dre po. . :,Ïoo de ll'ur
e Lsai,i ante.
et Lou vo LiPn , écrivait I abelle à a grand"bien re,tés ou éc1uc tre. L 'al,Lé ltaucombe
mere. li attend pour vou le ~ndre que YOUs
- Oui, ai,i - ante, répéta la marqui e.
était compri dans ~Lle me ure de clémence.
veniez le lui réclamer. à muin que vous ne
Paun·e petite Ûllur pou ~ée ur dP tombe ,
je n·e~phai pas \'OU retrou,·er i belle ni i
lui ordonniez de me conduire aupr de vou .
IX
lJécid,...z ce t{ uïl duit faire, Madame ma
robu le! Merci, mon brave homme, oonlirand'mère. Mai , quoi que vou décidiez,
nua-t-elle en 'adre . ant celle foi à Cha ela fin du moi ' d'octobre de celle année ral, merci pour me l'avoir con crvée et pour
on°ez qu'il y a ici une orpheline privée
i
05
à la tombée du jour, une cbai,e de me la rendre ainsi.
dt•pui donze ans de care e maternelle , qui
po
te,
charl,!ée de bag:ige , venue en droite
brûle du d~ ir de ,·ou revoir et de vou pro- J'ai fait cc que j'ai pu, madame la
ligne du fond de la Ru ie, 'arrêlaiL, apr
marqui e.
diguer les ienne . »
un vo1age de vingt jours, au villa~e de llôl'iCelle 1.-ttre partie, 1 ahelle et Cha eral en
- Je ai tout ce que je le doi ·, et par
taux-Jougne,
à l'entrée de France, non loin quel traits ta as mérité m reconnai..ance.
espér~renr une nouvelle el prochaine. Mai le
de Pont.arlit!r, devanL uue cabane moirié
corn rnunication é1aient diHic1les. On e l,a1tajt
- Que parlez-vou de reconnai .ance !
pierres, mui1ié planl·hes, occupée par un
encore aux rro11tib'e .. Leur alien te dura lroi
'écria Cha cral. J' 'lai · déjà pa é par l'afTecpo te des douane , commi à la arde dt! la
moi . La répon e qui leur paniol alors lt&gt;ur
tion de mademoi elle. Que je r te aupr'.
fronlière. Alor comme aujourd'hui, celle
cau~a une amère déception. Aux trrmes de
d'elle, aupr de vous, je ne demande pa
urveillance 'exerçaiL rirroureu,ernenl. L'au- autre cbo - .
10· contre 1• émia ré·, la marquise n pouvait
dace de contrel,3ndier , favori,-ée en ce
son11er 11 rentrer en france an une auturi a- Il e t bi •n entendu que nou ne nou.
lemp. par le lon° dé arroi des er\'ic admition. Pour l'obtenir il fallait du temp , de
quilleron plu. , répondit la marqui e. Par
ni lrall~, la r ndail plu partfrulièremenl
protection , des circon tance favoralile . néce saire.
exemple, r.on1inua-L-clle, en ouriant, je conD'autre part, elle ne croyait pa prudent de
Late que Lu ne lui a pa eo, eiané l'art de
Isalielle de Cirœ et Cha eral, l'enu au'babiller. Quelle Lenue, grand Dieu! »
lais er I belle venir la retrouver. Co vo1a 0 e
de,·ant de celle voilure, en ,irent d cendre
en pal étranger olTrait trop de péril pour
Il e l certain que la toileLte de Mlle de
d'abord un petit homme, dont le visage rubiune jeune fille, en nu · ie urtout, où nul ne
Circé lai ait un peu à désirer. on cor :irre
cond, ou d che eux noir , crépu • le teint
pénétrait et ne circulait an le con. entemenl
en drap verl, taillé par une couluri'•re de
Oeuri, le reoJ'ard pénétrant el ru é rél'élait&gt;nl
du T:ar. La marqui e exhortait donc a petilePontarlier, 'échancrait ur Je bau• de la
une maturité ri.,oureu e, bien qu'il fùL un
lille à la patience el lui promettait de multipoitrine quïl lai il à nu et permt•LtaiL de
peu lourd d'allures ur ses jambe trop
plier e démarche afin d'oLtenirl'aatori.ation
voir un col de toile étalé tout de travers ur
courte pour on gro corps larg et bedonde rentrer. Elle e Limait que ce erail l'affaire
nant lr étroitement erré dan une douil- une cral'ale en mou cline Llanche, à l'extréde ix moi • Elle ~e trompait. Ce devait être
mité de laq,1 Ile pendaicnL des denldl
ler te puce, doublée de fourrure; pui , une
l'aff,ire de plu,ieur années.
froi:- ét&gt; el déchirée . La jupe, donl la couvit&gt;ille dame, miuce et lonruc, à l'air hauPeul-être aur.iit-on quelque pPine à le
leur claire Lranchail trop cr1imcul ur celle
tain, enveloppée au i d'un manteau fourré
comprendre, i l'on en j1weait d'aprè le.s
du corsage, était au i froi ée que le denà pélerine et coi/T~e d'une capeline en oie
facilités a suréti aujourd'hui aux rapport
telle . Le extrémité lacérét- par l'usure
nuire, qui lai ail voir denx épais bandeaux
ioternationau . lai il n'v :rrail aJor ni chedécouvraient de botte montante· en gro
de cheveux blan. encadrant un vi age
min de for, ni Lél~tTJ"aph;. Lenle éraient IP
cuir jaune, qui n donnaienl qu'une idée
allongé, dont le ride ne par1·enaient pa. à
1·ommunicalion ·. Entra\·é à toute heure par
bien fau e du pied modelé qu'elle enferdi imuler des trace.! d'ancienne beauté.
1 intempérie dt! ai on , par la rigueur
maient. Eofin, un feutre noir à larn aile ,
Cette vieille dame élail la marqui ·e douai,le urveillance eiercée ur 1 • fronti rc .
ur lequd treml.Jlait un bou,1uet de plumes
rière de 'ircé; le pclÎL homme était l'abbé
par l'état de auerre où vivait l'lforope, par le
de corbeau dont les tige al'a1ent lai · é au\
Maucombe. « 'êtes-,ous pas ma graod'm re, branches des arbr · la plupart de leurs
mesures arbitraires de la poliœ qui arrêrait
madame? » demanda d'une voix émue I abarbes, donnait à la charmau1 figure qu'il
au pa age toute le•tre su pecle et ouvent la
belle. EL san atlendre la r lpon e, elle ajoura:
confi,quail, le ervice de po. tes n'anit
abriL il une e1pr ion faroucp el .am·a e,
a Permeuez à votre pcli te-fi lie de vous ouhaiaucune garantie. D'autre part, le 11ouverne- ter la bienvenue el dti vou embra ser.
où se révélaieoL de habitude de vie irrégu1
lière, menée au gré des plus soudains camenl con ulaire, a ·ailli par le demandes des
_Ce n~ _rut p~odant q_uelt1ues minutes que price , an di cipline et au grand air.
émigrés, les oumettait à de mioutieu e
cris dti J01e, l,aisers, presentatîon , toute le
enquêtes qu'il fai ait trainer en longueur
• C'est mon costume de cheval, dit timideefTusioos d'une rencontre ardemment attenlor ·que, hésitant devanL la cruauté d'un refu •
ment I abelle d~contenancée par l'ob ervaLioo
due. Pui·, taodi que les douanier , ur les de grand'mère.
11 ne e d cidait pas à accorder l'autorisalion
indication d'un dome tique, inspectaient 1
- Il faudra en commander un autre .
... 186 ...

M A.D'E.Mo1scu1;
Celui-ci ne convient pas à une lille de grande maîtres », répliqua l'abbé qui s'exaltait faciruai.on. lai mus êle dnnc venue à cheval,
lement.
ma mi 11 nonne? A celle bt&gt;ure et par ces cheCt'He foi , la marqui e le prit de plus haut.
mins déserts! (.!uelle imprudt&gt;nœ !
&lt;t Je connai vo idér , l'alilw, et j'ai eu
- Cha. Pral m'accompa..-nait. Et pui , j'ai le rrsrel de con. taler qu'en dépit de mei
l'habitude d"aller -eule.
elfort , vous le avez inculquée à votre
- Une haltitude à lariuPJle \'OU derrez élève.
renoncer, comme à ce co tume, ma chère
le idée sont celles de tout bon ertinfant, comme tout ce qui ne ied pa à \·i teur du roi. Renoncer à comLallre pour no·
,·otre condition. » En di ant ces mot. dont la prinoo, pa. er dan le · ran de ·élérats
douceur de l'accent tempérait la évérité, la qui
ont déclarés conrre eu , c'e t une démarquise crut voir ur la figure de Cha eral
erlion el ·i M. le marquis m'avait écouté ....
une expres ion de trbte e el comme le
- Joo pelcl-fil me doit olwi _anœ, interregrer d'avoir mérité une critique qui 'adre - rompit avec dignité Mme de Circé. Que ce
ail à lui tout autant qu'à t~abelle.
soit à on corp défendant qu'il ait obéi, peu
a Cc n'e ·t pa un reproche, Cha . cral, imporle, puh1u'il a ohéi. Je n'ai rien de plu
ùmpres a-t-elle d'ajouter. Je rempli mon à lui demander, i ce n'esl de ·rvir ·a patrie
devoir en préparant ma pPLiLe-fille à réformer . ou ce Napoléon, en 11ui ~olre int Père
e· allure et e oùlr, en !'averti, ant lui-même a alué l'élu de Dieu el que la
qu'ell • dena ~e façonner aux couru mes de la France acclame, comme il 1\ ûl ervie sou
·ociélé dans laquelle elle e Lappelée à vivre. le Uourlion . 11
)1.ii il n'en ré.,ulte pa 4ue toi, Lu n'aies
L'abbé, entrainé par on oùt pa iouné
remrm le Lien. Telle qu'elle e L, 1 abelle le pour la contrO\er e, allait répondre.
fait bonneur.
Ce fut li:al.Jclle qui l'en empècba.
- Uui, oui, appu}a l'abbé. ;n diamam
a \'ou êt en train de manquer de respect
non encor dé ro::. i n'en e-t pa moin un à ma graod 'mère, mon~ieur, » dit-elle a,ec
diamant. li uffit d'un bon ouvrier pour lui douceur.
donner tout on éclat. C'est cho e à laqueJl
Quoique d 'concerté par celle oh cr,alioo
lme la mar11ui e 'entend à merveille. »
En lançant celle belle phra e, l'alilié Maucomb e ren "orrreait comme un p on qw
fait la roue. 1 belle, é ayée par le compliment, le rt&gt;"ardaiL en errant ei lèl'r pour
élou/Ter le rire ironique qu'elle y enlaiL
monter. Pl.li , pr ·sée de secoutir la ène où
la jetail un eDLretil!n dool ell était l'objet,
Ile inlerrogca la marqui~e.
« fioberL n 'e t-il pas arec ,·ou , rrrand' m'&gt;re? demandn-t-elle.
- J'ai lai é votre frère à llamboorrr, où
il était venu me aluer nu pa sa e.
ù il était ,·enu '! 1 e \'Ous accompagnait-il donc pa· durant volre route?
- Quand j'ai quitté la nu ie, il en était
parti depui · quelques emaioe pour faire un
vo ·aœ en Anrrleterrc et ullli er am i un con é
c1u 'il a"aiL ouleno. Il ne connai, ail pa encore la déci ion de l'Empereur à notre égard.
Je la lui ai appri e quand oou . nou omme
rn~ .. ·aturellement, elle a modifié se projet . Contraint d'al.Jandonner l'.irméc ru e, il
a enrnJé ,a démi~ ion à 'aint-l'éter bour, el
écrit à on protecteur le duc de l.lic.helieu. li
viendra ou p•u pa -er qudqu jours auprl'
de nou pour renouer connai, ance avrc .a
:-œur, avant d'aller à Pari e mettre am.
ordre du mini tre de la guerre 1111i doiL le
placer dao un rérriment.
- Le mar'Juis de Circé dans l'armée de
l'u urpaLcur, » ob erva l'abbé d'une \"OÎX
ironique.
l:11 Jtulrt n oir .i l.:zrges ailts .1onnatl a y charm.Jnù
En entendant ces mots, la marqui~e bru figure iu'il abri/;iit une e.,fressfo11 faro11cM tl sauvage._ .. 1Page 186 . )
quemenl 'était retournée.
a e
vez-vous pa , l'abbé, que celle
condition a été tîpulée formellement par l'abbé protesta cependant du ge te et de la
1 'apoléou? Fallait-il, pour ne la pas uLir.
parole.
renoncer à revoir ma mai on, mon pay ?
a )Jadame la marqui e _ait bien que mon
- C'eùt été p ut-êLre plu di ne que re pecl égale mon dévouement, balbutîa-t-il.
d'implorer les bienfaits de l'ennemi de nos
- Oui, je sais cela, l'abbé· mais je sai

DE

CmŒ - -...

aus i que ,·on ête insupportable lorsque,
comme aujourd'hui, vou \'OU improvi. ez
l'avor.al de pri,1res el pPrdez le ouvenir dr
sacrifice que j'ai faits à leur eau e. Pour
eux, j'ai vécu dans l'i,xil, . ODtfl'rl la mi i•re,
travaillé comme une ervanle. Je lt&gt;ur a1
donné le sanrr le plu pur de mn mai on, mon
mari, mon fils, ma bru .... Ma delle est payée
oiiante-dix ans, j'ai droil au repo . Je
demande qu'on me lai se mourir en paix. »
El comme l'abbé lenlail encore de placer
une parole, qui, celle foi , eùl été peut-êLre
une e1cu e, elle l'en empêcha :
« fiompons sur ce ojet. »
li e le tint pour dit et ce
de discuter.
Ce débat, dan leq,wl l abelle n'était intervenue que pour en auénut·r la ravité, l'avait
troulilée. noyalh,re d'in 1i11ct el Je se111 iments,
pror~ ant u11e bainl' ardl!nle pour le. homme
et les doctrine e11fantét- par ci-tu- llévolutlon
qu'l'lle rendait respon aLle des infortunes de
a tàmille, elle rom liait de on haut en découvrant cht-z a grand'mère des opinion si di1Téren1e de ienne , de celle qu'elle lui cro ·ail.
.leotalemenL, t'lle donnait rai on à l'aLbé, et,
quoique n'ayant o é soutenir la même th e
'Jue lui, elle ne ongeait plus à le railler,
lli:po ée plutôt à l'admirer pour la fermeté
avec laquelle il venait de déft.i1dre de idée
qu'l'lle parla eait. Elle panint cependant à
di imuler son émotion à .a grand'mère
comme à lui. Cba eral, qui avait ce qu'elle
pen ait sur ce cho e,, fut cul à la de1ioer.
D'un ib'lle, il l'encourag-ea à per évérer dan ·
·on impa ibili1é. L'incident n'eut d'autre
suit que l'embarra momentané qui ré ulte
d'une querelle urvenue à l'impro\·i te entre
0 en
accoutumés, en vue d'allclnuer leur,
dis entiments à n'en parler jamais, l'i qui
ont oublié qu'il e doivl!nt le ilence ur Ir
·ujet qui les dhi , ou tout au moin d s
conces ion récipro,1ue .
Tandi que 'échangeaient ce propo , le~
douanier avaient accompli leur Lâche, ,•érifié
le conrenu de malle , dre é la li te de~
objet soumi.., aux droit de douane et donn:
quiuance du montant de cc droits, payé
entre leurs main . Le domestique de la
mar4ui.' vint la préveuir qu'elle poU\ait
rcmonLH en voilure, ce qu'elle fit en cumpagnie d'I abelle el de l'al.JLé, ouLlieu c déjl.
d'un dtlLat dont la joie qui gonflait son cœur
au moment de revoir un paJ di ipait 1
~ouvenir. Cha_ l'ral, enthantl de ce dénouement saula ur on cheval. Tenant en main
celui de a jeune maitres e, il prit le dennt .
n ,·oulait arriver le premier au chàteau où
devait être fêté le retour de lme de Cir :.

Tant que le domaine était re té sou
séque tre Ch eral, bien qu'à tirre de gardien il en fùt devenu le maitre de fait, n'avait
eu garde d'en continuer l'e1ploi1atioo. Uniquement préoccupé d'empècher les bâtiment
et le mur d'enceinte de e d~tériorer, il 'en
était tenu aux réparations indi pensables.
Quanl aux terres, il le avait lai ée tefle

�IDSTO~l.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _--,-_ _ _ _ _ _ __
qu'elle se trouvaient au momenl du décrel sière et fa pluie, avec, dan le angles, des
de Gonfiscation. Les sapinière étaient re rées toiles d'araignée ; sPs pelouses dévastées, ses achevées, étaient as ·ez avancées pour qu'en
.aw èlre coupées, les prairies ans être fau- prairies où l'bPrbe en pourris ant élait devenue rentrant chez elle, elle ne fût pas trnp cruelchée~ ni pâturées, de telle sorte que la pro- fumier, St' avenues emahie par les ronces, lemenl frappile drs ch~nrrrments survenu en
priété e couvrant peu à peu de brou sailles, se sapinièr_e sou lesquelle la broussaille son absence. C'était déjà, de la part de Chaseral, un témoignage de sollicitude et de
de bois mort, d'herbes géantes, avait revêtu obstruant le sentiers arrêtait la circulaLion.
dévouement.
Mai ce n'était pa aQsez. 11 avait
arec le temps une phy iooomie de désordre Autour des commun silencieux, se manifesencore voulu que Mme de Circé fùt reçue
cl d'abandon, accenluée par une ab ence
tait encore un peu de vie. Un carré de
pre que complèle d"habitants, qui en rendail lérrumes, d s fleurs en pJate-bande, des avec honneur au seuil de sa demeure, etc'esl
afin de jeter un dernier coup d'œil sur les
silencieu ·e el morne 1a oliLude. La maintenir arbre f ruiticr , une vache laiLière dan
apprèls
de celle réception, organi ée par lui,
en cet étal, c'était, pen ait Chasserai, le l'élable, deux chevaux à l'écurie, une douzaine
que
maintenant
el tandis que la noble dame
meilleur moyen de décourager les acquéreur. de poule dans la ba e-cour, rérélaient que
.
e
dirigeait
vers
le château, il la devançait,
Dan l'intérieur du château, il avait usé de le hauitanls du domaine 'étaie11t appliqués
pou
sanl
on
cheral,
pre sé de juger par luiprocédés analogues. es maitre partis, il tant bien que mal à en tirer la presriue totalil{,
même
si
es
ordre
araicnl
été inlelligemment
s'était empres é, avec l'aide d'homme ûr~, ùe lenrs moyensd'cxi IC'nce afindefaire durer
exécutés.
ùe foire di paraitre toul ce qui aurait pu plus longtemps leur mince pécule. Et de fait,
Les choses 'accomplirent ain i qu'il les
tenter la cupidité des bandes noire qui c depuis treize ans, sauf la riande et le pain,
avait
ordonnées. A l'entrée du parc, la mar•
formaient de Ioules part pour ache ter à ,il achetés au 1-illage, ils n'a raient pas eu d'aulres
quise
pa!lsa sous un arc de triomphe, formé
pri:. la dépouille des émirrrés. Les vieilles re nurces.
de
fleur
el de feuilla~es, tout autour duquel
tapi erie qui courraient les murailles, les
Mais .i, pendant ce Lemps Chas eral ne &lt;les pay ans, portaut des torche pous èrenl,
porlrails de famille, la massÎ\•e ar g-enlcricl
'était pa départi de sa prudence, il y renonça
étalée sur les dre soir , les meuble précieux, aus~itùL qu'il eul été averti du prochain retour en la Yoyant, des acclamaliuu . Elle en
retrou,a un second dan le parc, un troisième
les sièges couverts d'étoffes brochées, Lou
de la marqui e. La première nou11 elle lui en enfin rnr le perron qui accédait à la porte
ces objets, soigneusement emuallés, avaient fut donnée par un memlire du énat impérial,
été, le un cachés dan les caves, les autres originaire de Pontarlier, un ancien conven- prinripale, et toul autour de celui-lù, le curé
enterré en divers endroils du parc, enfouis tionnel, avec lequ~l il entretenait d'amicales des .ÉLrache , le m.1ire, le conseil municipal,
au fond d'un puil de ;éché, cl lout cela en relations et qui, sur sa demande, 'était des gendarmes, de douaniers, la plupart des
si peu de Lemps que lori:que, la confi~calion cnlremi' en faveur de la famille de Circé. habitants du village. Elle dut éuouter de
prononcée, les agent de la municipalité de , an attendre que la marqui e lui apprit elle- pompeuse barangnes où, comme au temps
Pontarlier 'étaient présentés au châleau pour même C'llte nouvelle, il rn bâta de mellre le jadis, la populatfon, par l'organe de son pa prendre po se sion des richesses qu'on y domaine e:1 état de recevoir ses maitres. Il leur et des membres de la muniripalih\
aluait en elle sa protectrice et manifestait la
di ait accumulées, ils n'avaient trouvé que recruta des ouvriers qu'on vit, sous sa direcjoie
qu'elle éprouvait à la reroir saine cl
des salle vides, dénudées, dans lesquelles tion, travailler pari out à la fois. Le domaine,
saure,
malgré tant d'épreuves.
quelques pauvres meubles semblaient porter rapidement mélamorpho é, recouvra sa belle
Après
avoir, d'une voix bri ée, remercié
le deuil de Lout ce qu'on avait enlevé. Et mine avec es gra ses prairie fauchées. netcomme les agents exprimaient leur déception toyées, ensemencées à nouveau el peuplées de ces braves gens, elle pénétra dans sa maison.
Mai là, ou· ce~ voûtes séculaire , auri inouet leur étonnement, Chasserai, affectant une
hlié de a ,•ie heureuse de jeune femme,
mine irrilée et déconfite, de répoudre que
derant
ce murs dont la clarté des bougies et
« ce coquin de marquis l'ayant éloigné sous
des
lampes
éclairait la nudité non encore
un prétexte, durant quelques jours, avail
voilée, tant de souvenirs .e dre .èrent devant
profité de son ab ence pour Iran porter son
elle, et i douloureux, si poirrnanl , qu'elle
Iré or de l'autre côlé de la frontière ».
perdit connai sance. Par Louheur, ce u'était
Jusqu'au 18 brumaire, les chose reslèren l
qu'une
faiulesse pa agère. Bientôt ses yeux
en cet état. Les hommes qui se succédaient au
se rouHirent, elle e redressa, et debout, la
pouvoir n'inspiraient pas confiarn·e à Cha tète haute, en grande dame et en femme
serai. Il croyait à un retour de la Terreur. li
énergique
qu'elle était, elle emhrassa d'un
n'avait visité es cachette qu'à l'époque où
regard
assuré
ces lieux béni qu'elle avaitcru
I abeUe était arrivée, et seulement pour y
ne jamais rel'oir et où elle allait vivre désorprendre de quoi décorer la cbamure où il
mais en pleurant ses chers morts el en
l'in talla dans les commun du clJâteau. Il
demandant
aux être adorés qui leur sunin'eut foi dans un avenir réparateur que
vaiPnt,
son
petit-fils et sa petite-fille, un peu
lor,que le général Bonaparte de,·int premier
de
bo11heur
pour se derniers jours.
Consul. Alor~, il reûra des lieux où il les
Jusqu'à une heure avancée de la oirée, elle
avait cachées le richesses de la famille de
COD erva sa fermeté maintenant recouvrée.
Circé, mais sans o er le remetlre en place,
Durant le diner, auquel é1aient invités le curé
redoutant d'être contr.ùnt de les faire de
et
les notables de la commune, elle eut pour
nouveau disparaitre, si Je Trésor public, dont
ses comive le mêmes grâce!l et les mêmes
les caisse étaient vides, s'avisait d'ordonner
prévenances qu'autrdois. Ceux d'entre eux
la vente des biens d'émigrés qu'il po sédail
qui
l'avaient connue en ces jours lointains, la
encore.
retr01:vaient
toujours bienveillante, toujour
Pour la même raison, il ne loucha ni aux Ses maitres parlls. Chasserai s't!t:lil empresse ,ù Jaire
enjouée
et
fine
d'esprit. C'était à ne pas croire
prairies ni aux boi . Le château, devenu pour
disparailre to,tt ce qut aurait pu tenter la cupiJi/e
que depuis tanl d'années elle mangeait le
des tan.tes noires. (Page 188 .)
les habitants de la commune des Étracbcs,
pain amer de l'exil. Elle-mème semblait
sur la4uelle il était situé, une retraite my tél'avoir
oublié, lran,.figurée subitement par
rieuse, où nul ne tentait de pénétrer, con erva vaches, ses bois débarrassés des véoétaLion
l'air
réparateur
du foyer familial.
ses apparences de chàleau de la Belle au bois parasites qui entravaient la croissance des
Elle avait 1'oulu que Cha sera! prît place it
dormant, ses murailles sillonnées de Lrace
arbres, ses bàliments relevés, les mur du
d'humidité, ses petites vitres couvertes d'une chà.Leau recrépi , Au jour fixé pour l'arrivée table et à sa droite, inaLlenti1•e à la mine
couche de boue qu'y avaient formée la pou . de la marqui c, ces réparation , quoique non scandalisée de l'abbé dont les inrorri!ribles
préjugés s'effarouchaient de cet homma~e. A
l)

M A.D'E..MOTS'ELL'E
tout instant, elle e penchait vers un fidèle
serviteur. E le lui dé i11nait sa petite-Olle
aRsise en face d'elle et murmurait :
&lt;C Elle est adoraltle, cette enfant, et le era
plus encore quand elle aura appris les manières du moude, quand elle saura 'habiller
urtout, oui, aduraule, » répétait-elle toute
viuranLe d'émotion, cumme en un rércil de
maternité.
Le urave Cha.serai Luvait ccl élo11e sans
admeLLre d'ailleur~ que le contact du monde
el des parure de meilleur goùl du. enL avoir
pour effet de rendre )Ille de Circé plus belle
de corps el plus parfaite de cœur.
,1 Attendez de la connailre pour vous prononcer, madame la marquise, ll répondait-il.
EL dans le bruil des Yoix el des rires qui
de tous côté montaient eu fusée , il rat·onLait à la marqui e, pour elle eule, en quel
lamenlable état il avait r1·çu lsauelle, à son
retour de Paris, el de 11uelles angoi ses, depuis ce jour, avait rempli sa vie la re pon abiliLé qui pc ait sur lui, mais aus i de quelles
joie . Les accident de a croi ·ance, es
maladies d'Pnfant, le travers de on caractère, lt-s effort entrepri pour le corriger,
le développement de ses forces intellectuelles
el physi4ue , le trait par où se ma11Üestaienl sa nobles e d'àme, la hauteur de ses
sentiments, a droiture, il rappelait tout cela
tt l'aïeule avide dt! l'entendre, dont les yeux
s'empli, aient de !arroi' , au cours de celle
marche en arrière qui ré1·élait combien était
digne d'elle l'hérilière de son sang el de son
nom. Cha~seral ne ce~sa de parler. elle-m~me
ne ce a d'écouler qu'au moment où le repas
prit fin.
Alor , en .e le1•anl, l'aimable femme, pour
honorer Ct-lui à qui elle devait de retrouver
sa petile-fille vivante el telle qu'elle la voyait
et la devinai!, po a sur le ura de Cbas. eral
a fine main blanche, el, Youlant lui rendrP
un Lémoicroagc érlalant, elle impo a d'un
gc le le silence anlour d'elle el dit :
&lt;&lt; Ce n'est pas
eul~ment P.n me conserranL, au péril de sa vie, mes hiens el 1, s riche ses cnfl'rmées dans ce cb:Ueau que Chasserai a mérilé l'éternelle reconnai · aoce de la
maison de Circé; c'est encore et surtout en
me con ervanl ce Lrt!Sor-là, le plus prédeux
de tous. » Et du doigt, elle désignait isabelle, en ajoulant : « Quiconque l'ouulierait
serait ,tir de me déplaire.
- Et à moi encore plus qu'à vous, grand'mère, l&gt; 'é&lt;;ria \Ille de Circé, en sautant au
cou de Chasserai.
Telle fu Lla récompense accordée à l'héroïque
dévouement de ce dernier. C'était peu; mais,
en ce temp -là, cc peu étail jugé urfi anL.

XI
La marqui e de Circé con acra le journée
qui suivirent son retour à reprendre po session de sa demeure et de es biens. Elle eut
aYec Cha eral de longues conférence!. Tout
étail à réorganiser dans le domaine, à réintaller dans le château. li fallait dre er un
invenlaire du mobilier, des bijoux, de l'ar-

genlerie, orùonner des coupe dan les bois,
contracter des baux avec le fermier , rendre
au~ appartement lt'ur ancit:'nne physionomie,
remellre en place Je Lapis.cries, les tentures,
les portraits de famille. Du matin au oir, ces

DE CrR,C'É - - ~

aprè avoir été le précepteur de Rol1erL de
Circé, était resté son ami, plus que son ami,
on confident. lsabdle le sa,ait, grâce aux
Jeures que, depui deux an , lui écriYait son
frère. Ausj, lursqu 'elle araiL voulu connaître
pour quels motifs fü,hert n'était pas rentré
en France, en mème Lemp que a grand'mère, c'e t à l'aubé qu'elle 'était adres ée.
li avait feint d'auord d'être empèché de
répondre. li donnait à entendre qu'il n'ayait
pas le droit de trahir les secret d'aulrui, que
la divulgation de celui qu'on lui demandait
de révéler aLLireraü des mam. sans nombre
sur la tète de Robert. Mai ce réponses él'aive ne pouvaient apaiser la curiosil~ d'une
fille voloutaire, entêtée en ses idées. Plus il
s'ousLinaiL dans se réticences, plus lts question d'Isabelle e faisaient pressa111Ps et impérieuses, si bien qu'un jour, . ou le Oot de·
dema11de qui se succédaient, il fut coritraint
de s'expli4uer. Aprè avoir e:xigé de Mlle dt!
Circé le erment de ne répéll'r à personne ce
qu'elle allait apprendre, il lui avoua que Robert con~pirail contre 1 Empereur.
1&lt; J'en étai
ùre, s'écria-t-elle, électrisi'.e
par celte confidence. Quelques phrases de sa
dernière lellre m'a,·aienL éclairée. \fais le roi
le lui a-l-il permi '!
- Le roi n'en est plus .'t permet lre ~ e
f.'hasseral u h.ila de me/1,-e l es domaines en elal Je
serviteurs
d'agir, ni à le leur défendre, rérecevoi,- ~es ma, rres . Il recruta Jes !'m•,-iers qu'o11
pondit tri tement l'abbé. Exilé au fo11d de la
vil. sous sa dlrec/1011, tr.ivailter pa,·to11/ r l;i fois
\Page rlltl.)
fius ie, abandonné par l'Europe, mal informé
de ce qui se pa se en France, il ne peut alsoins indi pensable~ absorbaient )1 me de Circé. tendre sa couronne que de l'iniriathc des plu
Ce n'c t guère qu ·aux heures de ri&gt;pas ou à intr&amp;pides d'entre eux. Votre frère a été reçu
la nuit venue qu'elle reYoyail sa pelitc-fille et à ~li tau. Sa füjesté n'a voulu ni l'encourager
pou1-ait s'entr,•teoir avec elle. Elle se pro· ni le décourager. Elle l'a lai~sé libre sous . n
mettait d'ailleurs dl:l se dédommager dès que seule responsabilité .... Tou le foi , comme térrait terminée sa tâche.
moi~nagè de a confiance, elle lui a donné
Tandis que, désireu e d'en finir, elle s'y de leltres patentes qui l'accréditent auprès
donuait fout entière. habelle pa ,ait son des chefs ro ·alisles. »
Lemps avec l'abbé ~laucombe. Au premier
)file de Circé fut mise ainsi au courant Je
moment, elle avait conçu pour lui plus de l'entreprise tentée par son l'rère. Sans tenir
défiance que d'atlrait. )lai , en peu de compte de transformations ~urvenues dfpuis
temps, ses préventions étaient tombée . i la chute du Directoire, ni de la puis. ante
les lraver de l'aLué apparaissaient d'abord organi. ation de la police impériale, cc jeun&lt;'
en lni, on découvrait nte en le f ré,fuenlant imprudent avait rêvé de provoquer sur le
qu'il po. édait les plus rares qualités de territoire français une prise d'armes, quell'e. pril et du cœur. a bontJ naturelle atté- que cho c d'anal/\gue à ce qui s'était passé
nuait le caraclère intransigeant de es idées. autrdois en Vendée, des soulèrements dont
Lor~qu'il parlait d~ · malheurs de la famille l'au ence de !'Empereur retenu alors en Allero-yale, de amertumes de l'exil, de crime
magne, aux pri es arec la coalition, semblait
de la Rél'OluLion, ses parol~s respiraient la devoir assurer la réussite. Jls éclateraient
violence, trahis aient d'implacaulcs re senti- parlout à la fois, favorisés par la crise finanments. Mai , s'il abordait d'autres sujets, sa cière, la détre,se publique, le mécontentemodération apparai·sail. Bien qu'il eùl sans ment général et surtout par les appréhcn ion
ce e à la bouche des menaces et des récri- qu'e,cilait dan Loule le clas e sociales la
minations contre le nom·eau régime, il em- guerre commencée. Le marquis de Circé deblait n'ètre ardent qu'en ~on langarre.
vait pénétrer en France avec ses complice ,
Isabelle se lia vite avec lui. Elle e plai ail par la ui se, du côté de Pontarlier. Il avait
à lui faire raconter li&gt;s plu émom·ants t:lpi- choisi celte po5itioo non seulement parce
sode de on émigration. Elle l'admirait pour qu'il la connaissait, mais encore parce que
sa Gdélité à la (au c du roi. Celle fidélité, il c'était la seule sur laquelle il n '1 eût pas, ;'t
la gardait inébranlable, encore quïl ne fût celle heure, de mouvement de troupe . Elle
pas san danger de la confesser. Isabelle présentait encore l'arantage d'ètre proche du
n'eût-elle eu que ce motif pour considérer château de Circé. Enfouie dans les bois,
l'alibé comme un homme &amp;.limable entre l'antique demeure offrait aux conjuré un
tous, qu'elle s'en fûl contentée. Mais elle en lieu de rendez-vous commode et ~ûr. Il leur
arait encore un autre. L'abl&gt;é Maucombe, serait ai é de 'y cachPr, d'y carher le armes
.... 1~ ...

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1flST0'/{1Jl ----------------------------------------'""
et les munitions qu'il étaient obligés d'introduire en contrebande.
Ces plans laborieu ement échafaudé alaient enlrt&gt;r dans la période d't&gt;iécution,
quand une circ11n ·tance imprévue était venue,
à l'improviste, les déconcerler. flohert de
Circé avait appris tout à coup que a mère et
lui-même étaient rayé de la li te de émigré
et remi en po ses ion de leurs biens. Cette
nouvelle, qu'en d'autres temps. il eût accueillie avec joie, constituait maintenant une
1éritable cala trophe. Elle l'obligeait à tout
recommencer. La marqui, c ignorait les projet de son pl'tit-flls. Il ne fallait pa songer
it les lui révél1•r. Par nature, elle rilpugnait
aux m01ens ,iolents ; elle en avait toujours
M. approuré l'emploi; à plus forte raison,
l'eût-clic M approu\'é au moment où sa famille béuéliciail de la clémenre de !'Empereur. a pré. ence au chàtl'au de Circé re1,dait
donc impo s;ble la réunion d...s conspirateurs
en cet e11droil. Hoberl s'était hâté d'en avertir
ceux d'entre eux qui se trouvaient encore à
sa portée. Quant aux autres, il e. pérail le
rencontrer sur la frontière avant qu'il • l'eu enl franchie, se concerter avec eux el modifier les instructions qu'il lt:'ur avait dunoées.
Instruite de ces graves desseins par le
confidences de l'aubé Maucombe, habelle,
dè ce m11ment, se con idéra comme destinée
à y participer, entraînée à agir elle aul-si non
eulemeol par la per pecti1•e des danger
qu'allait courir ce frère qu'elle adorait, bien

qu'elle le connùt à peine, et par l'ardent
Msir de les parlager, mais encore par un impérieux besoin de se dévouer à la eau. e du
roi. enir Cl'tle cau,e, lravailll'r à la chute
de l'u, urpaltmr, à la rPslauration du roi lilgitime, n'était-ce pa .e prrparer à vengPr es
parents , à a ~urer le châ1imenl de leurs
bourreaux, cc b0urrt•aux amni I iés et ab. ou ,
à qui l'Empire nai. ant avait fait une si large
part dan .es faveur ? Elle vécut alor· vibrante
et fié1reuse, dans J'attente de l'événement
qu'elle espérait et redoutait, excitée par le
langage de l'abbé qui se réjoui sait d'a,oir
trouvé à qui e conlîer.
C'était à tout in tant entre eux de my térieux colloques où il agitaient le diver~es
é1·eo1uali1é de la partie qu'avait o é en,wrer
Robert el c,,mmeutaii&gt;nt pas ionnémenl les
bruit du d~hor. , qu., 1...ur appor1aiPnt les
papi"r publics. La défaite de Traralgar, dont
la nouvelle était arrivée au ch:i.teau peu de
jours aprè la marqui e de Circé, les avait
comlilé de joie. Ils ignoraient enrore la prhe
de Vienne. Il e llallaient de l'e! poir que
apoléoo, écra é par les armées alliée. , ne
pourrait rentrer dans sa capitale, el qu'alors
le peuple françai , enfin délil'ré d'un deipotisme odiPux, rappellerait on roi. Ils apprirent bientôt la marche victorieuse de Napoléon
en Aulriche. Mais leurs espéranCPs ne furPnt
pa ébranlé . Cdle suite de faits d'armes
glorieux el victorieux ne leur apparai sait que
comme un accident de guerre sao impor-

flllustralions de CONRAD.)

tance et an lendemain. Que pouvait !'Empereur contre le empereur el l.. s roi coalLils?
De ce quP peo aient et se di aient ~a petitefille et l'abbé, la mar'luise ne e doutait
guère. Convai,,ru,; qu't•llt' le désapprouverait,
il, évitairnt d'y faire allusion en ~a pré.,ence.
'étonnail-t!lle de l'ab eoce prolooi:ée de on
petit-fils et d'ètrr. san nouvelle de lui, ils
s'en étonoaier.L avec elJe. Prononçait-elJe avec
reconnai ance le nom de 'apoléon, il a sociaient aux hommages qu'elle lui rendait.
Il a[ectaientau i, quand elle étaiL là, de ne
parler jamais des Bourbon . A tout instant et
sous toutes le forme , ils 'appliqnaienl à la
tromper. Elle était d'aillrur si loin de la
vérité qu'elle n'aurait pu la oupçonner, de
ttlle ~orle qu'elle continuait à vivre hi&gt;ureu e
et confiante, dans J'i&lt;rnorance de péril qui
grandis:,.aient autour d'elle.
vec Cha eral, la jPune fille el le vieux
prètre se montraient moins cirron~pect . Il
c,lt été trop difficile d'égarer a clai,royance.
Ils prévoyaienl aussi que le jour vit'odrait 011
on concour leur serait néces aire. lis e
lai saieot aller devant lui à des allusions discrètes, mai significative . Ils croyaient le
préparer ain i à de aveux ultérieur plus
compli&gt;ts. Mai déjà il en avait aussi long
qu'eux-mêmes. Ce qu'ils lui cachaient. il
l'avait deviné. 'il ne le leur déclarait pas,
c'e t qu'il voulaill'onc;errer Il' droit d'affirmer
à la marqui ·e qu'il n'avait jamai connu les
projets de l\obert.
(A

Le colonel
Sa Majesté prussienne se trouvait, au dire
de hi torien , en a ,.z ràcheu e po Lure ver
la fin de l'année 1757. Le 22 novembre,
chweidnil:t avait ouvert es porte aux Autrichil'n ; le corp du duc de Bevern a,•ait
été anéanti, en quelque sorte, sous les murs
Je Breslau, puis, pour comble d&lt;! malheur.
celle forteres. e avait dù capituler. Oe la sorte,
rrédéric-le-Grand - qui allait, d'ailleur ,
rétablir ses alfaires, grâce à uoe brillante
victoire (Leuthen) - avait tout au plu une
quarantaine de mille homml's à mettre en
ligne contre ses nombreux adversaires.
L'argent ne lui faisait pas défaut, car,
aussitôt maitre d'une région, il lui impo·ait
une contribution de guerre, sans préjudice
des coupes qu'il pratiquait dans les bois, des
équestres dont il frappait certains biens

suivre.)

ER"ŒST

•

prussien Collignon

•

(

L E COLONEL 'P~USS1E'N COLUG'NO'N

centaine de francs en moyenne; quant aux
Colli!mon était pa sé maitre en l'art de e
frais dP tran. port, varialtles suivant la di - •rrimer, el se honorable arol le po. sédaient
tanCt', il dép:i ,aient généralement de beau- vrai t&gt;mLlablement ce talent au même degré
coup la pré1·1:d,·nl.... omme.
que lui.
Par q11ellc savante combinaison, gràcc à
Bientôt on les vil opérer sur une vaste
qnel (01ubi, ce colonrl vi1rait-il et surtout écb..-lle dan tous les coin el recoin de
ferait-il vil're le nombreux auxiliaire dont l'Allemag-ne. parfoi au heau milieu dt&gt; lila coopéra lion lui serait infüpeosulilc ?
!!De ennemies, où la pré ence de racoleurs
Frédéric, tel que nou le connai . on au - parlant français ne pouvait, d'ailleurs, étonjourd'hui, n'était Haiment pa- homme it ner per onne.
s'embarra ser de que lions aus.i banales. Au
Que ce fût en ouahl', en Franconie, dan
surplu · , en admettant qu'il eOt appris le: le pay rhénans on dans le nord de l'Alleagis~t'ments de Collit1non, lui auraient-il· in- magne, ces me sieur employaient des pro·pirédc scrupules, à lui qui ne del'ail pa lar- cédé uniforme et 'adre ,aient invarialtl ,_
der à inonder I' Allema 0rne de , a fou .se monnaie'? ment à la même catégorie de gen , c'e, l-à·n fait est pa1e11L: le colo11el avait 0LL1•nu
dire à de jt&gt;unp· él udianl ~, de petits eml'lo) é.. ,
toute · le a11101 isatiou d1•mandéc el le
des courtaud ' de boutique. de ôl de famille
pale11r des différentes pro\'Îlll'e::. dti la mo- dé œmré, el autre badauds imbécile, qu'il
narchie pru ·ienne avaient été avi~és d'avnir reoronlrai eol .ur leur chemin.
à sold,·r, an~ autre formalité, les mandats
L'entrée en matière avec leurs victimes
que lui ou ses lieutenant~ ltmr pré:1cnteraieut n'avait rien qui pùl emharra, er Collignon et
au litre des prime d'en agemenl et de
es ru é mand:ilairc. . Cërail, en règle généfrais de transport.
rale, un appèl à la vanité de ce jeunes niais,
une érie plus ou moin longue de variations
ur l'air du Oenard et du Corbeau, puis l'olJre
Un mois 'était à peine écoulé depuis l'en- directe, brutale, d'un grade dan l'armée
Lrerne de Culliguon avec le roi - on était pru .. ienne.
aux premier jour · de l'année 1758 - que
- Voulez-vous une place de lieutenant ou
les recru · al'Ou,ienl déjà daus 1~ dépôt, de capitaine? dan l'infanl1 rit&gt;, dan les cuitout particu lièrt"menl à Ma 6debourg.
la rassiers, dans les hu sard ? \'uus n'a,·ez qu'à
place de - lameo1able et rares convois de dire un mol rt, séance tenante, je vou la
cinq ou six homme licelés, bàillonnés, ame- donoerai. a Maje té me permet de conférer
né par de voiture de rJqui ilion el sur- ces grades et la preuYe, tenez .... (En disant
veillés étroitement par Ji:s ous-oflh-ier ar- ces mol , il exbiliait une liasse de brevets en
més jusqu'aux dents, on voyait arriver main- blanc.) Je n'ai qu'à y in crire voire nom .
tenant, sans corte aucune, des Landes de Muni de celle lellre de service, vous vous
gaillards heureux de vivre, chaulant, riant et rendrez à Magdebourg, où vous serez remanimé uuifurmément d'un vif désir d'èlre boursé de vo frais de route el mis en posemployés au plus tôt. Loin d'être empruntés
ession de votre Pmploi.
comme le sonL habitucllemeot les soldats noPre que toujour, les malheureux s'y lai. viœs, ce jeunes gens e présentaient arec
aient prendre. Comme il leur fallait de l'arun aplomb uperbc chez le' secrél..Jires des gent pour leur voyage, ils n'hé itaient pas à
colonel· el remettaient d1acuo, d'un air \'Dler leur père, leur patron ou l'admimi.lratriomphant, un papier de rormal impo aot, tion qui les employait, n'ayant plus d'autre
artistement calligraphié, revètu de parales .ouci que de joindre au plu \'Île la gloritiuse
extraordiuaires; eu aile, dame eo. uite .... armée prussienne el de revètir l'uniforme de
Mais n'anlicipou pa .
. es officier . Les pauvres inconscieuls ne larCe Cullignon - 11u'il ft'it de l\'ancy ou de daient pas à dtkùauter. L'hi Loire nous apMetz - eo1111ai sait admiraLll'menl la na1ure prend, en eJTet, que, dès leur arrivée à laghumaine. li 'était reudu un compte exact dehour", on le incorporait en qualité de
de la bèti,e de ses coulemporaiu ·, el avait
impie ::.-olJat . « Tuule rési lance élail inudécou~erl un moJeO étuunawmeut simple de tile; ou les rouait de coup de balun, ju 11u'à
l'exploiler au plus graud profit de si:s inté- ce qu'il · se déclarasseut contents de leur
rêts propres, , au nuire à ceux du roi qui le sort. »
patrouuail.
Une fois autorisé par Frédéric~le-Grand, il
avait mis en campa"ue un aomhre incalcuCollignon avait un e prit fertile en re laLle d'agents, Cra11,;ai pour la plupart ources. Lor que, J'a\·en1ure, il traversait une
avouou -11:l à notre hunle - el dont le plus réi,rion peu éluignée de lignes pru iennes, il
ootaLles ét.aieut ll's ieurs de la BaJie. Fon- joi,,nait aux vulonlaires des espèces énuméLarne, Merlrn et Ei.taguolle.
rées plu haut tout ce qu'il rencontrait sur

•

DA DET

communaux ou particulier , et de· ferma"e
de lui fournir des recrue 1'11 nombre au i
qu'il prélevait par avance, notamment en grand qu'il le désirerait. Détail caracl 'risaxe.
tique, mais qui ne pouvait manquer d'inléEn revaochP, il ne trouvait plus d'hommes, re er au plu haut point un .ouveraio aus i
car la nouvelle de ses revers, propagée ra- économe, Colli&lt;rnoo ne dt'mandait pas d'appidement, avait fait tarir les principales poiotemenls. li 'en~ageait, moyennant la
ources qui aliment.-iient le recrutement de conce· ion du titre purement honorifi4ue de
on armée.
colonel pru ien et le paiement de la prime
La iluation était vraiment inquiétante. habituelle et des frai de route, à lui proAu si le plu sceptique de monarques, un curer des hommes « sains de corp et animés
certain jour de dé,·embre i 757, accueillit-il de bnns entimenls militaire D.
as,ez favorablement le ouverlures d'un avenPas d'appoi111emenls !
turier fraoçai , répondant au nom de ColLa raison était convaincante, bien que le
lignon.
roi - pourtant si méfiant - eût dù s'expliCet individu, sur l'étal civil duquel tous quer difficilement le mobiles auxquels cet
renseignemeots font diifaut, mais qui, d'après homme obéi ait.
certains indices, devail être ori!!inaire de la
Soit dit en passant, les arrhes (Hand9eld)
région compri e entre ancy et )felz, offrait donnée à chaque recrue 'élevaient à une

_____________________________

son chemin, plus particulièrement des ber&lt;rers. Des centaines de ce pauvres diobles.
surpris au milit&gt;u de la nuit, couchil dans
ll'urs rouloues. Iurenl enle,·é- ain. i. Par meure de précaution, leur~ ra"isseur clonaient
ou ficelaient le coul'Prcles de re \'éhicules.
l'n de ces berger , uo gaillard d'une force
prodigieu e, qui al'ait déjà mi à mal pluieur auxiliaires de Collignon, ne put échapper à . a de tinée. Lui au i fut victime de
sa vanité.
n jour, à l'auberge, en présence de yens
qu'il ne connaissait aurunement, il eut l'imprudence de vanter la pui ance de ses mu des el d'ex11cu1er quelques prom· . es. L'un
de· étrangers - on a rt&gt;connu Collignon,
n'est-ce pas? - lui proposa aus. ilùl un pari,
t. .qut'I, cela va sans dire, fut accepté an
plus de réilexion.
L'épreuve consistait en ceci : le ber&lt;rer deYail étendre les l,ra horizontalement , de
façon que l'on pût faire passer a houlelle
dans les manches de son habit, après quoi,
pour tenir la gageure, il fallait qu'en ramenant les bras devant on corps, il brisàt le
manche de celle houlette. Mieux eùl rnlu
pour lui s'engager ?i prendre la lune avec les
dents. Au.sitôt le bâton injnué dan les manche. , le gaillard ,se vit réduit à l'impuissance
la plu absolue. Deux racoleurs l'empoignant
par les bra. l'emmenèrent an qu'il pill
même e. quis er une lentitive de résistance.
La légt•nde ajoute qu 'en s'en allant avec son
escorte, « ce crucifié ambulant avait l'air
conîu' et très bète 1&gt; . Cela parait tout à fait
vrai emblable.
Par ces moyens, par d'autres eocore dont
la connaissance n'e l pas venue ju 4u'à nous,
« Collignon procura au roi, pendant la guerre
de t&gt;pl ao , 60 000 homme ». (Archenholz,
Gttene ile Sept ans, p. 155. )

•

II aurait été intéresi:ant d'apprendre comment et où ce fameux colonel tt&gt;rmina on
aventureuse carrii&gt;re, mais l'hh,Loire est
muette à ce sujet. En re"anche, elle nou eneigne que plusieurs de es collHhoraleurs,
notamment les capitaines Fon1aine el Merlin,
ain~i que le lieutenaut Estagnolle, finirent
mal.
Impliqués, à la fin de f76I, dan la mutinerie de · élra11ge1·s prw, iens (un régiment
d'infa11ll'rie, en majeure partie compo.é de
Fraoçai ), il îureul coudamués à mort et
pendus ... e~ eîügie, à Leiplig. Trop malins
pour e lais. er preudre, il , avaient ma sacré
leur colonel, un Pru ien, el emmenant leurs
canon • avaient gagné AILenbour", pui, la
Franconie, où il avaient pris, elon toute
apparence, du er1ice chez les alliés.
P.

DE

PARDIELLAN.

�, - - fflSTOR_lA

LA

VIE U' AUTREFOI . -

CHA.

T E OR DE COlol PLAC-TES.

-

Tahltau de MAORICEt,l.ELDIR.

Clicht Giraudon.

LA DUCHESSE D'ORLÉANS AUX EAUX DE SPA.
FÈTE DE LA SAUVEi 'IÈRE.
Tableau de l' Êcole anglaise. fin du xvm· iècle. (;\!usée Condé, Chantilly.

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>���'LisEz-Moi" u,sroR

MADEMOISELLE DE CLERMONT AUX EAUX DE CHANTILLY
Tableau de "':\ATTIER. (:\luséc ConJé, Chan Lilly. l

�L1e~AIR.IB .ILLUSTRÉE. -

JULES

75, rue Dareau, PAR.JS (XIV' arrsj.

TALLANDIBR, én1T~. -

27e fascicule ,~ 1.111v1er 19rr •.

Sommaire du

r

BELLES DU VJEUX TEMPS
et=&gt;

Belles du vieux temps : ~hdemoiselle d ..
Clermont . . . . . . . . . . . . . . . . . . . Q7
P .11'1, G tl LO • , • • • Amou rs d'autrefois : Un ménage roy t . . . 10 1
Ill. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . IUti
'l'ALI.E I El'l'TDE Rfa'J.'::. Loui
: Les demoiselles de Fernig. 10:e llLE CÈRE, . • • Femmes-Soldats
11 0
OMTE O uvA R0rF.
. Le prince d e Ligne. . . . . . . . . . . . . .
lndi crétions del Histoi re . - Les artifkes de""
D oc rEUR
.\BA •j;;~ ••
la toi lette : La poudre à poudrer . . . . . .- 11 t
ICO.IITE OE llruS&amp;T- •

Rl 1'.11 • • • • ,

••

(.l~.. ÈR.\L DE M.IRBn r.
8A(' IT.1.C.MO. T , . . .
1t 1.F. ll uc11~. . . .
'.\L1DA\lf: !IF:
\VI e•.
f.R:-IE~r 0 ,\UD T, • •

ILLUSTR.ATIO S

TIR EE EN C.UIIAll!U :

AUIIBRT P. B E:-.n:xur,. BOUCHER . CLER 10:'ff- iALLER.A..'&gt;[)E. Co~RAII. II E!Œ I OE
'oRT, ÜEk C0l' RT,
, E TO A.-F. LA D1111, I..OREXfZ, MA UR l:'I , i\lEr SOSIER,
Lrc-Ourn,R t &amp;ttso~, 'TRO0RA ·r CARL Vr.1t:-.E T H oRACE VER.'IET-

'' LISEZ=MOI ''

partout

.\1.\II E.\I

ELLE DE
TARLP.\

-

AU TÉLEPHONE...

Pîèct tn deux actes, par Chartes FOLEY et André de LORDE
II F.J&lt;R I l~A \'UU, N. de l Academie rran,;abc. ortie. de b l . LAL'l&gt;E .\, ET. Note
sur l"am,.ur
E1•'!0lo'll HUST,\ . U. de l'Acadtmie françai c. Ballade de la Nouvelle année . - .\l.,RcE:1. PR . \' ST. de l'.\ ·:1dem1 e rr~nça, e. bonchette. l1 1&lt;NRY 1:31, Ql"!,. onnet mélancolique.
l'ArL Cl V1c1on M.\R(,l'E RITTE.
Le ac de bonbon 11. - Auc;~STE UOR '.11. \1~- l..'habitud de carc es. - ~lt .111.1..
·on.1&gt;,\\'. L' âge .te l'amour. - .\11,cA1 E DON ',\Y , de t"A(adcmie frnnçai e.
Le Jour de l'An . , Ill'
Il N f!J.PLE RE. Ame · fém inines IIARL&amp;
f·OLF.\'. La fève. - PA 1. AHENB. La maison aux chat . - GU\' DE :\IA ·
PA "1\ ' l . C..arÇ-un, un bock! ... - Pu L B {'[(GE1', d~ l'Acndfmt.: lrançal e.
Feroro.e malade. - H e,RY BORDE.\l"X. La robe de Jajnc. - F°RA:-&lt;ÇO IS DE :'1:10:- .
1 L'amour et l'amitié. - Tnloooat:: ••~ B.\ ' \' ILLE. Camées : La JocooJe ; La
Vfou~ de lltilo. - Eo)IO:&lt;D ll,\K L"CO lt r. Hiver.
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dans les ateliers d ·une des plus
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Mademoiselle de Clermont

Un rendez-vou . . . . . .
L'Exode des Girondins .
Mémoires . . . . . . . . .
a duel ous Louis V . . .
Le mystère de uremberg .
Les uites d'un jubilé . . . .
\ademoiselle de Ci rcé. . . .
Lt·oo\'JC IIA1.rwv •. Monsieur Thiers . . . .
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a HIST O RI A Jusqua la fin de sa deuxième
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Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d"abonnement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.

11 roru3n d'amour l¼LLi ernLle une be1·g ·- p 'ne le onlours de .a jeune poitrine et le
ra_Je, qui :'éltM prr &lt;le Ëclu"e et plus
rnde ert de début au. am ors de Mlle de naJbe pur el gracieu de e jamb rr('rveuse
lom,
ce parlerre, cc miroir, ce bo quet ,
Clermont el du duc ~ Mel110, un s.ei oeur el de · hras arrondis.
ont
toute
le men· illc- qui nlow·ent 1
d,7hnute lignée cl une prince e de ann- royal.
.\rec on mentou à [o etl
a Louche bassin d'Hcr~ulc! Tout cela c'eH Clmnlilly,
, 1 le cadre a r,· te, ni le é banrre de er,·ermldlle aux Jèvr
ntr'ouverte , on nez a1·t'C es pala1 rempli de chcl -d'œuue es
ru ut.!, ni mêm Ir ' rendez-1·ous cliez la fai- lé·•cremcnt retrous.é, .es yeux ndmir, Littière n u1anqnrnl à celle id ile cntimcntale qui éclairent on Yi age ébloui-saol d frai- jardin peuplés de latue , el e caoaUJ:, e
résenoir eL e eaux jailli sanie qui pour
et loucb nte ! Et, pour compl~lcr I res emheur, Ue jeune dée .e d eaux el de
emprunter
le lan••age de Bo uet, ne o taiblance avec c aim ble r,..:Cits do H111t ~i cle fontaine~ .emb!e l'érncalion m ~me d la jeu.ent
JJÎ jour ni nuil.
qui plai ai ni tant à no ptir ·, c'est dan un n s e et de la tmlce, de l'êlé,.ance el de la
dramnlique accidl-'llt que le btiro lroU\·e la ,olupté ! Ja~ai ~allier n'a mieux rendu qu,
~orl ·ou les yeux de on amante éploréè et
ur celle toile le charme particulier de- celle
La divinité de ce lieu enchanté c' 1 la
rnc n.olable.
épo,rue nchantere ' e ù il a \·écu; ou~ la petite-fille du "rand Condé, 'e t la sœur du
Brillant. J.éger,. frivole, empres é près de
poudre lé ....re qui roil .e chev ux châtain , duc de Bourbon, pr mier miui~lre d Louî .
lt Ue dont il savail comme
Je Uien-A.i.mé : Marie- nne de
pcr onne d 1.armer le riBourbon, plu connue da-n ,
gueur , le duc &lt;le felun avait
l'hi loir • us le nom de ~Ille
été lon,,.temp inconstanl et ,•ode Clermont.
Ian-c; l'amour le Iran forma
cl le libertin d'antreioi d 'ée à Pari , le 16 octol1re
1697, dans ce Ld hôtPl de
v~ol uhilement fidèle le jour
ou one de Bourbon lui enl
C~ndé, donl nou. pou,·on addonné son cœur. Le portrait
mirer encore lo upi·rùe or&lt;l11 la prince · ooru;ervé à
donnance au coin de la rue de
C.hanlilly dan la grand raieBal'.ylone, la j une prince. 0
rie du chàteau uîfit à e. pliava1l pour père Loui Ill de
11aer celle fidélité qui étonna
Bourbon, pour mère Mlle de
la ville et la cour ei à faire en
Nantes, ?Ile lég itimée de
mème Lemp comprendre sa
France, 1 ue de Loufa \IV el
mélamorpho,e.
de .llme d Monte. pan. Il ,em'e L un tableau de •n-ande
bl • que l'altière nrnr,1ui C', irui
?-Ïm n ion qu.i repr ente une
ut pendant 1ant d'anné . enJeune femme en co tome mych:iiner lecœurvolagè dn arand
thologique dan~ tout l'~clat de
Iloi, eûL lran mis à. e ù~ riinla jeun~-e et de fa beauté. A
danl l'ardeur pa • ionnéc de
demi couchée ur un lcrlre
sa n?Lur: ~n mèm Lemp • que
razonné, tlle se repo_ dan~ un
la r1vacue de ,es entiml'nt ,
mol ,abandon, l.i bra droit :ipDeux de se fill "Ont re L~es
pnse • nr une urne d'où 'écéli•bres : l"u11e, Mlle de Chachappe une au abo11da111e,
rolais, par l'étran rreté el l'éclat
t:uclte J.c&lt;y,
Laadi que sa main gauclie _e
~e
e· Cantai.ic ' , l'autre par
.MADEWOISELLE DE CLEIUIO.ST A YLVIE,
tend ver une coupe que Jui
1av~ulure amoureu e qui allait
Ti1l"le11u .te Luc LrîTct :.'llau,oN. (.liaison Jt S,-lrie, C/rmlillr.)
présente une naiadc. A peine
arnir un dénouem nt i Lrarè1ue d'une tunique qui J'bag}quc èl qu~ devai t remplir sa
,·1e toul nhère.
h~. n la dé habillant, elle nou ' apparait son joli ,isage emble sortir comme d'un
dmnemenl hdlc, dan · la vapeur d'un rualin
La
première,
avide de plai ir, ennemie de
de prinlemp , drapée dan 110 mauti au 1.,) •u.\- ~uage; on sourire ·&lt;!claire, sa ph) ionom.ie toute contrainte, 'a.baudonna aux caprices de
anime,
ye1U dtiviennent plu Lmpide et
tre dont le pli~ flottant nou dérobt:0t à plu
es .en el de on e, prit; la ~econdc, de naprofond .
ture lrop tendre pour r i ter aux l'Ulraioc~• • l dan le cadre même où 'e t écoulée
OCIICES, L monlt&gt;) : lli lo1re dtJ la }Uge11rë,
ment. . de on cœur, Ul du moin rc. ter ftd1He
t. Il . - Jnu1·11al t!l m~11101rf# dd l1"tl11e" .lfamî
' J ~nes.e que le peintre a voulu placer soo
~
celui qu'elle avait choi i et n'ou~lia jamais
ayocat 1u Pa ~l~m~11l de Pari,, ,ur 14 r~11enre et 1~
~dui a.11,l modèle. C rand boi. d\rn ,·erl
?~j!llll 1e Louli X\ ( 111 ~-11:m publi .. par M. de Lesl
amant
pale_qu on aperçoit l'horizon, œ ont les ronne. au'luel elle a,·ail acrilit une coueure. _1an·, F1hll1. l11DOT, 1 i3. i 1·01. in- • . - .Ua,le1,w1ulle rle Cü-r111011/ uuu~cUe bhlori,1ue 1•ar îutai
du and parc; cc ·omplueux hàtiYm&lt;' ,le. Gc"li,. Pari , 'I ~ 1t.\ • 1 1:i.
'
mt&gt;nl, c'e 1 1 pa,illon d, la fontaine Jiné- . M~e ~c G~nJi dan un romao ouhUé au1011rJ b111, nou a couté ·elle 1011 ·hante hi ,_
1V. - llœtoRU, - !'asc. :;.

SIGK~TUIU!

60 pour l'envoi de&amp; gravurt5.1. 0 fr. 25 pour le stylographe et pour
les llwres O Ir. 26 (P-ari&amp;) et u lr. 86 (Dêparteme ots).

SlfR.P'R.lME ME/(VElLLF:USE

7

�1flST0~1.ll - - ~ ~_ _____.,__ ___...;;__ _
coi en l'accomnmdant 1111 lqu peu à 1
mod • de on lemp .
Pour l'mploJcr le mol 1.k ,'oJier, r:p:lt:

11.\1 .AU D&amp;

11,\.iTII.LY, -

:\\ 1

o:,;

amener à un m ria::? cl 11lite-li li de lant d • Uoi •• re":•rlus bcll•~ 11rincr. c de l'Enropi•.

Dl :,;yt. li-. :

par • ~iult lk•mc, dl• . o roman_c
h· h~
•
p;1renle, la mar,1u1 · J.- Pu1.im d11onn,•ur cl cnnliJc•nli'
·
uvmt. , ~ndnnl, tll. nou · a
t
t,l:romc un ~ :Ju' onl 1•ortr11i1
11ui . ml,lc 1tJ\l •, ,i !'ou • \•n r::trpe1r1e nm
111,{uu,irl J,, l'i•t!OffUI! : ii \Ill • dt! Cl,·rmonl
r,•çut J • l.1 11.1lurc l'l Je la fortune
l,j •11 • -:t IOU • le Jun 1111 'i:111 • n·i :
' 11 c ruY, le, une ·· :
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C•lni 11u· ·Il• :illail pr,:fér~r u princ •, I•
plu illu Ire l'i m~m,· à l"L,:rilll r pn1"1mpli[
du tronc d'un rrrauù tU):lUIUC ~l.lÎl l1! duc J •
)f !lun.
En 17~:!. Lo11i ,J Jdun, dt•u,it·mr. Ju
nom, princ d'tpiuu1. duc de Jo1 eu~c. pa.ir
et ronnétaule h iréJilair' Ù • rr fi('(', ..:1 il l~é
de 1fo,.L-IJUil an·. C"t:111it un ::r •utilbomm·i Je
••t ndc n:ii~ ,in , fnir d I pran
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bruit d
lanterj • a1 it r mpli la ,ille
l la cour: l'eol lèm nt •. u
~ir dl' . d U1.
~œur tnnargn lui l\l'ait Jonné lt'.' renom d'un
h mme à boooc lori un ; m · con 1uèll' 1
plu brill:anlc u:ait él~ i:efü
Ile de Charolai , qui u il . Oich our
nl pour lui
une pas-'ion 1,rûlanle et l' arai
au pr mier
rang d
à la mode. Cependant, la
li Î.on a
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rc ù ~c fa.ire aiuwr J • la
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cn!UI' n'.ivoi
l~llu pour p r~onnr.
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. 11 ·e. 1 point illu inunl: •

•

T •li• êuiL Ill!! J 1-rmonl lorsqu'cll,· d~huta à r.ba111ill an commrncemcnL du prinlemp J , 1i Iï ux_ 1eu.t ébloui d. 1~ r
11 lui nl'ail urn 1.k p raitrl' pour rcumr 1011.
le ·ulTra"t·~ el pon
l
.
l:i plu lurdi11 à la c
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la dao~ •, l:i plu étin
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c
plu i&lt;Jui nll! J,1ns
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clic :i,ail 1rioru1lh,t fll'ndanl quatre nn
\" r aill,• on a tari . à Fonlainelill~
li mbouiJl ,1, la prcm ière par l:i
re
1. lieauté. \foi~ on l'.11!Ur t1.llail
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Ot.1[1Îr:111U qui.
p lut·U. rm nl, l,ri
Lrillante œnquèlc, il
un ét il un
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l' · ·ion en !-c dé\",_

ur.

0

n. n:.w OF. Ct1A'.\'Tll,t.,. -

.\1A1 , . DE · n.\'TE ; LA F\1.1 L STLTit.

oulili , qui. depuis un nu J.ljà, était ,euf
d'Mmandc de Lo Tour.
oc
I' rai nt rendu cél'·Lr · et 1

,ur le, qu:iliLti~ de ou b.é.ro en no lllonlr4J1l le duc de ldun .e faisant 1foli&gt;nce 1wur
c,1chcr : )flic de Cl ·rm nl b n:ilnr d •

MADEJH01S'E1.l.'E DE CLEJ{i'KO 't

permi. pourlanl Ù' ·ur,ll)un (' • ' J &lt;lC::licak~ e
qui l'emp
r 'pondre aux a1·an1· ... d la
j •une pri
UlÎ: 11u'il ,il ul-~lrc J:111.
c~llc rr er
ulê • un mon•u de e l'n1tach1·r d:na
l pour loujo~r.·.
r~,r r
inl don Juan cr:llc foi 11ui
commrnço l'a11a,p1
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l,i n .oin, tout ln
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e I dame d'~onn ·ur J,. la pri
p rl!nl du jt·unl!
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li n e,t l
n 11ui ccèJ • à
3ulr ·. Lo dë ir d'ul,I r on p
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d, n · un a\ nir prorhain, lui
l
Ll:aL!ement id r a.u SUC(i-,- d, .
n.

~I nl: rèild M·ou , pni 1. c.b:mu,i~r' h léc
J'uue j •u111!1aitih • dé1011Jt,à_ Ill de Cl,•rmonl
a . il rvi u pt'•, d'al,ri :i leur mou ·.

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a1nil Jil a1·cc impli• leur pr •mie
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qu aul pl'll oupço11uer l' .\~Dl'mi:nt
lrrit'u •1uj wna,l de · ccomplir.
juur d1• bu11heur de,.ut tre . an l •oderna111.
ne ~cm iu plu lard, C an Lill p,l ·n
moml'ml'nl ur 1'11rril·ée du roi Loui • \',
qui virnt \'Ï]!ÏIC'r st:. hou cou. iu de Bo11d.1on
d.u1 lt:nr incomparable domain •. Le r~jouis-

orp,.

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urd.c me lruhir . .Alh•z rejoindre
mon frèr , c oir je vou dirai pourquui. 11
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pu i il Ji. parait dan l'all~e
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Lremltl:mte, 8flprenJ de la houc·be mème Ju
pÎl{UCIJr 11ui n,·courl à IOUl lirid ' ra.trreu è
\l!rlltl : 11 momr nt ruèm où I_ duc ,c
r 1ourn~it n.'.r- cil pou
· adr •-~er un
d,,ruier adieu, un errf a
hui~, en fr n.
. uliilc111enl I' llt
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en lui nfouçan
l,oi · dan Ja
fut la 1~ mtm, de Il de lerroonl
qui Iran. por1:i au ch Ml.li h duc ruoribù11J.
UAfaillantc el lacée de ai I cmcut cl de

douJ ·ur, elle
1111'Plll' 1011lail
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11u"
li~t' d'une m" in d,•faillanle pour ad
un d"'rni.. r aJi u cdll! qui r~,· il I nt
el d lui fnire r in I Ire I billt't conh
• n 1•rmmt, oi1 elle nîl écril : a Pour
tOUJOII~ Il ,

a J' dépo e en Ire n maiu", J1 :ii1-il. ce
ur je po i'd.1i dl! plu ther; :lliicu. n'ouhliC.L
point ceJui qui \DU$ ai rue • JU" qu':iu tom-

b,,nu .
flan un \"r11vn e mélancolique.lïufnrlun~e
prinr ·e arda \tcr11rll1•m ·
foi 11 rdui
auqu •l t•II · 'ér il d11n11 '•·
arlao,•. lie
éloil d relit' qui n • .:r11·,
•r f.ju'une
• ule r,,i,, l'l ci·llt- enla~ll'OJ
éque Il • il
Po
i, hri•é ~on 1·i.eur silo al i-1 .i lt-nJr •.
si ~Jt: "olu('lutux cl frivul .. , .a
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l 1-nei,re dè lil'u Je pèlcriuage à Luu
amants,

Vico

TE DE

REJ ET

AMOURS

D'AUTREFOIS
~

Un ménage royal
Par PA L GAULOT

lin raronlf• que 1. d . :iint-Germ:iin, mi•
nisln· d · la unrr, .e lmnHnl, un d~ prr-mi,·r jnnr d.. j:1111-j r
• au dln •r Ju roi,
•
r 'ln jeta il d
IP de p:iin • n
t'pnm D
prin e Jil eu rinnt
au ruin
: &lt;1 nue ferier.011 ·, LrJ ·e mili1alrc, ~i on li·
rait t•omme c; la ur on ? .'ire, j', n !ou rai J, pièce. 1
toile sailli&gt;', heoreu:c ~ plu•
i1·U r. ri,1 r
' p foit
ri 11 r in
ni et
m ~m\ li- roi'.
l. • mol, a
iI d'ailleurs,
du omt1•
lnt-Gcrmaiu
1'lail r ·ndu p • 1ut1nL •ncore
par 1 ·
'rin do mé11:1"
Luation onnue
I menl Je
LOl.:LS • '\' 1

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, llu ions t1: o · nie ; boa nomhre dr.
pl l~ m:tlin
::ie~, el qur.lriurFnis l'un
•·~ l'autrr., cir
,·ni, qui a,· · •nl dt1 p:irve•
mr
cou
anre. on a èuerneo an
lr1ine l'l I c
ci ïl a,ail fait alhr J'un
,ic1ll;1rd d
le-m
pour lui r.onfier la dirt'Clio11 du m
, ,n icnl d L
cl13iné 1 ,
ch
ier~, el oici.
cotre :iutr
. qui montrent
bi n ,î\èc (t
n p:irl ÎL alor. du nouau roi. L
ch nt,1it ur l'air :
I"/,, r'qu r·~ 1 q,i'tf11tl,,• 1111 ho, .
lbur ·~ r ienl triomphJnl,
\'
• ')U" • 1 qu· d'êtr mp11i
te roi lui dil fil l'rml,ra,, aat :
0

• Q•
li ra,
f,4., m
\"J' c:·,,

L

1.

·mhle,

re.

r ~ rréS&lt;'nl,
tt impui ni. :a

rond n' · t pa plu re. peçlueus :

! . AntcdMt, trrH..-" d .\ 1"111· ittt,, par r .J.11.- • (. ot'lô •klCTJ, l. f, p. 1 2

ur r ir ; ,l1111tf/r d ftJgr dt 'llfÎIIU an .

im1111i--anl,
roi l'a rrrulu plu pui
l.o mini tr rr ,nnlL&lt;llnl
Oil : • Pour vous, irc.-,
(l,1e j~ dl~ir
D', n f■ire nullnl l •
•Urt'f'H l·l1Îl

1.

Ce pl. i. an ter, nllaitnl trop loin : si le
f il ur le-1u I on daubait :ir enlr:iin 11 it
Yra.i, la au ét.1it autre que .lie qu'on lui
nllribuail. D'11ii pouvait d(lnc )or proYetlir
l'exl,rnordinairc froideur d'un prince j une el
roba. le pour une épou. e j une et joH ? La
f ute en
L a· u_rément à l'édnca•iun 11uïl
reçut l..- p rii de Loui· X\'I était U11 bomme
d'un mie.Ili •enc · d • plu · boru , ndonné
au prali11u mtlti ·ulen. e, d'une dt=rntion
étfoilt , t IJUÎ \ait cru r ifl.! ffl •r1cille ·n
confiant on il " in I aux . oin du duc de la
ei,.neur, ot L rnnilew, étai!
par, nu
r.ctle itu tioo emiiie p r une
m n U\'I'\'.' qui n rêt · it d'ailleurs qo pnrce
qu'cll l!t il diri~ée cor1lre un plus . ot que
lui. li ::n~il agné an d ,·111 ·l:- de chambre
du prince. • enill'ur lui fai it pa r
cbaqu Jour I • Litre du für, qu on maitre
'" miil de li . us~11dt, 11 il
le pro .urait,
le dr.,·•·rail, Pn r ·l •n.iil œ 4u'i] nait être
dan" la 1Uredion moral , poli1i1111e el r •ligie11se de l'aagu·te per,onna•"· Il berchniL
3H • atl
f ire lomher Jn :.on er ÛOD
ur I m Li ru traitée dans ce Jhr•, el fa.i ail
crnire
,·a Le •l sa.in érudition. Le prin
le re rJ Licnll1t comm le plu, c:tp:ùill•
1• »
d' !l ·t1r on
~, in!!Ulier pr • 'l'l ur dirigea -Î l,ien J'étfor.ahon de on éJ' 1·c que ci:)uj-ci épri d
ul
I rcices ph-: iques, n'aima ~ue la
cba.
u l • lra ,u mnnueJ , el le r ultal
fui on · rruricr de talcol, quand il aurait
fallu un rri
de mérire. Ce ne rut pa
loul, c:ar, prince ou · ·rrurier, un homme
peut faire un l1'l ri : 1 jeune D upbio n'était
pa c.1p lil • di: I' 1re.
rour qu'un !'Ï m uvai.c éducation elll
produit un tel r 11lta1, il fallait :i urém ni
que la nalal'e du priu 1•qui s'I' lrouva ~oumi
flil inclio ( • d'elle-mêwe
l'efüei nem nl
d?on ~- ·, e·t'&gt;l ici qu. l'on r Ul ,oir oom~•en fol r lal pour la li né d roi de
1 rance ce préju. é qui I lùrçoü Lou: A 11~,
~h1m·h. r des r•mme _p~rmi les prin. es
·tran r "· Qu r' l31L-il de ang fran ai

m~

~ JUmoir • rcJ'rt, du romtr d ',tfl1mrillf!.
.., 1111

►

dan le veine de. prlits-fil de (,ooi X ',
alor· q111•, J,·pu·· ll•nri I\', ûL, d'un Françai·e relui-là, lou le llour n nvoi •ut il pou :
d llruicnaes, d11 E p:i"'nul :. de .lulrichieno ou des l1 olonai e 'f Leur raell al"ail
petit à pelil perdu se qualité· nali ;
,·L. eur, la • D :ro il.é, la lmnourc nai1 nl
di~p:iru de bez ce princ . dont qu l,1uesnn. , mroe le omle de ,.,,·ence el le comt
d' rtoi , oc den1i Dl m me p · montrer du
courage. Au ;i Loui X\ 1, l'l'j l n d'une
branche ur laqui-11 on a\·ait re ë tanl de
nm aux étranger, l il luin d I si,eml,lt•r à
Ilenri I\'; il n'avait h 'rilé d'aucun de 11011lit · dl! 1• pr •déce.. eu r , •l l'on n , •, ur iL
di œrner duquel d'rnlrr. e( ' ~.1llr p,.:uH!lre
d Loni XUI. il tenait I' Ile pror·n ion c ec .ive li la ·ha~telé, donl on lui fil un m rile,
f1 ule de pouvoir lui n lromer un autre. Car
c o·e t i1ue par une ort d~ Il ll,·rie 11u'oo
ql.l lifie d v rlu •11 la couduil1• d'un prince
qui sut ré.i. l r urloul u pa~ ion. qu'il
n'avait p:J.J,.
1

Loui. X. \'enail d • perdre ·on fiL l,oui. ,
en t 7ti{l. •in petit-fil , I • due de Be.rn,
dernnu üauphin, avait 11ua1orze an . D. ~-l'r. pérance d'a ur r la u 1• ion ro,ale on
~on
le mari r et Choi. •ul oblin( d
.lnrie-Tbérè.e, impér.ilriœ d'.\11 ·m· ne el
reine de Hon rie. . fille :irie-.\n oinl!I
pour le futur roi dt1 France.
Le mariage fut célèbré le {O mai 1770 à
Versaill .
Le oir, ao oup•r, le nou,d :poux qui
ne .emLlnil point rmu, man.,ra d'un ~.llld
app 1Lil comme
n ordioairr. Le rol
Loui_ • V le r 'W~rqua t ne put 'empêcher
de dire son pellL-61 , av c un , urire :
- l'e YOUS char 1: p trop I' tomac
pour celle nuit.
lai lé Dauphin répondit LranquiUemcnt :
- Pourquoi donc'? Je dor toujour mieu
quand j'ai bien soupé.
Et de fail, Le r p terminé, l'él ve du
dac de la \'augoyon prit
jeune épo
par la main, la condui il ju.qu 'à la porte de
ch:imbre, el là, le plu . imfilern nt du
monde, il lui oob.ail une bonn nujt et
'en fol coucher.
'
~e matin, ~ p~în
d Guéménée. qui
~vau alurs la d1recllon da palai • cnlra d'
z
boone heure d n. l'appartement d f rie-

�- - fflSTO"J{T.Jl
Aatoinellc. PoioL de Dauphin : la Daapbim.! Dauphin, t. ~'il a affaire, je revjem chn
'tait ~ule
moi : je fü. j'écri Oil jll travaille, rnr jt fais
- [)iPu me pardonne! $'écria-t-cllt', il une n' le- pour le roi, qui n':l\anre cruèré;
'c L le,: J'amsi han matin que de coutume. mai j' 11~rc. qu'arcc la grci ·e ù • Dieu el!e
- Qne 1·oultM1&gt;us dire? fit .fari -.latoiera finie dan, r1uc1qu(' aan 1 . .\. trol ·
nelle. On m'a L~auroup \':mlé la polil~sa benre, je \'ais encore cbt'z tn"' tanle.:', où le
françaLe, mai je croi \'raiml!fll que j'ai .
épow.é Je plu poli de fa lllllion.
- Comment. il c·t leni! rL1p,b. la prince e, 'lllÎ ne comprenait pa .
!Xun, non, 'ocrfa alor · la IJJuphinr. !l
n'a pu e lever, ici du moim. car il n'y 11:1
cou rhé. Il m·a Jai.: ·ée à la p rtc de ma cli.amLre, ~,n chapeau à la rua.in, el m'a quitlée
Lieu rite, comme ïl c1il c!té embarras.,: Je
nu p r onne.
Elle ne le revit qu'au. dJjeuner.
- J'e. père que vou · nl"ez Lien dormi?
dit-il.
- Trrs 1ien I car je n'a,•ai . pel'.&gt;cOOne
pour m'en empêcher, répli,r-1J•l-elle 1 •
Ce qui pouvrut explitj'1er la conduite du
Dau~hin, (''esl ,p1'1t ce moment sa Ît!mmo et
lui élaicnt euoorc trè! jeune· : i I n'arniL pas
eiic aru, elfo o'en avait pa. quioze; rnai.,
1 cbo es Ju maria•re mi e ô. part, la jeune
épou ée e1if pu oubailcr t!U&lt;' soo mari, s'il
ue e condu.i. ail pa · encore en homme, ne c
condni -i'l pa comme un enfant. Et &lt;11iel
enf:111tl • 011jo11rs occup~ à manger, eL lrop
·ouvent avec uo Lel exci•s qu'il e Jonnail de
indil'I' lions. 11 prend soin de le nolcr lui- roi ,·ienl à celle heurc-1 ; à r1ualrc heur~s
même dao on Jour11a/t. Le :iJ mai, quinze vii&gt;nt l'ahLé chez moi; 11. cio&lt;1 heurt , (ou
ioor · apr on maria 0 ,•, il écrit : a J'ai eu les jour·, le maitre d.i clarccin ou à chnnter
nne inJige Lion. • Cela lui arrfre fréqucm- ju rr.u'à si1 heure . A . ix licnre et demie,
m(•nt; l.'lrie-:\ntoi11elle eu informe parfoi sa je. ,•ais prc. 1p1e toujours 1·hc-.: me tante ,
mère · il Mon mari a eu une inJ.ig Lion. •1uarul je ne ,ais point promener; il faut
mais cela ne l'a p~ •mpt.lché d'aller à la
a1·oir &lt;1ue mou mari n pre,fjrie toujours
lfo.s e (!I juillet 17i0p . » D'ailleur·, sauf ce
an!l· moi che;: me tante . A epl heures
minu cules incident , 11n'on ne rapporterait on joue ju •1u'à nPuf heur ; m3i , ,prnnd il
pa si b inléres t!s eux-mêmes n'ayaicnt. pas fait beau. je m'eo ,·ai · promener, et a'ors il
pri:. .oio da les mcutionncr, I'ciislence n'r a poiol Je jeu chei moi, mai· chez mes
~·Ù'.oufoil f11rL monotone pour Ja jeune D.iu• t.1nle . •\ J)e11f heur
nou · soupon , et,
pLine, Voici le récit de l'emploi de.la journér, 11uaml le roi n're,t point, me làntc· ,·iennrnt
tel ')ll·•lle l'a lrac 1 pour sn mère: « Je me .ouper cbe1.: nou. i mai , quand I roi l' eH 1
lè e à dix heures, ou à n of l1eurc., ou ù non :ùlon après ouper chez dies, nous
neuf beures et demie, et. m'ayanl haliil- altendon le roi, 11ui ,ieol orJinaircmcnt à
liie. Je dis me. prièr du malin: cnsuÎI&lt;', dix henres. lroi. 11uarls i mai - moi, en ulleoje déjeune, et. de là, je \1Ü ·ùez me tanle.s', dant, je me place ur on grand canapé et
où je tronrn ordinairement le roi. Ccln dure dol" jusqu'à l'arri1ée du roi: mai . quand il
juStlu'à dix heures et demie; emuite à on,e n'y t pa·, nou allons nou couclicr à onze
heures je ,·ai ' me coiOer. A mi&lt;li, on appelle heures. \'oil!,, toul1: noir..: JOumJc 0• 11
13 cbamLre, "l là loul le monde peul entrer,
Cependant la petite princtS. t'. Lien qu'elle
ce 'lui n' "l poinl des commuoes ea . Je s'1mdormiL ain -i sur un c:rnapé en allC!lldanl
mels mon rouge •t 1:i,·e cne mains devant le roi el &lt;1n'ell ne ,·oul1'tl pa parler dt•
tout le monde, en uite fos homme· ~orteal el 11 OOl'p· de baleine n comm,, une fcnuJW, la
1 dames re Lent, et je m'hal&gt;ille de,·anl el~. petite prjncesse avait une autre idée de sa
.\ midi t la mes e, i le roi est î1 \'er aille ,
i1u:ltion l}Ue on Lon !!TOS mari, cl elle comj~ ,ai. avec lui el mon mari et mes tante · à men~'.3.il à trou,cr quelque peu é~e la
la messe; "il n'y e. t 11a , je ,·ai seule avoo froideur avec laquelle il . omblail la con idé~l. le l.laupbio, IDaÏ toujours à la mème rer. Elle n'é.tail poinl naïve, ol on a,ail pris
btnre. Apm la m .c, nous dinons à nous • oin de ne la pas laim·r ignoranle. es reil.eux dc,·aoL IOtll le monde; ruai· cela asl fiai commandation dt' s mère, r1ui, comme
à une hcnre et demie, ca.r nou man eon fort tous le SOU\"erains, mya.iL urtout la oécc 1·itc tou le &lt;leu lJe là je vai ch('z M. le
ité d'a ·orer une po JériLé, lui restaient
1. 1/imohe ,·elatif• à la famillf' t-0111.1/c de

Frum;l', t. 1, I'· 6 --1:!J.

:!. L"arigî,ul se lrum·e am rd.ù,·es national~.
,'i. Carru1,011d,111c,. ~en-èlt" nltrt ,llur1r- TJi,.rttt
ri Ir nim/r ,J~ Jfucy-.Jrg,mll'IJU , nrtt.: lt Ül/rfJJ ilt:

f"r

,1/arie-Tl,h'fu ~l de Jlarit:-.A11tui11"1/e. 1,1ulilié.
M. le chevalier A. d'An&amp;"tn el Il. A. GLrrnut, l. !.p. i.
..f. Me.'llames, llllc, ,le Loui§ \Y.

5. L'abbé de \'e.rmuad, FnnoJJ auquel avait flJ
eoulièc l'édocalion ile arie-Antoin~ll . •
.,.

dan~ fa Lête, el elle n'entendait point n'y pa •
oLéir. ,·ec .a fine.s.sc fémi11i11e, ellr :nait
compris ,111e le prcmil.'r oLsln :le wnait du
duc de la. V1rnnuyo11: nu. ~i s'était-elle efforrée
de lui nuir · d:m l\•:;1 ril du Dauphin. file
n-e lai$ ail é IJappcr aurune occa i1m. Efl
raconte elle-même it ·a mère un incident oi1
le pamre d11c nr:di;rura nuère à ~011 avanla"c:
(! J'é13.i .eulc nn!é mou mari, lor que M. de
Ja \ an..-11 ·on ap11rocl.i • d'un pa · précipité 11
la porto pour écouter. Cn 1nlt'L tll! cham1re,
1111i e l ot ou Ir~ honnête homme, oun-c
la porte, et M Je due \· LTonrc planté
rom me un piquet ·am, pou, oir n·cuh•r. Alor~
je G rem:1r411rr à mon mari J'jncom·énicnt
tio 'il a de lai.:- er éronll r aux porleJ , el il
l'a trè l,ien pri ~. 11
c·e~t prubablrmcnl à la , nile d'une awnlure de c..- rnre 11u'dle nhorda la 11u1;slion
r1ui lui ll•n~it au f ur. L'e:.pfü•:1tion fut
a Ir&amp;. é1llr"iljue», d'aprèslecomh!dc M,•rcyAr"PDlt'au, quicnin. rmi1.111 itùtMarîc-Thce. 1 il ajoute, d'apr~ les confidcn1•l' de
la llauphine. 1p1e « Je ré)ultat a ét l 1111e li. le
Haapl1in a dit 1t ma.dame l"ardiiducLes,e
qu'il n'ignorail rien de Cil qui concerne J\:la.L
do marill"P, que dès le commencc•mrnt il
:' 1tnil rormé 111-dc•• a un plan dnnl il n'arnil
pns \'pulu ·Ltcarter, que ruainlcnaat Je ll'rme
é1nit ,miré, et qu·~ Compil'·.gne il vim1il aree
madame la Dauphin dans Loule l'étendue de
l'ih_timj11: que comporte leur union ».
Etrange résolution chez tm jeune Liomme,
plus él.nlogo relarJ; mais le Dauphin se JlalLail appar ,mmenl en :umonçanl un cbanrwerncnl. Le rayage à Compii'•goe eut lieu t
aucun changement uc e proJui,it. Le prù1ce
teoait à e · habitude., cl il en donna une
nou\"cllc preuve. JI l' eol une granJt.1 d1asse,
il fa courut am.i iolemme111 que de coutume. Le soir, il rentra ,1\'('c on formwahl
appétit; rnaia comme, IIUCJ.•fUC. jour 3U)llraranl, il 'étuit donné 1me indi e·tion en
mangea.nt lrop dn pillisscrir,, fa JJau pbiue.,
au onper, eut oin da faire cnlcn•r k plats
de cell' espè~ qul se trour, ieot sur la table,
cl de d~fcn&lt;lrc 110·011 en scnit ju 1ju'a nou,·el ordr . Il parall que lti prince sourit
quand il s'ap&amp;rçut de la précaulion pri c, el
que mème iJ la con. iJé1·a comme une marque d'al1enlion 1 •
llai- au fond œla Je touchait peu et ne
modifiait l'fl rien sa conduite. C't·~t en rnin
que la Dauphine l'exhorlnil à ne pa rentrer
$Î t:ird de 1a cba se: il oc s:i,'ait pas ré Lier
à celle p.'1 _ion-là, et, mal«re ·e prome seB,
il e faisait somcal lon,.lemp auendrc.
tn jour, tlle 'impalil!nla ùe Toir ainsi se
exhortations méconnue , et elle lui en adre. a
de. reproche éner11ique . Elle lui re~r~ enla
11 lous les inconréoic.nL do h vie sauva
qu ïl menait. Elle lui fit ''Oit que personne
de sa ,-uite u1: pouvait r 1 ·ister à ce genre de
,·ie, J'aula.nl moin que .on air et ses mnnièrc" rude ne onnaient aucun dédommn-

r.,

0

0

6. Corl'upo11da11ct sccrèfr,
î,. Ibid., l . J, p. 1-ï.
. lbid.. p. 25-26.
9, lbid., t. 1, p. j&lt;_!. ·:;,_

1.

1. I'· 19-2(1

102 ..,_

•

..

�1flST0~1.ll

--------------------------------------~

em 'nt à ceux gui lui étn.ienl attaché , et
qu\•n uh:int celle méthode il finirait pn dJLruirc sa _3nlé I par • • fair&lt;? Jétr Ier•. "
LP Dauphin r :(lOndait par 'lll •lqnri. phra. • qu'on ·~n~r1uail ~ lrourer 11im:ill -, el
rcrommcnçail lri m,1mti e1i lencc rrui amenait
ll!li mëml':- incident., c'l la patine) ari •-. nloin •ttc était obll · de r, onler à a mère
luujnur lr. mêm •&lt; cho ( : « fon cher mari
a pri · ru (d ~in• 11ujourdl10i, nyan •u un.indi P lion, îl · a deux nuit. Il a l1C:1ocoup
rnmi, et n mon1:ml lt, m;itin rn z lui il ·e,l
Lrou~é forl mal Jeux foi . »
faric-TL lrC:&gt;&lt;: • en rrcernnl ees étran"'c· 011wlle. d\m endrc que pour l'honneur du caractèr françai li prn~ait lout
aulro a~ urém 'ni , ne pou,ait 'empèchcr
de t&amp;moign r a . urpri e : " Je ne comprends
rien à s:i conduite ,·is-à-,i de sa fomme,
· ·ri · it-eUc le 1:; mar · 1771
Ier J- rgeolt'au; e t-ce peut-étre h • uile de" mnm-nL
-princip · qu'on lm a im piré dan . on éduca.Lion. ~
Le -0 juin, eUe re-.·en:iil • ur cc ujel : a Plu
la froideur du fürnphin e L xlraordinairt•,
plu· wu fille a I&gt; oin de tenir une eoudu.itc
hi •n wc,urée. L coll· ils &lt;1uc 1·ou con1inur1. :1 lui donner ~nnt eiœlhml. , el rou n ~
aurit•z le: lui lrup ri!p :Ler. Au re:.I •, îao
wî •Len• '. t dn rolinwnt qu . i un jeun
lllla rt d1• la l1!!11re de b ():mphine ne pent
édiaulfor le Dauphin, loul remède erail im[fira :c. qu'il \·a uL don mieu y renoncer et
11t1t•mlre du lemp le cb:in emcol d'une conduit ~i élr:rngu '· D
Cummc ùirn on peme. le r&lt;ii 1. ui XY
él, 1l enror plu ~tonné, el, étant douné · e
mœur. tonlt' dilf',1r ntr , il
dem:1nd11it
comm nl un grru1J-pi'rc comme lui \ail un
p til-lil · corumc le Dauphin. Il le demandait
égah·mmt crlui-1·1, 1 lui Faisait d . T&lt;'proch sur :i rroi1kur incoo e\'nLle, el l'on
ju,ze de 4.:C 'JUÏI n po111nit pêfl er lor~que I •
prinrp lui rrpondail qu'il Lronv:iit «.a rl!mm
charm:mle, qu'il l'aimail, mais qu'il lui fallait en •c)re quelque temps pour ~aincre .a
ûmidilé • 11.
L comle de Provence c lroo\'anl dans hi
m me ·ituaüoo que on fri-r 11iné, l roi en
était réJ.uil o·e.-pérer dt! po-térilé que du
·omle d'!rloi ·. C'élail à la 'l'érihhme tri te
per ·pecri ·c pour u11 ourerain dont I amour
innombrable , b défaut d'autre mérites, ra~
nient
du' moin · rendu le père de phdeur
dc, ·es llJct
.
l)u re le, 1&lt;' dem fr,'&gt;re ét 1ent au :-i mal
éh.:Yé l'un qu l'aulrr, et ils en rl1innaienl
~ouyent de prem·e ou les ·etn: nièmes de
1. jeune archîduch !! e. Un jour, ce fut dans
ÙI ch:3.m.Lr mèmc du comte de Pron•nce. e
prinœ arnit ·ur sa ·heminéc une pi cc de
por daine !rt'$ arli t•menl lra\'aillée; le D uphin aHÏ l la manie de la toucher toule les
l'oL~ qu'il l:i \'O ait, el comme apparemment
_ . manière Lm. &lt;pie el a "auch rie n'in •
piraienl pa !!1'3.0de conlianco il ~on frèr .
1 Con·upmulm1u 1ei-~le, p. ili,

~- Jbid .. p. l71.

:i.

L• 1 l.rc m

,t c1n ati.

t,cl il 11 ramille 1mpërialr.

inLimilé trop étroite a\ec ce pri11ce ~ui loi
celui-ci m:irqirnît nmrrtemenl s crainte
pour a polie.be. 11 .irriva qu'une Foi • aumo- 11 parai1 être d"un aractèr ·faux 11 . ellP ajoute·
m nl m ·me oû fürie-Antoineue plai. antait a Comme il e.l mieu d Ugu que le D uson 1, 311-rr1 re ur .on iaquirlude à re 1mjet, pbin rl autant Oatleur que l'antre t ru lr ,
le Dauphiu L1Lsa lomhcr la pi cc en que lion. 1a comparaison 11uc ma fille pomaitfaire enlre
qui .c hri.a en cent morceaux. Le comte de le deux frère ne ~crniL pcuL-èlr pa à
Provence. mporté par la colî-re,
pr' ·ipitc \'llllla!re de . on épou
alors sur le Da11phin, rl rnilà les d u rrè.r .
L péril était chimPrique; ~forer put faciqui e o,llellcnt l . e !Jatlent à coup de l •mi!nt ra .. rrrer l'impératrice en lui enrnyanl
poinf! La Dauphin', l
emha1'ra ée, ~e
ur ce prince ùe ren.cil!llemcnl qui comdécide enfin l mettre le holà, et elle ne par- pll'lcnt le lri-1c tal,leou ue pré ntail ~lor
vient à séparer l • c.omhaLtanlS rru'apr~~ aroir l:i :imillc ,nie :
reçu une égrali aure à I main~.
, La . an16 d L le comte Je Prorence esl
l'ne utre toi", Ile jouait au piquet ,nee toujour forl chancda11tc. Ce Jeune prince c l
n Leau-frère. Le Darrphin, qui était présent, d'une fniLIC!&gt;.C qui n'admet pat; J'u~age d
teoail un baguellc; l'idée lui ril1t &lt;l'en don•:iprriœs qui seraient propres à fm'liher son
n r des conp ur le bra du comte tle Pro- tt:inpéram nl. Le mtld ·cin onL pri · la. r6vence; celui-ci, impati nt~. prin on frl&gt;re d
. olution de luj fermer un c3utère qu'on a,·ail
cr~.er un badina e qui n'était poinl de .on dil former dan on enfonce. Il en e.i r' ult ~
oùl, mai l'autre n'en \'Oulut rien taire. Le que M. le éom te de ro,•encc comme11ce à
comte de PrO\enre se lèl"e saute .ur l ha- r ·enlir d1: incorumodil: Qc ·asio1mre p:ir
elle et ,;eut l'nrrach r d ruai a· du Dau- le humeur •1ui r&lt;'Ilucnt dan le :111 • Il lui
phin. L pugilat o.llail recommencer· lari ·l 1·enn Ùl'. d, rlr au main et 11 a p rdu
~\ntoiuertc fut n 1re 0Lh ée ,l'1nter"c11ir et .e ehe,·eu1 • 1.
d'enlewr la bagur•lll.'. eau e de œll.e sriine
D'aillcur • lout
bornait, entre le beaugroh: que t péuibJt'.
fr re el I helle- œur. à de ha,ardnges, à
Ceci r pa ait au uJQi. d'ao1)L J
li ) de 1111ecdote ur lt&gt;s p r onne di! la famille
avait plu~ de Jeu1 an que Je marin"c ,nait TO} le, ur le "CD di! l:t cour; Marie-.\ntoiélé céléLrê. Marîe-Antoindte, tp1i ::tv:iil bien n Ue, pr ~'l'rnuc par ,,Ici\· dl· d,1,-ir de a
pr·· de dit~sepl an aJor que on mari en mi•re 1 témnigna moio d'empr emenl, cona,nit dix-huit, commeuçail à ·1re profond·
oailr• cc m nui hi lorieltc., el le r1Jmle dt?
ment hlr. le dans on orgueil de [emruc cl Pron·nc alla portt•r aillcur· c médi noces.
dan :.a di,.nilé d'épou_c de la po Ilion ridicul r1ue lui fai ail ~on mari de nom, car le
m:ilb1·11r ile ro ménar&gt;e ro~:il élait d'ètrc trop
i.a "r:rnd" dirOrullé politi1111e Je la ituation
rn , uc pour qu'on ignorât 1 . erre!. de l'.1.l- pour I Dauphin el la Dauphine ve1111it de b
célve. e r•Ls &lt;1ui se ré~umaienL luujuar par Jlré cnce li l:t cour de la comre·se du Barry.
le mot rii:n.
La r.norit&lt;&gt;, qui •• il u le nv i de faire
Un vieux diplom:ilc comme forcl-Argc n- tli."r:icier Choiseul, tenait d':iulanl plu au.
Leau étai! un l~moin trop perspicace pour que
" r,1' ·l &amp;Ul. bouneur~ que le débuts de
cet état d·:hne de la Jeune archiduche e luî
,on e~i ·t •o emhlaienl d voir le lui inter-.
écbapp:ll, et, bien que celle-ci fr·-à-vi de lui dir daran1age. foi. Loui X , follement
·• ·ffurçùt de cacher.
,ntimenl. à l'érmrd du :imnureux Je a nou,;dle IIlllÎtr s c, Jonl 1
Dauphin ou les formules oliJigêes, el v:mt;il beauré cl J gr.lcc J.ll!llifia.icnl d" illilul'b I' no on cararlère bonnète, douceur a com- Lhou.sia.m do rop.t amanl n'entendait point
plaisance ll, et .e lùl sur le rf!.te il ,·oyait qu'on impromàl on choix et qu'on fit gri e
l,icn • que ·on e prit était peiné par d'aulr
mioe à ccll • qu'il rait élevée jusqu'à lui.
réllexion , Sllr t..squdlc elle ne pouvait 'ex\!arie--Tb.ér e, qui _;1,ait combien il faut
pliquer 7 u. larie-Tbér e en reccvaol l' _ a,·ec la morale de, arcommnd,:ments quand
confid n ~e ·enta.il prise d'inquiétud pour on ,it d o une cour, a,·ail rt!commar1dé à Fil
,1 fille : dans de tell · coudilion serait-il
Dilo de ne rie11 faire qui ptll déplaire an roi
po. iule que la jeune femme arritàt jamai~, manière 1léwurnl!c d l'en!!atT r à se conduire
inon à aimer, du moins à ei;timcr un pareil vis-li-vi' de madame du Bar11 _an impolim. ri? 1. comme l'on di. ail lo comte de ProIr~ ni mal eillan e.
,·enœ intelli!!Cllt, pirilurl mème, comme on
Ja1° œ conbèils n'élaieol p toujour
le repr ::;entait lr1 a idu aupr~ de hl'llc- suhi ·, t le Dauphin, à qui l'ou ne pomaiL
reur. ch chant à l'intt!r ~er à l'amu.er p:ir guère conte ter le droit de 1,1:\mcr le faible •
de:s hi lori lies, des pJai anlerie· el le rêcil s amourcu~es de son aieul, témoignait prn
des scandales de la cour, eUe craignit qu'il de défér nce pour la tamrile. Par malheur,
ne prit sur eJle one influence marquée. Elle ce rclléilé. d'au têrité pudique Yariaient
n eul d':mtant ,,lus peur qu·etœ n'i noraiL :nec les di ·p ·itioru du mom nt, el le Daup3 que I q qualités morale de ce prince o'é- phin eL b Dauphine agi saie.nt en l'es~o
taicut point à la hauteur de e qualité in- comme ù s cnfnnls, engérant la ri !mmr ou
terh:cluelle , et qu'il ne ·erait arri!lé par l'amabilil • sm J'lliOJL Mere) rapporle un
aucun scrupule. Elle 'en OllTTÎt à son fidèle e1roiplB cnrieut de celle \'er ·atilite. D'apr
.amba::~adeur. Ri~doutant pour sa fiJle un
5
con. il~, Jlarie- otoinelle entra ea ar c

ra-

0

n~.

...

i. û.ir-reapm,dmvr rrrl'lt!. t. l, p. t3fl- lliï.

!"l. Ibid., p. ii,..
li. JM,I • l'· :'il"i.

_,.,

Il

,..

i. lbûl. p. :ï.1,.
• lbirl,, p. 30 •.
Il , Ibid., r• ;153,

'------------------------------------ UN .MÉNAGE
force .on m:iri 11 à lrailer la favorite d'une
façon qui nr dr:ph)L poinl aa roi, el qui fü
resser les plainte.&lt; el le Lrnca suri · d nl la
r. mille ro ale :1ail , ns cc.. c tourmentée•. Ce.
lnngage fil t •llemenl imprc . ion à M. fo Dau1bia ,1u'au jour d,i l'au ( 177:i , la r orite
'élanl pré-c11lée ch •z lui, il la lraila forl
Lien el lui ndres.a la parole, au r:rand étoum•m nt de toul le mnnd.c lai,, p:rr mi contra le auquel je 1w Ù1!f'JÎ' pa m'aLtc-ndre. il
nrri\'a que la coml se du Barn fut Lrè mal
rf•\'UC chez 111:idame 1. lJauphioe 1 1.
Toul était iocohfomce, on le ·oil, chuz le
mari cl chez l · femme. Eo d'autr circon,tanccs, c't, l lt.: IIJuphin qui se monlr fort
gro:si r . l'n jour même il ':iyÎsa de dir .
alor •1uïl él il cru tion de la pré.cnLalion
d'uo parent de m:idame du llarry. que 'il le
rc·nc.onlrait. îl lui donnerail d la boite dans
1 G"ure.
li· p. reiL; incidents ac ontribnaienl pa
p ·u à mécont nlcr la fa\'orile, qni 8C ,·~n •eail
s mnuièrc. el sur t, point que l"on .ai.t cil
n,'lllt beau jeu. Elle ne tarL~ ait pa en plai. :inlerie nr la prétendue impui:.sana de
·elui qu'elle appel.ail I un gro
rçon mal
élevé!l. Qu. nl /1 l· Dauphine, dl• parlaiL
rl'cfi avec un Inn ge .an . i lihr &lt;ru'inconvenant:
- Pr nez trarde que tte rou e ne e
r . e trou.- r dan ,ru~fque oin', di 11-ellc
à Loujs XV, cl cl'lui-ci. oubli:ml toute dignité
dc- roi et d·afoul, é outail cr propo , .ai, le
relc1er, inc.1pable d'au urt llort, n\'t1dii.
héhl.•t ~. On jug ce que de telle. pnrol rapporl 1e , cou1rucntéc, par rcutour· ge, tl ·ui 'nl
prodnirti de froi,,em oh et emer de •rme
de discorde dans l:i ramille rople.
Tout 'uni. ail donc pour rendre plus
difficile de JOUr eu jour la situation de l'arcbtduche s:e jetée œulc au milieu de la ronr d,,
fran e. cour ho tile et dan ereu · , où ·llc
n'a ail d'aulr appui· qu .\1 ·rt)' el le eo11eil de a mère. Eocure rrs ron c-il donDl;
par lelll'e n prud ui icot-ils p • Loujour·
l'ellet. que l'nmonr vi!!il:inl de l'imp •1•01rice
Il ail t'~p•~ro. ~aric-.\utomdlc,' pirnfo el \7\C,
in oucianle et dJ,iriu. c de 'e di~tr;iire, ne
comprcuait pa ln née . itê d'une conduite
plu· poliliqut, plu habile. La jeu.n e aime
peu Il' con. 1·iJ, d ,·il'ill, rd . u, $1 lrom'ait11 mille IUO)'P.11' tic biai cr, d'arran er le
cho, e. à ' l r. çon, el fin l •mcnt J' D Cl1 raire
qu'à on idée, tout n 1Jmoigna11t pour
mère •l e Si"e:i 11rL la plu profonde défé-

milà no jeune

ens extédi! , en 'imaginant

Al'èlrc grond :~, cl, cvmtne il _uppo col
pr ;qu • Loujour , tort Je \'OÎ que ma nlJe
_t dan le mthnl' ra ; je n'en lai serai pas

moio dr lui donucr de lernp en tcmp Jes
a crfü~cmcuts tanl que ,ou le croir t .:Ire
de 1p1clque utilité, et j lui érrirai mt'm par
c courrier dans le en de .irlitl qne ,·ou
m":11•ez m:m1uér. u y entremèlnal qu ·lt1ue
11.1 , ir, qu 1,1ue peu que j'aime J'ailleur ce
t 1, • mai., j~ l'Ou réJltlle, tant 11ue m, fille
m· qniltera pa celle légèrl'td el celle moll s e
1111, j lui connai
c donn r dl•s !Tort
pour exécuter no conseil , je ne compte
gu ro _ur e.~ soccès. Je ,·ous communique :sa
dernihe letlrl', qui mn Fonmirn une nomell'
prem· du peu ùc!ranchi e dont dl· s'e~plique
eawr moi. ur ce point. j' vou- avoue, JC n
s1fr p:i tr:m11uille i je la troU\·e trop 011\"enl
en dé( ul, et elle ne .ail s'en tirvr qu• lrop
fini•m nt, c•l donner d _ 1ouro11rè mèm au
dépen de ln véiilé, el continue, nonoh.lant
!'eS promes.! ~. . :iveuz d'aYoir manqu, de
1 rcl'Onnailre, à suiu e m1outé · •. 11
Le babilP.té d ,rarie- nLQin lie, dan _
corre~pnndanrc, i!taic.nl forl rxplicablr ; la
jrune prince-. , irritfo au Ioud du cœur du
la ituation fau
où cil• ~e trour:iil, SC
lais~ail allr•r am: \"Î1·:ititil rle on .l::m rl d1ercb.aiL .iu dehor des con o'3lion .. Elle cùl pu
loul a\'ouer à ~a mère, ,.. faut• n'élnnt pa
bien nm· . \l,1i · l',mpéralrice :mut iu piré ;
i;e· 1!a11ls une alîl'clion r ,pt&gt;l·tnen. e qui
n'était pas • empt, de rai.nt . \larie-Autoinell en Tai~:ut l:i conlldcnce à ~I •rc

0

rea .
L'impératrice o' ~t:ùt p:i du
J
lte
apparente oumi ioo, el elle ·en afarmail.
fal!rré Lou le . oins ue ,·ou employ z
apc autant de ûlc que de disternl'ment pour
diri er le d :ma rcbe d ma fille ;cri raileile idforcy lc 1" lérrier lïï3, je ne remarque
que trop combien il luicoùle d 'faire quelque
effort 11our ·e prêter à YO a..-i el aux 1niens.
Dan: ce ircle ou n'aime que le ton h1din el
Oa1te11r, cl d~ 1ue d ns le meilleur · u• ,
on fait quelryuc remontrance un pe.u sérieu
l . r.f&gt;m,1 11,l1111cr 1rcrlk, l. l, p. ID!.
~. Lr, {11 Ica de /,ou1i ,\ r. t. li. l'· iOI .

- J'aime l'impér.ilriœ, mais je la cr:iin
quoi~ue d foin; même en écrh·ant, j •ne soi
jamais à moo ai_ fr -à-,·is d'elle'·
Ce que ~larie-Tbér ·e prenait (!(lm une
aL:-cnce de franchi oe prorennit que do désir
bi n naturel d'é,·iter des remonlraoces, et en
:i. CQrrt1pm11la11cr .•urt"fr. 1. 1.

. //,id .. ~' - \M.

r• lO .•

~O'YJtL

.

--

fait, les 6acs.es de la Dauphin eu ent
mcnéfor• ·ultat oubaité, 1M cyn'eûlpa.,
ur lous 1 points, fait connaitre I' :icfc
vJ.riLé à l'impérarrice. Ce q11'il y &lt;:ut de plus
curieux, c· • L que llaric-Anroinclle n, ,!
doula jamài à quelle ource . a mère pui5ait
ren. iao ment , el qu'eUe s'im:i"ina 1011jour· que c'étail par le el'pion que les ·ouveraia, élrao"ers, notamm nt le roi de Pru~,e
.Frédéric, entretenaient ~ la cour de France,
qu e moindres actions él:iient dimlguies.
[n grand chagrin lui ful hicoldl donné par
la nou,·ell • du mada 11e du c.-omte d'Arloi .
n amour-propre en éproll\·a one cruelle
Llessurc, car elle "enta.il men, - el comment
ne l'aurait-elle p:t. cnti, on le di ail ourerlernent partoul, - qu'on ne OO"E'ail à marier
i ,·ite Je jeune prince que p:irce que d lui
eul maintenant la famille ro ale pouvait
e pér,•r unr po térité.
fürie-Anloinenc ne upportail cen.e pen ~
qu':m-c peine: uclle ·en a.Lion produirail /\
la cour et dan I paLlic l'armunce que 1.
comll'-sc d"Artoi serait enceinle alor r1u'on
u·en pourrait pa dire autant de la Dauphine?
Elle -'efforça de dégeler son ~pou en 1ui
montrant ·et êvénemenl comme prub:ible.
Celle idée donna, en e[el, matière à r 'fi{,chir
au l}auphin .
- Mai m'aimc;z-vou bi1m? demanda+îl
à Marie-Antoinette.
ui, répondit-elle, et ·ou ne pouY&lt;'Z
pa en driuler; je vou aime inc •remcnl, l
je vous ' ûmc encore damnl:ige.
Elle crut une ré oluLion ,·irile de a part.
Il p.1r11t louché; uo in. tant .eul •mcnl. car il
repril on c.1!m habituel el e cont •nla de
lui dire qu'au r tour il YLr.aiU ••, il e remettrait 11 ré••ime, cl qn ïl « pérail 11uc toal
irrnl bien 1).
Ce fut l tout le r~ ultat de c. réUex.inns.
Enlre temps, 11 co11tinua1t iuoo le r'•!!im"
par l11qud il ~ p&lt;!r:iil rai ocre .sa 1imidité. celui
du moin c1ui con,·enait à s:i nalnre, et qui lui
\'alail .es continuelle indi,,eslfon . En dehor
de 1:i, Cil n'étail plus •ulcmenlla cba ·,e q_ui
aù ·orbail son lemp. , moi le tr,naux manu 1s
les plu
ro ier , a comme marortncrie.
menuiserie, et autr s de ce "eorc ». " li
travaillait lui-même a\'eC le ou ricr ii remuer
d malériaux, d' poulr , de pa,·['1-, cl e
lirnrnlde liL·ure· rntière à c ~nil,I ezcrcire, il en Tevenail quclt1ue/'oi. plus foûgué
que nele • rail un manœune olJligéà remplir
cc 1ramil. ll
« J'ai ,·a, écrit Mere~ , madame laD:rnphinc
e1c irnment impalienléc cl cboariaéc de
celle conduire; je p11 n juger pa.r la ,ivacilé
des plainte. qu'elle m'en fil, el par le coméquence qn'cile en liraü ·ur le effet qu'un
lra111il si outré penl produire .ur le phy~i4u15
du prince son époux. J'ai t~i:bé de calmer
madame l'archiduch se à cet érrartJS ... . o
Celle Ioi., c'eu esl trop : le IC'mp· nr
le,1ui:l on complait, l1)in d'arranac.r les cbo c.,
1 'angra\'e plutôt. L'impératrice conuneul'f' ~
perdre touL poir.
Par la situation d' ma fille \'Î -à-Yi du
:;, /Md,, (, Il . p. 10.

�..-- 1f1STOR..1A
Uauphin, je ,·ois arnc rl'gret le relard de
l'accompli _emenl d mes TŒUJ".... Je n•
compte plus d11 louL (l"' d 1c!'mbre t 71:'i). 11
« La !roid ur ùu Dauphin, jeune époux de
"tinnt an , vi -/Hi d'une jolie femm , m'c l
inconccrahle. Malgré Loutes les as rrlions de
la faculté, me soupç,on augmentent or la
conslitulion rorporr:lle de cc prince, rl je ne

compte pre que plu que ur l'entremise de
l"empereur qui, à on arrivée à ·ver-aille '
trouvera peut- ~Ire le moyen d'en agcr cet
indolent mnri à 'acquitter mieux de son
devoir (5 janvier i 77 4) '. »
El œpcndanl le Lemps approcbnit où la
ituation politi(JUe du Dauphin all:iit chan"'er.
1. r.o,-rnpo111lo11rl' UCl'èlt, l. Il. P·

;n Ill

RR.

C lui qui ne ;wait pa èlre un mari allait
de,enir un roi, cl la loi d"héré&lt;lilé, par une
cruelle uonil', allait mellre un sceplrc dans
ces main habiles à manier le marteau et la
truelle. Que ·erait ce roi? On pouvait le
deviner. Que serait ce rè!!Tle? On pouvait tout
craindre, car jamai la France n'u·ait eu plus
besoin d'un homme.
PAUL

GAlï. T .

(A suivre.)

Louis
Le feu Roi ne manquait pa d"e priL; mai
on esprit tournait du côte de la médisance·
il avail de b dif6cullé à parler, et, étnnt timide, cela faisait qu'il a~ .ail encore moin
par lui-même. Il était bien fait, dansait as ez
Lien en ballet, mai il oc fo.i ait jamai que
des pcr. onrrage rid icu Il . Il étai I bien à chc-.
val, cùL enduré la faligue en un lie oin el
mettait bieo une armée en bataille.
ll était un peu cruel, comme ont la plupart des sournois el de en tJUÎ n'ont guère
de cœur, car le bon ~ire n'était pa vaillant,
11uoiqu'il ,01111\t pa r pour tel. A.u sirge de
tontauban, il ,·il san pi Li ( plu ·ieur huguenots, de ceux que Beautor! a,•nit YOulu jeter
dans la ville, la plupart a,·ec de gr:mdtJs LI ·
\ll'e , dans les fo·sés du cbàteau où il él1tit
logé. Ces fo ,é étaient sec.,; on les mit là
comme en lieu sùr, el il ne daigna jamais
leur faire donner de l'eau. Les mouches mangeaienl ces pa.U\'res gen . Il s'e I diverti longLe.mp à eonlrelaire le grimaces des mourant Le comte de La RoclieguJon étant à
l'e lr~milé, le Roi lui envoya un gentilhomme
pour savoir comment il se portail : « Dile
fl :io Roi, dit le comte, que, dans peu, il en
,c aura le divertis ement. \'ous n'arnz guère
11 à. allendre, je commencerai hienlùl me
(1 grimaces. Je lui ai aidé bien de
fois à con« lrefaire le anlre 1 j'aurai mon tour à
c1 celle heure. l&gt;
Ouand 1. le Grand (Cinq- far ) Cui condamné, il dil: 1c Je voudrai bien voir la gria mace tJu"il füil à cette heure ur cet écha4 faud. ij
Eo je ne sais qnel voya e, le floi aUa à un
bal d n une petite nlle; une fille, nommée
Catin Gau, à la fin du bal, monta ur un iè0 e
pour prendre, non un bout de homrie, mai
un bouL de chandelle de ui[ dan un chandelier de Loi .
Uoi dil q11·eue 1il cela de .'i
17

XIII

I►

bonne gràce t1a'il en de.,·inl amoureux. En
JI pciguail un peu. Enfin, rom me dit . 011
partanl, il lui 1l donner dix mille écus pour épit.apbe :
U Ml ce11l Tertu.s de valet.
~a \'Crin.
El I'~ une .-crlu ile mntlre.
Le soin qu'on a,ail eu d'amIDJer le Hoi à la
cl10 e enil fort à le rendre auva"e. liai
Son dernier méûer rut de faire de cl1âs i
cela ne l'occupa pas si fort qu'il n'&lt;'lll tout le a,·e ~I. de 'oyer • On lui a lrvuvé pourtant
loisir de s'ennu5·er. Il prenait qnclqudois une ver111 de roi, i ln di imulalion en 1
quelqu'un el lui dirnil : c&lt; Metlons-nous 11 une. La \'eillc qu'on a-rrl1La Mll. de Vendcimr,
celle fenêlrc, puis cnnuyons-nou ; » el il il leur fit mille cares e ; cl le lendemain,
e mellait à r~ver. On ne saurait quaj comp- éomme il di ail à ~- de Liancourt : rc u ter ton les beaux métier qu'il apprit, oulre « icz-vou. jamai cru cela 1 - Nun, Sire,
tou ccu qui concernent la chasse; car il a- « dit M. de Liancourt, car ,ous avez trop
,·ail faire des canom de cuir, de focet de
« bien joué vo1re personnage. » Il lémoigna
filel • de arqueba e.~ do la monnaie, el que celle rupon e ne lui avait pa.s élé lrop
M. d' ngoulème lui disait plaisamment : :igréaùle; œpend:ml, il emhlait qu'il \'OulaiL
« ire, vous portez voire ~liolilion avec ous. » qu'on le lou.\L d'avoir i Lien di imule.
Il élail bon con6lurier bon jardioirr i il fil
Il lit une foi unecbo eque on !rère n'eth
\'enir des poi verls, qu'il en1oya vendre au pas faite. Pics · -Besançon lui allait rendre
marcLé. On dit que Montauron le acheta de certain oomples; el comme c'est un
hien eller, car c'étaient le premiers ,·enui:;. homme assez appliqué à ce qu' il roit, il étale
fontauron acheta au i, pour Caire ~a cour, ses regi Ires sur la table du cabinet du Roi,
tout le vin de Ruel du cardinal de fücltelieu
après aroir mi , ao y pen er, son chapeau
qui était ravi de dire : « J'ai vendu mon vin
ur Fa tète. Le noi ne lui dit rien. Qua.ad il
a cent liue le muids. 11
eut fait, il cherche on chapeau p:trtout ; Le
Le Roi se mil à apprendre à larder. Oo fioi lui dit : « 11 l a longtemps qu'il est or
,·oyait venir l'écurer Georges avec de belhi · ,·otre lète. n
lardoire cl de ,,.rand longes de ,•eau. El une
Il n'était pa humain. En Pic:inlie il it
fois, je M sai qui vint dire que a .llajeslé des arnin_es toutes fauchée , quoiqu'elll
ln.r1lail. Voyez e-0mme cela 'accorde bien, fo enl encore loolcs verlr , el plu ieurs
Mujeslé cl fardel'f
p;iy :m a mblés autour de ce dégâl mai·
J'ai peur d'oublier quelqu'un de s mé- 11ui au lieu de se plaindre de s' cbevaulia . Tl rasait Lien· el an jour il ooupo. la ll• ~ers &lt;plÎ ve1,aienl de faire ce 11!1 cxploil, c
barbe à tou ses ofùticrs, et ne leur lais a pro terna.ienl devant lui et le béni: aient :
qu'un pelil toupet au meulon.
« Je sui bien r.lcbri, leur dit-il, du dommage
li compo ail en mu iqoe, et ne 'y eonnai
« qu'on vous a Iaii 111. - Cela n'est rien,
ait pa m.al.
o ire, lui dirent-il , tout e l .à ,•ou· ; pourrn
Il miL un riir à ce rondeau ur la morl du « que vou vous portiez bien, c'est assez. cardinal :
u Voilà un bon peuple, ,i dit-il à ceux qui
l'aecompagnaienl.
Mais il ne leur fil rien
n8 pnssé, il O11li6 bag111:?C. etr.
donner, ni ne oogca à 1 faire soulager des
Miron, mailr" des comptes, l'avait Fail.
!.ailles.
TALLEMANT DES REAUX .

FEMMES-SOLDATS

Les demoiselles de Fernig
Par ÉMILE CÈRE

lt • toute:- b fommes-,ol&lt;lat de la flr10luLion, le œur · ùe Fernig sont certainement
le plu connues. Leur nom c:l de suite prononeé •]llnnd il s' a;ii t ùc fournir un exempl
d't!oer"ie d de p3Lriotisme féminin . Aran!
Jerumapc , o:ï clk: :ie d' lini.;ui:rc11l parliculi~emcul, Je fo11ile11r a\'a.ÎL Mjh pari ', et à
plu ieur rt·pri. ·, de ces de.Ill charmant
j unci- Hiles. Le 1 juill •t l 7lL, une correspondance ùe Lillc flu'il in..~rait, di. ail: « Oaa
la derni&amp;c att.aqu du camp de laulde p:uun détachcmenl de llollandai , on n rn deux
femmes. !(' demoLelles Fcmig, courir à l'ennemi, el à la tète des volonlair l!I de troupe
de Ligne, comLaure ,n- •c eu , 1' encourager
et faire •Ile -mèm le coup d main. LP patrioLisme de ce ÙClll Mroille a produit un
enthonsia.me que de p.atriolc seuls prurcnl
imaŒincr. 11
D~s 1• rapport que les corn rnissaires à
l"arméc du ord envoyaient le 1 a,.i-ùl l 7H2
, l' semhlée légi l tive, , e trouve le pl: age
uhanl, qui, lor qu'il ful lu par le prêsident,
fut couvert d'applaudis ·emenls : « Nou ne
pouvon passer ou ilt:ncc l •· demoiselle
Félicité et Théophil ·ernig, 11ui e ont distinguées. dans pln~ieurs aeliooi; milil.3.ire · et
qui joi•menl au courage le plus aimable.

\'Crin de I ur e'te lJ douceur ctla modestie.
l. • même commi saircs : C:irra. ilien·,
Prieur écri,ent le 2 ortohre de la mèa"ie
:innée : « 'ous tcrminon Célle lettre en vou parlanl d deux jolies héroïne qui onl ici :
les cito "t&gt;nnes Femin. Ces d ux j une" entant. ,
aw;j modeste qu couragea es, . onl •.m
ce. e aux avanL-garde cl dan le poste. le
plus périllemt. ,\u milieu &lt;le l"armée, composée de jeunes citoyen , ell l onL respectée
et honorée . c·l.'-l loujour le t riompbe de 1a
\'ertu. Le .\.u lrichiens onL eu la basse vengeance de ra er la. mai on de ce jeune, rnfanLs, itui:e à llurtagne i il ne four r te plu
rien qu leur coul"a"e · el! ne rnnt point
inquiètes de leur sorL, eJlé sa,·eut que la
nation françai e ~tau _j géoéreus • qu.e l,ra1·e,
et nou réclamerons ,·oLre ju~tiœ à notre rcLour. 11 igné : 1 •·itoJ en , commi ·. aire de
la onl"ention nationale : Carra, il1ery. Prieur.
Lamarline, hi lorirn, a écrit l'b~toire de.
d •moi l'ile· d Ferni 0 , !JUl se lai er rmporler 1r.ir l'imagination &lt;lll poèLe, san llltlnqucr
à la tricll' érilé 1 ; on 1·écit l)U C voici c L
:1h olumt'nl eucl :
« Oumonriez, le malin de la bataille Je

Jemmape.~. parcotlrail le front de c lignes
uivi df' son étal-major p:irl iculier. [\an 1111
~onpe à che1·al de quatre officiers de difftrenls àges, on remar411ail deux figures féminine . Leur mode lie, leur rougeur cl leur
«r,1ce contra laienl, ou· l'h,tLil d"officier
d'ordono:rnce, a,·e les figure· màlc des
gnerrier qui les entorrraiimt. C'tlairnl le
c.,pit..-ûne d •. guide de Humouriez, M. Je
Fcrnig, habiLaol de la Flandre frauçai e; on
fil , liculcnant dan:s le régiment d'Au'l:erroi ,
et es d~ux. filles, que leur Lemlrn~5C pour
leur père e~ leur paidon pour ln patrie
a\·aieot :.macLée à l'abri de leur se. e et de
leur àg et jetées dons les camp . L'amour
ûlial ne leur a,•ait pas laissé d'aulre a~ile.
Elles élaienl née au ,·illaac de .Mortarne,
ur l'exlrème frontière de la Frauce, touch11n1
à la Belgique. Yoici comment leur vocation
leur fut révélée :
Dan
pr~mier
départe men fronti re ·o levai al d'euxmème: pour couvrir le pa . LaFraneen'était
qu·un c81Dp donl ils se lOn_idéraienl comme
le avan1-po le la.dépcndammenl des bataillon qu'ili envoyaient à Dumouriez, des compagnies de \Olontà.ires, formées d'homme·
marié . de ,·ieillard el d"adolesccnts, sans

�..,

ru

Cep ndmt D~urnon"ille, ui command:iil
le camp de aint-Amnnd, à peu de di ·lance
de r ~lr~me frmHi~rc, n!anl ·ntendu parler
de l'h ·roi ,ne des l'Olont:ùr · de lorhgne,
monta à chiwal à la tête tl'on fort detnchemenL d' caralcrie et int 1,ala.yPl" le par~ de
ce fourra eur de Cl irfoyt. Eu approi;hanl
de .1ortngoe, au poiaL du j ur, il rentolllra
la colonn de \1. d Fernin-. Cell lronpe rcnLrail an villa e apr' nua nuit de folinae cl
de combat, où le coup de feu o·a\'ateul pa.s
ce si! de rell'DIÎr ur loul la lirrneet où .Je
ernîrr av:IÎ! rlé défüré lai-m~me par es
611 · d main · d'un roupe dl.' hu ·a.rJ 11ui
l'enlrai111il pri onnii&gt;r. L~ colonne. h, ra· '
1 ramrnanL pln,ieur-1 1.11' sés cl cio I prirnnn.iers, cbautnil la .lfar ·cillai e, au oo d'au
eul 1nmbo11r dé ·hir · di: ballei;. •urnonîille
nrrêla ,1. do erniu, le remercia au nom de
la France, eL pour -honorer le co11r;1ge 'l le
p.ilrio1i me dll se p ·~ans, ,·oulut 1' ' pa ·cr
en renie :t\'CC ton le honneur· de b :,l'llcrr .
le jour Ctimmençait à peine à poindre. C ·
bra~e eo 'ali•'nèrt-nl ou · 1 arbr , fier
d'être Lraîlé en solJ 1. p r le g~n~ral rr Il--'
çai . his de r.endo de 1:heval e.l pa an( devant le rtonl du celle pclile lro,ipe, Beurnoncrut a,peroe,,oir•1ue deu de plu. jeun~
volontairt! • i-. hé dt:rrière lt' rnn .Fu ·aient
es regard;; cl p:issaii&gt;nl fnrlivcimeot d'un
«roupe à I' ulre pour &lt;i,·il •r J"ètr uborJ1:
par lui .. e compr,manl rien à f'eltc timidité
dans d • homme crni portaient le fu il, il
pria L de Fcrnja dt.1 fair :ipprorhttr re
l&gt;l'&lt;1\'c nfan ' . L~ rau.,- 'ou1'riteul el laisèrent à rlticouverl I deiu jeu Ol!S fill :
m:ii" leur. h lut d'bomm••, leur vi arr "
voilûs par ]a fumée tle la poudre de . coup, de
f.:u Liré. puml· nl le coml.,at. leur Jè,r ·
noirrie, par le rarlna'"he qu'ell , 3\'nienl
dét:bir e avec I denls lt•s rendai,ml méconnai(. Me aux •eux n1ême Je lt&gt;ur propre
pè . lJ. de Ferai" fui . urpri de ne pa.
connailre. ces dc111. r:-0mb:il1:ml de n pefüc
armée.
a Qui ètes-vou 1 ~ leur demantln-l•il d'un
ton 1kèrc.
ce· mols, un chucholement
our1I, accompagné de onrirc unir r.eL.
courut dan le ran,,,. Th ~phile et FJlidlt1.
voyant leur ecrcl d !couvert, lomlhcnl .
genoux. rougiri&gt;nl, pleurèrcul. sanglot' rent,
e dénoncèrent el implnrèr ut, en enlouranL
de leur hr:i le jambes dt! lt&gt;ur p~rc, lti
pardon de leur picurn upcrr:heric. f. d
eroi•T emhrassa :::e fille· en pleuronL luimème. n le pré.~enr:i à BenrnonvilJe. qui
décrivit celle cène dans a Mpêcbe à La
Convt:n tioo.
La onl"l?ntion l!Îla les nom de
deux
jeun fille à la France et leur en\'O ·a de
ch \'3Ut el d armes d'bono ur u nom dti
la p3Lrie .. ·uu I rctromon. à Jemmapes,
combaUanl, triomphant, ,auvanl ICJ bl é
après. Ir~ a.,oir vaincu • Le Î3 ~e n'a p3 inrnnlu dJn Clorinde plu!; d'béroïsmt', pins de
mervcill.:iu et plus d'amour que lu HJpobli•1ue n'en Gt admirer dan ce tr:11 li. emenl fi.lia], hn le ~. p?oit et dan l d liuée de ce deux héroïne de la liberté .
0

,·m,

.... 1o8 ...

Dumouriez, h l' i:&lt;po TUC de . on prcmirr communde.menl eo Flandr1'. Ir .i"nnla à l'adrniratiuo de
old·,t du c:imr de )f nid . A
no· premier re\'t•r , leur mai~on, d: 1i,i '
à b Pn:;!Pance d•· , ulrirhiem,. Cul inc,•nJi · .
. de t·rnig u'arail plu d' utre p:itrie 11ue
l'armée. Oumoari • cmmi•na le père, (I! lil
et I d!!ux llll a,·c1· lui d:in. la camparrnc
ile I' rgonne. ri donna au père et au fil des
rades dan l'état-major. L jeun filles,
louiour entre leur père l leur frcre, portaient l'bahit, I• , rmP el fai~nirnl 1 · fouction d"offidl'rs d'ordonmmet•. Elit· vnicnl
cowl&gt;allu à hlm ·, t&gt;II,· ~rùhit&gt;Ot dt&gt; com~
Lotlre J\lmm:ip . l.':iin,~. ,llicit.S dt• ernii, uiY:iil à ,·h •val lt! duc de h;irlr..s.
c1u'ell oe ~ 11lail pa •[UÎlll'r fk•Jtd.1111 la l,ata1II . la econJe, Th •nphll,•, . rr~par:iil à
porter :au ,·i, u1 j!Pnéral F,•rr:md 1, ordre~
du &gt;u ~rai PU cht&gt;f toi à 111or• b,·r a,,-c lui il
l'a ,aul des red11u1.. de l'nilc l!,u11·h•·· l ►n­
m11un1•z monlrail ce d1-u~ rh:irm:11111',: h~roines à
oldnt ,·ommc nn m11Ji•lc de
patrioti me et comm • u•• 1111u11r1· d • la \'ir~
toire. vur hcamé I'! leur J,•1111,,,. P r:ipprlaie.ol r.,p_ a11p:mlions m rw·1ll11u- . d1•. J!PlltC
prolt\clcur dt•:- pP11pl1• • à 1 1~11• d •S Artlll 1Cc ,
le Jour des l1aln1II . La lilwrt~, comme lo
reli •ion, éta1l di 011e d"aroir ::111 i . es miraclt'S. »
Ain i p:irle Lttm rlin,,: lo ,·itatinn c l un
peu lo11g111• 1 mai ceu~ qui 01' l.i cun11:1i•N1ient
pas enr.ore 'il y Pn a - n noie la reprocheront pa . QuanL à ceux 11ui 8HÎPnL
coo crvé le . ou,·i:uir de 1· 111n:ainili11ur mor·ceao, il ne er,mt pa~ moins . ti,f. i1 - a ·anl
eu l'occa ion J'rnlcodre nne f,.j di• pins rrt
admirable lnngn,.,e. [,'hi t11rie11 &lt;lt' Giro111lin,
ajoute que ~ le· deux in1r,:pi1lcs l1èroincs
Ferni furent en1r,1in11Ps :m crime dan
lIDfl dtl urLinn qui r ·.i:.rml,lail rour l'ile, à la
lidûlil: Il. Eli ' acr~1rur~"111lrent Il tdli·l [h1muuri t dan :i. fotLP et cc n'i&gt;. t p:i. 11· m11indr d~ péril. qu'elles ait'nlrouru. LR. ba!aillon rraaç4i de~inanl ,,ue I UI' ,:11éral I •
:ib:indonuait, qu'il pa. it h l' •norm1. le mirent rn jonc fi mcnar'rent de tirrr ïl continu.ait ·a coari;e. IJumouriez ~uh; de n pelile
corle, dao la 11uelle él ient le demoi ·Ile
d,.. fl}rnig. pril le galop. Lr cri de colère,
fo injures, le balle. ounaienl à es orPille:.
Dcut bu_ ard soul tuiis à ~ Cl)I · . Dumnuri z t d~monté; on chcl'a[ rcv:ent seul
dan le camp frnoçni où on le rr ·oil en
triomphe. Théophile d,· erni" e, t é•• lem en L
démontée. :i srcur, ~licité, desrrnd de son
cbenl et le donne au éor1a1. On ante un
peût canal el de l'autre côté :on lrOu\'e d'aulr montures. La Fuite au gal p recommence
el toujour ou une grêle de balles; cioq
homrn - onl tués. ou I papier' de Dumouriez sont perdu . Eofin m-ùœ nui deu.s:
jeune. filles qui oonnai.s nl ln mute, on
arrhe à l'Es1•aul. lJumouricz était saoré.
Aprè: une cnlremc avec le ,!n&amp;al autrichit'n
)lack, il rr ,gne con camp de Mnulde; il
e..c:père encore entrainer se troupes. maiE se
effort sont inulil . Il doil reprendre, t
celte foi Pour toujour , Je chemin de l'eril.

];Es DE.MOJS'EllES DE FE'R.NlG -----

cumplon p rlir. 11us~itôt le np~l, qne La moitié de fa r.1m1lle; el, now remlaot II l'\1rls pour J
termine!' ce ljUÏ puurr-JÎI re!\lu
foire, ntoo
il n'id pa• en mou pomu r. _11100 cl1 t•~ cou i_n. frère premli-:i p&lt;N ,,.,,ioo tle l"etn11l11i ,11ic I '. mi11 • ,ou Li•11111igner, cuunue JI' le! tll!strt·r-11•,
ni,trr lui d Linr•. Lo~11e nou, auruui. 111·1, un
•u1111.Jien je uis 1•ru;ihlc i1 l'em11re,;~mcul quo
gite.
papa. Loui, .. 1 A.im 11' "i_endronl o~. rernu, mellt.!I à m'uhli;l •r. '1ab paur m1ru1 1·uu,
JOiud1·e.
, ou de ·11n oou~ croire n.-.,u_ 1I d
rch1irnr, je nî \'UUS f;tir 1111 tableau l"ll11Îllc et
morl
·
;
alor
nolrc po ilion sera vue dans nn.
cu111:i · ,le notre :.ilui1tion adu,•IIP. Jug~z par là d •
Hai jour. ... IJui•I u1owenl pour woi 11ue c: •lui
1111111 t'nlièn• confi:mcc,
r n llullamle, il1·1m1, ,leai :m. , nou~ y ,on1u1cs ouje. r ,errai no· u111i~! 1h! n&lt;' ,011,, li.lui . ur:,;
pl'Oh\"r · p3r nu gouvern nwul el autori i: p;n• 1m • 1llu,i,Ja encl1;1t1l re,.e. '. Qu vo · pre ·1tg1• ,
nolr llépuhlii11.t". Î.l'S lt'tlUl1le~ nr~cuu~ dan, ~i loo.,ku11-s lrllllll' u1 . , hoi.-ent enfin un d1.:i.mp
ltht à la ri•alitr !
nolr p:11r1e à l'ël'o,pte Je 110lra arr11 1:e 1la~1 cc
fo a11i hien 1111e le lion ft':lnç."li • nou Ioienl
pJ~ ·•ci, fur,ml citlM du tijnur que nou, l funes.

adressée à on cou in, Théophile de Fernig'
fait allu.sïon à • démard1c :

c.irrière mililaire e l lerminée. On croit
ouvenl ,1u'1I fut plus diplnmale el pl~ p1~litici,•n ,1ue ::..oldal; on fai~ 1orl à sa m.4•mo1re
Jéj:: si cla. r.:éè par le fait de ~a trab1!'on. Il
a,ait pour éta de a ice:
.1

msTo'f{,1.Jl
autr loi que lt! sa.lut public, uns autre orgaois:ition irue le patrîoli me, s:m :mires chef·
que les plu' brave~, ·orlai ot de· péÛle.ï
,·ill ·~. d 1.·i!l,1,.e.. dt"i. forme. , urpr('naient
le déta hi&gt;menls ennrmis, repou aient l'inî'asion dt• arnuL-gard cl comballni •nt conLre
1 uhlan (~,, r~ Je Clairfa t. • r mm
mèml! nccomp:i.trnaient 1 ur' mnri dan ces
up&lt;!dil ions r:ipides; des filles leur;; p • ;
lou 1, Ô."es et tou I sexe vouloicnt pa ·er
leur tribul d'l'ntholl iasme l de sanrr à la
patrii&gt; c t 1i la liherlé. L plu pieu P et le
pin. dé,•ou~e . de œ h&amp;oincs. furent ces
deu j,·uoes filles, célèbr depu.i dan 1
f, ~~ d no- premier comb ts; l'un. 'app laiL Tbéophilt•, l'autre Félicité.
\I. de Ferriig. ancien orlici r retiré dan
le ,·illa"P de ,\lorlaiTnP, élait p~re d'une nnmhreu c famille. ei fih er111.icnl, l'un à l'o.rtné • dt• Pyrén~,-s, l'autre à l'armée du nbin.
'e qu.alre fille., à qt1i la mort avajl Pnle"é
leur m~r , ,1iYnientaupr~. d lui. U 11 d'cnlre
ell é1aienL en ure eufaot.s, le deux ain • toucl,aicut à ptiine à l'adolc,cenœ . Leur père,
qui romma.nd:iit la garde national de Muri.a ne. avait animé de on :irdeur militair,
le. pay~ans de on canton. Il avait rait on
camv de tonl le pa ... 11 iwierri- :til I habitant. p r de e, · rmouches cootioul!ll ~ contre
1 hu~.ards noemi r1ui Franchi aieul ouv,:nl 1. li!!Tle d 1, rronti re rour venir in u.1lcr, pilli:r, incendier là contr •,. Il se passail
peu dt! 11ui~ p ·ndanL 1, IJU ·Il• il ne difr•eait
en per~onne ce· p trou.ille~ rhiqu · l œ
e1péditio11 . . Jill tremltl:iit.!nl pour
jour . Les d!.!Ul aîuéc~, Théophile et Félicité,
plu. émues encor• de· dan,.er que uraiL
leur p r qu • de dnnner_ dé la pairie, se
confièreul ruulm:lhmacnl leu~ inquiétudes el
entirenl oailre à fa f i dan- leur cœur la
même pan"· . EII r ~olnrenl de ·'armer
am:. i, de :.e mêler à rio 11 de J. de Fer11i~
dan le rang d cultirati:ur· donl il avaiL Liit
des oldals, de combatlre :wec em, de ,·eillcr
"nrloUL ur Leur p\rc, t de e jcLer entre [A
mort cl lui. 'il Yeoail , être menacé de Lrop
près por l cal"aliers ennemi .
Elle cou · renl leur ré.-mluûon d, n leur
âme cl ne la rt!1•élèr •nl qu'à quelque habitants du villn"e, dont la complicité leur était
n ~ire pour les d.érober am: re!!ard de
Jeur {l\'te. Elles rerêtirenl de.~ b bit d"hommcs
que leurs M.•r s auieol 1. issés à la mai on
en p:irtllllt pour l'armée; eJlc . 'arm renl de
Jeurs
it de cba se et. ui\'ROt plu. ieurs
nuit ln petite colonne nidée par JI. de
feroig, cil firent lè coup ùe feu ar c le
maraudeur- autrichien , s'aguerrirent à la
marche au combat, à la mort, et 'lectrisèrent pnr leur e emplc l - brave pa)· nn du
hameau.
Leur
l fol lon,.temp. el fid:-.Jemenl
c Fernig. en rénlranl le mntiu.
da
re e
racontant table lt
a,·
pér
les xploil de la nuit
à
, ne
:onn:iil pa que e.
pr
nai
omliattu au premier
nn
t1railleur t qu lquefois pré~rY~
a propre ,ie.

____________________

(i cmnpa"'n s ~n . 11 •ma!!tle,
2 campagnes fill f.orse;
1 mpa:,in • en Pulogne i
_;2 bll! ur · · la !!li rre.

L d •moi elle. de F'erui le .,;niviren.1 jusqu'à Tournai; il n'a\'ail pas d'arœ~•nl; clJe
coti· rr.nt a,·ec k quelqnru of!iC1Crs q111 la-

:e

Ll:5 DE.llOlSELLES DE Fl:RNIC.. -

raient ac.compagm:, lui foummnl le mnJen
de nue. en alkndant qu'il fùl pen iona • de
l'é1.rangcr, pui le quilû:reul cl reprirent
leur,, b, liits el le occupa.lion de leur . e:rn.
Elle- r~ idèr nl ucccs 1vemenl avec leur famille à Amsterd:im, Bréda, Brll'Iclles, lfarlem., LrechL et ddeU,ourg.
n 'i.i1di!?na,
en Franœ, de leur conduite;
0
.
11 11't!1aienL lai sé entrainer par Dumouriez
et le re!!l'elta.ient
déjt mais llt!S .étaient déo
clarée « émiart! ll et ne poU\'luent ongcr
à rentrer. u cCon1·er11ion re,inl ur 13 décision qu'elle a,ait pri Je fair rebâtir, O.lll
Irais de la ruition, leur mai on incendiée.
Ell!!S ne purent venir à Pari qu'en i ï9i
pour olliciter !~tir gràce. Dans une Jeure
datée 1L\mst rdam le 2:-1 frimaire an Yl et

Tablt.JU de .\.·F . LE

D111l .

·~ é11011 tr~ lilir • d • r airer Jan no · fo1crA
alol'i&gt;, mai:, nous ne le TOuhlmes point ~u1 c1,101liLion~ ,,1r où il nous fallait p~s~r. ~o. à1ne~ 1·cipublk.1m ne lraoj rnl point gwc la fJil1l11~•ll,
..'ou préfêr-lmes alle11dre u1· nou son aclton
bienrlli aulc. Ce jour t(I hicDlol 111111~ tuir.. ; bifD•
l(•l rendu au .e10 de la Fr,tncc, nons •· jouirons
d'une lil •rté que uos " cnlices et no soullrance
nous onl m~l'Îll!4!. Alors, mon clicr cousin, 1100
rons v~l'il~ ble1neol lieur,rni.
Je cro1 on.-. a1·oir dit Jans ma dermrre que
noire aff.nr~ doil se dtlt·iJ11r apr~, Le c:o,wr •·, ile
lla-L1dl. 1\11w afon, l:t parole du Directoire 11u'il
pl'ononcer:a ur noire sort :1 relie ~poque. J ,·ou
n tuamlc.rai le réi.ullal Ji:, que nous 1•11 Ct\lll
in:.Lruits.
lon no~ cnl.:ul · aclueb, nous ne
1. CQrre,p1md1111çc fotdilc J,, ~lie ~&lt; _fmti!!,
public.o pu II0111tro llo,m,nr., J ► an , f1nnm-lt1(t~1.

I 75.

,., tur, .,,,.

oon œil. L' dé ou ment lfUt' 11111 . a•ùll
prouY: pour la c:iu e · crée dt.' la liberhi o'e 1

d'on

pas equ.i,·oqul': l'l ceu.1 11ui nou ont

11.1.

au mi •

liru J roml,ats, :.._,renl que des cœon r i,uLli•
cain · ne cl1ange111 jamnb •
Bt!la~ ! l'illusion s•~,·nnouil à inoitiJ. Mlle
de Fernig ,·inl Pari., mais elle n r ;u- il
pa dans ses démarches. Elle écrit, le U Lh.ermidor ao YI:
les projels d'ëtaLli menl futur &amp;oil! eue.ore
une foi ren1cr. é ·. I.e Directoire, inùi\·iduellemcnl pol'lé pour nm , n'ose prendre uu u~l
puhhc 11ui noœ. fa e renlrer dan no· 1.11-011n,;1é •
~ous a1ons trop m. r&lt;[llé d.,ns les :mn,lc de J.1
1\évolut1on pour qu'il œe oivre soo de,·oir. La
pohtittu est ~eule écoutée dan. r moment et
1ous ..avei qllC dans tous l gomerocme.nl~. la
ju 1ice c. l:lil de\;int elle.

�111S T 0'1{1.ll
Le Dire Loire oOril au1 béroïn :s un ronce~~ion importante rlsns le. colonie ; clic
refu ercnL : 11 ~ou" avon. préféré. dil Tbfopbile, retourner en lloll:rnd&lt;&gt; el r attendre la
p3i générale, tlpoque que le Direrloire m Là
1 ju,lice qu'il nou rendra. , Mai leur·
failile re .ource étaient épui 1 • elle·
entreprireul un petit romm1:tce J 1.JiruL loteri , continuant à être proté" 'ic par le
ouverncroenL français l I our ruem Dl
hollandai-. n ne I confondait plu- (1 n c
la la e prrfide de émi.,.ré~. D'aillcur nou
ne ommes pa 'Dt celle fatale li-te. Nou ne
omme que compromi dan une faction
(la faction Dumouriez) dont on ,ail bien que
nou n':nou pa parta,,.é le pri11cipc . ,
Enfin, en 1 02, toute la fomille de Fernig
peul rentrer en France. Tbéophîlr, accompa"nte de on p·re el &lt;le .a plu j une œur,
\'ODl b:\Litcr Pari , 11 celle capitale de
icei-,
criL-elle, el que je hais du fond de l'ame. J'y
\ÏHai au:si retirée que i j'étai à Ver!!lle·.
Ion caractère répunne aux grandes (füsipalioo el, pour ma con olation. ma œur
imée "
loger dan, la rue de èvres, à
l'cxlr'•mité de la ,-me. »
Oa \'oil, par · ttuelque e1trail , que
'l'h 1ophil d • Fernig n'étaiL nullrmeol une
Yirago apnl gardé de 1 , ie des camp
un lan"a"e .oldatesque. « JJe ét11it, dit
Lamartine, mu icienne el poi!le comme Vittoria Colonna. Elle a lai é d poé ies empreinte. d'un mâle héroïsme, d'une . en·ibililé
féminine •t di••m• d'accompa!?ller son 110m
à l'immortalité. • ·1te mourut :m- aYoir lité
marié\', eu 1 'l , à Orunlle où eUe e trourail pr~ de . a œur Félicité.
Celle-ci, l'autre aid • &lt;le camp de Dumouri i, anit, racoute l' lltsto1re de, Giro11tl111 ,
• fait, ur le champ de hutai1l , la conquête de
on futur mari :
« Han une de renconlr 0 s enlre l'a~anl•rarde franç:u c el l'arrièr -garde autrichienne, un de jeune· amazones ferni 11 ,
0

· Fi:Jirit l, qni portail 1 : ordr de Dumouri z
à l.i tèle des t olonne~. l llt rnîr.ée por on
;,rd t!r, e troma ('Dîelopp{e anc une poi"née de bu .. ards l'rar:i;ai. par un dHad1ement de uhlan con rui . Dé,.anéc ar c peine
d(', ~lire qui l'cmeloppairol, elle tournait
bride OWl' un °roupe d bu .ard Jl(lUr
ri joindre la olonnc. 11uand , l'e aper~oit un
Jeune officier Je ,olontairC'~ Lel 0 e de . on
parti, rt·m-er:;é de cheml d'un coup de teu
cl se défen&lt;l:ml :nec ,on ~al,re rontre le.
uhlan qui chl•rcb:ii nl à l'acbe,a. llien qnc
CCL officier lui fl1l inconnu, à ft-t a. cl frlic,té '{lanr au .ccour du bb!P, lue, de
deux coup. de pi~tolcL, deux dr uhlan~, met
le autre en fuite, de.c nd de cb •,•al, rel',e
le mouranl, le con6c à t hu:,ard , le fait
partir J'accompagnl', le rH&lt;1mroand ellrmème à l'ambulance, cl re,icnl rejoindre son
f-néral. Ce jeune oflicirr belge . '.ipp l:iil Yo.ndt!rwalen. Lai. l:, apr~ · le déparl de J'arm{
françaiH•, d:10 le· hopila.ux de Uru,ellt., il
onblia .e Lile:; ur~ · : m:ii il n pomailjamai
oul,li ·r la ensuelle apparition qu'il axait
eue sur le champ de carn:ill'e: cc ,i~o e de
tcmme ous lt!s habit d'un compagno11
d'arme , e précipitant dan la mêlée pour
!':mach r à la morl rt peocbé • en uilc, il
l'ambulance, ur son lit angfont, oh édail
s:m •~ a .on sourmir; quand Dumonrirz
eul fui à l'étranrrer el 11ue l'armée eut perdu
la trace dC' deux femmes guerrit'.•re qu'il
:nait enlrainée dan e inforlun cl dan
son exil, Vandrrwalen quitta le .cr\'ice militaire et ,·ornnca, en lkm;icrn , à la r chcrch
dr ~ lihé~alrire. If parcourut longtemp &lt;'n
,ain le principale· vifüs du \ord, ans pou•
1•oir obtenir aucun rcnsei nem nl ur la

r1

1. Ili foire 9t'11éraft du r111i9rl, . par l'ornrrou,
l1ari5, l'l,m, Ill i.
~. fnc foi,, dou~ 1111 ruml,nt. ,•Il • l\'aÎI 11fü•nè ,1
l}umollriN un ~111 Ali mamt l'i lui di•ail: • Mon li ·.•
1wral. toilà 1111 pri(l(1111llcr. , l.t•llc rois de 1w1i1 • lillc
lil 1re~,-aillir 1'.\lt.·n nn I qui 110 ~o ,"011&gt;11lu point d •

l 'a!Tairc.

famille de F~rni". Il la JécouHil enfin, réfunire au fond do Danemark. a rcconnai .ance •e rhan"1'a en amnur Jl')Ur la jeune
fille qui a,ail r pri le baLit .• li'. /!rfttL•~. la
mode ûe de .on ~cxc. li l'épou.a el la ramena
dan .. a palrit!! 11
Ik~ d.ux aorre ,œur d~ fi:rnin, qu kur
à11c aYait empêch 1e d'êlrc .oldal comme
leur den ainée., l'une e marie à un fabricant de Lijoux. l'aulre tlpome le nL:néral
Gnillrmiuol.
Le pt•re Jes dcu héroïn s monrnt d'apoplexie en 1 l(L Leur frire, de,·cnu gén(,r, l
el comte de l'Empire, mourul •n I fi au
cours d'un ,·oyanc qu'il avai l cntr •pri. eu
:'grpte a l'âge de oitanle-quatorze an .
Ces dt'UX femm&lt;':- oldal é1aien1-dlr
jolie '? Eli _ étaienL charma.nit . Les l'rançai e émirrré1 ool r marq11~ u la figure
mode le, Ir mnin. pelll • hl:m1:hc., déliClll
de la charmante Tb 1ophilc el unl admiré 411e jamai on n'ait pu dire mi mol de
Jtlfa\'oraLle sur leur· mœur · 1 • »
La j!alerie de I ooiété d'agricull ur' de
\' ,tlencicnne po -~de . on porlrai l: à olé c t
placée une e~qui '"C qui repré ent • a le c.1pitaine de Fcrni • rcCQnnai~ ont • deux filles
cnrlil • • à n'Îr dan la eompa!!Die dti ln
"'nrdc nalionale 'luÏI commandait ». llan le
talill'au d' \ry rhelîl'r, rl'pr ent:mL la bataille de Jcmruape' (mu ée &lt;le \er_aillesl, on
,·oit Thkphihi de Fernig d.111 · on co.!ume
militaire. Il ne faut pa · oul,lirr, ('n l'!îel,
qu'elle .e tom rit de .. foire à celle ba1.c,illt-.
Chor ..eant le, grcnad1rrs l1on~roi • a l'CC un
ùêlllchement d • ch:i, ·rnr' à chrval, lit rrn,er a de &lt;lcux C"UP de pibLolcL d •ux . oldal. nn mis et lit de .,a main pri onni r le
cher de bataillon q11'elle conduhit d 1..::irmé
au gênfral Ferrand'. Le courJge do œll,•
jeune fille de . izc ans, rPprocbanl ou.
fu ·ard- leur làche co11d11ilr, fuL pour beaucoup dan la ,ictoire, il aida à arrêter la clérool , un moment mcnacanle.
EmLE 'ÈRE.

li • , wu!'Ol~rl. p,.•ut-i'trr,
.\1cc le lill

tl'l,nN

L e prince de Ligne

f. lill d'I•ra•l ét ienl dcu · juivl' fort
l,ellc que le prince de Ligne vopit a. sidûmenl, mai qu'il q11it1a_ brusquement 1111 jour
en leur ndrt&gt; :ml le billcL sui1·ant : « fou.;;
.\ l:i mort de l'empereur Joseph e termina ~,ei. ~I' Jarne , que j'ai loujour. 1té l'un
la carrière pnlitic1uc tlu priocc de Ligne: de- de vo admirai ur le! plu cmprl'· é ; ,·ou
puis. il ne fut plu· employé, ruai. il gard:1 n'a,·ez ni e11fanl5 ni chien~. ce qui m'a donné
tout de uile un gr rule iJée de ,·01re mérite;
avec ~n. ha.ulc position .ociale
lilre· el .e
di$lilé~. A \ï nne, loul le monde, peupl · •l mais me jambe tt'frucnl à rimpcr \'O
grand., J, aluait .:me plai ir. Derrière .ou c caliers. , dieu, ,ou' êlc décidément l •
c;irro. était monlé un Ture &lt;1u le prince dt:rnièrcs que j'aie atlorêc~ au (toi ièmc. D
On a rel'utilli du prince de Li,me une foule
Potemkin lui a\·ait donné à l'a aat d'l,.maël,
el qui par celte rai~on porlail le nom de la de mot~, dont un ••raud nombre ne lui apparYüle. Lorsque le Turc mourul, le mar11uis de Lienn nt pa., cl on a ouLliJ le plu pi,cuant ,
qui 11'é1nienl connu que d · intimes.
Donnay lni fü l'iSpilaphe 'UÎl'3.llte :
Lor que, dan la. n1volution de Pay. -Bas.
l\cpo e en p~1s, 1,,m lmaël.
le
in.urgé lui eorn ·èrenL une députation
lu ras rlcurè l"r ton m1itre;

pour lui 1Tri1· fo romtnanJ,·nienl &lt;le ('t' quïl ·
appelaient l'armœ 111tion:1le , le prince tle
Ligne le remercia :ll'e • efiu ion, et en le
cong-é&lt;liant dil au député' : cc \'euillrz,
lcs~i ur , Iran ·mellre à vo commettanls
,ru je -ui incapable de me ré"oller en
hiver. »
L'Empercur f'raoroi~ f.ù.ail creu.cr an
canal, mai l'eau manquait; on répanJit le
bruiL c1u·un homme · · était noy,r.
- « Flalteur ! )1 'éai,1 le prinre d • Li.,.ne.
Lor~q11e le duc Albert d•
-1'e chien,
après avoir perdu la Latairle de Jemrnape
cl fait une maladie ttra\'e, re,·inl li VirnnP, il
d•manda au princ d' Li·me comment il 1
trouvai 11 (1 ~I I fui • li n ci .. n Il r ' rèpJ irrua
celui-ci, je YOUS trou l'e l'air pa sahlemenl
défait. t
COMTE

O iV.\ROFF.

Doc:tel.ll' CABANÈS

...,.

Les artifices de la toilette
.7i.mon Barbe ( t ,•ol . in- 12). e trouî.C IJ la
Les Romain auachaienl un pri:t extrême à
manière de parfum r la poud~e de C~yp~
l'éclat et it la netteté de la che,elare, c~ la
commil 11 ontpellier • Celle qu oo faLnqu~tl
c!"
ouiller par de la cendre ou. de la pous .1 re i, ~ontpelli r pa .ail, eu elTcl pour la merln conte qnc de reli.,ieu c , rcmplaçao~, était, pour eux le grand 1 •ne d ' deuil el leurc.
.
ornme la manife talion du plu profonJ dtun jour, ur leur tète , le cendre de~. p ·Au 1,"' el au
siècle, cc parfum était
opposer qu'ù n'auraient
nilence par de l· poudre blanche cl · ~ta.~l scspoir. 11 est
à fa mode .
pa.
emplo~·é
la
11oudre
dan uo bul de co- lr • ous
1
wonlrécs de la orle en puLlic , turent am 1,
llenri IY, la mode de la poudre 'lai 1
qut&gt;lterie 1 •
•
et comme : leur in u le. initiatrice d'un
J,ljà
i
répandue 11uc les femm de bas e
\'ou Yoilà, ,an Joui , peu ren c1nné sur
condiLion n'osant montrer leurs che" u dan
mode nou\clle '·
l'bi Loir, de la poudre à poudrer chez l_c
D'autre , toolraricur· de ll1 endt~, nou
l ur élal ~aturel, , le saupoudraient de )l ul'Oudraien~ persuader qu'originaire d'Italie, ancien cl ct•la faute de dorument préci . dre de boi pourri, 'l"'on trouve parm le
la poudre fut apportée en Franœ par un_e lleureu: mcnl nous ommcs mieux informés vieux ba timent . li
Lroupe de comJdien , el qu'au ne 'en erv:11l pour J •poques plu: rappro bée de la notre.
On cite encore d . filles de village 11ui, depa chez nons avant l'a1rncmeot d'Henri IV.
vançant leur iècle,
poudrai nt de farine,
A I&lt;' eotendrt&gt;, 110 a'ieux n'auraient connu
mai an entrain r la ville à leur e1cmple.
A la Cour de France, 13 poudre l'ail on
ni l' xi. lence ni l'u ngc de la poudre à pouC'e L sou le mècnc r gne qu'on a comapparition
ou le r~!!lle de barlcs VIII'; au
drer.
mencé 11 r~pandre ur les ch veu une poudre
P:1 plus le· Pères de l'Égli ~ l!Ue le r~- moin alon -nous lieu de le upro.er, rar cc parfumée qu'on appel:lit 9ri,~crie.
.
man ·icr-, qui onl parlé, ceu -c, a -e~ admi- roi avait déj:i un p~rîumeur eu Litre. . .
La poudre, en ce temp -là, n'é1;11t . ra.
u tcmp de ·rançoi \·•, on connaua1l la
ration, de la parure, ceux-là avec col •re, de
mise à ec sur le cheveux : on la fa1 31 l
la coriucllrrie de ft•mme., n'auraient fail poudr J • , iolelle et ln poudre de Chypr~, el tC!Dir au moJen d'un mélange· on imagine
pour le ~oins de l~ toi) lie, on ? 'èrrnrl &lt;le comLien de la,,ages il tallait pour rcmellr~ au
mention de la poudre.
a.100 mu.cal cl d un poudre dite d' fieu/'
Enfin. aprème argumenl, on n'en "' rrail
de
/'et•e, 11ui a,;ail !J réputnlion de raf1aichir net c têle3 empoi é .
point tra ·e dan le , ieux portrait , hie~ que
c!"
le peintre d'alor· r pr · enta eot IOllJOUr le teint.
Henri Ill fol proooulcm nl le pr1~mier à .e
le fomm • Lo:llcs qu'cll étaient roilfë,. 1 •
l.oui X(Il ne porta.il pa · &lt;li! poudr •, m:ilou Hir l.: · che1·eu. de poudre de üolctte
Outre que Cl' dernier argum ut n' •,l pa
gré
ou peut-èlrc à cause de chmruJ Lianes
· Cl le mi.,.r.ond'imiter au itût
p,:remploire, lei a· ·ertiun l]Ui prc:rèdcul oul 111 u,'lltéc
1·
0
•
4
11'il rnl de l,nnne heure.
l •ur maim•. • l'n Ynll'I, :ipnl en .es m3in
coulreJitc p:tr J'hi ·loir 1 •
_
l'Jpo4ue dl! Richelieu. le· gentil hom~cs
11 eH au moins uo Père de n.: ..li • qui a une boi ·Le plt?ine de poudre . emLlable ~ elle a,·aienl de portion de perruqu , ou corn. ,
fu.lminé contre la poudr . T •rtullien 'csl de C' 1iprc, aYec une "r sse houppe ~e . O)' , 1p1i c li :lient dan le clte_v ux ~our prolaquelle il plonge:til dan' celle bo1 'te en
élevé a,·ec '"ebém nœ conlre Jt,,. chreti one
duire J ,, d1ules plu fourme , et il fut un
.au poudrait la têle Jo patient 1 • Il
i1ui ne craigoaienl pas de se char_ cr de per}e
l.a powfre tle Clry111·e ét~l un y1rfum_ l'orL moment ùÙ on ~ mit à poudrrr ces bu
el de liijou de se mettre du notr pour faire
l'Ue\"U' avec d la fine fleur de farine; mai
paraitre 1 · l'C'Ul plu grand , d' ·e poudrer rechrrcbé. Elle se compo ail, ui1-anl l\t, hr- 1 pourpoinls el le m,mleaux 'en trouvèles cliet•eu.c tle sn{ran, afin dé r - mlikr let, de racine dïri , de civelle cl de mus • renL i mal; il plut tant de Lr l\rds contre
La recette exacte de cette poudre nou. e L,
au 611 des G:iul et de la ,ermanie.
au
urplu·. donnét! par le par(11meur F,·a,1- le meu11iers el le enfm·ine', que ln mode
C'e t un faiL bien connu 11ue l dame ro&lt;'0is, qui enseigne toutes les .wm~ière · de. ne tint pa . Plu lard on devait. e ~ontrerplu
maine5 se poudraieol I cheveux. On cite,
préc.1uliooncu, : quand on e remit à poudrer
l' ppui, les reproches que leur adrc sait Caton tirer cle odeurs de /le1m el a faire toute· Il' perruques, pour que l'~hi~ n'en fùl pa
dfl e rendre la Lèle rutilante « à l'aide d'un sorte· de Par{ums.
ali, on p&lt; u.dra également I habit.
Dans ce curieu traité, publié en 169::i par
mélanrre puhérulent. »
La poudre à poud rer.

"e

11

...,.

1

c·

1.
L I d1roni,J1teur L'E toile qui • rapporli le
rail dans son curie~ j?ur!1al. Un y • r■ it M!~,· ol
allusion, mai:, ~n JIIDILS citer le lexie que •01c1 :
• I.e mcrucdi Il de ce moi
li.écembrc t~Oj),
Cvmrnolct pr ha le religieu es que le gentil lio!DDI s proumcuoi ul par d 0111 h:s br tuu le
jnuN à l'ar~. Como&gt;P i 11 ,érilé ~n ne •o. ail aut~e
cho. a Paru cl partout que ~nhl,bommcs cl rehgierucs 1CCOOplé•, qui e r,,_ icnL. l'1m11~ . cl se
li, h&lt;lil!llt le mor,-nu, portant leJ dtl rcl1gtcll§C.S,
sou:i Le ,·oile qui ulemenl Ica rfülinguoit, n•i ha•
l1ils d f•~ n clo ctJutlÏJaones, cdanl far,lée , mus-

qué et ponldrh·•• au. i vilaine et dêbordc
n
parolr wmme en tout le r • l •. •
'!,t'1:L11.tt:TD C
R · ,l'.a1ueriraâ1111 cw·i.-ur,t.11.
:;_ B •ai 11ir I.e
L. li. l'aris, 111:!-i.
i. 1,11· 1orien Jiisi-phe npporte que lor&lt;T111e le mi
Lomon rlail eu grande Ct'r · mome, iJ était 1UXOml'&amp;gné de •(Ulln cCJII. jeunes g Il de ramil_l _s ooli_lc.'
ilont les cheveu,:, semc- de pouJni 1hr, clrncelllelll
au olcil.

,,,,.J~,.

j_ Toilrlle d',mc Romm'11r a11 /t'mp, d'A11g11 le,
par le D• C. J ,~,~.
6. La pondre de ri:i êl11l J~ji rer:ommand~, ,dè lé
1,.. •ièd,•, par liu, li. Chauhac cl le laie rsl cite var
Porta, vers I ■ lin du H i'de, cumme d'ou 11 ~c
couranl. (Cf. fferut tlr~ Dctu-.1Io11drs, 15 mar 100•• )
li l!!ll A pré uult'r que le
uvera.iu f11.isaient usage
ile la pnuJrc dùs cette •poqut&gt;, car_ ~n lroll\,~ ,lans
l'lnt-e,lloirr ,le Chal'IN f, au ltv• ;1cele:

, \pc lioislc. d'or a ra,;ou de poiré pour me lr
110uldrc, au-de •us est ung pclil 1,. ?U Iruitelet.
a l'ne boi1le de cri lai ::aroyc d ugcol, dorcc d
grentléc, i 11'1lJS pin de lrD}S ly?fi~ cl lroys oiscaul,,
d,· u I • cou,erclc. • J11rr11tn1r~ de Uiarie.i 1,
13 O: c:i ,lans cl'lw ,le lhrguerili&gt; d'A.1.1lrid1c:
c rnc l,oîl ,l'ar ut 10111&lt;. blandw, gowlcr11nuée
a,.-l. 5a com rl eu llll1uelle, •C IDCI la p&lt;J~t,lre CO!·
aille qu Maclamr. preu,I i I J ru• de . , d111ue _,.uc)
l
upp;,l, • l111·Y11t. tl~ .'1111r911entr ,d ,l11tn(hr,
l5'H.
Dltll lel&gt; 1lo:u1 ca. 1•redtès, on peul ,c dcm~nder
..., 111 ,..

◄

110 ►

'il ne ,• 1:it pa3 plutol d'wae poudrt r · ·onforlaulc
que d poudre i pouilrer.
.
1. Drsrriptirm dt' r/,lc de• {Jumop~l'ix/1I , . .
. li. Huard a rele,·è, dan I J11te11ta1rc du pn'!c,:
rlr_ Cm1dr 1158 ) : , une pl'tite lioi•lc aie rrrr~, pleine
,I • pvulJr•• de Chippre. - /le111. qualre pchl. "'
,111 Ierre •n lroi, dcsquel il )' a de la puulrlrc ,le
thippre. èlc. •
. .
t))
llan I fove11lt&lt;Îrr de Catherine d Jléd,cr&amp; 1 •
li~rcnl : • deu pèlih: rtse' d • ,·rrre peint, de llonlpcllier, • \tPls il y • de la ~uldtc.,
• .
ll f:tUl croi~ qu'au XVII' ,!ilècle ecttc poudre, wt!
i uut~c, 1n1l CC-- de plaire; car, dan une toméd1e
J: Upnc·ur1, l'Eté du rnq11rll1'A 1,1600, nnu: voyons
un abbé giilant t'hn i: p,rce qu'il ~ur 1111 de c,•
1,arf11111 (t:f. J)idi11niwire de f.~me11hle11m,1, par

11. Ibn u, t. l,

r•

OJ.

,

•

,

1

,\nJ:"éliquc s'adre , en ces t_ermc , ~ 1aboo P&lt;1u;,rc
- c Elui,..nu-,ou tle m,11, mOllil ur, \'OUS an•z
11 ~ odeur,. · El le fi lil alibê de r \pomlre : - • Co
n'csl que rJ • la p&lt;1u1ln· de Ch31,re, ma,lame- •

�111ST0]{1.lf - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Il e t plu ieurs fois question de la poudre
dans I.e ~fémoires du 1"1.\!!lle de Louis XIII.
Toutcfoi la mode ne priL quel1rue consHance
que sou lti règne d'.A.nne d'. uLriche. Parmi
ceux qui la lancèrenl oo cile . nrtoul le marqui. de Jauzey, un des nombreux amis de 1 inon.
Le journal de DubuissonAubernay aou · le montre-, se
pré entant au Pabi -Roial,
le 26 décembre 16,Ul, a peign t, potulré el ,·êln ~ l'avan-

tage. u
ne Lampe, san date, qui
parait e rapporter aux environ de 16~0, d'après le co Lume des personn:ige , esl
comme l'illustralion d'une
mode donL on .se moquai!, mai
qui a,,:iiL cours tout de même:
nu milieu d'une foule de peuple qui les raille, dP.ux courLians, a i el en elopp • de
pei noir , ~ont « accommodé
à la farine &amp;, l'un par Jodelel
(qui jouait le rôle de notre
Pierrol moderne), l'autre par
un meunier 1 •
Louis XI ne favorisa guère
cet en ouement : tout ce qui
lui rappelait qu'il prenait de
l'âge lui était odieux et le frima. artificiel ressemblait trop
à l'image de la ,,ieilless pour
qu'il comenlit à 'en parer.
A peine l'n supporta-t-il uo
léger nuage, ur la fin de a
vie.
« Le plu grand des mon:irquc qui aientjamai élé .sude
trône, li ons..:nous dans an livre
contemporain du Grand noi,
s'est plu à voir ou1•ent le
ieur Martial (un parlumeur
connu de ce temp ) composer
dao on cabinet le odeur qu'il portait sur
a acrée personne. ~
A celte même époque la maréchale d'Aumool e diverli ait à faire elle-même o poudre à poudrer ! d'où le nom de poudl't à la
maréchale, qui lui L resté.
Uo œil de poudre blonde relevait parfoi
le perruques des jeunes courtisans el, comme
le dil carron,
llainl poudru 4lllÎ n'a I

d'argctll

se donnait de airs de cour el de conquètc,
L L"!!stampe porte poUI' litre :
l:,11f11rin.1,.

Pins b . sur
di:1.4.t:henl ·

llllC

u:I.Jlderole, c

Ce

Copi/aine der

lroi,, quatrain·

,0~&amp;1.tT

Je ,-Qlls rt!ndni si blanc que tou le.s Pourtisan~,
Voy al ur ,·otre 1:h,·I' l:llll rfo (arÎ.lli: épunc,

Au li!!U de l'Gll&gt; IIOllllll r la lleur de courtisans,
Vous prenJro1Jt comme moi pour nlel de J. luce.
UI llll.c;,&lt;!Dl

\'oos en ■unlz, muguet, el Je la plu suhtilc.
l.cs enfouis, mu voyaul, riront comme ,les fou~.

se

onr la poudre était. portée surtout par les pe- des personnes de condition; œ n"était ~ncnl'l:
liLs-maiLre à hon11e fortune.
qu'un usage accidentel et de caprice. C'es1
La. [ureur de dé•ruiser la couleur de s seulement sou le règne u.ivanl qu'il devinl
cherelll introduisit par degré cet 1uae, et général.
, ers la fin du rème de Loui XJ \", le duc ~c
n On y avait longtemp· l'l!pogné comme à
l"émétiquc di_t le sexagénai1·e
Arnaud dans se
oui•enfrs:
on ayail repous é r.rlle invention frivole avec autant d'opiuiâlrelé que si c'eùl été une
déeou,·erle utile.» Et ilajoule:
11 Quoique Loni XIV ne l',aiL
pa adoptée dan · a vieille. e,
j' gagerais que l'adoption de
Ct!ltc mode qui blanchi saiL
tonte I lèt, fut 1avofrée
par plu d'un ci-dcvanl jeune
homme'. » Cela es Lpos ·ihle (Il
cependanl le uccè n'en Iut
a uré que mus la Rég,ence,
par l'exemple Ju jeune 1.&lt;'ron. :i qui donnait alor le Lon ;,
La chronique rapporte l{Ue
le duc de Fronsac, le f ulur
maréchal Je nicbeli~u, tout
jeune encore, et déjà le point
de mire dt! Loule le beautés
de la cour, parut à l'Opéra
clan · un co Lume de pin l'il'ganl , el le" chc,·eu, entièrement poudr' • Ccla uriil pour
remellre la poudre à. la mode.
n Lrailé de civilité da xvme
:iècle' pre cril de ne jamais
(1 orlir du logis qn'aprèsa,·oir
peigné el arrange proprement
e chereux. OuJ' peul mettre
de la pommade et de la poudre
en Ire· pttite quantité. »
Le 21 eplembre LHO, un
arrèL du Parlement de Paridéi1mdil aux amidonniers de
fabriquer de l'amidon, tant
LA TOILE.T'IE D'r:N CLERC DE PROCUREUR.
était grande Ja di elle de céD'.JfY~S l'eslamft .te ARLE. \"i,JUŒT.
réales.
Comme fa po11cfre â J)Otlcfrer e faisait avec de 'amillourgogne, l'au Lère élère de Fénelon e don, elle oe mlait a,·anL l'augmentation du
mettait de la poudre.
prix du blé el de la farine, que 5 sous la
li ne; elle augment.a alors j u qu'à
sous ;
lme de 1\•igné, décrivant I de visu, nou
fail a i Ler à l'amu anL pectacle de la toi- mai aussitôt que l'arrê-L qui faisait déf11nsc
lette de la du be se de Bourbon. li lie se de fabriquer de l'amidon eut été publié, en
rrise et se poudre elle-même, écrit-elle à sn deux jour:1 de lc.mp la poudre monta à ~4
fille, elle man"c en même temps ; les mesmes sous la füre.
doirrl, tiennent allernalilement la houppe &lt;!t
Cc fut pre que une révolution dan le
le pain au pot; elle mange sa poudre el grai· e monde des marqui es et de petits-maitres.
~e cheveux; le loul en cm.Lie fait un fort bon
déjeuner el une ch rmanle coëffure .... »
Jusqu'alors la poudre élail re tée l'apanage
Le femme n'a\'ai.ent pas - le croiraiton 1 - adopté la mode de e poudrer avec
El je mi; OS•llf.:; que, par loul.u la ville,
aulanl d'entJ10usia me que les hommes.
Chacun nous !tisse.ra pour eollfir après \'Qu-:;.
La première Lêle poudrée qui apparait don
n.A1TTtl 1&gt;, 5 n;ncs
l'hl ·toire e t celle de Mlle Cécile de Llsori ,
Que 111 ser11s bluté, be.au mira.de d'~mour !
Polll' mhellir ta hur., il faul lant de f1111ne
en 1704.
Qn"■vec juste rnt!IOD l'on doîl crnurdre qtL'un jonr
Ce ·ne fut que beaucoup plus lard que la
_ Î J fèle dan Paris ne cau..e la fmninc.
mode s'en répand.il. Lady Monlague, vi.sitanl
2. Lt!ttrea, L. 11. p. 375.
3 Caiuerit1 ,1'1111 curieur, par F t.lllLLllr na Co~- la France \'ers la fin du xvmc siècle, écrit de
uu:s, l. Il.
4. Règlu dt la Me111f.011u el 1/e ltt civiliU cl1ri- rem.me dµ gr~d monde, que &lt;t leurs çhe.veu.x rc semblenl à. dt! la laine blanche, cl
/ ie1111t:, (Ill' n~ LA .ALU..
0

...,

Les
a1·el\ lenr vi a·,e couJcur de feu, elllJ!; n'ont
pas mème figur• lmruainc , ou les prendrait
pour de~ mouton ééan:L: . »
L'nrmœ fut a ervie à l, mode de la poudr", lnuL comme le:. femme du monde: nos
oI6cicr' cl même no ,aidai portaient la
per rnqu poudrée.
lln poudrail l s ·he\'eux de oldat (1 a la
colle ou à l'eau. 11 L'annlao-e de cc ml'thoJ~ . dLenl les aul ur d'in lructîon conecrnau I le· 1roopc , e. l a qu'un régimenl,
faisant Je. e erci e pt'miLles par un Len1p:
chaud, 1 moins tlélaLré d:1n!- .::i fri. urè que
'il élttit pou&lt;lr 1 tout uniment'· »
Le:. dra~ons devaient a,oir da11S leur bci;ace un ~ac
poudre. une houppe et dl's
peign , an compter l fer à fri er.
Le mini lre d1~ la guerre MonleynarJ eut
Leau défendre I' usag • de la cofü•, comme
t.langcreux pour la. aulé et à incompatible
nec l"allenlion que le ~olùat doit a\'OÎr de e
peigner ». il ne réu it p:u plu que le mar11n.i de Boutller en portanl
clreveu
courts, et le comte de aint-Germain, en dérrût..rnt la uppre ion &lt;le la perruque poudrée,
fair• di paraitrl' la manie du pou-

dra,.,e.

-n,

'ou Loni
le bonlil1uc , où le plus
grand nom.bru allaient e faire poudr , r semblaient à l'intérieur des moulin
et
comme le indu Lnels qui distribuaient i
génfoiusemenl la farine l, leur pralique en
pren:i.ient leur bonne part pour eu -mêmes,
ils ju ti1ièrent le nom de merlans qw leur
fut doonP par le peuple. lJan l'ei:ercice de
leur fonction, ils re~ emblaient elfectiremenl
à de merlan- qu'on va mettre à 1.a pœle•.
Des Yilles, Ja poudre pas a dans les vilbne. ,_ ln poète s'en plaint amèrement dans
une t!rrlogue qui fol mentionntie honorablement par L\cadémif' française :
lie II jou un éta~•. on pl~ es hc,·eu ,
l11r lu ciel d,· linl'l i de. m,•illeur5 11 " ;
l 11~ pous.,ière 11lil.e affailil 1 ,•isag-s:
Cumme de oos hr ins I va11ité
rit!
La f1r111c vou pou•I re cl le. son vou,. nourrit.

A la veille de la Révolution, on faisnit une
consommation prodi 11 ieu e de po~drc et de
farine pour la toiJelle. A\'ee la poudre cmploiée dans un jour, on eûl, dit un écrivain
de !\:poque cc nourri dix. mille iofortunü,, »
Il n'eût pa ~lé bien porté, pour une jeuJle
fille, de paraiLre dan le monde san poudr,•.
A. cet effet, elle mettait le ~OU' un bonneL de
lall'et1.s blanc, qui pro té eait el conservait la
poudre des cheveux. Quand celle-&lt;:i êta.il tombée, le coilleur rccommençail l'naammodage;
la 1Uette tenait ur son visage un g.rand cornet de carlon pour n' tre pas aveuolée, et
l'opérateur. Frion. llagé Lars neur 011 l,cgro , saupoudrait la tête d'un nuage blanc
dont il t11ail bieotùL tout couverl lui-même.
u Que Je femmes, écrit 'éba tien I r-

besoin~. »

n.
. ervait, en i;é.néral, de &lt;1 farine de
froment bien s.i sée » mais on ophi ti11uait
Mj la poudre a1·ec de l'amidon, de la craie
ou du sulrale de chaux.
,1 'ur la fin du bi~clc pa.s"é, - c'est du
n11' si~cle dont entend parler )lercier, - il
n' avait qne les comédiens qui s'en serraient
110ur parailre sur le théalre. Il avaienl soin
de se peigner et de c dépoudrer 11uand le
pectade était ôni. Actuelhlmenl Ioule le
tête ont poudri!e ; on pommade déjà celle
des che,·au ; leur loil lie e ·l aussi longue
&lt;1ue œlle d'une peûle-maître se; l je ne
~erais pas étonné d' l s voir hientùl poudré :
on propo~e bien de- prix, on fait de lielle.
décom-erl , mais on ne 'est p:i encor occupé de moien de faire de la poudre pollr
l s chevelU an y employer de farine. 11

.....
Peu a.ant la RJ,·olution, les hommes porLnient leur che,·enx tressés, houcl · , mis eo
queue ou nall 1 i1 la f&gt;an11rge, el orchargés
de poudre et de pommade.
C'était, du reste, 11 qui .e poudrera.il le
plu : le moindre clerc de proCllreur, le dom tique , le cuisiniers, les marmitons étag aient leur· h ude. , dre.:,saienl en pyramide
leur toupet poudré, œ qui fai ail dire i1 un
:mteur du temps. approuvant pleinement la
nouvelle mode : « r:usa.gc de la poudre dan
la cbm·elur t.i ni aulant la bic-nséancc qu'à

17

,,,wr

L \, /,a ri~ mil,lttirr
l"1111cm, rt'rJiml', p~r
A. llinu.11, 1. ,. p. ttl~ el ~V-~- le J&gt;ur{rmwur (rn111:qù1, (Am Ier 1am, s. ,l.,
m~s ~aru ,ellt l

tl.J

.

,,. '. La.::"' rio_-afe da11• COf!Cltm,, F, ri.nrt, par
\ . lhnr.ur, - êd1l1on, 11, 31-R (111\enlure J un mn-

dum,I).
.., J IJ w-

CÏ"r. l'inimilalile peintre di mœus parijennes, coru.ommenl à colorer J'édifice de
lenr~ chewo,, .\ brill:lnter leur Leinl, a donner .à leur, mains lout l'éclat de la. blanch"nr,
con ommcnt, dis-je, à. orner leur corps um.1
mati \re propre 11 le· nourrir, c•e,t une de
ces erreur- do Ja1e &lt;1u·on né peul guère détruire, parce que le luxe lui-même, hélas,
est de,enu i puLsanl ,1uïl e t presque un

~- 1:0l1sl'rn1/1m,- ,Je

t•n, i1r

I\'. - l:ltllTOka. - F:toc. ,-.

ri

J,1 "'!/''1J11,,-

1111

Roirr.

A t&gt;Ol'llR:E llE TOII.F:TIE.

n;

IVOIRE

lH'm• 1œu:).
la co.m.modit~, el il a élé reaardé comme de
Mb11.u1rt • hisloriq"e' et poiiliq11r, , !)llr '""''"·
5. Cab~11et det Jodt,, .Pj,Lemhre 1'19:l.
Il. Plusururs ,;ecllom fie proposent de fnire une Jlt'IÎlioo o. la Con• 11Liou oaliooal.i, uot3mm.c11l ~Ile de I•
~ nlagoe, Len laril il obwnir ,.l'elle:
Jl•Qut lespli1imende I'aris o,. JJUÏ "4!111 plus raire
de piteau oil il empb,ienL he111,~•u11 tlo heurre ~l
.l"u•urs tanl qui' ,lurerA l:i n:ret';

Jl'1?,T1F1 ES DE LJl T011ETTE ----.

p1•e1111itre 111:ct' .. itf chez ton

les peupl polie.: . i&gt;
En li!)-:'!, peu ou poinl de poudre, tel e l
le mot d'ordre. a La will'ure la plu Fraiche
el Je meilleur goùl, imenl.ée par de · femme
d':ibord el qui vient d'être adoptée par nos
joli · homme , e l formée par de boucles
111a1·r011 ,iife • toutes érrale ; poiul tic poudr,,
sur le che\'C'll l ". »
'était un symptrjme.
:Bientôt UJ1 c.ri de r~prohation 'el.ève crmtrt'
la poudre. N'c l-il pas ab.or1le, odieux m~me,
qu 'u1w partie de l'alimenlalion du peuple
aille se p rdrc sur l:i lèle des hommes et de
femmes, sans profil pour la beauté et au préjudice d~ la propreté?
Le district de aint-Eu tache renonce en
ma. e à ce olhique usage. Bris ot, le publici te populaire, non seuJemenl cci; e de o
faire poudrer, mais cucore abat ses che~·eox.
pour res eml)lcr aux ancienne Lêtés ronde
de la f\6rolution d'Angleterre.
De jeW1e gen d'opinion avancée commencent à · parer de leur chevelure. ~an r
rien inellre pour en modifier la couleur·
d'autres e conlentenl de la pn111lr111·e à (rima&gt;', quj ne dépo e ur la Lête qu'une couche de Liane transparente.
Les parti~an de l'ancien ré.,.ime tiennent
pour la perruque à calo an poudrée; c'esl
leur si 0 ne distinctif.
Cependant il en e t 11ui, an;; avoir das
opinion alâcbcles, la portent en souvenir de
la tradition : Lcls le gardes nationaux, lout
fier de r emblcr aux soldats Je l'ancienne
armée.
Parmi les révolutionnaires &lt;ln marque, il
n'r a u&lt;'ire que f\obe.spierre qui ne craint
pas de e montrer à ses coUègues fraichement poudré, en cravate blanche, frac et eulou.e de la dernière coupe.
Qui e douterait qu'après la ·bute du dictateur il y eut encore nombre de coa ommalenrs de poudr~? n rapporl de police de
l 711i G l des plu. concluant à cel 'uard.
A dater de ce moment, la poudré dispar.iit
1t peu près complètemeol.
On la -oit reparaitre un moment pendanl
l'expédiLion d'Égypte, au cour de laquelle
le Yéléran se mirent à reporter la queue
et les cadcnelle , comme sou le rèroe de
o
Lom. . "f, l'egèrement poudrées.
~onaparte pendant la campaime &lt;l'Italie,
av:nt eu la qneue l les cadenette accommodée d'un œil de poudre, mnis il en avait
fait bientôt le sacrifice et s'était fait gloire,
seul de tous les généraux, d'avpir le cr.îae
tondu.
Ce trait de physionomie, qui Je di Linguait
cot~e ton' A compagnons d'armes, marquait on désir de n'être plus qu'un soldat à
la retraite, oucielll désormais de con.."tlcrer
es loisirs à l'étude des science .
2 Lt'S parf~meuNa ~mploif'ql hi!1114'nu11 Il~ pommei
de lem! pour fa!rc de la poudre i poudrer, il seroil lrès
• propo · de f1ure ce . er ce com1neroo · il eroit hou
1Jut le Comitu de salut rruliliquc (rie s'~ccupe ile rc,
obJets, _el Lie pr 1verur le! d ,irs de tous les citoyens
■ Cl! SUJeL !I Cil 'tl. •rueiati011 Je
jtlor ,fo la. dé,
cade 1•AA-.!11.111c. • llatrB" , l'11ri1 fll 1j{l.{ ,d 17!!5

~o.

Plun,

ètlÎ!i!U1·).

•

�fflST0~1.Jl

--------=-------------------

JI c t possible au si que l'idée d'une res.emhlance avec Titus ail éveillé dan l'âme
de Bonaparte de pre~senlimenls flatteur
pour son ambition. Ponr tp1j connaîl son
e. prit upcr. litieu.x 1, l'h)POLh e n'a rien
d'im•raLem1,lahle.

+
A l'heure acluellc, après des ·clip e· pa arrères la poudre a repris Lou! on empire.
Les lati Lici('n ont renoncé à énl □&lt;'r la
quaalilé qui 'en coa.omme : c'e l par quintau , c'esl par totme qu'il faudrait compter.
Dien qu'on appelle communément la poudre
à poudrer, 11ourfre dr. riz, c'e L encore le riz
qui entre pour ln plu · îailile part, quand elle
rn conLienl, dan · a campo itjon.
Ce poudre. ont gén raie.ment pour ha e
de fécul exll'llite du froment, des p-0mme
111' lerr , de différentes amandes, mêlées en
pl'oportion plus ou moins graa_de a \lt'C du
Laie en poudre ou stéalltè (pierre de sa on)
de la ma1,mé ie (. ilica le de magnésie) de 1a
craie de Briançon, de l'o,yde de bi muth, de
1'011d de zin('., etc. 1 •
On ub tilue auvent la pondre d'amidon
il la fécule de riz : la fleur d'amidon a, en
effet, un brillant plu prononcé et plus vi[
que la poudre de riz. Elle donne à di tance
certain re~cts azurés, fort agréables à l'œil
que ne produit pas la poudre de riz; enlin
cite adhère mieux à la peau.
On ajoute parfois du ous-nilrate de hi muth et de l'oiyde de zinr. à l'amidon· ces
deux o.neol métalliqu pré enlenl l'avantage
1.
arré

cr.
~11;1:

dnn noire Cabinet ur,·tl, fo chapitre conupt'rMif /0111 dt .Yllpnlt'o11.

d'être Ir~. blwcs, opaque et n. tTingenl.s.
n parfume le mélange avec de la poudre
d'irL, qui a une senteur lr~ fino et très
délicate, rappelant celle de la -rioleue. mais
nllénnée.
L hi. math a le gra.Ye incon'iénient de
communiquer à la peau une teinte noire,
pour peu qu'il , ail dans l"almo~phère ambiante d émana.lions ~ulfnreu,e.. C'e t
pourquoi on doit e 0 -ardcr d'aller prendre
un bain sulfureux. le visane com·crt d'une
poudre donl on ignor ln composition.

+
il rail souhaitable que chacun préparal
lui-même sn pondre· on évi1er:1it au moins
de la sorte qu'dle i-oit adult~rée el le ca
esl loin d'être rare.
Comhicn de poudres qui contiennent de la
céru.e. la4uelle donne beaucoup de hrillmt,
mai. po e au salurni me; de l'alhûtre, ingrédient inoffen if pcul~tre, mai beaucoup
plu · p ant que la farine de riz 011 d'amidon,
ce qw onstilue une tromperie Ill' la qualité
et la quantité tout à la foi l
a ,hoir un teint d'alliâlre o n'e t pa ' ,
comme on le mit, une expression pure.ment
métaphorique.
L'alMtre a le défaot d'être imperméable,
Landi que la poudre d'amidon ou de riz e t
une sub tance éminemment poreuse et, par
suite, absorbe l'humidité de la peaa.
Une poudre à ba e végétale est, au dire de
notre conCrhe tonin, fort expert en la maLi~re, précieuse pour prot.éger Ja peau contre
les températures extrêmes et conlre le varia'.!. 1'11 •i:, llialoi,-,. dt, parf11mi.

lion bru que. da thermomètre, tr ut.il•
pour calmer le 11\,n-èr irritation et refoul •r
le efOor scence du tégument eileme; indispen able dan le arnnde réunions nocturn '
(soirées, bàls, t.b 'àtre ) , où le ~a e, la
gorge et le épaule de invités sonl plongés
chas une atmosphère ardente el viciée éminemment .oui ible au teint.
n ne devrait cmploy r mêm I poudre
d'iris qu'en minimes proportion$, cnr ellr r 1
lrè irritante pour la peau.
Les poudres de tiuée, au ,,i agi· ne doiveot
pa , tl'a.illeurs, i1re trop parfum~e) , inon,
ell eau ent de maux de tête et d . accidents nermu, surlont quand elle onl nddîtionnPt?S d'une de ces e enœ artificielle
qui, rtvec I progrès de la chimi , tendent à
se sub 1itoc1· de jour en jour aux produit
tir · de fleurs naturelles.
Â ·ez soin, Je dames, d'étendre ln poudre
de riz sur le visa"e a,•ec une patte de lihr •
pr.;parée el emmanchée à cet elîeL
On recommandait autrefoi de e enir
de la patte d'une ha.e (femelle du lièue) et
plus pécialemenl de la patte de de,·:mt; c'est
une tradition qui remonte loin, pui que Pline
a urait déjà que la chair de lihre embellil
lllS femmes.
•'e croyait-on pa , du re te, au temp jadi ,
que •i une Iemroe ab or bail, à certains jours,
neuf... crotte de lièvres, sa gorge con erverait loujonr la même fermeté 7
Le remède ,·ous emble quelque peu r~punant, et pourtant quel rnaJ'Lyrè ne con entiraieol à ubir beaucoup de coqnell d oolr
conoaissance, pour paraître ou pour rester
b li !. ..
DocTEUR

Un rendez-1Jous
La mai. oa de 31. de La Reyni 're conlinue
d'être l'auberge la plu di tin uée de aen.
de qualité.
31.le cbe\'alier de .... avait dé,iré d'y ètre
reçu i il engage quelquP.S femm de
amie.
à demander au maître de la maison la p rmü ion de lui ~l.re présenté. elui-ci commènœ par refuser fort èchemenl, c'est on
usage· on in iste, il 'ou tine. « Non. ze ne
veu pas, 1 zevalicr de .... fait des épi!!l'amm t des zan on ; z'en fai bien aussi,
mais elle ne ont pa pi11uant.e,s. Ze ne \'CUI

pas ....

~

Le lendemain il reçoit un billet de li. d
1' ... ,,,w lui demande un reudez-vous d'un

manière asse;: imple à Ta ,·érité, mai trop
pressante pour ne pas l'intri!!Uer beaucoup.
« urait-on eu l'iodi.crétion de lui rapp rter
ce que z'ai dit hier? » [l se con.olte tl\'ec es
ami . L"a!Taire esl délicate; on décide qu 'il
s.t impo sible de refu er le reodez-,,ou ;
mais, pour ras urer noire amphitryon, on
lui promet de ne pa l"abandonner dao nne
circonstance j emL3rra" ante. L'heure est
donnée, el ~I. de la Reynière a rrrand oio Clil
se faire- entourer de e meilleur amis. Il t
dan' J'atlcnlc la plu pénible, lorSC[UÏl voit
•ntrer dan ,a cour une chai e de po te a,ec
beaucoup de bru.il el de f raca ; c'e,L le chevalier qui en orl qui arrive dans le salon.
tout poudreux, en trac n-ris le beveux défait • un grand chapeau à la main, one énorme
brelle au cùté; cet pect n'était pa propre à
ra urer. fi 'approch d .~. de L..&lt;t lleyoi~re,
devenu plas pàle que la mort : « fou ieur,
f'al'àis demandé à ,·ou parler en particulier;

CABA Ë

je ne m'atleodai pa à trouver ici ce ru ieu rs; voulez-vous bien que nous pas ion
dan votre cabinet?... » L cruel moment!
on c.ède, et c'e t l'excè même du trouble
qui fait faire œ dernier effort de coura~e.
Entré dans le caLiuel les porte bien fermées, li. le chevalier de ... . tire ... a.n grand
papier de sa poche, et lm dit: 11 foosieur,
c'est le mémoire d'un homme pour qui je
m'intére se infiniment; il oUidte un emploi
au bure.au de postes; on ,orl dépend de
rous .. .. » l\a,·i d'en êrre quille à i bon
marché, Al. de La lleynière l'ti. sure que,
quelque faible que soit on crédit. il n
né ligera rien po1.II' faire réussir l' ailhl.re :
6 le · ze,':lux ont mi_, ze cour m'en occuper. »
.Aio i finit elle aclioD i chaude. e1 la
m illeure chanson n'e1il pa couru plu
promptement el la vilJe el la cour que cette
eruclk facéti .
URI \L\I.

L'Exode des Girondins
I\'
Je mè rele,·ai: à peine, r1u · J'autr s id6e
foi aient bouillonner mon .an ; je les écou.
taï ,•l!ntretenanl ensemhfo i;ur lrs mo1en.
Ile re an-ner leur grotte: e mn tête Lramillail
uu projet d Loule autre e~pèce. foi, me cacher ncorl' d vanl des étre au i vil ?
riompber d'eu ou mourir, plu de milieu!
Cependant nou 3che\:ion - le qn3rt de lieue
11u'il J amit à faire pour re"'a mu- la grande
roule. \rrh·é l~ je leur dis :
- Me amis, comment fcrez..,·ous pour re''a. Der ,otre ~ri te retraite ~vant I jour ? J
SUIS désespére de vou
la.1 er dan celte
peine, mai je n',, pu· rien, et qu,mt à moi
mon parti esl pri . Je 1·ous l'ai dit cent foi :
j • pen e qu'il y a de extrémité au delà desquelles on ne doit pa trainer la Yie. Cent foi
i •YO~ ai pré,enu que quand j'en crai à
ce poml. de dét.re e e:xlr~me où je croi. qu'un
brave homme p •ut finir, au lieu de me lirer
un coup de pi tolet. je me m lirai ur la
~ou~e d~ Pa~i .. lil.lc il parier contre un que
JC n arrrœrm pas, Je le ai ; mni mon de\'Oir e tdele tenter. Ce n' L qu';iio i qu'il
m'e l permi. de me don_ner la mo:rl · ma famille, de. am· de ,ingl ans, ont encore ur
~oi cet e~pire. Yous avez surtout quelle
lemme m attend! Il fonl rp.ie m ami sat·?e.nl 11u'a.bandonné du monde entier, j leur
ai don~é c _t.émoigu3,,e d'estime d oe pa
dés perer d eu\ el de lenlcr un dernier
effort pour m'aller reposer dan leur hra .
li :rnt_9ue _ma L()doi ka \'oie Lien •1u'en lomliant, J a,•a1 encore le , isa , tourné \e elle•
~1.u : i, au ton traire., à lr:i.rcr mille ha ard~:
J ~rrive,. G~-.ade~, dis à te t1che ami que
de orma1 JI! sm on ù.reté, parce qu 11 r te
•·ncore ur la terre quelque amj fidèle et
Llévooés.
U m retiennent. il me con. eillcnt il
me prient· je ne les l-:Coule .eule.menl ~ris.
A l.a b.11e, je me dépouille de tout ce qui
pourrail me t;êner dan ma lon!?1.le route.
Des Las, des mouchoir~. un bahit re Lent
~1r le c~e~in j j
rde nrn. r1.-dingote nallon3le: JC. Jett~ sur me c~e tu: une p tile
perruque pcoh1le, arec . om nardé e11 r'
sen--e, •I qui me dé.,ui e a·sei bien. Je pre ,e
Guad~t ~l, all~ sur mon cœur, j"ouvr&gt; mon
por le~e, .et Je parlaire &lt;1uelque a innats
avec c hn-&lt;:1, plu, ~:iu re qu~ moi; fembra e ~ncore une ,fo• me ~mtS. et je par·.
Jama1 Je ue m él:ns enll une résolution
plu forte, un courage plu e alté. A quel'fUCS _pa. cependant je ni'arrèle, je tourne la
t le. J Jl'llc un regard inquir-t . ur l gen

de hieo 'Ille je quitte. Eu au.si s'élaicnl r lourn :_ , eux au i me rcn-ardnient, et landi
qu je tremLJais pour ctu, il tr mhlaie.nl
pour moi. J11 les vois prèts lt 'rlancer pour
•~e retrnir encore; je leur Fais un dernier
.1gne de ]o main, je r prend mou chemin.
je m'éloigne; je plonfre • ur celle immense
route de Paris un r11gnrd d'espérance. mêlée
de quelque étonn •men 1.
. Je par ; vous aJJez jouir d'nn .pectacle
digne de quelque attention; 'Vous allc:r: contempler un homme, un homme u.l aux
pri
avec la Iorrune, el d vant un mond
d'eDnemi . Non, je me trompe, je n'étais pas
eul, fa haine des Lyran , le mépris des
e claves, le rnépri de la morl marchaient
awr moi ....
Mont-Pont, cbef-licu de di Lricl à. deux
lieue de là, était un pa sa,n-e dang~reu.x; la
prudence conseillait de le franchir avaot le
iour. Cepend:mt mes membres, toujour engourdi , refusaient d'aller \'ite. Bientôt l'l!l'ercice repo~ta dan toute les parties du corp
cc feu qm naguère n'enflammait que ma tête
el mon œur. Mon ann- réchauffé circula
ans oil. tacle: la transpiration e rétablit·
j'allai vite, j'allai longtemp , je ne senlai;
plu me fali!!Ue . Ile t probable qu'en nou
repou ant avec tant de barbarie, celle femme
vena.it de m'épari,ier une maladie. Le soleil
, e le,·ait, quand je ,is Mont-Pont. • e~ ha.hi.
tants, pour s"as urer que rien ne sortirait de
la ironde an, avoir clé bien examfo~
a,•aienl plar · une enlinefü• à l 'enlrée de 1~
\·il!c, d.e ce ~Lé-1:i. Je voyai bien le factiouna,re; 11 était appu,·é contre le mur, ou une
pè· d'auvent; ctlà, tout à.fait 1mruohile il
av~il l'air de me regarder ,·enir cl de al"e;a.
m10er allenLiYêmenl. Pour ne pa me rendre
u p Cl, je diminuai la ,•ite e de ma cour ·c
je m'a,;ançai avec précaution, tenant tou~
pr~l ~on rnéc~ant ~a. ~porl, que je comptai
lui pr •.en~er_d nn air detaché, e pérnnt qu'apr · arntr J •I; un coup d'œil, il me dirait:
PasJ;e ! II ne mediL pas un mol, car il dormait;
le houl de. o~ fu, il reposa.il ~Ur on estomac.
la cro e etan par terre et barrait mon chemin; je pa ai par-de ·u . Pour ne pas trou•
~Ier l'h_eur~u ommeil de cc jeune honmw,
1 ~utmu.a1 de marcher à pc-Lit pa , à ha •
bruit. ,\u boat de la rue, je repris Ill.a marche: alor il ·'évciDa, il dr,mandli :
- Qlli vive 1
, Il ~e cria de~n fo_i • Il l'aurait crié dii c1ue
1 enne ne Dl aurait pas pri de retourner
pour lui répondre.

Je vo!!l_.fr l'nous_er beaucoup p1't u~_ 1 ,·n • maŒ
·

.,. 114""

.,. 115 ...

à demi-lieue je enti , au em•irons d, la cltc-\'ille du pied gauche, une vive douleur qni
me aisit comme un coup de fooùre. Je
comptai que ce oe erait rien, je la l·oulu
urmonter; elle devint plu ,içe, et
lixa,
ùesceudant ju que ou la plonte du pi d.
'était apparemment le r te du dépi1I de la
lran piration arrêlée, une hum •ur inJlammatoire qui se jetait ur la poitrine, au moment
0!1 je perdi connni a.ace ~ la porte d cette
fomme, et que m detniers ITorl ,·enaient
de déterminer à _e porler aux l.'\.tré.milé .
Quoi qu'il en .oit, je ne fi pa ~ans peine
une autre demi-li ue. Ce fut d, u 11ne auberge de village que j'obtin une chambre,
un rand feu el un déjeuner dinatoire dont
j nvais grand besoin.
.l'y trouvai mème une écritoire et une
bonne plume qui ne m'étaient pa moin
nécessaire . Mon pas eport élnit de Henne .
Dans la Gironde, un ami de nolro rur' un
érrivain non moin officieux qu'Labile, y a,·aü
fait, d~ la mê~e main el pourLant de quat~e écritures d11Térentes quatre vi a dive.rs :
1 un du bureau des clas es de la marine d
Lorient, l'autre de ['un dê ses municipaux, le
troi iè.me de la marine de Uordtl.lux-, le dernier, du nouveau maire de cetlP ,ille. Tous
cerû.liaienl qu'ils avaient vu pœ se-r le citoyen
~arc_her (c'était mon nouveau nom), et que
J é1a1s un .bra...-o ~an -culotlè. Fort ien l Mais.
d;puis Bordea~x, il m fallait au.s i c1uelc1uc.
,., as. ,Je savat le nom du président du comité ~r U:''eil_lanee de l,ihou:rne; je me hasar~a• de ~ y aJouler de ma main, beaucoup
mom habile à e déguiser; j'y r~u si néanmoins p ablemenl, et je fis bien; à dix
!(eue de là, f étais arrèlé ans œlle précautwn.
Vous aurez que ce pa eporl, ainsi h:mlé
de ignatures, pouvait aller dan les vill.ioo
mai que pour le ,illes il ne ,•alail l'ien.
y ~oq~ail e?core a ez de boi;e pour que
!e c1to.dm, ~ en f~ sent pas Loujour dupe ,
11 m.angwut le visa du di tricl et son cachet; el pui tool ce qui avait pru;sé à Bordeaux était Ir' uspe.cl dans les ebeI ·-lieiu
de district et de département · cl ur mon
1
~a a,.e il y en avait peut-être de ce chef~~
lieux; et dan chacun quelques commi ~airr
du poaroir exécutif, Lou- émi sair d,·~ Jacobin de Pari . à. qui ma fi 0 ure était hien
. .
"
onnue, o_u, ~ui pis.est, de Monta!mard qui
me conoa1 ~aient mieux! Je devai donc m'arr:inger ~e manière à .ne jamais pa er les
v1Ue qu au I ver du oleil ou à l'entrée de
1~ nuit; il ~allait ne couc:hnr que dans le
v11la es. Ceci même a"-:iit lïncom·rnient de

Il

11

�L'EXODE DES GlJ{ONDTNS - -...

HlSTO'J{lJt - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~ - - - - me rendre quelquefoi suspect mai ce phi]
était moindre que celui auquel je m'e:xpoerais i je m'arrêtais, mème dans un hour".
Cette après-dlo!!e je dei-ai donc faite trois
Heue pour lraYetser Mu sjdan à la brune rl
m'allt•r J:Îkr une lieue plu Join. Je partis à
troi beur , , un p u reposé, Lien éché, mnis
non moins lra'irullé de mon rhumati~m~.
Bientôt les douleur deYinrenl si vive , qu'à
chaque pa · mon corp · e pliait à moitié et oc
e relc,ait point sans un ••rand effort. La
ja.mlie maJadc enJlait, dem1ail brlilanle, et
prenait uu poids accablant. Pour urcroil de
peiue je me 1r:iinai_ ur un chemin lllnlôt
coupé par de profond monceaux de houe,
tantôt rt:cou,·crl de caillou1 pointu , sur leiquel je ne m',nenturai que comme ur de
charbon. ardent . Le lra"ail de ceUe marche
était si pélliLle qu'nu bout de cinq minute · je
rue trOUYai iuond6 de sueur, cl qu'alor ·
fore était de m'arrèkr au moin autant de
lerup , cl de re ter pen if, ioquiet, ~ooffr:int,
une jambe en l'air, l'autre bien Ja· e, et le
corp 3ppulé sur an 1Jàlon. L:i nuit commcnç;iit, l d'ailleur mes force étai nl ,-raiment
épui ées, quand ju ine trouvai dans uu village à demi-lieue :m-de sou · de Mu sidan. Je
v-i un bouchon où je m'orrrlai.
Les bonnes gen. qru l'habitaicnL:
- Ab ! monsieur ! vous parais ez. bien
maladel
li euminèrcnl ma jambe, il me prépar reul avec zèle le bain 1l'e11u li~de que je
dé!tirai . Ils coururent chercher la fleur de
sureau que je demandai, il vonlurenl que je
.oupa se 1.laos une ~lile chaml,re séparée.
parc qtl11 · préparai•nt à oupl!r pour uue
l,ande de réyolulionnaire tr~ furieux, très

compa!!nie. Enlin l'hlite e découcha pour me
donner on lil. Il erait meilleur, et d'ailleurs je serais eul dan ' UDe chambre. J'etais
j las, j'a\•ais tant ooll'ert, j'avais pa~sé deux
nnit.s i fârheu ~es, ma jambe parai.~ait exiger
i imp~ri1::u emrnL fo plu long repo po. ible, me bote :naienl tant d'attention et de
si bonne ligure , el je rnu ai MF• dit que
je crois aus: figure au · ; quclquefoi jl
romple un peu ~ur les belle , el toujours
beaucoup _ur le. bonnes. nfin, ces brave.
ren prenaient lanl de soin d'écarter de moi
toul sujet dïnquiéludP, cl loul re!!aJ'd cnrieu I Je cru. ne pomoir micu faire que de
me repo~er rhez eu jusqu ·au urlcndemain.
Leor sorns 11 0 se démentirent pas un&lt;' minute; . urloul ils ne m'alarmèrent point de
celle foui,.. de que. lions dont le auhergi les
vous ;iual,1,,nt loujour . cukmenl il . me
di aient quclqu fois :
- Vou ,e.nez de Bordeau'i sûrement,
monsieur'?
Et :ms attendre ma réponse, ~an en demander da'iantage, sans rien njouler. il
lcw1icnl nu ciel le l·cux. et le. main d'un air
très ignific.:itif.
ne loi pourtant fa femme, en regardant
m \'èlcmenl., (tue mes dernières cour· ·s
u·:waienl pa embellis, me dü :
- Ah! mon ieur, \'OU avez beau faire :
on voit bieu qu \'OUS êtes fait pour porter
de · habit.s plu propre que ceux-là!
Le eomplim nl ne me fit pa autrement
plai ir; cc m'était un avertis emenl que je
ne me doanais pa encore Lieu toute l'en~ohm:i d'un 'ale jacobin, cl je me promi de ue
rien négli..,er pour l'-:illrapcr. ~ ne fut donc
11u'h la fln du ccond jour que je pri congé
1

plaisir secret du trop bon mard1é qu ïls me
firent!
le m'achemine ,,,ur Mus iJan, f} entre à
la lirune; un corp de ~rde e t au milieu de
la rue principale ur la droite, je me gli, e à
gauche, pendant 11ue des rouliers pa nL
arec leurs charrette~, entre deux. Me voilà,
san - accident hors de la nlle. Mais le moyeu
d' ml! tramer plu loin! J'ai vainement ~oign11 ruon rhumatisme, le mal a ernpi ré; le
peu d'exercice que je ,icns de prendre a beaucoup nu"menlé l'enflure, elle monte 11 mipmbo; les douleur sont extrêmes. Qo!'l!e
fatalité I Moi qui naguère encore marchais ~i
Lien, me roîlà prh·é de me jQ.mbes, au morncnl où je comptni princ.ipalemenl ur eUes
pour mon alut. ~ je ne fai que de.ut lieues
pnr jour, quelle c pérance pui -je consen·er1
li· se trouvent quinluplés, 1 périls de mon
entrepri c déjà si audacieuse. )l'arrêt.er dans
plu ' de oix.aule auberges I rester deux grand ·
mois en roule! comment n'èlre pas décou,·err? Au ruoin ïl m'eùt ét I donné de presser encore un • foi Lodoiska sur mon cœur !
mais il e t Lrop "rai qu'enfin le cruel Je 1in
nou 'pare!. ..
Je vous as ure quo j'eus Lo oin d'llll n-ai
courarre pendant le mortelle deux heure
'lue je rois à faire lroi petits 4.110 rt.s do lieue.
Enfin, parvenu au prcmi.er village. j'y rbeillai de pa1sans,, les priant de m'en eigner
l'auber"e. L'un d'eux me conduisit à uni!
m;ii on de mauvaise apparence i an ri' le trop
semblable à on maitre, qui vinl en !tfOmmelnnt m'eu ouvrir la porte. Il me toi ·a d'un
air déliant, puis, dans on pa.loi , que j'eu ·
le bonheur de comprendre, il dit à mon
guide:
Ù I' ,:t -lu. lrOU\" • 7
- Ma foi, sur le ·hemin, répondit celui-ci.
A quoi le brutal répliqua :
- llon, bon! on le reloUJ'ncra.
Hl.ais entré. L'homme avait dtSjà repri ~a
pipe, la fumait sans ricu dire, me crachait
presque sur les pieds, •était campé tout au
beau milieu du fou qu'il ma cachait, el ~emhloil arnir complètement ou.lJlié &lt;tu'il I avait
]à quelqu'un. a petite femme, au contraire,
,·enait de prendre :i.vec moi le ton le plu cnressanl. Mai il y avait dans ses di cour je
ne ais quoi de contraint, d:m
regards
quelque chose de fau.x, el sur toute _a mine
hypocrite ttn air de malice méchante qui ne
me !lCrmil pas d'ètre un inst:lol a dupe. Je
ne pouvais guère èlre plu· mal lmnhé, mais
je ne pou,•ai · pa non plu êll mieux averti;
or-le-champ j'arrangeai mon vi age, me
,.e tes, mes parol~ elon le per onnan-e que
ïotai appelé i malheureusement à repr1;,
!.iCOLer.

Toul eu brùlanl mon omeleLlc, la haY:irdc
:.empiternelle m'assa s.inail de s" que ûons,
qu'elle enlremêlaiL de réfiexion iosidieu.e .
n u,:,h..:. Il l, uilHcr !Jt\oumc
' .ll!l,T- C\t1LIOX. - CO .\IIBRE nu IIEFT ~ F. ET PUIT. [If GrM:-111., ;s .
Comme elle 1~ pl;iiguait, te Lou sei ueur ,
ces pauvres prètres, tou ces braves marchands
qu'on guillotinait par douzainli · l Cela.
ha\'ard·, el qu'un malade éLait bien aise d'être Je me L,iles ! Qu'avec peine je les quittai. les
ne
prit
pas. Elle se rebatlil ur Corday dont
rxcellenle
gens
i
el
qu'cu
!&gt;Oldanl
le
pclit
lranquiUe. ,Il' ne sais 'il devinaient qnc
elle
fil
l'élone, ur ~forat, donl elle dit pi
oompte
de
ma
Mpemr,
je
ressenti
ua
dt!j' uvais quelques raisons de ne pa aimc-r cette
....., 110 .,._

1p1c pt!11dre. ,1 tntrai dan u11e "ro.sc fureur,
fo le -produi ·i. d'un air i1:iilifüil. A la ma- lègue. ' or œlui-là un second fut ,•nté. et .;ur
el ne la mt!flai·ai pa~ moin quti de la nuillo- nière dont il le lu.l, je reconnu prc que ans- le _s~cond un troisième, que plu ieurs autr
. 1
e
tm~, e tout en nai sti le de prrn lluchr 11c : ·itôL 11n'il ne .a,·ail pn lire.. l,i il demanda
um_renl encore. le toul aernmpagné du clienfmJe me rendi· un .locoltiu, l1iden de res- Je cachet; il ) a,·ait un timbre queje lui mon- quet, des verres et du fracas de éclat de
semblance. Elle ne , 'étonna point;
rire que me ,illa coi poussaient
elle ne ,1• rendit point; elle conà pl ine gorge.
t}u_ua son \ilain rôle avec une per~o~r eux prodigue, a,·:irc pour
hd1 con tante, cl JC demeurai dao·
mot, Je rempli sai à tous moments
le mien avec onû ,ipo111antahle rnleur verres, et ne vidais le mien
tn:pidité.
tjue le moin pos ible. Peu li peu
Pourlanl fallut-il 'aller cnucher.
néanmoin ,jem'élaii llch:wll'é moiPar pr1:Cautinn je me mi - nu lit
n~ême, j'en avais uno poinle, el
a\c~ mon pant:,lon. 011 je lenai,
u en ,·alai IJUC mieu:x. Jes récit ,
lnoJour~ mes deux hons pistolllts
toujour plu di,-ertis a.11ts les f a.id · poche. Ma chère espingolt&gt;. Je
aicnt pfimerde joie. lis o:ibliaienl
13 braquai sou. mon cbevet. \11
le pas. pùtl, qu'au Te te j'amis
r •ste, quelque formidahle crue rùt
grand oin de leur rappeler ans
celle arme, t'[oi, de a large crncesse. La femme, qui 11e Lm-ail
hou~bu~c. commed' nn 1·,111011 ch:i:rgé
pa~, grillait de J'impatienco de le
à muraille, romis ail qrml re balles
,·01r reparaître; il reparai sait en
et quinze cheTI"Otines /J la fois el
effet, niais pour di paraître au, silai. s.aiL ensuite échapper une pui~
tôt. Le Jei•oir, le re:pecl po11r fe.i
s:inte baio~nette, ce n-~lait pas ur
mayixlrnts du peuple me le m ldie que Je comptais le plus. ,c
L.1ie.nt à chaque iuslanl à la main·
qui me donna.il surtout l'audace
mais le vertus de Jo.rnt à pu~
d1• rr"artlrr aYet calme les renai blier, les "rande proucs~cs rie l:i
san pcrils d1 chaque jour, et de
llonlague à peindre, tant de récits
lr:l\·ener, tète le,ée, ln fonle enin_t.éres aots ou gais IJUC j'a,ais à
n~mic, c'ét.a.ient. plu ieurs pilulr.
f?1re;. ne me perm Uaient pa de
d uu exceUent oprnm, don précieux
1 ouvrir; an que j') fi ela moinde mon lWÏr'ers,•I du Fini lère. Je
dre allention, il .retomhaît dao
1 tenai enw~loppée3 d'un mormon portefeuille. fo ne tardrus pas
ceau de nt, cachées ur ma peau
à l'en retirer, mai pour l'y loi scr
même, d'nillctir- ~i Lien el dan
r~lombcr en?Ore. DaDS l'e pace
un endroiL si ecrel, qu'à moins de
&lt;l une heur , 1I fil lren te fois lo
me mellrc nu de la lèle aux. pieù. ,
myage; trente foi il l'eutrevirent
el de me palper le plus inMcemils ne le -virent pas une foi . A;
ment du monde, il érail impo sirc. te il n'en était plu besoin. Plu
ble de rien trouver. Au ca d'une
~e )~'lrl.o.i , plu je criai , plus je
aUaq11e impré,·ue, de &lt;prelrpie
~~~rai , plus je guillotinais, plu
bru que urpri e, qui ne m'eût
.1 in ulta1s à la morale à ln J. ustice
perm_i. ni de me foire jour, ni de
' moin ils'
, l 'h
. Olll1èlclé paLliqul',
lcrmrncr mon sort 11,ec me pi toa,,uent en ·ie de ]ire mes papiers;
lets, une res ourœ dernière, IIllli
r Uchè JI , Owlllcr 1.i t-oume..
nul doute désormai que je no
a~surée. me r lait encore. Du
' AINT-tMJLlà N. - LE CLOCIIEII (Xlr Sil:.CLE) F.T A.'iC!L'ISE FIJXTAIXL.
fu se un des hons patriote de la
fond de l'a.ll'reux cachot où ils ne
France.
manqueraient pa.s de me jeter d'aL'hôte e en enra eait, elle alla
~urd' au _moyen de won invi. iblc aa.rootitJUC Irai, ajoutant qu'on ne cachetait pas d'un1·
ch~rcbcr un municipal pour renfort. Je le Jl
J écbap~i~ à leur e~ecrnble écbtifaud. Je me autre 1;11anière dans mon paJ ·; cl du. même
compla1srus. dans Celle p~sée que , JU.qu
•
·~u temps Je commenÇJi, ur celte e pècc de c.a- h01r~ et rfrc_, rire el boire, mais pour li: passeport 11 ne lm fut permis, comme aux nutres de
d
~on . ernier oupir, délit nt leur fureur je ~het, une longue et belle histoire, sou,·eut
l'?percevoi~ que_ de loin. Pou.riant la mijau'rée
1auratS trompée.
'
t~lerrompue p~r le r~ades du petit vin n en voul:"~ poml dé~ordrc; ne fût-œ que
a%1'clct donl Je venai de Jaire apporte.r pou.r Le deb1t de soli nn, elle irait chercher
~e leTidemain je Cu un peu surpris d'n. pmle. pour 11uc le ciLoyeu maire me fit l'honvoir p(IS é toute une bonne et lonrrue nuit n~ur d~ boire_ un coup avec moi. J'avais trè· toute _sa municipalité, pièce à pièce! · e m·adans le m~e lieu. C'étail à plu.~ de neuf bic? fait, et Je m'aperçus, dans le cours du m~na1t-elle pa encore deux recrues, m:iis j
heures que _l ~cîlessc me réveillait, pour me r~t de mon_ hi Loire, que Je episodes l'ai- pois amment robu tes, qu'eux seuls auraient
demander -1 Je ne partrus pa • Je l'assurai sa1en t mer,·e1lleusemeent ,·aloir le fond. La vtdé _la cave. On eût fini par m'y enterrer. Dès
que Je les ~perçu.s, je me leni pom· pa~er ma
11~e, ';Ile lr~U\'1ml forl bien chez elle, j'y dinemécha~le hôtesse s'en aperçut au i: le maire d~_Peuse, L hounète femme, qui pourtant s'é•
rais i. il n~ llot pas à elle que ce ne fùt mon trou l'ait mes pa11ier trop bous; ce n'était Pal!
ta1t. œntentée de. regarder hoire, ,·oyait doudernier diner.
son comple.
ble, el~e ~mpta~t quelques pintes de plu ;
• Comme jel~fi.uissa.i~, elle sorLil,me disanl,
- Je vai , dit-elle, chercher Je cilo en moi qtu n .avais rien à craindre, je l'envoyai à
d un ton patelin, que Je la pal•crais à on re- procureur- yndic · e'e I celui-là rJUÎ d:chilfre
tous le d1abJe5', et lui offris pour Je Yo~·age
tuur · ~u'el!e allait rentrer dans l'in. tant. Tl l11ut couramment dan les écriture .
mon pa ·e, dont je ne cessais de parler el
' ~ rai LjU elle ne Larda pa ·, mai elle aweIl entra 111-c!i&lt;ju aussilùl, ÎUL reçu comme
na~t un gro; pa ·san, encore plus cmbarras-t: u_n holD;'D-e dont je conoaissai l'éclatant mê- avec leqnel j'as urai aux nouwaux ,;au
q~·oo_iraiL jusqu'au fond de l'enfer. Celle
rtn enorgueilli de a magistrature.
rHe, prit un lroi:-ii!me \'erre, el d'abord en- ass?'lton ne fut contre.dite par aucun des
t le citoyen notre maire, me djt- len~it l'un de mes dernier coule , tfUO !c
anc1~ns'. ~c maire, qui_ ne_ l'a,·ait pa lu, quoielle, il 11ent \'OÙ' ,·olre passe.
maire me pria de recommencer pour on col- que Je lm en eusse laisse le pouvoir, jurait
1

1

-. c·~

�,

ms T 0'1{1.J!
qu'il 11· y avait l'ien à y 1·ep,-e11dl'e, mai il
1 jurail moin" fort c1ue es deux ac l le ,
au:rqut!L je n'avfr pa permi. de le lire. Ce
rut au milieu de 1 ur compliments que je
-pa1ai, av c la dépen. e déjà faite, un aulre
pinte riue je fi apporter: et dè que j'en eus
01ité à la anlé de_ deux der ni r auxiliaire ,
je pri con é, ao regret de la compa..,.nie,
fàcbée de perdre un i bon comparrnon; urtout au gr, nd re •t de la mécb nte femme.
iutérienremenl dése p 1rée d'i:tre enfm réduite
à ne plu e~pérer celle foi lc&gt; • cent franc
de •ratification dont on réconlpe.n ail tou
1, délateur...
Le lendemain, rien de nonvean; ce ne tut
• quel jour d'apr~·que je ,is Péri!!Ueux, danCMU pa ·!-age atll ell\iron duquel rami de
Valady 'était fait arr 'ter. Heureusement la
route de Limo"e tourn la \illc, par un fau1.,our" oil personne ne m'inq11i 11.a; mai il
était nuit pleine lor que, excédé de fatigue,
j 'arrfrai dan un hameau, di,tant d'un li ue,
app le les 'ra1·ernes · l'auher•ri Le 'allait coucher. A peine je Jui demandai un lit, qu'il
me demanda mon pa eporl. D qu'il eut
reconnu ciu'il n'était point vi é du chef-lieu,
il se récria :
- Je YOi bien, disait-il, qu'il est de Libourne, suni quoi je t•ou;; {era.i a1•1·ètf!'I• tout
ù /'heu l'e; mai vou · pas ei Périgueu .an
,ou présenlc&gt;r aux autorité ! D•· demain,
pardieu, on vou ' fera reconduire!
Le mo)·en de ne
frémir; je n'ignorai.
pa que deux ou troi ~Ioutagnard étaient
dans r►érin-ueu1, où d'a.illeur tou les corps
admini lratil a,•aienl été, dan le style d'lléherl, l'rgénérés, je fi néanmoins boune contenaaœ annonçant que je ne Toyai à ce
retour d'autre incoménienl qui! celui d'aJlonger ma route, à moi paune diaùle déjl1 i
malade; je croyai d':illleu inutile el même
impo· iLlc de rairP. vi er me papier partout
où j, pa. ais; àquod'hote répondit, toujours
trop la oniqneml'!1l :
- Ah pardieu, ,ous} serez r'conduil!
Enfin une c pèce de ,·oil'urier, qui avait l'air
de la rranchi e, de la douceur et de la Lonhomie, prit parti pour moi contre J'auher•i te, auquel il remontra, d'un ton amical
.mais ftrme, qu'en ~[d ce paune homme
n'était pa t nu de e faire vi r dans toute
le Yille : 4u'ù y aurait de la cruauté à le
faire rl'tourn~r ,ur ~ pa- dan l'état où il e
trom:ut: qu'à force de chicauer l voyageur
on les dégoùtait; et que c'était ain i qu'on
acliè-rerait de ruiner les aubergÜite , le commerce, la France et les voiturier . A ce discour:s, notre hôte un peu calmé ne répéta
plu a terrible phrase; mai , IJllOique je
pusse es a~er, il ne diL pa non pJa un eul
mol 11ui rùt propre à me ra.~urer; je troU\ai
m tme que tout!!
manière étaient de mau\lÙ' augure. Il ne me donnait pour ou_per
qu'un morceau de pain noir eL de la piquette:
mon bra,e partner pril encore pitié de ma
peiue: il m'olfril t me força d'accepter le
dernier morceau d'une l'Olaille •1u'tl dé1·orait quand J' étai entré. Pui on causn.
Je ne 'ai comment on parla de dh-ore-0;

ras

mon bonhomme alor e mil en colère, prol tant ctu'on ne le réduirait jamai 1i e éparer de sa femme et de ,e enfün . Je vi ·
qu'il le adorait; et quelques mots .uffirent
pour m'apprendre que cet homme, mal élevé,
mai bie.n né eulement aidé de e ,impie
lumière:-. el de sa probité naturelle, détestait
le excè du jour; je n'appri· pa sans quel,
que joie qu'il allait à Limo e , a,·ec nnu
p lite charrette hargée de marchandi e : et
je me promi bien de me lev r d'a cz honni!
heure pour raire route ayec lui, pourYU t[Ue
l'auli · te n'eùl pa en ore le .ecr l de ein
de me faire r prendre le chemin de Périgueux.
'a femme, comme j'allai daus un rrrenie.r
Yer le ~raba.t qu'elle m'indiquait, me déclara
qu ïl fallait payer ·ur l'heure mon méchant
repa, el moo plu méchant lit. Qu'un pbilooplu: mêm e l qudqueloi faible et bi..:arre !
Cette circon Lan e, qui d'ai1leur me prourail
,1u 'enfm j jouai ;1 merveille le an -(.'Illotte,
et 11ue le repré entant du peuple étaÎL bien
c.1 h {, c ue circon tance ni'nJli cta beaucoup
plu vivement que J'approcbl' de· plu grands
p~ril . J'avai en vérité le larm aux yeu
lorsque je tendis à cette Iemme le piètre as. iguat de qu.inz ou sur lequel elleme rendit
·.mcore 11n mo,mero,i de cinq; el d qu'elle
s fut éloj n · :
- Que de peine ,m'écri:ii-je, 11ue de peine~~
outrrir, ,,ue d'hwniliations à dé,·orer ! Iléla~
tt pour finir pcut-èLre ur on écbafaud !
Jugl'z pourtant de l'impruù 11ce que Je
"enais de commellre et de l':lngois e qni la
sui'l'il, lor que pre que aus.itôt le bruit causé
par quel&lt;1ue~ mouvement.s partis d'une autre
manière de lit 11ue je n'a\lnis pa aperçu à
l'autre e, trémité de mon taudi • me fil comprendre qu'nn pauvre hère était là, 110.i, 'il
ne 'était pa troun! profondément endormi,
dl:\'ail m'a,oir ntendu, dè !or ,c'en fulfait
de ma nuit· J'inquiPtude amena l'insomnie:
àJapoinle da jour e11lement,la fièvre m'ayant
lai é, je LOmhai dan un a oupis emenl
Lrop long. Quand je rou-vri les yeu il ·
avait une bonne heure que le charretier lutélaire était parti ; el mon opium. qui, 'élant
détacM dans les mom-emenl de ma veille
était apparemment perdu! Dan quelleanxiété
me jeta la recherche de ce ecour plu lJIIC
jamai indis~n abl'; qu~I to1,1rmenl jn.,111'11
ce que je l'eus ·e retrou,·é. Peu t-èlre aucun
d cruels accident de ce tri Le ,·oyage ne
m'a,ait fait aut:inl ouflii.r !
Jedesœndai. pour me Lrainer dehor quand,
du euil de la porte, l'aubergiste déjà à cheval me crja:
- Bon voiase ! Je ,·ais à Périgucm.
n in tant apr , réfléchissant sur l'élran"e
oin qu.'il a1ait pri de me dire oi1 il allait, à
moi qui ne le lui demandai pa , je m'inquiétaj d aYOir ,'iJ a,-ait biéll pri cette roule,
cl, r !!3.Tdant de LOU~ cotés. je ne l'is rien ·ur
celle de Périrrueux. mais au contraire un cavalier qui galopait du côté de hfriers. '.s
lors je ui en proie aux plus ,inis alarme :
sans doute il prend l't1Yance pour me dénon..:er el m raire arrêter dan le premier bourn;
pourtant je me met en chemin, bi~n résolu
... 118 ....

d'interroger le' pas~ nts. Le premier à lfUi
je demande si le ca,·alier qui e t en a,•anl n'a
pa u.o ch val noir, un maoleau ri à peu
près cinquante an , cinq pied ·i ponces, les
cb~veux brun·, me répond : Oui. iulant m'en
dit le e nd. Le troi ièm , c'était mon charrelier de la veille: iJ a,·ail été l nteruenl,
parce qu'il y a,·ait toujour à monter. J'affoc , un air riant et je lui di · :
- Bonjour .•·otre au r!!:i te t donc en
arant?
li me répond simplement que non.
Préoccupé de me crainte • je n'ajoute
rien, je pa, e, ol demi-quart de lieu plu~
loin j que lionne un quatrième voyaireur.
- C'e~t bien l'homme que vou me dé)l 'Î nez, dit-il; mai- ,-ou ne pou"cz manl{Uer de le rattraper : il vient de s'ar~ter au
ha de là. mont:wn . dan le !?TO villa c que
von- pon\lez apercevoir d'ici.
Ce mot - ne me permellent plu de douter
du malheur qu'un traitre me prépar . Pour
r:\iter, 'il u t po ·.ible, je fer-ai bien, quoi
qu'il m'en coûte et quelqrn• ru soit le risque,
de r ,,,enir ur- me pns, de retourner à P'rigucu et de m'y faire , 1. er. Sans doute il
vaul encore miclll. aller de moi-meme me
pré enter dan œlle redoutable l'ille, oi1 du
moins ma démarche, en apparence Tolontaire, in pircra quelque confiance, que d'~
êlre r~conduit dès c' .oir- par les Jacobin· dt•
œ boura, où un JéaonéÎateur m'attend.
Quelle alternative néanmoin ! Que I clwi
e L cruel! el quelle noir méchancet • m')
rJdui1! Enfin je m décide et me rnilà, hieu
Lri le, reprenant le chemin de la Yille. Je
retrouve le cbarrl.!tier qui me demandl! si
j'ai perdu quelque cho e'?
- Héla , oui I mes fatigue · el montemp : je
rdourne à Péri!!Uem.. la.i- vou. qui m'aviez
in piré tanl de confiance, vou aa i, pnur~uoi me tromp r m inlenant, pourquoi vous
réunir à cet homm qui me trahit1
ui'! me dit-il.
- L'auber i L • C'e l lui qui ,ient d
pa. er ur ce cb1ival noir, avec un manteau
gri . . li vow, a prié de ne m'en rien dire~ il
e t al!é me dénoncer à Pali' oux.
- Pa un mol de vrai! 'écrie mon cbarretitir; je l'ai bien ,·u, ce ·oyageur; ce n•e~l
pa J'auber · Le; 'il n éLail capahl •, je ne
retournerai jarnai lo"er chez lui.
CL de ce ton que le men nrre n'imite pas,
de cet air en ible que le méchant n'aura
jamai', il ajoute :
- Tenez, mon pauvre a.mi, vous ml! fa.iles
compasi-ion: dan· l'étal où vou êles, ave
11ne jambe enJlée ju qu'au n-enou, ous retourner iez à Périgueux? Croyez-moi, montel
·ur ma charrette, faite -You un trou daoi,
m · marcbaadi es; renez diner à Palis oux;
je ,·ou promets que dan ma comp rrni ,
per onne ne rnus_ )' dira mot. .\près tout, je
m'en tien. à mon premier dire : vou n'avez
pa l'air d'un voleur.
Quel heureux. chanacmenl dan ma . itualion ! Celle charrette me ecoue à Caire trembler! el dan chaque cabot je doj me cramponner fortement i je ne vcu.î pas êL1·e pré-

________________________________

L'ExonE DES Grl(oNDms _

"

cipité du haut en ha ! \lai· ma jambe ~e va. r-equéri, comme il di ent; il ont telle- snr la charrette, la jambe env loppée dn • arrepose. Les . ueur· :ibond:mles, les fatigue~ ment chargé la pamrre bête IJU'il en e t rau de mon nuide, l'air fati.,ué, oufîrant.
cruelJ • , le doulcuh ai uë · me soul ép r- de1enu maladt! et 11,ort; je l'avni · pal·: ,·in l mai pourta.nl ll!!r el déterminê. Qui, dan.
2née .... Et pui:, j le bon charretier me beaux Joui . El ce dirorce I c'e l an i pour rel équipa"' et ou ce n1ainlien, eût .ouprequérir ma femme qu'il ont in,·eul~ ça: çonne l'un de ces pro crit Ir-op Î3IUeu,,
continue -a prolt lion!... li faut encor
·· t-œ qu'on peul m'ôter nta femme, Yo on '! pour ui\'i dan toute la Franc 7 Je re , emm'a~ urcr .... li faut roir.
'\ou wuttm ensemble; le repa. fol lrop 'acrebleu! que j'ai Lien fait de ,•ous avoir blai tout à fait à un pau\'Te volontaire, tout
court. Plu· je lu1 parh1i , plu il mïn pirail défendu! Et ,·ous viendrez av c moi, dà ! à l'heure orli de bôpüanx el s'en retourde confianre; t plus il . ':i: urai1 de on côté Je ais onuu ur toute cette route. Avec nant au pa · avec un C-Ongé d me tr .
moi on ne vou dira rien. creLlcu ! je le
Cett.e re ernblance et ma pr • ence d'es'Ille je 11·11rai /Ut l'llu· d'u11 t·olcu,·.
Cet t:lrange compliment, auquel il bornait Yoyai Lien, qa vou n'aviez pa l'air d'on 11ril me tirèrE:nl, à la fin de la lroi ième journée, d'un très mauvais pa .
~ • éloge.,, ne pou\'ait que me frapper beauvoleur.
Pour qu'il en fût plus ùr. je pa}ai l011l le
coup.
C'était à Aix, petite ,·ille 11 dcu.\ lieue · de
fricot, el le priaul de -e char"er dorfoa1·anl Limoge .
J . l'avai · d'abord c pliqué dan · ce en
Ion conducteur m'arait dit qu'on n')
•1ue le Lon charretier, tout plein de son étal, J • ma dépen ·e, je le rorçai der ce,,oir un a .i,a.it le bonheut" de Ill! connaitre que c ttc 'ignat d inqu..,nie livre , qu'il ne mit poinL montait point la garde: ain i je ne m'étai
e pt•ce d'ennemis: apparemment ~on e prit dans ~on port feuille an rue parler de on p:i mi ou la toile; tout d'un coup, nu dénaïf el irnple n' •11 imaginait aucune aulr : ..:heYau, de a femme, de ·oo Dieu, et ~ans tour d'une rue, non tombon dan un po te
touL nouvellement établi. Pour celle l'ui , il
ruai: l,icntôl j'appri tjue l'hùle de· Ta1wn
:noir répété quaLre ou cinq foi que je n'élai
ne m'ar;1it craint ni comme :iri~tocr te, ni pa · un ,·oleur.
faisait beau, il fai it jour, le ractionn:ur u •
comme giron dis te: il ne c mêlait que de e,
li eut pour moi l'allention &lt;le ne poiul dormail pa et, qui 1,i e t, ,·in t de es callair • , et tout bonnement il m'avait prL oller couclier à Thi"ier . Ce fut dè: le rand marade , a .i :iu debor-s à côté de lui, me
pour un ,•oleur. De là vi:nail que a Iemnw Il! tin que nou pa :,;1m · ce cheJ'.-lieu d di - regardaient curicu ement.
m'avait fait paier d'a1•ance: et pendanl qu' lrict: ét.endu dan la charrette H couché à
- Cito-yen, Ion J)a eport ! me dit la ellj m • roucbai:, mon charretier avait, par plat ~entre .ou la toile qui cou irait 1 , 11i.ar- Linelle.
in li net, ùh uade l'auhPr!!Î le qui. an~ cela, chandi e , j' :tai imi~iLle. Dan· Ioule· les
. loi, sans hHter, je lui cric, eu oulevanl
m' ùt peut-être fait arr~ter-. le· marcu ~ a11ber&lt;Te , mon condu leur élail connu. L
ma jamh avec eUort :
douloureu e., par de mau,ai hcmin cl que tion curieu_e n ·adrc aient qu'à lui;
- Allends, petit lt... (c'était un enfant de
de- lcmp. aJir ux, m'araienL d!Sjà i fort il me donnait pour un j une Libournai- d • eize an ), ..-a-t'en à ma place, t raire mellre
chnntré! D'ailleurs j'élai, arrhé dans œtle
' ami , el ne manquait pru d'affirm •r que ;t terre par le bri•rand de la \'ci1dée; pui •
auLer"e à une beure indue; quoi quïl w j'étai bien en rcglc. Dam I villa"es ùa.n · en re,enanl, pa e b:irdimenl partout, ta
soit, mon bra,e homme n e
jambe à moitié ca ée le er\lira
rep11nlait pa. de m'11voir diftndu.
Je pa cport.
il rt:pétait ~an ce -e f(UC je n'a,ai,
, cc. mot , la an -culottcrie,
pa l'air d'un ,oleur.
charmée, partit d'un éclat tiné- C'est ou contraire, lui di ral; tou , en b11lla11t des ru:iins,
•écriaient :
je. je ui. leur ennemi.
'ou entdmi&gt;. en plic.'ltiou;
- fücn, bien, t:lmarad&amp;!
je rontinuai :
lais le pauvre pelit oldat, tou
- Le vol u , ce ont le mahonteux, prit aus i le parti de rire.
rali tes, ce nl les gen qui guiluant à mon guide, pressé d'allotinent 1 n rrociants, pour 'emler plu loin, il rPmuait lerrihJeparer de leur~ march:uHfü et qui
meot ~on rouet. 'é1ailla prtmière
d 'Lrui ent le commerce p r celle
fok que j le Yoyai Lattre (' rbeloi du maximum é••alernent ruirnUJ; c'était aus i la plu ~ande
ucu e, inexé ulaLJe, el qui n'e l
prl'u,·e d'allacbemenL qu'il pùl me
l(U 'une p •rmi ion donné.e à Lous Jes
donner.
Lrigand. d piller ton 1 wa in .
Cc ftJl dans la même oiré tJUe
- Dra1·0 ! 'écria-t-il, en m'apnou arrivàm à Limorre ; mon
pli11uant , ur la poitrine un rude
conducteur sa\ait que je ne poucoup du plat de a main.
vai y de.cendre à l'auhcr •e, il
J' repris :
me r1 çul cb1•z lui. Je n• demeu- Eh bien, moi, je snis du
rai pa an quelque péril; a maicommerce de fiord ·aux; je m ui
son était ouv rte à lout \'enant;
pronone·~ ontre le ml ur ; je lt! ·
j'occupai , dans uoe chambr du
ai tout haut apvclê par leur nom,
fond un bon lil, d'où je ne ortais
j'ai décidé nombre de me camaguère que pour tremper ma jambe
rades à leur faire ln guerre; je fa
dans le ea11 plein d'eau ti de
four ai laite Jonguc el mortelle;
qu'on m'apportait dix foi par
enliu, il· ont le plu Tort , il
jour; deux Journées 'écoulèrtnl
,·eulcnl ma lète, et je me saul'e.
ain i, au milieu des oio qu la
- .\. ta santé ! 'écria-L-il en
ftmme • donnait pour rétablir
pou sanl. on Terr ur 1• mien.
ma santé, el d recherches que
11 Il' bu,·ail pa , il arn]ail, j]
fai ail le mari pour trouver 4ucl~.\!, ·t•E.1.IIUO'\, - f'uRTf DE LA CADh.NE (CûTf, LXIUUEl..'R).
lrl!pi nait d'aise.
que bon ya,·ço,1 qui me conduLil
- De.,. c quin. ! d s coquin·!
plu loin; el qu'alor· je remer~e dil:il: un la_ dL• drûl qui n·ont jamai
le pclits bourg , je ne prenai pa l'inutile ciai la Providence, qui ne emblait m'a,·oir
rien f3.1t et !JIU mangent le Lien d celui peine de me cacher sous la loilc; je pa ai
lié les jambes qu'aiin de me forœr à lomher
qui lrarniJle! )Ion L au cl1ewu, ne l'ont-il
~ ,i age décournrt, ~euleruent à demi coucbê
dan les bra de cet C.'1:cellcnl protecteur!
.,. Ill},._

�_

msTO']t1A - - - - - - - - - - - - - -· - - -- - - - - -

Nou · étions à la fin de la lroi ièm • journée, l'heure étaiL pa · à làqnelle mon conducteur ordinairemén l rcnfrait; .a femme
vint tout à coup, d'un ton my térieu , me
conter que , on m ri l'naiL chargée de me
conduire ur l'heure à l'auber e du faubourg, 011 j'allai trouver de voüurier qui
m'emmèneraient à rleans.
- Non, non! vou von trompez, lui
di je; ce n'e l point à l'heure qu'il l que
de voilurier partent; ee n'est point à l'auberge du faubourg que je doi aller. u
debor de cc faubourg je trouverai un corp:
d • garde c1u'il me faul é,iter. lion brave ami
m'en a pré enu · c·e L lui, lui seul qui me
·eut guider dan ce pa acre difficile; il m'en
a donné a parole, j') compte, el je uis bien
ùr qu'il ne m'abandonne pas.
.\lor: lie e mil à pleurer, m'avoua qu'elle
prenait peur, et me conjura de ne point 11rlliger on mari par le réât de la pelife l'llSe
qn'elle a\·aiL inventée pour me rléloger pendant OJl .ab ence.
Pcûte ru e, . oil. pau ~•re r mme I mai si je
von avai cru, Je faisai naur raire dans le port.
ll renlrtt pre·que au iLùt, -On mari. es
)CUX étaient étincelant.s; jamais on maintien ne m'a\'ait paru i a11imé; il oulait parler et ne pou,·ait pa . Enfin, il campa es
d~u poiug- ur me épaule et a rude barl,e
dans mon ,·isage; poi , m'éera anl la main
qu'il croyait seulement errer :
acrebleu ! 'ticria-L-il, c' e Llini i ,·ous
parlez demain; un hou oari;on unu · roule
jusqu'à Pari ; il esl prévenu que ,ou ète
marchandise de conll"cbande, que toul le
IOJJ" de la roule il (aul souffler. acreblt:u ! que je suis content.
Le bra\'e bommel qu'il l'aurait été davantage, 'il eût u tout ce que j'étai ! \rai le
lui confier c"était en mème lemp le dire à
sa femme, a,,ec laquelle il ne ~avait pa garder un ecret. El jugez, dan a mortel!
Jr:i ·eur, quelles nou,·elles pelileii rwie elle
1lt peut-ètre inventées! A urément la tète
lui eùl tourné, el dès Je lendemain, sans
doule, a,•ant que j' eu e fait dix lieues, son
mari, moi, le bou gal'j·011, nous étions tous
perdus. Je me i , à regret, forcé de cacher
quelque chose à ce digne ami.
ll me réveilla avanl deux heures do malin; c'est qu'il Caltait a ·oir le lemp de ider
chacun a bouteille, d'entamer l'aodouillc et
de mettre ·ur le loul quelques bonnes goulle.1
de café. Le mo ·en de rue refuser à cc très
matinal r pa ! il 111'y conriail de i bon
· •ur ! il av·ait Lanl de plaHr ~ trinquer a,·cc
moi I PourtaDL J'ap rce1•a· sa joie mllée de
c1uclquc lrLles e. Ce ne pou ait être seulement le chagrin de me quiller, puisqu'à cc
pr' il ét.rul mon libérateur. Enfin je us que
t-a femme, loujour plus effrayée, n'avait pu

jam:ii · e décider à r Ler cette uuiL dan ·a
maison.
- a me l'ait bien de. la peine, disait-il
car au ilot que je vous aurai conduit à votre
occasion, moi aus i je partirai. Je ,ai à Périgueu" ; c'e l un vo ane de plusieurs jour·;
on est alor Lien ai c de causer avec sa femme.
Je le croi il l'adorait comme au premier
jour de e noces.
- Eh hien, pour uivil-il, c'c l p:irtie rami e; je relroul'erai ma femm , el je n ':mrais pa reLrou\'J l'occasion de aover un
honnllle homme.
ou qui me li ez, je ne sais si vou ête
ému autant que je le fu : je l'écoulais. j'admirai . n ilence el mes yeux se mouillaient
de larme~.
Quand nou eùmes bi n 1 u, hien mangé,
uou parlimcs; mais il faUut auparavant
ouffrir tiu'il farcit me poche de pain, de
,·îande ·, de frui ls, de châtaign ; il m·offrit
encore une paire de gant de. laine el un bonnet de coton, que j'acceptai de grand cœur et
que je con ene.
ux premier rayon. du crépuscule nou
fime un as ez long détour, au rooyen duquel
le corp de garde. el tous le po les e1térieur
fur nl 1,·ité.. A demi-lieue ur la grande
roule, nous entràm dan un bouchon où le
nouveau guide m'attendait. prè qu'il m'eut
remi dans e main et répété cent foi es
recommandation , mon brave ami me erra,
m'embrasa, pleur:i même. loi au si, je pleurai ; mais qu'elle ont douces le larmes de
la recoonai ·ance !. .. En.fin nous nou dime
ndieu ....
Mon nouveau conducieur était ce que
m'avail dit l'ancien : un bon t1-arçon, da.a le
en q1iïl avail da courage el me montrait
le meilleur di posiûon . Mai un premier
coup d'œil jeté ur sa voilure, fort diiTérente
de œlle demon charretier, me lit comprendre
que j'y erai dans une situation ouvent Lr
périlleuse et pre que toujours très délicate.
U'abord elle était lourde, celte voilure, et très
pesamment chargl-e; nou· n'irions donc qu'à
petit journées. Ensuite, j'avai~ cpt compamons de voyage, et. quel compagnon ! Tous
ept d'humeur lrè discordante, ne 'entendaîent que sur un point : Lou ept, il
'honor:lieat d'être Jacobins, et n'étaient pa
médiocrement jacobinisés.
Tel étaient les voyageurs appelés, d':iùord
p:ll" le eul inlt!rêt de faire quelque cho e
d'agréahle au oonducleur, oppelés, di -je à
garder mon ecret dans tout le cour dn
rnyan-e, Lmême à payer pour moi de leur
per onnes en maintes occa ion . A l'cnLrée
d'une ,·ille, 11 chaque corp de garde, à chaque
po le, à tout endroit où !'oa demanderait de
pa eport., il [audrail que je me lin-se couché tout de mon long dan$ la voilure, une

moitié de mon corp come1·te de babil , des
manteau. , del- corp mêmés de Lou ce·
fran llootarr11ards, et l'autre moilié oach ·
ou le jupon de leurs femmr waratistes.
C'était ain. i qu'on prétendait me pas er p:irtoul · on n'avait pas d'autre moyen!
i vous prenez- llJI instaut ma pince, \'Ou concencz tout les dif6cullés de ma po ilion. Premi~rcment, il y a ml des circonstance· e:xtrèmement péri1J u es où je dcvai
pourtant prendre, a1·ec mes camarade , l'air
d'un homme qui ne redoute rien. Par exemple. dè que le pa eporl a1•aicnt été vu
quelque part, on m'r croyait hor d'affaire;
l'aube.rac où l'on 'arrêtait pour diner, pour
coucher surtout, éta.il ordinairement la meilleure du lieu, par conséquent la plus fréquentée des voya"eurs. ,'ét.1il la que j" avais à
craindre la rencontre d'un d putê d'un commis.aire, de ces coureur en chaise de poste,
dont la plupart, mployé· par le nouvernement, me connai aient. C'était là néanmoin
que je deYai conserver un Iront tout à fait
tranquille, que i j'eus e lais é trtl.llSpircr
quelqu -un . de m mille inquit!tudes, on
c fùt dit à l'oreille : ~ Cet homme est donc
Lrè.s CQnnu! ' rail-ce un émin-r61 eraiL-cc
un personna,..e de quelque ÎII1porlance'! 11 et
bientôt on ne e f'ût pas rrêné de le dire tout
haut. Je ne devai donc jamais prendre d'a11Lre précautions ni témoigner d·n.utr craintes
que celle qui convenaient à un obscur déserteur; per onne oe me croyait autre cho e.
. lalheur à moi i mes compagnons avaient pu
deviner qui j'éta.ÎJ;; les un eu • enL pàli d' r{roi, le autr' eu ·cnt voulu m'arracher l~s
yeux; je ne ai pas même i le conducteur,
malgré l'appât de Ja récompense que j Jui
avais promise, malgré les recommandation
de mon bon ami, qui était aussi le sien, malaré sa haine pour le - t)Tan du jour, je ne
~ais pas 'il eill o é tenir ferme.
Il me fallait en se ond lieu, an milieu de
peliles facliDn qui di,,i aient la carro éu,
constamment éYi:Ler de prendre parti ; je ne
devais en méeool.enter ni en épou er aucune,
mai au contraire les ména .,er toutes et doucement me !aire jour entre elles. Que dis-je!
if fallait, par 11n art plu profond que cclu_i
de la coquette la plu exercée, m'attacher 1t
m'attirer tou le oins, à me ga er toutes
les ùienveilla.nces, à me conquérir tous le
cœurs. Ce n'ét::tit pas seulement Uù ennemi
que j'avai à craindre: il uffisaiL d'un iodîffcrenl pour me perdre. Ion .nlut exigeait
11ue, dao celle coterie compo éc de tant
d'originaux discordant , il o' ' eût personne
11ui ne ·accordt\t à raffoler de moi.
Pardon de lou ce détails; mai c'e t
r1u'aus i jama1s homme ne se trouva dans
une itualion embl. ble, et mainlenanL le
ri:cit des faits va suivre avec rapidité.
(A sui1vre.)

HI TORIA

LOU\.ET.

MADEMOI ELLE DE CLERMO T AUX EA
Tableau de :-l.\TTIER. \ lu. ée ConJé, banlill,· .)

DE CHA TILL

�PETIT l•OSTE VE 1,11A.'\D't.ARD1i). -

T.il'li:.JII j~ ~I ts ~ONlf.JI. (Co llt&lt;'IIU/t Clra11.:h.1rJ, illu.,u ,lu Lourre.t

Mémoire!

du général baron de Marbot
CHAPIT~E XXXVll (mite).
C pendant, le temp ,'éeou1ail an, apporter aucUD changement à notr po ition; ar,
hico qu l'Empereur eût prescrit trois Foi
au mar •chai oull d'aller promplement a"ec
une nartie de l'année d' ndalousi reuforc~r
l, éna, ult, imitant en cela l'allitudc dt1
maréchal iclor 11 sou ê0 nrd. lors•Jll'co I 0!I
il ·'a · ail d'aller le joindre à Oporto, 'était
arrêté n chemin ,·er la lin de jamier. pour
faire 1 .ièg • de Badajoz, dont nou entendions Lr·· distinclem ni le canon. ~I éna
rt: •relt.ail \Ï\' m nt que
n eoUègue perdit
un trmp préciell.1 à faire un iège au lien de
marcher ver lui, quand le défaut d~ vin
allait bicnlot nous contraindre à abandonner

le Portugal!. .. L'Empereur même apr' 1a
pri e de Badajoz blâma la dé obéi ance du
maréchal ,ouJt en dbant : a ri m'a rendu
ruaîlr d'une \ille et m'a tait perdre u.n
rovaume! ~
·c.e 5 février, Fo) rejoignil l'armée, à laquelle il condni it un r nfort de deux mille
homme lai sé à Ciudad-flodrigo. Ce g "n&amp;al
rerena.it de Pari ~ il a ait lonatemp conféré
avec l'Emper ur :ur la fàcbea.e po ilion de
lroup ' de fa éna, cl portail la. uou,·elle
annonce que le maréchal ' ult ,,icmlrail
bientôt
joindre à nou . lai toul le mois
de féuier '!.!tant écoulé . an •tn'il pariit le
uénéral comte d'Erloo, que par une faute
ine, plicahle l'Empereur n'avait pa mis ou
le ordre de Mas ·éna, déclara que es troupe
"" 121 •

ne pou. ·anL ,·i.ne plus lonatemp !i Le ·ria, il
alla.il retrograder sur l'E pa&lt;&gt;ne. Le maréchal
1 ey et 1 général Reynier a ant sai i celle
ocoasion pour c1po er de nouveau la IJl.i ère
de leurs orp d'armée dans 11.n pay omplètement ruiné, force fut au générali ·ime
de se résirrner enfin, aprè plusieurs moid'une ré istaoce opiniâtre à battre en retraite ers la Crontière, où il espérait trouver
le moyens de nourrir son armée, san abandonner entière.ment le Portu,,.al, qu il complait em1aliir dè l'arrivée des renforts promi .
La relraile commença 1 6 mar . Le aénflral Eblé avail à rand re;,.ret employé 1 '
jour précédent ' à détruire I barques contruites av c tanL de peine à Punbet ; mai ,
dans l'espoir qu'une parlie ~e ces immen es

�1t1ST0~1Jt
prcpara
urrail llD jour être utile à une
arro e
ise, il 111 enle
ecri\Lernenl
toute
rrur , en p
de donz
orn ·ie
rtilleri • el d-re
n proc wrbal qui doit être au mini Lère d
" erre,
1 inJi,
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dt!pôl,
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r
çai:f! furcn
lrnru si
éc
r, ant d'orme.
pendant la nuit du :, au U ma qu
in11lai. dont l ~ po. l a 'étaient .-é
d~
nôtre deunt Santar m que p:1r la
ri,·ièrr de Hio-fülor, n'cur nl conn:1.·
d,
notrl.' momem nl que le ),·ud main malin,
lor
· tro · ,, :nér I n , nier étaien
ÙJ
q li
1. Lord \, dlinnton
dau · lïnct•rlit
,oir . i notre mouv( owuL ·n il pour bul d'aller pa
l • ra e ~,
Punll'!e, QU bien de nous r
,cr 1El;parrne, perdit douze heure· en
ilnliun ·, el
l'armée [rau ·
vait a.'llé une marche ·ur
l ·
lo
ïl prit enlin la ré olut1on d,
1
;
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mollement d d fort
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imprudemmenl
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le Jan. 1
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rupccha p de
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L'arm
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d :rendit ,..:iillamo pil'd à
. Quaul à • I , :na,
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~ lorpeur, il 31'ail, du ;; au
!l mar· .
ltoi jours
I' con mi
plèleme
Irait', un
péralion
J 1 "Ile
U i éla
,
•
btLude, d'uue •m.i ,té qui nous ;tonnait lous.
1; rmée fra.11 •ài • cooti
'te
d"une moni~r régulière el
loinuail de Pombal, lor:;qu
de
fut ,..i,emcnl auar1uée p
mi . Le maréchal 'e l
leur Lar r cmnplèteme
l'
:-en 1' no équipai' donl
fort
1•ntc, il Ill mrtlre le feu à la
· torieu~ annfai. ~e :eonl n.:Cri; c
acl ·
qu'il c1uar · l d auaulé, comme S1 lu premier d vo
n én rai n'ét ·
lut
d
I ar
.. Or, omLru
oos
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un é
lonn défilé q
nn mi.
t.l
•n I
r, le meilleur mown de le
arnlter ét.ail dïncen · la ville. è"était uue
e tremilé
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quelJ sont réduile
1'n 11nrcil
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es plu rivili ée , l
le ~\n bi
êm
nt om·enl agi de la
orle.
11 eut, l • t :! ruar ·, un comb t assei if
1•11 amnl dt1 lledinh:1, où le m '
·
aianl Lrou,•é une po ilion u ep
bonne d ·r n. e, crut d ·oir . '31'
Wellinnton, prenanl a, •c raison
pour une pro,..ocation. 1t a.ancer
· érahl . Un · actio11 très ehaudt\
: le mar •chal
epoo · le· eu
relira en uit
leml.llll, mai ,
avoir tm deux ou
cents bomp:ii:~

J:fÉM01'1f,ES Dtl GiJVÉJl(.ill BAl(OJV DE MAJ(ll01

1 r, d combat. L'eunemi en p rùiL plu ile
m·
· i ayant lon lerup. foud
tandis qu'il n'amil que
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en ballerie. C
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l inutile pour l
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·n eflel, pu i~q u
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ordrn de .e retir r, pourquoi \\ellioglon, qui
• ,a.i fort bien 11ue la n&gt;traite d françai
étant proooucée, le corp· de e1 .e rerocllr ·
marche apr nn halte de qu lqu '
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lai 'a-t-il emporter à l'attaquer
p
ul plaisir d • le conlraindr à p rlir
t1
lu lol1 ... 'é1a· pr• 1 •ol a cette
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d•plorai 11uc 1• faux umour-prop •
générallI ·ù fa1l Vt!rir t nt de
b
n. os • ucun ré ullal pour , ucun
ù
arLL·.
'arm~e fram;aLe priL po ilion
e
el • rd :-;o. Le U1omcnl critique de
retr:iilc était arrÏ\ '· Ma .én. ,
n • uulan
11uitter le Porl11!rnl n,ait rélu Je p
r, t
d'allt&gt;r c.,ntonne
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1&gt;3) s • itué entre
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I' Aha, torrent d
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Cor1·0; .u~anmoi
r1u'on pû
naîlr
motif, 1· •éuérali. im ail
à Fu
ul,erta, et c croy:inL
par
ivi«ion qu'il nait
réch
cy de plac r à rda
il u·a, il auprè de lui llu·un
nadier et 2~, dragon . ~lai·
réte.xle qu'il all:iit ê
· upéri
a
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ce.
p
a
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i"l·
q
u ie
ur
du ruome
1, c
i e
..
_ime cl tout on
!-major à être ente,.;,
par I cnndll1.
En c.fiet, d, n l:i per,oasion qu'il était :!a•
ranti par plu,ieur di,·i ion Irançai - s, Ia~éna, Lrou,·aul le ile J · fuente-Cubfrla fort
"ré3Lle et le t mp Ufl'lrb •, o.rnit orJonn ·
de • rl'Îr le diner n pl1:1io air. • ou étion
Jon fort lr n11ui1Jem nt à t.ahle . ou. de.
arbre à l'entrée du , illa •e, lor que, lout à
r-0up, on aperçut un piqu l de : 1) hou-ard,
aogl.ti · à moins ù œnt pa de nous! t !grenadiers de la g-ardc prirent au, itùt 1~
arm • et enlourèreul a éna, pendanl que
tous e aide· de camp l les dra on , moula.Dl prowplcmeol à cbe,,11, ·a, nœrent ,·er
1 nnemi ..
UI-ci a)3Ill pris la fuite an uruler
amorce, nou peru àm 1Jue c'él:ii ni
d s bommes égare· chèrchant à l'CJOindrc
l'arm :e annl:ti:e; mai: nou a
ume_ bienLot un ré1rimenl entier, cl ,i
le coteau1
voi ios cou,,erl de nomhreu
troupe an.. t2

..

i?lai ·e. q_u1 cernaient prc que enlièremenl
FmmJe-Culierla!
Le dan"èr imminent dan lequel se trouv:iit J cruartier nën rai pr renait d'unt!
erreur de 'e), qui, croyant J
'rai' ·
informé par • 1 llre, ,· il
à
. ' di,; ·io
·
" · u
de
Crd:1 o.
e
nL
.
découvert.
e
ienl appro.-b •. en
du ,
de 1 'na : au ~i
eà
quel élonnemenl fut 1 nùrt b
emcnl, l3 nuit approchant,
·a u.11 épais brouillard, cl les ,\o •lai .
ne p01mrnl
que le ~nérali. im••
t
· · Ir
i coupé de .on armé,
qu
é p:.ir notr, ~ta lit
·' laquelle
i
nl
·er1;
ile
r
mmi 11ui paru
•
rla,
au moment n
I
mpl le · :eurilê, e
1.
ît'C
r :_ olutiou, il et ail Mas~n:i n\cc lou.t c1
qui él, il a, lu
1, dè, que 1
opprire.nl le dao
'a\l it cour
il' 1' firent . o
n !
1
ri n 'api r pr
que
én
françai - n'écha
leur
a
arrachant I pa
,
d'autant plu a
ut•
aré
e
portaient p~. de
rh · !
di1 heure· du .oir, le Traod quarlil1 r
"· éral quilla Fort Lranquillement Fueuterta, m
· e vo· in e de plu.it•ur ré·nls en
dont 110
trou ail pJa
e ém
tra1·erséc pa
emin qu ·
ui\•i
ur l'en élo
l mar-5er
n lral.l èm
ln)é hi n
l pa
neuù con
Fr.1nçai1-,
1 mrue leur ét.iit ra
11,-..
e, sacb:ml qu mon f
arltüt lr'
u· l'o. · , lui dormo des inslruclions, rl
b
·aoçant Ju.11u 'au ba. d la colli
•t
ant d:m l'ornhr,•, crit1 au cher
d
1
1ue le du · de W Uin on lni •nrnpal I
d appuJ r Yer
droite, cl
d'al
er un poiot l)D'il indi~uail, mai
cp1i
\'llil hor d • 1 dir ·li 11 uhie par
nou
olonel ennemi, n · J&gt;Ou,·ant di'lin~uer au milieu J la nuil el dan· l brouillard l'uniforme de mon frère, le prit pour u11
aide de camp :m.. lai ; il oWil doue ar-lc•champ, ':)oign , l nou pa :i'1111 le'L •m ol, heurelll. d'avoir échappé? oe nou,ean
don cr. la. sém et son ét L-maj
· · ,ircnt a1·:inl Il' jour
lrou~
Pendant ce Ion
pfuibll"
nn
· 'tait ivemcnl
ccupé de
quc.J,. lime \ ..• était constn
e.
on cb.eTill 'abatlit plu.ien
e
quarûer5 de roche &lt;Ju'on ne
,_
,·oir .' é3.U cd l'ob:cu · ·: celle femme courageu:.e
rel ,·ail,
rJ ue cruellemcol
meurlric: mai· enfin
,·hutr del'inrcnt i
nomLrcu
qu'il lui rut irupo. _iLle de repr~·ndre on
1, oi dP m3rch r ·, pied 1•1
l'un fut ol,li
la r ire porter par dé !!r nadier . Qu
il-elle Je enu i on nou
e1iL allaqu' .
us î le "émlral' simc, toul

d'un vigoureu coup de rov r t et I traucbant de ma lame Cr:ipp:ml ur 1 d nt d
cet homme el pa ·saol •nt re es màl·boir :,,
au moment où il cri il pour 'aoinier, lui
fendit la bouche el l JOU ju qu'au
oreille.!. .. Le "i ux hou arc.l •~loi"n:J prom11Lemenl ' ma ,,ve ali faction,
c'était le
plus bra\'C el le plus eotrcprcnaut des deu .
Quand le jeune .e ,it ul en face J, moi, il
hé. il.a un moment, parc que, 1 tM de no ·
chenu.x :e touchant, il omprenail qu · Dl
tourner le do pour eolr r dan le boi . 'ét. il
', po er à être frappé. n · d :termina pourLao L en , o 'nn t plu · u r ol Li CDJ'l, 1rançai
venir à mon .ecour ; mai il n'é ·it, p l:i
bl ~ure qu'il r ·doutait. car, pou . · par l3
col'-re, je le pour .uhi quelqu pa I lui
lion•• i un coup d point da1 l'épaule 1111i
Je Ill ourir encor• plu ,ile ...
J' •ndanl ce combat. qui dura moin tle
lemp · qu ïl n'en faul pour le ra nta, no
éclaireu.r~ 'ét.ienl rapidement élancé· pour
,·euir m déga er, t&gt;I, de l'aulr ôl'. 1
cira. ~cnr an lai· apnl marché ur lé inl
où ,·cnait de lomlmr leur offi ier, ce. deux
roup ennem· tiraill'·rcnl 1• nn coolr ·
autre , et je ru ur I• point de me Lrou'r c.tpo a01. b:ille de d u partis. \l ai_
mon fr'-rc cl Lignnill , qui, du baul de 1:,
po~ition occup par rarmé', m'av:i.it:nt ap r\'U
au pri e. a,·cc l'officier el le i.leox hou ard~
an lais .'étaient cmprrs.é. de reuir me
joindre; j' o grand bc. oin de leur ide car
je prrdais une ·i grand quantité de ·an par
m bl ure au dlé, (Jlle JC m, · ntni.g dLL
faillir, l il m' i'tl été impo ·iLI de r • L r à
du:wal, ïl ne ru'eu nt , oui nu.
l):\~ que j' n. rt&gt;j11inl l rand d, t-major,
la.. éna me prrnanl la m in, me dit. oc· t
• Lieu, ··e l trt,p bien m m,•, car un oflid •r
« npérieur ne doit pas ù1110 ·er en fai_anl
a 1• t·oup de :n!Jr aux a, ant-po~lc ·. 11 Il
avnil rai.son! M, i. quand je lui eu. fait onnaitr • le· motif c1ui m'a,11i nt entr:iiné, la,iu, ne me blàma plus aut nt, cl le maréchal 'e , plus bouill:1111, rappelant r~poque
où iJ était hou ard, . 'écria : • a foi, à J,
« place de lnrbot, j'aurai· a"Î comm,
« lui!... Tou le "énérau el 111e
r d \'lntcnl me donner d mar11u
rèt, pendant que le bon docteur Dri · t me
pansait.
La ble . ure de ma Joue n':i,·ail aucune grü,·ité; ellP fut c:ica.Lri · au Loul d'un mo· • ,,
l'on n oit à p ine la trace le long du favori
au be; mo.b le ·oup J pointe il •1b.re qui
a,·, il pén :1r· dans mon 11:in droit ét 't dangcreu , urtoul au milieu d'une lonnuc r
lr:iitc, qui me forçait royao- r à cb ,111, ~ans
pouroir jouir Ju r po dont un blessé ·
\\'u.LJro;Gro . .
hc~oin.
lir.H ur~ Jt .\. l:4llro. (C3N11(1 Jt~ Efl.J ft. ,
Tel fut, m chers nfanl , le r: ·ultat de
mou omù:il. u, i l'on ,-eut, de mon é1uimon shako, ru ib rn cl ma peli
rurenl JIÙ de liraada ù • ono. Vou :1,·ei co11(enil
crit,
1moinli qu je r
hk
le hako 11ue je portai: al r,, el 1 uoru•
coup·: mai e
le p
br ·u · ntaill · &lt;loot le _al r' an ..fai l'onl
1.
.anis, .old I à
u~ta
d~cor: prou,cnl 11ue le den hollS3rd ne
on
e pla.s d'un pou · ta pointe me ména renl pas! J'a,·ai~ .iu i rapport:
de ,o
e dan le llanc droit! Je ripo. lai ma giberne, d.onl la banderole avait reçu trois

• ,·eux faire un peu Lata.me aYec ,·ou ! Je
ne ru· pa de,oir répondre à œue fanfaronnade t tournai brid t~r no arant-po~tes,
placé à cinq cent pa en arrière .... L' \nglai · ru· uhit en m'accabliint d'injure !...
Je I méprisai d'abord, ma· :ilor l'oîllci r
ennemi • 'écria : · Je rei:c,nnai bien à ,otre
11 uniforme qae ,ous !!les all ch , un maCH PlT~E XX VIII
t&lt; r chal de France, el je Cer.i meure dan
J
• i i111ml1
• - \1Tair1 ,le l o,
« le journau.t de L ndre que ma pr _en
,
'ou~e
els .i.. :il «:na. uifi polll' m ttre en fuite un lric/1 ·, un
1 J ututi
!·
a pollr1&gt;n d'aid • d cawp de . las,éna ou d
nd main
•
aprt• · 0: p ! »
.ra,oue ma faute· j'eus le lorl hien !rra, l'
.-.
pou, é 01
\"
entr•·p
1lrc l&gt;OII.
de remil le !rro· d ne pouroir upportcr froidement celle imd,
u
an u
o ilion n perti111:11lc prowcalion. el mdtanl le ::ihre à
a,
lir
J Co
Jonu 'r · 1 rnnin, je m'élançai a,·cc fur ur conlr • mon
l'arli
et
ét1uip
r trn- ad~ersaire· mai·, sur I point Je le joindre,
v r ·l:'r
éf'
cé CU
Ollr". j'rnknds un "r;111d rrulement dan 1• boi ,
Lorù Wdlin.,1011, apcr
fran- d'où 'orteul l'in, t nl m~me &lt;lelll hou arrl ·
an •I, i qui, ·arançant au alop, m coupent
in i rr ,t,• , Il
forlt!
la r Lr:iil •!.. . J' rais donn: J· n un clÎl}ul annmu;ait
rn nt
, l r:,11u
, \'OU!anl Jonncr de~ apen ! Je oompri · qu'nn d '•fen.. d plu
·ner riqul ponv:iit eul m' \it r la boat
in truclion. ;,
na
fil ·on,o&lt;I uer auprc de lui. ·'
r1:n&lt;lire111 d'ètr roil pri ·onnier, par ma faute, à ln ,11e
proruptcm •nt. L ma
1 .e fai- de toute I', rmé françai. e. ·pect:ilr1œ de ce
combat disproporûoun; ! ... Je me pr 1cipitai
nt all ndre. le !!élit!
:crh-i
donc ~ur l' oHicicr an loi ... nou · nou, joicomm ml ut (1 1 l el 1
Ïn\it
i;non ... il m porte à la li ur un oup d •
~l'nir au pin lùt. Cet
11ui p.i
tranchant de on :pt!e; je lui pion
mon
:ail Ir~ Facile :1 r·mplir, faillit ei.:~ntlan
001 le
.
..
.al,re dan la or e... on san rej il lit abondammer1t ur moi, et le mi ·&amp;raùle, tombant
L'a
c
étail rau •ée n plusieur
IÎ"II .
·
furm,. d'ampbi- d · rb ~:il, ,a roukr Jan la pou i r qu'il
lh ',ilr
II
l'
e do
011
mordail av c r e ! C p nd:inl le d •u hour
q
deux
col- _ard~ me frappai ut de Loule part , princi- somm
prali
i •11 palt.:lllfilll ur lètc. Eu quelque c ·onde~.

eu nou conjurant de n p : abandonner
lm _- ... , nou &lt;lit-il • plu.~icur tl!pri.:es :
a Oueil"' f ute j'ai comLULc en emmenant
UII r mmc à la '!UC!U. ! ·u Drcr, uou . or1im1- de la ituation aiùqu dan. 1 uelle
• C\ IIOU: a,ail jeté .

i

n

i
1

e quel
uque
ob,
chemin
u
Il ~
momcn t où fl l ,t •L moi par, pour e écu
·
le tiraill~ur
. rrbanl ù.
:i;
11Ôlrt: c
:_
plu, c r
er
m n cam
• nous
l'ekt prit le chemin de
celui de droite, •n ~1nl
e dairi'1re ou
trountieo nos
1

le

I maré · 1 1 ·c, venait
pui. main d'un quart d'heure,
je
mou Jernir de
rir
coolre.
· '
·r de I indr
j' enteodi
u a,·
hall . i
o
...
: •,, é
n
IC
qui
c
• Bien que j1•
le
Ney orlé par un Jort
d :t,acJiemeul. jll ne lais m p:u; d'ètro inquiet
ur n cowpk, c:ir je aignai~ que 1 · ,\niai ne r
ent
orque je '
t:nfin :iu
d
nr la rh·
Pel · ·
el ton
e
tnin J
r' · qu

•

or

ce

ait.nt

•tour
de lui, •tnand un
licier
• à pi d annlais
. ·1l\aoce au lrol d
peût che, l el m
crie : 1 .\.llend 'Z, moll:iieur ,.., r~nçai I je

j'al
j ·uue

---.

�1f1STD'J(1Jl

_________________________________________

coufl: d,· tr, och, ni i mai elle a él ·. i: .. ré4.·.
J' i dit tpr'an momC'nl ou j'étai emoyé
l:i recherche du maréchal 1 rv, l'armée Crauçaise, rénni • llJ' 1 f'O~Îlion cjui domin liritnda de .ono . . • llcndail ~ êtr alla,111b&gt;.
Ce co liat n'eut pa. lièn. Wl'l!innton, intimidé an douli par ses perk · d · j ,ur. Im:céden , rr la la war L de · troup , c
11ue \O_anl. Mn ·s tna rr~olut d &gt; pro 1ler de la
nuit, riui :ipprochait, punr raire lm\ •rser (ltl .
Ît•nm· 1a liU ·I le Jou .. d{-liP de lirnnd:i
ile .ono. la itualion ful alors l1im pénîhl .
J'avni. mar'hé 1,,:, den j011r. cl la nuit prétid nt , el à pré ent, l?ri1nmenl hie • •• et
affaibli p, r la pr!rlu d'une raude t]Uanlif: de
. ng, il me f Uail pa ~ ,·ncort la nuit il
b al, par de· rh min aUr u , •1u·e11comlir ienl 1· hariol. d,:. 'c1uipa 11 1• , ceux de
l'arlillPri1 cl d,· ni,inbrc . colonn • de
1ro11pc. , contre le,11udl j~ me b url i. :1
rha11uP. in. 1ant, l'nh,curit éro_nL de plu~
profond . Enfin, pour coml.tlc de malheur,
11ous (1\m assailfu p.1r un ora 0 • :1ITr u • La
pluie trarnr~a m,· ,·ètemenl5, j fu hi nlol
trami de froid cl
louais ur mon che al
dont je n'osai· J euJre l'our me r 'chaulfi r,
car c n'aurais pa eu la force d' ,remonlcr.
.\joutez c la 1 ,ive?. doul ur que me c.1u~ il ma bl
u au nane, 1 -vou aur z une
faible iM de ao1rois.c auxqu Ile je fus
·oumi pendant c:elle cruelle nuit.
I.e 1:i nu malin, l'armée franÇlli c parvinl
ur 1 bord de la e ra, en face de Foz Je
Arunce. Celle petite ,·ille est i;ituic ur une
colline 11ui ilominc la th·i~re ain i que la
plaine Je la rive :1Ucb par laquelle nou
arri1ioo ... Je lr, \ r i I pont, l ün · m'ëtablir momentanhnt:nt Jan uu • mai on, où je
compt.,i · enfiu prendre •1nelque repo. ; mai
j'en ru crnp ~ché par 11ne scùne afl'r u c qui
se 11. ~ a on~ rnc · y u . lléj' le corp de
He nier cl de Junot étaient dans fqz de
runre celui de :c\ · lrom-ail tnrore sur
l'aulr· rive: mai 1; 'néralL iw, inlorm:
que l'enn mi nou ~uivail de pr• , ne ,oulut
pa rxpo r :;on :irrii!r
rde
comhaltT
:mllll )· Ceu J.,rrî r' . ·Ile. Il pr cri, il Jonc
a~ marérbil .:-;e de faire pa ·er la rhière à
toult· . &lt;!' lroupt' , qui, :iprè :t\'oir coupé le
pool el pl c, d forl . :irdc en fart- d'un
u 1 1111i l'a ·oi. ine, pourraient pai iWemcnl e
repo •r d:ifü •Ile lionne po ilion. Le m ft'chal , ·c,. atLrilm, nl aux f. tigue. d Jeu
derui -., • journ c la lenteur de t•unemi:, le
•rol il encore furl loin, ~t il crul q11'il rait
pu, illauime d' odonnl.'r compl~lt:nwnl l:i.
ri\'e gaucl1v. En toaséquence, il laissa deux
divi ic,11. dïnfonU~Ti ., l. Lri ade de caH1l ri
L: molle, quelqu : pit•œs Je l'allOll, el ne Ut
pa oup r le pool. ·· ttc nouvell désobéisune faillit aou, coùlt•r hien cher. En effet,
pe.ntl, ni que J, -.-.éoa ·' 'loign:iil pour 11.llvr
ut\1•iller a Jlonle-lluràtllia le rétablL.cm •nt
ù\111 autre pont qui dc,nit n ·urer le leoJtmain ~e, lroU{l\: l'impnrwnl va- :\ 178 th• la
rhir d' \ h. , cl •JUC I • mar :ch l è). rempli
de confiance, venait Je· perm llr • au ·•J11ér;1(
L.1molle de traver, r le gué de l:i ejr pour
aller pr\llldr
fourrages ~ur la rive droite, .

;

lord i.·ernn ton p:irail u. l'impro\i,le el ll,qne imm dia lem nt Ir.. dirL ion . j imprndemmcnl la.is t1c sur la rive auche de la
Cc ra! ... L · ma.r1.i;bal :e~, e plaçanL alor.
cour, eu. ment à I lt~le du 39", repou. se i,
b bn1onn tt.e une bar c de 1lrogon anglais.
.fais le brave colonel L:lmour, du ,.!I , étant
1ornli: mor1. fr.ippt: J 'un coup d· feu, on
rt!gimenl, dont il 1:!1:1it fort e limé, 'émeut
perd on aplomb,
jclle ~ur le à el l'entraine .. . En c · mom nl. uoe l.i uerie a :ml
p:ir m;garde envov1: un lioulet dan
li • dir~ction, no · oldal · e crol·ant tourné , el
. . isi d'une 11.:rr ur p:rnique, court'lll n lnmulle ,ers le pont!. .. Le général Lamollc,
qui d' 13 i e oppos ·e perçoit c •lie relr ite
1i •, ordonnée, reut çonduire . e · ,a lier, au
ecour~ de fanla in:; moi· , :m Jipu dr re-pa ('r le ué d.Hficile par lt•r1uel il ~Lait ,cuu.
il pr ·nJ le ch .min le pl court el 1:.ncomLr
a,·ec a brigade le ponl étroit de 1. C r:i,
pendant que la ma. d fn~:ird~ • pré. otail en os contraire I Il rf uha de ce p lem le que pcr~oc ne pouva.al p er, hon
nomhre de fauta in:;, arrimnt à la uilt• de
leur mnrad et voyant I ponl cmbarr . sé,
. c diri ent H'rs l • l?Ué et ~' pré ·ipitenl !.. .
La urand majorit · parl'in ii I franchir,
mai:. plusi 'Uts,
lrllmpanl, lom rent 1lan
de t:l\ité. où il
no reol 1
P nùan1 cett c:'.o dëplorable, le m3r • hal
, 'c ·, qui con umait n elTorl pour réparer
a foute, parvienL enfin réunir un bataillon
du 2i•, fait Lattre la char e et péuètre ju.s11u':un: dili.ion ,rennet el 'er .·, qui 'Llieol
re ·téc lcrme Îl leur po t • et cowb Uirent
,·aill mmcnt. Le aî:m.lcbal :\c)·, • m llanl
leur li1le, r prend l'ulTrnsin,, el rcpou · · 1•·
ennemi jusqu da,is leur c..UDp princi 1.
Le
nglai , étonné p:ir celle '"i' oureu
au que, :iin.i 11ue p:ir 1 · rri de c ·u de no
oldnt, qui e d~Lau.aienl tl u I · eaux de la
~ra. crurent que toute l arm~ franr;n.Le
'1Hançah contre em; il sonl à leur tour
frappés de terreur, ~lteut leur :irw • l i &lt;cnt leur noon · cl s'ahandonncnl nn • fuite
pr~ ipitt'. !... Le Lroup d "dlér:m J\e}nier el Junot, plam ur la ri,e droite, rurent
alo , iru;i qur moi. t woin d'un . tacle
hi a rare la &lt;'tre, celui de plœ ietm diviioni1 de parti différents e for,rnt mutncll meut da~ le plu rand dl; orw !... Enfin
la pnuiq11e é1D11l lm &lt;e de p 1 •l d'turtrc,
Annlais cl J'ran\•ais revirmml peu li peu ur
le terrain abandonné, pour rama r lrurs
ru il ; mai on était i bonteu de 11.t:u
eût: , que l,ien 1ru 1 . old:1
nnerui · fu~enl INh pr , il ne fut pas Liré un seul roup
de fu.il, ni : lllll" ( aucune pro\"O alion; chacun re n!?TI
ilencieusemenl son poste ....
Wellin"ton même o'o,a. 'oppo er. la retrait
do mlll'échal 1'e ·, qui fü rcpa_ er la rhièr
•L couper li: pont. Hans c biurre t!n ll('mcnl, 1 \n lab •ur nl ".? 0 bomm bor.
dt! et&gt;mhat et nou l'D tuèrent un,• cin11uaut...iine; m i no1L e11mt' 1Oil no~~ , el, mallieur •usemenl, Ill :i!I perdit ·on :ii l • rtut•
J, · meilleur pion ·eur ne purent alor: rt.'lrou\'er; elle le rut l'éttl uha.111 p,1;r l ,~ pa1-

porluaai:, 1 r rtuc le,:, t rl cl1, ltllr:
eur1mt mi, '. .ec une uli d~ la rîTii-re.
I.e maréchal ·e~, furieux de l'échec qu'il
, nait d'éprou llr, 'eu priL au én' al 1..amoll el lui r&gt;tira sa brinade. Lamolle était
r p ·ndanl un li n et br,1\'e officier, a1111uel
!"Empereur r ndil ju Lice plu lard.. uanl
, ·c. , il était i Jé.,ireu de prendr · une r •
v ncbe de ,;1 mé ,enlur~ que, d..,n l'e poir
d'au q11er "Pllinnton lor qu'il \'OUJrait son
tour pas, •r la eyr:i., il resta immol,ile un
p rtie d • 1 jour11:, du rn ur 1· Lord. de
elle ri,.,i . l la • rn fut obli ~ de lui
cxpMier r1uatre ou cinq aide de c. mp pour
le forcc&gt;r 11 le\'et on hh·ouuc Pl :1 ~ain,· le
mou,cm uL de relrailc. l.'arm1: • rr II il
l'Ab• le li, :,ur le pool reconstruit~ 1'11 lt!,1ur lb,, et conlioun ptnd;tnl cinri jour ~:i
r traite ur Cclorico :rn i!tre i111p1iélêe.
La \' 11,1 1111 uou. ,en.ioru. d
rc urir
culr le MonJ go et la cL:iinc J'l-.m 11. C-"-l
lrj: pralk bl , de plu, ferûle . el l'arm~ .
vi!cut dan l'abondance; au, i en nuw r trou v nt aCeloriro, où, à uolre cnlr · • en PorlugaJ. 1 hw a1a.it eu la mnlenconlriw. '
idée de quiller ell•• l Ile ,,ill :e, pour •
jeter dan· le monta o •s dt! ï u et de llnaco, J'a.rmte li- blâm -l-ell • Je ,.. ,me.au, car
c lle faute anil coùté la vie pluj ur millier.; d'hommes el fait manc1u r notre umpagnc. Au i l maréchal, n pou,an1 . e ré i"ner r olrer •o E.! pa"n , rê~olut-il d e
m inl nir en Jlorlug11l à tout pru.! ... Son
projel éLail Je r '-"3!:llt!l' le Ta"e p;ar uarda cl
Alfa lat s, ,le prcndr po. ilion à Corin el Plac~ncia. ùc ré1.aLlir le pont d' 1 antara, d .'~
joindr au troupe. fr nçai
commandé
par 1 m:iréchal nit dr,·aol Bad jo~. de: pr1uélret lous enscmblu d ru, l'Al,•utejo, et Je
ma.rch r eu uitc or LH,onn . la. 1011 pérait forcer ain i Wellington à rélm..!r der
promptem nt [lOUr clierrhe.r à déf ·ndre cdte
capil3le, ql.Ù, L qu
rc'-•1r· par I' lenhdo,
n'aurait eu que fort peu de mo; n~ de r{ i
L:ince, • l' Ile n' tt.a.il pa · forlitii.:U sur la ri,•c
n ucbe du Tane.
Pour rcndr · 1 mar h d
l'lu.
facile, le maréchal P.n O!:t •n ~~ p:iguc tou:
1 hies, :,el m1bde.i.Je refu~d·l• ·uhre,
et, ruai ré 111
u[rancc., j prërér i ·cst1:r
nu milieu de l'arru :c, nupr . de mon (r, re el
de me cam:mid ". l'rmlant la mar•·h • d.c
de.ni jours faite à Cclorico. a éna a~tnl
communiqu: ou plnn fi ·es lieutenant , 1
mar&amp;b l . c,, ui ùr,ll i do d · ir d r fOII·
Her on indépendance, ·'oppu à l'enlr risc
d'un nom Uc cnmpa n ·I ùéclara 11u'1l
al.lait ram 1 •r · • trou
•n E pa••nc, par·
qu't•Ue· u Lrounli•nl plu. eu Portugal d·
quoi fair . du p:i.in. 'ètail ,raii m is l'armt.le
:ivail d'imm n lroupea11% et élait b ituide uis .i moL
,h·re .an pain, chaque
.oldnl r('( e1:ull plusit:ur lirres J,, vi:rnrl cl
Ju 1in n 11nantilé.
l.a uomelic Il :_ ol '.i ~ • n,e de , \. encor ·
plu J itiht què le. rl'l.® nie!-&gt;, e -cita l'indi~nalion de lo~ én . li ) r :[IOndit I ar 011
or l'll du jour 11ui ùl~il au wa '.-cbal • y le
commandcme11t du G' corp . et cte d • 1i11

�1nSTO'ft1A

---~..a----,__.;._______________

~Ul'Ur, ju te et indi pen able. ~fai trop tarJir; il aurait r lla. le faire l1 Ill première
rébellion de . e . Celui--d refu • d'aliorJ d
'€loi n... , en dLanl que l'EmpPr •ur lui :1~301
donn : le command m ni du ti corp ·, il ne
le quilte.rnil t(UC par son ordre 1 . fai I ém"._
rali. iine a anl reitt:ré on injC;nrlion, le mar,:cbal . ·c~ partit pour lméida et rentra en
E pagne, d'oi1 il se rendit aupr\ de l'Empt·•
reur à Pari!\. t 6· cor11 fui nli,; au fu ·
rai Loi ·on. que . on ran" d' nci •m1 1• appelnil nc,: commnnd1!Jr1 ·ni.•
I.e remoi du m:in:cb 1 :'\e1 prOlliû.il ur
l'arm,1. une · •n ·aliou d', utanl plu prornode
1Jn'on en connai nil le principal motif, cl
1111'il avait ,. primé l vœu génL:ral d Lroup ·• n insi ·tanl pour rentrer !!Il E pa~ne.
l.,c 2\, l'al'méc, comruençaot le mou\e.menl 11ui ,levait la ramener ur le 'fage, occupa IHmonl • el ,narda. C ue d rni're vill
esl J. pl1t élr,· •. d la Péninsule. li f; · ail
un rroid de plus piquant , qui fit mourir
pin. i,?nr homme •t rendit mii Lle ur au
c11li- infiniment doulour ·11~.
· tna rc ·ut à
Guartla plu. ieur dép 1 be du major g~nél"c1l,
prt&gt;~11u' loul • a)ant deut moi. de date! Cel
démontre dan tJuelle err ur était •'apoléon
n pensant •1ue de Par· il pom-a.it dirio-el' le
mouvement d'une armtl fai ant la uerre de
Portunal! ... Ce dép1~cbc par~inrenl au é-néro.li ime d'une manière inusitée ju.qu'alor.
dan. l'armée rran · i e. Le princ Berthier le
av it l'onfiées à [. de Cano11ville, on aide d
cnmp; ma· ce jeun orlici r, un de hca11.1·
dé I' rmée wyant la difficulté de joindr •
l'armée de Ma éna,
contenta de dépoi,er
-c.5 dép•kh · à Ci11dad-flodri 17o,
L reprit 1
che io de Pari , d'où l'on cherchait préci. é•
ment à l'éloi '.ner à la .uite d'une brupnlc
équip1:e. oici l'anecdote, dont le tait principal
rem nte à l'èpo ue où 1• néo 'ral llonapartc
comma.odail n hef l'armée d'Italie.
Plu ieur d mes d a fomiUe ~l nt venue.
le joindre à "ilan l'une d'elle. L:pou.a nn d
·e générau le- plu. dévoué , el comme,
• lon la mode d11 lem p., elle mon lait ~ cite\. l. "ynn l uue p li te pclis~ la hou · rde
par..J u. s ,·êtemerH lëminin ·, Bonaparte
lui en a,,ail donné une remnrr1unblemenl
h Il par a fourrur et urtout parc• que
1 lt00ton ét i 'nt en diamant. Quel•Jue. année. apr' • lle dam , de,enuc
,eu l'e, ·• ;tait remariée à un prince élr:tn!!er,
lor~qu'au printemps de 1 11 I' mpen1r,
pa~. ont 1111 Cnrrou el la rerne de la "aroe,
ap n·oit au milieu de l'étal-major du prince
Berlhi r l'aide de camp Canou,·ITle portnnl
tièr •menl la pt!li · ·c donnée par lui j d' à a
parent ! L fourrure •l le diamant. coo·tataiènl l'identité! •ap léon le reconnut t
· n montra fort eourroucé, la. d W' fut, diton, ·é,·èrem nt rtprimandéc, el i"iwprudenl
piuine rcçul une heure pr l'ordre de
porter des dépè(hes à Ja séna, auquel il était
prescrit de tenir cet officier indélinimrml
aupr' de lui. Canou.Yill 'en douta, el je
-vieru de dir • comment il profila dn h ard
qui l'empêcha de pén 'trer en Porlu2tl · mai
à peine était-il de retour l, Pari • 11u'on le
0

ré ,pédia pour ln. Pénin ule, oi1 il arrif tout
honteux. de, a déconvenue! Ln conver·atfon de
ce moderne La02un oou a.rum,a, en no1J,
mettant au cou.rant d. ce !JUi 'ét.ait rn$ é
dans les alon de Pari·· depui ue oou en
11ioo ab enl ' cl noue rime L aucoup de la
r cherche de a toilette, qui contra tait
ndement an~c le dé!ahremenl de no uniforme
u. is par une nno: de campagne, de . i; , ,
Je marc-h el J.e comhar ! Canou\'ille, d'ahord
fort êtonnf d, la prompt tr,m ilion qui, d •s
cliar111ant · houdoir pari.i m, l':n·ait jclé au
mili n d'un Livou , parmi I rocher ,Ju
Porlu.,al. . • r: ·igna ' cc changentml. C'était
un homme d' prit cl d cour:, c; iJ e ltL
bravement tuer l'ann · ·uirante la bataille
de la • losko,\a.

pay. ciroon\·oL in ~l ienl plac sou l'autorité tlu mari!cbril nes~1ère , aurtuel l'Emp r •111 aV'llit confié le commandement d'une
nouvelle armée dite du Yor,l, enti ir •ment
compo·ée d troupes de la jeune !!llrde. Il
n r~ ulta un confli d pom·oirs enlr le.~
Jeu maréchaux. I ,i1\re&lt; Ymilant con. ner
tou. le appro,·i. ionaem nts pour , es troup •.,
el . hi érro :oulenant ave' rai ·on que l'arm~
r1u'il ramenait de l'orLmral, ot, elle ,·enait
d' !prouv r tant dt• prir. lions, avait au moin
aul int de droit à la di lri1ution de ,hrcs.
L' .111pereur, ordinrurem nt i prévor·1nt.
n'a,·JiL donné aucun ordr pour le
"il
l'armée de \l,Ména ,er:iit forcre Je rrn1rrr
en E p:i n .
Il ré,,.nait donc une aode inr.ertitude . ur
cette fronû re, princip11lemenl pour la défen,e
CHAPITRE XX
d iudad-Rodrirro et d' - lm1Hda. Ces dem
îorter es l'un e pa nole. l'autre porlullo•traile 1h\fi11i1h •. - r.onful!IOD tl'nrtlr . - llct11ur
ai e, ont! •li ment voi ioe que l'une d' Il
011'«·11 il 5Hr Atméid1. - ,rau,~i,c 11loor.6 t.lf' 11,,,.
Je\· nnil inutil . L'F:mpereur 3\'llil donc orît·w~.
donné de r tirer la arni on ain i que l'artil1~ dép ·h de !'Empereur qu
. de Ca- lerie de celle dernîère place, t d' n d ·molir
nou1 ill a,ait lai ée · Ciudad-Rodri o, lor- 1 rempar , déjà i fortement 'branl par
d on premier ,o. ll"e, étant parvenu à l'eq&gt;lo ion qui, l'année précédente, nous en
. la. 'on pend Ol qu'il était à Guarda, en d'
llYail rendus maitres. Mais au moment oi1 le
po ilion de arder les ri\·P, du Ta ·npérieur. ":oéral Brenier, gomerneur, allnit opérer la
le énérali ime, au lien d'exécuter on mou- de lrucûon d'.\lméida, iJ avait r çu contr ._
"emenl ur-Ie--cbamp, p rdit plusieurs jonr, ordr do mini lre de la guerre, de rte IJUe
à répondre à œ lettre d tées de deux moi . ~la .énn, arrivant de Portugal ur r.e entr Ce relard oou fut nui ible. Le ennemi en fait n'osa prendr au une décUon. CepenproOtàrent pou.r réunir leur· troupes et ·in- dant, comme .e&lt; l upc. ne poufaienl ubrent nou attaquer dan Guarda même. ous
i ter dan I environs rocailleux el térile
les repou lime et il en fut ain i dans plu~ d'Alméida, il fot contraint de los éloigner et
sieur combat partiels que M:i ·na soutint, d'abandonner celle plac
· propr r
pour tlendre d • ofOei•r eoYo · · par lu, v r
. onrces, qm consi laient en une tr faible
.!.leanlara. Leur rapporl ayant con talé l'irn- garni on, ayant seulement pour 11in«t-cü1q
po sihilité de nou.rrir l'arm 1e d ns une con- jours de ,irre . i ron eût eu d ordr
tré sa.n re ource , la volonté de fa 'na positif· d l'Eruper ur, l pré 11ce de l'armée
dut 1lé bir enfin dc1ant une accumulation de Pôrlu,,al eût permi de détruire n une
d'ob. la les qu'a gra,·aicnt encore la r 1pu- . . emaine les fortifications d'Alméida, que le
mance d
~nérmn el le dénuement de
.\n,,.lais ·empr èrent d'eDYironncr d r1ue
trou~. li fut dune r · olu qu'on reotr rait l'.irrn • e fu l éloi"n
et il fallu L entreen E pagne. ~lai au li de le fair promp• prendre le mois :,,ihant une 'an !ante pétement, le générali • ime. retardail s: . orti
dition pour aurnr cette place, ce a qnni l'on
du Portu,.al, et lord Wellin ton, .aie i_ ~ant ne put mèm · pa p 1'·coir.
l'occasion que lui offrit on Fau moure.mcnt
L'ordre qui plaçait le comte d·Erlon •l le
du aénéral Rciuier, J'allaqua li ... abu al. 1,r,.
corp. on le comm:indement du én :ra$UC
Iur1ml IJalancê ; néanmoiil. nou. er)me. 1L s,me Yennit euCin d'arriver : c'était trois
en ore deux à lroL· eenls homme bor de moi. Lr p Lard!... Le maréchal Ja éna,
comh L Jans è t en a emeat "lorieu , mni. :tpr' arnir mi .on armé en cantonn m nt
ioutilt•.
colt Ciudad-nodri o, Zamora t alair..anquc.
L•3rmée rranç.ii. e pa . a la fronti' re le le11- alla le 9 avril établir ·on quarlier général
dem:1in, 1•·• o,·ril, el campa ur I terr&gt;
daru; celle dernière \'Îlle. Pendnnl que nou
d'l~sparne. Elle pré·rntail encore un cOi ctif nou • rendion., ~ . pa
:ou I yeux du
d plus d' quaranl mille homme • et :na.il g'ni-ra.11· une un fa.il peu honorable pour
envo é · iudad-Rodri o ~t alamanque plu- l'année annlni . îr Water , Cûlonel attaché
ieur t•.onvoL de malade· el bl . • , 'éle,aol à l'état-major de \ ellington. 3.\'llÎt été fait
~ pin. de dix mille. ou 'tion
nlr
n pri-onnier par no troupe. ,el comme il donna
Porlm.ral .:i,·ec oÎ:lante mille comballan .
parole de ne point ë,·ader, ,fil, éna presan' compter la divi ·ioo du 9 corp: qui I inl crivit de lui 1. i. ~er e arme , on cbe,-al, cl
noru rejoindre .• 'olr perte a\'ail donc 1.:.té de le Io"er !ou~ les _oil'h dan· une mai on
pe.nd:111l celle lonme mpa!!lle d'emiron di
particulière. C·t ofricier vos ae;iil donc lihremil! hommes tué , pri ou morts de maladie! meol à Ja aile de no colonn , lor,,qu'en
L' rmée prit po itioa utour d' lméida, de p nl da.n le boi de atilla, où elles faiCfodad-Rodri o et de Zamora. fa séna se saient une balte, il i ·t le moment où
trou,·a alor. dans une situation de plu~ ch cuo e repo ail, et mettant . on excellente
pénihl ; nr l"e deux: pl.ac . forte el 1 • monture au galop, il di. parut! Troi :ours
... ,~6 ...

,

_______________________

Mi.iK01'1(ES DU G'ÉN'IfR,.AL 'BA~ON DE .MA~BOT - - ,

:ipr' , il r&lt;'Jmgmt WellinntoH, &lt;JllÎ parnl pour le retenir : Li ~nh-ille, homme Ir:--. calme,
Ir u,· r le tour fort -plai. ant !..• Ce Ill 'me mai tr ferme, resta inébranlable. Il fixa
\\'cllinglon r :pondit â ta. 'na, qui t-e pl. i- Jonc le jour de on. départ. Le commandanl
Pelet étant en mi~.ion, Je rcmpli.$3Î le
•nait d ce 'lue l,· m1liric11s porlU' ai" ma
sarraicul Ir. prhonnier · rrançai • ci :11·aienl fonctions de premi r aid de camp, et en
11:i!!U r fait uLir l m~me . rt à un de no. celte l[ualit.é je r 1uni. lou le offici r. de
,;olond d'ét. t-maJor : , Qu
trouvant l'rtat-major d \lu-éna, et leur propo ai de
donn r nne marque d'e.,time et de regret à
1 dan l'ohli~ation J'emplo1erlou le mo ru.
notre nncien el bon camarade, en l'accompa(1 pour reppu,. •r une cruerre dïnH1. ion, il
"ll nl à rhc1·al à une li u dL' la ,;11 . Celle
11 poufail répondre de· c ce, au quel. ,r.
propo ilion fut acceptée; mai.. afin qu ·
11 port ient 1•. pa snn· ! u
l,n repos, joint nu bon in que j reçu: Pro·per ,1a éna ne par1H pa lilàmcr .on
11
:ilarnan11u . m ri:tahlit ,,romptem nt · p' re, nou eûmei oin Je I désiµ-oer pour
mai: 1 li nhem que j'en épro111ai fut Lrouhli: re ter au .a1on de cr\Îce. pendant r1ue nou '
ondu.ision Ligni,·ill • auquel nous tîme
p r un fàch u1 incident. qui me lit nn peine
1•,;trèm~. Ion e\ccllenl ami Limiville nou~ l'adieu le plu~ cordial, car il ét.ail aim~ dt•
ndant
11uill:i à la oitc d'une trè grav J" ·eus.ion tou ·. ,fo:.én .." :mut de cet acl ,
trè honorable, Pt m'accu d' n avoir été le
•1u'il ut a,·ec fo 1na. Yoir:i à quel uj l.
\ln 1n. anit nfié à Li!!Dhil le. diJfi. promot ur; il reprit d lor . rancune 11
dl fonction de r nd écuyer. que celui-ci mon é!•ard. bicu que ma mduitc dan celle
mp.,.,.n m· •1)l rendu sa cr1nflaocc t?l on
n·accompli: ait, du r . te, qui! ,·olonlair ment
,·t par obli"eance. Amateur de cb.. ,·aux, Ligni- inlér 1.
pend nt la rni,on d'. Imada, œrn,: •
ville, 11ui avait urveill · 11 du maréchal
pendant la camp ne d'. llt!magn , eut I plu~ par le. .\.n~lai et pr' de manquer de ,i.\T ·,
grande p ine à le nourrir eu E pagne el en allait ètr réduite à r,apitul r, el l'Empcreur,
Porlll", l Il ·y ~- iaoa cepemlant. On avait a6n d', rr:icber au 1n"I is ce triomphe,
r connu que. pour tran:,porlt!r la cui ·ine et
enait d'orùonn rà . la. sé.na de ramener toutes
lrou~ u.r lméid.a el d'en faire sauter
le La e · d11 rand •1uartier "énér:tl, il
fallait u moin tr ale mul t , et Li!!UÎ\·ille, 1 rtlmp:ir ·. lais ccll!! opéralion, quïl eill
, vant nolri: entrt1 en
mpagne, .u avait été i facile d" xécuter qu lqu
emaine
I ropo I l'aclJlli illon; m. i lia ·éna, oe vou- avant, lor IJUC l'arm,le, 3 ·a sorli.e de PC1rt11gal,
lant pas faire per onnellemeol eett dépense,
e lroU\· it r.1uni aulour de la place el en
ar
l'intendlllll de l' rmée de 1 loi pro- t.ena.iL le nnl i · éloinnél , était de1·enu trè
curer ia.s éna con .. er a conJammen
déli te, pré·enL qu'il, LI uaienl lmJida
bêtes d somme, 11u'il avoit encore à notre tnec de fore con idéra hie i il f llah livrer
arrivée
alam. nque. L F, pagoul ont la hat.ailli!. A celle diffieult 1 ·en joi!!Tlail uue
bonne babiludç d ra. r l do de mulet, autre non moin gr11ve : r rm • de \h sêna,
afin d'empêch r que
le poil mouillé par
l ·ueur, pelotonnant oœ. le hll,
lile se ces animtio .
.et te o ration ne
p ut eLr faite que
p:i r des hommes spéi 111 &lt;'l co1\te
ez
h,•r. 'fo. -éna propo!!a donca mon ami
LÎ!!oÎ\ ille d'ordonner
: l'air dé de : lnmanque Je payer
eelte d~ en.se ·ur l ~
fondli d la ..-ille :
mai Lignhill ll)aDl
refu. de :,e pr lt r à
une ro ure qu'il
con~idllr il omm e
une exaction, il ·eo.uhil uuc .cm , à
la uit de l quelle.
mon aml déclara au•
GRE. ADlfR 1 E LA GARDF. UIPtRJ.AI.
maréchal tJUe pui,..
qu ïl r •conn · it i
peu b conde:; · ndancc 11u'il av il ue de r~pa.rtic dans la pro\'inc d Salam nque, ne
r~mplir les fonction. de grand écu ·er. non fi,·ait pa- dan' l'abood:mce; mai enfin,
· •uleruenl il J rtnooçait, mai" qu'il lui don- cb. qu • otonn ment nourri il tant hi n
nait
démb iou el Uail r ~oindr. le 1~
11u m l
peùte araisnn, tandis que, pour
de drarron :iuquel il appart ·nait.
e port r sur Je An..-lai · il fallait réunir no
31:i . éua l!lllplo~ \'ainemenl tous I moyen
troupe , p unoir J lor à leur Le oins, et

nnu. n'~n inm ni maga. in. ni mnie11 d,1
Iran p rl urJiao ,
Le mor · al
·:ière , "om·erneur de l:1
pro,·ince, dÎl!posait de tout l re onrœs.
qu'il r; erv~il pour !t: réf?iment Ùc la garde.
li ava.il une nombr1•u ·e lalerie, ain. i qu'une
formid ble artillerie, tandis qu fü. ·én:i,
dont l'infanterie JtaiL encore r doutnlile, manquait d d1evau. , ceu · Je on nrmée • ,.
trouv nt en !?ral1dc parti bor d'étal de faire
un Lon &lt;"rvice. Le g;nérali.- ime a,·ail donc
invité R•s ·irr à lui en prt1ler, et L11ul.è.s le.
leltre· d celui-ci 't.ai nl rcmplie-d · prote ln•
lions le plus ras ·uranie ; mais comm · ell ;;
r taient .an elTet, et qu'no O.\'ait Alml1ida
nux aLoi:, , la M:na. ne se contenlant plus
d'1'·erire à on collè,,.ue, dont le '1U:1rtier gémira! étniL Vallad11lid, r 'Olut de lui dépè·ber un iiide de camp qni p\il lui expliquer
la •ra,·ilé de la po ilion el le pr r d' nmy r de ccours en cavalerie, "in· . munition., etc. etc.
rat ur moi que le 0 r!nérali im jeta 1 )'elll pour remplir œu
m.iss.ion. Fortement ble ·ê le l mar:, je oe
pou1ai~ "U~re clrc en bonne santé le l!I aHil
p ,ur courir la p le à Crane élrî r et m' xpo el' aux llaqnes d
; illn · dont 1
roules t!taient couvertes. llan toute antJ•
irom. tance, j'en urais rail l'oh enation au
maréch 1; mai c-0mme il m boudai! et ue
j avail, pare. e' • de zèle, dcm ndé à reprendre
mon senice, ne m'attendant pa à a,·oir
quelque jours npr one au i rude con-éc,
j ne w1ulus rien dewir à la commi ·ration
de I én:i. Je parti donc, malgré le intance d me camarad el d mon Irèro,
qui 'olTrail ro11r me remplace.r.
Pour remplir fa
mi :ion qni m'ét.-.il
c.onllée, je du , en
. orlant dr , ahiman11ue, prendre le •:a111~ ur des ch ,·au
tle po ·te. Ma hie. ure
nu rôté ~ rouvrit et
me usad Ir' ,ive:
J uleur~; je par,111.
c pendant à alfodolid. 1, • mar · bal
11 i/&gt;re • pour nchever d me prouver
qu'il n'avail eo en
ueuoe rancune conIre moi, au ujet de
la discu ion rurvcnuc enL le man:l·hal Lanne. el lui ur
1 champ de ba1aill •
tl' '.- lion. di CU ion
où je fus ~i innoc 'mmcnt impliqué, Il!
maréchal Jlessi r ·,
dis-je me reçut parfaitement, et 0l1l mp•franl aux demande que
Y~ .~na 01'availcbar éd~!uir'it'rer.ilprorml d en orer plu 1eurs re!!'lments et lroi!. h tLene d'artillerie Jé..ère pour renforcer l'armé1.~
de rortu 1, .iîn. i qu de virre en ahondanœ.

�, - 111ST07{1A
J'h·ai. nn tel empr · •ment d • rnpporlr•r
honn
11,,11 ellt• à ~la ·én;1, qt1':ipr~· ·
quelqu, heures de repo je r ·pri Ir. chemin
d · :al:i.maoque. Je crus un moment que
î'allais lrt' !laqué; ruai la me de Jlamme.
c1ui 1rmonl:lient I fon
d c1n-aliPrs de
notre e. c11rh:', les guérillero , dool œlle arru •
•Lait la tcrr ur. 'enfuir nt à loul j rob .•
t J • rrh·ai n •11 o br • aoprè du t:1:n&amp;:1IL. ime. la. Jn~, hi n rynr. trè. ,atÎl ail du
rtlsull:it d • mll wis ion. iw w·aJ
a nucu111•
p :roi, liwnvl'illtlnlt• ur I z~le donl j'av i
lail preu\·e. li fout :n-ou r que Ir.. i;rnod .
ronlrari 'té dunl il ét it entouré contribua.ienl
inliuimenl à ai rir son C.ll'3CI re d~jll \indicatif. li n éprouva une oou elle, qui mil 1
comble à .a perpl · ité.
L mmre qu nou rai ion dan · la. Péniuul • 111101 dirigée de Pari., il n ré ultail d
anomnli ,;r iment 1ncomprêh n il,le ; aio. i.
au mom nl 11ù lt- maJor g11aernl p rhait à
1 . 1:na au nom d • n:mper ur de r · unir
Ioule le. troupes de on armée pour \'Oler
au . L'COu.t d' \lroéido., il ordonnait au comle
d'Erlon, cbe[ du !1~ curp., fai. anl parhe d
celle même arm~ , d e r ndre 11r-le-champ
rn Andalousi
ur
joindre le maréchal
'oult. Le romt.c J'Erl n, a.in i pla ~ entr
deu de t.in:iti o contr ir , l comprenant
que
troupe raient mi •u1 dn.o le boJl ·
contré de I' ndalousie que dnns 1 - aride
provin
do Portu , l, prép:irail partir
pour · \'ille , mai romme son éloi..-uemenl,
en prÎl'Dnt \la éo de IL ra hcllc divi ion
dïnfanh rie, l'aurait mi dans lïmpo 'bilil'
tle • ·ourir Alwéida. aiu · 11u l' ·m rcur
l'a, il pr ril, 1 m récbnl 'op
au dt'-p;m
Ju coml 1l'Erlon. CPlui-ri in i 1 , cl nou
,im . ,e r nou~cler I déplorabl
lion Jonl uuu · a,1011. dfj élé 1Jm in.
rbh •r prtlcédent an ujt:&gt;I du \ corpi . Enfin

·ur 1 · in l.301' . de \la s,:na, le 01111e d'Erl1111 all.é•TrCN' ful "I" uil lor 1ue, le~ nu malin,
r.onsenlil à r ,1er ju,-qu'apr'• le dt'hlrwn~ ils nr nt pnaitre une f:tilil~ c:olonn, J
d'.\hnêidn. Cc ùlli ·it.aliun d'im én :rali . troupe. Ju
·
ière. , qu'ils 11 •
im en~er on infi:rieur tOn. lit uai ·n l un pour 1'11\anl· d
rd.
r1!nforl, ·
a
·1
\ilritabh: cnntre" ru, el n. pon\-ai1•nt •1u'alll:_
r r b di. ri11line mi lit. ir1•.
lon••l mp, :illc
J
"
pendant, les renfort prowi p r le rua- de c \'alrri h
d'ar1ilréc.b, l B, i'-r n'él.inl pas nœre arrh· a lerie el trente bon, :ittela
'·
n'anw. lam:ini1u le '21, \la. ,i!n. , ne comptant nail ni inunilion de ~uerre. ni prori ion J,,
pin. qn sur : propre r • sour c: pour lio11rh •L. C'ét,,il une -l:rilitble dé •ption!
forctr Almcfida, ~· re.11di1 /1 Cmd d-rto&lt;lrigo,
r.'L! s •na rr la tupél' it, n1 ·
r mil liieul t
où , n Drm~e fut concentrée l 10. foi nur l'll col'•re en :tp rce~ ni 1
,-, qw ·011nourrir :i&gt;Jle ac umnfolion d • fom:., il fallut dui,ait lui-mènt 1111 ,i rnihl • ;t•
! I.~
1
entamer l'approvi ioonem ot de f\odrigo el prtl enœ de
• en
bl1•t,romprom Ur• ai11 i le ~orl rutur de celle . anll' pour ~
P
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r vint promptem nl . ur
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r . l r au rentre de .
n !:', plut1îl
de\llflt oou le t ··• mai C fui un •rond mal11ue d'eumfo r el de riti,1uer ce 1111 je
heur; car il e L probable qur ir ,·pencer. n ais faire 1... 11
char"; par inlérim du commandement de
llt•
Fut on reçu tr'-s fr11idc•111e111
l'armée an IJ.i t:, ce tiui ét it au-d u de œ 'lui ne l'empêclia 11a~ th• .uivrc con t.'UDc forces, n· urail pa o é prendre , ur lui l,1 menl
·s 113 pe11daol e.elle courte camr . pon. ::ibililt• d'em!11ACr une hataille a,· r un p nne I J • donner on a, i • t:11rmèc ~c
odvers:iire tel que \I · 11111, l celui-ci aurnil mil en mou ·enw
r,.'•
• • du
pu an peine milaiJfor Almêida.
2 mai, cl le 5. 1 s
m
nt.
Le · ltla fr; n i , liien 11i'ils ne r ·u · dJroule u
rie
c~.
.-cnl d pui · plu. mir- jour qu'un demini du m:1
in ration d m311,·ai pain el un ,1uarl d ,·i:mde,
,. •nr ..
~i 1uc Je la
dem:md.ii1•11l o,•,rnmoin~ I · comli-1, el leur mt-,intt.'lli"t'Ot'I! 1111
cntr 1·~ autre,.

,ra

(A .suivre.)

li court un bLloir11 ur 1. ll.irlur, po ·t •
provençal, auteur de Fati ~u ln/idl'/ife"·. el
plu · propn, • •e qu'il p:ir il, à mani r l:i
plumr. que I' :pé •, \)anl eu une qucrell Ül'rnir • dan uuc mai ou a· •c li. le warqub
d \ïllctl\•, 1 di cr tion il û1; 11énéré •n
inj1ms, au poinl que le d roier a déli • l"aulr1•
au 1:ombat, el lui a clit 11u'il irail le rhercher
1 1•ndemuin malin à . cpl ueurc~. elui-i-i.
Mllré chez lui èl li ·r. Ul. r n ions a ir ~
d • la nu.il •l dl' l:i litud , o· pu terur a
~ • crain
·l à toute· le uorreur 11u'il
emi~,,,, il pour lule11~•01.1in.ll •Id•· ndu
·h ~ un nommé ollil-'r, méd • in. homme
d' . prit etfar.élt o,,iJ~IIh'Ur:rnLdan l:i mi'ou~

m:ii-011, rue [\ichclicu, cl ·(ni . r~po · e.
f't'rple1i1 i et dem ndü - • · co1 ·cil .... a ·•c 1ce que &lt;·~11 '! Jp ton,, tirerai tle cc l113u\·ai
pa . l ail, s ul!!m HL loul l'.è quu je , ou
J1rai. li •nrnin m.:iliu, 1111auJ 1. de \'ille.lle
monlt'ra. clil!l \'OU , don net orJr1: à ,olr ·
la,1u:ii Je dir• que ,·on le ch~1 inoi, de
111 • !'amen r. f&gt; ndanl œ temp , ca ·b z-,on:&lt;
ous ,·01r • lil. • tLbe eul r 1pli u r . '•
rai~nez ri n, ,•nrore un roup, et lak cz-,ou
conduirl'.
Le lt•nd main, 011 introduit f. dr \'iUdlv.
chez ' '- :ollirr. sou préli· le d' ' \ellir
Ji •rel, •r ,1. B:irlb .... ~ Il o·). c I point;
m · ljUP. lui wul mon. ienr le man1ui · •
li cunlc 1•· raison d • SA ,·isill: .... te \ nu.
o :m~z doDt' pa , mon Ït·ur le marc1ui~,
11uc M. lbrtl, l fou. C' ,t oi qui le
rraili&gt;, cl ~ou. allez co n ·oir la prco\ .... •
• mêdccin :tfait f:iil tenir prèls des cr ·bet.eur:s. Ou monte· on ne lrom·e pcr"'!nne

Gtl ÉRAL DE

1\

RBOT.

d:in le lit; ou cll'rtu Jan tout l'app.1rtemcnl. Enfin, \1 ·,111ier, C'()nlffi p hb:trd,
r&lt;· ni· sou I,~ lit; i I J •c.ou, • on m. I de .... 1t Qud a.cie Je d :m nœ plu. d !cid '! /}
On l'en lir • plu inorl 1111.c ,ir · le. croC'h ·leur •e meU nl à •e,, trou -.c et fo lit 1i:; nt
Jïruporl.ancP, par ordre de l'F·cul:ip . lrllw.
étonné di: • •110 Ul)'- Lilicaliou, n a.il 'il doiL
crier 011
Laire. L:i douleur l',•tnporle, il
ra.i1 dt' uurlemenl alfreu . On npp rlc en·ml J " .•tu1 d'c 11 . Junl on arro 1t!
plaie. ûu pauvre tli11Lle. l'ui, 011 l' , ni , no
lt• reconche; cl ou advct"aire émer,(&gt;il11I •
froue l · )CUJ:, a Jlt'Îm~ i1 croire œ &lt;Juil Ioil,
m. · n J)!!llt pa. di· com nir qn le poète ne
oil vrnirn&lt;•ot rou : il 'en \"a en pl i na.nt h·
sort Je ce malh ur,•ut. Da re k, , I. ll.irLbe
n ruuvé le reru' de \'Ïol nt, ·urloul ,1 la pa.rt
ù'un nmi, èl ne prcuùr· ,,r i •·mbla11enll'nl
plu· . : ullif.'r pour le •uérir de es ac• de
folie.

Le mystere de Nuremberg
Par J LES HOCHE

lll

J', 1 d t~mp · apr '.. c , 1,t!nr'tl1 ·ni • 1
IJOur"lll ln' J1• . 'uremher, pulilia un nnuwl
nri i
·on
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r , i ·nl J' Ire ruufi
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r ·l111rg,: d rl'Fni
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l't mnrah•. En
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l! ui pou.rrnicol cnlra"er 1 · p
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l ,-0111, • urée par 1 r ic d I polkc
municipal,•. •
1. • pr{ pl •ur 1·11 que~t·
· I,• proîes-ur llaurul.'r 'I' ·
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forl urieu~ • :
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~ioonal · · :
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pit-.J~ •n Ji-d;ins. titait toujour· ur le f11i
d • J ,r,lr • l'i:quilih e, et mi (111"'-ail pa fair·
11\ moindre .aut. n. tomher ~ :1ujourd'lmi . 11
f:1ço11 de ,e lmir d marcher n diffère plu
guèr · clt, · ·lie d ;mir · en . .
• Lïon,,~lion d'un,· 1iaode 11uekonq11e
prmoc1ue rb z lui de. arcid nt Purill':: 1
u · de plante lui eau cnl 11 •all•mcnl de~
xcilalion. dih r:-e~ · tout e qui uuc veur
doue,• lui rJpll ne • lt· é11ice el J, $pirilucu. Jl:1.1.-rmin nl de ri iun t d caul'bemar.
• To

co~ ~ont d'une acuité el J'1111e

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con id :r l,l . il l
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ionnernienl à pein

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. oupc :1 l'eau, .on palais 1:11 e.,t
in1média1emc-nt 8\t!rti .
u \ c1 nl pas, e ycu1 di lingu,·nl elllrl'
ellt' Il' li i1, d, pclites m1)re, d h:ù · .
',· or , n,· ,ml, (I' 11tr1• parl, •i hahilnl'
ux t,,ui•lir • 1u'i\ ,oil Lr'· Lien dam unl'
oh. r:urilé •1ui cmpê ·h •r il un œil ordin:iirtl
Je Ji ·tin 11 •r ju,11n'?1 L filrmt! et l. couleur
ù ·~ ohj t •
La plu~ romplè · ol,~curit I ne l'cwpèche
pa. ae Jbtin ucr lè hrun Ionc,l du rou ,
r,,n 1, .,r. rt Inoc du noir, .le .... J':ijout r. i mêlO · qu'il 1oil mieu Jan. la péuomur •
qu':,u r:inù jour, la lrop :inde Jurnièr ·
aprnl pour lit•! Je l'éLlonir d JI! l'a\C 1 1er.
lai &lt;·e 11u'il a de plu · r man1uol1le
d::in i,on rail. Cl' S ni ·~ yj,ion I qu'il raul
po ilÏl'lilllt' nl cl:u,.cr dan · le d m3Înc du rna"" :1i~Ul!· cmimal cl d lïllumini me. »
Le profo!:'~11 llauwer 11e ·ro. ail p •ut-èlre
pa dir _ i ,rai, cr I u de t~mp aprt• , en
·!Tet. le pro~· -~·ur 1l1•rm11nn décom rail en
11:iu. r un 11je1 m:i~cuitico-h léri11uc. - Jiri 11 -uou · :iujomJlmi, - dt pr mier ord •.
l,e_ ir1:uûè1 ·~ con,1 Lalion dn pruf,. , ur
lerm:rnn rt•latiw~ lïwpre. . ionn Lilil{ma;;o ;lique Ùt' G p.ird llau,er rui:ritcut d' ètre
rapp&lt;&gt;rt ·
•
1 li m,• . eulail loUJour , dit-il, riuand je
p~nétrai, Jans _-;i chamlire · n, 11u'il l'enll'nd1L. Certain· hjel l'allirai 'Ill, tl'a11lr, au
·ontr ir I r •pou. sai •111. • pdle 111agt1i•
IÎtJrie nord e l'rçail . ur lui une ouraction
plu~ forte 'lue l'or.
~·,1 m·arrhail de prendre en m. in un
aimant el ù'en dir'.., ·r le pôle (nord} ro11ln
lui, il port il. rnaiu au cr u de l'e.lolllilc,
.l'ai i,~il l'étolfo 1l~ a re. le 1 1 li il dons
0,

-

,~ j

..

1 • en. m1 j'étni. plnL't!. Il (•ompar3Îl m1
we ll'mp I' lfr•l l't! : nû a lïrupul ·ion

LU

J'un courant d'air.

011 ·

I', cl.i n du 11t1lc

,11J,

il r ,cntail un couram onlnurc, mai de
moindre ellet .
l.a découverlc Ju prore.. ..eur llcr1uann
in,pir :m profe~. l'Ur llaumrr l'idre d'unc~
pre111ièri· 1 périenr d ru n %,al ion il dis1 nec.

jour 11uP Uau cr élait
op I à u: •r
plu:i urs per oooc • il ·e gli . :i derrièr,·
lui s:m &lt;•Ieillt'r s n au ,otion, rl Ul le
te
de lui pa:,er la main le long du do., à un .
cc-rl:iinc di taoe • 11 • ilôt elui-&lt;:i . " relourna, comme ~aisi d fra,cur, et dem:mda.
. 011 prof ~rur ce 'fll'il .lui Fai ail, pour11uui il lui car ~ · il le do • el il n • 1uulut
po rroirt&lt; 1111 llaumcr n l'an,it même pa~
toucù{-.
Aulre~ an Oil' du m me 1•or , :Ofüi•
,né . dnn · la notice de Uaum('r :
11 jour qu 1• pror~ eur el . on l'h V!.' faisai&lt;'nl une protn 11:idt&gt; ~n comp !;l)Îe du prl}l'c~. rur Wurru·, Uauowr pria llau,1•r ÙI?
prt&gt;ndrt· l •· d,-,anL, l'a,erli anl qu'il rcrait.
dan. !-a Ji •fliuu, un "~ I(' d 1 111ai11 d •
ho.ut t'CI lith, Cl Il· priant Je noll'r 1 ,en: .•
lion tiu 'il épronwr. it.
1 l ·Îtlc Uaum1•r CD t-il ra il le :? . le t'II
qn • lion (1• ~cul: 1 ·. rapi~ern1•11L) •1u 'on rcmarlJua I,• long du corp. du jewlP burnm 1111
Tri sou Ir:,,, acccnlué. 11 e retourn:i en m ml'
lemp -, di . anL c1uc le ge te :n-, il dîJ élrc r,,i L
lïn tant.
Daumcr a,ail, pMalt-il. ur 011 ëlère, une
in!lucnc · plus con. id 'r:ihl(• 11u'llerm.11111, c.ir
un jour •1uc ruu. d ·u:i: t icnl cnl ré. Jnn la
rlinmhre de 11.mwr, :i 1111e c foi-d le.., cù l
~ ·ma.rqu~ ' , occupé 1p1' il Jtail à u11c be O"lh!
de rtonna"' quel onque (r enr Je lrarnil le. pa, ·ionnnil b u ·oup r.L I r ndail p:tr
lui-mème rffr. clairti au pa. .. · 1m11.mélirp1, )
11 rmann e,.au cle l'inlluen cr en cl nJ nl
lïnd 1 "l!r. lui.
Hau .cr, •111i four tournait le do • ne boug1•a pa .• n'a anl ri n l't! ~1:nù. • · d que
IJanmt•r ·ut uL. lilu~ on doi!!t celui J'Uerru:ion, llau. ·r Ir ..,~ i!Jil et
d1ercb •r fa C311:'e de 1
d'éprouver.
llau . t't ·ubha.iL égal1•men1, ~ dt• degrés
div •r-;, l'action d, pt ·rr pr ·i u,e: . Wll
l'i! ~orl d11 moin dm nnmbr u.ei l· périenœ,lenl ·~. ur lui par flaumcr. Nous aJlo en
ré ·unwr 11ud11u s-uoe •
Le pro!e ~eur a" rn.1,lail pare emple pluT ur ohJ 'ls en métal, tels 11 u 'un baga en
or, un campa en ·ier. un
ri -plum, ' Il
Il

3VE'C

0

9

�IDSTO]t1.ll
ar-zent. el le rP.C-Ou1-raiL d"une feuille &lt;le
paJJÎer.
llau.er :,lor appr11cbai1, promemil es
doi t · ur le papier et dhtioguail cbacua de.
m~taux d'aprrs le ù~gn1 d'intcn.iLé plu uu
moins grar1&lt;l arnc l ·11uel ils ani"aient ur
lui.
"
Pour le rne!Lre à l'épreuve, on lui prél'Ola un jour une m11nn:11e é1ran"1:ire en or,
nrni &lt;fui seru.Llail douteuse. Il amrma immédintemcnt que la pi1·cc était Lien en or,
tl'aprèl. la ·eu ation qu't,lle lui eau ait.
uc uulrc loi , on ouvrait en sa présence
un tiroir où e trourait un par1uel renfermant pin ieurs pierres prrcieu.es. A J){'Îne
était-il oUH!rL que Hauser d,angea de C-Oolenance, déclarant t[llC le tiroir devail certaim1meut renrl:l'mer fjUdc1ue dto C qui l'altirail.
Li1--des~u . comme on lui prit eutait un
diam ni cnl'l•loppé dé papil'r, en lui demandant d'indi,1u11r la nalure ùe l'objet qui H'
trou1·ait dans le papier, il répondit que cet
objc1 exerçoil 5ur lui un action emblablo à
celle du diamant J'une de se propres
Lagurs.
Ici J;jà, fai.on Ill remarqurr eu pa saut,
l'impressionnabilité ma!méli4uc commence à
s'écarter du domaine du maanéti me proprement dit, pour gli er dan- le pirili me, les
pbénomènl! desecoode rne et autres prouesses
occallcs, qui (inironl par conduire le jeune
lli\u er ur un terrain où, en dépil de lmialile elforl de e professeur el Larnur:ns.
notre ceptici me pari ieo ne nou permettra
plus de le uivre.
r 'oublion pa Lontèfoi que e·e l aux hi •
loriographes seul du jeune homme qu'il faul
'en prcnrlrc&gt;, Ioules les foi que on histoire
tourne au faotaslique, au chimérique, à l'invrai emlJlablt:, - el cela arrive fréquemment dan, l'espace des quatre années qui
. éparent l'époque de son apparition à ' üremberg Je celle de a morl. Mention non•
encore quelque fait concerna.nt lt&gt; aptitudes magnétique d'llaa~er :
La table de la salle à manrrer de Daumer
était recou,·erle d'une toile cirée. o jour, le
professeur a,·isa une feuille de papier étendue par lla.ard sur cetltl taLle, el, en présence de plu ieurs lémoin.s. pria Il.iu er qui
venait d'entrer dans I pièce de -s'as urer,
par le toucher, i la fouille de papic.r ne ret.:ouirait poinl tJuelqur olijet en méUJI.
Hauser pa sa un doigL ur Ja ft:uille, et
d(. ignanl uo eodroil déterminé, tlit qu'il
~entait cJudque cbo~e là.
- Celle foi , lu l'es trompé, s'écria 0Jurnrr.
Mai aprè une recher.:be allenLi,e on dérouvril à l'endroit désigné une ain-uille dont
llauser avail perçu la présence à lraver IC'
papier et la tuile cirée.
(On -voit que le doirrt d'Ilao er ne le cédait
en rien à la fameuse l,a,.,.ueue de madame
Cailhava. )
C' t géuéralcment par l'intermédiaire
d'un doigt unique riue Daumer oruuellail
on élève à l'action de métaux el des pierres,

Le
pêcialt'm".nl dt&gt; l'index uc la m:i.in druile,
car la main " url1•! Plait trop eni;ible à ces
sorte d'impre'jon , - à tl'i point 11ue Ga pnrd évitait en toute circon. lance de placer
a main gauche dnn une main étrnwr~re, la

PORTRAIT OE GASPARD l!.ic;SER, EN 1819.

en~alioa r ·ullant d'un pareil contact lui
eau ant une réelle oulfrance.
Dan la série des mélaUI da és d'aprèl'inlen ilé de leur action sur Hauser, l'or
figure en tète. Viennent en uile l'argent,
l'acier, l'itain, le zine, le µlonib.
Lor,qu'il moatait à cheval, il entait une
orle de traction s'exerœr ur lui par tou
les pùints de on corps qui éLaicnl en eon1acl avec le garni Lu res de fer dé la elle, les
étrfors, etc... . llème le éperon agi sa-îenl
sur lui et lui foi aient le même cdiet que si
sr pied· élai1mt tirés en arrière par 1~
talons.
n jour qu'il ét3it as is au piano, un
hommeentra, porleard'un sac d'argent quïl
déposa un instant nr une table 1100 loin de
lui. llau er se tourna vers l'arrivant, li!
traits boulever,è- le Iront perlant de sueur,
pui· e retira dans une pièce voi ine, attendant que l'homme rùl reparli a ·ec son ne.
Quand il mancreail avec une cuill~r en arrrenl, sa main tremblait au point qu'il avait
1011tes les peines du mo!lde à porœr la cuilli!r il .es lèvre.. 11.si son profes eur dut-il
nmoncer à Te taire rnan!!el' .ainsi et lui procurer une cuiUer cm boi· .
GependanL celte action de l'or et de l'argent n'était rien en comparaison d • celle du
platine, du mncnre, du .ouire, de l'aimant.
Ce dernier cependant n'avait d'action eflicace qne lor.que es deu.i. pliles éLaient dirigé· Yer lui.
Il r s enlail à lroi · pa- de di tance l'allraclion a·un minet&gt; anneau de platine.
L'ellt-t du mercure itail pa!'licaliilremenl
proùigieur. La mface po lérieure d"un petit
miroir qu'on lui pr' enlaiLà neuf pa · de di ·... 1Jo ...

La11ce, produis.ail une impre.• iou . ur lui.
Le .aufre avait ég J,.ment u-ne acli n a sez
intense, et produisaiL un fri· on rios prononr · que l'or.
Le diamant a~.aiL ù deat pa • el &amp;on
effet. e foi ail cnlir loul le 1011&lt;&gt; du Lras.
Lorsque Uauser placé. :1 relte di. tance lai. ail
on doi!rt pendant plu ieur minute orienté
dan la direction du diam,mt, le cour:int ner\'eu~ se portail du Lra ver~ h: crPux de l' tomac, où il ne tardait p:1 · à re enûr uoc
pres ·ion douloureuse.
Le verre égal •ment :iJ!'Î. s_ait . ur 1 bra.
Loul entier, rnndi que l'aclion de métaux
en génhnl ne e Iran mellait {JUC ju ·qu'au
coude.
Chaque fnis qu~ llau.er huvait dans un
verre, il ~prou,·ail immédiatement aulour de
la !.,ouche une en alion de frigidité douloureuse qui d~ccndait le Ion" du menton ·don
Irai · li"ne' parL,nl l'unti du milieu de la
lèvre inférieurr, le deux au Ire · d &gt; chaque
cùin d commis ures. rl se rtuni saat audessou du meulon au moment de pénltrer
dans le pharyn~. Lorsque, par la uile, cellc
sen :ilion c a d'être douloureuse, le c.ourant fri!!ide per:-i,la néaomoin ,ur lei; lroi.s
ligne•• li faut ajouter que l'action d"un verre
plein d'eau étaiL moins interuc tp1e ct!lle d'uu
verre ,·ide.
lême. remar1rue pour le ri td el le
pierr prec:1 use .
L ja.s71e agi sait comme l'étain; l'améthyste comme le fer-blanc, le corJil comme
le plomb, le lapfa laiuli comme le ,·erre
impie. (C'e t J'apr' les comparai ou que
llau ·cr avait l'habitude de faire lui-mêmè,
que on profe . eur a pu dl'esser ce tableau).
l'renait-il un crayon, il éprouvait aus1,itôl
une trat:tion dan · la maio, dont l'effet croisa.il lorsqu'il le taillait.
Quelque antre ob ervation forent faite
quand on impre siounabililé allait Mjà diminuant.
Ainsi le !!Tanit agi .ait comme le zinc, le
coke, comme le plomb; un coc1uillage, comme
l'étain; l'alun, plus for~ que le plomb, tilc ....
Au commenc.-menl de noYembre, l'arg nL
cessa d'agir sur lui el l'acl.ioo du vern! diminua considérablemenl. ,elle du mercure, all
contraire, ltaiL rncore i pui sanle, que lor.squïl posait l'index ur la .urfaœ postérieure
d'un miroir m 'me recollî'f!L'l de Lois, uo
lris un le secouait de pied:; il la tL:te.
A la fio de décembre, l'or cc sa d'anir, et
le ,erre n'eul plu &lt;l'aclion qm: .ur b main
gauche.
En mars 1 2û, !"action du platfoe 'l'tei"Dit égalcmenl, el qut-lque muis plus lard,
Cf'lle du mf'rcare des m.1ruir lu.i-même ne e
faisait pJu, que îaihlemeol ent1r.
n juin llau e-r dewnait définitivemenl
in ensilile, même aui contact!' humains, à
I' cxtl'ptiun d celui t.le on profes ·eur.
Pr.ons à prc enlaux ~ongrH-L am. vi ion
de Ilau 'er, qui ne sonL pa la parlie la moim;
inlére same des phénomèn 11ui .1cœmpa"llèrcnl (toujour ao dire de se· bi5lorio0ral'he I on retour 1i la vie ci.ili ét&gt;.

eu de f çon à permettre ùe fair • Jr, tour de
la place.
llaus la galerie des taule:1111, œrlains portraits dtJ chevaliers lui rappelai nL encore une
tatue arm-'e d'une épêe, et 11ui ·c tenait au
hnul de l'escalier.
L'épée iltait orni&lt;e d'nne lèle de lion, el
IJauser, à ce ou venir, était pri · d'une émotion 1•iolentc. d1 anl qu'il lui .eu1blait tout à
coup a\!oir eu jadi une mai-on pareille, el
qu'il ne .avait 11,ùrn pm:er.
Plus tard, il doumùt encore, sur l'améoascment Îllléricur du dt~tcau, le· détail · ~uiranls :
La fonLainc re emLlail à œlle du palnis
de Siirembrr;;.
Lt-, porle~ qui donnaient acc~s dans l'intérieur du chàl( au pouvaient êlre au nombre
de ,1uatr ou de cinq, toutes en 11lein cintre.
lln "'rand e. calier •. pacie1n. conJui ait ù.
1111 étage upérieur 11ui répélnil à peu près
le di positions des pièci: d'en ba .

LV

.\11 J~Lut, (lar,ùt-il. Uauser uc ~e rendait
même pà compte de ln differcm;e qu'il pnn\ait l' moir enlre lt~ f. ils imnginaire d'un
rère. et b f.iit$ rccl · d la "ie acti~e.
G'e~l ainsi qu'il rèv une nuit qne la
remm11 du 1imrrgme ·trc, pour laqm•lltJ il
prof~:ait une lrô rande e.,tirne, a~prochail
de ·011 lit el lui J1:ruandail d • nou\elle de
a sanlti. Il lui répondit qu'il ,onllrait toujour ~ucoup de la IPle, sur quoi fa femme
du bourgw • Lr • lui as uraiL 411e ou 1m1l
allai! . e pa · er, el se rel.irait apru · lui a\!oir
tcudu la main.
Cinq 01i11utcs ttprl&gt;s, uu travail illl shfrii:u.x
se faisait dan,, son corp~. et :a tète e trou\llil dt!~a~ée.
Le lènden1ain, comme il rendilil compte à
on prCJfl!: ·eur de Ct.:lle cure étonnante, celui-ci e -~a)tl en vain de lui f. ire comprendre
qu'il avait été le juu l d'uu rthe. Ain~i il
p~r.isla a dérlart:r &lt;r1'il :t\'3it
r~u 1 ,i~ite de la fomm11 du
buorgrn&amp; Lre, e.t diL mime à
l-elle dernière, lor. qu'll c
Lroma en pri~cn d'l•lle, qn'il
ne manquerait pn de lui rendre a polite se le plus ttll posiblc.
Ct.-cÎ se pa ~ail .au moi Je
juillet 1 2 .
Le 1 i .eptemhre de la
même ann~e. 11.m: ·r l son
prore.,eur e rendaient au
_chlo d . ilrerulit&gt;r", pour
~Ï:iitcr une cxpo ilion d, peiotur • .
A l'entrée d11 hàliuwnl un
portail
dr · ait, dont l'a~
ped produisit oudain une 1éritalil co1nmolion ,1r llau-rr.
Celui-ci déclara à on profe seur qu'il n'avaltjam3i vu
de portti M:mblahle à 1'iir m1.lerg, mai. •1uec1:lle-t:i T't!!. ew.1,foiL à · m 'prl'ndre aux irorL' d'un cl.iât.eau (une yra,ule
111ai.1·011 seloo .on upr ssion),
qu'il arniL ,·isité e.n onge dans
la nniL du :ïO :m .51 aoiil.
.\rrh • ilal) l'esc;1li •r, il prê1.emliL ~ lemeo.t avoir gravi
ua
liel' ·emlilol,le. Dan la
aile, il 'arrèla, an. con i&lt;lér,,;r 1•· 1.nl,l1:au. , et porul
rélléchir profundément. Les
pli - de sun \'Ï:,a.:re :uienl agité de lres.•aiUemcnts con, ulrn • rumme en prol'Oquai ut
d1e2 lui le "ranJes émotions.
LA COUR O.E L'nûTEL DE VILU:: bE N'CREM.!l.ERG.. - /Hsshl .fe
li sou enait ul,itement,
i1isaiL-il plu tard, d'une "rande
place ornée d'une fooLaine au ctnlre et ·ur
Tonle· ces pièces renferauicol en général
1~ ~ur10~1r Je laquelle 'uuHttÎenL les prin- douze chaisCl&gt;, troi~ commodes el deux table·
cipale; p1oce" de la mai~n. Oua,od on ou- l'une au mur, l'antre au milieu de la aU/
Hail une porte, on ,oyall de ~~on en enü- L mur étaieoL ornê~ de grandes ,.laces à
lad ; et tou~ e:. ~alons con.rmunic1u3.\rnt ealre cadre d'or, el la ro ace du pla rond° lai •sail
1

Jll"YST'n'JfE D'E J\JUifEJffB~G

--,

Jèc:icendrt? un lu Lr • au centre de la ~lie.
L'ameublement :i1lpi'lrlcnait t, un si le à
part; ain i I commrnles a,\·ait•nt des ro desho ~es don l'art frani;ai., ,t cba,llle tiroir
était orué de deu~ tête. de lion · eo wi e de
poignée. Le~ m1w étaient en outre couvert
de tnLlcc1ux, de portraits, t·lc.
Il y ,Wail aus:-i une salle f péciale rrpréenlant la illliolM11ue et une at1trc salle
renfermant l'ar!!enterie rangée ur des ra1on.s

,•itré ·.
llau er e re,·oyait l'Oucbé d,1111. u" lit placé
dan. la pièce principale, quaud une f.,mmc:
enlraîl, toilTée d'un chapeau jaune orné de
plnme blanches.
Derrière elle ·a,·ançaiL un homme ,•ètu
d'buhiLs noirs, 11 n uhilpca11 IJieorne en tète,
une rptle au tolé, et une t1cb:1rpe bleue en
.auLoir 11ui ·11. prnJait une croit ur sa poitrine.
La femme . 'approcha du lit el e tînl immolrile, t:mdi 1p1e l'homme 'arrêtait égalt•menl à 11uell{Ue di tance derrièr elle.
llao er dcmand. àla femme
ce qu'elle ,oulait, mais elle ne
réponilit pas; il rènouvel:t a
question sao pins de uœès.
11 remarqua alur 11u'elle avait
l'air de lui pré.!eoler un mouchoir Liane qu'elle lenail à la
main. Là.-des u" L'homme el
la lemme C reLir'·rent aw
arnir prononc \ un rarole.
Rêre, vision, ou res ou,·enir d'un pa ·s~ é"anoui, celle
étrange narration Ûl plus tard
une profonde impre~ ion ur
les m:igi trals chargés des diver e enquèlesjudiciaires dont
Hau.er rut le préle:tl(', t doit
t~lre con idérée comme le poiut
de déparl de toulf:s les version qui onL conrn ur la b:aule
illlissance du se'q11estri.
Âu reste, il n'esL pns sans
intérêt de la rapprocher d'une
autre vi:ioa qu'il eul le 2 avril
l 29, el qu'il a racontée luimême en ces termes :
, Un homme m'apparut, le
corps dropé dan une toile
blanche, le m:iins el I s pied
nus. 11 étail d'une beauté surhumainl'.
« .Alor il me tendit arec m
main un objet r1ui re ·emhlait
Il une uirlande. El il me diL
de le prendrP.
« El comme je voulai le
prendre, il me répondit que
ù~o • qnatorzc ·our- je mourTROOBA-.'&lt;T.
ra1S.
a Alors je lui répondis qne
je ne LPnai pas à mourir si lot, u'ëtanl qae
depui Ir~ peu Je lemp· ·ur la terre. )lai
il me répo11Jit : cela 11 'e11 l!0111 'Jlle 111ie11.x,
et je re[u ai de prendre la gu.irlande.
« Alors l'homme olla. à reculons ,·er la.

�'HIST0~1J!

- - ----- -------------------·-------- ~

taùlc. y d '•1t0ï1 la · uirlonJ' el d1~parnt.
« Oè qu·il I' ut dépo. ée ur 1, taM , je
me le,11i, 1, m':ipprnchanl je m'np rru que
la uirlanJ prenait un éclal re. plendi. 11nl.
l rs je 1. pri., cl m'en retourn:ti n•r.
le lit, là mesure qu j'nppro&lt;'bai · du lit, la
•uirland, r pl ·ndi .oil de plu Lellt',
u Alors je di:, : je vcu mourir, L la uir1 ode di. paru!.
u Alur ja rnulus me rcm1•llre nu lit, t'l je
me rén,ill3i.
Cell · foi , on le mit, 1 r ve de au. r
rr - mLlr bien plus à nnl' vi.ioo d' • 1 tique
qu'à c • li nit e de. urnnir. oonfu que lt&gt;.
c.ellule: m, ,t 'rieus"s du ccrl"e:m non rnvoi nt pr1rfoi- du fond d'un pa~ \ d' · lon"lem11s ouLlié.
lais nou. n· o a,on p.. fini li\' •c le,
expérience ha 1c. sur la •n,ihilité !ler\'l'IJ e
da : :,l'w. tr . Ce tlrm minemmt·nl ratai dau ·
l'e p cc 311 il foire J lui une de première ·
cl de 1,tu, céli-1,rc \icLiwr de 1h •ora .
liomreop 1hiqae. que le profo ur 11.1lmeman11 était , lor. :1 et-li t:puqno en tr:iin de
tél'andrc par le monde.
r~nd:mt d(•U ou Lr11is 11n , alors 1U ~me
qu llauser .'.l\';,ÎI ~ :.é ètr1: le rcn ionm,iM
de llaumer, le m:ilheur tTI Iul pcr ·ét.ul ~ par
1 eJ péri "nœ Liomo·opatlii1111l' d ce d1 rni r, a i. l~ du doelrur Prcu, ou oulrc di ·cipl r.,ncnt de llahni•m.inn .
.. exp!.'rienœ , comm n
n d~cml,re
1 t' sou forme de lrailt!Ill nl t•ur:itîf d'une
m.,ladie J • peau conlr· cl par IJau,,L'r à
celle ép0tp1e, i&gt;l' renou,·e]èr('nt il chaquf' mnlai. • dont • Jll:ii!!IlaÎI lcj ·1111r homme, wê111e
11 propo d1i l'a llt•nlal du 17 ocwhrc t
•
d toujour - ,-.1•1011 Uauml•r - 11,·ec pleiu
stm·b. de tt1Uc ort qu'cllt• po1n•aienl •l
d1:ui •Jtl ~tr • 011. 1d 1ré • mme l· l'lu é ·lalanl cou é •r,1Lion d la nou,clle thé rie m~dic.ih•. \'uid oomru1•0L on prut·édail;
Un fla ·on, contcuanl un do e inlinil t~j~
mal• Ju 1•rineipc 'JUÎ de\ail iigir. or llau$1 r,
était mis en contact 11,e.: 1110 Je
duigt,,
el I' Oet e d ;.-Lara il prc. qa :m. IIÔL 'j l'.
c-0nlarl n .um · il p , on Jébouchait 11$ lltlcon &lt;·l 011 le. lui foi ail . en tir de 1n' sou de
loin èlon la ,·iolem:e du r mède.
Jamai il n·,•ul lJe in d'arnir reoours à
l'io" stion de c1• m :JicamcnL. ['Ulion ou
1ilule • r•onr héuélici •r de I u.r · ve.rlu CL
~ropriétê . TouJour l'odeur et ou,· •nt le
·ont, cl .. ,mls sufti. nient. C'e.t . nu. ccllt•
forme t.JU'on lui admioi lr:i tour à tour a,·ec
suc \ : l'al'ouiL, le chlorure tle caltium, l'ar•
nica, ri1• :eacuanha, la (·pia, la ooi 1·omi111i.e,
la ci•ruë, I'· r:, nie, ln coloquinte, etc .. ·t .,
tou~ m~dicaoll'nt • do~é, . •Ion l:i fornrnl •
H;ihnemanu t-1 dont le effl'l ur llau~r
fournirenl à l•aumer la .mnaière dt pr' d'un
,·olurne d't1h:;t.'1·1·;iûu11~.
1 lllldi 11ue l'infortuné IJ n. •r nlJi . ail
· tl de potique iniliaûon au1 my lèr de
rhomœopalhie, la ju Lie• cha.r ée d'é.l 1cider
le m!J tim• in rné en sa p1•rsn1111e J1iètin:1it
s:ur pla : la cour d'arpe.l d'. n.hadJ r-puisait
aupr'&gt; dn lriliunol de 'ür n.iberg el tles autoril _ d1· b ·illc d que tionoaires inulalt: ,

.r

0

el un mon lrucm: do .. irr 'enla .. ail, formé
dtl ' inlcrroi.;aloir dilTu , contradictoire el
intcrminahle de tous ceux ui av ienlaP'flrocbé llaa ·er Îl un Litre quelconqur, dol' irr
monumental qui n dcrnil qu'épai~ ir dan
la ,uite J,, ti!oèhres où l'on palanl?eait.
En même trmp • lïut ~ ê-L unh r~el u·a\':JÎL excil I ll1i:,loir • du . 11r1u lré omm n•
~1il a . 't-1111i,t•r r ute d', liment. , &gt;l il n fallni ri n moin. q11 l'altenlal du 17 o 'lobre
pour donnl.'r un 1111U\ ·l cl \ i our ·u e or â
la curio~ilé put.li 1ue.

y
G:i--rard Jlau cr 3vail à celle rp 11uc quinze
moi t'n\Îron de ~jour
·urt&gt;mhet", i,l e
tro11vnil d pui plnts d un an imx main, d
on préceplenr, l • proft!S t&gt;ur lli!Umer. Il
omm n ·ail à ·c primer focilt&gt;mt•nt, a\ail
ltoun•• naine el ~·., imilait an fi ine I haLi1ud ci,•,U éc. dti . on •nloura •c.
a fi rnrc, ceprndanl, ne p ra1il uofr olTerL
rien tic p:irticulièr ou•nl yemnr'lualile, i ce
n' • L l'e prei;siun dï1111w n e •t de lionlé
uahc ~pan1lu dan l'l'n. ml,1 dr
tr:iiL,
el 11u1 1 rrndaiL monirt• lemeul ·~mpalhique
g IOU ('f'U qui l'nLurdaienl. c·c. l du 1111 iu.
le ju •cu1 •ol q-ue 11nrtl' . ur lui . un ,.rnnd 1i,
le c·riminali le f1 •11 ri ail1.
· ph}, iunomic m · cortr' 1iondait
n
hi,·n :un: horo. ropr que • U!Flérieu origine n1·:iil . urér' a ,es hi,tnriogr:iphe ,
ju 11u'/1 -snr1 air vieillot l'L prrcoce qui rinhlait en l'lli!l le fruiL &lt;l'un· lonuu · ·l:iu:lralion.
trait a. i-,•t ré11 \llic~ rr,.1,iraieul
l'mtelli&lt;-,enœ et I' aer •!Îe. li avn.il l l,~rc;
.en u ·Ue., 1 nei hil'n Fait. Llr"e au,: aile•, ,
trè. lin il la racm&lt;· , I · fronl t.léf!ané, léi;t•rt~
ruent )){lrul,é, un front Je mu iri •n alhi1uand
1p1i lui donnait un fom air de Ri: •Lho, ·n
ji:unt•.
n joli "'3r~'Oll Cil . ommc et '1 ui por lait
:L. z cràn ment sou l°.crasanlc 'lt;hril , i
cr:111 tu ni même qu'il a fallu &lt;'erl ' loulr
on i11dul,î1aLlc inuue 11 ·e d'une 11art toule
la purelé d ,, OJ ur · de Ilarnroi e;;. de l'autrC', et :rns~i la . urri:ill.,nr continuel! do11l
il élait l'ohjet, po11r l't•mpècber de faire le
plus terril,le. r:nage · parmi I • e\t&gt; fail,le de
Nür mber•• t d·An l,;ll'b, s dt?ux ré~id •nce .
Il pou\·ait arnir di -huit a.n · c.miron quand
il fol victime de la tenla.tiw d'a~sa;.sinal dont
non ail w duom•r ici un r · il délaill '.
L 17 ur.tolm·, d 11 Ir nvir, 1n d miJi
PL demi, Ga p:ml llau er Fut lrouié LluLLi
dan un coin dll la c:i1· de la mai.on l)aumer, ' dt&gt;mi d ;eulollt!. Il avail le fronl couYerl dl! ·anrr, et pruf'rait Je!&gt;. e damaLJOn
·an .uit : a llummc - bn-Llu - r conter
au pro[r · cnr - dam lr5 11 •u d':iisaoct homme noir - comme ramonrur - pa
trou · • ma cham1re - réfu ié d u
Ye.
u dom• tique et une boun de la m:iison
le lrarupur1èr-i1I . ur on lit où il :'éî nooil.
Un lui lil flair r de l"3conil et il r vint il lui
prt 11ue aus ·itot a\·e · de couru::; lternali\"e
d d llir pend nt lc:cql1elle il rccmnmençail
eiclall.làli n: dét.-ou 1 ou il était 11ue,.-

Lion d"nn homme noir qui asail tenh1de l'a ~a ~iner pend ani qn ïl était ur I lieu d 'ai:mce.
Le docte-ur Pr u, appelé en tout hâl fil
on prrmier pan m nt ù 111 len•e gflli$t ( ! )
La lil •~ nr était une orle de coopur ltarranl l fr nt boriwnt~ •ment. or une longueur d 1&gt;r~ d'un pouc .
[lan un a ., _ de fi ne cbat1de, Han.~r
arr:iclta on banifo,,.e l même jour, cc qui
relardu cofüidPraolement a guéri~on au dire
du docteur Pr n lui-même à qui la ble sure
a,·aiL tout d suite ru ~an ~a\il . [fou~ r
n effet rnil pr' . d'un moi · ;1 .e rélalilir.
C p nd,nt le parqu t . e lran~porla. ur h
li u ( ··e l ici I • mot rtopre), c qui 11'e111
d'autre elli t que J'amen · la con t t, Liou
11 Lr;ic:; tle .ail" l.i . é par llan .er dau,
le rli,·er odruit oil il a\'aÏI clœrc.hé à . l'
r{:ÎU ier.
La ,·i lim n'en oblint p:i.. moin. • : dater
de ce jour, un g:ir&lt;l personnellù de d •u.
.er n1 de ,ill ayanl pour co~i m de I' ccompa&lt;&gt;ner en !ou li •uJC san jam i le quill d'n11 pa.. (Cette l!· rd ni' fol réduite à
un, ul humme 1p1'au moi, d rn r 1831.)
1. _7 oclulirl', la cour d'app1·l d',\nsb,1d1
imita le p rqnet ùe i\urembcr~ , 011Hir une
ereqn \te .,,:ut!ral embr. ~~:ml Ioule l'hi:tuire
de G:i-.pard llauser, t&gt;l le lrndrmain llau · r
l11i-mèm1• comparaill ·ail Jcnrnl 1, commi sion judiciair ·. Il a~ il ol r· r ·COOVT la
plein• Po . ion dl' 1 oie . 1•. facnllé . el
fi 1, d.m I s IHDll' · lr · plus dai . •1 le: plu.
préci · une lon;?Ue d-rosition r la1onl lt·.
princîpao'I. fail dt? . , ,•i , • compri. l'atlcntal du 17 .
\ oici commcut il a 1:, po.é ce drrnicr éïênemclll:
Ge malin-1 je m't:lai 1 ,é comme J 'hahitud~ à . epl h nr~. prè. a,·oir fait rua
toil•lle L mou lil je me r ·ndi. auprès de la
mère de ~J. Ill prof• ~ur Uaumcr. pour
preudre le ·afé au lail.
&lt;• llenlr l dan 111a chamLre, j m'ocCl1pai
à lir la méditation l1i!il1qull du jour ju ·qu'au
mom •ul 011 la 5amr de M. lo profe .eur Daum r, mad mo· die Calhi. \Înl me demander
~i je d~,-irai l'accompaan ·r au marché
comme jP l'açais fail pl i u foi:, dfjà.
Comme il f Ln1l be:iu emp . j' acœpaai on
oJJr, el, ur l . 11 ur heu · rnoin. on qunrl,
uou. nou r ndim e.n em.lile au marché
:iu1 ltl .. um .
11 Là, made.moi elle Jlaumer ·arreta à
t·amrr a .ez looguem •ul av w1 • m:iralchèr
dl.' t&lt;a connais.auc . L'irupalicnce me ga"na,
mêl à je ne,: i. quel .euliwent ·ouJ in de
crniote iut ;r1eurc, . i Lien q1 e jti pri:ii mademoi •lie l).iuml'r d foire dili"l'IIL'8 our rCJJlrc

en quiLLaot la maison, rcnPreu, qm m'a~ il pri · de
l dix lteurll· ch z lui où
lrun 11 cr qui désirait me
~oce, je pri, . impl ment le
tt,
·bez moi un
ùlc d' ril..b•
mélique,
orli imm 1d1.:1.temcnl pour
mll rl!nùr chl'Z le docteur Pr u.

roa
me c
m·
vo

Ü
u lui-d n'él H pa. N'nlré 1•nr.orr, m:ii'
il arri\a qu l11ucs winult: après; I' étrall"l'f,
~u t·o11lr11in:, ni: parut pa . Je l'allendi. ju
1111' di heure · un 11u ri, pui · r1•!!:i!!Jlai mou
ilomicilt&gt;, m. . utaul • uuitcIDt'IIL indi pu,é
p· r Ullt! d,· I' b orption d11 1p1nrt c•wirvn
J'un 1111!dica111 nt que m' ail dunn Il! duc•
l ·ur.
a C lui-ci,
qui J a~ai Fait part Ju ru:tlai,e qu,· J' :prou ai·. ,n· 1ail d'ttil1 ur · r ·
ro111m;1ndé d ne pa. me r ntlrl' ce j1mr-la à
ma leçon d. rithmt11i11u ',,ur JC dt&gt;,ai · pttndr •
d · 0111. h ut1:~ à midi, et de {1.ardcr la cbn111•
l,rc. Jtl ~ui,i .on con.cil. J'él:ii o cu1•ê 11
1 h. ngn· de 1 1 1111-111 lur:,qn'on nmm :1 IJ
p•1tlc de la Ill i,ou. Cdl -l'i ruL ou,,·rle par
1U:idam • Uaumcr cl jl.l pu m·ru;,urrr 1111('.
·'élait ln honne dt• l'éla~e .DJJl!rit·ur lfllÎ r 111Lrail d • cours comUle J'bal.iitud • à œll •
h •ure. et qui, ('omm • 11'11.ihitutlc 11-~i. lai~it lr11lili! pt,1rt ntr'ou,·erl,i au lirn Je la
r~rmer •orupl"•l Ill Ill.
, me di:po , i: loul jusl
comnwn t•r
un tra\ il 11uelt-011qu lor. r1u'n11Lt1 ht•ur1•
moin Ull 4uarl bOllll '.r 'Il • cl ('U mi:me ll'IIII'~
tm 1, •~oin l'rt·"· nt me for dt: me n·ndrc
aux lieu . J1•, n i. d'y nlrer lors,pw j'1•n•
Li•udi. uliilt·mcnl un bruit d n le i: ·llil!r
ilué ·n li~. us, ·I il me raruL 1p1e la porte
de ce 1lt•rnit•r wnaiL J'èlr UU\' rie. Je cru
,1 lenwul nl ·ndrl'.! 1 ·on de la ·luche de lo
port d'entrée, mai un ·ou qui u'indit1unil
1111 q111~ quelqu'un rtll .onnr et qui parais~;til plutôt 1•rurnnir cl'uu frôlemt•nl acridenLJ
1JP. la ·locht: dl m1\m •
1h rine, m\1criai-j , pour attir r l'attrnli n de quelqu'un ur ce fail, wudriei,011 pa omrir l:i porte, je croi qu·on a
onn •
u · i: 1. lionn , qui • trou vaiL d1a:111
rlarrc~ plu~ haut, ne &lt;lut pas m'entendre. c.1r
t-lle ne rtipondil pa •• Cr Jaarole éL:iicut
I' ·ine iirononr: r1uc j'tnlendi un p • l~ •er
t'O ha dan I corridor, el, alaut collé un
roil h 1101 leu le de la cloi. 011, j'aperçu un
1111mm •1ui se ~li il J:in~ l't&gt;~t•~lit&gt;r; je re~
111ar&lt;1u.1i mè01e la /è/1• 1111ire (. i1·) de cet
hommti.
« Je pens:ii qne c'é1ail 1,· ramoneur, cl
r t i :ui
ur L ·
Ju cabinet afin de
11'èlr · p rt!ma.rqué. ,\11 moment oi1 j'all i ·
111 • 1•v r. j reçu· un coup .. ur l rrool qui
m fil tomh r i-n :l\'Rnt, la Lèle l:i première.
Et comme j.i me r ·1 ,. i pour rl,r j • ,·is
Lrb- di,1inclrment un homme colle c nlre la
lrll1?'3Îlfo d • Ill . ~lier, 'Il ra,•1•, l'l qui. de là,
m' wit ;,:, :né ec coup . .'a laille éloil eutre
.._.lie J 1. le oour m Ire E:l cell de li. le
profr~ eur Daum r, el il :J'Vllil la t 'te enti rcment rccou\"erle d'w1 voile d soie noire.
" li portail un pard . ·u: neu(, dl' pantalons d • coul,mr fnnc ·e, d• l10t1ine · fine t
d1: ' :m1 jaune·. Au moment où je tombai ,
j'entendis 1li.linctl'ment l'homme prot 1rer
0

·, mob:

- li faudra liien que ln ml'nrc_ nvanl de
11uiltcr • ür •mh rn.
1. lri le jc1m1· llau- P,1 ,l'un profond,•nr eJlr
dinarr ; ' r•'1114f1UC u,1hropolog1•111", Il'\' jo*.

or•11

u El, Lien que oo mol. ne fu .ènl prononcé 11u'à voi ha . e. je r onnu néanm in.
h \'Oi de l'homme 11ui m':l\•3Îl conduit it·i
an Ir •foi el donl cëlail J'ai Il ur I ton hal1ilu 1. ...

JlfYSTE'l(E DE 'N111{EKB'ET&lt;,G

- -"°"

11u l'auu•ur de c.et auentaL ·t pr&amp;i-~menl
le mêm homme donl j'ai été ~i iun~temp
1 prLunnier t qui m'a amené ~ 1 ï1re011, ri,r. »
Qui&gt;~tion posée ['llr la rimu11 i.~~ion 1/'euqw:te. - Puuwt-\oU d :erirè el dt"s~mer :u.1
t, oin l"imlrum •nl doni il · L
ni p ur
,ou frapper'/
IL - ll pouvait mesurer
pou1:e tl"
longueur en iroo. èompris
manche 11
lioi .. 1. • fer w·a paru aroir prè. d'un pautc
de lar •t:. el je n me "unvien. p:i, J a,oir
jamai \U an in Lruruenl pareil.
Là-de.. u~, .11:Ju r sai 'lune lame et de . ina une ' Orle de coupt·t l de bon, hLr, '!!leu anl d'ailleur de ue pau oir mieux réu"ir, car ~r J!.'UX lui fai~oi1mt mal.
Q. - fou. :1v .: dit, parait-il. que ou,
rrcunnailriez facilcmeul l 1na.-urtrier 11 l't!:i.a111~0 de a ru in'!
R. - Lorsquefai foil mon rnlrre \'éritaLI
d:10 fa ,·:i te humanité, j'ai ~hf.'rcb~ à dislinmwr le. gen · 1 un dt. autre ~ l'aide de
œrtaine · parlirularil • orart~ri. tiqu . . ro
JOUr, ilr c ••m~lc, en pré euce &lt;le M. le
bourgm '. I lliudl'r, j'ai rt&gt;t.,,nnu une dame
Bi. au coUier de 1·urail qu 'i:11 Jmrle d'baLiludc n co,1. 1. le hour m . lrl!, louldoi~,
me déwurua d c• ·} 1 me, el m ll1'prit a
r,·connailre la per une eUe-mêm ,au m'app • autir ur le niiu d 11, 11 · di• . a mi~e.
«1 J'ai , ui,&lt;i .on com il d&lt;'pui., t•l j'ai foil
l'uli r\'alion •11iv:1ate: à .:avoir qu'uo main
humaine a r s~ mLle jamai · e1atlc-mcnl h
un aulrr main. tr onele., le phalan"t- ,
la lar "'Ur de la paume foomi nl touJour.s
11uclque rt-Dlllntue . péciolc d'une nature pin
con tante t plu ernc.,ce pour l'idcntiiicalion
d'un èlre qu o'en Fournit le n. e luimi!me. soumi à Loule lts illléralions pouv nl ré:;uhrr du emp , de la .ID31adie, el
d'une foule d'aalr cauSP .
n J'ai ,·u loule · rl · d'élran rs, de Uonrie, de ~'ran e, du Danemark, je ne les reconnaitrai pa probahleruenl l'e arnru di:
leur trait , mai e les reconnailrai sùremenl à relui de leurs mains· je ne pui en
douter .ije m'en rapporte à la for·· deme
impr" sions l'n c!nt1ral el à la pui nce de
ma mémoire 1•
Q. ou awz dit que lt ooup ,ou nvai
étendu par terre· le lueurtrit•r avait donc
lieu de CToire que l · uL néfa te qu'il poor5Uhait ét:iil al teint. Dan ces circon. lance.,
il n 'esl pas pn ihl Je croire 'lu 'il ait :ijoo lé
la phr, e que vou lui prètez : n li faudra
bieo que lu meures a,·a:ul de quitter , ' ür •mb~rg. •
R. - L'bumme a di'1 compr adrc qu·ilu
lim et place où il se tenail il n'avaiL pu.
bu Le d'espnce, me porl r un coup m rl 1. •·t
c'esl pour œla que, n'osant prendr le temp
de me porter 011 ccond coup, il aura prononcé l paroi qn j'ai entendu
L qu,
m'onl permi. Je reconnailre n \·oi.x.
'inlerro,.atoirc de Ga. pa.rd Hauser ne ful
pas pou .é plu luin, el l'in:truction fut
lri•iur• ,1u1 ron •li&lt;,nn · 1, pro:fcc1urc ,, pofüc Je
0

SA,11.1::.L. llAIL 'EllANS.

D""f'r,S lis /lthf)grarhk

r

;fp \lo\llJtllf.

J,i m'él11u; é,·auoui.

~

uand JC r pri · co1111ni ~:mec, je enli
r1ue mon ri.a11e lt:uL inondé J'un liquide
·haud, el porLanl m · dl'ut muiu au front,
..-li e t Ï"nircnl de ~am!. ai~i d frareur,
je vouln courir cbez ma.J.,m • Uaumer, ·mais
j'élai~ i l,oul î!'r I que je me trouni toul à
coup, .. n :avoir omm 111, dc,am l'armoirP
au holi1L, loul prt• de l'entri! de ma provr11 chnmhre. Là. une noavrllc défuillam•c
me prit •l j 1n'a11puyai dtl la main à l'arrnoir~ rour n pa tomlmr; - de 111 le lm.cc
de an qu· na pu r I ver ur le hoi d • ce
m uLle.
« Revenu à moi, rami i complNPmenl
pt'rdu la tête, qu je di:J-cendi nrnd1ioalemeul l'escalier au lieu de 1,, monter. et me
cachai dan. la i:a.ve, Comment j'ai 11u lrou,e.r la force d'accomplir ce trajet et de onlewr le I quel de la can•, œla e t rc 1é une
éni me pour moi.
•pendant le ol de la rave él.ail 111ouillé;
1 l'roid Ill l'humidité me rendirent mes esprit. , je me lai_ ' ai t.omb r
I rr , pen. anl
en moi-même: « Te voil bien dêfiniliYrn1e11L
abandonuè; personne n · te lroUI' ra tci •l lu
y 111ourra ', 11 pt!r~pecti~c qui remplil me
uI de larrn · . Midi ~onna1l à ce moment.
Toul à C up, je ru pri de ,·omisllemcnu;,
l, rour I lrobi' me foi~. je perdi conuais, ance.
• u:ind je rouHis I s 3eux,j't!lai étendu
. ur mon hl, dan ma cbambre.... Voilà le
rocil esarl Je ~ 11ui m'.,rrh·a le 17 uctoLre,
el j'ajoute que je uis furwemrnt convaitlru
r n,I. lm j ·r ••Urau 1•r [111' d,• ,'altrit.o,•r l11o11ucur ,l'nrntt I'°"' • 1~ base. ,l11 ! lèmu •nll,mpomé-

Pari.,,.

�_

111STOR..1.ll

close peu de temp après san. aYoir abouti à
aucun ré ultal. La cour d\1ppel d'An!ibach
adres. a au minb.tère de la ju:.li ·e une demande à l'efü!I d''tre autori t!e à publier un
t!Jit offir.iel mslilu,mt une récompen ç de
1UO ducats affectée à la Mcouverle de !"auteur de l'aUenrat du 17 octobre « en rahon,
dit le r:ipport de la cour, de la ~écu.rjté compromi e, et de l'intér 1 t universel quïnspire
le orl de llau!&lt;{&gt;r, mèmc hor de Davière. ))
En ~uite de quoi, parai sait le j,r nol1!.lllbre 1 2\l un rescrit igoit Ju roi T.oui ter et
conçu dan cc Lerme :
11 "ou décrétons que, m l'article
7
litre TT du codt! pénal, el le paragraphe addiLionrwl Ju 2l a, ril i t , une récompeus.e de
;100 Ilorin est promi e par rescril officiel 1i
i-clui qui pourra fournir ur ln ten111Lhc de
meurlrn commi~e ur l.i per~onne de Ga ·pard
llanser, de ' ürc.mlierg, des indices ou révélation de nature 11 amener la décou,·erte el
permellre le r.hàtimPnl dn coupable .... D.tu
l'avenir Lous lt's moyen. devront èlrc rui en
œll\'re pour Ult:lll'c le nommé G. llau ·rr à
l'abri de toute teatati\'e analo!TI.le. n
I.e 6 no,·cmhre i 29, nouvcl avis orlkiel
in.éré dan Lou· les journ:mx de Ila, ière,
maL émanant celle foi~ de la co11r d'appd tl
. igné dn président de Fe11Prhach.
a Le _Q mai t ~ • l:1 ville de Nürcmherg
rceacilJai1 un jeune homme ioconnu qui, par
la bizarrerie. de on allitud\l et de se façon
d'a~ir, atlira . ur lui l'attl'lllion de la ju lice
locale.
~ ll fut établi qu'il n'y avait ni imbé.:illitô
ni im110 turc ehl'.t cet inconnu - qui s'appela.il Ga.pard llauser et parais ait àrr{ de
seize il dix-huit an· - mai que le mal heu~
-reu êlail dénué de Ioule culture intellectuelle, et pouvait 1tre comparé à un enfant
abandonné i1ui n'aurait jamni eu aucun\l notiou du moudt?.

« on dtal l'h} ique el moral, ain i que
le récits qu'on pul lui arracher pe1it à pelil
or quelque -un s des particularit · de son
pwé. donn~rcat à peru:er phi ta.rd qn'il
avait éLé Yictime, dè · l'à.»e le plu tendre.,
d'une équc tralion illérralc, entourée des
circon tances les plos odieuse, , el abandonné en. uile, an défen e, à la merci du
monde:
« n événement qui e rrodu-isit le 17 octobre &lt;le celte année, t qui parail être étroiLrment lié a1fc les atl nlat.s antérieurement
rommis sur sa per ·onne, vint corroborer
c.elte bypothè c a~se;: ,,rai~rmblal,lc.
ir Ce jour-là. 1aspard Hau er fut all:iqué
à l'improri te, dan sa dl'll'enre à 'Cirrmherg, pa.r un homme au vi~age voil11, 11ui 1~
Lie. ·a grii·,·ement li fa lèlc. Tandis qu'il
lomhaît à 1a ren\erse .an 'onnais.a.nce, le
meurlrier prenait la forte, el, mnl.,.ré le·
recherches les plu a idues de la justice, s ·
trace. n'ont pu être r •rrou\ée dcpui .
« \"u la µm·it I de œ él' ·•n ment , a
foje lé impériale, cédant au sollic1talion
de la cou.r d'appel, n ia lit.né, p;ir re1,crit
officiel ~i~né de a mnin, une récornpcnse de
500 Ilorin de~tinée à celui qui pourrai L fournir Îl la ju Lice dt!s indication de nature :1
faire rctrourer el punir l'aultur de l'allenlat
commi · ltl I i octobre • ur ln p r .onnc de
Ga~pard llaus'r. ou porlon ce fait officiell!!meuL li la cou.nai sanct' du public., etc .... »
La puLlication de cel a ·i ful suil'i de
quelques dénonciatÏQn généralement anonymes qui ache\"èrent d'rg-arer la JUslÎcc. Le
do sier officiel de l'affaire de Ga pard Hau er
·e compli ua da .récit minutieux t&gt;l détail!;
de ruille enquêtes partielles (Lou les raruoncurt1 d\l 'üremberg for al soumis au1 ion tigaLion de la polioe à eau c de leur vètemcnts noirs), en suile de quoi huit à neuf
\'olnmes de proc· -wrbatn judîci:iire$ vinrenl

• 'ajouter à la prorédure du grand my.~Lère
bm,aroi.~. parmi lesquels nous trouvon cc
récit ~sscz singulier placé dans la ho11che de
flauser 1ui-m 3me :
« ix ernaines en iron a,•anl l'aUentat.
deux étranrrers me rendirent ,·i ·ih:. L'un
d'eux aYail uae phy.iooomie remarqualüemenl mtll·hante, a orubrie par une barLe el
une moustaclle noires. Cdui-ci m'ayant demandé ce que j' l:ii en train d·écrire, jr loi
répondis que c'était l'hi.;toire de ma . é11u lralion dan~ la rage (, ic) et la façon doul
l'J1omme m'a,·ail am né i1 ,'üremhcra. Làdessu_s l'un d'eux prit mon manuscrit et ttl
l111 emiron deu parrcs, taodi q11e celui à la
harbe noire me po. ait toute orle de que lion , me df!maodanl, entre aulre. chose • .i
je me promenai om-ent. Jt! répondi que
non, puisque mes pieds me fai~riient m:il. Il
me demanda encore si je uivai. des cour~,
el q11e j'apprenais, cl je lui di tout. Ensuite il pril mon manuscril et le lui dqmi.
la première ligne ju qn'?i I drrnière. Pui
il e re1ir~renl, cl je le" rccondui i , ~elon
mon haliitudc, jusqu'à la po.rte d'entrée de
la 111:,bon.
- Mais corn me nou, arrivîon · au b,, de
l'escalie.r en question, il· me queslionnèrenl
au .ujcl de la pelilc porte qui ·oun-ail là.
J · leur di 11ue c'était la porte du cdlicr, el
je l'oavrî, pour leur permellre d'y jeter uu
coup d'œil. Pui , quand je h•ur eu lnul
mon Iré, je les qu 'L1onnai ruon tour, leur
d,maodantd"oil il· veuaie.nL li me rfpo11direnl qu'il,; \'enaienl de fort lo,n d'ici, d'un
endroit que je ne p!iuvais ronnailr~ 1p1and
mème il m'en diraient h: nom. EL ils 'en
aUi!1'{'D L Ià-des u . »
En lia de; celle ddpo ilion écrite de la
proprt! main de Ga pard llau·l:'r e lrouvenL
ces ligne :
• Écril le lu juin dans la mai ·ou de monieur le président de Fcuerli:1cb. - 1 :'il. »
(A suivre.)

,erluem:: madame dè Montespan, par sa
oai 'ance el 1m a eb.arge, doil y être: elle
1
peul
~ivre au.si cbréli•·nnemenl qu'ail Les suites d unjubilé
ltur . 1&gt; )1. l'«hêque de lean fut de cd
avi . li .re-tail cependant une Jiflkolté :
" Madamll de ~JonLe·pan, ajout.oil-on, paraiA l'époque do jubilé, le roi el madame de tra-t-eUe devant le Bai an prépara lion? Il
Mtlotespan, pre .é · par lm1r conscience, se faudrait qu'ils se ,·i senl 11.\' aot que de e renéparlrcnL de bonne Ioi. ou du moin ils le contrer eu pubtic, pour t!vit-er les inconvécturent. lladame de lonte~pan vint à Pari , uie.nl de la urpri. è. » ur oe principe, il
fisÎla le églises, jet\na, p.ria, et plem-a ses rul con du que le Roi viendrait ~ madaw
péché-; lt&gt;c lloi, de son ccil~, fil Lont cc qu'un de !tonte pan ; mai pour ne pas donner à la
médisance le moind.rtl ujeL de mordre, ou
hon chrélico doiL faire.
Le jubilé fini, g:t&lt;rné ou non ga'!llé, il ful convint que le dame rPspcetahle el les plu
question de sa\Oir si madame de Montespan graves de la cour eraient présentes à celle
reviendrail à la cour. « Pourquoi non? di- ealreme, el que le Roi ne ,-errait madame
de Moal('~pau qu'en leur compa uie.
s:lienl ses paunts el ~e~ ami même les plu

j OLES [1(1 lll·..

Le noi 1ial donc cbt-2 madame ,le ~fonte. pan, comme il a\ait été i.lécidti : ruais in cnsiblemenl il 1, tira dans une frnêtre; ils e
parlèrent ha a l'Z longtemp , pleur rent el
c direnL ce qu'on a. accoutumé de dire en
pareil cas; ils firent en ·u1te un, profonde
révtfrence à ces véné.rahle· mnlrorui , pa Sllrenl dans nne nulre chambre; cl il en advint
madame la duchesse d'Orléans el cru.uite
)[. le comte de Toulou e.
Je ne pllis me refui,er de dire ici une
pensée qui me Yl.l!nt dao l'esprit.
[l me semble qu'on voit enœre dans le
caractère, dans la ph sionoro.ie, et dan loure
la per. onue de madame la ducbe. e d' rléan , des traces de ce comliat de l' mour el
du jubilé.
M11DA.31E »E

.n Lr .

ERNEST

DA U DET

Mademoiselle de Circé
La FiéYolulit1n fran•·ai r et le prcwiPr Fmpire nous ont 1.:&lt;&gt;11é t. nl ,l' ilpisodru draruali1111r que ni le romnn ni ]'hi toire. bien qur
de1mi · ')Uatrc- in• 1, an ils lioi\ ut h l'i''
.source , n· ni pu Ill, épni er. I.onglrmp
encorr, ce' lemp · épique~ d'où llati&gt; lé
mondl' mudern • in pirl'ront le ;cril';lin el
p:i sionneront les l1•cteur . lu. on fouille.ra
no dépôt~ documentaires, plui; on .e convainm1 11uc leurs ni,ements, bien &lt;1u'r ploré
drj:i, n'ont pas livré Loule )purs rich •:,: e .
Pour ma p· rt, aprè,i n a\·oir liré les lé111i,uld'11ne œmrc historique C(ln·id,tr:ilile, f ni ru
la lionne Iorluur J'y lromer l'idée première
du récit •1n'on 1a lire.
Le sujet ne lest pa prJscnl~ 1J moi toul
d'une pièce. \ pcinr indiqués duns de ri.lrl' ·
not
ommair('s, le, Jétai6 en élaienl incor11pleB et où t.'llr.. pr• lf'll a\oir reton ·titurs
ù mon mi 'UJ. foret' m'a été d,, 1.-. l'OJD(lléter
en appelom 11 mon aide, i1 défaut dt: prcuw ·
po. iün1 , d, pr uve h}polhéti,p1e , de up-l'osiLions fondée. sur les circon ·1a11res dans
le 1uelles 'étai1•nl pro&lt;lui~- ,1 •· fait imilair , !!Dr le enr.aeti\re Je per:-onn.ige , ~ur
1,,. mœur~ du lemp où ils ont 1•i ·n. el de
faire, eomme on wl, une cote mal tnill~ • 01'1
la uai. erublanre n'a pas moins Je part 11ue la
réalité.
Jr deYni~ cet aH•u ceux de meq lecLcur
qui r-Jirnt tenté- de on idérer les P~"l!S qui
uÎI .Ill onime one relation rigoureu cmc11t
h1 1oricp1r. )lais je me doi à moi-même de
proteslcr par av, nec contre l'opinion J, · 11
11m n'i ,·oudrnienL voir qu'un roman. lsalielle
de Circé a 1 '1:11. Oan des circon tance
·rnournntes. elle a n.imé un homme qui m'e l
apparu à trawr~ des note de police tel que
je le dépein . Elle l'a envoyé à la mort: elle-mêmè 1..--sl morte de son amour.
Qu'import que le 110m sou lequel je lo.
d '_igoe u'niL p:1- Jté 1~ ienl Qu'fo1porle
qu'e11 l'econ 'Lituanl les péripéties du drame
11m1uel elle fui mêlée. j'en aie reculé d.,
11uclque année! l:i date el dépla ·é le Lhé;l\re l
Ce sont Jà choses ùe com·enanœ el d'appréciation, qui n'alfaibli ~enl en rien la réalité
de l'a lioo principale. EUe:; nJ Jais ent I •
droil d'artirmer, iuon qu'elle 'e l accomplie
en lou point · tel 11ue je la racunte, mais
qu'efü a dù 'accomplir ainsi. et qu't:n con.éqn 1r.e, la ,-er_ion que j'en donne l au
1

plu. haut degré, dan sa partie inventée,
comme dan sa partie bi ·toric1111J, une œune
de ,·érité.
Je p ·ux d'aulant mieux l'affirmer que . i
1011 l . foil 11uc je retrace ne se ~ont pa ·
rroduil ••n r11ison d~ celle arlion cl liés
à clic . il St! :;onl produit. 1-r, · la mème
époque dans Je r-011dition analogue . Les
ellbrt ile ei p~r,; dt&gt; 1:migrtls e prolonn1•anl
ja qu't&gt;n I o:-i l'l " LraduisanL l'Il t.eutntivc
de cnit~pi.ration contre l'empire oai . an!: le
inquiétud&lt;' · de~ Fraaçai~ non eni·orc di sip1.le et .e m:rnirestant plu· ,·ive , d:ins l'ari
. urloul. durant la c.-tmpa!!llc que termina la
liat:111le d'.\u lt'rlitz; la riguPur el l'arLilr;iire
d ln ju-ti1·&lt; imptlrialo. le Msorrlrc ocial el
matrri I qui :,urri\·ait li 1 R~volnlion, li'
ténéhreu.e · inrrirrue: de l;i P&lt;1l11:e, Ill$ a,·cnturr~ r~tr:iordinaires rp1i r. di&lt;rnnlèrrnl alor~
dan l'ordre public el dans l'ordre privé. le
dé~arroi de con~ciences debililif par le
malheur de lenlf' , l'in.ooci:mlc éner11ie d&lt;1.
c.araclt!re lrempé. nux épreuve de la Terr1•ur
donl l acteur el 1 . !émoins re taieat n-

coru oombreu.t, c'c. t Lien là de l'histoire,
de l'hi. loira inconte table el 1100 conte tée.
Voilà de quel enE-einlJle de fails vrai je me
ni~ in~pir; pou.r écrire ce récit. S'il e t exceptionnellement violent L 1ragi1Jt1P, c'c l 'Lu'il
1'étaienl au i, tou le document· et tow
le. historien. en fonl foi.

li
.\u moi de novembre l 0\ :apoléun
chassant devant lui les armée de la coalition
rtait arri1·é à cbrenLruun. aui:: portes de
Virnne, ou,•erte à s,, t&gt;nlreprisi•" par la
valeur de . solilals. Oan. ce ,•illage. se
lronvo le palai d'été d,t la rnaisou impériale
d'.Aut.rirhc. C'e. l là. rru 'aprè avoir im•e li du
gouvememc11l de la c.1pit.alr eonquisl', ClarJ..e.
un de se~ lieut1::nanls, il a rail étal1li ~011 1111arLier génfral. « li traraillc r!an Ull ca1'inel
décoré de la :l:1L11edi: faric-Thérèse 11, disait
le :llo,1ite111· 0/liciel, en rl'ncfanl co111rte de
celle c.1mp:1g1h! victorien 'e. Ce cabinet était
en rll'et celui d la grande impératrice. Pi:ul-

�)JfADEJK01S'Ell'E Dë C~CÉ -

_ _ H1ST0"/{1.JI
Ire e.,1-œ
I' vait clioi~î
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1ue ·apol on
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1111Ln· pi' · .
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ilit:iir
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s.!~ nudicnrc
1 , 1llait daru, la m;timte du
1:, nowmhre, 1·0~1îéranl a ·t&gt;e M&gt;ll ·c 1taire
d tta l . l:1r ·I, le CuLur du· d11 B:uano, 11ui ne
1· quit 1. il j, m,11~. et ,on mini
!foire.
élr-.tn;.;' r , Talle}'ri.lnJ, mand
bourg,
où, dur;ml un .emaiuc, il tn.
t •ndr •
ordre,.
T:illi&gt;n ud
n ',i · l u '"·
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c11rv . pr l'a"oir ju. 1ifi •• l'Emper •ur ré\itlait li all,•yrand commPnl il eu comprenait
I' eiéru tion.
.\11 ôdJOr . dans 1., mur d'lmnnc11r oit
arrî, icnt d 'i nn à loul i1Hanl des C!ilafclltl:o, da.ru 1. •alon 1Ji,s nid•~ d camp où e
ll'naienL le. " 1n ·rau •t le.,
•ri,tairès, dan,
1 anticb, mhr qu rem11li. :ul la livré••·
tout était mom·em,•nt. tu mu lie, ail •t1L r ·,i!rO
uu impaLi~ot : . ~J .. i.; · li hrul:1111e
:1•!Ît: lion -.cll:lit
pirt.:r a11 srnil du abio«'l
imp;lrial.
\' •r dix b1•ares uo hrnil d'arml' f'L de
eht!,·au d,111 l:t cour du pat.1i. aononça l'.irri\
d'un pcr 11nunlT11 impnrl:ml. C'iltt1il
Clarkt&gt;. 1 "nuvrrneur de Viennl'. Il desr1·11daiL ù rh ,,·al, \'Cnanl. aiu i qu'il 11· r i :11l
·
rendre compte d I' ·10.t d la
011 cnmmond 111 ·11l •1 pr ·ndr
n ~ouierai11. l. 1·()(1. i•m qui
prolP eail re dernier rontrc lrs importun"
n',:1ait pa pour lui. En l'apercevant, uo aide
de ·~rup r1ui e tenait d n· 1 aJou d'alleute
,mira rh •d'Empcr ur, el Lou l au il6t ClarJ.,,,
du111 îl loi vail ppri I pr •,•n , fut inlroùuil.
« Quoi Je nou, .111 dan \'il•nne, Clarkll'I
mandJ 'apoli:\ou, n ··a .in :tut lu m~in
lél1Jup 11 la rencontre du g~n 'nl.
- !lien de nou\'eau, .'iro. llael11ue mi1111lt.- me urfiront pour npprendrl! Votre
füj •. té c • r1ui e t dt: nature l'iotér · r. 1
L'cntr tien
pour. ui~it i1 ,oi ba ·,e, n
pr: roc d • Tall rand cl de lar 1, qui

r

hn. ,,·nr de :,tl !-'.U'Je, lf\l e difj il aniL
dopt · •. - donoail moin rpw lt· :mir•.,
tnnl il ruLliiil m,iùe. le roté l'l'ut, l'iJi'1•
de 1.i pu~· uce OU\'craiol' l.'borume tep ·ndanl 11 • , ') m prit pa • i 1111",mtérieurernent il t'H \'li • ·npolPon, ,oil 11u·11 l d ·in 1.
,.-e. t à lni 11u'il marcha ans hériter eu u,:,,~•eanl de répondre li Jarel (jUÏl l'ioterro eail.
u ire, s'tkria-t-il, le enncm· · d \"olrll
Maje l~ 'agit nt t coo pir nl.
- flui êlr ,ou 1 int rro 0 a froidement
!'Empereur.
n bon fr, nçai , &lt;1uoit1u · i!Jninré. Je
me nomw
•nri •r, natif d DiJoo. : u l
111 natl·hi •, f ai
r i dnn 1' gard ~ fr.wçai. . .\pr
renne,;, je me ui en~3"1!
d ru l'nrm le de Cund1l, lkpui sort liccnriemcnl, j'.a.i , •eu omme j'ai pu. En d rnier

n

n nt

·,oir
qui dur;ul dr.pu'
icu
r olijet cc,- p ubl
rdu
L'Empi:reur l'
pro.• ·
nd 1, . . 111. il
ol d •pourvu Je
atr •i:11 d •raut
it dti\iné la furt traité e
.
t, p; rllli
,
di,cu si
ncU , pr
,
t médittte.s el diifiuiti,em •nt arrè011 '· prit,
• ait tour un pro111
pa
ÎllCl.lS' l'J['O il
indi11 uail
ltal , 1raçail 1 ·
1 à JH?ll
te pro rammc pren.lit

- Lint! rho. Po 'JUÎ o·. p. , trait à ruoo
,i1· •. :ire. cl qur, cepe111Wll, je ni! nrai
taire à \ otr UajP l~. liien riue ce .:oit peulëtrl' .an. imporl.ancc ....
uoi dooc7
- 1 out à l'b ur • rn orrh·anl 11u fi 1. is.
j'ai !té aùurM par un h1 1mmr 11ui prétend
a \'OÎr une conluJenc • à r:ur à ol re fojt' 1:.
li conn il, l, l'(•n ruin&gt;, h,., d :131! d'un romplol qui 'ourdit nlr die. Le - •olin 11"
I' mpèchant de p.t Pr, il •'c t adn·,,1r ;1 moi,
PO m upplianl d le conduire~ l'E111pcr ur.
fo l'.ii aulorii&gt;é à me . uine. LI attend de
l' ulr ,·olé de et&gt;Llc porl .
- \ uye1. c • 11ue 'e t, ~lorl'l. ordonna
'apoléon. F:iit •:- !mirer "l brJwm • et Îlll •rro;.tez-le. o
li auiratt 1':ill •yr, 11d •l Ck1rke pr ·~ de l:1
chemin: el · u il n,
•ut, lanJi. que
~I r l 'empr _ · il d'uliêir. ~·ur un i;::11c de
, , d ·rnier, parut un irufüi,lu dl· pdile taille,
jL•uoc enror , malnré
clt • · u1 i. on11 Ill
t 1• ride. qui ~illonnaienl . 011 ri &amp;!:!l' fortement colnrP.. Il éwil \' 3lu d'um luni&lt;1uc 1·11
tlrap ,·crl ~ bran&lt;l hour,. , chau. ,i· Je hotte
montant il mi-pmh1! et err:ml coolri&gt; •
mollets ,·i •ourt'U I tLr :mil· J'unè l'llloll
µri·• Il hrna1l !i la rn. in une ,:a ~u He pblt&gt;,
d.11 m me étoffe el J~ mt'Hll! couleur que fo
t u11i11oe.
n all1luJ,,, ~a démarche, ft'.·dal
de ·- ~· 1u :i~ oml,ri p· r uu xpr ,:-iou de
tri te e l'i dïm1ui'-lud , nhc!laicnl feu •r,,tic.
l' udaci&gt;. uu rnr · fore d';imr.
\. uo arrîvée dan· 1 hiuet impériul, il
.alua, eu jetant un rrgarù rapiJ!.'el t·h rdieu.ur l• 11er.0011ag1•. 11ui ·y lrouvairnl. Il
portai •nt tou, d ltrtll nb uniformes, parmi
lc.,qud · Cl'lut Ùl' l'Ewpcreur, - ln tenue de.

,•a

Fl~i;rltr ~llll/.J lt c.1tl11rl lmflrl:d, t,corlt

f.Jr'

su

Je11:i: fJdùns. (l'a.gc 1.3;-.1

li u. j li Litai· llamhour •
- i::~t-ce là 1111 ,·ou • ,. z connu l' Ul qui
wn:.pin nt'/ Qui ,out-il 'l
1)
r11i-ali
•d
mi" d )lon~ieur.
-

· 1uai •nt di rt!lelll •nl écart··. li dura p u.
Qu od il . termina, l'Empert•ur re, inl à pas
knl! ,er:. le grou~ 11ue formaiml le mütistr •
·t le ~t·cré1a1r' d'Et.i t.
1 is Clar t&gt;, au li&lt;'u du • rl!Lirer. pnrni sa.il all udre.
a ,hez-,·011.- oulrL· choi- • me Jirc, gt1n •
rai? reprit J'Eruper ur.

roU\:1!2-\0U.

le. nommer'!

c·

- J peux nommer l 'Ur ckr.
·t le
m rqiw de ïrct! 1l a re,;u du prince l'orJr·
J, péu 5trPr l'n Frilntt&gt;. d' prèch r la gn rre
civil el d'y pr1Jv04ucr J •
ul \'l'luenL H
est porteur d,•: 11911\'0Îr' de 'Ion ieur, à I' ide
J 1l'1cl il a JtlJi, rl!cruli! une poignée d"émigr: , tous ~iuh·nt:-, 1011 ré:iolu l linrum .
ile coup J • main. Le cliàl u de l.:i ·t!, itué

·ur

ronti~re 11i:,e, prt , 11
é rnmme lÎPll de 1 ur
,paï
r,~
ou
lerri
011
,i,
1JUÎ lt
CUTI

-

\'OU

d

!l'u

'il1

,

l'ont rlit•r,
nJ,•,-vou.,
f,.~ Jh·cr,
•ir.
·ur l~m-

1lice.
- Po1m1u11i 1 lrahi · ·ei•,·uu. '!
- Pour m , , . I.e marqui ,1, f-in·;
ru'. f il 1. pl
_:mh.: injnr•. , •. !l n~1,our", il a ,'.d
PUlfü lill •tilt' J auoa1
et •111 • j,: J,.,ai

r.

Celle r:pilu ·
. udl,, éd:ilail le J :sinl
,.nt du Jélal u
· 1p1i, \fon un·
r.
m ,nr • ju tilin
tr,1hi"ll11, r~ndil
1
•11r fK'll ... jf. Il
ù il ..ilrm·'ic~ ._
m 111 FI •uri,•r •111i
l
d urnl lui ~an
hu111iliLA ui j ,.,.tanœ. 1·0 ht•mm itui e 1:m'
un rlroit ou . i:i·oruplil un Jernir.
a Lt· 1mplol -t-il
un comm ·ncemclll J écution·1 lil-il
d in.
- P l'lll'M • , irr.
1·nn pirateur 11
·
e r.!unir :iu rhâ u ù Cir ,t •1u•• le
mui , J:111~ Ji~ jour ...
- han. di jour-,• rJjlfta I' ,mpercur.
11 T eut 011 nou11 u i.ilcni·e. Puk
Ill
\f rei, il lui donn:1 un ordr :1 11
11.
\far, •l ,orlil 1•1 n~mnt :111 ,i 1, • ni,·
ut
•1ms-ofli ·it·r J, reuaJi r . t"I pol
ur
1lli-i
· r:
·
, c'-1 remi
nitr, '. ■ r1.fo, ll'nr
ilitn:pondcz. \"uu · \',·ill ·r 1. ~
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r,,. rd 1oil,:. ,le
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« Toujour
· ... f. . lkmrl,cm ur
m roui •, ..•
ne li ué par eux
ronlrc moi...
. 1p1i,- &lt;le Cirr · ! hl-il
l1ru qu n, nl.
ro Il· \OU dit-il rien,
lia.rel !
- Je H•II. d\·m:in\lc
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1( t ~:,r.J ro1Ji,

l.o /èt(' &lt;!..,:kll, /(' ltilll f..ill,

.1.tf&gt;or,t àna111 /:J
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uili qu'une corufüirm, c'c l que Il:! jl'llOt.' de
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C
œJa .•.• J
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non, incorrii:!il,l,•~ .... Je Ir accahl
hienf:iit.,
m'
·111cnl lr•ur •r
u porl:l..ul
rm
nlr • moi~ Qu'en peo r.1.-,·oo ,
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ini Ire de, alfair • élran •ère '!
nt ou

mots S;JPIS

dntrlwte, Toul .&lt;011 r11tr,dn d;21I lamtc.
ur..1.lt I llll' StS lart.r .... (hi:-e 13•.)

$1&lt;Îk

Talle ·rand Ill' hroncha pa ~ou, r Il inlèr •
pcllaûou à lm1u 11 · il ·au nd it.. L'Emper ur, tout · 1 ( i. qu'il , ~a.il à • plai11J.r,,
d la nohl •. e, e f. 1 ail un m~lin plai,ir d
lui rnppcler 11uïl eu était, flu'il complait
d . pa rcnl •,
mhi l de I prroJr : témoin de . ,.dt'f .
1 J pen. e. ~ ir , rJpondit-il m~c l rai mu
qui nll l'aharn.looiuil jauu1.is, riu'a anl d\ c. plt'r comme l'expr ion de la 'éri1é 1
diioonci Lion, ,1ni TI nn ni d' Ire faile .. \'oLrè \laj Lé, ~lit! doil ordonner une enqu le,
s' urer que l~ dénoo ·iat •ur n'a pa · alom-

�1ll5T01{1.JI
nié le~ p ·r onn

_ _.....:..._

_:__ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __,;:;....:;............._ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,1

Jonl il reconnaiL 1ouluir

é

l't:JJ!!er,

- .le m'en a.surnai, oy z-en ~ùr; u1le
,en JTiète er:1 foile. Mai~ je parierai· 1p1'elle
conflrmero ce 11ue nou venons d"apprendre.
C 1 1•ur r ·s ·emhle ·i bi1m, à ces en. -là!. ..
L' · utiou du du d'Eughien ne b:o.r a donc
urn .... lls rculenl d' ulr . Jl'\:OOS, ' •• Ils
a.uront, el non moin. terrihl • ! •
li ~·exaltait en parlant. n proie i, l'um• de
c · 1·olèr • , féinl · ou r Ile . dont le rel oti. :int. klaL
nt in~itparable di&gt; ér,i. od,.
1•· plu · timou ,. anl• de . on hi Ioire eneore
&lt;1u'il n'ait jamais cessé d'en èlr le maitre.
Î&lt;.1ll1•n:md. san. . lai· r découccrler,
tint 111 ·,, 't&gt;tle foi · encor , à l'ora"è.
«C• . ra sa,.c,. e etju Li e, Sire Quiconi111
~e rend coupahle l'mers \'otr . laje l ~ dait
'Lre puni. J 111 • permet eulement J'okerl'Or 1111 le!&lt; p r unne-. !i 11ui
olre l:ijC! 1:
conlier11 l'in lrucLinn de celle affairi; dl!vront
y apporter beaucoup de circ.on~pection. Je ne
&lt;: nn;it ' p:i~ 1a marquise tlouairièr• d
ireé
au nom Jr la 111clle ont élé a c·ordJws 1 . fov urs 1111c ~I. .foret ,,i nt d rapp1•ler. Mai,, œ
que je . ai d'elle m donne à pt.fü r qu'elle
n'a pris nu une pnrl au a ·I · r •pr chét- à
on pclil-lil, à .uppruer qu'il .oieut ,·rni·;
prohalil •nwnl Plie le. Î!!TIOrc.
Ce~ p. rolc dite d'une v-0ix Jont l'.il'c nl
empr inl de dé ~.renr.e tempérnit la formel~,
il atlendiL
i J , ne ..-ou rdi n · pa • réplit1ua ·, ·hrmcol I' . mp~r 11r. Yon me pr6~enter I cc
. oir '" ~rojd de I oui i1 la Pru , • dont nou
avoo parlé. D
Le m111i lr• 'inl'liua et .orlil en trainant
~a jaml,c i.nfirm •• ui~i d Clark• c1u •. d'un
g Le, ',apoléon venait nu .. i de con&lt;rédier.
llaiatcn3.11l, fo somcrain était cul ;nec
larel.
1
·ey1•M·ou el écril'cz, » lui ordom1:11-il.
Il lui tlicltl c • &lt;1ui sui l :
c f}uarlil'r

,,~oi-rnl ,le : ·lun1l,ru1111,

rn n•m•m.hru 1 Oà.
1 . un icnr le twnislre de la police
"nl~r le, j ui avPrli 11ue )l!l; émi!!ré · recommencent à 'a!!'il ·r ·l îomenlenl de DOU\'i&gt;a.ux
• mplots. L'homme que je \·on. o,,-oie ou.
1, one corl , en mêro I mp, 11ue celle letIr , on, répéter 1 • dJtaik •[li ïl m'a donn t
au SUJet d'un :illental qui e pr 'par ;on1 re
la sùrcté de 1'8tnt et contre ma pe.r: one.
Vou jugerez Ju d "l'é de confürnce que mérilenl e. anirmalion . i, comm je oi ·
parlé 11. 1 croire, ell
ont fondée~, vous
en,·errez au chiih·au d Circé, snr la rronlière
~oi e, pr' dti Pontarlier. un ronctionnaire
J • votr • ruimini lra1ion à I' ITel de tirer au
clair c llt' affaire. ]l r im ti de pou\'(/it
ufû,anl · pour eon tiLuer, san retard el ur
k lieu , une our martiale à laquelle il d&amp;r rera •1uicon1ue lui p:mùtra cuupabl ou
complice Je· acte. d ·uoncé . J'enttmd 4uc
prompte l'l exemplaire ju Lice oit faite. \'ous
me renJr •1; comple Je I' :téculion d m
ordre .

~ nr ce. lion. i nr lt mini sir de I police
gtin :raie, je prie llil'u qaïl vou ail en ~:i
inte Pt di,,ne "arde. ij
Qoelljues in t:111Ls plw t:JJ'd, celle lettre
mise au net par àraret lui-mèm , ~u son l':lr et.ère co11HJ1:nti l. ·t i né• p r Napoléo11.
1t&lt;1Îl l! p di ·e à 1oucht'•, L'orticier de enù rmerie n •JUÎ Il M'a.il élé conli e était, Pn
même l mp., ·bar~é d co.nduir à Pari 1.:
dJnonciat ur fleurier.

l\
On ne peul rcn:irJer ;101 archin• d première , nn~es Je re si~ ·le, do _ier ' d émii;rés el do ·ien- de pohrc. an· y retrom·er
le. vesti~ • d~ drame c!mo,mm 1 • li y en a
d mémornble , Mrr le. 11uel l&lt;lul a 'lJ dit :

l'exécution du dltc in:nahi n, ln ,·nnspiralion
de Gl.'Orgl' , la mort de Pirh •iru, 1 pr •tendu
uiciJe de l'.\.o foi· "rl bl, le . upplice d'..\rmanJ Je Ch:1tea11Lria11d, l'ai ~a, inal du corole
ù'Acht t combien d'autre •pi. des tr:wi•111e ! Il y en a d'ob cor , d'oubli: , d'i&lt;rnor,1s, quo r ;"/lie ou rappelle, lout à coup, un
rnpporl si"CTCI, 1111e noie mrir innl1, uoe lHme
m~ Lérieu e, unl! nllu ion plu. ou moin êninmaliqnc ou mèm , tout . impl rnenl, une
menti n, colt• d'un nr 111 inconnu in cril or
1 rl'gUrt!l d'i1crou d . forll'rf''SC' l'i de·
pri nn . l.nr·riu'à la rhute de ;";, polfun, 'n
1 14, 1 ca1·bot · rcnJireoL à la lumière lt.1
dêlenus poli1i11ue qu'il· J:!ardnicnl, le noruhr
de rc m:irtns d'un dPspnti m c a pilr~ fut
1111 • uji:L de lupéfaction. Des gt•n~ rel'arurent
que d!'pui, lon11-Lt&gt;mp. on cropil murt ·. En1•n~ par la pulic , il :waienl ·i, illi à capti"iLit, Il. foiqit:nl de traitement. qu'il vaienl
. ubis de 1 1 t:ilileaui q11t&gt; la po li!rité refutraiL de le tenir pour véridique , i ce
dires, a priucipe u. p cl d"e agéralion,
n"a,·aient 'LJ peu à peu coufirmé pnr 1
a1•eu:1,. m"'m•! d,•s personna,..,· cbarg~, d'e t.!culer Jl'~ ordres de • a poléun, cl qui, t opo1son lomùé. c nt lîorœ , rn ile!! mémoire
plus 011 main . incèr ~ de e ju tilier de lui
nl'Oir olM:i. Ce re,·élation rétrospectives ont
jeté ur I police lDll' 1riale un jour . ini Lre,
1p1e n·nd plu ini 'Ir 1•11core la lecture de
documen cont mporn111 .
Quand on p:irle de a la pr,lice o de ce
temp·, on se ·erl d·une e1pres ion impropr .
l , 1 polires » qaïl faudrait dire. ll y
en a ail plujeurs en eflH : celle du mini Ire
Fou hé, Ue du préfet Dubois, œUe du coneiller d'Etat RéiÛ. cell de l'agent
mare~. oeil du ~fjnéral Ouro,:, 1·htr,.é de veiller
ur l'Emr reur; celle Ju général Monœy,
chef uprtlme de la rr nd r.merie. , r1i par
dl"' hommes prêl. à roule' les Lesogn~. par
de.~ e pious re.-rutés dan loules ll!S clas es
ocial , ce~ polie
d :te laient, ~e jalouaient, e urveillai •nt, .e déni&lt;rrruent. lai
Ue arri ·~îenl dan le même pri.L de ~errilité cn1· ·r le maitre, ell opéraient dan· le
même but, 1:1n1ôt contre les rmigré , tantôt
contre le pr~trc., tantol ~mire 1~ jacoLin~.
C'ei,t nr 1~ d de leu victiwe qu·ell
rapprochaient el fei.gnaienl ile
réconcilier.

c·e

Part et la France, r1l'ada11t plu d ,inat
ont été la proie du cette or ani lion
puis ·note qu'am1l tlbanl'hée 111 1'crr1:ur, dont
le .Dirt luire am tJiura lè mé ·aoismti. 1ur
l'Empir, régulari. a en la cotuplotant el 411i
l'appeUc li&gt; pr 'dt!, de just1r.e e.xpédrli\'e,
lm ·ée ·ur la Mlation, u il•., 1t Yeni e, à l'é1 10que 1,rill:rnt 1:l ombre de dog et du oneil de IJix.
Il n' :1ail pa nél· air pour ,10 les a eu• ru.•enl Irapp: qu'il~ eu~ Pnl été r •counu, rnnp:rlile . S'iL t! 1plai~ai ol au m itre,
ela ufli.ail. Pour les cond:unncr, on or ani ail de. Lrjbooau1 d'e Cl'ption, d . cour.
martial . Au lie, oin, on ,e pa: ait d ju~emenl. Empri 011n,•r, déporl••r. pro crirc, Fu.iller ont alor. cbo· eouriinle.;;. On ru illail
encore en 1 00, an omhre d1· lé olilé. Qun
~i ù'a,· rllure 11• jug command•1 pour la
cir&lt;;0n rance ·,11i~aienl d Lr-OU\'•'r in110t·enl
l • infortuné tr duit d vanl eux. il éL'licnt
dé•avou~ el queli1u•foi· d tituh. 'arrèt
qu'il· arnient rendu était annulè, et le proce , 9\t&gt;C, celle toi~ son dènoucmcnt lra '
d'a,·ance, recommençait pour l.1 forme d vanl d llltl·ristral improvi é , plu com plai..,ants quo le premier . ud,é, tant qu'il
r Ln it la tète de 1 . poli·.- ":nitrul , fut l'inLJ'umcnl de ce• forfait . C'! 11'i;lait pourtant
pa un mau,· i homme. Le. h.i lorieu •1ai
c .ool occupé;, de lui le rcpré·entent ;irer.
rai on comme plu nlnntier r connai. anl
11ue ,,indicatif. 'oit q1ùn rfl\.t il iuclim\t par
lémpt:ramenl ou par haLilcM ,·er la modé•
utiou. toute lt• foi que son ambition n'élnil pa en j n; oil que. pr '1oy3nt déjà la
chute de S polèoa, i! 1•oulùl ~e cn~cr dti.
Litres à la r•connais ance de st: ucce .eur~,
on cit de ca- oi1 il tenta d'atténuer la rigueur de ordr · qu'il avail rrçn .. lai
ca. onl l'ex◄•epùon. En fair, il prè la main
à Ja plupart &lt;les iniqui11!, de ce Lcmp".
Ou rc. te, ni on vt.a"e ni s:i iiersonnc ne
trahi · aient li! m· ion. confiée à on 1èl
el le re!poo bilité • qu'il a umait a rai.on m~me de se fonclion~. Bieu rn .a pli)ionomi •, pa plu qu· 'fl
mœur~. n'étail
pour effrn!•er ou repou t't. Quo111ue •nn pa . é
de terrori te implacable el farouche rot trempé d an.,. ionocenl. il le portail an. faible. se et le pr ent pln. allé!!l'eme.nt t&gt;ncore,
r.omme s'il n'eiH pa · t•u con ci(•nce de crim qu'il u· iL a.ct'Omp.li • aulrl·Fois el du caracl~re mépri,.alile des acte qu'il accompli sait mninl naot.
D'on abord fa ile, lril'ial, mais
son · :-epLici.nue, on inditférence
c1ui n'était pas lui éclataient dao
propo , dao c:a tenue négli 1.fo, dan uue
'Ortt:1 de d; in1·01Lure qui umLlnit r ulter
d'une; me san lrouhle et an remord,. Don
t.ipou t!t bon p'•re. dépourvu d'orgu il el de
morgue, aimn111 le mond.e, 'y g\i sant peu it
peu. I Nerut nl e :pions, y reuilant dv services \ faisant d · ami , il était, ·au moin,
en npp;ir uce, en dépiL du 1.:Uie J'intrigue
4ui im,pirail LOUie ~::. dtimarche , un mini~tre comme un autre, ordonnant une arrestation qui devait ètre uirie dti mol't, :m:c au:111 ,

....

______________________ M

JtDE.M01S'ELr:E DE C11~C:E -

~

d:1it l'un tl'eux . l'bùtPI où il éla.it dc~cenàu
tant Je érénité ~UP .'il e fùL ag1 d'une C'tmlre l"Empirr. Quand il lai··. il à l'Emp - en trowr'anl B: le. Celle leUr1', il l'av il déreur I plakir de •e~ :ittri~111er 1~ dt!~Uf ~le,
imµI · n1 ''-tir' admini 1r:11i..-e.
. ,.
truite aprt$ }';noir lue. Or, c'e L_ à ~lilau que
Pt'r,onfk: n'a pou.~ plu l in 1111e hu 110- c n' Lpa 11 lllUJ0llf'- 11 I •· 11rnoral; c 1 n: idail nlors le préleudanl Loui. :X\ Ill.
ron.ci •ncP, 1':ili ·rnl'P. Je tout •l'rnpule l de qu'il ·ait an intérêt 11uekom1ue à e donner indi,·idu , Fouché comrnençaiL il le croire.
tout ,ens mor 1. lais pt'r onn • au~. i Tlt'. l'a l'air de h arnir iQnor
1
Cepeml.:ml, quand il w;ut la I ttre qn, n'étaient aulre quel marqui: deCir 1 et
é alé da11. l'.ll"t de dé\·tlopf'l'r I re'~oum·
complin
,
ou
tonl
au
moio
une
partie
d la
, apoléon lui • ,oil :cril1• ~t: thœnLr~nn, a
d I police I d'en u er pour la ~_ûrcl:
bande.
l'État 1•11 un ruum•·nl ois cellr Hir lé poin·:111 1 date ùu l:i non:mLr •, 1\ fut contrallll tl
c· t l Iendrmaio du jon.r où lui a~ail ~I ~
'a"ou r (Ju'il n avait rien J fo11 qu'elle
1re me1111cée ou con,promi . If, ne lai:~3il
remi
e la leLlre de n..:n1pr.reor qu , Feul d'.i.pa de courir 11uelCfUl' ri. que. duranl rau- ri: ·,Ha.il. li en onclut d'abord que I' mpl-'rt-11r 1 matin dans .son cabinet il ·'ocl·u11ail de
. 't!lail lni ,;k romper par !l'S dénonciation de
tnmn ti I
La rupture d · rel:ihon
celle aO'aire; si 'ri iblement ah orLe qu
com1u •l'(iialc· avec l'.\ngletcrrc a1·ait èn ~p- fi urier. L police iropérrnle compt.ail · l'bui sÎcr Je enice à .a porte, l'ayant ,mtr'primant le
xporlalion ·, jeté le :11Ta1re· Hambonr!! des a11ent lrè: -ou pie·, lr1.1 • r
OUl'ert à den:t r prise pour lui annoncer de.
dan" un dé. arroi qu'a •p.r:ivait t•ncore la r - tor:-, aï• nt fait leurs prem· ·. Elle a,·:ii! ?n ,·i ileor munis ùe lettres d'audience, n'osa
retl de rar ni. 1ue ;11Tre11s1: mi.rrr. r'gnaiL char é d':rrfairc~. Rourrieune, dont l'actmté le di traire de . on Ira ·ail. 'èrs onze hcmes,
un pt·u parloul l'D Irance, el à Pari plu. r · li,ail de. prodi&lt;rc.. Les un el I_ au Lr~
eulement, l'aOlueuce d sollkiteu ' qui
qu•a1llt·ur . L Ir or p11Llic ·1ail à ec:. 1 ·'tHaient eréé rl,, iotdl1 nu~ p:irm1 1 " émi- rempli!,saienl le .alon le détermina à prégré
li
dau
r
tte
,111
•.
1.
1
~Ha!~nt
à
de.i
lmtl~ •I o déficit. l,P.:- l,nnqurroule r. ·uc,;entcr an mini.Ire ln lon ..ue li te d •. nom~
œda1n1t. u·~ indu tri ' élai,•nt par,11 t •• parol◄&gt;;; imprudente.. a de! mdb •lion ,oucril ·ou leur dicté•. au fur el à m or
Ilien 1101• le rr uverm·menl . ·rtrur :àl d per- lu&lt;!.: ou non Lrinl 11'11til indicaliuo · la
qu'ils
.' étaient pré enté..
trahi:011,
rn
p
rman
nce
dan.
le
parli
royaler r •1m:•Jc à ln délre,;~l~ fü13ni:i r ré~ullnnl
a n 11\'oyez tout le monde dil l·oucbé bru liste.
leur
av
1l
dJj~
livré
ln.nt
de
ecrd
qu'il
ile l' ltat d, "Ucrre où il'ail l'Europe. 11 •
fût quemenl; je ne rc!'enai pa . » El ~omme
tendait à 'accroître Je j1 Dl' en j11nr. , c li • · ml,lait inadmi~ ible rp1'un complot
l'huhh•r ollail ortir, il le rt•tiul en oJoulanl
ca11. d1 m,·. ·011I 'nlnn ·ul l'l d"inqui~1uile, la lraml1 leur 1n. u.
un ordrn à elui qu'il veuail de lui douoer:
Tel
l'ut
d'abord
l
·
enlimeot
de
luuch
.
l ·\· • • a111i1·ip, 1n 1fo 111 dn~,1.· d,• 1 Oli t&gt;l ù'un~
d Uernettrz c ci à l. Tnh-:iu. o
.lai~,
apr',
afoir
proa!dé
lui-m'm
à
l'i11lerparlie J1• c Ili tle 1 'll7 t'II ajnntail une allln•.
« f.l!ci )t :rail une fcuill de papi1.•t qn'il
ro", toirt: d1 I· lPuricr. cotblaté la \r i mle· raruillc do11l Ji,.,; l'orant. l'laient appel,:
venait
Je plier en quatre, prè · y aw,ir tracé
, ou 1,,, drape.;111 i 1·0 o1it!ul nec ,10goi H' "\:i- Ll;n1. el 1:i préci ion J ~e · dire-, acqni · 1
ces
d~ux
li"llC! · : 11 Ch •rcbl:'r parmi le: do •
pol1.\m 1:ll'ndrc :-an ce ~ • fo lerr:ùn J . un pr u,·r. de on M intéres "ffiPnl, il ce:. il de
ier
·
d
•
émi
ré celui Je la famille de Cir é
meLlre
eu
doute
.
honn
îoi.
L'
même
jour,
.icliou militairl'. ·on ••oill immodéré pour la
et
me
l'apporter.
»
dan.
1,
corr
•~ponJancc
d
ui,se
qui
lui
fut
luire appar:ii: ail d ;j cnmmc u.o • :;.ourœ Je
Le Franç(lis qni, durant la 1'é\·olution,
communi11uilc, diwr!l détails lui parurent ,
&lt;'nlamilrs.
1
L.., m · 1111l•·nt,- , 1plnit:ii Ill œ1 élat de rapport •r tH11 1'1ln. i n m •ni. fuunii par . 'élaient réfuirÏl:' · I' lran"er se cornptait·nt
par
millier
.
On
ltait
r Lé lon~temp :;.au~
t
lcurier.
Llle
!li:!nalail
I
pa:.
a
•e
i,
B.
1,
d'incbo,c • Il J :cmaiem n 1 •ro~si ~. 111 Il·:.
pouvoir
en
préciser
le
nombre
el n connaître
dh•idu
:iui
:illurP
étran~e
l
my
térieu
,
peril. au quel· nne 5eule dt!faile des arm · s
imp.lri, lt·~ e1po,erait la Fr.Ill •. C rtain, qui, 11:tn~ 1 lieo1 puLli ·. :naienL alft!ctJ le nom . Pui., quand il y ovail eu lieu d'apJ'cnlr • t•u, profitant de l'éloignement tle d'être ·1ran"cr les un aux autres et ,,u·on pliquer le. lerrihles loi édict.éc contre eut,
l'EruJ)e eur, c11111mcnç.1imt à dir~ tout haut arnt •urpri en uit Ctlo.anl ensemlile fami- le municipalité l le département. lll'aienl
de lil:rn 11llen- ét • imité ù fournir de indic.11iofü à l'aide
1
,ptr. ch. cnn , • di ;1it tout 1 ,. L émi- lièr menl. 'oe leUr• da
ré entré.. e h· ·ardaicol ~ aunon · .r la lin
ùu r :,,ime. fa11r • nm1 qui souhnitairnt ·,
·b11te, le,- plu - ard &gt;nt ne wanqunÎt•nt p~
d'oli er\l'l' 11u" là 1·irtnire de allié l'lllraiuerait t\:croulcmenl du lrôo im~rial, el dt!
p ir. cell ,irt oirl:, riu 'ilt. appd~i nl d
leur rniu
ncrilè e,, eonvainru qu'eille
aurait r nr t'IÎt!L dt! rouvrir la r ne Ut
1ourhun .. Cba11ue jour, on parlail de eon pir.11ion. On ·n prophi!1i.ail la r~us·it .
IL ne f:ilbil rien moin que l'éner ·e
FoucM, Mm lia.Lil •l •• s-on nng--froid, pour
ont nir les pa .ion. qu'enfanlaienl th z le
un la peur, eha le~ utn J . spér nce
coupa hl "• pour k- !'Ill h r de d :,, mk •r
e11 un de c
t·-0up: di! mnin an quel. ll'
'eu( 1 bt rmiJor. le Oix.-hu il Fruclidor. le
Uo.-huil Drum3ire ,wnienl depui douze an·
11ecoutum h• rauçai .• et pour étau~ r dans
l'œu! 1~ cumplol qn'oo -pouvait d'autant
plu redouter qui, le élémeul en él~i!nl ù
Vt'llU plu nomLreux l'L plu appart!l'llt: le.
rai. us prop à J lt!••il imer.
li · cquillail de celle tûche ave un rare
bonb ur. dh·er~ repris , l'E.mpenur lui
a il •pr · 1 l maladres s de
poliœ.
1 i 11; repro · n'élail pa. méril :. 'oudié,
lrè inl •lli erumenl 'Yi par 1' espi .a, qu'il
11 ,.. 1.:1il ,-as nües :ilrt r&lt;&gt;ur qut ie, .icr:Mtü ]11$Stnt /r.Jffts &lt;111'/1$ tUUi?nl elt reconnu~ cf)uf:st-~, S'Iis :.1tentretc.nait de loul part., vait en main 1 ·
ff;ilsaft',it .iu III ritre, cel.J suffiu"·--· Em('rt.10,s~r. kforltr, troyerlre, /u~illa '1'0"1 alors ch/J)t t0urg11tt.
011 J11si1L.JI tK(Ot't ( 18&lt;,r;, SHS ombre(/( IJgJlllt. il'~e 1:!8.1
fils
la phtp, ri des inLrigu c111i se nouaient

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ui ' aurai!
éti1 porté par L'rreur le droil de n1dam;r. ilien
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pii formait d : volumineuii r&gt; ·
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Il ~lait donc naturel qm· foud1é, [l,,101 dcprendr aucun 11.1rti, oulill e • min r luim I • do-.~i1·r de la faroill •
· le
lui était inc 01111 , . Il u· en , n
t,,nJu pari r u:inl J jour ù
plu. ltil, n 11:rru d'un Ol'dr
leri ,, il r.t1 il ur le, r •t lk
le uom de 1; m11rqui e douairièrn de Circé et
n•luj du m:1r1111.i., dl' Ïrcé, : n pdil-fik
ll'aulre incid1•
11 •:int drpui •fü1ré
11oms de, mé
• el biPn 4u'1l ne dout:\l
l'lo de l11 11'.
d l'arcu.alion dunl le
~ieur f'IP.DrÎl'f
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côté dt&gt; plu · forl:' , Gn1IL1ume îah·nu vola la il ll•s eut .' Uc
menl examin 1r , il ,·n 11ril
mnrl du roi. U fui 1..-rrori.1 11\'l?C llnb •~picrr#, un , 1 tend
lvau en d1sanl :
thermidorien a1 d'ouchê d11111 il était de,enu
R Li-rzuo
u
l'a111i ••l •111i •. u moment de on clécê ou
T:il~ u lu
le
et· •1ui ~uil :
le Tlir~·loir•, il r ·commaud., on Jil . n~a~é
u El \onor
~
e- ' th ·rinede ~lonln I ï9;;, lui--ci •riait tfou l'armileJ11 nl1in lmrr · , m11
. (l
i-11 de Circ 1,
11 qu:ili1é d · ri;?rnl J'mfontrriP. C't•:-1 lit P ri&lt; le l :J j11ill •l 1
, •u ve du n
IJU ail 1~ r herchcr la proh- lion d J-'onch1.
d Circ;:, lieutcnan • ~nàal de ;
t;r- ·e à rt&gt;ll1 pro! rtinn, rilh i~r 1ah:rn, qui ro,:,11.'~, mort l!rl 17 \ dan~ lt Ü
cumpl il d' illeur d' ,. 1. ltr1ll3n1: -er1i , l';u e 11i1 il · 't•nt rl'lir 1. Ion d,•
p,m.r o rien dvvoir 1a ln f.1.vcnr. devint rupi- «(IIÏltarll la I·
n 17!H.
J..,mml O ICÎt•r. En 1 ·oo. il l:lail capiwin~. Il
mom ot dt&gt; on lmi rr ti11n, •lie , i
.e,ulil:til don a ,uri: du mPme :in-uir qu
1 mari an ch. leau d Cirr.é. ' OUlm
r u _ de :-e. · m rad ~ 1J11'il 11, il vus ap~lt1s
3che , , rro · ffil'lll dr l'ontarlier.
dt11ui au t.!rad · upérit-ur,. ai , .far n •ri,
•Il d :part, 1
'"- Je .ire ~ ont ri:
un lialle enm•mif'. arr,'la 10111 court :a rur• 1~ · ou pruli
lo n.1li1111. l.1• i ·ur
ri\re. li 1•111 1• p11i~n..-l Jroil liri ;_ Le ,uin
Ch
1, inltnrl:1111 du m r,111i,. joui ·~anL
•1'1'il r ~ni !!Uérin•nl a hie ~ur •, mai~ lui 11'1
rrpulalion de ri i. mt el tl'honndir nt l'u ·.1 •e du m ml,r1. alll'ml d'un . nè
cm. lilné gard1r11 ,tu ~t: 111 ,,t r
manière lrop imparfaiti&gt; pour qu'il lui filt cl
r r l'D ci•H,. 1111.ililè a
po sil t · d.- r1• h:r ,ohJal
1io!!t- imt ans, il
rh
I
urwîl
rn \,•ni
ttuillait l'armée, inlirme pour Ioule -, ,·it&gt;, :i
·
l1i •n
ruill tl
l11•ur •u en ort', d Il nn 1n11lb1•ur, d pou1·oir Cirrë n'ont pas. t.n,u,·é d'nrqmlreur. C1•t1
di imul r ·on intirruilé en contra ·1 ni l'h.1hi- drconq;im e a rlP attrilmt:tt :IU . bon ;;ou,elude de .
que eulu,h •m ni J • nir 1111' · i ·nl ·
clan · le pa ·, 1!S dhrr
. 011 Lr
m mlir ~ d cell
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1&lt;\'oic:tail ,. m1 lui apporter le bill l mina I rid latio11n:iir1•, t'.untla
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double feuillu d m,. papil'r joune, 11ui leur 1\:1rangt-.r. Il a pri, du
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·nait J • r.011, rtur . Pui , dt'hout, dans uuc comm. nJ . nn ._,,. .,dl'(l
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alliluJ • rc~pe ·I uem- ', il ajouta: • Doi,-je ine a\'UÎr parl.i ip1:, quoiq
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Fouc·h\ f[UÎ d;j r..uilldait le do i••r. 1 Oil, l11 pri11
én1i.
le cr le
r,·1
l t li!, eonlowa d'un • rd l1iemeil- ropul lio1 coulre Ill ,
ft-aar i, .
l3nl I j,•unl! hrm1m , el, lui ù; i:maui 1111 On 1,· d_it l'lllr••pren~ol,
'J11e el r ~olu.
l:tul ·ml c lié 1fo son bur.-. 11, il dit :
Le rapporl d~ p lir,, ,
r 1·entent sou
A L-Z-, Ob et allendl'z. 11
c t peel Jéfa111ralile
i:
fait
1;ihau 1.1L ït. 11 h bituclle pâleur s' ·•1.ait pour c,,rrobor"r cetl · apprêt·,
dit
• •ulm'.-e, d ·, l:iit li trouble •JU d• h:1.1011.il cPptmdaul 11ue, depui· pin. ir
jI a
1•n lui celle ir11itatio11 dont I' maLilité r:mi- cJUill ~ lempllr· ircmenl { llu
uné
mait."
pilra11 .., - ~br:uM ••. Fou ·hr -' '.t,1i1
uluri. Li Ddu r~r. Il a t{ té l
U 311
replonn · dan, 1 lectur Ju Jo. i •r. Il en muî. J'anil d ·ruier: la L 11Jr ·,
plu
1

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,

________________________

.MADc.MOTSEl.Œ DE Cmc.t -

~me,

lal'li. l an
llC'
nll a perdu 'C. trac('~.•
'fohaa :wail lu d'un• h.al inc cc. note.
pli Li ~ • nuand il 'arri~ta. louchi· dit :
(1 Eh luut'!
- Il~ a enrnre qut•l11ut' linm~. monsieur
l · minLlrt•. mai J'un utrc 'criture.
- '0111.inu ·,. alo • •

r '&gt;compen • de voir· 'll•I ·I dt&gt; rnlre hali1le11.
- Oue \'otr Esc llrnce m perml!lle d
lui e priml r ma !!Talitu&lt;le ....
- \'ou m l'e l'rim rl'I: 11 \'olr • r lonr,

Il r,·pri1 :
J, Cir,-1: a a111,u
tlalê Ju ·eph•whr• 1 O:ï, :1dre, l' à rcmper or, •n on 111in1 1•! , u nom de son pdirtil,, une r •,p1d à l'rlf..-1 d'uht1•11ir pnur Il•
t:l pour lui l,•ur rilJi- liuu J • 13 lî,I 1it-: émil!l'C ,
M· je té, aprh ~•etr, lait rcnilr,i
wmpr • d«•. reo- i n m •nl r11 l,; d-J . n~.
a orJ11n111\ 1"ll1• raJialion.
u ·nnmm ·,,
oul, ar
, ut11ri~,: j r •nlr ·r 1·11
fr:uu·,·.
(( C,•ue m ~11r • Je ,-l~menœ enlr, io à
1 ur prolil la re.,tituliou J~ 1 llh Li,•n. 11,,11
, ·n,lns. l'rr~enîr h• pr •rd du lloul,~ d lt!
·ommh,· ir • u,:11 :rai J · pt•li~,
• dt'•p&lt;1rll'mt&gt;11I, r, \l•rrir u. i 1111•·
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lltJ la d1•oon1:i. lion J'un 111di iJu •1ui
·11·,111ar ~Ire
le rnmpli ·• J,: t·,:u qu'il
. ·l individu
11 mnn po111uir; ·
·. lut rrort•I . J • rnu ,·onlie
.1:1udi1•tlo·. làdit.·L de ,ou,
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rnlpaJ.ihi.', ITllÎ 1111 f
udl •
,,u •Olll'Clleupini,m,
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u1ali11, puur f11111tarlic .
pari,
\OU• r~cu~.L Je n1t1i J ·
ou:, J'apr··
1 ,11uell1•- ,,u ,1111~ l!uidl
n qu ,·ou
m.'l lrou,I! là-L'. d,·
li' ou de.
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lnÏ,
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p:irliro' · • ·maadn
1 hau 1111i 'rou1.iit r pt: ·lt1t·U
,·c.
- \'mu, rrt , . r,;J11l: upri·. J . ulorÎlc
d · I' rr uJi •Clli ·ut Ju l1u111arli ·r ·omme
[mnmi aire •&lt;lnr•rnl Je J&gt;l•lic.: n •r1 i · •
elllruurJinair •• J, 1"·gu . par I miui~tr,• pour
in truhc · ·Lie alTair,· d nillcr l'CJé nlion
dr , ordre, de l' '111pc:r ur•• ifüi que \·nu •
(kiU\'d. 1un. en runr:1iutre. je ne ,ou mard1 Il • pa ,rui mfinn e. 'd1l'2 d • ,ou 1·n
montrt-r di"11 ·. ~-n po h: iwporlanl · a !Ji
11 l.:t nrnrqui~t•dou îri:•r,

pl:i. , hé. il nl à · r •tirer comm

ra~ to11L d11.

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ïl n' ,. il

u' ~1
1wnrc1 demanda Fouché d'un
;i(Cl-lll oi1 t r ·ail 1 11rpri~c.
- Que Yotre 'lci.•llenœ me pardonne, répliqo, Tah·1rn. foi, •·n m · nranl l'ét,odu
d • pou\Olr. donL elle ,·ient J • nie r v~tir, j •
n'ai pu me d :f,·nJre de pcn r tp1 'il ,~t qu ·Iqu'un qu mêcnnt •ntera r lfo11,i 11n.1 •e de
c nfian · accordé à un j •une homm et 1111i
n doul • e ~ayera d' •olravcr we déruardi .
ui Jonc''
- ,1, lè 001nmi~ aire 11oéral 1fo puliee du
léparh·menl du llouh , à 11u1 d \'.til r '\ •nir
m\lur llcmi&gt;nl la m1 · . 10n pour l:iqucllc \'olré
E cdl ·nl nw Ji! i•me.
LP caraclère domifl[llcur de Fom·h 1 apparut dan. le mmJY menl par lt•1pll'I 11 ~rot, ·ta
run1re l'(-renlualilé qu • . ruLl3il r ·doul(•r
'I'ahau.
~ Je connaj: 1 ron tionnaire donl ,ou.
parlt'I, fit-il. Il J&gt;O • ~d um• trnp rand,• eipt!ri ne• Jr . , ùnuir (lflllt . n r , ·011Lrl'tarn&gt;r me. wlont • l'll interreuanl J,1n une
an aire laqu •Ile j d 1!'ir • 110 ïl r11. l1• :,rang r, d n l'iulérèl m ·me d l'aulorill qn"il
e. rcc. Vou. \·ez bi n rail ('P ndant d, me
comrumûquer ,u. cr;iinle . J'en tiendrai
comple t!n r Jil-!• :rnl 1, irutruclion que je
,ou d •. tine. 9
L':iudi nr, 1 rril fin sur re mot.:;.
lli1 ier Tai1J11 ,,rtil du c.il1111 •I de Fouch 1,
l'im •inalion eu r u. 1 joit.' au i'I ' lit. t.:ummi -~ir •·éuéral ù • poli·
Lrcnlc an . c\ilail
plu qu'il n't"n fallait pour 11.l faire 11as. •r d
1.ilv.J11, un Jt 11•1t /1 ,,n r, •r-.rn.l, "'.ii,r~
ni ,.,,('
11n an r flL:ConrJ:?l!!ll .. 111 u plu brillante
ltvUt ll r&gt;lrt
ss 1,u1I b I.JI lt ,,. r11.c-. t ltlr.J ;/.JII J
l'~péranrt-s
! . laintl'nanl , il ro ail i, on
l t i:.iH nd. 1'114rC 1 , )
étoile: d,• nou '!au, il \'rul foi dan~ l', nir.
Mai~ dt• sa honne forlun • , des réOr1io11.
tprnnd loU. Uft'l r il C •JU . j'alll! nd, de 11u't,ll · 1111 'Il'" ' :r, il, il tw ,,ml:tit rairt• l.i
conlide111 e à ~r:;unnc. u.and 1I reulril d,111 ·
'\QU~.
- Oh! j • r ·u. irai! . 'êèrfa ah u 1•11 , • 1:1 pi' qu'il oœup.iit a c Lroi.· Jt ~ coll"-1,,;iul pour pr nJre le d ,. i •r prn lui 1'Il· 11111• , il ,•i;1.aiL corupo. 1 nn 1•i. a/{e imp :r111tr· l1l1• •• ucun J' u ne J ri.na de 11u llt• émudoil ~ouché. oni. je r,;u ' Ïrni. •
t,.1111
rd
rimait la11tJ'iineruîe ld • lioru il élail anit . Pour e:o1pli4uer l'ah,en ·~
lulio
C
ini~lr' !radui~it r r UII . l.aqw•lle mi. sion l'ohli t•ail, il lais~a cro1r •
ire l
n
ment ,111 'il tlprou\ail à 11u'il lenail «l'obhmir u.n con"é d,• 11udt.1ue,er, 1
ieu
jenne chien sur jnurs. IIL:jà, ,on mnhilion r:111.iméc lui dicta il
pi~te -ùrl',
1 pru1l Oct!, le l u _ail au meo:on""• à la
h! il n't1Lait pa bt, oin dcl'c1dlcr, ·dui- ruse, pr11,·01111ait lt• rév 1) dé qualiliki d11ou1rue
J polie, u'il d 'l'ait il la natur de _, four1 1 r. ll.1il plutôt le r.. t1mir.
t lie ardeur e.~L de 10Lre à!.(i:.
lion , non •1uc I' oooisiou lui eût été olforlo•
1 ,M ·
prude
anl. d l m llr n pra1i1pie mai· J · rce 11ue 1
vir,
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illl l lticlur• quotidi m1 • d • rapports ·ccrd, 11u'il
ét; il ch, r Lt Je r~ om •r 1 • a,·ail J l1•elupptie· .
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Lieu wtcndn 11u ,orn ne corre,;pomln.z fa ca.r, il 11' r11 étuit sorti que pour :; remln·.
1iu',wœ moi 'l 11ue
d · · z compte a~omp3"U: d'unn"cnl, .'1 I' pp I du mioi ·tr •.
qu' m i d.. re qu
aur 'I. f it. ta .lpr
\ ir uhi un pMnu•r inl rmroloir ,
ré ponsaLilit I comr
è, ne l'onblit•z
OIi l',mtit ramen slaru. la fort Îl', 5e. c· 1 la
p •1
que 1 ahau all:i lt! trou,· ·r. l'ne lornmi: con[)' un " 1 • Fouch • COllHédiait on ubur- ' rsalÎ&lt;lll • ·Dgt''t!a enlr •ux. Quand •lie
dunmt bi celui-ri d m ur il immul,ile ~ur
· ch a, li.: délê oê d • Fou1.:hé en ,·, il nu◄

1 1 .,_

�MON SŒUJ{

1f1STO'J{111
;ml r1uc le drnvnciall:ur el put arrèt~r e
pbns. llentrè chez lui, dan le ruod 1sle appartement qu'il occupait a1IX cmiron Ju l.o &lt;•mbour •, il rl)n~cra toute J;i oiré • à c ·Ile
élude. Elit! eut pour ellet de! lui d :montrer
rru':m chûteau de Circé :eulemcul, là el uon
aifüur , il lrour11ra1t la clef da Ill)Stcre qu'il
1.ltnait édaircir.
Le doss.ier rtmi· entre ·c main l':i,,·ait
/J1/Ju/rallans J~

nus. il IallaiL arriver à l'impro,•isle au chaleau:
d • Circé, procéder à l'arrc• taûon de Lou œu
qui fbaLitaienl el, ce coup de !ilet une foi
opéré, profiter de lco.r effarement pour discerner dan le là les innocent de coupabl
C'éLait un t.lcbti périlleu e pour llO jeun
homme dépourrn d'expérience profe,1-,ionnelle. ~1:li elle n'elfray:ul pa Tahau. li e
sentait de taille à se ru ur~r a"ec elle.

édifié ur Ill la, t J · 1füer pmonn.in-e dénoncé . OuïJ cu :ent con piré, il n'en était
p11 surpris. lai il ne ufli • it pa · 1p1'il en
ftit convainro. U fallait réuntr d preu,e. de
leur culpaLilité, plu ~clatantc que telles
•1ui ré. ultaicnt des dires in!éres ~ de Fleurier. Ce preme. ne pouvaient ré ulter 11uc de
pièces écrite ou d'a,·eux. Pour nrprend1e.
le une~. pour atrach1.r les autre. aux pr1h·e(A

CONRAD.)

s1mre.)

ER:-iEST

D.\UDET.

LUDOVIC HALÉVY

+

Monsieur Thiers
J'ai garùé lrè net le ouvenir Je la éance
du Corps lé•rislatiI. où M. Thiers fit a rentrée au l1alais-Bourbon. C'élait le 6 no,·embre l8G5, le jour de l'ou,·erl11re de Jase. ·ion.
\1. de &amp;forny pré idait la ChambrP. M. Thiers
ail. ~e placer à aucbc, dan le ban up~
rieur., ,1U-de . ou de M. Jule , imon, à côté
d • U. Lanjuinais. Tou l regard éta.ient
braqu
ur Jui, et au, i . ur f. Berryer,
l'autre grand 1'Ctitrunl de ce jour-là. J. Tbier
élait Ires ~ai, Lrès remuant, Lrès alerte. li
retrou,ait là un certain nomLre d'anciens
coili! nes de la Con Liluante et de la U •islalÏ\·e; on l'entourait a,·ec force salutation el
poi née. de main . J'étai a1or ecrétaire
r 'dact ur du Corps légi laûf. lnstaUé à une
petile lablP. au-de: sous de ln tribune, entre
m amis faurel-Ouperré el natole Cla\·eau,
j'écrivai ll!S compte rendu dl! ln Chambre,
J'a1•ais près de moi, assis sur un peût tabouret, le doyen de huissier- de la Chambre, la
chaine d'argent an cou et l'i:pée au côlé. Je
fai ai· lr volontiers la eau eue avec lui. Il
avait ,•u bien de cbo ·e , et, ce jour-là, il me

dit :
- Regardez ~I. Thier • A-1-il l'air content!
On dirait un poi son fJ11i re11tre dan l'eau.
J'étais d1:jà buLsie.r la Chambre, quand il a
été nomwé député, après l 50. U m'a reconnu tout à l'heure, il m'a dit : « Tién ,
rous êtes encore ici l • Ça ava.il l'air de
l'étonner. Pourquoi n'l' erais-je pa , pui 11u'il y ~t'!
li. de Morny, dan on di cour d'ouverture, Gl, a1·ec beaucoup de bonne grke •t de
courloi-i , a\lu. ion à la rentrée polili&lt;111e de
nnde notabilité parlementaire·, déclara
,1uïl .e réjo1m ait de retromer d'nnci n
collègue el qu'il ne doulait pa de la lo ·auté
de lPnrs inll'ntion , elc., etc.
~I. de Mor111·, Je lendemain, olla :un Tuileries 1:oir rEdipru-eur. Celui--ci lui fil compliment Je on di oour •
- Cep1•11d,t11l. ajoula-t-il il
a une
pbras•un pru ,irn sur l'élection de ll. Thier..
Vou· a,·ez dil : Pour 111a po,·t je me .·uia

l'e}o1ti. • lLeti.ucoup: réjoui; c'est beaucoup.
f. de Morny répondit qu'il ·agis ait de
collè •ucs a,•ec lesqaels -il avait eu mitrefoid'cxccllentes relations, etc., elc.
- Allons, allons répliqua !'Empereur
lre" gaiement, il faut 11ue j'en prenne mon
parti, je sui.~ entouré d'ennemi . Vous êtes
orlitani te. décidément vous êw orléaoi te.
L 1'hicrs et l. de orny éta ic.mt, en effol,
ltè lié 11vant le couµ d'État i mai ces bon
rnppor furent bru quement interrompu , le
2 Déœmhre. M. Thiers ful un de premîPrs
députés arr1Hé pnr Les ordres de li. de Morn .
Au i, depui celte époque, la brouille a,·aitelle élti complète: on ne e alunit même pas.
~[ais., quand M. Thiers ful élu député et dut
r11otrer dao celle Chambre présidée par
M. de lnroy, un raccommodement parut nécei; aire de part et d'autr .
Le vendredi 7 novembre 1 05 - le lendemain de l'ouverture de la e ion - l. Thiers
vint, par hasard, à une heure el demie, voir
l ' tableaux de la "ruerie de L de ~lorny.
Cinq minutes aprè., le président du Corps lé~slaLif passa p:i.r là éaalemenl pm· ha arr/.
On
rencontra devanl le fameu:x portrait
de flembrandt, on se donna des poignée de
main., il y ul un p til boui de conver ation,
Rembrandt en fit le Irai , el tout fut dit.
~[. Thiers 1·t&gt;parla., pour la première fois,
le f~ novembre l G3. li outinl contre
l'élection d'un candidat officiel, f. oubel,
la prok talion de .on ami ~- Baze, le farouche qa teur.
La curiosité était très grande; le désappointement ne fuL pa moin grand. 1. Thiers
fil tout sirnpl lll('l]t un peût discour d'affaire Ir· , obre et lrè, bref. 11 ne parla pas
pin d'une dizaine ile nu.nul• . li commençait
à peînr, el déjà il avait fini; on nu rail dit
qu'il avait ,·oulu cVil.Jer a rnix, reprt"ndr
le diapa oo de la salle.
lais i ce premit!f' discour eut peu d'eff&gt;l
et de reteotî,Aemeol, M. Thier , œ jour-là,
e rattrapa par 1m mot charmant. L'Empereur ,·enail d'ètre repri de celle rage de
.... 1..p ,..

con rès, qui le tourmenta toute a vie. Dan.
le di cours d'ouverture de ln e sion, il avait
parlé de la néce ité d'un congr appelé à
m llre lin au malai,e de l'Europe, l comme,
apr la.· ce, on parlait de Cè projet, d:ins
b. .aile d Conféren
- .l'ai vu ,1uel11m:ft1i des con uliatlon de
médecjns, dit 1. Thicr . ruai de cou ultalion de malade , jomai~ !
L.i. véritable rentrt!e parlementaire de
)1. Thiers èut Heu, le i 1 janvier I t.i4, don
la di eu ion ùe l'adresse. Je ,·oi encore
monter à fa tribu.ne ce p tit honhomme i
ou ·enL cra ·onné par mon ami Cham. De ce
petit corp , j' ntend orlir une pelil~ voix
grêle el pointue, la plu sèche el la plus
Jésa. réabl de. voi1 i ur la figure d'un certain nombre de déput' lp1i n'a~aienl jamai,
entendu M. Thiers, on li.ail cla.iremenl celle
pen ée : « uoi, c'est cela, M. Thiers , ce
n'e l que cela! mn.L M. f\oub&lt;-r n'en fera
qu'une bouchée. i&gt; Ueux ou lroi: membre
de la droite crièrent: Plu,\ haut! Plu.$ ha.ut!
oyez Lranquille.• répondit M. Thiers,
voù" m'entendrez toul à l'beo.re.
EL le taiL esl que toul d'un coup, on l'entendit, la petite ,·oit. Elle prit de l'accent,
du corp , de l'autorité. n rrrand silence ·e
fil, llil silence lei f[UC je n'en ai jamais entendu, car le iJence 'entend trè bien. Je
dirai même que la \·uleur el la pui. sance d'un
oratelll' pe11\'eDL se mesurer au silence 11u'il
impo à une a s mblée.
Ce même vieil hui 'cr, dont jP. parlai
1out à l'heure, était granù admirateur de
1. hi rs. Les hui . ie.rs sont char!Iés, à la
ChomLre, d'assurer le jJeace. D-.s qu'un
murmur~ 'élève, menaçanl de ouvrir la
oi.t de l'orateur, les deu hui$si &gt;.rs, as is à
droite el à au~he de la tri Lune, jellenl lruis
ou quatre: ,'ilen,:e! ,'ifr-nccl Or. un jour.
Cd ,·ieil hui ier di ait, en voy, nl M. Tbier
mouler à la lrÎl.lllne :
- Ah l c' l M. Tbier. · il n'y a plus rien
à fai.re pour non.. On ne bronche pil · quanJ
JI. tbiers t à la triLune. Le mnucbes

11'1,-rmt

pa

,·oler pendant le di:cou.rs de

t. 1 hîer ..
li fut me.neilleux,
jour-là, lL Thiers,
el, i, pnrlir d • ce jour, ju,qn', la chu1e d
l'Empire, la petite ,·ou C-OUÛUUJ de ~e birt!
entewlr •. dt? plu. en plus haute, cl de plus
en plu éloquente.
Pciu el parole~ perdues ; l"EmpereuJ' . •·
hom:bait le, or •illcs ef courait 11u. ahùm• ·,
mal::rré l dure:. !eÇon du I ique el d'
'ndowa.
En I ü7, il · eut, arnnt l'ouv •rture di, la
-~.-,ion. une réunion préparatoire des dL:rnté
de l'opposition. M. 1'bier: pria ~nt. Fa,·re,
Picard. elc., de s'a.s. ocicr à i:a dt·mandc J'iolerpellation ur le affaire,; d'.AJI ·magne. J1 e
hèurta à un refüs l11gori11ue.
Ce m , ieur. parlaHeaienL l'opinion de
\I. Tlairl'b , ur le rcdouLaLl · dan er ·, au
poinl de vue rran,;ais, de la politicrue du
,1. de lfü.marrk; mais il étaient obligé de
s'incliner r 111?ct11eu rwent de,11-nt le principn d oaliunalilt: ï il dc,·aienl e r ~ i •ner
à l"unité allemande.
Je dinni:;, le oit mèm , 31·ec Ern L Picard. Il non raconta l]III' ~[. Thier~. lr~
irrilé d lt'ur ré:!Ltam:e, l ·ur a,·ail adr · t! Ill
frcours crue ,oici :
- You. êlr de homme de Lafont, von
èle d· · homme· ri'esprit, wais, vou - rne
permellr,•z de ,·ous le dire, tva n'êtes pa
de· homme d'Btal. \1. ui2ot étail un homme
,.l'Élul .... li u pt·rùu la monarchie d • JuHlrt. .. mai~ c'était un homme d'ÊLat.... 1. de
Ili marck csl un homm1i d'É1aL ... ·, procédés eu .\llcma11ne ~ont abominalil~, mai,
peu import , 'e l un borume d'État. ... Le
cardinal nlonelli maintient à Rome un d~teslabl gou,·ernlllllenl. il rot•ne la pnpauté
aux abime$, mai. c'e t uu homme d'Él.al.
\"oilà, j vou le r 1pè1e, de.s uomme d'État.
El moi j ui wt homn1e dl=:t:il J'ai pu faire
des faute dans ma vie, qui u'en rail pa !
mai je le fai:.ai. en homme d'Élal, taodi.
11ue ou autres, me chers collègues, ~ou
n'èle el ne rez jamai des homme d'État.
Ju 11u'r1u moi de mai 1870, [. Th1er
n'eut pa · une minute d lassitude et de &lt;léfaillanœ, moi il l' ~cotit pri. d dti.ooura"emeul ap · le pltlliiscile. C'e l à ·elle épo11ue l(Ue j'ai eu l'll.oIUmur d'a ~i ter uu jour à
une conver.a1ion de '1. Thier ·. J'emploie à
de ein l'elle e:rpre1do11 assfater; on prerlail
gén •ralemc:ut peu de part à un entrelÎt'U
11,· •e 1. 'l'b1er,. Le conrnr~, ûon Haient n-énéralemenl Je· monologu . 1.1 u'avail, d'ailleu.r,, aucune emie de les interrompre, ces
monolo::,i ; il~ élaienl délicitmx.
M. 1'bier-, ce juur-1.lt, parlait de a la ~ilude. li ·calait ~e. effur irratiles, impuissanls. li
dJclarail profvudémcnl dégoùté
J la polilique. Tout d"un coup. un tr\· ancien ·ou venir lui revint en m 'moire. et fo
~til réciL qu'il nou lit me parut i curieut
que, le soir même, J' pri en noie Ires exaotcmcnl les parole de M. Thiers.
~ Ab! aou cfuait-il, comme il avait raion, ,t. de :~. en 1 3.l. J'ét.ai min~tre
pour la premii!re foi . J'arriYe je w 'installe,

Je trou.ve ){1, parmi le, empfo)i- imp :rieur.,
un ,·ieu chef de di, i ion, et! ,1. r""9&lt;, homme
de beaucoup d mérite el de h aucoup d'e pril. r mpu au affair~., excelk!•~ eollab~
rat ur. mai· rerenu de L&lt;mfe aml11hon, e111edi, ni lé;:ii·r ment a be O(?De, pui. allant_ à
l'Opéra lisant ! •, roman libres du nm~ 1ccl,•, el courant l s petite. tilles. C'élail la
rrrande affaire &lt;le , a î"ie. U eut tout de uite
son franc parfor a,cc moi, et se mil
me
f:urt&gt; de la morale. tt Je ,·ou admire, me diait-il, d'a ·oir I courage el la foli • de 1·ous
mêler de alfair1;.:. tic volre pa et de vou
écbaulfer pour toute œs ltnlivernes : pro"f' , 1,jen 1mLlic, grandt!ur de la France
etc .• ele, r\· perdez donc pa rntre temps.
,ou qui ête jeune, vous qui avez de l'tr prit
el d11 laient. Occupez-vous d'histoire, d littérature, de Lhé;\Lre, mai pa de politiqul'.
Ce pa] ci c~l nhominaùle. Il n'y a rien, ri n,
rien à foire pour lui. T~uez, moi. j'él.lli petit
emplo1é de · mp~ililé b la maison Ju Roi
an1n1 17 O. \'oiei 1, Révolution. Je ru Iain
1 lemenl gagner p:u le· idée· t'L le' pa •. ion·
du Lemp . Je w: d · ce. mi érable qui ont
cooru ur la roule de Yarenne' et qui onl
ram né Loui
VI à Pari . Pui., en uit ,
comme on di.ail partout : u li o·y aura de
vraie République que quand on aura conpé
la t te au floi, u j'ai dit a,e tout Je monde :
11 [I faut l'OU pt·r la Lèle au Ooi. ; EL on l
lui a coupée. Oui. j'ai été témoiu de ce choe · el je l s ai appro1m!e , el en:auüe j'ai \U
la France se fü-rer à un rroujal d'armée 4 ui
l':i menée à faballoir. Voilà comment on n
.remplacé celle Til'ille maison de France!
Croyez-moi, mon ieur Thiers, n faite pas
de politique . o 1. '!'hier ~ garda bil!D de
suiqe ce cou eil.
li était rail pour la poli.uque el fait pour
la Lrilaune. J l'ai ou1·eal entendu; il n'y eut
jama.i de plus grand arli:,le en parole. ll
aw,it toute. le5 11ualilé maitre se. de l'orateur : l'ordre, la clarté, la ,·ie, le ruouvt!llleol.
(~a omlmi d'empba.l! ni de déclamBÛou.
Etnil-cc un d~cour ? Était-ce une eau erie?
JI! ne ai· trop, mais JC tsai bien que c'était
admirable. Quel na.Lu rel! Quelle i,Împlicilé !
Quelle ouple e ! Quelle focilitt!! Et 11ue d'eff ts obtenus $30: jamai · avoir l'air de cherher un effi•ll [I parais-ail impo·sible qu'un
homme parlant i bien pût tromper.
C'étnil le comLle dti la . implicité, mai en
mlime lemps le comble de l'art, ans qu'il y
parùl, el pr.;ci•ément parce qu'il n'i parai ail pa::. Le talent de M. Thier a, d'ailleur ,
été ù 'fini rul!neilleusemenl par 1. Thiers
lai-m \me, dnnr une lettre qu'il écrinil à
'ainte-&amp;ui,·e :
« Il a e111re ce m ieurs le écri,1ain
à effet t moi, '·riîail M. Thier, un m.ilenlêodu irréparable. Je oe croi Ô(IJl les arls
4u'à ce 11ui esl simple, el je Ûén que tout
ellel cherché e ua lîel manqué. Je regarde
à \'hi toir dru Hu r turc , €:l J'y 1101 que les
chercheur d'etl'et onL en la 1lurée, non pa
d'une génération, mai d"une mode; et vraiment, ce n' l pas la peine de iie tourmenter
pour une t Ile immortalilé. C'est une im1

""' q3 ,...

T lfTEJ( s

•

men. e impertinence de prétendre occuper • i
lon1rterops le. autre de .oi. c'est-à-dire de
rnn ti k li n'y a que le cho. e· humaine
cipo ée dans leur ,·érilé, c'est-à-dire a,·t•c
leur grandeur, leur rariélé, leur iHépui aLle
l'écondilé, tiui aient le droit de relt&gt;nir le Ject,•ur el qui le retierml'nt n Ilet. .J'ai ,·écu
dans le. as emlMes el j'ai étii fr:ippé d'unecho.e : t:'e L (JUl', dè 11u'un oruleur fai~ai 1
c, qu'on appelle une 11l11·ase, l'auditoire souriajl a,·ec un inexprimahle dédain el c11 ait
d'écouler. Ne pa.s se propo er la forme impie, c'est n'en t0rupri;udre ni la beauté rJi la
rrraodeur. n
EL li, granJ a1·antage de la forme impie~
c'e L que lor.4u'on parle ou que loniu'on.
écrit, an parle et ou écrit pour tout le monde.
Ou l'a dit : Il y a q11elr111' ,rn qui O plus

,l'e.prit que J'oltah·e, l'·esl tout le monde.
Eh Lien! il ne faut ni l..t.iïr ni mé11riscr cc
4ue:qu·uu~là.
Un jour, Je m'en uuvien , je reçus u.ne
im·ilalion à une petile soirée liuéraire. L'initaûon e LermioaiL par ce post- cripturu :
011 mant1era ,lit bourgeoi . Je .llÎ:, restéchez moi. Cell or rie ue me lt'Ulail pas.
11 ne faut pa écrin: · •ufomenl pnur les
raffinés, le· bla~~ • et les délicats. li fauL
écrire p ur c.e mon ieur tJui pas ·e, là, sur le
trottoir, le ne1. dani: ou journal et . on parapluie sous le IJrn.• li faut écrire pour celle
gro se damo e sourot1e, que je vois, de mes
l'c:nêlres, monter péuiLlemeul dans l'omni.bu
de I' déon. U faut courageu ·erucot écrire
pou.r le. bourgeois, quand ce ne .erail 11ue
pour t.lcber de le dégro ir, lie lc débourgeoiser. Et, i je l'o ai , je dirai· 4u'il lauL
écrire même pour les i inL · ·ile·.
n ~oir en 186\.ll au GJm1,a e, nn :icte
venait de finir et ou rappela1L li grands cri!
cette admirable Desclée. Ellti reparut. 1'emp1'Le d'applaudii;semeaL. Le rideau b:û~·é, on
entoure De.sciée, on la fél ici le.
Quel accès ! Qa.el t:lfcl !
- :'fou, dit-elle.
- Commfnl cela'!
- ll y a là, au pl'emier rani; de l'orche 1re, deux imL 'cile qui n'ont pa lrronthé
depui le commencement de la soirée et qui
tout à l'heure n'ont pa · applaudi.
- i ce sont des iml,édl~ , que YOU importe?
- Ah ! mai c'est qu'il faut faire de l'effet
ur les imbédle . Que deüendra.iL-on san
ccla1 li y en a tant!
EL Desclée, raYie, orlait de -Cène, à l'acte
·uimnl, en ballanl d '· maint •t en 'écriant=
- M deux imbécile ont ri! Me dcu-x
imbéciles out applaudi!
bose singu!Lilrc cc mol dit par mademoiselle De.clée m':waiL élé dit, quelque ann :es
auparaYant, p:ir lJUj'/ par li. Thier:;. nJour .•.
ou plutôt une nuit. .. il étaiL deu1 ou trois
heures du mntiu .... M. Thiers, as i entre
deux lamp , devant la grande lahh: Tèrle de
la .alte des Conr~ren
du Corp Je.. blaliI,
corrigeait le épreu\'e d'un admiraLle di cour quïl a,·ait prononcé dan la juürnée ,ur
le affaires du lexique. li cor.rigcait Leau-

�1l1ST0'/{1.Jl

- - - - - - - -- - ---=--- -- - - - - - - - --

toup. . Thier ·, il corriueail Lrop, il a,·ail )11
f:'lcbeu. baLitu.dc de récrire . · di~cuur · el
de remplac r par de "rande et longui.'
phta.s les peli · phr:i e , bt!llrtée l inoorrecle qui avaient ét I ais.i au vol, toul
&lt;"haudc · cl tout ,·ibranh•~, par 11.' s Léno1,rr.iphe . Cela n'est 1uis /'r&lt;111 rai , di. nit
M. 'fhi rs... soit, mni c'étaiL vivant.... El,
apr , que Thi •rs a mil re\u el n•ruanié s
ipr,:ure• . c'élail bi •n moin ,·hant, 1 ce
n'Jt:iit
toujour plu · (rnnrai .... ' tait
mème 11ueJ11ut-foi. c-ncorn 111oi11. f1-m1rui·.
Ile nuit-là, je m'al'f•r0t·Lai r1:~pcctueu mt&lt;lll d . Tlu •r .... Xoo · arion
antl'p •ur d lui.. .. li était d'unu e lrvm vivadt'
el r "'imhnit la moindre oh r atinn. Je me
pcrwi~ de lui foire olm•rwr que, dans la
re,;i~rnn d' ,:pr&lt;•u,;t•s, il Il it ë&lt;:riL d u
phrn
qui, l'une à la uite de l':iutre, en
-des terml! prei-,1ue id tique:.. di aienl e~ncll:mt:nl la mè.m • cho~ :
- J le . ai birn, rrpondi1 f. '!'hier de
.. petile 'l"Oi aigre! lie, je le ~ai hi •n, et
1-·e t exprèi, 111ende1.-rnu , c'e l près ....
L pr mi~re ri-, c'e I pour le: , n int Ili" •nt.s, pour oonx qui sai i ul tout de
,mile .. ,. ,bis il faut p:irl r loul 1 monde,
il fout c faire comprendre de tout le monde ....

rru

la onde loi , c'e t pour les imbécil ·,
qui _out Jamajarit ',end horde la Chambre.
l comme je m'en allais, pit.eu_emenl,
aprè mon éclJ , f ntt:nJi li. Thfors quj
mkhonnait entre e, lèHe
Et mtime en dedan .
l'n de mes amis dinait, il a quinze jours
mai i '7 l], ch1&gt;z f. hiers. à Ver. aille ...
Et ,·oil ljlle moa :uni, pre le diner, e
t rouvanl dan un coin du aIon avec deux
ou troi personn , eut l'impmden de dire,
à ,aix ho. r, Ir~ ha
- lion ~entimenl e t que. depui un moi~,
on aurail pu entrer à aris par ~urpri •
1. Thier était à yingt p:i · d \, à l'autre
Loul du :ilon, mais il :i l'oreille Jinc surtout
1p1and on parle de îortifrcatious de Pari.. Il
li ndit . ur mon m:ilhenreu nnù :i,· un t~rilable emporte-ment :
- Ah! vou \tes, mon cher mon.ieur, de
01 qui croient qu'on peul entrer dan Pari
par urpri e. C'e l une erreur, .ach z-le
Lien .... Par urprisel Voilà qui e t bieotôl
dit I Prenez l commandement de l'armée, el
entrez dan aris par urpri e !... p3? urpri.se! Je ui peul-être compéte11t dao la

qu lion. Le forlificatiou,;, de Pari onl un
ouvra imm me, un ou,·rage de premier
ordre ...• EII s onl arr ' té le Pru iens p·ndJnt cinq woi . Elle k auraient arrètûs
pendant cinq an , pendant cim1uaate an • .i
Paris n'a,-ait pa m nqué d \'lrre . EL la
Commune. ne maoquu pas de vivr ; e-11 .c
r,11 iLaill toul à oa ai,e, à tr:i r le lione·
pru.s:,ieunes. Croyezpmoi, ee n't• t p:is une pet.ile affaire 1111e d'a,oir raison d fortifkaLi n de ari.. 'est 1me enl.rt'11ri~e 0l01~all'
lli "'anl ~que; ou rre pPnl en Tenir à bout •1ne
p:ir un nrandc opération d'ememhle, par
un immen e ellort militai r •, \11o"uCmt'11l, a\ainm •11l comhiné.... \11 ! le fortification Je
Parj !... Je 1 · rnnnai moi, mien JUe pt·ronne, 1· forLificaliou · de Paris !
1. Tliiur là-de ~u ·en alfa. ,\Ion ami
avait reçu cell , emonce, l:i t~le b· · l', doc1 lement. re pec!ueu rment. dai , lti I nd1·m:1in1 il .e Yt!.ll"Ca.il en me dLanl :
- Oui, 1. Thier ,cul entrer dan Pari.,
el il y entrera, mai il lui déplairail de voir
forùlication. tomber trnp nle t trop facilement. Il faut qu'il lillil bien démontré que
1. Thier seul était capabl • ù.e preud re Ct'tlo
ille ren.daeimprenahlepar . Thi r . ,\mour•
propre d'auteur!
0

,

Lrnov1 c 1[ \ Lf:\ •.

E.

18o7. -

LE JOUR D&amp; L'k . -

Ef/amµ :I~ DuocoURT.

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1911, Año 2, No 27, Enero 5</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Docteur Cabanés</name>
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        <name>Émile Cére</name>
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                    <text>;e:::-:::-=---==-..:,_-_=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=--=-==-:::-:::-.::~..-::- ..;:::==========::::::;~::==,:
_

111ST0~1.ll.- - - - - , . - - - - - - - ~ - - - - - - - - - - pu se résoudre a le faire évcque. Je me sou- Mainlenon au plus haut point de sa faveur; Lel de Richelieu, qui ne donnat égalemenl
viens qu'un jour madame d'lleudicourt parla
en sa faveur; el, sur ce que le l\oi luí di l
qu'il n'étail pas assez homme de bien pour
conduire les aulres, elle répondit : « Sire, il
allcnd, pour le devenir, que Votre Majeslé
l'ai fait éveque. ))
Madame de Coulaoges, fcmme de celui qui
a tant fait de chansons, augmentail la bonne
compagnie de !'hotel de Richelieu. Elle aYail
une figure el un esprit agréables, une conversalion remplie de traits vifs el brillanls;
et ce style luí étail si nalurel, que l'abbé
Gobclin dit, apres une confession générale
qu'elle lui avait faite : « Chaque péché de
cclle dame est une épigramme. » Personne
en clfet, apres madame Cornuel, n'a plus dit
de bons mots que maclame de Coulanges.
M. de Barillon, amoureux de madame de
Mainlenon, mais mahraité comme amant et
forl estimé comme ami, n'était pas ce qu'il y
avail de moins bon daos celle société. Je ne
l'ai ni r¡u'au relour de son ambassade d'Angleterrc, aprcs laquelle il lrouva madame de

el, comme il vil un jour le Roi el toute la
cour empressés aulour d'elle, il ne put s'empccher de dire tout haul: « Avais-je grand
torl? » )fais, piqué de ne la pouvoir aborder,
il dit aussi un aulre jour, sur le rire immodéré et le bruil que faisaienl les dames qui
étaient avec elle : « Comment une personne
d'autant d'espril et de gout peut-elle s'accommoder du rire et de la bavarderie d'une
r~création de couvent, telle que me parait la
conversation de ces dames~ » Ce discours,
rapporlé a madame de Mainlenon, ne lui déplut pas: rlle en sentit la véritr.
Le cardinal d'Estrées n'était pas moins
amoureux dans ce temps donl je parle; el il
a fait pour madame de ~Jaiolenon beaucoup
de choses galantes, qui, sans loucher son
creur, plaisaient ason espri l.
M. de Guilleragues, par la constance de
son amour, son esprit, et ses chansoos, doit
aussi lrouver place daos le catalogue des
adoraleurs de madame de Maintenon : enfin
ie n'ai rien vu, ni rien cntcndu dire de l"ho-

une haute opinion de sa verlu et de ses agrémenls.
füdemoiselle de Pons, depuis madame
d'Heudicourr, el mademoiselle d'Aumale,
depuis madame la maréchale de Schomberg,
avaient aussi leurs amants déclarés, sans que
la réputation de celle derniere en ail recu la
moindre alleinte; el si l'on a parlé dilféremment de madame d'Heudicourt, c'esl qu'on
ne regardait pas alors un amour déclaré, qui
ne produisail que des galanleries publiques,
comme des affaires dont on se cache, el dans
lesquelles on apporle du mystere.
Madame de Schomberg étail précieuse;
mademoiselle de Pons, bizarre, nalurelle,
saos jugement, pleine d'imaginalion, toujours nouvelle el divertissanle, lelle cnfin que
madame de Maiotenon m'a dit plus d'une
fois: « Madame d'lleudicourt n'oune pas la
bouche sans me faire rire; cependant je ne
me souviens pas, depuis que nous nous connaissons, de lui a voir enlendu dire une chose
que j'eusse voulu avoir dite. »
i\1AOAME DE

LA VIE DE

p ARIS

sous L' EIIPIRE, -

LE TRÁINEAU o ' RIVER (18 1o) . -

"LisEz-Moi" tt1sroR1Que

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JULES

Sommaire du

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26~ fascicule

f
(20

Décem/Jre 19 10

A

MAJTRESSES DE ROJ S
Maitresses de Rois : Oabrielle d'Estrées.
La. du&lt;:hesse d'Orléaos. . . . . . . . . . .
Memo1res .. . . . . . . .
L'Exode des üirondins . .
Le régiment des Ouides . .
Le mystere de Nuremberg.
Sauvé de la potence . .

P.11·1, lle SA1,;r- Y 1cro~.
.\l•• OU IIA L"SSET • . • .
liÉNÉRA L DE i\lARBOT ·
L ouvrn • • . • . . .
.\IARQt·rs DE i\lASS L
J rLES IIOCIIE.
SAINT· F OIX . .

49
.So
51
58
61

6U

YICTOR

lleco ... .

G_ LEXOTHE

... .
F11A:--&lt;.:1SQt;E SAt&lt;l;EY
EDllOND PJLON • . .

ILLUSTR.ATIONS
D'APRts LES TABLEAUX, DESSINS ET ESTAMPES Dh ;

Par Paul de SAINT-VICTOR.

DE S,\IXTE-HÉL l~~E AUX I ~Y.\LIDES

v_.

LE RETOL'R E:,¡- FHANC8
D ESSJ,&lt; DE LE:,1¡;DE (18.¡o)

Copyright by Tallandier 1910.

partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant
le 10 et le 25

7

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
-- SOMMAIRE du NUMÉR.0 128 du 25 décembre 1010 --

HISTORIA

LA ROBE DE LAINE

Roman, par Henry BORDEAU~
.
..
Le moriat' de Xaiotrailles. - Jos,·-\IARIA l'E II ERbDIA ..Le Lit: - J\NOJ?~
TIÍEl'Rl8T. n réveillon pendant la Guerre .. - P\ERRI¡ 1.~01 I, ~e 1¿~~11/{.11':
fran~aise. Messe de Minuit. - Rose"º"º" HOSTA~D. ~oeiRY ·JA\ , Beth'VOST, de l',\cadém1c rr,;rncajsc. Cho~chette. ;/~"~~~RIC~IARÓ o~t1oªNROY.
léem.
- G;.u\ -DEJULES
III AU IVALL
.\$SAN!.
Nu,t ~• et·UY GIIANTFPLFUllE
Ames
Le
réveillon
S. Souvenirs. •
•
, •
· . \
féminines ..:. JnEs 1tE:,,;ARD. L'enfant de nei~•· - JEA;" RICHEI 1:-,;, de. 1, rndemie fran~aisc. Ballode de Noiil. - RE:w BA,ZI~., de, 1Academ1~ fran~a,s7. Le
diner de 1. Saint-~lvestre. - ALPIIONsE DA1; DE r. Nouveou-nés. - .\IAGRICE
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rentes (mais de la méme personne)
da ns les ateliers d ·une des plus
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année (20 Novembre 1911), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitot réception de leur mandat d'abon~
nement nous leur adresserons un Bon d e photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier a la Maison SCETAERT.

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JULES TALLANDIER, 75, rue Oareau, PARIS, nv-.
Veuillcz m'abonner pour un an a partir Nom _ _ _ _" • • - - - -····..···········....
du _ _ ___,_ _ _ _ _ _ __ Prénom.• -·--·············..·········--•········- ··••··-······-·····

a HJSTOIUA (U stz-Moi

histor1que).

Je choisis comme prime -- - - Ci-joint ___ pour l'envol de cette prime
tt_ _ _ _ _ _ __

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Rut _ _ _ _ _ _ _ _········-······· ····A - - - - - - - - · · · · ·..·················..·
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Gabrielle ressemble peu a une héro"ine épurée
et romanesque. C'est une femme positive,
sensuelle, nullement passionnée, bonasse plulol que bonne, et s'arrondissant de toutes les
faeons. Voyez son portrait, dans la colleclion
des crayons de la Bibliotheque : une face
épanouie, des joues jonchées de roses, un embonpoint a peine contenu par la raidcur du
corsage, des ycux sccs et indilfúents que
n'éclaire pas une lueur de tendresse. On croit
voir la déesse prosa"ique de la Fécondité ou
de la Santé. Elle représente le type, pour
ainsi dire officiel, de la maitresse royale du
vieux lemps, gorgée, comblée, repue, se
pavananl magnifiquemcnt dans l'ostentation
du concubinage.
Ses domaines auraient formé un pelil
royaume. En 1594, elle achete la $eigneurie
de Vendeuil ; les années sui van tes, celles de
Crécy, de Monceaux, de Joigny ; puis le comté
de Beaufort, en Champagne, les fiefs de Jaucourt et de Loizicourt, les terres de Montrelout et Saint-Jean-lPs-Deux-Jumeaux, saos
compler le duché d'Étampes, dont Henri IV
dépouilla sa femme légitime pour en alfubler
sa mailresse. L'inventaire de ses biens-mcubles, conservé aux Archi.ves, donne des éblouissements. On dirail le mobilier de la Belle aux
cheveux d'or. Le vieux L'Estoile, toul bon
royaliste qu'il e~t, se scandalise, dans son
Journal, du luxe elfréné de la favorite :
« Le samedi 12 novembre (159i),- écrit-il,
- on me fist voir un mouchoir qu'un brodeur
de Paris venait d'achever pour madame de
Liaacourt, laquelle le devoit porter, le leademaia, a un ballet, et en avoit arresté le prix
avec lui a dix-nt&gt;uf cents écus, qu'elle lui
devoil paier comptaat. »
·
Ailleurs, il la montre faisant, auprcs du
roi, son enlrée solenaelle a Paris, al'ec un
train de reine présomplive : « ll estoil huit
hcures du soir, quand Sa Uajes té passa sur
le pont Notre-Dame, accompagnéc d'un grand
nombre de cavallerie et entourée d'une magnifique noblesse . Lui, avec un visage forl riant,
et content de voir tout ce peuple crier si allegrement: Vive le Roi! avail presque toujours
son chapeau au poing, principalemenl pour
saluer les da mes el damoiselles qui esloien t
aux fenestres . .. . ~fadame de Liancourt marchoil un peu devant fui , dans une litiere
magnifique, toute découverle, chargée de lant
de perles et de pierreries si rcluisantes,
n ·. -

HISTORIA -

Fase.

;6

qu'elles olfusquoient la lueur des Oambeaux,
el avoit une robe de satin noir toute houppée
de blanc. »
Étre reine fut le but unique de Gabrielle.
llenri IV, le plus grand prometteur d'épousailles qui soit dans l'histoire, lui avail juré
le mariage. Ses trois fils semblaient luí assurer la couronne. Comme dans le tablean de
Rubens, des enfanls la conduisaienl au tróne,
en semant des lleurs. La Uorl vint la saisir,
au moment ou elle en montait le premier
degré.
C'est celte morl, ou plutot ce meurtre, qui
réhabilite surloul Gabrielle; il eut, on peut
le dire, la publicité d'une exécutíon. L'hisloire
des monarchies absolues de l'ancien temps
est plcine de ces crimcs, commis daos les
maisons royales, s'attaquant souvent a leurs

Clkhé GirauJon.
GABRIELLE D'ESTREES, Dl:CIIESSE DE B EAt;FORT,
EN 15gO.

l'ortl'ait par FRANt;O!S Q CllSNEL. (Dessfo de la BI/JliotM:¡11e natlonale.)

membres, el défiant le souverain de sévir. La
r-aison d'État frappe souvent un favori, un
prince, une princPsse, jusque dans le palais,
avec l'audace el l'impunité de l'inquisilion
vénitiennc. La victime désignée Lombe subite"" 49""'

ment ; une odeur de poison s'exbale, l'assassinat esl évident et presque flagranl, mais
une lcrreur mystérieuse paralyse le cltatiment
el défend l'enquete. Les yeux se fermcnt, les
bouchcs se taisent, on passe sans se retourner, on ne sait ríen, on ne vcut rien savoir.
Que! sílence autour des lits de mort de madame llenrielle, de la reine d'Espagne, femme
de Charles II, du duc et de la duebesse de
Bourgogne! 11 semble qu'on ait peur de découvrir une tete inviolable, en soulevant le
rnile qui la couvre !
La morl de Gabrielle est un frappant
exemple de celte 1Sainte-Vrehme occulte de
l'ancienne bistoire. Son mariage paraissait
cerlain; les négociations de l' alliance projetée
avec Marie de Médícis trainaient et tombaient.
Par cette mésalliance hardie, le roi échappait
aux inlluences italiennes et aux intrigues
espagnoles; il redevenait lé roi, toléranl el
impartía!, de l'Édit de ~antes. Gabrielle ful
jugée el fut condamnée. L'arret, prononcé a
Madrid ou a Florence, trouva, en France, une
complicité mystérieuse. Les oracles ne mai:iquerent pas a la catastrophe. Elle fut annoncée par des aslrologues. Sully, devenu l'ennemi de la favorite, écrivait, quclques jours
auparavant, a sa femme c1 que la corde élait
bien tendue et que le jeu serait beau, si elle
ne rompait ». Non qu'1l ful dans le secrel de
la tragédie préparée, mais peut-elre voyait-il
a travers le rid~u qui la recouvrait. Gabrielle
surtout eut le presseotíment de sa mort prochaine. Comme la victime, ceínte de lleurs et
amenée dans le temple, qui recule, effarée,
en voyant luire l'acier du couleau, sous les
festom d,i l'autel, elle entrevit la Morl sur le
seuil du lróne.
Quand elle dut, par convenance d'étíquette,
quílter Foalaínebleau pour venir passer la
semaine sainte a París, on eul dil une condamnée partant pour le supplice. Elle dicta
son testamen t et fi t au roi des adicux de
mourante. Le roi, ému el gagné lui-mcme
par les présages qui lloltaient dans l'air, I'accompagna jusqu'a Melun, avec toute sa cour,
marchant, a cheval, pres de sa litiere. I1 la
remit ason confident La Varennc et /¡ Montbazon, son capitaine des gardes. C'élait la
conlier ason ombre. Que pouvail-clle craindre,
sous la garde de cette épée qui couvraít sa
tete?
A París, Gabrielle descendit dans la maison
de Zamet, un financier lucquois, ,1 seigneur
4

,

�1-i1STO'ft1A
de dii:-huit cent mille écus », comme il se
qualifiait lui-meme, devant un notaire qui lui
demandait ses qualitéE et ses tilrcs. Ce Zamet,
agent du grand-duc, était de l'espece tragicomique des entremetteurs italiens, importés
en France par les Médicis. Chaque priocesse
ílorentine a un de ces sioges dans son équipage. Catherine apporte Ruggicri, Marie a mene
Concini. Mazarin représente, plus tard, le
type agrandi de ces ruffiaos politiques. Zamct
avait réussi par !'argent et par la souplesse;
il s'était bati, dans le faubourg Saint-Antoine,
une charmanle villa italienne, dont le roi
avait fait son pied-a-tcrre parisien. On y jouaít
gros jeu, on y faisait une chcre délicieuse;
les femmes galantes y aílluaient, comme a un
Casino de plaisance. C'étaít un coín de Venise
enchassé daos le faubourg Saint-Antoine.
Arrivée le mercredi, G1brielle fait ses dévotion-. le jeudi; puis elle dine chez Zamet, qui,
en gastrooome renommS, lui scrt un repa,
exquis. Apr~, le diner, G1briclle retourne a
l'église, accompa3née de m1demoiselle de
Guise; des éblouissements la surpreoneot,
peodant l'oftice d~s Téneure;. Reveoue daos
la m1iso11 de Zunet, elle tombe foudroyée;
des convulsions atroces la bouleversent et b
défi_gurcnt.
D~s qu'elle reprit co:rn.1issance, elle cría
qu'on la tirat hors de cetle m1ison de m1lheur. On la porta au lo6is desatan te absente,
madame de SourJis. L1 tragédie étant jouée,
la sceoe se vida, comme a un sigaal. Zamet
avait disp1ru, le c1pitaine des gardes avait
dé,erté; m1demoiselle de Guise s'était échappée; la moriboode resta scule entre les bras
de La Varenne, qui surveillail · froidement
l'agonie. A la fin, íl se décid1 a appeler un
médecin qui, intimidé peut-étre par son
regard, se rejeta sur la grossesse pour ne
rieo prcscrire. Ce visage charmant était devenu
un masque elfroyable, la bouchc, hideusemeot retournée, allait rejoindre la nuque.

Oans les intervalles de ses crises, Gabrielle et en prose, aussi bien qu'a plusieurs propos,
écrivit lrois leltres au roí. Mais tout étai t daos les conversations de la cour et de la
réglé dans la mise en scene du sinistre drame; ville, attríbuant celle mort, les uns, a la
ses comparses, comme ses acteurs, rempli- crainte de n'étre jamais la femme légitime
rcn t bien leurs roles : les messagers mar- du roy, les a utres, a des potions suspectes. l&gt;
C( C'est une mervcille, dit d·Aubigné,
cherent, au lieu de courir. Le roi re9oit en fin
la premiere missive; il accourt au galop, - comment celte femme, de la'luelle la
éperdu, hors d'haleine .... A Villejuif, un bi\let beauté ne sentoit rien de lascif, a pu vivre
de La Varenne lui apprend que tout est fini. plutót en reyne qu'en concubine tanl d'anSa douleur fut terrible. U entra dans un nées et avec si peu d'enncmis. Les nécessités
couvent voisin et s'y jeta, en sanglotant, sur de l'Étal furent ses ennemies; c'est de quoi
un lit; mais, revcnu a Fontainebleau, il y je Laisse, comme en chose douleuse, a chalrouva un air de joie et de délivrance. Au lieu cun son explication. l&gt;
Pierre fütthieu, l'bistoriographe officiel,
de d iplorer une catastrophe, on semblait y
célébrer un miracle. M. de Fervacque attacha dit plus, en semblanl moins dire. ll envisage
le grelot du carillon rempla9ant le glas. 11 h mort de Gabrielle a lravers un télescope
s'écria: « Vous voila bien débarrassé ! l&gt; M. de d'aslrologue : il accuse Nostradamus d'avoir
Gondy dit (( que Dien avait fait au roi une f.tit le coup : (( Un devineur me dit et me
grande gr:lce )). Sully, qui, en apprenant la montra ce qu'il avail supputé de sa nativité,
nouvelle, avait écrit a sa femme : (( La corde adjoustant qu'elle estoit ínfailliblc, que Dieu
a rompu; m1inlenant que la voila morte, toutes fois esloit par dcssus. Je le croyois
Dieu lui donne bon ne et longue Yie ! » Sully mieux que luy; maís, voyant que les éphéméprit s1 voix de prédicant pour exalter &lt;( les rides parloient de la mort d'unc grande dame
reuvres émerveillables de Dieu, qui, dit le et qu'elles avoient rencontré la vérité en plups1um3, fait bien mieux en sa sagesse que sieurs aulres prédictions, je rcmettois ces
nous ne voulons ».
doutes dms le sein de sa provídence éterAinsi cerné par ce complot d'approbations nelle. 1¡
Plus lom, une ironie cruelle se mele aux
tacites et mal contenues, le roi comprit el se
résigna. ll eut peur des visages qu'il décou- fleurs de rhétorique qu·il répand cérémovrirait en démasquant les coupables; il laissa nieusement sur sa tombe. L'oraison funebre
le crime disparailre, comme un serpcnt qui sourit m1lignemcn!, sous ses d,aperics pomregagne son trou, apres sa piqure. Aucune peuses et sous ses pleurs d'apparat : « La
recherche, nulle enquete. La Varenne resta morl la prit au temps que celles qui vculent
en [avcur. Zam~t continua a hlíberger le roi, eslre réputées belles, apres leur mort, doivent
dans sa villa meurtriere. Les chroniqueurs désirer de mourir, avaat le flJLrissemcnt de
contemporains baissent la voix, lorsqu'u, leur beaulé. Car, quand elles meurent vieilles
arrivent la. Tou t au plus se permettent-ils et qu'il n'y a plus en bouteille que la lie, on
des conjectures el des réticences. On croit ne se soul'ient plus de ce qu'elles ont esté, et
entendre le harbier de la fable, creusant un ne s'cn parle que comme d'un ílambeau qui
lrou dans la terre, el y chuchotant son se- tombe en cendres, ou comme des íleurs qui,
d'autant qu'elles étoienL agréables, vives et
cret.
&lt;( La mort da la duchesse, dit l'Estoile, droites sur la plante, desplaisent et puent,
- a donné occasion a plusieurs écrits en rnrs quand elles sont cueillies et décolorées. »
PAUL DE

. . . JI arriva en ce temps une aventure dont
le licutenant de police rendit compte au Roi.
La duchesse d'Orléans s'était amusée un jour
a agacer au Palais-Royal, a huit heures du
soir, un jeune Hollandais qu'elle avait trouvé
joli. Le jeune homme voulut aller vite en
Le duc d 'Orléans était le plus assidu cour- besogne, la prenant pour une filie, et elle en
tisan de Madame [de Pompadour] ; pour la fut tres choq uée. Elle appela un suisse et se fit
duchesse, sa femme [Louise-Henriette de connaitre. On arreta l'étranger qui s'excusa,
Dourbon-Contil , elle la détestait. 11 peut se en disant qu'elle l'avait attaqué de propos
faire qu'on lui pretal des mots auxquels la tres libres. ll fut relaché et le duc d'Ol'léans
duchesse d'Orléans n'avait jamais songé; fit une sévere réprimande a sa femme.
Le Roí dit un jour a Ma.dame devant moi
souvent, elle en disait qui étaíent sanglants.
Le Roi l'aurait exilée, s'il avait suiví ce que (car il ne se genait pas pour parlcr d'elle, lant
lui dictait son ressenliment. Mais il craignait il la ha'issai t) :
- Sa mere la connaissait bien; car, avant
l'éclat, et elle n'en serait devenue que plus
insolente.
i-on mariage, elle ne permettait pas qu'elle dit

SAINT-VICTOR .

aulre chose que oui el non. Savez-vous la
plaísanterie qu'elle a faite sur la nomination
de Moras [nommé ministre de la marine, le
1í féHicr 1757]? EUe lui a envoyé faire son
compliment, et deux minutes aprcs, elle a
rappelé celui qu'elle envoyait, en disant,
devant tout le monde : « Avant de lui parler,
dcmandez au suisse s'il est encore en place. »
Madame n'était pas haineuse, et malgré les
propos de ~lme la duchesse d'Orléans, elle
cherchait a excuser ses torts en conduite, et
disait :
&lt;( Le plus grand nombre des femmes ont
des amanls; et elle n'a pas tous ceux qu'on
lui prete. l\Iais ses manieres libres et ses discours, qui n'ont point de mesure, la décrient
daos toule la France. ll
~lADAME DU

HAUSSET.

C ,L\JPAGKE o'EsPA';NE. PRISE DE TARRAGO:-;E, -

Gr.:iVlll'e J'OUTIIWAITE, d'aprcs le lable.211 de RbroND. (.lfosée d e 1·ersail/es.)

Mémoires

du général baron de Marbot
tait de gagner sans encJmbre Alméida, dont
le commandant fran9ais lui donnerait le
moyen de se rendre a París. l\Iais MascareMasséna ayanl écrit al'Empereur pendant guas, appartcnant a la premiere noblesse de
que nous étions a Co"imbre, la difficulté con- Porlugal, cut beau dissimuler sa taille élésistait a faire passer cette dépe,he au milieu ganle, ses manieres distinguées et son landes populalions insurgées, réunies sur nos gage d'homme de cour, les paysans ne s'y
derrieres et nos flanes. Un Fran9ais aurait trompcrcnt pas. 11 fut arreté, conduít a Liséchoué dans cetle mission; il fallait quel- honne, condall!né a morl, et, bien qu'il réqu'un qui connut le pays et en parlat la clamat les immunités de la noblesse, c'est-alangue. M. de Mascareguas, un des officins dire la farnur d'avoir la tele tranchée, il fut
portugais qui avaient suil'i le général d'Alorna considéré comme cspion et pendu en place
en_Fr~nce:t y avaíentpris du senice ainsí que publique.
lm, s ofl'r1 t pour por ter la lel tre de Masséna.
Les tro:s jours que les Fran9ais venaient
J'assistai au départ de Mascareauas, qui, encore de perdre a Co'imbre ayant permis
s'étant dég~isé ~n berger montag~ard, por- aux Anglais de s'éloigner, il nous en fallut
tant un pet1t th1en dan$ son panier, se Oat- trois autres pour joindre leur arriere-garde a

CHAPITR.E XXXV (suite) .

Pombal, jolie petite ville, chcf-lieu de l'apanage du c~lebrc ma~quis de ce oom. Le corps
du marqms reposa1t, avant notre arrivée
daos un magnifique lombeau, construit sou~
un immense mausolée, donl l'architeclure est
fort remarquable. Le monumcnt aYait été
saccag~ par les trainards de I'armée anglaíse.
Jls ava1ent ou vert le cercueil, jeté les osscments sous les pieds de leurs chevaux lof)'és
dans l'intérieur du vaste mausolée dont "¡¡s
avaíent fait une écurie. O ,•anité des choses
hurnaines ! c·est la que gi,aient dans la boue
quclr¡ues rarcs débris du grand ministre destrucleur des J¿suites, lorsque le m1réchil
Masséna et son état-major visiterent sa tombe
désormais vide.
De Pombal, l'armée francaisc gagna Ley-

�"----------------

111ST0'/{1.Jl
ria, et le 9 octobre, notre avant-garde parvint enfin sur les rives du Tage et oeeupa
Santarem, vil le importante par son commerce. Nous y trouvames d'immenses approvisionnements de Lous grnrcs; mais cet avanlagc fut désagréablement compensé. Apres
avoir joui jusque-la d'un lemps magnifique,
nous fu.mes assaillis par des pluies d'automne
tellcs qu'on n'en voit que sous les Lropiques
et sur les cotes du midi de la Péninsule. Cela
fatigua beaucoup les troupes des dcux armées; néanmoins, les notres alleignirenl
Alenquer, gros bourg situé au has des petites
montagnes, ou plutot des collines de Cintra,
qui forment une ceinture autour de Lisbonne, dont nous n'étions plus qu'a quelques
lieues. Les Francais s'allendaient bien a
livrer bataille avant d'entrer a Lisbonne;
mais, sachant que celte villc était ouverle du
coté de terre, personne ne doutait du succes.
Cependant, lous les environs de Lisbonne
. étaient comerts de fortifications, auxquelles
les Anglais faisaienl lravailler depuis un an
et demi, sans que ni le maréchal Ney, qui
veuail de passer une année a Salamanque, ni
Masséna, qui depuis six mois se préparait a
emahir le Portugal, eussent eu la moindre
notion sur ces tra vaux gigantesques l Les généraux Reynier et Junot étaient dans la meme
ignorance; mais, chose plus surprenante encore, et vraiment incroi able, si les faits
n'étaient aujourd'hui incontestables, le gouvernement francais ne savait pas lui-meme
que les montagnes de Cintra fussent fortifiées ! On ne concoit pas comment l'Empcreur, dont les agents pénétraient dans toutcs
les contrées, n'en avail pas dirigé quelqucsuns sur Lisbonne, ce qui était d'autant plus
facile qu'a celle époque des milliers de navires anglais, allema nds, américains et suédois portaient journellement sur les rives du
Tage les provisions immenses destinées a
l'armée de Wellington. ll eut done été pos~ible de glisser quelques espions parmi les
tres nombreux matelots et commis employés
sur ces vaisseaux : avec de !'argent, on parvient a tout savoir ! C'était par ce moyen que
l'Empereur se tenait au courant de ce qui se
faisait en Angleterre, ainsi que chez les principales puissanccs de J'Europe. Néanmoins,
il ne donna jamais a Masséna aucun renscignement sur les défenses de Lisbonne, et ce
ne fut qu'en arrivant a Alenquer, au pied
des coteaux de Cintra, que le général francais apprit qu'ils étaieut fort1fiés et unís
entre eux par des ligues dont la gauche toucbait a la mer derriere Torres-Védras; le
centre occupait Sobral, et la draite s'appuyait au Tage vers Alhandra.
La veille du jour ou no, troupes parurent
sur ce point, l'armée anglaise poussant devanl elle la population des contrées voisines,
c'est-a-dire plus de trois cent mille ames,
venait d'entrer dans les lignes ou le désordre
était au comble ! Cem: des officiers francais
qui devinaient ce qui se pa~sait chez les ennemis éprouverent de nouveaux et bien vifs
regrets de la résolution prise par Masséna,
quinze jours avant, d'attaquer de front la

posit1on de Busaco, au pied de laquelle il
avait inutilement perdu tant de monde. Si
cette posilion eut été tournée, les ennemis
pris en flanc se seraient retirés vers Lisbonne, et nolre armée intacte et pleine d'ardeur eut, des son arrivée, immédiatemcnt
attaqué les ligues de Cintra, dont il est ccrtain qu'elle se fút emparée. La capitale
prise, les Anglais se seraient retirés avec
préeipitation, aprrs amir essuyé d'irréparables revers .... Mais les perles considéraLles que les Francais avaient faites dernnt
llusaco ayant refroidi l'ardeur des lieutcnants
de Masséna et scmé la discorde entre cux et
lui, tous chcrchaicnt a paralyscr les opérations du généralfssime et représentaicnl les
plus petits mamelons comme de nou1·ellcs
montagnes de llusaco, dont la prise devait
cou ter des torren Is de rnng !. .. Cependant,
malgré ce mauvais vouloir, Masséna dirigra
vers le centre des ennemis le 8• corps, dont
une division, celle de Clausel, enleva le bourg
de Sobra!, point des plus importants pour
nous, et l'on s'allendait a une allaque simullanée sur toute la ligne, lorsque le général
Saintc-Croix, qui l'aYait conseillée, fut tué
d'un coup de c:mon en avant de Villa-Franca!
Cct excellent officier faisait avec le général
Montbrun une reconnaissance sur Alhandra,
et longeail le fleuve du Tage, sur lcquel croisaienl en ce moment plusieurs chaloupes portugaises dirigeant leurs feux conlre nos
avant-posles, lor~qu'un boulet ramé vint couper en deux l'infortuné Sainte-Croix ! Ce ful
une perle immense pour l'armée, pour ~fasséna, et surtoul pour moi qui l'aimais comme
un frere! ...
Apres la mort du seul homme qui pul don-

GÉNÉRAL ÉoLÉ.

ner de bons conseils au généralissime, celuici retomba daos ses perpéluelles hésitations,
se laissant ébrunler par les clameurs de ses
lieutenanls pris mainlenant de timidité, el

présentant toutes les collines de Cintra comme
hérissées de canons prets a nous puh ériser.
Pour savoir a quoi s'en tenir, Masséna, qui,
depuis !'avis que Li¡.rniv1lle et moi aviom, ouverl a la bataille de Ilusaco, nous Lémoignait
quelr¡ue bienveillance, nous chargea de parcourir le front des lignes ennemies. 11 est
incontestable qu'elles étaient d'une force imposante, mais cependant pas telle, a beaucoup pres, qu'on voulait bien le dire.
En elfet, les retranchements des Anglais
formaient autour de Lisbonne un are immense, dont le développement était de quinze
lieues portugaises, qui foot au moins vingt
licues de France. Or, que! est l'officier au
fait des choses de la guerre auquel on persuadera qu'une position de vingt lieues d'étendue présentc partoul lt&gt;s mcmes diffi ·ultés et
n'est pas faible sur quelques points? Nous en
reconnümes plusieurs, en voyant des ofOciers
ennemis, et meme des piquets de cavalerie,
y rnonter tres facilemcnt avec leurs chevaux .
Nous acquimes aussi la conviction que nos
géograpbes et officiers chargés de lever le
plan des collines avaient figuré des redoutes
armées partout ou ils apercevaient un peu de
terre fraichcment remuée!. .. Or, les Anglais,
pour nous induire en erreur, avaient tracé
sur les moindres monticules des ouvrages
dont la plupart étaient encore a l'état de projet; mais, eussent-ils été achevés, il nous
semblait que les accidents de terrain permettant aux Fran~ais de cacher les mouvements
d'uue partie de leur armée composée de trois
corps, il scrait possible d'en employer un a
simuler des enlreprises sur le front des ennemis, pendant que les d1mx autres allaqueraient réellement les poinls les plus faibles de
cclle immense _ligne, derriere laquelle les
troupes anglaises, si elles voulaient tout couvrir, devaient nécessairement etrc Lrop disséminées, 011 bien avoir leurs réserves fort
éloignées des points d'attaque qui ne leur
seraient pas connus d'avance.
L'histoire desguerres dusiecle de Louis XIV,
époque ou l'on faisait grand usagc des lignes,
prouve que la plupart de celles qui furent
attaquées furent enlevées parce que les défenseurs ne pouvaient se soulenir mutuellemenl. Nous pensions done qu'il serait facile
de pcrcer les lignes anglaises sur quelque
point de lcur immense développement. La
trouée une fois faite, les troupes ennemies,
placées a plusieurs lieues et memc a une
journée de cette trouée, par laquelle pénétrerail en masse un de nos corps d'arrnée, reconnaitraient qu'elles n'auraient pas le temps
tl'accourir, si ce n'est en forces tres inférieures, et se retireraient, non pas a Lis·bonne, d'ou les vaisseaux ne pcuvent sortir
par tous les vents, mais sur Cascaes, ou leur
Oolle militaire et les transporls se trou vaient
réunis. La retraite des ennemis cut été bien
difticile, et se fut peut-etre changée en déroute; mai,, dans tous les cas, l'embarquement de l'armée anglaise en notre présence
lui cut couté bien cher : e'elll été la seconde
édition de celui de sir Jobn Moore a la Corogne l Nous avons vu dcpuis des officiers an-

glais, entre autres le général IIill convenir
que ~i les F~anc~is eussent altar¡u~ pendant
les d1x prem1ers JOurs de leur arrivée devant
Lisbonne, ils y auraient facilcment pénétré
pe_l~-mP!e avec la multitude des paJsans, au
m'.hcu desquels les troupes anglaises n'aura1ent pu se débrouiller, ni prendre aucune
di,;position réguliere de défense.
Lorsque mon camarade et moi fimes notre
r~pport en ce sens a Masséna, les yeux de ce
v1eux guerrier étincelerent d'une noble ardeur, et il dicta sur-le-champ des ordres de
marche_, a~n de_ préparer l'attaque qu'il
compta1t_ faire le JOUr suivant. Cependant, a
la recept1on de ces ordres, les quatre licutcnants du généralissime accoururent chez Jui
et la réunion fu t des plus orageuscs !... L;
g~nfral Jun?t,. qui c_onnaissait pa~faitement
L1shonne, ou il ava1l commande, assurait
qu'il ne lui semblait pas possible de défendre
u_ne ville aussi, immense, et se prononcait
VlVllment pour I attaque. Le général Montbrun
partag~ai t cet a~is; !°ªis le ~aréchal Ney et
le géneral Reymer s y opposerent avec cbaleur, ajoutant que les perles éprouvées a Ilusaco, jointes a celles des blessi!s abandonnés
/i C?Imbre_, et les nombreux malades que les
plu1es ava1ent momentanément mis hors de
service, ayant infiniment diminué le chilfre
des combauanls, il n'était pas possible d'attar¡ner les fortcs positions de Cintra; qu'au
surplus, leurs soldals étaient démoralisés
assertion inexacte, car les troupes mon~
traient au contraire
une tres oo-rande ardeur
.
et demanda1e11t a marcher sur Lisbonne.
Masséna, impatienté par celte discmsion,
ayant répété de vive voix les ordres de marche déja donnés par écrit, le maréchal Ney
dédara formellement qu'il ne les exécuterait
pas !. .. Le généralissime eut alors la pensée
de retirer au maréchal Ney le commandemcnt du 6° corps, ainsi qu'il ful daos l'obligati~n _de le faire quelques mois apres; mais
cons1derant que Ney commandait depuis sept
ans les memes troupes dont il était aimé,
c1ue son éloignement impliquerait celui de
Reynier, ce qui aebeverait de jeter la discorde dans l'armée, au moment ou elle se
trouvait a cinq cents Iieues de France, environnée d'ennemis, et ou elle avait un si
grand besoin d'union, Masséna, que les énergiques conseils de Sainte-Croh eussent soutenu, faiblit devant la désobéissance ·de ses
deux principaux lieutenants. Ces derniers,
ne pouvant toutefois le déterminer a quitter
le Portugal, lui arracherent du moins la promesse de s'éloigner des ligues ennemies et
de se retirer a dix lieues derriere Santarem
et le Rio-Major, afin d'y attendre de nouveau
les ordres de l'Empereur !... Je vis avec douleur cette petite retraite qui en pronostiquait, sclon moi, une générale et déllniti ve.
~~es pressentimenls ne me tromperent point,
amsi que vous le verrez bientót.
Je m'éloignai done a regret des collines de
Cintra, tant j'étais persuadé qu'on aurait pu
forcer les lignes encore inachevées, en profit:m_t de la confusion jetée dans le camp anglats par les fuyards. Mais ce qui était alors

.M'É.JK011('ES DU G'É1Y'É](_Al BA1(_01Y D'E .MA](_B01 - ,

facilc ne le fut plu, q:uinze jour¡¡ apres!. ..
En elfot, Wellinglgn, obligé de nourrir de
nombreuses populations qu'il avait fait reflucr sur Lisbonne, utilisa les bras de

ont l'habitude d'envoyer des o!ficiers isolts,
montés sur des chevaux de course, observer
les mouvements de l'armée qu'ils ont 1J. combattre. Ces officiers pénetrent daos les can-

CAMPAGNE D'ESPAGNE. REDDITION DE TORTOSE.

Gravrtre de

CHAVANE,

rfapres le tableau de

40,000 paysans valides, en les faisant travailler a l'achevement des fortifications dont
il voulait couvrir Lisbonne; cette ville aequit
des lors une tres grande force.

REMOND.

(llfrtsee de Versailles.¡

tonnements de l'ennemi, traversent sa ligne
de marche, se tiennent sur les flanes de ses
?ºloanes pendant des jours entiers, et tout
JU~~e h?rs de 1~ portée du fusil, jusqu'a ce
qu ils a1ent une 1dée précise de son nombre et
CHAPITR.E XXXVI
de la direction qu'il suit.
Des notre entrée en Portugal, nous vimes
Coureurs anglJ1is. - Nous nousétablissonsa Santarem.
plusieurs observateurs de ce genre voltiger
- Organisation de la ma raude. - Le maréchal
autour de nous. En vain on essaJ'ª de leur
Chaudron. - Triste si tuation et perplexilé de I'armée.
donner la chasse, en lancant apres eux les
- Arrivée des 1·enforts du comte d'El'lon.
cavaliers les mieux montés. Des que l'officier
Pendant le séjour que nous fimes aSobra!, anglais les voyait approcher, il meltait son
je fus de nouveau témoin d'une ruse de guerre excellent coursier au galop, et, franchissant
employée par les Anglais; elle est d'une telle lestement les fossés, les haies et meme les
imporlance que je crois devoir la signaler ici. ruisseaux, il s'éloignait avec une telle rapidité
On a dit bien souvent que les chevaux de pur que les notres, ne pouvant le suivre, le persang sont inutiles a la guerre, parce qu'ils daient de vue et l'apercevaient peu de temps
sont si rares, si couteux, el qu'ils demandent apres a une lieue de la sur le haut de quelque
lant de soins, qu'il est a peu pres impossible mamelon d'ou, Je carnet a la main, il contid'en former un régiment, ni meme un esca- nuait a noter ses observalions. Cet usage, que
dron. Ce n'est pas ainsi non plus que les je n'a! jamais vu si bien employé que par les
Anglais s'en servent en campagne; mais ils Angla1s, et que je lachai d'imiter pendant la

.., 53 "'

�r-

1f1STO'J{1A

----·-------------------------------------""'

campagne de Russie, aurait peut-etre sauvé
Napoléon a Waterloo, car il eul été prévenu
par ce moyen de l'arrir6e des Prussiens !. ..
Quoi qu'il en soil, les coureurs anglais, qui
depuis notrc départ des fronlieres d'Espagne
faisaicnt le désespoir des généraux francais,
avaient redoublé d'audacc el de suLLilité depuis que nous étions dc1·ant Sobra\. On les
vopit, sortant des lignes, courir avecla vélocilé du cerf 11 travers le, vignes et les rochcrs,
pour examincr les emplacemenls occupés par
nos troupes! ...
Mais, certain jour qu'il venait d'y arnir
entre les tirailleurs des deux partis une légere
cica ·mouchc, dans laquclle nous étions restés
mailres du lerrain, un voltigeur qui guettail
dcpuis longtemps le mioux monté et le plus
cntrcprcnanl drs coureurs ennemis, donl il
a1•ail remarqué les habitudes, contrefil le
mort, certain que des que sa compagoie serait
éloignée, l'Anglais vieodrail ,·isiter le pctit
champ de bataille. 11 y vial en efTct, et ful
tres désagréablement surpris de voir le prétendu mort se re!evcr a l'improviste, tuer son
cheval d'un coup de fusil, et, couranl sur lui
la La'ionnelle en avant, luí prescrire de se
rendre, ce qu'il ful conlraint de faire l. .. Ce
prisonnicr, présenté a Masséna par le voltigcur vainqueur, se trouva etre un des plus
grands seigncurs d'Angleterre, un Percy,
descendant d'un des plus illustrcs chefs normands, auxquels Guillaume le Conquérant
donna le duché de Northumberland, que ses
descendants possedcnt encorc.
M. Percy, rc~u avec distinclion par legénéralissimc francais, ful conduit a Sobra!, ou il
eu t la curiosilé de montcr sur le clocber pour
voir comrnenl notre armée étaitétaLlie. L'autorisation lui en ful accordéc, el de ce point
élevé, la longue-vue en main, il fut lémoin
d'unc sccne plaisanle, donl il ne pul s'empecber de rirc, malgré sa mésaventure; ce fut
la prise d'un autrc officier anglais. Celui-ci,
revcnu des grandes Indes aprcs vingt ans
d'abscnce, ayant appris en arrivanl a Londres
que son frcre servait en Portugal sous le duc
de \\'ellington, s'étaitembarquépour Lisbonne,
et de la s'étail empressé de gagner a pied
les avant-postes pour embrasscr son frerc,
donl le régiment se tromait de service. Le
temps élait ce jour-la magnifique; aussi le
nouveau débarqué rn complut a admirer les
belles campagnes el a considércr les fortificaio ns et les troupes anglo-porlugaiscs qui les
occupaient, si bien qu'en se promenant, et
distrail de la rnrtc, il dépassa les avant-posles
sans les apercernir. 11 se trouvait entre les
dcux armées, lorsr¡ue, avisant des figucs superbcs, et n'ayant depuis longtemps mangé
des fruils d'Europc, il luí pril fantaisie de
monler sur le figuicr. 11 y faisait Lranquillcment sa collation, lorsque les soldals d'un
poste franyais situé non loin de la, étonnés
de voir un habit rouge sur un arbrc, s'en
approcberent, reconnurenl la vérité et arretcrent l'oflicier anglais, ca qui fit beaucoup
rire tous ceux qui de loin furent Lémoins de
celle capture. Mais cet Anglais, micux avisé
que ~l. .Pcrcy, supplia ses capteurs de le re-

lcnir a la lisierc de l'armée frarcaise, dont il
ne voulait pas voir l'inlérieur, dans l'espoir
d'etre échangé. Celte préroyance eut un bon
résultat, car Masséna, ne craignant pas que
ccl officier pul donner des renseignements
sur l'cmplacrment de nos troupes, le renrop
sur parole, en demandan! a lord \\'ellington
de l ui rendrc en échangc le capitaine Lclermillicr, pris a Coimbre, el qui devint plus
tard un de nos bons colonels. M. Percy, qui
avail bcaucoup ri de son camarade, apprenant
l'échangc dont il avait été l'objet, demanda a
jouir de la memc faveur; mais elle lui fut
refusée, parce que, ayant pénélré daos l'intérieur de nos postes et vu la force de plusicurs
corps, il pouvait en rendre compte aux généraux cnnemis. Ce malheureux jeune homme
resta done prisonnier a la suite de l'armée
francaise, donl il partagea les souffrances
pendaot six mois, et anolre rentrée en Espagne, oo le transporta en Francc, ou il passa
plusicurs années.
Masséna, n'ayant pu obtenir de ses lieulcnanls qu'ils le sccondassent dans l'attaque des
lignes de Cintra, íut obligé, faule de vivres,
de s'éloigner le 14 novembre de ces coteaux,
ou l'on ne rencontrait que des vigncs dépouillées de lcurs fruits, el de conduire son armée
a dix lieues en arriere, dans une contrée productive en céréales el oflrant en meme temps
des posi tions susceptibles de dé[ense. 11 choisi t
a cet eflet l'espace compris entre le Rio-}lajor,
le Tage, le Zezere, les villes de Santarem,
Ourem et Leyria. Le 2• corps fut établi a
Santarrm, forle position donl la gauche est
défenJue par le Tage et le fronl par le RioMajor. Le 8• corps occupa Torres-Novas,
Perncs et le bas du Monlc-J unto. Le 6° corps
fut placé a Tbomar, le grand pare d'artillerie
aJancos, el l'on cantonna la cavaleriea Ourem,
poussant des avant-postes jusqu'a Leyria. Le
marécbal ~lasséna fixa son quartier général a
Torres-Norns, point central de son armée.
En rn1an t les Franca.is s' éloigner des coteaux
qui avoisinent Lisbonne, les Anglais crurenl
leur retrai te prononcée vers les frontieres
d'Espagne, et ils les suivirent, mais d~ loin et
ame hésilation, tant ils craignaient que ce ne
fut une ruse pour les altirer hors de leurs
ligncs, aun de lescomballre en rase campagnc.
Crpendanl, en nous voyanl arretés derricre le
Rio-Major, ils cssayerent d'y lroubler nolrc
établissemenl; mais recu5 vigoureusemenl,
l'l romptant IJien que le défaut de subsistanccs
nous forcerait biénlot a abandonner cetle
contrée favorable a la défcnsil'e, ils se horncrenl a nous observer. Lo;·d Wellinglon mit
son quartier genéral a Cartaxo, en face dll
Sm1ar1:m, et les deux armées, séparées seulement par le P.io-1\fajor, rcsterenl en présence
depuis la mi-novembre 1.810 jusqu'au
5 mars t81 l.
Peodant ce long _séj our, les Anglais vécurcnt largement, grace aux provisions que le
'fage leur apporlail d~ Lisbonne. Quant a
nolre armée, son exist •1:c_ fut un probleme
des plus incompréhensibl¿s, car elle n'avait
aucun magasin et occupait un terrain fort
resserré, eu égard au grand nombre d'hom-

mes et de chevaux qu'il fallait nourrir. La
pénuric élait immense; mais aussi jamais la
patienec et I'industrieuse activité de nos troupes ne furent aussi admirables!... De meme
que dans une ruche d'abeilles, chacun contribua, sclon ses facul tés et son grade, au
bien-etre commun. On vit Lientot, par les
soins des colonels et de leurs officiers, se former daos tous les bataillons et compagnics
des aleliers d' ouvriers de gen res divers. Chaque régiment, organisant la maraude sur
une large échclle, envoyait au loin de nombreux délachemenls armés et bien commandés
qui, poussant devanl eux des milliers de baudets, revenaient chargés de provisions de toule
cspecc et ramenaicnt, adéfaut ele breufs, tres
rares en Portugal, d'immenses lroupeaux de
moutons, Je porcs et de chevrcs. Au rctour,
le bulin étail partagé entre les compagnies
sclon leur force respective, et une nouvcllc
maraude allait en expédition. )tais les contrées
voisines de nos canlonnements élant peu a
peu épuisécs, les maraudeurs s'éloignerent
davantage. II y en eut qui pousserenl leurs
excursions jusqu'aux portes d'Abrantes el de
Co'imore; plusieurs meme franchirent le Tage.
Ces détachemeuts, souvent attaqués par des
paysans exaspérés de se vo:r enlever leurs
provisions, les repousserent toujours, mais
perdireot quelques hommes. lis se lrouvercnl
meme en présence d'cnncmis d'un nouveau
genre, dont l'organisalion, jusque-la sans
exemple daos les annales des gucrres modernes,
rappelait celle des routiers et ma/andrins du
moyenage.
Un scrgenl du 4i•de ligne francais, fatigué
de la miscre dans laquellc se trouvait l'armée,
résolut de s'y souslraire pour vivre dans l'abondance. Pour cela, il débnucba une centaine tic
soldats des plus mauvais sujets, a la tele
desquels il alla s'étaLlir au loin, sur les derricres, dans un vastc couvent abandonné par
les moincs, mais encore bien pourrn de meubles el surtout de provisions de boucbc, qu'il
augmenta infinimenl, en s'emparant de toul
ce qui était asa convcnance dans les cnvirons.
Dans sa cuisine, les broches et les marmiles
bien garnies élaient constamment devant le
feu; chacun y prenait a volonlé; aussi, tant
par dérision que pour exprimer d'un seul
mot le genre de vie qu'on menait cbez luí,
il se foisait nommer le maréchal Chaudron ! ...
Ce misérable ayanl fait cnlever une grande
quanlilé de femmes et de filies, l'aurail de
la débauchc, de la paresse el de l'ivrogncrie
conduisant bienlot vers lui les déserleurs anglais, portugais et francais, il par1•inta formcr
de l'écume des trois armées une bande de
pres de 500 hommes, qui, oubliant leurs
anciennes rancunes, vivaient tous en tres
bonne harmonie, au milieu d'orgies perpétuelles. Ce brigandage duraitdepuis quelques
mois, lorsqu'un détachcment de nos troupes,
chargé de réunir des vivres devenus plus rarcs
chaquejour, s'étanl égaré ala poursuite d'un
troupeau jusqu'au couvent qui servail de r~paire au prélendu ma1·échal Chaudron, nos
soldats furenl tres étonnés de voir celui-

.M'é.MOT1('ES DU GÉNÉ'l(.Jll BA](ON DE ,M.Jl1(B01 _ _,_

Cliché Giraudon
L'rnrfa:.ITRICE l\l.\RIE-LOUISE ET LE ROi DE

ci venir a leur rencon tre a la tele de ses bandits et leur prescrirc de respecter ses te1·res
et de rendrc le troupeau qu'ils venaient d'y
prcndre! ... Sur le rcfus de nosofficiersd'oblcmpércr a cet ordre, le maréclwl Clwudron

Ro~tF.
, - Tableau de

FRANQUE
.
,
,. ('{
,. usee

ordonna de faire feu sur le détachement. La
plupart des déserteur, fran~ais n'oserent tirer
sur leurs compatriotes et anciens freres d'armes; ma,!s les bandits anglais et portugais
ayant obe1, nos gens eurent plusieurs bommes
""'55 ..-

d e I'ersa il/es.)
.

Lués oublessés, et n'étant pas assez nombreux
pour r~s~stcr, ils furenl contraints de se retirer: ~U1~1s pa~ lous les déserteurs francais qui
sc.Jo1gmrenl a eux et vinrent faire leur soumJSSion. Masséna Ieur pardonna, a condition

�111STORJJl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
qu'ils marcheraient en tete des trois bataillons
destinés a aller altaquer le courent. Ce repaire
ayant élé enlevé apres une assez vive résistance, Masséna fil fusiller le mnréchal Chaudron, ainsi que le pelit nombre de Fram;ais
restés aupres de lui. Beaucoup d'Anglais et
de Portugais eurrnt le meme sort, les autres
furent envoyés a Wellington, qui en fit bonne
et prompte justice.
Des les premiers jours du mois de novembre,
Masséna avait fait connaitre sa position a
l'Empereur, en envoyant aupres de luí le
général &lt;le brigade Foy, auquel il avail fallu
donner tl'ois bataillons pour l'escorter jusqu'en Espagne, d'ou il se rendit a París. Cependant, le générali,sime franc;:ais, incertain
de l'arrivée des reníorts atlendus, craignait
que l'armée anglaise réunie sur la rive droite
du füo-Major, franchissant cetle peliteriviere,
ne vlnl attaquer a l'improviste nos divisions,
dont cbaque régiment avait au moins le tiers
de ses hommes détacbé a la recherche des
vines, et éloigné de plusieurs jours de marche dans toules les directions. L'arrivée de
l'ennemi au milieu de nos cantonnements,
lorsqu'un aussi grand nombredesoldatsétaient
absents, eút ccrlainemcnt amené une grande
catastrophe, et les troupes fran~ses dispersées étaient exposées a etre battues en détail,
avant de pouroir se réunir; mais heureusement pour nous, lord Wellington attendait
tout du temps et n'osa ricn entreprendre.
Cependant, l'Empereur, qui n'avaitd'autres
nouvelles de l'armée de Masséna que celles
publiées par les journaux de Londres, ayant
en6n re9u les dépeches apportées par le général Foy, ordonna au général comte d'Erlon,
chef du 9• corps d'armée, cantonné pres de
Salamanque, de se rapprocher du Portugal et
d'y faire entrer sur-le-champ la brigade Gardanne, dont la mission devail etre de chercher
l'armée frangaise et de luí amener des munitions de guerre et des chevaux de trait, don t
on présumait qu'elle avait grand besoin.
De Paris, ou l'Empereur se trouvait alors,
il ne pouvail, malgré sa perspicacité, apprécier les nombreuses diificullés qui entraveraient l'accomplissement des ordres donnés
au général Gardanne, car Napoléon ne put
jamais croire que la fuite des propriétaircs.
portugais, a l'approche d'un corps francais,
füt si générale qu'il devint totalement impossible de rencontrer un habitan!, pour savoir
ou l'on se trouvait et avoir le moindre renseignement l Ce ful néanmoins ce qui advint a
Gardanne. Cet officier, ancien page de
Louis XVI, que l'Empereur avait fait gouYerneur de ses pages, pensant qu'il dirigerait
cette inslitulion mieux que toul autre, avait
peu d'initiative, et ne servait bien que dirigé
par un général habile. Il se trouva doncahsolument désorienté. Ne sachant ou trouver
l'armée de Masséna, il erra daos toutes les
directions, el parvenu enfin aCardigos, a une
journée du Zezere, ainsi que ses cartes le luí
indiquaienl, il ne comprit pas qu'a la guerre,
un partisan a la recherche d'un corps ami doit
toujours aller pour ainsi dire touche,· barre
aux fieuves, forets, grandes villes ou chaines

de montagnes; car, si les troupes qu'i\ a mission de joindre sont dans les environs, elles
ont infa1lliblement des postes sur ces points
importants. On a peine a s'e.xpliquer l'oubli
de ces regles du métier de la part de Gardannc. Cct officier général perdit meme beaucoup d'hommes en rétrogradant précipitamment et sans avoir vu l'ennemi. S'il eut poussé
jusqu'au Zezere, dont il n'était plus qu'a trois
lieues, il eul aperen nos a,·ant-postes. Gardanne retourna en Espagne, ou il reconduisit
les renforts, les munitions et les chevaux que
l'armée de Portugal attendait avec impatience.
Le maréchal Masséna, craignant de manquer de vivres sur la rive droile du Tage,
résolut de s' ouvrir une nouvelle carriere en
portant une pnrlie de son armée sur la rive
gauche de ce 0euve, daos la fertile provincc
de l'Alentejo. A cet eíl'et, le généralissime
fran9ais fit passer le Zezere par une division
qui s'empara de Punhete, petite ville située a
l'embouchure de cette riviere daos le Tage.
Ce lieu paraissait tres favorable a I'établissement d'un pont, qui nous mettrait en communication avec l'Alentejo; mais on manquait
de matériaux. Le zele et l'activité du général
Éblé, secondé par les officiers d'artillerie dont
il était le digne chef, suppléerent a tout. On
édifia des forges et des scieries, on confectionna des outils et des ferrures, des planches,
des madriers, des ancres, des cordages; on
construisit enfln de nombreuses barques, et
ces traraux divers avanc;:ant comme par enchantemenl, on pul bientot se ílallcr de l'espoir de jeter un pont solide sur le Tage.
Le duc de Wellington voulait s'opposer au
passage de ce lleuve et tira des troupes dti
Lisbonne pour former un camp sur la rive
gauche en face de Punhete, ce qui faisait présarrer que nous aurions lt soutenir un combat
sa~glant avant de nous établir sur la rive
opposée du grand lleuve. L'armée fran93isc
occupait toujours les posilions qu'elle avait
prises au mois de novembre en s'éloignant de
Cintra. Plusieurs divisions anglaises campaient
sur la rive droite du Rio-Major. Le duc de
Wellington avait son quartier général au milieu d'elles a Cartaxo. ll y manda le célebre
général marquis La Romana, qui mourut chez
lui.
Le temps était affreux, et les chemins
changés en torrents, ce qui augmentait la
difficulté d'aller chercher au loin des vivres
etsurtout des fourrages. Néanmoins, la gaieté
franc;:aise ne nous abandonna pas. On avait
formé daos chaque cantonnement des réunions pour jouer la comédie, et les déguisements ne nous manquaient pas, car les maisons abandonnées par les habitants étaient
amplement fournies de garde-robes laissées
par les clames portugaises. Nous y trouvamcs
aussi beaucoup de livres franc;ais, et nous
étions tres bien logés.
L'hiver se pasrn done assez bien. Cependant, nous faisions quelquefois de bien tristes
réllt:xions, tant sur la facheuse siluation de
l'armée que sur la nótre. Nous n'avions depuis
plus de trois mois aucune nouvelle de nos
"'56""

familles, de la Francc et mcme de l'Espagne !...
L'Empereur nous enverra-t-il des renforts
pour nous mettre a meme de prendre Lisbonne, ou bien serons-nous contraints defaire
retraile devant les Anglais ?... Tclles étaient
nos préoccupations, lorsque, le 27 décembre,
le bruit se répandit tout a coup que le général Drouet, comte d'Erlon, venait de joindre
l'armée a la tete du 9e corps, fort de 25 a
50,000 hommes l... Mais celle satisfaction
ful grandement diminuée lorsqu'on apprit
que l'armée du comte d'Erlon n'avait jamais
été de plus de 12,000 hommes, dont il avait
laissé la moitié a la frontiere d'Espagne, sous
les ordres du général Claparcde, en se bornant a prendre avec luí la division Conroux,
forte seulement de 6,000 combattants, renfort insuffisant pour baltre les Anglais et
prendre Lisbonne.
Le général comte d'Erlon, au lieu de se
rendre sur-le-champ a Torres-Novas, aupres
du généralissime, s'était arrelé a dix lieues
de la, a Thomar, quartier général du maréchal Ney. Cela choqua infiniment Masséna,
qui m'envoya aupres du chef du 9• corps,
afio d'avoir l'explication d'un procédé aussi
contraire aux convenanccs qu'aux reglemenls
militaires. En me chargeant de cette mission
le généralissime ne mettait point en doute que
le comte d'Erlon n'eíU été placé sous ses
ordres par l'Empereur ; mais il était dans
I'erreur. Les instructions données par le
majar général au chef du 9° corps le chargeaient seulement de pénétrer eu Portl)gal,
d'y chercher l'armée de Masséna, de luí remettre quelques centaines de chevaux de
trait, aimi que des munitions de guerre, et
de retourner ensuite en Espagne avec les
troupes qui l'accompagnaient. On ne comprend
pas qu'apres les rapports que le général Foy
el le colonel Casabianca avaient faits a l'Empereur sur la triste situation de l'armée du
Portugal, il se fút borné 11 lui envoyer d'aussi
faib\es secours.
Je trouvai lti général comle d'Erlon logé
depuis vingt-quatre heures cbez le marécbal
Ne)'· Désireux de quitter le Portugal, lemaréchal avait retPnu son bote, en évitant ainsi
que le comte d'Erlon, influencé par le généralissime, ne mil ses 6,000 hommes a sa
disposition, ce qui eut encouragé Masséna a
repousser les projets de retraile. Le chef du
9• corps se préparait done a partir le lendemain, sans meme faire une visite a~fasséna,
aupres duquel il me priait de l'excuser, sous
prétexte que des affaires importantes le rappelaient vers les frontieres, et qu'il lui était
impossible d'aller aTorres-Xovas, celte course
devant lui faire perdre trois journées.
Les fonctions d'aide de camp sont bien
difficiles, parce qu'elles mettent tres souvent
l'oflicier qui les remplit en contacl avec des
supérieurs dont l'amour-propre est froissé
par les instructions qu'il leur porte. Quelquefois, cependant, le bien du service force
l'aide de camp a prendre sous sa responsabilité d 'interpréter les intentions de son général, en donnant au nom de celui-ci des ordres
qu'il n'a pas dictés l ... Cela est fort grave,

"----------------------m8me dangereux; mais c'est au bon sens de
l'aide decampa apprécicr les circonstances !...
Celle daos la'luelle je me trouvais était on ne
peut plus délirate, car Masséna, n'ayant pas
prévu que le chef du 9• corps ,·oulul s'éloigner du ·Portugal, n'ayait pu écrirc a ce sujet, et cependant, si ce dernier partait avec
ses troupes, les opérations de l'armée seraient
paralysées, et le généralissime blamerait la
circonspection qui m'aurait empeché de parler en son nom. Je pris done une résolution
des plus hardies, car, bien que je me trouvasse pour la premiere fois devant le comte
d'Erlon, et que le maréchal Ney, présent a
notre entretien, appu).l.t les raisons qu'il
opposait a mes observations, je me permis de
lui dire qu'il de,,ait au moins donner au maréchal Masséna le temps nécessaire pour
prendre connaissance des ordres que le major
général I'avait cbargé d'apporter, aussi bien
que le temps d'y répondre .... Mais le comte
d'Erlon ayant répélé qu'il ne pouvait attendre,
je frappai le grand coup et jelui dis : « Puis&lt;&lt; que Votre Excellence me force a remplir
&lt;( ma mission daos toute sa rigueur, je vous
&lt;( ~éc!are que le marécbal Masséna, généra&lt;&lt; hss1me des armées franc;aises en Portugal,
&lt;&lt; m'a chargé de vous transmettre, tant en
&lt;&lt; son nom qu'en celui de l'Empereur, l'ordte
&lt;&lt; fotmel de ne faire faire aucun mouvement
ce a vos troupes et de vous rendre aujourd'hui
&lt;&lt; meme aupres de lui a Torres-Novas ! l&gt;
Le comte d'Erlon ne répondit rien et demanda ses chevaux. Pendant qu'on les préparait, j'écrivis au maréchal Masséna pour
l'instruire de ce que j'avais été dans la nécessité de faire en son nom. Je sus plus tard
qu'il approura ma conduite. (On trouve a la
page 286 du tome VII[ des Mémoires de Masséna, par le général Koch, un passage relatif
a la mission que je dus remplir aupres du
comted'Erlon,etdonl Masséna aura sansdonte
pris note; mais la scene dont je fais ici mention est imparfaitement racontée.)
Le comle d'Erlon était un homme fort
doux et raisonnable; aussi, des qu'il eut
quitté le camp de Ncy, avoua- t-il qn'il n'eut
pas été convenable a lui de s'éloigner de l'armée de Portugal saos aller saluer le généralissime, et pendant tout le trajet de Thomar
a Torres-Xovas il me traita avec beaucoup de
bienveillance, malgré la véhémence que
j 'avais été obligé de mettre daos les observations que j'avais cru devoir lui adresser. Son
entrelien avec Masséna acheva sans doute de
le convaincre, car il consentit a rester en
Portugal avecses troupes, qni furent envoyées
en cantonnement a Leyria. ~fasséna me sut
d'autant plus de gré de la fermeté et de la
présence d'esprit dont j 'avais fait preuve daos
cette affaire, qu'il fut informé, peu de jours
apres, que le duc de Wellinglon, ayant formé

MiM01'J(ES DU GÉJVÉ1f_.Jl1. BAJ(OJV DE MA'l(.BOT --.,..

le projet de venir nous attaquer daos nos
canlonnements, en avait élé empeché par
l'arrivée de la division du général comte
d'Erlon; mais que si ce reníort se ful éloigné,
les Anglais auraient marché sur nous, et
profité de la dispersion de nos troupes pour
nous accabler par le nombre des leurs.

CHAPITRE XXXVII
1811. - Avcnlnres d'un espion a,nglais. - Mauvais
vouloir des chefs de corps. - Rctraite. - Incidcnls el combats divcrs.

Nous commencames a Torres-Noras l'année i8t 1, dont les prem.iers jours furent
marqués par un facheux événement qui affecta
vil'ement tout l'étal-major. Notre camarade
d'Aguesseau, aide de camp de Masséna, mourut !... Cct excellent jeune homme, portant
un nom illustre, possesseur d'une grande
fortune, adoré de sa famille, ne pouvant résister au désir d'acquérir de la gloire, avait
pris la carriere des armes, que la faiblesse de
sa constitution semblail lui interdire. Il avait
néanmoins assez bien supporlé les fatigues
de la campagne d'Autriche, mais celles de la
campagne de 181 O en Portugal furent audessus de ses forces, et il quilla la vie a la
lleur de l'age, loin de ses parents et de sa
patrie! Xous lui fimes élever un toml,eau
dans la principale église de Torres-Novas.
Le majar Casabianca, que Masséna avait
dépeché aupres de l'Empereur, était revenu
a la suite du comte d'Erlon, en portant au
généralissime l'assurance que le maréchal
Soult, commandant une nombreuse arméc en
Andalousie, avait re9u l'ordre d'entrer en
Portugal pour se joindre a lui.
Les préparatifs que nous faisions inquiélant Wellinglon, dont les espions subalternes
ne pouvaient pénétrer daos l'espace occupé
par nos troupes, il voulut savoir ou en étaient
nos travaux et employa pour cela un moyen
extreme, qui lui avait réussi daos d'aulres
campagnes. Par une nuit fort obscure, un
Anglais revetu de !'uniforme d'officier sejette
daos une petite nacelle placée a la rive gauche, un peu au-dessus de Punhete. 11 aborde
en silence, passe entre les postes fran93is, et
des les premieres lueurs de l'aurore, s'avance
résolument vers nos chanliers de construction, examine tout a loisir, comme s'il avait
fail partie de l'état-major de notre armée, en
se promenant tranquillement l. .. Nos arlilleurs et sapeurs, en arrivant pour les travaux
du matin, apercoivent cet inconnu, l'arretent
et le conduisent au général Éblé, auquel le
misérable déclare effrontément qu'il est officier anglais; que, indigné d'un passe-droit
fait au détriment de son avancement, il a déserté pour venir se ranger sous les drapeaux
de la légion irlandaise au service de France.

Emoyé devant le généralissime, non seulement le prélendu déserteur reproduit le meme
conte, mais il oITre de donner les renseignements les plus détaillés sur la position des
troupes anglaises et d'indiquer les points les
plus favorables pour faire trarerser le Tage a
notre armée ! ... Le croiriez-vous? ... Masséna
et Pelet, tout en méprisant ce misérable,
ajouterent foi a son récit, et, voulant profiter
des avis qu'il donnait, passerent des joumées
entieres ayee lui, coucbés sur des caries el
prenant note des di res du déserleur ! La cré&lt;lulité du général Fririon et des nutres officiers de l'ét~t-major ne fu t pas aussi grande,
car on ne put nous persuader qu'un officier
anglais eut désetté, et nous déclarames hautement que, a notre avis, ce prétendu capitaine n'était autre qu'un habile espion envoyé
par Wellington. Mais tout ce que nous dimes
ne put ébranler la conviction de Masséna, ni
celle de Pelet ! Cependant nos conjectures
étaient bien fondées , ainsi qu 'on en eu t
bientot la preuve !
En eüet, le général Junot étant venu au
grand quartier général, ses aides de camp
reconnurent leprétenduofficier anglais comme
ayantjoué le meme role de désetteul' en 1808,
lorsqu'une armée franc;:aise occupait Lisbonne. Le général Junot se rappela aussi parfaitement l'espion, bien que celui-ci eut pris
l'uniforme de fantassin anglais au lieu de
celui de housard qu'il portait a Lisbonne, et
il conseilla a Masséna de le faire fusiller. Muis
l'étranger protesta n'aroir jamais servi dans
la cavalerie, et, pour constater son identité,
il montra un brevet de capitaine, dont Wellington l'avait probablement muni pour le
mettre a meme de passer pour ce qu'il disait
clre. Masséna ne voulut done pas ordonner
l'arrestation de cet homme; mais ses soupcons étant éveillés, il prescrivit au chef de la
gcndarmerie de le faire surveiller de pres.
L'eópion s'en douta; aussi, la nuit suivante,
descendit-il fort adroitement par la fenetre
d'un troisieme étage, se jeta dans la campagne
et gagna les environs de Tancos, ou il passa
probablement le Tage a la nage, car on trouva
sur la rive une partie de ses vetements. ll
fut ainsi démontré que c'était un agent du
généralissime anglais qui s'était joué de ~fasséna !. .. Celui-ci s'en prit a Pelet, et sacolere monta au paroxysme lorsqu'il s'aper9ut
que le faux déserteur, si imprudemment
admis dans son bureau, y avait escamoté un
petit carnet sur lequel on inscrivait l'état du
nombre des combattants de chaque régiment !. .. On sut plus tard que l'adroit fripon
n'était point officier daos l'armée britannique, mais un chef de contrebandiers de Douvres, rempli de moyens, d'audace, parlant
plusieurs langues, et habitué aprendre toutes
sortes de déguisements l

(A suivre.)

ÜÉNÉRAL DE

MARBOT.

�'------------------------------

MORT DE B.\ILLY, EX-MAIRE DE PARIS, LE 12 NOVEllBRE

¡~c¡3. - Gr;ii•u,·e de

DtrLESSl-8ERTE.\l'X,

L'Exode _des Girondins
11 l
En ce moment on emprisonnait a Bordeaux
tout ce qu'il y avait de patriotes les plus purs,
les plus éclairés, les plus courageux. La tcrreur était si générale, qu'a neuf heures du
soir Guadet et Pétion, loin de tromer un
homme qui osat les héberger pour la nuit, n'avaient qu'a peine rencontré quelqu'un qui eut
le courage de marcher devant eux, pour les
guider jusqu'i1 ce qu'ils fusscnt ho~ de la
ville.
ll fallait done cncore ne songer qu'a notre
su.reté per,onnelle. Guadet parlit pour SaintÉmilion, licu de sa naissance. 11 y avait, avec
quelques parents, plusieurs amis, de ces amis
de l'enfance, dont on se· croit sur, tant que
nos adversités ne les ont point éprouvés. Il nr
manquerait pas de nous trouver i1 cbacun un
asile, mais il ne nous en verrait prendre que
lorsque tout serait pret; car il convenait que
nous arrivassions le plus secretement possible.

11 partil. Xous resta.mes cnfercnés dJns la
maison de son parent. L'aubcrgiste voisin,
mauvais sujet, dont on ne se défiait pas encore
assez, s'enquelait curieuscment de ce que
nous étions devenus. On lui dit que nous
vcnions de nous recnbarquer; mais, des le
meme soir,il vint roder autour de la maison,
dont nous avions heureusement fermé lous
les volets. Pourtant il ne fut pas longtemps
notre dupe; et, des le secood jour, nous
eitmes avis qu'un bruit sourd se répandait
que nous étions cachés aux environs du Becd'A.mbez.
C'était le soir de cetle seconde journée que
Guadet devait reYenir. Nous ne le ,·lmes pas,
et nous n'en fumes que plus inquiets. Cbaque
inslant rendait notre séjour actuel plus dangereux. Nous étions avcrlis que le maitrc de
l'auberge, maratisle soldé, venait de-faire un
voyage a Bordeaux; qu'il en revenait a
l'heure meme al'ec quelques visages nouveaux, et qu'aussilot on avait remarqué chez
..., 58 .....

lui du mouvcment, des chuchotcments, des
conciliabules. Il était prudent de faire quelques préparatiís de défcnse : nous nous IJarricadames : on se dislribua les armes, qui
consistaient en quatorze pistolels, cinq sabres
et un seul fusil. Nous étions six hommes ;
car j'aurais du_direplus tol qu'en monlanl sur
le l'aisseau, nous y avions lrouvé Yalady, et
un de ses amis, non député.... Six homrues
seulement, mal armés, mais bien ré,olus de
mourir daos la place, la composaient done,
cette garnison lcrriLlc, pour l'allar¡ue de
laquelle vous verrc:z qu'on ne préparait au
dehors rien moins que du canon. De cetle
garnison, les dcux tiers se coucherenl tout
habillés; l'aulre tiers, c'est-a.-dire, Barbaroux
et moi, fit sentinelle toule la nuit. Mais l'ennemi, qui ne voulait marcher sur nous qu'cn
force, n'avait pas encore rassemhlé assez de
troupes. S'il se ful contenté des cent cinquante fusiliers qu'une simple réquisition
aux gardes nationales environnantes lui met-

s'amusaient a la.ter nos lits , nous, avec
moins de bruit, nous faisions de meillcurc
besogne. Nous arrivions a Saint-Émilion,
apres al'oir encore tra,·ersé une seconde riviere, la Dordogne, devant Libourne, ou tres
heureusement la sentinelle fut encore plus
diíficile a éveiller qne le batelier, 11ui se fit
appeler pendant trois quarts d'heurr.
Au milieu du jour suivant, on areourut
nous dire de combien peu nous l'avions
échappé la veille au Bec-d'Ambez; el comme
r¡uoi B... , furieux d'une aussi helle oceasion
perdue, et sans doute averti par le batelier
qui nous avait passé sur la Dordogne, venait
de requérir un de ces batail!ons révolutionnaires, et, en allendanl, s'avancail sur nous
a la tele de cinquante cavaliers. ]l fallut s'esquiver encore. Nous aUames, a quelques portées de fu~il, nous jeter daos une carricre ou,
par bonheur, il n'y avait point d'ouvriers ce
jour-la, parce que e'était un dimanche. Nous
y ft'1mes bienlotjoints par Guadet et par notre
ami Salles, qui nous avaient précédés dans la
Gironde, el se trouvaient pourtant sans asile.
Nous allendions un IJrav~ homme qui, depuis le matin, courait les environs, lachant
de nous lrouvcr quelque relraite. II vint a la
nuit nous apprendre que pas un individu
n'avait le courage de nous recueillir. Mon
pauvre Guadet en fut conCondu ! Que de fois
il nous avait protesté que lous les sentiments
honnétes et généreux, s'ils élaient lout a fait
bannis de la France, se réíugieraient dans le
département de la Gironde ! Que d'indignes
parenls, que de faux amis l'avaient cruellement trompé! Que nous étions a plaindre,
mais combien il l'était plus que nous !
Que faire cepcndant? Puisqu'on suivait
nos traces, et que nous élions si bien signalés,
il ne convenait plus de marcher tous ensemble. Encore, si nous avions eu, comme dans
le Finistere, douze compagnons de plus, et
vingt bons (usils ! Mais seulement buit hommes, et rien que des pistolets : nous ne devions plus rien attendre de la force; c'était
uniquement sur l'adresse qu'il était permis
de compler; et de toutes les précautions, la
premiere sem blait etre de nous séparer. Ma
Loduiska deYait etrc a Paris; ce fut done vers
Paris que je parlai de m'acheminer. Si j'avais
l'incroiable bonheur d'y panenir, j'y pourrais
donner asile a dcux ou trois des no tres! Infortuné, je le croyais ! Moi aussi, malgré
l'e'&lt;emple des amis de Guadet, je comptais
sur mes amis! Alon chcr Barbaroux déclara
qu'il suivrail mon sort; Valady et son ami se
joigoirent a lui. Nous ,·oila quatre; Pétion et
Buzot s'en allaient crrer, je ne sais plus ou ;
Salles et Guadet dcvaient tirer du coté des
Landes. Eh! quoi faire? Gagner du temps.
Les affreux triomphes de la Montagne étaient
si inconcevahles qu'ils ne paraissaient pas
deYoir se soulenir quinze jours 1
Nous nous embrassames, le creur bien
serré; nous parlicnes. Barbaroux passerail
pour un professeur de minéralogie, science
qu'il possédait bien; et nous, pour des négoPendant que ces messieurs, sabre a la ciants, voyageant avec lui, dans l'intention de
main, drapcaux llottants et meches allumées, faire exploiter les mines qu'il pourrait décou-

tait en moins de deux heures sous la main,
la supériorité du nombre et des armes nous
accablait : nous n'étions pas pris, mais nous
étions morts. lleureufement on voulait nous
altaquer avec une armée qui pul faire un
siége en r.cgle : rien ne parut cette nuit-la.
A l'entrée de la nuit suivanle, vint un envoyé de Guadet. Celui-ci n'ai-ait troul'é, dans
sa famille et parmi ses amis, qu'une seule
personne, qui ne pouvait donner asile qu'a
deux d'entre nous. 11 espérait le jour suivant
en placer deux autres qu'il enverrait chercher
a leur tour, et ainsi de suite, jusqu'au dernier. Nous n'avions plus qu'a décider quels
seraient les deux élus appelés a suivre actucllcment celui qui vrnait les sauver. Nous nous
regardions en si len ce. Barbaroux, toujours
digne de lui-memc, ful le prcmier qui prit la
parule.
- ~ous ne doulons pas, s'écria-t-il, qu'ici le
péril ne soit imcninrnt. Lequel d'entre nous
pourrait songer a n'y dérol,cr que lui, et ne
serait pas arrcté par celle pensée que, demain
prut-etre, ceux r¡u'il "ª laisser ici ne seront
plus? Quanl a moi, je n'abandonne point les
compagnons de mes travaux et de roa gloire !
N'y a-t-il asile que pour deux? Restons tous;
mourons ensemble! Mais Guadet, s'il connaissait notre position, n'en cnverrait-il cher1:her que deux? Ne sentirail-il poinl que le
plus pressant est de nous tirer d'ici? Quelqu'un oO're asile pour deux d'enlrc nous, ch
bien! pour quatre ou cinq jours, s'il le faut,
ne ticndrons-nous pas six daos la chambre ou
deux sont allendus? Partons tous.
l1 parlait encore, lorsqu 'on vint nous prévenir qu'il y avait grand monde et grand
hruit dans l'aubergc voisine. Une trentaine
d'offtciers venaient d'y arrivcr. L'h6te avait
dit que ces messieurs étaient les chefs d'un
bataillon de l"armée révolutionnaire, qui devait passer par ici, allanl a Bordeaux. Ccpendant on apercevait déja daos les environs
plusieurs détachements de garde nationale,
et meme quelques brigades de gendarmerie.
Ceci trancha toule délihération. Notre guide
descendit; nous le suivimes en silence. Nous
fimes quelques délours pour aller chercher,
a un quart de licue de la, une barque qui
nous attendait sur la Garonne; et il paralt
que nous n' étions pas encore sur l'eau, lorsqu 'a la faveur des ombres de la nuit, qualre
cents bravcs, armés de pied en cap, vinrent
brar¡uer deux pieces de canon sur une maison
de campagne ou ils cspéraient trouver huil a
dix victimes.
'J'elle fut celle glorieuse expédition du Becd'Ambez, ou les ré,·olutionnaires ne signalerent pas moins leur courage que leur
adresse, &lt;·l dont B•·• (je crois) fit grand honneur a ses dignes satellites, daos celle magnifique relation qu'il en adressa ala Convention, et ou il dit, en propres termes, que,
grace a l'activité des sans-culottes, on avait
entouré la maison, et qu'on y avait trouvé...
nos lits encore chauds.

,.. 59 ....

1..''EXOD'E DES Gz~O'ND1'NS - - - .

vrir. Mais, des négociants a picd, courant la
nuit ! Mais cent cinquante lieues de pays a
traverser, a l'aide de cette mauvaise fablc !
Mais Barbaroux si connu et si reconnaissal.,lc !
Le projet était désespéré ! Un ciel protecteur
nous barra la route. Apres qualre heures de
marche, nous trouvames que nous nous étions
égarés. Un presb1tere était a quelques pas.
- 11 faut y frapper, dit Barbaroux.
- Oui, pour y demander le chemin, répondis-je, moi qui ne voyais que Paris !
- Eh! si nous pouvons obtenir quelque
cho~e de plus? répliqua-t-il.
Un digne curé vint nous ouvrir. Nous ne
nous donnarues d'abord que pour des ,·oyageurs égarés.
- Vous eles, nous dit-il, des gens de bien
persécu tés ; comenez-en ! et a ce litre acccptez chez moi l'hospitalité pour vingt-quatre
heures. Que ne puis-je recueillir plus souvent
et plus longtemps quelques-unes des innocentes victimes qu'on poursuit !
Comment dire combien cet accueil nous
loucha ! ll commandait une entiere confiance ·
il l'obtint. Au nom de Barbaroux et au mien:
le brave homme courut dans nos bras, et
versa sur nous des pleurs de joie ! i1 nous en
fil verscr d'atlendrissement! La Providence
nous aYait conduits comme par la main chez
un de ces hommes rares dont Guadet avait
cru tout rnn département rempli !
Le lendemain il nous dit que nous pouvions, saos nous exposer, rester deux ou
trois jours encore, et qu'il emploierait ce
temps a nous chercher quelque asile. Ce
lerme expiré, il ne laissa partir que !'ami de
Valady, qui croyait pouYoir aisémenl ga,,.ner
les environs de Périgueux , ou il aYait un
parent qui ne pouvait manquer de le recevoir, et qui, saos doute, enverrait chercher
Valad_y. Je ne "ºIais loujours que Paris; je
voula1s accompagner celui qui allait faire
vingt licues sur cette route. Le curé m'en
dissuada; Barbaroux lomba a mes &lt;&gt;enoux
º leur
pour m.en empccher. O Lodo'iska ! tu
dois ton époux; car nous apprimes bientot
a pres que celui que j 'avais voulu suivre venait
d'elre arreté !
Notre généreux bote nous garda deux jours
cncore, quoique l'on commenrat a murmurer
dans le villa ge que M. le curé cachait quclqu'un. Enfin il nous conduisit cbez un demipaysan qui nous recut fort bien, mais sa
femme prit peur, du moins c'est ce qu'il nous
allégualelendemain, en nous annon~ant r¡u'il
fallait partir. Xotre bon curé 1int nous prendre, et, faute de mieux, il nous fit grimper
daos une grange pratiquéc nu-dessus d'une
étable attenant a une métairie qui al'ait seize
habitants : deux ~culement étaient dans notre
secret; les aulres allaient et Yenaicnt continuellement dans celle étalJle, ouverle toute la
journée, et r¡uelquefois monlaient l'échelle
pour jeter un coup d'reil sur le foin, ou nous
nous étions creusé chacun notre trou, dans
lcqucl il fallait nous tcnir enseveli~, au point
qu'on ne Iit pas meme passer notre tete. Ce
foin était nouveau, par conséquent brulant •
la grange en étail si pldne, qu'il restait h

�111STO'l(1.ll ----------------------------------------.1
peine un inlervalle de deut pieds a l'air, qui
ne pouvait pénélrer que par une lucarne fort
étroile. Pour comble de soufTrance, le lemps,
quoique nous fussions en oclobre, était sec
et cbaud; et nos deux confidents furent tout
a coup, sans avoir pu nous voir et nous prévenir, cnroyés pour une commission lointaine
et imprévue. Leur voyage dura trois jours.
Pendant quarante-huit heures, les grossiers
alimenls et .la pic¡uelle qu'ils avaient coutume
de ,nous apporter a la dérobée nous manquerent absolument. On ne peut décrire !'extreme lassitude, l' affreux mal de tete, les
fréquenles défaillances, la soif dévorante, l'angoisse générale que nous éprouvions. Un moment je sentís s'affaiblir ma constance, et le
courage de mon cher Barbaroux l'abandonna.
J'avais pris un de mes pistolets, et le regardais avec une complaisance funeste. Barbaroux, vaincu, suivait ce mouvement; il s'était
aussi saisi de son arme : tous deux nous
gardions le silence; nos yeux seuls se reportaient mutuellement de sinistres conseils;
une de mes mains lomba dans la sienne; il
la serrait avec une espece de fureur, lrop
semblable a celle dont j'étais tourmPnté.
L'inslant du désespoir était venu; le signal de
la mort allait étre donné. Attentif a nos mouvemenls, Valady s'écria :
- Barbaroux, il te reste cncore une mere!
Et toi, Louvet, Lodo1ska l'atlend.
On ne peut se figurer combien fut prompte
la révolution qne ces paroles produisirent.
L'attcndrissement prit aussitot la place de la
f ureur; nos armes écha pperen t de nos mains;
nos corps afTaissés relomberent; nos pleurs
se confondirent.
Mais ce ch1ngement subit en produisit un
autre.
- Elle m'altend, m'écriai-je ! eh bien,
que fais-je ici? Pour qui done y supporté-jtl
tant d'humilialions, tant de peines, tant de
dangers? S'il est vrai que ce soit pour elle,
ce n'est pa, en demeurant la que j'en trouverai la fin; c'est sur la route de Paris queje
dois aller m'exposer et souITrir; des ce soir
je m'y mets.
Des ce soir, insemé ! Daos !'une de nos
dernieres courses nocturnes, je m'étais laissé
tomber au fond d'un fossé trop tard aperen;
quelques cartilages du jarret avaient beaucoup souffert de cette chute. Depuis cette
réclusion de six jours, l'inaction absolue ou
nous étions réduits, la chaleur de ce foin ou
il fallait restcr gisanls, l'inquiétude, l'ennui,
tout avait empiré le mal; je voulus soulever
ma jambe, elle me fil d'atroces douleurs;
mon jarret, tout afait raidi, ne pouvait plier.
Graces te soient rendues, o Providence ! tu
me forcais a res ter.
Le lendemain, il était dix heures de nuit,
et tout semblait dormir daos la métairie,
excepté le chien trop fidele dont les aboiements ne nous laissaient point de repos; nous
crumes entendre autour de la grange un bruit
semblable a celui que produiraient plusieurs
hommes qui marcheraient doucement et parleraient has; quelqu~s minutes apres, nous
vimes une grande clat·té daos l'étable, ou la

lumiere n'entraitjamais; quelques-uns y parlaient d'abord, mais avec précaution; puis il
se fit un profond silence; un peu de bruit
recommenca au dehors; en fin, nous entendimes qu'on montait a notre échelle. Étionsnous découverts, la gr:mge était-elle entourée?
Nous primes nos armes.
Un homme, sans quiller l'échelle, saos
s'approcher de nous, cria :
- Messieurs, descendez !
C'était bien un de nos confidents de la
métairie; mais ce n'était pas son ton ordinaire; il avait la voix altérée, dure et brusque.
Cette circonstance nous alarma plus que tout
le reste.
- Comment, descendre, lui dis-je?
- Oui, descendez !
- Et pourquoi?
- Parce qu'il le faut.
- Mais encore?
- Quelqu'un vous demande.
Qui?
- Le parent de M. le curé.
- Si c'est le parent de M. le curé, que ne
parait-il'!
Ici notre homme balbutia je ne sais quelle
mauvaise raison, puis il ajouta d'un ton brutal
et meoacaot :
- En fin, f .... , il faut descendre l
Ceci deveoait du plus mauvais augure.
L'imagination travaille vite. A l'instant je me
persuadai que quelqu'un nous avait découverts et dénoncés, qu'on était venu cerner la
maison,et qu'on avait meoacé ce pauvre malheureux de mellre le feu a sa grange, s'il ne
nous en faisait sortir. Barbaroux était sans
doute travaillé de la meme pensée, car il me
dit tout has :
- lis ne m'auront pa~ vivanl !
Et Valady, dont la fatigue et une maladie
naissante avaient tellement abattu le courage
qu'il nous avait avoué, vingt fois dans la
journée, qu'il se sentait a chaque instant des
peurs paniques, que l'idée de sa destruction
lui causait de mortelles frayeurs, surtout
qu'il n'aurait jamais la force de se tuer luimeme; Valady, croyant aussi I'heure fatale
arrivée, nous disait languissamment :
- Uélas ! il faut done mourir !
Et remarquant nos apprets, il ajoutait eu
joignant les mains :
- O mes amis! vous allez done m'abandonner?
Quant a moi, jamais dans aucune des crises
les plus périlleuses de ma proscription,
jamais, si ce n'est depuis, aux portes d'Orléans, je ne crus ma mort si procbaine.
- Citoyen, dis-je a notre homme du ton
le plus ferme, loin de nous la pensée de vous
compromettre ! mais aussi gardez-vous de
l'espérance de nous attirer dans un piege;
nous ne descendrons certainement pas que le
parent du curé n'ait paru, ou que vous ne
nous ayez franchement déclaré de quoi il est
question.
11 parut enfin, le parent du curé. C'était
de peur d'etre apercu par quelqu'un de la
métairie qu'il n'avait pas voulu entrer. Au
reste, l'un des camarades du métayer, ayant
... 6o ,.,

•

le matin entendu quelque bruit daos la gran ge,
aTait montré des soupcons. Des le lendemain
nous pou,ions clre découwrts par un homme
qui n'était ríen moins que sur. En conséquence, nos deux confidents effrayés venaient
d'aller dire au curé qu'il fallait nous retirer
tout a l'heure. Celui-ci, trop tard prévenu,
ne savait ou nous metlre. Impossible que
nous fussions quelque part aussi exposés que
chez lui, qui venait d'etre dénoncé comme
ayant quelqu'un. ll courait a I'heure meme
pour tacber de nous déterrer quelque coin.
En altendant il fallait, pour ne pas tourner la
tete de ce paysan tout a fait épouvant~, sorlir
de la grange et passer eelte nuit comme nous
pourrions ....
Nous quittions la grange au moment 1,u
son séjour devenait un peu supportable el
son abri nécessaire. Le temps avail cban~é
dans cette soirée. La force de l'orage était
un peu diminuée; on n'entendait plus le
tonnerre, mais la pluie lombait aboudamment, et un vent froid souflhit du midi.
Pour surcroit de peine, je ne pouvais me
trainer, daos les tcrres grassPS, que sur une
jambe et sur un balon. Le parent 11ous conduisit daos un peti t bois, ou 11ous ru mPs tout le
temps de transir et de nnus mouiller.
Ce mauvais temps n'arretait pas notre généreux curé. Un pcu avant le jour il vint luimeme nous apprendre qu'il avai1 fait d'inutiles recherches, et comme il voyait bien
qu'il était impossible qu'on ne nous découvrit point la dans la journée, il voulut a lout
risque nous ramener chez lui. Nous n'a~cepU\mes qu'apres que nous sumes 4ue de son
grenier, ou nous allions nous enfouir, nous
pourrions aisément, au moycn d'une corde
füée a la lucarne, nous glisser d u hau t en
has dans une arriere-cour, et, par-dessus un
petit mur, gagner les champs_ au premier
ohjet meaacant que l'un de nous, ttJujours
en sentinelle, verrait s'approcher de sa maison. Le brave homme! il parut si content de
nous y recueillir encore !
A traYers tant de courses, de fatigues
cruelles, de périls renaissants, je m'applaudissais néanmoins du contretemps qui m'avait forcé de ne point emmener mon épouse.
Si moi-meme je me trouvais d'une constilution trop faible conlre de pareils travaux, coniment n'y aurait-elle pas suceombé?
Avanl de périr, j'aurais eu le tourment de la
voir expirer dans mes bras. Et pourtant nous
avions accusé le ciel, lorsqu'il nous avait
séparés.
Cependant nons avions appris qu'aprcs
avoir inutilemenl frappé aux portes de trente
amis, Guadet et Salles avaient trouvé toute
espece de secours et de surelé chez une
femme compatissante, généreuse, intrépide,
aulant que s'étaient montrés inbumains,
égo"istes et luches tous ces etres qui portaient
néanmoins le nom d'hommes. D'apres le touchant portrait qu'on nous avait fait d~ cet
auge du ciel, il n'était pas besoin de lui
demander asile, s 'il n'était pas impossible
qu'elle le donnat. II suffisait de l'averlir de
notre situation .

�1flSTO'R.}.JI

----------------------------------------~

Quelqu'un y courut,· et rapporta quelques
heures apres la réponse.
- Qu'ils viennent tous trois ! avait-elle dit.
Seulement elle nous recommandait de n'arriver qu'a minuiL et de ne négliger aucune
précaution pour n'etre apercus de qui que
ce fut. Notre surelé chez elle dépendait principalement de notre exactitude a remplir ces
conditions préliminaires.
Chemin faisant, nous nous arretames chez
un curé, allié du notre. 11 nous aLtendait a
souper. Que l'on excuse ces détails; il y avait
si longtemps que nous n'avions soupél et
puis le repas ici n'était rien, aupres des touchantes attenlions qui le précéderent : c'était
de l'eau tiede pour la1•cr nos pieds, un grand
feu pour nous sécher, tou t l' altirail d' une
toilette pour couper nos longues barbes et
rafraichir nos chevelures; du linge blanc pour
nous changer, enfin des viandes légeres, et du
Yin restaurant que nous Yersait une jolie
niece ! C'était une nicce váritable; et l' on
comprend qu'ici je n'y saurais entendre
matice. J'en parle pour qu'on se représenle
que! elfet produisaient sur nous ces passages
fréquents et subits d'une position lentement
douloureuse aune situation rapidement douce,
et le contraste de celte personne bonne et
charmante qui nous prodiguait ses soins,
avec ces visages insensibles, sombres ou menacants qui nous préparaient des pieges, ou qui
nous y voyaient froidement tomber. Chez cel
ami de notre curé, nous trouvions notre sort
semblable a celui de ces fiers paladios qui,
venant de combattre des monstres, rencontrent tout a coup, dans quelque pavillon enchanté, des fées pour les servir.
C'était bien une autre fée, celle chez qui
nous arrivames a minuit. Nous devions y
trouver, avec mille soins non moins attendrissants, une constance, un courage, un dévouement saos bornes. Elle logeait nos deux amis
a trente pieds sous tcrre, et l'entrée de leur
souterraia, d'ailleurs fort dangereuse, était
eocore si bien masquée qu'on ne pouvait la
découvrir. Quelque spacieux: que fut le cavea u,
le séjour continuel de cioq hommes pouvait y
corrompre l'air, qui ne s'y reoouvelait que
difficilement. Nous nous pratiquames, dans
une autre partie de la maison, une seconde
forleresse, plus saine, presque aussi sure,
presque aussi difficile a découvrir. A quclques jours de la, Iluzot et Pétion nous
manderent qu'ayant de¡1uis quime jotLrs
changé sept fois d'asile, ils étaient enfin
réduits aux dernieres cxtrémité~.
- Qu'ils ,·iennent tous deux ! s'écria
l'étonnaote fcmme.
Et remarquE&gt;z qu'il ne se passait pas un jour
qu'elle ne f1H rnenacée d'une ,i~ite domiciIiaire; elle était mfüne assez soupyonnéc de
vertu, pour qu'il ful souvent question de
l'arreter. Observez encore que chaque jour la
guillotine abattait quelque tete, et que les
brigands commettaient des horreur3. On les
entendait jurer chaque jour qu'ils feraient
bruler vifs avec nous, dans leurs propres
maisons, les gens chez lesquels nous serioos

trouvés. 0n parlait méme d'incendier les
villes.
- Mon Dieu ! qu'ils viennent, les inquisiteurs, nous disait-elle avec calme et gaieté.
Je suis lranquille, pourrn que ce ne soit pas
vous qui vous chargiez de les recevoir : seulement je craindrais qu'ils ne m'arrelassent;
et que deviendriez-vous?
~os deux amis vinreot done et s'en allerent
au caveau. Aiosi nous étions sept. Le moyen
de nous nourrir? Les denrées étaient rares
daos le départemeol; on ne lui fournissait
pour sa part qu'une livre de pain par jour,
mais il y avait des pommes de terre et des
haricots au grenier. Pour ne pas déjeuner, on
ne se levait qu'a midi. Une soupe aux légumes
faisait tout le dioer. A l'entrée de la nuit,
nous quittions doucement nos demeures, nous
nous rassemblions auprcs d'dle. Tantót un
morceau de bceuf a graod'peiae obteou a la
boucherie, tantót une piece de la basse-cour
bientót épuisée, quelqucs reufs, quelques
légumes, un peu de lait composaieot le souper
dont elle s'obstinait a ne prendre qu'un peu,
pour nous en laisser davantage. Elle élait au
milieu de nous comme une mere environnée
de ses enfants pour les~ucls elle se sacrifie.
Nous restames ainsi pendant un mois Lout
entier, mal~ré les persécutioos d'un intime
ami de Guadet, qui, nous y sachaot, n'oublia
rien pour nous en chasser, et a qui sa lache
peur finit par troubler tellement !'esprit, que,
de crainte de mourir, il voulait se bruler la
cervelle. Je ne puis, sans risquer de compromeltre notre étonoante amie, faire le récit,
au reste trop dégoutaot, des mensonges, des
intrigues, des meoaces, des laches manceuvres
de toute espece, par lesquels il parvint enfin
a son but.
U est eocorc temps d'avertir qu'en arrivant
daos la Gironde, j 'avais mandé a ma Lodoiska,
tout ea lui déguisant ce que ma po$ilion avait
de trop alarmant, qu·au lieu de l'alleodre,
j'allais tout essayer pour revenir vers elle.
Depuis, chl'z le bon curé, quand tout acces
vers ma ville oatale m'était fermé,j'avais fait
pour ma femme une seconde lellre ou je l'invitais avenir former un élablissement a Bordeaux; quelqu'un s'était chargé de transcrire
cette lettre et de la metlre ala poste; mais
six semaines s'étant écoulées saos que j'en
revusse aucunes nouvelles, il était clair qu'on
ne l'avait pas envoyée, ou qu'elle n'était point
pan'eoue. Mon désir d'aITronter tous les
hasards pour rne faire jour jusqu'a Paris
n'en élait devenu que plus vif.
Nous touchions cependant a l'époque critique. Il venait de luire, le jour fatal, le jour
d'une séparation longue et peul-elreéteroelle
entre des hommes a jamais étroitement füs
par tou l ce que I'amí Lié tcndre, la ver tu purc
et une infortunc uaiment sainte ont de plus
respectal.ile. l\ous sortions de notre asile si~ ur
et si cher; nous oous séparioos en deux parts,
qui se subdiviseraient bienio!. Ilarbaroux qui,
depuis Caen, avait couru presc¡ue toutes les
memes aventures ciue moi, Barbaroux, désolé
de me quiller, autant que je l'étais de le
perdre, passait du cote de Buzot et de Pélioo.

Tous trois ils allaieot, a quelques licues de
la, vers la roer, chercher un asile incert.ain;
avee quelle douleur nous nous fimes nos
adieux ! Pauvre Buzot, il emportait au fond
du cceur des chagrins bien amers, que je
connaissais seul, et que je ne dois jamais
révéler. Mais Pétioo, le tranquille Pétion,
comme il était déja changé ! Combien le calme
de son ame et la sénérité de sa figure s'étaient
allérés depuis que l'esclavage de sa patrie
n'élait plus douleux, depuis que la nouvelle
de l'emprisonnement des soixanle-quinze et
du supplice de nos amis nous était parvenuE&gt;.
Et mon cher Barbaroux, comme il soulfrait 1
je n'oublierai point ses deroieres paroles:
- En quelques lieux que tu trouves ma
mere, táche de lui tenir lieu de son Ws; je
te promels de n'avoir point une ressource
que je ne partage avec La femme, si le
hasard veul que je la rencontl'e jarnais.
Au milieu de nous quelqu'un voulait en
vain dissimuler son désespoir, c'était notre
généreuse prolectrice ; elle pleurait, elle
gémissait de la oécessité qui la forcait a ne
plus s'exposcr pour nous.
- Les cruels ! s'écriai t-elle, en parlan t de
ses parents, quelle violence ils me foot ! ,Je
ne la leur pardoonerai jamais, s'il faut que
quelqu'un d'entre vous ....
Elle o'acheva point; mais ses presseoliment.s étaient trop fondés : oui, un d'entre
nous devait bieolót périr.
A une heure du matin nous parllmes,
Guadet, Salles, moi el Valady, que nous
devions quitter presque aussitot. Nous le
conduisimes a quelques cents pas, sur le
chemin d'une maison ou il avait un parcnt,
sur l'humanité dur¡uel il faisait quelque
fonds. De quel air il nous regarda quand nous
le c¡uittames I Je n'en puis écarter le triste
souvenir; il avait la mort daos les yeux.
Nous ne restions done que Salles, Guadet
et moi. Ce qui m'avait délerminé a suivre leur
rnrt de préférence, c'est que l'endroit vus
lequel ils devaient s'acheminer le lendemain
était a six licues de la, du coté de Périgueux,
etje sentais un plaisir sccret de me rapprocher
un peu de Paris; mais, pour gagner cct
endroit, il nous fallait, par un chemin de
traverse assez difficile, tourner Libourne, ou
nous aurions couru trop de risques. Un confident sur devait nous ameoer, a l'enlrée de
la ouit suivante, un ami de Guadet, qui nous
guiderait jusqu'au bout de celle traYerse. 11
fallait cepeodant passer quel!lue part la fin
de cette nuit et tou t le jour qui la sui vait.
Nous avani;ames vers un bourg assez éloigué,
dont les enviroos étaient criblés de grolles;
Guadet les conoaissait loutes; la plus súre
d. entre elles, a cause de son étendue, il 1' aYait
désignée a ootre confident, comme le lieu de
notre refuge et de son rendez-vous. En y
arrivant, nous Lrouvames que l'entrée en était
murée ·, l'acces de soixaole\ autres reslait
libre, mais comment notre confidenl lromcrait-il le leodemain celle que nous aurions
choisie? 11 fallait bien l'aller prévenir. Guadet
et moi oous y allames, non sans risque. Nous
avioos un viUage a traverser, et puis des gen-

~-------------------------- L'Exov1;
darmes logeaient chez notre confldent · il
fallait le réveiller sans réveiller ces espio;1s ;
nous y parvinmes.
flevenus daos notre grolle, nous y allendimes vainemen t le sommeil ; le froid et
l'humidité -le cl1assaient : a dix heurrs du
matin seulement, les épaisses téncbres qui
nous emironnaient s'éclaircirent un peu;
reculés a l'exlrémité la plus sombre, nous
pouvions, sans etre aper~us, distinguer tou t
ce qui se présentait a l'entrée de la grolle.
11 y viot quelques animaux, ils oou5 senlircnt
et se relirerent; mais de Lous les animaux,
les plus barbares y viorent aussi : heureusement ceux-la ne nous sentirent pas, c'étaient
~es hommes. lis ne s'arretaient que pour un
mstant, et Lout a l'entrée, afin de satisfoire
des besoins, dont la perspcctive aulaot que
l'odeur nous devenaient fort incommodes.
Malheur a nous si l'un de ces paysans, plus
délicat ou plus pudibond que les autres, se
fut avisé de Youloir ne se mettre a son aise
qu'a l'aulre bout de lagrotte! Je dis malheur
a nous, car nous n'aurions jamais pu nous
décider a répandre, pour notre plus grande
sureté, le sang d'un homme de qui nous
n'aurions pas été surs qu'il nous vouhlt du
mal. Nous avions résolu, le eas échéant, de
montrer nos pislolets au pauvre diable, et de
le retenir prisonnier, jusqu·a ce que nous
sortissions de notre retraile; mais alors
mcme, il pouvait courir nous déooocer, et
causer nolre perle. Nous le coruprenions bien;
mais nous avions résolu d'eo courir le risque;
i¡uoique nous pussions encore éprouver de
l'ingratitude des hommes, nos mains ne se
souilleraient pas d'un saog innocent.
Au reste, il faut aYoir élé proscrit pour
savoir comme il est difficile et genaut d'avoir,
achaque instant du jour, ses pas amesurer,
son haleine a ne pousser que doucement, un
éternuement a étouffer, un rire, un cri, le
moindre bruit a réprimer. A moins que de
l'avoir éprouvé, on ne se figure pas combien
cette gene, si petite en apparence, devient
douleur, péril et tourment par sa contiouité.
C'était, dans notre position, un mal nécessaire,
et meme avaot d'avoir !até de la Giroode, je
m'y étais particulierement exercé, avec ma
Lodo1ska, chez notre brave original du Finistere, qui, pour notre divertissement et le sien,
nous tenait cachés dans une armoire, a coté
d'un clubiste et au-de,sous d'un gendarme.
Une malheureuse femme vint dans la grolle
mettre a cet égard nos talents a J'épreuve;
d'abord, ayant plus de pudcur, elle entra plus
avant; ensuite, par l'elfet d'un ténesme
apparemment
opiniatre, elle Jv fit de loncrs
.
o
ellorts, elle y mit un temps considérable;
en/in, comme elle allait sorlir, le pied lui
manqua tres aisémenl sur un terrain humide,
glissant et chargé d'immondices. Une fois
étendue sur cette terre trop grasse, la pauvre
vieille ne pul jamais se relever. Longtemps
elle s'aida d'un petit monologue qui, dans
toute autre circonstance, aurait pu nous

paraitre divertissant; mais rien n'y faisait;
elle linit par pousser des cris. Leur éclat ne
manqua pas d'attirer plusieurs hommes, qui
ricancrent assez de temps et d'assez pres pour
nous inquiétcr. Comme tout doil finir cepend:mt, ils releverent la vicillc, et tout s'en alla.
Comme le jour finissait, notre confident
vint nous apprendre que l'ami de Guadet ne
pouvait pas, c'esl-a-dire n'osait pas faire
route ayee nous l' espace de deux Licues. ll
fallait done que Guadet tarhat de s'oricnler,
el de troul'er celte traverse qu'autrefois il
avait connue, mais jall!ais bien; c'était deja
un facheux travail a entreprendre; il faisait
d'ailleurs un temps alfreux, la pluie lombait
a_vcrse, et nous promettait, apres la mauvaise
nuit que nous venions de passer, une nuit
plus mauvaise; mais la nécessilé, l'inexorable
nécessité l'ordonnait. Pour moi, je me sen tais
tres résolu; un cxercice fréquent et modéré
dans notre derniere maison avait guéri ma
jambe; mon jarret reprenait Loute sa souplesse. D'ailleurs, c'était du coté de Paris
que nous allions marcher ; je me s~otais ma
premicre vigueur, et meme quelque contentement.
Nous partimes; c'élait la nuit du qualorze
au quinze novembre 1795 : o Dieu ! tu l'as
marquée par d'assez tristes éprcuves pour que
je ne l'oublie pas.
Ou allions-no.us crpcnJant? A sit licues de
la, je l'ai dit. Six lieues; nous étions done
ccrlains d'etre bien rc~us : au moins Guadet
n'en doutait pas; et moi-meme, pour celte
fois, je trouvais qu'il avait raison. La personne
ch~z laquelle il allait :nous présenter arnit
une famille depuis longlemps amie de la
s:enne; et lui pcrrnnnellcment a,·ait sam-é
celte fcmme : oui, je dois· l'avouer, c'était
une femme; il l'avait saÚvée ·d'un proces crimine], ou son honneur et celui de ses parenls
étaient gravement compromis. Depuis cette
époc¡uc, longtemps meme avan! !a révolution,
elle l'avait cent fois assuré de sa reconnaissance, et lui a'vait fait mille offres de service.
Au reste, nous ne lui ·demanderioos asile que
pour c¡uatre ou cinq jours, époque apres laquelle notre généreuse amie enlendait, quoi
qu'on pul lui dire, nous recueillir encare.
D'abord ce que nous aviaos craiot oous
arriva. Nous nous égarames, et si malheureusement que, partís a sept heures, nous o'eurnes achevé qu'a minuit les deux licues de
cette Ira verse; nous étions passés par des
chemins si détestaLles que, sans cxagération,
les boues nous montaieot a mi-jambes. Je
regrettais une forte canne asabre, sur laquelle
il avait fallu m'appuyer si souYeot, et quelquefois &amp;i violemment, qu'enlln elle s'était
rompue. 0n peut se figurer notre fatigue :
pourtaat il y a vait encore quatre licues afaire.
Nous les fimes, nous arrivames a qualre heures du matin, chargés de boue, trempés jusaux os, tout a fait épuisés.
Guadet fut frapper a la porte; au bout
d'uae demi-heure on l'entr'ouvrit. Un domes-

tique, qui l'avait vu cent fois, ne le rnulut
pas reconnaitre; il déclina son nom · alors
on dit qu'on allait réveiller Madam~. Une
autre demi-heure se passa, apres laquelle
Madame fil dire que ce qu'on lui demandait
était impossiLle, parce qu'il y avait dans son
village un comité de survcillance · elle in-no.
'
o
r,ut, apparemment, qu'il y en arait partout.
Guadet insista, il demanda a elre introduit
seul d'abord, si Madame l'aimaiL mieux; qu'a~
moins il pul lui parkr un momeot. ~fadame
fit répoodre &lt;¡ue cela aussi étail impossiblc,
et la porte se reforma.
11 y avait une heure que nous nous tenions
sous des arbres tellemeat chargés d'l'au, que
peut-étre ils nous en donnaient plus qu'ils ne
nous en épargnaient. Quand j'y étais arril'é,
les
. goutles de sueur se confondaient , sur mon
,•1sage et sur !out mon corps, avec des Lorrents de pluie. Depuis que nou5 éLi&lt;,ns immoLiles, un rent du midi, r1ui nous srrnl.ila rafraichissant d'abord et hienlót Ir-es froid
soufílait
habits, impré"né,
d'eau',
, . •surnous.Nos
1
o
ela1ent a a glace : moi, surtout, je ¡;dais :
on enleodait claquer mes denls.
Guadet, désespéré, vrnait cu fin nous remire
compte de l'inconcevaLle issue de ses démarches; je ne l'entendais qu'a peine. Une rél"olution terrible se faisait en moi; la transpiration s'était enlierement arrelél', le frisson
m'al'ait tout a fait saisi, je pcrdais coonaissancc. Mes amis rnulurent m'appuyer del.iout
c,intre un arbre; ma faib1e,se était si n-raode
.
'
o
que Je ne pus m y lenir : il fallut me laisser
m'étcndre par !erre, c'est-a-dire dans l'eau
Guadet couru t refrapper a la porte ; on ne
l'omrit point; on lui permit de parler a travrrs le trou de la scrrure.
-Une chambre et du feu, dit-il, sculement
pour deux hcures ! un de mes amis se trouve
mal!
0n alla en instruire Madame, qui fil réponse que cela était impossible.
-Au moins un peu de vinaigre et un verre
d'eau ! s'écria mon malheureux ami.
Un moment apres Madame fil répondre
encare que cela était impossible !
~isérabl~, elle s'appelait. .. je le devra1s . JC devra1s la nommer ! je devrais la
produire a l'enthousiasme des scélérats qui
souillent aujourd'hui la France. Je l'abandonoe a ses remords, et puisse la j us tice vengrresse ne pas lui garderun autre chatimenl !
Puisse-t-elle, au milieu despremieres anaois0
ses qui. l'alteodent, ne pas rencontrer quelfJUC monstre d'inhumanité qui lui refuse l'eau
et le feu.
., Je n~ pouvais parler, mais j'entendais ;
J entend1s Guadet accuser la nalure hum?ine, et déplorer son SE-rt; ceci me valut
~neux, pour rappe~er mes forces, que les
liqueurs les plus 1mtantes".'- Je repris hienlót
tous mes sens; la plus vire indignation m'eollammait.
- Marchaos, leur dis-je, fuyons, fu1ons les
hommes, fuyons dans le tombeau !

(A suivrc.)

.,. 63 ...

DES G1'1f.OJYD7JYS - - ,

~ª,

LOUVET.

•

�'---------------------------------

LE RÉGlllE~T DES GUIDES (18:&gt;8). -

Aqua,·elle ,ü JULES RouFFET.

Marquis PHILIPPE DE MASSA
cfr:&gt;

Le régiment des Cuides
Peu de temps avant sa mort, Marcelin, le
fondateur de la Vie pa1·isien11e, m'avait demandé pour son journal quelques notes sur
le régiment des guidos.
Ma collaboration se burna a deux articles
ou je ne puiserai ci-apres que peu de lignes.
D'autre part, parmi quelqucs brouillons
inachevés, je retrouve ces vers :
TI\ENTE A:XS A PRES ....

Ah! cerle, il élait bcau le rc2iment des guides
A cheval, sabre en mlin, quand le solcil levanl
Éclairait, déploy~s sur dcux lignes splendides,
Nos plumels blancs et noirs carcssés par le vent !
S:ms doute on y menait la vie il grandes guidcs ;
Sans doulc. notre mess n'étail pas un couvcnt.
Pourtant la discipline était des plus rigidcs,
El !'esprit militaire on ne peut plus fervcnl ....
D'autrcs tcmp, sont venus, couvranl d'an voilc sombre
Ce brillanl météore cofoui dans lcur ombrc,
Mais donl survit l'image en mon creur atlcndri,
Avcc le souvenir des morls que l'on reg,·elle
Et cclui des bcaur jours ou nous suivions l'aigrelte
Qui pointait au colback du coloncl Fleury.

Que ce sonnet, en attendanl le boute-sclle
général de la vallée de Josaphat, serve done
d'en-tete a la ré:mrrection mom.:mtanée de
ce corps d'éltte ou j'ai servi deux ans comme
sous-officier, onze ans comme sous-lieutenant et lieutenant.

Un décret du Gouvernement provisoire, en
date du 4 avril 1848, prescrivit, pour le service de la correspondance et des états-maj ors,
la création de huit escadrons de guides, dont
cinq seulement furent jamais formés, savoir : deux a Saumur, trois a Lunéville. En
1851, on les réduisit a deux : le premier a
Metz, le second a París, ou l'un et I'autre
furent bientót réunis sous le commandement
du chef d'escadron d'état-major André Reille.
Nos contemporains doivent se rappeler ces
hatifs porteurs de dépeches, brulant le pavé
dans leur tenue sévere a peu pres semblable
a celle des anciens artilleurs, sauf le shako
et les épaulettes de laine qui, pour les guides
d'état-major, étaient de couleur cramoisie.
Au printemps de t852, ces deux escadrons
recurent le pantalon garance, le dolman vert
a tresses jaune d'or et, pour coiffure, le colback en peau d'ours noir avec flamme écarlate.
Tel fut, a tres peu de chose pres, !'uniforme adopté pour le régiment qu'ils contribuerent a former l'automne suivant, avec les
cadres et une partie de la troupe du 15• cbasseurs, sous les auspices du lieutenant-colonel
Fleury, promu colonel des guides le 22 décembre de la meme année.
La dénomination de guides d'état-major
fut du meme coup supprimée et le nouveau
régiment se trouva appelé a faire aupres de

Napoléon III le meme service que firent auprcs de Napoléon I•r les anciens guides du
général Bonaparte, devenus chasseurs a cheval de la garde en 1804.
Pendant un séJour a Londres ou il fit, en
1836, la connaissance du prince Louis, Émile
Fleury s'était vite assimilé ce qu'il -y avait de
bon a prendre dans les coutumes anglaises
pour l'élégance de la mise, pour l'amélioration
.de la race chevaline, pour la perfection des
attelages. Capitaine de spahis, il passait pour
avoir l'escadron de cette arme le mieux tenu
et le mieux monté. Aide de camp et plus
tard grand-écuyer de Napoléon 111, on a pu
voir avec quelle entente il a organisé le service des écuries impériales, exercé son influence sur celui des haras.
A ccux qui pcrsisteraient a ne voir en lui
qu'un des courtisans les plus favorisés du
rcgne, il suffirait d'opposer ses états de services sur lesquels on releve de 1857 a 1848 :
deux blessures, deux chevaux tués sous luí,
deux mises a l'ordre de l'armée et onze citations dans divers rapports de Son Allesse
Royale le duc d 'Aumale et du maréchal Bugeaud, notamrnent a la prise de la Smalah
et a la bataille de l'lsly.
Au physique, aucune silhouette, mieux que
celle du colonel Fleury, ne donnait l'idée du
véritable chic militaire, correct et distingué.
Voulant, autant que possible, que son régi-

ment fút fait it son iroage, il ne négligea
ríen pour alleindre ce but. Ayant d'ailleurs
ses coudées franches, il compléta son efleclif
a six escadrons par l'adjonction de vingt cavaliers de choix bien montés, pris dans chacun des régiments de lanciers et de dragons.
Un nombre égal de cavaliers non montés fut
pris dans le; régimertts de chasseurs d'Afrique, et leurs figures martialcs constituercn l
ce que, dans nos pelotous, nous appelions
les gueules du premier rang. Ce prélevement
ne laissa pas de contrarier les chefs de corps,
peu enclins a se séparer de ce qu'ils ont de
meilleur en hommes et en chevaux. Mais
comme, en cas de non-acceptation, le renvoi
avait lieu a leurs frais, ils durcnt se résigncr
a cxécuter a la leltre les prescriptions minisLérielles concernant la dime douloureuse qui
leur était imposée.
Le régiment, ainsi composé d'hommes chevronnés ou ne comptant pas moins de trois
ans de service, n'avait done qu'a perfectionner
son instruclion au point de vue des évolutions, et pouvait, débarrassé du travail des
classes, consacrer le temps nécessaire aux
soins les plus minutieux du pansage et de
l'astic. L'uniformité absolue était de rigueur
dans la coupe et dans les moindres dótails de
I'habillement. Le pantalon a la hussarde et le
pantalon collant, également proscrits, étaien t
amendés par le pantalon dit a la Flenl'y,
tombant droit sur la botte, couvrant le coude-pied et sans poches sur le cóté, aussi bien
pour les officiers que pour la troupe. Une
sévérité exccssive rendait ceux-Ia slriclement
responsables de la plus légere imperfection
dans la tenue des hommes sous leurs ordres.
Mais aussi quelle satisfaction pour nous, quellc
fierté meme, de rencontrcr en ville el de
roontrer a nos amis ces cavaliers bien tournés, bien gantés, marchant d'un pas dégourdi,
tete haute, le fourreau de sabre dans la main
gauche, la sabretache ballant cranement le
mollet.
Loin de ma pensée d'établir ici un parallelc
entre les prétoriens que nous étions alors et
l'armée nouvellc dans laquelle j 'ai eu l'honncur de servir aussi. Quelles que soient la
différence des temps, la forme du régiroe, la
durée de présencc au corps, c'est toujours le
meme amour de la patrie qui domine dans le
creur de ses soldats.
Sur soixante-deux officiers appelés a former ou a compléter les cadres a!'origine, dix:
provenaient des anciens guides d'état-major
et neuf du 15• chasseurs licencié. Dix sortaient des chasseurs d'Afrique ou des ~pahis,
et parmi eux tous les officiers supérieurs, savoir :
Fleury, colonel, ultérieurement général de
division;
Legrand, lieutenant-colonel, ullérieurcmcn t
généml de division, tué a Gravclotte;
Des Ondes, chef d'escadrons, tué licutenant-colonel a Solferino;
Montaigu, ídem, ultérieurement génfral de
division;
Nansouty, ídem, ultérieurement général de
brigade.
IV. -

HISTORIA, -

Fase. 26.

Les trente-trois autres, provenant de diYers
régiments de France, avaicnt été admis, sur
leur demande, par propositions spéciales, la
plupart ayant de la fortune et nombre d'entrc
cux appartenant a des familles légitimistes.
Puisqu'au dire d'Henri IV Paris valait bien
une messe, les agrérnents de sa garnison et
le port d'un élégant uniforme valaient Líen le
serment exigé d'eux pour entrer dans un
corps privilégié, jusqu'a nou1·el ordre seul
de son espece, ou le colonel ne demandail pas
mieux que de les aceueillir. L'F.mpire, plus
ouvert que le régimc qui luí a succédé, ne
faisait pas faire antichambre a ses ralliés.
Notre mess, postérieurement transféré a
l' ~cole militaire ot1 il a scrvi de modele a
ceux des autres régiments de la garde, mais
qui occupa tout d'abord un hotel ruede Grcnelle, élait un vérilable cercle dans Jeque!, en
dehors du service, les grades se confondaie11t
dans une égale camaraderie entre ceux qui
avaient quelque fortune et ceux qui n'cn
avaienl pas. L'Empereur avait pourvu aux
premiers frais d'installation et ni le mobilier, ni l'argenterie, ni la vaisselle n'avaient
ríen d'inférieur aux objets de meme naturc
dont est doté l'hótel des horse-guards a Londres.
La table, t.lisposée en fer 11 cheval, é1ait
présidée par le plus ancien officier supérieur
présent. Les autres places étaient tirées au
sort chaque dimanche et obligatoires pendanl
la semaine suivante, afin d'éviter des groupements par coteries. Chaque mercredi, un
diner de gala, pendant Jeque! jouait la musigue du régiment, nous permettait soit de
faire des politesses individuelles, soit d 'adresser des invitations collectives aux généraux
étrangers, aux attacbés militaires nouvellement accrédités, aux officiers anglais de passage a París a l'époque des courses, etc. A
ces diners hebdomadaires, tout le monde était
en habit et en cravate Llanche, cxcepté les
officicrs de scmaine, en tenue jonrnalicre
avcc la giberne, signe distinctif de leur serYice.
Tous les trois mois, une Comrnission composée d'un capitaine, d'un lieutenant et d'un
sous-lieulcnant était nommée a l'élection pour
administrcr le mess. Quand le commissaire
de table était un gastronomc, le trime~tre sc
soldait en déficit. On en était quittc pour
confier l'cxercice suivant aux soins d'un anachorete, et la balance se trouvait rélablie.
)lais si l'exaclitude la plus scrupul~use
nous était imposée aux heures du tableau de
travail, elle était moins observée daos la vie
babituelle aux heures des repas. Le retardataire, qu 'il se glissat dans la salle a manger
par une porte dérobée ou qu'il se présental
de front aux quolibcts de ses camarades, devait se contenter du menu au point ou il en
étuit, ou bien, pour etre servi in extenso,
payer une amende sérieusc au profit de tous
les convives .
Je vois encore mon carnarade le lieutenant
Gibert faisant son entrée au moment du dessert el, accucilli par un charivari formidable.
gagner tranquillement sa place ou, debout
..., 65 ..,..

LE 'JfÉGT.MENT DES GUTDES - - ,

,a

sur
chaise, il allcndait que le 5ilcnrc lui
permit de pfrorer. De la le dialogue suivant,
rigourcusrmrnt authcn1iq11e :
rous, en chCElff, sur l'airdes «Lampions)),
avec accompagnemenl de fourchelles el de
couteau:i:. - A l'amcnde ! a l'amende !
GIBLHT. Mon colonel, je demande la
parolc.
tE Lil:.UTE.'I 1:v1-&lt;.:01.0.'lt::L. -- Vous J'ave1,, mais
soyez bref.
LÉ c11mLn. A l'amende! a l'amcnde !
TALLE\:RAND-SAGA.'1, COlllre{aisa11l la voi.c
de l'/111issie1·. - Silencc, messieurs.
1;iu1mr. Mes chers camarades, l'oYation
ílalteuse par laqueJle vous venez de salucr
mon entrée m'honore au dela de toute expression. J'en suis profondément toucbé et ému.
s.1I\T-l'rt::nRE. Tu n'en as pas i'air ....
GIDEnr. Je ne peux pourtant pas me
mcttre it pleurer pour vous attcndrir ....
w c11CEUH. -Non, non ... assez ! A l'amende !
a l'ameode !
u: LtEUTE:X.li\T-COLO!'iEL. Laissez done
l'accusé se défendrr.
GIBEI\T. Je reprcnds. Mes tres c:her,, camarades ....
1/.1ssml. - Plus haut !
GIBEnT. Yous voulcz r¡ue je monte sur
la table? Soit. Maintenant, rassurez-vous, je
ne serai pas long. Certaincment je pourrais
plaider les circonstances atltínuanlcs. Je pourrais alléguer que c'était aujourd'hui le jonr
de ma blancbisseuse. ... ~Iais je ne le dirai
pas, parce qu'il ne faut jamais comprometlrc
une femme ....
ll1T11ilno~. Meme quand elle a des batloirs ! (Ri1·es JJl'Olongés.)
LE 1.1i-:urn:,.1:;r-co1.o:, EL. - Jera ppelle les inlcrrupteurs al'ordre et l'oralcur a la queslion.
GIBEHT. J'y reviens. Messieurs, il ne
m'en coiile rien d'avouer r¡uc j'ai mérité l'amende. Sommelier, des verres pour tout le
monde et du moi_;t a discrélion.
J'ai nommé d'Assier et llathéron, deux capitaincs du régiment bien disscmblables par
la preslance et le caractcre :
D'Assier, magnifique soldat, vrai Lype de
mousquetaire, calme, réservé, portant aus~i
dignement le dolmlll que nagucre la cuirasse,
aussi bon qu'il élait bcau, aussi adoré des
guides de son escadron qu'il l'était autrcfois
lorsque, ainsi qu'il aimait a le rapprlcr, il
commandait a des hommes bal'rlés de fe1· ! ...
Mathéron, au conlraire, lrapu, replet, ventripotent meme, faubourien d'esprit et de
manieres, tutoyant volontiers ses inférieurs,
mais tres bon officier et aussi cocardier dans
le service que bon vivanl a table. Nommé
sous-lieutenant aux guides d'état-major par
récompense nationale en 18 'f8, cet ancien
héros de Février, sans aulre fortune que sa
solde, n'en était pas moins le comive rec:berché de nos parties fines ou il payait Iargement
son écot par sa bonne humeur et par les saillics rabelaisiennes dont il les égayait. L'anecdote suivante n'en donnera qu'une faible idéc,
mais prouvera a quel point il sa vait, en toutc
occasion, se tirer d'affaire par un bon mot.
A la suite d'un diner au café Anglais ou

5

�r-

í

1HSTO'J{1.Jl

ses reparties avaient fait la joie des femmes
galantes les plus en renom qui s'y trouvaient
réunies, il fut admis a l'honneur de reconduire chez elle une de celles qui ne passait
pas précisément pour etre la moins intéressée.
- Que! dommage, dit-il en la déposant a
sa porte, que! dommage de rester sur la voie,
parce que mes mo)·ens ne me permetlent pas
de monter avec vous dans le train !
- Qu'a cela ne tienne, répondit la jolie
femme. Est-ce que les militaires ne jouissent
pas d'un Larif a quart de place? ...
- Oui, mais pas dans les coupés-lils, malheureusement !
- Admellons que pour une fois on ne
,·ous fasse pas payer de supplément. ...
- Oh! alors, c'est di[érent.
Et il s 'empressa de renvoyer le cocher du
fiacre qui les J vait a menés.
Quelques jours apres, au moment ou le régiment se préparail a rompre pour une marche militaire, un commissionnaire se présenta
a la porte du quartier avec une lettre pressée
a remettre au capitaine Mathéron.
Un homme de garde le conduisil au destinataire, a cheval face a son escadron. La lettre
était ainsi concue :

« llon cher capi lai ne,
u Si rous avez gardé bon souvenir de notre
trajel en compartiment réservé, remettez
done au porleur les dix louis qui me manquenl pour acquitter mon lerme. Vous obligerez par la volre a[eclionnée compagne de
voyage.
(( :IIARIA X ..•. ))

- C'est bien, dit Mathéron en pla~ant la
leure daos une de ses fon tes; nous causerons
de ~ une aulre fois.
Et il se bata de mellre le sabre a la main.
- ~Ion capilaine, il ne manque personnc,
vi nt luí rendre com ple l' officier de semaiue.
- Don. Garde a vous!
- Mais, monchiew·, insista l'Amergnat,
chelle dame attcnd la réponche. &lt;1 11 te remettra dix louis », qu'elle a dit comme cita.
- Dix louis? Eh bien! dis-/oui que j' étais
sor ti .... Daos chaque peloton et dans chaque
rang comptez-vous quatre I
Celte numération criée acheva de couvrir
les réclamations d u messager.
Jusqu'a la création de la garde impériale
dans laquelle il représenta l'arme des hussards, le régiment des guides fut seul chargé
du service d'escorte. Chaquc matin, un ,eelolon en grande tenue se rendait de l'Ecole
militaire aux Tuileries et, apres y avoir défilé
la parade, séjournait pendant vingt-quatre
heures au quartier d'Orsay, a proximité du
chatean. Ce service fut doublé apres la naissance du Prince impérial, dont la voiture
élait toujours accompagnée d'une escorie a
cheval pendant la promenade quotidienne
t¡u'on lui ·faisait faire au bois de Boulogne
sous la direction de son écuyer Bachon.
Quant a l'Empcreur, il ne se scrvait de

son escorie que le soir, pour aller au théatre.
Un brigadier et huit guides précédaient sa
berline; l'officier, suivi de son Lrompetle, se
lenait 1l la portiere de: droite; le sous-officier, a
la porlicre de gauche; le reste du pelo ton suivait la voiture en colonne par quatre. Au retour, l'aide de camp de service disait a l'officicr :
- Lieulenant, Sa Majesté vous invite a
venir diner demain aux 'l'uileries.
Le lendemain, avant qu'on passal a table,
!'invité était officiellement présenté et gracieusement aceucilli, non sans éprouver quelque émotion. En e[et, l'Jmpéralrice étai t
alors daos tout l'éclat de sa jeunesse et de sa
beauté, et la plupart se trouvaient tellement
intimidés en sa présence que leur trouble les
empcchait souvent de répondre un seul mol.
Muis, pour etre impératriee on n'cn est pas
moins femme, et le sentiment de respectueuse admiration qui se traduisait par ce
mulisme n'étail pas fait pour déplaire a celle
qui en était l'objet.
La premiere fois que je fus invité daos ces
conditions, c'était en hiver, apres une escorle
au thétltre de l'Odéon. Mais l'épreuve du diner
élait peul-etre un peu moins solennelle pour
moi, qui avais déja eu l'honneur d'etre présenté daos d'aulres circonstances. A table,
la conversation roula sur la picce de Louis
Bouilhet, qu'on avait vu jouer la veille, et sur
son interprélalion, !'une et l'autre fort appréciées.
- Je ne sais vraiment pas pourquoi les
habitants de la rirn droile ne vont pas plus
souvent a l'Odéon, lit observer l'Empereur.
- A cause de la distance, répondit un des
conrirns.
Et il réédita quelques-unes des plaisanleries
en eours sur la longueur du trajet, ele.
- C'est tres exagéré, dit l'Empereur, qui
s'adressant a moi, me demanda combien de
lemps nous avions mis pour faire ce soi-disant
voyage.
- Un quart d'heure, Sire.
- Vous entendez, messieurs, un quart
d'heure etcependant le pavé était tres glissanl.
- En effet, me diL l'Impératrice, je suis
meme étonnée que vous n'ayez laissé personne
en route....
- P~rsonne, madame, répondis-je en m'inclinant. Quelque lemps qu'il fasse, les guides
suivraient Votre ~tajesté jusqu'au bout du
monde!
- Au bout du monde, répéta l'Empereur
en souriant. Diable ! c'est encore plus loin
1.p1e l'Odéon ....
Je cite ce souvenir personnel, pour montrcr
le ton d 'améni té qui régnait daos l'intérieur
de e, Napoléon III et sa Cour »•
Done, excepté pour se rendre au spectaclc,
l'Empereur ne se faisait jamais escorler dans
la journée, soit qu'il montat a cheval, soit
qu'il sortit en pbaéton avec son aide de camp
de service. Quand e'étaii le tour du colonel
Fleury, celui-ci proposait quelquefois de terminer la promcnade par une visite, a l'irnproviste, au quarlier de son régimen! prévenu a
.., 66 ..,..

l'avance de cette éventualité par l'envoi d'une
estafette des écuries. De cette facon, le chef
d'escadrons de semaine avait eu le temps de
passer daos les cbambres pour s'assurer de la
rectitude des charges; l'adjudant, de faire
disparaitre sous la chaux les inscriptions plus
ou moins spirituelles que les lroupiers s'amuscnt a crayonner sur les murs; l'adjudantmajor, de faire faire un pansage prolongé
jusqu'a l'arrivée du visiteur annoncé.
Des que son phaéton était signalé du coté
de l'avenue de La Bourdonnais, la garde Je
police sortait en armes, la sonnerie de la
soupe appdail les hommes pele-mele aux
gamelles, et quand l'Empereur descendail de
voiture daos la cour, a quclques pas des officiers de semaine rendant comple au capitainc
qu'il n'y avait rien de nouveau, c'était bien,
en effet, l'aspect habituel du quartier, sans
préparalion apparenle.
- Mise en scene quand meme ! dira-l-on
peul-etre?
Pour le moindre inspecteur général on en
fait bien d'aulre.
Guidé par Fleury, Napoléon IlI passait alors
daos les écuries, dans les euisines, a l'infirmerie, daos les chambres, interrogeant partout nos cavaliers avec eette sollicitude constante du sort des humbles, dont le souvenir
restera 1.;gendaire malgré les malheurs donl
ce prince, si profondémenl bon et bien inlenLionné, a été accablé.
Apres avoir aecordé une ration de vin et
levé toules les punilions, il remontait sur son
siege, rendai t la rnain a ses trotteurs et franchissait la grille au rnilieu d'acclamations qui
n'étaient certes pas de commande.
Au général Flcury succéda le colonel de
Mirando!, parvenu fort jeune a ce grade élevé,
légitimemenl acquis au prix de ses glorieuses
blessures et d'une dé1ention de- six m ois au
pouvoir des Ara bes, détention pendant laquellc
son éncrgie contribua puissamment a maintenir le moral de ses compagnons d'infortunc
au milieu des cruels trailements qu'ils eurent
a subir en commun. Sa démarehe pénible et
son apparence chétive en accusaient les traces,
bien qu'une fois hissé a cheYal il ful encore
en état de satisfaire a toutes les exigences du
commandement, ainsi qu'il l'a prouvé daos la
campagne d'ltalie, et au Mexique ou il gagna
ses étoiles de général de division.
Néanmoins, on peut bien dire, sans olfonser
sa mémoire, qu'il était aussi étranger a l'élégance militaire que son prédécesseur en était
naturellement doué.
Habitué au prestige qui en Lourait l' appar ilion de son ancien chef, le régiment ne vil
pas saos élonnemenl les facons plus familieres
a l'aide desquelles son nouveau cclonel recherchait la popularité. Le malin, au sortir du
rapport, il venait quelquefois, appuyé sur sa
canne, vetu d'une longue pelisse plus semblable a une robe de chambre qu'a un vetcment d'ordonnance, s'asseoir au soleil, sur un
banc, devant le poste, invilant les hommes de
garde, tenus a distance par le respect, a
prendre place it ses cótés et a fumer, meme
en sa présence.

'---------------------------------Donne-moi ta pipe, &lt;lisait-il al'un d'cux.
Apres a,·oir tiré quelques bou[ées, il la lui
rendait en ajoulant :
- 'l'u ,·oís, ton colonel n'est pas fier . ll ne
craint pas de fumer daos la pipe, luí! Tu
di ras ca a tes· camarades ....
Le procédé était cerlainemen Ldémocra tique,
mais le tu diras ra a tes camaracles en
dévoilait un peu na'ivement le colé intéressé.
Moins doucereux a l'égard des ofíiciers,
maÍ.l!i ayant rarement l'occasion de sévir, vu
leur ponclualilé daos le ser vice, e' est a leur
Yie extérieure qu'il essaya de s'en prendre.
Quelr¡ues-uns d'entre nous avaient de jolies
voitures, de ces voitures de jeunes gens qu'on
conduit soi-meme. Galliffet, par exemple,
venait souvent au quartier daos son tilbury a
Lélégraphe tres soigné, attelé d'un stepper
bien connu a Paris, et la vue de ce jeune
sous-lieutenant décoré, médaillé de Crimée, si
militaire d'aspect, menanl un si beau ehcval,
ne laissait pas d'étonner les passanls de
l'avenue de La ~lolle-Piquet.
Ce luxe de bon aloi, encouragé par Fleury
cbez ceux a qui leur fortune le permettait,
trouva tout a coup un adversaire déclaré daos
son successeur, et c'esl a moi qu'il étail
réservé d'essuyer ~on premier feu.
La mode, a celte époque, était encore aux
eabriolets. Un jour que je rernnais du pansage
dans le míen, menant une jument grise qui
avait aussi de hautes actions, suivi d'un petil
Anglais en bolles arevers, bien ficelé, je croisai,
sur l'esplanade des Invalides, le eolonel qui
rentrait chez lui a cheval, en bourgeois, en
chapean baut de forme, avec sa pelisse de
petite tenue en guise de pardessus. Je passai
rnon fouet daos la main gauche pour faire, de
la droite, le salut réglementaire auquel il
répondit a peine en me jetanL un regard menacant, et le soir, a l'appel, je recus l'ordre de
venir lui parler le leodemain au rapport.
- Je vous :ii fait venir, me dit-il, pour
rnus i11 lerd,re de ,·ous donncr dJsormais en
spectacle quand vous a vez l'honneur de porler
volre uniformr.
- Comment, en spectacle, mon colonel!
Esl-ce que mon cabriolet a l'air d'une voilurc
de place'! Il est tout ncuf et sort de chez
Ehrler ....
- Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. 11 s'agit
de ne pas compromettre la dignitédu régiment
en vous donnant les allures d'un cocher.
- On n'a pas l'air d'un cocher daos une
voi lure de maitre faite expres pour mener soimeme !
- Eh bien! ayez-en une aulrc, ou failesvous conduire par votre domestique.
- Alors c'csl luí qui sera &lt;lans l'inté-

rieur et moi qui monterai debout derriere?
- Pas derriere, a coté de lui qui tiendra
les guides.
- Mais c'estcontraire a l'usage. Voyez, aux
Champs-Élysées .. . les membres du Club ....
- Ah! oui, le Jockey-Club, l'anglomanie !
C'cst juslemenl la lendance qu'il me convient
de réprimer.
Heureusement pour moi, l'admonestation
en resta la, car au meme moment passa,
devant l'École militaire, le général Regnaud
de Saint-Jean-d'Angely, commandant en chef
la garde impériale, en tenue du matin, conduisant, du siege de son phaéton a huit ressorls, une paire de grands chevaux anglais
qu'il était en Lrain d'essayei:.
- Regardez, mon colonel, dis-je a celui-ci
avec empressement. Vous voyez queje ne suis
pas le seul el que l'exemple vient de haut ... .
-C'estvrai, murmura-t-il un peu confus .. . .
Puisqu'il en est ainsi, allez, je n'ai plus droit
de rien vous dire ....
Et se retournant vers son lieutenant-colonel, le comte de Montaigu :
- Décidément,il n'y a plus que des anglomanes!
Je dois ajouler que l'excellent homme ne
me garda nulle rancune de sa petite déconvenue.
'frop brave soldal pour etre mécbant, il
n'était qu'un peu provincial. Mais d'Artagnan
l'était aussi, en arrivant du Béarn sur son
chel'al jaune.
Depuis la création des cinq autres reg1ments de cavalerie de la garde, nous avions
perdu le monopole du service d'escorte et de
la garnison de Paris. Embrigadés d'abord
avec les cuirassiers, entre Saint-Germain et
Paris, nous le fumes ensuite en Scine-etllarne avec les chasseurs, eux a Fontainebleau,
nous a Melun. La plus franche cordialité n'a
jamais cessé d'exisler entre les corps d 'officiers des deux régiments.
De Melun, l'éloignement n'élanl pas tres
~rand, on pouvait facilement aller diner a
Paris, a la condition de revenir par le dernier train. Pour tromper l'ennui du trajet,
nous avions fait confectionner une table a
jeu porlativc avec un tiroir contenant des
eartes, des crayons et des cartons a l'usage
du piquet a écrire. En arrivant a Paris, on
déposait la table daos le bureau des souschefs de la gare, ou l'excellent M. Regnoul,
actuellemenl inspecteur général de l'exploiLation, occupait déja un poste importa□ t. Le
soir, on la reprenait, on y vissait deux bougeoirs, et la partie conlinuait jusqu'a destination, 1t l'ébahissement des aulres voyageurs

Le ·1rtGVJfENT Des GmDes - -...
du comparlimenl qui, a la rigueur, auraienl
pu nous prendre pour des joueurs de bonneteau.
C'est a Melun que Galliffet fil et gagna le
pari- dont l'enjeu était de cinq cents eigares
- de sauter a cheval dans la Seine. Comme
on exagere tout, on a raconté qu'il s'y précipitl du haul du pont du chemin de fer!
Yoici la vérilé : il y avait en saillie le lon3
de la berge, pour la baignade des hommes
du régiment pendant l'élé, un ponton assez
élevé d'ou ceux qui savaient nager piquaient
des tetes dans 1'eau assez profonde en cet
endroit. C'est de ce ponlon que le héros du
pari, en tenue du jour, avec sabre et shako,
enlevant vigoureusement Lmwa, sa jumenl
de steeple-chase, plongea avec elle dans le
courant et la ramena a la nage sur le bord,
lui Loujours en selle.
Au point de vue de l'instruction, le général
Cassaignoles, commandanl la brigade, réuni,sait une fois par semaine ses deux régiments
pour les faire manreuvrer ensemble daos la
vallée de la Sole, pres de Fontainebleau, ou
la Cour séjournait souvent a la fin du printemps. L'Impératrice, passanl de ce colé au
cours d'une de ses promenadcs, s'arreta un
jour pour nous voir évoluer, suivie, avec ou
sans préméditation, d'un fourgon contenant
un somplueux gouter. Pendant le repos, Je
général fit sonner aux officiers, qui furent
invités a metlre pied a Lerre et a prendre
part, sur l'herbe, a ce lunch improvisé.
Quelques toasts chaleurcux portés a la
santé de la souveraine par le général el ses
deux eolonels eurent bienlól fait de délicr
les langues et, pour donner l'exemple :
- Yous voyez, me,sieurs, dit l'Impératrice,
c'est une partie de campagne. En pareil eas,
il y a toujours un promeneur qui chante une
1:hanson, et les aulres qui reprennentenchreur.
Lequel d'entre vous veut bien se dél'Ouer pour
égayer la réunion?
- Batsalle, Baballe ! désigna le chreur.
1\1. de Batsalle était un lieulenant des chasseurs de la garde qui passait pour avoir un
répertoire tres varié.
- Comment, vous hésitez?
- Beaucoup, Madame, parce que les chansons que je uonnais ne sont guere faites pour
elre chantées en présence de Votre Majesté.
- Ilah ! ad mel Lons que les mots un pc•u
trop vifs vous les remplacerez par turlutulu ....
- C'est que ....
- Quoi encore ·¡
- C'est qu'alors, l\ladame, il n'y aura
presque que des lurlu tulus !....
La sonnerie &lt;1 a chevall » mil forl heureusemenl fin a !'embarras du chanlcur.
MARQUIS l-'IIILJl'PE DE

MASSA.

�..,

Le mystere de Nuremberg
Par JULES HOCHE

L'hi,toire 1mstéricu,e de Gaspard llauscr
a 1100 seulcm~ut excité en son temps la
t'uriosité el J'émolion de l'Allcmagne, mais
encore eelle de l'forope Lout cntiere.
Toule une moitiédu dernier siecle, a partirdr
18':lH, rctentit du nom de ce célebre inco111111.
Le prestige romanesque, légcndaire, de Gaspard Jlauser finit par éclipser cel?i du Jla~51w·
11&lt;' fei- lui-mcme. Des généraL10ns enllerc:-,
se passionncnt pour lui. La diplomatie entre
en Lranlc; des rois, des princes, des empcrcurs s'iotéressent a son bisloire. L'opinion
puLlique entasse h1potheses sur hypothe,&lt;'~,
invraisemblanccs sur invraisemblauces. En'
Allemao-nc toute une littérature surgit ou
"
..
Caspard llauser, sa téné~reuse or1g1_ne c_t
l'histoire de sa courte carnerc sont m1,es a
toules les sauces.
Seulc entre toutes les nalions, la France
"arde au milieu de celte fierre une attitude
indifférenleet sccpliquc, trop sceptique meme,
d'un scepticisme confinant a la plus piteuse
i 6norancc.
En France, il faut Lien le dire, nous n'al'ons
jamais élé au courant des grands moul'emenls
lit téraircs ou sociaux qui se produisaient dans
le reste de l'Europe. IJepuis quelque temps
sculement une réaction se fait; nous commerwons a nous inquiéter de nos voisins, de
ce q~'ils font et de ce qu'ils pensent. Une
crnellc expériencc nous a appris que, sous
peine de déchoir, il faut conoaitre les autres
aussi bien qu'ils nous connaissent.
Mais il n'en était pas ainsi il y a soixanle
ans. Le monde s'arrctait pour nous au:drontieres, el avec lui nolrc connaissance des faits
conlemporains, nolre érudition memc.
A Paris surlout on pou1·ail dirc en retournant J'adage latín que « rien de ce &lt;1ui était
étran"er ne nous paraissai l humain l&gt;. C' esl
si vrdi, que Théophile Gautier, qui se piquail
d'érudition, a pu douler de l'existence réelle
de Gaspard Jlauser peu d'années apres les
proces relcnlisrnnls auxquels elle a Yait donné
licu, el alors qu'une g1·ande parlic de l'Europe étail cncore sous le coup de J'émotion
causéc par sa morl mystérieuse.
IJans son Jfotoil'e de l'A1·t dramalique en
Fmnce, Th. Gautier a, en elTct, laissé imprimer le non-sens~suivanl: « Gaspard llauscr,
dont la dcslinéc mystéricusc a tanl intércssé
les ames sensibles, n'est autre chosc qu'un
canard de M. )léry..lamais canard n'eul un
tclsucces .... ,, (lljuin 1838.)
Ce qu'il y a de plus invraisemhlable t•ncorc, c'esl que. uans J"Jnter111édi11ire tics
clte1·c/1eurs el des curieu.r, un ccrlain Alexi-;
l\lartin, se référanl 1, l'affirmation de Gautier,

L'll IXXli, &lt;&lt; r¡w• la cliMe soil dile
,,¡ ¡11·ouoé&lt;• une foi~ 710111· /011/es, n - l'xi-

dema11da,

¡.:cnre qui lui allira d'un collahoraleur pi. Le
\'alentinois) la réponsc suivanlr :
« 'fb. Gautier a confondu G. llau•cr aYec
.Juliacb, la jeunc tille saurnge qui habitait les
forcts du département du Yar. )léry avail
imenté cctle histoirc aprcs que celle de
G. Ilauscr fut conoue. Cellc-ci est absolu rncnt
vraie. Ce malbeureux a été enlevé, isolé, séquestré, mis en liberté et assassiné. G. llau~cr, né en 1812, aurait aujourd'hui soixanlt•&lt;111alorle ans. Sa samr, apparentée a plus
d'une famille souveraine, vil cncorc et esl
actuellemeot a Paris. II y a quarantl' ans on

Ci.lSPARD
Gra¡,un• .:te (i.

S c HERr1.1..

11\¡;sr.R.
(r,1N11el :fes 1-:sI.111,pe.&lt;. )

m'a monlré l'homme qui, Jisait-011, aYait tm1
cet inforluné. l&gt;
011 )l. Le Yalentinoi~prenait-il cetle sceur'!
C'csl resté un secret entre lui et l'fnle!'l11écliaire des chercheurs el de$ c111·ie11..t'.
..., 68 ....

Pour r(:laulir les faits dans toulc leur 1i·rilé, - ou du moins dans toutc lcur vraiscmblance, puisque G. llauscr est resté jusqu'i1 la fin de ses jours une vil'anle énigmt•,
- nous allons suiYrc le célebre inconnu pas
a pas, depuis son apparition a Nüremberg
jusqu'a l'épor¡ue de sa mort, m écarlanl toutcíois les é1·énrmcnts par trop dénués d'in1,:ret, et en él'itant autant c¡ue possiblc de porter
dans le débat un jugemenl persoonel, car
c'cst l'bisloire strictemenl arri\'ée de GasparJ
llauser &lt;¡ue nous ,·oulons raconter, lcllc
qu'elle a été rcconstruitc al'CC les nombreuscs
picces et documents aulhenli&lt;¡ues consené.s
en ,\llemagnc.
Le lectcur prononccra.

Le lundi de Pcntecolc de l'année l 8':l8,
entre qualre et cinq heures de l'apres-miJi,
le cordonnier \\ eikmann fdisait un tour de
promenadc hors la Porte i'\ouYelle de l'iiirembcrg. 11 ne tarda pas 11 rcncontrer un de ses
amis, le cordonnier llck, et lous dcux s'arrelcrcnt quelques instanls pour bavarder.
.\ ce momcnt un jeune homme de 1G a
18 aos, qui descendait le seolier raide el mal
pavé du &lt;&lt; Bii1·lei11/w/e1· n, les interpella par
ces mots :
- lleh nue ! \\"o Neutborstras? (lié gareons ! ou (est) la ~cu thorstrass? (faubourg
de la Porte Nouvelle).
Le noul'eau Yenu avait une altilude visihlcment genée et paraissait tres fatigué. 11
portait un chapeau de fculre noir, une ja&lt;1uetle
gris foncé, tailléc dans une anciennc livrée
de domestique, des pantalons de chcval de la
meme étolfe, rapiécés en:maint endroit, et des
dcmi-bottes ferrécs aux taloos selon la mode
liavaroise. Si bien que les dcux cordonniers
le prirenl d'abord pour un apprenti cocher
ou un compagnon tailleur.
Commc Weikmann se proposait lui-memc
de rentrer en ville par la Porte ~ouvellc, il
olfrit au jeune bomme de l'accompagner lJOUr
lui montrer le chemin.
lis wnaient de se meltre en route quand
l'inconnu s'arrcta et tira de sa poche une
grande enveloppe cachetéc qu'il tendit a son
guide. Elle portail la suscriplion suivanle:
« ,\u tres honoré com111andant du c¡ualriemc cscadron du sixieme rl:gim1'nl de chl'vau-légers a Ni·,rembcrg. »
\\'eikmann qui ne connaissait pas le dc:-tinatairc de la lcttrc proposa au jeu11c hom111c
de se renseigner au corps de gardc de la
Porte Xom·elle.

_____________________________

Chemin íaisanl, le cordonnicr essaia a
plusieurs reprises de lier com-ersation aYCC
l'inconnu, mais celui-ci ne n;pondait guere
i¡nc par monM)llabcs, et dan~
un pato is tres défectueux.
Au corps de garde, ils apprirent que le chef d'cscadron
Fr,:déric de Wessenig, auquel
1:1~il adressé1• la lettre, dcmeurait préci~ément dans 11•
foubourg de la Porte \ou,cllc.
Alors l'inconnu prit congé de
son guide rt se dirigea tont
seul vers l'endroit qu'on luí
al'ait indiqué.
Ayan t sonné a la porte, il
ful rcou par un garoon d'écurie
auquel il dit a brf1le-pourpoint ce 1¡11'011 /'amit arlressé
á rellr mai.,nn, Pf qu ·il 1•011/a il
étl'r 1111 ral'lllir,· co111111e so11
]Jete. ))

Le gareon d'écurie lui ayant
demandé dºoii il venait, il rrpondit qu'i/ ne savait pas.
La-dessus, commr le cbe1
d'escadron étail absent, et que
l'inconnu désignait ses bolles
poussiéreuses comme pour indiquer qu'il n'en pouvait plus,
le domestique l'emmena avec
lui a l'écurie et lui o!Trit de la
hiere et du Yin qu'il repoussa
avec un geste de dégout. Par
contre, il accepta de l'cau et
du pain qu'il avala avec une
bate et un contentement significatifs .
Apres quoi il se roula dans
la paille et s'endormil proíondément, les membres pelotonnés a la faeon de certains animaux.
Vers huit hcures, il fut réU'\F. VUE
veillé par le chef d'escadron
qui, rentré de promenade, pénétrait dans l'écuric avec dcux
ou trois de ses amis, tous eurieux de voir le
e&lt; sauvage l&gt; dont le palefrenicr venai t de leur
faire un porlrait préliminaire. Sit,ll que l'inconnu eut apercu l'officier, il s'approcha de
lui en saluant, et caressant d'une main la
poignéc de son sabre, il dil :
- C'rn esl un pal'eil que je 1•011drais
rtre.
L'officier lui ayant fail remarquer qu'il
(ttait trop petit pour entrer daos la ¡;avalerie
el qu'il ne pouvait faire qu'un fantassin, il
répliqua : « Non, non, pas fantassin, je veux
rtre un comme ca,. &gt;l
El comme on lui demandait son nom, il
cut une réponse plus Lizarre encore :
- Mon Luleur m'a recommandé de toujours dire-: je ne le sais pas, J'otre Grare.
En meme tcmps il otait son chapeau et
ajoutait :
- .Mon tuteur m'a recommandé de touJOurs oter mon chapeau et dire: Votre Gracc.
L'officier maintenant rompail le cachet de

meme pa, le dirc. Je lui ai d1:ja appris a lire
et 11 écrirc, et il sait aussi écrire mon écriture comme J écris, et quand nous lui dl'mandons ce qu'il ,,cut dcl'cnir
il a répondu : il 1·eul aussi dc1·enir un cheYau-légcr, ce que
son pere a í•t(\ il veul aussi 11•
devenir.
ll S'il avait cu des parenls
au licu du contrairc il serail
devenu un gaillard tres instruil.
vous n'avez qu'a lui montrcr
quelque chosc, il le sait toul
de suite.
» Je ne l'ai conduit que jusqu'au cbemin de :'\eumark,
d'ou il a été obligé de se rcndre cbcz vous tout seul, je lui
ai &lt;lit que quand il sera une
fois soldat, je viens le chercher tout de suite sans quoi
je ne me l'aurais jamais débarrassé de mon cou; honoré chef
d'escadron, vous n'avez pas du
Lout i1 l'cntreprendre, il ne
sait pas J'eodroit ou je suis, je
l'ai emmeoé au milieu de la
nuit, il ne retrouvcra plus le
chemin de la maison.
&gt;l Agréc1, mes scnliments
obéissants. Je ne fais pas connaitre mon nom car je ponrrais etre puni.
» Et il n'a pas un kreutzer
de monnaie sur lui, car moimeme je n'ai rien; si mus ne
le gardez pas il faudra qu'on
le fasse aballre (sic) ou qu'on
le pende dans la cheminée. »
A celle lettre était joinl un
IJillet, prol'enant c1•nsémenl de
la mere de Gaspard et daté de
seizeansauparavanl, maisécril
aYec la meme encre et, discnl
DF LA VILLE DE '\URDIBF.RG, DA'\S LA PREl!IÍ:RE MOITI~; DU
quelqucs-uns, dela meme main
Dix-,r-:unbff SIECI.E. - Des.&lt;ilt de STROOB.\NT.
et sur le mfme papier. Du reste,
pour déguiser sans doute celte
nous allons donner une lraduction aussi similitude des deux écriturcs. le billet était
fidelc que possible :
écrit a1·ec des lettres latines, c'cst-a-dire fran1:aises (el non en latin commc le dit le dictionnaire Larousse).
« L'enfanl est déji, baptisé, il s'appelle
Tres honoré chef d'escadron,
Kaspar; pour ce qui est de I'aulrt• nom, i1
« Je vous emoie un garcon qui ne dr- faudra lui en donner un rnus-mcme, élel'f'Z
mande qu'a servir fidelement son roi. Quel- I' enfant; son pere éta it un cbevau-léger,
qu'un m'a remis cet enfant, le 7 oclobrc quand il aura dix-scpt ans, vous l'enverréz i,
1812. Je ne suis qu'un pauvre journalier et :'\üremberg au quatricme régiment de cbej'ai moi-merne dix enfanls a nourrir; sa vau-légers, la aussi a été son perc; je vous
mere me l'a confié pour l'élcl'er, mais je n'ai supplie de l'élcver jusqu'a dix-sept ans, il est
rien pu savoir d'elle el je n'ai ricn dit non né le :iO avril 1812, ,je suis une pauyre filie,
plus ala justice qu'on me l'avait confié. Je je ne peux pas nourrir l' cnfant, son pere est
me suis dit qu'il fallait le lrailer comme morl. ))
mon propre fils,je l'ai élevé chrétiennemenl,
lci ou1-rons une parenthcse pour faire reet je ne l'ai pas laissé faire un pas bors de la marquer au lecleur que ce billet ne pouvait
maison depuis J812, pour que personne ne etre qu'un artífice inventé par le mystérieux
sache ou il a été élevé, et lui-meme ne sait auteur de la leltre pour dépister les recberrien commenl ma maison s'appe!Je, el le vil- cbes. Car non seulement le fait de la simililagc ne le coonait pas non plus, vous pouvez tude des deux écritures le prouve, mais un~
déja lui demander, il ne pourra Lout de des plus spirituels commentateurs allemand
l'cmcloppc &lt;Jui portait son adresse, et sa surprisc allait croissant. Elle rcnfermail d'abord
une ldtrc écritc en mauvais allemand et dont

0

�r-

1f1STO'J{1.Jl

-----------------------------------------~

de l'histoire de Gaspard Uauscr fait avec
beaucoup d'a-propos le raisonnement suivant : - 11 n'y a rien d'impossible, en ef.fet,
a ce qu'une pauvre jeune filie se soit laissée
séduire en J 811 par un soldat de la cavalerie
légere, mais il ne parait pas probable qu' elle
ait pu deviner (a l'époque 011 le billet aurait
élé écrit) que le quatrieme régiment de chevau-légers alors en garnison a Bamberg marcherait sur la France en 1815 et reviendrait
se fixer 11 Xüremberg en 1815.
L'énigme que lui posaient la lettrc et son
porleur laissait M. de \\'essenig trl!S perplexe. Que faire du petit &lt;! sauvagc? ... )&gt;
11 finit par se décider a l'envoyer, loujours
muni de sa leUre, au commissaire de police
en permanence au Rathaus.
Celui-ci recommenra a l'interroger, et finalement, le tenant pour un vagahond, Iui demanda sur quoi il couchait d'habitude?
- Plumes de .Jacob, reparlit l'inconnu,
se servant d'une métaphore poJ!ulaire en
Allemagne pour désigner ironiquement la
paille.
- Gredin ! s'écria le commissaire de poiice, tu es un imposteur.
Mais l'autre se contenta de répondre :
- Je ne sais pas, je veux rentrer a la
maison (hoam 1¡,ill i gelm).
On lui demanda alors de Jire quelques versets pieux daos le livre de prieres qu'il portait sur lui. Il se preta d'assez mauvaise
grace a réciter un Pater noste1· et une autre
priere couranle, en demi-patois toujours.
Puis, l'un des assistants lui tendit un morceau de papier en le priant d'y tracer son
nom et le nom du lieu d'ou il arrivait. Sans
hésiter, l'inconnu écrivit tres lisiblement son
nom : Kaspar Hauser, rnais s'en Lint la. Et
comrne on le pressait d'achever d'obéir a
l'injonction qui luí avait été faite, il dit :
- &lt;;a, je ne peux pas (ott je ne dais pa.~)
le dire.
- Pourquoi ne dois-tu pas le dire?
- Parce que je ne le sais pas.
Les menaces memes ne réussirent pas a
Jui en faire dire plus long. Aussi le commissaire n'eut-il d'autre recours que de le faire
conduire a la prison de la ville, avec la recommandation loutefois de ne point le mcler
a la foufo commune des mendiants et des vagahonds, mais de l'enfermer au contraire
avec un détenu isolé qui parviendrait peutctre a le faire parler, car c'était alors !'avis
des chefs de police présents au court interrogatoire de Gaspard Jlauser, que celui-ci aurait pu en dire davantage s'il avait voulu.
Comme on lui ouvrait la porte du cachot,
Gaspard llauser s'écriait : C( J'en ai eu un
comme \)a! ))
Le compagnon qu'on lui donna était un
gari;on Loucher condamné a quarante-huit
heures d'emprisonnement pour ivrognerie et
qui déclara le lendemain que (le jeune gars
était un&lt;! bamf ,&gt; d'oi1 il n'y avait rien atirer.
Cependant le gardien de la prison essayait
des le lendemain de nouer une conversation
avec le mystérieux détenu.
- Comment t'appelles-tu '!

- Gaspard Hauser.
- D'ou es-tu?
- Ca, je ne le sais pas.
- De chez qui viens-tu?
- De chez celui oh j'ai loujours été et
qui m'a mis sur la route du grand village
(Nüremberg).
Afin de l'occuper, le gardien lui apporla
de grandes feuilJes de papier sur lesquelles
Gaspard Ilauser, armé d'un crayon, se livra
aussitol a toutes sortes d'exercices calligraphiques. 11 remplit une page entiere de son
nom, et parmi le petit nombre de mots qu'il
répéla sur les autres pages, revenail souvent
celui de cavalier.
Un nouvel interrogatoire eut lieu dans
l'apres-midi, mais sans amener aucun éclaircissement. Gaspard llauser déclina son nom,
son age (seize ou dix-sept ans), sa religion
(catholique), rnais quant ~u reste il se contenta de formuler a nouveau les deux ou
trois phrases de mauvais palois auxquelles il
paraissait résolu a vouloir borner a tout
jamais sa conrersation : « je ne sai.~ pas,
- j e veu.-r e/re un cavalier comme mon
7&gt;he, - je 111'11.-r renh'er 11 la mnison. )&gt;

II
Cependanl la singulicre histoire de Gaspard
Hauser ou du moins le peu qu'on en savait,
était parvenu aux oreilles du bourgmestre de
la ville, en meme temps que le bruit se répandait comme une trainée de poudre dans
tout Nüremberg qu'un jeune homme mystérieux était détenu a la tour de Festner, qui
ne savait pas d'ou il venait.
U faut se rappeler ici que nous sommes
en 1828, a une époque ou les journaux
n 'étaient guere répandus en Allemagne, el
oh l'événement le plus insignifiant en apparence et qui passerait peut-etre inaperi;u aujourd'hui, remuail les villes et les campagnes
pour peu qu'il fut enlouré de circonstances
mystérieuses ou simplemeot romanesques et
inintelligibles.
De telle sorte qu'en peu de jours Gaspard
Hauser fut devenu une great allmction,
comme on dirait actuellement, une curiosité
e:xceptionnelle, un phénomene, un monstre,
selon quelques-uns, href, la fable du pays
toul entier.
De grands persoonages mernes accouraient
de tous les poinls de la Baviere pour voir le
ieune inconnu et s'entretenir avec lui.
Le bourgmeslre d'ailleurs l'avait pris sous
sa prolection et, en atlendanl de lancer a
travers l'Allemagoe le fameux Avü officiel,
dont nous citerons les passages essentiels
tout a l'heure, il ne négligeait rien pour
meltre le mystérieux llauser en contact avec
le plus de monde possible, dans l'espoir que
quelqu'un le reconnaitrait.
Tous les jours son garde du corps, - car
un sergent de ville était spécialement attaché
a sa personne, - le promenait !t travers les
rues et les places les plus fréquentées de
Nüremberg, voire dans les tavernes, les
brasseries et autres établissemenls peu re.., 70 ...

commandables 011 la palience du jeunc
homme, en bulle sans cesse a des curiosités
inimaginables, a des obsessions féroces, étai l
souvent mise a une rude épreuve.
Sur la demande du bourgmestre, Gaspar
Ilauser fut soumis a !'examen du médecin
légiste Karl Preu, Jeque! résuma son avis
dans les termes suivants :
« Cet homme n·est ni un fou ni un imbécile (cornme les aulorités l'avaient supposé
un instant), mais il parait évident qu 'il a du
etre soustrait par la force a toule éducation
humaine et sociale. C'est a peine s'il sait Jire
et écrire. 11 a été élevé dans des forets,
comme un demi-sauvage; aussi, dédaignant
une nourriture confortable, ne vit-il que de
pain noir et d'eau.
« Il a toutefois été vacciné, car son bras
droit en porte encore les traces, et ce détail
sera peut-etre de quelque importance dans
les recherches a venir. J'ai aussi réussi, non
sans beaucoup de peine, a lui faire dirc qu'il
avait nom·ri che::; ltti un rheval blanc.... 1&gt;
Le bruit fait autour du jeune phénomenti
allait lui allirer les visites du célebre criminaliste Feuerbach, d'A nsbach, du non moins
fameux homéopathe Hahnemann, de lord
Stanhope, qui s'occuperont successivement de
corriger les injustices du sort ou de la nature a son égard. Mais avant d'entreprendre
le récit de cette longue et curieuse odyssée du
jeune héros, il nous faut mcltre sous les
yeux du lecll'ur une piece authentique du
plus haut intéret et ou se trouvent minutieusement retracées les mystérieuses circonstances qui ont précédé et accornpagné l'arrivée de Gaspard Hauser a Nüremberg.
C'est l'étonnant avis ou proces-verbal publié par le bourgrnestre de Nüremherg le
7 juillet de la roeme année, et dressé it l'aide
des renseignements arrachés a Gaspard flauser lui-meme et des observalions faites sur
lui par les nombreuses personnes qui l'avaien t
approché.
La lecture de ce document est a peu pres
indispensable pour voir clair dans une aussi
ténébreuse bis toire.
Encore devons-nous avertir le lecleur que
la publication du fameux proces-verbal fut en
son lemps taxée d'imprudente et de prémalurée par quelques légistes, comaincus
qu'une telle publicité ne pouvait que nuire a
J'enquete commencée sur llauser et épaissir
autour de luí le rnile du fantastique en pretant le flanc aux racontars les plus invraisemblables.
C'était au reste !'avis meme du tribunal
supérieur d'Ansbach a qui le bourgmestre
avail fait soumeltre son manuscrit, et qui
répondit par un rescrit adressé au commissaire de Nüremberg, ainsi conru : « La description que nous aYous sous les yeux renferme tant de détails fanlastiqucs ou pour le
moins invraisemblables, qu'on peut a peine
se défendre du soup9on de quelque grossiere
méprise, lors meme qu'elle ne serait pas provoquée par le jeune inwnnu lui-meme; en
conséquence le magistral fera bien d'etre tres
ci rconspect dans la rédaction de son proces-

'--------------------------verbal, et de ne pas s'exposer !1 etre compromis par la suite. 1&gt;
Le bourgmestre, malheureusemcnt, n'avait
pas attendu cette réponse pour publier son
manifeste qui parut le 7 juillet et souleva
dans toute. l'Allemagne une émotion indicible.
En voici quelqucs exlraits :
AVIS PUBLIC

Conrenianl ttn je1111e lwmme élevé dans
une séquestration illégale, lotalemenl abandonné et liv1'é il lui-meme.

Lr.

M.\GISTnAT

Le

cctte opération s'cffectuait égalemC&gt;nt pendanl
son sommeil.
« r ne pe lite porte basse, \'Crrouillée en
dehors, fermait le ca rea u qui se chauJfait au
moyen d'un l'ourneau blanc, rond, de petitc
taille, ayant la forme d'une ruche d'abeilles.
ce Ilauser est resté longtcmps, tres long1emps, dans eelle prison, sans pouvoir
rien préciser quant a la durée exacte de sa
détention, - car il n'a pas la notion du
lemps. II n'y a jamais vu per~onne; il n'y a
connu ni la lumiere rayonnante du soleil, ni
l'éclat doux de la lune, ni aucune autrc
lumiere; et aucune voix humaine ou anímale
ne s·y est jamais fait entendre.
« Puis en fin, un beau jour, la porte du
caveau s'eotr'ouvrit, et un homme entra, nupieds, mal vetu et courbé comme lui (a cause
du peu d'élération du plafond de la grotte).
Cet homme se fit connaitre pour celui qui lui
:ipportait lnus les jours sa nourriture et qui
lui amit fait cadeau des joujoux servanl a le
distraire.
« Il lui remit quelques livres pieux, en
lui disant que le moment était venu d'apprendre a Jire et a écrire, et qu'il serait ensuite conduit chcz son pcre, lequel élait un
cavalier, et que lni-meme en deviendrail 1m
pa1·eil.
« Le pauvre séquestré se mil done :1 apprendre les éléments essentiels de la lecture
et de l'écriture, saos toutefois faire de grands
progres, car l'homme qui l'instruisait ne se
montrait que tous les quatre ou cinq jours.
c1 Ce dernier se comportait, parait-il, avec

MYSTE]('E DE Nu~cMB'E'J{.G ~

le ch.ttiant ensuite 11 coups de baton, quand
il avait cru pouvoir se permeltre cette récréation. Ces mauvais trailements ont d'ailleurs
laissé une trace visible au coude droit du
malheureux.
« SouYent l'homme fi:xait sur son élcve un
regard pénétrant, lui disant de ne jamais'
che1·cher il (l'anchir le seuil de la porte.
pai·ce qu·une voúle célesle .~'étendait n11dessus rle lui, ai•ec un Dieu au fond qui l&lt;'
ballrnil s'il tentait de sortfr.
ce Quelques semaines ou quelques mois
s'écoulerent ainsi; puis, une nuit, Ilauser fut
réveillé en sursaut. L'homme se tenait devant
lui, non pas pieds ous et en bras de chemise
selon sa coutume, mais vetu d'une redingote,
un chapeau noir sur la tete et des bolles aux
pieds.
&lt;! II dit au jeune homme qu'il allait l'emmener maintenant, et, joignanl le geste a la
parole, il le chargca sur son dos, et le transporta s~ns s'arretor, alravers les ténebres de
la campagnc, sur une montagne assez élevée
011 ils atlendirent le jour.
&lt;! llauser s'était endormi daos J'intervallc
et ne se réveilla que lorsqu'il se seotit déposer a terre. L'étranger alors lui apprit a marcher, ce qui lui paru t tres pénible, car la
plante de ses pieds nus souffrait du contacl
des moindres aspérilés du sol.
« 11 était encore vetu. comme toujours
dans le caveau, d'une chemise et d'uo pantalon, mais il portait en plus un cbapeau de
paysan rond et d'assez grande dimension.
&lt;! La nuit les ayant de nouveau surpri~,

De la 11i/le bavaroise et royale de Nifrem~
bP1·9, porte ci-dessous a la connaissance universelle un cas si extraordinaire dans son
genre, si inou'i, qu'il s'impose de lui-meme
non sculement a l 'attention de toutes les autorilés judiciaires, civiles et militaires, mais
aussi a la pitié de tous les creurs sensibles de
notre patrie.
(Suit le récit que nous avons fait plus haut
de l'arrivée de Hauser a Nüremberg et des
interrogatoires sommaires qu'on lui fit subir
bien inutilement.)
« Gaspard Hauser, poursuit le bourgmestre, - ainsi s'appelle la victime de ces
lraitemenls inhumains - fut séquestré isolément et ne vit aucun etre humain, si ce
n'est le monstre qui lui apportait sa nourriture quotidienne : du pain et de l'eau. Le
lieu ou il était enfermé figurait une grotte
étroite, au sol boueux, mais couverte, parait-il, d'un toit de planches habilement ajustées de fai;on a intercepter le jour. Deux
petites fenetres rectangulaires, tout juste suffisantes pour laisser passer une faible et
vacillante clarté, étaien t pratiquées dans les
parois de la grolte et se fermaient au moyen
de clavettes en bois. Jamais le prisonnier ne
vi t le soleil.
« 11 se teoait accroupi par terre, vctu seulement d'une chemise de couleur et d'un
pantalon, et jouait hahituellement avec deux
petits chevaux en bois blanc et un chien en
bois également, dont il ornait le cou de toutes
sortes d'objets, leur parlant antanl que la
langue rudimentaire qu'on lui avait apprisé
le lui permettait ....
&lt;e Pour tous meubles, un poele de fa'ience,
un tonneau muni d'un couvercle et affecté
aux hesoins naturels du prisonnier, el une
paillasse qu'il appelait son lit.
&lt;! Comme il ne pouvait se tenir debout el
marcher qu'avec peine faute d'cxercice, il se
contentait de se trainer par terre a la fai;on
des culs-de-jalle, soit pour jouer, soit pour
prendre sa .nourriture, soit pour gagner son
graba!.
« A l'aube, quand il 's'éveillait, il trourait
Clicbé Lévy.
pres de son lit le pain noir et l'cau représenLA PLACE: D t: :l!ARCHÉ, A :\"UREMBE:RG.
tant sa ralion quotidienne; quelquefois meme
il s'apercevait qu'on lui avait coupé les ongles
et les cheveux. On ne lui changeait que tres la mauvaise foi la plus insigne, promettant
ils s'étendirent sur le mi ou ils resterent
rarement sa chemise; il ignore d'ailleurs par exemp\e a l'enfant de le laisser s'amuser
exposés 11 la pluie battante qui tombait sans
comment cela se praliquait, et il pense que avec ses chevaux s'il apprenait ses le9ons, et discontinuer.
.., 71

1M

�111ST0'/{1.A
&lt;! A l'aube ils se remirent en roule et
marcherent jusqu'a la troisieme nuit qu'ils
passerent comme l' au lre a la belle étoile.
&lt;, Enfin, le jour suivant, on fil halte a un
endroit qui parait devoir se lronrer a une
distance assez considérable de notrc ville.
&lt;! La, l'étranger tira d'une besace les vctemenls qui ont été décrits plus haut et les fit
endosser au jeune Gaspard, )' compris les
Las bleus qu'il ola de ses prnprcs pieds ponr
les passer aux siens.
&lt;! lis échangcrent cnsuite leurs chapea u\,
et, ainsi transformés tous dem:, ils poursuivirent leur cbemin.
&lt;! Leur nourrilure, pendant lout ce traje!,
était la meme qu'on senait a Gaspard dans
sa prison, c'est-11-dire dn pain et de l'eau.
!! En ronte, l'étrangcr s'occupa principalement d'apprendre au jeune bomme le l'alei· 11osle1· en allemand, et une autre pricre
qu'il n'avail jamais entenduc auparavanl.
(llauser les récile encore fort bien aujourd'hui.)
&lt;1 Entre lemps il revenait 11 son llieme
favori : J'étal de cavaliel' de son pcre et son
désir (a lui) de voir l'enfant en devenir un
pareil.
!( Quand par basard on passail pres d'endroils habités, ou qu'on croisait des piétons
sur la route, l'étranger recommandait a llauser de rcgarder par terrc, sous le prétexle
qu'on marcbait plus facilement ainsi, rnais
en réalité pour l'empecbcr de remarquer les
hommes et les choses qu'on rencontrait el de
se les rappeler dans la suile.
!( Arrivés a proximilé de l\üremlierg que
I'étrangcr désignait par ces mots (! le grand
village i&gt; , il tira de sa pocbc la !ettrc cacbetée
et la remit it llauser en lui disant de l.t montrer au premier passant venu, qui lui indiquerait son cbemin. On sait le reste.
« )Iaintenant, il faut afílrmer hautement
ici que si nous nous lrourons en présencc:
d'un cas tout a fait exccptionnel et tel que

l'hisloire de la liarbarie humaine n'en olfrirait peut-etre point d'autre e:x.emple, il n'en
est pas moins nai que nous avons en main
les preuvcs les plus concluantes de son authenticité absolue.
« En elfet la cbair molle et tendre de la
main du jeune bomme, son dégout pour la
majorité des aliments qui composent la nourrilure ordinaire de I'homme, I'imprcssionnabilité excessire de son odorat et de son palais
en présence d'éléments aussi simples que des
ílcurs, des fraises, du lait, ele ... lesquels ne
produisent aucune impression sur une personne ordinaire, ses forces pbysiques, qui,
en dépil des apparences, sont a peine comparables a celles d'un enfant de huit ans, sa
démarche péniblc et embarrassée, également
pareille a celle d'un enfant, sa faiblesse nervcuse révélée au moiodre effort par un tremblement des mains el un tiraillemenl des
musclcs du visage, son regard, clair il est
vrai, mais peu vi~oureux, sa tendance a le
tcnir abaissé vers la !erre, son amour de la
solitude; enfin sa slupeur en présence d11
grand ropume libre de la création, son allilude embarrassée au scin des foules, son
borrcur du bruit et du momement, son élocution difficile, lout cet ensemble de fails
émincmment insolites prouvent suffisamment
que le malheureux a été séqueslré contre
toute justice pendant de longues, de tres longu~s années, el privé de toute société humamc. ¡¡
lci nous nous royons oLligés de saulcr un
grand paragraphe du proces-verbal, et pour
cause. Le paragraphe m question est une
phrase unique, rnais quelle phrase ! Trentequatrc lignes de soixantc lellres cbacune environ, ce qui revieot a dire que ladite phrase
se Lraine sur rleu.r mil/e r¡uarnnle lelll'es, et
l'on frémil en pensanl que le verbe unique
qui commandc, encbaine et explique tous les
membres de cette phrasedont il est en quelque

sorte la clef de voule, ne se renconlre qu'/1 la
trente et unieme ligne.
Le paragraphe d'ailleurs n'est d'aucune
importance dans le récit. Le bourgmestre y
constate simplement que la nature semble
avoir voulu compenser cbez le jeune Gaspard
les cruautés de la destinée, en le dotant des
dons les plus précieux de J'intelligence el du
creur.
Par une série d'bypothescs basécs sur ces
dernit•res reruarciues, le magistral en arrive
a conclure que Jlauser devait ctre d'origine
noble, et que le crime commis sur sa personne avait pour but, soit de l'évincer d'unc
succession importante, soit de le frustrer
des prérogati ves attacbées a sa haute naissance.
Nous devons ajouter que cette derniere
fa~on d'interpréler le mystere de f.aspard
llauser a Lrouvé un crédit universel en Allemagne, et que peodant fort longtemps, meme
aprcs la mort du séqu~sll'é, tous les elforts
des autorités des divers Etats allemands, ainsi
que les recherches individudlcs et privées,
onl été dirigés dans ce sens, sans d 'ailleurs
aboulir, comme nous l'avons déja dit, a nucun résultat.
Le bourgmestre termine en adjurant dans
les termes les plus patbétiques tous ses concitoyens et tous les gens de creur du monde
enticr, de faire part 11 qui de droit des moindres indices qu'ils pourraient recueillir concernant le personnage que la Providence a
confié a la tutelle de sa commune, et de ne
rien négliger de ce qui parailrait susceptible
de contribuer a éclaircir le mystere de sa
naissance el du monstrueux atten tat donl il
fut l'innocente victime.
0n verra par la suite comment la publication elJectivemen t prérna turée de cet appcl :1
l'humanité lrouva un écbo immense en ,\lh·magne et fut peut-etre une des plus puissaoles causes qui devaicnt concourir a rendrc
le probleme insoluble.
JULES

HISTORIA

DE SAINTE-HÉLENE AUX INVALIDES

IIOCHE.

(A suivre.)

.
[~

'~

-

de la potence

Sam,é

úl
.

-

".-

...

-· -~

~
~

Au mois de jamicr 1474, les médecins et
chirurgiens de Paris représenterent a Louis X[
que plusieurs personnes de considéralion
!! étaient trav,iillées de la pierre, colique,
pression et mal de colé; qu'il serait tres utile
d'examioer l'cndroit ou s'engendraient ces
maladics: qu'on ne pourait mieux s'éclaircir
c¡u'cn opérant sur un homme vivant; el
qu'ainsi ils demandaient qu'on leur livrat un

franc-archcr qni venait d'etre condamné a
etre pcndu pour vol, et qui avait été souYent
fort molesté desdits maux. l&gt; 0n leur accorda
leur demande; et cetle opéralion, qui est, je
crois, la prcmiere qu'on ail faite pour la
pierre, se fit publiquement dans le cimetierc
de l'église Saint-Sél'crin.
« Aprcs qu'on eut examiné et travaillé,
ajoule la chronique, on remit les entrailles
dedans le corps dudit franc-archer, qui ful
recousu, et par ordonnance du Roí, tres bien
pansé, el tellement qu'cn quinze jours, il
ful guéri, et eut rémission de ses crimes
saos dépens; et il lui fut meme donné de
!'argent. l&gt;

Le eours des é,·énements de la vie est quelquefois bien singulier : il fallail que ce misérable, pour etre guéri de la pierre, fút condamné 1t etre pendu ! Mais croira-t-on que,
dans ce temps-la, s'il l'avait été, son cadavre
serait devenu comme un dépot précieux de la
mort, auquel les chirurgiens n'auraient pas
osé toucher?
La dissection du corps bumain passai l
pour un sacrilege au commencement du regoe de Fraurois J•r ; et l'empereur CharlcsQuinl fit consulter les tbéologiens de Salamanque, pour saroir si l'on pouvait en
coosciencc disséqucr un corps afio d'en connaitre la slrnelure ... .
SAJNT-F()IX.

Oc Lemutle. dcss. ttS.10).

LE

RETOUR

EN FRANCE

�OrtERTURE DU CERCUEIL DE NAPOÜ:ON, LE 15 OCTOBRE 18.10, -

Dessi11 ,fe:-- :'ILWRll(,

De Sainte-Hélene aux Invalides
En I S+o, Ju Chambru ayant voté la translation a
Paris des rc.stcs de NapoJéon, inhumis, dcpuis dixn&lt;uf ans, a l'ile de Sainte-Hélcne, le roí Louis-Philippe
con.fia ason fils, le princc. dc Joinvillc, alors capit:únf.
de. vaissuu., Ja mission d'aller cherche.r la pré.cie.usc dépouillc et de la nmcner en Francc. Nous donnons ici
Je ricit que Je princc a traci lui-mCme de cctte é.mouvantc expé.dition, ré.cit quc. nous complétons au moye.n
des note, pruu 111r place par Victor Hugo, témoin de
l'arrivic du cercucil dcl'cmpercur aux 1nvalidc.s, le. 15 dé ..

cembre 1 8+º·

Dcux de mes freres parlirent pour !'.A.frique. Charlres (comme nous appelions toujours
notrc ainé le duc d'Orléans) prenait le commandemenl d'une division daos la colonne
qui, sous les ordres du maréchal Vallée, devait arreter pour toujours, au col de Mouza'ia,
la marche ascendanle du prestige d'Abd-elKader; mon jeune frere Aumale allait trouver
dans cette expédi tion l' occasion de fai re brill~mment se~ premieres ~rmes . .Je les Yis partir avec cm1e, et pour aJouter amon ennui, je

ne Lardai pas a lomber maladed'une violente
rougeole. En proie a une forte fiel'l'e, je vis
un jour apparailre mon pere, suivi de M. de
Rémusal, alors ministre de l'inlérieur, visite
insolite qui me remplit d'étonnemenl; ma
surprise augmenta encore quand mon pcrc
me dit : g Joioville, tu vas partir pour SaioleHélene, et en rapporter le rercueil de Napoléon. &gt;&gt; Si je n'avais été au lit, je serais Lombé
de mon haut et au premier moment je ne fus
nullement ílatté de la comparaison que ie fis
entre la campagne de guerre entreprise par
mes freres en Algérie et le roéticr de croquemort que l'on m'envoyail exercer dans l'autrc
hémisphere. Mais j'étais un soldat et je n'aYais pas a discuter un ordre. La queslion se
préseolait d'ailleurs sous deux faces : audessus du Napoléon, ennemi de ma race, assassin du duc d'Enghieo, qui, en Lombanl,
avait légué a la France ruinée, démembrée,
ce redoutablc jru de hasard 011 les fou les

naives sont si souvent dupcs du croupier politiquc, le suffrage uni verse!, il y avait l'homme
de guerre incomparable, donl le génie avail
jeté, meme dans la défaite, un éclat immortel
sur nos armées. En allant chercher ses cendres
a l'étranger, c'était comme le drapcau de la
France vaincue que nous relevions, du moins
nous l'espérions, et a ce point de , ue je me
réconciliai avec ma mission.
Sitot remis sur mes jambes, je parlis done
pour Toulon, muni de tous les ordres, de
toutes les instructions ministérielles et royales,
et je repris le commandement de la BellePoule, commandement que j'allais exercer
dans bien des parages, pendant Lrois années
conséculives. Je quittai Paris un peu aregrel,
mais la joie de me retrouver au milieu des
braves gens si dévoués qui formaient mon
équipage, ma seconde famille, me fi t vite
oublier ce que je laissais derricre moi. Un
cerlain nombre de passagers s'embarqurrenl

�111S TORJ.ll

a leur tour.

------------------------------------

lis composaienl ce qu'on appela
la mission de Sainte-Hélene. Presque tous

en tres petit de la maxime chere 1t M. Thiers :
le Roi regne et ne gouverne pas. Plus étrange

LA TOMBE DE NAPOLÉON, A SAINTE-HÉLÉNE.

Dessin de JI.

\'A:-; DER BuRCH,

avaient été les compagnons des grandeurs et
des malheurs de Napoléon : c'étaient les gé-néraux Bertrand, Gourgaud, .M. de Las Cazes, etc. Pendant les longues lraversées du
voyage, la conversation de ces hommes qui
avaient assisté a tant d'événements, suivi
l'Empereur dans tant d'aventures, fut particulieremeot intéressante. C'était tous lesjours
un feu roulant d'anecdotes, de traits, se rapprochant saos doute beaucoup plus de la vérité que bien des récits faits a loisir. Souvenl
j'ai regretlé que nous n'eussions pas emmené
avec nous un sténographe.
... A notre sortie de Cadix se pla~ un petit
incident caractéristique. On m'avait adjoint,
pour le cas de négociations délicates avec le~
autorités anglaises de Sainte-Hélene, et auss1
pour rédiger le protocole de la remis_e_ du
corps, un jeune d1plomale., le comte Ph1hppe
de Rohan-Chabot. A peine hors des passes de
Cadix, quand les dernieres communicalions
avec la France étaient coupées, je le vis venir
a moi tres embarrassé. Il me tendit un papier en me disant de le lire et en ajoutanl
que s'il ne me J'avait pas communiqué plus
tót, c'était par ordre. Je jetai les yeux sur la
signature, au has du papier, et j'y vis le nom
de M. Thiers, présiden l d u Conseil. Par ces
instruclions secretes, et qui ne devaient m'etrc
communiquées qu'une fois en mer. M. Thiers
déclarait a M. de Chabot, qu'il était, lui,
Chabot, son agent direct et qu'il l'investissait d'une autorité supérieure a la miennc
pendant la durée de la missio?..
. . .
Tellc étail cette étrange m1ss1ve qm visa1t
non seulement le capitaine de vaisseau commandant, mais, avec une inteotion évidemmenl blessanle, le fils du Roí, - application

d'apres un croquis sur 11atttre.

encore le soin pris par lui d'en faire mystere
jusqu'au moment ou, séparé de la France, je
ne pouvais plus faire aucune observation sur
la contradiction entre ces nouvelles instructions et les ordres précis que j'avais antérieurement recus. Amis d'enfance comme nous

de mon haut le procédé de M. Thiers avec
moi, mais de ce jour prirent fin les relations
sympatbiques et presque afTectueuses _que
j'avais eues jusqu'alors avec cethomme d'Elat.
Une défiance profonde et peu d'estime pour
son caractere les remplacerent.
. . . Apres TénériiTer traversée assez lente :
calmes, orao-es, gros temps meme, puis nouvelle relacb~ a Bahia, Brésil. 11 m'avait été
recommandé a mon rlépart de Paris de combiner la marche de la mission de facon a faire
cofacider le retour des cendres en Europe
avec la fin de décembre, époque de l'ouverture des Chambres. Je crois meme que, dans
la pensée de M. Thiers, toute l'importance
du retour en France des restes de Napoléon
résidait dans cette co'incidence. C'était le
coup de tam-tam a l'aide duque! il se ílaltait
d'étouffer tous les bruils, toutes les Yelléilés
de chano-ements ministériels qui levenl tou.
jours, aºces époques, du sol parlementaire.
... De Babia nous dumes descendre tres
loin dans l'Atlantique austral, escortés de
nombreux albatros, avant de trouver des veots
favorables. Nous atteignimes enfin Saintellélene, un gros rocher noir, une _Ile volcanique déchiquetée, comme la Martinique,
mais sans sa superbe végétation, un morceau
de l'Écosse planté au milieu de l'Océan et
toujours balayé par l'alizé qui soufOe avec une
fatigante continuité et le couvre en permanence d'un chapeau de nuages épais.
Sombre la vue du large, sombre l'impression
a l'arrivée. James-Town, la capitale, n'est
qu'un misérable village qui s'allonge dans une
étroite vallée, encaissée par de tristes rochers,
couronnés de forteresses ou l'on grimpe par

"---------------------------- De S.JfTNre-1t'ÉLEJVE Aux 1NvAtm-es - -...
lui-meme avec ses saules légendaires, Longwood, la prison, tout est également lugubrc
et bien fait pour tuer a petit feu le grand
génie qu'on y avait relégué.
L'affaire qui m'amen~it fut vite réglée entre
moi et_ le gouverneur, géoéral Middlemore .
Les ordres du gouvernement anglais étaient
nets, précis, et, les aulorités locales mirent
beaucoup de bonne volonté a les exécuter.
Elles ~f' chargerent exclusivement de l'exhumalion, de la translation sur territoirr anglais
et l'accomplir('Dt avec beaucoup de convenance. Je demandai seulement et obtins qu'avant de nous etre remis, le cercueil fut ouvert,
afin de nous assurer que nous n'embarquions
ni un ÍOJer d'infection, ni une dépouille imaginaire. Le gouverneur étant malade, j'eus
peu de rapports avec lui. JI se faisait remplacer par le commandant des troupes, le colonel d'artillerie Trelawney, homme aimable,
mais passablcment original.
Sa grande passion étail l'étude des généalogies, et il ne maoquaitjamais de m'expliquer,
quand nous nous rencontrions, comment il
était mon cousin et comment nous étions parents tous les deux de feu le sultan Mahmoud
par les femmes !
Quand tout fut pret, l'exbumation se fit el
l'ut imposante. L'émotion commeni;a a gagner
tout le monde lorsqu'on vit le cercueil descendre leotement la montagne au bruit du
canon, escorté par l'infanterie anglaise, les
armes renversées, la musique jouant, avec
accompagnement du roulement sourd des
lambours, celte belle marche funebre que les
Anglais appellent The deod .lfai-ch in Saul,
et qui n'est aulre que le vieux cbant Adeste
fideles de la religion catholique. Le général
lltiddlemore, tombant de fatigue , me fit la re-

élait tres beau. A un magnifique coueher de
soleil succédait un crépuscule d'un calme

lenteur majestueuse, esco~ -par los canois
des états-majors. C'était tres émounnt et il

TRA:'&lt;SBORDE)lENT Dt; CERCUEIL DE 'sAPOLl':o:; A CHERBOURG, LE

profond. Les autorités et les troupes anglaises
se tenaient immobiles, rangées sur la plage
pendanl que le canon de nos vaisseaux faisait
le salut royal. J'étais a l'arriere de ma chaloupe, sur laquelle flottait un superbe pavillon tricolore, brodé par les dames de SainteHélene. A mes cótés se trouvaient les généraux,
les officiers supérieurs, lltM. de Chabot, de
Las Cazes; mes meilleurs gabiers, tout en

8

DÉCE)IBRE 1840.

planait sur toute la scene un grand sentiment
national.
Dcux jours apres nous mettions a la voile
pour la France ou nous arrivions apres quarante et un jours de mer.
PRINCE DE

JOINVILLE.

c9c&gt;

Funérailles de Napoléon.

L E CORPS DE XAPOLÉO:sl EST RENDU AUX FRANy AIS. -

l'élions Pbilippe el moi, toute pensée de conflil était ioadmissible entre nous. Je ne me
plaignis a personne de cet incident et regardai
- 74 ,..

Dessin de LAFOSSE.

des escaliers de six cents marches. La campagoe, la résidence du gouverneur, Plautation-House, la vallée du tombeau, le tombeau

C11APELLE ARDE:'&lt;TE A AORD DE LA FR~:GATE •

mise du corps, et le cercueil fut descendu dans
la chaloupe de la Belle-Poule, qui se mit
alors en marche vers le bord. Le moment

LA

BELLE-POt:LE •.

blanc, le crepe au bras, nu-tete comme nous,
nageaient avec un silence et une précision
admirables. Nous nous avancions avec une

J'ai entendu hattre le rappel dans les rues
depuis six heurcs et demie di(matin . .Je sors a
onze heures. Les rues sont déserles, les boutiques fermées; a peine voit-on passer une
vieille femme ca et lit. On senl que París Loul
cnlicr s'est versé d'un seul coté dr la villr
romme un liquide dans un vasc qui prnchc.
- 11 fait tres l'roid; un beau solcil, de légeres
brumes au ciel. - Les ruisseaux sont gelés.
- Comme j'arrivc au pontLonis-Philippr, une
nufr s'ahaissc et quelqnes ílocons de neigc
poussés par la bist' vie1~nen1 me fonetter IP
Yisage. - En passant preg de .Notrr-Dame jr
remarque q11r le bourdon ne tinte pas.
Rue Saint-.\ndré-des-Arcs, fo mo11veme11l
ébrile de la Jete commrnce a se fairc sentir.
- Oui, c·est une fete; la fete d'un cercueil
cxilé qni rrYicnt en triomphe. - Trois hommes du peuple, de ces pauvres ouvriers en
h~illon~. qui ont froid et faim tonl l'hivcr.
marc·hcnl dera11t moi Loul joyc m. L'nn d'em
sautc, danse et fait mille folies en criant :
Vire l' emperenr ! De jolies griset tes parfrs
passent, menécs par leurs étudiants. Drs
fiacres se hatrnt vers les Invalides. Ruc du
}'our, la neige s'épaissit. Le ciel devient noir.
Les 0ocons dr neige le srnwnt de larmrs

�,,

1flSTO'R._1.ll

_____________________

'DE SA1NTE-1ii.LÉNE AUX 1NvAtrbES ___,,.

lilarl&lt;'hl'~. llir11 ~('lllhl" 1n11loir IPn1l1•p ;rns~i.
Cepcnuant le tonrbillon dure pcu. Ln palc
rayon blanchit l'angle de la ruc de Grenelle
el de la rue du Ilac, et la, les gardes municipaux arrelent les 1oiturcs. Je passe oulrc.
Dcux grands chariots ,ides menés par des
soldats du !rain viennent a grand bruit derrit'·re moi el rcntrent dans lcur quartier au
l1out de la rnc de Grcnclle au momC'nt ou je
d,:bouche sur la place des In,•alides. La, je
crains un momcnt que tout ne soit fini el
que !'C'mpercur ne soit passé, lant il vient dtl
passants de mon colé, lesquels scmblent s'rn
relourner. C'est lout simplement la foule qui
reílue, rE'foulée par un cordon de garde, mnnicipaux a pied. Je montrc ruon billet pour la
premicre estrado a gauchc, et je francuis la
haie.
C('S cstradl'~ ~ont d'immcnsrs frhafa11d:1gcs
qni 1·011rrc•nt, d11 quai it la g-1·ill(• dn ddmc,
1011s h•s gazon~ d(' l'P;:;planndP. 11 ~ &lt;'11 n lrois
dP 1·hnq11t' c·t\ll1.
.\11 momrnl oii j'arriw, 11' mur drs &lt;'slradl'S
di' droitr nw l'adw l'ncorc la plac·t' ..l'rnlends
un hruit formidahlt' et l11guhrr. On dirait
d'innomhrahlrs martraux frappanl Pn cat!Pncc
sur des planehcs. Ct&gt; sonl les crnt millc spt'Ctal&lt;'urs rnlassés sur ll's échafauds, qui, glacés
par la- hisC', piétinC'nl pour Sl' réchauffer en
allPndanl 1¡ue I¡• eorlege passc. Je monte sm
l'1'sirade. Le sprclarlc n'cst pas moins t•lrangr.
LPs frmmes, prrsqne toutrs bollécs de gros
('ha11ssons et Yoilécs, disparaissmt sous dt•s
amas rle fourr11rrs t'I dP manlcaux; lrs hommrs prornc•nrnl drs cad1c-ncz rxtra1·aganls.
La décoralion dr la place, l1irn rl mal. Le
tn('sq11in hahillant le ~randio,t'. llPs tlr11x

lllarlm• lila11l'. \fais ('(' rnarhrr esl d11 pl:,lrc•.
.\11 foml, , is-iH is 11• dtilllc. la sfal1H• di' l'cm-

11 parail qu ·0111ú1 pas ru l(• le111p~ d'aclrcrPr
l'orn,·nwntalion n1' la ;.:rancl(• 1·nll'l'(' dl' l'h6tPl.

OÜI.\RQUEllENT DES CE:IDRF.S DE NAPOLEON A l,0URBEV0IE. LE l.' Di':CEllílRE

Dessiu de CcvrLLIER et

prrrnr, Pn lironzr. Cr hronzr a11ssi PSI d u
plMrr. '])ans d1a1¡nc t'tll1'1'-dt'ux dPs staltH's,
1111 pilil'r rn toi lt' prinlr l'I dorfr d'a;:;srz maurnis go11t snrmonlt' d'nn pnl-i1-ft•11- plPin tlt•
ncige pour le monwnl. Denicre lrs slalm•s,
les rslraclrs rl la l'oulP: rntrr lrs slal11t's. la

18..¡o.

f.E11NERr.

On a 1•hatkhr n11-dl's~u~ cl1, la grillr nnr Ía('on
d'a1·1· de• lriornpht' 1'11111•hrt' ('11 toill' Jll'inlt• rl
t'n crepP. a1·ec ll'1¡11Pl IP wnl jmu• ('0111111l'
al'ec les Yirux ling-&lt;'s prndus /1 la l11l'nr1w
d'unr rnasure. LllP rangfr ilP 111,'tls 10111 1111s
l'l tout secs se drrssmt a11-dpss11s dPs canons
('l, it dislancr. rrsscmhlrnl it t('S all11mellt•s
qiw h•s pl'lils cnf'ants ·pir¡urnt dan, dn sahlt'.
lles nippt'S rl dt'S haillons qui 0111 la prétrnlion d'etre dPs lcnl11res noirt'S ti1oil1\•s d'argenl, l'rissonncnl C'I dapolcnt pamTt'llH'nl
entre &lt;'('S 1mlts . .\ 11 fond, le d6mc, an'r son
pavillon et son ercpt', glaré de rl'flcts mlitalliqucs, estompé par la brume sur le riPI
lumincn..-:, fait unp 11g11rr somhrr el splmdiclL•.
II csl midi.
Lr canon de l'htitel lirc de quarl d'heurr
rn (¡uart d'hrurr. La fou lP piétinc ('t hal la
senwllP. Des grndarmrs déguisés t'n hourp;eois,
mais trnhis pa1· lPurs éperons N IPm~ cols
d'uniformc, se promenent rA el la. En farc d&lt;'
moi, un rayon éclaire Yivemmt une asscz maurnisc !\latuc dr ,kannc d'.\rc, qui lirnl nnr
painw i1 la main donl clic scmblr se fairc un
frran commr si lt• sokil lui faisail mal am:
Yl'UX.

LE BATEAU ·CATAFALQUE DE

NAPOLÉOX. -

cótrs de l'avenur drux rangéc•s de figurrs
hfro"iqnrs, coloss:ilrs, pt1lrs a cr troid solril.
qui fonl Ull~!ISS('Z lirl ,,m,1. Ell1'S paraisSl'lll d1•

Dessiné d 'ap1·es 11ature par , \mmn,

o-arde nationalr épar,;c; a11-dessus Lles estmdrs,
dC's rnals it ln poinlc&gt; drsqurls ílollrnl magnifiq111•111p11I soi,anll' longrn'~ llnmmrs lrirolorPs.

• A quclqucs pas de la slatue, un fon, 0-11
des ga1·dcs nationaux. se cbauffcnt les piC'ds,
cst allumé dans un tas de sable.
De tcmps en lemps drs musiciens militairt's
enrnhissent un orchestre dressé entre les dcux
estrados du coté opposé, y cxécutent une fanfa1·e funebre, puis redescendent en bate et
disparaissent dans la foule, sauf a rnparailrc
le moment d'apres. 11s quittcnt la fanfare pour
le cabaret.
·
Un crieur erre dans l'cslradc, Ycndant des
complaintcs it un son et drs rclations di' la

cérémonic. J'achcte dcux de ces papicr$.
Tous les ~t•11x ,0111 fhés s111· l'a11¡.dt• clu

rél'ham. ¡•si d'un atln,irahle aspee!. Le solcil,
l'rapp:1nl lt•s c11irasst•s des ¡·arahi11irrs, leur

E:-.TRÉE Dt; CO'i\'OJ l)E NAPOLÉO~ A PARIS.

LI:: 1.5 DÉCE~IBRE 1B ¡o.

-

qnai d'Or,ay par oh doit déboudwr le rorlL'f!t'. Le froid ang-mt•nl(• l'impaliem·&lt;·. Des
lu111ét•s lilanch,•s Pl nuirl's 111011le11l eit et lit it
1!':tll'rs le 11,a,sif lJl'lllll('IJ'I. dL•s ·champ:,El~sl'Cs, l'l 1'011 t•11le11d des dí-tonalions loi111ai11es.

sous

L·.\1tc DE TRIO~IPHE DE 1.'ÉTOILE,

Dessill d'Anxon et Y.

ADA&gt;!,

allnme i1 1011s sur la puitrim• 1111e rloile
éhlouissanl('. Lc·s trnis écoles militaircs passt•nt a\'('t une fü•rt• el gran' conlcna11tl'. Pui,
l'arlilleri(• l'[ l'iníantrrie, co111111e si t•ll,•:;
allaicnl a11 rornhat: l¡•s raissons 0111 i1 lp11r
arrii•1'&lt;'-Lrain la rouc de J'&lt;•('hang1•. les soldais
onl Ir sa(' su,· le do" ..\ qnPlr¡uc dislarH'l'. nm•

La garcle 11a1 ionalr 11 rhrral parall. llro11lwha dans la fon lr. Elle cst t•n assez ho11
ordrl' pourta11l: mais c·cst une troupe saus
gloirc, et tela fail un lrou dans un parcil
t·ortegc. 011 ril. .J'eutends ce dialogue : 'ficus! c:e gros eolonl'i ! comme il tit'11t clrokment s011 sabre!
Qu'cst-ce 1¡uc c't'sl 1¡11t•
~-a'! - c·rst )lo111alirP1.
lfinterminahles lt1gions de garde natiortall'
it pic&lt;l &lt;léfilenl maintcnaul, fusils remcrst:,
romme la lignc. dans rombrc de ce ciel ¡.\l'is.
l'n gardc na1ionnl 11 dwl'al, ,¡ui laissc lomht·r
son chapska et galope aiw,i c¡uelq11e_ tcn1ps u11lcle malg,·é qu'il l'l1 ail, a muse forl la galerie.
c'est-it-dire cent mille per,011nes.
. De lemps en ll'111ps I(' l'Ol'leg-c S 'arretc, ¡,11i,
11 reprcnd sa niarehe. 011 arhc1e d'allunH•r
les pols-it-fcu 1¡ui fumeul entre les ~lalUL'&gt;
1.:ommc de gros bols ele pnneh.
J,'attcntion rcdouhlc. \'oici la voilun• Jlilin·
it fris(' d·arg-cnl de l'aumonier de la IJel/ePoule, au fond de laqucllc un cntrcYoil ll'
pretrc en dcuil: ¡mis le grand carrossP dl'
Yclours noir it panncau:.-glaccs de la 1·om111i,sio11 de Sai11tc-lléle1w, qualrc che1·aux 11 ehacun de C'CS dcux carrosscs.
Tout 11 co11p le cano11 frlale it la fois ;'1
1rois poi11ts différc11ts de I'horizo11. Ce lripll'
hrnil simultané enlermc l'orcille da11s 1111L'
sorle de trianglc formidable rl s11perhe. lJcs
lambours éloignés ballcnt aux chan1ps.
Lt• char de l't'mpereur apparail.
Le soleil, l'Oilé jusqu '1t ce momc11t, rcpara/t
en meme lrmps. L'Pffct Psi prodigieux.
On 1oit au loin, dans ln ,·npcur ('l da11s le
suleil, sur le foncl gris et roux des arbres dl's
Champs-JII! sées. it lrarrrs de grandes slalucs
hlanehr~ (1ui rcssr111hlt•111 i1 des íantómcs, se

Tout it co11p h•:, gardPs naliona11x toUJ'l'III
anx a1·111t•s. Cn o!fiC'iPr t1·ordo1111a11cc lrarcr·sc
l'an•nuc au µalop. La bai&lt;• se formr. ll&lt;"s
ouHi(•rs appliquc11t cll's frlwll&lt;-s aux pilaslrl's
el c·o111mencc111 it allu111rr lt'S pots-it-fru. 1;11l'
sahc de grossc artillerie édalc hrurnrnmenl it
l'auglc e;t des lnralides; une épaissc fnmée
jaunt•, eonpéc d'éclairs d'or, rcmplit lout ce
coin. Jl'ou je sui1;, on rnil SL•rrir les pii•e¡•s.
C(• so11t dt•11x beaux Yit'IIX canon:; ,tulplt;s du
Hu' sii·de dans le bruil desqucls 011 se11l le
hro11w. - Le corti:gc approthe.
11 ('SI inidi el demi.
A l'cxtrémité de l'Psplanade.l'l'rs la 1·i1ien•.
une double rangée de• grenadirrs it eheval, ü
h11ffletcricsjanncs, déboutlw grawmcnl. C'cst
la gcndarnwrie tic la SPinc. C'C'sl la tete du
corlege. En ¡·e moment le soleil lail s011 deYoir
et apparnil magnifiq urmcnl. .\'ous sommcs
dans le muis d'.\ustcrlitz.
.\pres les bonncts i1 poi Is de la gc11darmcril'
de la Seinc, lrs ¡•asqurs de cuine de la gardt'
munitipalc dr París, puis les flammes tricolores drs lancirrs sccouérs par le rcnt d'unr
/aron d1arma11lt'. Fa11l;11·¡•s t'I 1:1111b1111rs.
Un hommc en blousc bl(•ue grimpc par ks
d1arpe11tcs e\léricures, au risque de st• 1·0111,,IARCIIE n1• co1nii&lt;;E DANS LES CIIAllPS-ELYSÉES. - Dessi11 de l, AF0SS[,
pre le co11. dans l'rstradP qui 111c l'ait f'acC'.
Pe1·son11c 11r l'aidc. Un :-pcctateur en ganl~
Llancs le regarde l'airc et ne lui tcnd pas la gra11Je ·~1al11e dl' Louis Xl \", larg('tul'nt &lt;-tofle,•,
mournir lenlenwnl une rspeec dt• montannc
main. L'h~mmc ~r,rirn p~m:tant.
l't ú'un assez bon styll', doréc par le solcil, d'or. On n·cn disti11guc cnco1·c• ricn t¡u'~nc
Le co1'lt•ge, mele de geucraux el de rna- sc111blc regarclcr ccllc pompc :11cc stupcur.
so1·Lc de sci11tillcme11l l11mi11cux qui fait étin-

.., 77 ...-

�'-·-----------------

1f1STOR._1.JI
celer sur loule la surface du char tantót des
étoiles, tanlot des éclairs. Une immensc
rumeur enveloppe celte apparilion. On dirail ·
que ce char lraine apres tui l'acclamalion de
toult• la ville comme une torche lraine sa
lu111é(•.
\u momcnl de tourncr daus J'arcnuc dt•
rnsplanade, il reste quelques inst:mts arrelé
par qm·lque hasard du chcmin devant une
slalue qui l'ail l'angle de l'a,euue et d11 quai.
J'ai Yérifié &lt;lt·puis que celtc stalue était cclle
du 111aréchal ?\ei.
.\u momenl ou le thar-{'a[afalquc a paru, il
élail 1111e heure et Jemie.

ce qui me parait conlraire aux rcglements de
la marine militaire. II porttl pour la premiere
fois le grand cordon de la Légion d'honneur.
Jusqu'ici il ne figurail sur le livre ele la Légion
que comme simple chevalier.
.\rrivé précisément eu face de moi, je ne
sais quel obstacle momcntané se préseulc,
le char s'arrete. 11 fait une slation de quel'lucs minutes entre la slatuc de Jcannc dº.\r&lt;·
&lt;'I la slal uc de Charles , ..
.Je puis le regar&lt;ler i1 mon aisr. L'l'nse111hle
a de la grandcur. C'csl uuc énorme massc,
:\SSl'Z IISél'.
,\pres le chernl , ieunenl t'II lig1ws ~éri·n·s dorfr cnlicremenl, donl les étages vonl pyral'l pressées lrs cinq ccnts marins de la Be/le- midant au-dessus des q11alrc grosses roue~

le croyaient fortemenl. Pour peu que le thc,al eul serri deux ansa l'empereur, il aurail
Lrenle ans, ce qui esl un bel age de cheYal.
Le fait esl que ce palef'roi est un bon vieux
cheval comparse qui remplil depuis unl'
dizai11e d'années l'emploi Je cheval de balaillt•
dans lous les enterrements militaires auxqucl~
préside l'adminislration des pompcs f'unebres.
Ce coursier de paillc porle sur son dos la
YJ'aie selle de 13onaparte 11 Marengo. Cne selle
de 1·elo11rs cramoisi 11 double galon d'or, -

DE S.ll1NTE-1f'ÉLEJV'E .llUX 1JVV.llL1D'ES -

la clorure déji1 i1 demi écaillée, les ligncs de Napoléon est devanl la grille des Jnvalides. fl
C'esL fini pour les speclateurs clu dehors.
s,uture ~es planches de sapin. Autre défaul. est deux heures moins dix minutes.
Ils descendent a grand bruit et en toule bate
C~t or n est qu'en apparence. Sapin el cartonOerriere le corbillard viennent en coslumes des estrades. Des groupes s'arretcnt de disp1erre, roila la réalité. J'aurais l'Oulu
Lance en distance devant des affiches
Pº?~· le char de l'empereur une macollées sur les planches et ainsi congmficence qui f1il sincere.
~:ues : LERov, u.uoNADJER, 1·ue de la
. _Du reste, la masse de celle com1ioSerpe, pres des Invalides. - Vins
s1t1011 sculplurale n'cst pas sans slylP
fins et palisseries chaudes.
l'l s~ns fiertr, (l uoi¡¡1tc le par ti pris d u
Je puis mainlenanl examiner la dl;_
dessm el de I' orncmcntalion hésilc
coration de 1'avenue. Presquc to utes
entre la renaissancc el le rococo.
ces statues de pl,Hre sont mauvaiDeux immenses faisceaux de drases. Quelques-unes sont ridicules. Le
peaux pris sur Loutes les nalions de
Louis XIV, qui, a dislance, avail de la
l"Eu1·opc se balancent avec une cmmasse, est grolesquc de pres. Macdopitase magnifique a l'al'ant et a l'arrit•re d u char.
naJd est ressemblant. Mortier aussi.
Ncy le serait, si l'on ne Jui avait lrop
Le thar, [Out chargé, pese l'inot-six
~auss_é le front, Ou reste, le sculpleur
mi lle livres. Le cercueil seul peseº cirn¡
millc liYl'cs.
l a fa1 t exagéré et risible á force de
rnuloir etrc mé)ancolique. La tete esL
Bien de plus surprenant el de plus
__ .,
trop grosse._ ~ ce sujet on raconle que,
superhe que l'allclage de scize chedans la rap1dité de cette improvisatio11
rau\ qui lraincnl lechar. Ce sont d'eJ:.
de slalues, les mesu1·es ont élé lllal
fra}"antcs betc~, cmpanachées de plu- • LE CHEV.\L DE BAT.\JLLE DE ::-Í.\POLÉON • . - Dessi11 de\' .
_\DAlt.
donnécs. Lejour de la liYraison vcnue
mcs blauches Jt1squ'aux reins, et coule slatuaire a fourni un maréchal Ne~
,.'.'rlcs de la tele aux picds d'un splenlrop grand d'un pied. Qu'ont fait le~
d1~e caparacon de &lt;lrap d'or, lcquel ne laisse c!rils tous les survivanls parmi les ancien ser1~11· _
q~e leurs ~eux, ~e qui leur donue je v1teu1:s de l'empercur, puis tous les surri vants gens des Beaux-arts? lls onl scié a la slaluc
une lran~he de ventre de douze pouces de
ne sa1s quC'l a1r lrrr1ble de cheraux-fanpar~1 les soldats de la gardc, vetus ele leurs large, el 1ls ont rccollé tant bien que mal les
lumes.
glorieux uniformes déja étranges pour nous.
deux morceaux.
Oes_ valcts de picd á la linée impériale
Le reste du cortege, composé des ré"iments
Le platre badigeonné en brome de la slalue
rnndwscnt cclle cavalcade formidable.
el? l'armée et de la garde naliona1e, ~ccupc, de _l"empereur est embu el courert de tacl1cs
En rernncbe, les dignes et vénérables &lt;rénéd1l-011, le quai d'Orsay, le pont Louis XVI,
ra~•x qui p~rtent les cordons du poéle o~t la l;1 place de la Concorde el l'avenue des Champs- q_u~ font rcssembler la robe impériale a de l~
v1e1lle scrge verle rapiécée.
mme la m0111s fantastic¡ue qui soit. En tele Elysées jusqu'a l'Arc de l'Éloilc.
deux maréchaux, le duc de Hc""Ío, petit el . Le char n'entre pas dans la cour des Inva- _ ~eci me rappelle, - car la génération des
. a gauche, le cornle
"º Molitor·
borgne, a. dro1le;
1de~s est, ~~ étr~~gc my~tere, - \Jue cel été,
lides, la grille 1:oséc par Louis XVI scrait lrop
en arriero, a droile, un amiral, le baron Du~ bass_e. ll se detourne a droile ; on roit les chez M. Ih1ers, J enlen-01s Marchand, Je ralct
pcrré, gros el jovial marin · a "aucbe un manos entrer dans le soubassement et res- d1e c~amb~e ~e l'en_ipereur, _raronlcr que
. tenant général, le
'
""
'
11cu
~apoleon a11na1l les v1eux hab1ls el les vicux
comtc Berlrand, caschapeaux. Je comsé, ,·ieilli, épuisé ;
prends et je parl:ige
noble et illustre figuce goút.. Ponr un cerre. Tous les quatre
reau qui travaille, la
sont rel'élus du corpression d'un chadon roug&amp;.
i;eau neuf est insupportable.
Le char, soil dit
en passant, n'aurait
-L'ernpereur, didt\ avoir ciue huil
sait Marchand. avail
chevaux. lluil checmporlé de F'rancc
vaux, c·est un nomtrois habits, deux rebre symbolique qui
dingotes et dcux chaa un sens dans le
peaux; il a fait avec
térémonial.Septcbecetlc garde-robe ses
six ans de Sainte-!lé"ªux, neuf chel"aux
e· est un roulier; seiz;
lene ; il ne porlaiL
pas d'uniforme.
cbevaux, c'esl un fardier ; huit cl1eraux,
Marchand ajontail
d'autrcs détails cuc'est un empereur.
rieux. L'empereur,
Les spectalcurs eles
aux Tuileries, scmeslrades n'onl eessó
Llai_t souvcntcbaugcr
de battre la semcllc
rap1dement de cosc¡u'au momcnL ou le
lume. En réalilé, il
char calafalquea pasn'enétaitrien. L'emsé devant eux. Alors
. \HHIVÉE D L COR1 i::r ,E Al'\ hl'ALIDES . /Jessill de \º • 1, EPRANC.
percnr élait hahilurlseulement les pieds
lement en coslume
lont silencc. On senl
ci,·il,c'esl-a-dire une
11u·11nc grande pensél' lr~n•rst' ccllt• foull' . sorlir.,arcc le cercueil, pu.is &lt;lispara1'Lr¡• sous
Le char s'est remis en marche, les tam- le porche éleré a r enlrée du pala is. lis sout culo~lc de ~asimir blanc, has de soie blanes
souhcrs a b~ucles. _l\~ais il y avail toujours lit:
bours haltcnl aux champs, le canon redouble. dans la cour.
dans le cabrnet vo1s111, une paire de bottes a

1------------------------------------

LE CR.\R Ft;:iÍ:.BRE TRAl"ERSE LA PLACJ; llE L.\ CONCORDE. -

Le corlcge se l'('mrt en marclll'. Le char
ara11cc lcntt•mrnl. On commcncc a en dis1ingurr la form(•.
\"oiri l!'s chcYanx dl' srllr drs maréchall\
!'I dl', gélll;raux q 11i t icnnenl le cordon du
p0&lt;\k impfrial. Yoiei les qualrr-,ingl-six sousolfi('i(•rs légionnaires portanl les banni&lt;'.•rcs Ut',
q11alrc-vi11gt-six déparlcrncnls. Rie11 de plus
bcau que ce carré, au-dessus dur1ucl frissonJll'lll une forel &lt;lu drapeaux. On croirait voir
111archer un champ de da.hlias ~igantesques.
\" oit:i un chernl b1auc ,·011 rcrl de la lelr a11 \
¡iicds d"un crept' violet. aceompagn1: dºu11
r·hambellan bleu ciPl bl'odé d':11·gt&gt;nL l'I ronduil
p~1· deux Yalcts &lt;le pied vetu~ de wrl l'I
"alonnés d'or. Cesl la fürée de l'C'n1pl'l'\' 111'.
1/rémisscm('lll dans la loulc : - C'est le cheval de batail/e de Jfopoléon! - La pluparl

TaNeau .te GuJA~O- (lllusée de Versailles.)

Poule, jcunes Yisages pour la plupart, C'll
tenue de comba!. en wslr ronde, le chapeau
rond wrni sur la tele. les pistolets a la cein1ure, la hachr d',ibordage a la main el Ir
sabre au &lt;·&lt;lll\ 1111 sahrc &lt;·ourl i1 largc poignfr
1ll' fer poli.
Les salrcs continuenl. En ce moment 011
raconte dans la f'oule que ce malin le premier
coup de canon tiré aux Invalides a coupé les
deux cuisses &lt;l'un garde municipal. 011 avait
oublié de déboucher la piece. On ajoutec¡u'un
homme a glissé, place Louis XV, sons les
rouPs du char el a été écrasí·.
Le char esl maintenant tres pres. 11 Psl
précédé prcsque immédiatement de l'étalmajor de la Be/Le-Paule, commandé par M. le
prince de Joinville a cheval. Al. le prince de
Join,·ille a le ,·isa ge couvert de barbe (blonde),

do1ú•s 1111i la porlenl. Sous le crep&lt;' riolcl
semé d'abcillcs, &lt;tui le recoun-c du haut ('ll
has, on distingue d'asscz lieaux détails : les
aiglcs rffarés du soubassrmcnl, le~ qualorzt'
\'icloires du couronnemcnt porlanl sur un1•
1ablc d'or un simulacrc de cercueil. Le nai
ccl'curil e~t inYisible. On Lt déposé dans la
care du sonhassemenl, cr qui diminnr l'émotion. C'esl la le graYe défaut de ce char. 11
cache ce qu·on Youdrait voir, ce que la Frante
a réclamé, ce que le pcuple altend, ce c¡ul'
lous les ~cux cherchcnt, le cercueil de :\'apolL;Oll.

Sur le laux sarcophage on a déposé le:insigne~ de l'empereur, la comonnr, l'épée,
le scrptre et Ir manleau. llans la gorge dorfr
qui sépare lrs Yicloircs du faite des aigles du
souhassemenl, ·on Yoit distinclemcnl, malgré

...

�1l1ST0'1{1.ll
l'écu,ere doublérs en soi(• blanche j11squ'au&lt;less;s eles gcuoux. Quand un inci&lt;lent su'.·rc,uail et qu'il fallail que l'cmpcrc11r monlal a
chc,al, il ólait ses soulicrs, rncllailses bolles,
endossail s011 uniforme,
et k \'Oila mililaire.
Pui, il rcnlrail, 11uillail
ses bolles, rcprenai t
ses souliers el rede,·cnail l'ivi\. La culoltc
blanchc, les has et les
sou\iers ne scrvaienl
jamais qu'un jour. Le
lcndl'main cclle défroque impériale appartenail• au va\et de chamhrc.
11 esl lrois heures.
l'ne salve &lt;l'arlilleric
annonce c¡ue la cérémonic ,icnL de s'ache\'cr
aux !n,alidc~. Je rencontre B... . ll en sorl.
La ,ue du ccrcueil a
}Jrod ui t une émotion
ine,primable.
Les paroles diles ont
élé simples el grandes.
)1. le prince de Join,ille a dil au roi : Sire,
je vous ¡n·ésente le

de haut au\ c¡ualre coins &lt;lu calal'alt(UC. ~lais,
apr~s les a\'oir posées, on a ,·u c¡u'cfü•s faisaienl
un 1111'.•diocre effet. On les a utéc&gt;s '.

corps de l'empereur
,Yapoléon. Le roi ~ répondu: Je le re901s au
11 am de la France. L'uis il a dila llcrlrand:
Gér1él'al, 1lépose.: s111'
le cercueil la 9lorieme
ép(:ede l'empereur. Et
¡1 Gourgaud : Général,
cléposez sur le cercueil
le chapean de l' empere1L1".
Le Requiem, de Mozarl, a fait pcu d'c!fcl.
J.Hle mu,i1¡11c, dé,ji1 rihTÉRll::CR llC
&lt;léc. llélas ! la music¡ i:c
se ri&lt;le !
Le calafalque n'a élé
terminé qu'une heurc
.
. .
.
amnl l'arri,ée du ccrcue1l. ~l ... _cla1l .~an_,.
\' -.alise a huit hcures du rnat111. 1,llc n ela1l
e1\~ore qu'i1 moi tié lcnduc et les_échellrs_, les
outils et les ouHicrs l'encombra1ent. La l~ulc
arri,ait ¡icndanl ce lcm1Js-la._ Un a c~sal~ de
"randcs 1ialmcs dorécs de c11111 ou s1x pwds

"

l. ~:; ,kcl•mhr,·. _ lkpu" la tr.11"l~liou ,du ccr~
·u1•1I \'é.,.lisc ,le, l11rnli1l1•s csl ou,cl'l,·_a la loulc r¡u1
)¡, ,i~ilc. º11 y pa,sc, cbatl'"' ,iour, c,•11l ,rullc ¡icr,on11~s,
de tlix hcurc, ,lu ,oalin á ,¡u:itrc hcurc, tlu ,t,tr.

l'cndaul el' ll'mps-111 les archP,c(lucs, les
curés &lt;'l les prelrcs chanlaienl le Uequiescat in pace autour du cercueil de Xapuléon.

O. LENOT~E

+

L'LC;LISE DES buuDES l'ENO.\:'d 1..1 ci:1ü:\10:-1E
Dessín de FEROGIO et Gm.\RD,

M. le pri1ll'e de. Jo!1I\ illr! qui n'a:ail _pas
sa famille deptus six mo1s, cst alle ba1scr
la main de la reine el serrer joyeusemcnt
cclles de Sl'S frercs el sreurs. La rrine \'a rccn
gra1emcnl, sans clfosion, en reine plutüt
c¡u'cn mere.

, 11

t. ,·d~irag,· ele ta d,ap,•llc _rn_ittc a rt\~al :;:·,o frauc~
par jour. )l. llud1al_rl, m1111s11·,· ,_le 1_tnkl'lcur ,11u1
passc pour lils de t rinp,·n:ur, so,( tltl en passanl}.
g1•111il haulcmcnl tic cctlt• tl,·pcnsl'.

Le col'Lcge a élé
beau, mais lrop exclnsivement militaire, suffisanl pour Bonaparlc,
non pour :\apolJ_on.
Tous les corps de l'l~Lal
l'u,sent d,1 y figurcr,
au muins par dépulations. llu rcsle, l'incurie du goU1crnemcnl a
élé extreme. ll élail
pressé d' en finir. Phili ppe de Ségur, qui a
sui I i le char eomme
ancien aide de camp de
l'empercur, m'a conté
qu'a C:ourbevoie, au
bordde la riviere, par
un froid 1lc c¡ualorzc
dcgrés, ce matin, ahuil
heures, il n'y arait
p.1s mcme une ~allc
&lt;l'altcnte chauffée. Ces
deux: cenls "icillards de
l'ancienne maison de
J'empercur ont d1'1 allendre une heure el
demie sous une espere
de lempll· grcc OU\ crl
aux llualrc venb.
Mcme négligenrc
pour les baleaux 11 , apeur l(Ui onl fait a\'cc
le corps le Lrajet du
llavre it Par is; lrajcl
admirable, d'ailleur~,
par l'allitude recueillie el gra,·c des po¡, u la ti o ns ri,erainPs.
Aucun de l'es balca11\
n'élail co111enahlcmenl
:unénagé. Les ,.¡, res
RELIL;!Et.:SEmanquaienl. Poinl &lt;le
1its. Ordrc de ne pas
dcscendre il terrc. M. le
¡,rincc de Join, ille étail obligé ele coueher,
lui vinglicme, dans une chambrc communc,
sur une table. D'aulres couchaicnl &lt;lcssous.
On dormail 11 lerrc, el les plus hcureU\ sur
des banc¡ucllcs ou de::. cbaise~. 11 scmblail
que le pomoir c11l l'U de J'humcur .. Le
prince s'rn csl plainl lout h~111~ el a d1l :
&lt;&lt; Uans cctle affaire, loul ce 11u1 ,1cnl du pcnplc est grand, loul ce t¡ui ,icnl du gomcrncment_esl pclit. »
VICTOR

HUGO.

Le voyage et l'échange de Madame Royale

II

Un peu avant six heures, de Bacher était
arrivé a Huningue; les deux voilures qui
avaient amené de Paris la princesse el sa
suite, stalionnaient attelées t devant la porte
du Corbeau; un détachement de dragons se
tenait pret a les accompagner. Mme Schultz

quelque dix ans el les lerrains absorbés par les construclions des noul'eaux faubourgs de Bale.
2. • Pour les chenux de poste qui onl conduil les

ployés Jcpuis lrois heures de l'aprcs-midi, le 5 nivtise, jus~u·a huit heures du soir, 72 francs. • Archives nahonales. F1 2315.

Marie-Théresc clle-meme a\'ait les yeux rouges. Elle monta avec de Ilacher el ~léchain
La villa Reber était précédée d'une espladaos sa ,·oilure qui, suivant la courte rue de
nade plantée d'arbres que fcrmait une belle
France et lournant aulour de la place d'Armes carrée qui forme le centre d'llunin~ue,
grille de fer ouvragé : elle se composaiL d'un
pavillon a un étage, sur rcz-de-chaussée, assorlil de l'enceinle par le chcmin courbe longeant le Rhin. En moins
sez exigu, ílanqué de. dcux
ailes formant avant-corps.
de dix minutes on avail
t:n beau jardin, dcrrierc la
alleint la borne marquanl
maison, s'élendail jusqu'au
J'enlrée du Lerriloire suisse.
Rhin et se lerminait au
Les dragons franrais s'arbord du lleu,·e par un pelit
réterenl; devant le front de
temple pittores11uc dont le
lenr détacbe~ent, passa
slyle gracieuxévoquail Trialentemcnt la ,oiture qui
non 1 •
emmenait \'ers l'r,il la filie
~. Reber consenlit oblide Louis X\'l. L'orpheline
geamment a ounir sa mairegarda la plaine d'Alsace,
son; de llacher, ra,suré
noyée déja dans la nuit, se
sur ce point, quilla Bale a
pencha a la litre, essup
c¡uatre heures de l'apresses 1eux pitios de )armes:
midi; il avait été enlendu,
un tour de rouc cncore,
avec le bourgmeslre Bourelle était hors de la France
carl, que les portes de 1a
qu'a, ant vingt ans elle ne
devait plus re,·oir.
ville seraien t fermées de
Des incidcnts qui rnivibonne heure, afin d'évitcr
renl j 'ai rerneilli troi~ rcl'affluence des curieux. A
lalions inéditcs qu 'on ,a
cinq heures, elles s'ouJire dans leur tcxt e intégral.
nirent pour laisser lepassage au prince de Gane,
On y rctrou,cra, touchant
le ~éjour a l'hól( 1 du Corenvo1é s¡,écial de Sa Mabeau, quclqucs t1ai1s utijesté J'Empereur, qui s'alisés dans la nanaticn qui
chemina vers la maison Repréccde; je les maintiens
her avec un cortege de six
ceprndant pour ne pas oler
rnitures; le baron de Deleur caractere a ces récits
gelmann, ministre d'Aulrides t{moins de l'éthangc.
che en Suisse, s'y rendit de
Le pn mier rsl la note
son coté. Le commissaire
de police Zasling el quclqu'inscrivit sur son Jom·nal le 26 déumLre 1í95
ques-uns de ses hommes
au soir, M. le bourfmcstre
rtaient déja poslés devanl
Bourcart. Ce texle m'a été
la grille du pavillon Reber
communiqué par M. C.-D.
ou allendail également l'aiBpurrart, mini~ln· plénipode-major Kolb chargé d'actentiaire, qui me permetcompagner a cheval la \'Oilure de la princesse duranl
tra de lui exprimcr toute
la lravcrsée du terriloirc
ma reconnaissaoce pour l' obligr ante érudition avec la.&lt;1,;¡.1i,.;; /;;(111¡1,:,11 .lu¡,,,¡.uu¡&lt; ,Ir rdl,. ½1mrr¡.;,: ;, • ~Oa.1/({:. ,i{, Vea111t,v- 1¡q ,
balois. Une ccntaine de
/'•" ( I,, ,¡,,- /¡,J,,/ 1/r,i1•m1·
quelle il a guidé mes rccurieux étaienl parvenus a
chen·bcs a Bale, et mis a
se glisser hors de la ville
ma di~position les docuet s·é taient massés sur la
route, en face de la grille de U. Rebcr. était en !armes; Gomin retenait ses sanglots, menls recueillis par lui sur le passage de la
1. Toute la propriélé Rcber a élé délruilc il y a deu-.: voilures de lluninguc il Bale el onl élé em- filie de Louis XVI.

JV. -

HtSTORIA, -

FASC.

26.

... 81 ....

&lt;&lt;

Le samcdi 26 décembre,

a six heures du
6

�1f1STO'l{1.ll
soir, la princesse frao~ai~e bfa1"ie-Thér1l.~eCharlotte tle Bow·bon, ,'ille d1 /,01ii~ XI'!, a
été chcrchée a lluningue par M. Bac·her qni
s'étail rendu d"ahord a la maison hailli,ale
de lliehen pour voir si les députés a échanger, Simonville (.~ic), Bournon\'illc (sic),
llrouet, 1110U re de poste de JII rennes, etc.,
se trournienl la-has. Le princc de Gabre (úc)
el JI. llc0clrnann la m:urcnl i.t la mai,on de
campagnc ílehcr, hors la porte Sainl-Jean 011
elle ful e ·hangéc : ceci se pas,ail a sepl heures .
.\pres qu'elle se ful arretéc en cet endroitjusr¡u'aprti.; neuf hcurcs el qu'clle se fut
rafraichic, elle pas,a par notrc ville accompJgn11c des agents impériaux et par le pont
du llhin, sortil par la porte de Bichen el se
rcndil par ílhciuíclden a Lauíenbourg; le
cortege se composait de diverses bcrlincs 11
6 chera11.c et une grande l'Oilure chargée
de ses t'flets.
Du rt'ste lout se passa dans le calme el on
ne sul que dans la soirée que l"écbange avail
cu lieu a la maison de campagne ílcher.
Le Pclil-lfüe el Je pont du Hhin se distingucrent par lcurs cris de Vive la ¡wincesse.
Les démocrales se firent aussi entcndrc ararriYée des députés.
Les prisonniers fran~ais ~imoovillc•(sic),etc.,
sont arrivés en mcme temps de fl.iehen et
onl été logés aux. Trois Rois.
11 esl curicux de noter que la prince,se
dut etre échani:ée contre le mai1re de poste
Drouet qui avait livré son pi're el l'avait awcné
a l'échafaud.
Le dimanche 27 décembre ces dépulés qui,
avec les sccrétaires, étaient au nombre de 20,
dinerent a mid1 chcz M. Barthélcmy.
J'ai rn le mai1re de poste Drouet el je lui
ai parlé, chez M. Wocker, pcintrc el miniaturistc lúlois ; il est de taille movenoe, ;h\
de trcnte-quatre :1 lrente-six ans, 'marqué de
la variole el boite un peu a la suite de la
chute qu'il ti l en voulanl se sau,·er •. •

En li~anl le rapport suivaot, qui est le
comptc rendu orticiel de l'écbange, adressé
au citoyen Delacroix, ministre des Hclalions
extérieures, par ~I. de Bacher, il íaut fairc la
part de la situation délicatc 011 se trouvait ce
diplomate. L"amhasrnd,ur de Franre, Barthélemy, était obligé, \"U l'état de guerre
existant entre la flépublique et l'Autrichc, a
ne poinl parai1 re se melcr de la négociation :
toute la chargc en incombait ;\ de Bacher,
dont les sJmpathies manibtes allaienl a la
jeune princesse, mais qui, en ~a qualité de
sccrétaiM de l'ambassade fran~aise, de,ait
dissimuler ses sen timcots el alTccler une íroiJcur démocratir1ue... surtout en s"adressant
au ministre, fougueux jacohin, dont dépenJait sa ,ituation.
Ce rapporl cst conservé dans les .\rchi\'es
du Départemenl des Affaires étrangeres:
Bite, le i '"º'e, l"an i ,le la íltipuhliquc une
et indivisible '28 décernhre l 7!J:i .

Le premier sccrétaire interprete de la liépublique Franraise en Suisse.

Au llinistrc des Hclations exlérieur&lt;?s.
Citolen Ministre,
Sur ravis que vous a,ez l1ien voulu me
do1m1•r par votre lcllre du 25 Frimaire du
prochain départ de la filie du dcrnirr roi des
Fran(·ais, je dcmandai une entrevuc a ll. le
baron de l)pgelmann chez M. le Bourgmaitre
Bourcard, 011 íurcnt arrclée~ définitivement
toulcs les íormalités a rcmplir pour accomplir l"échan.;c dont la négociation nous avait
été confiée . .1"1·n;;agcai ce ministre a faire
toutcs lrs di,positions néces~aircs pour la
mise en marche des prisonniers d'Étal f'ranpis, détcnus a Fribourg en llrisgau; ce quºil
ell'l•clua sur-le-champ.
~I . de Dcgelmann ayanl appris le jour sui,·anl qu 'il } a vait de l'incertilude sur les pcrsonnes qui accompagnaient la prisonnicre du
Temple, il chercha a ohtcnir de moi dc:s renseigncments a ce sujet, et commc il vil que
je n'avais rt~u aucune assurance que la citoycnnc de 'füurzel accompagnerail la '"ºYªgeuse, il rommenca i1 manií&lt;'sler de l'inquiétude el a me Jéclarer que cet incidcnt cntraverail ou retarJerait au moins l"échange dont
il élail question; je parvins non sans peine a
calmer un prn les appréhensions de ~l. le
haron de Degelmann, el 11 le familiariser avcc
J"idée de mir arriver, a la place d,da cito)"cnnc
de Tourzel, la citolcnne Soucy, ce c¡ui était
annoncé par une lcllre de la ciloyenne Sémomille 1•
Je rccus le 5 ~ivose, dans la nuit, une lcttre
du capitaine ~lécbain qui me pré1int qu'il
,cnail d'arri\'er a lluninguc avcc le dépol qui
lui arnil été confié¡ je me rendis le lcnd1•main rnalin dans celle villc pour m'cntretenir
a1·ec cct officier et la cito,enne SoucI, des
arrangemenls a prenJre au sujcl de la vopgeuse qu"ils dernient me rcrnettre a 8.ile.
Je ,is la prisonnitire du Temple, ainsi que
je vous l'ai annoncé le 1. du niois, peu fatiguéc, elle manifestait le rc¡;i-et lc• plus ,if de
quitter la France : les hon11e11rs qui l"attcndcnt a la cour de Yicnnc ont paru avoir peu
d"attrait pour elle.
La cilolenne Soucy, avec laquelle j' cus un
entrelicn particulier. me díl que sa pup,llc
t'l elle avaienl été oLligées de partir ayee tanl
de préeipitation, qu'il ne lcur avait pas été
possible de se procurer des ajustemenb, dont
clics avaient un prcssanl bcsoin, el que ne
voulant pas déíairc lcurs malles clics me
priaicnt de \'Ouloir Lien lcur emolcr une
marcbandc de mode:;, ce que je ne crus pournir lcur rcfuscr. La citoycnne Sou&lt;) a ajouté
que sa pupille ,aurait heaucoup de gré au
baron de Degelmann a Bale, s'1l pournil lui
é\'iter le dt"·plai~ir de rencontrer dPs émigrés ¡
le ministre s'esl cmpressé de remplir ~on vrou.
La voyageusc ªl anl demandé a la ci toyenne
Soucy qucl élail le sorl qui l'attcnda1l a
\"ienne, elle lui dit qu'ellc épouserait peuletre un arcbiduc; elle lui répondit a,·cc ingénuité : - « \'ous n'y penscz pas; ne sawz-

vous done pas que nous sommrs en guerre?
Je n\tpouserai jamais un ennemí de la Francr. J)
La clto,enne ·ouc, lui dil : - « ~lais ,·ous
sere1. pcut-etre un· ange de paix. - A cctte
condition, répliqua-t-elle, je ícrai ce sacrifice
ponr ma patrie. »
L"csprit républicain s•c~t tellem('Jlt nationalisé e11 France que le passage de la filie du
dernier roi des Fran~is el son séjour i1 lluningue n'onl pas íait d"aulre sensation que
eclle d'une curiosité pl!u incommode. Les mili1aires et les gens du pa}S l"ont vue passer
a,·cc une froide iud,llérenre.
Je suis retourné a lluninguc le 5 au matin
pour disposer loul ce qui était nécessaire
pour le d,:part, qui devait avoir licu sur l.i
soir. Je me suis rcndu a deux heurcs de
l'apres-midi a lfüht'n 011 je de.•cendis de voiture au momcnt 011 les représmlants du pcuplc, lt•s amba•sadeurs, le géuéral Bcurnon,·ille el ll•ur suite arrirnient ~ur le territoirc
Laluis: je fus rec;:u a1·ec autant de politesse
r¡ue d"empressemcnt par M. le Grand llailli
de íliehen, forl atlaché a la ílévolution francaise, qui s·esl fait une douce jouissance de
fralerniser avec ces marll rs de la liberté.
Aprtis les avoir rcconnus, coníormémenl a la
liste dont j'étais porteur, et aprcs les avoir
féfü;ités sur leur hcun•ux rctour, je rclournai
a Bale et a Huningue pour J chercher la filie
du dernicr roi des Fran~is, que j'accompagnai daos une \'Oiturc séparée et qui ful cscortée jusqu'a la íronlicre par un délacbcment de cavalerie, qui íormait une escorie
de sureté. Tous les militaires, et· un tres petil
nombre de spectaleurs que nous renconlrames sur 1:1 route, étaicnl dans l'attitude du
stotci~me répuLlicain.
Les mc&lt;urcs de p11lire aYaient é1é si bien
prises a fül.le pou r y fermcr les portes a
l'cntréc de la nuit, que nous ne rcnconlramcs
pcrsonnc jusqu'it la rnaison de campaizne de
~l. Heber, situét' pres de la ,ille de llalc, oü
il n'y a,·ail que quelqnt&gt;s indi,idus daos la
cour.
Nous troul'amcs ;1 l'entrée de la maison le
princc de Gane, qui nous sui~it dans la salle
011 nous procédr\mcs d'ahord :1. l'actc de la
remistl. Le prin&lt;·c de Gane dit l'll~uile a la
v,,yagcusc « qu'il élail cbargé de l'a~surer au
nom de l'cmpl'reur des senliments de la
maison d'.\utril'heet de l"cmpresscmentqu'on
aurai t a Id recernir a \'ienne ». II me rcmit la
reconnaissance de réception en meme temps
que le baron de Dege_lmann, minislre plénipotentiaire, me donaa la note par laquelle il
déclarait, au 110111 de son SOU\Crain, r¡ue les
représcntants du peuple, les amhas,adeurs,
le général lkurnorrville et leur suite, dc1j11
pro\'Í~oiremenl rcndus dans le tcr1 iloire balois,
étaic11l des ce momt'nt en pleine el cnticre
liberté.
Aprcs quelques moments d"cntretien, la
vo¡agcu•e remcrcia le capitainc )lrchain et le
ci1oy&lt;•n Gornin, commi•saire préposé a la garde
du Temple, des soins et des éiards quºils

1. 01! la prison ,te Ilrímn, •n :Vora,,e. d'oú ,t anil
lenlé de s·ccltappcr au moycn cl'un parachute d,• sa
fabricalion.

2. ,ime ~,:monrilte, fcmrnr d"un des prisonnic•rs
rc11d11s par l'Aulriche, se disposait it venir chcrd,cr
mu mar, a U:ile.

�"·- ------------------

111S TO']{1.Jl

•

avaienl eus pour elle pendant la route jusqu'a
Bale.
Je renlrai cnsuitc ame ces dt:ux citoyens en
ville et je me rendís en bate a Richen, pour
y annonccr aux représentants du peuple, aux
ambassadeurs el au général Beurnonville qu'ils
élaient maintenant dégagés de leur parole el
a la veille de rentrer dans leur patrie, ou ils
étaie11l atlendus a bras ouverls. Le corlege s'e
mit aussilot en marche el arriva a l'Uólel des
Trois AJages a Bale, ou il ful recu par une
aflluence de citoiens rangés sur dcux. hayes
au rri de : Vúie la Ré¡iublir¡ue !
Le lendemain il y cut un grand diner chez
rambas~adeur, oi1 l'on célébra avec aulanl de
cordialité que de gaieté un jour qui a été une
,·éritable fcte pour tous les amis de la France.
Les •voyageurs ont ensuite fail leurs di~posilions de Yoyage: les uns sont partís aujourd 'bui el les au tres parliront demain.
M. le baron de Degelmann a protesté verbalcment, au nom de sa cour, contre l'inexécution d11s condilions de l'échangt&gt;, qui élait
la permission qui avait été a&lt;·cordée a la
citoyenne Tonrzel d'accompagner la filie du
dcrnier roi des Franr;ais a \'ienne.
Je vous ad resse, citoyen Ministre, ci-joint le
recueil dt's pieces relalives a la négociation de
l'échange des représentants du peuple, etc. 0
contre la filie du dernier roi des Francais. Le
recueil servira de supplément a ma lellre,
puisqu'il renferme le précis hislorique de la
négociation et toules l~s pieces jointes qui y
ont rapport.
Salul et fralernité.
füCIIER.

A ce rapporl étaient joints deux récépissés :
le premier émanait de l'envoyé de l'empereur
d'Autriche: il est ainsi formulé :
Le soussigné, en verlu des ordres de sa
Majesté l'empereur, déclare avoir recu de
M. Bacher, commissaire francais délégué a
cet effet, la Princesse Marie-Thérese, filie de
Louis XVI, 1t Bale, le 26 décembre '1795.
Signé : le Prince de Ga vre 1 •
L'aulre piece est la décbarge remise au
capitaine MéchaiD i.
Le ciloyen Bacber, premier secrétaire interprete de la République Franr;aise en Suisse,
certifie que, coníormément au décret de la
Conv~nlion Nalionale, la filie du derniér roi
des Francais a étti remise aujourd'hui a dix
heures du soir, en sa prtisence, entre les
1. Archires du déparlcmcnl des Affaires étranger~s.
2. )léchain re~uL du gouvernemenl, _« pour l_e zele
el la prudence avec lcsqucls il a rcm_pli_celle m1ss1_on,
une somme de 10 000 fraocs en numera1re ». Arcln.-es
nationales F1 2315.
Méchain, au cours de son voyage a Bale, a l'al_ler. et
au relour, dépcnsa.15856 francs,} ~ols en num~ra1re
el 20 3-.!•I francs en ass,gnats Si I on a 1oule a ces
r.omptes les 10000 francs remis en 01: a lléchain el les
20 000 francs papier soldés au coumcr t:has:iut _pom·
le renou ,,ellcmeul ele sa garde-robe, on arrive a un
total de -.!5 856 francs en numeraire el de 40 320 írancs
en assignals. Archives nationales F' 2315.
11 csl assez singulie~ que dans le _comp(e rmdu par
Pierre J/éllt!zech, nnmslre de l Jntérieur, de son
admi111slrt1tion depuis l~ 1_3 bru!11aire _a11 IV fusqu'au premie,· ve11dém1aire suiva11t, 1mpr1me en

mains du prince de Gavre, comm· s8air11 fondé
de pouvoir du Gouverncmenl aulrid1ien pour
la recevoir a Bale. Cet acle étanl tonsomrué,
le ciloyen Mécbain, capilaine de gendarmerie,
rouni de la reconnaissancc el réception du
prince de Gavre, se lrouve des aujourd'hui
dégagé de toute rcsponsahililé relativemenl au
Mpot qui lui a été confié par le ~Jinistre de
l'lntérieur. Le citoyen Bacher Jéclare en onlre
que cet officier a rcmpli la cornmission donl
il élait chargé, ayee toute J'intelligence désirable, aver. lous les égards qui lui étaienl
recommandés.
A Bale, le 5 Nirose, l'an 4 de la Republic¡uc
l'ran~aisc, une el indivisible.
Il.\CIIER 3 •

+
La plus complete relalion de l'écban6e, la
mieux informée, la plus piltoresque aussi, esl
due a un Anglais, William Wickham, qui, en
1795, élail accrédilé, en qualité de minislre
pl~nipotentiaire « pres le lonableCorps hehéLique ».
Comme ces fonclions lui laissaicnt des
loisirs, Wirkbam s'occupait bcaucoup moins
des rcbtions anglo-suis8es, que de I'organisation de la contre-révolulion en France. A crt
effet il avait organisé un cordon d'agences
toul le long de la frontiere : l'agcnce d,i ílf1le
était, com.me on le comprcnd, la plus importante : elle se composait au moius de t.rois
informaleurs secrels. Quoique Witkbam ne
les désigne jamais que par des iDiliales conrnnlionnelles ou par des pseudonymes, il a élé
possible d'étaLLir l'idenlilé de deux d'enlre
eux: Ernmanuel Wallher Mérian et Fenouillol;
le troisieme, E, n'élait pas d'origine suisse;
mais c'est tout ce que J'on sail de lui.
Mtirian, lui, étail de BAie: il y te11ail, dans
la Freisl1·asse, rhotel du Sau?Jaye, tres fréquenlé par les officiers de l'armée de Condé,
quand celle-ci se lrouvail dans les em·irons
de Bale, et aussi par les offit:iers républicaiDs
venant de Huningue ou de Mulhouse. Le Sauvage élait done uD J,on poste d'observation.
Cornme presque tous les membres de sa
famille, Mérian apparlenait au parli conservateur el toutes ses slmpathies allaient aux
roplistes : il était dur pour ceux de ses
compalriotes dont il connaissail les tendances
révolutionnaires, et ses rapports a WicJ..ham
s'en ressentaicnl. Quand, trois ans plus t11rd,
les Francais péné1rerent en Suisse, Mérian,
dénoncé cornme suspect, ami des priores et
de l'Anglelerre, parvint a s'enínir el gagna

l'armée de Condé ou il ohtint le rang de
major et resta jusqu'pn 180 1. !lenicé a Bale,
il fut ad111is au Conseil de régence, dont il fil
parlie jusqu'en 1823: le gouvernem~nl de
la Restauration lui servil une prns1on de
2 000 francs, pour services rendus a la
famille royale.
~enouillot, le seeond e~pion de Wickham,
élait UD émicrré, ancien conseiller ou avocat
au Parlemen~ de Besancon. 11 était spécialemenl charrré des rapporls a,·e~ Pichegru : son
nom revie~t souvenl dans les ,1/émuires de
Fauche-Borel.
C'esl a ces personna¡?cs que sonl dues le_s
relations qu'on va Jire: Wit:kham transmella1t
a son gouvernemenl les rapports de ses agenls
et c'csl au Public-Reco1·d-O(fi.ce, a Londres,
parmi la correspondance de Mérian a lord
Gramillc, qu'ils sont conservés; la seule
modificalion que j'apporte a ces picces esl de
grouper les faits dans leur ordre c·hrono~orriqur, afin d'en rendre la leclurc plu, fac1lc
~t sans changer un mot au texte original 1 •

« lladame Roy11le arriva a lluningue le
24 décembre au soir; des lors les portes de
la forleresse ont été fermées. La princcsse
élail accomplgnée par Mme de Soucy, filie de
la gouvernante de Louis X\'II (sic) el par le
s' llue, valet de chambre du roi.
Nous leDons de quelqu'un qui a passé
samcdi une heure et demie avec elle qu'elle a
dit que, depuis sa sortie du Temple, el~e
n'avail vu que des personnes dont le souve1m
demeurerait gra\'é daos son creur.-. Un vilain
pelit chien élait 11t, on lui dit : - ~[adame,
cct animal est laid ; il serait facile d'en a1·oir
un plus agréable.
- Je l'aime, dit-elle en versant un torrenl
de larmes, c·est lout ce qui me rP,ste de mon
frcre.
Elle mrnquait de tout ,el Bicher mena
Mlle Serini, marchande de modes établie ici,
pour porter des marchandises a la princesse a
lluningue, oi1 elle passa une hcurc ame elle.
Mlle Serini qui a beaucoup cansé avec clic en
a élé parfaitement contente. On ne parle de
cPlte illuslre prisonniere qu'avec rintérct le
plus vif et avec attendrisseme~t. Aucune
plainte n'est sortie de sa bouche, nen que tles
cboses honnetes et obligeantcs.
Madame Royalc est enlin sortie de France;
Bacher retourna la chercher a lluningue.
Quand elle quilla l'auberge du Cor"beau, ell~
n'avail pas un écu a donner au garc,on qui
l'avail servie et, voulant lui téruoigncr sa
satisfaction, ellelui donna son mouchoir.
l'an VI, le voyage de la filie de Louis X.VI ne soil
- VoiHt tout ce que je peux vous donncr,
compté, au total. que pour '12 86{ fr. 50, avcc une
dit-elle, je n'ai point d'argent.
dill'érence en moins de 15000 francs (sans compler les
sommes en assignats) avec les comples conservés aux
Elle a souO'~rt pendanl la roule de n'avoir
Ard1ivcs.
pas
seulemenl vingt-quatre sois a donner aux
3. Archives clu déparlemcnl des Affaircs étrangcres.
4-. Je suis redevable de ces précieux rcnsPignemenls
pauvres.
aux rccherches de M. 0. -C. Bourcarl, de Ilalc, auquel
Bacher la conduisil a une maison de camj'ai eu plus haul 1·occasio11 - _qui pourrait rn. prépao-ne de M.-Reber qui esta une portée de
senlcr a chnque page de cel arl1cle - de témmgner
ma vive gralilude.
fu;¡! de la porte de Bale du colé d'lluningu~.
On trouvcraqu•lques passagt•s relalif; al'échangede Pour dérouler la curiosi1é indiscrete, on ava1t
1ladame l\oyale dans la parlie de la correspondancP.
de W1ckham, publiée sous ce litre : Tite Correspo11assuré positivementque la cérémonie seferail
da11ce o( tite /light. Jlon. William Jl'icklta111.
de nuil et qu'on ne lraverserait point notre
Londres. B•ntley, 1870. Voir, uolammcut, vol. I,
ville. Samedi a si1 hcures du soir des voitures
p. 244-299-330.

de voyage suivant la route d'Iluningue 1t Bale
se sont arretées dcvanl la campagne de
M. Rebcr; un détachement de cavalerie baloise
elai_l lit; ca!', malgré l,·s précautions, quelques
curieux memeen assez 0 rand nombre s'étaient
lai~sé enfermer. M. Bacher llt done arre ter les
~oiturcs; ·le chcmin élant mauvais, il pria la
Jeune princesse d'allendre un fauleuil pour
la por)er Jusqu ·¡, }ª ma_ison; mais elle di t que
cela n éta1l pas nccessa1re et san La lé••crement
'
~
a terreen
s appuyant
sur l'épaule d'un baarcon
•
•
perruqu1er qm se lrom-a it la. M. Bathl'r don na
le bras a la Princesse pour traverscr la cour
el laconduisitjusqu'au salon ou elle ful recue
par deux Autrichiens el DOS chefs haluis. Une
légere collation fu t servie.
A.pres avoir vérifié en présenre du prinrc de
Gavr~ et de ll. d'E~elmann (sic), que c'füit
la princesse Marie-Thércsc-Charlolle, Bacher
leur dit :
&lt;C Je suis chargé de vous remellre Jfadame
de france. l&gt;
A ces paroles, la princesse r.ípondil :
.- Monsi_eur, je n'oublierai jamais que je
su1s franca1se.
Et ~es !armes lomberent alors de ses yeux.
Le prmce de Gavre cxtremement touché luí
dit :
- Je suis chargé ele recevoir VotreAllesse
~oyal~ et ~e _la conduire a Sa Majesté Irnpér1ale a qui 1l tarde de vous voir, de vous
embrasser et de vous donner, ~!adame, des
marq ucs de sa tend resse et de ,a bienveillance.
- Je suis sensible, répondit la princesse,
aux bon tés de Sa ~[ajes té fmpériale. Sans dou te
que le sang qui cou!e daos nos veine, lui a
inspiré ces scntiml'nts. Je 1fu hcrai par ma
conduite et ma reconnaissancc de me renclre
digne de ses Lonlés el de lui prouver que
jamais l'ingralitudc n 'enlre dans mon creur.
Un silence assc•z l.rng suivil ces parolcs.
La ré,.eplion signée, M. d'Egelmann p1rtit
avcc Bachcr pour un ,illage de l'autre coté
du Rhio, en dec.\ dur¡uel, dans une aulre
campagui, on gardait les dépnlés carmagaols.
Pendant ce temp,-li1, la priDcesse accepla
quelques rafraithissements. AyaDl enlendu
une servanle parler francais la princesse lui
demanda si elle était franr;aise?
- Non, Madame, lui répontlit celle filie,
je suis du pays de Vaud, dans le ca11lo11 de
Berne, ou 1'011 parle fran~dis. »
- Ah! que vous eles hcureuse, lui répliqua la Princesse, d'et.re de ce pays-la 1
La princcsse avail un chien fort laid pour
lequel elle avail beauroup d'allentions; voyant
qu'on étail étonné qu'elle prit lanl de soius
d'un animal aussi laid :
- Je sais liien, dit la princesse, que cet
animal n'est pas Leau, mais mon frcre lui
était fort allacbé.
Et alors elle se mil a plcurer.
On dit que la princesse a amené de Paris
une vieille femme et un cuisinicr du roi. En
les présmtant au comle (sic) de Gavre, elle
lui dit : &lt;&lt; Vous ne trouvertZ pas mamais
que ces personnes me suiveul ; cet homme
a ser vi mon pcre, celle femme m'a rendu

.

LE YOYAGE ET L.ÉC1fA'NGE DE JJfADJl.ME J{OYALE - - - . .

plusieurs sen ices au T&lt;'mple; ils onl dé,iré
me suivre et ne me quitleronl jamais. Monsieur, dit alors la vieille femme, elle est
aussi bonne que bt'lle. »
Au retour de ~l. d'Egclmann, elle pril
congé de son monde, remrrcia chacun Pn
particulier et monta en voiture a huil heurcs
lrois quarts du soir. A neuf brnres on ouvrit
les portes de la villc pour qu'elle put continucr sa route. Plu~ieurs pcrsonnes, lorsqu 'elle monta en YOilure, crierenl : l'iue la
princesse!
La voiture allait fort lentemenl ! ~fadame
rn retournait de temps en temps du coté ele
la France en observant le plus grand silence.
On croit avoir observé qu'elle a icrnoré l'ob. d
o
Jet e son voyage jusqu'a rnn entrée a la
maison de M. Reber et qu'elle paraissait y
entrer avec répugnance comme dans une
nourelle prison. Lorsqu 'elle entra a Bale on
ne cessa de crier : Vi\'C la Princesse Rople
de France ! Vire i\farie-Thérese-Cbarlolle de
France !
Un ofllcier de Condé, se trourant ala porte
Saint-Jean quand le carrosse passa, monta
sur le marchepied et traversa la ville en s'enlreleuanl avec elle. 11 y avail beaucoup de
monde sur le pont du Rbin, il faisait clair de
)une; elle baissa les glaccs et saina.
Elle fut surtout émue en passant sur ce
ponl qui était jonché (sic) de personnes de
tous les états avec de grosses lanlernes éle,·ées en l'air, ce qui furmait un jour assez
considérable pour la distin guf'r a souhai r. Les
cris de : &lt;C Yil'e ~!adame Royale )J redoublerent et elle y p:irut extremement sensible.
C'est ainsi qu'elle traversa Bale.
Le mauvais temps ayant fait grossir les
rivicrcs, il n'était pas risqnable de suivre le
premier projet de lourner la ville. Mais, si
bien des voix firent entendre les cris de
« Vi1•e Madame ! J&gt; on enleDdait aussi chanter
« ~a ira ! » Le peuple de Ilale s'est montré a
cette ot:casion tres populace.
Ce sont les B:Hois qui onl accompagné
~!adame dPpuis les frontieres de Francc
jusque sur cclles d'Autriche. Di manche 27 décemLre elle arriva a Laullenbourg et une
messe solennelle y fu t célébrée.
La princcsse c~t d'une taille tres éléganle,
son port, sans annoncer de la lierté, indique
la dignilé et beaucoup de grace; elle a les
cbeveux blonds, un brau Leint frais et tres
vermeil, des yeux Lleus et en général une
physionomie qui dit heaucoup. Lorsque les
cinq JacohiDs échangés sont arrivés a Iluningue, le peuple criait : « Nous perdons un
aDge et on 11ous donne a sa place cinq
monstres ! i&gt; lln officier palriole a tenu des
propos si viulenls a cel égarJ, qu'il a él~ mis
en prison.
Je vis hier le portrait de la princesse.
M. Ilro'i Nadel, actuellement a Bale, l'a achelé
d'un peinlre qui, depuis París, l'a suivie en
saisissanl a toulcs les slalions le momeut de
donner q11el1¡ues cuups de pinccau sans elre
aper~u. Les persoDnes qui l'ont vue l'ont
d'abo1d reconnue, mais ne l'unl ¡,as tronvée
ílaltée. Tuus out dit : &lt;1 Elle cst liien plus
...,. 85 -

jolie. ll La premiere copie a été envoiée an
prince de Condé. ~l. Bro1 porte l'aulre a Madamr. Clotilde, princesse de PiémoDI.
Les 12 citoyens francais avaient élé reconnus le malin par M Bacher et conduils au
chateau du Baillif de niehen, village balo:s
sur la frontiere, a cinq heures aprcs-midi; a
onze hcures du soir ils sont entr¿s a Bale
avec six ofllciers autrichiens et sont descendus aux Trois Roü. - Ilier a trois heures
je les ai vus passer sous ma feDelre allant
diner chcz ~l. Bar1hélemy. Personne ne les
suivait.
Les dépu tés séjournent a Bale et sont tres
fetés pir les Jacobins de la ville; ils vont
err,! étonnés de voir nos Bitlois plus jacobins
qu'ils le sont eux-memes, qui, en général,
ne montrent pas un profond respect pour la
République. ,,
~

JI faisait nuit depuis longterups quand, le
26 décembre 1795, le corlege de la filie de
fürie-Anloinetle traversa Lorracb, prcmiere
bourgade de l'Empire; lit, Madame Royale
rtail définitiYemenl libre; elle se trou,,ait sur
les terres de son cousin germain l'empereur
Fran1,ois U. Dans ces vastes États que rnn
illustre grand'mere, l'impératricc Marie-T11érese, avait si fortement constilués; que sa
mere, pelite archiduchesse de quinze ans,
promise au plus bcau tróne du monde, avait
quiltés jadis, parmi lanl de regrels et de
bénédictions, l'orpheline du Temple pensait
qu'elle allait trouver enfio, dans l'accueil de
sa famille, une reYanche de la destinée. 11
esl manifeste que si, a cette pauvre filie de
roi, que le malheur devait poursuivre avcc
obstination, un peu d'illusion fut permis,
c'esl lorsque, quitlant ses geóliers, elle alJordail le pays ou sa naissance et ses irrfurtunes
lui donnaient &lt;lroit d'attendre tant de syrnpatbics el de compensalions.
Les premiers jours de celle vie nouvelle
ne furen t pas promelleu r&lt;. 11 y a neuf lieues
de Bale a Laufenbourg oi1 J'on derait s'arretPr pour la nuit, nen f lieues de pays accidenté et de mauvais chemins; ce n'est cerlainement pas avant deux heures de la nuil
qu'on parrint a la couchée 1 •
On élait an 27 déct&gt;mbre, un dimanche,
une messc solennelle fut célébrée a l'écrlis;
du bourg. Depuis le 5 aoúl li92, jour°ou,
pour la derrnere fuis, dle avait as~isté a
l'offire_da~s la tribuue rolale de la chapelle
des Tu1leries, arec le roi son pere, la reine
sa mere, son frcre et sa tante, Madame
Rople n'avail pas frdnchi la porte d'une
église.
On_séjourna ~ Laufeubourg jusqu'au lendema.rn : le prmce de Gavre, grand-maltre
de la maisou que l'Empereur avait furmée
a_la princesse, avait décidé qu'on gagnerait
V1enne, sans emprunter d'aulres routes 4.ne
&lt;..elles des terres de l'Empire, ce qui oblige... it
l. D'aprés ecrl~ine_s relalions, la prcmirre étape
ful Rhe111f~l&lt;lcn. a m1-chcmin de Ualc el &lt;le Lauf-,ub_ourg; mai&lt;, comm_c on l'a rn, l\'ickhacn, lrés prt!c1s. 11ote que, le ~11~anche t7 d~cemhre au matu,,
i\la&lt;lame lluy•le cla1t a Laufcnliuurg.

�111STO'J{1A

"'---------·------------

a de lon&lt;rs détours. Le ::iO, le rorlrge parn'nait a Fiissen, ou l'on fil séjour dans un
aotique cMteau féodal, singulicremcnl dél.tbré, qu'babitaient un grand-oncle ~t ~ne
o-rande-lanle de Marie-Antoinelte, 1anc1en
électeur de 'freves I et la princesse Cunégonde2.
C'était Je début de la jeune Marie-Thérese
dans sa famille allemande; comment se passa
cclte premiere enlrevue? On ne I'a pas dit;

donnG une mai,on cl,1nl le prince de Gavre
est le Grand-)laitn: 3 • l&gt;
La prince,se Cunégond .. témoigna pourl~nt_
&lt;( heaucoup d·aniilié )) a sa niece et celle-c1 la
pria de vouloir bien faire parvenir u? bille~
d'elle a Louis XVIII, alors retenu, - tnlerne
serait le mot Hai, - a Vérone par la politique de ses allies. &lt;( .le me méfie, écri,·ait
encore la filie de Louis XVI, de toules les pC'rsonnes qui sont pres de moi i. &gt;&gt;

sera pas admis a lui présrnter ses hommages.
.
. .
Ces appréhens1ons Jusltfient le_ mot que
Bacher prele a Mme de Soucy mamfcst~nt au
baron de Oerrelmann &lt;( le désir qu'avait sa
o
. . '0
Pu pille de ne renconfl•er aucun enugre l&gt;;
c'étai1 bien ctrtainement un ordre re~u el
lramformP en vreu pour sauvegarder rapparente indépendJnce de la prisonniere. Bue
raconte, en e(fot, qu'un jour, &lt;( par un heu-

les em1grés qu 'une aversion de commande.
Ou l'entrelenail, sans nul doute, avec soin.
A ln~pruck ou Madame parvint le 2 janvier,
elle fut rPcue par sa !ante, J'archiduchesseabbesse Marie-Élisahelh' , dans ce vaste et
sévcre palais, ou son grand-pcre, l'empereur Fran~ois Ier, était mort d'apoplexie, en
sortant d'une représentation théatrale. f't ou
sa mere, en roule pour la France, avait tanl
pleuré a la veille de quitter pour loujours la
terre autrichienne,
Madame Royale passa la les journées du 2 et
du 5 janvier : l'arcrJduchesse Élisabeth, &lt;( la
plus rébarbative, la plus terrorisa11te et la
¡.,los spirituelle l&gt; des princesses 1 , chercha a
sonder !'esprit et les projets de sa niecc. De
celte fillctte sans e:xpérience, sans méfiancc
et saos diplomatie, dont il était si facile d'exciter la rancune contre les l1ourreaux de ses
parents, elle réussit a obteuir un aveu. un
mol seulemeut, peul-elre, qui, perfidcmcnt
répété et exploité, permellrait de représenter
la filie de Marie-Antoinetle comme étant résolue a renier la France et aépouser un prince
autrichien, racontar saos imporlance, en
réalité, mais dont l'écho devait avoir sur !'avenir de la jeune princesse une influence décisive.
D'Inspruck a Salzbourg la route r1ue devait suivre le cortrge, s'enfonce dans les
montagnes, rude et pénible traJel, par ces
jours sombres du corumencement de janvier,
,urdes chemins boueux, a trarers d'élroites
vallées, parmi la neige et les brumes; le 5,
entre Waidring et Reichenall, on passa la
Strub-Ache, défilé forlifié qui marque les
limites du Tyrol : c'est le seul point du parc-ours ou l'on fut obligé d'emprunter, pendant
deux lieues, le territoire bavarois; le soir
meme 0D était a Salzbourg, le (l on s'arretait
a Wclz, dans le vieux ch:1teau, presque ruiné,
qui a YU mourir l'empereur Maximilien l".
La, déjouant les surveillances, le fidcle
Cléry, accouru de Yienne a la rencontre de la

.

1. N¿e en 1743, morle en 1808.
2. Souvenfrs tic la baro11ne du Monlel.
3. L'archiduc Charles, cclui des frércs de Fran~ois 11
que l'on désignait comme clerant épouscr Madame
Royale.

L'E YOY.llGE ET L''ÉCH.llNGE D'E MAD.ll.Mr. R._OY.lll.'E - - - . .

filie de son mailre, parvint a pénétrcr pres
d'elle; inquiete de ce qui s' est passé a [nspru, k, r&lt;'grellanl l'aveu que lui a arraché
l"archiduchme Élisabeth, froissée pcut-etre
de la rigrn ur avec laquelle le prince de Gavre
exécule les consignes impériales, 1-lle pro61e
de la pré5ence de ce serviteur dont elle connait le dévouement, de ce Fran9ais, - le
dernier qu'elle verra, sans doute, de bien
longtemps, - pour confier a son oncle le
soin de fixer sa destinée, et elle remeta Cléry
une lettre ou se révele tout Je &lt;lésarroi de son
esprit E-t de son creur : « ... Quelque désir
que j'aie d'apprendre des nouvelles de Yotre
Majesté, je crains de ne pou voir lui écrire
souvent, parce que je serai suremcnl bien
observé!'. Déji!, dans mon voyage on m'a emped1ée de vnir des Francais, rEmpereur YOUlanl me mir le premier et craignant que je
n'apprisse ses projets. Je les sais depuis longlemps, el je déclare a mon onde r¡ue je lui
resterai toujours fidelement allac:hée, ai11si
qu'aux volontés de mon pere et de ma mere
pour mon mariage, el que je rPjellerai toutcs
les proposilions del' empereur pour son frere'.
Je n'en veux pas ... . ~la position esl bien difficile et dfücale; mais j'ai roofiance en Dieu
qui déja m'a secourue et fait sortir de tant
de périls. II ne me fera jamais démentir le
sang illustre dont je sors. J'aime mieux etre
malbeureuse avec mes parenls, tout le temps
qu'ils le seront, que d'etre a la cour d'un
prince ennemi de ma famille et de ma patrie' .... l&gt;
L'illusion n 'a pas été longue : l'orpheline,
·apres dix jours de roule, avant meme d'etre
arrivée a Vienne, comprcnd qu'elle est prisonniere de la politique, et que c·est un nouveau cachot, - un cachot maje~tueux et doré,
- qui l'attend au bout du voyage.
A Linz, d'aspect mort, avec sa large rue
déserte oi.t s'éleve, entre un Neplune et un
Jupiter, une colonne dédiéea la SainteTrinilr,
~tadame fut logée au cbateau impérial, sur la
colline dominant le Danube, vaste el triste
4. La lcllrc est longue et helle. Elle a é1,; publi~e
enticremcnt par M. E. Oaudct. /listni,·e de l'Emigralion, 11, 147.

dcmeure devenue, depuis lors, caserne et prison. Le 8 janvier, elle était a Mrelk, dont la
colossale aLbaye pul lui rappeler les li¡rnes
somptueuses de Versailles : c'était la derniere
élape. Le lendemaia, des les premicres heures,
l'approche de Vienne se fil sentir; la routP,
en som'1•nir de Marie-Anloinette qui l'a,·ait
sui,·ie, s'appelait, - et s'appelle encore route de la Dauphine. Apres avoir passé les
derniers contreforts du W1enerwald, on traversa Purkersdorf, gros ,·illage sur la Wien,
et Mariabrünn au dela desquels on laissa, a
droile, le Thiergarlen, réservé aux chasses de
la famille impériale. Pui~, ce fut llülleldorf,
composé de restaurants et de villas, Penzing,
S1hlllnbrunn dont on apercuI, a droite, la
grille ouvragée, entre deux m~igres pyramides, l'im'mense cour nue et !'interminable
fa9acle, bourgeoise avec ses volcts verts.
Alors les berlines roulerent, dans la nuit
qui tombait, a travers le populeux faubourg
de Mariahilf : une large rue mal alignfr, bordée de maisons basscs, d'aspect proYincial :
on passa la Linie, la vieille enceinte, formée
de barrieres, au dela de laquelle le faubourg,
sans constructions luxueuses, ~ans raonumenls, se continuail, tout en boutiques et en
brasscries. Sans doute, du fond de sa voiture,
derriere la buée des vitres, la fi lle de MarieAnt()inette regardait défiler sous ses yeux les
aspects nom·eaux de celle ville dont si souvent, au Temple, la reine lui avait vanté le
cbarme et la gaieté. C'élait done la ce Vienne
ou sa mere avait été si heureuse? Que de fois
elle a1·ait du suivre cette rue de Mariahilf qui
conduit de la Hofburg a Scbrenbrünn ! C'élaient ces choses •qu 'avaienl vues, de leurs
premiers regards, ces yeux destinés a tant
pleurer....
Brusquement les maisons, des deux cotés
de la rue, cessent : la voil ure roule entre des
glacis ott les soldals au;richiens font senlinelle : un rempart, une enceinte fortifiée,
une lourde porte, - la Burgthor, - puis
l'entrée dans les cours profondes de la Uofburg, le cbateau impérial, dont les grille~,
les voil ures passées, retombenl : la filie de
Louis XVI esl entrée dans sa nouvelle prison.

ARRIYÉE DES PRISOI\NIERS DE L'.\.UTRICIIE A LA MAISON BAILLIYALE DE RtEHEN.

G. LENOTRE.
de ce jour la vie de Madamc Iloyale devient
plus formée, plus mystérieuse qu'elle ne ~e
fut jam~is aux jours d'isolement de la pr1son du Temple; sa stupeur dut etre doulourcuse c¡uand elle s'aper~ut, bien vite, que le
Gmnd-JJaitre de sa maison n'était autre
t¡u'un geólier, un geolier sans les memes
prévenaoces, sans les attendrissements que,
jadis, a la dérobée, manife~taient Lasne ou
Gomin. &lt;( J'ai aulour de mm de bonnes personnes, écri t-clle a son· oncle, mais j 'en ai
aussi d&lt;J mét:bantes, car J'empereur m'a

A Fü,sen sa porle. 11troitcme11t survt'iil(fo
parles policiers aulrichiens, « se fern1c a tout
ce qui est Fran~ais 5 )) • DPja 1~ C0?3,tP. u',\ va~a~ '.
!'ami et le confidenl de Lou1s X\lll, expedte
par celui-ci aux e11virons de 13:l.le, pou r saluer, a son passagP, la prisonnicrc do Tt'mple, s'est vu sechement é\'in:é et a _&lt;ln ,retou~ner a Yérone pour ne poml avo1r a subn·
l'alfronl d'etre lenu a l'écart de la princesse.
Sur l' ordre de son mailre, il retourne a lnspruck uuettaut le passage de Marie-Thércse;
'"
la, encure,
on lui fait comprendre qu ··1
1 ne

reux hasard, la \'O¡lure de la prince§se;'étant
arretée sur la o-rande roule, i1 aper9ul de loin
un officier a"e l'armée de Condé. C'était
M. Ilerlin, l'un des aides de camp de S. A. S.
(le priuce de Condé). J_e µrévins ~!adame, q1~i
le fit avancer. Elle lu1 demanda a,ec un v1f
inlérel des nou velles du prinl'e et le chargea
de lui exprimer, ainsi qu'a ses braves compagnons d'armes, les sentimenls donl elle
élait pénétrée ».
. , , .
Ce1te seule exception sufüra1t a elaLltr r1ue
la filie de Louis XVI ne professail pour

l. Clément Vinccslas, prince de Saxe, né le 28 scptcmbrc 17j9.
.
. , ·. F' l
2. Marie-Cunegonde-Hcdw1ie-Fran~o1&lt;e-Xancre- orence, princessc e.le Saxc, née le 10 11ov,·mbre 17 40.

L'clecleur ele Trc,·es el la princP~se Cun_égon,lc
étaicnl frcrc el sreur de la tlauph111c, mere de
Louis XH.
·
.
'8
3. E. llaudct. Jlistoi1·e de /'Emigra/ton, U, 1, .

4. Jdem. p. 141.
5. ldem. p. 140.
.
.
.
6. Arcl11ves du départemrnt des Affa1resclrangcrcs.
Vicnnc, 361.

Souvenirs du Siege
Tout ce mois de décembre [ 1870] fut terriblement dur a trarnrser. Les privations
allaienl croissant, a mesure que diminuait le
stock de nos approvisionn'c!ments.
Toutes les denrées qui accompagnent Je
pain el la viande étaient montées a des prix
exorbitants, qui s'élevaient lous les jours. La
livre d'buile coutait couramment de six a
sept francs ! le beurre, il n'en fallait point

parler; c'étaient des prix de fantaisie, 40 ou
50 francs Je kilo; le gruyere ne se rnndait
pas; il cut couté trop cher; il se donnait en
cadeau. Je mis ltlle jolie femme qui, au Jour
de l'An, a recu, au líen des Lonbons accoulumés, un sac de pommes de terre, ou un
morceau de fromage. Un morceau de fromage
était un présent royal; les pommes de terre
valaicnt 25 francs le boisseau; elles revenaient
bien plus cber aux pelits ménages qui les
achctairnt au litre ou bien au tas. Un chou
était coté six francs; il se débitait feuille a
feuille, et telle, qu'on eut a peine jadis osé
ofTrir a ses lapins, figurait noblement daos le
pol-au-íeu de cheval.

L'oignon, le poireau et la caroue étaient
inlrouvaLles. ll n'y avail pas de mercuriale
pources articles,et la fantaisie seulede I'acheteur en déterminait le prix. Les graisses les
plus immondes étaienl mises en vente et lrouvaient acbeteurs a des taux iusensés. Les
journaux donnaien t tous les jours des recettes
merveilleuses pour les purifier et leur enlever
toute mauvaise odeur. ll v avait encore aParis
des quan1ités énormes deÍapins et de volailles,
mais lout cela était hors de prix. J'ai vu, aux
environs du Jour de l'An, la foule des ba&lt;lauds
allroupés autour d'une &lt;linde, commeautrefois
devant les grands jo:iilliers de la ruede la Paix.
On s·étonnait qu'un morceau aussi tentant

�msro~1J1 _______________________
afTronl.H. derricre le simple rempart d'une
vilrine, la voracilé des regards allécbés.
íleaucoup avaient achclé des lapins, qu'ils
nourrissaient d'épluchures. en allcndant que
la famine les forcat a en faire des patés en
terrinc. Le !'alé {ait plus de ))l'Ofi,l que la
gibelolle. Au mommt ou j'écris ces lignes.j'ai
pres de moi, dans mon cahiaet, dcux frer~s
lapias, tapis daos un aogle de la chambre, et
qui me rrgardeat de lcur gros air effaré. 1a
méoagere me les a apporlés, préteodant qu'ils
s'ennupient tout seuls dans leur niche, qu'ils
y avaieut froid et ne voulaient plus mangcr.
Celle dernierc consid~ration m'a décidé; je les
ai rccus, et je l:\che de les dislraire. Je me
garderai bien de leur Jire ce chapilre, ou leur
sentcncc est prononcéc; ils n'auraient qu'a
maigrir de ch,1grin.
Fune~te présage ! je possede égalemeat deux
poulcls, que j'entoure de prévl'nances. lis
o'aimeot pas le millel. Je suis aíl'reusement
pcrplc,e sur la nourriture donl il faut les
gavcr. J'ai eu sur ce poiot important plusieurs
conféreuces avec la cuisiniere. Si je présente
aiusi mes botes au lecteur, ce n'est point du
tout par fatuité, pour (aire montre de la bonne
compagnie que je re~is ala maisoo; c'est par
amour du renseignemcnl exact. Ces petils
détails en diront bien plus que de grandes
pbrascs sur la vie intérieure du Parisien a
cetlc époque du sicge, et sur la honne humeur
spirilut'Jle awc laquelle s'en amusaient ceux
qui avaient cncore asscz d'argcnt pour rirc
quel11uefois.
Le nombre s' en faisait de jour en jour plus
rare. La bourgeoisie commencait a voir la fin
de ses réserves. J'avais suivi avec un intéret
curieux les progres de cet épuiscment. Je
faisais partie d'une petite société ou J'on se
réunis~aiL pour jouer, soit le whisl, soit la
bouillolle. Le taux des mises et la facon de
pousser lejeu ne changerent passensihlemenl
le premier mois; des le second, la fiche lomba
de moi1ir, puis des trois quarls, el cofia, vers
la fin de; d1•rnicrs joursdu h,locus, il fut convenu qu'on ne jouerait plus d'argent.
Nous é1ions tous a sec, et n'avions plus a
peine que de &lt;1uoi allendre des jours meilleurs.
Que dire de c·cux qui ne possédaient point
d'avanc\!s? C'était J'immense majorité des
Parisien~, iJ faut bien l'arnuer. Non, je ne
saurais trop rrpéler a nos frercs de province
avec qutl iadomplable courage, avcc quelle
touchanle r;signation, avec que:l ill\iucihle
sentimentde palrioti,mc loute cetle populalion
supporla les rigueurs de celle longue miserc.
Les femmes surtout furent admirables. fo ne
plains pas lrop les hommes; la plupart avaicnt
leurs trente sous par jour, que beaucoup
d'enlre eux buvaient sans vergogne. Mais les
ícmmes! les pauvres femmes! par ces abominables froids de décembre, dles faisailnl la

qurue, toule la journée, rhrz le bonlangrr,
chez le boucher, chez J'épiciH, chez le marchand de bois, a la mairie. Aucune ne murmurait; jamais je n'ai enlendu sorlir d'une
seulc de ces bouches, accoutumées aux dures
paroles, un mot impie contre la France;
c'étaient t-lles les plus enragées pour 'lue l'un
tint jusqu'au dernier morceau de pain.

Nous atleignimes les dcrniers jours de décembre. Qu'ils furent tristes, ces jours, qui
sonl d'ordinaire consacrés lt la joic ! 11 est
nai que nous eumes une pale c9nsola1ion de
vengeance satisfai1e en songeant que les Allemands, retenus sous París, ne feteraient
point leur Noel en famillc, et que l'arbre tradilionnel de la Christmas ne verrait autour
de lui que des visages mélancoliques et des
Jeux en pleurs. Mais, nous-meme~, que celte
nuit de Noé! ful différente pour nous de ces
nuits de bombances solcnnclles qui jadis
éclataient gaiement dans tout París en l'bonneur de cet annil'ersaire ! La pluparl des
églises avaient fermé leurs portes; par les
rues éclairées au pétrolc et plongécs dans
une demi-obscurilé, rnnnait le pas rare de
quelque passant tardif. Un pelit nombre de
restaurants élaieut reslés ouverts, soit au
centre ordinairc des plaisirs parisieos, du
bouleYard des ltaliens au boulevard Monlmarlrc, soit daos les quartiers populeux, a
.Mootmartre, a Méoilmontaot el a Belleville.
lci, on bm·ait du ~in blcu. La, on s'était,
par dildlanlismc, réuni pour souper autour
de menus exlral'agants et bizarrcs. Les colclettes de loup cbasseur y figuraicot a ccité de
la trompe d'élrphaot rotie el du kanguroo en
capilotade, le lout arrosé du cbampagne classique. C'était se chatouillcr pour se faire
rire. Personne n'avait le cceur a s'amuscr.
AYec quelle mélaacolique amerlume on se
rappclai t la pbysionomie toute pélillante de
Paris, de ootre Paris, en ces jours qui précédaicnt le premicr jan,icr ! Quellc animation
sur nos boulcvards el daos nos rucs ! Comme
les voitures ronlaient joyeu,ement par milliers sur le macadam! Quelle gaicl é de lumieres
aux ,·itrines de~ grands magasins t¡ui s'étaient
parés pour cdte fete ! On ne renconlrait que
gens qui couraient toul effarés, les poches de
leurs paletots gonOées, des paquels, des
poupécs ou des hoitcs de bonbons sur les
bras et daos les mains.
Et celle longut•, celle inlerminaLle file de
pelitcs baraques qui imprimaienl a lous nos
boulevards un caracli-re si charmant de joie
populaire ! Uélas ! bélas ! que tout cela élait
loin ! Un ciel gris, tout chargé de neige, pcsant sur une ville morne! des magasias a
demi plongés dans l' ombre; el, sur le seuil,
aes boutiquiers interrogeant l'horizon avcc

ennui; ']UCl,¡ues rares omnibus qui accomplis~aicnl, presque a vide, leur trajet réglemcntaire; un peti t nombre de voitures ílilnant inoccnpées sur la chaussée a p~ pres
désrrle. Le 31 déccmbre seulemenl, quelGucs
quarliers pri,·ilégiés semblerent \'Ouloir sccouC'r cctle torpcur; la foule se prcssait aulour de dt&gt;ux ou lrois confiseurs en renom;
ils dél,itaient des marrons glacés comme a
l'ordinaire. Des marrons de l'an dcrnier ! car
J'biYer ne oous a,·ait pas ramené celle fois
ces honnelcs cnl'ants de l'Amergne qui s'installenl au coin de nos rues l'l tracassent sur
la poele en plein vent les marrons qui s' entr'ouneot et se dorenl.
Et le matio du preruier jamier ! Non, je
n'oubliC'rai jamais ce premier matio de l'année l 8iJ; quand la domestique m'apporla
sur un guéritlon le déjeuner, et qu'en ce jour
de fcle, ou toulc la famille réunie se comhle
joyeuscment de soubaits et de !&gt;lisers, je me
, is tou l seul, au coio de mon fcu, vis-a-vis
d'un morceau de cheval, qui fumaiL dans
l'assielle, je sentis tout mon elre défaillir el
fondis en !armes! Ab ! ces !armes, que d'autres les ont versées rn celle h~ure cruellc!
Songez que tous ou presque tous nous avions
envoyé au loin nos meres, nos femmes, nos
eofants, et que dcpuis trois mois nous vivions
sans noul'ellcs d'aucune sorte ! 11 était aisé,
en lcmps ordinaire, de s'étourdir sur ceue
solitudc; les affaires, les comcrsalions, les
gardes a montcr, le lrJin accoutumé de la
vie, et puis aussi cette insouciante philosophie, qui est le fond de nolre caract,~re nalional, tout conlribuait a écarler de la mémoire ces imagcs si cheres; les bruits du
dchors nous détournaienl de leur pensée.
La solennité de ce jour nous les ramena
loutcs, et comme elles nous regardaienl, avrc
des yeux tristes, el, nous tcndaul les bras,
semblaieol oous dire : ílappellc-nous ! celte
maudi le guerre ne st ra-t-elle pas b¡eotót
finiel ... :'\on,jc ne puis songer a !out cela
sans q11e mon cCl'ur ne se soulcve de ragc.
Miséral.les ! fils des Huns ! barbares! vous
oous a\'ez tout pris, nous sommes ruinés par
Yous, affamés par vous, et toul a l'heure
nous allons elr\! bombardés par vous, et nous
arnns ccrles le droit de ,ou~ ha'ird'une baine
cordiale. Eh b¡en ! oui, toules ces miscres, et
vos rapines, el \'OS meurlres, el le saccagemcnl de nos vifüs, et vos lrahisons inf:imes,
tt vos lourdes plaisanterirs, nous YOU'l les
aurions pardonnés pcul-etre un jour. Elle c,t
si bon ne enfanl, ce lle race fraucaise, et d' humcur si fac1lc, qu'elle eut peut-elre un jour
oublié de si justes sujets de ressentiment. Ce
qui ne sorlira jamais de nolre souvenir, c'est
le Jour de J'An, passé saos famillc. et sans
noUYelles, ce jour désolé, ce jour a qui manqua le baiser de la fomme et le rire du bébé
a la tete blonde !
FIL\)/CISQUE

SARCEY.

Madame de Brézé
Par Edmond PILON

Ylll
Ce qu'il advint apres que le roi eut
pris Arras.

riet Cousin son adroit successeur, en faisaien t
vingt et un. ans, a. son. fils, le petit d:rnphin
aussilot jnsticc par le fer. Ainsi ordonnait Charles, qm en a\'a1t hmt. Alors il étail monté
Louis; acc_la n'y ~vait pas de réplique qui lint. ~ers le Xor~, pointan~ du nez &lt;-1 pous,ant de
. Pour !u,, 1_1 alla1t_ toujours besognanl, tou- 1 avant sa ~urnent; 11 a1·ait reconr¡uis PéJOurs chafoum, LOUJOUrs rusé, entouré d'ar- ronnc, repris Boulo!!'Ile aux ,\ogl,1is · mais
mécs, avec lrois eapitaines: Dammartin la n'a\'ait-il pas dit q~e e&lt; si le plu~ bea~
Trémouille et messirc du Lude, mang;ant
r~yaume c~t France, la plus bdle duché
peu, bll\'ant sec, méditant a ~atiété, et tel, Milan, la plus belle comté est la Fl~odre » '!
c~tre c?s troi~ reitres moolrés en épouran- Acionques ~Iessire visait &lt;l'atteindre a la Flanta1l, qu un ma1gre Pantarrruel entre Brinrruedre, puis, apres la Flandre le llainaut • et
na~illes, Riílandouille et°Taillcboudin; ~ais la, il prendrait pour ~on fils,' comrue oi~eieur
pomt ne se conlentait Messire d'a"aler des prend oiselle au nid, ~lile de Bourgogne.
moulins a ,·eoL, de bailler aux mouches ou .
~n altenda?L, Messire avait conquis Arras,
de ferrer des cigales. De honnes bomhardes
et •! se tena1t, en la maison de ville, fort
feu grégeois, arbaleles de passc, lancts e~
dou1llettement empaletoqué en sa cape fourrée
ll~chcs allaient ú présent en nombre a colé
de peaux de rcnards, gclé, lousseux et frides images, en avanL Je !'escorie · 'des arleux, dodeli_naot du chef, el, par-devant un
cht•rs, cranequiniers, coulevrinicrs,' des geus
grand r~u, JOuant avcc ses cbiens et arec ses
de chevaux el des gens d'armes marchaient
si~ges, jasant avec ses perroquets et ses conprécédant le roi de ville en ville · mais
sc11lers. Et la se lrouvaieol, hor,mis M. le
par-dessus lo_ul, .\lessirc avaitca\'aliers ' suis~es'
gran~
~ai'tre Da_mmarlin i.¡ui était en gucrre
el gardcs d'Ecossc.
et Olmer le Da1m qui se lrouvait d'ambasDe _la sorte, L~uis, allant de pays l1 pa)s, sad_e daos l~s Flandrc•, quelc1ue&amp;-uns des
~eo~1t guerre opini:Hrc; et, ce qu'on ne lui amis_ les meil_le~rs de Mcssire: Philippe de
lnra1t pas a gré, il le prenait a force.
Commes, cap1tarne de Cbinon et sénéchal
Cela fut a(nsi dans le lemps qu'il avait ré- d'Anjou, maitre Jea_n Doyat, procureur pres
solu de mar1er Mllc de Bourgogne, qui avait
le Parlemcnt d~ Paris; Jacqucs Coicticr, mé-

!I

Vcrs ce lemps-la, M. Louis de France a la
suite des guerres et traiLés, conr1uetes lépée
el conquetes d'adrcsse, étail del'enu tres rcdouté entre les rois.
Cel an 1477 lui avait été, des le début, Je
plus favorable de tous ceux qu'il ait connus
en sa vie. Le plus puissant, le plus haulain
de ses adversaircs, son conemi le plus farou?hc,_ Charles, duc de Bourgogoe, au mois de
poner de cct an meme, avait été défait et
tu~ a Nancy par les Lorrains et par les
Su1sses; un page, comrne J'on sait, cberchant parmi les blessés et les morls du coml,at, avait relrouvé, gclé el san&lt;&gt;lant sous la
.
1
e
ne1ge, e corps du Témérairc. lnronlint'nt
)l. de Lorraine l'avait fait porter en la maison de Georges )farqueiz, ~aocéien ; la,
M. de 13ourgo~ne, bien em·cloppé « dedaos
de hlancs drap; n, avail été di~posé conlre
« un~ oreillie de sove » comme il conricnt a
un tr~s grand duc; ~t dcssus sa tete » on mit
« une estourgue rouge » ; et, il avait a les
mains joinctes 1&gt;, la « croix et I' eau benoiste
au pres ».
Des l'in,larit de celle mort, le honhomme
en vi.eille cape de laine, chapel d'images,
ganls de cbassc et mau,·ais houseaux avail
terriblemenl cbaogé d'apparcncc. Sans doute
il allait loujours chargé de projrll', ourdissant
de:; trames el fort afJ'airé; sans doule il élait
toujours la , ieille « araigne » que Caslellain
a monlrée tissanl, a échcveaux serrés, sa
toile sur le monde; mais, cette toile aux
maillcs nombreuscs, aux rets fins et suhtils,
par proccs, batailles, lraités, surprises et
ruses, il arnit su l'élendre, province a provinct•, comté a comté, haronnie a baronnie et
cité a cité, a tout le royaume de Francc. Et,
c'était la une chose au moins singulierc de
mir c¡ue ce prince chélif de mine et pauvre
d'habits, mal mené et mal víltu, al'3it orandi
dans le monde au poinL que le pape, J';mpcreur et le roi d'A.ngleterre o'étaient plus que
petits cousins a ses cótés.
e&lt; Oncques des lors, dit Comincs, ne Lrouva
le roí de France homme qui o~al lcver la
tete conlre lui ni contredire a son rnuloir » ;
ql1e si le conlraire ad\'cnait, ainsi que cela se
passa pour M. de Saint-Poi el pour lant d'auSef.o~~~~t~osfi~{..1
trcs, maitre Petit-Jcan le bourreau, ou Ilenchien!• (Page 9; .)

,r'fci:r:.s
.l!rlf!aie11! lafne_ dt sa cate, et, .fagrippanl asa patenólre, a son /:&gt;ear, coltie,· de
' Y mfon~aien1' sy incrustaienl arte ragl'. • - Ah! chien, áisail il. Ah , chien! Ah.'
t.i

�mSTO~l.ll------------------------4
decin; le LombarJ Boffalo; les seigneurs du
Lude et de Saint-Pierre. Et, comme tous
étaient liants, sublils, de bonne rusc el
cruels, il y avait apparence pour qu'ils plussent au roi. Le plus souvent ce dernier, fort
informé de lout el sur lout, entrelenail Coictier de poudres el d'ellébores mirifiques, du
Lude de la guerre, Doyat dejuslice et finance,
puis, avec Comines, il faisail des contes; el
c'est cela qui plaisail a l'un et a l'aulre!
Mais, il y avail des fois que Louis parlait aux
Frians, ses nou veaux lévriers ou des singes
d'outre-mer que Jehan Douault, l'écuyer, lui
amenait dans sa cbambre; puis, quand il
était las de parler a des hommes, a des singes
et a des chiens, le roi parlail a ses oiseaux.
Depuis longlemps déja il s'était épris de ces
bétes; il apparall qu'1l en avait de toutes les
sorles: linots, verdiers, colombe~, pinsons,
charJonnerets gardés captit's dans des volieres; pour les plus savanls, comme oiseaux
de Tunisie a aigreltes, choueltes, papegauts
qui sont perroquets, coraeilles et pies, ils se
tenaiE-nl, au moyen de migaonnes chainelles,
dressés sur des perchoirs. Louis parlait a
chacun en particulier ou a lous a la fois; et il
fallait entendre a que! elfropble vacarme se
livraient ce roi et ces oiseaux se causant et se
répoadant, le roi a mols aigres el les pies, les
corneilles, les papegauts et les geais par cris,
paroles, piaillements et sifílements assourdissants. Mais, quand le roi avait assez de parler
a des hommes, a des chiens, ades singes et a
des oiseau~ il otait son bonnet, mettait le
genou en lerre, et, fermaat les yeux et joignant les mains, il parlait a la Vierge et aux
saints; car Messire, boa croyant et confiant en
Dieu, faisait alliance du ciel et, daos la grande
guerre qu'il baillait aux uns et aux aulres,
l'appelait dans ses armées et a son conseil.
Ce jour-la, done, comme il avail accoutumé et r¡uand il était las de joyeux devis,
rudes sentences rt conversations avec ses
gens et avec ses beles, M. Louis le Oozieme
avait placé lui-meme, au-dessus du prie-Dieu
de vieux bois qui recevait ses genoux osseux,
une fort bellc image loule d'azur et or que
M. de Lombais, al,bé Je Sain t-Deui~ en Fraoce,
lenant pour mi1·aculeuse, lui avait purtée en
la guerre.
Me~sire, tres gra vement, en veloppé en sa
cape, abimé de ferveur, commenya de tracer
sur son front, sur son creur el vers son épaule
gauchP, un signe de la croix; en méme temps,
il marmonnait les mots pieux et pileux pardessus les autres: ce Au nom du Pcrc, du Fils
et du Benoit Esprit. » Et fort dévotieuseml'nl,
ce grand geste achevé, il faisait oraison . lJa1s
il en était des sainls et des saintes du ciel
comme des conseillers, des cbiens, des singes
et des perroquets; Messire en connaissait un
grand nombre, el il était.redevaLle a peu pres
a lous. Aussi, de !l. Sai11l Sauveur de füdun
a M. Saint Marlin de Tours, de ~l. Saint
Fiacre a ~L Saint Ilubert en Luxembourg,
n'en avait-il pas fiai de les nommer. Ceux et
celles qu'il nommait encare, c'étaient les
saints et les sainlcs qui a vaicnl ai&lt;lé a son
pere et a la Pucdle: .\lme Sainle Catheriae

de Fierbois parce qu'elle aYail donné l'épée
qui avait bouté l'Anglais bors de France,
Mme Sainte Marguerite parce qu'elle avait
porté l'étendard, Mgr Saint ~fiche! archange
lequel avait mené les armées a la vicloire.
Mais, au-dessus des uns et des aulres, audessus des sainls, des martyrs et des bienheureux, M. Louis de France honorait la
Vierge. 11 ne l'honorait pas que de bannieres
d'étolfe et de chandelles de cire, mais encore
de creurs d'argent et de pierreries, de lis de
vermeil, de vitraux peiots par Gilles Jourdain
son verricr, de labernacles cloisonnés auxquPls
m1ilre Jehan Villain, doreur de fin or, avait
travaillé, de triptyq•1es et volets peints et
enluminés du pinceau gracieux de docte et
inspiré peintre Jehan Bourdichon. Et quand
Messire n'honorait pas Notre-Dame de dons
et offrandes benoite~, il l'honorait en pclerinages 1. Aia~i il était alié a peu pres parlou t
ou elle a des sanclnaires : a Notre-Dame de
llal, a Notre-Dame d'Embrun, a Xotrc-Damc
de Ilon-Confort pres de Compiegne, et a Nolre-Dame de Liesse aupres de Laoo; a XotreDame-des-Vertus a Auliervilliers et a ~olreDame de la Délivrande pres de Ilayeux, a
Notre-Dame de Celles en Poitou el a NotreDame de Rocamadour. Et, partout il avait
offert beaux et grands reliquaires étincelaals,
ch1lsses ouvragé~ et ealumiaées, creurs de
pierreries, lis d'argent et de vermeil. Mais, a
Notre-Dame du Puy-en-Velay, a Notre-Dame
de Cléri, a Notre-Dame de Paris, il avait
o[ert plus riches dons encare, élevé de plus
beaux autels, chanté de plus fervents : &lt;&lt; Je
vous salue Marie »1•
Étant a Boulogne-sur-Mer, MessirP, par
grande contrition et intcrcessiun, avait fait
Notrc-OJme comlesse de cetle vi lle; mais, a
présenl, Mcssire était a Arras. Il était l'hóte
de Xotre-Dame-des-Ardcnts; et, iI fallait voir,
si Notre-Damc-des-Ardenls donnait sanlé a
son corps et paix a son royaume, tou t ce qu'il
lui promettait de cadeaux agréables comme
de lui bailler grands ducals d'or, beaux et
nombrcux deniers et tournois parisis, lampadaires du poids de tant et de tant de mares
d'argent, cierges et llamheaux odoriféranls,
sertissures aux trónes etaux tabernacles, dalles
de marhre aux chapelles et parures aux autels.
Pour Louis, autant que pour \'ilion, NotreDame était reine el elle était patronae.
Dame rlcs cieux, régcnlc lerrieontl
Empericr~ de:, iufornaux palus,

elle était ma&lt;lone, tlle était la prolectrice el la
défenderesse; elle élait maitresse et elle étai t
l'amie : « Sancta Jfaria, J1aler Domini! »
Notre-Dame-des-Ardénts, en son beau fond
de tapis de fil d'Arras, éclatait rayonnanle
au-dessus du roi agenouillé au has de sa
robe de feu. Et il fallait voir, a mesure que
Uessire la. nommait, toute la contrition qu'il
appor1ait a la prier, l'humilité qu'il mettait a
s' auimer, a se ployer, a se rapetisser, a se
réduire et se ralatiner en sa cape, et en ses
houseaux; et, comme a ce moment-la, sa
l. M,nrnt XAVARRE, Louis XI en pe/eriuage.
(Par,s. 1908).
2. ll.lnc EL SAvAllRE. Ibid.

voix de vieil homme avait de jeunes accents,
comme elle était chantante et mielleuse,
comme elle savait de beaux mots, comme elle
était chaude, a vet: quels cris et supplications
celte voix appelait Notre-Dame, la priant de paraitre en avant de l'armée et acóté du trone !
Et Messire, ainsi, était abimé en prieres.
11 marmonnail et marmonnait des répons et
des lilanies; il ployait son front nu, il joignait ses mains seclies et il usail lrs os pointus de ~es genoux. Autour de lui, dans la
haute salle a ogives, loule lendue de draps
béraldiques aux armes el aux pennons d'ArLois, sous le plafond peint a verdure el allorée
fines, il y avait paix d¡;s gens, rccueillement
des chiens, silence des oiseaux et meme silence
dt?s singes.
Seuls le mouvement des pas étouffés, l'eatrée el sortie discretes d'écuyers, fourriers el
varlets, lroublaient a peine le calme émouvant de la priere; Messire était familier a ces
bruils et les déJaignait; seule, l'advenue de
messagers avec des messages avait de quoi le
distraire; aucun roi, plus 11ue Louis, lant il
avait d'affaires eutreprises el menées par le
monde, n'envoyail et ne recevait de letlres;
des que quelque enveloppe, scellée a la cire,
lui parvenait en sa retraile, Louis - fut-il
abimé au plus profond de sa priere avec Dieu
et les saints - quittait l'oratoire, les reli,¡ues
el l'autel, recoiffait s:in bonnet de drap tout
cousu d'images el venait aux aouvelles.
11 íit, cette fois-la , comme les aulres;
mais, ceux qui étaieat demeurés a ses cótés
ne furent pas que peu stupéfaits de voir que,
de ce fervent anéanti, courbé, humilié, le
moment d'avant au prie-Dieu, avait surgi un
homme plus grand que mesure, alerte et
bautain, dont le regard - clair et rayonnant
_- pétillait dans le vieux visage.
D'ua pas assuré, rapidtl et que l'impatience
d'apprendre arcélérait encare, Louis alla audevant des messages c¡ue lui apportait maitre
Jean Doyat.
On entendit l'ongle du roi, comme une
grilfe de chal, enlrer dans ltl papier des lettres, ouvrir l'enveloppe et l,riser les cires.
Cela fait, Louis s'assura en son fauteuil, bien
en lumiere, son chapean en tete, rn palenolre au cou et il commen~ de Jire. La premiere des trois leltres, fermée aux armes de
la comté de Meulan, était de mailre Olivier
el venait des Flandres. Les nouvelles apparemment en étaient heureuses.
&lt;&lt; BLln cela! » dit le roi, el il rendi t le
message a maitre Jean Doyat.
Le second papier avait muins de quoi
plaire; M. le duc de Nemours, pour l'instant
cncagé comme une pie en voliere en la l,onne
llastille de París, écrivail- signant: Pauvre
Jacqiles - supplianl a son roi et maitre ....
- « Bon cela I dit encare le roi, se plaignait-il quand il nous vendait, moi et mon
royaume, a ses aílldés? Pour M. de Beaujeu:
qu' oa I' enea ge plus fort el le juge bientot !... l&gt;
U jeta la lettre, rit d'un rire aigre el coupant, d'accent un peu cruel, puis, éleva a ses
yeux le troisicm'\ et dernier messagc que
maitre Jean Doyat :ui avait teadu. Messire,

M .JtD.JtJlre
tout de suite, en rrcon11ut l'écriture tres üne,
tres haute el tres belle.
- De nolre cher et airué beau-fils, Mcssire
Pierre de Beaujeu, dit-il avec un certain conLentemeat visible.
S'assujettissant aux bras du fauteuil ele
beau cuir, Messire, tenant le mesrnge, commen~a d'en déchillrer la teneur céans; mais,
a peine en était-il a la seconde ou Lroisieme
ligue que ceux qui étaient la et messire du
Lude, maitres Jacques Coiclier et Doyat des
premiers, reculerenl elfrayPs de voir la contraction subite et l'e~pece d'expre~sion épouvaulée dont le rellet allérail le visage du roi.
Louis, visil,lement en proie a un grand tourment, se lera d'un C')up; sa figure ravagée
était de la paleur de la morl; tuut son etre,
&lt;lepuis son ceinturon jusqu'a son chapel, et
de sa c.ipe de laine a ses vieux houseaux,
commencail de s'agiler de colere el d'emportemeat. Enfin il jeta un ce Paque-Dil·u ! &gt;&gt;
rauque, éteint, lerrifié, a moitié élranglé par
le dése~pc•ir, se porta de deux ou Lrois pas en
avanl, froissa la lettre et la jeta aux mains de
mallre ,lean Dopt; un mument il resta ainsi,
aLimé daos le chagrín et la réllexion. PcnJant ce temps maitre Jean Ooyat lisail; mes;ire du Lude, Philippe de Camines, maitre
.lacques Coiclier amsi lisaient par-dessus lui;
et, roici que, par la lettre du sire de Beaujeu,
ils apprenaient en meme temps que la mort
de « la tres chcre et tres amée sreur naturelle ll Ju roi, l'exécrable meurlre que M. de
Brézé avait acc11mpli de sa femme ! Si le lexte
n'eut été de la main du gendre meme de
)fossire, de U. de J3ourbon et Ileaujeu, nul,
et le roi moins que lout aulre, n'd1t cru a
furfait si luche et a si grand meurlrc; mais,
ala teneur n,eme du mcssage, a ses termes
et asa signature il n'y avait point doule.
La douleur de Mes-ire, toule contt-nue,
élait elfrayanle; Louis se mainli11t un momenl de fa clamer; mais, malg ré lui , elle
éclata; el c'élaient par menaces sourdes, imprócations, cris de vengcancc et de haine. A
présent il allait par la piece, a grandes cnjambées; et il poussait les gens, il puussait
les chie11s, il poussait les sin ges; en meme
temps ses doigts longs et maigres griffaicnt
la laine de sa cape, et, s'agrippant a sa palcuotre, a s011 brau collier de l'ordrc de SainlMichel, .'y cnfoucaient, ,y incrustaient avec
rage. ll fallait "Oir q~e leb sainlb et les saintes,
a courir aulour de sa tete, ent reprenaient
une r11nJe endiaLlée; pour lui, sa voix, tant
son émotion était fortP, amoitié étouffée, sorlait avec peine de sa gorge, comme par plaintes
et par sifllements :
- Ali !chien, disail-il.Ah !chil'll ! Ah! chien!
Et, comme si M. de llrézé eti.t élé la, a
chaque fois, il frappait du pied et tapait du
poing par-deYant lui. Eufin, quand il fut las
d'aller el de venir ainsi, lout palpitant de
douleur et de courroux, il revint a sun fauteuil, courba un peu son fronl et son chapel
d'images par-devanl sa poitrine, écouta un
instant comme s'il se ftlt parlé a lui-meme;
puis, brusquement, a pres que les saints el
Nolre-Dame lui eurent diclé conseil, ayanl,

DE

B~izi - -...

avec ses esprils, repris son froid maintien, il
leva la main et appela ses gens.
Cuurbés dans la crainte et redoutant
l'orage, mailre Jean Dopt, messires du Lude
et de Camines, Jacques Coictier, médecin, de

Cependant messire du Lude atlendait Loujours, et, Louis ordonna a Coictier d'exprimcr
jusqu'au fond sa pPnsée.
- Messire, dit a voix doucereuse aussilót
l'Esculape, M. le grand Sénéchal n•e~t-il pas
possesseur de grands biens '?
Ce mot frappa le roi; il commenca de
s'apaiser et de préter oreille. Puis ce fut le
sire de Comines, capitaine de Chinan, qui
parla a pres Coictier; et, il dit quels étaient
ces biens : « en Normandie : la comlé de
Maulcvrier, les haronnies de lfauny el BecCrespin; ilem, en pays charlrain : Nogeat-leRoi, Anet, Bréval el le fief de Moat-Chauvet;
ilem des terres en Anjou : la Varenne, Brethossac, Clayes; ilem, en Périgord : le 1&gt;ays
de Moalfort, Carlus, puis Aillac dépendant
de la vicomté de Turenne; ilem, ea Quercy :
Crcuse el la moitié de la ville de Marte!' .... n
A l'énumération de tant de seigneuries,
chMellenies, baronnies, liefs et vicomtés, Messire, un doigt levé au front, commenca de
rélléchir; et, tout rélléchissant, enveloppé en
sa cape el fourré en sa laine, vieux, frileux,
apre et tbésaurisant, il apparaissait, sous son
bonnet de drap, tel que ces peseurs d'or que
les mc1.itres Oamands ont peints par-devant de
grands livres de ehiffres, complant les ducals
el comptant les doublons; car, en dedans de
lui, il semblait que Messire comptat.
- Paques-Dieu ! dit-il, quand il eut pensé
un moment, cela fait une bonne part de mon
Tout cl.:lquant de froi.t et de fiévre, affail-li par les
roya ume de France....
fers, l'ancien senéc/1.:z/ /111 ¡ete en ,m dur cac/Jot.
( Page 91.)
Et aussirot il donna l'ordre : Jacques de
llrézé scrait j ugé en Parlement; aiasi ses
Saint-Pierre el Bolfalo, rl'ilres, se porterent biens reviendraient a son roi et mailre.
de l'avant. Messire parlait par ordres brefs. A
Du Lude s'inclina.
maitre Jean Ooyat il dicl ait ordonnance :
- Mais au moins, dit le roi, comme déJa
« Loys, par la· grace de Dieu ... » et, par il avait dit pour ll. de Nemours, d'un accent
ce, ordonnait r¡ue Jean Illosset, sieur de qui ne souffrait, celle fois, aucun retard, géSaint-Pierre de Carrouges, qui aYait été bailli hennez-le bim élroit; faites-le parltr dair...
de Caux, fut élevé, a la place de Jacr¡ucs de faites-lc-moi 1,irn parler ....
Brézé, a la dignilé de grand sénéchal de NorCela dit, )ltls~ire s 'en reYi nt a son priemandie 1.
Dieu; le cb~pelai11, maitre Pasquier EscorA messire du Lude, il commandait que rhe-Vel, entra avcc ~es lleures , et, pour
justice fut faite a )f. de Brézé : d'abord l"in- Mme Cbarlotte, par-devnnt Notre-Dame-d1space en la pislole la plus dure du Chatelet, Ardrnts, commen~ la ,igile des morts.
les fers, la q ues tion, la cage et - par-dessus
Tous ceux qui étaient la - et le roi plus
toul - qu ·on le cral'atat de cbanne et le que les autres - écoutaitnt avec recueillebrancbat aux arbres !
menl; mais, quand maitre Pasquicr EscorMessire du Lude, armé de l'ordre du roi, tbe-Vel en f11L arrivé a ces mots : E:i:aiuli
avait pris congé et, ses adieux fails, il allait orutione111 meam, ad te omnis caro vepartir; mais, déja Jacques Coictier et Phi- niet .... ([xaucez ma prierr, Loule cha ir viealippe de Comines se rapprochaient de Messire, dra a vous... ) on pul YOir que Mcssire, le
demandant qu'on différat le supplicP, qu'.au fronl al,imé en ses mains, plcurait ameremoins le Sénéchal fut jugé en Parlement. ment; car, de chair si rare, modclée de
Louis, a ces mots, entra en grande colere :
beauté et d'amour a la perfocLion, oncques
- Ah! ah! mes comperes ! Ah! ah! en plus il ne serait en la maison dt! Fra111;e!
Par!ementl Un assassin, un misérable!. ..
Apres la vigile, en mémoire de sa ce tres
Puis, baussant le ton de sa voix qu'il fit amée el regretlée sreur &gt;&gt;, le roi or&lt;lonna
parlicul,erement ilpre et dure, et, de nouveau qu'il y eut encore « deux messes basses de
agité, frappant du poing et le regard tout Jlequiem ce jour-la; et, les jours suivanls,
chargé d'éclairs :
doubles vigiles, ,onO( rics et liminaires &gt;&gt; .
- Paques-Dieu ! fit-il tout véhémrnt, suisCela fai t, Louis commanda que les gens,
je le roi ou poin l?
les chiens, l~s sin ges el les perroquels sorMais, les aulres, s'inclinant:
tissent de la salle; el, sous le jnur tamisé des
- fous etes ltl rui, l\fessire....
verrieres, par-devant les hautes lapisseries de
fil d'Arra!', aux pieds de Notre-Oamc-des1. C '· º" BE,OREJ•.ITRE. L,, Sénéchaussée de .Yor111andie. \1\oucn, 1883. )

.,,. 91 ..,.

2.

BieuOTHF.QU~ llE t'fCOLE DES c11.1n1 E,

(ibid ).

�r-

fiST0'/{1.Jl

Ardenls, son collier de Saint-)fichel au col et
son chapel d'images en tete, il resta la, en rn
toute pui~sancc, plus méditatif, plus quintcux, plus vieux el plus seul que jamais il
:1vait été.

IX
Le roi Louis de France
et son prisonnier.
Saisi au premier jour et aroené a París,
Mcssire Jacques de lirézé, dépossédé de son
litre de grand Sénéchal avail été enfermé,
dans l'une des hautes tours de la Conciergerie, en un cachol grillé donnanl sur le
fleuve. De la, le miséralile - par l'étroite
ouverlure - apercevail la ,·ille, du Pont-auxMeuniers au Loune : les toits aigus du Cbatelel, les comliles de la Grande Bouchcrie et
le For l'Éveque; il cntrevoyait les fins el longs
dochers de Saint-Jacques, de Saint-Jossc, de
Saint-)forri, de Sainte-Catbcrine et de SainleOpportune; mais, tandis que nombre de palais princicrs el abbatiaux , des grappes
d'obeses maisons a solil'es, des lignes de tourelles couvertes d'ardoises azurées lui fermaient la vue du coté des llalles, du roté de la
\laison de Ville, la Grande Boucheric, le Grand
Chatelel, Saint-Leufroy, le Pont au Change
aux maisons a pignons loutes surélevécs, les
aiguilles et íleches des chapC'ill's et moutiers
limitaient son regard : ainsi ~l. de Brézé ne
,·oyail ni le Pilori jouxle le chevet de SaintEustache ou les criminels sont exposés et
fouettés, ni la place de Grhe ou le bourreau,
.ipres ce premicr temps, les occit du fer.
Le bruil des roucs des moulins sous les
arches de bois du Ponl-aux-)leuniers, le murmure des oiseaux daos le proche .lardin du
I\oi, le momcmenl de la batellerie el celui
du quai, sur la rive en face, avaicul seuls de
quoi distrairc un peu le prisonnier ; et c'étaient
le chant des lavandierrs frappanl du batloir
dans l'eau, les clameurs des polissons du
Porl-au-Foin venus en se bousculanl jusque111, l'appel des mariniers et des meuniers,
l'éclat que les fusdicrs C&gt;t les filassicres faisaienl.de la voix aulanl que du fmeau, eofin
les cris aigus et disparates que poussaient, en
se pipan!, rn qurrellanl el se pourchassant
jusqu'au bord des berges, les ménélriers ambulanls, les marcbands de lard, fouaces et
chataignes, les wndeurs d'oignons et de
harengs, les forts du Porl-au-Blé. Les hennissemenls et Lraiemrnts des chcYaux et des
mules, les abois des chiens ajoutaienl a ce
brouhaha qu'atigmentaient encorc tonles les
sortes d'apptls, ddispules et coups qu'échangeaient, sous l'ceil narquois du guet, de pitcux
mendianls, de mauvais droles, des clercs
bataillcurs, les gens de basoche et les gens de
-coquille. Toute cette rnurde et lointaine émolion de populaire, me!ée au momement du
Palais YOisin de la Concicrgcrie, augmentée
encore, en alternéc cadence, des appels de
cloches de Saint-Landry. de Saint-Barthélemy
-et de Sainl-Pierre-aux-Ilreufs, parveoait en
,rumeur jusqu'a l'étroit rclrail du captif de

~r. Louis de France. Mais,

cornme si tous lr.s
moulins de la Ilutle Saint-Roch eussent Lattu
lcur crécellc en sa tete, le prisonnier, languissant, aballu et fiévreux, de ces bruits, ne
percevait qu'un lointain murmure.
De tout ce speclacle olferl a sa me, il n\
anit qu'un ohjet qui pul le maintenir, front
penché, regard anxicux, au grillag" du cachot:
ce speclacle, apparrmment était semblable a
celui que messire Philippe de Cominrs, enfermé plus tard au memc lit•u, goíitera 1i contempler « la riviere de Seine du costé de ~ormandie ». A voir ces e~ux lentes, sillonnécs
d'embarcalions de loules les sorles, Jacques
de Brézé rnngeait au parcours du íleuve; et il
pensait que ces eanx-la allaimt vers Mantes
el Meulan, vers \'ernon el flouen; :ilors il
voyail des ri,·es inclinées, il entendait des
moulins au ~ic tac sonore, il a¡xrcel'ail de
grands et bcaux pal urages, il dominaitdu souvenir les bois giboyeux de son pays : des pnmmiers couverts de fruits se dressaient dans
son reve; et, comme de lourds chalands,
vcnant du coté du Llluvre, arrivaient sous srs
yeux, chargés, sous lcurs haches bleues, de
toutes les dépouilles du verger normand el
voguaienl sur le íleuve, mcssire Jacques de
Brézé se pencbail avidemc nl a l'élroite ouvcrture et par les barreaux rrspirail, qni montaient de ces cbalands a lui, l'.lcre odeur du
cidre et le relent des pommes.
Ainsi en était-il depuis ~ix mois. La raplivitéde l'ancien Sé11échal avait commencé avec
les jours torrides de juin; l'on était aux jours
presque glacés d'hiver et ríen, sinon le morne
ennui, le remords torlurant, l'appréhcnsion
des supplices les plus rigoureux, n'était venu
visiler, en dehors des groliers, le captif de
M. Louis de Francc.
Un jour, vers le déLul du mois tl'aoul de
cctte premiere année de son emprisonnemcnl,
messire Jacqucs de Brézé aYail entcndu une
rumeur prodigieuse monter de la ville, gagncr le fleuw, emabir la cité et gronder autour du Palais; un momenl le meurtrier avait
cru que c'était le signa! de son heure derniere; et, il commencait a trembler de l'idée
de marcher a la mort au milieu du peuple !
)lais, cette rumeur s'était éloignée, avail
repassé la Seine; et ,·oila que, de sa chambre
de pierre de la Conciergerie, Jacqucs avait
aperen, sur le ~uai a droi le de la Seine, un
moul'ement de la íoule entre le Chf1telet et le
colé des Halles ; et loul a coup les archers
étaienl apparus prérédés des crieurs du Chfltelet; au milicu des archcrs avanpil un
cheval drapé de noir; sur le cheval un homme
était lié, mainlcnu debout par l'aide du bourreau; et, a colé du cheval, allanl a pas lents,
un frere génovéíain élevait, vers le cavalier
lugubre, la croix de rémis~ion ; et des bommes cbanlaicnt, des femmes a moitié ines
damaienl, les cloches tintaient pour la mort;
puis brusquement, un peu aprcs le Ponl-auxMeuniers, le hideux cortcge avait quitté le
quai, pris la rue des Lal'andieres et tourné
par devanl la Chapelle aux Oríevres; seulement le lro t des cava\iers, les pas des soldats,
la rumeur du peuple avail persisté long-

~

lemps ... . Quand le gcolier, 1crs le soir de ce
jour-la, était entré dans le cachot apporlant
le froid r&lt;'pas, Jacques rnppliant, ,·oulant
savoir, l'avail adjuré de lui tlire quel était ce
condamné que l'on menail a l.i mort sur un
cheval drapé de noir. Il avait ~u de cet lrnmme
que c'6tait Jacqucs d'Armagnac, duc de Nemours. Nemours, comme tant d·autres, s'était
levé conlre le roí, les armes a la main. Alors
)l. de Beaujeu l'avait capturé en son chateau
de Carlat; de la, on l'avait amené au fort de
Saint-l'ierre-Encise et jeté, dit Mid1elcl, en
une prison si dure « que ses chc\'C'ux lilanchirenl en quelqucs jours ». De Sain1-P1crre
enfin, il avait été conduil a la Bastille de
París; et la, la cage, les fillelles, la qu&lt;'slion,
il avait tout rn; le Lombard Boffalo ~vait
mené le proccs, au nom du roi; rnfin le corps
du duc n'élant plus qu'unc !oque, malgré
ses os rompus, sa chair mrnrlrie, on l'avait
conduit , lié sur un cheYal drapé de noir, a
l'cndroil des Halles oi.t esl le Pilori, puis,
Henriet Cunsin « mailre exécuteur dc8 hautes
reuvres de la juslirc de París » lui al'ail posé
la tele sur un billot et la, d'un grand coup de
fer, luí avait coupé le col.
)lt·ssire Jact1u1 s de Brézé avail conservé
virnnte ¡, ses yeux la terrifianle mémoire de
cct excnsple de la justice du roi Louis, son
redoulé lll'au-frere. A daler de cet instant les
heurcs d'inaclion et les heures de sommeil
avaicnl, pour le prisonnier, élé toules hantérs
de ce souvenir. A chaque moment de la nuil
el du jour le caplif craignait de voir la porte
de son cachot s'ounir, Boffalo paraitre et les
archers le saisir; el, ainsi depuis des semaines, ainsi depuis des mois, le misérable attcndait que Louis décidat de son sort comme il
avait décidé fle celui deNemours, de celui de
La Balue, de celui de Melun, de celui de
Saint-Poi, de celui du comle du Perche.
Enfin il arrirn qu'un jour, &lt;&lt; la wille de
Sainte-Katherine dudit an MILCCCCLXXYII ,
environ vcrs ciuq ou six heures du soir 1 »,
quelqucs soldats des Onzc-Yingts, sergcnts a
Yerge f:t archers de l'ordonnance entrcrenl
dans le cachot oi1 était l'ancicn sénfrhal de
Normandie. Et ctlui-ci, encore qu'il s'allcndit
depuis longtemps a celle visite, commenca
par pal ir el lremblcr. En fin, l'un d'cux, qui
élail has officier, s' a Yancan t vers le prisonn ier, íeigoant de ne plu~ l'appeltr de son
litre de sénéchal mais seulement de celui de
comte de Maulevricr, lui ordonna duremenl
« de par le roy son mailrc 11 d'arnir a les
suiYre. Incontioenl rhote de la cellule alla audeYant de cet homme; ils commenrcrent de
descendre, et pcu aprrs, ainsi que l'a relaté
ravocat ~[ichon, le prisonnier c1 ful mené en
une nasselle sur la rivierc de Seine u. A ce
moment la ouil commencait d'emeloppcr les
contours de la l'ille; l'un de ceux 4ui étaient
entrés dans la barque avcc le prisonnier
alluma une laolerne a l'aranl; les rameurs
battircnl l'eau de l'aYirou et, de la sorte, le
bareau s'éloigna de la Conciergerie par l'aval
du íleuve. En un momcnl la silhouclte du
1. Pl11idoirie de l'avocat Micho11. D,m.wrn,;QtE DE
t'ícou: DES CHARTES (/bid.)

-------------------------------------

1.ouvre, le )foulin de la Monnaic, la Tour de chal! Le bon chien Smillart était de la partie
Neslr, la Tour de Bois curenl tul íait de se et liondissail, Londissait en avant en lcvant
fond re dans la brume; el, bií:nlol, l'on fut les lievres; el le cicl élait doux, l'herbe étail
hors les murs.
verle el haute! Quand Mme Charlolle cnlevait
La nuil s'épaississail de plus en plus; le le capuce a son autour il fallail voir l'oiseau
froid qui s'rlcvait al'cc la brume du ílt•uve s'élever d'un seul trait dans l'air, plancr un
enYeloppait le prisonnier mal \'elu et le péné- moment puis vivrment descendre, piquanl ~ur
trail au point que ses silencieux gardirns ld gibier. Que de fois ils avaienl chassé ainsi,
l'entendairnt grelollcr auprcs d'eux. A !'un jeunes, audacieux, conlenls, grisr.s de grand
des coud&lt;.'s de Seine rt ¡irohablt menl un peu air et de soleil, bardis, enthousiasles, l,raux
nprt•s Boulogne il adYint que la barque heurta tous les deux. Depuis ! Ah! depuis ! 11 i a1·ait
un gros arbre qni allait a vau-l'eau; J¡icqurs eu celle nuit de Rouvres, celle nuil épou1·ande Bréz6 se dressa comme une ombre dans table; et sa femme a,·ce l'écuyer l Luí avait
la nuit: pu is, en proie a la plus grande terreur, levé l'épéc; d'abord il avait navré l'écuyer;
il se lourna a tlt•mi vers le chef des arrhers : pour elle, il I'avait abattue a ses pieds d'un
- Mcssirr, dit-il d'une voix anxieuse et coup de dague. «El puis, dit le vieux chronihasse, mes si re, m·allez-,ous nol'cr 1 ?
queur, renrnya enterrcr en l'alibaye de Cou- )lonsieur, répondit le co~mandant de
l'c•srortf', te] n'est pas l'ordre du roi ...
lis allcrenl de la sorte, sans échaoger d'autre paro!,·, au dela de Iloulogne et Scvres. A
Saiot-Cloud l'on aborda un inslant; sur la
rivc allcndaienlquelques hommes armés, avec
des lanlernes; et, au milieu d'cux, était me~sire flobert d'Estouleville, pré1·cit de la pré1cité de Paris, run des ennemis personntls du
,énécLal. A la me de cet homme implacable,
Jacques de Brézé ne douta pas que le moment
de son rh.Himenl ne f'lil arrivé; mais cela ne
se produisit pas ainsi qu'il pensail; les archers
ne le íirenl pas desccodre de la bar1¡ue; au
contraire messire flobert d'Estouteville y prit
place a st'~ cotés; et, le falot eo avant, dans
la nuil noire, par« la grande íroidure ,, aiosi
11ue )lichon l'a écrit, le prévot, son escorte et
son prisoonier continuerenl a descendre la
riviere de Seine. Ainsi passcrent-ils de,•aot
~leulan, devanl )!antes dont ~f. de Brézé était
le capitaine, el ne s'arreterent-ils qu'a Vernon,
au pied du Chateau c¡ui ful a ~lme de lkauté.
La, toul claquant de froid et de lieHe, affaihli
par les ícrs, l'ancien sénéchal fut jeté en un
dur cachot. Et sa couche n'étail que couche
de paille, son pain c1ue pain de lristesse, son
eau qu'eau de douleur ! L'aulie douce, pale,
brumeusc de novembre, une aube de Normandie entra au petit jour, par l'étroite lucarne, en son réduit. Et messire Jacques de
Ilrézé commcnca de voir le lleuve - toujours
le meme - onduler au-dessous de lui; et
,oila qu'il ,oyait aussi les toits des maisons
de la citcl, les champs, lls ,illages ; il IO)ail,
par devant lui, se mouvoir les cimes déja
rousses de la foret de Vernon. 11 pensail alors
qu'eo arriere du donjon ou il était caplif, la
foret de Bizi, celle foret 011 il avait lant de
fois, avcc Mme Charlolle, couru la bete
rousse, étendait ses cimes el ses froodaisons.
.\h ! dans ce temps-la, dans ce lemps des
chasses beureuses, awc sa jeune femme,
comme il faisait hf'au suivre M. legrand Séné1. « 11 crul d'abonl qu'on rnulail le no}Cr, crainlc
qui n·e1ait pas déraisonnal,lc avcc Louis XI. » (DocET
n'AncQ.)
2. JEAN DE Tno,Es . Ch1011tque uandaleu.,,,. 11
s·agil d., l'abLaye bl)nédictine de Coulombs, a upres de
/lugcnl-le-Hoi, dans le diocé,e de Chnrtres. Jnl,uméc
d'abord dans l"é~lisc de llouvrcs, Mme de Hrézé ne
ful transporléc a CoulomLs qu'en 1530. C'csl lit que
Jacqucs de Bré,e, beaucoup plus taril, ful inhumé i,
son tour ; amsi le mari el la fcmmc se rclrouvcrcnt
daos la mor!.

)J(ADAME DE

'B~tzt - - ,

lons et y fisl faire son service, et Jcdit Pierre
de la Vergne fi,t enlcrrc-r en ung j:irdin au
joignant de rostel ou il avoit ainsi esté occis »'.
Maintenaut le cbalimenl, le chatimenl terrilile avait commencé. L'beurc désormais
était a M. Louis de France. Me~sirr, dil le
vicux Matl1ieu de Coucy, en son slj le bref,
ce avoit ccuc matierc bien a creur ». e( L'arharnement qu'il mil a poursuivre le mcurtrier »
(Bouel d'Am1) ne connut jamais ni trhe ni
adoucissement. Les fers, le froid, la faim et
le remords eurent lcil fait de réduire la rude
nature de ll. le Sén61bal. lt voila que,
romme M. de Saint-Poi, )l. de la Balue ou
M. de ~emours, M. de Bréié, au boul d'un
ou dcux ans de son séjour i1 Yernon-surScin&lt;', eut l'atroce douleur de mir son sang

Par ,m de cts catricts dont il a,•3it coutumt, a11 boul de deux ans et stPt mois de captivllé a Vemon, l\fesslre le fil Urer de son cachot, jtler lié et garrotli! en une ch:irrette ti, dt cette /afon, m.ilgré ses souffrances
et u,i long voyage, amener par-deva11t lui a Nemours. (Page 94.)

�111STO'J{1.Jl
se figer en ses veines, ~es jambes et ses pieds
enller, sa barbe blanchir au-devant de sa poi•
trine. Ainsi torturé, le misérable appelait la
mort de tous ses vreux. Mais M. Louis Onzti
élaiL rudc homme; sa rancune tenacti était
invincible; il avait, ainsi que les chats font
al'CC les souris, de cruelles fac;ons de jouer
avec ses captifs. L'on sait le chant sinistre
qui avait couru a propos de la Balue, le cardinal lrailre détenu depuis si longlemps en
cage: « On en {era du ch-et au.r ¡ioissuns ! ¡¡
Et ce que Louis, par les mains de Philippe
Luillier, avaitfait subir a d'Armagnac, c·ommt!
de la langue crevée et des dents arrachées;
ce qu'il avait ordonné du comte du Perche, a
qui les geóJiers passaient a manger - en sa
cage - avec une fourche; et ce qu'il avait
voulu qu'on fit aussi d 'un autre trailre, Jean
le Don, a qui le bourreau c1 esteignit et pocba
les yeux 11 par deux fois !
Messire, fort crucllement, accommodait ses
prisonniers; et il n'y avait pas de moment
que l'ancien sén&amp;chal de i\'ormandie n'ap•
préhcodat de se voir supplicié ainsi ; mais,
pour son 11 amé beau-frcre 1&gt;, Messire a vait
ses idées. Et, d'aborJ, par un de ces caprices
dont il avait coutume, au bout de c1 deux ans
et sept mois 1 11 de captivité a \'ernon, il le fit
tirer de son cachot, jeter lié el garrotté en une
charrette et, de cette fa~on, malgré ses souífrance~ el un long 1·oyage, amener par-devaot
lui 1t Nemours ou il était pour lors.
Nemours, situé en Gatinais, dans le val du
Loing, pa}s, ainsi que dit ~lathieu, c1 tout
boccageux el plein de sauvagiue 1&gt;, avait de
quoi plaire au roi qui y faisait ses chasses .
C'est la, au chüteau du sire de Graville, seigneur de l\lontagu, dont Louis pour l'instant
était l'hóte, que M. d'Estouteville conduisit
le pri,onmer.
Le roi, au moment que la charretle qui
portait ll. de l3rézé arriva a Nemours, entouré de gentilshommcs de son hotel, d'archers et prévóts de sa maison, était fort
occupé de ces beles singulieres, chevaux napolitains, chicos espagnols, mules de Sicile,
lions de Barbarie, zebres de la Tunisic, élans,
ccrfs et aussi buflles du Nord, dont, au dire
de Comines, il s'approvisionnait alors a grands
frais. Accompagné, comme toujours, du médecin Coictier, du seigneur du Lude, du maréchal de Gié, de l'oblique comte de Meulan et
de maitre Jean Doyat, il allait de bete a
bete ; chacune étai t en sa cage et des valcts
autour armés de fouets et de lanieres ; et, a
toutes Messire adressait la parole; a l'une il
disait qu'elle avait de Lelles et longues dents,
a d'autres l'oreille fine, a d'aulres des robes
toutes fourrées : mais, surtoul, c'était aux
lions qu'il parlait; de ses gants de louveteau
il leur faisail signe; les fauyes, mainlenus en
leurs barrcaux, levaient jusqu'a Alessire un
reil étonné, agrandi de colere; mais, llessire
ne sourcillait pas; il restait un moment penché au-dessus de ces grands et heaux ) eux
d'émeraude qui le considéraieat comme du
fond du désert; puis, il avait ce mauvais rire
qui faisait frissonner jusqu'aux plus rudes
l. Dc&gt;oET o'A11cQ. !bid.

M ADA.ME
de ses amis, plaisantant sur Saint-Poi, sur
Nemours, sur Dalue, disant que de lion a
homme enfermé il y a celle différence, c'est
que le lion est plus beau et l'homme plus
misérable. Et il fallaiL voir que McssirP, ce
jour-la, füit magnifique. Son chapel de velours était courcrl d'images d'argent et non
de plomb; Cominrs ajoute qu'alors (! il portait
robbe de satin cramoisy, fourrée de bonne
martre » avec des passements; une ceiature
orfévrée le serrait a la taille; I'on peu t ajouter que Messire, ayant répudié sa cape de
drap gris, sa patenotre et ses mauvais houseaux, était - en vieillissant - devenu une
maniere de vieux et coquet chafouin portant
beau le velours, le satín, la soie et le collier
de Saint-fücbel. Au fait Grandson, Moral,
Nancy et tous les autres succcs qu'il avait eus
dans la politique, plus que toutes les poudres
et les drogues de Coictier, avaient rendu a
Messire sa vigueur. De frileux, craintif, gelé
et tousseux comme Jobelin, il semblait que,
depuis ces grandes journPes, il eut repris
avec J'age une maniere de force. A M. le
grand maitre Dammartin n'avait-il pas, un
jour, été jnsqu 'a écrire, apres la mort du duc
Téméraire : « Nous aulres jeunes ! )&gt; Et cette
jeunesse, Messire la portait en ses petits yeux
vifs et pétillants, en ses mains alerte~, en son
pas allegre, en tout ce rcmuement qu'il faisait par le monde. Ainsi, le reg1rll malin, la
parole prompte et le ton jovial allail-il, en
faisant leplaisant comme devantqu'il íút roi.
- Paques-Dieu, mes compercs, disait-il,
soyez attentifs a m'enlendre.
Et c'étaienl de singuliers contes encore
qu'il faisait comme de ces deux m1rchandes,
la Gigonne et la Pa~~c-Filon, qu 'apres le coup
di:1 Moral, dans I'exccs de sa joie, il avait
prises daos L)'on a leurs dcux maris pour en
faire son plaisir '; puis, fatigué de ces femmes, quoiqu'elles fussent grasses et belles, il
les avait rendues a d'autres qu'a leurs époux.
Et lous, le médecin, le maréchal, les seigneurs et comperes de rire complaisamment
a cette saillie de Messire; le sire de Moutagu,
a qui le roi avai t donné ces t erres confisquées
de Nemours, faisait wnir alors une coupe de
bon vin pour le roi qui avait soif. Et il fallait
voir comme Louis, flallé de son elTet, lampait, par-dessus son conte, un petit coup de
son cru royal de Chaillot.
Mais, il y avait, rangées dans la eour du
chatean, loutes sorles d'aulres députations
envoyées pour les beles, et, au premier rang,
Jehan bel Serviteur dit Crafford, Anglais, qui
apportait des leltl'cs du grand roi son maitre
et, en me me temps, de beatix lévriers
d'Écosse, comme présents; Paul de Bale, serviteur de maitre Nicolas Frater, de la ville de
Canye en Lombardie ,qui amenait, comme cadeau, a Messire, huit petits oiscaux italiens
appelés sacres; et aussi Bertran du Lac avec
toutes sortes d'aulres petits oiseaux ¡ Jehan
.Fou rche, liévreteux, avec douze lievres vi fs,
et Jehan Lorin avec une nichée de pelits hérissons dont les piquanls ébaudirent fort le
roí et ses compagnons. Louis les vil tour a
2. Je ,x o&amp; TnovEs : c1i,.011igue scamlaleuse.

- 94,..

tour ; a tous il fit donner li vres, sois et Jeniers tournois; a chacun il disJit un mol ou
deux comme de « Par¡ucs-Dieu ! Notre-Dame !
Le beau fils ! Le mignon ! 11 et tant d'autres
dont il accommodait aussi bien les gens que
les animaux. Et, il est inimaginable de pcnser
a toutes les cages et a toutes les volicres que
lantde présenls, venus d'un peu partoul, tant
de France que d'Écosse, Ilarbarie, Lombardie et Danemark, faisaient dans la cour. Messire donna des ordres pour que toute &lt;:clic
ménagerie, tant pépianle que rugissante, allat
a son Plessis du Pare; mais, il ne s'était pas
aperi;u encore qu'il y avait aussi dans la cour
une haute charrette avec des arcbers et
M. d'E~touteville par devant. Il demanda
quelle sorte de bete on luí amenait dans
celle paille. Messire du Lude el maitre Jean
Doyal lui apprirent alors qne c'était le prisonnier qu'il avait mandé.
- Messire Jacques de Brézé, ajouta a ton
has et sournois le comle de MeulJn.
Louis, a ces mots, se maintint en sa place;
et, de gai, de plaisant qu'il était, il devint, en
un momcnt, rudeel dur; il éclata bienlot en
inveclives, en mots Lref$, qui lui sortaient
avee le soufllc :
- Brézé, racc de chiens I criait-il, race de
chiens ! Par Notre-Dame (et ici Messire soulevait son chapel) le pere m'a 1rabi a Mont-leHéry !. .. Et pour le fil s.... Ah! pourle fils ...
Et d'un pas qui é-tait plus vif quecelui d'un
jeune homme, Louis allait, comme d'un bond,
vers M. d'Estouleville.
- P,lques-Dieu ! monsieur le prél'0l, voyons
un peu vos betes.
Mais déjale sire de Montagu, le maré~hal
de Gié, messire du LuJe, maitre Jean Doyat,
Coictier et le comte de Meulan étaient dever.s
le roi et M. le prél'ót. Le rang des archers
s'ouvrit; alors ils virent cethomme, cenoble,
run d'enlre eux, au-dessus d'eux meme, qui
a l'ait été comte, baron et capitaine, que le
roi avait fait grand Sénéchal de Normandie.
Et, maintenant c'était un hideux prisonnier,
au poil et a harbe hirsutes, au front noir, en
haillons, enchainé et virilli. A la vue de tous
ces risages qu'il avait conous amicaux jadis,
mais surtou t a I' apparition de M. Lou is le
Onzieme, le captif, malgré ses liens, eut un
geste de recul, et, comme un licvre traqué
au gite, entra un peu plus dans la paille. Mais
la, les archers, brutalement le tirerent; et il
fallut bien qu'il souliot le regard d'implacable
courroux et de reproche muet et cruel que le
roi appu)ait sur lui.
Louis ne disait mot; tous se taisaient; et
seul, le prisonnier, en pleurant et se plaignant,
implorait Messire :
- Par la Croix-Cbrist, )lessire, par NotreDame YOLre patronne, et par M. Saint Jacques,
entendez-moi, Msssire! Voyez mon élat, Messire; ayPZ pardon et pilié, remettrz-moi mes
meschefs.
Le roi demeura un moment a considérer le
miséra!Jle, a ~nlendre ses plaintes; pui~,
comme si le dégout l'eut pris du spectacle de
cet homme, il tourna bmsquement les lalons
et sans mol dire, avec ses chieas et avec ses

seigncurs, il quitta la cour et revint au chateau. A cet instant, des méne,trcls, ma~11ués
par des feuillages et par des lleurs, préludcren! sur le luth au somptueux banquet c¡11c
le _Slre de Montagu avait fait dresser pour le
ro1_ et_ sa suite; ainsi joucrenl-ils un moment;
pm~ les feuillages et les fleurs s'ouvrirenl; el
~e Jeunes musieiens-pages tous parés de belles
ccharpes a devises s'inelinercnt devanl Lnuis
en continuant de joucr :
- Alques-Dieu, dit Messirc, a,ecune "racc
que tous admirercnt, voila de gentils fil~, ils
font un joli bruit. ...
En meme temps il but un pid.1ct de vin,
claqua denx fuis de la langue et commenca
de por ter un morceau a sa bouchc ....

de petites sccnes de piété édifiante. Ainsi le
meurtrier expiait son forfoit; el, il était completement séparé de l'univcrs.
Le croasscmcnt des corLcaux, le grignolement des rats étaient, avec la voix des archers

X

De M. le Sénéchal en divers chateaux
_De ce_ voyage a Ne¡nours ddlerent, pour le
pr1sonmer, de nouvelles rigueurs. De Gatinais, M. d'Estouleville, aidé de ses arehers,
!'amena, toujours garrotté et lié sur sa charrette de paille, au chatean de Vincennes. &lt;1 JI
y resta, dit M. Douet d'Arcq, jusqu'au jour
des Rois suivant, puis, il fut ramcné au cht\·
teau de Vernon. ,, La, on le géhenna a nou•
vea u dans lagrosse tour qui a vue sur la Seine.
C'est vers ce temps-la qu'un homme appelé
Henry Poullarl, ancien serviteur des Brézé, Louis, de g:i.i, de ('lai&lt;ant qu'it élait, devint, en un
arriva de Louviers a \'ernon et fut Iogé, aux
mome11t, rude et dur; il éclata bientOI en inveclives,
en mo/s b,·efs, qui l!li so,·taient avec le soufjle.
Trois .llarleau:c, chPz Guillemrn Fournier. Le
(Page 9-1.)
but poursuivi par ce Poullart était apparemment d'essayer de corrompre les archers de la
garde, afin de parvenir a faire évader, de la P:éposés a sa gardc, les seuls Lruits qui
tour ou il était captif, I'ancien sénéchal son Hnssent dudehors jusqu'a lui. De ces arcbers,
maitre. II y a lieu de penser que cette tenla- il en était qui passaient le temps ajoucr aux
tive éehoua completement. Henry Poullart fu t dés ou a croix-pile; d'autres, commelefranc
de Bagnolet, a jaser et monolorruer ·
appréhendé dans le temps qu'il commen~ait archer
. I' d
o
l
a meure a exécution son projet. 11 futjeté en mais un 'eux su rlout, de son ehan t persisprison lui-meme, et c'est par lui que ceux qui tant et aigre, lerrifiait le prisonnier :
écrivirent ces choses apprirent que M. le S,;_
Le roy 1.oys cst sur son pool
Tcnanl sa filie en son giron ...
néchal, daos le temps le plus dur de sa caplivité, &lt;I eust toujours bonne pascience et fiance
Le roy Loys ! A ce nom que répétai t la
en Dieu et a l'aide de Mgr Saint Jacques 1 ».
monotone complainte militaire, M. le SénéCeuc palience, a ce moment, fut mise a chal le voyait - jusque dans son cachot une rude épreuve; en elfot Messire Jaer¡ues appara1tre ainsi qu'il avait accoutumé a ses
d'Eslouleville, qui avait - depuis 1479 esprits, )'infernal vieillard au rire sardoniquc,
succédé a son pere Hobert dans la pré,·oté de
aux yrnx lumincux et au c·hapel d'images; il
Paris, avertit le roi que « I'homme qui est
le l'OJ'ait, commc s'il fut sorti tout a coup du
audit Vcrnon » avait, avec la complicilé d'un
mur, marchant sur les dalles et venant a lui.
sien serriteur, essa)"é de s'enfuir de la tour
Le vil-illard avait autour du eou patenotre de
ou il élait détenu. )fessirel'apprit, eutgrande
Jlamme et collicr éclatant ; et les lis de sa
colere et, par ses ordres, la garde des arehcrs
robe étincelaient dans l'ombre ! :\Iais était-cc
fut rcnforcée. M. le Sénéchal ful mis aux
bien sa fille, Umc dcBeaujeu et Bourbon, que
doubles fers et, pour éviter qu'il communile roi Loys serrait ainsi en son giron? Non,
quat désormais au dehors, 11 oa luy estouppa
non, ce 11'était pas sa filie, Mmc de Beaujcu
les vcues, tellement qu'il n'avait veue que de
et Bourbon l Celle que Messire pressait avec
l'uyz de la cheminée t 1&gt;. Seul un faible rayon
douleur conlre son collicr de fcu, ses lis
de jour tombait du ciel par cette voie; le
éloilés et sa patenolre de llamme étaiL plus
captif en suivait, du regard, le jeu tournant
blonde, plus belle et plus alanguie; et elle
sur les murs du cachot; mais comme il était
était comme morte, mi-nue et ensanglantée;
aux fers, Jacques ne pouvait, a l'exemple du
ses bras et ses chevcux lrainaient sur la paille fameux prisonnier de Gisor~, s'aidcr de ses
du cacho!; el le rire du vieillard était infernal:
mains pour graver avec un clou sur le mur
et celle que le roí tenail ainsi en son giron
0

1.

CHARLES DE

BE, UREP.\IRE. lettres d, ,·t1111ission

pour llem·y Poulla1't, se1·v1leu1· de J11cgues de fl1•é~é.

2. L'avorat ~l1c11ox. Plaidoirie po111· Jacq11es de
Bré~é (1 ISi).

DE

BR,tzt __ ~

c'était sa tres chcrc et tres &lt;1 amée 1&gt; sreur
naturelll', lime Charl11t1e de Fl'ancc. Le prisonnicr criait alol's romme ~¡ on l'cut lorturJ,
corume si les lis de fcu, la patenotre de llammc
et le collier éti11l'elanl l'eussent brul&lt;- au vií;
mais ce cri meme, au regard du Jémcut,
dissipait cctte vision qui 11c vivait que par
J'dl'et de son trouLle.
Ainsi était le prisonnier &lt;'n son cachot noir.
II adl'int que .M. le prél'ol jugra luimemc des progres du mal a rincohérence
des propos que luí tenait rnn captif. C'est
alors que Louis, dument averli, elll'oya a
Vernon son capitaine aux gardes, mcssire
llené de Chahannay, avcc mission de conduire l'aocirn sénéchal de Normandie au
cbateau de Dreux d'aLord et - de la - au
chatt'au de Lavardi11 auprcs de \'endóme. Ce
ne fut pa•, pour messire Jacques de Drézé,
mené ainsi enchafné en charrette au milieu
des soldats, le moins pénible des voyagrs
que celui qu 'il accomplit ainsi de Dreux a
Chartres, de Chartres a Chaleaudun et de la
a Vendome en un pays ou. tout, depuis le
bord des eaux jusqu'aux frais villages, lui
rappelait sa force el sa jeunesse. O Loir !
gmtil Loir ! Ifües heurcuses, voila qu'il les
re,o~ait, les carnpagms! Voila qu'il les entendait, comme au jour nuptial, les cloches :
clochts d'Orléans, de Deaugency, de NotreDame de Cléry et celles qui font, en un
grand bruit de bro112e : Vendome! Vendome ! Et cela, dans son creur éteint, dans
son cerveau faible, au fond de ses tremhlants soul'enirs, était ainsi qu 'a Chinon !
Mais, a Lavardin, il fallut bien qu'il parl:'it
d~vant ses juges. Et tous étaient la, groupés
Pn la haute salle du ch.\teau, en des togehures pourpres ou noires, sous l'embleme de
la croix. L'ordre du roí les énumérait :
&lt;1 Nos arnés et feaultz conseillers et c:hambellants Navarrot d'AngladP, seigneurs de
Colombiers, Hervé de Chahanoay, notre bailli
et cappitaine de Charlres et des deux cents
archiers de noslre garde fran~oise, maistre
Pierre Loubat, lieutenant d'Angoulmois, Cirard Bureau, lieulenant de nostre bailly de
Caen, maistres Pierre de la Dt·hors et Pierre
Durand, maislre Jeban de la Vallée, nostre
procurcur généraP. »Les conseillers, officiers
l'l chambellans, ajoutait Louis en son ordre
marqué au sed royal, avaient a juger Jacques
de Brézé pour ce qu'il &lt;I avoit, par de faux
et sinistres rapports, meurtri et orcist inhumainement nolre feue sreur naturelle ¡¡.
. Sur ce, on introduisit messire Jacques de
Brézé, comte de UauleHier et Mauny. On
l'avait libéré de ses fers; mais a cause des
traitements qu'il avail soulferls, de son mal,
de sa barbe Llanrhic et de ses haillons, il
étail effrayant a ,•oir. Le greffil'r, suivant 11 s
formes, lut l'acte d'accusation; le miséral,le
l'écouta a genoux devant le tribunal; et,
comme il protestail au passage des c1 faux et
sinistres rapports 11 sur lesquels il avait du
d 'occir sa femme, Mme Charlo ti e, on vit se
lever maitre Navarrot d'Anglade. ll dit que,
si l'accusé ne reconnaissait pas l'acte, on
3. DotET o'AncQ. }bid.

�H1STO'J{1JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
allait procéder a la question comme d'usage.
.\ ces mots les archers et so]Jats amenerent,
par devant Jacques de Brété, Je peti t, le
grand tréteau, les brodequins, l'eslrapade el
tout ce •1u'il faut pour b:1ilkr la question a
un bomme. L1t-dessus le meurtrier commen~a de t rcmbler; sa chair, meurtrie el
la.che, Je trahit; il pleura, conjura, se traina
aux pieds de ses juges, et, par-dessus tout
en appela a Dieu et a Messire. Attendri de
lant de douleur et repenlir, l'un des juges,
maitre Pierre de la Dehors, demanda qu'on
s·en tint aux formes régulieres; mal lui en
prit; nnilre Navarrot d'Anglade a,·ait des
oMes en ras qu'nn juge serait faible; el la,
aidé de tous les aulres, il fil, par les arcbers,
enlever, au nom du roi, rnnilre Pierre de la
IJehors du banc des consrillers 1 ; apres qnoi
les sergents entrerent, saisirent cet honnete
homme et l'emmenerent 1t grands coup·s de
poings et d'épées. Un tel acte, autant que la
vue des t~¿lcaux: et de toul ce qu'on préparait
pour l'accommoder, terrifia le prisonnier. Et
la, le front et les genoux en terre, au-devant
de maltee Navarrot d'Anglade et de maitre
Jehan de la Yallée, d'llené de Chahannay et
de Girard Bureau, il avoua, il confessa tout.
C'était plus que n'en voulaient les juges.
Incontinent ils se concerterent et ils rédigerent entre eux la sentence comme quoi
Jacques de Ilrézé « avait forfait envers le
l. OooET o'.\ncQ. lbid.
(ltlustralions de CONRAD.)

roi de corps &lt;'t de biens, commis crimes de
mcurtre et de lese-majesté 2 l&gt; •
le prisonnicr, a ces mots, jeta un cri terrible et il pensa que c'était sa mort que l'on
rnulait; mais Louis était plus fin et meilleur
économe que cela. Que lui imporl~it une vie
désormais flétrie et douloureuse? Ce qu'il
voulait c'était la bonne part du royaume de
France a quoi correspondaient les biens que
les Brézé avaient en ~ormandie, pays cbartrain, Anjou, Quercy et Périgord. (( En foi de
qnoi Louis, par grande indulgence et bonté,
consentait a convertir le crimine! en civil• l&gt;,
condamnait Brézé a cent mi lle écus d'or, et,
fa u Le de paiement a lui fait, sé•1ues1 rait ses
fids, prenait ses comtés et baronnies. Le
regard éteint, la tete loule penchée en avant
de lui-meme, secoué de sanglots convulsifs,
tonjours agcnoux et en terre, sous la menace
des tréte1ux, celui qui fut grand sénéchal de
Normandie accepta, consentit, signa tout. Un
instant il leva la main, porta la plume audessous de celles des juges, traca son nom
qui avait été des plm grands du monde;
quand ful fait ce grand effort, la vie sauve
mais ruiné, dépouillé et plus pauvre que le
plu,1; pauvre des serfs auachés a la glebe,
Jacques de Brézé éleva ses mains nues vers
Dieu et vers Nolrc-Dame, puis, d'un seul coup,
comme une masse, le front en avanl, bras et
2.

DouET n'ARCQ. / bid.

3. DooET n'.\RCQ. [bid.
FIN

jambes en croix, il retomba lourd et inanimé .... Un moment aprcs une petile porte s'ouvrit en arricre desjuges.Ceux-ci,mus comme
aun signa!, se levercnt courbés dans le respect et l'effroi; et, l'on vil qu'entre maitres
Doyat et du Lude, en son manteau de marlre
et ~on chapel d'images, apparut Messire. ll
étail devenu, 1t cause du grand a.ge et de tous
les remuements qu'il imposait a son corps,
d'unc maigreur extreme: et, il sernblait,
tant i1 était sec el long el courbé, que sa
patenótre et son beau collier de coquilles
d'or sonnassenl sur ses os; mais, daos le
fond de ses yeux, plus profonds et plus creux
que l'ab1me, ardaient deux lumieres. 11 avancait, muel et speclral, le regard par derant
lui. Tout d'abord il vit le condamné, inanimé
aterre; il le considéra et dit, mais lout bas:
« Paques-Dieu ! »et&lt;( ma sreur Charlotte .... ll
De sa main seche au vieux gant de louveteau
il saisit le contrat, le porta a ses yeux, le
lut et ajouta : « Au moins cela est bon! l&gt;
Puis, de son autre main, il enleva son bonnet
et la, un moment, il considéra les saintes et
les saints rayonnants, les porta tour a tour a
ses lcvres, el dans le grand silence et la
crainte de tous, auprcs du corps éranoui de
son beau-frere, il nomma le Pere, Je Fils et
le Benoit Esprit; apres quoi, Messire du Lude
et maitre Jean Doyat l'ayant placé en un
prie-Dieu, il ploya le genou, inclina la tete,
et, par-devant tous, il fit oraison.
ED,IIOND

PILO~.

•

•

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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      <description>A resource consisting primarily of words for reading. Examples include books, letters, dissertations, poems, newspapers, articles, archives of mailing lists. Note that facsimiles or images of texts are still of the genre Text.</description>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Jules Tallandier Editor</text>
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                <text>Fondo Alfonso Reyes</text>
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                <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>G. Lenotre</name>
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        <name>Jules Hoche</name>
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                    <text>t

111ST0'/{1.J!

Secret d'État
Jamais secret n'a étr. mieux gardé que celui
qui &lt;leva t co .. duire ~ladame en Ang\.. tr.rre.
Queltfllt'S ~rmaines avant le départ de Madame, le secret t&gt;n fut révélé a Monsit&gt;ur,
lequel en parla au roi comme un humme
instruit. Sa \fojesté fil des reproches a Madame d" 11'avo1r pu gard,·r le secret. Madame
assurait. avec dt•s st•rmenls et des circonstances
dont on nH pouvait p,1s douter, qu'elle n'en
avait jamais ríen révélé. Le roi est impénétr.,ble, et s,,vait tfUe qui que t;e soit en
Franre ne p1111vaiL etre informé de ses desseins, h,1rmis U. de Louvois el ll. de Turenne.
Que! ,umt'n y ava1t-il de soup~onner M. de
Tur.,nn,·? c. . prl1tdant, si ce n'était ni le roi ni
~fadam", il l'allait bien que ce f,U l'un dtls
deux ,p1i till PUL parlé. Le roi prit le seul bon
parti qu'il y avait pour approl'omlir cet embarras, ,·t ,J1;t;o11vrit a lluns1eur ce qu'il n'a-

vait pu lui cacher : il lui dit, sans approfondir
son grand projet sur la Hollande, que depuis
quel,¡ue temps il avait jeté les yeux sur lladame pour l'engager de passer en A.ngleterre,
et cimenter, sur les instructioas qu'il lui préparait, une union des couronnes entre le roi
d'.Angleterre f't lui, pour l'agraadi,semenl du
commerce; qu'1I avait expressément défendu
a Madame d'en parler a qui que ce soit. En fin,
le roi tour na ~lunsieur. son frere, de tant de
manieres, qu'il découvrit que cet avis du
voyage de lladame en Ang\.,terre lui était ven u
par le chevalier de Lorraine. Mais par ou le
chevalier de Lorraine, qui n'était pas a la
cour. en était-il informé? Le roi eavoya chercher M. de Turenne. « Parlez-moi comme a
votre coníesseur, lui dit le roi : avez-vous dit
a quelqu'un ce que je vous ai conlié de mes
dtlsseins sur la Hollaade et sur le voyage de
Madame ea Angleterre? 1&gt; En vérité, si le
creur de ce grand homm~ fut jamais combattu entre la vérité el la honte d'avouer sa
faiblesse, ce fut en celle occasion. Cependant
la vérité l'emporla, et ce fut un des grands
combats et des plus embarrassanls ou ce

LE

grand capitaiae se soit jamais trouvé. « Comment, sire, répliqua M. de Turenne en bégayant, quelqu'un connait-il le seeret de
Votre afajesté? - 11 n'est pas question de
CPla, reprit le roi pressamment : en avez-vous
dit quelque chose? - Je n'ai poinl parlé de
vos desseins sur la Hollande, cerlaintJmeat,
répondil M. dti Turenne; mais je vais tout
dire a Votre Majesté. J'avais peur que \tme de
C,1asquin, qui voulait faire !ti voyage de la
cour, n'en fut pas; el, pour qu'dle prit ses
mii,ures de bonne heure, je lui en &lt;lis &lt;¡u... lque
chose, et que Madame passerait en A.ngleterre
pour aller vo, r le roi son frere. ~lais je n'ai
dit que cela, et j'en demande pardo o a Votre
Majesté, a qui je l'avoue. &gt;&gt; Le roi se prit a
rire, el lui dit : &lt;1 \fonsi.,ur, vous ai\JleZ done
Mme de Coas,ruin? - Non pas, sire, tout a
fait, reprit U de Tureane; m&lt;lis elle esl fort
de mes amies. - Oh bien! dit le roi, ce qui
est lait est fait; mais ne lui en di tes pas davantage : car, si vous l'aicnez, je suis faché
de vous dire qu'elle aime le chevalier de Lorraine, auquel elle rtJdit tout, et le ch,walier
de Lorraiae en rend compte a mon frere .... 1&gt;
L'ABBÉ DE

"Li~Ez-Moi" n1sroR1Que

CHOISY.

Cllcbe li:1raudo11

LA VIE ET LES ldCEURS AU

xvu• SIECLE. -

JEUX o'ENFANTS. -

Gravure d'ABRAHA~I BossE. (Cabinet des Estampes.)

J. TALLANDIER
LIBRAIRtE ILLUSTRl::E

MADAME DE MAINTENON ET MADEMOISELLE D 'AUBIGNÉ.
Tableau de FER DJN AN D ELLE. (i\lusée de Versailles. )

75, Rrn DAREAu, 75
PARI~

uv• arron¡I'.)

�LIBAAIRIE lLLUSTRÉB. -

JuLES

TALLANDIBR, ÉDITEUR. -

l""e f
• 1e (5 Décembre 1910 .
2 :)
clSClCU

Sommaire du
Duc OE XO.\lLLES.
L OUVET . . . • . .
FRÉDSRIC LOLIEE.
ll1Z:-!RY R ouJ 0:-1, de ffoslitut .

G Rl)f)l. . . . . . .
IY ;\[AX 8ILLARD ..

.

PA lJL PELTIER . . .

.

.

Madame de Maintenon . . . . . . . . . . . .
L'Exode des Oirondins . .. .
Les Femmes du second Empire : La Princesse Mathilde et ses amis .
Helvétius . . . . . . . .
.
..
Apothéose d ' • étoile •. . . . . . . . . . . .
Les Réfractaires sous le Consulat et l'Empire . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .
Le premier attentat contre Louis-Philippe.

D'APRÉS LES

75, rue Dareau, PARIS (XIV• arr).

11

16
1~

18
21

La Cour de Versailles intime : Étiquette et
usages divers .. .. . . . . . . . . . . . .
Une aventure de poli ce en 1808 . . .
Prisons d'Etat . . . . . . . . . . . . . . . .
¡_:/cºro~~~ .e~ l_'é.cha.nge. d.e M.a~a~.e ~~ya~e:
Memo,res .. . . . . . . . . . . . . . . .
Madame de Brézé . . . . . . . . . . . .
Le salon de la duchesse de Richelieu .

CO)fTE DE FRANCE n' Jl1(ZECQUES. .
.
A. jAL . . . . . , . .
CO)ITE DE SEGUR . . •
G. L EN()Tl{E . . . . . .
CIIA)IFORT . • . . . .
GÉNÉRAL DE MARBOT .
ED)IOND PILON . . .
i\1'"• OIZ C AYLUS. . .

PLANCHES HORS TEXTB

ILLUSTRATIONS
TABLEAUX, DESSINS ET ESTAMPES DE :

TIPAGE EN CAMAi'EU :

J.-13.

.\UflERT FfLS,
A UTRIQUE, HIPPOLYTE BELLA;&lt;;GE, BERTIIAULT, GEORGES CoNRAn,
CouCJJÉ T-ILS, AJJRIEN l)AUZATS, D EBUCOUR.T, L UCl EN D ouCET, FORESTIER, GAV,\ RN f, Juu:s GrnAROET. J ULIEN, E ~llLE LE~Y, :111GNARD, ;\[11• DE
OIRETlillRE,
R E~fOND, R oBlDA, Aur.usTrN IJE SAINT-AUBJi'J, SwrnAC 1-DESFONTAINES, A--.TOINE
TROUVAtN, ;\l[CIIEL VAN Loo.

i\1ADAME DE MAINTENON

ET

,

J\1ADE:110ISELLE D'AUBIGN E,

TABLEAU DE FERDINAND ELLE (MUSÉE DE VI!RSAILLES.) '
TU&lt;AGE EN C0l1 LEUR$ :

LA PRINCESSE ;\lARIE-THÉRES E-CIIARLOTTE, F ILLE
DU ROi LOUJS XVI, PA.RT DE PARIS POUR SE R ENDRE EN SUISSE
-

EsTA'1PE o'ANTOINE D E1F.

8:a::::e '' LISEZ=MOJ '' lep;:::::;s
MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRB du NUMÉR.O 127 du 1O décembre 191 O

=

AMES FÉMININES

Roman, par Guy CHANTEPLEURE
\'1cTOR.\l,\RGL.ERITTE. La rose du baiser. - MAURICE BARRES, de l'Academic
fran~aise Ravcn3c -A,;oRi' TIIEURlET Conte d'hiver -SuLLYPR UDHO1'I.\IE
Métam·o;phosc. ·-·REN;, ,\[ÁJZERO\. L'Ínoubliable. ~ AL.BERT J\I ERAT. L'hive;
au jardín. - j EAN RICHEPIN, de I'Académie franr;aise. lltadame André. GEOR.CE:; CO URTELl?-IE. Comment je connus Richepin. - CIIARL•S FO LEY.
L'ente-rrement. - ANDRf: Rl\'OIRE. Ápproche. - ,\IARCF!. PRE\"OST, d · l'Académie francaise. Chonchette. - PAUL ,\IARGUERITTE. Madame Mere. J ..\\,\RC'll. Plaisir d·Amour. - ]EAN AICARD, de l"Academie franr;aise. Le cher
parfum. - 1'1Arn1cs DONNA Y, de l"Académie fran,aise. L'autre danger.
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J. TALLANDJER, 75, roe Dareau, PARJS (XJVº)

CAD'EAU---'
G. SCETA ERT

~&lt;&gt;o

W A.TTEAU

:

1

~

Un Stylographe

1

Le Coucbé de la Mariée

1--------,

La .Musique
en Famille

U:-i

CONCERT DANS LA CINQCIEME CIIAMBRE DES APPARTEMENTS, AU CIIATEAU DE VERSAILJ.[S. -

M adame de Pompadour
('Magnifique ouvrage)

CONDITIONS c1• ABONNEMENT

20fr-

postal des 24 fascicules
plus l'affranchissement
suivant le lieu de résideoce.
Prix pour l'Année :
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e fr .
.. . .
- Étraoger. ' .
Étranger.
BULLETIN D'ABONNEMENT
rcmplir, détacher et envoyer affranchi a l'éditeur d'HISTORIA
JULES TALLANDJER, 75, rue Dareau, PARIS, XIV'.
Veuillez m'abonoer pour un an a partir Non- ................................ ·.................................................
.......... Prbwms ·······-········································-··········-············
du
Rue ..................................... ········································•······
a HISTOIUA (LISez-Moi historique).
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A/in d'éviter i:ks erreurs, priere d'écrire tres lisiblement toutes les indications.

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. T~UTES les personn.es c~~tractant un abonnement ·

a HISTORIA iusqu a la fin de sa deuxieme
année (20 Novembre 1911), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitot réception de leur mandat d' abonnement nous leur adr~sserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier a la Maison SCETAERT.

Tnouv,1rn. (Cabi11tl des

Estampes )

Madame de Maintenon
Un passage de Saint-Simon, ou il raconle
le relour de monseigneur le duc de Ilourgogne de l'armée, en 1708, fixe d'une maniere
certainc l'emplaceroent qu'occupait l'apparlement de madame de Maintenon. c1 Le jeune
prince, dit-il, arriva le lundi 11 décembre, un
peu apres sept heures du soir, comme Monscigneur venait d'entrer a la comédie, ou
madame la duchesse de Bourgogne n' était pas
allée, pour l'atlendre. Je ne sais pourquoi il
vint descendre daos la cour des Princes au
lieu de la grande. J'étais en ce moment-la
chez la comtesse de Roucy, dont les fenetres
IV. -

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dont la présentation artistique et la
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L'embarquemenf pour Cyfhere •

Le Billef doux

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gracieusement aux abonnés de sa deuxieme annÉ'e
(l••Décembre 1910 -fin Novembre 1911), une surprime
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pour eux et pour les leurs un souvenir artistique. C'eJt

paraissant le 5 et le 20 de chaque moi.s

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dans les ateliers d 'une des plus
grandes maisons de Paris, spécialiste
du portrait :·

u " L~SE~-MOI"
b1storique

offre

HISTO RIA

HISTORIA

HISTORIA, - Fase. 25.

donnaient dessus. Je sorlis aussilót, et amvant au haut du &lt;legré du bout de la galerie,
j 'aperi;:us le prince qui le montait; je lui fis
ma rérérence au bord des marches. 11 traversa la grande salle des gardes, au lieu d'en•
trer chez madame de Mainlenon par son
. aotichambre de jour, et par les derrieres,
bien que son plus court, et alla par le palier
du grand degré entrer par la grande porte
de l'apparlcment de madame de Maintenon.
« Cet appartement était de plain-pied et
faisait face a la salle des gardes du roi. L'antichambre était plutót un passagc long en

Ira vers, étroit, jusqu'a une autre anlicbambrc
toule pareille de forme, daos laquelle les seuls
capitaines des gardes cnlraient, puis a une
grande chambre tres profonde. Entre la porte
par ou on entrait, de cettc seconde antichambre, el la cheminée, élait le fauteuil du
roi adossé ala muraille, une table devant lui,
et un ployant autour pour le ministre qui travaillait. De l'autre coté, une niche de damas
rouge el un fauleuil ou se lenaiL madame de
Maintenon avec une petite table devaot elle.
Plus loin, son lit dans un enfoncement; vis-avis les pieds du lit, une porte et cinq marches

�r

111ST0'/{1Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _,.

a monter, puis un fort grand cabinel qui donnait daos la premiere antichambre de l'appartemenl de jour de monseigncur le duc de
llourgogne, que cclle porte enfilait, et qui est
aujourd'hui l'appartement du cardinal de
Fleury. Celle premierc antirhambre ayant a
droite cet appartement, et a gauclie ce grand
cabinet de madame de Maintenon, descendait,
comme cncore aujourd'hui, par cinq marches,
dans le salon de marbre contigu au palier du
grand degré, du hout des dcux galeries haute
el basse, dites de madame la duchesse d'Orléans et des princes. Tous les soirs, madame
la duchesse de llourgognejouail dans le grand
cabinct de madame de Maintenon, avec les
&lt;lames a qui on en avait donné l'entr&amp;&gt;, et de
Ji, cntrait tant et si souvent qu'elle voulait
dans la picce joignante, qui était la chambre
de madame de Maintenon, ou elle était avec
lc roi, la cheminée entre deux. Monseigneur,
apres la comédie, montait dans ce cabinet ou
le roi n'cntrait poinl, el madame de Maintenon presque jamais. »
c·cst daos ce petit appartcment que madame de llaintenon pa,sa la plus grande
partie de sa vi", a Versailles, ne plraissant que
de temps a autre, ou pour quel411e
circonstance particulicre, daos les
grands appartcments ou les réceptions avaient lieu. Le roí passait
chdz elle toul le tcmps qu'il ne
ullnnai t pas au public, a ses
conseils ou a ses promenades ; il y
travaillait avec ses ministres; et
quand rnadame la Dauphine fut
mor te, el que la cour, sans cesser
d'ctrc nombreuse et h1·illante, devint, comme le roí lui-memea mernre quºil avan~ait en age, moin~
,i1·e et plus sérieuse, 11 s'y renferma plus cncore qu'auparavanl.
Mais a l'époriuc dont nous parlons, la cour était encorc jeunc et
animée. 'foule la génération de la
premiere parlie du regne ,·ivait. rt
ame elle, les goiils, les habitudlls,
011 dumoins les soul'enirs de la jculll'Sse.
On pcut dirc que les dix ar.nécs qui s'écoulcrent entre la paix
de l'iimegue et la gucrre de 1G88,
el mcme les premicrcs années de
celleguerrc, íurcnt le plusbeau moment de re long regnc. Louis XIV
élait alors daos le plus grand prc~tige de sa puissancc, et dans unl!
activilé ambilieuse qui, chat¡ue
jour, en augmenlait l'éclat.
Pendant l'été, le roi, suivi d'une
cour moins nombreuse, faisait dll
petits voyages a Chambord; mais
apres l'achevement deMarly, Chambord cessa d 'elre visité. Le roi a ni t
construit ~larly pour s'y faire une
retraite, et s'y reposerdclafoule de
Versailles. II y allait souvent diner ou souper,
avec Mme de Maintenon et quelques damcs.
11 y passa d'abord de temps en tcmps un ou
deux jours de la semaine, puis trois ou qua-

Monseioneur, ~lme de Maintcnon, Mme de
Noaille~, la comtesse de Guiche, Mme de
Montchevreuil, Mme de Saint-Géran et Mme de
Mailly. » Le roi y donnait de fréquen~es co~Iations aux courlisans el aux dames; 1l alla1 t
de temps en temps y diner avec elles, et_ y
donnait quclqucfois des comédics ou de pehts
bals.
'felle était la vie brillante, animée, variée
meme dans sa réJUlarité et son étiquette, que
l'on continuait de mener a la cour, laquelle
n'était autre chose que l'élite de la société du
temps, se rclrouvant la saos cesse, commc
dan.s son centre, et jouissant d'elle-meme autour du monarque. L'inOuence de )lme de
Maintenon, qu'on s'imagine avoir tout étouffé
sous une dévotion triste et sévere, ne porta
point d'atteinte a ces divertissemenls, et elle
contribua meme personnellemcnt al'écla_t de
cette époque, en rendant a la cour les nobles
plaisirs de !'esprit qu'on y avait goiilés autrefois, par les belles représentations d'Esthe1·
et d'Athalie, qu'elle fit donner a Saint-Cyr.
En tout ce qu'on pourrait appelcr le pelit comité, c'est-a-dire dans les promenades, daos
les diners et fos soupers parliculicrs, a Trianon, a Marly, a Fontainebleau,
e:Je itait loujours présente; quant
aux fetcs, aux bals, aux mascarades du carnaval el a l'apparlement, elle s'y montrail de loin en
loin; mais quand elle y paraissait,
clic y tenait fort bien sa place par
ses agréments. « Toujours tres
bien mise, dit Saint-Simon, noblement et de bon goút, quoique
modcstemcnt et meme plus vieillement que son age, rendant a chacun selon rnn rang, se reculan t
partout p~ur les fcmmes litrées,
et pour relles de qualité ordinairc,
al"ec un air de peine et de civililé
citreme, polie, affaLle, parlante
comme une personne qui ne prélent.1 ríen, 11ui ne montre r:en,
mais qui impo~ait fort a ne considérer que ce qui était aulour
d'clle. 1&gt; Sa journée é!ait réglée
rnr celle du roi. On lit daos les
fümoires de madcmoisclle d'Aumale : &lt;I F,lle se levait ordinairement entre six el sept heures, et
allait aussilót a la messe, ou elle
communiait lrois ou qualre fois
par srmaine. Pendant qu'elle s'bal.Jillait die se faisait Jire quelqucs
passages du i'iouveau Testamcnt
ou de l'lmitalion, et disait : « Je
profite du peu de temps que j'ai
pour ces lectures, car on ne m'en
laisse gucre d'autre. » Le reste de
Cliché Braun et Cie
la journée était emploJé selon ses
fRA.'iyOISE D' AUBIG.'IÉ, MARQUISE DE ;\lAJNTENON.
alTaires, ou sclon ce que faisait le
Tableau de ~ÚGNARD. (Musée du Louvre.)
roi, qu'elle accompagnait souvcnt.
Quand elle était lil.Jre, elle passait
moyen de varier les journécs. On lit daos le plus possible ses matinées a Sai nt-Cyr;
Dangeau, 22 janvier IG88 : « Le roi alla le roi venail régulicrement cbez elle tous
pour la premiere fois diner a sa nouvclle mai- les jours vers cinq ou six hrures, quclson de Trianon. II y avait _dan( son carrosse quefois plus tót, quelquefois plus tard, selon
tre, el a la fin,' des semaines enlieres. Dans
les commencements il y conduisit peu de
monde, puis davantage; c'était une favcur
que d'y aller, et il voul:lit qu'on la luí dr,mandat. A Marly, on vivait comme a Versailles, mais arce moins d'étiquette. Le roi
voulait qu'on y ful /1 l'aisc, qu'on y menat la
vie de chateau, et qu 'on s'y trouv:it bien;
toul le monde avait toute liberté de le suiue
dans les jardins, de l'y joindre, de le quitter,
et aussi d'y etre comcrt devant luí a la promenade, ce qui ne se faisait point a Yersailles. On y dinait avcc lui, a plusieurs tables,
qui étaient daos la meme piece. Le roi en
tcnait une, ayant Mme de Maintenon en face
de lui, Monseigneur une autre. Le soir, on
jouait, ou bien il y avait musique, dansc, des
pas de ballets, des comédies, ou de petits
jeux pour la jcunesse. A ~farly comme a Fontainebleau, et meme a Choisy et a Meudon
chez )lonseigneur, a Saint-Cloud chez Monsicur, ou a CbantillI chez le prince de Condé,
le roí passai t toujours une par ti e de la soirée
chcz Mmc de Maintenon, qui élait loujours
logée pres de lui le plus possible.
Trianon, ache,·é en 1G88, offrait aussi un

,

_________________________________

que sa promcilade ou ses conscils fin;s,aicnt;
il y demeurait jusqu'a dix heures, qui étail
l'beure de son souper. Mme de Maintenon n'allail cbei le roí que lorsqu'il était souffrant.
« Quand on élait a \'crsailles, le roi ne
, enait pas ·habituellement le matin chez elle,
afio de ne pas interrompre sa journér, et
qu't:llc púl allcr a Saint-Cl r les jour;; qn 'elle
voulait. Mais a Marly et a Trianon, ou il 11'y
arnit pas de conseils, le roi venait chcz elle,

..íJ{ADA.ME DE ..íJ{Jl1NTENON -

un portier, une servan le, un marmiton. Elle
n'était jamais suivie en carrosse que par ~n
laquais et un hommc a cheval; cette smlc
était plus simple que cclle des grandes dames
du temps. A Versailles, a Marly, et dans
toutes les maisons du roi, elle étail meublée
par lui; elle avait seulcmcnt a sa maison de
la ville des meublcs a elle, mais qui n'étaienl
que pour ses domestiques. Sa mai;on rlc
ville, a Fontainebleau, était de mcmc; clic

elll! n'élait pas daos la voiturc du roi, elle
parlait arce quelqu'une de ses favoriles,
comme madame d'lleudicourt, madame de
lfontchevreuil, madamc de Dangcau, et s'arran;;eait pour que ll! roí la trom:it tout établie quand il passait chez elle. « Un carrosse
du roi la menail, toujours alTeclé pour elle,
&lt;lit Saint-Simon, meme pnur aller de Ycrsailles a Saint-Cyr, et des l~pinays, écuyer de
la pelite écurie, la metlait dans le carrosse,

LA PARTIE DE BILLARD DI., ROi, DA..'iS LE TROISIÍ:.ME Al'PARTEMENT, AU CHATJ:;AI.,

oe

\'1:.RSAILLES. -

-~

Gravure

Pcrsoanage!t (Je gauche a Jroitc) : Duc d'Orl~ios, - Ouc de \"endUmc, - &lt;.: orate Je T ouloui;e, - )l. e.Je (.hamillart (vu de do:,) -

aprc;; sa messe, jusqu'a son diner, et souvent et la suirnit a cheYal : c'était sa tache de lous
se promenait avec elle. A Fontainebleau, il l les jours. J&gt; AVersailles et aFontainebleau elle
vcnait aussi presque tous les matins apres rn avail une maison de ville ou elle se retiraitquelmcsse, avant dtl se mettre au conseil, et il y 'l uefois daos la journéc pour ctre plus tranquille. Sa maison, selon madcmoisdlc d'Aurevenait souvent ap1cs le dincr. »
Madame de Maintcnon a\'ait sa maison a male, élait ainsi composée: «Un érnicr, trois
part, et mangcait d'ordinaire daos son appar- valds de chambrc(eUe n'enavaitqu'un avant
tcment; ses gens é!aicnt pcu nombrcux, res- que madame la duchessc de Bourgogne ,int
pecl ueux et modestes; elle garda loujours a en France, mais comme elle était souvent
son ~crvice Nanon, celle anciennc servanle du chez elle, elle en prit deux de plus pour le
lemps de sa mi~ere. Sa société, autant qu'elle serl'ice de cctte princes~e) ; un mailre d'hótel,
pouvait en avoir, composée de quelques da- un officier et un aide d'office, un cui,inier et
mes de la cour, était rcstrcinte et choi,ic; un aidc de cuisine, un cochcr, un postillon
elle rl'cevait pcu de visites et n'en rcndail et un palefrenier, lrois laquais et deux porprcst¡uc aucune. Daos les ropgcs, quand tcurs Je chaise, trois femmes de chambre,

.:l'.\NTOl:&lt;E TROUVAIN.

Louis Xl\\ - · ~'l. d".\rmagna,, -

(Caéinet

/ÚS

Estampes.)

X ... , - Duc de Chartrcs.

avait a ~lainlenon quatre ou cinq appartcmenls meublés assez propremenl pour quand
la cour y allait. Elle y arnit tout laissé, mais
il n'y avait aucune bcllc lapisseric; les mcul.Jles éLaient de damJs.
« Elle avait de rnisscllc d'argent enviran
pour quinzc mille li1Tes. \'om, connaissrz le
meuble qu'elle aYait a Saint-Cir él qui lui
servail dl'puis la funda!ion de la maison, et
un autre pe lit meuble cramoisi qu'elle portail
avec elle daos le temps qu'ellc é!ait obligél!
de suivre le roi en Flandre. Je ne lui ai jamais connu aulrc chose.
« Le roi lui donnait lous les trois mo:s
ouzc mille li1res, ce qui faisait 11uarantc-lu-

�1f!ST0']{1.ll ~ - ~ - - - millc livrcs paran, et en outrc do\1ze mille tions, il nous a fai l voir un visa ge et une pbylil'res pour ses étrennes. Elle jouissait encore sionomie au-dcssu, de tout ce que l'on peut
de deux anciennes pcnsions probablement dire: des ycux animés, une gr:\ce parfaitc,
ccllc de gouvcrnante des enfants. et cclle de poinl dºatours; el arce cela aucun porlrait ne
dame d'atour de la Daupbine), qui s'éle- tient devanl cclui-la. Mignard en a fait un
,aient a quinze mille livres, ce qui, réuni a. aussi forl bcau du roi . .le vous envo:e un
la tcrre de Maintenon, dont elle abandonna madrigal que mademoisclle Bcrnard fit imla plus grande partic it sa niecc.&gt;, en la ma- promptu en voyanl ces deux porlrails; il a
riant, formait un revenu total de qualre- cu bcaucoup de succcs ici. »
Quant a nous, nous préférons la physiol'ingt-dix mille lirres cnviron, dont elle donno~ie d'un aulre porlrait, quoique moins
nail la plus grande parlie aux pauvres. »
Elle cut sur le roi cet ascendant inévitalile bcau, pcinl par F~rdinand Elle, et a pcu pres
d'une pcrsonne qui est toujours la, el a la- du mcmc ~ge, qui était it SainL-CF, et 011 maquclle on ne cache rien. Son avis avait du dame de Maintennn est rrpréscntée tout en
poids, sa proteetion était puissante, quoiqu'on noir, assise, ayant mademoi,ellc d'Auliigné,
la crul plus puissante cncore qu'elle n'était. sa nicce, a genoux de1·ant elJe; bcllc encore,
Tout le monde a la cour, les ministres, la gra,·e, d'un embonpoint modéré, d'un front
famille royale clle-mcme, la comptaient infi- élel'é et mnjestueux sous le voile qui l'omniment en toutes choses, el n'osaient souYent hrage; a wc des JCUx cu amande, grands et
arriver au roi que par elle; et le travail d,•s longs, animé, el doux: le ll'inl cncorc frais
ministre~, qui se faisail le soir chez elle, ne et !'exprcssion sereinc; rrprésenlant assc z
lui lais~ait rien ignorer. Pendant ce travail, bien une dcmi-rcinc imposante el contenuc.
La plumc des damrs dcSainl-Louis a comelle se l&lt;::nait ordinairement a l'écarl, occupée
aJire ou a écrire, ou bien elle lravaillait a un plété ce porlrait par des détails qui s'accorméticr de tapisserie, ne disant son mot que dcnt a1·cc ce que rapporlent les conlcmporaremen 1, et lonjours avec de grandes me- rains. &lt;( Elle al'ait (a l'agc de cinr¡uante a
sures. U arril'ait parfois, quand la matiere soixantc ans), discnt-ell&lt;'s, le son de voix le
étail embarrassanlc, que le roi disait: (( Con- plus agréable, un loo affcctueux, un fronl
sultons h raison; » ¡rnis il ajoutait en se ouverl et riant, le geste naturel de la plus
tournant vers elle : (( Qu'cn pense Votre Soli- helle main, des yeux de fcu, les mou,·ements
dité1 » C'esl le nom c¡u'il lui donnait pour d"une Laillc libre si affcctueusc et si régulicre,
rcndre hommage a l'exccllcnce de son esprit. qu'elle elfacait les plus bellcs de la cour ....
11 lui avait dit un jour : (( On appelle les Le prcruier coup d'reil était impo~ant l'l
papes, Votre Sainleté; les rois, Volre Ma- comme voilé de sévérité; le sourire et la
jeslé; vous, madame, il faut vous appelcr voix ouvraienl le nuage .... »
~fais elle conserYa Licn plus cncorc, el
Votre Solidité. » Mais il y a loin de la a tout
diriger, a fairc et 11 défairc les ministres, a jusque daos !':,ge le plus avancé, l'agrémenl
choisir les généraux et a ne pousser que ses de son esprit, dont ses lellres memes ne donprotégés, au grand détrimcnt de l'Élat, cornme ncnt qu'une imparfaite iJée. Dans ces letlrcs
clic c,l discrcl&lt;', réserréc, précise, asscz srnoa l'en a pi usieurs fois accusée.
Parl'cnue a celle époque de la vic ou l'on kncieuse, quoic¡ue aimaLJt,, et toujours un
n'a plus qu'a en dcscendrc les degrés, Mme de pcu pressée; le coté vif el gai du caracli:re
Maintcnon les desceadit avec lenteur; l'age nous écbappe. ll faul y ~joutcr un certain
n'effacait point en elle les agréments de la cnjouemenl de raison, une cerlainc grace vipcrsonne ni les graces de !'esprit. Saint-Si- qnle qu'elle cut jusqu'il la fin, meme dans
mon, qui la connut a celle époque, et qui ne l'austérité, el qui Lcnait asa pcrsonnc, a son
l'Oulait pas la 0aller, nous en a laissé lui- &lt;lésir nalurel de plairc, a la présence des
meme une imagc plcine d'agrément et de gens, au mouvemcnl de la conversation, mais
séduction. En 1694, lorsqu'elle avail pres de qui n'allail pas, commc dans madamc de Sésoixante ans, Mignard fit d'elle un porlrait vigné, jusc¡u'a se fixer par écrit. Oo ne pouen costumc de sainle Francoi~e, dame ro- vail jnindrc plus d'agrément a la solidité;
mainr, porlant un mantean douhlé d'ber- c'était, comme disait Fénclon, la I\aison parminr, qui dissimulait habilemcnt J'age sous lant par la boucbe des Graces. &lt;( Nous n'aune allégorit! gra,·e et 0allcuse, el indiquail von~, &lt;lit M. Sainte-Beme, qu'une partie de
le ra~1g mysLéricux sans en révéler le secre~. ,on esprit dans ses leures, le gout, le bon
A.u d1re de madame de Coulanges, ce portra1t ton, la raison parfaite el le tour parfois piexcita un enthousiasme général. (( J'ai vu, quant; mais ce qui animait la société, cct
écril-elle a madame de Sél'igné, la plus bellc cnjouement qu'elle melait discrelement a ses
chose qu'on puisse jamais irnaginer: c'est un récits, a ses histoires, et que tout le monde
porlrait de madamc de Maintenon fait par Jui reconnaissait, ce qui pétillait de brillant
Mignard. Elle est babillée en sainte Francoise el de fin sur son visage quand elle parlait
romaine. ~lignard l'a embellie, mais c'est d'action , comme dit l'abbé de ChoisJ, tout
sans fadeur, sans incarnat, sans blanc, sans cela a disparu el ne s'esl point noté. On n'a
l 'air de la jeunesse; et sans Loutes ces perfec- en quelque sorle que le dessin et la gravure

de !'esprit de madame de Maintenon, on n'en
a pas le coloris. l&gt;
C'étail la le cbarme, inappréciable pour
nous, qu'elle avait a Versailles, et qu'elle répandait autour d'elle daos la mission qu'ellc
s'était donnée d'amuser ou de déscnnuyer le
cercle rcstreint 011 Louis XIV aimait a vi1re.
Son caraclere cbangea encore moins que
son esprit. Parvenue a ce dcgré inou'i de fortune, la tete ne lui tourna point, elle resta ce
qu'elle était; ses gouts, ses manieres, son
jugcment sur toulcs choscs demeurerent les
memes. On en trouve mille témoignages daos
ses lettrcs. Elle écrivait le 27 juillet 1686, au
début meme de ceLLe merveilleuse cxistence,
a l'abbesse de Fontevrault, sreur de madame
de Montespan : « Je suis toujours ravie, madame, quand je recois des marques de vos
bontés pour moi; mais je voudrais bien que
l'0us ne me fissic:i poinl de rcmerclmenls,
quelque ehose que je pusse faire .... Je n'ai
jamais cbangé de senliments pour vous; ,·ous
avez touché mon goul et rempli mon estime;
j'ai cru ne vous pas déplaire, et tout. cela,
madame, a subsisLé dans Lous. les temps, el
subsislera Loujours. Mais je vous demande en
grace de me lrailer comme vous me trailiez,
et de m'estimer assez pour croire que ce que
la forlune fait en ma faveur ne m'a point
gatée. Je souffre fort volonLiers tout ce qu'elle
m'attire de la part de gens qui ne me connaissent point, et dont l'opinion m'esl assez
indifférente; il n'cn est pas de meme de vous,
madame, dont I'estime et l'approbation m'ont
été précieuses, el je serais an désespoir que
vous me crussiez assez folle pour avoir oublié
combien votre amitié m'honore.... ~
A.u reste, les hasards de sa vie l'araicn t
admirablement préparée a ce role imprévu.
Sa jeunesse, passée au milieu des écueils qui
l'entourcrent, soit cbez Scarron, soit pendant
son veuvagc, ou au milieu des sociétés qu'elle
fréquentait, l'arl précoce el la vigilance dont
elle cut besoin pour s'y faire considérer ~t
rcspecter, sans cesser d'y plaire, n'a vaient été
qu'un long apprentissage de prudence et de
circnnspection qui la servil infiniment dans
ses rapports avec le roi et madame de MonLespan, et qu'clle eul encore a mellre en
reuvre d'une maniere dilférente sur son nouveau théa.Lre. D'un aulre coté, celte activité
obligeante .et serviable, ce Lempérament infatigable, cette complaisance industrieuse et
insinuante, cet empressement a entrer daos
les peines et les embarras de ses amis,
elle les porta a Versailles quand elle y fut
devenue la personne indispensable de l'intérieur, la compagne du roi, la ressource des
princes, leur intermédiaire et leur confidente,
celle dont nul ne pouvait se passer, toule au
roi et a la famille royale pour laquelle elle se
genait saos cesse, et lenail bon avec sourire
et bonne grace conlre cet esclavage de tous
les instants.
Duc

DE

NOAILLES.

ATTAQUE DE NANTES PAR LES VENDÉENS (29 JUIN 1793). -

Gravure de

BE RTHAULT,

d',:,pres SWEBACH-DESFONTAINES.

L'Exode des Girondins
Il n'était guere moins de huit heures, il y
en avait trente et une que, depuis la demicouchée et le sursaut de Rostrenen, nous
nous trainions de piege en piege, de faux pas
en faux pas. Nous tombions de fatigue, de
sommeil et de faim. Mais quoi manger? de
l'herbe? Et puis, commenl se reposer? Ou
dormir? Nous étions couchés dans l'eau; car
l'orage était si forl que, malgré ces grands
arbres, il tombait sur nous des torrenls; et
nous devions passcr quatre heures au moins
daos celte situation ! 11 paraissait impossible
que le plus robuste y résistat.
Je l'avoue, l'heure du découragement était
venue. Rioufl'e et Girey-Dupré, dont l'inépuisable gaicté s'élait soutenue jusqu'alors, ne
nous donnaient plus que des sourires. Le
bouillanl Cussy accusait la nalure: Salles se
dépitait conlre elle; Buzot paraissait accablé ; Barbaroux meme sentait sa grande ame
alfaiblie; moi, je voyais dans mon espingole
notre derniere ressource, mais j'y voyais aussi
le Lourmcnt de me sí-parLr de Lodoi~ka ! O

dieux!. .. Pétion seul, et c'est ainsi que je
l'ai vu daos toule celle route, Pétion, inaltérable, bravait tous les besoins, gardait un
front calme au milieu de ses nouveaux périls,
et souriait aux intempéries d'un ciel ennemi. Ennemi ! Qu'ai-je écrit? Quelle ingratitude! ll n'y avait plus, dans nos détresses,
qu'un sccours de la Provideoce qui pul nous
sau ver; et ce ,.c;ewurs ne se fit pas allendre
un demi-quart d'heure !
Oui, quelques minutes étaient a peine
écoulées, depuis que notre guide était parti,
lorsqu'il fit rencontre d'un cavalier. Celui-ci
!'examina curieusement ason passage, tourna
la tete pour l'examiner encorc, puis revinl
sur lui pour lui demander s'il se Lrompail,
s'il n'était pas un fédéré du Finislere? Nolre
guide hésile, et pourtant dit : Oui. Alors
nouvelles questions basardées avec myslere:
nouveUes réponses risquées avec précaulion.
On s'avance, on recule, on s'observe, on se
tate réciproquement. Enfin la confiance s'fül
éLablie; on s'explique. L'iaconnu était un
de nos amis, un ami de Kervelegan. Personne encore n 'a,·ait vu nos deux euvo¡-és de

Rostrenen. Je ne sais quel instincl l'avait
poussé amonler a cheval a la pointe du jour,
et a s'avanccr sur cette route pour savoir s'il
n'y rcnconlrerait personne qui cut entcndu
parl~r de nous. Un momenl plus lard, nolre
guide ne le rencontrait pas, car, surpris par
l'orage, il cberchait un abri.
Des que cet ange libéraleur nous fut annoncé, je ne me souvins plus que j'avais
besoin d'un lit, dºun repas, d'un asile conlre
la pluie qui ro'inondait. Je ne songeai qu'il
m'informer de Lodohka. Elle éLait parvcnuc
a Quimper; mais ce n'avai t pas été sans péril.
A.pres lá rencontre de ... elle avail poursuiYi
sa route. Arrivée a Saint-Bricuc, elle avait
ll'Ouvé qu'une dénonciation verÍait de l'v
devancer. Arretée par un gendarme, elle n~
s'était Ül'ée des mains de la municipalité que
par l'adrcsse et la fermeté de ses réponses. O
ma Lodo"iska ! ton courage et ton esprit m'avaient done arracbé aux plus grands des dangers que j'eusse courus! Eh! si tu étais
tombée aux mains de nos persécuteurs, a
quoi m'efll serví de m'elre dérobé aux embuches qu'ils avaient semécs sur mes pas?

�111ST0'1{1.l!
NoLre nom·eau conducleur nous mena
d'abord chez un Pª)'San, ou, sur nolre mine,
nous n'aurions jamais oblenu le pclit verre
d'eau-de-vie el le peu de pain noir qui nous
furent donnés. Une liqueur des iles et de la
hrioche ne nous avaienl jamais paru si bonnes.
On nous introduisit ensuite, a pelit bruit,
chez un curé constitulioonel, a qui on nous
donna pour des soldats qui venaient de faire
la chasse a des réfraclaires. Le bonhomme
nous chauffa, nous sécha, nous traita, nous
coucha, nous cacha jusqu'a la fin du jour. La
nuiL Ycnue, nous nous rendimes dans un
pctit bois oú d'autres amis nous attendaient.
lis amenaient des chevaux pour les blcssé~.
Apres dcu i bcures de marche, il fallul se
séparer. 11 nous en co11ta, sans doute. Les
communs dangers de ce vopge avaient resserré entre nous les doux liens d'une amitié
sainte. J'embrassai Salles; j'embrassai Cussy
et Girey-Dupré. Ilélas ! il était écrit que je
ne devais jamais rcvoir ces deux-la. Tous
cinq, ils allaicnt chez Kervelegan. On parlail
de me mettrc avec eux; mais Quimper enfermait un dépót trop précieux pour que
j'allasse ailleurs. Buzot fut conduit chez un
brave homme, a deux portérs de fusil de
cclte ville. Pétion se rcndit dans une campagne Yoisine, ou Cua&lt;let l'attendait déja.
lliou[c, Il:lrbaroux et moi, nous allames
cbez un cxcellcnt citoyen, dont je n'ouLlierai
¡¡as les boas procédés.
.
Le lcndemain j' y rc~us la visite de ma
chcre Lodo1ska. Ma femme avait fait la faule
d'aller loger a l'auberge, au licu de descendre
cbcz une ancicnnc amie r¡u'elle arait daos la
ville, et ou elle citt été moins en évidence.
~ous n'en poursuivimes qu'avec plus d'ardeur
nolre prcmier projct, qui avait été qu'ellc
louerait, pour un mois ou deux, une maison
de campagne voisine, ou j'irais me réfugier,
el ou nous allendrions ensemLlc le moment
de nous cm barquer.
Ce momcnl ne paraisrnit pas pret a venir. Sur la riviere qui pas~e a Quimper, &lt;t
va se jetcr dans la roer, était une petilc
barriue pontée, mais qui avait déj1 tant
rnyagé qn'ellc avait été mise hors de servicr.
l&gt;uchiltel, qui Yint nous rnir a,·ec Bois-Guyon ,
nous dit qu'il avait fait e:xaminer cette barque,
d qu'au moyen d'unc douzaine de cents
livres de frais de réparation on la ferail
presque neme. La difliculté était de rn procurer des ouvriers; le lravail allait tres lcntement. Des qu'il serait fini, nous nous embarr¡uerions tous, et trois jours de beau temps
suffisaient pour nous por ter a Bordeaux. Je
lui dcmandai quclles mesures avaient été ou
devaieut etre priscs pour que les commis,
chargés de la visite et de l'examcn des passcporls, dans tous les balimenls qui descendaient la rivicre, nous laissassent passer ; et
quelle espérance un peu raisonnable nous
pouvions avoir d'échapper aux corsaires anglais, qui couvraient alors l'Océan. Ouchatel
répondait vaguement que toul cela était facilc;
('~pendant il n'indiquait aucun mo1en. C'était
un jeunc homme intrépide que Duchátd;
mais sa légerelé, son imprudencc allaic11 t

"------------------ ------------------jusqu'a la lémérité. En ce moment, par
cxemple, il logeait a l'auberge et sous son
nom; il se promenait par loute la villc, ne
cachait a personne qu'il élait dépulé et proscrit; enfin, il faisait publiquement fréler
celle barque; et nous étions trop heureux
c¡u'il eúl bien rnulu consentir de ne pas dire
rru'clle dcvait servir encare a d'autrcs qu'a
lui.
Ma Lodo'iska cependant venait de trouver
a la campagne une jolie petite maison avec un
assez grand jardín. Elle m'y attendait; j'y
volai ; je te laissai, mon chcr Barbaroux,
mais tu me le pardonnes : tu sais quelle
passion j'avais pour elle, et comme elle en
était digne! .Je t'ai vu au milieu des plaisirs
variés dont t'enivraient tour a tour mille enchanteresses allirées par La beautó, mais
aussitót délaissées par ton inconstance; je t'ai
vu cent fois envier les dél ices de ccl amour,
a la fois vif et tcndre, respecturux et fortuné,
toujours fidele et toujours nouveau, de ce
véritable amour que m'inspirait, que me rendait mon épouse.
D'abord, en cas d'attaque, elle me construisi t une retraite impénétrable aux assassins.
Nos précautions ainsi prises, nous nous abandol\Jlames a la douceur présente de notre
position. Nous reprimes cettc vie simple et
solitaire qui a, ait pour nous tant de cbarmes
et qu'il nous avait été si pénible de quitter.
Peu de personnes venaient troublcr notre
délicieuse retraite, et ce n'était jama is que le
soir. Tout le jour nous jouissions du bonheur
d'elre ensemble. Eh! pourquoi le jour n'av.tit-il que vingt-quatre heures ! Qu'ellcs étaient
belles ces journées, obtcnues apres tant
d'orages, hélas I et que tant d'orages enoore
allaient suivre ! O Penhars ! lieux a jamais présents l.t mon souvenir, devenez chers aux
vrais amants ! Vous m'avez rendu tous les
délices d'Évry 1 •
Aussi ne voulus-je point quiller Penhars
pour aller daos la barque. J'attendais d'ailleurs l'embarcalion plus sure que Pétion et
Guadet faisaient préparer dans Brest. La
harque partil emportant neuf vopgeurs.
C'étaienl Cussy, Duchatel , Bois-Guyon, GireyOupré, Salles, ~frillant, Bergoin ', un Espagnol, nomme Marchena, digne et malheureux
ami de Brissot; et HioulTe, bien désolé de ne
pas partir avcc nous. Les deux derniers
étaient venus comballre avec nous pour la
liberté daos Caen, et depuis ils avaient voulu
partagcr tous nos périls.
Au moment du départ seulemenl, Guadel,
Iluzot et Pétion avaient fait dire qu'ils se
r ~ndraient incessamment h Bordcaux par une
autre 1 oie. J'ayais, depuislongtemps, annoncé
que je suivrais leur destinée; et, tres heureusement pour lui, Barbaroux venait de prendre
la petile vérole. Je dis heureusement, car
Lous ceux qui ont mis le pieJ drns ce malheureux baleau ont été bienlót pris.
Au reste, voici l'instant de rapporter que
13'.. était venu, comme je l'avais prévu, nous
1

1

l. Louvet el Lodoiska ¡,as;ércnt a·Pcnhars
miare quinzainc de septembrc 1}93.

2. Bergoeing, dépulé de la G1ronilc.

la pre-

chercher a Quimper. 11 n'eut pas de peine a
lrouver Ducha.te!. Cclui-ci, ne voulant plus
confier nos sccrrls a personne, lui dit que
nous étions dans les environs de Loricnt.
Jleurcusement les commissaires monlagnards n'osaient cncore entrer dans le Finistcre, ou l'opinion publique les réprouvait
toujours. lis s'y faisaienl prc'céder par des
émissair11s chargés de préparer les jacobins a
coups d'assignats. Un partí maratiste commencait a levcr la tele dans le club d~ Quimper. On y molionoait de faire des visites domiciliaire, dans les maisons voisines de la
ville, ou le bruit courait que des trai.tres ii
la patrie étaient recélés. Le bonheur de Penhars était lrop grand; il ful court; a peine
il commen~ait, quand il y fallut renoncer.
J'allai me jeter, a quclques licues de la,
· dans une maison isolée, ot1 d'excellcntes gens
me prirenl en pension . Séparé de mes amis,
séparé de Lodo'iska, j'éprouvais un ennui
morlel. C'est la que je fis mon hymne 11(,
morl. Je voulais, si je Lombais aux mains de
mes ennemis, le chantcr en allant a l'échafaud.
AIR :

Vei/1011s

1111 .rnfot

&lt;le l'empire!

Des vils oppresseurs de la France,
J'ai Mnonce les attentats :
lis sont vainqueurs. et leur vengeanre
Ordonne au~~itól mon trépas.
Liberté! liberté! rerois done mon Mrnier liommage !
Tnanli, f1-a¡lpez ! l'h~mme libre e11Yicra mon rtestin
·
Plutñt la mort que l'esclavagc,
c·est le ,reu d'un répuhlicain !

Si j'a\·ais sen·i leur fnrie,
lis m'auraient prodigué de ror !
J'aimai micux servir ma patrie,
J'aimai mieux reccvoir 1a mort.
l,iherté! libet·tél quelle ame, 1t Ion feu ne s·anime!
1\rans, frappez I l'homme libre en viera 111011 destin :
Plutót le trépas que le crime,
C'est le vreu d'uo républicain !
Que mon &lt;''temple vous in~pire,

Amis, armez-,·011s pour vos lois;
.lvec les 1·ois Collot conspire,
Éc,·asez Collot et les rois !
J&gt;agne !
Hobcspicrre, el vous tous, rnus tous que le meurtre accomTyrans, lremblez I vous de,·ez cxpier YOS forfaits :
Plutót la mort que la Montagne,
Est le ct·i du fier Lyonnais !
El toi, qu·:, rcgret je dé!ai:;se.,
Amante, si chere a mon cCCUl !
Banois teute indigne faiblessc,
Sois plus forte que ta douleur !
Liberté t liberté I ranime el soullens ,ou courage !
Poui· toi, pour moi, &lt;1u'ellc porle le poid-; de '-CS jou,....,:
Son sein, peut•Ctrc, enf,•rme un gag-e,
L'unique frnit de no-; amours !

Oig-ne éponsc. sois digne mere,
Prcn,1s ton éle,·c en son berc&lt;::au !
Hcdi:i-lui souvt:nl que:son pere
Mourul du trépas le plus heau !
Liberté! liberté! r¡u'il foffre :;0,1 plus pur ltomma:;,• !
Tr,·ans, tremblez 1 rcdoutez un t-nr ,nl généreux !
Pluttlt la mort que J'escl"'ªge,!
Scr·:t le premicr de ses vreux !
Que si d'uu nouveau Rolie,pierre
Ton pays était tounneoté,
Mon lils, ne venge potnl ton pl•rc,
Mon lils, ,enge In hberlé !
Liberte I liberté I qu·un sur.ces 111eilleur l'accompJg11e
·ryraus, fnyez 1cmportez ,•os enfans odieux !
Plutól la mort que la Monlagnr,
Sera le cri de nos ncveui 1
Oui, de• bourreaux ele l'Abbaye
Les succés ;,lfreux seront court" 1
Un monstre effrai·ait sa patrie,
t:ne filie a tranché ses jours !
Liberte! liberte! que ton hras sur eux se promCue !
Tremblez, tyrans I vos forfaits appellent nos Yertu,:
llarat est mort cha1:g~ Je haine,
Corday vit aupres de Brutus!

}!nis la foule se prcsse et crie;
Peuple infortuné, je t'entends!
Adicu, ma íamille chérie,
Adieu, mes amis de vingl ans !
Liberté! liberté! pardonne a la foule al,usée !
llai,, vous, tyrans ! le Midi pcut encor ,ous punir:
Moi, je m'en vais dans l'Élysée,
Avec &amp;ydney m·entrctenir!

.J'étais depuis plus de quinze jours dans
cette relraite ou le temps me semblait bien
long, quand un garde national vint m'y rlemander. C'était un inconnu, qui m'avait
rcndu Je plus important service. Au moment
ou ma Lodo'iska, dénoncée au club par un
homme qui avait dit, en propres termes, que
puisque la femme de Guadet avait été mise
en état d'arrestation, on pouvait bien y meltre la sreur de Louvet; en ce moment il avait
,:1é l'avertir, et l'avait recueillie chez lui.
~laintenant il venait m'inviter a partager son
asile. Jugez de ma joie !
En attendant que la nuit ful venue, le hienÍJisant cnroyé de Lodo1ska prit quelque repos.
ll en avait besoin; car j'aurais du rccevoir la veille une lettre de ma femme, lar¡uelle ne m'était parvenue que le matin
meme de ce jour. Lui cepeodant comptant
que je me rendrais, la nuit derniere, a un
rndroit désigné, m'y avait allendu jusqu'a
l'aurore et par un affreux temps; inquiet de
ne m'avoir pas vu, il avait fait plusieurs licues
pour m'apporter un nouveau billet de roa
femme, et pour m'ollrir tout ce qui me conriendrait chrz luí. Tant dt! zcle me paraissait
plus étonnant de la part d'un homme qui ne
me connaissait quede réputation; maisj 'avais
affaire a!'un des mortcls les plus généreux et
lés plus extraordinaircs dont cette terre puisse
se glorificr. füen ne lui coutail lorsqu'il s'agissait de rendre service a ceux qu'il cr,1yait
mériter son estime.
11 nous cacha tous deux dans une ehambre au-dessus de laquelle logeait un gendarme
r¡ue ses camarades visilaient toute la journée;
et ceux-ci frappaient souvent a nolre porte,
croyant que c'était ccllc de lcur ami. Y araitil quelque dangereux message a faire, il s'en
chargeait. Un vil coquin, digne commissaire
du pouvoir exécutif, venait d'arrirer, apportant des ordres secrets : il allait l'aborder,
hoire avcc lui, tacher de sarnir ce qui l'amcnait. Barbaroux était sur le point de manqucr
d'asilc; il oíl'rait de faire mellre dans notre
petite chambrc un troisiemc lit. o·es visites
domiciliaires étaient orJo::mées : n'imporle,
il ne sou!Trirait pas r1uc nous r¡nitlassions sa
maison; lui-meme il nous fai,ait, avcc une
prompLitudc el une adressc sans égalcs, une
cache en bois, difficile a décou,·rir. A l'époque critique ou presque toutes les maisons
étaient fouillées, ma Ít:!mme et moi nous pafsames un jour, un jour tout enlier dans cettc
niche; lui cependant attendait lranquillement
dans la chambre, et si les inquisiteurs rcnaient a nous découvrir, il les combattrait
av~c moi jusqu'au dernier soupir. L'embarcation toujours attendue était bien diO'éréc :
il irait a tout risque prendre des informations
et presser l'instant du départ. Nous aurioos
pcut-elrc bcsoin de passeports : s'il ne pou-

vait nous en procurer, il nous en fabriquerait. En attendant l'embarquement, qui pourrait tarder bcaucoup encore, ma femme parlait de ten Ler vers Paris une incursion bien
nécessairc au salut des débris de nolre mince
fortune : afin de pouvoir aider ou défendre
ma femmc au besoio, il irait el vendrait arce
elle.
Enfin, j'étais inquiet de Pétion, de Guadet, de Buzot; il avait, depuis si longtcmps,
un si grand désir de les voir ! si _je ne craignais pas de lui confier le lieu de leur retraite, il irait les embrasser de ma part. Au
reste, il ne céderait a personne l'avantagc de
nous accompagner avec ehevaux, armes et
provisions, jusqu'au bord de lamer, le jour
que nous parlirions.
Au reste, c'était un homme universel que
nolre ami; bon marin, bon militaire, bon
médecin, menuisier adroit, serruricr habile,
grand marcheur daos l'occasion, au besoin
maitre d'escrime; propre encare a une comptabilité, a une administration, fort bien dans
un bureau, dans un cabinet, daos une manufacture, dans un comptoir. Mais ce qui contribua bcaucoup a lui concilier toute mon
estime, ce fut le goíit que je lui reconnus
pour les sciences douces, pour ces beaux-arls
qui annoncent les penchanls tranquilles ou
vertueux de ceux qui les cultiven!; il était
peintre, dessinateur, archi tecle et botanistc ;
et daos son intérieur, que de qualités aimables et solides! économe a la fois et libéral,
laborieux et désintéressé, attcntif et doux a,·ec
ses domc,liques : si bon al'CC son enfant ! si
tendre avcc sa femme ! Oh! quand je l'eus
vu dans sa vie privée, cambien je m'cnorgueillis d'avoir conquis son ami lié!. ..
~

Cependant il y avait trois srmaines que
nous étions chez notre généreux ami, et nous
commcncions a déscspérer de i'l'mbarcalion
tant promise, lorsque, le 20 seplembre, on
rint me chercher. Hélas ! oui, on ne wnait
chcrcher que moi ! Jusqu'alors on m'avait
assuré que rien n'empecherait que ma femmc
ft!L recue a bord du batiment; on vint, dans
cctte triste soirée, nous apprcndre que l1•s
circonstances étaienl telles qu 'il était impossible qu'une femme cutral dans le vaisseau
saos nous comprometlre lous, et que le capitaine se voyait, a regret, obligé de déclarer
qu'il n'en recevrait aucune. Que! coup de
foudre pour ma Lodo1ska ! Je ne voulais pas
partir, puisqu'ellc ne partait pas. Elle sentit
qu'une telle résolution oc pourrait que nous
perdre, elle exigea que je m'éloignasse. Quant
a elle, aidée de notre ami, elle parlirait incessammcnt pour Paris, et, apres y avoir ramassé les débris de notre fortune, elle viendrait me rejoindre a Bordeaux , ou nous
reslerions ensemble, si l'insurrection s'y soutenait, et d'ou nous partirions pour l'Amérique, si les tyrans l'avaient emporté .... Que
de vains projets, grand Dieu ! A quels nouveaux périls je courais ! Que de peines, que
de fatigues j'allais chercher I En quels lieux
te retrouverais-je, o ma Lodo'iska !

L'EXODE DES G~01YD17VS -

Je partis, je la laissai. .. j'eus !'horrible
courage de la laisser encore !. .. 11 était cinq
heurcs du soir, c'est-a-dire qu'il fairnit encore plein jour quand je sortis de la ville a la
vue de tout le monde. A deux cenls pas un
chevaf m'attendait, un ami sur était mon
guide, nous avions ncuf grandes lieues de
pays, a peu pres quinze fümes de poste, a
faire. 11 fallait etre dans la chaloupe, qui dcvait nous conduire au batiment, a onzc heures
au plus tard, car le coup de canon qui ordonnait le départ du convoi et de !'escorie serait
tiré a minuit précis. A deux licues d'ici, j'allais Lrouver mes chers cofü:3ues qui m'attendaient, En effet j'cmbrassai Guadet, Buzot et
Pétion, mais Barbaroux vinl longtemps apres;
il nous fil perdre une grande heure. Pourtant
il n'était pas minuit quand nous arrivames
au bord de lamer. Les armateurs nous avaient
joints sur la routc. Non contents de ne vouloir rien accepter pour nolre transport a Bordeaux, qui leur faisait cepeudanl courir de
grands risques, ils nous offraient leurs bourses; nous refusames. Arrivés a l'auberge ou
ils nous avaient fait préparer a souper, nous
y apprimes que la chaloupe que le capitaine
devait emoyer pour nous prendre n'avait pas
encore paru. Nous attendimes pres d'une
demi-heure, mais en vain; et ce qui redouLlait nos alarmes, c'est qu'a coté de la ehambre ou nous soupiom, se trouvait une autre
chambre ou deux hommes buvaieot ensemble;
!'un desquels n'était rien moins que le commrndant du petil fort qui domioait la plage
ot1 nous comptions nous cmbarquer, et qui
avait cinqt::ante hommrs de garnison. Que de
contretemps ! que de sujets de crainle pour
nos armateurs qui araient calculé que nous
lrouverions la chaloupe prete, et le commandant endormi ! L'un d'eux courut réreiller des
p&lt;lcheurs qui, mo1ennmt triple salaire, consentircnt a nous rcccvoir dans leur barque;
mais il fallait attcndre que la maréc montante vintla mcllre a flot. C'était encorc tro·s
quar!s d'heurea pcrdre. Pourcomble d'cmbarras, c'étaittroisquarts d'heure 1t passerdans le
voisinage du commandant. Ileureuscment il
avait déja bu si raisonnablement qu'il ne songeait gucre a s'inquiéter quels gens s'imp:iLienlaient acoté de lui. La barque nou, recut
sans accident; mais n'était-il pas trop tard?
ll élait plus d'une heure, nous aurions dú
nous embarquer bien avant minuit.
11 fallait ramer une licue pour doubler une
pointe ou le raisscau, qui devait rcster un
peu en arricre des conrnis, arnit ordre de
nous attendre. Nous ne l'y trouvames point.
Ne l'avions-nous pas fait attendre trop longlemps ! Si le convoi était parti a minuit précis, n'arait-il pas été forcé de retirer les
ancres en fin, el de suivre ! Nous nous mimes
a courir des bordées daos celte rade de Brest,
si vaste que le vaisseau désiré n'y était plus
qu'un petit point difficile a découvrir, surtout pendan! la nuit. Elle fut longuc, la nuit ;
je n'en avais pas encore passé dans les agitations d'une impatience aussi cruelle; l'aurore
ne se montra pas moins défavorable; elle
nous décomrit une immense nappc d'eau sur

�1f1STO'J{1.Jl
faquelle nous ne vimes floller rien. Nos mon- calomnie ne manquerait pas de nous y pourlres, a chaque instanl consullées, marquent suivre; elle serait crue, en affirmant que nous
six heures, sepl heures, sepl heures et demie ! y avions passé volontairement. .Nous y laisseloule espérance nous abandonne. Qu'allons- rions, avec la ,·ie, un bien plus précieux,
nons devenir? La terre el la mcr sont en ce l'honneur. Aussi, devant un corsaire de cellc
moment également dangereuscs pour nous. nation , ne nous restait-il qu'une ressource,
JI était aisé de voir sur les figures de nos el la résolution en était prise: c'était de nous
armateurs que les memes pensées les affli- jeter a la roer pour ne pas tomber daos ses
geaient. que le meme découragement lrs mains.
al'ail saisis. Depuis un bon quart d'heure,
Mais qui garanlissail que les b:.Himents en
couchés pres de nous dans la barque, ils ne \'Ue fussent eonemis? D'ailleurs étaient-ils
prenaien t plus la peine de rPgarder la mer. armés? Enfin, ou nolre pau\'fe capitaiue,
Un d'eux pourtant se releve nonchalammenl, mainlenant embarrassé de nous, allait-il ehertourne la tete arec lenleur, el de l'air d'un cher un asile? En quelque port de France
homme bien sur de ne rien découvrir. Toul a qu'il cnlral, n'y lrouverait-il pas des ennemis
coup son maintien s'anime, il pousse sa voix . acharnés a sa perle prcsque autant qu'il ,la
Lotre?
- Tel batimenl? demande-t-il.
On répond oui.
Nous nous gardions bien de lui commu- Te! capitaine?
niquer ces réllexions qui n'auraient fait
Cn otti nous vint encore.
qu'augmenter sa peine; mais on Yoyail assez
11 se relourne vers nous les bras ouverls, daos tous ses molll'cments qu'aucun des danil nous embrasse transporté de joie :
gers de sa bizarre position ne lui écbappait.
- Vite, vite, au vaisseau, dit-il.
Depuis deux heures naviguant en sens conAvec quelle légereté le plus pesant d'entre traire, nous étions sur le poiut de rentrer
nous s'y grimpa !
dans la radc; le capilaine, alors, jugeant que
- Voila votre pclil logcment, nous dirent la tele de son second devait elre p!us tranles armateurs qui venaient de nous amcner quille, et que les fumées de l'eau-de-vie,
dans la chambre du capilaine.
qu'il se reprochait d'avoir fait distribuer a
Puis ils s'informerent si le convoi était fort trop forte .:losP, avaient eu le temps de s'aen avant.
battre, monta sur le pont.
Le brave Écossais qui commandait le bali- Ah ca, dit-il, qu'on m'écoule en siment leur dit qu'il a,ait défilé a minuit lence ! Je suis le maitre ici: personne n"a le
précis.
droit de commenter mes ordres. )lalheur a
- Pour ne pas me rendre suspect, j'ai quiconque s'en aviserail ! Yos crainles sont
enfin démarré, poursuivit-il. Bienlol je suis ridicules, mon parti est pris; j'entends aller
resté en arriere malgré mes matelots, mé- en avant; qu'on se taise et qu'on obéisse' I
Il ordonna la manceuvre en conséquence ;
contents de mes manreuvres; j'ai perdu mon
tcmps. Je parlais eofin quand j'ai cru voir et le second, n'osant plus dire un mol, l'orquclque chose. J'ai fait voile de ce colé; dre ful exécuté.
Ainsi nous échappions au prcssanl péril
mais une minule plus tard, lout élait dit.
Quoique bon roilier, ajoula-t-il, je ne puis de la rentrée dans un porl de France; mais
guere espérer d 'alleiodrc le conYOi q u'ii la a présent pomions-nous raisonnablemenl eslin du jour. Ainsi privé d'cscorle je crains pérer d'échapper a l'étranger 7 Il nous faudrait peut-elre naviguer sans escorle jusqu'au
l'Anglais.
- Au risque de perdre le batiment, s'é- lendemain soir, car le convoi avait actuellecricrenl nos généreux armaleurs, allez, cs- ment douzc heures d'avance sur nous. ll est
sayons a toul prix de sauYer ces braves gens! vrai que nolre grande flolle, récemment sorfü nous embrasserent, renlrerent dans la tie de Brest, forcait les corsaires anglais a se
tenir plus éloignés; pourtant peu de jours se
barque, et s'en allerenl aIlrest.
Nous suivions la route opposée, nous la passaient sans qu'on en signal:.H quelquessuivions depuis deux heures, lorsque cinq uns sur la cole. On sent que nous n'étions
batiments apparurenl, rangés dcvant nous, rien moins que tranquilles.
en cercle a l'horizon.
Notre navigation de ce jour fut heureuse;
la nuit nous donnail peu d'inquiétude, elle se
- Corsaire anglais ! cria l'équipage.
En Yain le capitaine leur dit qu'il fallait passa bien; mais le lendemain, d'assez bonne
avancer, qu'on ne poul"ait distinguer encore. heure, les batiments s'apf;rcurent al'horizon,
Les matelots murmurerent, et le second, jetés devant nous a peu pres comme ceux de
r¡ui avail bu, portanl la parole pour eux, la veille:; seule~ent, au lieu de cinq, ils
déclara qu'on ne prétendait pas, pour des étaient huit. L'Ecossais se fil apporter ses
passagers inconnus, courir le risque d'etre lunelles d'observalion, il les Lint braquées
wnduit en Angleterre. Notre brave Écossais plusieurs minutes; apres quoi il affirma qu'il
vit la révolte prele a éclatcr; il revira.
reconnaissait des Fram;ais. Le fait esl qu'il
Assurément nulle renconlre ne pouvail ne pouvait encore distinguer. Un autre fait,
nous etre plus facheuse que celle de l'An- c'est qu'il avail pourtant raison et lrop raiglais. La Grande-Bretagne devait elre pour son. Quand il fut moins loin, il le vil bien,
nous la terre maudite. Quelle que pul aYOir que c'étaient des Franyais. Nous n'ignorions
été la violence qui nous y aurait conduils, la pas plus que luí que nos signalements avaient

élé enYoyés a tous les capitaines de vaisseau
de la république, avec injonction formclle de
l'isiler tous batiments en mer, et surloul d'y
examiner les passagers. Eh bien! nous lombions daos la grande llolle de Brcst. Vingldeux vaisseaux de ligne el douze a quinzc
frégates étaient devant nous. Jugez de nos
transes a ce magnifique speclacle ! 11 nous
fallut longer, sur tout son front, celle formidable ligue. Quoique enfermés dans la chambre du capilaine, nous dumes encore nous
jeter venlre a terrc; quelque sans-culotte de
bas-bord, s'il avait apercu quelque pasrnger,
eu t pu motionncr de voir un peu qui e'était;
et je doute qu'alors nos passeporls nous eussent sauvés; n'avions-nous pas d'ailleurs avec
nous ce Pétion, dont la figure était si généralement connuc, et qui, de peur d'etre Lrop
méconnaissable, s'avisait d'al'oir, a moins de
c¡uarante ans, la barbe et les cheveux blancs:
notre brave capitaine cependant se tenail sur
le pont, d'un air assuré, prél a mentir au
premier porte-voix qui l~ queslionn&lt;!rait. Aueun ne lui dit mol, nous en f11mes quillcs
pour la pcur.
Au moins nous étions délivrés pour quclques heures de la crainle des corsaires anglais. Tout alla bien dans la journée, mais
vers le soir, comme la grande llolle était
rcstée daos sa croisiere, fort loin en arriere,
et absolument hors de vue, nous apercumes
des batiments en avant. Le capitaine recommenca ses eomplaisantes observal!ons, dont
nous savions d'avance le résultat; en effet, il
ne manqua pas de dire:
- Ce sont des marchands fraocais.
Ponrtant il ne tarda pas a reconnaitre
qu'un de ces prélendus marchands se rapprochait beaucoup de nous, et portail du canon; il continua, comme il pul, d'affecter
devant son é,¡uipage un air lranquillc; mais
il nous dil tout bas :
- Je joue gros jeu; si ce n'esl pas notre
convoi, je suis demain en Angleterre.
C'était le con\'oi, mais le danger, pour etre
un peu moins grand, ne cessait pas d'etre
mortel. Le batimcnt dont nous étions actut-1lcment tres pres, était une des deux frégales
de l'escorte: elle s'était mise en panne pour
nous attendre et nous héler. Des que nous
fumes a portée du porte-voix, nous cntcndimes ce premier inlerrogat assez inquiélant :
- D'ou venez-vous?
- De Brest, répliqua nolre capitaine, d'un
air tres ferme.
Alors on ,lui fit cctle obscrvation de mauvai s augure :
- Vous étiez bien arriéré.
A quoi il répliqua :
- J' ai été anssi Yi le que je l'ai pu.
- 11 faut que Yous soyez bien mauvais
voilicr, lui dit-on, peu obligeammenl.
A cela poinl de réponse.
Enfin la question menapnle arrira :
- Avez-vous_des passage1·s it bol'd?
Notre franc Ecossais fit aussildl relcntir

crits. Le nnvir,: l' Jndusll'ie ap,&gt;arlenail aux frcres Poulic¡uc11, dr 13rcst, 1p1i 1'ollflt1i,i,·1'11l cux- rncmcs lrs (, iru11-

dins i, lrnrd. \'. l°ATE1.. Charlo/le CnrJay et /es (,irourl i11s. passirn.

1. Ce capilainc s'appclail Grauger. 11 ful cor,damné il
mort, le 8 frimairc an ti, ponr a ,•oir rcc11c11li les pl'(1S-

�1

111ST0'1{1.Jl
l'air du non le plus vigoureux: sur quoi le
gucrrier mil sa chaloupc en mer.
Pour cctlc foi~, il était clair que notre
malheurcux capitaine allait etre Yisité; nous
tremblames pour lui. Quanl a nous, résignés
1t toul événement, nous jeta mes a l'eau tous
les papiers qui auraient pu compromellre qurlques ami~, et nous bandames nos pistolets.
Cette chaloupe ne méritait pas des apprets
si lugubres; elle venail nous remorquer a wn
vaisseau, qui ne l'envoyait que pour cela. On
nous conduisit ainsi jusqu'a ce que nous eussions atteint le r.onvoi, et ce ne fut pas a nos
yeux une des moindres bizarreries de ce
voyage, que de nous voir ainsi protégés par
l'un des ba.Liments essentiellement préposés a
nous perdre.
La nuit suivante nous eumes gros temps;
a la poinle du jour, c'était presque une tempete : notre équipage voulait imiter quelques
marchands qui relachaient a la Rochelle ;
déja ses réclamations prenaient le ton de la
révolte; la fermeté de notre Écossais, aidé de
qualre ccnts livres d'assignats que nous dislribuames entre les malelols, nous déroba 1t
ce nouveau péril. 11 est uai que l'Ocfan
cnLr'ouvrait quelquefuis ses profonds abimes;
mais tous ses Oots soulevés élai~nt moins
redoutables que les Oots de cette multitude
insensée, qui, sur une terre ingratc, nous
appelait slupidement a l'échafaud.
Le beau temps revinl a midi. Notre capiLaine araiL beau faire, il march:iit toujours
mieux qu'aucun des batiments de la flolle.
Le signa! de diminuer les voiles fui fut fait
plusieurs fois par le vaisseau commandant-;
il les diminuait loujours, et toujours il allait
trop vite. Cetle circon~tance l'inr¡uiétait; et il
y avait a craindre que le commandant ne pril
des soup~ons s'il venait a remarquer que ce
batiment, qu 'on voyait aujourd'hui toujours
en avant du convoi, était celui qu'on avait
trouvé la veille si fort en arriere. Au reste,
si ces erain tes étaient fondées, nou ~ aurions
trop lieu d'en elre surs a l'eatrée de la riliere
de llorJcaux. C'étaiL la qu'une rcconaai~sance
1:énéralc JL•vait clre faite par lt&gt;s batiments
,·onrnycurs. Nous y arriYamcs a cinq bcures
du soir; le Yaisscau commanJJnl laissait
Jéíil,·r dcv.,111 l11i 1foq11c ba1im1 ni, et le hélait
1t snn p.1ss~g,1. N,nc cap:taine fllaiL l'un Jl's
preruicrs; la terriLle qnc.;l 0:1 lui fut renou,·eléc :
- Avc:;-1'011s des passagers it boril?
11 r~punJit commc la vt:ille, el d'un loa
non moins ferme, et le sucte, ne fut p:is
moins bcurcux.

Cependant la marée, qui en montant nous
avait déja fait faire pres de dix lieues, commen~it a descendre, il fallut s'arreter. Notre
capitaine eut l'attenlion de jeter l'ancre a
quel(_Jlle distance des au tres batiments; et,
des que la marée cessa de descendre, il fil
mettre a la riviere ce qu'il appelait son canot.
C'était un des plus petits, un des plus freles
batelets qu 'un Parisien eu t pu voi r sur la
Seine. Nous y descendimes douze personaes,
doat le capitaine, et quatre matelots pour
Tamer. Je n'ai pas besoin de dire que le caaol
était plein; il l'était au point de n'y pouvoir
faire, sans témérité, beaucoup de mouvcments. Notez que cette riviere était la eacore
une espece de mer. Elle avaiL dcux lieues de
large. Plus loia, ce fut pis. La meme masse
d'eau se trouvait resserrée daos un canal
moitié plus pelit. Son cours, excessivement
plus rapide, était en quelques cndroils embarrassé de bancs de sable mal connus de nolre
Écossais. Quant au batelet, il lui restait a
peine deux pouce;i de bord. De temps en
temps, la moindre oscillation nous mena~it
de chavirer, et tres souvent la vague entrait
dedans. C'étaient la pourtant nos moindres
daagers !
Nous partions ainsi pour éviler la deraiere
reconnaissance des comoyeurs, et surtout la
,i,ite du fort de Blaye. Malheureusement il
était déja jour. L'homme de quart sur le
Yaisseau commandant nous Yit passer; il 1,e
nous héla que pour nous ordonner &lt;le ne pas
trop approcher de son bord. Apparemment il
crut, comme nous l'avions espéré, qu'1111
misérablé peLit batelet ne méritait pas d'aut1·c
attention. Au fort de Blaye, ce fut encore
mieux : on ne nous dit pas un seul mol.
Arril'és au Bec-d'Ambez nous descendimeF.
Nous y élioas enfin, daos ce déparlemeat de
la Gironde; et la, nous croyant non seulemeal en sftrelé, mais en mesure Je combattre les ennemis de notre patrie, il ne tint
a rien r¡ue nous ne baisassions cetLe terre
délivrée ! O malheureux humains ! vos joies
sont quelquefois aussi follement placées que
vos tris tesses' !
Le capilaiae se rendait a Bordeaux. Nous
nous coLisames pour lui faire une somme de
dcux mille livres, qu'il accepla. Nolre intcnLion était d'y joindre roille écus, que no1:s
comptions trouver aisémenl a emprunter da11s
toute la villc, ou il ne nous précéderait apparemment qne de vingt-quatre heures. Je
ne sais pas s'il reslait deux cents francs
1. [,e débarquemrnt m Bcc-d'Ambcz s'cffcclua le
2~ scplcmbrc 17!l3.

dans la boursc du plus riche d'entre nous.
La maison 011 nous vrnions de descendre
apparteaait a un parenl de Guadet. Personne
n'y était pour nous recevoir; nous allo.mes a
une auberge voisine, ou Guadet, avec sa confiance ordinaire, ne fit nulle difficulté de dire
son nom. Des lors il devint facile de devincr
qui nous étions Lous. Cette imprudence fut la
cause principale de tous lrs dangers c¡ni
vinrent presque aussitot nous assaillir. De l1t
vint qu'on fut d'abord sur nos traces a lous,
et que bientot nous n'eumes plus un instanl
de repos.
Les clefs de la maison étant arrivées, nous
nous y retirames pour y causer 11 notre aise
de nolre siLuation. On avait dit 11 l'aubergc
des choses bien surprenantes, et que Guadet
affirmait impossibles; qu'a Bordeaux, les
maratistes venaient de l'emporttlr; que la
municipalilé et le déparlement étaient en
fuile; que les représentanls du peuple y
enLraient ea force. Quoi qu'il pul etre de ces
bruits, nous pensames qu'il ne convenait pas
de aous eafourner tom dans celte ville, avant
de les avoir vérifiés. Guadet, qui connaissait
toutes les isme,, offrit de s'y rendre, et
voulut emmener Pétion.
Ils revinrent Je lendemain, trop heureux
d'avoir pu eatrer saos etre vus, et d'en etre
sortis sans avoir été arretés. Tout ce qu'on
nous avait &lt;lit était vrai. La, comme ailleur:a,
les honneles gens périssaient par leur fa:Llesse. U n'y avait pas cinr¡ jours que la
bonne et brave jeuaesse de Bordeaux, asserublée en armes, avait été demander au département la permission de désarmer la seclion
Franklin, ou les brigands lenaicnt leur pla('e
d'armes. Au lieu de profiter de ce mouvcmeat, les administrateurs avaient répond,1
qu'il fallail attendre, palien ter, n'employrr
que la douceur, etc.; et le lendemain, la
seclion Franklin a1·ait culbuté Bordeaux. A11
reste, les administratcurs y avaieal fait faules
sur fautes. 11s avaicnt pu souffrir tranquillcment, au jour de leur Loute-puissance, que
les commissaires monlagnards, postés a dix
lieues de fü, s'emparassent Ju chtl.Leau Trompelte, et de tout ce qn 'il conlenait de provisions de guerre et de bouchc. De meme, il
les avait l'US tranquillement prendre posscs•
sion du fort de Blaye, d'ou les roontagnards
avaieat, saos éprouver la moiudre résistancl',
éconduit deux bataillons borJelais, auxqucls
ils avaient substiLué deux bataillons rivolutionnaires: ce qui cst toul dire.
Avcc tant dr, moll1·sse il follait nécessaircment succomi,'r.
LOC\ºET.
(A suivre.)

LES FEMMES DU SECOND EMPI RE

La princesse Matbilde el ses amis
Par Fréderic LOLIÉE.

TI 1

Caro, étaient des coutumiers encore. EL il y
En politique,
en toutes choses , elle
. comme
.
avait des allants el des vcnants saos cesse le se prononcait
par
1mpulsion,
par sentiment.
, 9ue no~s sommes loin d'avoir épuisé Ja moi~s possible d'bommes politiques, ~ais
Elle était femme et bien Ít'll,lme sous ce rapserie d~s v1sages de connaissanee daos le cerclc
d~s mtellecluels par sfrit·s, des peintres, le
en contmuelle transformation de la princcsse d1manche, entre le c,mchcr du samedi et du port. C'est ainsi qu'au moment de la ouerre
d'Orient, ses sympathies, ses relations de faMathilde!
lundi, des hommes de letlres, le mercrcdi. mille, ses altacbes personnelles l'inclinant
Flaubert eut son couvert mis a la table des
On réservait le jeudi a la famille, que rrpré- vers la Russie, elle ne pouvait pardonner a
graads hommes. II s'y montrait, fidele a sa
sentaicnt, d'ordinaire, le comle et la comtesse l'~m~ereur l'alliance anglaise; tout ce qui se
6
nalure exub rante. Une ápres-midi il aYait cu
~ri_m~li; et 1~ reste du tcmps appartenait aux fa1_sa1t en Anglelerre ou venait d'Angleterre
la pensée c?rdiale d_'amencr avec l11i, pour le mllmtlés cho:sies.
lm paraissait a ¡wiori détestable. Elle avait
pres_eater a la prmcesse , son ami Louis
O~ parlait de toules choses asa tab1~, de aussi cette particularité qu'elle détestait l'Au~o~ilbet. 9uelle facbeuse inspiration avaiL
poht1que, par a~cid~nl, et lorsqu'un événev1S1té, ce JOur-la, a son déjeuner, le poete ment ~c_Luel y reJeta1t forcémeat les esprils, Lriche et n'aimait pas davantage Rome et les
normand? ll ne s'était surement pas nourri de rehg1on quelquefois, préférablement de papistes. En réalité, les vues de la princesse
.Mathilde ne s'étendirent jamais tres loin dans
des pétales de la rose. Tout un
la zone poli tique. On peu t le
omni?us du Midi, remarquaiL
remarquer sans faire tort a sa
un ra11Ieur, avait du passer dans
mémoire : l'intelligence de son
le ,·oisinage. Et Nieuwerkerke
frere Jérome lui était en cela
était remonté, épouvanté, disant
de beaucoup supérieure.
aux gens d'en haut,: « 11 y a
Avait-elle, d'autre part, un
en has un poete qui sent l'ail ! »
corps de_ doctrines pbilosophiQuand Flaubert allait a Saintques sohdement établi? 11 sc~ratiea, c'était pour buit a dix
rait
aventureux de s'en porter
1ou~s_. Méry y faisait des apgarant. Elle se préoccupait peu
par1llons, tres spirituel en ses
des questions religieuses. Mais
hisLoires, tres curieux a suivre
personne
ne prenait m o in s
en ses imaginations, moins atqu'elle la peine de cacher sa
trayant a .voir, avec la vulcrarité
o
parfaite absence de sympathie
de ses lra1l~, sa barbe inculte,
pour le clergé. Devant ses bo&lt;t ses yeux glaireux d'aveugle »,
tes ou ses gens de scrvicc,
comme le dépeignirent cruelleportes om·ertes ou portes ferment les Goncourt. 11 connaismées,
elle dauLait, comme elle
sait, d'anciennedate, « la bonne
l'entendai
t, sur les prelres en
hotesse » et se plaisai t a regénéral, le pape et le Sacré-Colfai~e, d'enthousiasme, le porlege. En príncipe elle repoussail
Lra1t de la filie de Jérome adotoule espece de superstition,
lescente, la beauté divineroenL
toute forme d'esclavage inteli'.1gé~ue de Mathilde, lorsqu·¡¡
Iectuel. Ernest Renan, SainteI arn1L aper~ue, pour la pr~Ileuve et les causeurs a idées
micre fois, chevauchant enamadu
café Magnv• auraienl cu t&gt;rrrand
zone, a Florence, et n 'ayanl qul'
tort de se gener; elle é-Lai Larce
quatorze ans !
eux consenlaute lorsqu'ils lnPar échappécs, c'était le tour
chaientla bridea leur Ycrve raid'Alfred Arago de ramasser l'alsonneuse
et sceptique.
tenLion, par sa verve un peu
. Ma!s, artiste en personnc,
grosse, forcant a se taire 1,·s
il lm agréait avant tout de
délic~ls, les incisifs. ll pldiramener les discours sur sou
santall, bouffonnait, poussail
terrain de prédilection. Elle
EDMOND
ET
JULES
DE
GONCOURT.
tout a la charge. Les causeurs étaient réduits a se taire. D'aprés •me lithographiede GAVARNI exécutée dans les Premieres années dttseco,ut Empire. découvrait _la encore plus d'élan que de vraie connaissance
Ces soirs-la Mériméc oardaiL
·1
t)
plus de ferveur d'ame qu~
un s1 ence boudeur et rentrait ses poin- , littérature et d'art. Elle ne se contentail pas
de gout éprouvé. On s'en aperc~t a la
tes.
de doaner le ton et d'imprimer le mouve- vente de sa galerie de tablcaux, incompaOctave l&lt;'euillet en pleine molle, Alphonse ment; courageusement elle réclamail sa part
rable pour les reuvres anciennes, de vaDaudet en sa belle et productive jeunesse, du feu dans la baLaille des mots.
leur tres mélangée, quant aux moder-

�111STO'J{1A
du devoir conjuga!. Les avocats étaient connes 1. Elle admirait l'art italien du xne S:C- cela aussi le sens du ton, de la nuance, et
voqués pour plaider la-dessus, le vendredi
cle, parce qu'elle fut élen1c dans celle a&lt;l- que c'était son go1H d'avoir des robes de cosuivant. Dans la société de la princesse un
miration, en ltalie; sur d'aulres points, son loriste.
chacun voulait prendre !'avance sur les arguLe
nalurel,
la
sponlanéité
dans
le
geste
et
horizon paraissait borné. Il y avait des cótés
d'art, comme la gravure, qu'elle ignorait lo- la parole, on ne saurait trop le redire, étaient menls a fournir pour et contre.
Ces discours menacaient d'aller loin. Quoitalement. De grands talents lui demeurerent l'expression meme de son caractere. Elle y
qu'elle n'eut point l'oreille prude, il lui seyait,
cueillait
en
causant
d'heureuses
fortunes
sans
incompris. Elle affeclait d'accabler Eugene
d'ordinaire, de marquer par un mot, un signe
Delacroix de son complet dédain. C'était, sui- les chercher. Les saillies de la princesse, a,·ec
indicateur, la limite a garder. On me raconvant elle, un mauvais homme, un fou, qu'il les hasards de brusquerie, le mélange de fertait qu 'une fois elle s'étai t rérnltée positil'emeté
,•irile
et
de
délicatcsse
féminine,
qui
aurait fallu interdire. U ne lui restait aucunc
ment d'une image lrop vive et trop parlante,
n'appartenaient
qu'a
elle,
faisaient
la
joie
de
excuse de mérite devant ses yeux prévcnus.
qu'avait osée Edmond About. Il avait dépassé
son
cercle.
Elle
ne
s'y
laissait
pas
toujours
Pourtant, elle avait la passion sincere de
la mesure des libertés pcrmiscs. S'y croyait-il
l'art et des artistes. Les peintres les plus cé- conduired'unégal abandon. Se sacbant écoulée
autorisé par une affeclion plus tendre, que
par
des
gens
d'esprit,
elle
n'échappait
pas
lebres faisaient cercle autour d'elle. Elle avait
lui aurait témoignée, autrefois, la princesse
a
la
tentation
de
Youloir
elrc
trop
fine,
comme
mis comme une chaleur de propagande a faire
Matbilde? Elle en fut d'autant plus irritée.
partager son zele esthétique a l'empereur, qui une apres-midi ou, conversant des femmes du
s'effor~a d'y acquérir un vernis de compé- monde, elle glissait celle remarque subtile Elle sonna.
« Failes avancer la voiture de M. Edmond
tence, a l'impératricr, qui maniait les pin- que beaucoup d'enlre elles ont des voix selon
About,
» commanda-t-elle.
l'élolfe
de
leurs
robes,
leur
voix
de
soie,
lcur
ceaux et aquarellisait un peu. La mode de la
11
se
débilait la, comme ailleurs, toute
peinture avait pris, sous sa cbaude impulsion, voix de velours .... Ce qui avait paru naturcl- sorte de betises sentimentales et de folies. Les
lement
fort
bien
observé.
De
meme,
comme
un air de mondanité des mieux rns.
Goncourt ont raconté, dans leur journal, l'un
« Chacun a son arlisle, mainteoant, écri- elle se savait regardée autant qu'écoutée, elle de ces propos de table. lis étaient allés, quel,·ait-ellc. :Mon avoué a sm peinlrc, lui aussi, posait au naturel d'une maniere qui cessait ques-uns, déjeuner a Triauon avec la prinde l'elrc.
et c'est Coro t. »
Légeres absences a peine sensiLles chez la cesse. Sur la fin du repas, en humeur de
El c'était devenu, de par elle, un genre
provoquer des confidences, elle demanda a
d'imilation des plus suivis. Cbacune de crs personne la moins affectée du monde, chez la son voisin, puis a un autre, ce qu'il aimait
grandes dames faisait montre de ses passe- mailresse de maison la moins occupée de soi, le mieux ar0ir d'unc femme comme souvenir.
temps artistiques, comme a présent elles se la plus allentionnée a ceux qu'elle recevait Et tous de préciser leur fétiche. L'un dit une
piquenl de littérature, contant, versifiant, comme la plus accessible qui pul elre aux. lettre, l'autre une boucle de cheveux; un plus
rimaillanl. Au dehors, loutes les llohenzollern francbises de la comersalion.
Partoul ot1 il y a des femmes, ou seule- ingénu dit une íleu.r; Jules de Goncourt, plus
dessinaient(j'en vis un album enlicr, silhouetment
préside une femme, les conversations positif, un enfant. On allait se récrier conlre
les, croquis, paysages). La princesse de Metl'audacieux, lorsque AmaurJ-Duval, « avec
ternich, l'universelle ambassadrice, se dis- dérivent aisément du colé du sentiment el de le petit reil souriant el battanl la chamade l&gt;
trayait a cela, quand elle en avait le loisir; et l'amour. On théorisait d'abondance sur ces qui lui était pnrticulier en parlant d'amour,
la marquisc de Contades, el, nou~ venons dé sujcls-la chez la princcsse Matl1ilde. Elle avail, revinl au séricux de la queslion. Ce qu'il avait
en ces matierc s, la morale farile el conde,le dire, l'impératriLe.
toujours aimé et désiré d'une fcmme, c'élait
L'i&lt;lée que s'était formée Mathilde de s, s cendan Le, seIon les cas ou les pcrsonne~. le gaut, l'empreinte et le moule de sa main,
propres aptitudes lui tenail fortement au creur. Qudqu 'une de s s amies, que nous connai,la chose qui dessine ses doigts :
Ou n'y touchait poinl devanl elle a conlre-sens, sons bien, élait a la veille de s'engager a
C( Vous ne savez pas, ajoutait-il, ce que
nouvcau
daos
lts
liens
d'hyménée;
c'était,
en
l'ªr maladresse ou par ouuli, sans qu'elle ne
c'est
que de demander, en dinant, son gant
111ontat aussitót sur ses grauds chevaux. l'espece, une imprudence notoire; elle y a une femme, qui vous le refuse .... Puis,
i\ieuwerkerke, tout le premier, en eut la arenlurait l'éclat de rnn nom, sa situalion une heure apres vous la Yoyez au piano; elle
preuve. U luí reprochait des·e1re compromise mondainc, sa fortuoe.
« Vous l'aimez, lui écrivait Mathilde; i/ ote ses gants pour jouer quelque chose, vous
L'll exposant deux aquarelles. Allait-el1t•, a
reslez l'reil fixé sur ses gants. Alors, elle se
¡,résent, elle Lrois fois princessc, ris11uer d'etre est beau, il vous plait; gardez-le, mais r,e leve et les laisse tous les deux .... Vous ne
coufondue avec la vague corporation des ar- l'épousez pas. »
Oa accordait a celle maniere de mir, chcz rnulcz pas les prendre ... el puis uoe paire de
lislcs? La-des,us, elle s'emporla :
ganls n'est pas un ganl. ... On rn s'en alll'r .. .
« Sachez, répondit-elle úvement, que je les auonnés de sa table. ll y avait la trop de la femme revient et n' en prend. qu'un .. .
ne suis pas de ces gens qui sont plus gloricux romanciers, &lt;le poeles, de dilellantes de la Alors, a ce signe qu'elle vous le donne, vous
&lt;l'une clef de chambellan cousue a leur dL"r- vie agréab\e el facilc pour qu'on n'y revint
etes heureu x, heureux I n
riere que d'une _dislinction accordée a un mé- pas souvent sur l'éLernel féminin. Mérimée et
11 larmoyait un peu, disanl cela, le nez
Sainte-Beme brillaicnt dans cet exercice, surrile réel ! »
dans
son assielle, ému d'une pointe de vin et
La riposte était direcle, car son cher ami tout l' épicurien Sainle-Beme, qui parlait de d'idéale tendresse, pendanl que les audíteurs
l'amour
en
érudit
et
le
pratiquait
en
bouri\ieuwerkerke venait d'étrenner l'bal,it rouge
souriaient a ses efTusions, d 'un pétrarq uisme
de chambellan; il é1ait oommé de la veille. geois sensuel.
Quand on était entrainé sur celle pisle, les inallendu !
Ses inclinalions picturales iníluaicnt sur
On ne nageait pas Loujours dans ce bleu.
anecdo1es
légeres se meuaient bientót del 1
SüD langage, parce que volonliers elle preDes questions se posaient, plus rapprochées
partie.
Une
historiette
du
jour,
autaot
que
uait le ton artiste, sur sa maniere de penser
du réel. Encare en déjeunant, celle fois a
et &lt;l'écrire, part:e qu'elle tendait a y recber- possible, une galante aventure facbeuseme1,t Saint-Gratien, un pronon~it qu'a un cerlain
cher la note vive et tolorée, el jusque ~ur sa ébruitée, ce qu'on disait et supposait. Vid- a.ge il fallait bien se résoudre a abdiq uer et
maniere de s'bauiller, pJrce qu'clle avait _cu Castel avdit toujours provi,ioo en poche de faire son deuil des plaisirs réservés a la jeuces friandises. Un soir de janvier 1852, il
1. 11 y eut, dans celle Yente, donl le total excéda
étai t écouté, divulguant les véri tables causes nesse. Et ceux qui ne se sentaient pas arrivés
un million, de grmdes surprises. Un porlrail d'homme
dti la séparation de M. et de Mme de Chapo- au ter me fatal d'approu,er. Mais les anciens,
ele ~erronneau que la prince~se Malhilele n'avai\ pas
paye plus de 120 lrancs, en 18ü5, quand le X\111 ' s1i:cle
nay, - un proces, qui venait de se lever. Les comme Giraud ,et Sainte-Beuve, les vétérans
était beaueoup moim en vogue, ful adju¡:é au comle
oreilles s'égayaient au motif de cette singu- de la table, protestaient. 11 y avait la une
de Camondo pour la somme de 110,000 francs. [les
liere requete en justice. Mme de Chaponay erreur de jugemenl manifeste. Et le critique
Porbus, des Rcynolds, des Van-Dyck, provoqucrent
eles enchl'rcs dignes de leur gloire. En revancl1e, des
se plaignait de la brutalité de son mari, qui s'était mis ii. développer, de sa voix onctueuse
laLleaux moelernes qu'elle arait granderoent aimés
exigeait trop fréquemmerit l'accomplissement et zézayante, son theme favori :
tombércnt a une l.Jas,esse el&lt;' prix inrroyabh•.

I

LA

'

P~lNC'ESS'E

.M.llTH11.D'E

'ET SES JI.MIS

-

(( On ne dcvail point demander l'amour Lilas, au Cbateau des Fleurs ou en autres pour ces dames, quand c'csl gratis, mais, du
d'unc femme jeune, mais la charité d'un tel lieux de rendez-vous équivoqu~s.
moment qu'il y a de !'argent!. .. »
~mour, et faire en sorte, n'élaut ni beau ni
(( llier, consignaient les auteurs de Ge1'_Et, chercbant quelqu'un qui fut de son
1eune _(c'était son cas), qu'elle vous tolere, rni'.úe Lace1'leu_x dans leurs mémoires jour- avis :
a~ mm.ns, e~ ne _vous prenne point en hainc. nahers, nous é110ns dans le salon de la prin' . Est-ce que rnus ne penscz pas comme
C cst la, ou,, helas ! tout ce qu'on peut dem01? demanda-l• eUe a Sou lié.
mandcr.
-_ Mais non, pas du lout. Je souticns que
(( - Mais, avez-vous jamais aimé réellele ye10lre des madones, que le divin ílaphacl,
mcnt, monsieur Sainte-BeU\·e?
lm comme les autres~ aurait lravaillé pour
\ - ~Ioi, princesse, écoutez-moi, j'ai dans
n'imporle quelle fernme de son l(:mps. l)'ail~? _tele, _Je ne sais Oll, la ou la, une case que
1\lurs, il ne fout pas me consulter la-dessus.
,] a1 l0UJours peur de laisser trop ouvrir. Et
~!oi, je n'ai pas de priocipes. 1&gt;
mes lrav~ux f!t lout ce que je fais, c'est pour
_Cette répli_que a jeté la princesse hors Je
la compr1mer. Je l'ai bouchée, écra,ée arec
s?'· Elle _qmlle le salon, a¡ant a sortir en
drs füres'. de focon a n'avoir pas le besoin
,·1lle, et d1t en s'en allant :
de :éllécb1r, de n'elre pas libre d'allrr et de
(( - Vraiment, mcssieurs, avrc vos indul,cm: .... :ous ne sarez pas ce que c'est de
~C'nces, si je revenais au monde, Yous me
s~nlir_ qu on_ ne sera pas aimé, parce que
f~riez désirer d'elre une fei'nme a lempérae cst 1mposs1ble, inarouable comme on le
rncnt, une gueusc! 1&gt;
1l'sait tout a l'heure, parce 'qu'on esl vicux
. C'~1ai! un de ses regrets les plus vifs
t'l qu'on serait ridiculc ... parce qu'on csl
d
aY01r a parlagcr aYec des créalures i11l'L:_
laid 1!
rieures la _sociélé d'bommrs tels que Tainr,
&lt;( Et vous, Giraud?
ílrnan, Samte-Bem·e, et qu'tlles lui dérobas(! Oh! moi, princcsse, répond celui-ci,
~ent a elle de leur temps, de kur espril, de
1111 ,·id! i11corrigible au verue rabclaisien, que
leur pcrsonnelle rnleur.
le s..:11l1ment ne_ lourmenle gucre, jamais un
s~ul amour, tou,1ours deux. ou trois, au moins;
Mathildc s'allad1a par sa bonlé enjuuée el
e est le moyen d'etre traoquille et de ne pas
pnr le charmc famili,·r de son esprit braulrembler sur la perle de l'un d'eux.
C'0up d'amis i11tellcctnds. ll lui en ful allri(&lt; Mais alors, quellcs femmes 1
bué de plus chers : M. de Pienne, le comtc
(( - Des femmes possibles. 1&gt;
d 'Ayguesvi,·es, Nieuwrrkrrke, Cliaplin, ou d';,uSaiote-Beme inlerrient; il se porte a l'ai&lt;lc
lres, qui reslercnl uans le vague, quant au
de son compagnon d'age :
&lt;legré de favcur ou les haussa c1 la bonne
c1 - Vous ne savcz pas cela, princesse,
PlWSPER .\lÉlU.IIEE.
Princesse ».
den:ian&lt;lez a ces messieurs de Goncourt; il l'
Nieuwerkerke était de tous ceux-la l'ami
~vatl, au xnn• siechi, des sociélés particude creur le plus aulhcntique. ll desccndait ('n
heres, qui fournissaient ces femmes-la, des cesse Mathilde; a présenl, nous sommes d.111s ligne direcle de la race Juan. Dans les ames
sociétés du momenl.
un bal du peuple, a l'Ély,ée des Arls, boul,·- féminiaes, on le "it cxercer bien des rava"es.
&lt;( Oui, répond Giraud, qu'a réconforlé vard Bourdon. Nous aimons ces contrastes. 11 se laissait plaindre doucement d'etre ~ la
dans son dire le secours du critique; oui, C'est la société vue a tous ~es élages. »
proie des femmes 1&gt;. L'alfection vive de la
supposez des femmes qui dcscendraienl ele
lis trouvaient a cela de bonne; raisons. L&lt;' princesse avail grandcmeot aidé a sa fortune
ces sociétés-la et qui, a premiere vue, dans plaisir ét.1it différcnl, mo· 11s raf1i!ié, saos exceptionnelle. Une haute situation adminisle monde, se reconnailraient en s'abordant doulr, mais n'avait-il poi11t ,es comprnsations trative, de larges émolumenls et les rentes
et se comprendraient d'un coup d'reil.
artisliques? N'était-ce pa, la uaie rue, le de plaisir que lui procurait le caprice épars
&lt;( Tenez, s'écrie la princesse, vous me brouhaba joycux, la Par;sicnne Cavarni? lls des plus belles et des plus enviées, c'était son
s'expliquaient, se défendaienl. La princesse lot daos la vic.
dégou.tez. Ah! le saligaud ! l&gt;
Et, pour la remercier du compliment, notre contestait ce point de vuc. Il lui répn"nait
Av~c l_a natur~ tres en dehors qu'on Iui
courtisan s'agenouille, baise la main de Ma- d'admellre que l'élile de ses amis allassc~l se conna1ssa_1t, la pr10cesse Malhilde voilait pcu
thilde, qui la retire, et trouve en soi, l'cxa- galrnudcr, comme elle le disait, avec c¿s fem- les témmgnages de ses préfércnces ou les
mt•s. Et elle compreuail dans la me1111 caté- éla~s ,de ses sentimenls passionnés. On feiminant, la galanterie peu souhailable.
En ces choses, elle avait des susceptibilités gorie les arcnturicres de l'amour, les parre- g_na1t, daos so~ ~ntourage, des airs de mysd'f1me particulieres. Elle se plaignait des dé- nues de la galanterie, les palriciennrs du tere sur une liaison qui n'en élait un pour
ceptions, que 1ui causaien t cerlains de ses plaisir larif¿_ Le pcinlrc llébcrt, qu'un des pcrsonne. Des deux parts se trahissait une
amis. Elle soufl'rail en son ame comme d'un rai!lcurs de sa maison a rai l surnommé &lt;! le imprudente sérénité, prelant forcément aux
froissemeul personnel de leurs faiblesses fumisle de l'idéal 1&gt;, faisait le portrait de co~nme~taires. C'est dire qu'on ne s'en prid'bommes, des imperfections malériellcs de !'une d'enlre elles, et demandait a la prin- v~1t pomt. 11 y eut des parties de voyage a
leur naturc. Elle admirait en eux le talent cesse son opinion. Mais elle était indi"née Uieppe, sous des apparenccs de double incoreconnu, les belles conceptions d'art, les lar- qu'un artiste de sa valeur lravaillat pour°une gnito mal ~~rdé, ~ui firent courir les propos
ges visées intellectuelles. ll lui élait péoilJle impure:
des g:ns _o~s1fs. Le~pereur en avait marqué
C! Une drólesse comme ~a proté,,er du deplais1r; cerlam, espéraient y voir déja
de songer que, lorsqu'ils avaient enlevé l'babit
de cérémonie donl ils se revelaient dans leurs l'arl ! Mais vous ne pon vez pas seulcm~nt les symptómes d'une prochaine dis!!Tace pou·r
füres, ils se Lrahissaienl dénués de príncipes, meoer chez elle votre mere voir CilS pcin- Nieuwerkerke et la chance d'une s;ccession a
sans idéal, livrés a toutes sorles de petites lures.
la surinlendance des beaux-arls. Lui, confianl
« - Voyom, princesse, ne failcs pas vos en ~a ch_ance co~tumi~re, _sur du présent et
passions médiocres, sans distinction de cboix,
·
vulgaires. ll n'était pas rare qu'en sortaot de yeux j aunes!
del avernr, ne sen alleclalt pas le moins du
(C C'est que pour moi c'est bien sim- monde. ll vinl habiter ostensiblement le pasa demeure aristocratique, tels de ses invités
allassent user lcurs gants a la Closerie des ple, res questions-la. Vous poovez faire tout villon de Breteuil, a vec son valet de chambre
'
la forme; mais il sentait, pensait de la sorte le célinait sans cesse, au milieu des plus scrieux travaux,
l. J. de Goncourl, qui ~st le translaleur de ceue
confession, en a peul~trc bien altéré des détails dans

balairc endurci, le lhéoricien impénilent, qu'imporlu-

l'odor di fcmi&gt;la.

�r-

LI

111S70'1{1.Jl

et en y installant, en outre, ses chcvaux et domestique. &lt;&lt; Priez, lui dit-il quand il ful chement sans bornes. Elle devail ressentir de
ses gens d'écurie. De nouvcau s'étaient ravi- venu, M. Moissenet d'écrire a Mlle Mignerol 1 sa perle une vraie douleur.
Pour tous ses amis de creur .ou de pure
vées les médisanccs. Le fer juillet 1855, la que je l'attends a midi. l&gt; Le serviteur s'étail
iulclleetualité,
elle avait la vibration chaleuretiré
avee
un
sourire
entendu.
Le
sccrétaire
princesse lui avait fait tenir ce billet, le presreuse
et
l'entrainement
dérnué. Cette amitié
écrivit
la
letlre.
On
la
porta,
en
grande
ursant d'accourir :
« Vous avez votre appartement daos mon gcncc, a sa dcstinalaire; el la jeune bcauté llcxible s'accommodait aux gouts et aux mapavillon; venez-y le plus souvent possible. l&gt; n'avait pas lardé a se mellre en roule pour nies memcs des poelcs, des artistes, des re11 n'avait fait que souscrire a l'invitation, rejoindre, a midi moins quclques minutes, veurs, tous gens de complcxion variable et
sans se soucier de ce qu'en pourraient dire daos la chambre close et les rideaux fcrmés, difficile, qu'avait adoptés son affcclion. Elle
les bavards, les envieux, les jaloux. Les ob- ~l. le direcleur général des ~Iusécs de France, avait des indulgenccs particulicres, qu'ellc
servations des uns et les malignités des au- intendanl des llcaux-Arls, de la maison de sa,,Jit exprimer de h maniere la plus avctres allaient leur train. Nieuwerkerke se con- l'emperwr, membrc de l'Institut. Laissons- nantc. Un jour, en d1nanl, Jules de Goncourl,
duisait, prétendait-on, avec une imprudencc lcs reposcr; dans deux ou lrois heures, il au milieu d'une discussion sonlevée par la
rarc. JI en usait en maitre daos la maison; il aura bien le Lemps de répondre a la pri1~- personnalité de Franck, pltilosophe libéral de
bravait toul. Ne l'avait-on pas vu se promener cesse. « Pauvrc princessc ! » so upire ce bon doctrines, israélite de race, s'était exalté rageusemenl dans la cri1i,1ue. La princesse avait
a Saint-Cloud, jusque sous les yeux de l'em- arolre de Vid-Castel.
Nieuwcrkcrkc élait trop galé p:ir le l,on- levé IPs épaules, en ~joutanl qu'il ne fallail
pereur, avec la princesse, négligcmment, en
,·este de toile? 11 entrait el venait dans le sa- hcur rour se uo:re coupaL!e d'une in¡,rat:- p:i.s y fairll allc11tion, q11'il n'cn élait p:i.s reslon, en possesseur, en mari, saos son cba- tudc, meme légere. N'aurait-il pas du, ce ponsaL!e, et qu'il fallait en imputer la faule
peau. N'était-ce pas assez de preuves dll ce jour-la, se trouver a Compiegne 011 l'atten- a s:i maladie de fuie. Il s' en était suscepliL:lisé, naturellemen t, et, le lendcqui existait et que la princesse ne
main, comme l'é!oge de Franck était
dissimulait en aucune occasion? On
'
encore
sur sa bouche, dans un de
en paraissai t tres offusqué en haut
ces acccs d'irritation fébrile dont il
lieu, et ceux du rez-de-cbaussée s'en
u'était pas le mailre, il lui répliréjouissaient. L'empereur et l'impé'luait,
devant les convirns ~tupéfiés:
ratrice a vaient manifesté leur mécon&lt;&lt; [h L:en, princesse, vous n'avez
ten temen t. Les officiers de la maiplus maintcnant qu'a ,·ous faire
son impérialeet les dames del'impéjuive.
l&gt; La parolc arail a peine jailli
r.1trice recurent le conseil de ne pas
qu'il
cut
voulu la reprendre, et le
se présenler aux soirées de la prinneneux, l'impulsif qu'il était pascesse. Eugénie n'y était vcnue qu'une
sait a une autre extrémitá : un exces
fois cette annéc-la. La ducbesse
d'attend r:ssement. Les !aunes tomc.l'Albe n'a,•ait pas rucme emoyé une
}Jerent
de fes ycux sur les mains
carte. 11 n'y avait poi11t a en duuter.
de llalhilde, qui, gagnée par son
• L'orage s'amassait et grondait. 11
émolion, l'rntoura de ses bras el
n'éclala pas, cependant. Nicu11erl'embrassa
sur les deux joues en dikerke continuait de sourire a son
sant : « Mais comment done! Oui,
éloile, d'aimer distraitemrnl la fille
je vous pardonne, vous savez bien
du roi Jéróme et de répondre du
que je vous aime. Moi aussi, depuis
bout de la plume aux billels parquelque temps, avec les choses qui
fumés qu'il rccern it, d'iulcrvalle. 11
se passent en politique, je me seos
n'en pouvait mais, il ne pouvaitéchapdans un état d'agitation et de ficper vraiment a l'occa~ión qui s'ofvre. l&gt; Elle semLlait épouser les nerl'rait a luí si frJq ucnte de lrumper
vosités aigues de celui-ci. Aupres de
la princesse.
Gautier, dont c'étail le mal, elle
Un matin, en son apparlcment du
adoptait « le sens exotique », parce
Louvre, il tcnait d'elle une leltre,
qu'il fallait l'avoir avee cet hommc,
qui n'était point passée par le seen conlinuelle nostalgic des pays 011
crétaire des commandements de Son
il n'était pas et des temps qu'il n'aAltesse, une lettre intime el duuce;
vait point vécus.
et na1 vcment, il se mit a en Jire des
Elle déploiait une ardcur comLapassagcs a V:cl-Castel, le plus inti1'e,
unecbaleur élonnanle 11 défendrc
Cllcht Uvy.
discret des confidenls. Dans ces lila
cause
de ceux qui al'aient su trouLA PRl.'óiCESSE MATIIILDE (1894).
gnes afTedueuscs, elle luí exprivcr le chcmin de son cceur, tres arremait avcc une touchantc sin, érité
Tableau de LuctEN DoucET. (/1/ust!e du Luxemtourg.)
tée la-dessus, 11'admet1ant aucune
les rcgrcls d'une longue séparation,
raison, écartant loutemanicrc de voir
l'ennui de celle solilude de cceur
qui
pul
les
diminuer dans ~on opinion, mais
dait
la
Ldle
Mme
Agut,
donl,
l'année
précédaos laquelle elle se trouvait, au ruilicu
de la Cour, le désir de relromer le plus lot dente, il a vait exposé le médaillon? Quelle bataillant pour cux obslinément. &lt;t Tout pour
possiLlc son chcr inlérieur, ses habitudes, sorte de constance pouvait-on allendre d'un ceux que l'on aime, rien pour ceux qui ne
vous aiment pas », elle conformait ses acles
ses aliections, et meme les mécbancelés de homme si demandé?
a celte devise, qui n'était pas la supreme cxMathilde
éprouva,
au
cours
de
sa
\ie,
une
quelques-uns, ajoutail·elle en pcnsanl a
Viel-Castel et divers. Toul a coup, comme aulre grande affeclion. Ce fut pour Chaplin, prcssion de l'équité ni du détachemcnt philopar un brusque rappel de mémoire, Nieuwer- le grarnur, une ame tendre et délicale, qui sophique, mais qui la caractérisait en plein.
Elle y dénoncait des parlis pris touchants.
kerkc interrompait sa lecture el, sonnant son lui voua une gralitude profonde et un atta1. Ctlle Mlle Mignerol él,il une bclle pcrsQnne, qui
, cneit pcinrlre, ayee bcaucoup de ponclunlité, dans les
galcries du Louvrc, oú chacun s·arrclaiL pour admirr r,
non ses toilcs, maisdle-mcme. Par moments elle c;¡uillail
son chevalet, parce qu'clle arnil des _conscils á querir au-

prés de füeuwcrkNkc, clans le scul ase ul de son caLinct.
C'c;L dans ses appartcruenls du Lourre que füeuwcrkcrke donnait des soirécs forl goulécs, uú se rclrouvaienl en parlie les babitués du rnlon de la prinres!e.
Le carlre 1i'élait pas ordinaire. On dfpoiail les J alcluls

dans la galcrie des !linialurcs. On foisa1l de la mu•
siquc daos le salon des Pastcls .... Soirccs d'a,·t, soirécs
séricuses, ou qm corumcn~aic11l, au moins, sous des
aspccls séricux, quille a linir sur des conrersalions
d'bommcs sculs, ríen moins r¡u'cdifiantcs.

~:ins les dernicres année~ de l'Empire, on
JOua une picce douteuse d'Emile de Girardin :
les Deux Sreurs, dont le succes fut court et
malheureux; ·on en causa chez elle. Mathildc

ÜUSTAVE FLAUBERT,

n_c ,·?ulut j_amais admellre que le puLlic J'ei,t
s1f0ee, ma1s soulenait mordicus que son cber
Girardin venait d'cmportcr un bcau succcs.
Et ce fut une bien autrc alTairc ame l'Henrielte Maréclzal des Goncourt. Elle avait imposé le drame a la Comédie-Fran!;aise et mis
Lout en mouvement pour &lt;¡u'on Iui fit un
accueil de triomphc, ce qui ne J'cmpccba pas
Je lo'.11_hcr par !erre avec un bruit cffroya1lc.
La cnllquc ne fut pas lendre. On avait tcmpeté lcrriblcmcnt a la prcmicre el aux suivantes. Elle avait rc~u, au sujct de celle piccc
ourertement placée sous son palronage, des
lcttres loutcs chargées de menaccs. N'importe,
fo 5 décembre 1865, elle étaiL rcntn:e chcz
elle, les gan ts déchirés C'l les mains hrulan Les
a force d'avoir applaudi.
'
Cependant, les réunions brillantes el si suivies, qui entrelenaient le prestirre mondain de
la cousine de l'emperrnr, se su~édaient saos
que rien fit prérnir qu'ellcs dussent cesser.
Brusquemcnt elles s'interrompircnt. L'intermitlence était fatale. Le souffle d'un violent
orage avait éleinl les Oambeaux et dispersé
les aimables comirns.
~orsque éclata la bourrasque de 1870, les
amis de ~fathilde , quclques-uns de ceux
c1u'cllc avait, aux heures calmes et propiccs,
co~Llés de ses prévenances délicates, purcnt
lm attestcr la preuve que lcur cc:rur ne s'était
point délacbé d'elle, daos ce moment critique. A.insi Alexandre Dumas fils, donl elle
av~it galé les filies, des leur enfance, et qui
l~~ ~arda loujours un profond altachement,
s eta1t donné une peine infinie pour réunir les
tableaux, les meubles d'art de la princesse

1''1(1NC'ESS'E

JKJf.TH11..D'E

'ET S'ES A.MJS _

._

et tenir hors des alleintes de la Co·.:1mune avcrli. Elle avait envoyé sacarte al'adresse du
incendiaire ces objets de prix.
célebre écrivain avcc ces iniliales au has :
Dans le mouvemcnt de réaction violente P. P. C., indiquant qu'a partir de ce jour
qui suivit la catastrophe et décbaina tant de 1.-ur amitié prenait un congé indéfini. Et la
coleres contre le régime déchu, Mathilde fut perle en_ ful regr_ettable beaucoup moins pour
de tout le personnel impérial la plus épargnée. un esprit supér1eur de la lrempe de Taine
Elle n'y écbappa pas enticrement. Des écla- que pour la princesse Jilellante. On eitait ce
boussures en rejaillirent sur elle, forcémenl . fait encorc. Le fils d'un personnage connu
En 1870, on publiai ta Bruxelles un pamphh l ~ous le second Empire avait écrit, dans un
des_ plus inj urieux contre cclle qu'on surnom- Journal de ~aris, une série d'articlcs, qui
ma1t &lt;&lt; la Poppée » du dernier regne. Toutes firent sen,at10n, ou l'on pré~cnlait sous des
sortes d'imputations y salissaient sa vie intime coulcurs facheuscs les arentures de Napo~l ses mreurs. Il n'en résonna que de faibles léon 111, a Londres, et les secrets de son
etilos. Anc son ame généreusc, sa nature existencc de prétenJant. MathilJe lui fit rcfrancbc et libre, Mathilde n'était justiciable me'lre par une personne amie un paquet de
d'aucune haine. Comment aurait-elle laissé lettres. Cclui qui avait composé ces articles
de longucs inimitiés daos ce Paris ou elle put Jire, au has de la correspondancc, le nom
avait toujours exercé un role d'intclÍectualité de son pere. En d0s pages débordantcs de rcliienfaisante?
c~nnaissance et rem plics de proteslations de
Elle put rouvrir sa maison aux botes accou- d~voueme~t, ce!ui:ci remerciait Louis-Napot11més. Laissée libre par I'amitié de Tbiers de lcon, passc de I ex1I sur le trone de l'avoir
résider en France, elle avait abandonné la ruc ~~e fois, sau vé de la prison, et, ~ne second;
de Courcelles pour la rue de Berri. Dans cettc !01s, ~u suicide!... Elle était napoléonienne
nom-elle demeurc, ou tout était resté &lt;&lt; se- Jusqu au hout des ongles et s'en rnntait. Par
cond Empirc l&gt;, daos le grand salon de dJmas bonheur elle était aulre el di verse. L:i lérrcnde
rouge, ou les marbres de Canova r:ippelaient de l'Aigle, et les abeilles et les violetL~s ne
aux Jeux, fidckmcnt, les effigit'S napoléo- ten_aienl point bypnotisée d'une passion étroitc
niennes, s'cmpressaicnt, commc en cellc d'an- et Jalousc son ame d'artiste libérale. Sauf des
trefois, dl'S hommes de tous les partís. El le c~s d'hostilité ouvertc, ou des crises passan'avait pas cbangé, ma:s conservé inlé"rak- gcr7s'. des facheries soudaines et plus tard
ment l'espril de lar;;c compréhension ~t tic apa1secs, comme elle en eul avec Saintetolérancc, qui a été le mcillcur mérite de rn•1 Beure, elle ne demandait compte a personnc
c_aractcre et fai;ait le charmc de ses récep- de ses lcndanccs.
t10ns. A1·cc la fougue de ses sentiments, elle
11 en fut, a la rue 1fa Ilcrri, comme il en
n'avait pas aLdiqué son profond allachement avait été dans les salons de fa ruc Ull Courpour la tradition de famille. On le savait, cellrs. On y vopit se fonJre, sous une déLcbez elle. Nul ne J'interrompait, quand clic cate, i!tíluence, lrs. éléments les plus divers.
rcrenait sur ses souYcnirs lointains, et c'était A. cole du corps d1plomatique, des étrangl'rs
une imprcssion inoubliable, pour ceux qui
l'enlcndircnt parlcr de la mere de l'empereur,
du roi..lo,eph, de Lucicn Ilonaparte, de la
reine Uortensc, du roí Louis de Hollande,
dont clic s'enlretcnail tout aussi suremenl
que !-Í elle les eut c¡uillés de la veille. Simple
sur le reste, elle porlait haut cette fierté de
descendancc. Je n'en veux citer qu'un trait,
au eourant de la plume. Le roi Osear de
Suede, a 1:occasion d'un de ses passages a
Paris, était vcnu luí rendrc Yisite, en l'hótd
de la rue de Berri. 11 s'inclina devant elle, et
galamment:
- Je n'ai pas voulu, lui dit-il, travcrs, r
Paris sans rous apporler mon hommage.
- Je l'accepte commc une réparation, répondit Mathilde, songeant a la défeclion de
Bernadotte.
Elle entendait bien ne pas mentir al'héritage do sang. Elle le disait. Elle en avait
donné des prcuves qu'on n'avait pa, oubliées.
Lorsque Taine, d'unc plume trop sincere,
écrivit ses pages lerriblemenl documentées
Cliché Girau&lt;1on,
sur le premier des Bonaparte, les dures
BARDEY o'AUREV!LLY,
pages qui mircnt daos un te! émoi ses dcsTableatt &lt;t'EMlLE Lf:VY. (,\f11sée au Lttxembourg.)
cendants, elle n'essaya point d'cn rétorquer
les argumenls, a l'in$lar de son frcre Napoléon; mais elle rompit toute relalion arec d&lt;! marque, des altesses européennes en dél'auleur des Origines, et cette gloire lilléraire placement, voisinaient les grands noms d
fut enlevée a· son salon. On sait de quellc l'empire défunt et les titulaires des plus vie e
.
maniere sobre tt tranchante Taine en ful l .,gnages de !'anc1enne
monarchie ,· puis , dux
es

�111ST0'/{1A
députés du centre el de la gauthe, d~s royalistes, des répulilicains et de jolies fcmmes
sans cocarde. Aux Yieux amis, aux fiJcles
dont le nombre, hélas ! diminuait avcc le
temps, s'adjoignaienl de nouveaux Yenus non
moins distingués par les mfrilcs et par l'éducation.
Elle en élail le lien et le ceulre, J'i'tme el la
,ie. Assise dans son vaste salon, somplueusement Yetue, le cou paré de -son collier de

perles Lislorique, on la reroil en pcnsée, dis1rihuant les bonnes gr/ices de son aménilé et

laissanl a la vcrve animée de ses botes la plus
franche circulation. PenJanl un demi-siec'c la
priocésse Matliilde consena cetle sou1·eraincté
c:l1armanle.
Dans ses dernieres annécs, elle ne quiuait
gucre plus son allrayanle demeure de SaintGratien, qui ful, de toul temp~, sa ré~idcnrc
préférée el son rt-fuge pendan! la lielle saison.

Elle y donna des fetes exquises aulant par la
qualité de celle qui les organisait que par les
aLtraits ou les mériles de celles el de ceux
qui répondaient a son appel.
Qnelques faiblesses et quelques étrangelés
mises a part, d'inoubliaLles souvenirs resteron t atlachés a la mémoire de celle in tell igente princesse, qui sut maintenir, aUlour
d'elle, jusqu 'a son dernier soupir, les plus
hellcs lradi lions de l' esprit de société.
FRÉDÉRIC

HISTORIA

LOLIÉE.

Q

Helvétius
et !aire des vers. )llle Caussin le dérnrail Jes
lldvétius a-t-il eu raison d'écrirc le liHe blaLlcs. Hicn ne l'oLligcait a JOUer sur la
-yeux;
loutes les Muses n'avaient pour lui que
scene
du
monde
le
personnage
dangereux
du
De !'Esprit? Son dernier biographe, le tres
des sourires. 11 rimait des dróleries yoluppbilosopbe
deslructcur;
toul
l'invitail
a
aeérudit et tres lettré M. Albert Keim, n 'hésite pas a répondre affirmativement a celle cepter l'unircrs comme tel et a rn désinlé- tueuses et M. de Voltaire daignait lui envol'Cr
de Cirey des conseils sur l'art poélique. Le
queslion, d'ailleurs frivole. Nos jeunes his- resser de l' avenir.
jeune financier-poete se laissait aller aux
Le
présent
le
comblait
de
fayeurs.
C'était
toriens psychologues excellent a ressusciter
hardiesses de son age; par exemple, il
les morls illustres el a nous les rendre
osait, en vers, nommer l'araignée. Volfamiliers. M. Keim métamorphose en
taire le gourmandait palernellement :
ami intime d'Ilelvétius cbacun des lec« On peut peindre l'araignée, mais il
teurs du saYant livre qu'il consacre a
ne faut pas la nommer. Rien n'cst si
ce philosophe si mal jugé. Désormais,
beau que de ne pas appeler les choses
nous connaissons l'auteur de De l'Espar leur nom. &gt;J Que n'a-t-il suivi ce
pril comme si nous avions été des disage conseil?
ners de la rue Sainte-Anne et des chasDes petits vers a la philosophie il n'y
ses du domaine de Voré. M. Keim peose
avait
alors qu'un pas a franchir. llelet démonlre qu'flelvétius fut un noble
vétius s'avisa de se faire penseur. On
et géoéreux manieur d'idées et l'un des
le, vit renoncer en unjour aux trois cent
précurseurs de la sociologie moderne.
mille Ji vres de revenus de la forme, il
Quelques-uns d'entre nous en étaient
l'Opéra, aux soupers coquins, aux soirestés a l'opinion de nolre profosseur
rées du Caveau, et comme il disait, a
de philosophie de 1870; cet excellent
cueillir les fleurs du plaisir, pour culmaitre, d'un spiritualisme fougueux,
tiver les fruits de la raison. 11 se mapcrdai t toule mansuétude le jour ou
ria, d'ailleurs, le plus poéliquement du
les exigen ·es du programme l'amcmonde,
avec une délicieuse je.une filie
naient a commenter llelvétius. 11 nous
qui
n'avait
pour biens que sa beauté de
élait donné, pendant deux heures, de
corps
et
d'ame.
C'était vraimen_t le plus
voir le plus inoilensif des hommes s'acharmant des bons ménages ! Qu'il debandonner, sans aucunc mesure, au
vait elre amusant di! diner cbcz ce~
délire sacré de la réfu tation.
gens-la! Les réunioos de l'hólel de la
C'était un beau spectaclc, mais c'est
rue Sainte-Anne fireot fureur dans le
aussi un rare plaisir que de sui1Te, arParis littéraire. La cuisine était incomgument par argument, le saYant plaiparable; le prince de Bruns,Yick, a qui
doyer de défense développé par M. Alil fut accordé d'y gouter, déclara qu'i 1
bert Keim. L'arncat est si documenté,
n'avait jamais fait un repas pareil. Ausi chaleureux, si persuasif q u'on s'en
tour d'uoe maitressc de maison ravisrapporte a lui rolonlicrs . Oui, il desante, des convives qui s'appelaient Marmcure étahli c¡u'au poinl de ,ne des
Gravure d'Augustin de Saint Aubin, d'apres le tableau de L.·ll. Yan Loo.
monlel, Saurio, Saint-Lambert, Gri rum,
progrcs de la slgcsse liumaine, il auDuelos, quelquefois Diderot! On préparait été déploralile que le lilTe De
l'Espril n'l'ul. pas été écril. 11 fautsurlout ad- vraiment un enfant chéri du sort que ce rait des petits plats spéciaux au bonbomme
mirer llchétius d'a,·oir sacril!é son honheur jeune ferrnier général, riche, beau, galanl, Fontenelle. Le doux patriarche s'épanouissail
parliculier a la félici llÍ ful ure de ses sern- curieux, aimé des dames, qui savait danser dans ce milieu de jolie gourmandise et de fines

Cliché Braun et C1•

MADAME DE MAINTENON ET MADEMOISELLE D'AUBIGNÉ.
Tablean de FERDI ANO ELLE. (Musée de \'ersailles.'

�causeries. 11 payait son écot en aphorismes
et en madrigaux; il dansait avec la fillette de
la maison, agée de dix-huit mois; il disait a
la charmante mere : ce Ah! si je n'avais que
quatre-vingts ans ! i&gt; ; 11 était adorablement
gateux.
Joignez 11 ce salon d'élégance achevée deux
chateaux, un dans la Brie, l'autre dans le
Perche, un peuple de vassaux contents de
leur sort, des forets, des chasses, loute une
domesticité, avec un chapelain sinécuriste
qui se reposait de son ministere spirituel en
chassant des canards. Et dites s'il n'a pas
fallo qu'Helvétius fut un héros pour troquer
cette vie inimitable contre les dangers de
l'apostolat l
Imprudent héros s'il en fut jamais. Son
tol't ne fut pas de publier un systeme do
monde : avoir une philosophie n'était, en
somme, pour un millionnaire, qu'un sport
de plus. Mais, indocile aux avis de Voltaire,
l'auteur de De l'Esp,·it, téméraire comme un
homme trop heureux, oublia que &lt;I rien n'est
si beau que de ne pas nommer les choses par
leur nom ». 11 cassa les vitres. Ce fut un
scandale inouL Le moment était mal choisi
pour payer d'audace. Apres Rosbach et l'attentat de Damiens, le roi de France senlait
le besoin d'une petite crise de dévotion. La
reine, dont Helvétius étai t maitre d 'hotel ordinaire, se voila la face; la Sorbonne s'émut,
le Parlement se facha, les jansénistes et les

molinistes faillirent se réconcilier sur le dos
de la philosophie. Cependant le gros in-quarto
broché en hleu allait son dangereux chemin
des bureaux de la police aux boudoirs des
darnes. La Harpe, alors éleve de philosophic,
se souvenait d'avoir vu l'abomioable livre, au
milieu de la poudre et des llacons, sur les
toilettes de jolies personnes ce qui en étaient
d'autant plus enchantées qu'il n'y ava:t pet:Letre pas un seul mot de tout ce fatras métaphysique qu'elles fussent a port~e d', ntendre, excepté celui de sensibiliLé physi&lt;]ue qui
faisait passcr tout le reste ».
Pendant quelques mois, l'existence du
pauvre Helvétius fut un enfer. 11 lui fallut
quitter ses terres, venir a Paris solliciter, se
justifier, consolP.r sa mere, supplier la reine,
voir les parlementaires, intriguer, s'aplatir.
On lui fit signer une lamentable rétractation : « Je n'ai voulu attaquer aucune des
vérités du christianism&lt;', que je professe sincerement dans toute la rigueur de ses dogmes et de sa morale, et auqucl je me fais
gloire de soumettre toutes mes pensée~. » JI
en fut 11uiLte pour donner sa démission de
ma11rr. d'ho1el et pour voir brulcr son livre.
M. lüim, en rendant ce récit tres vivant,
nous fait aimer plus cncore l'excellent et
charmant homme, si cruellement humilié.
Les amis paraissent avoir élé ticdes. Les Jettres d"lleh·étius a sa femme sont les confidences d'un ahandonné. « Ah! s'écrie-t-il,

que j'ai vu d'amis me tourner le dos! » Les
dlneurs de la rue Sainte-Anne conserverent
toute l'indépendance de leur jugement.
Grimm déclara la rétractation ce si humiliante q11'on ne serait point étonné de voir un
homme se sauver plutot chez les Hottentols
que de souscrire a de pareils aveux ». Collé
s'indigoa. Les philosophes houdaient le compromettant amateur. l&gt;ans ce concert d'ingratitudes et de désaveux, une note juste,
une note humaine; elle vient de Rousseau :
« U est vrai que M. Helvélius a fait un livre
dangereux et des rétractations humiliantes.
Mais il a guillé la place de fermirr général;
il a fait la fortune d'une honnete tille; il s'attache a la rendre heureuse; il a dans plus
d'une occasion soulagé les malheureux. Ses
actions \'alent mieux que ses éerits. T:ichons
d'en faire dire autant de nous. l&gt; L'orage
passé, les diners reprirent.
Si le livre De l' Esprit est un chef-d' OJU\'re,
ce n'est que .i ustice. 11 est temps de faire rrparation a l'ouvrage et a son auteur. Trop
lon;itemps on a souscrit a ce jugement sur
Jlelvétius : « l~•prit faux et superficie) qui
po,e d'ahord un systeme absolu qu'il appuic
ensuile de trails d'histoirc tissus de sophismes, ornés avec soin d'un vain étalage d'érudition. 1&gt; De quel pere jésuite émane ce verdict? - De Jean-Paul Maratl. .. DonneM·ous
done la peine, étant l'iche, amoureux et propriétaire, de créer la sociologie moderne 1•••
HENRY

ROUJON,

d• /7nlt/1Mt.

Apothéose d' « étoile »
Voici une anecdote qui pourra consoler les
Américains des extravagances 1¡u'ils ont faites
pour Jenny Lind. Ellt• est extraite d'une lettrc
de M. Campion, de Marseille.
ce • •• • Mme Saint-Huberty a donné ici vingttrois représentatioos; je n'en ai pas manqué
une. Toutes les chambres étaient autant de
bains de vapem·. Cette femme est étonnante.
On lui a prodigué les vers, les fetes, les couronnes; elle en a emporté sur l'im périale de
sa voiture plus de cent, parmi lesquelles il
s'en trouvait plusieurs d'un tres grand prix.
La fete qu'on lui a doonée sur mer était digne
d'une souveraine. J'y fus invité, jel'ai vue dans
loussesdétails, et je vais vous en rendrecompte.
e&lt; Mme Saint-lluberly, vetue ce jour-111 a La
grecque, est arri vée par mer sur une tres belle
gondole portant pavillon de Marseille, armée
de huit rameurs, vetus de meme ala grecque;
elle était suivie de deux cents chaloupes char-

gées de ceux qui voulaient voir la fete, et
encore plus cellc qui en élail l'objel.
&lt;&lt; Elle a débarqué sur le rivage, au bruit
d'une décharge de bolles et des acclamations
du peuplc. Un moment apri:s elle a remis en
mer pour jouir du ~pcctaclc d'une joule. Le
vainqueur lui a apporté la couronne, et I'a
rc!,:ue de nouveau de ses mains avec le prix
de son triomphe. On a voulu ensuite procurer
a Mme Saint-Hubrrty le plaisir de la peche;
mais l'aííluence des balraux était si grande
qu'on n'a pu retirer un immense flirt, et l'on
s'est décidé a repreodre !erre. A la sorlie de
sa gondole, Mme Saint-lluberty a été saluée
d'une seconde salve. Le peuple a dansé autour
d'elle au rnn des tambourins et des galoubets,
tandis que, couchéea la tur~ue sur une es pece
de divao, elle recevait en ~011vrraine les hommages des spectateurs des deux sexes. On l'a
conduite ensuite, a travers une haie de pavillons illuminés, dans une maison de plaisance
voisine; elle s'esl reposée ur. instanl daos une
salle de verdure, éclairée par des feux de
di verses couleurs. lfüe est entrée ensuite sous
une espece de tente, ou I'on avait élevé un
petit théatre champetre, sur Jeque! on a re-

présenté une petile piece allégorique. Euterpe,
~[elpomene, , Thalie et Polymnie y vantent
leurs talents, et chacune prétend a la prééminence. Apollon termine lcurs déhats en leur
présentant Mme Saint-Huberlyqui réunit tous
leurs talents et les fait valoir les uns par Ir~
autres. On veul la couronner; mais ou trouver
une couronne? Elle a déja épuisé tous les lauriers. Apollon détache la sienne et la place sur
la tete de la dixieme muse, au bruit de l'artillerie et des applaudissements. Peodanl le
bal qui a suivi, l'héro1ne était placée sur une
estrade, entre Mclpomene et Polymnie. On a
servi ensuite un souper splendide sur une
table de soixante couverts, dressée dans une
salle fermée, mivant l'usage du pays, par une
grille de bois; précaution Lien nécessaire, car
le pcuple s'y pressait au point que la dixieme
muse et ses comives eussent risque d'etre
étoufTés. Le souper a été des plus gais; on a
chanté sur la fin, le peuple a fait cborus et a
fait répéter plusieursairs. Mme Saint-lluberty
a couronoé sa complaisance en chantantquelques couplets en patois proveo~!. On a porté
sa santé au bruit des vivats, et une salve généralc a terminé la fete. l&gt;
GRIMM.

IV. -

HISTORIA. -

Fase. 25.

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BATAILLE DE LEIPZIG.

Docteur MAX BILLARD

+

Les Réfractaires sous le Consulat el l'Empire
Le lrain du jour, écrit Chaleaubriand
daos ses .llémoins d'oulre-lombe, e~t de
magnifter les ,·ictoires de Ilonaparte : les
patients ont disparu; on n'enlen&lt;l plus ks
imprécations, les cris de douleur el de d~lresse des victimes, on ne voit plus les parenls arrétés en plcige de leur fils, les habilants des villages frappés solidairement des
peines appliquées a un réfractaire; on ne
voit plus ces aflicbes de conscription collées
au coin des rucs, les passanls attroupés dcvant ces immensc&gt;s arréts de mor t.... On
oublie r¡ue touL le monde se lamcntait des
lriompbes. »
Le guerrier ambitieux, pour reofermer
loute l'Europe dans son Empire, exigeait une
conlinuelle eITusion du sang frani;ais. Qu'on
en juge par les acles rendus sous le gouvernemeot impérial, rclalifs a la conscriplion.
Napoléon faisait un déscrt de son rolaume.
Les levées de troupes du 17 janvier 1805 au 15 novembrc 1815 s'élcverent
a 2.115 .000 hommcs 1• C'était la lleur de
la population qu'on enlevait, c'était la ruine
des villes, la dépopulation des campagnes;
les neuf dixiemes périssaient sur une lerre
élrangere ou ne rapporlaicnt dans leurs
foyers ou dans les cbamps que des corps
aLaltus par les fatigues ou privés d'une partic d'eux-memes. Aussi, les malhcureux
conscrils usaient-ils de tous les moyens possibles pour se souslraire a l\ tfrayant enrcilernent: ils se mulil¡iienl, s'ampulaient l'index,
se couvraient d'ulccrcs, s'arrachaient les
et

1. Dans ce chilfrc ne figurenl pas, par consequenl,
ni les le,·ées d'hommcs failcs sous le Consulal, ni la
lcréc de 400.000 honuncs en t:H5.

den ts 1 • Cou verts de baillons, ay:mt dit adieu
a la famille, au ÍOJCr, se déclarant libres
envers toule magislrature, en dépit de toutc
puissance, ils couraient les bois, les montagnes, se cach:lient dans des enlroits horribles ou l'on ne pouvait supposer qu'un
homme pul vivrc.
On cite avcc allcmlrissemcnt ce tragique
épisode. Un jeunc paysan, soulicn unique de
ses vieux parenls, vcnait de tomber au sort.
11 refuse d'abandonncr sa famille, son villagc,
et se cache pour échapper aux gendarmes
qui venaicnt le saisir. On le découvre et on
s'empare de lui. Alors le pere du réfraclaire
charge un pistolel, et críe aux gendarmes :
ce ALtendez, vous n' arnz pas le droi t de le
prendre. 11 est fils de Yeuve ! l&gt; et aussitót il
se brf.lle la cervellc.
Alphonse Karr et apres lui l'al,bé Cochet,
curé d'Étrelat, ont raconté l'histoire émonvante du réfractaire Romain Ilisson. Quand
vint l'époque de la conscriptioo, quilter son
perc, sa mere&gt;, son village, ses rochers, fut
pour Romain un'! pensée épouvanlable. Ses
parents, qui p:irtageaient son angoisse, convinrcnt de cacher leur fils dans un lrou de
falaise, appelé depuis lrou a Ronutin. La
nuit, du haut des rocbers, ils descendaient
au mayen d'une corde la nourriture nécessaire pour la vie de leur enfant. Ceci se passait en 1815.
ce Les choses resterent ainsi pendant un
an. Mais, un soir, des marins, revenanl de la
peche, aper~urent une llamme qui sorlait de
la falaisc. lis parlerenL de ce qu'ils arnirnt
2. Comme 1mpropres

a décltircr la carlouche.

vu; d' autres pecbeurs se rappelerent avoir vu
la meme chose; on en causa.
ce La falaise fut observée, et bientót on
découvrit que c'était Romain r¡ui allumait le
feu dans la grotte ou il s'était caché apres le
départ des jeunes conscrits.
ce On fil, avec des porle-voix, plusieurs
sommations a Romain de descendre : il
répondit qu'il ne voulait pas etre soldat. On
lui dit que s'il ne voulait pas descendre, on
le prendrait et on le fusillerait, il répliqua
qu'il aimait rnicux mourir que d'etre soldat.
On lenta l'escalarle, mais il n 'y avait pas
moyen d'arriver par des échelles a une hauteur de deux cents pieds; quelques soldats
tenterent de descendre avec des cordes du
haut de la falaise; mais Romain secouaiL les
cordes et les exposait a se rompre les os. On
fit avec la bache quelques degrés dans la
falaise pour la pouvoir gravir; mais Romain
faisait tomber sur les travailleurs une grele
de picrres qui les décourageait. On en référa
encore au sous-préfetqui réponditqu'ilfallait,
pour éviter qu'un si dangereux exemple eut
des imitateurs, s'emparer de Romain mort
ou vif. On fit encore des sommations a Romain, puis on lui tira des coups de fusil.
Romain, acbaque décbarge, s'enfon~it dans
sa caverne, puis ripostait par des pierres et
des morceaux de roche. 11 soutint le siege
pendant quatre jours.
ce Au bout de qualre jours, il manquail
Loul a fait d'eau; une fievre arden le l'épuisait;
il songea qu'il fallait profiter de ce qui luí
rcslait encore de forces pour aviser aux
moyens de s'échapper. On était a la pleine
lune, la roer, basse vcrs qualre heurcs, était

J· Alfho,)se Kal'l·, Fra(1ce Maritime.

l'Í;- i
_q

l_,vccul c'.1 ~ore d,x ans ap~és l'époque de sa

e J appelle1a1 glor1cuse; lm-mcmc a terminé

sc~ J urs e~, s~ précipitanl d u haul ele ce lle falaise
qui es avail. 5( longlemps protégés. Le motif de sa
mort e5L reJete mconnu • · L'abbé C.:ochet, F:tretat, son

1

passé, so111?1·ése11l,sonavenir. Dieppe, 1857 , . 127
5. Les _decrets sur les réfrartaires furent fbr ,65·
par les Io,s _du 10 _mars 1818 et 21 mars 1852 og
4. Cap1lau,e Pa1mblanl du Rouil la d' • :
·
tvis 1011 D11. vauze lle 189G
.. : P· 21. Durulle
s'était
enrolé
eo 1792 dans le lro1S1eme bataillon du Nord; il ful
1·utte La

""1

19 '"'

nommé lieulenant, puis capitaine en 1795 en récomense de .sa_ conduile_it l'assaul du forl d~ Klundet·L.
l passa general de br1gade aprcs la hatai lle de Jlcrfihe,m. A \Yatcrloo, il re~ut u n coup de sabre qui lui
,t u~e longue cicalricc a la face, el un autre &lt;¡ui tui
aball1l le poignet. ll csl mort en 1827.

f

�111S TORJ.Jl
Les réfraclaires, reslés seuls contre l'armée
suédoise el le corps de WinLiingerode, éLaient
pan·enus a déposler les Suédois du village de
Kohlgarten; mais, assaillis par trente mille
hommes, ils ne purent soutenir Je choc plus
longlemps, et l'eunemi poursuivit sa marche
sur Leipzig.
Toujuurs est-il qu'on les vit comballant
courageusement jusqu'au mois d'aout 1814,
inlligeant avec une ardeur héro1que de rudes
coups a leurs adversaires et méritant a
.lalfoitz d'ctre cités a l'ordre du jour pour
lcur conduile remarc¡uablc.
En 1814, i.t l'heure 011 le génie et !'infatigable aclivilé de Xapoléon c.nfantaient tant de
ressources comme par e11chanlement, l'élan
national n'allait pas scconder partout l'empercur.
Les lerées de conscrils renconlrcrent plus
que jamais une résistance extreme. Personne
uc voulail plus partir.
Le t •r jamier 181 ~. les conscrits rebclles
se réunissent « au nombre de 200 cnviron a
Lisbourg, pres Fruges, et déliberent sur le
projet de se porter a Saint-Poi pour en délivrer trois qui y sont détenus ».
Dans le canlon de Fauquembergues, pres
de Saint-Omcr, « les conscrils appelés pour
la levée de 500.000 hommcs sout presque
tous ren trés ehez eux.
« lis vonl en nombre, chez les gardes
champelres, et leur disenl qu'ils sont en
mesure de se défendre, si on les inquiete ».
On enregistre le nombre de 150 réfraclaires
dans la Vendée.
A Mugron et a Aire, arrondissement de
Saint-Se,er, les conscrits déchirent les listes
de conscription. A Baigts, 200 paysans menacent de tuer les membres du conseil et de
bruler la mairie. Oans le canlon de Gas,
arrondissement d'Arras, &lt;e les conscrits, sous
les ordres de plusieurs brigands, se disenl
menacés de leur vengeance, s'ils se séparent
d'eux ».
A Terra-Nuova, arrondissemenl d'Arezzo,
une bande de 50 conscrits réfractaires force
le receveur municipal de la commune a lcur
donner 10 íO francs.
Dans la Loire-Iníérieure, il y a des campagncs « ou tous les hommes désignés pour
la garde nationale refusent de partir ».
Dans la Somme, ;1 la porte d'une église,
pres de Doullens, on affiche un placard inli1. l8U, Perrin 190i. pp. 23 el 24.
2. Souucmrs d'u11 médeci" de Par is, par le Dr Jloumics de la Siboulie. La ltet•ue hebdomadaire, n• du
4 septcmhre 1009, p. 115.
3. lloycn de la Faculté depuis 1811, morl a l'itgc
tl&lt;J 83 ans du choléra en avril 1832.
i. llix éturlinnts en médecine et emiron soixantedix éludianls en droil adressaienl les 6 el 7 fi:vricr
au comlc de Lcspinasse, une lettre ou, ponr se souslraire au scrvirc militairc, ils nlléguaienl des vices de
santé ou tics infirmités. Toutcs ces lctlres sont aux
A1·cl1ives 11atio11ales, F 7 ü6U3.
A signaler sculemenl la lettre du pcrc de Dubois,
éludianl en médecinc, qui écrit que son fils lui esl
1udispe11sa.ble_pour sa pr~fess_ion : « Je suis seul a m3:
liouuque oil 1! faul que Je sois conlrnuellement, el qm

tulé : Vivent les Bom·bo11s ! Défense m1x calme le plus parfail avait régné dans l'a~~emconscrits de pw·t ir.
blée. Mais le général, se voyant joué fit sentir
Le sous-préfet d'Apl écrit qu'il y a cu daos sa mauvaise hurneur el menaca de punilions
un Yillage de l'arrondissement, le 50 janvier, séveres ceux qui se permettraient encore
« un rassemblement de cinq a six cenls d'aussi mauvaises plaisanteries. Alors ce fut
conscrils, el qu'ils élaient convenus de ne pas une explosion de cris, d'injures, de provocase rendre, et de résister aux forces qu'on tions1. On peut juger de la Lempele par cette
pourrait employer contre eux et leurs pa- lettre que le doyen de la Faculté de médecine,
renls ll.
le proíesseur Le Roux •, adressait au ministre
Partoul les appelés murmuren[, vociferent, de la Guerre :
menacent. « A Toulouse, écrit lL Henry
MONSEIG~EUB,
lloussaye, ce placard fut al'llché : Le premier
qui se présenlera pour lirer au sorl sera
Une séance aclieuse et ]Jllnissable, si
peodu. l&gt; Le préíel de Maine-et-Loire écri- l'on en connaissait les auteu1·s, vient de se
vait : &lt;e L'insurrection de tout le département passer dans les éco/es de la Faculté de méest a craindre. ll Le préfet du Calrados : « A decine de París.
Caen, lout esl prét pour une révolulion. ,,
bf. le généml se11ate111· comte de l' Es¡liMalgré les gendarmes, las janis,aires, les 11asse (sic), commamla11t .en chef de l'arcolonnes mobiles, désertcurs, réfractaires, tillerie de la ga1·de nationale de l'a1·is,
insoumis se rnullipliaient. l'n déLachement de m'avait annoncé qu'il passerail a11jo1ml'/111i
conscrils de la Seine-Iníérieure complant 7, au.1· écoles de medecine, la re1•11e des
177 préscnls au départ, n'en avail plus que ele1•e.~ de la Faculté de droit et de la Fa;;;, a l'arri,ée. Si les soldats manquaicnt culté de médecine désignés pa1· S. E. le
d'armes, les réfraclaircs saraient en lrouver. grand nwitre de /'Universilé pour compoDes bandes de :,O, de ~00, de 1000 et meme ser ltois compagnies d' artil/erie.
J'avais écl'it (lUJ,' 150 éleves de in Faculté
de 1500 hommes parcouraient l'Artois, le
Maine et l'Anjou, comme au lemps de la de médecine désignés pom· qu' ils e11ssent
chouannerie, fusillant avec les troupes, arre- ii se 1·endre ce matin a 11 h. 1/ 2 a l'École ....
lant les diligences, envahissanl il's ,·illages JI s'est fait un tunmlte si considéi-able que
pour forcer les conscrils il les suiHe et piller le généml de l'Espinasse n'a 7,u acheve1·
les caisses des perccpteurs. D'autres bandes l'appel de ceux qui étaient portés s111· les
de 1O a 20 réfraclaires dévalisaient les voi- listes de Mgr le grand mailre.
Le général, sorti de l'amphithéátre, ne
tures el les malles-postes sur les roules de
Lyon, de Marseille, de Toulouse, de ~fonl- pouvait gagner sa voiture. Je l'y ai conduit. La foule s'esl .p1·essée asa suite.
pellier1 ».
Les éleves de I'ltcole de Médecine et de
Je viens d'apprendre que le général avait
l'École de Droit donnaient eux-memes it Paris élé insulté /out le long de la rue et qtt'on
l'exemple de l'insoumission.
luí avail fait to1ites sortes d'outrages.
Peu de temps avant le siege, on avait eu la
penséc de préparer des mo)ens de résistance
On le voit, la jcunesse des Écoles n'était
daos la population parisienne. Les Ecoles de plus ensorcelée par les miracles des armes
droit et de médecine durenl etre organisées du conquérant. Le Lalisman était brisé : elle
en compagnies d'artillerie et tous les étu- osait meme, ce jour-la, mépriser la l'ictoire
diants élaient invités par lellre du doyen a se et prolester contre la tyrannie'.
rendre daos la cour de l'écolc de rnédecine le
c·est que la France élait lassc des conlundi 7 février a onze heures et demie pour quetei;. Apres dix ou douze années de déelre passés en rel'Ue par le commandant en menee guerriere, la population virile renonchef de l'artillerie de la garde nationale.
{:ait a répandre son sang qui ne coulait plus
Tout le monde fut exact a celle comoca- pour ses libertés.
tion. On comme'lca l'appel : « M. un te!! L'empereur allait succomber, parce que la
Mort, répond l'appelé lui-meme. -Tant pis! France, rassasiée de malheurs et de gloire,
dit le sénaleur Lespinasse. - ~1. un tel '. n'en voulait plus.
Par ti pour son pays. ,, -A chaque nom était
En prcnant congé de ses vieux soldats dans
faite une semblable réponse. Jusque-la le la cour de Fontaioebleau, celui qui naguere
étail maitre du conlioent, le distributeur de
esl gardéc par mon fils, lorsque je suis forcé de sortir »; celle de (laudeL. eludiant en médecine qui se
couronnes et le souverain des rois, allait luirefusc au servicc en di~anl : « J'esp~rc bicnlol ctre
méme le confesser haulement : « La France
plus utile á mon pays comme médecin »; ctlle d'un
a voulu d'aulres deslinées ll.
ami ele l'étudianl en droil Douin, qui allegue que • le
j~une homme, incapablede servir, esl al'insLanl d'acheCela dit, en effet, Napoléon, jeté has du
ter une étude dans laquelle il se distinguerail , ; el
haut de sa gloire, s'écbappait de France au
ccllc aussi de l'ctudianl Audibcrl, qui rcfusc de partir,
parce qu'il o'a que quinzc ans el deux muis.»
milieu des malédictions, et gagnait l'ile
llentionnons cncorc, en raison de son nom, l'étud'Elbe. Mais l'inépuisable France devait l'Oir
dianl en médccine Vulpian, rue du illarai1 nº lü, qui
inrnque • des 111fii·mités qui ne lui permeLLenl pas de
sorlir de son sang de nouveaux soldats, pour
fairtl le servicc ele l'arlillcrie. La ,·érit.é en esl allestéc
marcher encore a un sacrifice qui ne del'ait
par un cerlifical de ll. Boyer, premier chirurgicn de
ni sauver l'Empire, ni conquérir la liberté.
l'Empcreur ».

r

DoCTEUR J\lAX

BILLARD.

PAUL PEL TIE~

•
Le premier atlentat conlre Louis-Philippe

. En novembre 1832, l'opinion publique élait
Cependant, au milieu de la foule une
v10lemment sur~xcitéc. D~puis plusieurs mois, femme jeune et élé0 ante s'évanouissa¡'t · on I'acc~ble d~ questio_ns, et elle racontc, épou.
o
,
vantce, qu elle ava1t vu, soudain, un jeunr.
en effet, elle ava1l eu comme alimenls, presque s ' empressa1t,
et, pres d'elle, sur le lrottoir, hom~e piaré pres d't,lle hraqucr rapidement
coup sur coup : les funérailles ~anglanles du
on troul'ait un pislolet déchargé, landis qu 'a un p1stolet da?~ la direclion du roi, qu'elle
général Lamarque et la terrible affaire du
qu~lques, pas, sur la chaussée que venait de ava1l voulu sa1s1r le bras dujcune homme et
C!oitre Sainl-~lerry qui en fut la suite; Je proqml ter 1 escorte royale, on ramassait un sequ'alo:s le coup était partí.
'
Cl'S et la condamnation des saint-simoniens
cond pistolet encore chargé.
La
Jeune
fille
est
immédiaternent
entrainée
11ui réclamaient ce la sanctifü:alion de la 8eaulé
L~ suppositions les plus vraisemblables se
el la réhabilitation de la Chair l&gt;; la con- font .1our : esl-ce cette jeune lille qui vient de aux Tuileries 011 on la félicilc cbaudement et
ou l'on s'enquiert de sa position. Made~oidamnation des conspiraleurs de la rue des
tirer? S'a~it-il_ d'un allenLat légitimisle, épiProuvaircs; le proces des cbouans aux assises logue de I affaire des Prouvaires ¡ d'un allen- selle_ Adele tlourf est originai rc du Pas-deCala1s, et elle 11enl a Paris pour chercher
de Blois; le proccs de Berryer;
la mort du duc de Reichstadt
&lt;e une siluation » dit aussitót
la presse gouvernementale en
qui atterrait et irritait les bona~
partistes; I'arrestation de la
la couvrant de lleurs « des
duchesse de Berry, qui remsilualions » indiquaien~ ironiplissait d'indignation et de sluq_u_ement les journaux de l'oppopeur les légitimistes.
s1t1on, en l'appelant Ja « nouvelle Pucelle d'Urléans » et la
Enfin, les esprits étaient
an:xieux, en se demandant ce que
« Vierge des Trois-Coule~rs ».
Ajoutons que Mademoiselle
ser_a!t ce Ministere que Lo~isB_ou,ry était délicicusemenl jolic
Ph1hppe venait de former, Je
11 octobre, avec, pour ministre
s! 1 ~n en_ croit une estampe
s1gnee Julien, fort répandue ¡1
de l'intérieur, M. Thiers, que
l'époque.
Louis Blanc appelle, acelte occaLe soir, aux Tuileries, le roi
sion, et d'une maniere au
dit a Dupin: « Ehl him, ils
moins imprévue, un ce Danlon
ont done tiré sur moi '? ,, _
en miniature. JJ
&lt;e ;\on, Sire,_ répondit l&gt;upín
II y avail dans l'air : du
malaise, du mécontentement et
~vee so~ ~our1re énigmatic¡ue :
ils onl tire sur eux ! ¡¡
de la haine, et des bruils d'auQui cela, ce ils »? C'est ce
tant plus sinistres qu'ils étaient
que la police cherchait a sa"oir.
plus vagues circulaien t, quand,
le 19 novembre, s'ouvril la sesElle se rappela quecinq jours
avant l'atlentat elle a\'ait été
sion de la Chambre des Dépulés.
vaguement avertie d'un comLe Roi devait se rendre
plot dont aurait fait parlie un
solennellemen t des Tuileries au
Jeune mailre d'éludes nommé
Palais-Bourbon; il avait alors
cinquanle-neuf ans.
Be:g_eron, connu pour ses
opmwns avancées. En mcme
Le cortege suivait le Pontlemps, une dénon&lt;!iation, émaRoyal, le Roi en tete, a cheval;
nant, parait-il, d'un confrere
dans deux carrosses, se troujaJ.,ux, signalait un médecin de
vaient la Reine et ses filies et
Chauny (Aisne), le doctcur Beles . °!inistres. Louis-Philippe
avait a peu pres traversé Je
noist, ~omm_e venu précipilamment a Par1s le 19 novembre.
po_nt, quand soudain, pres de
lui, une détonation retentit.
Or, Bergeron el llenoist
étaient deux amis intimes, et
On crut que c'était le fusil
l'on apprit qu'ils avaient passé
d'un soldat qui partait par hae~semble une parlie de Jajoursa~d. M~s 1~
ne s'y trompa
point; mstmcllvement il se
nec du 19. On arreta aussitot
Bergeron, et quelques jours
courbe sur sa selle puis ¡¡ salue
/Yapr¿s la lilhographie de J ULIEN.
rapidement la foul~ de son chaplus tard, on amenait aParis a
pied, meoottesauxmains, led~cpeau, se replie sur son escorte
.
teur Benoist, arrelé /¡ Chauuy.
et, ~pres quelques instants d~ désarroi, on tal républicain, organisé par la « Société des
A pa_rlir de ce mument, l'opinioa publique
co~Lmue vers 1~ Pal-ais-Bourbon : le roi éehap- amis du Peuple l&gt; ; par cxemple d'un comse ~~sswnna pour !'affaire ; la prcsse de l'op~3.1 t
ce premier allenlat, comme il devait plot policier?
P,os1~1on _donne claircment a cnlc11Jre qu'il
t!ebapper aux six autres dirigés sur lui.
Cependant la jeune fille revienl a clic. On s ag1t d un complot policicr, et crible Jes

ro!

ª

�111ST0'1{1.Jl

---------------------------------------.#

incomparable maladresse, et leurs agissemagistrats de ses !léchelles aigues. Le Cha- la caserne du Foin, a l'École Mililaire, ele.
ments ne contribucrent pas p.eu a accréditer
Les
débats,
tres
orageux,
durerent
huit
rivari parait le 1•• décembre 1832, et, daos
l'opinion d'un attentat policier,
ce premier numéro douze échos
hypothese qui fut, de tres bonne
sur vingt-buil furcnt consacrés
foi, lancée par la presse de
a l' &lt;( attenlat risible ». En
l'opposilion et s'est mainlenuc
voici un a litre d'indication :
jusqu'a présent.
&lt;( L'héro\ne du Pont-Royal s'est
Soixante-dix-huit ans se
présenlée voilée cbez le j uge
sont écoulés depuis !'affaire du
d'instruction : faits et pcr19 novembre '1832 : on peut
sonoes, tout est voilé dans cclte
etl'on doil maintenant déclarer
affaire! »
la vérilé.
L'instruction se traioait péL'affaire du coup de pistolel
niblement dans les racontars,
fut-elle le résultal d'une initiaquand un ancien camarade de
tive individuelle ou d'une
college de Bergeron, Janety,
initiative collectire? C'est ce
signalé a la justice par une
qu'il est importanl de savoir
fcmme de mceurs équivor¡ues,
aujourd'hui.
vint déclarer que Benoist lui
Mais ce qui esl Lien certain,
avait affirmé, le 19 nornmbre,
c'est que l'allental du 19 noque Bergeron venait de tirer
vembre ne fut point imaginé
sur le roi.
de toutes pieces par la police :
Benoist protesta avec indiil fut sérieux, et un coup de
gnation, le frere de Janety
pistolet ful bien réellement tiré
déclara nettement que celui-ci
sur Louis-Philippe. Les déclaavait la manie du mensonge :
ralions qui nous ont été faites
LA CllATTE MER\'EILLEUSE •.
llergcron et Benoist n'en furent
récemment par la famille d'un
pas moins traduits devant la Caricature publiéc au lendcmain de l'attcntat. Adl!lc Boury (la ◄&lt; Chattc mcn·cillcuse "• des accusés ne laissent aucun
ou Jeanne di, Dac, la Vierge des r,·ois co11le11rs), y cst représentée • sauYant, a
cour d'assises.
doute a cet égard, et nous
l'instar de Jcanne d'Arc, le Tróne et la Francc avec son éYcntail •·
Cent trente témoins furent
devons a l'Uistoire cette mocilés, et les débats s'ouvrirent
desle contribution.
le 11 mars 1855 sous la préL'entourage du roi ful trop mécontent tic
jours.
On
remarquait
avec
élonnrrnent
comsidence du conseiller Duboys, que l'opposition
surnommait c1 Duboys dont on fait les !lutes ». bien on avait changé d'attitude a l'égard de l'acquittement de Bergeron el de Benoist pour
l\llle Boury depuis le jour ou elle avail dé- ne pas maniíester sa mauvaise humeur :
ciaré q u' elle ne reconnaissait formellement comme d'babitude, ce fut la Presse qui rerut
aucun des deux accusés; on écouta aYec slu- le rontre-coup.
Trois journaux, en effet, furent traduils
peur la déposition du colonel d'état-major
Rafé : « Nous étions instruils d'avance aux
Tuileries qu'on devait a son passage Lirer sur
le roi ! »
Enfin la parole fut donnée au procureur
général Persil, qui abandonna l'accusalion a
l'égard du docleur Benoist, mais la soutint
avec une véritable férocilé contre Bergeron.
Celui-ci fut tres habilement défendu par
111" Joly. L'avocat d'Hippolyte Benoist,M• Moulin, protesta énergiquement conlre rarrestation arbitraire el la détention de son client,
et fit une profonde impression sur l'auditoire en évoquanl le souvenir des qualre Sercrents de la Rochelle, et de la conspira Lion du
général Bcrthon : t&lt; Messieurs, parmi les rec1 proches trop mérités adressés a la Restau&lt;! ration, un des plus graves est l'abus des
&lt;! proces politique;:, des complots et des con&lt;! spirations : l'exil de la branche ainée a
&lt;I payé le sang de Bories et de Berthon 1 »
Apres une dcmi-heure de délibération, le
jury acquittai t les deux accusés, comme
Les mesures de police qui furenl prises quelque lemps auparavant, il avait acc¡uitté
pour la durée des débals montrent toute les membres de la Sociélé des amis du Peul'importance r¡ue l'on altachait a ceux-ci. On ple, entre autres Ca~aignac et flaspail.
La jeunesse des Ecoles porta Bergeron et
en va juger : les postes du palais de juslice
.I •
Benoist
en Lriomphe, pendant que le présiet du pool d 'Arcole étaien t doublés; deux
ceols hommes du 20• léger el du 2• de ligue dent et le procureur général, allerrés, couse tenaient prets a l' Hotel de Ville, cent dra- raient au ministere de la Justice.
Et maintenant, c¡uelle est la vérité sur devant les assises pour avoir publié des
gons étaient postés au Carrousel, deux cents
comptes rendus jugés infideles dans l'affaire
l'
«
affaire du coup de pistolet? i&gt;
hommcs devaient se tenir prets _a marcher au
La police et lajustice firent preuve d'une du coup de pistolet.
premier signa! a la caserne de Lourcine, a

L'E P'J('EJH1E'J( ATTENTAT CONT'l(E Lou1s-Prt1L1PPE - - ~

C'étaient le Temps , le Nalional, et le Ch11-

rivari.
En ce qui euncerne le Temps, la cour se
déclara incompétente par le motif que l'article incriminé ne pouvail etre considéré
comme compte rendu.
Le National, a. l'audience du 20 mars, fut
condamné a 5000 francs d'amendr, son gérant a un mois de prison, et défense fut faile
au journal de rendre comple des débats judiciaires pendant tleux ans.
l\feme décision pour le Charivari, mais
l'interdiction de comptes rendus était d'un
an.
Le grave Conslitutionnel lui-meme protesta, en rappelant que sous la Restauration,
le meme lraitement luí avait élé inllirré
a
0
propos de son compte rendu de l'alTaire des
quatre Sergenls de la flochelle.

Les condamnations conlre le National et
le Chai·iva1·i étaient par défaul; mais sur
opposition, elles furent purement et simplement confirmées huitjours plus tard.
Le Charivari se vengea en publiant une
caricature terrible du président Duboys, avec
celle légende :
&lt;1 A cel air épais, partiripant a la fois du
&lt;( ventrigoulu et du Béotien de maaistra•
•
0
&lt;1 ture, qm na reconnu ce monsicur dont on
&lt;1 fait les ílutes ! ii
Que firent les deux acquillés de !'affaire du
coup de pistolet?
. Louis Bergeron se lan¡;a dans le journahsme el entra au Siecle. Iluit ans aprcs son
pro~es, il lut un jour daos la Presse, sous
la s1gnature de Girardin, une allusion a celle
affaire. C'est alors qu'il soufílela Girardin en
plein Opéra, et ful, pour ce fait, condamné a

trois ans de prison, maximum de la peine.
Lors de la Révolution de 1848, Rergeron
et le docleur Benoist furent nommés commissaires du Gouvernement daos la Somme
et dans l'Ai,me, et le second rci;;ut la croix de
la Légion d'honneur.
Le doctrur Ilrnoisl, tres lié avec les artistcs
et les lillérateurs de la_fin de l'Empire, entre
autres Paul de l\ock, EJouard Plouvier, Mélingue, Litolff, mourut, en 1867, laissant
deux fils acluellemenl vivants.
Quant a Ilcrgeron, il abandonna le journalisme pour s'occuper des queslions d'assuranccs; il est mort en 1890 a Croissy (Seinret-Oise), et en voyant passer ce vieillard
mélancolique, les babitants du petit vil!age
étaicnt loin de soupi;;onner qu'ils avaienl devant les ycux le dernirr acteur d'une cause
célebre.
PAUL PELTIER.

La cour de Versailles intime

On ne doit pas s'attendre a ce que je fasse
ici un cérémonial complet, en donnant le code
du service de chaque offieier; ce serait un
lravail immense et faslidieux. Je rappellerai
Les princes eux-mémes ne doivent-ils
seulement
quel,rucs-uns des usages qui m'ont
pas elre élonnés de suivre aYec Lanl
ele ponctualité les ordrcs d'un elre le plus frappé.
fantastique?...
11 en est un dont j'ignore completement
MERCIER, Tableau de Par,s.
l'origine. JI consistait a apporter, tous les
soirs, sous le chevet du lit du roi, un petit
C'était une étude pour celui qui arrivait a paquet du lingc nécessaire pour changer, atla eour, et n'y avait point été élevé, que de tacbé a une petile épée de deux pieds de long.
se meltre au fait des nombreuses lois de Les cabi nets 011 étaient déposées les bardes
l'étiquette, celte espece d'égide des souverains du roi étaient éloignés, a la vérité; mais
contre la familiarité et le mépris. Quoique ces pourquoi ne pas avoir une certaine quantité
usages, enfants des siecles, diminuassent tous de linge en réserve dans un coffre, comme le
les jours, ils étaient encore bien nombreux. valet de chambre barbier avait, daos une
Et s'il n'y avait plus que les anciens de la malle de velours cramoisi, une certaine quancour, le duc de Penthievre, le prince de Sou- tité de bonnels, de coiffes, etc.? Pourquoi
bise, le maréchal de Biron, qui saluassent en- d'ailleurs cette épée, si courte qu'elle ne
core le lit de parade du roi quand il n'était pouvait etre d'aucune utilité?
L'usagc d'apporter, tous les soirs, dans la
pas présen t, les courtisans plus modernes
rcculaient toujours jusqu'a la muraille quand chambre du roi, un pain, deux bouteilles de
le roi s'avancait vers eux, et aeculés contre vio et un ílacon d'eau a la glace, se comprend
le mur, ils piétioaient encore, dans l'espoir plus facilement. Les offices se trouvaient, en
d'etre assez heureux pour obtenir une parole effel, tres éloignés, et ces · nliments, qui se
du souverain. C'est qu'il fallait etre tres fami- nommaient des en cas, étaient tenus en réserve
lier a~·ec le roi pour lui adresser la parole; encasque le prince éprouvat quelques besoins .
ce qu on ne faisait jamaii: qu'a la troisieme On lit que Louis XIV, ayant su que ses valets
personne : « Le roi a-t-il fait une chasse heu- de cbambre refusaicnt de manger avec Moreuse? Le roi n'est-il plus enrhnmé? &gt;J Le liere, parce qu'il était comédien, se fil un
dernier maréchal de Duras est un de ceux jour, a son le ver, apporler son en cas, 011 se
que j'ai vus les plus libres avec le roi; il trouvait un poulet, et en senit une portion a
l'était meme plus que ceux qui avaient été ce célebre comique. L'empcreur Buonaparte
élevés avee le monarque.
avait conser\'é cet usage; car son ,·alet de

Étiquette et usages divers

chambre, Constant, raconte, dans ses Mémoires, son embarras pour dissimuler a Napoléon, qui, un jour, eut faim daos la nuit
et demanda l'en cas, la gourmandise du mameluck Nistau, qui aYait dévoré la moitié de
la volaille a laquelle l'empereur ne Louchai L
jamais.
Louis XVI n'y louchait point davantage.
Lorsqu'il avait besoin de prcndre quelque
chose entre ses repas, les gari;;ons du chateau
avaient Loujours en réserve des sirops, des
confitures et autres aliments. Tou les ces
liqueurs et ces aliments destinés aux princes
étaicnt toujours essayés, c'est-11-dire goutés
par un officier du gobelel. Si c'était du lic¡uidr,
il en buvait un peu; si c'était de la viandc, il
trempait daos la sauce ou passait léghemcnl
sur le morceau présenté une petite tranche
de pain, afin de préserrer le sourerain du
1JOison. Mais un roi destiné 1t périr aifüi n'rn
aurait point été préservé par loutes ces précautions.
Dans l'enceintc formée par la balustrade
qui enlourait le lit du roi, se trouvaient le
fauteuil et quelques tabourets pour les valets
de chambre de garde; car on ne s'asseyait
pas dans la chambre du roi. On s'y promenait cncore moins. Et quand la mode eut
amené, sous Louis XIV, l'invention des énormes perruques que l'on connait, s'il élait de
bon lon tic les oler et de les peigner jusqne
daos rantichambre du roi, on s'abstenait de
le faire daos la chambre du lit, re"ardée
comme la r ésid rnce du souverain. De ;eme

'

�111STO']t1.Jl - - - ~ - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . 1
pour y entrer ou en sortir, on n'ouvrait point
la porte, mais on en demandait l'ouvcrture
l'huissier; et au lieu de frapper a cetle porte,
on y grattait légerement. Sortir le premier
était de la plus grande politesse, le dernier
devant jouir plus longtemps de la vuc du roi.
On sortait toujours a reculons.
Je ne finirais pas, si je rapportais toutes
lrs petites choses qu'il fallait savoir, non
pour etre un courtisan parl'ait, mais pour ne
pas faire de gaucheries. Sans doute, dans les
premiers temps de la monarcbie, il existait
d'aulres usages qui nous feraient bien rire si
on avait pris soin de nous en conserver le
souvenir. Peut-etre ceux que nous observons
aujourd'hui feront-ils aussi un jour le divertissement dti nos arriere-ncveux ! ...
On avait le tort alors, en France, d'éloigner de la cour tout ce qui paraissait militaire. Sauf les officiers des gardes, nn n'y
voyait jamais un uniforme, si ce n'est le jour
de la revue des gardes franyaiscs, dans la
plaine des Sablons, et celui ou
le colonel prenait .congé pour
rejoindre son régiment; alors,
il paraissaitavecson babit d'ordonnance.
Autrefois nos bons afoux,
moins douillets que nous, se
contentaient d'un vaste foyer
ou toule la famille réunie se
préservait des rigueurs de l'hiver. Le jour de Nuel. personnc
ne manquait a l'oflice de la
11uit; et le feu restant auandonné pour plusieurs heures,
on y déposait une Lúche
énorme, la ~ouche de Noel,
pour que tou te la famille grelottante vint au retour de
l'église, pres d'un immense
urasier, faire cbaudement le
joyeux réveillon. Cet ancien
usage subsistait encore a la
cour. Chaque cbeminée, la
veille de Noel, était chaul'fée par une grosse buche,
bien peinte, ornée de devises
CHATEAU
et de lleurs de lis, et qui
rappelait les mreurs anliques.
C'est un des plus beaux attributs de la
souverainelé que celui de donncr la grace aux
criminels; et l'usage voulait que cette grace

a

ne fut point refusée a ceux que le roi rencontrait sur sa route. J'en vis un jour un exemple.
Louis XVI, revenant de la chasse, rencontra,
sur le chemin de Saint-Cyr, un pauvre déserteur qu'on reconduisait a son régiment pour
y subir sa punilion. Le soldat, instruit on non
de ce que cette rencontre avait d'heureux
pour lui, se jeta a genoux et, les bras lendus
vers le roi, implora la clémence du souverain.
Le rnonarque envoya sur-le-charnp l'otficier
des gardes avec l'ordre de faire expédier les
letlres de grace. La gaielé du monarque pendant le reste de la journée montra avec quelle
satisfaction son creur avait exercé cette touchante prérogative de la royauté. Mais, comme
elle aurait pu devenir abusive, on avait soin
de faire faire un détour la chalne des galériens qui passaient Versailles pour rejoindre
le bagne de Brest. On croyait, en France, que
le creur du roi ne pouvait mir le malheur
saos commisération : c'était vrai; mais il y
avait 11 craindre que sa clémenoo ne devint

parailre a la cour en soutane violette; le curé
et le confesseur en soutanes noires. Les prélats et les ecclésiasliques qui a vaient des
charges a la chapelle, les jours de grandes
ftltes et quand le roi entendait la rnesse en
bas, avaient leurs soutanes recouvertes d'un
rochet; le reste du temps, ils étaient en habi l
noir avec un petit manteau. La croix épiscopale désignait les éveques, comme la calotte
et les bas rouges, les cardinaux.
Jamais le roi ne montait sur son tróne que
daos les lits de justice et autres assemblées
JUdrciaires; mais il n'y prenait point les ornements de la royauté, qu'il ne portait qu'a son
sacre. Dans les autres circonstances, il avait
un babit el un manteau violets, garnis &lt;l'une
large broderie, et, sur la tete, un chapeau a
plumets.
Cbaque maison de campagne 011 le roi
faisait de petits voyages exigeait un hahit
particulier. Trianon voulait un habit rouge,
brodé d'or; Cornpiegne, un habit verl; Chois1·,
un bleu. L'habit de cbasse
était gros-bleu, galonné en
or; et la dispositiou du galon
indiquait le genre d'animal
que l'on devait cbasser. L'habit vert uni étail pour la
chasse au fusil, et tout ce qui
ai;compagnait le roi était vélu
comme lui.
C'est assez w'éten&lt;lre sur
un sujet dont les détails pourraient devenir ennuyeux. Je
remarquerai seuleme.nl que
les femmes onl toujours été
plus ditficiles que les hommes
sur l'étiquelte, soil que leur
existence, déja remplie de tant
de détails, ne leur parüt pas
encore assez génée sans tous
ces usages souvent bizarres,
soit qu'elles aimassent d'instinct ces marques de respect.
La reine, femme de Louis Xl V,
ful une des princesses qui
contriliuerent le plus a les
établir en France, en se monDE VERSAILLES : LA CIIA)IBRE A COUCHER DIJ. ROi (APRES 1700).
trant extremement jalouse des
honneurs qu'on lui devait.
une calamité pour la société, et voila pour- Élevée en Espagne, cette fiere prince~se ne
voulut jamais déroger un instant 1t la sévérité
quoi on luí en dérobait les occasions.
L'éveque diocésain avait seul le droit de &lt;le l'éti,1ucllc cspagnole.

a

a

Co.11TE DE

FRANCE D'HÉZECQUES.

- Une a,,enlure de police en 1808
a

a

la mort, pendant la terreur de 1795, le
11 y avait Lyon, en 1808, un négociant
nommé Gérard, et qu'on désignait sous le logea au premier étage, sur la rue, daos une
laquelle attcnait un cabinet. U
nom de Gérard-Culotte, surnom qu'il devait chambre
l'habitude qu'il avait gardée de porter des était huit heures quand il arriva; il était tres
culottes quand tous les hommes jeunes ou de fatigué, demanda a soupcr, et se coucha
moyen age portaienl le pantalon révolutionnaire. Ce négocianl s'avisa de faire une banqueroule d'un million. Une banqueroute d'un
million sur la place de Lyon, on ne se rappelait pas une cataslropbe de cette importance!
Un million était une somme prodigieuse a
cette époque 011 l'on ne comptait pas encore
par milliards !
La banqueroute était frauduleuse, tout le
monde le croyait et le disait. On savait que
Gérard était solvable et l'on apprenait qu'il
avait quitté la ville, soit pour passcr en pays
étranger, soit pour se cacher daos Paris, ou
lant de coquins, qui cbangeaient de nom,
d'babit et pour ainsi dire de visage, trouvaient
un asile dans les faubourgs peu fréquentés
par la police municipale.
Le commerce de Lyon s'émut, comme on
peut croire, de la disparition de Gérard, et
l'on résolut d'envoyer a sa poursuite. U fallait
une personne qui eut a Paris des relations
propres a l'aider dans sa mission. On jeta les
FoucHli, DUC D'ÜTRANTE,
yeux sur mon pere. Courtier de commerce
Grav11re de Coucm\ FILS,
depuis longtemps, il était estimé, et l'on savait qu'il pom·ait se faire recom:.nander au
ministre de la police, M. Fouché, par M. Nompere de Champagny, ministre de l'intérieur.
bien vite. 11 était dans son premier sommeil
Mon pere avait alors trente-buil ans environ; - et quel sommeil, que celui d'un voyageur
c'était un homme rassis, qu'on supposait ca- qui, d'une traite, vient de faire cent vingt
paule de mener a bien une affaire assez déli- licues en poste! - lorsqu'on frappa a sa
cate exigeanl aulant de prudence que d'acti- porte, sans l'éveiller d'abord, mais enfin si
vité; on pensait, en effet, que le banquerou- fort qu'il sauta bas de son lit, ouvrit et vit
tier, muni d'argent et supposant bien qu'on entrer mystérieusement un monsieur qui recourrait apres lui, ne manquerait pas de ferma la porte derriere lui, déposa sur une
ruses pour déjouer les habiletés de quiconque table qui occupait le milieu de la chambre la
viendrait le chercher daos le dédale de Paris, bougie avec laquelle l'avait éclairé le maitre
d'hótel, et dit a mon pere : « Habillez-vous,
ou l'on peut avoir dix logis a la fois et ou,
d'ailleurs, avec de !'argent, ou trouve toutes monsieur, j 'ai ordre de vous conduire chez
sorles de complicités pour le mal. Mon pere Monseigneur; un fiacre est en has qui nous
accepta la mission qu'on lui proposa et en attend. - Monsieur, je ne comprends pas;
avertit ma mere en !ni recommandant de dire monseigneur qui? - Monseigneur le duc
qu'il était a Roanne, pour se reposer pendant d'Otrante. - Ah! eh bien, monsieur, je
quelque temps. A Lyon on n'ébruita pas l'af- comprends moins encore. Mais tenez, je suis
l'aire, et notre cher voyageur partit une nuit, excédé de fatigue, si vous le permettez, nous
dans une chaise de poste qui l'amenait aParís remetlrons a demain ma visite a Son Excelau bout du troisieme jour. C'était bien aller, lence. D'ailleurs, je n'ai pas encore ouvert
dans ce temps ou il fallait cinq jours et trois ma malle et je n'ai pas d'hauit décent pour
nuits pour aller de Lyon a Paris en diligence. me présenter devant un ministre. - L'habit
Ce fut l'hótel de la Jussienne-, rue de la de voyage est excellent; batez-vous, MonseiJussienne, que le dernier postillon descendit gneur n'aime pas a attendre et d'ailleurs il
mon pere. Le maitre de l'hótel, qu'il avait m'a dit que la chose pressait. - Allons done,
connu lorsqu'il avait été obligé de fuir notre puisque Monseigneur le commande. »
Mon pere fut bien tót habillé; il descendit,
ville pour échapper a la prison ·et sans doute

a

a

a

a

►

suivant le monsieur noir, et quand il passa
devant le maitre d'hótel, cclui-ci lui dit a
l'oreille : &lt;( Tachez de me faire savoir demain
ou vous serez. n Cetle recommandation ne
ra~sura pas mon ¡.,ere, qui reva tout de suite de
pr1son pour un crime dont il se savait tout
fait innocent; mais quel crime? Si has qu'et'1t
parlé le maitre d'hotel, le monsieur noir
l'avait entendu et était parti d'un éclat de
rire, bientót comprimé. Le maitre d'hótel
~~nai~sait l'homme qui emmenait mon pere;
il 1 ava1t v°: s~uvent dans sa maison remplissa~~ des m1s,s!o~s dont le secret, si bien gardé
qu il, f?t, _n eta1t pas sans avoir été pénétré
par I hoteher. Plus d'une fois il avait ,,u em~ener nuitammenl par le messager du duc
d O_trante des personnes dont ¡¡ n'avait jama1s eu de nouvelles depuis leur enlevement.
Mo_n pere était, a n'en pas douter, un criminel
d'Eta~, u~ homme compromis dans quelque
consp1rat10n , dans quelque intrigue politique,
un agent des Bourbons ou un membre d'une
société républicaine.
Le voyage de la rue de la Jussienne l'hótel
du ministre de la police parut long a mon
pere qui se creusait la tete, comme on di t
vulgairement, pour deviner le rnot de l'énigme
obscure q~e 1~ monsieur noir avait proposée
a sa persp1cac1té. 11 faisait sérieusement son
examen de conscience pour savoir commen t
lui, citoyen paisible et tres dévoué al' Em pere~r, pouvail avoir affaire a la police de Sa
~laJeslé. Enfin il arriva et fut introduit dans
le ~abi?et de l'ancien oratorien de Juilly. U
éta1t du beures. Le duc d'Otranle, lui montrant un siege, lui dit :
C( Vous arrivez de Lyon, monsieur Jal, et
vous_ venez Paris pour chercher un banquerout1er frauduleux. Je sais cela, le télégraphe
me l'a appris.
- Le lélégraphe a dit vrai; je me nomme
Jal, j'arrive de Lyon, et je poursuis un certaiu Gérard qui fait tort d'uu million au commerce lyonnais.
- Si je sais cela, je sais encore autre
chose. On doit vous assassiner cette nuit et je
voulais vous en prévenir. »
~fon pere se leva, pale, balbutiaot, et retomba sur son fauteuil.
« Remettez-vous, monsicur, j'ai pourvu a
tout.
- Mais, monseigneur, je vais changer
d'hotel. •
- Et passcr la nuit peut-etre daos le
mien, dit en riant le ministre. Mais non·
vous allez retourner rue de la Jussienne e~
vous mettre dans votre cbambre. Comme votre prétendue arrestation a mis tout le monde

a

a

a

�111STO'l{1.ll
en éveil, pour des motifs différents, en rentrant diles tout baut au maHre de l'botel :
ce Révcillez-moi demaiQ matin de bonne heure;

U:--E

)Ion pere sa\ua et rentra a l'hotel de la
Jussienne, fort peu satisfait de ce qu'il venait
u'apprendre, a dcmi rassuré par la promesse

ANCIENNE AUBERGE PARISJE.,¡NE : LE

e COMPAS o'OR ., RUE :'&gt;IoNTORGUEIL.

Dessi11 de RoemA.

une affaire importante m'appelle chez le ministre de l'intérieur. &gt;&gt; Puis couchez-vous, et
ne dormez pas.
- Recommandation bien inutile, monseigneur; je n'ai plus sommeil, je vous assure.
- Ah! j'oubliais. Ne changez ríen a l'état
présent de votre chambre; vous m'entendez
bien?
- Oui, monseigneur, j'entends et je ne
comprends pas.
- Vous comprendrez plus tard. Lorsque
minuit moins un quart sonnera a l'horloge
de Saint-Eustache, allez tout doucement ouvrir la porte du cabinet qui est a gauche
contre la fenetre et rentrez dans votre lit
sans bruit. A minuit ou peu aprcs, vous enLendrez frapper au mur sur h~quel est appuJé
votre lit. On démolira le mur a la hauteur
du plancher; ne bougéz pas, ne soufílez pas
et laissez-nous faire. Allons, adieu, rnonsieur
Jal. Demain, ,·enez déjeuner avec moi a onze
heures. Rentrez vite. Pardon si je ne ,·ous
dis pas : Bon ne nuit ! ,\ demain, a demain.
- Aux ordres de Votre Excellence. Mais,
pardon, Volre Excellence est-ellc bien sure ....
- Soyez tranquille, tout ira bien. Mes gens
ne passent point pour maladroits, vous le
savez. »
Le duc d'Otrante sonna alors; I'homme
noir entra.
« Reconduisez monsieur a son hotel et assurez-vous ... vous m'entendez?
- Parfaitement, monseigneur. &gt;&gt;

du ministre, car si ses agents n'avaient pas ce
jour-la, par basard, leur habileté ordinaíre ....
L'homme noir avait laissé a la porte de !'hotel
son compagnon venu en /lacre avec lui jusqu'au coin de la rue, et mon pere remarqua,
pendant qu'il sonnait a la porte, que l'agent
du ministre s'approchail ue deux bommes qui
passaient devanl la maison; il rentra saos
en voir davantage, et n'oublia pas de dire a
son hote : &lt;1 Éveillez-moi demain de bonne
heure, ele. 1&gt;
Les choses se passercnt comme l'avait annoncé M. le duc d'Otrante. A onze heures
trois quarts, mon pere alla ouvrir la porte du
cabinet, se remit au lit et allendit plus mort
que vif le premier coup de marlcau donné a
la muraille. Peu de bruit d'abord, puis des
coups plus forts, enfln une ou deux hriques
tombant, un lrou se praliquant et grandissant
jusqu'a ce qu'un homme pul y passer. Ce fut
le moment terrible. ~Ion pere entendait ramper sous le lit l'assassin qu'il supposait armé
d'un poignard; il al'ancait lentemeot el avanc,iit toujours; un autre le suivait. Mon pere
cntendait cela et rien autre. Tout a coup la
lu miere se íait; deux Jan ternes sourdes éclairent la sccnc, démasquées a la fois, et ceux
qui les portenl meltent le pied sur les deux
assassins couchés a terre. Un coup de sifflet
part, et deux agents cachés jusqu'alors dans
le cabinet viennent preter main-forte aux
premiers. Mon pere regarde sans voir ; il se
sent plus pale que jamais, il tremble et ne

commence a se rassurer que lorsque le monsieur noir, renlrant dans sa cbambre un ílambcau a la main, luí dit : &lt;( llonseignrur rous
attend a déjeuner demain, n'I manquez poinl.
Dormez maintenant. Adieu, monsieur. 1&gt;
11 ne dormit guere; le trou béant ne luí
plaisait pas. (&lt; Si un troisieme voleur venait? &gt;&gt;
II repoussail cette pensée, laissail allumée sa
bougie et se demandait pourquoi on avait eu
la pensée de l'assassiner. Élaicnt-ce des gens
de Gérard-Culolle qui l'avaient suivi depuis
Lyon? :Xon, il n'avait vu aucune chaise de
poste derriere lui. Mais quoi? Et puis comment le ministre avait-il deviné, appris le
complot fait cootre sa vie? La nuit se passa,
ces doutes en remplirent les longues beures;
enfin le jour parut.
C'élait en été, quand lejour vient vers quatre
heures du matin. Mon pere, un peu remis de
ses émotions, pul s'endormir quand il se fut
bien assuré que le lrou pratiqué sous son lit
avait été bouché avec des planches qui allendaient le macon. A sept heures, le mailre de
l'h&lt;ilel, qui avait pris au sérieux la prierc que
luí avait faite son voyageur de l'éveiller de
bonne heurc, vint frapper a la porte de la
cbambre pour avertir mon pere qu'il était
temps de se lever. Le dormeur réveillé remercia et reprit son somme. A onze beures moins
un quart, une voilure de place le dépornit a
l'hotel de la police. L'ancien proconsul de
Lyonqui avait mérité d'en etre rappclécomme
trop modéré, était un bon homme, quand il
n'avait pas d'intéret 11 mal faire. - Il rrcut
done son invité avéc une politesse toutaimable,
mais en le voyant enlrer dans son cabinet, il
ne pul retenir un bruyant éclat de rirc.
« Eh bien, monsieur, vous voila vivant et
disposé, j'espere, afaire honneur au Mjeuner.
Vous voyez que quand nous veillons, on n'arrive pas jusqu'au corps d'un homme pour le
percer d'un poignard. Avez-vous cu peur?
- Mais, monseigncur, quoique Votre
Excellence m'ait affirmé que.je n'avais rieu it
craindrc, je n'ai pas été sans une vive appréhension.
- Je comprends cela; mais une autre
fois ... ajouta le duc d'Otrante en sourianl.
- Comment! uneautrefois, monseigneur'!
Est-ce que je cours encore quelque risque de
celle es pece?
- )lais cela pourrait etre si vous conlinuez a etre aussi imprudent que vous l'avez
été celte fois.
- Aussi imprudent ! Je ne me rappelle
pas ....
- Oui, si vous laissez prendre par des
valets d'hotcl, daos les pc;ches de volre chairn
de posle, les sacs d' or et d'argent qui y seront,
el si, au lieu de les confier au maitre du logis
que vous allez halJiter, vous les laissez sur la
table de rotre chambre a la vue de tout le
monde.
- C'est vrai, monseigneur, j'ai fait cela,
mais me voila corrigé, et désormais ... .
- Je vous crois, monsieur. Voyez-vous,
une autre fois il se pourrait que je ne pussc
pas arriver a temps pour vous préserver.
- Mais, permettez-moi, monseigneur, de

U'IY'E AVE:NTU1fE D'E POI.1C'E 'EN 1808 - - ,

demander a Votre Excellence comment vous
avez pu arri ver a temps cette fois.
- Rien de plus simple. II y a, ou plutot
il y avait a l'hcitel de la Jussienne trois domestiques; quand le Iouet de votre postillon
!es a avertis de l'arrivée d'une voiture de poste,
ils se sont hatés de courir a la voiture, de
prendre les par¡uets que vous leur tendiez
les sacs que vous tiriez des poches de l~
chaise, tous vos elfets, en un mot, et meme
une paire de pistolets chargés que vous lem·
a,•ez recommandé de ne pas loucher saos
précaulion. Le mailre de l'hotcl vous a précédé daos une cbambre ou vous avez déposé
sur une table ronde placée au centre \'OS pistolets et vos sacs assez lourds.
- Tout cela, monseigneur, est de la plus
parfaite exactitude.
- Quand vous avez été installé1 les domestiques et leur maitre vous ont quilté et
bientcit ils on t comploté le vol de votre ar11~n t
.
o
'
el au _besom votre mort pour le prendre. La
quesl10n du partage a fait nailre une discussion ; un de, valets a été écarté, et aussitcit,
pour se venger de se, camarades, il est accouru chez moi et m'a tout révt!lé. Je n'ai pas
perdu un instant; un de mes agents - vous

le connaissez maintenant - a pris ses mesures pour faire avorler le complot et saisir
les assassins au moment ou ils ne pourraient
se défendre d'avouer la tentative de vol et de
meurtre. Vous vo1ez que ce n'cst pas difficile. Deux des voleurs son t arrétés et ils
expieront leur crime; quant au troisieme, qui
n'a été honnele que par la faule de ses camarades, nous aurons \'ceil sur lui. ,,
Mon pere remercia fort le duc d'Otrante.
Cette affaire vidée, le ministre s'intéressa a
celle qui l'amenait aParís. 11 donna des conseils et mieux que cela : un agent d'une
intelligence éprouvée ne quilla pas mon pere
pendant une chasse de plusieurs jours donnée
a Gérard qui échappait toujours aux deux
cbasseurs. Gérard avait une police a lui, bien
payée, l'avertissant 11 temps de l'approche du
danger; il avait aussi plusieurs domiciles,
couchant tantot dans l'un, tantot dans l'autre.
Enfin, il quittait París et gagnait Saint-Denis,
lorsc¡ue mon pere le rejoignit et le fil arre ter.
La police le ramena a Lyon, ou il euta rendre
ses comptes devant le j ury crimine!.
A son retour, mon pcre mit en scene pour
nous les é,·énements de re petit drame, dont
le succes, tres llalteur pour l'administration

du duc d'Otrante, ne fut peut-étre pas inulile
i1 celle de M. le due de Rovigo. Ce dernier,
qui avait su se refaire des agents, malgré le
soin que Fouché avait mis a luí cacher tous
ses moyens d'action, sul sans doute aussi
s'inspirer de leur expérience, et l'une des
premieres mesures que prit le successeur du
duc d'Otrante fut de veiller sur « une classe
de gens qui demande une confiance de tonte
sorte et n'en mérite souvent aucune. &gt;&gt; 11 vil
dans le choix des domestiques un danger dont
il crut devoir prémunir ceux qui s'en scrvaicnt, et a cet effet il imposa a tout servitcur
un livret et défendit a qui que ce ft1t de
prendre des domestiques qui ne rempliraicnt
pas cette cond iLion.
Cette mesure, renom·elée d'un arrct du
parlement de Rouen en dale du 20 mars 1720,
devait elre aussi utile que le ful plus lard
l'ordonnance du 19 novembre 1851, par
laquelle M. Gisquet enjoignait it tous les babitants de Paris indistinclement, de !aire dans les
vingt-quatre heures, au commissaire de police
de leur quartier, la déclaration des personnes
qu'elles logeaient, mtlme a litre gratuit, sous
peine d'encourir les amendes et condamnations
définies par la loi du 27 ventóse an IV.
A. JAL.

Prisons d'Étal
Tous les étrangers, dans leurs récits, ont
peint avec de vives couleurs les tristes elfets
du gouvernement despolique des Russes, et
cependant il est juste d'avouer qu'a cette époque nous n'avions pas complétement le droit
de déclamer ainsi contre le pouvoir arbitraire
qui pesait sur la ~foscovie. Ne voyait-on pas
encore chez nous, daos ce temps, Vincennes,
la Bastille, Pierre-en-Scize et les leltres de
cachet? Sous Louis XVT on faisaitpeud'usage
de ces lettres, mais pendant le regnede Louis
XV, chez son ministre le comte de Saint-Florentin, on les prodiguait et meme on les vendait.
Voltaire s 'était vu renfermé a la Bastille;
~l. de Maurepas avait subi un exil de vinglcinq ans. Le moindre caprice d'un commis
envoyait sans formes a Cayenne les citoyens
qui lui déplaisaient. Je me rappelle, ace propos, que dans mon enfance on m'a raconté la
triste aventure d'une jeune bouquetiere, remarquable par sa beauté; elles'appelaitJeannelon.

Un jour M. le chevalier de Coigny la rencontre, éblouissante de íraicheur et brillante
de gaieté ; il l'interroge sur la cause de cette
vive satisfaclion. « Je suis bien beureuse, dit&lt;• elle; mon mari est un grondeur, un brutal;
(( il m'obsédait; fai été chez M. le comte de
&lt;( Saint-Florcntin; madameS ... , qui jouit de
&lt;( ses bonnes graces, m'a fort bien accueillie,
(( et, pour dix louis, je viens d'obtenir une
ce lettre de cachet qui me délivre de mon
(( jaloux. 1&gt;
Deux ans apres, ~l. de Coigny rencontre la
meme Jeanneton, mais triste, maigre, pale,
jaune, les yeux battus. « Eh! ma pauvreJean« neton,lui dit-il, qu'etes-vous done devenue?
« On ne vous rencontre nulle part, et, roa
ce foi ! j'ai eu peine a vous reconnaitre.
ce Qu'avez-vous fait de cette fraicheur et de
(1 cette joie qui me charmaient la derniere
(1 fois que je vous ai vue?
« -Hélas ! Monsieur, répondit-elle,j'étais
« bien sotte de me réjouir. ~fon vilain mari,
&lt;( ayant eu la meme idée que moi, était alié

« &lt;.le son coté chez le ministre, et le meme

« jour, par la meme entremise, avait acheté
un ordre pour m'enfermer, de sorte qu'il
en a coíllé vingt louis a notre pauvre mé« nage pour nous faire réciproquement jeter
&lt;( en prison. »
La morale de ceci est qu'un voyageur, avant
de critiquer a\'ec trop d'amertume les abus
qu_i le frappent dans les lieux qu'il parcourt,
do1t se retourner prudemment et reo-arder en
arriere, pour voir s'il n'a pas laissé,"dans son
prop~~ pa}S, des abus tout aussi déplorables
ou r1d1cules que ceux qui le choquentailleurs.
~n frondant les autres, songez, vous, Pruss1ens, a S~anda w; Autrichiens, au Mongatscb
(en Jlonr1e) et aOlmutz; Romains, au chateau Sa1?t-Ange; Espagnols, a l'Inquisition;
Hollan~ais, aBatavia; Francais a Cayenne, a
la Bastille; vous-memes, Angla is, a la tyrannique presse des matelots; vous tous, enfin
a cctte traite des negres qu 'apres tant de révo~
lutions, a la honte de l 'bumani té, i1 est encore
si difficile d'abolir completement.
&lt;(
&lt;(

COMTE DE

SÉGUR.

�LE VO'YJlGE 'ET L''ÉC11.JfNGE DE .MADJtME J{O'YJlLE ~

G. LENOTR.E

+

Le voyage et l'échange de Madame Royale

puissiez-vous bientot etre rendue a la patrie,
vous
el tous ceux qui peuvent faire son
obtint cnfin sa liberté, Je Dircctoire ayant rúo)u de
bonheur~.
l'échangc:r contTc Ju ci-dcvant conve.ntionnrls et Ju
La portiere se referme, la berline s'ébranle,
diplomatu franfais qu• I' Auttichc gardait prisonnicrs.
Le ministre. de J'Jntéricur,Biné.zcch, avait me.ni i. bien la
s'éloigne sur le houlevard dans la direction de
nigociation, en dipit du zclc maladroit de l'ambassadcur
la Bastille. Bénezech a ce moment tire sa
!osean, M. Carl&lt;tti, rappcli par son souvcrain.
montre: il est minuit 5 • En ce jour qui finisMadame Royal• quitta sa prison dans la nuit du 1 8 disait, 1~ décembre 1795, Madame Royale,
cembrc 1795. EII• y laissait Lasn&lt;, l'un d• ••• gcoli•rs, et
Mm• d• Chantcr•nne, - sa chore ~••et, - qui, d•puis
née le f8 décembre 1778, terminait préciséqudquu mois, était sa compagnc volontairc de captivité.
ment sa dix-septieme année.
La Allc d• Louis XVI allait voyager, incognito, jusqu'a
La voiture qui l'emportait vers la liberté
Bal•, liw Axi pour J'échang•, en compagnie de Mm•
sortait de Paris, une demi-heure plus tard,
de Soucy, une ancicnne. :amjc de Maric-Antoinettc, du
capitainc de gcndat'mcric Méchain, c.t de Gomin, le
par la barriere de Reuilly el s'engageait sur
plus ancien de ••• gardiens, dont clic avait appréció
la grande route de Bale. A une heure du male dé.voucme:nt. Une aultc voiturc dcvait suivrc, portant
tin elle s'arretait devant la maison de poslc
le nis de Mmc de Soucy, le Ad&lt;lc Huc, ancicn servide Charenton, premier relai~. Le courrier qui
tcur d• Louis XVI, le cuisinicr du Temple Meunicr, le
portc-clef Baron et une. fcmmc de confiancc, M me. de
précédait les voyageurs avait, d'avance, comVarcnncs. Le ministre Bénúcch avait présidi a tous
mandé les chevaux nécessaires; mais les poslc.s pi-éparatjfs d c·est lui qui vint ouvrir a l'orphclinc
tillons refuserenl les assignats : il fallul payer
le.s portes de sa pl'ison.
en numéraire. Ce fut le seul incident de la
Dans la rue du Temple, obscure et silen- nuit: la berline roulait sur le pavé, a l'allurc
cieuse, ~[adame Royale marchait au bras de tres modérée d'une lieue et demie a l'heure;
Bénezech. Gomin et le secrétaire- du ministre elle traversa Boissy-Saint-Léger, relaya pour
suivaient, portant un paquet el un sac de nuit. la seconde fois au tourne-bride de Gros-llois,
Le grand portail franchi, on a _tourné a puis, au petit jour, a Brie-Comte-Rohert. A
droite, passé devant l'église Sainte-Elisabetb, Guignes. ou l',m arriva vers neuf heures, on
et longé la rue du Temple jusqu'a la rencon- mil pied a !erre et J'on entra a la poste pour
tre de la rue Meslay; c'est le trajet du roi se déJeuner. Nul ne parut se douler de la qualilé
rendant a la place de l'échafaud. En chemin, des voyageu$es.
Apres une heure de repos, on se remit en
le ministre cause avec sa compagne, lui donne
des eonseils, tui parle « du role qu'elle doit roule : deux lieues j usqu'a Mormant; trois
jouer l&gt;, lui recommande C( de regarder le ca- autres licues jusqu'a Nangis; vers quatre
heures apparut, a gauche de la roule, la
pitaine Méchain comme son pere 1 ».
Rue Meslay, la voiture du ministre sta- grosse tour César, de Provins. La berline
tionne; il y fait monter la princesse: Gomin entra dans la ville, suivit le dédalc des rues
également y prend place. Le carrosse, ce apres et s'arreta devant la Poste; des curieux s'aquelques tours dans les rues », arrive sur le masserent autour de la voiture : la princesse
boulevard, en face de l'Opéra 2 ; ou attend, pul se croire reconnue. Quand on partil, le
lanternes allumées •, la berline de voyage : relais payé, Méchain s'aper\'ut qu'un officier
déja Mme de Soucy et le capitaine Méchain y de dragons suivait la berline : re cavalier
sont installés: un courrier a cheval surveille l'accompagna durant quatre licues, jusqu'a
Nogent-sur-Seine, ou l'on parvint a la nui t
la chaussée déserte.
~[adame change de voiture, remercie le mi- close. L'officier, que rien n'ob\igeait a la discrétion, avait annoncé le passage de la filie
nistre qui se découvre et s'incline.
de Louis XVI; quand celle-ci descendit de
- Adieu, Monsieur, dit l'orpheline.
- Allez, ~!adame, répond le ministre, et voiture, pour C( se rafraichir » a la Poste, les
4. Pasloret. Notice su,· Marie-Thérese de Fnmce.
1. Lell, e ,le Madame Roya le il Mmc de Chanterenne cilée par M. le marquis Costa de Beauregard. Paris 1851.
5.
Ce détail esl relaté par Dcaucbcsnc.
2. Beauchesue écril: • Dans la rue de IJondy, de1'6. Nous suivons, pour le réril de ce voyage. deux
11it,-e l'u¡.,cra. » Cependanl, Madan:11: Royal•_, dans ~a
lettre il Mme de Chanterenne, precISe: • ~ous arr1- narrations qu'rn a laissées ~!adame Ro,rale: l'u_ne dans
v:imes sur les boulcvards, en face de l'Opéra. » une lellre á illme de Chauterenne qua publiee M. le
L'Opéra était situé a l'emplacemenl actuel du Lhéiilre marquis Costa dP. Beauregard, l'autre qu"~lle_donna a
Gomm el dont Beaucbesne a cu commun1cal1on. Aux
de la porte Saint -Marli n.
3. • Au citoycn Bergcr, pour deux livres ele bougie détails q_u'elle donne ~ous. ajoutuns ceux que, nous
pour les lantPrnes, 1000 ltvres (en assignals). » Dé- avons pu1sés chei les h1slor1ens des local,tés qu elle a
traversées.
¡,ense pour le voy age de la fi lle du demie1· mi a
7. Histoire de Nogent-sw·-Scine, par A. Aufaurc.
Bale. Archives nalionales F' 2315.
Apru plus d• ttois ans d• captiviti dans la Tour
du T&lt;mpl•, la Alle d• Louis XVI, .Mt1d11m• ~•y11I,,

curieux s'attrouperent pour la voir: la cour
en était remplie; d'autres stationnaient dans
la rue, malgré l'obscurité et le temps pluvieux. L'hoteliere s'empressa, respectueuse;
les Nogentais, lorsque la princesse remonta
en voiture, « la comblerenl de bénédictions
et lui souhaiterenl mille félicités 6 »
La grand'rne, la nrn dll l'Étape-au-Vin,
puis la porte Je Troyes 7, et voici df' nouveau
la berline roulant, daos la nuit, sur la grand'route, au trol régulier de ses six chevaux
frais. Trois lieues apres Nogent, elle lraversai t la longue plaine ou se trouve le relais
des Granges; enfin, trois licues plus loin
encorc, on fil halle, vers onze heures du soir,
au hameau des Grez, ou les voyageurs passercnt le reste de la nuit : ils se trou,·aienl a
trente-quatre lieues de Paris et éiaient en
rou le depuis vingt-trois heures.
Tandis qu'on soupail, la mailressc d'auherge raconta que l'ambas•adeur dr Toscane,
M. Carlelti, - qui, ayant re{'.u du DirecLoire
ses passeports, regagnait les États de son
souverain, - avait relayé la quelques beures
auparavant, et annoncé le prochain passage
de la pri11cesse.
On dormil, aux Grez, six lwures. Bien
avant l'aube, on était en chemin; le jour
pointait a peine derriere les vignes de Vermoise, quand on passa :, l"aubcrge de la Malmaison : vers neuf heures la berlioe atteignait les premieres maisons Je Troyes.
Méchain avait organisé le voyage de l'.i~on
a ne pas faire arret dans les grandes villes :
aTroyes,on nedevait, d'apres son programme,
que relayer et reparli r aussitot. Mais, a la
Poste, rue de la Montée Saint-Pierre 8 , le relais manquait: ~t. Carlelli avail pris tous les
chevaux disponibles; il fallut attendr-0. Vers
onze heures seulcmenl, la !Jerlioe sortait de
la ville par la porte Saint-Ja~ues. A Montieramey, 4uatre lieues et demie plus loin, nouveau retard: le courrier Chasaut 9, C( un bien
bon homme », dit ~[adame Iloyalc, et qui
prenait beaucoup de peine a faire marcher les
postillons et a préparer les relais, Cbasaut
Troycs, 1859: la rluchessc d'Angoult,mc passa par Nogent, le 10 aoul 1816, mais ne s'y arreta pas.
8. les rues de Troyes a11cie1111es et modenies,
par Corrard de Bréban. Troyes, 1857.
,

9. Madame Royale, dans le récil publié par M. Co~ta
de Beaureg~rd, appelle cet homme C!1arra. Je réta~lis
son nom daprés un rapporl adressc par ce courr1er
lui-méme au ministre de l'lnlérirur (Archives nalie&gt;nales F• 2315). Cbasanl, au com·s du voyagc, usa
complclement une culolle de eeau de daim, une redingote de drap blcu et une paire de hol tes: il re~ul,
pour indemnilé, 20000 francs en assignals.

déclare que le maudit marchand de toile
vienl la encore d'accaparer tous les chevaux:
c'est ainsi qu'il désignait le comte Carletti,
dont la voiture étonnamment chargée de ballots, rcssemblait, disait-il, a celle d'un forain.
La poste suivante était Vendeuvre: on n'y fut
qu'a huit heures du soir, n'ayant parcouru,
en onze heures, C[UC sepl licues. Le capitaine
Méchain, excédé du retard, se présenta a la
municipalité du lieu, et y exhiba son passeporl, l'autorisanl a passer, par ordre du gouvernemenl, lous autres voyageurs. Carlelli
qu'on avait rejoint, tempeta, mais il dut s'incliner : madamc Royale et sa
suite souperent a la poste el
quitlerent Vendeuvre a onze
heures du soir. On traversa
Bar-sur-Aube en pleine nuit ;
au point du jour la herline
montait la rude cote des bois
de ~forillon, du haut de laquelle on découvre, par les
temps clairs, un immense amphithéatre de collines oi1 se jalonnent, a huit licues !'une de
l'autre, les villes de Chaumont
et de Langres.
On arrivait alors aChaumont
par la vieille porte de l'Eau et
par le carrefour Dame-Aillotte.
Sans allcr jusqu'a la place, on
entrait dans la rue de l' Homme-Sauvage ou se trouvait !'hotel de la Poste, anciennement
nornmé de la Fleur-de-Lyst,
désignation que lui avail conservée, meme au temps de la
Révolutio)l, la routine locale 2 ;
l'hóteliere, la citoyen ne Royer,
étail agée, en 1795, d'une cinquantaine d'années. C'est devant sa maison que, le lundi 21
décembre, a neuf heures du
matin, s'arrela la voiture de
Madame Royale. Comme il faisait beau, celle-ci était descendue de la herline avant d'enlrer
en ville et, en compagnic de
Mmc de Soucy, avait monté a
pied la cote de la Voie-de-1 'Ean.
Comment l'incognito de la
fille de Louis XVI fut-il dévoilé?
Lombard, de Langres, prétend
&lt;( qu'un individu, chargé de
I'accompagner, au lieu de taire,
comme il le devait, le nom de
la princesse, semblait prendre a tache de
le faire deviner l&gt; •. Cela ne ressembJe guere
La rue. s'appclait dans !'origine, rue Gil/es d'en
des etrangers étanl venus au xv• siecle s'inslaller ~ans une auberge de celle rue, pour y montrer
lll! pretcndu sauvage, cet établisscmcnt puis la me
p1:1reul le nom de l'Homme sa11va9e. Histofre de la
vil/e de Chaumont, par E. Jolibo1s.
1.

J/aut i

2. Quelques lteures á Chau111011t en septembre
1828.
5. illémoi,-es a11ecdotiques pour servil' a l'ltistoil-e
de la 1/évulution fi·anfaise, par Lumbard de La11gres, ancien ambassadeur en Jlolla11d~, I, 13-1.
4. London. Public Record Office. Switzerland . .llliscellmieous papen, n• 13 (F. O.) .111. lllerian to lurd
Gra11ville. L:ommunication deM.C.-IJ. Bourcart, de Bale.

aux précautions du craintif Méchain; je
croirais plutót que l'indiscrétion vint d'un
peintre qui, depuis París, suivait Marie-Thérese et parvint a faire son portrait, &lt;( en saisissant, a toutes les stations, le moment de
donner quelques coups de pinceau sans etre
aper\'u' ».
De quelque fa\'on que ce soit, le bruit se
répandit aussitot dans la ville que l'orpheline
du Temple était a la Fleur-de-Lys, el la population, tres émue, s'amassait autour de
l'hotellerie 6 • Le conseil municipal s'assembla; deux de ses membres, envoyés par le

LES TOURS DU TEMPLE.

D apres une gravure d1' Cabinet des Estampes.

maire, les citoyens Abraham et Picard, se
présentcrent a la princesse, ce offrant de la
5. Quelques heu1·es a Chaumont e11 1828.
6. ld.
7. 11/émoires ele Lombard de Langres.

8. La duchesse d'Angoulerue passa par Chaumont
en 1818. Aprils les réccptions ofITcielles de la préfe,·Lure, réceptiom au cour, d~;quelles elle se montra
severe el pcu accueillante, a son ordinaire, elle voulut
revoir !'hotel ou clic avait séjourné pendnnt deux
hcurcs, lrenle-trois ans auparavanl. Mme Royer vivail
cncore: veuve et oclogénaire, elle lenait toujours la
Plew·-de-Lys, aidée de ses deux fils. Elle l/ensa mourir d'émot,on en recevant l'augusle vis,teuse : « C'e•t bien vous, lui dil la ducbesse d' Angouleme,

conduire a l'hotel de ville ou de demeurer
aupres de sa 'personne, pendan! le temps de
la halte, pour rendre hommage a son rang et
a ses infortunes 6 ». Elle préféra rester a
!'hotel. )léchain, qu'on prenait pour un of{tcier autrichien, tres embarrassé de son personnage, protestait de ~on mieux, exhibant
son passeport, affirmant que l'une des voyageuses (Mme de Soucy) était sa femme, et
que l'aulre (Madame Royale) était sa filie ;
meme, pour plus de vraisemblance, il afTectait d'appeler celle-ci Sophie, familierement;
mais ces dénégations ne refroidissaien t pas
l'entbousiasme des curieux;
ils réclamaient la bonne dame,
la bonne princesse, ils pleuraient de joie, ils s'afíligeaient
de son départ, ils faisaient des
,•reux pour son bonheur. L'un
des municipaux qui ne la quittercnt pas, lui dit:
- Cetlc afíluence, )!adame,
n'a ricn que de satisfaisant
pour Votre Altesse Rople ;
c'est ici a qui pourra voir ce
qui nous reste de Louis XVI'.
Marie-'fhérese déjeuna d'une
tasse de lait et de fruils;
Mme Royer, qui les lui présenta, voulut la servir ellememe el quand le repas fut
terminé, elle mit a I' écart,
comme des religues, le bol,
l'assiette et les couverts don l
la princcsse avait fait usage,
et les conserva pieusement jusqu'a la fin de sa vie 8•
Le départ eut lieu parmi les
acclamations el les )armes.
Longtemps aprcs que la berlióe eut passé la porte SainLMichel el disparu sur la roule
de Langres, Chaumont fut en
rumeur.
Les voyageurs n'étaient pas
moins émus. L'orpbeline proscrite avait le cccur gros de
quitte.r cette France qui lui
Lémoignait tant d'attachement
et d'hornmages. ce Que! changement des départements a
Paris, écrit-elle 9 •••• Ah! que
cela me fait de mal el de bien!
On murmure tout haut contre
le gouvernement. On regrette
ses anciens maitres et meme
moi, malheureuse ! Coro.me je suig attendrie 1
Que! dommage qu'un pareilchangement n'ait
je vous reconnais; c'est vous qui m'avez autrefois fait
si bon accueil, je ne l'ai pas uublié 1 » Elle tendil la
maiu a la bonnll femme qui étoulfail de sanglots. La
de _Chaun,ont, jusque-la lrés attristée de
f,aopula!ion
fro1deur deda1gneusc de llladame, l'ut électt-isée
de celte visite: ou en plcurait d'altendrissemcnt. Le
soir, au gala de la Prefeclure, trois feu,mcs seulemenl furent admises : la duchesse de Cres, la marquise de 0almatie et... la ,,euve Royer, qui se soutena1t a peine el pour qui Madame fut tres alfable. • Je
crois que voila la bonne mere, dit-elle. • Quelques
hew·es

a Chaumo11t

e11

1828.

9. Lettre d'lluuingue a Mme de Chanterenne, cil,1e
par M. le marquis Costa de Beauregard.

�,

, - ·Jl1STO'l{1.ll
pas eu lieu plus tot ! Je n'aurais pas vu périr
toute ma famille et lant de milliers d'innocents. »
&amp;fadame Royale semlile, malgré la familiere
promiscuité du voyage, tenir a dislance
Mme de Soucr; Pile regrette Mme de Chanterenne. Pourr¡uoi l'avoir privée de la compagnie de Rene/e, et lui imposer &lt;1 celle femmela, a qui on a permis d'emmener son fi Is et
sa femme de chambre, landis qu'on lui refuse, a elle, une servante ». - « J'ai besoin
de donner roa con/lance, ajoule-t-elle, et
d'épancher mon crnur daos le sein d'une personne que j'aime, ce que n'est pas celle qui
me suit, car je ne la connais pas assez pour
luí dire tout ce que je seos 1 • »
A l'égard de l'humble Gomin, elle se
montre plus indulgente : « Ce pauvre homme
la sel'l avec un soin extreme; il se donne
beaucoup de mal et ne prend le lemps ni de
manger ni de dormir. )) Quant au capitaine
Méchain, il esl bon, mais tres &lt;1 peureux » ;
il craint sans cesse que les émigrés ne viennent enlever sa princesse ou que les terroristes ne la tuent: en outre &lt;&lt; il veul faire un
peu le ma.ltre; mais Marie-Tbérese y mel bon
ordre » : dans les auberges, il l'appelle : ma
fille, ou Sophie; elle lui répond toujours
monsieur cérémonieusemenl; et quoiqu'il
,·oie que cette farniliarité Mplait a la voyageusc, il s'ohstine, a cause de sa responsaliilité, dans cette comédie bien inutile, car toul le
monde, aux relais, en s'adressant a la proscrite, dit: Jl!adame ou ma P1·incesse.
Méchain, bonncte officier, sorli du rang,
toucbait a la cinquantaine, étanl né a Laon en
1748, d'un maitre platrier. Engagé il seize
ans au rJgimenl de Conti-Cavalerie, il élait
passé, apres douze ans de services, dans la
maréchaussée, en qualité de brigadier; la Révolution l'avait trouvé - et laissé - capitaine; il servait, daos ce grade, a Versailles
quand Bénezech le choisit, on ne sait pour
que\ motif, comme garde du corps de la fille
de Louis XVI, chargé de l'accompagner jusqu'a la frontiere et d'y recevoir les prisonniers de l'Autrichet.
Sans incidents, que des retards occasionnés
par les chemi ns détrempés et le manque de
chcvaux, la berline de Madarne Royal e parcourut en douze heures, dans la journée du
, 2 l décembre, les quaLOrze lie11es qui séparent
Chaumont du bourg de Fayl-Ilillot. Elle s'arreta la a onze heures d u soir et l'on fut
obligé d'y coucber. La princesse passa la nuit
dans une maison de la grande rue, faisant
face au chemin de Paris.
Le lendemain, on se remit en roule a six
beures du matin pour étre le soir a Vesoul :
douze lieues. A cbaque poste on allendait
pendant deux beures que le relais fut prcl ;
l. Letlre écrile d'Huningue i1 Mme de Chanlerenne,

citée par M. le marquis Costa de Ileaurcgard.
2. Archives du minislére de la Guerre. Tableau
eles services de l,ouis-Fl'anrois Jl/écltai11. Méchain
serril jusqu'en 1804; il se retira a Prémonlré, dans
l'Aisnc, ou 11 v1va1t encorc en 1806 : 11 étail veuf,
pére de deux enfanls.
3. Ge•chichte der stadt u11d eltemaligen Feslung
Hfwingen, par Karl Tschamher. Saint-Louis, 1894.
4. Archives nalionales, F• 2315. • Dépense génJ-

meme lenteur le mercredi, 25 décembre, ou,
par des chemins que les pluies avaient transformés en fondrieres, on atteignit Belfort ou
l'on fit halle pour la nuit. Enfin, le jour suivant, on gagna par Dannemarie et Altkirch le
bourg de Saint-Louis, d'ou, quittant le pavé,
la berline s'engagca daos la longue avenue
r¡ui conduit a IJ11ningue, pctite ville forte, au
bord du 11hin, a \'écart de la grande route;
c'esl la que &amp;fadame devait allendre •1ue les
formalités de sa libération fussent lel'minées.
~

Au crépuscnle, le 5 nivose (21 déccmbre)
la berline, au pas de ses six chevaux, s'engagea daos le chemin coul'erl qui serpentait
a travers la formidable enceinte d'IIuningue;
l'orpheline pul apercevoir, daos la nuit tombante, les esplanades ou frissonnai¡mt, au
vent du Rhin tout proche, des squelettes de
grands ormes, les avancées, les glacis; au
passage des ponts dormants jetés sur les
fossés, on distinguait dans la brume les
lignes géométriques des hautes courtines, des
bastions, des douves profondes ; puis le chemin s'élranglait entre deux murs percés de
meurtrieres; sous les arcades d'un corps de
garde parurent des om bres de soldats; des
fossés encore, un pont-\evis. la longue voute
de la porle de France 3 • Quelques tours de
roucs daos une rue assez large, puis, loul de
suite, l'arret devant une maison. a droite,
portant l'enseigne d'Ilótel clu Corbeau. Des
le passage de la voiture, on avait fermé les
portes de la ville et relevé les ponls.
Quelques roilitaires et plusieurs curieux
s'étaient attroupés devant l'auberge; mais il
n'y eut ni cris ni manifestalions d'aucune
sorte : la princesse entra dans la maison,
suivie de Mme de Soucy, de Gomin et de
Méchain, et l'on répartit entre les qaalre
voyageurs les chambres du premier étage. Le
courrier Cbasaut, arrivé deux heures a l'avance, a vait présidé aux préparalifs et apporté
l'ordre de faire évacuer les pensionnaires de
passage que l'hotel pouvait abriter et de n'y
plus recevoir aucun étranger tant que durerait le séjour de la filie de Louis XVI'·
Le Corbeau est une maison de confortable
apparence, comportant un rcz-de-chaussée et
dcux étages, surmontés d'un de ces toils
mansardés a l'alsacienne dont la solide corniche de poutrelles surplombe largement la
fa~ade. A cbacun des étages, six fenetres
presque carrécs, garnies de petites vitres et
de contrevents pleins; au-dessus de la porte
d'entrée, étroile et basse, une brancbe de fer
forgé porte un corbeau en tole découpée.
La maison n'a pas changé depuis cent
douze ans : en bas sonl les salles a manger
et les cuisines : un escalier a rampe de bois
rale a l'aubergc de Huningue, indemnilé accordée a
l'aubergiste auquel il avail été défendu de recevoir
aucun étranger pendaut notre séjour, el lt pourboire
des domestiques : 655 livres. »
5. Celle pelite piilce est eclairée par la dernicre
fe1!elre du pre,:ni~r éta~e, i, gauchc de la facade, p~ur
qu, regarde I hotel du dehors : les deux cro1sees
sui van tes sonl celles de la chambrc oü coucha
Madame Royale.
O. Quelqucs gral'ures encadrées el pendues aux

..., 3o

1M

conduit au prcmier étage: la cbambre qu'occupa la princesse porte, comme aulrefois, le
nº 10. C'est une grande piece, assez basse,
éclairée par deux fenétres donnant sur la rue;
la chamhre voisine, plus petite, n'ayanl qu'une
croisée, el communiquanl avec la précédente,
forma arce ce\le-ci, tout l'appartement de
Marie-Tbérese 5 • La grande piece élait tapissée
d'un papier a palmes verles donl on a, dans
les réparations successives, respecté tout un
panneau 6•
L'hotelier du Corbeau était Fran~ois-Joseph
Schultz; c'était un hommede trente-cinc¡ ans,
marié depuis douze anoées avec Anna-Marie
Bienlz, plus jeune que lui de quatre ans. De
celle union était née une filie, nommée AnnaMarie, comme sa mere, et qui comptait dix
ans passés en décembre 1795. Le ménage
Schultz attendait, pour un terme tres prochain, un second enfant. Cette patriarcale
maison abrilait encore un jeune orphelin,
Conrad UaITner, que Joseph Schultz avait
adopté 7 •
Le soir de l'arrivée, Madame Royale n'avait
pas son service; la voiture conduisant le valet
de pied Baron, l'aocien porte-clef, le cuisinier Meunier, ainsi que Tlue, le llls de Mme de
Soucy et Mme Varennes, la femme de confiance, ayaal quilté Paris dix heures apres
celle de Mudame noyale, n'était pas e!lcore
arril'ée a IIuningue. Mme Scbultz s'occupa
done elle-meme de servir la princcsse et de
préparer le repas. Dans le grand bou\eversement que l'événement apportait a ses habitudes, landis qu'elle mettait toutes ses casseroles au feu et tirait de ses armoires son plus
beau linge, elle se faisait aider par sa fillette
Anna-Marie, et par Conrad, qui eurent ainsi
l'occasion de pénélrer dans la chambre de
Madame. Celle-ci regarda longuement le petit
gar~on et demanda son age; iI avait dix ans,
l'age du daupbin. Ses cheveux étaient d'un
blond clair,comme ceux des enfants d'Alsace
- comme étaient aussi ceux de l'orphelin du
Temple; il avait les traits fins, les yeux bleus
et de bonnes joues fraiches dont l'aspecl de
santé fil monter les larmes aux yeux de MarieThérese. En présence de ce gamin joufílu, de
ce petit paysan éveillé et saín, elle pensait au
llls des rois que le régime de l'affreuse tour
avait éliolé, au point qu'elle-meme avait pu
écrire : &lt;1 S'il eul vécu, il y aurait eu a craindre
qu'il ne devint imbécile. »
Quoiqu'e\le ne parut nullement fa(iguée par
le long trajet qu 'elle venait d'accomplir, Marie-Thérese, ce soir-la, se coucha de bonne
heure. Des son arrivée a l'hotel du Corbeau,
le capitaine Méchain avait dépecbé a M. de
Bacher, premier secrétaire de l'ambassade de
France en Suisse, un expres porteur d'unc
dépeche luí annoncanl l'arrivée de la prinmurs de celle pillee rappellenl le séjom· de ~!adame,
entre autrcs 50n portrait, l'arrivéc des prisonniers de
l' Autriche a f\iehen, etc.
7. Élat civil d'lluningue. Renseignemenls obligeammenl communiqués par M. l(arl 'l'schamber, instilulcur-chef a lluningue, a qui ,i'adressc l'expression de
ma tres vive reconnaissance pour la complaisance a,·ec
laquclle i I a bien voulu, lors de mon séJour a lluningue. me faire proliter de sa grande érudilion et de sa
pafaite connaissance des archil'es locales.

______________________

LE 'VOYAGE ET L''É.C1IANGE DE JJf AD.AME 'J{OYAl.E

cesse a Huningue. Ce courrier cut vile franchi vue ce matin, de memc que les personnes soulevait son rideau de vitrage et jetait un
la demi-lieue de route qui sépare Huningue qui composenl sa suite. Le voyage ne l'a point regard aux curieux qui stationnaient devant
de Bale ou résidait de Bacher; et, des le soir fatiguée; elle manifeste le plus vif regret de l'hotel; sur le seuil deux soldats étaient posmeme, celui-ci put expédier au citoyen Dela- se voir au moment de quitter la France; les tés, pour maintenir l'ordre au besoin, et emcroix, ministre des Relations extérieures, honneurs qui l'attendent a la cour de Vienne pécher l'entrée des indiscrets: on dit pourl'al'is de l'heureux voyage de la princessc. ont paru avoir tres peu d'attrait pour elle. tant qu'une bourgeoise de la ville réussit a
Le lendemain, de Bacher se
déjouer les surveillances et,
faisait conduire a Iluninguc et
déguisée en servanle, sous le
aononcer chez Madame: il dut
prétexte de porter un broc
allendre avant d'étre recu. On
d'eau, parvint a pénétrer chcz
élait au 4 nivóse (23 décemla princesse.
bre) jour qui, jadis, élait
Celle-ci ne voyait ríen de
celui de la fete de ~ &gt;el, et,
changé daos sa vie : elle était
daos ces pays d'Alsace
cette
pri•onniere a !'hotel du Corfele est de piense et séculaire
beau, comme elle avait été
lradition, on n'avait cerlaineprisonniere au Temple; elle
men t pas cessé de la célébrer,
avait pour cachot une chamclandeslinement, tout le lell'ps
bre d'auberge, pour gardiens
qu'avaient duré les mauvais
lrs hommes de la garnison,
jours. Ce matin-la, done, Mme
pour clolure l'enceinte de la
Schuilz entra dans la chambre
forteresse dont les portes resde Madame, poussant devant
teren t fermées, sauf pour les
r.lle Anna-llarieet Conrad dont
personnes munies de laisserles petites mains tendues prépasser spéciaux. C'était, il esl
sentaient a l'orpbeline du
vrai, - du moins le croyaitTemple deux bouquels de pauelle, - son dernier jour de
nes ileurs d'hil'cr. Marie-'fhécaptivité : au dela de ce íleuve,
rcse remercia les enfants, quesqu'elle ne pouvait, de ses fenetionna la fillette, puis se tourtres, apercevoir, mais que, la
nant vers Mme Schullz:
nuit, elle entendait rouler avec
- Si je vous priais, di t-elle,
un bruit semblable a celui de
de me laisser emmcner celte
la roer, l'atlendaient la liberté,
enfant?
les honneurs royaux; elle allai t
Devinant l'émoi que cctte
retrouver la les hommages qui
proposition causait a l'hoteavaient entouré son enfance,
licre, elle ajouta aussilót :
des palais semblahles a ceux
- C'est un Yreu que je ne
donl elle gardait un souvenir
dois pas former : il est trop
lointain : avec une satisfaction
cruel d'etre séparé de ses papresque enfantine, elle grilfonrents; mais, si vous avez enne, a l'adresse de Mme de
core une filie, je vous demande
Chanterenne :
qu'elle porte mon nom 1 •
&lt;( On vient de m'apprenQuarante jours plus tard,
dre que ma maison est formée
alors que la tille de Louis XVI
MADA:.JE ROYALE AU TEMPLE.
et qu'elle m'attend aBale pour
étail depuis longtemps a Dcs~iné d'aprés naturc, en octobre 1795, par un artiste place á la fcnétre d'une des
me conduire aVienne. Jugez,
Vienne, .Mme · Schultz don na
ma chere Renete !. .. )&gt; Et plus
maisons voisines de la prison.
le jour a une enfant, qui,
loin : « On parle beaucoup de
suivant le vreu de Madame
mon mariage, on le dit proRoyale, fu t baptisée Marie-Thérese-Charlolle '. Son séjour aHuningue ne fait pas la moindre chain. J'espere que non. Enfin je ne sais ce
Sur la visite de J3acher qui suivit cette sensation; on ne voit en elle qu'une vo}·ageuse que je dis.... On fait courir le bruit que l'on
scene touchanle, on n'est renseigné que par qui n'inspire que faiblement le sentiment de va me marier dans huit jours 3 .... )l
celle letlre adressée le jour meme, au ministre la curiosilé. Elle se Lienlretirée dans sa chamPour occuper les heures de ce jour de
bre. L'échange auralieu danslajournéede de- Noel, elle écrit deux narrations, tres somDelacroix :
main; jem'empresserai de vous rendre comple maires, de son voyage : elle enverra l'une a
llale, le 4 ~ivé'ise, l'an 4 (25 décembre 1795).
de tous les détails dont il aura été accompagné. Renete 1 et doanera l'autre a Gomin, au moCitoyen Ministre,
ment de la séparation 5•
Salu t et fra ternité.
BACltER.
Vers lrois beures, grand émoi a l'llótel clu
La fille du dernier roi des Francais cst
~!adame se tint, en effet, durant tout le Garbean : devant la porte de l'auberge vient
arrivée a Jluningue sans le moindre accident,
ainsi que je vous en ai prévenu bier. Je l'ai jour, r etirée daos sa cbamhre; parfois elle de s'arreter la seconde rniture 6, amenant Bue,

ou

l. Ilcauchesne, Louis Xl '/l. ll, 440.
'!. Elle épousa le 24 janvicr 18~1 J .-B. Michel Sar-

tory, clirectcur de l'hospicc civil de Jlunin~ue : elle
mourut le 10 décembre 1874. Sa sreur ainee, AnnaMarie, épousa fo 50 frimaire an XIII (2 1 décemure 1801) Céleslin-J,'ran~ois Prévost Saint-Cyr, chef
de balaillon au 27• régimenl de li;,ne, en garnison i1
lluningue; cel oflicier, qui é ta,l né á Castel-Sarrazin,
le 18 juin 1773, ful assassiné sous les yeux de ~a
femme, alors qu'il élail colonel á Perpignan. le 27 sepLembre 1820, par un ofr.cier de son régimenl qu il
avait J&gt;uni. Elal civil d 'Huni11gue et renseigncments
partwuliers .

5. Lettre ciu\e par Y. le marquis Costa de Ileauregard.
4. JI. le marquis Costa de Ileauregard a publié ce
1·,lcit dans sa préface du jJémoire éc1·it par MarieThérl:se-Charlolle de fra11ce.
5. Gomin fe commuoiqua a Beauchesne qui l'a reproduit. Louis Xl'/1, 11. 450. lleaucbcsne fait erreur
~n avan~ant que la f'ameuse lettre á Louis XV!ll ou
lladame demande pour les fra11~ais grttce et paix
est dalée d'tluoingue : elle ue ful écrite que quelqucs
jours. plus tare!, a Wels, dans la_ llau_te-Autriche, el
le ro, la re~ul il Vérone le 11 Janv1er, V. Daudet,
f/istoire de l'Emig1·atio11.

. . ., 31

LN-

6. La seconde voiture ne partil pas une heure
et peutctre asscz tard, - le 19 décembre. Yoici en ell'et le
billct que llénczech, ce jonr-lá, adressait a Delacroix:
• Je vous prie, mon che,· collcgue, de vouloil' bien
m'cavoyer pa1· le portcur de celle lettre cinq passcports pour llasle pour les personnes de la suite ele
Marie-'fberése-Charlottc. Ces personnes sont : Pie1T~t•hilippe Soucy, scize ans et demi; Fran~ois llue; Daron, homme de confiance; 1lcunier, c uisinier; Calherine Varenne, femmc de confiancc.
• Elle est partie cette nuit, la suite n'allend que

aprés celle de Madame, mais seulemcnl, -

�111ST01{1.Jl
le jeune de Soucy, Barnn, Meunier, Mme Varennes et Coco, le petit chien du Temple.
llue, on se le rappelle, n'avait jamais obtenu
J'autorisation d'entrer au Temple depuis qu'un
ordre de la Commune de Paris !'en avait fait
sortir le 2 septembre 1792. 11 n'avait done
pas revu Madame Royale depuis cette époque
el son émotion était grande en montant l' escalier de bois qui conduit a la chambre de la
princcsse. Avant qu'il se filt fait annoncer,
Coco, que l'étiquelle ne retenait pas, profitanl
d'uo enlre-baillement de la porte, s'élan{)a vers
sa maitresse, manifestant une telle joie de la
retrouver q11'on le crut sur le point de mourir
sulfoqué 1. Quelqu'un ayant remarqué qne ce
chien était bien laid, Madame, les yeux en
pleurs, murmura :
- Je l'aime. C'est tout ce qui me reste
de mon frere '.
Aupres de Baron el de Meunier, elle s'informa de Mme de Chanterenne : daos quel
état l'avaient-ils laissée? qu'avait-elle d1t
apres les adieux? Elle apprit ainsi que la
dcmleur de Renete avait été efTrayante; qu'ils
avaient peur qu'elle en tombat malade el, latlessus, la bonne princesse reprcnd la lettre a
son amie, pour lenler de la consoler. La
soirée se passe a cetle occupation : &lt;I C'est
bien mal écrit; mais je suis sur une table
avec M. Méchin (sic) qui écrit aussi. Mme de
Soucy el son üls écrivent aussi. ~r. Gomin et
M. llue parlent aupres de la porte. Telle cst
la position de ce momenl, et Coco. mon cher
Coco, est daos le coin du poele a dormir•. l&gt;
A la cuisine, Meunier a revendiqué les
fourneaux; c'esl lui qui prépare le souper;
dans celle calme auberge d'Alsace, ces choses
ses passeporls pour se mcltre en roule. 28 frimairc
an l V. Bénézech. ,
C'était Jlue qui nvait le gouvernemenl de celte
seconde voilure : il luí avait élé recommandé de se
présenter a la poste aux chevaux, a dix hew·es du
matin: ce n'esl done pas avant cclle heure qu'il put
se mellre en roule. Hue avail re~u pour les dépenscs
clu voyage 1 200 francs en or el 60 000 francs en assignals, sur lesquels, arriv~ a Hun_ingue, il rem1t á Méchain 54 000 l'rancs. Archives nat10aales P 2315.
l. Souve11frs du baron l/ue , publiés par le baron
do :\laricourl, son arriere-pelit-fits. 2117, note.
2. London Public l\ecord Office. M iscellaneous papers, n• '13. Switzerland. Jlf. _Meri0:11 to lord Granvitle. Bale, 26 décembre 179:&gt;. V. rnfra.
3. Lettre cilée par ~(. le marquis Costa de Beauregard.

Anecdotes
~ La comtesse d'Egrnont, asant trouYé un
homme du premier mérite a mettre a la letc
de l'éducation de M. de Chinon, son neveu,
n'osa pas le présenter en son nom. Elle était
pour M. de Fronsac, son [rere, un personnage
trop grave. Elle pria le poete Bernard de passer chez elle. 11 y alla; elle le mit au fait.
Bernard lui dit: &lt;e Madame, l'auteur del'Art
rl'aime1· n'est pas un personnage bien imposant; mais je le suis encore un peu trop pour
cette occasion ; je pourrais vous dire que Mlle

prennent les proportions d'un grand événement : le séjour de la filie de Louis XVI,
l'installalioo des neuf personnes de sa suite,
les allécs et venues du courrier Chasaul, continuellement sur la route de Bale, les visites
du diplomate de Bacher, les deux. soldats en
sen ti oelle a la porte, les berline« cha rgées de
bagages , inléressenl maintenánt toute la
ville : dans la soirée, le Corbeau est devenu
le but de promenade des habitanls, - bien
peu nombreux d'ailleurs, l'enceinle de Huningue rcofermant pres'}ue exclusivement des
batiments militaires.
La voiture de Ilue est chargée des deux
caisses conlenanl le trousseau offert a Madame
par le Directoire; mais celle-ci donoe J'ordre
de ne les point ouvrir : le 26, des le matin,
elle fit prier M. de Bacber de lui envoyer une
ouvriere afio de compléter sa toilette et celle
de Mme de Soucy. Bacher expédia immédiatement a Huningue Mlle Serioi, marehandc
de modes a Balé, qui resta pendant une heure
avec la princesse : la princesse fit choix d'un
grand mantelet, de bonnets, chapeaux, fichus,
chale!-, etc. pour elle el ses compagnes : elle
chargea Mme de Soucy de distribuer quelques
objets aux personnes de sa suite : puis elle
fit prévenir de Bacher qu'elle ne payait rien,
parce qu'elle n'avait pas d'argent 4 •
De Bacher se multipliait : infatig~ble, il
allait de Bale a lluningue, revenait a Bale,
courait a Riehen, village situé a une pelite
licue de la ville, sur le territoire suisse, a
!'extreme frontiere, ou les prisonniers rendus
par l'Autriche , internés depuis pres d'un
mois a Fribourg-en-Brisgau , devaient elre
amenés, pour recevoir leur liberté, au moment
4. « Pour ne ríen déranger aux malles, qu'on m'a
assuré avoir été plombées el chargées chez le ministre
de l'lnlérieur, la citoyenne Soucy m'a invité a luí
envoyer a lluningue une marchande de mudes a Dale,
a laquelle elle a demandé, pour elle el sa pupitle,
un grand manlelet, des bonnets, chapeaux, !ichus,
chales, ele., qni ne sonl pas payés parce que ces voyageuses n'avaient pas d'argent. Ces njustements élaienl
renfermés daos une boite el un carlon La ciloyenne
Soucy a distribué quelques chapeaux, honncts, et bas,
aux personnes qni ont accompagné sa pupille au momenl du départ pour Bale, comme une marque de souveoir el de satisf'aclion des soinsqu'on avail d'elle pendant la route. La boite et carton onl élé places dans la
voiture des voya¡¡euses. » Letire de H11cher au ministre des Relatwns exUriew·es. Archives du cléparlement des Alfaires étrangéres. Vienne, 564.

Araould scrait un passe-port beaucoup meilleur aupres de monsieur volre frere .... -Eh
bien! dit Mme d'Egmont en riant, arrangez
le rnuper chez )!lle Arnould. » Le souper
s'arrangea. Bernard y proposa l'abbé Lapdant
pour précepleur : il fut agréé. C'est celui qui
a depuis achevé l'éducation du duc d'Eaghien.
~ Le jour de la mort de madame de Cha-

teauroux, Louis XV paraissait accalilé de cltagrin; mais ce qui est exlraordinaire, c'est le
mot par Jeque! il le témoigna : &lt;! Etre malheureux pendant quatre-vingt-dix ans ! car
je suis ~úr que je vivrai jusque-la. &gt;&gt; Je l'ai
ou¡ raconler par madame de Luxembourg,
qui l'entendit elle-meme, et qui ajoutait: &lt;I Je
n'ai raconté ce trait que depuis la mort de

précis oü la filie de Louis XVI serait remirn
aux mains des commissaires de l'empereur.
Mais il fallait apporter a C('S formalités une
extreme précision de mouvements; il fallait
ne froisser aucune susceptibilité : ni celle des
J.acobins rendus a la France qui se proclamaient bien hautdes martyrs de la tyrann-ie,
ni celle de l'orpheline aqui on laissait igoorer
qu'au nombre des Francais, prix de sa libération, était l'ho1'rible Drouet, l'homme de
Vareones, celui, en somme, sur qui pesait la
responsabilité premiere de toutes les tragédies
révolutionnaircs. 11 fallait f'ncorc apaiser Je
ministre plénipolentiaire d::- la cour impérialc,
M. de Drgelmann, méconlent de ce que la
llépublique avait manqué a sa parolc, en interdisant a Mme de Tourzel l'autorisalion
d'accompagner sa pupille : il fallait aussi ne
pas se comprome~lre personnellemenl en ne
montrant pas trop d'égards a Afadame de
Frunce et en montranl assez aux patriotes
qui san~ doute allaient reprendre dans la République des places éminentes. De Bacher,
aidé par le bourgmcslre Bourcart qui s'employa obligcamment a réduire les difficultés,
sufflt a cette tache efTrayante et s'en tira
adroitement.
L'un des points les plus délicats était d'éviter la renconlre des Jacobins avec la prinr,esse: on avait projeté.d'abord de faire passer
celle-ci, en territoire d'Empire, par le pont
d'Huningue, el de lui épargner ainsi la traversée de Bale : mais les ruisseaux descendant
de la Foret-Noire, grossis par les pluies de
l'automne, rendaient les chemins impraticables et il fallut bien adopter le passage a travers la ville.
Sur le conseil du bourgmestre Bourcart,
de Bacher pria un tres honorable négociant
balois, M. Heber, de mellre asa dispo~ition,
pour quclr¡ues heures, une maison de campagne, située sur le territoire suisse, a peu
de distance de la frontiere fran{)aise, a quelque cent pas des portes de Bale, en bordure
du cbemin qui vient d'Iluningue. C'est la
qu'aurait lieu la remise de Madame aux Autrichiens.
G. LENOTRE.
(A suivre.)

Louis XV. » Ce trait méritail pourlant d'etrc
su, pour le singulier mélangc qu'il contient
d'amour et d'égo1sme.
~ On avait dit a un roi de Sardaigne que
la nolilesse de Savoie était tres pauvre. Un
jour, plusieurs gen1ilshommes, apprenant que
le roi passait par je ne sais quelle ville, vinrent lui faire leur cour en habits de gala magnifiques. Le roi lcur fil entendre qu'ils n'étaient pas aussi pauvres qu'on le disait. « Sire,
répond1rent-ils, nous avons appris l'arrivée
de Vol re Majes té; nous avons fait tout ce que
nous devions, mais nous devons tout ce que
nous avons fai t. »

CHAMFORT.

~

et:

o

¡....
(/)

:r

�CA.l!PAGXE o'ESPAGN.;. -

SIEGE DE LÉRIDA ( 14 MAi 1810). -

Gravure d'AUBERT FILS, tf~pres le (at,/eau de Rl, MOND. (Musée de Ve,·sail/es.)

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITgE XXXIII
Siluation de nos armécs en Espagnc. - L'armce di!
Portugal. - Notre pare d'arlillcric esl menacé. l\éunion de \'iscu. - Causes d'insucces de la campagnc. - L'arméc dcvanl !'Alcoba.

Vers la fin de 1809, I'Empereur Youlant
O~lenir plus d'unité dans les opérations des
d1vers corps d'armée qn'1I avait en Espagne,
les placa sous les ordres du roi Jo,eph, son
frere; mais celui-ci n'étant nullement mililai~e, Napoléon ne lui accorda qu'une autorité
ficllve et créa le marécbal Soult major général, afio de lui donner le commandement
1·éel de toutes les troupes francaisrs du midi
de I'Espagne, qui, bien dirigées, gagnerent
les hatailles d'Ocana, d'Alba de 'formes, for1\'. - lhsToRJA. - F ase. 25.

cerent les défilés de la sierra Morena, envahirent I'Andalousie, s'emparcrent de Sévillc,
de Cordoue, et investirent Cadix, ou s'était
réfugiée la Junte gouvernementale. Pendant
ce temps, le général S □chet dominait et administrait habilement l'Aragon et le royaume
de Valence, dont il avait assiégé et pris plusieurs villes fortifiées. Les maréchaux SaiotCyr et Augercau avaient fait une guerre actil'e
en Catalogne, donl la population, la plus bclliqucuse de l'Espagne, se défendit arec une
grande éncrgie. La Navarre t t les provinces
du Nord étaienl inft'stées par de nombreuscs
guérillas, auxquelles les troupes de la jeune
garde de l'Empereur faisaieot une pelite
guerre incessante. Les généraux Boanct et
Drouet occupaient la Biscaye et les Asturies,

Ney tenait la provir¡ce de Salamanque, et
Junot celle de Valladolid. Les Francais venaienl d'évacuer la Galice, pays trop pauvre
pour nourrir nos troupes. Telle était, en rérnmé, la situation de nos armées en Espagne,
lorsque, apres al'Oir pris Ciudad-Rodrigo et
Alméida, le maréchal Aiasséna penétra en
Portugal.
Les lrouprs sous les ordrcs de .l\fasséna
se composaient: du 2° corps, entierement
formé de vieux soldats d'Austerlitz ayant été
l'année précédente a Oporto avec le marécbal
Soult, que le géoéral Reynier veoait de remplacer (ses di visionnaires étaient Merle et
Heudelet); du 6• corps, commandé par le
maréchal Ney et ayaot fait avec lui les campagnes d'Austerlitz, d'léna et de Friedland

.,, 33 ,...
3

�________________________________________,.
msTO'R.1A
puissamment aux défailcs que nous éprou\'cnnemi, profitant de la supériorilé de ses
(ses divi~ionnaires étaientfürchand, Loison el
vames
les années sui"anlcs.
forces, eul enveloppé le convoi et auaqué avec
'foute l'armée savail que ~lasséna avail
Mermet); du 8• corp~, commandé par le gérésolution, toule l'artillerie, les munitions el
néral en chef Junol el cornposé de troupes
amené lime X... en Portugal; mais celle
les vivres de l'armée étaient enlcvés ou dérnédiocres il avait pour généraux de division
dame, qui avait traversé en voiture toutc
truits. Mais le colonel Trent, ainsi qu'il \'a
Solignac et Clausel, qui de,int plus tard mal'Espagne el était restée a Salamanque pendil dcpuis, ne pouvail supposer qu'un maréréchal); d'un corps de deux diYisions de cadant les sieges de Rodrigo et d'Alméida,
chal aussi expérimenlé que ,tasséna e1H laissé
,·alerie sous les ordres du général ~lontbrun,
voulul suivrc )lasséna a cheval, quand il ~e
sans soutien un comoi de la conscrvation duet d'une nombreuse artillerie de campagne
mil en marche daos ce pays impl'aticaLle aux
que\ dépendail le salut de son armée; pensant
dirigée par le général Eblé. Le général l.avoiturcs, ce qui produisil un forl mau,·ais
qu'une puissante escorle, masquée par les effel. Le maréchal;qui mangeait généralement
~ouski commandait le génie.
Apres a,oir déíalqué les ~arnisons laissées plis du tcrrain, se Lrouvait dans le voisinage, seula,ec Mme X... , a1·ail íaitce jour-la placer
il n'osa a,ancer qu'avec circonspection. ll ~e
i1 Hodrigo, Alméida et S:i.lamanque, ainsi 11ue
son pelil couvert sous un bosc¡uet de citronles maladl!!;, le nombre des combattants de borna done a attaquer la compagnie de gre- niers. La table des aides de camp était dans
nadiers francais qui était en tele; celle-ci le meme jardin, a cent pas de la sienne. On
toules armes s'élevait a cinquanle mille,
ayant soixante houche, a feu et une granJe répondit par un feu terrible qui lua une cin- allait servir, lorsque le généralissime, ,oulanl
quant.,ine d'hommes !... Les miliciens effra1és
1¡uanlilé de caissons de munitions. Ce train
probahlement acbever de cimenter le bon acreculerenl, el Trenl, faisanl ce qu'il aurail dil. cord qui ,enail d'elre rétabli entre ses qualre
était beaucoup trop considérable, car, en Porfaire d'abord, enveloppa une partie du convoi.
tugal, pays tres accidenté, il n'exisle presque
lieutenants, fil obser1·er que chacun d'eux
Cependant, a mesure qu'il s'avan~il, il s'aapnl plusieurs lieues a [aire pour regagner
pas de grandes roules. Les voies de comruunicalion sont presque toujours des sentiers pervul de la faiblessc de l'escorle, et envop son quartier général, le roieux serait r¡u'avanL
un parlementaire au commandant pour le de partir, ils dlnassent a\'Cc lui. ~ey,Reynier,
étroils, rocailleux et souvent escarpés ; aussi
sommer de se rendre, sinon il allail l'altales transporls s'y íonl a dos de mulet. ll est
Junot et )lontbrun acceptcnt, et Masséna, pour
quer sur tous les poinls. L'officier fran~is prévenir le relour de ré0exions sur l'incidenl
meme des PªIs ou les roules sont compleleconsentit adroitcment aentrcr en pourparlers,
du com·oi, ordonna, par ellraordinaire, d1•
ment inconnues. Enfin, a \'exception de quelafin de donner aux Irlandais, qu'il avait fail
ques \'a\lées, le sol, généralcment aride,
joindre la table de ses aides de can1p a la
pré\'enir, le temps d'arriver de la queue a la
n'offrc que des re.,source~ insuffisanles pour
tele du coovoi. lis parurent enfin, rnnanl hra- sienne.
la nourriturc d'une armée. Toul faisait done
Jus11ue-la toul allait bien; mais quel1¡ues
un deYoir au maréchal )[agséna de passer par vement au pas de course!. .. Des que J'officier instants a,ant de s'asseoir, ~lasséna fait apfran~is les apervul, il rompil la conférenee
peler Mme :e .. , qui recule en se \'oyant en
le PªIs le moins difficile et le plus fécond. 11
en disanl al'Anglais : u Je ne puis plus traiter, présence des lieutenanls de )lasséna. )lais
fil ccpendanl le contraire !. ..
« car \'Oici mon géoéral qui ,ient a mon se- celui-ci dit Loul haut a Ney : 11 Mon cber
En effet, l'armée ayanl quillé les environs
&lt;1 cours avec huiL mille bommcs !... »Chacun
d'Alméida le 11 seplembre 1810, et se trou« maréchal, vcuillez donner la main a mareprit done sa position, mais Trcnl s' empressa « dame. » Le marécbal Ney p:ilit el fut sur
\'ant réunie le lendcmain a Celorico, Yopit
de quiller la sienne et de s'éloigner, croyant
le point d'éclater .... Ccpendanl, il se contint,
s'ouvrir de,anl elle la ricbc ,·allée du ,100avoir affaire a\'avant-garded'une forlecolonne. el conduisil du boul du doigl )[me \ ... vers
dcio et pouvail, par Sa.mpap et Ponte de
Le pare ful done sauvé; mais h• daoger
)lurcelha, se diriger sur Co'imbre par des
la table, oi1, sur l'indicalion de Masséna, elle
qu'il Yenail de courir, bienlol connu de toule
prit place a sa droile. Mais, pendanl toul le
chemins sinon bons. du moins pas~ables. Cel'armée, y causa la plus vive émotion. ~eI,
repas, le marécbal ~ey ne lui adressa pas une
p1'ndant, le marécbal, iníluencé par le comJunot, Reynier, Mootbrun se rendirent sur-lemandanl Pclel, son conseil, abandonna la
seule parole, et s'entrelinl avec Montbrun,
champ a Yiseu, pour adresser de vií5 reproson voisin de gauche. ~(me X... , qui avait
contrée praticable, 01.1 ses troupes auraient
ches au général Fririon, chef d'élal-major,
"écu largemenl, pour aller, ,·ers sa droile,
trop d'esprit pour ne pas sentir combien fa
qui dédara que, malgré ses vives rédamase jeter daos les montagnes de \ iscu, dont
situalion étai t íausse, fut prise tout a coup
tions, on ne lui avail meme pas donné cond'uoe violente allaque de ncrfs el lomba évales chemins sonl les plus affreux du Portunaissance de la marche des coloones, loul se
nouie. Alors :"íey, Rei·nier, Montbrun et Junol
gal. ll suffil d'ailleurs d'examiner la carie
décidan t entre füsséna el Pele l. En apprenaol
quitlenl le jardin, non sans que Ney témoipour reconJljÜlre combien il élail déraisonun Le\ étal de cboses, les chefs des qualre gnal a haute voix el tres ,ivement ses impresuable de venir passer ¡, Viseu pour se rendrc
corps d'armée, saisis de stupeur et d'indignade Celorico a Coimbre !. .. foule d'autant plus
tion, enlrerenl cbez Masséna pour lui faire de sions.
Les généraux ílcynier et )lontbrun exprigrande, que Viseu se trouvc séparé de la
justes observalions. ~ey portait la parole, el mcrent aussi hautcment leurs sentimenls.
,icrra d'Alcoba par de hautes monlagnes que
du salon &lt;le serl'ice nous \'entendions proJunol ful moins acerbe; cependanl, comme il
l'armée aurait é, itées en se dirigeanl de Celotesler; mais ~lasséna, prévoiant que la con- blamait aussi füsséna, je pris la liberté de
rico sur cetle villc par la vallée du Mondego.
versalion allait s'animer, entraina les généraux
Les emirons de \'iseu ne produisent ni célui rappeler la sccne de \a\ladolid el l'accucil
dans une piece éloignée de celle c¡u'occupaienl q u'il avail fail a Mme '\ ... ; mais il me réponréales, ni légumes, ni fourrage,. Les troupes
ses aides de camp. J'ignore ce qui ful résolu;
d il en rianl: ~ Parce qu'un vieux housard tcl
n 'y trou,crent que des &lt;'itrons et des raisins,
m:i.is il parail que le générafüsimc promit
« que moi foil quelquefois des farce.~, ce
nonrriture fort peu sub5Laotielle.
11 s'en fallut de bien peu qur l'expédition d'cn agir autremenl, car, au boul d'un quart &lt;1 n' esl pas une raison pour que Masséna les
d'hcure, nous apervumes füsséna se prome- « imite; d'ailleurs, je ne puis me séparer
Ul' Masséna se terminal a Yiseu, par le mannanl paisiblement daos le jardín, en donnant
11 de mes camarades ! » A compter de ce
qur de prévo!ance du maréchal, qui fit martour a tour le bras ases liculenanls. L'union
cher son pare d'artillerie a l'extrrme droile
jour, ~e)', Reinier, Montbrun et Junot furenl
paraissail rétablie, mais ce ne [ut pas pour
de la co\onne, c'esl-a-dire e11 dehors des
au plus mal avec Masséna, qui, de son c«1Lé,
1
masscs d'infanlerie, en ne lui donnant pour longlemps.
,\_insi que je l'ai déja dit, dcs molifs puérils leur en voulut beaucoup •
escorie qu'un bataillon, irlandais au service
La discorde établie entre les chefs de l'ar·
produisent quelquefois de grands el [acheux
dr Fraace et une compagnie degrenadiers franmée ne pou,·ail qu'aggraver les causes qui dl'vais. Cr pare marchantsur uncseulefile, ayanl résullals. En voici un exemple frappaol, car vaienl nuire au succcs d'une campagne entre·
une longucur de plus d'une lieue, avanvait il inílua sur le résultat d'une campagne qui prise /1 cinc¡ cenls licues de France. Ces causes
devait cbasscr les Anglais du Portugal, taodis
lcntemcnt el péoiblement par des chemins
t. Crs déla,b et i-ctn qui ,·ool ,ui1r,• confirmen!
tres dirliciles, lorsc¡ue tout a coup parul sur que son a,ortcment accrul au contraire la malhcurcU'cmeol
ll's appri:cintio11, ,lonnécs p•r
confiance
des
\.nglais
dans
\\
clliogtoo,
tou
l
::,on ílanc droil le colonel :rnglais Trent, avec
lt. lhicrs ,ur les cau,es dc no, n •1cr, en Portugal.
en
agucrris,anl
des
troupes
qui
conlribucrenl
qualre a cinq mille miliciens porlugais !. .. Si

"-------

.Mi!M011(ES DU GÉJYÉI(AI. BAI(OJY DE

M Jt:l(BOT

__ ,

étaient d'abord le manque absolu de con .
cevoir r·
.
sanee de la lopographie des contrées ~:~; resté p mdacuon dans laquelle Masséna étail
l.ow1ue lfasséna arrira J, &lt;&gt;o
b
en
ant
pres d' une semame
. a Viseu. au soir au . d
• e - sep Icm re
. l'é
lesquelles nous Iaisions la guerr .
.
ét
bl'
'
pie
de
la
position'
son
armée
roa
· du marérhal pul conslalcr•
par précautions- de'fensnes,
. . sorl
. par
e' car, h'
so1L
u ts 1 lal-ma
. ,Jor
ét:il i:i~;i so¡" ;bs~nlce par. le maréchal Ney
q
e
_es
Iatrgues
éprouvécs par lfm X
le gouvcrnement portugais n'a J·am;¡ªt
,
P ac e · a dro1te Iormée par le
contribuerent b
e •••
lever de bonnes caries d
s a1t et a le t . eaucoup a retarder llasséna 6 corps au Yilla,,.e de !11 . • 1
fa
d
º
. u1ra • e centre en
re ~n.1r en cet endroil; car dans ce
c¡ui existal alors était on :e ;:~~~~e.. La scule
~c,e
u couvent de Busaco; la gaucbe, ;omil eut, été impossible ue
., la 1a1sser
.
de sor te que nous marchions u:s !ne~ac!e' epays souleve
·,
p ,ée _du corps de Reynier (le 2•) ' Sa
,1l arr1t:re saos
, .t .. n
a
talons, quoiqu'il y e·'t dpo 1·arns1. d1re
. I exposer .t• e·1 re en1e1ée. En Antonio de eantaro; le 8• corps command.
,1 ,
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ans armec de ou re, quand il prit la déterm· 1· d
parJunol
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. asscna un tres grand nombre d' ffl .
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francais a,·ant d ,., r . d
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e ,rontbrun,
se trou,·ait a n·ien fa1·ta.
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rent po1_nt venus dans les provinces que , b .
,
c!a 1~ so_n quart1er général a lfortagoa sur la
nous travers1ons, el ne pou,aient •1 d'
' 1,orsc¡u une armée a éprouni un écbec il
cune t'l't'
t: re
u ' t e pour diri11er
les I
Nau- r1ve . ro1tc d'un ruis~eau nommé le 'criz il n est 9ue trop ordinaire de voir les génér~ux
avions au
d é O
co onnes. ous perd,tdun lemps précteux a assurer le lo:c
en reJete~ la fau te les uns sur les aulres et
,
.
gran
tat-major une lrentaine ment e Mme ,
.
o . ·' .. ·, el ne parltl u'a deu:1. comme e. est ce qui· advmt
• au combal •de
d1 officters
portu11ais
au
nomb
d
l
•
1 º '
re csque s se hfures du soir . arce son état-maJor
. q pour les Busaco I1 es l n :
·
. conna·1tre
rouva1col es généraux marquis d'Alorna et
.. I' !
ccessa1re de fa1re
~vant-p~stes, s1tués a cinq grandes lieues de 1c1
avis exprtme
· · avant l'rngagement par les
comte Pamp!ona, wnus de France en f808
I'
t
~, au pted de l'.\!coba.
·
a,cc le ~ntmgent fourni a l\apoléon par,;
tcu e~a.nts de llasséna qui, apres l'avoir
Celle
montacrne
d'
·
.
.
p~usse a• la
c~ur e L1s~nne. Ces militaires, bien qu'ils 1 ,,. b . º ' ennron lro1s heues de m
• plus grande Iaute qu ··¡
1 ait. coma uuht .sur la droite au Mondeao el se
n e~ssenl Iait qu 'obéir aux ordres de leur
1sel,, c~1t1querent sa conduite a la suite de ce
rata e1 Pnement.
•
anc1en
été proscr1ls
. par .re ' ga~che ¡,' des mamelons lri•s cs"carpés
la
J lgouvernemenl
.
' a,ant
J
m~ccess1bles _a la marche des colonnes. ti
J'ai d!t que les corps du maréchal Ne,· et
' u? e, ava1ent suivi nolre armée afin de
:n1s_Le au pornt culminant un couvenl de
r~vemr dans leur patrie et rentrer en osses
:tl ~eymer ~e lrou vaient l'avant-veille d~ la
' rmmes nommé Sako. Au centre le sommel
a~arlle au p1ed de la monlagne d' :\.1 b
s1on ~e leurs biens confisqués. Massén~ avai~
dl! la montagne forme une espece' de I l
espére &lt;1ue ces. banois pourraienl lui donner sur Jeque! étail placée l'artillerie ancrl~s: eau'. presence de l'ennemi. Ces deux . iié;~u~n
attendant arec
_g ¡·1ss1mC'
. .•
q~ebol&lt;fUt's rense1gnemenls utiles; mais exceplé
• .impatience le ge·nera
po~v~it agir lihremenl sur loul f;oni deq~~ ~e
Lt~ nne
et
ses
emirons
aucun
d''e
•.
commum~uarent
par
écrit
lcurs
obserrn~
• .
•
ux ne pos1tton, el donl les boulets
. .
.
arr1va1ent
en troos respecllves sur la positioo de l'
é
co:na~ssa1t son propre PJJS, tan dis que les d a d
ce
~
Crrz.
Un
chemio
qui
ri•gne
autour anglo-porl · O .
arm e
..\nºla1s,
.
d
26
uga1se.
r'
il
existe
une
lellre
datée
¡ d le parcourant en to us seos depms
d? la_cn•te ~e Busaco fouroissait une commuu . scplembre au malin, dans la uelle 1
p ~sd e deux aos, étaient paríaitement au
~1cal!on
fac1le ~ntre les différentes parties de marcchal Ney disait au gé é R _q
Ia1 l e sa
configura
ti
.
é
.
.
on ml r1eure, ce qui leur
.' .
n ra1 ei mer . ic S1~
armée
Le versant
de 1a montarne
• ,. . enncmre.
.
0
« J ava1s le
commandement
. .
procurarl un immeose avantage sur nous'
•
• 1·•a1taquerats
qm 1a1sa1t •face au &lt;'olé par le&lt;¡uel amva1enl
. .
Une cause non moins importante ·:: · l , F
• sans hés1ter un instant' n lis e . .
eocore
,
nm,1l l s rancars est tr~s estarpé et propre ti la l'un et l'aulre le •
· .
xpr1ma1ent
au SUCCt:S de nolre campaan s·
meme seol1mcnt dans leur
défe~se.
Les
ennen11s
avaicnt
leur
&lt;&gt;auche
s
Arlhur Wellington ' auquel Ia Junte
º e.vena1l~r fes pres · d •
.
o
ur cor~espondance avcc llasséoa : &lt;&lt; Cett
d'
qui ommcnt Barria, le centre
el les
accorder des pouvoirs illimités, s'en senil
n ~wn es~ loio d'elrc aussi formidable
pour ordonner atoutes les populations d' b
« de pa~a1!, el si je n'eusse été aussi suborc
ce onne' Je I'aura1s
· enlevée sans altendre v -.
donner
leurs habitations , de délrutre
. lesaproao.•
ce. ordres. &gt;J Les géoéraux Re nier et Ju os
v1s1ons, les moulios, el de se retirer sur Lisa~ant a~suré que rien n'était ilus facile Mnot
~onne _avec l~urs lroupeaux a l'approche des
sen~, sen rapportanl a eux, ne fit as Ía asran~ts, qur se trouvaient ainsi privés de
pcllte reconnaissance des lieux qupo1·q , pl~s
rens~1gnem~nts et réduits a la nécessité de
dep ·
é
·,
u on a1l
uis assur 1e contraire et s b
rur1r au lorn pour se procurer des vivrcs'
répondre : ~ Eh 1•
• • • e ornant a
es_ Espagnols, chez lesquels les Ao,,.j~¡~
« point d .
nen, Je sera1 dernain ici au
.
u _iour, el nous attaquerons
~menl ;s~ªY? cette terrible mesure de résisnce, s y ela1ent conslamment refusés.
.
~º~~urna br1de, et repril le chemin dtl -~f~~t:~
les Porl ,., · 1 d .
, mats
uºais, p us oc1les, s'y conformerenl
Au moment de ce brusque dé
I
:~.ec une telle exaclitude que nous parcourions
péfaction fut , ,
•parl, a stugcnera1e, car chacuo a,•ait cnsé
1.1:menses contrées saos renconlrer un seul
1
en voyant Jlasséna revcni r aupri•s
v1t~ llant !r..·· De mémoirc d'hom me, on ne
toupes
_cam~ées. a une portée de tan:n s;~
.. une ~lle aussi générale !. .. La cité dtl
.
ennem1,
&lt;fu apres avoir em lo.: 1
~~:cu. étail totalemenl déserte lorsque nous
J0ur qui rcstait a étudicr li ¡e . ? peu ~l_e
} trames; cependanl ~las~éoa y ar reta I'a
voulait cnlever il d
. pos1t1on qu rl
~ée pendant six jours consécutifs e
r:
,
,
cmeurcra1t au milieu d
lul' une b'_ien grande iaule
,.
qur
arm~e. ~e généralissime, en s'éloi«nan:
ajoulée' ae celle
,ans avorr rten vu par lui-m: '
º .
~~ ~; a~a1! _commis~ en quiltant la vallée
une grande faute. mais ses r eme, comm1t
. · _on eºo • car s1, le lendemain de ~on
l'arnient poussé a'rattaq
J&lt;•utdcnanls, qui
arr1vce, a Viseu
· ¡·1ss1me
· franv:iis -eút
. , le géncra
vi!!il n h 1.,·
uc, en en ormant ~a
Gü,ÉRAI. REl:\11.R.
o a _ce a ituelle, dernier,t-ils bl11
farche rap,dement et attaqué !'Alcoba ~
conf mte, ainsi qu'ils le firent plus ~a~~~
equ~ sir Wellesley n'avait encore que'¡;~~
Gravure Je FoRP.STIER. C,1Nnel des Estampes )
ne e peme pas. lis eurent
. . e
~u e troupes, le maréchal pouvait encore
reproches a ~ f'. .
au contra1re des
.
,e
arre,
car,
restés
deux
·our
~eparer sa _faute; ruais notre halle de six réserves au cou,·e11l de Busaco la d ·1
ro1 e sur pred de l'Alcoba, ils conseillerent de l'~lt s au
i:u;i5 1;rm1t aux .\.nglais de traverser a gué 1~s hauteurs, un peu en arricre, de San
Anlo- de front, mal«ré son escar
aquer
el .d oo ;go_ au-dessus de Ponle de Murcelha 010 de Cantaro. Cette position d ·r d
de t
pemcnt, saos cher,
, e en ue par cher le mov;o
•
ourncr cctte montarrn .
l' e reumr leur armée sur les creles d' une armec n~mbreuse, élail ~¡ formidabl
¡
': e'
.\lco_hl, yrit~cipalemcnt a Busaco.
e q_ue les Angla1s crJignaienl &lt;¡ue le ne' , '1· e cependant la chorn était d
ainsi que 'ous le r"rrez
°-: p us facrles,
0 nera rs·
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, , 1.,·1cntot
Les mthtaires d'aucun pays n'onl pu con- .s1me f rancars
n osat les allaqurr.
Ce fut un grand malheur pou; l'armée que

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�111ST0~1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
que moi. Eofin, l'heure du départ sonna, et
le général Sainte-Croix ne se trouvat pas alors la montagne de front, mais qu'il allait donner nous arriv:lmes aux avanl-postes des les precontre-ordre,
et
que
si
on
trouvait
un
passage
aupres de Masséna, parce que son instinct de
mieres lueurs de l'aurore du 27 septembre,
la guerre l'aurait certainement porté a user pour touroer la position, il laisserait rcposer jour néfasle qui devait éclairer l'un des plus
de la confiance que le maréchal avail en lui, son armée le lendemain, et la réunissant la terribles échecs r¡u'aicnt éprouvés les armées
pour le faire renoncer a une attaque de front nuit suivaote, a l'insu de ses ennemis, en
fran~ises !
contre une posilion aussi formidable, avant face du point vulnérable, alors il attaquerait;
qu'a
la
vérité
ce
serait
un
retard
de
vingld'ctre certain qu'on ne pouvait la tourner;
CHAPITR.E XXXIV
mais Sainle-Croix était avec sa brigade a plu- qualre heures, mais a,·cc plus de chances de
sieurs lieues en arriere, escortanl un convoi succcs et une moindre perle d'hommes.
La détermination du marécbal paraissail tchec de Busaco, - ~;pisoM. - Nous lournons la
confié a sa garde.
position rl gagnons la routc ,le Coimbrr.
tellement
positive, qu'en arril'ánt a Mortagoa
A peine le généralissime et son état-major
En se retrouvant en face de la position qu'il
eurent-ils quitté l'armée, que la ouit nous il cbargca Ligni vi lle et moi de tacber de
surprit. Masséna n'avail qu'un reil el n'était lrouver quelque babitaot du hourg qui pi'.1l a,·ait lt peine examinée la veille, Masséna papas bon écuyer. De grosses pierres et des nous indiquer un cbemin qui conduisil a rut hésiter, el, se rapprochant &lt;lu lieu 011 je
causais ayee le général Fririon, il nous dit
quarLiers de rochers couvraienl le chemin que 13ofalva, en évitant de passer par 13usaco.
La chose était fort difficile, car loute la tristement : « ll y arnil du bon dans votre
nous parcourions; il fallut done marchcr pendant plus de deux heures au pas, dans l'obs- populalion avail fui a l'approche des Francais, proposition d'hicr .... » Ce peu de mols ranicurité, pour faire les cinq lieues qui nous sé- et une nuit des plus oliscures s'opposait 11 mant l'espoir que nous avions eu la veille,
paraicnt de Morlagoa, ou le maréchal avait l'efficacité de nos recherches ; mais enfin, nous redoublames nos cfTorls pour détermincr
dépeché le commandant PelcL pour annoncer nous parvinmes a décounir dans un monas- le généralissime a Lourner la montagne vers
son retour. Pendant ce lrajet, je fis de bien tere un vieux jardinicr, resté pour soigncr un son extreme gauche par Ilo'iaha, et déja nous
tristes rétlexions sur les suites que devai t moine gravement maladc, aupres duc1uel il l'al'ions ramené a notre al'is, lorsque le maavoir la balaille qu'on allait engager le lende- nous conduisil. Ce moine répoodit al'ec can- réchalNey, le général Re~nier el Pelet vinrent
main &lt;lans des conditions aussi désavanlageuses deur a toules nos questions. 11 avail été fort interrompre notre entretien, en disant que
pour l'armée fran~ise! ... J'eo fis parta voix souvent de Mortagoa a Bo'ialva par une bonne tout était pret pour l'allaque. Masséna fil
basse a mon ami Ligniville, aim,i qu'au route dont l'cmbranchement élait aune petite Lien encore r¡uelques observations; mais engéoéral Fririon. Nous désirions tous bien vi- licue du couvent ou nous étions, et il s'éton- fin, subjugué par ses lieutenants, el craignant
vemenl que Masséna changeal ses disposilions; oait d'autant plus que oous ne connussions sans doute qu'on ne lui rf prochat d'avoir
mais comme Pelet était le seul officier auquel pas cet embranchement, qu'uoe partie de laissé éehapper une victoire qu'il déclarait
il [lit donoé de lui soumettre des observations nolre armée avait passé dcvant en allant de certaine, il ordonna vers ~epl beures du matin
rlii'ectes, nous résohimes, tanl le cas oous Viseu a Mortagoa. Conduits par le vieux jar- de commencer le feu.
Le 2• corps,• sous lleynier, allaquail la
paraissait grave, de lui faire indireclement dinier, nous fumes alors ,·érificr le dire dn
entendre la vérité, en employant un ~trata- moine, et reconnumes, en efTet, qu'une excel- droite des cnoemis, et Ney leur gaucbe et lem
geme qui oous avail quelquefois réussi. Pour lente .roule se prolongeait au loin dans la di- centre. Les troupes fran~ises étaienl rangécs
cela, apres nous etre concertés, nous nous rection des montagnes doot elle paraissait sur un terrain pierreux, descendant en pente
approchames du marécbal en feignant de ne contouroer la gauche; cependant, le marécbal fort raide vers une immense gorge qui nous
pas le reconnaitre daos l'ohscurilé; nous par- Ney avait séjourné quaraote-huil heures a séparait de la montagne d'Alcoba, haute, tres
la.mes de la bataille résolue pour le jour sui- Mortagoa saos amir rcchercbé cetle route, escarpée et occupée par les cnnemis. Ceux-ci,
vant, el j'exprimai le regret de voir le géné- dont la connaissancc nous cut évité bien des dominant entieremeol notre camp, aperceralissime allaquer de front la mootagne d'Al- désastres.
vaienl tous nos mouvements, Landis que nous
Ligni,ille et moi, heureux de la découverle oc voyions que leurs avant-postes, placés a
coba avanl d'avoir la cerlitude qu'elle ne
pouvail etre tournée. Le général Fririon, que oous venions de faire, courumes en rendre mi-cote, entre le couvcnt de Busaco et la
jouant alors le role convenu entre nous, ré- comple au maréchal ; mais notre absence gorge, tellement profonde sur ce point que
pondil que le marécbal Ney et le général avail duré plus d'une heurc, el nous le trou- l'reil nu pouvait a peine y distinguer le mouReynier avaient assuré qu'il élait impossiLle Yames avec le comp.andant Pelet, au milieu vement &lt;les troupes qui y défilaient, el cette
de passer ailleurs; mais Ligniville et moi de plans et de caries. Ce dernier dit avoir sorte d'aLime étail si resserré que les halles
répliquames que cela nous paraissait d'autaol examiné de jour avec un télescope les monta- des carabiniers anglais portaient d'un colé a
plus difficile a croire, qu'il n'était pas pos- gnes, dont la configuration n'indiqua:t aucun l'autre. On pouvait done considérer ce ravin
sible que les habitanls de Mortagoa fusseot passagc vers nolre droite. U ne pouvait croire, commc un immense fossé creusé par la nalure,
restés plusieurs siecles saos communication d'ailleurs, que pendant son séjour a Mortagoa pour servir de premiere défense aux forlificadirecte avec Bo'ialva, et obligés d'aller fran- le maréchal Ney n'tut pas fait explorer ks tions nalurcllcs, consistan! en d'immenses
chir la montagne a Busaco, le point le plus environs, el puisqu'il n'avail pas reconnu de rochers taillés presque parlout a pie en forme
escarpé, afin de gagoer la grande roule d'O- passage, c'étail une prcuve qu'il n'en existait de muraille. Ajoutons a cela que nolre artilporto ou leurs alfaires les appelaienl journel- point. Nous ne pumes le comaincre du con- }erie, engagée dans de tres maurais chemins
lement. J'ajoutai qu'ayanl fait cctte observa- lraire. En vain proposames-nous, Ligniville el obligée de tirer de ha! en haut, ne pouvait
tion aux aides de camp du marécbal Ney et et moi, de tourner et de gral'ir la montagne rcndre q11e forl peu de services, el que l'indu général l\eynier, en demandant lequcl que le moine assurait etre moins escarpée fanterie avait a lutter non seulement contre
d'entre eux avait reconnu !'extreme gauc:he que celle de Busaco; en rain ofi'rimes-nous une foule d'obstacles et une montée des plus
ennemie, aucun ne m'avail répondu. J'en d 'aller jusqu'a Bo'ialva , si on voulait nous rudes, mais encore contre les meilleurs tireur s
concluais que ce point n'avait été visité par donner l'un des trois bataillons de garde au de l'Europe, car, jusqu'a cette époque, les
quarlier géaéral ; en vain le général Fririon troupes anglaises étaienl les seules qui fuspersonne! ...
Si la vue de Masséna était mauvaise, il supplia le marécbal d'accepler cette ofi're, senl parfaitement excrcées au tir des armes
avait en revanche l'ou1e d'une finesse extreme, Lout ful inutile! Masséna, tres fatigur, répon- portatives; aussi leur tir était-il infiniment
et, selon nos désirs, il n' a vai t pas perdu un dit qu'il était pres de minuit, qu'il fallait supérieur a celui des fantassins des au tres
seul mot de ce qui venait d'elre dit. 11 en ful partir a quatre heures du malin pour etre nations.
tellement frappé que, se rapprocbant de notre rendus au camp au point du jour; cela dit, il
Bien qu' il semble que les regles de la guerre
groupe, el prenant part a la conversation, il alla se coucher.
doivent elre semblables cbez toutes les naJamais je ne passai une plus terrible nuit, tions civilisées, elles varienl cependant a l'inconvint, lui ordinairement si circonspect,
el
tous mes camarades étaient aussi allristés
qu'il s'était trop légerement engagéa atlaquer

�r-

111ST0'/{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J I

fini, lors meme qu'on se trouve en des
circonstances identiques. Ainsi, quand les
Francais ont une position a défendre, apres
avoir garni le front et les flanes de tirailleurs,
ils couronnent ostensiblement les bauteurs
avcc le gros de leurs troupes et les réserve~,
ce qui a le grave ·inconvénient de faire connaitre aux ennemis le point vulnérable de
nolre ligne. La méthode employée par les Anglais en pareil cas me parait infiniment préférable, ainsi que l'cxpérience l'a si souvent
promé dans les guerres de la Péninsule. En
elfct, apres avoir, ainsi que nous, garni le
front de la position de tirailleurs chargés d'en
dispuler les approches, ils placent leurs principales forces de maniere a les dérober a la
vue, tout en les tenant assez proches du point
capital de la position pour qu'elles puissent
fondre rapidement sur les ennemis s'ils venaient a l'aborder; cette attaque, faite a l'imprévu sur des assailJanls qui, apres avoir
éprouvé de nombreuses pertes, se croient déja
vainqueurs, réussit presque toujours. Nous
en fimes la triste expérience a la bataille de
Bu saco; car, malgré les nombreux obstacles
qui ajoutaient a la défense de la monlague
d'Alcoba, nos braves soldats du 2• corps venaient de l'escabder apres une heure d'elforls
inou1s, exécutés avec un courage et une ardeur vraiment héroiques, lorsque, arrivés
haletants au sommet de la crete, ils se trouverent tout a coup en face d'une ligne d'infan Lerie anglaise qu' ils n'avaien t point aper~ur.
Cette ligne aprcs les avoir accueillis a quinze
pas par un feu des plus justes et des mieux
nourris, qui coucha par terre plus de 500
hommes, s'élan~a sur les survivants, la
baionnette en avant. Cette attaque imprévue,
accompagnée d'une grele de mitraille qui les
prenait en flanc, ébranla quelques-uns de nos
bataillons; mais ils se remirent promplement,
et, malgré les perles que nous avions faites
en gravissant la position, et celles infiniment
plus considérables que nous venions d'éprouver, nos troupes étonnées, mais nún déconcertées, coururent sur la ligue anglaise, l'enfoncerent sur plusieurs points a coup de
baionnette et luí enleverent six canons !
Mais Wellington ayant fait avancer une
forle réserve, tandis que les notres étaient au
has de la montagne, les Francais, pressés de
toutes parts et forcés de céder l'espace tres
étroit qu'ils occupaient sur le plateau, se
tromerent, apres une longue et vive résistance, acculés en masse a la descente rapide
par laquelle ils étaient montés. Les lignes
anglaises les suivirent jusqu'a mi-cote, en
leur tirant souvent des bordées de mousqueterie auxquelles nous ne pouvions riposter,
lant nous étions dominés; aussi furent-elles
bien meurlrieres ! Toule résistance devenanl
inulile dans une position aussi défavorable
pour les Francais, les officiers leur prescrivirent de se disperser en tirailleurs dans les
anfractuosités du terrain, et l'on regagna,
sous une grele de halles, le pied de la montagne. Nous perdimes sur ce point le général
Graindorge, deux colonels, 80 officiers et 700
ou 800 soldats.

Apres un tel échec, la prudence ordonnait,
ce nous semble, de ne plus envoyer des troupes aíl'aiblies par de nombreuses per tes contre
des ennemis fiers de leur succes el occupant
toujours les memes positions; néanmoins, le
général Reynier ordonna aux brigades Foy
et Sarrut de retourner a la charge, et Masséna, témoin de cetle folie, permit cette seconde attaque, qui eul le meme sort que la
premiere.
Pendant que cela se passait a nolre gauche,
le sort ne nous était pas plus favorable a la
droite formée par le 6• corps, car, bien qu'on
fut convenu de faire une attaque simultanée
sur tous les points et que Masséna en eut
renouvelé l'ordre vers les scpt heures, au
moment d'engager l'actioo, le maréchal Ney
n'ébranla ses troupes qu'a huit heures et
demie. Il prétendit dcpuis avoir été retardé
par les obslacles que présentait la position sur
ce point. 11 est certain qu'1ls étaienl encore
plus grands que sur la gaucbe. Les Fran~ais
venaient de commellre une tres grande faute
en envopnt le 2• corps au comliat avant que
le 6• fut en mesure d'agir. Le maréchal Xey
en fit une pareille en engageant saos ensemble
les divisions Loison, Marchand et Mermet. Ces
troupes altaquerent vigoureusement, et malgré
la canonnade et la fusillade qui enlevaient des
files entieres, les brigades Ferey et Simon et
le 26• de ligne, gravissant des rochers escarpés, se jeterent sur l'artillerie ennemie, donl
ils prirenl trois pieces. Les Anglais, ayant
recu de nouveaux renforts, reprennent l'offcnsive. Le général Simon, la machoire briséc, tombe et est fait prisonoier sur un des
canons qu'il venait d'enlever. Presque tous
les officiers supérieurs sont tués ou blessés, et
lrois décharges, faites a brule-pourpoint,
acbevent de porter la confusion et la mort
dans les masses francaises, qui regagneot en
désordre le point de départ. Ainsi se termina
le combat principal.
Les perles des 2e et 6• corps étaient immenses; elles s'élevaient a pres de 5,000 hommes, dont 250 officiers tués, hlessés ou pris.
Le général Graindorge, les colonels Monoier,
Amy et Berlier tués, deux autres hlesiés, le
général Simon hlessé, tomlié au pouvoir de
l'ennemi, les généraux l\lerlc, Maucune et Fo)·
grievement hlessés; deux coloncls et lreize
chefs de bataillon le furenl aussi. Les ennemis,
protégés par leur position dominante, éprouverenl de moins grandes perles : cependanl,
ils conviorent amir eu 2,500 hommes hors
de combat. 11n sut dcpuis que, si nous eussions attaqué la veille, les Anglais se rnraient
retirés sans combattre, parce que 25,000
hommes de leurs meilleures troupes se trouvaient encore au dela du Mondego, a uneforte
marche de Busaco, ou ils n'arrivcrent que
dans la nuit qui précéda la bataille.
Tel fut le résultat des six jours que Masséna avait perdus a Viseu et de l'empressement qu'il mit le 26 a retourner a Mortagoa,
au lieu de reconnaitre la position qu 'il devait
atlaquer le lendemain.
Quoi qu'il en soit, les efforts que les Fran~ais venaient de faire ayanl échoué devant des

moutagnes si escarpées qu'uu homme isolé
et saos fardeau avait beaucoup de peine a les
gravir, tout faisait un devoir aux chefs des
armées fran~ises de faire cesser un feu désormais inutile. Néanmoins, un vif tiraillement s'était engagé sur laligne, au has de la
position que nos soldats, exaltés au dernier
&lt;legré, demandaient a escalader de nouveao.
Ces petits combats partiels, soutenus contre
des ennemis cachés derriere des rochers tres
élevés, nous coutant beaucoup de monde,
cbacun sentait la nécessité d'y mettre un
ter me, et personne n' en donnai t l'ordre forme!.
Les deux armées furent alors témoins d'un
incident fort touchanl et bien en contraste
avec les sccnes de carnage qui nous environnaient. Le valet de chambre du général Simon, apnt appris que son maitre, grievement blessé, avait élé laissé au sommet de
!'Alcoba, essaya de se rendre aupres de lui;
mais, repousié par los rnnemis, qui, ne pouvant comprendre le sujet de sa venue dans
leurs lignes, tirerent plu~ieurs fois sur lui,
ce serviteur dévoué, contraint de regagner les
postes fran~is, se lamentait de ne pouvoir
aller secourir son mailre, lorsqu'une paune
cantiniere du 26• de ligne, attachée a la brigade Simon, qui te conna.issait le général
que de vue, prend ses effels des mains du
valet de cbambr,', les eharge sur son ane
qu'dle pousse en avant, en disaot: &lt;&lt; Nous
verrons si les Anglais oseront tuer une
femme !. . . )&gt; Et n'écoutant au&lt;;uoe observation, elle gravit la montée, en passant tranquillement au milieu des tirailleurs des deux
partís. Ceux-ci, malgré leur acharnement, lui
ouvrent un passage et suspendent leurs feux
jusqu'a ce qu'elle soit hors de porlée. Notre
héroine aper9oit un colonel anglais et luí fait
connaitre le motif r¡ui l'amcne. Elle est bien
recue; on la conduil aupres du général Simon;
elle le soigne de son mieux, reste aupres de lui
plusieurs jours, ne le r¡uitte qu'apres l'arrivée
du valel de chambre, refuse toute espece de
récompensc, et, rrmonlant sur son baudet,
traverse de nouveau l'armée enuemie en retraite sur Lisbonne et rejoint son régimenl
saos avoir été l'objet de la plus légere insulte,
bien qu'elle fut jeune et tres jolie. Les Anglais a[ecterent, au contraire, de la traiter
avec les plus grands égards. Mais revenons a
Busaco.
Les deux armées conserverent leurs positions respectives. La nuit qui suivit fut des
plus tristes pour nous, car on pouvait calculer
nos perles, et !'avenir paraissail bien sombre!. •. Le 28, au point du jour, les échos de
l'Alcoba se renvoient tout a coup d'immenses
cris de joie et le son des musiques de l'armée
anglaise rangée sur les hauleurs. Wellington
passait une revue de ses troupes qui le saluaient de leurs hourras, ... tandis qu'au has
de la montagne les Francais étaient mornes et
silendeux. Masséna aurait du monter alors a
cheval, passer son armée en revue, haranguer
les soldats, dont l'ardeur ainsi ranimée eut
répondu par des cris, présages defutures vicloires, a l'enthousiasme provocateur que l'en-

'------------------nemi faisait éclater. L'Empereur et le maréchal Lannes l'eussent fait certainement.
Masséna se tint a l'écart, se promenant tout
seul, l'reil incertain et sans prendre aucune
dispositioo, tandis que ses lieutenanls, surtout
Xey et Reynjcr, l'accusaient haulement d'imprudence dans l'allaque d'une position aussi
fo~le que Busaco, &lt;'UX qui la veilre le poussa1enl au combat, en lui répondant de la victoi~e !_. •• Enfio, ils vinrcnt joindre le gé11éraliss1me, et ce fut pwr lui proposer de
conslater notre insucces aux Jeux de l'armée
et du monde, m ahandonnant le Portugal rt
en ramenant l'armée derricre Ciudad-Rodrigo
et en Espagne ! Le vieux l\lasséna, relrouvant
alors une parlie d:~ l'énergie qui l'avait illuslré
a Rivoli, a Zurich et a Genes, et dans une
foule d'occasions mémorables, repoussa celle
proposition comme indigne de l'armée et de
lui-mémc.
Les Anglais ont donné a la mémoraLle
affaire de Busaco le nom de ba taille polilique,
parce que le Parlement brilannique, effral é
dl's dépenses immenses de la guerre, paraissai t rúolu a rctirer ses troupes de la Péninsule, en se bornant désormais a fournir dt·s
armes et des munitions aux guérillas espagnoles et portugaises. Ce projet tendant a
détruire
J'inOuence de Wellinrrton,
celui-ci
.
o
ava1t résolu d'en empecher ,.l'exécution, en
répondant par une vit toire aux alarmes &lt;lLi
Parlement anglais. Ce fut ce qui le décida a
alll'ndre les Francais b. Busaco. Ce moyen lui
réussit, car le Parlement accorda de nouveaux
subsides pour celte guerre, qui dcvail nous
clre si funcstc !
Pendant que le maréchal disculait arce ses
lieutenants, survint le général Sainte-Croix,
qui s'était momenlanément séparé de sa hrigade. En le royant, chacun exprimait le rcgret qu'il ne se fut pas trouvé la vcille aupres du maréchal, dont il était le bon génie.
Informé de l'élat dl'S cboses par Masséna luime~e, qui_ comprenait eofin la faute qu'il
ava1t comm1se en ne tournant pas la position
des enncmis par la droite, ainsi que nous le
lui avions conseillé,
a
. Sainte-Croix l'cno-arrea
o o
repren dre ce proJet, et, d'apres le consentement du g~néralis~i~e, il partil au galop,
accompagne de Lrgomlle et de moi, pour
Mortagoa, ou il fit venir sa brigade de dragons, campée non loin de la. En passant dans
ce bourg, nous primes le jardinier du couvent! qui, a la vue d'un quadruple d'or, consent1t a nous servir de guide et se mit a rire
lorsqu'on lui demanda s'il existait vraiment
un chemin pour gagner Bofalva !. ..
Pendaot que la brigade Sainte-Croix et un
régiment d'infanterie ou vra.ient la marche
dans cette. nomelle direction , le 8° corps et
la cavalene de Montbrun les suiYaient de
pres,_ et le surplus de l'armée se préparait a
en ~arre a~taut. Masséna, stimulé par Sainte~ro11, ava1t enfin parlé en géne'ralissime, et
1~posé silence a ses lieulenants qui persista1eot a nier l'existence d 'un passarre sur la
droite. Afin de cacher aux Anglais 1~ momemeot de celles de nos troupes qui se trouYaient au pied de l'Alcoba, on ne le coro-

.Mi.M011('ES DU G'É.1Y"É'Tf...Jll B.Jl'Tf..01Y DE .M.Jl1(BOT _ _.,..

~enea qu'a la nuit clorn et &lt;lans le plus grand
s1lmce. lis ne tarderent cependant pas a en
~tre_ informés par les cris de désespoir que
Jefa1ent les Llessés francais, qu'on était dans
la triste nécessiré d'abandonner ! ... Ceux r¡l1i

GÉNÉRAL ;\lONTBRUN.

D':ipres le dessi,1 ,te M!Jc

DE :\:Q!RETERRE.

(C:ibinet des Estampes.)

n'étaient que légerement atteiots smv,rent
l'armée. On employa un grand nombre de
cbm·aux et loutes les Létes de somme au
transport des hommes susceptililrs de! guéri~on; mais crux dont on avait amputé les
1ambes, ou qui étaient grievement atteints
au_ corps, furent laissés gisants sur les Lruyercs
arides, et les malheureux s'attendaien t a etre
égorgés par les paysans, des que les dcux
armées s'éloigneraic11t : aussi leur désespoir
étai t-il a lfreux !. ..
L'armtic francaise avait a craindre que
,Yellinglon, en la vo1ant exéculcr aussi pres
de lui une marche de ílanc, ne la fil viYcment attaquer, ce qui pouvait amener la défaite et memela prise complete du corps du
général Reynier, qui devait quitter sa position le dernier, et allait se trouver seu I pendant plusieurs heures en présence de l'ennemi; mais le général anglais ne pouvait
songer a tourner l'arriere-garde franc.aise,
car il venait d 'apprendre qu'il était en ce
momenl tourné lui-meme par le passage dont
le généralissime fran~is avait si longtemps
nié l'existence.
Voici, en elfet, ce qui s'était passé. Apr~s
avoir marché toute la nuit du 28 au 29, le
jardinier des Capucins dti Alortagoa, placé en
tele de la colon ne du général Sainte-Croix,
nous avait conduils par un cbemin praticahle
a I'artillcrie jusqu'a Ilo:ialva, c'est-a-dire jusqu'a l'extreme Oauc gaucbe de l'armée anglaise, de sorle que toutes les positions de
!'Alcoba se trouvaient débordées saos coup
férir, et Wcllington, sous peine d'exposer

son arméc a etre prise a r~vers, devait s'err:presser d'abandonner Ilusaco et !'Alcoba
pour regagner Co1mbre, y passcr le Mondego, et se proposait de batlre en retraite
sur Lisbonne, ce qu'il fit a la hale. L'avantgarde, commandée par Sainte-Cro:x, n'avait
rencontré qu'un pelit poste de housards hanovriens placés a Boiaha, charmante hourgade située au débouché méridional des montagnes. La fertilité du pays permettait d'espérer que l'armée y lrouverait de quoi subsister dans l'abondance; aussi un cri de joie
~ 'éleva dans lous nos r.mgs, et les soldats
oublierent
bien vite les fatigues, les danrrers
.
o
des JOurs précédents et peut-ctre aussi leurs
malbcureux camarades abandonnés mouranls
devant IJusaco !
Pour complétcr la réussite du mouvcmcnt
l]Ue nous exécutions, une bonne route joignait Bofalva au village de Avelans de Camino, ou passe le chemin d'Oporto a Coimbre. Le général Sainte-Croix fil occupcr Avelans, et, pour comble de 1.ionheur, nous découvrimes un nouveau chemin reliant13.,falva
a Sardao, villagc situé aussi sur la grande
route, ce qui procurait un nomcan débouché
par ou les troupes, au sortir du défilé,
allaicnt ,'étaLlir daos la plaine. Nous avions
done enfin la preuve de I'existence de cepassage, si obstinément nié par le maréchal Ney,
le général Reynier et le commandant Pclet !:..
Qne de rrprochcs dut alors se faire Masséna,
qui avait négligé de reconnaitre une position
des plus fortes, devant laquclle il Yenait de
perdre plusieurs millicrs d'hommes et que
rnn armée tournait maiolenaut saos éprouvcr
la mo:odre résistance ! Mais \\'ellington ful
encore bien plus coupable que le généralissime de n'avoir pas fait garder ce point et
éclaircr le cbemin qui y conduit au sortir de
Morlagoa. Vainement il a dit depuis qu'il ne
cropit pas que ce passage fut praticable
pour l'artilleric, et que, d'ailleurs, il avait
ordonné au brigadier Trcnt de couvrir Bo'ialva
aYec deux mille hommes de milice! Une telle
excuse n'est pas admissihle pour les hommes
de guerre expérimentés. Ils peuwnl en elfot
répondre que, pour ce qui loucl,e l"élat du
chemin, le généralissime anglais aurait dú le
faire rcconnailre avant la bataille, et, en sccond lieu, qu'il ne suffit pas au chef d'une
armée de donner des o:·drcs, rnais qu ·¡¡ &lt;loit
s'assurer s'ils sont exécutés!. .. Bofalva n'est
qu'a quelques lieues de Busaeo, et cependant
\\'1::llinglon, ni la veille, ni le jour de la hataille, ne fait vérifier si ce passage imporlant, d'oi1 dépend le salut de son armét•, est
gardé ainsi qu' il l 'a prescri t; de sorte que si
Masséna, mieux inspiré, cut, daos la nuit du
26 au 27, dirigé un des corps de son armée
sur Boialva, pour allaquer en flanc la gaucbe
des enneruis, landis qu'avec le reste de ses
troupes il mena~it leur front, les Anglais
eussent certaincmenl éprouvé une défaite
sanglante l... Concluous de tou t cela que,
dans cette circonstance, Wellingt"n et Masséna ne se montr crcnt ni l'un ni l'autre a la
hauteur de lcur renommée, et méritcrent
lds reproches qui leur furent adressés par

�111STORJA

------------------------------------------ -~

l!·urs contemporains el que l'histoirc confirmera.
CHAPITR.E XXXV
Les Porlugais quillenl p,·écipitammcnl Coimbre. Marche su,· Lishonnc. - )Jassacrc de nos blcssés
dans Cotmbre. - I.ignes de Cintra el de Torrcs\'édras. - ~lésintelligence entre Masséna el ses
licutcnants. - Relraile sur Sanlarem.

L'armée franyaise étant cnlieremcnt sorlic
du défilé de Bofah-a et réunie daos la plaine
aux environs d'Avelans, le maréchal Masséna
la dirigea sur Coi:mbre, par Pedreira,
Mealhadu, Carquejo et Fornos. 11 y eut sur
ce dernier point un combat de cavaleric dans
lequel Sainte-Croix culbula l'arriere-garde
anglaise qu'il rejeta dans Co1mbre, ou les
Francais entrerent le i cr octobre.
Les malheureux habitants de celle grande
et belle ville, trompés par le premier résultal du combal de Busaco, et l'assurance donnée par les officiers anglais que l'armée francaise se retirait en Espagnc, s'étaient livrés
aux plus grandes démonslrations de joie. ll y
avait eu illuminations, bals nombreux, l'l
les fetes duraient cncorc, lorsqu'on appril
tout a coup que les Francais, apres al'oir
lourné les montagnes de !'Alcoba, élaienl
descendus dans les plaines et marcbaient sur
Co'imbrc, dont ils n'étaient plus qu'a une
journée !... On ne saurait peindrc la slupcur
de cctte populalion de cent vingt mille ames
qui, longtemps entrelenue daos la plus
grande sécurité par les Anglais, recevait
inslantanément l'avis de l'arrivée des ennemis et l'ordre d"abandonner ses foyers sur-lechamp !. .. De l'awu memc des officiers anglais, ce départ fut un spectacle des plus
affreux, dont je m'abstiendrai de raconler
les épisodes déchirants.
L'armée de Wellington, embarrasséc daos
sa marche par ceHe énorme masse de fuyards,
daos laquelle hommes, femmes, enfants,
vieillards, moines, religieuscs, bourgeois et
soldats étaient entassés pele-mcle avec des
milliers de beles de somme, l'armée de Wellington, dis-je, se retira dans le plus granel
désordre vers Condtixa el Pombal. Il périt
heaucoup de monde au passage du Mondego,
bien que le tleuve ful guéable en plusieurs
endroits.
L'occasion élait bonne pour Masséna. Il
aurait du lanccr 1t la poursuite des ennemis
le 8• corps, celui de Junol, qui, n'ayant pas
comhattu a Busaco, était parfaitcment disponilJle et pouvait, par une brusquc allaque,
faire éprou\'cr de grandes perles a I' armée
anglaise. Plusicurs de nos soldats pris a Bu-

saco, et récemment échappés de ses mains,
nous la disaienl daos une confusion inexprimable. Mais, a notre grand étonnemenl, le
généralissime francais, comme s'il eut voulu
donner aux ennemis le temps de se remettre
de leur désordre et de s'éloigner, prescrivit
de suspendre la poursuite, et cantonnant son
armée dans Co1mbre et les viUages voisins, il
y séjourna trois jours pleins !. ..
Pour cxpliquer cclle déplorable perle de
temps, on disait qu'il était indispensable de
réorganiser les 2• et 6• corps, qui avaicnt
tanl soufferl a Busaco; qu'il fallait élablir
des bópitaux a Co1mbre et laisser reposer les
allelages de l'artillerie, ce qu'on aurait pu
faire, tout en meltant le 8• corps a la poursuite des Anglo-Portugais, car, jetés dans un
désordre affreux et eogagés daos une série
de défilés, ccux-ri n'auraicnl ni osé ni pu
tenir tele nulle par!. ~fois les véritables motifs du séjour que l'ori fil a Co1mbre furent,
d'une part, l'accroissement de la mésintelligence qui régnait déja entre ~fasséna et ses
lieutenants, et surtout !'embarras daos lequel
se trouvai t le généralissime de savoir s'il
laisserait une division a Cn1mbre, afio d'assurer fCS derriercs et de veiller a la sureté
des nombreux mala&lt;les ou blessés qu'on y
laisserait, ou bien si on abandonnerait ces
malheureux -a leur fatale dcslinée, en emmcnant toutes les troupes pour ne point alTaiblir le nombre des combattanls, car on s'attendait a une nouvelle bataille devant Lisbonne. Chacune de ces deux résolutionsoíl'rait
fes arnntages et ses incoménients; mais il
ne fallait cependant pas trois jours pour
prendre un parli.
Masséna finit par décid, r qu'on ne laisserait /¡ Co1mbre qu'une demi-compagnie, dont
la mis~ion serait de garder l'immense couvcnt de Santa-Clara, dans lequel on avait
réuni les blessés pour les garantir de la fureur
des premiers miliciens qui pénétrcraient en
villc, et de capituler des que les officiers
ennemis parailraicnl. Si cctle résolution eut
été communiquée aux chefs de corps la Yeille
du départ, elle pouvait avoir son bon coté;
on n'eut laissé a Co1mbre que les hommes
vraiment incapables d'aller plus loin, tandis
que, faute d'ordrcs positifs, el d'apres les
bruits répandus dans l'armée, qu'une forle
division devait rester daos la place, les coloneis avaicnt déposé tous leurs éclopés, malades el blessés daos le monaslcre destiné a
servir d'hópital. Cependant, l'immcnse majorité d'entre eux pourait marchcr, puisqu'ils
élaien t venus de Ilusaco 1t Co1mbre et ne demandaient pas micux que de suine leurs

régiments. Le nombre de ces infortunés s'élevait a plus de trois mille, auxquels on laissa
pour défenseurs deux lieutenants et qualrevingts soldats du bataillon de marine allaché
a l'arméc.
Je m'étonnais que Masséna, prél a joindre
les rives du Tage, ou il allait avoir besoin de
malelots, sacrifiat une demi-compagnie de
ces hommes précieux et si difficiles 1t remplacer, au licu de laisser a Co'imbre de moins
bons fantassins, car il était facile de prévoir
qu'il ne se passerait pas vingt-qualre heures
avant que les partisans ennemis revinssent
occuper la ville. En elfet, l'armée francaise
s'étant éloignée de co·imbre le 5 au matin,
les miliciens porlugais y pénétrerent le soir
meme et se porterent en foule vers le couvent, ou nos malhcureux blessés s'étant barricadés, apres amir acquis la triste cerlitude
que Masséna les avait abandonnés, se préparaient a vendre cherement leur vie contre les
paysans miliciens qui menacaient de les égorger.
Dans cette pénible situation, les lieutenanls de marine tinrent une conduite vrai•
ment admirable; aidés par les officiers d'infanlerie qui se trouvaient isolémenl 1mmi
les blessés, ils réunircnt ceux d'enlre eux
qui, ayant encore des fusils, ponvaient s'en
servir, el organiserent si bien leurs mo1ens
de défcnse qu'ils combatlirent toute la nuit
sans que les Portugais parvinssent a s'emparer de l'hópital. Enfin, le 6 au matin, parul
le brigadier Trent, chef des miliciens de la
province, avec lequel nos officiers de marine
conclurent une capitulalion écrite. Mais a
peine les blessés francais eurent-ils rcndu le
pelit nombre d'armes donl ils venaient de se
servir, que les paysans miliciens, se précipitant sur ces malheureux qui se soulenaient a
peine pour la plupart, en égorgerent plus
d'un millier !. .. Le surplus, impitoyablement
mis en route vers Oporto, périt dans le lrajet: des qu'un d'entre eux, tombant de fatigue
et de besoin, ne pouvait suiue la colonne,
les miliciens porlugais le massacraient....
Ces miliciens étaicnt cependant organisés et
conduils par des officiers anglais, ayant a
leur tele un général anglais, Trcnt, qui, en
ne réprimant pas ces alrocilés, dé,hJnora
son pa1s et son uniforme .... En vaia, pour
excuser Tren!, !'historien anglais Napier prétend qu'il n'y cut que dix prisonniers francais sacrifiés; le fait est qu'ils périrenl presque tous assassinés, soit daos l'hópital dti
Coimbrr, soit sur la route d"0porlo; aussi le
nom de Trenl esl-il devenu infame, meme
en Angletcrrc.

(A sui1•re. )

ÜÉNÉRAL DE

1\lARI3OT.

Madame de Brézé
Par Edmond PILON

VI
La partie de chasse de M. le Sénéchal
M. le Sénéchal - ainsi que quelques-uns
des meilleurs gentilshommes de son temps n'était pas que bon et adcxlre aux armes; a
porter la rouillarde au poing ou l'espadon au
coté il advienl que les meilleurs eles guerriers, les plus braves des chasseurs se lassent;
il faut d'aulres loisirs 1t !'esprit et d'autres
jeux aux mains qui onl jeté le gant et laissé
l'épée. Alors on prend la plume aigui:i ou le
pinceau carminé; sur de beaux vélins, on
rcnd louange aux &lt;lames et, d'un tour habile,
en de gracieux caprices, l'on rime et l'on
poétise. Ainsi, aux courts inslants que lui
laissaient ses chasses et son gouvernement,
faisait M. le Sénéchal. Sans porter le rondeau,
le chant royal et la villanelle au meme degré
d'art qu'un autre prince du siecle (feu le duc
Charles d'0rléans), Messire Jacques de Brézé
se montrait du moins au rang des seigneurs
ses rivau.x, parmi les plus plaisants et les
plus doeles.
Les Lcenges de Madame Anne de France,
duchesse de Bou1·bon, fille du roi Louis, que
le baron Jérome Pichon retrouva dans les
manuscrils inédits de Robertet et publia a
parl 1 , témoignent du soin heureux avec le-que! M. le Sénéchal tournait le complimenl :

Cctte lice (c'est la le nom de chiennc de
chasse comme l'on sail) était une maniere de
bete élégante, a fines palles, belles oreilles el
ncz long; sa robe, ainsi qu 'il conYicnt it une
!ice royale, était admirable, d'un pclage
tique té, soyeux et fa uve; un jabot de poils
blancs l'entourait, de son dos jusqu'a son
poitrail et formait, autour de sa tete, un
large et beau col; ses flanes nerveux étaient
tachetés de blanc aussi; elle élait de bonne
taille, et, sur ses longues palles, avait fort
grand air. Des que le chien Souillart vit paraitre celle lice il en fut éperdu; el, c"est la
qu'il poussa des cris comme jamais il n'avait
fait! 11 était a peu pres comme un chien fou,
allant, venanl, sautant, eourant; et la !ice
nommée Baude était folle aussi ! Alors, au
son des trompes et des cors des ,·eneurs, par
devant l'envoyé de ~!adame de Bourbon, il y
eut un grand et beau mariage de chiens. Ce
fut la une noce rus tique et assez nouvelle.
Jamais saint Hubert ne fut honoré de tanl
de jappements el de tant d'aboiemenls; jusqu'au soir les chenils de Nogent-le-Roi retentirent de clameurs d'animaux; et, comme
M. le Sénéchal aYail fait donner a ses do-

guins, roquets, matins, ~riffons, braqucs,
talbots, chicos couranls d' Artois et chiens
courants des Flandres, pi\Lées, soupes, lard
et fort bonnes saucisscs, tous, de crier et de
manger sans arret, en avaient le lendemain,
comme Rabelais dira plus tard d'aulrcs gens,
les &lt;e croes enfoncés en la gueule ,, .
C'était lit chose unique et dont M. de
Brézé tirait orgueil que d'avoir, en ses meutes,
chienne et chien royaux. C'est Yers ce lemps
famcux, en raison de la vcnue de la !ice
nommée Baude, que M. le Sénéchal composa
les Dit~ du bon chien Souilla1·t qui ful (lll
roy Loys de Fl'(tnce. Et, cclle fois, la
« lrenge » n'était plus de princesse mais de
bete 1
Je suis Souillart, le lilanc et te beau chien couranl,
De mon lcmps le mcillcur el le micux pourcl13ssant;
Du bon chien Saint-lluberl qui Souillart a,•ait nom,
Suis fils el l1ériticr, qui eusl si grand rcnom,
Car, aprés son lrespas, me laissa sa bonté 3 ••••

Et ces ditz, composés en l'honneur de
Sou.illart, M. le grand Sénéchal les consigna
en un manuscrit orné de belles el hautes
lellres gothiques, caracteres bien tracés et
bien peints, décoré de miniatures el ou se

Qui vouldra veoir la fonlaioc el la source
De 1oz, de pris, de bcaulté, de facoode,
Qui vouldra vcoir le reslor et ressourcc
D"urbaoit&amp; et de grace f¿condc
Qui jamais n'cusl parcille oc secondc
Tourne ses yculx dcvers Anne de France•...

füantome, bon galant, nous apprcnd, de
Madame Anne dn France, qu'clle était c1 fi11e
femme et eléliée s'il en fut oncques ». Et,
comme au momenl que nous iadi,¡uons, elle
était daos le temps d'épouser le sire de Beaujeu, rien ne lui fut plu, agréable a 1·ccevoir,
des mains du secrétaire du roi, Robertet,
que ces Lrenges rimées par M. le Sénéchal.
N'est-ce pas en écbange de ces adroites
Lomges, que la grande princesse qui en était
l'objet, &lt;t laquelle, écrit Jacqucs du Fouilloux,
aimait fort la vénerie ,, , adressa a Nogenlle-Roi, par un écuyer, la « lice nommée
Baude

,,?

-J. IlARON Jllno»E P1c11011 : Le livre de la cltasse du
grand Senescltal de !Sormandye et les dit; du bo11
chien S011illart qui (rut _au roy Loys de fra11ce,
o,1ziesme de ce Mm. Paris, 1858.)
2. /bid.
3. lbid.

De tou tes les chasses celle que /lfada(lle Charlotte préfé rait a11x a11tres, etail chasse d'o iseaux de toi11g; a ucrrne
ne permet plus niig 11onne allure a ,me amazone; et, it est t-eau J'atler e11 ha~uenee, te fau con encapuchon 11 ¿
/mu en la maitt fort gentiment cepend:znt que les chiens, gardes a dislance, a/lmdent le sig na!. (Page 42 .¡

�111STO'f{1.ll
pouvaient voir, en petits médaillons, les portrails de Munsieur Louis de France, de
~ladame Anne de Bourbon sa filie et de Monsieur Saint-Iluberl. Et la lice nommée Baude,
en ces dit; louangeurs, en collier de poils
blancs, l'reil malin et le museau pointu, elle
aussi, avait son portrait !
Deux ou trois ans passerent encore; Baude
et Souillart, ainsi que les princes et princesses des contes, eurent beaucoup d'eníants.
Ces cnfants étaient tous, comme lcur pere et
mere, de bon flair et de bonne gueule; leurs
palles étaient hautes el longues, leurs reins
souplcs et forts; des collerettes soyeuses
entouraient leurs tetes; leurs oreilles se
dressaient au bruit cornme des pavillons. Il
fallait voir encore que leur nez pointu, qui
allait dcvant eux, averli et subtil, rappelait
pour le moins celui que leur royal parrain,
Monsieur Louis de France, portait par le
monde. Leurs noms étaient : Cléraut, JomLard, Miraud, Meigret, Marleau et Hoyse 1 •
De ces enfants-la, il en nactuit d'autres; si
Líen que cela devint une cbiennerie étendue,
une espece de meute qui était de merne
famille, ou tous les animaux étaicnt freres et
sreurs, enfanls el parents; et de toutes ces
)ices et de tous ces chiens, Messire Jacques
de Brézé, dans sa Chasse du Seneschal de
Jlrormandye, a pu recueillir les noms singuliers. Ces noms canins les voici, arrangés par
M. le Sénéchal, comme ceux des saints et des
saintes, en mots de litanie :
... Ilautde el Oyse,
Souillarl el Jombard el Clairault,
Cleremont, le Goussaull el Noyse.
Fnlloisc, Fouillaulde el llyraull,
Vollanl, llorralle el )lnrpault,
Souillart, Legierc el Fricaulde,
Brilfaull, Moricaull et Clairaulde,
Tous fcrmes el hons rachasseurs,
Ramcau, Rigaull, la jeunc Baulde
Qui Lous tro¡ s sonl frercs et sreurs •....

Ces chiens-la étaient tous d'admirables
chiens, actiís, intelligenls, nerveux, souples
et forts; nuls, mieux qu'eux, ne s'entendaient
a boutcr le marcassin hors du bois, a effrayer
Jaims et bichos, a surprendre le chevreuil i1
ses régalis; et, il en était de si vaillants
qu 'ils pouvaient, sans se las,er, tcnir le cerf
qnatre ou cinq heures.
Aussi nul dans le royaurne plus que Mcssire Jacques de llrézé, n'avait-il meules plus
bellcs et mieux entrainées, piqueurs plus fins,
vencurs plus avisés el chiens plus adroits que
les piqueurs, veneurs, rabatteurs, varlets et
chiens des chenils de Nogent-le-Roi.
Monsieur le Grand Sénéchal, qui, comme
son pcre Pierre et son afoul Jean, portait, pardessus tout, intéret a ces choses et pour qui
la chasse était grande passion, décida, des le
printemps de l'an 1477, qu'une grande battue
aux beles serait donuéc sur ses tcrres, entre
Anet et Nogent, par ses équipages. De fait,
cette région est tres bien fournie de forets,
hallicrs, bois et boq?eteaux, et le pays, qui
1. DA1ION
'.!. lbid.

Jfno~E P1c110N,

ibid.

FoutLLoux : Livre de Vénrrie.
4. Le Roman du Reiiard.

:\. JAcQUES nu

M JtDJtJK'E
s'étend entre la Vesgre et l'Eur(', est tres suivant a leve-cut les cailles; il ajoutait, tougiboyenx. En maintes places, mais surloul jours docte en celte science de guerre, que
entre Dreux et lvry, et d'Ivry (au nord de cailles et pcrdrix il n 'est de bonnes qu ·en
d'Anet) a lloudan, il n'esl bocage qui n'ait juillet; et que, pour les faisans, faisandeaux,
son terrier, il n'est pelit val qui n'ait sa ga- outardes, pintades, geais, tarins et bécasses,
renne, el, tan t d'oiseaux que de lievres et il faut allendre l'aout.
lievreteaux, lapins et lapereaux il e~t abonOr, on n'élait qu'1, !'extreme de mai de cct
dance ; mais, il faut dire que, du coté de an-la; il fallait done que la chasse fut a courre,
Rouvres, entre lloudan et Anet, sur les bords « avecqucs ares et sajettes &gt;l 4 , et de cerfs,
de Vesgre, il est gibier de poils plus beau biches et faons, daims, chevreuils, sangliers
qu'oncques ne chasserent vcneurs. gn effet, et laies. Pour les plus petites betes, tant de
des forets d'Ivry et Dreux se répandent a pro- poils comme lievres et levrals, que de plumes
(usion jusque sur ces bords les chevreuils, comme perdrix et cailles, il ferait beau, de
cerfs, biches et daims; mai~, par-dessus tout l'été a l'automne, y conduire les éperviers et
et au-dessus de ces animaux, il est, au regard les autours.
Une semaine au moins, du dirnanche de
de M. le Sénéchal, des beles plus fauves et
plus belles eneore, des beles avec qui le Pentecóte, il y eut branle-bas, a Nogenl, des
combat est plus rude et l'assaut terrible : les chevaux, des hommes et des mcules. Les
laies et les sangliers; et les laies surlout, chevaux piaffaient, impatients d'ardeur, dans
quand les pelits marcassins les suivent, sont les écuries, les hommes s'essayaient a tirer
des plus forouches; mais les sangliers ont tant d'armcs que de fleches; et, il fallait enbou toir de fer, ouvrent en passan t le ven Lrc lendre que les vale ts de fourriere exci taien l
et le dos des chiens et répandenl parlout, les chicos du cor et de la voix; pour les
tant de meutes que de chasseurs, un carnage écuyer~, piquenrs et veneurs ils frottaienl les
selles et les Luffletcrics. Cbaussés de cuir et
affreux.
De loutes les chasses du temps celle que gantés de peau, messire Pierre de Lavcrgne
Madame Charlolle préférait aux autres, était et Pierre l'Apotbicaire, rivaux toujours comme
chasse d'oiseaux de poing; aucunc ne permet France et Bourgogne n'avaient cessé d'etre,
plus mignonne allure a une' amazone; et, il mais réconciliés au moins apparemment, aiest beau d'aller en haqucnée, le faucon cnca- daient aces soins.
Pour le chien Souillart et la !ice nommée
puchonné tenu en la main fort gentiment
cependant que les chiens, gardés a distancc, Baude, assis noblement au seuil de leur cheattendenl le signa!; et, en plus du faucon, nil, ils contemplaient, entourés de Vollant et
MadameCbarlotte ne dédaignait pas, al'exem- Marpault, Iloyse, Falloise et autres, ces préple du roi son frere, la chasse a l'autour ou paratifs du combat des beles.
Ainsi, du dimanche de Pentecóte au vendredi, saint jour de jeune qui suivit, s'essayerent les uns et les autres; et les chiens aussi
jeunerent comme les hommcs, car la faim,
comme on sait, les excite a courir et a chasser
mieux.
Puis, ,·int le grand jour altendu si impatiemment de M. le Sénéchal. Le chroniqueur
Jean de Troyes dit que ce fut c1 le samedi du
Xlll• jourdu moysdejuing MILCCCCLXXVI5 »,
mais, on a su, dcpuis, que c'élait une année
plus tard, le 51 mai 1477, cc ungjour de samedi, vigillc de la fes te de la Saincte-Trinitéº ».
A peine, au rnatin de ce jour, le coq eut-il
chanté sur les toits, que les écu1crs des chevaux et les valets des meutes criaient dans la
cour; les fouets claquaient, les fers des coursiers et haquenées frappaient sur les dalles,
les valets - affairés - animaienl de la voix
les bardes des chiens et des chiennes.
Le cbateau s'éveilla ¡, ces bruits.
En~n Messire Pierre de Lavergne, de son
pctil cor d'ivoire don na le signal allendu; et,
a peine le cor cut-il cessé de retentir aux levres de l'écuyer que Monsicur le Sénéchal el
Les chev,wx de la sé111!challe el de l'ecuyer allaient
c6te a cóte; le cavalier, aoucement, s011te11ail ta ca- Madame de Brézé apparurent ensemble. M. lc
valiere; sa main /rémiss.:inle enla¡:ait la chátelaine
Sénécbal était tout uniment revetu de pieces
a la taille. 1Pagc44.)
de cuir et de beau drap; il avait bolles longues, éperons a molleltes d'or; un estramaa l'épcrvier, cc seuls oiseaux de poing a Yec con était harnaché en sa gaine a son colé, et,
lesquels on courul les perdrix 3 ». ~Iais, a cela,
5. Ju~ DE T11ovEs : La Clu·omque sca11daleuse.
Monsieur le grand Séuéchal avait bien ré6. Leltres de ,·é111issio11 pou1· Jacqttes de IJ1'ézé,
ponse : il lui répugoait, disaiL-il, d'aller, publiées
par ~r. Douet d'Arcq (Bibliotheque de l'Ecote
ainsi que fcmmelette, l'oiseau sur le gant. eles charles, lome X. Paris, IM48-18l0.)

une petitc daguc, du genre de celles qu'en ce
temps-la l'on nommait misériconle, pendait
a son ceinturon. Madame de Brézé n'était pas
moins bien que son époux revetue pour la
chasse; el, il fallait voir avec quelle grace
mignonne et c¡uel gentil air, sur son corselel
tout blasonné a ses armes le voile du mollequin tombait négligemment en formant deux
ailes : sa colle de cheval était toute légere et,
relevée assez au-dessus du pied, monlrait
deux jambes de Diane, effilées, charmantes
et toules serrées de bas-de-chausses du memc
ton que les gants; une plume de faisan plantée au-dessus de son mince escoffion, une
eravache en mains et une dague légcre appendue asa taille achevaient de lui donner un
petit air cavalier admirable.
Descendue en la cour, a coté de son seigneur, elle vint a sa monlure, s'élanca hartliment et - saos que M. de Brézé et M. de
Lavergne aient eu le temps de l'aider - elle
sauta au dos de la haquenée et fila a !'amble.
M. le Sénécbal suivait sur son cheval robin,
puis Pierre l'Apothicaire au dos de son grisoo, enfin Messire Pierre de Lavergne et, sur
dés juments et des chevaux de toutes les sortes, harnachés et piaffanl comme onagres, les
aulres écuyers et gentilsbommes des chasses.
Cela faisait une belle file, d'autant qu'a
Sénantes, a Boutigny, a Faverolles et a Champagne il vint bien d'autres dames et seigneurs
invités par le Sénécbal. Les dames, des qu'elles avaient sainé, se placaient a droite et a
gauche de Madame Charlolle, les seigneurs 1i
gauche et a droite de Moosieur de Brézé.
M. de Lavergne sonnait et sonnait du cor; la
bande des chiens blancs, la bande des chiens
gris et la bande des chiens noirs allaient en
arriere en un aboi formidable, tandis que les
fouets claquaient et que les trompes de cuivre, en relentissant, éveillaient les bois. Et
tout en avant, a distance des autres écuyers
et des aulres chiens, semblant couper l'air
de son nez, marchait eomme limier le chien
Souillart; la !ice nommée Baude suivait a ses
cótés; Cléraut, Jombard, Miraut, Meigret,
Marteau et Hoyse allaient allegrement courant
dans leur ombre.
L'on peut voir, dans les belles tentures de
haute lisse, tissées, dans ce temps-la, « de
fil d'Arras, faictes a or », de pareilles processions guerrir.res de dames et de gentilshommes tous richement étoffés, trottant a la
carnlcade, en un beau fond de bois ou rnr
tapis de lleurs.
Ce c1 samedy, vigille de la fes te de la Sainete
Trinilé », il faisait bon aller ainsi, dans le
matin heureux, sur la terre parée; les champs,
plus on approchait du val de la Vesgre, apparaissaient distribués en compartiments; ces
champs, herbages et prés, de toutes parts,
étaient piqués de 1leurs; mais, a l'extrémité
de ces terres si fertiles, entre les Vignes et la
Saboterie, a l'endroit des Hautes et des Basses
Lisieres, une étendue de bois encore plus
profonde apparaissait, au dela de Ilouvres,
sur l'autre versant de la riviere, entre lvry,
Tilly et Oulins, du coté du Haut-Arbre et des
Gatines rouges.

D'E B1fÉZ'É -

.Maáame de Brézé poussa un die af]reu,t a geler le sang da11s les velnes áu plus éprouvé homme .te g11e1-re ti
tamba sur le dos . Alors le meurtritr, comme si tout ce carnage l'eút excité plus meare, /:&gt;randit l'espado1t audessus de MaJamc Charlo/le et lllt en bailla á nouveau trols ou qua/re grands coups. {Pagc 47.)

C'est dans cette direction que M. le Sénéchal, accouru de !'a vant, orienta aussitót la
battue. 11 marchait le premier, avec le chien
Souillart et Baude, attentifs tous deux a la
trace dtls betes; tout en éperonnant doucement son robin, et, tout en la chassant, il
rimait sa chasse :
La \'eilte d'une sainete croix
De may, au malin me le"ªY,
. . . . . . pour au boys
,\ ller en queste oil je pourray,
Pour vcoir si je r,mconlreray
n·un cerf qui me plaise a chasser
Et si j'en puis d'un rcnconlrcr
Qui me plaisc, cerf de dix-cors '·· ..

t. BARO:&lt; JtRo»E P1c 110:. : La Ghassr du Senescltal
de Nonnandye (ibid.).

Le cerf, au moment qu'il achevait, fut levé
par 81Ude el Souillart; c'élait un des animaux les plus magnifiques que M. le Sénéchal ait vus depuis longtemps, beau, trapu,
de haute taille, avec un bois aux fortes ramures; des qu 'il fut dépisté, il fila a toule
allure par des chemins a lui; et, sur son
passage, a mesure qu'il fuyait, accouraient
de belles biches qui avaient ventre roux couleur de feuilles, les daguets qui sont comme
l'on sait jeunes cerfs, et des faons plaintiís
qui bramaient de doulenr en suivant leurs
meres.
II s'agissait de relever le chemin du cerf et
de prévoir par ou il allait passer; irait-il vers
Tilly ou vers lvry? Passerait-il la \'esgre?

�111ST0'/{1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,.
Pierre l'Apothicaire étudia la voie; le cerf,
forcé, apres maints détours, piquait droit sur
Rouvres, devers le fief de n~tendard. Déja
l'on étail au Mesnil-Simon, face au Moulin-aYent; il fallail que les chasseurs et les chiens
rcvinssenl sur leurs pas. C'est ce qu'ordonna
M. le Sénéchal; el, landis qu'avec l'Apolhicaire, Baude, Souillart, nombre d'autres limiers, écuyers, invités el varlets il s'enrrageait a travers bois, daos le sens du lla~tArbre, Messire Pierre de Lavergne, les dames
el la suite des chasses allaient du coté des
Hautes-Bornes. Le poinl de rencontre était a
la Bergerie, une ferme a coté de Rouvres; la
existe un élang entre les arbres; le cnf s'y
réfugirrait; il y aurait bat-J'eau; et puis, au
chateau de Rouvres, qui était a lui, ~J. Je
Sénéchal olft-irait le festín, une fete entre les
botes, les chiens et les invilés étant de rigueur aprcs tcl carnage.
~f. le Sénéchal éperonna hardiment son
robin. A mesure qu'il allait de l'avant et disparaissait sous les bois, suivi de ses varlets,
de ses limiers, de ses braques et de ses chiens
courant~, sa voix, portée par le vent, arri1'3il
encore a l'autre parti des &lt;lames el drs cavaliers chargé de lenir le cerf du coté des Bornes; el celle voix, chaude, impérieuse, excilail hardiment les chiens :
- Ha Baul&lt;lc )" va! Appellc ! Appellc !
- Uaulde, ma mye, lá ira!
- Par ici ,·a le ccrf fuynnl 1
- lla lloy-c y va! ha lloysc y va !
- E•coulcl ha! !llyraull le voy!
- Ah! Ah! Fricaultlc, ma bello)! ...

Puis le cor sonnait; Baude, Souillart, Myrault el Fricaulde aboyaient; l'on enlendait
encore M. le Sénécbal :
- lla Souillarl ! lla Jombartl I lla Dnul1le !
Oullrc va, ma m)e Fricaulde... .

Puis la voix se calmait, le cor s'apaisail el
c'était du coté des damcs que U. de Lavergne
embouchait a son tour le cor, excitait les
chiens et piquait des deux.
Soudain, comme il allait un pcu plus de
l'arnnl, loujours le cor en main indiquanl la
marche, il advint que le cerf, leré par M. le
Sénécbal, dépistt!, éperdu, revint tout a coup
sur ses pas, ouvrit le bois de ses cors et fon~a
du colé c,i1 Mme dll Brézé el lI. de La,·ergne
étaienl, a,ec d'autres dames el seigneurs. La,
le grand cerf donna de l'andouiller en avant;
un chien roula, hurlant, le Oanc ou,·erl; il y
eut un cheval Llessé, qui se cabra; les aulces
montures prirenl peur, et, comme on était a
un carrcfour du bois, s'enfuirent avec lcurs
cavaliers, dans diYcrs chemins.
Messirti Pierre de La,•ergne, emporlé par
l'ardeur ou il étail de comballre, s'était jeté
a la suite du cerf et le poursuivait, s'effor~nl de le lourner et de le ramener a Rouvres; mais, voici qu'égaré, pcrdu a son tour
I'écuyer s'embarrassa sur la roule a suivre'.
ll croyait avancer sur Rouvres, mais c'était
sur T1lly qu'il allait. Bientot il s'aper~ut de sa
méprisc, arrela son cheval, inquiet, allentif,
s'effor~nl de surprendre un rappel des chas1. Brno;_. JtaclJIE P1cuos, ibid.,

seurs. Mais, au lieu de l'aboi des meute~, du
déchirement des cuirres, voici que M. de La,·ergne entendil, qui venail il lui, sur la route
íleurie el dans le bois beurcux, au pctil trol
de sa haquenfo a !'amble, Mme de Ilrézé.
Tout, dans les arbres, a ce momcnt, était
pépiant d'oiseau,; la forcl retentissait du
concert
obscur de ses boles; M. de Laverrrne
.,
o
s ecarla un peu, de fa~on a voir sans clre vu
lui-meme; et la haquenée allail dl! son pas
r)lhmé; ses sabots eníoncaienl dans les
mouss('s el dans le, fougcres .... La haqucnée
allail, et, la dame &lt;:hantait :
G1•n1ils g:ilnnts de Franl'c
Qui, en In gucrre, allcz,
Je vous pric qu"il 1·0115 pluirn
Mon ami ~alucr.
Commenl le salucrais
Quand poinl ne le conn,is "!
11 csl bon iJ. co11nailrc :
11 c,t de blanc armé ....

Un, moment aprcs, Pierre l'Apothicaire,
enrnye par M. le Sénéchal, sur la trace du
cerf, au pas étouffé de son grison, arriva daos
la voie de la bcte. Et, de loin, il vil la sénéchalle avcc l'écuyer : lcurs chevaux allaienl
cote a cote; le cavalier, douccment, soulenait
la cavaliere; sa main frémissante enlacait la
chatelaine i1 la Laille; mais il n'y avait pas
que leurs mains el que leurs tailles unies; il
y avait lcurs lcl'res. L'Apothicaire, inquiel,
sournois, l' reil vif, ar reta un peu sa monture;
il observa que ce baiser qu'ils se donnaient
l"un l'autre - l'écuyer avec la sénéchalle avail une durée infinie. Mme de Drézé était
lournéc en sa selle; elle lerai t la t¿Le, renversail la gorge a la faeon que font les colombes; ainsi l'on voyait son beau cou qui
était d'un blanc admir&amp;ble, on voyail sa nuque
1.,londe et chaude, son front empou·rpré de
honte el de plaisir; el, comme M. de Lavergne
était un peu plus grand de taille, il inclinait
la tele, el, il baisait les c:heveux fauves sous
l'escoflion de chasse, il baisait les joues, il
baisait l'arc des yeux el baisait l"arc des lc-vres; mais, la, il s'attarda1t el il scmblait,
de loin, dressé sur sa monture, quelque h. rJi
cbasseur entré dans un wrger qui, de sa
bouche ardente, eul cucilli un fruit pourpre
puis l'eul longtemps E,Ou!é et longt('mps saYouré ...
Leurs ehevaux, avanl que ce baiser cess:il,
les avaient ramcnés sur la Iigne de I\ouvre~ ;
en un moment, Mme la Sénéchalle et son
écuyer íurenl al'ec les autres; mais, comme
ils arrivaient, a cause du lemps perdu, a
galop forcé, ils ~nlcndirent, entre la l.lergerie
el le fief de l'Etendard, un grand bruit de
carnage; ils donncrent de l'éperon en bate et
bienlol il~ vircnl l'élang ou le cerf bauait
l'eau. Toutes les meules étaient la; et les
piqueurs, les varlels, les Yeneurs et chasseurs
aussi étaienl assemblés.
-

Oultrc chiens ! Oullrc, oullre a luy !

criait de loute sa voix M. le Sénécbal. En
meme tcmps l'on put voir que Jacques de
Ilrézé poussait son cheval a l'eau; ainsi il
entra dans l'étang, se porta au-devant du

"-----------------------------------grand cerf forcé; el, landis que Souillarl,
Baude, Jombarl et Fricaulde allaquaienl !'animal en arriere el le mordaient en croupe
cruellement, M. le Sénéchal élevait sa pelite
dague appelée misérico1·de, la plongcait par
deux fois daos la gorge du dix-cors el la rctirail fumante.
A ce momenl meme les trompes sonnerenl
bien haul l'hallali, la forcl relenlit des abois
des chiens, il y cut un long et bcau cri de
joie des chasseurs. Mme Charlolle, dcpuis son
enfance, aux colés de son pere et de son
frcre, les rois Charles et Louis, a,ail assisté
a bien des cbasses; mais, a voir ainsi son
maitre et seigneur qui, dans le beau soleil,
au-dessus de l'étang argenté , élcvait une
dague rougie el, pres de sa victime, entonnait
le triomphe, elle éprouva une horreur sccretr,
un dégoüt instinctif; c'était comme si la
dague, au poing du tha;seur, a,·ant de gliss('r
en sa gaine, ful cntrée en sa gorge a elle el
l'eut írappée aussi; ainsi son sang coulait
comme celui du cerf, il tomhait sur l'étanrr,
·1
C'
1 y formiit des llcurs ardcntes el merveilleuses. En meme tcmps la vie sorlait d'elle ....
Mais, cela n"étail qu'un songe et elle voila
ses yeux.

\'ll
Suite a In partie de chasse
de M. le Sénéchal.
Le tanlol de ce meme jour, l'on chassa aux
marcass~ins el aux sangliers. Cette chassc ful
moins heureuse que celle du matin; la lice
n ,mmée Baudc, qui était tres brave, avait
poursuivi une laie jusque daos sa bauge; die
en recut un co,1p de bouloir si profond que
son flanc, i1 moitié ouvert, saignait abondamment; les varlets la rapporlcrent a Pierre
l'Apotbicaire qui lui mit un baume d'herbes.
Ilaude, comme l'on sait, était lii:e ro)•ale; il
y allait de sa vic; el, cela mil M. le Sénéchal
de méchante humcur.
11 s'ensuivil, en maniere de vengeance, un
grand pillage des bo:s aulour de llouvrcs el,
au son du cor el daos l'aboi des meules, il
ful accompli J'un des plus copieux et des plus
grands massacres qu'onques aienl vus encore
les bords de la Ve~gre. Ainsi que d('S hulins
en hesogne de mcurlre, chicos et chasseurs
fouillcreut lous les fourrés el lous les arbres;
il y cut nombre de betes déconfites a coups
de fleches, arbaleles, dagues, épées et lances;
et, le nombre de celles que Je fer avail nawées et qui se trainrrenl au loin pour mourir était aussi élendu que celui des animaux
aballus en la place. Une curée immense eul
lieu, le soir, aux Oambeaux, daos la cour de
Rouvres; mais, nombre des cbiens des meutes
étaienl sanglants de coups de croes, d'andouillers et de boutoirs; maints chasseurs
avaient recu balafres el blessures; l'aspecl
était sauvage et grandiose de ces hommes en
armes pcnchés, a la lueur des lord1es, audessu, des dépouille, giboieuses; la fumée
du sang et l'odeur fauve des cerfs, des daims
el des sangliers morls réveillercnt l'ardeur

cynégétique. A nouveau l'on percul que M. le
Sénéchal, Loul debout en ses bufíl.3l('rics et
ses bolles de cuir, disait los

en fondant, lui brulait les doigls; son sein,
ballant a toul rompre, montait et descendail
av('c inquiétude et bate sous le m:mlcl de gris
qu'elle avail passé pour venir; mais, on aperDu bcnu mc,ticr M Yenncryc.
cevait l'épaule hlonde el charnue, le bras déPuis, coinme tous étaient altérés, affamé, couverl et ce col de cygne, aussi sl'elte, aussi
et las, il y cut grand et bcau fcstin; le vin hlanc, aussi pur que celui que Mme de Beauté
coula daos les coupes; les varlels ser\'irent avait pu montrer autrefois aux peinlres; son
les ,iandes el les patés; il y cut boussacs de visage altentif contemplait le dormeur avcc
lievres, cuissol, et civets de chenels, ,·enai- une expression de crainle el de Lourment qui
sons de cerís comme il convicnl a des chas- faisait, a la lueur du ílambeau, son regard et
seurs. Apres quoi, quand les hommes el lt•s son visage encore plus magnifiques el plus encbiens se furcnt bien repus, qu'on cut donné ílammés. Mme Charlotte, en &lt;"elle pose
aux chevaux leurs sextiers d'avoine, on s'alla d'anxiélé el de contemplation, daos le désorcoucher.
dre de la nuit, toule coillée des belles bouCe chatcau de Rouvres-sur-\'esgre étail cles dl! sa chevelure répandne autour d'ellr,
J'un de, plus spacieux et des mieux pourrns apparaissail, dans le silence et daos la paix
de tous ceux de la maison de Brézé; chaque de la nuit, encore plus ensor.celanle el encorc
im·ité, écuyer ou bote, )' avail une picce plus belle. Un instanl elle tourna la tele el
ponr dormir, les chevaux y avaient écuries el regarda du coté 011 le miroir lui reOéta son
les chiens les chenils. Mais, le chien Souillart, apparition; il parul que, forte de ce témoile plus vieux, le préféré el le mcilleur des gnage, elle pril alors une résolution décisivc&gt;;
chicns, couchail sur le carrcau en la chambre elle enjamba lestemenl le corps étendu du
des maitres 1 • M. et Mme de BrJzé, précédés bon chien Souillarl, poussa l'h uis el, nou s
de Pierre l'Apolhicaire, mailre h01nme d'botel, dit le vieux cbroniqueur Jean de Troyes, se
armé de Oambeaux allumés, monterent lous re:ira « en une autre chambre ,, 1•
deux en leur cbambre 011 le chien les suivit.
Cette cbambre, « qui estoil [située] auAussilot le chien se coucha; M. le Sénéchal, dessus de celle 011 esloit cousché 1&gt; le Sénéharassé de la grande fatigue de ce jour, s'é- chal 5 eüt pu tres bien s'appeler la chambre
Lendit sur le lit de repos, en armes el loul de Pyrame el Thisbé. Une belle lapisserie de
harnaché; Mme la Sénéchallc avait un second fil des Flandres en couvrait les parois de Las
lit en une chambre voisine; et la, devanl un en haul el, on y pouvait voir, a la lueur du
miroir, elle enlem son mollequiR el son cs- llambeau que Lenait Mme de Brézé, tous les
coffion, sa collerclle el sa gorgerelle; mais, épisodes de ce conle touchant, tissés de haute
elle éLait loujours en lias-de-cbausses et en lisse et de belles couleurs : d'abord Pyrame
colle. Le chien Souillart, élendu a lerre en la el Thisbé vus ensemble; puis Pyrame habillé
premiere chambre, commencait de sommeilJer, son muscau poinlanl sur ses palles étendues; M. le Sénéchal, rompu de tous ~es
membres a cause de cette chasse forcenée a
laquelle il s'étail livré depuis l'aube, allait
dormir a son tour; mais, il ne le fi t point avant
que d 'avoir parlé a Mme Cbarlotle; de rn
cbambre, il s'écria vers la picce 011 était sa
femme qu 'elle eí'i l a venir « couscher aiosi
qu'il esl accouslumé faire en mariage ll.
&lt;i Icelle ll l'entendit, nous disent les Lellres
de 1·émission rédigées plus tard de par le roi,
et, elle « lui vinl dire, qu'elle ne pouvait encore couscher avec lui jusques a ce qu'elle se
ful nectoyé et lavé ses cheveulx 2 ». Dans le
moment qu'elle dit cela elle Yint. vers le lit
daos la chambre ou étail M. le Sénécbal;
mais lui, en chasseur fatigué, avait le front
tourné en la ruelle, du colé du mur, et il ne
put conlempler a quel poinl cellc femme qui
étail sienne, mi-nue, ses beaux cbeveux défaits répandus sur son dos, ses épaules et
jusque sur son sein, étail fascinatrice el merveilleuse. Toul ce qu'il pul trouver a dire, ce
grJti.í. el JJ11/Jsti.;11t chitn justicitr to11Jil a·,111
fut : « Bien• ,, Apres quoi ses poings s'al- Lttrai/,
rtnverSJ lt miserJble et l11i e11/ 011,J /ts
longilrt·nl devanllui, sa tete s'inclina, ses yeux
c.-ocs á:ins la gorgt. (Pa¡rc •~ .)
se fermerent el il lomba en sommeil subit.
Mme la Sénécballe r esta un instant ainsi a
contempler mcssire Jacqucs de Brézé. Sa en cbasseur el Thisbé en pelerine, allanl en
main Lenait loujours le ílambeau, dont la cire, al'anl d'cux, chacun de son coté; l'arril'ée de
1. Coucher tlc,lans sa chamhre p1·i•, du fcu chnu 1lcment. ...
Les Dit; c/11 bou chim S011il/a1·l.'

2. /,elll'ts tlt rémission ¡1ot1r Jacques de llré:.é,
conile de Jlaultn·ier (publii!cs par ~l. Doucl J'Arq :
Bibliothequc de l"Ecolc rlcs Charles, tome X. ¡

M JlDJl.ME

DI; BJ{ÉZÉ - - ~

Thisbé par-de,·anl la lionne du déscrl, sa fui te
et sa crainle; en fin l'advenue, le désespoir el
la morl de P)Tame; et puis, en un panneau
de tissu encore plus beau et plus arachnéen,
étaienl figurés, sous un mürier des mieux
faits et des plus feuillus, Pyrame et Thisbé
confondus dans la morl. l[me de Ilrézé tiul
son Oambeau de résine élel'é un momenl devant elle; puis, elle demeura la a considérrr
ces héros de l'amour enlacés dans le sommeil
funebre et voluplueux. Et, comme elle en
était, les ycux agrandis d'allenle et d'admiration, a les conlemplcr, il lui sembla que le
pJnneau ou Pyrame élail tissé de haute lisse
s'ouvrait par le milieu el que la figure pcinle
entrait en mouvemenl, marchait dan, la piece
et n-nait a elle. Cette figure étail pale et elle
élait belle; elle était vclue en éculer, avait
toque de velours, pclil justaucorps, bolles et
ceinlure de &lt;:hasse; et il apparaissait que
c'étail un damoiseau agréablc, éperdu de passion et de respect, qui ouvrail les bras en
adoralion et qui suppliait, en joignanl les
mains el lendanl les levrcs.
Un peu plus haul encore Mme de Ilrézé
éleva son flambeau vacillanl; puis elle eut un
recul et faillit tomber, prete a crier de bonheur et d'exaltalion. Le Pyrame qui était dcvanl elle étail ll. de Lavergne. Ocpuis un bon
momcnl il était la a l'atlcndre, el, comme
tout d'u11 coup elle était apparuc, mi-nue
sous sa rc,bc el fo llambeau a la main, il
avail jailli de l'ombre el s'était monlré.
D'un g~sle prompl et hardi il vint au-dcvanl d'elle, enleva le ílamLeau qu 'elle tenail,
le posa de fa~on a ce que la llammc inondat
le lit de rn lumicre; cela fait, M. de Lavergne
attira lime de Ilrézé a fui. A demi pamée, se
pouvanl tenir a peine, elle lomba entre Sl s
bras; el, la seulement, il vit l'exaltation de
la face de celle íemme, il vit son front animé
d'ardeur, ses yeux qui brillaienl d'une Oamme
sourde, celle boucbe qui allait jelcr un cri
éperdu. Encore qu'il fút homme brave et
bien atrempé il redoutait tout de la nuit; Je
moindre bruit pouvait lrahir sa présence dans
cette cbambre a une pareille heure; aussi, se
penchanl sur Mme Charlollt&gt;, il posa sa bouche sur sa Louche; ainsi il sembla qu'il
étoullal de ses baisers et qu 'il bíit de ses
levres ce cri qui \'enait d'elle et montail de
son creur.
Sous la chaleur des levres el la domination
du regard supplianl de l'écuyer, il parut que
Mme Cbarlolle entendit l'avertissement que
son amanl lui avait donné; lentement ses
bras se détendirent, sa face el ses yeux
s'apaiserent; sa voix ne fut pas plus éleYée
qu'un soufíle; elle disait, d'un accent qui
étail un murmure enlendu a peine :
- Dieu donne le bonsoir a mon tres doux
ami. ...
Alors il commenca de lui baiser les mains ;
apr~s les mains il baisai l les bras; apres les
bras il baisait l'épaule :
- Ah! Charlolle, disait-il ardemment.
3. l bid.
TRon.s : Cluouique sca11tlale11se.
5. Lett1·es de rt!111üsio11 (ibid. 1.

.i, JEAS nE

�111STOR._1.Jf.

----·-----------------------------------~

Ah! Cbarlotte m'amour.... Cbarlotle m'amif' .... Cbarlotte m'aimez-vous?
Elle répondai t :
- Je vous aime, mon doux sire ....
U commenya de jouer avec ses cheveux
dispersés autour d'elle el qui formaient, aulour de sa gorge et de ses bras, un collier et
des anneaux d'or; et ces cbeveux si beaux, si
longs, si fins et si parfumés il n'en eut pas
fi ni de les toucher, de les sccouer el de les
respirer.
... Ce qu'en secret faisons
Quand entre nous deulx nous jouons,

ainsi que Mme Diane de Poitiers le dira plus
tard au roi Henri II, Messire Pierre de Lavergne et Mme de Br~zé l'allaient bienlot entrepreodre; c'est dire assez qu'ils allaienl
jouer et folatrer encore plus fort. C'est ce qui
advint dans l'instanl que M. de Lavergne,
allirant l\lme de Brézé, la courba a moitié
sous ses levres. - « M'amie eles-vous
mienne? » disait en meme temps l'écuyer
d'nne voix qui était la plus douce du monde.
- &lt;! Je suis votre, mon doux sire, prenezmoi, » répondait, toute pale de crainte et de
plaisir, Mme de Brézé.
Mme de Brézé et M. Pierre de Lal'ergne en
étaient ainsi a deviser d'amour, quand, dans
le pesant silence de ce chateau endormi, ils
percurent, tout contre la porte, comme un
frólement d'etre. II parut que Mme de Brézé,
la premiere, l'entendit; d'un bond, elle fut
hors des bras de ~f. de Lavergne, courut
toute folle au-devant de !'huis; et la, comme
elle vit un verrouil, d'un coup elle le poussa;
mais en vain tendit-elle l'oreille, en vai n
M. de Lavergne écouta-t-il a son tour! La
nuit étai t plus lourde, les ténebres plus
épaisses; aucun mouvement, aucun souffie
ne venaient, jusqu'a eux, des chasseurs, des
chevaux et des chiens endormis dont le chatean était peuplé. Longtemps, longtemps ils
écouterent; et il n'y avait d'autre bruit autour d'eux que celui de leurs cceurs ardents
qui battaient d'un meme et d'un seul amour.
La &lt;( mye-nuyt » vint qui s'annonca, audessus de Rouvres, par douze coups bien
timbrés et sonores.
C'e,t le moment que choisit l'etre dont
Mme de Ilrézé et ~f. de Lavergne avaient
percu le frólement contre !'huis de la petite
chambre de Pyrame C't Tbisbé. Cet etre qui était le gf'ul avec les amants qui ne dormit poinl a Rouvres cette nuit-la - se coula
tóut doucement du coté de l'élage ou éLait le
Sénéchal; la, il souffla un peu et se recueillit
comme un homme que le poids de la veoge:mce et de la haine oppressc au point de
l'étouffer. Enfin il se remit et il commenca
contre l'huis a graller prudemment av~c ses
ongles. Le chien Souillart faisait, comme
chaque nuit, bonne garde autour du Sénéchal; il se dressa au bruit et gronda assez
haut pour que ~l. de Brézé, tiré en sursaut
de son sommeil, entendit. Dflja M. le Sénéchal, qui était Lout babillé el vétu en chasse,
avail le poing sur sa dague; il était deboul a
moilié et disait, le ton assez menacant : -

&lt;( Qui va la? » &lt;! Messire, c'est moi, »
répondait l'homme a travers la porte.
Messire Jacques de Brézé, a ces mots,
reconnul que c'était Pierre l'Apothicaire. 11
en concut aussilot une crainte alfreuse, car
il savait bien, le connaissant assez, que l'Apothicaire ne pouvait se présenter a lui, de
telle sortc et a la &lt;! mye-nuyt », que pour has
message et male nouvellc.
&lt;! Entre! lui dit-il durement, entre!
Et que me veux-tu? » L'autre entra avec précaution portant une petile lanterne sous sa
cape; et la maigre lueur que cette llamme
jelait était si tremblante que le visage de
l'Apolhicaire en était encore plus blafard et
encore plus laid. Le chien Souillart, r¡ui flairail le drole depuis Ionglemps et ne l'aimait
pas, bondit de son coté; mais Messire Jacques
de Brézé, de la voix, apaisa son chien. Alorg
l'Apothicaire s'avanya un peu, glissa un reil
obligue du cóté de l'autre chambre oü Mme de
Ilrézé eut du etre et dit seulement a M. le
Sénéchal : - « Mme Charlotte, Messire, estdle point en son lit? »
M. le Sénécbal arracba la lanterne que son
serviteur tenait au-devant Iui, l'éleva a hauteur de ses yeux, mais, dans le pelit cabinet
de sommeil ou il regarda, il vit que le lit
était vide; seul le miroir ironique reíléta son
visage. Alors, ce fut comme s'il commencait
de mourir ; un nuage passa sur ses yeux, sa
main glacée se crispa au pommeau de son
arme; il faillit tomber; mais il était homme
rude et non couard; un moment passé, il se
maintint, se redressa, saisit a le briser le
bras de l'Apothicaire : - !( Allons, parle!
parle! Dis-moi, ou est-elle? i&gt; L'autre blemit
sous l'étreinle forcenée; mais il parut que la
joie de lenir son ennemi l'emporLat encore
sur sa doulcur; il sourit de l'air cauteleux
des fourbes, et, de la voix la plus basse qu'il
put, il prononca ces seuls mots : - « Messire, elle esl avec l'écuyer; ils sont couchcz
ensemble en ung lit; ils font adultaire '. Jl
M. le Sénéchal, a ces mots, poussa un cri
rauque et sourd, un cri dti bete blessée en
la chasse, lacha le bras du valet, demeura
appu¡-é un moment au mur, comme fou el
comme assommé; ses traits, horriblemeut
convulsés, rcndaient sa face elTrayante; son
regard, tel qu \m regard de démenl, regardait fixement a terre, étonné de tant de
cboses et, dans tant de ténebres, des iuille
vacillanles petitcs lucurs de la nuit. Ainsi
M. le Sénéchal pensa un momentaranl d'agir;
puis, d'un coup vil' et rnccadé, il frappa du
poing son ceinturon de cuir; les lames de la
daguc et de l'espadon rendirent un son clair
de méla[, jeterent comme un aigre et froid
appel au meurtre et a la vengeance. Et ce
son qui percait la nuit, ce signa! de l'acier
qui bat en sa gaine, acbeverent de porler
completement Messire Jacques de BrézJ a
grande ire et a grand douloir. D'un coup plus
prompt que l"éclair il tira du fourreau son
haut espadon de bataille, puis mu de furie et
gonLlé de male rage autant que s'il eu.t cherché a bouler du bois un cerf, il se jeta hors

l. Lettres de i·émissw1l {ibid. ).

de sa chambre et monta l'étage. Le chien
Souillart suivit en courant, l'oreille dressée,
grondant, l'ceil allumé, les croes hors de la
gueule; et l'Apothicaire suivait en toute bate
le chien et le Sénéchal; et sa petite lanterne
ardait en sa main !
Cela causa un grand et terrible fracas; le
chatean, comme pris d'assaut par un ennemi
nocturne, résonna dºun lumulte de pas et
d'épées; les écuyers, botes, varlels et veneurs
tirés du sommeil profond ou ils étaient, sortirent des portes mi-vetus, qui portant dt'S
armes et qui des Ilambeaux ....
Mais, déja M. le Sénécbal, monté a l'étage,
était parvenu a la chambre de Pyrame et de
'fhisbé; d'un rude coup d'épaule il bouta
(t l'uys de ladite chambre qui était fermé au
dedans i&gt;'; et la il vit Mme Cbarlotte et M.
de Lavergne. Craintive, alfolée, toute secouée
par la bonte et par l'épouvante, Mme de Ilrézé
s'é1ail coulée, mi-nue et tremblante, entre le
lit et le mur de haute lisse; pour M. de
Lavergne, l'habit en désordre, mais calme et
en grande bravoure, il s'était jeté, pour défendre sa maitresse menacée, au-devant meme
de l'assaillant. Mais, a peine eut-il le temps
de lever un bras pour parer; M. ,le Sénécbal,
qui pour lors n'était plus homme mais bete
fauve et sauvage hurlant a grands cris, se
rua l'espadon au poing; il en élcva la lame
au-dessus de M. de Lavergne el la, disent les
Lettres de 1·émission, il lui en &lt;, bailla plusieurs coups tant d'estoc que de taille J&gt;.
M. de Lavergne lomba le front en avant el
le sang coulait de lui comme la pluie coule
du ciel en l'orage; et il fallait voir que M. le
Sénéchal besognait du fer avec lanl de fracas
que la tete de l'écuyer resta a peine appendue
a son col. A cette vue, la plus épouvantable
de toutes celles qui puissent etre olfertes a
une amante, un cri déchirant jaillit de la
poitrine de ~lme Charlot te. Dressée, blanche
et nue, entre la couche et la tenturn, elle joignait ses beaux bras en avaot et elle suppliail
son bourreau a mains jointes. - &lt;! Par saint
Jean ! )) disait-elle; (( par saint Jean ! »
C'était le mot dolent, le mot pieux, l'appel
des cieux, l'appel des anges, le mot que
son pere Charles VII poussait en avant des
Anglais quand il allait les jetant hors du
royaume, entre M. Dunois et Mme Jeanne
d'Arc. - « Par saint Jcan ! J) Mais ce mol,
cet a ppel, ce cri ven u de tout un passó de
gloire et de grandeur, ne parvint que comme
un sarcasme au front du meurlrier. &lt;( - Ah!
batardc! criait-il ! füHarde ! Ilalarde 1 )) Et ce
mot de batarde, il le jetait duremcnt, aprement, ainsi qu'un outrage. U avanyait en
meme temps; il élait fou, il était ivre et il
levait toujours son fer. Alors, elle joignit a
nouveau les mains et tomba a geooux entre
la haute couche et le tapis des F!andres. Elle
s'était, écrit dans son vieux style rude et poignaot, le cbroniqueur Jean de Troyes, &lt;! mucée
dessoubz la couste d'un lit )). Mais rien ne
pouvait plus apaiser M. le Sénéchal. En vain
~lme Charlotte pleurait-elle et gémissait-elle;
en vain disait-elle des mots si beaux, si
2. Le/tres de rémission (ibill.).

MJtDJt.ME DE

'

bumbles et si dolents que c'était grand'pitié
de l'entendre; Messire Jacques de Brézé était
sourd aux !armes, sourd aux plaintes et aux
prieres. Tout armé, il se je_ta au t_ravers ~u
lit et, dil Jean de Troyes, « 11 la prrnl et lira
par le brás a terre, et en la tirant a has, lui
bailla de !adiete espée au lravers d'entre les
deux épaules, et puis, elle descendue a terre,
elle tomba a deux genou!zt J). Tout autre,
daos ce moment, a la voir si belle et douce,
nue en ses cheveu'{ d'or et toute blanche a
caus~ de la vie qui commencait de la quittcr,
en eut eu pitié et respect; mais, M. de Brézé
non pas; il.ne voyait plus, n'entendait plus
que sa vengeance; en vain, en un dcrnier
appel de tout son ctre b~mb_Ie et conv_ul~é,
cria-t-elle ce seul mol: Miséncorde 1Lm tira
sa petite dague qui avait ce nom aussi e~,
comme il eut fait a une biche en la chasse, il
lui en donna daos la gorge.
Mme de Brézé poussa un rale alfreux a
geler le sang dans les veines du plus éprouvé
homme de guerre et lomba sur le dos. Alors
le meurtrier, comme si tout ce carnage l'ef1t
excité plus encore, mécontenl de sa dague,
brandit l'espadon au-dessus de Mme CharloUe
et lui en bailla a nou1eau lrois ou quatre
grands coups dont l'un, fort brutal_, fendit
l'un des seins encore chaud des ba1sers de
l'amour.
l. JE,~

nE

Tnores : Chro11ique sca11dale11se.

Ceux qui avaient vu cela, jetés a !'extreme
de l'horreur, avaient ,·ite fait de s'enfuir; et,
quand ~[. de Brézé, pour la derniere fois, eut
relevé son épée et commencé de tourner les
yeux daos la chambre, ne voyant et n'entendant plus personne autour de lui, il se sentit
pret de trembler et de défaillir. Le ílam~ea~,
a demi consumé, qui brulait encore, Jeta1t
sur les bauls murs les sursauts mourants de
sa lueur; le tapis de fil des Flandres prenait,
aux yeux troublés du misérable, un aspect
élrancre; il y avait comme un etre fatal et
singulier qui sorlait du mur, qui passait pres
des corps et qui venait a lui ainsi que du fond
d'un palais ou du fond &lt;l'un sépulcre. Et ce
vieillard élrancre
avail chapel d'images,
patee
•
•
nótre de boí, dur, cape de lame et mauva1s
houseaux; le lis royal de France brillait sur
son babi L· mais ce lis fanlasti,1ue et comme
'
.
.
aurandi était moins percant, m01ns a1gu el
:oins vif que le regard du vi !illard. Ce
regard, jailli comme du feu, Messire Jacques
de Ilrézé le sentait, le percant de sa lueur,
comme un fer de bourreau. A cet aspect nouveau de l'homme infernal, M. le Sénéchal
recula; ses jambes commencerent a fiéchir,
sa main lremblante s'ouvrit; son espadon
glissa · lui-meme allait tomber; mais, a ce
mome~t la vision du vieillard s'él'anouit; et,
au lieu du vieillard, M. le Sénéchal, a qui la
fureur et le meurtre avaient tourné la tete el
1

B~iZÉ --~

brouillé les esprits, apercut un grand et beau
chien hérissé, l'orcille droite, la patte haul~,
la gucule tout ouverte et de qui les yeux lu1saient comme les yeux des loups. - &lt;! Ah!
Souillart ! Ah ! Souillarl ! Oullre chien! )l
criait, en paroles démentes, comme s'il c~t
reconnu son chien et compagnon, M. le Sénechal. Mais le chien bondit, passa sans le loucher &amp;t fut hors de la piece. M. de Urézé le
suivil, éperdu, balbutiant, les bras joinls devant lui le re()'ard détourné des cadavres. El
la dan; le co;ridor, les valets terrifü:s attend¡ient le ílambeau au poing; parmi eax il y
en av;it un, qui était mallre d'botcl et dis~imulait en de,sous son mantean, une pellle
lanter;e. C'étail Pierre l'Apolhicaire. Le grand
et fanta~tiq ue chien justicier, comme _s'il l'eut
reconnu a son ombre, ainsi qu'il avátt accoutumé de faire en avant des beles, cut un
mornent d'arrel; puis, sa gueule '.crrible
s'ouvrit encore plus grande, son dos s arqua,
ses flanes se creuserent, ,es palles rn tendirent; enfin, il bondit d'un Lrait, renversa
le misérahle, le maintint rudcment de son
étreinte; et, comme l'aulre bauait I'air de
ses bras, le chien lui enfonca les croes en la
gorge.
.
L'Apothicaire poussa une courte p!amte;
ses bras écartés relomberenl d'un brmt sec;
le chien releva la Lete et rien ne bougea
plus ....
ED)IOXD

(lllustrations de CONRAD.)

PILO~.

(A suivra.)

Le salon de la duchesse de Richelieu

Madame de Richelieu 1 , saos bieos, sans prendre garde a sa lég~reté _nalurelle; car il
et se dégouta1t facilement. ~!adame
bcauté, sans jeunesse, et meme sans bca_u- s'en.,ouait
e
•
'
coup d'esprit, avait épousé par son savo1r- de Maintenon m'a dil que se~. amis _s apercefaire, au grand étonnement de toute. la &lt;:º_ur Yaieot méme de la place qu lis ava1enl dans
et de la reine mere, qui s'y opposa, 1hér1t1er son creur par celle que leurs porlraits occudu cardinal de Richelieu, un hommc revetu paieot dans sa chaml..ire; Au _co,mm,enc~~e~t
des plus crrandes dio-nités de l'Étal, parfaile- d'une connaissance et d une idee d amJ11e, 11
"
o
.
ment bien fait, et qui, par son age, anra1t pu faisail aussitot peindre ceul( qu'i( croyail
etre son fils; mais il élait aisé de s'emparer aimer les mettait au chevet de son ht, et peu
'
1 ' d'
de !'esprit de M. de füchelieu : avec de la a peu ils cédaient lcur pace_ a ?ulr_es, reculaientjusqu'a
la
porte,
gagna1~nl
ant1c~ambre
douceur et des louanges sur sa figure, son
el
puis
le
grenier,
et
en
fin
1I
nen
éta1t plus
esprit et son caractere,_ il _n'y av~it ríen qu'on
question.
ne put oblenir de hu; 11 falla1l seulemenl
l\fadame de Richelieu continua, apres son
mariao-e a ménager les faiblesses et a sup1. Ann~-,rarguerile d'Acig,!é, filie de Jcan-Lcon~rJ
d '.\cigné, comlc de Grand-~o,s, ~orlc_cn 1~08 .. (-~?,t.e
porte/&gt; I~s capriccs de M. son mari_; elle le
de l'oltaire. ) Suirnnl plu~1curs,_luslor1cns, .'! s agn ~•l
voyait se ruiner a ses yeu~ par s?u Jeu e_t sa
de Annc Poussard d e l•'ors de 1 ~gcan, ~1ar1ce en pi C·
miércs noces au frérc du marcc!1al d Al~rcl, et en dépense sans j amais en fai re para1Lre un rnssecr,ndcs noccs au duc de llichchcu, pcl1l-neYcu du
tanl de maul'aise bumeur. L'un et l'autre
cardinal.

!

avaient du gout pour les gens d'esprit, et ils
rassemblaient chez eux, comme le maréchal
d' Albret, ce qu'il y avait de meilleur a Paris
en hommcs et en femmes; et c'était a peu
pres les memes gens, cxceplé que l'abbé
Testu, intime ami de madame de l.1ichelieu,
dominait a l'hótcl de Richelieu, et s'en croyait
le Voiture. C'était un homme plein de son
propre mérite, d'un savoir médiocre, et d'un
caraclere a ne pas aimer la contradiction :
aussi ne gou.tait-il pas le commerce des hommes; il aimait mieux briller seul au milieu
d'un cercle de dames, aux.:¡uclles il imposait,
ou qu'il llaltait plus ou moins, selon qu'ellcs
lui plaisaient. U faisait des vers médiocres,
et son stile était plein d'aolitbeses et de
pointes.
Le commerce de l'abbé Testu aYec les femmes a nui a sa forlune, el le Roi n'a jamais

�;e:::-:::-=---==-..:,_-_=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=-=--=-==-:::-:::-.::~..-::- ..;:::==========::::::;~::==,:
_

111ST0~1.ll.- - - - - , . - - - - - - - ~ - - - - - - - - - - pu se résoudre a le faire évcque. Je me sou- Mainlenon au plus haut point de sa faveur; Lel de Richelieu, qui ne donnat égalemenl
viens qu'un jour madame d'lleudicourt parla
en sa faveur; el, sur ce que le l\oi luí di l
qu'il n'étail pas assez homme de bien pour
conduire les aulres, elle répondit : « Sire, il
allcnd, pour le devenir, que Votre Majeslé
l'ai fait éveque. ))
Madame de Coulaoges, fcmme de celui qui
a tant fait de chansons, augmentail la bonne
compagnie de !'hotel de Richelieu. Elle aYail
une figure el un esprit agréables, une conversalion remplie de traits vifs el brillanls;
et ce style luí étail si nalurel, que l'abbé
Gobclin dit, apres une confession générale
qu'elle lui avait faite : « Chaque péché de
cclle dame est une épigramme. » Personne
en clfet, apres madame Cornuel, n'a plus dit
de bons mots que maclame de Coulanges.
M. de Barillon, amoureux de madame de
Mainlenon, mais mahraité comme amant et
forl estimé comme ami, n'était pas ce qu'il y
avail de moins bon daos celle société. Je ne
l'ai ni r¡u'au relour de son ambassade d'Angleterrc, aprcs laquelle il lrouva madame de

el, comme il vil un jour le Roi el toute la
cour empressés aulour d'elle, il ne put s'empccher de dire tout haul: « Avais-je grand
torl? » )fais, piqué de ne la pouvoir aborder,
il dit aussi un aulre jour, sur le rire immodéré et le bruil que faisaienl les dames qui
étaient avec elle : « Comment une personne
d'autant d'espril et de gout peut-elle s'accommoder du rire et de la bavarderie d'une
r~création de couvent, telle que me parait la
conversation de ces dames~ » Ce discours,
rapporlé a madame de Mainlenon, ne lui déplut pas: rlle en sentit la véritr.
Le cardinal d'Estrées n'était pas moins
amoureux dans ce temps donl je parle; el il
a fait pour madame de ~Jaiolenon beaucoup
de choses galantes, qui, sans loucher son
creur, plaisaient ason espri l.
M. de Guilleragues, par la constance de
son amour, son esprit, et ses chansoos, doit
aussi lrouver place daos le catalogue des
adoraleurs de madame de Maintenon : enfin
ie n'ai rien vu, ni rien cntcndu dire de l"ho-

une haute opinion de sa verlu et de ses agrémenls.
füdemoiselle de Pons, depuis madame
d'Heudicourr, el mademoiselle d'Aumale,
depuis madame la maréchale de Schomberg,
avaient aussi leurs amants déclarés, sans que
la réputation de celle derniere en ail recu la
moindre alleinte; el si l'on a parlé dilféremment de madame d'Heudicourt, c'esl qu'on
ne regardait pas alors un amour déclaré, qui
ne produisail que des galanleries publiques,
comme des affaires dont on se cache, el dans
lesquelles on apporle du mystere.
Madame de Schomberg étail précieuse;
mademoiselle de Pons, bizarre, nalurelle,
saos jugement, pleine d'imaginalion, toujours nouvelle el divertissanle, lelle cnfin que
madame de Maiotenon m'a dit plus d'une
fois: « Madame d'lleudicourt n'oune pas la
bouche sans me faire rire; cependant je ne
me souviens pas, depuis que nous nous connaissons, de lui a voir enlendu dire une chose
que j'eusse voulu avoir dite. »
i\1AOAME DE

LA VIE DE

p ARIS

sous L' EIIPIRE, -

LE TRÁINEAU o ' RIVER (18 1o) . -

"LisEz-Moi" tt1sroR1Que

.,

Est~mpt de

DE SAINTE-HÉLEN E AUX INVALIDES

CAYLUS.

D EBUCOURT.

J· TALLAN OIER
LIBIWRu:

lLLUSTRÉE

LE

RETO UR

EN

FRANCE

7.5, R ui;; DAREAU, 75
PARIS

(xtv• arrond'.)

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1910, Año 1, No 25, Diciembre 5</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Docteur Max Billard</name>
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        <name>Duc de Noailles</name>
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        <name>Frédéric Loliée</name>
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        <name>Paul Peltier</name>
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                    <text>, - fflST0'/{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - •1
ur le rb 1mp dé erté, le Cilpilainc Numa
i]ll'on dit là'! ... E,t-cc Htli que 1•cl homme n p~l •-mèlc cOroyahlo au-de~sus dl'. &lt;lou:t
Me Ire el le lieute1l11nL Beaupoil, écra és par
11111rls.
~fadame
de
Jo
·enne
el
Claudine
frril, nous :1 füré ?
le même pan de 111hr, lr:ir;aicnl, C1He à côte,
- C'e t ,·ro.i, ri:pomliL Jérùmc. li ongenit étoi.,11L tombées ur les genoUI anpr' du
le
même geste ép rdu. C\ll( , nuprè du
tout Lns : « Qu'il 'nrrangent cnlrt? eu-x ! D leur; toute deux pnrais. aient expirer arne
cada\'re de Bcrnardlo, a mère, Clriudine el
lui.
n
nnl
Ùtl
fol:c
fil
o.
ciller
la
foule;
- Cilo~cn commi s:iir1•, jeta d'une voix
pui · éia, dem('lll'nienl agenouill~l' . Peull'hnrrcur h:i111tit 1 - cime·.
t:1·lalante ,!o cnne, ordunnc ~ l'un de le
èlre,
abimées dans ll!ur deuil, n'avaienL-ellc.
Or, à telle minute, une paroi latérale de
soldnl de me prêter un .11brc ... foi -en jelrr
p3! uuteodu celle îtiudre, n'a1·airnl-dle. pru1e, cre,·:is.éc, céda ous
r,:·•lise,
M,i\
lézarJ
un à rc mnu,lil cl lni c-11011~ tou deux r~ Ier
senti lreml➔ !ur la ll!rre? O'aillcur ·, que leur
cc compte. Trailrc ,1u1 Chou:in~. il doit mou- 1111 a saul d • 111rumc~. livra pa .age à l'inrir pnr h mnin d'un Cbomm ! .\.lions, rt&lt;pu- •·1•nd,c; rt tout d'un coup, couvrant lrs ,·oix importait?
l1umainc · , Jém1 uranl le drame, r.omme
lili,•ain, f,1is cda pour ma J ·ruièro ural'.e !
George·vinl trop lard. li troU\aun b:mll'all
Numa \kstrc lir.t son , nhrc el lr tentlil au 111il1c oLu iors éclatant lou ensewl,le une
détruit, une cgli C bilondréC', une populalion
t'\p!o.ion
trrrillanlc,
assourdis.anlo,
retentit;
rh •\'alier. ll(lrès un alut. D'un ge L rapid
"ro
le, rnnrs do la vieille 6n\ise 'écartèrent lentc- r~duite 11 Lrois falliiUe', Il lt:iu a
juJCUJ: prt .11u", U•rnardin 'en empara.
lira Yers le ciel, allcstanl [füm. , u milieu de
md11t,
comme
à
regret,
de
leur
antique
ba
c,
- ~ter,·i, e~pitain !
r·e faceli morue , il e compril inopportun.
l.a g:trJc ila~s il allendait que Turpin , ~ 1·illi!rc11l. pui 'ahaui.rcnt. Le clocher, souLa ruine du ,;Ua,re était une uitc, une oonfù1 armé 11 .on tour: mais tous ~u~ présent, lL·hi par une force incalculable, s'rle,·a dao
•11uenoe de la gtlElrre. C'était lui qui l'avait
h·
:iirs..
Saint-Yanu-Vadl•zouret
Oil
coq
'nà c~ défi s'Jcarlaicnl. so détournaient d~
décidée, dan ce li&lt;!u même.
rnl:iienl
au
ciel,
emportant
avec
eux
le
recteur
r.dui-ci, lui rcfu aient leur lames.
A la forme
•&amp;a le reçut ·omhrement.
Turpin 11ui, ju (Jll'alor., ronrn:ncu de Allano, s"· chantre el ses vieilles fei;nm .
Dans
sa
maison
ail
toit à jour, elle n'avait
Ce fut nnc ooous e volcanique, un trem~•m imp11issancl', de sa. Mîaitc suprèm&lt;', dü
plus, à présent, o.lJtour d'elle, que 'fioa 11ui
hlemerll
Ùtl
terre,
une
commotion
profonde;
, a morl imminente, étail resté les Lras
r lait pùle, une stupeur au front, et Maze,
cr,,i és, muet, plnlôl méprisant on lu mé- le ponl, rompu p 1r le milieu, isola la pre traînant un brn ca. é.
pris pubfü·, Turpin, bru. riuemeul s'irril11, qnïle; l,•s ma,ures ébranlées, ~ous leur
Le jour mème, ur un mamai~ l.iateau de
luit~
treu5~,
pliaieot,
oudain
bombées,
a,-ec
, il rou e. C't-n élail lr11p. h la fin; il en :H·ail .
pêcb.e, l'ancien hJro di, irusé do I.ocoaJ 'eo
des
ventre·
énorm•·
.
Ln
mille
livres
de
a,srz de tontes ces in ·ult , de loutcs ers
poudre, la ré.cfl'e Je G.:or"es l'ai ·aient leur l'ut au lar11c, au-dl?\"ant du naüre a11 ..1tiis qui
rt• 'l'U alîons. li açail perdu, était prêl à pa)Cr,
l • devait Tenir prl'ndr •. Il c ré[un-iniL à
m;ii d'un coup. nou. p1r ocomple ·. Tous C()!; œuvre el fourni . aient l:i conclu. ion.
Londres, aupri\ du roi. li avaiL dit adi •u à
ou
les
ddcomlire~.
les
pi
•rr~
,
à
dtu
·
~rucux l'eaoupient qui se pcnn"llaicnl de le
éza avi:c une tri IC:.~e douloureuse, comprcnl
mètres,
des
corps
isaient,
brillés,
écrajn"er, de le blâmer ouvertement. C'ttL:ût nroa:inl
trop, au ilc:nce d» la vieille pa1 aone,
és. masse informe ; de hle , : , ense elis,
lt!s11ue. Enfin Jo ·enne rornùlnil la mesure.
ce qu'eUc lui garda.il do rancune inn,·ouéc&gt;.
l'nfoui
,
criaient,
appcluient
au
,
ecours;
sol('j'étail lni, ce pelit .al. la cau:c de tout ; n
Pendant di1. ans, le ,·illagc [ul 1ide de
ùernièrc o.rrogonce, celte parade. ·oi-di n_nt dol , pour la plupart, abattus sur leur armes.
jeunes
gen ; pendant dit am 1 ' fille.~ r Le urvi\"aJtL , répuùlicain · cl paysan ,
d1 P\·alere qne, devant la mort exaspér~re.nt
Lèreot
filles. li n'y avait plus, omlirc. on ancien fr~rè d'arme .. Pcnlanl paûcoce, mèlés, réconciliés par lu dé astrr. fuyaient,
crrante. , que d ,·eu,·!!! cl ,les mèr saule5
main
tendue
,
dans
toute
les
direction.,
il 'écriti. reÙ('l"Cl'IU rud~ l'l in.olcnl :
ou la col re dd Dieu. UivoL fut di! prem'ers enfant . Lt.: Glo~nic mort, Kerret mort, 1 - ,\h ! çà, a ,·cz-vou ûni ,·os Loni men ts
i:,péC$ &lt;le {el' étaient bl'isée ·. Pourtant l'hcrùe
de !'aire. tous, tanl que ,·ou Mo , Bleu ou c1n i lentèrenl leur salut dans la course .... 11
'élanta . ur fo pont, chprchanl l'is ue Uu de l'oubli finit par croitre.
Ill ncs1 lourir, c'est bien mAlin de mourir.
ou la Roslauralion . yiogl an. plu tard,
trou
béanL lui barra la roule. 11 revint, alfolé,
~on mourroo tous. On fittiL toujom·s p;ir
par
IP ·oins de fa duch c d'Angoult!me,
11,·oil' le mèmc âge que le morts. Ce qui d,. cendil ou l piles, crut à la terre ferml',
l'énlise
fnL rééd11iét! au milieu dij CA ruiimporte. c'c. t de s1voir r~rlir à Lemp , vengé i.'enganea sur les sables.
n
.
Par
quelle
démence
Ro;e
l'avait-elle
aiü
ùc cem: qu'on hait . .levai ,ou donner une
Claudroe ,écnl tr· ,icille, :1bdiqu:ml a
l~çon, un rxempli:, wus montrer commenL rl r&lt;'joint.:? ~ly tèrc. Peul-être s'nLLacba.iL-elle
beauté;
,·ètue en pa1sa1me, die visitait le
on foil, tas d'imbécile el de faiseurs de à lui p:m:e que, l'heure aupararnnL, il repréchaumes,
é&lt;'outait les lamenlation , no parcutail ln force, cl q• sn 11\chc nalurd la
phrases L ..
lail pa de Dieu, mai secourait !es mi ~m.
pous
ail
au
plus
fort.
Uuoi
qu'il
en
hlL,
à
C-:! di ·aot, Je dernier ù Le Glohanic plon!rois pa d'elle, elle le \"il ubilement perdre dan la mesure de ~a pamrelé. Elle él:iit
~ea vh menl les deux main dan se poche
rentrée, de droil, dans llar coôl i les ur,'iJe côlti. nose ,·it , le mou\'ement, porla ses pied, s'enfoncer lentement d,ns la n e;
,ants en deuil 1'y a,ai nt escortée. Mai longioslinctivement,
ou
,·onlanl
racheter
le
pa
é
mains a111. tempes, ferma l •s Jeux. Elle
mériter a rrr:ice, elle lui tendit la main; il temp~, elle hahit:.1 principalement le l\epo 'eJ,
pr~\'O)'IÜt.
'en sai il, avec une telle 1·ioleoce dan a où elle avait plu· dl! ou venir. , prè de
Alors, Turpin, un pisLolcL dan chaffue
madame de Joyenne. qui ·éteim1il dout-emelll
main, mnr&lt;:ha de Lroi pas ur le cl1e,·a1ier terreur d '-Jlért¼, qu'elle trébucha, fil un
démente, apr quelque am1!lo?$.
pas
de
trop;
elle
vuulut
reculerj
il
n"en
était
nt:rnardin d&lt;J- Joyenne. cl, avant qu·on pùl
A. la ferme, • êza snb~islait. Ln jour, Mnze,
plu
t
mps;
à
son
tour
elle
'enliz3ÎL.
Par
un
1':i.rrclter, à lioul portnot, de la main droi Le,
implemcnt,
lui d •mandt&gt;. Tina poor épou r.
l1.1i lira on _coup de feu en pleine poitrine; nouvelle déri ion d~ la destinée, la morl,
comme il a,Jit él~ promi , autr.il'oi-, par le
une
mort
affreuse,
combattue,
rcpou
sée,
pui:5, de lt main gauche. s'enfonçanl l'autre
pi.loi et dans la bouche. il se fit . au Ler le pui. ·nl.tic, réunit ce· époux si d.istanb d:ms père. Elle le regarda dan les ) ux :
- Tu ~ai , Pourtant? ... molgrc cc qui
nànc. 'fout cela n'av:iil p::i tluréune econde. la ,ie. F.n emblc, il disparurent, hurlants,
'est
pa é'?
, Jo)cnnc roula, la poil ri no, rouge le cœur dévorés pnr le vide.
Il
ecoua la tête, résolu, ~ûr dl! on cœur.
Dcrri~rc
eu~,
aulour
J't:u
,
comme
eu-,;,
lrll"crsé. li gis::iil ~ur la lande, selon les pré- Oui, malgré cc qui 'est pas é.
diction : mai c\ît:iit la lulle d'nn Chouan cent autre· mi ;rahl ~, olontaire du ~lnincQuand Claudine apprit ce rnaringe, par un
et-Loil'e, gardes naLionnuxdc V(lnnes, - ~vec
•111i l'arnil couché 1~.
,
retour
or elle-même, elle pleurB.
Cn cri jaillit de cinq cc:-ot bouches ... uu des cri affreux - se noyaient dans les houes.
:mustratfons ae

!11AuR1cE MONTÉGUT.
CONRAD,)

,FIN

llehê lirnuo et C''

MARIE-A TOINETTE , DAUPHI E DE FRANCE
Tableau de DRO .\J,' . c;\lusèe C nué, Chanti lly. )

E

HÉBE,

�.

LIBWIUB lLt.t:Jst~ÉB. -

JULES

'l'ALLANDIER,

,

_,._

24e fascicule (20 :\',mmbre

Sommaire du
J

75, rue Dareau,

t!DITBU~. -

lES

l)E CrrnmRtr-R ••

• ,UN';· BIO~

•

• •

·

1&gt;e l\LIRllO't . •
L m;vn . . . . . · . .
~.-'.\1. BER~ \ROIN.
GENAAAL

D LOLOS • . , • •
J\I .. llL' H \LS~ET ,

...

/ '}tri'.

..,.

'

Le voyage de Mar-ie-Antoinette : VicnneSt.i-asbourg-Châlons-Ver!&gt;ailles (mai 1770).
Une maladresse de courtisan . .
J\\émoires. . . . . . . . .
L'Exode des tiirondios . . . . .
tamamouchi. . . . . . . . . . . . .
Une erreur de jeunesse . . . . . . . . . . .
Mémoires de la Femme: Madame de Pompadour. . . . . . . . . . . . . .

33~
340

rxi::nbuc Lou.i:E .

311

\'J CTOll ll i;c.o . .
L '·COLON F.L !tut:

348
3,:-1
3~!1

ER;,;FST L\\'15 E • . •
.ft l'Aca.:lr!:ml,;: /r:,nça,s•

359

,\IIBE: D•:

ET •

EDMONll PILON • . •

CJIOIS\" .

-----------

ILLUSTR.ATJONS

Les Femmes du econd Empire : La Princesse .'\\athilde et ses ami . . . . . . .
Aux Tuileries. • . . . . . . . . . . . . . . .
La guerre ranco-alfemande : 811taille de
Champigny. . . . . . . . • . . . . . . . .
Une journée de Frédér ic-Guillaume. le
Roi Sergent . . . . . . . . . . . . .
Mad ame àe Brézé . . . . . .
Secret d'Etat . . . . . . . . . . . . . . .

' •

Le voyage de Marie-Antoinette

361
~oB

31'9

VIENNE-STRASBOURG - CHALONS-VERSAJLLES

~~:

.

•38 1

PLANCHES HO~S TEXTE

o'APRès LllS TA.IILBAIIX, DESSINS ET ~TAllPl!S DE :

TIP A&lt;:ll'. EN CAMAIi,'. ~ :

ABRAUAM Bosse, Emtr: Rot:TmN\',
AR~r:.Ai:x, Co:-.-ruu. lle•tARE,
D.ETAlLV-, U . 1 ·• l)f.!JARl&gt;IN•6E.\LMKT7.. ( ,1.R,\RDf.T, h &lt;, RF. ,
, LA.'IIGLOIS . L\
Toun-;·J.·F'. MARiAGE, MAt.lnUIS ON, ~L\RTIN IIF. .,IE\'Tl:N., Pt:. SIO, ROl1LI.ARh,

noxx&amp;v1tn:,

VA:!i Loo.

i'llARI \::;-.\NT Il\E1'TE, Dauphin e de Frnnce, en ll éb~.
TA~lEAIJ DE D llOU.AIS f) \r,i·r. L'œmt, Cl!ASTII 1 \".)
TIRAGF. R.'i .::on ru~ . BAT i\ l
Lie: OE H.\1'IP1 GX \' La l&gt;l:\tricre).
'l'hBLt:AV l)',\11•11u,~F! nE )'IFUVILI.F 1.,1, ·si:E DE \ 'n1

AILl.th,)

Copyright by Tallaudier 1910.

Bn ventD
partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant

le 10 et le 25

SOMM~~;;~~b;;;;;mb,o I

MAGAZINE LITTÉRAIRE Il.LUSTRÉ BI-MENSUEL

,~

AVIS IMPORTANT

---=:

à nos abonnés, à nos lecteurs

7

IPIO

Roman, par Marcel PRÉVOST, de 1' Académie fTa.nçaise .
MHlll EL PR Vl'&gt;:S L' lnconsolnble. TIN A.YllE ' J., ;o;.;bre de l'amour. -

Ltos VALADE.Double rêve. • ,\L,n c cLLF!
LE 'UNTE Dt:: LI 'LE. La mort &lt;lu s. oie il.
l'.\T-\'ICTQl-t. Le
bat ·.-_lh~~ BAZll\ ,de l'Acndcm1c!rançaise Le v(il Jn. - H F..NRl l)E R.EG'ilER. Hh1gnatlon -: P-AD~ l:lOU RGE1 , de
~mie française. Musique. - Gu\ llK .\IAU PA~ _.\:ST. La pe~r.-:- JEA'&lt;
RICIIEPl.K. de l',\c:id~mie franç:ti -~- l\lada,:rie Andr_c. - L,!~lb LEGE!' DIH:.
Pré'u é. -Ar&lt;AîO~e 1-'RA."CE, ctc l.\cadè1111e franç!"se. La Ignora h1aro .-;Jlf)Ri'l"L/\\fEl)A:-i,dt l'Academie fran,aisc_. Leurs _b.:tcs, . A LB~RT GLATJG'i, .
1tfaig,-e ,·ertu. - M.AVR1c~ DUJ\l'I.\ , dt! 1Académie frw1s_a1~. L autre dang!!:.,__

_ 'pAUI.

61.i:~

Nous tenons a la disposition des lecteurs d'Historia 1a
Table des Matières du troisi~me volume {du fascicule 17 au fascicule 24). On peut se pro:::u.rer encore
les tables des deux premiers volumes (fascicule. j à 8
et fasdcufes 9 à f6 ).
Chaque table est envoyée franco contre.

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Veuill°ët .m·~ nner pour un ao à partir Nom _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

du _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

t HISTORlA (Use.:-Moi histortqllc).
d

Prtnoms _ _ _ _ _ _ _ _ __
Rut _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

• L'Hisfoirt ri non ltJ llgmdr. •
On ne trou,·cra. pas dans .:c1 ouua~c ln Josilphin~ de I lcgc111fo Mpoleomcnne. On la tr uvera telle qu'elle fut. i NaJl()l~on ne pc.rd que peu
dc èhosc n être montre cc qu"il n èlè, c'est-à-dire un homme, a,,c.: ses
faible,~es et ave.: e. grand~ cl non pas un ëtre surnaturel. lei que le
faisait la !c!;!cnde. La \•érité sur Joséphine contribue a raire connaitre la
erlte sur :"fapoléon. La Jo éphine de cet ou,•rngc n'est pns telle
que. l'on , ~,nn:\it. "est la Joséphine telle qu'elle fut, remm~ et :imanlc.

36 lliitUSTnATIOfiS l{O~S TEXTE, eo ton

Stljl

fonds Chine.

A-----------

Dtparkmcnl _ _ _ _ _ _ _ __

La Prime grttulte me sera envoyée e Bureau tù P o s " ' - - - - - - - sulte par postt recomtna.ndte.
Jt _ _ _ _ _ _ __ &amp;IGl!AT~
Sous ce pU mandai postal de :
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ETRANGER.

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sur vergé anglais .

Envoi franco cantre
mandar-po te de

,,

cher dans a chamllre, con ultail . ur on
a~enir là science divinatrice de Ge ·sner.
L docl ut ne ~•en "en guère et répondiL
loconiquem ol qn'il était d croa pour toute
les ~paules.
L'lmpéralrice, en 'allristanl d celles qui
attcmb.ienL son enfant, 1J°ea soupçonnail ni
la dnrée ni le poids.
L'avertis ant de exigences d'une position

pbin.

=====

BIBLIOTHÈQUE

dOT1l

fr.

l.,a clem:uufo oiunnoll • de la mai11 ,Jt&gt; l'ï1r'élail f i le
10 avril -1770 par le marqui de UurFort. La
\·ille de Yirnne cul de réjoui sancc , la cour
llcs h:inquets el de pectacle . L'impératrice
,larie-Thér~ • m~r· Je l"archiduche e, O\'ail
réglé le 15 fos arr:mgement définitif , remi
le dcrniiires notes lt 1. d, Kaunitz. annoncé le 14 à es ministre une union r1ui
comblait · ..--œu ..
l.".Archiduch &lt;', p r&amp;:l du
portraitdu Dauphin, .ignail le
17 sa renonciation à l'hérilage
de a famille el e mariait le
10 par procuration : l'archiduc
Jlaximilien repré.enlail le l),md1iduches,e laric-.\.nloinellc

6fr.

a0 e in~er11ui meldan
la bouche d'un tier d ermrnl qui ne le lient point,
1111i Cll'mgc la foi d'une prinres Il à un être qu'elle ne enl
point :iupr' d'elle cl qui lui
rcslc citranger !
La ignalare au regi»Lre imP 1rial eut Heu avec éclat au
pala' de la Burn. L:i famille
impériale, la cour, lanohlcssc.
de nombreuse' déput ûon.
rcmp~ssai nl l
alles el enlouraient Je lriinc.
L'impératrice, lri:s émue,
:1pparul tl\'eC a fille el rut ac-çucillie par un profond ilence.
Le · ,,i ·a"e étaient érieu1.
la pen ée d'un départ obsorh:iit celle d'uumaria.,.e. Quand
larie-Tbérc e prit la plume. a
main tremLla.
a fllle •a,·ança mode lr,
recueillie, el signa on nvcnir
a,·cc simplicité.
'on rœur se Lroul.,lail pour1, nt à la "pensée de quiller
Vienne; d'indéfini able re" r et commençaient à a . oll)hrir le e pérance qu'éveillaient en elle le prcmiors parfums du printcmp.
11ui •'ouvrail.
~larie-Thér , qui ne pomail re110.rder ·a
fille ans se sentir émue, la retenait :mprt!
J'elle, voulait en jouir comme d'un bien
qu'elle alJail perdr , la prenait sur es genoux, la couvra.iL de baiser , b fai.ait cou-

l'appellerait à , ivre pour les nu lr , à e
vaincre, à veiller sur elle-mème, elle l'entret,maiL de es prochaine de tinée , lui rappelait que I' adouci · ement des pei n et 1
lîOulagemenL d p uvr
ont le dc1'0Îr du

-fasc. ~.

.,, 337.,.,

lille.

l{Ui

24, fr. PI\OvtMCI!. - 28 fr.
RtJYt:T' ltS chi[Jra ~1111tf/ls.

11,fin d'évfll!rd.es erreurs, pritrt tlb::rirt. tr~s lislblem.t.nt toutes les i11dicatio,u.
AJ01Lter O fr. 50 pout l'uvol 4.e la prl..me,

L_!=rairie JJh.istrée,

J1.1le::. TAL.L.i!H~D!E:~,

PAR.IS, 1 - , rue Doreau, 75 ( 14" arr.) -

E,diteul'

PA~IS

Jll,-Rl!lîORU,

lrooe, qu'elle ne di'vail · Ver ailles o confier
qu'au Dauphin l non aux courti ans qui
. auraien 1 vile cb,i.n 11er eu défaut sa douce
ingénuité, c1u"il fomlrait faire ab lraclion
d' ellc-mêmo ou le rè uc de Loui XV et ne
p. oublier l' utrîcb en :.e donnnnt à fo
France.
c« Quel bonb.eur j'aurai eu, lui di il-&lt;'lle,
à mus établir près de moi; mai je m'clface del'anl les in1érè1 de
1".Autricbe et devant \'ulre
bonb~ur qui me parait a uré. I~criw.i-moi sou1ent, j' arro erai ,·o lettre de larm ;
je n'écris point comme madame de :riirné, mai l"OUS
êtes plus parfaite que a cbèr •
lille cl je ,•ous aime aulant
1u'elle l'aimait. »
Marie- ntoinelle quilln
\'ienne le -1 avril. Elle ne
rnulail plu parLir : l'Jmpératrice ne rnulai t plu la quiller.
ne grande di tan , lui disait-elle en la lenan l em brasste, ra vou épar r de moi ;
faitos tant de bien aux Fra11ç.1i qu'il · puis ent croire que
jll leur ai envoyé un ange.
Le ann lots étouffaient ·a
voix. ,\farie-, aLoioettr dut 'arracher clc es ùrns, fuir 011
palais, ses ervitcur·, ses amis
cl jeta dan l.i voiture qui
eut peine se fra cr passage
au travers des rue encornhrét• , !!Jules plèine de regret
el de bénédicûon .
Vienne restait atlristie.
L· lrnpératrice ne trotivnit de
con:ola~ion qu ïi parler de a
&lt;&lt; folrc !!pou c, mou cher
llaaphiri, écrirait-elle à Versailles, vien l de se éparer de
moi, j'e.~pi!re qu'elle fera votre
bonheur. Je l'ai élevée dan
ce dessein, parce que je prévoyai depuis longtemp qu'elle
devait p:irtaner vos de linées.
« Je lui ai in.piré l'amour de ses deYoir
envers vou , un Lendre allachemenl e1nrer
,·olre peronne, l'aucot.ion à imaginer et pratiquer ce qui peul vou plaire. Je lui ni rc-

�r-

" - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Lë

1l1ST01{1..ll

rommandé avec beaucoup de oin une t~o- je n'oublierai plus que je suis Française. » Bacchus, parut au théâtre, et traversa, pour
e. larme e séchèreol, e lèvres relrou- aller au bal, Jes rues illuminée .
dre dévotion envers le maitre des rois, perC'était le 1 mai.
suadée ctu'oo tail mal le bien des peuples Yèrent leur ou.rire. 'a nouvelle cour ful
Le 8 au matin, la Dauphine fut reçue el
qui nous onl confiés quand on manque à enchantée, on la proclama adorable.
haranguée
à la cathédrale par le prince Lo11i
Le
cortège
prit
la.
route
de
trasboura
au
c l11i qui bri e les sceptres el renverse les
de
Rohan,
coadjuteur
de on oncle le cardinal
bruit
Ju
canon
et
au
son
des
cloches.
Partout
Lrone comme il lui plait.
é1'êque
de
trasbourg,
nom qui devait s'asso« Aimei: donc ,;o devoirs enver Dieu, je des acclamations, des fleurs, des arcs de
cier
au
.
ien
d'une
manière
bien funeste.
triomphe
dont
le
in
cription
annonçaient
1t
,,ou le dis, mon cher Dauphin, je le di à
Elle
n'oublia
pas
de
,•isite.
r, à ·ancy, les
la
France
une
éternelle
r
~licité,
à
la
Dauphine
ma lille, aimez à faire le bien de peuples su r
lesquels ,ou réro re-.1 toujours trop tôt. ... l'empire qu'avaient pris sur les cœurs son sépultures des prince de Lorraine.
A Dar, à Lunéville, à Commercy, à ChâIl est impos iblc qu'en voa · oondui ant ain~i, âme et a figure.
lon
, ce ne furenl qu'ovations el banquets.
Lrasbour
l'ar.cueillit
aux
vivats
d'un
,,ou n'ayel pas le bonheur en partage. )la
Prè
de Châlons , un vieux prêtre s'a\·ança,
peuple
immense.
Reçue
à
l'entrée
de
la
ville
fille vous aimera, f en suis sûre, parce que
muni
d'un di cour à grand effet, et débuta
je la connais; mais plus je -vou répond de par le maréchal de Contade , elle lroQva le,s
par
ce~
mots de alomou à la reine de aba :
rues jouchée de verdure, les maison' ornées
son amour et de ses oin à YOU plaire, plu
&lt;( P11lchra rs et {ormo ·a.» lalbeurcusement
de
tapi
,
des
jeu.nes
filles
pour
lui
pré
enter
je ,011s recommande de lui vouer le plus ill·
de bouquet , des bergers el des bergère . l'éclair un peu malicieux du regard de la
cire allachement.
« !dieu, mon cher Dauphin, soyez heu- pour Jui offrir des fruits. Les pauvres eurent Dauphine le jela dao une redoutable complides aumônes; le peuple de diverûs~ements, cation de phrases, et il cherchait inutilement
reux ; je suis baignée de larmes. 11
Celle de a fille coulaient encore à ln - de di tribuüon de vivres et des fontaines de dans le bouquet qu'il devait offrir le mo1en
,,in. Le pnysan , accouru de Loutes parts, &lt;le 'en tirer quand la Dauphine lui adressa
pruck.
A 1'.ebl, elle quilla le .ol allemand. Un pa• cherchaient une princes e magnifique et des remercirnents qui rendil'enl 11 l'orateur
'étonnaient de ne trouver .ous l'éclat de on ·on allégorique éloquence e.l le mirent i1
,·ilion com posé d'une grande .alle el de deux
même de mieux finir qu'il 11'ayait commencé.
pièces lalérales avait été élel'é au milieu du cortège qu'une fille au dou- vi age.
Reims ln reçut avec des huis oos de IJeur
(1 Qu'elleestbelle! disaieotle. un·. Qu'elle
pont qui traverse le Rhin, et orné de tapi son
des areea.u.x de verdure.
e t bonne! l&gt; criaient les autre .
eries d"aprè le car ton de Raphaël.
~oissons
a,,ait orné de rubans el de E;Uir«
Les
Françai·,
répondait
la
Dauphine,
«· Ces tableaux, diL Gœthe. étudiant à
'trasbourg, pré enlaient l'histoire de Jason, ont pour moi te~ yeux de l'indu)o-ence. J'es- bndes une belle avenue d'arbres fruitiers et
comié la papulation à de jo-yeux repa . &lt;c Je
de Jlédée et de Creü e, par conséquent l 'exem- tière que ces louanges ne me suivront pa
contracte, di ail la Daupmne, une delle que
toujours
:
je
n'ai
encore
rien
fait
pour
les
ple de l'union la plus infortunée cptl l'nt jaje
ne pourrai acqu.iuer; on me tiendra compte
mériter.
»
mai. »
du
désir que j'en ai. ,&gt;
L'aulorité, pour éloign r ce qui pouvait
« Je n'ai pas ·besoin de dire, ajoute-t-il
n nuage a,•ait à averne assombri e
sous l'impre ion de la cataslrophe du 50 mai, allri ter les regard · de la Dauphine, avait
impression
; sa. suite autrichienne s'était
interdit
la
voie
publique
aux
estropiés
et
aus.
que dan cette occasion 1 , horribles tableau de la grande salle se représentèr nt mendiants atteint de maladies repoussante·. séparée d'elle; il ne lui re la que M. de Laravec •Yivacité à mon esprit; ca.r personne Gœthe, -versifiant cet arrêt, opposa l'exemple nenber", porteur d'une lettre de sa ml!re.
&lt;c ••• Du Dauphin je ne vous di rien,
n'ignore combien sont puissantes certaines du SauYcur appelant les paralytique , à la
écriYait Marie-'J'hérè e,
impre ions morales
"ous
connai sez rua déquand elles 'incorpolicatesse
sur ce point.
rent en quelque sorte
La
femme
est en tout
à des irnpr ions maoumi e à sou mari et
térielles. »
doit faire e volontés.
Condmte au pu ilion
Le seul vrai bonheur
qui repré entait l' Auen
ce monde e-t un
triche, la Dauphine dut
beureu:
mariage, j'en
changerju qu'à ~bas,
peux
parler;
tout dérevêtit une toilelte ,·epend
de
la
femme,
si
nue de France et s'aeUe est complaisante,
vança dans la grande
douce et amusante ... »
salle oi1 l'attendaient
(luestionoée par une
J' personnes de on
de
es dame sur le
service ea,•oyées deVerdésir
qu'elle de vail
sailles. Hie yreçutlenrs
éprouver
de voir .son
hommages, demanda
époux,
la
Dauphine
à madame de Noailles
trom·a qu'on e pressait
ses conseils et son apun peu de le lui depui.
mander.
Madame de Noaille ,
(( Je \'OUs répondrai,
excellente, mais alîadit-elle,
le lendemain
AII.RlYtE A STRASOOURG DE !.'ARCHIOUCIIESSE )l,1RŒ;-k',TOJNE1'TE o'At;TRICUE 1 LE 7 MAI 1770.
mée d'étiquette, ne ut
de
mou
arrivée
à VerD'après
111u
g
ra1•11,-e
,l!i
tem[&gt;s,
{CJbi11el
des
Esl.1111pes.i
trop que faire du trousailles.
»
ble de ce jeune cœur ;
Près de 'ois on ,
se troi ré,érences préq11.elques
écoliers
ima&lt;&gt;inèrent
de la comvenue
de
la
Dauphine
qui
les
faisait
fuir.
part:es de long cours se trouvèrent uspenplimenter
en
latin
et
ne
furent
pa
peu surVingt-cinq
des
plus
belles
jeunes
filles
de
dues, elle chercha 1t les reprendre.
Quelques larmes avaient mouillé les yeux la ville composaient le ervice de la Dauphine, pris de a réponse aussi classique que lem·
qui reçut au palais jusqu'à une députation discours; elle ne leur cacha pa cependant
de la Oaupl1ine.
« Pardonnez-moi, dit-elle, c'est pour la du canton de :Bâle, as·ista au banquet sui\'i que la larnrue de leur pays serait plus arrréad'une danse de tonneliers et d'une fète à ble 11 on cœur devenu françai .
famille el la pairie que je cruitte; dé ormai
0

.... 138""'

_ta cour attendait à Compiègne; la Dauphrne ~n approchait avec joie el souci.
Louis_ X~, très impatient, e préocc.upail
de savoir J elle avait de jolies mains, de
•~~aux bras: un peti t eied, des épaules éléantes, la taille hrnn vri.se; e question allèrent plus loiir et mirent dan l'embarra le sieui- Hourcl, arri ,·é de. tra bourg avec le prince do Poi,: pour
pré enter le contrat d"~chan&lt;&gt;e.
Le Roi demandait ceci,0 cela, et
~~me 1~ ccrélaire s'excusait de n'y
:i,oir pri ·• ~~rde, Louis XV, le prenant en pille, le déclara inhabile à
regarder les femme .
Ce fut au pont de Berne, dans la
f?rêl,que la Dauphinea11erçul Louis X\.
EUe~ourutsejeterà e pied ,cLparul
un. m tant comme embarrassée ou
son _re~ar&lt;l plu curjeux que paterne].
Lou,~ XV la rele,a, l'emhras.a tendrcm~I, fa trouva mienx que on por~rait, ~a pr~ enta au Dauphin qni, plu
~ntcrd1t q11 eUe, la rega.rJaiL pte que
;1 la dérolitle, el, pour parler te langan-e olllcid, u la salua i1 la joue. »
Qu~. pen a la llauphine de celle
prCID.Iere entrevue'/ IJu •lie lut on impres ion à ce Tegard échangé?
. Elle ne paralt pa avoir été particulièrement saisi sante.
Lui-même. an.i. parailre autre.ment
troublé p:u I"appariLion de son bonheur, ~esta da~s les limite de ta plus
tranqu,1 le admiration .
Louis ·v, donL l'attente était fort
dépa ée, ne se aèna pa de le dir~
avec un enchantement parta oé par la
cour. Il présenta sa. farnfüe, les prinœ ' ou
nntoura"e. la Uauph111e eut pour Lou un de
c;s. l'e;prd (1ui demandent et promettent
1aflecL1on.
. La route de Compi.,"111! à aint-Jleni véritable Uem-e de gens et de ,•oiture , cobu~ im~en~e el entho1:15ia. te, frappa la llauphine; elle
ioulut que Lou, XV trùl lui-même apphiudi
daus 1~ acclamation dont elle était l'objet.
et C e t, clit-elle adroitement, le bonheur
qu'on a de voir le roi. i&gt;
A Saint-Denis, une vi ite à madame Louise
fille de Loui ' V, retirée au cou1•eut de.s Car~
mélilcs fut bien accueillie par les reli,,ieu tJs.
L'a~stère prince e n'était pa favo~aùle à
l'alliance autrichienne, mai par de doux reproche ur sa retraite la Dauphine gngna
on cœur.

VOYAGB DE MA'R,,175-.Jl:JVT01N'EirE ~

Elle trouva à la )luelle les deux rrè.res du
D~uphin, Mesdames Clotilde el Élisabeth, les
d1am:mt • de la feue dauphine, le fameux collier do perle apporlé par Anne d'Autriche, el
aus i, chose moins ai'réahle, les écueil de la
pré ·entation de madame du Ilarry.

Elle dut souper avec madame du Darry.
Aprè _cr. ouper ~ille1u, la famille ro~•~le
~cparlJl pour era,Jle ; la Daupbine rl'sta
a la lueue .
« C'e t le. eul momeol, dit-elle, où j'ai pu
pen cr à mm-même. »
Le 16 mai, à dix heure~ du malin,
elle entrait dans la cour de mnrllre;
le Dauphin l'y reçut, le Roi vint audevant d'elle.
JleYètue de a toilette de mariée introduite dan les appal'tements o~ la
cour l'attendait, elle y fut entourée de
on cortège el prit a\·ec recueillemru1l
le chemin de la chapelle.
Agenouillé • vivement émn., ks
~eux époux e jurèrent au pird tle
1autel une foi réciproque, 'uni. sa:nt
au. yeux des homme pour jouir enemble de ce que la terre offre d'heureux et de brillant, ·'ena-:1 eant devant Dieu pour _'entr'aidèr dan- la
o~O"rance, pour arri\·er par 1 s m~me
p('mes à 1a même rlé,,ation.
Le félicitations, le~ présents uivirent 1~ cérémonie, et ce fut pour la
Dauphme un beau . peclacle que celui
de ces cours cncombré1-s, dtH"l'sjaruins
animé far lafoule,dece alle d glares et d or dan lesquclJes ·e pw ait·nt
toute les illuslra1ions dP la France.
Pend~nt_que_ lf' jeux, Je spec-tacle
el _le d1.str1but1on de vivres se prtlpaCfüht! Glro udon.
ra1en1 dan le parc, le chiiteau n'avait
Loi;1s XV.
d'yeux que pour la noU1·clle étoile qui
e Jevait ur Ver ailles.
l'asll"i Jé I.A TODR. (M11st!eJ11 [,a,11•n.•.J
La Yél-ité pâli sait sous l"cxarréraLion.
&lt;&lt; Comment lrou\·ez-vous la comte se'! lui
Un l'appela un ange consolateur, un Oamdit-ou.
beau d'espérance, la Vénus de ~fédicis, l'Ala- Charmante, » r~p11ndit-elle; et comme la~te de Marly, Flore ellc-mème. Elle a, dicc~ é,loge ne. faisait pa le comptt! de la mali- smt-on, la démarche d'une déesse sur le
gn_1te, on aJ0tlla que madame du Barry n'a- nues, le Olll·ire d'flélll!, le regard de Junon.
vail à 1a c.onr que la mission d'amu er le
Bac~aumo~l se félicita de l'incarnat riui
roi.
col~r:ul 'C' Joues el la di ·pensait du rouira
« Dans ce ca ·, reprü--elle gaiement, je me r1u'1l ne pou,•ait souffrir.
déclare sa rivale. o
(&lt; On cr~ya!L avoir sou ]es yeux un objet
Marie-'l'bérèse et M. de Yermoiu n'avaient céleste, )l d1l I enth?usiaste lonljoye.
pu èLre san lui dire un mol de accointance
« Elle parut m1eu1 que belle, » ajoulo
é~uivoti:nes el de alfoction malsaines qui se madame Campan.
d1spt1taienl à er ailles, san lui recommanMais le ciel refusa se sourire . Un ,·iolent
der le ména~ements néce aires à une situation orage éclata sur er ailles ; le tonnerrii troubla
qui l obligeait d'accepter un pouvoir incontes- toutes _les réjouis ance , la pluie cha- 3 1a
tabl~ et d_e fermer le yeux:sur un bit accompli. foule, monda le parc, noya les illuminations.
L espratoLservaleur de la Dauphi,1c dirirrea
Ce fut.un désarroi général, un lamentable
0
sa conduite.
sauve-qlll-peut.
j

,l.\fü~

DE

CJI.\MBRIER

�Une maladresse de courtisan

Peu de Lemp~ après qu'on fut à FonLaincbleau, il arriva à CourLenvaux une aventure
terrible. li étaiL fil a1oé de M. de Louvois,
qui lui a1·ait fait donner pui ôter la sur1·ivance de sa cbarge dont il le trouva Loul à
fait incapable. 11 ,wail lait passer àilarbezieu
son Lroisil!me .fil , et il avait consolé J' ainé
prir la urvi1•ancc de son cousin Tilladet à fini
il avait acheté les CenL- oisses, qui, après k
grandes charges de la mai on &lt;lu roi, en esl
san contredit la première et la plus belle.
Courie.maux était 11n fort peltt homme oh cur.iment déhanché, avec une voix ridicule, qui
:rvail peu el mal servi, méprisé et compté
pour rien dans .1 famille, el à la e-0ur où il
ue fréq11enlail per onne j avare el taquin, cl
11uoique modeste et respectueux, Iort colère,
cl pe.u mailre de soi quand il e capriçaiL: en
tout un fort sol homme. cl traité comme tel,
ju que chez la duches e de -Villeroy et la mar&amp;hale de Cœuvres, sasœur cl sa bellc-sœnr;
on ne l'y rencontrait jamai .
Le roi plus aiidc de savoir tout ce qui se
passail, el plus curieux. de rapports qu'on ne
le pouvait croire (quoiqu'on le crût beaucoup),
avail :mlorisé Bontems, puis Bloin, gouverneur de Vers:iilles, à prendre quantité . de
uisscs outre ccui;. aès portes, des parcs et
Jt!s jardins, el ceux de la galerie du grand
appartement de ersaille et des salons de
Marly et de Trianon, qui, avec une livrée du
roi, ne dépendaient que d'e11x.. Ce· derniers
étaienl sccrètemenl chargé de rôder, le"
·oirs, le nuils et les malins dans tous le
tlcgrés, le e-0rridor., les pa ages, les privé~.
el quand il fai ail hca.11, dans les cours et les
j:ird ins, ùe patro11iller se cacher, 'ernbos'luer, remarquer le gens, le suÎ\•re, les voir
enlrer cl orlir des lieux où ils allaient, de
.aroir qui y était, d'écouler tout ce qu'ils
pouvaient entendre, de n'oublier pas combien
de temps les gens étaient restés où il étlient
entrés. et de rendre compte de leurs découvertes. Ce manège donL d'autres subalterne
el quel11ues valets se mêlaient au i, se îai ail

il, ~idùment

11 Yer aille

à M:ul~, à Trianon,

1i Fonlai11cbleau cl dans Lou. le lieux où le
roi ctait. Ce. 'ui e· déplai aient îorL à Courten\'aux, p:me quïl ne le rcconn:i.is aieni en

rien, et qu'ils enle1·,üenl à ses Cent-Sui es
des poste· el de; rëcompen es qu'il leur aurait
Lion vendus, tellement qu'il le lraca ait
011Vent. Entre la grande pièce Ms ui ·ses el
la aile des gardes du roi 11 Fontainebleau, il
y a un passage étroit entre le degré el le logcmenl occupé lor · par lime de Maintenon,
puis Ulle pii:ce carrée où e-t la porte de cc
lo0emenl, qui, en la traversant droit, donne
dans la salle des gardes. el qui a une autre
porte sur le I.Jalcon qui environne la coar ra
01 ale, lequel commùnique aux degrés et en
ueauconp d'endroit . Cette pièce (:arrée est
un pa $:lge public de communication indispcmsable à tout le chàteau, pour qui ne \':l.
point par les cours, el par conséquent fort
propre à observer le allants et venants, el
par elle-même et par c· communication .
.Ju qu'à celle année, il y avait toujours eo4chés quelques gardes dn corps, et quelques
Gent- uisses, qui, lorque le roi entrait cl
sortait de chez Mroe de Maintenon, s'y metLaient mêlé· sous les arme , de sorte que
ceue pièce passait pour une extension de salle
des gardes el des Cent- u.isses. Le roi s'avi a
ce.ttc année d'y fa.ire coucher des uisses de
Blain an lieu de Cent- uisses et de gardes.
Co11rtenvaux, ans en parler au cap1Lame
des gardes en quartier, puisqu'on en avaiL
ôté 1 gardes au si bien que les u.isse , eul
le sottise de prendre ce changement pour une
nouvelle entreprise de œ uisses sur l,•
iens, el s'en mil en telle colère qu'il TL'y eut
menaces qu'il ne leu.r fil, ni pQ11iJles qu'il ne
leur cbantdt. ils le laissèrent aboyer san
s•émouvoir ; ils a vait.ol leurs ordres el fur en L
as ez sages pour ne tien répondre. Le roi,
qui n'en rut a1·erti que sur le soir, au sortir
de son souper, entré à son ordinaire dans son
grand cabinet ovale avec ce qui avait accou-

tumé de I'} sui1•re, d • sa famille, et des dames
de· princesse. , qui, à Fontainebleau. fouit•
d'autres cabinets, e tenaient toutes dans
celui-là autour du roi. envoya chercher Courlenvaui.. Dè qu'il parut dans ce ca.binel, le
roi lui parla d'un bout à l'autre an lui
donner loi ir d'approcber, mais dans une
colère i Lerrihl , et pour lui si nouvelle et ·i
extraordinaire qu'H fil trembler non seulement Courtenvaux, mais princes, princesse ,
dames. cl tout cc qui était dans le cabinet.
On l'entendait de a chambre. Le· menaces
de lui dter s.a charge, le termes les plus durs
et les plus inu ilés dans sa bouche plurent
ur Courlcnvaux, qui pâmé d'effroi el prêt à
tomber par lel're, n'eut ni le temps 11i le
moyen de proférer un mot. l,a réprimandr
finit par l11i dire avec impétuosité : &lt;( orLez
d'ici! » A peine en eut-il la force el de e
traîner chez Iui.
Quelque pell. de cas que sa famille ril de
lui, elle fut étrangement alarmée; chacun eut
recours à quelque protection. Mme la duch~ ·
de Ilourgogne, qui aimait forL la duche e de
Villeroy et la maréchale de Cœuvres, parla de
on mieux à Mme de Maintenon el même au
roi. A. la fin, il 'apni a, mais avec avis qu'il
chasserait Courtenvau;- à la première de es
sottises et lni ô1erai.t • a charge. Après cela, il
osa en reprendre les fonction . Lo.eau e d'nne
scène si éLrange était que Courtemaux avait
mis le doigt sur la lellre à toute la cour, par
le vacarme quïl avait fait d'un changement
dont le molif saul.a.ÎL aux i·eux dès qu"on y
prenait garde; et le roi, qui cachail avec le
plus g1·and soin ses espionna«e , auiL complé
que ce chaagemenl ne s'apercevrait pa , et
élail outré de colère du bruit &lt;1uïl aYaiL fail
el qui l'avait appri cl Fait entir à tout le
monde.
Quoique déjà san con idératioa , sans
agrément, ans familiarité la moindre, il
en demeura plus mal avec le roi et ne 'en
rclem de "a ill : ao a famille, il étail
cbassé cl .a charge perdue.
SAI T-Sl!I\O .

C.UIPAGNE o'ESPAGN1,:. -

BATAILU: DE , · 1c11. -

D'apres le desSill /Je C•

t

•

.Lol\NCI.Olli,

Mémo ires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XXX (suite).

ment, el dès lor mon e1altation se calma.
U~ momcnt lucides n'en étaienr pas moiu
,Je _me !rou1•ais lj, ré aux soins de mon do- ~rem:_. ,le _contemplais avec douleur ma pémest1q ne, et, malgré son zèle, j] ne pou ,·ai l nible !luallon et l'abandon dan leqael je me
me procurer ce dont j'a\'ais besoin· ma ma- lrou~ais: La mort des champ de La1oille me
lad'ie .•ag!!l"a,·a, et le délire s·empara
' bientôt
pa~:11 a~t douce aupl'ês de celle qui m'attenJe moi. Je me souviens qu'il existait dans ma dait, cl Je retrreU.ai de n'y être po tombé ca
chamlire de. grands tableau.x repré entant les soldai! ... Tandi que mourir de la fièvre
q~~tre partie . du m_onde. L' trique, placée dan.s un lit, ~or _qu'on comLoltail auprès de
~fl\:tnt mon ht, ava1l à ~c pied ua lion mm, me pai·a1ssai1 une chosr horrible et pre _
1!DOrme, doal les yeux me semblaient filés
que bonlcusc !...
fi~Jr moi, e~ je n~ le pcrdai · pas dl' ,,uc ! ...
J_'~Lais depuis un mois dans cette lerriLlc
Enfin, un Jour, JC cru le l'Oir remuer et
po .ilmn, lo_r que, le 26 aollt, à. l'entrée de 1a
roulant prévenir on attaque, je me lev~i ~ - nmt, une ~pouvantahlc détonation se fit en~ncelant, pri_s m?n s~bre , et, frappant lendre Lout à ~up .... L? l~rre trembla; je
d estoc et de la1~le, .3e mi le lion en pièces. crus que la maison allait s écrouler I C'était
,\pr~s. cet exp~ml digne de don Quichotte, je la forl_ere se d'Alméida qui Tenait de sauter
lomLa1 à demi évanoui sur le c.,treau, où le p_ar _suite de l'erpl~sion d'un immense magadocteu r Dlancheton me trouva. U lit enle,·er
sin ~ paudr?, el h1en que Rodrigo soit à une
Inn les tableaux qui garnis aient l'appartedem1-;ourace de reUe place, la commotion

s'y ét?il fait vivcmei1~ senLirt. .. On peutju,rer

par 1~ de ~lîets qo elle avait produits dan .
Alméida ~cme r... Gelle rnalhcurcu e place
fut d~trwl~ de fond en comble : il n'y re ·ta
que six: maison debout. La garni on eut six
cents hommes frappes à mort et un très "rand
nombr d: hie és. Enfin. une cinquant.aiuc
de França1 , occupés aux: tra"aux du sii\gr
furent frappés par des ~clats de pierre. Lord
Wellesley, conformément au:t instructions de
son gou,·crncmenl., voulaaL m :na"er le sang
de l'arm~~ Lrita?nique aux dépens de celui
d? ses aWes, apres avoir conÎt • la défense dl}
C1ud?d-Rodrirro aux troupe espagnoles qui
"~oa1cn.t de uccomLer, avaiL abandonné celle
d A.l.mé1da aux Portugais, en ne lai a.nt dans
cette pJ_ace qu."un eul Anglais, le géoérnl
Cox, qui en était gomerneur.
Ce brav,c otficier, ne se lai sanl pa intimider par I affreux désastre qui 1•enait de &lt;lr-

�MiJM01]tES DU GÉJY'É]t.lll. 'BA1(01Y DE .MA]t'BOT

1f1S T0-1{1.Jl
de Portugais apportait ent~e les é_lat de siru.ire presqne tous les IDO)'CUS de rési tance,
tuation de troupe tr:10ça1ses CJUI se troupropn h à la garni on de se dé~endre e_ncore
vaient dans la Pi!oinsulc el le nombre i•éel de
dl!I"rièrc le décombres de ln cité; mal. les
combattant qu'elles pOU\'aicni .opposer à
troupe porlu~ai es, e_lfr~Jél! el eplraîm1cs
l'ennemi. Ain i, la force dn denxi me ~orp~
par lt!ur orficmr , principalement par Ber(celui de oult) était porlée sur le papier a
nard1, Co. ta. le gouverneur. et Jose Bareiro ,
47,000 hommes; mai en déîalquanl les garchPf des artilleurs, 'C révoltèrent, et le génénisons laissées à ... antnnder, à la Coro&lt;1ne el
ral Cox, abandonné de tous, rut contraint de
au Ferrol, les 000 homme emplo~·és pour
capituler a,·cc Ma. :oa. . .
.
.
le erviœ des communications, el 12,000 maUn a dit que le nénérahs 11ue Ira~Ç!US a~:ut
lades le nombre des pré ·ent ou les armes
.éduit les cher portugai , et que l esplos10n
n'excédait pas 25,000, qui' al•anl comlJalln
fut le rr·ultat de leur trahison : c'est une
tout l'hiver dans un pays montag11cux el .couerreur. Personne n'arnit mb le feu; il 11' ut
,•ert de neige, étaient excéJés de fa~tru '
pour cause que la négligence d ar_Lificicrs
manquaient de cha.11 sure • souvent de nvre.'
de la arni on qui. au lieu d'ex.tr:nre d~
el n'avaient que des chevaux ~ara sés pour
c.1.ve le Looneaux dll poudre les uns :ipr 'S
trainer l'artillerie dans des cbemms all"rcu~ l ...
le autre· en refermant les portes, aprè
Ce
fut avec d'au si faible moyens que, 1 Em'
chaque sortie,
avai,·nl eu l'imprudence d' en
pereur pre crivit au maréchal oolt d entrer
rollier uue Yin°laine à la fois dan la cour du
1.&gt;n Portugal.
.
château. Il p:rail qu'une Lombe française'.
LI comptait, il esl vrai, ur la \'a.leu~ d
tombant sm 11n de baril ·, y mil le feu, qui
troupes du deuxième corps, presque enll~r_e•
.e cornmw1iqua de proche en proche à tous
ment
composé de vieux oldats _d'.Auslerl~11.
CHAPITR_E XXX 1
les autre.s, formant une trainée jusqu'au centre
et de Friedland, el avait le proJe~ de I.nre
du grand magasin, et fit aoler cet _établi eattaquer fa Portugal d'on aut~e col~, par le
de outL en Portugal. - Pti e ù.i Chavè,;
rneul, doul l't:xplo"loion rcn,;er a la ville et en- Cnmpa•'fül
et.lc0 Ilr:iga. _ Siëg el pri~ ù'Opor!o. - Le trom• corps du maréchal Victor, ~m deva_1t à Cel
dommagea ses remp:irls. Quoi qu'il eo oil,
de Porl\1gal c~l ulferl ii Soult.
elîet s'a,•ancer de l'Andalousie \'er- Lisbonne,
le ;\nglais mfrent en jugement 1~ deux chef:
el 'J réunir à oult; mai la fortune ne
Pendant
que
le
marécbal
Ney
conteoait
1~
porlll!rois. l!crnardo Co~La fut pr1 • condamne
.anclionna pa ce calcul.
et ru ~lié!... Clarciro pa.ninl à s'évader. Ces royaumes de ~ turie el _de Léon, le marcCe ful le Ier lévrier i 09 que le maréchal
deux officiers n'étaient certainement pa cou- cha1 Soult qui venait d'ajouter à la conquête
oull,
après nvoir prévenu le mar~al e-y
pables da crime de trahison : on ne pouvait de la Co;ognc œlle dn port militaire du r1u 'il abandonnait la Galice ~ sa surve.ill ance'
leur reprocher de n'avoir pa continué une
se mil en marche rnrs le Minho, neuve condéfense dé e pérée, dont tou.t le ré ultat eùl
sidérabJe qui, de Mclgaco à on embouchure,
été de conserver quelques jour les décombres
. re L'Espagne du Portugal. Le. maréchal
_epa
d l
d'Alméida, tnndis que l'armée :mg~ e restait
Soult essaya de le passer _aux environs e a
tranquillement crunpée à demi lieues de La
ville fortifiée de Tu)·; m:us la for_ce du couplace, sans faire aucun mo1miment pour 1
rant el le feu des milices portugaises po tées
secourir.
sur la rive oppo ée ayant fait avort~r. cette
Après s'être ain·i emparé d'.!lméida, le
eX Pédition ' le µiaréchal, avec• une act1v1té liet
maré,·bal las éna, ne pouvant s'établir dans
une i!!Ueur admirables, pr1l ~e nouve _e
lt-s ruines de celle \'ille, transporta on qaarl"!!'De d'opérations, el voyant qu il ne pou,·ait
Licr général au fort de la Conception, situé
~averser le fleuve sur ce point, illc remonta,
sur L'extrême frontière d'E pagne. Les Franle franchit à Rihada-Via occupa Oren e,
çais avaient détruit une pa~tie, ~es for_t~capuis, redescendant le Minho, attaqua T~~:•
tion • mai les bâtiments mt.èr1eurs 'latent
'en empara el en fit sa pla~ d'~rmes, ou il
conservés et pas ablement l_ogeali~e~- Ce . r?_L
lais a une partie de son arttller1e, se gros
là. que Masséoa prép.1ra l e1~éd1t1on qu tl
bagages, les malade et les bles~és, à. l_a
devail entreprendre pour condmre son armée
arde d'une forte garnison, ce qm rédu1 il
à Lisbonne.
f.armée expéditioon(lire à , 20 000 co~bal•
Moa frère et plusienr de mes camarade
tants, a,•ec lesquels ~oult s iwan~.a hardiment
profilèr11nt de cet~ ~ns~nsion des _hostilités
ur Oporto.
.
pour venir me ,·01r à C1udad-Rodr1~0. Leur
L'anarchie réaoait dans celle grande ville,
présenoo accrut le calme que la pr1 ·~ d Al"
la econde du royaume;
l'évêque, 'étant em·
méida avaiL apporté dan~ me espr~~s. L~
paré du comDlandement, avail réuni un Ll"t\S
fièl'fe disparut, el peu de ~ou~s aprè J entrai
grand nombre ?'~abitanl~ de~ ~mpagnes
en pleine convalescence. J avai ~àle de chanvoisines qu'il fai ·2.1t travailler a d 1DU11en es
ger d'air et der join~r l,c quart1e~ 11éné~al à.
fortification tracées par lui-même. Le pe~ple
la Conception. On cra1rrruu~ tout.ef?1 .~u~ Je ne
vivait dans la licence, les troupes dans 1. rnpu e faire à cheval le traJel, qm net.ail que
ÎIÎARÉCIIA.L OULT, ot·i; .DE DAU!. m.
subordinaLion, les généraux ne pouvarnnt
Je queltjues heures. Je parti cependant, . t, Gnvure de DEMABE • .taprès le 1.1bleJ11 ;le Roc1u..i1r.. s'entendre, tous voulaient être ind 1pendants;
a1•ec l'aide de mon frère et de quelque: amis,
(M11sc!e de l'a-som&lt;!.~.)
.. ,La
enfiIl, le d ordre était à on comble!.
.
.
j'arrivai au îort, J'étais heureUI de me r_eréoence el l'évêque étaient e~emi .JW:'"~;
trouver au milieu de mes camarades; 11
cbacun ava.it ses adhérents qm assassrna1ent
arnienl craint de ne plu me revoir el me Ferrol, avait réuni se _troupes en_ Galice, à les hommes marq 11ants du parti oppos~.
reçmenl trè alîectucusement. Le maréchal, Santiago, et se préparatt à envahir le Por- Telles étaient les dispositions que _l'on ava~t
donL j'étai séparé depui le jour où je L'avais tucral.
. I . d .
Par suite d'une illusion qw w evmt pri e '(X&gt;Or rê ister à l'armée. Mais eelle-m_,
porté dans mes bras, pour l'éloigner des cabien que faliguée par de marches cont1:
non de Rodrigo, ne me clit pn un mot de funeste, apoléon ne comprit jamais énorme ru:clle el par Ja multitude des in urgé qui
dil:Prence que l'insurrection des E pagnols. e l
ma maladie.
En quittant mon logement, je l'avais cédé
au colonel du 1:i• de cha. eur , M. de Monle quiou, frère aîné du ..éfiéral de _co_ no~,
jeune homme qui avail faiL a~·ec d1 ~ncllon
plusieurs campagne . C'est lm que l Empereur en"oya. en parlémentaire au roi àe P~os e
la \'eillc de la bataille dïêm1. Le fat1~es
i.nccs ante et le c1imat de la Péni.n ale ava1!nt
ohéré s:i santé; il s'arrêta à Ciudad-Rodrigo
et y mourut : cc fut une grande perte pour
l'a1:mée!
Aprè- quinze jour pas és au fort de ~a
onœption, en bon air el dan le repos. Je
r('trOU\'ai la anié, lit plénitude de me · force .
el me préparai à faire la ca°:P~"ne de Portuœ11I. Avant de raconter les evenements remarquables de cett.c célèbre et mafüeure~se
campagne, il c t indispensable _de, ~o?s f:mc
connaitre uccinclement ce qui elait pa é
dan la Péninsule depws f(Ue !'Empereur
l'avait quillée, en I m1.

1

l'environnaient, attaqua à Verin le corps
espagnol commandé par La Romana, ain i
que les Portugais aux ordres de ylveira. Le
premier fut complètement défoit, le second
se relira derrière Cbavès, place forte portugaise dont ... oult s'empara.
L'un des plus grands inconvénient attachés aux expéditions faites par le Français
&lt;fans la Péoin ule, étaH lu rrardc des prisonniers. Ceux que oult :n•ait faits à Charè.
étaient nombteux; il ne saYait où les dépo er
et nccepta la propo ilion qu ïl firent de pa, •
ser au service de 1a. France, bien que la plupart d'entre eux, ayant agi de même lor de
l'expédition de Junot, eussent fini par déserter.
Apr~ l'occupation de Chavès, le corps
e.."tpéditionnaire e dirigea sur Braga, où .e
trouvait une nouvelle el nombreuse armée
portugaise commandée par le général Freira.
Ce malheureux officier, voyant son avanlnarde battue par le Français se préparait à.
effectuer sa retraite, lor que es troupes,
presque entièrement composées de pay ans
levés en masse, crièrent à la trahi on et le
massacrèrent! En ce momenl, l'avant-garde
française, commandée par le géaéral Franceschi, ayant parn aux. porte de Braga, la
population se porta vers les prison 011 l'on
avait enfermé les individus so-up(·onné: de
faire des ,·œux. pour les Français, et tous
furcn t é11orgés !
Le maréchal oult ayant fait attaquer l'armée ennemie, celle-ci, après une courte et
vi,·e rés1slanœ, fut mise dans une déroule
complète, et perdit plus de 4,000 hommes,
ainsi que toute on artillerje. Les fuyards,
en traversant Ilraga, tuèrent le corregidor el
commençaient tt mettre la ville à Ieu et à
sang lors!fle, poursuivis par les troupe. fran~
çai es, ils se sauvèrent par 1a roule d'Oporlo.
Les avantages que le maréchal oult ,enail
d'obtenir à Braga fu.rent bien affaibli par la
perle qu'il fil à la même époque; car le
g'néral portugais ylveira, qui s'était jeté sur
le llanc gauche de l'armée française, pendant
qu'elle marchait ur Braga, avait investi et
nlcvé la ville de Cbavès, où il nous prit
00 comball.anls et 1,200 malades. Soult,
ignorant cc fàchcnx événement, lai a dan
Braga la division Ileudelet, et continua sa
marche ur Oporto. Le ennemis disputèrent
vaillamment le pa age de la ri\--Ïère de !'Ave,
mai il fut néanmoins forcé. Le général français Jardon y fut tué. Furieux de leur défaitr,
le Porlogais massacrèrent leur chef, le ,.,.énéral allongo. Les divisions françai es de
gtfoéranx Mermet, Merle et Franceschi se
trouvaient alors réunie ur la rive gauche de
!'Ave, el le chemin d'Oporto leur ~tait ou\'Crt. Elles se concentrèrent sur le front des
retraacbements qai couvraient la ville eL le
camp, contenant au moins 40,000 hommes,
dont la moitié de lroupe.s réglées, commandées par les généraux Lima et Pereiras; mais
l'autorité réelle était entre le main de
l'é~èque, homme 'Violent. qui dirigea.il la multitude à on gré; aussi les historiens anglai
et portugais l'ont-ils rendu responsable du

ma acre de quinze individus de hauL rang

le\'er du soleil leur permît d'all.aquer le
corp de la place.
.
dn peuple, lorsque celui-ci fut exaspéré par
Le ~9 mars, jour néfaste pour la ville
la vue des colonnes françaises.
d'Oporto, le temp étant redevenu serein,
Oporto, b:lli sur_ 13 rive droite du Dour~, no troupes se portèrent avec ardeur au
est dominé par d'immen es rochers garnis combal, que, elon e projets de la ,•eille, le
alors de deux cents pièce de canon. On pont maréchal en°arrea
d'abord sur les ailr pou!'
0
•
de bateaux, long de delll: cent cinquante tromper le ennemi . Ce tratatTèJne rées 11
Loi es, unissait la ville au faubourg de Villa- complètement; cor I s nénéram: portn«ais
Nova. Avant d'attnquer Oporlo, le m:iréchal all'aiblircnl dé,nesurément leur centre pour
Soult écrivit au prélat pour l'engarrer à épnr- renforcer leurs flanc . 1,e maréchal on 1t.
gner à celte 1?rande ville les horreur· d'un fai.anL alor battre la charoe, lance Tes
siège. Le prisonnier portugai qu'on chargea colonne française
ur ce poinl. L'attaque
de ce message fut sur le poinl d'èLre pendu! fut impétueuse· nos oldats enlèvent braveL'évêque entra néanmoins en pourparlers, ment les retranchements, pénètrent au delà,
mai sans faire ces er le feu des rempnrts;
'emparent de deu-x forts principau '-, où il
puis il finit par refu er de se rendre. ll pua il entrent par les embrasures, tuanL ou di.pcrqu'il craignit d'èlre victime de la populace
sant tout ce qui ve11t résister.
dont il a...-ail lui-mème exalté la fureur par
Après ce glorieux uccès, plusieurs batailde îaus es espérances de succès. Le 2 mnr.
lon vont prendre en queue le aile. portule maréchal, voulant détourner l'attention rraiscs, pendant que oult ordonne à une
de ennemis du centre des retrancbemenls, auu·e colonne de marcher droit sur la Yille,
par où il comptait pénétrer dans la ville, fiL en se diri!?eanl vers le pont. Ain i chassée de
attaquer leur aiJes. La dhi ion Merle enle,a ses retranchements, et coupée en plusieur
sur la gauche plusieurs clo fortifiés, pen- partie , l'armée portugaise perdit tout espoir;
dant que les généraux Delaborde et Fran- sa déroule à tra-vers la ville fut affreuse.
ceschi menar,aicnt vers la droite d'autres Une partie des fuyards gagna le fort de an10ouvratres extérieurs. ur ces entrefaites, quel- Joào, sur la rive du Douro, et là, [rappé de
ques bataillon · ennemis ayant crié qu'il
terreur, ils cherch~renl à lraverser le lleu\'C
!Voulaient se 1·endre, le général Foy s'avanra à la nage ou dans des barques. Eu ,,ainLima,
imprudemment, sui1•i de on aide de camp. leur général, lendit remarquer combien oellr
C"elui-ci fut tué, le général fait prisonnler, tentative était périlleuse . lis l mas acrèrcnt
mis complètement uu et t.raîné à l'instant el, voyant Je Français a'l"anœr toujour , il
dans l'intérieur de la ville. Les Porlurrais essayèrent de nomeau le passage du Douro;
exécraient le général Loison, qui les avait mai presque tous e noyèrent! Cependant,
baitus. Ce général ayant depui longtemps le combat continuait encore dans Oporto; la
perdu un bras, les ennemi l'avaient sur- colonne que le maréchal avait Fait marcher
nommé fai1eta (le manchot). En vo ·ant Je sui· la ville, aprè. avoir bri é les barricade
général Foy prisonnier, la population d'Oporlo, qui déreodaient l'entrée des rne , était arrivée
croyant que c'était Loison, se mit à. crier : aux approches do pont, où les horreurs de la
« 'ruez, tuez Maîieta ! &gt;&gt; lai, Foy eut la pré- "uerre s'accrurent encore. Plu de 4,000 persence d'esprit de lever es deux mains et de
onnes de Lont àge et de tout sexe eâcom~
les montrer à 111 foule. Ce1le-ci reconnut on braient c pont, qu'elles 'e1Torçaie11t de
&lt;'rrenr et le laissa conduire en prison. L'éyê- pa er, lorsque I baueries portugaises de la
que, bien qu'il eùt seul amené les cho es à rive opposée, apercevant le Français qu'elles
cet état de crise, n'eul pas le courage de voulaient empêcher de franchir le fleure.
braver le danger, el, laissant aux généraux ouvrirent un feu terrible sur celte masse
Lima et Pereira le soin de défendre Ill ville tumultueu e, dans laquelle les boulets flr~nt
comme ils pourraient, il 'enfuit avec une un aiireux ravage sans alleindre no~ troupes,
honne e corte du CÔlé opposé à celui de et, au même in tant, un détachement de
l'attaque, traversa la rivière et ne 'arrèta cavalerie portugai e, embarrassé p:ir les
qu'an couvent de la erra, bàti au ommct fuyards, traversa au galop cette foule époude la montagne escarpée qui, sur la rive vantée, en e frayant un chemin sanglnnt l
11uuobe, domine le faubonr"' de \'illa-Xova; Chacun cherchant alors on salut dans les
de là le prélat pouvait, en toute ilrelé, être barques qui formaient le pont, elles furent
spectateur des b.orreur du combat du len- l1ientôt encombrées, el, n pouvant soutenir
demain.
le poids de tant d'individus, plusieur s' nLa nuit fut affreuse pour le babitants foncèrent. Le pont fut ainsi romp □ sur
d'Oporto. o orage ,·~oient ayant éclatê, les quelques points; et comme la foule se port.ait
soldats et les paysans porlugai prirent le toujours en avant, dè millier· d'hommes
siUlemenL du vent pour le bruit des balles arrivés alll. coupures du pont, étaient préciennemie ; alors, malgré les officiers, la fu il- pités dans le fleuve, qui fut bientôt cou\'erl
lade et la canonnade partirent sur Loule l:i de cadanes, sur lesquels venait i•chouer el
ligne, et le bruit de deux cents pièces d'ar• périr tout ce qui tentait encore le passage.
tillerie se cônfondit avec celui de la foudre el
La premier Français qui arrivèrent, oudes cloches qu'on ne cessait de sonner .... bliant le combat, ne virent plus que des
Pendant cet affreux tintamarre, les Françai , inalheureut qu'il fallait secourir, et en arraabrités dans les bas-fonds contre les balles et chèrent un bon nombre à La mo,·t; plu
les boulets, allendaient avec calme (Ille ·Je humains en cela que le artilleur portugais
qu'il ne voulut ou. ne put au ver de la fureur

0,

�111STO']tl.R _ __ _ _ _ __ __ _ __ __ _ _ _ _ _ _ _,_.,p
qui, dans l'espoir d'alleindrt• quelques Français, tiraient sur leurs propres concitoJens !
Nos·soldats, à l'aide de planches, franchirènl
les coupures du pont, arrivèrent sur fa rive
droite,. emportèr1ml les bat~eries ennemies
et s'cll(parèrent du faubourg de Villa• Nova.
Le passage du Douro se trouva di&gt;s lors assuré.
Les malheurs de la ville semblaient toucher
à leur fln, lorsqu'on apprit que 200 hommes,
formant h garJe de l'évêque, s'étaimt enfermés dans son palais, d'où ils fai~aient feu
par les fenêtres. Les Français y coul'urent,
el leurs sommations étant restées inutilt!s,
il, bris~rent les portes et passèrent tous ces
séides au fil de l'épée.
Jusque-là nos troupes u'a\'aient agi que
d'après les lois de b guerre; la ville et les
habitants a\'aicnt été respectés; mais en revenant de l'a~saul de l'évèché, où ils s'étaient
fortement animés, nos soldats apc-rcurcnl sur
la grande pfoce une trcnt:iine de leurs camarades, que les Portugais avaient pris la veille,
et am.quels ils \'enaient d'arracher les Jeux,
la langue, et qu'ils avaient mutilés avec un
rarflnement de barbarie digne de cannibales!.., La plupart de ces malheureux Français respiraient encore!. .. A la YUe de ces
atrocités, les soldais exaspérés ne respirèrent
plus que ,·engeance et se porlèrenl à de terribles représailles, que le maréchal Soult, les
généraux, les officiers, el même un grand
nombre de soldats plus calmes, eurent Loule
sorte de peine à faire casser. On porte à dix
mille le nombre de Portugais qui périrent
dans celte journée, tant à l'avant des retranchements qu'au pont el dans la ville. La perle
des Français u'excéJa pas cinq cents bommes.
Le général Foy fut délivré, à la grande satisfaclion de l'armée. Quant à l'é\'è11ue d'Oporlo,
après arnir vu du haut du com·cni Je 1a Serrn
lo ruine de ses projets ambitieu1 sur les provinces du Nord, qu'il YOulaîL, dit-on, séparer
du royaume à sou profit, il s'enfuit vers Lisbonne. Là, il se réconcilia avec la régence
gouvernementale, qui non seulement l'admit
dans sQn sein, mais le nomma bientôt patriarche de PortugaJ.
La chute d'Oporto permit au maréchal
Soult d'étaLlir une base solide d'opérations.
Le frui t immédiat do la vitloire fut la prise
d'immenses magasins remplis ùe munitions
de guerre et de vivres. 'l'renle vaissl!aux anglais, reLenus par les vents contraires, tombèrent aussi entre nos mains. Adoplaul une
conduite toute conciliatrice, ainsi qu'il l'arail
l'ail à Ilraga, SoulL s'efforça de remédier aux
mau1 de la guerre, et rappela les habitants
c1ui a1,aient fui de )a viHe. L'habileté de celle
administration produisit un excellent résultat
cl donna lieu à uri fait fort inattendu, que les
hi~toriens oul mnl expliqué et dont les journaux de l'ilpo11ue n'osèrent faire mention.
Les Portugais ne pouvaienl pardonner au
prince régent, chef de la maison de Bragance,
de les stoir abandonné, pour tran~porler le
siège du gouvernement en Amérique. Ils prévo}'aient que le résultat de la guerre actuelle
serait de faire du Portugal une dépendance
du Ilrésil ou de l'Espagne, ou bien une colo-

nie nngh1isc, tout.es choses 11ui leur répugnaient également, et, pour conserver leur
nationalité, ils songèrent à se donner un roi.
La comparaison qu'ils firent entre le gouvernement de Soult et l'horrilile anarchie qui
l'avait précédé, étant tout à l'aYantage du ma-

récbal, le parti de l'ordre se réveilla, ses
chefs se rendirent auprès du maréchal Soult
et lui proposèrent de se mettre"à leur Lèle
pour former un gou\'ernement indépendant.
Se croyant justifié par les circonstances, Soult
ne découragea pns cc parti, nomma aux emplois ci\ils, Jera une légion portugaise de
cinq mille hommes, el se conduisit avec tant
d'habileté, qu'en moins de quinze jours les
villes d·Oporto, de Braga, ainsi que toutes
celles des provinces conquises par lui, envoy~rent des adresses signées par plus de tren Ie
mille iodi1•idus de la noblesse, du clergé el
du tiers état, exprimant leur adhésion à ce
nouvel ordre de choses. Le duc de Rovigo,
ancien ministre de l'Empereur, assure, dans
les mémoires qu'il publia sous 1a flestauration, que Soult refusa ces propositions; cependant, un très grand nombre d'officiers français qui se trouvaient alors à Oporto, notamment l,is généraux Delaborde, ttlermel, Thorni1:res, ~forle, Loison et Foy, m'ont afïil-mé
a\'oir assisté à des réceptions dans lesquelles
les Portugais donnaient au maréchal Soult le
litre de Roi el de Mnjeslé, que celui-ci acceptait avec beaucoup de dignité. Eufio, un jour
que je questionnais à ce sujet le lieutenant
général Pierre Soult, !rère du maréchal, qui
avait été mon colonel, el avec lequeJ j'étais
fort lié, il me répondit avec franchise :
(t Comme, en emoyant mon trère èn Portu&lt;&lt; gal, !'Empereur ravait aut,orisé à cmplo1·er
t( tous lei; moyens pour arracher ce pays à
« l'.llliance dt! l'Angleterre et l'attacher à celle
« de la France, le maréchal voyant la nation
« lui offrir la couronne, pensa que t;e_ moyen
«' n'avait pas été excepté par Napoléon, étant
« non seulement le meilleur, mais le seul qui

(( pùt unir les i11térêls du Portugal i1 ccu, de
(( l'Empire; il devait donc l'employer, sauf
« ratification de !'Empereur. &gt;&gt; Ce &lt;1ui prou\'Crait que Pierre Soult avait raison, c'est que
Napoléon, au lieu d'exprimer le moindre mécontentement de ce que le maréchal eût accepté d'ètre roi de Portugal, lui donna des
pouvoirs beaucoup plus étendus que ceux qnïl
avait en entrant dans ce pnys.
J,'Empereur ne fit en cela que céder aux
exigences de la situation qui lui rendaient 11·
maréchal Soult inùispensaLfo, et est-il 1·rai
que Napoléon lui écrivit : (( Je ne me sou« ,iens que de votre belle conduite à Austrr« lilz ! »... C'est un point qui n'a jamais étr.
éclairci; car le maréchal lw.rtrand m'a dit
que, dans les longs entretiens qu'il avait eus
à Sainte-Hélène avec Napoléon, il voulut plusieurs fois amener la conversation sur la
royauté éphémère du maréchal Soult, mais
que l'F.mpereur garda toujours le silence 11 cc
sujet. Bertrand en concluait que r Empereur
n'avait ni encouragé ni bldmé cc que Soult
avait fait pour obtenir la couronne de {}or tugal, el qne le succès de cette entreprise t'll
eût fait absoudre l'audace.
L'Empereur avait d'aborJ eu la pens~c de
réunir toute la Péninsule eo un seul État,
dont son frère Joseph aurait été le roi; mais,
ayant reconnu que la haine réciproque des
Espagnols el des Portugais rendait et: projet
impraticable, et désirant cependant arracher
à lout prix le Portugal à la domiTiation deg
Anglais, il aurait COl1.8enti à donner la couronne de ce pays à l'un de ses lieutenants,
dont les intérêts eussent été ceux de la France.
Puisque le maréchal Soult a,,ail obtenu le
suffrage d'une grande partie de la nation,
Bertrand pensait que NapoMon se serait dét:erminé à ratifier ce choix. L'Empereur aurail
ainsi assuré l'alîermissement du roi Joseph
sur son trône et l'expulsion des Anglais de
l'Espagne eL du Portugal, dont la guerre
commencaiL à le fatiguer, en l'empêchant de
porter ses vues sur le nord de l'Europe.
Quoi qu'il en soit, dès qoe l'offre faite au
maréchal Soult par les Portugais fut connue
de son armée, elle produisit une grande agitation eo sens divers, car la troupe el les officiers subalternes, dont le maréchal était fort
aimé, ne blàmaienl ce projet que parce qu'il~
le croyaient contraire aux intentions de !'Empereur. Cependant. le l1ruit s'él:mt répandu
que 1~ maréchal n'agissait qu'avec son agrément, l'immense majorité de l'armée, séduite
par la gloire que devait lui procurer la conquète du Portugal, se rangea dès lors du côté
de Soult el se tint prille il le soutenir dans des
projets qu'on lui rrprésentait comme utiles à
la France ainsi qu'à !'Empereur. Toutefois,
un grand nombre d'officiers supérieurs et
quelques généraux craignaient que ravènement de Soult au trône de Portugal n'engageât l'Empereur à l'y soutenir, en laissant
indé6nimont le 2e corps dans ce pays, pour y
colonisrr à l'exemple des Romains; ils s'écrièrent qu'on allait les engager daus une
guerre sans fin, et cherchant à faire trè1·e
aYec les A_nglais, qui occupaient Lisbonne, ils

�msTO'l(1ll
résolurent d'élire un chef, do fairn appel aux
troupes françaises revenues en E pagne, el de
retou.rner tous eruemhle en France pour forcer l'Empcreur :, conclure la paix.
C projet, inspiré par le gouvernement anglais, et do re le plus facile à former qu'à
exécuter, aurait-il eu l'a entiment de toute
le armées e1 de la ma e de la nation françai. c'? C'est ce dont ile L permi de douter.
li reçut cep ndanl un commencement d'exécution. Le lieutenant général anglais Bere ·ford, servant dans l'armée portugaise en qnaLité de murécbal, était l'ùme du complot, et,
par l'entremise d'un marchand d'Oporlo
nommé îiana il entretint une corrC$pondance a\·ec les mécontents français, qui eurent l'indignité de propo er l'arre talion du
maréchal . ., oult, qu'ils remettraient aux a"anlpo tes.
On conçoit dan 'fUelle perplexité la dl:icouYerle de cette con piration d11t jeter Je
maréchal Sot1lt, d'autant plus qu'il n'en connais ait pas les complices. Un ahîme était ouvert devant lui; néanmoins, sa fermeté ne
l'abandonna pa .

CHAPIT~E XXXII
S11q1ri.,c 1l'Oporto, - Relraite de Soult par Je, montagnes. - M11uvois w,uloir du marèchal Victor. .llorl ,de F rancesehi.

Pendant que S011lt était absorbé par Je·
soin qu'il ne cessait de donner à l'adminislration do pay conqui , les nombreuses
troupe nnglo-portugaises que sir Arthur
Welle ley et Lord Bere ford amenaient de Li bonne et de Colmbre 'approchaient chaque
j ur du Douro, et e.n atleigoirenl bientôt les
1·ive . Le général portugai Sylveira, aprè
u·oir repri Chavè sur les Français, descendit la Tamega jusqu'à Amaranthe et 'empara
de cette ville ainsi que de son pont, ce qui
plaçail le corp portugais sur les derrière de
Soult. Cel11.i-ci 'empressa de dîri,.er sur ce
poinL les généraux lleudelet et Loison, qui
cbassèrenl S,·Iveira d'Amaranthe; mais ir
Arthm Wellesley, a ·ant le projet de tourner
l'aile gauche des França.i , fü passer le Douro
en avant de Lame"O à un nombreux corps
anglo,porLugni t11u se dirigea ,,ers Amaranthe. Le général Loi on, malgré les ordres qu'il
avait recu de défendre cette ville à ot1trance,
ab:mdo~na le ,eul passage qui restât à l'armée françaî e pour orlir de b. iluation périlleuse où elle se trouvait. Le maréchal
oult, vosanl qu'une partie des force ennemie cherchaient à rra¾lncr es derrières, pendant qt1e le surplus, marchant ur Oporlo
menaçait de !'attaquer de front, résolut d':1bandonner cette ville et de Faire retraite sur
le trontières d'E pagne. on mouvement, fué
pour le 12, ayant élé retardé de 1'1Ilgt-quatre
heures, par la nooessité de réunir l'artillerie
el de mettre les convois en route, ce retard
lui devint fatal. Les con pirateurs étaient îorL
occupés ; le ord.res du )llaréchal étaient né,.ügés ou mal compris, et on lui lran mettait
faux rapports ur leur exécution. Les choses allaient donc au plus mal lor que, le 12
0

de

,

au malin, les colonne anglaises arrivèrent 11
Villa-~ova.
Soull avait dès la ,·eille retiré e troupes
de ce faubourg, déLruît le pont qui l'unissait
à la ville el fait enlever toutes les embarcations de la rive gau.cbe. Le maréchal, ainsi
rassuré sur ]es tentatives de passage du
Uouro de1•anl Oporto, mai craignant que la
llotle an.,.lai e ne débarquât des troupes sur
la droite de l'embouchure du fleuve, en faisait exactement obsener les rires au-tle •
sou.~ de la rille. llu haut du mont ~erra, ir
Arthur Welles! y planant comme un aigle
sur Oporto, sur le Douro el le pa s environnant, reconnut de cc point élevé qu'au-dessus de ]a ville les po tes français étaient en
Lrès petit nombre, éloignés les uns des autres, et négligeaient le senice des palrouilles,
tant ils secro aient protégé par l'immensité
du fleuve.
li peut arriver à la guerre qu'un liataillon, un régiment et même une brigade isoient
surpri : mai l'histoireoifre bien peu d'exemple d'une armée attaquée à. l'improviste, en
plein jour, sans avoir été prévenue par ses
avant-postes.
C'est néanmoins ce qui adYint aux Françai dan Oporto, et voici comment.
Le Douro fait au-de sus de cette ville un
crochet qui baigne le pied du monl erra. On
conçoit que les Français eussent négligé cette
partie du fleuve lonyu'elle était co11verte par
le lroupes qu'ils avaient à Villa- ova et sur
le erra; mais, au moment oi1 ils ahandonnèrent ces po ilions pour se concentrer sur
1a rive droite, ils a11raient d1i placer des po te en avant de la ville· cependant, oil néglirrcnce, soit Lrahison, non seulement on
avait omi cette précaution, mai on aYaiL
laissé ans garde, en dehors de 1a place, un
rrrand nombre de barques, aupr s d'un édifice non terminé appelé le 11011reau s(!minafre, dont l'enclos, s'abaissant de chaque
côlé ju qu'au rivage pouvait conteuir quatre
hatnillon .
En ,·oyanl un poste aus i important abandonné, sir Arthur \ ellesley conçut le hardi
projet d'en faire le point d'appui de son altaque el, s'il pouvait se procurer une embarcation, d'effectuer Le pas age du fleuve
ou les yeux d'une armée aguerrie et d'un
de ses pins célèbres généraux!
11 pauwe barbier s'était enfui de la ville
la nuit précédente, au moyen d'une petite
nacelle, san èlre aperçu par les patrouilles
françaises. Un colonel an°lais, suivi de quel11ues homme , Lral'erse le lleU1'e sur cet e quif et ra.mène à .la rive aanche trois grandes
barques sur lesquelles on place un bataillon
anglab qui Yienl 'emparer du séminaire et
de là renvoie une grande qua.ntitt!&gt; de bateaux, . i bien qu'en moins d"une heure et
demie, 6,000 Ana-lais se froment au milieu
de l'armée française, et maitre d'un poste
dont il était d'autant plus difficile de les
chasser qu'ils étaient protégé par une nombreuse artillerie placée à la riTe opposée, sur
le mont erra.
Le po te franç-ais n'avaient rien rn, et
"'' 346 ...,

l'armée était tranquille dans Oporto, lorsque
lot1t à coup la ville retenlil dn bruit confus
des tambours et de l'appel ; « Aux arml's !

au 1: armes! l'oilà les ennemi.,!

1►

011 put

alors juger mieux que jamais de la solidité
el de la valeur de troupes françai e , qui,
loin d'être découragées p3r cette surpri e, se
précipitèrent avec fureur vers le .éminaire.
Déjà elles avaient arraché sa principale grille
el lué un trè grand nombre d'Anglais, lorsque, foudroyées par les canons de la ri1·e
gauche et menacées sur leurs derrière par
un corps anglai qui venait de débarquer
dan la ville, elles reç,mmt du maréchal
l'ordre d'abandonner la place et de se replier
Ill' allonga, bourgade située à deux lieue
d'Oporlo, dans la direction d'Amarantbe. Les
Anglais n'osèrent pas ce jonr-Ià suivre notre
armée plt1 loin; ils perdirent beaucoup àe
monde dans cette affaire. Lord Pagct, un do
leurs meilleurs &lt;rénéraux, rut crrièvemeJJ L
bles é, et, de notre coté, le général f'oy le fut
aussi. otre perte ne fol pa considérable.
1 o vieille
bandes étaient si expérimentées, si endurcies à la guerre, qu'elles se remettaient plus facilement d'une urpri e
qu'aucune autre; aussi les historiens anglai
conviennent qu'ayant qu'elles eu sent atteint
\"allonga, l'ordre était rétabli dan I s colonnes françai es.
Le maréchal eul certainement d bien
grands reproches à se faire pour 'èlre foi .é
surprendre en plein jour dans Oporlo et à
l'abri d'un flem·e; mais on doit llli rendre la
justice de dire que. dans on malheur, il fil
preuve d'un COUl'age personnel el d'upe fermeté d'âme qui ne e démenLirent jamai.!l
dans les circonstances les plus dir.Gcile .
~n q11it1ant Oporlo, le maréchal faisait
reposer tout son espoir de alut ur le pont
d'Amaranthe qu'il croyait encore occupé par
Loison; mai il apprit le 1:'i au matin, 11. Pefü11iel, que ce général 1•enail d'abandonner
Amaranthe pour se retirer à Guimarai-'ns 1.••
Celte îàcheuse nou,•elle n'affaiblit pa l'énergie de • oult, et voyant que le chemin de la
retraite lm était courJé, il ré, oJut de .e retirer à travers champs, malgré les diFficulté
que présentait le pay . Aussitôt. imposant
silence à toute observation timide, commP
aux murmures de quelques con pirateurs, il
détruisit son artillerin et ses bagarres, .fit
mellre ur d chevau de trait es maladeaiu i que des munition pour l'infanterie, el,
sou une pluie ball.ante, il gravil Ja ierra ou
montagne de Cathalina par un entier rocail1eux. de plus étroit Pt e rendit à Guimaraëns où il trouva les divi ions Loison el
Lorge qui s'y étaient transportée.~ par la
route qui vient d'Amaranthe.
Les force principales de l'armée françai. e
s'étant rêunies à Guimarn 1 ns, san avoir été
attaquées par les Angl:ii , le maréchal Soult
en conclut avec sagacité que ceax-ci avaient
pris la route directe pour aller à Braga et y
couper to11te retraite aux Français, privé
désormais de tout chemin praticable pour
l'artillerie. Déjà les mécontents, au nombre
desquels se trouvait Loison, di aient qu'il

"----------------------fallait faire une capitulation comme celle de
intra; mai aloi , et par une fermeté digne
d'admiration, Soult fit détruire toute l'artillerie de division. Loi on et Lol'ge, el la.issant
a gauche la route de Ilragu, il prit encore les
entiers des montagnes. li gagna ainsi une
journée ur les ennemi et atteignit en dem
marche
alamonde. Li1, coupant 11 an{l'le
ùroitla roule de Cbavès à Draga, par laque1Jl!
il élu.il entré en Portugal lroi mois avant, il
résolut d'é.iter encore les chemins fraJés et
de e rendre à Iontalegre toujours par le,;
montagnes. Aprè une longue marche, les
éclairenrs vinrent l'informer que le pont de
fluente-Novo, ur le Cavado, était rompu, et
qne f,200 paJsans portugais, avec du canon,
'opposaient ù son rétablissement!... i cet
ob tacle n'était pas urmonté, toute retraite
devenait impo sible! ...
La pluie n'avait pas cessé depuis plus~eurs
jour . Le troup , haras ée , manquaient de
vivres, de chaussures, el la plus grande partie des cartouche étaient mouillée . L'armée
angbise devait, sans nul doute, arriver sur
rarrière-garde le lendemain malin. L'heure
de mettre bas le armes était donc venue! ...
Dans celte fàcheu e extrémité, onlt ne
faiblit point. Il Fait venir le major Dulong,
réputé, à juste litre, pour un de plus intrépide officier de l'armée Û'anr;aise, lui donne
100 grenadiers de choix. et le charge de surprendre pendant la nu.il les ennemis qui gardent le -passage. Une e pècc d'assise en pierre
n'ayant que six pouces de large était la cule
partie du pont qu.i ne ftit point détruite. DuJonu, suivi de J2 grenadier , s'y glisse à
plat ventre et s'avance en rampant ver le
poste ennemi. Le Ca-vado débordé coulait avec
impétuosité .... En se Yoyant ainsi u pendu
au-Jessa du torrent, un grenadier perdit
l'équilibre el tomba dans le lîOuO'rc; mais
ses cri furent étouffüs par le bruit de l'orage
et de Ilots. Dulong et es onze nommes atteignirent enfin la riYe opposée, et tombant a
l'improvil;te sur les premiers po tes des paysan endormi , les L11.èrcnt Oil le dispersèrent Lous. J,e soldats portugais, campés à
peu de di Lance, croyant que l'armée françai e venait de traYerser le Ca11ado, 'enfuirent aussi. Le maréchal oult fit sur-le-champ
rlparer le ponl. Ainsi la ,·aleur dul,ravc Dulong saun l'armœ.
Cet officier fut tr~s grièl-ement blessé le
lendemain, en attaquant un retranchement
éle,·é par les Portu.,ais dans un défilé d'un
accès très diîficile, où Jes Français e uyèrent
11uelque pertes j mais ce fut le dernier combat r1u'ils eurent à so11tenir dan eue p~nihle retraite. Il· atteirrnircnt le 17 fonta1 °l'c, où, repassanl la frontière, il renlrèrenl
en Espagne, el se réunirent à Orense : là ils
e mire11L en &lt;'omrnunic.-tlion a,·ec les troupes

MËM011t,'ES DU GÉ1YÉ1tAl. BA~ON D'E MA~BOT - - .

du marêchal Ney. L'intrépide Dulong tut
nommé colonel. (li est mort lieutenant général en 1828.)
Ain.;î e termina la seconde invasion des
Françai en Portugal. Le fer de l'ennemi, les
maladies el le as assinals avairnt fait perdre

de la Cuesta de réunir une nombreuse arm~c
dans les monla!!Des de Guadalupe.
Victor, sortant alors de son apathie. maL·cha contre lui, le battit en plu ieur rencontres, notaJDinent à Médellin, sur les ril'C'
de la Guadiana, el occupa enfin le 19 mars fa
ville de Mérida un mois après l'époque fixér
par l'Empereur. Le roi .lo epb, qui ven:1it
d'elll·ahir l'E tramadme, rappela au mnrécbal Yictor l"ordre de Xapoléon, &lt;pti lui rnjoignail d'l!lltrer en 'Portugal pour c joindre
au maréchal .: oull; mai ' comme celui-ri é1ait
le plus ancien, ''iclor, craiguar1l de se Lro11Ycr en ou -ordre. non seulement ne 1·oulnt
pas se réunir à lt1i mai suspendit fo marche
de la di,•ision Lapisse, qa.i, se lroUl'anl déjà
maitres e du pont d'Alcantara sur le Tage,
pom:iiL opérer une heurcu e diver!:ion en fovem· de • oull, avant que le A.nglai. fu sent
l'attaquer dans Oporlo. Apr a,·oir hésité
pendant plu d'un moi , Viel.or, apprenant
que oult venait de quitter le Portugal, e
hâta de ballre en retraite, et fit sauter le
pont d'Alca.otara, Je plus beau monument du
,,.énie de Trajan 1...
Dès son retour en Espagne, le maréchal
oult, après s'être muni d'artillerie dans le
:irsenaux de la Corogne, eut à Luao une entre\llle arec le maréchal Ney, auquel ü proposa de réunir les force di ponib1es de leurs
deux corps d'arm~e, pour faire ensemble
une nouvelle inva ion en Portugal. Mais ces
deu. maréchaux n'ayant pu s'entendre,
oult, pour refaire se troupes, le conduisit
GÊNÉ.R""L Fov.
à Zamora.
Gravure Je i'l.wa1nssoN, .t'.Jf,ris k labltau de
En terminant, je doi vous faire connaîlre
G i'.RA RllE T. (.Vusèe IÙ Versailles.)
le 'sort de officiers compromis dans La conspiration dont fa:i parlé. Le capitaine adjuau maréchal Soult 6,000 .bon oldal . Il avait dant-major du 1 • de dragon., rgenlon,
emmené cinquantr.-huît pièces d'artillerie; il qui avait été l'âme du complot, fut tradui l
revenait a,·ec Wl -~eul canon; et pourtant, sa devanl un con eil de guerre et condamné à
réputation de vailJa.nl soldat el de général ha- mort; mais il réussit à s'él'ader. , oa colobile n'en f11l point ébranlée, car l'opinion nel, M. Lafitte fut mi en retrait d'emploi.
publique lui tint compte, d'une part, de la Qua.nl au général Loison el au colonel Do11fermeté quïl avait déployée, et, d'autre pnrt, nadie11, qu'on accu ail sans preuves, il n'endes grandes difficulté qu'il avait éprou1·ées, coururent aucune punition. Toutefois, le
tant par les intrigues des conspiraleur.s que mainûeu du général dan l'armée de Porpar l'abandon dam lequel l'Empereur l'a,ait tugal ne pouYait que produire un ellet fà'
lais é, en ne le faisant pas outcnir par le cheux.
maréchal Victor, ainsi qu'il l'a,·a.it promis.
Afin de .mieux faire comprendre au roi JoNapoléon, que les campagnP. d'Italie, seph quelles étroent e vue , ~oull envoya le
d'Égypte el d'Allemagne avaient habitué à général France chi à Madrid . Ce brave et
1 oir es lieutenants obéir avec exactitude eut
Ciccllent officier, étant Lo.mhé dans une emle tort de penser qu'il en serait de même bt1scade de la guérilla du Capuci,w, îut condans la péninsule Ibérique; mais l'éloigne- duit à é\'Îlle. puis à Grenade, 011 la Juule
ment el le Litre de nwrécltttl les a,·aient ren- centrale, le traitant en criminel et non en
du moin. oumis. Ainsi, le maréchal Victor, brave oldal. le jeta dans la pri on de l'.Alhamqui de Madl'id devail marcher sur Lisbonne, bra. l1 fut eo uite trao porté à Carlha0 ène,
par la ,·allée du Tage, et e trouver à Mérida où il mourut de la _fi',re jauuc. Cc fut un~
le 1, Février pour menacer le Portugal de ce perte immense pour l'armée, car Franceschi
c(ité, restn si longtemps à Ta.la,•era-la-Reyna, réunissait lo11les les quali1é d'un général
que son inertie permit au aénéral espagnol con "ommé.
1

(A suivre.)

GENéRA.L

DE

MARBOT.

�"-- ------- ---- - -- -- ----------------

L'Exode des Girondins
l• plttorc.squ• rüh dt Pitlon, public. ptr Jf.,loria,
montrait Je. qM&lt;llc ra~.:&gt;n l'un du plu, populalro de.pute.• Clrond;,u, tnqu• I"'' lu •~nll de.la Conwc.ntlon,
..volt riu1&gt;i
gagn•r la Normandie.. Pluliturs de. su
collcguit, riuMirut il
rtjolndrt. l:n &gt;e réuni0&gt;ant à
Caen lu rcpro&gt;entanu proscrlu upinlcnr lOuln&lt;.r la
provin.or, y formc.r un, aTmi" d• volontalru pal?iotu
ri fflUl'htt i, la aonqu•t• de Parb. Ltun Illusions
Ment courks. L.. pays, prf• de peur, H. d.-lntèrus.ajt
dt lrur quonlk; la ConV&lt;ntion l•nça contn tint un
dicru de min hor, lo /01 : c'italt lëchafaud imminmt.
Le.&lt; fugiufs ré&lt;olurcnt de g•gnu un port de la cote.
bruonn• cr do&lt; s'cm.bar11u&lt;r pour Borduur., ail, p,.n..;,.nt-ib, ils sc.nlcnr acclamé.i. Escortés d'un bataillon
compo,i de volantal,., dt 1'lllt-d-Vllalnc, de la
M•y&lt;nn• u du Flnl1th"c, uuJ, troup, qui leur fin rot« ~del&lt;, Ils •• mirmt tn route, ~qulpé• u nmù
comme d,.s soldats, Lount, l'un d'cu~. • mit, de cc11c
ntraordlnalrt. odyu«, un ,tell sinj!uliircmtnt o!mounnl qwt. pour falro •uit• i. «hli de Pillon, nOtü tntamon1 i, l'époque où, fnippu par lc dicrc.1 de mise
Iton 11 loi, lu proscriu .se voie.ni forcé.&gt; d.c qulncr
Cun &lt;I, paUT alldndr• Qulmiar, vont tranrscr tout le
p&gt;,y• ,oulcvê contn eux,

ry

.'ou nou dhi àmes en trob troupes, qui
chacune alla se réunir à l'un de lroi ha.Laillons. t ous marchions comme simpl soldats,
r.t cem qui non amicnl reçus parai ai nl
content et fiers d'a,·oir ponr camm·a,frs cell
vin taine de représentant, pour qui la France
pre ·que toute cnlière venail de 'insur!,ler;
car le déparlcmeats coalli~ · n'étaient pa~
n1oin de oi. anle-neur.
Nolre .ituation eut d'abord quelque cbos
ira ez dom et de !rè.s pi11uant. Je trouvai .
po:1r moi, fort a!!l'éable de faire a,·ec CtJ'
brave gen ma journée à pied, d · boire cl
mani.: ·r .i:vec eux. sur ln roule, il' ,•erre de
cidrè, le petit morceau Je beurre el le p~in
d munition; pui , à lo. coucb~, d'aller aYec
un billet prendre modestement mon loaement chez uu paTLicu lirr qui, me cro ·aul un
,·ol11ntairc, ne ·e gènail n11llemenl avec moi,
l'l me di. pem:ail par U1 de tou k l! pèce de c,:..
r~moni '· Celte manière de rair1 charmail no
llre1011s: il c, 1 \l'ai que l'Jlle-PI- Jïlaùzc, 13
Jl&lt;L11em1e el urlo\ll le ~'inisli-re, n'é~it!J~t
point lomb.Sg dno l'énorme faute qu a1mt
faite le Midi, de n·armer que des mercenaires. La plupart Je ce "olonlaircs élnicnt
de j unt's "CD - bien (,)ol'é , ltès in ·truilJ
de la qucn Il quïls ail, ient outenir, cl c1u'il
C'Ùt été difficile d'a.chelrr. Mai · lluelrJlle pr~caulion que l'on eûl pri e, on n'a,·nit pu
empècl1cr d brouillon , des hommes ardents ou faihle., el c1uelque anarcbi L Jl;..
gui ë: de se glisse?' dan le compagni' ·, el
quoique en Lr~ petil nombre, aidés de leur
,•ile t:iclique el de Ioules leur inlrÎ"Ut' , il
.finis aient soment par donner ln loi.
~ous l'avion vu diljà dan Lisieux; OCIU ,
eùmc' bienlôl occa,ion d" n fair!' une e1iwrie1ire plu tri~te.
1

Amériiprn. J\• lui mo11!rr11 Lion. OorJ~am.
,1.ir cille, fai a11l pour la répuhlilfut• u11 dcruil'r elforl, 11uc mon d,:voir .!tait d'aller aider.
- oit, me dit-elle, mai· 11011-, n•· 11011, -éparurons plu .
Je le jnrai. Que de rois je del'(1i , malgrJ
moi, ,·ioler mon ermenl !
A Fougère', le Lalaillo11. e épnrèrent.
Jfo.ye1111e, pour rega"ner La"nl : 11/e:-e!- Vilafoe. pour renlr r dan flennes; le Fut1.~/1•1·e
1·nnlin113iL , a route ·ur Brc.l. Cha ·un de·
trois désirait nous garder et non promettait
IJÙ:loire rie l'CJ'IIOU 1'1'111porléc. Ill' /1'$ l'IJ!J""
Listes rlu Cnfrado~. que. pre. enl:int le rc,te s1ireté chez lni. ùrelti ne um ait pa •• ou
de no. d i~as!re • elle ·c:lail hàtée d11 "en 1re :i"ion. di:lpècM de1·anl noru à l\enne . • un
rp1i nou mandait qu • nou. deloul ce qn'elle a,ail de bijoux. Elle \'CnaiL ml' ami,
déclarer 'JUC, désormois attachée !1 mon ort, ,·ion nou rendre dan cette ville, ou 11ou~
elle accourait l'hercbt•r auprès Je moi \'exil, trou\"erions des moyens de gagacr la rnel', t•l
la mi. •re pcul-èlre, cl certainement une là, 11uelque chas~e-marëe qui nou conduirrtil
foule de danirers. C'est alor- 11uc, pénêlré de à Bordeaux. HarLaroux comk1Llil V1Veme111
sa g. ·11 rositi:, bien comaiocu 1p1e ma mau- cette me ure. li fil ~tintir qu'il valaiL l1caucoup mieux non rendre du côtl; de Quimper,
vaise fortune ne ponrniL rien ·banger ~ ,.,t!
di po. ilion~, j'usni la pr cr de former des où h.er"elegau, notre collè 17 uc, par1i rl1:p11is
lien 1p1e je dé, irai depui · • i longlemp el plu,ieurs jour., nou · aurait inlàillililement
que ~nn di"orc , prononcé d 'puis dix moi" préparé une r lroile momentaoée et de,
moyen d'embarquement. Cette opinion prévalut, el je croi que ce fol lré. heur l1
mcnl pour nou~.
ou prime donc, m·ec le rul bataillon
du Fini tère, le chemin de Fougè're à Dol.
Noo allàmo. coucher à Antrain. je croi : je
di- je croL, parce que ma mt!moil'e 'étnnl
fort altérée, j'ai bien retenu le. fait.. mai.
tantôt les lieUI, tantôl l'époque précu;e de
l'é,fn ment m'échappe; et dans la ca,·emc.
oi1 j'écris. je suis dénué de tout ecours. Je
n"ai pas même une curie de Franre. Au reste,
que le Lourg d' .\.ntraio , oil en deçà ou au
delà de Fou"ère , loujour. est-il certain 11ue
nou y courOme quclq11e p 1riL • Ce lieu
était fort jacohini:!'.~. A peu prè. deux c.enl.
coquin a,11i nt formt: Ir dom: projl'l dr désarmer, pendant 1.a nuit, le bataillon di pcr$é
cb~z les pàrliculier , puis de tomher ur le
dëpulé • pour I covo ·er ~ la Montn~ne.
s'il' e lai •:,airnt prendre, ou l •s ma acrer,
s'il tentaienl quelque résistance. La partie
rut décom-cr!e comme on ache,ait de la lil~r:
pour
ln rompre, now ftme doubler les po les.
LOUVET,
et promener de lionnes palro1ûll ': les :gor/'t)r/ra/1 dt, .sl11e d l(t'J&gt;i par llôNNEVtU. E.
"Cllr s'allère11l coucher.
{C.itinet .k s E,la111fes.J
~[ni un peu a,anl Dol, l'alerle de,·iot plus
chaude; nous reçûmc la nouvelle certaine
eulcment, ne m'avail pa. permi d'obtenir que la municipalité de celte ,•ille ,en.ail de
,·olontaire sou le arm , de
encore. Ilélas. ou quelle· au ·pice ce con- metlre
l1raquer
se
canons
à la ronnicipnlité, el d" ntrat rut juré! P lion, Buzot, 'alles et Guadet
voyer à Saint-~lalo demander les ecour de
furent nos témoin .
fo [emme me ptcs. nil de c-0urir au port la sarde nationale el de la "arnison de cette
le plu. "oi in. et de nou~ 1 jeter dans le pre- place, qui pouvaient, .elon ml¾ -ieurs de Ool.
mi&lt;'r bt11iment qui \'OUlùt non' porter en arrh·n chez eux dan là soirée, c•l par rons ;_

\pri'·~ plu leur, mard1r, 11011-. étiou- llrri,·és à \ïrc. J'y a,ais appris 11nc la \lontagnl'.
enl1ardic par nos rc,·cr . foi . lit dan Paris
des arr talions mullipliél' ; je lrcmhla"
pour ma femme. Un peu fatigué, je m'étai ·
couch1: à ix heure : il tait minuit, je n·avai:
pu f•rmcr l'rcil; on ,·icnt me tlire qu'une
Jam• me ùcni:t11de: c\Hoil clic! Qu'on juµc
ùcs lr,in pnrL de ma joie!
Di~nc ami•! Ù p ,jne le ahO)('Ur. des jo11r11au ,le Pari:. ai-:iie.nt-il lieu.,lé ln 9ra11tle

w···,

r1ucol a ·sez ttil, puisque non~ comptions y
èlre avant midi, mais ijéjouroer ju qu'au ltmdemain. or cet avi , nos braves Fini lllrien.
. e prépatèrcnl; les arille et lei. non furc:nl
cho.rgé·; nou. doublâmes l pa ; nou arri,àmes à Dol deu:t heureQ plu~ tôt; nous y ent rnme a.11 pas de char,..e, la bafonn, ttc au
l,ouL du fus_il: nous allàme nou · mettre en
hnluille tle1·ant l'hôtel de \i118 : les canon
r'-laicnl cllectivement braqués, mais il se turent: Je:; volontaire allèrent en députation
~ommcr le rnairc de 'e pllquer ur les mnu"ais bruüs 11ui courai1ml. li avoua ses démarche , prot&amp;.lnnt qu'elle: n'avoienl point pour
Lut d'arrêl.er le retour du bataillon. mai de
:;ai. ir le 1lépulés ll'ail,·es à la 1mtri1•, qu'il
rcrélnil dans e rail",. Celle répon e rapportée auï Breton , 1 · indigna. i le comrna11danl cl 11ou!I ne nou é1ions réunis ponr
les calmer, la guerre chile r.ommençail dans
Dol. Enfin, il con nlireol à Il pa coucher
Jan: celte ville; mai il y fallait diner du
moin .. 11s ne voulurent point nous r111ilter;
nou man°eàmes prc que Lou ensemble ur
lu place.
- i vous avez tnnt emic de le prendre,
triaient-il nux pa sanr , ballez donc ln crémirale, et 1·ene..:.
Tout ceci ne nou • préparait guère il. ce
qui devait arri,·e.r le lendemain.
A lroi lieues au-de us de llol, ur la
nrande roule de Dinan, où nous devion 1:oucl1C1•, e trouvait un pa sage dangereux;
c'était un défilé sur une bauleur, à l'entnle
d'un boî . Les troi ' mille hommes de 3intfalo. qu'on disait en marche, pouvaient se
porlcr là, el allendre a'i'cc un immense avantage oo - hujt cent llrestoi ·: il le avaient,
n'en fai aient pa moitr bonne contemmcc:
pres1ue lou juraient de périr, plutôt que de
nou abandonner. . oœ éLion:.. nou , dan
lt'ur rang~. hien deddé de oc pas tomber
,ivanl dans les mains des atellite de la
~lootagne. lo. Lodo1ska et quelques femmes
uivaienl dans une voiture. On peul ~e reprécnler leurs alarme . Enfio, parvenu au lieu
redouté, nou n'y rcncontrlmc personne'. A
JJinan, nou. fùmes parfaitement reço i c"était
à 11ui nou olTrirail des lits.
A la poiule du jour un grnnd bruit nou
rérnilla; c'étaient no Fini têriens qui .l' Ji putaienl ur la place ; le molionneur Je Lisieux a, aient pas é la nui l 1t travailler Je
faihl : les faible ' étaient cnlraînés; encmlile, il- aYaient pro"oqué celle assemhlée
•rnéralo; en cmblc ils criaient que la Convention él.anl rccounue, pui ·qu'on venait ù'acceplcr la con Lilotioo, protéger encore le~ dépuhl· qu'elle ,wail de mettre ltor· de la loi,
c'était se con tituer faction. Les honnête
cns, pénélr de douleur, répondaien I que
la majorilt! des département ne reconnaissait
pa. encore les dominateurs de la Comenlion ·
que d'ailleurs liner ou seulement abandonner de ,ertueux repré eolants qui prenanl
eonfiance enliè.re aux prome;;ses du bataillon

~un~

1. On tlOU a -~urJ' depuii, que le . lroÎs
houn'DOS du ainl-llalo nu1ent au contrme. dêlibèru
JI! 11e (IQÎnt 111archer contre leur frère! ilu rini l~re.

l'a\'ai nl préféré aux autre- [1•d..!r · bretons,
c'était Jé honorer le Fini. \ère. Cl'llr pen ·é&lt;:.
urloul, donnait à uos amis, encore les plu '
nomLreu , une vigueur 11oi ne leur ~lait pn,
ordinaire. \'ninement un courrier ,enail d'arri,·er, apportant l'élrongc nomelle que le
troi mille homme de :tint- Ialo venaient
·ur llinan, et que de l'autre etM aint-Brieuc
fai ait marcher de troupes; de orl.e 11ue 10
bataillon allait 'e lrou\'er entre deux feu :
les nôlre di·ait!nt que rien de tmu cela u'élait
vrai emblablc; mai que. toul cela fùt-il ùr,
011 ne de,oit pa, compo er a.rcc f'~ Jcvoirs,
et que la rnorl était prtHérable à la honte. Eullu, le parti 'échauffaient; il ;tait podhle
qu'on en 1•inl aux main ; noui- r; olùme de
prévenir ce malheur, cl de n·e pérer M·ormai · notre alul que de oou •mèm . Quand
le hTaves gens apprirent notre résolution de
quiller le iJatamon, el de nou aventurer ,•er"
(luimper, par Je.~ chemin de lra,·erse, il n'y
a orte d'effort qtùl n'es aya. enl pour nou
retenir. Le parti étnit pri , ils le virent bientôt; et 3.lor. , dn moins, ils nou. prodiguèrenl
les moyens qui no11 - manquaient; nou · ne
Youlûmes rien accepter de louL l'ar enl qui
nous fut oil' ri, mais nous oull'rimes 4u'on
nous complét..il notre ajui,tcmcnL d "olontaîr ~i c'etaiL en celle qunlité tJUC nou alUon~
nou· mellM co roule: il fallait, pour notre
sùrcté, que rien na nou manqu1it. tin alla
nou cboi ir les meilleurs fu il , de lions
sabre , une giherne bien aarnie de cartouche ,
el nous cou,rime encore nos uniforme d'un
de ce sarraux blnnc , bordé· de rouge, 11ue
les soldats en route onl coutume d'a,oir · oo
nous donna pour escorte hl hommes éprouvé~, arm; comme nou ; enfin, un officier
que je ne nommerai pn , nou igna de con,..é qui portaient que oou étion · des volontaires du Fini 1ère, qui retournaient, par le
chemin le plu. cou.ri, à Quimper,lieu de leur
domicile. Nous aYions t1uarante grandes_ lieue
i1 f.,ire à pied par des chemin difficiles; el
la prudence ordonoait que nous ~· mi ion
tout au plu trois jours; il n'y avail donc pa
m01en d'emmener m:i Loùoï k:\ : au moin~
l'alrencc ·erait courte; ell allail, m·ec un
passeporl bien en règle, suivre la grande
roule, el m'atlendrait nQuimper. t\ot.rc • éparati.on nou co1îla pourtant bien de. larme .
\ous parlion c pendaol, el Yoici le moll ll'UL de savoir 'I uel~ l.'L combien nou étions ;
Pélion. llarliaroux, · lie·, Buzot, Cu. y, Le~l"C (d'Eure-et-Loir), llergom" de la Gironde) ,iro1u, Meillant el moi; pni GireyDuprey, el un digne j~une homme, nommé
füouffe, qui était ,eau ooo · trouver à Caen;
entîo, nos -ix guides : Buzot a-vait eneorc on
domestiq1Le, tou au i bien armés que nous;
en loul dix-neuf.
:'\ous suivimes encore. la grande route jusqu 'll Jugon. L1l nous prime la tra1·er e, où
oou füne quelques lieu~, et ,Ùlme à l'entrée de la nu.il frapper ail.X porte d"une
ferme, donL on ne nous ouvrit que la cui ·ne
cl la grange. Dan la prcrniL·re des d ux
pièces nous ne trouvO.mes paur ouper qu'un
seul petit li/J\'re, du pain noir cl du mamais

l'ExoD"E

DES Gr7f.OJVDJJVS - -...

dair..:; el dan ln SPconde. pour couchtir. 11ue
cle la paille ; pourlnnl nou:. mangeàmes forl
\Jien, el nou • dormi me - mîeux. l,e lendemain
à la pointe du jour. il fallut .e. melll'e en
route.
Nou avion déjà évité Lamholle: nou: n~
tl lion trouver dan la Lrarnrse que quelques. mi éraLle~ ,·illages, où dix-neuf :-olda1
n'avaient rien à craindre et drux ou Lrois
bourg· un peu fort , que, par précaution, il
fundrait tourner. lluc erreur de no· "uides
nou · fil lomlier à l'enlréo d'une \Ïlle, c'{,(aÎL
)lonconlour; wm en 6tioo ~i pr··~, 11u'il
lilail 1mpo.-ililc de 'rn écarter nns c rendre ,·u.specls et san - ri. quer d'culendre so1111er le tocsin. J 'ou } entrâmes donc: •'ê1ai L
ju.slcment un jour de marché; plus de ,1uini1·
cents paJ an. étnienl, arccforc-.e gendarmerie,
sur la place, que nous lravcrs:)mr~ avec une
confiance r1ui n"éLait qu'apparente; fliouffe,
mauvais marcheur, était l'e'lé en o.rrièrc, uu
ge11d:1rme l'arrêta, lut on congé, et pal'Lll
tenté de le conduire à la municipnlil~: il
montra de loin ses camarades.
- Et 011 les ratlra perai-je, di L-i l ·l
!Jn le lai a aller.
Ma~ comme nous sortions de celle ,·itle
dannereu e, nou · nme ttne rencontre importante; B'·· vint uou' joindre avec des
démonstration d'amitié, peut-èlre déplacées
dans le lieu où il nnu les prodi •uait. l~ton.oJ
dû ne non pas 1oir arrirer à llennes, il on
était orù à noll'e rencontre: il arai t trou\"é à
Lamhalle ma srear (cëlllit soa ce nom que
Je produi ais ma femme en public; on _aura
pourquoi), Elle lui avait appris quo nous
étions ur celle roule, nous 3\Îons tort de
nous y ha order : Henne:· valait beaucoup
mieux . Il nvail au reste mille chose à
oou dire; il non' priait d'aller l'nllendre
dan de cbanmière qu'il nou montrait
dans l'éJoigneme.nL; il allait nous y appor ter
quelques provision , dont nous avions en effet
grnnd besoin : nou marchions depuis cinq
heures, il en était dix, et nou n'ayions rien
pri . B·.. iwait élé de l'a semblée cons1ituan1e, où. il 'étnit bien comluil; il était, en
décembre ·17 1 2, prt! iùeol de ce club des
~farseillais, qui eùt samé les Pnrisien , iles
Parisiens usent voulu l'entendre; enfin, il
~tait Yenu à Caen. off1cier dan un dt" battùJlon de b Force dépa.rlemeotale : tnut
emhlait ùooc se réunir pour lui r,oncilier
noire conûance. Malheureu~cment il nou fil
perdre une heure d.ms ces ehmmièrc : il
,ioL enlin : le peu de denrée ttu'il nous
apportait «füparut aussitôt. Il ,ommença par
nou prérnoir que qoclque -uns de nous
a ·aient été reconnu à loncontour; lui-même
.ivait entendu dire : - Voili1 Buzot voilà
Pélion. 11 Ensuite il revint I1 son pi-ojct de
Henne • qui fut repous é; alors H nou dit
que nous de,ions être fatigués; c'était l'instant de lach:ùeur du jour; nou· avions déj(1
fait quatre 011 cinq lieues; que n us en fissions encore autant le soir, ce serait assez; il
allait nous conduire à une demi-lieue de li,,
dao un ~pai lailli où nous rc lerioos jusqu'à quatre heures, qu'un de t-es neveux

�111S T0"/{1.lf.

---------------'-..:.---------------- ---------.#

nous apporte1·ail des rafr:ùchisscments; ce ,'~ou déjeunion-; il rc,·i11t encore sur te projet de Rennes. IIllli toujours inutilement.
~eune homm~ nous conduirait ens~te à Lroi
heue plus lolo, chez un parent, ou nous le Alors il nou pre sa de rester dans le paJ où
tro11verions, el rp1i nou aurait préparé quel- nous étions. L'esprit en était e:&lt;Céllent,
ques res1.aurants et de bons lits; nous au- di :ut-il. Lui e charoeait de nous trou"er
rions l'avantage de pas er la nuit dan une plus d'asiles que nou n'étions de monde.
maison s,)rc : celle con idéralion, en efîet l.luzot, quoique dan Ja force de l'à 11e et
[lllissanle, détermina la presque unanimité; vigoureux, élail peu foil à la marche. Celle
e dis 11rei;quc, car moi, j'aurais mieux aimé pligue de la roule J'élonnait. Il appu a.il le
propositions de B.. '; quelLfOe aulres étaient
continuer tout bonnement notre route, avec
aus·i de on avis, mai· Pétion me re ardail
nos guides.
Le voilà parti. Noru; voil11 ton , ventre à en ecouant la tête d'un air méeontent. Je
terre, ilan ce taillis, antollr duqnel de comballi les oll're· awic beaucoup de chamalheureux enfants nou inquiétèrent long- leur. Dl'ux de no amis re· tèrent, quoique
temp de leurs jeux. Ils lirenl retraite ~nfin, j' eu e pu leu1· dire .•.. Je ne soi cc qu'est
mai c'étaiL la ploie &lt;JUi le ' îorçint. Le devenu l'un d'eux : Lesage (d'Eure-et-Loir 1).
mince feuillage de ces pclits arbres plia hien- Quant à Gironst, il a été pris queh1uc moi
lôt ous le faix, dont il e décbargeaiL sur aprè, et il n'e·t plus. Quand 8""" 1·it toute·
nous. Le malaise que nou · éprouvion esl ses oll're rejelée , il nous donna un dernier
difficile à décrire. Le neveu ne donna le signal con il.
- Vous allez, non dit-il lra\'erser un
comenu r1u'à cinq heures. Encore a1•a.il-H
affaire pour un quart d'heure dan le Yill~ge pays où tout rassemblement excite les soupvoi in; il 1' rcsla prè d'une heure el der:ru.e. çons. Une vingtaine de soldats, marchant enemb1e, set•nfont partout u pect ; divisezLa nuit s'approchait quand nous nous revous par trois ou qualr , el rendez-vou , par
mime en route.
Di,mtôl elle tut noire; nous marchions des chemins divor , à. un lieu convenu.
. ·ou ne crûmes pa i[UÏI eùt raison. otre
depui longtemps, el nou o'arrivion pa . li
étail dix heures. Nos guide , e fianl sur le llilÎon faisait alors notre sùreté. 'fou ensemble
"Uide nouvean, n'avaient pas examiné quelle uous parlime·, et l'on verra que nous fitnes
~oule on nous avait fait prendre. Enfin ils bien.
Dans toul le cour· de la journée, rien de
reconnurent qu'on allait nous Iaire lra,erser
un bour" a ez fort, dont je suis bien filché remarquable, si ce n'est qu'à l'entrée de la
de ne p~ me rappeler le nom. Nou décla- uuil nou nou trou1•àme dans un mi érable
ràme que nous n'y pas crions pa • i'os yillage, a une Jieue au-dessus de Roternheim,
"aide avertirent qu'il y avait un autre chc- petite ,ille chef-lieu de district qui se trou~
.
l
min, nous le prîmes : nous tourmons e vait sur notre roule, t qu'il fallait tourner.
bourg. à quelque rustance, lor que nou ~- On conçoit que nous n'étion pa plu L·nté·
d"aller cou ber il Rolernheim que de le traenLcndimes le bruit. de tambours.
ver cr. foule la question était de sa\'oir i
- C'esl la r •MtiLe, dit le neYeu.
- On n'a jamais batlu la retraite à celle nous proCitcriou de la nuil pour dépa e1· Ir
poinlda11gereux; ce qui avait le grand inconhenre dan cette saison, répliquai-je.
j'écoutai, je fu écouter : c étail fa géné- vénient de notlS obli&lt;rer i, coucher dans CJUC'l1 ale.
'ous la reconnûmes tous, excepté le qaes chaumières à une lieue a11 delà, et par
jeune homme, qui prétendit que c'était la con équent d~ nous rendre suspect'; car le
manière de battre la retraite dans on pays. moyen d'imaciner &lt;rue des voyageur , lorsComme nou avions tourné le bourg, dont qu'il e I déjà Lard, prennent la peine de
nous étions déjà a sei éloignés nous vîmes dépasser unn ville où ils auraient trouve de
bons logcmeo L , pour aller chercher de mauarriver B'".
Il nous conduisit chez le parent qui devait ,,ai gites dans quelques bouchon . 'arrêter
en drçà de la ,,ille, éLait plus naturel; la fatinous attendre. U fut ch:ll'mé mai urpri
de nou voir. B'.. avait oublié de lui dire gue de quelques-uns d'enlre nous offrait un
que nous du sions venir; el ce n'était po~ni prétexte a ei pJau ible. ,ou · nou arrêune défaite qu'il eût imaginée pour se dis- tâm donc une lieac en deçà: au reste, deux
penser de quelque dépeo e, car il nous lieues plus loin, ç' eùt élé t-0ut de m~me. L~
donna le lendemain un déjeuner splendide. péril que nous icrnorions n'en devenait que
Pour le soir nous eüme l'omelette et le mor- plus inévitable: où que nou fnssion endorceau de pàlé. Quanl atu bons lils annoncé. mis, il nous vi ndraiL réveiller.
A une heure du malin il arriva.
pour tous, ils n'étaient que deux. ll fallut
- Au. nom de la loi, criait-on, oules défoire, el jeter dans une e~pèce de salon
cinq matelas, sur lesquels nou dùme nous vrez!
'ous élion , Dieu merci, tous dix-sept dans
arranger le moins mal po sible,
qui nou avait enfermés dans sa une nsle grange, où la paille ne nous manchambre, ne vint nous dé empri onner qu'à. '{Uait pas. olre unique chandelle é1ai1
huit heures du matin. ll nou reprocha d'a- éteinte. L'un de nou entr'ouvrit doucement
l'Oir Lrop fait de bruit. " Dn administrateur la porte et la referma sur-le-champ.
- La mai on est entourée, nous dit-il.
d'un district Yoisin » avait couché dans la
chambre au-de us de la nôtre. C'était no
1. J'apprends qu'il csl ~innl, 1 l'on ,n' as,ure
m:mv,JÏs sujet, et s'il nous avait entendus, même
que Gil'oust, doul 011 ;\lontagn~nl avniluaooncé.
nous devions craindre d'èlre pour uMs. la mort li 111. Couvcnli"n csl $au1·é .

B·•-,

.., 35o

w,

n voix menaçante et plu forte répéta
du dehors :
- 1u nom de )a loi, ourrez !
Au itdt, au profond ilence qu'un premier mourement de surprise a,·ait causé
parm1 nou , succéda un eul cri, un cri nnanirnc et vra.imenl terrible :
- Aux arme t
Chacun le cherchait, chacun 'habillait à
tâtons. Cela ne pouyait être fort prompt. Le
« nom de la loi » e faisait de t mp en
emps entendre; mais d'un ton moiu a ur&lt;:.
- ~ous ne orlirons que qnand nou
terons prêts, lui répondait-on.
Je Ill' ·ou,iens tiue mon Cu il e fit IonsLemps chercher; je l'appelai· à "rand cri~,
et j'arone que, rn·accommodant, comme Lou.
les autre d'ailleurs, au role que la situation
commandait, je ne criais ni plus ni moin,
qu'un cordelier. Enfin nous ouvrîmes. l'n
pcr onnage à ruban tricolore barrait la porte.
Un peu derrière lui était un. groupe a, ·e-i
fort de garde nationales. De UamLcaux
éclairaient la scène.
- Qae raisiez-vou là, demanda brmquement l'administrateur de dislrict1
Barbaroux répondit :
- Nous dormions.
- Pourquoi dans une grange'! pour uivit
l'auLre.
ou aurions préféré votre lit, réplicluai-je.
- Qui êles-von , mon ieur le rieur1
Rioulîe lui dit en rianl :
- Comme tous ses camarades, un volontaire hi n las, qui ne 'attendait pas a èlrc
éveillé si matin; mais, d'ailleurs, pas tan
mon..~ieur que vous le croyez bien.
- Yous ! des soldat ! c'e t ce quo .nou ·
allon voir.
L'un de no guide , crue noa a,ions fait
notre commandant, parce qu'il avait scr1•i el
ùien servi cria d'une voix plus que g:tiUardc:
- Certes, vous le Yerrcz.
- Montrez-moi vo papiers, reprit l'admîni trateur.
Pétion dit:
ur la place, cito)'en, si vous voulez
Lien.
ui, oui, crièrent plusieurs ce n'est
pas dans cette grange qu'il faut s'expliquer.
otre commandant nous comprit.
n peu de place, je vous prie, dit-il
au questiom1eur qu'il lit doucement reculer.
Pui en ortant, il cria :
- A moi, Finistère .
Le Finistère accourut toul entier, se ran"ea ur une ligne, el en un clin d'œil, au
;remier mot du commandall.t 1 chaque _fusil
ùlla coller sur chaque épaule; le magistrat
daraissail t.I· étonné; la uitc nous fit voir
qu'il avait crn trouver dans notre compagnie
dix à douze élégants en petite robe de chambre
et le bâton blanc à la main, et seulement
cinq ou s.ix hommes armés. Dans cette hypothèse il avait bien pris se me ures pour
qu·ed cas de résistao~ l'avantage h1i ~cstâ~.
on content de es cmquante îanta sm~, 1l
amenait de la ca1•aleriè. Une brigade de rreu-

L'EXODE DBS Grn.0ND1NS - - ~

'

darmerie caracolait à quelques pas de nous.
fal1Jré !a grande inlërtorilé de nombre, de
homme qui savaienl bien qu'il' ne pou,·aienl
iichapper à l'échafaud que par la ,ictoirc.
pou1•aienL e flatter d'écraser, si on les y
réduisait, cctl~ bande d'agres eurs; mais il
ne uifisail pa que nous
l'ossion fermement résolus, il était bon awsi que le~ assaillauts le u ent : ans i n'épargnions-nous
aucun propos pour le leur apprendre.
- Ils sont armés jusqu'aux dent , rourmuraienl quelques-un de la garde.
En cfftlt, nous arions tous, outre no fusils,
&lt;le fort pistolets. J'arni , pour ma part, un
don que Lodoïsl.a m'avait fait contre le
groupes da duc rl'Orléa.ns, el dont la monh·e
au moins m·a,·ait été pllls d'une fois utile :
c'éla.it une e pingole qui pouvait vomir "ingt
balle· à la fois.
- Pourquoi donc avez-vous lanl d'armes?
demanda enfin l'un des plu hardi .
Je crois 4ue ce rut Buzot qui répondit :
- C'esl que nous n'ignoron pas qu'il y
a dans ce di lrict qur,lques brigands qui se
plaisent à vexer la force départementale; et
nous \'oulons que quiconque ne l'aim pas,
apprenne du_ moin à la re pecter.
- C gens-lb. ne dorment pas apparemme.nl! disais-je, en les toi ant avec in olencc.
- ,\h ! mais ou les cm•erru bien coucher,
111c répondait Barbaroux, à qui sa taille haute
et a. forte corpulence donnaient un ail' plus
impo aaL.
Il y avait dan notre petite i.roupe sept
ueaux grenadiers comme lui; et, parmi le
ix autre , le plu petit portait, comme moi,
cinq pieds quatre pouces.
Oh er,·ez que tout le colloque, &lt;loul je n'ai
rapporté q_ue 1a moindre partie, ai·ait lieu
pend:int C[UC l'admini tralcur , lougeanL te
front de nolre lirrne, enminail nos congés que
nou, produisions successirc.ment. Il Ji nit par
faire arec bumeu r cette remarque qu'ils éla ient
tous d'une même écriture; lt quoi il lui rut
répondu que cela "enait de ce que notre officier se servait toujour de la mème main
pour les signer; et que si chacun de nous eù.L
fabriqué le ·ien, ils seraient lou d'une écriture différente.
- Jlé bien, me sieurs, qu'allez-i-ous faire
~ctuellement? nous demand:H-il d'un air
conlraiot; moi je ,·ou ronscille do rnns recoucher.
Le piège était grossier. Nous répondîmes
que, puisque nou asion été réveillés .i tôt,
nou profiterions de la mésm·enture pour
a,•ancer noire ronte.
11 tira à récart quelques officier , avec lesquels il délibéra un moment, puis rcvenanL à
nous:
- A la bonne heure, dit-il; aussi bien
faudrail-il loujoms quo \'OU.s alla iez au dis•
u·ict où l'on vous attend.
A l'in tant nous l'entendim
ordoimer
ainsi la marche : deux gendarmes ell tête
dix fusilier pour l'avant-garde; me sieurs da
Finistère ensuite, puis quarante tu Hiers et
&lt;leu:x gcudarmes à la queue.
0

An bruit lie ces disposition menaç.1nte ,
notre commandanl cria. :
- Finistère, chargez YO armes.
- Elle · le ·ont.
- La baionnetle au bout!
.\ l'io tant les baïonnettes furenl mi es.

BARBAROUX.

D'après tt,r p,mrail ltll Cabinet des .b'stamteS.

11 se fit parmi no adversaires une rumeur
fa,·orablc : ce n'était pa celle d'un couriirrc
enllammé. L'administrateur accourut tout
effrayé, et d'une voix lremhlante nous demanda si nous voudrions opposer quelque résistance.

- A l"oppre sion ! dit Cuss' (du Cahiados).
n'en doutez pas! omme -nous ùe hommes
libres, oui ou non?
- i nous voulion vou traiter en pri 011niers nous vous ôterion vo armes.
- li raudrait aupara\'ant Tiou ôter la vie.
dit Pélion.

Et no . ix brares de l'escorte, qui tou
avaient fait la guerre dans la Vendée, criaient :
- Yuu ! nous désarmer! ah I vous êtes
beaucoup, mais vous n'êtes pas encore assez!
- liais, citoyens refu ez-vous de venir
avec nou ju qu'à I\oteroheim.
- Nous ne le refu ons pas, car c'est noire
chemin. Seulement nous nou mettrons sur
nos gardes.
- ·ous prenez-\'OUS pour des 01:ùniillanl ·?
- Yous faites des dispositions hostiles! Eh!
que avons-nous qui vous ètcs? après tout,
pouron -nous ,•ou connaître?
- Vou, nous connaîtrez à Roternheim.
- Eh bien, oit; marchon .
En marchant nous chantions à plein gosier
le bel hymne des Mar eillais, très applicable
à la circonstance. !fois si nos langues se démenaient en roule, notre imagination nous
portait ailleurs. Elle nous demandait ce qu"on
nou gardai! el quelle conduile nous allion
tenir à Rolernbeim. La même idée nous
1omba dans la Lête ù presque Lous en même
temps. Si l'on voulait nous arrêter, nou de....., 351 ....

manderions à parler au peuple a semLlé.
L'accordail-oo, notre tr:omphe était Hai ·emblable. tlions-nous refusé , nou en appellions à nos armes, et non combattioa~ ju qu'au dernier soupir.
Cependant, quelque curieu , aulori é
ans donle à quitter leurs rangs, venaient interrompre no chant et no · réllexion • poar
nous faire des qucslion souvent captieuse ..
- Avez-vous vu Cbarlolle Corday . ù Caua?
me demanda l'un d'eux.
- 'otre·batailloo n'y était pas encore, lui
répondis-je, lorsque le meurtre se fit.
- C"était bien un assassinat, répliquà-t-il.
- Oui, au comparai on de Marat à Cé.ar,
comme celui que commit Brutu .
Le questionneur méconlenL continuait néanmoins, el comme je craignai que quelque
collèrme, interrogé de on côté, ne fil quelque répon e contradictoire, je repou sai mon
homme par un : Dansons la c&lt;1rma9nole, si
fort el j con tamment crié, qu'il ne me Fut
plus possible d'entendre qui que ce fl)t.
Dans le nombre, néanmoins, il -y avait
au i des bienveillant ; el quelques-uns nou
avaient reconnus. Un vint me frapper ur
l'épaul · :
- Br:iro ! bravo! oou orome· Irères : on
nou avait dit que vous étiez des prètres réfractaire .
- Il esl vrai emblable que ceux qui l'ont
dit n'en croient rien.
- Je le parierai , me répondit-il.
n autre vint prendre la main de Pélion,
et en la lui errant lu:i dit :
- Tenez lion, mus trou.ercz des amis t
Enfin nous entrâmes dan la ville redontée;
cl quoique plusieurs maisons y fu sent éclairée..:;, tout y dormait dan une pai profonde.
. 'ul renfort pour nos ennemis; il parait que
lout ce que la ville avai L de garde nationales
avait été détaché contre nous ; elI · furent
rangées en demi-cercle, sur la place, la brigade de gendarmerie un peu sur la droite:
on nous dit de monter au premier éLaae d'une
mai on qu'on nou montra : non' non y
rendimes en bon ordre ; ton les admini trateur étaient ra sembléii; ils revirent no
congés, mais d'un air beaucoup moins malhonnête; en uit.e il se relirèren t dans un
coin : le président revint et oou dit :
- 'ous allon vou donner séjour.
Nous répétâmes notre intention formelle
de presser notre lllarche, el d'arriver chez
nous le jour même; il nou objecta qu'il y
a\'ai t treize grandes lieues; nou rêpliquàmc.
qu'il n'était pas troi heures du matin; nou
per istàmcs : nouvelle délibération ; clic fut
plu longue· un officier fut appelé; il a.lia
viul et revint plusieurs îoi ; enfin on nous
dit :
- Citoyen , YOU aceeplerez du moins un
verre de cidre.
Nous craignîmes qu'il I eûl trop d' aJI'ectalion à refuser. Ou nous fit descendre au rezde-chaussée dans une grande aile. Un quart
d'héure s'était écoulé., point de cidre.
- Que faisons-nous là1 di.ais-je, parton .
El puis de obanter à tue-tête, toujours no.

�--

H1STO'J(1A

fil.il· en main. De~ curieux étaient là: je
m'interronipi pour dire à l'un d'eu:x, d'un
air di trait :
- Quoi, vraiment, on vous avait dit que
nous élions de&amp; prêtres?
- Ob bien! oui, s'écria-1-il, pis &lt;1ue ça.
JI ajouta tout ha , d'un air my térieux :
- D . fameu.i: traître à la patrie, mon
camarade.
Je partis d'un éclat de rire, et puis je ret-ommençai mon Dcmsan. la carmagnole!
- Quoi ! non· perdron une heure pour
1111 verre de cidre? criai-je enfin ; partons!
•~ou a,•ion fait un mouvement, le cidre
arriva. Pendant que nou l.iuvion , un admiui lratcur (je lais e à plia 'trer on motil'
1•'était de non ob cr\·er pcut-èlre), vint nous
dire:
- Citoyens, ,·ou allei voir que non étion
fondé à 1·ou uspecter; voici Ja dénonciation
que nou avion reçue : il plia le haut et le
bas de la lettre, n doute afin que nous ne
,·is ion ni la date, ni Ja signalure; il lut le
milieu : ~ Pélion, BarharoUI, Buzot, Louvet ,
&lt;&lt; alles, teillant et plusîeur
de leurs col11 lègues, doh·eut pa. er,
t probablement
&lt;&lt; ·'arrêter dan
les environs de votre vilJe;
n ils ant cinq hommes d'e_corte. » Le magi Irat ce sa de lire; et nou , pour la plupart, nous ne œ âmes de chanter ou de
crier, n'ayant pa mème l'air de prêter l'oreille, quoique pa un de nou n'en et'lt perdu
le moindre mot . Pour le moment. nou conclùmes de cette lecture que 1ordre de oou
arrêter était donné · et, comme après que
nous eùme vidé nos wrres et pri co11gé
l'on ne non signifiait pa qu'il fallait re ler,
nou~ nous avançâme en ma se et les baïonnelles ha e , ver la porte, où. nou pension
qu'on allait nou attaquer; quand nous \lOUdrion déboucher. Quelle fut notre surprise
de ne plus apercevoir une Il.me sur la place!
·ou, al'on su depuis que, dè .notre entrée
dans la mai on 1 lou les bien intentionnés
ou le indifférents s'étaient retiré ; les maratistes, réduit à la trentaine, calculant qu e
non étions du-sept bien déterminés, que par
con équent ils ne devaient pa e pérer de
nous a a iner, mai qu'ilfandrait combaltre,
el tlgoureu ement, les maralistes avaient à
leur tour quitté la partie : de là le longues
dêlibératioo de me sieurs du di tricL, les
allées el venue de l'officier, l'insidieuse propo ilion da séjour, par lequel on nons eût,
après aYoir ras emblé des forces, divi é el
dé armés, enfin, l'offre du cidre pour gagner
du lemp . Quoi qu'il en oit, nou l'a,rion
échappé belle; nous parlimes le cœur plein
de joie, et remerciant un Dieu p1·ot . Leur;
mai.s nous n'en élions pa quille .
La matinée füt bien pénible. Dès buit
heures il fil chaud; la bonne moitié de nolre
troupe ~tait bara sée ; il nous fallait, à cause
de ces traineurs, alter ton! doucement, et
cependant nous nous trouvions dans un paJ
de landes où, dans l'espace de hui( à neuf
grandes lieues, nous ne LrouYion que des
rui seaux pour nous désaltérer. Cu y, Lourmentéd'un accès de goutte, gémis ait à chaque

pas qu'il fallait faire; DuzoL, débarra ' .; de
toutes ses arme , était encore lrop pe ant;
non moins lourd, mais toujour plus courageux, Barllarou , à vingt•huit ans, gros el
gras comme un homme de quarante, et, pour
comble de mal, ayant attrapé une entor e, e
trainait avec effort, appuyé tantôt sur mon
bra , tantôt sur celui de Pétion ou de alles,
é0 a1em nt infotigable.s: enfin, Bionne, npnt
été forcé de quiller de houes trop étroites
qni l'avaient Lie é, e voyait obligé de autiller ur ln pointe de ~c · pied nu , dont Jcs
talon étaient écorch 1• • Ain i toujou en
mouvem ent depui une heure du matin, non
avion pourtant fait cinq Jieue, toul au plu ,
quand noire bonne fortune oou fit lrOU\'Cr
avant midi, dans un hameau, une e pèce
d'auberge, une e pèce de diner et une heure
de repo . En vain le, bics é avaient déjà
motionné de 'arrêter là jusqu·au oir : sur
l'a"is que nous donna l'hote, force fut de e
retrainer. Cet homme nou e runinait c11rieucmcn1, et CQmmc, tout on dé,·oranl on
omelette au lard, nous chantions , tue-tète
nos chansons patriotic1ue. , il parai sait étonné:
on air me frappa· je l'invitai à accepter un
verre de notre cidre· il e .fil pre er, pui
un coup ay3nt déterminê l'autre, il finit par
nou dire :
- Parbleu, citoyens, je sui enchanté,
,•ous me parai sez Lous de bons patriotes.
- As u rément.
- Comme on a des ennemis cependant ! Je
crois bien, d'après ]a peinture qu'on m·a
faite, que c'est apr\ rou que l'on courl ·

:laient en ang, el (JUi était, de dix pa en dix
pa , forcé au repos. C'est ain i que nous
mimes près de dix heures d'horloge pour
faire cinq lieues. J1 était nuit, quand nou
now trouvâmes à quelque distance de Carhaix .
Aprè quelques ten~ti,·e. , nos guides dédarèrent qu'il l!!ur était irnpossible d'avancer
actuellement, parce qu'il faisait lrop sombre.
ponr quïl pussent reconnaître le eu! petit
entier par lequel il fût po ihle de toumer
le bourg; et que, pour peu qu'ils s"égara sent,
il · nous jetteraient infailliblement dans de
maI'ai , où nous re terion embourbis jusqu'au jour; il ajoutaient quelque cbo e de
lrè Câchenx-1 c'est qn&lt;i même pendant le jour,
11ou ne tournerions Carhaix qu'à une distance
a sez petite pour qu'il fut très facile Je nons
découvrir : ils ne oonn:iissaient pa d'autre
chemin. Au reste, en uivant tout implement
la grande route, nous n'avion qu'une ruelle
du bourg à traverser.
- Eh bien! me ami , leur di3-je, vous
entendez sonner dix heures· tout dor! dans le
bourg, et peut-être la gendarmerie m~mc,
qui ail trè hien qu'un hon sommeil vaut
mien que des coup de fn il . erron -nou ,
bandons nos arme , marchons pre é , marchons .ans bruit , enfilons doucement la
ruelle, et pa son .
Cette opinion fit jeter de cris à quelque uns: plu ieur des malades, étendu par
terre, ajmaient mieux dormir que de prendre
part à la discu sion.
- Pui qu'il faut mourir, di .ut Cussy,
j'aime mieux mourir là que quatre ]ieucs
plus loin.
Mais B.1rbaroux 1 toujours plus fort que l
mal qm le fat4,"1.lait, appuya,it mon opinion.
- En suppo an t crue les gendarme eu
entineUe nou atteodenl encore, disait-il,
nou aurons passé la rue1Je arant qu'ils
·oient à. cheval : o eront-ils nous pour uivrc
an milieu de la nuil? Il n'y a pas de huis on
dcrri~re lequ I, retraticbés, nous ne pui sion
les cribler de halle , avant qu'il- aient reconnu d'où les coup parlent. Ce soir ils ne
ont que dix; à la pointe du_ jour il peuvent
être vingt; s'ils font ouner, à l'heure qu'il
est, le locsin sur nou , ils n'auront presque
per onne, et oou aurons fait du chemin
avant que la troupe soit ra semblée i dan le
jour au contraire, le nombre est contre nou. .
En tout cas, nous sommes forcé au bivouac
pour cette nuit; emploi·on -la mieux i faison -la tourner à nol-re salut; allons, mes
amis! dit-il aux malades, je vous plains, je
doi êlre sen ible à vos maux, car je le
éprouve ; mais du courage! encore que1qucs
B t:ZOT.
efforts; marchons celle nuit ur no genoux,
'il le faut; à la poinLe du jour nous pourCrnl'ure ie L.-ll. MARIA&amp;&amp;, J'ap,•;s B OMŒ,'ILLE,
rons être à Quimper; que si ce gendarme
(Ol~i ,rel des F:sta,nptS.)
courent sur nous maintenant, ils ne nous
Ycrront pa , nous les entendrons, el leurs
chevaux nou
erviront pour fmir notre
vou devez passer pa.r Carhaix· deux brigade
route.
de gendarmerie vous y aLtendent.
Ceci forlina toul le monde. Personne ne
ous reparlime ; il com-enait de faire dilient plus ses hies ures; on se relève, on
fTe ncc, mai les traineurs trainaient plu que s'emliras e, on rit, on avance.
jamais, et surtout Rioulfe, dont les pied
ous avion à petit bruit, et dan un pro-

""" 35l.,..

HISTORIA

MARJE-ANTOINETTE, DAUPHINE DE FRANCE , E
Tableau de DROU IS. (.\îusée Condê Chanti ll y.)

HÉBÉ.

�'-,---------------------------------fond sileni.:c, pa~sé le. Lroi · quarts d la
ruelle, charmés du calme qui parai ait régner autour de nou , !or qu'une petite lille,
cachée dans un enîoncemenL ombre en ortil
loul à coup, pon,sa la porle d'une mai on où
nous vimcs de la lumière, et prononça di. •
linctemenl ce mot · :
- Les voilà qui pa, ent.
Ainsi découvert , nous douM:ime l!! pas ;
nou· non , jetâmes sur la gauche, dans un
chemin creux, et i ob cur qu'il était impo sible d'y rien distin!!Ucr. Quelqu'un dit alor :
- J'entends de· chevaux.
li faut le dire : en ce moment le plus déterminé d'entre nous n'étaiL pas fort tranquille. Le mal le plus pre; ant donna de
!"agilité aux plus fatigués. La fin de ce chemin creux fut plu légèrement atteinte· el
nous time en moins d'une heure, une lieue
dans un autre chemin, si uni, si agréable,
11u'il aYail l'air de l'allée d'un parc, plutôt
que d'une grande route. Là, nous vime de.
baies, derrière le quelle. nou pouvion attendre en S1lreté toute la gendarmerie du département. Était-il bien vrai qu'elle Eût à
notre poursuite? ons fimes halte, nou prêtâmes l'oreille, nous n'enlendîme rien; mais,
en nous groupant, nous trouvâmes qu'il nous
manquait deux homme ; c'étaient no deux
principaux guides; nous les a\'Îons vu à l'en•
t.rée du bourg marchant à notre tête; peutêtre s'étaient-il Llcarlé depuis pour quelques besoins. Nous nou jeLâme sur l'herbe,
nous le attendîmes une heure. alles, je
crois, s'avisa de pen er alor , el de nous
dire, que peut-être, étant un peu en avant,
il avaient pris, dans le chemin creux, uuc
routé, ans que l'ob curité nous permit d
les ,•oir, et qu'apparemmenl nous nous étion
égarés. ur cela mille conjectures se rorment;
les guides qui nou restent ne connaissent
pa celle partie de la route· il faut tilcher de
regagner le chemin qu'ont pri les deux autres; pour cela, il ne faut point précisément
revenir ur es pas; il doit utfüe de e porter dans les terre , et de tirer un peu sur la
droite. Le parti en e t pris ; o □ e Lrai'ne dan
un terrain peu commode; puis voilà un fo é
à au ter, nne haie à franchir, plu ieurs prairies à lraver er; on e l engagé dans un marais, il fauL e hâter d'en ortir; on tombe
dan un bourbier plus profond; nous e.u e,·,mes 11ne foi jusqu'au-dessus des genoux; je
vis l'instanl où, ayant fait un faux pa , j'allais y nager. Pour nous dép' Lrcr, nous , oilà
sautant de nouveaux fo és pas anl à travers
de bui on qui nous déchirent. Enlin, ~pr~s
Lieux heures de peine inouîes, épuisés, rompu , meurtri , nous sommes dehor . Jugez
de noire cbanrin : nous avion , "an nous en
:iperrevoir, tourné snr nou -mèmrs; nous

vcnioo préci ément retomber sur la roule
que nous voulions quiller, avec celle différl!nce désespéranlc, que, nous étant beaucoup
rapprochés du hour", il n' · avail plu , enlre
le ÜJ.Lal chemin creu. el nou , que deux porlfo de ru il.
Que faire? Devion$-DOll:; retourner Jans ce
•·bemin creux1 Fallait-il rentrer jusque dans
Carhaix. el le traver,;;er dans un autre en ?
Mai , i par ha ard celle roule que non
nous ob tinion à vouloir c1uitler, était la
bonne.
Avant tout il était prudent de chercher
à vérHier le fait. Ilergoing, et je ne sais
lp1el autre brave, oO'rireut de s'engager à la
découverte. Ils revinrent au bout d'un quart
d'heur . n ne voyail dans le chemin creu
aucune antre roule que celle que nou avions
suivie. Ils étaient rentrés dans le bourg, en
a"aient reconnu toutes les issues, el n'araienl
trouvé à l'une de ses extrémité sur la droite,
qu'un sentier trop petit pour qu'il fùt rai onnable d'imaginer que ce ptll être le chemin
de Quimper. Il était donc ,,raisernblahle que
celui-ci était le seul bon. ou le reprîmes,
mais à contre-cœur et tristement; nous étions
plu ou moin excédés; et puis rien n'était
au fond, plus incertain 4ue le lieu où celte
route nous jetterait.
Après une demi•heure je ne peu, pa dire
de marche, mais d'e1îol'ts pour marcher, il
fallut reprendre haleine. Jamais plume ne
nou parût aussi douce que l'herbe haute qo i
nous reç11t; el jamais heure de sommeil,
mieux employée, ne porta plus de profit. Les
plus épuisés y avaient repris tiuelque forces.
On marcha assez allégrement pendant une
autre heure, mai comme le jonr pointait,
nou flme denx fàchcu e décou1•crl(' . L,1
première, que l'un de nos ~ides, ét11nl resté
endormi h la dernièr lià.lte, nou l'y avion
laissé- an nous en apercevoir. Le moin las
d'eolre nous n'était pa· en étal de revenir ur
ses pas pour l'aller llhercher: et le plus clairvoyant n'aurait pas reconnu la place où nous
nous étions arrêtés. Ain i donc, de no ix
guides, il nous en re Lait un seul; car j'ai
oublié de dire qu'11 nolre ortie de fiofern•
heim, nou avîon jugé convenable d'envoyer
en av;m~ deux de ces braves gen prévenir
Kervelegan t1ue nous comptions arriver le
lendemain dans les environ ' de Quimper, el
qu'il eùt à dépècher quelqu·un à notre renconlre. On n'a pu oublier que deux autres
avaient di paru. 1ou avon u. depuis, qu'ex.lénué · de fatigue, ils avaient été, san nou
\'Ouloir prévenir juge.an l bien que nous les
retiendrions, prendre, à une autre i ue de
Carhaix, le petit s nti r qu'avait rer,0nnu
Dergoing; que, demi-lieue plu, loin, il , 'é•
taienl jetés sur l'herh,,, oit il avaif'nl dormi

L'EXODE D'ES GTR,OND1NS
toute la nuit, et que, de là, il· à'r1lient gagné
Quimper par des détours h eux connus. Enfin, on doil c rappelet que deux de nos collèµu nous a aient laissés pour 'attacher à
w··; a.in i notre peti te troupe e trouvait ré•
&lt;luile à donze.
L'aulr découverte c1ui nou a[llirrea c'e L
11u no traîneur n'avaient retrom·é, dans
leur .ommeil, qu'une Yirneur bien éphémère.
•rantôt c lui-ci, tanllit celui.là s'abauait. et
ne voulait plu;, se lever. La perle du Lemps
J&gt;ouvait devenir irréparable.
Peu à. peu cependant le olcil 'élevait, et
nous avancions sur celle route inconnue;
mai une ennemie, non moins incommodP
que la fatigue; la îaim, nou voursuivait.
·ous découvrirues bicn1ot une mai on et
quelque. obaumière.s: mai,, Liu plus loin
qu'on nou aperçut. porle el fenêtres se fermèrent de tou les côté . Le ru,tlh ureux
n'eurent pas même le ourage de répondrP
aux que Lion que nous leur adre sion~ par
la thali~re; il nous prenaient pour de vfritable jacobins.
Enfin, nou rencontrâmes un voyageur de
qui nous apprîmes que la route que nou tenions était bien celle de Quimper, pui que
nous n'étion plus qu'à deux lieues de cette
ville. Ce nou rut un grand ujet d joie;
malheur u ement J'inquiôtude y ucCC:da bientùt. 11 ne fallait poirrl on"er à entrer de jour
dans Quimper; nou ne pouvion mèmc, au
imprudence, 0011s avancer davantage; il ne
conrenail pas plu d"attendre sur la route,
o(l tous les pas ant nou remarqueraient. Si
nons la quiuion cependant, èommcot Kerw••
l,igan ou ses envoyés nous trouveraient-ils?
Les deux rnides que non a~îons dépêchés de
!:oternheim avaient dû lui désirrn r _pour r 11dez-vou · un endroit ccarté du ~oi. que nou
traver-ion ; mai cet endroit, connu culemenl des deu autres "'uides qui uou avaient
échappé cette nuit, comment poU11ions-nou
le trouver? li est clair qu'il n'y a'\'ait d'autre
re source que d'emoyer notre dernier guide
à Qu.imper, t d'attendre qu'il revînt, avec
riuelqaes ami , nous prendre dan tel coin du
boi où il allait nou laisser. Ce parti, loul
age qu'il parai ait, était encore extrême. 11
était impossible qu'on fûl à nous avant midi,
i mpo· ible que, dans ce lonrr e pac de Lemps,
quclc1ue paysan ne découvri sent une douzaine d'bomm. armé , tapis dan. 1111 l,ois,
e;.po é à une pluie. abondante, el qui vainemenL c donnerai nt pour des habi tant de
Quimper, puisqu'il ne e trouverait plus.
parmi eu , per.onne qui pût r lpondre au
1,a -breton dan lequel on l~s c1ue tionnerait.
LI fallait oéanmoin en l'Ou rir J, risque· notrn
"llide nou cacha derrière des buissons. sons
quelque "r:ind ;1Thres, et partit.

LOUVET.
(A suivre.)

Ill. -

n rsroa,~ -

Fasc. 1-1.

�M AJH.JlMoucm __ ~
tous les pauvre qui venaient le consulter et

Les

A\[8\SS.\DEURS

nu

RO1 DE SIAU VISITAlU 1..'ARSF.NAL DE PARIS (1684). -

l)'apr;s

Tine gr:11'11re d11 temfs. (Cal-ind drs

Esla111pes.)

Mamamouchi
Par N .-M. BER ARDI

Portez respect à Monsieur le mamamouchi. 11
Et là-dessus les critiques à l'envi da crier
à l'iavrai erublance. de regretter C[ll 'une wandè
comédie de caractère finis e en farce liouffo(lne, et que Molière ait changé en carieillurc
grotesque le portrait magi lralement ébaucbr.
Il ont à la foi tort et raison ; rai on, parl'c
qll'nn auteur comique ne doit jamais oublièr
que

•concourt à les rapprocher J'un de l'auLre, l'abbé ~richel de Saint-Martin étnit fils rl'un
riche marchand de drap. D~ quïl "était
trouvé en âge d'apprendre, es parents a,,aicnt
appelé à aint-Lô, pour lui ervir de précepteur un gentilbo.mme ruiné, le ieur J ullin;
et, 'OUS sa direction, il avaient envoié l'enfant étudier d'abord à Caen (c'ét.ait le pai de
« llamamouchi, vous dis-je! Je uis maa mère), puis à Paris, afin qu'il perrut l'acmamouchi! » répèle à lme JourdJin, tout
cent normand, enfin au collège ro al de Ln
ébaubie, le bourgeois gentilhomme de Molière,
Le -rrni peul queJqu~rois n '!Ure pas rra iscml,la ble;
Flèche, où le jésuites, sou Louis :Xlll, fühabillé à la tnrqne et coiffé d'un immense
turban. Da1t sa olle vanité, il s'e t laissé mais tort, parce que, . i M. Jourdain, par "aient loute la noble se riche du royaume.
&amp;es études terminé.es, Michel de aint-Marpersuader san peine que le Cil &lt;lu Grand J'excès prodîgieut de son orgueil, demenre
Turc, désirant devenir son gendre, l'avait w1e exceplioo dans la nature, il ne ort pas Lin était parti pour l'Italie, où il s'était fait
d'abord voulu élever à la djgnité de mama- du moins de la natu.re. C'est cc qu'en 1687, recevoir docteur en théologie à l'université de
mouchi; et rien da.os la cérémonie burlesque, dix-sepl an aprè la première représentation Rome el avait obtenu du pape le titre de proni les quatre rangs de bougies allumées qu'il du Bourgeo-is gentilhomme, a clairement tonotaire du saint-siège apo tolique, Après
a vus ur le turban du mafli, ni l'Alcoran prouvé la my tification vraiment extraordi- avoir vi!ité la Hollande, la Flandre, l'Anglegarni de clou dont le poids a endolori son naire que le écoliers de l'Université de Caen, terre, l'Ecosse, 11rlande, et écrit de copieu es
propre dos transformé en pupitre, ni les avec la complicité de toute la ville, ont pu relations de ses -premiers voyages, il était recoups de bâton et de plat de sabre que lui faire subir à leur ancien recteur, l'abbé Mi- venu à Caen, où il s'était fait agréger à l'Uoiont adm.inHrés en cadence de soi-disant chel de Saint-Martin, le plus honnête et le v-ersité, el, bientôt, ilen avait été élu recteur.
orli de charge, il ne voulut pas quitter celle
'l'arcs dansant autour de lui,_rie:n n'a pu dé- plus généreux, mais an: si le plu:1 vaniteux el
ville à laquelle il '&amp;ait attaché, et il l'a
sabuser M. Joprdain, rien n'a pu même éveil- le plus crédule de tou les homme 1•
comblée de es bienfaits.
ler un oupçon Jans cette orgueilleuse ccrCar l'abbé de arnt-ilartin faisait de sa forl'Clle. A st1 îemme, qui gémit : « Hélas !
tune le plu noble emploi : il ne se contentai!
mon Dieu ! mon mari e t devenu fou ! 1&gt;
De mème que M. Jourdain, - car tout pas de disll'ibuer des médicaments gratuit à
il r'pond supcrhemenl : « PaL'&lt;, insolente l
ûires de l"11bbè Porê" p3r los ouvrages de l'abbé d,1
1. Nicolas-Jnscph Fou,:aull , i111enda111 rl1' la gtlnê- josu ile, ~• 11 Form,1 Lr-ois volumrs, mol ordounès el

La tris véridique {1udt. qu'on va lirt. fait partie du
c,harmanlouvr•g•. CoNltl ., C,n,11i&lt;1, publié pat l'eclitc,cr Ch. Ddagran (un volumr. in-r8 à 3 fr. So), où
M. N.-M. B•mardin, •n taûtant tour à tour les oujitt,
lu pliu d'un, ■ 1u monh'u Yéruditîon la plus aimable. Ce rkh du •~cnhrru du mam1moudu bas-normand ne saurait rn~l\qu"" d.1ntn..su et dr. dlnrtir lu
lc&lt;:Kur&gt; d 1fülorta.

ralit&gt;i lie Onen, qui pr,:poraiJ uu S11111111orli11ia11u, a,·aiL
n•1111i rle nurnbrcu .loeutncnt sur le héro de oolle
aYrnlurc mgulii;rc. 1: ~l,l&gt;è l'orilc. fr~re du œlH,re

û'u11e leclur diflicile , 11ui ont cté publiés en l 7Jl!
el 1739 à lo. lfoye, WU! le titre de fo M1ucd11rinade.
. uus en avons liré ce cuurl arlichi, rn conlJ,C,Jrnl les

~ainl-llartin lui-1no!mc et pnr le lomoignage ,le îign~ul-)larville (.ll~l1111ge1 d 'lliklflire el &lt;le 1,/llrnlzrre, t. I"', µp. ;If, cl sui•·anle ).

qu'il aclmlail tonie la draperie de foires de
Caen et de Cuibray. et, -~n •1uiller lui~m~rnc
on château forlifié de Cavigny, tout couvert
&lt;le la plu belle ardoise d'Angleterre, il envoyait vendre celle draperie en Allemagne, en
Sj'rie et dans tout le Levant, occupant ainsi cl
faisant vivre près de vingt-cim1 mille peronnes. Comment ca 1ormand, qui se co11nai sait en drap, aYait-il contribué à cha. er
de la NoU\1l'lle-France le, pirales et les cor. aires? C'c Lce&lt;iuc on fil n'e:x11liquoilpoint;
mais il assurait que Louis XIU, en récompense, lui a\·ail donné le marqnisat de li kon
au Canada; el voilà pourquoi l'abbé i"nail :
o Mkhel de Sainl-~fo.rtin, écuyer, seigneur dl'
la 1are du D(!serl, marquis de Miskou. » Il
avait fa.it apposer ses arme : trois glands
ù' or en champ de inople, à lous le monuments dont il avait dolé la ville. « Que ne
~ommes-nou en Pologne, où il e·L pHmis dr.
couper le pied à un pa;'"an ;wec un s.1bre,
quand il ·S!st moqué d'un gentilhomme'? »
c!criv:iit-il un jour au recteur de l'Onh•er.ité,
pour e plaindre 1rue le portier du collège ei1L
été si impertinent qnc d'oser lui demander
un de ses on1'rages. Et l'on assure qu'un
autre jour, dans on dédain pour ceux qui
n'étaient po ~ nés », iJ refu a un cly Lère de
la main d'nn apothicaire qui n'1Hail pa gentilhomme. Pendant son re torat, il a,·ait clél'endu
que les écolier approcha enl de sa per onne
&lt;t da plus de cinq à six. pieds de roi » ; ce qui
fit que l'un d'eux 'avisa de lui présenter eér~moaieu c.ment sa Lliè e de philo ophie au
bout d'une perche.
QuanJ on e t marqui de Mi kou, on ne

dilionneUc chez le gens &lt;l'égli e. Aus~i l':ibl.,r\
\'a-t-il répétant 11u'il a cm outre cintt domesdifier l'école de théologie qui tomb11it en ruine
tiques mà.lcs : un laquai., un scribe, un muet do îondt.lr à perpétuité une chair(' de théosicien· el dcm porte-chai es, tous de belle
logie morale dan le collège de jésuilo·; il
t:iilhi: car il n··sl pa· de ceux 1p1i « pl"enDC!DI
embelli ~ail la ville de statues et de moou~
de petil nains pour les ser1•ir, afin &lt;l't!mployL•r
menls coûteux : c'était, devant les Croisier ,
moins d'étoile à le î'tilir, et pour cpargncr la
un puit rna!Tai6qae, dil « dc&gt; quatre év:ùldépense de Louche ». San doute sa maison
géli le »; o.r la place aint- auveur, ua
de Cam n·o_l pas, romme relie de [0u son
Chri t présentait sa croix aru re!Tard de·
père it aint-L,i, assez va-1.c pour contenir un
condamné que l'on menait au supplice; à la
couvent &lt;le rclirriem. el trois écnries de chc·porte de Bayeux., se dressait un ainL ~l:rrtin
rau,,;: &lt;l'Espagne et J'Anglelerrc, denx rcmi~ti.
mitré; ur la place Saint-Pierre, an autre
ti c.arros~c , une cave à cidre el un cave :1
Chri t béni sait les passants, et un . aint Mi,·in; mai elle renrerme un l'a te jeu d,·
chel terrassait le démon i ailleurs, l'abbé de
paume couvert, et l'abbé décrit avec complaiaint-}lartin relevait une eroh fort Lellc,
sance es belle cheminée. dorée. , on cahinl'l
qu·a"aient jttdi abattue le huguenots. 1•ar
rempli de curio ité;;, tapis eries, tal.ileau~.
une heurruse innovation I il fai. ail apposer
rueuLles à !"antique, cl .a grande . aile, orné•~
aux carrefours Ill 11. tous les coins d11 rue dei
de ept l'iole d"Anrrletcrrc, où il donne des
écritcam pour indiquer les directions. Enfin,
conccrl.s Pl cùantc - Iau.x, prétendent lrs
comme a générosiléét.ail inépui aJ,lc, il o[raiL
mau\1ai es 1:tn"llt!S - devant los iiersonnes
de contribuer pour une somm' de di miUc
de di tinction. Sur sa porte il arait fait !!l"avc1·
liues à l'érection de foOLaine publique , êl
celle fière de1'.Îse: on nob;~, setl ,.,,;p11blic:I'
pour une somme non moin con idéralile à la
,uiti ~11mu .. « Ncm. somme né. , non pour
création d'une bibliothèque à l' ni1•ersité.
now, mai.- pour la république. )&gt; Un oir,
li emblcrait que la ville de Caen dùl :prouun maul'ais plaisant - tel Gennaro dans Lu\'er pour on vénérable bienfaiteur la plus
c,·ère Borgia - remplaça par un o l'a de
profonde reconnaissance. li en était la risée.
1tali, modifiant ainsi, ou à peu près, le ens
dt: la pbra. e : «Connu de Lou t le monde, ?1
cf:&gt;
moi-mèmC&gt;inconnu. » Grande colère de l'al,bé,
on éducation aristocratique cl les belles
que rien n'indignail romme un manque d
alliances qu·avaienl contractées se cadets;
respœl.
son érudition, r1ui, po être mal digérée et
Pour un mot, un geste, un sourire, il ensans c.riLique\ n'en était pa moin réelle;
voyait une a ignation; et, plu proces if 11
es nombreux \'oyages .faits à. une époque on
lui eul que toute la Ba se ormandie. il.&lt;'
l'on na \'oyageait guè~ ; a fortw1c, qui lui
plaint ans cc. . e an tribunal, donL il fait
permettait d'avoir un
l'amusement : tantùt,
train de maison que
ce soul les sieurs d'Enl'on n·a point accougramillc d d'Avcini•
tum I de voir chez un
qui se ont moqué de
bomme d'égli e : tout
'a perruque, pendant
cela réuni avait dévequ ïl di aiL la me se•
loppé en l'abbéde..-aintaux Cordelier ; tant,ît
Marlin une hypertro~
c'est 1. de Las.on q1ü
pbie du moi tellement
l'a. rail!~ dan un pn excessive qu'elle a1•ail
11uiu ~ous li! nom de
« l'ahL: malotru 11 :
fini pat faire de ce
1~nrô1 e11Gn c·e t .Jean
\·ieillard, i re. pectablc
Inachcl, écolier e11
par es mœurs et par
sa bonté, un véritable
droit, c1ui a troublé uiw
messe Cil music1ue r1uc
grolesquc.
Élan! fil d'une mère
le bonhomme fai. oit
célébrer à l' ocf'asinn
(&lt; demoiselle », il se
tlt es oixante-dix ans,
montrait entêté de no« pnur remercier llic,1
1,1 se. A tout propos,
Je l'avoir pré m·é de
1,l même hors de promille péril· tant par mer
pos, dan les innombrar1ue par terre, 'étant
Lle opu.cule qu'il faj.
trouvé cenl foir sm· l'Osait imprimer et di céan et ur la ~léditertri.huait aux noble de,:
Al'IUENCE DONNIIB P&gt;.R Louis XlY, LE '.l;' DÊCEMJJRE 1l8.1, AU:t AM1\.15s.lDECRS nu R0l DE lAll,
ranée l1 deux &lt;loirrts de
la "ille, il niait, touD'aprè~ rrne gravure d11 lcmfs. (CaH1ieJ des Est;nrpes. l
la ruorl, el dans d s
jours comme M. Jourforêts affreu c~, 011
dain, que on père eût
jamais tenu boutique : la ,·érilé es! disait-il, saurait se eonlenter de la vieille servante lra- coulaient des rui scam:de sano-d'bomrue qui
rnnaient a·~tre égor és par des voleur ».
Ûè multiplier les fondations pieu es 1, de ré,\-

0

1. Un di11 r pour douie pauvres confessés cl toinmuni ·•$ le jour dol Sninl-l'ierrc, en ~ou vcnir 11'one
londalim1 nonlugne du pape Gl'èiwire I Gruml; ôO line ans Pères de l'Or•Loire, oliu 11u'fü f'ussrnl ile

prières pour les morls; un Oamhcnu d'u11cnt pour 1
mf'illeur _motel r11 l'l1Mnrur ile s:1inl c Ci•rilc; u11

pl!que ~·argent ~( no nnnenu ~•or pour les meilleures
ode lai in en slrophe5 ek~1q11es Eur lo t(•ncepticm
l)e ln Yiergr; 100 liHes I' ur rl,;u11cr plus d',·•~t.l ù I•
grondn processiru1 qui se cèli'·bre Ions les trois nns n
ainl-Lô eu l'hoonenr d~ l;1 Yierge, el JlOllr enlrel1&gt;11ir
~no bmpc dP1' anl fOll nulrl. clc.

2. ',e r~contc-t-ll pa~, de ln m,•illeure foi rlu n1onJ,,,
~u~ le roi de .'\racuso, 1lid1•u~. pour gnl'drr l'incognilo c-1 pos; er parlout iuape1·çu. voya,,eu pln sieur,
années monte ur une vnrhc cl se nourr,ssanl n1 ec J,.
lail de ~a monlu1•è'/
0

�msTO'Jt l.Jl

______ _________________________________

Vers la fin de ses jours, l'aLhé d~ Saint~larlin, ruenard de paralysie, fil aux eaux de
Honrhon un vol·age qui 11ch \'R d lui tourner
}a tè"te.11 ·c prit d'admiration pour le fameux
médecin Charles de l'Orme, aus i bizarre qu'il
l'était lui-même 1 : il e Gt con truire un fü
de brique scml.J]abl au ien pour s'y enfourner la nuit; il 'enfonça ju 11u':m cou dnn le
pantalon de ratine imaginé par lui pour c
préserver de vents conli ; comme lui cnün,
tant pour 'e garantir du. froid que pour conserver sn mémoire et ,on bon ens, - toul
Je monde en croi~avoir, -il mit à t' jamLe
huit pairei de chau ses el un b;i · fourré, s11r
a tête neuf caloue, el un capuchon par-desus. Lor quïl revint à Caon ain.i accoutr 1 et
Lra.iné dan Ja uinaiyrettc 411.'avaiL imentée
Charles de. l'01·mc, il oblint, naturellement,
un ,,i[ 11ccè de curioliÎté. De Loule pari~ on
,int \ • Yoir, le con ulter, lui demander de.
J&gt;rescription bygiéniqu -. Il se rrut un grànd
médecin, et lit tant el i l.11en qu'il falUit êli-c
poursuÏ\'Î pour exercice illégal cle la m dccinc,
et que le duc de Montau~icr crut devoi r engager le doux maniaque à ne plu. donner
d'ordonnances par écrit.
On comprend maintenanl que l'abbé t( SainLMartin de la calotte 1), comme on l'avait surnommé, soit devenu la gaieté el la joie de la
ville de Caen. Lorsqu'il e rendait à l'église
dans a chai c, - car il arail àti bîenlùt renoncer à a 1 inaigrelle, « qui lui émouvait
trop les humeurs ». - 1 s écoliers el la canaille hü faj aient cort' ge en criant : « Vivat!
\'Î,•aL ! » Et Je vaniteux Yieillârd penchaiL à la
portière sa ventripotente personne, enveloppée
&lt;l'une robe de damas violet à ramage , et il
saluait à droite cl à gauche, murmurant :
«)!erci Dieu! Comme ce bon peuple m'aime! »
Cc bon peuple le devait bientôt my lifier
comme jamai , je croi , n'a dté rny tifié peronne.
1

En 168/4., Je roi de iam arait envoy~ à
Louis XI\' une amhas ade solennelle pour lui
foire savoir que le bruit de a gloire étail
venu jusqn'en Orient, el qu'il ne voulait condure de 1raité de commerce cpi'avec luî. L~
roi de France, e-0mprenanl aus.itôt le parti
r1uc a politique coloniaJe pouvait tirer d'une
par~lle démarche, reçut les m:mdarin siamois du haut de son trone el entt,uré de
toute a cour, el décida &lt;l'emoser à son tour
en amLa sadc auprè~ de leur roi Je chevalier
de Chaumont, al'ec l'abbé de Choisy pour
eoadjnteur.
Comme cc événements faisaient l'entretien
de tout le-pa · , un con ·eiller au Parlement
de Normandie, ~I. du Tot Ferrare, an prévoir Je moin du monde le_ oonséquencei
qu·allail a,•oir cette plaisanterie, imagina
d'écrire, sou le nom du chevalier de Chaumont, une lettre à Michel de Saint-Martin : il
priait l'abbé, qnî avait appris dans sesvo)1a11e
1t connaître le cérémonial de toutes les cours
1. Vnir nolre livre : Jfo11m1t.• rt ,'1te11r., au (f,";r"f/JIÜm l' si/!clr, , Ol'.iél&lt;' ftnn ·ai~,• ,l'impri111~ri,, l't ,I~

lil,rairi,• . 1!lO' .

..;;:..

de l'Europe, de vouloir bien l'instruire comment il c dc\ait comporter en ~i "l"'JYe circonstanr.e, et dn trnin qu'il lui convenait
d'eIDIDener, équipages, livrée , mu, iciens,
gens de 1•ttre • etc. Il le i:onjuràit d · lui répondre au ' larder« à Paris, rue de la Vieille}fonnai , à l'adr e de M. Bigot, Indien,
proche du Tabouret t'erf ,,.
I&gt;evan t une dcmaud ans i urprenante et
une adres e au i bizarre, l'orgueilleux et
naïf personnage n'eol pas u.ne minute d'étounement, pa. p1us qu'il n'en aura lor que,
dans une lettre datée pourtant du 1" avril,
l'abbé Iloh•iaet, ne,·cn &lt;le lloilea.11, lui demandera de note, sur a ,ie, . ou cou.leur que
l'hi loriographe du roi désire in érer son
éloge parmi ceux des grands homme du
siècle. L'abbé de 'ainl-~fartin fit, elon ~a
coutume, tirer à cinq cents exemplaires la
prétendue lettre, si llaueusc pour lui, &lt;ln
chcvalil:'r de Chaumont, el pnl.Jlia bientôt une
répon c de cinttuante pages, parfaitement incohérente, c1ui e t la chose la plu ridicule
du monde : il prie l'ambas :idem d'offrir au
roi de iam deux de es livre de médecine,
lui donne pour son voJage les conseils d'hl'giène le plu inLimes et I plus augrenu ,
el dl'esse une liste interminable de - présents
dont il doit se munir; j'y relève nolammcnt
(( trois douzaines de ptlignes d'écaille de tortue, d'i,•oire et de huis pour le sérail des
remmes ,,.
La plaisattlel'Ïe ovail trop hien réus i : on
la con1i11ua. Quelque moi après, de fau se
lettre de iam arrivaient i1 l'abbé rle aintMartin. Le chevalier de Chaumont et l'ahLé
de Choi y le remerciaient de ~es précieux
a,,is, et lai .ipprenaient deux trrandc. nournllcs : plein d'admiration pour se. onvra,,cs
mrdicaux, le roi de 'iam avait voulu placer
d&lt;1ns la pa.,.ode ro ale le buste de ,'aintlfartin sculpté par aint-fony, el il exprimait
le désir d'avoir auprùs de lui l'abbé lui-même
pour en faire le cbef de son con eil de médecine, le urintendant de es étuves et l'inspecteur général de se. fourrure . A la lecture de
re leure~, le cœur du .braye abbé e gonOa
de joie à en éclater sous son justaucorps de
drap noir doublé de peaux de lievr~ : sans
doute Benoil, à eau c de la relation de son
vop"'e en Flandre el de son füre ur h~ Go11rrrneme11 t de Rome. l'a,ait déjà voulu Lirer
en circ pour le faire fi!?Urer dans a cour de
Brnxelle , el, dan a cour de l\ome, parmi
le~ cardinaux du sacré Collège; mai$ que le
roi de ia.m plaçat son Luste dans sa propre
pagode. parmi se ,·ingt dicu1!. .. EL l'ahbé
arrèlait dans la rue le· pa, ants pour les
illformer de l'bonneur qui Jui était fait au
delà des mers.
La mine a-yanl été ainsi longuement prépar~e, il ne resta.il plos qu'à allumer la mèi:he, lorsque se présenterait l'occasion favorable. Ce îut un cousin germain de l\Iichel de
aint-Martin, ll. Gonfrey, docteur en droit,
qui s'en chargea. Quand le roi de iam eut
envoyé en France une seconde ambassade,
U. Gonf rey persuada l'abbé de aint-1\lnrlin
rru'cl1e était char!!ée de l'emmener comme

~

premier médecin de , a Majc té "iamoise,
avec de gros appoioiernents et la dignité ùc
mandarin du premier ordre. Troi semaines
après, pendant le carnaval de l'an Hi 7, il
lui annonçait que l'amlias adeur et huit auIres mandarins, avec une !ll"ande suite et un
nombreux cortège ;d'éléphants, de chameaux
el de dromadaire , ,•enaieot d'arriver à Caen
el de 'insLaller au Cygne de la Crni.r'.
Voilà l'expo ition terminée; le second acte
,le la comédie va commencer.
et,

Le prétendus ambassadeurs étaient de~
Jcoliers de l'Univer ité, dont le plus àgé n'avait pas vingt ans· parmi eux se trouvaient le
lils de 1. Gonirey el deux autres parents de
l'altbé de aint- lartin; c'était même l'un de
cem-ci, le chevalier de Saint-Jean de Bai.::an , qui faisait l'ambassadrice ou mandarine. Pour déguj er leurs traits et pour se
,ieillir, ils s'étaient barbouill6 le ,i·a~e &lt;le
Lliverse couleurs « à la mode du paJs de
iam &gt;&gt;. ur de habits de thé:ilre à la romaine, qu'il~ avaient loués, ils avaient passé
des robes de chambre dont les manche
litaient retroussées jusqu'au haut; ce qu'on
,,oyail des bms el des jamlies était peint
comme le Yisage; des bonnets en forme de
pain de sucra couvraient entièrement les cheveux. Le soir, aux Oamheaux, celle amba sade de carême-l'renant se rendit chez l'ablié
de aint-Marlin, qui avait roulu, pour la recevoir, revêtir son habit de protonotaire, et
qui l'attendait debout, appuyé u.r le bras de
M. Gonîre} el entouré d'une nombreuse assistance.
Après de salamalecs profonds el longs,
l'ambassadeur prononça une baranrrue en siamois, qu'un interprète traduisit: frappJ de
la re se.m.Llnnce de l"abbé. de Saint-Martin
avec un célèbre talapoin de 'iam, qu'il se
souvenait fort ùien d"avoir vu deux mille ans
aupara"ant, le monarque a.ialique dêsirait
'attacher a scientifique personne en qualité
do premier médecin, et loi conférait la dignité suréminenle de mandarin du premier
ordre, avec une pension de six mille pistole ..
(cent mille livres en monnaie de France),
dont le premier quarlier lui serait versé avant
qu'il 'embarquât à Ilresl. rrne lettre du roi,
traduite en latin, confirmait les paroles de
son ambas a&lt;leur. Pour faire es prépaTatif
de qéparl, trois jour seulement étaient laissés
au nouveau mandarin, que l'amhassadeur
dovail ramener de gré ou de force : il en répondait or a tète.

....

Toute 1a nuit l'a.1,bé de Saiot-llartin ,c
tourna et e retourna da.os son lit de. brique,
ans pouvoir y troU\ler le sommeil. Certes,
ce honneurs sans précédents en Frauce chatouillaient délicieusement son orgueil. Mais
comment, à son àge (il a,,ait soixante-treize
1. L'ens&lt;IÎgne de cetleaubergeètail 11n cygne ayant
une croix d'or nu cou. Ces jeu,: de mols ~laient f'rè1111cnls dBDs le ancienne enseignes. (\'oir Ct~HllT 111:
11,-, ln E11sei~11.c.• de /&gt;1I1·i• . 1877 .)

_,_

_________________________________

ans) et a1•ec es infirmité , entreprendre un
&lt;c Pour volli- e.'tcuser du moin le mieu\.
si long voyage? Comment abttndonner on que vous pourrez, doclara+il à sa dnpe, il
beau cnhinet de cUJ•îo ités, et cette chère , ille faut que vous en,...agiez l'amba sade à souper,
de Caen où il ét.iil i fort admiré? D'autre lorslJU'eUe ,·fondra en grande pompe vow
part, il avait une rleJle peur de.s mandarins, apporter le bonnet de mandarin. - )forci
dont le visnge Larbouille ne lui disait rien de Ilien! Je le forai \'Olontiers, ·'écria l'abbé.
Lon .
·
Il c leva profondément trou1.ilé et se fil porter chez l'intendant
de la. ,ille, M. Gourgue , qu'avaieot
in lruit déjà de cette plaisante aventure le poète egrai , alors premier
échevin, et M. Dumnuslier, lieutenant général du baiUia"e. Le vieillard leur ra on Le les 11,·énemen I réccn ts, qui le remplissent en même
lemps d'une juste üerLé el de
cra.inles lé,1itimes. Que doiL-il faire
en•celle conjoncture? Ou tieul coneil, et, malgré les révoltes de sa
1anité ble sée, l"abLé de Saint-fürlin, Lout Lremhla11t, se ré i"nc à
la plus humiliante des démarcbe :
il demandera au doyen ûe la Faculté de Médecine, afin de le remettre à l'ambassade iamoise, un
certi!icat, muni du sceau de la Faculté, alle tant qu'il n'a jamais
éLudié la médecine et quïl ne saurait donc passer ponr médecin:
aus itôl après il écrira à LonisXJV
pour l'avertir que des étrangers
\'eulenL enJe,er par la force une de
gloires de son royaume. Afin de
calmer ses im1uiétudes, M. de
Montchevreuil, colonel du r~giment du roi, consent à détacher
nuit ou. dix de es plus brave
grenadiers, •J ui garderont en armes
la maison de l'abbé et le défendront contre les violences dont le
menacent de fanatiques admirateurs.
ft'l'llr.- , il.P-qt
l'oute la ville ,·inl féliciter Je
Ynd ,11"1.1,1/ n,~r'IIÎr V.1.
premier médecin du roi do iam ;
I r:.._.;,JJ,lill4 'm1111t..
IIWt/,P.d AYl',".I"
mais ses Lrau c cm pêchaient l ·orr,? N,b'"l'lltc .,u,ht,r
bucilleux. vieillard da goôLer une
joie saris mélangP.. Daos l'attente
de la réponse de Versailles, H ne
vivait pas; clic arri1'a, lanL le roi avail, dit- J'ai ,bien traite jadis Loule la compagnie ùm,
011, donné au courrie1· l'ordre de se hâter, pèlerins du lllont-Saint-)lichel, et l'alfaire est
,•ingt-qualrc heures à peine après que l'abbé aujourd'bui d'une toute autre im11ortauce,
a,·ait écrit sa supplique.
puisque jamais ,encore un français n'a élé
Par WJe Jeure de cachet, Louis XIY - un mandarin de Siam ! n
1·oit que les mauvais plaisant ne reculère.ul
devauL aucune audace - dé!endaiL formellement à M. l'abbé de aint-Martin de sortir de
Il commanda, en \on ~11uenc.e, uu ma"ni·on royaume san sa permission, attendu fique souper à l'auLerore de la Croi.(,· de fe1·,
fJU'il s'estimait trop heureux « d'arnir dans la meilleure de Caen, el accepta l'offre de
·es États un homme d'une si ,•asle érudition Al. de aint-Simon Meautis, qui, afin de faire
el qui avait rendu de i grands services à se, honneur à es Hlustres hôle8, se vint propeuples ».
poser à lui pour gentilhomp:te ervanl.
On se figure les transports el l'allégresse
Sur les sept heures du soir, u.n grand Ji1·ui1
du honhomme à la lecture de cette lettre à dans la rue cl 1a lueur de nombreux Hamla fois si glorieu e N si résurredive pour beaux annoncèrent l'arrhée de l'ambas ade.
lui. Yais M. Goofre} hochait la tète, crai- De gens de livrée portaient comme en triomrrnant bien, murmurait-il, que l'ahhl: ne de- phe !"énorme bonnet destiné à se dre ser ma' inl la cause d'une sanglante guerre entre ln jestueusement sur les oeuf caloLtcs et le caFrance et le iam.
purhon du récipiendaire.

JK.Jl)J(Jf,Jfl0 UCH1

- -,

A peine informés que le roi de Fr11nce se
reîwait à lai cr partir le 11ouveau médecin
de leur roi, les Siamoi manife tèrcnt par
leurs cris cl par leur hurlement le p-Jus violent dé espoir; il Jallut pour le.• apaiser,
leur remettre une copie collationnée de la
lettre de cachet, Clui ·eulc pourrait, di,aienl-il,, les protéger conIre la colère de leur maître.
1\ lors commença la l'aile cérémonie. Difficilement et pesawmen t l'abbé s'a rrcnouilla , ar('o
l'aide de e ami ; un der mar1darins t:e ,·int placer en face di.:
Jrn, tenant ur un cou sin, ain.i
qu'un diadèm royal, le glorieux
ho1.1nct fourré de peaux d lapin·.
entouré de trois cercles d'or, un
peu ou,·crt par le haut comme une
mitre, et, de même que ceux d :-.
1naudarins etde la mandari11c, urmonté d'uneho11ppeéclatan te, Au ,_
~itùt l'amba sade entière se mil à
danser autour de cel autre M. Jourdain, lui appliquant par inlervalle:dc petits coup de , aLre sur l.1
Lêle. Enfiu l'on couvrit le· calottes,
qui counaicnl son chef ùu large
bonnet, non sans quo Mme la. mandarine I' •ût élar:;i encore en le
fendan t avec des ciseaux; mai· coquettement elle ma qua l'om•erturc
a,·cc un ruban noué en fontange.
La cél'émonie e termina par des
~alamaleca réciproques.
En uite ou pas a à table. Tous
les as istants, ) compris les dames, restaient Llcbout, par ùéférem: , (!errière les chaises des mandarins, qui mangeaient a,ec lenr
doigts et prenaient à deux main
,,,,.t,,,,,w les perdri:.. pour mordre à même.
;/.•}t,:u
De temp en Lcm11s, la mandarine
donnait
de petits coups avec la
Jt,.,.,_.
pointe de ·on propre bonnet dao
M·
le vÏliage de l'abbé, qui, iwerti par
l'interprète 1111e c'étail Là une marque de l'énération, prenait la houppe el la
Lnisail respectueu ement. Chaque fois que
l'on portait la ~auté du roi de !'rance ou ce□e
du roi de iam, M. dc Moulchevrcuil prévenait par la fenêtre les grenadiers : ils fai~aîent :ilors une décharge de lllOU queterie à
la(lucUc se mêlaient le son de haulhois et le
bruit de· tambours.
Toul à coup l'un des faux mandarin ·,
M. de aint-Fremonl, &lt;pli était le petit-ne,·eu
de l'al&gt;Lé de 'aint-~arlin, s'aperçut que son
oncle le re«ardait attentivement. Dans la
crainte d'être reconnu, il fit une grimace
hor.rible au marquis de r.fükou scandalisé.
L'interprète 'empres a de déclarer que c'était
là un témoigna e de profonde estime dans le
ro~•a11rne de ..,iam, et dès lor l'ambassade
entière ne cessa plus de grimacer eu l'honneur de l'abbé, qui, par poliles e, se croyait
obligé de faire en réponse les grimaces les

.

-

0

�- - · H1STO'J{lll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
pins lùùcuses. Ilri é par tant d'émotions, il
tinil par s'endormir à 1al)Ie. Ou l'emporLa
Jans :,.on liL de brique.
Au itül la mandarine inrila en excellent
français les as i tanls et les soldats à prendre four part du festin, el l'on but deux cent
bouteille de Lourgogne au nouveau mandarin.
I.e lendemain, à on rél'eil, fo premier soin
de l'alihé de aint-.\larûn fut de faire peindre un bonnet de mandarin ur a rouronno
de marquis aux p:mueaux de sa chaise à porteurs, a1•ec celle d1Hi e: lï1·tuti 1lebil&lt;L mei·c·e~ l _ Pui il reçut 1.lt·rccLeT te, îc1icitation
ùcs ltaliilanl de. la ,-ille. qui vinrent lui donner du Mon cigneur cl de I',\ !tes e érénissin1 ·. Sur le onze heur~, il c rendit aux
Corddiers, p:mr entendre la mes~, dan 1~
d1ap,,He à la romaine qu ïl a, ail L1len\c à sainl
)fichd, son p~lron : un jc1tne &lt;ifllci 1• le con1. fo,!~ r{-cumpcn c 1Ju mér1l~.

dui ait par la main, comme une prince 'e;
il a,•aiL une c corlc de grenadiers, et une
foule énorme le suiynit. F.nirré de l'encen
qui lui était ain i proJi6ué, le bonhomme
Je,·cnail tout à fait fou.
Aussi reçul-il forl mal r héritiers quand,
inquiet de lui voir faire lanl de déperu;es,
il 1·inrenl l'a,·erlir qu'il était tout simplement joué par le. écolier . li le traita d'en1·icu , d'ingrats, J'em1emis de a 11loire.
u 1"ar,,iL-il poioL ouï le am Las aùeurs paricr sinmoi '! Et comment des écolier· auraicnli!;; appris en si peu &lt;le lcmp une lnDgne Jcs
plu tlirficilcs de l'tlrienl? » Et, . ur ce lJC!au
r.,i u11nem1:nt, il fit jeter ses parents à la
porle.
ll c fàcba tou l rouge ' Ollll'C le prêfot uu
collège dl's jê uile., r1ui prétendait de mdmr,
par charité pure, le désabuser; el Yarlet,

on barbier, ayant cru également devoir lui
ounir le" reux : c, Cmiaylia, s'écria l'iras-

cible abbé, tu es donc au i du complot! »
et. ai i sant le toqu.emar plein d'eau chaude
ttui était sur la table, il le lança da loutes ses
forces i:1 la lêle de l'in[orlnné barbier qui,
pour avoir \'Oulu bien faire, reçut une ble sure et perdit une pratique.
'ul ne réu sil jamai à détromper \'al;lnl
de ninl-Martin de la chimère qui rendnil si
heureux on immen e orgueil, et il expira,
1..: 1i- novembre 1G 7, pllr uadé qu'il remel•
lait entre les mains de l)ieu [';'ime d'un mandarin de iam.
On l'enterra dans a belle chapelle des
Cordcl.ier., devant un lahleau de ln saiute
Ct'lne, 011 il ·~La.il fail rcpr :,enter parmi les
douze apôtre . on corps y tut porlé clande Liuement, deux ou lroi" heures ava11L le jour,
pom- que toute la ülle ne ,·int pa rire au
funérailles du pauue niamamouchi.

Une erreur de jeunesse

IJuand le Jép:trtemenl Je la uoeue l'ut
lonnc à Ilreteuil, inlendanl de Limoges, on
fut étunné de ,•oir un ministre coll ommé,
actif. plein d'expérience, aimé de troupe:,
e Limé du puLlic, ferme sans hauteur, remplacé par le moindre inlendanl du royauml',
et, ju·qu'à ce momcnt, plus occupé de plaisir que d'affaire·. On ignorait que cc choix
était un effet de la rcconoai ance du cardi~
nal Duboi ~t un' prix de la di crétion d
Br-eteuil.
Dubois 'étail marié tr,· jeune, dans on
1illage du Li.mousio, avec Ulle jolie paJsanue. La misi!re le obligeant de se éparer
:1 l'amiable, ils comiarent que la femme, en
cbanueant de nom, "agnerait sa vie comme
elle pourrait, et 11uc le mari ir:iit Lcntedorlnnc à Pari . Leur ohscucilé facilita leur
,1rrangerncnl. Dès que Uubois commen(a à
~c faire jour, il cn.vop it sa femme de quoi
sr procurer de l'aisance, et leur intérêt
commun consena le ecret. Dubois, p~rvenu
11 l'épiscopat, craignil plu· que jamai la
r~,·él-ation d\!n enga"'emenl qui p~ssi.lit les
libertés de l'Errlise g:lllicane. li fit sa confidence à Bi·etcu.il, ttUi e chargea. vol on tic:ir:::
de tirer de 1ieine an i puissaut mioislrc
partit pour Limo&lt;tc •, l bientôt e mil à faire
d~s tournées, suivi de d ux ·euJs 'VaJC't • Il

prit si bien e;; mesures qu'il arriva à une
heure de nuil dans le villa~e ou 'était îait le
mariage el alla de cend;e chez le curé, à
qui il d manda l'hospitalité. Le curé, lranspotlé de joie de recevoir ~Igr l'intendant, lui
aurail acri6é Ioule la basse-cour du presbytère et le rin des mas.ses. La errn.nle, a,·ec
lr va Ids, apprêla le ouper, que Breteuil
alfocta de trouver cxceUeul; et, ll':iitant le
curé avec une faroiliarilé qui le ravi. ·:rit, il
envoya au de sc.rl les valets souper avec ln
errante. Resté en tête-à-tête avec le curé, il
lui dit, par manière de comersalion, quïl
ne doutait pa crue les re gislre · de la paroisse
ne l'ussenl en bon ordre. Le curé l'en assura,
CL, pour le con~aincl'e, les lira &lt;l'une armoire
11L le, mil sur la table. BreleuiJ les parcourut
ué,•ligemment, el, quand _il Îut à l'année
inlércssante, il le referma a,·ec une indifférence ,tpparenle, les jeta sur uue table à côl6
dtl lui, el continua d 'entretenir gaiement
avec son hôte, à qui il c chargeait souŒnl
de verser pour faire meilleure mesure el se
ménager lni-mèmc; outre que Dreleuil, a ,ec
qujj'aj ouventsoupé, oulenaü très bien le vin.
Tanl fut procédé que la tète du bon eut·~
e brouilla, et hieolol il 'as oupiL. IJreleuil,
profitant du ommeil, détacha proprement le
feuillet nécessaire, et, to11l remis en place,

:;orlil de la chambre. C'étaiL dans l'été, el le
jour commençait à poindre. Dreleuil donna
quelques louis à la ervanLe, la chargea de
remerrimeuts pour lo curé, awm qui il voulait, di ait-il, se retrouver quelque jour, èl
parût.
Peu de temps aprè , le curé YiuL remercier Mgr l'iolcndanL de l'honneur qu'il
loi avait fait, el celui-ci ne s'aperçut pas
qu'il eùt le moindre onpçon sur J'altération
de registres.
Toul n'était 1&gt;as fait. li y avait w1 contrat
de mariage. Le tahellion c1 ui l'avait passé
etait mort depni plu de vingt ans. Breteuil
panint à découvrir le successeur, Je fil venir,
et lni laissa l'option d'une somme as ei considérable on d'un C.'lchot, pour la remise ou
le refus du conlral. Le notaire n'hésita -110
sm: le choix. Le conlrat et l'acte de céléLralion furent envo)'és à Duboi , qui les anéantit.
Ilrcteuil, pour consommer l'all'aire, emoi·a
chercher la remme lui parla sm le secret du
mari:ige avec celle éloquence qui :11•ait perrnadé le notaire. Elle n'eut pas de peine 11
promclLre la di crétion qu'elle avait toujours
eue.
Après la mort de ou mari, elle Ünl à
Paris, où, dans une vie opulente et ob cw-e
elle lui a survécu près de 1•ingl-cinq an .

DUCLOS.

DE LA FEMME

+

Madame de Pompadour
d'après le journ:iJ

Mme de Pompadour était morte de- ·ecret de la poste, c'est-à- ùire l'ex.trait &lt;les Lei point que l'écume lui venait à ln bouchf. .
puis bien des années, quand M. Senac leUres qu'on ouvrait; ce que n'avait pa. eu
&lt;t Je ne dinerais pas plu "olonticrs a1·ec
de Meilhan, faisant visite au &lt;&lt; frérot &gt;&gt; ~[. d'Argen,on malgré Loule a fa1•eur. J'ai l'inlendanl des pO ' les q1ùt1•~ le bourreau, »
de 1~ ~arquise, le gros Marigny, rrouva entendu dire que M. de Cboi eut en alm ail, &lt;li ait le docteur.
cehu-c1 devant la cheminée où il brC!lait et racontait à es amis le hi toire plaiIl îaut com·enir que, dan l'appartemrnt
de vieux papiers.!
de la maitre se du Hoi. il e~t éton« Ceci, clit Marigny en monnant d'entenùre do parl'il' propo ; el
trant un assez gros caMer, c'est
cela a Juré vingt a.ns ruis 11u·on eu
un journal d'une femme de
ail parlé.
chambre de ma sœur qui était
•tait la probité qui parlait al't'C
~ort,estimahle; mais après tout,
vivacité, disait ~I. de Marigny, et non
1I n y a que du rabâchage : au
l'humeur ou la malveillance &lt;JUi
feu 1 »
-'exhalail. »
M . de Meilhan écrivait des
romans médiocres, mais il était
homme d'esprit. 11 demanda
grâce pour le cahier de la femme
L'argot de Sa 1\lajesté.
de chambre - à cause des anecdotes. M. de Marigny se prit à
Le Roi se plaisait f1 aYoir de perire :
tites corrC!!pond.ancci1 particulières
« Ne trouvez-vous pas, dit-il,
que ladarne trè ouvent Ï"norail ·
que je suis ici comme le curé et
mais elle sa,·aiL qu'il en ll\'aÎt, car
le barbier de Don Quichotte qui
il pas ait une partie de sa matinée à
brûlent les romans de chevaleécrire à sa tamilJe, au roi d'E pagne,
rie? ... Eh bien, je vous donne Je
quelqu.efoi au e,1-rdinal de Tencin,
cahier. »
à l'abbé de Broglie, et au j à de
Ainsi furent sauvés les mégens obscurs.
mohes de la femme de chambre,
&lt;t C'est :ivec des personne
omme
qui était une certaine Mme du
cela, me dit-elle un jour, que le Roi
Hausset, veuve d'un pauvre gensans doute apprend des termes donl
tilhomme normand, et qui n'avait
je uis toute surprise. Par exemple,
rien, Dieu merci, d'une dame de
il m'a diL hier, en vo ant pn. ser un
lettres 1 - car une dame de lethomme qui avait un vieil habit : 11 Jl
tres, à sa place, eût peut-être
a là 1w lwbit bie11 e.:r:aminé. &gt;)
falt un roman, ou un récit roma&lt;&lt; li. m'a dit, une aulre fois, pour
LA SULTA)&lt;E.
nesque, tandis que Ja bonne du
dire qu'une &lt;:hose était uuisemlilaPortrait le plus rcsscmb!:ml de Madame de Pompadour. d~ l':i.Yi) uc son
Hausset, fort peu imaginative,
Me : « Il y a gl'O • ,, C'est un dicton
frère, le Marquis de Mnrlgny.
se contenta d'êtTe sincère, dans
du
peuple, à ce c1ueJ'on m'a dit, qui
Tableau de VAN Loo.
un écrit sans ordre, sans plan,
est comme : «11 y t1 gros n parier. 11
sans dates sans méthode et presJe pris la liberté de dire à Madame :
&lt;( Mais ne seraient-ce pas plutôt des deque sans style - agréable à lire, pour- saules, les intriérues atnot1reuses 11ue conlctant, et qui rend le son cJajr de la vie 1 • naienl souvent les leLLres qu'on décachetail. moiselles 11ui lni apprennent ces b1;lles choLa méthode, à ce que j'ai entendu dire, ses? »
MARCELLE TINAYRE.
Elle me dit en riant :
éLaiL fort imple. îx ou sept commi de
l'hôtel des postes triaient les lettres qu'il leur
(( fous avez raison il !/ a g l'Oi-. 11
était pro cril de déc.'lcbeter, et prenaient
Le Roi, au resle, se sl!rvail de ce e"\presl'empreint&lt;! du cachcl avec uuc boule Je mer- sions avec intention, el en riant.
Le secret de la poste.
cure; en uile, on mettait la Mtre, du côté
Le Hoi a1•aît ns ez d'anecdote·, et il se
du cachet, ·ur un gobelet d'eau chaude qui troul'ait assez de gens pour lui en dire de
Il l' avait deux perrnnnes, le lieutenant de fai ail fondre la cire sans rien gâter; 011 morLifianle pour l'arnour-propro d'autrui.
police el l'intendant des postes, qui avaient l'ouvrait, on en faisait l'c:l'.lrail, et ensuite on
n jonr, Choisy-Je-Roi, il entra dans une
grande parl à la eonfiance de Madame [la mar- la recachetait a11 moyen de l'empreinte. Voilà pièce où l'on tral'aillait à un meuble brodé,
qui ·e de Pompadour] ; mnis ce dernier était cornrueol j'ai entendu raconter la cho'e.
pour voir où l'on en était. y:mt regardé à
ùerenu moins nécessaire, parce que le Roi
L.'iotendanl de postes apportait les exlrail
une fenètre il vil, au bout d'une grande
avait fait commnniquer à M. de Cboisrul le au Roi, le dimanche . On le Yoyait entrer et nUée, deu. homme. en habit de ChoLy
. 1. txtroit Je !a préface t'crile par Jtmr ~lar ·clJ,, pa$ er comme les ministres, pour ce redou- (c'était le costume imposé par le Roi aux
Tmnsrn pour I • prcmi r volume de La 1;-,•anraisc ,atable Lravail. Le Dr Quesnay, plu ieur fois courtisans im·iLés à ce thâleau : justaucorp
co11lée JJ/11' clle•111é11,e {Mé11t0irea de la Fem111,· ) ·
füu ,:11 ~ o~ l1OJ1PAooun. d'après le journal de sa Femme devant moi, s'est mis en fureur, ur cet gri pour les hommes, robe de chambre noire
in/iîme ministère, comme il l'appebiL, el à pour les dame ) :
d~ Chambre.

(( c·

a

�,,
•

111STO'l{1.J!
« Qui ont ces deux. seigneurs?

11

Madame prit la lor nellc et dit :
(&lt; C'est le duc d'Aumonl et •··.
- Ab! fit le !loi, le grand-père du duc
&lt;l' \umont erait l&gt;ien étonné, 'il pollVait voir
sun petil-fils bras dessus, bras dessous avec
le petit-fils de son valet de chambre L... , en
habit qu'on peul dire à brevel. »
Là-dessus, il raconta tme grande hi Loire it
)ladamc,qui prom•aitla vérité de ce qu'il di ail.
Le Roi sorlil en uitll pour aller à la figuerie a&gt;'cC Madame.

de ce qui était arrh·é .•le dis seulement à la
fille de garrle-1·obe de toul remettre en éLat,
el elle c1•11t que ~fadame avait été malade. Le
lendemain, le Roi remit secrètement à Quesnay
un petil billet pour Madame, où il disait :
a .lla r/1ère amie doît ai•oir eu grantl'peiir; mais qu'elle e franquilli:w: je me
porte bien, el le ,locteur vous le certifîe,·,i. J)
Le Roi, depui ce moment, ·'habitua à
moi; el, tour-hé de l'atLachement q11e je lui
avais Lé.mo1gnr, il me foi ait souvent des mine gracieu es, à a mani~rc, et de peti.ls
présents. Et Loujour , au jour de l'an, il me
donnait pour \lin"l louis environ de porcelaine. Il me voyait dans l'apparLillllCOI, disaitil à ladame, comme on y ,•oit un tableau ou
une L1tuc muette, cl ne se gènait pas pour
mm.
Com!Jicn dl· foi· uous arou dit, .\ladamr•
cl moi:
(&lt; Mai , . 'il ft'lt mol'l, quel embarras!
Q11el ·caudale! 1&gt;
Non nou étion , all re le mise l'll rè"lc,
à tout érénement, en avertissant Quesnay :

el son silence, et. la promes.e d'une place
pour son ûl . Le Roi me donna un acquilpatc.nl, ur le trésor royal, de quatre m_ille
francs, et 'Madame eut une très belle pendule
et on portrait dans une tabati re.

Aventure manquée.

Outre . e.s petites maitresses du Parc-auxCerfs, le Roi avait quelquefois des açenLures
avec des dame~ de Paris ou de la Gour, qui
lui écrivaient li y eut WlC lm.e de M... elle,
qui avait un mari jeune et aimable et deux.
cenL mille livre~ de rente, et qui voulut ab riUne alerte.
lument ètre a maitres e. Elle parvint à le
voir et Louis XV, qui :m1il a fortune, ét.air
n ;\'éncmcnl 11ui me lit LremLler, aiu.si
itersuadé qu'elle étaiL incèremenL amoureu~&lt;·
que ~ladamc, m procura la familiarité du
lollt:: de lui. n ne sait pas ce qui erait arHoi. Au beau milieu de la nuit, ~la.dame cnlr:i
rivé, si elle ne fùt morte. )fadame en était
dan · ma chambre, toul prè- de la sienne, NI
fort embarras éc cl ·e trouva, par sa mort,
chemise, el se dé c pérant :
délîvrée
de ses craintes.
« Venez, me dit-elle, le Roi se meurt! &gt;&gt;
ne
circonstance
me valul un rodouhlt'On peut juger de mon effroi. Je mi un jupon
menl d'amitié de fadame. rn
eLje trouYai le Uoi, dans son lil, habommc riche, qui était dans les
letant. Comment faire? C'était une
ous-fermes, me viut Lrvuver, un
indi,.,estion. Nous lm jetàmes de
jour,
en grand secret, et me dit
l'eau; il rc,•inL. Je lui fi avaler
qu'il avait quelque cho e à comde· gouttes d'llolfman et il me dit :
muniquer à Mme la Marquî e de
&lt;1
e faisan pas de bruit ; allez
lrès important: mai l]UÏl erail
seulement chez Quesnay. lui dire
fort eml&gt;arrassé de . 'en expliquer
que c'est ,•olre maitresse qui se
avec elle; quïl pré[érail m'en insLrouve mal; et dites à ses gens de
truire. Je l'a su rai de ma discrétion.
ne pas parler. J&gt;
« Je n'en doute pas, me dit-il,
QuesnaJ étaiL logé tout à côté:
et c'est ce qui m'a fait m'adres er
il Yint aussitôt l'l fut fort étonné
à VOU·. ))
de voir le Hoi ainsi. Il lui !;\to. le
En uitc il m'apprit, ce que j •
pouls cl dit :
savai
, quï1 n,·ait une Lrès belle
~ La cri e esl 11nic: mais i le
femme dont il était passionn&lt;'P.oi avaiL sob.aotc: ans, cela aurait
mcnl amoureux. L'ayant aper~·u ,
l'u èlre édeux. »
un jour. baisant un petit porh:n alla chercher chéZ lui &lt;1uelquc
fouille, il avnil cherché à s'en emdrogue; il r •vint bientôt aprè,, cl
parer, s'imaginant bien qu'il l'
~c mit 11 inonder le I\oi d'eau de
avait
r1uelque mystère. ll l'avait
enLcu r .... J'ai oubli t le remède
donc
gueUée, el, un jour qu'elle
11 ue lui fil prend rc le docteur Quesétait ortie précipitamment pour
llil )'; mais l'effet en fut merveilaller chez sa ·œur, qui venait d'acleu~ : il me sembla que c'était des
coucher dans un appartement au9011Ues rl11 ge"nfral la J!fol/e.
des.us du icn, il avait eu lo
Je rél'eiJlai une fille de garde-temp de Lrouver le .ecrel du porrobe, pour faire du thé comme
teîeuille. Après l'a,·oir ou,·ert, il
pour moi. Le Roi en prit trois
avail
été bien étonné d'y trom·er un
tasses, mit sa robe de chambre,
portrait de a Majesté, et dans
ses bas, el gagna on appartement,
l'autre partie ùu portefeuille un ·
appuJd sur le docteur.
lettre très tendre de sa main. Il eu
Qucl peclacle &lt;rue de nous '&gt;Oir
avait
pris copie, ainsi que d'une
tous les trois à moitié nus!
Madame pa sa le plus tôt possi- CnArEAU DE .ERSA1LLI:, • - BALCÔ~ IJU • C.UJINET rnTu,tJ;. • 1/ou Loms XV Lettre commencée d'elle, par laquelle sa femme demandait au [\oi
ble une robe. ainsi que moi, et le
VIT, U :S WIUŒS AUX YEUX,
in
tammenl de lui procurer le plais
'ÊLOIG.."",ER
LE
CO!fVOl
FUXEBRE
DE
LA
IllARQUI
E,
Roi e changea dan se rideaux,
formés Lrès décemment. 11 causa A dtoite, au rez-dc-,bnussée, à l'angle même du billimcnl, se trou vent le lroi, sir de le voir. Cel homme ajoutait
qu'elle en avait lrom•é le moyen,
marches que Louis X\' descendait, quand il rut !rappè par Damiens.
sur sa courte maladie el témoiqui était de se rendre à Versailles,
~na beaucoup de sensibilité pour
où elle irait masquée à un bal do
les soin qu'on lui a\'ait rendus.
Ja Ville, el que le Roi pouvait ,·enir ma qu é.
&lt;&lt; Cai-, dit Madame, il n'e t pas eu.lemeoL
Plus d'une heure après, j'épromais encore
J'assurai .M. de ~.-. que je me chargeais do
la plus grande terreur, ea songeant que le mon médecin, il est enr.ore premier médecin
faire
part de celle alfaire à Madame, qui serait
ordinaire du Roi . c·~t la econde place de la
Roi pouvaiL mourir au milieu de nous.
t·econnai sanb~ de sa. confidence. li s'empres::m
Heureusement il rel'int tout de suite à Jui, Faculté. l&gt;
d'ajouter :
ll out mille écu. de pension, pour ses oin
et personne ne s'aperçut. dan le domeslirrue
... 36o

W'

_______________________________

MAD.li.ME DE Po.MP.ADOUT(

cc Dite· à ~Im• la ~Iarquise que ma îemme !JUi finis aiLdes'habiller. J'étais seule avec elle.
11 J'ai sonné· 1Guimard est entré et a été
Leauc()up d'e prit et qu'elle et très intri[ort surpris de mon tète-à-tête avec un homme
&lt;&lt; Croîriez-1•ous qu'en rentrant dans ma
gante! Je l'adore, et je erais au désespoir chambre à coucher, sortant de ma rrarde- en chemi ·e. Il a prié Guimard de pa,ser avec
qu'elle me fùl enlevée. &gt;l
robe, je me suis Lrom·é face à face avec un ltù dans une autre pièce et ùe le touiller dans
fo ne perdis p:u; un instant à instruire monsieur?
les endroits les plus secrets.
Madame et à lui remettre la let« Enfin le pauYTe diable cstrentre, etje la prévin do rendez-,·ons
lré et a remis son babil.
demandé. Elle parut fort sérieuse
1&lt; Guimard me dit :
et pensire. J'ai su depuis qu'elle
- C' e t c..1rtaincmen Lun homme
al'ait consulté M. Berryel', lieutequi dit la Yérité et dont on peul,
nant de police, qui trou\'a un
au reste, s'informer. u
moyen bien simple, mais très ha&lt;• Un autre de mes garçons du
ùilement conçu, pour éc:!1'ler la
Château est entré et 'est l.ronvé le
dame.
e-0nnail re :
_Il demanda à parler au Roi le
- Je réponds, m'a-L-il dit, de
soir même; c'était un dimanche,
e brave homme, qui fait d'ailjour où le lieotenanl de police veleurs mieu que per 01mc le bomf'
nait à Versailles. li lui dit qu'il
à l'écarlate. )/
croyait devoir le prévenir r1u'il y
11 Voyanl cet homme si Ùllcr11w1it une dame qui le comprometdit qo'il no sa1·aiL trouver la porte.
tait dans Paris; qu'on lui avaiL
ni se tenir enJ place, j'ai tiré de
remis copie d'une lettre tin 'on supmon bureau cinquante louis :
po~ait écrite par aM:i.je té. llremil
- Voilà, Monsieur, pour calcelte copie au floi, qui la lut en
ruer vos alarme .
rougi .an!, et la déchira en fureur.
(C Il e l orti, après s'être pro J. Oerr ·er ajouta IJUe l'on répanlerné. 11
dait que œue dame devait a\·oir
Madame e récria sur cc qu'on
une en trm•ue avec lui au bal Je
pouvait ainsi entrer dao la chamVersailles; el, dao lo moment
bre du lloi. Il parla d'uno manière
même, le hasard fü qu'on remit
très &lt;;alme de celte étrange appariau Roi la lettre de la dame qui
Lion ; mais on voyait qu'il se concontenait celle demande.
traignait et que, comme de raison,
M. llcrryer en jugea ainsi, parce
il avait été efl'raJé,
11ne Louis ; V parut surpris en la
La Marquise approuva beaucoup
li ant, et dit :
la gratification · et elle avait d'an« Il faut avouer que M. le liealanl plus de raison, que cela n'ércnant de police est bien inslroit.
t.ait 1mlleme11L la coutume du
- Je croi , ajouta Berryer, dcIloi.
vr,ir dire à Votre Maje lé que celle
M. de .Marigny, me parlant de
dame pa e pour fort intrigante. ll1::pcn,fa11cc Je la prupr1èlé actuelle de Madame la l:larunnc d'Arlha.;, 1, ru,; cette aventure que je lui avais
Sai111-l\1êdtric, à Versailles. - L'nncicnnc habitation ne compren:tll que h:
- Je crois, fil le lloi, ciue cc
racontée, me dit qu'il aurait papctil pa,·illon d'aile :i1·ce les deux {coètres encadrée:~ de lierre.
n'e t pa sans rai ·on. )&gt;
rié mille loui contre le don de
Cette aventure fut ainsi coupée
cinquantll louis, i tout autre que
dans a racine, sans que Madame partit~ :l\'oir
- Ab ! Bieu ! Sire, s'écria Madame el'- moi Iui eù.t raconté ce trait :
part. Le !loi ne redouta.il rien tant que le · ba- fray~e.
,c C'est une chose singulière, ajout;J.-t-il ,
vardag~s; el il crut que sa lettre courait tout
- t:e n'est rien, reprit-il i mais j 1aYO1tc que toute la race des ,•alois ait été libérale à
Paris. M. llerryer fil épier la dame, qui que j'ni eu une grande surprise : cet u.ommc l'excès; et il n·en est pas tout à fait de m11me
n'alla point à \'er aille . Madame me lit part a parn tout interdit.
Je celle des _Bourbons, accusée d'être un reu
de cc qui s'était pas é; le mari fut fait
(r Que faites-vous ici? &gt;&gt; lui ai-je dit, d'w1 avare. Ilenr1 1 a passé pour être avare . li
fermier général deux ou trois ans après. La Lon asseL poli.
donnait à es maitresses, parce qu'il élail
1arq11ise me fit donner "Îx mille francs sm
« fi s'est mis à genou:.~ en disant :
faible avec eUcs, et jl jouait avec l'âpreté d'u11
~a p~ace, à condition que je ne la quitterais
- Pardonnez-moi, Sire, et, ava.nt Lont
homme aonl la fortune dépend du jeu,
J31Da.tS.
faites-moi fouiller. »
Louîs . IV donnait par faste.
(( Il s'est hâté lui-même de vider ses poches;
11 C'e l une chose bien étonnante que celle
il a ôté on bahiL, toul troublé, égaré; eniin il qui aurait pu malheureusement arri,•er. Le
m'a dil qu'il était cuisinier de... el ami de Uoi pouvaiL être a assiné dans sa cb~mbre
Un roi mal gardé.
Beccari qu'il était ,·enu voir. Il s'était trompé sans que personne en eût connaissance, el
d 'esca.lier. et ton les les portes s'étant trottvées sans qu'on pù.t savoir par qui. 11
« Il 1•icnt de m'arril'Cr une sin"'nlière ouvertes, il élait arrive jusqu'à ma chambre,
Madame fut plus de quinze jours a.ll'ectéc
cho ·c, f) dit le Roi en entrant cbez- M:dame, dont il allait hien vile sortir.
ùc ce pelit •h'énement.
Il.

11AnAM.E

DU

llAUSSET.

�""·------'-----------------'------- 1..Jt
LES FEMMES DU SECOND EMPJ RE
~

La_princesse Mathilde et ses amis
Par Frédéric LOUÉE.

l. Gfra11J làcbail la bride au~ mêmes fan laisic · hu-

cnnœs tout l'éLé. C'était pour elle le plaisir
d dieux de le recevoir el de les retenir.
Quand on venait, pour la première Iois, ur
ou imitation, jouir d'une emaine ou deux
Je présence, à Saint-Gratien, elle commençait
par Iaire Je honneur de on chez oi avec
une riante implicilé, ouvrant e appartements el, en pa.rliculier, on cabinet ori 1•ina.lement encombré de 'petil mcuulcs et d'air
c.essoire qu 'expliquaienl ses menue occupations, es personnelles haLiLude ; pui clic
montrait ses chambres d'amis, r~pétanl qu'elle
n'avait pas de meilteur coulenlement que
d'a\'oir du moade, de -vi\Te au milieu de gi&gt;n
sympathiques, et se rejouis a11l que son ort
lui permit d\ ,•aqller tout à. son ai e. Elle
aurait pu, di.ait-elle. avec ses revenu , on
esprit de curio ito, a naturelle fantaisie,
'assigner de buts extraordinaires . a. complir de rares des ein , élever des monumeols,
se dresser à. elle-mème un palai · de financier; mais - et c'était là son mol îréquemmenl de retour nr -Cs lèl'res, - elle préférait à tout œla mille fois u sa perse a-,ce de
\'ieux amis a si de .us ».
fJuu les grand .iour d'in\'itations, comme
aux série de Compi~gne, on arrivaiL en plusieur voilures à ,aiat-Grâlien. à l'beure de
prendre pla ·e à taule I Après le déJcuner on
pa. ait dan la véraoda. La priuce se, qui
déte tait l'odeur du tabac, a\'cc uu bl!au courage allumait le ciuarcs de quclt(UC fumeurs
impénitent ·et le eau erles ·e proloagea.icnl.
L'une d~ di tractions liabituellc:ï de cet in •
tant psycholorri.c[UC était « d'alt.clcr », selon
le mot d'un des familiers du lieu, le pciulrc
aUiLré de .•\ . .llatbildc N:Apoléon à l'allmrn
des caricatu1·e . Giraud y excellait. 'appuyant
an bras du canapé, où l'arti le était a is, la
11rinces es' ·«ayait loulo la premicrecn voyant
ortir peu à peu le ujct, son· l'empreinte du
crayon alerte. w· une page, c'était Mathilde
elle-même posant pour son buste de Carpeaux
en déposa.nt un haiser sur le museau de son
chien Chine; ur une autre .e dé,'.eloppail en
Ulie rondeur énorme la partie po léricure de
l'ahbé Coquereau, ballonnant dan un pantalon Je bêh 1• C'érait ncorc la charge d'Arago
écrasé ous une L1\gion d'honneur gigantesque, ou celles de .Jaréchal el de a face épanouie, ou la doul.ile ilhouetlc des Goncourt
r liée par une seule plume. Ce gailés du
que i;epl à lrnît_ intimes, ln m~io et l'esJ!ri~ toujours

moristiques, chei füeuwl'rkerl.e, à l'issue de chacune
,le 3CS soirers du Lou\'re, Le ,·endredi, lorsque 11
ruule des iu,itûs s·élail i:l'Ouh\e, qu'il ne rcs~t là

laicnt le salon du suri11t.c11dan1 des 8ea11X•Arl8. !:n

li

ous l'Empire, les réception· de la princes e étaicnl les plus recherchées du monde
pari ien; el c'est aloi' que, gardant le dimanche au imitalions courantes, elle avail
dû résener le mardi pour li! 1)ersonnage
officiel·, el le ruercœdi les intimes, des arLi tes presque cxclu-ivement. Un aimait, on
vantait celle petite cour de beau1 esprit , fa.
çoonéc sur le modèle des cour italiennes du
xne siècfo. Elle y :l\·ait imprimé un cnchot
tout per onnel. l[Ui faisait dire de ceux qu'elle
accueillait qu'en Yûrité ils n'élaient point des
bonaparlisle . mais des mathiidiens.
L'hospitalité large, continuelle, était un
besoin de sa na.Lure; elle le pouvait contenter
surtout dans sa belle ré idence d'été, à ainlGratien. Cc chàLeau n'était pa , comme on
l'avança par erreur, le manoir hi torique de
Catinat. li datait eulement du premier Empire, où. il fut bâti pal' le comte deLucay préfol du palais. Il n'aYaiL pas l'aspect impo ant
d'une œuvre d'architecture; 'élail 11ne Jemi:ure pacieu e, meublée a,,ec goût, san
caractérisliqu.e saillflnte. li fut sou\'ent Mcrit.
.tu rez-de-chau·sée étaient le \'eslibule, le
grand salon tendu de per e à fond verl et à
ra.mage , le plaîood tendu de la même étoffé
en forme dù tente, une jolie 1'éranda, tonl
amhra,.,ée de "igne vierge, donnant sur le
parc, 1111e Libliolltèc1ue, un salon de musil1ue,
un Jiillard, et, dans les annc e·, con truites
ur le indicalions de la princesse, d'un colé
la salle à manrrer el de l'autre l'atelier. Un
second atelier fut ôtabli Jan$ le parc, fait
d'une ancienne chapelle, qui a1•aü con ·ené,
chose curieuse, son nu tel, et où se réunissait,
par occ~~ion, tout e la maisonnée du mome.nt.
Un bel escalier t1 double ré1•olution menait
aux étages du padllon Catinat. Au premier
palier se dressait une n-r:i.nde glnce ur lat{UClle &lt;&lt; le peinlre ordinaire ~ &lt;le lla.lbilde,
El1gène Giraud, m•aiL enLrelacé de sujeL
Louis XV et Directoire, devant fig\uer, en
des s ·rubolcs discrels les sept péchés capilam. A. cet èlage étaient le appartements de
la princes e. Le second était ré ervé anx in,1.té , hnil chambres au lot.al, dont la plus
belle était destinée, par une attention Loule
gnl:mte, am nouveaux marié ,
Elle avai t, à Saint- ratien, des omis en \'a-

1füpos, uolre pmntrc se mella.Lt à fo u-c o ! aquarelle
la charge ù'un de homme! ma.rquantl, qm frequlln-

cra ·on amusaient heaucoup le b(lLitué . Ils
'y retrouvaient entre eux. De~ cartons pleins,
de l'Olumi:ncux alLnms regorgeaient de~ ,roquaJe de Giraud 1• L'un de ceux-là le appelait l'histoire intime et lmrles1rm: de la
mai on. On Lournait, on feuille1,1i!. On H'
pa sait la cho e de main eu main. 011 riait.
Plli , de s'éd1apper afio d'aller en Lroupc au
bord de l'eau, dans le chalet, narni de rame:..,
d'avirons. étageanl sa notlille de c:mols,
d'yole , de paüus, bien proche de l'embarcadère. C'était pour le luur du lac aocoutomé.
Suu,enl, après le ùéjllttner, MatbildeaimaiL
a faire de courtes promenade en campagne,
jetant ,es pensée. à. l'air libre, comme elles
lui venaient, ur l'idée du moment, l'impression du jour. Promenades charmantes et qui
l'eussent été da,anta"'e si la 11rinces c- gliserons-nous cette rcms1rque en pas anl? n' ût eu de compagnie que c:; intimes . Mai.
c.:lle avail am,si c· chien . Elle en était lrè
oi:cupée, trop au gré &lt;le ccu:t qui cheminaient
,rrec elle el qui He s'c11 plaignaient pas à
haute ~·oix, 1:,,idemmcnt, mais qui épronvaicnl
de l'agacemenl de ce que fa comcr ation ~•
marche était, à el.tftt1ue 111it111le, dépassée par
le retournement dc la princesse, pal' se
cris d'appel: Clrine ou Toni, chaque fois q_ue
l'un ou l'autre de se intéressants quadrupèdes s'était égaré dans un détour ou enfoncé
dans quelque mas if.
A ceile heure du jour, elle a,•ait, d'autres
foi , sa crise de trnvail. D'un pa pre sé, elle
. e rendait à son atelier. Là, paisible daTIS le
vaste hall aux porlière somptueuses, aux
mur garnis d'immenses palmes entrecroiséœ, la princcss · reprenait un portrait commencé. Ilébert, as is derrière elle, présidait
au tra,·ail. 11 bien Giraud, debout, peignait
un sujet doooralif pour le cbàleau. Parmi les
personnes présentes. celle-ci li ait. celle-là
lapis ait. L'un 1 comme le prince Gabrielli,
brunis ail les ton d'une eau-forte. D'autres
feuilletaient des album ou devi aienL à mivoi:.. L'aprè ·-nùdl c passait dans ce calme;
et l'on aUail eodo cr l'baLit pour le diner.
~ais ne nous arrêterons-nous pa.s à 11oucr
plus étroilc cannai san e avec plu i~urs de
ceux-là, qui composaient le noJau de cette
colonie salonière?
'îeuw~rkerle tiendrait la tète de la li le
par le degré d'int.imité et la durée des séjuin 1855, la collection se composail ù'une soixautaina
de dessins eofer111és dans un portefeuille, qu'on e$1ÏmaiL Mjâ tle:s plus curic1.1.1, eL qui 5'eoll.a, pa.r l.a
suite.

joors. Nous le retrouverons tout à l'heure,
au chapitre des alîcotions J&gt;ri"éc .
Un agace chercheur, connu de tou les
moliuristes par ses révélations sur les origiues et sur le parenlage de l'auteur du Afi:ant/11•ope, l!:udore oulié, conservateur adjoint du palais· de Versaille , était aussi, de
fondation, l'un &lt;le hôte accr~dités du lorris,
où l'avait introduit la bienveillance de Nieuwerkerke. Il 'était constitué là, par h:wi1udc, un peu comme l'introducteur des visites.
ll a1:ait, dans ce rdle, des indécision , des
maruères de scrupules presque excessives.
'l'héorhile Gautier se présentait, une aprèsmidi, à l'improli le. Eudore, oulié crut de\·oir
s'informer : la prince se pouvail-clle recernir
Théophile Gautier? « Comment I répondilc!le, avec un cri du cœur, comment! si je
veux recevoir mon poète! Il Un parlait de
Soulié comme d'un comi1·e aimable et d'un
h~mme de .sens. Les anecdotes du crû ajonL:uent au $tgna1ement d'en cmble de, tl'aits
particulier . One grande hi Loire s'étaiL dél'Oulée dans sa vie, à ce qu'on en disait,
émouvante et cocasse. De nature scmûmcntale, à , inrrt ans, il avail eu son désespoir
J'amour el faillit 'asphyxier a\'ec des cbarl&gt;on . L'originalité de l':iventure fut qu'il
avait choisi pour r&lt;!ceptacle de cet élément
nocif de amoureux en pcine, quoi ? Le bain
de i~g_e paternel! Chanceuse in piralion :
le plomb ~'èt.ait de·soudé, et c&lt; Eudore-Wer1her » avait pu rouvrir les eux à la vie.
Je m'en voudrais d'oublier le Tallemant
ùes Héaux de la ruelle malhildienne, un
homme de lieaut:oup d'esprit et de méchancelu, et si 1I1.0l disant el .i vindicatir, tout de
môme ·i curieux à questionner, que chacun
ap1iéLa.it tl'enlr'ouvrir ·es livres uoirs: le
cowle Horace de Viel-Castel. Il est en ce
lieux constamment aux aguct , fouilla.nt de
·e yeux aigu expre. ion des visa_ge ·, écontno Ld' une oreille avide les ana qui circulrull,
!!l les racontars, les histoires salées, qoj feront si Men sur ses tablettes, lorsqu'il les )'
couchera, le oir, aggr:ivées de ·es réfl ion ·
aigre ·-douce,, et de ses insinualions perfides!
li avait été jeune, aimant, sensilile, léger,
fri"ole aus i comme on l'est alor , m:ii. r:ip.iLle aussi d'nffections profondes, et qui le
lircnt Leaucoup souffrir eu sc Lri,,ant. Même,
à J'en croire. il était né a,·ec la faculté de
sentir plu ,ri"emenl que q1ti que i.;e fût :
joie', passions, douleurs. lai , comme il dut
changer en prenant de l'âge et de l'e1périence ! Viel-Castel a la critique amère. Prcsr1 ue aucune apprt!cfation ne passe sous ·a
plume qui ne s'achè\-e en c.oup de griffe.
11 J'appartien à celle race d'hommes, préLc:nùait-il, que le monde o peut connaitrc et
qu'il jugera toujours à faux. Je n'aime pas et
ne peux pas aimer à demi; je m'enfonce dans

P]f,11VC15SSE JKJS.T11TLDl; 'ET SES .11M1S - - - .

mon amour et ne Liens à être connu que de
lui. » C'est pour cela, an doute, qu'il ne
parle que de ses colère. , de ses jalousies, de
ses haines. A.us i, 1ruclle abondance de ,·cinn
sur ce chapitre !
Il paraîL vouer à la princesse une affection
sincère. ouvent il s'entretien t de sa bout~,
de se allentiom cbarmanLes à l'égard do
ses ami , des présents qu'il reçoit d'elle, de
sa gracieuse ho piLalité et du plai ir qu'il
éprom•e, graod collectionneur d'objel.S d'arlt,
à faire passer ent.l'e ses mains de bibelots
précieu . qu'il a ré ervés, avec l'imention de
los lui offrir 1 ~ !foi·, pour oela, ne cro1ei pas
qu'il c gène ;de dauber sur se faible ses,
ses erreurs, ses partis pri , ses créduliL&amp; [
(( La princesse, IJUÏ osl bien la personne
la plu faible du monde », c·e ·t une antienne
i1 l11qui::Uc reloornenl, à chaque in tant, c.i
pfaintcs. u Le .alon de la. rue de Courcelles
est vraiment déplorable », c'est encore une
dti se formules. ll y a, ohcz elle, rraiment
trop de gens qui lui déplai enl. Cette ·ociété
fait le plus grand torl à celle &lt;(Lti la reçoil.
Pauvre el aveugl&lt;l princesse! Que ne luj est-il
permi. à lui de chasser loin ces coteries inléressécs el fausse qui mellcnt a. confianrc
au pillage;! JI en convient, t1int-Gralien c l
, es ombrage lui conviennent mieu). que l'atmosphère néfa le qu'on re pire daos le s:ilons de la rue de Courcelles :

r

1. \'iel-Caslel donna, n l 8(H, au lruS.:e ilu Loavril
une collectiou J e peintures provcmnt d'enciens manuseri Ls italiens, espag-nols, llamands el françaù; des
XII', lll\1 , ,;v• et 1-v1• 11ècll'S.
Il y ajoul3, en plusieurs occa.io11s, paur le muaéc
etJmo"'rapl,iq_uc, mniots objets rares ou euriew, el
de~ f11.ïc11ces, tles crù;laux.
~. u A la prince e :Mathilde, j'ai olfcrl taul de
pclits et précieUI olijcl..!, qui g!l'nmcn l ses étagi:rcs,

~bene uuaudon.

PRINCESSE M.i.Tmt.oc.

« J'arri"e de Sainl-GraLien, la campa~e
achetée par la princesse Mathilde. C'est joli
que je ue snurais les nommer •. (Yicl-Castel, ,!Um.,

!l oel. 185.i.]

3. t Panvrc princes e lfalhildel Vous ôtes bien mal
cutourée, et personne ne 1•ous donne de bons cc;ineils. Peu il. peu, vous vau laissez aller nul complai•Qnts ; la nanerie vous mord, elle vous sédoil;
ce,n qui vous baisonl les mains ypus reniera ienl si la
fortune cessai.L rle •ous l'avori~r. You:1 êtes Lrnhi par
lllll personne_ llll!mes Je votre inté .. icur; chacun dll

el bien arrangé. Mon petit appartement y est
ll'ès conÎOl'lahle'. »
Oni, aint-Gratien lui plairait extrême~
ment, si un malheur obstiné ne voalait pa
qu'il )' rencontrât au i les Giraud et la Jlesprez, el l'abbé Coquereau, la queue du corlègel Fould au si est sa bête noire. Le corole
de Laborde lni inspire de véritables accès du
rage urlout depuis &lt;1ue ce concurrent heureux a été nommé direclellr général ùes
archive . n a des colè.re· bleues contre le
prince .lérome-r apoléon, et s'étonne ensuite
de n'ètre pa des mieux reçus au Palai ·Royal. Coqucreau, dé,jà nommé, le roel an
supplice. Et encore lme Desprez leclrice de
Son Alte'se Impériale ; c'est une peste qu'i 1
no peul soull'rir".
TraiLe-,t-il d'une plus indulgente sort les
écri\'ains, Je arlistcs? Que 11ou pa ·. Alexandre Dumas, qui se donne pour 1m grand
historien, n\sl, à ses yeux, 11u'un grand
histrion .... Alexandre l&gt;uruas fil., un jeune
vaurien, auquel a manc111é Loule éducat ion de
famille ... Thoophile Gautier .... J'arrête ici
la aomenclalarc. (Ju:mt aux journali Les
n'en parlons pas; il le exécute d'un Lrait :
a Peut-ètrc serait-ce un grand bienfait ùc
supprimer les journaux comme tribune politique; ce rnrait pour la France un grand
apai emenl et le gouvernement ôterait u.rtoul par là un IDOJen de parvenir aux. intrigants~. 11
Rien de plus impudique el d'immodeste
autant que ses anecdote graveleuses sur les
personnes de la Cour. A l'en croire, toute la
haute société parisienne ne coruprendrait
pa une cule femme honnête; toutes impudemment prennent leurs é.bats o-ou le courtines de l'adultère ou s'eutraincnL à pratiqur1·
les mœur de. Lesbos. Et il les nomme, il
précise, il avance des choses inouîe , avec
une crudité de termes qu'auraient enviée le
romaociers naturalistes N'importe, la morale,
ociale ou liUéraire, n'a pa de plus ardent
défenseur. H e»t plaisan l de lire les prote tnLions indignées de cet homme sage contre le
scandaleux succès de la Dame (llU Camélias:
&lt;&lt; La Dame aux Camélia~, le drame
d'Alexandre Du.mas fils, est une insulte à
tout ce que la censure devrait faire respecter.
Celle pièce e l une honte pour l'époque, pour
le gouvernem.ent qlli la tolère, pour le public
itui l'applaudit. »
Ses cmporlements ne ont pas moins épique conlre George and et autres propagateurs de gales modernes, co.lllllle l'eùt dit
Barbey d'Aurevilly. e rclâche-t-il de ses
rigueurs habituelle , il a des façons de dire
atténuées, des genûllesses à a manière, du
genre de celle-ci :
~ Mme de X... est une aimable el spiri1os propos e~t npporlè envellimé; ,·os ,lépit son
ra ton t&amp;, vos in1prll,lcnee11 enregistrée . • (18 j11il
let J&amp;f,~.)
~- 5l jllillel m,4.
5. ~ ~me Oesprez, l'orl en faveur, ch!'rd,e à nw
nuire dans l'esprit ùe la priucc.sse ; elle aurait voulu
q11'00 s'assur!L de mon livre noir, c·e.sl un e hoTite
que i:Nle remmcl -o
(1. 8 juin t852.

�1..Jl

. - - H1STO'J{1.Jl
br.a nu , une autre fois, el lrt1nchaiL u'unc
façon i aYantageu.e sur uno enveloppe de
dentelle noire, qui jetait le fili«ranc sombre
de es ramages sur le rosé de la peau .... li
parlait d'elle en litlératèur, en romancier et
s'échauffait, au réel, d'un sentiment plus
complet que l'amitié. ,\ cc point que par lti
ton même de ou cuthousiasmc, p.'lr Ja chaleur de son zèle el l'indi rétion presque de
e propo, Jule.:· &lt;le Concourl compromellaiL
légèrement la prince se. Ues amis empressés
en :n,aienL in inné la remarque. Quel&lt;1u'un
fol chnraé, mais pourt1uoi n le nommerai~-jc
pa ? illrc&lt;l Sleven eut :1 J'en Lenir averti .
à mots con,·crt ·, prud •mmcnt, d 'licatemeot.
Le vi ux Giraud, de l'ln~rilut., le pcintr de
la pri11ccSse, L son fil', habile au si dan ' cel
art, avaient leurs coudées franches à :1i11LGratien. Eu ène Giran&lt;l pa ,ail pour w1
courtisan. Cc qui ne l'empêchait point de
garder, en ses propo , Ioules les libertés de
la discus ion. JI c tcna1L aYec la &lt;lame du
lieu sur le pied d'une honne familiarité, 4ui
n'allait pa san lui auirer des mots un peu
gro·, lor que l'artiste, enclin aux gaillardises, dépas ail la mesure &lt;!l
fai ail .rarpeler à l'ordre. Il .e rallrapail, du reste,
entre les quatre mur- de a chambre, où le
causeur nimaienl à c réunir, afin de jaser
plus à l'aise et de 'olfrir un supplément
d'histoire alée , qui l'étaient trop pour Ja
table de la prince se.
Aus i bien Giraucl a1•ail l'estime d'un beau
talent, d'une m-andtl francb1se de caractère,
d'une servialii]ité cou.tante a,·ec de la bizarrerie dan le manières, dans le habitudes
cl le sau -fac;o11 de . a \'ic. On a rapporté.
d'amu aut - ùétail" ~ur l'arranrremenl patriarcal de son exi lcnce intime, 1hayét1 Je &lt;1uelciucs Îl¾,"11 s boule,·arcfürcs.
À anl maison de, ille et mai on Je champ ,,
n'habilaol pre que jamais œlle-ci el n'occupant de celle-là que le minimum de ]a plac •
néocs ai1·e, il formait avec a femme un
ménage il'artistes bien original. le peintre
Eugène Giraud. La mh&lt;', le p'•re, lè Gl. ,
tous Lrlli' gitaient dans la même chambre.
Giraud cnior s'accommodant d'nu lal'ae rauLeuil Giraud junior 'étendanL sur un 1it de
.an11lc, au pied du lit Je a mèl'e, à la traverse. Les hommes ·orlaient et rentraient
tard. La t mme était ca anière cl "3"oait a
couche, huit heures onnanl. A deux heure ·
du matin les noctambules réintégraient la
maison. Le fils prenait un livre ramas·é an
hasard - Ja chambre en était pleine - et
le li ait à haute voix. De réflexio11 étaient
échangées; el, Yer le troi ou l[Ualre heur
&lt;lu matin, le calme e faisait : chacun aYail
repris ou commençait son sommeil. Comme
on a lieu de le croire, d'après ce qu'on vicnl
d'cxpo er, Giraud et on fils 11'avaienL pas le
réveil m:i.linal. Au contraire de la maitre e
de Ja mai on, 11ui traca sait, dès l'aube; dle
préparait le caré au lail pour l'a11porler, au
bon moment, à on mari eL à on rn ; les
i. Cc qui 11e l'empêchera po onruîte, dans un ,le
un ploce, de log,s Lom\ c11 togu prètrs ! » t • r 1m, • moments ,l'h11Dl 'llr noi re. ile jr.lcr crlle ptawte :
veml,re 186n).
« 61re mnlaJe, ('l n'a,oir pa la fatullè û',}ll'e rn~latl
'1. A la ~ •nie tlu 18 moi l!ltli, le jllus graml Jes
cliei soi, lraincr 1a souffrance el :,a l'a.iblc 5e tlo place
Giraud : le Cha.ssew· tic pigcom par \ 1ctor, une toile

luellc femme, un peu calin .... fais qui ne
l'e L pa - aujourd'hui! .... »
La princes e parlait en riant, pnrfoi , de
mécba11cctés de Viel-Ca tel. Il lui fallait un
doigté .pécial pour manier cette humeur
difficile. Viel-Ca tel aimait. à prendre la parole .ur l'étnt de cho c du momenl. Le
pa y veut ceci .... Le pajB réc.l:tme cela ...
araoçait-il. En érilé, que pouvait-il entendre
par 1., ceL ennemi juré d'ua p u tout le
monde? De· classes qui compo ent le corps
de la nation, il en rejclail une i "rosse part
qu • le reste après cela devait paraître bien
exigu. L'aristocratie lui emblaiL iniplement
rongél· d vices. Les bourgeoi , il les appelait
le - puce~ du c:orp · social. luanL au menu
p1't1ple, quelles poU\'llÏent èlr es symp, Ibie
po~r u11 rama sis de pauvre - hères'?
Etrangt! nature qui; cet esprit de malice,
tout h 1ris ·onné de pointe el tonL : clahons é
&lt;le 1·cum l
Il faut so ••n rder des sal issurcs. Eucorc
e. L-il permi de prendre son bien où il c
trou,·u . Yicl-Ca lei avança trop d'allérraLion
calomnieu e : mais il rele\'a aussi, sur son
chelilln, nombre d1• fait révélateurs, nombre
de détail. ob ervés el de paroles entendues,
an lesquel on ne collllailrail qu'imparfaitement la société i bi 0 arrée des premiers
lemp du ·econd Empire. En soulerant 1
porli rc du salon de la prinœs.e Mathilde,
1l nous a découvert de coin ignoré , que
n'auraienL pas reproduit- les photographie
de plein jour officieusement arranrrées.
1'111 arliste el non moin · &lt;&lt; débineur »,
les Goncourt avaient sons la main de l'étoffe
· utunt qu'ils en pouvaient ùésircr dan . cet
intérc ,ant m.ilie11. Il ne se pri\·i•rent point
d\ laillcr. Llo en juge à l'al,ondancc de leurs
glo ·es ur le sujet de llaùûlde et de sou
c~nacle. Jules de Goncourt prolougeail es
arrèl à aint-Gratien ju qu'. Lroi ·emaine ·,
en celle délicil!ll e résidence, dont les omliragc et la ,,fo ordo11née calmaient sa. su.rexcilalion fébrile. Cherchanl partout l'impression
r •posantc et le suprème refuge du silence, cl
ne le. obtenant nulle part, ni à la campagne,
ni à la ville, il goùtait citez elle, tout au
moin , l'heureuse d,fünte, l'apnï-ement.
« Le prince n'aimcntpa Le rrensmaladcs ,,,
lul disait-il, dans une heure de tri te se
mau ~ :ide oi1 il
enta il f.tchcux pour autrui
comme pour oi. En réponse, elle s·emplo ·ait à le retenir par e paroles le plus
sédui8ante . Il devait s'i1Ualler à Catinat cl
prendre twe · lu.i .a f'ld'.[e Pélagie 1. Les
deux. frère avaient une «rande dL:rntion pour
)fathildc, le cadet urtoul, qui n'en contenait
pa - l' c prcs ion. De celle tendre e particuli re, il prodiguait les marques, non seulement !or qa.'il pensail à la louer de ses qualité de cœur et d'esprit, mai · encore lor"quc
sa plume tremblait de sati.faction en sous
' main, à décrire la toilelte charmante qu'elle
a-.;ail arborée, un soir, le joli décolletage d
soie ccri e ri.ui lui laissait le épaule el le-

cher arti le dégu laient le chaud lireuvarrc,
couché , el pares aient, après, les yeux clo~.
1 n avait 3 . ez iiu re te de la journée pour
lixer de impre ion ~w· la toile.
Cos allures du genre bohème n'empêchaient
point Euglme Giraud, membre de l'Académie
des Beau -Art ' el pensionnaire de la prince ~c
Mathilde, d e faire une bourse rondclollc;
de Pari el de Saint-G ra lien trnvaillèrcn t a le rendre rich sans qnïl y eût
ongti; et de façon moins into[l'cieute sut-il
placer en bon lieu le produit de la palette
familiale. Dau l'bi Loire de la 1,rinc · c,
comme amateur cl':irt, la dyna:tie de Giraud
occupa une laro-e place. ne quaranuiine df'
leur. toiles et aq uar ·lies élaieut lll\n·enucs b
. e :-lisser chez elle, qui ne relrou1·èrc11L plu ·,
apr1i· la di~pcrsion de la alcrie de MalhilJc,
la faveur fflli 1 y a.,·ait inlrO\luite· jadis'.
L'ahhé Cot1uereau, dianoine dl' .. ainl-fülli~
aumônier général de lo ll ollc, ledit al,h I lanl
maltraité tout à l'heur • par \ïel-Ca ·LCI, était
en honnc po Lure chez cette incroyaulL', t[ll'il
pérail pcut-Mre comerlir. Du r • Le, 'i
prenant fort 11alan11uenl pour cela et ne
manquant aucune de di lracûon- qu'il pouvait prcnJrc ans · compromettre a outa.n •.
li ne dét slaiL pa le jeu de mots profan ni
1 , sou -entendu. C'était affaire à lui de lire à
haute Yoix, ous la présidence de la princes e et en petit comité, des Œrs amoureux
d'un poète Ju jour, a\ c des inlonalion cl
d - rurs C(.,mplicc: que l'habit du personnage
r •ndait pins . inguli rs. li fallait qu'en a
pré. ence les cho
ru enl un peu bien loin
pou ées pour qu'il fil mine de ·e11 offusquer, comme dan · un aprè·-soup •r de janvier 1 55, où Xadauù chantait quelrrucs-uue
&lt;le es chan 011 un peu grasses. 11 ·1, ptudifia, :111 poinl dL' 11uiUcr la place el de se
retirer dans un .alon voi in, cc qui lui ait ira
11• plais,111leries d'un marqui d Custine.
Cclui-&lt;:i joui sait d'une réputation équivoque
pour un côté d · se,; 1lh.cur , donl la 'alnre
ellc-mèm,' 1:tail cbo11uéc. n Jr m'étow1c,
r •marqua-t-il. rru'uu ~ilèn.e chréûcn s'l-ffarouchc pour ·i peu de cho c. » EL l'nbbc,
tri:. haut, \'ÎJ]O't personnes ayant le oreilles
ouverte , al'a.it renvoyé au marqui une
réponse telle que nous ne pouvon la reproduire; mais il eût mieux valu, pour le con,,enanc , qu'il écoulât, tranquille, dan
l'autre salon, vinrrt chan ons de 2\adaud
•ncore pln gra se et qu'il n'eût pa fait
cette répon e-lii. Très lion cnfanl à l'ordinaire, très tolérant autour de soi, il n'étail
pa homme à gêner le ton des conversation
particulière ; le voi.inagc de a robe n'en
détournait point l'objet. On en prenait plutôt
à l'aise arnc lui. Il ne parais ail pas assez
qu'on s'adressàt à un prince de l'Église, certaine [ois, à la manière dont lui parlaient
certains interlocuteur•. Ln soir, il jouait en
amateur émérite la poule au billard, avec les
Paterson, c'est-à-dire le deux Bonaparte
américain,, fjU'on ommençniL à traiter de
,le gramles ,tirncu.s.inus, lut n':"{11~ pot1r 475 frmc~.
Le meilleur de la liêl'ie , la {'11tmce drs cygnes au
foc d'Engliie.11, pur Eugène, u'dla ~ au-desst1s do

420 rran .

rrinees, lorsque la leclrice de Mathilde,
lfmc De ·prez, qui se donnait dn.ns la rnairnn
d air important s'appuya sur le billard,
et, an c préoccuper des pou seurs de bille ,
étala ur le Lapi une• irravuro qu'elle monIrait el expliqu:iit i'i ,rui vouhtil l'entendre.
Coquereau, pressé &lt;le poursuivre ·c avantages, lui fil remnrlJller, à plu icur reprises,
r1u'elle empêchait le jeu· d'abord inatlentiv&lt;' à drssein, clic
·c rl'lourne tout i, coup ver
lui, el d'uo Lon sec :
a Vous êtes incom·ennnl,
l"abbé ~ vo. observation ·onL
de la dernière inconvenance! 1,
De compagnie facile dan" Ilmonde, il ét.'lil moin indulgent
il e confr~res du leraé, gli .ant 110 doute sur celui-ci, jugeant . ouhaitable le remplacem nl d'
lui-là, dénonçant à
mi-mols les tendances romni11('
de lei é,·êque, s'tile •:ml
contre le- prétention du uainlièrre et montrant bien qu'il
pérait être récompen ~ sous
peu de es opinions ultra-gallicane par l'octroi d'un évêché.
La prince . e Ialhilde, qui ne
l'appelait autrement que ce bo11
11bbé, a 'éla.il pas, avec a fines·e, san voir clair dans ce j u
d'bommed'Érrli ·e. Une foi quïl
dinait ch z elle a,·ec le ministre de Culte
elle l'avait \'ll
ri rconvenir, plusieurs heure~
durant, l'E rcllence, de qui dépendait le succès de a candidatur . Lrprenant à pari. dan
la soirée, elle lui dit à l'o-

P'l(1NCESSE .MJff1flLDE 'ET S'ES AM1S

élincelapt. S'il n'était pa. :m. ~i près de son
œurque l1, furent le comte de. ieuwerkerke,
le poèle émailleur Claudiu · Popelin"' Oll le
l'rémi sanl ab ervaleur « mode.rai Le » .Iules
de Goncourt, il ten:iit chez elle le haut boui
d~ la table. Il éLail le charme de ses réuuions.
Duma a racon Lé qu'il · a.l'ait de" maison ,
où il se enlait en ve!'Ve dè qu'il y était entré.
Jamai Gautier ne e enlit en meilleure disposiliou d'être soi, dan lOlll le relief de e
qualité , qu'en cette maison où il se sentail
attendu, - que œ fùt à Pnris ou dans le paYillon Catinat, -où iJ était beureux, où l'admiraLiou et la sympathie le réchauffaient de
toutes parts. Chacun paraissait allenlit à
amie irremplaçable, el Joni elle écriv it Je portrait ;
pour dam d'bonneur, die cul lot1r à tour Pinfortuuée Mme de , a.int-Marsault, qui fut Lrùléo vive, nu
m~me11I ou elle s'apprt?lllit a partir pour un bal, Jé
Reiscl, Ninelle 'iimereati el rie S~rloy. uéc Rovigo.
Enfm elle s'élniL ndjoinl m, ro11p de profc ur.,
d1~rg&lt;l d'enlrctenir sa culture pcrsonnèlle, Gimwl
pour 1~ 1•rin11tl'f', i-auz 1, 11ui lui rnseignail ln mu~,-

que. Jules Zeller, qu'elle teoaiL de Sainte-neuve, Pl
qui luifais~itquotidiefinemenl_ un cou'.s.d dcu. heures,
,lonl le prmc1pa.l obJet roulait ur l t,1stmre irénéral@
c•mtemporame.
a. Dan ln prHaca d'u n liHe, mallieuren f'tncnl 11()11
mi tian Ji; commerce, Claudius l'opelin a Lrac6 une llJèlcpeinCt11·t1 des so!nie. Je ·ai1\I-G1·a.lfon et un,porlrail
r,•~ em hlnnt tlP 'ft,roplule Cnul1,•r clic&gt;. la prinrf'ft"'·

reilJe:
" AYou~z. mon cher abbé,
que si tout autre se conduisait
comme vous le faites depuis
quatre heures, vous le traiteriez
d'intrigant! i&gt;
Mai elle était bonne et lui
voulait d11 bien; elle pous. ait fortement à sa
promotion .
Théophile Gautier. Lien autrement que
l'abbé Coquereau ou le mémorîali te VielCa tel. joui~sait de l::t rrrande amitié de ~faLhiJde. n matin, elle lui faisait part d'une
promotion très délicate à laquelle elle avait
songé pour lni, dans la hiérarchie de a mai.$On. Comme lie avait un chcrnlier d'honneur 1 • une leclricet cl d'autre sinécnristes
attaché. à a cour, elle vouJut avoir un bihlioLhéc:frre, et l'avait nommé à ces fonctions
pt'U absorbante .
&lt;&lt; . fais, a.11 fail, dem:mdait Théophile Gaulier à l'un de ses amis de lettres de cendant
L C'était le gén;,rat Bougenct1 auquel. apr sa

fil&lt;!rl, &lt;'lie délivrait ce bon cert1hcal dom stique, en
l'Ulll&lt;l d'oraison funèbre : • I.e général n1·ait toutes
les '}uatitës, é lant toujou.rs à on pole et sachant à
merveille se t('nir à sa 1il11ee. Ain i, du.ra11t des anuée.~
qu'il m'a sùi,,ie enqi,ahlé. de chevali~r tl'houneur,c&lt;'I

elct•llenl homme
:!.

E11

n'a Jl\mai. mart:h~ sru· ma •JPeue ! ,
pr,•miPr lieu, 1l•llP ,le Fly. qn'rllt• d1sBit unr

---

cueillir les parole!: ur es lti\TO! . D femmf'•
ôlé 0 m1t1'S ('l bt&gt;lles t... naienl sm· le· ~ic11, leurileux alla.thé . Alor , il linail en poole prodigue ton le tré:or. de son imagination.
Que lui cot)La ien l ce perle ? 11 1•s sema il,
an~ compter, avec le fo ·te ù'un nabab.
JI devisait . ur I s propo. infini. de l'art ou se conre~. ni1
ur les bizarreries ùe st's goùt
, îeC de !!ràC de 1.?allé l'nfanline ou de éclats de bonn lrnmcur, &lt;1ui chauUaient l'almo phère de gaz hilarant. C'était
encore un de. e · thèm1-s farnris
qae de recommencer son lamento de journali. le, .c plaignant d'a,,oir ù lourn r la meuli•
quotidiennement quand il n'aurait eu d'aulre rai on d'cxi lenœ que de modeler en pro ('
ou en ,·er' des formes plastique· ou d'tigr •ner .ous le cil'!
n fête de_ imags' pillore. qnes.
El na,turellement quand il était
sur on Lerrain, bien allumé,
Jlamb::int de ver,~e, iJ n'oubliait
point de fnlmin r, el de toute
on éloriuence, contre la civilisation, le ch min de fer, les
ingénillur lJUÎ houlever,eal la
J1aturc, défoncent et gâtent les
p3y a es, avec Leurs rails, aYec
t.ontes leur im-enlion utilitaires! Que leur faisait cela anx
autre·, 11 la ma, e de. i1·ifü1:s.
à la multitude de ceux 11ui n'étaient point, romm lui et troi ·
ou quatrequ'ilconnais ·ait bi,m,
de ensiti fs, el, qui plus ~~l.
dtls exotique !
Mathilde e fùl grandement
réjouie de ,·oir le poèlr' de.
E11w1u: el Came'ei.• siéger à la
place qui tlui était due parmi
le. Quarante. Pour le "uccès
Je n candidature acad~mique.
elle s'était entremi. e avec Leaucoup d'ndre e el de p r érérance, slimu.lant de es rappel alfeclueux
les « habits ,·erls », qui fréquP11L1.ient en
son salon et s·as se:raicnL t( ur a perse u,
e mell:tol en frais po11r les autre de prévenances eL d'amabilités. Un diner fut organisé chez Sainte-1.leurn, où l'on a\ait iuvité, ur 8on désir, le traducteur de Luc1·èce,
l'au tèrc Pon°cnille. Elle 'y trouvait. en
même Lemp que Yiollet-Leduc et son peintre
Giraud. Toute ln oirée -e pas a à chercher
le moyen de faire raconter à l'honorable
académicien les deux eules hi toirc de ~:i
vie : une entrevue a\'eC Loui
el ùnc
entrevue a,·ec Millevoyè. On ne s'en souciait ·
gnère plu que d'une fi,,.ue èche; mais il

nvec lui l'escalier, l'Sl-ce IJUe ln princesse a
llllP, biLliolbr11ue'/
11 n l'Onscil, mon rbc•r Gautier. faite
comme ~i elle n'en avait pas. )1
Elle avait vo\Jé une alîerûou tr?•s réelle au
poi'•tr· ('(Jlnrislc, ci rlrur &lt;le mot~ el r:mseur

Co111n; DE NnmWERKEIH,'E.

Dess/11 d'INCRES.

.,. 365

l"-

xvm

�msTO'Jt1.ll

__________________________________________ .

fallait séduire, il fallait s'annexer le vieux
Po11 rren·ille. de manit&gt;re à 0 agner sa voix pour
Gan lier. 1 ne du plu, ! L • suce~ en dépendait, peut-être. Tant d'habile diplornalie rc~La
san, erncace. Théopbile Gautier ne tlel'ait pa.;
avoir on fauteuil au paln.i }Jazarin.
1ne fi rrurc encore, qui ne pas ail pa inaperçue Jan ce cadrc ètceptiomml, c'élail
~fériméc. Il venait as ei souvent, ur lo Lard
Je sa vie, e Joutant L,ion qu'il rencontrerait
là de antipathies marquée , mai achanL
aussi quïl y trouverait son ami Viollet-Leduc.
Un moment, il a"ail entre u J'e pérance d":imemr là prinœ se à faire élection d'une rillégi:üurc hh1crnalc ur cette Côte d'azur, où
le forçait de . e rendre, chaque an, le manvai
\tal de !'a Fanté. Pour ry ré oudre, il lui
avait apporté hs des-ins d'une villa, qu'il
aurait aimé lui voir ncheter, de gouaches
tracées dti sa mai11 et qui ne donnèrent nn·
do1lle pa une idée a ei ertvialile de fo heauté
du ile; car ce image la,,ée de couleur
criarde ne ln décidèrent poinL. Jl dut renoncer à laper pecli\'e de son agréable voisinage.
Uu moins arait-il qu'il ne perdait pa on
temp à renouveler e visites, rue de Courcelles. Il y dislillnitl.le l'esprit goutte à goulle.
On l'écoutai!: on dégustait cet élixir. Mieux
sevail de l'ouïr que de le regarder. Il u ·11il la
phy iooomie san gràce, des ll'aits gro , des
ourcil broussailleux et l'encolure épaisse.
Mais 11ui songeait 1t ces di gril.ces, quantl il
causait? 'fout le monde ne goûtait pas e
airs arcaslique , ni a façon de ponoluer les
trait et les fine e qu'il -voulait bien détacl1er. Il était réfrigérant pour les pontané .
les en it.irs. Et son cynisme aflccté, son dénigrement y lémaûque de toute espèce d'illusion , par l'amertume san doute d'avoir
\'li périr platement celles qu'il avait cachées
au profond de son âme, ne lu.i conciliaienl
pa non plus ceux ni celles qui allendaicnl
encore beaucoup de la vie. Mai · il ~tait Mérimiw; on n'échappait pa à l'artifice de cet
esprit fol'l.
Ile tous le cnmmen aux de ln prince. se,
le plu curieu emenl sui-vi des yeux et de
l"orcille était aint -Bouve. Ce rnt!deci11 des
esprit , rru'on aurait eu 0 rand tort de prendre
pour directeur de con cicncc , malgré le billel
d'indultrenoo que lui décerne Jule Troubat,
avait inauguré -t'S rapporls avec le • membre
de la famille impériale en fréquentant la
mai. on de la prince se Julie. Ou plutôt il allait
du salon de celle-ci dans le salon de la princes e Mathilde, quand il n'était pas en visite,
au Palai -Royal, chez le prince Jérôme, autant, du ruoin., que le permeuaieut ses recueillement d'auteur occupé. Il llli étail re l~
de se relations spirituelle avec la fille de
Luci n un piquaJlt ressouvenir.
quelque pas du Corp l~gislatif, tous
les vendredis soirs, rue de Grenelle- aintGermain , en son hôtel, Julie Bonaparlc 1 marquise Roccagiovini, groupait autour d'elle
l'élite de la société étrangère et du monde
parisien. Il y v1:nait des écrivains, de artiste·
en renom qu'on retrouvait, rue de Courcelles,
:mx soirées de fatbilde. Elle ne se bornait

point à receroir des penseur comme Renan,
de fautai i ·tes comme Barbe , d'Aurevilly.
Elle-mème ne dédaignait pa de confier au
papier les échos de on âme. Des réflexion
morales, de ' pensées, de houtad , 'étaient
fixées sous ~a plume, qu'elle a\'ail fait par\'COir à ainle-Beuve, eu exprimant le d~sir
que l"éminenl crilique voulùL bien en juger
et lui M dire son avis. Mais, di traite par e
préoccupations d'auteur à sa toiloue, l"aimaLle princes e a\'8.Ïl oommi une gros e faute,
celle de ne pas rclire . on album avant de
l'cO\'O)er. Et comme avec le ouci de , 'acquitter de sa rni sion conseillère, ainlcBeuve en tournait le feuillets, il arriYa que
es yeux Lomlièrenl ur une appréciation plu ,
princiere qu'académique de son discours
visant le Diocè e de la libre-pen ée.
« Je m'étonne, di~ail à peu près Julie Bonapartl', que la prince ,t• ~lillbiltle reçoive
un homme 11ui n si peu de religion. »
Elle ne di ait pa ' que cela, mai y ajoutait
de gentille e dc cet acabit :
« Mme de B... née de C... reçoit tous les
jours de quatre à si lteure. Elie a toute
orte de no1weUe , qu'elle débite. ans nommer le per onne. de qui elle les tient ''oici
ce qu'elle m'a raconté sur Sainte-Deu,•e : « 11
mène, malgré on ;ige, une \'Îe crapuleu e:
il vil avec trois femmes à la foi qui sont
à demeure chez lui. &gt;J
ainte-Deuve m'a
lais é des carlos, m'a écrit, mais il n'c,t
jamai entré dans mon alon. Tl e t admiré
comme écri,,ain, r. Limé comme critique:
quand il a parlé d'un livre, son jugement e. t
acr.epté; mai-, comme considération personnelle, il n'en a pas. n a fait de · pied et des
maio pour entrer au éuat, duquel, pourtant, il e moquait. - Il a écrit du mal dt!.
personnes qui lui avaient faiL beaucoup d '
ùien, LI pas e pour très gourm,nd; et, comme
,je rai dit plu haut, a rie pri1·éc esl lrè.
immorale. - M. Sainte-Beuve n'a c1u·un Dieu,
le plai ir ; il n'a aucune conviction religion e;
et, un jour, en parlant de l'homme du peupl~,
il disait: &lt;( L"bomme .an éducation e tune
lleur de •bamp , tandis que je uis une !leur
de serre. Jl
nien moin qu':imusédela urprise, ainteBeuve 11e voulut ·pas rester ur r..elle impres. ion. afineplumeétailàportéede a mniu.
Il gri.ll'onna uae maligne répon e qu'il r, ,_
l.Ourna, en même Lemps que le carnet, à la
marqui e Roccagiovini.
Mais voici le texte de celle réponse. Il vaut
d'ètre lu :
t

Ce .16 jnin ll!tl •

« Princesse,
« J'ai l'honneur de ,·ou renvoyerles cahiers
manuscrits, que vous m'avez !ail l'honneur
de me communiquer. Le hasard est, quelquefois, malin el spirituel. Il l'a tté, celle foi .
vous en conviendrez vous-même, en me donnant l'occa ion de lire, et par vos soins mêmes,
prince. e, certaine note me concernant et qui
n'est pas due ioule à Mme de 8 .... Je serai
tenté de vous en remercier. Cette circonstance
me permet, en effet, de vou faire observer,
... 366 ...

prince se, que, si je ne suis jamais entré dau
Yotre salon, ce n'e l pas Taule, assurémrnl,
J'y avoir été -conl'ié- par vous. Ce n'est donr
point à mon peu de cot1sitleration, comme
vou dite , que j'ni pu devoir do 11 'y être pa-.
admi , mai à une discrétion de ma part el 1t
un éloignement instinclif dont j'ai à mè féliciter, aujourd'hui.
« Quont aux aulfes inculpations graves
dont ,,on n'a,·cz pas craint de salir vutrc
plume, il en est qui e réfutent d'elles-même ..
Comment se pourrait-il que j" eu se tout fail
des piedli el des mains pour entrer au Anal,
quand je n'ai jamai fait d'article , nr l"/Iii;loire rle César, n"imitanl point &lt;&gt;11 cela ~I . d'
M... (Mérimée)?
(&lt; Quanl anx convictions relirrieuse , vousmêmc, priucc. e, m'avez plns d'une foi mis
sur ce ujet, lors1ruej'ai eu l'honneur de vou.
rencontrer. Et je pui · dire qu'à la rrudité
avec laquelle vous vou exprimiez, il n'eùl
tenu. qu'à moi de 1·01ts juger ùoauconp plu
irreligieuse que je ne demanderai~ jamais à
une femme de le paraitre.
« Ma vie privée a un a1•antage i elle a se.
faible ses, elle est naturelle et an grand jour.
Or, l'histoire des trois femme à domicile est
une légende vraiment herculéenne cL dont je
n'ai pas à me vanter. De tout temp , ç'a été
faux el archi-faux, comme le a,•enl Lous les
ami·, qui m'ont visité, même en me beau~
jour~.
&lt;&lt; Ce qui me choque peut-être le plus dao.
ce pas age si indigne de votre plume, c'est le
mot que vous me prêtez. Qu.oi ! j'aurais dit
qn'un bomme ans éducation est nnc fl.eur
ries champs, tandi que m i, je ~ui~ mu:
/leu I' de serl'e ! , on, non, croyez-le bien,
princes e, je n'ai jamai pu dire ni penser
11u'un homme fùl une lleur . .le réserve ce.
images pour un sexe dilîérent.
« Veuillez agréer, princesse, l'hommage
définitif d"un r . pecl rrui n'aura plus lieu de
'exprimer.
Cl

.Al TE-BEl'VK. I&gt;

Matllilde n'avait point de tels .crupulc. à
l'égard d'un ceplique, étant elle-même l1ardimenl lihre-penseuse. L'esprit de ainltllcuve lui i!Lait néce aire comme le pain quotidien, et son immen.e mémoire, el a parole
expressive, el on int~Uigence unique de
toutes les onccpüons de l'e· pril, de Lous lts
détours de l'imaginalion et du cœur.
Il 1' afait bien dan on salon des ironi 1es
comme ~férimée, de malintentionnés comme
le Goncourt, qui ne pardonnaient pru au
lundi te du ilfonilew· de n'avoir jamais t'.-cril
sur eux l'article tant espéro ' de· railleurs
J. lis écrivaient, Îl ln date du 'H mars 1 69 ,
« Continuellement nous allons chei, aintc-Ileure,
q11i,' en dépit de son peu ,le go1ît P911r notre rumnn,
est di,po é il lui ronsi1crc1• 1m articlo critique. Et,
penolaol une heure, il nous tient sous une e,pêce do
·ermuo rabâcheur et ai!l'll tourmnt, p;ir moment,, il
Je ftCCûs t1·u_oc colè1•e en enfance. •
Ailleurs, li propos de leur portrait du même aintcBem·e, qu'ils a,•aienl en tous sens piq1111, d11rdé, &lt;l 'ooe
pointe eo1·enim~e, ils se défendent &lt;l 'a,oir ob~1 a
·uucnn petit et misêralilc sentiment, en le l'ai anl si
noir, s1 d~s11.vaot.o eu1:, euJ •1ui avaient plutùl li se
l1ml"r qu 'à se plt11nclre du yritiquc.-: muis ('nnfos e11l

1-.JI

P~1NC'ESS'E

enfin passant le temps à éplucher le physique cesse· elle le comblait d'attention , de préveel le moral du grand é ri vain, critiquant nances; et. pour se rappeler à es l'eux, reml'homme, se rnibfossr , ~es manie , les a[ec- pli ail a petite mai ·on de ll.lenus souYenir
lation Ye timenlales, qui lui faisaieaL re- et de présC'nts aus i utiles qu'agr~ahles '.
chercher les couleur claire , j unctte , prin~i rréquenle rLait la communion de leurs
lanière , sl!S sensualilés cachée , el le per- pen'ées ! Quand il n"était pas à a Labl·•, là,
fide haùilelé' de a plume, tout enfin. Car eau. ant, anecrlotant, il tournait à on intenon s'orcupai'l conlinucllement de aintc-Be111·e, tion, de loin, 11uelque·. unes de ce délicieuse
akenl ou présent.
Lettres i, la /&gt;l'inces,:e eFOeurant d'!s actua« ainte-Beuve est malade, venait dire lités b1 ùlantes, procurant à Mathilde un enJérimée; il a autour de lui, comme ïl était
ible plai ir en lui di ant nn peu do mal de
valide. une grande quanLité de remrne . ll
l1mpéralricl', ou tenant en perfection son rôle
a Quand j'entend - ainle-Beuve, remarde co:iseiller littérnire, dirigeant se lecture ,
quait, dan un autre instant encore Jules de l'e:xcitanl à écrire et rectifiant, à l'occa ion,
Goncourt avec es petites phra ·es courtes les enlol'rns de on . tile. Et, mainte~ fois,
loucher à un mort, il me em1&gt;le voir des elle allait continuer la conversation, écrite ou
fourmi- envahir un cadaHe; il ,·ous nettoie parlée, chez lui, dans ,on abhaye de Théune gloir en dix minute . n
lème, implement, en amie.
ff Sainte-Dcuve, fai ail ob erver un troiC'r L dans no de ce bons moment d'elfü~ième, est Loujour occupé de rai onner sur sion • pirituelle que ain le-Beuve peig 1îL le
l'amour. Au fond, CJn'aime-t-il? fiien si ce portrait·de ~lathilde a,·ec se touches lllS pl11~
n'est le livres de sa Libliothèque et la vie raffinée et de. tlélic.1tc ,es de paslrllislc. Vn
commode.»
éditeur anirlais Gleaser projeLanl de publier
Et c'était la tour d'un quatrième. Eudorc un volume sur la Famille Impériale, al'ait
oulié, donnant à savourer aux écoutants manife~lé le dé ir d'en aYoir de page . ous
celle aimable présentation :
i, Oui, ju tement, il y II deux ::linte-Oeme:
le aintc-Beu1·e de sa c.hnmbre d'en haut du
cabinet de travail, de l'étude, Je la pensée,
de l'ei:pril ; et un tout aulre ainte-Beuve, lt!
Sainte-Beuve du rez-de-chaus ée, le ainleBenve dans a salle à manger, ~a famille, au
milieu Je la manchote, .a maitresse, do
~la.rie, sa Cui inière et de .e deux bonnes,
dan ce milieu bas~ ainte-Bcuve dernnu un
p lÎL liourgcoj fermé à Lon IP_ grands côt i
de la vie d'en haut, une e pèce de boutiquier
en goguette, !'intellectuel rapeû é par les ragots, le rabâchages d'une bande cle femme . . »
Et l'on brodait ur le po.négyrique; et l'on
pa sait uu bon moment, à Saint-Gralien, am:
Irai et dépetl du critique, retenu dan on
erruila 0 e de la rue Montparnas e par le feuilleton du lundi. La princcs,e écou tait, souriait, el n'en appréciait pas moins à son mérite
l Montai.,.ne du siècle et de son alon. g11c
:ms i • e disait à part .oi que i !'écrivain
mettait le somerain hien à savourer les joui'•
an e&lt;: . piriluelle , il é1ail de chair cl da sang
comme « les pelils saint~)&gt; qui le dénirrroient
&lt;levant elle, el elle pas ait condamnation sur
tUcht Braua. et C1• .
le re te. Elle ne l'en avait pa avec moins
PRtl\:CE: jÉRÔllE, EX·IIOI Dl: \\'ESTl"IIALIE,
d'a surance rangé parmi les sage de la Grèce,
PCRE DE LA PR!SCESSE l\l.ATIOL.DE.
dan la peinture !1 la plume qu'elle avait
essajé de faire à sa ressemLlance1.
Elle songeait à lui gracieusement et sans la signature de l'illustre écrivain. ainteBeuve tardait à lui donner satisfaction. Mai
que c tout IJonnemeol 1 (quel adverbe, en la cir&lt;•oost3nce l), ils nvaient été mordus par I ur désir
•l'annlysles, leur !Jesoiu de pousser i,, fon,1 la p ycbologie il'nue in1lilidu•lil11 très compte. e, elc. Qu'eflt-r~
••lo donc s'ils ar•ienl eu, en outre, contre un hmnmP
,1u,si 111nlm1&gt;nti, de gril!f p"1' ounef.o! ~t tle motifs ile
raneune ! El . ninto-lleu ve, 911 i pourtant ne pa a jam.ai,
pour 11n pril èr1•J t1le cl ing~nu, 11inlc-Jfauve, dn11q
ses Lettre à ln prillces..t, n'orriltail tias ,te rliri•
lOul lo bien ima"inable tl nmis Goncourt, de. chers,
de&lt; t'xcellcnls Uoncourl !
l. \'oir en lillc de i,1di1crélio11s Pl Som·miN,
publi~s p~r J. Trou bd.
~- • Je ne jmis me rcloumrir. don~ ru~ ah~mhreLl~
d'&lt;:tude, lui èl"ri rnil-il le ::il dt!N•rnhrc IR62 srn~ l"
vo11· u,1 . 0111rc 111111, une imoge, ni l,·np m~rchcr dans
mon ,~lit hc~ 11101, ni mème m'y ossooi,· 1111 pen do111·1•mcn l, sa.us (n'nprN·n~ir rpie' j'ni affaire ,le 11111s

côtés à des objets, - sou,•eoirs de bonn grâce el
d'ingénieu c indulgence. • l,e Lellre.~ à u, prinatHe
sont criLl'·es ,le remerciement.! eiprim~s .:n détail,
pour le· urpri e ennuell,• ou occnsionnolles, •1u"aim~il à prodiguer la ll(Jnne 11rinre so. C'Nsil 111Jur une
écr110ir('-[1CDdutl• (\XII ), une ~lie et chrncle C()UferLur • nrlislcmenl ouvragé• (XXlll), une grnmltl aqu11relle d'elle-même d'itprès un tahle.iu Je ChtlJ'llin (1.IX ),
llDO lo.mpo somplu use, qui, m~me san ~Lre ollumél".
,•c lairait te 5~lon sombre , une pclilc taùlc 11·1111 merveilleux dc.,jn Ittre ou pers3n. des ho11tons ,1'01· pour
ltl 111~Hre el le scn·ante$ (X.C\11 ), 1111 cxccllcnl fauleuil (CXL), un métlaillon p@r 13 retilo cui.inière
Marie, un e Loguè pn11r la gouvemnnlc dn togi , um•
llrneDul'1111r (CLIU 1 ; - u11 mngniliqur lo{li~ (C l,txXIV ),
cl le rc,le lion! Mu!! n'~voas p,s eonnnisincr.

..., 367 ....

JK.JlTHTLD'E

'ET SES AMIS

la princesse était venue daos sa campagne parisienne. Elle était allée poser chez SaintcDeu\'C, comme l'eùL fait une grande dame du
xrnr• iècle devant La Tour; il prenait des
note en la regardant, eu l"excilant à eau cr;
il fixait une à une les nuances de on être
moral a1•ec la sûreté de vi ion, q11i n'était
qu'à cet anatomi le littéraire. Et, par repréaille d'amitié, ~Iatbilde avait, de mémoire
et Ll'âme, e qui sé le portrait d11 peintre.
De temps en temps, elle acccplail do dîner
chez lui. On entendait dans la rue paisible,
encore an trottoir ' , tout en villas et en jardin , le roulement d'une voiture : c'était
celle du prince Jérôme ou de a œur Mathilde
qu'on attendait, en compagnie de plusieur.
invités. Le nombre en était re treinl comme
l'e pace. Oo n'y avait jamais été plus de cin11
à ix, an crainte d'étouffement. Mai Socrate eùt trouvé sa mai on a sez grande, pour
t·ecevoir ceux-là! l)'or&lt;linaire, 'ainte-lkmc
leur faisait, à l'un ou à l'autre, la politc se de·
les prier de désianer le cboi des convives, 1,
leur convenance ~. C'est ainsi q11'à l'occa ion
du fameux diner du 10 a l'ril 1 68, dil dn
Vendredi saint, qui avait été dèlllandé par
le prince apoléon, à la veille de son départ
pour Prangins, furent inscrits sur la li,Le:
FlaulJert, Taiue, Reuan, Charles Robin,
About, tous o.mis de Jérôme. En ces grand
circon tances on mettait tout en mouvement
dans la petite mai on. Et Sainte-Bi:uve, rar
une coquetterie qui lui était particulière, prenait le _oin de répandre sur le parqucL de sa
charnhre de travail de l'eau de Cologne, pour
&lt;"ha.ser l'odeur d'encre, disait-il. La petite
cuisinière Marie faisait entrer ces hôte;; illu Ires dans la salle à manger ot1 sè dre sait
«comme le diner monté &lt;l"un curé rece,·ant
son évêque ». El la conversation commençait
au potage. ,le lai.se à penser 11ueUe elle poumit être, avec des pnrlenaire Lels que ceuxlà, et 'ieu\\erkerke, le docteur Ye ne, le rhirurgien Pbillips - le ca.seur de pierre comme e gratifiait lui-mème ce grnnd opérateur de vessies malades, iraud, llme E pinasse, les Goncourt, dont l'esprit pin que fos
denls s'apprêtait à mordiller. Jérôme-Napoléon, qui témoignait 11. ainte-lleuvc une
wande amitié, n'aimait nulle pari, commt'
lhez lui, 11 lai er déborder le trop plein de
son iotelli 0 ·cnre. Quant à Mathilde elle arri~
vai t toujour îorl "aie, et comme si ell • e
rat promi · de bien s'égayer dans une partie
de garçons.
Tels avaient été les rapports de vive ympalhie el de parfaite amitié entre l'écrivain
Au tvuc• ~wde. Mme de Tencia, qui, par plaisanterie, en,•oyail li J1~cun de ses habilu s ge11s de lt-1tre , comme élrenucs Jn nou,·l•I an, deux aunes ri,,
velo11l'l! pour . foil'e une eulollr, n'y meu~il pas !nul
tir hormr Rrâcc et de ,•nriélé.
5. Témoin toll.e li,llrtl d'in\ildtion , da.téo du %

mri 1860 :
Prince~se.
C'est .Jonc à mt•rcrctli 1&gt;rochain mil r~te..l' ~¼:tis un
mol à l\l . de Nie11\,erkcrke ..le 11r1hiens nu .i 11. de
Gira~in_, mais c'est à v~u.s, P:incc~~e. r1u'il appnrtÎl!lfl
,le I uw,tcr en rorrnr. J ~•. Iller, d,r nn mul i li. U1ra11d. Le nombre 5.ix c t atleù:11, le pl'lil solon, lieuroux et c111n1Jlil, me crie : C'est asse: 1
J 11i h ,·aus, princes.P, ~'' l'C hidn du r~Rl'&lt;'CL ,•t
ile l'n.llactl\'mrol.
S\I ·rn-fü,t,r..

�r--

msT01{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~

Charte ainte-Beuve et la prince _e Mathilde.
~lais, un jour, el tout 1t coup, celte belle uLentc s'éta:it hri ée à "'rand tapage. Le cans
de la brorulh• forent exclu ivement politique-.
Depuis quelque temp , la princes e ,•oJaitla,·ec
humeur 'aintc-neuve rece\•oir dnn l'intimilé
del ennemi' inéconciliables de l'empire, tel
11ue cherer, NefflZer, n1brai-d. a contenance
au Sunat ses di cour , ses lendaoce libérale
de plu en plu déclarées, .a conversion à
gauche, .a rupture en un mot :ivec le fond
des idées napoléonienn avaient révolté l'impérialiste de race C[n'elle était. 'n article
publié dans le Temps précipita la crise. Il y
eut une cène violente dans le cabinet de

ainte-Beuve, ou elle était accourue, 'Il un
1tal de surcxcitalion et ùe colère indc-criptiblc; des paroles turent prononcées là et
chez elle, des paroles tombant de a bouche.
très dures, sans l'èlre autant que voulurenl
liien les rapporter les Goncourt en leur récit
fantaisisle.
Tl y eut de éclat indignés, et des récrimination d'inrrralilude, et des mots d·amerlume regrettables. Cel accès de fureur
d'une amitié, qui c cmyait trahie, eut on
Lerme. falhilde 'efforça de u'y plu :onger.
ainte-Beuve demanda des con olalioo à la
philosophie or l'incon tance humaine.
Cepend:int, il oulirait dan son ètre phJ-

sique cL approcli::iit de .a ft.n. La rnème année
·aggral'a cruellement la maladie qui le minait depui de mois. Elle le ut, et e ras ouvint de l'ami dll pas é •)U 'elle a!lait perdr ·
irrél'ocablc!meat. 0ublieu e de 't! grief , fond' ou non, elle fil d~mander des nouvelle.
au dévoué ecrétaire, confident et :uni d •
'ainte-Benve, Jule Troubat. ur .a répon e
toute médicale, inspirée et tran mi e par le
docteur eyne, clle écrivit. On vinl apvorler
à , aiot~Beuve celte lettre où perçait un enLiment inquiet, ému. [I répondit. ur on lil
de mort, il dicta pour elle à Jul Zellcr l'es
dernières ligne . Il mourut, réconcilié a,·ec la
princesse, le 15 octobre i 69.

(A SUÎl'rit,)

F'Rfo~~ruc LOLJEE.

Aux Tuileries
IR.U.

1.e roi me contait qnc Talleyrand lui avait
Jit un jour : - Vous ne ferez jam1i 1·ien de
Thiers, qui erail pourtant nn excclleiu
insLrumenl_ Mais c·e. t un de ce· homme~
dont on ne peul e ervir qu'à la condition de
lr~'- ~alisfaire. r, il ne era jamai saû fait.
Le malheur, pour lui comme pt111r rou , c'e t
tfUC de notre Lemp, il ne pui . plu 'tre
cardinal.

""'

A propo des fortification de Pafr, le roi
me contait comment L'empereur Napoléon
apprit la nouvelle de la pri e de Pari par les
al1ié .
L'Empereur marchait sur Pari à la têt de
:\ garde. Près de Juvi · ·, lt mt endrojL de
la forêt de Fon tainebleau où il y a un obcllisque (que je ne vois jamai sans un errement de cœur, me disait le roi), un courrier
rrui venait au-devant de Napoléon lui apporta
la nouvelle de ln capitulalioo de Paris. Paris
Hailpri. L·ennemi y était entré. L'Ernpere11r
devint plie. Tl cacha on visage dans ses den
mains, el resta ainsi un quart d'heure immobile. Puis, sans dire une parole, il tourna la
bride de son che,•al, et reprit la route de
l~onta.inebleau. - Le gén •rai Athalin as-

si tait à celte chose el l'a contée au roi.

TI y a quelque jours, le roi disait an mnr ·•chal oult (devanl témoin~) :
- ~faréchal, 1-'0u som·imt-il du iè!"e dt!
Cadiz?
- Pardieu, sire, je le crois bien t ,l'ai
as ez pe·té de\'anl ce maudit Caù.iz . .l'ai invesli la place et ,l'ai été forcé de m'en aller
comme j'étais venu.
- ~faréchal. pendant que von étiez de\'ant, j'étais dedan-.
- Je le sai , sire.
- Les eortès el le cabinet anglais m"offraientlecommandementde l'armée e~pagnole.
- Je me le rappelle.
- L'offre était grave . .J'bé-itai beaucoup.
"[ll)rter les armes contre la France! pour ma
famille, c·e L pos ibl ; mais contre mon pa 3s !
J'étai fort perplexe. or ce entrefaite·, vous
me files demander par un affidé une entrevue
eorète, entre la place el ,,otre camp, dans
une petite mai. on située sur b Cortadura.
\'ou cnsouvenez-vou mon ieur le maréchal?
- Parfaitement, ire; le jour même ÎllL
fixé el le rendez-vous pris.
- Etje n'y vins pa
'est vrai

a'l'ez-vou pourquoi '!
- Je ne l'ai jamais u.
- Jo vais vou· lo di re. Comme je m di po ais 11 vou aller trou.cr, le commandant
de l'e cadre ang1ai. , avrrli de la cbo e je ne
ai comment, tomba hru ·quemcnl chez moi
cl me pré\·int que j'étais sur le point de
tomber dans un piè"e; que, Cadiz étant imprenable. on dé e pérail de m'y ai ir, mai
qu'à la Cortadut'a je erais arr· té par vou ;
'lue l' Empereur mu lait faire du duc d'0rlJan le econd tome du duc &lt;l'Engbiea, el
que ,,ou· me feriet.: immédiatement fu iller.
Là, vraiment, ajouta le roi avec un sourire,
la main sur la con cience, est-ce que vous
l'Ouliez me faire f u.iller?
Le maréchal est resté un moment ilendeux, puis a répondu, nvec un autre sourire,
non main inexprimable que le sourire du roi :
- Non, sire. je roulai· vou compromettre.
La conYersation a chmgé d'objet. Quelque,
in tants a.prè , le maréchal a pri con°é du
roi, el le roi, en le regardant s'éloigner, o
dit en sourionl à. la p1moune r1ui entendait
celle conversation : - Comprometlte ! compromettre! cela 'appelle aujourd'hui compromettre. En réalüé, c'e t qu'il m'aurai!
fait fu .illrr l
VICTOR

.

IIUGO .

:r:

�Reproduction autorlslo par Manz..i. Joyont et c~
CHMIPIGNY. -

Tabltall d'ÉDOUARD.0ETAILLE,

Lieutenant-Colonel ROUSSET

LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE (1870-1871)

Bataille de ChampignJ)
Le 2 décembre, avant les premières luPurs
du jour, les troupes allemandes se IDt'l1ait'11l
en mouvemf'nl el altaquaitJnt sur toute la
ligne à la fois, depuis Champigny jusqu ·à

Bry.
A tla1J11e des position.~ du 1u co111s. Devant notre droite, 10 compaguies wurlt&gt;mbergeoises 1 , fractionné.es f'n t roi~ p,·tite, colonnes, descendaieul de CCPuillv el. gtâc.. à
l'obscurilé, au brouillard el f an profond
silence, s'appro('hairnl de Cbanipiµny ~ans
éveiller l'altl'lllioo. Tandis qne la colonne Je
gauche (5 compagni~ de cha"seur,) 111.,it le
long de la Marne pour aliorder la li,ière sud,
les deux autres venaienl se ma~sE&gt;r dt's d.-ux
côtés du Pal'c-en-Pointe, dans le.~ b,11p1e111ux
que nous aviom ntl~li:!P d'occuper, et prenaient _là lt&gt;urs di~positions, co111pl/&gt;lemen1 à
l'abri de nos vues 1 . A ~epl heures, co111me
1. Le 2• balaillo11 de chasseul'1! el 6 compagnies ,lu
7• régiment. Ces troupes apparlennieriL à la 1" bri-

g1~·
l,es senl inetles avaient bien entendu ,lu Lruil rl
constaté uu mouve111enl in$01Île dans les petits bois.
11). -

HlsTORlA,-

Fasc. 24.

pr1lcisérnent nn achevait de relever les grand'gardi&gt;s d" la division Faron, deux balleries
enn"mies. établies à cheval sur rancienne
roule dn Chennevières, faisaient pleuvoir sur
Champigny une grèle d·obus, el les trois col11n11es se précipi1aieot à la fois sur le Parctm-Pointe el le plateau du Signal.
Effarés par celle brusrrue attaque, nos
ava11t-11ostes lâchent pit:d; les compagnies de
pr, mière lign,-,, se repliant en désordre, enlraine11l dans leur panique celles qui vienllt'III d,•rri,·re, et la majeure partie de la diYisi11n Faron r"cule pêle--mèle vers la Marne.
:--euli·s, d,·s fraclions éparses des 35•, 42",
113• el 114e de li;,{»e, \fU-8 leurs ornciers
réussisst'nl à mainwnir, opposent aux assnilla 111s une vire ré~istancc dans les maisons et
clerrii!re les barricades; mais les progrès des
co111pngnies eouemies, qui se sont avancées

par la Marne, les obligent bientôt à reculer,
en sorte que, vers huit heures et demie, les
Wurtembergeois se trouvent maîtres de toute
la partie du village siluée à l'est de la rue de
Bry.
Cependant, gr:lce à la fermeté de ces braves
gens, généraux et officiers avaient pu rétablir
un peu d'ordre dans les bataillons afiolés de
la division Faron. De son côté, l'artillerie
était accourue et entrait en action ; 8 balleries venaient de s'établir à l'ouest du village,
en avant de la Fourche, eL de là canonnaient
les hauteurs•. Leur intervention permit à
l'infanleriè de se ressaisir; le général de la
Mariousc ramena d'abord dans Champigny
quelques compagnies, bientôt suivies de la
diYision tout entière, el les progrès de l'ennemi se trouvèrent momentanément arrêtés'.
Pendant ce temps, des compagnies du

Mais, croyontqu'il él.\il ,·ansé iJ'.r l'arrivée de sapeurs
••e11nnl organi,er la &lt;L:fense, elles ne s'eu étaient pas
au•remenl préoccupées.
:'i. 5 de la division Faro11 CL 5 de la réserve du corps
d'armée.

4. L'offensive des Wurlembergeois aurait été bien
plu~ complèl~m1mt rompue. si, comme on. étoil en
droit de I esperer, les batteries d.e la presqu'ile Saint~lanr avaient pris &lt;l'écharpe leurs colonnes. MalheurcusemenL, aux premiers coups de fusil, le général

�.--

1f1STO'l{1.JI

• ur la voiti ferrér,, en avanL 1)11 p:i agr de la d',hroo. Ccpend ni, la itu· Lio? d la hri!!:id
Courty commcn il 1°1 Jcvcnir critique: car,
roule J1! Dry; deu L:iUeric de la r~~·r. .
la Platricre, où, imme on , i,·nl d • le mir, ell •
d'un• part, le l,ataillon ·axon entré d:in, Ilr ·
po
ti•r
•nl
ur
le
pente
du
r
vin
del
Lande,
·'étaient !!li· ·ée, par . urpri · , avo.i nl abord•
imJ1:iift1nit snn Il, ne gnucbc p:ir . feux 1'',
~
auche
Je
ccll
•
déjà
en
po·ition,
cl
le
f1
Il
Ill pl, teo.u dn i• nal. Hrfoulanl d'aliord I •
d·autre
pnrl le· ball parlant de illi r
rand' rdl de la hri dt! lartenol (dhi:ion intcn. e qui 'alluma aw ~ilôt donna la brilabour:iienl
sou flanc droit. Eli· v nail à
.le lalroy), con lilu par un Latailll)n de la gade Jarl •not. fort éLranlée par le cboe p ined'èlri&gt;déb:irra 't~de on pr&lt; mier onci,
qu'
11~
vail
ubi,
le
rc'pit
néces
aire
pour
se
C..ite-J'Or, dl avai ul prornqué de ce côL'
quand l'ordr de ballr en r ·traite, o~o~~
une panique analo!Ztlc à celle de Cb mpil!ny r cou liluer.
par l • giln lral llucrol, arri,·a &amp; J, hrig:idt!
Alta11ue iles 1'° ilion. du 2· rorps. - l&amp;
l!t rejeté p11 I •-mêlt• -Yer Ir p0nl dr Join\·illl',
Uaud 1. C'en ét it fait d troupe du nén&amp;nl
•rand'gardc
d,
la
fo·i..ion
B
•rlhaut
1.
qui
pre 11ue an~ coup ftlrir, no malheuren. olCourt i «: l ordre .' •xécutait, ~ r. ssail.111·~
dat· transi. de [raid, mourant de faim cl l,·naicnt l'e pa compri. cntr • la litm de 1fr front. de llaoc el à r ·~er , r.lJ.- eu ·,cnl
d 1·oricnlé pnr la oudain •té d'une alla11uc à ~lulhouse et le chemin cr1•u courant au . ud t11ê mises 11:in. l'impo ·. ibilité de c défcndr .
laqut·lle il~ ne 'all('ndai nt p.1. • llicntôt, heu- J Br • a,uient ra,·anla"'C d'être proténée
p r J Lr,nché _ nombr•use·. fort l.iabile- Fort heur usenJ1·nt le r~nl d la hri ade
reu.emenl, 1 r rmelé des ofiic:ier de molJil ·
llauJcl fut amH: • t 'mp., 11ar . uile de ciravait triomphé de c·cl in tant d • lroubl , l'l 111 nt réparti ·. Grâce • ce condition. avan- conl-t, nccs 1(11 voici. \' r huit beul't! du
l'entr :c en lign de Lalleric dl' la dl\i ·ion t geu • , 1 ll • ne fuM1l pa urpri · , el matin, 1 général en clwt, ,·oy nl le dtl arroi
de Malroy, accourue en av nl de Four à r çurent · ans faihlir l'attaque oud in du J Champign · el J · Four~
u1, ·t rr:iicb u1. :ou\ail, iri comme à hampi"D)', une 1" r gimcul d WnrlemL flT. 0 reu bien irnanl qu ·• i le 2 corp était furcé hientôt
.ilua1ion a~ t gr vemcnt cvmpromi. e. ou · diri il et à court di tance refoul celui-ci n d' ·,-acuer
pa~itioo , la hri!!:l.d 11:iuùel 11
1 ur prol lion, 1~ lil'utenant-colonel d · Gran- d ordr . or Vilfar , ,l'où il éuit rti. Pro- ~e troudl ·ern • entre l attaques \r.oant de
filant
,le
ce
~ucct
l
•:.
;
Lnll
rie
cfüi.ionnaic •i, commandant le régim •nt d I Côte-d' r,
r el cell • de la r • er\e du :. corp vinrent i 'oL -lt:-Grand et celles déhoucll3nl dl! \'illicr ,
r, Hia la majeure parti d • .on monde el.
3 ,·ail foil pr •,cr ire
CP.lie d •rnièr de
précipita au-dc,•ant d • a aillant . A a au- immédiatement s'installer 1111 nord du hemin repli r ur la rir droile d b Marne. M, 1
de ter ur lu p nle et même ur la cr le du
cbe, l lieutenanl-&lt;!olond de Vi nrral, ù1•
quand arriva ou général llau1lel l'officier
mobile:. d'llle-rt-Vilaine, •otraina é"alemeul plaleau d • \ïlli r ; la canonnade éclat a,·ec d' 'l l-major port ur de !"ordre, 1 iluation
,iolcn el l'on ,·il enfin l' rtill rie jouer on
n ré,.im nl ur I plateau du 'ienal. pr •,
rôle véritaLle, IJUi l de préparer I • Yoie à t&lt;t.ait d{jà •nsibkment m ill •ure, et la brilun• lutte a(·harné '• don lnqudle ces hra~e
lante otîen. h·e du •rnéral Paturel, ain i que
mobile lai èr •nt ur le lt'rrain "O orfich•r' l'infant rie t d~• lui ouvrir les clrnmin .
1 remi ,: en mains d 1 divi ion Faron, éloiepend:m1
à
l'citr·me
"àU
·he
de
notre
1
cl 600 bomm 1 , l
urt m rgeo· duNnl
gn. ient l' · craint qu'on avait pu concc,·oir
é,acu r le plat.eau du Si,,oal el · e réfuui r, ligne, le afTair · n'allaient pa au . i bien.
ur I orl de notre aile uch . Le én~ral
parti dans la Plâtrière, p rtie dan le boqu - 'froi Lataillon . axon •, ,enu, de (oi. ·-1 - flaudel commen il néanmoins, « à r1• rel,
Grand,
avai
nt
warch\
d
•pl
h
u
··
du
taux ou le· ,·i'r••er · voisin de la .l/ai:io,1
èl p;1r ~uite lr • lentement" , , son moure/lo11ge'. Là, rOce aux abri • il pur DL ré- m, tin, conlre le villa• de Brv. L'un d'eux, m~nl rétronrade, quaod, par on ha rd donl
prcoant p r le nord, , ·eu .,; Jan le parc
. 1stcr à tout nouvel a saut.
1
0 winck, qui. on le :ùl. n'alail poinL :lé il fou L • réli ilt!r, le én tal 1 rocbu en pt! r!Jan. l même Lemp~. la g uch du i"' corp.
sonn
,
arri
an~
à
Br·
en
mom nt, lui
n,ait él n illi par d ux compagnie wur- oc:upé, cl put arrh r ju qu'à l'entrée du pre ri\·i l de l'arrêt •r el de r 'prendre e-.
temLer eoi ~ ", qui. Ion"· nt le chcmiu de villa e, 1 ndis que Ir deux autre . parvi:- po. ition·. Le général ourty était snU\é.
( r, s'i•taicnt portér ur le !toi de la l,:111dc. naienl en longe nt la li ièr • orientale du parc.
Déploiemenl de l'arlilleri.P ennemie. l orl heurt&gt;uscmenl, l1r troi compa ni · J • Le troupe françai, ,, qui occupaient les pre- Cependmt les Allemand , ,·oyant que la ·urmii\r · mni~,ins •t la barricnd · ool ~urpri ·c ,
grancl'gnrde 1 , bi n qu urpri.e comme 1
capturéè
, el le pr mier bal ilion ooemi pri e aHÎL partout · houé, on ient mninautre • n , • l:li r ni pa démonter par la
':1vance par la grande rue. L •~n 1ral Oaud 1 tennnl à emplo ·er le· moien ordinair
panique; ell - ré i tt'-rent au contraire ,·igouse
port au
onr d • s0n aile ••auchc avec d'attaque. Leur· ba.tteri · e d~plo)·aienl ur
reu em~nl 1 , cl permir·nl ain iau én ral Pal pl:itl'ilU, cl comm nçaient à couvrir d'o!JU,
c bataillon de r · ne, et l'nga,.,e d:rn. l ·
ture) de r 1unir ropidement quelque com1 ,; po,ition~ françai · • .
pagnie &lt;le a hri ade avec 1 1u Il il ru 110 com~I vi lent qui coùt de pcrl
Ou plateau de Creuill~ ux bord d • Bel10 • en même
.
n
lanl
au1
de111
adrnr
aire
·c jeta n avant, dé •Kea
avanl-po~le
ir
et de J/011-ltléc, '2 baUeri wurtemLcrain i quc 1 1.Jallcric fixe in lalh!e d n la car- Lemp., le~ troupt•s de la !.,ri de Court·, "OOÎ
cl t I J11 Il• eorp tir Ill ur
nccut1rant ~t· plnc•·r en croch l d :f,m if fat:t•
rière 11ui e t au ud &lt;lu r tiL boi , t reîoul
Champi
•n~.
onLe heur
du matin,
1, a:-~ill nts ver \illicr., el Cœuill •. Le au nord ur le pt'nk · du plat.:011 1 prenn •nl
.\
pièfc
de
i:anon
r;arni
·
enl
le
cr te à
général Paturcl aurait voulu compléter ·on :i parti• le,; dcu"&lt; h3taillons Hmm tp1i ch,_ l' l de ce vill a , con tre-b llen t notre artilsucc1• et pour~uhre l'épée dan 1 · r1•io l' n- wineul le long du P3rc llewiud. cl entam nl lerie, prt!lln nl en roua ' l ' pièc de la
d pi •d ll'rm , 8\'l'C t'U , une lullc 1ui I · ·
oewi en retrait · il en fut empèch , aprl'I
dhi ·on d Malro el de la dhi ion Bcrthaul,
11
•.me tenlath· • ~nergic1uem1•nl men 1e dan 1• empè•he de prtt'rt··.er .1Jan llr, ~ur 1 • el obligent plu ieur de n batterie pr ·qu,•
charnée, el
pourr,l\in, par le feu1 de llan • parti: du parc de pentes, la h taille d
HÙl
a,ec
J
ripètie
foers
,
tandi
qu~ compl'•lcm1•nl d' ·mparées, à e r•tircr ou 11
V1lhers. Touteîoi' ·on action vigourrwc amiL
rllCul I' ju.qu· hauteur du boi5 du Pl nt.
permi: au troupe. en rrière dt! prend1" l' rtillerie dn 5• rurp. , po léc • ur la rirn C.• batterie , déjà i épromées par ln lulle
leur di po'ilion· du combat; deu:t mitrail- droite de la ~larne 11 , joint on action à celle du ~O no\°embre, n'a,•aient qu·un nombr
leu e· de la diri ion Ber1b.iut vinr•nt 'étaLlir de forts de no~n). d • .oi V et du pl. Leau

1 , urLt-muer eoi , déhouchant Ju petit boi 1ie

1

0

1

1véc u1i1 nu de\'olr faire re11li r ur .'1iol-ll1ur 1
quatre btotleri, .le t-ampague (ilonl wu.: ,le grm a·
hl,rc) 11ui li(lttlaicol la lhrue; p r ui1e, c b,llcric
u • rendirent 1utun sen-ifu Ce ful li une ,li-ci ion
i111ini111 nl r •n-cllalJIC 1•1 ~ue rien n j 111i1it, 1, rivii•re 1. uranL l celle uhlh,rie une prol clion plu
qu,· suffi ute, tl.nt doon,· 11rlut1t •1u n lruu1•
o..-cupaienl encore la nve 01•1,osco.
1 L· li ul n1nt.- •lond ,le Grancey •lail fr■ pp&lt;' a
muri, 1 lieulcn nl,coloncl de \11tn.,111I grièv~1net1l
hie ·•. Cl 1(111 le ulTic:ittr ·ul'Cncur.s, .auf d u ,
bo de cumb l.
:!. Propri1itè rliculièro 1luée • Jr I

deol.al('!I '111 plaleou 11 • Cœuilly.
3. D11 1 • r •gnneul.

pent

OC(I•

u 'l• l•laillon du UI•.pilAine, "tl lm."fll tuer l,rnem nt 1)11
organi -~nl celle r :.· t ru·P..
li. rrc de 9ra11tl&lt;' 1&gt;crle• (dil 11 llelnti,,11 a.lle111C1Hde, 2- parhe, paire 5ii.
•
i. •,Il•. •t1i1•nl fuuruie,, par 11 IJriir-d,• IIO!!b •r.
. l 1
·ntioell u1ieot fait leur senice el
11r,:HnU ,fo l'irri~tic ,lo l'onoemi.
9. Ap1.arleu1nL a la~\• di~ij1m.
Il). LA! b11lailloo sa1on u1il pcrtlu pr •&lt;que t-,u
oOicicn.
11. l'ar 11110 in roliu°' com1·ideuc . le • h•taillon du
111i• frauç~i u·11t 1·11 face de l11i 1 -, bolaîllon du
lll1• . 3 llU,
\~. Il u.1 i..uerics en ■ moul ùca ponts ile ."euilly
4, t;il ·· •PJ•1rten1i •ul

:,. L •• tro1

i1 baller, 'l uoc mitr1ill •u. ur I uwn l,:;n Ju
P ·rr ui.
1;;. Li• ithl~.-.1 llau,lcl 11'1v1il 1,c lui qu'un I Il rie
&lt;le 1~ tli, ,~ino I li.al. \'oy1nl 1 ,langer que. roisai nl
i:uurir I la briga,le Co11rll I fauta, 1ns axons &lt;'mbu
qu,1 ,1111 1· ma· 11 th:I• li i r1• oricnl,le ,,,. Bry. il
onlouna à rdl • ballcri • d•• d••tcll&lt;'r u,,.. pu,;iti n pour
,111u11n r 1, p1rli11 nur.l du rilla . llèUI 1•illc .,
,e111111t au plu11 se
ter :ur 111 cri:le, à l"en,lroit 0t1
.1, l,011,h • ln chemin de \illit!n, Lin;r ni tle ln i
liOO 111 Ir.· snr llr1, el rèu ir ni • refouler tla,1 h•
llcwinck I • Îir ill •urs qui nou, g1'111i ni . [)an,
l'OUI! ■cli n. Il· la11r1111it'11/ le tlo• d l'i/lier,.
t t 1,,iit'•ral Ut · 1101, L•1 D~(mtt de Parù, tome Ill,
1111
'!Il (en 11011•) .

,,.r ·

�" -------------------- ---------------

___ 111STO"J{1A
insufllsanl de servanls et presque plu de
chevaux. Gràcc e1cpc11danl à l"éncrnie remarquable des officiers el canonniers urrivants,
elles purent emmener leur pièce , et continuèrl'Dl, sou un ouragan de projectiles
devenu d'autant plus meurtrier que le jour
perniettaiL maintenant aux .Allemand de
Ilien voir leurs objectif , à luuer de concert
:m:c les batteries du 1 cr corp établies dans
la presqu'ile de Joinville, en arri rede Cbampi&lt;rny.

Contrl! noire a.ile ranch~, les Allemand
avaient également étalili, Yer onze heures,
4 batteries (2 axonnes, l wurlembergenise
el 1 pros ienoe du Il• corp ) autour de
Yilliers. Un peu plu. tard, ils l • renforçaient
Je 4 batterie a.~orrne , au saù-e l de oi yle-Crand 1 ; toute cette ligne .outenaiL une
caaonnaJe rioll'nle contre Les batterie françai. e, du 3° corps (rive droite de la ~larn('),
du ~• corps et de la ré ene générale, ét.ahlie
sur la crèle du plateau de Yillier . Elle avail
l'a11aJ1ta e înconlestaLle de a position el de
la concentration des feus:, en sorte que, malgré l'admirable bravoure de no art~leur ,
plusieur batteries françaises, appartt"nant
prineipalemenl à la ré crvc générale, subirent
Je telle perl('S q11'elles furent obli&lt;&gt;ée de e
relirer. l..a plupart de no pièce réu~ irent
cepend.mt h garder leur po ilion el à ~outenir
ce duel "ffroyable jusqu'à ce que la balaille
ait pris fia. Aidées par les gros canons du
fort de I ogenl, d"A1·ron, des redoute et batteries fixe de la rive droite, elles parvinrent
même à élt1indrP. ver une heure, le feu de
l'ar1illerie ennemie p·&gt;~lée sur l'éperon oriental du plateau de Camilly, el obligèrenl
,:elle-ci à aller ·abriter dan un pü ùe
terrain, auprès de Mo11-Jdée', d'où elle ne
ortit pin qu'un seul in L.mt, dans une circonstance dont il sera parlé plus loin.
On voit que, dans celle journée, comme
dao celle du ~O novclllbrc. l'artillerie îrançai e, bien que dotée d'un matériel inférieur
cl rMuitP 1t de~ mo ·ens in uîfisants, déploja
une ardeur, une éoer11ie el une vigueur audessu de LouL éloge, et accomplit jusqu'au
boui on devoir, non sans succès. Cependant
le résultats obtenus n'é_taient pas ah olument
suffisanls et ils eussent été aulrement considérables san doute. si les puissantes batterie.s de la presc1u'île de aint-Maur n'avaient
été maintenu par leur cli~f, le 1ténéral Favé,
dan· une inexplicable inaction. On a 'o'U plu
haul qu , par ~uile d'nne fa.u se appréciation
de la situa1ion, le balleries mobiles s'étaient
retirées dè le délJuL de l'engagement. Malrrrê
Je in tances pre ~antes, et rnème le ordres
impératif du général en chef et ùu aouver-

L A varlir ile 1m1.e heurr. ;lu matin, la lignl.' cfo
l'arlilleric allem«ntl élail d ne conslilu~,i ~ia~i qu'il
ruil : 1«) P.111re 'ioi, ••le•Grn atl N Villfors, li h~lteries
saxonn , ; (bi enlrc Villiel's et Camilly, 5 lial~rie!
t::i ilu Il coq,s el ';! wurl~mbcrg •11i~e~J; (cl au oordest d~ Hel-Air, i lialkrie· (Il du Il• corps d 1 wurl ·ml~•rgcoi '; 1dJ 111 11,I ,le !Jfo11-ldl,e, 4 ba11e.1·i~,
(;; ,lu Il• oorp el l wurlf'mber:;euisP.). &amp;n Lou!,
'.l-2 lrnllrrÎ&lt;&gt;S,

:!. La Guerrcfra11c1rallnmii1&lt;lf', 2• pJrtic, p. 54!1.
3. Géuflral Oocnm, loc. c,t., lome Ill, pa~e 48.
4. L'vrganisalion tlu commandement élait il ce poînl
videuse que le général Fave, chngé dans la pr .qo"ile

near, ce bat1cri.e. ( auf 1roi qui ne tir renl

que qurlquPs coup de canon)• ne rurPOI pa
rarneoéeseo avaut; quant aux baltPrÎe fixes,
elle ne firent qu'un feu trop mou pour èlre
cl'licace. Le lla.1111uement sur lequel on était
en droit de compter de ce cô1r fi,, par ,uite
à peu près complètement défaut aux troupe
eng:i,..ées devant Champigny el le four à
cbau.ti.

Repl'ise de ronensfoe par les Allemands.
- Quoi qu'il en ·oit, au 1tcil - pièces en
batterie, el la canonn:ide en)!agée, le nénhal
de Fran. ecky avait ongé à rt•prendrc partoul
l'oO'ensire. La 7• hrigadè (du Ue corp ·1 élail
arrin;c à Cœuill) ,•ers neuf h,.nrc , il la lança
immédialrm~nl ronlre la droil l'rani,:ai - . Le
régiment de µ;rea3di r. n• \l .e dirig..a d'abord
,·ers le pcli l boi · de la Lflnde el Mploya es
tirailleirrs sur les pl'nlcs du plateau de
,œuilly; mai~ le général Patm:d. prt&gt;nanl
les devant~ , réunit rapidem,,nt lroi nu quaLre
cents Liomme , et, lllS ntralnaot à . a ~uite,
e jeta contre les Pornérani,,11 ◄ 1ui. s:in
allendre le choc:, su replièrèUl. l1alhour1•u t'•
ment, ils av&amp;irml en arrière de leur pr .. mière
li&lt;&gt;ne des réserv
lactiques qni, aussilôt
d.éma quéc , diri11èr&lt;"nt sur no brave.. nldat
une fu ·illade meurtrière. LI' géofral Pu111rel
tomba, grièremenl alleinl. et~a petite troupe,
désorganisée el lrè r~duile, dut reculer
presque derrière les Four- à chaux. Dtl là,
abri1ée dons ses tranchées d te· carrières,
elle OU\'ril à on tour · nr les grraadit·r. pru ien un feu de m•tu•queterie si i&gt;Îlicace, 1.p1e
œnx-ci rétrogradèrent ju qu'au.t murs dti
Villiw.
P,rndanlee temp., l'autre ré~imenldtl la
bric,ade, le 40•, s'était portéconlre Il! plateau
du Signal el le ,•illage de Clt:lmpi~?Y· nr ce
dernier point, le Wurtemherg&lt;!OI , maiirc
depui le matin de la, portion ori 11ntale, ,,ntretenaîenl av c le oldals du 5:'i• et du 113•
une luue acharnée, de mai on en mai on, d~
Larricade ea barricade, avec de péripéties
di,·erse , mai" sans pro~rès mar11ué. &lt;I D~ la
droite à La gauche, le village de Ch.ampigny
sembla il en feu .... Des meur1rière , d,is
fenêLres, du clocher, des barricades, d..
coin de rue, des h-iies , des 1·crger . la fusillade ~e croisait de toutes parls. Un homme
du 55•, e:i:cellenL lirenr, po ·té dan-i un grenier
en arrière de la rue du PonL, brûla. jus11u'à
cenl paquel de cartouchesi. 11 Cette énergique rési tance contint l'ennemi dan la.
partie orientale du villa e, mal~ré le renfort
que lui apportait le .t.9e. QuanL à la Plàtrièrè
elle fuL non moin vigoufo11Secneot d1;fendue
par les sold,Lt. du 121• cl du l22e, de la
bri!rade Patnrel &amp;, qui di pulL'renl a,•ec achar11

,le Sa111L-W11ur1l'unc mi-•ion ab&lt;ôlUmi!nt Cllnnem 3vec
les np&lt;'rations de la 1• armée. c cunsul,•ra,.L com,nc
cump],;temenl indépcmlunl, et du commmmlwl ra
cht•f, el ,h1 comman,lantdc l'8rlill,,,·illde cetll' arnoi-c.
Il e;limail il 1'11 1:crit lui-même, qne le:s iustructiuo~
,1u"il re1•P1·'.1il tl'cu.~ 01111~liluaicnt u!l empidlr,~""t ,ur
,es 11l/r{buJio1111, l}an, de pnt'rllles con•l•ttor!., on
·expli•1ue la mtluvnise c:rilce nec lnque!~e 1I . le~
a 11:(:Uetlli~s. cl lo peu d"emµr~!•p111enl q:1 il, • ~•• .11
pr lrr son co11,•onrs. Il fut ,1 ailleurs. ,fos le .! dec~rnhre ,u !'UÎr. rele•é d~ son rornm·,mh•mcol 114r
ordre du gouverneur; mais il éuoit Lrop Lard.
5. Génl:ral Occa&lt;1T. foc . cil., lomc 111 ,pa.-e 31.

nemenl le plateau du Sirrnal el réu sirenl
même à pou'ser ju qu"à la ,llai~on Ro11ge,
mai· sans parvenir à s'en emparer. Ces deux
bta\'e régiment perdirent lh plus de
tOOO hommes el virent tomber leurs c lonel
tde Vandeuil et de la Monneraye) mort llemenL atteint .
En résumé. nous Lenion bon dnns Champigny, à droite, dans Dry, .à gau,ihc, .et ces
deux poinLS d'appui de la hgmi frança1~e dé-fiaient les effort ré11été de l'ennemi. Dt:\'anl
tant d"opiniù.lrt'lé, le génilral ~e Fran eck~
'impatienlail; \'er di\ beures, ~l appela à lm
la .... division (du Il• eorp·) q111 éta11 à ucy
el à ~laroll ·, avec ciualre baltcries dl! l'arûllerlc di, corp~ 7, cl Gt prévenir le ,VIe corp , _à
Villeneuve-. aiut-Georges. d~ lcmr une briaade disponible à loltt é,•énl.'rnenl 3 • Puis,
:u il&lt;H la 6• Lrinade arrivée à Cbennevière ,
il la lança contre notre aile droite (on1.e
lti&gt;ure-.). &lt;( Contre Cbamp,gn ma.rchenl le
2e bataillon de chasi-eur poméramen&lt; el lo
r'«icnenl n° 5i (G• brig(Ul&lt;') qui unis enl
leur · cfibrls à ceux du ~• hataillon de cbaseurs wurlember.,.t"0i , du 7• ril inwnt wm·lrmber&lt;&gt;eois, du O régiment prus~ien n° 49
(7• brig,ule). des grenadiers n° 9 (fr~.)- En
même temps, le r6~t:iment n° li (li' br19mle),
dt.&gt;s•·endam de pente· nord du plateau de
Ccrmilly. 'avance conlre les Fuur à 1:baux.
Qualre bataiUoa, de la 5° brigade. formnot
ré er1·e, se t,enoenl au œnlre du deu allaque · sur le -plateau de Cœuilly; deux Lalaillon de celle bri•rade onl été dirig-~s sur le
parc de Villier , pour r •lever les Wurtemberire&lt;,i et le :t'lons fortement éprou,.-é- 9 • »
L'e11Lrée en ligne de ' importa.nt renforls amène tout naturelleme11t une recrude cence violente de la lutt.e. A Cb.ampigny,
les troupes de la division Far(rn redouble~t
d'énergie d decoura e: le~ sap•urs du "érue
creusent des cheminements de maison en
mai on, dt: maraitle en muraille, el nos soldat,, y passaal un à un, finissent par refouler
l'a saillant au nord dt! la 0 ra.nde rue. Pendant
ce temps, an ud du village, le 115• :-·usail
en effort iniructu ux contre une Lrancbée
perpendiculaire à la Marne, d'où il ne pouvait pan•enir à dé.bu quer le: \Vurtemb~rgt&gt;ois. Cinq homm résolus, sou la co11du1le
du ergent ubifo:m, Lraver enL la rivière n
harque .ous uoe grèle de balles, prennent la
tranchée à rever\ el en cha l'lll l' nnr.mi 10 •
OtJmème,unequarantaine d"bomm1• , emlm qué dan d,mx enclo· iLuPs sur le llanc nord
du village, -•y maintie11neat peniant pins de
ix hem·e t empèchenl par leur feu1 de
flanc l'a&lt;ll'er aire de pro..-rc tJr de ce côté el
de tourner les dé[en.eur de l'intérieur, C'est
Ll1 lmgaoie Palurcl avait dù ··41e11lire jusqu'a. la
Pliltierè pour ooucbcr tu trouée l"a11c .P.~• la retrwle
de la hriga,le llarlPoot p~esr1ue. lo1,.1 e,,L1r~e.
.
(i.

1. Cc sont ·e l;all•·rw qm. a,n'il. qu rl n ,!t~ &lt;i,L
plus lt•nl, alll!l'1·nl "ütahlir nu aord-e,L d • ~t'l•A•_r.
Il. f,'l Guerre fr1111ro-alln11ntd", 2• p 1r1t~. p. .i{ .
!l. G~n,•rJl lluclllll', {M. cil .• t,un·• Hf, p. 'i-,; ._
10. Ibid., pag,\ 41. - Lo i,ê". ·rai Oucrnl fa,1 .,~~le·
mcal remarqu .. r, 1l'arr·, rel mc1&lt;lrnl, cumh1cu I rnnc·
lion lie hallcri~ m1;i;ëes 1lu11~ lo boude ,te la ,1arnc
élail rcgr,•tlll.lil,•, i qn•ls ri'&lt;ull8Ls cil aura.icnl pu
olitenir, n touvr,11I &lt;lu fou\ de O~nc l,•s f~)rfl&lt;lS nlloroJtndes vcuanl de Che11ncvièr~s I de Cœu1lly.

'BATJULLT; D'E C1IJU(P1GJ\J1

seulement lor q11e, diminu~s de plus de moi- Trop expnl'é., avec dr. altclagt&gt;,, au feu r.01•1;rocha vonl cb,:,rcher d;u,s le. eais on~ :irrè1 é:,1 prè
Lié et à boul ùe mu11i1ion , il vont tHre ron- cle~ Pms iens. nos cnoo1111it'h' laisseul les ciii. llll~, da \ifül',c tlc Br) '. La lnlle e~t acllarnre, l
damués à mellr ba, les armes, que, plultit ilélèlenl Jc5 ch,wnu .. , lral,u·nl il hr,1~ rlea1 p11'cr, dtljà ln "auche allemande faiblit, quand l:i
que de soullrir une prtrl'itlc cxlrcooité, ils ju ,p1'i1 la li:tllerie. Déjà fort ltoi!llt:inl, l'ennemi se b1 iµade llaudcl, d bouchmil du I illo"e, abor,lr
r lire Jrnr •roup,•~. d'ob l.(lcl en ob. l:1rle, el 1li·le lla1a.illons ennemi· qui rou,·M,1 le~ pcnl · ,
évacuent leur po ilion sous une arèle de
par:iil dcrrii!r!' le pentes hais le•, pùlll'~nÎl'Î par
halle , et viennent, réduit à une poi!(nre, e noire mousquelhie el lfUelque~ coup~ Je 111i- au ud du cimeLiùre cl du d.mmin de ui ypo ter dans le maison en arrière oi1 ils . e Lr.1ille .... Ilien nhritils derrièr1• l'ép,11tlem1ml. ooas lc-Grand. Encore une foi le l07e et 108e
françai ortl aux pri~e avl'c le IQ7e el Hl •
remettent à Lirer.
a~ions nu 1ela-1ivcmenl peu à ~oull'rir; trealo
Du coté des Fours à chaux: le ré;.timent h11mmPS au l'lu~ étai1inl !tors tlt• cot11ha1; l»s Prns- ~axon : mais cdl11 foi , nos ~ol,lat,. qui lén° 14, entraînant avec lui les fraclions de la siens, au ronlraire, lai saienl hUI' le lar:ti11 plu~ moignent d'u1,c Lravoure a1lmirablP, onl hi n7~ bri&lt;rade qu.i luttaient là de pied forme sieurs 1!e111nines do mm·t el tl11 hie ,1~. Lu r1:gi- lôl rai on de leur adversaire ; ceux-ci, bon contre Je- trouJJCS de la bri •ade Palurel el it's me11t pru•sien a• l \ a.ail ù lui ~e:nl perdu culés eL décimés par no balles 6 , Ùlltlenl n
rt&gt;lraite en M ordre, ·ou~ la pr0Leclio1l dt•
mobile (Cole-d'Or cL Ille-et-Vilaine), ,"ét.iil Ili offlciurs el 29 J homme5 •.
porté sul' la Plàlrière, en avait cha é les
qu:itre hallerie du Il• corp . tirées en b:He
Celle a11.a4ue inrruclueuse fut la derni'•r
occupants, et menaçait la batterie de la Car- que tent/&gt;rent le Allemand· de ce côté: leur il,• l'abri où elle' :,,'étaient réfugiée prè dt:
rière.
5c brigade arrivée à Cœuilly, e borna à re- lllDfl-Idée •; le p ·u tes sont évac·uées, el lll.S
cueillir les débrii; de· corp (ri11q r :giments Saxons qni occupaient encore les premières
0 ce c61é, oLligés rie leofr un fronl Ir~ é1e11du et deu. bataillon - de cbas~curs) 3 qui étaient mai oos de Bry, oùligé · de se r tirer au plu,
a1•ec de. lroupr épuisées ol dédmtles, nous n'avenu • 11 plu ieurs reprises, e liriser coutre vite, hii ent entre nos lllain: &lt;le noruLreux
vioM '{"C Ires peu de monde; la Carrièro. notam•
les
dtifen .. s de Cba.mpi~uy el des Four' à pnsonniers.
mtiul, 1ùhail gu1·tlée qui! par quelques homme,
chaux, el nous bis a ln passe sion dé.sormais
de· 121• el 12~·- L:i comp,1 nicdu ~nie &lt;lu capi•
La brig-Jcle Daudel recueillit, s,ff ctilte pa1'litl
laine Gli · . , l'ev11nanl d~ Cb:impign , où elle avait incontestée de prc r1ue Lo11l 1t: village; k
du cbaJJJp (Ill b:ilaille 1111 cil s'éL,it J glorieuseachevé les lravaux de dél'rnsc, ait immédiatement
Wurlemliergeoi~ µarùaienl senlemenl le parc:; m!'nt conduile, l 75 prisoauiers, doul 5 unicier,.
envu)11c . ut ce point avec un détachement des du ailla.al oriental et la Platrii':rè. JI était plu ,le 00 fu. il., q11a11LÎl1i con, itl•·rablc de havre121 • l!l 122•. (;ue ceulaine d'homme., des sapeurs près dti lroi heures &lt;lu .oir. A ee moment,
~ac, 0 i1Jcrnts, Cll'([Ue~. etc. L'enne1ui ,1vait füil
pnur 1. 1tloparl, occupent fa ha.1le1·i1• 111 ~ auord•;
la di"i~ion u~Lidl , 11ue le gé11ùal Du&lt;-rol des p1•rh•~ énm mes; les pente., le arenue , lrs
150 envir;,n, formanl réserve, 1tarni~s1rnl le poura\•ail appelée à lui, arri,•ait de ln ri,·e droile rurs, [~$ m;ii on. étaient cncomhré11· tle ses morLs :
!oul' ile la Carrière. L't1nncmi, dc 'ceodanl le,
de la Marne, et l'enail relever, dans Les posi- sur le plateau d&lt;l Villitirs, on vayuil ègultlm •rtl des
peole5 en pelile' colonne. sëparécs par des intermonceau, d&amp; c~dal'res ~xoJI 111 wurt,,mf}l'l'geoii..
valles de 3 à 400 mètre • fav:mee par homl · -uc- tious de l'aile droite, le troupes i épro11v~
Les demi: r n-iraenll saxons à eux. ~eu!~ perdirenl
du
t•r
corp
;
celle··i
bi,·oua11uaienl
dans
la
co~sifs: dès quo le colonnes L1 ouv nL un obat:,c!e
prè
de 1,:'iOU hommes el 46 officie&gt;r,; }ij régi·
plaine 11 l'onliSl de Champigny.
ou lID re!&lt;".1Ul favorable au déGlcmeat, elles s'armenL n• J 08, 36 officier el (ij6 hommes; Ill
rélenl, enga.,ent une vive ru ill.ade, pui se porwnl
Tandi que lés événement donl il ,hml
t•tlgimenl n• 107, IO officiers cl OaO h111nmes. Le
de nouveau en ;l\•ant, s'étenda nl de ,,Jus en plus à d'ètre qu tion se déroulaient aux alculours
t •' rég.iment '"utemhergeoi pertlil égalernenl
di-oiLe et à b&lt;auch , de manière à envelopper la de ce -rillage désormais célèbre, l'ennemi avait
4 officiers el 200 homm , le IS• ha1a11lon de
po,ilioa et à rendre flOll coups plus incertains. Une
é&lt;ralemcul rruou1·elé .es altac1ue contre la
batterie établie sw· le hauL des penl.. oulienL gauche du 2• corp . Les bataillons non encore ch- ·,cu1 · noos, 1 oflicicr eL 5;; homme.. .
leur marche p:ir des coup ~ mitraille• .... ~os
Qua11t aux hriè\ade, Courty el ))audel qui
engagéti d~ 107• et 10 • ai:on , renforcé
sapcVJ ·, groupé' sur un e~paœ reolreiol, nll fuidepui
plus de ~pt heures lut1aie!lt bans répit,
par
le
t5•
bataillon
tle
cha.
seurs,
•~taient
.aient feu rp1e su,· l'ordre de leur officier : tant
jetés ur les lroupe6 de Ja brigade Court)', et elles colllplaieul environ L,300 homme hori:;
1rue l'r1111çm i est en tirailleurs, quelqucij ad1•oib
aidés par les LaLteries sa~oones du nord de de combat. Elles forent rdcvées vers lroi
tireurs seuls répondent, le rei;.te e Li .. ut accroupi;
heure par lè troupe de la fü•ision de Bellelo1·sque le Allemand ·c groupenl pour s"élancer Villier , a1,aie11l t·eiuulé d'abord 1·er les penlt~
en uvnnt, Lou les homme se relèvent; formés ·or de Bry nqs soldats épui é . Mai · leur ucc
mare, que le gêuéral T&gt;ucrol avait rappelée
plusie1,1r~ l'anp, ln· premiers :1 gunoux, les derniers
ur la rive ga11,;he, el allèrent se reformer, la
u'a1•aiL pu ètre pou- 'é bieu loin, car, ·ur I ur
deboul, il · exocubml de [e1t:1r ,le ~nive.
gauche, la div1 ion Berthaut, outenue par première dans le bois rlu Pla11l, · ta ecomlu
Cepend~nl, gràcc à ces moovell]ent.s successirs l'a.rtifürie quj gral'i~ ail les crêtes, déîendail
dans le ,illogc de llr ·.
el progressifs, l'ennemi, pré.,onL1n( un!l ligne forte
D'ailleur,, ici comme
l'aile &lt;lroile, la
vigourcu~emt&gt;nl
·es
tranchél'-'i
cl
maintenait
tle 1 ~Oil :1 l ,àO!I homme~. était arriv~ 11 cinlutte
d'infanteJ·ie
étnil
terminé,,
t!l seule
en
place
les
forces
e.nnt'mit•
qui
tentaient
de
qnnnte mètres ,le lu bull~rie; l'on entendait les
l'artîlleri11
continuait
il
enlrf't1•nir
le
feu a,·ec
la
tlébu
quer.
Encouragée
p:ir
la
présent-e
1lu
officiers menacer, eneouraaer leur&lt; ·oldb ls. A. cc
le baaeric altemantles 0 • Nou a,·ion~, sur
général en chef qui vient d'arriver de ce côté
mo111i,nL, d'e11.r-111émes, 1!0$ lunnme~ cl'Îe11l: « A
tout.e lu Jjgne recouquis Les po ·ition · occula baïonnetle ! a la b11io1111elte I... &gt;&gt; Le cliquuti , eulevée par se ofliciers qui payeul d'e1rmple,
Ja vue dll· armes bri1Ja.r1I au-de sn tle la crèle. la bri11ado Courty ne larde pas à se re aisir pées le 50 novcmliro au ::,uir, ruais nos
arrêtent ael les Allemand~; le ncîlre , immobiles.,
el entame ai;cc lt! axons, ur le penLcs &lt;lu troupes étaient trop désorganisée· 1our pou~ans 1irer, ·'apprélea.l à faire une décharge géoé• lllamelon &lt;le illier -, uue lutte acharnée cl
\·oir lt&gt;lllèr encore un ri•tour olltm if; de leur
raie. à e ruer en avant. l.eg offici r' prussien
meurtrière. es deu.x colonels • ont mortelle- coté, 1 All!!mand , no11 moi □ éprouvés, rees:cilcal leur hommes, les injurieul, les poussent,
les frappent; aucun ne houge. ~'mnç.iis et Alle- ment atLcinls!; &lt;le leur coté, les 'a.xon voient nonçai nl aus i à entreprendre de nouvdles
mand· reslcal ainsi 1iendnnl quelque lemps, les presque lous leurs officiers tomher .uccessi- attaque . L'approche de la nuiL wterdisaiL au
vernent el leur ranas s'éclair,·ir dan de Lersurplus d't!lllamer quoi quo ce soit. A quatre
premiers sans faire feu, les :1ulres uns avancer.
heures, le général Ducrol, d'une part, le
.li.ais il faut en Jfoir; le capitaine GLi es fait d/&gt;- ribles proportions. Le éclaireur Frantbeui
mantler de L'arlillerie; fa Lallerie allu arrive.
apportent à no homme. de ca.rlouche· qu'ils g1foéral de fran ccky, de l'autre, mus par un

a

1. Elle ful cha sée pre&amp;111e au- itôl par le feu ,te.s
grosse, pièces du forL ile ~ogcnt.
2. G·• uèml 01Jc1,Q'J, foc. cit , page 51 ,,1 suinmles.
-;- Cet épi.s.,~e. &lt;lonnû r.•r le gë.nml Ducrol m•~c
d amples Jela1l , C! l forl. tnlt\1 e rnt il plus d"un Litre.
11 mootre Loul d'altoru quello force moral,. dono,· li
ime bonne inl'aul rie la dùcipli11e du feu, el qnelle

mOuence eel le fot'l!c morale exerce s11r le u1.-i:és
pu.iS&lt;lu", dBn le cas présent, 200 homme à peine In
onL imposé à loul un régiment, el déterminé fB rl!trnile .011 la seule mcna.œ ,lu leur choc. Il moolre
ensuite que la prés,•uce d'une rëser•·e est de Ioute
oéee.ssi.Lè; si, derrière 111 Carrière, il c11 &lt;J(lt t·xi

lu

l)ne, on eùt pu e.xécut.;r nvc•c elle une ,igovreuse
co11tre-ella1111e ,lout les conséquences auraient cl•
certaiuemenl très grq\'CS ()()Ur li:~ Allemaml, 1:ugngés
à fond ; lantli '(U!:, rëduil, a leurs prvpr.•s forces, les
dem, cenl braves gcru; du ta11ilaîrui Gli
durent
·'estimer bien heur~ux rl',i,·oir r..foulè l'umiemi, rn,u
pouvoir sculemenl songer il le 1JOursuil're.
:;, Ce;i lrllupes comptaitent 1011 ollicier cl 1,800
homm~ lwrs de, rumhat.
4. Los liculcnnuls-culonels Jourdain, du 12:1•,

:'iellner, du f2(J•.

l

a. C'est en se prodiguant dans ceue mi, i~n que
lu cornmatt1lou1 fram:ilelli fui atleinl morlellement

J"un écfot 11',,l,ns, V!,J'S mi•li et demi, dao le chemin
qui va ile llrl' /1 Yillicr~.
O. , l,cs Jeux b~1aillons tlu rc'gimenl de tirailleurs
[103•) ét!ÎCn l comn\onJ~~ par des füiulcnant . n (Lo
G11crr" /1•(111c1raltl!m(111de~ r.agc 551, c.n noie. ) .
7. Elle y rl'Jllrèl·1•nl d ailleurs presqu~ ou• 1IÛL,
pnurcho lies par les gros es pièce! ùes forts. [I liid .•
page 55'.l.)
~. Gùnéral Duc.Ror, làc. cil., tome Ill, page 40.
!l. Les Lrois batteries de la ,li&lt;ision de Ucllcm,rc,
an:c une bnlleric d , 12 de la résen·e du 1" rorp,
(pri milivemeat cnroyée sur la rho droilc), élaiml
venues prendre position sur le plateau, ÎI l'est dellry.

creu1

�r

B .ATA1LLE DE C11A.MPJG1VY ~

111STO'J{1.ll

mème ~enLimenl de leur impuis ance, donn:iienL l'ordre de ce ·scr le feu.
Fin de la bataille. -En résumé, la b:i.La.ille
du 2 décembre se Lerminail par un , uccès ·
car i, dr1ns un moment d'émoLion bien excusable, no soldat · , eilénués de [ali~u.e, de
ouffrances el de privations, a,·aient cédé .à la
panique et ubi l'affront d'une surprise pre que générale, au moin n'avaient-ils pa tardé
à reprendre possession d'eux-mêmes , à obéir

éoergie lenace, ne voulait pas dé espérer. avail réduit le · plu ~-igoureux de ses 'oldau,
CtOl'anl toujour à l'arrivée prochaine de il comprit qu'une nouvelle bataille, [ùl•elle
l'armée de la Loire dan les eMiron de Fon- purement déft!n j,•e, était de,·cnuc impo sihle,
ous peine de s'cxpo,er à un désa~lre cerlaiu.
tainebleau, il e refusaiL à abandonner de~
positions d'où il croyait pouvoir plu facile- ll e ré -olut donc à r!lporter on armée ur
meoL lui lendr&lt;l la main, eL à rendre leur la rive droite de la llarnc, el donna imméliberté au.x troupe dïnv~Li ement fixées là diatement des ordres en con.équence, tandi par nolre présence ur la rive gauche de la qu'un de ses officier allait n,·i er le gomcrMarne. Ll ne mit donc pa · irnmé.tliatcment nemenl de ce grave événement 1 •
ou. la prolecLion de l'arlilleri&lt;', qui enlama
son armée en relrait.e. Au contraire, les

Otlicier Inès; 11" ; ble sé . ?i80; ,lisp~ru .. H ,
nous in&lt;Juiélcr, en sorte qu'?t huit h ures du
lfomm - tué!, 1, G2; bic.~, 7,,'\55; di..,qiaru~ ,
soir, il ne. restait ur la rive gauche que la
brigade de la Marionse laL5tle, avi&gt;c le 126•, 2,129.
Le. Allemand co1nplaienl 2:i0 oflicier.; (75 tués,
à la garde des ponts de Joinville el de , o18S bill~, J di-.paru) el 5,915 hommes (1.188
genL t. La 2• armée se massa sur le plateau tué~, 5,li7 t bles ;•, 1,0;,,t. disparu ) hors &lt;le romde Vincennes el am; abord de ogent et de bt1l; en loul, 6, 172 hommes.
Rosny. Quant aux Alle"'ands, ils gardèrent
encore deui jours, dans le secteur entre
Nous avons e1pliqué diljà 1 pour,1uoi l'effort
eine et Marne, lts lroupe &lt;1ui étaient 1•enues immense, entamé et i bravement soutenu le
)' renforcer la division wurtemhergeoise. Lor - :lÜ novembre, n'avait pas abouti. Il est donc
que le 5, ils virent que tout d:mger était dé- inutile de revenir ur ce sujet, si ce n'e t cefinitivement conjuré, il le renvo1èrent dans pendant pour coo taler encore une fois comleur: t&gt;ropla::emeats primitifs saur cependant bien la préparation d'une opération de ce
le li' corp •1ui re ta cantonné entre Bonneuil genre doit ètre complète, et quel danger il y
et la ine.
ah ne pa. e prémunir contre toute les évenAin i se lermioa, celle tentative considéra- tualités qu'il est possible de prt1voir Ai-suréble, ur laquelle on avait fondé de si grandes menl I plan t.actique du général 011crot pouespérances, et qui n'abouti ail C'n omme vait donner de ré ultats, mai il avail expres&lt;ru'à un coùleus échec. Les pertes qu'elle enémenl besoin, pour réu ir, de deux cho. es
trainait étaienl anglante , el se montaient essentielle , le lancement préalable de ponts
pour nous (en totalité el I compri les dé- el le conconrs du 5~corps en temps opportun.
monslralions autour de.Pari ) à i 2,0 J hom- Or, on 1i'était a~ uré, en entamant l'affaire,
ffi(&gt;S bors de combat t, e décomposant ainsi :
ni de l'on ni de l'autre, et il se trouva préci1. Ceux de Dry l'l de '.\:e11illy furent r plit'.!s. L,.s
m~s, donL 420 orliders. Le 1" corps, le _plu, éprou •l!,
pl't:mi~rs avai1111t ~té gardés pc11claut Loule la journèc
du 2 pn.r les marms 1lu commandant Rieunicr, qni
5'y ma111linrent !Jrll'ement au milieu d,•s bnlle el des
Obll.$, ~l y ubirent des _perles a sez sen il.le,.
2. Les pertes éprourecs ur le plalrao de \'illi~rs,
près Champigny. l'ellll nt les jrn1rnée5 des 31) no~embre, , ... 2 cl 3 deœmbre, se mont niant à 0,8\'l bom-

émcnl que, par uite d'incidents auxquel '
nn aurail pu et dû penser d'avance, ces deu:,;

Facteurs néces aires du sucrès rnanrruèrent à
la foi . En voulant trop se hâter. on avait
manqué le but. de même qu.'en montrant
une Lrop grande impatience, le général en
chPf ar.hrva de compromellre le résultat d'une
aLtaque 11u'il n·au rail jamai d1) commencer
nant de pouvoi r di po cr de la majl•ure partie, inon de la lotalité de ' On artillnie.
Il e l jn le Loutcfoi de faire la part de la
urexcitalion généreu e des e prit, el &lt;le
l'ardeur pa1ri0Lirp1e à laquelle plu - IJUe tout
autre était accc ihle un homme de la tremp •
du giln~ral Durrol. Il esl juste de tenir compte
de la pre sion exercée sur tou les chefs de
l'armée par une opinion à laquelle on n'avait
pa suffi ammenl impo é ilcnce, &lt;:t ttui ré•
gnait eu maitre · e, alor que le s;ilul pnblic
rûl exi,,.é qu'on ne la con ullitL rul!rue pa ·.
Mais La conclusion 11 tirer de tout ceci est que
la bonne el aine direction des opérations militail'e est exdu ive de loute inllucnce eslérieure, el qu'un général dont le déci ion
avaiL perdo 5,020 hommes . Certains régiments étaient
ne sont pas uniquement dictée par le, exidécimés : le 42• de li11nc, par exempfc, qui nvail
gence
tratégiques ou tactiques de la itua40 officiers eL l ,1'i5 hommes hors de cornhal; le
tion, court le ri que de n'en point prendre
4• iouaves, qui en a,•ait à6i, dool 2l officiers; lu
107•. 51 i homml's et 16 onicien. etc.
de rationnelle , et e t le plus souveal expa é
;;. ltül-,ire gf!ntralc de 1,, Guerre frm1co•alleà échouer.
n1a11de, 1870--1811 (c&lt;l,tion déf1oi1i1e), Tome I", p. 4.H.
LIEUTENA~T- CoLONEL

Erne st LA VISS E, de l' Aca:iémie f rancaise.
&lt;:f:&gt;

Une journée de Frédéric-Guillaume,
le Roi-Sergent

LE LE&gt;;UEJ,IAIN DE CHA)!PIGNV, A BRY-SUR -M.ARNF. -

à l'énergique impulsion de leurs chds, et à
ot"'aniser rapidement une rési lance vi!!oureuse. Trois allaque contre l'aile droite. d,~lll.
contre l'aile gauche, exécutée par un ennt&gt;mi
qui s'alimen1ait coaslammenL de troupes fralches, avaient été repoussées victorieusem .. nl
arnc de pert.: .anglantes, cl rrdui. aie111 à
l'épuiremeat le conlingt&gt;nt · 11ui y a,aienl pris
part. En aucun point, nos put-ilions n'étafont
entamées, et le bal poursuÎ\·i par les Allemands « rejeter les Frauçai derrière la Marne
el détruire les pools », était manqué. ~lalbeureu ement c'était encore là un urcè stérile, parce que l'armée du général llucrot,
absolument à bout de force , se troUl'aiL bor
d'ét.at de produire un nouvel effo1 l.
Le général en cLef ceprndunt, dans 011

TaNtau a 'ÉMil.lt BQllT IGNY.

troupes des 1" el 28 corp , couvertes par le
division ' 'uslJielle et de Bellemare. bivi,uaquèrent en ar1ièrc des lignes qu'elle· avaient
i vaillamment disputées à l'ennemi, et dont
elles étaient restées maiLres e~, en lai· a.nl
emriron 5,000 des leurs. Elli!s se réorgauièrent la.ni bien que mal, se réappro1·i ionnèrent et recomplétèrcnt comme elles purent
leurs auela"'es. « 'fout ÎlLl préparé pendant
la nuit en me d'une nouvelle bataille défensirn à laquelle on 'allcudail pour le l~ndcmain 1• »
Retmite ge,iémle (5 dlcemhre ). - ~lais
quand, parcouranL les bil'Ouac,; à l'aube du
5 décembre, lt! géuéral hucrol se fut convainc11 de l'élal de dépression profonde où
celle longue !;Uite d'cITorls et de suuO'ranccs

au itôt une violente canollilade pour faire
croire à une attaque imminente, l'opéraLion
commença ,an_ délai. L'évacuation des diver es positions 'effectua en bon ordre, par
échelons, et pa plu que le pa, ~age de la
rivière, elle ne donna lil!ll à aucun incident.
ule la divi ion Je 1\lalro-y faillit. en "e reliranl lrop Lol, amen1•r qu.:hp1e désordre près
des Four à cbanx. L'foLerve11Lion d'un régiment dt: la di1•ision de u hielle remit le
cbo es en ordre, cl contint les tirailleur
wurlembt:rgeois 11ui raisaient mine de . 'avancer. D'ailleur , l'ennemi ne chercha guère à
1. Gé néral Du1: ROT, for . cil., tome Hl, p;,ge a&gt;8.
2 . Le gou~crucur 110 1l011111 so, ton eot emcnl
qu'ai e une certaiue lt~silatioa, ptuduile par la
craiulc qu'il éprouvait d'une n11u,·elle sorelritallt&gt;n
de 1'11pinio11,

Frédéric-G-nillaume I••, lt: ~econd roi de
Pru.sse, le père du grand Frédéric, avait réglé
~a vie avec une précision mililaire.
li se levait de grand malin et commençait
par se lavtlr vigoureusemt!nl. Des tonnes
remplies d'eau ,suffi.aient à peine à sa loile1Le : il mettait dt: l'rmporlemeot jusque
dan a propreté. A peine sét;bé, il lisait une
prière dan un manuel de piété, puis il appelait es Conseillers de Cabinet. C'e L à sept
heures du malin, l"bn·er, et, à cinq hi-ures,
l'été, r1u'il donnait cette première audience.
Toul en bnvant on café, Fri:déric écoutait
le-s rapporl . Le plu ouvenl il donnait tout
de uite sa déci ion, ou la Iormci d'une note
écrite en marge.
Le mots narren possen élaienl de ceux.
q_ue le roi aimail à ruellre en marge de · proposition tjUi lui semblaient ridicules. H
ignifient bouffonnerie, farce, ou, comm
nou · dirions aujourd'hui, fumislcrie.
La plupart de ces notes sont à peine
li ible$.

ROU SET.

I►

p~s d'argent. Le roi exprimail celle pensée
eo pl ,1,1Purs langues : Pninl d'nryent. ou
il n'l' aYait qua i personne IJUi fùl capahle de bien encore, avec un soléci me ; ron hal,eo
&lt;léchilîrer c ordre . Un jour, après lecture Pekimia. D'autres Iois il écri1·aiL: Plait ahd'un rapport du général gouverneur de Berlin, g,schlafJtfll : l\i:-fu é nel. Il , e défendaiL de
sur une sédition de maçons 11w_ avaient refn. é taules les façons, ruè.me avec esprit, con•re
de traYailler 11 n lundi, il écrit : O,rnwsl rien toutes les demandes de remise d'impùt ou
Raetlel fiihrtr hangen fos.•en ehe ich lwmme, d'aide pécuniaire. - Le mini,tère sollici te un
c'e L-à-dire : Tu f, ras pendre le meneur de secours pour de pay an à qui l'année a été
l'émeute avanL mon arrivre. Le gflnéral ]il, forl durt' . li répond : «L'armée prochaine sera
au lieu de ;foe1lelll/Ïth1·e1·, Raeilel ftiUtel'. La bonne; pas néces·aire. &gt;&gt; La mai on du contrùphrase signifiait alors : Tu feras peudre le leur de douane,; de Francfort- ur-l"Oder a
Raedcl ... Le général ne connaissait qu'un be,oin d'ètre répnrée; le d,wi de la rép:ira•
homme de ce nom, un officier, 11uïl fil arrè- Lion c l de 31:&gt; thalers. Réponse : (( c·~t
Ler immédiaternenl. Par bonhl'llr, il monlra dono un château 1 24 Llialrrs pour la rcstaule billet à un de con eiller qui connai saienl ralion . o o·aulr.-s fui ·, il Lrouvait qn'on ne lui
mienx. l'i!cr1Lurc royale. Il relàcua l'oificier, dt!m ,ndail pa a~ ·a : « Je ferai· liicn mieux
his choses1 si Dieu m'avait donnt! le pouvoir
se rendit à la pri ·on oil 11aient détenu le
maçons , a,•i a un de ces malheureux q11i de fa ire de l'argent· o mais c'était une façon
avait les cheveux rougPs, en com·lul 'lu'il de dire qu'il ne donnerait riPn da tout.
Toul le rronvern,.,ment de cet autocrate se
était le meneur, et Jcfit pendre incontinent.
La note marginale qui rerient le plu, sou- révèle dan ce, grifTonnage~ . Il n'aimait que
venl est celle•ci : kh /zabe kei.n Ge.Id: J' n'ai l'armée el la Gna'lcc; il n'estimait que les
Quand 1.- roi avait la goullP au bras droil,

el 'lu'1I était obligé d'éc rire de la main gauche

�H1ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - soldais et les administrateurs de ses revenus.
Il méprisa.il tout le re le, el, en particuli r,
les rrens de ju tice. Uo jeuue homme, Ols du
chanœlier J.u pays de Clèves, demande un
emploi. L roi commande de l'eiaminer :
11 'il a de Iïntelligence et une bonne lèle,
meltl'z-le dan 1me chambre t.les domaines.
i c'est un imbécile, faites-en un magistrat. li

ou bien oie, ou bien aucis e fomée a,ec du
tl.iou noir; uo beau pob on; an pâté on une
tourie; un ragoût ou bil'n unràli aYt'C divns
accompagnenie11l ; de la .a.Jade, du beurre

Frédérîc-Guill:rnme entendait être el'l'i à
point nommé par se chambres des domaines,
qui étaient des directoires adm.inislrnlifs. Il
leur demandait, sans sourtiiller, lïmpos ible.
IL est informé de pr-ogrès d'une épizoolie :
« Que les chambres, dit-il, prennent Loule
les mesures pour arrêter le mal : autrement,
je le tien r,our responsaLles. » - La pe le
sévit dan le Levant· il y a péril qu'elle oiL
apportée pnr des navires : n Prenez toutes
le précaution écrit le roi au directoire
général, c11r, i nous avon la pe te, je vou
en fai" re pensable. . »
La fameuse déclaration qui peut ser,ir
d'épigraphe à on règne a éLé écriLe sur un
placet présenté par le · députés de la Pru. e
orientale l(Ui réclamaicnl, en fran!,',llis, contre
un nouvel impôt, par lequel « tout le pa s
sera ruiné l&gt;. Frédéric-Guillaume répond en
quatre langue : « 'foui le pays era ruiné'!
Nihil kredo,abe}· das liredo, da s ,lie Ju11ke1"
ihre Aulorilale 'ie posvolam wird ruiniert
wenlen. Jch slabiliere die ou,•erainete vie
eine,i Rocher l'On .Bronce 11, c'est-à-dire :
ci J ne le crois pa , mai je crois que c'e l
l'autorité et le fiberum ?Jeta des Junkers qui
seront minés. .l'étah!i ma ouverainelé
comme rocher de bronze. i1
()uand il était de belle humour, il dcs~inaiL es ordre au lieu de les écrire. Faiigné
de recevoir des suppliques que des avocats lui
îaisaienl tenir par l'iaterl'llédiaire de ses
grands grenadiers, il avait demandé au juriscon ulte Coccéji de lui préparer un édit pour
la répres~iou de ceL abu . Coccéji lui adr·essa
un rapport, aYec Cl.!lte que tion : 11 De quelJe
peine a Majesté veul-e.lle que ce délit oit
puni? u Le roi de ine en marrre un gibet où
peod un avùcal en compagnie d"un chien.
L'édit conforme fut aussitôt rendu.
Après qu'il avait congédié les conseillers,
Frédéric-Guillaume rece,•aîL d • m.m1. t-res,
des officier , des ambassadeurs, des élranger . A dix heures préci e , il étaiL à la
parade.
A onze beures, de relm1r -au chàteau, il
travaillait avec des conseillers secrets jusqu'à
midi. qui était l'heure de la table. C"était un
bon moment que celui du &lt;liner, qui dura.il
environ d nx heures. Le menu éLait copieux.
D'abord, pour ouvrir l'appétit, la soupe, où
nageait soit un quar1ier de l'eau, oit un
poulet, soit un poisson; puis deux plat de
bœuf; deux aulres plats de viande : jambon

et da fromage. Pour la reine el le· enfants, il
y avail, à la place des gro · morceaux, qudques délicatesses. Au des ert, des fruits,
quand c'étnitla~aison. D conlilures n'étaient
servie que les jours où la famille recevait
des bôles prin •irr . Ce jours-là, la taule
allaitju.qu'au Ju.ie tles primrur.
Chaqn.e homme huvail a uouteille de vin
ordinaire, i-,uis une, deux et même !roi ·
dcmi-booleilles de vieux dn du Rhin, selon
l'humeur el l'appétit des con.vives. La d1foision
était prise l1 la pluralité de voix, que le roi
comptait. C'4! t la seule matière où il ait
jamai consulté ses sujet . Encore voulait-il
que l'on rotât bien, c'esL-à-dit·e pour beaucoup boire. Le lcmp passr à table n'était
point perdu. On plaLa11Lai\ gro , mais jamais
parole indécent- ne fut prononcée de,·ant la
reine et les mfant . Il ét.,ït rare, pourtant,
que les es;prüs ne fus enl point é.chau.J1ës. Le
roi ne se levait _presque jamrii de taLle sans
ètre un peu gris, et beaucoup trop sournnt,
toute la tablée, lareineet le enîantsexœptés,
était complètement ivre.
Après lé diner -veoail la promenade à
pied, à cheval on en ,·oilure, selon le t~ps
ou la aulé du roi; mais Frédéric-Guillaume
ne ~ promenait jamais pour le plaisir. 11
causait avec tout le monde, s'informait de
Loule cho.c.

La promenade lime, le roi travaillait ou
recevait des audiences. Le soir, il pré idail le

1'ubafc-Collegium, le collège du Tabac. Ce
o•e~t pa, lni qui a inventé cette façon delenir
a cour au milieu d'un mi:irre de fumée. Son
père, le magnifi']Ue et solennel Frédéric t••,
av,it i11auguré ces assemblées du ,oir, mai"
il les tenait dans un grand :ilon Louis XIV,
à la lumière de. bougie qui brillaient sur un
grand lu Ire ou dans des appliqno · à miroir.
Les corrrlis:m~ en pPrn14urs ·iéo-eaient, l
tor, e droit, dans de fauteuils. Au haut l.ioul
dt: la aile, le roi et la reine présidaient : la
reine bourràit la pipe du roi. Cetle pompe
était une i,nilntion de er ailles, mais aH•c
une pompe du cru, co.r l"ous ne vou rPpr~Pnlcz poinl M111• de llainlenon bourrant 1a
pipe de Loui, .XIV!
Fré&lt;léric-GuiUaume tenait on colli&gt;ge du
Tabac dans une salle nue où des siège en
bois, gro ièrem nt peinL, étaient rangés
autour d'une longue table de boi . A la pla.ce
de chaque fumeur, était une pipe en terre
d.1ns un .ltui en bois : l"étui du roi élail
sculpté avec quelques orn .. meols d'argent.
01:s corbeille contenaient le tabac, qui :tait
Je gros laliac. De la tourbe brùlait dans des
va e· de cuiue. Quand le roi s'était a is au
baul !Joul de la table, les habiLué.. du c.ollè"e
prenaienl place. Tou no iu.maicnt pa , mais
Lou devaient tenir une pipe. Ain i foi aieul le
prince de n~ sau et Secbndorff, l'amba:csadeur impérial. Celui-ci, !.:' bon courlisan, et
qui a dupé à la perfection l"honnête FrédéricGuillaumc, contrefaisait le fum&lt;"ur en ouIllanl dans sa pip . Cliacun avait devant soi
une cruche de bière et un verre. Aprè one
beure ou deux, on errait du paio, du beurre
et Ju fromage ur la grande table. ur une
ta.hic à côt6, du jambon et du ,·eau froid
éLaient a la di position des conri,•es. Quand il
y avait quelque invité de di tinction, le roi
régalait la compagnie d'une salade el d'un
poi son. 11 faisait la salade et servait le poi on, et, pend;ml ce. opéralions, il se lavait
les main quatre ou cinq fois. Ces jour -là, il
donnait du vin de Hongrie; à l'ordinaire, on
ne hmait que du petil ,·in on de la bière.
.\près aYOir bien mangé bî n bu, bien
crié, la lèlelourdesouvenletlesjamb sinœrtaines, Frédéric rentrait dans sa chambre. Il
lisait une prière et se faisait conler de histoires jusqu'à. ce que 1•int le sommeil. alureilement, il dormait mal, et le tambour
l'éveillait, oe tambour contre lequel pestaient
les enfon de Pru se, surloul quand ils
étaient malades; mais le roi anrail mieux
aimé les u lai er c:rever », comme disait sa
fille, la margrave de Baireuth, que de renoncer ù on lambom.
Tdle étail, en temps ordinaire, la journée
dt: Frédéric-Guillaume, Et c'est ain i que,
chaque jonr, en voyage ou chez lui, co ru.de
ouvrier travaillaiL sans désemparer à !a même
be ogne : il fabriquait la Pru e.
ERNEST

LAVISSE,

Madame de Brézé
Par Edmond Pl LON

Ill

D'un homme appelé Pierre
I' A pothica.ire.
Ain i qu'un mauvais nuage e dissipe à
l"approehe d'un beau et clair soleil, la gène
que la préd1c1ioo de maitre Arnoul avait apportée entre lt: époux se Ioudit, dès la vue
de leur domaine, au feu de leur amour.
.À vrai dire, le jeune Jacques de .Brézé était
franc. loyal. chevaleresque, et il aimait a
femme; pour li. le 'nécl.Jal il était fort
attaché au nouveau ména&lt;&gt;e el fondait sur
lui, aYec no ju le orgueil, l'espoir de Ja continuité attat·bé à son nom.
De retour dans ses terres et peu de jour
après les belie fêtes de Chinon, il en avait
ét:rit dan, ce sens au roi. &lt;&lt; Décidé à ne pas se
séparer de e enfant , à les garder el eolrelenir avec lui 1 11, il affirmait à nou,,.eau, à
Mes ire, à quel point il seotail pour lui le
prix d'une union i !.,elle et qui faisait de sa
Ulllison l'aUiée de la maison de France. t ce
ermenl nouveàu de Jidélité u Loys par la
gràce de Dieu roy de France o, avait répondu
fort afft&gt;ctoeu em nt el donné « à tous ses
justiciers ou à leurs lieutenant o a1•is pour
le mariage et paiement pour la dot '.
Peu de ·ema.iues après celle date el tandis
que les Brézé étaient encore occuptis de ces
lellres, la pauvre reine d'A.nglderre ~largue-rite, éloignée de son pays par l'émeute,
,·en::ul à Chinon 1;:t supphail Loui · de L"aider
de son pou,1 oir dans la guerre. Le roi donnait
alors ordre à ~1. le én&amp;h.al de « m1::ner en
Écosse les nobles et le marin normand· 3 »
et de porter à la reine l'appui de snn Jpée.
C'était là une rude el belle tàche; ~L le
Sénéchal, au moment de quitt,·r ses enfant ,
en ressentit tout 1e poiJ,- a on émoL1on ;
m~is n'est-il pas hit!u que UI.! jeunes époux
so1en1 un peu lai:;s&amp;; c•ul' pour s'aimer librement?
El, c'esl ce qu'il advint à Chatlolle et
Jacques.
La terre de I ogent-!e-Roi, où ils résidaient, .sise au bord de l'Eure, enh'e MaiOLenon et Dreux, est plus du pays char!rain que
du pays norn:and; le .\laine, l'ile cle France
el l'Oi-léanais s'y vien11enL joindre, coupés de

la seule Eure qui !orme un Irait bleu da.ns
les terre ; mais, dPjà, il
a d'âpres côtes,
des le.rres gra e~, de l'herbe vive, des rus
clair el de pomrniPr tel qu'en Normandie.
P1,ur le château de 'ngeal-11!-Roi, il~ t cc l.,àli
sur une bouteur 1Jni domioe la ville au couchant ». Le château de ~fobuag-. nr-Yi,He,
repré enté au même sièc.le, dans les T,•;,s
riches lumres de M. de Derr , ne s'élève pas,
vers un ciel plu bleu, avec pins de pi1mon ,
plu de Lourdle:$ et plu de tour ouvraµées.
La me de routes le fenèlres s'en étend sur
on large et fort bel b,,rizon; au bas des
peule~ toutes couvertes de verdure on aperçoit
le RouleLois, le ru de Néron et maints au ires
donL le courbes se joi!!Ilent toutes à l'Eure
et dessioenl uue ile entouré• de moulins. Et,
partout ce ne sont que hauts arbres, bois
épais, éloignés les un des aulres par de
&lt;louce vallées peu profondes : Boi -Chaud,
Boi de Villiers, Bois de Ruffin, de Vau.brun,
du llé.leau, pois, peu aproo le ·ours du joli
Jronron, le boi du ~lesnil el de antris,
enfin, au delà des communs de l'abbaye de
Coulomb et de la chapelle de ainte-Geneviève, enantes et le bois Thuilé. Tout cela
fort bien di"tribué alentour de Nogent, agrémenté de chênaies, pommeraies, hâtai"lll!0
raies et de pe1i1e coudretles.

JacrJUP. que l'alt ence de nn -père faisait
le ~ 1itre d domaines, employa ce beau
mois parfumé de la ro. e Oorai un des pêchers,
de pommiers, de~ poiriPrs et dr amandiers
à conduire, d'un des boui· à l'autre du pays,
sa fl"mme ~Jadame Charlotte. Dès q,ie, dans
la cour du château, par les beaux midi , les
varlet appelaienl Pl menaiPnl le:, meutes,
ellt: appa~ai~. ail, la bl'lle c.1,v;ilière, fort souple
el forl vi_ve, m.ont~nl sa ha 1mmée: pui. le
cor sonnait es onneries joyeu~e , le chevaux
imp;1I ienl hennissaient, el. nos autre escorte
qu, deux ou troi biens favori el un écuyer,
li. et Mme de Drézé parlaienl à Loule allure.
Ainsi, ils allaient ,jusqu'où pouvai,•nl les porter
leurs chevaux, parfoi~ en pleine forêt, comme
à Ramliouillet el Dreux, el, d'aurres foL,
ja~q11'à Uouen el la Seine; mai", ou.,,e.nl, ils
s'éloignaient plua avant encore; et iL 'arrêtaient, pour deux ou trois jour , dans Je
terres à eux.
Au bout de quelques semaines de ces sainei.
el bonnes courses à tra\'crs la campagne dan~
!e parfum des èv et lé priutemp heureux,
11s eurent al teint à lou te les l1mi1es de leur
ter~es. Mad~me Charlolle ,lppril ainsi qu'dle
é~atl suzerm:1e de maiols bourgs, ,·illes et
villages ; elle sut q ne, da me de Brézé elle
était encore comte e de Maul1::vrier, b~onue

cte l'Académie fr~nçal.se.

1. E. Lerih'Rr , Rr-e/lerc/1e11 1ur la pri11cipa11(f
d'A11et.
:!. Le 18 mai t46'l.
5. Miciw.61' : JloyM .ige.

Mo~steur L_ouis XI ara ni rt:tirè son l!onnd, l'avait placé (&gt;rès Jt lul. et, deva11t les imagt:s stultmmt ,011sut:s
4un fil 011 t laftnt 1'1sf~les M on,sieur a/111 .lfarfü, dt Torirs . MonMeur SaWI ,lllchtl, J.liidame la V!tr e t l
Madamt alnlt Calh~ tnt dt F itrbots, il faisait oraiso,1• (Page ~J.)
g

... 3i7 ...

�...

_______________

1f1ST0'/{1Jl
lon de cum •lot tout pa.s&lt;:, d ùrai&lt;' ràpre·
de faun) l de Bec-Cre~piu. d me J'.\nl· , , u..Je1aot du d1àt,•a11. Cl rien n'était 11lw
cl rnitTé d'un hicoquet a~ cz laid, &lt;·e Pil•rre
ame11e
el
plu·
plnisant
qo•·
celle
rie.
ll'aulanl
!\o:; •nt-le-1\oi, ~l1111t-Chaa1•t•t el an. i J,1 nn;val
&lt;tue de nnbl l'i bau · ,i ite, é~apient 1111- l'.\p11thicaire in-ait lori mau\·ai · genre. li
prè,; de lkinnirr•· • Et. comme I plup:1rt J,
inl,lail, 1 1, rofüid :rer un peu atlenth·e\' •nt 'osenl d leur Vl'IIII ; parf,,i 01,'m•·. il
t •rr~ , fief et r.bfi1eau1 ,ltl •llt'. •·h:lh•llenil'
mr.nt.
qll • l);m icr, 1'1•ur. falt'-Uouch , ,aavai1•nl 1't{o dnnn1;, par nn p• r1• 1,· rm Ch:irlc~. en ét il J~ i prin i/•r r1ue tout I ch:lk:rn
ric , Em·io el bien ù'anln!' pt&gt;r,unna"e. du
en
r
tcnti,
·:iil,
11ue
le
cui~in1•
n'{-taienl
p.1
à 1. le "éné b 1 Je Norm nùw, il lui t!fTIRo111.fü1 de la Rose eu nl pri · corp: en cet
a ez haut,·, pour l • hrnd\e~, li· 1icurie p;i
Llail qu· •lie [ùt dooblemcnl l!hN cil,.
être
hili u • louche et ba , ram, é on ne " il
, • . 1. i:ranJc• pour lt!~ pall'froi , lt! ·hamlir
Ain,i elle all11it contente. par Ir roUll'
où p, r J• coml • et dont l'ori:tine était au ~ i
pa.
:i,:
•z
lnrne.
pour
I
•
nombre
dt!
hôl
,.
nombr •u:,1•,, le front empo11rpr1: - ou. on
Une [oi t~ fui \I. Ill duc J Berr ·, fr'r • inq11iétan1 l{UP le \:bnge. E·pion nu er\'ÎCC
J)l!lil escoflion - ile joie •l de ·:im~. l1 vi.agc
,le \I&lt;• ieur, de Buurgngm•, on lli,nit. de lui.
fou &gt;llé Ùll \Clll ÙE'' plain ' d,m: nn
l'l du roi el l'onr.hi ,le . l:nbrue Charlott . le1p1d
qm• tou&lt;. I • métier. lui 1t ifnt bon inais
ul 1111 in. t. nl I • ouvern ment de •·ormau"· i top d'amazone. Et, parce que wn jeune
qu'il restait volonti r~ alt:ich: lidèlcmenl à
dil',
11ui
vint
vi,itt:'r
on
élll:Chal.
El,
une
1\pon,: el mailr"', toul •l,l11ui d1!1 nt lie,
t:eu rhe,, 11ui 1 mr.11, ienl e~ ma1lr · : enfin,
admirait . on auJace, a. oni,le,
l L&lt;-autt'.•, aulr foi·. c • fut encore plu ru 0 uitic1ue, t 1r
tant par n s:ivoir curieut, .. . t11lcot · di.spail ·cmblair, en ruème temp' 11uc de _, bi n · ce fut la reine ellc-m me 11ui. nou dil Ch ~- rate. qu . a mine d,élive l ~on il ru.\, il
tellain,
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O~i&gt;nt•l domain · , elle pnt pos.. ~ion de lui l
lc-Ro u. El, nmmc Madame Ch:irlolll'l '.\tait nvait tout l • ton d'un équhoqu drôlt•.
ga"nâl ·011 Cll:!Ur.
\I. de b, r lais p. rli, ce Pi •rre l'.\potùiJe ,on I ôt: r le, :,.• dans re lcmpvl. '. 1l'un
Or, depui, plu de 1:enl ann ••-et à eau
cair
• emplo :i tant d ouple.• c et dl111milité
jeun fit , il
•ut, nlrn le helb-~1i'ur ,
J,•~ u~laih il n' avait p.1 t'U de (l · • 11111
au rnc de \t, d Urézi&gt;, il lui rut ~i fid-.1 ,
110
joli
émul
tioo
de
,·ad
•aux,
de
confira,·a,.é, •tilt' · coin du l\ourooi:, du \'eun.
soi,.ua i bien le. ehiens, ·'aci1uitta lcll •1fü!llt
dll 'fhimcrai • cofülamml'OL pri., perdu el deuc' , «l'amitié Ill J • temlre,:c.
1in,i loul, nuiour ,k Hréé, était propk ', à 01 •neill de:- mi,sion. l e montr. , i docl
repri par l.:s un: et 11~ aulr . )1. cl \lru, de
en tous .. ,•crcL de 1·,:11 ri· cl d • cba~ ·e ,111 ce
Br '•L ~. au oour d, leur chcvauch,ic._, avait!lll tout ourinil, tout :tait heureux 1
jeune , Î"O ur en élnil tnpéfoil el reconnaisl,1i.,
rniri
1111 • !11 ~t1r111:indit&gt; chan;.;1•:i Je
t u h ~ à plw d'un d 'S cruels te,ti" · de ce
·aol. Il
I'· U; cha par l uitc étroiLcmenl
•ucrr ~. P rlui, il fai aient de pénilile rt:n- maitre el 11u'à la uilc de· traités, le ouver- et i, parfoi ', \lndan1t' Chorlolle lui en témoicontr,,., comme de oldat · mutilé 1111i avai nt nem ·nt de la prmim·1~ pas:a à M. d Charolai .
nait Jour ment a repu nan , il r :pond ail
bappê au m. cre d
rni~oo ·l de L• jeune comle n\:tail pa · encor~. don ce
n riant et la m0t.1u:inl d'amour, llu'il n' L
temp
-1~.
le
farou1h1.
Wm
'raire
mni
,
déj',
[emmc~ •n deuil q111 pl •11raie11t d mort ;
c'était unàulr bomm q11 · \lon:ieur Loui. Xl t hon rha ,,·nr qui n'ait bon chien d". rr ·l.
une foi., il- nr nt nn ,itil ar h,·r à qui le
Or, Pierr l".\polhic..,ir• était au l'h.He:m de
homnw du duc de llt&gt;dfurt avaient cr •,·é le· Fa. tucux, \'iolcnt cl dur, il allait toujour
, '.,g.,nl en I iti~,. qui ·t l' nnr:e de lo cometc
v
111.
r.orume
pour
un
fèle,
sur
che\·ul
de
· u aP · d ~ llèrhe el •!UÎ l'l·rail en m •11•
et l'une Je pl1.1 domma;;eahl,· el de plu
want, meoi! par un chien; il en connurcnt parnJe l.ll l'épé · au poing· ·t c'ét:iit un guer- pénibl au roiaume 11ui fol 011 ru u monde.
un autre 11ui '·tait J1•\"enu fou eau qu'il rier Ire' forl l'i un lr' · hel homme, mai·, la On ail que c'e:t œllt! ann 1 •-la •111'eut liPu le
a\'ail porté uu fo,.ol au bûcher Je la Pucelle; nuit et le jnor. tourmenté d'amliirion l qui
rand comhal de Mont-l •-llér qni mit pour
il virent .3\l i un pamr• moine augmlin à ~ •mlilait loujour. m. rch ·r 11 l':i -~aol •t ii la la prcmkr • foi. nu pri 8!', en b· L.i ille rao ,.;,e,
conquèle. L'on n • . it aujnurd'hni Pocoro ~i
l{UÎ frèr' \~ambarl •l Martin l'AdvenuaYai ut
le roi Loui el I. de Ch· rol:ii.;. F:t ,t le '·n~lait tou ber un pan du manteau d • Je:inue c· l par m~' ou terr~ur 110 • on cou in cbal, rc1· •nu d~ o,;011 Éci1,.·e, prit p:irl, 1.
Loui
lui
liHa
le
••011tcrnemenl
J,i
i orm.111cf\~ el r1ui, d,)pui, re l mp .• guéri ail el
lèl• J'u11 ho l de c.1rnleri • à l'action du tÙll:
fai til de, miracle,. f'.irloul il' J1:r.()uvrai •nt di •· mais, œ 1111r. hastellain a~t-ur , dafü
du
roi. ('.(&gt;la demil lui lrè fatal cl - Jit m1 ·· ,'•p&lt;1u,·11n · lites ouv nir- de lo ••11r.rre; r~ ChrM1Î1J1-'e J,.. \I • . icur, cl• Dour O!!nl', c't· l minc5 il Lornh1 au premi •r ran • d la
que
le
ro111t1·
tle
Claarolni.,
,1l;111t
rt·ndu
uait J •. Lao ·r«K'he cl d~s paral}liqu' ·
mort de. brave. ». , Pierr' l'.\pothicaire
gr.
ceau
roi,
1•n
a
print
con°ié
el
.
1:
mi~l
nu
qui ,e train.il ·nl Lout clod1anl au porte.
etait, dit--011, a, 'C lui en celle rencontre et
d •· cil·,, t au. ,.j de:i lépreux qui m•·ndioienl r tour ver ,-on iwre, car jà l luit pr de l'anil (IOUl- é au (ronl du baL'lille. l' l lui
·o •1. '-i pa a par ·o&lt;renl-lt.--lloi, b mai·on
leur pain en ~ccou.. ul un di11u •I d · l,oi~ dur.
11ui r vint, de premiers, apporter à • onenllfadarue Charlollc ne l nait pa~ d .oil p~rc. d • \h•. ire Pierre de Brézé .... » L,, l'on k--Roi la uouvrlle de la mort du ,aen rt
ferlo. ad l'on 'pjouil ainsi 11u'il l atcouel d: sa mt·r • 1p1e charme cl heMI•;, mni
~aillant ••urrricr; Ju plu · loin 11u'il ,,il MaL,ien d'autr s ngnt.1Lle, \Crlu • Pitoyahle aux lum; enlr, Je· princes. Cria Cut d'aulnut daml! Cbarlotll', il ·ourul 1i Il ; el, de cetl
mil'u
qu"
~l.
Je
Cbarolai!&lt;
partnil
amilili
à
ciladiw l'i au rfr,,,n., ell élail au i aumom1. de l\r Izé; mai·. l'elle , mitié, aio i que voix d llatleri · el de ca.utèle à lac1uelle il
ni ire au pau vrc: el aux paran fra11pt1
mêlait comme un acccut de ecr'•te joie:
durement d" cou~. el d'impôt . u,si éL-iit- 1nu· lt•5 aulrt! ... cnliments &lt;lu lloul'!'lti••oon,
- ~1.,Jamr., lui dit-il. ,ou~ èl
·ém:cll htioie J1 , uu cl d • aulre ; el les bolw- n'allait pa ans omlira"e L'I feinte; cl, aut
rh.,llc ....
l
roi
!.oui·,
il
n'y
a"ail
pa:
dl!
.
♦'igneur
plu.
rcau •t ~lit nolile:, 11ui . îaicnl .oulîert de
1 " ce moment, ell' en eut b,,rreur !
tant d, rnau r '.péub , u ·,i 0-,péraient en mJliant •1ue le Cnarol, b. Au . i, étail-r • ·a
cllt!. li Ji nic11l : - , ,· ur d~ roi. die coutume d plai.:.. r, en ra~':On de c.1d ·au l'l
1l
p:u·lera pour uuu~ à . on fr\re d ire. » EL 1:omme Lémoigna"c Je confi nce. partout où
son ~pou1, heur u de talll Je ~impl ·~. l'l il pn ·•ait, d :ortt- d'homme. · lui comme
D'un écuyer nommé Pierre
\.1illaur&lt;', di-ail tlt! son ri\lé : - u P;ir ainl Ùt! :~nileor,. e. h rnmc e. pionnai •ni •l
de Lavergne.
Jacque. ! '1nnm,1 1. Louis il' Fr.mrc 1:.,..l le lui undaict1I comph•; cl, pourtant, ils cmblaieot
là
pour
:iid~r
11
:t
hôt
....
roi ch •z lui, l;1Jaruc Cil. rlol • ,. l la r •im:
Il Ddvint, 11 p,,u de temp. d11 l.i, qu11 )Ion~I. ùc Charolais, comurn comte hérilit•r ile
chci ,nni. 11
.
ieur
Lnui
1, échapµti un moment au1
hi - il ui-ail œl. ,an t'll\Î' ., 3.lt!t' amour. llourgo"'ne. allait c•ntouré d~ maints hommc:- ennui dt!- gu ·rrc , J~cid;1 de pou ·,,•r UII
preu
et de rbevalil'r,, maL, c1t n'.:'l J•:I un
Et les ,ionr:. qu'il ne cl1tm111cbai .nl pa ,
,·u,ite !1 l\oUt'n et d, v oir 'ébauJir cl chas u
il~ re,lai,·ul ton: Jeux
~n., ut, lui li,-ant &lt;le c•'.U. -là donl il fil homma au fil· &lt;lu un peu au miliru de .t' fé.,ux ujet.;. le. ~ordan k livre· Je vénerie c1u'il :1ail l'nclin 1t Sén 'dml. ',.fui cp1'1l ,lé! i •rui, pour ètre mauJ ·. On pèn. liie11 11uc ~on idé ··tait d ·
ooouailr,·, l'ile filaul nu lourcl Olt'C · ,, ebam- .illilrh: à :. ·0°rnl-lc-l\ui , fut ,me -pllCC pa · cr par . 'o ent-le-1\oi d'autant que lo reiue
d'homme du commua, nppelé Pil·rre )',\~
hri~r .
1hi •.iir.. , 1p1i ;lait un peu .crihc-, un p u :a fomme ) . v it fail . cou ·h . 11u'il •n
(1 y cul d'autre- Pte . jeu, J · la clw .. e
:J\'ait nardé un . ot1Hnir ol.iliAé cl IJ.Ue, paret dt• lt1 pècb.L! au fonJ J,,,_ l~•i el pr' du mt'.,Jecio cl un 1,cu n:ncur. \'èlu d'un boc111r- de . us tout, il M·:til le Je- cin dè re,·oir au
1. En 1167&gt;.
lleme, pui de p til c. rnmsels et tournoi
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3;8

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plu~ tùl, ~a &lt;&lt; trè· chèrl' d tr\· arlll:e ~œur
na tu r,,ft,, •.
•''·' . ir1• ~rri_,u ~?ne un !,eau ma Liu, c11 pelil
é1JUtp.1"e ain. 1 111111 avait coutnrn1•, baliillé an
plu rnnl, ~on ,ieul m:inlcl cl• ro ,·air pi•udaut ~ur ,t! housea1u, el en n1aa,·ai~ lmnoct
tout LorM d'ima"e .
patcruitre au cou. à
caL.fourthon ur ~a jument ri. e tout tinlru~tc d.'• oun illr,, il allnil, i.:heH111chanl dt•
UIII •oi~. l'air ren,if, l'œil r ;, 'Ur •t, ,Oil D '-Z
de renarrl. tout allon"é de,·a11L lui, flairant
alentour
cun1me en ,,u l""" d....... ch~..~.· t.
, ,,• ... a
..
· Ull " P ' aient. à l'ambfo cl ur dt: vicilk
m?lcs. d •·. coi~lid nt' &lt;lu
manière au•. j
m!uablei; d ba.ù1L • mailr. Lop Tindo, . rtéLa1i:c d_ ~ finance, • Collin Coll,., ommelier de
fru1 tcr1e••,p~i c':t:iit Ili pour la ltollrht•, et l'thêque
O.,luc. qui cta1L là pour le prièr~. Le barbier
du_ ro, • m~ilr O!ili •r le Daim, •tui commenç.,il de · •~po cr,.' _-on maître p r maints
HlCr~t cr~·IC'l•-, n •uul pas dr. moindr . ; il
~allait con tdér • nu i un médecin el uri ronh: · ur, d écu ·er et de 111lend ot 11,
vafell J chi ·11~ el I valets il'oi ~r 1
-~'citait là, a1anç; nl à pclilè ail~ , au
mil, u de la campagne, un œrt~,.,e io ulier
el a . z nouveau• d'autaul que d:u . ou Lroi.
~nl.~ Jan ~, qu ·lqu • coulenin cl un ro
J nr~el':l avec ~I. d • elun comme capitaine
d_~onn~rot un ' trnportancc uo peu plu. guerm ~ a, .u~ P tite troupe. Comme llousicur
Lom. \1 •lait forL dévot, d1attemile l confit
en croyan~, plu ·ieur. rrr.1nd. Lh :iu, moine
et d mo101Hon portaient, au milieu d
arch ·r,., d chti e, a,·ee d' o~ de ..
I . . l ,• ,
ain .
a!,• ce a n ·lait p rout; el il Faut ajouter
qn au del. ?cr. nohl' d, bnn, francs-ard1ers,
franc, -t:iup~n.' 111&gt; et autr • qui fi•rmaieol
fa mar 11 'tl y avait, m •né s P· r le pi11ueur
c~ le • " n de lomelerie, rn un "rand Lruit
d ab~1 cl de Ion •- jitpp ·men L c1 uî mon laien 1
au et 1, d , meult! • dt! m ·ulè.:i el ,ncor •
des_ meut_ ;_ car chien-., cbienau; • chi nnots
et l1'.·e . u'.va..1enl partout l'armée; el . J n,i ·ur
Lom. Xl etail le roi de. chi n .
Parmi cc mcute...-lâ, trottant entre Mugu •t, le 1:\rÎer de fc_ 'Îrc, el Mam)e el , linoone. 1 t1 il lt.ivrièr , il y a1ail, pointant du ~1u eau loul à fait;\ la façon de son
royal maitre,. uo ~innulier chien, hir.ulc Cl
,elu. le ore1ll
dre, ,: ' ·l le )'eut hrilla11t,, t~•uu, ain. i ~uc l,• trois autres, nu
nto)!•l dune belle b1.. d. cuir par un jeun
•c11t1lhomm' d cha~• ·e~. . El
, Ic ch.ien an.
ni•rc11t d ·, marque· ri • puliiii1 uo el mulu •lie
i:_rande den_l'-, atn longue,; paU, ' au ) ux t odre., c.
i'.f: . a11 _orc1ll1:s dre.. éc~ •f nu nez fouinard
En.uite, il r.ut grand fc tin , ettllation,,
apr. ·!.ut Je chien . ouillarl: on t:..·uJer ;tail pr?menad . , as.nuls d'arme,, chas , et, le
\L Ptl!rr • d • L· ,cr , 11 ••
otr de • b •au jour. une ,eillt:e dc,aot l'âlr?
l~u,., c• ,g-cn_ -là, chic•ns, moinl' • .oldat • a, · le roi ph ·é rn Lrc sa . œur el le nouvca,;
l,ar.1,,,er, Ill ·J1·c111, . uivant.' •rnnt. et roi .. 'n 'ch l. au anili,·u d · bote,, d • chien et
arr1wrcu1, lfUI à pi ·d, r1ui à l\unble, au- de· t.~·uyer . Et, comn11• la t.'hn. e, à travers
J vaut, tic .~o.. •ol el pa•. ~rPnt l'Enr ur un lC' lioi ~l fourre· :_'ll&gt;oit•ux, a,ail été a:. ez
pont decorc, Là U. de Ur&amp;,: rt fada me C.har- ch:111de, les fruyer loml,:iicnl 1i moitié Je
lollt attcndilient 'IU m:11·eu d l•·ur en:; et,
orurnt:if et h·, chien. t~illla.ienl en ounaul
i1u:111d al~ rn•tml .\fe ire ils allèr nl l'O liàle de randc u ut · el en ~Lira nt leur pal tes
7
a11-dc,·n11t &lt;l lui. Jan lïn I t •·1I
.
fnrL le l • ,
'
n qu
lltaa au Ji·u \11._ \fon.1eur Low de franr • pour
·. tmcnt clll -~ mouture el l! couhil à . o pn~t, a. L en un grand faut.iuil, :ivait posé
·
1&lt;!!. 11ra ·• le reçurent·
' et
lall'rr,•. ' 11• 0 ~\·ri!l'nt
' p1eru ur un c rrl.'au ùe laine· lt! lthri r
. ' ,1, , él re1g111rent, se 1,ai ~r n l et _e donrn••uel 01rut. appu)~ 3 lêtc . ur J, ,,. "l'noux
•

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M ADAJJŒ

DE

B ,,0 izt

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....

mai!!l"c, dt! :on maitr ; \brD1e I li nnnne
'étaient nllon ée.~ auprè,; · mai~ Il) chien
u1ll.tr1. lt do à la ch ·win :•. et le poil rou i
pa~ 1, fou: au •ndilit patiemment que 1,i roi
da1g11al lui parler c.ir un roi el un ,·hi 11
ccln e c.,u~c cl 't!otrutiunl n ez d. ru.e. et
de tours de cha,. t&gt;; et. ip1:rnd le roi t Loui
l'l le cbi •n est ouillarl, lou den . se compr ·oneot par mob l !!ro•wemenls.
1. roi, qui aim:iil CP. · bêt '"• commen :iit
de grand él "·- du caractè.r de c animaux .
L &lt;!c Br~~ •. _i docte en nin •rir, lui foi,ail t~
répllq~1c; ils citèrent:. parr_ni I • ex~mple le
plu. _etonnant· de 1 111tcllttt nce J .. fhien.
cc rb1en de \fonlar.. i: qui omit \ en ,: i cour a:
"eu,emen( .on maitre el &lt;jUÏ . 'était hallu en

�fflSTO~l.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
duel avec un bommi&gt;, enfin ce chien de Niort
dont le po sesi eur a,·ail élé tué par les An•l:ù · et qui ne pul p,1~ i-ur1ine il 110 pareil
menrrre. Pour laJam Charlollt', ~ui a',,fl L
pas été de sa famille .;i elle n'eùL aimé le_
chien , elle r, pporta plusieur Ira.ils touchant· &lt;le petit rlohin 11ui ÎUL chien de sa
mère. lladamu de Beaulé. ~luauct. le ~rand
lévrier, lia mye et lignonue élaif'Ol nppar~mment fort ati fait d1•s lou:mge donné•~ à
leur e pèce; il en exprimaient par itrognements de la gorue Pl frélillement de la queue
tout leur contentement. Les discours ur
bète et gens ùe cba e eu «ent pu continuer
aimi fort a1·:mt si le chien onillarl n'y ùL
mi· fiu bru qu ment par un nrand ·oup de
gueule fort long Pl impromptu. Pierre l' ,\poLhicaire, qui a,•ail à parler à f. de Br~lé,
s'a\:lnçaiL n efiet Je L,onnel à la main et si
révérencieux que • on n z el sa tète allai~nt
en :1vant &lt;le lui en altitude humilie; mai
landii que le nez et le chef du ire incli11aient
de,·ant le ' nécbal, le ba de on dos Yenait louch r le museau du chien ouillart;
et, c'e L alor· que Je chien eut une grande
idée; il ouvrit hl gut'ule, jappa un coup onore et planla e dent dans le derrière du
drôle.
Il 'en uivit un ~rand lumulte au cour
duquel Pi1 rre l'Apotbicaire s'enfuit en hurlant el grauant se cbau.se ; ,ans M. cle
La'&gt;ergne, qui le lt&gt;nail rudement, le ehi •n
elll bondi el mordu plus cru llemenl encore
le confident de M. le énécbal; mai , mailre
Lays Tindo, ccrétaire des finauce. , CoUin
Colle, ommelin de fruiterie, Baluo qui était
évêque et Olivier barLier, enfin \1. de fp}un.
e rau · ai nl de l'aventure dont Madame
Charlotte était fort conlente. Pour .1. de
Brézé, fai ·ant conlre male fortune bon cœur,
il s'elforçait aus.i à rire. Mai· le pins plai ·ant
de tous était )lonsi.eur Loui Xl; on petit
œil pétillanl scintillail, ses joue glabr
e
plissaient, ·e. longues dent · ·e Iai.aienl voir
dao sa bouche ouver1e et un rire intérieur,
Iort sec el fort irnmlier, aritail son èlre el
secouait os l1onscau1 a cape de gro ,·air,
a mauvaise palt.'nùtre et ju 1p1'à on bonneL
où de vicille· images étaient cou ues d'un Jil.
Cela dura un bon moment, pui , quand ce
fut fini, on le vil lplÎ ·e tournait ver Jacques
de Brézé et _finement di ait, en moulrant
ouillart :
- Pàques-Dieu ! mon cousin, voilà un ùon
chien; il sent le Bourguignon partout où il
en e t.
Et, omme Monsieur dti Ilréz.é élev11it ur
on m(lilro el sire un regard lou t inquiet, il
demeura glacé de voir que le roi, qui oudain
ne riait plu , le cousidérail d'un œil crulateur el as ez mau,ai . Gar blon ·ieur Loui: XC,
&lt;[UÏ avait du rat el du renard en lui, a,·ait
au si du ch.al; sous sa palle de velours il
cachait des gri[e ; ce. griffes se moulraienl,
ou e dis imulaient, sous le gants de louveteau, à chaque foi que &amp;les~ire fai ail un
compliment ou jetait un sarca me. EL personne
n'était plu eau tiqu que )uj dan ces ca -là!
llais, voici où on ~prit, qui devenait plus
1

mordant à lui Pul que lou · le cro uni. du
bon chieu ouillart, e lit voir impfacable :
- Mon cou in, à f. quin d, Bourrro 011e, il
faut bon chien de France l Je vous donne
mon chien , ouillarL; preucz-le.
)[on ieur dr Brézé était inquiet et confu ;
mai le roi .onriait, ~laùame Charlotlt&gt; ~ouriail; il ,·enaîl de tous ceux qoi étaient là de
flatteur. murmuru ; li. le "tlnéchal n'eut
CfU 'à 'incliner.
Le chien ouillarl ahoya encore.
- Avec Mu!!llet, lfam· ·e et Mi •nonne, j'ai
a , ez, dit Pncore le roi, mai mailre 'ouillarl a un écuyer; el je ,•ou· donne aus i
l'écuyer.
Alor Madame Charlotte ll res mots de rnn
frère, leva on heau el tendre regard; cl elle
·aperçut, pour la première foi,, qn'auprè
du bon chien et la main po~ée 1.h,11,:
1ouîf de poil il y avait and ,moi~eau jeune et
gram, en habit d'archer, la loque indinée au
frout, un petit e padoo à sa ceinture et qui
bai~ ail la l~te. pampre de plai ir el de confusion. C'était ~I. de La,ergnc.
)(ai, il foll il que cbacun ftt œqu'étaient
le clüen ouillart t•l ~on écu ycr. e · t ce que
Mon. icur Lom XI e propo ait d'apprendre
à ceux qui étaient là. ll dit qoe l'écuyer, qui
était de bonne mine et fort ent ndu aux: (·ba es, lui a11ail été amt'né par M. de De ·andun,
énéc:hal de . aintonge, et qu'en m~me lemp·
œ 'néchal lui aîait apporté le cluen Souillart.
lie ire Jacques du Fouilloux, gentilhomme
poitevin qui dédia plus tard, au roi Charles IX,
w1 grand li1·re de Vènerie, n'hésite point, tant
le nom de , ouilJart prit de réputation par la
suite, à placer cc dernier, au chapitre des
meute , ent,:e Dasl(lte, le limi&amp; de Loui
l,
et llelay, le chien noir de Louis Il. « Conn:1i ant bien que le roi ne lai ait pas grand
compte de 'ouillarL, parce qu'il n'aimait que
les chiens crrL, ,1. ùe Besandun le lui redemanda pOltr raire pré·ent à la plu aue da111e
de on royaume; mais le roi, ajoute du Fouilloux. ayant demandé qui était celle &lt;lame :
c'est, dit le Sénéchal, Madame Anne de Bourhon votre fille. » &lt;&lt; Je vou reprend ·, dit 1,
roi, sur ce point de l'avoir nommée la plus
sn"e, mai dites moin folle que 1 autres,
car de femme ~age iJ n'y a poinl au monde. 11
r, dans ce temps-là. )ladame de Bourbon
n'était encore que lilleLLe et t-lle étail à Chinon
arec Madame la Reine. JI n'y a donc pa apparenre que le \Coeur du roi Charles ait dil
vrai, bien que, par la uite, Madame de
Oouruon devint comme on père 11raode cha~ser~se de,·anl Dieu et q11e la lice nommée
Ilaude fùl envoyée par elle, à Monsieur de
Brézé, ourle chien ' uillarl.
Nou verron même comme quoi cela peupla fort le chenils Je 1. ogenl-le-Roi pui 4ue
Ilaude eL ouillart eurent de quinze à rio1tl
enfants tous adroits, savaulS, de lion flair,
de beau poil et de dent lon1,,ue '.
Ces joyeux dllvi , tant de cbien ()Ue de
1. Voir: u P901u.011x, son li~re do l'é11ui~; 11,110:t

c·

Jtnô.11~ Pmuu. : le liure rle la citasse du 9ra11d Se-

11e chCll &lt;le 'om1a11Jye el le, dit; du /1011 chie,,
$1)uillarl, qui fut au J'(!Y Loy, de Franct, 01,;ieime

... 38o ..,.

per. onnc~, prolonl!,èreol forl avant la . oirét•;
lo barbier cL l'é1·è,1ue, maitres Collin Colle,
de Melun, Loys Tindo, le. l&gt;c,uyrr:. de meute
el ccu de. oi eanx, comm •11i;ai1•11L d~ d,irmir
avec irrtil'érence. Le 1•arlet ' fur1•11t donc qnérirle llambcauxell'on ·'alla touch r, qui ùn
coté de · ,·bien , qui du cù1é des ~en : mais
~ton iPur Loui XI, ayant reliré on bonnet,
l'amit placé pr~ de lui, el, deHIII les ima re
.eulemcnl cousues d'un fil oi1 etaitinl vi iLle
~lon.icur aint )lartin de î 01u"', 1011, icur
Saint Michel, )fodame la \ïerµ et l!.,dame
ainte Cal herine do Fier Loi • il fa 1. ait orai,on.
Le Larbier, le médecin el l'éH:q11e, fort hypocritement, la faisaient à ~e , 01.:,; et l'ou e1H
Jit 4ue ,1u, ucL, Mamye, ~liimonne el lt! chien
ouilla ri, a, i ur le derrière cl lrè · auentiî·, à chaque foi qur 'le ,ire tou ·hait uu
"rain de sa patenôtre, omraieul ile làr&lt;re ·
gucul · cl disaient Am •11.
L · lenJemain, dè · l'aube&gt;, il y i-ut un Lranle-lias de Loule la troupe. :1ppl'I de soldai·.
aboi:.- de meute , cri di! varh:L t: l Je ·
écuyer-; et pni: l corlège .-e forma avçc le
roi en lèle précédé de J:m~ ; i:l le barbier·
le médecin, l'érêque, le .0111mehcr de
fruiterie étaient là; il y awiil Ir moitlt'S avec
le. os de saints; enfin le. archers, cou! vrinier avec leur coull!uinrs, cranequinil'ri-,
ui ses el noble .
la droiw el à la gauche du roi, sur lt.!ur · chevaux ùe cbas~e,
avaient pri place \lonsieur cl füdame de
Brézé. Pierre l'Apothicair allait à dtslance
de ,on m.1ilre sur un gri. on de campa, ne el
~I. de Laveq;ne, fort allègtemenl, l'c,padon
au &lt;·olé, uivait en tenant le chien ouillarl
par la !ni se. Muguet, llamye l ~li.,ooune jappa.ienL autour du roi; L des hosls de vaollt&gt;aux, des régiments de caille et des petites
compagnie de perdrix ·e lernienl de champ
à me ' ur~ (Ju'a,·ançait celle uite étrange el
milit.aire; mais le · arbalétrier~ lenai ut leur
arbalètt. dan- le· carquoi ; le fauc,,n ain ·i
que I autours étaient coiffé· du clmpero 1
au poing d veneurs, et les lapereaux, ans
t:rai11te , au seuil des terrier pouvait&gt;11L, eu
coulanl un œil ou pointant du mu eau audes u de herbe , uivre, à tra1 l•rs. l genêt·
el les auhepine , le déploiem nt, en un choc
d'armure , de l'er de che,·aux, de ùolle ,
arcs et lances, de cet in otite et brulant corl \gc.
Ain -i l'on chevaucha et chemina pendt1ul
un jour 011 deux ; on fut fèté à Dnmx ; on
lut fèté à É,Tcux où l'évêque Balue re\Îl on
évêché et où lloosieur Luuis · 1 honora le~
~ainl ·; l'on vil Louvier~, Pont-de•l'Arche, on
pas a la eiue; puis il y eut une très olcnuelle el trè triomphale en•rée de .\k1:,ire 1::l
de lloo~ieur et de M:àdame de Brézé à Rouen.
Etc'e l làqucce fut beau!
Ale~ieur· le· échevin, }ndics, bailli et
con eille1s Lou en bell
ronelles neuves.
urcot ' riche,;, au musses el ltoquelou brodés.
allendait&gt;nl ous un dru aux portes de la
ville. Quand maitre Jean Troteluu el ll·an
de ce 110111 (Paris, 18:18). lAI li1•1·,- de lo cha,&amp;e cl les
Dil~ du /Jo11 chie:t1, œu•rcs origîualca el rimees de
Jal'IJU,es d~ _llrézé lui-mêm , fu~ent imprimés pour .1•
prrmulre 101 ,·ers 1491, 11ar Pierre Caron cle l'ons
1

'-----------------------------------Trompette les liérauls ropu. parurent. face
li l ïle Lacroix, à Ia porte Gui llan me, et sonnèrent !i :rro, es joues dan leur clairons de
cuivr&lt;', on ~il o ciller Je helle · bannière &lt;les
miliCf&gt;_ roaennai. oit le lion el le léopard
ODL brodé· en or; IPs bom liarde crachèrent
l1!nr dérhor~e de poudre; la cloche RouveJ,
l:i Cache Ilibaud et la Cloche d'araenl tintèrcnr dan lt• rour- et clochers, au-d u d
, aint-Ouen de , ~int-Maclou, de aint-Vhien,
tle ' airrl-Laurenl &lt;'t de la cathédrale. Pui~ l'on
\'Ît qut&gt; lt' · écbe1'Îns, syndics, maitre et
qnarteni .. r , vêtu d~ robe mi-partie rouges
et mi-parti • noir ·, a..-anç.ai at en députation;
le un, porlai1 nt 1· ~lmbolique · clef de la
ville en un beau plnt &lt;l'or et les autre , en
dive~ plats d":rr.,ent, un pot d'arrrenl plein
de vin. un g~lreau de pàte liien cuil. le pain
et le 1•1.
- l'àr1ue - ieu I mes ami -; je vou aime;
j"aime m,rn R,m.•n, ma belle el gran~e "ille !
Et en nom 01e,1 je ui vôtre! 'écria 1 1·oi
Loui • à 1·oix rlairf' et hante. En mêmi, lemp ,
il s011ri •il aux édte1in., aux . 11dic: , aux
t)U3rll'llln l'i maitre . Tou 't:iient là, rtra
et humble·, rouae• et fort bien fourri: ;
c'étaient J" marchands. Loui était bien
conlenl d,i Ir voir; car tout ce qui «!Lait
pelil, r11~é. ladre et menu comme lui avail
on amour. Ensuite, comme on lui offrait le
vin. il le rL&gt;pous a et dit, toujour • coquet el
·011rianl, aux drapiers es compère :
Pà11ue~-Oieu, me · ami , cc ,,in n'e t
point 1ù1re; c·., t votre cidre quej veux!
Il y eu a1·ait là; et, dennt le échevin
flatltl ·• il en but un pichet cl claqua de la
langue. Aprè quoi il prtl les clef. au i el.
le pré~en1.aat ù \I on ieur de Brézé, qu'il 1·enail i11 1,11lcr aux lieu et place de son père, il
les lui r,•m11 en pré ·ent, l'accola de monture
à monlur ' ; el il dit, de façon à re que Lous
ren~n.li,-sent :
- )Ion ieur le !!rand ,_éDécbal, je vou
fois ta111tai11ed.. 11ouen el capitaine d~ Munie ,
je vou · fai. capitaine de Meulan.
Le march111d~ et vilain ôlèrt:nl leur Lon•
net ; le p~uple aoclacna, et les nobles. Tous
criaient : - o Vivent le roi el Mon ieur le
~\;néchal ! 11 Kt, comme le chien
uillart
,~t~it du corLè•re ainsi que le ch ien fugue!, cl
MF,aonne rl \la mye, malgré )1. de Laver~rne. ils
pou 'èren l h,s ~yndic , happèrent la Lelle !!alellc .Je }I •!. Îlmrs de Houco et commencèrent
as ez iroulument de la croquer entrtl eux; ce
d11nl 'ébaudirent fort gait-ment le roi, 31 ·ire Ja.cttues f!t ladame Lharlotte. )lai!-, pour
celle-ci, lrs dames étaient ,·enue' à lie, offrant iles hijou1, dt- Oeur et de 1, •ll1•s iltoffe~
· 1mm1• pr6 ·,,ull;; le marchande avail•ntsuivi,
:tppor1:111l pnur la 'ént'cliàlle, en de riche.
mJ1111c ornée·, du lin"e de fin lin, uimpes,
·•orgori-tt,.,, chemise brodée pour soulas.
cotte, a ùe1·i·e , rOllennerie • ca nnctiUe Cl
1

de ville suivaient au mdi&lt;'u dr milice ; el,
des mai.on- ventrues, des façades de hoi.
peintes et à en eigne on jetait d • fleur· et
l'on acclamail. Jailre Nicoh · du Uo,c, curé
de 1a catbédralP l doyen d'icelle, en cbn utile
ma!!Tlifiq11e, allendait le roi devant ~otreDa.me 1 • Me ·ire sauta de sa jument un peu
en avant du portail el là, maitre Nicola du
Bo c, entouré dt' prèlre et des prestoleL ,
'avança avec l'eau bénite, l' nci·n el l'É1•angile en main . Me ire, du bout de s lon°
on,.les, toucha l'eau bénite, il éternua un peu
au coup d'enœn oir et retira un bonnet dernnl l'Évamrile. Apr' quoi, . uivi de fonieur, de ,radame de Brézé et de tau les autres, il ent ra dan - Noire-Dame. Et, comme il
111ait fort dévot à la Yi •rgc, il ploya le genou
inconlinenl et re la là une grande heure
abjmé en prièrf' .
u sorllr de . ·otre-D:ime le rorl "" avança
du côté où e t le Vieux-Marché; partout il y
a,ait profu.ion de décor, , haMièri- , arc et
fleur . liai , au pied du brffroi. à la Gro e
Ilorlo"c, atl ndaienl de garçon o~tunié
portant élendard~ de salin pcr hatlu de
fleurs de ly ; chacun avail on nom é1Tit en
banderole. C'étaient Conseil loïal, Ilaut ooulofr. Amour populaire, R,.fof porofr, Libéralité, Espérance, apience. Au moment 11ue
le roi arriva dt!vant •ux: ce sujet agitèrent
leurs ept étendard~ et firent un complimt'nt
dnquel Monsieur Louis X1 remrrcia en bons
termes ~le- ieur du Con eil. Enfin l'on parYint à lll mai on de \'ille; c· t là qu'étairnl
préparés un grand festin et d'autre réjoui. -

nn 1h-ique depui deu~ ou lrois jours, commrnçrut à en exprimer snn méc·onleotemrnl
au moyt'n de rnade ·. d br i,,m,·nt et de hi
han onor . La haquenée de MadlJme Cbarlolle, dan le dé ordre, se trouva un peu
pous ée à l'écart. \'oya11L l'embarras de celle
dame el que nul n'était là pour lui offrir à
de cendre, Me ire Pierre de Lavergne élail
accouru en h,lle, avait plié le gc11ou et tendu
la main; et ladame Charlolle ùn était aidée
pour sauter à Lrrre. Elle ne le fit toutefois
pa' aus i prompltiment que on re~ard ne e
fùt attaché à surprPndr.. l'écuy..r toujour" le
geuou en tPrre. qui, à l:i dilr11Lée, a\ait bai é
a robe. )ladnme Charlolle, tou1 d'ab11rd, en
eut plus de surpri e que de conrusion. ~lai·
à ce moruenl Pll'rre I' pothieaire. qui approchait. lenanl de la brid le ch••val de on
mail re, ·i:tail avancé; il a\'ail tout vu. Et
(Hdame de Urhé en avait rougi.
Apr' que I rrpa e rut ad.1err, on joua
un Mystère ctPVant le roi, Mon ieur 'le 'énéchal, MadamP f.harlolle t'L leurs gc&gt;n~, à l'llù1.t'l de Y,llc. C'était qut-lque cho e comme la
fallle d' cltlon; l'on y \'o,·ait moult parti de
cba ~e fort belle.; un cha~ eur poursuivait la
Me. se; el, à l'un Pl à l"au1re il arrivait malheur. J.11la.me Cbarlolle, qui ne Mmêlail pa
sans surpri ·e qnclque avnli ~l'menL de ce
mrtère, en éprouvail un trouble infini; el,
landi' qu ·,,Jle rr.vait de l'action fabul u e,
Pinre l'Apolbir·aire rt U. de La,·pr •ne qui,
dan du ùiver-cs p•·n-ées, oli em,ienL on
donx et gracieux vi arre, l'eu srnl po voir
rounir el pàlir tour à tour; car, daos son
cœur au ' i .e jouait un my~tère ....
Enfio, il en rut de cc fète comme de
loutPS le, aulre : il vmt l'in tant qn'eUe
ce· èrent.
u bout de peu de jour fon i1•ur l.oui XI
quitta Rouen en pPliLe cornparrnic. précédé cle
~es oldals, de c meules et de ,es o de
$aÏnls. Il allait ver le villes de la omme.
El, par une porte rgalem,.nl, s'en forent
Mon ieur et lfadamr dt' Brilzé.
Jacqur. allait rêveur, cbr aucbant auprès
de a belle et jeune femme. li y ainil un silence entre en:x.
M. de Laver.,.ne, à quel&lt;JUe dktance, uivait an parler. li y a1•ait aussi. au dos de
son grii:on, Pierre l'Apnthicairt-: mai. , landi
que celui-ci, d'un re•rard oulique, ob~er1ait
l'écuyer, il fallait voir que le cbien 'ouillart,
le poil hir:;ule, l'œil inquil't e, le dos ar11ué,
avançait en llairanl Pierre l'A.pothicaire.
V
A propos du livre des
Cent nouvelles nouvelles

lioiles.

Cela rail, le complimeul et c."\dcau off~rls el r,·çu,. on entra plu avant dans la
1•il_le. Je::in rrowlou et Jean Trompette fai.a,en1 u11 •rand hruiL de cui1-re en avanl du
roi. M•ssieur.~ des corporation· et dn con eil

.MA.DA.ME DE B~'É.ZÉ - - -

,ances. ri y eut un p •Lite ],ou culad de
monlur au-devant du perron à cause de la
mule de M. de la Balue q~, la e de porter
1. C11,

u&amp; fü:,1.C1t1J&gt;,111tt :

:Nolt;JJ .iur ~1.r 1:()yage.• de

louis XI à noum (lloueo, 1857) .

... 381 ...

i l'on en croit le grand Cou. t11mie1· de
Normaodie, il n·y al'ail pas, dan ce temp~là, que du loi ir à ètre énéchal. «1 Cbastier
et corriger ce11b: f[Ue par inrormation trouveroil esLre coulpable de malfoict ; aardcr la
paix dn pays, Yeoir et visiter de trois an en
lroi ans toute le partie et haiIJinge ùudil
pay ; enquérir très diligemment par lesdits

�•--.----------------------------------

1118 TO'J{l.Jl
bailliages, les exepts et délits que l'on y commelloit chaque jour tant de l:irrecins, ravissemens de femme., de murtres, de foulx
boutez, et de tous antre crimes et délit ,
rendre ju tice... », ainsi deYait fair' le , énéchaJ; et les « droilz de on prince de,•aîl pardessus tout garder ii. C'était certes là une
hlche rude et haute et qui ne pouvait s'accomplir qu'avec énergie et vouloir. )le sire
Jacques de Dréié 'en accommodait; nuJ, plu
que lui, n'attacha de oin à témoigner an
cesse, d·un des bouts 11 l'aulr de a énéchaossée, d'un con tant souci d'équité et
d'honneur. Mais, à l'accomplissemenl de ce
devoir de sa charge, pas èrent et passèrent
les années.
M. le &amp;lnéchal vieillis ait au ervice du
roi; et, le temps qu'il ne consacrait pas à
son commandement ~les~ire Jacques de Brézé
l'employait lt in truire le jeune genLil homme ses fils, et, d'au lres fois, à chas er ·ur
es terres de Nogent, d·Anel, de Bréval et
autre .
Mais, il advint maintes fois que, depuis le retour de Rouen, Madame Charlotte
sa femme, occupée du soin de enfants, ne
l'accompagnait pas. M. Je énéchal, devenu
fort oml.irageux, en coociwait de l'humeur et
parfois du •oupçon, Il couvienl d'indiquer
que ll. de Lavergne était toujours de la maison et toujour écuyer des cba ses. Le plus
souvent M. de Lavergne et le chien Souillart
accompagnaient f. de Brélé dan e opiniâtres chevauchées de campagne; il n'y avait
pas apparence qu'ils fu sent ennemi l'un à
l'autre; M. de Lavergne était soumi , adroit
et rendait service, ~l. de Brézé était amical;
ils allaient de compagnie avec le chien ouillart, équipés tou Lroi , qui des armes el qui
des crocs pour cha er aux LêLes; m~is, dè
qu'il y avail un gibier à surprendre ou à forcer par piècre, .l. le énécbal s'adjoignait
Pierre !'Apothicaire. Il faul dire que le ru lre
avail acquis, chez Me$ ieurs de BourgO!me et
partout 011 l'avaient conduit e aventures, une
grande force à trahir et dis imuler. Ainsi,
dans certaines chasses, qui sont plus de ruse
que de courage, il était devenu un affidé indispensable. Nul ne s'entendait avec plus
d'adres.c à Lcndre le collet ou à po er l'appeau caché llUS les feuille ou masqué par
les branches. La bète iu«énu~. an feinlise
ni crainte, allait d'on pas allr"re; ses patte
fines el nerveu es froi saient les bruyères;
elle broutait joliment, avec une gracieuse inflexion du cou 1 çà et là de; feuille : parfois
elle buvait à un frais ruis eau; pui , elle
allait flairant, courant, souple el joyeo e, et,
sa robe mouchetée était belle à voir. oudain,
an détour d'un hallier, se" patte se rmmaienl
à de liens invUble , a course s'embarrassait de fils cachés et elle était prise I Mai ,
Pierre l'A.polhicairc déjà était là! Et, tandis
que la Mle, i douce, ,-i Lremlilanle, c.ommeoçail de -.-émir. il s'approchait d'elle et,
îorl proprement, d'un coup dt! lame, il lui
coupait la gorge. En septembre, époqur. à
laquelle on commence à chas er les bêtes
noires jusqu'à la Saint-Martin d'hirnr, Pierre

!'Apothicaire avait acooulume d'aider ain i à
son maîlre.
fais Pierre !'Apothicaire n'était pa toujour · Je · chas~es Lle ~I. de llré,é el du chien
ouillarl; il re. tait ouvenL à Nogent-le--Roi :
c'6taicnL les foi que M. de Laverrrne y restait
aussi. fi e pa sait alors cette cbose singulière que parloul où ôtait l'écuyer éL1iL I' Apothicaire. L'écuyer allait-il se promener au
boi~ Tbuilé ou au lioi Me. nil? L'al'lidé de
Mon ieur le énécbal le uira'l à di tance; i
c'était au bord de rEure on le reconnai. ait
à on mira ....e dans l'eau; si c'était au chùleau
il se décelait toujours à un momcment de
porte ou un hruil de tenture. Et ainsi l'un
était comme l'ombre dt! l'nutre l }lai , il y
avait de fois où Pierre l'A polhicaire était
tellement "rimé de ruse et en1•elnppé de ihmre •1ne I. de Lavergne ne soupçonnait pas
qu'il fûl à es côtés.
Cela advint ;:iin i le jour que Madame Charlotte, las e d'être lai ,ée eule à filer au touret, avail pris une petite 1·iole et commençait
de chanter, en 'accompa!ITl1lnl, une ballade
de celte Agnè de nvnrre qui, comme elle
fut belle, comme elle fuL douce et romme elle
souffrit d'un mal inconnu :
Moitit mis de banne lu:1œe mie,
Qiland je suis si bien aimée

De mon dow~ ami,
Qu'il a lo11l mnour guerpi

Et so,1 cœur a taule vie
Pour l'amuur de mi ....

A ce momenl I. de Lavergne revenait de
rêver dans le bois 'fhuilé; il a"ait beaucoup
erré, beaucoup cheminé el heancoup pensé
dans les hoi , dan les prafrie et dan les
jardin ; aussi sa toque était-elle inclinée en
lêle, son petit 11spadon battail sur sa hanche;
on visage étaiL fort animé de l'air \'Ü; et, il
allait portant, dans a main gantée, un bouquet trè adroitement compflsé, comme Marot
eùt dit un peu plus tard, de II marguerite ,
lys et œillet~, pa. ereloui et ro e Oairante ».
Dès que Madame de Brézé l'eut aperçu, par
la baie ouverte, qui venait du bois an château, comme par pudeur elle cessa de chanter; mais à peine son chanl s'était-il lu que
le jeune écuyer, poussé par r,elle force inconnue qu'on appelle Amour mai qui peul-ètre
aussi bien e t Fatalité était arrini au château.
Et là, il avail pa é le. porte ; il avait couru;
il avait rougi ; puis gentiment, comme on
voit que font les ,lonateurs dans les Ll'iplyques, au-demnl de la madone, il s'était a~enouillé de1•anl Madame Cbarlotte. A ce moment, une ombre - à peine une omlire, un
souIOe - avait glissé an-deva11t de la baie
ouverte; et. c'est ainsi que Pierre l'Apotbicaire, le Yeilleur sournoi , avait urpri. ,\1. de
Lavergne dan .a pose d'agenouill!'ment et
d'adoration; Madame Charlotte étail demeurre
assise et ceux qui ont vu, à Anvers. li: pmneau du diptyque de Notre-Dame de Melun
où llad:une de Beauté e. t pei11te, auront quelque idée de Madame de llrézé à cet instant-là.
Un voile pre que de rtonnain lui couvrait le
front el la tète el se répandait, comme pour
l'envelopper à droite et à gauche, sur le dos
- 38z -

eL ·ur le· épaull's; un petit cor elct tenait

Afl

taille étroitement errée, mais , ommc dit
Cho. tellain a •ec humeur à propos &lt;le dame
Agnè ore!, ce corselet, selon la moJe du
l!'mp~. était fendu el ouvert : on voyait le
tétin i:ous la guimpe. Cela élaiL fort a •réable
à contempler el aus i le col exquis que la
maternité avait épais. i à peine; cl le fin m ntoo, les joues ronde • le nez miguon, l'arc
des .ourcils el l'arc de lèvres! füîs, M. Je
LaYergne, incliné à terre. e lenait lrop humilié el lrop courbé du corp pour apercevoir,
de Madame Cbarlolle, outre chose que le
fine· et longue mains toutes tremblantes
d'étonnement el de confusion. li était là,
comme un bon chevalier a-vant J'imestilure,
au moment Je la vigile, •1uand il se \OUe 1l
la Vierge. Cela étail ainsi que disent les
contes.
Bientôt il .sembla à M. de Laver"ne quïl y
;iv:ùt comme un miracle qui s'accomplissait;
il sentait des doirrts lrè · long , trè fins el
Ltè parfumés qui .e po aient ur sa tête et
touchaient son front. Et, les main de ces
doigts étaient blanches el légères, duvetée et
mignonnes; l'écuyer n'en avait jama_is contemplé de plu merveilleu es. Bientôt- mai
était-il ûr que cela rùL vrai? - ces main
élaienl descendues à ses lè\•re~; elles étaient,
elles aussi, comme de petites lèvres chaudes
qui en eussenl cherché d'autre ; et puis, ces
main elle avaient pris le bouquet odorant,
le bouquet où étaient a marguerites, lys el
œilletz, passevel ouz et rose 11airan tes ». El,
M, de La,·er!!Tle - tel le petit Jehan de a:inLré de1·ant la Dame des Belles Cou ine - se
tenait loujour un genou eo terre, ému de
moult piété et de monll amour.
Mai au même in tant, comme toul s'était
incliné au silence autour de Charlotte et autour de Pierre, l'appel lointain d'un cor, l'aboiement d'un chien, retenlirent dan le bois
Thuilé. Le cor était celui de Monsieur le ~ énéchal; l'aboiement était celui du chîen Souillart. Tous deux. il· revenaient, le maitre et le
chien, ainsi que deux vrai et bous amis qui
font partie ensemble. Cela dura un éclair;
puis le cor se lut; ouillart apaisa sa voix: el
il y eut un long moment pendant lequel M. de Lavergne enfui - l\ladame Charlolle
.e tint muette, an soufOe, pâmée el comme
mourante.
Enfin Mon ieur le Sénéchal parut entre le
chien Souillart et l'Apothicaire. Tou troi
avaient des mines dherses; le chien, gri:sé de
coure el de grand air, allait par gambades;
!'Apothicaire, cauteleux el ournois, le Front
lia~, le pa lramanl, e gli ~ail plu« qu'il
avançait; mai Monsienr hl Séni:cual était fort
agité; . es reux regardaient el t herchaient en
tous sen , a main LrernLla it, son f ronl était
rouge ; il seml.alail qu'il allât comme un d('ment au lm ar l, ou, à 1iause de on gant, de
e · armes et de . e· buffleterie , tel, dans les
Lr1is, qu'un louvetier au loup. Enfin, il c
porta au-devant de .a fcmm ·; celle-ci, e
maitrisant, tenait un livre omerl en sa main;
die imula celle qu'on a. interrompue au cour
du chapilrc le plus allrayant du récit ; elle

pas une
·eule ombre sur son fronL cl dan se· yenH
on regard était droit, sans feinte, el la liinpidité en était ans mélange.
Derant tant de candeur, lna I de calme el
une quiéludo i grande, il appamt que Ionsieur le 'énécbal l:tésirn1; mai · des ressource
de colère, accumulée depuis longtemp en
lui, oppres aient sa poitrine à un point redoutallle; il n'était plus le maître de on emportement el de ·a fureur. D'un ge le prompt,
court, rapide, il bondit sur celle femme 11ui
était la ienne; il arradia le livre qu'e.11
tenait. Cc livre élait un fort joli recueil des
Cent f,oiwelles ouuelles dont Ion ieur Loui.
dt, Fran.ce avait tait Jon à sa sœur. Mon ieur
le Sénéchal a1·ait bien ce rru'étaient ce nouvelle -là et que tout ce qu'on y lil n'est qu'impiété et que Lrahi ons des wari aux femmes
l't de femrues aux mari~. Le livre était ouvert, au seizième récit, à l'eudroit où un
pauvre chevalier picard est montré berné par
sn ch \'alière. M. de Brézé, les yeux dème urélllcnt agrandi , 'acharnait ur cette page,
comme . i, de fureur, il eût voulu en arracher
llll secret inconnu. De son doigt, ganté pour
la chasse, il suivait ligne à ligne; et sa main
tremblait, 'on r~ard hésitait. Parvenu à ce
pas a e : et Tandi$ que blonseigneur jeûne
se le1·a, douce el blanche· il u'y avait

el (ait pénitence Madame ((lit goguette
arecque-. l'e cuier ..•. i, il ~e pul mater da~antage son co~roux ; e_l, prcnan l le pelil
liv.re que lfons1eur Lows de France avait
donné à a œur il Jt, jeta à terre; cl, là., il
l'écra~a en le piétinaoL soas ses bottes de
cba e; en même terups, lel qu'un insen.é
il criait, répétant le passage du conte ~ _:_
« Arec l'écuyer! Avec récuyer ! Par aintJacques, a,ec l'écuyer! o Et il levait le poinlT
comme ïl allait frapp"r Madame Cbarlolte
au 1·i 'arre!

Mai elle, seulement un peu plu blanche
à cause ile son voile qui tombait ur son col
et sur se deux épaule , en Ilot pâle, à droite
l'l à gauche, eul un ge Le timidti; et elle dil
doucement, mais avec he.iucoup de fermeté :
t( lfo ire, gardez-vous, je suis lilll' de
Frauce ! ,,
Puis le chien ~ouillarl grogna comme ~·;1
etîl eu, lui au si, son mot li dire.
~lor M. le énéchal, Lant l'empurl~ment
a,·mt porté -ou trouble au comule, t'Ut oomme
une vi ion. Entre Madame Charlolle t-t le
cbit!n ouillart, il lui semula qn 'un être é1ait
apparu; et, c'élail un homwe à mine lornruc
et habit f 1urrés, qui portail pateoùtre0 et
mau,·ais hou eaux; d'abord on eût dit d'un

pauvre ou d'un moine errant; pui!', pl:'u à
veu, le trait de ce pauvre ou de ce mome
:.'accentuaient, le nez se fai ait plus mobile
et plus long, la bouche e qui. ait un rictu
de colère; un voyait brilll'I' d('ux )'Pm de feu

Pr~atrt lt l'etu Uvre 4r,e Mo11sU1,r /,ouls de France
avait doimt à S.J sce11r, ,1/onsltur Je Bre:I! le Jcla à
terre; tl, là, Il l 'écras.l en le pWl,rant. (Page 383.)

du food de l'ombre; autour de la tHe de ceL
homme, il y avait un cbaperon avec des images; il sembla.il que, sur ce viëUll chaperon,
tou les saints el toute les saintes du ciel
dan a senl dans le soleil el fi sent autour dn
uont un diadème élrange; et ous sa manvai e cape, ur son jullt.aucorps tout minable,
l'homme de la vi ion avait une patenôtre de
l.iois; mais c1&gt;lle patenôtre ell~mème était
.ingoli re; elle changeait, elle changeait; peu
à peu les erains en Jevenai,·ut lumin,-ux,
hri liai en L 0111 me de li étoil,l , pm se rétréci ant, formaient les coquille~ d'or du
e-0llier de ainl-llichel; bientôt ce collier diminua_it à sou tour; el, il élait aiu i qu"une
chaine de fer! llonsieur de Brélé Pll . entait
le froid à t&gt;S pieds et à se mains. Et la vision
riait d'un rire épouvantable.
Mais cula oe durait pas; M. le Sénéchal se
tenait droit, l'r,eil moins fou el moin hagard;
lentcmPul, lent;,ment, son poing /a bais~ait
sans 11u'il eùt frappé. Et Mad.me Charlotte
n'a l'ail pa · reculé; elle se tenait là, blaocbr,

MAD.AME De 1J1rtzt - -..

rigide, donlour1:use; son accent élail plaintif;
elle disait :
- Messire I Me sire ....
lJ -y avait du reprot be dan sa ,·oi:x. AJor
M. le 'énécbal, humilié, confus, e retournait
1ers l'.Apothicnirc; pour un peu il eût sai î le
drôle à la gorgù, il l'eût étranglé de ses
mains; mais l'autre, au si cou:ird qu'ovisé,
a1ait fui en bàte; et ~loosieur de Bré.:é, irrité,
di ait, à voix faro111:be et dure :
- Je le chasserai! Je le 1'11:i , Haî! ...
Mais cha. se-l-on un homme qui est à Mon~l'igoeur le duc de Bourgogne, un homme que
le t.errible duc nmrraire avait mis là en confiance? Et, il parlait aus;i de l'has t·r M. de
Lnvergne l Mais, e. l-ce que cela n'érait pa '
plu difficile encore? L'E'fi'rayanle rLion de
Monsieur Loui de Frnfü•e lai apparais ait
alor · comrue dans le moment de sn colère; sa
résolution Uéchis.ait; il entait mollir ~on ressentiment; dans . a contrition, dans 011 reçel
d'avoir été jusqu'à o.er l ver le poing ur
ladame Charlotte, il proposait un pP)erinage
à Jnmiège· , au tombeau où - ous une dalle
de mari.ire - est inhumé le cœur (cc cœur
qui avait ballu de tant d'amour!) de Madame
de Beauté.
Tous deux il parûrenl, l'épou e el l'époux;
lous d11ux il s'agenouillèrent et prièrent enl·ml.ile. Madame de Beauté qui, ans doute
aussi, e l )fada.me de bonté et Madame de
pardon, exauça leur vœu. Alors c'étaient Pentecôte el l',Uleluia ! Les clochers lintafont
dans l'air doux; il y a.vait du soleil sur la
route; ~Ion ieur et Madame de Brézé avançaiml an I ni galop de leurs montures.
Le poiug du c.11alicr au,danl la cavalière,
il passt!rent ainsi à Elbeuf el Louviers; il
pas 'rent dernnt Évreux rl devant Dreux.
Partout le concert de l'airain le aluait;
mais, il semblait - à me ure que le galop
de leur bête les portait en aYanl - que, du
food du pa é, moolas ent d'autres cloche :
cloches d'Orléan , de Beaugen y, de olreDame de Clêry el celtes qui font, avec un
bruit de bronze, en planar,t bien baut a,1de su du Loir : l'entl6me/ l'endôn,e! 81, il
y avait au .i 1~. cloch~s de Cl,iuon, les cloches
amicales de , ainl-Élienne, de aint-Maurice
el de .'.'aint-lkxme, œlles qui avait-al tinté,
au momenl des noce. , ur Charlotte et Jacqu ! )lais, la p tile clo1 be de 'ogent-le-Roi,
11ui les accueiJli I Jè I&gt;!- pays cbarlrain, élait
encore plu' onorc l"t pin · l'i,·e que It-s autres·
elle l'enait à eux comme m1 lhant de jeunesse
4ui ,·a ju qu'au cœur.
EL ils J'en1endaient aY&lt;'C un grand Ll'Ouble,

(llluslrolfons tù Co111&lt;1-n. 1

Eo~10~0

iA

... 383 ...

suivre.)

PTLO .

�'Jt1STO'J{1.Jl
vait pu lui cacher : il lui dit. sans approfondir
~

Secret d'Etat
Jamais secret n'a ét,, mieux gardé que celui
qui dc\'a Leu ,du ire ~laii'\me en ngl .. t,•rre.
Quul,1'1" ,pmaine avant le départ de füdamll, le ~l'crel l'D fut révèlé à Mc,nsit•ur,
lequel t&gt;n p~ ria :iu roi comme un h11mme
instruiL. .'a \lajeslé fit de reproch,..s à liadame d,· 11·:1v111r pu ~ard •r le secret. Madame
a· ura1L. avt·c d1:&gt;- s,·rmrnG 1•t de circon~rances
dont on n,• iiouvait p •~ douter, qu'elle n'en
avait ja111ais rien rév~lé. Le roi es! impénétr,1hli!, ,.l . aç,1il 1111P. ri11i 4ue ,·.e soit en
fr:inr.e 1w p•11Jvail Lrc i,tformé de se de ·,cm . b,,rmis \L Je l.01n•ois ~l ll. de Turenne.
Quel rnu11·n · ava,L-il dtJ '01tpç11nnor M. &lt;le
Tur,•1111,·? C.-p~11,l,,11t, i œ n'était ni le roi ni
Madam ·, il rallail 1,icn 11ue c,, fùt l'un d~s
d~ux ,pli ,·n 1·ùl parlé. Lli roi pril le eul bon
parti tjll 1l avait pour approf'oudir cet embarras, 1·t ,1.:co,1vril à ~funs1eur Ctl qu'il n'a0

son grand projet sur la Hollaadt:, qut: depuis

quel,1ue temp · il avait jeté les yeux ur Uadame pour l'engager de passer en Arlglcterre,
el cimenter, sur les inslrllclions qu'il lui préparait, nne union des couronnes entre le roi
d'A.ngleterre Pl lui, pour l'a raudi,semeot du
commerce; •ru'1l avait expres ément défendu
à faJame d'en parler à qui 11ue ce soit. EnGn
le roi tourua llun ·ieur, on [rère, de tant de
manière.,, qu'il découvrit que cel avis du
voyage de \ladame en Anglt,trrre lui était venu
par le chevalier de Lorraine. Mais par où le
clievalier de Lorraine, qui n'était p&lt;1.s ;1 la
cour, en éL::iit-il informé? Le roi envoya chercher M. de Turenne. « Parlez-moi comme à
votre conf es eur, lui dtL le roi : avez-vou. dit
à quel11u'uo ce que je von ai coalié de mrs
d,• sdn · ·ur la llollandc el sur le voyarre de
)ladame en Angleterre? » En Yérité, -Î le
cœur &lt;le ce 0 r;1Jld homm" fttl jamais comha.ttu entre la \'éril.é el la houle d'avouer a
faibles e, ce fut en celle oCl:3. ion. Cllpcudant
la vérité l'emporta, et ce fut uu de· grand
comb ts et des plus embarras ants où ce

grand capitaine se soit jamais trouvé. a Comment, sirti, répliqua ~L de Turenne en béayant, quelqu'U!I connait-il le secrcL de
Votre M •Jeslé? - Il n'esl pas question de
ci&gt;la, reprit le roi pres·ammenl : en av~-vons
dit quel11ue chose? - Je n'ai poinl parlé de
vos de~ ein • ~ur Ill Hollande, cerltunt!menl,
répnndil ~[. dtl Turenne; mai, je vais (out
dire à Votre .\l.ljesté. J'avai peur •iue \lme de
C,iast111in, f(UÎ voulait Iaire 111 rnyage dtl la
cour, n'en Cût pas: el, pour qu'cllu prll es
me,nrtJS de bonne heurt!, je loi en 1lis ,,u.. lr1ue
cho·e, et que ~faùame pa, erail en A.ngl11Lerrc
pour aller l'01r le roi son frère. ~l:i.is je n'ai
diL que cela, el j'en dem mde pardon à , 111tre
Majesté, à qui je l'avollc. 11 Le roi se prit à
rire, et lui dit : « \fonsi,.ur, vous aii;nez dune
Mme de Coas,1uio'l - ~on pas, sire, tout à
fait. reprit \[ de Turenne; mu elle 1\ t tort
de me amie . - l h bien! diL le roi, ce qui
est fait est fait: mais ne lui en dites pa~ davantage : car, si vous l'aimez, je ui,- füché
de rnus dire qu'elle aime le che11alier de Lorraine, auquel elle rtldit lOlll, el le ch.-valier
de Lorraine en rend compte à mon Irèr~ .... l&gt;
L'ABBÉ DE

CHOISY.

C1 11:M O lràu.loo

LA Vlll ET LES WŒIIRS AU

xvn·

SIECLE. -

Jeux D' ENFANTS. ... 384 ,...

Gravure

d'A1$1UJ! AM BOSSE.

(Cabt11el dts Eslamtt,s. )

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1910, Año 1, No 24, Noviembre 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>N.M. Bernardin</name>
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                    <text>1l1ST0'1{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

C\lch~ r,1r.1uJon.

L\ LECTURE

D:ui · u11 roman, Plzilis, sous ce riant feuillage,
De deux p.:irflil am.•nils lit le fenire propos·
(ir,n11u J~ N. C. Coc1m1, &lt;hf&gt;rês lt l.rNtau de Dl! TROY,

D:rnwn en l'ecoitlcml :iff'ecle rm '\'Ji11 repos,
Hai son cœur en secrel tienl le mème lanf{:1-ge.
(CaNnd dts Es/Qmf(s,)

LE D • DE 11.A[ TRE ( Loci -PmuPr1,-Jo r-:r11 1&gt;'01tL1:• ,. !'-. Ptt.:. TMW ÉGALITÉ)
ET L.\ D CllE 1~ DE ll.\RTRE' (Lo I E-\niL,ïDE oe BoL1 nu \'&lt;-PE-.;TmbVREl.
AVE· l.ELR FILS \h:Ê {t.E FUTl R

(Gravure Je ,\. o

Lou

- Plrlt. lPPI::

1.1..r-Aus1s et 11.

l rr

tT LA PRIN( 1. SE .\D~L ÏDI: o't)RLÉANS,

□ EUIA'.\. u'aprc. le

t:ioleau Je C. LE.n:1:-.TR&amp;.)

�LIBR.AllUE ILLUSTRÉE. -

JULES

TALLANDIB~,

75, rue Dareau, PARIS (XIV' arrt).

ÉDITEUR.. -

Sommaire du
(' 0.\ITE

lJt'( OS. • ,

2

Le mariage du duc de Chartres Loujs-Philippe-Joseph d'Orléans, plus tard Egalité;.
Les Femmes du second Empire: La princesse Mathilde ec ses amis. . .
Service du roi !. . . . . . . . , . .
La fin de Thérèse Levasseur. . .
La chemise de Marie de Clèves .
L'Elysée ( 1715 -1805 )

•\l,IRÉCJIAL IJE XOAILI.E
(j. LF.XOTR.E . • • . ,
,IINT·FOI.I'. . • . . . .

FRÈllÜHG MA,:;o:,i. • .
à~ f'.~caJtm,e /r,111~·a1sd

Madame de Brézé . .

EmtO:\'D PtLo:- •

2'&gt;l'H DE
JI~

L'AYl.l'.,

3 fascicule (5 .Yovembre 1910}
e

•. ,

La marquise de Thianges.
L'Exode des Girondins . .

Pt.10,;.
. .•••.
P1ERIU. Ut: 1.' Lro11.x .•

zq1

litNÊRAL DF! IliARBOT . •

21.1-

COIITP. DF: FRA 'C E o' ll 1:.ZECQ VE • . . . • . .

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Cn:-.t-.sT

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u .....

M ,IRQl' IS o'i\RL.1:-IDFS •
l\1,1 URICE MONTÊG \rr . .

.?oo

ILLUSTRATIONS

Epouser ou mourir. . . . .
Mémoires .. . . . . . . . .

La Cour &lt;t_e Versailles intime. . . . .
33
ne herome de 1870 : Antoinette Lix,
lieuten!)nt de francs - tireurs . . . .
33
La pren;11ère ascension aérostatique .
33
Les Epees de fer ... . . . . . . . . SufplJmenl.

PLANCHB HORS TEXTE

D'APR.È5 LES TABL&amp;\trli, DESSINS ET Ei;TAMPES DE :

TlRFE EN CAMAÎEC

BERTHAULT. 8011.u, Bour..ARD, C11APl;Y . C11RtTtE:,t. Co-;R,1u, bneurr.,
LF. DUC lm ,Ç HAHTRE, 1,Lou!s-P~il!PJ'c-Juscr, h u'Orl~an~. plu tnrJ tc ... t.t-rll,
J•'t,UQUIT. FRA,'l&lt;; o1s, HARRIET, LALl..liMANo, •• l.c\NCLors, LE BE.i.U, LrnouE J 1..\ l) CllES E. DE UI..\HTH ES (L ou• e-.\dé lnidc
CUER, LE .. RAND, ;\'lAI IRI Cf. LELOIR. LL,\:s'TA, ;\lluus. SAUDET. DENIS •
de B11urt&gt;on-Penth iê HC ). ll~'CI! kLtr 1(1. ainé (le rutur Louis-Philippe !•')
\ oRBLIN, h 110 ·, R ,1tc.;11, Rurr. 1\EDACn-l&gt;Esrnxr,t1xE• . T&gt;.s AERT. Toi; SAINT.
l'i leur tille. la pnnc.: · e J\1.klalde.
\ ' AN Loo,
Ail.,
_ _ _ _G_RAVURE DF. ,\, PIC s.,1-..T-. \ 11&lt;1:,1 rT Il. I IJ'L&gt;l,I~. l&gt; Al HIS LE 'TAllJ ~A~ DE f'. Li!l'rl :STllE

.\noT,

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0

0

Copyright by Tallnndler 1910.

.En vente

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Paraissant
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Édition définitive

1

MAGAZINE LITTÉRAJRE ILLUSTRÉ B1-lVIENSUEL
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,
1-

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GYP. Revanche. - C HARLES Glù\. ' DMOUGI'\ . La chanson des Chrysanthèmes.
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l'Académie rrançai e. A.ziyadé. - J EAN LAHOR. Berceu e cruelle. - A~D11.t
THEU LUET. Le kiosque. - A,-oRt&gt; LEMO\'}Œ. Pensées d'un nvsa riste.
l\lAR&lt;;RLLF. Tl\'AYRE. L'omhre de J'a.mour. EDMO&gt;:D ll ,\il1ri:c fiRT.
L'o!veotail. - :\uu111ce ilA.RllÈS, de l'A~adè1uie frnnçai ·e. En i,; ~n~ne. PAUL MAHt;II EtUT'I E. Histoire de chasse. - T11i;m1oru; UE BA .' \ 1LLE.
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l'Académie françai e

du quarantenaire

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Le mariage du duc de Chartres

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Rousset : armes, tableaux, les grands panoramas de
Neuville et de Detaille, les portraits types militaires, monuments commémoratifs, etc., etc. L'ouvrage contiendra au
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Jamti, mariage n~ fut contl'llcli 1ous de. plu.s htur.ux usplœ• que: celui de: Louis-Philippc:-Josotph d 0rli1ru, d"c de Cruo-rtru, •vcc Louise-Adil:üde de Bourbon, 61111: du duc de: Pcn1hlèvn. C'itail l'unlon du
dr.ux plu, beau• noms &lt;I du dc:ux plus gi-andu loctun"".
de Pnmcc. La j•un• épou,c était un modtl• d• huutc
d dt. vt.rtu : 1~ mu·i itait almablc, ;nstruit, famt.ux aull.Î
par su proue»c.s gùllltU. 11, s'aimaient pauionnirncnt.
Tout lcUT pTOmetlait la plus paT(iû!t féllcit&lt;, A l'ipoq_uc:
ou la tharmanl~ gravure de Saint-Aubin &lt;t H. tltlman, d'apd-' k tablLllu di, Lepuntn, nous montr• le
mWgc. prindt.r dans J'lntimiti dt. :son bonheur, quJ aura.it o~ prè:clin:, .. au mai:i l'(chah.ud, - à la fvnrne la
prison, la. fuite.. la misère, - à. l'enfant qui leur sourit
la proscripûon, la rude iduc:atlon de I' uil, le rctoUT
apru , •i~gt aru d 1venturc.s, la couTonnc d• France, la
morla I ttrangn., ..
Nou.s tmpruntons au beau livre: de M . I&lt; Comte Duco1
0

0

Til -

Krsroaa. -

F'as,. 23.

L&lt;1 •ir, d11 D•,; d':E,.gblen , le: récit du 6ançaillu el
du mariage: de c:u an\011reux de vingt ans à qu.i étaient
.-....-vie, tant de c:,,.tutrophu.
5111

LA main de ln lrè riche fille du duc dll
PtJothièvre fut demandée par le duc de Chartre i1nmédi:iLemenL après ln mort du prince
de Lamballe, suf\'enue 1~ 6 mai l 7li8.
La perle de son fil unique plon eai L le duc
de P1Jnthièvre dans la déiiolation. Il s'excusa
de di □ érer a réponse. D'aillcur., il ne la
youlait poinl dono r ans avoir consulté sa
fille car il u':iuraiL jamais con cnli Il lui im.po ;r 11ne union qui ne fùl poinLdè on goùt.
1L pria donc l'abbesse de Montmartre de lui

.,., 289 ....

enroyer la jeune princesse. MIle d Penlhièvre
arri,·a chez son père navrée comme lui, mais
si ré Î"née à la volonté de Dieu et i capable
d'inlerpréler le langage de la foi (!U'clle
réu iL à récoulorter 1·1îme éplorée de ce grand
chrétien. Elle parvint au i à mettre du baume
sur les plai , peut-être plus vifes en ·ore,
dont aignail le cœur de a L&gt;eJJe- œur. C1:llc
attendri. ·anle prince e de Lamballe, nagu~re
6aocée naï.e el radicu,c, u'a,•aiL [ranchi les
Alpe que pour c heurter aux désencb:mtemenls de l'amour el aux JiruWité de la
morl; on d tin était d'être l'llU1·c en deçà. et
au dclà du tombeau, el pourtant elle ne raisail
IQ

�msTO'l{l.JI

-----------------------------------J

qu'entrer dans la voie douloureuse, arrosée
de larmes à un Lout et de ang à l'autre, qui
allait la conduire au martyre, moins comme
une hostie offerte par le dé\·oucmenl à l'amitié
que comr.ne une vîcliml! de propitiaLion pour
les faut.es de la royauté.
Un peu re,·ena à lui, le duc de Penthièvre
aborda le sujet délicat dont il avait ouci
d'entretenir a filfo. Afin de la bien meure à
l'aise, il a!fecla de ne parler du duc de Chartre qu'après les autres prétendants. Mlle de
Penthièvre s'écria qu'il fallait s'en Lenir à
celui-là, qu'il lui plaisait infiniment, qu'elle
ne souhaitait rien tant que de l'avoir pour
époux. Elle avait rencontré le duc de Chartre
ch z le prince de Conti, au cour d'un aprèsruid1 de fête, coïncidant a,·ec le jour de ortie
4ue lui accordait parfois son cou\'ent. Le _fils
du dur d'Orléans avait éLé fort aimable et Cort
empr é : il ne l'aYail point (]Hiltée d'rn1
in tant et, quand elle s'était retirée, il avait
ollicité l'honneur de lui donner la main pour
la conduire à son carro- e. Là il l'avait ainée
d'un air 11 la Cois si noble el · i soumi qu'il
a\'ait achevé de conquérir son c·œur.
Le oir, à l'alihaye de Montmartre, la confidente de fUe de Penthièvre, Mlle de Montigny,
avait eu peine à s'endormir, tant se prolongeait harmonien.semenl à cs oreille l'écho
des louanges décernées au beau cavalier, mais
. point du tout ne dormit cel1e qui le. lui avah
chantées sur on mode si doux.
L'on a dit que nous ~Lions les agents de
notre bonheur ou de notre malheur, que,
presque toujours, notre deslinée dépendait de
nou . 'il en est ains4 !Ille de Penthièvre fut
hien aveugle quand eUe détermina son père
à la donner au duc de Chartres.
insi qude princes e du sang, elle n'avait
été qu'ondoJée à sa naissance. Le temp était
venu de lui suppléer les cérétllonies du
baptême. C •lle solennité eut lieu le décembre i 76 , le lendemain du jour où .MUe de
Penthièvre fut pré entée au roi et à la famille
ro ·ale p(l)' la comtesse de la Marche, a tante.
L'archevêque de Reim , gram} aumônier de
]&lt;'rance, oHicia. Le dauphin, depuis Loui XVI,
el Mme AdéMde, fille de Looi ' XV, accompagnés du roi, de la famille ro-ynJe, des princes el
des princeswe du sang, des seigneurs et des dames de la cour, tinrent sur les foots, dans la
cnapclJc du palais de Ver ' ailles, l'exquLe el
suave pen~ionnaire de l'ahhaye de Monlmarlre. n long murmure d'admiratiot1 wurut,
quand on la vit paraitre en sa Llanche tunique
de catéchumène et comme trempée de la
lumière donl es seize ans éclairaient son
idéale beauté. J,'éléganci! de la taille; la
nobles e de la démarche; 1a Iran parence du
teint qui lais ait voir l'azur entrecroisé des
veines sous la nacre de la peau ; des )1eux
pareil au mJosotis qui e mirent dans les
sources au fond de la solitude inviolée de
forèls; des cbevem encadrant d'un nimbe
d'or la chasteté du front (les lemmes de l:i

princes e di~aient que, dénoués, il tom1.;aient ju qu'à terre); de fraiches lèvre qu'un
sourire inoénu entr'ouvrai Lsur des perle ·; une
main minuscule aux long doigts fuselés, louL
semblait 'être réuni pour faire de Mll • Pentbiè1Te un modèle de perfection. La renommée
de a grâce iucomparable franchit bientôt les
limite de l:i Gour el s'en alla de compagnie
a1·ec l'annonce d son prochain mariage.
La ,·ille se passionna pour Ille ùe Penthièvre. Paris a toujour élcré au rang de se
idoles les ferumes à qui la Leaalé e l échue
en partage el toujour , au si, Pal'is a fait de
libertin es enfant gàtés. 11. ail gra à ceux-ci
ù'èlre dépcn iers cl bruyants, d"enricbir on
commcrt:c et on indu trie par l'or qu'il
èment à pleines .lll:iins, de remplir ses lieux
de plaisir'dc la douceur de leur vie ,·oluptueu e
el de l'éclat de leur luxe, de l'étonner par
leurs audace , de l'amuser par leur caprices.
U ne fut donc point choqué d'apprendre
que la lllle trè pure du très verlueui duc de
Penthièvre allait devenir la C-Ompagne du duc
de Chartres, le meneur, le boute-en-train des
débauché , le camarade des courti anes que,
journellement, à travers le faubourg aintIlonoré el le faubour" du Roule, il promenait
en Lroupe tapageuse dans e. propres équipages, les conduLanl à ses jardins anglais de
Mouceaux; ce séjour tout rempli de magnificence el de fantaisie, où. la urprise d
périst les d'ALhène et des naumachies de
Rome, de obélisques de Thèbe el des kio ques de Pékio, e m~laiL :iu mensonge gracieux des ruines du moyen ,lge; où l'harmonie el la recherche de l'art étaient habilement
opposées à l'irrégularill! champêtre el à la
simplicité villa"eoi e; où de cabane de
chaume s·appupieot à des p11rtiques peuplés
de statue ; où des amoncellement de roch,:s
bornaient la perspective des arcs de triomphe; où, le long des seuil de marbrE',courait
J'écume des cascalelles el la mousse des sentiers.
Ah. comme la eour du Palais-Royal était
or.,.urillcuse de celle retraite enchantée. Onen
pa~lail am élrauger · . Deülle, dans son poème
sudes Jai-rlins, diait qu'elle emblait avoir
épui é les pre tige de la féerie. Etelle n'était
réellement qu'une île de lu ure aux aLorJs de
la capitale dn royaume très chrétien, u?e Gaprée à la 'ribère; le dérèglement de hab1tud ·
y surpassait fa sé.duclion des lieux eL som'en t,
sur des tapis de ro"e , à la lueur mourante
de lustres, parmi les coupes renvenle , l'ul'gie y retenait, pâmée, la nu_dité des con_\'ives,
prescrite, ordonnée par le prrnce, poW' 3JOUler
un raffiucment suprême à cet étalage de
vice.
Voilà l'homme, ménagé des grands, bien
vu des bourgeois, ympathi4ue à la canaille,
ravie de saluer eu lui ce qu'elle nomme un
heureux coquin, qui, le 5 avril 1769, conduit
à l'autel Mlle de Penthièvre.
Le couple est béni, dans la chapelle du

ne

palai de Ver ailles, par l'arebe,·èque de
Heims, grand-aumônier, en présence du roi,
du dauphin, du comte do Provence, du comte
d'Artois, de ~IcsdJmes et des princes el prince es.
Le soir, il · a appartcmrnl et ji;u, depuis
le salon d'llorculejusqu'au . alon de la guerre.
Le roi oupe en pulilic dans 1~ premier de ce
alons, 3\'CC les nomeau\ époux et la famille
royale. Vingt et un convive ' Ont réuni:; b a
table cl, parmi eux, douze prince et princesse à la !leur de l'àge. Combien de ces
jeunes e.xistenc~ ne seront-elles poiaL abattues, déracinée , tranchée par l'ora"'e tJUi,
quelques années plus tard, Jépeuplera el ruinera ce palais de mcrreilles ! Mai alors elle·
ne rèspirent que la joie el la confian!'.e. Le
prinlemp chante en leurs cœurs comme il
chante ous le omlirages du parc dont on
entre,·oil le mystère par les petits carreaux
des baul · l'enètre du royal logis.

Après les réjouissances données à Versailles,
à J'occas.ion Je leur mariage, d'autres fêles

accueillent le duc et la duchesse de Chartres
au Palais-noyai et à l'hôtel de Toulou c. Ils
e montrent au 1béà1re avec lei,r wur el j
sont acclamé . La poésie et la mucique se
mettent en frais pour 1~ céléLrer.
Dao une cantate ,·endue une liHe 16 ols
chez le ieur Dourdon, aa petit Lôlel ùe Bourgorrne; chez le sieur Jolivet, rue Fran~o· e, à
J'u°ne des entré de la Comédie italienne el
aux. adresses ordinaire d'éditeurs achalandés
du hea.u monde, le prince et la princes·e sont
comparés à Mars et à Thélis. n é~itha)ame
leur est présenté par un poète qui voit en
eux l'alliance du ' oleil el de Wnu .
On s'accorde tontefoi à reconnaitre que le
mérite Je l'origi11alité et du bien dire rerient
à Ille Cos on de la Cresso1111ièrc : celle
muse, dont le Gazettes, qui n'ont pn encore
1 u e le,•er la plâiade des èhroniqucu es mondaines, enregistrent compla.isamrncnl le Yers,
foit parler en ces terme~ le dieu d'hyménée
aux Uryade.-.; du Parc de ainl-Cloud :
O nymplt~s , Ire !!:!1llez d"une ,·ive allés"rcsso.
Vos rombrcs rnnuis vont finir l
A seconder vos ,·œu , le Lcmh-e ùymc11 s'eml'ressc,
JI vous prêjlore un bew·eul- avenir.
n dieu de cc bosquets ou ,·oos prill's nai sauce
• 'urrit en cc lieou jour Il la jeune Vesta i
l,'àmour les unissait déj~ 1

Ces jolies choses se oupirenl aux accord·
ues clavecins, au frémissement des harpes
dam Lous les alons.
fais des écho plus cluux parviennent au:
oreille du jeune couple. Le duc d'Orléans et
le duc de PenlLièvre ont répandu en son honneur d'innombrables libéralité sur le · vastes
terres lie leurs apanages, et cc ont les déIres es ecourues, les souffrances soulagées,
les espoirs relevés des humbles, qui donnent,
au seuil de leurs palais, un émouvant ooncert
de bénédiction' et de vœm.
CoMTE

DUCOS.

LES FEMMES DU SECOND EMPJRE
c;.,

La prince e Mathilde el ses
Par F·· "déric LOLIÉE.

Peu de phisionomics princièrL'S aurunL été
divcr.e · comme celle-ci et mê16es à un tel
mouvement de personne, et de cho es.
e odgines napoléoniennes, son él.at à la
Cour cl hor' de la Gour, durant la période
trionipba~le, le cireonslauccs exceplionncllcs qui firent d"elle la fille d'un roi de
We:;tpbalie, la pelite-fille d'un roi de WurLt:mberg, la nièce de deux empereurs : Napoléon Ier el 'icolas Jrr, el la cousine d'un
troisième, avec une part de !!énéalo,,ie e
provignant de maniere fort inallendue à travers la descend,mce direclc de 1a mai on
d'Angleterre; le hasard des è\'lfoemcols qui
Youlurent qu'à deux repri ·es la coul'onoe
impérial eflleurât son front ans s'y poser;
l!t ·on indépendance &lt;le caractère, ' OD esprit
original, al'eC des cotés d'ou1rance, de singularité; sa ituation qualifl le de proteclriœ
des arts, qui la montrait, à la façon des
grandes dames &lt;le la fünai ·sance italienne,
ënlourée d'une sorte de décaméron d'écri,•aia , de peintres, d'bommcs distingué· en
ton genr ; le perrnm,cl dilct1anti,me et les
inclirw.lions, de nature, cultirée par l'étude,
11ui lui mcHaieut tour à lour le pinceaa ou la
plume à la main; l'éclat intcllec1uel san égal
de ses réceptions, it I a1·is, ou à Saint-Gratien, ' 3 demeure de pr~dileetion ; d'autre
élément encore d'intérêt, de curiosité multiple, rassemblés dans une .eule e:xi,teoce :
11'~l.1i1-cc pas de quoi ju tiller l'empre: emenl
qu'on npportaiL à. se rapp1·ocher d'e]Jt,, à la
corma1lre, à la &lt;lécrire, à la racoaler1
Élel'ée par la femme admira.Lle, Catheriirn
de Wurtemberg, qui avait préféré la prison
du château &lt;l'Elvangcn aux. lri trss(' de la
• (paralion, la p.rincessc ~laLhîlde faillit être
plus que reine.
C'était au d1âleau d'ArenenLerg, dans le
canton helrétique de Thurgo,·ie, ur le lai; de
Canstance. Elle 1' recevait l'ho pitalité de ln
srntimeotaJe Hortense ; déchue de on trônt',
celle-ri régnait sur le rœur de quelque
lldèlt-s cl n ·al'ai L pas a Lan donné le rèves
ambitieux de la famille.
, L~ jeune se de ~Iathilde et sa beauté, qui
s éto.1ent él'eillécs à Florence, s'épanoui saienl
là, dans le î"Oisiuage des ardeur roncenlrécs
et Jes desseins hardis d'au prince de fortune,
.ou parent et qui c oommaiL Loui . Avec uu
fr~rc ainé, dont la muri prématurée devait
lai ser ùevanL lui la route lihre, il arail comhallu dans les l\omagoes pour l'indépendance
des populations asservie ; el, par un retour

~'i&lt;léc. conlradicLoîrcs, coutumier dû la dyna ·Bonaparte, il appelait dt: tous ·c ·
vœux, au nom de la démocratie, la diclature
impéria!.i le. Depui la mort du duc de J\eich·tadl, di paru di! l'horizon comme une ombre
lant!Îmale, quelques-un , autour de lui, partageaient la foi 'lu ïl avait su leur in pirer
dans le prestige de on étoile, affirm:mt que
celui-là ·cul re·Laurerail le nom et la pui ancc do grand Empereur.
MaLhildc, ans d, ,ute, ne croyait pas à cc.Ile
chimère; mais le jeune homme pensiI, qui
mélangeait dan' le fumées de on cerveau
tant d'idées ennemies, qui ru éditait sur l'inégalité des conditions ocialos, poursuil'ait
l'extinclion du paupérisme et, en n1tlme temps,
caressait l'espoir de la domination dans le
luxe et la pompe d·une 'our pleine de îa le,
cet énigmatique cou in intére ·ait, occupait
on imaginatioo. Des promenades s'étaient
répéléès sou les charmilles d'Ar nenherg. n
commencement d'idylle avait rapproché les
aspiraûous des jeunes exilés, el l'on croyait
lie de

ANnou;, PRINCE DEruDOFF, EN 1841.

Dessin ,te LU.NTA.

en pressentir déjà le dJuoncmcnl. Quoique&gt;,
au fond de son àme, le seulimcnt restât au si
tiède qu'était accu,ée l'opposition de 1eur
caracl.àre, elle y rêvait. 11 y peu a. La reine
Hortense en dt:sirait raccomplissement.
... 291 ...

Les folle expéditions ùc Slra Lourg cl &lt;le
Doulogue mirent en déroute ces beaux proj,•ts
d'hyménée. La di ·corde avait éclaté entre !~
Beauharnais el lèS Bonaparte. ,lércime et lt&gt;
siens avaient crié haro ~ur le rêveur, l • téméraire, l'utopiste prétendaut auxqllcl~ étaient
déniés Lous clroil de mettre en oveature, au
délrimenl de es proche , le glorim béril.'lge. Vingt fois il fut écrit et réptllé, SUI' ce
ujet, que la priuccsse Mathilde, aJant alor
douté de la sagesse et de la raison de Louisrapoléou, 'était détachée de lui complètement par le cœur. 11 n'en fut rien. Des lettres
originales de la reine Horlen e, passées entre
nos main 1, atteste11t, au contraire, qu'elle
a.rait subi la pression paternelle et que ses
sentiments à ells n'avaient pas ,·arié, ympatbique el dévoués, sinon pa, ionnés. Aortcn e
r ·vienl, à plu ·ieurs fois, dans cette fraction
de c-0rresponùance, sur le rait du mariage,
qu'elle avait enlre,•u po~si.hle el souhaitable,
et sw- le compte de la jeune prioce ·se :
cc Je n'ai reçu, 1krivait-elle ca 1857 à la
comtesse Le lion, qu'une seule lettre de celle
11ui dc1·ait «~lre ma belle-fille. Elle aura été la
·cule n'ayant pas donné signe de 1ie dan ' un
moment douloureux! Aus i bien, je ne l'accuse pas. la paulre petite. Il n'y est de sa
faute ca rien, je le suppose. on père lui aura
défenùu de bouger la main. ~faj , rnus comprendrez qu'après cela il n'J ait guère Je
rapprochement po·sible. Dans un ma1·iage, à
la suite d'un maria"'c, on s'en souvicndrail
toujour . Et c'e l elle qui en souffrira. Car,
je vous le demande, qui épousera-t-clle? on
père n·a que des dettes .... Et les ion ·ont
difficiles en pareil cas. »
Elle eût :ippelé de se vœux celle union de
Louis-Napoléon et de MaLbilde. On le sent à
des ignes dïr.rilalion qu'elle ne Ji1,simule
pa , sur ce que la chose entrevue, dé irée,
n'a pas eu lieu. Et elle retourne à l'affaire de
Lrasbourg dont elJe arait désappromé l'arenlurcm des eiu :
« J'en l'Oulais li œ cher enfant, qui a été
jouer sa tète, sru1s doute avec l'e poir de
relewr sa famill e, &lt;le l'aider à sortir de ou
bourùier. fai , quand je l'ai \'ll mall1eureux,
je n'ai plus songé à ma colère,je n'ai plus eu
de reproches contre lui, pour avoir troul,lé
~ quiétude; au contraire, j'eus e ,·oulu lui
trou,•er de· excu c , me prouver à moi-même
t. Elles aou- out rlè eoromuniquées par la priuccssc
PouiatowskB, fllfo ùe la comtesse Le Run, auiquetles
elles furent adtllS&amp;êc •

�11lST0~1A----------------------~
1p1ïl :\\'ait hicn o.rri; car je lromc mi,ér,~lilc
de placer la luuan,.e (lu le Lllàme ur la réussite ou la délàifP. »
C"est quo le nc\·eu du grand bommr, :uu:
yeux de la famille, était un ,•isionnaire nuisant
d'une manière fJlcbcu e par son obstination à
poursuivre le fait préde tin.S, au repo., au
l1ien-être, à la réputation des Ilon:ir arte.
« Jusqu'au père, qui lui . up1,ri111c sa médiocre pcn ion de jx mille fr:incs, parce qu'il
a osé entrrprendre, agir, .ans le con,ulter,
de mèmc que !"oncle (.lérôrne) rompt le mariJ.at', pour le même mnliL ... Qnaut à Ct'lle
dont vou nrez vu le portrait (la prince. se
~l.1thîldr), elle a mieux écoulé la 1•oix &lt;le son
cœur. Ct:rt,··, clic a1ail li&gt; d~sir d'é11ousl·r on
cou in, car. un jour. elfe r11pl.iquail b. sa
mère, qui lui en parlait :
« - J/ais ce je1me homme esl, dil-on,

charmant.
« Et, répondant aux apprél.en~ion de sa
cousine, elle ajourait :
« - \'raiuwnl, ei la nut
bien la peine qu'on risque,
pour l'allcindre, J ·al'oir le cou
coupé.
« Yon •O}'ez le rarntlèr,•.
Et comme oa conLinuaiL ile
.s'en !retenir de ce que ,·en ait
de faire son con. in :
« - Je l'en aime davantage, dil-ellc. ij
Per év~rance d'amour el dé
coafianèd d'aurant plus .:cnsiLle 'Ill 'elle était ~eulc à la mauifc ·tf'r.
&lt;&lt; Le pauvre cou in, conûnue
Li reinl! llorten c, est l1t)noi,
abandonné par tou , .... Il a sa
mère, au moins, el cdle-1/1 sait
qu'on a urtout be~oio d'elle
dans l'infortune. u
e voilà-l-il pas un en emllle ile déclarations précises et
qui renversent liien des uppo ilions avancées sur lïaconstanec des sentiment dr la
princesse füthilde à l'rgord
du futur empereur?
Elle était retournée d'ahord
à la rour de Wu:rlt'mlierg, pui
en To ·caue, an près de Ji!, omc,
sou père, l'ex-roi de We~lphalie, do11L les coffre Léanls appelaient Ja chance proYid~ntielle, la pluie d'or qui le remJil1rail. Grâce au sourire de e
,·ingt aos, aux ·ducliollS de
sou esp1 il et de rn personne, à
l'éolal de ·on varcntage, elle
u'cut pa à chercher des lCUX
l'épotLX fortuné aus i longtemps t[UC emLlait le craindre poul' elle la d,àtelaine
d"Arenenbcrg. à eau e de la médiocrité relati,e tle a dot. Pendant qu'elle résidail au
palais Odaoùini, elle avail tllé demandée pluieur~ foi . Un Strozû s'était présenté. Un
iguado. Le JJèrc de cdui-ci, le ricbi:.sime

mnr11ui A!~uado, a,·ait promis des millions à
la dizaine si on 61 parvenait 1t se faire ng-r~er
de la nièce de Napoléon I"'. Étran1re particularité, circonstance peu connue : le même
A11 uado, refusé par Mathilde, devait reporter
ses vue sur la blonde Eugénie Je lontijo.
Un le vit pleurer à chaude larmes, chez
Hamel, parce qu'il aYait appris qµe !"t'mpereur, pa anl ur le chemin, lu.i a-..·ait soufflé
ce rêve.
~lathilJe, qui se répandait extrêmement
dans la Ol'iété de F'lorcnce, avait jeté les yeux
sur un étran"er, dont la prestance était uperbe sou l'uniforme circ:hien. Son dé. ir
dti jeune fille a\•ait volé ver le comte Anatole
llemid 11f, prince to can de an Donato. , e
dêdarer- en a ra\'cUr élail prendre une détîion barJie. En . 'y porlanl, elle ne de,·ait p.1s
ignorer 11•1'elle contreviendrait à une ccrèle
iutenlion dt! l'empl•rcur Je
sie. Il falJait
r1u&lt;! la voix de la pa ion fùt la plus forte,
CJr elle po•11•ail envi ager &lt;l'autrrs e. poirs.

nu

PrUNCES,K

'LOTILDE.

C'est un point de a ,îc que, lonrrtemp après,
la prince se voudra rappeler, lor. 4uc, en un
petit comité dïuûmcs, elle se plaira à relrou \'er son passé et à re\"Oir ce qu 't!lle au rail
pu être cl devenir. Dien qu'il considérât 'apo-

léon Ill comme un pnnenu et qu'il alferldt,
à traver ses politesses diplomatiques. de ne
pa le traiter à l'égal des rois et des prince
de ,ieille hérédité monarchicrue, le tzar avait
cares é la fantaisie dé donner à on fil
Aleiandre la main d'une N:ipoléon. Et celle
qu'il avait honorée, privilégiée de son choix
impérial, s'y élail dérobée pour obéir à un
entraînement qu"elle aurait à ri&gt;grelter, un
jour i.
a Jamais je ne vous le pardonnerai, »
c'esL lt! m'lt par lequel il l'avait accueillie,
dan un premier mouvement d'irritaliou,
lorsqu'elle ·e présenta, à .a Cour, sous le
nom de comte e Ocmidoff,
Anatole DemidoJT, prince losc..1n de an0'loato, n'a,·ail pas 'lllC ~a haure mine et ses
ti Lrcs; il était consjJéralill'mcnl riel.te. on
père avail été ministre de llos~ie à Rome, à
Florenet•, el, ce qui 1•alait mieu:r, posRédait
dan, l'Oural des mine , qui alimeoraienl intari ablemeol on lu1e du salr~pe. La maison
d11 c·omLe IJcmidoll' ~laH lu rendez-1·011s du ton lrs ~!ranger~.
Il lui 1.lni~ait d'a~wci,·r les
"1.:11s eu l"uulc à ln vision de ses
riche se ; c'était la faibles e
de cet homme, dont la mngnificence 'étalait lourdement,
a,,ide d"élom1cr, d"éblouir.
s:ilons, surchar,.,és d'or, étaient
renipli de tab 1caux, dt: l1ro11z1•., de mafac ùiLPs. Aux grands
jours dt: réci•plion, on expo. ail
sou di: viLr,nes les bijoux les
plus précieux; el, COLl)mc on
étai l peu difficile sur le tboix
&lt;le in,ités, deux dome tiques
fe royaienl placé en suneillance pour garder de fa Leutalion les amateur indiscrets.
ll teuail à gages une troupe de
comédiens françai I qn'1l avait
arrêt,~s, dès on séjour à Rome,
quand il Cahùt jom•r, en rnn
pa lai· llu, poli, dt:s l"audc, illi:s
du G·mnasc. Maladl', ,ieilli,
perdus, il n'arrêta point de
donner des fèles; el, plus Ja
(vu.Je e pressait. curieuse el
lapageu e,dans essalons,plus
b'l"and étaiL on contentement.
Uu lt: conmüssail, de toute·
paris, rour ses siogularilés,
pour on ra te asialic.1ue, d'où
le bon gnr'ilet la ml!Sureétaienl
ab cuts. 'a Licntaisa.nce n'était pa moins notoire; on a mil
1t lui savoir gré d'actes de libéralité illÎcus compris el plus
uliles. Il cr~a, à Florence, une
pn\cieu c galerie, une école, un
a ile liliéralemenl doté. À sa
mort. l'opinion jugea que le
comte« Nitolo II avait rendu des services assez
ltLrge à la ,·illedes Médicis et ryu'on lui devait
bien uue statue, qui fut éle1·é~ ur l'une dè
places pu.bliq-ues.
1. Le roariag-e eul lieu le 1" novemlire 1840.

'--------------------------.Anatole Demidofl', à qui le grand-doc régnant avait conféré Je titre de prince de SanDonato (du nom de"ses propriété en Toscane),
continuait et amplifiait cr lle large ex.i tence
de hue, d'activité arti tique et de philanthropie. fl y découvrait plus de discernrment
et de eu.liure. Le domaine de lettres ne lui
était pas îermé : on goOta de sa plume des
impression de voyoges, puis des articles en
forme de lettres, que publièrent le De"bnts,
sur l'empire de Ru sie. li avait la réputation
ju tifiée d'un fécènc. En épurant cl en enrichis aot la collection qui lui fut lê"u~e. il
l'avait rE&gt;le,·ée d'un haut pri~. Toutefni , il
n'avait pas hérité que de goûts rl de l'opulence de l'auteur de es jour , mai de lubie
11ui les accompagnaient. li etaiL brusque en
ses geste , fantasque en son humeur et d'allures despoliqurs. Il avait, en particulier, la
jalousie traca ière el violente, quoiqu'il y eùl
moins de droils que personne avec le licenres
qu'il s'accordait à lui-même en matière ~e
fidélité conjugale. Car il était ardl·nt aux plaisirs et menait son train à folle allure. Par sr
dons natUJ'els, ses qualités de race, son élégance, on Pût pu croire qu'il cédait à l'entraî_oement de pa sions inspirées, jusque dans
les milieux folâtres où 'égaraient es fantaisies. Il n'en était rien; on rnvait, parmi s.:s
familier , qu'elles lui coûtaient très cher, les
demi-mondaines auxquelles il sacrifiait la
po session d'une des plus belles princesse de
l'Europe.
Il jugea, cependant, certain jour, qu'il
arail à se plaindre, qu'on l'avait lésé dans
ses droits exclusifs, el il en maniîesta ~on
déplaisir d'une manière toute caucasienne, qui
rendit inévitable la séparation.
On était revenu do Pari , où le com1e el la
comtesse Demidolf occupèrent uo superhe
hôtel, rue aint-Uominique. Une grande soirée
avait lit'u ce jour-là, dont les salons da château de San-Donato étaient hi théâtre étincela.nt. Le bal entremêlait le couple étourdis
de joie, de lumière el d'harmonie. Soudain,
au milieu de ces da.oses animées, en présence
de plusieur centaines de personnes, qui s'arrêtt•rent clonées ur rlace, !'aisi d'un accès
de jalou ie irraisonnée, ~auvage, il alla droit
à la jeune p-rinces e sa femme et la rouflle~
sur les deux joues. Oevaot cet outrage public
elle étail re~lée san parole;. mai , se re aisissan t bientôt, elle e retira dan son appartement, ·y enferma jusqu'au matin, et, sans
revoir son mari, elle quitta la demeure et la
ville, afin de se rendre imméditi.tement à
ai nt-Péter bourg, ne doutant pas qu'elle y
trouverait prote, lion el justice auprès de son
on clc maternel le Isar Nicolas 1°•. L'empereur
fut d'autant plu disposé à los lui accorder
qu'il avait de l'allachemenl pour elle el n'êprournit aucune orle de complaisanc , au
contraire, lt l'égard de Dcmidolf,
n 'agissait d'un ujet ru se, apnl la majeure parûe de es Li1•ns en Russie. Nicolas
pouvait parler, trancher en maitre; cnr il
avait sous la ruaiu les garaulie~ dt soo oLéissancc. Il cntendiL rnrveillt'r lui-même les
arrangement de fortune qui a ureraicnl à

17'

P~1NCESSE JJfJff11lLDE ET SES AMIS - - .

a nièce ~Jat.hilde une large indépendance,
ordonna la éparation, exigea que OemidolT
erYît à la. princesse delll cent mille lh•re
de rcntP, et défendit qu'il séjournùt aux. mèmt&gt;s

PRINCE ~ APllt."É.-Olf.

résidencesqu'elle. Le princedcSan-Dooato, si
volontaire, a.vail dù plier, celle fois, devant
une volonté plus rorte que la sienne.
Anatole Dcmidolf a porté, dans l'histoire
intime dt: Y,1.tbildc, la responsabilité exclu ive
de leur désunion. li g:Hail les dons d'une
éducation brillante par on in tinctive vioJence et par ses habitude dcdi sipation effrénée. Pourtant, fut-il le eul havoir des lort ·1
'es LransporlS jaloux. ne lurent-ils que de
pure imarrinaûon7 li serait équitable de plaider, au moia une fois, en a faveur, les circon tances atténuantes de son geste. Yathilde
étail belle, d'une beauté provocatrice d'aLLentions et d'homma!?CS,
elle fut très entourée.
0
de flirts, en cette ville de Florence, et qm
devinrent pre. ants avec le baron de Poilly,
le capitaine livien, avec 'ieuwcrke.rke. Tout
autre que Demidolf eùt senti pa~ser un vent
d'alarme sur son front. En bonne justice, on
l'aurait pu lraiter moins rigoureusement.
li subvenlioouail en gran~ seigneur !'exi tence princière de la remme quïl a'lait épousée, et qu'il lui étail interdit de revoir. eulcmenl très ta.rd, qu.and Demidvfi', osé de
' ne era plus qu'une rurne
. w·a~te,
'
plaisirs,
on n'y fera plus oh taèle : « Que vou importe, maintenant! :&gt; dir~ le tsar ~lexandre.
Il avait es ayé de s ou1rrir des voies vers la
réconciliation en Louchant le cœur de Mathilde
en ce qu'il a.vail de plu sensible : un culte
profond pour le pa. sé, en faisant parade de
,entirnenls bonapartistes chaleureux, en ach~lanl la villa de l'ile d'E.lbe, où Napol11on a\'31l
passé ses jours d'exil, en y raE en.blant des

relique ùu plus grand prir .... Vainement.
La place était restée chaude où a main avait
frappé et le ou.venir cuisant dan l':lme de
Mathilde.
Celle ilme fière el napoléonienne n'avait
pa reru é, cependant, une appréciable part
de sa fortunr '. Et la situalion mondaine de
la belle Mme DcmiduIT, que lriplt'ront pre que
les dotations impfriales, pendant les dix-huit
années que dorera le régime, était de celle
qui aident singulièrement à Lriller les femme
d'esprit dont elles sont l"heureu1 apanage.
~n 18i7, celle princes e françai e élevée à
l'étranger avail dtlJaissé les cit'ux italiens.
vec une mansuétude dont lrs Ilonapartes
r.e s'cmpres~eront poinl de ~uirre l'ext'mple,
lorsqu'il, eronl à mème de le faire à l'il1?ard
de. princes d'Orléans exilé·, Loui~-Pbilipfc
a,·ail au tori é .lérôme el a fille à rentrer en
Fra-nce. Mathilde reçut l'accueil le pins tlatleu.r à la Cour du roi. Elle était en première
ligne parmi le, h.ibiLaé!' de soirée intime'
de la reine Marie-Amélie. Elle se lia d'une
affeclion franche aYec le dnc d'Aumale, dont
l'inlellirrence, comme la sienne. é1ait noYerle
aux idées de ln plus large tol~rance. El cette
estime réciproque persista bien au di:.là de
circonstances qui l'avaienl foi t naîLre. Le
temp , qui efface tout : amiliés ou rancunes,
gloire ou défaites, fui impui ant à l"nrnoindrir. Après laol de révolutions accomplie ,
on de,·ail vo:r encore une Bonaparte fréquenter le chùteau de Chantilly, cl Je duc d'Aumale
s'asseoir à la table qu'elle pré idaiL rue de
Courcelles.
Des événements ignillcatifs se rnpprochaienl. Au moi de eptembre l i8, tandis
qu"elle étaiL aux. bains de mer rle Dieppe,
rnn cou in Loui -Napoléon, arrh·é à Pari ,
était descendu à l"hdrel du Hhin. , on exil de
trente-qnalrc an avail ces é: il Lom·hait en
homme libr~ le sol du pays qu'il a,·ait quitté 11
huit ans et où il n'ètail renlrtl que den.X foi ,
en pri onnier. li ne connaissait personne
clans celle capitale, où il brùlait de 'acquérir Loulle monde. Et le nerf de la poli1i11ue,
qui est bien le mèmc que celui dol la guer~e,
lui faisait d faut. Le avance de m, ·s
Tloward s'étaient évaporées. A œlle Lieure
critique, llathilde lui rendit un éminenl service. Loui -Napoléon lui avait d~taché un
exprès à Dieppe. Elle accourut. La sêparation
avait ét.é lon.,uc. Leur première entrevue
accorda que1t1':ies minutes aux rappel ému,
du pas e; puis, il aborda la question es entielle, ~ po ant que I" argent indi,pensable
pour mener à bien sa campagne électorale
lui manquait, et insista sur la néces ité d'un
effort, qu'il prévoyait henrelll.. Malhilùe ,·ida
on écrin; ou, pour le dire plos e actement,
elle engagea ses diamants et ses perles, qui
étaient fort beaux, el en nrsa la somme à
son cousin. Elle avait agi de confiance el
dan un élan de son cœur. Elle n'eut poinl à
le regreller. 11 oLlinL son mandat législatif,
premjer échelon; il. fut président, dem:ième
L 1c total de celle rculc annuelle, ser&lt;i.:. p:u- la
famille Dlllllidoll' duranl Ulle ~innlaine ,l'année,,
11l\l:'inolra t1nn leweul une rlouuine oie million~.

�... -

111STO'l{1.Jl

degré \"l'rs la dictature. De reparle d'alliance
entre ~fathilde et Napoléon des notations précise. nnw sont panco ucs; des :ictcurs ou
témoins dLL momenL en con irroèrcnl exactement le soul'cnir 1 • Est-il réel, comme on l'a
prétendu. 1pie le _prégident de la fü\publit1ne,
après le coup d'Etat, lui :i.il renou\·elé la demande de mariage faite :l\'anl Doulognc et
qu'elle ail rrponssé le diadème 1 Est-il l.iien
1rrni qu'à l'o[re d'une ctluronne elle ait r6pondn : « Je préfère dticid.émcnt l'indépen&lt;lanrc. qui inc permellr:i d':iimer •1ui j':iimc
et cc qnc j'oime. o li est permis J'en douter.
Lrs affirm:nion , qui &lt;:.e sont répétées san.
preuve 11. l'entour d'un détail rom:ine que,
nouslais~enl sceptique. La prinresse )Jathilde
était encore la comte . e Demidolf1 • Et les
attentions de l'empereur commençaient à se
tourner vers uTI autre objet. 3fais il e t plus
plausil.ile qu'il lui ait tenu ce langage, ou à
peu près : « Ju qu'à ce qu'il y ait une impératrice en France, vous êles la première ici
el vous prendrez toujours ma droite. n
,ra thilde, assistée de quelques dames en
ande faveur comme la marqui e de Contade , faisait le honneurs des alons de
l'Lly ée. On a dit qu'elle 'en acquittait avec
une ai. ancc et une grùce parfaite . Dans
l'iutenallc, elle recevait chez elle, et préparait la rnois_on pour le prince-pré ident. Elle
amrnait à lui toutt&gt; le · illru,tralion et tou les
le!- in011r.nce.,, q-u'l-11,· arniL réunies en . on
ccrclL•. Elle n'cul jamai. plus d"a·cendant. Elle
n'arnit pa. Sèulemenl uu alun, mais une
Cour, oi1 nal1uirent cl s'entre-heurtèrt•nl bien
des rivalités. Ceux qui la virent alor, , et qui
en ont témui crué, a urcnt d'un aœord nnani.tne r1u'clle produisait grand effet, aYeC .on
profil de médaille romaine, ~e JClll brun
cla1r, lins el expressif', .es cheveux supcrbt:is
d'un blond cendré, se ' mains ariblocratiques
cl l'ha1·monie de Lout on être.
C'e t chez elle ryue on tou~in arnit renconlril, la prrmière fois, Mlle de Montijo; ce
fut elle qui, la -prcmièro, rrçnl ln con11dence•
de re ptOJl'l J.'a01on.. qu'elle n'avait point
approuvé. Les choses allère11t
au-devanL
de leur accomplis~ement. Peu de jours aprè
l::i solenndle cérémonie, elle étai L invitée à
diner aux: Tuileril! . L'emper ur, me racontait un témoin de ce diner, la comte e Walew~ka, 01ait ~ a ,lroite et à sa gauche Jatbilùe et lady Han"lton, cnrre le. quelles
avaient Ootlé jadi~ ses v1-l1éités byménéennes.
A l'une il dit: « Mathilde, i vous l'aviez bien
voulu, vous seriez ici maintenant'. &gt;&gt; ,\
l'autre : « El vou~, llarie, il me semble que
von n'auriez pa été trop maJ non plus à
celle place-là. l&gt; liais la page était close.
Par uo effet inévitable, l'~toile de Mathilde
scintilla d'un éclot aJT:iilili. Haussée par com-

pcnsalion an titre d'~\llc,;se impl:rialc, la
princes c Mathilde continua de rccC'·oir crux
qu'elle avait distingué , auparavant, de c ·
sympathie .
On n'ignoraiL poinl qu'eJle a,·ait été l'une
des prP-miùre · offeclion Lcndrcs de t.apoléon ru; et de certains C. prits ha ardaient
le pré. a!:C que plu de bonheur el de . êcurilé
eus ent été garantis à la France, .i le sorl
eùL voulu 'Jll'il rcnouâL sur le lrùne leur
fiançaille:; :in Ire[oi rompue: . Le id 1e pcronnelles de \l:tthildc. on inclination sincère
au libéralisme, la pr,\férenœ manifeste qu'elle
montrait 11 parla:;er les opinion plus clair,·oyantcs en matière de politique extérieure
aus.i bien qu'intérieure du prince Napoléon,
auraient été le gage, uppo·aicnt-il , d'une
in □ uence plu salutaire que celle dont se
trouvail investie, par le coup le plus imprél'u
du hasard, la trop ,i\·e C'L trop imprévopote
impëratrice Eui;énie. Peut-être. liais cllemême, on doit le confe ~er, avait aussi es
algarades, se pau sées capricieuses, ses cntraincme.nts d" opinions, qui n'étaient pas Loujour du patriotisme le mieux raisonné. On
s'apercevait de re te qu'elle avait appris à
peu er et à viHe bor de France. En pl,·inc
guerre de Crimée, .ous l'impres.ion d'une
lettre, qu'elle aYail reçue Jlalleusenuml dn
tsar el qui commençait par ces mot : « En
vérité, je ne ais pa. pourquoi la France me
fait la guerre, » elle arnit affirmé haut .es
tendances slavop!ule ; on eut la surpri e de
voir la cousine de l'Empcrelll' carre.pondre
avec uu chef d'État contre lequel on paIS
était en guerre. Ce 11ui n'était point, évidemment, pour réJouir Napoléon lU.
LA princes e Mathilde aimait l'Empereur
d'une affection dynastique. L'incompaliuilité
de leurs oatures n'en était pas moins lfagrante :
(t
loi, déclarait-elle, je n'aurais jamai
fail mon chemin al'ec Louis-Napoléon, parce
que je rais droit devant moi. sans biaiser
dans mes mols ni dan me acte . 1&gt;
El, revenant de Compiègne, un oir, elle
ajouLait en pré.~ence de queltrucs anditcur ,
qui ne l'oublièrent pas :
a ~on, non, nou ne pomion. nous entendre qu'à demi. Qu'est-ce que-vous voulez?
cet homme ... il n'est ni Ou\'ert, ni impressionnable I Rieo ne l'émeut.
« Un homme qui ne se mel jama.is en
colère et dont la plus gro se parole de rureur
esl : « C'est absurde! » il n'en soorne jamais
plus .... Moi, moi, si je l'avais épou.é, il me
semble que ju lui aurais cassé la tète pour
savoir ce qu'il y avait dedans. ))
A. sa table, elle lai sait tomber des paroles
de franchi e osées jusqu'à l'imprudeJJce, des
a\·eux. dépouillé d'artifice jusqu'à l'ex.trême

étourderie, comme dans une fin de (liner oi1
elle disai!, sans prendre garde que des échos
en re,·iendraicnt aux oreilles des hôtes clc
diut-Cloud :
(&lt; .le o'ai jamais désiré la chute de Louisl'hilippe, _j'étai: plus heureuse sous .on
règue. D
Tilute détachée d'ambition qu'elle voulût
paraitre, ces mots-là trahissaient un grain
dr rancune, rour des déceptions éprouvées,
et donl l'impératrice a"ait bien sa par!. Eugénie et Mathilde, qui se rapprochèrent après
la terrible année, et, dans un deuil commun,
t, l'occa ion de la mort du prince impérial,
s'entendirent beaucoup moins en leur jeune
temps de sonverfillle triomphante el de prince e opposante.
Lorsque, le 28 janvier, au soir, dans le
cérémonial du mariage civil aux Tuilerie ,
Mathilde se vil désignée, ainsi que son frèrE',
par les droits de la. rarenté, à conduire l'auguste fiancée vers !"Empereur, quelles pensées
de com1J1raison cl de regret avaient dù visiter son esprit en e remémorant les circonitances qui l'avaient pousséè, elle, la nièce
do fond:iteur de la dynastie, à choisir l'union
sans joie, l'a sociant non pas à l'âme ni au
cœur, mai à l'immense fortune do Demidoli?
On n'en pénétra pa.s le secret. Mai ce qu'on
savait mieux:, c'est que l'harmonie lais~ait
grandement à désirer entre le deux femmes.
dont l'iiolithèse était complète el de caractère et d'1J~es. Taodi 11ue Napoléon avait
gnrdé à ·a cou. ine une. invarialile a.mitié,
l,&lt;;urrénir:1 s était éloignée d'elle graduellement,
~1• m,mtranl le moins po'-sible à es réceptilln et ·en tenant avec la nouvelle Alles e
•mp~rialr ur un lon d"~liqaetlc el de cérémonie. Dt! inter\•alle d, J-ifaveur e prononœrcnl, dont le ympl!lrnes parlaient clair
wx regards pcrspic.1rt-s. 1,11 printemps de
1 57, on ne l'ut pa, ,,ans ren1:m~11er que les
diners de la Cour se suinùcnt de près en
l'honneur du grand-dui. Con -tautin, et que
la prince~se Mathilde n'1• aYait pa encore été
imitée. Était-ce ombre de fùcber1e, d.EpiL
l~crer parce que le grand-doc, à son arrivée,
avait re11du la première ,·i ile à ~athiltle
avant les autres membre de 1a famille'!
Était-ce pour une autre raison? Le fait ·Or,
patent, était son absrncc, dans Cès lie~ es
officielles. Le 5 mai, il y a,·ait bien eu là
deux princesses, deux vieilles rabâeheu •
fort peu arnna.ntes, insinuait cette mauvai e htngue de Viel-Castel; mais elles
n'avaient pas remplacé la belle et souriante
sœur do prince r'apoléon. Dans une autre
occasion, le rrîroidi • emenl de relations
s'était aggmé par la chaleur qu'elle a,·ait
mise à soutenir la eau e sénatoriale de SainteBeuve, qui n'él.'.Jil pas en cour.

1. En pnrhctl!icr, le marechal Co.nroberl, dont le
noirs ,1111 ôLè rasi;omlMe, el (ùndues p1.1r )1. C.erlllllia

dud1c, rie Padoa.c. 1 Vous me fcnei grand pltisir,
écrivait-il, le 5 juin l83i, à son père le comte de
aint-Len, l'ex-roi de Hollande, ùc me donner ,·olre
avi . ur c,:,tle al\inucc, 11uoique je ne sois pas très
prc·se ,le me marier. • L"ann 1e sniV1)nte, on re'"inl
sur u11e idée ,Je rnarfage, au sujet du prince Louisapoléon : il nvnil alor 1in1It.-ser,1 ans l'l luihilnil la
,·illa &lt;l'.\rolneol,erg. Le l,rmt êlait répamlu san•
rand fondcmer1t quïl 1111 it épouser la rein~ Jona
faria tic Puri ugnl
.En troisiènm Ucu 1iar1ui1 le proJOI d'alliance avec

la princesse ~lnlhilde. li lu ~uite de l'affaire de
Bouloirnc. 'etanl ,had/J el 1•ê idanl en Anpfotrrr~,
il tl ta1l ,Jc,·enn amoureux 11"utHl Jt:Ullc el d,nrntanlc Anglnisc, m,ss Emmy no1Vlcs, qm dememai l
av 'C son l,cnu-1'1·/•r~, - circonstanco è tr,O)'.!"C Ill c111pr~i11le ;l'un• couleur de lat alité. ÎI Lhisll'hu1•,-t. il
Cru.n1le11-llomie. c'esl•lt•d ire ,!ans la propre maî.,1111
uù tlevait mourir, \ÎU)!l-six ~ns apn's, ~opollion Ill.
Le m1riagc allait SIJ faire; il fut rompu, lorStJU" miss
Rowles eut appm la li&lt;u,on qui cxiot111L entre le
pr iuee cl miss li owa rd.

,,te

0

n~r~•-

2. Il ne foui pas 011Llier . quo le di\,orœ "" fut
jQlllllii prouQIIN! ••nlru )latbiJd., r t le prince de an·
lJonsto, •1u"il y· av-J 1I $ep:1raliou el uon ,lh·nrcc, et
qu'elle élail restée de son nom Mme Dcmidoff.
3. l.e : janvier IIS5i.
4. A vrai ttin.•, elle n"a,,oil pas en les prémices J11
cœur tlll son coW!i n. .Au mois de juin IS31.. l.ouisi'iapJli\on a~ait jeté Sij~ uc. malrimornalcs sur la

"" 294""

Cllch4 Braun •t C".
PRINCESSE

l',lATIULDE.

-

Tabtea,, de LOIIIS· ÊDODARD DuBIIFI'!, (Musée de Versailles.)

�Ut

PR,1NCESSE

111ST01{1Jl
écll·cliq111' qui piit i'tr •. llonaparti~Lt-~, J,: •iOn préh!ndoit 1111c l'impérnLtÎl'O ~c cnlaiL chiffre, pour ~ou tenir I' élal de prince ~e d:m.
limi. lPs, r,:pul,lic;ain llll orlê;111i. tl! ronr,,nle
mondé!
"alhilde
at:iil
.cmntif
dïrriln{roi. ~1:e de la Jl'lpnbrilè d·· ~falhildc, d · . nedaicnl 111 lonlt. Ir, nuan •,, 1.&lt;·~ pron-ramni,·,
tion,
à
l'l'11ronlr
de
l'l' fri·r1•, ~i r, m'.1.r11uahl1•t•~. riu'elll• ,,Llt•n:iil ru
dunn:ml la pdne
,i1:iil'11I
IJ.1nni. th• et· nl1111i1111' 111i. tt-s, où I •·
J'è1r aimnht,._ el qu\:nfin tri· faible Hail m .nt Jvn :, J,· cd iltrnn•~t• J:t1i111c-. '•,p,Mon. opinions rarlirulièri·, n',:l\3Îi,r,l p:1: 1 ~e trnJonl l'e-pr:L pou,,Jil :'éleva ~i hml el rai~•Ill 1P ·ir clc l'n,oir pr1\ J'ellc au Tuilerie .
hir t'l ne 1l1•1ai,•11I pninl. 'arfichrr .
.\u urpln,. l1•11r m:\11Î,·re J rnir, Jc pt·n •r, . ouner ~i ju:h', 1·l qui, m,11lwnr ·ll~l'nwul,
I.e nl11n cil• l.1 pri11r1· . • "athilJe n'a 1•:1
comprom,
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11111I
un
di.,r.un
cl
lui-m1•111e
d.: rroin·, 11't:1ait.&gt;11l-l'llc~ p:i: t'll oppfüilion
L'I! d'i:•!:!I, au
I e Ît•cl1•, 111lllr 1, durél' de
par . 1· · a l •: nu ~ parole ·.
,1h,oluc '!
~on I rnpirr.. C1· rut un~ ,~ri1aùl' i11,1ito1io11.
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déd:uai1-cll,•.
Cntholi,l'lf 1•11~~i111111fr, 1·1,:riral • , l'ci,·c~,
~in. i rp1•' m l\·~primail \![ml \t,:&amp;re . Il
l'ug,:, i,• puus,:,it Je toulo-. . ,.·. furr1 la puli- .1 • 1• &lt;ai~ lii1•11. cl nou Olllllll' LOU .• l'll
•· 11rol ,n.,.,a
au Jul.1 d'un J,•mi- ;i,d,• ,:111
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lÏtjUI' impéri~h• ~ foire pr :Jnminer l.i .O\ll'C- Fr;i111·c. Jt• ct'I a,i·. u
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J\•tre
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1•,Q11311J il fut 11u,•.,1io11 du nJ:JrÎa!! • Ju
r•i11clé h·mrordle à l\,,m,•. ,1.,1hil1I• • ~i Li n,·eilla111 •1111'dlc. c m,,1111à1, indi,·idm·llemcnt, prinrc i:'iap1Mon awr la llll1• du \'ictur-Emm:1- prill.ùpari11·il'n.annl:,., le.· plu~ ,oruptu ·u ts, le,•n f,m 1,r J"u11 ;,l,hé 1'.&lt;11p11·rc,u, n,ail horr,·ur, ntll'I, la p11t.li1(lll: t l ér~rc Clotild~ ·lit! \ 1tail
plu, rornph:tr~ de cdle :iC;JJ.lmit• m:ithilcoll1 1ivt·m·•11I, d : cardirnu , Je 11rèir, . el l'1·ri{-c pl:ii,:immcnt :
dienne,
r lèn·11t du 1-cond Empirt!, qnwJ
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dé la d11111:1u1io11 p.1palt•. En ron--11111 ·ne•,
cil.· e tr11111·:\il dlc-m1\m • par .on noUl, on
Ji.1hl,
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l,énitiPr
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a
t::11;;1:11ic t,·1 :1ÎL
1Ji,1a111·,· la prinr . · · \ln.\ l'cmpl'rl'ur, un jour '111'011 proposait nn 1•11tnnr~••1•, &lt;:(': condiliou et ·on rail" portée
rhild.1·, 1·c 1111i rcnd;l'l un P"" fur ·: le r,:,11011d~n, le pl11, •tillld ln,rrc.
c..,nwnl Je cdk'- ·i :iu1 pompe Ju w11nil • arcro1,,cme11l de do1nti11n pour J 1, ùmc. , Il,·
!:Ile 01! , \ ro11i11:iil p3 c cl11 Î\' m, nl.
n':1rni1
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Eli" eul 1111c pl1:1,c lrt&gt;· 1•xtéricurc, où l'un
dl'
rr,
D
·hi,e
tÎl'II
moin
IJUC
fr.li
•rndle
:
Il 1;ùl fallu, pour1J1i'cll~· r cr•;)l Olll' action,
n',111rail p,, ronç-u. :in ,11ù·lhi • p:irtkipùt,
t1 \'ou. 111: .a,·cz donc pa.· 11ne 1 ·apoll:On
1p1'un l'r, 0111.ll roui au moih . \lai son b •ure
110l' Ît!lc de h:iul rnm11!3niLê. l)an , les s••ir 1e·
t·~I ,otrc l'JlllCJDÎ le plu _ acbarné : ,ou Î"IIO~l.iÏI pa,,-1'. •.
Irai •,li •.. elle llll d,:d ,i·•wtil pninl J'arrortcr
O'uuc m311irre gfoéral,·, il c l à propo. de re-,. donc ce 11ui dil cbr 1, lui! 1
~a
nolt• uriui111ll' &lt;'I li!m:. ,\u counnl de l'uifl11 le 1oil, l'e,pril d com·orde n'était pa
con. l:tt r ,1u 1· lien, d • famille, chci li'~
wr
1 61, ell • ·'était f''3Il: • d'une im:1;;i11:i1 'apnléon. ti&gt;naicnl moin
aux allach du un ·! $ apan3"C d • I, fomifü· r lwnantc.
1ion faota.quc, 11ui lui 11 ~.a p;,r la lt•h•,
,1athild11
OP
•
uhail
)t!.
ré
~•ption
dn
1:1
cœur qu' de raison dyn.1 ·tique· ou à de
cour 11u'au1ant qm• l' eiigeaicnt on rang cl pour un bal co ' turué, cl1él Moru •• [Ile ,·l
mol,il, iutér · .é .
était r.:ntluc, non pa. en marqui,e rocaille,
\lathilde ut d", bord l'occasion d se 1 circ nstanc •· on humeur prompte ju-non p:is ·n Diaue cha5 rt' , • mai en p~uqu'h
l'eilrèmr.
on
amour
de
la
n;rité,
fùl-f
•
hrouill r a1cc ..on pèr•, Jérôme, qui n' 1t.ail
, rcs c, ,ètue do l0tp1c , de~ loqu~ Je
à
•
ri.queel
péril.!,
,e
lrouraitnl
mal
n
pa. ju. lemenl un modèle dt! \'Crlu, en tant 11ue
modèle
nrran,.'· ' p.ir on p intrc ,iraud, et
purl'l: de mœur , délicate e de con. ·ieoc.e J'ai. e dans ce mîliuux de di ~imulation •l de
la
figure
couYerl d'un mlll1111 •(·11 lil dl' for du
conrli an rie. Aus,i ne lui donnait-on pa
l dé.intérc . menl. ,'' \la-t-011 pas jusqu'à
pln ,ilaio efii:l qui la rcndaitmfronnai saUc.
,·oix
au
con~eil.
Au
contraire,
on
la
tenail
en
préleodr qu'il avail fait propo~er à O ·ruidoff,
Ce lui rut Ulll' joie, cacbce OIi' wn
.on ~endre, moyennant une omme de ... , la d1•bors de toulc consult lion imp riante, el
dé"llÎ
rment, de ren,·onln·r de. homme
pr •u1·e écrite de J'inlitnilé de .'ieu,\l'rkl•rkc I,· i:en · bien iuform: :&lt;al'aicnl (l('rlinemn1enl
culin
qui
11e lni p1rl:iic11t point la bouclll' 1•11
1
nvcc la prinCl' e , lathilde '!... Le 1 • jan- qul', d n b ramillt• imp rial , 1 . memhrc
!'JEllr, qni pou1:ii ••l · • 1:ruir' p,·rmi de lui
ma
culin
c•t
féminins,
·Ion
le
mol
d'uo
bio"i r 1 ;.,5, 'apolêon Ill n'a\ail pu pr :,id r
d,tl11,'cr1t,ndre dire
gràpbc. u'nll icnl Ul'J't' d'accnrd ·ur 1, mo- déliilcr ,Je· i1111J11lite
le n•pas de f,mill, . Alor , l'ancien roi d
t•ar
dt'
frmmc.
1111·
·Il
1tt it l'ieill1· l'i hidl!.
Wc,tpbalil', p:i,_é nouvern •ur d , [nvalidl!., oi'•rc de dirir•Pr le ,ol de J'aiµlc; qu'en ,011Cc 1JU dli• :,n,ait Ilien ne pa i'.•trc.
l:111L
plaire
à
un
cou
·in
on
ri
t)ltnÎL
fort
Je
.i1·ail rrçu, an l'alai -Ro al. 1,•s i111ilë de
Gallé d1• jeune,, i el l'ri\nl,· di. ipatiun Je
l'Empcr •ur; 1t, à la f.iYPur de cette rir- dép), ir • 11 l'au Ir , t·l qu'il •o N:lournail J'nn
oi
don! t·tl•~ lendit 11 , · dé~habilucr Je plu,
con tance. il 'était réconcilié ure ,1a1hild •, jeu p1rcil du rôté dt~ t-ou:in ,,
en
plu , aimant l, •.iul·oup mi 11 1rnir l:i
tJ11oi~11· ell' en cùL au fond de l'àmi:, nou.
, l 1111·1lc il :t\'Jil fait Ioule· 1,., a1311cc:;
porte OU\&lt;'rlc . •s ami «JUC d'arnir tuer
le
rtlpiltnm,
un
rancœur
.ecrèll.!.
pari:•
pnll rndl ·~. I.e ll'OÙL•mnin, il •'i!Lail rendu
li-. hrur • , hor ,1 • dwz clic. dans le ,ide ,·t
rl1••z .:i Jilh:, )ni npporl:inl du l1ell~• ,;Lrcnn ' 1111'die ~tait, comme ~on fr re, le prioc,
tïoulil •, füll' . • ,entait naimmt au upplicc,
•l lui di~nt. pour c1prim r la li. faclion J :r1im1•, J'um&gt; n:itur • forl agis-anlt'. elle
lur que le• e,i~ent·r d'un• n~cplion ou d
'aL·ten~il
d'
n
murmurer
a
pl
inte
à
l'{-cho.
1ru'il nrail 1tprourti du ré"..il JI! lenr~ L'lJJS
rai. on do'. mouJe l'ohli"l':\Îent a e ·rucifü•r
Elle.
McloraiL
sati.faite
dl'
sa
p
rt,
l:ldiail,
. enlim,·nl: : ' Tu m·n~ rait
~l'r ln llll'ildan h ,·omp~!,Çnic Je !?l'cr, d1:, cl d • di en c·
du
moiu~.
d'en
n,oir
1.1
certitude
el
de
l'in.},nre nuit dont j'ai,: jnui cll'pni~ 11111 .. kmp .• ,
J rien . Eli.: l'II 1l ·n-11;1it jaun d\•rmni,
Entre ~ne el ;.Oil rri-rc le, 1111~" :, l't,,il·Ol pir·r à s ami :
'luan,1 1111 Ill ll1l•llr 'Il\ ha :irJ l'nrail cr&amp;rmée
1
Les
T1ülc&gt;ries....
:ainL-Clnud....
(.'I!.!
t
îrtl11u,1 nl~; clic rt-nd.,it jn,ticc à ,, upLL
ibn un rrr h· r.,,litliru l ,Jonl die ne pou,·ail
riorilé dïnt ·Ili" •nr •; cll · 11· . tî1n, il 1p1e peu lri,1e, œ cliàL~au do • aint-Lloud. C\,,1 , iu- plu. e dil, ,•ud1n•r, alnr, lpJ.C, non lo'. 11 pcut'ulit!r comme je .uis coulenle dé m'en aller
.on l'arai-ti•r1~. LUI j,1lou l i ! t.. , av:rntnge Je
11tre, à lcnr :1i,e, Jt'1i,aicnt 1k, "l'II' d'r,pr:t.
lathilJc, le~ d '.darait ex , 1r~. di,propor- Je tnu. C cn,lroit.::-là .... J. Il ui. r à
LI.'
tidèlt• eonn~i. it•nt ~on l'\ tirt- ,ion Je
mon
nie,
h
la
cour.
Là,
le
.
ntimen
,
la
tionué,, in lquit:il,I '"· C't-sl •111·,.n réalil' la
1i ·a e d \olt'-e l'll de pareil, 111umc11ts L:11 c
lnnmc
·onl
dilféreut.s...
Je
ne
p
•ux
pa
·
itnatiun d' f;i prince. ·c t:lail li111ncï rem •ni
tournait ter· k , t-au:;eur•, l·uri1•11 ·t•, \J"ucmc11l
•n,i;ihlc. En i 00, elle ~,:iil ,11 on refenu, m'expfo1ucr cela. \lai~ je m' · n un nuire inuire éc : cil• 1· ,·o,ail, cro,aiL le:. l'Olcnper
oune,
el
je
.
ui
pru
·ée
de
rl!venir
à
moi
Mjil c,,n~icléraLI , c o . ir J'une nllOC.'.lûon
Jre; elle aurait ,·oulu· prcndr·• part it 1 •ur
l à mon chez moi. »
,uppl11menlairc el :muuelle d • troi~ c •nt
couwr
atio11, cl dL ,:1,1it 1 •nue d' '. cout,r,
Elle e con,olait &lt;lé on in3 ·lion politique
mil!• franc 1, qui, .'njoulanl :m dtux (cnl
quoïl
D
·, nini cri1·. , de lad seri .. Une
mit le de •. Jot r' litnile l'l à la rente lquiva- en . 'entourant d'un œrchi étendu d'amis el
apr • -midi IJUl' la 1i ile de d•ux femme
d'in,·i1'
,
dont
le
lai
nt
éroit
la
meilleure
J
1,mt • ,ru'dle Lir:,il lou · le · douze moi Je ln
lég rl'mcnt oue· l'n,ail forrrc de prêter
îortnno d l)cmidoll', porl:i.Îl ou Ludg1•l préro "3liw., cl [lrofitnit de •lie orle d'exclul'oreille à des hnLilln!!CS in~outcnahl , ell •
ion officielle pour rendre oo alon le plu
d'alor à pl cient miUe fran • n b au
'était écn' ' quand cfie'
Ill parti
1. l;c ,t,,ulÎon exlrtorilin•ires ,li panir.,nl l\ rc qu'rJI • dl}J1&lt;'115aÏI a,ec lil,êralil p&lt;,ur soulN1ir on
11 Vraiment ce. cr il a:.:el Je
ahauder
rang,
~,i,11ire
,,
go,U
ho
pitalitr
el
ulag~r
tlt•
l'Empire, •Jlli le lui crvai1. La forlnnc 1h1 11 prin11omlorro
inforlunt
•
l!n
J•bllN
d
•
,
1
·olkc11,,ru
dan.
le
monde
jusqu'à
trente
a.ru,
mai , à
ce• lfall,,hl d 1u le dnni,• . lcmp s• colllpOMiL
,J'arl , bijO\IJ Cl obJi•I¼ 11r« Îl'UI, die ne lai
(M d~
prC5qU,, OIIÎ')Ul'ffl"HI ,le ,. n·nl, tic Jlemi,I IJ, r •1110
cet
,ige-1
,
on
devrait
a,·oir
.
a
retraite
et
capiuil rroprcrucul tlil,
1 iag,·rc J •iQll,lltO franc el non tOH,00\l ruul,tc ,

n'être plu, lionne au, ('onée as omm:mle.
de la ociélé 1 11
ne autre foi-, rom me efü• s plnignaiL d
la peine qu'on a,ait 11 rt&gt;111·onlrer de remm,~
: ïntér,·s'illut au C'hu ·r~ d'orl, aux nouveau 1;
de la lillérature, ou muntranl des cnrio~ité
. inon , iril • du moin. ,:Je\'t 011 rar • :
11 Parmi la plupart Je femme qu'on \'Oit,
1111'1 u n·t,;oit. Ji --,it-cll,•, il l·n L i peu v
qui l'on pui ·. t• ·:111,cr l Tcnl't., 1111ïl enlr1' une
f mme ici, je ,l'r3i ohli"l'e dl! chan!! •r imnut.
J1u1t-me11l la ro111· ·r,alion. \'ou -allt.'z voir
tout , l'hlorc ....
F.t l'e pfril'II&lt;'&lt;' lui donu, il an ·siltil raison.
Lil,r · d s,•:- ju u,ent · ul de,,. opinion ,
J1•llc q1i'ou l' drpcinlr, 1 lle ~•i11n1l ildifü!
t· 111ml' utl • chapeUti à part dans la ociété
imp(rialc, l'l Junl l,is drhot _'appt•lait•nL, 'i •11werkl'rl.t•, , ainlt·-fl,•1111·, .fui . Je l:on ourl,
~Urimé,·. 1· peintre, lli'.[,..rt. l;ir:iud, Oaudrv
• ruuu·ulin. Ar) ',·l, ·fi ·r. l'i J'autr é ·ri,· û'..'
pa ,,:, maitr • . lbfophile Gau lit r, D11m:i ,
.'arJuu, ,:111!" compter k 1/ii miuore , que
11ou. onhli,111 .. Gr.111d. _ •inntur. . piritud:.
Jilet1an1 •. de la \te, lhr:uricicn. ù'idral ou
filt-ur~ J\·,1héti11u , d1a('UI1 î c-0ntrihua·l d •
a 111111 ori,i11all·, ou de ln , rncérilé d'un
•••ÙI, J'un ,,•n1i111 ·nl.
1

La mn.ique 31'ail r .oir de faveur. Par
conde•ct.'ndanœ plutôt 11ue par oùt 'y prc1:iit-dlc, car elle av:iit le tem;)érameul antimu~iral. On ir11 itail alor uo 1il11 Brand
nombre d fl'mm1· .. Cdles~i. ran ée~ n oo~
b ·illl·, dan. leur co,111e~ atour , faisaif'lll
partie du tl ~ r. Elle: écoutaient, I' ~nrhant
n·gnrdt&lt;c~, tl\'l'C de~ c,pre.. ions de ph :sionomie. det Jan II urs dan· l1~
eu • dl',
mouvc111cnl1&lt; pâmé, J\iventail , 1111i 111nient
une de. di.lractions offerte, par b prince,,c
au r«'"ard J1• hommes. 11 Cc 1111c /aimP urlout JJn h mu ·111ue, r •marqu, il jolimcul
un d • Gont:ourl, ce . nnL I&lt;&gt;· femrncs qui
l'écou t •ni. ,
()m•l11uc, Jal ron~acrée \taienl r,1: ntt ,
il,,nt 1• ttlr moni I lranrbait . ur 1
,euue~ de ln mai. on. L,· ~,() mai, p, r I' l'mplt
apparten,1it à la ci.li :brarion de la foie onon li •1u'cllc donnait à l'Pmpcrt'ur. Lar11em"nl ,·y d1:plopil l'apparat de romnrnnJ •.
I,~ lumière él ·Lriqu~ cour it à trnver le,
frondaison du par . .\ l'inll:rieur, l · ku dr.
111. lreJi alluruail ln pompe de tenlu1 et
fai~ail étin •Ier h· pla11ues diamnnlées sur
k r •1·cr · de_ habit Accoté au bra. dt?
leur raulcuil, noncbnlammenl ·c l, i. aient
b rcer d'barmonie Lt:urs Exc \lenc.c , 1
0

1,

(A

JK J{.T1fl1.DE

ëT SES

.,uns _,.

ministre cl les diplomnlr.', El l'homme
qu ·on féta.it, c soir-1, , tra"er ait I aIon d
. on pa trainant, un on rire va!rue au lhrl' ..
l1ui., la d Lie pnyéc ~ c obligation J'Alt , e impériale, ·ile elle re,enait ~ se imitation coulumil•rr:. D'inlerralle, •lie ' pl:,i~ail à ,•i,iLer qu lqu .-un. de ' e plu. cher t•t
pllll; illn_ tr • hôlt• . Dumn fils cl 'ardou l'rurrnl EOllVt'RI à ~farly. f.lle ~rln~r:iit entre u
on .éjour, . 'intércs. :ml particulièrrmenl au
m, uhl . , au r.olli clion., au mill · . 011venir
de l'auteur de / 111trfr, ,·ivilié~ pnr a conwr:3tion. Elle connut jtunc. tille· lm 1 rdon
et ,e reur ; le. relalimh .-••i:iicnl remlul·~
!ri·. ·nivir_,, depui · quo· li• té1'11r • écrinin
dramatique 11\'ail épomé l:i 1il11• d'Eudorc
• oulit1, l'un de· liili•l •, de la princ•·-~e. I.on ll•mp. •nsnilc et bien dt· foi , Snrdou del'aÎL
lui [air• fairi le tour du parc dé M ri , 111
'attachant
lui donner un iJ,1e de eu
qu'était le domaine n la plendl'urdc:, fa Il
ro)an t impfriaux. El c'r.l lb. ,cr la lin
d a vie, romrne elll' ne CR ,ait d'admirër I:i
l,e~1nlé de 1 rly.
horitofü, on piLLore~que,
1• pa ité d' 1êgan et de hu qu'il rappelle,
qu'elle dira a, un l •er oupir de re 0 r l:
« J'aurai. dù planter ma tente en ces lieu ,
·l non pas à aint-Gratien. D

suivre.)

FRtDÉRIC

LOLIÈE.

Ser1'ice du roi!

0

ra

\l.ldam, d - r,in· t
péÎ"n:iit. san
pi·n ·1 r, dans. ·e · )1&gt;1tre · pleine. d trait. inlérc~,;1nt . En voici une a cz in ulière, 1 rite
à 1. m r 1 ·hale de • ·oaille~, où Je. rien îourni. sent mat i~r • de r 1Jlexion. :
ci ll:in· qucl emploi. bon 11:cn, m' n:1.vuu mi.c ! Je n'ai p35 l • moindre rcpo , el
j ne lrou~e v même I lemp de p:irl r à
mon .ecrétaire. li n'e t plu question d me
r ·po- r près lc diner, ni de manrnr quand
j'ai rairu : je ui trop heureu c de faire un
ma111ai rep en courant, 1 en rc ' t-il
bien rnre qu'on ne m'appelle dan le moment
que je m mets à ta.bic. En \~rit', madntne
de ~fainlenon rirait bien, .i elle av, il Lou:
le dét.nils de ma charge. Dites-lui, je vou supplie, que c'esL m i qui ai l'hmm~11r de
1

1. Anr~'.llari•• d La Trt\mouille, Pur du carJiu 1
J • l.a Tremouitl, cl ,tu du, tin • ·o,rmnnlÎer, ,1'ahorJ
f ·mme d • T1Ue1nind (;halai , 11111, du ,lue de llrac-

ca. r le nez cuntr l muraillr, d nou
f1)mc , 1 roi d'E,pa:me el moi. prr J'un
quarl d'heure 1' nnm:; heurter en 1. ch 11cl1ant. .1 laje.tl s'uccommode . i ùien Je
moi, qu'!'l\t a r1uel11utfois la hcmt~ de m'npp•lcr J.1:ux heur~ pin. tôt qu j . ne ,·oudrai·
me lever. Lli reine 1·ntr dnns se plai a11IPrif•,; mai· cependant jè n'ai point 1•urorc
11ttr:ip1! la contianc.:e 11u'ellc , vail au1 f1·mnll'
de. chnmbr 11iémo11tai,e ·. J'en ,-ai :1onn • •,
car je la er, mien t qn 'elle ; t!l j • ui ~ûre
qu'elle. ne la 11: •hau: eraicnl point aussi 1,roprfment qu • jo l fai .. »
C' ,,1 un• fcmm lr'. haute 11ui 'a,- •r\il
à ~•' poiul, qui se c rnpl:til dan un • •r,i · •
si propr • à I r ~buter! Elk a . on Lut, 11 · )
paniendra. Elle dé ·ir, à 111 v11rit', tlu oulnem ni: mai en aLlenJ:mt elle fail 1011 .
effort · pour tir~r avanlanc de se. fali~oir fi i.t11rù1. ra,..- . Hl'. ~Ill•

prendre la rohe de chamlire du roi J't: pa!!ne
(Philippe V} 1 r-.lJu'il :e met nu lit. l de la
lui JonnPr a,·ec . e~ pantoun •. quand il
lè • Ju ·11ue-là. je prendr i pati nce; mai
que tous les oir , quand 1• r i entre ch z la
rein pour ~&lt;I rou h •r. le toml de S,·na1rnte
mu chnrge Ùt' l't.lpée de , a "aje té, d'un pot
dl' d1 ml,re Pl d'une lampe •Ille je reO\ •r,;.e
ordiunir •mcnl . ur me· ha bit~. cla c~L Lrop
•rot· qu . Jamai. le r i ne ' lherail i je
n'allai tirer . on rideau; el ce . erait 11n ~acrilt•"ê si uoe ulre 11ue 1noi entrait clnn · 1
cb:imlirc de la r inc quand il. . ont au lit.
llerni~remenl la lamp - 'était éteinte, parœ
qu • j'en a,·ai répandu ln moitié. Je ne savai ·
oi1 étaient les fenêtr' , p.tr · que uou.s étion.
arrhé d• nuil dm ce lieu-là ; je pens.,i mt•
riano, prin,-e J,· l'r!i!'

1

c-t .:élèhr po11r
rcino ni .favorÎlt•.

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1ro1r

n en

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•pt~1e, sa1

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i\hRtCllAL 01:

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1

'OAILLES

�.,
G.

la fin de Thérèse LelJasseur
Le cabarl'l d'Anloine Mauriee étail à l'en- b111al MLut il'ane liai ·on enlre "eue ftlle, 1p1i jour 011 il connnl Thh~s&lt;', ce garron errant
trée du village d'~rmcnon,ille, ur la rouir dcpui · lon .. lemps n'avait plus rien à pcrJre 1 fut fixé el ·on avcTilurcuse hu 111cur 'alourdit.
Les premier moi ne se pas~èrent pa
de 'euli . Chaqne malin de beau Lemp , 1t la el cd étudiant a liardé à lrnnte-troi • ans ans
lin du printemps de 177 , Antoine voyait, du po. ilion, rp1i avait été 11cce i1•emcnl :i pprenti, :;:in a:m5menl, rncorc qu'dlc r,H , an llcauté,
seuil de sa porte, passer sur le chemin, d,·s greffier, graveur, l:iqnai , séminarLLe, nilcl lui an. argent, Lou deux :in am•&gt;Ur. ll;1i
le petit jour, Jcan-Jn.C11ucs Uous ·eau allant de chambre, i11tcrpr·tc tl'un archimanJrit •, celle lillr, à vin.,t-Lrois ans, - t•llc était née
à Orléans le 21 cptembre
herboriser vers le ahl ières
172 l ', - avait été par les
du Dé! ert ou au hord du rrrand
ien!l tanl l.iallue et e1ploiétang. Le cabaretier saluait
Lée, qu'elle goûtait fort cet
re. pectueusemcnt : il a,·aiL lu
nm~ndemeul ine,pérû do sa
!mile et profe sait une adcondition.
miraLion r 'fléchie pour le phiRousseau l'a prise à ,on
lo opbe, qui lui rendait son
serl'ÏCe et lui allrih111• ll&lt;'s gabonjour avec affabHité1.
ges, 12 )ivres 15 sous par
• 11r la prière in ·tante du
moi·, que d'aillt&gt;ars il ne lui
marquis de Girardin. propriépaye pa 3 • Voyant leur Thétaire du cbàteau el eigueur
r'se en puisfance d'u,, prod'Ermenooville, Jea.n-,Jacqu
tecteur, Lou le~ Le,·a•. eur
était arrivé seul, le 20 mai,
débarquent bez &lt;'Il ; le père.
ravi de fuir le lmnulte d~ la
officier congédié de ln monrue Pliilrière el de a ,·oir dt's
naie d'Orléans; la mèrt', arbres ll. a femme, retenue
füric Hcnom, de son nom de
à Paris par le Lraen,.; du défille, - préll'Hlieuse Il raménagemen l, avait débarqué
pace; le fils q1ii mie à J.. anune cmaino plu tard avec les
J,1cq11e. toull's ses cltrn,br •,
meuble . En attendant IJlle
le . œur oisive . lei.- p1•1i1c
fùt prête la pelile mai on que
1,ièœs d,1j/1 rusée . C'&lt;'ùl cttê
ll. de GîrarJin foi ait conle moment de rompre; mai·
struire pour eu. à l'extrémité
Hou. eau, d'aborJ h1111tenx de
du parc el qu'on arrrtail Mjà
11 sa conrp1èle l), s'r,t alladul
la Chaumière de Jean-Jacà elle par hnrreur &lt;l11 la ,olique:;, Rous eau cl a fpmmc
Lude : il e.•t inbaLilc, il e·t
étaienl lo"é pro,i,oiremrnt
malade, il a besoin &lt;le soin.
dan - un paùllon s.éparé d11
.~ciaux el il n'o e lr-s rtlcl.1chàlcau par un bon&lt;JUPL tl'armer r1ue de sa 9om•erna11/e.
hr ·; leur cha.ml,rc à coucher
CcllL'-Ci ai L à pt·u près lire et
c trouva.il au premier étage.
écrire; mai t Ile e.~t bornée
[I y avait à celte êpo4.ue
au point qu'elle ne connait
trente-quatre ans qu'ils vipa un chiffre : le mol q11i
,,a ienl en emlilt•.
lui 1ienl, lor qu'elle parle,
fi venant de rcni~e, en
e. t toujonr l'opposé dè celui
t 7H, Housse:111 a\•ai t pri
qu'elle "t'Ul dire; elle sait à
JICn!:'ion, . ur les hauteur du
peine ompter l'nrgent et n'a
c1uarLicr laLin, à l'hôtel de
jnmai p11 retenir le nom dt•s
aint-Quentin, qui formait
mois, ni ,·oir l'heure 1t un
l'angle de la rue de Cluni ('I
c.id, an. Ll1e e-t stupide. il a
de la rue de Cordier _ A b
du gfoie : c'1•~t elle qui dotable d'hôte mangeait la rnmine; rllc le ionduit à son
Tattdeu-e de la maison, emraprice; où tllc ~·ennuir, liarrassée el rougi sante aux
dit! ·l'nnuie p~rlo11t - die
gaillarde plaisanteriP de haGravure de BouuRD PILS, d'après li dessin :Je \IA UIUÇE Llil.OlR
in. inue qu'on rit dù lui ou
Li1 u(, : c'était Thérèse L.,:va ip ,•jt rou r l un danpcr ... l'l il
scu r; elle était (, la payse 1&gt;
pari; •an, rt:j'il, 1l!e le tr:1de l'hôte e. JPan-Jac,pies
pril sa défe113e; elle l'en remercia le plus em11loyé Ju caJa_tre, 11111Lre de mu~iq11e, cas e l'élourdil, lll harcèle, \"m,a,1&gt;è rc; p•r
gentiment qu'il lui fut po·sible. Cc tul le précepteur tlt ~ccrétaire il'un amba ideur. DJ mnat. se re,~onooît rcde,•ohte envers Tlrèrè~P • d'nuc
s1m1ne de 19ZitJ li1rl'' puur treize unué,·s de ,~s
1. Smœrnir d u11 110 1m1Am1irr, m ,' moil'è5 de
nai•cnr, cl ,le lhric llenoux, 11ui 11 ~Lê uom:nèe \l~rie•
!( •gc rli'1mis qn'c\le ùrmcure aie,: lui en celle ,p,nl".-Y. B u&amp;rd, publiés par Cèlc~tin Por{.
Thcrô ~. eL • 1'U p(Jur 11ar,•iu I ran~&gt;ois Servant et
2: Le 2~ scptcn,lwe 17! 1, a lit.; b,pLisè,• pir m i.
1l1Jur mar1•i11e lhb"lclrinf' Lovo~ qui oui i"11ê. , tl ,·. li1é (ria dorne.;IÎ'!U.C) jusqu'au 1 •mar, tkrnicr. • \'oir
cur_c_ BOUb61g1_ie, une fille née du jùur i,récèdeut, ,lu
Chro11ig11t mtd,calc, t·• &lt;1Jccml1rll 11107.
chw,:s de ruai ûvild'Orl!am.
lég11Jo,e

mariage

lie Fra,.çois ùivJS ~ur, on1eicr mo-

3. Eu nu.rs l 75~, J.-J. llou,5eau, éeri,·ant sonlest3-

__________________________ lJl

ses commérage elle le Lrouillc avec toute
la terre, lui crée des p,:rils imagin:i.ires, le
lroulJle, l'inquil'te, l'amène à un 11tal 111:iladif
de létliargi1111c accalilmncnl, d'angoi. se inc, sanl(', d'égarimicnt.
Lui n·:1 foi 11 u'en elle; elle seule, à l'en
croire déjoue les ru es &lt;le e ennemis; quel
rœur I quel dévouemr.nl ! Pourtant, à ses
moments lncidcs, il disrcrnc que celle femme
st la plaie de ~a "ie. (1 Je décounirai,
avoue+il. le déchirure dunl elle a nal'ré
mon cœur dans fo fort de m misèr . ·, . ans
que jusrtt1'au moment ot1 j'écri ceci, il me
.oit jarnai échappé un eul mot de plainte à
personne. D Puis il retombe, il a peur, il
l'appelle au secours : « Il e t ·ùr que si tu
me manques, je , ui un homme mort 1 ! »
Elle a ur lui l'empire « d'une nourrice sur
un enfant 11.
En aoùl J 768, à Ilourrroin, où il vivait
sous le nom de Renou ·, - le nom de la m~re
Levas eur - Rous eau épousa Thérèse deMnt la 11alure. l'auberge de la Fonlained'Or, dan la peûte rue! euve où il lograi1 1
il com•ia à diner deux ami , Champagneux el
de flo.ières, ofiiciers d'artillerie; il était,
cc jour-là, plus priré qu'à l'ordillairt!; il conduisit es invités dnns une chambre reculée
et les pria d'èlre témoin de l'acte fo pin
important de a ,•ie. li prit la main &lt;le Thérè:e, prononça un discours sur l'amitié r1ui
l'uoissaiL à cette fille depuis vin.,t-rruatre
ans et sur la ré~olution qu'il formait de
rendre ce lien indholuble. Il fut uLlime;
on pleura beaucoup; on 'embrassa tendrement, pui on se mit à Lalile et le marie·
chanta au des ri 1 •
Dtlpui~ ce temps-l~ il nommait Thérèse
.lladlllne TfouS!ienu. Quaud ils forent rentrés
à Pari~, liicn de gens '3cc utumèrenl à la
dtt.ig:ner .ous ce nom, durant les huit année
qtt'fü pa ::, rcnl dans le petit lo&lt;&gt;tlJUenl, au
quatrième étage, rue Plâtrière. C'est aussi
.ffadame llou,;se"u que l'appdaienl, au printemp;.. de li7 ', le mar~ui· etla marqui.e de
Girardin. 'fh ~rè,e était à celle époque une
femme de cinquante- ept ans, ao · re ·t de
heaulé, mai encore alerte; clic ~lait habituellement ,êtue à la façon de ces mudl'sle
bourgeoises qu'a peintes Chardin et portail
des coille- comme les ménagères. Elle èmlllait se plaire beaucoup chet Ir Girardin.
Rous.eau, apr'• · trois ou quatre maine ,
·y montrait moins sali fait et parlait de
rentrer à Pari·. M. de Girardin, trè glorieu ·
de son htile illustre, redoutait ce départ;
plu ieurs lois il se proslerna am pied· de
Thérèse - elle le dit du moin - pour la
c,onjurer de retenir Jean-Jacques; ce qu'elle
lil : le déménagement avaiL co11lé gro et
~Ile ne voulait pa le recornmcncer.
1. f.nrre.~p1111da11u , 15 aoOl 176!..
'2. I.e 1'"111ps, rnicle de François Pon~r&lt;l,
15 ,!113~ 100~: Mh11oins tle Cham1~gneux.
,,, .'fo11re111r cl 1111 nUfut!]hurire.
i. lcle111.
5. Journal t!t sourc11irs tic S. de Girardin.
~- ll_el11tio11 Je. Coraneei. ~u el-l'alhay, t. 1, 269.
1 • t,i•sl la ter,rnn JÙoplée 1iar ~[me ,Je 'tsëJ, p.ir

Cornnccz et p3r ,1us,;~L-Pu1hay. Ou a suppo:lé pis f'ncor\': • kau-Jac1u · , qui au dire Je ,llmc Je 'taël.
avait appr1 , te ma Lm ruèmc, les rehtions de sa femmu

F1Jfl

DE THËifÈSE LZ:YASSl:11~ -

C'était lù son prétute à rester; mais la ~farie-Antoinctle el Gustave Ill. Antoine ~lnutlome licïltî du château glo ail sur tl'autre, ricc avait jugé bon &lt;le prendre le nom d
motifs qu'nvait, as urait-on. lime Ronsscau füiu~ eau comme en.eignc de son caharet.
rlejurrer parlicnlii!rrment allra)anl le .éjour Anx l'oyogeur qui déjeunaient thez lui, il
montrait les rdique · du philo,ophe: ,·es ·ad'Ermenomille.
Le 2 juillet le caLarelicr Allloine Ma1trice bot. et a tabaLière. Les ge11 s'en retouraperçut le philosophe se promenant, dès cinq naient très émus. L'un de. pèler{m, mêmr,
benres du matin, malgré la ro.éc; il lo vit éprou1·a de tcllcs sensations i1u'il n'y pot surrentrer "ers epi heure.s, mpporlant du mou- ,ine: il e tua d'une halle de pi tolel à quelque pn. du tombeau de Jean-Jacques. On
ron cueilli pour ses oiseau ..
[)eux heure. plu tard. \ ntoine entendit pr :tcndail 11ue cel exalté ~lait l'uu des cioq
1k cris provenant du pa1illon qu'haùitaienL enfanl de 1'hfrè. e Levasseur, d(&gt;posés jadi:
les Rousseau; il
courut. lme Hou•seau par llousseau aux Enfant -Trouvés: mais ('Ct
appelait au ecours; son mari étoit tombé on-dit pitlore que fut nettement déml'nli. Le
uicidé - un \lkmand , croyail-oo - ÎUL
ur le plancher, dao la pièce du premier
éta"e, et s'étoil ble sé à la lempe 3 • Presque inhumé ur plate, cc qui dota d'une allraceu même tPmps que le cal&gt;arelier, \f. et tion upplémentaire - tombe du jeune inMme de Girardin arrivèrent suivis Je quel- ror1111t - le parc du marquis de Girardin M.
Dien que cclni-ci eùl peu ,·u Thérè e, il
que domestique CL d'un chirurgien; celuici essaya d'une sai!!Ilée; mais Jean-Jacques, l'avait vile jugée: le· bruits de l'of6ce n'étaient point calomnieux ; lime How: eau e
déjà, oe donnait plus signe dP ,·ie.
On déposa son corps sur le lil, el comme laissait courtiser par un de valets du châAntoine M:iurice restait près de lui, .eul nnic teau. Par surcroit, on la voyait so11venl ine.
Madame Ilousseau, il vit celle-ci fouiller les Le marquis crul de son devoir de nu pa lai poches du mort, en relircr les cle[ , ounir ser chez celle femme le manuscril · et les
un secrétaire où elle prit un la d'écus notes de Je,m-Jacqaes parmi los(1u l · étaicn t
qu'elle afüma ·ur la lai.ile, e savant de un certain nombre de romances et une copie
comptrr : 14,fi0O Jilre •. Quand pàrai sait de Con/essior1s; il réunit pieusement ces
quel11u 'un de la famille Girardin. elle e jet.ait précieu~ papiers, k fit porter au eh1lleau,
ur le corps de on muri el &lt;1 ne ces ait de et se m1L en rapport avec du Peyron, de Ncuch;itel. et loultou, de Geni&gt;ve, qui préparaienL
l'emhra.ser, comme s'il rùt été vi,--ant • 1,.
De Nvc=ncment, dans le dllage cl aux en- une édition complète des œuYres de Rou ~e.iu.
Puis il a ura à Tbérè e, moyennant le
viron , les version· les pin · diverse circulai Dol. M. Ro,r L!..'lu. :iflirmai1•11t les un., 1·ersem~ut entre les mains du notaire Cordier
s' 1tait luu d'o11 coup de pistolet; rarcn, le des 14.000 liHes qu'elle détenait. une renie
maître de la po. le de Lotl\-res, servait la nou- perpétuelle de 700 füres 11 • Thérèse, hébétée,
velle aux voyageurs c1ui rclaynient ehez lui'. coo~entil à Loul; elle avait d'au Ire rè1e en
tète. A peine débarras é(' de . on henèl de
Ll'aulrc assuraient rptc le pauvre Jean-Jacque s'étant avisé, -ilien aprè tous le. au- philosophe, délivrée du joug impatiemmeo t
lrtl..~, - dtJ n•lalions de ~[me 11ou ·eau avec porté durant trent~11uatre an , se voy::.nt
un domc!'I ique du ch,'ileau, voulait r1uitter ri1·he, elle dépensait ans compter pour
Enncnou1ille; elle 'était r •fméc à le rni1·re: éulouir les paysans el « faire la daine ,, . Elle
alors il avail rherché dan· lu forêt de mau- · rPjetait 1,... modest.es aJustement aux1p1els
vnises plank, cru'il 1·onnaiss3il et il le aYail l'arnil obligée Roussenu et montrait pnur les
infu~ée dan on café du malin;. Qa.10t an robe et la paT □ re une a,·icl11é de filltlllt: 1v. es
ruarqui: de Girardin, il niait h.rnlemenl lu relalion avec u11 dorne~1ir1u~ du mar'luis
n'étoienl plu pour pcr.onne un mp-tère; tll~uicidc: il manda deux chirur iens de Pari
qui dan la journée du ~ procédèrent à l'au- même comenait 1•olonlit&gt;r &lt;]D'elle a\'ait un
lop ·ic cl conclurent 11ue la mort était due à amoureux, el le prochain mariage de cette
un épanchement au cerveau. Le corp., em- femme de cinqnanle-sepl an avec ce gaillard
liaumé, placé dans une double cai e de avisé étail la faule t.l' Ermenonville.
11. de Girardin i111erl'iul. IL commença,
plomb, fut à minuit. le 4 juillet, ù la lueur
emule-t-il, par reléb'ller 'Tliér~se au bout du
&lt;le: flamlieanx, porlé dans une barque ju qu'à une pelile ile plantée de peupliers, ~ parc, dnns la chaumiè.rc en fin terminée 11, à
l'écart de l'attendrissement des pi}lerins et de
I'exlrémilé de l'étang qui s'enfùnce dan le
boi , vtir, le sud, en face du cbàteau . Le la maliguité des habitant ; puis il sermonna
monument très impie, élevé sur la tombe, le 11alant, il lui lit considérer combien éL1ir
fut bientôt un lieu de pèlerinage. Le visi- choquante cette liai.sou avec une femme npteur. aflluaient. li en vint de nus ie et procbant de la oi:i:antaine, que le sou\'cnir
même, dit-on, de Perse. Le souverains au si de Rousseau devait rendre ,énérable et quasi
acrée. Le domestique répondit : 11 Madame
fai aient le voyage. On ,1il à Ermenonville
avec un homme de ta. domcsticilé de ll. dei Giror·
din , Jean-Jaeques, ,li,;-je, s'est-il suicidé dt• d~ses~ir,
a-t-il êlé assas.mè par sa femme, ou csl-il mort d uue
apoplexie séreuSll comni~ l'allirme le pro ·i· -rnrbal
d'autopsie?.... • .1.-J. Rmw1cau, Mmmage 11atim1al,
11ar ,\ , Castolla,nL. .
.
8. ·ur ce lait, ,01r J,.J. lfoum:au J11gli pa,· le,
fronçais J·a//jourd'/uci, recllllil publié par J. GrandGartertl.
\.1. Arcbil·es ûe l'étude de :Il• Jlugucno(, notaii-c il
Pnds, 23 mars 1779.

i-. Co11(11ssio1ts, passim,

... 299 ...

JO. Souve11ir d'un 11onagb1aire.
loin tic là se trou~cul les ruines de la maisonnolte donL )1 Rcn~ de Girardin a,ail rail com~1•ncer _la ~onslruct1on pour Rousseau, co11,Lrucfion
h1cnlù1 mlcrromp,1e par la mort du philosophe. mais
11. • ~on

• •,.z. achevée, cc~nd•nt, pour ètre logeable. Peulêtre Thcrése l'oœnpa-1-ello avant dt! !l: l'elircr au
l'Ll•s&gt;1s Ut·ltclillc. »
(J. Grnn&lt;I-Carkret, J.-J RmJRSt!/1.U jll!J,! ['ar fea
Fr1wrm1 d'a11Jm1rd'l111i. Elti/ ,1duel d'Frme11on1•illc.)

�'-·------------------------------ LA

fflST0'1{1.Jl
Rousseau rnulanl ilien pa.rta !&lt;-'r s forlun'
avec moi, jl' croirai_ m nquer à moi-même
:;i j1• m '1 r fu. ab 1, Il
. nr •1uoi Girnnlin le mil à 1. porte.
Ile c• ,·alcl. ju.rp1'à pr 1 nt, on ne .n,·ail
ri n, inon qu'il éla1l lrlandai el 11u'il , 'applait John - ou John. on'. l)'autr1•· I&lt;• dé~ignaienl sou le nom d ."icola lontretout.
F.n rénlilé il . e nommait Je n-llenry Ball · et
nHtil lrente-&lt;111atr an en 1770. \ son :i.1cul, Je Lén.élire qu'il pouvait :()l!r •r d' J'nmoureu • rdeur de la veu, Jlou seau :1ait
apprkialile; oulr la r ote perpèttwlle d
100 livre 11ue rnrv&amp;Îl 1. de Girardin. 111111
lllllre dt&gt; :;oo 1hr · pa1 par le lihr:iir l\ey,
,anl'l troi.ième encor' de ':WO fürcs pro1enanL
dr. milord ar' ·hal, Thlri&gt;. avail n·çu, apr~la morl de Hou.: nu, 6.000 lin1 · de I· part
du roi d' n·•leterre,; -Ile étail rul111, par
lroité ilVrc le libraire·. u511fmitifre J'une
.omm&lt;· ùc 2 \.000 livr . Il fallait au · i portl•r en rompte I' llploit lion po·jhh: de celle
orle Je loir dont la hadauderi unÎH'r ell •
la grntifiait, l'avnntaaeux Lralic de .on nom,
d • ,a rél"•hrilé, de 011 i,moranc cl de n
. olti.e.

du

En appr nanl que le cbât •laio, pour éviter
J'c,clandre, con"éùiai(. n amour ux, Thérè!;r,
frappé au cœur el oucieo.e d"éclatante r pr
déclara solennell ment qu'elle au ·i
quilterait le domain · du marqoi ; elle mil
à cette prote talion tout
a dignité cl tout ·
• on éloquence :
Genore, pa 11anre q11e mon ieur deu f1itaili11 o,-es di fnme la fameudeu grm ynf/Ut! •••. Pnitteu moi /a11ulie.: tleu nieu rn11clre11 toue le.- pa,,ier~ la 11111 iq11e eler qum1
(e ion ineu nn pan t'Olu ••.• Je111J11ille t•nttre
ml':! sm, yrwwporteue · i·iena i•om ....
El cil'. ~ignt' : fnmeu ,leu ga119ai111e.
son exode, le marquL de Girardin pr ·
nnil
·ment on parti; il , ré.,i••nait
moin rarilement à rélroc.éd r l • papier, el
parliculi'&gt;r ment la copie d quo,1 (e ion,
encore que I manu" rit ori!!inal d' l'omroge
fùl entre le main Je clu Peyrou; il tempori,:1, dut r ld r; il r ndit eafin le, préà •ux
ahier à lbéresP, &lt;1ui 1• glis,a parmi sr.
barcl ; puis, ccomp3"1l!le d lla.11). •li 'c:xil:i
d'Ermer1onvill•.
li, n· ll~r ·nt pa loin. une fortP. lieue d
l , trouve le .. mage de Pies i -lllllle,'ill ·; de
gro. e · ferme
sl', t q11d4ue · mai. oa:
l1ourl,leoi: s ag.,lom rée le long du pavé Je
l'ari · Laon, dan 1m immen e plaine J'opulenl •&lt; culture • Le prince de Conti av ail là un
chàtcau dan les écuri dU11ucl Ball amil
· ni en qualité de palefr aier '·
Thér
prit à bail, moyennant 7,&gt; livres,
cl ' livr pour 1• imposition , la mai on

am ,

ne

an·

\in·i pourrn, il fil d&lt;!s Mpen e.. A 11uoi
l'mplol r l'ar •ent Jans C(' hameau de Pl . Llkll ,,·ill •, dont les il •u c nL habitant , too
cuhirnteurs, tltaient alwch: au ervicc du
rhateau? PourLant [hll ·endetla. f.n 11 1,
il ·~t pour.uivi par un ·réancier, Charl
0111al, 1:picirr-m ,rcier: il faul 11ue Thérè
'r.nga c à 1lonn r, chac1ne année. -\00 livr ;;
de :on ,·iancr. L'ana~ uivanle, la delle ile
llall) alant ,gro ~i, 011 prend un autre :irran" mcnl; par .ici .i••né lle\anl M• Gibert, 1,
notaire ,le l'lt· i -11,•lh!,ille, b Ieu~èl\ou. sc.111
cMe 11 (lurnl Il' deux tier.. de a r nt or
,irardin l fi tll}· trJIISpurle :\ 011 t'rt:au ·ir.r I,\
part corre. pondant• de sa nu• propriété 7• l.
fortune J Thér,': e . ·en ,·a ainsi par lamh •aul:
au déliut 1l~ la B:yolution. mal,:rr sr~ re\cnu iuafü1nnl,I , loujour.; ab.nrh :. hieu
a,anl r,:ch I nce. 1:1 11auHc ,·ieille e'-l au
nùoi, l'i n,i:,• lui C l sourtlt'ie ,l,· 11:tltr• monn;iie ur .on tilrc d~ a 1cmedl'lran-JacquC!&gt; li
et de olliciler, aupr de l'.\ '&gt;emùlre o3tion le. 11n erouf!: qui ne era pa · rel usé.
Il fnit, rn arprrnant que la compa e de
I' ukur J' l!wile, c~lte Th~rtse Leva .eur
donl lll nom e Lf':imeu dan l'Europe enûèr •
dcpui. la puhlic:ition de ln ~ oondc partie de
Cni1{es ion • en appr nanl que Th 'rc e
m31111ue d • pain, l Mpulé · . 'indi ncnt.
Elle r1~ amc liOO livre: de pelliion : Eymar
prop ,c de doubler ln omme. Qu.elr1ue rcpr ·enlant , 3 ant 001 parler de la oonduile
Grnurt d~ .lllU.IU
de Thérè,tl cl de on in1?ratilude em·er · le
d.'apris le dtSSIII d~ IAntl B Lt1.011 .
marquh, de Girardin, 1:melt.e:nl certaine rt1ervt•s ~ur l • bien-fondé d cclt.o rrénéroslté;
donnant sur le pot: ger, un bao!!&amp;r, et, au
p mier ta, , deut pi, e. sou un toit cle in i: ll r\r • coope court au h :,itation .
Ceth: femme, dit-il, a c;té accu :e d'a,·oir
chaume.
a\ili
le nom céli-1,re de !\ou seau dan. le bra
Pour 1 . bal1i1ant du p:t ·.• rbér , était
la I·rw1e tle ,Jrw1-Jricq11e /1011 ·N111: elle d'un -, ond mari ...• , 11n .... Eli' ne \ouùrail
i 1 n. il :iim-i, dan. 1 nctcs, de ~on rcrilure I"' ch:imrer le titro de ,,, ,
nppliqnéP el maladroite. Ball· n'était '{lie ·on cour une. Ce ool 1 • propr
lto111111t tle ronfi,wc,· · "pourlonl on 1., di :lit . ,1 en,ibilill\ •1uc j'ai re ueillir ; j'en lien· dan
, ·rl'tem nt mari 's ·t le:; gau•Lier nv:iicnt les mni11- le. témoi••na"c · auth nti11ue de
1,1. le, rnr{, d'F.rmeuonville el Je Pies. i ruêm aonon : le maria~e 11 l:t dat•• du 2ï oolll'U1:,
ille .. ur le, paroi. ses d 11uds elle
wmbre \ 719. 'fb ;r ". peut-être. aurait
ubaité ench:iin •r par le . acr mrnl le jrune dcmeur1•, en , Jonnanl ton~ 1 jour, l' • cmcompa~ooo 11u"elle 'éta.il choi i; mai , en pl • d . honne · mœur~ et d ln birnfoi~an '· 1
Ce ruoài&gt;I • d'cl011u nec et de ,éridicilé parprrdanl 1' nom d {\ou.· ·eau, li icille fc·mme
lementaire
docide du \Ote : il c l d • rél 1• le
:1urail énnrmém nt diminué tic ;,leur; Hall
21 déc••mbre t?UO, que Th,:ri!se
va . ur
re ·ta donc ~arç•m, hien rtl~olu d'oiUeur à
mcllre nu pilla!!e . . ix moi. à I inc apri• 1•ur 1 s ·ra 11ourrie au dépens de l'ttnl »; ~ cel
in~t.,llalion à l'i• ,i. -lJ('lle,ill . le l'i juin 17 0, rffl'l, elle recevra, annutlltm1•11t, des foutl' du
il ramenait 11 Pari~. afin ,111'elle s~ 1l,1pouill:1l Tr: or national, la t-0mme de 1.- 0 lilr •.
1, •on profit, par-1lev:1nt le noraire Truberl, du
IA? m nage n'en dcvinl pas plu riche; di plu clair d, s:i fortune. le f i.000 liuc ~ur
huit
moi, plu tard, il Hait de non,cau obfré.
l . q uell était coo ' titu • la rtnte . errie p, r
M. de Girardin. Elle 'en ré. ena I · arri•r:I" . , it qu la itualion eùl lmé Y. ,te Gîrardin,
!'a vie durant; mai le capil 1 pa :i n :iodil ~oil que B Il , pr :voyant la d 1h, clt&gt;, eùt exi é
Hall y, pour lui, .. hfritil'rs et a1ants-rau ·e le reml,ourst•menl de . 011 argt!nl, le marqui ,
d ·terminé à rompre toutes relations awc 'fbéen di~po er en pleine propriété• 11.
r. . .\rdû• de \l• Oaudoa, no~r.-à Pl ·•it-Bt•llrrith•.
wru,·e., (Eu,,rr• de J.-J. Jl~iu11au , E,lition turne,

icur Bl's~al 1 , la derni&lt;·re du "ill~"e,
à main purhe, ur la venell~ qui m~•ne
au 1·imeli~r • : au ro-de-chau hi, unt• cnbin ,
une _randc challlhre, une autre plu pc:til •

\ . Joumal rt ,011t·e11ir, de , . de (?irardia .
2. • Il. Ilullcnoir a dunu~ le v:ntablc 0&lt;1m d
1'■ m1nl ,le TJ,~rè el rde,1• sur ks regi1lre ,J. lï:lal
ci•il d 8clle,itlc rartc de d cc ,le la r•&gt;lllJlll(ne ,1,
J.-J . Uo •eau , Voir
Clarcll", J•.J. /toi~ tau rl
,es 11111ir1, p. 'l9. J. 1Ju1f•noir 1veit ri,,•11è1ll1 Ir 11')1!·
,, nin JI! U.. Viet..- oll'roi ,lonl li• graud-pl-r . a,111
U:nu l fümmartio rauoor~c d('. d~,u·. Clll!Jr:I 0~ ..rr •
quentail 1111.rfoi Jean-JlCf\U" . /.111u_tr1r• fnnul,rr~
,ur J.-J. Ro.u ~1111 , ~IJ:r li. l:lulfe1101r.
:;, • Apr; 1 muri ,le Rou •111 el par ordn tin
roi ,l'A.nglcLerre, oleu mille écu furent compl à ,1\

la

in-i•, llliO. , lppendic~ au~ t:o11(t ,i1111 •
. Il. llulle1&gt;nir ,lil &amp; lllf'hlJ•· ,t,n, 11 f'ITP! Ju
rh.i11'a11 -.. LcQ ClarclÎ•!, J, .J. 111111 •eau ri rit 11111ir1 .
l.t mol 11ue 1 •mn-,.11ir• 1f'u11 ni111agb1nirc 1•rùlc11l
priorc ,,~ (,onli. - fa 1·1·11tt. tl 1111 dr, /11111111,rlf Ir
,:,/c/117 dr l'l11rol'e1Ul1'ardira,t J&gt;dl 1111 p11i11I
,rt'pou-•r•· u11 Je 11u1 nncir111 prrle[r,·111er1:, fait t•cn•
..-rque. dan I r,$&lt;&gt;n ,1"t:;rrnn1&lt;""·itl~. à l'fpoque ou
ln· llt nardl•nlteprols&lt;1n l'i•lc1i111 • (hllyl"'- ••} pour
arnir ·rvi da11. h! écunc ,tu th leau ,Il! l'l••

111

11 tua

,,..ncJ-

lcvillc.

... 3oo ...

Il. An:h,,e! de li l.ahoorel, notaire à Paci . Tran1fH1rl ,Ir, rente pllf lar,e- ·to,1r ic I.e Va .. •ur ru-dinairemcut ,1 nwuranl •n l'lc ,, -"4!11 ,illc lanl ro . jour
logœ ,·Ion Ymc Beccari ('!/ ru" l\onli•. 11t1cu Lou' X\,
I' rni se ile la Madch·inc,« _Jean ftr~r) nait;, dcm •11•
ranl onlinairfm •ni 111 Pic ,,,...Ikllenll~, étant l:ll JOllr
à Pari .. lo é ~u ,til!! rue •I paroi
li juin t ;su.
7. Arrbi,•c,, le • B 11&lt;¼ ,n, notairel Pl , i llell,••ill~.
Il. l.a lettre 11nr laqu&lt;,llc Tl, ·r.,,e r,·m,•r(ÎA 1'1- m•
Llë
lr.JUTc au ,1/~r't dH Arcltfru ,wtiunak1,
\ . E. 11, l'!OI.

Fl7Y D:ë THÉ"/{ÈSë

LEVASS'Etl1(

- - ..

rè 11, dépi: ·ha ;1 Pl ~is-Uellevillc lkrtin, -rin linon, n denh•l11•, •~n toile, ·n m,111 ..tinc, mainten ni à l',;:ial ,lu plu· illu,tr d . ltéro ;
homm• d'aOaire , pour " hb6rer définiti\c• a,·ec ou . an. ruhan , mni: Lou~ d couleur se écriL, ur lesq11el Plie l'avait ,·u peiner
rou •e, un peu de lin·• è.D lllfJU • J , ieux tant cl 1, nt J"b1·un•s jadi , d:in la pt'tite
ffil'rti n,·er. elle. l,c 6 anil I i9~. l'étud
chambre Je la rue de GrPnelle- aml-llonoré,
di:
c;ilwrt, &lt;·n pré •nec de la ,·cu,c l\ou - soulier. de ronr0c1ni11, 1111 parasol, d'autre
~eau, dl! fi; Il). de l'épirier lluYal, U rtin tira nippes.... Qud,pte: 1 1\Jle:1111 Jan leu" an dJùul du mén l"i', t:1 plru tard 3 rErmiJe ,a a~&gt;che 11,000 cl •1'1elcp1e ct•nts 1hr • cadre· tl pendaient au mur t•l, dan~ la pirce, l3"e et h ~lo11Lmo1·e11cy, •;; t'-cril · ,111c, pour
en :i Ï•!ll, l a~anl cour : il en compl.1 .0110 li ï a":iit encore Je111: faut.cuit. el d1•u1 lhai, • , • mij. u~c de comte: , il rceopiail J11
à IJuval, en rt•mit li.000 à Bath; 1'hc•rbc ne de paille, une petite. table du nuit, un buffet matin :iu oir . ur des f1•11illct, doré~,
nou,.:" de nonpar •ille hlt·ue, •t qu'il lui lbait
d, chêne à 11u.ilr • ha1t.,nl .
fl'.\'UI rirn : de eclle ~omme. ••a;nt. · ,u ~oo
le oir ~:10 qu'dl1• l cumpril j:unai· rien,
Cert.
in,
olijct
·
de,-ai~•nl
particuli~re1nent
par Jl!an-Jar,111e et qu'il a,ait tlrnuomi-tie
ponr dit•, b \11é,·olcmeu1 lie . · ~tait dépo11illt!e. an ·rer a . on •,·rie : le· rideau ile . iamoisc, - lt: 1w111de m.1intena11l en l'lait r.:1oluHall·, titnlair • Ju (, pital, ,uldnit 011 erran- le haromètrc, la c;,ne, ,ide maintt-11:1111, 1p1c lionm! : il· ((aient l',:,·an ·tr de lcmp
jadi · i/ m,i,. ait Je motm/11 frai , 1·lia11ue nou~eau ; 11 leur auteur 011 1lr ,,,~it d,•.· ander l'i rmpocltait I rrli,lual.
te(;; on effi ·e, partout, (! it . uh,litu • à
L'àr"t nt . 'é,·apor,1il d, u,; lt•5 11nin_ tl1· c • llh IÎU 1•
Qui l'nurait pré.~n "! C~l homm. 1p1'1:llu ~e celle de roi. , cl ·on nnrn tl!mplut; iil cdui d·•
:.,'fngeur, toujour,; en rout,., 'i IJ.immarlin, i1
l&gt;ieu . ur le, lrHe, J1:.1,: .. i,laCntp ·. à 1·all\. - li l'ari.
lt-ur ! t.:'l' t l,ien r,•1 hommeu ~i, !rien . ùr, - et dont l.i
là
pourtant qu'elle ri:voyail
tinur r LeindL:Ci : .on nom
en
sou,·coir, revenant de
ne parait que dan 1 . a,sichamp
, ar'c,:i lourde nn ,
naliou , r ploil:, Iran. porb.
.
•:
gro
ouli"r . son halJit
inn:nt: ire . pièi:e de thicanc
m 1rron,
petik p, rr11,1u •
de tout orl ',' cha ·um• d ror1tll·,
~on
ir hona,se t
1111ell • · ·amoindrit la petite
craintif,
toujoor
emliarr:t , :
forlun · de Tl11lr ,1'. Cdt,~j
d'une gcrhe de plantes Joni
, il J.1ns la 'ppnllmnsion d •sexiil encomhrait la talilt: en atncc p · ·uni ir d • c wa1lc11danl qu'il Il• colUt ur de.
lr11 11u'ellc 'est Jonn11, iu·1hic~; - ou hien a sidu
con.cicnt • rC\'llDl'h1'dupauçr •
b.
on pelil bureau, copiant de
[\ou seau tlonl elle a limé la
la
mu~ique
pour ga tner qu1Jlman~uétudc et t•sa,péré la
ques
(oui:,
r111illam on tra1
. ensibilitt • Di -huit m ·
,ail qnaud ..lie l'ordonnait,
lard, 1oul &lt;1u'cll • po
d , cmlaol à la cal'e, dr ,;étail dis~ipé; il Ut! lui
~ant le couwrt pour lui en
11ue 1~
•ntc, ,mi ,
é,itcr la pt•i11 ·, et toujour
librai
l 1 • 1.200
.ouwi , docile, pr,h naut, au
, io••èrc n~suréc · par le 1·ote
int cp1 Li •n IJU\clll die
de l'.\ ••• ml,lé • on lion le ;
l',nail cru bêt •. ï pourl nt
I'. ·1H t'.·lé l'opul11nl·e à PIL'"· Îl elle a,ait prém le~ chose ! 1
1.lellc ill ; mai ,id mment,
clic a,ail éle\'é Ml· eufants ...
de cc r ,·cnus, elle ue ,oyait
EU~ ~rail la m,·rc vénl!rée
pa · un écu .
drs
fils de Jean-faci1ue l\ou ·Elle avait, au d&lt;'rni rs
,r.i u : d
qu ·li rich ,c ,
moi .. de 1i!l:i 1 plu de ·oi ,anh..'de 'lue! honneur· la nation
dou.tc arL; conuul•uloet:upailne t'aunut-ellc pa oomW i '!
ell e· heur•,, J,.- nir Ji:
)lai· mt-dlc jaru us l'inc t lther de !'311 li. lôrs1111r
l1u1:;ncc Ju
on défont » i.-ur
:.on 110111 ,w! de co11f,a11ct· t\l;iÎI
et• •1ui ~ pa.~ail Je limniJ.aah. nl'! La hi'·. Lflli _oufllt:
1.ile'? Balli la supputait, "an
fort ur œtlc u11Jc plat011,
doute, •nc.:tt.anl la nouvdl
~ccouait la tuiturc J clt:111111
occa.ion d • bal trc monuait.!. li
et allait, à 1111 • lieut• Je lô,
1:,tiu1a , •llc occa ivu n-nuc
rid •r l'étans ~Iitain oùlm,quaml lnv,mc11tioneuld•ddé
tre dorruail, dan un il1·, ~ou·
•JU • I •. l'\:l&gt;ll&gt;:i de rault•ur du
1,
peu1,lier fri .;onoant .
Co11tm1 uJcial st!rai1:nt por'1111.:r·, htit eul~, rcfrogn te,
t.t.l uu l1anlh1:on · b nhuluat1•c le: ve ti • de wn r~ .é.
tion ,lu Il thcriniùor retard,
Uan. la chau1Lre 1oi iue Je
la lt?r •munie ; mai d ·• le
la cui5in1: était ·ou h t, coucallllè rc1· •nu, profila.nt dl··
,crt d'une ruurle-pointe rouA Tlll Jlf.'-E.
.i:
• •
L1HUJ•· w.,
1•0,111011.
•p•~ mage, et n;irni de gr-.inJ: ri- RoL 1_u, ,l K 11. 1-01. ·T 111· f'ARTIR 1-01 R L
111fc,tnicul
les
r1•pr1b •ntaol~,
deau en iamoL, llamLéc
ûoJ,•u" J.: llrn, ,J'.itrls le .J,mn J,· :11~c1&lt;1,,1,. Luou,.
1ltért·~e .ol11ciu uu up11l~•1ui avaient orn' le petit li1g1.'111c11t de pen ivn u ntmeut de ln rue l'làtrirrl'. oc
trnJn,
Ji,:iil
p
:1iLi,,11,
11uc
celle
Je
bau Le armoire Je no cr lo,1lenaihc. loi/elle : rappelait ~i "anch •, si wuor \, i aUcutiF à l .~Oll lilr • ,tccord11c par la n,lliun, se lru1111::
ne
p
lui
d,•plairt•.
qui
rl!Ûoutail
t:1nl
c
d~u c:1;.111uin · •l deux JUpou · de Luilc
clmlclJ :c J,· :H7 lm,.l lü wus (i J,,nicr de:
d ~range, un w:111 tclul dt: tall.:tas uoir, uuc rclJIJll°Jdt! · t!l ~ d~:Clarait nmtclll J • tout d,111
1
pai de z nls Je oie, plu-ieur Louncl en Li i:rawlt' d.èll'l raJ,roué, (3 Franc.: Il! rtilélJraiL conlti IJution - •

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nr._ulol ·sel clf,,L•, apo'i,i, te ile•~•

L~ ,..,, •llf, ,-•1ne de J.-J. Hou.,..

, , ,, \rdohc· ,I~

t• bau,lun, 1111:tt !" • 1 t•l~i,-lh•l-

lc,ollc .
.. Jo• ...

2. l't·oc ~ .. ,·tt haut
fi frucli !vr an Il.

11~ la Cuu \ 1!111 i1111 naliu113I,•.

�1t1ST01{1.Jl

---------------------------------------.#

En soumettant au comité des secour la
requête de la veuve R-ou. eau, « accablée
sous le poids de l'âge et de infirmités 1 », le
rapporteur, noger-Ducos, proposait d'accorder 300 ürres de supplément. à daLcr rélroacth·emenl du jour où la pen ion avait étâ
votée, motion que, le 9 septemLre 17tl \, ratifia
la Comcnlion. Thérè e reruL doJlc donc de la
'l'ré ore rie n:i.lionale plu d'un millier de livres
compLant, vile d.i·parues, comme le re le,
tlans le gouO're où s'engloutissait Lout on
avoir. Le pis fut que la démarche ayant attiré sur elle l'attention, les curieux s'informèrenl: par une sorte de pudeur respectueuse
envers la mémoire de llou seau, on eul soin
que rien de ce qu'on apprit ne 'ébruitilL·
pourLant, le jour où fut soumis à I' As ·emblée
le prograrnme de la oorémonie du PanLbéon,
sur la proposition que la veu,·e du philosophe figurât dan le cortège, le rigide La1&lt;ana1.
parlant au nom du comité d'instruction publique, eul le courage d'inLervenir : « D'après
les renseignements pri à Ermenonville, il
eslirne que la Conveotion a assez fail pour
Thérèse Lerasseur e11 lui accordant une pension 1 . » l.làlivemenl, des voix réclamèrent
l'ordre du jour, et la discus ion fut détournée.
En vain, quelques jours plus tard, le 26 eptemhre, Thérè. e, comme si on lui eùl fait
comprendre qu'il était urgent de rallier le
sympalhies défaillantes, ~e présenta eu peronne ~ la Convention pour olfrir aux élu.s du
peuple la copie des Confe3sions, sa suprême
réserve. On l'applauditj le président-c'était
André Dumonl - lui accorda les platoniques
honneur de la éancc el Ja bo.rre s'ouvrit devant
l'auciennera\Taudcusedel'hôtcl de aint-QucnLin ; elle pénéLra dans le soleOIJel prétoire eL
prit place parmi les repré entants de la nation. fais nul n'in ista pour qu'elle figuràL
aux. triomplules f110éraille qui e prépal'aient.
an elle, le octobre, vers le ·oir, on
ou nit le tombeau de l'ile des Peupliers; le
cercueil de métal fut placé sur un char, qui
le jour suivant prit la route de Paris, accompagné d'un groupe d'habitants d'ErmenonYille. a passa la nuit à Émile, - c'est le
nom riu'avail adopté la commune de MonLmorency, - el le 10, à la tombée du jour,
le cortège cntraiL dans Je jardin des Tuileries.
Au rentre du bas in, devaaL le palais, éLait
figuré un îlot planté de peupliers; la bière y
fut déposée comerle &lt;l'un voile couleur d'azur,
étoilé d'argent. Le lendemain, chantant de·
airs du Devin du village, défilèrent par les
Tues les groupes d'arti ans, d'berborisLes, ~e
Genevois, de jeunes mères, de vieillards qui,
selon la naïve esthétique révolutionnaire, précédaient la Convention condui anL Jean-Jacques au Temple de Mémoire; la foule, parmi
ces symboles, cherchait des yeux Tbérè e, la
fru.ste mais fidèle Thérèse, déjà personnage
de légende, et si populaire qu'à quelques
jours de là, on la représentait, au LhéàLre de
1. A1•rhi,,.1s ,1alÏ&lt;:male..,, A. 1. li.
~- Mo11ileur, Au Il , p. 1480.
5. Aulard, La réaction tl1ermidorie1111e.
4. Mu,set-l'atbay, lliatoire de la vie tt de&gt;J ouvrage, de J.-J. Rouueau, ~. I, 274.

l'ÉgaliLé, dans une comédie intitulée le Mariage de Jean-Jacques Rousseau, où elle
était la meilleure el la plu douce des compa:rnc 3 •
Mai on ne la vit pa dans le cortège; de
r1uelle mine eiîr-ellc e corté ces mères allaitant leurs nfants? ans discerner les raison ,
elle a\'ait compris qu'on ne voulait pas d'elle
e.l elle rentra dans son viUa••e, pérsnadéè qu'à
on tour elle utait la Yictime dl' l'univcr elle
méchanceté.
Dan une letLre, la dernière qu'on a d'elle,
daLée du 15 juiu l iU8, elle accu c le marquis
de Girardin d'être la cau·e de sa détres c : il
lui a pris l'argent, le manuscrits, les herbicr3; a ,aus lui donner le temps de , e reconnaîlre », il a vendu Lou e effeLs; il Juj a
rcmùoursé en a. ignats la omme qu'cl\c lui
avait remise en écu , pour qu'il pril soiu
d'elle sa vie durant )) . Mème à Corancez, à
qui la le1tre csl adressée, même à cet ami
d'autrefois, familier du logement de la rue
Plâtrière, elle ment. Elle ne dit mol de la
véritable eau e de a mi ère. Elle ne cite
pas le nom de l'homme auquel elle s'est,
pour son malheur, acoquinée. Elle e-saye
encore de hâbler : &lt;&lt; Pre que octogénilire,
écrit~lle, Ja veuve de .Jean-Jacque:; Rous eau
ba bite une chaumière où elle manpue ùe
tout' . ll
Elle manquait de tout en eITct mal•rrê sr,
1.500 liYres de pcn~ion, augmentées do
1. ~oo livres de rente que lui assunûenL • s
contrats a1•ec le libraire Rey et la wuvc de
Mooltou. l.,es pa ·emenl'~ bien cert~inrmcnt,
n'éLaicnl pas Lrès ré,,ultcrs; les caisses de ln
f\épuLlique urtout lanternaient lu;; cré:mcicrs

Grnvurt de E. ABOT, ;t'ciprts NAooET.

dn l'État; mais Lous les rentiers souffraient
du même mal et le prenaient en patience.
Telle n'étail point la cause de la mi ère de
5. , Si 1'011 en croil d'Bscl1~rny, cUc nul'llil 1nan;u
œl homme rlus de 100.000 rranc,, que llll
Peyrou lui auroiL fait assc.r SUCCl!S ivemeut. • Œui•re&amp;
de J.-l. Ro~1eau, Édition Furnc, 1846, in-4•. •4 JI·
pe11dice aux Confeuio111.

Ol'OC

Thérèse. Ball continuaiL à vine chez elle et
à \'Ïvre d'elle : la malheuren e, qu'il e ploit.ail1 D'eut jilmais le courage de se débarrasser de lui. Il dépen a.il bien au delà de ce
qu'elle recevait, ne LraYaillait pa., s'endetLait,
la forçait à pa1•er ou 1i s'engager •; et l'on
peul e-xpliqner ai11 ·i qu'on ait vu fa femme
de Jean-Jacques Rou seau, alors qu'elle :n•ail
soixaute-tli\-huil aus, tendre la main aux:
pas .anls sou les péri tyles du ThéàLre-Françai ... 1111 jour peut-èLrc que venue à Paris
pom· loucher ses renles el n'ayant pas obtenu
d'arrr1•111, elle n'osait, près de ·on homme,
rentrer le mains vidt!~.
Le t 2 j uillel l OL, un dimanche, elle
mouru.t, ver quatre heures de l'aprè -midi.
Dally prévint le notaire GiLcrL. Tls s'aùjoi011irenl le boulanger Dcsporte , el lOUll trois
&lt;léclarèrcnL à la mairie le décè · de )tarie-Thérèse Leva seur, veuve dt&gt; Jean-Jncquelj Jlomseau, auLheotiquanL ainsi, par acte officiel, le
Litre usurpé donL elle a,·ait i longtemps trafiqué. ne Yoisine, la femme Desclos, ,·eilla
la morte, qu'on inhuma le lendem:i.in, et
Ilally obtint de rester dans la mai on en qualité de gardien de cellés, po és après l'enterrement. li 1' séjourna ainsi durant cinq
moi , au bout de quel eut lieo l'inventaire.
La mai on fut trouvée presque vide de meubles, et la prisée do lout ce qu'elle conlenait
oe monta qu'à 555 francs. En revanche,
llally déclara qu'à a connaissance, la succesjon était grevée de nombreu es deLtes. En,er lui-même d'abord, elle était débitrice
d'une année des gage que, par conve:1tion
verbale, Mme Rousseau 'éLait engagée à lui
payer, oit 250 livre ; il réclamaiL en outre
les [rai tle garJ.e des cellés depuis le lendemain du dt..:cès, airn,i qu'un lit, garni de coucha(res, qu'il r.erLifia lui appartenir. Le cercueil de ~lmc Rousseau el les frais Cunéraires
n'avaient pas été payés, ci : W francs sou .
Il était dù UG frao au l1oulange:r, 4~ francs
au bom:her i Bes.at, le propriétaire de la
mai ·on, réclamaiL 11uaLre Lerme du loyer;
nn cultivateur Dri .el, présentait un compte
de 14..i livres pour fourniture de héurre el
d'œuî . Surgirenl bien d'autre créancier ,
parmi le quels des étran,,.er' an YÎllage, des
gens de Cla}e, de Dammartin, d'Aulnay, donl
l'un, Dardel, s'inscrivait pour 9!J francs,
restant d'uno plu forte créance• .
L'éLonnernenl fuL grand quand on découYril dans les papiers de la dérunte ses deux
liLre de rente viagère, l'un de 700, l'autre
de 1.200 francs. On ·araiL d'ailleurs qu'elle
élail, pour 1.500 francs, pensionnaire de la
l\épuLJique. Eh quoi I elle était riche? Pourquoi donc emùlail-elle être i paune ~ Pauvre, au point que, trois jours a\-a.nl sa
mort, elle avait emprunté 6 francs au pèro
Drujoo, le jardinier 7. Il est vrai qu'on Lrouva
bien d'auLrès liasses de billets, de mémoires,
de quitlances, &lt;1 données à différentes personnes pour dilîérents objels que la défunte

"'------ -------------- - --------- LA nN DE T 1rÉ·1rÈsE l.ErA ss1;im, leur dti\·ait 11. Dans l'inventaire rien ne rappelle Jean-Jacques : pas un ,1olume de es
OU\'rage , pas une pa&lt;Te de 1Uu ·ique, pas un
renillet d'berLicr, pas une lcLLre, pa· un portraiL; le clarccin el tout ce dont on poU\'ait
faire argent arnit Ut'puis longtemps disparu.
A l'encan d II moLilier, lrois jours plus tard,
le baromèlre fut adju•'~ 5 [rao •' 25; la "rande
armoire de no)'er moula à a3 Iran ; la d:une
'froüclle paya 20 francs un casaquin rayé

blanc e! ja-unc et un jupon de jamoi$e; le
mantelet de salin noir garoi de denlelles
trouva aeq11 1rem à 6 francs cl un habitant
du \i llage acheta GO centimes les deux livre
de piéte dont . 'était mie Thérèse. La \·eu'tc
produisit 55 7 rrancs : l'ensemble des deLL
monlaiL à une somme trois fois plus ,forte .
Bally ne quitta pas Ple · i -Belleville. Il r
vécut misérablement durant quatre aw, el
c'est là qu'il mourut, à oixanLe ans, totale-

- ~

ment dénué de ressources, le 5 octobre 1 05 .
[,'arpe11trur Rieul Leduc et le boulanger Desporte~ . qui le connais aient depui longtemps,
déclara.ni à b mairie son décè , spécifièrent
que Jean-llenr1 Ball·, tmc,en 1lo111ntiq1te de
.Il me Jea,1-Jat~q ues Ro11s.~eQ u, éLail décédé
garçon, comme s'ils eussent ,·ouln t6moigncr
ttue, oontrairemenl 1t la croyance commune,
cel homme n'avail jamais été le mari de Th&lt;-rè e Leva seu.r.
G. LE OTRE.

La chemise de Marie de Clè1'es

Le mariage du roi de NaYarre (depuis
Ilenri IV) avec Marguerile de Valois, el celui
du prince de Condé avec larie de Clèves,
furent célébrés le i8 aoiH 1572. Le fe tin se
ût au Louvre. Marie de Clèves, âgét&gt; de seize
ans, de la figure la plus charmante, après
avoir dansé assez lon"lemps, et se trouvant
un peu incommodée de la chaleur du bal,
passa dans une garde-robe, où une des
femmes de la reine-mère, royant sa chemi
touLe trempée, lui en JiL prendre une autre.
Il n'y avait qu'un moment qu'elle était ortie
de celte garde-ro Le, ci uand le duo d'A ajou
(depuis llenTj Ill), qui avaiL aussi beaucoup
da n,é, yeulra pour raccommoder sa chernlurn,
cl s'essuya le visage avec le premier linge
qu'il trou,,a: c'était la chemise qu'elle venaiL
de quiller.
En renlraol dans le bal, il jeta les 1eu.x
sur elle, la regnrda, diL-on, avec aulanl de
surpri·e que s'il ne l'eût jamais rne; son
émotion, son trouble, es lransp-0rl c~ Lous
le ewpressements qu'il commença de lui
marquer, étaient d'autant plus élounants,
que depuis ix_ jours qu'elle était à la cou.r,
il avai t paru as ez indiJféreut pour ces mèmes
charmes qui, dans ce moment, faisaient ur
son âme une imprc~sion si vive el qui dura

si lougtemps. Il devinL insensible, diseoL
tous les Mûmoires de ce Lemps-là, à louL ce
qui n'aYait pas de rapporl à sa pa ·sion; . on
éle&lt;;tion à la couronne de Polorrne, loin de le
Oauer, lui parut un exil; quand il fut dans
ce royaume, l'absence, loin de diminuer on
amour, semhlaiL l'augmenter; il ·e piquait un
doigt Ioules les fois qu'il écrivaiL à celte princesse, ctne lui écri ,·aitjamah1uedeson sanoT.
Le jour m~me 'lu'il apprit la nouvelle Je la
morL de Charles LX., il lui dépêcha un courrier,
pour l'assurer tiu'elle serait bientô t reine de
France ; et lor qu'il } fol dtl retour, il lui
confirma celle promesse, et ne pensa plus
q~'à l'exécuter; mais celte résolulion fut bien
rnlale à celle princes~e: car, peu de temp.
aprl!S, elle fut attaquée d'un mal si violent,
qu'il l'empor ta lita Ueur de soo âge; le un
en accusent celle-Il,, les aulr~ cclu.i--ci. Le
désespoir dll Henri Ilf ne e peul exprimer i
il passa plu ieurs jours dan les pleur el les
gémissements ; el lorsqu'il fut obligé de se
monlrer eu public, il parut dans lu plus
grand deuil, cl tout couvcrL d'enseignes el
petites têtes de morL: il eu avait ur les
rubans de ses a.igwUelles; cl il comwanda à
Souvrai de lui faire fa.ire des parements de
cette sorte pour i.t mille écus .

U y avait plusde quatre moîs que la princesse de Condé était morte, et enLerrlle à
l'abbaye de Saint-Germain-~s-Prés, lorsque
ce prince, en entrant dans celle abbaye, où
le cardinal de Bourbon l 'avait convié à un
grand souJlCr, se sentit des sai issemonts de
cœur i violents, qu'il YOulait s'en retourner;
ils ne ce èrent c1u'aprè qu'ou eut ôlé de
on tombeau et transporté ailleurs, pour ce
jour-là, lecorp decetle princesse.
Catherine de Médicis, en l'engageanL à
épouser Louise de Vaudemont, une des plus
belle per onnes de l'Europe, avaiL espéré
qu'elle Juj Ier-ait oublier celle que ln mort
lui avait enlevée ; peul-être l'espéra-L-il
lui-même; mais en vain, ajoulenL quelques
Mémoires de cc tcmp -là; l'imafTe de la princesse de Condé se retrouvait toujour au fond
de son cœur, el le remplissait de lri tesse et
d'amertume; il ne cessa jamais de l'aimer,
quelques eflorLs qu'il fil, et quelques moyens
qu'il cmployàt pour lâcher d'étouffer celle
malheureuse. passion, et pour di iper une
noire mélancolie qui le plongeait quel11uefois
dans les accès du dé espoir, tantôt il se
livrait à des exercices ou trés de dévotion, et
tantôt à tous les désordres d'une vie voluptueuse.

SA11 T-F'OLX.

O. Arthi Vei de U• Baudon,
7. In~entaire de meubler cl efleu aprà le dtl!Ü
de M.-T. Leras,eu1·. A.rchives de I(• B111doa.

""3o3"""

�cette belle maison. Ile
tail t:ipie nux Petit. raLin b riu'il , fTcdionnait, dan: ce tranlran de ,·it? pareille.. oil l'on ne orL.1il de
l'e.•cla"a e de l'éû 1udle c1u pour tomlJ r ,
l'r, la,-agc de~ manies. ~lt!aw l0~11u~. par
tant d'cflorl rt do hriiruc.•. ~ne eut, en 1;:.,u,
ol,tenu on· hd ppart menl u r 1-Je1·bau .f.c• de \ er aillt· , ne fallait-il pa:, prc. 11110 cba1111c mainc, 1p1'ellc le quillàl pour
~1~i\fe, r~ot·lc ou viw, en ~on ,·a •nhnnJagc
c1c·œu\'r•, c.l &lt;hAl au en ehât au, d,.. r.b ~c
1•n clrn,r. l'i11am11 ·ahlc roi 11ui. en prom 11a11t .ou e11nui. cro1·ail le ,li tr ire. el, en
d1:in!!e:111l dl' lit&gt;u •. m• pom·ait ch:inl!'~r
d','1me,
~
_ï p•u 1JCP pa·, 1 111~r4ui,1• b. hit l'hotcl
J't:Vreu~. 111:i' 1°11 n fait a folie .. :m
œ:~e elll· pen,t• à l'ncerflitre l'i l't·111l11:llir. n
meuble:, en un 1.'Ulç nm: , cil· n mel
pour &lt;1:1 OUI! livr ~ el tl~ · m~ . .\npr,••. un
tnrain lui a,.r{e : il est loUll \:111 liH ; 11,i
en oflr IOH.0110. ur 1· Ch mp,-Éll": . '1
moindr 1 · frai,, ellt• èrupiètc ans r1!:Sc : le
17 mar,; li :,11, t-11 érhan"e J, ~i IIL i,ons ~
Com1iii"•ne, l · lloi lui donne - outré Jïmmcn
ll)J'rnin ,·ntr 1,udo11 1 1 lie ·u rill'f arpenl. lrent ., pl pcri·bc, de tl'rrain
conti 0 u 11 011 jnrdin; l1• ter 001· •mhrc 17 G;j,
'e l un :luire lt&gt;rrain de 1.200 toi·e, (un
J,.mi-h:!Ctare) pour arrondir .on pu ~er;
d'aulre, tlncorc i;..1m doult!; rar, à pr11s •nt,
c'e,t un pare 1 :rital,le: l ~ potagrr ,·en ,·ont
&lt;l:in h., ChMnp~I:I) I, , pr • 1111e eu l,orduri:
J b nnu cil a,·cnu11; à clroilc. il, 'étend nt
ju:.qu'au nuod-Point; à ga111·h1•, l'II c.1rn:,
au-&lt;l •1anl Je~ jardin~ d . h,itd. du Fau1,our •, 11r unt ,uperlid t:,.:i) •. l) ., inti \ b
tran -:ii~c, anc de. parlcrr,-s droit. ri11c cou1 nt d •s b:Lin cl. . ur le: cülé , Je, granrl~
·,,u,crl., des l.t~)rinth el de, ·harmille·,

qui, dan~ la promen:i.de puLli,1ue, r•mhl ni
eia
e. ,ein, la me tra
Ch3mp. El~Grnnd rri:, 'ét
d la de
la
ur les mni~on c
rdin. du
,r,
uu.
l n an après celle amw ion ùe I ili;j 1p1i
lc!rmÎ!lt. on œun •, h m.1rqui,, rot urt. 11:la
~011 tc,lamerll, d~ 1j j i. elll' a écrit : u Je
111,plie 1 !loi cl' 1:c plcr le don que je lui
fai~ de mou luitel clP Pori,, étnnt II teptihle
dt! fair le pal. is d'un le ,;,, rwtit.-fil . J
dé~irc tJIIC c,• ·oit pour ~1 r J, comte de
(•rOICII

1 oin 11 l'hôtPl, tl rertainemrnl 11,•aujnn a
li· oin du Roi. L :?6 oùl I i 6, le ban11ui r rc"cnd donc ; Luui. \VI, mo) •nn nl
1.1 Ull.11011 li\"re,, plu 100.11110 punr le.

• 1

L• l\oi arceple, nrni! cc n'c ·1 qu'en Jt;sintér aul I fri\rc de a mailr 'e, le rnar.1ni
de "ari ny. 'l'oulefoi cnrorc. il r 1 «•r,·c l'attriliution. Il d1~tine J'hùt au .\mb:i .ad,·ur c traordinnire ; pui , l' •u ~i t:t.,nl
ratt .• il l'emploie pour le Gard ·-,leuLlc, en
att udanl l'a, h;-,em1•111 1lu La1ime11l 11ue Gabrit·l ci,11,1 ru it â la place Loui, Y. Cttt1·
place oü, ju lem ni rn 1iti'."1, l'un a mis · u
jour ln . talm: qu•' l,1 Vrllt! 1 dédi,: • au Hoi
apr'•, ,a rnafadie J, ,tl'l1, doit noir JJ(lllr
co111p)1:111,•nt ravcOlh! d~· l,hantp~-ù .,11•. qui
l' al1-0uti1. \ l efft:I. ou r piaule l':"·enue •a
entier, tic IitH à tïiO, el l'on 1°om111,•nc •
\ rerrcr d,· allée tra~nr ait•,. lléjà Cll
1ï~:i. depuis le Conr,-l.1-lleini•, 11! Jnl' d'\.nlin
plant: l' ,·enue qui port• on nom.
mnis •'1l1ail pour Jounn une i sue au Cour,.
En I ïOi &lt; ·uk111e11.t e,-t per . sur I j:irc.lins &lt;l1• lï1iHcl d'I:, ri&gt;u ·, l'n\'l!IIUC )lal'i 'RI,
1, lrt)i~ an, plu. tard, l'all: • dt:, Y u, •
(awnu · \fonlai:,ne Je la • 1·ine au l\un.JPvinl: ,·enu ~foti non du 1,onJ-Poinl i1 la
ru1: Jati 1111111.
c n\:. l pa" a.. ez, c-ctlu brt·che dt• pr-.,
d"un hcc-tare 1111 l'aw:nu • \11ri:,.'lly lait dan~
le jnrdiu de !'hùtd &lt;l'l:Hcllx; le fini rl' tilu'
• u Ch mp.-tly,-' . qui ,ont d • •on d ,main .
l &gt; r11t:1gers ù1• la m,ir&lt;ruise, cl, . ~uf la demilune 1!11 ran,I l.,,i-:-in, qu'il lai · en •1ci·,,
il remcl pr •~1111c 1 jardin 11 r~ li·•nemenl d •~
autre jardin qui doun nt . ur h:' Champ l~IKée~ et auirnncnt à des lullcl. a1arll hrr
•n°lrtSe ·ur le C ubour" du !Ioule. : 1corc. le
1:, juill •t I ïti!I, il clélathc, ,ur la •anche,
11nc hanù d' Inule I lon~ueur Joni il ratifie le formier !!énéral tlouret p&lt;iur qu'il y
a~se um. lruir • un ùôt •l.
A la fin uu ri•,.ne, comme J.ouil .\\' 1·sl
lurl lit l ar" .ulti, corumt' l'at,t,: Tcrrav, ('Olt•
lr ilcrnr "én 1ral de· Finance!'. l'.iil ar:,'l!nt de
tout 1•t que Llea11jo11, l1an,1uitr d,• la Cour, a
d gro,,-c., néan c~, le 1- juin 17 i i, on lui
,end pour n11 million c •\ bôt,·1 J'Évr ·u, t]IIÏI
dé.irt:. Il• lait, l''e•l li: t&lt;-rrain qu ïl achèk.
Inbal,ité •, mal entrer ·nue cli-p11i di, au,, la
mai. 1rn a Lcnu ·oup ,oulfort. Toul d,· décoralirm, a vieilli l'l n'c·~l pa plu~ au gm'1l du
jour 11ne. au teiup. d .lme ù l'ompaJorrr.
b &lt;lc:coraliuns d1• la fü•tr1•ur1!. Encore ltne
Iran. formatior1 r Jicale pour la,1u •li il fr ut
,,1 \Rff•i\SSlt CROZAT, COlltl:'..S'-&amp; 'DÏ; \'JIEl;
lloullée, l'aprllrc d •: rnod,•s nouvcllt•s, 11ui
Qiti11el 1~s E~J~'11fU.)
, nr,inJit l'h il ·l lui Jnnn • un tout ,,ntr air.
lll'aujon c t l,ieu rirht•; il t proJi~ne
rntanl 1jUc ,·a.nilt•u\: mai, le alli! parc~• !Prmine, ·m 1 · pnt~" •r , I' r une pr •
dcu,i-luu · inwr. éc. Ile là, par le: :tH!uuc, fair •s ni h· nffairr • Loui. . \'! croit arnir
0

F~ DÉRIC MASSO
J(

r

pJtmll! /ranfJI~

+

L'Élysée
(r7rS-1 o5)

+
En I î 15, lor ·r1ue, dll I' rgent du bonhomme
CroZJl, on be:iu-pèrc, 'frè~ haut •l Trt·, j&gt;UÎ. s.1nt i neur tlt:nri de l:l Tour d'Aurnrgne,
comte d't:,rçU , nrheta, de lllc 1; 01:, iè,·
llu. ucl, entre la Ville-l'É,êquc d ln porte
S:1int-llooore, tr •ule arpenll en jardin el
marai où il ,·oulait que I,'.\ urance lui I,: lit
un hôtel, on 'étonnn. Pa e pour une mlisou de campagn , mai· vine 1 \'bher !
C'cll.llil b,,r· P.iris, n pldn champ , i loin
sur la ch:m~séc dn Houle! au doute, en c
'l uarli..:r, cp1el.11u "" nuda it:u avai nl M_j' jet:
ll'11r dérnlu :ur cliver j.irdin.. mai proeh .
d~ la ..-ille, l atlenanl prl' ·1ue, tandi que le
comte d' ~:vreux allait au plus loin, el hormi
la Chau . i.-e, .i médiocre d'cnlrelicn, cp1 ·li.:
roule mènerait à cc fameux bolel'?
'Toul dl! roeme, on ·'cmpr ·s·e, d'. que
M11l1 •1, ,pti a remplacé L'.\ ~urant·e, ~• a wis
la d roiere main. Ct:I,, e:,t uaiment un palais, el le jardin, quoi4u~ tout oouwlleni •nt
pl nlé, ·t, p r . c parlcrr_es en ,hrOlltlr~e cl
1':1 •réro&lt;&gt;nt dl' l' •aux, digne d un _prince.
N' st-œ pa' co 11uïl Faut au comle J'bwiut,
p.·lll-nc,eu de ~l. d Turenne, lit:uten nl ,.,.;.
uér 1 de. aruu! • du l\oi, colonel ~1ntiral de
l'infant •rie 1 •ère. cl "11uvern ur de l'ile de
France'! De plu·, n'a-t-il pas touL l'nr 11 ent

rcnn çcnd la propritltl telle qu'rlle e com11u 'il ,·eul; car, outr · le· ar,cs, Jroit
émolument.: - c·t. J · füc, rien que le ou- porte à llrne la m~rcprne 1I• l'ompadour, Jù,ermmenl Je l'lle-Je-rrance ,aut li0.0110 Ji- menl aul ri:ée de $Oil mnri, uillaume Le. orue. - il a le coffre du pèr · Crot, t, 11ui, manl. I.e prix no1Uinalc'I Je 0011.IJOO {ran ,
pnrti de Toulou,c le. m3in · ,idè • e l à pré- m~b ils mLle bien qm•, tant n tpi1Pl · quo
.enl l'homme t~ plu rich de Irance. tr1h&gt;- pour pri. de· nlae1' l de~ l.ll lt•au,. le Roi
rier de Élal de L1n••uedoc, r ·ni · ur g né- en paya ï:iO.f!tHI ..\.u ,urplu , était-ce ch r'!
rai du 'I r;:é, fondateur de la Compagnie de Le comt d'l::n,·u n'n~ il ,ans doute pa
Loui~iaocl t qui - all .nlion délicate pour accru sa propriété eul •mrnl de 710 toi. e
un lcl g ndr - . • t pa~:-é lui-m ;me au du l rrain oLll•nuc "ratuilcmcnt du Jlé... e.nt,
bleu l'O ach,:ln11t la lbarsl~ de rand Ir'sorier lo :, m~r. l 7:? 1, pour 1·· en laver dan ),•
jardin d • l'botd. on jardin . '11tendail ur
de. Ordr . du Roi.
Comn1c il a été Il' premier de on monde prt'• · de 7 .1100 loi. • ·, pr • d, Ji hecl, r • , t,
•111·ait attiré ce ,cinlill m •al d'ù:u .. le corute hor de ,on enctiot •. n'l u1·ait-il pa. t.&gt;ncorc,
·ounnc il mlilc ù'aprî· le plan-, dher~
d'Ê1r u ·c~l fait la bonne p.1rl. Plm lard,
lcrr.1in
en marai et pota• cr 1
il eiH lruu,é à t(UÎ parll'r · à ln ,econd :aé'itiil
propriétaire, IA marqu·
appell
ration. le d moisrllcs Crozat Ile e contentèr nt qu'awc de duc,, •L ce furent ,ont:mt, I.' \. uranœ fils, on archilecle ordinaire, d
commen&lt;:l! de l,:'11ir el dl' 'ch:intrer. Peut-ellt?
Choi~cul, fltltlmne el llrw•lie.
e :upporlcr •n un bôld de la n:,.enc1 , cl
ï Ll'au (jUl' oit un hôt•l._ on y meurt puis,
au premier i!ta"'e, n • fout-il pa:. ùiset dl•- 17-!I. la coml •. d'~:ucux l'tiprou'""·
po,cr à ouhail le 1.iell • lapi~serie~ des Goon mari - con,olé - lui sunil pri•. d
lrcnl an. , •1, à . n mrirt, en l ;:l:;, 131 , e belin,, don de :a ~hjl'~té '? • o don le,
l'b!il ·l .on nc,cu, le princ • d,· l'ur on . ~lrn~ Je Pompadour o· gui•re loi ir J'h1c·e:-t un more ·au Jïmportancc m i~, ju t • l,iter c • pala1 · qu 'cll • a r , é. ," a rrrandcur
il .e lr"u,·e 1111'uue Jarne, à 11u.i l'argent Jclpeuc.l d1° ·a , nitude: elle n 'eùl o,: quiller
le l\oi un eul jour, crainte do le dé habituer
coùle peu, en a grande cn,·ic. Par acle de
22 cl 24 dfo·mùre 17' '\ le prin c de Tu- d'elltl cl, plutot ljUI! de prc11dre ~e · ai~ ' è0
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Ill. -

lfmo ■ IA, -

Fate, :il.

... 3o5 ....

llr.:-;111-L.. u1s cm LA Tol'R i,'.\rn.Rf:;.rF,
C JHE o•t,Vl El: , '
lli!S l11&lt;'el):r.J1'r f',11' Lt:IIF.,\C,l('Jthc~l.:luESIJlllf'tS.\

glaœ r·I le,c Wlilt&gt;au • t n • r l erv~nl
rn~utrnil jwqu';\ ~a rnorl, ce qu'iln ,1rhrlt; un
milli,m il Loui~ \ \' do1u anm:e aup:ira1 anl.
San: nllenJre rpv Be:mjon ·oil mort - et•
,pri, du r le, n'e,U fJil un r lard tJII Je
c1urlquc~ moi - Loui :\ \'I reverni loul d,
·uih'. pour i11n0.1 10 line~, la ll11rhc e dl'
Bourbon, 111' • d'llrléan.. 1·e qu'il vi1·nt dc!
p;i ·er l .:i00.0011 11 on 1,ancpû r. Pour,1uoi
un t1·l don cl un1° tcllr fovl'ur'! On n ,ait:
on t·U trourn l,ien J':mlrc•. Jans le l.iuc
ron;ze, mai. rarem 111 au~ i m I juslilié..
l1ijit, pour e mellr à la moJe l!l . 'accommoc.l r ÎI la M ·houorant folie cle" j:mlin_
:in •lai., Bt•aujon n g1it · en nll: • lurtm•u~e ·
le. l lt'I. l'ouvert·. a •11, • nu foc ,inu u n
plare 1k ha~,;i1L 11 jcl. d'pau. éle,é de. mo111i ul,• t · ,li d , r l,ri,1uc., mai~ •.·.,,1 birn
autre d1ost• nv c la ducb,•ssu ,111i ;1 en tête! le
/10111nw 11ue le prinr,• d,1 Cnn&lt;ltt a fait l1
r.bantill~ cL cp1i pnrudi1i, en ,on jardin Je
1, ri,, • •tni peul dr , ni ment a;ri 1,1~ n
la plus !telle l1:rre Ju ropunw.
\ pl':n :i-t-ell' f111i cli! 1~11ir. 1. Il :,olution
,\l-131~. l.a 1luehes:tJ •-t, t·omme on l'ri•re,
tonte populaire, qu11i11u 'd!l' ~ni l marli 11i,tt•
- un' :1mour ·u .. e (1ui offr • au 1'~11111 &lt;'l à
Ilien 1 lai:·i!,-pour-co111pl • 11,· homme~.
Eli \':l t nhil 1oul,1ir ,e 0111111111 r b 1·itov nnc
Vérilc\ }, l'ciemplc du duc d'Orh:,ms, Îe ri1oye_!1 Ezalité. rt, pour prouwr ronun cil,·
s'inh:rc~·e au cfoerfüsc,m1•11b Je la n:1li11n ,
11 • lune .on liol, I, 11u'cll • a :1ppelé l'C:h éellottrbon. :, un cilo~ •n llu1-yn, 1·nlr('prP111·ur
d fètc; ·t de pbi,ir,; pulili,· . Qu·en dir 'amt~larlin. lt• 11lii/osn11llt' i11,·r11llllt, ,,u·eue :t 'li
pour COOlllh'll• 1 l'l dlll1L dit! :i r. il un prt&gt;phèlc ù dotnicilc '!
0

zn

�HlST0~1.l1-----------------------Elle 'p t réser\·u un :q1part~meu1 dans la
mai,·on, ma,~. le !'este, lfov~ a le loue à &lt;les
parLiculier ·; dans le jardin, qui se Lrouve

Aw i, la Juche se :iyanl prodigu~. dans le
jeu\ Je son jardin. Loule la fonta.i ic qu'elle
avait dans l'imagination, cel:i parail lout

V UE 1&gt;E L'ÈLYSÉE DAXS U:S PREMJtRES ASJ\"1:ES DU XI~~ SIÈCLE,
GY,nure de Cu.,l'IIY, d.'Jf&gt;rts le :icssin de Tot:S»JJ,.,,.. (Ca.Nnc/ ,tes Estamfcs.)

e perdre en plcine nature et e liner ton l
entier. cc au sentiment ». Et louL de meme,

ne trouvent-il _pas, eu même Lemp que d ·
filles, 1ou. Je di,erti~semenLS coulumiers l
r[lli .:emhlent nécess:iires à l ur bonheur,
glaces, limonade, hière, do cscarpoletLcs el
de la friture 7
Malgré la Terreur et le resle, la duchesse
a, jus'lu·au Hirecloire, gardé e biens, mai ,
au f • rructidor, on la fait émigrer, on la
J.éporlc eu E pagne et on prenù ce qu':lle a.
Le l!) \'Cnlô c an Vl t9 mars l 7!1 ), l'Ely éeBourhon e t vendu comme propriété de la
nation el acheté par mie sorte de société de
spécuÙIL&lt;mrs dont llo'1n est un J.tJS actionnaires, pour la omme de 10.5 0.000 livre ;
lieau chilTre - malheureu emenl, 1G8. 7;:.0
îroncs seulemeut ont stipulé pa}ables en
nwnéraire ou en lier com;olidé. (On prtL
fércra le tiers con ·olidé dont on a tant qu'on
,·eut /1 13 fr:incs: on rn aura à li francs
avant la fin de l'année, et à 7 rrancs en
l'an VU.) Le re · le, 10.151.%0 francs, peut
être payé en Lons des deux lier , et ces bonslà, à peine ~mi , ont dégringolé JJlus \'ile
encore que les a5signals, tant et i bien llUe
le prix total ne rrprésentepa ceotmille t1cu ·.
L'affaire n'e l ans doute pas mauvaise
ponr Uovyn, qui garde l'exploit.alion du jardin de plaisir car peu à peu il rembourse
es associés, Donaûde, Laroche el lfcn,.fo,
ac,tuénmrs avec lui &lt;le l'u ·ufruit, même Mengin, qui, eu! à la nue propriété. Comme
uperficic, le jardin est resté Lei qu'au lemp
de la ducliesse, sauf l'emprise sur les Champs.Élysée , dalanl pourtant du premier étalilisscmenl du comte d'Evreul.; la dcnù-lune sortante a élé ra.ée, le Lerrain récupéré par la
promenade publique, el, déjà, de rangée
d·arbr
y sont plantées se raccordant aux
quinconces. Un grand mur a été c.le,·é ~ur

dispo é toul i, ouhail, il donne à danser et. à oeuf de c fürer chez elle à clos plaisir.s
rire, de 1'1~xprès con.enlemcnl de la proprié- au si vieux 11uc l'humanité.
Les granJ ·oirs, l'entrée doublée, ce ont
taire. E:1-c,-. volooté 1ru'elle a dïmil ·r son
f'rl•re j11s11ne dan le· rraleries de on Palais- u.s feux d'artifice et, dans le jardin illuminé,
Roval. dé~ir de ~e faire un re,·enu, goûL dl• les Par;sicns s'cnla.s~cnt ravi . Il a d'abord
pJruler, ucsoin d'argc.-nl? Croit-elle se mieu~ l'agrément d'ètrè chez oi po11~ ses trente
ainsi 1Mgagcr de son hc.'lu-père de on mari sol dan lïnabordJùlc demeure d'une printes e du :ing; pui ·, la c11riosilé pa~sc!l',
Pl de son fils, Lou~ lrois émigr · el menanl
l'armée d&lt;' Cundé à l'assaut de la RéYolution '/ 11'e:;t-ce p.1 qu'ils 'imarrinml, les Parisiens,
A r1uni bon des rai ·ons '/ U a pas é par cette à ces mol magi(pcs de hameau Chantilly,
Lètc l'olle qua cc erait aiwi el cola tuL :
.Pule re scmL\ance &lt;p1' ,\le ait arec le Créateur.
Toul de suite, l'i=Ly ée, qu'on appelle le
« llamcau de Ch:intill)' », a la vogue. li sem•
Llc que le jardin ait été dessiné Loul e près;
chaque fabrique, cbaumière, kio que, lempic tenle car il en est de toute forme,
Lro:1ve pre~enr à baut prix: en Yoici pour le
"la ·ier, pour un restaurateur, pour un tcllclll' de billard pour les montreur de figures de cire, de bêle m~veilleu·~s el de
prodiges naturel ·. Pour plru.re à la citoyenne
Vérité, il afllue des omnambulcs extralucide et cll&amp;-mèmc. ilu be. oin, donnerait des
con ,~!talions, car elle ex.celle à celle folie
comme aux aulres. lücn à chan,,et· am escarpolelles, bascules, jeux &lt;le bJgue et jeux. ~e
quille:i: c'esl la mi ère de l'esprit b.umam
que le nombre infime de divertis ement
qu'il a imattin s, depuis l'origine dr · :'lrre , et
rcs outils avec qui l'on prétend faire de
J'amu cmcnt sont tout pareils pour rrraods
seiaueur cl vilains: l'ornementation en fait
~cule la différence mai elle suffit au bonheur de certains el il leur parall bien plu.
rrai de tourner en carrou el ur de grues à
Vue: DE L 1JÔTEL DE MAOMIE DE BRUNO\', DU CÔTÉ DES CLl.nlPS-ELYSÉES.
Î.1 chinoise q110 sur des chevaux de bois.
Gra1,ure de Ùl!NIS Xi:&amp;, ;f.Jprts le dessin Je L,.LLl!MAND, (C.ibl11e/ des E. t,1mfl!S .)
0

... 3o6,..

'----------------------------------------l'alignement Je la l'l,ilurc: des autres jardius,
d•! îaçou que cet alignement c l ciaclement
Jroil, de la rue de Champs-Élysées (llclucllemcnl IJoissy-ù'.\nglas) 11 l'avenue • lari~nl.
(Un sait que l'avenue CaLriel n'c1islruL pa.
alors; elle ne fut Lracée qu'cu 1 18.
1lalcrré l'amputation subir. le de.sin du
jarJin n'a point élé modifié; cela lui donne
u11 air pauvre cl lri le, le mur d'al,orJ, pui.
l'allr:c droite 'JUÎ le , uil et. fJUÏ \Ït•lll • 'enter
sur une allée tournante. n" .:ai on en :~son,
la Lais_e cle la mode se l'ail sentir. L~ la mort

ile mn père, ~Jlle Uown ~ mèmc rrnoncé à
t&gt;,ploiLer ell•-mèm,?le:agrémenls11u·d1t.i prornro el l'!le a p:1, é contrat avec f:aülan \'clloni,
l1J 1:élM1re glaciL'l' ùe la rue de Grammont, le
rival Ùt•s Garchi, des Zoppi, de;; Tortoui, cc"
llali!'l1s, anirés à 111 suite de no armé~, qui,
d·au ddà. d' monl , eoanm• un trophée li
coup stir inall~nd u de. vicloir11s de llooaparle,
0 nl ap11orté à Paris l'art el la
cienn· drs
glnces parfumées.
Vdloni se charge dt' Lout : droil des pau1rcs, al'ûchc.-, frais d'anoonœ, hillet d'cn~ée. _Les dimanche cl ra ,-, daw le jardin
111 urmné de -H.10 hee.~ à l'huile, il pa ~ era pour
la dan ·e un orl'he Ire d Jouie musiciens et
deux r{,pélitcurs . Les jeudis, il n'y aura que

l..''EL"YSiE -

,

250 hecs, 1;,() J, lundis nn•t' huit musici,•n.,
el les au1r1•s jour., 100 a1·c1· cin'I mn.icien .
Charrue soir, quatre soldats frront la police
el, li?. dimanche , on l'n aurn au lanl qu'il
faudra. Mlle Ho,·1·n consrrve l:i direction et le
produit du l1illl;J, cl elle partag • avec Vclloni le loyer du reslaurateul', 'il 'en lrOuYe
un. ll'aillcurs, Yclloni ne lui pa)'C rien de
fiie : le pri à l' atr6e ét.ant, par ca1alicr, de
25 sol-&gt;, sans t'()O ommalion, et pour LtlS dames
de 12 sol' : le· dimanches seu lemenl . die
perçoil IO sols po.r ca\·alier (i ol · par dame,

con onnnniioa; t'I dl:l{JUU Jan. &lt;', comme drn(JUC jeu, aYoit ·on larif, mais, à présent que
la ronde a dtllais"c! le. Cabriques en ruines
de Mme de Bourboo. comment o.utymooter les
liillel '! lèmc aux jours de ~randc fète, on a
oin d'annoacer que, pour les ~:1 ois, on
aura le bal et Lou - le jeux grali .
Pour ramener les Parisiennes aux jardins
charn1Jètre , il fa11l les inventions et le curiosités qu'on lrourc h Tivoli et à Frascati. Partout ailleur. c·c. L le Jé erl. ldalie est fermée;
la Chaumière est pour les étudiants, Paphos

cl. crai11Le d'èlrc volée, c'c:.t elle &lt;Jui appoinle
le rccc11Jur,;. Encore, h• oirs de
e Iraordinaire oà il ~ a feu d'artifice et ~u iqucs
de upp1Jmcnt, Joil-elle participer aux frais
pour un cinquil'mc, el lé prix des uillcl" n'c. t
pas augm&lt;'ri Lé.
.\.u moin , cc ·oir -là, rnus lè Consulat,
riuanJ la quoliJi,mne f'ère clwmJièlre dereuail la CR.l.: 'JJ.li rt'.:n; c11mT1r~nn: et &lt;(UC 1'011
comiai L le peuple· à aclnùrcr le « feu d'arûGce ur l'eau accompagné Je la. multiplication
aquatii[UC ,&gt;, qu · le bal était tlirigé par ~I. Julien, l'illustre mulàlre, le chef J'orchestre,
comme on dirait à présent, des bals de la
11almaison et des Tuilerie , li! prix Ju bilid
était porlt1 à I fr. O. donl 75 ccnLimc~ en

oe voit r1uc des prlÎL&lt;: hourgeois, et personne
ne se risque au Coli éè de la rue , amsou. li
faudr:iil à la pamre llt11-y11, pour allirer le
monde, de l'argent 11 metlrc au jeu, el ell~
ne sait ni en trouver ni &lt;'D dépenser.
fleslent, il e"l vrai, les loyers qu'elle Lil'e
de la mai on, el Dieu s.1il si elle s'e t ing :niée
à multiplier les hou tiques cl à dhiser le
appa.:tcmen!s. ur le faubourl! aint-llonoré.
du côté de l'al'cnue Yari6'lll'• un Loucher a
·ou éc:liaudoir et son étal; plu loin, un marchand de l'În, un épil'icr, m1 rôû: seur, une
mercière: sur l'arenuc, au long des murs du
jardin, des échoppes oal poussé en verrues :
une date de. 1uatre-vingls an , de la con truclion même dl' l11!ilel. ll!'puis quatre-vingts

me

�msTO'J{IJI

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - • T!J

iun llix. Alfred csl venu là, il , a Yéc11, et hàlio et habitée par des impures, il a fait des
flov~'l) ' 'c.st tenue à ,10 .000
on ombre d'enfant a pa. é sur ce mur , el offres, mais
francs,
plu
7,0
.UO
Cranes d'épinnles, r.l, h1ul
,·oilh un honneur auquel l'f:l)·,re ne de,·ail
prince
qu'il
e
t,
et
conn
ttablc, l,Qui ne .'.'c~L
11as -'allcndro : il Yit un poète!
1 en 111c ure de la &lt;.afüfaire. Encore
pa
trom1
ll. 11!~Yi 11\. ropli ·te inlrao~iglant. a pour
voi:i11, en un modeslr loizemcnl d • llOO franc ·, eût-il accepté le prix, 111:1is à condition 11ue,
i. de llonne..Cnrri•rc. Celui-là, l'on s:iil :nez pour un parlie, l'on rrçi'1l en contre-échange
de SC!' awnlurc pour qu'elll$ inlércs ent. l'hùld de la rue &lt;le la Yicloirr, et que rerait
.'ou la monardiic, orlicicr, vo ·ngeur t cor- ln p:iu ...re Ho, -n de h prlilc mairnn de la
r•~poml:ml des ,\ !farre. étrangl·r • , coureur flarvieu. et &lt;le file Lanne? Loui!&gt; s·c l Jonr
1
de lripoL~ et batteur de maU1ai~ fü:u • là l ail- r:iliallu ;ur l'hôtel de la r11e C rulli, ou il a
trouvé
des
v
endl'l.lrs
pin
accommodant,
, cl
leur, pnr l'Europe, aynnL connu \lirabl'I\U el
. 'étant lié a,,cc lui. Ala Révolution, Miralmau, l'écriteau pend toujour à l'El}• :e .
[urAI, l.iien qt1'il ail 11 lui l'hôtel lhélu par }lontmorin, l'n r il nomuwr minh,lr · ~
on,
ln tolie Tb6lusson, la meneille Tlu1lu •
Liége. il 11'} a pas élê reçu i il a été élu 1•cré1aire des Jacoltin. , c c.lu pour :woir Ill nac: son, eu plein cœur ù Paris, liien riu'il nil
Camille d • cent ooup- tic Là Ion ; Oumo11riez, jeté l'ar,•cnl 11 belle main et qu'il · uiL enautre intime.
mi. en une grande pl:we au tassé le mobilier le plus 0111ptuem, ne se
mini tère, a m:J pour lui la direction géné- trouve pas sali fait d'un Lei 11unrlier. Fst--ce
rale M · Allain:,$ éLrangrres; à ,on départ, il 11u'un prince de l'Empire , &lt;&gt;rand-amiral .
l'a fait mini. lrc à Philailclphie; le 10 ao0t maré hal, gouverneur de Paris. épou:c d'une
arri,é, on le révotpJe; el tout do même, en- Ail e Impériale, peot bahiW à \'ol~e-llame
suite, on l'emploie en Belgique; on l'nrrèle de Lorette 1!.a mode ru;t aux Champ- -1 l1sée :
riuand llumourie1 ra e a l' ·m1emi · l\obe. • Joseph y a l'bôt 1 ~larl1c11[, Panletle l'htilel
pierre le au\'e; le llirectnire l'en mi• t&gt;n lJa- Cbaro l; à la lionne heure! \[ni~, pour Mural,
ncm:irk, en Ru. ie, en ;\llemnqne: i1 vo ·age e He a . ez u·uo hàtel'! c·c~t un pafais qu'il
patlouL el n'attrape nulle parl la fortunr. Et, faul. L'avoir gratb .erait bien et l'on insinue
c:m atlendant une place qu'il d ,mao&lt;lc i1 loul au préfet de la , einc que •. i le Con.eil 1?énéle monde, il csl échoué là, Jan Ci! quatre ral du dt\parlrmenl l'offrnil comme ré,itlencc
pièces qu'empli~ent jn que ur le palier les au nouTemeur, Son Alle e ~érénis. ime daignerait l'accepter. )Ialbeureu emenl. !'Empebu tes el le portraits d~ '1iralieau.
Douze autre localair à nom inN111uu • reur ne l'enlend pa. ain i. i. pour un sabre
lorrent Jans ce carayan érail ci-devant prin- d'honneur qur la \'ille offrait h .luool, il ·-'e'I
fùchJ, que era-ce pour un palai à \IuraL1
cier, où Candide n'e1H pa t:tt! déplnetl. Tou
ont droit au jardin, et ducho:-se , jacobin ·, Mural se r1Hl(11e donc à payer, mais il marhande. A pré, en l, \! Ile llcn ·o demant.le
émigr :.. , géu !rau. de.-Litné•• ~(Il •t de chamtlUU
.Olltl franr el 20.1100 rrau,· d'(.pingle~.
bre du ci-devant roi, ·uisinières retiré-~, filles
Depui.
la négociati011 ,net Loui , elle a, dilentretenue ll!lr. d'àf;e, y promènent le uns
prè de autre· leurs rhe , leurs désillusion - elle, dépen_ ti en gro, e réraration. 80.000
leur . om·cnirs el ltmr ruinc&gt;s. Pour , · ayer franc., don Lmoitié au moio pour le- Loilnre"
dl} l ). 'atisfoire, dan l'bùtcl, ~lie llm-yn ~lurat . e débaL · il prend parlout de · inforremue sa.os ces e le cloi ons, a0 ranJiL el malioos, . on à achcler de,. créances coutre
rapeti se les lorau ·• Laille ile. cuiûncs, dis- les nov-in ponr lCl! eJ(&gt;lÙ!.'-rr jndiciairemenl.
èqu • lt! remi~e, distrilnm l·- env~. · que ne Ile ce procüdé, le prrr&lt;'l de police îl11hoi::- le
ferait-elle pour ai.:rroilro son maigre ren:nu détourne, lui allr tant 11uïl ne lui en cmltrra
guèr(' moin et que, à 800.000 francs, r.arde I i.liûll fr:in" l
li ne uf!Jt pa.! à paH'r l'intért~l de . i(II .noo îairc ~ rail 111lmira1ile. 1n 01; p rLera pa::. nu
rranc &lt;l h)·po1hèq11e dont c~l gre1·~ lïm- conlrol la omme ronde qui ferait ja~er ; un
meuhle. _\u~si l • proùuil" du jnrdio hai'sanl n'y mellra qu fiîU.11( 0 franc · , le montant
tou,joun, ,mi '-t--dlc érieu "Cfilenl à vendre. peu près de t'réance hypothécaire . lin
hi rui, ~Il l' h• r 1111Îl'I' haul•lll Jn s••111ill10lllme
rn ' r1lu11w li~ fl•r 1111 i u"e .. t ,,a ... ~Il hcnut{1,,
\fai à qui? Les gro. fourni. eur~ .on1 n:in1i· même toup, nn rabattra les Jroils d'cnrtgisJ'Ai liltl Ulu•IIC 1111 11Qrn •1n'nn 111 ';1 lr.11;1111• -.w ~ l111f~.
clic princ~ ù'à présent ont-ils assci ridlè ? trement. A la lin, c· t marché conclu ho
Qu'il ,soit 11.ncieu, r1ul rupo.1rtP. 1 Il n~nut d,• mt..•mvirc
IJu P ,lu jn11r --c11ll'llien1 ,-ù m o n rrom I':, 1iorl è.
Lor. l(Ue le prince Loui a rnulu 11uillcr son l,l aerminal :rn ~Ill (:\ :ntil 1 0~1 et, au
prix qu'a e1i ,d Mlle 1111\JD, l' Ely ée ,·i-de\"anl
Et c'est a~,;ez, cc L lon-J'ierrc de Vig11y c•I joli bùtcl de la rue de la \ ic1oir~ pour une Bourbon deYil'Bl le palai du prince Jua1·him.
le p.\rt• d'_\lfm.l: el, a"anL d\11trcr à la pen- m:iison p1u. respectal,le. 1p11 u'eûl pa :1é

ans, ans qu'on ait jamais pen,é 11 leur demander lin loier, de père en fihi, 1
eroux
vendrmL lit de la noutte et du tabac, et c'esl
rumme une proltanle marque d • la famifütriLé et de la Lonhomi' du lemp · pa$,é, 11u'un
sil~·lc durauL, contre I ur mur cp1c Mparail
t·tltc bar::tl{ue, 1m priuœ, uni· maîlrl'~~e &lt;le
roi, dcnx rois, une prinrc. se J11 _::i.n;: l"l un
fl'rmier "énéml :iit•nl toléré ciuo de petite
f!eus \'l'CU" . enl, •1uitt à ce c1uc la foçade en
rtîl moins ne!Le.
Dt;:; l1uinze app1rtemenLs taillés dam, l'hôld,
trois senlenPnt pa sent J.000 rran . Le
r 'le va cJc :iOO à !IO!l. Pour l.200 francs
par ,lll, la i-cmc dn maréchal de flicl1elieu,
,learmr-Calhcrine-Jo~eph de La\aulx, c•i-de\·ant )lmc de 1\othe, occupe ur 1, cour, dans
le &lt;&gt;r&lt;111d eorp, de hàtim ·ut au premier étal!C,
qualro hell '· pièces, que douhlenl quai re
pil&gt;ces en entresol; elle a Je plus cui ine au
·econd, chamLre de domestique et cave, el
r•Ue jouit de fa promenade dans le jardin pour
elle. H~ enfant et le gens de a mai on. En
face. au même étag . avec trois pièces au
preruit~r et quatre en cnlresol, habite l.ouisPicrre Quentin Champccnelz, œlui-là crui, en
nais a.nt, cmLlail ai; ur: du "OUVt'l'RCment
des bourgs cl ch1Heau · &lt;le lc11Jon, llcllerae
el Cba1·ille, de la capilriin1•ric des cba-sC'
ùesùit.s lieux, du conuuandcmenl de l'équipage du daim - Lien mieux, d'une des
quatre char:7e de premier valet de chambre
du Hoi. Depuis cioq gé_nérations, le Quentin
tenaient el se r pas aient cet office, 11ui appelai! toute le aulr fa'"eurs; c.'lr si, pour un
vah de chambre, un mailr• n'a point de
ecr 1·, qu'esl-œ d'un roi? El de Versailles,
d &gt;s Tuilerif", du Lo111 re et de Meudon. le
voiei tombé en trois chambre:; à l'Élj"ée.
Pour ~e con.oler, pen e-L-il au moins &lt;100
c'est cneorc nue mai ·on rople?
Au même éla"e. à gaucbc ur la our, 11.
loicr 1I • 700 frnnc. , un citoyen Vi 0 n ·, inconnu. n'e::.t-il pas vrai? car ce n'C&gt;sl pas
même l'.C Vigny qui joue les finantiers au
'l'bi!tllr de l'lmpcratricc; c'e:l un jt•11r L~on
de igny. Oui, el cc wr tout de uile chanlent dans la mémoire :
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PnfaÉRJC MASSON 1
dt' l'A c~jimte français~.

Madame de Brézé
Par Edmond PlLO

Il •.'

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,I' ;aUh •. ,

m11.,i .. 1JU1 lUP ul

la ,b111c et le· . ~J"\·iteur 1,1111 Nt·
~c111hl1•.

Ui •" ' o)lr, 1'rrmtr,· d t,cn11r11
.1.r,r Jri Darm:i.

Du gentil mariage de
Madame Charlotte.

L · anci1\n chroni11u('urs et poèles du u •
et ùu xn " ·illdc, depui · m:iitre E tienne Che,·alier jusqu'à H.iir et llr:mtôine, vantèrenl
tous à 1:em·i le doux el pnis·anl pouvoir 1111e
la demo1sdlc de Fromenteau, dc'&gt;enuc Â""Dè
11rd, t 1m:a lD .a ,-ie ur le bon roi Charle .
lamai, plu· lëndre· amour ne donn~renL
fruit pins Lcau1 que cru:r riui na11uirent
d'une liahon si cou tante entre une dnme
Ir~, jrune el 011 ,,.1illanl roi. Les amaut, cela ·e connait - unl pireils à tel arbres
divers; si l'arLro est chéti[, la pou se sera
mihre cl. . '11 e t dru el fort, la p us e sera
haute cl \ive. Airu i en :iJvint-il a\ec le roi
f.b:irles , li, a J'emmr.: Marie d'Anjou el ~lndame .\ !!Il . Le. enfant~ de la reine laric
td~ Yoland de f rance rt le dauphin Loui :
é_ta1ent de taille mai re el de peu Je maintrcu ; ,eux dé ~fadarue ,.,.o ~ , encore qu'il.
fussent b:1tard ', étaient au contraire d'expressio11 aimable, de gr;ice tendre et de
uaYc.a ... prcl; el commec'étaieulde fill~
il Fallait o&lt;lmirer à quel point la beauté
de leur mère antit donné d'anr(!fflent à
four. ·orp: et communiqué à kur vi age
un edat cl un rayonnement incomparable~.
Quand fodame A~nè, accoucha de ilarie. qu'on appelait a~~~i Mar uerile, le roi
donna à on onùe le cl1àten11 de lleaulé.su~-llarnc, l'un des plus plai anl de ceux
q.~1 fussonl en lle-de-1 rance, auprès d
\ mcenne· · quand c~ fut Jeanne qui na1l11~l, !I donna a ,\gors le chàteau de
llo1:.-1!~u~ eau non loin tf e Bou r~e : mais,
en li.)J, 11uand Charlolle 1inl au ruonde.
a le roi lit présent, à celle occa.ion, à
)ladame de Beauté, du château d'I ·oudun' ll.
I.(• roi Cbarles était lrèshonet Lrès amoureux; c'JtaiL sou bonheur de doter ainsi le
~nfant' ~•' on a~e, el, i! ne lémoigoait au
cœur 1Ju un souci : celui de voir cc troi ·
I ., !1&lt;10,11,- lk~•~· •1,: ..! 911&lt;'" ~o, el, la Dam,·
de Briwlt,' {Pans, HJ09}.

fille :l\•anr. •r eo :'tge el en éduction cl former, autour ~c Madame Agnès, ce corLèt,
?eur~u el IOUJOUrscharmant qu'Euphrosync,
rhalie el Aglaï. C(IOJposaient - dan les
l mp païrn. - auprè ùe Vénu leur m .re
.l(adame ~bar loue . urton 1, la pîu acromplic de lro,~ œor, p11r l'aurait Je ~a pnde_ur; sr~. façons. de sourire et son air de gràce
!tu. ail 1 ·mcr,·e1llemenl de ccu1 qui étai nl
admi 11 la contempler. A quinze an,, qui e:.l
à peu près l'àge où le filles , e forinenl, elle
était déjà une manière J per onne admirable; ol, comme elle :illnit, sui \ie de :e
colomlics cl de ses lévrier , à ciité de sa mère,
dan le parcs royaux, on dis:iit, en le comparanl ain i l'une proche de l'auLre, que ~ladame Agn ' n périrait pa. pui c1u'elle rC\'Î·
\'rail un jour, lraiL pour Irait el ngarJ pour
re•rard, en lladamc Charlotte.
Or, il ad\'inL que la mort, comme pour
donner plu de vérité à cc. parolet-, rappela
Madame ,\g11è· 11 elle d{ln le terop· que celle
dame, a)anl rruitLé son chnteau de Vernon,
't•n éLait aUéc à l'aLbaie de Jumiène~. EL lb.,
comme dit \lonstrelet dan son Y1eux t:1le
onïf, « après rin't lie en. L rait un h:iult Cf)' rn
réclam:ml Vieu et la benoiste \'ierge llarie,

.lf.ulr e Jean D:11wel. trt infttr f r esi:lt nl a u P.J rlt m t nl dt T,, uUm s~. tl 1Jt.&lt;sirt Jt"-11 iJt ne~1t1•~ u shit· h;J.l
.f.411Jo u, t ,ilrt r~1ll J.:rn s f.a frkon, El 1.i, 11$ /lr ml 111"-rcM au rrom du r, ,i Jwr r11:if/rt. (l'ng~ 3~o .J •

.... 3o ....

... 3o8

I'&gt;

e épara son rune rd'aec1Jue le corp 1&gt;. on
amant, le r i Chorle nlleodit encore Jouze
an11ées arnnt de l'aller joindre au tomLeau .
mai . ponr le ,i.age de \fadamc de Beauté
es 3eux si d?UX et i hl •U!;, • e. li-m•. pour:
pres et humide , ws chrl'cu d'un meneilleux blond nn pr.u cendré, iL continui·renl
d'él'.louir encore ~u moyen du mutin visage,
Je l heureux our,re. de la bouche mignonne,
de· fin chcYeui et de Lou le. traits de la&lt;la me Gbarlolle. El comme cellc--ci, en plus
de tanl de ·éduction. naturrlle ·, était tille de
roi cl ldcpuis l'élévation du dauphin Louis a11
lrùne) aus-i sœurderoi, il y avait, dans Loule
la cour. énmlnlion de jrn~e neutil hommes
autour de a healllé.
Déjà les deux autres Làtnrde· du roi
Chari~. l':ilnée )I:irgucrile cl la cadtlle
.leaone, avaient rpousé, la première 1c !lis
de Pré8"enl de o~ti ·• amiral de hance, et
la econde le comte de Sancerre, \.ntoine de
fütcil. Ce dernier mariage nvnil été célé!Jré à
Tour· à la fin de l'an I iG J ; le 11ouveau roi
a~ail prt idé :1 son ncromplis~cmenl: et
c~cnme i.1 a.dvint q_uc c'était un prince ha~
hile. lou1ou r · en grand remuement d'idées
et le plu fin politique 11ue jamais on ,·it au

�-

1t7STORJ.Jl

inonde, il pcma dtJ conclure, nu mo,~n cfo
Cbarlolle l'ainée de :es œur nnturclle., un
troi ièime mariage avantageux Il es proje1 ..
Uan~ œ d "°l'in le roi Louj· fit extraire d'un
,les c.ncbol !lu château tlo Loche , où il
l'a,,ail fait mellrc sou lionne g:irdc, mes.ire
Pierr · de flr 1z6, grand sénérb:il Je la provin&lt;·~ de Xormandie, fidèle à b au c et au
ou,·cuir de Chnrle le cpli~me et l'un de
plu rud' adHr:tircs tJUC le nou,·ea u roi ail
,·u , à son nvt!nement, se mêler à s,e enn •ru.is.
Uranlrirnn, :lu l i1wc de. Capitoi,1es, "
nowm: ~I. de Br6té à côté de Dunois, \ninLraillcs, La Hire cl le_ autre· bomm d'arme ·
rruj en ircnt Chari•· Il après la Pucelle ; el,
il lituL corHcnir que c' 11aiL un lwau olda.t à
,·oir que M. Je llrézé quand il ;i ·1111çail en
tète de e. c.walierc', le morion nu i:hc- r, le
poing - ur sa romllarde de
•rre el en
criant : « ~us! » 11 \le ieur le· Anglai .
.\mené au ch·.iteau de Loches pour - e pier
une pri e d'arme contre ~Ion ieur 1.ouis
IJnzc, il .m1i1 été pou é au rachol au .euil
duqud ees mol c li eol encore: , Entré·,
m '· ·ieun, r•lté.~ f,, I'0!J no.~lre mai:lrc! ~
El, commu )fn,irc J1irrrc de llrélé étail
·•rallll, trê · male cl trè~ fit'r, pour (.'nlrer il
avàil tlù Lai~~cr le front!
·vultifoi ·, comm' il en l:lait, un l,rau maLiu, à médilcr dan~ a rude pri on sur le orL
des gu?~res l'l J_c jeu dr · roi , il advint que
le capltl enlcnil11 approcher les geôlier,, armé· de leur~ r:lé Je for, 11ui tirèrent le ,-crrouil et portaient de$ Lorthe . A peine la
porte rut-elle enlrc-Là.ilJ :e IJUe nraître Jean
llamel, pl'cmicr Pré idl·nt au Parlement de
Tuulou. e, et le ir'! Jt'an de Ileauutu, ~é11éc!111~ d':l.ojou, cal 'renl d:in la prion. El
la il iirent marché, u nom du rol leur maitre. • (lue M. le éntkhol, nu lieu de comlmllru Mes ire, lui jurât ument cl fidélité!
En échange le ire renJrnil à ~1. de Urhé
Lou es comrn:int.l,•ment. '· 11 Pour &lt;ccllcr
l'alliance, le roi offrn.il au jeum• Jacques de
Drl;i ·, l'aine des 111s du :oéchal, la main de
11 tri.· chère el tr'• - ai1néc sœ1ir natui-cllc,
Ma1faruo Charlolle de Franee ».
~(e, ire Pit•rrc de Urézé était trop habitué
nnx camps et aux che1'aucbées po\lr c complaire t•n un tel cbàtenu c1ue celui d Loches:
et, il ~ a'"aiL honneur it n 1gocicr, !!Il plu du
re. k. un mariugc aussi beau puur on fil
ainé. « ~ tm1t bon brornrdcur &gt;&gt;, ain j 1J11c
llranlùme nous l'appr nd, il eut l'e ·prit d"cn
\·cnir, 11\'CC rnailre Jean füm ·l cl me sire
,lcan de Ueau ,·:m à tou le accomrnudcu1culs
que le rui lui fai,ail propo~rr. a [I n c •lu1là ! » dil Uraulùmc rm l'appl'OU\,llll Jo tanl
de a"u se cl prutlcncc. Et, au mol •r1 Je c •l
accord, il orLiL de la lour de Loche~. rentra
d:ins se dig11il&lt;is el rede"int au ~i grand caJJÏL1in que Jcrnnt ]'our en rcmerl'icr JJiru
i.:l 31adame ~ mtre il vinl, de ~on cachot,
'agt.?nouillcr à 'aint-0ur derant la cb:is ·e
oi, le comte d'Anjou, Geo[roy•Gri -Gonelle,
avait rait èllÎcnncr la vraie ceiulure ù~ lu benuil.é Vierge; en uitc, il fut J10t1orcr le mau1. L,• Jout'r11,·d, JJ~r J1..1~ 1JS Uu11,, iulm 1. l111&gt;gl'll•
11hi11u • ~~ (;~mill,• hure (Paris, l&amp;!i •

•ol: d mn r~rc noir où la.dame ùc U1•au Ir, "!tant de lmlrrm!- ('l de fcnvlre~ el la rnix du
étcmJnc de tout son corp charmant, rn-t prupl ,, arJcnle cl m~lœ, riant: 'nël! Yoël!
veillée par dc.1u. an"es o la lètc et thl\ au pas O"C dt-~ (rin ..anL .oldal .
llrTOI illl , au pied . U1, plein de ruulrilion,
Mai , ceux r1ui 11tai ·nt 11r ln Tnur do fouliu
de d1'•\·r1tion Pl J" poir. rl dans l • ,::r:u11I or- ou la Tour "'ainl• farlin pouvaient èncor
gueil de füÎr allier i, ..on fil. la fille de ln 1uic11x \Oir que les autres.
tnortl', il pria llicu •t lrs aiot pour l'iwc
Et ,·oilà œ c1u'apcrecmi,•11l cenx 1p:ii ,:lairut
d'elle.
juché li,. au-dt!S -u~ du damit't dr~ mni3foi , on en convi1•ndra, c'élail l:'i un mnon ·. pai- les trèfle - ajourés de picrr ,
ringP , i11gulicr 1111c ,. ·lui qui ,-'éloil 111:,.oc;,1 entre le· 11oin1 d'azur d,s lourell •· &lt;l'arain~i. en dl'1111rs Jl·. lilin,•,: c11,-wèm1•~, en Jois 'S N Ir_ do.ch •Lon: ainu d' aint-)lartin
11n \ ieu carhol. par d ·mut le. "Côlit&gt;r,., au
tL de- •. aint-\11•xmc.
IJruil dei; H!rrouil et nu feu dl.!ll lllrchc - !
Depuis L! baul Chinon, Je l'e11Jroj1 011 se
,·oit J,. Grand Lo:.:is de radame Jeanne d'.\re,
Il
,Ill lon" de peliles rue· lt•nJuc~ pour kt circon lance ,J,, drap,: gri, dr. drap per-.. et de
uite au gentil mariage de
drap r.earlnLe , orn :c., ·ommc à la FèteMadame Charlotte.
llieu, de "Crues Je Jlenr el clc rameatH,
a1an\'.aÎl an cort~c i11lrni, Loul 1liapré de
11 faut prn5cr 1p1e c'c:;l i1 Cliinlln rp1 'eut couleur - et as~ez ~crnblalilt•, en ·on daqueJiCll la h Ile ft!tc de cc grnnd m:iriJgt•. JJ mcnl tll3 Lannièree, sou mou,·emenl tl'arél:11l un pca avant P,HJUcs llories: et, comme mure · l'l , on l'roisscmcul dl! soi(·. i, cdui &lt;JUC
cc lemp·-là •L Lout prinlanier. 011 po1Hait Fouqui l prignil, Jaa. ~on ,ltlo1't1lio11 ,le,;
aJmircr, nu llanc des coll'aux 11ui Jomincnl ,llr1gt!li, au hcau J.ir•1·r d'/fc11rr·- d'E Li -nu•
1a Vienne, une profu~ion de lieau\ a1·Lrc , 1 Che,·:tli r.
tic d1nmps piqué: d • tonie.· Ici; e p,-cc• · dl,
Ce &lt;:orlègl' inrli11ail mvnnl la pente de la
fleurs. L'air en a,ril csl d'une t[U lité pure; ,ille •t , c ponrsuirnit, d •1)uis le Grand Logi ,
mai ·, en Touraine, il e. 1 u1corc plu~ ·uave t•n pa~,:lllt ou ln arcs lleuris l'i ·u11.· le.
cl plu fin rp1':1ille11rs; et. du plu, loin 11u'on
banderole ; ,;il cl là se dre ~nient, à l' 'lldroit
al'cèdc Jans h) val de Vienne, en n·nant Je la &lt;lP c:meîom·s, de pctir. :wafauds hien_
Loire, par le côté de 311m11r ou celui de lapi .é~ a rnc cl•,; l'ioloncu: cl Je ménétrier.
I lessis, on aperçoit, s'élc\ant :ltkdcs.o del.a jou,1nt tics airs de 1111ce.
ri ière, arnc un bois en haut, dl!. moulin cl
EL il falfait ,·oir 11uc, tout en a\1llll tic la
tic îlc en li~ , la prlitc cit: 11ui se montre, cavalcatle, mnrchaient d •11- héraut3 donl
i1 une c urlte iles eaux, Jomin~e de cloche- l'un portait un pennon ulanc uattu de li·
tons ,le piznons el ùc tour'llrs aigucs conm:c d'or qui élail pour . ladame l:barloltc, et le
un fronl dL· belle dame l\•sl de pcndelo11uc
'l!cond un pennon ti&lt;Tal •m nl hlan..: ·t,mé
et d fermail ou,'rt1 par Je arû ns. Amd'arme d'azur à huit croi.ell
11ui sont
bois , au conlh1cuL de l'Ama c cl de la Loire celle de. Ilr&amp;6. 1) rrii:re eu eL ur le t·ùll; ·,
avec Hm ile . ainl-Jt:an, ou Loche.•, toute de archer à pied et à d1cval de l'or&lt;lonbaignét: de fa Licite Indre, ulTrenL moins de mrncc du roi rcpou .aient un peu rudcmeul
Illaisaucecl dû richrs e eu •b;\lcau .• chapelle
le menu peuple qui gruail la marelle; les
et maisons que ce (hiuon I frais rt $-Ï pim- crane,ruinirrs et arbalélrier suirnient c11
paal que Panlagrnd, ùe Ioules les ,-iUe du •leu. lignt! cncadran I les prince · el L::- d1emonde, élit la première ....
valiers précédé de leurs gonfanon. , moule Ce jour-là, des clochers de Sainl-É1 i •nne. ·ur sdll déma, quinée- l'l chin,mx de l,n.de .,ai11L-Maurice cl de dÎnl-\le,n1l', il ùlle- laille. Toutes rnrle• de damoi eaux et de
\'ait un chant de bronze admirable, un Lhant jeun •s eigneurs .se pre~saicat ·ur leurs pas,
tle cloche qui lrcmlilail ur la ,ille et domi- l~s uns porlanL hNm le ca~que au\: pennes
naiL la camparrne. [I' \njou en Poitou, de J'oiseaui: e1 plu:;ieur en ch3pcron de
alonLsoreau à 1'Islu Houchard el de LouJuu 1t lours cramoi -i. lung, manleam Je alin
Tour , celle roix rrravc moulait au-tlc~ us de Liane tuurré d'hermine, Lordé · d'or cl pala \ïcnne et, Je ville en ,illag~. plannil ur ré~, en 1,roderie, d' aiguillell •s, &lt;le CùtJuill ·.s
le llilJ, entier. fais, cc IDCt~eilleu.x 1•,mœl'I 1t cl de lacs tl'awours . .lu rang des princes cl
Lou les hol'izun éfdlJrut tanL d'écho~ 11uïl ilt' rhe\•aher-,- ·e 1opicnt 1 , rcprès ·nlan
cmblait 11ue l •,' doches de luuraine ne on- du duc Je Dr 1l.1°nc el de 1. de Charolais, le
nas cul pa .euh. ; du fond de l.1 :ologne
Hni füaé J'.\njou. qui n'élail ra •1uc Lnn
de lo 13 •aucc cl du Bl.1isoi!', celle J'Orlt1rtn. , roi mai gcutiJ arli l•; L, au ra11;; &lt;les cidu 1li!,1Ugency, de NoLrc-Dame-dc-CJiiry cl gotur cl de Jam i)iea1u, le comte Je OuC1:llcl) égalcmeu~ r[Ui 1.h1nlcnl, de leur roh: de 11oi , le ire de Lob ~ac maréchal de l'ran\;e
ruétal, au-d~-·u du Loir : 1&lt;n1r!1J111e! l e11lcssires Adolplic de 'lè,·c', Jacque de llourtlù111e! leur r~pondaicaten 11cho ourrL:-.
Loo, Je- ·ei"lleur de au•n rt dr ~forcul, le
A cc cba11L dt-s cloche·, d'un accord si comLe do Brienne cl maint aulrcs ,enu de
joyeux el d'un accon! ~i nuptial, s co11fo11- 1 urs dtiilcllcn:l! · a,cc le Brézé. lie ire
daienl, au-des us do la ,·illc, h: déchJreruenl Jc:111 Uureau grand mailrè de fnl'lilleric du
de ·lairou Leu us par les hù, uls d'armes, le rùi cl maitre Philijl[)e Pol, plus llourguig11on
pa de - genel ·, rons ins cl alezan caracolant 1p1e hançais mai · loul de mèmc de la ~1l •
au ruilicu des plat'e , 1~ ballemenls &lt;le se prc saienl sur !t:s pas Jcs seigneurs 'l lies
mains di:-s Lelle Jarne jel~nl de lieur Ju canliur -.

,·e-

""310 ...

~-----------::-------------------------- M

)fl))VIŒ DE B~ÉZÉ - - - -

\1 sire Pierre de Rrcizé, la tèLe nue et le
fronL « hou u comme le Téméraire av:i.n!,aÎt
ur son cheval de Mte, le ca que dan uni•
main cl on :f' :c !t l'aulre. D'être orti dt.?
on caclrnl dt.? Lo hes, de g ûtcr à l'air libre
. ou~ le libre ci 1, J e voir lëto en un pareil
jour, il étai t loul tler et guilleret; l, comme
il était « r.ou, lumi r tle beau parler micu
qu11omme rie France• 11, il follaitf'entendrc
de\Ï.!,er à 1oix haute el joyeu e. Pour Me· ire
J:ietp1cs de Brélé, on fil , l'épousé du jour,
il t•hevauclrnit UDe manière &lt;le bfonc et beau
cheval à housc;ure d'azur, selle armoriée el
pa cq uille · de ·oie; , on man tel était n
façon cle chape tout , emé de croi Ue , ,on
pourpoint de Yelour :uu crevés: de atin le
· •rrait Lien Jtr lm l Pl mellnit en saillie
tout le corp droit el fier; pour on hnperon
il titaît &lt;l'hermine et l'ai!!TClle, raite d'une
plnmc large et l,lanchc, nvaîl façon de pa-

na,·he.
Toutefois:, entre le , ~néchal et ~fonsieur
on fil ::i magnifiqaès tous deux d'armes el
J, parurr el parmi l'C seigneurs lHalanb
d'acier. d oie et de velours, chevauchnil,
qu'on di tingtuiL mal ncaru:e d .e, pauvre.
babils, un ca1•alier étrange el de pcLile mine.
Une cape de drap noir fourrée de petit gri ·,
d ·~ houseaux de futaine comme à un arli.,au,
Jes ganls de lou\'Cileau, de petite. hollel&gt; et
un mauvais Lonoet compo·a.it:nl toute Ia
lenuu do cc cavalier. [,';iir soulÎretcu:t, cbétir
d' habit Lde corps, il rnbl:iit peu
er au
do de sa monture; cl c'était une singulière
fi"ure que la sienne
ne peau glabre, un
front maigre, d jou creuse , de eux
d'uoe ,i,•ncilt! el d'un feu exlraordinair's,
une Louche mince, un 111cnlo11 o 'Ill et un
nez Lrès long comp saient son vi age. Au
prm1ier a pect rien de plu triste el de plus
morne, une fürure de pauue homme; mai ,
au demeurant, rien de plus pas ioooé et
Je plu inlen e : un regard ai!!ll, perçant,
Lrabi ant. prudence cl cautèle, un nez.
comme de fouine, averti, mobile et !lairant
le dao•,er, des l~vres silche et froides, usé
d'oraison , décelant une énergie et une paLi,·nc' de fer; el puis, dans la voix un peu
lrcmbfantc, au. inflexion
hnnlantes el
molles, un ace nt àpr el dur montait par
inst:rnt d'une ,·olonlé el d'une autorité inconcm11blcs; enfin, a\'CC se ge.~te patelin~, enveloppés de futaine, se, vilains ganL de
chas ·e el on bonnet de drap, l'air d'un
11 , ieux r:it ro ortie fort suspect 1 1&gt; et qui
rc!pandail, sur celle fêle el parmi tant de
nohles et pui sants seigneurs, une orle de
:.-ourd malai c el de sccrèle cr11in1e.
Car lie ire Louis Xl était prudhomme cl
pin· maill,, ménager de e hahits et rude
'l finaud aux gra11d ·. G'tllail lui et nul aulre
qui allait ainsi entre Jes Br !zé, pou.sant son
cbeYal à pe1i ( pa el un peu pous if. J sire
Je.in naisiu, on c ·rélaire el &lt;·rîbe, l
rnailre Jeau Sanglier, on maître de cuisines,
trottaient ur :e.s talons; car c'étaient de
'Cil comme cela, loul humble et tout gris
l

r.uA Tl:!

u,~ : r.l,rn11 iq11cdt·s Ducs tle lli11J.1•9og11tJ

:! 'hu111u: J/ogm Jye

JJtJ&gt;uls le haut Chliron avJnÇIJil tm corltge Infini, /oui Ji11('rd d.: co11leur! tl JS~c:: $t•1.1tl.rl!le. tt1 51)I~ c/.1.Juemeiu
J.- bJn11Ures, so11111oulft!me11t d'armures el $On /roi sem.:nl Jesole, a celltf -111t fo11Jue/ rl!ig,111, J:rns son
Adoratio11 dC!&gt; Mages. (PJgc 310.)

comme lui, qu'il aimait à mcn('r ~ a ·uitc.
Mai , d'ètrc vètu en pauuc homme avec au
oou « celle patenôtre de bois gro.si'•remenl
taillée ,, r1ue Ch:t tellain lai a me, cola ne
I' mpêchait pa d'être fin cl di cri. ~I. le
Sénéchal, qui sorlrul de sa pri.on de Lo("hés
et 'eu trouvai! heureux, il disait, nvcc un
cU.,nemt.?nL d'yeux qui c11 signifiail long : (l Don air, auj urd'hui, beau cou in, hon
air et clou vcnl; il fuit bon nller. » El à
lion ieur sou {li , r1ui était miment liu cl
Liel damoiseau 'D llnl tant a monlurc à
pe1i1s coups de ·es "t1nls el 1•11 Î1J,•entori:mt
tant d'habits superbes : &lt;c Pâques-Dieu, rnilà
""'311 ...

un m1gnon fils I Oui dh ! 11 c l plu~ joli t[U8
moi! 11
C:ir po11r lui. omlllc a écril Corniuc:, il
« e haLiUail d~jà i mal que pouvait cL
portail un m1u,•3i cbopeau diff~rl!Ul de:;
aulLres

».

Ain i le. den Brézé 11l)ajcnt au t·ott!s t.111
roi qui en faisait a garde.
Mai . au delà de maître Jean Rni~in el de
maitre Jc:'111 anglier, il v mail un déploi,,.
mcnl Lies plus l,elfo. li Lièrc el de plu
riches baquen t (1 11u ·on ·q11c on ail me
au monde 11 . E1 Loule.- :laient ruoull bien
peinte el Lien ùéeorées. Dans la pn•mi'•re

�msT0'1{1.JI
itière, entourée de daorni•elle cl de beaux
en!ant:;-pagcs, était ~ladamc la Heine; ~ladarne Yolande, la .&lt;:eur mèmc du roi, 1t:iit
dan· une antr •· t, d.ins le suivantes,
étaient lmc do Bueil, \lme de Coëth •l
mumlc~ jcuucs el LcUe dames, en vclour:
,·clouté, drap brodé brocM en or et en menu
vair, toul · arMranL de huque• et de enlils
hennin a\c'C de long et fin "oilc d'un li u
.'i mince ·L si lran~par •ut 11u'on IH dit que
c·'étaieul le: pan mèmc · de l':vur du ci 1.
+'l •'était i1 laquelle aurait pell t •rie plus
chères, plus riche· rloITe. , plu fins diadùm 'S
penddoquc el bagues!
lla.is c qu'il y avait Je plu' éblouis ant et
de plu charmant b :oott•mph!r. Jan~ le long
corlèg", par-de·. u. lt dam ~, les damoiell et l seigneur • c' 'tai t la mariée.
Mes ire· Oliricr Je Coiîliry et Antoine de
Bueil, e. deu. bea.UI-frère , ,·êtus de ~es
arille· av c nigl •lies, merlette et gueulel&gt; à
SI;'. cnnlenr., lui onnaienl le cbrmin comme
à uue prince ·e; et l'on pomail la rnir,
e·cortée de e page. el de es damoi ·elle ,
lfodame Ch:irlotteclle-m~ml·, montée à l':irunzone avançant au pa cadern:é de a monture.
lai , il laudrai t l ·air en main 1o pinceau de
maitre Jchan Fouquet pour e:-:primcr à quel
point ell êtait bell ;etle~ ange· eui-m'mc·,
dan1- le· miniatures ou ur fin véJin. n'ont
pas plo · de gentille: c.
D'abord il faut dire qu'dle avait une collcb. rdie fort mi nonne; le ,·oilc do on ht•nnin
n'étnit pas de li . u de Chàtell raulL comme
leu d aulr' dame , mais de dentelle de.
Flandr toute em(,c d"oi~eam. dt· pfanlc·,
cl &lt;le gr ndcs gerb av •c &lt;l li ; une mine·
crépine d'or retenait c cheveux d'un 1,loud
2,j ra,-is ·,ml de l'iin et de l'autre cùté des
t •mpe ; une bb •tl •, de la lnunc 1a plu
fluide qu'on pui .e con el'Oir, eD,clopp:iil e.
manche· ju.qu'au main~; le ba dtJ snjup&lt;:
oruée (l'écu ·on étru de dan1a · blanc fourré
de marLre · el, pour le poulaine· qui cnfcrmaicnl stJ pieds, elle étaient blanclw · et
menues, Lrès mine s et très effilées et si pe·
lilc tJU 'on eût pu tollle deux le· tenir en
une main. Mais ce ttui, plu •tue la parure,
enchantait la ,uc, c'était ce joli visag tout
pétri de Jeunessr de lladarno Charlotte : d'abord ce front si blanc 11u':1 peine lui de ladame de Oeauh1 l'a.ait pu être da\·anlaae, ce·
ourcil arqués comm d'une lJiaue ch:\ ~cres e, cc~ yeux qui é.muncillaienl par leur
profondeur, œs ro es pudi,1ues J • joue. el
· trait d,,,, lhrc· plu cuplis et plus carminé
11ue loul ce que pourrnienl imagit1er l pcinlr ·. Madame Ch~rlotle auuçait aia i tout
mignonncm nt: dt.! e mains 0 :mlées ('Ue
tcuaiL jolimcnL les rêne·. Elle iulprimait, du
ffi(.lll\'CnléDl de son clou œrp.' une molle
, denc à on ch1ml. EL ain i. elle él11it i
bclle, elle était i hardie à la foi et i modeste que, ~Ill' tout le parconr , l dame· el
lU rchanùe criaient : Noël! 'oël ! en fr3ppan L&lt;les main • et to1..1t le Lou peuple; .11011/joie! J/011tjoie ! en .aluant le roi Ill Madame
a œur. lai p ur e.Ue, clle .:e monlri\ÎL
ra.Jicu c; elle rougis.ail d1• jofoà cl1llque fùis

que lessire Jacqu · de Brézé, on jt!une
époux el i.t•i!mcur. se détournait PD la ron1•mplant. iu i elle était charmanlc; le fermail de ruLi de ou dota fronl cinlillait; a
ceinture cle ,ermeil doré l1rillai1 . ur a cotte-

l 'air souffrtU11x, ch~tlj d'bl:ils et de cm·ts. u c-11•.:ilia sernNau p,u ftser ,1.u tfos dt s:2 111,,nturt; el
c'èla.it 11ne t!tran![e figure cque la .simrnl! / {PaJrl:' 311 .J

hardie; son collier orféué . 'agilait doucement ur on cou, el, par-dt: sou . guimpe
de liue loil • de lleims, montant e1 'aliaL. ant
comme gor &lt;: de olombc, .on pëtiL tétin OY:til
forme de ,oupe.
Le lon" cortège opulent st dt!roulait &lt;le la
orle dan Chinon; et, }Jicntot, il arri1a à
:iiut-lle me; là le· ·loch battawnt ù Loule
1·olée au-d · us ù, · toit: &lt;le la ville · le mén Lrel· Jouaient de.leur mn i11uc: le· enfant p g' emni'old•Oeur I degré· ùel'é li e;
et, ce ne fut pas le moin étonnant des ~pectaclcs que du voir )ladamc Charlotte, nus i
éLlouis nnle elau si hrillanle qu'une princesse
orienlale. avancer ,·er l'autel. entre le roi l1
dextre, le énécbnl à sen ·tre et un grn.nde
uite de dames rt de seigneur· Lourangc;mx.
~ladamc Charlotte, .a.imi, était foute belle
et lumineu. e; M. le énéchal amil façon de
prioce: mai· M. J.oui · de France, en s
\ilain hou~u, sous on brmnel gri · t
ou· sa cape II couleur J'araigne ,f arniL fort
pileux air- el il fallait le voir hurucr l'encens
a ·ec .ou lon" ne,, bai&lt;:cr bypocriLemenL :-;a
patenôtre et, au lieu de prier, faire tout Ln
le plai,anl nvec ~ · compères : maitre Jean
an lier cL maitre J an fini in.
L . oir, il ~ eut un lr \ beau Jlner au ch:'iteau; tl, si le bou p:i.lis.icr cbinonai Innocent étai I du service pour ~oufOer le- pet el
l croquembouche , il ea dut, bien plu
ard, d~crir la .plendeur au pctiL écolier Rabelais. Car oncfp1cs ne ~c I ircnt repue pareilles à la cour du roi Loui : d'ordinaire
[ ire élait plu ménan-er de tournoi , denier el t • tons, illllassé ou- on père par
Monsieur Jac11ue Cœur; rnai~. pour Ma.dame
0

Charl0Lt11. sa ,1 . ur tr' amo5c l&gt;, il n'y avoil
rien rrne Louis xr D m.
Ajoulon: qu' ce repa~ tout pan La rruéli11ue
le convÎ\1•. étaient forl Il propos dislriLué ;
Madame la Reine avait lié placée aupr" du
roi René d'Anjou on avait mi . le énéchal
prè d princes; le roi Loui ',5tait aménagt
un fort Loo fautcu.il entre les ép ux ; pour
le. petile. •en de la uite mallre Jean fuisin maître Jean Sanolier cl aussi mailre Arnoul, J':12,t.rologie11 aux hiibit · d'tlt.oil •! au
chopeau ]'ninlu, il e tenaient proche de là
am! les ,·aleL · de meutes.
Parlout, . ur toul , · le- Ion •ue table dr ·séc~ sous le~ hauts lambris, brillaient le'
coupes el le. cri tam; il y avait profusion de
g•rb · eL de ycnàbous dao· l •· pl L- d'étain;
el ceux 11ui e Jre'saienL de Loule leur taille.
mu de eurio,itti ou de nourmandi. u, aperccY3ienl au milieu d la t.abl • royale, au-devant
des mari~ , des p:ltés de Touraine arrangé
1 n petites nef
a,·ec des voil -· r.L de pa,·illon , ùe jolie aiguières oi1 Fumaient le ,in ,
puis - domimml le coop et le r~mpotier
- un très adroit c rI eu confilur' , brama.ut
el mu ,1holi-, et ùc forl joli chien , copié
sur œux de la meute du roi, aussi en confilure:, lui mordant le jaml1es. Et Lou ceux
1111i étaient Ju enice de cui. incs av ient
que c'étaient le ruallr ù'bùtel Je.in "anglier,
Ymhert llœ elier, ,·erdier de la forêt Je Chinon, et Guillaw:ne Chalour:y, le ,·arl t de fourrière, 11ui avaient compo é ce chcf-d'œuvrc.
liais Lientôl, il y eut un granù hrouhaba
de cou rires; et, cc fut quand on vit que tou.
le· écùnn ·onnier·, li ut iller , paonctier ,
écu ·ers Je Louche, varleb 11u1:1U el ma.itr
entraient à la fois par 1· portes en portant
les plat . cu);-ci ~•11le,·aicnt pour la plupart
fort bien travaillé el ornementés; il ) c11
a\'ail de toutes les \'aritté · cl de toul' le ·
forme~ imaginable .
La forêt de Chinon ètail peuplée alor.- Je
très plai ':in tes bête· et de Lou t le gibier po jble : cerf • bich~ , Ja.im , sangli , lihrc1i,
connins, qui sont faperc;m comm l'on nit
1 au si de !a.i ans, paon~, perdrix et bé-

nI TORIA

ca.s~e ·•

L · cba ·seur' rt le fauconniers en aYaienl
fait un rarnago ét ·ndu; . i bi n qo ïl · en
n,·ail une tr'· !!rande al,ondancc, le tout
roü avec des herbes ou cuit selon les "'O\\ls .
D'abord b pi ··l:C, toutr. fumantes et ; :pan•
danl partout une chaleur gourmande, étaient
11menées d vanl le !'OÎ el la reine; lù, l'écuyer
tranchant lrauchait: en. uitc Je nrlets distri)}uai nL les pari.$ et pui· les .aucicr le
sauçaient.
Les pnnueùers lai aient ervice &lt;lo pa.iu, les
échanson· et houtcillcr~ enic'-'l de tout ce
•tui e·L à boire, et, dans cetlc intention,
nvaientm· · en perce un l•on douzain de q_ueue ·
de l'in de Beaune ; ma.is, pour .llon ·ieur Loui
. I. il pr lféraiL son pelil pineau de Chinon el,
il élail pmi ant d }(. \'Oir n Lu\'ânl à p Lites
lampée. comme le renard qui ucorail a la
treille; ensuite il claquait de la langue rorL
puu royalement, el, lel qu'un ,ieux rat en carème, au lieu de toucher aux ,·iande comme

LE U
ET
AVE

Lo ·1:,-P,11L1r1&gt;E-Jo·Eru n'OR.LEAN, PL • T,\.RD ÉG LITÉ)
DE Cll1\ RTH.E
LA DUCHES 8 DE ' HART E ' (Lout E-ADÉLAÏDE DE Bo HBON-1· E:'\Trnè,,1rnJ,
LEUR F'IL .\Î •' É (LE FUT R L ·,s-PmLIPPE l") l!T J..A PRI.: E E .\DÉLAl'r&gt;E o'O!iL!l:AN'.
( rnv-urc Lie

• DE

•

.U.\'T-AUBIN

cl Il. I.IEUIAN, û'aprè le !llble;iu de C.

LE:PEINTRE,)

�'·---------------------------------h,s au Ire·, il mordait J,. fè,· el grignotait
aprè le châtai nes.
Toni ce!. dura ÎOrl lonrrtemp:, d'aut:uit
qu'après ces plats-là il en avait d'aut.res;
cJ'abord des ci~et.s de lieue, poi · coulis el
rùt.s, de oiseaux en dodine, tourte lombarde.s, ptil de géline et chapons; en uite nomure de poi ons : hareng blanc , brème.,
turnuous, perches au persil, tanche rilIécs, merlaus el pimperneaux comme en èar~m ; l't pui · d bourrées, de el · cl des
. almi , enfin dé boudin sauci· · • cn:pes,
pipcfarces et autre . \lai , cela n· :1ait pa
tout; et il fallait compler le, Je·. ert· : dragées, pommes cuite , g teau , crèmes, figues
de Provence, oublies el pllts d'E pa le,
il l' avail tant el tant à manger et à boire
,,ue, san le mu 'icieo ,1ui jouaient des motels et de ber cretLe el :.an· les plai ants
qui provoquaient
rire~ par rnoult J~\·i el
,ioyeu clli ·, jamai· les conrivc n'eussent pu
aller au bout ~Il fustiu.
Y:ù ·, là où l'ou riait le plu était encore a
la lal,lc du roi Louis.
U imporle de avoir que ce prince, avant
d'être roi de France, IJrouillé a, •c on père,
avait quillé le ·ien et 'était retiré à Genappe auprès cJe ,r. de Rour••onue. La petite
cour de Genappe a"\"ail é1t\ pour LL1i la plu ·
douce en plai anc el la plus docte en propos.
Ue ceux-ci il a,ail rel nu un rand nombre
dont il faisait des cont avec un tour à lui el
toute sortes d e te·. 1,rorard · el •rrimacc ;
car, il fanl dire que 'il était chich1,; d'habits
el bon économe, \les ire était prolixe &lt;le verve
'l sa\·ait e mmdir as z vertem nl. Le 111, toi
;tait finaud mai aus·i il ëtail JO}CU , et rien
ne lui agitait plu la bngue cl n • lui farci sait plu la parole d':int'CÛO eL ailfü, tiuc
quand il avait touché a111 mets t pi du vio
·lair. 'a ~usticité, plu 1pl'cn nul aulre endroit, ·· erçait table; el, c·e l 1à qu'il a,niL p 1·cer de c~ traits es ami cl es
0

et farce· galoi · . C'él,cil M. d' La nle qui
loi avait nppri. 1p1'il y a quinze joies 'n marÎ3"': il ajoutait qu'il 'Cs y·u cela fohit
peu car il ) a bien d'autre· prines _ur le
joie . Là-dfs ·u il pinçait le menton de \ladame a œur qui était à ·a droite et c hù de
\lonsieur on L ,nu-frère qui était , ·a ,,:111che;
et, il leur di ait : - (1 P qoc:-Uicu. me mignon , je YOus duunerai ce petit lin•; ,ou
lirez la quint• joie; et, ,·mis apprendrez
qu_'un mari doit èlre bon
l'aiguillon el
accoutumance . inon il ) 11 coq· .t damoi eau,;
qw ,,iennent dan sou lit et 1111i prennent on
Ilien! ~
Madame Charloue était pourpn' d honlc
l Jncqu de Urt!zé, 11ui l'rnlentlail mal, US'-l'Z
p1ile de colère; mai Loui était I roi cl pouva.il tout dir •: el, comme le , in pin •au aJoUt
à l'e ccll nec d'un hardi langage, iJ allait.
allait cl narr:til des conl0$. L1• · Ce111 • ·0111•ellr. no11ve/LP.· lui ét.1icnt w1 rccu •il nJmirable pour c la: il les nmit loulll cl telles
rrue \1. de La • alo 1 lui a"ait dit ·· à Genappe; a ven gras e l raîJl ,u e excelJnil à
les répéter; mai·, comm1: il n·~ a jawai de
meiUtiur&gt; raLon.s qu'épousaill · pour c la,
il -'r tomplaisail, à ce rand diner, do tout
son e.prit. li fout Jir 11ue lL le , iiul:chal
qui tiJ.ail ·orm:1ud, c'e·t-à-dirc Lon parlant,
en ~avait d g:iillnrde, rL le lui retournait;
mais le roi en avait, sur loul, de ·upérieure .
El, comme Undame Charlotte tait la mariée el qu'il l'aimait bien: - e&lt; Pàqucdlieu,
disait-il. Pàqu · -Uieu, ma ·œur lle, c't~l au
vcrl qu'on prenù le linudd; garJci-vou. toujour genle el b •11 1 rntre rnnri , era Loujour · flÎlre. » Et, lion ·ieur on lpou : -

0

enn mi·!
Ce &lt;rue les ire goûtait par-d •s u tout, en
un hou repas et plu qnu le lion. plat , c'étnicnt les bon mots; il ne reculait dcva11I
au un des plu. _alacc d, c'éLtit on plai.ir,
à ce· moment -là, do ,oir .\ladaroe la fl eine,
Charlotte de a,·oi , dolente comme compote
tic ·nt-.! •an, cacher •n rou11i,saOL on front
ous on esmoucbail. Car &lt;les dames il .avait
loul r-0 qu 'ou peol 'al'Oir · Éli nnelle de
hà.lon cl Péreltc de BesMçon l'a,•aienl en_ei•mé atl mieu , cl cela lui était j pfoi ant que
«celn · 11w luy fai.oiL le meilleur et plus la cif conte du.s daine c.le jo e, H es1oi1 - dü
Brantôme - le mieu ,· nu cl re. toyé et luimèmc nc ·'êparmaitàcn faire».
'e t bi n au i ce 11u'il fit cc jour-là, el,
n'était-cc pa piquant de voir ce Yieux rat
royal, placéentr · deu. jeunes épou , montrer à tout prop s co1Juct el mu 'qu •7 Il dit
d'abord pour natter Philippe Pot el 1'CJwoyé
Je 1. de Cha.roi,~. 1lue, de .on .éjoor eu
Brabant chez • (. de Bourgo!!ll , il avait ,ardé
le sou,· nir l meilleur ùe docte et honorable
homme An.tome de La 'ale; que nul, plus
c111e celui-là, n arait de joli vcté , doue ur

&lt;.; 1um.,r tl m;,flJ·t's t'1t/r.i1en/ ~11 fort 1nl lo flJts. Ctuxtf s't!ln·.:i~nt t,)ttr Ili r1up,1r1 for/ rien frav.il/lt$ I'/
o7'n,m,cnUs; il.l' t11 a1•Jit d( 1,.m/o'$ /é'S •·.:iri.'h1s tl .:le

/Qu tes,~. formt.~ !m~{!lnab/ls I P~c 31=.)

ï vou. ,-oulrz :irnir ,crlju. 11r la lrcilf P à
'oi!l, ruou 011 in, fait . me ·un:-, faite wcure ! ~ Il voulait dire pal' là que l'an,our a
on économie et 11u'il n'e. t dural1I qu'aulanl
qu'il , l sage. a Sinon disait le conteur, ll
&lt;&lt;

... 313 ...

MADJUŒ DE 'B'JfÉZÉ - - - .

'animant encore, le mari a 'anoncbnlli t 1'1
.s'abc·list II cl le moindre pclit page 1, Jui
~u Îl'rait mir. 11
L prince_c~ et dame· ·t da moi elle
auf la Heine ans doule - trouvaient el,
plai. ant el ,'ébaudLai •nt à qui mielll mieux.
d' ntenclre si hardiment un pui · anl roi de,·î rr de l'amour el d c ru,e. : el comm
Jan ·e hameaux, sou a c..1pe fourré1• el
son vieux Lionncl il 1Lait louL gris, Lou! frilen · d raraliné cl qu_e tous le autres autour
1:laienl IJlanc et poudr 1• et jolis, on eùl dit
J'un \Îeux ral tli ert en eign:rnl à des ouriceao.1 et à de, . ouri .
liai-, le roi s'i!1an1 t II el le· , iolons :m.si,
on parln des cadeaux. Mes ire al'P la 011 secrétaire, maitre Jean llai ·in; 1'011 l1t nu. itôl
confral Je iO 000 !'.'eu d'or pour la dot 1 •
apr. quoi il~· cul Je meneill•u~ pré,-enl·
qu'on apporta ;1u épo111:, tant du roi cl dl.l ln
reine IJUC de~ princes; li: cou cil de la ,rn,
nrnya , douze ta ·e ù'arg nt da poid d
,·in"t--cinq marc,-;, un drn!!Cuir d'or d'au muin
,·ingl- ·ix livre JJ pour ,Uadame Cbarlolle el,
pour le jeune Brézé ~ si hn.nnp l'i une ai,.ui1':rc d'argent •. Loui. en rc1111ircia hautement fü: ~ieur· le échevill': il Je.,; pria à enlr •r et à boin1 • cc qui fol fait; et Mcrsicur
le: éche\În admirèrent qu'un roi, qui :i tant
tle princes cl rigueur autour do $.1 1ablo, y
l'ait ,enir Lie:- marchand de la ,·iJle el que,
d'un duc li. eu , ne fait point di t.1nce.
Cependant on arr au qeait la :-aile pour la
Jan .; le. wunélrier a,e le, 1iolone11\ reprirent le conc rl; I •~ cb:mfr, le motels cl
les her.,erellc r •Lenlirmt a1· i: plu · de mesure. El Madame Charlotte, 11ui anil Ji,, pins
petits pieds el le · plus firie3 jambe- l]tli
.oient. dansa ;1 merwilll', d'al,or&lt;l Je pa · d •
la Heine J ' ir·ile, pui I pa d · Bou rLou el
le pas Je )fada me de Ciclahrc; apr ·, l{Uoi elle
i,int, ruugi .. atilcl, au-de\'nnl du roi, de la
reine et de li. 1 ,_.:nécbal ; là elle ïndinn:
elle fît quatre pas dou_LIL" et deux Joul,le ·
double , puis troi , pa · mcuus recul:,, de11x
leYé , quatre impl et Lroi · auls.
T u. appla,1dircnl cl le roi di ait, réjoui
de celle jeunes·•: - ~ P-'l1ues-Dicu ! 1111 • cela
esl hcau 1 » Et, à }1. le ~néchal, lui montrant une belle-fùle si rare : - « Mon cou.in, 1·raiment, e t-elle pa joUe? \ a-t-il pl'rlc
plu_ b Ile à ma ctiuMnne J • France'/ » Et
M. le 'énéchal était forL content.
foi , JU. que-là, il y avait uu Lomme 11ni
n'n,•ait rien dit. C'était maitre Arnoul, a trulogicn du roi. « ~laitr Aruoul, écrit ,Jt,:u1 de
Tro es le chroni11ueur, Mail fort horume de
bien, a.g, cl pl&lt;1i ant. &gt;&gt; Tl füaj t au cicl r.omme
p, un td3.J1'h• mainsausietrieotl'1'n11,
ptililes liinc · 11u'o11 a cuir' le· Joigl il di.ail
l'ayenir.
,u i marchait-il, à la uile de sou
lllllitre, mtm1ré J e rc~pecl, port.ml babil
étoilé et chapeau pointu. Et 1/Jule.. les dn1ues
cl damoiH·lle c foi.aient jeu d l'enlen&lt;lre.
Le roi, railleur, &lt;li ail ; - , Mon a. lrologi •n !
elles J'ailllt!IIL plus que llloi ! » Ma1'1rc Arnoul
1 [lolelinn i;onlir111êc 11111· 1•ttre ,lu r11i J111,:c ,Je
JJ,mlèaU (1

m11.i I U:!.)

�1115T0~1A-----------------------~
assujettis ail ses grand s luncllcs sur Eon nez
parce qu'il était l'Îeil homme et y vnyait mal.
; l'une, qui a\'aiL le poignet rond cl une jolie
main : - (( l3cl ;:imy vot1 aurez, ma mie,
!,el amy ,&gt;; el à l'autre, qui a,ail le doirrt
effilés : - « C'est fortune, ma belle »; et
puis it d'autre , c'élaient de enfanls; et il
d'autres le lrùnc ; et à loulcs amour et délfoe ·.
Le dames el damnisclles étaient Ioules
conlenl ; mais Madame Cltarlolle arriva la
dcrnièr tant elle ,ll'ait dan é ai·cc son époux
Jacques; et olle fil voir sa main! L'a:;lrologien
demeura longternp , h~te iorliuée, à con idércr
cette liclle et ûne main de princes e; l'on •ùl
dil alor· qu'il était clan la crainte de parler;
et une espè-ce de gêne opprcs ail Madame
Charlolle.
Lt• roi, la reine, le· prince rt princes. ri: cl le · deux Brézé, 1011 ~Laie11t rnnu.
entendre. Eurln, après avoii- longucmcnl médité . ur le li"ne., 1oici re C[UC l'astrologi1' n
du roi dit à la princo c : - et Frn11ce tu e'!,
C/u,l'{(JlfC .·uil, Bl'rl::é le mi'fi.,,s!

»

El, cc rut comme :.i uo vent d • deuil t' ùl
fané la fète. li y eut uaI co,ul t f'roid sikncc.
(/I/J1 $/r.1/fo11s

.te CONll.l.11 ./

Tou étaient -aisi d'étonnement ctde crainl.e; ma Lonnr terre; allèz, cl en nom Dieu,
et le roi plus que touL autre car il avait foi en faites-y garde !
~on a'Lrologico. Le ,·ù-age de Loui. était tout
Puis, se tournaul 11 demi, vers Uadamc
changé avec e e. prits; cl. au lien du plai- Charlolle sa sœm· :
sant conteur, qui :11ait tout à l'heure émer- Allez! et que celle-ci oil votre fille et
\'Cillé les dames cl . eigneur , il y avait là un femme!
homme dur, âpre el tout blême de colère; a
Après ,moi Mon ieur Loui Je France vint
main maigre aocrochée à a ieille pateoôlrc de lui-même au-dernnt de l'épousée; il la
il pa.rul c1u'il en comptù.l le. grains et on baisa au Iront, entre la. ferronnière l le
regard aigu, po.é sur les Brézé, semblait lt!
arcs des Jeux; puis, aprè lui, la reine, les
fouiller ju f1u'a11 fond du cœur.
princes cl les princesse 'approchèrent et ln
Enlln il vint ver eux (]ni se tenaient morne
bai èrcut Je même; mai ·. quand Madame
el l'll re peol :
Cbarlollo vil \'enir à elle es deux œurs,
- P:\ques-Di u, mes. ire , que diL maitre Jeanne el M;:irgucrile a 1•ec leurs deux mari ·,
Arnoul? 'êtes-vous pas à moi?
mes·ire · de Oueil cl de Coëth1, loul son cœûr
- .Ife sire, nous sommes à \'ous, répon- cre,·a et elle pleura fort. Et, landi. c1ue le roi
ù:rent le Brézé.
1,oui , sombre el rénécbi, uivi de se · comEL en même temp~. il !,ais èrcnl la tête, père~, moJLre .Arnoul, maitres Jean aaisin et
s'in linèrent de toute la taille et bai ~rent Jean anglîcr, quiuaiL le festin, l · dan e et
humblement le \·iew: gant du roi. Mai
la noce, on pouvait entendre encore ,tadamc
Loui' restait à le. considérer. En.lin, il parnl Charlolle, dolente et plain tfre, gémir et pleuque on courroux 'apaisât. Et il dit oicu rer tout bas comme font les pauvre biche·
h:i.ut, d'une manière très solennelle, qui était lorsque les chas eurs. à la cha' e à courre,
peu d'habitude et parut pui aole :
les épient, les suivent, les tournent et enfin
- 11l~i, mes~irr , allez en Normandie•, les prenocnl.
(A suil•re. )

LllllONO

PILO"J.

La marquise de Thianges
Madame de Thianges, folle sur deux chapitre , celui de sa. p r onne cl celui de ·a
nai anœ, d'aillcur dénigrante el moqucu e,
avait pourLanL 11M orle d'e prit, beaucoup
d'éloquence, el rien de mam·ais dan le
cœur: elle condamnaiL même ·ouYent le.
injustice et la dureté de madame sa sœur
(madame de Iontcspao) cl j'ai ouï dire à
madame de laintenon qu'clfo avail trouvé
eo elle de la con.olation dan· leurs démêlés.
11 y aurait &lt;les conl à [airl.l à l'infini ur
les deu poinls de sa folia ; mais il surfil de
dire, pour celle de sa maison, f1u·e11c n'en
admellait 11ue det1x en France, la sicnuc el
celle de La flochefoucauld ; et 11ue, si elle ne
disputait pas au liai l'illu.sLraLion, elle lui
disputait queli1uefois l'an ·iennété, parlant à
lui-mème. ijuant à sa personne, elle se regardait comme un cba[-d'œuvre de la nature,
non tant pour la hcaulé extérieure que pour
la délicate c des organe q11i composaient a
machine; et, pour rûunir les dcm: objets de
sa folie, elle s'imaginait que 1,a beauté et la
perfection de son lcmpéramenl procédaienl
de la dilft5rence que la nais ance avait mise

cotre elle el le commun des hommes.
Madame de Tl1ianges était l'aioée de plu ·
de dii: ans de madame de llontespao, el je
ne ais comment il se pouvait faire qu'aJanl
une mère aussi Yerlucuse elle éÛl élé éltlYéc
avec autanL de liberté. Je n'en serais pas
étoun~e de la part de M. le duc de ..\Iorlemart, leur père, qui, je crois, n'était pa
fort scrupul m:, et ùonl j'ai entendu raconkr plosieur bons mot , qui sonl autanl de
preuvei de la maul'aise humeur de la femme.
et du libertinage du mari, tels que celui-ci:
M. de Mortemart élanl rentré fort tard. à son
ordinaire, sa femme, qui l'allendaiL, lui dit :
&lt;1 U'où venez-vous? pas~ercz-1·ou ainsi votre
vie avec des diables'/ » A quoi ~r. de l\Iortemart répondit: « Je ne sais d'où. je viens;
mais je sais que mes dial,les sont de meilleure humeur qtte voll'e bon ange. &gt;&gt;
J'ai ow dire au fct1 roi fille madame de
Thianges s·échappail sou1enl de chez elle pour
le ,·enir trouver, lorsqu'il déjeunait avec des
gen de on ;ige. Elle se mellail avec eux à
taLle, en personriepersuadéequ'on n'l 1·ieillit
point. Celle éducation ne devait point coulribuer ,\ la faire Lien marier ; cependant elle

épou ·a lf. le marquis de Thianges, de la maison de Dama , el elle lui apporta en dot Je
Jfoigremcnt qu'elle arait pour tout ee qui
n'é.tai l pa de on san,., ni daru son allia.nec;
et comme les terre. de la maison de Thiange.
sont en Bourgogne, où elle fit quel11ue séjour,
l'ennui r1n'elle J eut lui iuspira une aversion
pour tous les Bourguignon qu' lie conserva
ju ·qu'à la fin de es jours; en orle que la
plu. grande injure qu'elle pouvait dire à quelqu'un était de l'appeler llourguignon. Elle eut
de ce mariage un lils el dcnx fülc ; mais cJle
ne vil dan cc fils que cette province qu'elle
dé tes lait, el dan , a fille ainé.: que sa propre
personne qu'elle adorait. Elle la maria au duc
de Ne,•er · ; la cadel!e épou ·a le duc de force,
et parlil aus ilôt aprè · son mariage pour
l'Italie, dont elle ne rc1iul ltu'après la décad nœ de la faveur de madame de Montespan.
Je l'ai rne à son retour encore a ez jeune
pour juger de a beauté; mais elle n'avait
que de la bla ncb.eur, d'assez hcau.x yeux, et
un nez tombant dan une bouche fort yermeilJ ,, qui fü dire à ~I. de Vendôme qu'elle
ressemblait à un perroquet r11li mange une

cerise.
l\fooA.ME DE

CAYLUS.

L'Exode des Girondins
S ou&gt; la prcs,io11 de l'imc.lfl&lt;, I• 1 jul11 1 793, le p,uti
avlUlci de la. Convv,tion, - la M011tag11c, comme on
disaJ1 al,;,r,, - prono11ç,i l 'txclu,ion de.s dipu1is modiris, gTOU pu sous l'itiqu&lt;tte de Giro1di1t1 . C&lt;u"
qu'on p ro,CTivait éraient, la veille Encore, le$ idole. de
PQ.rh; grands par l"c:n1hou,iasmc, I• courage, l'ëloqucn«, ih avaient déchainé 11 rivol udon, n croyant de
foRc ÎI la condwr&lt; et fait i ltUT t'Jlusc: des iiCtificu
conchmnablu. A,n,i que l' a icrit Louis Bl11Bc1 • cet
homblc glaive de la proscription, cux-m,mu l'avaient
tiri du Fourreau.. c1 malnt,nant qu'ils n'en avalent plus
la poignée dan, la main, on leur Ut portail la pointe à
la gorge ,.
l e. récit qu'on w. lire est ~dui dr. fours mi.ères, succédant, ••ns 1ramition, i. une. popularité triomphs.lc .
Pé.tion, l'c&gt;&lt;-mtire de Pari,, dont, du&gt;&lt; ans atrpnuant,
tou te la l'ranu itait 11mo11ro1111 u qu.'cllc rôvinh à
l'ig1I d'unot dlvinili, Pétion hait au nombre du pro,•riti. Nous prenons H narration, publiée: intégr•l"mon.t,
&lt;-n 1866, p,u DaublUl (1..ibrtiric Pion "1 Ç••) i 1,. roir« du Jo mai, alors que lot déc rd n 'ul pas encore
rendu; m•h l'cmtu1,r; mcno.ça.ntc dwgnc: &lt;I rt'damc dcjà
du vlctimu,

,lu qu '1t cc jour, 710 mai 17!)::i, je n'arni
pa voulu coucher ailleurs que chez moi,
malaré les vives insl.1uccs. de ma femm1; et
de 1~e, ami . Je cédai enfin à lem-- oUicilaLion , el je pa sai la nuit du 30 au ;; L &lt;la11s
une maison rne de la Chaus ée d"Antin.
J' étai~ chez des "ic.illards tr -.s re pectaLlc. ;
mai · il e,t impossible de peindre [a Erayu1r
qn 'ih avaient. Lis cro~·aicnt à ch~r1ue instant
Yoir la garde entrer chez eux, _f.ure des perquisitions de la _ca-ve au,_grenic_r, le peuple
en lourer leur ma, on et 1 1ncend1er.
Le malin, de très bonne heure, le mari et
la fonmo enlrèrcmt dan· ma cbnmhrc Lou~
éplorés, me di anl qu'ils otaien Lre ~us éveill~s
Ioule la ouil que la générale ballait. Je crois
que j'en e 'été ùr J 'ètre pr1. en orlanl,
que j • n'aurais pn balaucé à w'cu aller, _la~l
la situation de ces bonnes geu me fatsa1L

""315 ...

pc-ine el lanl jtl craignai · qu'il ne leur arri~ât
ri.uehrue cho·c p~r rapport i1 moi.
Je pris cong: dti m~s hôtes, 11ui me "ircnl
partir aYct regret. Je traversai tout le bonlel'ard 11ui conduit j11s1p1 "à la rue Hop1e. Jl:
rencoulrai de forte patrouilles, tJui ne me
dir~nl mot, cl je me rcfugi:ù clicz le c:ilo~·en ..•.

J"~· fus bien reçu; j'y Lrouvai Brissot: nous
y passâme um partie de la matinée, croyant
à chaque in l.aol qu'a1ant ,:té \'li ' µar le porlÏ.t'r cl par plusieur. per.onnes de la maison
nous alliom ètre Yendus el que le peuple ~e
porlernil 1i l'appartement 011 uous étiofü..
Nous in ion déjà bien cxarni11t! ll· local cl
préparé notre relraitu. fol accident pen -a
nou Mcelcr et aweula LGuL Ha.lmcllemcnl le
peuple autoUJ &lt;l e l'cndrcil oil 11ous é1io11 :
un petit morceau de j.l,tpicr jeté dan s la che-

�•

111STO'R..1.Jl _,_ _ _ _ _ _ __ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ .,.

minfr r mit le feu arec la plu· grnnde rapidité, la rumé, orlail par gro llorons; tléj!l
les loc,11nirC'~ cl le \:OLÎn,; 'as t'mLlnit&gt;nl;
11011 fcrmâme le~ port , et non paninruc
Îl •1t-indrc Ir [eu avec la même prompûludc
qu'il iwait pris.
Jë m rendi:s rnsuite à I' s ·emblée. en lrn\·ersnnt le. nroupc le. plu menaçanlli. Lor que j'en sorti , je m'aperçus 11ue loin d'avoir
renonc: à leur. projet., ils le uil'aient 3\'CC
la pl us «ranJe acûYit ~.
.le ÎLt pri-nt.lre un ,Jt,, dan. un Mlcl garni,
rue Ji,au-Jac(p1es-lton seau. Le m~ri, hon patriote cl i:apitainc de la garde nationale, était
pcr é1•uté par les farafrle . li {&gt;tail mi!me,
dans le mumrnt. à subir un inlcrrorratoire,
el --n femme 1·rni•1 nail L ncoup qu'on ne le
m11 &lt;'Il étal d'arr talion.
Le I"' juin ·c passa d:tn lcs mouYem1ml
les plu · com ulsiL Je ru arrêté au milieu
1J"un nrnupe. D· femme· furi,•u.- et ,1uelqnc. hnrnmi-. tri\ t!d1~11fiik me mrnacèrenl.
Je leur parlai avec lieaucnup &lt;l san"-troi&lt;l.
Qm•ltp1es Lou, cilO)Cll me fir 'Ill jour . .le
tra, enü, cl l'on ernpt·chn nvcc beaucoup de
peine que je fus e ui,i d covironu: Je uou\'eau.
Je rw diner cbe.e 1 ..... , où plu ·ieur Je
m col~gues et moi nou nou- t!tiou donné
r ndt-i-vou.s. t\ou arr'l, mes d'y pa~ cr toute
la nuit étendu &lt;:ur dPs cbai~cs, t de ne p:i
0011 quiller. :\ou cominmc de réunir le
lendemain, d.i&gt; le malin, le lrentP-deux prt,1 crit" et l Jouzc mem!Jr · de fa rommi ~ion
c lraordinair , afo1 de prendre une me ure
commuu ..
l,n énéralc halÛl, le Locsin ·onna une
partie de la nuit. )lal nré toute~ no . démarchr11, nou · ne pilmes ras. embler qu'une ,ingL1i11c Je membres. Le principaux étaicul
Bri. ul. Yer'miaud, r.cn onné, Guadet. Duzol.
La di,cu :;ion 'engageaiL, cl on pa.rai~~aït
inclin ·r pour. e r('ndre à I\Leml.,lé ·.
~ous élion rn mèmc temp. _i comaincus
tJllC le péril était imminent, qn no11:, choiimc tleUJ. d' nlrc nou · pour rédiger une
déclnraLion au peuple îrançai , 1!,po itive de
no, prinrip • . 11ui mit aolre m :moire à couvert, édairàl la nalion ur le malheur 11ui
la menaçaient, el récuauffut en elle l'amom·
ac-ré de la lihatil.
Au momcnl mème où le · c-0mmis,airc,
'occupaient de celle rédaclion, le hère d1:
flaLaul ainl-Éli ·nn entra L nous dit avec
l'acrcnt d'un homm · hors de lni : &lt;&lt; Il n\ a
plu - Je Con,·cntion on fait irrup1iou dan; la
sall11 , on 'emparn des députés . .'Ju,c r1ui
peul! aU\'e 1111i peut! 11
.'ou n' ·iun,, · que le tlllDp · dti non , dire :
Clmrf'hlla ' \"Île Je rclrnir •· , •I dtnl'Un d • nous
c retira. J'étai tmc Gnad •l; nou nous ache•
min~me v r? uni: barr1~re r111i crmduit à la
mai.~on de .... ,\ous tou1·hions à celle ~arri~r ,
lorsque nous rime rime ion que la ,en Linclle
pouvait nous rccoonaitro I nou arrêt r.
1 'otL co up,l n11:. .bru IJUrunenl Jau · un rue
Ùl' lraver ·c, el nou march;imc eu nitc ow
sarnir 011 nous allions. i\ou , fim c. beaucoup
l. Chc1. 1foillau pr~lilll1fowc111.

de cliemin: le Lruit du tambour retentis~ail
à no oreill Je tou · c11té , et nous ne fai ion.
pa. un pas an la crainte d'être yrri ·. Apri:&gt;,
bien des tour· et de dNour , nou~ 11ardnmrà un• barrit~rc ~ ez isolée où nou n'apuccvions pas de ,~rdes. lais comme nous l'ahordioo , nou ,üne un \'oilurier b. qui on demanJ11il l'exhihiûon de on p se-port. IJ lçu
de no eule c péraoec. , ne acbaot de quel
côt,I tourner nos pa , n'osanl entrer dans
aucune m~i. 011, oou erron encore dan d •
rne éc.,rt(-es · nous arrima dan le· champ .
1100 apercevons un sui •le assez élevé, non
nou jelOns Jedan., nou · nou. y couchon - à
plaL \CDlrc, el nou - nou meUom; à rai r,nner
.m· notre po ilion.
U élait alor deux henr - Pl demie: de
mai 011. donnai~t ur c champ,-, quelque.!
per:.;onnes se promen3iPnl lor ·1rue nous élions
entrés dan le ,ci le, de sorlt1 tptc nou étion ·
dan ' la crudlc inr.ertilud, de sa,·oir -i oui ou
non nous a,·ion~ él: aperi·u·.
,\ p •ine une heure s\'.1ai1-elle ê,·.ouléc que
11011 · wlle11&lt;l1mc · qucl1111e
p r. onnc~ rôdrr
m1lour du ·ci::11'; oou ne doutànw,· pa: alor
que nou. !!Lions décou \·cris: no11. sor11111es
ou pt tolet · de no poche •t nous r.om·inmi.:s
d • oou - ùrti let fa cer1 ·lit'.
Les JlC'r·onnc 'éloigni•rr?11l I non rll ·pidmes. 'olre Càlme ne Fut pns de longue
durt:C . ll'autre." per nne. urvinr nl, cl Il la
quantité de. gens qui p:i èrcnl suce ,,irC'-menl autour du .ei .. le, nous juge:lme Farilcmenl 11ue ! champ~ où non· étions ser,·nicnt
de 11romè.lladc. C'élailjuslcment un dim311..J1c,
nou
nlendion: très di ûnclcmcnt tuul le
monde, les îcmme , lé · cmfanl, 1p1i jonaicul.
Le .eigle était trc.s l'lroil, nous u'éliou. pn
cnionc~ Ju plu, de dix pieds. et pas un moL
de ce IJUi se disail ne ,,ous rrhap11rut. Cc que
nou: re&lt;loulions le plu ·. c'était r1ue qudque
· üco ne nou sr.lllÎL, ne \Ïnl à oou el ne a
miL:t aboyer. 1\ous ft'inll' pcndanl epl heure'
d'borloie &lt;lan - celle affreuse po ilion, sans
boire ni man"er, u'o.:anl parler, nrlicul:ml
quelqu mot · ù'unc 1·oix 1Loum:e Lrc pir, nl
à pci11e.
Parmi Lou l . propo 11ue nous •nlenJlm •
il n L un 11ui rue liL ano trop forle impre ion pour que je le passe sou· ilencc. ne
lemme, dan:, un IBll"ase gros ièremml éucrgiqn : a Je r11udrai- hi ·n a,oir le. porlefcuill •.
de f\oland, de Bri ot cl de Pétion . " Elli: ne
crorail pa - a snrémenl que j'élai ' aussi prrs
d'elle; mai. moi je n'él.31 p.- nus"i ù1·
11u'elle ne connais ail pa notre relraitc.
~ur lrs neuf heuro, 1101.IB commcnç.:uncs à
aroir moin, dïnquiéludc cl à cum:eroir Jc·s
cspêrance. ; la. nuit 'approchait, il toml,:ii l
qneh1ue· gnulles d'éau , ül nou désîrion 11u'il
en lomb,H Ucn &lt;lavant11ge, au risque d'èlrc.
traver é , afin que le tcmp filt Lien omLr .
'otre projet était de franchir le murs, de
faire en uile r1uelqucs lieues ù travers champs
cl d'attendre le point du jour Jnns un blé ou
Jnn un ei 1 .
Lo Lruil &lt;le tambour · retenti --ail an interruption, t nou f'lltr ndtmc~ de~ cri s d
joie qui nous perçai nl l'~1mc. l'endant Jeux

b,•ures de 'Uite, œ refrain guerrier jadi~ ·i
beau, qui ritieillait dan 1 , cœur~ de. coliments i lier· : (}11'1111 .~&lt;111g Î//lpu,· ribteul't
llôl 1llom, nou faisait ver er de~ larrn!.'s
bien , rot•re! . \h I no malheurcu ami. ;or1t
égor"~ , nou disions-nous. Qae notre inccrlilude était d :sespëranlc 1 que nos coojccturc ·
étaient ·ombr . !
., ur les dix heure. el demie uous nou:
levilm , nou ·ortime &lt;lu eigle, non. tra•
\·er,,lmo Je champ., nou pa · àmes pard' ~u~ de. décombres, nous tenant par l:1
mnin. A.u milieu du calme de la rmil, nous
cnte11dion à chaqu in taut J · ,enlin •li•
crier : Qui l'll'e! lfai • C(' cri · ne _'aJre aient pa à nou,. Nou arrhànll' enfin :m
pied de la ruurnille.
\ow; avion. projetJ de nou. foirt.&gt; cc qu'un
appdlP rnlgain•111ent la courlc 11"11ell •. En uilc
le prl'mit-r 1p1i aurait l:lé monté sur le 1uur
devait délair on h:tl1il el le tendre àl'aulrc•,
afin de le .oule" •r. l,!Ul•l fui nolr,• J ·.espoir,
lon1uc. con 1J 1ranl ce mur, nous ,·itne.,
l'impu~ ibilitê&lt;IP lefram:hfr, allcndusn °rande
êlùrntion. \'ou, a,·iun dcu cannes; uon
e, J} ~ me· d le enfonl'er clan~ le mur, pour
voir si, en les plaç.,nt crraduelhmwnt J'échclon en é be.Ion, nou ' pourr:om p:incnir
ju 1ru·en haut. \l.iis la nrm: cur, la ùnrelé Je·
pierres et le pt&gt;n dïJJten:ùle. 1p1'il y nntil
entre eUcs, rendit encore ce mo ·en imprnlitablc.
" us voilà donc réùuils n retourner dans
le. champs. pour pa. _cr le rt'~I • de 1a nuit,
ne s.'.ltbanl ce 11ue nou deviendrions. le lc11d1,'mnm.

·xou ne retrouv: mr plu· t, même chemin . .\près a,;oir renconlré des fo ·és dan·
1t-~1p1cb nou~ lomb1lml'~, franchi d hai · ·,
n u: nrriv,1me à un aulre i!!le, oi1 11uu,
nou. 1uimts en allendant le r'ctil jour. Je
a 'ai pa · br o,in df' dire 11uc nou: oc prime&gt;~
aucun repos. _·uns romplâmes toute~ le·
heure . Lor 11ue trois heur s cl Je111ie
fr.,ppèrl!nt, nous nou. rnim~ en marcb dan
le de cin d'arri,cr d",1Lord à ccll l,3rriùre
isolé où nous a,·ions \U Ill veille un voiturier
pré~enlcr on pas e-rorl. (ous a,ionc dnm
l'iJJc qu nou paurriou pas ·cr !1 coté de
celte barrière. , ·ou aüon rt•m:1rqué uuc
partie du ruur qui n'amil pa été achevée
ou ttui était tornhée.
, • u n étions ;, 11cu Je distnncû, lor-i1uc
nou 1·[mt cinq ou ~ix hommes cfeboul daus
le chemin. B \·iure11l ru1~me ver · nou,, d
nous I rù mes que notre Jémarch • leur 'lait
u 'llccte, qu'il venaient lt notre uitC', cl nuu ·
re\·inm • - ' llr nos pa..
1111 - ,-om1, .in now en dout r, cnlilês
dan· une rue; nous la ,iirnns tout droit, et
11ou enLron · ain-Ï dnn. Pari , . ans 11u 'il ,ions
fl\l po ·ible de rdourner en arrière. 1 ow
prenons la résolution de nous rendre dan, 1
fanb{mrg 'aint-fürecau, chez un de wcs
parents 11ui ~ c I é11ici •r.
\rrin!s .·ur le bo11lcvard 11ui conduit à la
port ,~ain1-.\111oinc, uou ·ommes incertain
, i nou~ r3sserons p~r lt•s rue· ou ..:i nou uinon: celle promenade : uou ·1ùmo~. 11
1•

'---------------- --- ------- -~----pouvait être alor · qualre heure~, cl cette
hrure él: il . uspccle. ou renconlron un
forl pÎ•llll'l Je cavnl rie qui nou · luîs:-e passer,
·ous faisons pin. d'un l'JUML de lieue ,ans
•1111, prr ·onn~ nous di "un mol. ·otre ~cnrité nurrmcntai t srnsi hlernc11f, 1•t cil' ,:1ail
d,•,•p1111c 1cllc, r1uu onu n'avion· plus de
doute qat nnu arrin•rion. !1 notre J • linalion.
fl1•rnnt I corps de garde dr 1~ barrièr1• du
T rupfo, nou. -ommc, reconnus par un
homme 1p1i a\'crtil la ,rntiul'lle. '-ton. enlendon~ (lir1• lrès distinctement: 11 c'csL Pélion,
c· 1 Gnaucl. » •'ous .en Ume. bien riue nou."
allion: 1ltr,· sui~i . 'iou hlàmi: , ~an: ct&gt;f•Rdanl prél'ipitcr noire pas, ~;111~ nous tléfourucr pour r "arder; mais au boui tl'nn
instant, des ru ilicr. nous aLordcrenl cl nou
dcrnamlt:r,•nt si nous n'étion pa · le~ cilo ·en
1:undet el Pétion. ' ous rtipoudimc a ec
1':1 •. urnn~e 11ui nou~ conwnail: nous dime
11ue oui. Le, fu.ilil'rs nou direol J · le
~uh•re · nous Ill.li accompn«nàme au corps. du
prdc.
\ou in-n11rion alor loul cc 11ni ,'était
p;t~~é la \Cille, si nn~ cullègl11! a,•aienL,h~ ou
non ma . acre,·, cl .i le mème sort non attcnJai1 .
Cu ru1 moi qni :idre . ai la parole à l'olllcicr . .1 lui montrai ma carlc de député, je
lui di~ mon nom, et je lui dewandai 'il
arnit ordre d'arr~tcr les d :puté · en ef-néra.1
ou nous en particnlier.
Je \'Ï ou Lrouhlc, on t•mharra ·. ,lercmarqnai Ir~ di~Linclcmcnt que le omenir de
mon anci •n pouvoii tian. la place de maire
lui en imposait encore. Il me répondit avec
polite. ·c cl limidilo que non, qu'il n'a mi~
point reçu celle con.ignc. 11 [11 œ ca., lm
répliquni-,ie, non· a.lloo continue~ noir·
mardi , cl nous rendre ilan la m:u~on où
now; nou proposi-00 d'aller. »
Ancnn des "ardes rrui étaicnl prêl enL·
n'éleva ln 1·oix. ous prim cnn••é d'eux, cl
11011 ,·oilà de non\cau or I • boui ,·arù.
\ous mJU, ftllicilions déjà d'a,oir é happé à
ce daorrer, lors1p1e 0011, :iperçt'lmes, en
d 11011rnau1 une ru&lt;', 1p1e no11 L1lioo · ui-

Lance derrière .. 'ou pûmes nou dire à voix
ha. se rpte nou ne p:irlerion point de l't&gt;ndroit
oi1 nou avions pas~,1 la nuit, 1•ummenL nou,
l'nion~ pa sée; que nou •. po erion . 1•nlenwnt qn, nous rentrions Jan~ P.iris ;m lieu
d'c11 sorlir, l'l 1111r. notre inlcnlion elail 11'nlll'r
(la.n la mai,on d'un ami.
J'entre Jonc cornm,· un pr :,•cnu dan. celle
moi ·on oi, 1a11l &lt;l foi:; j'tit..,i · monté aux
:1ccl:i11111tion_ ùu peupll!. Je ne ~. i · pou,rquoi
r,•11C111!;t11 l œ eootrn:te Gt !'l'll ilïmpn,,~ion
.ur moi.
:\ou nmm · introJuit=.- . ur le cinq heure.
Jan. la ~aile app lé11 autrefoi. la ,:illc de la
l\ein ·. L'ê1ni1 la où I • comil ! r:rnlutiounaire
L•nait . f' , ·éance ·.
Je ne croi~ pas 11u'il soit possible do 1·oir
nu spectacle plu hiJ1,•ux et pins Jé(:oùtant.
L memhr, Je cc cornit11 d'in,1ui ilion
ronfia.ient, le. un 'Len&lt;lu nr h banc~. les
autre~ le coud . appuyés ur b t:ible: le
un. éL3ient nu-pieds, les a.ulres a,·aienL leur
. onliers en pantoufle · : pre ·r1ue ton· mal
vêtu , m31propre , tonl deliontonnés, le~ chc-,eux h1'ri~,..:s, de! fi_gurc.- affre11~1'.• Je pî·lolct, à l •ur ccioh1tcs. dr. sabre. l'i de.
écharpe· en liandoulièrc. Iles boutPillcs
(.Laient jelé • çl cl 1~ de.- more aux de pain,
des débri de Yiandr, cles o. joncll' ieul l
plnncbcr: l'odeur était in( 'Cie. C'ill:iit là
qu'on rendait la ju ·tkc, ou, pour ruie1a dire,
qu'on foultùt aux pi..:ds (OULC-' la~ id~c Je
morale et d'humanité.
Le président, d'un pelit ton trè pl in de
suffLance, nom, parle du d,:cr,•l rendu dan·
la journ :e d'tùer. le fait apport.er pour nou ·
eu donner l clure.
Nous déelaràioe., ce qui était la \l;rilé,
que non, n':i,·ion, nncune con11a6·anlc de cc
dt:Crct. (, ~ eircon~lnnc s qui arnienl contraint
de le rtndre nou étaient é,,.alemenl incounuc:.

îL'.

C'iitaiL un canonnier qui. mfronlenl de ce
qu'on nou~ avail rdâché , avnit ameuté ~e
c;imarml, cl Je · a\'nÎI por11:s /t ('elledém:irch
, OU$ ouunes donc aliorJtl... pnr huit ou &lt;li,
fu.ilicrs, qui, tout rn nous fai anl de.'
ex,·n c d nous arrèler, nou · di •nl (]U 'il
font 11uc mm nuu e pliquioos, soit d •100I
h· comit : de ln section, oil :1 la municipalilé,
11u'il e. t urprennnl que nou oyon dau ~ ·
ru •s &lt;l',m,,i 1,onn, heure, 1p1'ils croknl lneo
411e non~ uc cberchon: pn. à uir, mai
qu'enfin leur 1lcvoir le. ohlige à c •Lle urveil1ance: , La municipalité t à J 'U pa ,
:ijoutt-nl-il ; ain.i, itoyen.s, . i nm vonl ·,,
uom, ,·on l' accompa ,neron . i&gt;
Ce .(i 1•ou · 10 1li1' .. étaiL un Yérilahle ordre,
au11uel nou défér;îm de lr~ lionne gr-lce.
Nous mard1ous Jo1Jc,er la mai. on communej
les fu,il11•1" al'aic11l eu l'é arJ de nou lais er
t•n a,:ml, et de . r tenir 1t 11110 cerl:unc di,;1

1

1'ou crùme~. aprè l' ~pècc dïuterro1Ta1oire 1o'on nous avaiL fail uhir, qu · I • huil
di1 uandits qm composa.ienl alors C&lt;&gt;l ,:tra.nge
tribun,,l :i.ll,ï.icnt prononcè1' d nous faire
conduire dan n domicik,, pour l' dPm1•u-

a

L' E XODE Dl!S G ffl,01'W11YS -

- -.

rer en él3t d'arrestation . lis prétendirrnl
,1u'ils n'étilicnt pa a" cz nombrcu pour
j11g •r, qu'il allendaicnl plusieurs d1! lenr:,
coll~"'ues, cl partirulirremcol lt• rorure.
Parhl', ,•n 11ffet, arriva. Au~ 1hil riu'il nou
rit. il prit un :tir !tien ompo~,\, il afT,•cl dè
parnitrc e~trêmem nl f:\ch ' de ce 1p1i Mus
,:1ai L arrin\ cl il était sur Jt, - point du IIQLI'
faire Je excu. es.
;\ou· re1·ùmes 3s et rroidl'mrnt t,1111 ce
paLelinaae. -Ou nou. pria 1h· pu ·.er ù:in~ la
salle voi:ine pour ) !tendre ). drc•i. inn, el
nu bout d'w1e heure 011 \·inl 11011: av rlir •rur
non. allions èLrn rer,0nduit. ·ltarun r.b z nous.
Le procur1mr de la comwun mil de. forme. polies à l'cxt;,.urion de ct•I arrêt: il nou~
fil 11asser pnr p)ui;ieur · détour, ponr ne pa,èln• expos,1~ :t.llt re•rard· corieu &lt;lu pnhlir.
D•111 rnitur"~ non: nllendaiclll. Guadet monh!
dnns l'une, aecompag11 1d'un jn"e de 11aix. Je
mont3i dan. l'autre éœalemc11l ace-0mpagné.
Le: deu~ ardes qu'on a\"llil 1lo11né, à d1,1run
de nou
rendir ni . épar lment dam no~
domiciles.
I.e ju...d de paix 11uî m'accompa!mait l1lail
trh li3\·,irrl el ne di~11it pa. 110 mol dt' lrançai .. li 111c routa qu'il n, ait ét,: !;1illcur dt:
pÎl·rre a,,rnt d'èlr • jurre de paix, mni.· que
son patrinli~me l'a nit porté b. celtr pla . Je
ne lui rt:pondi, pa~ un mol, el il contn 11111jmw.
Eu!in j'arrÎ\'31 chez moi el j'eus le plaisir
d'cmbt·as. cr ma femme, r1ui, nw cri1 ·ant
éclinppr, ful saisie de douleur en me vnyant
cl ~cr:c-a quelques larme .. fo IÎ' ~t'lllLl:1111 d •
ne pas m'en aperl' •,oir il ·vant r• 1,:moin
incommndc, el je p,1rlai anir. calme, ce qui
me parul la lra.m1uillis~r.
\Ion t1illcur di.: pierres \Oulul drc~~ •r un
pclil procè-·-Ycrll:11 p11ur me tonficr à la
•JrJe des dr.ux g nùarimi ; il 11e ~ul comment
. . prendre.
lui ùictai, Pl il pons a ma
patienrll i1 l.loul par la lenlc11r incropLlc
nvec laq11cl1(' il ~crivail.
Les dcu~ S'CJ&gt;di1rmcs qu'on m';1mit donnlt:
~taienL dt: Lra,·c ' en 11ui parai. ~ait•nl \1'3im nl fou hé· Je ma pu ·ition. Il de$C ·ndirenL
clans l'apparteror.nl du b:t r.l me lai: ,~rcn t
$eul aycc m~ femme .
En cherehant a1ec attention lou:.; lx~ lieux
de retrait • ,ie n' n lrou,,ai riu'un as.c1. ·ùr,
le 11rcni~r. Un nunlle dan r.ct endmit en
:r,ull~,·aut une Lrap11e. Une toi· cnlr 1• la
Lrapp c ba.i se, rlle peul 'ass11jcllir Pnsu.itc
Je manit•rc f(ll 'il ·oil impos.ilile de l'ouvrir,
i cc n'e Len enfonçant touL rl en Lri. anl 1('
plancher. Je m'introduis par cell Lrar•p .
j'examine bien fo manièro de me Lenir en
pl3ce, j' · porlll 11uclque.s l.louteilles Je 1in,
du pain. J\ porte au .i une •'spio olr, deux
pistolets, un abrc afin de me Jéfendr • u1
ca d'alLaque. J'ajuste ensuit,· de morceau
de Loi an pla.ndir.r, po aol à une drs extrémité sur la trappe t à l'au lre c1lr 1mité aux
pannes du comble. Je vois tiuc ce p •lil fort
' l tenaLlc. L'attitude que je dt!\aÎ · avoir
1\tait un peu gènante. attendu riuc je ne pouvais pa tenir debout ni même a is au. me

J;

C,lllrLer.

�Jf1STOR..1A
l'l d ll('r ·frulrur . , ·ou Ji11oll'; 011 de11m11
l n nulrr nva111ag1• de c:c lor·1l, 1:'e ·t 11u'unc pcr~onn' 111111,·ai1•11I m • 1·l•conua1lrr. d:m, l
ordre d l,i111 faire 1hn,·r I garde, t urlout
trajcl,
t1t:ndu
tJU'
1
,
lace
~laient
11
i,,•J,.,.
lucarni du :;r nier donnait -nr une millier ,
J':ippuiai. Lirn ma Me dan- lt' fond d • la Je ne p:t lui épar"ner le ,·in.
,pw r •lit&gt; "oulli' r :ibnuli ~nit à b ·hamhr
On aurait dil 11ue la cni ini'•r&gt; était dan la
·oit ure, je rl'rmai · d ltmps en t ·mp le
ile la Jomt,.1i,p11• du ,oi,in. rl 11ue j · pou\ai.
ronlidcnce, t.1111 elle avait . oin du garde, l,mL
·eu.,
comme
un
liomroe
qui
dort,
·t
j'n1·par c lie i,,uc Jc:r nt.1re dan_ a mai,nn.
die lui ,er~ • boin•. et t:lnl ellt lui 1l d,·
Je pr:\'ÎD• rdl dome tique, qui •ut l'ntl'.OOl ~ paur filer Je lcmp • Parroi ' e Lon
lt-nlinn 1J.: tenir -.a f,•11 1tr ouverte. J' .~pérai:
Pros i •n témoirrnail d l'impatieuœ, d ·man, ln fo ·1.·ur de 1 nuil p. ~s r ain. î dans la
dail -j j". liai Lientdl venir. 1,a réporr e ét. il
mni~on I rruJ '• par M. 11::iimond, du jardin
J,. \'Cr. er à boire et de parler d'autre rho~c.
de• rt•lle mabon me rr.ndrc d:rn I jur1li11 db
Je croi 'JUe le Prn fon conçut de inquiéTuilerh· · en franchi anl un p· li :ide, ~auLuùes qi1 nJ il Yil . l'pl, huit ln·urc. du ,oir
tt&gt;r n. uilc par-«h· 11 le mur Je la terra.
arril·er.
11ui horde la ri~ièn'. 'l "agn 'r la rltf d •
J' avai. c •rtninemcnt plu. d'impatience 11uc
l'h:tmp·.
lui,
m i · ·":tait ù \oir 1. nuit arriH·r.
J·a, ais ain. i odoun,1 1 plan dt! mnn Mp:irt,
Enfin neuf heure. onnc\r nt. fin ru'ov:1il nrrl mon q1riL él:1it tram1uille. En ) r :11écbi. porl : le lioll , l'b liit. la pt"rruqu• donl j'. i
s. 111 davantanc, Je.~ uhslade.'
pré, ntèr •nt
1arll1, je 1~ mi l me di pos3i à sortir. li
t·n foui·. Le 1110) •n de 1)(•11 cr 1111c d1• loutr. la
\Ïnl au ruoin vin •l de me~ coll'-!rue. dru
jnurm' • ma r1•lraitc erail inconnue! Il• plu. ,
~lnLU\er, où ils 'étaient Jonmi rendez-vous,
111a nui on et œll du ,·oi in ét, i nl si farilcs
non p3: datiwm 111 11 moi, el il me vir •11l
. cerner, «Jl1'il m'était impo.silile d'~chapp r
dan. ce lra,·c. li . emenl. Je pri, con é d'eu •
aux r1 ,.,arJ d · :t·nli11clle•~. En me . uppo, nt
je I emlira .ai, tje dc,crndi !'1!31.:.alier 3\l'C
mJme dans li jarJiu d • Tuil1•ri · , d'autres
, l:irn)'l'r, an. 1•lr aperçu Je mon ~3rd&lt;'.
llRtSSOI.
Ar~us oh, rn1icnl me p:i ..
l\ou: oou. rendîmr5 à pied cbe.: k maro.,ra1111rt e Cmu Ttr:i', d'~ftrés I O!Ql'BT (1,9:),
« \lion • me di:-jP, il r ul renoncer à
h:111dc:· lin .. ~·r . Je me r.ipp ·ll que dan la
cell· id: l'l .ortir &lt;l• ma mai.on, ou dan·
ru a1nle-.\nne, "', e f Ucnt patriot• 'lui
um: bcnre je •rai infaillil1lc111cnl liloqué. »
ri\'ai à la mai 011 J(\ l:tzu~l•r , an. au nne Vtnail m rnir Ir-.· ou,cnl, qui le malin
\h f('ntllU.', p, ndanl ce 'lemp , élail Jau· d •
rn1·mc mr prc, ~Ide m'en aller, nou. aborda.
rra ï?Urs mortcllrs: c'c.: l même la ,; •ul foi, nulencontr'.
tira \l:11:u~cr par h1 bra l lui dit : il Eh
1tail d'un a ~cz lion auC,~
commenr:
·menl
t1t1 je l'ai• 111c ne pl, conserwr la l~lt!.
l,icn, 11i1 t·· l Pélion? t&gt;L-il en ùret11 '! D
\ln rni Îllt'. un,• exc. 11 •ok femm •, unr •!lire, m~i JI! ne co11n:li,&lt;.1i: null •mcnl l'appar- l'end,inl
temp je tirai» M zu~cr tl3r le
fcmmll J'u1w .im• ~,trÎ:IDl'ffiClll rn_ililt•, h:mwt dl.' ,r:1.111s r..IÏ"nor:ti . 'il l:lail 1·om- lir, s I our h:ilrr a 111ard1e, cl •· • ne nie re1U0tle
p11ur
e\.chappl'r
à
1
:urn·illance
de
mon
hoinr nmi , une fp1um à ,p,i j' i lanl d'uhliconnut pa•. J,• p ~.ni à tra r. dl', "îOllt•~.
g:11ion~. était pr'·cnlè· d!L• appronrn que je !!arJ . Jo fois Jemand •r ii Yazn cr c. 1 chez lui, c111i ne mu rce11nnurrnl p:i drl\'nnlan '· li était
·orLi:-. an perdr,· nnc 111inul11 · l'avaucc, la p(lrlièrc r«'pond 1111 n 11. Ju r1•prenJ .1Îl'(!- tard à la ,érilt', 111:ii, il fai,:iit un tr'&gt; l,e.iu
•llt• 111'a1a.il och ·Lé un• r, din .. ut' de g rdt• 111ent : « C'e,t {, .1, il ,·irudr:i ,an. doul, dair Je lune.
dil'l'r », - et :in. :1Ucndre h rt:porn-c. je.
mtio11il, J , OOIIC!'. u11 1wrruqu j:u:ohilc
oa :irrh:lm•• à la port' de I' lié-, Je
monh•
. . l-1n • rd we rnil : 11011 -omme, à la
:itin dl\ me di-·•uh r lor~r1ue la cirlllll 1:u1c,·
ma1bmc
'", lingère. 1 ou~ montoo l'e.c:iliPr
porle de l:i cbamLrr, 11ui él:til :m Iroi ième.
d,•1-i nJrail [a1orabl • el 1'1· Î" 'rnil.
:-an rien dire.
1poncl. ~c ,·oular,l pa. r1:t.lt1sI'
r~ou11e
ne
r
Elle rne donn~ l'nJrc,~e dt: ···, •1ui IraLa. .11•11r de m:iJ3mo (,ou: ·:ird 1 ,e troma
\'aillail ch L une li11~i·t • rne Croix-Je. -P lil~- ccndr •, je monte à l'ol;1ge plu~ haut, je
ur
no 1ia 1•t nou c-onduisit dan: ,a cham:ounc, une Joml: ti,1ue m'ouui;. Je d manJc
1.h:imp~. "Ji. je 11 • pomai: m~ r ·rnlrc Jan
hr('.
J'e111liras l' )l.,zuier, j 'lui r :commande de
i lon,ieur ou lfaJ3m •) est, c3r j1• n a1ni~
n•l a ile 11uc J,: nuit: il (allait 11ur1oir n~
n • dire à pt'r~onne le li1:n de ma relr:iilt•, et
pa:
h-ur
uont:
ou
m'iulroduil,
je;,
htP une
dëlai au m•Jmcnl arluel cl rc ter 11:111 une
j';ippnmd~ le lend~·main, p;ir d~s cris, qu'on
:111Lr~ mai.on 1111e la mi, nnc p,•oJaul I • jour. dame 11u • je tcco11n:1i d,~ ft·•ure, qui me rc- a eu l'indi •nité Je. m lire Iain ·1•r en :tal
J • ril.·oln Ju m1\ rcndr1• ur-le-cl1.1mp dtN rnnnttîl d • 011·.ne; je loi dèm:inJe i li, zul r d'arre l:tlion pour av11ir rendu un : nie
~l~zu1°r 1, un de nos colle"'°'' , d1·meuranl re,icnJra. Uh· me dit '1'1c oni. jP lui de- 11u'on ne r&lt;.fu_crail p:i: à un crirniud, cl
ru :Üul-llou r~. ~I Dll arJ :1ail un rru. - m:in,lc nsuite la pcrmi ion Ùll l'allenJrl! lor. ,pie ru 1 mc les LandiL-. 11ui pronon~ai1•nt
irn. l,011 homme, mai: Lr~ - . tricl dan ;M cbt•l etlr.. Elle me répuoJ: • \,·cc "rnnd pl::ii- celle condarunalion n'a,aicnl t'l ne pou\aienl
srr\'Îee. 'ollé per oune n'enlrait t:l ne ·ortail ·ir. 1) Ju foi :t coir mon rr:irJ Jan' r nli- :i,·oir ucun connaissan t: Je
11u1• ~JaZll}l'r
f!U'il ne ,e pr'•senlàl pom ,·uir 1111i elle élail, lhamhrr, je lui di qu'il Jin •ra id. il ne pa- arnil îait pour moi. Toul ce 11u'il _a1·aicnl,
rai-,
il
pas
~\·n
oucicr
beaucoup:
il
n'u.
·
L pc1rl t;,it un po-.tc 11u'il ne 11uiltail pa,,
pa, C(•penJmt m r~pondrc non. J r•\'i ·n · à c't&gt; t qu' j ·a,ai~ ét • din r l:ht't. lui, el rien 11,
l'l il rallail l'4!pend:i11l 1111c je pa. ~a, ,C par
Ira J:iuw, 1111i me ùit 1rès ohli t ammeul : lui fai"a.il la loi ùc me rt·ÎU er ce diner. Mai.
· lle porlt&gt;.
·n, uil fazuy •r n'ét:iil pas char é d,: m;
lleurcu ·ment mon !'ru si1·n avait ,u Je • Mazu3·er dioc:r nœ nous, ,ou. y d1ntrez.
nardc, l je n'ayai pa à lui rendre comple,
M
Jarne,
lui
dis-je,
jt:
,ous
l'aurai
dcm •s rnllè_
1·1nir ch, 7 moi wc leur a,J,.
ni loi ;1 rendre compl • dt• ma conduite. ll,·11(:un.del ) a,ail mèm • 1li111.1• Je lni di qm• m~nd,:. Je uc ,ou dis imull'r:ti 11n ce tjlli
rtiu_t?ment, il échappa à ll•Ur · arilîe , 1 je
(all i · ,:.,a.lem ·ni Jiner 1.bi::i uu J • m,; ('lll- m'amène. •
fo lui fi. r~rl d, 01011 de sein. li ~ l im- n'en~ pa la Joui m de mir , digne roll "lie
lègu,,,, 1•l 11u je 11• priai Je m':iccompagnrr.
po;
iùlè J • /~ pr ndrc de meilleur gràce ,ictirue. du zt.le quïl m·~,ait témoim ·.
J • 111• l11i lai. -.ai pa. le h•mpr d · la n:\'ne autr• dcmois.eJle ùa.Lil:iit celle rhamlll! it111 · mon dom1•.-.1iquc rut d1 ·n·bcr un fü\- qu'elle ne), fit, et de. me tl•moi;;nc&gt;r un lir •· Il } :mil den lit :;an. rideau , d u
trc, !,1 Jlm ,i ·n 11ril on chap 'au, . on a.lm-. inlérl'l plu. u:ii. 'on mari nrriw ; je lui pctib c.1hi1wl tr:\: ol&gt;scur · scnant d.- "ardt•mit :; s .oulier~. r t nou mont.hue~ eu ,·oi- rapporte comme quoi j'ét.a' ,urti :ive mon robe, une croi t:C donu, ul ·ur la ru~, une
L11rl'. ùnl ·r 1,nnc•· p 11,ail'III me voir, ceoL gnrde, cl je lui cxprim tombicn je dé ire petite rlieminée el deu ou lroi rb:ii:r~.
é happer à a ur ·cill:mce. li me fiûL mill •
1. 113111 r1 lait ,!, 1"11t'· ,l'r,ute•d•l.oir i, la t'.on1. . hi! m1• 1:uu,,nrd ëln1t li lc-mmc ,lu ,hrt•d,•ur
nmilié,, me fait sentir qu'il att.,cll' le pin
,r111Ïu11, 1 .l/111111111,/1 11nfirmctl ,le 1i!J;:i I,• foit t,11,j.
,1,• 11 CowvtRl,ilité 11,men-Îllle, l',rnîc ,l 111n,l11111• l'i·rand
prix
.
~
1
m'obliger
.
.\l:izu1er
arrhc,
dt!ul
h:r, a l:i l,n clt li!r!, •1uai J, l'l.tnl 1;,, Il ful Jr....
ltoD. ,I,• m;1,h111e lnuHt, ch 111"!.111,· 110111111, •111î eu
n• l: 1l'11rcu,111io11 lo• ;-, 1K·lol,r,· lï\!•. w1.,la1m, à auorl
autre per onnes 1ienncnl, lou gen fidl'lt· - 1•arlc II plmicur, rrp1i•1•. clc,n, ~.- ,Il, ,,,,,;n 11 ,fo,·!1•nr 11• lnl unnl r:O,vluti• mrnu,•. , 1 ,,,: ruh~ t,, ~~ ,r11,. ldlrt. à li1uot,
à la l,onne ca.u · cnn mi. de pcr,;,:c111ion
1, • n l l.
0

1

1

�1!1S T0'/{1.Jl
insi m voilà ,cul dan_ une chambre avec
deux jcnnt! pt r onnes d'une ph..-ionomie
inLfres anle, m'hahillant, mu couchnnl dernnt
cl 111 ; elle. , s'habillnnl, ~è conchaol devant
moi.
J'éprou,·(li, je l'nvoue, w · cmliarr:h de
d :ceucc, 1p1c san doulc ctl q éprou,èi·rnl
rm·ore plu que moi. liais il étai! Facile de
,·oir couihien l'action g~n,1rcuse •pt'rllcs Iai:aii•nl ~loi:,iniL de 1•ur.s :ime . ces idée, qui
auraient ru I,·_ tr,, 1hkr. [llt', 11e firent m,tme
:Ilienne de cc~ rt:llc~ioru qui foot rem r 1uer
ln i!elil·ntr·:-$ • de la ·ircon. laure. Je n"ai p, l11•~oin d,, dire qou je ne m,· p('rmi aucun de
,·e propos, aurnnl' de res plnisanlrri~, qui
pussent fforoncher la pudeur la plu- .érère.
J'a"oue m,tine 11ue je n'éprouvai aucune de
r~ scruaLion., aucun de ces dé~ir' ·i nalurd •1u'ils ::.onl iO\olonlairc~ dan l'borume
11nc la nature n l'ail véritnbleruenl homme.
Jl' me fu "e fait honte Il moi-mi'mc si j'&lt;'u- e
ét,.: tenté d'aliu~cr 1lt· cette \ou1·han1,.. hospi• talilé. J'élai un frère arec de .œur .
Un ne. ail pa. jusqu'à 11ur.l point la délic:ile- cc t ingénicu 0 e. 1p1cll s rc -ber ·l1r elle
met dan fos plus pelil dl:t:1ih. pour faire
di. par, 11re tout Ct&gt; rjlli peul Lie cr.
J'ai pa-.,é Lroi_ uuils dlllS l"etle d11mhre,
·ans tiuc, j°tin ~ui ~ùr, œs Jcmoi dlL·, t·
smcnL apcrçues ou· moment 011je me levai· et
je m'h,tLilh1is, ·l am, qne je me ·oi operçu
d,· même Je cet in l..'rnl 11u le femm~ décente m tLcnl LanL Jesoi11 à c.1cl1er.
Ces d •moi elle· me montoit•nt à boire el il
man"'cr, et , rnairnl dllJl 1,.. con r. de la joul'née p~•scr 11ueli1uc, minutes avec moi. Elles
nc pou,·aicnl pas me sacrilicr &lt;le· heure ,
parce 11u'il ne fallait pa · •!Il•) leur absen, · de
la l1outi11ue rheill."it de~ 0U['\'0II ·.
Je pa.-s:1i prtl. 1111r. loul mon lemp ~ur mon
lit nn à lire. Je marchais 4uelt1ucfois pour
prendre dt! l'ext'rcice; mais alor · j'étendais
ma cou,crlUre ur le pianLher, et j~ tuord1ais
nu-pied·, ap1mp.11l le plus ttlnèremenLpos ibli•,
afin de ne pa fairt• dt! broil.
Plu.i1•nrs fois on vint Irappu à la porte ;
mai· ce: dcruoi elles m'cnforrnaient, prenaient
l:i clef; je uc rJpondai p~;;, cl le prrsonaes
Je cendni,mt.
li avail une porte au 'lll~lrièmc qui m'a
hien ouvcnt ocr3sionoé de~ souhre:;aut~: elle
frappml a,·ec ,iol1·nce, cl je noyai· lrluJunrs
•1u'on m11nLaiL iî 1~ ·hamhre. Jl j avait :m si
1111 pclil chien donl les almiemt:nls cnulinuels
m'impalicolaicnl beaucoup.
J':,i au plu· d'u11l' foi: 1111 • jt• ·crai: urpri dan. ma r •traite. Alur · les pcn él'~ J,
plu :oruhre. 'en1para.ienl Je moi. Je me
familiari ni, il nie lïdée Je me [,ri:,ler fa œrvrlle . .l'ai pfo.cé ecnl fois IDl'S deux phtolels
l'un à ma.tempe. l'aulredansmabouchc, afin
de m·a~~ur~r que je ne me maur1uerai. pas.
,ra résulu.tiou a\ail mfann:ioin. de· ir11·ertilude . ,"il était de momeu\$ où i me cnl.'li~
c.11mLle d'nbaodonner fa ,i(' ans Lalance-r il
eu étail J'aulr où je Ill• entai_ moins de
t'OUfW'C, mais je ue pou\'ai~ pas up porter
l'idée dl' lomLcl' , i1,ml enlrc le. mains de.
~c!!léru lllli me p r•é ·u1aicnl. Cctte idl'C &lt;''l
1

1.'C.XOD'E
c lie trui m'a fait 1 plus oufl'rir. Je ne crainai~ rien tant que d'être ::tisi à l'iropro"i. le
s.rns pouvoir faire u,age do rocs liras. Ce
,upplic1. J., l'ima.,in:ition m'a crui·llement
lourmPnlt:.
Pendant 11ue j"étni· :iin5Î •a caplivît1\, mnJame Gon:-~nrd . e Jonnait Ion. Je:; soiu ima.!i:mLlcs pour me Taire ,ortir ùe Pari . la
femme ne pou""ail fair aucune dt:marchu, cllt.:
;taiL cllc-mL~me r11nfcrm1:e rhei une amie.
LP, memLre. Ù&lt;! la compa!?nic.
:i. ieul l' 'U'- ,1u i •cmployaiL•n l avec le zèle le
rlu: "iintlrt'U.l à r:worLer ma fuît,•. ~!.,dame
t:ou~sard :wail rn plu. ieur entr •,'Ue avec .... ,
l'uu J'ru:c qui aY:tÎI promi: Je m • rendre à
Caen. Il y n,~it d1:_j couduil ···, l'un de mes
coU\gite .
Le jour élait pri~. Je de1ai orlir ~ neuf
h~urc Ju i,oir titi mn cl1aml1re et m,· rendre
l'II voilure à la U.1au~. ée-d'Autin, 011 demeurait · ". Je m"hal1ill:tis cl j'nllendai a,PC
!!l'ilTide impalicll('(' 111adamc Cou .. ard. ·~ur
heures t!L dt·mie. dix heures arrivèrent; elle
ne Yinl point. Jamais momenL ne m'ont paru
pln lon~ . k ni' l,•nai pa, en plaet', ,t mon
·ang liouillnnnait; enfin on ouvre JU(l porte
el j ' me croÎ.!i lihrl.'.
a Je 1Ùli point de 1oilurc, nw diL \lmet,oi:~. ard, rl 1ou" ne poun, pa~ p~rlir. ···
m·a oh,!'rvé qu'il ,erail Ir~ imprudent qu ïl
1·ou, ondnisît nujonrd'hui à 'aint-Cloml,
ruai. on ùe .&lt;on a,,ocié, el Ir 11remier erldroit
Oll il dniL 1·011 dl1po.er, allt'ndu qnè des
Montagnards, ciuc [lroueL eulrt&gt; aulrc&gt; · avai1
pas&lt;é la jour11éc cl devait y coucher. 1
Ce coup fut pour moi celui de la foudre!
fl,~:,,ter ,in •l•qunlre Leure' Ul' plu dan' de
alarme· con11nu•lle~! ' ,·iw•t-qualrehcurcs
furent un -,~de. k re-lai le t•lu longtemps
au lit l(U•-'· ji• pu~ pour ne P"~ rnir 1,: jour, et
f]Uan,I jl!
bai ·s,!r ce jour qui me semblait
,i Ion•• à ~·écouler, je ne puL dire lu c.'llm.e
qui entro Jan m11n rime. .Je nl' suis pas
Jé&lt;·ou,·crl, m disais-je, je. ,aL !tien lût pnr!ir.
)fa,lam!! Gon ard entra. l'n fiacre ~(ail à la
porte •JUi m'allcnùail. ;\ou.- d1••cen,Hr11e- l'escalier. l.':1lléc, contre l'ordiuaire, e Lrom·rlit
oh ·truée, j1• ni!. ai, p:ir qu ·! h3 :ml, de cinq
:, di" pt&gt;t onue . JI! pa_ ai J(ln ce "roupe, fis
q11clq11e· pn dan, la rue el montai 1~n ,oilure
n1·ec 111:111:im Gou~~ard.
~ou· flîme rne de ~lir.ihe.1u. Cbau .. éed',\ntin ••· 111':1tkndai1; il pr1:p;iraiL es
pi:tolc.ts. Il fil upprocber la voiture cl nous
pttrtimc pour aint·Clnud. , fada me {,ou. sard
nous (lt1illaa11 délonr du boule1anl Je la rue
•'ninL-fü111oré.
Je craignai · be.'\tH'onp ,j,, rcneonlrf'r de·
patrouilles on d'être arrèl~. en rnrtanL, à
t[llclt]UC corp de garde. J'avais un pa. se-porl
11cu en règle, et j1( me rappelai dan la voilure
r1u'il o't:lail pn Jaté ilu jour Je la dtl!ilrance.
'iou ~orlimes, an r[HC qui que ·c oil
nous ilil un mol. Cependant il étaiL di~ heures
~onnél•:, •1 non étions iu truil!; (1u'i1 cette
heurr ou arrèlail les ,lliLurcs cl qu'ou
demandait l'exhibition de· ~rte · eivi1111e ·.
Qu1•lle joie j'tiprouvai 11uan&lt;l j'eus franchi
la lmrrière ùc L, Co11fère11ri· ! ,re Yoilà auré i

,·i,

.., 3:20""

me disai -je en moi-même, et jll crorais a~oir
f:lil le plu rlifiicile de tout le vop"e.
... arnil une •c:ci1rité propre à ·outenir la
mienne. Le pas age de aint-Cloml n',1lnil pas
1·epcnùan1 le moins pé.rill1m1, cl j'étai · pclUr
ainl-Cloud ·an aucun pa ·Stc!-porl, allendu que
celui que j'avais ~taiL de cel endroit sou le
nom tlu 1•ito,en llodille ... ile la compaf111ie
de lnrnlî,le.s· r•· idanl 1t .aint- loud, ,•l que
je ne pouvai pas montrer té pa: ·e-port 111 où
Hodille étail ~i parfaitement r onnu.
A uneœrtaine di Lance du pont, uou lime-.
nrrrler la roitnrc; nous JllllllC ried à terre
ri nous dlm '. au cocher de no venir que longLemps aprÏ!, nous. \ou lra\·eulmr.. le ponl
nou, tenant pnr ln hras, chanlonnanl, allant
doucement, comme J.~ h:ibilanl de l'endroil
q11i renln•nt chez eux.
A l'ettrt!lllité du pont qui touche 3U ltourg,
une entinelle nous cria : Qui 11iN1 I , ou
~~poudiwc, : C:iloir.ns I La entinclle nou.
lai~~a pas~r sarL venir ,1 n Lre rencontre.
l•~11core un danger d'é\iLé !
'ou arrivàmes donc dw:t M."·, as.ocié
dl! ·•·. J' litai nllc11J11, et 110 DH' fit hnn
ntcncil. \"ous oomîume , ... 111 moi. Je partir
le lendcma.iu !&gt;Ur les cim1 heures dt1 maûu. •
.le charncai le douie tique de me re\'cillcr.
... qui a,ait une affaire d'intérêt de la
plu gr,mde i mportanee à L·rminer, 11ui Jevait
de jour en jour toucher des fond~ con. idérables,
erendil~Paris 1-J ndant la nui!. Lei nd main,
cinq, i , ept heurh fr:ippent; ... n'arrivant
poi11l, je commence h a\·oir ile l'impatience.
)1. •• · me prépare de· drpt~che 11our ml!
, crçir tfo nouveau li Ires de cn:ance . ur la.
roule.
étaul de Sainl-Cloud, :ivaiL un
passe-port de :ainl .lnml . ou. le nom du citoi·en : ... , il me le donn:1. De sorte q uc
j'avais 1111c multituclè de pièce 11ui favori~ient
mon pnnge. li fall:1il alisolumenl me connaitre de fümre pour on~er h m·arr~tcr. lle~t
irai que c'était le ,ignalcmrolqui m\•mlia.rrassait le plu., pam• 11ue j'étais axtr,''nmmenl
connu. l"n rrrand nombre de personrn• m'avaient 1·11, lor~11ucj'i;1ai moire, et mon porlrnil
c trou\"aÎl pa.rloul, même sur le taLatières.
On me forer tic Mjt&gt;uner; j'~vai r,eu
J'apl'étil; j'étai~ 'Otièremenl ah orbé par
l'idée J.o mon d~11ar1. Ili.\ heure~ .on,wnl, cl
j n'é111i~ pas •nrore parti! ,le di /1 l\J. ":
- J'aime mien m'en aller ~1•111 el 11 pied que
de re,lcr plus lonatemp . •· • nere,·icndra pa .
li me dit qu'il allait foire mettre un licval 11
,on caLriole1, et c1u'un de ,es 1,:en m'acco111pagner(lil. ,!!I hu11une était un ,\kacil,n appelé
X... parai.:- ·nnt lrè dévoué~ m'obliger; mais
je ,i~ qu'il avait pel.ll' de e cornrromellre. li
propo~a 11ualre à cÎntl déf:i.i.tc. dont je ne fo"
pa dupe, et je le pri:li moi-mèm d . ne p:1:v~nir.
... finit par me faire accompagner p:irsou
tlome ti11ue jusqu'à la première po~tc, cc 11ue
j'-acœfllai a\'ec grand plaLir.
Lorsque je pre,sais ain i l'heure de mon
départ, le dome~lique enlru el dit Lou t haul :
«lloidcur, on annonce qu'il va 'Ire fait tout
à l'heure des ,·ULeb domil'iliair&lt;!s à .. ainlCloud, cl qu'on 1·a venir ici. »

,r. ·· ·,

Jr. ne p~ru, pas f,tirc la plu 16gère allcntion à ce propo~, mai~ on 1wul croire comliicn il angmrnla m1111 Împalieuce. Ce qui la
pu11 ·.ail an 1lt·r11it•r 1h•gré, c·c.~t la _lè?le•~r
im•~primahlc :ne· fo,1ucll tout ,e Ja1.B1l; Jl!
n'aijamai. o.ulanl pe ·1é conLro le llegmC' nllcmand . J'apercevais la meilleure envie de m'oLli.
gl'r, mais en même Lcmp;; ]es i.rcns étairol
comme immolnlcs d:rn · le grave, mou, ·•
nu•nts rru 'ib c d,mnnient.
Onze beu ' frappent, cl la "oilnre n'tHnit
pas encore ù n. le chemin. J'é1ai :iux alioi$,
j • ne tenais plu co place. Enr1n 11 onz
h,•ur cl dl'mic elle parut. J'emhras.ai me.
hôle , el je ,autai da.ns la rniture.
Le domestique me condui il le long de
J"rnu, cl nous détournàme devanL le pont de
ainl-Cloud. Mon intention était de pr&lt;-ndre
dr' chenmx à la. premicre po,te, m:iis lorsl(llC nou.s f1)mes à qucli1ue distance de cette
p1)sle, j'apt'rçus beaucoup ùc monde réuni et
je di· au domcslique de pou~sc-r ju qu'à
. aint-Cermain.
Je me u. bon gr11 dt• r.el acte dl? prn&lt;lcnce.
li me seml,l:ùL que la roule éla.il couverte Je
monde, Lanl je dé irai ne pas en rencontrer.
Ce qL1i me donna beaucoup d'inquiétude, ce
fui une voiture cpii depuis la première posle
me suivit ctmslammcnt. Ceux 4ui étaienl dedans o.llon"CilÎen l la l~Lc pour m · regarder.
Tantôt celle voilure dépas~l la mienne, LantiiL elle était derrière. Je cru que j'él3is
suhi.
J'a.ll'ectai d'avoir le yeux fermé , de lnfrr aller ma Lèle au mouvements de l:i voilure, comme un homme qui orumeille. ·fa
pt_·rruqne me cachait une partie du vi age, et
j'a1·ai un l'hapeau rond Lien rahnlla.
forriv:ii à :ainl-Germain. Là le domcs•
IÎJ'\Ue me quilla, et on mit des che\'aux de
po Le 11 la ,·oilnre. ~'w la lenL ur des po. til11111' à nlh•lcr me lrouUaiL! Pendant re lemp·,
de. pn11wes ·:i semblai ni, d curieux regardaient; un col'p de garde litait auprè ,
une trentaine J militaires étaient en groupe
au.tour; on liaUait la t--:ii ~e. J'imorc rommcot il ne vint à aucun l'idée d me dcma11d,•r 1111.!S 1•:1. · r-port . J'étai. pcr uad11 t(llll
j':illai êtrn recomrn.
tl qu'on se fa. e une juslc id :c de ma pu.sition; mon intention n'éti1i1 pas de me inbser
.1rrê1rr. fo (l&lt;'r évJrai· dan la r,1 olution de
me brùler la cendlc, plu Lôl que de m' lai ser conduir• Jc"anl me bourreaux.
Enfin le -po ·1illnn monl.e, il p3rl. P11ur
coml,le de terreur, je reconn:iis tr\ bien la
ügnn' de ~cl homme, ans poul'Oir dire ,on
nom, cl je suis cerlain que .i je le reconnaiss.ais, à plu - forte raison il dc,·ait me recoonallre. Moo dégui.rment poul"ait ~eu! lui donner le cllange.
Je lra,er. e. :aint-C(•rroain el je me LrOuîe
sur un roule . upcrbe. Il fni,aiL kan, !"air
était pur, la nature ritrnte ..fo 1•oti un ravi t&gt;mcol que rin1 ac peul esprimer. Depuis
i-1 longtcmp je n';n·ai vu un arbrr, de
l'herlie ; depuis i lon••tcm p. je Te. pi rai
~ peine, que mon corp el mon ;ime scm lilaienl renaitre à h vie. Que ln na1urc me
l 1! -

IIŒTORI A, -

f°ASC . 2J.

p:irnt IJdlc 1 •. i j't•ti-. A pu de l'.Cndr, de ln rniture, jl' me wai pro~tcrné demnl la ,·01île
d •· rirux. J1! fns plu: d'uue Lieure hors de co
monde, :iinnl perdu d · \'Ue toul ce qui ten:til
11 ma ro ilion. dan cel étal C(llll!!Illplalif qui
mu i oie en quclrp1e _orle de la terre el ,·ou.
plonge d.nn J • rèl'eri~· délicieuse .
• Je ne sortis de mon ivresse qn·~ 1'11.. pccl
de, maÎ'On~. rl en cnlranl dan. l'endroit oi1
je changeai dt! chevaux. Je m'acr,0ulum:ii insen. il,lemenl à me montrer, ~ parlr•r a11
po, t1llons, cl je sui_ ùr 1111e ma rontt,nancc
Ut' (lOUVail plu iospir •r de dél1:tn e.
Je ne vouln. cependant pas m'arrêlrr pour
prèndre nn l'f'Jl:l , quoique j'en eu:se bernin.
J • cropi toujours n'~Lre pas a,~cz éloigné
de Pari , et nia. oonflance e fortifiait en a l'ançan L.
J"éprouvais un petit Mard nu11uel on ne
prendrnil pa garde dan toute autre circon.tance, mais ffl1i m tut forL désa!!TéaLle. Je
renoontr:ii un Mbriolet :illelt! comme le mien
do deux che\'aux; il revenait, fallaîs. Le
dent po tillons s'arrêLorenl pour chang r de
chcv;i1u. Cc pcûl désagrément dura ~ix à .epl
minutes; 1 s de-u-x "oiture se fai.-aicnl face,
Jo particulier 11ui ainsi que moi élaiL arrèlé
me fixa beaucoup, je ne pu. m'empêcher de
le rc•rarder &lt;111oir111e cherchant à délo1trner 1~
1ou1. Je me figurais 1o connaitre el dès lors
qu'il me connaissait, mai je me di ais /i moimême : C'est mon imaginaliou 'Lui me fait
illusion. La vériLé c ·t qu'en nous qoiltan!.
j'avais la joui sance d'un homme qu.i vient
d'échapper à uo dang1•r.
En approch:mL de Mantes, je ne 'ais 1pwl
sentiment dèlicieux j'éprouvai. C'était lt· lieu
où mon grand-père maternel était né oi, il
avait été pré,enté par li! cardinal de Fleury
pour Iïmprrs ion lfuÏI foi~ail du la (;11 ~e//r
r1·desimdiq11t&gt;. ij'nl';'li·o é,j'nnrais demande!
où iit.'.lil ln m:1i ·on 11aïl haLiL;iil, j'au!"UÎS pnrrouru rdigicu fment cette dl•menrL•; mais

G1tADF.T.

(;r,1rur~ ;Jt Cnni'..Tœ:&lt;, d"-Jfrés Pon1cn (t~•ll).

j'élni forcé d'tlrhapprr à IOllS I rC":ll'd$, Cl
je tra,·er ai " éjour de me pères a\'Ct le
r "reL de n'avoir pu le visiter, de n'avoir pu
rPpo ·er mus le même toi t-&lt;J ui lc•nr o.vai t S('n·i
d'asile.

DES GrR.OND71'JS

.

J':ii ~u depui,- l}Ue j'n1•a.is 1t1é r connu en
pa. s:rnl à ,tante..s: ou l'annom;a à 1;11rsas par
nn11 lettre 11u'il reçut d • celle l'itle. .
.
Je n'r11roul'a.i en uilt· 1111elc1ue mata, c 11u à
un endroit prè- de tlou .. CI 1 011 les ,:oche
d'eau 'arrèlent. (1 . ortiL de cc. coche un
monde prodigieux riui se trouva sur le pa age de ma ,·oilure et l'empêcha d'aller nu:si
1 iti-. Je -ri~ mème le moment où le p1Uillon
;illail prendre querelle ll.l'Ct: un homme 1111i
lui di ... nît nrnc humeur : « Plu· doucement.
pr •nd garde a loi. ,, Ce qui, dan_ le_ m~m1
moment, augmcnln rnrore mon ag1lal1011,
c'est que troi. trendarmes nationaux mo11taienl en mème temp. que moi ln colline el
jeLaienl a ·cz ou\'cnl uu coup 11'œil ur m:i
-voilure.
li étail de ix à sepl heures dn soir; je
n'l\\3Ï.' pas d monlre, el je dcmaudai l'heure
au poslillon. oil qu'il se lromp,it, oil qu'il
,·ouh'11 me tromper, il me diL qu'il élail huit
heure·. Je me mis alor. 11 rtll1~1·hir pour :;avoir i je passerais a.u delà de Bou scy 1111 ~i
je m'arri\Lerai dan. ceL endroit .
J'avais le plus ,if dé.ir de me rr.ndrr. dan
le jour mtm" à É r ux. quoique je fn:~r
pnrli Lrè lard, moi d"un autre cùlè je ,·01aî
un tr'&gt; - grand incou,·11nicnl à le tenter. Pacl··
sur-Eure e l à quatre lieue.~ ùc Uous. 'I, et
on m'avait dit 11ue l&gt;ary étail tr mauvai . Je
me di ai : il c ·t huit heure , il sera au moin·
di heures, di:s: heures et demie i1u 11J je
serai rendu dan cet endroit; colle heur peul
erl'ir à mt~ rendre suspecl, ou ciaminera d •
plu près mes papier · il est po .ible que la
curio. iré aHire !Jcau ·oup de moude el qu'on
me rcconnni ~e · il vaut mi m. arriver à Pacy
en plein jour; il est plu sM de coucher /1
Bou ·ey et de traverser racy à i. ou . pl
heures du malin.
Je me fix::ii l, cc dernier parti, Je desccu,fo
de voilure-, montai dans une chambre &gt;an
m'arrrlt.rr en bas, jo n · sorti point de celll!
ch~111hre, où je mangeai un morceau de grnnd
appélil.
Le jour nr. tombant poin L, je, tlt•mandai la
dom tique ,1ui me scnail l'hl'ure 'lu'il étnil.
.J'a11pri· 1111e le postillon ~'était lrowpé d(• plus
d'une heure, mais il n'étniL plu ll.'mp. de ~t•
rcmullre en route, et je· m coudi.'li.
Je parti le lendemain à. cinq heures et
j'arriYAÎ à Pac . On ar m',nniL pa. trompé
lor~qu'on m' vait p~rlé de la uncillanni
trè$ ri"ourcuse qui 'eicrçaiL dans cette petill! ville. On arrèla ln l'oilare de,•ant un corp:
de {larde, on me Je m3nda mon pa.. e-porl,
c·~- L le eul endroit J:rns celle route où ,in
l'e,ineât; j le montrai :1vec LC'auroup d'a nrnnce, je dl'maudai U1èmc à l'oflicicr 'il
yonlail voir les nulrr pitices qui con 1:il:ii •ul
11rn mi - ion: il me diL 1p1e Cl'la ét:i.(t i nutî hi;
1 po !ilion ·e mil n marche pour 1':l'reu •
. la Lranquillilé alor. ful pleine el cnlihe,
le, oranes étaient dis ipés, j'apPrccvai. le
pont. it~\'rcu , on ma demanda au :i mon
pa--sc-porl, maL a,·cc de intention bien diIfér •ntc . Autanl ma poJtion était difficile à
,rf:,rt'm.
tkms.11•r1• , e.-ulr111nu·11l por ••rrt•ur.

1. Uou !l'f, b l l ~iln!ni·1n• _d\•Pftcy, i, 2{

I.e 1niuu~cril ,ht

�111ST0~1.ll-----------------------•
Pacy, si j'eusse été reconnu, autanl ell • étail
anréahle à t~·rcUI. si on eîH u mon nom,
mais je ne ,oulus pas le dire. J'l'xhiliai le
même pa -e- port, el il pnrut également en
r •le.
Je demandai la mai.on du citO)'Cn ···,
qui me r çut n,·ec celle offu ion d'âme que
l'homme sensible sait eul enlir el apprécier. Ce CÎL01·cn éclairé, ce généreux patriqtc
rprouva un plaisir d'nutonl plu vif à me voir
qu'il crnirronil &lt;1ue je 11\•11~:e (,té arr111é.
&lt;( Guadet &lt;'l Louvet, me dit-il, .ont partis
hi •r pour Caen, je l •s ni serrés dnns mes
lira . li A cell nourellc l larm me ,·inrcnt au y~lll, moi &lt;1ui lremhlais pour moi,
moi qui ne av:1i · où ils avaient porlé leurs

pas. Dieux de mou pars, m'écriai-je, grtlces
,·ous oirnl renùne I Et de nous embrasser cl
Je nous r ~ouir. Un scu l de cc momPnls
console de tous les mnlbcurs.
ou causàm~ de nos amis, car les miens
étaient le sien.. 11 • . ont tou lt Caen, m,•
dit-il. - Eh hicn, lui dis-je, j'irai les r joindre dem:iin. - J'irai aver ,1&gt;u., me réponditil, depuis lon"Lemps je dülère cc rnpge. n
Nous ne non 11uiLt~mcs plus de la journrc,
et je com·hai ch •z lui.
J mr. rendi li Caen le lendemain avec le
citoyen .... Je Oil croi - pa qu'il oit po~ füle
de ,·oir un pa -~ plus riche, mieu culth·é que
1. L~ v•lltie d'\ug(' a'1Hl'ml Je den

e&lt;\ltls 111' !1

Tn1J1f11t', au-,lr rou de Li~ieu, .

celui que nou. lraversàme . Je rc~taî en exlll c Je\'ant la uperbc \'allée d'Augc 1, elle
était cou1·crte du milliers d'onimnus:, et ou
nous dit qu'elle était déserte en compnr:ii on
dP. · année précédente..
La po l non ·erl'il Il . ez mal jnsqu'à Lisieu:r, el je n'en lu pa étonné; le moindre.~
po te .ont doulilcs, trip! s, el j'tn remarquai
une où 1 - m@nie cb1mmx fircul 'epl li('l)es.
l 1ous arrivâmes à Caen l::i nuit. J'eus le
plaisir d'embrasser no nmis 1 il Fallut raconter deuï ou troh foi· Je, circonstanc ' ùe
ma fui le cl J • ruon vo ·age; à mon tour, je
rn'illformai de l'étal de affaire . ~ais non
:t\'Ïons trop de chose~ à nou dire, nou.
ajournîtmes la couférerice.
PI~TIO'

•

_Épouser ou mourir
Le vendredi '2:i juillet {610, fut donné un

lôl pour le coo,oler et l'induire à cha.n°er

arrêt en la cbo.mbre de l'édil (M. folé y
. &amp;ml el pré idant) contre . Vi('.(Juemare,
11u ·on appelait Le ~ eigneur, conseiller en la
cour du parlement de Rouen, par lequel il
fnt dit que ledit ,Le igneur épouserait la
fille rp:i'il avait fü:incée par p:irole do. présent,
les annonce! ayant été faite.~ et le conlrat
pa é, ou qu'il aurait, hui~ ~e cc f?ir~,
incontinent la tête tranchée: enJoml à lur d y
p~nser pour tout dclai dan· lo lendemain. eL
.e résoudre ou de mourir ou de l'épouser. Cc
crue .1. 1c pré.,ident loll lui prononç.,, avec
re«rel toutefoi~. et an avoir élé de celte
dure opinion, ~o~ plus que de L;. t au,·e. o~
rapporteur, riu1 dit tout haul 11u 11 ei1t aime
mieux qu'on lui eù.l rompu l deux lm1 el
les deux jambes que d' ,noir été de l'a,i de
cc cruel ar rêt. A quoi ledit Le Seigneur r t.
pondiL 11ue. combien 11ue ce Filt un unique et
dur arrèt , toul~foi , pui qu la cour l':waiL
de celle f:lç®, qu'il lui voulail obéir,
cl
J·u,,.é
0
•
:taiL tout ré'olu à la mort et non au maraa!.!ll,
aimant mien mourir que de l'épou er. ur
laquelle résolution il fut incontinent conduiL
et mené prbonnier à la Concier crie, oi1
beaucoup de e amL . c Iran perlèrent ausJ-

d'avis et prendre pitié de oi-même. Le ministre du louJin, entre autres, lui remontra
le dan er qu'encourrait on âme, au ca. qu'il
per istâl en sa ré olution, qui était d'êlre
homicide de oi-m~me; que ce o'étail pas
mourir en état de gr:1œ, mnis tout le contraire. i que se lai. a.nt POiin aller h ces
c,horlalioos et autres inductions él per uasions de es amis, qui durèrent depui midi
ju. quo 11 pns o trois heures, el trouvant l'un
à la ,·érité plu faisable que l'autre, ÎUl marié
par ledit du Moulin, à quatre heures, au logi.. de M. du Coudray, conseiller ea la cour,
sans touteioi qu'on lui pût faire dire oui.
sinon avec cette clau e : pui i111e la cour le
voulait et 11u'il y était conlrainl; lenant
même son chapeau sur le vi~agc Ju côté où
élail , on épouse, a.Gn de ne point La oir.
Laquelle 'étant aprè jetée à ,,.enou:x de,11nt
lui, le priant de lni pardonner et -vouloir oublier tout cc qui 'était pa.sé; qu'elle lui
obéirait et servirait, non comme sa lemme,
mais com.m, une de se- pins petit f't
humbles . ervnnles, le rnpplianl au moins de
lui faire çet honneur de la recc"oi:r en œltc
derni\rc qualité (ce qu'elle disait pour lui

0

amollir le cœur); ccl homme., demeurant
comme immobile, sans s'en émouvoir davantage, lui dit seulement : « , ladcmoisellc, le\'Cz-vous. Ce n'est à moi à qui vou dc\·ez
demander pardon de ,•o faute : c'e t à Dieu
à vous les pardonner, el non pa à moi. »
Pui le oir étant venu, et la nuit pour
coucher la mariée, il lui donna pour tout
eompamie son hôtes , avec laquell elle
coucha et passa ain i à premii'lre nuit, accommodée de lit el de chambre comme tout
le re te, s'excu·anl ur le peu de commodité
qu'il y 3.\'aÎl ici de loais cl de meuble .
Le lendemaia, il la fit conduire par un ien
frère en une de es maLoos d champ-, ou
devant que 'acheminer celte pauvre mariée
le voulut encore voir el parler à lui. . quoi
ne voulant du commencement entendre, tin.alem nt vaincu d'importunité, nprè qu'elle se
fut jelé• par plusieu , fois à e~ pied_ et priè
de lui vouloir pardonner, l'éit'ranl par plusieu:r foi e protestations et oumi~. ion~
de sa lidtllité à l'n.,.enir, uLjeclion, r~vércnce,
d \·oir et obfü once qu'elle lui promit et
,oua, n'en remporta aulre réponse de lui, et
fut contrainle e retirer et s'en aller comme

elle était v nue.
Prnnnr, ne r:tT

ru::.

C.utPAGSE D'EsPAGNF.. -

8.1T.HLLE _DE '.lil.OLINO DEL

Rr::,·. -

D'aJ•r~s le ,frss i11 .1t C.

LANGLOIS•

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPIT~E

xxvm

Cn~1•n~'ll•' . ,te Portu/,!d!, - .Ion départ.-. li lrw1 ù
\1ll~,lr,hll. :-- lia,~ na el Junot. - filchcm: pro'""t 1c~ ,ur l 1,111&lt;• ,fo ln ca111pag11e.

L' 'poque oi't Je maréchal ~las éoa dcvaiL !-C
t&lt;&gt;Jldre en Portugal approchait, et déjà le
nombreuses troupes dont son armée devait
~lre composée étaient rtunic dans le ud0~111s1 d l'E p3"Jlc. Comme j'étai le . ul de
aides de camp du maréchal qui cùl été dan ·
1:, Pénin oie, il d&amp;-id:i r1uc je le devancerais
et que j'irais ét.ablir on quarli r général à
Valladolid.
Je partis de Pa.ris ]e l 5 aYril, aYec I • tri te
P1;5 PDLimenl que j'allai~ faire une campagne
de_ agréable ous tous les rappor . M premrnr pa . enililèrcn l ju tifier celle pré.,.i ion,
•"llr une d4's rou dC' 1, chai. dr po. t dans

b11udle je ,·oyn~ •ais avec moo dornc&lt;:lir1uc
Woirland e brLa à quelques lieues de l1aris.
Nou fûmes obligés de gagner à pied le relais
tic Longjumeau.C'était un jour de fêl ; non
pcrdime,:. plu' de douze b •ur , que j • voulus
rattraper en marchant nuit et jour, de sorte
que j'étni un peu fatiotué rruand j'arri1·ai à
Bayonne. A partir Je celle ville, on ne voyageait plu &lt;'D voilure; il fallut donc c-0urir fa
po te à franc étrier, et, pour comble dr contrariét ·, lo lemps, que j'nw1i lai 5é nrnsnifiqur en F'rance, se mit tout lt coup à la pluie,
el les Pi rénées se counirenl de neige. Je fu
bieDtùl mouilM et transi, mai ·, n'importe, il
faUait coritinuer !•..
,Je ne ' uÎs pas u_per'lÎÛeu ; cependant, au
mom nL où, quittant le sol franç.1is, j'allais
tr:n-er er ln lli&lt;la ·oa pour entrer en E!o-pa •ne,
je fis une rencontre que jP. con. idérai Mmme

un mau,·ai· pré. a11e. Un énorme et hideui
haudet aoir, au poil malpropre t•t tout ébouriffr, ,· tr011v;iil au milieu. du pont, donl il
semblait vouloir interJire le pa 'O"l'. Le po.tillon 11ui nom précé.rlait de queli1ues pas lui
a 'anl nppliqué un vi"OUreux coup de fouel,
pour le !orœr à nou faire plnCf' l'animal
ruricm: se jeta sur lo cheval de cet homme,
qu'il motdail cruellemenl, Landis crn'il lançait
de terribles ruade: con Ire moi cl Woirlnnd,
qui étions accourus nu ,ecour.~ du po ·Lilloo.
Le coup, que oou :idmini~trions tou le.
trois li celle maudite hête. loin de lui raire
làcher pri e, emblaient l'e citer encore plu~,
et je ne ai , raiment eom menl ce ridicule
combat se serait lcrminé, ,3ns l'-as i toni:l'
des. dounnier·, qui piquèrent la croupe du
IJaudut arec leurs li:lton. ferré·. Le fnil.·
ju. lifièrcnt me~ f, cheuse impres. ion., tar

�mST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
Ier dell.X c.,mpa ne· 11u' je .fi· Jan· l:i J"dlin•
-ult', L'll l 10 et 1 11, rurenl pour moi tril
ph,il.le ;j' rcçu·Jeux hl sur, ::111 ohlc-nir la moindre récompense, ni presque nt1c1111
lt!moigna,..c de la liicnvcilkrncc Je la~séna.
Après 8\'0ir pa é lu ponl du la CiJas 03,
j'arrivai à Jrnn, premier relais espa"nol. l.h
ces•ail toul«' . ècurité; Je5 officiers porLenrs
dr. &lt;lépèches dc,·nicnl ain i 11110 les courrin~
de po~te. :o fair e carier par uu pi11uel de
la "endnrmerie dilc de Burgo· qui, formt:c
ùnns la rille de cc nom, a1•cc de l1nmmL•s
d'élitr. était spécml,•menl char,.ée d'n nr ·r
le:- mmunicalion eta~ail, à cetelfet, à lous
le· relais &lt;le poste un détachement retranché
dans un 1,locld,ans, ou maison fortifiée. Ces
endarme , dan la force de l'à
bra,·cs et
zélés, firenl pendant cinq anné un ·crl"ice
trè p~nihl , el éprnuvêrenL de ..r.mdc pertes,
car il y arait guerre à mort eolre ent et le·
io ur~· c·pagno •
Je quillai lrun par une pluie blll.:mle, el
nu bout de quelques heures d'une ruarchc
faite au milieu de b:rntcs montagnes, j'approchai J, la petite ,·ille Je Mondragon, lor qu'une \:ive [u illade c 6t entendre, one
demi-lieue en a,·anl de nou L.. Je m'nrrôL1i
pour rélléchir ur cc qoc j'avai à faire.... i
j'avançai , c'était 11enL•êtrc pour tomber cnlrc
les main · de bandits qui foo11daien1 la contnle ! ... &amp;lai·, d'un autre culé, i un orficit•r
porteur de dépèches rclournail or ses pas
ch:1que foi ~1u'il ent nd un coup de ru il, il
lui faudrait pln.ieur mois pour remplir la
plu court• mi:sion !... J'a,&lt;anç,ai donc ... et
bientôt j'aperçu 1~ cadavre d'un officier Françai:-!. .. Cel infortuné, allant de lladrid
Pari., porteur J., leLJrc du roi Jo·eph pour
l'F.mpereur, .enaiL de changer de chevaux à
Mondragon, !or qut•, à deu portée de canon
de cc relai , , on ernorle et lui r('çurenl,
prc·que 11 bout parLrnl, le feu d'un ..,roupc
de Lao dits caché derrière un des rocher de
la montagne qui dominenl ce pa -age. L'offirier • çail eu le corps traver.4! de plu ieur
Lalles, el deux gcndal'me de son e corle
ét:1ieu1 l,le · ! .. , 'i cet officier eM r tardé
d'un quarl d'heure son départ du relai de
londragon, ,er~ le~uel je me dirigeai en
sen, contraire, il t certain qae e· ùl :té moi
qui fu e tombé dan l'embu raùe préparée
par l · in.urgés!. .. Cela promettail! cl j'iwai
l·m:ore plu de cent lieu s à parcourir au
milieu de province oulevées c&lt;niti-e nons !...
!,'attaque îaiLe n1u portes do londragon
niant donc I l'éwil à la petite garnison de
œllé ,ille, elle s'élnil mi e à l: poursuite Je
brigands, qui, retardés do.ns leur marche par
le dé ir d'emporter troi de leur, bl
par nos gendarmes, Curent bienLÔl atloiot et
forcés de fuir dan· le montagne , en aban-d&lt;1nnan t leur blessés, qui furent fusillés.
L'~périenœ qué j'a,·ais acqui e dnn ma
préèédente campagne d' E pagne m'nvait appri
que le momenl lti plu fnvorable pour un orncier qui doit trarnt'ser un pa~ difficile, est
celui où les brigand viennent de faire une
attaque. parœ ffU ÎI 'ecnpre sent alors de
:;'éloi0111er, de crainlc d' 1tre pour uil•i~.Je me
17

1

,

pr~:p:irai: donc à conlinuer ma route, lorsr111e
le e mm:1nd:mt 1fo b pt11•p ·'y oppo, a, d'aLor&lt;l
pnrcc 1111'1I , •11:ilL J'apprcnJrc r1ue Ir .,tlèlm1
chef &lt;le IJ.1ndc Mina a\·:iil paru &lt;lan' le~ cn\iron~, et en . rcond lieu rarce que la nuit
approeb:ii t, et 1p1e I ordre· de l' Empereur
pre~rrh·aienl de ne hir1• partir le. c.cort(',
IJn'cn pldn jour.
L Côntm:ind, nt Ill' \1011tlrngon était un
c.1pitain, pi1!monlai~, . rr\'aul Jcpui. tri-.·
lon kt0ps ù.m · l'armée frnnçai ·e, 11ii il ét:iit
con11u pour sa rare iulelligcnrc et pour s011
intr.;r,iJilf dl!, plus remarquaulc ·. Les in~ur él\
le rcduulaicnl au dernier poi11!, et, à l'excrption ile •111rlquc eml,u~c."Jci:. .t cr1He·, 11n'il
était impo.. 1ble dll prél'oir il dominait en
maitre lou l le district, en employant lonr !t,
tour l'adr s._c rl l'énrr!rlc. Je citerai u11
c1crnple ,Je l"une rt de l':mlrr, qui scr,1ront
à \'OU • donner une idt!e de la gll(•rrc que oou
arions à ouleair en Espagne, bien que cou
y eu ions heaucoup d parlisan dan la
classe des homme éclair .
[,&lt;J cur~ do loodr:igun él!lil un des plus
fou!!lleux ennemi_ J Françru • Xéanmoin~.
lorsque 'apoléon pa. a 1lans celle ville pour
retourner li P.iri , en jami •r Hl09, el ct•tléia lÎtflJe, pou &lt;1\ par la curiosité, · '•tonL
rendu dcvanl la maison de po te, ainsi que
Ioule ln population, pour \'Oir !'Empereur,
fuL aperçu pa.r le commandant de p1aco. c1ni
marebanl droit lui, le pril par ln maia cl,
le conduisant nrs l'Empcreur, diL de manière
à èlrl! entendu par toute la foule : C( J':\i
1 l'honneur de prcsenler b \'olrc ~fojesté le
« curé de celte ville, comme un uc plu,
&lt;◄ d~rnués senileurs du roi Joseph, votre
« rrère!. .. » i'apoléon, preoaol pour ar•rent
romptanl cc que di ail le ma1lrl! Piémonto.i ,
Ûl le meilleur accueil à l'eccll·iasti&lt;1ue, tJUi
.c trouva ain i corupromb,, malgré lui, vis-àvis rie Loule la population!. .• Aussi, dès l
soir même, le curtl reçut en rentrant chez lui
un coup dtl fusil ciui le blessa nu bra !. .. 11
connahaiL trop bien e compatriotes pour
ne pa comprendre que a perle était jurée,
i le Français n restaienL ,·it·Lorieux dan
cette terrible lutte, el, dè.s ce moment, il se
déclo.ra ourcrtement pour eu , se mit à l:\
lête de parti ·an tlu roi Jo epb, de ign · par
le nom de Joséphin , et nou rendit le plu·
grand er icc·.
PPu cle Lemps 11vanL mon pa sage à Hondragoo, œ 1nème eomm:indanl de place fil
preuve d'uu bien s-rnnd coura"e. Oblirré J'en\'OJcr la majeur~ parlic de sa garni on tian
le monla"n , p ur prot~gcr l'arrivée d'un
coomi de vivres, et contraint, quelt[ne heures
apr , de fournir de e-corle à de officier·
porteurs d dépêche , il ne lui re tait plu
qu'une vinglaine de old:tls. C'étaiL on jour
de marché. De nombreux campagan.r&lt;ls étaient
réunis sur la place. Le maitre da poste, un
de no· plu grand enn mi , le harannue eL
les engage h. profrt~r de la faihlesse tle la
garni on fr:1nçai e pour l'tigorgerl ... La foule
e porte aus itôt ,·er la maison où le corn•
mandant 3\'aÎI réuni sa faible ré·erve. L'alL·u1uc c t impétueuse, la défen c pleine de
11

1

\'Ï~ucur; cepen,bnt, le nôtre aurai nt rli11i
p:ir succQmher, lur. !JIIC le hravc •ommamlilnl
de plarc, tabant omrir la porte, ~· 'lance nvrc
s:i. petite trtmpr, l'.L tlrnil au maitre rie po. lc,
le lne d'nu coup cl',;pét! rlam le cœur, te l'ail
trainer dnns la mai on, cl orclnnne Je placer
. on corp imtnimé sur le balcon! ... A la rne
de cel acle de I i,:11eur, accomp:igm: d'une
lerril,le fusillade, la foui , J.ldnu1e par lt·
halles .. 'enfuit (•pomnnltlc! La q:iruison étant
renlr,lc le ,oir111è111e, lt•t·ommnmlanl ,lcplao•
lit pendre le caJovre du nrnitru ùe po. te au
gilid pulilit-, afin tic SCi'\'Ïr J'exrn1ple. l'l hirn
1111c cN homme eùl h&lt;'auruup Je parent t•l
d'ami. dan ectle ville. pcr.onnc n bongcal
Aprl&gt; avoir pas.c la nuit /t Muntlr,1rroo,j'cn
parti' au poinl du jonr. cl ru. indi,.né en
,·oyant le po tillon c.p:i;ool 'lui nou JirigeaiL
·arrêter sou · la polen · ,t cril,lcr de co11p~
de foucl un cada1•r' qui 'y trouîail II pemlu.
J'adressai de ,ir· reproche. /t ce mi érable.
qui me répondit 1.11 riant: (1 C'e Lmon maître
u &lt;lr• poste, 1rui m ':i, do rnn îirnnt, donnt'·
&lt;t tanl de coup ile fouet, que je ui bien
« ai -c ile lui en rendre rruelqu -un. ! ~ Cc
troil c:.cul :uffirnil pour faire c&lt;inoaitre I
c:iractère 1·iodica1if de E~pagnol clc ln b,'L e
clas e.
J'arri, ai à Viloria I rcmpé jusqu'aux os.
'ne flène ardente me conlrniaoit de m\
arrèta cbi•z le nénéral , éra., pour l quel
j'arai des ù •pèche . C'était, i vou \OU le
rappelez, ce m1me n,!nfral qui m'nvail nomm1'.
oo -oftlcier dix. an aupnranrnl à an-Giacomo, à la uitc rlu p,lil eomh~L li r·~ au
hou, ards Je Uarco par les cinqmmle c."l.,·aliers
de Drrcb.en · IJUe je ·ornmanilai . li me reçut
parfaitement, et 1oulniL que je me repo
c
quel11ue tomp auprès dtl lui; mai· la mi ion
dont j'étai rLargt: ne pouvant être relard~e
je t'rpris le ll'ndcmain la po te li franc rlrier,
ma)!!f~ la fièvre,1u 'a aramit un tcmp affreux.
Je pa~sai l'Rbrc, cc jour-là, à Miranda. C'e. t
à œ lleuve r111c se terminent le contrefort
de l')Téo6? . C'éloil an. i la limite de la
pui ance ,le duux célèbre p3tlisan Mina.
Le premier de ce guerilleros, né dnn l $
e1urirous de Mondragon, /.Lait fils d'un ricbe
fermier; il i'•Ludinil pour &lt;'trc prêtre, !or ,,ue
l'Clatn, eo 180 , la. !!llerre de l'indépendance.
On ignore gt1néralemcmt qu'à celle époryuc un
Lrè !!n.llÙ nombre dï!;~pannol·, en tète des•
quels se plaçait une partie du clergé séculier,
voubn l :irrach&lt;:r leur patrie au joll!! de l'lnquŒilion el rle moines, non seulement faisaient des vœux pour l'Dlfcrmi emenl du roi
Jo rph .ur le lrônc, mai· c joinoaieoll1 no
1roupes pour repou or le in urgés, 1rui ~c
dédarèrenL conlrt! non . Le jeune ~lina fuL du
nombre de nos alliés; il leva une compaanie
des ami de l'ordre el fit la guerre aux bandils, liais, par un revirement bizarre, Mina,
épris de l:1 ,•ic d'a,·ealures, devint lui-même
in urgé et nous fi L une rruerrc acharnée, en
Uiscayc cl en Na\'arre, à la t0te de bande ,1ui
'èlcrèrenL un moment au chilfre de près de
di:x mille homme . Le commamlaul de fondra on réu sil enfm à l'enlever, dan une
maison oi1 se célébrait la noœ d'une tle .l's
1

•---------------------- .MtJKOlR,ES DU GbJ:ÉJ(.AL 'BA'lf,ON D:E MA'R_1JOT
parente,;. apoléon Je fit transporter en
France el enfermer au doujc10 dt! 'iincennei;.
füua fai~nit la guerre Je partisan a\'ee Lai ni
et loyauté. Retourné dans ~ patrie l'n 1),! 1i,
il de,·inl l'ad,crsairc de 1\•rdinand \'Il, pour
lc1p1cl il a\'ail .i bien combauu. Sur le point
d\•trc arrêlt1, il s'é\'ada. •agna l'Amcrique. c
mèla des révolutions du Me&gt;.i"!ue et fut fu,-illt'.,
JlendanL le Ion" séjour que le jeune Mina
lit 11 Yincrnn!'s, les montagnnrds in urgrt
placi-rcnl nleur lêlc un de .ei; oncle·, ~ro ier
forgeron, homme annuinaÎl'e, u'apnt aucuns
mo1·cns, rnai nuqu •l le nom populaire de
Miua donnait une inllaence c:i:Lraordinaire.
lie orficil·rs in traits, cnvoy(, par la Junl •
de évillc, étaienl char~c\· de diriger ce nouveau chef, qui uou fit beaucoup de mal.
J'colrai 1iam les immt&gt;uscs cl tristes plaines
J • la Yicille-Cru;tille. An premier abord, il
parait prc.r1ue impo illle &lt;l'y tendre uoe
cmhuseadc. puisque CC' plaines onl Lowlcmenl dépoun11e de Lois, el quïl n'y existe
aucune mont.agoll; mai le pay I Lellement
ondulé, ciue la écurilé qu'il pri'.• ente d'abord
est inlinimenl trompeuse. Les bas-fond~, formé par 1• · oomhreui: monticules dont il c t
cQuvert, pet'mettaienL au in urgés (!.$p;1~nol
d'y rachcr leur bandes, 'l'" fondaient à Iïmpr°''Ïslc sur les d 1tacbemenls fran~.ais, mar·bant qucli1uefois avec d'autant 1ilu de contiance r1uc, à l'œil .ou, ils nperccrnieul une
étendue dl! 11unlre à cin,1 lieue., en tou .en ,
. :im r d 1 oul"rir aucun ennemi. L"expéricnl'C
de quclt1ue rernr ayant rendu no troupe
plu circon pecl • elle uc lr:l\'er.niclll plu,
cc plaines qu'en lài anl visiLer les l,aAond
par de tirailleur • Mais cotte sa"c pré1·a11tio11
Il«' pou,ail être pri e que par de:. Jétacbemenl, assez nombreux pour &lt;'Til'O)'cr d •
éclaireur en a,·aut et sur leur; Oancs, ce que
ne pouraienl faire les c cort.es Je cinq ou ~ix.
1 cmlnrmc
qn'on dounail au:i: ofliciers porteur de dépèthe ; aussi plusieurs d'entre
eux furcnt-ib pris el assas inés dan les
ploines de la Ca tille. Quoi qu'il en oit. je
préférai voyager dan ce po.y d~coUl'erl
plutôl que dan le· montagn('s de Na1·orrc cl
de Bi CaJe, dont les roules ont continuellement dominées par des rocber;i, des forèts,
et dont les brtbitants sont beaucoup plus
braves et enlreprenanl que Ie Castillan . Je
continuai donc rct~olumenl ma course, traversai sans accident le défilé de Pancorbo et
la petite ville de Ilrivi ca ; mai , enlre cc
poste el Bur •o , nous Iimes tout à oup une
vingtaine de cavaliers espagnols orlir de
derrière uo monLicole l•.•
nou tirb-ent ·ans uecès qu lqtlcs
coups de carabine. Le u gendarm ' de
mon escorte mirent le abrc à la main; j'ea
fi autant'. ainsi que mon domestique, et
n.ou conlinuàme notre route sans daigner
ri1~1ster aux. ennemi , qui, jugeant pnr notre
a~lllude que nou étioa gens à nou défendre
v~oureusemenl, 'éloign renl dans une aulrc
dircclion.
Je couc~i, à Burgo , chez le général llorsennc, qui y commandait um Lri«ade de la
garde, car, dan ce pa1s, soulevé co~lre uou ·,

ns

les lroup~. francaïse-occupaicnt presque lou•
te~ les v,llcs, les bourw et 1,. rilla"e~. Lr ·
roules cules n'Jtaier'll pa_ . ùre ; aussi les
plus gran~ · danger etaicot-ils pour ceux qui,
co111mc moi, étaient ohli.,.és de les parcourir
31 c de foiules rsrorle . J'en fls une noll\·ellc
épre~,·e le !end main, lon1ul!, ayant ,·oulu
~o.nlrnuer mon vopge, ma1gré mon extrêrnu
la,Mc _·c eL la Gèrre 11ui me dévorait, je roncoalrai, entre Palencia cl Daeiïa , ur1 officier
et vm"t-cinq oldats de la jeune garde condui ant un caisson chargé d'argent, destin~ à
la olde de la garnison françai e de \'allada.
lid. L'escorte de re convoi était évidemment
insurlisante, car les guerillero des environ ,
prérnau de son pas age, s"élaicnt réunis :111
nombre de cent cinquante cu, lier· pour l't•nlcver, cl iL allaquaient déjà le délachcmcnl
de la gardu, quand, apcrcenlllt au loin le
groupe 11ue formaient autour de moi les gcn•
darmes do mon escorte, nrrh•anl au galop, hi
insurgés nou prirent pour l'aVll.uL-garde d'un
corp de ca:v:ùerie et suspendircnl four entre·
pri·c. Mai~ un tic leur· gra\'issanl un monticule, d'où il découvrait au loin, 1·ur cria
c1u'il o"aperccvail aucune troupe françai.c;
alors les bandit , ·Limulé par rapp:11 du pil•
lage du lr: or, s'avancèrent as ez eourogcucm11nl vers le fourgon.
J'a\ ai pris naturellcrncnt le c11mmanllcmenl des detU petit ~~tacheml'nls réuni·. Je
pr crivi doue à l'officier Je la garde de ne
faire lin·r ,1ue ur mon ordr&lt;!. L. plupart des
,,a,·aliers ennemi. a\'3.ienl mi pied à terrl',
pfür êtr..: plu- ~ même de . 'emparer ùe ac
d'nrgcnt. et ib comh:itl.1Îanl fort mal a1·ec
leurs fusils; Lc.1ucoup même n'av:iicnl que
de pÎlitolels. J'avais placé mes fonlll~ins dt·rri '.rc le fourgon : je les fis sortir de cel lè
po ilion, des que les Espagnol ne fur( ni plus
qu'à une \'Ïngtaine de pas, cl je conuu.mi.l,1i
le feu .... Il fut i juste et s.i lerriblo 11uc le
cher de· rnoenfr t une douzain2 d~ siens
Lurnbl}rcnl ! . .. Le resle de L-t bande, épouranlé, 'enfuit 11 toutes jambe ·rer le· chc,•nux gal'Ji.S r. cleux cents pas Je là par quclquèS-uns des leur j mais p udatll qu'il
cberchaienl à o mellre en scile, jo Je~ fi.
charger par les fantassins el ]es sit: gendarme., nu &lt;J,uel s.e joignit mon domo Liquc
Woirland. Ce pclil oombr~ ùe brarns, surprenant les bandit espagnols en d,.:ordre, en
tua une Crentaine t pril une cinquantaine de
cbevaux, qu'ils vendir nt Je soir ruème à
Ducii11s, ou je conduisis ma petite troupe,
aprè aroir rail pan. or mes bles és: four
nombre ne 'él1'.1ail qu'à deu1, encore n'a,ai •nl-ils éLé que légèrement atteints.
L'officier cl le soldats do ln jeune garde
avaicnl, comme loujour , fait preuve de
beaucoup de eoura(Jc dans cc combat, quj,
ru la disproportion du nomlirc, auraiL pu
nous devenir funeste, i je n'eusse eu qoe
&lt;les conscrits, d'autant plu· que j' :Lài ·i
!aiL!e, qu'il ne m'a,·ait pas été possible de
prendre part à la oharg . L'émotion que je
venais ù'êprouver arait augmenté ma fiène ;
je Cus obligé de passer la nuit à. Iluci~a : Le
lendemain, le commaodaol de celle_ ville,
1

.., 3:iS ...

--,

a,•crû de ce qui 'étail passé, fil arrompagntr
le trésor par une compagnie entière jusqu'à
VaUadoUd, où je me rendi nH• · celle e COt'I, ;
je marchai au pas, car, pou,·anl à pl'in · me
outenir nchenil, il m'cùt 1•té irnpo siule de
support •r le mouvem •ol du galop.
Je suis eutré dan quelques détails sur ce
vop o, afin de vou mettre de nou1'eau i1
mêrn · d'appr 'cier le danger· UUXlJUel étai ni
c~posé· le. offici ,r obligé·. pnr leur ~crviw,
de courir la po Le dan· les provinces d'E ·pa"ne in!:urgée conlr&gt; nou~.
Apnl alleint le hui de ma mission, j' espérai 01\1 r qul;ll,1ue repos à \'alladolid, mili ·
des tribulalitm· d'un nouveau genre m'1 altendaient '·
Jnnol, duc d'Abrautès, J:ll'llé.ral eu chcI
d'n n dP corps qui Je vaient foire partie c.lc
l'armée Je . las éna, 'était établi dcpui · lluelctues mois â Valladolid, où il occupait lï111mcn.e palais construit p3t Charles-Quint. 'c
hàlimcnl, malgré 011 a.nti11uiLé, se trouvait
dan un étal de parfaite cooscrvaûon, cl hi
mouilier en éta.il fort conrnnablc. Je n'amis
pa mis çn doute qu'eu apprenant l'arril'ée
prochaine dn maréchal, 11ui ùenmait yé11irafi.x11imc, le duc d' Lraut~ ne 'emprc -àt ùe
lui céJcr l'ancien palais des roi d'E.pagne cl
tl"aUcr ·c loger dau un des booux bot l qui
c.\i laient en ville; mais, à mon graud élonnem'!nl, Jnnol, 11ui avait fait venir la. duclps ·e, .a fomme 1 à \'alladolid, oil elle t.enail
une petite cour fort éli;ganle, Jwl!II m'annonça quïl ne comptait cedcr à )la ~éna c1ue
la muilié Je son pnlaîs. li étail, di~ait-il, ccr•
tain qne le marL:clao.l · rail trop galant pour
déplaLèt "me lu duche so, d'autant 1ilu que
le palais éL:ùt a-~•z. ,•aslc pour loger faci.lc•
mcnl le deux étal -major .
Pour comprendre l'l'mbarras dans lcqud
cette répon e me jeta, il filul ·arnir que lia •
éna a1•ait l'hal.titudl! Je mener tonjour avec
lui, même à IJ guel're, ane dame X... , ù laquelle il était i nltaché &lt;1u'il o·a,..nit ncccpté
le commandemeut dt: l'u.rméc de Purlugal
qu'à condition quel'Empcreur lui permellrait
Lie s'en faire aecompa(Juer. Mû ~na, d'un Cll·
rnclère ombre et i:nisaalhropi,1ue, virant cul
par s-oût, relirJ dan .a cha.ml,re el Htparë Je
on élat-mnjor, a,·ait liesoin, dans la olitude,
de di traire parfoi · ·eS sombre peruée.s par
la conversation d'une persoune vh•o et spirituelle. ous ce double rapport, Yme X... lui
couvemùt parfaitement, car c'était une femme
de beaucoup de morens, bonne et aimaLle, et
qui comprenait du reste tou les désagréments
de sa iluntion- Il était impo siblc que celle
dame Jo,.eà.t sou le mème toil que la duchesse d'Abrantè , c1ui, sortie de lu fomilfo
des Comnène, élait une fcmm d'une nra.nde
fierté. D'lill autre côté, il n'eill pas été convenable que le maréchal fût loge dans J'M1cl
J·un simple particulier, laadi que le palais
serait OC('Ui'~ par u.n de es ul,ordonnés I Je
me vis dou Ior&lt;:4! d"avouer à Junot l'étal des
choses. Afois le général ne fit (tue rire de mes
1. li esl inL!r sial de Npprocher les ri•.:ii, •111i
vo11l ~uivro 1l0 la partie ,les \l!•m1ires dt! h ducl,es,;e
J'.\brantès concernanl

le Porluga.l,

�IDST0'1{1A

___________________________.

obscrvutious, di anl lJUO Mass 1na 1:t lui a,aienL 1p1elquefoi de rrrandcs calamité · 1. •• Le géouvent logé dan la mème cas ine en llalie, néral hcllerman~, commandant à \'alladolid,
el que le dames 'arrangeraient enl.re elles. rendit compte à fasséna des démarcb~s que
En d tsespoir de cause, je parlai à la du- j'avais faite pour lui éviter une parlae des
chesse clle-mêmo; c'était uuc femme d'espril; désagréments, dont il me gard a cependant
elle prit alors la résolution d'aller s'étah~r rancune.
en ville, mai Junot s'y opposa aYec ob t1CHAPIT'R_E XXIX
nation. Ce parti pris me contraria fort; mai.
que pom•ais-je contre un général en chef? ....
cbo'cS e trouvaient encore dan cel étal
Étal-lllajoi· 11! M.!b i:oa. - , 1.'jnlloem·o ~c l'c,tc\ su,·•
IJ ""
""
cMe à celle ,lt• S3mlc-Cro1 , 110mm • gén •rai. lorsque, au bout de quelques Jours pas és
ca~abianta.
dan mon lit, accablé de fiihre, Je reçus une
Les aides tle cnmp et orficiers J'ordonnance
estafolle, por laquelle le maréchal me faLait
pl'él'enir qu'il arriverait dan ~u d'heures. du maréchal arrivaient successh·ement à V:ilJ'avai , à Lout ha ard, Cah lomir eu ville un ladolid. Leur nombre était con. itléral;le, parce
hôtel pour le recel'Dir, el malgré mon ex- &lt;lue, fa paL'\ parai .anL réla~li~ pour, ~ongtrême faiblesse, j'allais monter à cheval pour lemp en Allemagne, les officier de.meux
me rendre au-de,,ant de lui et le prûrenir de d'avancemenl avaient ollicité la faveur de
ce qui ·'était pa sé; ~ais les mu!cs _qui 1.rai• ,·enir taire la guerre en Portugal, et ~~e ~e
naient sa 1•oilure avatent marche I rapide- mieux nppuyé à la .Cour ou. aud IIlUlli Lere
,
ment 11ue je trouvai au ba de l'escalier ~!. Je avaient été placé à l état-maJOf u gcueramarécltal donnanl la main à Mme 1 .... Je li sime fasséna, qui, asant un commandecommençais à Lw e-xpliquer le
dirllcullés que j'a\'ais éprou1·ées pour prendre possession
de la totalité du palais, quand
Junot, entrainant la duchesse,
accourt, e précipite dans les
hra de Mas éna: puis, devant
un noml&gt;rcux état-major, il
baise la main de (me X..·• et
lui présente ensuite sa femme.
Jugez de l'élonnemcnl de cc
deux. dame ! Elles rest-èrenl
comme pétrifiées et ne se dirent pas un seul mol 1•Le maréchal cul le bon esprit de se
contraindre; mais il Îul vil'Cment affecté de voir Mme la
duchesse d'Abrant1's prétexter
d'une indi position pour s'éloigner de la · alle à manger: a_u
moment où Junot y entrmnatl
'ilme , ....
· Au premier aspect, ces d~
tail parai en~ oiseux; ma.is
je ne ltJS raconte c1uc pa~cc
que celle scène eut de lHen
graves ré' ulla.ls: le mnrecl1al
ne pardonna jamai~ à, JuooL
d'avoir rtîusé de lm ccder la
1otalilé du palais, el de l'a,·oi_r
mis par là dan nne fausse s1Luation vis-à-,i d'un grand
nombre d'ofl1ciers généraux.
Jnnol fit, de son coté, can
commune avec le maréchal
C)' el le général Reynier,
chefs de deux autre corp~
J o~EPII BONA.l'ARTE, ROI n'ESPAl,NE.
qui [or1naient, avec le sien, la
grande armée de P~r~_gal. Cela
Tablea" .te J.-B.•J \VtCAR, (Mim!e Je l'ersaJ/les ,)
donna lieu à des dlVI ions très
f..l.cbeu es, qui conlri~uèrent
jnlinimenl au mauvai rêSulml'ul immense dans un par éloign~ de
LaL des campairnes de i 810 el 1 11, .reFrance,
avait bc~oin d'èlre en~ouré de_he~usultat dont l'inlluence malheureuse ÎUL d un
poids immense dans les destinées de l'Empire coup d'officiers. on étaL-maJo~ parllcnher
français!. .. Tanl il est vrai que des causes en se composait donc de quatorze atdes de camp
apparence futiles ou même ridicules amènent el de quatre officiers d'ordonnance.
1

""326 ...

L'tHévation de 'ainte-Croix au grade de
général avait été un malheur pour le m::iréchal Ma éna, car il perdait en lui un ~age ?.t
ex.cellenl conseiller, an moment où , déJa
Yieilli cl lirré à lui-même, il allait aYoir à
combattre un ennemi tel que lt1 duc de "cllington, et se faire obéir pnr des lie~lenanls
dont UD, étant maréch.al comme lm, et les
deux aulre , ayant le titre de général en
chef étaicn t habitués dès longlemp' à n'
'
.
reetwoir
d'ordres c1ue de !'Empereur. Quo1q11e
Sainte-Croix fit partie de l'armée de Portu...,al, duos laquelle il commandait une bri.,a&lt;lc
dragons, ses nouveaux devoirs ne lui pe.rmeltaient plus d'êLrc constamment auprè de
Masséna. Le caractère du maréchal, jadi i
ferme, était devenu d'une !?l'ande irré·olulion,
et on s·apcrçul bientôt de l'ah ence de l'homme
capable qui, pèndanl la campagne d~ Wa:ram, avait été l'àme de son état-DlaJor. Le
maréchal n'ayant plus de colonel coruml· premier aide de camp, les fonctions en furen1
remplies par fo plus ancien
chef tl'c cadron Je notre étalmajor, c'étail Pelet, ùon c.1.marade, homme courogcu ,
mathématicien instruit, mai
n'ayant jamais commandé aucune troupe, car, à • a . ortie
de l'École poJytecbnique, il
avait été placé, elon ses goûts,
dans le corps de' ingénieurs
géographe .
Ce corp , tout en uiYanl
les armées, ne comhaLtait jamru et taisait, à vrai dire,
double emploi avec le génie .
Il esl dan la nature humaine
!l'admirer ce IJl1'on sait le
moins faire, au si Ma ·séna, ~ui
n'avait reçu qu'une instruction très imparl'ail.e, tenait-il
en "rande considération les
io ..énieur- géo•Trapbes, capables de lui présenter de beau
plan , et en avait-il pris plusieurs à on état-major.
Pelet e trouva dan celle
situation à l'armée de Naplc.,
en '1806, et suivi.L llasséna cn
Pologne en 1 07. De,·enu capitaine, il lit auprès du mart'chal la campagne de 1 09, en
Autriche, e comporta YaillammenL et tut hie ·~é sur le
pont d'ÉhersLerg, ce qui lui
valot le o-raùe de chd d"escadron. 11 assi La aux batailles
d'Es Jing, de Wagram~ et ~•exposa som•enl pom· le,cr le plan
de l'ile de Lobau et du cours
du Danube.
On ne peut nier que ce ne
fussl"nl là de lion service ,
ruais ils n'avaient pu donner à Pelet la p,·atique de l'art de la guerre, urtout q_nand
il s'a"issait de commander une armec de
70,000 hommes, destinée à combattre le
célèbre Wcllinglon dans un pais de plus

de

,,

______________________

.iJfÉJIIOTJf.ES DU GÊNÊ1(A'l. BA~ON DE .iJfA1(BOT - - ~

difficiles. Cependant, Pelet dc,·enait de f:til
!'in piratcur de ~fassénn; il était le ·cul
con ulté, alors que ni le maréchal 1ey ni
le · aénéraux Dcynier, Junot, les divLionnaires el même le chd d'état-major général
fririon, ne le furent pre que jamais! Masséna
avait éhi éduit par los talent extraordinaire
donL aiutc,..Croix avait donné lanl de preuve.
dans la. campagne de Wagram; mais ce génie
hor ligne a,·ail deviné la grande guerre, .ans
a,·oir auparavant exercé un commandement
important : les miracles de ce genre sont fort
rares. las.éna, en 'abandonnant par habitude aux inspiration de on premier aide dt?
camp. indi posa .es lieutenant el engendra
la désobéi sance qui nou cooduil&gt;it à des
revers. Ces revers auraient été bieu plu
grand encore, si l'ancienne gloire el le nom
Je ~fo. séna n"élaient re lé comme un épournnlail pour le chef de l'armée anglais.e, cor
\ ellington n'agis ail qu'avec la plus grande
circoo peclion, tant il craignait de commettre
quelque faute en pré ence du fameux vainqueur de Zurich l •.• Le prestige attaché à 011
nom avait inJl uencé !'Empereur lui-même.
N:ipoléon ne e rendait pas assez compte
qu'il avait été le premier auteur des succès
remportés à"\· 'agram; il se per uadait trop
que ~fa · éna avail conservé Ioule sa vigueur
d'esprit el de corps, en lui donnant la diHicile mi· ion d'aller à cinq cents lieues Je
France conquérir Je Portugal.
Sans doute, le jugement que je porle ici
vous parailra sévî•re, mais il era bientôt
confirmé par le récit des év~nements des
deux campagnes de Portugal.
Pelet, qui ne pouvait alors être à même de
répondre à ce qu'en altendait Ma. énp, gagna
cependant beaucoup dans la pratique de la
ç:uerre, surtout pendant la camragne de
Russie, où il commandait comme colonel un
résiment d'infanterie., à la lèle duquel il fut
blessé. li serrnit alors ous les ordres du
maréchal 'er, el Lien que celui-ci 1ui eût
voué unegrandt?anLipatlJiedepuis les affaires de
Portugal, Peld sut conquérir son e Lime, et
lorsque I ey, éparé par les Ilusses du reste
de l'armée française, se trouva pendant la
retraite de loscou dans une po ilion de plus
dangereu es, cc fut Pelet qui proposa de
passer ur le Ilor1sthêne à denù gel~, entreprise périlleu e, et qui, exLtcutée avec résolution, a :mra le salut du corps du mar~chal
.Ney. Ce bon conseil fit la fortune militaire de
Pelet, qui, nommé par !'Empereur généralmajor de grenadiers de a vieille garde, fü
vaiJlamment à leur tète les campagne de
1813 en Saxe et de 1 U rn France, ilinsi
que celle de Waterloo. Pelet dllîiut cnsu: la
directeur du dépùl de la rruerre; mais, en
'anachanl engérément à l'instruction scientifique des officiers d'étal-major plaré sous
ses ordres, il en rit trop soment de levcur
de plan , étrangers aux manœuvre des
troupes. Le général Pelet a écrit plusieurou~rage e limés, notamment une relaLion de
la eampa!!Ile de -1809 en Autriche, malheureusement oh curcic par ses observations
Lhéoriqucs

J'étais le .econd aide de camp de Mas éna.
Le troisième aide de camp était le chef
d'escadron Ca abianca, d'origine corse, et
parent de la mère de l'Ernpcreur. ln lruit,
capable, d'une bra,·oure excessive, se sentant
fait pour alle.r , ite et bien, cet orllcier, qui
ne manquait pa d'ambition, aYail été mis
aux côtés de Masséna par Napoléon lui-même:
aus·i ~Jass~na le comblait-il de prévenanc3s,
tout en le tenant ·ouvent écarlé de l'armée
sous des prélextes honoraLles. Ainsi, d1•s le
début de la campagne, il lu chargea d'aller
porter à !'Empereur la nou\'ellc de la capitulation de Ciudad-Rodrigo. A son retour, l)l.lÎ
n'eut lieu qu'un moi après, le maréchal le
réexpédia pour Paris, afin d') annoncer la
pri e d'Alméida. Casabianca nous ayanl
rejoint au moment où l'armée e.nlrail en
Portugal, Ma séna lui donna la mission d'aller rendre comrtc au ministre &lt;le la po~ilion
des armues. Arr~té à son retour par lïn.urrcclion du Porlu al, il nous rejoigni L enfin
ur le 'l'age; mais il dut repartir encore, lral'ersa le Porlugal sous l'e corle de deux
bataillons et ne put en6n nous retrouver qu'à
la fin de la campagne. Âllaqué bien ·ou,·ent
dan ses longs et fréquents vo ·ages, il en ful
grandement récompensé par sa nomination
aux grade de lieutenant-colonel el de colonel.
Casabianca était, en 18i2, colonel du
f le d'infanterie de ligne pendant la campagne
de Ru sie, el fil partie du mèmc corp d'armée que mon régiment, Je 25• de cha.seurs
à cheval. Il tut Lué dans un combat inutile
où il al'ait été e~agé bien IILll à propos.
Le quatrième aide de camp de Mas éna
était Le chef d'escadron comte de Lignil'ille.
li appartenait à l'une de es qua.Lre famille
di linguées qui, sorties de la mùme maison
que les souverains actuels de l'Aulriche,
portaient le tilre des Quatre 91·ands chevau.'1: de Lorraine. Aus i, après la bataille
de Wa~am, l'empereur François U envoyai-il 11.n parlementaire pour s'informer s'il
n'était rien arrivé de fàcbeu:x à son cou,in
le comle de ~ignivillc. Celui-ci était un
homme superhe, trè hra"e el d'un caractère
charmant. li avait une telle passion pour
l'é1at militaire qu'à l'ùge de quinze ans il
s'échappa pour s'enrôler dans le !""n de dragons. GrilJyement hies 5 à Marengo, il fut
nommé officier sur le champ de bataille et
sefl'il d'une manière brillante pendant les
campagnes d'Auslerlilz, d'Iéna, de Friedland;
il se trouvait en f 00 chef d'escadron aide
de camp du général Becker, quand il pas a
dans l'état-m:ijor de Masséna. J'ai dit quïJ se
l'était indispo é en soutenant avec moi les
inLérèl des courageux -1!:-,ilcurs qui a1·aient
oonduil Je maréchal sur les ~:....,mps de bal.aille
de Wanraro el de Znaim.
Celle animo ité n'ayant fait ~ue s'accroître
pendant la campagne de Portugal, ~igni1•i_lle
alla rejoindre le 1::i" dragons, dont il dcvml
IJienLùt colonel. Jlevena .,. 1néral sou la Ile tau.ration, il lit un très ùon mariage et vi1'aÎI
très heureux, quand il [uL entrainé dans de
fausses spéculation., qui le ruinèrent à peu
près complètement. Cel estimable officier en
... 327 ...

fat vivement alfeclé et ne Larda pas à mourir:
je le rc.,.rellai beaucoup.
Le cinquième aide de camp élail le chef
d'e cadron Barin, qui, ampul: d'un bra à la
ualaille de Wagram, persistai! à ,ouloir ser•
YÎr comme aiJc de camp; il ne pou1'ail c pend;mt faire presque aucun ,ervice actif. C'était
un bon camarade, quoique fort taciturne.
aron rrère était le sixième aide de camp
chef d'escadron.
Les capilaiue aide de i·amp étaient :
f. Porcher de fiicbeLo1ng, lils d'un énateur, com1e de l'Empire. Cet orficier, dure te
très capable, n'avait pa gr:ind goût pour
l'état miULaire, qu'il quitta quand on p~rc
mourut, eL il prit sa place 11 la Chambre des
pair .
Le capitainu de llarral, ne1·eu de l'arch vèque de Tour , ancien page de l'Empereur,
était un charmant jeuuc homme, doué de
Ioules les qualité 1p1i f'onl nn bon militaire;
mais une extrême limidilé paraly. ail une
partie de ses granùes qualités. lL se relira
comme capi Laine; l'un de ·es m épou a une
Brésilienne forL aim:iL]e l{Ui d11vint dame
&lt;l'honneur de la princesse de Joinville.
Le capitaine Cal'alicr sortait du cor1r des
iugénieurs géographe ; ami de l'elct, il lui
i.ervait de secrétaire, et fa.Lait peo de serl'ite
militaire actif. Il ful nommé colonel d'élatmajor quand, sous la Ile lauratioo, on fonùil
les ingénieurs géograpb..es dans ce nouveau
corps.
Le capitaine Dcspcnoux app:lflenail à untl
famille ·de macistrats el en avait gardé un
tempérament t'.\.lrèmement calme, qui ne
s'animait qu'en marchant à l'ennemi. Il supporta avec pcine le fatinues de la campagne
de Portugal el ne pul résister au cümat de
.Russie. On le trouva dans un bivouac, 011 fo
froid avait pour ainsi dire pétrifié on corps.
Le capilaiJl{) Rcniquc a1•ai1 la faveur toute
spéciale de lins éna; mais bon cl cxcelleut
camarade, il sul ne pas trop ·en prévaloir.
Je le pris dans mon régiment lorsque je fo
nommé colonel du 2;:;, de cba cur . Il &lt;ruiua
l'armée apri&gt;s la relJ'aite de Moscou.
Le capitaiue d'Aguesseau, de œndanl de
l'illustre chancelier de ce nom, était un de •
ces jeunes gens riches qui pou sés par l'fi:mpcreur, avaient pris l'étal militaire san~ couulter asse'k leurs forces phy, ic1ue . Celui-ci,
homme grave el très courageux, était fort délicat. Les pluies inre sanles que nous eûmes en
Porlugal, dan l'hiver Je 1810 à L 11, lui
furent i nuisibles quïl finiL par succomber
sur les rives du Tane, à cinq cents lieues de
a palrie el de a famille!
Le capitaiu Prosper ]las éna, fils du maréchal, était un brarn et excellent jeune homme,
donl je vou ai déjà fait collilailrc la belle
conduite à Wagram. li me témoignait la plus
grande amitié. Le maréchal me l"adjoignait
ou,·ent dans le· mis iou difliriles. Aprè ·
arnir quelque temps hésité 11 l'envoyer 'Il
Hu ie, son père, gui n'y avait pas de commandement, finit par le retenir, el Prosper
passa plusieurs année éloigné de la guerre
el occupé J'étude.s. Quand le mmiehal mou-

�_ _ 1tlST0'1{1.11 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
rul. eu 1 17, l1ro1-per Ma. 1111., forl nll'ccl l
de cet év ;nemcnl. (ut pri de Ir., ,·iol ·nie
crise . J'étai · alor. t•xil 1• A mon retour, je
\ÎO pré~rnlrr illl't&gt; homrua e à la ,·cnni du
mar{.chal, qui IÎI au~silôl nppelcr ou filli. Ce
bon jeune homme nl'courul cl ful Lellemenl
ému du me rèvoir qu'il en Lomba de 110U1eau
lr •. gran~mrnt malade. on étal dé anlé
r I i laul i, Lou J, :oins, il 11uilla bientôt la
,ie ù lar1urllc le rattachaient 1111 nom illustre
•I une forllme irumcr1sc, en 1. issant à Yiclor,
,on frère cadl'l, son lilrc el une partie de sa
for!unc.
LI' plu· jeUJJe et le moin: élevé n nradc
t.le tou 1 s aides de camp du maréchal était
\ï1·tor Oudinot, lils du maréchàl de cc nom.
Il a,·ail lltu premier page de rnmpcreur et
l'accompa"11a1t eu relie quai il: à la bataille
de Wagram; il H:nait d'entrer comme licult-nanl dan· l'éLll-rnajor de ~fo ·énn et o'êtail
·• •é que de Yiugt un . li c.,t aujourd'hui
liPuten:ml général . .'ous le relrouveron,- a.o
cours 11':! cc récil ; je me bornerai a dire,
pour le moment, quïl s'c t ae&lt;1uis la r~pulalio11 d'rlre l'un de.; meilleur écuyer de
.on lcmp·.
Uulre •·e quatoue aides de camp, lu maréc.:h.al a,·ail quatre officier· d'ordonnance,
•JUÎ él:tient · le capitaine du génie l3c.'J.uforl
d'Hautpoul, ofJkicr du plu· !!l'and rmirÎle,
•1ui mourut jeune.
Le lieutenant Perron, Pi.érnonlais d"une
fomille di Lin •uée, laid, mai trè spirituel
et J'u11 cara.cl'-rll jm·ial; cc jeune officier
charma no, ennuis pendant l'hi,·er dè l 10,
11ue uou · pa st1mc. dans ln puliLc ,ille de
1'orrù.s-Nov3. , où d' pluie:. torrl!uLiclk
llllllS relenaienl. Le mruéchal cl le "énéram:
,eHa.icnl quclrp1efois 'égayer au Lhéùlre d •·
marionncllc · ttuïl an1il . li orrra ni cr . Urave
ju.s11u'à la Lém(-rité, il p~riL · la halaillc de
lontmirail, au morncnl 011, démonté, il
'éla11çail à l'alifour boa sur un canon ru se,
donL il l!tniL ~11r le poinl de .e rendre maîlre
nvec l'aide &lt;le s ùra"ons.
Le li ulenan I de Brique1-illc se i •nalait
1mrticufürcmcnt pa-r une ll1·a1oure aUant jusr1u 'à l'imprmlencc, ain i Llu'il le prou1a en
l 1:, en co111hallant, à la lêtc de son r •gimenl, entre , 1er ailles el Hocquencourl.
Engagé enlre dcu murs de parc, il ! perdit
Leaucoup de monde et rcf,'ul troi coup de
saLre sur la tèlc. La ville de Caen l'enroya à
la Chambre. oit iJ c mil dan l'opposition la
11lus violenl!l; il mi,urul dans uu cllal de
•rand!! exaltation.
Le r1unl rièmc ofûcier d'ordonnance de
Ma:;sénaétaiL clave de égur, fi~ du pirituel comlc de oc 110m, and chambellan de
!'Empereur. luslruil, d'uncpoliLe·se e Lluisc,
d'un caracl~re affable el d'une bravoure
calin , {kla\c de 1:gur était aimé de tout
l'étal-major, donl il était l'officier le moins
clcml en !!rad , 1,iell qu'il approch.M de la
lrcnlaine.
rti de l'Ecole poll·tccbniquc à
l'époque du Directoire, il accepta le poste de
sous-préfet de oisson , so us le Con ulal;
mai' indi ,.,oé de l'as as.inatjoriJi11ae Ju d11c
J'Engbièo, il Jono3 sn démi ion, et prit le
0

t11:lll1 rt•Juilc iiu silence, une pnrlie dtl la
ville en Unmmc·, un ma ,a in à poudre
a):rnl auté, b ronlrcRcarpe él:ml renver~ée
:ur une lon~urur d1.s1 lrentr- ' ÎX pieds, le fossé
rempli Je dJcombrc. •t la br~che lar cmenl
ouverte, \l,Léna résolut de faire donner le
si goal de l'as aut. A cel effet, le marécbol ey
forma. dan sou corps une colo11ne &lt;le l ,üOU
hommes de bonne volonté, d lim=s 1l. monter
le p,·emirr · à la brèche. Ces bra1·e , r(,unis
au pied do rempart, allendni •ut le signal de
l'altac1uc, )or-qu'un officier aynnl e primé la
crainte que le passasc 11e f,)t pas uffi.ammenl praticable, trois de no~ soldat ·s'élanœal, montent nu ommel de la J,rècbe; r , rdenl dan la ville, examinen! toul ce qu'il
pouvait êlre ulite:dc savoir, décbar,.,ent le!lfs
CHAPITRE XXX
arme., et, bien que cet acte de courngL' cf1l èt-é
c t-cuté en pldn jour, cc lroi l,rav • , p:1r
All,u1111! d pri • dt Ciu1!~1t- Ro.lr1;:o.- faÏL,, ,l'mn~s
,le 1r.1.rl 1•1 ,l'autre. - ~e lomlll· gra11•111t•11l Dllll~dc.
un bonh ,ur égal 1l. leur dévouement, rejoi•
- lncioleut, di,·.:i-s. - Prise ,l'Alméido.
•ncnl leurs camarad · .an avoir été hie •és !
Au
sitôt, Jp colonne qui doh·ent ail ·r 1t
Bien qoe le ministre de la guerre ciîl
donné au maréchal l'assurance que tout avait l'a saul, animée par cet e. cmple cl par la
pt·é cnce du maréchal 'ey, s'avancent au pas
été prtpnré pour l'entrée de soo nrméù en
camp.1nne, il n'en était rien, et le géuéra- d • chargu cl \'Onl se précipiter da.ns la \;JJc,
lis~i,me fol oblirré de pas er l)Uinze jour à lorscJllC le vieux nénural llcrra ·ti demande à
Valladolid, nlin d'y surveiller le dJp3rt des capituler.
La déf n e de la garnison de Ilodrigo anit
troupes et l'en oi de! viue et des muuilion
été
Iort belle; mai I Lroupes e pngnol •
de guerre. Le quarti r g:m:ral îutrnfin porté
dont elle se composait e 11bignaient a,·cc
à :-;a(ama.nque. Mon frère el moi ÎÙlllt'S lo••ê
dan l' Ile ville ·él :ure, ch z le coml, de raison de l'abandon de, Anglais, qni s'étaient
Monlézuma, descendant en li nc directe du bornés à enrayer de ·imple rcconnai ances
dernier rmpereur Ùll )lexique, doul Fernand ,·cr notre camp, ans tenter du éril!u e
orlès axait emoié la famill • en Espa•ine, où divedon. Ces reconnahancc donnaient Lieu
à des escarmouch dool lll ré ·ulla.L lourelle s'dl:Ül rcrpélnéo CU 'alliant à plu,ieut
famille de J1autc noble ·c. Le maréchal naicnl pr que toujou r · à noire avan ta...e.
perdit encore lroi semaines à alnma11q 11c, à L'une d'elles fui i honorable pour notl'e
:illcndr&lt;! le corps du 11én,:r l He •nier. Ces infa.nl~rie. que l'bislorica anglai 'apicr n·a
retard·:, fort prL1judiciable pour nous, pu 'cmp~cber de rendre hommage au couélaienl tout à l'a\•Onlage des .~nglai cbar:;és rage des homme qui prirent p:irl. Voici lu
lait.
Je défendre le Porlu.,.al.
Le J I juillet, lé ,.ênéral anslais ir CrawLa dernière ville d'E•pJ,.ne ·ur cetle îronlière e l Ciudad-fiod,igo, place forLi; de furd, qui parcourait le pai cnlre CiudaJtroisième ordre, i l'on ne con idûre que la llodrigo ~t Villa dtil Pucrco, à la tète dt: six
valeur de es ouHagcs, m.li qui acquier1 une c~cadron., ayant aperçu au poinl du jour une
grande importance par a po ilion entre l'E • compagnie de grcnad:cr· fran~ais 1 lbrle de
pa 0ne cl l1.s1 Portugal, dans ,we contrée pri- ~nt vingt homme en"iron, alla.nt à la décou,·ée de route., eLd'un accè· fort di!(icilc ponr v rle, ordonna tle k faire allaqucr avec dcox
le lra nsporl de' bouches à li!u du gros cali~rc, e cadran·. "3j - 1~ fraofai3 urt•nl lu Lemps
des muniLion cl dr lïmmcn o allirail indis- de former un petit carré, el mauœuvrèreot
pcnsabl, pour u.n .iège. li êtail cepcndaoL àe avec lanl de ca.lme que les officiers ennemis
toute néce ité que l Françai e rendi sent entendirent le capitaine Gouache el on ermaitre de Ciudnd-nodrigo. l\ésolu de s'en Jtenl e..ùorlcr leur monde à bien ajuster. L
•mparcr, Mas éna q uilta 'alàmanquc vers la cavalier ennemis chargèrcn L avec ardeur,
mi-jnio el filcerucr Rodrino par le corp du mais r~'.u.rent une •i terrible déch:u-se qu'ils
rnarécùal NeI, landi. que celui dll Junot cou- lai sèrenl le lerrata jonché de morts el durent
'6loi ncr. En wyanl deux c cadrons anglais
u:i.il le opération ·ontre les attaque d'une
armée aunlo--porlugai · qui, sous les ordres repoussés par une poignée de Français, le
&lt;lu duc de Wellington, était campée à11ueh111&amp; colonel nnemi Talbot s'nvan~ en rureur avec
lieu · du nous. pr 's dt! la. forlerc se d'.M- quatre escadron. du J4• dr3 ons, el ati.aqua
IDéida, prcmi rc ville de J1ortugal. Ciudad • le capitaine Gouache. Mai , celui-ci, l'allenI\odri •• étai! dét~•ndu par un vieu et ùra~e clanl d11 pied ferme, flL faire 11ne décharge à
houl portant qui Lua le colon l Talbol eL une
gJnéral e.~pagnol d'origine irlandaise, Andréa
trentaine ùes iens ! Après quoi, le I.Jm•e
llcrrai.li.
Gouo.che se relira en bon ordre vers k camp
Les Françai , ne pouranl croire que le
Angfai · c ru ea l tellement approchés de la Irançai , Eans que lo .,.énéral an,.lai o âl
placo afin de la ,c.:1 1&gt;r..:adre ous leurs yeux, l'altup,cr de nou ... cau. Celle brilbotc affaire
~•aLLcndaienL à. une Lataille; il n'en [ut rien, cul un •rrand retentis ement dans le deux
cl, le 10 juillet, l'artillerie des Espa 0nol · arroêe .

parli de 'cnna 0 cr au (i 0 de hou, arJs, aYcc
lequel il fil oL c1m1mcn L plu ieurs campagne .
Dl!!Ssé cL fai L prisoru,ier à Hanb en llongric.
en l 00, il fu L 1chan••,:. cl une fois gu~ri, il
demand11. à prrmlre pari corumc ous-lieutcnanl à la rnmpagn, de PorLuaal, où il se
montra lr\ - llrillamment. llevenu capitaine
cla . • de hou:ards, il [ut [ait prisoauicr en
nu sie, el tntouré de 1=gard · ,rue lui méritait
sa qualité de fils do nolre ancien amba. aJcur
aupr··· Je Catherine IL Aprè un jour de
deux ans à • alaroO, sur le Volga, il reYinL en
Js'rance en 1 14 cl entra dan· l'étal-major de
la garde de Loui · XVUI. Il momut, Lien
jeune encore, en l 1 .

"-------------------

.JH'BMOUf.ES DU GÉJYÊ7t.AL BA]f_OJY DE

.MA~BOT

Ili·: 1111e !'Empereur en lut informé, il
éleva le c:ipilaine (jouacbe -:Ill nrade de chrr
de Lataillon, donua de l'arnocemcnl :tux
aulrc oflicit•rs et b.uil décorations à la comp:i••11ic de 1,:rcnadiér ·.
.\prè avoir mentionné un fait ail· i gloricu~ pour le · mili1aires françai , je crois
devmr &lt;·n rapporler un aulre qui u'honore pas
main~ le.~ K r,agnols.
Le guérillrro don ,luli:m ~am:h~, s'étant

maladie c111e j' , conlraclai dan· les circonslanccs suivante .
l.1!' cn1-iron. de celle \ille étant peu fertile ,
les habitation y sont fort rares, el l'on avait
iCprou_,·é ht•aucoup de difficulté. pour établir le
quartier du maréchal à proxiuulé du lieu où
de1·aicnt MJ faire nos tranchées; on le plaça
clan· un btitimcnt i·olé, itué ur un point
:1 ,~ d'o11 J'oo tlominail la ,•illit el· les faubourgs. Comme le siège pouvait être forl long,

un préle.tlc 11uclconr1uc, et ·'i'.1Cria en cnl ranl:
t,
h ! mes !!tlillard · ! comme ,·ou, êle bien
n ici I Je vous J,·mandt!l'ai une pelitc place
&lt;1 pour mon lil el mon bureau 1 » Nous comprimes que c' 1ta1l le partage du 11011. •t nou
empressàme d'éyacuer notre exceUenlt• hal,ilalion. pour aller 1100s élalilir dans lo. ,icille
,iu,_Lle à moutons. Elle était pa.,.i.:c de p •tits
c.11,:ou.r, dont I~· inter lice· recélaient &lt;.: débris de fomil!l', el doot le~ a:périld nous

,olootaircmool en[ermé da.ns Ciudad-f\o.Jrioo
C,

et 11u'auprè du_ logement du maréchal il n'y
ava1L aucun abri pour es nombreux of6cicrs,
oou louàme à no frais de plnnches cl des
madriers, avC(· \~quel onconslruisil un• alfo
immense, où nou · étions à l'abri du sol •il l'L
de l:i pluie, l'l couché sur un plancher qui,
:bien que grossier, nou présenait des exb.alai. oa.s el de l'humiJilé du sol. Yai le maréchal s'étant Lromé incommodu par une odeur
in 11pporl3h11?, dès la première nuit qu'il pa a
dans le grand bâlimeol cn pierrl), on en
rccb rclm la causC", cl il Îul reconnu que ce
b!tlimcnl étaie une aucicnne berrtcrie. Mas éna,
ayant alor · jelé son d1hola ·ur notre mai on
improvisée, mais ne ,·oulant ccpcadaul fJOS
uoo expulser &lt;l'autorité, vint nous voir sou

g~naieot inOnimenl, lors,1u nou · 1·oulions
nom, coucher, car en Espa"nc mi ne trouve
rias de paille lon•roe. Fore~ nou, fut Jonc de
oou étendre 'Ur le pa,·é no cl iniccl. dont
nous respirions les min mes putride : am: i,
au boui de quelque: jour • LomLàrue -uou
I011$ plu ou moins malades. Je le ru. plu
ra vemen l que me~ camarade., car, duns les
[13.\S chaud , la fièvre éprouve plus ,·i\'emcnt
le. pcrsoun~ fJUÎ en I nt déjà ul,i les alleinles.
elle 11ui w'avait _nccabltl, ~ mon arrivée à
Valladolid, rcvarut avec iotcn il:. X1anmoins,
je résolu;; ile p.rendre part au uan°crs du
~iège, et je coulinuai mon scnice. b
Cc crvicc étaiL ·ou\·e1Jt bien pénible, surloul for-qu'il fallait pendant la nuit, porter

0

avec le:, 200 cavalier· de sa troupe, y roodiL
dt: "rand~ services, en faisant de lréquenlc

all:11111es ur le points opposé de no Lrancb 1c ·• Pais, lorsque le manq uc de four1'3"t · rendit la pr~cnce de 200 cht!vau.x
cmbari:assnnle p&lt;&gt;ur la garni on, Julian, par
Unl~ nwt obscure, sortit silencimsemenl de la
vilfo a,·ec es lanci rs, cl, lr:n·ersanl le ponl
de l'.\g11eda, dont les troupes du maréchal
'. e1· avaient négligé de barricader le a~mues,
il Lombasurno po Le, , tun plu itiurs bommc,,
perça notre li«oe el alla rejoindre l'armée
anglaise.
fuillit me cotHer
1 Le, siège Ùt! Ciuda&lt;l-Hodrino
e
a ,·,e, nou par l • [eu, mais par suite de la

.._ 3-:z9 ...

�H1ST0~1A----------------------des ordres à celle de nos di\'isions qui cernait
la I ille ,;ur la rire "aaclte de l' Agueda et
fai ail le tra1·aux: néces aires pour s'emparer
du couvent de an-Franci co, tranforméen lia~Lion par 1 ennemis. Pour se rendre de
noire quarlicr général à ce point, en élit:1nl
1c feu de la place, il fallait faire un très graud
détour, et gagner un pont con truit par nos
troupes à moin' de raccourcir, en lraver anL
la rivi~rc à gué. Or, un oir que tous les préparatifs élaienls rait pour enlever an-Francisco, le maréchal 'ey n attendant plus que
l'autorisation de !asséna pour donner le signal,
c'étail à moi de marcher; je fus donc forcé de
111)rter cet ordre. La nuit était sombre, la
chaleur étouffante; une fièvre ardente me
dévorait, el j'étais en pleine transpiration
lorsque j'arri"ai au gué. Je ne l'avais jamais
tra\'er é qu'une cule fois en plein jour, mais
le dragon d'ordonnance qui m'accompagna.il,
l'ayant passé plusieurs foi , m'offrit de me
guider.
U me condui il forL bien jusqu'au milieu
de la rivière, qui n'avait alor que deux ou
trois pied de profondelll' ; mai·, arrivé là,
cet homme s'égare dans les lénèbre , et no
chevaw:, se lrouvaut loul à coup ur de lrès
larges pierres fo.rl glis ante , s'abattent el
nous Yoilà dans l'eau 1 li n'y avait aucun
danger de se noyer; au si nous relevâmesnous facilement et gagoàmes-nous la ri\'e
gaucbè; mais nous étions complètement
mouillés. Dans toute autre circonstance, je
u'eus c fait que rire de ce bain forcé; mais
hien que peu froide, l'eau arrèta la transpira Lion dont j'étais couvert, et je (us pris d'un
horrible fri on. Il fallait ccpcndanl accomplir ma. mission, et me rendre à, an-Franci co,
où je passai la nuit en plein air, auprès du
maréchal Ney, qui fit attaquer el prendre le
coment par une colonne ayant à .a têle un
cht'f de bataillon nommé Lefran~ois. J'étais
lié avec ce brave officier qui m'avait montté
fa ,·cille une lellre par laquelle une jeune
per~onne qu'il aimait lui annonçait que son
pi-re con entait à lernnir dès qu'il erait m~jor
(lieulenant-colond). C'éLait pour obtenir ce
grade que Lcfrançoi avait sollic;té la farnur
de conduire ll'S troupes à l'a aul. L'allaquc
fut trl! vil'e, la défen e opiniâ tre; enfin, aprè~
lro: hC'urcs &lt;le comLal, nos troupe· restèrent

en po session du oouvent, mais le malheureux
Lefra.nçois avail été tué!... La perle de crt
officier rut \Ïl'cmc.nl sentie par l'armée •1
m'affecta beaucoup.
Dan ]es pay chaud , le le\'cr de l'anrorc
c l presque toajour précédé par un froid
piquant. J'y fus d'autant plus sen ilile cejourlà que je \"enais de pas er la nuil dan des
vêlement imprégnés d'eau ; au i étafa-je fortement indi posiS, lor que je rentrai au quartier général: cependant, avant de prendre de.s
hahits secs, il me fallut aller rendre compte
à ~Ia sfoa du ré nltat de l'attaque de uFra.ncisco.
Le maréchal faisait en ce moment à pied
a promenade du malin, en compagnie du
général l•'ririon, chcl d'état-major. Préoccupés
par mon récit ou pou é par le dé ir d'observer de plus près, ils e rapprochèrent
insensiblement de la ville, et nous n'élion
plus qu'à uoe portée de canon, lorsque le
maréchal me permit d'aller me repo er. Mais
à peine étai -je éloi6né d'une cinquant:1ine de
pa , qu 'one bombe mon trueuse, lancée du
r.?lllparl de Ciudad•Rodri110, tombe auprès de
Mas éna et de Fririon !... Au bruit affreux:
qu'elle fü en éclatant, je me relonrnai, et
u'apl'rcevant plu le maréchal ni le général,
qu'un nuage de fumée et de pou sière cachait
ù me regarùs, je le cros morts cl courus, ur
le point où je les a1·ai Jnissés. Je tus étonné
de les trouver ,ivant et n·a1·anl pour toul
mal que des conLosions faites par des cailloux
que la. bombe avo.it lancé autour d'elle, au
moment de l'explo ion. Du resle, il étaient
l'un et l'aulrecournrl' de terre; Ma ênasortoul, i1ui avait depui 'lnclc1ucs années perdu
un œil ~ la cha se, avait l'œil qnilui re tait tel.
lemenl rempli de able qu'il n'y voyait plus
pour c conduire, el les meurtri ures faites
par le pierres le mellaienl hors d'étal de marcher. IL devenait cependant urgent de l'éloigner du [eu de la place. lia éna était maigre
cl de peLitc l..1ille; il me fut donc possil.llt•,
malgré mon indispo5iliou de le charger sur
mes épaules et dt le porter sur un point où
les projeclîle. ennemi ne pomaienl l'alleindrc.
Mes c.amarade,, que j'allai prévenir, vinrent
prendre le maréclial, ruin que le oldatsigoorassent le dangE'r qu'nvtlil cou.ru le 11énérali·sime.
Le fatigues cl l'agitation morale qucj'aui

éprouvée depui vingl-quatre heures augmenLèrenl beaucoup ma Oè•,·re; néanmoins je me
raidi saj contre le mal, el je panins à l
urmonler jnsqu'à la reddition de CiudadRodrigo, qu1 1 airui que je l'ai déjà dit. eul
lieu le 9 juillet. Mais, à comp ter de ce jour,
la ·urexcilalion qui m·a..,a.it soutenu n'a ·ar1l
plu d'aliment, puisque l'armée était en repos, je îus 1·nincn par la fihre. Elle prit 1111
caractère si alarmaol que l'on fut obligé c.lc
me transporter dan l'uni&lt;[ue maison de la
,•ille que le liombcs rrançai e cu,scnl lais,1'.e
int.acle. C'c~l la cule fois que j'aie lité éricu~cmonl malade sans avoir éW bl é, mais
je le fu si gravement qu'on désc péra d.e ma
vie. Aussi me lai a-t-oo à Ciudad-Hodrign,
lor que l'arm6c, aprè avoir pa é la Con,
marcha ,ur la îtirlere .e portugaise d'A.lméida.
Celle place n'étant à vol d'oiseau qu'à quatre
lieue de Ciudad-Hodi-igo, j'entendais de mon
lit de douleur le bruit contînuel du Cà.non,
dont chaque détonation me faisait bondir de
ra~e!. ..
Plujeurs fois je "ou lus me Ici er, t'l ces
essai inîrucluenx, me prouvant mon impui sante faiLlesse, augmentaient encore mon
d ; espoir. J'étais éloigné de mon l'rèro et d
mes camarade , que le devoir retenait auprè
du maréchal au siège d'Alméîda; ma triste
solitude n' élaiL interrompue que par les courte
vbites du docteur 81:mchelon, qui, malgré
es talents, ae potll'aÎL me soigner que Lri!s
imparfaitement, faute de médicamc-nts, l'arméfl ayant emmené ses amhufam:es, et loulcs
le pharmacie de Ciudad-Rodrigo étant épuisées ou détruites. L'air de celle ,·ille était
,,icié -par la grande quantité de bles;é des
dl·ux partis qu'on y a,·ail lai sés1 el urtout
pnr l'odeur jrucclc s'e:i:halaot de plusieur ·
milliers de cadaues qu'on n':Hail pu enlerrcr,
parce qu'il~ étaient à demi enfouis .ous ll'
décombres de mai on, écra é&lt;'s par le· 1ombes.
Une chaleur dl! plus de lrcnlc degré$,
ajoutant encore à cc causes dïn aluhrité,
amena Lien tôt le typhu . li rit de grands ravages dan la garnison, et urtout parmi les
habitant qui, a :inl éthappê aux horreurs
du il-ge, 'é(ail.'nl ob tiné· à re Ier dans la
place, afin de con ·ern,ir les dêhris de. leur
fortune.

(A stûvre.}

ÜBNÉRAL IJE

~1ARl30T.

COMTE DE F~ANCE O'ttÉZECQUE;S
~

cour de Versailles intime
)lt1h1 Hn•~ :·1 11d1J(I co11uu-;. fout IJ
fnnle, ;tll lr,t•1·. pow- Mrc ,·11, ,lu

u'f\u ~11l't1ÎI \OiL' mil.lt»
:-:il lin \Oil auj1HUt1'hui
,1ue ceU\ 11u'il ,il hier N 1111 ,1 H•rtit
Jcmai", ,,ue th~ ni.aJl1~url'u, t
tirÎlh.' t' lflh
:i. fa foi..,; t•I

L, D11vrinr, Cararlttn.

Le cérémonial du Ic,•cr du roi pourra pa•
raitrc d'autant plus curieux qu'il
t déjit
plus loin de nou', el que hieo de· aens demanderaient \'Olontier ·i ce lever éLai Lréellement l'inslant oit le roi quittait son lit.
li esl à croire r1oe, dans des temp3 plus
reculés,_ le courtisan moins pnrc eux que
Je no· Jours se lrouvaicul au réreil du prince.
Aman, à la porte d'Assuéru , devançait le
jour. liai·, uccessivement, l'heure se sera.
Lroul'ée reculée, et le le\'er étniL devenu la
loi~etl: du roi; car, sou Louis XVI, qui
iJU1lla1t son Jit à !ôCpt ou hoil heure du matin, le lever était à onze heures el demie à
moins que des cha «es ou des cérémonies
n'en a 1anças~ent lïnstanL; el je l'ai vu, dan
que~ques circon Lance , à. cinq heure du
matm.
C'était à l'heure du lè1er que $C rendait
nu chàteau la /oule de. courlians, oil de Ver.aille , hOÎI
de Paris. Le uns venaient c
faire r emarquer, ceux-ci cher•
cher un regard du prince, d'auIre se répandaient en uite dll.Jls
les ùureaux, chez les mini~tres, pour; y solliciter &lt;les fa1·curs, souvent demander de
l'avancemen t, et n'y ohtenir
t1ue de refus ou de la hauteur; car, de tout Lemps, les
s?ballerncs cropicnl ~·acr1uér1r d!! la considération par Leur
lierlé, prenant presque 1oujours la morgue pour le talent.
Tout cc monde attendait le
moment d11 lever dans l'antichambre ou lagalcrie; et ceux
que leur service appeklit, ou
qui nvaical ce qu'on nommait
les entrées de la chamlire
étaient reçus dans l'Œtl-de~
fiœuf, va lu salon qui préœdait
lacbambre duroî, aîmi appelé
LE
d'une croisée ovale placée dans
la YOùte. C'était le vrai temple de l'aml&gt;ition, des inlrig~c:, de la f~usscté. Qucl11uefois, de,- pronaciaux i!blouis, des gen distraits ou 11100r~ts, attirés par l'énorme [eu de la ~hcmrn~e ou par la curiosité de voir de plus
près celle quantité de cordons Lleus rourres
'

.... 33o

i,-

0

o~ vert '. qui Caisaienl groupe près du Îoler,
a1·anra1ent malgré les averti~ eanenl, multipliés du uisse, et les cris de : 11 Passez,
lonsicur, pa.sez dan la aalerie! &gt;&gt; ~fais, ô
prodj,.e de l'11rhanité française passée dans
l'àme d'un llelvétien ! le boa uissr. saisis ait
un prétexte, el, faisant semblant de ranimer
le feu, de fermer un rideau, il louvoyait autour de Yous et, linalemenL, vous instruisait
à l'oreilJe de votre mépfre et vous épargua it
la honte d'un renvoi public. L'honnète provincial rougîssai l, liais ait la. tête et ou ven l
remerciait, tandis 11ue le pelÜ-IIlllitre qui,
ma~gré son bel habit, n'en était pas moins
un 10trus dan celle lirillante réunion, rele,·ail la tète el fuyait comme de ~on gré.
Ce gros ~ uissc végétait derrière un énorme
poèle placé au Jiout de l'Œil-de-BœuI· il ,
mangeait el digérait à la barbe des prin~e, e·L
des ducs. Le soir, il lcndait son petit lit dans
la graade "alerie, el pouvait se dire l'hommr.
le plus magnifüp1emenl lo"é de France. li
dormait au milieu des glaces, el, au point
du jour, son œil enlr'ourerl pouvait contempler les chef -d'œuHe de Lebrun, moins pré-

quel11ue;; loui . Un de ce uissc , au i:ornmencement du règne de Louis XYJ, se nommait Buch ; ou coru;ervail encore le !$OU1eiiir
de sa malice, de a franchise el de on orir&gt;i0
nalité.
Quoique Je salon de l'Œil-de-Bœul' fùt lrè
vaste, ~l y avait Jes jours où il avait peine à
conlenu· la rou]e de coarti ans. Qaclq 11e~
lianqueue , trois ou quatre ta!Jleaux de Paui
Véronèse en faisaient tout l'ornement.
L~ foule enfin rassemblée, onze heures et
demie sounei~l. ;~o de minutes après, le roi
or~ de on mterieur eu babil du mnlin et
arrive dans la chambre de parade. ln garçon
de la cha~re se présente à la porte et crie
à haule voix_: rr La garde-robe, Ales ieur, ! 11
Alors se gl! col les princes dn sang, les
grands officiers de la couronne, les offîriPr .
de la garde--robe, el Les eigneurs qui onL ohtc.nu les_ grandes ~nlrécs. De ce nombre ont
ceux IJU.' ont prhdé à l'éùuca1ion du roi.
La Lotlelle ~ommence; Je roi se cliaussc et
pas.e a chtmise . .Alol:'s, la mèrnc voix rouvre
la porle sur l'ordre du premier genLilhomme
de la chambre, el demande .• (', La prem,'è rc
cutrec ! » A cet appel, ,1rrhent
la Faculté, les valets ùegarderohc hors de ervice et le
porte-chaise d'all::tire .
Aussilrlt que le roi n'a l'lus
11ue
on hahit à pas •cr, on
appelle : « La chambre! »
Alors enlrenl tous los o[lkicr ·
de la chamhrc, le , pa.,.es, leur
gouverneur,
les écuvcrs
"' .
...
, les
aumomcr , enfin les C'Ourtians admis aux entrées de la
chambre, c'est-11-dire de l'Œilde-Bœur.
Le roi étant tout habillé, on
oune le deux ballants el on
lais e entrer le reste des officiC'rs, les étrangers, les curieux.
mi tlécernmcnt, d sdon le
co lame, le modeste auteur
qui vient humblement olTrir
une dédicace, etc.... Le rai
pa~se alor dans la balustrad ,
qui entoure le lit, se met à
Cllch6 Oiraudoq.
genoux sur un cou. sin, et,
SALON DE L'ŒJL-DE•DfJWF, .10 CUATEAO Dl: \"ERSAlLl.ES.
entouré de. aumôniers el du
clergé, récite uaecourteprière;
après quoi il écoute toutesJcs
rieux pour loi a ·urémenl que Je ,in de son pré eutatiou·, el entre dark le cal,inet du
pnys èl les étrenne qu'il recevait le jour do conseil, oi1 ce11.1 &lt;[Hi ont les entrées de la
l'an. Ce jour-là son attention redoublait pour chambre lo suivent. Le res te de la foule va
ou vril' la porte el tenir la portière am. grands dans la galerie, atlendre le moment où le
seigneurs qui récompensaient cc cn-ice de roi ortira pour aller à la mes e.
.... 331 ...

�1l1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - l'ar un usarrc trè., ~in.,ulier. C'I '(UÎ N'JnOn•
lail, je crvi , :iu lcmp~ oi1 l'on portilil dt-.
perrm1ncs imrn •o c , Loui • '\'l 11 :c I isail
coim!r qu'étant Loot b:1hilltl. Il pa s.1i1, .iprè·
;on le'l!r, Jan un c.iLin ·l où il enveloppait
d'un irnm n ii t"i·•noir ou habit lirodé, l
le \'a let J,~ chamhre harhier 1p1i nvaiL prépart~
1 · cbc,·rw: au lever, linh._ait la fri·ur• cl
mcllniL la poudre.
.'ipr arnir a~ i lé au l 0\l'f du roi. vo on.
• qui r prati1111ail à n couch r. C lui-ci
l:lail l,icn le 1érilal1l ; mai. 11111' occupation,
.~0U1rnt un lég r somme, rdcruil le roi plus
lon tcmp~\ onze h ur , arri,·ai ·nt le . nie• el le.
courti. :m .. Tuut était prép r~ : une m3gnilÏl(llC LOilclle de Lrocard d'or cl d,: d ot•ll •;
,ur 1111 Fauteuil de maroriuio rou c, la robe
d1: chamlirc t•n éluifo de ·oie l,lanche brod!' ·
à l,1011 ; la cbrmi" , enveloppée dans un mor•
t au dr talîel,1'; nr la ùalu lrade, un doulM
c01L in ùe drap d'ur appi•l · 'UIL1n, ur h•quel
on po;;ait b 0i1Tt• de nuit eL le)\ mouchoir..
.\ cù1,:, le p:mlouOc , d · 1 m me élu[c que
la roli •. étai nt plac~: pr '- · d •s pa e de 1.
d1:unbrc qui c tenaient contre la b.ilu •
lr,J Ji•.
I.e mouar11uc arri1ail; 1 premier genlill.i,1mm • de la cb:imbr rcœl'ait ·on cbap :iu
cl . ou épée, 'lu'il r,·mcll, il uo ous-ordrc.
Le roi commcuç:ii t, u·ec le courti- n , une
com ·r~tion plu. ou moin longue, uirnnt le
pl,1i ir qu'il Lromait, et 1111i, ou\'eot, ~e
prol1111" il lrC!p au gré d • notr' ommcil el
J1• n.,. j:imLc ••\prè. a,oir cau~é le roi pa il Jans la bolœ.tradl•, se mrll.lit h "t!Doux
a1 •c l'auuuinicr de 11unrli •r ~t•ul, 1J11i tenait
un lon» liou"èOir de ,. •rml'il t, deux hoogic~,
l 111di ,,m~ 1' prinœ · n'm ponvah,nl voir
qu'une. L'aumùni r récitnit l'orai on : Qme·'" 11111s, 1111t11 ipot1• 11. /)eu~ ; el, lJ prière terminée, le hourrro:r t1ait r mi nu premier
valt!l Lie chaml,rc qui, ur l'ordr du roi, le
domuit b un ùe:; ,ei 0 11eur3 cp1'il ,oulail distin.,ucr. Cel honn ur était J fort apprtkié en
f'r, nec, 111rn beaucoup dé œn. q-ui préknùnienl ne pou ·afont d,t,..ui .. cr lt•ur Mpit 1111:rnd
il l'll étnienl pri11) . Le ruaré ·bal de Uro li!!.
lt• \aini1ncur de Ilcr "n, cordon \,leu el mar,,cbal de 17ranœ. à 11uar;1nle ao , comblé de
gloir •, étnil plo. 1111 • pcrs.onno ,en.iblc ~,
lie pri\'aliun. :i r1111"l'Ur, ,on emh:ii-ra,,
dt't:1:lait•nl le crud cL:i••rin 11u'il éprou,·ail,

tnnl l • rœur J • l'homme l in ompr·•t.ien:ible, cl rcnferm de petite, fa\hl . ,, à cillé
de! plu. graud~ riunlité~!
Ct&gt; buu!!Nir me r3Jll' •lit~ un ll·ail ,,-~l'Z
pl:iic;anl dont j'ai él: témoin. Le marqu· d
Coollan., tri• aimé du roi, oupaiL chez la
Ju.ch se d Poligna ·, n•nde1.,-1·ous d'une
p. rtie de la cour. L'aLbé d lontazet, aumùnier do cr~ice, ,· · tromuit. , iu i riuc le
marqui. de Oebuocc. Ln comer. ûon amena
un pari : •ttù, d • c ·, deu courûsans, ézal ...
ment eo ra,·eur, aurait le bou oir au couch r du roi? ,1. de Conflan , tri" accoutumé
à · l honneur, outenail que .r. de Belsunce
l'aurait plutôt qu loi. ln • rend au coucher.
,l. l'abbé de ~Jontn l. intérl• .sé Jan. le pari,
d'aillcur au~si •ai 11u'aimnltl•, c propo~a
bien de faire ga!!ller ·on parti, c'e. t -dire
M. Je ~bunce. En eŒ't, aprL la prièr , le
roi cnrnic le Lou coir à M. de Connan , Lrè
étonn: de ·e ,·oir découvtirt dan· un coin 011
il (àrb:ul de cnch •r. Le m lin aliLé, au li u
de rl:ritcr à deroi-,oi l'orai on, a,·ail pré1· nu
le roi de c,! qui 'était p:1. ~é chez m:idJme Je
Poli •nac.
c m:lrqni de Conlla , ûl du maréchal
d'.\rmculi~r , était un Je· plu. licau homme de France, et le meill nr offi ier de
troup llHirc d l'armé,. ne tr:m. piration
aLond.intc à L1 trtc l'ol1li" it à ne point
porlcr du poudre, cl à [air u~:i ..c d'une coiffure au i &lt;:1tr:1.ordinairc alors 11u'cllc e l
ommune de n Jour. oi c llu iropLicilé
demandait à 1. de Conflau~ beaucoup d1• temp'
el de ,oins, pnr l':'lrl 11uïl 1 i!pportait. Très
c Lim: du roi, eu fm!ur clwz l:i r in , il
mourut ~11ùitemei1l, eu • lavant h:s m:iin.
pour u mettr 11 taule, dans un :ln,: encore
{lt'lt a\anc'.
f\erenon au coucher. La prièr linie, le
roi ôtait .on haùil, dont 1a manch droite
é.tail tirée pnr le grand-mailr d • la garderobc, le duc de Liancourt, et la auche, pnr
un premirr-111aîlte, . de Boi &lt;&gt;el.in ou de
Ch3mclio, cl toujours en d~·cendanl, i le
prèIDi\r· officier ne··: lrOU\ ieot pa .. Le roi
nm:iil en uitc. :i chemise; ell' lui jJt.ail donn~e
par le premier gcntill1omme de la cbnmbre.
lai ~i l'un de' prince· du :;aog étail pré. nl, 1;· était lui qui a,:iit le droit de pa . er
la ch •mil&lt;', .- qu'on rrrY:irJait comme un
•ran,J honneur. Le premier gl·lltilbommo de
b ·harnùr' pnhentait alor la r11l, • de cham-

br u roi, ,lui 1)lail de ~ poch · _:1 Lour-.c,
un énorme trou ·eau de cluk a lunt'llc et
. on couteau; il lni . ail lomb •r on haul-dechau., sur ~e t.ilons, ·l dan, c 't état causait encore a ~ez lon~lcmp · Enfin. il 1·rnait
si, placer dan· uo fauteuil; un •ari:011 Je la
l'hambre, à droilc. un de la • rdc-r&lt;ilie, •
au ·he, e mettaie,11 " noui et pren:,i ·uL
cbilrun uo pied ùu roi pour le d&amp;·hau~ er,
Alors le. deux pag~· de la hambre 'nv:111\·:ti nt el m Uai ut I •· pantonll · : c' ,:u it 1
fanal cl,· la retraite. L'hui ·.icr le dronn il. en
di. anl : « Pa · •1., fo . ieut' ! o Il n,· r tait
plu· que le prince~, le ~ 'tl it·P. parliculi r L
t •11 qui avaient le l •til • entré.:: . lk 'nlr •tenaient le monarquepcndnnt 11u'on 1• coiflnil de
nuit. c·ét it lïnslanl dl'S jol •u propo .• des
pelil an1(cdole.; t ou,·cnt le rir' (r:1111· et
hru~·anl du hou Louis ·yt \'cnait frapper nus
oreille dan l'Œil-dc-Dœuf, où nou allcndion. l'ordre pour le lcnJ main.
,hnnl 11uc Louis ·n I n , fùt ab orùP par
se pcin~, le c-0uchcr Hait le 1'1)on1cnl Je H!.
d~ln:. rmcnt · t de • j ux. li y faisait ÙC!&gt;
nicbl! aur I'
. ll"~ç.,it l · capitain l ..1rod1c,
ou f:ii it cb:ilouiUer ,w 1icux "1\ut d tl1.imLrc i en il1lc que ln peur ·unie lu fai. ~il
enfuir.
Qu nd le roi n·otrail dll la th . e, il ,.
:wail rc 4fu'on nppel:iil le dél,oll!1• C'était 1;
Loilt:lle 4uc 1, r,&gt;i fai. nit alor ; et le u a • •:.
t1ait•nt à peu prè 1~. m~m , qu'au l •çcr.
L.a g:irde-roLe dn rni ét..1il dan. un J&gt;l'lÎl
appart m~ot, sur une p1&gt;lite cour, d•rrii·rc
l',,,t-:ili r de marbre. c·ét.ait la qu'on con~1·rv:i.it J, · haliit , lé lin!!ll cl le· vèlemcnL du
monarque. Tou lC!· jour~, on apporlail, dan.:
dr. 11raod.~ L3pb de yc)our ·, ce qui '.tait n :_
· s ·aire p ur la loilellê du oir cl Ju m tin.
Apr~ on lever, le roi rec1.m1it -.ou,·cnL d
dl:putation , .oit du Parlement, soit d · É'.tal
proi iociau .
C' • 1 d ns un de œ · circon. tanr,• 11uc
jl· le vi rem lire lui-mèmc à l'avocat- ém:ral
:é!!llier un exemplaire d l'ouvrn"e de ~iraJ,eau ... ur la cour Je llerlin, pou.r Jonn r plu
d • .olennHé à l'arrêt 11ui le onùainoail à Nrc
brùlé par la main du bo11rrcau. c·c I alors
que I prinœ llenr1 de Pru s , trè maltraité
d ru; 1-e libelle, dit à t. '"é .. uier : c You
lcoe:t là de la boue. ui, moo oign ur,
répondll le pirituel ma.. i lral. mai dl• n
1 ch,,

1~·. •

Cu~n, 01:. FR.\.,

·cr:

o'JILZLl

J

ES.

U

E

IIÉROÏ E

DE

1870

•
.4ntoinelle Lix, lieutenant de francs-tireurs

llea11r,(111p Je
· J 'vout·rent. en
iO, 3ux ui1~ J , 1,le ·. é . füi, plu. r.irr
sont cclks q111 por1j\r nl k :irnl&lt;' contr,
l'c~nemi. li en c l 11nl'l1p1es-11nu·, pourtaot,
11111 firl'nl le coup Je fru vaill tnmrnl et 60
&lt;'AlOdui ir.·nl l'n .oldal . \1 is leur OQrn . ont
pre·que "énéralemenl i,.norés. L'une d'ell ·
même porla l't'&gt;paulelle.
1; lie émufo de. J •mo: cll Fer11i" cl de
h_ ca~itain~ , nul3:1inc s'appelait ,\.ntninetle
L1x. Fille d un anclt'll orficitr de Loui xvm
ri de Cli:irl · X, Ile ét:iit n !e à Colmar en
IX:i!I. rphi:lin • de mi!rr, lie uaiL él élen:C
en garçon p:ir son p'•re 11ui lui lit porter le
ro turne m:i.culin just1u'à nge de huit an .
A duu,e aos, elle mon Lait parfaitement à clical et rai,.ail de l'escrime comme un maître
d'arm . Pos édanl une forte in 'lruclion
~arlanl el t.&lt;cri\':llll ~ourammenl l'angla.i e~
1 allemand, ell • p:irllL, à dix-. pt nns, pour ln
~ulœnc, où on l';ippclait pour foire l'éducallon d enfant. dan une famille nohle.
.' o c:irnct re énergique cl ·a 113t11re ch._
vnl ·rr 1111 • nllaic•nl lrouvl'r 1 1,i •nllll l'occ.a'io_r1 ~e : • m:rnir l('r, 1,'in·urre lion polr,n:u-e r btè en I n:;, nloinelle l.ix pr1:11LI Je
p:i:li ile - operimé . A la l 1te d'une ompagmc de p rll:an ·, elle court fa cam1&gt;:1rrne
O
'
att;,que de. :mml-po,l ru~ e el les met en
déroul '· J,'jo,-titutricc t de,·enu • le lieutenant 'I ony. Ble é dans un engagcmcnl r~r
la lance J'uu co·:ique. ell • e,-L r.im~ .ée plr
une relinieu_e, -~Ur Ft!licicnn , qu'cll, a,·3it
cr,nnuc à Yarsovie :ivaul son entré,• en reli"\on cl qui _n'était aulrc qu'une jrune fille
J nneJ,•~ me1l1 ure Camill • du p:i ·., llli: Wolo~ -~:i., nmrFélicir.nne la soi:!ll, a; !C u11 grand
dt!,·oue1ucn l rl la arJ3 près Je dcu mois
dans ·a cdlulc, ju. 1n'à ce que ·a Lie,. ure
(il l fi:rml-e.
P_'inc gu rie, .\ nloimtte Li r&lt; prit . on
épée. Elle accepta la mi ion diCli ile de porLe~ une i_mportant,• dépêche à un cher polona, ·, lllllLS ell,• Lomhn en tr• 1 m in: d,
l\u. es el ne dut, l vi • qu'à un pa c-port,
au nom ~u . on fr •r1•, i1u'clle porlait ur clic.
flcr..ooJmte ~ la froutii'·re, cllti fil d'Jbord un
a ~ez long rjour T&gt;n Ùl', Jmi elle! rentra
en Fnnet\.
C'était en 1~tifi. Le. choléra . é"i i I alor
a\'1/c une terrible i11t.ensi1é ur nos r,t:!ion·
• _plenlrion:ilcs. nloinelle Lis: part pour
Lille
, . , s··m. lail. en plein quartier ~3inl• aucu~, le •ttrnrllcr p:1.Ul'rc, v~riLable (u ·cr dïnfét!hon où le Oé.,u fait d'Jpouva.nlabl . ra~.tfle.' •l elle ·oigne 1 • cholérÎtfU n~ c un
111,13 -. alilt! dél'ouement jns11u', la trn 11', l'épid
,·1111P.

~n r~ompcnsc de sa li lie conrluit , ell,?
ol,tml J ~Ir~ nommée rcc ,. u c tlu lmr •au
de po. lc Je L:imarche, dnn · les \'o,ge". c·c~t
ln 11ue la !!Uerr • d • 1 iO Je,ail la trom •r
1~,·~ l)~ll l~ pa). rut envahi, la petite fonc:
laonnn1re d1~parul pour faire place an lieut'-'nnnl 'I'onv.
Le ;- s;plembre 1 70, Ille l.ix s'cnga"eail
dnns la compa1rnic d • lr:incs-Lirl!ur de Lamm:br. EII avail choi i inteulionn Il •ment
pour ! prendre du . erricc la compa!mi, de l:i
vill~ qu'ell h3bit:iit, parce qu'elle élaiL n •
urce du rc pecl des .oldals tp1'dle de nil
commaodP.r. Tou c · frao _-Lireur, tiaient
des enra~t. du p:iy , C'l rlle était particulièrement héc avec le mi•re el le: œurs de
plu.icur d'entre l'UY.
D fa.il, c: old:11 !ni ~t.ticnl profondément dé\'OU~'. on coura"e lrs entrainait l't
i ell • l'et'JL voulu, il· l'cu~sent cboi-ie conun'
c:ipitainc.
pre. une i:éric d'opéra lion. dnr11nl lt•. qu Il !a compagni1! rampait eu plt·in oir,
san alm, en cc paF .ilué à plu· J, 00 mi.~
tr' au~de~su~ do nireau de la mer, le.
îra.ue -t1r('urs Je l3m3rcbc furent ver,-és
dnn. rarm_J du ,;én •rai Dupré et 11rirrnl p1rt
à la hn1111llo de La Bur •onc1-~utnpal1•li1.r.
Mlle Lis 'y condui,i L de l:i façon la plu
vnillaule.
rr:inl!•lir,mr a raconté, d:tn IIIIC
lellre, commrnL oc lie11Lcn:1nt fùninio r.,lli:iit
te~ mol,ilcs ,1ui e déh:ind ,icnt ou .e jet:ii1•11t
à ll'rre pour èilrr le projt"ctil,. :
- .\!Ions, me.:. ieur . de boui, l1•11r criaitelle, ··•·· l l.1 têl~ haute qu~ ks franç 1i doivent ,alucr le~ halle' pru ienn !...
Ilien que f11rlcmenl co11tu,ho111.c par un
éclJL J'ol,u ·• lie "ardJ ~on C'~1mm:rnilcment
Jurant toute 1., journée, cl, le c.nnb.,1 fini.
elle se con :trr.i aut ·oin · Je l,le. é..
.\pri•, omrJtelite, la rompagni,• a :inl :1J
fondue d:in, le lrou[W, de Garil,a!Ji, ml, l.ix
rc1int à I.:un:irch~ et · organi a ramlmlaucc.
Le· l'ru . ien avaient eoreodu parler d'cll •;
les journaux d~ la région 1• il ,·aient ren &lt;·igué · . nr 1• ne les de celle Lonae Français&lt;'.
I.e jour où ils entri·renl à t:unarch •, il· manik tèrcnt l'inlenlioo de la pa~. •r p:ir lt•~
armes, parce qu'elle a,·nil nagui•re porlt\
l'uniforme de frauc-Lireur.
T::indi qur, accompa 11 oée d1l cur~ de Lamnrch , clic • rend3il rur 1~ ·hamp de hotaille 011 1 garibald irn · luttaient oontr l'env.ihi ~rur, le Ali m:1nili l'arrtH~rent el lil
gardèrent comme olag&lt;'.
- ~i un ru! roup de ru il rsl rirê contri•
nous à Lam:m:he, lui dit l'offki .. r, ,ous crcz
fusill,:e.

rn

... 333 ,..

Ille Lit n • nurcill:i pa . Eli,· J,•111:uul:1
et~lcm,·n: ,,u·on lui muJit I liherttl pour
1p11•1!,• put rde\· •r lt• 1,lc,s.1, l'l lrs soi!!nrr
J.111 on anihuhncc. Et, 11enJant 11u'rllt• ~e
d_évouait ain. i, q_n!nzc olJ.1t:· pru ·1en et un ofhcier C'm·ahi: oirut
:a mai.on et 1:t rnrllni or
à s:ic.
T&gt;~ ce mom.,nl.
Ille Lix reprit Il' l,:i1,it' de son l'.t•el ne
s'occup3 rlu: 'lu'à rrourir 1• mn lad1•s rt
1• l,le , t,. Plu~ lard,
dan. de. circoml~ncc:;
non moin · périllcu:t·:,
cllc[ul,•nl ,a ~une
d . :imi , à o. r
soig1wr la populali,111 décimée
p~r la 1·ariole . .\.u:;,i n'él.tilœ pa sPulemenl d1· I' ,time
rruc I •. linbit.nol de L:imnrchc
nrnicnl pour Il : c'était ·une
orte de cul11•.
Elle ,e monlr,1, d'uilt,·urs,
nu ·si dé.sintére . é 1111e rou rn' •u e. Bi n que :an. [orlune,
elle 'était équip !t• à r· frai~ t•I
clic ' r •fu~a Lonjmm à 1011ch r ,. a. .d'o!Je d'officier l'l lïu- 0'110, . t·'.lR
dcmmtc cnlr'oe en &lt;· mp:i)!:nc.
o'.\, 01,... n~
C1•pendaot, elle nl,anùonnait la
plus lnrg' pnrl de , on t.r:u•
Li •
tement à la pcr onne (111'elle
:ivait prise paur g :rer sou b11rean dt• postl'.
li11 jour, à 1'(opo1p1e où die i•tait lie1111,nnnt
d • la comp~"nie d · fr3oc·-tirl'nrs de 1.am~rch , tille uc put ronlcnir un moun•m,.:nt de
dl~goùl en vo~ anl un jcu1w hu111u1l', !ils d'un
ricbe l,an,1niL·r, aller toucher :n ~olJ,·. Ce
jeune bomml! et)l pu ctpe11Ja11t. • pau-.rr fort
bien do \ine nux Jilpcn · 11-: la pat ri•.
11 ll urprit mon r •aard, dit-elle dans .l•,
note·, et il rougit.
• - Eh lticn, lieu tenant, el mu. ~ fil-il
nl'cc cmh:1rrns.
0 lfoi, je rai~ fa i!ll rrc à m : rrai .
1 Comn1rot'! '1 ri:H-il d'un air Je
profonde . tup 1fo.ction, Vou~ t'l • dvoc l1k11
rit·he ·? •••
D J' ni mon lrailcmcnl d • rc cv, use de.·

postr~.
» - Mai· ,·ou · pai •t l'aide 11ui mu ri:mplnl'c '!
•ui, 1 Cl.' ')UÏ m rc Il! uff11 à me'
L •,oin,;.
li ~lou inltrloruleor, ajoute-1-cllc, m,
11ui11.1 a, c une mi1w 11ui . l'ml,lait

�~ - 1!1STO'J{1Jl

LI

• folle à lier.
dir1• cl ir ment que J.,,.,.
c ..,,s
melle 1•.onclul:
.
« i l'ar11ciit. 1iu'il_vient ùe,_tou_chcr ne lui
l&gt;rùfo pa" le. dm.,ts, il faul qu tl ail an portemonnaie à la place du cu·ur •. n • .
e senlimcnl:; d'abnégallon el:uenl à la
h.,uteur de sa vaillnni·e. l'o oir que ses oldal n'avaient f}UC du pain, le capil:unc d, la
rompagnie du.J~ra: qui ca_mpaiL à !-► 00 mi•tr,,: d. là, }a hl 111v1IC'r à diner.
fille rdusa ·
.
. .
_ Merci, capittiinc, Jil-elk AuJonrd hui
mes ulda~ n'ont quo du pain : je le pnrl.'l-

gerai avec eux. Le jour où il ne maoqueronl de rlcrl et oi1 vous n'aurez, vous, 11uc
du pain, invitez-moi, je vous assure quo
j'accr•plerai.
~

Ceuc héroînc qui e battit pour la France
el se dévoua poul' oigner le llles és n'eut
d'antre distinction orncielle que ln médaille
d'or de prumière cln~ e el fa c.roh: de bronze
des ambulances.
Les femmes d'Alsace lui offri-rent. aprè
la rrnerre, no sup •rue épée ~'l!onnenr Jo~t
1a poirrné.e, en argenL mas 1f, rcprcscnL:111

l'A1 ce couronnée de~ créneaux de Stra ltourg
et brisant ses chaîne , :n·ec cette inscription :
1i Les Alsacienne·, à leu.r vaillanle, compatriol Mlle Antoinette Lil, en ,ouvemr de la
guerre de 18î0-1 l. ,
.
,
Celle éJJée vienl d'ètre remise au mnsee de
l' \rruée. Elle y perpétuera la mémoire d'une
Mrt1ine qui. s'élllol sacrifiée pour son P3 IS,
ne demanda rien, ne ·ollicita aucune récompense, et 11ui, l'heure du danger pass~, se
contenta ÙI! ,iHc ignortic, a,•ec la consC1e0&lt;·e
du devoir - du plus grand el du plus hc:rn
tles dcv11ir · - accompli.

La première ascenszon aérostatique

A l'heure oû

"°'

audacltUX ulatcun i1vtnrunnt
les .iu, cmmo,ant ..-olontlcn u11 a&gt;mf"gnon de
routc usez hardi lui-mime pouT •ffrontu lu dangers
de J'uccll.!ion, 11 (.5t usuri-nt l111ér,c..anl de 1,avok
qu:ùlcs men,, il y a ccJII vingt-pi tUU, le, lmpYCS:
dons de n,ommc qui, ctmmc • pau■glLr •, accom)ll•gn
le premier navigateur aérien,
Le 11 oc101'rc ,7U, dwx fran~s, Pi!hrc. d~
Ro~ttS d lc major d'infanterie d'.Arland&lt;-1, l ilcvrruil
dans imc mongolllb-c llbn 'I'" panir des i•:dln, de. la
Muette. Quelques mol1 à ~n• ••é~o.nl ccoulét d~pui, la !licounrtc du 1éro1n.r,, d Montgo!Au '"".·
même •vait h.é.llté à lai&gt;KT 1cntcr ccl1c prcml•n. ~ rlcnco, d'uccrulon
à billon perdu •· Mai• Il tino.ci,é de Pilltr• nah eu ralton de toutes lu Tui1tan&lt;c.&gt;,
et cc fut en prbcncc d'une foule &lt;nthou•iHIC qu'il
monta duu l'upa-c,c av~ son • PMSl.8CT •·
De « pnml•r .-oyagc. 1tccompll • l'aid.c d' un appareil
rudlmcnral~, au-dusou1 duquel un ré~h•ud dt RI d,.
fc.r supportiùt la ,,-Ill• enflammée dollt la cht.lcur raréfüll l'Jir à l'inm:icUT dt la •phë.rc de talfc1a5, le marq&lt;ril d'Arlandu ,imvit là rclaûon qv'on va lire.

cltn!

'ous ommcs partis du jardin de_ ln Muette
à une heure cirn1oante-quatre mrnute ·. ~a
~ituntion de ln macb_ine é,rail tell , q~ &gt;M; ~•~
lùtre del' [lotier ~tall à l onesl el 11101 ,l l e t,
l'aire du Yenl éta.il à pea pri! nord-ouc t. La
machine, dit le public, ··c l élevée avel· maj , lé; mais il me •cm ble que peu ~e pcr onn~
onl aperçues qu'au moment ou elle _a drpas é l •· charmilles, elle a Fa1l un de1111-lour
11 r elle-même: par cc cbanrrt:menL, M. Pilâtre
s'est trou,é en avant de nolr direction, et
moi, par conséquenl, en arrière.
,
Je crois qu'il t ù remru-quer que, de ~e
moment jusqu'à celui où nous sommes :11:r1véB, nous a,1on con ené la même po.illon
par rapport à la ligne C(UC ~ous a-von parcourue. ntais surpri du silence et _du pen
de mom-ement q_ue notre dépar_L ava1L ~asionné. p:irmi le . pectateur· ; Je cru qu élomi~s, ~, peut-êtr effrayés de ce nouyeau

~pcclacle, ils avtticnl be_oin d'èlre rassurés.
.le aluni du bras avec assez p,u de sur~ ;
mais ayanL tir6 mon mouchoir, je l'alTit,u et
ie m'apt!rçus alors d'un grand mouve~enl
dans le jardin de la lu lle. 0 m'a scu1ble (JUB
les pecLaleurs, qui étaient épar daos cette
enceinte, se réuni aient en une seule masse,

(' ,1,.

I'

•

et que, par un mouvement involoutair clic
se portait. pour nous U.Ï\T , ,·cr~ le mur,
,1u· 11 . emblait regarder comme le. eul

... 334 ....

obs1ncle qui now ·éparail. C'esl dans ce mom •nt que M. Pilàlre me diL :
- Vous ne faite Tien, et nou ne moulons
guère.
.
..
- Pardon, lui repondis-Je. .
.
Je mis une botte de paille; Je remuai u_n
peu le feu, et je me retournai bien ,~1~, ~3.l~
je ne pus retrouver Ja Mueue. et?~e, JC ~elal
un re!!llJ'd sur le cours de la r1V1ère : Je la
uis de l'œil; enfin, j'aperçois le confluent de
l'Oise. Voilà doue C.ooOans i et ~o~ant le.
autres principaux coudes d~ la ~IVlè_re p~r le
nom de lieux les plu voisms, JC dis Po1S.~••
ai rJt-Germain, ainl-Denis, vres, donc ~e
suL encore à Pas ou 1l. Chaillot; en e~et, JC
reirard:ii par l'intérieur de la machin~, el
j'aperçu. sou moi b Visitation de Ch.:ullot.
Pilâtre me dit en ce mome1ll :
· ·_ Voilà l:t rivi~re, et nous hais on. •
- Eb hienl mon cber ami, du feu.
Et nou Lravaillâmcs. Mai au_ lie~ d. Iraver er la n..-ièrc, comme sem'.ilaü 1 md1qucr
notre direction, qui nous portait Ill' le · lova~
lides. nous longe~mes l'ile _de. Cygn_e~: nou
tràmcs ur le principal lit de la l'lVtere, et
~::s la reruonl!\m s ja qu·a~-des u de la
barrière de la Conîérence. Je d1 ~ mon brnve
compa!!Don :
.
·r ·1 b
_ Voilà. une rivière qui est bien d1 (let e
Lraver.C1'.
d' .
- Je le croL bien, me r~poo il-! 1' vous
ne fait.es rien.
.
.
. •
- C'est qoejencrnt pa s1 forl que1ou,,
cl que nous sommei bien.
1 e.mu:ü le r~cbaud, je . aisis nvec uni·
•e r
'
·
doute
fourche une botte de paille, qui, ~os
.
trop serr~c, preoail difficilèmCnl; JC 1~ 1 va1,
b .ccouai nu milieu de la nomme. L instant

d'après, je me senti enlcrcr comme pard -~ous les ai· elles, et j • di$ à mon cher compngnon:
- Pour cette foi ·, nous montons.
- Oui, nou monton • me répondit-il
. orli de l'intérieur, sans doute pour faire
11uelque obsen·ation .
Dans rel instant, j'cntendi ·, ,er le haut de
ln machine, un liruit qui m lit naindrc
,,u· lie n'eût crev, 1• Je regardai, Pl j~ ne tis
rien. Comme j'a,·ai · les yeux fixé en h:ml dr
la machine, j'éprou\·ai une secousse, el c't' tail
alors la seul" iJlle feu.se ressentie.
La dirccti011 du mou,·ement l[ail de bauL
en ha_.
Je dis alor · :
- Que fn.ites-vou~? E l-ce 'lue vous dansez?
- Je ne bouge pa ..
- Tant mieu., &lt;li~-je; c'est enfin un nouve:tu conrant 11ui, j'e père, oou sortira de la
rhière.
En elîet, je me tourne pour roir où non~
!:lions, et je me trou"ru entre l'École niilitairtl
cl li· lm·alides, que nou avion· (Vià dt:passé~
d'e11viron 400 Loise.. M. Pilalre m.e dit eu
même Lemps:
- Nous sommes ca plaine.
· - Oui, lui dis-je, nous cheminons.
- Travaillons, me di t-il, travaillons.
J'entendb un nouvrau bruit dan ln machine, que je crus produit par la rupture
d'u.ne corde.
Ce nouvel a"ertLement me fit exn.miner
avec allention l'inLéricur de notre habitation.
Je ,•is que la partie qui êta.il tournée ,.llJ'îi le
ud ~Lait remplie de trous ronds, dont plusieurs
étaient considérables. Je dis alors :
- Il faut descendre.
- Pourquoi?
- Regardez, dis-je.
En même temps je pris mon épon"e;
j'étei ois ai ·Jmenl le peu de feu qui minait
IJUelque '~uns de lrous •1ue je pu atteindre;
mai m'étant aperçu qu'en appuyant ponr
n.ayer si le .bas de la toile lennit bien au
cercle qui l'en lourait, elle 'en. détachait fr:1.s
facilement, je répétni à mon cornpagooa :
- U Inut descendre.
Il regarda ou.s lui, Cl m.e dit :
- Nous .ommes sur Paris.
'importe, lui dis-je.
- Mais rn1ons, n'y a-t-il aucun danger
pour l"Ous? ~Le -vou bien tenu?
-Oui.
J'examin, ide mon cùlé, el j'np&lt;:rçu. qu'il
~·] 3Yait rien à craindre. Je li· plu , je
lrappai de mon éponge les cort.le~ principales
q11i étaienL à ma porLée · Loule résistèren1
il. n'y eut que deux- ficciles q1ti partirent. ,;
dis alors : - Nous pomons tra,•erser Paris.

P1(E.MJÈ7(E JISCENStON AÉ~OST.JtT1QUE

--...

Pendant cette op11ration, nous oous élion.s
sensiblement approdtés des toili. i nous fa.ions du J1,11, el nuu: nous t&lt;•lcrnns avec la
plu~ "rando racilité. Je reg:.ir&lt;le .sous moi, el
je dé.couvre parfailcmenl Je. "is ion. Jttran-

1 ou . nou . omm
po ·é_s ·ur ln hutte au
Caille·. nntrc le moulin de .ft•neilles ·l le
moulin \'fo11x, environ /1 :JO toi e:' l'un d,•
l'autre.
Au moment 011 nous étion prè d1J terre.
je me . oulevaj ur la galerie en y appuyant me! deo mains, Je . entL k bnut d&lt;'
la machine pres~er l.1ililcmenl 111a tète; je la
repou ·sai t't !laulaî bors de ln galerie. ErJ m"
retournant ver: la m:whinc, j11 ,•rus la lri101er
pll'iru•. fai: quel fut mon t11unocmcnl, elle
1:tait parfaitl'mrnt tidc et totall!mcnt aplatie
.le ne vois poinl ~l. PiliHre, j • cour de son
côté pour l'aider à . e débarra . er ilt? l':imas
de toile qui le couuail; mai. :l\ïtnL J'aYoi.r
louroé la machine, je l'apnçus sortant de
de ou- en chemise, attendu qu·a\'aot de &lt;lc.t,cendre il avait &lt;101tt11 sa reJin"ale el l'a,ait
wist&gt; dans .on panier.
Nous étions seul. , et pa a, ez forl pour
renverser la galerie el retirer la paille '}UÎ
11tail t'nllammée. Il
:''ngissait d'empècher
qu'dle ne mil le !ea à la machine. Nous r1·iim' nlor que le seul mo ·on d'~viter ceL inconréoient ét.1it de déchirer ln toile. M. Pilâtrr
ghe . li me emhlait que 11ou nous dirigion. pril u11 côté, moi l'autre, el en tirant ,·iolem,·crll le tour· de Saint-Sulpice, que je pouvais mcnt. nou · dvoouvr1mcs le foJw. Du momcol
aperœYOir par l'étendue du diamèlre de notre qu'elle fol délirn!e dé la toile qui empèchait
ouverture. En notts relera.nt, un couraot d'air la communication de l'air, la paille 'ennous fit qu.itler cette direction pour nous flamma avec force. En secou:ml un de pa~
porter vers le sud. Je ~is, sur ma g:i.uche, une nier , nou jetons le Icn sur c -lui qui an1ît
espèœ de I.Joi que je crus ètre le Luxem- Iran porlé mon compagnon, la paille qui y
bourg.
restait prend feu i le peuple accourt, se ~a.isit
Nous lraver limes le boule,·arJ 1 , el je m'é- de ln redingote de M. PilàLre et e la partage.
crie :
L.1 garde sur,icnt; aiec son nide, en dix mi- Pour le coup, pied à terre.
nutes, notre machine fut en sùreté, et une
Nous cessons le feu; l'intrépide Pilàtrc, heure après elle était chez M. Réveillot1, où
qui ne perd point la tête, et qui rtail en avaul
J. lontgol.ûer l'a,ail fait con traire.
dl! notre directirm, jugeant que nom, donoion
La première pcr onnc de ma.r,Jlle 11ue J'aie
dans les moulins qui . oul entre le pelil Gen- \'Ue à notre arrivée esl .M. le comte de Laval.
tilly et le boulevard, m'averlil. Je jeU.e nne Bic.otôl après, les courriers de M. le duc el
hotte de paille en la ·ecouant pour l'rnllammcr de madame la duchesse de Polignac vinrent
11lu. 1ivemcnt; nou nou · relrrnos, et u11 pour s'informer de nos nouvelles. Je souffrais
nouveau courant nous porte un peu :iur la de \'Oir M. des Rozier erJ chemi c, el, craigauche.
~anl qne :i aat~ n'en fût altfo1e, car nou.
Le lira...-o de Roziers me crie ncore :
nous étion · très éch:mlfl1s rn plinnt fa ma- Gare les moulins!
chine, j'exjge:ti de lui qu'il se r!'tirât dn,is ln
liai~ mon coup d'œil fi~é pnr le diamî-lre première maison; le ser•nnt de garde l'y
de l'umerture me faisant juger plus ·ûrenicot escorta pour lui donner la facilité de percer
de notre direction, Je vis que nous ne pou- la roule. Il rN1coatra ur on chemin mon1·ion- pas les rencontrer, el je loi dis :
scirncnr le duc de Chartres, qui nou · nvail
- .\.rrirolb.
suivi , comme l'on \OÏi, de li · iir~s i c.ir
l,'insLanl d'3près, je m'aperçu que je pa - J'a,·ais eu l'honneur de causer o,·ec lui un
sais ·ur l'eau ..le crus que c.'élail encore la monu•nt avanl nolrc dclpart. Enfin, il nous
ri i~re; mais nrrhé 11 terre, j'ai reconnu que arrivn des ,·oitures.
c'1HaiL l'étang &lt;Jlli fait aller ltlS marhines de la
Il se faisait Lard. M. Pil:ttre n'avait qu'une
mauufaclUtl' d.i toiles pcinlru de .\l&amp;I. Ilrenier mam·aise redingole qu'on lui avait prê1ée. li
el compagnie.
ne ,·oulu Lpas r&lt;-,·enir lt la Muette.
Je pa.r1is ~enl, qooi'Iue ,nec le plu~ nranJ
regr .l de 11uitter mon bra\'e compagnon.

lAnqu1s u'ARL \ , ' OES

�MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de f er
UVRE DE
V
rn~ ...-in, lorge,.,11 lri~n,
,ùu.t fait s,hn: et pi•1ue
l'ro11r ~lltr ~r:\1111 Inam .. ..

f".,, ~ •0:1
\ "Jj

,

•111 ·00

• 11hl111,

,le 11 IV1111Lli•1n,•,

\°011

!Ùllillg11•r1 l

n Ci Lo~ 1'ns !

IÈ'1E

tl

ri!'JI

!

Lei répubtir.uins • 'rlaicnl remis :\ Lrailler.
lb a,·aiPnL à rc·u pr~ ~t:cM leur-: gourcles,
panaché leur inc se. .\hrulÎS ou di:lirilnb.
il m rcbail'nl à l.1 déuandade, train;tnl leur ·
ru ,il~ par l · canon. ch)J r.au ou l,onne.ls •n
arrière, litubanl, drpemü11 , boueux, plu~

\"ou. n'i,,norcz pa~ it &lt;111cl· c•nnemi ·
rnu, a,1'1, nlfoirt'. \'ou J1•\'cl ~-n dcfüarra . cr
1,: ,ni d1· la Hé1!ulifüp1e. Le pournir exécutif
\CIi rappor_lc lo-Jcsrns I, \Oire dit.crêlion.
\ 1~11~ ronna! cz lu rt!Îrain p:-ipnlairc: « l.1•
\':llnt'lb . rernmnent
ncore. l •~ mflrl · ;Pui.ne rericnncllt ('lw ! » G'e l voire mol d'ordr1•, .·i îOII' nmlrz. li ftlul, apr'.~ n11w, dcrri,'•re no11~. hi:. r.r dan. œ p.l.l'S lerrili,:
l'e. rmpl cl b M,ola.lion .... fi fa;,t 11uc lt•
med1:rnl. lrcmblcuL el e oumellenL cnlin
dl•,·anl l'impo,nnlc ri•mcur rJc~ inrr;10·•illlc·
Io:~ !. . .
~

Jan. la haiue que ~olJ, ~ dao,- le

fur!f3I

r:nq; el tou., profl~raienl de va !!ltc · me11ac1•s
li lïneonnu, s't• citaient l'Dlrc eux au :itroces
,.. ploil . Ilru quemcnl, .ur un ~i~netlcDirnl,
~uma Mc Lrt.! commanda:
- ll.1llc !
llt•rri(',rt• le~ vallormeml'nl , it lrincrs Ir
~cnèt,. li! clo,•b,.r di! . :tinL-f nn-\'adeiour
Jre. ait a llèchc par-dc.,su les ch:iumr.s de
Locoal. ,\ droite, 1(• · toit· pointu~. le chemin,,:,! el les giruuettes de.~ l1rpo · · dépa ~aienl
k [ronda1. on~ des ch ne.,. On arrivait en pa1·
d • connai ·::111ce.
- l'nrmez le ('erdt&gt; ! crin • 'uma.
~ FormeL le œrcle ! r,: :1a Be.,upoil ;
l':irme au pied ... cl lai,1' z-,ou !•••
Cc, h mme. 1• d,i,,01ilait•11l.
li 11·,:1aît pa loin de midi. Le pctiL iuttrm~dt• clu Cranic an1il rct.:1rd~ ln wl1:in11e; ruab
L't' n'était p11: à regretter: on n~ail bien ri.
fin hau L d, ~on cheval pacifique, J irc,ruc
ll_irn1, cmpbatiq111:, grandiloquent, fa loix.
aigu•, le se·te :1ruplc, espo.,, le plan de
opêralious. dn11D11 ,c dernier.; ordre·,~• hortn
le oœur,.

u S Ida !. ..
C-:i ch,itcau, ,ur la droite, dont vou.
rn11•1. k tour , app:irticnl au ri-dernnt thL',·alit•r de Jt1}cnne, c~-d1rf tic l1:11:1illon dans
la \énion 11".\ura ·. Il
~il 3:10, émoi, i,c
rropnl ;1 l'auri d' nulrt• fr.. iJ:utcl'.
» l.i1mlenn11L Br:111poil. a,·cc ,·in"l homme·,
\·ous irez rueillir oo 0111 cadin ct ln famille
qui l'c11lourc.
» Pour nou. , a,ec rnn~. CJl'i~ine Mc~lr ,
110:1. marchon ·nr l.ocnal; l,i pont occupé,
D

le ,illarrc l'. 1 J.in notre m~in. J,. 111 ïn,tallerni i1 la municipalité nn au prc..,h1ti-.rc; en
tout cas ~ur la place de l"'glbo; 111, m• .cronL amrnl!: Jus pri:onnicr' ..-.. 1,
Pour la pérorai on. llivot aùllpla lo mode

familtrr:
1/. \u l10111 do ln pre,1111'ilc, e. t un
aulro ch:ilcau. lfar~co·:1, dam, lequel vil un

curtain comte Turpin LI' Glol1anir, nn ~le
J.,onhomrue, 1· -rher 1•!1011110 enum·. Capilnin,•
. hi-tre, , \'C ·inrrt ho:nm s rn11s irez I'
cl1i:r.-her, ain,i 1111' 1111e ·r r onnc, une jcurw
ft:mmc. jlllir, ,,uc w,u· trouvcrt:'1. ;iurrl' d •
!:1i : mai. , pour 1, Jeu -1', je rlirlame t!I
J '.' ..,.,c 1~ · plu ' gm11J, ilttard,. Vu11 r.:pond,•z
tJ l)Ul.; JC J~5 \'CU\: ~auf~. ·an 1111r. r~ralÎ•
!!fllltr, 'oyei lrJnquille • ils 11 • p •rdronl rit•n
pour atk1.1i.lre. Mai~ l'. Cl;t une nif.tire per ·onDl·lle, dunl mon bonlt ur dép !111I.
» Et m:1iokn:111t, m ~ ami . cml,r:is.cz
,·o· "llurd~~ à l:i ,anlé de la l\épuhli1p1c el
:iccorJez les 1iolon . ! »
0

l'n,.. rnm •ur ard,~nte, danc: un i rnmcn. r:
·nufne d't:au•d1..'-1·îe, sa!n:i le, ronclu ion du

« Camriradcs l
n D:ins un cp:irl d'heure, nou,; toud111ron
:\li !J111; nv:1111 de H1u · indi11uer cc que j'a.1ll:~1d; &lt;le ,·ou par la te hni11ue dl'i- armes,
b, ,e1.-mui tout d'nliord vou. faire part Je.
intention du @Ull:rnemcnl. La l\~publiquc
ll étL· l011.,temp l'lat.:til .ur Ici rral rc d'un
\'O) o. :011 l'3\·ou; çomhl ~ :nec des cadaH •i ou :t\'C&lt;; Je clJ:11nC'. Jonl nou n,·oo
d1:1r,,,: d'indi;,11CS br:t ·• L~ &lt;·onlre-réwlulion
,•.~L ant;anlie à Pnri . C'est à vou. qu'il npparllent de l'êtoulTt!r en Brcw.,nc .... La loi c t
lionne pour les lemp d, calme; mn.h, p,·n1laut l'orage, le f'Ïlulc ail e mettre au.Jes u
cle la con i;M cl l'11ulre-p:is cr -,j lu.! ·oin c ·t.
"' · -

IIU.TORIA , -

Fas:. :z,J. ( Supf'l,mcnl) ,

Du h .wl .1~ son

,11.-,· :l r.1rlfl~wt. Jlr{1me llhol , tmf'/r.&gt;ll,1111, .f lrilnJilo qum t , I.J

\ '01.\: ai u l, ,~ ~tsle J'11/le, txf v :sJ
le f.::11 Jes oftr;l /10115, do"nil ~i ,ttrr11er$ orJrrs, e.~ho,10 /es c,,•ur., . (l•aa-c 1.1

•

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_________________________________________.

Dirnl, tntionnnire ;, l'aulr l,ouL du pont, noir: la ,·itille cl noble dame enlr ,on fil ,
rornmkair . Au . it1i1, Ileaupoil foi ail orlir
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Ju ran" le. \in"l prt'miers volontaire 11ui a,ec trente \'~ll:rtu .. dout il f i•. Îl ,3 rdr,
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1 mi-ch ·min. il. cntcndir •nt d rm1l1·qui snil si nou u'allun pas donner du llt'Z pr,•mi&lt;'r coup d'wil, -il r•connut 1• cln•,·alii:r tn"nl. d tamhour du cèt i du villag , pui
d. n , ~r•" • attablé d. n qnel1p1e auli ,,,. .. , pour l'arnir rtlllt'Onlr 1 t rn à l'œuvrc ~ur le
champ de h:11.ailli:. C'i&gt;la.i l un l,raw qui m1L une rusilbd, cl J cris alfr ·m:. 11 "· Tl'au CQÏn de c1• [IOlll-là '!
~arÙlrcnt; mm,.nl doukr~ llcaupoil, en
ril il Je., é:?ard : le li ·utrnanl ·allU :
Jlirnl Lkmit; il l,alhutioit :
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plu de ùr'li:, n'app:irai, a qu·a,·ee l'arrÎl!re- 1•llt&gt;.'--1ucm1· , ri! Laient mul'lt1:· cl lrcm- alfai ·
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Divol rc Lait llmt .eul, dégrisé, plein d'n·
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larmc. 11 y 3.1 iL don du dan" ·r? [l a,·ait VOU écoukr:t, \'OU' ju" ra.
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rêvé 1•nlrer à cheval, Jan ln rue du ,·illag •,
une torture. Jow•nnc ."irril.:l.
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oi, ~on enfant, lui 11uf0a~l JI".
ration d •· foule: , répandant 3utour de lui Tuez-moi loul Je ~uite, c 1 nou - 1Mtcra de.
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ar1ir:iil pi)Ul~lrc.
one impression d • lcrr •ur et de majesté; d :r:1n,.,1·menL.
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J.rillrr au pr ·mi r ran", lui, le l'ber de ce~
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prrbe, inacce., ihle, omnipoll'nl.
l'emporl.1. Oii'! \'cr
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Et oici 11u·ou 1 pl çait en 11ocu , L11ue, car j'ai l • devoir de ou nrrèl r, ,·011: :m !-Î.
Ileaupoil
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Y i , pour ma p rl, je ferai de mon mieu,
d1:cl111 de on rè\O, il ne prol tait pa •
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. rohm-l'
l' ur empê er I mal; je ous recou11aL,
- Oialtl •.. . Georg ~ !
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rn:ird
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oufJler.
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li co11nni.-...,i1 non sculem,ml l'alhl~tiqn · 111011 j1;ur de Jo ·cnnc; j'ai eu. u "tJl'r •, char
.
sa,
conduite
par
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,i u•ur et b fnll · bra,·our• dn rand cb r l'honneur de cha r contr • ,ou·: j n pui
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ré•p1Îl.itiooon,
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monter
roir 11ue -.ous ayez pri part aux crime 11ui
111:mc, m, i: nu ,i .1 calme cru uté dans l ·
madame de Jo l'.1111, . 1 Claudine. Beru din
r pr il , . li . ,·ail fort bien 11u , ïl lom- moûv oL not.n? p ·: • ·t ue rép .ion .... ,-oiîil J rrièr . Il ouril aut dcu ,ic imes el
• in:i parla Beaupoil. dont l';lro • an dcrh:JL jam h. entre I •. mains J C.1doudal, sou
'é . \U :
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in La.nt. pi,ouit m, lgré elle ; rra nchi 1·
orl 1:lait r1\;l: d' î:lnt'..: ; (er ou plomL, c3U
-• fü ! hl1 ! ,-oiri qui rc :eml,lc à P:iri..
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ou llanune, cord' ou hàlon, il lui lais r:iil
:\ous
r1•rait-on la urpri. d'une guilloti m· t
pt ul-ètro l cboi de
n genre d1i m rl; al nd · •nt, l'arme prMc; certains gro·•naient,
LoCllill
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leu leur . . . . Bit n J · cér :.
c'était l'unique i:r. c,.. 11u'il en pounil alleu- •olTustJU • d •
'
m'•re
l1• r "ardail anic d · ~eu\ imm ni 110ur un eut de Chouan. L'otlici ·r
drc; dl n l' 111 · ,-ia~mail pa .
men•
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elle
murlllura:
Il r relta pr • que J'a\oir pri I" mm:m- hl . • rapprocha de Bern:1rdin, Cl, à \'OÎ:t
Qu
'importe
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ha , il fo C O. illait:
dem ot de celle c.t~tion.
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clic-même.
cil ue pouvait pa
Fait' ,·i , roon:-i ur. ,ndc1:-,ou ,
î il 11'étail plw lemp d · réOi'•chir.
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nheur
4ui
dJmcalaiL
vi_ion~.
uivez-nous ... ou j ne répo11J [lln,, d me
, ·um l lrc a,ail len~ on sahr1•~ l l.'lmJt?
l . orle, le con,·oi :n-ao ail plu
lOUS
pcrdl':t
bours ballai nl 1.,. : éral l, l ioun lte :111 bomm · ; vous ou perde% cl
U, "i J VÔltts.
· non, les lUeu 'élan icnl ur le pont,
- • oil! lil Joyenne, je u • . uh,. ,\lion,.
4u'1l · empli . ai nt d tumull , d :oouch.aicnt
Cependaul, au villnge, on ·o ·cup:iit. W.
dan l1! ,·ilbg • désert: uiut de uite il liraiMt ma mère, allon., Cl udine ... allon~ mourir l l'cnlrtic, :. 'nm ~ trcc·L . homml' !;'i\tai•nt
.
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mourir,
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:pt:li•r'nt
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le.
aux f ·nêtr · , nu. port··, rcj 'lanl l'baliitanl
j l' sur L, ferm de 1:ynou H!Z, 1 plu. prodL'Ull r•mm , ....
urpri, :m fond de n chaumii•re.
h du pont. lai Rok, p3r un alioi furieu. •
Eli ,, acœplài nl la d1•~tiné •.
Gonf,~ion fofü·, p:uu,1ue hurlante, dcranl
nvnit
110nm: l'alarme cl e rooil nu Jebors.
L'~lran~' cortè"e sortil de l' ntiqu mact•tle in\a ion d'a ,a -~in:;.
l

1~ poil héri s,:. AlaniJ.. ·ounai, ·ail. : yinptomc : 1, Lruil d • tamhour ne l'étonna
plu . U a,ait crié :
- Le BI u,d
Chas.&lt; nl d'un "l'S!e les lemme , Tion,
~.,.11, au rond de- billimcnll, pui~. la h 1 , au
fl&lt;ll'.l",: ou tenu par llano. \li,el l'i le 1wtil .'ico
enhu hliredc. ballre, il avait hnrr; ln porte.
lfazc tl:til an moulin. lh-r t à lui-mèrn1:.
. La. r~•·mi re dtichar · d républi · in
Il att.Nnn1t prrsonm•; cllf&gt; était rlutût défflllllStratir qu'efii rthe; le capit.oin •. uma
\'O)'anl, an ·uil J'une tn~ur , un , ieillard,
~cnind: J • d ux homm~ &lt;'ulcmrnt 11'11u
l'!lfanl et d'un hi n. IH! jurr
poi~L C.
nJH:r-air • digm•s de loi et pou sa plu. loin.
Mais un scrgt·nl, : la tete d'une_ ·rlion dt•
rnlontai
du \laine-et-Loire, ne fut pa du
mèmc ~,i.s et ,ou lut force œtt port" dH ndue. rt(fll . cl haioun Ile· en a,:ml. il· ron-

Dirnl, PO • urH•uant, 1,, r,•mar,Jlla 1oul de
~ile, ~u,-h:i. "l'S lui : 1 u clwup J'e 1 11llon, ofü~rl por ln unture ri-puhlicain •!
lai 1'1:~li. · ,·Jli... mêm '! l·.lle él il foTil!,

l'é

lisl!'.

l'irruption ù , Ilien. , le r1!Ct ur .\Il no,

œr nl.
l.1• premier'&lt; ·,. liallirent, tNe fr.,c.i . ,: ,,

c·ràn · omcrb, ...,m, la hnche de G110u,ei;
le fourch dt 'füel el Dano r ureut l ~
-. c.u1J:, l:indi qu'un lrui~it-mt• était bapr,:
p:ir Rok, 1!tra11!?I; net, n-. un ~oupir. ~ico.
1111.i n'avait l[U'un huton, • n oourr-Jil t frapput ra,,,eu_·emcnt. La cc ion r •cula: li: . ~~ ·nt ,:tait mwt. [I,, •• rdes nationau dl'
\':mue 1inrenl r nforcer four. 1: marades. lb
~lai?n~ br:n· de\, nt cc petit grou ; et pub
11, t'la.u•nt aouls conunc I Or •1,,~ eati' r~.
Alanik, la hache 1&gt;:i c:e, ,on chiên •nlr le
pied , lui :uui eu arr't. !!Ut'Ule oun·rlr, les
,·roc rou«c , .\lnnik oufllail, t;lll'ltanl l'al1.tqu .
- Alk11tion, 1 . gar ! ndon. M' p ux !
pou. St;_. roulil d • nom u, 10111 d • uilt!
furieuse, t•l la mèM1• : d · ••éanl, · urairnl
,0t·t'i1IDl :.

~nr un la:; de morl,. Al nik ùffondra.
Ji11,-m1·nl :ihr,:, rnincu p~r un L:1lle tir{
it huul pnrtaul; llok, ~rdé de 1.,. 1onncu~ •
'nllongrait. · pir:tnt, Ct l · Je un mt11tre;
', r e11lrt'-c de la .nlle, lia no ::i ait. u poitrine
r11 u"e. ,\lor fücl \t«·happa sur la droite,
utrainanl .:ica.
li fuI, Îl·nl tou · J, 1)(•ux, lé,. •rs, ut..~nl
le mur:,. d•• pi •rrc i• 1e; m,1i· la cl ·mi,,•
Llancb• dl' ,\livcl 1 trahit, st•f\·it d · cil,le. un
plomb le rejoi!!nit et lt. culbuta n t . .'i&lt;-11
hl. il loujour , uu or •ill · enln: .
A ;auch , 011 ntendail derrièl' la mai-on
1,· · cri,- de d :se. r ir d • Tina lim: am d!'rnin ,iol n , . '1:i, 1 main li'• . i,tait par ordre. \u mo11liu, \l:lw, · c rnt:,
uln par une fi:n lrc. tomba cnt Il!. main ...
J s fll1•11s. li n':I\ il pa. J'armt , re 11ui le
~u, ; il ful fait pri onnie.r. enlr int! , ·r 1
place Je l'i'·gli,e. l'entre. Je rallicmcut. La
plupart d hahit, nl. , . urpri :111 milieu d,•
lo:nr rl'pa ', 11rrachés dr leur · dcmcur' , . ·
trouvai nt d,tj;i ra .. mbl ~ , homm •s, femme. ,
enfant, \'icillard : co tout '1ualrc-,·in°
•nt pPut~trc. P,tr p •lolon~ de di , Jpa;é :
trié.,, il,; 1tai •ni •1llour: d'un nombre é~al
de gard1•s nalion:nn, l'arme prêt•.
li avait, d'un seul lrn ut n ·cc la pla '('
d1• l\\ •lise, un morcl!,111 d,· lande incult ;
1

L, lieutenant ol lit, li!~ tamlmurs rm&amp;rent,
la mw:ition fot f·1it •. Perd t d n· h•nr
do ·h,•r, l'i tout à li&gt;ur concert, Alla110 el . es
1h:r11i,·rs hdèle n I' nlèndir nt mcm [~1 L1• lrwsin &lt;·ontinuait nn appel eflh5n . On dr.nit reut mire de 1r\ loin ,or la nu•r, trc.
loin sur 1,·, plaine~ (le wnl ·oufOait J'ou ,t,)
du côté d'.\oral'·
- fl ml, z-moi c~, i:-uru -1 ! cria llhol,
lii J'~(rl! J,:b I; 1• ri•u fondra I ur clocb ; et
' . ra toujour · un :,,li.~• de moins l
L,· •nfant ,le la Ilépubliqne appromi•r1•11l
lr~s haut et ',mpr"~àrenl jo o rnnl:
mai,, parmi ,~, pfr,nnnh•r~. 'l'wl,ru'un rrJrnit .l't'.pou\'JOtc : 'fait·, 'l'IÏ •Oil!! ait, t llll
lin , 11ue la chapelle. dt• .'nint-\nnn-\'adezuur
ronll•nai1 •·ncor,•. :iu moin,, n •ut 1 111 li re.
rie po11dr1• racl11l s ous :l'. hoi,rrie,. li rnulul 'élancl!r, a,crtir; uu coup J ao,. 1•
rl'foula ,!an le ta ..... li l' croi~a lt·, hr s l'i
l:ii" ~:i faire.

1-:i. trJvl,~ sous le l:-r1Js, ks J.irntes .Jrcru«s dan,

ses h&gt;Jks mJlit.Jfrts, le cluftau sur foreJlk, Jtr ,m
/llv l ;a s 1 1.J rt'lue des flJ'S:JlfS tar.:,uts ur la
/.Jn te.

11'•111

~-1

m: un b1:tl u, qu lr dianln'. • ·t _ix
,·i •illc· f .to ml''-, :ivai •nt oppo,t: t'n h:\tt.&gt; Je
port•· do. t • Lt'!i r uêtr étai nt 1&gt;rot :':_ée
par ri• barre.au· de f,•r; .'aint-\'onn-\'adt•zour
êtail l1i n !!ardl'. .n plu,,. J rhai. , de.
Lane~ .• ur l'ordre du pr Ire, n1-;1ienl,:Lé amouccl11. an 11un•rlnr,:•· _où. tru.1nl rnror, l'ncci."'.
\lor . ù'un lwnJ • .\llanu ~•était jctr. dan
I • cl, h r: pendu à I ctmie, il dé hninait
ur lés camp g1w· l'appt•I in 't!! sanl J'un
tocsin fr 111éti11m•, , oubo pnr le hraul,
'norme Je I cloch,·, il 11uittait lcrre de~
d,·u pied,,, s'i•mol, il. lui :IIL~ i, rctombail,
rtpren il on él. o. ,onuiit toujours: prelrc
r.rnali1p1e, mué en gitnic Je l'niraîn, en démon
des temp.!le .
Autour d lui, son hedeau. ~c chantres,
_ e; \'Îeille fomm , fai i Lpleu\oir k arJois , I •. tuiles. IP: pif'rres ,ur le: n 1pulili1 in arec d,· oulr3&lt;TP el de
mnléJiction .
- lin ne ·'t.'nl(•nd pas, fil llivot, . e llouch nt l • · o il11• o~ 1 ,acarin du do1·hl r; et pui · crue mu.-ique-là pourra il nou
auir -•r Je· d a•~r,lmen ... faite,-1 · taire!
- llé ! dil uu c.aporal, il ~• a Ji: minut .
qu'on lire d ·• u san · rien atteindre. Ils .I'
moquent de nou , J rri'· leu~ gar"ouilJ .
Di, Il n'admet!: il p;is 11u'un J, - ordr •,
111' f,ll flOÎOl e: éculé. Il appela un officin de
volontai r, :
- - Lieut oant, prene1 dcu
faite ~omm:ition :1 ·!!.. 0 1ll'l
r
leur 1,ruit et de : renJr ,
lmilée.
0

... 3,...

- \prè 10111, po11rquui pa: !
La c:1ta troph' lin, Ir, à la suite dr. nuire .
,· t:rail h J,:li,r:mr •
Pourtant. au fon,1 J • ,a ... tupt•ur et Je . on
41tt..t·•1 ir. il cOll" ail •ncim ani· amrrlum,,
')11 • l11s prnpbdtie
liaient s'atcomplir · Jili,
10 c.1det in,pirJ, l'avait :mnoncé liicn ~ou,tmt. : la Républilp1e dl•,ail miner• le jour
011 le coq ~·t•mol rail du docl1~r .... Cejour
,:t.,il n:mu ... qul'll, terreur!
D· armé. inru. il attendit lt• · =vénemcnt •
lb ~1• prédpitaienl. Tandi: 1111'11ne liand de
,ol1bls in-c~, gouaill ur:-, ft1r
, pillaimt
le crllie.r:., lo~ ~nnc.,, en Liraient, p •le~
mtJ , 1 •' ajon , ,cc.-- ou ,cri .. , 1 , r in • et
k, Liés 111~me. ti ~:icril',.cl qu'il le, cnlas,~icnl, d ,anl l'é;!li e, en rnonc au formiJ.iblr~. en lnklu:r. i~anh• que.~. - d':rnlr
pcr--onu:i"c :ur\Cnu, auiraicot l' 1lltt1tion.
·um.i ~le ln• .t\ait. !1 mi-d1emin dll ncoi:1, renconLr' lé comte Turpin Le ,lohanie
tl madame l\o. e [)i ·ot. lkpui le ma.tin,
[ll'n ht;s 3\ll f1•11ètr' du cbaleau, il , \'3i nl
ttcndu. JI ~lai nl pr 1 t , manteaux au
t'.·paules, chapeau ~ur 1.t td1•, 1 ur i(: r lin~:i·" di•(Ml : loul pr'.. d'cu . \ r rlir de dix
b :ure., h1r hnpatienn tourn:iit ù l'an"ois~c,
Jcwnail tloulour u. I'.'. Il u1 beur' . pr -;1111
&gt;l.! Lram~r&lt;'nl encore, p~nibl ·m •nt dép,m ée.
n oi eu~ 1:onj tur · . en alerl · d lçu,.; ,i
un groupe de pa~san, p:t ail :IU ddn du
pont, n ' criait :
- Lr ,11il, !
- , ·on , non, corri,.cail Turpin. bêl II n !
C! n' sl pa l.llL !
li ,mm nçai, nl :, &lt;l 1,, ·pér r, ·:1ait•n1
retiré.· J ,, fcn Ire , quand l" roulement d
1:1ruoour,; l ) rnpp,•1 • 1rio111phant,. • mu~i11 u(l d,:)ici•u • pour œ oreillc·-111.
- l'Jrloll ! fit Turpin, :ilion· • u..J,·Y~nt
d' •ut. c· 1 la tll •ilkure raeon dl· !iC foir1•
rt.'C(}!lna1ll' 1 l d ' 1i:moi:m •r notre ·b:tn"Cm nt J Cronl •.. 1101r, vott~--r œ.. ..
li ch,·rch:tit . e' mot . l\o,t.l l'interrompit :
- 1'1 t.inl i.l'hi:.toir · , di~ ; notre pirouelt . &gt;n foit c • qu'un peut.
lis ·orûrenl du .:Mie u ,· n~ 011" r , r •0.irJer e1\ arrière. Turpin 1:r.:1il trop an,icut,
11

C

�,
-

_______________________

111ST0~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
t.hique; pui , prè. de lui, à la ,u de celle Lou trois, se retrouver face à face , après i,
soldate ~ue en proie au délire de la. destruc- aunée et taol d'érénements ! Il joui sait par
:n·:mce de u1 revanche facile, &lt;le son triomphe
tion, Rosa trembfoil Ju bauL en bas l'l s
prm:iit à cbquer des dent , œ qui n"füüt ohligatoire. En gourmand de sensation , il
pa fait pour le réco11îorter? Il craigno.il tout ; le reculait, s'amusait aux bagatelles; entenregrcllnit pre.c1ue. De loin, . a ,, pirouell » Jait ne rien brusquer; parcourir gro.duelle·
ment, au contraire, toute la gamme d lragiqucs in&lt;·idences; so complaire aux mt&gt;n11s
détail ; ne rien perdre surtout des mulliph .
angois:,c·, de folle épouvante qui, .sul' 'l)~i,·emenl, s'allaienl peindre clan ces fi;,'UrL!S
d~compo. ée•. U loucbail à 1a scèuc upr~mc;
c'était ponr eux seuls qu'il était ici.
ANuma lie tre,•enuau:x.orilre: ,il réponùait:
- Failrs-le r,mge-r là-ha., contro la ltorrière, à gauche. Je los appellerai tout ;1
l'heure. IL fanl conslitucr le tribunal.
or .es injonctions, an bonL d\l champ, Je plus loin possible de l'é.,lise. où le toc. in
as ourdi .• ant s"obstinait au vacarme, de
- füt ·œur.
ré"li.e, ffU 'une épaisse famée noire cnve~op- [;;ncore mienx ! J'ai ordre de m'as. un·r
pait déjà, - one table, des chais Inri-r1L
de ,•os pcrsouncs. Qu'c. t-ce 11ue vous purapportée . M. lt commissaire s.'intallait !lfl
tez là? ...
plein air, par méfiance des habitation . On
- Quel,1uc bagages; de ,•èl ment., &lt;lu
ne sait jamais. 11 vaut mieux garder H',
linge .... ::'\ous complon· partir avec ,ous.
moU\·emcnts libres; el, en cas de be.oin, fa
ui, (\\' C ,·ou ' rrpéla no.c, en r.oubul
retraite as-urée.
une œillade à , um:.i Mc lre.
D'nilleur , un gai oleil ral·onna il, séchait.
Celui-ri la rrçul sans broncher; il rép1ithaufi"ail le sol; ce jour d':mlonme était pl~in
1p1aiL brus,1urmenl:
Je doucellr.
- .l'ai peur tpi-.,n vous épa.rrrae celle peine t
Dirnt 'n it, élafant ùernnt lu.i de papeDivol éclal12; dre.ssr!, re11virs;,11t ta cllillSe dans .,011
Ro, e deviuL ,cric.
l!IJII n-11sq11~, S'.idrtSSJIII â I OUS les oid~u,s ,ill
ra se riu'il arnit apporl 1es; le tribunal était
dfa.mt. ln lèmOîn$ ((~ la. sclnt, Il f11lmi11ait .. .
Le Breton tr,naillil; pui il se calma ous
con lilué. Le tribunal c'était lui: lui seul ;
(Pnge ~-1
un r 'llcxion : &lt;( Cc militaire ne pou,·:iil pas
Jug-e ans app.el, mailrc omnipol-enl dtl cc La
a\'oir .... » li tïn1errngN1.
d' xislcnces.
- E~l•cc 11uu Blat.! vous accomp:igne'!
Pourtant, il s'entoura, à titre d'a e urs,
lui
sembfaiL
facile;
le
rnoment
v
nu,
il
e
hl non ... il ne se dérange pas pour
&lt;le dix. banJit armés de sal,r el de pique:,:,
enl.ail
Les
jambe
raide:-:.
i peu. ~ai nous arnns arec 110m un c mremarqaahles, dans cetl, foule grimaç.1.nt"
Ans itùt f(lle i'\urna 11e lr apparut, nwc:
mi..airc ùu pouvoir exécutif; ... un esprit
par leur hideur et leur férocité; de pars,
se.
homme
encadrant
on
pris.onnier,
a
priLien dis1inguc .... Vous m'en donncrei de
sur Iesquel il pouvait •'appuyer n conGnnce.
_onnière,
Jérôme
Ili\'Ol,
m:i,,nétiquemcnl
uouvclles.
,\11 milieu d'eux, voyant, dcvaat lai, le pros
En parhu'll, J'cscorlt", avac es prii;onnicrs, a\erli, araiL tourné la lêle de l UT côté. })1 de ses soldats mas~és sur la place, il e en. 'étail 1•cœise en marche vers le village où le cet instant, la cravache ou le bra , le•
jambes arquées dans .es bottes militaire~, le tait fort· un faibl~. un làche qui e sent fort
comlial ce sait, faute de ré.si tance.
c lune hète mon. tmeu e. Tel étail Divot.
Les derniers coup &lt;le feu retentissaient, cltapC'nu sur l'oreille, il pas.sait ln r,mw dtJ
Uao~ , a félicité, il se contenait mal; a rait
isoll!!\, éloicrn :,, 11unntl Numa Mestre, Ro c pay ans parqués sur l. lande. Il ) lrou..-ait
peille
i1 ne 1&gt;a· éclater; ses main . cri.péc
el Turpin débouch~e11t sur la place, ue,anl un certain vlaisir; tou lui présentafrol le
SU[ la tal,lc, '3g'LLaicnl mal~é lui d'un L1·1•mmème
-visage
morne,
la
mrme
tète
has~e.
l'église fflle d forcenés en folie s'efforçaient
blement fébrile: a gorg étail sèche, 11 s~
d'incendier, où. le toosin tonnait toujours, Seule, Séza, folle, - i,.nor:mL si son homme
fil a11porter ~ boire; attendit encore qael,1u
'abnllaot du docter sur terre pour rebon- était ble-.é 011 mort. igaoranl où était Tina,
minul pour èlre sùr d oi, en pleine po lous
le
aulrc
,
s:iuf
Mair,
captif
comme
dir au loin, ramassé par l'écho.
ession de es rares faculté d"ém1h·ite tourelle,
dan~
un
autre
groupe,
plus
loin,
Dans cc mouvement, cc tumulte. devant
menteur.
Enfin, npaisé, il consulta e, nolcl',
eule, éza, rcdre-sée devant ce commisl'imminence du péril. Turpin regarda rnachitou~sa,
pui
se remersa en arrière, jotmnt
nalemeo1 ce oldal alfair' , lraùiaol, en- saire, l'occablait il'inYeClÎl"I!. .
avec
on
jaboL.
~ion
nom,
pois
on
pourri.
que
t'imtas ant d~•- Lotte de. paille, de fagots, des
De loin, blême d'effroi, Ro.e le con idérnit,
branchages; il vit leur manœune cl ne 1a porte? Tu &gt;-moi, c'e l ce qne Lu veux , bourTurpin
an i. Dan c.c maje.slueux fon tioncomprit point. ras une seeonde, l'idée de reau, boucbcr. canaille! Eh bien. va -y, ne
naire à mou tache. , au rb_apeau empanaché
te
gène
pas
t
~fais
ton
lou.r
,iendr:i,
îmni"r
!
celle pm1Jre, dormant entre cc mur léchb:
el, cc jour-là, Sato.a te tirera les jambes! ... enfoncé ur les· yeu , ù la cramlc de satin
de flan11ni:s, n'cînenra sa mémoire.
noh· noynnL le menton, ni elle, ni lui no oupJI était trop préoccup~ de a défense de pas e Lon chemin, e1.coromunié !
çonna l'identité, l'une, de on légitime épou-x,
Mais,
quand
il
nperçuL
Le
Gloh:mic
et
sa
celle de Ilos~ et des ùangcrs qu'elles présenl'aut-re, de cet liumble merlan 1 fJu'il ,wait
compagne,
l"cx-perrnquicr
du
avon
d'Or
t.aient, au si bien du coLé royali te que du
mi à mal; saos quoi le dernier espoir aucôté républic.1 in . Il avait élé l'ennemi des abandonna. celle ,·icille furie ans intér1it. Il
quel
s'accrochaienl le:ur deux runes eût soruuns, ùcrnnaiL l'ennemi des autres. Le camp remonta a mrvate, fil demi-tour, puis, à pàs
hré dans un !lot de suprême détres c, un
leols,
compté.,
"appl'oclia
des~
victim
•
.
&lt;1 uïl abandonnait allait se dresser contre lui
Le cœur lu.i ballait fort, sou un aînnx de pilOJable elîond.rement. Mais non, Divol êta.il
toul entier, tandis que dans celui qu'adoptait
joie,
d'orgueil, de haine satisfaite. ll les bien d~guisé.
a lrahi~on, per onne, sans aucun doute, ne
tenait
enfin l lui, l' (l insolent r:iYisseur 1&gt;, elle,
forait un pas pour l'accueillir et lui tendre fa
1. Les conlcmpo-ruines de 1fo(lam ,le Genlis n~îcnl
l'
«
tipou.
e coupable, la fomroe adultère! )) au,;,i, je 11e ~i pnw-iiuoi, Ir, =nie ll u du igncr leur~
main.
Jl Ùn'ouait intérieurement peu sympa- C'é.Laicnl ses Cl pression ·. lis allaient donc, coiffeu rs sou, le n11m ,le mc-rlmu;. (t:aawn Dm;cliamp .)

lloso trop con lente; i\ s'exilail; elle 'él'hnppail. Mais, a\'ant l'e il, mai avant la fuilP
il y avail Pn(;(lrn l'immédiate a.rnnlure. Quelle
er:'lit-elle? Il e le demandait m·ec terreur;
elle n"} ,·o nlait [llt sonrrcr.
Au somml!l d'une monté , cc piéton s11specls donnèrent da nez contre li lre el , a
troupe. Le capitainocou~idéra les dcuxoiseatL .
Pas Je &lt;lmllel La f mmc étaiL jcuneetjolir ....
llli! hé!. .. Qu:ml au particulil'r ... un ~ale
bouhomml!, commll avait diL Jéromc Di,•ot. ll
pcuso. qu'en \c?s &lt;'llÎermanl tou le~ deux da11.
la même cage, Ç;) ferait deux Yi laine. hèle~ .
D'un g-c~Lc, il burra ln l'0nte, ordonna le
crrcle.
- llnJtc-là! \"o nom"1
Le comte ouLlia on tilr
- Turpin Le Glohanic.
- Parfoil !. .. ~laJame?

_ Il le.s délaillniL, lui I La gueuse étail tou~our~ bulle; « l'infâme éducteur » était tou~ou'.s laid. Une mioulc, il soogea qu'il avait
Jad1·, pendant bien de matin de uite barbouillé ee visage de mousse pa1 fumé;; oi~ncusemeot grallé, de on rasoir, ce nobles
Joues; 'empre ant alors aux ordres de mon•
ieu~ le comte, et avec quelle obséquiosité?
a bile s'en aigrit encore.
. Il ordonn~, la voh brùve. que ces deux
c1-&lt;~e,,:rn_l lui fu sent amenés. 'l'urpin, le.
mams hbres. collées au corps, s':ivanç.1 roidement, d'une allure militaire: mais Rose
foiblis aü déjà. Elle étendit les bras, vacill~ote; deux. voloataircs la ouliorenl aux
:u~se~es,_ tout de uiLe empressés à se oins,
lm temo1gnanl, de prè , leur admiration.
. De~an~ ~a taLle du commissaire, auquel
,·1'.1l s adjoindre, au dernier moment, le c.1pila1ne r uma ~fo Lre, les deux hôtes d'ffar coëL
co~pararenL. A cinquante pas, le paysaos,
mumtenus_par un cordon ùe troupe, voyaient
et ente~daient. 1.iza criait déjà :
- Ecoulez-le mentir l Voici le loup a,·ee
la louve!
. ~l. sans sal'Oir :iu ju le pourquoi, prise de
dmn:i.tion, elle ajoataiL :
- C"est eux qul nou · ont perdu~!
Pui..;; elle gémit.
- Mon hommel ma ll1le!
Ap~è , elle penchait la lêle, contemphit
ses pied , restait mucltc, lointninC', absente
ou désinLétesséc.
Cependant, Uo o el Turpin . e LenaienL
debo.uL. devant le repré.~eolant du pouvoir.
Celu1-c1, ta sé, riplati sur sa cha ise la face
bai· ée, enfouie Jans · 011 collet d'h;bit et sa
haute cra,•ate, couvert jusqu'au,1 ~·eux de sou
1~rge chapeau, n'offrait aux regard qu'un hl,..
r1ssemcnl de mou tache . L'air iodillërent, il
prononça, comme 'il. 'aequiuai Ld'une corvée:
- Vos nom , prénoms, 11ualilés? Faites vite.
~urpin, a urant 011 organe, répondit
cla1rom nt, mai tr s Las :
- J't:Là_i le comte Cba.rles-Loui Turpin
~e Glohamc,_ de Locoal-llar coët; je suis le
citoyen Turpm, répnùlic.'\În sincère. Voici Jl.la
œur,
)farie-Annc-Cl:iudine 1 ralliée comme
•
moi aux idée nom•ellc ... .
D'al10rd l'étonnement empêcha.il n;\"Ot de
prononcer une pal'Ole. Ah! vraiment? flo e
'f~rpin, ~emme Hivot, par la grâce d'un
miracle Lien breton, s'était muée en fille
noble et cMtelnine? ... c~la le divertit un
moment. Mai', tomme le comte renégat,
pe~cbé vers lui, insinuait quelque chose d'une
VOIX loul il !ail élou1fée, il J'emil ,il gaieté à
plus tarti, courrouç:l .e altitudes cl 'exclama:
-:-- Pa.rlei haut! Ce o'e.t pas une conversal100 .... 1 ous ne sommes pas ici dans ,·os
palai , dans 1•0 alons, ous vos plafonds
&lt;lorés; nous sommes dans la nature ou le
del, devant le peuple. EL le peuple a le droit
de ,·ous entendre, le droi L eL le devoir car
c·o, t lui qui vous juge. Vous avouez dond èlre
noble homme et noble fille. Vous êtes le
comte Turpin Le Glohanic; j'ajoute : thef
choua.n, commanda.nt le 4è bataillon de la
légion d'Auray, sous Cadoudal; vous êtes

particulièrement signalé pour la part quo \"OUS
avez prise dans l'insu1·reclion. Celle femme
e L rotre sa'lur? Me complimenls. Elle au .i .
je le sai~, c est prouvé, elle au si a fait acle
de royaliste, s'est répandue en di cours Tanatiqncs .... Elle mus seconda. Nous ne s.épa.rerons pas une aussi bonne sœnr d"un aus i
bon rrère ... elle parla,.era voire sort jusqu'au
bout.
llo•e, suant I peur, ou,·rit !a bouche
g_ra.nde pour crier, supplier, re1·endi1pwr;
rien n'en orLil, elle ul1011uai1. San r1u'dle
s'expliquât pourquoi, la \'O:x de cet homme
sa 1•oit seulu, l'avcrti ail que tout e~p&lt;&gt;i::
était futile el lui .onn:iit le rrla •.
)fais Turpin, san e Mcontenanc;,r, es-

co~ptanl à son pri la réî~latîon rini allait
u1vrc, se penchait de nouvenu ver. le commi saire el détaillait lentement, èn scandant.
les dernier mols :
- Yous vous trompez, moo icur, nous
so.111ru r~l!i~;,je le répète: r.i.llié à. la f\épuh!t,1ue. ous avon !'il.me bleue. Je rou ~n
donne la pi·envr. Jo uis l'Arni des Lois. Vous
ente11J!',, '! /',lm i des loi· .
Jérôm e IJirnt écarquilla des fBLLt 6normrs.
pourra de rire. Cel~ JeYCJ1ait Lrop force. Hun
une perruquière, il trounit 1me grande dame;
dan un chef t:houan, un traitre à on Dieu,
à on roi, à son p.11·ti. C'était le carnaval de·
êtres et de cho es. EL lui--mème 7 Il 'é•ayait :

~ fui wie sec011$$t volcanl.;ue,_"" lre111Memt11I de lern, 11 ,e C:ll1&gt;1 P11 Ql/c,11 proflm df

Le, ,,,Ille l frres de pou;I
a ré:se;]'e de G ~orges. /J/~a1rnt ltur œu~•re .... l.:s Slll'viv.rnr,, nipuqlii:,./rs ri p.1;-s.1ns lll ~'les r~coiicil~:;

Par 1e ~austre. 111.Ya/ent .t11is tout~s les Jirt:t1a1:s .... (P.1ge

.., 5 ...

B.1

'

'

�mST0"/(1.Jl
-

Alors vous ûles.... C'est Ton_ l'Ami

,lei; loi. ·i
- Oui.
- C'est vous qui avez écrit... la lettre?
-Oui.
Divo! se tourna ver Numa Mestre el es
dix a es eurs :
- Vou arnz entendu?
Une rumeur d'a entiment courut le long
de la table. Dirnt éclata; dressé, renversant
a chaise dans son èlan bru que, s'adressant
auss.i bien au,: pay ans captifs qu'aux troupes
di séminée•, à Lou les acteurs du drame, les
témoins de la cène, à lou te crœture pré ente
dan la sombre aventure, il fulminail :
oldals, paysans! regardez cet homme;
apprenez comment e l faite une face de
traitre! Cel homme a écrit b. délation (!Ill
m'amène i i. C'e l lui, paysans! qui YOu a
signalés, au comité de Vanne , comme brigand~ irréductibl · vo capit:1ines, Joyenne,
t:rnou\·ez, comme des assa ins de route;
v~lre YiJlage, comme un centre d' ·•ternelle
révolte eL de ra, semblements. C'est lui!. ..
renégat, trailro, le comte Chari -Louis-Turpin
Le GlohlUlic de Locoal-Uar:;coot, votre seigneur. Yoici quels sont le clie[s de Tolre
cause .... EL \"ous combattez la République!
Une hure sottrde, une huée d'hommes
blessés, garroW:L, de îe:mmcs, de fille à
drmi mortes ou de peur ou de désespoir, une
triste huée de nincus mont.a, presque une
plainte. éza, les mains Lombées, les )'CU-X au
ol,au nom de Gynouvez avait dre_së l'oreille ;
pui , san plu dïntérèt• • 'était replongée
dans son goull"re. D nouveau, elle n'entenilait plus ; clle complait toul bas se morts.
La huée de œs pauvres Jumches, lasses de
sanglots, soufflée jusqu'à Turpin. lui fit
bai . er la tète, mahrré sou parti p · et on
dernier es ai de suprème lira.vade. Autour de
lui, autour Je Bo:re, les volool.aires, le gardes
nationaux s':n-ançaient, 'approc'baienl, resserraient lèur cercle, _e poussant des coudes,
curieux de considérel' de prè l'homme e:x.écrable, l'infect ar,ïst.ocratc; plus curieux encore de reluquer sou le nez la beil demoiselle. Elle ,·aJail le rnyage.
lor:;, le cilDJen Di\·ot, in piré, grandi p,i.r
les cirœn tanœs, sous un soufilc d'en haul,
conçut des mols sp1cnwdc . or le front de
Turpin acc,i.blê, de Rose moriLondc, il balan!ifili la tondre:
acbez, sachez bi n, ci-d•rant ~ans
honneur el ans foi, sachez donc que la fiépublique, égalitairement généreuse, profite des
délations. mais puait les délateurs! Qu'il en
soit fait ainsi. !lace maudite, di paraissez de
la terre; délh-rez la patrie. Que la sœur ui,e
son foire et partage a mort. Ceux-là sont
jugés, il. d'anlre !
fais Bo c, tombée sur l&lt;' genoux dans la
le.rre cras:e, le cna1ns tendues ,&gt;er Divot, la
bouch~ noire de cris, de anglots, l"éeusail fa
enlence, ne ,onlail pas mourir. \oluplueu e
el sen uelle, n'a anl vécu que pour sa chair,
dans la con stanle adoration de a Leauté elle
ne pouvait concevoir celte fin bru que et sanglante; . a ch:iir e révoltait sa beauté refu-

- PaU\·re r mme! yoyez où mène le menson"e ! ous choisissez, au hasard, un nom
che; à la République; celui du ciloyrn Divot
que le écho du monde vou. ont . an doute
appris et répété. Vous 11rélendez être la lé!ritimeépouse de ce pur citoyen; et, pour ;r:1!!Der
du iemps, vous soutenez celle fable . .le répète : paune femm !. Re!!ardez-moi ! C'est
moi, Jérdme Oi,·ot. ancien barbier, que son
génie et l'amour de la patrie onl pous é aux
grandeurs. Oui c'est moi, Jérôme Divol, qui
ne , ou conna.is pas ... , qui n'ai jamais été
marié ... que je sache! Votre cruelle erreur
éclate en son plein jour et les Dieux lulélaires
de la République YOu ont à des ·ein abusée
el coufundae. Eh bien, à moi, Divol riu·avezvou :'l répondre~
Alors, hébétés, anéanlis, enlant trop
q1i'aulour d'eux s·agitaienl des volontés upérieures, irrési lihlemcnt néfn tes et conlra.ir , no e, Turpin, en écoulant parler cet
homme plu. redontablc encore dans a métamorphose, fi ·aïeul sur lui de prunelles de
folle, d prunelles de fou, dilatées et vides,
sombrées dans le délire.
11 avait jeté on chapeau sur la table, déga,.eait son menton des plis de sa cra ,·ate; e
yeux clignotant • bordés de rou•~c vif, apparurent, ainsi que on front tuyant vers sou
crâne pointu, on menton i,aloché.
Toos deux le reronnu:rent au sitôt. C'était
le coup de foudre. Turpin recula, renonçant
à toute défense.
- Ah! fil-il, je comprend .
Divol se ,•engeail; c'était tout simple. Il
n'y avait qu'à se soumettre et qu'à ubir sa
volonté. Pourtant, il ne renonçai! pas à ·auver
Ro e. Il le tenta. 11 l'aima ju.que--là. Elle,
roulée à terre, mi érable et méprisai.ile, se
tordait les bras, criait su.r Lou, les ton:1 :
- Jérôme, pardon! pitié[ gràcel C'est
toi ... oui ... jo te vois .... fieprcnd:i-moi ! pardon ... ma Yie entière ... .
Turpin la ~oulint, vint à ron secours.
- )lonsieur, ,ou arezde griers légitimes,
il e l vrai; mai je îu eul coupable. Votre
remme, que vou ,oo plai ez cruellement à
renîer encore, volre lem.me était bien jeune,
sans expérience l Prenez ma ,;e; elle PSL à
,ou ; mais pardonnez à llose el sauvez-la!
Divot ne broncha. pa- ; la voix lente, po~,
il répliquait :
- J'ai vu bien des démences devant mon
tribunal; celle-ci dép:i. se Ioule le aull"es;
d'aul.a.nt plus qu'elle est double. Bizarre, ce
lrure qui, pour uver sa œu.r, Jui fabrique un
étal dvil in e.xlremis .... Et celle-ci qui, même
coanincuc do menso11ge, persi le dan a
mse .... Fini sons-en. J'ai dit.
Mais, bru quemenl, la scèn' changea,
grandit d'inlcnsité d'acuité encore. De nouveaux personnages inlen"enaienl. Depaj quelques minutes, san que nul n'y prît garde,
pas.
tous élanl absorbés dans les dêbals da drame
- Et elle se dit sa femme !
la charrette amenant madame de Jo enne et
Amusés comme au Lhédlre des bouffon
tous e tournèrent vers leur commissaire; il Claudine, suivie de .Bernardia, du lieuteo.ant
exnltail. Ue nouveau, il s'était leî"é, majes- Ileaupoil et de ses vingt soldat. , avait pas é
tueux, dédaigneux, ironique au si dans sa le pont et s'était rangée sur la droite, à IJUelques pas du lrib1oml.
uperbe empha e.

. ail de 'é!ciudre, Rose se cramponnait frén ·._
tiquement à l'existence . .Madame Dubarry.
ur l'échafaud, avait offert, déjà les même ·
défaillances. Ro e hurlait :
- Arrêtez, ciloyen, c'est fau:d Ça n'est
pa vra.i ! Je ne sais pa noble ... je ne suis
pa sa œur ! Je suis du peuple, comme ,,ous !
ldats, vous m'entendez'! Je suis llle pam'l'e
fille ... oui, une enfant de Pari , enlevée par
ce mi érable, forcée par lui, contrainte de
jouer celle comédie pour d raisons qu'il a!
Jfois je vous di que c'e t faui: 1 je le jure!
, tlendez! ...
Entre les poings de quatre hommes, elle se
dêbattait, se convulsait sous les Jetu froid
de Divot impas ihle. Il jouis ait de sa vengeance. Il élail heureux. ~fais elle, renvcr ée,
les ein jaillis de son corsage arraché, accentuait, préci ait sa plainte, entant bien que,
seule, Ja preuve de son indignité pouvait
encore la auve:r.
- . .. Attendez! Écoutez! ( Elle haletait.)
Je vais vous dire .... Il a jeté sa œur dans un
couvent... à Montpellier ... \"Ous Yoyez bien
qne c'est vrai.-. on n'invente pa ces chosesla ..•• Mais elle e.st soetie ... elle est ici ... aux
Repo es .... Il faut la.retrouver .... l1 m·a mise
à sa place pour voler tout.. .. Est-œ qne je
samis '!
Dans son incohérence, elle commençait à
intéresser ce cercle de goujats, donl les regards
'allumaient de\"anl sa lra!!Ïque indécence.
Divol la laissait dire; acb.ant bien qu'il aurait
toujour le dernier mot, il se plaisait à prolonger la scène.
Turpin, les poings serr' , ob tiné dans son
amour jusqu'à la tombe, comprenait aussi
que, plébéienne, Ro e gardait une chance
d'échappement; l'approuvait, à pr · ent, sans
ré! er\Te, au milieu de œs déclarations qui
l'éclahoussaicnt lui-même. Par interralles, il
lai sait tom be:r :
- C'est vrai. Eile dit vrai.
Ro e, un instant, put ·e croire sauvée; par
malheur, à force d'être sincère, elle parut
mentir. dépassa le but el compromit sa eau e.
- Est-ce que je savais? J'avms vingt ans ...
pas même, dix..n uL .. Et puis, pour tout
vous dire, j'étais mM'iée. Voilà. Je suis Rose
Taupier, femme Jérôme Divot, le perruquier
du Savon d'Or, dans la rue ....
Une clameur railleuse, de gro rires éLonnés
convrirrot la dernière phrase de son plaidoyer.
lnterdite, elle s'arrêtait court. Qu·avaient-ils
tous à se tenir les côtes'/ Mais eux, leii Dleu ,
ils s'esclaffaient, par groupes, le main au
\'Cntre, un genou levé. C'était crevant.
- Voyez celle impudente! clic se réclame
de Jérôme Divol. .. qui est devant elle.
- De l'ancien perroquier; donc pas de
doulel
- Elle l'a sous les yeux et ne le reconnait

-------------------------------e derniers arrivés durent entendre les
crii:, les supplication uprèmes de la condamnée el cette fin pathétique d'un jugement
précoo~u.
Or voici que la ,'l'aie Claudine, à peine ~
ter~e, s'élançait librement, échappait aux
mams de se~ 0 ardes, criait : 1, Place I place! 1,
d'une voix volontaire; el, dan l'intérèt stupide de la foule étonnée, e îra 'ail un passagll
1usque devanl Divol C[Ui "impre ionna.
Là, droite, impérieuse, ell.: écra ail ùe son
ge~le Turpin et no e; elle parlait à son tour,
sans peur, prodiguant son mépri , j splendide au soleil que l'autre en parut' laide, et
llu'une rumeur d"émerreillement, partfo de
toutes ces poitrine_ fau"e , salua sa royal!!
beauté.
Joyerme et a mère, œllc-ci galvani ée p,1r
un coup de p:is. ion, se rangeaient derrière
elle; à eux troi , groupe pur, ils r1lhabiliLaient, rien qu'à paraitre cette aristocralie
Mtrie par les Turpin. La mtlme fï•m: les secouait la même Iolie de mort. Devant cette
égli e, enveloppée de fumée, léchée de
flamm , del"anl ce village dé ·ert. où gisait·nl
des oorps r...uges, devaut ce p.iysans captiI~,
que le fu il d~ Dleus allaient abattre encore, devant œ triomphe du mal, celle parodie de juslice, le cœur soule\·é, l'àmc indignée, il jugeaient que leur noblesse n'a aiL
plus qti"à mourir. li accvuraiellt.
Et Claudine avait vu, dans un éclair, ~a
reconna.issance, sa consécration imposée à
tous, par l'aventure mème. Exaltée, orgueilleu&amp;ey dans le fris on Lrarrique des ma ses,
elle barangua ce peuple d~ laquais.
- llalle-làl qu'on m'écoute. Cette femme
a raison. C'est moi, Marie-An.ne-Claudine L
Glohanic de Locoal-Harscoêt, .fille de race
noble depuis mille ans. C'e t moi! Voici mon
frère, mon bourreau I Épargnez celle créature, sans nom, sans gloire, rotre sœur, gen
du people ... il n'y a qu'à la voir .... Il n'y a
qu'à la voir pour juger d'où elle sort, quel
sang coule dans ses ,cines. li:lle e t ltop lâche
pour èlre de chei nous. Vou figurez-wu
donc que cela piris e me plaire de la voir,
ous mon nom, hurler sa peur, pleurer son
infamie? Je vais ,1ous montrer. moi, comment meurt une Le GJohaaic d11:trscoët ;
comment les filles de mon rang e tiennent
devant des drôles qu'un hasard ou qu'un
crime a rendus les plus fort ....
Joyennc, à son coté, vint con11rmer son
dire:
- Moi, le chevalier Je Joyenne, chef
chouan, je vou déclare à Lous que celte jeune
tille seule a droit au nom qu 'elle revendique,
ceci dûment prouvé par mille Fait établi ...
que celte antre femme n'est qu'une aventurière, plus folle que coupable et de ha se
nai sance ....
Claudine reprenait :
- Citoyen commi aire, prrisque çom.mi sair~ tu e , je te somme de tenir cette fille
pour plébéienne, selon son propre aveu, et
d'ordocner ma mort sous mon nom Jérritime!
Elle e tourna ,·ers les prisonniers.

LES ÉP'É"ES D"E

'F.c~ - - ,

··· Un har,1uu ..télruil, u11e tglife effr;ndrêe : IJ rttin~ Ju villag? t!l..iU 11.11e suite, trne conse:l'imce de 111 guerr~ •...
Pencfattl di" an$, le village /11/ vl.k de Jeunes gens ; pe11d411l JI.&gt;: ans, les filles re$/trent fille~ .... Pour/:1t1f
/"herbe lie l'oubli _fi nit par ,:roilre.... (Page 8.)

- Pa san , mes vassaux, j'aurais préféré
me présenter à wus en d'autres occa ioo!l.
Cependant, quand le villarre brûle, quand
tout le monde expire, il c L urgent, comme il
esL naturel, qu vos seigneurs se mettent à
votre lèle en réclamant leur JroiL de passer
les premiers. Me voici! aluez-moi, je sui
seule; cet autre ne compte pa , il est déchu l
Superbe, elle élcndaiL le bras et désignait
son frère qui reculait, éperJu. C'était la première foi ·qu'ils se fllYO}'UÏcnl, se retrouvaient
face à face depui le seuil du Cloitre, à Montpellier. Elle l'éblouit. 11 l'écœura. DevanL
Claudine, Ro e, à genoux, sentaoJ renaitre
l'espoir. élevait e mains jointes, en balb11Liant de prière et des bénédiction ....
11 Oui. .• oui, elle cil.ait ùn peuple, oui, oui,
elle était infâme, mais la vie, la vie 1 ~
Alors, des rang pre é de ces "Olda1
accouru de tonte part, une noul"ellc rumeur
'éleva, celle-là violente, :ipprobative, glorifiant l'orgueil de cette brrandè Bretonne. Les
mas es ont ain i. Au milieu d'un accè de
cruauté lâche, un beau cri généreux les bouleverse et le retourne.
El les paysans, stupéfaits de cette suite inioter1·ompue dt! révélations, pour em, les
impies, quasi-miraculeuse , 1 paysans
acclamaient, convaincus, la noble fille, leur
chàtelaine retroo,·ée, qui prou,·a:it ses origines
par la hauteur de ses verl11s.
Son inlerrention, - pl'esque surnaturelle,
- cxhau sail les ames. Cc que, naguère, un
mormmait tout ba~. à présent, 011 le criait
tout haut. Ver elle, le bn se lendirent ; la
foi e précipita. Séza, 'anachant au groupe
de captifs, rompu par l'enlhousia me, éza,
enfin tirée de son rève à la rnix de celteaulre
~nfaal l:mt chérie, 'était jetée ·ur elle, l'en-

tottrail de es bras, prête a combattre encore
pour sa Glodina, légitimée enfin de·rnnl l:i.
mort universelle.
Et, quelle que lussent les opinion , Lons
les cœur durent battre; dans ce milieu d'angoisses, il était impossible de rester indillcrenL Divol lai-même, perplexe, arrachait sa
mou tache. Pros de lui, Oraupoil, de plus en
plus ébranlé dans es com·iction • 8t!aupnil
murmurait à 11 oma Mestre, dont l'âme était
emblable:
- N'importe, ci ce sont des erreur~,
,·oilà de bell.es erreurs. Quand il -y a des
femmes comme cela dan un parti, il a le
droit d'e.spércr encore ....
Le capitaine, pensif, secouait la tète; approuvail SOll ami :
- Quelle énergie! Quel orgueil! C'e tune
hurn1nilé parlicu.liè:re, appuyée ur di:t siècles
de consécra1ion.
Jérùme Di"ot, irrésolu, ne aclmnt pas
comment conclnr (car il s 'awuait lui-m •me
n'èlre pas, tout à fait, à la hauteur d'une
pareille tâol1 ) Jérome s"en lira. innocemment
on perftdemenl, par une petite phrase :
- Je comprend à présent pourquoi cèl
homme vous 3 vendus!
Joycnne bondit :
- Citoyen commissaire, explique-toi ....
~lais voici qu'alenlour du jeune homm e,
les paysans, oublié par leur garde ·, les
soldats indigné , gagnés sourdement à la
cause des ,•aincus par la gr.lce de leur
héroïne, tous, dans un tumulte de paroles,
de vociférations, de menac . dénonçaient,
répétaient la lellre de Turpin au comité de
Vanne . Le chevalier compriL confusément,
mais comprit.
- Cilo)'en commissaire, e L-co .rai ce

�, - fflST0'/{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - •1
ur le rb 1mp dé erté, le Cilpilainc Numa
i]ll'on dit là'! ... E,t-cc Htli que 1•cl homme n p~l •-mèlc cOroyahlo au-de~sus dl'. &lt;lou:t
Me Ire el le lieute1l11nL Beaupoil, écra és par
11111rls.
~fadame
de
Jo
·enne
el
Claudine
frril, nous :1 füré ?
le même pan de 111hr, lr:ir;aicnl, C1He à côte,
- C'e t ,·ro.i, ri:pomliL Jérùmc. li ongenit étoi.,11L tombées ur les genoUI anpr' du
le
même geste ép rdu. C\ll( , nuprè du
tout Lns : « Qu'il 'nrrangent cnlrt? eu-x ! D leur; toute deux pnrais. aient expirer arne
cada\'re de Bcrnardlo, a mère, Clriudine el
lui.
n
nnl
Ùtl
fol:c
fil
o.
ciller
la
foule;
- Cilo~cn commi s:iir1•, jeta d'une voix
pui · éia, dem('lll'nienl agenouill~l' . Peull'hnrrcur h:i111tit 1 - cime·.
t:1·lalante ,!o cnne, ordunnc ~ l'un de le
èlre,
abimées dans ll!ur deuil, n'avaienL-ellc.
Or, à telle minute, une paroi latérale de
soldnl de me prêter un .11brc ... foi -en jelrr
p3! uuteodu celle îtiudre, n'a1·airnl-dle. pru1e, cre,·:is.éc, céda ous
r,:·•lise,
M,i\
lézarJ
un à rc mnu,lil cl lni c-11011~ tou deux r~ Ier
senti lreml➔ !ur la ll!rre? O'aillcur ·, que leur
cc compte. Trailrc ,1u1 Chou:in~. il doit mou- 1111 a saul d • 111rumc~. livra pa .age à l'inrir pnr h mnin d'un Cbomm ! .\.lions, rt&lt;pu- •·1•nd,c; rt tout d'un coup, couvrant lrs ,·oix importait?
l1umainc · , Jém1 uranl le drame, r.omme
lili,•ain, f,1is cda pour ma J ·ruièro ural'.e !
George·vinl trop lard. li troU\aun b:mll'all
Numa \kstrc lir.t son , nhrc el lr tentlil au 111il1c oLu iors éclatant lou ensewl,le une
détruit, une cgli C bilondréC', une populalion
t'\p!o.ion
trrrillanlc,
assourdis.anlo,
retentit;
rh •\'alier. ll(lrès un alut. D'un ge L rapid
"ro
le, rnnrs do la vieille 6n\ise 'écartèrent lentc- r~duite 11 Lrois falliiUe', Il lt:iu a
juJCUJ: prt .11u", U•rnardin 'en empara.
lira Yers le ciel, allcstanl [füm. , u milieu de
md11t,
comme
à
regret,
de
leur
antique
ba
c,
- ~ter,·i, e~pitain !
r·e faceli morue , il e compril inopportun.
l.a g:trJc ila~s il allendait que Turpin , ~ 1·illi!rc11l. pui 'ahaui.rcnt. Le clocher, souLa ruine du ,;Ua,re était une uitc, une oonfù1 armé 11 .on tour: mais tous ~u~ présent, lL·hi par une force incalculable, s'rle,·a dao
•11uenoe de la gtlElrre. C'était lui qui l'avait
h·
:iirs..
Saint-Yanu-Vadl•zouret
Oil
coq
'nà c~ défi s'Jcarlaicnl. so détournaient d~
décidée, dan ce li&lt;!u même.
rnl:iienl
au
ciel,
emportant
avec
eux
le
recteur
r.dui-ci, lui rcfu aient leur lames.
A la forme
•&amp;a le reçut ·omhrement.
Turpin 11ui, ju (Jll'alor., ronrn:ncu de Allano, s"· chantre el ses vieilles fei;nm .
Dans
sa
maison
ail
toit à jour, elle n'avait
Ce fut nnc ooous e volcanique, un trem~•m imp11issancl', de sa. Mîaitc suprèm&lt;', dü
plus, à présent, o.lJtour d'elle, que 'fioa 11ui
hlemerll
Ùtl
terre,
une
commotion
profonde;
, a morl imminente, étail resté les Lras
r lait pùle, une stupeur au front, et Maze,
cr,,i és, muet, plnlôl méprisant on lu mé- le ponl, rompu p 1r le milieu, isola la pre traînant un brn ca. é.
pris pubfü·, Turpin, bru. riuemeul s'irril11, qnïle; l,•s ma,ures ébranlées, ~ous leur
Le jour mème, ur un mamai~ l.iateau de
luit~
treu5~,
pliaieot,
oudain
bombées,
a,-ec
, il rou e. C't-n élail lr11p. h la fin; il en :H·ail .
pêcb.e, l'ancien hJro di, irusé do I.ocoaJ 'eo
des
ventre·
énorm•·
.
Ln
mille
livres
de
a,srz de tontes ces in ·ult , de loutcs ers
poudre, la ré.cfl'e Je G.:or"es l'ai ·aient leur l'ut au lar11c, au-dl?\"ant du naüre a11 ..1tiis qui
rt• 'l'U alîons. li açail perdu, était prêl à pa)Cr,
l • devait Tenir prl'ndr •. Il c ré[un-iniL à
m;ii d'un coup. nou. p1r ocomple ·. Tous C()!; œuvre el fourni . aient l:i conclu. ion.
Londres, aupri\ du roi. li avaiL dit adi •u à
ou
les
ddcomlire~.
les
pi
•rr~
,
à
dtu
·
~rucux l'eaoupient qui se pcnn"llaicnl de le
éza avi:c une tri IC:.~e douloureuse, comprcnl
mètres,
des
corps
isaient,
brillés,
écrajn"er, de le blâmer ouvertement. C'ttL:ût nroa:inl
trop, au ilc:nce d» la vieille pa1 aone,
és. masse informe ; de hle , : , ense elis,
lt!s11ue. Enfin Jo ·enne rornùlnil la mesure.
ce qu'eUc lui garda.il do rancune inn,·ouéc&gt;.
l'nfoui
,
criaient,
appcluient
au
,
ecours;
sol('j'étail lni, ce pelit .al. la cau:c de tout ; n
Pendant di1. ans, le ,·illagc [ul 1ide de
ùernièrc o.rrogonce, celte parade. ·oi-di n_nt dol , pour la plupart, abattus sur leur armes.
jeunes
gen ; pendant dit am 1 ' fille.~ r Le urvi\"aJtL , répuùlicain · cl paysan ,
d1 P\·alere qne, devant la mort exaspér~re.nt
Lèreot
filles. li n'y avait plus, omlirc. on ancien fr~rè d'arme .. Pcnlanl paûcoce, mèlés, réconciliés par lu dé astrr. fuyaient,
crrante. , que d ,·eu,·!!! cl ,les mèr saule5
main
tendue
,
dans
toute
les
direction.,
il 'écriti. reÙ('l"Cl'IU rud~ l'l in.olcnl :
ou la col re dd Dieu. UivoL fut di! prem'ers enfant . Lt.: Glo~nic mort, Kerret mort, 1 - ,\h ! çà, a ,·cz-vou ûni ,·os Loni men ts
i:,péC$ &lt;le {el' étaient bl'isée ·. Pourtant l'hcrùe
de !'aire. tous, tanl que ,·ou Mo , Bleu ou c1n i lentèrenl leur salut dans la course .... 11
'élanta . ur fo pont, chprchanl l'is ue Uu de l'oubli finit par croitre.
Ill ncs1 lourir, c'est bien mAlin de mourir.
ou la Roslauralion . yiogl an. plu tard,
trou
béanL lui barra la roule. 11 revint, alfolé,
~on mourroo tous. On fittiL toujom·s p;ir
par
IP ·oins de fa duch c d'Angoult!me,
11,·oil' le mèmc âge que le morts. Ce qui d,. cendil ou l piles, crut à la terre ferml',
l'énlise
fnL rééd11iét! au milieu dij CA ruiimporte. c'c. t de s1voir r~rlir à Lemp , vengé i.'enganea sur les sables.
n
.
Par
quelle
démence
Ro;e
l'avait-elle
aiü
ùc cem: qu'on hait . .levai ,ou donner une
Claudroe ,écnl tr· ,icille, :1bdiqu:ml a
l~çon, un rxempli:, wus montrer commenL rl r&lt;'joint.:? ~ly tèrc. Peul-être s'nLLacba.iL-elle
beauté;
,·ètue en pa1sa1me, die visitait le
on foil, tas d'imbécile el de faiseurs de à lui p:m:e que, l'heure aupararnnL, il repréchaumes,
é&lt;'outait les lamenlation , no parcutail ln force, cl q• sn 11\chc nalurd la
phrases L ..
lail pa de Dieu, mai secourait !es mi ~m.
pous
ail
au
plus
fort.
Uuoi
qu'il
en
hlL,
à
C-:! di ·aot, Je dernier ù Le Glohanic plon!rois pa d'elle, elle le \"il ubilement perdre dan la mesure de ~a pamrelé. Elle él:iit
~ea vh menl les deux main dan se poche
rentrée, de droil, dans llar coôl i les ur,'iJe côlti. nose ,·it , le mou\'ement, porla ses pied, s'enfoncer lentement d,ns la n e;
,ants en deuil 1'y a,ai nt escortée. Mai longioslinctivement,
ou
,·onlanl
racheter
le
pa
é
mains a111. tempes, ferma l •s Jeux. Elle
mériter a rrr:ice, elle lui tendit la main; il temp~, elle hahit:.1 principalement le l\epo 'eJ,
pr~\'O)'IÜt.
'en sai il, avec une telle 1·ioleoce dan a où elle avait plu· dl! ou venir. , prè de
Alors, Turpin, un pisLolcL dan chaffue
madame de Joyenne. qui ·éteim1il dout-emelll
main, mnr&lt;:ha de Lroi pas ur le cl1e,·a1ier terreur d '-Jlért¼, qu'elle trébucha, fil un
démente, apr quelque am1!lo?$.
pas
de
trop;
elle
vuulut
reculerj
il
n"en
était
nt:rnardin d&lt;J- Joyenne. cl, avant qu·on pùl
A. la ferme, • êza snb~islait. Ln jour, Mnze,
plu
t
mps;
à
son
tour
elle
'enliz3ÎL.
Par
un
1':i.rrclter, à lioul portnot, de la main droi Le,
implemcnt,
lui d •mandt&gt;. Tina poor épou r.
l1.1i lira on _coup de feu en pleine poitrine; nouvelle déri ion d~ la destinée, la morl,
comme il a,Jit él~ promi , autr.il'oi-, par le
une
mort
affreuse,
combattue,
rcpou
sée,
pui:5, de lt main gauche. s'enfonçanl l'autre
pi.loi et dans la bouche. il se fit . au Ler le pui. ·nl.tic, réunit ce· époux si d.istanb d:ms père. Elle le regarda dan les ) ux :
- Tu ~ai , Pourtant? ... molgrc cc qui
nànc. 'fout cela n'av:iil p::i tluréune econde. la ,ie. F.n emblc, il disparurent, hurlants,
'est
pa é'?
, Jo)cnnc roula, la poil ri no, rouge le cœur dévorés pnr le vide.
Il
ecoua la tête, résolu, ~ûr dl! on cœur.
Dcrri~rc
eu~,
aulour
J't:u
,
comme
eu-,;,
lrll"crsé. li gis::iil ~ur la lande, selon les pré- Oui, malgré cc qui 'est pas é.
diction : mai c\ît:iit la lulle d'nn Chouan cent autre· mi ;rahl ~, olontaire du ~lnincQuand Claudine apprit ce rnaringe, par un
et-Loil'e, gardes naLionnuxdc V(lnnes, - ~vec
•111i l'arnil couché 1~.
,
retour
or elle-même, elle pleurB.
Cn cri jaillit de cinq cc:-ot bouches ... uu des cri affreux - se noyaient dans les houes.
:mustratfons ae

!11AuR1cE MONTÉGUT.
CONRAD,)

,FIN

llehê lirnuo et C''

MARIE-A TOINETTE , DAUPHI E DE FRANCE
Tableau de DRO .\J,' . c;\lusèe C nué, Chanti lly. )

E

HÉBE,

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>111ST0'1{1Jl

----------------------------------------~

contré Bourg-la-Reine et ses occupants1 •

Col.Qnne clu cenlte. Attaque de CM.tillon.
- Cet arrêt dans w1c offem;ivc qui avait si
bien débuté, était dù uniquement à la conservation de Châtillon par l'ennemi . Là, en efl'et,
nous avions subi un échec, el, par suite, nos
Lroupes de Bagneux se trouvaient soumises 11
tles feux de Oanc qui leur interdisaient tout
mouvement en avant. Voyons donc ce qui s'y
était passé.
Le général de Susbielle, chargé d'opérer
de ce coté, avait di"isé ses troupes en deux
oolollnes. L'une, destinée à l'attaque de front
et placée sous son commandement direcl,
4;0ruprenaH une compagnie de chasseurs, deux
bataillons de march11 (un du 15e, un du U •) ,
une batterie d'artillerie et une section du
génie. L'autre, chargée de procéder ~ une
alla4ue de flanc contre la lisière est du village, était constituée par les deux bataillons
rcstadts du 14°, sous les ordres du lieutenantcolonel Yanche. Le village de Chàtilloo était à
cc moment occupé par cinc.1 compagnies ha,·aroises •1ui en garo.illsaienL les lisières el tenaient le réduit, formé par l'église, une grande
maison ,·oisine et les barricades adjacentes.
A neuf heures précises, le géuéral de Sushielle fait ouvrir le fou conlre les premières
maisous de Chàtillon par deux pièces d'artillerie postées au sud du fort de Vanves. Les
chasseurs à pied, s()ulcnus par le bataillon
du 13°, s'emparent de ces maisons et pénèlrcnt dans ln grande rue; mais ils trouvent
toul à coup devant eux une barricade élevée à
eo\'iroll 200 mètres de l'entrée nord du village et sont obligés de s'arrèter. Aussitôt le
général Je Sushiclle, donnant l'ordre à ~es
deux pièces d'a"ancer, f.1it ouvrir contre celle
barricade un violent feu à mitraille; les llavarois, décimés, l'évacuent, et nos soldats en
prennent possession, tandis que l'adversaire
se replie dans la partie sud où débouchent ses
renforts. Une autre ùarrioadè, située dans une
rue perpendiculaire, tomlie également enLrc
nos mains•.
t:ependanl nos progrès étaient lents; de
toutes les maisons, des barricades encore
au pouroir Je l'eIUJPrni, partaienl des feux
croisés qui arrêtaicnl les assaillants et les
empêchaient d'accéder à la rue de la Fontaine,
tnenanL à l'église et barricadée elle-mèmè à
son extrémité. D'autre part, la préparation de
l'allaquc par l'artillerie avait été à peu prè.s
nulle, puisque seulement deux pièces -y avaient
coopére et que les gros canons des fort~
n'avaient pu tirer que quelques coups avant
quu notre infanterie ahordàt le village. Dans
ces conditions, le genéral de Susbielle songea
à faire appel al.il'. sapew·s du génie, et demauda
à leur chef, le capitaine de la 'faille, de lui
ouvrir un passage à travers les maisons.
Aussitôt les sapeurs se metlenl à l'œm·re.
A._ coups de hache el de pioche, ils pratiquent
1. La Guerre fra11w-allema1ule, page 17:t.

des brèches dans les murs de clôture, daus
les haies des jardins, cl arri\·ent ainsi, venant
tlu nord-est, jusqu'à la rue de la Fontaine;
mais ils s'aperçoh·enl qu'il n'y a pas possibilité de la tra,·erser.

2. En dirigeant celte. attaque, legéoérlil de Susbielle
1•eçul un coup de feu à la jrunlJc giiuçhe. c Celle blcsstll'e, heurPusemenL sws gravité, dit le général Ducrol,
ne l'empêche p3s de diriger nos jeunes soldats qui, a
la vue Je Leur ~néral ble!Sé, redoubleitl d'ardeur. &gt;
Loc. cit., page 333.\

Les défoui;e:, do l'église l'tlnfileol ,tans Loule
son ét11ndue, une grêle de balles la ~illonne de
Lou les parts.... Alors le capitaine de 1~ Taille el
los sapeurs poursuivent leur mnrcllo d'habilalion
en habitation, Lrouenl les murs, brisent les cloisons el se prolongent sur Je côté gauche de la rue
dtl la Fontaine en se taifünl à coups de pioche
une sorl.e do galel'ic. Trois compagnies du 42• de
ligae, sous les ordre~ du commandant Charpentier.
marcheal pas ù pas derrière les sapew·s; trois
comvagnies de 14• ile mi,rchc, senanl do réserve,
les ri!mplacent 11 mesure qu'ils avancent. Toul en
gugna11l du Lerrain, on rail le ÇOup de feu par lrs
portes, les fenêtre~, avec les Allerrurnds, qui. de
l'aulre côlé de la rue, nous suivent 1mrallèlen1enl
de mai~on en maison. ()ans celle lul le pied (1 pied,
l'ennemi, qui occupail au~si les habitations à traver~ letiqueUes nous cheminion,, perd &lt;l.u monde;
nombr1t de ses tués el de se, blessés encombrent
les drnmhres, •1ue nous enl~voru; une à une; plusieurs Bavarois, cachés dans les caves, se rendent
uu lomheul sons nos i:oupss.

Tandis que, grilce à cet heureux expédient,
nous progressions un peu dans Chàlilloo, la

colonne du lieutenant-colonel Vanche a,·ail
p,is comme axe &lt;l!! sa marche le chemin qui,
parlant de Montrouge, passe elltre ce village
et Bagneux el pénèlre dans Châtillon par le
nord-est. Mais elle avait, dans cette attaque,
subi des pertes :-ensibles el perdu son chE'f,
grièvement blessé. En outre, en arrivant dans
le 1-illage, elle était arrêtée nel par les foux
du réduit et la grêle de ~alles qui partaicnl
des maisons siLuécs dans la pal'lie haute du
pays. « A gauche, comme au ceulrc, nous
étions arrèlés au milieu du village, par des
obstacles qui se multipliaient à mesure que
nous a\'ancions'. »

Fin &lt;le l'action et ord1·e de retrr,ite. Cependanl la lutte continuait à tra,·ers les
maisons. Des fractions importantes du it2•,
qui formait la réserve, étaient venues appuyer les assaillants; deux pièces installées
presque dans le village tiraient contre le réduit. Mais, de leur côté, les Bavarois recevaient des renforts sérieux; cinq compagnies
nouvelles, accourues de Sceaux, prenaient
position dans la partie sud et dans le réduit,
s'y établissaient solidement et tentaient même
quelques retours oJfenills, grâce auxquels
elles nous reprenaient plusieurs maisonq.
L'artillerie ennemie couronnail le plateau et
entamait une lutte fort vive avec les rorts,
qui ne prenaient le dessus qu'avec peine~Une dernière lentati,·e, faite par le ue de
marche pour s'emparer du réduit de Chàûlloll, sans la possession duquel il fallait renoncer à pousser plus loin , venait d'échouer,
et nos pièces de campagne, dont un caisson
3. Gt\néral Docn01·, foc. etl., pagii 5:U.
4. Ibid., page 336.
5. Cependant, ii gauche de C:hâtillon, une batterie
bavaroise qui chercbail à étaulir ses piéces de ral'Oll il
lil'er sur Bagneux Cul hew·eusemenl couleuue par une
seule pièce de~, placèe au 1aillant sud-ouest au fort
de Montrouge, el chaque fois qu'elle se mellah en

avait sauté, blcssanl et 1t,1anl autnur de lui
des hommes et des chevaux, étaient oùligécs
d'abandonner la position avancée qu'elles occupaienL aux ahortls du village.
Ce:, allllques réitérée~, én~l'giques, mai~ :;;lns
sucet\s, l':iccrois.~emcnl perp11luel des ma,,,c,, énnemie~, l'épuisement des lrou1i.:s, tout ,lit qu'il
faut l'eooncer à enlever d'a~aul celle po.ition
inexpugnable.... Le général de Susbielle veut cependant encore lenler de l'arl':lcher à l'enm'rn.i
par Je feu; il s'enlrelenait de:; moyens incendiaires ;) prendre avec le capitaine du génie, dan~
noe maison siluèo à 1p1el4ues mètres ~eulrment
de la place ùc l'êglise, riuand l'ordre ,le ces,:er le
combal hii fut apporté, à !roi~ b.eures Ju soir, pa1·
le capitaine Del Cambre 6 •

Ce n'est pas c1ue le général Vinoy n'ei1t été
Lrès Msireux de conserver Basrneux, que nous
tenions solidement avec IJUalrc bataillons de
mobiles 7 et trois d'infanterie. li jugeait Lrès
utile la pos~ession Je ce village, fort pt-u distant du îort dtl Montrouge, el comptait eu
faire le point d'appui d'une reprise ultérieure
de l'olfensive, soit le limdemain, soit plus
tard. ll l'a,•ait même, dans celle pensée, fait
organiser duîcnsi\'ement, aussilôL tomhé enlre
nos mains. Mais il ignorait les iulenlions dn
gouverneur à cel égard, car l'ordre de mouvement n'en soufllait mol, et, à uue dépêche
emoyée au général Trochu un peu après onzu
heures et ainsi conçue :

« l\ous sommes 111al1r~ de Bagneux, je pruntb
ries mesures pour nous y maintenir; voulci-vous
lti conserver'!

J&gt;

Il n'avaiL reçu, à une heure cinquanle-liuit
minutes, que celte réponse assez confuse :
« Blanchard tiendra Jans le has Chàtillon, aaiM
dép1U1,er la l'Oule de Clamart; je lui annoncu
que vous le soutiendrez de Bagneux par volru
cauou, qui devra tirer euLre lo 1tilcgr:1pbe et 1~
hanl Chàlillou. Sous cette rroteclion, Ulanchu,I
féra sa retraite 11ua111l il le juyern ù 71ropos ou
quand vous le direz. Il

Ce n'était point là répoudre à la question:
c'était tout au plus laisser entendre que l'on
&lt;&lt; ne tenait pas à conlirmer la lulle 1usquï1
l'enlèvement de la bau Leur de Cbâtillon ~. »
L'embarras du commandant du rn~ corps
était donc le même, quand, vers deux heures
et demie, le général Blanchard, usant de la
lal.ilttde à lui laissée, rendit compte qu'cu
présence de l'accroissemenl et des progrès de
l'artillP.rie ennemie, il prenait ses premières
dispositions p8ur se retirer. Il n'y avait plus
qu'une chose à Jaire, le suivre, el c'est l,
quoi se décida, une demi-heure plus lard, le
général en chef.
La retraite s'opère en Lon orJre. Dans CLàtillon, nos troupes se retirenl lentement en
suivant le cheminement pratiqué par les sapeurs; pour ralentir le mouvement de l'ennemi, elles établissenl des barricades avec
des tonneaux, du_ bois de chauOage, el reculent progressivement de l'une à l'autre, teba.tterie, la précision du tir du fort la forçoil ~ussiltil
(Général VIMY, /oc. cit, page 215.)
6. Gênéral Dijc1101 Jtx;. cit., ~e 339.
7. Trois de la Côte-d Or, un de I Aulie.
S. Général v1~11Y, !oc. cil. , p11,ge 21 i .

à rétrograder.

.... 256 ...

CATHERINE II, IMPÉRATRICE DE RUSSIE
Tableau de ROSLTX.

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JULES

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CO.MBAT DE 'BAGN'EUX-CHATTUON

Sommaire du
Profils de souveraines: CatherinedeR,ussie .
L'éd ucation d'un prince .. . . . . . . .
La!m~s de reine. . . . . . . . .
. . .
Memoires. . . . . . . . . . . . . . . . . . .
La guerre fram;o-allemande : Combat de
Bagneux-Chiitillon . .
. . . . . . . . .
La mai on du tisseur . . . . . .
. . . . .

PAUL OF. 'Ar:.'T-\ ICTOR ••

T. ri . . . . . . . . .
.,1,., r&gt; • Mo,1e~n.u.. .
litNÊRAL DE ~lARllOT •
L'-COI. ONEL Rot• SF'r .
JUI.P.~ C'LŒETU-: , . , • ,

.te l'Ar.,,tbll /4

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LUDOl'lC IJALÉVY . •
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ILLUSTRA.TlO S
l)'Al'RES

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QC/tlbre IQ(O.)

Christine de Suêde . . . . . . . . . . .
Note et Souvenirs .. . . . . .
La Femme au XVIU• siècle: L'amour .
Mad~me Dalot . . . . . . .
Les Epées de tu . . . . . .
Au camp de Compiègne. . .

naul loujour l'aùver air en re ' pcct. En :ir.
rii·ro, le t2 de li!!lle prot' :&lt;C le ntOU\' m1·n 1,
et la bnuerio qui l'accompagne n'a même po. ·
à faire ,eaLir ·un action. Le~ Bararois réocrup nt la li Ît-r • nord du village, :m .. it1Jl que
no oldats l'ont quill :.c, mai ans cherrher
à eu dtiliouchcr.
nu côté de Fleury cl Cl3.lllatl, l'opération
'c:&lt;{,cutc de mème.

•

l'éteindre par le: gro canon de forts, cl il
firent demi-tour, el. par des feux de mous.
reprenaient l'ofleosir · :iu for et i1 mesure que quelcric el d'artillerie, le, rcj •li•r nt en dés.0011:s leur abaudoanion · le L
errain; en même ordre dan · Uagneu~ '· A quatre heur cl
Lemps, la j• divi ' ion bavaroise 'appro bail d mie, tout le monde ltail à l'abri; cul le
de Clamart. fort heu reu. cmenl, 1• obru· d, c..rnon de. forts tonnait t!ncore, lançant
l'ennemi ne Furent pos très meurtrier~, et rrro · projectile. sur 11' parli~ euncmis Ill!· on
·011 iafantcrÎI', "ênée par les barricades que
apercevait çà et là .
nos -oldats arnient con. !ruiles, ne progr a
P,•1·1,•.~ et co111·/11~ir,,1. - Les p&lt;'rlc · élaicnl
que trè lcnlem nl Jans la partie nord du à peu prr. éciui,·alentcs de deu., côté-. Elle

PLANCHE HORS TEXTE

1.lltl TA8Ll!AIJX, DESSJ'llS ET ESTAMPBII DE :

TIR ~E EN (;AMAÎEU

en

.\. 8LC&gt;CII, BOS-EL\IAN. , t'RA TfE): BOURDO'i ,
l 'SEI.AT . { IIODOWJ El Ill. Ci.r,uw~:T .
COClll'I. GEORl.,F;S Cll kAll, ÀIIMA'lfl il ' .\!ARE (J, &lt;.iAK. tt;K, ' TEl'llFd" GAI{ 111'.R.
(1 ,1.L'TlER, )lOREA r LE JEUNE, RoBERT :--11!\TElll.,
OTLI.EUX-SAIJ,:1 -.\'\"oa:,
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25 octobre 1910 - -

,\1 .,Rç&amp;L PHÉ\'OST, de l' .\ cnd ~mi&lt;" fr:in~ai. e L'onrie. - C.H{)LLE )\E'ïUÈ • D us
la forGt d'octobre .
luc~1.1.1l T L'i,\ YRE, L'ombre de l'nmour.
G 111·

de la GUERRE FRANCO=ALLEMANDE
1870-71

' llA"'TEPL El'RE. Ouvrière en ro e .
Il. TAISE. Opinion , - ALPIION.'6
ecre1 de moître Co mille .
E 1• niv,ü1 Mlt,;ITAEl... Paysaj!e .
JEAN RI CIIEl'f"I, ~el' \ .:nl~mi~ rran~J~e, l\ladame A.n _
d ré. -;-- J .-;\I. nr IIl~IŒ1)1 \. S,iir de bata.,lle. - J. MAR 1. 1rettc . - . \&gt;&lt;DRE ltl\ l!H;. Attente. p 1~Ri, LO'll d~ l'Acud~mic fran çai~e. Azly11dé. - .\L\R1 ~; \ 'ALY~RE. Heures
gn es , - ER. •~•T D'lll~ll \'ILL\', Un homme peu curieux. - Gvv l&gt;f ~\AIII',\:,.
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LE ROCHER DU MORT
/Roman adapté de l'.inglals)

PARIS, I.IV".

LA TÉNÉBREUSE AFFAIRE
DE GREE

H.-R. WOESTYN

1\ Bagneux il avail élé néce aire de prendre quelques précaution·, en rai.on de l'exÏ-•
Lcnc d'un gr:md parc, i;ilué au nord du Yi llage, très l!n . o.illie par rapport à celui-ci et
clo de mur d'oi1 l'ennemi aurail pu ·ingulièrement ruol • ter notre retraite. Le qénérnl
Viuo avait fait orlir 401) marius du for t dt'
Moutrou"e, ons les ordre. du rn.pitainc de
rrégatc d'.\ndré, :m.&gt;c mis ion ù'ahattro
mur danrrereux. La précaution n'était po
inutile, c.1r le. füwaroi--, ,·o ·nnL notre monvcm ut r 1trograde a~ai!!nl amené sur le
plateau toute l'artillerie de leur li• corp , qui
Lol1t ·oit la plnine malgré les elîorls fait pour
1. T.11Cuun:(rm1co-flllm11md", 2 pirlie.pag.-,170

Slfi,rATtlRE

A.Jo11ccr O rr. 5U pow l'e.avol de la prl11:1r,

TJ/'l(QI/ dt! A. !3LOCU.

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LA MAIN ET LA BAGUE

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:i,2.

Yillnrre , &lt;( toujours opin.iàtremenl défendue
par l'adYer aire 1 ».
0$ Lroup
pnrent donc e retirer .a.n
encomhre; la brigade 1Jumouli11 rentra au:x
llnu te ·-Bruyèr . en pn anl derrière le fort
Je "onlrouge; la bri,rndc de la ,harrihe sP
maintint à la maisou .llillaud, ripostant énergiquement au feu de l'artillerie ennemie par
celui de e. l;,'illeri . Qwnt aux oc upanl
de Bagneux, il quittèrenl le ,·illage au mo•
ment ruêmr 011 le marins fini . aient de jeter
hn les murs du parcj ces marins fermèrent
la marche cl couvrirent la retraite. Le Bavaroi ayant voulu sortir du village et se lancer
!i nolr pour. uile, no colonnes . 'arrêtèrent,

altei 0 nnienl, pour nous, 5 oîlicier et.~ bommes tués, 9 officier et 7'20 hommt' hle sé
u Ili paru ; au total, Wi homme · hor de
combat. [,es lhvaroi avaient .\ officier et
!JH oldats llll' , 6 oHiciers el 109 oldat~
hl ·és enfin 61 pri onnit:.r : en Loul,
JG6 hommes hor de combnt. Ici, comm à
Chc\'ill ·, les lr011pes dn l:i•· corp· amical u
à allaquer direct meol des localilés fortifléei;,
que l'artillerie n'avait pt! , au préalable, ·uf6 ammeut ntamé'. Mai ces lornlités ne
con,tiluaient qn'nne a,·ant-1igoe· par uire,
elles étaient moins fortement retranchée, el
au i plu faiblement gardée 11u les posi•
2. 1,~né.r~I füc11or. /nr. ,·il., page li1.

17

�H1S T O'J{1.J!
Lions principtùcs de l'Htt), Cht&gt;vill) •L Thiai •
En outre, chM1ne atL.111ur a,•ait comhin,; dein
opérai ion ~irnullant de front el de Jlanc;
et si fnil,le qu·ail étc son action, l'ol'litlrrie
avait laul :oil peu conpéré. Enfin, Ir~ Lrnupc,
du génie a,•a1!'111 été pour l'infanterie de précieux auxili;iirc , •l c·e·t à l1!urs cl1t•mincmenl à trol'(•r, le~ m::ii on., autant 110•~
)Purs Lrav;;iux de fortificatton rapide. qu'on
devait d'avoir pu prendre pil'd dans Chàtillm1. c.. s cfo·t!rscs coosidêralion · e. pl1qurnt le
ucc ·~ relatif r1ui avait couronné une ::u:Lio11
cx~culi'.·c ~:ins 1m l lhlfini. ~an ohj1•tlil' d~ti•r-

miné, el entachée ,Ji,~ mêmes erreur. lactiques 1p1e le maJbeareux combat de Chevilly.
Quant aux lroupt•~ clic&lt;: avaient montré
de: 1pinli1és dt! vi!!ueur el J'e11train a. urémenl fort remnrquabf.-. Toul· , au%i bien
celle, de la ligne que celle · de la mol1ile,
riralU•rl'nt tl'ardeur èl de courage; Loule; .c
comportèrent é1:,':lleinu11L hic11. Cependant, si
l'on prul dire avec 1• géuéral Ducrot «tu !':'lf1':iire du 1:i ortohre a ~ttt \i"otirr•usem1•nl
•xêcultle, il. l'mLlc diffirile d'admellr1•,rommll
il le foi 1, 1p1'dl ail clé bit:n coneuc .... Peut-

1, ■ l,t&gt; .1,:011&gt;1-r111•11r ,1,· Pnris, 11rri1•r (i /11 (,11 ,t,. /11
Îlll//'llr',• ~11,· Ir 1/li'lllt, /)1• (fi /11//1•, fol li~mnin 11,•
uulr~ r,•lraih• t'I ,111 rt'luur ,1lr,•11,if ,j ,iguur,·11\ q111•

no11, :,vion; np,•r,:. Il ~,lrr,,a rt~ dt~h•nr,.11••·• Ci·lwilutiun, n11 moltilr q11i ·.:l3Îijfll lr.'· lir:1wu1r•11I l,~1 lu • 1 1:i,,11:ral \'1~10. for. , il., pngu ':!IX,

ètrc qur i le gouverneur s'était tromr ~ur le
rhamp d lin taille 1, il aurait mieux compri.
Ioule l'imporlanre 'lut&gt; pomail a,oir. pour
l •· opérnlioll.' ultéricu rc , la ,·onserr:i lion d
&amp; 1wu,, et il aurai! olor · profit· d • l',n·an1.a"c acqui: sur re point pour l!S. O)'Cr, le lendemoin. de rrprendrr. pied l&gt;Ur le plnteau de
Cbàlillon. La tcntati,e faite li 15 au rail, cl'
ce fait, élé lo~ique, fécomJP nième, ut l'on
n'aurait pas 'Il 11 rcgreller lt.1A rwrlf• qu'elle
aurait pu ,·oùtcr. Mai fa.ire prc.11dr1J dt" Yilfa ..es pvur le. é1·acuer rnsuitr. de son plein
gré, esl une opération qui ne ~c jus1ifie
gut•rl'. l'ûl-cù par le désir cl1! s·a ·. urtJr fJTIC
J'eniwrui n'a pa. quillé ~c~ p ~ilions Jerrirre
eux!
muTr.:&gt;..\'.'\T-Cnr.oxEL RO 'SSET.

La
CPt le maison du tis_eur t était, en réalil!.!,
la maison d,, deux li. serands . Le~ fri!n•
Fonrnai~c. •111i lrn\·aillnient lit en commun,
mari,{:: l' w1 cl 1':ml rt', loue; deux hcurt•ux,
Quand \:1poléo11 et Bi mn.rck 11renl p~u1 par
Lit, I' humltloi logis rie, int, du jour an lentlcmain, qucl11uc d..10M¼ oowmc un nwnnmcnt
Li ·lori411e. li en cst des pierres comme des
lincs : /,11/ll:'11/ ~un 1,1/a J&gt;t'ftre. Ou Iil :ilor
aflluer Jan la m31so11 les urieux, le vbileur , l · coureurs tlè champ de hal~ille, fo,
touri::;te , le· \n«bi. . Toul ce mo11de pa~ail
pour visiter la l'lwmbi•e de /'ent1·evue, el jeter un coup J'œil :tll\ cinq louis lai~.és par
l'empereur. el à 1'irn,1gc clc saint Vinrent de
Paul. Quelque amateur de i·eli'JllÎi1' hi loriqnc:; propo~icnl même 1lacboler le · ciml
pioc1• d'or •11c.-idrées l ùc le pa)er lrè ·
t b1· r. Elle. ne . ont pa ' à vènd.rri, r~pondail le ùssf'ur.
Et on se contentait de vl'Utlrc de· photographies Je la nrni on, exécutée· pur llecwr ll11~. on. lc pbotograph1• Je la plac1• d'Arm ·.
Cela 11e faisaiL lu compte 11ue d'un cul d
frère Fournai.-e, de Cl'lui thez qui Ri mard,
et l'cmp reu r t•Laieul ,•ulré~.
- La mai 'O n e L 11 nou dPux., dL,ait alor~
l'autre. C'est par hasarJ 11u'i/:; sont mootês
à gauche, c'est-a-dire cb z loi. quand i/.1
pouvaient loul :11ni bien monter à d1·oill',
c'c l-à-dirn chez moi. Part.'lgeoo donc le
proOts do l':m!ntare cl mcllon en commun
les gain noU1·eaux ~mme nous O.\'ons mis le
Ira vail p3 é !
1. \'oir, d,ur le fnsci,•u le n" 21 ,l'/liatorin., l'nr•
tklc : .lp,-è &amp;da11.

maison du lisseur
- C'cat 4uc dall~ c, · Clllll pièw d'or, pas
- Point clu loul. répondait celui d'
unu
ne c rcs~embl . Il y en a une de '\:ipofrères Fournai,c riui a,·ttit r&lt;'ru les ,i ilcur.,
c'esl chez moi qu'il· sonl wnus. C'esl pour Jéon I• , une de Loui · \ \'11 [, une de Char le,; \,
une de Lonis-Philippc, el l~ tinqllième &lt;ltJ
moi qu'e ' t l'nubaine. Chacun pour soi et 1a11
:\"a.poléon Ill. Les cin'( Jcmier. r ••ne. !
pi· pour loi l
t,•.· t'Ïnt/ 1ltr11if·r~ règ,u.~ ' Le mol Ille
Le. femmes :ms i :'en mi'laie11t. On -'irritait, on 'ai:,;rissail. Après bien dl' onni'. '. frappa. c·e L le ha ard r1ui a fait que lXapod'affection. lajalou· ie divisait ces hons cœur~, léon ITI, prcn:uü dan· a. poche cin~ pit·e ~
t.l'or, ail tendu ain i cinq pi1'.ces ùitrércnles.
t&gt;l en fin dt• complu 011 brisa le 1iCt1$ d'auCc ha anl a parl'oi · dPs rcnco11lrcs intrefui •.
Aujuurd'hui,•, un petit mut· d~ pierre :~- cropblc • ironiques, dfrnynnl · . Le· d1•11x
rh , 'élève au milieu de la m:u 011 Je t,~- mots d"ordre pour la ;arde &lt;lu palais de. Tuiseur •t èpore leur. deul logi·. lis co11l1- leriPs, mols d'orJr • fixé.-i d'avarwe. scluu
nuenl ù vivr(• rt\tc ~ cùte. - il Je l'aul bii&gt;n. l'babîLud1•, pour le ~ seplt!mhn• 1 70, 'ltlicnt
lcur toit ei.l là. ~lai· ib ne ,e parh•nt poi11L {le croira-t-on·!) . 011/1 l 'P1l1m.
Le cinq pièces d'vr données par ~upocl k Fournni 'ù ccui continu à travailler rL'1rarde ovec en1ie le Fourillli, e qw pfül, ~i lê"n Ill, el se tromnnl résumer !t la foi~
,.
.
.
,
'
com,w le I.e ·tam1ml des cirur
•oes, cela
bo11 lut ~cmlilu, fair• Je:' lTOllOIUtCS eu .c
crois.1ot le. bras ou en ne s'cu ·crvanl que slupéfill. L'tirnpercur aya.nL rt•çn de f. Jlurt!
pour rmpochcr les pièce d'argent qui tom- de fur ancien, il o' l pa, êll)nnanl que ùes
pi/\1•e · du rl:1le:· diver,' fi"uras ·,ml dans Je~
hr.nt chez lui d1•puis La guerre.
Comme jr rentre à !-cdan, dernière élnpc rouleaux. rllais Le de Lin vpulait-il cs,-a11!r d'une
a\·anl Pari de ce \oyagc à lrnrer- les rhamp: l'unèbre ironie en r,luni~ anl clans la rnènu:
de boluillc oi.t j'ai d1erché, bui. ou pur buis- main, en r:ipproch:rnl dan · fo même cadre
son, le 011\'enir ile 1lf1S mort , cl oi1 il me œs pirces de monnaie cle cinq monarchie,
. emùlail aller d'une lloque de Silli" à u11e donnce à l ...1 ferunw d'un tisserand pour loi
llaquc de ~:mg, mon cocher me clil loul tl p~y&lt;•r l'ltospitalité d'un moulent - l'l cela
qunra.nl huit he11r
eut •men l a,·au~ qne la
coup:
lléplt~lique
1
·inl
.uct·éder
ao\ !-Oureraro · donl
- .\ve~Mous .,,u le ci1111 pièce, d'or que
fo ffi•ne Lomhaieul de doi"ls du dérni1 r
~apoléon a donnée,; à la femme du Lis cu.r?
emprreur!
- Oui.
Pourquoi faire des roman , invenll:'r Ù&lt;'~
- .\ vez-,·ou~ rcmnr,tué nnc cho c '/
1rogédics,
cbercb •r l'impo siùle. l't!tonnanl
- Lnqucll ·?
et lt! llavrant, •ruand il a ca drame éL.oroel.
'.!. Ce5 ou•'l!nirs $)11! ertr11i1S ,h! ,·o!nmo .= f:ii1tJ &lt;:el incroyable roman, celle impos.ihilrlé vi11.71' apl'è8. /, Al•are el /Q 1,~r,·nme tlep111.&lt; l tm,·aut • : - l'Ui Loire '?
nr.ricm.

r,.

1

JULES

CLARET1E,

Je l'Ac,.Jrmle Jrmpfse .

... ~58 ,..

Christine de Suède
Par ARVÈDE BARINE

1\" (. uile),
La con ternation était au camp des savants.
Pour la plupart d'entre eux, un .ouci égoi te
était au fond d r •gret '. Ile gro es wmme.
d':wgenl élaierll i1 pré col dis ipées en fêtes.
Il !!Lait à présumer que la part dl!S savant en
sllr.cil diminuée. Le~ plu · désinlére és rc~enlaienl amèremmiL le d 1"0ÛL J'èlre upp!:'loté par uu houffon. Tuicbard écri,iiit à
Vos ins 11u'iJ avait tant de
d1agrin &lt;1 depuis le cban~ernent arrivé D :i la com
dti guède, qu'il avait hàle
dt! partir, de peur d'en
mourir 1• Le Lou Huet était
encore nawü oixanle :m
après 1 , au souvenir de u C4!
d,1 ·olam :ih:mdon des lettres 11. La nouvelle fil
promplemeut le tour 1k
l'Europe. 1ln se n\p lait t}ue
l'incompatablc Cbris tin e
avait quille les éludes sérieuse pour • livrer n,I
/1((/ir,·a el ina11ia sous
l'inllucnce d'un charlatan\
el qu'elle reniait la philosophie pour adopter ttuc
horrible maxime : a TI importe plus de jouir quo de
roonaitre'. ,1
Ce fut er · cc lcmp qu •
llenseradc déclina une invitation de Chri~Line. soil
tju'il e11t \'COL du gr:mJ
. cbm1rremcnt, soit pour &lt;l'autrl!.S raison ·. La répon.e
que lui li L l:'1 reine est un,
de ses meilleures lellrcs,
snn~ èlrl' liien l,pnne. L,,
plume ~ h, mni11, Chrisli11e a,ail J., 1,ndinage pe. aul et tortillé. - Elle écrivit à llrn-.erad,• : Q Louezvou · de \Olrc l11 ►11ue furlune 1111i ,·ous empèchc
d'aller c11 Suèdl!. 1n e. prit
'i cléliclll IJUC li· vùlrn . 'i•
rùt morfondu, Cl \'OU ~l'ricz retourné enrumé spir1ludleme11t en ,otre cn•ur.
011 ,ou aimerait trop !i
l'aris avec un1: barbe quarrée, une roube Lie Lapon ec 1~ chau. ure de
même, renmu du paI- de rrima. ! .Je m'irna1•iue que rel 1lquip:'lge vous l'et•ait l1·iompbcr
1. L~tlrc ,l11 'lli ~vr1l lfi:,èi,
':!, Jfi'mofrt'\ . lln..i n n:,-u 11uafr&lt;'-1În11:H► nLe ~n~.

de "ieilles. ·oo. je mus jure que ,·ou· n'n\·ez
rien ù regreller. lju'auriei-vou ~u en .:'ui'!dc1
Notre glace y t telle qu'elle rail chez
\'(ll1s, excepté qu'elle dure ici ÎI mois de
plu~. Et outre été, quand il e met n foreur,
c~l î viol•nl, 11u'il l'ail trl."mblcr le pam-rcs
11 •ur' ffUÏ e mêliint dr r ,,, mhler au jasmin. n Ben~eradc afanl l"espril poli el µalaul, que peut-il souhaiter, étant Jan· la plu~
bel.le cour du monde, auprès d'un prinœ

aJJ "1 ,l.r.r (),(li flflULI

•

•

nr;.J/,'Ja~'t ,~
.,(Jurtl Ji,1,uJ ,,/;,, l"JhL· t 1rl11l!,

,. l1,la,r
C

,

,

jeune qui donne de si hautes c pt1ranCl'. de
~a Yertu ·1 ... C11nti11uez à ,ou~ immo1t;iliscr
nu Jherlis emNtl da cet nim:1hle prince el
:;_ Ll'llr,• J,, l'lu•tor,eu lln111 •lé , nlu1s i lk1111us 11;;,~).

clonnez-vou" de •nrde de mériter cet exil. .1 ,
,·oudraih po11rtont que par 1111ch1ue criwe
vou pui 'sîez mériter 110 eml1la~le cMLimcnt, afin que 110l rè .'nède pilt voir cc 11uc
la France a de pins gala.ni el de plus .,piritucl n.... 11
Ct·pend:ml la coli•re Je fa Ctlllr clc ~uèd1'.
~:1gnaiL li! p11ys, pour qui l'inll11enr1• Je Hour1lclol e lr;1dui ·ail par un surcroiL ile mi· -.r,i.
Curisûnc étail ualurellc.m1•nl désordonné!', et
la détresse fin:rncièrc n'arail ces -é d'augm1•nll'r ~011
. on règne. Les inve11tio11 galan1c de Dourdclo~ 1111rl~eol le gaspilla •e ::111 comhle. Les rolfre · de n)n l
éLaicnl vide , on ('rédi t
~pui é. La Hotte n'était
plus c11trcl1•1lm•. lin amha :-.ideor faillit ne p~s FllrLir faute J'ar •cul. On en
flait aux delle - criardes et
au ex pédi •ni , mèm • au
palai · : les dome ·ti11uc
u·avaienl pa été paJé de
1•urs gages depui · près de
den-x ans, et la reine 11'a1·rut pu ·c proC'.urer nn •
omme de 1000 thalers,
pour un \"Oy:igc uro1enl,
qu'en mctlanl .a \'aÎS~e.lle
d'argent en gage. Cela sent.ail partout fa ruine, el l'on
n'en étai t que plus .iprc à
presser la rc11 Lréc de l'im~
pùl; mais on avail beau
tordre le pay an midois, il
n'en orlail plus 1·ien. \'oici
qui e l à la grande gloire
de ce p,mple. Qu •lque cui.anle que ftil so mibi'•rc, il
rn ~tait moins touch 1 que
ù'appr,·ndre que .sa jeune
reine déhitail à pré,cnt
m.illt&gt; iu1pictés. à l'c.,cmple
de Bour&lt;lelol. C'en itail
Lrop. 1 'lan 11ag-c de.~ grmnls
J,,\'inl mt•naç.,nl. l'l Dollrùclol fut conlra i11l de sé
foire c,corler pour sortir
dan· l1•s rmi!\. Chri. tinc
c-0mpri1 11u'il était pruJ' ·nt
de ré.der .
jleut-ètre en avait-elle
asse.zdu pt•r ·onnaf:C. Quoi r1u'Ü en oit,' il ~\•a
,tll:t dau · l'été de 105:i, chvgé de préseols cl
1·e1·ommandéàM:izarin, 11ui i:rutd1:1&lt;iirà ln pot . .ll11.r1111r. M 1:1iri tine.
Il,• ln liu 11i· 11;:,'.!.

:i.

•

l '

�C111t,1ST11V E DE SUÈDE -

'ff1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
li tique dc lui donner une abbaye. Il 'impro,i~a
abbé tomme il 'était improvi docteur, etdi,·crlit Pari du pecla ·le de son importance.
« Noll'c m;t/lre Oourdelot, écriva.il Gul' Palin à
un ami, se fait ici porter en chai$e, suh-i de
quatre !!rands estafier, Il n'en av:.lil par cidevant ,,u trois, sed e pauris tliel&gt;u.· qttarfüs accmisil. li , e vante d'avoir fait de mirad s en 'uèdc. ll Christine domeura en
corre pondancc avec lui tant qu'il vécut. li
lui donnait les noul'elles de Pari et elle le
consultait sur . a santé.
8-nlln il ctail parti, et 1• pays, débarra sé
d'un joug honteux, reprenait h:i]eine, lor qu'un nouwau ouci fondit sur lui. La reine
fai ail emLaller
meubles~ se liues, se
objets d'arl. Un ne fut pa lon••temps dans
l'incerlitudesurse projets.Let I f'évrier iGj1,
Christine réunit le sénat el lui annonça son
intention de remellr la couronne à on tou~in Cha.rie -Gu Lave. Eli 11jouta 11u'il était
inutile celle foi , d'e-sayer de la dissuader
de on d sein; " qu'elle ne e mettait point
en peine de loul ce qu'on en pou,·ait dire·
que c'était une résolution prise, dont elle ne
re départirait pas; que pour cet effet cUe ne
demandait point leur a,·is, mai" enlemènt
leur onoours r,.
a Cc di cour dit un vieil historien, jeta
un tel étonnement dans les esprits, ,rue l'on
rl, ·avait que répondre à a Majesté. 1,
'olre iècle est accoutumé à \'Oir le orl
ùe trônes remi ' au caprire d peuples el de.
rois. li ne s'étonne plu· des révolutions 1ù
dus abdication , el le discour qu'on -vient de
lire pa erait aujourd'hui pour un trait
d'e prit. li en allaiL tout autrement au
u·n• siùcl1.1, où l'idée monarchique n'était
pas encore éncr\'ée. On estimait alors qu'un
ouverain cl une nation sont lié· ensemble
par nn devoir nrnlucl, que ni l'un ui l'autre
n'ont le droit de déserter. li · a entre eux un
contrat portant la ignalure solrnneUo Je
Dieu, pui ·que Dieu a cboi i et façonné le
prince auquel il donne le peuple. Charlc Quint avail abdiqué, cl on ex-cmple fut comparé à ccfai de Chrbtine, mai leurs deux
actions forent lrou,·ée. très différentes.
Charle.-Quint était àaé et infirme. CbarlesQu.inL se relirait dan un couvenl. Il n'était
pas ùr, d'ailleurs, que Charles-Quint n'eùt
pas eu lorl; on racontait qu'il avait regretté
la couronne. Christine était jeune et robuste.
Elle ne ongeait pa à 'en evelir Jan la
retl'aite, el elle fai ail onner trop haut la
beauté d'un acte auquel l'humilité ied mieu
que Ja forfanterie. D:ins ces conditions, l'abandon du trône devenait un désordre public.
Elle 'en doutait un peu el 'attendait au
blùme. )uelqne jours après le coup de
tliéâtte du 11 Février, elle écrivait : • Je ·ai
que la scène que j'ai repré entée n'a pu êlre
compo ée elon le · lois communes du théâtre.
Il est malaisé que ce qu'il y a de fort, de
m;\le et de vigoureux puisse plaire 1 • ll Elle
di ait aussi : « Je ne m'inquiète point du
plainlile. l) Ce n'était pas Yrai. Elle abdiqua
1. Lettre dt1 28 fhri er Hl:\~ 1i Chauul. ancien am1,ossadcur de l•rance ~ lockholm

en pilrlie pour ùtr~ applaudie du parlcrrc,
Eli· avait troi autres motif : el! n'avait
plu le sou, on métier de reine l'cnnupil.
la uède cl le. uédoi l'cnnu aient.
L'opinion du p1rterre e l ré umée dans les
deux fragments . uivanl : « Dan quel Lemps
vivon -non , bon Dieu, écrivait Vo iu à son
compatriote Hein ius. Le reines dépo ent l.i
ceplre cl venlenl vivre en particulière ',
pour elle· el pour 1~ lfuse . !) fin Ut, d':iutrr
part, dans les ,11e'moire.~ du fooL&lt;&gt;lat : « Il
e pa sa dair l'Europe, celle .innée, une
cho e extraordinaire, qui fut la Jémis ion de
la reine de Suède: de on royaume. Celle prince SI" avait l'e.prit forl léger, et elle . 'élail
abllldonnéc à fo. lcr.111re des poètes el des
romans; ... el pour faire une véritable vie de
roman elle résolut de renoncer à sa couronne. &gt;&gt;
En uèdc même, les entimeu fur~nl ce
qu'il de"aieot être chez un peuple trè.l bon,
incapable d'oublier que ChrHini:&gt; était la fille
de Gu Lave-Adolphe. On fit des in tanc~s
pour la retenir el on pleura à la cérémome
de l'ahùication. On aeeueiHiL généreo ement
ses demandP.~ d'argenl, qui n'étaient pa petites; Chri line . e fa.i ail a surer Je- rercnu
de -va.te· domaines et do plu ieurs rilles,
montant en emhle à environ :iO0 000 livres.
On arma une flolle pour la tran·portcr ayec
honneur où il lui plairail. Ce. devoir rempli. , les cœur· commcntirenl à r détacher
de l'inrrrale. Elle continuait à commander :
on lui insinua q11'clle n'était pl1ts la maitres c. Elle témoign!lil une joie indécente de
quiller la 11èdc ; le peuple r mit à dire
qu'il fallait l'ohliger à dépenser ses rC1enu
daru I pay~. Chri Line apprit ce propo,, et
son impatience n'eul plu de horncs. On lui
avait préparé une sorLie Ju reine; elle s'enfuit en aventurière.
Elle s'était l'ail précéder de c.s collecliou ·
el y :n•ait joint sa vahelle d'or el d'argent,
les meubles el lès pierreries de la couronne.
On raconte que .on uccesseur u·a,ait trouvé
nu palais que d us: tapis el un 1•ieux lit. Une
fois loin de tockholru, la reine de uède
renvoya ·a ltite, se coupa les cbe\·eux. prit
un habit d'homme, de. hotte , un Fnsil, et
annouça qu'elle allait en Flandre, à l'armée JL'
Condé, a faire le coup de pistolet o. On n'eut
plu d'elle que de nom•ell . intermittente .
Tantêit on la perdnît de vue; tantôt elle irrnalait on passage par quelque exlravagance
qui la dénon~it. Arri,·ée /1 la limite de la
Nor\·è.,.e, elle franchit la fronlière d'un saut,
avec des hurrahs de joie d'èlre enfio hors de
Suède. Un peu plus loin, elle rencontra sans
le sa10ir la reine de Danemark, qui la guettait dan une hôtellerie, dégui ée en servante.
Quand les grande James, en ce 1emp -là,
daignaient mépriser l'étiquette, elle ne la
méprisaient pas à demi. (Jn snl enfin que
Christi.ne s'était embarquee dans un porl,
tandis que la Jlolle l'attendait dans an autre.
Son intention était d'aller e montrer à r Europe, afin de recueillir les applaudi · ement
'2. J,r tlre Ife Whilt• lt,ck,•, a111hi155~tfour ,le
il la rour ,!(l ui•,lu,
..,,, 2 60 ....

t "rnwr ll

qu'elle était sùrn de mériter Je lanl de manière .

•
\'

Elle tléharqua en Danemark, prit un faux
nom, monta à. cheval à la manière des
uommcs et piqua sur llambom.,., accompagnée de qualre gentil homme et de quelque alets faisant l'offk~ Je femme. de
chambre. &lt;&lt; Elle alla comme une vagabonde,
dit encore Montglnl, de province en province,
voyant tontes les cour · de l'l~1uope. 11 On
croirail a, i·ler à la tournée d"un cirque ambulant. Clu·istinc donnait çà el là une représenta lion. Elle improvi ait pour cos occasion~
une uile ro1alc, rama· éi• on ne sait où, rc"~lait un costume &lt;le nala cl faisait une entrée
solennelle J:ins une ,-ille, l'ecevanl le bonnuur du à on rang avec une fierté qui charmait la foule. I,tl populaliou accoor.iit, car •Ile
élail une dtis eu rio ités de b chrétienté. Elle réJ&gt;ondail aux harangue otlicielle · avec aisance
et à-propo ·, à chacun dans ·a langue, prê idait
en grande . ouveraine le fêtes qu'on lui offrait
et enlretenail les a,•ant- en confr~re . &lt;1 Elle
parle de toute le cho es humaines, écrirnil
un uudiLeur, non en prince se, mai en philosophe e JJorlitu•. »
Elle coupait la pièce noble d'inlermrdes
comiques de a îaçon. Tantôt elle . e meWlil
à fail'e &lt;&lt; di ver es nrimace à b mullitude qui
la suivait pour la voir;; ». Tan Lol elle changeait de costume dans le carros -e même,
a,•cc l'adrcs.c d'un clown, pour dérouler le·
L:idaud , qui ne s'y rcconnaL aient plus.
'l'anlôt elle lâchait quelque juron au moment le plu solenn l, ou qucl11ue plai anlerie graveleu·•, digne d'une jeune pers:onnc
qui savait Martial par cœur a ,·ingl-lrois ans.
Tanlùt Plie prenait ~oudaio une posture de C:l·
haret Ill érlatail Je rire au nez du gr:ind personna"e qui lui p!lrla.it. Â Brux.elles, où elle s'attarda plusicur moi,, elle mena un Lei carnaval, que La« pui ante main 1&gt; qui la retirait,
à l'un croire, de tou les précipices, eut Iurt il
faire. On n'ôta jamais de la tète de beaucoup
de contemporain qu'à Bruxelles au moins,
Dieu, occupé ailleurs, l'avaiL quelque[oi~
laissée rouler au fond de J'abime. Quoi qu'il
en soi!, la sottise faite elle reprenait C$
grand airs de reine. Le parterre riait i le·
Joges commençaient à siî1ler.
La pièc.e jouée el la toile baissée, le costume de gala renlntit dan son coffre, la uite
de renconlre s'é\'moui nit, el il restait un
jeune cavalier a ez ràpé, crui semait les
josaux de la couronne de uède chez tons les
usurier du chemin, courait les hôtellerie,
en taparreur el se di ertis ail à. dépi ter le
curieux. On l'attend ait à droite, il tournait à
gauche. On croyail le tenir, il se Jérobail
pendant la nuit. Il paraissait, di pnraissai~,
reparai ail, jusqu'au jour Oll il lui preoa~l
fantaisie de remettre des jupes, de redevemr
reine de Suètle et do donner une aulre reprécnlation.
;i

Cnlleclir&gt;11

,if tlic,

/11[1 •

loe. 1 ru!., 1.umlrcs, 17 ,2.

l'npers n( Jo/,11 Th111~

Elle en donna it Hambour'•, à Anver , à
BroxeUe~, à ln pruck, 011 elle renouvela brillamment l'affiche en abjurant le protestantisme. Elle l'avait déjà abjuré ecrètemenl à
Rruxclle , daus la nuil de oi\l Uia4. C'est à
ln pruck, le J oo,·embre llij5, qu'elle fit
profession publique de calhi;lici me.
lin a discuté à perle de vue, el non ~an
aigreur, sur le motifs do sa con\'ersion.
L'é\'énc':IlenL étail d'une extréme importance
pour l'Eglise romnine. De Lou · le· néophytes
que l'Énlise pouvait convoiter, il n'en étaiL
Jlas alors de plu e11\'ial111l que la propre fille
de Gu ta,·e-Adolphe. JI est naturel que Rome
ail pour uivi la corn·cri.,ion de Christine avec
un zèle particulier cl toute l'habileté dont
elle Jtait capahlc. li l'est également qu'ayant
réus ·i, elle ait allriLué on triomphe à la
puis~ance du la ~érilé el présenté l'abjuration
J'lnspruck comme un dlet de 13 !!t:ice divine,
11ui avait ré,,élé la naie foi tl une hérétique.
li c~t encore naturel qu'après uni' ,·icloire
dunt le lJruitavail rt?tenti d:m. tout• l'EuropP,
rempli anl d'allép:res e le cœur des fidèle~,
le saiot-sii'•ge ait jeté le manteau de Noé sur
J, faibles ·es de a néophyte et feint de croire
à la sincérité de ses convirlions. 11 se fiait
aux nnn \es, à l'habitude, à mille circonstances qu'il se chargeait de faire nalt.n:,
pour ache,·er l'œu,rc ébauchée, el il oLtiut,
eu cll'el, avœ le temp , on langage auquel on
ne pourrait reprocher que d'êlr~ hyperbolique dans ses glorifications de l'Eglise el Je
la foi catbolique 1 • Ce que Chri ûne pensait
au fond étaiL chose secondaire, PL il ~cruble
hien que lè pape l'ail compris ainsi.
• On conçoit également que les protestant.:,
irrités aient ae('ill;e Christine d'h)'pocrisie,
plulôl que d'admettre la .incérilé de sa con,·ersion. Il· pulilii•renl partout CJUC, loin
d'avoir été attirée dm; .a première jeune se
par la religion romaine, ain:i que le prélendttienl les catholiques, et d'avoir 1léposé la
couronne pour ètre libre d'aller oi1 b ~ràœ
1'11ppcfoit, Christine ne croyai L à rien el
n'avait ahjuré que pnr calcul. A les cnLendre,
la pompe d'I11:c-pruül, n'a\'aÎt d'auLrc but que
d'intéresser le pape et les roL c.1tholiques
à la reine de uèdl.l, afiu d'en tirer de l'argent am. heure de gêne.
A prl!Sent qu'on eu jarre san passion, il
faut cumcnir que les apparence donuenL
rai on aux p1·otesta1ll . Christine changea de
reügion de l'air dont ('Ile chan"eail d'habit,
pour ébahir la foule. Après l'abjuration secrète de Bruxelles, elle écri\'Îl en uè.de, où
l'on avait depui. longtemps des soupçons :
~ Mc occupations sont de bien manger et de
hi n dormir, étudier un peu, causer, rire et
mir les comédie française, italieune et ei.pagnolc, el passer le temps agrraLlemcnL Enfin, je n't;coule plus lies ~1•r1iwm .... ~ Elle
déclare ailleurs qu'elle s'e t convertie J)onr
ne plus entendre les pasteurs, qui l'cnnu-yaienl
trop. Les sermons étaienl sa gro ·se objection
théologique à la religion réformée. A ln pruck. on remar,{ua son indîfférence pendant
la ci;rémonie de 'abjuration. Le même jour,
1. .,urloul tla.w Je Jf«.1:imeç,

dans l'après-midi, on lui olfril la comédie;
on prétend qu'elle 'écria : « llcs ieurs, il
e i bien juste que ,·ous me donniez la comédie, après vous avoir donné la farce. » Le
pape îut, sans aucun doule, lr~ bien rcuseigné sur le prix de sa conquête au poinl de
vue spirituel, mai il ne s'occupait pour l'in tant que du point de vue terre lre. Au sortir
d'Lnspruck, Christine se dirigea vers Rome,
où. OD lui préparait une enlrée triomphal~.
On voulait marq11er par une réception éelataule que sa corwer io11 était un grand événemenl politique et religieux. La congnigation
de rites régla jruqu'au. derniers détnils de
la fête. Elle arrêta que les carro ·es des cardinaux, prêlat, amba adeurs, noble· romain , iraient au-devant de la reine de uède,
attelé de si, chevaux el :1ccompag11és de
.nitcs nombreuse . en riche li~rées; 11ue le
carrosse du gouverneur de Home i;erail doublé
d'or el d'argent, pour une valeur de ;;ooo écu l
et entour~ de c1uaraule per 01u1cs ruag11il:quement baLiJlée ; que chaque dame romaine aurait une uite de trente- i:t persouoes, dont les costumes coùleraient de M,O
à 600 èeu chacun. La part de dépense du
·:ûnt-p~re e monta à 1 :iOO 000 écus . A l'arrh•ée de la reîue de Suède, les tailk•ur.; de
Rome traTaillaienl depui ·ix mois à habiller
le cortège.
L.c 21 décembre l{\;,fî, Christine ful affermie à jamais dan,, la pènséc qu'elle était 1~
premier pcrsonnago de la chrétienté et la.
femme uni1111e entrt: toutes les femme . Le
canon tonnait, les lrompette· sonnaient, le
troupes faisaieul ln ha.ie, les Lo11ti11ue · étaient
fermées, Rome eu fête, l'air rempli d'acclamations. t:n cortège d'une ricbes .. t: inouïe se
déroulait Je la pol'te tli-1 l'OJIOlo à ailllPierrc, el eu tète Je et: cortège, le point Jt!
mire de tous les re •:ird., l'oLjet de Lou les
empressements, 1111r pelilc d ·mi-Los. uc en
a culotte chamarrée », montée à c:difourchon ~ur un cbc1•al Llanc el pialfant. entre
deu. c.1rdiu:mx.. Elle gagnn niu,i ~ai nt-Pierre,
oil le haut clerb'É vint la rece\'Oir à la porte el
la cornlui il nu pape. Elle remercia le ·ainlp1·re. « [l répondit que ::.-a conversion était
d'un si grunù prix que dan le ciel il se cél1.,L
brait là-des u de plu grandes l'èle: qu'elle
1ù11 1osniL sur la terre. » Le compliment
étail "ala11L; il y avait de quoi Lourner la lête
d la plu· hwnlile, el Christine n'était pa·
humble.
Home de,int dè lors ~on éjour de prédilection Elle l réunit ses collections, l' habita
de plu en plus, el sur la fin n'en bougea
guère, protégée des papes, qui étnieol résolus
à ne pa. s'en dédire et à se parer jusqu'au
bout de la fille de Gustave-Adolphe. Elle
e.xerça leur patience. Sa teuue ét,lil décillément déplora.Lie. Le pupe avait cru bien fa.ire
d'ordonner aux cardinaux de l'entourer. Le
curdinau1. ne lui en imposaient pas, et elle
entrainait les cardinaux. Il ne ~u faisait pas
de bruit dans Rome, il n'l· a,•aiL pas un • andalc, à la messe ou à la comédie d:rn la
rue ou sur la promrnade, qu'on ue fût sùr
d'aperrevoir la reine Christine et on esca-

dron de robes rou,.e·. Les fra ques se uccédaient, et au si les jeunes favoris. En même
temps, elle éLaiL insolente aYeC la noble· e
romaine, insatiable d'houncur., toujour
brouillée arnc 1cuelqu ·un et oubliant alors
qu'elle ne régnait plu . Un jour que le cardinal de ~fédici lui a\•ait déplu, elle braqua
des canons ur la porte de on palais el tira
elle-même à boulet. Les trace des Lonlel
se -voyaient encore au ièclc dernier. &lt;&lt; Ln
patience, disait-elle, esl nne vertu de ceux
qui manqucnl de courage cl de force . " Elle
·e îaisail un point d'bonneur &lt;l'èlre saus
patience.
Le ainL-siège n'avait pas pins dc sati faction du coté cle la reli!!ion. Elle criait sur les
toits cm aversion pour les entretien. pieu~ et
le livre de dél'Otion. Le pr mier qui lui
avrut parlé d1• mac~raûon avait été reçu de
façon à n'o cr jamai )' revenir. Elle allait
peu aux offices el y pa ait le lemp h rire
nu. Ltclal avec es l'ardinaux, en la présl'nce
même du pape. C'ét.ait intolérable. A lïs ue
cl'w1e cène Je r,e genre, le pape lui remit un
chapelet, en manière de doux reproche, et
l'exhorta à s'en servir Jans ses prière . Le
do. à peine tourné, elle s'écria : &lt;&lt; Je ne veux
pas être une cafarde! » Le saint-père e rahaLtit à solliciter de légère démon !rations
de piété, pour ln foule. On alla dire de sa
parl li Lhri tine : 11 Un ,lve JUoria en public
est plu mtlritoire c1u'nn ch:ipelel dan· Je
particulier. 1&gt; 11 ne la réduisit que !or 11u'clfo
n'eul plu le sol.
Les Jlna.nees de Ch.ri Linc étaient encore un
autre souci pour la cour de Rome. La nMe,
outrée de l':tl&gt;jurntion, engagée d'nilleur
dan des "'Uerre ou dans des difficultés intérieures, payait mal. CbristiHe dépen ait sans
compter, ou prétexte « qu'il y a 11111' maniëre de profusion qui est éc•onomic , . Elle
avait un train royal. Elle rc:tahlissaiL e~ collections, fort entamées au w:parl de Suède
par es m·ant étrang1•r~. La bihlioll1è11ue
av ail été bon leu ·t•menl pillée: sur plus cle
OOU manuscrits, il 11'en arriva que le quart
à Rome. ous possédons nue Jeure où Vos.ius mande à neinsius, avec une dé imolture
admirable, qu'il est en train de 'approprier
non pnucos libl'llo~ mriol'es de la hibliolhèque de ln :e1·e11issimœ 1'egi1t.e, Il fallait
de grosses sommes pour réparer ce pertes.
li en fallait d'infinies pou.r fournir à un
désordre dont rien ne peut donner l'idée. ix
moi' après son entrée à Rome, Chri tine était
barcélée par e créanciers. Elle s'adre sa au
pape, qui paya et crut l'heure venue de la
mater. il lui ollril 2 000 écus par mois, ?t
condition d'être -age. C'était trop Lot. Cl1ri tine s'emporta, tempêta, rnvoya le reste de
ses pierreries diez un prêteur ur gage, iJui
en donna 10 000 ducats, el s'embnrqua pour
Mar cille. Elle se savait attendue avec impatience en Fraacc. Chacun était curicu .· de ,oir
cette personne ingulière, urnommée jadi
la ibylle du Septentrion el la dixième Muse,
et qu'on appel:ûl ~ pré enL, louL unimeut,
la &lt;( reine ambulante ~. Le voyage de France
fut le deriùer grand succès de Christine.

�C11~1ST1NE DE SUEDE -

111S TORJ.Jl
\1

fü1.arin n. ,·ait ordonné de lui rendre de
grands liouneurs. Les maghrab lui pré~cnlaicnl les clé des ville. , le. pr ~lat.s et gouverneurs la complimentaient, le poètes la
haranguaient, lè · viUe · la traitaient marrnifiquemenl, le. habitanl.l! couraient rnir la
lu•le curicu c el "émerveillaient de on chc1Lif
tiquipagc d'étudiant en voyage. A L)on, elle

linuail : 1t .:'On corp lacé par derrii.•re, de
hiai', e.t quasi fait comme nos pourpoints;
~:1 1.:hemise sortant loul a111our au-de . u. de
·a jupe, qu'elle porte as e1. mnl atlachtle et
pa trop droite. Elle e ·t 1oujour · fort pouù rée.
avec force pommade, el ne mel qua i jamais
d•&gt; gant.s. Elle estchnu · éc comme un homme,
dont elle a la \'Oi:t et qna i toutes le' actlons.
Elle alfocte fort de faire l'amazone. Elle a
pour le moins autant de 11loire el de fierté

rencontra le duc de Guise, dépulé pour la qu\io pou,·ail arnir le grand Gu tave on p1're.
rccc,•oir au nom du roi el l'amener à Com- Elle est forl ci1•ile et fort care sanie, parle
piègne, où ;,c lrournil la cour. Le duc écri,il huit langue , el principalement la française,
à 11.u ami : &lt;&lt; Je veux, dans le temp que je comme i elle était née à Paris. Elle ail plus
m'ennuie cruellement, penser à rnusdiverûr, 1p1e toute notre Académie jointe à la ~oren vou envopnt le porLrait de la reine que honnc .... Enfin, c'e t une per ·onne loul à.
j 'ac rom pagne. fille u'c ·L pas grande, mais foit extraordinaire .... Elle porte qu(•lquefob
elle a la t:tille fournie t!l la croupe !arec, le une ép~e avec un l!Ollel de bufl1e. ~
1,ra. beau, la main blancl1e el liien faite, mai
Christine étaiL « forl civile» c1uand t&lt;lle le
plus d'bomme que de femme; une épaule roulait, mais c'était au prix d'une contrainte
Lnu te, dont clic cache i bien l défaut par la qui lui pesait. Elle ful au bout de 'a èivililé
ùiiarrerie de on baùi t, a démarche cl se
&lt;levant que d 'èlre à Compi ~11ne. La grande
actions, qu'on en terait des gageures. 11
Mademoi elle la vi ita en chemin el. fut gagnée
t;ui ·c décril'ail ici le visarre bien connu de d'abord par se llattel'ie et sa mine hautaine.
Christine, :n·cc son nez aquilin et ses heaux. Elles furent en emble à la Comédie, el la
)'el1x, a perruque &lt;1 fort bizarre », d'homme grande Mademoiselle om•rit tout à coup de
par devant, do femme par derrière, el il con- grands yeux : «Elle jurait Dieu, raconLe-l-clle,
""' z62 ...

se couchait tbns sa. chai e, jetait se jnml.Jes
d'un côté el de l'autre, les pa ail sur les
bra de a chaise; elle faisait de po tures
que je n'ai jaruai ,·u faire 11u'à Triçelin et à
Jodelet, qui sonL dem: bouffons .... Elle répétai l les vers qui lui plaLaicn l; elle pari:.,
sur beaucoup de matii&gt;res; et œ qu'elle dit.
elle le dit assez agrcablement. Il lui prenait
de rêveries profondes, elle fai ail de grands
,oupirs, pui · loul d'un c up elle revennit

comme une personne 111û 'éveîlle eo surau.t : elle e L touL à îniL extraordin:ûre. i1
Chri Line confia à Mlle de Montpensier
qu'elle mourait d'envie d'ètre à une halaille,
et « qu'elle ne serait pas contente que cela
ne fùl arrivé )) . C'était une de es marottes.
Elle envia.il le lauriers du prince de Condé et
rèîa.it aux moyen d'être général d'armée.
Le 8 -a11tembrc 10:rn, elle l1t son entrile
dans Paris par le fauhourg ainl-A.ntoine,
escortée de pin de mille carnlier . Elle portait un justaucorps d'écarlate, une jupe de
femme, un chapeau à plume., et elle ét.,il
mont.ée en homme sur un grand cheval blanc,
des pi tolets à l'arçon de sa sclle et une
canne à la main. La bourgeoisie avait pris les
armes pour la recevoir, el le peuple formait

autour d'elle une « pres e ruriemc l), qui se
rcnouH•la cha11ue foi. 11u'elle sorlil daw
Paris. 1ln la mena communit•r à Notre-llame,
où elle parla et remua tout le 1cmp de la
mes.e. Elle visita les monument.sel Je l,ibliothèques, reçut le savants cl 6t aùmirrr sa
comia.issanœ de cbo es de la France. Elle
.a1·ait le détail dei&gt; famWes el leur ,mnes,
les intrigve · et les galanterie' de la cour l'l
de la ville, les goflls, les lr.iraux, le occupations ile chacun. Elle partil enfin pnur
joindre la ruur Il Compiègnu. Anne &lt;l'Autriche
rinl au-de~ant d'elle. Mme de Motteville, rpii
accompar.t"nail la reine-mère, nous a lnissé le
récit de la rencontri:.
Christim• de. eeadil de carros:c au millen
d'une bousculade de curieux, qui obli,,ca les
deux reines à s'écarter. Louis XIV donna la
main à l'élran"èrc el la m!.'na daus une maison. Mml' d · ~folleville le~ sn i,·ni1, san~ 11011voir détacher es yeux de l'élrang-c figure
conduite par le roi de France. 1, Le cheveux
de sa perrmiuc, écrit-elle, étaient cc jom--là
dt1frisé : 1~ rnnt, t!n dc.ccndanl &lt;le carrosse,
1c.~ enlc,·a; el comme le peu de soin 11u ·elle
,waît de on teint lui en faisait perdre la
hlnucheur, elle me parut d'nbord comme une
l~gypûennc dêvergondée qui, par basa.rd, ne
serait pas trop ùrune. En re 11ardanl celle
princesse, tout ce qui dan cet instant remplit me~ 1eux me parut extraordinairement
étrange, et plu c.ipahle d'e0"ràier que de
plaire. » Mme de ~lotteülle ùépei.nl l'éLrange
attirail de la reine de uède. habillée de tra,·ers, sa nro~se épaule sortant cr tout d'un
côté », ·a jupe trop courte décounaol ses
s&lt;luliers d'homme, el elle ajoute : « Aprè.
l'a,,oir rcgrtrdée avec cette 3pplicntion que la
cnrio~ilé in~pire en de telle occasion , je
commençai i1 m·a.ccoutumer à son habit el à.
sa coilîure, à on vi ·rtge .... Enfin, je m'aperçus avec élonnem nt qu'elle me plaisait, el
d'un inst..,nl à uo aulre je me Lrom·a.i cnlièrecncnt ch:mgée pour elle. Elle me parut plo ·
grande qu'on nous l':n·ail dite , et moin
ho ue; mais ses mains, 11ui avaientélé louées
comme belle., ... étaient _i crasseuse , qu'il
était impo. silile d') apereevoi r lludque lteauté. &gt;) Ces lianes sont un Ll!moignage rrappanlde
l'ascund:ml Je cette fantasque créature. Quand
cllc voulait pl.aire, dlc plaisait, en dépit de
,es coslUllle · ridicules, de se allures ma~cnlincs l!1 de sa cras. . eulement, ce n'était
jamais pour longtemp ; les sentiments qu'elle
inspirait élaient mobiles comme ·on humeur.
A Compiègne, elle ell"raya le premier quart
d'heure, intéressa et am.usa le second. Elle
eut de l'c ·prit, des rc:parlies gracieuses : on
l'admira. Le soir n'était pa 1·enu r1u'on l::i.
redoutait à can.e de v • imperli11enr.e~. Elle
emprunta les ,•alct de chambre du roi pour
la déshabiller eL la srn i r « dans les heures
les plu, particulière· n, et cela choqua. il y
euL un retonr en ·a fa1·cur le lendemain matin, quand elle reparut frisée et débarbouillée,
vive el gaie. Elle diverti ·ait extrêmement le
jeune roi et était, malgré tout, c.n beau chemin de plaire, lorsqu'elle fuL pfre d'un de
es accès de juron~, impiété · et jambes en

l'air. li fallut s'ncc.ouluml'r à des manières
au. i nouvelles. La cour décida tinalumenl
que la reine de 'uède lui représealait le.
Mroïoes de roman· Je chevalerie aux jour,
de la mauvaise fortune, quand Marfise et
Bradamaulcont leur,-. plumets drfrisés cl pendant,. et ne ma.ng:cn t à l.eur faim que si quel11ue roi les invite à ouper. L'air affamé avec
lequel Chri tinc 'éLaiL jetée en arrivanl ur
unr collation, ajoul1: an mauvais état de ~
nippe . autorisait ces roruparaisou . Le 'Ufl'rage hésitaient encore ou, plutôt, ·e divi. aient; Chri. Line .e perilil par une malaùre se. on indiscrétion nalurdl.e la pou sa à
con eiller Louis XI\' ur une question ùiilicale.
Le roi était amoureux. de ~Jarie ~foncini, el
leur roman déplabait à la reine-mère. Christine enrragea Loui · XIV b en faire à sa Lèl&lt;',
el /1 épouser celle qu'il aima.il. ,\nue d'AuLt iche e hàta d' congédie1· la reine de uèdl·,
qui n'aîail nulle envie d prmir.
li fallut obéir. Christine s'en alla voir 'iinun
de Lenclo:;, qu'elle accabla de romplimcul..
Elle parnt faire plu. de ca. d'elle que d'aucune rerume 11u'ellc eût encore "ue, ·aus
doute à cati . de l'absence de prt&lt;ju 11é· dont
la carrière de ïuon donnnil ln preuve. hri linc ,·oulut même lui per;uadcr de l'accompagner chez le pape. Par bonheur, J'iiuoo
avait trop de monde pour ~e prêter à une
démarche incon!?Tue.
La reine reprit la roule ùïL,lie. ELie coucha
une nuit à &amp;lonlargi , où la grande füdemoiell&lt;' eu l la fa niai ie de ln rc1•oir une dernière
foi' el e fil annoncer à di1 l.ieu.res du soir ....
« On me "int dJre, r:l!!onte Mlle de Montpensier, de montlll' seu le. ,Je la trouvai couchc1e
dans un. )il oil mes femmes couchaient toute
le fois que je passais à )lontargis, une cha udelle sur la table, et elle avait une en ici te
autour de la tèle comme un honnel de nu il,
et pa;; un cheveu : elle , 'élail fait raser il n 'l'
avait pas Iongtcmp~; une chcmi e formée
-an: collel, arec un i;ros nœucl couleur de
feu; s1$ draps ne venairnl 1p1 "à la moitié de
son Lit, uvec une ,·il aine cou ver turc \'e.rle. Elle
oc me parut pa · jolie on cet état. &gt;J Le kndl-'main, Maderuoiselle ruiL Christine en ,·oiture.
La reine de Suède voyagea.il dans un carra se
de fouage, que Lol.Û~ XIV lui avait fail donner
Cil y joignant l'argent pour le pa1er.
Elle trouva la peste à Home, pa a qu •lques
mois dans le nord de 11talie et revint en
France, où on ne la désirait plu~. Ln curio ·il.é
était .aûsl'a.ite. Lo bruit courait qu'elle était
chargée prtr le pape de ménager la paix a ,·cc
l'Espagne, el Mazarin n'aimait pa, 1 donneuJ" · d'avi_. EUe nrriva en o tobre 1657 à
Fonl:iincl,leau, où fa cour tù~tail pas, logea
au cbàteau, cl fut priée de ne point pa scr
pin avant jusqul nou ,·cl ordre. Alor sun-inl
un é~éaemenl mi ·térieux, f[UÎ nou jette hrusquement, .ans aucune préparation, de la comédie dao Je drame. t:ae autre femme se
découvre à uos yeux, que rien n'avait fait
pre sentir. La joyeu e Christine, prodigue et
folle, La perle de la bohème, devient, en un
jour fatal à sa mémoire, la anglante Christine, implacable el féroce. Un ombre renom

·'allache à celte f1rrure piltorcsrrue, qui n'appelait jn:;qu 'ici que le . ourire. 'ou pou von
dire adieu à l'ancienne Christi no; nou ne la
reverron plu .
\' Il

La reine de Suède avait a.mené à Foulainehleau deux jeune· ·eîgneur:; italiens, le marr1ui, Monaldeschi, grand éCU)'er, l'arnri de la
vciUc, et le comtP 'culinelli, capitaine des
garde , fa,ori du jour. ~lomilde·cbi était sollèmenl jilloux de on succe5 ·cur. li se ,·engL•a
par dei; lellre. ur Christine, où il maltraitait
Ja femme. Il arniL ag"ra1·6 .a faute eu imita.ut
l'écrilure de ~cntinclli. C'est du moins ce qui
semble re ·~orlir du peu qui perça. Le myslère n'a jamai · été 1,icn éclairci, car l'uni'lue
confident de la reii1e a,ail été le ,alct d'
chambre Poi ·onnel, el Lien habile 1p1i eût
pénétré Poissonnet! Qnoi qu'il en soit, le
li novembre l ti57, à ncu r heures el uu 11uart
du malin, la reine d, Suède envol'a chercher
un relirricut de Fontaiuelilenu, le père I.e Bel,
prieur des Triuitaires. Elle lui fil prometlrc
le secret et lui remil un parinel cachelé, ~ans
adresse qu'elle.,, réserrnit de réclamer quand
il lui plairai 1.
Le samedi sui,·ant 10 noveml,rc, 11 un ·
heure après miùi, la l'cine envoya chercher
de nouveau le père Le Dcl. U prit à lout
hasard le pJquel cachelé el ful inlroduit dan
la galerie des Cerfs, où il trou.va la reine.
Bile étail , ers le milieu de la ••a.lcrie, eau ant
de cho es ii1différenles nYec ~lonalde,-.chi. Au.près d"eux c tcunil dl'boul ,'eutinelli, et un
peu en arrière d 11x sold.ats italiens. Le père
Le Bel avoue naï~emenl. dans la Iklatiou
quïl a écrile de celle tragédie. qu·aussitol
entré il commença d'al'oir peur, parce que le
valeL de chnmbre tJUi l'al'ait aml'né l'rappa
bruyamment la porte derri~re lui. ll s'approcha pourtant de la reine, qui changea dr Lon
et de mainlien c11 l'aperce1,1nt cl lni n:clama
son paquel d'une voix haute. Il le lui remit.
r-:lle l'ouvrit et en Lira tle. ltHtrc·s qu'elle Lendit
à .\lonalde chi. en lui demandant a1•ee violence
'il Je,; reconn:iissait. lfonaldcschi pâlit, trembla, e.. aya de nier, finit par a1•oucr c1ue les
lettres ëtaicnt de lui. cl se jcLa aux pieds de
·a maîtresse l!D implorant son pardon. Au
mème instant, enûndli et se; deux .oldats
tirèrent ll!ur · Î'péei;,
La 'cène qui sui\1lcsl clfroyaLle. Il ne fout
pas perdre de I ue c1u'elle dura dem. heure~
et demie. l ou· d!&gt;.vons celle précision de renciorncmenl au père Le Ilel, à quj, par u 11
phfoomènc assez rréc1uenl, aucun détail n' •ehappait Jan !"étal d"borreur eL dl! terreur
où il i•tait plongé.
A la vue des épées, Mo11alde chi ~c lc1a cl
pourèho ~a la rcin • dans la galerie, parlant
&lt;C ~ans rdà.che Il pour se ju tifier, et même
avec « importunité ». Chri ·Li.ne ne témoignait
ni enaui ni impalience. Le père Le Del remarqua qo'eUe 'appuyait en marchant cc ur
une carme d·ébène à pomme rondo ». Elle ~e
lais a supplier un peu plu d'une heure, s'approcha alors du père Le Del el lui dit a1œ

�111ST0~1A----------------------~
tranquillité : 11 Mon père, je vou lai ·e cet
l1omme nlrc les main ; dispo ez-le à la mort
et a1ez oin de ~on àme. »Le religieux., &lt;c au si
effrayé que i la en tence avait ~té portée
contre lui-même &gt;&gt;, ·e jeta au pieds d la
reine, demandant ràce pour l'infortuné proslern ~ à es côtés. Elle refusa froidement et
passa dans son appartement, où elle e mil à
eau cr et à rire, d'an air paLihle el d~agé.
Mona Ide chi ne pouvait croire ccu ce f Ol
fini. Il e trainait à 11enoux, pou sant des cris
et suppliant , bourr •am . nlinelli en , ut
pitié. Il . orlil, maii,; il m·inl tout tris te cl dit
n pleurant : « Marquis, pe.n e à Dieu et à
ton ;l me ; il fout mourir. 11 fonalde cLi,
« hor de lui 11, em·oya le pl!re Le Ilel. qui
anglotail el qui SI' pro tema dewml Christine
en la conjurant « pa1· l , · plaie du nuveur n
d'avoir miséricorde. ,lie, c1 le vi 3"6 ercin
et sans altération, ... l11_i témoi rna combien
cll • était fàc.hée de ne poo,·oir lui accorder
a demande. »
Ccla dura une autre heure. Pendant une
aulrc heure, le malheureux. refu a de e ré i;,_'Iler. Il commençait à e confe rr, el pa.i
l'au 11oi · élail trop forle. 11 criail, il suppliait
qu'on rctournàt encore une foi intercéder
pour lui. L'aumônier de la reine étant ur\'Cllll il se jela sur lui comme ur un auveur
et I' xpédia chez la reine. Ce fut ensuite catinelli, qui retourna implorer ceUe barbare.
Chri line .e moquait du « poltron ll qui a\'ail
peur de la mort, et elle congédia enlinalli
a,·cc
mots horribl • : ~ Afiu de l'oblirrcr
à ·e confcs cr, lilessez-le 1• » •ntinelli rentra,
" pou a 1&gt; fonald chi 1&lt; contre la muraille
du Lout de fa galerie, Otl esl la peinture
int-Germain• 11, et lm porta un premier
t·oup. fonaldc chi n'aYaiL pa. d'armes. Il
para de la main, L lroi doigt. tomb'•rent sur
le plancber. Le miséraLlc reçut tout sanglant
l'aL~olution • et une boucherie dégoût..,nte
commença. Le marqui amil une cotte de
maille que les épees ne purent percer. e.
bourreau.\. le lnrd,.rent au ~i age au col, à la
tête, où il purent. Percé de coups et n'en
pouvant plu·, Monald chi entendit ouvrir
une porte, aperçut l'aumônier el reprit espoir.
fi e traîna jusqu'à lui en s'appuyant au mur
et le renvoya encore demander a grâce. Tandi que le prêtre sortait, entinelli acheva a
victime en Lm perçant la gorge. Il était troi
heure lroi quarls.
L'effet produit ur le public fut irrémt-L
diable. Les cœurs se soulevè.renl d'horreur.
Tant de cruauté froide , pour un homme
qu'e(]e avait aimé, pa.rul une cho c auvagc.
On ne e représentait pas sans une sorte
d'épou\'anle cette jeune femme causant de
fulilités, à deux pas du lieu où son a.mi e
débattait et agoni ait, "interrompant poliment
pour refuser n grâce et repr naal son discours avec éréni.lé. Que de Cois, pendant le
reste de a vie, on lui jeta la mort de Monald chi 11 la face! Elle ne comprit jamais cc
qu·on pomait lui reprocher.
A la nouvelle du meurtre, Mazarin dépêcha
11

t. Molleville.
2. Rel1dio11 1111 père Lo !lei.

Chanal 11 Fontainebleau pour ngager la. reine
de uède à ne point paraître à Paris, de peur
du peuple. On a retroU\•é, il n'y a pas loo~Lemp 3 , ln répon e de Cbri tine au cardinal.
La lettre e t de ·a main, écrite de lraver
avec un air de furie, tachée d'encre el prc que illisible :
Mon con ·in,
cc .\1. Chanut qui est un de· meilleur ·
amis que je pense a\·oir, vou dira que tout
ce qui me vient de Yotrc parl t rern de moi
a,·ec e lime; et, s'il a mal réussi dan le
terreur paniques qu'il a voulu nsciter dan
mon âme, ce n'esl pa faute de le avoir
repré ·entée au i effroyable. que son éloquence est capable de les fiourcr. Mai , à dire
vrai, nous autres gen du ord ommes un
peu farouches et naturellement peu craintifs.
Vous e.xcu erez donc i fo communicaLion n'a
pa u touL le succè que vou auriez dé iré;
el je vou prie de croire que je ui capable
de tout l'aire pour vou plaire, hormis de
craindre. Vou avez que tout homme qui a
passé trente an · ne crainL guère les orcier ·.
Et moi, je trouve beaucoup moin de difficulté à étrangler le gens qu'à les craindre.
Pour l'action que j'ai faite aYec Uonald chi,
je ,·ou di que, i je ne l'avai faite, je ne
me coucherai pas ce soir ans la faire; et
je n'ai nulle rai on de m'en repentir. (Id,
quelques mot:; ifli ibles). oilà mes senti•
ments sur ce sujet· s'il vous plai enl, j
erai ai e · i non, je ne laisserai pa de 1 ·
a,oir et serai toute ma vie ,·olre aJfcctionuée
amie.
&lt;1 Cnn1sr1:rn. 11
(C

propos, le lendemain de la mort Je Monal~
de chi. Ton les · ux regard renl Christine,
qui rougit perdit contenance et c força à
rire, d'un rire cootTaint. Pr que aussitôt,
elle fit une révérence à la compagni et 'en
alla, reconduite avec forte salut par « mon.eigneur le chancelier » et tou ' les acadfunicien . Ce forenL les adieux de Pari à Christine. Elle se remit en roule le lendemain,
avec de l"argent donné par lazarin, el retourna à Home faire. enrager le pape.

Cet le lettre ne raccommodait rien. On la.issa
Cbri line ·e morfondre trois moi· 11 F'ontai11chlcau. l•:Uc envoya demander une irnilation
à w-omwell, que le tragédie,; eflàroucbaienl
peu d·orùinairc, cl qui « feignit Je ne pa
comprendre u. Elle ' nlêta à venir aux jour
gra à Pari (l'é\'rier 165 ), courut I lieu.
puhli~ affublée en m:tsc111e, rut traitée aycc
la dernière froiùenr par la reine-mère et
11romplemcnl écondnile. La veille de son dé-.
part, clic ·int assister à une séance de l'Académie françai e'. L'Académie, prie au dépourvu, commenea par épui cr la pro1ision
de petit ver de e poètes : de madrigaux
Je 1. l"abbé de Boi rohert; un (&lt; sonnet ur
la mort d'une dame 11. de 1. l'abbé Tallemant; une a petite ode d'amour ,, de M. Pellis on · de ver. du même « sur un saphir
qu'il ayait perd11 el qu'il retrouva depuis ».
n eut recour, ensuite au dictionnaire pour
achever de remplir la éance. On l'ouvrit au
motjeu, et« mon eigneur le chancelier 1), se
tournant ver la reine, dil d'un air aimable
que le mot « ne déplairait pas à a Majesté,
cl que ~ans doute le mol de mélancolie lui
aurait été moins agréable o. On lut ensuite
cet exemple: Jeu x de p1·ince1o; qtâ 11c plaisent &lt;J1i'i1 ce u.t qui les font. C'était un à-

C'en était Fail de la brillante Ch.ri. Linc. U
lui re tait plu · de trente a.n à viHe, el ce
long espace fut une lonmw chulr. Elle br::trdait la pa ion d' 1Lonner Je monde, el elle
a~ait 13ré J'étonnemenL. Elle s'ob lina à le
rév illar, el ·e rendit insupportable. Le
monde n'e ·t pas tendre aux vieille héroïne .
On commençait à traiter la reine de uède de
« pel 1e 11, à murmurer le nom d'a,,eolurière el d'intrigante. On e demandait a,·ec
défiance pour qud ervice Mazarin lui avait
donn 1 200 0 0 füTc . On • 'intéressait de
moins en main à celle van-abonde r1ui frappait aux portes an vergo!!lle. Elle était loujonr crainte. parce qu'elle était habile el
an crupule; elle n'était plu
Limoo, L
c'était justir.e. li son retour de France, elle
commit un :u.:tion plus criminelle encore, et
plu ba c, que le meurtre de Monaldc chi.
Elle n'eut pa. honte - elll'.! l'ancienne .onvcraine de la Suède, clic qui n'avait jamais
trouvé chez son p uplc que dévouement el
bonté, elle qui avaiL déserté son po le pour
aller courir le grandes rolltes, - elle n'eut
pas honlc d·envoyer cntinclli à l'empereur
d'.illem..,gnc a\'ec le mes age que voici ;
« Que pui que Charlc -Gustave, roi Je uède,
no lui payait pas la pension tipulce de
200 000 t1cw· par an, et la lai saiL mamJUer
de l'argent néce saire, 1le priait l'empereur
de lui Youloir prêter 20 000 bomm - sou ln
conduite du gfoéral Montecncnlli, moyennant
quoi elle pérait de r.onquêrir la Poméranie
(suédoi e), où olle a\'ait nombre de partisans.
Elle s'Jlll réservait les revenu a \'Îe durant,
et, après a morL, la Poméranie retournerait
à I' mpire. ,, .\in i, elle offrail d faire la
!!11erre à sa patrie, t&gt;I de la démembr , pour
une question d'argent, parce que la uède,
qu'elle a\'ait contribué à ruiner, oe la payait
pas enclemeal ! C'est d'une créature qui n'avait rien de royal dans l'àme. Elle appartenait à cc ryu'elle-mème appelait la « ·auaillc
de:; rois 1&gt;.
La négociation n'eut pa de suites pour le
moment, an · qu'on en ache bien la cause.
Le pape fil de son mieux pour remettre
ou peu de dignité dans celle existence d~voyée. ll donna à Cbri tine une pension de
19 000 écu , et l' joignit un intendant pour
lenir ses comptes et diriger a mai ou. Le
choix de a aintelé était Lomhé ur un jeune

3. J,a lcllre a été relrouvèc 3ui arehi••e 1111 mini t~re des ~[!'aires étrangères par M. A. Geoffroy,
qui ra publiée dans lo, nee1tEll de.s initrnctio11s

do1111écs au.t amba,.satleims el 111illidrcs de /•'ra 11r~
llll Su~de. raris, 1885.
4. iUémofre.i de Conrart,

HISTORIA

Pasc . .!.J .

CATHER]

E I 1, IMPÉRATRICE DE RUSSIE
Tableau Lie ROSLIN.

�CH1(1sn1-11; DE S tœDE - - .

c.,rdinal, llece Azzolini, «1,,,1 homme» d'une la fille dn grand Gust.ll'e y ;,!artlait, malgré
« phriooomie benreu,e •, ~piritucl cl ins- tout, un parli. Ainsi s'e:xplit111e sa seconde
truit, hahile, souple, intéres~tl, qui œ pa~siÛI tentative de 1Uli7, ,p1i aboutit à un affront
l:t plupart du temps en de~ entretiens amou- encore plus sanglant. Le sénat et la régence
reux •. Lt· succès de l'intendant fut fou- arrêtèrent : a de 11c pa!i sounrir ni permettre
drol·an1. JI fut le ,/ii•in, l'i11co111par"ble,
l'a11gt'. Chrislinc le comparait à son héros de
pr&amp;lilcction, Ale.modrc le Grand. Azzolini
paya sa faveur par de réels senices. Il réforma la maison de la rrine, arrêta le coulage
et le pillage, dégagea les pierreric.~ l'l la vais~elle. Il ne put faire cept.•ndant que 12 000 écus
fussent assez pour trnir une 1.--our et acheter
des rarelt:s. Les liraillements continuèrent
ne,· la Suèdt·, et les négoriatious avec les
finnncicrs, Pt les ai0rreurs à propos de choses
d"argenl. Les corresponJanc•~ de Christine
avec ses gens 1.1"affaires laissent une impression de haras~emcnt. TouJours des expédients,
des compromis, dtis habileté.~. Jamais le ton
de la bonne maison, dont les affaires sont
claire~ el qui n·a besoin de personne.
f.'csl un grand malheur pour une princesse
d'en être ;mx expédients. Christine avait un
autr~ chagrin, que plus d'un lui avait prfdit
1iuaod elll! abdiqua : elle regrellai l la couronne. Quand elle cul bien joui et ahusé de
C ,Ro1s.\l. U•.1,;1:; .\uous,.
sa lib1·rlé, rassa~ié les cours tl la po11ulace
r,r,nu,c J~ CLOIJWU • •fatris Vûl,T
de la ,ue de son jnslaucorp~. elle eut envie
de •1uelque chose de nom·eau. Que faire Cl..'-pendant'? Quel coup de lbé,\tre imaginer? à Sn \lajeslé la reine Christine Je rentrer en
Elle 11°avait pas renoncé a être un grand gé- cc royaume ou eo quelqu'une de ~t•s pronéral, mais il y avait peu d'app:m•ncc que ,·inccs, à l'exception de la Poméranie, de
les souverains lui conlias~nl leurs armées. Br~me et de \'l'rden, encore rnoins qu'elle
Elle songea à redevenir reine, ou roi , au vienne (1 la cour de Sa llajcslé ». On envoya
au-devant tl\•llt•, sur la roule d,! Sloc·kholm,
choix dès peuple.~.
En 1600, elle apprit la mort de sou r-0usio un courrier qui la joignit à minuit pa~sé. Il
cl successeur, Charles-Gustave. Il lai~sait un lui npport.1it des conditions si dures cl ollb1enfant de 11ualre ans, Charles XI, très débile san1es qu'elle demancla dt's ehe'"aux à lïosau dire deChrbtine, Lri'!s bien portant d'après 1.ant et sortit de Suèdt! pour n·y plus rentrer.
les élals de Suède?. La reim• p.1rtil pour Stock- D'après une lcttrc' de PiPrrc Je Grool, amholm, sous prétexte de veiller 11 ses pensions, bassadeur de Hollande en Suède. là .,u~si la
Lrawr$a rapidement l'.\llemagne, entra à mort de ~fonalJcschi pesait lourdement sur
Hambourg le i8 août (tMO) cl fut supplitle sa gloire.
Elle s'en fut passer :m retour par l1• duché
par lt• goU\erucrnenl ~uédois de ne pas venir
eu ~uMe; quels que ru~scnt ses projet~, il de llrème. où cllt&gt; 1·i~ila un c.1rup suédois
était dans sa destinée Jl• semer Je vmt cl tic co11111rnndë par Wrangel, qui :n-ail scrri sous
récolter L., tC'mpètc, el le gouvernement re- ,on père. t:brbtine vnulul leur monlrer à
doutait sa prilsent~e. Pour toute réponse, elle tou, &lt;'è qu"elle sa,nil foire. Parée d'un friobrusqua son Mbar11uûment. La régence lui ~ant unifor111e el 111011têe sur nu ùon che"al.
rendit le~ plus grand~ honneur!' cl 1:-c mil sur clle caracola à tra\crs les rang, 1•l c-0mmanda
ses gnrdr~~- F;l\c fut impérieuse. imprudente; la manœmTc. Il ,·a de soi ,ju'elle h1 comclic froissa la nation i&gt;n affichant son catho- mandait tout de tra\·ers. Le ,·ieux Wrangel
licisme. On ful dur, insolcnl, on démolit sa riait el r~par.\Ît !1 mesure :;es erreurs. Chri~
chapelle, on chas~a son aumônier et i,cs do- Line continu~il sans se lrouhler, 0.1r rien ne
rue.,tiques italiens. Le clergé su1.:Jois lui Ünl lui p11rob.;::1il plus sérieux 1101· ~a "ocation de
faire des reproches, el ses yeux cnnlemplèrenl capitaine. Elle était justl!lllNII en intrigue
l'orgu,-iH~•use Christine pleurant de ra~e. Elle pour se faire nommer roi de l'olognC', et ses
envop aux rials une l 1mtesfatiou. où elle agents arnicnl ordre Je faire valoir J'avanrést•r1ail ;es droits au trône en ca.s ,Je mort tage de ln posst:dcr à la t~t.e de~ arm,~cs. « Je
du petit Charles XI. t.es élals la lui reOIO}t."- protfslc. écrÎ\'3Ïl-&lt;·11c, tJUO la St·nle esp1lranc1'
rent une beurc après rl la :;ommèrenl de si- de cdlc satisfarlion me fait :-OIIWlitcr la cougner une renonciation formelle, ~ous peine ronne.; de Pologne. 1
J,'a,cnture de Pologne est la p)u!I liizarre
de perdre sa pension. Un assure que la colèr!!
d'une
existence tis~uc de bizarreries. Le cbeIde Chrii;Liu~ 1'l! ,·oil dans sa signature. On la
pous:sa colin hor;, de Suède à force Je tmcas- d'œu\ rc de ln carrière de Chri~tine ~,l assuirément d'a,oir peNuadé au pape d'appuyer sa
~crics.
Unti semblable r~·plion l'aurait dégo1iléc candidature an lrvnc lah-sé \"ac.,ol pnr !"abdià jamais de la Suède, si ello u'n,·ait su que cation de ,leau-Casimir. Los pièces relatilcs à

la né~oci:ition ont éti&lt; publié1•s; jamais les
aul1•11rs Je fét•ries n'ont imcnté une diplomatiu d'une fantaisie au.;si ,u~rbe. Le pape
aynnl rcoommantlé Christine à la diète polonaise par un bref où il vantait « sa piété, sa
prudence el ~on intrépidité tout 11 l'ail rnûlc
et béroï11ue ». Chri,1in1• t:Cri1·it au nonce :
" Quant au poi11l de la piété dunt le pape fait
mention dans son bref, il ,•ous plaira que je
,ous dise «JUC je Ill' pt:nse pas à l'alltt~ucr
)JOUr moi auprl·S de c·cs gens-li1, c.'\r j'c~limc
ne pas mtlriter cet tlloge, surtout auprès
d'eux. » La ,lii!te polonaise, effarre d"un priltendant aussi ioatlèndu, se hàln de préseoler
pèle-mêle les ohjectioos qui lui vinrent :1 l'esprit; Christine cul réponse à tout. On lui
oppo~ait wn .\-Cle1 Ell•! serait roi, cl 110n pas
reine, el commnodernil l'armée; on ne pouvait pai, exiger Ja,·ont.1ge. La rnurt Je Monalde.,chi '/ « Je ne suis pas d'humeur, répliqual-1!1le, à me justifier Je la mort d'un Italien a
me,-l-ieurs les l'olonais. 11 Ifailleur:c- elle lui
avait fait « donner tous les sacrements doul
il t1tait c,1pal,lc, a1·ant que de lll faire mour ir ». On craignait ses rivacili•s '! « Pour les
coups de hiiton à un ,alcl, quand jP les aurais fait donner, je ne pense pas qu,, œ f1îl
un grand chef d"exclu~ion. Mais ,j cela suffit
pour exclure les gens, je ne pense pa~ «J ue
les Polonais trournnt jamais de rois. o La
diète ne fol pas persuaMe, el la candidature
de Christine resta sur le carreau.
L'cnlrl'(lti!;c de Poloé!oe était un pas dr.
clerc à ajouter à tant d'autres. Chri,tine ne
les craignait pns, ,·on,·aincue qUt: le monde
e~l à ceux qui osent ,,t qui hasardent. a La
'l'ie est un trafic, Ji:;ait-clle; oo ne saurait !
faire de grands gains $ans s'exposer à de
grandes perles. • Elle passa le: tronti de Pologne aux profits 1-'l perles et n'y songea plus.
Ellr a,•ait bien compté 11roct.~er dt• mt!llw
pour l"alfoirc dl! foulaineblcau, mais clic ~c
hcurlail ici à un obstacle inalleodn : la consciètW? 11ubli,1ue. L"obstacle l'irritait ~:ms la
lrouliler. Elle s'étonuail de 1~ retrouH•r partout. Apr«'s la France, la :-iuèJc. \prb la
Suède, la Pologne. Qu'est-cc qu'ils nv:ùcul
donc lou,- 11 lui rcprodicr la mo-rl de Monaldc,chi '! C'était pour tant hitm simple. « Il faut,
écrÎ\·ail-ellc. purùr dans la forme Je juslir~·
quand on peul; ruais quand on or peut pas,
il fout toujours punir comme nn peut. »
Elle plaignait son siècll· d"a,·oir des sentiments assez b:1s pour s'inquiéter de la
mort d'un dome~lit111e, tué ~nr l"ordre d'une
reine. De Lemps en temps elle ,-clat.1it, pour
(aire taire le murmure importun &lt;JUi mont.1il de tou le, parts vers ullc : « Éni\-CZ :,
Heinsius dt~ ma part. .. que toutes les fariboles qu'il 1.lcril au !-Ujet de Monaldeschi
me paraissc•nt au~si ridirules ~l té1m!rai rc~
en lui qu'cllts le sont en ellet; el 11ue je
perwcts à toute la ,\estphalie de croire
~Jonaldeschi innocent, si I"on ,·eut : «Juc tout
ce qu'on en dira m"e:,I fort indifférent. ,
Cette lellre est du 2 ao1H 16H2, ,i11gt-dm1
nns après le crime. El le murmure oc se
tai~ait pa,. 11 ne ,e tut jamais.
On ,1 dit que l'ombre de Monaldeschi s'était

�1t1STO'J{1Jl
,·iril. Elle n • ·mirc,ait l'a~tronomic '}ti'ai u- l:i mai 011 1ll' Christine eu hahiL de d ·uil,
,hri IÎnt~ elle-mème ·ur ~on lit de parade.
jcuie à un• ccn~ure r ligieu c, et vo11l:11L
qu'on ·hangedt le.. pa arrc 11ue Rome décla- encore plu~ belle que dan· l'églisu : on lui
rait hJréLique~. fl'antre part, . on impulsion a\ait ajonlé un um.nle.111 ropl, \'iolel el bordé
rut peu favorahlc anx nombreu es acadé- d'hermine. Derrière le lit, une pompe êt·l3mie
fJt1' Il• fonda ou palrnnu:1. 1::t,it-il hien 1.nnte : rnnd:- :eignrur~ et cardinau1, offlLe :t•con&lt;l ,o ·age en .., uède cl rit les a,encier. el arcbevè:1ucs, écu}er · el \alcl ·, car•
ture d , Cliri!&lt;tine à traver · l'Europe. ·on utile de réunir Lie prélat . Lie~ moines el de
érudit , pour propo:el' à leur rêll •;don tk ro~ses Jor '· t ebel'au&gt;. r.aparaçonn 1 , un
point qu'elle n' ,)t encore de · dl.'mangeai1,on
ujcts tri· 11uc c,•ux-&lt;:i : a 011 n'aime qu'une rbatoicment d"étoile. cl de broderies, un
d'aventures. En 167~. elle rc,;ol ~ la cbar~e
[ois
en a vie. - L'ninonr igo dl' l'amour. ondoiement de plume'-, un fouilli~ d liué'
nuprè, J~ la cour de \'iennc, afin d'obtenir
d · troupe· pour arracher la Pomt'.•r:mie à la - J1 rend élo11uenL les ''l'n · non éloquent-. g-alonnt1e.&lt;:. d'uniforme· )m,dé · et d'ornements
Suède el la donner !t J'cm1lirc. e. honlt•uscs - Il inspire la cha. lcté el la t•mpértUll~•. d'égli e. c· :tail au·. i lieau 11uc lij jour tl
in~tan •~ , rrolon"l"rrut plu d'un aonœ. - On peut aimer n~ jalou:ic, mab jam:ii, l'entrée de Chri Lin, à llome. Le peuple
:.&lt; :loulbit d • même pour la voir, •t le co, llepousséc par l'empereur, elle : , tourna du ·an· erainœ. •
En 11, , elle enlia cl t•ut un éry ·ipèlc. l1unc &lt;le liro1•Ml faisait déèiMment lrès Liea:
c&lt; të de la francc, l'i •111i &lt;•111• . u:;"ill'à de profü1'r d • embarra de la , uèdc pour l'ohlig1•r c·i:t.,it un i:wcrli-.e1mmt. Eli,• l'entendit el ~l' il e.i.chait l:i taille énorme et l'épaule trflp
à abolir les loi contre la rcli"iou catholique. llàla de mellro le h'ml_)5 à profil pour prL- baote. c·~wil un r.nlcrrem •nt tout :1 fait
'ui-raiL Je pri auquel :a füje lé . uédoi e pnrcr sa derniè•rc n•prih•nlation. Le co tnme rt:u si : /'fn1J •lit,•, cil'rs!
Ce lut son cri ju que ùan · 1., morl, ,,t elle
estimait se, rensei.,oemenl cl ses 11ctils r- la préoccupait. Elle nmlail qu'il f11t neuf de
vic ,,. (Leltrè. et dép~ehes &lt;le JU 7i\ et I I.Î n.) forme. richt· l wg11li •r, alin d'étonner une n'en a,·riil pas eu &lt;l'autre da11s La 111.', L'.111lnN'ayant poi11L réussi non plu· arer la Franc~, 1lcruiërc loi· le ~r(•clalcnr . Elle inventa uni: l,iogra11hic r ~ 1 me dttj1t le, applaudis emenl
elle làtail de nouveau la 11èdc, ur le bri.hl ·orle 1l'hnuiL qui t •naiL &lt;le la jupe Ldu man- pour Cbri Line an maillot, qui 11c plcurail
1r:i11 et le Ill faire • d • brocart à fond Ll:wc pas au} vi.ai:e~ nou,e11ux et ne . '•ndormait
tJUC t:harl~ \ l 'i-l~il lu~ .en lomhant ~e
cheva l ( lti82), Jors11u on appr11 IJ.Ue CharlesXl l1rocbé à lieurs el ,mires ouHage d'or. !f,lrni pas aux bar,lll"ue·: l 1la1uliie, t'Ït'rs! Applnun' :laiL pa mort. rlu~ lard encore, 1i soi ante J'arrrém nt- cl de houlons à 1·amw1illes d'or, di~H!l l'écolittre de génie, fa cav:ilih incoman pa és, Chri tint! ,•oulut quiller Home açec une frange de même au ha· . EUe pamb!t•, la ;;a1·ante unir1uc au monde, le moparce qu'on , mé-conna.Lsait ses préron-ativcs l'es aya dew111t .a cour. la v illc de \01•1, narque sans ril"nl, à la foi m1Ue t•l femcll~,
ro :i.le , Elle 'ét:iiL querellée à ce propo. marchant dan la chamhrt! pour juger de gr:ar1d polifü1u . granJ Jiplomalc, "rand iréavec lnnoccnl X.I, pap• fort é,·onome, qui ne l'cfÏct. Le M lumi; allait I.Jicn; Di •u pouvait néral et grande amonreusc-. ,\pplaudis l'Z le
joyeui étudiant, houncl ur l'oreille, l'n1•cndépensail, d'nprè la Jé ..l!n&lt;le, qu"un demi- ber la toile et la tme mourir.
di\·in régis eur lui 1lonna lrui · moi ile lurit-r hardie cl atl roi le, la reine Lragi11ue
éru pnr jour pour la table el le_ r te .. '.ne
pcn ion de 12 OOU (,eu· :1 une reine 3uss1 111~ répil pour ·onnèr que la comédie axail peu~- qui t11e comme au l.icau temp· &lt;les royautés,
commode lui parut un abo : il .upprim(, la êtrc une uile dan. l'autre monde, pui · tl la huifü•me nti&gt;rl'~lle du monde, le graTid
11rodigt! de on -ièclc : i'lm11l1f1•, â1"1d
pen ion, Chri tinc resta pourtant, faULC de frappa le troi. coups. On élaiL au moi
IA pi œ marcha tri: bien ju:11u'à Sainl•
d'anil t(iX9. Chri tine ··alfaiLli,- ail rapid •
, avoir où a.lier.
Pierrc.
Là 011 mil la morte da.o une bièr ,
ment.
Q11and
elle
ftll
llor·
d'iJtal
ile
discuter,
Le tcmp~ d c11.valr:1&lt;l • étail pa.:é. La
qu'en
de
cendit da11, nn cn,,cau, cl Chri!\line
Je
c.1rdinal
Azzolini,
son
i11tenda
nl,
Jai
pré\'oilà li"tée, celle rrin n1gaho11de. la rnil1t
enta un le lamenL11 im1t-r, l':b ·ur:ml 11 1111ïl attendit ce qne dira.il la 110 térilé.
,·ieillc, 11 forL gra .e cl fort gro se », le
Le· sulfra"llS se parln"èrenl tr~ inrg;1lcétait a van L~"cu:c pour la mai on ,le , a Mam 'nlon douLlo, l •. cbc~eux. coupés court
cl héris.ës ». Elle porte to11jour· ·on ju. tau- jesté ». Chrh,tine ,i;u:i :in lir1·. Le le.la- mcnt. Quelque· uns la J ircoJircnt, éblouis
corp~, sa jupe courlC' et ·es •~n soulier:. ment inslitu:iiL Aaolini h'.·gatairc unhcrsPI. pnr tnu t de qua.lités éclatantes. L vluparl la
« l ne Cl'inture par-dcs,u~ le jnsta.uct1rp,, Le;; mrlllile d le · collcctioru valnicol Ùl! rondamni'rcnl. indi.,.no~ de s:1 rërocitê. de sr
laquelle brid • le lm du ventre el n fait am- millions. l::llc :rpira peu aprè , le 19 avril l li, !I. mœnr: indécentes cl de ·1• lâches trahi 011
i le mort~ ,·oient, elle dut ètru colltcnle: pour de l'argent. Aujourd'hui, rn rl•mmmt !:•
11lilmcnl voir la ro11deur 1• u 11 nr peul ~Lu.
l'aPolhéuse1lucimplil!mt!,tl
• fuLébluui :tOll'. pou iè1·c &lt;le vieux dutumenl: où e~I cnfowc
être 1111e ·lion de culolle · &lt;"hamarrées. \in 1
On lui mit le hcl babil de hroc:irt à camic- l'cxislenœ &lt;l la raine Cbri tim•, on ne wil
tourné et a,·coutréc, elle a l'air encore plus
petite L encore mom rerome qti'aulrcfoi·: tilll! d'or, une couronne royale • ur la tètl', plus · "em. brillanl , la joie de on ~onrire
Un ·'expliqne l'embarras de llalien , qm 11u sceptre dans . a uiain tle caJa HC el on la el sou b'l! ll' gamin. n n'entend plu, S('s
discutaient sur 011 sc-xe, ne poU\·anL se mena Jan $Oil l'a rro'sc &lt;le g:il,1 ju qu'à ripo ·L spirituelle el elfronlées. Oa 110 imbil
résoudre Il en faire ni un homme ni uni· J'éali l' ainlc-florolhée, ~::i paroi se, nù on plu l'attrait de sa rrrùce élJUi\'oquc de rarafemme. Adieu l'amazone! 1,a. SO.\'ante a re- l'éÏcndiL sur un lil de parade. Trois cents lier femme. Et 1'011 u deYanl les yeux ln lk·paru , il n•, a plu· plac-0 ttuepour e.lhl. \11 llamheam: de circ hlanch · inondaieol ln n.ef lation du p~re Le 1kt, la corre~pondancc ,nec
moment de .a l11·ouille nvec I' aint- irge, de lwnière. L'éoli~e élail Loule tendue de }fontccuculli cl l'empereur, le· propo. ition •
Chrbline a,·rul encore eu une '"clléiLé uer- deuil 1 ornée d'écu :-un !'l de La ·-teli ,( · en de lli?li-11177 à la.Franc&lt;', les; pre_ Ji.eu rière et parlé dl' desœod r' clan~ la rue à la fau 01arbre l,lauc, 11 qui fai.ail allu.,io11 à fa :-ions dïotérêl ate · L'l ui:de. i le Lalrnt
tète de se· gard&amp;i. Li&gt; pape lui épar!!lla ce vanité de la vie el à la certitude de la mort Il. de Chri tine, ni son inldligcncc ·opéri •u re,
Vers le oir, des hommes char"èrcnl Je Lit de ni .a science, ni son conranc, ne pem·en L
dernier ridicule en fei:rnaot d'ignorer se
parad ·ur leur· ,tpau]es et l'on se mil en alors la aurnr d"un juge.ment l •rrible : die
hr,:nndes.
li ! aurait beaucoup à dir ·ur la · ,·ante. rout pour Sain1-Picrrc. L a,anb cl le e l en dehor. d • l'hum:rnilé con cirntc el
responsable. Ce corp dé, i; renfermail uuu
Elle 1i1.ait de ce philo ·opbes qui croienl aux arti.ks ou,raicnl la marche. Vunaienl en
àme
contre lit ile, ne di ecrunn l pas le bfrn et le
suite
I
H
conrrëri
,
17
ordr
',
rdigieux
alm:macb". L 'o ·eu pait trop d'alchimie el
d'astrologie pour un esprit qui ,·oulait être nUI) nulrcs fr'&gt;rcs por-laal de cierµe·, les mal. a brillante Christine, qui eut prc 11ue
clergés de aintc-DoroLbée et de ainl- Pierre, du génie, élnil un monstre au moral.
1. \.li,;iin , Numra11 1•11yagr d' ltalit·, 1. Il.

a, isc au lit Je morl de Chri ·linc, comme
l'ornLrc de Bnnco au l,anquct de ,tacbcth.
C'c t pure iov&lt;•nLion d'c'pril romane que.
Elle ne pen a mèmc pas à c lie \lltilJr..

0

4

ARVÈDE BARINE.

Noies et Souvenirs
,1/nrdi, :! ' 1101·1'111[1rc le 71. - Voluire,
le. 1 ' février 1760, écrivait à madame. [)u
llelfonJ :
(1 J'ai1m: encore mieux avoir des rentes
ur l· Fraoet• que ,ur la l'ru se. , otre de,ûnée est d , Faire toujour-&lt; de . olli ·c. t d
nous relever. ou~ ne manquerons pr •:11ue
jamais une occasion cle nous rni11cr el de
11011 • faire battre, mai~. au bout Jo quelques
années. il n·, parait pa'. L'industrie de ln
n:ition répare le balourdise. de mini ·L~r .- . n
Puis e I' i111l11sll'ie de lrt uotirm justiUrr
encore nne fois la coul.iancc de \'ollaire! llan
celle Ulèm, lcllre, je lrouve celte autre
pbra r. à propos- du .uraod Frooéric :
1c Pui que vous avez. matlamc, I •. po ste·
J • ce roi tt ui a. pillé Lanl de ver, el lant de
"ille~, etc. n
l;;t, le m11rne. jour, Yoluùre éc.rivail à 'l'hi1,L
rot :
u Le philo ·ophe de ~ans-~ uci pille r1uel•1ucfois des vc • , à ce qu'on dit· je voudrai·
bien qu'il ce sàt dè piller de:; ,,iJles, ell'. n
Et, troi. jour. aupara,·anl, Voluùre é rh.tit
au comte d'.\r enlal :
rt Parlez-moi donc do, poé·ics de cet
homme qui a pillé Lanl de ver· t Lanl de
\·ille , elc. &gt;l
Et de lroi ... l Yoltair, ne e génail pa. pour
se 11illcr lui-111cm '· Quand il :l\'ail lromé
une joliu phrase, il ne lui déplaisait pas
1p1' Ile couriit lti monde, cl il la tirait à plusicur. x-emplaire avec Je lérrèrt!, variant s.
Il l aurait une piquanle 11tude à faire 1-ou
co tiln! : Vollairc el .1lérw1é1• co111·1isàm.
l&gt;ans sa corrrspondance, Vollllire gémit s:in.
CC' e .ur le/, dure obli•mlion du. métie.r de
&lt;:ourt1•a11. « Ma destinée, Ji1-il 1 était de courir de roi 1 11 rui, Litn rruc j'aima e la liltertti
avec idol.itrir. n
Et. en 110\·~1ùr' 17:52. J11 pala.i de Fonlaioe~leau, il écrit à M. de Formont :
f&lt; J'nuraL dû employer une partie de 1nou
l ·m~ 11 \"OUS écrire &lt;'l l':m lre à corri cr
Za'ini, mai. Jt'. l'ai perdu tout e11tier à Fon1:J.inel,leau à faire des iJUcrcllcs rnlra le actnces pour des pr miers !'file , t entre la
Beine •1 le· princesses pour faire jourr d
comedie i à former de grande. factions pour
des l1agatcllcs et à hrouiller toute fa cour
pour Je· rien·.
Or, j'ai sou,·cnir d'a oir 1ntenJu lérimtle,
0

1

1

,cr· 1S:i , teuir e artemenl le même lanll arrhai.1 de c: môme palai" d FonLainehleau. Il arnit dû. jouer des charade •
foire de wrs ponr l'lmpératrirc Ji11er sur
l'berLe; il a\·ait reçu Ufü grosse a\'Cr-c et
pris un gro · rhume. &lt;1 .If,! j&lt;' 11'f'°t1m flfl1&gt;
fait, nou_ di. ait-il, pour i,· métil'r dt• co11r1i.rn1t ! 1&gt;
Or, Volla1ru a ccriL oLsolumcol celte même
phr.1. • dan une lettre à ~laupcrlui : 1;·1u11!
ir la r1m1· .1111: êlrt· courti,a11. enlumcnt
Voltaire ne di.~aiL pa la vérilé, tanJi 11ue
Mérimée était parfai1.cmc-11t _incèrc. Volla.i.r •
1•tail eonrt~·:ui; il avait le "Olll et la ,·ocation,
les rail,le • e d les avidité du mélier. ~Iérim,1c, lui, ne demandait jamai rien. Il a1'ait
pour l'imp,1ratrice Eugénie un iucèr :iltachemont, t•t c'était cela seulement qui rappelait et le relen:iil à fa cour. li ·e &lt;:.\hraü
quelquefois conlrr les servitude de l'rltir1urtle, mnL il f:illa.it, ouÙlc que coûte, c
résignrr. li n'aimait ni le pape, ni le jéuitcs, ni les rrèlres, et cependant, à Compiègne et à Fontaiuel)leau, la m
était de
rigueur, le &lt;limnnche. [érimée , la m ~·e!
.Je croi, bien 110.c la cam,e principale de la
eolè-re de \lél'imt!c contre le pape était nne
colèr · d'érudiL. Ill a une Libliolb~que admirable au Valican, L celle Libliolhèque e t
impitoy:il.ilcment formée aux curieux et am:
chercheurs. Mérimée se tlisnil : « Sj le pape
1ruilt.ait Home, -'il abandonnait le \'alican,
lou · l'e livre , lou ce;. manu crit · seraient
à nous. J) Condamné au sp ct.acle de 1, cour,
\lérimée 16cli:1iL de s'en amu,l'r. Il écout.1i1,
regard.1it, ol.iser\'ait, prenait de nolc.. Tous
le papiers de \fériméc onl été brùltls, rur de
Lille, Jan les inccndi1:1 de la Commune, el
de Ltil'n curi •u. cho es 1&gt;nl été p,•rdne · pour
l'hi:;tnire de rc lemp . ~ffriuufo, à Compiègue, impro i uil de charad . , et. ~e fai~ant
comédien de s:ilon, donnait dans cc~ cbarndes
la réplique à M. Je Mornl'; il ne lui déplaiail pa·. d'ailleur, de vil'-r parmi ces "randes dame et parmi œ. Lelle p r.-onnes Fort
adinirJ •- par lui.
Voltaire n'rLaiL, I, la cour, qu'un olliciteur; il • 'cllor~'.ait do placer ses petit. 1liN•1·tissrmrnt~; il s·a •ilail pour f. ire jouer se·
tragédie·; il accabla il les princes ·es de madrigam, car, di ait-il, il n'y c1 point &lt;le
"3"C,

,le'esse &lt;lo11l le TLe: ne ·oil re;oui de l'odeur

dt l'cuccu,\; il demandait &lt;les fa,cur , Je
l'argent, de: peo.ion , il intrinuait, mrndiail.
D 'onlninebleau, le oclolire li~;&gt;, il
écrivait à la prt¼Sideu!e de Bcs. ic}re :
11 Je me ui · trou,·ti pr&lt;•~que loujvur, en
l'air. m:mùis. anl la ,,ie de eourti. an, 1,ournnl
inutilement après one pclite fortune qui . Pntbl:iit ' pr ·. éntt•r à moi cl qui ·est éufuie
hi II l'ile dès t1uej':1i cru la lcnir. ii
Mêm 1.im ·nia lion . I,· l 7 01•lobr J 725.
Il a ~tel trè bien r, \'li par la Heine. RHr :i.
pleuré à Jlnriamie: elle a ri i, lï11rlis1·1•ef.
Elle lui pari sourenl. F.lle J'appelle son paunc Voflairt•. (1 U11 ·ot, dit-il, .w: 1·011frnfl'mil
,le erlu. » ,t:ii il l'lll &lt;JUc les lou,uigcs sont
peu de cbo. c, riue le rôle d'uu poi-Lc à 1a cour
n'est pas sa:n quelque ridicule, et il ajoute :
a JI n'e t pas permis d'être de cc pay -ci ~ns
oucun établissement. On me donne lou~ les
jour~ des e ·pérance donl je ne me repais
guère. l&gt;
Le• 1:i no1emLn• 1725, ;iprè. plu de deux
mois du séJOUr à Fonlo.i11 •Lleau, Voltaire écrit
encore :
a La Heine est l!lujonr a ,:lhSinêe d'otl •s
pindarique , de sonnel5, d'épitre et d'épilhalamcs. Je m'imagine qu'clle a prrs le.
poèt pour les fous de ln cnur, et eu ceci
elle a grande raison, car c'est une gra11dc
folie à 1111 homme de Lellr . d'èlr ici. ii
C1&gt;rument, en. lisant cetle lellre ·ur les
fmu de ln cour, conimenl ne pa: pensL·r à ln
.hambre Mi:ue, celte nou1elle un peu vi1·e,
écrite pour l'Jmpéralrirt&gt;, rl signée : ,J/é,·imée, l,011/f'on tle , n. .lfoj1•,it,:? Méri.mJe lit
&lt;:CUC nou,cll à l'lmpérntricc, el, le 1~ndc~
main, reçoit la vi~ile d'un amùa sadtur cnvOJé par une grande-duche e de !lus. ie, laquelle voudrait noir, dle au~si, une lecture
Je ln Clu1111b1'1' blertf'. Rcfu de llérimlle. 11
répond r1u 'il c l bouffon de a ~fojcsté el ne
\'a pa. !ra\"ailler eu ville. n demnnde, d'ailleur , la pcrnû · ion, on la lui rtccorJe, cl la
!ITande-duch •- e a sa lecture.
11 étrrnelle rt!~tilion de la comédie humaine! Et 11 • nous avi ons pas de dire que cc
sont là choses du pa· é, qu'il n'y a plus de
cour en France cl plus de courli ans. Plu de
cour, oit; mai d, coarti:ans, il l t,n a autour de U. Thicr et autour de M. Gamh li.a.
Seulement, il ne s'nppellent plus Yollairc &lt;'l
~Iériméc, cl c'c,t grand domma"c.

Lu»ov1c HALEVY.

�LA

La Femme au XV/JJe siècle
L'amour.
l 'uite.)

C'e l dans

rPllC gucrl'l' l'l cc jl'U dl•

ra-

mour, sur cc th1J;itr1• de la pa.s ion se dunn. nl
en ~peclacl • à •IIL'-mèmc, que c · ~i~t•lc rth'èl •
rwul-être .es 11uahtes le plu,
profonde , -i.•, rr ~our&lt;·c Ir.
pln. ~l•cri'llf'_ el comme uu
rrénie dt• duplicité Lou! inallendu du c.irncti-re franç:li." .
ue de grands diplomate ·,
que de grand. politique .an~
nom, plu lia!Jiles •1ue lluboi , plu. in~inuanls 11 uc
llerni · paru1i celle pclill'
band d'hommes 11ui font de
la ~ul'lion de la r~mm1, le
bul de leurs pen~ées el la
/?rande a.Ifair • de leur rie,
l'idée cl la carrii•re au r1uellrs ils sont voué l !Ju_ll
tPlude., d'arplicillion, de . cienre.' de rl""
lle'-ion I lluc "'rand arl de comédien! quel
art de cc· dégui ement,,, de ces lravesli . . c•
ment·, dont Faubla garde le ouvenir, el
qui cachent i Lien 1. de Cu line, qu'il peut,
babillé en coifl~•use, couper, san être rc•
connu, le che,·eu.x de la femme qu'il nim1: !
Ouc de comLinaÎ!-Ons de romancier cl de lraLè~ te! Pas un n'attaque une femme san
,woir fait œ qu'ou appclll nn JJ/a11, sans
arn1r pa ·é uue nuil à -se promener l ~ rc:
tourner la po iûon comme un aul ur q111
nou, 011 intrigue Jn.n&lt; sa lèlf', Et l'alla11oe
commenctle il' sout ju. qu'au boul cc comédiCI1 étonnants, pareils :, re füre du
Lemps dan les,p•~ il ~·y n pa: u_n sc~ti~~nt
exprimé ,1ui ne ' 01t fctnl ou d1. ·un,!lc .• lou
kur ffct , lou leur · pa, .ont re"ll!S ; el
'il fanl du pn1bélit.1uc. il~ ont mnrri.ué d'n\'11.nce lt• momcnl de &lt;é"anouir. Il · sa,·enl
pnsscr, pa.r des grad:1tion de I_a plus _,in•rolière finesse, du re ped à I atlcndrMemcnl. de la m~lanoolie an d 1lire. IL excellent à ca1·hcr un ourire ~ous un ::.oupir, à
écrire ce qu'il ne scnlcul pu:, à metlrc de
~ng-Eroid le rcll. aux mols, à le~ déranger
3\'CC l'air de la passion. Ils ont U" rc!!:!rd
r1ui semblent leur échapper, de gestes, de
cri. amourcu-x qu'ils ont médités dans lt• cabinet. U parltul comme l'homme q1ù a~_c,
Ill l'on dira il que leur œur éclate dans cc qu 1l
décla.menL, tanl ili unl habile à foire tremhler l'émotion dan le11r parole comme tian
leur rnix, tant leur organe ressemble à leur
âme, tant à force d' èlre tra,,aillé iJ a acquis
de ensihilité factice. « N'omettre rien, »
1

1. M,lmoire ile Tilly, , Q[. JI

rrinc de France; el pour 110 mart~1•, pour un
Lauzun •1u'on cha se, comptez, dan. le confe$sion. du siècle, tous le lit:ro heureux de
l'a1ent11re. IJe Lriompl1e en triomphe , de
r,i(Qneml~nts de cynisme ea JélicaLe. e" d'i~pudeur, la galanterie brulai' linit _par a,?ir
&lt;les principes, une manière de phrlo oph1e,
dc.s mo cns d'npolorric. On mil en théorie sa,anle l'art de . ai ·ir le monu:,1/: el il ~e trouva
des beaux esprib pour Mcider qu un lém1L.
raire n,·ait au fond plus d\;nard.s pour l:i.
femme que le timide, cl l:i rcspectaiL plu .
effocti-.cwcal en lui épar,,n:uil le Ion" upplice dts conces. ion uccessive • el la bo~le
de rnlir Lju'clle se manque, el de ::,e le dtre
iuutilerucnL 1 •
,1ni · il , L un genre de victoire e limé sui,érieur :, Lou I aulr et ~arl_iculièrem,unt
r~cberch1I par l'homme : la "lctoirc par 1 cspri L. Les ralû.ués, les mailres de la édoction, ne trounml que là on nmu emcn~ toujours nouveau el la joui sam:c d'une. vér1_La1Jle
cODlfllêle de la femme. m~ , par I bab1tu_de
el le uccè , , ur fo · Lru quer1c et 1 • violences. ur les urpri es qui \'ont au.i; sen ,
il · fonl avec eux-mème · le pari d'arriver ju qu'au crour de la femme ans m me es ai cr
de la touchrt, et de lriompber aL.olument
d'elle an parler un momeut 11 a s1.milllilité.
C'e Lsa L11Le, ~a tête ale qu'il· remueront,
&lt;1u'iL troul,leronl qu'il rempliront de caprice CL de Leutalion, jusqu'à cc qu'ils ?ient
umené par la toute sa personne à une di poition de complaisance iinprêvuc pr que
involont.'lire. C.n tèle-à-tèle. p ur cc homme . .
e~! une Jutlc, une lutte an brutalité, ami
·a11s merci, d'où la femme doit ·orlÎ..I· humili ' C par leur intelligence, domp~c el soum!:l'
par la •upériorilé de len.r rouerie, uon pomt
aimante, ruai \·aincuc. Qu 'ils a.ient la pc.rmi sion d'une entre,110, l'occasion d'un dialogue : il e.mblequ'il allient le , ang-Iroid
du chas eur au coup d'œil du
capitaine pour alla.4uer la
lemme, la poursuivre, lti
pon &lt;'r, la ha.Ure de phra es
en phra es, de mots èn mot·,
la débusquer de défen es en
.Jéfeu , ·, rétrl,clnourdemenl
le cercle de l'attaque, ln pre:-:er, l'acculer, l· forcer cl la
Lcuir enfin, au b ut de la conversation, dans leur moin,palpitante l •cœnr batt.anl, à l,oul
de sou!Îlecommeun oiseau alLrapeà l:J. cour e!
C'cs Lun spect:tcle presque effrayant de le \·oir
s'cmpar r d'un • coquette ou d'une i~pru2. tl:.uncs rompl lilcs do rèbilwn le fil . lP Ila~ard
denle av c de l'imperlineJJce el du persilloge.
du com 1111 f eu. - L a N11it el lt Momcnl .

c'c t le préceple de l un d'cu'.l. ~t ,érita._h_lemeul il· 11'oulilienl rien de r.e qUJ p ul 1, 1re
vi~rc~ Ir. en-:ihilités de la fpmme, captiver
on intérêt, amener en elle un amolli. erutnl
ou uu 6ncr1·ement, toucher am: fibres le
plu · délicates de ,on èlrc. Ils mettent a1·ec
em: et Jnns leur calcul, dan lcnrs chance.,
la température mênrn, •t la détente qu'np1111rtcnl aux en: de la femme la doue Ul'
d'une almo ph 'or, phn·ieu e, la tri Lesse l
l'nlamrui. ement d'une soirée grise. Il nnl
crupuleu , cxncls, :ippliqu6î. Ce n'e. t pas
seulement vi -11-'; de la femme, c' ·~I vi -à1·is J'cu:t-mèm, qu'il· tiennent à hirn jouer
d•pui la premii)rC wC1. ne ju qu'à la drrnil-rl'.
•\vanl tout, ils ,·eu1enl c ali faire, 'applaudir, plu lier dr orlir de leur rôle contents
d'm1x que con1enl de la f•mmc; car, à l_a
ton ,ue cc · virtuoses clc la éJuction ont fatl
enlrer ,dan I ur jeu un amour-prùpre d' arLi Le. lis onl fait plu : il , ont apporLé la
con, cieuce de v~ritahles comédiens. EL pour
faire l'illu ion complète, pour achever de
Lroublcr cl d'ém uvoir, il en est qui ajustent
j11sc1ue ur leur visa&lt;1c le 01 •o ongc de Ioule
leur per onne, qui se griment, qui e pliilrr.nl, qui se dépouclrenl les cbe,cux, t1u1 ,
pâli sent en e pri,·ant Je 1·in. n en est même
qui, pour un rcndez-vou déci il, se n!ettcnl
du désc. poir , ur la fi nure comme oo s J met
du rouge : :me de ln gomme araLiquc déla ·ée, ils ~e funL ur les jones de lmce de
larme mal 1:::- u ·écs ' !
ll'aulr vonl droil au rait. llu jour 011
l'homme pour plaire n'eut p.1. besoin d'ètre
amolll'&lt;'tU, il pensa que dan &lt;le cas pre;;sés
on le di,pcn erait mèwe d'être aimaLle. vcc
t·elte pensé· tomba le dernier honneur de la
femme, lu re pecl ([Ui l'entourait; et l'amour
n'eut plu· houle d, lit -.iolcnce. L'in olcnce,
la surprise. cle1-inren1 d s p~océdt!s h 1,. ~od~;
leur usa."e ne marqu,1 pas 1homme d mlam1e
ni de Lasse se, leur ·uccè · lui d11n11a une
sorte do Loire. La remme même, b!'ulal~
ment iu ultée, troma comme une humiliation llatlcu dans cc vil moyen de. ·ciduc-tiou.
Que de hru,,1ues allal1ues pardonnée ·! 11ue
de liai ·on , 11ui ouvenL durent, c-0mmen -tes
,·ire.ment par fin olence, dan~ nn carrosse
Jonl le cocher est pr1:l'ic11 pour prendre par
le plus Ion~. faire le ourd, el mener le chevaux au petil pa ! « [ne o.veulure, dt!_ re
chose 1111'00 ,·oil lou!:i le' jour, une m~ t•re
enfin, » c'e t toul ce que le monde du le
lendemain de ces tours d'audace. La Yiolence
ne fait-elle pas écolo dans le meilleur monde?
Cn jour elle o e bien toucher à la robe de la
1

""'268 ,...

1

1

FEMME AU

l~coutez-le : 11ul'I manège étonnant! hmai5 mi;;l"re~, et sur I'inc,m venanl'c d\':I.i~er, on
l'in~olcnce d · idée· ne ·•e~t :-i jolirm•nl ca- point oîr ih en sont, 110 a1eu tj_u'il n'a pa~ ,:ou
ehée sou" le mérto"emenl des termes. l~nlre besoin Je l'aire pour en \ 'llir la 1• Ht•ruscr
c qu'il: 11en. eut N ,. • qu'il: di~m1, if,. n • J. 11~ l'amour, mi dan: I', p u pr•~~ li" l'amett1•nl gu~re, par éµarJ ponr leur i11tr•rlo- ttmnr, jusqu'au mot 1p1i ~l :t Jcrnit:•rt• illucntric'o, qu'un lonr d'entorlilln"1', voile. lé,.er :iou l!l -a dernière pudeur, I:1 " 1 la ,Hisfoc«pii re, emLle :i celle !lne rulte d,! cltarnhre lion ~uprêm de l'amour-propre cl ùe la rnnde l.tlfeta.s a,·ee laquelle, dans le~ château , tai~ie de l'homme du temps.
le: hommes YOnl rendre , i,ile nu dame
dnns leur cbamhri!.
C',•;t ici l]ue l'on comult'nœ i1 loucher le
• 'c:,; 11ser !out J'aburd tl'èlrc incommode, fond ile l'amour &lt;lu ùix-huilii'-1111: sittle el ~
feinilrl~ de croire 1p1'on t.ltlrange nmi pcr ·onue percc\'oir l'amertume dt! 1 f;.lbnteri1•s, le
necnpée, nier du hout drs lè,·r~ ks 1,unnes poi ·on qui s'J carh,1. i'i'y a-t-il pl déj/1 dan,
fortune qn'ou ,·ou pr~tt•. pai. en con\enir. et! rl'fu · d' •. cusf•r la femme ~ ses proprc.s
en en demandnut le sccrrl, cal' on en ,~sl 1em., 1lans l't'lle imput!iquc Loo111: foi de la
honleu ; pi,}l1er la cnrio;.ilé de la l'emm, sur .. éduclioa. lo malnai: instincl de~ dcruitir
une f•rnn1e de e· amie qu'on a eur·. •I lui plaisir:,; de la corrnplion'! Sur l:cllc p 'nie
détailler de. vieds 11 la tête comment ,..l[t e: t d'irouic el do per~ina"e, l'amour c faiL hien
t'III/J•fr ~ ètrc indiscret à plaisir comme • i
vile 1111 point d'honneur cl un(• jouissance tle
l'on aHlÏI peur, pa1· le• silence. de. 'engagt•r la méchanceté; cl la u1éd1anœlé ,lu frmps,
pour l'a,·enir h la cli. crétion; pat!C'r de l'oul.ili rel!..; mêdrnncclé i fine, ·i aigui. l:e. i cxen sage cl cil ·r le nom d'une fr•mme l{lli 11ui. r, entre j u.rpi\111 ru~ur Jcs Îiai ou.~. Il ne
dcrnii'r •men~ a éré forch ·,lc \()11 · rappel1:r suffit plus ;1 b Yanilé du p•lil-maître de
que ,·ou,; l'aviez tenùrcmt"Ut aimt:e, faite de
ftl'rdre une fommc Je riîputalion; il fout 1111ïl
protestation· de rcsp cl, d manquer au rc - pui. c rumpr1· en ,füa.111 d'un ton fos!e : 11 Ob J
pccl dans le mt1mc mome11l; .'Jtonner de· fini. et trè· Hui .... ,le l'ai forcée d'adorer nwn
nru.anl 1)111' le public a donnés /1 ln fomme mérite, j'ai pri. mille plaisirs n,·r1: die, d je
awc la11udl · un c:iu. e cl lui donne-r la la11- l'a.i quilléc en confoud:mt soo ' arnoar-prolerne magîqth' de leur ridicules; définir 111 pre ! , i&gt; La •rrande lllod.u e,l dr• /'f/l'OÎ1· 1ine
di1l'érenee qu'il y a nlrl' aimer une li:mme femme p~r c:1priec, pour la rp:iiltl!I' aullll'nliet l'a rnir; e\posrr li'. bienfaits de ln philtl- quemeuL •. lf11e . ource d'appétit. mau,·.1î;,
sophie 1110Jer11c, le IJonheur J'êlrc arrivé à la s't•st ouverte dnn· l'homme i.i femmes, qui
suppre,sion J · grimaces du Ja femme ,, d • lui I' il r clu.•rchcr, 11011 pin culcmenL le
nllect:1lious dl! pruderi,,, l'a1anlage tle l'e rrain déshonwrnr, mais les souffrnncr.s d' la fomme.
commode où 1'011 ,u prend 1111anJ on ,-c plait. C'est 1111 amu~ mcnl 1p1i )uj ,ourit, dr. pous. cr
où l'on se 11uille quand ou ·l'nnuic. où l'on h raillerie ju ']U'il la L.,le• .sure, d" lai scr 1111c
.t! reprend pom se r1uittrr encore, ·an jnplaie où il :, m.i • un bai. cr, dtl riiire :ai~'Tll'r
mai,; •• hrouilln~ montrer 11,nt ce •1u'u "3"'n.é ju qu'au Lout œ 'fUÎ re le• de remords à la
l'nmour 11 ll1! plus , 'pxa~frl'r, à perdre st'. faiLlc~~r. El sitôt qu'il a renJu une l'cmme
nrand. :tir· Jp lerlu, à èlre roui ~implèmenl folle de loi, 11u'U l'a. ~elon l'argot g;tlaru du
cel 1.:tlair, ce r.:a11ricu du moment 1111e le trmp.
lcrup·, ,,o,1lir1~,. au cflru111l'I', c'r•:l un pbiappr.llt! un go1'1t: PL par le ton JonL on dit tout . ir pour lui de hti rairc uni! scène de ialo11~i1'.
ecl:i, JMr le tour rare Pl dé 'a!!é &lt;1u'on }' met, Pl ~ur s:i défc1re dc '1importer cl de . '1:lnipar le . nurirc . upéri1111r ljU'on jellc dr lia11t gner. ,ll'u .an· pilit!, où ~c révèfout, dnus
sur loul •. res chimère , tltounlir . i for! cl j
une :orle de gr,îrf' t(tii fait peur, la crnauti:l.
11 fond l:i fomine qu'un peu d',mdarc la trou,·c tl'e-sprit de J't:pof]lrn et la profon&lt;l«'11r dt: ~on
. :rn r1.1sistanc1•, - c'est le ~and art •t le m,tlrtim1"e moral! l::t quoi de plu. piqu:mt
rand nir, une façon de ~éd~clion ,raimn1l 11uè Je parler 11 une femme de l'amant qu't,(le
llatleuse pour la l':tnitJ de l'homme 11ui n'a ,1 eu, ou rru'elle a cnéorc, au moment oil elle
eu rt't.nnr., dans toute celle oourle afüùre, ~ J'onhHe le pin~; de lui 1·app •lcr . r, d •voir ,
rien i1u'au res ource el aur on d11 moim cc qu'on est com·enu d'enlenclr
arme de l'esprit. Que l'homme pa1· là, Jor5qu'clle ae peul plu ne pa y ruoncnn enr. ju.qu'nu Lout on iro- r1uer; de ,·oir :;es ourcil se froncer, se reuie, 11ue dans la reconnail&lt;. ~nce gard. &lt;lc,·enir sérères, ses JCUx enfin se remmême il !!llrde nn peu d'imp •r- plir tic larmes, au porlrait qu'on lui trac d'
tinence; et il anrn le J&gt;laisir l'homme q,ti l'adore &lt;·l qu'r.Ue trompe'! On
d'entendre l:1 femmt• , e ré• bi n encore ~i ta femmt? ,·icnt d'enlerrt-r
reiller Cl orlir Ùt• ré"'t1r, • l'homme 1111\ille a aimé, c'e ·t un tour charment n\'ec ce l'ri di: ·a h1101e: muul, npri?~ avoir triomphé de ce cha:?rin
a Au mnim dites-moi •111e
tout chaud, d, rem~ltre le mort ur 1è tapi~.
vou m•aim1•z ! » lanl il e. t de le rc"retter, de dire d'un l&lt;m nttenùri :
resli3 pur Je Ioule allcctalion 1, Quelle prrle pour vous! n ~, d'enlou~r de '
riel •nJre·st•. EL ce mol même son ombr-e la remrnc éperdue! C'est alors
quelafllllllll. •luidemandcrour . euleruc11l, apri•s de telle. prcu" ·. . qu'on a
llxcusrr son nha..i~,erncn t, il Je droit à ce cornplim1•nl tlalleur : ff En vérit.é,
lui rcru erri. en la raillant galamment sur 1•ou èlcs sinl!llli' remenl m :chant n! &gt;&gt; - un
celte Iantai ie de c&gt;ntiment qui lui prend ·i
1. t}.um~s rompliltrs dr t:réhil Ion le fil-, pauim.
mal à propos, ~ur le ridituJe, pour une p r'.l. l.1: t,rdol atl les etc. lomlrrs. 111!1.
·ormc d'esprit, de t,1nl 1mir à de pareilles
ZI. LI!&gt; 1.:onfes ions du comte tl ·~, p r fluclo9 ,
1~

XY1Tl"

SlÈCLë

mot 11u'il serait pre,que indéceul de 11':trnir
rû rnfriœ, ni r ·1.1, qu:in&lt;l on •Juilt une
f,,ntllll' !
A mesure 1111c l • sii•clc tieillil, qn ïl a ·c11111pl1 l .on rarncl~rc, qn'il
crl'll.c . e. pa -~iou , 11u'il r.iffinr. :es apprlti1·, fJUÏl ·euJnrcil 1•t ~,, Mn,irn1c dnn la
.-échercs:e · ,11 la s n:·ualil de
lêle, il cht•rc~e. p~us ré~ol1\men t rio 1:e culé 1:is u11nssemenl Ile je ne ais 11uel: ~c.ns
Mpri\l'és Pl 1111i ne se plai .. ent
11u·au mal. L:i mfrh:mceté.
1ri1i «'•tait l':is,aisonrwrne11l, derient lc "énie de l'amr.ur, f.t, ·
,, noiroeur!, n pa seul de mode,
cl la 1, !,1·éll:r~l · e 1) éclale. Il
.e gli. ·.e ù:in le relation;;
d'homme. :1 femni •s quel,{IIC d10. e cumme
un politique impitoyable, (;(1mtn • un ·l lt!mC
rl:g1i: ile perdition. La corrnptim1 1leYi •nt un
arl é;r,11 l'U cruauté~, en 111a1111ui·s de fui, t'll
lrnhi:1111&lt;:, • l'art des 13rarmi1••. Le n:rn1l1iavt,lli me entre Jan: la gal:u11erie. il la domine
et la "OUVCtn,:. c·r l l'heun• ni1 l.:iclo~ •!trit
d':ipr~ nnlure !s!'S Lioisou.• ,la11fjl'Nll.·1•.~, cc
Jiu• ad111irid1le el e ·écr.ihle 11ui crt à b morale nmoureu$e de ln France du ùix-huiLièmc
sii'.·cle c~ 1111'e,l le Lraité du / 1ri11c,· à. la moral politique de l'Italie Ju ~eizième.
Au · heure.s Lrnuliles •1ui pr1icMc11L ln fü:_
volulion, au milieu de c(:t\' ,o i1:1é lra1t•r~1•e
'I p,~11étréè, jus,,u·au plu~ profond de l';"mw,
par 1· malai ·e d'uu ora!!c flottant l'i m1•11:i!_::tnl, on \'oil .1pp.1rnîlr1i.- puur rempl:tC('r lts
petits 111aîfrps ),émillants l'i i111p1•rlim•nls ,Je
CréLillon fil.. Je., ra111I · m:iitr •s d,~ la pern-r:ité, 1~. ro11ê, accurnplis, lo., hH,•s torks &lt;l1•
l'irtrn!oralit,: lh1!oritJ111t 1•t prati11u1•. r. lwrnrues S11Rl san · Clllrailtcs. ,an. nmurd:, "aib
faihJ,,,,c. li: onl l'amàliili1,:, lï111pu&lt;l1·nc1'.
rhypocrije, !:, f11rn:, la patience, la :-nih• de,
rrsolutiun:, la con la11c:e de la volonté, h féconùilt; d'irnai,:i11a1i,m. li t·&lt;&gt;1m:ii»P11L la pui,;. ance d,, l'1lCC3!&gt;Ïoo, le lmu Pff'l d'un acte dt•
vertu nu de l1ienrai,ance l,i1.•n pla"•'· l'n , ge
d1 s femmes d,· chambre, d, · rnlct. , Ju ,c..1ndale, Ioule: Je~ arml's délo 3alr.~. Ils ont c.i !culé da ·:mg-froid tout ce qu'on hnm111e peut
se permettre~ d'horreurs D, d ils ne r cult&gt;nt
devant rien .. 'e pou,·a11L preudr • d'a.saul,
ùnw un secr,&lt;Laire, le • cret d'un cœur de
femme. ils se prennent à regretter 1111e le talent d'un Giou n'i:-ntre p dans l',1ducalim1
d'un homme 'Jui · · mèlti d'intri!!l1c.'. f,cur
zrand principe r,t de ne j~m~i finir une
a\mlnrc JVfilll d'o"oir en main Je quoi LI,• honorer fa femme'. il~ ne sédnis,.111 qu lt01tr
perdre. il. ne tromp◄ ·nL qu · pour C-Ortomrre.
l.,enr joi ,, leur ho11hrnr, c·l'-~l de faire n expirer la vertu d'une ferun11.: dan une lenle
agonie t de la fixer ~ur ce ~pectacla »; et il,
·'nrrêl.euL à. moiti,: de leur \'ictoirr, pour lairP
nrrèll!r relie 11u 'i).- ont nttaquéc à cb~qu - J egr1:, à chaque talion ùe la honte, dn dt!~es1

.t. Œuvre. tomph1t1'S dl'
d Chcn11•r. l , 0111/,-rJ
•·llr&gt; ft'lrr11rl JM,i .Yourtt", 1'1111 dC' fo ,•iriti• 1771'
:, . ŒuHM dr 1; n .. hillnn le fol,.
'

�111S T0'1{1.ll

LA

rEJHJflE AU

poir, lui fai1·e sarnurer it loisir le sentiment d'elles dan· le sens moral, qu'elles dépa sent
de a défaite, et la conduire à la chute as. cz &lt;le l011 le la tète la ~lessaline antique. Elle·
doucement pour que le remords la suire pas créent. un effet, elles révèlent, elles jncarneot
à pas. Leur pa5.l'--lemp·, leur di tradion e11 !'lies-même une corruption supérieure à
dont ils rougissl'nl pr ·11uc. lanl elle leur a lo111e Je, autres et c1ue l'on erait tenté
peu c.oîité, est de 'ubjugucr par l"autorilé une d'appeler une corruption idéale: fo lil..,ert.io:igc
jeune fille, une rnfant, d'emporter son hu11- des pnüons méchante:, la Lu rnre du )fal!
neur en J,adin.int, de la déprnwir par désœuEt que l'on ne croie pas que ces lypes si
vrement: et c'est pour éllX cumme ü.Oe ma- complets, ·i parfait·, soic1ll imaginés. Il· ne
lice de faire rire cet te fil le des ridicules de ~orle nt pas dll la tête de Laclo ·, il ne sont
sa mi!re de a m~re. coudiée dan la cham- pa, le rtiv d'un romaocict; ils sont de iudibre à ccité et qu'une cloison épar!! de la vidunlilés Je ce monde, des pcrsonn.ige · vibon le el des ris(.cs de son san" ! - Le dix- ,·auts de celte ociét~. Lc:s autorité du Lemps
buitihnc .iècle a marqu • 111. à cc• dernier •ont là p()Ur allcsler leur res emhlance et
trait, lel dernit•re~ limites dé l'imanina.Liun pour mettre or ce porlrail, le initiale de
dans l'ordre d la ftirocilé morale.
leurs noms. Le scnl cmharra est qu'on leur
La femllle é!!ala l'homme. i elle ne le dtl- trouve lrop de modèles. Valmont ne îniL-il
pa .a, dans ce lilierliuage de la méchanceté pas nommer on homme Iarncux'l M. de Chaigalante. Elle r1~réla un L~pe nouveau. où .cul n'a•t-il pa commencé sa ~randc carrière
tnull'. les atlressl.' , tous les dons, touhis les par ce nllo ù'bomme à bonnes fortune , de
fines ·es. Loule lr sort;'· d'e;.pril de on méchant impitophle, de roué consommé,
se:e, se touruèr ·nl en une .orle de cruauté marchant à on Lut a,•ec l'air étourdi, n'a,,anr1%lchic qui donne l'épouvante. La ronerie ç-:ml ni un pas, ni unr parole sans un projet
s'éleva, dans qud11ues femmes rares et nho- contre une femme, s'imposant aux femmP.
mi11a~k, à uu degré presque atanique. ·ne par le sarc.%me, les menaçant de on esprit,
fa1rselé naturelle, une ùi · ~imulalion ac(JUbe, en triomphant par la peur'! liai que parleun regard à mlonté, une ph •·ionom.ie maî- t-on de Choi eu!? Laclos n':irail-il pa sous
trisée, un mensonge sans effort de tout l'èlre, le yeux le prototipe de a création daus la
une ohser...-ation profonde, Ull coup d'œil pé- figure effrayante du marquis de Louvoi , dans
nétrant, la domination d~ ens, une curio- la. ligure de ce comte de Frise s'amu ·ant à
·ilé, 1111 dé ir de cience, qui ne lear lai. aienl torturer Mme de Blot? - Et pour ln Iemme
voir dan l'amour que de foits à méditer et que Laclo a j&gt;llinte el à laquelle il a attribué
ù recucillîr, c'étaient à des faculté· et à de· Lanl de gr:1ces et &lt;le re•sources infernales,
ci ua.lilé si redontaLlcs que c~ femn1es avaient n'en :i.vait-il pas rencontré l'orin-inal, el nll
dù, dès leur jeunes.e, ries Laient et une pol.i- l'avait-il pas étudiée sur le vif? Le prince de
tii[ue c.lpal.iles de faire la réputation d'un Ligne el 1'illy n ·arnrmenl-il pas, d'après la
mini Ire. Elles avaient étudié dans leur cœur confidence de Laclo , qu'il n'a eu qu'à dé hale &lt;'œnr de: autre ; elle~ :mlieut vu que biller la con-cienœ d'une grande dame de
Grenoble, la marqui e L. T. I&gt;. P. JI., qu'à
chacun J porte U1J secret c~clié, et elles al'aienl
résolu ùe faire leur puissance a,•ec la détou- raconter Sll vie, pour trouver en die sa mar·\'crte de ce secret de chacun. llécidtie à rc.- quise de Merlcuil '?
pL'ctcr le· dehor et le munde, à ··cnvclopprr
A quoi cependant de"ail aboutir celle méet à se couvrir d'une bonne renommée, elfos chanceté dans l'amour, c.lonL nous aYOns
aYaicnL sérieusement cherché d3n le 111ora- essayé ile 'UÏvrc daa~ le -i ~clc. J'effrontcric,
lisles et pe é aYer elle -mt~m s ce 11u'ot1 pou- la profondeur, les appétits croissante; et in~avait faire, cc qu'on devait pcn er, cc 11u'on liahles'l llevait-elle s'nrrèlcr avant d'arnîr
de"ait paraitre. Ain i formée. , secrète el donné comme une ruesuru épournnlalile de
profonde , impénétrable et invulnerahfos, se., ext.è. cl de on extrémité? Tl est une
elles apporteot dans la 0 alanleric, dan, la logique inexorable 41ui commande au."t rnauvengeance, dans le plaisir, dans la haine, un vai e pa sions de l'humanité d'aller au bout
cumr olc .ang-l'roid, un esprit toujours pré- d 'ellcs-mème -, cl d" éclater dm· une liorreur
sent, uo Ion de liberté, un C)UÎ$me de •rande finale et absolue. Cette logique avait assigné
dame mêlé d'une haut.aine élégance, une sorte à la méchanceté l"Oiuplueu e du dix-huiti,·me
de lé,,èrelé implacable. Cc; femme perdent siècle son couronnemenL monstrueux. Il y
uu homme pour Ill perdre. Elles èrncnt la a,·ait en dans les esprit~ une lrop grande habitentation dans la candeur, la débauche dans tude de la cruauté morale, pour que cette
l'iunocenoe. Ellcsrnart~riscnLl'honnèle femme crnauté demeuràt dan la tète et ne de ·cendît
do11L la. vorLu leur déplait; et, l'ont-elles tou- pa~ jn. qu'aux sen,. On a-vail Lrop joué avec
chée à mort, elles pou.sent cc cri de vipèrc: la souffrance du cœur de la femme pour
(1 A.hl ryua.nd une femme fr:ippe dans le rœur· 11'êLre pa tenté dt' la faire oulfrir pins sûre~
d'une autre, la ùle ure est incurable.... ,&gt; ment cl. plu visiblement. Pourquoi, après
Elles l'ont éclater le dé honneur tl aos les axoir épui é les lorlures sur -on ôme, lie pas
familles comme un coup de foudre : elles les e. ·aycr ur son corps? Pourquoi ne pa ·
meltenl aux main des hommes les q ucrclles chercher tout crùment dan. son sang le
el les épées qui tuent. Firu.res éLonnanles jouls ance que donllaienl se.s larm~? C'e 1
qui fa 'CinenL et qui glacent! On pourrait dire une doctrine qui nait, qui e formule, docL.\ TOlLEl'TE !POUR LE BAL.
ür.tl•'tfr~ de BP.AOVARLE:T, d'a.pr~$ Dli TROL

rrabfn~, .ftS Estampes.)

1. c·vsl uni' curi•JW c hi loirc l[UO C'I' 1Un1111r.· tl •
Cr...t,illou ~l 11,• àlllo ,le hllliml. lAJ suc,·ès ,hiR rom~n
de Cr\lJil1011 lils à Lt1111ire t.:.!l tr·l 'lu',mr j1·11n,· An~l1ise, il'11111• 11ai,sanr1• dis1i,11:11~•~, ~11~111 lri.,· ,-.. tir,\i

•'l Jl11' ln-de,,us tri•s dchol(!. su moule ln L,1Lr pour

l"l-eril·uiu, el que, pcJur le ,•nir, Pile foil le ,o)age Je
l'm·is.
i-;111' renrontn• l'auL,·ur ,lu Soplut t•hci :lluw tlP

XV111e

SlÈCl.E

trine vers far1uelle too t le jècle est allé san"
1i, savoir, cl qui n'll L au fond que la mtttérialisalion Ùt! ses appétit ; el n·était-il pa
fatal que ce dernier mol ftil dit, que l'érélhi me de l:t térorit: ,'afnrmàL comme un
principe, comme une ré,·élntion et qu'au
liout de cette décadenœ rnffiuée et "alante,
aprè tous ces acheminements au supplice de
1a femme, u11 de ade YÎlll pour mettre, ayec
le an•~ de guillotines, la Terreur dnns
l'Amour'?
C'en est assez : ne descendons pas plus
bas, ne fouillons pas plus loin dao les cnlrailles pourries du dix.-huitième iècle, L'histoire doit 'arrêter à l'abime de l'ordure. Au
delà, il o' a plus d'humanité; il n'} :i plu
que des miasmes où l'on ne respire plus rien.
oil la lumière s'éteindrait d'elle~même aux
main 11ui ,oudraient la tenir.
Remontons \'Crs c.e quj est la,ie, ,er cc qui
est le ,jour, ,ers ce qui e ·t l'air, \'Cr, la ·atur,•,
1-er. la Pa:c: ion, 1·cr. la Vérité, la santé, la fort~e
et la grâce de aOectionshumain!'s. Ans i bien,
aprè· cel11· loagne exposition de tontes le
maladies el de toutes le hontes des plus
noble' parties du. cœur, nprès cell · démoustralion des plaies cl de· corruptions de
l'amour, on a besoin de secouer es dégnùls.
11 semble qu'au a.il bàto de sortir d'une
atmo phère mpoi onnée. L'àme demande
unè hauteur où elle reprenne baleine, un
souflle qui lui rende le ciel, un ra.l'on qui la
défü•re, une image qui la con oie, el oit elle
retrouve la con cience de ses in. lincls drc,its.
de ses pnr" attachements, rie ses élévations
tendre , de se imm.orlellcs illusions. de sa
vitalité divine. li t!Sl Lemps de chercher le
vérit.ahle amour, de le retrouver, el d.e montrer ce qu'il garda d'honneur, de incérilû,
de dé,•ouemeut, ce qn'il lmpo:)a de sar!'ifices,
cc 11uïl coûta de douleurs. ce qu'il arracha
de vertus aux. faible se de la femme dan un
siècle de caprice, d • li!Jtlrlinnge el de rou~rie.
Pour n'avoir pa. eu Ja ruèml' puhlicilé, la
même popularité que la iralanterie, vour
apparaitre au second plan des ave1llures du
lemp , hors du cadre dl!S
mœurs gi.'·oérales, de théorir
régnan1es, de$ haLitude morales et de la pratique journalière, l'amour Yéritable n't'n
n pa moins eu a place dan
le dix-huitième iècle. Uue
l'on prenne en ce temp
l'homme yui a le mieux peint
l'i mpudenre di; l'amour en
vo!!l.le, l't11égance de on cynisme, la politesse de son
lilmtinage, Il' rom:mcit:!r qui a
écrit le 011/ia, les Égarement.~
du rœu,- el de !'esprit, la uit
et le Mo111ent; que Lrouvc-l-on derrière on
œuvre el au tond de a vie? une ffij" Wriense
pas.ion, un booheur el une religion voi!éi;,
l'amour de Mlle de Stafford•. - Voilà le
:1in1e.\la11rc.eu t.o111bcsuLitei11c11l am&lt;&gt;11rr11•c, l',ipousc
secrètement cl 1·eno11cc llOnr lui à son 11um, il a
f:1111ille. à w p.~lri,•. Crèl11 Ion vif à Pari• J~u, 1~ ~lus
~rru11(e rctr:üt,- en mo'.•mp 1em11• r1uc 1la1JS l"uuion la

�. ___________ ___
,

r-IDSYO'l(,_1.Jl - ~ - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . . . . . . . . 11'une ferum qm~ rel amour tle Ill d, L ·pisi1•dr : il n affiché le ,rand:il , mab il a connu la plus douce. 1 on âme, a vie c t dans
na se, il monlrt a11~~i le 111alai e et l'a piraeetlc
r
:pon
e:
rl
celle
éd
action
de
sa
perramour.
onne est le char111c de . n mémoire. Elle 1.ion de c•e temp . li nhèle la ~rcrèLe oulfrancc
Il si an commencement du ièdc une
de ce pt•lil no1nhre de per,unncs ~upèricures,
femme 4ni n•lru11n: les hrmes de l'mnour. aime, elle n'a pu r,:si Ler 11 l';1mour, et elle
Lrop ricl1eme.nl ilom:e pour cc ~i~dc, riui
1e poor la \'ertu. l'ima"c
,·cul
.
'en
arracbrr.
1
Elle rcud :, l'amour on honneur, . n poésie,
ont, prcsc111 du premier coup, tool pou sé
de
la
,·ulu
ne
llù
est
apparol'
que
dan
ln
en lui renùaul le Ù•1voncmenl N la pudeur.
jusqu':rn
bout, épui é d'un Lrail les .a,·eurs
Elle bi se an euil du dix-huitième • i ,de un pas.sion, d dle n'a connu \p devoir qu'apr-.~
du
monde,
el gmilÛ jusqu·:111 fond lout ce
de ce tendre ou,·enirs dont le 1'Il'Ur humain La faute. Elle 1~ débat, elle . nccomhe, elle
rp.te le plaHr, le honheur, l'acli"ili.\ tle la
recommence
à
·e
combattre.
Elle
craint
Loul
fait es 11gende- el ,er. lcBt1uels le· amousociété pouvaieul ll'ur donner d'occupation cl
reux de Lou les siècles vont en p leriuage. cc qui l'approchl! du chevalier, el elle se
trome malh •urcuse d'en ètre illoign: '· Coupèr leur apporter de ph'•uitnde.·Arri"ée. en •1nelElle lèrrue /1 l'nvenir un d · cc.: humhll1
f\Ues pa. a la fin de· cho,es el à. leur déioû l,
romans l1ui sun·ivent au temps, el, cachés nu vif un,• pas~ion \ iolcnle ... c'e t efl'royable; Ille ée- dans Ioule IPs partie cle lt:ur êlre
la
mort
n'est
pn·
pire
...
.
(!
.Je
doulli
,le
m'en
sur les coté' de l"bi toire," ri on ombre, loin
par l · ,ide que leur e pril n fait Je Lous l
de la politique cl de la !!Uerrc, semblent de,; tirer ln. vie au,·e, n écril•cllc à l'amie qui la côtés de la vie commune. ell •· Jécomrent,
d1ap11lle 1111 l'imagination c. repose du bruil soulienl, la console, ln con'eille cl l'c~horle;
Jan rclle atmo. pht!re tlr. ~cchere.sc •I cl'édu grand tbemin, oublie ce f(Ui passe el ce t'I die fait pour . e vaincrt• des elfort. qui la goi·me, w1 irr · ·i •tilJle L furieux. besoin d'nidtlçhirent.
'on
ctmlr
saÎ"lll'
goutle
à
"OUtle.
qui m1'urt, se recueille, 'attendrit el e raC'esl un re"tet i douloureux. une honte . i m(lr, J'.iimcr nvec folie, a,·ec lran. porl, .:1vec
fmcbit. ...
. in ·ère, si ingénue •1ue Ill remords prend dése·poir. Elles 1·eulent rouler dans l'amour
C'l'sl en plein • licence, en pleine Jl6genci',
cbez
('Ill· pai- moment un caracli•rc ang:.. comrur dans un torrent, ·1 plonger Loul enque ·elle femme aime :lin ·i. C'esl en pleine
li/:rr.·, et le ·enlir passer ile tout son poids
Il :nenl'.e qu'elle montre tn l'ile les plus nobles Jique. el que le r•penlir lui donne comme
ur leur cœur. Elle· l':noucnl, rllc:, 1· proel },- plu tond1anles vcrlus de l'amour. une econde innocence. a beauté ~.'1•n \'a, clamc'11L bien haul : il ne s'a •il pas pour elles
sans
c1u
'elle
son,,.e
à
la
regretter
j
elle
perd
t.:'e:l au milieu J •s scandales du Palâis-Lfoyal,
Je plaire. tl'êlre Lrouvé'. l1ellcs, .piriluelle ,
au LraveTS de cbanron · de roués, que s'élhe ·e. force el . a sanlé, cl le lai e aller saw d'avoir oo grand honneur du temp , l'hon('elle pl.:1i11lc, ce ,1;mis. emenl, ce cri Je sour- les retenir. La maladie l'apaise èl l'approd1
neur d'une pr(•férence, de jouir de. chalouilîrance el de tendr e, le ·ri d'une •~olombe de la gr;lce. Le s, crilice la lue; mai elle lcmeols d, la , nnité: elles ne veul('nl que des
espi.-re
en
Ill
mi
éricorde
de
Dieu
ljUÏ
voit
e:t
ble ,ée dan · un boi • pl in de alyres! c· est
ru,·('è. ùc cœur. C'tist luur orrrueil et leur
tout pr:I. de lm~ de Pat:ilière, à se ôté , l,onne rnlont . fü crpt&gt;odanl qut&gt; d'amour alîair• que d'aim •r. Toul ce qu'elle ambique
,\ïssé Fe donne tout entière au che- encor• pour cet homme aurrucl elle c.icbe . b tionnent. c'est d'être jugc&lt;'.s capable· d'aimer
valier d'A die. ,Il' écrit : « ll y a bien d('s maux, dont elle n'ose regarJ1•r les •eu~ plein. el diune de onlTrir. Elle ne font que répéeus qui irnorent la salbfa ·lion d'aimer a, c de larme de peur de trop 'aLtenJrir, et dont ter : « Vou,, ,·errez comme je .ai bien aimtJr,
a- z de délicalcs. e p&lt;&gt;ur proférer le bonheur elle !!Crit de on lit d'aganit• : « li rroil 1yu'à je ne fai- qu·aimer, je ne ai. qu'aimer .... »
de co tJUc 001111 aimons au nôtre propl'e; » el Force de lib :r:ililé,, il rach~ter:i ma ,1e; il Èlre rerou l ·, all •ndries, pa . .ioWJécs, Yôili\
loule ~a l'Îe n' ••l qu'u.n acriflce au bonheur donne , toute la mai on, jn.qu'à ma ,,.1chc à le di!:ir li c Je C•' ;)mes impatient._. cl'écbapJ.e r.c qu'dle aime. ,\iméc &lt;lu d1e,·alier, elle qui il a donn,1 Ju foin ; il donne à l'un de pe:t· au. froideurs tle leur siède. Loul 1•mpre ·s'impo e le devoir et Je courage de rcf user la quoi fair · a1&gt;pr •ndr • un méliPr à son cnfaul, ~ sécs !1 se débarms,er du monde et à foire •n
main qu'il lui olirr. : •• Non, j'aime trop ,a l'autrr pour avoir des palatine cl d ruban , ell~~-mèmes une pen ée uniqnc. Et comme
gloire, 11 1lit-elle, en d ~tournanl h•s ru\ de à loul cc qui se reuconlrn el . c pré ente à ~néralemeol · femml'!,, b l'b urr de l' ·nc • trop h1•au rèw. &lt;1 l'\endr•' la ,·ir si douœ a lui; cela ,·ise qua i à fa folie. Quand je lui lanet• ·I de la p1·Pmlère .i nnP.sse, n'ont poi11t
celui qu'elle aime t[U'il ne lrou,•o rien do ai demandé à quoi eda était Lou : à obliger eu fo nmollis~cment et les ravi~~ement~
pr.;ft\r:ihlc à celle &lt;lourcu:r l&gt;, elle ne connait Lout 1·e qui ,·ous environne à avoir oin de rdigit•u,, comm(• cll ,,. onl rési 1~ .:1ux tcn&lt;l"autre arl oi d'antre ambition. L:1 douceur, vou::- 1• ,1 l1ui· un prêtre vient; ellr e détachu dr · es et au émoûon; de la pi :lé, rllc:..
J • la terre elle .ouril au bonheur ck qui1l •r
c'est le mol qui de on creur lomlic ·an
ce
mi ·ér bic corps, elle 'élève vers l Dieu arri\ent à l'amour comme lt une foi. Elles )'
ces c sou .a plume, eL donne à toutes .c,:
que
soo cœur ,·oit toul bnn : c'est l'amour apportent l'a" nouillement, nne orle de dérnleltrc•s leur immortel atx·rnl d cal"f' e.
lion pro ·terml •. Ce àmr' de pure rniron llUÎ
Comme \lme Je 1? •rriol lui dem:mùaiL un qui meurt eo état de 0 ràL'C. Et il semble n'ont eu jusqur,-là de sens moral, de conjour i lie O\'OÎL en orceh\ le chevalier. e!IL· qu'à la fi11 du si~de, quelque chose de celle
rien el de maitre que l'intclli~ence, ce
à.Ille de f,im1ne, qui 'rnvole i:ommc une
àme ùe -vierge. reparaitra dans la robe blanche àmes ·i fière:, habituée à Lanl de caresse ,
un moment i vnincs, perdent au, itôl qu'elles
de Vir•rinie.
Apr ~ s'èlre montré chez "Ile Aïssé dans sont Louchées le entirueul de leur valeur cl
son jour LP.ndrt·, dan ·on émotion douce et de leur place dans l'opinion, cl elle- se pr;recueillie. dt.1ns nne la1rueu.r pa ·io1tnée, cipitent à d humilités de Madeleine el de
l'amour parait al'ec éclat chez une Ji:!m011.1 eourLisane amoureo c. Leur amour-propre,
ce grand res:orl de tout leur être, elles le
d'un t mpéramcnl tout contraire : )Ille de
Lespin,'l..s.e. Clwz celle-ci, l' scnlimenL c. t mettent sou les pieù de l'homme aimé; elles
une ardeur d~vora.11Le, un feu uiujuurs agil :, prennlllll plai:Jr à le lui faire fouler. Elles se
toujour· ra,ivé 11ui e retourne, c remue t'l tiennent auprl' ' de lui, comme devant le dieu,
·:vritr ans r '· e ur lui-mème. Il llit d'acti- del •ur existenc', _oumise· el e mortifiant,
\'ilé, d'énergie, de violt•nce, du lureur, de baisant la tète, ré·ign.:es à tout .ans plaitlll',
.
d~lcbnîncmenl, de toul cc que la passion avait pi- s11ue joyeuses de soulîrir .
Cette
soumi
·sion
ab
oliie,
on
la
trouve
s1
de trop ,iril el Je Lr p oragem: pour l',l me
d'nnl' Aïs é. Il dure eu 'u anL, et interro,.ez• mariJllee chez Ule de Le ·pinas e qu'elle p.:1rait, de son amour, un cm·aclèrc encore plus
lui rrpondit simplement, 11aï1•cmenl : &lt;&lt; Le le; il vous p:1lpilm1 sous la main comme 1· accu é que le transport el' la \'iolence. Com•
tharm dont je me uis servi est d'airul'r {!ln fort ballemenl de cœur Liu ,li -huitième menl reconnaitre la moitre e d'un de preièe}e. Car cc n' •. l pa~ seulement la. fièvre
malgré moi el de lui r ndre la "ie du mond •
1111. {f»rr~~po1Jd1mcc d,· Gr,mm, ,·ol. VII. Jonni~l
enfanl rut dr· lo liui,;on •hr rnmauci,•1 1·l d,•
plu pnrr~it,• tvrc 1'&lt;-ltr aéatur1), ,lour•, aimnnli•, 1'11ni1\11e
c?l h\111oires de Collé, ,·ol. 1. 1
l'i\ng
11:11·. ,,,1111 •1or le;; mnn~ni, proJ!ti1i ,le 1•ar,·111
1. L,•Ure,; 1\;.- .m • \ï, ' ;, llml' Cnl11111lt•'ni. l'tll'Ï,&lt;,
-••n&lt;f.,,, lai•l" el luucl,c. p,·11 riclrt• ,,1 111 ,ml J'un1•
,lv fa ii,•uv,i•dlr c1L•se11L fo•l ,lëclnrcr I,• ruJti.i){,,

,me

p•·11,io11 ,lr mill~ i-,•11,; ,p1i' lui ft1S11it mvlnr,I ·1a1To1·1l
•·I 'lu'il l'"YGit romm,, cl rp,aml il 1,nu1•11I. 'n !,'11~m,

mo11rai1 _en11:itl . .-t lo mi,rr l'i.ail murie n•Jnl l"•nn,•o

18\û.

Il t. - JhSTORI/. -

fa1u:.

3l,

LA F~MJK~ AU

XV111°

S1ÈCl.E - -,

�filST0'1{1A

______________________________________ ,.,.

mier salons de Paris dans cette femme qui
se fait si petite dan l'amour qui demande
si limidemenL el à rnix si basse la moindre
place dans le cœur de son amant, qui re-

'·-------------------------------

mercie si vivement du ton dïntérèt avec
luquel on -veut bien lui écrire, qui s'excuse
si doucement d'écrire trois fois la semaine?
i peu qu'on lui accorde, elJe le r~'.OÎl comme
une faveur qu'elle ne m~riLe pas; et elle se
trouve froide dans la reeonnai snnce alor'
même qu'elle y met toutes ses tendres es.
l\ien ne la sort de cette attitude courbée et
suppliante. et toutes les marque d'amour
qui lui ont données ne peuvent l'enhardir à
celle confiance qui fail qu'on exige ce qu'on
dé ire de ce qu'on aime. Elle s'abaisse sans
ces e devant Af. de Guibert; et l'abandon
qu'elle fait de sa volonté dans la sienne,
d'elle-même en lui, e t si absolu rpi'elle ne
se trouve plus à !'nuis on de la ,oci~té, à
l'accord du ton el des ~entiments du_ monde.
Le plai..ir, la dissipation, les dbtraction
qu'elle rencontre encore autoru d'elle n'onl
plu rieu à ;;oo usage; et devant cet amour
11ui la remplit, le jugemeaL public lui parait
si peu, qu'elle e t prêle à braver l'opinion
pour continuer de Yoir M. de Guibert et de
l'aimer à tou les moment de sa ,•ie. Il " a
en elle un élancement prodigieux, une élc~aLion suprème, une aspiration constante· el
de toute e pensées, de toutes les forces de
on à.me, de toutes les pai sances de son
cœur, il s'échappe ce cri de lenJr" e et de
délire: - une pri~re qu_i tend nn baiser!
o De Lou, Les instant.~ de ma vie, 1774.
llon ami, je soulfre, je vous aime et je vous
attends. »
L'ainour aLsorbé dan son objet n'a pas
dan l'humanité moderne de plu· grand
exemple que celle femme rapportant à soa
amanl tous ses sentiments et Lou ses mouvement;; intérieurs, loi donnru1t es pensée
Joni, scion sa délicate expre ion, 1c elle ne
croit s'a urer la propriété qu'en li&gt;$ lui commu_niquant », se défendant toute chose où il
n'e t pa , salisfaite de ne vivre qne de lui,
dépouillée de n per onnaliLé propre et comme
morte à elle-même, ~e refw ant à parler, fer-

mant la po.rte aux vi itcs de Diderot, à a
eau erie qu.i, dit-elle. force l'allenlion, et demeurant seule ans lines, ans lumière, silcncieu e, tout entière à jouir de celle âme
nouvelle que M. de Gui.hel't loi a créée avec
les trois mots: &lt;1 Je vous aimr, » et si profondément enfont·ée dans cette jouissance,
qu'elle en perd la faculr I de se rappeler le
passé et de prévoir l'-al'cnir. EL quand le pauvre homme qu'elle a !!l'andi de tout on
amour pas&amp;e de l'indifférence à la bru1alité,
quelles lulle , qu ·Ile souffrances, qnellllS
révoltes d'un moment, sui ries aus itôt d'al.Jai ement et de ou.missions pitopbles ! riuel
douloureux travail pour réduire un cœur qui
déharde à la mesure des arrangements, des
commodités de M. de Guibert I Il faut l'entendre solliciter de lui de confidences d'amour, el e vanter, la ma.lbeureuse! de n'avoir
pa lJ oin d'être méniJnée. Quel role quellt!
•ic. le lon" marlyre ! Lui demander de l'abandonner à elle-même, se raccrocher à sa pasion, affirmer qtùlle en e t maitre. c. retomber dan les coan1Liorr du dé-espoir,
tou les soir s'abîmer dan celle musique
d'Orphee qui la déchire, lous les oirs écouter œ: (! J'ai perdu mon Eur!dicc ! » qui
semble remuer au fond d'elle la sonrce des
larmes, du regret, de la douleur; solliciter
de cel·homme un mot, un mot de haine 'il
le veut, lui promellre d&gt; ne plu· le lrollbler,
de ne jamai exiger rieo, -'oceup r de le marier richement, de le douner à une autre
femme jeu_ne el bellt!; pour ceL homme,
marcher, courir, visiter, intriguer, malgré la
Iaihlesse el la toux ; à la pièce de cet homme,
prier le succè à deux genoux; mendier,
auprè de la charité de ceL homme qu'elle
ert de toutes façons, ,l'numûne de ce dont
elle a besoin pour ne pa.s mourir de douleur;
se rattacher encore une foi à lui, implorer
son portra.it., chercher à lui faire entendre
rru'elle meurt, ans trop atlaquer a sensibilité, le supplier de se rcncoutrer avec elle à
quelqut:i diner, lui répéter : C( Quand vou
-verrai-je? ombien vous verrai-je? o lui
écrire de œ lit qu'elle saiL èlre 011 lit de
mort: t( Ne m'aimez pa .. mai oulfrez que
je von aime et vous le di e cenL foi ; 1, c'est le long, l'etfroyable marl}Te de celle
femme si bien prédèSlinée à être lo modèle
du dévouement de l'amour, que on agonie
Pra comme une lran.s6rruratioa de fa passion. [)'une main touchant déji, au froid de la
tomùe, elle écrira : « Les haLLemcnLs Je
mon cœur, les pulsalioo de mon pou! , ma
ré piratioo. tout cela n'est plu- •1ue l'elîet de
la passion. Elle est plus ruarqnée,. plus prononcée que jamai , non c111'elle ?il plus
forle, mais c'est qu'elle va 'aoéanltr. emblable à la lumiùre qui re,·it avec plus de
force avanl de 'éteindre pour jawai 1•••• 11
La passion ! elle n lai sé · dans œ temp.
assez de grand exemples, assez de traces

i'aris, Colli'r,,
~puvelles l.ellres de Mlle de Lespinasse,

j'ai contm des fomm,•s qui aHuc11l des glande,, enftn

1. Lellres de Mlle de laespim1S.Sc,

1800. -

Pnria, Jl111·arla11, 1820.
2. Uo per,;cmuu~c ridicul~, nommé Balol, ijl connu
par ses .:omparai90ns rur,lhcureuses, disait. en IHS,
eu p41'lanl de la guilrîson du c.u,œr do Mme ·de b

~opcliuîilre :

1

Cc iruêris_om ~ont asse:c commune~;

1c

qui avaitmL le eio rumine u? ill!C
c..i•pg111&gt;ll•, D
lèlra nous appren~ 'lue lu medcau_a_ la mod' pour
les maladies du se111 des r,:mme, e1J11I t~ bourreau
de Pari ,

adorai.iles pour racheter toutes les échm:.ses
do iècle. Elle a été dan qodqu s cœurs
élus comme une vertu, comme un · aintelé;
elle a été, dans bien des àmc Iaiblei , comme
une excuse et comme un rachat. Que de
beaux mouvemeal , que de généreux élans
elle a i11 ' pirés même à celles qui ont cédé à
l'amour à la mode, el dont les fauLes ont
fait éclat au mili~u de l'éclat des mauvai e
mœurs ! Que de pages elle a dictées à l'adultère, encore toule c11auJe aujourd'hui, el
dont l'encre jau_nie emhle montrer une
trainée Je sang et de larm • 1 A.près le lettres d'une Aï ·sé à un chc1•alier d'A)die,
d'une Lcspina se à un Guibert. qu'on écoule
c • · deux lettre d'une malheureu.e femme
qui aima, avec l'impudeur de _on ~emps,
l'homme aimé par oa temp ·; qu on li e ce
leUres de madame de la Pop-elinière à flichelieu : quel ba.i ers de feu l quel retour incessant de ce mot: 111011 i:œw·, répété ton~
jours et toujours comme w1e litanie péné-tranle, oonLinnr, machinale, pareil an ge Le
d'une mourante qui e cramponne à la vie!
La flamme conrl dans ces lignes, une llamme
qui consume et purifie; et n'est-ce pas la
Passion satwaol l'Amour dan le scandale
même de l'Amour?

« Mon cher amant mon cher c.œur pour« quoy ro'écri -tu i froidemenl moy qui ne
!(

r~pire que pour toyqui t'adores mon cœur

« je sois injuste je le sens bien tu a . trop
&lt;(

d'affaires et qui oe te lai sen I pa la li ber té

« de m'escrirc qui Le tourmentent j'en ui •
ure mon cœur mais je "n'ay pas trouvé
dans ta letlre ces expres ion el ces senlici ments qui partent de l':lme cl qui font
(&lt; autant de plai ir à escrire qu'à lire je sen
« w1e émotion en t'e erivant mon cher amanl
« qui me donne presque la fièvre qni m'agite
(1 de m1rme. Je n'ay pu_ apprendre que le
u courier n·estoit pa party ans m'aban(1 donner à l'e crire encore cc periL mot cy
« pour rjlparer ma lettre froide et enragée
&lt;• que je ray t. criL hier je ens plus le mal
(1 que je te tai
que les rlus VÎI'~ douleu_rs,
,c je t'aime san pourn1r le dire oomL1en
« mon cher amant mon cœor tu ne peux
1, m'aîmer assés pour seolÎr comme je t"aime
« mon cl1er cœur
cc je me meur de
11 o'estre pa
nec
« toy, mes 0 landes
ci n; mnl pas bien
&lt;1 elles gro sissent
" du double• elj'en
1( ai de nouvelle je
&lt;( commence
c&lt; peu à m'iu(( fJUÎétèr pour
&lt;&lt; cela seu 1e« rnenL ~r le
« fonds de ma
,, santé est in« vulnérable ce ne sera œpeodanl rien à ce
&lt;1 que f e père. urtouL fiés wus eu à moy
&lt;( et ne vous inquiestés pas. Mon cht!r amant
(( Lon absence me coùlera la 1•ie je me dé cc

(1

« esp'•re. Je n·ay jamais rien aimé quP- toy

« mon cœur j,. uis la plu malheureuse
a du monde hélas, mon cher rœur m'ni.me·

,, tu de mesmes de bonne ro~• je ne le crois
11 pas vous ne scntés pa, ·i vivement je le
,, scai . Mais au moins aimes moy autant
&lt;! (1ue ru le pourras.... 11
11 Jfon cœur, 1•ous m'aimrs mieu:t que
tout ce que 1•ou a1·és aimé , ccla est-il
u \ray je crain. toujours 11ue œ ne soit la
•11 lmnté de vo tre cœur qui ,·ous
c&lt; dic1e ce cho'es la pour me conte $Oler el me raire prendre pa11 lit'nce mon cœur que tu per~ Je
c1 cares e cela esl irréparalil .
,c J'ai oublié de vou , dire hier que
« l'on foil mon porlraiL mai mon
« cœur jll ne puis ,·ou en cn,1 voyer de copie,, le peintre e t
u un nommé ~(arolle qui pratique
•&lt; dans la maison toute la jour11 née, de plu je ne eroi' pas
cc c1uïl mil res~emble, \'OUS avés
11 rai on ma. phi ionomie a trop
11 de variantes c'e l pour mon
rc frère si cependant il ,ous conu \'lent 4uand vous l'aurez rn à
11 ,o tre rètüur il ne era pa dif,c ficile que mon frère vous 111
11 donne il sera bien ai e ùe m'en
u faire le sacrifice mais vou n'en
u aur~s plu nlîaire en tenant le
11 modèle mon cœur que je vou
« désire je dounerois un bras
« pour ,•ous arnir tout à l'heure
11 ouy je Je donnerais je vou jure
r, je vous dé ire avec lïmpatieoce
u la plus vive et elle s·augmenle
" chaque jour à ne savoir com11 ment je fera - pour attraper Ja
11 nui L el la nuit le jour puis la
lin de la semaine du moi ah
11 mon cœur quel tourment ma
1 vie est afl'reUct', Vous ne pOUYé
11 l'imnuiner je ne l'aurois jamais
,1 pû croire il n\ a aucune di,, n~rsion pour moy n'en parlow
" pa darnntage cela vous afllige
" san me con ·oler et rien ne ,ous
,, ramcncra plutosl mon eœur je me llalle
11 11uclque foi· 11ue si je vou mandois ,·ené,
11 mon cœur à qudque prix •file cc fut vou ·
&lt;1 ,iendriés mai ' il Iaudroit que je fu.se !rien
malade pour vou propo cr de tout quitter
&lt;&lt; je voLLS exhorte au contraire it resti:r mais
I&lt; moo cœur le moi as que \'OU ponrr : je
« rou_ ,•n prie 1 • »
11

€sl-te là tout l'amour du lemp 1'/ ~on.
l'arrni le ' amour~ bi-loriqucs de ce iècle,
n'avom-nous pa un amour plus pns ionné
~a~s a pureté 11ue celui dt! Ume d la Popelm1èrE'. un amont plo nol.Jlemcnt dé-voué
1•ncore qu.e celui de Mlle de Le$pinas e, un

.!· Lettre

autograph~ tic ll_mc d~ la Popeliuicre

o

llitl1dieu. cQllsenées ~ t, Lihhotbêqua de Rouo n.
Cnilrclion Leher,
-~· A ces ~moura un livre tout 11oul'ellcmrnl pu-

blic: Corrrspo11d1mc~ de- la com /e:;rsc de

abran

Ut

amour ~nfin pin:; cita rc que celui de la paune Aïs.é? Et, cel amour, c'est dans l'orgueilleuse maison de Condé que nous le
lrou,ons.
La princesse de Condé, à la suite d'une
chu Le où elle •'é1aiL démi là rotule, e tro111·e
aux eau1.de Bouruon-l'Archambault, en 17 ti.
La Yie d~ eaux su pendait les ex.ig-ence- da
l'étiquelle et des pré~entalions, et la princes e, qui a rait vingkept an , cause, drjeune,
e promène avec le, baigneurs qui lu.i agréent.

FEJKJJŒ AU

XY7T7e

STÈCI.E _ _ .,.

de penser tout à son ai e à ce qu'elle ajme. »
page. elle répète à l'homme aimé :
« \"ou èles toujours a1·ec moi, ~ous ne m
quitrez pa on in lant. il Ici elle se refuse à
lire Werther qni lui prendrait de son inLérêt,
« tout on intérêt étanL ponr on ami, tout
son cœur, toute son àme. » Là, elle se ràche
preaque d'ètre lrouvée jolie, -voulant 11u·11 n' '
ait que son ami qui oime a figure.
Et toojour au rnilicu des fèLe de Chantilly el de Fontainebleau le re souvenir d'Archambault re1•ient dans ce rel ra in :
Oh! le;; petites maisons tle.~ t'Î.yncs !
Aimer à di tance; aimer 1111
homme 11u'elle n'a guère l'espérance de rencontrer plus de trois
ou quatre fois dans tout le cour
de l'année, et enrore, ou les regard d'un salon; airnC'f Je cet
amour désintéressé qui e repait
de souvenirs et de la. lec1ure de
quelques lettres, cela ufllt à. celte
nature de pur amour qui écrit :
&lt;&lt; Je $CD mon cœur qui aime,
cela fait un bonheur, je m~ livre
o. ce bonheur. » Et la femme
n'est-elle pa tout entière dan
ce portrait tracé d'eUe-mêmc au
milieu d'une autre lettre : a ,le
suis bonne et mon cœur sait bien
a.imPr, voilà tout. »
Chez ce fier ang des Condé,
c'est un phénomène que l'humilité de cette prince· e dans l'amour,
la belle et ,·olontaire immolation
qu'elle fait de son rang et de a
grandeur, étonnante ahnégaûon
avec laquelle elle remet son bonheur aux mains de ce petit officier, lui disant: ,1 ~fou ami, le bonheur de ,·otre bonne e r entre
vos main , c'est de vons qu'il
dépend à présenr; lïn tant 011
vous ne voudrez pas qu'elle en
jouisse, la précipiLera dans lln
ahimti de douleur. ll li l" a dans
ces lettres un adorable art féminin pour s'abaisser, se diminuer,
se faire pour ain i dire toute petite, pour hausser l'homme aimé ju ~u'à
la prince ·~e. l)eux mois et demi. il dore,
mouillé de larme heureu es, ce randide rah,lchage du ~ je l'OU aimo )) Oll la remmc
ne cherche à faire montre ni d'i11tellige11ce,
ni d'esprit, mai· biPn seulement de on cœur.
Elle ne lais e '-d1apper de a pensée réfléchie
que par hasard et comme 1i on in u une pa ,e
comme celle-ci: &lt;&lt; ~nu , mon ami, nous nai"sons faibles, nous ayons besoin d'appui ;
notre éducation ne tend qu'a nous faire entir
que nous sommes escla,•e · et que nous le
serons toujours. Celte idée s'imprim~ l'orlement dan no âmes de~tinées à porter le
joug; celuj qu'on impose à no. cœurs pnrail
doux; d'ailleur peu de sujets de di traction,
1'.0ulrariées perpélneJJement dans no goùl,-,
nos amusements-, par l préjugés, les bienséances et le usages do monde, nous o'arons
.\ chaqitP

r

UNE RCPTUtu:.

D':iprès

U/1

dtsSill de

Moa~'. A.U LE ,JKUNe.

Parmi le' hommes qui lai olîrént le bras el
gu.ident ·a marche mal as ·urée, à Lrawr!&gt; la
pierraille Je~ vignes, se rencontre lln jeune
homme Je 1·ing1 et un ans. Une phrase que la
princesse laisse un jour tornher sur l'eunui
des grandeur· amène l'inlimité entre ks causeur, el au uout de trois jour. l'intim11é e ·t
d~ l'amour.
La saison finie, oo e sépare. La prince -~e
écrit. Elle écrit dts lettre Ioules pleines de
oeuûlle · es de cœur presque enfantines, mêlées à des tendre ses mssLiques de t) le r1ui
semblent mellre la dévotion de l'amour clans
sa correspondance. A. chaque page elle se
plaint de ce grand monde, a qui l'empèd1e
at•ec Te comlr de 81111{//t'rs ajoul~ u11 ternir~ d pu;.
sionnanl chapitre, !1u chapilr~ &lt;j~Ç racun\e m1cu quu
toute r,arolc cet ad,eu de la lin d ~fie lettre_:~ .\tl1eu,
mon t'JIOui, 111011 ~ma11t, mou ami , mon u11n •rJ, mon
lime. mou llieu ! 11

f

�Jt1ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - ' ---------------~
de Jil)re que no cntiments, encore sorumes.- un homme, son proche parenl · que, pendant
nou ol1ligée de les renfermer en nou - deux an et demi, Lou deux avaient cru tiuc
même : tout cela fail quo nons nou atta- c'él~it de l'amitié el s'étaient livré· à ce senchon , Je crois, plus fortement ou du moin
timent, mai· que, depuis ix mois, les complus constamment. » Le senlirucnl éprou,·~ bats qu'iL avaient à .oulcni1· leur prouvaient
par Mlle de Coudé 1';l 011 senliment i vrai, i
sincère, si profond, si pnr, ,i extraordin:iire
dans la rorruption du iècle, que ceux. ùe a
famille qui l'onl percé ou les lroublùs, le'
faciles rougeur., les a.b~orplions de l'amoureuse, tunl Condé qu'ils ont, en ont au fou&lt;l
d'eu:-.-rnrmc une ccrètc compas ion.
lin jour, son frère, le duc de Bourbon, . ·approchait d'elle, la. fixait 11uel&lt;JUC temps, lui
errait 1 s mains, el l'embra:sait a,·ec des
Jeux rouge. , la plaignant délkatemcut avec
son érnotiun. Le prince de Condé lui-mème,
malgré l'ailècluerue ruerre faile d'abord à
ce penchant, un momenl gagué, donnait pr&lt;&gt; 'que le. main au passage du jeune officifil
de CMabiuier~ dan Je gardes française ,
pas'a e qui de,·ail lui ou1 rir l'hôll·l de Condé
el Ch::rntillJ. Mais, au momenl où le rêve
des deux amant allait se réaliser, quelque
combien ils s'étaient aveuglé sur l'e,pèce de
allusion alarmaient la crainlive princes e. Des ,entimeot qu'il avaient l'un pour l'aulre;
elle ajoutait qu'elle adorait cet homme,
scrupul «malgré l'e.x.lrêm.c innocence de e
sentiments n pour li. de la Gcrvaisais nai - qu'elle ne e si..ntaJt pas le coura"'e de ne
saienl en elle. Elle tomLait maladr de ces plu le YOir, qu'elle comptait ~ur 'a force
comliats intérieurs. Dan cet ôtal d'Jbranle- pour ré i ter, mai ... , pui toul à coup elle
ment moral. une femme de sa ociélé ,•enail interrompait celle confidence par celte apo /1 lui raconler que depui. trois an, rlltl aimail lrophe qu'elle jetait à la prjnce. e: &lt;&lt; Vous
1

~

Madame Dalot
lia.dame Dalot esl fill'! d'un .impie bourgeois ,i'Agcn, q1li la laissa en fort ha âge
riche de cinrp1ante mille. écu'. Elle a,•,lil encore a mère qui a1 ait aus i du bien. La
chambre de l'édi l était alors à Agen. Viger,
• cou eillel' huguenot, ougea 1l épou cr la mère,
l't à faire éruuser fo fille à on fil ; mais la
fille était i jeune c111'on ne put que les accorder. Klle eut de l'aversion pour ce garçon,
el elle n'avail p:is encore douze an qu'elle
devinl aruourcu e d·un jeune ltomme de h
ville. nommé l&gt;alot, qui élait bien fait et
cntreprenanl; elle con entit qu'il l'enle,~àt ;
mais rela n'était pas ai é; ca.r maJa.me de
Vi«er, a mère, la garJait soigneu eroenl.
éa:nn1oins, il gagna une ~ervantc qui l'averLil
de loul, cl madame Je Virrer étant absente,
il l'ut inLroduit dans la maison lroi heures
avant le jour.Comme il allait à làtons, au lieu
de sa maitresse il enleva une jeune rùle qui
couchait a,,ec elle. li était déjà a ez a1·a11t
dans la rue quand il reconnut son erreur· il
fallut donc retourner. Par bonheur il était le
plu fort, el encore il avaiL eu la prévoyance
de mettre des tire-fond aux portes voisines,
de peur qu'on ne vint nu ecours. Il sorût
avec la demoiselle par un trou qu'il avait fait
faire à la muraille de la ,ille, el se retira
1

ête. bien heur,use, vou ·; ,,ou ne connais. ez
pas tout c'cla ! »
Celte apo Lrophe, le con eil que celle
femme réclamait d'elle, réveillaient la prince se de son Joux rêre. La relicion lui parlait. ,t., ,;ctorieuse d'ellc-mème, la fulurt:
upérieure d~ dames de !'Adoration P~rp_éLuelle ècrivait la lettre r1ui commeore :un l :
u Ah! riu'il m'en coûte de rompr le silence
tiue j'ai ol,•er,é i longtemps! Peul-être vai~je m'en foire haïr1 haïr! d riel, mais oui,
qu'il ce~ ·e de m'aimer, ce qnej'ai tant crainl,
je le désire li présent.. qu'il m'ouLli~ el qu'il
ne soit pas malheureux. 0 ruo11 lheul Que
-vai -je lui dire~ EL ceprndant il faut parler,
el pour la dernière fois! »
Elle lo suppliait de ne plu l'aimer, de ne
plus chercher 11 la voir cl lerminail par ce"
ligne suprêmes! &lt;1 Voilà la dernière lettre
que wus receHez de moi ; faite ·Y un mot de
réponse, pour que je ache i Je doi désirer •
de ,rivre ou de mourir. Oh! Mmme je craindrai de l'ou"rir ! Écoutez, si elle n'est pas
trop dcchirante pour un cœur scn.ible comme
l'est celni de ,,otre bonne, oyez, je t•ous en
conjure, l'alùmlio11 de met/l'e une petite
ctoù: ,11,- l'e~weloppe; n'o11bliez pas cela, je
ous le demande en gràce. »
Aioj f.ioiL, en ce dix-buitième iècle, ce
roman qui a l'ingénuité d'un roman d'amour
d'un Lout jeune siècle.
EDMOND ET JULES DE

GONCOURT.

dans un ch~leau 1l'un homme de qualité. Là, mourut bientôt aprè . Elle disait qu'elle
il fuL aS'iégé dès le lendemain, et il tint le n'avait point de pew: du Roi ni des princes
siège tant qu'il eul des ,·ivr~. ne helle nuit -iuand elle parla au Conseil, mai eu lemenl
qu'il faisait fort obscur, il se s:iu,;a avec sa du cardi ual de Il ichelieu, el qu'il la faisait
maitr se en Rouergue, aprè l'a,·oir de cen- trembler.
doe par une fenêtre; cc fut chez M. d'A.rpa11 pril une vi ion à elle el à. deux veuve
jon, qui lui donna retraite dan une de se
de qualilé ùc faire un couvent comme celui
maisons i mais le crédule Vi"er lui fai -ant des chanoine. ses de ~[iremonl, et elJos disaient
peur, il e dégui·enl en pélerin el prennent qu'elles altendaient des bulles du pape pour
le chemin de Notre-Dame-de-Cralll, En ce cela. Celte îemme avait élé fort Ldle el fort
voyage, la pauHe pclile eut bien de la peine à galante : elle eut une fille de Dalot, dont elle
s'empêcher d'ètre reconnue; elle était dé- était J'urieu emenl jalouse, car elle avait vin°t;;niséc en bornme. Enfin, ils passèrent en trois Oil \firigt-quatre ans de plus que sa fille,
a voie et -'allèrcn t jeter aux pied clc la prin- qui n'était pa moins beTie qu'elle aYaiL été à
ces e de Piérn1ml, aujourd'hui Madame de cel âge-lit. La fille de oo tùté n'étail pa
avoie.
moins galan Ie, el olle haïs ait a mère comme
Elle les prit en alfection et fil in.struire la peste. Toute deux onl peste , mais ne
la dame en sa créance, car elle était bu,.ue- manquent poiul d'esprit. Dan le· dernier.
note. Viger, qui al'ait des nmis à la cour, fit tronble , le comle d'llarcourl coucha. dit--011,
tant caver le cardinal de fücheliru, 11ue la avec la mère. Un paae de ainl-Luc, qui cherprinces e l'ut ohligée de la renvoyer à Pari , où chait le comte, ne le lronvant point dans tout
elle[utmise cbezieumadamela comte se., .. le lo is de madame Dalot (on lui avait dit
[1626]. On dit que M. le cardinal en devint qu'il y était) . ouït du bruit en passant près
amoureu1, et que Ualot ca eut bien de la d'un cabinet; il prête l oreille, il entend
jalousie. Par arrèt du Conseil, elle ÎUL mise madame Dalot qui disail : « Ah! mon prince,
dans un t:ouvenl, a6.n d'être en lilierlé de dire que lai le ·-vous? que voulez-vous faire'? »
si Dalot l'avait enlevée de gré ou de force, et Parmi cela, il y avait un bruit de chai es;
si elle le voulait toujours pour mari. Quelque peu de temp aprè oo ne dit plus mot; il n'y
lemps aprcs, étanlinLroduite au Conseil d'en avait que les chaises qui parlaient. aint-Luc
haut, elle dit que IJalot l'avait enlevée de son fit faire le con le ao pagode van t tout le monde.
consentement, que c·éwt son mari el qu'elle Le prince de Conû en conta un peu à la fille;
n'en aurait jamais d'autre. Ils retournèrent Sarrazin un peu davantage et quelques autres;
en Savoie, d'où, je ne sais par quelle aven- mais ~I. de Caodalle pouvait bien avoir mis
ture, ils s'allèreat établir en Guienne. Dalot l'aventure à ûn.
TALLEMA T DES RÉAUX.
01

MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de fer
0
LIVRE DEUXIÈME

-

Citoyens représentants, ciro1ens direc-

leurs, ce hameau pourri m'a déjà été si•rna!P.
Je ~ernaode. qne re...:pédition j11 licière ~Oil

1J1 (suite).

Le ponilleu\ \·enail d'extra.ire la lettr Je
Turpin du fond de ou sabot cas û. Le reprê~ntant ."LLffoqué_ recola d'un pa puis e décida, prit le papier du bout des doiet .
- Qui l'a chargé do m'appo;ter celle
lellre?
.- _Un inconnu, en plein champ ... je ne
sais r1co.
Blad lut et, tourné vers le comcil, p1·0nonç.1 :
- .\(essieurs, ceci von concerne comme
moi; c'est une délation.
- La c[Uinziètn aujourd'hui, fit un membre da di lricl.
~fai ,lérôme Divol s'intéressa.il déjà :
- La lecture!
ntad communiqua :
- Voici : &lt;t Citoyen tept' ent:mts, ciloyrns commi safres, re pectueu des Irailé con enlis, soumi à la pacificalion comme
Hl_'&lt;- décret_ de la République, je m'indigne à
voir ce c1u1 m'entoure cl vous ignale le hameau de Locoal comme un centre de révolte
et dïn. urrecùon per istanle. Les homme
ont gardé leur arme·, leur munitions. lb
co_u-r~nt l~s ~pa~es et massacrent le répuhhca.m 1sol&lt;•s. Leurs clmf sont le ci -devant
chevalier Dcrnardin de .Jovenne, lo fermier
Alanic_ Gynonvez; deux ra:natiques dévoué·
au.x roi comme aux rr ~Lres. l.&gt;e plus, Geor1res
Cadoudal est attendu d'ici peu. C'e t son
refuge habituel. Uue promenade militaire de
ce cllé, demain, dimanche, à l'hl!ure do la
grand·messe, devrait avoir d'bcu.rcox résultats. ~eue lettre pouvant êlre ioterceplée je
ne stgne pas de mon nom mais de cette
qualité, que je revendiquerai, près de vou ,
/1 notre heure : Un ami des lois. »
Jérôme D.ivot, à l'ouïe de ces phrase • a.e
leuail plus en place; a11 mot de Locoal il
a1·ait lres~ailli; dllpui , il parai sait aLLeint de
la dan e de ainl-Guy, trépi!mait comme un
dindon or des plaques de fer rouge.
• a v~ngeauœ, sans cc se reculée, qu'il
redoula1t parfoi de voir lui échapper, sa vengeance, il la Lenail eaJln ! Locoal, Ha.rscoël
Turpin Le Globanic, tout cela e mèlail fai~
sait partie d'un tout. ... "i Lt1 Glohanic n:élait
pas dlh.igné, H ajouta.il, Jui, JJivot. Je m1
autorité, oo nom-là aux deux autre· .... .Ah!. ..
Et il cria, au itôt que Blad e tut :

- Dirnl, cria Dlad, lu a appri à parler
dan le clubs; le idée que tu e primt!s uc
. ont plus de ce temps; on a marché depui

~éc1dée, et Je ~emande encore d'en faire par- Marat.
tie el de présider, là-bas, le tribunal qui y
- A recnlon~ ! llL Divol. Pui . f' redre.~sera établi. J'ai me· raisons.
sant : « Citoyens, je réil,'re ma dema.ndl' !
~a majorité l'appronva; on le craignait. Locoal est un centre de rl'bellion, un repaire
Mais Blad, que sa sitnation mettait an•des u · de brignnda"es, un refage de super titions et
de là~etés, Riad penchait pour la clL!mence. d'arislocralie. Il faut nettoyer rPLIP c·awroe,
- C1to ·en , songe1.-y.... quelqu'un l'a enfumer ces loup ! Je prélrn&lt;l. hariliment
dit tout à l'heure ... , c'e. t la quinzième dé- que penser anlremcnl e~, faililf':~e. ùé ·innon(.;iation de la journée. i on écoutait cPs Lért1t des rho es puliliques, si ec n'c L pas
tror zélés délaLeur , il Faudrait fu iller, par Lrailri e et pacte avrc l'ennemi. A pré"enl,
petits morceaux, la Brrt:1gne tout entière.
wlon , si vou le voulez hil'n. u
Une voix cria :
Blad était 111ou de tempéramrnl. n"3imait
- Pourquoi pa ?
pa • les \·iolences; c'e t pour 1es épargner à
Blad bau a Je épaules :
Yannes qu'il les tonsenlit à Locoal; il lai sa
- Parce que la rai 011 et l'humanité s'y faire.
opposent! Parce qu'on est la, à la fin, de
Sou la pres ion de Jérômr ni,01. fnnrtiontuer .... Je connais les intention, du Dire~ naire redoutable, le 1·ote n'élail pas douteux-.
loirc : il con ei lle la man uétude, la ooncilia- Locoal fut condamné et tous les pom·oir ·
Lion; Pari e l Î1tti 0 ué de la guillotine ....
accordés /1 JérômP. 11 exu ltail.
- C'e l pourtant, interrompit Dirnt, une
A la 6n de celle &lt;léliliératiou, il chercha Kas
belle invenlion! Comment, an- elle, aurait- .\. kourn, voulant le que tionner. Le vieillard
on Cait pour expédier Lou les ci-devant? Je avait disparu; pendant la discu sion, il s'était
me le demande. 'e dites pas de mal du faufilé, san rien dire, par la porte entr'oulfoulin-à-Sileace !
verte el s'était échappé. H devait èlre IOÙl.

1

Le poull/.e!'X, vcnaft ife~t.-~ire la le/Ire Je Turpin au /011/J. d.e so,. sabot t.1s:re. Le repr.!senlanl recula d ~n p,s
• - Qu, liJ cllargéàe m apPorlercetlt lellr~? • - Un i11connu, en pldtt ch.Jmp••• f• nt sais-rien .... ,
CP&lt;11&lt;e ~;;.)

... '-77""

�r-

111S10~1.ll

________________

Divot ne s'en souciait guore. li a,,ait d'autres
préoccupa Lions.
.
li e somint bru quement que deux officiers - le tapitaine Numa ~te~tre, 1~ lie?teoant de ca,•alerie Deaupoil - expr1ma1l'nl
chaque jour leur inexlinguihle haine pour ~es
Chouan qui a,·aienl massacré leurs am,~;
qu'ils diiclaraienl que, paix. ou "Ucrl'e, 11
fallait du sang aux lames de leurs sabrei;, et
n'attendaient qu'une oc~sion pour de 1,ellf•.
repr&amp;aille .
n les manda leur propo a, ou . a direction le commandem •nt ,le la colonne expédi1ion~:iire, qui fut rompo)é.e de ,olontaire du
Maine-el-Loire, soldats sans crup11le , de
gnrdes nationaux, recrutés dans le goujat d.-s
ports. bons 11 toules les besogne·.
,
.
uma Me lrc, aatrefoi de c·œur et d esprit
énéreux, accepta au hésiter; Beaupoil, a,·ec
enlhou iasme. Les événeJD nl avaieotprofondément modülé ces hommes, urtout le rremier; l'idée qu'ils pouvn.i1mt ~e ll'ouver fa&lt;:8
à face avec Georges les enchanta._ L? partie
était belle à jouer; ils ·y compla1 :uenl par
avanee.
.
Mai Divol nageail dan la félicité. Penche
sur les cartes, il avait cent fois émdié le plan
du département ; connaissait le lieu.x comme
s'il y était né; il avait où se trom•alt exactement ce manoir d'Har,coët, refuge de Rose;
qu'en barrant la presqu'ile, on en tenait déjà
les hôtes prisonniers, e1cepté par la mer;
mais le pêcheur de Locoal n'avaient que des
bateaux légers capable lout au plus de Iran-porter des pas agers de la terre à quelque
autre na\'ire, insuffisants pour un échap?ement au larn-e ... el il n· • aurait pas dena,,rc
en vue .... L'é,·asion était donc impo ible.
Il n'avait qu'à ouvrir el qu'à fermer_ la
main, il empoignait d'un coup le deux obJe~
de sr iooubliahles rancunes, celt~ fem~eq~1
avait été la sienne; cet homme qui la lw a"rul
ravie, en le jetant à la ruine. Car, sans. la
Révolution, il était bien perdu .... Son patr11;
tisme s'exaltait encore à celle pensée. .. 11
glorifiait le circon tances. .
Il .oigoa sa tenue pour la~ournée~u~endemain. Il entendail être terrible, mai, imposant. 'foute la nuit, il repn a son ràlc, prépara 'es altitude . Il comptait montrer à ces
gens-là ce que la népublique_ el l'u age ~t&gt;S
pou~oir · avaient fait de l'ancien perruquier,
t.anl méprisé par eux.
. .
.dee'
Puis, au coITT de ses reOexron ·, une 1
lui ,·int qui le fit sou.cire; ses moustache le
métamorphosaient; avee une cravate un peu
haute. il dis imulerail encore le bas de son
\ isa"e • dérruisé de la sorte, il ne se révélerait
0
0
'
•
qu.'au momenl
des confus1.ons
.up:èn~e- : C.e
serait un beau coup de thé.âtre qut srdu1 tlll
son i111agina1ion.
. , .
r ce dimanche malin ou 11 parul deYant
sa tr~upe en armes, à la vue de ce singe empanathé empètré dans se bottes, rravalé pardessus ,; bouche. le mou taches héri sét!s
ju qu'aux yeux, jusqu'aux oreifü: , un mo~"emenl de gaieté fil onduler les ran?s'. Mar
Lous savaient que si le personnag~ eta1l lal'gemenl bnrle ·que, il était non moins cruel ;

que. ou sa direction, ils allahmt marcher à
de belles tuerie , piller, vfoler, mtis:.acrer.
incendier à leur ai e; cette per$pect.ive les
contint dan leur irr •vérence · puis Oi"ot leur
fit di Lribuer de larges rations d'eau-de.,·ie,
fampées sur place; emplir jus_qu'~ll g~~lo.t le
"Ourdespour la roule. ll lessmgna1t; c cla1l un
père .... Toul compte fait, il l'accl:uuèrent.
li pou a on gro cheval pa~ihle, le s~ul
nr lequel il e p1h k'nir en équilibre, el cria :
- En avant!
La colonne mohile sortit de Vanne à l'aube
naissante; par malchance, la plu.i\! commença, fine, snr le fouJs gri.. ,
C'étaitl'aulomne, oetobreetse' Lrouillard
Jans les taillis clairsemé , les fouille , sur
les arbre plu noir , prenaient des Lons d'or
rou , ou de rouille, ou de cuivre; les routes
défoncées, coupée d'ornières pleine' de boue
ou d'eau ale, s'ébc.ulaient en terre molle el
cédaient ous le pied •
Le Bleus barbotaienL. faisant jaillir l'eau,
sous lenrs lourds soulier · à clous, sous leurs
sabots ferré · car la ri!!l.leur de· temps ne
permettait pas de tenue uniforme et rérulière;
on • 'habillait, on se cbaus ail à l'aventure,
dao l'uniqne préocrupalion de e couvrir le
corp et de ne pa rnarcher pied nu .
Tl a\:ançaient quand même, alertement,
rapidemPnl, le cœur chaud d'avoir bu, et
entant l,allotter à leur flanc, d:ins leur
gourd,, une provision de courage. .A,·ec-0ela,
comme cela, on ,·a loin.
Quand il l1L grand jour, il éprouvèrent le
besoin de chanter ; il traversaient des landes
incul!es, dé ertes, à travers lesquelles la
rQule sinuait à perle de vue, ans un chaume
en bordure , ·u11s une fum~e ur l"horizon.. n
pouvait I aller de a romance, sans cra1~le
d'avertir cen qui ne devaient pa~ètreaverhs.
Bientôt la tète entonnait la JJa,•seilltâ.~e,
tandi qu; le cenlre heuglait le ~Il im et la
queue la Crmnagiiole. Il ·. en ay~1t pour tous
les goùt . Le bataillon enLLer avait la gueule
ourerle. Nu.ma Me tre, lleaupoil, Oanquant
Di,•ot sur son bidet, Divol lui-mème, chantaient comme les autres.
L·expédition s'annonçait bien; c'était une
promenade ; certes mes idor. eûl mieux Yalu
que brumaire, un peu de s0!~11 ~ue be_aucoup
de pluie, mais malgré l~ul, 11 n ' avaü pas à
se plaindre. D'autant mieux ~ue la fin de ceL~e
tournée patriotique 'ann?nçait else présentait
comme particulièrementJoyeuse ....
Les chants mon laient; après une heure de
musi11ue, cc bra"es gt:~s e,ur~t oif;. on
décrocha les gourdes el I on s oO'rlt d~ re_ga·
lades. L'i Yressc commença sourde el 5ourn01se,
en attendant mieux; dejà de" lueur mêcl1antes
pointaient dans œs yeux striés de sang: la
brule prenait on élan.
. .
Am: abords des ,,illan-e, , les répub11carns
se tai aient. y entraient, y défilaient, muets,
farouches; regardant de droite et de gauche;
désirant, appelant tout ha l'inci~ent ou(ra"e
ou jeL de pierre, qui leur aurml perm1 la
bonne repré ·aille.
. .
.
ur leur pa · aae, la rue était vide, le maions fermée , po~tes cl volets clo ; l'habitant

.,.

• e cachait terrorisé, à l'idé~ J'une vi ite
domiciliilire, de fusils découverts ous le
fumier.
C'était de ces délits ,,ue l'on r~glait sur
l'heure el dont le condamné. ne réclamaient
jdm~j •
.Aussi. du plu loin que la lronpc en.marelle était signalée, la solitude el le 1lente
em·eloppaient les l1111ne:nn. Elle fos traversait, ·e ré ignant 11 l'inaction momentanée,
oor tous étaient pre ·.é d'arriver au l,uL
- llornmage qu·on n'ai! pas le ~l'mp~~
murmurait Divol. Ça pue le Chouan a plein
nez par ici, a ver u_n sale golll de roi ...•
· mna Me ll'c roulait drs prunelles é,·ère .
Beaupoil grondait. Tou ·les de1u, à la .u!t.e
des événements, étaient devenu . ans p1L1e.
lis mépri~aient Oh-ol, mai approuvaient ~e ·
projets, et l'encadraient san répugnance. :'\a!!lJtlre iL lui eu· enl tourné le do~.
Déjà les républicain a~aient f~a~clü_ Mériadec ' ainte-Anne , Brech·1 i6 eclirigea1enlsur
•
li
Le Cranic; il avaient couvert cinq eu sen
quatre heures, au pa rompu,l"armcà volonM,
ans grande fatigue: 11uand: brus~uement, la
Providence leur offrit une d1 traction.
Dès le début de l'insurre •Lion, Cadoudal
a,·aiL interdit les mariages, il di ait alor :
« jusqu'à la victoire; » la fatalité voulut que
cela linil par signifier: ju tJ\t'au désarmement.
De ce reLard dans la sanction de amours
pay annes, plus ~•un avai~ gémi, plus d'une
1wait pleuré; m:11 le bru1L et le mouvement
de la guerre a,·ait noyé, dan leur en emble
formidaLle, ces tri tesses personnelle . .
.
Aprè la pacificalion lous les pro:°11s qm
u_n:ivaieol recherchèrent leurs prom1, es · et,
dan chaque paroisse, on e mariai~ éper~umeut. Ala suite de grandes coan1ls10ns, c est
fa détente ordinaire; la \'ie reprend ses droit~;
l'homme a besoin d'oublier le pa é, de préparer l'avenir: quand tout a paru somlirer,
tout recommence.
Or. auhameandeLeCranie. laveille, a,aient
été célébrées six noces à la fois ; toute la population était en fète; depui vingt-quaLre heures, on avait hu, mangé, dan é sur la place
de l'égli e; le ménéLrier _n'ét.a.it ~êr~ de ccndu de .on tonneau; aYail cenl fois mclé ~c
mème air sur son violon tout chaud, tandis
que le binious larmoyaient joyeu emm~I.
Partoi , de. ·oups de fou, - pacifique~
ceux-là - des appel de trompe, augment.aient
tumulte et redouhlaient la fièvre
populaire.
.
.
.
Le cidre et le guin-ardant an1enl circult!
librement autour de tables; carlessix époux,
et les six épouses, 'éuiienLréuni pour traiter
leur amis, qui comprenaient le hameau tout
entier; el, malgré la misèrP des jo~r , tous,
heureux d'èlre encore sur terre apr •s la.nt de
périls, avaienL régalé leur monde avec libéralité.
Les pay ans étaient h1r~ , d'une ivres _c
quatre fois renouvelée, la rai on perdue, délirants de gaie lé brutale,. pour l'i~ tanL i capables, la minute suivante, des pll'es éclats ,~e
colère. 11 , faisaient un tel vacarme qu 11
n·entendirenL pas venir le Bleus.

le

Qaand ce111-d parure.nt, Je · jeuM gen ,
les .i1-un fille · , par groupe tumultueux,
as iégeaient les mail!ons de nouveaux n,arié ,
leur offrant, comme r~reil, apr la nuit de
noces, une . aubade cha.rivariq11e. C'était la
coutume. el )'on n'avait garde d"y manquer.
A l'aspect de !roi. couleur fai anl irrup-lion t.lau la rète, il l' eut une tupeur int.lirihle: le ilence e lit effrayant; pui une
explosion de ré~olte, des huée~.
Alors, quoi? Ça n'était pas fini? prt'.-~ la
paix. pendant la pait, on venait encore les
lronl,ler dans leurs pauvres joies? (lue voulaient, que cherchaient ces inlru. ? il · lomhait:&gt;nl mal. .. les cer,,eaux fumaient d'alcool:
l'heure n"était pas a.tu oumi ion pa. sh·e~ •...
De huées'! l'ne huée plutôt, la 1•oix. d'une
foule; chacun y allait. Je a note ; la haine
accordait le partie , l'en emble ré onna ju le,
affirmant quoi? la menace el la ré olution
belliqueuse.
C"étail folie; celte bourgade comptait cent
homme à peine; le bataillon hleu, formé
pour la circon_tance, en pouvait alirrner quatre fois autant; mai qui ré.lléchis aiL dans
cette mêlée d'ivrogne '/
Alors, les paysan nouls el les républicain
ines e me urèrent de ·eux.
Oivot eut peur; et ayant peur, de1int plu
fèrucc encore. Il marchait en tèt.e. ne soupçonnant aucun péril; il fol cnt-ouré; un Chouan
sui it son che1'al par la bride, un autre lui mit
le poiott 011s le nez. lJ clama.. h]êrue, éperdu:
- A moi, la llépuhlique !
En une seconde, l:leaupoil, Numa .\lestre, à
coup de plat de abre, et vingt soldats, à coups
de crosse, le dégagèrent, le protégèrent, en
l"en"eloppant.
Mai" alors, de lollle la rue ordide, des
pierres, des ordures volèrent; les sifilets, les
vorilëralion décuplées se m~lèrcnt aux hurlements; • ur la place, un gar épaula . on fu il,
chargé à blanc, 11 a Divol. Celui-ci ,11 le g~ te
et s'aplatit, embra ant l'encolure de on cheval; le coup partit, ·ans autre effet que du
bruit et dela Iuruée; mais qui donc raisonnait?
Gètte bravade imbécile fut le signal d'une
bagarre. Numa Mestre commanda : (( Baïonnette au canon! » réservant, cependant encore,
la l'u illade; mais, comme le pay ans, décidément dément·. se jetaient sur le ' fusil ,
s'efforçaient de les arracher Ulll mains de·
meu mal à l'ai e dan la place étroite, Di,•ot
n'hésita plu ; d'une voix de tête, lëlée, suraiguë, il glapit :
- Feu! Jes e1ûant ! Feu ! Ilalnyez ! Balayez! Feu!
Au iLôt, comme - on le sait. - la colonne
e compo ait de bandit , amoureux de la mort,
une mousqueterie à volonlé 'égrena, s'e paça,
prolongcfo, ·uccessh·e, et disper a les a' aillant .
Quelques-uns re, taienl pourtant, mai le
nez à terre ou tomLés ur le do , face au ciel.
J"rôme Oi,·otrespira; ce fut d'un ton redevenu calme qu'il put dicter es ordres.
- \menez-moi do11c deux de ces bougresl~, qu'on sache un peu ....
Les premiers appréhendés lui fnrea! con-

du.il ; il Je. in1enogeait, maje lueux et
~è\·ère :

de la répres ion à la r,trnndeur du délit. .l'é•
pargnerai le 1illage; mais, pour qu·h raverùr
,·ou sarhil'Z et n'ouLliiez pas quel ar..cneil e l
dù :11u trois couleur , comme exempl• ....
Jtlrùme Divol, dans l'oppression de,; poitrine.. l'épou1·anle générale, su pendit son
di cou~, ména~eant es effets. en bel arti te;
il prit un temps, pui. •"ndressant celle foi à
Deaupoil :
- Lieulenant, prenez vinnl hommes et,
là. contre l'église, fu . illez-moi ces joli
cœurs-là.!
Un cri d'horreur, de colère dé.,11 porét&gt;,
jaillit de. gorge. dan~ la foule. Les soldai .
amusé.s, c regardaicnl entre eux, ecouanl la
tète : « Étonnant, Jérôme! Pas lianal, Divol 1
Il en a de bonne , le eilo eo commis ·aire 1 »
Et, spontanément, deux cents polir vingt s'ol~
frirent
Il y eut une nouvelle bagarre, encore 110
jeu de haîonnettes; le· six. condamné~, stupides, furent pous ·és, trainés, jetés au mur
de celle église, où le prètra, la veillP, avait
béni leurs mariaaes.
Uue détonation formidAble ret1.:otit. Il roulèrent tandi que leur jeunes lèm.mf':. - si
peu femmes encore, - maitrisée dans les
bras de leurs pères, de leurs frères, hurlai.en!,
les mains en l'air, veuves après une 11uil.
Numa llestre fit un gc te; le. tambour
battirent, couvrant la réprobation, le malédiction , les oulrag s; et la troupe, reformée,
régulière, orlit du ,,illage d'uu pas égal cadencé, militaire.
Derrière eux, doutant de leur , ision, de
leur mémoire, les pny an regardaient saigner les cadavres sur la place, le cadaues
au milieu de la rue; 11'arrirai•nt pa à comprendre que de telles catastrophe. pn ·sent se
produire en au si peu di: tempi; ....
Au loin, le bruit diis tambours 'en allait,
décroi. sa.nt · la colonne des Bleus serpentait
à lraver la laode, ur la route boueuse. Il
ne pleuvait plus. n doux soleil d"automoe
cherchait à gli ser un regard à traYer les
nuées plus léarres; le vent de mer fouetta les
visage·.
.Alors, sorlie des rangs, nne voix prononç.i :
- Dans une heure, 11ou eron h Locoal.
Uivot entendit, rem!!.l'cia d'un signe l'oLJigeant inconnu qui lu rea,;ei!!Dait; pui ·, r levant es moustaches., il le· bérissait encore,
remontait soigneu. emeul on amplr cravate
de satin noir par-dr.ssus son men ton. U enLrai t en cène pour le dénouement.

« Que voulait dire cet nceueil au drapeau
de la fiépuliliq-ue? Etaient-ils soumi~. oui ou
non ') ,,
Les deux pay. an . 1111 p u dégri é , hochaient
la têle, cherchant, à p.ré, nt, à ·e lirer du
lllauvais pa ; et l'un dil :
- Voilà : on se marie, ·ii garçons, six
filles ... on se rtljouit .... ans faire de mal. \'nus
arri1t'z ... on ne sait plu •... Et pais on a. bu
ferme.
Di"ol s'intéres, a. ;
- Ah! uaimenL.. on ~e marie? ix garçon , ix fille~. Eh! bien. qu'on m'amène les
ix garçon' ... je veux les complimenler moimème.
La foule, ,•oyant qu'on parlementait, s'était
rapprochée; houleuse, mai contenue par la
peur renaissante avec la raison, elle écoutait
A cet ordre, il y eut un recul, un silence
sournoi de méfiance el de con ternation. ' u]
ne bougea. Di\'Ol devint pourpre :
- A·yez.vous entendu? Allei me chercher
le six mari~s, ou le ,'Î!lage brtHe ....
Devant celle menace qu'il avaieut sérieu e,
les paysans .e décidèrent. On le vit frapper
aux portes des mai.ons où les noul'eaux mariés avaient été retenus par le bras de leur
femmes loin de ]a bagarre, à l"abri du danger.
Dans chacune se passa la même cène, le
refus de l'époux, la résislance épouvantée de
l'épou e, accrochée à son homme et ne le cédant pas
Ce fut presqueJe force que, un par un, iJ
comparurent, trainés derant Dirol. TêLe Lasse,
il· gardaient tous la même altitude. Les hras
collés au corps, le re"ard en des ous, fué à
terre. Cerle', il avaieut de mauvaises figures,
avaient dû commettre, au cour de la campagne, des forfaits impunis; mais, cependaul,
ils ne méritaient pas, peut-ètre, le sort qu'nn
hasard leur allrihuait.
Divol le considéra du haut de son cheral
el les railla d'abord :
- Ah! c'e t \'ouslesamoureux,Jesa.imé ?
Eh bien, clics ont un fichu goùt, vos fommes! Regardez:-ruoi ce mu eaux-là?... ontils assez laids, ma parole! Vous n'auriez pas
pu vou débarhouiller pour le Jour de vos noces? ... Aht les "ilain moineau~ 1
Le soldats riaient. appla11di saient. Le
commissaire du pouroir exécutif, radieux de
son succès, continua, mais sur un autre ton.
Tourné ver la foule, par.de sus la tète de
ix "ar:. elfrqodré , il jeta :
- Paysan , je devrai vous pa -.er tous
par les armes, brûler votre repaire; car \OU
IV
ète les ennemis de la RépuLlittue en rébellion contre ses lois. La pre1IYe 1 c'est que vou
- u, ont es ayé Je fuir, dit Alanik.
avez dan le mains des fusils qui devraient
- J'en étai ùr, fil Jol·enne; heureu enous être füTés depuis de moi • Vous vous men L, Lu veillai .
en servez auj urd'bui, pour vos réjoui sances,
- Oh! répondit le fermier, je n'ai pas eu
soit! Qui nous dit que, demain, vou ne les grand mal ; de ma porte, ou voit la route et
tournerez pa conlre nou '? Oui, je de\•rais le pont.
ètre sans pitié, taire la place nette par le Ier,
- Us e ont retiré ans mot dire?
par le plomb et la flamme ; mais la Répuans un mol, et tout de uite .... Jls rm
lJlique entend, à l'occa ion, se montrer ma- voulaient pas être reconnq ; il se figurent
gnanime, proportionner justement la .évérité qu'ils ne l'ont pas été.
.... 279 ....

�~ - HlSTOR.1.Jl
- ncorges denail bien ,·cnir ! ·oupira le core quelque ou&lt;:i lntur an mailrti d'IlarchPvalier.
coët.
- Ob 1 oui I npprou\a r.~11ouvez ... lui seul
De celle animo. ité n-éoérale, Rose lli\lot rcpeul nelto •er tout cela ....
cueilfait
part. a bau leur,
mépris
Il: eau. aient. l'un d1~vant l"aulre - k
.:n11ienl dt!jà la é les paJSllns au Lemps où il ·
bras croi,ii~, k jambe. êcarl~es- ~ l'entrée
de~ Rl'po, •.. Enlr • ce deu · hommes, la confiance était profonde, absolue, has,;e sur des
éprem·e · répétées. ur une longue expLlricnce;
rui il. 111,1ienl, n plus, un point oommun
au cœur : lrur Jé,·olion à Claudine.
Gvooun:z ne avail comml!lll racbi:l r ·es
dwi111:es du prrmicr jour; ~ sa nzerain
cnliu reronuue, il prodiguait s.in ces c les
man1u d'une affection p11 · ·ionnée, toujours
•n é1eil. qui l'en rageait lui-mêtne el toute .a
rnaLon ; tlza ne parlait que par Ck1uJine.
PcnJanL la ,unrt', .ou,·cnl elle était mon1~ • aux flppo~es, Yoir ut fille, e foi1 conoler par 1•lle, dan_ sa peur pour l'homme el
les p lits.
Elle amenait Tina. déYouée die :iussi,
J'instincl el par imitation.
Alors. Ioules deux, Jroile • de1·anl l'béritièn! &lt;les nnci.cn · sei ..neur , leur Glo,lwa,
écoutaient, recudllie · c" paroles chnntante ,
'es cncouran-eme11t., se· ras ·urantc conjecture ·: el ùn alltaienL réconlort.ées.
Pui , aux jour. ~omlire , quanti lei enfants
paru/ iievanl .~a lro11te t n armes, tm~11aché,
du clocher élaienl re1· •nu· diminué de moiti:, Divol
empefrt .ta11s su en/les, crJ••.JI~ p:,r-.J.c!;s11s l:z /&gt;Ouche, les 1/IOUSl:J&amp;hes hHisskS Jusqu'.JU.t re,ix, jU$•
clamant la mort des leur~, - &lt;l'Ol1cr, de
;iu'Ju.,; oreil~s. (Page 1.; 8.)
Pa.nch, ·urtriut, - c"ét.ail Claudine 11ui, certains soir , bravant le péril &lt;les rencontres,
ét.a.il dcl&gt;ccndue i1 la forme. apporh!r telle
mère, au cœur truué Jeux foi·. de coura"eu, l:i tenaîenl pour une Le Glob,t0ic légitime,
avérée, authenli4u , mais pervertie , l'étran' " aÎs d'inutile consolation.
•cr. Uepuis que des soupçon: ,u son idenEl l'llo ;n•ail pa é des veillées lunbrue:,
parlanl dan le _1lence des Hr otcalilé : 1ité commençaient 11 circuler et prèna.ient
. ·elTorç.10 t d'inspirer celle foi dans la vie lous lus jours un peu plus rit: con istance, oo
qu'elle proies a.il si peu; sc méta morpho anl b détt.ist:iit un peu mifüx_ a\CC llC r'·scntiment d'arnir an doute, été trompé par
en prêl•beu~c d'e. poir, eUt•, la dêsolét:.
Au rmour d',\lanik, ma\ .. ré la mort de Jili, cil ; tou · l:C grieC :iccumulé - promella.icnt
la mai. on a1•ait repri une apparence acûvc; J'énergiques rc\ancbcs. On alle111lail l'ocpour son homme, "éza a\'nit ravalé ·es pleur,,, ca ion.
ne ,ouh\111 pas l'allristcr encore du repl'ocbe
u seuil de Hl'po e,, Claudine parut; il
vi1,tnt de sa face douloaren~e.
Eu lre le , Reposes cl le. moulin. le · com- .cmblail, à la füir, 1111'dlc l'ùt autre; a démunication~. mal •ré la tli tance, .c cunli- marche était plu lente, plu~ graYe; elle avait,
dan l'oxp ion du lllia"e, celle placi.dilé
1111aienl .111 · interruption; le cbâlea11 donnait
le mol d'ordre à. l:i. ferme; la dernière. oon- dt:s àml!s .alisfoitc-.
A sa vue, Bernnrdin _'(,caria.il d'A.lanik,
·iirn :tait : Empi1eher h tout pri:t Turpin Le
Gloh:.mic d'échappt•r :m jo,.cmcnl tptl l'al- s'emprc. ail ,·ers elle, tenJ,,ît le· d ·u main
1l la foi , souriait au ·i, tria · donné, tr~ intcndnit.
.\Jauil o·y avait point failli; il ét.ail, d'ail- Lime, lui ouhaitanl du liouheur a cc dé.Ilot
leurs, condé en cela pnr le ...-illa e entier. Je jou.rn le. Elle répund:iil par un sourire
emblaLle ; les mèmes vœ11x el surtout la
~an fournir d"e plicaliou. , il a\·ail obtenu dix
même adoration des yeu . révélant tant ù~
e ·pion~ volontaires, le jour où il a,•ait tlécla.rc
que Tuq1i11, déchu &lt;le ·es droits, riurail à rë• d1ose..
i Gp1omez n'arniLété pr 1 ·cnl, ile l propondre de ~a conJui le dernnt Gcor"e ; qu'on
1.,ablll
11u 'il eus ·cnt prolon°é, en la resserLle,rait le ·1in-eilll'r tllroitemenl. lui Laner
rant,
leur
clrcinl .
l ' roule ; et, cc jour-Là, le cbd illlpopulaiN
La jeune fille, ou mil!u~ ln jeun femme,
ne lronvn pa nne voix pour réclam!'r eu a
faveur, crier à l'arbilraire, el l'ai· 'rtir !i s'en vint au fermier à son tour: il ïnclinait·
elle avait grand air, repri . depui • peu, Je
propo .
Pui la présence de la Haie Claudine am tontes le· llcrl6. 'foujour~en1barra .é devant
Repo e• fini sair p:u- se ùivulgucr; san cer- elle, il ricanait, don ail d'un pied sur l'antre,
titude ur :-ia per onn , le pay an du Locoal, tortilbnt son chapeau; cc Chouan ·ans peur,
an · pitié, était timide; il di ail, pour dire
à force d'mùuction , tournaient autour d11 la
Ytlrité; if - de,inaienL qu là sü pr ·1Jarail en- quelque cho ·e;
07

- U11rs. madt'moiscllr, c' t-il hientc)L
11uc \"OU r.cnlrez dans Har~cuët 7 Vou nou»
offrirl'z u11c ~anlé, ce jour-là 1...
Elle 11: tonsidérnil le yeux mi-clu., l,ien\'eillarrte. mai loint'1ine .... Elle Yinit dan,
une atmo~pbèrc Je rêYc, entre la joie et le
Jé~e poir; ne savait plu · quelle était la
réalité, d • la morl mi,nar:inll'. de l:1 vir prodiguée. Poussée par le Ycnl. elle allait devtml
lie. ignorant où.
Enfin, ellt• rép&lt;mdail :iu fermier par Je
douce- banalités; le cliargt•:iit. pour :.a lemme
el sa fille d'a.ff Lueu~es parolr.-, le renvuyail
ra,·i. Ellr arnil "e do11 cl1• s'attirer le
cœur·.

G..-nouvrz iffia son chü·n et 'en alla. De
IQin: Joyc•nne lui criait encor• :
- Alk-nt..ion aux roul ,, ! ~unl'lllc le
pont!
EL de loin, nus i, le papa11 agirait ~a main
:m bout de son bras étendu, en t• ouant la
tête, ec qui . iguifiail :
.
,OJeZ trarn1uille ... liez-vou à 11101.
.Bernardin s'en reüut ~ laudine. Un hanc
d, pi ·rr • êtail procbc, dan une encoi·•1wre;
il prit laj,•une fille par b Laill1: et l'y entraina.
11 tombaient as ·is l'un à coté de l'antre, el
In main dt• l'amant aimé n'arail point (Jllillu
le oor.-, ge Je l'aim • airuant1.
Ch1tcun cherchniL ou imng • dan, le prunellt' d l'autre; il i.; tuirèwll •'li cuxmè1m•s, raclieu1. mêlant leur ,ouflll': pui ,
:iprès une pause, lentemcul unir •nt leurs
lèu · : oublia.nt la terri:', le dani.:er. , h°!"
frères félon 1•· roi·, le' rêpuLliq,;c,.,: bornant l'e pace au lieu oît il - iltaient, I• lt•mp~
i1 leur Tcncontre, et leur d,:sir à la proehai11c
nnit.
iulollr d'eux, il se fai.ail, dan un ::ra.ad
calme, un grand .ilenœ. Lf' malin1t1•~ tle cet
uctobrc r ·lcuaicnl d • · ùouœur d' sepleinbrc;
pa de 11i5e, des rluie. lénèr $, toil,• d'aci r
line imprégnée el traversée Je ouùain~ e. sah
de so)Pil, Celle année-là, Ll's méfaacolies de
l'aulumne n'étaient pa - mélancolique · ; par
conlrasle , u drame de homu1es, hi nature e
plaisail à de langueur oi'ÎY , à d pnr ·es
heureu · ; elle refu ail cl'a\'ancen rs l'hiver.
fü en.usaient à Yoix ba. e, de quoi 1 d"euxmèmcs. Ob! non pas de leur personnalil~
antérieure et tragiques, du ch •f des Chr,uan
ou de la noble fille découronnée d'llar,coët;
non, non, ceu -là étaient hitm ouliliés; ils
causaient d'un Brrnardin amour u,i; &lt;l'une
lnut.line; d'une Claudine amoareu e d"un
lkroardio; cl le premier racontait, en détail.
ce quïl pensait, cc r1u'il souffrait, r1uand il
n'a\·ail plu Je ·ant les yeu la chère image;
el la seconde dépeignait a tris~. ,e cl son
ù~ wunérnent, q_ua.ntl, par ha$ard, cite e
Lrouvail ule.
U· ét.aienl graves et puérils, é •oï,te à
deu., déinlércsés de tout. occup: d'un
nuage, ,ournis cl révolté , rid.ieuhi, el ·ulilime .
Il arri,•aient ju teà. C('tle éporruc où l'runour
même i.e transformait. Entre l'amour qui finil
a,'ec Louis XV al l'amour qui va noitre aprè..~
la R~l'Olution, il y a la difl'érence du rire aux

larmr. : du plai:.ir à la souffrance. On ,,a
rèver, on ,,a compli•1uer, rp1inte sencicr, dépro\•cr, par une morliide po{,sie, c~ qui n'était
Jadi~ qu'arrré:ible pa.,~temps.
L'amour va devenir le but de la n.e; il
l'emplira. A llicheliou, Lauzun, des Grieu.
nième, ,·ont suret1der 'erlher, Manfred el
Bené; un àme nom·elle ·e rt!"èl ': ~pcrdumenl, olitairP, .:i elle o'e ' l pas acs·ouplée. Il
se prépare déjà, cet :imonr roronne1 que, 4ui
de,iendn romautiqoe pour finir en pas.ion
délirante, dont s011ffrirn le di -nenvi\m · iècle
à na(lre; une tri '!esse e li se d,rns les joie
couqui.r,q; une joie_ 'éprOU\'C à. .oulTrîr d'm1e
cerlai ne foçon.
On :i des scr11p11les, on a des rernord . 1)
ces &lt;l 'fiente e , le,,; am::wl. Je la Uuhorry
n'ayaienl poiut l'embarra •. E~l-ce mieux?
Et-ce plu mal? 011 ne .ail p:1.!, C'c t aulre
chose. Le iolluence de Jeru1-Jacqu Ilou eau, ùe Ilt!rn.1rdin de aint-Pierr • ne ont
pas .!lran,.èrt!s à ces alan!!Ui · cmc11t,; on
convie la nature à ces fètes des cœur · ; il leur
faut c décor : d ' bois , de champ • la
mer ... de lae: urlo11l.
El cet r.lat nouveau n'e·l pa locali é, n'c l
point 1mrticulier aux oi iYe., aux ongeur de
Pari .... Il a péuétré partout, parce quïl e l
l'idée du jour, l'air du lemr~; il ~e propa"e
·ourd m nt, an qu'on ·ache par où, ni
comment; il narne la pro"ince, même. ou milieu de. merr • &lt;lu [rnC3Ji de arme . Ou
mieaY, peul-ètre, ce ont les guerre- qni
dispo~enl ]('s csp1·its aux alarmes. am: ·onge'
creu ; l'ébranlemclll cérébral de la oolère et
de la peur e prolonge en défaillanct•, en
mièvreries ner1•eu es; Les ames tri l~· font
l'amour triste.
Derriere leur~ londe.l, leur rocher le ch vaJ.Îl!r de Joyeuue, la demoiselle d' llarscoël
n'étaient pas à l'abri de celle angoil-se euümenlafo. an le ;avoir, il la nhi saient;
peut~tre ajoutait-cl.le encore au charme éLroiL
Je leur · crète union.
Eo debor de cause réelle ·, i éLaient,
tour à tour, fién-eu emenl ewtés ou ·ombr..menl aballllS; tantôl rôdeur di · iinulé :
tantôt radieux complices. Toul était é1JuiYoqm·
dan lt&gt;ur ·itoalion; jamai ooncour tle circonstances ne cré:i plus d'amhi.gu.ïté aul.our
de deux être . Et, dan leur ca , il , a1•ait autant de folie que de rai:.on.
•
Au Init· ptéCÏ' emèlui &gt;nt I vt ton propbéli&lt;1ue•. Elles pe aient, d'un poid· égal.
sur le · · véoements et la condu.ite d âme ·.
C'était, pour c s personnagcS exc •p1ionnels,
dans ce pays de uper tiliou, de. br uillard 1
de fanlômcs , une e lra O"anle Cllnfu ion
d'ab urdité· acceptée. et de réalité Lrop préci e . !archer droil ùan · ce cbao den:ruùt
impn il,le, I 'y lais.ai nl aller.
- Bnoardin!
- Cl utline!
li s'appefaient aiosi, r1;pétaienl ceol foi
leur nom pour le plai~ir de le prononcer, a~
l'enkndre. Nnélr l'un &lt;le l'antre, il pensaient ala foi ... , e répondaient a nnl dt!.Lre
quesLiono' ; cela o les étonnait plu .
ClauJrne accueillait les jour an \'ou.Joir
0

mis~ion qu'elle 'était prci;crite. Elle charmait, ravi- ail, en ·h:mtaiL cc re" te d'une ,·ie
qu'elle pré"oynil hrt'!ve; offrait à ce condamné,
dt;jà m:irqué par la mol'l, Inules le~ volupté·
humaine!, les terrestr délices qui fooL e11\'Ïahlcs encore le frn lei, plu 1ragi,1ues et
le' plus court· de ·tins.
Pour elle-même, si elle de\ait urvivre au
drame, , ~c, nouv(&gt;lle ou!Trances, ,,If' accumulait le 0111·enir . afin d'«m peupler c
future solitude . l'arfoi , avec llfl!! oh~ûnatiou
donlouren:c, rllc conlcmplail ou amant à
genoui devant elle; il uc 'en doulair •uhe;
·Ile l'apprenait par cœur; cll • gra"ail dan
sa méruoire lt• traits de celle jcnnc tète
qu'elle tenait dan H' moin , qu'elle baisait
aux yeu , avec l'ail'reu~i= pensée des tpnraLions ratal . d •· arrachement~ prochr .... El
la r1holl · alor loi durci· ail ltlS Lrait .
JI J'inlrrro"e.:iit :
- ,\ 11noi on e:-tu?
E\·a,ivc, die ·en tirait facilement par 1111elquc mensonge; l'évocation ~ •nie de on pa.ssé
ne surn. ait• •lie p:1 - à l'as.ombrir ainsi'! IL la
croyait: il la cro}ail en cl!la, comme en tout;
car jamais confiance ne fut plu nveu"le.
tant lui-mi!mll d'intelligence moyenne, il
lui recouna.i sail une âme supérieure, 'exta·iail à l'enteudre. alor qu'elle t'iprimait la
plu impie perde.
- Oi1 va. -Ill ·hercher ce tp1e Lu Ji
Elle ouriaiL, puis répfü1uail :
- Plus on a oulîcrl el plu on a
d1does!
Il n'in.i ·tail pa , cnr le ·ujct étail pénible.
ll •~nra eait à r. pptler - san · counnître le
pire - le. anci, 11111;,, tortures dti cdle qu'il
- aimail; sa haine pour Turpin 11'a1·ait pa.
d'autre ourœ.... lmpntit&gt;mmrnt, il al1cudail
le jour du règlement Jcs comptes, dt•cidé, .ile tribunal de· Chouan. ne raLait p::is ju ·lice ain. i rpùl l'enlenùail, - à vc-11 cr, dt :.o
main, cette anrienne dctime qu'il arnit lra\'tstie en glorieuse idole.
)lai., en r·e J0Ur, il t'hassaH les furieux.
projet· suggéré· par la haine, se plongeait
tout entier san mtihmgi:, en la mol1 • douteur ù' amour. partagée.. El Lou deux
.~'allardaicnt ur le Lanr, le main~ join1es;
riant, ia1érienrem.enl, aux sou~enir~ de la
Yeillc, aux espérlmces du soir; comidérant,
llllil la 1
·oir. la roule cp1i fui·ait cltwanL eux
du colt de la mer.
Peu /1 p u, ce1wndant, l'O?il de Bernardin
s'intéres~n : un point noir venait d'l' surgir
qui !!ra ndi sait, en :'approcb.ant, rapide. Il
marmotta :
- Qu'est-ce r1ne c'c 'Lque celui-la'/
Cbmline rC'gart!a.it à . on tour; ruais ell
T~ùt.is. ,. Ils ga1:Ull~111 tous lil m. me i1ltflI1j": lt·s
t-ras collës au corps, le nl(ar.1 c11 .Jefso us ~ries.
n'avait pa. (P" t •rébra.ntl' · prunelle tl11 chf'[
ils 11~afwt J~ m;riv.:ilscs jig11r~s, ... (J&gt;:ige 279.)
chouan. Entin, il reconnut l • per-onnnae qui

&lt;'akuler rpJellc l'Jl serait hr ~omme; ils 1:taienl
le. l1iemenu ; apr \ œu -lb, elle en souhaitait de S(!mblabll' ·, el n'allail pa. plu loin.
Eli() repou . ait l'a,•enir, 'accroi·boit au
présent.
\lais trop sourent, Uernnrdin la rappelait
aUI. lurreur: du lendemain; c'éLail lorsqu'il
lanç.,il ( lui ~uî oc sa\·ait pa ) dans de
proje1 uperl., ,, pour Je:. bonheur futun-;
11u'il prédisait la paix rewnquise, apr~. une
derni~re guerre terminée en victoire; la
royauté rétablie, lrt llrel:t~ulihre, les Chouans
honorés. Alors on serait heureux, rich ·, élevés au prl'.m.Îer rang p:ir la rl!t'onnni sam·e
d,•_ princ,:,s; cl le jour où Claudine reprendrait oo 1'l'aÏ nom ·eraiL au· i celui où la
noWesse bretonne , apr~s mille aventures,
brillerait d'un nouveau lnslre el d'un nom-eau
crédil.
lai: la jeune fille, à ce· projeetion ur
des féllciré au, i chiméri&lt;1uc que lointaine.•
r6pondalt Yaguement , sans témoigner de
fièvre ui d'enlhoIDim,me, ni mèrne de croyance.
Bernardin lui reprochait on manque de loi,
on peu ,.rauacbcin ut à I cause.
- T11 c une maumi c royali le.
Elle secouait la lèle.
- .'on ... m~is je n'ai qu'un roi ... qm
n·c l pas loin d'ici.
Et
se jetait dnns ·e hrn . \ aincu, toujours charmé, que poumit-il r~pondre'? LI
'enchantait dan œ.t amour; de c.i'lle jeune
eristence réiugi: en lui; il épi.ait ·ur ce cher
visage, qu'un grand cœur gênére1U colorait
ll'un san par, le reflet immédiat Je
pro-

~ne

0

llr\Tl!llrul.

pr senlimen~. ~i queh1ue idée ecrète lui
îai"ail fronœr les ,ourcil , touL de 11ile, ur
t~ vis:ig.-. auné -e peigoaiL une angoi se. Étaitil !!ai? elle resplendi ·ait.
.Ah! ccrte., elle acoorupli sail dnu Ioule
sa beauté, da to11le sa arandeur. cette folle
... 28! ...

.

a

- Le recteur ... annonça+il. la Hrix ennuyéc.
Claudine c 1 1·a.
- Vien plu· loin • répondit-elle; il csl
inutile de l ïodigocr encorn !
Il approuva d'un signe de tète· et tous
ùeu. •'écba~pèrent derrière la \'ieillc wu-

�1f1STO"J{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - raille, se courl,anl un peu au niveau de la
crfüe san se l:lober la main ; landi que,
&lt;lan le Loues du chemin, pataugeant h plein
pieds, la soutane troussée, le chapeau enfoncé
m· le cràne, le prêtre 'a\'ançait à contre
vent, lançant el ramenant d'un geste de fauc·heur son grand bâton noneu ; ilhouettc
énergicp1e, robuste encore malgré l'age ....
Le recteur .Allano, pr~Lre réfractaire, cnré
tle Locoal, détestait le péché; c'était on devoir assur 1ment; ·ela fai ait partie de sa
mi bÎon ur terre.
Or, non seulement il le délestait, mais il
le devinait· et certain péché, principalement
celui qui donne de l'e, prit aux fille . Aucune
ne trou1·ai1 gràce de\•a nt e yeu"t lerriLles, i
a consciPur:e n'était pas en repo . Quand il
passait dcYant les fermes, dans le rues du
village, il regardait fixement les femmes, el,
i elllls rougi saienl, baissaient la Lêle, cherchaient à fuir sous celle inquisition, j) les
arrêtait d'un geste, d'un cri :
- .lnuaïkl Dcrc'heed I Fantaou! Lu te
sauves? tu. a péché;_ tu sans le i,écbé ! Rappelle-Loi n~criture : Eve an i se au1•ai1 devanl Dieu!. ..
Au milieu d'unefouleallirée urles portP.,
il accusait de la faute, menaçait dtl l'enrcr les
filles effarouchées, humiliée , furieuses, qui,
scion leur tempérament, fini saienl par rire
ou par pleurer.
Il ne se trompait guère dans ses accu ations .... San doule, les âmes simples, qu'il
conie _ait ainsi, au YOl, se prêtaient d'elle mâmes à leur confusion; et, par le trouble
témoi né à l'a pect du recteur, e dénonçaient
les premières sous ses yeux perspicaces; malttré tout, il rèlirait crrand prestige de cette
clairvoyance, et souveut la crainte de son audacieu1 regard retint à la vertu des îemme
hésitante qui n'étaienl point bien ar&lt;lemmenl
tentée..
En debor · de ces incurion dans les
consciences, .AUano était un prêtre de foi
primitive.
11 expliquait tout par la ré1·élation; ne
suspeclaiL pas le anciens miracles, en allendait de nouYeaux; réduisait l'esprit à lalellre,
n'admettait pas la restriction, foi ·ait d'une
légende un doame et con idérail le rite
comme la discipline de Dieu. La terre'? L'antichambre du ciel, rien d'aulre. La vie humaine·? négligeable; une épreuve. La morL?
Dne délmance · heureuse, avec les acrements.
En ce temps de batailles, il exhortait: il
tHe\·ait sur sa tète le crucifu comme un drapeau i prêcbait la rési tance aux loi l(UÎ condamnaient l'Église, aux hommes qui chassaient lùs roi , Cl'S rcpréscotan[ de la di11inité.
lléfractaire, il accabla.il de ses mépri~, de
ses oulrage , les curés jureurs; les prèl re
mariés le fai. aient tomber .en conl'lllsions. La
guerre de chouans lui parais ait sainte: il
réprou11ait, pour la forme, les massacres, les
incendie , les violence.. Il ne doutait pa '
d'ailleurs que 1a cause du Cb.rist ne trioruphàt.
Ce fanatique avait une grande vénéraûon
0

pour madame de Jol·enne, l(n'il affirmait être
Il entait bien qu'il y arait du m);;lèrc
visi!ëe ifes anrre . et faisait de~ Reposes son dans cette rrravité, ce dJJain de tout. ce détarefu 11e de prédilccrio11. Bernardin, habitué à chement des ohjets rt de êlres, sans comlui depuis ~on nfance. l'accueillait, sans pm alions f' pérées dans l'au delà. On n'est
t'Jlort, tl'un alut grnciculC ; et, IJien qu '11 pas !i ce point indill'Jrenl dons la vinglï•me
n'auachàt point une toi a,,rugle à ton se
année sans de pnis ants motifs, ~ans d • eprèch~, Ioule se orai~1&gt;11 , en ,·oyant ce rous e, profondes. fi allendail des confidenYienx prêtre assis 1t cfüé de sa mère, il luj ces, à défaut de confession. Elles. ne "inrcnt
emblait qu'il complétait l'cnsemhle el Fai ait pa.,
partie de la mai on.
Il remarqua ùicntôl que Claudine ne proLe cl.it'valii•r était trop jeune pour tli cerner nonçait jamais le nom de Dieu, du Chri. t, ni
ce que pom:ail aYoir d • néfaste cette influence de la Yierge; r.acboo dans le chùtean, elle ne
cxnltée sur une âme mi·s1iqut', natnrdlemcnt pou rait se rendre à l'égli·e; impossihilit~ maencline au:x plu folle pcrsuasinn..
jeure; ruais elle n'en témoimait pa de regrets:
Réunis, ces &lt;leu: chrétiens du moyen :in-e, le recteur Iui proposa un jour de dire la me se
aux m prit.! imilaires, incomplets d'un côté, pour elle, aux fiepos&amp;;. Elle refusa doucement,
exagér4. de l'autre, se outenaient, s'exci- genrimcnl, mais refusa, all 'guanl qu'on ristaient aux pire diYagalion . Us avaient à la quait de 12 sorte d'allirer les soupçons. Ce
fois I'obtui;e crédulité de l1•11r:; p:iy an et 1 s n'était pas un argument valable; et, la prccxtati4ucs envolées de Aum lin el des }Io- miùre, en le fournissant, elle n'a"ail pas J'air
nique. Sans ce .• e préoccupés de la présence d' - croire.
de Dieu, il ne faisaient que pa ser au milieu
Allano devint sombre. li confia on cbanrin
de hommes: Lous leurs inrérèts étaient placé
à madame tic Joyenne, qui soupira, leva le
au ciel.
yeux au plafond en joignant les mains.
Peu de jour· aprè l'entrée &lt;le Claudine
- Recteur, le secrets de Claudine ne sont
aux fieposes, madame de Joyenne, qui n·a11ait pas les mien .... Je ne puis rien dire .... C'est
p:1s de secrets pour son ordinaire confident, ,•r_a.i .... Elle est, pour l'instant, détachée de
lui avait révélé cette présence; le vieillard, l'Eglise .... J'espère, je ..rois q1ùlle 1 revien,comaincu dè' le premier mots, célébra ce dra. Mais elle a beaucoup soullt&lt;rl. .. inju teretour en effusion~ religieuse .
ment. .. cela va de soi. Elle n'ei,l pas ré ignée.
Ro.c Ifüot, pas plu que Turpin, n'était Un peu de bonheur la convertirait bien vite ...
des amis de l'autel; jamai elle n'en prenait mais, hélas, le bonheur n'e t pas de notre
le chemin; et celte impiété, rare dans !"épo- monde.
que, ,candaJi ail la foule. QueJle joie à reconAllano dul se contenter de cette homélie
naitre que la femme impie de Harsroët étaiL cpi'il appromia dans la forme; mais, quant au
une Fausse Le Glohaoic, ni noble, ni même fond, il fil ane réserve :
lketonne sans doute .... Quelle facilité à l'ba- Elle a beaucoup souffert. .. ? C'ru I une
hiller en sorcière. qui , par e maléfice , rai~on de plu pour be réfugier en Dieu.
retenait, corrompait, affolait l'àtne du mal- A qui le dites-rous curé ... '/ Ce n'esl
heureux, tombê entre e rilfos, pour sa pa moi qu ïl faut prêcher. C'est elle!
damnaLion. C'était elle la seule coupable, la
- Je n'ose pa., a voua-l-il après nn si~enll"cau ede ruine Jans celle vieille maison ... lence.
el\ , l'étrangère! ~ p.i)~ dégageait sa re pon- Vou n'osez pas? Pourquoi?
sabiliré.
- Ab! "oilà !
Le rt'Cleur complait, an contraire, dan la
lJ se rrrattail la tête. dans un ge te familier;
véritaùle Claudine, dont il se rappelait l'en- il restait paysan malgré on caractère.
rance tlouce el pure, rencontrer une pieuse
- Voilà quoi'!
servante du Christ, très humblement oumise
- Eh bien, elle n'est pas corume tout le
aux \'Olont.és d'en bout.
monde•.. Elle a grand air ... elle me rappelle
Là, il eut une surpri e.
. a mère, la l'Omlesse Anna, une bien noLle
La jeune fille accepta liùrement, 'ans com- dnme, qui me donnait de sou quand j"étais
ponction feinte, le nclious de grâce du nn gamin. J'ai peut-être plus de respect pour
prêtre; die lui répondit avec reconnai, sance, elle qu"tille n'en a pour moi .... De,·ant etle,
mai comme à un homme ordinaire. Rieu je me lrouùle; j'oublie me discours préparés
dans ses parole , dan s0n auilude, ne témoi- la veille; mes conseils illftlClueux; elle a tant
cna cc re pecl attendri, œlle émotion débor- de 1·boses dans le~ Jeux ..
dante cpÙUPnda.it d'elle le mini tri-, de Dieu.
- Dïnoubliabll's rancun , monsieur AlIl en augura mal, dr l'aùurd. Encore une lano... a vie fut un martyre ...
qui, à trop '{,carter du clocher, avait perdu
- Il o'y a pas de martyre ~ans la foi,
de yeux le coq rl_e aint-Pierrr. [I se jura dl! madame.
la ramener à l'Egli:-e, y mit Lous e oins,
- ~~ !-ce bien certain, curé'!
mais y perdit sa peino.
- .le vous l'.iffirme.
li 1i'éLait pa de r,,rce a\'Cc cetli;: auditrict&gt;.
- Alors, je vous croi ..
Quand il parlait de l'enfer, efic souriaiL;
AvPc madamt&gt; do&gt; .loy,'llne, il avait toujours
qaand il parlait du ciel, elle ecouai t la. tête. el facilemcnL raison. Elle restait, elle au si,
l.!uc pensait-elle réellement derrière es re- pa} annc; ses aïeux étaient de ces noble
gard · calmes~ Il e le tlemanJaiL • ans pou- homm~ t(Ui lahouraienll,mrcbamp une épée
voir se L·épondre. Elle l'intimidait, l"eO'r:iyait au coté; li Lrés uaais pau ne , 1•ivan l de la
un peu.
tPrre avec. implkité; Lta bme la foisait ans

''---------------------------------~--orgudl; el pui les considérations d'ici-ha
n'a1·aient pas de prise urelle: enfin, d'E'$prit
peo...,onple. elle préîérait se lais,er com-aincre.
P.indant de· moi , Alla.no Técut quotidit&gt;nnemeot it coté de Claudine. Elle 'habiluaiL à
lui, mai ne se livrait pas. conscn.ut la di.tance, demeurait unP foigmc.
Quand le prêtre, le soir, aprè- quelque rérit de bataille, q,1elque nouvelle appri e de·
soldats chouan , appelait, les hra levés, la
bénédiction da ciel ·ur Jes nrme · des champions catholiques. i madame de Jo1ennP e
pro ternait. dans des altitude re&lt;'11i&gt;illie.,
mademoi Pllt• Le Glohanic ne courhait pa · la
tète, ne joi!!llait pa les main . Elle écoulait,
pensive, lointaine, mal per uad~epeul-être de
la clémeuce du ciel. de la justice de Uieu.
Et le prèlre se désolait de celle indifférence
qu'il del'inait ho'tik
Dans se· veilles, dan se· m~ditation , il
recherchaiL constamment par &lt;1oel chemin il
pourrait « ramener au bercail la brebis égarée». Il demandait au Très-liant de inspirations ,ictoriense ; improvLait d'irréfutable
plaidoyers; le apprenait par cœur, pour n'avoir pJa. qu'à les réoi Ler.
Le lendemain, de11ant Claudine, il en perdait le fil, n'en savait plu le premier mol,
el sa peine eu redoublait.
Hautaine et renfermée dans son rên~ habituel, la jeune fille ne s'aperce\'ait même pas
des an"oisses de cet inhabile prédicateur.
Ellecroyaitqu'ila,ailcompri sa l'olooté, on
écarl farouche, tiu'il renonçait.
L'anxiété du recteur redoubla au retour de
Jovenne.
"Dès les premier regard qu'échangèrent
de11ant lui ces deu. jeunes gen lrop beaux
pour ne pas tenter le diaLle, il prévit l'amour inévitahl et trembJa que, &lt;levant les
oL 1acle qui les séparaient. la nature, un
beau oir, ne les urùt sans ·acremenl. a
gros,e raison, œ jour-là, fut clairvoyante.
Il les épia an trêl'e; notant à chaque oouYeJle rencontre, dans leur ,•oix, dans leur
geste, le progrès de leur intimité. llienlôt il
consl:it.a l'évidence. Le scandale habitait la
maison.
Alor·, il n'y tint plus, il avertit à demimots madame de .Joyenue Pour son indirrnation. elle ne bondit pas sous les insinuation .
avait-elle donc? Souffrait-elle la faute? Elle
cssapil, mais mollement, de le dissuader.
- Que leur reprochez-vous 1 que Lrouyezvous à reprendre dans leur conduite'? ... Je ne
vois pas.
Il éclatait.
- Je lrom'e qu'il ont l'air de deux
époux! ... Je sens le p~ché !
Elle se refu ait à en entendre davantage.
- Laissez cela, monsieur le recteur ....
Vous sarez bien que .Bernardin ne doit vas
vivre ....
- Ceci est entre les mains de Dieu; mais
voulez-von. donc qu ïl meure damné 1
l!;t. subitement, abusant de son a cendant
sur cette ,·iciUe femme peureu e, il fulminait:
- Vous êtes aYetigle ou complice I Ces

Les slxconJa17u1és, stuplJes . /urenl rousses, trainés, fett!s

.:ih mt1r de etlte tglise . ... Une détonotu1n fonnfdal-le
retenti/. Ils ,-ouUre11t ... ,\"11ma Mestre /Il 1m gest~; les la1nb011rs b"111renl, couvrant b répro/Jal/011, ks 111.ilè•
dlcllom;, les 0111,-.iges; el la troupe re/orrnèe, regultl!re, sorm du 1·illage a·,111 pas tg;zl, c:zdtmcé, militaire.

Pn:?c :1ï9.)

TUalheureux. vont à l'enia 1 lin jour viendra
où vous pleurerez des larme de sang au sou,·enir de 1·otre complai aoce. Vous devez empêcher .... 11 le faut, Dien le veut 1
EUe e dé olait :
- Empêcher quoi 7 ,os supposition sont
pcul-1\tre gratuites .... Tiien ne prouve ...
- Oh I madame, regardez-le ·!
Il les regardait, lui ; tres aillait de colère,
a,·erti par son in Lincl; il a,·ait, une tois,
plongé se., Jeux dans les yeux de Claudine,
ainsi qu'il agissait pour les ftlles du ,,ilfage;
mais, ce jour-là, il était tombé sur deux yeux
volontaire , résolus à garder leur secret, deu:i:
yeux rebelles, dont l'expression hautaine l'avait

rite rappelé aux humilités de sa condition.
Al'CC Joyenne, il perdait son temps. A l'inqui ilion de ses prunelles actives, le che11a1ier
répliquait par un:
- Qu'est-ce qu'il y a, curé?
Et pas ail, nonchalant; trop heureux pour
,·ou loir être distrait.
Le curé, naYré de son impuissance, se rattrapaü, le dimanche, ,m prodiguant e foudres dans un ermon \'engeur, promellant la
torture éternelle aux libertins comme aux
filles mal gardée . Tant d'éloquence, en ce'
jours, était presque inutile; la guerre amit Lué
l'amour; les jeunes gens étaient rares au pays.
Madame de Jo-yeane, cependant, protitail

�"7ST0~1.ll----------------------de la hortne parole, l'emportait en elle, mais
ne la répandait pa .
Telles furent les eules ombres, si vaguement perçue·, dans l'idjlle de Bepo.e, la
balte fleurie ..•
Bernardin el Claudine fuyant l'approche du
prêtre, avaicn t di paru derrière le_ bâtiments.
JI avouai!:
- C'est horrible à dire, apres lar1t de dé. a Lr , tant de mort!, maisj" n'ai jamai · été
au' i complèt~ment heureux!
Elle le coottlmplait, pa . ionnée, farouchement d ivouée; ell pen ail (! C'e t mon œu' re ! » el loin de e repe11 tir, loin de re.,.retter,
elle était fière et jugeait qu'elle avait hicn agi.
Parfois, cependant, ur1e conjectnre la venait
. urpr ndre: iles ombre vi ioo , le· sanglante prophétie de madame de Jo}'enne 11 •~t, ienl qu'b.allucinalions el dirngation·? i
llernardi11 de\'aÏL sunii1·re au1 é,•éncmenLl et
nombre d'année' encore, que de1iendrailalor
on roJe, à elle'! Forcémcnl, fatalement, il la
réclamerait pour épou e, appellerait la sanction Pgale nr leur amour pruen, né de l'in 1incl et de la nature : ne pourrait pa comprendre, non qu'elle s'y refi.isàt, maî 11u'elle
ne lu :,;Ouhaitàt pa plus ardemment qur luimème. Que ferait- lie en ce alternalfre ?
EJJe chas ail cc· pensée..... i Beroardin
duvait vivre, qu'importait Je reste'/ E t-re que
le re le comptait'! Pour ellr, il serait toujour
lemp · de onrrer à l'échappement; avec la
mort on arrang1: tout. Et, satisfaite, elle e
reprenait à ses dou: soins d'amour.
Elle était lPndre:
- Bernardin, a·-tu r marqué rJUe, lor,,_
qu'on aime, tout semhleaimer autour de soi'?
llegarde, les mouette en criant se pour uhent
ur la mer; k lourd chevaux de labour ont
des gaieté· ,ubites; ce premier jour d'aulomue olfrenL des joie de printemp : mai ·,de
tout cela je ne m'aperœvrais guère, .i mon
cœur, lui a.ussi, n'avait sa chanson.
Il était naïf:
- Bien sù.r ... c'est bon de \'Ïne, comme
cela; le Lemps ,·a vile .... Tu ne ai· pas'! Eh
bieo,j'ai oublié la guerre, moi, qui l'aimai ;
il me semble qu'à présent elle m'ennuierait.
Tien .•. rnL-tu, la meilleure chose, le grand
bonheur, c'est le silence, ÎI deux ... s'écouler
vivre ... Quand on est vieux, on doit se somenir de ces cbo e -là ... on doil les regretter ... .
ous en sounnes au bon temp de la \'Îe .. .
plu lard c'e l déjà moin bit&gt;n.
Elle i:tait rèveusc:
- Plu Lard?... oui, peut-t\lrc .... li y a
cependant des geus qui e onl ai1oés Loule
la vie ... on le dil. .. mais c'est trop beau pour
être vrai. c·e. L mon grand rève de oir doré , Bernardin ... d'autant plus magnilit1ue
qu'il e t bien impo sible. Yoi--lu cela? Les
Reposes , llar coët, • en louré de moi sous
lourdes, du bonheur de pay ans; et nou ,
da.ns Har coël ou le Repo es, acceptant lu
jours avec érénitt1 ; ue oous enlaol pa "ieilr ,. , no &lt;·œurs re t' jeunes· toujour' beaux
l'un pour l'autre· lon11temp ' rnbustes, ~an
"Oulfrance, seulement averti que le temps

marche par le enfant grandi en nombre
comme en taille .... L'exi Lencc calme, introuLlée, san haine, ans injustice, comme elle
devrait ètre pour tous, si Dien était bon.
11 t:lait orgueilleux :
- Pour,'Jlloi pa ? qui te dit q-u'il n'en sera
pas ain i? ·e l'avow-nou pas mérité? toi,
par te· malheurs inju ·les, par lei' mille souFÛ'ance , moi par la part que j'ai pri c au1
cho es de la rruerr[' . Tu as été a sez victime
pour devenir, à ton tour, l'idole heureu e el
vénérée. Je me ni assez battu, pour m'a eoir dans la 11ai1 el raconter mes faits d'arme aux nutrcs; no mai on unie font un
domaine vaste; la terre n'est stérile que faute
de Lrarnil.. •. Toul œla, c'e l de l'e poir ... de
l'espoir rai onna bic 1. .. ~ou . erons J1eureux,
va 1
Elle était incertaine:
- Peut-être !
liais, en elle-même, elle entendait un glas;
el cependnnt, ou es ·eu:t, le jeune homme
parlait. allait, ge~Liculait, si vivant, irésolu ..•
\:Omment croire?
-Alor, continuait-elle, c'e t.11ni, la guerre,
l'a[r use guerre'? .... 'r1us n'avon pas 1·écu
tou ce jours-là ... .
Il répondait, 11 regret, presque avec un
remords, contredi anl ainsi de rée nt arûrmalion :
- Oui, je pen e que c·e.t fini .... Achaque
insurrecLion nous perdon inutilement de
hommes et iJ n·y a pa. deré·nltau ... mais le
pays tout enlier e la sera de la République,
dt: la guilloûue, de la Fu illade, de la mort,
réclamera la pai universelle, la écurilé des
citoyen , el rappellera es roi . C'e t ain,i que
ça finira; la contre-révoluti(ln se fera d'elle-même, san nom-elle lutte , san efl'u ion de
sang ... var écœuremen1, par fatigue, parce
qu'il faut bien à la loaguc que l'ordre remplace le désordre et qu'un pays ne vit pas
éternellemf'nt dans les éclairs ella tempète ....
Elle ét:1it crainli,·e:
- Oui ... lu a rai oa ... mais d'ici là... qui
·ait ?...on peut redouter encore d&amp;; violences ...
C'est l'babiLnde des Illcus, quand ils oot
igné de. traités, de le violer le 1eBdcmain.
Tu ,·oi , Georges e t inquiété, ne peut circuler lihremrnt. l'onrquoi? De quel droit l'emp!lcbe-H&gt;D '? N'est-il pas garanti par la pacification '? ... Tu no répond pa 1. .• Uéla , c'est
que, malgré tont, le dan••er uhsistc ... il est
partout..,.
· ·
Puis. étendant la main du côté d'llar'coiH:
- Là, peut-être. ajoutait-elle.
- Là I crfai t Jm,enne, bondi . anl ur se
pieds ... qu·il y 1·ieime! Mai c·esl vrai que
George e,t bie11 lonn .... Tiens, parlons d'auLre cho.c ....
Et tou deux, comme de enîanls qu ïls
é1aîe11L, se replongeaient aux d~lice" de leurs
fµ_ûlité · t'lltrCmêlaienl leur doigts, rrravement, d'un air .érieux: ·appuyaient l'un à
l'autre, péuélrés l'un de l'au!!'~; imtallé ·, on
eût dit, pour une éternité; mais le moment
d'aprè déraorrcaiL la po e poul' sen ir un
nouveau caprice.
Cumml', - par un dece phénomènes con-

nu de solitaires, - le silence redoublait
dan· un arrêt universel, cou cnti par la nnture, toute· voix uspendue ·, le,jeuue homme,
se entant, dan cc silcnc1•, plu· . enl avec la
jem,e femme, plu près d"elf ,, n'en étanl
distrait par aucun brniL du rnond&gt;, all ndri,
impré"né de molles e, - par un J;e ·oin d'adornLion, e lai sa gli er à terre devant elle:
et, Jans un abandon de Loul son èlre, po. a sa
Lète ·ur es genoux.
Eli e penchait ,ut· l11i, dan· um: µlénitude
de po e ion, proteclrice et maternelle, enveloppant son amour Je e Lra .. Il arailfermé
les yeux, c laissait bercer •...
EL elle, l'éternelle doulourcu. e, arrêta,
marqua l'heure dans on ùme, pour en faire
un éternel ,ou venir, les temp. accompli •.
)ls re-Lèrent ainsi lon«lcmp , étroilerueol
unis: groupe complel, superbement égoi te.
dan le dé intérêt des ex lériorilt•,.
Cettes, j[ ne pom-ait pas les comprendre,
ce dur recteur ~\llauo, ce rude pl'èlre qui
n'aimait que Dieu; ,i·ioonaire durnnt l'autel:
fanatique, sur la lamle, au prèchr. de! liOlda1-;
lui rrui ·oubaitait la "'Ucrre, toujo1a la guerrP.
el cachait, dan son il0 1i,.\ mille livre de
poudrn, ré.ser,·e de l'avenir, formidable Iré or
11u'ua autre eûl redout t.
Le oir de cc jour-ln, un amcdi, à la
ferme de: Gynouvez, la veillée as cmblait
celle famille sombrement diminuée. i des
hommes araie11l disparu, rien n'arail bougé
ou le cltaume éculaire.
Les habitudes \:Laient reprises, malgré Jes
deuil ; il faut bien vivre. Le père, dao on
lourd faute1riJ en bois de cbène noirci eL piqué
par le temps, frollnit durement, de :a main
,ècbe, la rude échine de .on rand chien;
é1.a. garnis ait &lt;le filasse sa quenouille; .,taze
tressait un chapeau de paille; Tina, dan u11
tricot, maniait ses Jongues aiguille , tandi
que Fano, llirelet ico, ce gamin, fahrit1uaient
de gro .e corbeille, avec des brins de feurre,
e!leerclé de ronce fendue .
Le chandtiliers de ré inc éclairaient à c.lemi
la :;aile l,a.s-e; comme il foi.ail très humide
au &lt;le&lt;lans ain ·i qu'au dehor • un grand reu
d'ajoncs sec llarnbaiL dans la bnule cheminée.
Tou étaient à I ur pl:tce coutumière·, mai
un IJanc enlier élait \·ide.
Olier, Fanch, Jili ! Un 110 aupara\'aut, il·
étaient 111, ,.i..,oureux, joyeux fails pour ,iYre.
A préscnL, Alnnik Gynouvcz n'avait plus de
fil , plu de po ·térilé · Je dernier, il porterai 1
son nom. Et Jili, qui savail de chan on ,
donl l'.ime était Yi branle 1 par Li aussi dans le
granù tout.
C'est à .onger à cela •. an Joute, que le
père, la mère occupaient leur ·ilence.1ujourd'hui, pour faire parler ce bouches, après
lanl ùe san lot ou de cri de fureur, il faut
d événements grave , I, urpri es de l'oocasion; à moins cependant 11ue quelqu'un ne
prononce oudain le nom t1·un dLpt1ru. Alor
le langnes se délient, le · omenir abondent.
Pré cnts, Olier et F'anch! pré,ent, Jili ! voici
qu on parlait d'eux. C'était la mère.
'za mai111enanl, pour le trois mort.,

---------------------------n'a l'ait qu'une ~lprehsion: (&lt; Le enrao · ! 11
fil. de . a chair. Ill d sa œur, clfo le confon&lt;laiL snrr distinction dan. sa tendre_- ·e po thurne. (&lt; Le' t•nfants ! »
Il y (l\'ait. dans un coin, derl'ihc la por_t.c,
accroché. aux mur , de · Yêtemenls qu il
a"Vaient portr~ jadis; des Làton:; .'lu 'il a,·~enl
tenn:,, de 'Vlf'U. l'hapi•aux qm le av,uenl
coillë . C';taienl des relique~. On n'y Louchait
pa• . Il eùl pnrn à S1,a qu'en les d 'plaçant
clic allait Lro111Jler ~es mort., le chas -rr Je
leut mai ou; 'luehp1e cho e d'eux habitait.
encore dan ce· objet·. ll était dou de 1~
froler à Lou Le heure; dt&gt; le. fair' pnr·ticiper à
la vie commune· c'étai nt des liens. fais,
dans un coffre, AIAnik tcuail enf'crm le les
Lroi · ceintures en anglantér &lt;les troi soldats
da roi: 'él.a.ieut &lt;les mcmeoto.
Avec cela, pa de pardon et pa d'oubli
po iblc. Le jour ,icndrait.
éza, ouilain, clamait :
- Ella rentrée des joncs, qu'c t-ce qui va
la faire? On n'esl pa a cz maintenant qu'i!s
ne ont plu IH .. .Alor qui? Il ,,a fallo~r
emha.ucher de. "'arq ... il faut pourtant du bois
J&gt;our .. e cùauO'!'r, l'hh•er .... Ah l le1m lira·!
où ont leu1·s brit ?...
- :\ul ne répliquait. Elle e Lai ail 1p1C11Jues
minute~. puis reprenait le fù, iuinlerrompu
d:ur a tête. de e même pensées; parlant
de Jili, d' lier. de Fanch, en le..• appelant : ll11,
E11.,1:, car leur- noms étaient to_ujours sou enteodu ; pour elle. c'était ains1. .
- El les emnil le ! le lemp' va ·nte .... EL
la moisson ... ·r Ah! c', L alor qu'on verra •..
qu'on enlira 11uïl · sont parLi•, eux! Us
étaient forts et conr:irrcux .... Il y a du danger
dans l'aYenir ... la terre ~ouJfrira 1
A. quatre et c:inq rcpri ·es, clle ràba~ail e
dire· complai ·ammcnt: clic u'ennuya1l pa ;
'
.
Lous pensaient
comme die; aux. mem~s
·ho~e
qu'['lle. Alanik il la fin ,oufila _ou ll'I •
,
- Femnw, lai ~aller. Le l,ol.S sera rentre,
les ·emaille· 3et·ont faite , les mois ons engrangt!C ; toul aura. on heure, mais 11' enfonls ne rerien&lt;lron l pas l
De la bouche ùu cb f, char1ue "parole étai~
graYc, portail plu- loin; à ce rerr~e~ formule
en plainte, à ce émissement du v1e1l ihomme
de !!lierre une anrroisse erra le cœnr ·. ~éza,
la quenouille droile. le contemplail, :rnxieu · ·_;
Tina, son tricot sur le~ •enont, rcçarda,L
fucmen t les llamu1es du fovcr; les tro1 · er\Îteur b.ü ·saienl le nez su~ leur· :corbeille •
Jetant loin di::. lui tm chapeau de :raille .11
dt&gt;mi Ire· ·é, Maze ·e leva bru~qucmcnL. Uepw
la mort de Jili il était sujet à de bru qu~
cri es, de accès de douleur l"urieuse. Il :\\ail
tant aimé son cadet, en était i lier, . a~s
ombre de jalou ic ... au contraire, il le pronail
partout.
. .. , .
Au milieu de la salle, il pteun:ut lourdement,
mâchanl de mot. :
.
·?
_ Qu' l-ce que je foj ici 7... Ow, mol·
'est-cc pa · boa Leux d'êtrele euJ. ur c:iuatre?.. ·
Bon llieu ! l'oncle, dites-le donc, JC ne ~e
sui~ pas pourtant caché dan la ,bata~e, .J~
ne me suis pa aplati sou l'a'l'erse, Je ~ ai
mème pas salué les balles .•.. Elles ne l"OulaienL

p:1 de moi •.. peul-ètrc ponr cela ... pas a $~Z
poli, an. doute 1....\b t malheur! quand Je
passe dan le. me on m regarde .... Je le
sens bieu; qu'e,L-cc qu'on p•nse'I Qu' t-ce
que di ent le gens? « Oi1 c L ton frère·!. mi
sont te: cousi11 qui étaient te. frère aussi?»
n a ,ilaine figure à 'en reYeair . anf _apr~ ·
lanlde rencontr 1. .. Oui, 11u·e ·1.cc que Je fais
ici?
Alanik, simplt'Olent, prononça :
- J'y . ui · J1ien, moi!
Maz• le regard11 !heme11t, ~ans ~nlcndre,
s.10 comprendre, l"c~pril ailleurs; puis, la
réflexion 11:mant et les sons lni restnnt dans
l'oreille, il di Lingua et r 'pondit:
- Yous, l'oncle, cc u·esL pas la mèmu
cho e .... Vou a"cz femme et 6lle, et la fNme
à conduire, uue 1llace dan la ,~ic .... Vou
feriez un !!rand trou ...• lloi, qui ·'en apt·rce,rait?
'l'ina cria doulourou cment, a\'et un "e te
qui protestait. Elle grm1di:.;~it, 1'ina; ses
eize an . dPpas~é ·, elle d •1c11at1 belle fille.
D.ipui · 1 retour ~e Maze, reportao~ P?ntêLre ur ce seul un1vanl toutes le ailccttoos
qu'elle a\'aÎt pour les autres, ~Ue ·e montra!t
envcr lui, - l]Lii s'y prèlait,
compla1ante el trè douce, comme i quelque Lenùres e particulière comm~nçait 1i !leurir dans
un coin de ·on cœur.
Alanik la surprit dan on émotion ; il
ecoua tri'temeut la tête. ~faze continuait:
- Oui, t{lÜ 'en aperceuail? personne! li
y a tellement de tristesse ici qu'un peu pl~s
u'y paraitrait guère ... allez! Onemliauchcr~H
u.n "llr ou deux de pins pour rentrer I l,o~_s,
t•t les blés, ·'il en pou_ e, et tout sera J1t.
La bdle allàire !
·za, monillanl ~un fil, le lilàma fortement:

- Cc que 111 di,- c~t fatu; ce 11ue lu d_i ·
est mal: a-t-on pleuré ,li.li?. mèm~ :tpre
Olier? mème aprè Fanrh ? Ai-Je d1~lm!nlé
daa Illon cœur la pa1·t de chacun il ma ,n1;Lffranrc 'I Non! Et toi! q11•e~L-cc que tu dis?
que wux-tu? Tu L'e hallu; tn a - nif rL Ion
san". Dieu 11' na pa · rnnlu. Courbe la tète
el Lais-toit Ne va pa. Le plaindre_ i;urlout,
patC' qne lll rus épar 0 rré .... Tu as ~1n 11 t ~n ..
attcntl le;; jour ... elle pou c nlr, l ht•rhe
de l'oubli!
- Jama1. ! fit ~azc.
GynoU\'Pi l'inll'rrornpil :
- Tais-toi, llaze Ge ril, notre ne,·eu; lu
ne cou nais rien 11 la vie .... Au pt·intemps prochain, tu y reprendras goOt. Un jour, ln
fi! mariera., tu îera.- des enfant ; c'est par
toi que . e conlinuern la ramille. ~:1 1pmn_d
no11 irons rclromer le.· nôtre~, ~zn cl mot,
nou • te laisseron · la ferme et le moulin.
Dans ce temp~-lù, tu trourera qu'on peut
nvre ....
- Et Tina? interrocrca Maze, inlcrloriué.
- Tina? rîpo la. G)nouvez, c'e t elle 11ui
sera ta femme 1
A celle prl;Ùicûon inallcndue, il y eut une
urpriso. La jeune fille roune du col au ~heveux s'était auvée dan la cour. )lazc. ricanait bètemcnl, l'air niai , plein il'embarra , à
voir ainsi tlécOU\'l'rL, de\anl tous, 110 repli de
~on â.me qu'il croyait bien cad1é. S1faa,_gra\·~•
• 6rieu 'e, con:;cntonlc, mai t ri'le, se hgurmt
l' a,·enir : ,, Ainsi donc... oui, la ,ie allail
reprendrt!... nn Il'· aulre. _'? 11 CPh~ l'illonnail
douloureu ement. Tina, qm re11tra1l, la rap,
pela dan. l'bmrc pré ente; doucement, la
vieille d.i t :
- 'i c'est le dé ir de Lou , ·e · l'hos -là
~eronL; mai· il ne faut 11:i t·r1 parler à pré-

•
.
la
r la ro11te toue11se. JI 11e pleu?ail plus. Un doux solei
l,atolonnedes Bltuss~rpenlall a lrave,s}aà I nd~/7,s,U11!es tlurligtres;ll w11l dt m.tr foutlla lei vlsa11es.
d'aulomnt cl1erthall a glisser ,.n reg,m,
ra,oe p

( age ~79-)

�---- 1f1STO"R._1.Jf,

_________________________________________

sent, saebez-le bien; il ne faut pas de la joie
autour de' tombes; il no faut pa J'nflliction
autour de· nid nouveaux Vivez en trl'.•re el
œur; dans un an oa ,,erra ....
âlor , sans o erse tendre la main, an se
regarder même, lt&gt;s deux jeunes gen · les
deu:: fiancés reprirent chacun leur place, l'un
loin dtl l'autre; laze ramassa son thapeau de
paille, Tina on tricot ùe laine. Le silence
retomba dans le Cl'épilemcnl des ajoncs secs
dévoré par la llammc.
Par la porte ouverte, on apercevait, après
le moulin, les mai ·on du rillane, où aussi,
m.1lgré les vides, wie reprise d'exi lence se
-manifeslttil. Le vent était mou, l'automne ti&amp;le
encore; c~ue oirée sans rigueur parai i;ait
•annonCtlr des jout· tranquilles. ,
Coin perdu de la terre bretonnr, confin du
Morl1ihan, i ·olé par les flots aux matins de
tempêt · ·• endroit olilaire. oublié fatalement,
lieu an hi toireju 1u'alors, ce hameau avait
droit à l'espoir tl • suhsi Ler encore, avec son
pauvre pcnple., mi érable toujour · dù puranl
son blé uoir à la lerre rocailleuse, pres auL
son cidre une année sur quatre, l'ann~e des
pomme·, revètu de hailions par-dessu de. la
en\ se, pouilleux, ,·er~neu,, fanatique, pillard, ivronne e.l très chrétien.
Ce homme , échappés aux. batailles, et i
surpris d'en être écltappés, au poiol que,
chaque soi 1·, ils se là Laient les· côtes pour
s'assurel' qu'ils étaient bien vivants, ces
homme se cro1aient humblement le oldals
anonyme de Dieu, à l'abri de tonte enquète,
méprisés par la délation.
lis se penclla.ienl sur leurs épouses complaisantes, dont les y(!Ul avouaient leur désir
d'ètre mère·. li fallait bien que le monde
contiauàt; que le· videsfos entcomblé· ;que
les berceaux compeo a senl le tombe ...
Ain i, tou , réinstallés dan leurs anciennes
places, leurs ancienne habiLude , oubliaTIL
déjà 1.3. nuerre, ils uni aient leur \'Olonlé,
leur fol'ce, pour [aire renaitre et reconsliluer;
l'universel instinct les poussait au travail,
dan la écurité; la. loi normale reprenait a
vigueur; la vie on cours ... Or, quelques
h ure plu tarJ, DiYot, avec e hommes
allait sorlir de Vannes.
Dan· llarscoiit, le même soi,·, la - c~ne
1:lait loul au Ire. Fiévreu emcnl, Turpin el
Rose préparaient leur ù ipart, leur bagage.
Car, ainsi que le di ail T11rpi11 lui-même :
(! Àp1'ë-~ cela. il n ·1 aurai L plu.! qu'à Gier a1·ec
les llleus. 1 ll ne fall.1il pas compter jamai. ·
repara.iLrc au paIS· De loin, il ferait vendre
chàleau et terres, ,i Claudine le lui pllrmettait. .. surtout. si, par ha a.ni, elle au · i di parai.. ail d:m l'échouJJouréc ùu lendemain ...
ce à quoi l'on pourrait aider eu douceur.
Celle perspective de fuite s3n • retour enchantait parlicul i•rcmenl fiose. Enlia. clic
.econerait ·e pied · ur le seuj( de l!e mnnoir
maudit; n'1mtendrait plus, Ja nuit, ronOcr
e hiboux, grincer es girouellcs, ne verrait
plu , tout le long du joul', ses murailles lépreuses, ses fenèlre de pri on, sa mi b-e et
sa nudité.

Ou[ 1 quel soupir à la a1·Lie 1
Où qu'on allât ensuite, en Ârl'•leterre, en
i\llt:magne. elle serait mi.eux, vivrait avec des
hommes el non avec des loups. i l'argent
manquait à Le Glohanic, elle n'en avait cure;
elle l'abandonnl'rait à son ort el se tirerait
toujours d':ilfoire a,,ec sa beauté. Elle avail
ses projets, mais hé ilait pourtant. dans ses
plan de scducLion future, entre un prince
émigre et un membre du Directoire, comme
Darra • par exemple, qu'on disait d'accès facile au::t jolies flll~s. Elle Yerrail cela pin
lard.
En aueodanl, elle vidait le tiroir a,·ec
enlrain; de lemp à antre elle interpellait le
comte. ur a demande curieu e, il loi avait
récité Il:! texte de la dénonciation qu'il savait
par cœur. La signature avait lolleme.nt réjoui
l'ex-perruquière; et maiotenanL. à tout propos, elle rriail :
- Ué ! L'ami des /oi,;/, .. Dis donc, l'ami

des lois! ...
Il répondait eo souriant jaune; la gaîelé
nerveu e de son unique idole n'arri,·ail pas à
le dérider. on pas qu'il rc!!Tettâl, pa mème;
mais il redoutait. Quoi'? Des u.rprises ou des
contre-Lemps.
Avee la fiépublique, oo n'~tait jamai sùr
de rien; il uffi ait du caprice d'un oflicier
en belle humeur pour èlre jeté contre un
mur avec Ï."t balles dans La peau, san préte1le, - ou sou prélrxte qu'on portail,
entre lus épaules, une tête qui ne lui re1•enait
pa ; ça 'était vu.
Et puis, malgré on dernier aclt&gt; de oumission, Jo comte Le Glohanic d'lfar~coët
n'était pas moins un chef chouan, servant
naguère sous Cadoudal ....
EL 1t propos de Cadoudal.... S'il prenait
fantaisie à celai-ci de tom!Jer dans Locoal
ju te au bon moment, a\·ee deux ou trois
cents compagnon 1... Le drapeau tricolore
pourra.il être obligé de rétrogrider sur \'aunes
P.n bon ou mam·ai ordre; el alors, lui Turpin, oui Turpin que deviendrait-il donc en
celte occa.ioo?
L'idée de Cadoudal, principulement, loi
était jnsupporlal,lc. Georges renseigné ur
son compte, c'!itail la mort des traitre , fus.illé dan le dos. ou pendus par les pieù ,
avec, wr la poitrine, l'écriteau: Juda , De
l'écriteau, il ne se souciait gu~re; mais le
reste l'impiiélaiL.
Pendant qu'il remuait c' s perspectirn gradeu .,, ·, Rose Dirol, endiablée ùan- sa !Je ogne emplis ail les acs de voyan-e.
- Il faut un prtit bagage, avait dit Turpin.
ois tranquille, l'ami des loi., rëp[jquait-e.lle, il ne sera ni gro ui lourd ; pour
ce que nous pos édon., il n'y a point d'emunrras. J'ai Lrois chemises el toi dc11~; toute_
les cinq soul vi illes; on yoit au traver~ .. .
pour moi, pas.e encore; mais pour toi, c'csL
incournnanl l
Elle riait, retrouvaiL son bagouL du Paris,
a verve populacière.
- Ah l La oourse, ma bour e. notre
bourse .... C'e t moi qui m'en char•re; il
nou· resle cinquante écns .... Danton les dé-

"'"a86..,.

,,..

pen ail à son d1aer ... n'importe! c'e t a sez
ju qu'à Londre~.
- JI y a des bijou~, murmura le comte.
- 'l'u crois, l'ami des lois? ... Oui, il y a
me.~ bijoux ... mais j'aime aulaut les garder .. .
en ouvenir de loi. .. je les ai hier1 gagné~ ... .
- ,Je le le rendrai djx fois. quand nou
seron auprès des prince ... ils ne laisseront
pas un Le Globaoic dans la misi:re.
- J'y compte ... cher comte! li Pàques ou
à la Trinité .... Va-t'en rnir s'ils ,,ennent ...
mai un Liens Yaut mieux que deux lu l'aura .
Tu peux vendre la montre, si Lu veux ; elle
ne marche plu depuis Ilenri IV... el les breloque ,alenl ix liHe ... n,•ec le cachet 1i
tes armes, mon gentilhomme: Lon sceau. noble sei~aenr.
- Rose, grondait 'furpin, ce n'est pat-l'heure des pl.ai anteries.
- Vaut mirux 1·ire que pleur •r, mon petit père; j'ai l'œ.il ec .... Qu'est-ce que tu mets
là. dans Les poches 1
- Rien, répliqua Turpin, contrarié d'al"oir
été vu.
- Quoi 1 répéla-l-elle voloal.aire. Je veux
savoir!
- Eh liien, deux pi lolet.s chargés.... li
faut tout prévoir.
La 6Ue ·'arr~ta de rire; a &lt;&gt;':tieté tombait.
- Alor , tu c,ain' quelque cho e.?
- 'on, répondit le comte, la ménageartl
jusqu'à la dernière minute, mai' c'est une
habitude de soldat ... ; a\'ec cela, je uis plus
tranquille.
Elle hau sa le épaul •
- Tu es irumpportal1le aYec le idée
noire$!... Nous crieron - : « Vive la RépublilJUe ! » et tout sera dit.
-Peut-èlre, fit Turpin. i:an enlbonsia me.
L'heul'e R'avnn911it. li songeait ·ioistremenL; à pré 1::nt, il concentrait ses haines ur
deux tètes: Bernardin et laudioe.
Joyenne1 les républicains l'en di:ùarra eraient; mai Claudine, a œur, uni! femme,
pourr:iit être épargnée ; celte idée le tourmeo lait. Elle était la eau e de tout. Depuis
sa naissance malencontreuse, elle avait été
pour lui li: détriment. l'où tacl1::; elle était
au. i la peur Pl le rPgret; non pas le regret
d'un cœur qui .e repent, mai le regret d'un
c pril 11ui calcule. Tl se reprochait d'avoir été
làche; na [jeu Je l'enfermer dan. un cloître,
il aurait dù, quand elle était enfoui, la. rayer
à jamais du nomùre ùe vi,ants. C'eùt été
facile; depui la Drinvilün , l'art de poisons
subtil. n'était poin! aboli. Qui e sera.il inquiété d'elle, à Pari par exemple? encore
mieux à l'élrao"er, où il aurait pu la conduire pour plus de 'écurité?
La \'OÎX de Rose l'arracliiliL à on mauvais
rèrn.

- llé ! l'ami des loi ·, lu dor 7 le bagages
sont prêts !...
Il lrcssaol.ail, approuvait de la Lêlc.
- Tu rt'as rien oublié1
- Je ne croi pa ... , ta 'œur héritera
du reste!
f\o ae était san piûé. Celle dernière dérision répondait à. ~es ecl'i!tes pensée~. l'i!n-

"-----------------------------------pres iormait e.ncore, comme un malll'ais présage.
.! l'éAli.e du villa~e. au clocher de aiutYnnn Vadezour, l11cure !IOnna très lcnlc,
d'une voi. enrouée, as ourdie par les siècles:
onze coup retentirent, di ûnc!s, dans le sommeil des campagnes; jamois le son de Ja

vieille horloge o'avait paru si tri I.e, si lugubre, au maître d'Uarscoët, dont l'u.niquc recour r ·tait un éternel e. il.
Dun son àme dépran!e un sentiment. jusqu'alors inconnu rrli sa, pour sa ,;tupeur.
Les ~ou,·ei1irs d'cnfonoo. la mémoire des ancêtres, la piété de la terre natale l'eflleurèrcnt

"É PÉES Dë FE~

- -...

une seconde. 1l e $t.'ntil mnudit, hor de.

loi , dé ormais sans refoge, voué au mépri
partout. Celle îaihle se l'irriL:iiL encore. Il la
chassa d'un effort violent; et. pour se rnlfürmir. e bien pro11ver que tout étail Jini, sans
réscr,·c. sans espoir, il prononçait:
- Dans dix heures, Ils ronl là 1

(A S11Îl're.1

(Illustra/ions Je CoNMD .)

US

MAURICE

'10 TÊGUT.

Au camp de Compiègne
-

1698 -

Un pectacle que je peindrai pendanl qua- ques mots. J'ennrioais fort les contenances :
rante an comme aujourd'hui. tant il me Loules marqnaient une surprise honteuse, tifrappa, fut celui que du hauL du rempart, le mide, dérobée~ et loul ce qui était derrière
roi donna 1t toute son armée, et à celte io- la chaise et les derru-cercles avaient plu le
nombrable foule d'assistauls de Loo étals. )'eux sur elle ,1ue ur l'armée, eL tout, dans
tant dan la plaine que de u le rempart un respect de cr:iinte el d'embarras. Le roi
mit souvent son chapeau sur le haut de
même.
Madome de lainlenon y était en îace de la la chai e, pour parler dedans, el cet exerplaine et des Lroupes, dan sa chaise à por• cice si conûnucl lui devait fort la ser le
leul',, entre ses !rois glaces el ses porteurs rein .
~ton eigncul' était à cheval dans la plaine,
retirés. ur Je hàton de devant, à gauche,
étail assi ·e madame la Duches e de Bom- avec les princes es cadets i el Mgr le auc de
gogne; du mème cùlé, en arrière et en dcmi- Bourg ,me. comme à tous les autres mouvecerde, debout madaroè la Duchesse, madame ments de l'armée, avee le maréchal de Boufln princ.e e de Conti et toutes les dames, et llen, en îouclions de général. C't\t.ait sur Jes
derrière elles de homme . A la glace droite cinq heures de l'.lprès-din~e. par le plus beau
de la chai e, le roi, debout, et un peu en ar- temps du moude, et le plus à -ouhail.
li 'j avait, vi •à-vis la chaise b porteurs, un
rière un dt!mi-cercle de ce qu'il y avaiL en
sentier Laillé en marches roides, qu'on ne
homme &lt;le plu di tingnt!.
Le roi était pre que toujours découvert, cL wyait point d'en haut, et une ouverlure au
à lou, moments e baissait dans la glace pour !Jout, qu'on a,·aiL faite dans cette vieille muparler à mad;ime de Maintenon, pour lui ex- raille pour pou,·oir aller prendre le ordres
pliquer lout cè qu'elle voiail et le rn:isons de du roi d'ea bas, 'il en était besoin. Le cas
chaque cbo·e. A. chaque fois, elle avait l'.hon- arriva : Crenan envoya Canillac, colonel de
nêtelé d'o11vrir sa glace de &lt;tuaLre ou cinq Rouergue, l(Ui était und~ régiment· _qui d~
Joigts, jamais de la moitié, car j'y pris garde, fendaient, pour prendre I ordre du r01 sur Je
et .i'avoue que je fus 1)lu · atlea.lif à ce pec- ne sa.i quoL Canillo.e e met à monter, et &lt;l •Lade lJU ·b celui dt:s troupe . Quelquefois elle pa se jusqu'LlD[IBU plw que les épaules. Jele
vois d'ici au i dislinclemeul qu'alor~. \ me-OUl'rail pour quelques r111csLions au roi, iuai
ure11ue la tète dépassait, i_l avisait ce~_le t~ais~,
pre ·'lue (oujours c'étail lui qui, san attendre
qu'elle lui parhlt, ~e baissa.il tout à fa.il pour le roi el toute cette a s1slance qu Il n avait
l'insltuirr, et 11ueiquefois qu"elle n'y prenait point vue ni imaginée, parce 11ue son poste était
pas garde, il frappait contre la "laœ pour la en ba_, a11 pied du rempart, d'où on ue pom-ail
faire ouvrir. Jamai il ne parla Llu'à t:lle, hnr· dêt:0uuir ce qui était dessus. Ce spectacle le
pour donner des ordres l!O peu de mols el ra- froppa d'un Lei étonnement qu'il d~meura
r1,Jrnent, el quelque r 'pauses à madame la courL à regarder la bouche ouverte, les yeux
duchesse de Bourgogne, qui t:\cbail de se fi es el le vil,n°e sur lequel le plus grand
faire parler, cl à qui madame de Maiutmon étoon ment était. peint, JI n') all personne
montrait el parlait par ignes de temps en qui ne le remarquât, el le roi le ~il i bi~n
temps, sa11s ouHir la glace de deYanL, à tra- qu'il lui ùit a,,ec émotion ; « Eh h1en! Ca01LYer· laquelle la jeune prince e Lw criait 11ut:il- lac, montez donc. » Canillac demeurait, le roi

reprit: « Moulez doue; qu'est-ce qu'il a? o
Il acheva donc de monter; et ,·iol au roi, à
p:ts lents, tremblants. et passant les yeux à
droite et à gnucbe, avec 110 air éperdu.
Je J'ai déjà dit : J'étais à lroi§ pas du roi,
Canillac passa de,•anL rnoi, el halholia fort
bas quelque chose. 11 Comment dites-vous?
Jit le roi; mais parlez donc. » Jamai il ne
p11L se remeure; il Lira de oi ce qu'il put. Le
roi rpri n·y corn pri L pas grand· cho e, ,; t bien
qu'il n' n tirerait rien de mieux, répondit
aussi ce qu'il put, etajoula d'un air chagrin :
&lt;f Allez, mon ieur. » Canillac ne e le liL pas
dire deux foi·, et reg:l!ma. on escalier et di parut. A peine était-il dedans, que le roi,
reuardanl aulour de lui : « Je ne ai pas ce
qu'a Cau.illac, dit-il, mais il a perdu la tramontane. et n'a plus u ce qu'il me ,·oul:.iit
dire. » Personne me répondit.
Vt•rs le moment de la capitalatioo, ma•
dame de ~laiulenon apparemmenl demanda
permission de ,'en aller. le roi cria : (! Les
porteurs de madame! » Us vinrent et l'emport~rent; moin d'un quart d'heure après,
le roi se relira, ·suivi de madnme la duchesse
de Bourgogne el de prcs1rue tout ce qui était
là. fllu~ieurs c parlèrent de yeux el du coude
en se retirant, cl puis à l'oreilltl bien bas. On
ne pouvait rc1•cuir de ce qu'on venait de voir.
Ce fut fo mème elît'L parmi tout ce qui était
dan la plaine ..Jusqu'aux -oblats, demandaient ce (lUC c'était que celle chai e à porteur ·, c t le roi à louL moment bai sé dedans;
il înJlut doucement faire taire les o!6ciers et
Je, questions des troupe .
On peut juger de ce qu'en direnl Je.:. füan•
ger , et do l'effet •1ue fil ur ·u1 un tel pectacle. U fit do bruit par Loule l'Europe, et y
ful .aussi r!lpandu lJ ue le camp même de Compiègne, arnc Loule sa pompe cl ~a prodigiem.e
splendeur.
SAI, T-SIMO, 1 •

�1l1ST0'1{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

C\lch~ r,1r.1uJon.

L\ LECTURE

D:ui · u11 roman, Plzilis, sous ce riant feuillage,
De deux p.:irflil am.•nils lit le fenire propos·
(ir,n11u J~ N. C. Coc1m1, &lt;hf&gt;rês lt l.rNtau de Dl! TROY,

D:rnwn en l'ecoitlcml :iff'ecle rm '\'Ji11 repos,
Hai son cœur en secrel tienl le mème lanf{:1-ge.
(CaNnd dts Es/Qmf(s,)

LE D • DE 11.A[ TRE ( Loci -PmuPr1,-Jo r-:r11 1&gt;'01tL1:• ,. !'-. Ptt.:. TMW ÉGALITÉ)
ET L.\ D CllE 1~ DE ll.\RTRE' (Lo I E-\niL,ïDE oe BoL1 nu \'&lt;-PE-.;TmbVREl.
AVE· l.ELR FILS \h:Ê {t.E FUTl R

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1.1..r-Aus1s et 11.

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t:ioleau Je C. LE.n:1:-.TR&amp;.)

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>LE

ms T DR,.1.ll

LA

VIE

ET

LES

MCEURS

AU

XVl.ll

"LisEz-Moi"

H1sroRIQuE

SIÈCLE.

LE DÉJEUNER
Tablt!aU de Bouc111~1t. (Must!I! .:/11 Louvre.)

.... 191 ""'

L'INFANTE CATHERINE-MICHELLE, FILLE DE PHILIPPE II
Tableau i.i'ALO. '"0-.'.A. ' CHEZ

OELLO. (.\lusée du Prado, .\ladrid.)

75, Rt:E ÜAREAU, 7.1
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'xlv• arrouJ .,

�LlB~AIR.IE ILLUSTRÉE. -

JULES

TALLANDIER,

Sommaire du
p Ir?.

llr,:.._R, Rot ;u:-.
,1e l"Jn,li/11I

Etrno:rn

I r
10:\Ull RT ,

Jt 11o.s

1m

•

ARH. llE BARl:\E • . , , ,

fascicule

2 Ie

La Femme au VIII• siècle: L'amour .
Princesses et grandes dames : Christine
de Suède . . . . . . . . . . . , . . , . . .

1~,q
20~

Jll•• PE

Anecdotes . .. .

211

Après Sedan . .

215
2JI

LDOL \RD FoLRXlFR • •
i'llAURJCE :.\lo~'Tfot/T. .

Lo seconde Madame Danton (Mademoi elle
Louise Oélyl. . . . . . .
Louis Ill le Pudique .
Les Spées de fer . . . .

Gf;;,t.1 . , . ,

Gr.r-.'ÉRAL 01::

·

.,Lrnnor .. Mémoires .. . . .

'LA.RETIE, . . , .
Je l'Ac.JJémlt jri111 ,·J1. a
l:m10:-;1; P11.o:-. . . . .

Tl f,O
nr.o::;, AtmERT
J .. J, BEn'iR-OJ.. Li.. ,_coun. BE~TII ULT, Bo1L1.r,
Ann,111.\11
Bos:5E,
C ~11,10:--, C ,.,. ·ovA, H , c11F.z LOELLO,
Co'llnAD,
JI( "'" 0,1\ 1'1 1111\'AI 1,T, JACOll IIOCf':-,iAGF.L , LECUAJ10, lhPPOl,\'Tl' L!iCO~rn,

NTO.' IO llono, P1GEOT, AoOLPnR
,J.-13. DE TROY ,

L'lNFA i\'TE

\TllETII\E-MI 'IIELLE, FILLE OE PHILIPPE ri

T ABl.EAU o",\1.. oNSo •:A:-.~ REz CORI.LO (Musée du Prn,Jo, ,'1ndrid).

Copyright by TaJJand1er 1910.

En vente
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Paraissant

SOMMAIRE du NUMÉ~O 123 du

10 octobre 1910

Cu.,Rl 1-s-JfasnY lllJl CIi. Une faute profitable. -

PIERRE L~TI. de l"Acn9enii_c
1ran~ni ·c. Aziyadé. TtPIIEN Lll~G6AHD. Octobr~ . - l'RA&gt;&lt;ço1~ r•~ ~IO'\.
Odette. - Jut.ES RENAHD. La promenade du chien.
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11O:\1\\E. Prière . - 1\lARcE1.u: TINAYHE. L'ombre de l'amour. - Pw,
,\l ,\RC.l ERITTE. \ ' ieille . - ~!me A1.N10:-sE IMUDET. Le, premi~r fe~. :j(&gt;SfP1ttN
OULi\ltY. Dans les vignes.
. Ji:.,;1 RIC~EPTN, de l .\.::idt'~l~e
lran,aise. Mad.ame André. - Fv.RXAXI&gt; C,HE(,11. Hnb1tude. - II EMI .1:,\\ EDA '\' de l',\cadèmrc françai e . Première récréation . - Ro t:!&lt;loxoi; R • 1A:0- O.
Auto~ne . - ALFRED ,\PUS. La bâtelninc.

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DU TERRITOIRE 1870- 71 ,,
(Brevel commémora/if)

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l'on prépare actuellement un brevet dédié AuK Défenseurs du Territoire 1870-71
et destiné il perpétuer au sein des familles la port prise ou&gt;: opérations de la
guerre par le titulaire de ce brevet .
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Le nom du titulaire, l'indication de sa fonction ou de son regiment eront
imprimês sur Je brevet.
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uq chef-d'œuvre d'un des plus grands maltres du xvm· siècle :

WATTEAU : h'Emba.tiquement pouir Cythè11e
dont 1\ n'existe pas, malheureusement pour le public, de copies gravées facilement
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LA MAIN ET LA BAGUE
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LE ROCHER DU MORT
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ARNOULD GALOPIN

-H.-R. WOESTYN

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LA TÉNÉBREUSE AFFAIRE
DE OREE

PARK

Victor llurro, dan l'une de ce· puL.antes
et aisis-antes vi ions d'histoire qui compoent la Lége11cle ,le' siècles, 'e t plu à nou
montrer, prè d'un ha . in de jardin de
l'E curial, une toute p Lite infaoLe d'Espagne tenant au bout de e. doi •I une belle
ro e l1trgement ouverte. Le soir vient et le
oleil dt&gt; end dan un ciel radieux oi1 ne
pa e :11,cune brise. L'enfant, oubliant la
du~ttne qui la rrarde ad.mire la lleur el lui
sourit. Acelle petite lillti, or ueilleuse comme
une petite reine, parce qu'elle n'a jamai \'ll
le hommes qu'incliné et courbé devant
die en ré,·érenc
d courli au , il emble
que celle rose fut uniquement créée ponr
rodorant régal de
narines princières, le
délice de se joliQ Jeux. Mais, tout à
coup, un grand ouflle accouru du
couchant a fait fri onner le feuillag et pa sé rudement .ur la fleur
du domaine royal. A présent, il ne
re ·te plus entre les doigls de l'infante
qu'une lige entièrement dépouillée ;
et, pareil à de petits e quifs roses,
les pétales ilollenl à 1a dérive sur
l'Atlanllque en miniature que représente le bassin soulevé et agité par la
iJru que rafale.... Pendant ce temp
derrière une fenèJre de l'énorme palais, un homme rève, un homme
noir, tout en eruble terrible el me quin, froidement féroce cil sinistrement méticuleux, qu ·oo a pu urnommer &lt;&lt; le Tibère Lure:mcrate ». Son
œil pa se par-dessus parc et jardin ·
il embra se l'étendue aride qui fait
à l'E ·curial une ceinture de rocher
el de pierraille ; il croit, au del:i,
·ur l'immensité verte de !'Océan, voir
son Armada - cent cm4uante ,·ai seau , dern mille ·ix cents canons
- anéantir la flotte ana'iaise et conquérir au roi d'Espagne la monarchie
unh:er elle.... faî , ur celle (r invincible r, escadre, fa temp&lt;'le éclatera,
rlTroyable, dtl\'a. tatrice, et a-a.lion~, galères, caravelles vont s'en aller i'i la
dérire, Ill-bas, à travers I' céan furieux, - comme ce pauvre pétales
Je 11 ur, arrachés aux. doigts d'une
enfant, qu'englouLi ·ent l~ ernhlants de r mou · &lt;l·uo « miroir d'eau».
En celle vision :m ilhétique du naufrage
de deux &lt;l armadas », où la ature, au gré de
son aveugle caprice, fait la leçon au.."&lt; vieux
0

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le 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE Il.LUSTRÉ BI-IVIENSUEL

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Vte• amoureuse de Philippe II

TJRf.;E llN CAJIAÎRU

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D'A.PRÈS LES TABLEAOX, Dl!SSINS ET El,TUIPES DE :

LE JJ:U:-.E,
WEU.1.CII-ÜE 'FO1'TAI, 'E"', Tllfüit:/1,

(5 oclobre 1910.)

jll. E~

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HomrnT Liu•ic.11rn, MoRF.Ai;

1
LES DESSOUS DE L'HJSTOJ RE

Les dessous de !'Histoire : La vie amoureuse de Philippe lJ . . . . . . .
1()3
Le mari de Madame Sans-Gêne. .
19~

Dl' .\foRA • •

75, rue Dareau, PARIS (XIVe arr').

ÉDITEUR.. -

I

T

MO SIEUR PINSON
111. - His-roru,.. - Fasc.

POLICIER.

.

EN YENrE CHEZ rovs LES LlBR.lllREJ

:i,.

roi.s et aux future· rein'·, ·ans grand profil
d'aillcnr; pour celles-ci ni œux~llt, llurro, eu
d~s ·iuant le portrait moral de Phiüppc Ir
, tixa.,énaire, a dépen é autant de \'ene viol nte rra ïl a mis de grâce exqui e et de
ebarme délicat dan· . on évocation de l'in•
filme à la ro e. Et la préi.ence de la mirrnonnl!
pri,we,~e dan cet admiral,le dipt)'que l'ail
~or,nrr que le terrible roi ne fut pa
ulcml'nt le père de don Carlo et de Philippe Ill
ma.i, •rue, de "e diffêrente uni ou • 1t:1ril11uc ou non, 11 e11t d' ,111tr' cnfanl.. de ·tiu.é d'ailleur. à ne laisser qn · une traee f1Jl'itive dans l'histoire. Cela mime, c.ir d'un Ici
Lomme rien n'est indillërent. à se préoccuper
dti a ,ie conjugale, infiniment moin con.nue

PITTLlPPE Il, ROI o'E P.\G)IE:,
T~Me.111 d'\NTO~IO MORO.'

que a vie politique, et qui mérite pourtant
d'être coutée, ne fût-ce qu'en un rés11mé relativemP.ot bref. C'est ce que nou allon
faire ici eu prenant pour guide M. fomeron,
l'un des historiens qui ont le mieux étudié.

coordonné et reviviüé les documents cl'arclihes du xv,e iècle relatif, à l' E patrne. el
donl la belle llisloil'e de l'ltilippe li, qui
fut éditée par la maison Pion, forme quatre
volumes in-oclJ.vo.
ct&lt;-

Le premier mariarre de Phiüppe Il fut célébré le i5 mai t543. Voici comment M. Il. Forneron relate e prélimiuaires, es débuts el
on dénouement :
« La fortune de Charte -Quint paraissait
décliner, quand Philippe fut associé aux oucis
de ,on père, dès J'àae de quinze ans, comme
régent de J'E palTne. La situation financière
s ml,lait · urtoul dé espérée L'empereur ,ongea à se procurer de fond · en propoant une alliance de famille au roi de
Porlug-Jl. Déjà, au plu fort de a
lulle contre la France, il avail épou.é
1 ahelle de Porlugal pour pa ·er es
lansquenets à l'aide de la dol de celle
prince~se, qui 'élevait à neuf cent
mille écusd'or; à cette seconde époque
de détrt!·se, il demanda une nouvelle
dot au Portueal, el régla le mariage
de son fil Philippe avec la lille du
roi ,lean Il[ de Portugal, qui avait
épou_é une ,œur dé Cbarle -Quint, el
ttui n·é1ait pa olJügé, comme son
beau-rrère, de di iper les richess •
tirée d'Amérique pour entretenir Je
gen de guerre dan,; l'Europe entièr .
Celle jeune .fille, .\tari~ de Portugal,
était rieuse, vin!, un peu gra, e, â ée
de sei2e an comme Philippe. l'lii~
lippe, à peine plus grand 4 u'elle, e
tenait droit el 1c ne perdait pas un
pouce de a taille 11; il avait une the,·elure jaune, le front large, l'œil l,leu
et ,if, le menton proéminent. fa!;ré
sa gravit: précoce, il témoigna une
ccrlaine impatience de connaitre sa
fiancée et galopa avec le duc d'All.i
el quel11ue fa,•ori pour rejoinJre l\·~corte qui l'amenai 1. Il se cacha dan le

,illoge d'.Aldca Nueva del Campo :
n La princes l! élait ce jour-là fort
jolie dame, Yètue de velour cramoisi, avec un manteau castillan de
même étone, cl une toque bl,rncbe orn :e de
plume » ; elle 'ta.il accompagnée de quatorze dames d'honneur et d'un nain « de taille
mon Lrueusement petite 11 . Des fêle omptueuses célébrèrent le mariage de « l'hé-

�'LJJ.

R1ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ri lier du monde, l'espérance du iècle ».... l.ùt que son lils, par celle union, acrp.1îl à auprès d'elle une de ses suivnnte , lady ClaLe contraste entre oette all~~rcs,e bruyanlc et l'E pagne de nouveaux su.jets et de nouvelles rence, l'avait reçu: a Le saint Sacrement y
la triste destinée de cette union in pire de armées. Pressenti par l'empereur, Philippe étoil; la reine me déclara comm , depuis que
l'intérêt pour celle prînces~e qu'accueillait répondit : • Je n'ai ù'autre volonté que la je lui avoi présenté Je lellre de Votre Maje té, elle n'avoit dormi, mais avojt toujours
tant de joie : les ujets répandu au delà des
pleuré el prié Dieu c1u'il la voulust inspirer c~
mers, donl Marie de PorLu11aL deiaiL être la
conseiller; se mellan L à genoux, elle dit le
sourerainc, ne connaissaient pas encore tous
Ve1ii, creator SJJÎrilus; mistress Clarence et
son mariage, que déjà elle était morte .... E1le
moi fismes le semblable. Âprè que la Jilc
a traver é la jeunes e de Nülippe comme une
daOle fut relevée, se sentant con.eillée de
aimable apparition vite oubliée : elle laissa
Dieu qui lui a déjà fait tanl de miracle à on
pour souffrir après elle, pour mourir jeune,
endroict, elle me donna le mol de mariage
son fils don Carlos. u
pour on Altesse devant ledit saint acreCe premier veuvage semlile en réalil~
ment, ·entant absolument son inclinalion
n'avoir ~~ r1u'un demi-veuvage, comme le
tendre 111. Si elle avoit invoqué le Saint-E premier mariage officiellement conclu et conprit, j'avois invoqué la Trinité pour l'inspirer
sacré n'a di) prendre que Je second rang dans
à cette dé~irée réponse. »
l'ordre numérique Jes unions de Philippe 11,
lluH mois 'écoulèrent entre ces accords
car le prince d'Orange a pu dire ; «Du terop
par ambassadeur et la célébrai.ion du maqu'il feignit épouser l'infante de Portugal, il
riage. Ce ne fut qu'à la mi-juillet 15M quo
sa 1,ait ètre marié à doi1a Isabelle Osorio. de
Philippe
quitta l'&amp;spagne, a,·ec une su ile
laquelle il a eu deux ou lrois enfants, donl le
dont fai aient partie le ducs d'Albe et de
prt)mier se nomme don Pedro, el le second
ledina-Cœli, le prince d'Eboli, les comtes
don Bernardino. »
flamands de Uorn et d'Egmoul.
&lt;&lt; Quelle que soit, dit, à œ propos, l'histoLe 25 juillel, étant depui plusieurs jours
rien de Phi lippe Il, l'époque du. « brevet
à Southampton, Philippe apprend l'arrivée de
d'~pou e donné à ls1,1belle pour mettre à
la reine à Winchester. u li part à cbe,•al pour
comert ~on honneur », ltiS relaLion se proCtlcM G.ira.udon.
la rejoindre. Une pluie « cruelle» el oontinue
on"èrcnl plu ieur années an que Philippe
)lARI&amp; TUDOR.
e oit abstenu d'en nouer d'autres. Il était Ta/:,~att d'ANTUN!O .'tloRO. (.\/usé~ &lt;lu Prado, /,f;i ,trld .) rend les chemin impraliCM&gt;les. Il n'arrive
qu'à six heures du soir; il descend de cbev~I
connu comme « très emporté dans a passion
pour enlrer ii l'église, où il entend le alut.
pour les dame », et comme a extraordinairement empressé ~ :rechercher leur com- vôLre; au si je m'en remets entièrement à. Il ne se prt.! ente de,•ant .tarie qu'à dix heure
wus : ce que wus avez décidé e fera. 1) du soir. Il l'embrase« selon la coutume de
merce».
C'est, en somme, le cas ou jamai· de citer )farie ne se décida p3s aussi promptement. là-bas »; il lui parle en espagnol, elJe répond
l"adage: Lill père, tel fils, dont la justesse fut Vainement le fin diplomate Simon Renard, en françai . Le mariage e t célébré le urlendémontrée avec une force toute particulière uu Franc-Comtois que l'empereur avait chargé demain; l'érèque bénil le lit nuptial, el on
de mener celle négocial1on, représentait à la les laisse. « Ce qui suit, eux seuls le savent,
lors du premier voya"e de Philippe dans ll•
Flandres, où, pour la première foi , il pril reine &lt;l'Angleterre le prince « comme un dil un documenL conlemporain ; tout cc que
Haiment el complètement conlact avec l'em- veuf mùr el gra1•e, père d'un enîaol de huit nous prétendons, c·e t qu'ils nou donnent
pereur, de qui, pr' que toujours, il a\'ail vécu :ms ». &lt;&lt; an attendre la fin de ce propo. , un prince. » Les Anglais, au grand r.andalc
des E pagnols, soutiennent mème que Phiéparé. A Bruxelle , Charles-Quint s"enferma elle jura, nota Simon Renard, que jamai
plu ieurs heures chaque jour ayec son fil . elle n'avoit senti esguillon de ce qu'on ap- lippe n'a pas d'autre rùle dons leur pays :
Philippe l'écouta, l'interrogea, prit des note . pelle l'amour, ni entré en pensement de vo- « Nous n'avons besoin de lui que pour cela;
« L'empereur versait le trésor de son expé- lupLé; que si le prince vouloit e tre volup- que la reine ait des 6L, et il pourra s'en rerience, enseignait à concilier la fourberie el tueux, ce n'est cc qu'elle désire, pour n'estre tourner d'où il vient. »
« A peine les époux ont-ils fail leur entrée
les crupules de la conscience, indiquait les de tel aage. »
à
Londres,
que de nouveaux étonnements et
«
Elle
ne
se
faisait,
ajoute
M.
Forncron,
ressorts inconnus qui mouvaient tant d'hommes
ous sa main. Égaleroenl patients au travail aucune illusion sur les charmes qu'elle avait des ùéceplions blessante surprennent les
et charmé3 Lous deux de ce entretiens, le conservé . Elle avaiL été jolie; trop de mal- Espagnols. Ce sont les ministre qu.i e1pliheurs et d'émotions n'avaient pu pas er für quent comment, dans ce pays, le roi n'a pas
père el le fils avafonl aus i les mêmes goût
po11r Les d1verllssemenls de la galanterie : ce corp délie.al an lai ser des ravages. Pc- d'autorité : le ministres donnent les ordres
ainsi l'empereur coudui ait chez sa sœur, 1.-t Lile, frêle, ridée, couperosée, avec les che- et aouvernent. Ce ont les hommes du peuple
reine de Hongrie, son fils Philippe à un ban- ~'CIU rougt•s, les yeux gris, le nez larrre, la qui huent comme un symbole dïdolà.trie la
'tuet &lt;( où ils furent servis ùe vingl-qualre voix rude, elle était alleinte d'une maladie croix rouge en !orme de poignard dont c t
dames accousLrées en nymphe el dées es Ile cœur qui lui donnait des étouffements, décoré le manteau des chevaliers de Saintpastorales ». C'est probablement au milieu troublait les mouvements du sang, amenait .Jacques, qui déchirent ce manteau dans la
de ces fêles c1ue Philippe connut Caterina des crises de plusieurs jours. Les médecins rue, et qui, « en parlant du Pape, disent
Lainez : il la ma.l'ia plus tard, après avoir la déhilila.i.ent encore en la soumetlant à de qu'il esl un homme comme eux ». Jais, de
enfermé dans un couvent, à Tolède, la fille fréquentes purgations et saignées, el en ne toutes les vexations &lt;ru'il doit supporter avee
la laissant prendre de repas qu'à une heure patience, les importunes tendre ses de sa
qui était née de œtle liaison. t&gt;
ou delll. après midi, bien qu'eJle se levât de femme semblent encore le plus à charge à
~
grand matin. Elle patlail cinq langue~, el Philippe. 1« La reine e t très bonne perEn 1555, Philippe dut se préparer à uu jouait du lulb aussi bien que sa sœur Elisa- sonne, écrit le confident Ruy Gomcz, mais
beLb. Elle était douée de celte doucenr natu- plu vieille qu'on ne nous disait. [Marie était
nouveau. mariage:
Le roi d'Angleterre, Édouard VI, venait relle qui n'exclut ni la dureté ni la violence, de douze ans l'ainée de Philippe, qui avail
de mourir. Sa sœur Marie lui succédail. quand des passions s'agitent. » Enfin, le alor vingt-six ans]. olre-Seigneur y pourCharles-Quint, qui avait Jui-mème projeté, 51 octobre 1555, Simon Renard informait voira, lui qui jusqu'à cette heure a dirigé
trente ans plus tôt, d'épou el' la fille des son maitre de ce qui s'était passé, la veille tout ee qui se rapporte à celte union. » Ce
Tudor, alors dans sa huitième année, vous au soir, dans l'oratoireoù Marie Tudor, aianl n'est pa que Philippe manque d'égards

envers la pau\-re femme : au contrnirc, « ~a
conduite est fort correcte aYec elle, il ne lui
témoigne nul mauvai gré de ce qu'elle u'e·t
pas propre à éveiller des passions, et il
r.herl'he si J.,ien à lu. satisfaire, que l'autre
jour, comme il étaient seuls, elle lui l•.mait
des propo' d'amour, el il répondaît en
Lermes con,epablcs. 1&gt; Le souple Ruy Gomcz
devient tout à fait irrévérencieux quand il
écrit, &lt;1uelques jours après : « li me semble
que , i elle prenait le coslume el la coiffure
de femmes Je notre pay • elle semblerait
moins vieille et moins délabrée; à dire ,rai,
on a grand be oin de l'aide de Dieu pour

par Philippe, qui avait remarqué que la
chamhre de la jeune fille prenait jour sur un
corridor, à llampton-Court; il pou sa la vitre,
a,·ança un bras; la robuste Anglai e saisit un
balai et frappa cc bras d'une telle force que
le roi dut se relirer. o
Mais, depuis quelque temps déjà, une
gros es e de la reine Marie a été annoncée,
au grand enlhou ia me de' populations. EL
la future mère, à présent, e~t toute à la penéc de ses couches. « Elle choisissait le l)erceau, les nourrices, préparail ju qu"aux
lettres qui arn1ouceraien1 au ouverains de
l'Europe la naissance de l'enfanl miraculeux.

11 - - ,

trait ûrés, lès yeux hagards, « plusieur
fois le jour, demeure longtemps atd e à
terre, le genouils aus'i hauts que la teSle »;
elle use son liyre de prières aux denx page
qu'elle relil en les pressant de ses doi:;Ls
impatients. Le livre existe encore, froissé à
la place de l.t priùrc pour la délivrance dl:IS
fommes ent.eeintes el à cd.le de la prière pour
l'unit.é de rÉglise.
n mari parle de la
r1uitter pour ·e rendre dan les Pays-Bas, el
il ne e lais e retenir que par le instances de
'imon Renard. Elle a rè1•é d'être aimée : elle
se senti olée entre son mari c pagnol et C'
sujet anglais; elle ne roit 11u'ingralitude.

CUcbd b1aun tl
PIHLll'PE

1J

RECEYA.:IT l:NE DÉPUTATIOll'. -

c~.

T.1/:lleaJJ d~ SANTIAGO ,\RCOS.

porter ce calice. Heureusement le roi com- L'intervention de la Providence ~tai t trop
prend fort bien que ce mariage n'a pas ét: claire pour que cel enfant nef tit pas un fils;
contracté pour se plai irs .... » \'ainement les lctlres le Jisenl : (c L'heureuse déliuance
~tarie recourait aw artifice de la parure. d"un prince, dont nous rendons humhlemcnl
aux robes à longue traine, alll manches l'en- gr;\ce à Dieu. D Le. mois. "éc.oulent, les doudocs, aux broderies d'or et d'argent, au
leurs semblent commencer. !. celle nomelle,
bijoux Jan · les chi,·eux et ·ur la gorge, elle les cloches onnent dansLondre , les fcm\tres
ne pouvait empêcher son mari de perdre tout s'illuminenl, le navire ti.rent le canon; un
prestige aux }'eux des Aoglai pour le peu de 1'e Deume l entonné à Saint-Paul, des . ercas qu'il fai ait d'ellej il n'était pas fidèle mons tiennenl les fidèles altenLifs dans les
davantage à on épouse espagnole Isabelle églises; des prêtres assemblès à llamplonOsorio, et l'on chansonnait dans les rues ses ColII't récitent de prières perpétuelles ?t côté
aventures avec une fille de boulanger .... Il de la chambre de la reiue. Au bout de quelavait voulu adresser aussi des galanteries à 4ues nuits, ils se lassent : la crise se prola belle fadeleine Dacre : c'ét.ait une des longe; on s'étonne, on s'in'luiètP., on n'ose
fille d'honneur de sa femme, qui était vigou- dire à la reine que cette fausse grosse se
reuse, solide et si grande qu'elle dépas ait de n'est qu'une maladie rare. Les semaines
Ja Lète toutes les femmes de la cour; elle fut s'écoulent : Marie attend toujours sa délisurpri e un matin, à sa toilette, le buste nu, vrance ; elle reste oufîrante, recluse, les
... 195 ...

... 194 ...

'Y1E AMOUJ(l:USc DE P111l1PPB

Toul 1a trahit ou l'ahaadonne. Le miracle qui
lui semblait assUJ"é, le fils promis e t reûré
par Dieu. Qu 'a-l-elle fait pour être frappée?
Elle est chàtiée parce qu ·elle a cessé de per~écuter les hérétique . L'évèque de Londre ,
Bonner, le lui persuade : elle a comrni le
crime de aül qui rcrusait d"e terminer les
Amalécites; et aussitôt clJe donne l'ordre de
reprendre la persécution. Cinquant.e personnes
sont br1Hée vivantes dan Je.~ trois mois qui
suivent sa déceplion; elle e reprend alors à
l'espérance, el, durant Ci'S Lroi mois, elle
continue à attendre l'enfant. ... Philippe. qui
a renoncé de bonne heure à celle ilJu ·ion,
tourne déjà les yeux vers ses autres Étals;
apr~ aples et la Sicile, son P.Ùre lui a cédé
le Milanais, el se dispose à riUil~tlre entre ses
mnins, roynume à royaume, durant le. ~eroiers mois de l'année i555, la totalité .de se:.

�1-flST0'/{1.Îl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
po ·es ioa ; il Jui annonce .e. projet d'al1dication et l'appelle à Bru~clles. Prompt à aisir celle occa ion de fuir l'Angleterre, Philippe s'cmbariruc; la .cène des adieux à la
pauvre reine e L déchirante. lfarie pleuru en.
,oyant Philippe em bras t·r ses sui,·ante le
unes après le autres, pui de cendre l'escalier; elle . 'accoude à une fenêtre, elle uit de
se yem; troublé par les larme la barque qui
'éloigne sur la Torni e.... »
Il convient d'njoulcr que, . i Philippe, en
fuyant la rtecile conjugale, s'applique à cacher
à :,a Ièmme son empres cment à la quiller :
« il a au si la maladresse de le lais cr conrn1ltre à e ennemi : le na,ires îraoçai
ai:,is~ent quelque jours plu Lard le lettres
qu'il éc1·il en Espat1ne. '011s ne les avon
plus, mais le prol011otaire de Noailles, qui
les a lues à Fontainebleau. pré,·icnt son frèr12
((""• ~elon ce lettre , a la royrm a lànl ensomdt! ce 1,eau jeune prince .on mary que
de lui a\'oir faict croire un an entier c1u'elle
e toit gro · e pour le retenir prè d'elle, donl
il e trouve à présent si confu el fasché,
qu'il n'a plu délibéré ùe retourner, promettant à tous e. serviteur que sïl pt!ul e tre
une fois en E pagne, il u'eo orlira plu à i
ma mai e occasion .... 11
Mais les année· d':ipprenli ar1e de son
métier de souveraiu alhienl bientôt prendre
lin pour Philippe. Charles-Quint, fatigué,
aU:iibli, goulleux, vieux ~ cinquante-cinq ans,
cl résolu à se retirer au monastère de Ynstè,
ahdi11uaiL en fa\·eur de son fil . Et re Fu Lla
politique du nouwau roi c1ui r:ipprocba Philippe Il d Marie t.l' Angleterre. &lt;1 Il avait profilé, dit ~(. Forneron, des mois où to11l ce
11ue nous avion d'hommes de guerre 'éloi•
&lt;&gt;n::til :nec le duc dt.! Gui e ver le fond de
l'llalic, pom organi er contre nous une ar10ée formidable. a première pensée, en obervant qu'une guerre de France devenait
imminente, fot pour sa [emme, qu'il avait
oubliée depui le moment où il anit pu espérer que l'a1Jiance anglaise ne serait plu
utile à sa p0litique. Oès qu'il vit la nécessité
&lt;lu secours en navires et en gen de guerre
que pouvaient lui prèter les Anglais, il s'embarqua pour Londres, non an quelque appréltension de l'accueil qui J'attendait. Pendant le viugl mois qu'il venait de pas er à
OrtHelle , depuis son départ d'Angleterre
(aoùt 1555-mars J 557), il avait conservé ses
babitu&lt;les de .-.alanterie : la reine Marie ne
les irtnorait pa~, el 11 pour avoir entendu pl11sieurs petites visitalions que ledict sieur roy
fait par delà de plus jeunes dames qu'elle ll,
elle 6tail entrée dan une profonde « altération » .... Mai celle jalousie même oourri .ait sa pas ion : la reine m• avait que parler
dn mari ab cnt on ae l'enfant qui lui était
rerus •; t&gt;lle passait ~e journées seule avec
sa uivante, Jane Dormer, qui a,;ait épousé
aussi un E pagnol, IP comte de Feria, parti
également pour les Pa) s-Da,; ou !Jieu elle
s'échappait dan la campagne, entrait chez
les pa~ .ans, cherchait les enfonls, les care,·ail, demandait à être marraine de ceux qui
àllnienL uaftre. &lt;1 Elle a loujou 1· gein L, la
0

paum1 femme, dit l\uailles; les tribulation
lui furent au i ordinaire aliment, depuis le
temps de sa ieune.se, que le pain me.me. 11
1'oule cc lrislesses 'évanouirent lor qµe
Philippe eut reparu. Au ~i Morie lui fournilelle huil mille oldats et de l'arnent anl)lai •.
Il répondit à ces marques de tendres ·e par
un départ immédiat. il étaiL arriré le 20 mar ;
il e rembarqua le 5 juillet - el Marie ne
le revit plus.
« Dédaignée de son mari, dont elle déchirait le portrait avec ses ciseaux, dans de
ace&amp;· de jalou ·ie, elle dépJri.sait, triste, ridée, la oix aigre. Elle demanda une dernière entrevue à l'homme qu'elle a,•ail laol
aimé. Philippe envoya à sa place le comte de
F~ria. .. . t&lt; On m'a reçu, écrivit celui-ci,
comme un ÙOOlJlle qui apporlerail les bulltlS
d'un pape morl. ... » ept jours plus tard, le
17 uovemhre l.jj , Marie fait célébrer la
mes e p1 ., de son lil; elle se dres e au moment de l'élévation, et retombe morle .. .. Un
émiss:iire de l:i princesse Élisabeth, sa œur,
soulè,·e pendant qu'on allume le- cierges, le
drap du lit, arrache du doigl qni misait
LrcrnLler la our &lt;1uelque minute· auparavant l'aru1eau d'or à émail noir que Philippe
y avait glis é le jot1r de sou mariage, et le
porte, comme ga••e de l'all'ranchisscruent el
de la pui sance, à la princes e Élisabeth .... ~
~

À peine veuf, Philippe Il pour~ui11it, avec
la ténacité qui lui tirait propre, la politique
d'alliance hi pano-britanni11ue à laffuelle son
père s'était attaché en faisant de lui l'époux
de farie Tudor. Par l'ioterméJiaire du corole
de Feria, il demanda la main de Ja nom1elle

Cllcllt Gira.udoo.

L'isrANTE

lSA.8tLLE-CL.1.RA-EuGi.N1E,

FILLE 1o1;: PmLIPPE l r. -Tai'/e.Ju :I.~ S,Nc nf:t

Coeuo.

(M"sùd.11PraJo, .,fodrlJ.)

reine. Mais, les pourparlers C_!I/W'Js n'a ·ant
pa abouti, cc fut une autre l~lisabcth, mais
une princesse de la maison de Valois, celle-là,
qui ·uccéda conjugalcmenl à la princesse Marie
dt Portugal el à la reine Marie d'Angleterre.

Le 22 mar J559, Philippe. représenté par
le duc d' lbc, ilpoosait à Paris la fille de
llenri Il el de Catherine de Médici . u mois
Je janvier sui1ant, aprè un interminable
voyage, Élisabeth, q_ui n'avait p3.5 quinze ans,
rejoignit, à Guadalajara, le mari qu'elle ne
cono3Î.ssail pas encore, el qni l')' altendait
pour l'emmener en grand apparat à travers le
royaume. Dès son arri\"l!e à Tolède, la reine
fut attPinLe de la petite vérolt!. Par une cbance
rare, l:lisaùcth orlil de celte crise san y
lai cr la fraicheur &lt;le son teint.
« Quand l'intimité fut enfin tilaùlie entre
la couvale cenle el on mari, une lellre lais~e
voir que la jeune femme se ·outnet a\'eC ré-pugoance à des importunit · qui la blessent:
au -i notre amba sadeu1·, l'évèquc de Umoges,
ne cache pas à Catherine que &lt;&lt; le roi a a.scz
de bonnes cognoi sance· eo celle vil11•, qui
pour cela ne le font pa eslre mauvais mary. ~
Pour à demi ra ~uranie que rÙl celle dernirre
appl'éciatiou du prélat, Catherine n'en devait
pa · moins ïnquiéter fort des « cognoissances » dont, eu prernit'r lieu, il parlait,
œr ex.erçant sur ·e euîants uue t,1ute-pui sante aolorité morale, elle aYait compté user
de l'inlluence amoureu e de sa fille, pour do•
miner elle-mème . on gendre el l'as ujellir à
. a politique. li lui fut bienlÔL démoutré ,pie
Philippe ne erait ni mari fidèle, ni gendre
docile, et que toujours il é ·bapp rail à l'emprise de sa volonté. 1'euf an plu~ tard, en
octobre 1568, Élisabeth mou.rait, ans avoir
pu ervir, inconsciemment ou de propos délibéré, le plans el les combinai ·ons de sa
mère.
Elle lai sait deux filles : l'infante 1 abelle
el l'infante Catherine, dont le grand peintre
anchez Coello, en des toiles admira.hie~,
nou a conservé le traits.
Celte foi encore, le veuvage de Philippe
îot court. En 1570, il prenait pour lèmmc
une prince-, e allemande, Anne, tille de l'empereur Maximilien. Ain i que les trois première , celle-ci devait disparaitre au bout de
qul!lques années d'union, el ceux de es
enfant qui lui survivaient allaieot bientôt,
à l'exception du futur Philippe lll, la rejoindre dans la lombe. « Oon Fernando
mourut a1•ant l'àge de sept ao»; don Carlo
(den. ième du nom), ne vécut que deux ans;
don Diégo, le troisième, .ix an ; J'iuianlc
doùa Maria, lroi ao~. L'Escurial était à peine
ache\'é qu'il s'emvhssail di; cercueil . Philippe, avant d'avoir soixante ans, y fil déposer
dix-5epl cadavres. Il les rangeait en orJre
dan l'ossuaire, ne changeait rien au.i r~gles
11ui épui aieol le urvivanl , eL erigeait une
rtlsignalionofficielle. «ra d marques d'émotion, écl'iva.it-il dans Loule les villes à la
mort de son fils don •ernando; rien que de
action de gràce au Tout-Puis ·anl pour la
faveur qu'il a faite à l'infant. o
. .. Aux parole que nou veuou - de citer,
uou n'a,jouteron rien. Une teUe con igne
&lt;l'insen ·iLilité rés1tme rnute la \'Îe du roi
Philippe li - el l'explique.
PAUi. DB

MORA.

EiSTRÜ: DE L'ARMEE FRANC,IISE A 0A..'iT7.IG

,

•

· · -

Gravr,re ~•'A, OHF.RT, J •"'trés le lar/ea11 J'AooLrn~ Ram:-.. (M,mie de Vtrsailles.1

Le mari de Madame Sans-Gêne
PAR

HENR.Y ROUJON
de 1'111s/i/11/.

La popularité dont le théâtre fait briller la
marécbale Lefch,•re ne doit pas elTocer le souvenir de son mari. Le prince con orl de
l\fme San -Gène mérite d'èlre honoré pour
lui-même. Cel homme si brave était tout à
fail un brave homme et le contraire d'un
naïf. On 'imagine trop complaisamment
qu'il était d'esprit un peu oourt,; les historiens caricaturistes Jui feraient j~uer volontiers le rôle du l\aruollol de l'l!:popée. Ce
pay an alsacien était au contraire confit en
finesse. Uoche, dont il avait été serg,ml instructeur, lui écrivait de Bonn, à la date du

l 5 germinal a.n V : « Les avis que Lu peux
me donner, mon cher Lefebvre, seront touj~urs de eux que je suivrai le plus volonlier . Tu sais que ta franchise t'honore autant
~ mes yeux que la valeur el les talent ,.
Eclaire-moi donc ur les homme que tu
appelles des flatteurf'. Tu m'obligera . ~ , i
Hoche a\'ail a sez ,·écu pour de,·e1rir empereur, il n'eùl pas manqué de nommer Lefebvre membre du Sénat conservateur A.
défaut de Ilocbe, Napoléon , e chargea de ce
soin.
Lefebvre est pour la postérité un « sympa-

thiqne », ~arec: que, devenu mart!chaJ, préteur du_ enat, duc el millionnaire, il re ta
peuple Jusqu'à 1a moelle de o . Les grandeurs ne le Jirenl changer ni d'âme ni d'orlbo-gr~phe. ~-t-il prononcé la magnifique parole:
qu on lui prête : « Je uis uo aucètre ! )i '!
U'esl d'une rédacùon un peu Lieu lilloraire ·
il a dt) dire quel,1ue cho e comme cela, mai;
aulremente~ mieux. Uo vrai mot de lai, c·cst
sa d~cla_rallon a,ux ingéni~m· du siège de
~'.111tz1g ..« ,le n entends rwn à vos afiaire -.
Ficbez-mo1 un trou. et je me chnrge do passer!

»

�1t1STO'Jt1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ___.
Ici, il n•y a pas trace de lillératnre. C'e t que Suchet prononça à la Chambre des pairs,
dn LefehHe pur.
dans la sMnce du J2 juin t 82t, !"éloge funè-Ceux qui aiment à déboulonner les renom- bre du maréchal Leîcbne, il donna lecture de
mées insinuent rnlontiers que l'honneur la lettre du comte de Kalckreuth à son vaind"a,·oir pris D:mlzi&lt;&gt; o'appa.rticnt pas à Le- que11r. Le « NPslor de l'armée prus ·icone »
febne, mai· à Chas$eloup-Lauliat. [l e L age, ùxprimait ainsi : ·
en ce!. délicates matières, de ·en rapporter à
1&lt; Mon ieur le m:u·ét:hal, je ne fais~er:ii
la compétence de ·apcMon. La correspon- point partir M. le sénéral Jarrl. dont j'ai
danre de l'empereur, t&gt;n rendant justice à tout lieu de me louer, sans remercier Votre
&lt;'.bar.un, lai: e au m:irrchal Lefcbue lo meil- Excellence de cet accompagnement et dt!
leure 11art. &lt;1 .Je comptl', écrivait le muitre,
que pour mon bou•p1el du t•r mai. vous
rn'enHirrez le, clef· de Dantzig. » Et l'empereur :ijontait, .achant bien à qui il parlait :
« C'est lorsc1u'on \'clJL f•Jrtement faincre qne
l'on foit pas.-er . a vigueur dan. Ioules le.
âme·. » l.debire roulait fortement ètre vainqueur. Parfoi , un peu embarras ·é parmi
la.nt de technicien , il avait c heures d'in&lt;lécbion et d'aagoi e. Le réconfort lni venait
avec le courrier impérial : « Jt: vou croyai
plu de caractère et d"opinion ... Chn ez de
ebex \'OU , à coups de pie&lt;l au c... , tous ces
petits critiquelll'S.... 'c prenez consciJ que
de Cha seloup cl de La Riboisière, el moquezvou du reste.... e doutez jamais de l'e time
que je ,·ou porte. » ilême après la victoire,
1 maréchal tremblait comme un conscrit de
la peur d'a1·oir mécontenté l'apoléon. fi avait
pourtant reçu ce salisferit d'une simplicitc
ublime : « Je vou fai mon compliment dr
la prise de Danlz.ig. ,, Mai ' vi -h-vi du
,·:tincu. le général pru. ien Kalckreulh, il
crai!!Ilait d':11oir exagéré la chevalerie. Le
oldal de ln Hén,lution •'était piqué de gentilbommerie em cr un vétéran de la guerre
:it~RECILU. LE:FEBVRE. nue D&amp; DANT7.IG.
de cpt an . Le comte dé Kalckreulh, élève
n·aprls lt taNeau .Je M- DA~1~-MIRVA ULT.
de Frédéric, jouissait d'un bon renom dan
(N11sée ,te Vtrsallles .)
l'a.rmée françai ·e. En t 7!l5, il avait permi
1au:,, Ma ençais de sortir de la place avec les
honneur de la guerre. a généro it6 avait toute le bcmtésquevous m'avez ma.aire tées.
autori ·é le défilé de ces troupe • que Gœthe Je ne les oublierai jamais, mon icur le marévil pa ser devant lui, « érieuses el mécon- chal; j'allacherai désormaJs le plus grand
lt•nles, mais non aLallues ni humiliées . Une prix à votre amitié .... Je répète aus i ce 11ue
colonne de fürseillais, petit , noirs, bariolés, j'ai dit/t M. le général Jarry, que je uis bien
détmeaifüs, s'avançait à petit pa ·; on eùtilit aise de ne pa aYoir connu Voire Excellenc
que le roi Edwin aYail ou1erl la monta!!lle el principalement aYanl le iège; il m'en aurait
lùclu: sa jo)'euse armée de nain . Tout à trop coùté Je m'occuper à vous taire du mal.
coa p. la mu~i1rue fil entendre la Marseillaise. .Joui ez, monsieur le maréchal, partout où
L'dlèt l'ut sai is ant et terrible. » Xou dti- se tourneT!lnt vo pa • de ,o succès, de,·olrc
viuos à Kalckreutb, alor q_u'il capitulait dans pfoire bien méritée, dans une félicité inaltéUanlzig, une égale oourtoi ie. Lefebvre lé rable. Quand je reverrai de Français, detraita mieux encore qu'il n'avait traité les mnuder de no11velle de Votre Excellence sera
layençai~. Le , ieux. seibrncur pru5~ien, rompu toujours une que.~Non initiatitie. C'est ainsi.
dt!pu~ l'enfance au"( façon. françaLes, prit 111ou rl'sp1•rlal,le ad\crsaire, qne je mu fais
congt- de l'ennemi 1mi. rp1e lrndremenl. Lors- uws adicm. n
1

ne.li rc cette lettre, ad ress~éP par 11 n soldat
de anciennes "Uerre à un héro, de l'armée
nouvelle, ne trouvez-,·ous pas que cela repose
dl! articles de M. ller1·é? Lefebvre, ow .a
rude écorce, se sentit atteint en pl&lt;'in c(Eur.
ToutL•fois la terreur de u'ètre poinl approuvé
par l'empereur troublait sa joie. ~apoléon
avait Lien envoyé un mol d'ordre de générosité, « voulant donner à l\akkreuth une
marqne particulièrl' d'e time, due à son ca~
ractèrc el à la conduite qu'il a toujonr tenue
av11c les Franr;ais 11. Mdis que di mit-il t&gt;n
apprenant fJUe la "arnison pru. itwne av.Jil
été 11utorisée à garder .e, fu,ils'/ Lefeb,rP
él•ri\·it 11 l'empereur pour expliquer ,a conduite. La réponse ne comporte aucun blâme;
à peine un regret s'y lai~se-t-il deviner : r&lt; ,le
n'en suis pas moins très sati fait de vos serYices. Je vou en ai déjà donné des preuve
que vous apprendrez aux premières nouvelles
de Pari et lJUi nevou lai~ eront au('llndoule
sur le c.1 - que je fai de vous. »
C'était le duché. Le man:chal el Jfme ~anr.Gène ne l'a,·aient pas ,·olé. Un imbécile quelconque complimentait le nouveau dnc de la
magnificence de on c-0stume : a M,1 roi, oui,
monsieur, lui dit Lefebvre, mon bal,il e l
uperbe. ~fois il y a ,iugt-cinq an· qu'il e:t
commencé el il n·y a pas longtemps qu'il est
fini. l) Thiéhnult raconte, dans ses lémofres,
un autre trait qui montre chez le duc de
Dantzig bien de la malice, sou la honhomie
du garde-françai,e. Un parasite, &lt;tui dinait
chrz Lefeb,•re, s'e. tasiait sur la omptuo ·i11i
du repas, ur la richesse des mcultle , ur la
vaL ·elle et ur le couvert. Le vieux .old:il
madré sentait l'envie percer à cha11ue mot.
o Vuu Youdrict bien, s'écria-L-il, avoir tout
cela I Je sui · tout prêl à vous le donner.
Allez vous mettre de l'autre côté de ma cour;
je vou tirerai dcu · cents coup de fusil; si
après r.ela YOU vivez encore, tout ce que vou admirez ici sera à vous. » L'imrilé trouva
que c'était trop cher. 11 Moi, lui dit le maréchal, j'ai gagné tout ce que \'OU vuyez au
prix de dix mille coups de r11sil, 11ui m'ont élé
tiré de plu pr,i · que je ue vuu · le tirerais. »
L'imité per~ii.la i1 rcfu er.
Le mari de Mme ans-Gène, aw&lt;' quelques
,•ertn , avait donc de l'esprit par-dessus le
marché. Quel!Ju'un di aità Rapp : « Vous ne
manquez pns de Jioe se. vou , avec \'Oire
,ti age innocent. &gt;&gt; Happ répondit : 11 ll) a
un Lomme qui en a da,,anlane. C'est le mar~cbal Lefeb,·re. - Pourquoi donc? - Parce
!JU 'il a l'air encore plus bête fflle moi! 1&gt;
ROl J 0~,
"• I•1,.,w.,.

IIEi'&gt;RY

La Femme "au XVI/Je siècle
L'amour.

+
.Jusqu'à la mort dP Loui XIV, la France
semble travailler à dhiniser l'amour. Elle fait
de l"amour une pa ion théorique, un dogme
entouréd'nne adoration qui
rei;scn1ble à un culte, Elle
lui attribue une langue sacrée qui a le raffinements
de formule de ces idiomes
qll'invt•ntent ou s'appr0prienl les dévotions
rigides, ferventes el
pleinesdepratiqne .
Elle cache la matérialité de l"amour
avec l'immatérialité
du senliment, le
corps du dieu avec
on âme. Ju. qu'au
dix-huitième siècle,
l'amour parle, il s'empresse, il se déclare,
comme s'il tenait h peine aux en et comme
'il était, dan l'homme et dans la femme,
une vertu de grandeur et de générosité, de
courage et de délicate e. li exige toutes les
épreuves et tonte, les décenœs de la galanlerie, !"application à plaire, les soin , la longue volonté, le patient effort, les respects, les
. erments, la reconnai ance, la. discrétion. Il
Yeut des pTières qui implorent el des agenouill1' ruenls qui remercient, el il entoure es
faiblesses de tant de convenances apparentes,
se plu grands c.1ndales d'un tel air de majesté', que es faute , ses hontes même, gardent une polite e et une excu e, presque un11
pudeur. l'n idéal, dans ces siècles, élève à lui
!"amour, idéal tran, mis par la chevalerie au
bel esprit de la France, idéal d'héroismc devenu un idéal de noblesse. J[ai' au dix-huitième iècle que devient ..:et idéal? L'idéal de
l'amour au lemp · de Louis XV n'est plu rien
que le dé ir, el l'amour e t la Tolupté.
Volupté I c'est le mot dt1 dix-huitième
siècle; c'e t son secret, on charme, son
âme. fi re pire la volupté, il la dégage. La
volupté e l l'air dont il se nour.ril el qui
l'anime. Elle est ·on almo pbère el on
souffle. Elle est son élément et son inspiration, sa vie el son génie. Elle circuit: daos
son cœur, dans ses veines, dao a tête. EUe
répand l'enchantement dan es goût , daw
ses habitudes, dan sei; mœurs et dans .es
œuvres. Elle orl de la bouche du temps, elle
sort de lin main, elle s'échappe de son fond
intime et de tous ses dehors. Elle Yole sur ce
monde, elle le possède, elle est sa fée, sa
muse, le caractère de toutes ses mod~, le

~tyle de tou es arts; et ritn ne demeure de
ce temps, rien ne snr,il de ce .ircle de la
femme, que la ,·olopté n'ait créé, n'ait touché. n'ait con er~é comme une relique dl'
gr~r..c immortelle, dan le parfum du pl;Ù$Ïr.
La frmme alors n'est que volupté. La voluplé l"bahille. Elle lui met au pit&gt;d ces mule
qui balancent la mnrche. Elle lui jette dan
1 che,·eux cette poudre 11w fait .orlir,
comme d'un nuage, la phy·ionomie d"un ,;_
age, l'éclair des yeux, 1a lumirre du rir1:.
Elle lui rdèrn le teint, elle lui allume lr
joues avec du rouge. Elle !ni baigne les bras
avec des dentelles. Elle montre au haut de la
robe comme une promesse de tout le corps de
la femme; elle dévoile sa gorrre, el l'on voit,
non seulement le soir dans un salon, mais
encore tout le jour dans la rue, à toute heure,
pa~ser la femme décolletée, provocante, et
promenant cette séduction de la chair nue el
de la peau bJanche qui dans une ville caressent
le~ yeux comme un ra-yon et comme une fleur.
L'habit cl le délail de l'habit de la femme,
la ,·olupt~ lïm•eute el le commande, elle en
donne le dessin el le patron, elle l'accommode
à l'amour, en rai ant de ses Yoiles mêmes
une tentation. Parures et COIJ.Uetlerie , elle
les bapti ·e de noms qui semblent attaquer le
caprice de l'homme et aller au-de\anl de ·e
sen~ .

Ainsi parée par la volupté, la femme trou,•e
la volupté partout autour d'elle. La volupté
l11i remoie de tous le· côté son image, elle
multiplie sous ses yeux le formes galnntes
romme dans un cabinet de glaces. La rnluplé
chante, elle sourit, elle invite par les choses
muettes et habituelle· de l'intérieur de la
femme, par les ornements de l'appartement,
par le demi-jonr de l'alcove, par la douceur
dn boudoir, par le moeUeux des soieries, par
les 1'e11eille11ses de alin noir dont le ciel est
un grand miroir. Elle étale or les panneaux
des aventures toujours heureu es, qui semblent bannir d"une chambre de femme les
rigueurs, mème en peinture. Et, teuant la
femme dans une odeur d'ambre, elle la fait
vivre, rêver, s'éveiller au milieu d'une clarté
tendre et voilée, sur des meuble de langueur
coavianl au:r paresses molle , sur le sopbas,
sur les lits de repo , sur les duchesses où le
corps s'abandonne i joliment aux. attitudes
lasses el co11UDe négligées, où la jupe se rele1•ant un tant soit peu lai e voir un ltout de
pied, un bas de jambe. L'imagination de la
volupté est l'imagioaLion de Lou les métier
qui travaillent pour la femme, de tous les
luxes qui veulent lui plaire. Et la femme
1, Angola, voL 1.
2. Corresp1md1nce secr~le. punm.

sort-elle de ce logi où tout e t tendre, coquet, adouci, caressant, mystérieux? la ,·olupté la suit dan une de ces YOilnres si bien
inventées contre la timidité, dan un de ces
vis-à-vis où les visage· se regardent, où le
re, pirations e mêlent, où les jambes s'entrela.cent 1 • 1
La femme se répand-elle dans le sociétés1
C~userie, propo · aimables, équivo11ues, comphwenl , anecdotes, charade. et loaogripb ·
à la ~ode•, voilant dan le plu grand ruonôe
le c}msme sous la 11atlerie, l'~-pril du tcmp
apporte snns ce.se à la femme fédlo de fa
galanterie et le fait ré onner au fond d'elle.
L"t!.i-prÎt do Lemps l'assiége, il éveille es sens
à toute heure; il jette sur sa toilette, il lui
met dan les mains les livres qu'il a dicté el
qu'il applaudit, les brocburettes de ruelles,
les op~ cules de ]écrèreté et de passe-Lemps,
le pe~1ls roman où l'allégorie joue ur un
fond libre el danse sur une gcntilJe ordure,
les con_tes de fée égar~ de licence el de polissonnerie, les tableaux de mœurs fripon,, les
fantai ies érotiques qui semblent, dans un
Orient baroque, donner le carna,·al des ,Ili/le
et wie Nuit à l'ennui d'un ·ultan du Parc
aux cerfs.
Puis, c'est autour de la femme une poé 'Ïe
qui la courtise, qui la lutine; ce sont de
petits vers qui sonnent à son oreille comme
un baiser de la mu e de Dorat ur une joue
d'opéra. C'est Philis, toujour Philis qu'on
attaque, qui combat, qui e défend ruai... des
regards, des ardeurs, des douceurs. • J'inspire là-des us en me jouant, 1&gt; Jit l'Apollon
de Marivaux.
Poésie de fadeurs qui embaume et qui
entête! R~mleaux de Marot retouchés par
!loucher, 1d ylle de Desb.oulières ranimées
par Gentil-Bernard, poème où les rimes 'accouplent avec un ruban ro e, et 011 la pen ée
n'e t plus qu'un roucou·
lernent l Il semble que
les lettres du dix-huitième siècle, ageno uill~es
devant la femme, lui tendent ces tourterelles dans
une corbeille de fleurs dont
les bouquetières offraient l'hommage aux reines de France.
La femme se met-elle au clavecin? chante-Hile, Elle chaule
celte poé~ie; eUe cbarlte : De . es
ll'ait.s le Dieu de Cythère ... , ou:
Par un baiser ur leii lèures ,flris ... , ou :
Non, non, I.e Dieu ']Ili fait aimer· 3 •• • , cban~on paTtout goùtée •,jctéc:s sur toute · le tablettes,
3. Chois ne chanson mises e.u mu iqut pnr li. de
1.alwrde. Pan·i, l)elon11d, 1iJ3.

�..,

1l1STOR..1.Jl
dédiœs à la Dauphine, el auxquelles le Lemps
tr~uve i peu dll mal q_u'il mel ur les lèvres
de Marie-Antoinette le refrain : « En Llanc
Jupon, en blaoc cor cl 1 •••• »
La volupté, celle volupté universelle, qui
se dégage des cho ·e vivante
comme des ebo es inanimée ,
qui se mêle à la parole, qui
palpite dan la musique, qui
est la voix, l'accent, la forme
de cc monde, la femme la retrouve dan l'art du Lemp
ph.: matérielle et. pour ain i
dire incarnée. La latue, le
tableau sollicitenL on rerrard
par un agrément irritant, par
la gràce amusante t piquante
du joli. ,;,OU Je ciseau du sculpteur, sous le pinceau du peintre, dans une nuée d' Amours,
loul un Olympe natt du marbre, sort de la
toile, qui n'a d'autre di"inité que la coquPllerie. C'est le siècle où la nudité prend l'air
du dé babillé, el où l'art, ôtant 1a pudeur au
beau, rappelle ce petit Amour de Fragonard
qui, dans le tableau de la Chemise en.levée,
emporte en riant la décence de la femme.
Que de petites scènes coquine , grivoises l
que d'impureté mytbologiq11es ! que de Nymphes srruptdeu..~e;, que de Balanroires mystàieuses I Que de pages spirituellement immodestes, écbappéc au arand Uaudouin et
au pelil Que,·erdo, à Freudeherg, à Lavreince,
aux mille maitre qtii a\'enl i bien décolleter
une idée de Collé dan une minialu.re du Corrége I El la gravure est la, avec son burin
le le, vif et fripon, pour répandre ces idées
en gra1•ures, en estampes vendues publiquement, entrant dans les plus honnêtes intérieur et meltantjusqu'aux murs de la chambre des jeunes filles', au-des. u de leur lit
el de leur ommeil, ces image impures, ces
coquelles impudicités, ces couples enlacés
dans des liens de tleur , ces scènes de tendresse, de tromperie, de surpri e, au ba
dP quelles ouveat le •ravcur a-ppelle dan un
titre naï( le l'lai -ir par , on nomG !
Quelle résistance pouvait opposer la femme
à celle volupté qu'elle respirait dan l.oute
rhoses et qui parlait à tous ses sen 7Le iède,
l[UÏ l'assailJait de tentations, lui laissait-il au
moin pour le repou ser, pour le combattre,
celle dernière verlu de son sexe, l'honnêlelé
de on corp : la pudeur?
li faul le dire : la pudeur de la femme du
dix-huitième siècle ignorait bien des modesLie acqoLe depuis elle par la pudeur de son
sexe. C'élaiL alors une vertu peu raffinée,
as ez peu respectée, et qui restait à l'état
brut, quand elle ne se perdait pas au milieu
de impressions, des scnsaiions, des révélations, à l'épr uve de quelles Je siècle la oumellait. Il y avait dans Jes mœurs une naïveté,
une liberté, une certaine gros ièrelé ingénue
4ui en faisait, dans toutes les classes, assez

lion marché. Comme la pudeur n'entrait point
dans le,; agrément· sociaux, on ne l'apprenait
!ruère à la femme, el c'est à peine si on lui
en lai~saiL lïn Linct. !:ne fille déjà grande
était Lo11jours regarJêc comme une enfant, el
on la lais ait badiner avec de hommes; on
tolt1rait mème SOU\'ent qu"ellc r,u lacœ par
eux, ans attacher à cela plus d'importance
qu.'à un jeu'· La jeune fille deyenue femme,
un homme que vous montrera une gravure
ile Cochin lui prenait, sur a chemise, la
me ' nre d'un corps. ~fariœ, elle recevait au
lit, à la Loiletle où elle s'habillait et ou l'ind1:ccnce éta.it une !!'l'àce, où la liberté qael'l ucfois ùégénérait en c1ni me 8 • Dans l'écho
dt• propo d'antichambre, dans la parole de
1•icux parents égrillards, une langue, encore
chaude du franc parler de Molière, une langue
expre ive, colorée, sans pruderie, apportait
à son oreille les mols vifs de ce temps sao
p:êne. e lectures n'étaient guère plus sé"ère : de main en main pa saient les recueils
polissons, le Jllaranzal,itiiana, dictés par
quelque grande dame à La plume de Grtcourt 0; la Pucelle trainait or les tables, et
les femmes qui se respectaient le plus ne se
cachaient pa de l'avoir lue et ne rougissaient
pas de la citer 1. La femme gardait-e1le, malgré lout, une Yirgiuité d'ùme? Le mari du
temps, tel que nous Je de sinenl les ~lémoires,
était peu fait pour la lu.i lai ser. ll agissait,
là-des us, fort cavalière.ment avec sa femme,
qu'il formait au:x docilité d'une maîtresse;
cl, s'il avait bien soupé, il donnait volontiers
à ses amis le spectacle du ommeil el du
ré,·eil de sa femme 8 • La femme se tournaitelle Yers l'amitié? Elle y trouvait les confidences galante , les paroles d'explfrieoœ qui
ôtent le yoÜe à l'illusion, dans la compagnie
de qaelqaefemmeaCûchéecommeMme d'Arty.
Elle allait à une repré entation de prol'erbe
gaillard sur un Lhéâtre de société, à quelque
pièce de haute gaieté pareille à la l'erité
dans le vin, ou bien à un de ces prologue,
salés des spectacles de la Guimard auxquels
les femmes honnêtes ~s istaieol en loges grillées~. Elle es oyait « les jolies horreurs » d
·oupers à la mode 10 , elle affrontait les chan~ons badines à la Bourners cou rant le monde
à la fin du siècle u. Puis, pour achever de lui
enlever le préjugé de ces mi érables délicate es, la philosophie venait : enlrainée à
qul.\lque souper de comédienne fameuse, à la
table d'une Quinault, dans la débau ·be de
paroles de Duclos el de ain t-Lamherl, au
milieu des paradoxes grisés par le champagne,
dans la helle ivresse de l'esprit et de l'éloquence, la femme entendail dire de 1a pudeur : « Belle -vertu! qu'on attache sur oi
a,·ec des épingles n ... ~
C'est ain, i que peu à peu, d'ilge en âge, la
!acililé des apprl)ches, les spectacles donnés
aux sens, l'irrespect de l'homme, les corruptions de la société et du mariage, le en eignemcnl s, les ystàmes de pure nalurc, alla~

quoieotetdéchiraienl chez la femme jusqu'aux.
derniers re tes de celte innocence qui est,
dans la jeune fille, la candeur de la chai;teté.
dans l'épouse, fa pnr11té de l'honneur. us. i
le jour où l'amour se pré cotait à sa pensée,
la femme ne troU1·ait pa pour repousser celle
pensée de force per oonelle; elle appelnit vainemeot contre la tentation de ce mol el &lt;le
ces images la défen e, lo révolle de sa pudeur
physique. Et l.iienlôl, dans cet intérieur que
dé ertail le mari, (Jllel e.lîort ne llli fallait-il
pa pour gar&lt;lei· re qu'elle croyait avoir eucnre
de pudeur rnQrall', di-vanl tant d'exemples
pnhlics d'impudeur ociale, devant tant de
ménacres auxquels l'amour ou l'babitude ·ervait de contrat, tant de liaisons reconnue ,
consacrées par l'opinion pnLlique: lime Belot
el le président de ll'inières, HénaulL et
Mme du DefTaud, d' .\lcmberl et Mlle de Le~pinasse, Mme de Marchai el M. d'.\nci,illiers, etc., - jusqu'à Mme Lecomte et
telet que personne ne 'étonnait de trouver
en emble chez la rigide Mme 1 ecker !
Facilités, séductions, mœui·s, ho bitudes,
mode , tout conspire donc contre fa femme.
Tout ce qu'elle touche, tout ce qu'elle rencontre et tout ce. 11u'elle voit apporte à a
Yolonté la faibles e, à son imagination le
trouble et I' amolli 'se ment. De Lous côtés se
l(:1•c autmIT d'eUe la tentation, ool'- eulement
la tentation gro sière et matériell&lt;', touchant
à la paix de ses sens, irritant les appétits de
sa fantaisie et les curiosités de son caprice,
mais encore la tentation redou1able même aux
plus vertue~es et aux plus délicates, la tentation qui frappe aux. endroits nobles, aux
parties sensibles de l'âme, qui touche, qui
attendrit doucement le eœur a,·ec le larme
qui montent aux yeux.
n e t un charme de l'amour, tout plein de
fraicbeur el de poésie, ~ l'épreuve duquel
le dix-hoiti~me siècle soumettra les lemmes
les plus pures, comme pour leur donner l'assaut dont elles sont dimes. Le péril ne sera
plu repré enté par un homme, mais par un
enfant. La éduction e cachera spus l'innocence de l'àgc, elle jouera presque sur le
genoux de la femme, qui croira
la combattre en la grondant, et
qui ne la repous era qu'une fois
blessée : ainsi, dans l'ode antique, ce petit enfant mouillé et
plaintif qui frappe avc.c une voi:c
de prière à la porte du poète ·
pui , a sis à son feu, le mains
réchauffée à es mains, l'enfant lend on arc, l'arc de l'amour, et touche on hôte an

1. Corre pontlo11c~ ·ecrètc, ,·ol. Il.
2. Enlretiens do Pal~i;--Royol. Pari,, Buil80JI, t 7~6.
l). Vovéz la plancl,e de Queverdo tlédièe à }f. le

5. Voy ci dnn d',1rge11 on la fo,;on donl il l'St reçu
par Mme d~ Prie à s~ tm\elle.
.
6. Mèmo1rcs Je Richelieu, \'OI. H n.
7. Correspondance inéilile de Mme ,lu Deffand.
Michtl Uvy, 1859, vol. l.

8. Mtinioires dé (me d'Épinay, ml. 1.
!l. lléionircs (le la ll épubli~u(,! des lettres, vol. V.

cumto J~ Sninl-Marc.
4. Les Contemporuiaes, par Rètif, p041im.

..,. 200.,..

,,a-

cœur.
Prières d'enfant, larmes d'enfant, blessure d'enfant, n'c L-ce
pa la jolie histoi.re de Mme de
Choiseul avec le petit musicien
Louis, si doux, si serrsihle, si intéressant et qui
joue i bien duclavecin? Elle ,'en amuse, elle
10. Correspondmce secrète, vol. VIII.

11. llémoires Je la République de!i lellres, \'ol. XXVI.
l'.l. 'lèm'lires de :ltme d'Épinay, vol. l.

_______________________________

LA

l'aime à la Folie comme un joujou; elle a pour
loi la passior111ctte qu'une lemme a pour on
chien . Pui le petiL homme ora.ndi ·ant en
grâces, en intelligence, en douceur, en . cnsibilité, un matin vienl où il faut lui défeudre
ces caresses enfantines 1J11i hientol ne ·eront
plus de .on ;)ge. Alon plus de joie, plu·
d'appétit : il ne dine pas. Le cœur oros, il
1·esleassis a11 cl:iwci.u tle Mme de Choi~eul, si
triste qu'elle laisfe tomber sur sa petite tète
t·e .mol ile cart: ~e : 11 ~on bel enfant. 11 A. ce mol l'enfant éclate;
il fond en larme., eu sanglots, en
reproches. Il dit à Mme de Choi. eul qu'elle ne l'aime pin , qu'elle
lui Jéfend de l'aimer. li pleure, il
se lait, il pleure encore et 'écrie :
(C Et comment vous prouver que
je vous aime'? 11 li veut se jeter et
pleurer sur la main de Mme de
Choiseul; mai Mme de Choiseul
'e t enfuie déjà pour dérober son
allendri emenl, ses la, mes, son
cœur, à oo doux affiigé qlli semble implorer l'amour d'une femme
comme on implore l'amour d'une
mère et d'une reine, agenouillé, et
c:iressnnt le bas de sa robe. Et
comment se défendre de pitié, d'indulgence, les jours suivant ? Il a
la fièvre; et, comme il le dit à
l'abbé Barthélemy, cc son camr
tombe ». Il rest1&gt; en contemplation, en adoration, laissant venir à
ses JCUX les pleurs qu'il Ya cachPr
dans une autre chambre, Il 'opproche de Mme de Choi cu l, il
em.bra e œ qui la louche, et
quand elle l'arrête d'un rl"gard, il
la upplie d'un mol: l\ Quoi! pa
même cela'? &gt;l Tanl de candeur,
Lnnt d'ardeur, tant d'audace ingénue, un enfantillage de pas ·ion i
naturel et qui est la passion mème
finiront par mettre sous la plum~
de Mme de Choiseul le cri du
Lemps. le cri de la femme : « Quoi
rru'on aime, c·e l loujours bien fait
d'aimer. » Kt 11eut-êlre dira-t-elle
plu- naiqu'ellene croitelle-mèmelor qu'elle
écrir:. : c&lt; Jfe · amours avec Loui sont à leur
fin; leur terme est celui de son voya"e à Paris,
el je l'y renl'oie à Pâques. Ain 1 vous voyez
!(He je vais être bien dé œu,'Téc 1 • 1&gt;
~tais on rencontre dan le dix-huüirmejècle,
à cùté du petiL Louis, de plus grands enfants
et qui menacent les maris de plus pres. Ceuxci ne ont pas encore hommes, mais ils commencent à l'èlre. Le dernier rire de l'C11fance
se mêle en eux. au premier soupir de la milité. lis ont le grùce~ du malin de la vie, la
llamme de la jennesse, l' impalicncc, la légèreté, l'étourderie. lis ont pour plaire l'âge où
l'on obtient une compagnie, l'àge où l'on
,•oudrait avoir une jolie maitre se el un excelL CorresponJaace iueditc de lme du llclliual,
Pm·i,, 1850, vol. li.
2. Contes moraux de llarmoatel. ~lerlin, 1765,
~ol. 1. lt Scrupull'.
3. La l\éunion des Amours, J'llr fürivaux, 17~1.

'Fl!JH.ME AU

xnne STÈCT..'E

-,

lcnl che1·al de bataille. Ils séduisenl par un Chérubin! le démon de la puhcrté du dixmélange de Iri,·olité et d'héroïsme, par leur bu.ilième sièclci.
pr,au h!anche comme la pl'au d'une femme,
A côté de ce dang~r, que d'autre danger
par leur uniforme de ,oldal que le fen ,·a
Lapû er. Il badinent à une toilette, et la pour la rnrtu, pour l'honnrur de la femme
pénsée Je la fomme qui les regarde le uit dans la grande rtl...-olnlioo faite par le dix-huidéjà à travers li! batteries, les escadrons tième siècle dan Ir cœur de la Fran cc : la
ennemis, sur la brèche minée où ils monle- passion remplacée po.r le désir 1
Le &lt;lix-hllitième siècle, en di. ant : Je l!Oll~
ronl avec un coura"e de grenadier. Et lorsl]u'ils partent, quelle femme ne se dît l.oul aime, ne veut point faire entendre autrt'
cbo e que : .fe 1•011s rlé.~û•,:. A110Îl'
pour les hommes, e11le1•et pour
les femme , c'est tout le jeu, cc
-ont tout s les ambition · de ce
nouvel amour, amour de caprice,
mobile, changeant, fantasque, ina.'1ouvi, que la comédie de mœurs
personnifie dan ee Cupidon
bru1·anl, in~olent el vainqueur.
qui rut à l'Amour passé : n Yos
amants n'étaienl que des benêt •
il- ne a,aient que languir, que
faire des hélas, et conter leurs
peines atL't échos d'alentour. J'ai
supprimé les échos, moi. ... Allons,
dis-je, je vous aime, voyez ce que ,
vous pouvez faire pour moi, car le
temps est cher, il faut expédier
les hommes. Mes sujets ne disent
point : Je me meurs, il n'y a rien
de si vivant qu'eux. Langueurs, ·
timidité, doux martyre, il n'en
est plu question ; fadeur, platitude du temps passé que tout
cela... Je ne les endors pas mes
sujets, je les él'eille; ils sont si
vifs, qu'ils n'ont pa le loisir d'être
tendres; leurs regards sont de
dé. irs; au lieu de soupirer, ils
attaquent; ils ne disent point :
Faites-moi grâce, il la pre1menl :
et voilà ce qu'il faut'. »
Le siècle est arrivé II nu nai
de. choses », il a rendu (1 le mouvement aux sens ». Il a suppriLA TOILETTE:.
mé, et s'en vante, le· exagération ,
GtïlYlfft de .\!ORE:AU LI! JEUN&amp;. (Cannet des Estampes.
les grimaces el les aJl'ectalions'.
Avec ce nouvel amour, plu de
mystère, plus de manteam coubas à elle-même : Il va partir, il va se battre, leur de muraille dans lesquels on se moril va mourir! comme la Bélise de Marmontd fondait! Du bruit lie ses la(Jllois frappant à
écoutant le; adieu du charmant petit offi- coups redoublés, le galant éveille le quartier
cier : u Je vous aime bien, ma belle cousine! où dort sa belle, et il laisse à la porte son
ouvene:z-rous un peu de votre petit cousin : équipage publier sa bonne [orlune. Plus de
il reviendra fidèle, il vous en donne sa parole. secret, plus de dù;crétion : les hommes
'il e;;t tué, il ne reviendra pas, mai on vous apprennent à n'en aroir plus que par ménaremettra sa bague et sa montre 1 !... »
gemenl pour eux-mêmes 5 ! Plus de grandes
Amours d'enfants, amour de jeunes gens, passions, plu de sensibilité: on serait montré
un po~te va ,·enir à la. Jin du iècle pour au doigt. Quelles railleries ferait de vous
immortaliser vos danger et vos enchanLe- l'amour libre, hardi, el, comme on dit, 9remen Ls; el faisant lomLer les larmes du petit 1wrlie,· \ s'il YOU voyait garder l'habitude
Louis sur l'uniforme de Lindor, Beaumarchais d'aimer languis amment, et celle « bigonou lai · ·era celle ügure ingénue et mutine, terie &gt;&gt; de langage avec laquelle autrefois
011 'nnissent les ensorcellements de l'enfant,
l'homme courlisait la femme! Que de mépris
de la jeune fille, du lutin et de l'homme : dans ce mot : inclinations res11ectables 1 ,
t T.a Nuit el le 3fomml, ou les Jfa(Îlrt:r ck Cyt/ttrc. Collection compl~le des œu1·rrsde CréLillon le

!Us. l.m,dru, 17i2, vol. I.
5. Bihliotluiquc des petiL, maitres pour servir lt
1'lii•loirc du "hon ton el de l'l!l:trÛmcment bonne eom-

!201 ,..

pnguic. ,fa Pn.lnÎR• Roynl, ri,,:; la Petite Lolo
111a.-clln,,dc dt ga/a11ltriru, à la FrivQ/ilt'. li4.2. '
li. Dialogue entre l'Amour et la c!rilil. ~f,'l'rnre de
Franr~, lllMf~ t720.

7. '1émuires de Besem al.

�111ST0'1{1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __ _ _ _ _ _ _ _ _ __
donL on ltaptise Ct"S 11uelqocs liaisons où le
goüt succ.ède à la jouissance, et dont la durée
scandali~c la société qu'elle gêne! Le respect
pour la fl'mme? oiTcnH' pour ~es charmei-,
ridicule pour l'homme! Lui dire à première
nie qu'on l'aime, lui montrer toute l'impreiision 11u'elle rait, lancer une déclaration, quel
ris11ue à cda? N'e:.t-œ pns un principe partout répété, uu fait affirmé bien haut par les
hommes, qu'il suffit de dire trois fois à une
r,,mme qu'elle est jolie, pour qu'elle \"Ous
rem~•rcie à la prvruit•re fois, p-0ur 11u 'ellr vous
croie à la seconde, el pour 11u'à la troisième
•·lie vous récompense? Les façons ainsi supprimées, les 1,ienséances ~11irenl les façons 1 •
cl l'amour connait pour ln prt&gt;mière fois ces
arrangemenll&gt; appelé.~ si netlemeut par Chamfort~ l'échange de deux fantaisies el le contact
de dl'ux épidermes »; commerce d'un genre
nouveau, déguisé sous tous ces euphémismes,
pa.~.•ades, frmlaisies, iJ&gt;·reu1•es, liaisons oit
l'on s'engage sans grand goût, où l'on Ml
conLente du peu d'amour qu'on apporte,
nnions donl on pr1h·oit le dernier jour au
premier jour, el dont on écarte les inquiétudes, la jalousie, tout ennui, tout chagrin,
tout sérieux, Lout engagement de pensée ou
de temps. C&lt;'la commence par qucl11ues mols
dits, daus uu salon pleiu de monde, à l'oreillle
d'unu Iemmo par 11uelque joli liomme qui
prend en badinant l.o. permission de reYenir,
11u'on lui , accorde sans y all.-1cher de ton.~équence. Dès le lendemain, c'est une visite en
négligé, en polisson, à la toilette de la dame,
Honnéc el déjà flattée des complimenl.S ~ur
sa beauté du matin; puis la demande brusque
si elle a fait un choii dans sa société, el le
per~iOage sans pitié de tou~ les hommes
1111'tille \'Oit. « Cependant, vous voilà libre,
lui dit-on en revenant à elle. Que faites-,·ous
de cette lilierté? » L'on parle du besoin de
perdre à propos cette liberté : « Si ,·ous ne
do.nniez pas votre cœur, il se donnerait 1out
seul. » Et l'on appuie sur l'a,·antage de trou,·er dans un amant un conseil, un ami, un
guide, un homme formé par l'usage du
monde. L'on se désigne; puis négligemment : a Je serais asse7. votre fait, sans tout
re monde qui m'assiège. » El faisant un reLOur sur la rernme que l'on a dans le moment : « Elle m'a
engagé à lui rendre
quelques soins, à lui
marquer quelque empressem~nl; il n'ef1l
pas été honnète de lui
refuser. Je me suis
prêté à ses \'Ues ; pour
plus de célébrité à
notre aventure, elle n
voulu prendre une
petite maison: ce n'était pas la peine pour
un mois tout au plus
que j'avais à lui donner; elle l'a rail menbler à mon insu et lrès
galamment. ... » Et l'on raconte le souper
11u'on y fil avec tant de m)'stère, el oi1 l'on
·eilt été en tête à tête si l'on n'y a-vait point

amené cinq personnes, el si la dame n'en
avait amené cinq autres. cc Je fus galant, empressé, et ne me retirai qu'une demi-heure
après que tout le monde rut parti. C'est assez
pour lui attirer la vogue.... n Et l'on ajoute
11ue l'on peut prendre con~~ d'elle sans avoir
aucun reprol'be à craindre. lei l'on ne roauq ue
point de parler de ses qualités, de son snoirYÎHe, de la différence qu'il y a de soi aux
autres homm~: on ,·ante la ùélicates~e qu'on
s'est imposét• de se lais~er quiller par égarJ
pour la vanité drs lemmes, et l'on conte,
l'omme le heau trait de M vie. •1ue l'on s'est
enf&lt;'rm~ trois jours Je ~uite pour laisser à
celle dont on se détacl1ail l'honneur de fa
rupture. La fomme, qu'on étourdit ainsi d'impertiuenccs, se récrie-l-elle 1 " En honneur, lui
dit-on sans l'écouler, plus f) pense, cl plus
je voudrais pour votre intérêt même que vous
cus~iez quelqu'un comme moi. n Et comme
la femme d~dare que si elle avait l'intention
de Faire un choix, elle ne ,·oudrait qu'une
liaison solide et durable : a En vérité? dit
vivement l'aimable homme, si je 11• croyais.
je serais capable de faire une folie. d'être
sage et de m'a.Uarhcr à mus. La déclaration
est assez mal tournée, e·esl la première de
ma vie, parce queju~11u'ici on m'a,ait épargné
les avances. Mais je vois bien que je rieillis.... 1&gt; Là-dessus, un sourire de la. femme
qui pardonne, et qui avoue trou'"er àl'homme
qui lui parle des gràccs, de l'espril, un air
intéressant el noble; mais elle a besoin d'une
connaissance plus approfondie de son caractère, d'une persuasion plus intime de ses
sentiments; à quoi l'homme répond quelquefois d'un air sérieux que, bien qu'il soit
l'homme de France le plus recherché et un
peu las d'ètre à la mode, en considération
d'un objet qui peul le fixer, il veut bien
accorder à la femme le temps de la réOexion,
,ingt-quatre heures : « Je crois que cela est
bien honnête, je n'en ai jamais tant donné'· ll
- Et cet engagement, qui est à peu d'exag(ration près l'engagement du temps, cet engagement finit par ces mots de l'amant : « Ma
foi! madame, je n'ai pas cru ln chose si sérieuse entre vous et moi. Nous nous sommes
plu, il est nai; vous m'avez fait l'honneur de
votre goùt, vou~ étiez fort du mien. Je vous
ai confié mes dispositions, voni; m'ayez dit les
,ôtres, nous n'ayons jamais fait mention d'amour durable. Si ,·ous m'en aviez parlé, je
ne de.mandais pas mieux, mais j'ai regardé
\OS bontés pour moi comme les effets d'un
caprice heureux et passager; je me suis réglé
là-dessus•. o
Les femmes se prètèrenl presque sans résistance à cette révolution de l'amour. Elles
renoncèrent vite ci au métier de cruelles &gt;&gt;.
La lecture de la Calprenède, lecture ordinaire
des filles de quinze ans, ces romans de Pharamond, de Cassandre, de Cléopdtre, qui
gonflaient les poches des fillettes•, Lous les
1. Les ÉgMements ,lu cœur et de l'e.1prit. Œurrcs
!Ill Crébillon le flls, ,ut. 1.
\l. Co11lea mora_ux de Mnmont~t, l 765, vol. (.
/,' l{ru reuz Pi11Qrce.

3. Œu'1'u do )larî1·1m:. Par16, 1113(1, ,·of. IX. Le

SJHctat,ur (rirnraia.
"'" 202 ,..

..

füres qui façoonaienl le cœar et l'esprit de
la femme dès l'enfance, la femme ne tardait
ras à les oublier dès qu'elle entrait dans le
monde, dès qu'elle respirait l'air de son
temps. Le siècle (JUi l'entourait, les conseils
de l'exemplb, les moqueries de ses amies
plus avancées dans la vie, lui cnleva.ient
bientôt Je goüL et le souvenir des amour!l
héroiques; leurs lenteurs, leur~ Lremblaots
a\'euk, leurs nobles dépits, leurs transports /1
la suite &lt;l'innocentes faveur~. leurs raffinements de délicatesse, leur quintessence de
~ém:rosité el de galanterie, s'effaçaient dans
~a mémoire. Elle perdait ,itt! toutes le~ illusions du romanesque, ces tendres rèwrie~ et
cos langueurs du jour, ees insomnies el ces
fièvres de nuits, ces beaux tourments du
premier amour qui, les jours d'ahsenœ de
l'amoureux d'abord entrevu au parloir, lui
arrncruiieoL de si douloureux soupirs, après
les soupirs une apostrophe à II ce cher P)rame 1&gt;, après l'apostrophe un monologue où
elle s'appelait &lt;t fille infortunée »1 Puis
c'étaient encore de nouveaux soupirs suivi~
de nonvelles apostrophes à la nuit, an lit où
elle était couchée, à la chambre qu'elle habitait : grand roman qu'elle se jouait à ellemême jusqu ·au jour 5 • Mais comment garder
w1e imagination si enfantine et s'eofinmmer
:1 de tels jeu't, au milieu d'une société qui ne
s'attache qu'au matériel et à l'agréable des
passions, qui en rejelle la grandeur, l'effort,
l'exagération naïve el la poésie ennuyeu~e?
La femme voit autour d'elle le persiOage
poursuivre el déchirer ce qu'elle croyait être
l'excuse de l'amour, son honneur, ses \'Oilcs,
ses verlus de noblesse. Par tous ses professeurs, par ses mille voix, par ses leçons
mue lies, le monde lui apprend ou lui fait
entendre qu'il y a un gra.nd vide dans le~
grands mots et une. grande niaiserie dans les
grands sentiments. Pudeur, vertu, amour,
tout cela se dépouille à. ses yèox comme des
idées qui perdraient leur sainteté. La femme
arrive à rougir des mouvements de son cœur,
des élancements de tendresses qui avaient
transporté son âme de jeune fille dans Je
songe dt:s vieux. romans; et la honte se mêlant en elle /J la peur du ridicule. elle se dllbarrasse si bien des préjugés el &lt;les sottises
de son premier carnctère, que, re,·oyal\l, son
amoureux de cOu\'enl, l'homme dont ln pensée la lit pour la première fois si heureuse et
si confuse, elle l'accueille avec un a.ir de coqucllerie folâtre, une mine impertinente, le
rire de la femme la p,us aile; on dirait
qu'elle veut lui faire entendre par Loule son
altitude la phrase de la jeune femme de Marivaux : 1 Je vous permets de rentrer dans
mes fers; mais vous ne vous ennuierez pas
comme autrefois, et \"OUS aurez bonne compa~nie 8. 11
Quand la femme avait ainsi surmonté les
préJugés du passé el de la jeunesse, quaod

r

,. Corre!p&lt;)adance de Mme du Dl'ff•nd. - !lémoirrA
d'un royagctir qui se repose. par Outens.

à. IF.uvre~ do Marivaux. vol. )X. Pii:ces dH1chée~.

/'re111iére /,cltrr de .Il. de 1/. co11lr1u111/ 1111r tu-m-

ture.

6. Œuvres de )tari.,aux, •ol. I'\.

�111S TOR._1.JI
rlle était arrivée à cc point de coqucllerie, il
1ui r •stail hien peu de ·crupnlt&gt;s à dépouiller,
•l elle n'était pa. loin d'ètre dan celle di'&gt;po. ilion d'âme qui fai. :iit dé irer el chercher
à 1a femme du l!•mp cc que le
temp, appelai! « un a0àirc ~.
nir11lùt, auprè~ d"elle à sa toilcllr, à rn promenade, an ~r,·clacle, on ,•oyait un lu,mme thaflue jour plu. :i~~id11, cl qu",·llè
foi.ail prit•r à Lou~ le. smrP rs 011 rlle rlait i111 itét•;
rar. à u11' première affaire.
la rt&gt;mme étail ,•nrorc parmi
ces prude 1pli ne pom,tÎl'flt
prendre ur ellrs d1! . e ,1,:_
,·id,•r nu liont lle qninw
jour de oin~, et dont un
moi. tout entier n'achcYait
p:i. 1011jonrs h déCaite. Cda
flni~sail pourtant : un ,oir !:'lie se montrait
n,·ec .on c::walier en crrande lo"e à !'Opéra',
el décfarait :iin~i . a liaison. . Plnrt l'u. n~e
adoptl! par le fcmmr du monde ponr la
pré. entai ion offici,•lle tl'1111 ~mant au public.
~fais, au boui de peu de lemp--, la dé illu ion venait. la jeune ft&gt;mmc s'ét.,it trompée dan oo choix· il n'y av,1il point dan
l'engagement auquel elle ~·était Ji,•rre de~
c·on,·l•nances . urfi anlP~ pour I'} alla,:h,•r, et
la rc1nme d_onoail à l'l111mm • lt: congé que
nou a\'lln vu tout~ l'hPure l'homme donner
11 la Î1•mm1•. Elle di ail au j~une homme
qu'elle avait cru aiml'r À peu pri&gt;. ce qnc
~lme d'E:;parh:O.· rli~ail à La111.11n, d1ml J\:du,·alion 11·é1ai1 point e11core faite : 1c Crnyez1n11i, m1.10 petit cou in, il n,i r1:u:;siL plus
d'èlre romane •1ue, cela rend ridicule Pl
voilà tout. J'ai eu bien du goîll pnur vou ,
mon enfant; ce n'e t pa ma faute . i vous
\'avez pri pnur une grande pa.sion, et si
von~ vous ète, per uadé que cela ne . •r.iit
jamai fini. Que vou importe i ce goùL c t
pa . é, 4uP j'en aie pri. pour un autrP, on
r1uejc rc te sans amaut? Vou avei beaucoup
d'avanta•Tes pour plaire au· femme. proritezen pour leur plaire, el ,oyvz com·aiucn que
la perte d'une peut toujo1m, être réparée 11a1·
une autre; c'e l le moyen d'ètre heureux cl
aimaule 1 • »
On e qnillail romme on 'était pri . On
ava.it été htmreux de s'avofr. on était enchanté de ne s'al'Oir plu: l, Alor· • 'ouvrait
&lt;levant la femme la carrière de. expérience .
Elle y entrait en • ·y jetant, el eUe y roulait
dam le ch111e., demand:inl l'amour à des
caprice , à de~ goii.~, à des fantaisie,, à loul
ce 1p1i lrompP l'uruonr, l'étourdit el le las~!',
plus nauée d'in.pircr dl' dé~ir que du re pect. ranlol qnillant, 1,,nrot qnillét', et prenant un iimant cumme un ruoubl,~ il ln mode;
si hicu que l'on croit enll!ndre l'avr u de son

cœur dan la répon. • de la Gaussin à qui l'on
demandait ce t{n'elle ferait . i on amant la
qnittail : c( .J'en prendrais nn autre. 11 D'ail!curs qui sonr1erail à lui demander davanta"e
par ce lcmp. oi1 c·c. t une • i grandP cl i
1toonaole rareté 4(u'un homme amo11reux,
11 n homme « à préju~és de pro,inc • &gt;&gt;. un
homme entln « qui \'eut du enlimcnl 1 »? li
esl conl'enu qu'à !renie an~. une frmme &lt;c a
Ioule honte hue n, et qu'il ne doil plu lui
ri• ·Ier qu'une certaine éll1i,:,rnce dan lïndér,pm•e, 1111c orr;ke able dan. l:t chut , el ~pri)s
la clmte 1111 liadina:.;e tc11Jre ou du moins
hounèle r1ui la au,·• de la dégradation. ln
reste de dignité aprr l'enlier oubli J'ellrmème sera loul ce qu'elle mcllra de pudeur
dan. le liucrlina"e ~.
Bientôt, par l:1 liherté, le cbangement, la
g:ilauterie de la femme va prendre Jan et•
iccle les allurrs el le air de la débauche
de l'homme. La femme ,a \'Ouloir, ~elon
l'ex-pression d'une fonune, &lt;( jouir de lu perte
de.a n1pntnlion°. o Et des femmt! auront,
pour loger leur pl:'li ir, de. pelitP mai on
pareilles au"l prlilcs mai on· de. 1·01uf•, ùe
petites ruai!:nn · &lt;lonl dit! ft:ront ell ·-même.
le marché d'achat, dont elle· choi iront le
P•&gt;rtier, afin 1111e t1111l y soit à leur dé1•oliôn
el que rien ne I,~ gène i elle "eultml aller
tr11mP,t'r leur atrtanl mème 7 •
La morall! du lemp est indulgente à ces
mrrur .
Elle encourage la femme à la francbi ·e
d la galanlerie. à l'audace de l'inconduite,
par de prini:ipes commode el appropri'
à se. instinct. îles peo. ée· qui circulent.
&lt;le la philo opwè rl1gnnrtle, de, hal,iLndcs
et de doctrine conjurées contre le· prtlju,,.é·
de toute sorlc et de loul ordre, de ce i:rrand
cbangemcnl dan les e prit qui l;branle ou
ren11tll'Clle, dans la ociété, toute le vérités
moral • il 'élève une théorie qui chert:bc à
élargir la con~cicnce de la femme, en la orlant - de pP.titesse de on exe. c·c t Ioule
une autre règle de ·on honnêteté, cl comme
un déplacement de son honneur qu'on fait
indépcndanl de n pudeur, de ,c. m 'rites . de
se' devoirs. Modestie, bienséance, le di1-huitièm ·iècle lra.vaiUe à dispenser la femme tl
ces misères. Et pour remplacer toule les
l'erlus imposées Jusque-là à on caraclère,
demandée. à sa nature, il n'exige plu d'elle
que le· verlus &lt;l'un hoouète homme~.
En mèruc lcmp l'homme commence à
donner t1 la remmP- l'idée &lt;l'un h1mhPnl' qui
n, lai aucu11 lien à dénouer. Il lui c po e
une théorie &lt;le l'amour pn1 faikmt&gt;nl indiquée
dans une nouvelle ,pli la rémme par son
Litre : Poilll de le11demai11. A eu croire la
nourdle dol'lrine. il n\ a d'e11 11a"eme11ts
ré1,J.·, rhilos11phi11uentent 'pa rln111. C( &lt;JllC cem
ftn, l'on l0rttrac.:11' avec le puLlic ~n le lai -

1. l,1• Cou l'e ;ions do Ct&gt;mlr de •··. 11~r feu li. 1111rlo.. Àm~ler&lt;lam. liîfi, vol. 1.
:i.. ;lli·rnoires ,1 .. ,1, l" duc ,le LBuzun. p,,. i1, 1~~l!.
7,, Mél1ul{e! mililuire , litPrdires ·l s1•11lim1•11•
l~tre~ p11.r le prince ùc Ligne). Drude. lï!J:l-1811,

6. Rèfü:xions nou"clles sur le. femme., pàr uriè
&lt;la,oe rie la cour. Pari,,, 17~7.
i. AJi'le cl Théodore
lt Dialogues 1nllruui tl 'nn pl'lil mnilrc philo.ophe
,., ,l'une l'emme raiS11m1ohlc. J,r111d1r • 17H.
!). L; r.otcrît' ,le, Antifa~ounidr~. J /lr,1,u/te3, 17;;9.
- Ili toir&lt;•1lcla.FWci1~. Am11,~rd11m, 17,i I, - L'bl1•
dl' la Fèlicitl!. Â Babiole, 1746. - l'ormulairc du
cèr~monial en usage tians l'ordre de h1 félicilé, 114:i.

10I.

VIII.

4. Conte mnr11.u&gt;. par Marmonll'I. 176:ï, vol. 1.
!'ï. Lr uplta. - Œurnis corn piète tic Oorat, l 70117 9. Poi11I rie le11demai11.

ant pénétrer dans oo errets el en commellant avec lui 11nclt1ues indiscrétion ». lais,
hors de li\, point d'engagement; setùemcnt
quelque regrets donl un .ouvenir ngréable
sera Ir r!PdomUJa l'ment; et pui on fait, dn
plai~ir an ton Ir~ le J ntenrs, le traca · cl la
lJrannie dt&gt;s proci:dé J'u ·a"c.
Lr!I ophisme commod,•., les apologie de
la honte, l •s Jeçom dïmpnd •nr flottrnl dans
le ternp~, ÙPi:cendenl Jes inlclligenr·es dan
le- cœur ' f'nlr,·cnl pe11 i, P"II le l't'll!Ords 11 la
femme frlairée, ruhar&lt;lir, éLnnrdie. rnnvién
aux r,wililt1 par le. s~~lèull'~. lPs iMr. qni
tnmlwnl du pluf-l haul de cr. 111111111,•. qni
s'échappent des houc•lll', lê · plu~ 1·,:li•hr • ,
d1•s .\mes les plm; grandes. des génilll. Ir,
plu· honnêtes. Et l'amour proclamé par lr.
naturali me el le ma1,:rialism1•. prnli,prê par
fll'lv1(l in avanl ·ou maria!?"e arec \1111• &lt;le Lirroeville, glurihé par Ruffon da11s sa phra e
r.uneu e : , Il o· a de Lon dan. l"amour que
le phy,i11uc, n - l'amour ph siquc finit par
apparaître, chci la femme mèml', dan· a
brutalité.
0

An bout de relie philo nphie nouvelle de
l'amour, on enlrevoit, 111rnnJ on lève lt&gt;,;
,·oil~ dn sièclP, un d,eu 1111, volant el l,hrl'.
Fèté dans l'ombm par rlt!s adorateurs ma. qué·; el l'ort I' rçort ,a:.mrmcnt de iuilialions. dct mystère.• le lit!ll tlt! confréri . rcr~h' . dan~ de .. orles de temples où la. lnttrn
du l'Amour, e retqurna111 comme d:ins I&lt;&gt;
conte de llorat. montre 1,: dieu des Jardin .
On sai il à. demi des mols, d"s si~nes de rallit:mcnt, nne lan;rnc, des li,te, d'affiliation.
!Je ,·oteries PU cote1·ie-, des nntif11ço1mie1·.~.
ennemi de façon et de. r.érémo11i1:, ftui ~c
rt!unis ent une foi· le moi· à certain jour
préfix, on peut sui ne à t:ltoo la filière de
cet étrange franc-maçonnerie jusqu'au centre, ju &lt;JU'a11 cœur, ju qu'1t « rI:-le dP la
Félicit~ 11, c·e. t là ,p,'tisl la rolonie et le
grand ordre, rürdr • &lt;le la Félit.:ité «(oi cmprunle à la lllarine tonte. &gt;1' formes, son
cérérnooial, sou dictionnaire métaphorique.
·e chan on· de rl!ceplion, es inmc:itions à
~aiul icolas . •11ai.lre, JWll-011, chefd'escarfre.
vice-amiml onl les grade des a.. pirants,
de arliliés, qui promellent, en étant reçu ,
de porter l'ancre amarrée ur le
creur, de contribuer en tout ce
qui dépendra d'eu au bonheur,
à l'agrém nt et à l'avant.age de
Lous les chevalier· el che\'alières, de ~e laisser conduire
dans l'bl de la Félicilt' t•t
d'y conduire d'autr- matelots !)Uand ils en connaîtront
la route 9 • Plus cachés, pl us jaloux dcleurscrrond mvslère cl
Je leur grand erme·;ll qu'll
oc nlv\lenL point anx. aniliés
prntiquant , chan"etwl de lorol, et di persan! ouvcnl la
~ociélé pour l'épurer, le· Aphrnilite., qui
liaptisenL le homme :mie des noms de
l'ordre minéral et les femme avec des noms
de l'ordre végétal, disparai ent avec foru

secret pre que tout enlier. ~[ai· il resle Clair cle lune. C'c t le mailr du genre; et de déploiemenl, qui ravissent u~e [emme ~l
d'une autre socioté u de lëlicité ,&gt;, de celle il n'a qu'un rival, I. de Guines, qui afûcbc l'cnlèvrnt d'elle-même pour la. Jeter au dei baulemenl el avec de démonslralions si ,·ouem~nl Je l'amour: ce n' st qu'un cœur
société qui ,'appelait de ce nom qui la
1,Îgnific : la so ·iété du Moment, il re. te en- résenée · tout à. la fois et sj IT:Jlante on all:i- aimable, charitable, 'npiloyanl à e heure ,
aimanL ce qui le touche doucore, en manu crit, le rt&gt;glcment, la descrip- rhement spirituel à Mme &lt;le llonlc ·on•. Lion des ,i!ITles de reconnaissance. lo rogi Ire Pelile ecle, aprè · tout. el qui ne fut, ver fa cement, 1 s émotions larde affilié· et leur· nom de plaisirs, uo code. réhabilitation de l'amour, 11u'uu mou1•ement moyantes, le_ théorie senun formulaire, une ronslitulion, où l'on peut ùe mode. [,'on ne . ait même si elle euL la 1imentale ,- les mélancolies
incérité d'un enrrouement; el bien des doute• qtù le carcs cnl comme nne
voir ju,qu'à cpwl point la mode avait pou ·,é.
dan· le rangs les plus hauts &lt;le cet! oci~I~, viennent ur ,·e méritoire essai de plaloui. me mu ique tri le et un peu
l'onl,li el le débarra de Loul ce que ln galan- en plein dix-huitième iècle et ~ur la c-0nYÏl'- rloigoée. Il y a dans ce cœur
terie avait eu ju que-lll l'haliitude de meure tio11 de ses adeptes, quand on voit comment Lien plus d1m.nginalion que
clan l'amour pour lui faire garder au moins finit la derni~re &lt;le ce liai on. platoni1pws : de pas·ion, bien plu ùe
une politc' e. une eoquellerie, une bumn- Mme de !ont• on dei-inl 1a femme du dnc pensée que d'amour. Lared'Odéan:, el 1. de Guine ·, renonçant net à man1uc n'a point échappé
ni1ê !
à un ou. enateur qui ,•il de
A l'autre cx.trémilû des idées et du monde son amour, obtinl par elle une amLas·ade.
prè la femme du dh-buide la rralaulerie. en opposition à ces sociMé·
lième
.iè le : « Les femmes
Que l'on \'ruille ccpendaul e repré enter
de cynisme, il se formait. dans un coin de la
dece
temps n'airuenl pa
l'amour
du
dix-huitième
ièclc
.clon
la
plus
hante ociétt\, une secte qui trom-ait de bon
air de pro.crireju qu'au désir dan l'amour. jusle ,érité: que l'on cherche es traits con• a wc le cœur, a dit Galiaoi,
l'ar une réaction na(ul'clle, Je. •xcè de l'a- stanls, sa physionomie ordinaire el moyenne elles aiment avec la lèle. 1) EL il a dit vrai.
mour phriquc, fa brutalité du libertinage, en dehor· de l'e agération el Je l'exception, L'amour, dan· loul le iècle, porte lt&gt;s si"fü!S
rejelaient 11n petit nombre d'âmes dulicntc , du pamphlet, de la alire qui 'échappe de d'une curiosité de l'espril, d'un libertinage
el de nalure, inon éle,•tle, au moin rine, ,·ers tou les lirre du lemp et qui force toojour· de la pensée. Il parait être chez la femme la
recherche d'un bonheur ou du moin la pourl'amour platonique. Un groupe d'hommes l un peu la n:rité, ce n·e L point dans ce excè
de femmes, à demi caché· dans l'ombre di - ou &lt;lans ce alfectalion que l'on Lrouvera son suile d'un plai ir imaginé dont. le be oin ln
crèle de alon , revenait doucement aux co- caractère le plus général el ses couleurs les tourmenle, donl l'i1111Sion l'égare ..\u lieu de
quetteries du cœnr qui parle à demi \'Oix, plu propre : l'omour d'alors n'est essentiel- lui donner le ali faetfon de l'amour senaux douceur de J'e ·prit qui soupire, pre ·que lement ni dnn ces r-.;trémités &lt;1ui le linent sud et de la fixer d~n la ,·oluplé, l'amour
à la carte du Tendre. Ce petil monde mMi- au ba. ard de· rencontres, ni dan ce enga- la remplit d'inquiétudes, la pou·~e &lt;l'es ais
tail le. projet, il fai ail le plan 4'un ordre de gl'meoL qui le nourris.ent de pur sentiml•nl. en es. ai , de tentatives en lcnlalives, auitanl
l.t Pel'séverance, d'un temple qui ;1uraiL eu li con islc avaul loul duos une certaine fo1•i- dcl'ant elle, à mesure qu'elle faiL un nouveau
lroi. autels : à l'llonneur, à !'Amitié, l'Hu- hté de la fomrue désarmée, mais gardant le pa, dans la honte. la tentation des corrupmanité 1 • \iasi, au commencement do siècle, droit du choix, enlranl, ans idée de cons- tion pirituelles, un mensonge d'idéal, le
lor qu'avait édalé a première licence, la tance, dans une liai on san promesse de caprice insaisissable des rêves de la débauc.:our de ceaux a,·ait affeclé de restaurer l'As- durée, mai voulanl au moins y êlre en- che.
Aussi les plus grands scandales, les plus
trée, el jeté aux ouper du Palais-Royal la traînée par la pa ion de lïnstant, par un
grand
éclat de l'amour, sont-ils des entraiprote. talion de. e. devis d'amour el l'm:,,titu- goût. li consiste dans cette dispo ilion innement
de tête, entraînemenLS particularisés,
gulière
où
la.
vertu
&lt;le
la
femme
semble
tion rnmancs1111e de l'ordre de la Moue/te à
caractéri
és p:ir un mobile qui n'a rien de
éprouver.
comme
la
Yie
chez
Fontenelle
moumiel.
u Le entiment », c'e. t le nom du nouvel rant, une 11rande impo.• ibilité d'être; aLan- sensnel : la vanité. Le femmes rési lent as ·ez
ordre olt qnelques personnes de marque 'en- Jon n:ilurcl, IaiLle e, apathie, dont on souwnL à la jeunesse d'on lihéruhin agegagent. Il se de;;si11e ici el là, de loin en loin, trouve l'a\'eu et l'accent dans et&gt;lle confidence nouillé à leur pieds, aux anrémenls d'un
des ligures de g,ms à grands sentiments, affi- fémioine : « Que voulez-vo11s 7 11 était là, et homme dont la per-onoe leur plaît entièrechant une d61iratessc parliculière de goût, de moi aus i; nous Yivions dan une e pèce de ment.
li ~ul arriver qu'dles oicnL forte conolitude; je le voyais tous les jour·, el ne
ton, de manière•• de principes, et gardant,
tre les périls de rhal1ilude, de l'intimité.
a\'ec le~ tradition de poliles e da grand iè- voyai que lui~ .... &gt;l
L'amour du dix-huitième siàcle esl à la de la beauté, de la force, de la grâce. de
cle, c.omwe une derniiire Heur de chevalerie
l'esprit même coolre les mille séductions
me
ure et à l'imarre de la femme du temp~:
dans l'nmonr. EL pour aecepter 1 · hommage ·
de leur pnssiou porc, Yoici de femmes qui il n'est ni plu!: large, .ni plu profond, ni &lt;]Ui ont fait de toul 1cmp l'homme redoulaplus b.aol. Et qu ·est celle-ci 'I [nlerrogez-la, blo à la Cemme. ~fois il est une séduclion
11e mettent point de rouge. des femétudiez-la;
relrouyez, par la déduction, on contre laquelle elles csuyent à peine llnc déme. pâle , allonuée sur leor cbai,e
être
et
son
type en reconstiluanl . on p~t'~on- ftinse, une fascination qu'elles ne avent point
longue, la figure :enlimcntale, préJcsliu 'es pour ainsi dire au rôle nage moral et ·on or!!:lnisme physique : rnlte fuir: qu'un homme à Ja mode parais e, c'est
d'être adorél.l · de loin et cour- femme produite par la ociélé du dix-hui- à peine i oo lui lai era la faligne de se baisfü,ées rcligieu emenl. On aper- tième sitcle ne diffère guère de la femme ser pour tamas er les cœur , tant l'amour a,
çoit lime de Gourgnes donnant formée par la civilisation du dix-neuvième. dans la femme de ce temps, la bassesse de
arnc ses pose indolente el sa Elle est la Parisienoe, celle Parisienne gran- la vanité! Qu'un homme à la mode parai. e,
grâce languis ante le ton à la die dans &lt;CS milieux e1citants qui hâlent et elles ,e li\Teront à lui Lont enlit:rcs; elles
confrérit:. El près d'elle, cet homme forcent la pnlicrtr, mùri ent le corp, avant l'aiùeronl de leur amilié amoureu e, de leur
acrrén.ble, aur ycu. noirs, au teint l'àrre, et frmt ces organisation alanguie: et intrigues, de leur inlluence; elles le Porte0
p:He,
au\ cheveu nén1·rges' el sans ner1em,11. aaxquclles est défendue la forte ront dans le meilleur courant de la cou r.
roudre, se lient ce cbel'alicr de santé de ·en et tlu tempérament. Ilien donc Elles seront lii!rCS de le servir, sans qu'il 1•
Jaucourt, \' ~ri table héro · d'un de ce côté qui soit impériem. Montons au remercie, fière d'Plre renvo1tles comme elle
roman tendre. tourné pour cœur Je la Iemme : les mou\'emeots, les ont été prise . Et n'arri,·eront-ell · point it
instincts n'y ont pas plus de ,•igueur. d'élan, accepter, comme une dfolara Lion, la lettre
"tre le rê,·e de !ri. femme, Loul plein d'bi ·toires de reYena.nLs cl que le i '-cle appelle ~i d' mportemenl. Il n'y a poÎ.11.l au food de circulaire envoyée le même jour par LétoJolim ent de ce nom qui emble un porLrail . 'ui de ces irrésistibles besoins de tendresse, rière ~ toutes les &lt;lames ttu'il ne connaissait
3. illémoircs cle Tilly, vol. l.
&lt;.!. 'lêmoire., de Mrne de Genlis, vol. J.
1. 11èmoircs 1IJ ln Rilpubliq1n di, lellre , roi. \l \
◄

2o5 ...

�1t1STO'J{1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - : . . -..
poîot encore•? Nou som\Jl.eS loin de œ temps
des billets galants el raffinés 1rui fil la fortune de la mère de Mootcrif en lui emprnnLanl sa plume amonreu.e et d~cate 1 • Qu'il
e donne la peine de "l'aincrc, cel holllme irrésistible, l'homme à la mode; et l'on vi:rra
demander !l"lce aru plus pures, aux plus vertuen es, à celles-là qui avaient jusqu'à lui conservé la paix de leur
honbeur el de leur ,·crtu contre
toutes le tentatives et toutes les
oec.a ions. Qu'il "Veuille, et Mme
de Tourvel elle-même sera per-

due!
Qu'il s'appelle I\ichclieu, il traversera tout le siècle, en triomphant oomme un dieu et rien que
par son uom. 11 sera ce maître
qui devient une Idole, et devant
lequel la pudeur n'a plus que des
larmes I La femme ira chercher le
scandale aupr~s de lui : elle briguera la gloire d'être affichée par
lui. Il y aura de l'honneur d,m
la houle qu'il donnera. Tout lui '
cédera, la coquetterie comme la
vertu, la duchesse comme Ja princesse. L'adoration de la jeunes!'P,
de la beauté, de la cour du Régenl, de la cour de Louis XV, ira
au-devant de lui. comme une prostituée. Les passions des femmes
se battront pour lui comme des
colères d'hommes; eL il sera celui
pour lequel Mme de Polignac et
1a marquise de Nesle échangeront
au bois de Doulogne deux coups
de pistolet i. Il aura des maitresse
dont la complaisance étoutfera la
jalou~ie et qui serviront jusqu'!i
. es infidélité , des maîtresses dool
il ne pourra épuiser la patience, et
qu'il essayera vainement de rassaier d'humiliations. Celles qu'il insuJtera lui baiseront la main, celles
qu'il chassera reviendront. D ne
complera plus les portraits, les mèches de
·cheveux, 1~ anneaux et les bagues, il ne les
reconnaitra plus: ils seron~ pêle-mêle dans
sa mémoire comme dans ses tiroirs. Chaque
malin il s'éveillera dans l'hommage, il se
lèvera dans les prières d'un paquet de lel1. !lélaoges militaires, lill.éraires et scnlimcnlairc&amp;
pa1· le _prince de Li~eJ, vol. :XX .
~- ~lcmoire1 uo ù Argenson. Ja1111el1 101.
:;, ~lér:noires lie Richelieu, ,•ul Il .

cet homme, d'où il sort; peu lt1i importe sa
nais!lance, son rang, son étal même : que la
mod le couvre, c'esl assez pour 11u'il b.onorr·
celles •pl 'il accepte. Que cet bomme soit u11
acteur, un chanteur, qu'il ait nooro au,
joue le rouge du théàtre: ·'il e l couru. il
sera un homme, un 11aînqueur / Les plus
grandl's dames et les pins jl·unes l'im·iteront, l'appelleront,
le prieront, lui jeueron L sous
le IClll leur avances, leur humilité, leur reé011nai . ancc. Elles
l'aimeront ju:qu'à se faire enkrIQ('r, pres11ue jusqu'à en mourir,
oom~ la comtesse de , taimille
aima Clai l"\aP. Elle. se l'arrache,..
ronl comme ce deux marq11Îsps
se di putant puùliquemenl lidm
dan une loge de la Comédie-[Lalienne 6 • Elles en ,·oudront arnc
la fureur éhontée de la comte. . e
rameuse criant de,•anL tou
et Chassé 1 Chassé! » ou bien avrc
la volonté fixe, l'entêtement résolu. la fermeté douce de la bollesœur de .lme d'Épinay, Mme d~
Jully. Et quel mol échappe à ct&gt;ll,._
ci. !or que demandant à Mme d'É·
pinny d'être la complai~anle ~c
ses amours avccJélyolle, Mme d'Epinay s'exclame: « Vous n'y pensez pas, m.n œur ! un acteur de
!'Opéra un homme sur qui tout
le monde a les -yeux Jhés, et qui
ne peut décemment passer pour
votre ami! ... - Doucement, s'il
vous plait, lui répond Mme de
Juil), je vous ai dit que je l'ai..
mais, et vous me répondez comme
si je vous demandais i je ferai ·
Lien de l'aimer 1• 11
Mais ce n'élail poinl eucore
l~A 6.lESTE,
as ez que la profanation du scandale.
Grai·ure de No1tud 1.1? JEUNE. (Caélne/ des Estampe,. )
Il étaiL réservé au dix-Lnitièm(~
·iècle de meltre dans r amour, don L
cffieurerad'un rega rd, il hàillera :sur ces lignes il avail fait la luLLc de l'homme con tre la
brûlantes et suppliantes qui lui lomberooL femme, le blasphème, la déloJauté, les plaides mains comme un placet des mains d'un sir et les satisfactions sacrilèg · d'une comédie. li fallait que l'amour devînt une tacministre 1
tique,
lapa sion un art, l'attendri.ss&lt;-menl un
El si ce n'e t point Richelieu, cc sera un
autre. Car peu imporw à la femme d'où vient piège, le Jésir même un mu~que, a1iu que
ce qrri re tail de conscience dans le rœur du
lemp , de incérilé dans C$ tendre es,
i. \lémoire,. ;le Richelieu, ml. YI.
5. Mémoire. ,le la Lli!puhlilJlle des lcUres, r11I. Will.
~•étoignil ous Ja risée :oupr 1me de la paro(i, O•rre.pooù~ncc secrète, , ·ol. X.
die.
7. M~moires Je lime J'Épiua}, \'Ut. 1.

tre ; il le jctLera sa&amp; les ouvrir avec ce
mol dont il oufllcttera l'adresse: leltre que
je n'ai pa.i eu le t~1117&gt;s de lire; on retrou~
vera à sa mort, encore cachetés, cinq hilleB
de rendez-vous, implorant le même jour, au
nom de cinq granùes dames, une heure de -a
nuit 4 ! Ou Ilien, 'il daigne les ouvrir, il le·

EDMOND ET JULES DE

(A suivre .)

GONCOURT.

PH!SE UE CREUTZENACIJ PAR LES TROIJPl:'.5 SUÉDOISES (DÉGE.\UlllE 1631). -

Christine de Suède
J•AR

A R.V È D E

BA R,IN E

La reine Chrisûne de uède, fil1e du grand dans es lettre , ses pièce$ diplomatiques, ses
Gustave-Adolphe joint l'étrangeté à l'éclat, recueils de ~laximes, son autobiographie, ses
un air d'énigme à un air de roman. on siècle notes marginales jetées çà et là, nous finis..
ne sut comment la juger. Pe11 de créatures sons par la comprendre, et nous comprenons
humaines ont été plus encen ées et plus inju- en mtime temps les jugements contradictoires
riées de leur vi~ant. On remplirait plusieurs des contemporains. A mesure quecelte physiop:tgcs avec les seuls Litres des odes, harangues, nomie ambiguë nous line son secrel, elle nous
panégyriques. pièces de théàlre, où Chri tinc inspire des sentiments ambigus comme elle.
est portée aux nues eu prose el en vers, e11 Uu c t amusé el révolté 1 séduit el écœuré.
allemand, en italien, en ]atin, en suédois, en
frauça is. La liste ne serait pas moinlj longuo
des pampblets, mémoires et épigrammes, où
Christine naquit li tockholm, le 8 déelle est tr.ainée dans la houe. Aujourd'hui
encore, elle embarrasse par un mélange, cemlire 1626, deGustave,,Adolpbe etdeMariepeul-être sans exemple, de grandeur et de Éléonore, fille de l'électeur de Brandebourg.
ridicule, de noblesse el de perversité. On est On ,,oulait un prince, et les astrologue
en peine de décider si elle fut sincère, ou si l'avaient promis. Les songes avaient confirmé
ellè ·e moqua de l'Europe. On ne l'est pas l'arrèl des astres. Quand l'eo[anl viol au
moins d'expliquer pourquoi la comédie tourna
1. Jïe de /11 rewr Clffi11ti11e, faitt par elle-111è111e,
l. UI de1 Mé11ioiru w,u:emalll Christine, elc,,
soudain en drame.
publiés per Arckcohollz, biblio1hécllire do landgnive
La lumfüe se fait cependant peu à peu; en cle
Ues,e-Ca sel (Amsterdam et Leipzig, -1 vol., 175-1écouLalll Christine ellt..'-même nous parll!r 1700), La •a,,te corupilaliou d' ArcJ..eubottz contient la
... 207 ...

'""2o6 ....

D'afrls :me gra1•11re du ternf.s. (CJtlnet des F.st:impe5.

monde, il parut bien que les étoile· et les
puissances mystérieuses qui envoient les rèvcs
ne s'étaien_t trompées qu'à demi, el que la
nature avait réellement essayé de fa ire ua
garçon. Le nouveau-né était .i velu, si noir
il a~·ail la ,•ou si rude et i forte, qu'on cru~
Yoir un prince.
Ce n'était par malbeur IJU'un garçon manqué, el qui .resta lel toute sa -vie. Gu ta\'cA.dolphe .e consola vite, mais la reine ·a
femme prit cette petite taupe en horreur.
Elle ne pouvait lui pardonner d'être une fille
et un laideron par-dessus le marché. Christi.n;
insinue dans son autobiographie I que l'aversion cle sa mère contribua à multiplier les
accident aulou.r de son Lerceau, et que c'est
miracle si elle en fut quille pour une épaule
plus haute que l'autre. Dans tout ce que nous
ptuJ&gt;:llrl des cl?cumenls eu _Lout. genrr. dont se sont
i;er!l8. succes.;1vemeol los lustor1cns qui on( parlé da
Cltr1slu1e. Gr1uer1; a cependant ~oll!p!élé Artkenholti
avr 11uelqu~s tJ?llllS da.ru C/ir14t111a, Kfü1igi11 vo,i
Si:liwedt11 und 1/ir /lof, 2 -vol. Bonn, 1837 .

�111STORJ.11 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - . avons de Maric-Éléoaorl!, rien n'autori e ua
pareil oupcon.
La r •ine était extravagante et plcurnicheu.e;
ce n'était pa une méchante îemmc. r.u ~tavedolpbe la défini snit uoe p rsonne « sans
con eiJ », et le mol était juste : elle n'avait
pas l'ombre de en commun. on époux en
était néanmoins très amoureux et lui pa ait
volontier . on ineptie et se éternelles cènes
de larmes, parce qu' •Ile était belle et cc d'une
humeur fort douce ». 11 l'aimait de la manière
nn peu haut.aine dont le hommes d'esprit
aiment le otles, e plni ·ant à la voir parée
et ne lui parlnot de rien. Il avait rai on,
pui. que la reine l'adorait el se trouvait parfaitement contente de son lot. Elle vivait
entourée de nain , de bouffons et de gen de
peu, occupée de recett pour con erver son
teint, à. l'éC.1tL de tout, ignorant tout. livrée,
au.x bas es intri"oes de es dome tique .•\vec
e ~uperstitions, es idé, d'an autre Lemps,
. a cour barbare de mon tres et de parasite •
elle reprérnntait le moyen àge à la cour de
Suède, au xmc ·ècle cl sou Gustave-Adolphe.
n douceur ne permet guère de croire qu'elle
ait e. say6 de tuer ou d'e lropier sa fille, 11our
la puoir de ne pas être uo fils; mai elle fut
une mère déplorahle, donl il est juste de
tenir compte à Chri tine. Celle-ci illi dut ses
plu gro défauts, c! aucune qualité. Toul ce
qu'elle eut de bon lui vint de on père.
Gu Lav -.ldolpLe a lai é un souvenir lurnine11I. C'était tout à fait le héros, tel que le
conçoit le peuple. Rien ne lui a manqué de
ce 11ui frappe les icoaginations. Il sortait d'un
Nord lointain et encore mystérieux, qu'on se
repré enlait hériss~ de glaces et perdu dans
la nuit; trente an plus tard, Huet et Naudé,
arrivant en uède, 'éloanaienL nafrement d'y
voir des fleurs, du solei I et de. crrises, I.e
roi lui-même parai~ ait une érncation de la
mytlJologie candiua,·e. L'empereur Ferdinand
l'appelait a le roi de neige », et ce surnom
lui eyait à merveille. C'était un géant Llond,
à la bnrbe d'or, au leial blanc el Oeuri, donl
le yeux gri lançaient des éclairs. Il élail
prompt à la colère. terrible dans le combat,
doux dans la paix et la posses ion de luimêmc; •'était alors le bon géant qui rit de
tout. Comme les Asc•• compagnons d'Oùin, il
aimail à Loire avec les braves el à donner de
grands coup' aux. jours de combat. Plusieur·
hi torien du temp l'ont blâmé de faire le
oldat; ce n'était plus guère l'u a1re pour le
·ouverain et Ie- chef: d'armée . Christine l'a
défendu chaudement. « La mode d'être héros
~ bon marché, dit-elle, et à force d'ètre poltron, n'avait pas encore commencé . A présent, on n'est plu héros qu'à proportion
qu'on tl t grand pollron. » Raisonnables ou
non, le charges formidables de GustaveAdolpbe ur le cliamp de bataille le paraicat
aux yeux de la foule d'une auréole ingulièrement brillante.
'es mœurs d'ancien preu.t étaient ai;sociées
au goût des letlres.11 parlait plu ieurs langues
et se faisait suivre au camp d'une bil.lliothè&lt;Juo
de choix. Il avait médité sur les cho es humaines, sur l'ambition, la pa sion de fa

"loire, le geme des batailles, le orl des
peuples, el il a1·ait conclu qu'il était un Mau
pour la, uè&lt;le, riue tous le· grands roi sont
de Iléaux pour leur peuples et tous les
Œraods hommes &lt;les n~aU\ pour 11ueli1u'un.
&lt;1 Dien, di ail-il, ne s'éloigne jamais de la
médiocrité, pour passer au. cho es extrèmes,
~ans chùlier quelqu'un. C'est nu coup d'amour
envers les peuple 11unnd il ne donne aux rois
que des :ime ordinaire . 1&gt; Il e t vrai, continuait-il, 11ue les princes médiocre attirent
par cela mèmo des maux à leurs sujets.
11 Mai ce· matu ont bien léger , il ne peuvent être en aucune considération, si on les
compare à ceux que prodni ent les humeurs
rl'on grand roi. Cette
sion extrême ,1u'il a
pour ln gloire lui faisant perdre tout repos,
l'obli"e oéce airemenl à 1'ôler à se sujet .
C'e.l un torrent cpii Ùésole les lieu1- po.r où il
pa .• e. 11 Pour lui, Dieu l'avait clll·oyé gagner
de bataille dan un moment de colère conlre
la 'oède, et il plaignait la , uède, san admettre toutefois que le ciel p1'1t e dédire : i
la victoire hésitait, il descendait de cheval, se
mettait à genoux el appelait à haute voix le
a Tlieu de· armée· &gt;l. Ce Dieu lui prouva
qu'il s'intéres ait à lui en l'enlevant dans la
splcoùeur de fa force el de fa jeunesse. au
milieu d'une L taille "agnée. IJ quiua la cène
du monde en héro , conune il y ét.ait entré
lai, ant l'Europe étourdie du bruit tle on
génie et de ses ,·erlus. a fille Christine lui
ressemblait par l'intelligence. Elle eut au.si
son amour de la gloire, mais san savoir distingm:r la vraie de la faus e.
Elle n'avait pas Lout à fait six ans lorsque
son père fut Lué à Lutzcn, le 6 novemLre 1632.
Le que Lions de régence et de tutelle avaient
été réglées &lt;l'avanœ par Gu tave-.\dolphe. li
avait ordonné premièrement, sur toutes
choses de ne laisser La reine sa femme se
mèler de rien, pas plus de I'éclucatiou de a
fille que des a.lfaire de l'État. li ne pouvnit
penser sans terreur à ce qui se pa serait si
lfarie-Jl;léonore a\"ait le droit d'exprimer de.
volonlés, et il avait recommandé à tool le
monde de l'exclure de tout. C'étnil in.cril sur
le regisll'es do énat, c'était dit dans les
in&amp;truction.s au chance.lier 01en liern. Le roi
y était revenu dans ses lettres, pendant la
campagne . .Au moment de lh•rer bataille /t
Lulzen, il en écrivait encore à son ministre.
narement époux amoureux vit aussi cJairt:•
ment Ja bêtise de a fi:mme.
Il avait placé Christine ous la tutelle du
conseil de régence. Le sénal el les étals devaient aussi s'intéresser à celle éducation, et
tou ensemLle lravaiiler à ce qu'une petite
lille très maligne devint un grand prince, car
le roi avait recommandé de l'élever en rr:i.rçon.
Lui-même y avait pourvu en lui nommant un
n-ou verocur, dont Christine vieillie persi Lait
à Ll'ou,·cr lé choix lrè heureux. &lt;&lt; ll avail
été, tlil-ell , de tous le plaisir du roi, conlident de sa.~ amours CL compagnon de toutes
ses courses el débaucLes .... Ce gentilhomme
était excellent en tous les exercices, homme
de cour, mais il élail fort ignorant; de plns,
fort colère et emporté, fort adonné aux femmes

,,a

""'zo8,..

et au ,·in dans sa jeunesse; et ses 1•iccs 1te
l'ont pas 11uitté ju~1111'à la mort, riuoiqu'il .e
l'tîl fort mt•déré. I&gt; t:e modèle de gouverneur
de pl'inces~e étail ecoadé par un sou -gouverneur égaJemenL ivrogne, et par un précepteur, docteur en théologie, !'bonnète Jeau
MaUhiœ. Le chancelier O.xcn ticrn avait la
haute main ur le palai . Par malheur pour
Chri line, il étaiL retenu en ,lllema;ne lur de
la mort de on maitre. Le autre régents
n'osèrent pa tenir téle à la veuve de GustaveAdolphc, el Marie-Éléonore eut le Lemp de
faire de ~.iennt! . Il ne dépendit pas d'elle
•1ue a fille ne devînt folle.
La pL'rle d'un époux était une Lrop belle
occasion de pleurer pour qu"elle n'en profitàl
pa· avec édal. Elle résolut de se signaler par
une douleur doat il erait parlé dans le monde.
Ce fu_reul des délu•~c et des hauts cris. le
joar el la nuit, Jlèndnnt des semaines, dl!.
mui · des ann~ . Elle avait rait t,mdre de
noir son appartem1mt. houcher les fenètres
avec des draperies noires, de manière II qu'on
n·J voyait goutte'~, et elle pleurait, pleurait,
pleurait, à la lueur de llambeau.t de cire. Une
fois le jour, elle allait &lt;&lt; vi..:,itn » une boite
en or, su pcndo.o au t·hevet d,: son lil el où
eDe avait plaetl le cœur de son épo·". el elle
pleurait sur la bo1Le. A d'autres ruv:n:'nls,
c'étaient de !!l'andes Jamentatious qui résonnaient lugubrement parmi cet appar il ruoèhrc.
i la reine n'avait eniermé avec elle que .c
nains et e boulfon., on ne . 'en seraiL pas
mis en peine: c'était leur affaire; mai elle
s'était emparée de Chri tine, qu'elle gardait
l1 vue et couchait dan son lit, afin de la faire
pleurer avec elle, cria avec elle, el de pa ser
leur vie ensemble dan le noir. Elle pou sait
de hurlement \dès qu'on faisait mine de lui
ôter sa lille. Los régent hé ilaient, ·e con ulf aien t, et cep.,ndanl le Lemps volait. Le rrtour
d'Oxensliern défüra Ch.ri tine. Le chancelier
;.e bâta d'écarter ~faria-Élé~nore, qui fa.t larmoyer dans uo de ses ehàteaux, et dont le
nom ne reparait plus désormai que de loin
en loin accompagné d'une mention de ee
aenre : « La reine pleura pl usi,mr heures ; ...
la reine pleura toute la nuit; ... la reine ne
pouvait 'arrèter de pleurer .. .. 1)
Chri tine avait subi trois au le cauchemar
de la chambre noire, Je b Loile d'or el des
cri e de sanofots à heure fixe. C'étaiL trop
pour une enfant nerveuse. Uarie--Éléooore est
responsable d'une partie de excentricités de
sa fille.
Les régents, le énal et les états purent
enfin s'appliquer librement à leur grande
œuvre et donner le rare exemple d'un monarque élevé directement par son peuple,
selon des programmes di cu tés par le peuple
et en me de gouverner un jour elon les idée
du peuple. Cltrhine eot pour précepteur la
nation en1ièrc, puisque les état de u~de
comptaient un quatrième ordre, l'ordre des
paysans. Pour achever de rendre le eus sin~lier, la uède él.ait à celte époque a ez
arriérée, el celle nation d'illelt.rés se trouva
brûlée d'une Ioi qui n'a jamais été égalée,
1.

Av.tobiograph ie de Christine.

C1ffl.1ST1NE DE Sui3D'E - - .

mème de nos jour·, dan la ,·ertu toulc-pnissanlc, myslique et marrique de l'instruction.
Pendant dix anné~, la Suède vécut dans l'allenle et l'angoi se de· progr de sa sour~
raine en thème latin et co mathématiques. Le
hrnit de se uccès d'écolière e répandait
ju qu'nu fond du rol·aume « el éveillait, a
dit un hi toricn 1, les plus joyeu,e spérances
pour le bonheur futur du pay D. La reine
apprenait le grec, c'était de l'nllGgrcsse . .Elle
li ail Thuc,dide, c· ;lait du ra,,issemcnL. Les
étrangers l~ traitaient de petite aYante, c'était
un !Joahem puLlic.
Un a conservé quelt1ues-uns de! de,·oirs de
,hrisline el on en a imprimé une rollection.
Le compo ·ilions [rançai e re. cmhlenl h
celle qu'on foit de no jours dans le. pensions de demoiselles. Il y en a une ur la
Patiente et une sur ht Com,la11ce. Uue troi. ièmc, en forme de lettre, contient des condoléance. à. une d:irue, ur la mort de on mari.
L'élèrn Christine a,,ait voulu y mettre de belles
idée! cl s'était embrouillée. « U fauL penser,
disait-elle, que, comme il e t impossihle à nn
prisonnier de ue q11ilter pas a"l"e~ profit sa
prison ici, de même le ~me rru1 soul en ce
monJe comme en prison res!ientenl par cette
é\'asion premièrement le contentement d'une ,·ie libr, de regrels
el de soupirs : el ainsi la morl e t
l'assurance d'une heureuse vie. &gt;)
Chri tiue avait seize ans quand elle
composait ces chef -d'ce1nrc, que
de. a1lmirateru· imprudents ont
transmis à la postérité. Les même
enlhou·iasles s'extasiaient sur ses
thèmes latins, qn 'ils déclaraient
remplis 1c d'i•léganres &gt;&gt; . J'ose 1
tromer du latin de cuisine, et j'o e
ajouter ipw œla étail tout ~ fait
indifférent pour la pro pérth! dn
rovaume.
"Le o..,ouverncment n'était. nullcment de cet avis. n pensait C..'t3.Clctnunt le contraire. Que de,iendra1l la SuMe i la reine fai ·ait
des suléci me. 1 On accumulait les
pr :cauûon pour éviter un ·i grand
malheur. I.e hou , lotthi:i' étai l
oblin-6 de 1enJre complo de e·
t,
•
1
lnçons. Ln rt:gence sa.~a.it que, e
';!6 févriet· 16:59, la reine aYail
commencé les Di,,/ogues f,·anrai.s
de Samuel .Bernard : que, le
;m mars, elle avait appri - par
cœur le di cour· de Catou, dans
Salluste, et, le G auil, 1e disoour.
de Catilina à se soldats; qu'elle
,:Ludiail l'aHronomia dans un auteur du rnl"siùclc. incapillile de lui
donaer de• opinions hérétique sur
les mouvements de ln terre: qu'en
histoire elle a,·ail débuté par le
Penlat:U,p,e, auquel avait s~ccM1 .
une Guerre de Thèbes, el quelle hsart très assidûment un vieux li He suédois, rooommand_é
par Gus.lave-A dol plie oùl' art de ~o~veraer ~t3.J.L
réduit un mn.,imes. Lne commn,100 de scoa'1. Graucrl.
111. -

HlsTOllLI., -

Fasc.

21,

leur s'as ur:iil avec d.ili.,.tJnce que les loç.ons
étaient hien sues el faisait passer des examens
à la reine. Les état votaient des in tructions
« sur la manière dont Sa Majesté pourrail
être Je mie~ éle"l"éc el instruite !) , et profitaient de l'oce,, ion pour im'iler le· rr 0 ents à
ne point donner à a llajesté Jes idées « prr1j udicinblcs à la liherlé et aux circonstance
des états et de· _ujt't~ du royaume ».
Jamai él~ve ne tut soumi 11 11n colraî1lemênl plus vigoureux:, el ja~ais él~ve n' •n et~L
moin- be oin. La petite reme avall une fac1liti'• remarquable cl une ardeur pa~ ionnéc.
Elle voulait tout sa\'oir el comprenait tout.
Elle •n ouhliail le Loire et le manger, se pri,ait Je ommeil pour trav:i.illel', mettait nfin
sa tète à une tcrril1le épreu,·c. Chri tiue n'eut
, raiment pas de Lo11heur en i-ducation . .lu
sortir de l'horrible rl,amhre noire de sn mère,
elle tomba "ur de fort honnête gens qui
crurent leur de\'oir intéressé à l!D faire un
phénomène et, pour comble de malheur'. y
réussirent. Per onne ne ·'a,i n qu'une pehte
fille a besoin de jouer à la poupée. Moins elle
était enfant, plus on ·e réjouissait. Jamai
une déleale, un repo.. D'un hout de l'année
à l'aulre, un lraYail Iorœné, haletant, coupé

GusT ,H'E·ADOL PIIE.

D'après u1ui gr,wure du lemps. (Gab!net des Estampes.)

par des exercices du corps violents et excessifs.
Elle ue ~randissait pas, avait l ang en feu
et manqua mourir plusieurs fois; mais elle
,~vait huit langues, en remontrait à ou professeur de grec, parlait sur la philowphie el
... 209

Ir,.

aY:i.it une opinion slll' le5 femmes. C'elail
réellement mt petite savante, et, comme
elle aYait gardé l'esprit trè vif,, pétillant ~c
malir,e, qu'elle a,·ait de. mols d u~e drtîler~e
impayahl~, on fut longtemps à ~-apcrccY01r
qu'on avait forcé le re orl, d_eJà. un peu
faussé par les alJ~tirdités de Marre-El~nore.
L:t ui·de admira sans défianc·e son aunahlc
prince!· r et se complut dan . ou œ~v1·c. . .
QuP pnuvait-011 lui souha.1te1• quelle '! eut
point'/ Elle ~arnil par cœur le caléch1.mr
luthérien et citait de ,·er!;el. comme un
évêque. Un avait rêvti d'en fair(1 _un gar~o~ :
elle avait dépa sé le bul. Elle était éhouriifor.
elle avait les mains ~ales, le- vêtement en
dé. or1L:e elle jurait et ·acrai_t c~°:'me un
mo1m1uctaire, mais elle montrut d1v1neruc~t
à d1ernl. Luail un li~ne d'une balle, couchn1L
sur la &lt;lurc et méprisait profondément le"'
femme , le~ idée de femme , les travau · clri
femmes les conversation- de femmes. Qoaod
1
elle pa sait au "alop, liLre el hardie. en.
chapeau d'homme el justaucorps, le~ ?~veux
au vent et le vi age Mlé, la. uMe u rl.111~ ,ra_s
encore sûre d'a.,·oir nn prmce, elJe n ctml
plu sûre d'avoir nne princesse. a ~~rr.:
d'adolescent aida.ii à l'illu ion. Cbrislmc
a \ait les traits accentués, le nez
fort et busqué, la l/1\-re inférieure
un peu pendante, de grands liean ·
)'CUX IJleu clair où 1)as. aient des
Oammes. Ellë avait aussi une
voix d'homme, qui s'adoucis ·ail
aux 01.·oasions. [le taille, elle était
petite et de travers. mais nvcc une
ai_sancc, des mouvement lestes
qui en fai aient le plus joli l{amin
&lt;lu momlr. Le peuple en r{IOobit.
Ni !Ps &lt;&lt; cinq grantl vieillard· »,
aim,i qu'elle appelait les régent ,
ni l'hClnnêle ~allhiœ, ni le gourerneur ivrogne, ni l'aom1\nier de
la eour, ni aoeun de tous ces
hommes de cour, d'épi-e. dtJ robe
et de scicoce, qui l'l'ntouraient du
malin au soir, ne oupçonn~ri&gt;nL
le volran caché sous la r•amincrir.
11~ nuraient l'rémi d'horreur ~'ils
avnicnl pu lire les aveux de l'.111/()/Jioy ,·r1phie.
.
.
llans ce morceau pr1k1eot, L,cn
1ru 'inachevé, Christine e dresse
à elle-m1!me 1111 autel. C'était l'uage du tcmp . Le "OÛ l était aux
portrait., et l'on disait nu pul.ilit,
a1·ec une entière c.1nde11r, le Lien
(!l le mal ctu'on 11ensa.it du ,oi.
sans craindre d'appul'er un peu
plus sur le bien que sur le mal. Il
y avait au fond moin. d'o~gueil,
il y avn.it sortoul un or 1n1c1l plus
innocent à s'c.mhellir ainsi am
,eux de la foule, cru'li lui jeter
ses ,-i.ces au "isage, elon l'e-xcmplc donné depuis par [\ousseau. On ne peut
reprocher à Chri tin~ que d:m•oir (,;gèrement
11Lusé du droit de faire valoir les beautés ùu
modèle.
Elle s'étend avec un sérieux qu'on n'o:; -

q

�r--

1flS
, T0~1.l1-----------------------

l'tlÏL plus a,•oir de nos jour sur son cœur

« grand et noble dès qu'il se sen Lit », on
ûmc &lt;&lt; de fa même trempe » el- « tant de
h aiu talents &gt;I qui la dé ignaient à l'admiration du monde. Passant ensuite aux défauts, selon la poétique du genre, elle 'en
accorde d'abord dr très royaux, convenables
à son rang el ne rabaissant point une créature supérieure. « J'étais méfiante, dit-elle,
soupçonncu c, de plu ambitieuse ju qn'à
l'e cè,:, J'étai colère el emportée, uperbe
el impatiente, méprisante et railleu e. n
Ju. qu'ici, tout va hièn; mais elle ajoute
quelques lignes plus ha's : « De plus. j'étai ·
incr '• dulc et peu dth·ote, et mon tempérament impélueu ne m'a pa donné moin de
penchant à l'amour qu' pour l'ambition. 1&gt;
Elle proteste qui? llicu, &lt;Jui ne paraît pa
'être préoccupi1 de son incrédulité, l'a toujours pré ervée des chut, . auxquelles l'avait
destinée la na Lure. « Quelque proche. que j'aie
été du précipice, s'écrie-t-elle, \'otre puissante
main m·eo a retirée. »Elle n'i 0 nore pas qne
la médisance l'a « noircie ll, et 'clle 'accuse
à ce sujet « d'arnir trop mépri ·é les bienséance de son "CX.C D ce qni l'a foil paraflro
ouvuot plus &lt;r crimindle u qu'elle ne l'tit.âil.
Elle conte e qu'elle a eu tort, 1 mais elle ne
peut 'empêcher d'ajouter que, i c'était à
refaire, eUe e moquerait ncore da,,antage
de· bien &amp;nce., : « Je uis .. : per uadée 111ie
j'aura~ mieux fait de m'en émanciper loul à
fait, et c'est L'unique fail,lessc · dont je m'accuse; car, n"t.antpa uéepourm'yas ujeuir,
je de,·ai • me mettre cntièr1·ment en li Ler té
là-dt' u. , comme ma roodjtion et mon Lmllleur l'e igeaient. »
1
,
Le· ujct tr' · luthérien. l'l Lrès religieux
de · Cbri tinr crop.ient • enrorc plu fermement qu'Ûue princesse (( incrtlJul et peu
dél'Ole ll, à la main dirinequi relire 1es jennrs
impmdcntes du précipice. Manmoin., s'il'
a\'aicnl 11 à quel point ce bras irrésistihle
'lait nécessai,c pour outenir el s:iuv r leur
petite reine, i1 auraienl été épouvantés. Leur
vin, lrur jurons, leur gro siè.rcté dr demibarbares s'alliaient à la gr:tvilé d'm·prit 11ue
donne h rcfüion proleslanlu sérieu emcnt
pratiquée. Us mettaient Dieu de part dans
Lou leurs actes, Je manière qu'ils le sentaient san ce -e à leurs côVs prêt à ecourir, prêL a.us i à anéantir, ior-c1uc Gustave-Adolphe fit ses adieux aux états avant de
s' embar11uer pour l'Allemagne, ils chan tèren L
ensemble 11: Psa1une : 11 Rassasie-nous le
malin de la ..,r,îce, ... nous serons joyeux tout
le jour. » Ces g1~n -Là prenaient la vie au
sérieux, Cbristinc n'y vit qu'une mascarade.
C't' t po1m1uoi il ne purent s'enl udr longt.emp , malrr1•él'esprit, le charml!, le courage

lement.arisme applh[llê à l'Mucation d'une
jeune filk

Les "élats a,,aient toujour recommandé.
très sagement, d'en foire avant tout une
bonne uédoi e, dre· ée aux rn..'lnières cl couLumes du pa ·;;, « tant po r l'e prit &lt;1ue
pour le corps 11. Le séna Lel la · ence étaicrrl
d'accord sur c.el article avec les états. Le Lut
qu'ils se propo aient Lous étant aussi n tement défini on demeure stupéfait . mol n.
choisis pour l'aueindr . Plus on consid're ]a
uède de Gustave- dolpbe, moin, on nçoil
que des étude· li outrance et Wle cultutt. raIlinée aient paru la voie la plus propre li en
faire aimer et adopter les mœurs.
Un grand prince l'avait comblée de gloirt•.
mai le guerr s de Gustave-Adolphe, en rendanL la uède redoutaLle, ne lui avaient pa
permis de s'adoucir. Rude il l'avait trouvée,
rude il la lais a. A son a,·l!nemenL, en 1611,
l'ignorance était épni se; il e1i tait une seule
et médiocre école, à Up al t, el peu de jeunes
gens, p r diverses raison , fréquentaient li-.
·uru\'er_ité.~ étrana res. La bour~eoisie n'était
pas as ez riche. La noLle_ c iiêpri ail l'instruction, elon une tradition à laquelle lt•s
aristocraties européenne onl infinimnnt de
pdne à. renoncer; un grand nombre de magi tral,; pouraieol à peine signer leur nom.
cl d'excellent génl:rau:x n'en savaient guère
plus long. Gu tavc-.\dolpht• fonda ùe écoles
1 fit venir un libraire d' Ile.magne, mai. il
ne put impronser des maitres, et la fac-ollé

LA

REINE M.ARŒ- U:ONORE.

el la ciPoce de celle fùle extraordinaire. Il
manquait :, la ,OU\'eraine un ·eu) don, le
seu mo1·al, el elle était tombée sur un peuple
11ui ::.c serait plutùt pas é de tous le autres.
A dix-huit a.os, les étals la déclarèrent
majeur~, et la régence lui remit le pouvoir.
On àlla.il voir à l'épreuve ce que valait le par-

Gravure.le J~cos llamu.~. (Cabinet des Esl1Jmfcs.)

i. 1:Univcr-ilé d'Up,;al a i·té fondée en Ui6. A
lèporiue doul 110~ parl1,11s, elle efoit déd.1uc au _point

ile n'~lrc p.lœ guèrn qu'une école 01•diuaire. Gust11•eAdotphe la 1·éorga11iM.
,

de m~decine d'Upsal se composa quel'(ue
temp d'un seul profes eur, ce qui suifi ait
du reste pour le nombre Ms élèves. Ln mal
général à cette époque, le pédantisme, !lori -

--i

210 ..,.

sait autant que lè permettait la r t:
savants; le dôctcur Pan race et Trî
auraient lrouv,1 à tiui pari r.
La seule théologie pro pérail dans ce d L
ert intellectuel. Un clcr : pl ~n de ~.'•le t:..
cbisail el • ·1 le peuple a,·cc uuo! orl •
de r_...... ,. __u'à le tontraindre, W, lgrt'• ,;a
---•,-....-• des plaintes puùlique contr,
mons. Le peuple ajoutait
· •nait le · mi11e superslient la po&amp;ie dan l'exispelüs. t nd J 'k petits . unt trè ·
pam·res, très igoorant!, l •111'il onl la vie
tri te et dure.
Le mrour· étaient primiti\"1'-' coaune les
idées. Les députés Je l'orJre des pay.an,
a5sislaicnl aux élaLS en haillon . Le. logi dtis
grand. t!Laienl ùadigconné de Liane et grossièrement meublés. Au mumcnl des repas,
on tendait un baldaquin au-des us de la
table, afin d'empècher les toiles d'araignées
c Lomb •r dans 11!5 plats. Le scniœ de table
é ·t en harmonie avec le mobilier; au fe Lin
de noce do Gu tave-.\dolphe, on man"'ea
dan Je fa vai • elle d ·étain, el encore elle
était
pruntée. La nourriture était gro·ière; même chez le roi, presque point dc
superlluités, telles que sucruric el pàû scries; rien 11ue dl' la viande, et l'on rcssrrvail les rc les. La m~re de Gu lnvc-Adolphe
achetait elle-même son vin et faisait allendrc
1~ payement au marchand. Le prince CharlesGustavc, qui régna après Cb.ristine, eut unt'
longue correspondance avec sa mère pour
décider s'il serait plus avantageu1 de se faire
faire un habit Je tous les jours, ou de sacrifier un de ses ha.bit du dimanche. Un voyageur (fluet) rapporte q11e la monnaie était de
cuiHe, et« au.si grosse que des luile ». i
Je détail est exact, il est caractéri tit1ue.
On n'al'ait qu'un luxe, l'ivrognerie, mai
on l'avait Lien. Au maria11c de Gu La,cAdolphe. on bul cent oix:inte-dix- cpl muid:.
de vin du Ilhin et cent quarnnle-r1aatre
charge: de bière, ans compter les autres
p~ces Je ,,in et l'eau-de~vie. Les grande,
r~jou.i sanccs con istnient à s'auabler devant
drs bouteille , à jurer son saoul, e jeter 1~
verres à la tête el rouler ou la table dan
une mêlée linalc. Il n'en allait pas autrement
à la cour que dan un cabaret. Per onne, pa;
même un évêque, n'avait le droit de refa ·cr
de rendre raison le verre à la main.
tockholm gardait une fl 11ure de capitale
de demi-sauvages. De loin, on n'apercevait
que Jes monuments et de palais, dont les
Loits étincelants, formés de !!l"andes lames de
cuivre, dominaient de petits monticule ,erts.
C'était des tours massives, des minaret tUJ'cs,
des clocher de toutes forme , des palai it
colonnade~ grecques, enfin l'as embla11e le
plus baroc1ue el le plu pillore que 1. De maisons point. On approchait, el l'on découvrait
que les petits monticule verts étaient ks
maison , construite en Loi. et recouvertes Je
prairies. ll esl bon, en pareille matière, de
citer se auteur . 1 ou lais ons la parole au
trè véridique Huet, evêque d'Avranche , qni
2. C.h. Ponsoomilbo, St!bastim lJourdon,

,

____________________________________

visita • tockholm en 1052. « Les Fenêtres,
dit-il, ont encbrtssées dnn~ le toit, qui luimême est Fait dr. 11lllnclu&gt; et d'érorccs d'une
e pèce de houleau qui ne pourrit point, el est
recouvert de gazon ; ce dernier mode de couverture était, au t~moignnge de \'irgill', appliqué en Italie aux chaumi~re · de
pay ans. On sème alor sur ce gazon de l'n\'oine ou d'autre graines
dont les racines le font adliércr
rortement au toit. inlii, le faites
des mai on. -ont d champ de
\'e.rdurc et de lleurs, et j'y ai ,11
paitre de montons et dC'-~ porcs.
Les· toits, dit-on, ont fait de cette
manii-rc, lant pour 11ue le mnions, qui ont formée· J • matière·
résincu -es, ne s'emlirasent pn au
1:ont.ict do la foudre, que pour
,tvoir, en lclllp de guerre et nu cas
,,it on eraiL ass.ién-é cl hlor1 ud par
l'ennemi, Jes piîlllrages pour nourrir le. troupeaux. 11 Stockholm
pomait se vantl•r d'ètre une capital!! uniqut: au monde 1 •
li aurait fallu à ln Suède un élan
vigourcllx pour rattraper le• Étals
de l'Occident, cl le règne de G11sLave-Adolphe lui avait interdit pour
longtemps Jcs grand clîort pacifiques. Le héro savait hien cc
qu~il disait, !or qu'il as urait e
officiers étonnés que Dieu fait
« un coup d'amour envers les peuple . 1piand il ne donne aux rois
que des Omes ordinaires ». li lai s:1
son royaumeépuisé&lt;l'argent, abimé
par des passages coutinaels de
troupes, écra~é d'impots, etsa mort
ne termina point la guerre. on
confident politique, Oxen tiern, la
continua, el Je .ort des campagnes
de,,int intolérable. Le paysan n'en
pouvait plus. Tourmenté par le _oldal, tourmenté par le noble, tourment t par le collcctcu r
d'impôls, el ne lroman1 ni appui ni pitié
chez Le tout puissant chancelier, il se révoltait,
gâtait encore plu se - 3ffi1ires et émigrait de
désespoir. ne partie de la uède était retombée en friche.
Pour gouverner cc peuple simple, on forma
une reine nourrie de fine lilléralure, épri, e
de poésie, connaisseuse en li,T!!S rare el manuscrit . Pour gouverner ce peuple pieux, on
forma une reinc imprégnée d'antiquité pa ïcnne
et de philosophie. Pour gouverner ce peuple
pauvre, on forma une reine adorant }e5 Leaox
meuble , les tableam, le totues, les médailles, lès pompes royale . Poul' habiter celle
contrée âpre, on forma uue reine q11i r~,·ait
des paysai;es du Midi el de ciels il.1liens.
Pour as urer ce calme profond des idée , on
forma une reine de l'e prit le plus curieux, le
plu inquiet, 1c plus audacieux, le plus indiscipliné, le plus agitant qui fut jamais. Pour
clore celle ère d'aventures, on rorma une
1, U11 ~~•anl i~landais IJ11Ï êcrinit au ,:,•11• 1iécle,
Jnuas Anrgrim, fait une Jc"t'ripûon toule seml,lal,le
des maisuus de SQII pays. (llt&gt;ipuf,. [1&lt;/111,d., cap. ,·1 .)

reine virilP, qui .jngeaiL le mal'ian-e dégradant
pour la femme el ne ioulait poiot :woir J'enfan !. , mai :ipprendre la 4twrtl'. El lor~q11 'il
, e J,:cotl\'ril r1ue la raillanle S11ède, 101:ile el
dé muée, mais rusûqu~ el fanatique, ennuyait
Christine, la. uède demeura 6louuéc cl seau-

C111(.1ST11YE DE SUÈDE -

nos 11ni nai~ ent prince Cl ùe · rois f[U i
nai:-~l'nl pay~an : el il y a uae canaille de roi~
comme il y en a une &lt;li' fa11uiu .. » A ·aol décomerl un Suédois de ha se naL anœ qui
avait des lalenls, elle 1~ nomma amba&amp;:ndeur
et sénateur, et l'impo a no ënat a,·ec ces
mots 11u'on dirait empruntr!l à
lleaumarchai.s : (( alviu crait
sans doute un homme capable s'il
étaiL de gr:.m1le famille. ll
Même· . urpri
ro politi')ue
étrangèr1·. On lui nvait t,mt va1!hl
~on csp1•ît upéricur, qu'l'llc h1it
r1:$nluc à n suppnrlct· nucn11 guiJc.
!Elle Toulai t la. pai~, en quoi il semlrlc qu'cile n'cùL pai; si Lort, l'l
,•lie prcs a le Irait: Jl' WcslpLali •,
mnlgrë Oxen_-tiern. Le 1·iPi1 homme
J'Élal fut oltligé Je reconnaitre
,1u'il a1·ail lrOU\'P .on mailrc. JI
avait a!Io_ire à un1- fille irnpérh,u.e
el ne craignatH pas la lutte. 11 Lt·
pas.ion., disait-clic encor•, ont
le sel ù1~ la \'Îe; on n'est bem"ux
ni , malheurc~x q1!'à proportio11
f)U on lrs :t v1olrnlce • 11

pil)'

III

dalisée. Christine a eu assez de torts de son
côté pour qu'on insi ·te sur ce qui peut l'excu~er. On l'avait élevt'e pour rb.!ncr ur Florence,
el il fallait régner ur tockholm et se· toiles
d'arai!!née . Ce ne rut pas tout à fait sa faule
si cela loi sembla dur.
Oxensliern avait été le vrai souverain de la
,__ oède pendant la minorilé. A lui reven~it
dQnc la meilleure parL de tant d'imprudence-,
el ce fut aussi lui qui en recueillit le · premiers fruits amers. Depuis huit aus, il passaiL
tous le jour trois heure à enseigner la
politique et les alîaire ~ )a reine, et, Jcpuihu.it an , il trouvait en elle une &lt;-lè\'C docile
et reconnai sante. Cbri tinc prit le pom·oir :
adieu la oumission ! Cc petit page en japons
avait ses idée sur le gournrncmenl, cl cc
n'étaient pa du tout celles qu'on lui a,•ait
profc ée~. Oxeustiern l'avait nourrie cle la
plus pure lraditioo aristocratique, cl elle avait
de opinion qui enlaforH le ruisseau. EU
outenail que le mérite est tout el que la
naissance n'est rien. c&lt; 11 y a, disait-elle. des

li étai t clair qu'elle étalili nit
son indépendance. Ce qn'd1e complait en faire fut hicntùl non moi11 ·
clair. Elle écrivait : &lt;1 Il y a des
gens anxquels tout est permis l'l
to11t , icd Lie11. » Elle st&gt; ran"l':t
parmi ces gens, cl se comporta en
1:onséquence. Elle e limait qu'au
fond, les solti.es oot moins d'im~
portance qo'on ne' le croit. Les
âmes faibles s'allardenl seules au
regret des faute· pa. ·es. LN;
àcnc fortes n'oublient jamais
(1 qu'il y a si ptu dti diOëreucc
entre la sagesse et la folie, que celle diff:_
rence 11c mérite pas d'èlre considc:rée, vu
le peu tlè Lemps que duri~ celle vi:e l&gt;.
Qu'est-œ qni c. t sage et qu'e!:iL-Ce rp1i r. l
l'ou'l Au lieu de perdre notre lemp à regarder en arrière, regardons en avant : n li
faul compter pour rien tout le pa~sé, et "ivrtl
toujour. sur noure.lux l'rai . » Précepte commode que la reine Chri 1ine a toujours pratiqué. Quel que fùt lu passé, elle liquidait
avec sa con~cience et vivait sur nouveaux
frais. Elle) mettait même un air de bravade
qui irritait la galerie et qui lui a ,a.lu d1• •
jugements sévères. On aurait voulu 11u'ellr.
parÎII quelquefois se ouvcnir de Cértaiue
cho es .
Ou loi a aussi beaucoup reproché la dynastie
de . es favoris, 1yu 'elle inaugura à peine émaacipüe. On a prononcé à c' propo~ dc très gro mots. Lu ujel est délicat, l les pamphlets
où ile l ressa éonl lai' é sub her, malœré
tout, as·ez d'incerlitudes, pour que la verlu
de Chrisline ail trouvé &lt;1udi1ues défcaSt&gt;urs s_

2. Entro a11LrP• Arckcnlrolu el Graucrl, qui conrlcun~nl ini:ërn11m•11l qu'ils out clé iullueni;é p.'.ll' le
J~sir ,le µrendre le conlrc-pictl des tlcri ,sn1.- fr~oçsis.

\rckcnholti l'llpl,or(P dtln~ une note do suu tom&lt;' 1\'
qo ·un hiolurien suëdois de ;,on L1•inp,i, l;i()~rw,,11. (11 •
a ,tJclaré qu'il éLail !'Uul i, • prt'le111lrc 11110 Cliri, 1

C11R1sT1NE ne Sdm::.

Gravure ,te

CMrPJO)I. (CJbilltl

..,. 211 ...

,

dts Esl:m1('ts.)

�~ - 111STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Comment est-on jamah sf1r de rien dan de
œrt.aioe choses1 Qu'elle ail eu heaucoup d •
favori. el qu'elle les ait volontier cboi i
parmi les hommes jelllles el aimable , voilà
qui n'e_t pns niable, puisque cela se pas ail à
la face du ciel. Que la plupart des conlemporain · en aient cm le témoignage des pamphlet ou celui de leurs propi:es reu:x, voilà
qui n'e. l pas moin aet1ui . Qu'il faille prendre au sérieux le passage de l"Autobio91·aphie
sur lo pn:cipice souvent coloyé , toujours
évité, voilà qui esL d6jà infiniment moin
. ùr. Que es got'al viril · lui aient été une
protection, roilà qui ne l'e. t plus du tout.
D':mlrc patt, il est très vrai r1ac les appare(l(',es ne sifrnificnt rien avec une femmr
comme Christine, qui s'habillait en homme,
vivait avec des hommes el avait des valets
pour femmes de chambre. Au urplu , chacune l libre d'en pen er cc qu'il lui plaira.
Il c t un reproche auquel Christine ne peul
échapper dan aucun cas . Elle a dil quclque
part : &lt;1 L'amour de gen qu·on ne . aurait
aimer importune. » li faul compléter sa pensée do la façon suivante: &lt;t Uamour des gens
qu'on ne aurail tJlus ai.mer imporlune. »
Elle le leur faisait bien voir et cbamœait par
trop le temcat de fa,·ori. Au début, elle les
adorait, Je cornhlaiL de dignités, d'honneurs,
de lar esses, témoin Magnus de la Gardie.
premier de la érie, qui avait vingt-deux an»,
une jolie figure, « l:t mine ha.tlle )) , el qu'elle
fit ambassadeur, colonel, sénateur, grandmaitre de .a maison, grand trésorier. Au dC._
noùment, elle se débarrassait de ce pauvre
garçons an. aucun ménagement, témoin le
même Mngaus de la &lt;:ardie qunnd la reine le
rempla~a par Pimentrl, ambassadeur d'Espagne. Elle lui" refu a une derniure audience
et écrhit de a main, en marge d'une histoire
de son le.mp : a Le comte Magnus était un
ivrogne el un menteur. -r, Dans aucune occa- ·
sion elle n'appliquait plus rigoureusement a
maxime, de compter pour rien le passâ el de
,ivre sur nouveaux frais. « Ceux qui profitent
dè Loul, disait-elle, sont sages et heureux. »
En matière de favoris, elle profilait de tout
I'•• &lt;Jui lui Lomhait ous ln ma.in.
Lo règne de La. Gardie fol all i à Lockbolm le remo &lt;le la politique française, de
l'e Jlril fran&lt;;ai', de la littérature française,
de modes françaises. Le traité d'alliance
al'ec la France fut renouvelé ( J 651). La reine
lit la part du lion à la France dans la foule
de savant , de aens de lettres, d'artistes,
doul elle composa sa fameuse el upcrhc
cour. Naudé avait lé oin de sa bibliothèque.
Saumru e pa sa plu d'llD an auprès d'elle,
non ans "être tait prier, car il était pénétré
&lt;le son importance autant qu'écrivain du
monde. Descarl • se Jais a altirer, pour on
malheur cl celui d la cience. Christine le
faisait venir 11 cinq heures du matin, en plein
hiver, pour causer philosophie. En trois mois,
De carle ful mort. Bochard, l'orienlnlisle,

amena son ami Huet, le fulur évèrpie d'.\..nanche . ébaslicn Bourdon. anleuil, Fran~oi Pari ·e, le graveur de médaille , l'archltccle Simon de 1a Vallée, travaillaient en
uède pour Christine. on secrét.airc de·
commandements étah Chevreau, qui fut depuis précepteur do duc du Maine. es cp1atre
secrétaires ordinaires étaienl Fraoçai . Franrais le médecin t le chirurgien. Françai une
nuée d'hommes Lrès di,ers par la nais ance
et le mérite : érudiLs, philo ·ophes, grammairieus, fabricant d'odos el de di. tiques, cuistres, inlrimmts, beaux gentilshommes, charlatan. en tout genre, alel de Lout grade.
.Parmi c derniers, une mention e l due à
Clairet l'oi · ·onnel, homme de "énie s'il en
fut, premier valet de chambre de la reine cl
dépositaire de e · ecrels. Poissonnet ne sa~
vait ni lire ni écrire, et chaque foi: que sa
maitresse nvaiL quelque affaire difficile, Ue
l'en chargeait. Elle l'eO\·oya au pape, à Mazarin. Il ét.ait célèbre pour tirer le secret des
autres et ne jamais lai er ~chapper le sien,
tout çont.raint qu'il fùl de SB faire lire es
lettres et de dicter les répon es. Mazarin, qui
se connaissait en intrigants, était plein d'admiralion pour Poissonnet.
Des saYants et des I rivain. suédoi , allemand , hollandai., complétaient une cour
Térilablemenl unique, et dont Cbri line était
l'à.me. Les soins du gouvernement ne lui
avaient pas fait retrancber une minute à.
l'étude. Les heures données aux affaires
étaient remplacées par des heures prise sur
Je ommeil, la toilelle, le repa . Elle en
était arrivée, de retranchement en retranchement, à dormir trois heure , à din ,r en
oura0 au, et à ne se peigner qu'une fois la
semaine. Encore sautait-on souvent une semaine. A l'écolière tachée d'encre avait uccédé une reine tachée d'encre, les mains
sale , le linge déchiré, qui a,·ait beaucoup lu
Pétrone et Martial el tenait les propo' le plu.
salés, rouis tout à fait savante, éloquente, sachant discttler et raisonner. !1 Elle a toul vu
elle a tout lu, elle ait tout », écrivait. Naudé
:\ Ga sendi (19 octobre 1652). ~leneille des
merveille , elle n'était poinL pédaota! Elle
haï ait la pédanterie, dix fois hni sable clm
la femme, el dont son esprit la sauvait presque loujour , même en dissertant avec des
pédants sur des ujets pédant . a réputation
se répandait en Europe d'une manière à remplir son peuple d'orgueil, si on peuple n'a~
,·tÜL commencé à s'apercc,•oir que les reine
trop brillantes onl de inconvénient .
ous ne nous doutons plus de ce qu'était
la dépen e d'une cour pareille. De nos jours
on a le savants chez soi pour rien. Ils étaient
moin idéalistes il y a deux siècles el demi.
L'honneur de leur visiLe c payait à beaux
deniers comptants, el Christine était libérale.
C'était un ac d'écus, c'était une pension,
c'était une chaîne d'or, et la reine ne e contentait pas de gorger ]es avants de sa cour.

Ceux qu'elle ne pouvait 1oir, elle leur écrh·a.it
du moin , cl c'ét;\icuL encore de · p1:nsions et
de chaines d'or. L'Europe était remplie de
angsue qui suçaient ln uèdc, et un profonù
mécontente.in •nt grondait dans le 11~· . Les
.'uédoi~ ne pournicnl soan-er sao arn!!1'tume
à ce que devenait l'argenl •tn'ils avaient c;ué
a\'CC angoisse. Leur cœur e remplissait d'11ne
ju.'te colère à la vue &lt;le cc, étranger qui
. 'étai nl abattu sur le pay comme ·ur 1m
proil", et &lt;JUÎ encourageaient chez la reine tou
les goùts ruineux. Le peuple mourait Je faim,
et Christine dépen ait des Iré.ors en collections.
On lui a fait un grand mérite de ces collectious, et il est vrai qu'elle· étaicn L fort belles.
'a bibliothèque pa ail pour n·avoir point &lt;le
rivale en Europe; le manu crits, à eux: cul ,
étaient au nombre &lt;le plus de 000. Le œuvres de maitre et le pièces rare abondaien L
dans le cabinet des tableaux, dans celui des
médailles, parmi les statue • les ivoire et les
cudo'ilés. Cependant, l'amant de follrilll et
des arl' ne ûenl aucun compte de ces merveilles à Christine, parce qu'elle! avniL !orm:
.e collection en parvenue à coup d'argent,
sans patience el ans vraie tendres ·e. a bibliothèque el es mu ée faisaient un peu
partie da décor pour on rôle de iemme
extraordinaire. Elle avait payé deux manu. crits 160 000 écus 1, mais èlle laissait voler
les !rois quarts de sa bibliothèque ,an s'en
apercevoir. Elle possédait onze Corrège et
deu flaphaël, mais elle avait fait découper
'I.! plu belle. toile pour coller les têtes, le~
pieds et les mains Jan le compartiments de
~es plafonds . .A.prè, cela, un collectionneur e:-t
classé.
On retrouve au fond de se goùt les pin.
nohlc ce be oin malsain de faire parler de
soi qui l'a perduu... e admirateurs les plus
ferrents avouent ~a 'elle ,mlh une vauitô
e:rnrbiL1nte. Gelle philo ophe adorait ln flatterie et respirait a,·cc béatitude Lous les encens qu'on voulait bien lui o/Trir. Elle ne dédaigoaiL poill.l. de tenir elle-même l'encensoir,
et elle t1 lait frapper un nombre incroyable
de médailles où elle e t repré~entée en lline.rve, en niane domptant le- fauves, eu Victoire ailée ·e couronn~nt de lauriers clc.
Elle encourageait les faiseur de panégyriques
en pro e et en vers. Elle constatait à ses pi·opres yeux son importance en accablant d'avis
indiscrets el imporluns princes et politique ,
Retz el Mazarin, Condé el Louis XI\', le roi
de Pologne et le roi d'E,pagne. On la recevait mal, elle recommençaiL. a tcnl.1live
pour eulrcr ea corre pondance arec le roi
d'Éthiopie esl un amusant exemple de s:i
manie de célé!Jrité.
En 1055 errait par l'..\llemagne un malheureux noir qui cherchait ttuchiue chose cl
ne pouvait expliquer quoi, puisrpte personne
n'entendait son langage. Un sal'anl d'Erf-url,
Job Ludoll, auteur de travaux sur l'Éthiopie

line n'avaiL p,a frlncbi les bornes de Ill èlwlelè ~1. Pour I instrueliou ,les biLliopl1iles, "oici les
litres 11 ces ùeux m11cuusc:rits, aclietè pour le comptt&gt;
11,• Christine par ).;a~c 'iossius. C'(•tail l'//i.,to,re

eèr.l~•iastique de Philostorge et les Ba/Jylon.iq11,:g de

Le s1&gt;Coud pa ~il pour êLre rœuvro d'un raus•
sairc. On ne tlit pa, si le premier contllllail le
texto de Philosturire, ou l'cdrnit qu'en a J,H111i,

17

Jlllllblique.
l,e deu"C: manusui1s appertinr.,nt apros la mort
de Chrisline à la hihliolhèc1ue du 'iatican.
.,. ZIZ -

Ph~tius.

,

_____________ ------------------------

et la langui' ltbiopienne, se trouvait alors 11
tockholm. il assura i1 Christine que le noir
était Éthiopion, cl Je cherchait sans doute
pour le eoruplimenler de ses travaux ur son
pays. Il ajouta que le oyageur devait se
nommer AkalaklUs. C'était une occa ion unique de répandre a gloire en Éthiopie. La
rt'Ïne écrivit une belle lettre en latin à son
11 très cher cou in el ami » le roi d 'l~lhiopie :
(;om,lHl[JllÏJ/eO 1/M(l'O C(Ll'Ùlt.,jmo. enrJe111 {/l'tl-

tia JEO,inpum reyi, etc. Ell" lui ~ouhaitnit
toutes ·orle· de pro péril~ « à l'entrée de

et que Je mari.ige change les idées des filles;
mais il avait fallu renoncer à celle branche
de salol.
Les prétendants n'a,·aient pas ma.nqus.
il en était venu des quatre points c:irdinaux, de puissants et de modestes, de vieux
el de jeunes. Cbri tine les avait tou éconduits et se déclarait résolue à re Ler fille.
Elle ne rnulail pas avoir un mailre, el la
pensée de la maternité lui était odien c. On
a vai L trop réu. i à lui ùter ,on . cxe. Comme
le!; mini tres, le sénat et les états insi ·taient,

Coll.llAT PRts DE "'ISl::LOCll (AOUT 1636). -

leur t:ouunerce de lettres ll, el 1•ecommandait
Akalal..tu :1 a bienveillance 1• Le p,up1et Cul
expédié au noir, en llemagne. S'il le reç11l
el cc qu"il tm. fil, per onne ne l'a jamais sa.
L'hdoirc dit seulement qu'après avoir couru
l"A.llemagnc pcnd:mL plus d'un an, il partit
découragé et ne rc,'mL jamai .
La uède en étail H,, froi sée par la préférence donnée aux étrangers, pressurée pour
de dépenses qui lui parai ·saienl sottes, réduite à e consoler par la pensée que sa souveraine était forte ell grec et coID.Illenç:ùl
l'hébreu. LonglellljJS le pa)'S avait pris patience en se dis:ml que la re.ine se marierait,
'l. La mimlle de celle ldlrt: t!XÎ•laÎl IIU ,i~clll tlcrllier tian, les archifts do Suii.tle.

CH~1ST1'1Y'E DE SUÈD'E ____._

perdait la pourpre; que le sai~t-pè_re l'ava!t
nommé on métlecin el le voulait faire cardinal. li exerça dès lors la médecine. 'es confrères le traitaient d'ignorant ignorantissimc.
On serait en peine &lt;le dire à quoi ils s'en
apercevaient, dan l'état où étaiL alor la
&lt;.:ience. IlourdcloL baragouinaiL la!in tout
romme un autre. Il di.s· •riait tout comme on
autre sur lâcreté de humeurs et les agitaùon de ln bile. Il sa.ignait et purgeait tout
tomme un aulrtJ. 'ous en parloo saYamment; nous avons ·ou le ~-eux une de e

D"après 1me gravure du lemps. (Cabinet aes

Esla1ntes.)

consultations, en quatn· pnges in-,1uarto et eu
latin.
Les confrères curent beau glo er. llourdèlot fit son cheruit1: il avait le. femmes pour
lui. C'est le parfoh modèle du médecin de
dames au nue ièclc. Il était aimable el badin, fertile en bons mols et ami de divertissement . li avait de secrets admirables ))OUr
les eaux. de toilette, chanta.il la romance,
lV
iouait de la guitare et cuisinait joliment. li
l!ourde1ol, donl les uédois parlent encore était sans rival peur organiser une fète ou
al'eC colère, étail fils d'un harllicr de Sens. a inventer une mvstificalion. Du re te, un ,-rai
avait éLnùio pour être apothicaire. 'était mis Gil ma , convai~cu qu'il n'y a d'antre mo1·ale
à courir lo monde el avail passé ('ll llalie. 11 uc de se pouB er dans le monde t:l tJ ue les
Certaine petite affaire l'ayant ohligé à rentrer grand scrupule' ~ont un la.xc, malséant aux
e.n France précipitamment, il conla qu'il l petits compagnons. Plein d'c prit et de drô-

elle leur déclara 11u'elle abdiquait (% octo~re t651).
On la •upplia de rc ter. Elle n'y consc.nLil qn'à la condition r1u'on ne lui parlât plu
mariage. Trois mois après, Bourdclol en•
trait en scène, et la uède n'avait plus qu'b
se voiler la face.

... 213 ...

�111ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
krîr, malfaisanl comme un sin,.c, souple
11u:ind il le pournil, ne cro~anl ni à Dieu ni
à dinLle, heureux. de ,ivre, de rire el de mentir : \Oilà Dourdelot.
11 arail c:Lé recommandé à Chri l[ne par
;iumai e. Depuis lonrttomps, la reine se ~enLail malade. La nature s'était ré1·olléc contre
re rêo-ime harhare de dictionnaire et de !!l'Ïliouillagc. , san :iutre déla l!!Hènt que d'écouler les professeurs d'lipsal disputer en
latin. CbrisLino ,·•tait ronrrée d'abcès et min1c
p;ir la fihre. EJle ne dormait ni ne rna11rrcai1,
i."J,nnoui . ail coaLinuellement •t e cropil
perdue .• os médecin. ordinaires ne voy~ienl
goutte à on ruai. Elle manda Bourdelol,
qui fit prc11l'e de coup d"œil. li ôta Lou~ le
livres, ordonna I repos et la dislraclion,
et di.sipa le. rco-rcls de $a malade en lui asur;mt qn'à la tour de France, les Ît'mmes
~:wantes pns ·aient pour de créatures ridicules.
Cllri ·tine !âla du traitement et le troUl'a
tlè snn goùl. Elle a remellail à rne d'œil, Pl
le remède était agréable. Elle s'amu.a un
peu. bc:rncoup, pa ionnémcnt, emop1 promener ,a,·ai1L, ministre cl sé □ alcur, jet,,
~es dictionnaires par-de. 11 les moulin l'l
n1n•priL de .rall1·:iper le lemp perdu. Elle
avail ,inBl-cioq ;u1 · : c'étaiL Leaucoup dt! r, -

adolcsoent s'amu5ait éperdument arnc les
nièces de Mazarin. Cbri Linc passnit les jour
en partie de plai~ir ! Christine dan ait des
ballet- [ Cbri tine e dé!!U.Ï ait! Cbrisl.inc h •rrtaiL les saranl, ! Elle oblirreait Uocbar&lt;l à
jouer au vola111, 'a.udé à danser le danses
antiques sur lesquelles il a,,ait étril &lt;le savant mémoire , Meihom à chanter les a.irs
grecs qu'il a,ail retrouvés. cl eJI • riait aux
6clats de la ,·oix Fau e de l'un, des postures
:;rot •.·que~ on de la maladresse de !"3I.ltre.
jour, :1 Upsal, 1 ~ prol'Ps~cur voulurent
di,pulcr &lt;levant ell,, 1 clo11 l'u.age. Ch ri. lino
courut se jeter rla1r soo carro ·sc et s'e r, fuit.
Youlait--on lui p:irl&lt;'r affnire '? Point; plus
J'affair&gt; . Lui demander audience'? Impo :.-i !,Je ; elle a vai l nn pa de Ln 111:L à répéter.
Lui propo·aiL-on de pré ider le con cil'! Elle
se auvait à la campagne et fermail a porte
aut mini lres. Cha1p10 heure ,oyait croitre
·a fougue de pl.iisir, el Bourdclot l'excitait
. an· n:làrhe. Il iUl'enlait sans cesse de nuu,·cnu\ jcuJ, &lt;l • nomclle · fêles, Je aouveam:
tour à jouer am a1a11ts. Il couronna H! '
méfaiLs en admini!!lrant uue médecine 11 la
reine lt~ jmtr où Bochard &lt;ll•1·ait lui lire ou
public des fragments de sa Géographie ~acréc.
l.:t Soi:Je. cruL :la ouvcraine folle. Le bruit
lar&lt;l.
e re11.111dit que l'e.prît de Chri.tin! s'all'aiElle ne d~ ·e. péra pas cl eut raison ; pe11 hlis ' ail. Aurun Je .i! homme' d"Et:11, pa ·
ile femme· );C 001 auLauL amusér!&gt; 11uc plus Oxcnslicrn r1uc les aulr' , rùwaii prévu
la rri11c Chri.·tin1~. Le palni royal se lran - la r6aclion. Aucun ne s'était jamais dit qu'à
forma comme pur un oup de l1agucllc. moin. d'ètre dc,·rnue imbucil • à force d'excès
t.:'t:lail auparaYaut une Sorlionne; Hourddot ùe tra,·ail, il vientL-ail un morne.ni où une
eu liL un petit Lonrrc, du lcrups où Loui~ :X.Ir lillc jeuuc et arJt·ntc ,·oudr,,iL respirer cl

rn

&lt;·xisLcr, oi1 elle &lt;lécou1•rirait qu'jl · a autre
cho.e dan la ic &lt;jue d'être rat de bibliothèque, que la jeune. e nou a él!! doanétl
pour être joyeux eL le ·oleil pour en profiler.
Il arnienl cru que cola irait Loujoor aiu i;
qu' prè, l"bébreu, elle app renJrait l'oral,c,
après l'arabe l'élhiopien, et qu'elle ne demanderait jamai d'antres plni~irs. Un dénoûment
aussi facile à prévoir et au si natu rel le:·
frappa de surpri c, ulant 11ue de douleur . li
y al'11iL un mois que la reine u'amil tenu un
con~C'il ou reçu un sénateur: elle :wait ré11ondu hallcl à Ion' le discour de l'amhassadenr d'.\ nnlcterrc sur une affaire; l'université dTpllal boudait depuis l'aventure. dll carrosse.
C'était prolbndémenL aflligeanl, mnis cucorc plus incompréhl!Il iLle.
Leur étonnement était comique; leur chagri II était fondé. li n'est pas agréable pour un
pa · de tomber sous lafùule d"un Ilourdclot,
el le ûls &lt;l u harbier de en régoaiL san partage au palai . La reine ne VOJail que pa.r c
l'cux. EUe lui di ail Lout. Elle le co11SultaiL
sur loul. llourdelot étail derenu un per·on11agc politique! Il di posait de l'all iance de l.1
·uède et était en train de l'oler à la France,
pour d rai Oil' à lui connue , et de la donner à l'E pagne. Quicouqne lui portail on~hrage était écarté. On peut croire qn'il n'a\'ail
fM · Je triomphe modcslc. ' es airs Yainquc.urs
de dindon foisant la roue achcYaicnL d'cxa pérèr lt!s uédois, mai· il s'en moquait. li ~c
entait solide, el il l"était en e.Oèt, car il a.mu.ait Chril,tine, el Christine n'en demandait
pa da.,•antage pour le moment.

(A suivre.)

~

Voici un joli mot de la romlcsse Amélie
de Boutller. Quoiqu'elle ait une conduire
irréprochàlile, clic e permet quelquefois tlcs
plai •;mtcri • ur Je~ ridicules de son mari.
l'n jour &lt;tu'l'llc 'en mor1uail co présence de
sa. belle-mère : 1c \ous oubliei, lui dit celle
Jernièrr, que vous parlez de mon !il ' , - 11
L-St uai, maman, répondit fa comtesse Amélie;
jr. croyais ne parler r1ue de votre gendre. 1J
~ Quel domma~c que \I. de Lauzun ne
~acbc pas apprécier la fem.mll an,.élir1uc et
charmante 11ue le ciel lui a donnée!. .. 11 a
d'ailleur l.aut d'cxcllllcnlc· qualité cl lanl

d'esprit!... (!n lqu'un se moquait de ·oo
go11t pour mademo iselJ Laurent; il co11\·Înt
11u'cllc n'esl poiul jolie cl qu'elle joue fort
mal la comédie. &lt;t ~lai , :ijoula-l-il, si vous
saviez comme elle est Lèle el comme cela c.st
commode! On peut parler devanl ene des
chos les plu importante. a\'ec une sdrelé 1. .. »
qf&gt;,s.

M. de .. csl d'une avarice extrême.

N'a anl point tenu de mai on dan le cours
de l'~lé. cl ,a glacière ~c trouvant cucore
Loule remplie au mois de jan,·i~r son maitre
d'hiHel lui dcmauda ce 1p1'il \'Oulail que l'on
Ül de tout crne glac •. « Eh. Lien! réprmdit
ll.tlc ' '"•,qu'on la donn · au1 pannes. »C'e 1
le premier acte de charité ,1u'il ail jamai · fail.

r. de (,douchcle ·Lextrèmcmenl a.nglom::uie. Llicr, il étail à chcYal à la portière de

~

AR\'ÈDE BAR!NE.

la \'uiture du roi LLouis À\-1J, &lt;1ui allait à
C:hoi ·y. Il avail fait de la ploie, et ~f. de
Nédonchel, lrollant dans Ja houe, éclnbou sait le roi, qui, meltaat la tête à. la portière,
lui dit : « M. de édonchel, vous me crottez.
- llu.i, ire, à J'anglai e, 1&gt; répondit &lt;l'un
air lrès satisfait de lui-même L de Nédonchd, 11ui, au lieu du mol crolle~, avait entendu vous ll·ollez. Le roi, sans connaître
celle erreur, ~·est conLe.nté de 1e,·er la glace,
en disant avec une bonhomie très a.ima.Llc :
&lt;&lt; Yoilà un trait d'anglomanie qui e l un peu
fort. »
~ M. dc Bu -y esl loujour amoureux de
sa. femme. 1 n jour, aprùs lui avoir reproché
le tou froid et les manières cérémonie.us•
qu'elle a con Larnmenl avec lui, il la conjurait de le tu Loyer : « Eh bien! répomlit-ellc,
va-l'en. »

l\iADA.ltE

..

ESPION . -

DE

GE. LlS.

Tableau de

J.-J.

BBRNE•BELLECO~R.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPlTR.E XXIV
Le l(t:Lléral Losa.lie. - Incridenls de la ùnlllil le de
Wa1:1r:im et obscrvntiun.s di,·crses. - Disgrâce rie
IlPrn3dot le.

Le général La aile, tué à Wagram, ful
~ivemeul regrdlé pa,.r l'Empereur ainsi que
par l'armée. C'était l'officier de cavalerie légère
qui entendait le mieux fa guerre de avantpo tes et po sédai L le cou(l d •œil le plus sÎlr .
Il c1-plorait en un instant toute une contrée,
el se trompait rarement; aussi les rapports
qu'il Iai 'ait sur la position de l'cn11emi ét.aicnlils clairs et précis.
Lasalle était un bel homme, spirituel, mai
qui, quoique instruit et Lien élevé, avait
adopté le genre de
po er en sacripant On
le voyaiL toujours buvant, ju.ra.nl, chantant à
lue-tête, brj~anl lout, et dominé par la pasion dn jeu. Il éLaiL excellent cavalier cl d'une
lm.vourc poussée jusqu'à la témérité .

Cependant, bien qu'il eùt fait les premières
guerres de la fü11'oluüon, il était peu connu
a,·ant la célèbre campagne de i 7!l(j en Italie,
alors que simple capitaine du 7• bis de housards, il se fil remarquer du général en chef
Bonaparte, à la !intaille de Rivoli. On ait
qu'elle eut lieu sur un plnlcau lrè éle"é,
hor&lt;lt! d'llll côté p:ir une partie rocailleuse
très e·carpée, an has de lariuelle coule !'Adige, que longe la. route du Tyrol. Les Autrichien , ayant été Latlu par l'infanterie trancaîse, s'éloignèrenl du champ de bataille par
tou[es les issues. Une de leurs colonnes espérait s'écbap~ en gagna.nL la vallée li travers les rochers; mais Lasalle la suit avec
deux escadrons dans ce passage difficile. Ea
Yain on lui représente qu'il est impossible
d'engager de la t.axalerie sur un terrain au i
dangereux; il s'élance au galop dans la descente, ses housards le uivenl; l'ennemi,
étonné, précipite sa retraite, Lasalle le joint
.... .215 .....

cl lui fait plu,icur~ mil lier· de µriso tmier
sous les ·eux &lt;ln général Bonaparte el de l'armét: qui, du hauL de mont voisins, admiraient un tel courage. A compter de œ jour,
Lasalle fut en trèl; grnndo faveur auprÙl; de
Bonaparte, qui l'arança promptement et l'emmena a,ec lui en Ég)pte, où il le fit colonel.
Dans un des nombreux enga..,cmenls qui
eurent lieu contre les mameluks, le cordon
qui retenait le sabre de Lasalle à on poignet
s'étant rompu, cet officier met bravement
pied à lcrre, au plus fort de la mêlée, et,
saru s'étonner du danger, il ra.mas!ie son
arme, remonte lestement à cheval et 'élance
de nouveau ,ur les ennemi ! Il faut avoir
a sisté à un combat de cavalerie poul' apprécier cc qu'exige de conra 1c, de sang-froid o-L
de tlc. térilé l'exécution d'un tel acte, .surtout
en pré cuce de cavaliers tels que Ie mameluks.
La alle était intimement lié avec une dame

�111STO]t1A
française de haut parage, cl pendaal 110n
séjour en Egypte, leur correspondance l'ut
snisic pur l •s An.,faL, puis injurieu emcnt
irupriméc el 1ml:iliée par leur omerne.ment,
dunt l'acte fut gon6ralemenl blâmé, même
en \ngfol&lt;!rre.
L ~clat nlrainn le dil·orce
di! la dame, t Lasalll· l'épousa à son rèlour
•'n Europe. Dernnu officier général Lasalle
fol ,rus par !'Empereur à la Lè!c de l'avant~arde de la randc armée. li e dhirwua
Jam, la c.impag11e d'Au t rliu et urlout
dan· celle Je Prusse, où, avec deux ré·•imelllS
dt, housard., il eul 11'.iudace wouïe de e préenter dc\lan1 la pla · forte dt~ teltin cl tic
la omruer de "c ren&lt;lrl'! ... I.e• goU\·•rncnr,
,·ffrayé, s'timpre,:a cl,• lui apportcrlc clt•ft- 1...
,'i ce tJerni r •• •n fât cni pour fermt•r Ir.'
(lOrll· de a fortcrt·ss ·, Loule la. ca\·aleri • de
n:urop· u·aurait pu la prendr1, ruai' il n'y
~oug-. pa · ! !Juoi qu'il en soit, la rcddiliou
dL• , Mlin hl le plu· •rnnJ honneur à La ail ·
l'l acrrul ioftuimcnl l'affe •Lion que lui portail
rnmpcreur. li lr gâtait 11 an point uaimPnt
i11crontl1le, rianl d,• toutes es fn·daines cl ne.
lui l;i so.nl jamai pa ·cr t' dettes. l,nsalle
était sur le poinl d' 1pou cr la dame ùi\lorr ·,
J(lnt j :\Î 11arlé plui:; haut, cl apoléoa lui
arnil rail dunm•r deu cent mm' francs ;ur
~a ca . elle. lluit jour apri•, il 1~ rcncot1lre
.un Tuill!ric et lui dcmnTidc : &lt;t .A quand la
u 1111c •?-Ell • aura lieu. Strc. •111:i.ndj'aurai
&lt;&lt; de qaui ad1etcr fa corlJeille el le meuble .
&lt;1 Curumunt! mais je l'ai donné &lt;l •u~ cent
« will, rran · la sNuaiue Jcrni:-.re .•. qu'en
« a~-lu l'ait? - J' •n ai employé la moitié
u à pa1cr me· delles, cl j'ai perdu le re le
« au jeu! ... &gt;J n pareil :n-cu aurait brisé la
carrière tl • Loul autr nénéral; il fll ourir ·
rnmpercur, 11ui, ·e hornanl à. lir•r as ·c1. forlcm(•nt la mousta.cht• de Lnsall •, ordonna au
111:trêchal Duroc de lui cloD.Jlcr •ncor dl'U
rcnl mille frani:s.
A la fin de la halJlillc de Wagram, [,asnllc,
donl la dh-i ion n·arnit p:i encore éLé •n Ta,,. le, YioL sollicil •r JI' ~fa•• i.ina l'aulori otion
de pour uivre l'ennemi. L1• maréchal y cooti •nlit, à condition 11ue cc ,erail a1•t · pmdi:111·e. lai à peine l.asaU a+il pri' les
ùc,:ml , rl)t'il ap(?J'çoit une l1ri«ade d'intanlt·ric cnnPmie r1ni, rc• ·Lée en arrjèJ'c cl crJ"ée
de pr •, ·, ~c hiH.1it de ga,,.ncr le bouru de Léol'olJ.au, alio d'y obl 'Jill' nue capitulation en
r'•glc, tandi · qu'en plaine elle re&lt;loul il la
furie du ,·ai111tueur. Lasalle devine le projet
du génêral aulrichi n, cl craii;na11L qa 'il
u'échappr :, sa ca\alcric, il parle :, ses
hommes, 11'.ur montre le soleil prêt i1 - coucher : ,, La bataill · m. linir, •écri1:-L-il, et
1c nous sommes les
•uls qui a'ayon, pas
11 conLriLu • à la •ictoire!
\lions, :nhcz11 moi! ... Il 'élan· ,le saLn•illamaio, sui,i
Lie uomhrcux Mcadron , et pour empêcher
le bata.illous {'illlemis d'entrer daus le ho11rg,
le uéncrol o duigc dans J'espace trè r i;l!l'ré 11ui c. i tait encore ente&gt; Léopoldau el
la tète de colonne Il,· ennemi . C•u,.-ci, se
1·0 anl cou~ d ' l'asile c1u'ils
p •rnienl
ga;;ncr, 't1 rr 1lenl Cl commcncenl un feu
roul:int d · plu vifs. oc balle atteint La0

.aile 1i la t~lt•, l'L il tombe rniJ · morL! ... a
divi:iion t'rrtlit une centaine de cavalier cl
eut hcau~np de hl•~ ·és. I.es L,ltn.illons anlrir.bicn. ·ounircnt un pas ·a,;,· cl oœuJ)i'.rrnl
le ùour"; mai· à l'approche J1· no dh-ision
d'infanteri(', il· mirenl bas le armes. 11 le
ch,·f déclarl:reut 11ue telle a,aît été leur
iol •nlion, eu hl'r&lt;·hant un rc•fugc Jan
LL1opoldn.u. La char"c• e1écutéc par l,asalfo
était ùouc inutile, et il pa a l1il'n chcrlïwertion de on nom an lmlleli n !
. a morl lai :a un ,rand vide duns la ca,·alt·rie légère, Jont il :nait perf,-ctionné 1\ldution militair •; mai·. sou un autre rapport.
il lui a\'nit Lenucoup nui, ..ar lt• mas~ ◄.!
iuiitant le~ lravcr$ et le. riiliculc. de d1ef·
1111't·llc· ai111L•11l, pnrc,• qu'il · les c-0ud(ii~cnt
;1 la Yidoir ·• les e cruplcs domn~s par le gt:n :_
ral Lmmlfo forent pernicieux pour li! cnrn1 rie léghP, 011 la lr11ditiua s'en es! lonuLemp
pcrpêtu,~ •. Un n · c serait 11a. tru cha .cur,
cl ·urloul hou ard, si, prcnnnl 1• cult'l1r •
Lasalll' pour modèle, on n'eùt été. comme lui,
_aos-p~ne, jurcu r. lapa"cur el l,menr ! ... lliun
d1· officit'.rs copièrent le· dt:fant:, de cc uéoéral d'avaut-gnrtlc, mai· aurun d'eux n'acquit
le grand •1ualilr qui le lui fabienl pnrclonuer.
Lor qu'un comb:i.t a lieu 11 •n&lt;bnt l'été, il
arri, c smnent q uc les uLus el le• bourr1: de
fll!iîl metlt'nl le feu aux blé~ Mjà uuirs; wai ·
\\"n•rrnm ful, d tout · l bataille.· de l'Empir ·, celle oi1 l'on vil le plu d'incendie: de
t',e neurc. l.'nnn :e êlail précoce; il fai,:iil une
chaleur all'r,•u. e, cl 1~ terrain ur lequel
nous comLalliuns éla.ÎL mm immense plai11e
cnli rcmcnt comcrlc de oéri!ah. A la cille
ù'èlre moi ~onnéc:., le~ rli(:ollc · . \:nllammaient lr" litcüemenl; cl lon1 ue le rcu prenait ·ur un point, il s~ propageait avœ une
r:1pidilé oll'ra ante pour les d •u · ~rm · , ùoal
les momem •nts furent omcnt cntra,é: par
ln néces ité d'éviter le lléau ileslrucleur.
Malheur au lroupe ' 11ui c lai. aient attcindr ! La poudre contenue dans le~ "iberuc. cl
le uaî 011s 'enüanmiait et portait la mort
dan le r.\ngs. Un voyaiL donc de Lataillon',
cl même des r lrrimcnt enlier~. s'élancer au
pa,' Je coursu ponr é\·itcr l'incendie, et 'il"ncr
des cmplnct•lllcnt où le bl · eût déjà été
brùJi; ma~ le· Lomm·· rnliilc pouvai&gt;nt
~ •ub profil r de e' rcîuge. Oua.at au:t mililtûr • •!Tihemenl Lie ·é , un i;rantl nombre
1i-rireuL dans Je:; Jlamrues, el, parmi ceux
t!UC le feu n'attcigniL pas. beaucoup passèrent
plusieur jours sur le charup de bataille, où
l1.1 grande hauleur des moi, on cmpèd1:i.it de
les ap1m:c,oir. lls ,écurent pendant ce temps
de grain de hlé. L'tmpercur lit par ·ourir la
pl ine par de nombreux détachcrnenl · de c.'\rnlerie, suivi t1" ,·oitures qu'on avail pu
troU\'er dan YiellD ·, el les hic· ·é · furent
relevés, sans ditiocLion d'amis ni d'ennemis.
liai ceux sur lesquel lïu ndie avait pa é
·uccomb '•renl pr l}Ue I u , · • 11ui tit dire
aux -ol&lt;lat.s 11 u•J le feu de pailk :wait tué pr que aulilllt d'hommes que le fou du corulmt.
Le deux jours 11uc dura la ba.laille furent
remplis d'an iété pour l · habitants de
... 216 ...

\ïmnc, 11ni n'étant . •par· d • armd~$ 1111e
par le Danullc, non eulemeol eulcndoienl le
c.111on et la fusillade, ru:iis ,·oyaient parfaitement les m.1.nœuvre:. d
comballanb. L ·
toits, les clocher de Vienne, el surlouL le·
hauteur qui domim·nt celle \illC et la ri"o
droite, rt.ait•nt l'ouvert par la population,
qui, selon le~ pbas Je la b:it:iille, p;i::ail
de J:i. crainlc à l'e~p,rranee. Quel rare cl m(lgnir.que panorama le· pecliJ.t •ars aYaicnl
·ou. les ·eux!... Troi · cent mille homme
..:omhattanl dan une plaine immen e!
L:: célèbr cl spirituel fold-marér:ha.l prince
d • Ligne, ,1uoit1uc tléjà bien â••é, avait réuni
fa haute ociLlté de \ ienne dan sa maison de
i:ampag[ll), iluile au point lo plus élovê de,
collu1e", d'o1'1 l'œil cmln·assail tout le champ
J • hataillti. Son expérience Je la "Ul.'rrc et
ï&gt;n m,pril supérieur lui l,renl prompt m.c11t
1·nmprendre le projet Je , 'apuléon 1•L le
faut,· du prince Chari,•~. dont il pr,:dit la
&lt;léraile. Le: théncmenl de la journée tln ;,
laissilrent l'affaire imléci e; mai· lor que,
dans celle du li. les Yiennois , irenl l:i droite
&lt;le l'armeL· autrichienn13 refouler notre nilc
gauch . qui perdit licaueoup de lermiu, une
jrtie frénaliquc éclata parmi en. , l'L, l'aide
de no lofl'.'U -\'U •s, oou a11erceviou · de·
millier d'hommes et de fewmes 1tgilaot
leun chapeaux cl li!ur· mouchoir , pour
è11·itcr en1·ore le con rnne d, leurs troupe·
victoricu~1·s ur cc poin L. mai ·ur •: poiu l
se-ulemcnt. Aus i le prince de l,igne ne pnrlll"c.'lit-il p~ l:i joie d • Viennoi·, et je tiens
d'une pcr ·oonc qui e trouvait alor l'h •z cc
,·ieux guerrier, 11u'il dit à :,es invités : &lt;t .Ne
« ,·ous réjoui . ez pas em·or1!; dan moins
11 d'un quarL d'heure le prince harle .cra
« battu, car il n'n pa de l'é.~1•r1ws, rt ,on.
« rayez I masse~ de 1·elle· &lt;le npoléon en- _
&lt;1 combrcr la plaine •... &gt;) L' é\'61cmcnl j w,tina celle prédictioo
Comme il faut, avant tout, r ndrti ju~Lice
à chacun, même it es cnnl'mi., je dirai,
apr~ avoir crilÎquJ 1,. marH"Du1re. fait&lt;•:; par
le prince Charles 11 \ngra.m, 11ue
fautes
ont infiniment nll'nu.S•· par l'espoir 11u'il
devait avoir dan l'arrivée du prince Jean
u1·ec un corps de :ij à '~0 000 homme·. ,1ui
pouvait déhouch.er ~11r uoll'e ~•ile ùroil et
m 1mc ur nùs derrière . Il faul aus::.i comr..llÎr
11ue l'archiduc Cbnrle. montra heauooup de
viaueur dan l'exécution du pl:ui 11u'il a,ait
conçu, cl fil pr me d'un g1-;111tl courJ"c personnel, ainsi que de beaucoup d'aptitude 11
soutenir le moml de ses troupe:. J'en citerai
un exemple remanluahle.
n ~ail qu •, outre le colonel comm.iadaut,
•baqu• rl,!imenl n 1111 eolonelpropl'ièl11i1-c,
donL il porLe le nom; c'est baliitudlcmcul
un prin ·e ou un ot'lîcicr ênéral, à la mort
dm1uel le régiment est donné à un autre,
de sorte que cc corp. chaugcut souYent de
d :nomination el ont obli"és &lt;le quitte!' le
nom qu'il' onl illu.Lré ur ,·ingt champ. dti
LrtlaiUr, pour •n prmdrc un uonveau 1otalcmcnt inconnu. Ainsi, 1• dr~1gons de Lntour,
i célèbre dan · le prcmi' res guerre de la
Révolution, et dont la gloire •'éLeodnil da.u

HISTORIA

L'J FA TE C THERfNE-f-y11CHELLE

FILLE DE PHILIPPE II

Tablenu J'.\LO, . S \.·c11 EZ . )ELLO. i.\\u ·ée du PrnJo, \ladi·id.)

�'------------------------Loule l'Europe, durent, à la morl du général
Latour, prendre le nom du générnl Vincent,
ce qui, en détruisant une belle tradition,
blessait inûniment l'amour-propre de ce régiment, donl Je zèle fut considérablement alfaiLli par ce changement Or, il advint, à la
prenùèrejournéc de Wagram, que le prince
Charles, voyant le cenlre de son armée sur le
point d'ètre enfoncé par le corps d'Oudinol,
voulut essayer de l'arrêter en l'altaquant avec
de la cavalerie.
Les dr:igons de Vincent se trouvaient sous
sa main; il leur ordonna de charger : ils le
llrent mollement, furent repoussés, cl les
f rançais avançaient toujours! Le prince lança
de nou,·eau contre eux ce même régiment de
\ïnccot, qui recula une seconde fois devant
nos bataillons I La ligne autrichienne était
percée! ... Dans ce pressant danger, le prince
court ,·ers les dr;igons, les arrête dans leur
fuilc, et, pour les fairo rougir de leur peu de
,•igueur, il leur dit à haute voix : « Dragons
&lt;&lt; de Vincent, on voit bien que vous n'êtes
&lt;1 plus les dragons de Latour! » Le régiment,
humilié par cc reproche sanglant, mais
mérjté, ayanl répondu : &lt;c Si, si, nous le
« sommes encore! - Eh bien! s'écria le
&lt;1 prince en mettanl fièrement l'épée à la
« main, pour vous montrer encore dignes de
« rotre ancienne gloire, suivez-moi_! l&gt; Et,
&lt;1uoique :tltcinl d'une balle, il s'élance contre
les J&lt;'raoçais. Le régiment de Vincent le suil
avec tme ardeur inexprimable; la charge fol
terrible, elles grenadiers d'Oudinot reculèrent
en subissant de grandes perles. C'est ainsi
qu'un général habile et énergique sa.il tirer
parti de tout ce qui peul ranimer le courage
chancélant de ses troupes.
L'allocution du prince Charles cnlla à un
si haut degré les dragons de Viucenl, qu'après
avoir arrêté les grenadiers d'Oudinot, ils fondirent sur la division Lamarque et lui reprireot 2 000 prisonniers cl cinq drapeaux qu'elle
venait d'c:nlc\'cr aux Autrichiens! Lt! prince
Charles [tilicila les dragons en leur disant :
et A présllnt, vous porterez avec orgueil le
&lt;t nom de Vincent, &lt;JUe vous venez de rendre
« aussi glorieux que celui de Latour ! » Ce
régiment fut nn de ceux qui, le lendemain,
contriLui•rent le plus à mettre en déroute la
division d'infanterie du général Boudet.
La bataille de Wagram donna lieu à w,e
foule d'épisodes, dont le plus important n'a
été rapporté par aucun auteur, bien qu'il
produisit alors une très grande sensalioa
tians l'armêe el dans le puLlic. Je veux parler
de la disgràce du général BernadoLte, que
l'Empcreur chassa du champ b_atail~! C&lt;:5
dcu x illustres personnages n al'aJcnt pmais
eu d'atleclion l'un pour l'autre, cl depuis la
conspiration de Rennes, ourdie par !kr°:atlotle contre le gouvernement consulaire, ils
étaicnl forl mal ensemble. Malgrr cela, Nap1lléon, devenu empereur, a1·ail compris Bcrna&lt;lolle dans la première promotion de maréchaux, el le créa prince de Ponte-Corvo, à
la sollicitation de Joseph Bonaparte, dont
Ilcrnadolle avait é11ousé la helle-sœur. Mais
rien ne put calmer la haine et l'envie que ce

JKU 011f.ES DU GÉ1VÉ1(A l. ~ON DE

général avait conçues contre fütpoléon, qu'il
flaltait lorsqu'il était devant lui et dont il
lilàmait et critiquait ensuite tous les actes, cc
tille l'Empercur n'ignorait pas.
La capacité et le courage dont Bernadolle
fit preuve à Austerlitz auraient porté l'Empereur à oublier ses torts, s'il ne les ctil aggra,,és par la conduite qu'il ûnl à la. ha.taille
d'léna, où, malgré les sollicitalions des généraux de son armée, il laissa ses trois divisions
dans l'inaction la plus complète, et ne voulut
jamais porter secours au maréchal Davout,
11ui, placé à une lieue de lui, soutenait seul
de\'anl Anerstaëdt les efforts de la moitié de
l'armée prussienne, commandée par le lloi
en personne! Non seulement Da,oul, abandonné par son camarade, résista glorieusement, mais il battit ses nombreux ennemis.
L'armée cl la France s'indignèrent contre Bernadotte. L'Enipcreur so borna àlc réprimander
très fortement, ce qui réveilla un peu le zèle
de ce maréchal, qui fit a,;s~:i; bien à Jlall
ainsi qu'à Lubeck. Mais, retombant bientot
dans ses habitudes de mollesse et peut-être
même de mauvais vouloir, il n'arriva à Eylau
r1ue deux jours après la bataille, malgré les
ordres qu'il avait reçus.
Cette nonchalance ranima le mé&lt;:ontenlemcnt de !'Empereur, mécontentement qui ne
lit que s'accroitre pendant la campagne
de t809 en Autriche, oit Bernadotte, commandant un corps d'armée composé de

?c

.i.\lAR!iCIJAL OUDINOT, DUC DR llEGGm.
Gr.:ivure de Prr.EOT, d'.1prés le lable;:i11 de Ro1u,RT
LEF&amp;VRE, (il/usée da

Vernifllts.)

troupes saxonnes, arrivait toujours trop Lard,
agissait mollemenl, cl critiquait non seulement les manœuvres de !'Empereur, mois la
manière dont les maréchaux dirigl!a.ient leurs
troupes. Cette attitude acheva d'irriter Xapo-

.MAJf_BOT

-

- .,,

léon. Néanmoins, il se contenait encore, lorsque, le 5 juillet, première journée de la bataille de Wagram, le peu de 1·iguem el b
fausses dispositions de IJernadolle permirent
aux Autrichiens de reprendre le village de
Deutsch-Wagram, dont la possession était
d'une très grande importance.
D paraît qu'après cet échec Bernadotle
aurait dit à un groupe d'officiers « que le
« passage du Danul,c et l'action '!IIÎ s'en était
« suivie ce jour-là a,·aient été mal dirigés, et
" que s'il eût commandé, il aurait par une
« savante mar1œu11rc, el pres1p1e sans com11 bat, réduil le prince Cha.ries à la nécessité
1, de meure bas les armes 1&gt;. Cc propos fut
rapporté le soir même à l'Empcreur, qui en
fut justement indigné. Telle était la disposition des esprits entre Napoléon et Dcrnadollc,
lorsque le li juillet ,it recommencer elllre les
ooux armées l'engagement mémorable qui
devait décider la victoire, encore incertaine la
\"Cille.
~ous a,·ons vu qu'au plus fort de l'action,
les Saxons, commaudés par Bernadotte cl
mal dirigés par lui, furent repoussés, el que,
chargés par la cavalerie ennemie, ils se jeLèrenl en désordre ~ur le corps d'armée de
Masséna, qu'ils faillirent entrainer dans leur
fuile. Les Saxons sont braves, mais les meilleures troupes _peuvent être mi~es en déroute
et essuyer une défaite. Or, il est de principt•
qu'en pareil cas les chefs ne dohent pas chercher /1 rallier ceux de leurs soldat.li qui soul
à la portée des sabres et des hafonnettes ennemis, parce qul'- c'est une chostJ à peu près
impossilile. l,es généraux e~ colonels doivent
donc gagner promptement la tète de la masse
des fuyards, et, faisant alors demi-tour, se
présenter en face d'eux, leur en imposer par
leur présence, leurs paroles. arrêter le mouvement rétrograde, reformer les bataillons et
résister ainsi à la poursuite de l'ennemi.
Pour se conformer à cette règle, l.lernadollc,
dont le courage personnel ne peul ètre mis
en doute, cède au torrent de ses troupes en
désordre, el, suhi d'un nombreux état-rnajor,
il s'élance au grand galop dans la plaine, afin
de devancer les fuprds et de les arrêter.
liais à peine est-il sorti de celte cohue, dont
les cris Jedétresserelcnlissaicnl au loin, quïl
se trou\'e face à face avec l'Empereur, 11ui
lui dit d'an ton ironi(fue : • Est-ce par celle
« r,,w,111/e 111anœw1re 11uc rnus comptez ré&lt;&lt; &lt;luire le prince Charles à la nécessité de
« mettre bas les armes 'L. » llcrnadottc,
déjà Corlement ilnl1l de voir :;011 armée &lt;lans
la plus complète déroule, le fol encore plus
,•ivcmenl en apprenant que l'Empertiur él.all
informé des propos inconsidérés 11u'il al"~Îl
tenus la veille. 11 resta stupéfait!. .. pui:;, w
remella.nl un peu, il cherchait à balliutit•1·
quelques mols d'explication; mais l'Empere.11r,
d'un lon sévère, et la parole haute, lui dit :
« Je vous rcfüe le commandement du COr]'S
« d'armée que vous dirigez si mal, ruon1&lt; sieur!... l~loignez-vous de moi
su r-lc1• champ cl quittez la grand&amp; armée daus les
« vingt-quatre heures; jt! u·ai &lt;rue faire d'uu
c1 brouillon tel que rou~ !... u Ce.la dit, Napo

�-

111ST0~1.ll----------------------•·

poléon tourua le dos au marécb.al et prenaot
momenlancimenl le commandeinènl direct
des ·a:1:011,, il rétablit l'ordre dans leurs rangs
et les ramena contre l'ennemi !
Dan loule autre circon ·lance, Ocrnadotle
cùl été ccrtaioeruenl désolé. d'un lêl 6cfo.t;
ruais comme son e1pulsion avait été prono11CL~ au moment où il galopait , en lèle des
fuprds, ce qui pouvait, laisser pl:i ·c 1t la 'médi~ance au sujet de ·oil courage, Lien que a
retraite pr~cipitcc eût pour but ù 'ullcr arrêter
es oldats, il comprit combien . sa ' fâcheuse
itualion en était aggraYée, el on assure que,
dans sou dé espoir, il voulut se précipiter
sur les Lafonnetles ennemies pour se donner
la mort! ...
es aiùes de cmnp le .retinrent et l'e1oignè,.
renl des Lroupes s.uoimes. Il erra Joule la
journée sur le champ de bataille; enfin, ver
le soir,' il · 'arrèta derrière les ligues de 1101r
nilc "àuche,.au \'j}Jarre de Léopoldau, où e
ofliciers le détermin~rcnt à pas ·cr la . 11ni L
dans le JOli petit chàteau' qui se trouve en ce
lieu. füi à peine y éL'lit-il installé, rrue ·
Uas~éna,. dont le corps d'armée enveloppait
l.éopoldau, ,oi1 il a_vait ordonné Je 11lacer son
qunvlier général, ,1rrh·e pour occuper le chàluau. Or. , comme il est d'usage à la rruerre
que les lllnréchauI et crénéraux 'é1.&lt;1hli sent
au (•entre de leùrs troupes, et.ne vont jamais
prendre logement.dans les villatrcs où . e trou\'cnt' lus •.ré imcnts commandés par · un Ue
lcurt: éamarades,· Bernadotte roulut céder la
place à llasséna·. Celui-&lt;:i, qui ignorait eucorc
la mésa-..·enture de son collègue, le pria instammimt de r1:ster et de partan-er le 11itc
avec.lui,: ainsi qu'il l'a vaicnt i ~ou,·ent pratiquf dan ' les guerres d'Italie. Bernadotle
nc~pte; mais peod:wt qu'on arrange le logement; un officier témoin d.e la scène qui avait
eu lieu entre l'Empereur et Ilernadolle ,int
la racooter •à Jas éna, qui, en apprenant la
disgràcc éclatante do son camarade, se ra,'Ï c
cl Lro.11ve que la maison n'e t pa o.s ·ez vaste
ponr recevoir deux marécha111 et leur- état rnaj'or· . ·Voulant cependaoL simuler la généro ité, il: dit à es aides du camp : &lt;&lt; Cc logc11 I11Cnl .m'appartena.it de droit; mais puisque
u ce ,pauHe Bernadotte est dans le malheur,
« je doi le lui céder; cherchez-moi un aulrc
&lt;c gite, fùl-ce une grange ».... Puis il c fait
replacer eo calèche et 'éloigne du cbùh!au,
san revoir ui pré,•enir Uernadotte, qui l'ut
lrè' affecté de cet abar1dou.
'on exaspération lui fit commellrc une
nouvelle faute Lrès rrrave car, bien q uc le
commandement des troupes axonnes lui eùt
été retiré, il leu.r adressa un ordre du jour,
Jans lequel il exaltait au plus haut poiBl
leurs exploits, et par conséquent les sien ,
sans attendre, selon les usage milita.ire , que
le chef suprême de l:amiée eùt fait à chacun
sa part de gloire. Cette infraction aux: règlement accrut encore la colère de !'Empereur,
Cl IJernadotte fut obligé de so retirer de
l'armée. li retourn:1 en J;rance.
Parmi les incidents rcmartJualilcs auxquels
la ùatnille de Wagram donua lieu, je dois
citer lé combat de deux régiments de ca,,a1

lerie., qui, Lien que senant dans de· arm1fo ·
oppo ~es l'une à l'autre, appartenairnt au
même colonel propriétaire, le pl'mcc •Al hert
de Saxe-Teschen. Celui-ci a.mil épousé la
célèbre archiduch se Chri linè d'Autriche,
gouvernante des Pay ·-fü1s. Al·anl le titre de
prince dan les deux Êta , il po . édait un
1·égimenl de housard en axe el un de cuirassiers en Autriche. L'un et l'nulrc porlaie11l
5..on nom; el d'après le~ usages de ces deux
Etats, il nommait à tou les emploi d'oî1icier dans ce corp . C-Omnie ,depuis _de longue années l'Autriche l'l la • axe viiaiènl en
paix, lorsque le prince Albert avait un offi~ier
à placer, il le mettait iudi Linctement · dans
celui d ces deUI: ré!!iments où . e'trou1•ail une
vacance, de orle. q~·on voyait des·mcmLrc
d'uue même famille ervir;les uos dan-.lc.
hou ards a1:on du prince ,\lbërL, •.èl. Je:
autres dan le cuira.··i1•r a.utrièhÎt.fü d'Albert. Or, par une circorislance .d1:ploraùle et
fort exlraordinairc, cc · deux n:,,iment ~c
lrouv&lt;'rcnt en prclseol'c ·ur le cluimp de Ùa•
taille de \\anram. oi1, slimulés•par.Jedevoir
et le point .d'honneur, il· ·e chargèrent mutuellement. Chose remarquabfo, les cuirassier · rurent enfoncés par les bou nrds, 11ui
combattirent avec la plus grande Yigueur,
tant ils étaient désiren · de réparer soils Jes
yeux de Napoléon el de l'armée l'rançai c le
&lt;louhle . échet qu'a,,ait éprouvé l'inîanterie
saxonne I:.. ,Cell~-ci, quo_iflllc . ayant fait
preuYe de courage dans ruain4!S circoMtance ,
n'e l pas, à beaucoup près, aussi solidement
constituée, ni au i in ·truite que la ,·avaleric,
qu.i passe avec raison pour une des meilleures
de l'Europe.
CHAPITRE XXV
Ce qui U1°ad,·111l ù la baln,lte dci Wagram. - Orollille
avec ,ia •i!n!, - I•rise d'llullaL1·üm1 cl c11Lréo is
Guulersdorr.

Après awir lu le récit des épisodes donl

j'ai cru dc1·oir accompagner le récit succinct
de ln bntaillc de Wa"'ram, vous désirez probablement ·avoir ce qui in'ad,,iJH de per onncl
dans ce terrible conOit.
J'eus le bonheur de n'être pas hle!;sé, quoirp1e a ·ant été sou\'e11t trè expo é, surtout le
second jour, au momenl où l'artillerie ennemie faisait comerger presque LOU6 se' feux
sur la calèche du maréchal Mas éna. Nous
étions, à la lettre, sous une grêle de boulet~,
qui abattit bien du mon&lt;le autour de moi. Je
couru aus i de trè grands dan"ers . lorsque
la cualerie autrichienne ::\l'ant enfoncé et mis
un déroule la division Boudet, le maréchal
m'em·oya Yers ce général, perdu dans la foule
de dix mille ruya,·d· , que la cavalerie taillait
en pièces !.. . Je fus encore sou vont rois en
péril lor que, pour porter des ordre , j' étuis
obli"é de pas er auprès des incendies partiels
11ui, · ur une infinité de points, dévoraient les
moi, ·on dan la plaine. Grâce à de nombreux
détour ·, je parvenais à é,,iler les tlamme ,
mais il était presque impo iblc de ne pa
traverser les ctiamps, mr lesqacl les cendres des pailles consumées conservaient en-

core as. ez do chaleur p.our exCQricr les pieds
des cbmau,. lieu des mièn înrcnt pour
quelque Lemps mis hors de service par ,les
blessures qu'ils y reçurent, et' l'un d'eux
ouffrit tant, qu'il fut ur le point de me
roub dans ces débri de paille mal éteinte.
li:ntin, je m'en tirai aru autre accident raYe.
Mai.\; si ma per onnc échappa à l'incendie,
ain i qu'au plomb el au rer des ennemi , il
m'arrim un dé~agrémcnl dont les suites me
rurcnl Lieu l'un!l tes, car, le eCQnd jour du Ja
I.JataiUc, je me hrouillai presque complùtemCllt
a.Ycc M:;1sséna. oici à quel ujel.
Chargé par ce maréchal d'une mis ion
anpr~ de !'Empereur, q11e je n'avais pu rejoindre qn'avcc les plu grande peine , ,ie
re,·en:ù • aprè avoir , îait plu de. troi lieues
au aa]up . ur les cendre encor(! brûlante dt•· .
moi '.ous cun uméc . Mon che1·al~ exténué
de f, ti~•w cl. le jamLe. à moitié hrùlre , ne
pouvait plus marcher, lorst1u'cn arrivant auprt: · de ~[ns~éna, je le trouvai. dans un liien
"'rand embarra . Son C()rp · (armée, vivement pous é •par. la droite des ennemis, ballait eu r •lr(li Le le long du Da nuite, et le fan~
ta. ins de, la. divisi~n lloudct, chargés et
eufonc,é. par la cavalerie au trichienne qui le
sabrait ~ans, rel~chc, co_uraicut pèle-mêle dans
l'immcn ilé dé_la plaine! Ce fol le moment le
p.la ('ri.Liqu tle la bataille. •.
,
L_e_marérbal, d4 haut de ;i. calèche, royaiL
le dangtlr imminent qui n()u , mcna~:aiL, et
prcpail a\'OO ca.lpie des di position pour mainlenii: en bon ordre les trois divisions d'infanterie qui n'avaient point élé entamées. Pour
œla, il a mil été obligé d'. euvoy(lr tant d'aid~s
de camp ver ses !!énéro,ux, qu'il n'arait plus
auprès de lui que le jeune lieulenant Pro per
Ma séna, son li.L, lor qu'il s'aper!tul que les
soldat de la dhision Boudet, toujours pou ruivis par la cavalerie autrichienne, se portaient ver le troi divi ions qui combattaient
encore, el allaient, en e jetant dans leurs
ran"'s, les entrainer dan une commune déroute ! Pour prévenir celte catastrophe, le
maréchal voulut détourner le torrent des
fuyards, en faisant dire aux généraux et officiers de le diriger vers l'ile de Lobau, qui,
armée d'une nombreuse artil1erie, offrait aux
tronpcs débandées un asile as uré. La mission
était périlleuse, el il était plus que 11robable
que l'aide de camp qui irait au milieu de
cette nutltilude désordounée sera.il attaqué
par quelques-uns des cavaliers ennemis qui
la sabraient. Le maréchal ne pou\'aiL donc se
r: oudre à exposer on ms à. un danger au si
imminent; cependant, il n'arait que cet officier nuprès de lui, et il fallait bien que ccL
ordre fùt tran mis !
Je sur\'ins fort à propo pour tirer Mas éna
du cruel embarras dans lequel il se trouvait;
aussi, ans me donner le temps de re pirer,
il m'ordonna d'aller me précipiter dans les
&lt;lan qer qu'il craignait pour son fils. Mai
s'apercevant que mon cheval pouvaiL à peine
se ·oulenir, il me prêta l'un des siens, qu'une
ordo11na11ce conduisait en main. J'avai Lrop
le sentiment des devoirs militaires pour ne
pas comprendre qu'un maréchal ou général

"-----------------------ne p~ut s'a. trcindrc à suivre le règlement que
se· aidrs de camp ont fait entre eux, pour
marcher à tour de rùle, quelque p6rilleuse
que soit 1a mission; il faut que, dans certaines cirçM, tances, le chef puisse employer
l'officier qu'il juge le plu propre il fai re
exécuter ses ordres. Aussi, Lien que Pro pcr
n'eût de toute la journée fait une seule cour ·e,
et que ce fùt il lui de marcher, je ne tis aucune
observation. Je dirai mllme que mon amour-

CoMBAl' n'HoLt•.WRUNN. 1 •

propre m'empèchanl cle pénétrer le véritable
motif r1ui avai t porté le maréchal à me donner
une mi sion aussi difficile que périlleuse,
lorsqu'elle devait échoir à. un autre, j'étai
fier 'de la confiance qu'il avait en moi l Mais
Mnsséna détruisit bientôt .mon illu ion, en
me disant d'un ton pateliit: c&lt; Tu comprends,
l&lt; mon ami, pourquoi je n 'en\'oie pas· mon
&lt;1 li! , bien que ce soit à lui de marcher .. .. Je
11 cra.in · qu'on ne me le tue ... lu comprend .•.
« lu comprend,;? .. : » .l'aurais dù me taire;
mai:.. indigné d'un égoïsme aussi peu déguisé,
,ie ne pus m'empêcher de répondre, et cela
devant plusieurs généraux : « Monsieur le
&lt;! maréchàl, je part.ais croyant aller remplir
« nn devoir; je regrette qu.c vous me, tiriez
« de cette erreur, car je comprends parfait~
&lt;t me.ut, à présent, que, forcé d'envoyer l'un

11

de

\'OS

MiM011(ES DU GÉNÉ~Al BAJ(OJ\I DE M A~B01 -

aide de camp à une mort presque

&lt;&lt; certaine, vous préfériez q11c ce soit moi

plutôt que votre fils, mais je pense que
vou auriez pu m'épargner celle cruelle
u vérilé 1... » Et sans atleudre la réponse, je
m'élan~~ai au graud galop vers la division
Boudet, dont les caYaliers ennemis faisaient
un affreux ma sacre 1. ••
En m'éloignant de la c.alèche, j'avais entendu un COlllillencement de discussion entre
&lt;1

&lt;i

Grai•ure

/te LEUIARD,

~atres le t:sNeari

- ~

plut : à $a place, j'aurais agi de m1'rnc. Cepi•ndant, j'aurais dé1;iré t1u'il fùt hieo loin de
moi à. œ moment critique, car, lt moins de
l'avoir vu, on ne peut e faire une idée
exacte de ce qu 'e L une mass!! de fantassin,
dont les ran!!S ont été enfoncés par la cal'alcrie, qui le poursuit avec vi~neur. et dont
le sabres et les lances font un terril1le ra,·a•~e au milieu de cc pèle-mèlc d'hommes
époumntés, courant en déso rdre, an lif'u dt!

d'HIPPOLYTE L EC0~1n: . (Mustt

Je Y.,rsMlles.)

le maréchal cl son fi l , mais le bruit du ·e peloLonner el de e défendre !1 coup de
champ de bataille et la rapidité &lt;le ma cour c baïonnette, ce qui sorait pourtant facile et
m'avaient empèché de saisir leurs paroles, moins dangPrcux que de tourner le &lt;lo · en
dont le seus me fut bientùL expliqué; car à ÎUJant l Pro per Masséna était très hrave : le
peine avais-je joint la division Boudet, et péril ne l'étonna nullement, birn 11u'à chaque
commencé à faire tous mes efforts pour di- instant nous nou trouva sion dans ce 10/111ri,.er cette masse épouvant~e l'Crs l'ile de l&gt;ollu face à face a\·ec de~ ea"alier ennemi· .
Lobau , que j'aperçois Prosper . lasséna au- Ma position devenait alors fort critique, parce
près de moi!. .. Ce .brave garçon, indigné de que j'avais une triple lâche à remplir : d'acc, que son père m 'eft t expo é à. sa place el bord, parer les coups qu'on portait au jeune
,·oulù L le réduire. à l'inaction, s'était éclia11pé Mas éna, qui n'ayant de sa via manié un
à l'improviste pou.r me suivre. a Je veux, me sabre, s'en erv-ait très maladroitenienl; en
à dit-il, partager au moins les dangers que
second lieu, défendre ma personne: enfin,
« j'aurais dû vous é,·iter, si l'a~cugle ten- parler a nos fanta5sins cn dé!&gt;ordre pour leur
4 dresse de mon père ne l'eût rendu injuste faire comprtn&lt;lre qu'ils devaient :,;c rendre
&lt;&lt; cmer ,·ous, puisque c'était à moi h mar- ver:! l'ile Je Lobau, cl non sur le di,'isious
« cher! ... »
qui_ ::-e Lrou,vaient encore en ligne. Prosper et
La nol.Jlc simplicité de ccjcune homme me moi ne reçumes aucune .blessure. Dès 11ue les
... 219 ...

�111ST0~1.ll
ca,alier autrichiens aou vo aient décidé à tmit au contraire, celui-ci m"embm-ra a fort au ~oir · mai· il uc me ·crait pas po. ~ililc
nous Jéiendre énergi{JuemenL, ils nou quit- pa1· sa pré· ace.
d'expliquer les cause·~ du retard 1111ïl mil, le
Le deux officier d'ordonnance de ]'Em- 7 ilU matin, à suivre les traces tl1• emwmis.
taieol pour aller frapper les fantassins qui
pereur, qui ,enaient d'être témoins de la On a prét&lt;'11Ùu IJll'a ·ant dt•,anL lui la roule tic
n'opposaient aucune rési tance.
Lors(1u'une troupe et en dé ordre, le ol- scène enu-e le maréchal cl son fils, l'ayant Bohème et colle de 31ora,,e, qui loulcs dcu~
dat e jettent mout01memc11t du côté où ils racontée 1t leur lour au grand quartier gé- abo11Lis ·ent an pont dé 'pitz, près de FlovoienL courir leur" camarades; au si , dè- que néral, Napoléon en fut informé, et a Maje té, ri dorf, n;rupcreur, avanl t.le 1;'éloi"ner du
j'eus transmis l'ordre du maréchal à un cer- étanl renne le soir à LéopolJau, où e trou- cliamp de bat.aille, lOulail avoir quel ét;.ùt ?,
tain nombre d'ort-icicrs, el r1u'il · euren t crié vait l'état-major de lia séna, fit appeler peu pr.._. Je noml,re d~ troup&lt;· quel· prince
à leur~ ,.. 11 de courir vers lïle de Lobau, le Pro per et lui diL, a lo prenant amicalemeul Cbarle avaient engagée· slll' chacu11e de cc·
torrent des fuyards .e dirigèa sur ce point. par l'oreille : fl C' ·t bien, c'c t frès bien. routes. et quïl allemlait le rapport dei; 1·eL' géfll:ral Boudet, que j' avai eoftn trouvé, &lt;c mon cher enfant; voilà comment de jeune: connai~ anœ· faite. à te ~ujet. füis il e~t à
parvint à rallier
troupes, ou la protec- « ••en~ tel que toi doiYcnt ,lr1buter dan· la remarquer que les recollllai anccs ne dontion de notre artillerie, dont le feu arrêta le
&lt;c c.1.rrière 1 1&gt; Pnis, se tournant vers le ma- nent en pareil ca que des renseignements
ennem i· .
réd1al, il lui rlit à voh lm~ ·e. mai de ma- Lrè imparfaits parce qu'elles ne peuvent
~la mis ion ailliii terminée, je r111ournai 11i1•re à être c11LcnJu par le ién~ral Berl.ran1I, aperce,,oir tf' qlù se trouve au d •là de: arrit•rc•
ver· 1· maréchal atec 11ro per; mai · YOu- Je 1p1i je le lious : « J'aime mu11 lH•re Lonil' gm·dos enueruic:;, 11ui les arrêlcnl au bm,L
« autaul 11ue ,uus chérL.t'Z votre lih; mai~, d"un demi-lieue : c'c ·t ce 1p1i arriva aux.
bul prendre le chemin le plu courl, j'eus
lïmprudcncc de passer auprr d'nn bouquet « lorsqu'il él.ail mon aide de camp en Italie, nôlre . On p,·rtlit Joue inutilemcul un lt•mp,
de boi , derrière lequel ét.iient po té une &lt;&lt; il foisait on :cr1-ice comme I" autre , rL précieux; !'l puisqu 011 a,ail vu la veiUe l1·icentaine de uhlans aolrichiens. Ils •'élanœnl « j'aut·aL craint de le déconsidérer, en e~po- colonnc, enncmfos s'euga~ ·r sur les deux
à l'improviste sur nous, qui gamoos la 11 .ant l'un Je es cama-rad s l, sa place. n
route·, il auraiL fallu le pou~uiHe lt 7 au
La réponse 11uc j' avaL eu le tort di• faire 1, malin, dès l'aurore, ur l'une ou :ur ranlre ;
plame à toute· jambe·, erl nou dirigeant ver·
une li"□C de cavale.rie française qui venait )fam1na, le LJ;imc que l'Empereur lui inni- nou · a'l·ion as cz dt: troupes ùbponiLI •~ pour
dans noire direction. Il était lemp ! car l'es- geait, ne pouvaient 11oe l'aigrir emw · davan- êlrc en force ur• tou Je point . Quoi qu'il
tage contre moi; aussi. à compter de cc jour. eu soit, l'Empercur ne lit c111nmenœr la
cadron ennemi étail sur le point de nou
joindre et nous serrait de si prùs i1ue je crus il ne me lutoia plui;, el f(Uoique o lt'nsi!,l '- poursuite qu'à deux heures de l'aprè -midi el
un moment que nous lliun être tués ou faiL~ ment il me traitàt fort bien, j~ compris 11uïl ne rranchil, de ~a personne, 'tilt' troi~ pt&gt;lites
prisonnier . liais à l':ipproche ùes nôtres, les me rra rdNait Loujour · 1·auc11n&lt;' : vous verrez lieues, pour aller cou&lt;·hcr au 1·hàkau de Ynlki-rsdor[, ùu hauL dl11p1cl rempereur 1Lluuhlans firent derui-tour, 1t l'exception ù'un 1111e mes pré\i ion se vér1fièrenL
Jamai~ les Autrichiens oc r-omha.tLircnl de- triche avait, les Jeut j,mrs pré éd nt ·, obofficier, ttui, parfaitement monté, ne ,·ou.lut
pas nou quiller san. avoir déchargé ses pis- puis an'c autant dc- ,ig,wur qu'à \\ agram ; . crvé le mou,cmen t 'de'- ar mecs l,ellirréran Irs.
L'Empcreur confia au général Yandammc
LOlct sur nous. Une halle tra,ersa le cou du
le soin de gardllr la I illt: de Vienne. Le gécbe,·al de Prosper et l'animal, en balança.nt
nJral Ilé•rnicr rc.onn donc dans l'ile de Lobau ·
fortement la tête, inonda de ;mg la figure du
Ondiool prit posil ion 11 ""gram. d 1.lcjew1e Ma ·éna. Je le cru. l.&gt;I' ~. et me prédonald 1l Flori:dorL Après aw,ir aiosi assuré
parai à le déîcndre contre l'officier de uhlans,
e tlcrriè1· s, ~apolfon fit i,.uhrc 1'1•nnemi
lorsque nous fûm 0s joints par le éclaireur
.ur la route de fora1·ie par J,.s corps Je \fardu rélTiment îraoçai · qui, tirant leur mou monl el de Davout, cr sur œllc de Buhèmcf{UClons sur l'officier autricb.ien, l'étendirent
Jlar ,1a séua. Enfin, l'armé• tl'I ta lie cl la
mort sur la place, au moment où il s'éloirrardc devaient marcher en Ire c deux grandl'.
"□ait au •alop.
roule dan la direction de Laa, prèl à ~c
Pro per t:l moi tetournàme auprè · du
pur ter nù. besoin · •r~ il.
maréchal tpii jeta un cri de douleur en vo~•ant
t., plus forte partie de l'armée autrichienne
~on fü couvert de ang .... liais en apprenant
s'étall engagée SUl' la route de nohèrue, que
ttuïl n'était pas Lle é, il douna un libre
sui,•ail le corp de Masséna. llnis le prince
cours à sa colère, el en présence de plusieurs
(:harle avail trè~ bien utili ·é la uuit du 6
généraux, de ses aides de camp, et de deux
au 7 el une partie de ce jour, que "apoléou
oflicier d'ordonnancedel'Empercur, il gronda
lni aYail lai. sée, el tou. ses bagage , charfol ,
vertement son fils et termina sa mercuriale
cai sons et l'artillerie étaient déjà loin et hors
en lui disant : « Qui ,•ou · n ordomié, jeune
de notre atteinte, lor qu'en &lt;.[U_Îllanl le champ
(1 étourdi, d'aller vou
fou.rre1· dans cette
de bataille, nou rencontrâmes le· t1claircnr.
« h3t::,nrre?... » La réponse de Prosper fut
de l'arrière-lTarde ennemie, au défilé de Lanwaimenl ublime ! « Qui me l'a ordonné'? ...
gen-E112er dorf. Par :;a lon•rucur et ·on rcs« mon honneur! Jo fais ma première caruserremenl, ce pa.sagl! aurait été fatal au
1&lt; pagne; je ui ' déjà lieutenauL, membre do
prince Charles si. ln "'cille, nou~ eu ·sion pu
u la Légion d"honneur; j'ai reçu plusieurs
le pou er ju que-là. Après :n·oir traversé le
o décoration étrangères, et cependant je n'ai
défilé, oous entrâmes dans une ,a~te plaine,
1c eneore rendu aucun service. ,l'ai donc voulu
::'&gt;lARJtCIIAL
.'tl.Acoo~.u.D,
DOC
DE
'l'AllENTE.
au
ceotre de lac1uelle ,c 1rou1•e Korne,1bourg.
11 prom·er !t mes camaradu
à l'armée, à la
« Frnnce. que si je n11 suis pas de tiné à vr,wure de P1GEOT, d'aprts lrlailleau ,j~ CASANOVA, Cette petile ,'illo, n)ant un mur d'enceinte,
ltait occupée par neuf bataillon de Cl'oate '
11 avoi1· les talents mililaires qui onl illustré
(J\lu$ée de VQ'S.lilles.)
Ill de cha seur tyroliens, l l'on aperceîaiL,
11 mon père, je ·uis du moin , par ma valeur,
sur les deux. flancs, de fortes ma es de ca,·a&lt;&lt; digne de porter le nom de Uasséna!. .. »
Le marL:Chal, voyant que tou· ceux qui l'en- leur retraite même tul admirahlepar le calnw lcrie et une uombrcu earlilleric. Ainsi po tée,
et 1 • hon ortlre qui ) r' Tncrcnl. Il e L,rai celte arrière- •:trde nous allcndait avec un
louraient approuvaient le· nobles sen liment
de on li Is, ne répliqua pa '; mai sa colère 11uïls curent l'ttv·aotage &lt;le 1,ou,uir Cjllitlcr le calme imposant.
li faul, an Joute, cire cntrcprcnaul à
conccnl.rJc relomba prir1cipah•u1t:nl sur moi, t·bamp Je liataille san: être ponr uh i. · j'ai
qu'il accusait d'avoir nlraiué on lils, r1uand, donné le motif~ 11ru r •tinrent ~apol :ou l G la guerre, urlout dc1•ant un ennemi déjl1

'----------------------hattu; nranmoins, un 11c doit pas forcer IC's
ron. ,:1ruoncc' de cl'Lle r~glc ju.1111'/1 n13.11,1ucr
Je pruùence. Les généram c.l la cavalerie
franç.'lise onl souvent lrop fe"tllél'ttires : il
renouvelèrent ici la faute que ~tonthrun a\•ait
commise au moi de juin devant Raab,
lor que, ne voulant pas attendre l'infanterie,
il niena :e esi;adron trop près Je celle place.
dont le canon fil un Lrès grand ràvagc dans
leur rang . Malgré celte é1·ère leçon, le
général Bruyère, qui avait remplacé La ·aile
dans le commaudemcnt de la division de cavalerie lénèrc attachée au corps de Mas énn,
ayant pri le devants en sortant du défilé,
n'allendit pas que notre infanterie l'eOL passé
nu i et ftlt formée dans la plaine. D~ployant
ses escadrons, il s'avança \"C.rs les ennemi.,
qui restèrent impas ihles, le lais l'-renl appro•
cher ju qu'à une portée de canon, el qui,
ounanl alors un feu terrible, lui firent éprouver de grande perle ! ...
A cette 1·ue, Masséna, qui arrivait en ce
moment à. l'entrée de la plaine, se mit en
fureur et m'em·oya vers Brnyère pour lui
exprimer son extrême mécontentement. Je
trouvai cc général très bravement placé à la
tète de sa division, . ous une grêle de boulets,
mais bien peiné de s'être tellement aventuré,
cl fort embarrassé du parti qu'il devait prendre. Eu effet, s'il chargeait la cavalerie an-

Mi!MOTJt.'I;S DU GiNÉI(JU. BA7(0N DE

1ril'hiennr, deux foi~ plu~ nombrPu~e 1111e la
:;Ïcnnc, il l'ai ·ait hacher sa dhi~ion; d'un
autre côté, 'il ho.ttail en retraite pour 'éloi•
!mer du cauou el , e rapprocher de notre
infanterie, il était cerlaio que, dè que ses
régimcnls auraient fait demi-tour, la cavalerie
ennemie s'élancerait sm eux et le~ pousserait
en désordre ur nos bataillons, à leur sortie
du défilé, ce qui pouvait a\"oir le ré. ullal
les plus rrrave !. .. Re ter où l'on se trouvait
et y allendre l'infanterie, était donc ce qu'il
y avait de moin mauvai ; au i le géuér:tl
Bru ·ère m'al'aut fait l'h.onneor de me dt'mander mon a,is, ce fut celui que je me
permis de lui donner . Le maréchal, auquel
j'avais été en rendre compte, approuva ce
que j'avai fait, mai je le trouvai dan une
colère noire contre le général .Bruyère, cl il
s'écriait à chaque instant : « Est-il croyable
« qu'on fasse tuerlantde bra,·esgensaussi inu« tilemenl !... &gt;&gt; Cependant, il presse l'nrrivée de la division Legrand, el, dè, qu'elle esl
formée hor~ du défilé, il fail attaquer Korneuhourg par le 21i• lé«cr, qui 'en empare,
pendant que )a cavalerie ennemie e I repoussée par les escadrons de Bruyère, qui
c-0urenl à la chnrge avec joie, les dangers
d'une charge étant infiniment moins grands
que ceux ré ultmll de la canonnade à laquelle il étaient soumis depuis une demi-

Après Sedan

GéNÉRAL DE

apoléon à gauche. du côlô d'une seconde
fenêtre qui s·ou\Te par cottl, dans la mai-on.
Sur la cheminée de petits objets de porcelaine dorée à l'or a/le111a11d, espt'•ce de composition métallique , péciale, 1:'L nne image
r&lt;.'pré~enta.nl, 'aiut l'intent {le Paul J)l'êcJ1a11t.
Ces deu-&lt; pasteurs d'homme out pu là conLemplcr lïmagc de quelqu'un qui du moirt$
ne sut jamais ce que e'e ·t c1ue 1•crscr le sang
des autres.
La femme du logi · a fail encadrer rl a
appendu à la muraille le cinq pièces d'or
que 'apol.lon lui mit dan~ la main quanJ
I' enlrotien Îlll fini.
Cet entretien achevé, l'empereur était prisonnier. llismarcl en parlant lai "a des cavaliers de planton à la porte, et quand la
YOiLure partit pour le ch:Heau de Bellevue, oit
1 apoléon devait voir 1e roi de Prusse, &lt;ll!ux
cuira siers galopaiunl en tète el deux busards de la mort uivaient par derriiirc, sabre
au pojng, m·ec leur ossements et leur cràne
d'argent, croi és sur leur sabretache et leur
kolpack.
k

I06

illARBOT.

nastœ ,,. t:ne lai.ile ronde. rec-0uvcrtc d'une
toile cirée, séparait r.e:; deux homme ; plac6;
devant la fcnètre, les yeu\ nr ces camp:ume
où la morl a,•:ùl fait son œuvre il, ·e lcnaienl, Bismarck à droite &lt;le la chcmiaél'.

JULES

.,. 221

--

lwurttl Le général Brnyrre fil mer,·eille durant co combat de mains, ce ()Ili u'om~èrbn
pa le maréchal d~ le réprlmander Iortemeal.
Le juillel, ~[asséna, ayant qualre diriions d'infanterie, une de cavalerie légère,
une de cuiras iers cl une nombreuse artillerie, couliaua la ponrfüile de l'arrière-garde
ennemie. Il n'y eul cependant qu'un petit
engagement, et nous occupâmes la l'ille de
tockerau, dans laquelle no troupe. s'cmpari.•renl de plusieurs magasins autrichiens
coutenanl une immewe quantité de provisions de houche, surtout en vin , ce qui
excita une joie de plus vive·. Le corp d'armée de ~fas,éna conlinuanl sa marche Le 9,
sur la route de Bohême, f u.t arrèté &lt;lovant
llollabriinn par des forces nombreuses. Il
s'en uirit un comhal très vif, dans lequel le
général Bruyère, mutant faire oulilier la
faute qu'il aYait comnri e devant Korneubourg. dirigea ,a düi ion avec prudence,
mais exposa beaucoup sa peronne; au si
fut-il grièvement blessé.
La malheureuse ville d'flollabriinn, à prine
rebàtie, à la suite de l'incendie qui l'avait
déLruite en 18.05, lorsque les Russes non en
di. putaienl la po,session, fut de nouveau
réduite en cendre , et ensevelit encore un
graud nombre de blessJ· sm1s ses décombres.
Les ennemi se retirèrent avec perle.

(A suivre.)

tinrent, est celle dont la fenêtre 'ouvre à
gauche de la petite maison. 'foui d'abord, le
vainqueur et le Yaincu s'entretinrent un moment deYant la porte, assis chacun sur une
chai e, Napoléon coiffé d'un képi d'officier
général. les épaules couvertes d'un manteau
Le lieu le plus ai issant de ce coin i tris- à revers rouge, sans épét&gt;, - le général Reille
tement r.élèlirc des Ardennes, c'esL la maison l'avait portée au roi de Pru se; - Bismarck
du ti seur, sur la route de Donchery, la pe- bollé, casc(llé, sabre au côté. De officier géLile mai on où l\apoléon el Bismarck ement néraux. caosaientlout has_à qudques pas de là.
Au haut d'un moment, comme il fai ait
l'entrevue fameuse qui précéda ln capitulation et rrue le chancelier de Guillaume a ra- un peu frais peut-être, les deux interlocuooutéc dans une lettre auto~raphiée même en tt;Urs \'oulnrenl entrer dans le logis. li y a
deu entrées: l'une à droite, l'autre à gauFrance.
Pctito, à un seul étage, avec un modeste che. Ils vrircnl, derri~re la. maison, l'escalier
verger par dP.rrière, lo. maison du ti. seur a L de la partie gauche, un petit escalier de bois,
située à gauche, sur la route, lorsqu'on vient roiùc et tournant.
Au premier el unique étage ils arri,·èrent,
do cdan et quand on contemple le panorama
immeuse de ces environs de la ville oi1 Je conduits par la. femme du lo.,,is, et, ouvrant
canon de Bazaine eùl peut-être fail une trouée la porte d'une chambre a scz étroite, ,ituée à
dans Jes armées ennemies, si le commandant droite en entrant da.os l'humble appartement,
de l'armée de Metz eût tout tenté alors pf)t1r ils ·eoferml•rent là après avoir faiL "igne à la
femme de 'éloigner.
romprl' le cercle qui l'enserrait.
Elle se Lint tout pr~~ pendant qu'il parOn ne peut s'empêcher ùe se dire: et Si
llazaine était venu! » liais cc n'élaiL point Jaient. Leurs voix étaient basses. L'empereur
qazaine, c'ét:dt le prince royal qui acoourail. avait l'air écra é. C'e L dans celle conversaEternelle fatalité! c'est Grouchy qu'on attend, tion que Napoléon rejeta sur son peuple la
responsabilité de la guerre que ses familier
c'e.l Olftchcr qui arrive.
La chambre où l'empcrellr et Rismarck se déclaraient nécessaire « à l'inlt!rêt de lu dy-

M A'lt,BOT

CLARETIE,

t'Ac11d,111ie fra11ç,Hse

�,

-c

La seconde Madame Danton

1•

1

(Mademoiselle Louise Gély)
l 'ar Edmond Pll.ON

.,t JlT. G. Lc11ntre.

Jl~rmi œs femmes de la füt\'olution, tout
i ttrdcmmenl belle' cl 11ue le goût de l'amour
cl de la mort n'c[raye p:t , 1t cllfé d haut:1ine comme ~Jme l\oland, des fougu&lt;&gt;uses
comme Théroigne, de· Roioaiuf"~ comme
Charlotte Confoy, en voiri une 11u'on ne coon.ûl pa. Lrop. ·a Jeunesse cl sa grâce, !&gt;Ï
doue ·, si dèlic:tte , a line Lt!Le à la Greuze,
son refTard
mouillé dHttme ceu:t dr per0
1cncl1es à l':1t1hc loucheront l • plu rudes.
Enfin, le fatal d~ lia riui. pendoqt un nn, lia
sr_,; jours . i tendre. à ceu1. - si tourmenté
- du plus violent des homme. , la sorte dl'
m, •1he qui l'en,eloppa en. uite jusqu'à la
di~crélion pendant le loue. cours d'n~e vie
plu paisilile, au!ITT!enlent encore l'aLLr_.11L_ que
la candeur ile l'ù~e. la beauté na"hc fa1~a11ml,
chez celte jeune femme, i inlére. ,:ml.
Uans ('P milieu J'héroïnc. &lt;lu passai;e du
Comml\rcc où ,enaic11L Y.in Jlohcrl, Lucile
[) ,moulin., où finl p nl~lrc Théroi ,ue,
elle a pa é un peu l'Ommc une nfaut lrc&gt;Ulllanle. Cc, discussion· :ipres, l':iccenL rréuétiqnc des Ji:.cou1'" ré,olu~io~n:Ul'ei;, le" jo~~anxieux vécus dans une [ebr1lc attente, vorla,
pour Hie Gél)', ce 11ui ·ucœda, d~- le début
du. mariage, au cb:trmc Lranqu1llc de la
famille, aut 111œur~ pah;ibles ile ::on milieu.
Dnnton, au leudem:iin de la mort de a
premii&gt;re femme, cùt eu liesoin pri'ls_de lui,
pour soutenir son couraae, pour gmder sa
vir, pour aider se pas de colossal aveugle
iiLernelletnt'lll confianl, d'une ·econdc l}ahrielle Clurp •nlÎN, An lieu de cela, au lieu
d'une COUlpagne de sa fiè\T • et de se. lra\aux, de _a lutte el de ses espoirs. ce fut une
fillelte, pre,que un enfant, que Danton
trouva.
Délicate él jolie per onnc, ~lie Loui e
,1y éprouvu-l-elle, pr de llanton, comme
Michelet l'a Jil. de l'élonncmcul et un peu
d, peur 'Lien plus q~o de l'a~our~ Ceci 11'e_ l
pas ab olu. ~me Lom ll G~ly aima on mari;
eUe l'aima, comme ln liane, dan' la torêl
profonde, aime le _chène r?l;u te qui 1:él~ve
an ciel el qui souL1eul a vie. On a écr1l que
Danton mo11rut de cet enlacement et que le
poids franilu de cette petite main, pendant
un an de tisa \Ïe, sur sa rohusLe épaule, suffit
à l'accaulcr, à le laisser san [or i devant le$
attaque·. Ce q11i ·c.mble bien plu· ·rai ·•e 1
,1uc la mort de la paU\TC Gabrielle Charp n1. J\oun llow11n, l&gt;1111tm1.
'.!. 1i~ur.1M, 1,r,. ft:llltllel tle la Tlil1•n/11l1111r.

lier awiil urpris . Danton, J'a,·aiL Lri 11 de
chagrin et de dé iwrance. CollP premicre
ép1&gt;usc, c-..i1ail pour lo tribun une allianra
heureuse :nec la dcsti~éc. Onnion pui sanl,
llanlon nutoril:J.irc, maître des Cordelier~ •t
de la Convcnlion, • Danton n'avait jamai ·
pleur~. ,'on dfrlin date de . n dot1lenr.
111c G~I n'a pa,, f.iit lclllt le rn~I dont
Danton est mort; m11i~. derni~r ,. nue û,ms
la maison de ccl homme, Ile n, dc'i·tml
J'hi Loire, porlP tou l le poids de ses faible ·e,
cl de es &lt;léfaillan·e~·. L'hi Loire n'e t rajuste : Mlle l,ouîso Gély a été le sourire Je
cctL fin fonèbre; elle a orné dé a grâce cl
réchaufl'é de son cœur ce granù cœur qui
souffrait. Toute lit longue \'iP de paix oL de
bonheur fntùr qu'elle ,écut plus Lo.rd, aux
côP d'un nutre homme. ne ufûra jamai · à
compcn.ser pour nou. celle :umée lra!!'i11uc,
~ponr:mtnl.11 •et l!f'lle, oi1- pe11Jnr1l dix lonfTs
moi - elle fut Mme !Janton.

Il
no croire :ib·olnment le crayon lr:iineux
'I" ll.1Yiù, son ennemi, dc,·ait tracer de lui
plu tard, au procè de gcrmianl, on peul
dire de Danton qu"aH!C on rroul ru ·:ml, sn
l~vre el son nez modelé à coup de corn de
taureau ou col Jar •e el puL nnt toujour' 11
décou,•erl, il offrait le t~·pe le plu inouï de
laidcW' qu'on ait jamais YU ju 11ue-là dan la
llévolution. Grêlé comme Mira.beau, il savait,
ùnn la di cussion el lorsque sa colère emportait ·a violence, jouer plu 11ue lui encore
Je ressource de a di. gràce. Sorte de g :ant
terrible, "de &lt;c ~argantun » de hnkespeare
cr jm·ial el gr11ndiose 1 1&gt;, ri loutcnscmble lion
el homme• », il anùt, par l'audace cl le
bruit de n roiJ. le mouvemcoL de sa figure,
l'éclnir de
yeux, faire reculn ceu:1 qui
'opposaient l1 lui, l, drn de nprèmes mom nts, par l'aspect terrible 1ru'ofrrait son
\'isnge, pétrifier de crainte et d'horreur les
ennemi de la patrie. Lui-même disait 11ue sa
face était me 11 hure » cl que sa tète, clouée
comme cell • de lédu e an bouclier de la Ré,·olalion, forajt dao. 1~ romLa tremlilcr
1 s tyran!t l, par son eul aspect, reculer les
roi de l'[urope.
Le peuple, que riea n'effraye, aimait cc
mon Lrc à son imac.e. cet ètre colo al en
qni toutes ses [ureur · cL es ,L!"piralion devenaient t.iloiJUentes; mais, au1 bancs mêmes
de I'. ssemhl ( , à la Gironde, au centre et
jusqu'à la lontagnc, rctlc laideur sublime
::,. &amp;

Crllo figuT0_r-cpou1o&gt;111Le rt alr&lt;icc. P (~l1nc Ro-

u o, ,1lr11wirrt ).

""2:i2 ,..

avnil e ennemi . Le pins inquiétnnt, le plus
mortel de Lou , 1tl rrucl et benu aint-J 11- l
devait, an plu pénilile moment de sa c;1rriHre, se r:iire lem iuterprè!e el llétrir pnur
eu ce Danlon dont, dit-il dur ment, u la
li!!llrc bitleusc i&gt;ponvanlc la liberté ». Ponr
lés femmr~ - qu'il ador.iit pourtant ·t 1111'il
:t\·ai1 séduire nial 0 ré n laideur - la r{-pulion se manifestait encore plu in linctivl', ,
.fmc Roland nlleint au r.omlJle de l'injuslice,
en ne ju"canl Danlon' qu'à lra~ers le \isnge~;
~lme Je IluJfon, par qui fo duc rl'llrléa"n ·
essa ·a do le éduire, n'osa 'approcher dt•
lui qu'en r,•rmantlc. eux; qu:inl 1t la p•Lih:
Du play I plu. tord 'IIIC Le Bn 1 'llll' lmtl P:'1nis. êmmcnn un jour, chez le tribun à
elle ·'écrie rrissonnnnle : « Dieu qu'il, 'élah
laid 1... 'a fi ure me fil ldleruent peur 11~/
je priai in. tomment Mmi: Pani.' de ne p:r:.
me ramener clan celle mai on ►• o Une ~cul,·
n'éprouva pa , à on ~ ppa:rilion, celle Lcrr •u r
cra.inth-e; ce fuL ·a. première femme, Gabritille ChnrpL•ntier. Fille du limonadier du
Ca(i clu. Pctnia.· ·t, sur le quai de l'J~col,·,
non loin du l'ont-~euf, grnnde et heUe brun,:
« d'allure 1111 peu pa)SWDe 5 », die fut to11 L
de . uirc conr~ni e par ce Champenoi. à la
voii vibranle, nm. di cours ,ponlané , ùc
qui le cœur irnmen e hallail déjà d'inslincl
du rythme de la né olution. 'l'out de suite,
clic "raima. n Il t hien laidl n lui dit-on.
« Qu'importe, dit--elle, i moi je le ,oL beau 1 »
,~u. i l'épou n-t--elle. Ce fut un imple et
beau marfoge oi1 le lucre n'eut poinl de part
cl que bénit liienlùl la Tenue de deuxeufants,
« l'un com;u (ou le wit par les dates) Jn
moment .acré qui sui rit la pri e de lo. na~tille;
l'anlrc, de l'année 91, dn moment où Mirabeau mort et la Consûtuante éteinte livraient
l'avenir à Daolon°. »
Exubérant, d'appéûls impérieux, pas ionné
de la [emrne comme de la République, le
pui ·sant tribun éprou\Tait, tel Antée, après
es luttes terribles. le besoin de loucher la
terre et, dan les f~tes du cœur, de retrouver
..es for . L'n.mour otail le pain de cet
homme. , a cnsnaHté insatiable et farouche
commandai! es acte ; il se guidait sur elle,
cl c'était la faible se el le mal de Danton
que œ côté rnlnéra~lc ·par oit le pins
nu Lères de e h'1.cb
ennemis pouvaient
l'attaquer. 'l'ont, d~ cette riche nature, se
ubordonnail au grondement intérieur, nu
bouillonne1UenL secret d'un sang impétueux.
La moll e inome, la nonchalance fol.ale

'hros:·

17

PoL. C.C C,1111·1"11lfu1111el Leba.,.
ri. r.. LDornr.. Paris rt1111ll&lt;lto,wa11·c.
O. \l,cnnn. Les fnmnr:, dt• (1, llt'1••1lll/u111.

.\,

TLYA.~

______________________________ LA

SECONDE JKADAJIŒ DA1VTON ~

dont Oanlon donna les preu,·es \·er l:i fin Ùl!
sa \-i~ témoi!!'lll'nl à qut:1 point cellr. lutrllc
des sens écra~:ùt son génie . En vain s'clhirçaiL-il, par des actes Sé\'èrcs, ain. j qu'on put
en juner par le jours du Champ-,dc--Jars,
par ceux. du 20 juin el du iO ao1il 92. rar
le missions de Uelgique, de !,riser les lic&gt;ns
de cPlte domination. L'étonnante Yigucur
dont il avait faiL preuve
am: dil1iéik moments, lom,
Me avec le faits qui l'avaient fait naitre, ne le~
dépa . ail pa • Parfois le
géant, piqué par de sourd1• · ~tta11ue ·, avail de terriMe · réveil:-. Il allait.
comme Alcide armé de sa
rude mn ne, Crappan~ Je
l'un it l'autre. mai. ùl.
olîort eux-même pro,·oquaienl sa p:tresse, énervaient ou cour:tge et l'on
eùt di! alors qur. l"henmu:
somweil, dans fa paix de·
uhnrop ·, sou - de bnisers
d'amante, était l'onitiue
d •·ir 011 il •en1rourdî · ait.
Tant riue, dans son ombre immen. c, marcha, dévouJe rompa.gne de a dc,tiuée, cette bonne Gahriellc
au large, el nobles trait ,
d'une nature puis·antc

u'effra)aie.nl p:r lr,1p la mix tumultueu r.,
le ollurt!' brui.ni et les sourcil. frflncés tin
tribun ,·îolcpt. Lucile . urLoul l'aimait, ce
1·ompagnon de Camill , ce grand Cordelier
dont elle raillait la force, 11ue - par un
sobriquet tendre, ao • 'Oiré de Puis ou
d'Arl'Uuil - clic appclnit .l/nriu cl qui em•
!,lait ponr clic, dans sa mâ le st~lure, 11ucl11uc

_1. I:&amp; mm;! ,I~ Gabrielle. éwul _les Jarflliius : l.c5
Guon,Jws, Il !!'-'ri!- .Cullul d llerhm;, i 11 li 1b11ne du
Clul,, mil fa,1 p,•rn· une ciluyenue ')lie ù.. us regrd•
tons, 11110 n1111s plcuron lITTJ~. _Ah I payuU!· lui le 1ril1u1
de 005 larmes : ~lie en ~ t h1~11 Jlgn", b ~imèrcusll

femme du citoyen Danton.... Danton él.til dnus ln
Uel.i:i•fllll; ils unl fOlile d~ Sor] absenl'(\ le lklw !
Il l'onl rrpn!s1mt11 çomm, rlca1~aul, dft11.S les juw-nfos tles ~ et 3 !ieptcmhrc, les ricLime~ qu'on tlr.vail
êguriror.

chiremeol 11u'il épromnil ~ voir 011fl'rir celle
qui lui était . i chère, mahrrJ l'appréhen.ion
d'on redoutable malheur t:jui le laissait accablé d'aogois!)e, flantoo n'hésita p, entre son
dernir d'épau et celui qu'exigeait - par sa
pré!;enco aux armées du ·ord - la p3tric en
danger. Il p:trlil - mais la morl dnns J';lme
- après aYoir serré une dernière foi dans
.es bra. pui6 ·anl . cette um·
bre de sa femme, ce fantome de Gabri •lie. Et 111,
dau la maison, !me n cordin pleurail, le enfants
pleuraient l!l lni-mèml' avaiL
éclat~ l'D .aoglut:; quand ln
pauvr mnbde, , condamnant ~ans r •1:ours, av·i1
elle-mèmc choi. i, pour scrYir de mère am f'ulurs orph lins, une joli• personM
,1ui o':i.,•ait pa · ~~ize n11s,
l't!nfant délic.'lte. douce cl
cll:1rwante d'un hui. icr~
audicnder des lmreaux de
la marine qui avait connu
Danton lor de oo mini Lère.

Quoi do plu dfr3yanl
l{Ue ce..~ mortel. adieux '!

(Juoi Je plu· Joulour u
11ue cell&lt;' séparation? Danton n' 1tait pa· ,cul' et,
dt~a, il était lian(:é. 0 •j;•1 il
comme étaiL la "iellnt&gt;,
lui fallait assoder en Iuî l:i
Danton ne dél'aillil point,
Iraiclie el cfairc image de
« li aimait k femme·, il
celle jolie fül, à. cellu - j
est irai, a dit de lui dicbcfatalement pàlt, - dè Galct, néanmoin · surtout IJ
brielle mouril.nle. Frapp1~
~icnne. u Créature de leudao le doux ,e&lt;·reL de ~
d.rc ·sp cl d~ Cid :lité, Gaforœ obscure, le terril,lt!
brielle, durant loulc a \"Ï1•,
colosse, comme un Ho11
s'elforça d'ndoudr cc rndl!
blessJ, .cnlaiL en lui
caractère; elle rolllut pour
lremLlcr et rn••ir sa douOanton un foyer de bonheur:
, leur1. ·•
clic lui doona deux fils, die
Tout ce qu'on pènl dir(',
essuya sou fronL cb.:irsé de
ici, de Ille Grh, c' ·,
Ja.rm d'orage el, pour le
qu'elle ne vint à ·lui qne
rendre heureu:c, pour atLé- -r,1Nt.Jf/ .te DOltLV, gnari: t,ir TRESCA, ou le Pd11/re IJ retrcsenlé Lo11tse GdlJ" et JllllfJllle DJ.11/011, dé:.ign 1c de c('llc-là mèmc
nut•r mieux les amère ranq11i la préwla dans le cœur
cœur · des lnllt:. politiques,
de hanton. Un ne pouviliL
elle tenta de grouper, :intour dc ;;a persoone, gigant qu.e fr1•re de son nesmoulin. Toute bien conaailrel'unequ'en connaissand'aulr1\
toutes les affections d'ami sCirs el dé\·ouo ·, la nuit lerriLle du !J àu 10 :io1"tt, Lucilo
d'une famille bonnète. ccondée, dans œtte l'avail passée. à veiller et pleurtr au bruit
Ill
tâche, par Mme Recordin, mère du conven- loiol.1in de l'émeute prè.~ de Mme Da.oton.
tionnel, par l'une de ses bellcs-sœurs, la
Défendu par l'amour qn'aùritait a mai. on,
lllle Louise Gély, au moment do devenir ln
bonne Mme Dan ton 'elforçaiL d 'elfacer, dan
par celui de ses ami , pnr l'amour plu. ,·ast
.econde épouse de Danton. a'nvnit pas dixk
la mesure do -CS forces, du cœu.r d son cl pl.os dangereus am i qui mon lait du peu plu,
ept :111s. La planche que Tre.sca gra,·ad'aprt·,
mari, toul ce qo'avaiL laissé de péniLlc le il ne paraissait pa- &lt;{'Je Danton pùl faiblir. .Bailly et où elle est montrt.!e en. eignant l'uint!
diivoir écrasant où il ·e dépcosaiL. Mme Vi ·- .liai·, héla ! les honneurs forent ratais à .a
des dc11 fils du conventionnel I ré,ilatrict•
tor Charpenlier sa sœur, artiste au talent Yie. Quand Je député, appelé au mrni tère de
de on frai 1·isage, de se. bi!au. el grands
délicat, égayait de sa prés oce ces rares cl la JusLice, quilla ce dernier pour revenir au yt!œ , &lt;le sa hou be aimnhle, de ~es rmûn. podouces soirées du passage du Commerce 11ue petit apparie.ment modeste où l'allendait sa telée el douce , de toute la vive allure qui
Danton disputnil au club ou à ln tribune. femme, il trou~a œUe-&lt;:i déjà frappée à mort
éman.1il. d'elle. Vêtue d'lllle roJ1e de atio
Mme I\obert venait .:iussi; et Lucil De mou- d11 mal qui fa minait.
d'une grande élé•?anœ et dont la forme épouse
liru ! C'étaient là de cbarmantc.s femme qua
Yinl la mis ion de Belgique. Malgré le dé- son corps YoluptueUI, le front délicat .ou
• ou êfl(llll n r •çu le coup de I moN en tî~nn
tlt!IS ,~ journlll_x retle nlr1J1.· impul11tio11. Clln,;
qui ·nrnl o:oml,wn rctl fcnune auneil O3nlun
p1i1u·1•nl fi fai11iunc idce de •a sou!Trnncc. » (Da 11 t, 111 '
par ,\1.1111;0 Dlnuu.11,),
•

�msro~1.J1-----------------------J
dotn li•1ue~ et
fnul1-s. L1• knd1·main ( 1:; juin 17!.'l:i), t•n ·a- d · 1•nfan , ,nuée au
11,· m li 111.h u , li·, 1111in l 11 ro11 1111 • C'•1ui, durant dix mois, , · pour~1mr • a,·cr:
1 ·til 1,i,•1ls rh, u,s,: d' • ouli •rs J'(tollr, i·bt·ll•i. ,, 11. aucun apparnt. an" • t. a111i. ,on appar~nce pai. ihlc .• ou· l'heureux :isp1•cl
pp111é • aupr~~ d, J'in~trumenl d'opliqu1:. Ln ·roi~, Camille cl F, lm•, l'a~ Liant ain:;Î &lt;l'un bour 11roi. bonheur ••\ .\rci · surtout, t:
qu' uu r·1 chique. le mariaµ fut ~l~l,r •
Ile in truil 1';,11fa11t 11ui n'1:tai1 pa d'ell .
où llanlon • t 1 inoitr , nw bord. du doux
dan une m. n. ard , dc,ant une taLle trans\io,i prnch :~. :1u-d1 11, de la tabl d'étude,
lleuvc 11u'il défia 1'niant. Mlle ,,1l) l:ii ..~
for1u,~ en autel n1• Pa,.:i. · du 11mmcrce,
att.-nfüe 11 ,lonn r I h~on,
p rail, 1,ien
ocr son cœur ~ ln ronhanœ roba le 11uïn piùau~ la mai,on funèbr oi1, quatre moi a,·aul
plu «1u 1 m;.re 11011velle, pr~ du l lit
rail la rn; 1 {,ner· i ch- on ~ri. n 01 aui.
ce jour l,rillant d pr irial, le prrtr, de b
• ntoin , 1111 :!rand ~:ur ainée. ai. loul rn
lr:wan: c·li:impt~tr •s, 1111 oin. du er"n d &lt;l11
rlh rc pir, i111111,·en c•l charme, lont e. l p:irni .. ,. 'ainl-.\ndr1L1k-.\rl nnr,•111 chrr~ l mais n, luin du turuult" alh· u, d nl ,,irait
l'hcr le 1•orp&lt;t in:miu1t: d~ 1:abri1•1lll. tout a
P:iris. ·llc. .. •nl leotcmeol 1liminu •r en cil,! b
l~«('r, tnul •,t jnli 1•
g-.1rdi! 1'1·111preinlt, cu111m l'intinw rc r •L du
ll'c ·pr · ~ion ·iw el Pnjouér, elle illmuin
primili\'e rrainle !JU't:lle o.,ait d llanlon .•\p-!oint: in lmnh1·nr. ta p r,i.l:1111 furmll d,
de l'frlal de
H'llt tout• la \'Ïeille maison.
flll • à lui de : main~ rr.1.~ill':. •1ue pou,· i1r
lll'Î nu 1pou.
l Clll'tlrt ,·i.iLI• à l'a:pr·&lt;:l
l~ll • dc•m ·ur • ,,n· deuil de la Cour du omell •l1il'n r Joui rde l'a, nir'!Qui pourrait l'ai,L, cb:11111,r · • a 1d11i ,1,· m 1111I -~ di.po,(,
' 1•11, rcn it - par elle I' mour. &gt;t
l indre. à tra,·cr · 1· co\11-:e, dan. s • e.~péranp. r t'lle, au t3in d,· miroir·. à tonl ce 11ni
. u ri· .•\lerll. l ,émill, 11le, h II u ~ l'I
cc · d n l · r 'vc h •ur ·ux 11ui mont.ail pour &lt;'ile
r ·lléln w1 peu de• c:rll!: vi • d femme. UrncepeuJanL a,. i rr inlivc, la milà Lli II petite
J roleau mùri ch..ir" 1 d court. ~i:!HOùri,,. ulc l .olir • \'oici, ~:irdé~ p:ir ll:111ton
fille èl jolim nt · illell , un peu prO\in ~.
li• Vl.'rrn 1,ii rll1• 1ml, li• lil oî1 eJJ, "é111il hlc~, de. clmnp , de la riP cl d la petite
mnis i ,ponu1w'e et i ù«~ irabh• ! .\h ! 11ue
,·ill1• bmuhl oi, il.- é1ai ol aim~ ·t
tian~ lt!! aflrc:; dn mal; l . ar111oire abondPnt
11.,nton ùnl l'.1imer cl rpie errant cootr lui
in i pn ,heul l · moi dan~ la clair
il 1011. ce,. ouwnirs : « 1111 d~. haliil11: d'in- dan~ I •!, momenb d'an"oi .e - ctl friChnmpagn ••. Retenu par da dou · lieu: J
dicmii.&gt;. un autn~ de 111011$~1·line r:i · ~c, "nrni
,·nl • jcunc fem111e, il dut, plu d'une foi,.
Oeur· loin de l'an~ml • LJ\chc qu'il ·,11ail tr 1
1•raimlr , tian
robu l étr •inle. de bri ('f ,le III m~. un autre par il. troi. d ,hobill de 1 • •, Il nlun r.entait lli.lcliir
rbolution,.
k, lien. lé,. r J •1 s lira , · m;iin déli- tnil d . C ton, garni, de mou'. ,•liue. tlD juron .'on foer~ic fond il au fr11 d on amour. une
tk l,at.in. un 1•efu de . tin hl u garni d' molle· : im111en. • nvabi · _ait ~oo être, 1m rt•· t, • œlt poitrin fragil · où ri •n maJ~ré ~a
anarlrc d • France, un pil•rrol t1 al ·m nl de
force 01' p(lll\ il pn~ er d1! ~ou l'ruportement.
,1ùt ~ forci•. , •nlrn.vail :a rn:irch . Et il
ali11 Lil•u ... un rha1 u J,, .oie et un autr,
Toul foi·, co1nme il la d(,,ir il! (',&lt;,mm" la
êla.il . 1111,lahle à un pui salit scla,·e : ·n
dr ~slor... • 11ui ~ont, actroC'hé., là, dan.
· :nu ·lé, r.omnll' la n •rv'tt e r1ice d • celle
-oumi ion n ail qu1•lq11' b ; • ùïmmerM'
la pou Îl re el l'ombrC!, comme :rntanl d •
oul'le lilfo ~·cul, i •nt à lui, dominaient e.
d J, désc.spc:r:.
lt1nwin d'nn pa . : d'nmonr 'l dt: fidélité,
l'arfoi- le hruit de l gu, rr ou celui de
en. ! ommt: il étnil pris au ·l1arme naü d
ronime autanl d'écho du 13 form di. rm•ll ·
1l11u ùe c · !:rand. j'«·u, pur.·! .ommc cl!e
la 1ril11rne arrhait ju c1u'i1 lui; on le ,·01ait
11ui I•· h:iliitu. l&lt;.l 1P d u jt&gt;un · · nfant. de
ltail •n lui - ,lé}à . i ln. , .;i Fatigu :, i , i1.•u
al«, hondir orom • un grand fauH. \'l d1 r-~abri• Ile Charp ntier : Antoine et FranÇJ1isch••r ,•ncorc, mai dans le vain . il nrc, à
h tr •ni -&lt;1ua1r . n · - tri que le dnu l' til
(:~r" · . ne. 001-il pas là au i, 1·oi111ettcrncnt
,io d se rntcau d'.\rci. Joni l'arom gri:ai,ir l'enn mi, • le bro~er &lt;lu poid d • ~a
p:ir~ pour lt!ur no11\èll1• mèr1•?
fnrlc 1tr•inte .. lai:-, I' ·nneini :tait loin: cl
~nnl lui r\cillail lt• co·nr. i j1'une, dl 1
Banlon, le voir, n'èpro11\·enur1m rc:trrl.
il .&lt;tait plt:in de ru •; il était 11 Pari· cl d. n ·
rajeuni ... ail, i mutin• à fa foi 1p1c J n u,·
'nn rnd • oplimi,nH' n · lui vmuct P"" de de- IP · comitr ·. ll1! rase Je ne pournir l':tll1•in-,·t , i hardi•, apr1· tant 11 · jour-. fatal • lanl
muurt'r longtemps nttacM ?1 l •s plaindre. En
d, r "rel! cl tant d,· li uih,, elle ,:tait fo prin1lre. dan l'appétiL J nicide où il
11 'p n:im •nnnt Loui~ ·, 'lu'a-t-il ùunr fait J.e plus
ait, Uanton, awc uni&gt; ~ourde t•I I rrilia•1h•
t:mier l,onh ur de on déclin, la ro~ • aprii
111w d1• •r c nfonner nu I œu d,· , clic 11ui h·,
nrJeur. :1r ·i::nail I • :c:ul Ire ,1ui pùt lui
le· larrn , h· r you aprè tou lo orage .
('llfanl '? a ~lourant . Gauri Il' il\"ait pr '.pare,
fair alo~ 1•ntir (r ;:ni'il d,• ln ,h. 1.-• feu
.\us. i, conune il la convoita dt• qu'il 1'1•ut
,oulu ~ , :on,I mana"e '· 1: JI f liait bien
Ùlè tim?uiblc d .a ruùe pa.,ion lni~ait d'un
:ip!!rçue ut com111 •, p ,ur l'ohlcnir. il :icctpta
- de la parl d"nm: famille hostile -- le, c1i- 11u tout, ùan. r,,rdr- J' ,:,_ ,ie el J:111 ~3 t."'f.·hl ,om~r' à d1:1 ·une d àpr s el magniJ :p odan • ol~il la morte.
fi,111e lèl&gt; où, :,ur un ,•in d'enlànl, il ·h 'rh• plu contraire :1 ~on cœur !
u re.n ·• il ne w111lil, pa qu'au· ·eu d,· · cl13il à trouver l'ouhli d • toul . qui - jadi ·
L ~ parent. de la jeune fille, dcm ur •
cnfaulr 11• dmi h'tl UHlU\'aÎ•• Loui,c a l\•·pril - a\'ail fail .o :,:randl'ur. ,\in i 011 Ji:. r mnl•rr loul t·r, uls roynlist ,, pcnsèr ni
a l'. rr•~ter courl c11 lni présentant un o\,~taclc oroé, li!! rnuni ·re · dom·&lt;· cl finro. : c lie 1·0- poir, en la prov041no11I mi •n , aidail a vol(U'il roy:iienl im-urmonlahle i&gt; : ln néCt•,,il ·. 11uellc. •sl aus,i une ~nvanlc; ét Léupohl 1upt :. 1:1, 1u1c 11ui1 d'a,, t1!!l • oit Lrùlai1Jnl
lloill), 1•11 nou · 1, r prt: entant dans :a pl:mch
J ~ mond, qu ïl a,~il I onnn ol1,r11rd,..nit
de I' ~ou 111cllrc aux cl"ré111onic. t:llholiquP .
îamcll.1' o • u • • d'in,truire 1'1111 d · d u
p ur lui, d~ ,on ,·nilc dt• c.:11Jr ·, dan. 1.
a Tout lu momk écrit lit·hclct, a,nit «pw
li1 tlt• l&gt;:inlon, , trahi I • côlê J,:jà m:111ifc:t • tit.J, alc.iw où il ~e rl'fuginit, I,· l·icl limllanlon, le vrai ltl, d t1id1•rol, 11 • ,·u)ait ip1
J,. Lionne rnu-ur bour"eoi 5, de doct • l'l
mp r titiun dan le diristfani~mc cl n'adnrait
pide-, 1· ri ·1 ,i pur de la palri •.
haut .ou i de œt ouu,·clle mère. Tout. &lt;lan
11ue la n 1ur '· Cela, on le .ail, n'arrêta pa
ccll• jPun per onne, n·e, 1 pa &lt;1ue frirnlilé.
IV
llanLon. , nn d • ir ébit le mailr !, el il lui
:111111, ,menl et ch:irme; un p ·u d'autorité ne
oli.,.it. Il Il aurait {&gt;:\î il d n la flamme! , dit
mr ~icd point :1 la grlce. cl Hl
ély Pro:-t rê dnns l'un de, ~rauJ faul ·uil~
Mich •let. I.e fait •· 1 qu'il · pas~a cl pr '1 ra
lloilly nou 1 révi-le- sait unir l'undt l'aulr1• J'l trcc:ht d · · on . :ilon de lra1·ail 11,, h rn •
lui-m ;me - comm 011 il qu llercul • préet 111èl1•r, pour plaire, à .on enjou,,mcnl uu de. ord li r , Ir, 1,ictl au fou, l'a·· à J'; tr ·,
para n l,1\chl'r - c·dtc apotboo ·c ù . a frépeu d "ravi té. : ou. le craion frivul ', a mou~ il eml1lail, dan 1• :il ·nCl~ tl tian la p:ii do
né i '· I.e d I lin de on autorité ur ln l"\érnluoir, 1101• lhnton atkndit. ln• latnp' 1, pcin
tion, ·ur . • pa.rli~nn t ur lui-m me nu ·i reu di.: contour· ile l'a.rlÎ. l du temps •. c
montre, ,i~il,le acore. dao I tua d · r •lit• \ÎI 'dair. it, d,,vanl lui, ur 1:i t hic d • lioi,.
datt• J • rnnnwnl fatal oi1, ninut on p . .},
j un frrnru dont lurdiu i1I pu • 'in. pir r ,le. mon '.t?all · cfo papi ·r d,•. ropporl , Je,
llanlon mrba .a for· , l1111nilia on orgueil
jadis, un peu de l'altitude d • d •moi elle.
hro1-hl1rt· , Ùl'~ lt:Llr,·,, et cc I' t.11 111111111ro du
:011. la main d'un pr'tre. Y. d Kéra\'cnan,
fraoçai,•.
il'·mml
'!l.
l'i1•11x Conlrliu oit :uuilll • ~ tr ,· •r. 'foprèlre réfradair'. Jilu tard curé de Saint,\ Paru , p:uo ,,.e du Comme , , ou à Arci. - rile, 3\:ail comvaré le rt nue ùc llolte.-piPrtc n
t!erinain.Jel-•Pr: , ciblinl 1:111 - • lon l
ur-Aub , c' e l la ru ·me ,i doue occup c
rit'· - Dnnloa 'a •cnoulltH, fit l'a"eu de e
5 , 1. co11w11lio1U1cl, romlll• lolt h• cr.i11I _ luuU nar•l
fmul , ,-t~l nn uatari lr. ar,t ·nt, Ill&lt; ulfc,
li 1, c•lm J . )luu• Il ntun 1111·• srfllîl- 'Trc. •n.
t. c Llt,illY, ·••ni , 11 Ir ·. r il,lc •I grim•~•DI tU
1111i Cul 'pri ounier plu, llonl. 1vr. lui, • ' tnl •1u
~- t:. Lr "'1111., l'nrÎ• rn•u/11/iounn,rr.
l'f.mrir , l'IÏl uu m~r\Clllf'll\ • l•ir "" 9:,. ( 11 m;fJpulnu. ~n. :i. J:.. •·th .... • p!trl Il n~ n• -.1• ,1, :1rl1r1·~.
:i, llfl't'llf1tirt1 d11 '2S firrirr li 1:i ([111,l, 1I
u:r , J)i,-rct..irr,,, Il en vail eu pr~réd mm nl cl 1
1 la, ll!l'!t 11, l'l ,1., 1 n,11nrr ,.
1 Corrar,1, notair• à ParjjJ.
nulr : en I i 1111 le ,l ', lit·i •111 110rlrnll rit• l.u il•:
1. ~h JIii.ET. LI' fr111rn,. d~ /11 Il ,..,fut11in.

eu~

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0

1

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,

_____________________

1....A

SECONDE MAD.AME DANTON - - ..,

Pani partit, en h,ile. , in. i '111 'il ét..,it ,-,•nu·
ir sou t'C ci1•l uln~ur. 0, ·e )'CUX a\'ÏJ1•·
lui du L·ran rom3in. [ lin , , L"· el là
~1,,r,, ''.ne é. ritoir• êl tl' fllan~ de I Ud- le .,ra11J ~ord licr ch •reliait fo di,in lia.nquet le liruil tic e p3•, J' hord di llnrl. ·a ~
11u 11 anal rêré. ~lai: 1oki qm·, moin com- !-(111rJi1 pt!ll :1 peu, •a~na la nuil. m urut.
flllll nJoutmr•nl au d · orJr •. Par la porle
plet •1ue · lui dl•. irundin~. à a Lan,1u •t \fai111i•n:1nl, la lrçon nch •v&amp;-..\lm llanton,
ouverte et donn3nl ur la ail• à mnn r J
1Uiout, parlait au "arçon.-. \b ! u·est-(·e
1:1 Cour du om111crc , D:11111111 vo,aiL Loui,, IIOU\ •~u ~aucoup n pr •naicnl pa part. Qu
pas_ 11u'en jupon d'indiennll huu'lu •t.,, n
~I , p •n •h/ . ur le. fub/r., ou
1/ai on poul'a_11 ~mr Fabre pour n'~tr · point lâ. pr1•,
r11~tiq11e, f'fl,i'Ï l'r 1 ~ enl.onl : Antoiue el d, l111, :i ci· moment upr m '1 l)ue C j,:iit pl'llt manl l t d • drap, 1 m inlien ra\ •t
• ran i~-G •or ·,; deb 111 • cô~ tl'eu , on ll~ranl! l1e_rui. uiro e L ,·cnlù~e. n, pMi - 110 111, clic l'lait ain i 11u'11n nière dili cnl
ne,cu, un ;:arron de ueur n,. cnri u.x L sa1ent.1ls point ton deux Jan. d froid r,1- 11u·uue ,Mlil'ale p lite "nu, rnanl, d'en~,n ,
, E ténu'., dl' _la jo11r11 • r mplic de jeu cl
.1ll ntif, uivail t. cUruon lralion: un•
n- ch~I '1 El , mill .'! rIJ ·ita11l. ain. i qu'il émit
Jul , u-Je. us d' la chemin&amp;!, du tk-tac lm-mê1ne, nr. ·e !il-rait-il poinl au ·:i au· fai- d ~Indes, Antmnl! c·I Françoi. -G11&lt;1r••1• · . en1111al de s.on bnlanciPr n lhrnail Ir· 1·oi1. char- ble, f •mm' '1 I.e, mol· dur. de • int-Jn. L: lntt•nt 1~ sommeil venir. llicnlcit, ment:. par
o 1~ l. -~,e , b:mdon ile la cbo.1• pu bl11p1 . .. . » lrur m1·rt\ J.an la nui: d lampes, wr~ le
ma.nt es tlc relie femm • c itui e cl di:
dou . rt·pu~, 11 n r 'la plu~ d',•ux, au front
1ro1 enfant . Calhcrinc . lot.in et Marit• Fuu- allo1r.nt•1ls tro11ver leur ju,Lificatioo ailleur
ac al,!~. ,1u, le p&lt;iiJ 1· cr d •
erot, lt! .e"anles, at·be\·ai.ml tle ,le, •r\ir, 11u· n a c mluile? EL il t!lait ainsi mal"r 1 rll} 1 hunune
1. •
•
C
oo ·hand bonheur.' qu'une deu uat er, tr Ji&gt; .....
t, du S ,,te h·nt d leur 1,ra. nu., d' mpor- l'intimité d
Pui·•
fut un liruit ourJ. nou eau,
tcr le, m
1 ni_,l'llc.,, l fruits de- "ra~1lc fo~cc humaine abattue cl .Ju,·age....
(.;n brwl de coup frappé, le redr" bic-n- cuntre cette. po_rle 11i1, depui. le commenet.,._
meuré. ·ur l t. hie. JJ1n I cadre d, cdl
haute taille. u chue. l •s en- ment Ju ·01r, 11 e~hhil qu ,ifil,cnt frapporte ou~crh•, 1rarn1ui1J,, t Jan la p~nom- lôl d loul
hre, il cmblail 11ue c fût, 11 .emlilé comme [ nls, dans la ph • 1·oisine, rele,·ilre.nl la ~er Lou l ' averlls l'llll'nl m "léril'u. d '
dan un Lnhleau, loul le bo11hP1tr de .a ie tête· Calberin Jotin alla omrir. Un homme 1om~re .•'!~Lou lui-rm!me, celte foi . nlln
l'ntr~ en coup .Je _,·enl, hal tant, prc , 1 o~1r1r. C eta1l un envoyé de RoLerl l.in&lt;let.
que Danton vo ·ait ....
femme, en[, nt , alor., étilient i prè de ·oultlc court. C étatl P ni . an Joutt• il était L !tom.me, gr,111d et m:ti"rc, cnveloppti dan
on ,œur! Et d'autr'· enco 1yu'il eiil ,·oulu ,·e?t'. ~n l_ulle, l~avcr ,1 ob ·tad, ·, épié, le,_ pli - nomLreux d'un manteau, parlait à
la: \lme n~ordin t·l son air Je bonhomie um, ~ ~ tanœ; 1l :i ail couru, d puL le., ,o1 h., e el lr mblante:
- Le Comit :, di. ait-il, fora cerner lt• pa~
~omtlt' JU que-la, d'une ~r•ule traite. En
us la baul l,onneL de • prclîÎO e, e , ur
a", daru nn moment. le rue. d.. s Corde11u'il aimait tant, \lm• Victor Charrcaticr ·a wot • 1•nln.'COUpt: , rapide,, effra anb, il prélier , de l'École de an1l1 du
helle- œor, juH1u'à la vit•ille forJ rdinet n'offrirout plu t1·{ sue.
rnerilc Uuriot, une ,·raj • Ch. mPart z ! li en est l&lt;•m p. i npenoi. L' cl'!le-U1 el qui l'abrem •.
cor .
·nlanl a11ta11L Ju vin notai que dl'
- P rtir, Ji_ail Oanlon, bnkon laiL Je nourriœ '! Et d'nulrt',.
qu~m •nt, irrité Je et: mol, partir 1
J'autr · . eu re de- ami. que bcrE t -œ qu'on (•mpurlc I I tri à
·haient se,; y u : Fabre d'É lanla · mrllc d1•
ouli r, l
tiue, ce ai compar.non de on
Et, déjà, l'l'll\'O} t, prt -.; Je
pou"oir, uu ,·oluplu ux comm,• lui,
fuir, appU)t1 coolrc fa rampt' aumnis plu. rêvrur et plu, idyllique,
d ,Il ,le rc~calirr q11'édair.1il
1111 poNe ! Hérault de , écbelll•s, un
Dauton, 1p1i l'cmpli ,ait de !"éclat
ci~ de,anl ,ertc , mais i fin, i;Ï
d sa ,·oix indiml:c, regn11nail la
d·,oué, i L n, l'ari$L&lt;K·rate de
ru • 1~ ·. porl
e&lt;:r' te. l'L clo,e. ,
n parti; Philippraux, L.1croix
3U m1li .. 11 de: péril. imi-ihl . et
J fl.'llrioh'~ ! [ moulin , le cœu;
il' .on cl'ur, l'enfant terri Lie d •
m na~nts, Jevt'oail lui-mt'mc une
forme éperdue t mourante ....
50n e pril. le plu chn el le plu
L~ · h.. ures pa. aienl, p ,ante«.
oimé l_ li le l·ùl ,·uulus là. pr ~
Lou,i-: ,él ·, au bruit 1111':miit foit
d• l111, tom, •l Ioule., as.emhlé
ll:111100, rc, nait, k Jeu hl coupar . 1•s oio. , don cc oir d'ntj._. _Oe loin, l'ar la porlt• 0111,,rlt&gt;,
tenlr, anlonr de .a Jli.'D.t;e. Ccll,...
Il ni ,on a mari a . i au foyer
ci, pend nt cette nuit du tO rrminal, lui ml,lail plw lourd
de . a • bambrn Je tra\ il, le corp
1wnch • n·r. l'àlr~, al,îm~ dan c
11u'?n au&lt;"une dt•. b ure· p1'il
rc%: _iow,; de: ll'mp~ à aulr., il
avait véruP•. Ah! torp ·ur. le d1a:~&lt;'r, brandir le glah·c et ·ccourr
:~rtn1t do celle_ immolti lité pour
la Lorcb • ! füre un ol,•il d11 feu sur
'!"onn •r avec Holenc,; pui. , on
l enl!ndail p 1u •. t•r d, prufontl,
1 111ondt: en marcl1L· l lllumin1 r
soupir
l prononrrr J
paroi,
Loull Enra r.r Je on souflle et d
-onéclal 1 ,plu. rampJ.nl, reptilt&gt;
entrecoupé , '·
J I' rnhr1. ! Tc liliêrtr, Ô C.0111Pr.- Je ui. ~août d homme!-,
di.:nit-il.
1ion ! .\p1 Ier Ion r· '"• 1) dl:.
m •n I' ! faire de~ la fü:p11 l,li11 ue uo
Pui~ av amrrlnrne:
ra ·onnernent ,i b •au 1111e le moud1•
- J'ni trop .eni · 111 rie m'c l 3
l&gt;A. TO"I,
entier ,·iendrail ·y rédtnulJer le
Por1,~u g111! r.11· ~ /; Uot,iu/ 1111 Music C.-,r11J11J/tt
d1aqr ·' ....
cœur ! \'oilà le rê,·e allit·r qui \i• ait
lmlîn, allaut wr: la fenêtre. il
alori. dan- 1 grand Oanlou.
.l111bhit qr..'il I ùt la vi ion dl.'
h! ij'clai Danton! a,:iildiL oubcr- 1inl ,1ue loul étail pr l coutre l&gt;anloo à 1 oru~~ • , Cri. oun l J'1:ffroi en •n. crotanl lt:
biell un jour.
1)rch:.' 1100 I' rr ,station :l.ÛL pr l\'ue. Oan- OIF• •re. I.e JllOt .an ..lanl, 1 mol rurièllX
- [lanlon dorl; il se ré1eillera ! a oit r L lon. ,1 un g • te d fi,·rté, d · d1:dain, rra la de Camille:
pondu le colo , •.
m in de 11.1.ni ; pui- à ,oix haute:
l'auvrc rêwil - héla •1 _ ,1ui brillait cc
on, non, dit-il. fi n'o eraienl ....
11

·,a

07

0

t,.

1

Il . 111.iulin• \!lu~êl• t:am1nale1); en c pris ul, ,li,

Ill. -

Hl&amp;TOIIIA,-f-'asc.:.1.

i

�1f1STO'J{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
- Allnuls-moi, lle'bert, je
dan.~ un momrml ....

si11s

it toi

eu,seut pu c prolon6er encore - le~ chants
sourd do la nuit, rappel des voix de la rue,
l'éclat des abrcs et dl' mousquets. ,tai cela
au . i s'apaisa à me nre que le prinlemp ,
dans le soleil de l'aube. entra. par Ioule les
portes et par toute les croisées. La nuiL funèbre mourut, le, bruit' s-e di sipèrenl, cl
rien ne 1e,la plus dans la mai on muette,
que le vide immense lai ·sé par l'homme qui
n'y étajt plus!

voilà qu'il .e reprenait il Je ltallmlier oudnin, comme i, Lei w1 dt!mcnl, il eilt de la
mnin donné rendez-vous à ccux de. hi&lt;leu\
îantùme!:i qui hantaient a \'Ue.
11 lJ':,utrcs fois il se rele\'ait 1,rusquemenl,
se promenait à srands pas el, prenant dan~
se hra,,, 1 fil .. de sa œur (demeuré pr~s de
lui) il l'cmbras. ait avec 'motionl. »
ElfraJée du désordre où elle ,•oiail Danton,
Loui e accourut à lui, les Joue pâlies d'angoi e, se beau · bra. olTcrls. "oudaiu la rue
'eroplil comme d'un l1ruil d'hommes armé ,
des porte.\, grincèrent, les marches gémirent.
Toute laetfe d'effroi. 13 jeune femme tordait
se brns de désespoir ; Ue enlaçait Danton;
elle se liail à lui avec emportement; elle baignait ses mains a,'ec des larme chaudes.
Bientôt les pas obscurs qui en,·aLi;;saienL
toute la petite maison se rapprochèrent au
point qu'on eill pu les compter. JI r eut au
&lt;l~hor un arrèl Lru ·11ue sur le palier puis
comme de· poings fürieui 'ahatlanL sur la
porte, de cros e de pistofe1 ou des pommean:x. de sabres. Oo ctît dit que toutes les
forces du menrtre, déchaînées enJin, ,•enaicnt
battre :m euil en une marée d'orage. Pui
ce tu l l'éclat d'une voi brève et Iortc é1·cillanL l'écho dans la li \de nuit douce :
- Au nom du Comité de llreté r
l ces mots connus, qui tombaient . ur lui
a1·cc le froid d'un glail·c, Danton eut, comme
1100 bèle Lie . ée 1raq111fo au gite, un « ab 1 11
rauque el sourd, un gémissement breI. Pui ,
redre sant sa taille avec autorité, il délia
douce.ment les Liras qui J'cnlaçaien l, boudiL
,·er. la porte, ouvrit a,·ec fraca el vil, Jan
l'escalier, /1 la lueur des torches, d soldat
en nrmes, pui mêlés à eux, les hommes de
Robespierre .
Il moment il resta à le contempler tous.
Enfin, ~datant loul à &lt;0up d'un rire épouvantablç, il fut le t'Mne immense qui rugit
d~bout, dan le terrible orage, Mais ·on indignation - à ce moment nocturne et 11 l'm ·u
du peuple - ne trouva pas d'écho. Étonné
Cflle tant de silence accueilliL Le bruit de sa
voix et n'en fùL pas ému, Danton comprit
que c'était pour lui le ruoment inéluctable.
Le des Lin a1•ail sonné; rien ne pouvait plus,
tlès lors, cmpècber son accomplis ement. Il
avança d'un pas, au-devanl du palier, ,it
briller l'acier lreml.Jlanl de. Laïonnettcs el sous les carmagnoles - le yeux durs des
hommes ,·cnu pour l'arrêter. Alors, .ans
forfJDlerie el sans indignation, il écarta les
rangs, marcha d'un pas rapide t'l se fora aux
gardes ....
Une longue heure aprèil, quand ~Ime Danton, tomLée é\'aoouie aux bra, de Catherine
Molin el de Marie Fougerol, reprit enfin es
i;en , elle écoula longuement - comme s'ils

Deux an. ne 'é~ienl pa écoulés que, le
21 germinal an 1V, dans tout l'apparat d'une
J!OCe bourgeoise et cossue, le citoyen ClaudeEtienne Dupin ~pou ait, dernnt l'él.at civil,
cclle qui u'était plus que la veuve Danton. De
huit an plu àgé que a fiancée. ClaudeÉtienne Dupin, homme de mœurs irrépro-rhable , de goùts purs el lilléraires, avait su,
non sans adresse, se plier, pendant la Révolution, à Loule les circonstance capables de
senir, sans les comprometlre, e· de ein
ob cur . lnspecleur des commi moultrnrs de
boi . dès 17 9, il tle\'enaiL peu à peu, et grâce
à !"apparence de son ci,i. me, secrétaire du
parquet de Paris. En ·I 791. for' de nouvdle
diYision' géographiques, Claude-Étienne [lupin était not11mé chef du ccrétariaL du département dr la ,·ilf11. PJ'omu, Je i 1 norembre 179S, crélaire aénéral à la mème dircr-tion, il devait garder ce poste jusqu'en
i 791 (an V). « Ilien que lié, a-t-on dit,
.wec I principaux révoluLîonoaires, Dupin
n'était rien moin qu'eulté, et, il usa plu
d'une foi, de on crédit pour arracher des
victimes à l'échafaud. »
Caractère sérieux autant qu'esprit prudent
et timoré, Dupin, apr, germinal el thermidor, arait senti grandir on modérantisme.
Épris d'idylle champêtre, d'étude el Je la
paiA publique, ce ,avant honnête lrouva dan
les bureaux un refuge protecteur ecmtre tou
les excès. Et, il apparait l,ien qu'aprè · le
deuil cruel qui la frappa jadL, après l'épouvanle où l'a\'ail laissée le Mp:irl de Danton,
cet homme affectueux, raisc,nnable et simple
devint, pour Loui e Gély, le ~eut grand ami
capable, par le dé1·ouemenL et par l'amour
di·crcl, d'eOacer lu pcr:,ista.nl souvenir du
pas é. Le seul lorl donl Dupin ail pu se montrer coupable fut, -elon le D• Robinet, d'a,oir
mi , dès le début, «pour condition à on mariage que Louise ne prononcerait jamais le
nom du Conventionnel et que, ·i elle avait
des enfants de son nouvel époux, ceux-ci
ignoreraient loujour rnn union avec le régicide 1 • 11
Ironie d'un ccaur certe candide el bon,
mais craintif à. l'excès! Ce qui est gra,é dans
l'âme a,·ec les trails du sang ne saurait s'effacer. EùL-clle pu 11,re encore durant cent

D• Rou".r. Pr1..:u dta lJar1 roniste,.
La de: re11da11re de Da11lo11 (llc•ue
l.t1 //é o1Jlulio11 franr;a, c,l. A propos d cette dcsrendance. njOlitons qui', seuls, otoine cl f'rlUl~Oi!i-G r,orµ-1)8
lla11l11n, les fils Je !:ahri1•lle Cha.rpaulier, ln J&gt;l'rpé.luèr~ut.11 app1•rldes rcclwrcl.Jc,pourmi1ics par ~I. ·. rJin, ju110 de paix à Ard .,...~ur-.Auhc, el L-onJirmëcs ùe-

puis, que le Coovenlioimcl. lor~ dl' on arre talion en
gèrminal, ne l.issail nullcmcnl Loui·c Gilly enceinte.
3. c 0111to11, mené, traîoé aimi , l'avowul avec une
11ahelè cynique. CL doulour •u•e (!ont il faul bien ml!,lifil'r l'e1:prebsion. (ln l'accusait de conspirer : a Moi,
dil-il, e' t&gt;sl impo .i~le 1.. . Que ,·ouJei-,,ou que faioc
un bommJl qu,, el1111uc nuit, s'acharne I l'amour. »

1.

~ - I)• fü&gt;P1~ ET.

V

annlie~, 1'6pou e nom'e.lle &lt;levait - à tout
jnmnis - n-arder la lll~moire de bOU premier
deuil. Le mois l,ien ehoi i de 6es noce récente , par son nom récond de lous le e poir , de tou • les re1;rrets, ne ufû ·ail-il point,
dans la coïncidence d'un anniver aire, à ranimer en elle la pen. ~e du mort'? Le 2t germinal an IV pouvait-il èll'acer le Hi germinal
an li? Ah l douleur, se souvenir des heure·
d'angois e el de torture; écouter à nouveau
les écho· lointain · de l'init1ue proci&gt;s; enten•
drc Danton clamer, devant ves juge maudits,
l'acharnement qu'il mettait à l'a.imer •; se
rappeler les mots brûlants qu'il avait encore
et pre c1ue sur l'échafaud prononcés pour
elle : « 0 l,ien-aiméè ! .. Ma bien-aimée, je
ne le verrai donc plus !... 1&gt; Hevoir les nuits 1
Ilevoir le jow-. ! La mai on enrahie par les
assassins ! on père et sa mère, les enfants
en larmes! Pendant tout le long cours de
l'affi-eux procè , connaitre, par les témoin •
les prolestations, le· lon!.!S cris de douleur
pou sé par l'accusé I En lin se remémorer le
moment suprême! n soleil au si beau que
celui de cet an IV avait brillé alor ; le radieu1. printemps avait paré de se fleurs le
cruel 'upplice et dan le panier infàme
avait ronle celte lête elirannte et douce
qu'elle avait .ouTenl rafraichi~ de es larmes,
réchaulTée de se lèvres et que - dans le
heure· d'amour - elle av.iil vue i belle cl si
tran ·figurée!
I 1ui ·, ç·aYail été le calme, uu calme cnYa•
hi aut, tyrannique et doux; la (]Uiélude amil
succédé à l'orage; la source des larme$ 'Plait
tarie. Enfin, comme rour ello.cer lout ce qui
durait en ellu des souvenir- Ju mort, Ant.,inc
el Fra11çois- eorge •• les deux ûls de Danlon,
lui avaient été enlevé ·. Le 22 me ·.idor an Jl,
Claud11-Louis Thuillicr, juge de paix de la
ectiou Maral, dooidait, en eOi!t, &lt;1u' « à la
ui Le de la condamnation à la peiue dti morl
prononcée contre Dantou par jurreruent du
tribunal rêYo]utionnaire, le 16 rrcrminal an U,
la lu telle desdits mineur· serait déférée !i
François-Gérôme Charpentier, beau-pcre du
condamné 4 ».
Une seule fois encore, le 7 thermidor an ur
de la llépublique françai e une el indh i ·ihle,
à la foée des scellés faite 24 rue lies CordeJicr ditle de l'J,;cole de sanie, par Jourdain,
commissair , devaol llesgrancre ·, gardien, un
la présence de Charpentier el de llarc-Anloine
Gêly, tous deu1 bcau:t-pèr du décéJé, Loui e
a l'octa ion de re,·oir, lels qu·on les lai sa,
dan Je déiiordre de l'alfreux déparl, l'humble
salle à mann-er, la chambre toujours ou,,erlc
et le aloo de travail où, sur les chcnêts de
l'àtre, tombe encore la cendrti qu'a li onnée
Dnnlon dans la nuil fatale. Puis, l'inrnataire
achevé, les enfant partis, cette veu,·e de dixhuit ans enveloppe d'un dernier el doulourew:
rerrard 1a LièJe intimil~, le recueillement ému
( M1c11 nu. ) EL le Rapport de Saint-Just : c Le mol
veitu fa lsaiL rire llanlon : il n'y avait. pa! de ,!!rtu

plus solide, ùisaiL-il plaisam111e1ll, que cellr. •tuïl 1lepl11yni t, loulc1&lt; ICl! nml5 1 a,·ec Ra l'cmmc. •
l Edroil du regi tre tics ,folibèratioos du l'A,lmi•
nistraliun ccolrale ùu &lt;lèparlemenl tic l'Î 11~--ct-Oiso.
énncc puhliquc tlu 8 ni1ose an l V.

�Lf

..,. __ H1STO'R,1.Jl
des -0bjc1 aimé , des cho. es muette,; el douces
qu'elle a connues longtemp . Eli~ pas e, _à
nouveau el pour toujours celle ro1 , le seUt l
d~ la demeure oil Dinton a vécu, où Danton
l'a aimée et que es pa lremblanls ne franchiront yilu 1 •
Enfin les décades passent; et les mois, les
année I Lr printemps de l'an lV a d':ulorable fri sons· aux violettes de ventôse uccèdent l'ancoli~ et le muguet de boi . Germinal, mois divin, éclate el ras.~érène les h~mide champs d"birer. Germinal, fèlc au ciel
et mouvement dans le cœurs ! Geruûnal1
mois des noces l Germinal, mois d'ouhli I Le
jour du 2L qu'on dit èJ,re celui du gainier c'est-à-dire de corbeilles et des vans de
semeuc - Mme veure Dantou devient
Mme Dupin 1
,
. .
[e.dn d'origine, Claude-Elieone Du_pm, _a
l'esprit probe et discret de sa race, a3outa1t
d'étonnante· dispo iûons aux art et aux
•cienœs. mi des pllintrcs el des culpteurs,
l'était au si des avants. L'antiquité celtique avait pour lui l'attrait vénérable d~s
àge , et c'étaiL on bonheur, pendant es loisir , d'en di ertcr to11t haul avec quelque
fidèles, à l'ombre des healll arLr de son
jardin de Pas y._ Le avant_ philolo••u1i_Ja.~-~?es
Le Briga.nt, celllsant passionné, vtllatt ,_1 ~ter
souvenl, dan· a petilê banlieue, on pai 1ùlt!ami. C'est le bon Le Brirranl, déjà vieux el
chenu, qui amena chez Dupin son voi i~ de
Passy, l'illustre )talo-Correl de la Tourd An\'ergne. Agé déjà lui-même, u é par les co~1,ats cl les deuils de la guerre, le brave ofücier occupait a relraile à des recherches
analorues à celle de ces Messieur .
- J'ai appri' dit-il un jour à Dupin en
,-enant le visiter iio11r la première fois, que
lu étais un bon Gauloi. et je viens te voir 1 .
Liés par le.s mêmes goûts, Lou lrois de'itnre11 t amis. L assiduité de leurs cœur ,
én-alemcnt paisibles el de ~allcment éga(, _etit,
•an le. circon tance , fa1L de leur am1hé la
plus duraLle de Ioules. M:ns on s~it comment, en l'an V du Directoire, le va1llanL ta
Tour d'A.111•ergne, malgré son ân-e et ses services passés, quilla PJ.ssy, vint se pr~enle~,
en place du fils_ de Le Brit,ant, à. l_arm~e
d'Helvétie, el lrou'ia la mort, le 2 JUlfl su1vanl, d'un coup de lance emtemi, en avant
de, eulbourg.
l,a fréqueulation de ~s hommes . al'anl~.
de ces sane• au\. di.cours nrntis el qu'aucune
violence n'em?rJrtail jam 1i, c mlra-sta étra11gement, chet lime Dupi11, avec l.t fré~é·ie
e , lt :e de jad~. Un1 cendre douce eL ttède:
étonn mm,mt fine, co01m1nça tle tomber. a
me..urt! qu'elle prernît Les habituJes pti ·thlës
dti se~ uouveaut. hôte~, ur ce cœur encore
tout ,·tbranL du p,1ssé. Hais le fon caché de
ses vivants ourenîr continua de ùr1\ler .ecrèt1Jmenl en tJllei rien n ~ p,ll l'éteindre jam,is. La p.!nséc de D1nton r1'e l pa de celle.

il

t. « Le beau-pr.re 1•l la li '\lt'-mèrc de Onntnn, _M. Pt
)lm~ élv qui babila1eol cncon•, longlc,np· apre,. la
1n3ism1 1rt{m~ où llanto11 av•il v~cn. pa~"ll tht _Co m ,
rncree. rBcoulaicnL à Y.. Eugontl. lle.•po1s, leur ,1eune
parent, ,k qui je liens le d,11~1!, comm •nl Donlon
,i,·ail..., c·csl-11-.lir ~n l)\lur.ieo13 honm'.!Le, atloroul

qu'un ordre suffit à pro cri_rt'. Ce n'est p~
impunément •1ue )!me Dupm, pendant dix
mois de on adole r,enee, avait reçu les rudes
caresses d'nn pareil bomme. a chair et so_n
camr el jusqu'à on e prit, encore tout vibrant d'elle , en gardaient l'empreinte. Et
pas une occasion n'échappait pour Loui e main-ré la défense de ~[. Oupin - de re susciter Cil elle la terrible im:ige. Un jour c'é1ail
un voyage 1111'elle fai ait à Arcis sous prétexte dïnlérèts l'appelant près des enfants;
une autre fois encore c'était une visite à
Mme Charpentier, le peintre de ln famille.
11 J'ai donné deux séance
au portrait de
votre papa, é ·rit cette dernière aux deux fils
de Danton. Je l'ai habillé en gro· !.,leu ce qui
lui va bien mieux que cet habit amarante
qu'il avait. J'ai travaillé aus-i à la tète ....
Mme Dupin, qui était venue voir votre portrait et à qui j'ai montré celui-là, a lrouYé
qu'il était t.r\ res emblant 5 ~....
•
Ainsi, voilà le ecreL: Louise Gély, à ,,mgl
an , e l devenue Ume Dupin; mais, à dixhuit an , un autre a, pour la première fois,
parlé d'amour en elle. Un autre - ~ne orle
de Titau terrihle et tendre - a l)étr1 son être
de sa chaude baleine. De a rude ardeur. un
colos e effrayant, un dllr meneur d~ J&gt;l'uple ·,
l'a tenue serrée di1 moi contre lui. Et c'e t
le bouillonnement irrésistible et dou~ d~ oo
cœur immen'e qui, parfois, renait dans son
cœur à elle, animtl sa pensée, é1reil1e e ouvenir , et, sur sa petite vie terne, sur la
cendre n-rise de ses jour nouveaux. rallume
0
•
1
le grands feui de sa passion morte.

Vl
eul, l'éloignement de Pari , de la vieille
cité de la Révolution, toute onore encore des
grands fails de la veille, devait atténuer en
Loui e les regrets de Dantou.
Entre le monts de Poitou et le plaleau de
Gâtine bordé par l'.luoi ' el les bois de l'AnaoumJs, il e l un pay d'eau.x. el de plain.e ,
~ers la Rochelle el Niort, « petite Hollande
répandue en marais et canaln: ' D. terre
d'hommes opiniâtre et de rudes cultures.
Cou verte de grand labours el de guérets propices aux embuscades, la Plai,ie, à perle de
vue, s'étend, peuplée de petit vi)lages, coupée de courtes et belle ri,'ièrt!s, Jusque ver
l'Ollénu. Au-delà, e L la Yendt!e. En 1 00
celle terre est encore toute secouée des convulsion· de la gurrre civile. Au soir, daus les
chaumières à la veillée, devant l'âtre, il n'est
pas rare d~ l'ent.cndr~ encore,. entonné en
ourJine, ce Ch a,1t des blancs qm e. l comme
la .Yar ·eillaise d~ La royauLJ :
Aiu: 11 r,11~1 , l'•lilev in, I for1112, uu b4lai~I'"'·' 1
,
Jltt,.&lt;1/, •~, ""rc-lv~. les•:1,I:1 deur /Jlu1 ruJ11',1
,11,Uons

,·q,

Jadi ,, de ce Jur Poitou, Uenri de L1rocheia'luelein e t monlé ver· la vieille Bretagne.
·oe,Tanl le armée de Hoche. beaucollp de
sa fcmrn~. etc .... • (JuLK◄ Gwan1K. Ca 11till8 De1mr1uli1ur
h
2. G\ Olllf.1, Dirr1s, prè.aeJ ~\11 Œ,_,m·es
U/lle.5
de 11. le i,,u-011 GA. E. Vupm 1Pam, 18:,9 ),
:'&gt;. o• l'\omsb'T. /,l!t (13rlrrrit~ d, Da111011. (Revue
la Ri!11.il11 tio11 {ra11çnise1.

rut

... 228 ...

Chouans et de ÎPndéens, repoussés par le l'eu
meurtrier de Bleus, ont regagné pêle-mèle,
traqués comme des bêtes, la Plaine et le
Marais. De pareils ouvenir ne s'oublient pas;
el, parmi les départements du nouveau régime. il en e l pea d'ans i d\fficiles à administrer que celui de Deux- èvre . L'élément
royali. te
c l encore \'ivace; les prêtres
réfraclaire y romentenl le trouble, et le feu
de la ré1•olte, loujour· mal éteint, couve encore au cœur des paysans. Ce coin de Poitou
est un pays rude, entêté dan le passé, difficile
mai an si plein de reRsource , de riche·ses
naturelle , de •rands el beaux laheur •
C'est là que, par arrêté du 2 nivôse an VIII,
le Premier Con ul envoya comme pré[et
Claude-Étienne Du.pin.. Dupin arri1•a dan
iort le 27. « Le lendemain il se préscnla
devant Je citoyen qu'il allait remplacer et
dépo a, su.r le bureau, une lellre du mini lre
de l'Intérieur à l'admini tralion des Deuxèvres, sa commission de Préfet et un arrèté
portant que le secrétaire gêuérau des administrations centrales eraient provi oirement maintenu a, a
L'enLrée dans iort se fit sans bruit et aos
apparat. Ume Dupin a que le dépa,rl~menL
de Deux- èvre · a me si dignement et si ~racieusement orner les fêtes du pay pendant
treize années Il, accompagnait son mari.
La vue du htlîroi, des deux grosses tour
du donjon, de l'église Notre-Dame, de vieux
b.ôlel du xvie siècle en bordure des rues, des
anl ic1ues mai -ons de bois des bords de la
èvre étonnèrent une jeu.ne dame encore
habituée aux palai de Pari . Du moins l.es
vieilles pierres, les façades usées des demeure~, le calme apparent des quai . et des
places lui promirent-ils l'_ou.bli, _la pan:, définitive . .,\ coté de son peut Aret en Champagne, pourlanl, quelle di.lli!~ence ! ~à-b~
l'Aul;e iu;t rapide, les êlres actifs, le
grisant. [d l'eau est plus lenle, le peuple gra,'e
cl duu.l( la vie aime le silence. Dt Danton à
M. Dupin il -y a le même écart : l'un c'était
le feu du cœur un amant terrible, un to.rrenl
1
passionné de bruit et d'orage; Dupin, lui, _a
le îroiJ évère, la probité, le goùl au travail
des gens du Poitou.
_
Tout de suite (on le senl à se note ), 11
sera pris par les boi , par le pa1sage. Ce
rive Ile la Tboue, de la Dive, de la èvre
niortaise, moins v1Jrtes, moi.os agrestes que
cellt:' de sa ~Ioselle natale il en goùlera les
bord monoLone·. (t Las laboureurs poiteYins
qui cbautenl en pressant leurs llœ~r- de
l'aiguillon° » ne ont pas san. a1_1alog1e ~vec
es par an de Lorraine. Au ·_si atmera+ü 1I
visiter ltmr canton , à vemr tauser, avec
eux, d'agriculture eL d'élevage_, ~ 'cn9ut1rir
Je l'étal des moi ons, de celu.1 des fuir!! el
marchés aux mules cl atU bœu.fs, du nombre
des moulin . es tournées à Lraver le villeil
et village , au hasard dès hameaux, acquer•

,,n

t

N1&gt;fre F,•1mct.
. .
.
;;. Jou:!. Ro,:11,Ro, Ilistoi1·e de l'ad11111uslrat1M d~•
}hmsLEî,

perie11re t.111 dr11tn·ttme11f des Deu.i:- "V(CS, depu,11
1iOO jusq1i'à /11 H.t!rolut1011 ,ie 1830 ,"tort , 181-li),
t;. CL.-ET'. 1)01•1 • i'Umnirèll 1/e la 11ciétt rfe,
A11tiq11airt~ lie F1·a11ee / IXl1 .

ront t( uu degré de célébrité locale•. o Ce
préfet ne reslera pas dans a préfecture. Il
ira de l'un à l'autre, intére a11t les I.Jommes
de cette vieille contrre hostile aux faits récent , aux idées neuves. c·e t par l'amour
des champ • de la n.atu.rc et des fleur que
lJupiu a trouvé le chemin de ces cœurs ennemi'. Ici le ro11tcs, reboi ées, re\'erdi ·enl
par es soins ; là il promet des primes à r.eu.
qui donneront les meilleures cultures, les
fruits le- plus lieaux, qui produiront des
.emi · jusqu'alors inconnus. e· discours
agre te et poétiques 1,anteot les richesses
locales, le ouvenirs des grand noms de la
provin , CClU de la Quintinie, de Mme de
llaiutenon cl de u Jacque~ Deli le qui s'était
dérobé au lumuhe de Paris pour e livrer à
es poétirpies inspiration sur les Lord délicieux de la 'èue. »
En l'an X, lor de la tète annive.r-aire de
la fondation de la Répn hlique, ~f. el ~f me Dupin
présidèrent les fêles, les concours de chant et
de poésie. Toute la belle .ociété niortai ·e se
rendit, avec ux, a au jardin holanique pour
y planter l'arbre de \'erlu chiqur ». Pendant Loule la durée de son préfectorat, Dupin
ne aé~ligea jamais aucllJle des occasions de
s'approcher du peuple, de se mêler à lui.
de le gagner, par Ioules le martrnes de sa
ho111é simple el cordiale, au.x idée du régimP,
O~s Brumaire, Oupia est acquis aveuglément à Bonaparte. Chacune des graTides dates
de I"histoire impériale et con ulaire prend
pour Lui l'éclat solennel (une ftlle. Le plus
inouï à constater, c'e t qu'Etienne Dupin, par
son zt'le et sa tolérance, enlrainera tout un
peuple, jusque-fa réfractaire, à célébrer partout ces d,1 t~ mémorables. &lt;1 Citoren géntlral.
êcrit-il au Con ut après )farenao, j'ai l'honneur &lt;le vous présenter le actions de grâce
que je vien de recueillir pour vous. Que
n'a"ez-,..ou pu entendre ce concert Loucbanl
de béuéJictions s'élever au milieu des raines
de lanl de \•ille et de bourg désolés. Pa.rlonl
on chantait vos triomphes, partout la vicloire
de llarengo cxcitail l'allégres e; on ,·ou proclamait le sauveur des Françai , le pacificateur de !"Europe! ... Le' bon· habitants de
ces contrées m'ont fait prometlre de voug
olîrir l'hommage de leurs seotimenls .... ~ ,1
Ceux-ci, à chaque fois, ~e montraient plus
enthousiaste . Tou le faits saillanls de la
grande épopée impériale : victoires sur Jeroi de l'Europe, entrée de Napoléon dao· les
capitale , naissance du roi de Rome, union
avec fa rie-Louise auront dan les Oeux- 'èvres
leur répercussion.
nai dire une femme était la joie de ce!;
fêtes, c11 était l'âme vÏ\'ante; c'était Mme Dupin. li sembla que, pendant treize année., ce
cœur délicat, cet esprit charmant n'en enL
plus d'autre amLilion que de se plaire aux
bals et aux réjoui· ·ances. Par arrêté du
L J l\!CHABb,
2• .1. 811'.ltAh~.
:;_ 'ht lltLU .

ibid.
ibi(I.

4. Ci..-Et. Dcn5. ,lUmoires tle /11 Socit!lt d~
A111iquaim1 t.1, Fr1111ce (1821 ) .
!'), , 11arjolrl. terme ,-ïrilli, pclil bomme qn1

SECONDE .MAD.A.ME DANTON - - ~

15 août 180H, • apoléon, sur le bon rap1 ort
du mini lre de l'lnlérieur, aYait créd baron
le préfet Dupin. Celle qui jadis, dans le sombre
couloir de Cordeliers, mèla a jeunes e aux
fureurs du moment, celle qui connut Lacroix,
Desmoulins, Philippeaux, que Danton serra
sur son cœur de lion, devenue une petite
baronne impérinle, , eml,la un momenl immoler les regrets, le ou vemr des années
mortes, alll: vanités d'un litre cl d'une situation. Lors du passage dtJ Napoléon à Niort,
en j 08, l'idolâlrie publique éclata partout
tu Lransporl et en acclama lion ·. L"Empereur
re\"enaiL des Pyrénée ; llmpératrice l'accompagnait et, arnc elle, les maréchaux Ilerthier
el Duroc, les nénéraax Nansouty el B••rtrJnd.
Napoléon e monLra bielll'cillanl pour li. Dupin
el le l1L orficier de la Lé1,.rion d'honneur.
« L'impéralricc, écrit Jule Richard, reçut la
,·i ile de )!me Dupin ~ la,1uclle elle s'intéressait beaucoup. o
Une proteclioo si maniîi&gt;,te, ajoutée au
zèle el à l'hnhilclé du liarou Dupin, étendirent
encore une popularité unanime eL touehante.
Dispen alcur de grâce , le nouveau préfet
reç.ul loutes les demande en réinté!1Tati,m de
lilre et de biens de vif'ux émigrés ; c·r I lui
qui amni tia, an nom d,.. l'Empereur, .M. Au•
gu te de Larochejaquelein, frère cadet du
célèbre général, et, par celle mesure sage,
aida les vieilles haines des partis à 'éteindre.
llientôl, grâce à ~es soins, c'en fut fini de
l'opposition ourde et rancunière. LI&gt; hobereaux poite1•ins, l~ daml!s \·endéenocs, « Clorindes qui sui1•aienl, jadi , Charelle à cheval i&gt; l, se montr~reu1 moins acerbes, étalèrent
moins de morgue. EL. œ ne fut pas le moins
pir1uanl de ce cba1wemeot que l'altitude
qu'olîrirent alor certain salons légilimi les,
ouvrant devant lllme Dupin, devant l'ancienne
vcme du r,:!gicide D:rnton, leurs porte accueillantes.
Curieux. des u ages locaux, des coutumes
gardées pieusement par les âges, le haron
Dupin en lolklori le "entimental, aimail à
recueillir partout, dans son département, le
traditions acrrcslcs, les ouvenirs villageois.
Une contrée, parmi toutes celles si belles
qu'il admiiù trait, lui étaiL spécialement
chère : c' e t ce pa)'S de. Gàtioe, cmpri. onné
de monts, fertile en pàturoges, où, dit-il joliment, « chaque champ est clo par des hait&gt;
fort élevée de bo111, d'auhl1pine , de troènes,
d'épines noires. de nénier.;sauvages, dù ronces
el d'églantines entrelacées de chèvrefouiJlej. »
A certains jours, Dupin ayec Mme llupio,
enchantés de ces cité·, en messidor urtout,
tandis que 1 champ doré· ondulent ous la
taux, gagnent les Lord heureux de la Thoue,
tout Le paJs en deçà el au delà de Parthenay.
De solides chevaw. le mènent; les Lem~s
plantées de maïs et d'orge, le champs de hlé
m11ris les accueillent à mesure quïls entrent
en Gàtine. Le bon pn} au qui les reçoit aux

relai accompagnv le lroL du petit équipage
de so.n chanl local :

fait l'cnJcndu. 11.'une homme élégant. l Lrm11l.

plus de .~ix mois ~.c soulTran~Cl!. ~t il eul le coungc
d~ se ra,re cumluwe et tl ass1&gt;ter a la séance de rentr,•1&lt; de la Cour 111:s compll' (doo l il èlaiL devenu
CIIIN)iller maitr~· le mercrr,li ~ novemùre, six ,jours
U'3nLu morl .... o Ct •. -1\r. Uc1·1~. Œu111·1•111postlum1~,
nolice IJio,;. par son IJ!B.

1

6. CL.-F:T. D11r1N. Soticestir' q11eb1ue1 {1!11/f et di1•ertiueme111, p11pu/111re. drt dt'p&lt;lrlr1u«11t &lt;le, Deu.c·èt•res (Mém. de la ~•x:it!II! d11t A11tiquairr1) (18W).
7. J. Ili u.,nn. ibi1.
• R. • li. le lnrl!u Dupin csl morl à 00 on•, après
... 22.9 ...

0 l'étiiil un p'lil marjolet !
0 l'èl~I un 1i'lit marjol1&lt;t 1
Ohl ohl oh! olil
Qui onguail ,,oj,- ~• mie.
OIJ ! oh ! oh! oli !
Qui ongu~il voir su mie.
:\Inn cati~!, nrnn 1rinch l, me mt•~•unns,
Me mr.gna11s p'lit marjol.it3....

Le chant onore se mèle au trot des pelils
chevaux vifs, aux cla11uements de fouet du
postillon. Bienlôt le ·oir s'incline au-de sus
des campagne': les c1iamp épar., les monts,
le plaleaux, le chaumes, tout cela se fond à
mesure que les Icax: 'allument sur les toit
d •s fermes. « La nuit "enue, l · mois onneur e ras emblen l par troupes; une fille
cuante. plein go:il.'r; tous lui répondenl ur
le même lon, el l'on rentre ainsi au village.
Puis, les cris de fou, iou et les sons rau4ues
du cornet nononccut la îi!te de Cérès 6 o.
Une .1utrti Iois (ain i CJu'il adviul dan l'été
de l'au XH), le bruit du voyage de li. Dupin
'e l rép~ndu, dépui i'\iorl. Une e corle, formée des jeunrn rrens de Parthena1, vient audc,·ant da préfd à plu~ de trois lieue de la
ville. « A . nn entrée une troupe de mu iciens
et !es I.Jal1ita111 de Ioule les clas es l'attendaient; d~ jeunes filles, vêtues de blanc,
nlourèreul l1m, llupin et marchèrent à ses
cotés. Mme Dupin ne pouvait cacher sa joie;
sou émotion élait edrème, el elle pleura 1 • »
Et ses larmes élaicnt de douces et chaudes
larme . Sa beauté charmante qui s'augmentait d'elles ne s'était jamais fait YOÎr aussi
sen iLle à ceux qui la conoai saienl. a modestie cxqu.ise. on maintien touchant .firt'Dt
,·ivemenl impression.
n regard d'eufanl
naïve qu'a ai i llo.illy a,•ait gardé alors son
ingénuité. Rien ne survivait plus, dan ces
grand yeux purs, sous l'eau des larmes 1.Jeureuses, des sole.ils do sang qui les aveuglè.rcnl
dan les anciens jour!. ..

VH
Uai11tenant lme Dupin est uoe maman
âgée. Ils ont lointain" le jours où, conduite
au lrol de ses cbevaux poilc\·ins, elle enlrail
au hruil de. flùle! et de. mu elle., menée
par des filles en blanc dans on cher Parthenay. l,e iou iou que les gars chantaient pour
la moi ·son ne retentissent plu it e oreilles
d'aïeule. Elle a qualrc-vingts au. maintenant,
« ma.man Oupin »1fille a deux grand enfants
el ces enfant eux-mème en ont d'a11Lres à
Jeur tour. Depuis le il no1'em ~re 182 ,
1. Du pin est mort 1 . Pour elle, elle e t .i
vieille 4u'on ne sait pas trop si elle existe
encore. « Nous ne . a\'on. p:is si elle est
morte », écrivent dès 1846, dix an avant
on dernier jour, dans un mémoire cunnu,
le deux fil de Danton.
De toute. les femmes qui Tirent les grand

�1f1S T 0'1{1.JI
faits de jcldi., ~fmc Dupin es! la dernière.
Loorrtemp bcaucnup ont sumfou, mai.
pa aulant qu'elle. Ainsi Mme Dupl&lt;' i (i ouhliée, Jlencitmse, rerhcr ·hnnl l'ombre, o'cutr'ouvranl a port quï, de rares OJUÎ: 1 u;
ain~i imonne Evrard, Chorlolle RoLe~pierre;
ainsi l'une des flll · du mcnui ier lluplay, la
pamre el douce ·l'lf\'e de Philippr Le n ·.
n Je la Yis peu :n-unl • a morl, dî! )licliel 'L, l
l:t trou Ai charmante enmre de ,·i,·acilé, de
cbnleur, de cœur. » M. Yiclorien ·:mlou, q111
la rcncoolra, vers 18i5 ou 1816, « à. une
p 1i1 • sauterie ùe jeune· narçou •l fille. de
·on ûge, rue d'En!er, ch~ ~tmr de Doi ·monl 11, se sou,i •nl Ir~ hien d'avoir dansé
avec elle. C'ëtait, ajoulc-t-il, • un• dame
nH11e de noir, iigéo, mai de tournure encore
jeuue• Il, Toul~, si l'on en croit ceux_ qui les
approch1'•rcnt, étaient tlemeurt!e fiJèl , au
grtlllds noms di pal'ns, au
rand· fait. ïyano~. ,lalrrré Il'~ coup du ·ort. l'âge cl IL•
maladies, elle 'oh linaient à Yin-•. Uernic
témoins d'un lemp Jirlicil · t lointain, ellr
avaient "ardé, m:11 •ré Lou i.~s re,-ers, le 1iranl OUVl'Hir de$ homme~ élonnaul~ qu' •lie~
avaien L aim i,. Le grondement lerrihle Ol' la
Gom-cntioo, le houi!Jonncmcnl tl l'timeule,
1. lt-, t! Cw~o:rrt, C:. D1m110,i/i11.1.
2. Sn;f"-' E-11,,L. /,,. COlt('l'lllio,wcl J,e 1/,u (pri:f.
dt.,. Sar.Jou).

les rri · &lt;le. oldn , les chant de- ,ictimc~,
l'h •mne ardent de "ictoirc· gonllnienl en •ore
- aprè: 1:int &lt;le deuil et d'an11,:es - les
cœurs bri~6 de ees femmes. Ah! les hMne ·
pl'lile:- .icillc - cJUÎ a,aienl vu la mort et qui n'füient pa mort !. ..
La Jernière d~ toute , Mroe VCU\'C Oupin,
cnt, il 1•s force faiblir, les ans l'accaLler.
L lorriùc :1r: de 1 56 ,·it décliner en elle ce
1p1i resta.il •ncore Je dernit•r&lt;;l ,·igucur. IlienLol 11° joues e creusèrcul, le lhr1•~ ,'amincirent, et, dan· la face cireu e Je la ,ie1llc
a,eul ne Jl·m,.mrèrenl ,·ivant que cc· ni:anJ ·
)Cil pur~ 1p1·~Y"ait aimi! Da11ltin, qu'a1·nit
pt•ints Boilly. DIII il rol,e anCÎ('nne, son
~cha1l rumauLi11u1•. ·,JU, . e · Luucl, s !Jlancli,· .
c qniw cl ,énérablcs, elle eut, malgré Le
pt&gt;ids, la lassitude de l'à re, une ''l:pr .,, ion
de jeune raoù'm(lman ju •1l1'au1 deruit'r.
joun;. ~on Lonh,iur était, dan. sa lucidit{-, de
~, ~ouvenir, san · Je trop gL"aods efforts. des
m••r,·eilleu1 :ile de on heau Poitou, de la
clm!:ie &lt;t au li'•vrcde. Pàquc · 11, de~ jeux de la
•.,inl.Jll.:\ll, d brn~illel-~ ou rcu:r: de fouJère ile
la Toussaint. du chant d'amour tle: ,·illagt•oi~ :
l'i•l•H 1111 p'lll mnrjolel !
0 l'ôLail un p'liL marj,1let [
Uh I olil ob I nt,!

Qm

OD:j"llllil

\Uina 111ie...

Le dernier sou{l]e qui virnit encore dan

,on 1•.œur u ; allait :;'~c:hnpper J't,1\1•. C'étail
le 2 juillet 1 ;,Il. Entourée dll son fils, de
rn lille et de son gendre, l \'ieille oclog~naire
allnit s'étdndre itv c le olrll du JIJUr. ne
d •rnière foi le nom de \I. Oupi11 .'échappa
de ses 1hr •. ; mais, il apparait birn que ·e
ne [uL pa le ·eu\. En de\:à tics SOU\·enir · pré·enl à tous, d'autres ph,:;- vien encore,
d'autre plu· dornioaleur ~cmhlai nt lent ment surµir el s'imposer du rouJ de leur
p;is é lointain. llientnl . es Jeux eu -mêmt&gt;~,
·ou le voile de l3nl dïmagr:.,; qui ·'; rem:onlraient, la \·irenl ndain r •vh·rc en tin soleil
de feu. la lête doure el terrible qn' ·lie , \·nit
connue. Comme, i l'atroce couteau ùu t6 l'f·
minai ne ra.ait pa. [ranch lp, elle était lrislc
cl "ravé el la i:onsiJéra1l: les ,·i3n s ,erle
d'.\rci · en formaient ln courowm. Enfin le
jnur bais.~a. Il lui semlil.\ qu'nllnit rerommenc.Pr m,ore, 11 e, rc ..arJs drmenb, la
terrible veillr, où, rue d~s Corùclier , hlollie
conlre la poitrine géante de llanlon. elle
éc&lt;,utait monter. ùan le noir ilenc•!, le pa~
Je ·oldats. Les hruil~ ùcs :il.ire· el des
haïonnclle heurl..1nL la porte an!c un furieut.
clan, -voici que, Loul à coup, elle lt's cnteudniL · ses mains d'aïeule lremblèr•nL; .on cri
de ,ieille femme u ée n,. rut plu-: 'lu'une
plainte. Cellé fois-ci la mort ne \enail que
pour elle.
Bm10;,;:o PILO, r.

Louis X Ill le Pudique « Deury le Grond, dil le chevalier de
Méré, trou,·oit Loo tout ce qu'on lui di·nit de
facétieux, cl le feu ro~• [Louis :llll, qui e
plaisoil a. ez à dire de bon~ mo , aimoil
encore mieux que l'on se défendi l a.gréablemcnt. •

Cependant, Je

CIi

roi ami de· bonne ri-

po tes, pa un bo11 mot n'esl rc Lé. li fu~

impopulaire comme Henri Ill. et comme lui
il en porla la peine. Au a_ntres on prêta de
l'e.prit; à ceux-U1, on ne Fait m rue pas honneur de celui qu'il· onl eu.
Ce que Richelieu ~il don_s son Tt: !amcnt
politiq11e, sur le pla1SJnh:rtes de, rm pins
cruelles dans leur boucbe 4ue dans toul.e
autre, doit être :.1 l'adresse de son maitre.
Ce sonl d belles paroles, comme vous alle:i.
voir, eL c1ue iiréfise a eu grn-nd lorL d'e_nlever a.u c:irJinal pour I prêle~ au ~éarna1~,
Le Dui/J{e à qualre, qui ne uljam:11 r tenu
un bon mot contre personne, n'était pas
d'bnmeur à s.e faire à lui-mème celle gra,•e
leçon du Jlence ;
« Le coup~ Ll'épée se guéri entai émeot,

mai· il n·~n est pas de m~me d,: ceux de 1·
l:lDAUC, particuforcmcnl de elle d roi;,
donl l'autorité rend les coup pre que an
remède, ·'il ne vient d' •111-mème . Plu
une pierre e. t jetée de haut, plu· elle lait
d'impression où elle lomb . »
Loui Ill, d'apr·· ce que uous a dit )léré,
en aurail lancé Leaucoup du celle ·orle dan
le j:irdin de ses amis: mais, encore une fois,
personne ne le a rama,.ée . L seuls faits
qu'on raconte de ce princ sont presque tous
ridicule ; le cul mot.~ &lt;tu'on répète de lui
out odieu ·. Par bonheur pour sa mémoir ,
il n'est pa bien diî6cile de prou,·er que les
un· et les. aulre soul im·enté. L'avenlur
du billet quo mademoiselle de Ilauteforl ~cbe dan on sein et que la main pudique du
roi n'o e aller y prendre, ~l un conte fabri11u • par l'auteur du mauvais li He : fnt1"i911es
galante; rie fa rom·. dans lequel ü e trouve
pou.r la pr mièn fois.
'an cdole du volant qui va e nicher à la
même cb rmanle place, et que le roi n'o e
repreodre qu'avec des pincelle el en fermMl
le 1eu-r, n'est pa certainement plus \'raie :
c'e t une invention du prédicateur qui, fai,ant l'orai ·on iunèbre de Louis -w. ne crul
pouvoir trouver mieux pour exalter par un
clerople la 1·ertu la plus célèbre de ce chaste
roi. On s'en est bien moqué dan le e91·ai-

siu11a. « n prédicalenr, y est-il dit, faLoit
li? panégyri,1ue de Loui ·111, el en le louanl
de sa chn. lt!té, il en rappnrLoit cet exemple
avec une grande exagération : « C prince.
« Ji oil-il, jouant un jour au volant a\·ec une
« dame d~ sa cour, et le rotant étant tombé
« dans le ein de la dame, la dame rnulut
u ,10 'il viol I' prendre. Que fil ce cba Le
« prince pour éviLer le piège qu'on lai teno: Joil ~ li aUa prendre les pincelle au coin
u de la cheminé , etc. 11 Cela eroiL bon à
mettre dans un Asiniana, C'e.sL ·e motruer,
d'amuser un grand auditoire de ces hagatelle ; au· ·i un gentilhomme se 11•\·n el cria
hautement : « Il alll'oil ui1m mieux fait de ne
a. pas me mettr à la ln:r:e, » ce qui fit rire
Loule la grande
emblée. » Qucl étaiL ce
prédicateur? reut-èlre le P. Jo eph, peul-être
sainl Vincent de Paul. qui, slll' ce poinL-1~
surtout, servaient, par la colère de leurs sermons, la. pudeur chatouilleuse du roi. Ulol,
dans ses R,keriC$, flebus, rtc., dontLancdot
possédait le manu ·crit, apr~s avoir fait une
lrès pirituellc di serLalion sur le « beau
tétin &amp; , parle d l'horreur qu'en a"ail
Louis Xlll, et qui le regnrdoit comme damnation el lui mi.soit même des a\'anies oo 'Lui
faisoil, ajou te-t-il, que le P. J o eph el iocen L de Paul ne tarissoient pns en invectîves
ur celte pal'tie de l'ornement des belles D,
EDOUARD

.... 230 ...

FOURNŒR.

MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de fer
LIVRE DEUXIÈME

I 1 ( ·11ite).
l~yno11w1, s'approcha, riuut lrl'S luml, très
fort d(' l'esprit de ~oldats: ce qui Gl que
ceux-d le con~idéri·rcnt ur-le-champ comme
un bou républi ·nin et un ,rai c:unnradc. n
demeura près. d'eu , landi-- qu'ils con1in1taient
leur plai,;.mlerie sinistres, en chan"eant de
victimes.
C\Hnit un elforcmcnl sur tout le dmmp
du ru.ardu!· car p ut--ètrc, parmi ce: flAYSll.ll',
à l'air hénin cr. jonr-1:,, c trou,·ait-il en réalité iles con cirnce~ peu tranquilles. Groouvez
~cmlilniL 'amn,cr de plus en plus; si bien
11ue le ·oldnl~ 11 ~e ênèrcnt pils potrr p:1rler
&lt;levnnl lui.
- (a, c'e·l de la Lb 1,ue, dit l'un, mai ,
dnnaiu . oir, te ~era plus ·érieux.
- Oui. fil un aulre, il y a de chance
pour qu'on mnrchc.
- On en p11rl•.
- .\lai ()Ù fa 1
- Va le demander au 1inéral, il te le
tlira p '111-è!re, ricana un ser,rC'nl; on irn 011
il y a d1• hibou • rnilù tout ....
Alanik fil on profil du rcnsPi•Tn&lt;•menL;
une t•ronde apr' , il c perdait dnn la. foule;
un quart ù'heurc plus lard, il !!lait sorti de
la ,·ille tl arpentni l la roule. Il :illait prévenir
Kerret cl le· :mlrllS de ·o tenir en gard11
Par un opportun h, ·ard, le oir de ce
jour-là la bande presrrue enLière e trouva
récrnie au point de ralliement. o.r l'avis de
Gfnouvei, on délibéra, li y avail des chances
pour quele manoir fùt dé i"né aux de ccnti:·
militaires. n étoil mèmc urpr •na.ut que le
dHricl de Yann , n'eût pas agi pl~ Lùl. Que
fallait-il fair•'! rnen&lt;lr • el livrer Lalaille, à
Lous ri ·411es, 011 •&lt;enrnlcr :rrant quel' ennemi
parùl 1 Jierrel parla le premier. li Jit :
- Qu'est-ce que nou youJou '? démolir
des Bleu', sans ouci de notre peau. Lt' Bleus
vicnncrll. Atteudons-1 ; emlmsquou.-nou
J, ns le hoi qui nou couvre, tirons de. sus,
1iuaud ils seronl eu _plaine ... 'il sont Il mhreux. nou nous raballrons dans nos mur~ ;
la plac • e t bonne ; nnu y tiendrons oo c1ue
Dieu \·oudra; et aprè , si tel 't le de Lin,
nous Lrépasscron. de compa nie pour notrt:'
cause el no croyance". ~loi. je Lromc cela
Lrès bien.
G11illclllot étira ~ grands hrn', bâilla largemeu l ; puis lais a tomber :

- , oas les rece,·ron , non~ le~ rt•roniluiron., r.ro , e 1111 ,lcrrièrc, comrnc nous avons
t.léjà fa.il. D'abord le rlicf. tlt• districts, qni
onl tirs imhécilt!S, •onl morceler l'action,
envo~·pr l1•nr. olda.ts par pelit.s paqu LS; vous
, crrei que no, lion· IÎSÎleur r•ront Jeux
renl Il. rein . On les mall!!ern, j'ai em·orc
foim.
._
El Je Q0U\"C.1ll il 1~·1ma. Eveno. Ùrl' é à
:1Jn lour. beugla :
- l'as d'illusions! nous finiron. pnr perdre
a? jeu 11ue non;; jouou . lis ~onl trop. Eh
luen, alors, 1r11'noru;-nou à risquer Je plus
1·n re~tanl iri '1 lli&lt;'n. Si notre b ure c L veuue.
le COLUjll esl l10n, 1• arrêts d • Dien ont
irrévocaLlcs ; pour ma pari, j'aime cnicu
linir dans la bataille, face /i l'enncmj, rn soldat du Christ, que Je tirer la lnngne an Lout
d'1,1ne cordi!, c,: qui ponrrnil UOLŒ nrrÎ\'er annl
1 'oël. ;\!tendons les Bleu .
Ahuiik Gyuou,·ez, Pncore :is.ombri par La
mort de Jili Ge-ri!, approuvait à son tour;
1 autre-- ~rsonna"e important· ~e ralliaient
tous à l'avis les anciens grand. chef., quand
FcrsPn pri1 la parole :
- Parfait pour '1OUS, le ,·alides i mais

non :i,·on. ù · ùlc-- , des m:11:id ,; qu'il
nous faut rem-oyl'r au plu: vil•. , i 11011s
étions \'ainru , il· r.iiimt ru ill1: don leur·
lil.
- c·.. 1ju~lc. rl•pril l1i1Î\'Cllle11( E,·e110, un
doin-t dan la narine gauche; je 11' • m•ai pns
:onn-{,.

Alors il fui CO!ll'C'llll f}llC le, vin°t plu~
jeune hnmmc de 13. ' bande ~·mpnrlcr~ienl
:un: prclf'bain: nllage... sur Ùel1 lir.rncard ·• les
tlü soltlals couchés dan· l':imlmlancc Maze
ful de ce. jeun• geu ; malgr,: srs revenùicalion-, 11 dut partir. Alanik lui ,onfOa en tlcr11i1·r :

- Tu embrasseras la femme, lo. p1•lile;
cl. i je ne rcn•nrti p:i ·, ln leur di ra. qu •
Ioule lu famille leur dn11ne rendez-1•011s à la
droite d Dieu l Va 1
·Qnnnù le uprème. comba11ants, r':.olu
aux pire ré.~i ·tances, se trouv~renL ·culs,
eotr ~iu~, il c comptèrent. [ls liL'lieul un
peu plus ùe qualre-vin.,ts. Le plan ù'attaqne
el de défense Fut rapidement concerté; il
était · i mple · édaiter les route , pnrdcr le
bois., proleclion na lu relie; sous son abri,
liraillt·r ju. riu'/i Hn de cartouche~; :ipri·~, se

�H1STO'J{1A - - - - - - - - - - - - J ·ter dan le manoir; lenir tant qu'jl y aurail
du pain, du plomb cl de la poudre. Ensuite,
liler vers la mer par les souterrain , ou .e
l'aire Luer sur place, en Yendant cher sa vie ..•.

Cela au choix.
Tout ceci froidement arrêté, chacun 'en
rut à ses occupalion., comme si rien n'était
de nou,·ean ni d'e traordinaire; les éclaireurs
se disper.aienl déjà sur fa lande, au cas où
l'ordre de marche de-;ancerait le jour prém.
Cette nu il, peut-être la dernière pour la
plupart, cette mrit qui ÎUL tranquille,
cl
&lt;le Fer en el Sé1èrede Kerret la dépensèrent,
selon leur ruanie habituelle, à &lt;lcsérncations·
et cc fut, pour eux, la veillée des fan tome .
D tout cc que di ait le COllJle de Kerret,
res.ort.ait Jepuis quelque temp une inimen&lt;:e
la ·silud •, un ianrnense dêgoù1. Il comprenait
que la lullc erail v:iine, et, pluldl que de e
1·Podre, se oumetlre, il pr férait en firur. li
arait accomplt sa làche de .oldat copienst..'meol. Il a\'ait droit au r;,pos, à la rPtraitc; il
complait le prendre dam la tombe.
tilors, unefoisenrNe, il .011hait:iitenterulre
pro11oncer le nom de Celle dont la fugitive
rencontre a,ait désole &amp;a vie; dont ln mort
l'a\'ait rendu fou, lui a,·ail fait prodiguer la
mort; q11i, loujour , influe&gt;nce aulorjlaire et
n~ra le, avail balln la me ure au nlhmti de
. on cœur. li suppliait :
·
- As: ·l, 11arlt&gt;1.-moi de la Heine au Temple,
à la Conciergerie, d dernier, jours. C'e t de
circonstance.
Fer en répliquait :
- Je 1·ou. ai tout djt., _, C'élail irumen ément trisle: misère du corps, mi~redeJ'àme,
rien ne fut épargné; plw de Linge, plus de
vêtements, pas de remède dan la maladie,
peu de nourriture, el si !ITO. ièrc ! Oh! oui,
toules les douleurs, toutes les ~oulfrances.
toutes lei; an oisses des pauvres, la Hévolulion, de ses deux larges mains ouvertes, les
lai a tomber sur ces têtes rabais ·ées, impitoya Llcment : la Heine, Mme Ëlisahelh, le
enTanlS Je France!... les femme ' n'avaient
plus de larme ; c!ll!S c entaient perdues,
abandmwées, :eule: coutre tous; un peuple,
toute la France, tourné Yer le Temple, de sa
voix, faite de miJlion de voix, enflée, !!TO ·ie
par l'irresse du ,'Îl1 et l'ivre se de la haine,
insultaiL, bafouait, outrarrcait, c.tlomniail
celle reine, relie femme; il la martyrisa il
a\'ant de la t11cr, déclùrait Je camr aYant d'abattre la tête; héri ':til de mille affronts, de
mille douleur., son chemin de la guillotine ....
Quand le uédoi commençait ainsi, il en
avait pour longtemps avant d"épui er ses souvenir·, ses fureur et ses indignations. 'il
faibli sail parfois dans son récit farouche i
sa voix lléchi sait, ,emblnil annoncer l'arrèt
de a mémoire, d'un mot, d'un cri, d'une interrogation et d'une e. clamation, Kerrcl rallumaill'incendie, provoquait Je torreul.
ournnt Fer en tombait dans de rcdiles,
se répétait d'un jour a l'autre, el parFois au
jour même; . évèrc s'en apercevait-il? peutêtre; mai il n'en Jai sait rien paraitre. Pour
lui cette tragédie était toujour noU\·elle; elle

le faisait Loujour!) 1res·auter, palpiter, crier,
hurler, broler ses main jointes, mordre au
sang es lèvres, el e frapper le Iront de es
Jeu poings fermé . Lui, dont le calme sini tre était légenda.ire, il ne pouvait tenir en
place ii l'ouïe de ces crime et de celle agonie;
il bondis ait, l'épée au poino-, appelant lout
liaul les régicides. [le t proba1le qu'il était
en route i;our la folie; mai il n'eut pas le
tcmp· &lt;l'J arrher. Son henre sonnait ....

Apri&gt; la nuil sans troubles, la journée du
lendemain pa a . am incident~. Le rcn eignemenls rapportés par Gp10uvez .i· cunürmairnl jusque-là. Il était doue rai onnablc de
pré,oir l'alerte et la bagarre pour le oir

m~me.
Un p:i ·san, d'apparence inofi'eoshe, fut
d6pêché sur la route de Vanne ; e'étoit
un des n1eilleurs coureur parmi cc Chouan
:igilcs; il revint au crépu. cule; Jemoui:cment
e préparait. Avant troi heures, .elon toutes
prévisions, le 8leus paraitraient i;ur 1a lande.
Aus itôt, le gro des combattants occupa
le pelil Lois; et. couché dan le lai Ili., le
f~il · cbarirés, uella l'occasion.
Le cri &lt;le la chonelle ·trida sur la hauteur;
sous la lune, le parti ans perçurent une
masse confuse 4w ·'a\'ançait en ordre .•\
bonnP distance, Guillemot, qui arnil pris le
commandement, ·ria d'ouvrir le Jeu.
C'est alors que le répuhUcaîn , alués de
la orle, hésitèrent w1e seconde; puis, à la
,·ou. de Gilb rl Boure, e déployèrent eo tirailleurs, aprè avoir riposté d'en.emble par

Mau, les veines du ro11 fOnflùs, souffla Jans un
è11o n11e coquillage ; ,l en ti,-a 11n fruit stride111 de
sirène. (Page ~3.1.) •

une lu illade nourrie, dirigée ur Je taillis
perfide.
Mai les Chouans, retranchés derrière les
arbres, reslaient invisibles, tandis que les
Bleus, à déco11vert, offraient encore, bien
qu'e pacë , des ci~le trop marquées.

...
- A plat ventre! cria -uma Me Ire, YOpnl
lomLer e · homme· autour de lui.
Couchée, l'inFanlerie républicaine éprouva
moin de perles, el, de san •-froid, rectifia
on tir. A leur tour, quelque Blancs culbulèrent dans leur ombre, ou le ploruù qui
le cherchait.
Ce[lt'ndant Beaupoil el Mnrva, a,·ec leur
ca1·alier , déaivant un grand cercle, tentaient
de tourner le bouquet d'arbres. Des fenêtres
du manoir, on le · fusilla. Ils durent élargir
leur mouvement, derrière les bâtiments, l,ornanl leur action à couper ln retraite aux
fn~:trd , s'il s'en présentrul.
Bru qaement, sur un appel de trompctle,
las old..11 de ligne se rcleyaienl, cl, par ~
loton Ctiupés d'intervalles, e jetaient ur lé
ùois, dan~ un a aut furieu&gt;;. La Lataille devint 1lprrmenl tumullueu e, plus horrible
dan · celle nuit, incerlaiue ' ur la &lt;lune, p1·c&gt;fonde ou• la l'euillée.
Ce fut Je t'&gt;ur de Laïonnclles, des Fnux
emmanchée.., à t('bonrs, tir foun.:hes, d'cnlrer
en danse; les . abrt•s s •he&gt;urll•rent am had1t&gt;&gt;' .
Parfois, un lllanc, u11 Bh•a, k,; 1,1icJs prb ,.hm~
une racine, les jambe l'mpetrée dans la fougèr , butait, trébuchait et chutait lourdement,
avec nn fracas ùe ferraille. Il n'avait pas le
temp de se releYer, ai ail le' hra:, en eroi.x,
cloué au sol d'un coup de poiole au do·. Il)'
eut de pi. toletades à bout portant; d, corp~à-corp désespér: , où le couteau joua on
rôle; des méprises aussi; de· fratricides, dan
Ja 1uerie aveu.-,Je la boucherie enraoée.
Pourtant le · républicains avançaient, nettoyaient le co11vert; le" Chouan &lt;léloo-és, rejetés . ur l'autre li.ièrc, e comptèrcut du
rerrard; ils étaient diminués de m01tié.
- Au cLàteau ! cria l\erl'eL entraînant
Fersen ; tous deux élaienL comerts de sang
sans ·avoir si c'était le leur ou celui de.
autr .
La poignée de rnr11.rnnl frantbil en quelque bonds l'e paœ libre qui les .éparail de
murailles; mais ils furent fouetté au pas age
par le carabines des hu sard , el d :; cbasseu't'E avancé à leur bruit.
Jl. se jelèrenl dans le manoir, tir~rent b
lourde porte, soutenus par la monsquelerie
de lenètres enrore garnies de veilleur apo té . L'huis retomba. fi était temp . CeUI qui
re Laient au dehor n'avaient qu'à fuir Yers
le !!rèves ou étaient perdus.
De ce nombre fut Guillemot; il avail disparu. Plus lard on sut qu'il avail pu s'évader
&lt;lu péril en se frayant, grâce à sa force, un
pa age au cœur de la mêlée. Après une charge
d sanglier, Lê Le basse, il s'était tro11 vé seul,
derrière un amas de rocher .
Il sou!Oa, et comprenant, par le feu redoublé qui partait d11 manoir qu'il demeurait seul en arrière, il jugea que, tont perdu.
il n'avait plus qu'à garer sa peau, si miraculeusement préservée.
Et il étai l parti, an plus de hâte, a travers la campagne, du coté de .Bignan, on
village.
.Â.utour de Kerret mbsistaient Fersen,
faeno, Gynournz,plw lrC'nte Chouans, presque

tous éclopés; derrière Il' vieux remparts, il
pouvaient Lenir encore et faire aux emwn1i
des trouées larn-e,. La poudre ronfla dur aux
meurtrières, aux crète. Jes mur , aux Ienêlr' , ob·truécs de rwnée. füis l'aunqu
cessait. ij était évident que le~ républicains,
ralliés par leur chef, allaient attendre le jour
pour liner l'a ant. Il de.v:iicnt s'être établi
à l'em-er du boi- el cerner la position, s'il:,
étaienl encore suffisants en n-0mhrc; il tltail
it pré umer qu'au cas contraire, le commandant a\'ait dépêché des courriers réclamant du
renfort. De tonie les faç.ons la. ituation étail
désespérée - à moins de 'écliapper par le.,
outerr..ûn .. l\'uJ n'y ongeail encore.
Le feu éteint, GilLert Boure ras~ mbla ~es
honulll's ....
Les morfs Cl le hl ',és, héla:! dépa~,-aient
les pr'1·i~ioo . La ,ictoirc coùtail cher, encore
qu'l'lle ne ît1t point déci ive.
Le capitaine · uma ~[estre 'attrista.
- Et nou ommcs en paix! murmuraL-il: qu't&gt;sl-ce doue que la rruerre'!
Gilbert Boure, tirant a moustache, répliqua;
- Ça ne finira jamais .... On ne peul pourtant pas ,e fairl:l ma,sacrl'r tou ; ces brule~
e haltenl comme de diables, ils ont cela
pour eux. Quelle réception, lout 1i l'heure,
dans lo bois! ... A -lu Jamais YU cela daus la
guerre Plran èrt'?
• 011, fü le t.-apitaine; c' c I unique. Ce ·
liouarr -là croient r1ue le paradi. les au end;
c"t:,st une Iorce. c·c~L beau, la foi!
Ce &lt;lisant. le deux officier reprenaient
1ï11,-pectio11 de lrur cadres; un instanl aprè ,
fü•,01 poil lt.'s rrjoignil, puis llann.
- l'iens, Jit le premier, nous . ommt'S
encorP Lou les tiualre de ce monde ... ? Quel
sabbat!
- "oi:; lranquille, répondit larva, qui
paraissait mélancolique, cela ne durera pas.
'es camarade le regardèrent, urpri ; il
n'étail pas coutumier des proph,t1ir, Iàcheu. es.
li comprit lenrs regard. 1•1 lai,~:i tomber :
- Oui, c' ·t nai; j'ai de la boue au
cœur ... jt! Dt! ai:. quoi; t·omm • un prc !.enliment que c'est bientol mon tour.
Ileaupoil décrocha . a gourde de a c·elnlurc
el la luj tenùil :
- Boi un coup: ça ~e p:t · era.
Marnl obéit. but lrois gorgées pleine·, et
rendit la gonrJe.
- .\lions, diL GilLcrt Boure en souriant.
pour un moriliond. lu ne sifnes pa mal!
Le liC'u tenant sourit aussi; m:tis son sourire étai l pàle.
.à.u manoir, ça n'ét.ait pas plus gai; la fièyrc
tomL.îe, l coups reçu · comruenç:\il'lll à
brùler les l'bairs refroidies. Depuis un in lant,
l\crrel, retirtl à l'écart, le dos contre un
mur, ne soufllai I plus un mol; bru qucment,
~es jambe crdèrent; il s'affalait, tombait
ass.i , les pieds en avanl; sa face était devenue c.-ireusc et hlanche, es yeux se rénùsaienL Fersen se précipita au secours de son
camarade:
évère, ffU'aw•z-\'ous "t
Kerr 'l eut le temp · de murmurer :

- Vne ballr ... je crois .. je ne ~ai" où ...
J:in le cùte, ... .
Et 11 s'érnnouit.
En un tour de main. se habit-. furent
arra&lt;.'hé~. son torse ùécouverl. Le" Chouans

, - Toul se deco111•re. d nous voict /orcliS de co11clure : comte Turpin, ~•011s ries 1~ tl11s lâche et le
f&gt;l11s vil des lrornmes ! • (Page 236.)

consterné l'entouraient à &lt;li-lance; trente
exclamations .ourdes, n'en fom1ant qu'une
seule, montèrent quand la plaie l'ut à l'air.
Tous ces hommes, ayant fait la guerre, s'y
connaissaient en bles ures. Fer en le pr ·mier
ne s'illu ionna pas; son ami élail touché à
fond.
Par quelle force d'inOcxihl • volonté, par
quelle fam-e énergie était-il rc-té debout, le
coup reçu? arniL-il, aprè , caché son mal,
continué on r&lt;ile d'hôte el de rapitaine? Ceci
reste un de c~s mystères inexpliqués de l'béroLme humain.
Toute la nuit, le uédoL vtiilla, pansa on
camarade, ahrem·a a fièvre, apaisa son délire. Le pauue Kt&gt;rret dh-aguait désespérl!ment. Le dernier é,rfü•ment , où il avait eu
sa pari, se confondail•ul. dan. sa cer\'elle deux
fois malade, aw le scènes de la [\évolution
qui lui a,·aient été tanl de fois retracée. CL
dépeintes. Dans son cauchemar, il proté"eait
la reine, présente en son manoir, contre les
quatorze arméès de la Républi&lt;1ue. À un certain moment, le roi, res uscité. lui pa ~il au
cou le cordon bleu du 'aint-E prit et le re-merciaiL &lt;levant toute la cour. EL il lui répondait, san plus d'émoi :
- ~ire, ce n'est pa. pour ,ou , mai pour
elle que j'ngissai ain i 1. ..
En uite, tout se mêlait, se di lo~uait, dans
une incohérence .... Ce ne fut plus que lambeaux
de pbra es sans suite el sans s.ignificalion.
Assis près &lt;le lui, Fer'en sonrrcail. Cet
.... 233 ...

Lomme• qui gisait là allait mourir, et, en
mourant, brisait le dernier lit'II lJUi le rallacbait, lui, Fer en, /1 la terre bretonne. Pour
la ca.u e du llauphin, rien u'étail plu: à tenlPr; tout était iunlile, du moins inopportun.
Il a\'ail fait cette décou\'erte, qui l'aYait bien
·urpris, e·c t qu'en réalité le Chouan ne se
souciaient guère des roi au uoru de quels
iJ, li,•raienL leurs bataille . Le principe eul
comptait, non la personnalité· puis les prince
ne passaient que lrès loin aprô- Dieu el ·e
prêlre , iodéniaL!es causes des plus lm!riques
effets.
A.lor ·, il allait être libre; que ferait-il ?
l;ne immen e las itade, un dnule unil'er,el
lui paralysaient l'àme. Il revit en mémoire
sa patrie 1•éritablc, celle uède presque uuhliée, con idéra ce fantôme a\'ec man uélude
el fut tenté par lui. Uui, 'il échappait à celle
dernière afl'aire, si qtwlque halle rilpnLlicaine
rie e ch:rrrreait pn de cond11. ious finale • il
retournerait là-bas, vers le nord, dans les
poy nu Lère 11ue la nrigc rend ilcncicu . Il
repo'erait a deslinée trop longm·menl
11gilée el chercherait l'i11Jilférencc.
L'au Le pointait; il po11rai1 èlre six hllttrl!S;
oudain, une expia ·ion retentit au dehors; un
feu de aIve aballait sa grèlc • ur le m:rnoir:
l'attar1uc cornmcnçaiL · les hurlements des
Blanc. répliquèrent aux hurlement· des
Bleus; leurs fu ils ripo ·tèreul; et loul de
suite l'acharnement rtiprit comme la 1·eille.
dans des démonstrations de pire sau1·agcrie.
Mais Ùe\'anl la mai 17 reur de la riposte Pl Je
la fusillade, Gilherl Boure jugea sur-le-champ
que l'adver aire était rédu.it à rien et qu'un
petiL c.lfort enlèverait la po itiou. li ordonna
l"assaul ur les flancs du rempart, el char ea
le premier.
Les camlicr avaient mis pieù à terre cl
secondaienl le fantassin. ; dan, celte course
aux. murailles, Mar1 a qui donnail de toul
cœur fut cueilli, dans son élan, par un halle
cbouannc. Il la reçut d:ms la bo11cbr, fol tué
ncl el s'ahatlil à la rem·erse. le )'eux clos, la
face p3i ible.
Dei.mpoil L'avait vn Loml,er, il en pleura:
le cha · eur mérita.il le rc~r •l de tous;
c'était un oflici r d'une splendide brayoure,
odieux aux làcbes, t:ommc un ri\'ant reproche.
Beaupoil jura de le \'enger el 'élança plu
vile; mai on commenç11il à ai-oir bien du
monde à \'Cnger.
Le rempart fut enlevé sans grande rési!;tance, les Drelo, étaient fonrhu , blessé ;
cl, pour se donner du sang, du cœur, avaient
bu Loule la nuit.
Eveuo, ivre, comme lui seul savait l'être,
acculé dan un angle du mur. se défendit
longtemps a\·ec sa hache; il beuglru!, ce îaisant, on cantique ordinaire. Autour de lui,
des cadavres gi aient. One baïonnette le piqua
contre la pierre; il roula. On le rru L mort.
Gilbert Doure entrait dan· la cour a,·ec uma
Mestre; comma il pas ail &lt;levant l'ancien chef
du premier bataillon d • la légion d'Auray, le
commandant le reconnut:
- t&lt;:,·eno, dit-il, bonne affaire!
1

�- - - R1STOR..1Jl
Et il pou. ~a du pied

((U'il croiniL n'Mre

- Elle ,·ou. atknd; 1•lle ~e pL'ncbe pour
rnns rrrryoir.
Et, plongrant ·a main dan a [IOÎtrin , il
feu à huul portant, pui~ relomha awc un lira un mé1billon o,·ale 1111'1I présenta, ainsi
&lt;r ab ! .Il triomphal.
qu'un crucit1 • à re mourant. dont l'unique
Gilbert Roure, frappé en pl ine poitrim•, reli!!ion M'ait él l':imour.
gli. n ,!an~ h urn: du cnpilaine ~uma foC'était le lemp:- tle~ portrait c·ach~s, de
t.ro (1ui, les 1cu · fou,. 'l'oilél' de formes. ne
miniatur• p,,inle , rpii trompaient l'ab n · ;
pul 11uc l'y rcŒllrrlcr mourir .•\lors, apprlanl oi1 s'a.rrêtnicnt le
u1 monillés des détenu ..
B •aupoil, qui répondait à la nouvelle de la u Cr· \lc•.irur,, di1sail l'ndminLlratcnr Permort de Unurr. pnr l'nm1onee ù • la morl Je
ol dl!S hôt do • ~inl-Lazar ,, :c CllO ·olcnl,
Marva, ,11111a )l6Lre, devtJnu enra •é, impla- nv •e de&gt;· porlraib, d'ètr,• pri1·é d or1&lt;r1cal,l~, comm:mda d'no voi. ùe tonnl'rre qui naui. cL 11e s'o.po~oivcnl pin qn'il, sonL en
porta .-ur tout If' champ d'action.
pri.:on. » 1,e mar1p1i. de Bau '"ancourl corn- Lo fou! le fou! brùlrz la lmnqur ... le parni:sait Jevanl le Lriliunal rénilntionn.airc
port:,nt, ùan no m6daillo11 d'or, l'image de
feu!
On ap,•rccvait de· faaots de Loi. mort Jan. la prim· ~~e Lanhaumi~ka, pendue à ·on
u11e gran~e nn\·erl •. Le ba.ard drrnnaiL répu- cou .... C'étail h· temps ....
Ltlicnin.
Quand le \eux Je 1hi'&gt;re rencontrèrl?Ill cc
Ccpcod:int, cillllme l'.n. nul lmltait 1 · Lijou pré· nt.J, tout son corp · Lre.~~aillil; Qon
mur,, Fcl'scn arnit ~ai ·i Alnnik G 11011\·ct par bu le se redrcs:a, il Lendit les deut brn ,
un bras; il ronnai~:ail le fcrnüer mieux que onlilianl la douleur.
les auLrc., •l cel111-ci le re. pl'ctait. li lui dil
- lle.rri .... merci! balliutiail-il .... Je.rci ... ,
~irnrnenl:
à prê 1:!Dl, JC UÎ:. pa ·é.
- Ginnm·œ, il faul "lun•r Kerr'l ... il re~-·
li ltnail le mlidaillon dan. ,e · deux main:
pir • encore ... on oe penl le lm ~er tomber lr •ml,fant · &lt;l'agoui,•. I lh:ait es regard · Mjà
entre leur~ moins .... Aid~z-moi ....
tronLlcs, , 'd]'orçant d'en pcr('er I LrouillarJ
Gynomel r:poudit:
pour conlempler, une derni~re foi~, la face
- Comment'!
idolù lrée d'une reine de ce monde; mai · peu
- Par les soulerraim !
h peu es !raits perdirent leur conlracLion voGioou,·e~ c !!l'atta la tète:
lontaire, e no èr •nt dan de la nuit, .e yeux
·e.,L Jéserler ....
C1:?rroèrenl; un !arbre fris ou lui parcourut
A cc moment, La rnix du capiltüuc orJon- le corp. ; en même temps es doigts se disoaiL l'incendie .... Fer en e11 prolita.
teod.irent, •'ou"rirent, lais~a11l choir ln di\·Înc
- IL est inuLil Je griller ici ... loul e·l imngc ....
perdu!
Et le comte de Kerret. allongé urle aLt,,
'l noun•.i; c •dai 1, , u foi ,ait cnm·aincrc; lrrpa a Jan· on r '\e.
enfin, il murmura celle phrase, 1111i ne rut
e lut Alanik 11ui rama ·sa I médaillon et
p compri e par le oomle ~uédois :
le remit aFer en. Le Ierinicr raronlail plu
- Aprè lont, j'ai cral'tlle· mes 1•i11gt !
tard que, ,111s le muluir, il ) avait aperçu le
Il con.enlit.
porlrail d·unc trè jolie dame, r1ui parai sait
Eolr • &amp;c. main· tl celle de Fersen, Kerret altière el ht!llemeal parée.
fol t!mporhl ur uu matrlas de varech. lai.
Comme le dernier de Kcrrel c. pirait ·ur
41nand les dernier· partisans aperçurent C4.l la grève, les toi! de son manoir crevaient
grou[!e en roule, comprir •nL cc départ, l'ins- sous l'incendie; el, bient1Jl, les mur.. édifié.
tinet de la vie se ré\·eilln chez eu . Barrica- par son dit- epti~lllc ancêlre, nli:lieot cr.oulcr
dant l&lt;'s portes qn~ le DJ,u n'assiégeaient t1 leur tour, aholis..~~nt uI1 témoin du passé,
plu , occup«:· quïls étaient à lfomber leurs lai ant la place net le aut ronces du l'avenir.
fa cine , 1 Chouan ballir •nt en retraite, à L , fanfares répllblicaines .aluiirent &lt;l'un
la uile de leur hôte moribond, et filère11l, rl.fr.1in ai celle 11n de la picrr .
rar-d ou tel're, . •r· lt'. grè\'l' re•t; - 'l- Toul e·t con ommé. Jil Ft-rsen à ylencieuses. buigmfos d'eau calme, iudillërenlo
nouvez ... que faileS•îOU ?
atu •1oerelles de:; hommes.
- Je retourne à tocoat par le · plus cou ri
IJl'rrii•re un rocli\lr, f.}nou,·e,: cl Fem n chemin ; j'ai sas-né mon repo~. "i von· ,·ou lez
dépo \rent le corp &lt;le 'é~·èrc d' Kerret. m'y i;uivre7 ...
Yi,·ail-il em-ore 7 Il ne Lougc:1il plu . Fersen
ui, dit Fer.en. j'accepte. De là, vou
épia le soume, le surprit 1·ger. mais e .l1 - me ferez conduire 11 Kerm.lbüe. Dcu1 foi par
lanl.
mois, un bateau, parti d s iles anglai.c ,
A.lors .\lanik r&lt;•mplit son chapeau d"eau croi.e en vue d11 la cole; ce bateau m'atde mer cl la fil couler sur la Lillo livide du tend ... ce l dans Lroi jour· qa 'il doil rnnir ....
ch f breton. A celtll aspersion, il cntr'ouvril
- Bien, répondit G-l'nouvèz; tout cela esl
le I'UJ:., rtwanut Fenen, lui ouril.
[iicile ... je 0011.Jlai:· de· chemin' où le pa- A.mi, rnurmura-L-il; i \'OU a\"&amp; de
triole n'ont jam.'li pa é. En route moncommi ~ion pour elle, i.l faul me les donne.r. sieur le comte ....
Gyuou1·&lt;'z 'écarlll, se entant indiscret.
FerstJn, 11 genou\: dan 1~ sable, !t côté de cet
Trois jour· plus tard, en effet, un mo.tia,
homme qui l'a,·ait Lanl ba'i auldois 1xmr Fer en arpcnlaitla grève de Kcrvelbüe; ~foze,
uieil l'aimer apr , Fers •n lui répouù.it, my
qu.' lanik lui anit donné pour gu.ide, martique, contre son orùinaire.
chait auprè de lui; en douhlanl ua peLit
Ct'

r1Ius qu'un r11davrc. ( r, cc cadavre, soudain
r&gt;dr's~é, lira u11 pi:tol •l de sa rt·intnre. fil

"----------------------------------prnmontoir,,, il ap •rçu.renl un lé"cr n:11ir ,
louvoyant au plllS pr'-,.
liate, Ir \'einc du 1·011 i;on!lér,, sontlln
dans nn énorme co11uillagtJ; il en lira un
bruit . trident de sir/111e; cl ce hruiL [ut perçu
du l.ialeau étran•Tcl'. Un canol se détacha, Yint
au nble. Fer. en . erra la main &lt;le, Maie et
• 'embarrp11,.
En \O ·rml fuir la rive, il eut l pr • . cntirncnl, justilié pnr l'avenir, qu'1l Ji~ait pour
jamai~ adieu à la terre de France.
Ill

Turpin 1. • Globani cnlnit, autour de lui,
gran&lt;lir ln rancune el l':11limo. i[l;,
Comme Rose DiYol l':n·~il pn:\"\J, il m ait
n tout lcpa)' it dos». C!.!u qui jusqu', ce
jour étaient re t 1s inùilJ'lrenb au lourbes
hisloires du pa· l', onrtls nnt acca.ation
rifüér'e~. naguère, de '.z:1 entêtée, n parJonnaienL pas au comte d'a\·oir a l:id18 n
snn bataillon amul le Liceuci1&gt;mc111, le li"ranl,
de lo orle, à de· incertitudes qui pomaien t
eau r :i perle. Tout le inonde él il d'accor&lt;l
pour ·'écarter du maitre d'Uar~coiôl; pour
lui r ru er le alu I de rem•ontre, &lt;1uan,) la
rencontre 1:tait iné\itaLlc.
llosc, iuconune à la plupart. h:mtaine et
mt:pri ante avec Lou., parlagcait amplement
c Ile défaH!tu- unj\"IJr~elle. Le ch!llenn s'isolail dan la r ;prvl111tion; le- &lt;;Cr ·î1eurs, 11ui
n';ivaieot jamai été dé,·ouo., de,·cnaienl ournoisemcnt ricanPu r , in oient' par derri~re,
réc.alcilrarit, en face.
Le deux « monlrés att doigt D, nerveux el
en iùI , comprenaient à mer,•eille rc·Uc• ho. tilil~, mu~,uc encoré, d l' • pril pulilic. Il·
enrageaienl dans le11r olilude ,onbail:ùenl
d'impo ·iLlc vco e:mccs, Je ehiméri11ucs repré.~ailles.
Ce qui redoublait la colère de Îlll·pin,
e'i1ail la popularité de lleraardin dt! Joyenne.
Celui-ci avait toujours été aimé di.: paysans;
a conduite dans la guerre, .a folle bravoure
lui crê, i nt de nou\·e.,u.x Lilr ,, à l'affe ·tion
comme a11 respect de tous. Partout où il pas,ait, on lui faisait fète; on l'accucillaiL les
main tendues, le -visage ou"erl : il 11ait
l'eufanl de~ villag , le seigneur préféré.
Tu.rpîo n'en douta.il pas: i jamai · la querelle éclat.,il entr le. deuxch.He.,ox, il . ert1il
seul de son côté; Joyenn aurniL pour lui
Lons les hommes, toutes le femme · la lutte,
dans ce condilioo~, 'eraiL trop iné•!àle. El
llo e elle-même, en ce cas. ne craiL-elle pa
la premi-..re contr lui? Il e m,56ait d'rllc.
Pui le retour d · G~oouve1. à sa forme lui
con liluail un nou,·el ennemi, redoutable,
celui-là, par ·on inOueuce, a farouche
énergie.
De plus, _i Cadoudal reparai sait quelque
jour, il !!tait à pr1h·oir 'lu'il e montrerait
sans gril cc pour on ancien . n bordonn~; el
quand G or •e êl.1iL sans gràce, il éta.it san.
pitié. La poi-ture de,·enail mauvai _ ; d·aulre
part, faute d'argent, el dao le danger des
roules, l' · happement était improticahle. li
fallait demeurer, ubir, en allPodant....
1

Quoi? Il n . "ail pa. tr11p.
Oan llarsroël. le heure lr:iinaienl, pénible . Bose, exaspérée ù'm11ui, pcurt!U. e devant le périls qu'elle pré"O"cnit, n augmentait l'amertume. Eli• aceaolaiL 'l'orpin de reproches in~sant • &lt;le• oorpétndle,, rùcrimiualion~ .
Quelle était .:'l vie dan-. ce nid de hiboux,
Loule scnle au milieu de. campagnes, 011 hicn
en Lête à tèlij ,nec lui, t"'c •tui n't:Lait pa' plus
gai? F.l quelle ùétrc · e ;lait la. ienne l ·onrrie
romme nue pa)- anne, elle ,;eraiL bientôt
forcée d'eu aJoptèr le ·oslumc . .:e! roLc~,
apportées de Pari. . hi 11 qne noml,r ,use
aJor . ,·Jl lroi::- ~ns. fanéô, usée. , 'eu allaient
en lamht·aux... les wlunrs etaient pelél , les
satin· t&lt;raillé., Ir :,oit· déteinte , le: fourrure' ·n.n · pùil.
Et les robe légère· &lt;le l'été, enwMe 1
ul"enirs ; li i.us Iran parent . ::aze., linon,
mou ·scline, chl11 , llollanls, écharpes ,oporeuse., ceinlurc. prm·or,.intes. ,'es pil'd~. nagu~re err • dan: un salin c.1rmin pâle, allaitelle le, chau er dan· la paille des • alm1s'!
• s •r.1nds eh:ip1·a11x- noirs, ruu:-sis à pré.:enl, l1.: é'.land d'or de,·enu rnrdt1Lre ; ell
n':ivail plus Je cht m1 ·c., di: d I haùillé , de
lionncU;.; plu· de lm, plu de mou 111tir:,
plu de galaol · tablier ; la ba1i le, la denlrllc, comme la soie, Haienl cédc au lrrnps,
el plu vite mtimc.
Était-ce Loul 7 Oh! non! (lo·c. voluptueuse
el làcb~, avar cl faslncu ·e. prnd.igu d'argent h la gloire de ·a cliair, no~e (un tel nom
oblige) adorant les parfums, le !nrds, le
onguents. les pelits pot , les peli.l flel'ons,
tout cc qui jadi ne lui coùtail rien tfan la
l&gt;oatique du iwnn d' r, no c ,i,·ail à préenL, ( st-œ ,ivre?) pri,·ée de hergamole, de
poudre à la maréchale, à la mu. eade, d·amidoa de Uollande. Comment être hcllc ans
ecla? ...
.\io·i, le' p:irfum!-, le. enleur~. les :1rom ,
suc· Je !leurs, é\aporé .• é~11noui ! Rose
lfü·ot avait ép11i c ~a provi ion. il
avail
ueau.xjo11rs, de eetle eau de
qui r nd
le teint frais cl empêche de vieillir.
Qui J"cill re,·&lt;&gt;11nue à quatre no de 1792?
Elle illliil noire, brùlt1e: embrun , oleil de
gri!vc , rent du large, lonl niait con. pire!
contre .son visa e. C'é111i1 une llo,e brune, à
pré enl, el elle était dé~oléc.
Gonrmandc, elle l1tait réduite à uccr de
mémoire les • ucres d'orge, à la heroamote,
lionbou ordinaire du feu roi Lanislas fobriqué par Moutonneau, de la rue du Cor{.
Yais, plus que toul, cc qu'elle regrettait.
e'~l11il P:iri lni-mème, ·on hruit, ~on rnourcment, on Pal:.ii,;-fioyal, ~c ihéàtrc , sc11 bals.
es tripots, se. promenades; lit, elle était à
l'aise, se scnlaiL re pirer, e:i:istah dans ~Oll
mi lreu. son cadre... mais /1 pré. en L!.. . Si
l'ennui, en biiill:ml, la poussait à la fonètre
hiver comme été, ce qu'elle a,,ait de,•anl les
·eux éutil solitaire el morne : Lindes, dunes.
grè.,·c , la mer iJJ imitée I Beau pectaclt!, en
vérité, pour qui connai ail le boulevard du
Temple, Yet"ailles, i vo11S muiez!
C'est cc qu'elle sons-tJait; c'll!, l ce q11'elle

Jè,ait. c 'Ill loi· l'heure, à Turpin 11ui ne av:Ùl •1ue répo11Jr • el bni ~ail le nez, Et
qnand, uprèm,-,111cnl rél·ollée, elle lui demandait dire km ·nl quelle ccimp ·n :ilion il
complaiL lui offrir pnur ,a beauté perdue. ~a
jeune,s e camol1; • à son profil, .es années
d'ex.il t'l de sé&lt;1 □e lration, comme Ioi·t&gt;r de
Ioule sn personne? car, il S.'tYait hien, elle ne
:'éL1.il pa' do11111'e. mnis vendue, il r !-lait
coi, ·aclrnnt sa l,011r e ,·ide; n' sul1 h.l.anl
alors que du produit Je .,.3 terri\ qni n'élnil
pa géntlreu e.
Ah l cnlre ces deux ètre , liés par nn pacte
amor:iJ, riYé 1'11ll à l'nulri: par la forre des
t~énPifü•nl.:". 11m·l • entimen! · bizarre., di-

LëS 'EPEES DE FE~ - - ,

v •r.s, oppo é, m 'm ! nmonr ltain •u d'une
part; de l'autr!', haine ou,·crtc; $OUmi c,
ponrlnnl. à certaine~ minule:, 1nir hal1i!!lde
ou par tempérament. ... llaL, le rc,,tc dn
Lemps. toujours &lt;'Il arrêt l'un Jern.nt J'aulrc,
il fa surn•illait, plein de Jéliann·; elle le rnillait, pleine de mépri ; lïm·ecth-ait; 1 J.iafouail sur sa laideur. sa pau\'r•tr, .on ale
pays, (:· !!lieux d'nra· 1trei,; I.! pous~ail i1
boul, joycu:e tle le nlir sauter ~uus ses pi11ùre , pàlir snus ' oufflet .
li avait emie de la liattr1!, mais n·o ait
pas. li rêva de l'as. a~siner; moi~ comment
C\Îster !i!lllS ell ·" n li l'avait d.1n le sang D,
c,;mm,, elle dis;,it elle-même: ell&lt;' en abusait.

r.eon

.-1 /J c/,1rlf! Nanc/te Jes hmes d'e/~. Il sorla// ses louls .te !Dn cllare,111 cra.sswx, les conslJl!rail a,·u Jts &gt;'e11x
,.i~is, les rru1ni:it. lts c~rcssJI/ awc Jts dol,rtsamo,ireu.r, 11c te Lzssa11l 1&gt;.zs de la l'Jlt~I du con/.u·/, d.11 son musica.i com"'e uri ch,i:ur Je siirafhfns.. .. li y lrountl .1e:; h·resus. oies Jofes. dei 1·C1l11ptes f11 .:onm1ts jusq11'al1ms, (Po~c 2·8.)

�1f1ST0~1.ll
1ar 11n hasard ex plical,le rn , ji1urs lumu ltul•ux et lrouJ,J, , j11ruoi" le nom d
Jél'ôme Dhot n'ét;1it venu aui or •iile de
Turpin: il a, oupçonuail p. s cd c prti e11œ
à r 'lllflUr; l'eùL-il reneoatrt!, le l'.J•demnl
harLicr, qu'il 11el'P1Hpa N'oonnu; car, jacli r.1. é lui-même, au temp où il ra ait les
au trt&gt;., den~nu nn p rsonnag poJjûque et
qua~i-111i1it11ire, il porLait maintenant. à la
mole du jour, d • mou ·tach,•_ énorme; 411i
lui J•arrai1:11I la faca el le rendaionl méoonnai, ahle.
\L ! .i, par urcrnit, llo c el Turpin •~cnL connu ce p !ril tout proche, lt•ur l 'rr ur
.'en f t x~pcréc ju _qu' 1 dêmcnce. F.lle
ét:iit dt~à rande, ' pr 1.ent que. Ul:m~ et
Bleu., 1011 ceux 11ui 1, en iroun:iient, de
pr",, tomrn de loin, n'éuient que haine
:ourde ou haine tl; I rd .
Le ·oir, l\o:e , Larriendail dans sa chambre; Turpin raisail lui-mêm •un rond, allenlil ' !Out autour du chillt-au, pui fi•rmail o
port
doublt: . rrure, à lriplt&gt;. ·•rrou .
.\.Jar ., il r :pirait un peu, rcmell, it u l •n•
dcu1ai11 la r prise 1.h·s i111111it11ude •
\fai · p rfoi -, ao milieu de I nutl queltJue
Lruil insolitu dan la c.arupn!.r11e endormie li,
foi it Ire • aut"'r Jans leur alcôve, ]p lfnail
an ieu ju ·qu'à I', uLe. El nrpin, rl:m .
insomnie. , n'arrivait pa à di Lin u •r ce qu'il
redoutait 1• t&gt;lu , J la un·cnue da eor~s.
a ec 1.' - th,m n , uu d'une ·i~it ·oudaine
ù'un Ct&gt;mmi:-;.-aire rë11uLli · in, a I lète &lt;l'un
bataillon Bleu.
Il .,,j,·ait Jan, Cl! coutinueJ état de Iran ,,,
quand il plul à Joyerme dele venir redoubler.
Gcor e , trar(l1é, m, l"r: l'amnistie, de château en rh hau, J r rn1 en fürme, de ,iJJJ gc
en \'Ïlla , , rel.a rdai t for&lt;"i:m1.•n L . n ·i il· a
LOf~)al; le b . , li ·r 'impatientai!.
, opn I ouler le · jours :ms résnll.u, il
r,: oluL do hr11 qul•r les événement.:, pnr une
inlcneution dir cle. Cel il ·te brutal, dr,rmi:
lono-tcmp., il le mcditait, mai. il oompt il
na ll!\rc le foire concorder ave • l':mivée de
Caclondal. Pui~que cclui-·i, san. •· · emp\r.h 1, n, pouvait eO-cctheml'nt r ·p,.mdr • à
011 nppel, n'y Len:mt plu~. il alloü rwir eul :
dli.,nJrail qul pourrait.
1~1, dan re hnt, un matin. T11rpi11 Jc:,il
descendre Ol' cbc\'a) au milieu d,, a co,i r,
pui pénétrer délit, ·rém 111 dans llaNX&gt;él; il
Faillit en rlrnogler de roli•rr, f:inl la eeousse
ful riolentc. Ro • étnit ac onrue, curieu ,
t'mprt'. ée; il lni ordonna de rc azn •r a
('bam br ; lie hou , a le. ,:paufl,~ et n' n fil
rien.
f~,rnanlin, 1,ou cul nt une C'r\'aole, entrait cléj:1: bien qu'il , \•fforç:il au calme, à la
court.oi ie, il :laiL éndrnt quo lui au-.i
n'a il p:i lout . on sang-froid. " défiant di!
n violen ·t•. il ex:i •éraîL ln poliles. e; elle parut ironitJU .
L' Glohanic le r o-arJail ns mol dire, san
r lpondr à
sn lui d'ancien courli,-011 de
\'lll"t; ill . ; n . , u unlraire, multipliait I •
17

0

r .\' 'r

OCl'S.

- Eb bi n ! mon ch r comte, diL l'llfin
Joye11n ·, on dirail n;Ûmenl, à ,·otre min,;,,

que ,·ons n'êl ,, p enchnnh; de me rnir...
pa. , i it(' promi e 1... Ne ru 'au ndi"MOus pa. L.
Turpin ra\'ala sa ~ali c cl, d'une rnix r 11qu •, r 1pli11ua :
- Je n' \'Ou· allC'ndai pa .... Jen~ uis ni
content, ni r.l1·h: de \'OU, ,oir.... u'y a-l-il
1 "c ·t-ce

pour \olre. rnice?
1e,:mt l'éul(,tion ,i:ible do mailr • d· l' ·ndrnil, Dernardin, p:ir oppo ilion, '-l'lllil uhitcmcnl - nerfs nouil · ·e ch!lendre cl ~·a. ~r,uplir. e ful Ju Ion 1· pin naturel qu'il
pLrnsa cc 1111i nit :
- Le Globanic, nreHou donc i courte
m,:moire? l\c \ou · u,·ienl-il plu · de no.
bons entreli.cm,, quand nous éLion fr re ·
d'.1rm ? . 1! ,011 ai-je pas, alor..• c nl Jniconlié •}Ue j'aimai olrc .œur, Clautlin '! ...
I.e , i ag 1fo Ro 'C Di1ot, a lm ~o. resplendit d'or,,.udl à œ propo . Turpin ~erra lrs
poin,..,·.
Jo)· itn continuait :
- ... Que je l'aimai , (~a "oix. '.•nn ) d'un
amour immen~e, rou, san mélan"P, . :in
ré C'rvo, qui n'admet pa d'obstacle ... '! Toul
cda, l'nn z- ou donc oubli 1 comrue ba!!akll1• :-an import~nce? Quoi qu'il en oil,
aujourd'hui, je nis ici pour 1·ous le r:ippeltir,
pour l'onfüruer me: ai1•u et. je r ph&lt;',
ob •nir la répon qui hmr com-inll. A pr ·,_
senl, j' vou :coule, :i.vecmc dctuorcille~ ....
Le Gloh nie, perdant toute pr l ·enc,· d'e ·prit, en n aot con ·cien &lt;', ._e tourna Vllr Uo e
t lui li,sn :
euil11•z di r
HIii
a r,1 en ri 11.
111 la grimac· • et arda le ~ilenr.e..
\lur_, Bern:irJio, &lt;écbau0a.n1. imulanL
l'emportement d·uue p.,i;~ion onlrariée cl
Jcçue la le • rnmcr ée, l'œil 0 mhant .ou
lo. ourcil rronc :,., déclara :
orn!e Turpin, nrnlITd noire amitié
p:i . te, J,
menirs 11ui nou lient. je ui
olili é de reconnai1r- lJU' n
moment ,·ou.
,·ous jouez de moi. J,3 maunûse foi ~ l Uarant.e. Madcmoi. lie ne peut démentir ce
111J'dlem'adiLil y aqueh1ucsjour-; ce qu'elle
m r ~péterait i ,·ou n.. liez pas I' 1 Pren z
rJ •! rotr. déd~in pour moi con litue Ull
uulr, "'e, je 11'en upporll' pa ..... Que me reprochez-,·ou ·? Puurrruoi w'érnrtt·z-niu de
parti pri ?
Ln iluation était à ce point bizarre que Le
Glohonic, loul eu ne oupçonn.ant pa 1 ~-1..
ritaLI iuttnlion Je SOQ ,i. iteur, n'arrirait
pas lt c convaincre de la ffi!lilé. li murmura,
i11co1bcierum nl, maforé lui :
- Mon i,·ur, ce .cz ces plahanleries ....
Joy1::n11e lla.mba de plu belle :
- Pla,·nnteri •.• niooi..ieur'1\"ou .ave;:11ue
je n'ai 1amai menti i eh Lien, je Jéclar , d \anl Dieu, j' fai. serment d rnnt ,·ou;; 11ue
j'aime ~otrc ,œur plru 1JU1· 111•N)Ulle au
monde c1ue je snis cm 1'1r • aim I i que je
l'épou crai rnalgr,: mu ... malgré le di.ibl •
\olr ami!
!\ose . '1•od1m1lait de plus en plu . Elle fil
un r:i~ w1-. Bcrnnrdin. Turpin la saisit p:ir le
bras, la tira en arrï•rc ; pui • 1/h:hanl tonte
1

0

no •

.... 236 ...

m~ ure, n&lt;' pou,,ml l'Ollh·nir plu: Ion emp·
1a ra e lJUi l\itoulfürl, il da.ma, d ,·cnu lividc,
les ·c111 11gla11ls, hidru , il dama :
- l&lt;.:t IDQt, je ,·ou r ·pond 1rue jo ui· le
mnitre ici; tjUI' je 11 'ai de. rtlÎ'on, h fournir à
1 ·r onue ! Que jl" ll(• wux pa. de Jnyenne
dnn ma fomill •, . :'lrJ~ plu. J'cxplicnlinn , et
411c, aim:rn1, :iim I peu m'imporlc, je ,011
pri" d',·n finir •l de me rain• œlle r l'e : de
,·id •r l.1 plac·i• .... ...,inon ....
- inon?
Vou. ,&lt;'rr,•z.
- Vo1L ru cha .. ri'?
- Oui.
'rsl ln gu"rr •'!
i vo11 voulez ....
Joyenne ~ 'ét.ait calmé comn1e p;1r mirachi;
il ajout.a. ué ..Ji"cmru1ml :
- Ce devait ètr: , ini.i. i 'ous ne ommc
pis !nit pour nou: cotc-mlrl'.
nrpin s'étonna d ce oud in d,an;!emenl
de Ion el cl'atlitudc; il
C%.:ilait d1:j:1 ù .:i
belle ém~r••1t&gt;, . ft~uranl avoir iutimidé,
dompté cc Ir'· jeune bomm1•. Mais il n' ul
pa. le temps de 't!pnnouir. C•lui-ri, 'ndr •s_n11l • Bo,, a,ec uuc J1:rnièrc tl'Mr•nre
pour sa qu:tlité d femru •, prononç.,il :
- Mad moi eUc on madame, je rnu prie.
de nou - 1 i. · r ·n lêh; à tête monsieur et
moi ... , il Joil écouwr ,eul ce •1u'il me re, le
à dire .... . o · z lntn11uillc, dan, in,1 minute:;
je \-'ou le n ndrai pour ton jour· ... , . ïl pl:iît
à Dieu!
.:'ur c •Il pbra · • mr~1Jricu~e, il accomp11~nait fto •• troubMc, jw,t1u"!t la ort.i . Elle
e lai. sait faire; è rrlir.1 intriguée, in11uiiltc,
m,i n'oanl r1H ttr. Elle n'alla pa· loin ;
derrière 13 parle, elle pr' il l'or illt. d pul
sai!&lt;ir clair&lt;.&gt;mrnl le . uit' de l\·ntretieo.
De plu· en plus dé,i11111he, Bernardin re,inl à 1. Glohariic.
- Alor,-, comme ç.1. mon cher comte. c'e,1
irr ··rocal,I"; lOU - me rcfu. cz ·otr, sœ.ur?
- Joye.rml', th Turpiu, 1 dent serrée.~,
je le rr•pète, aHeM·ou. ·&lt;!n l
- Toul à l'heure. PL :111, 11 1. ir de retour.
Je ,·enx d'a l,ord mus offrir qucl1fU '· !clairci ·. ements m!ces. nire . llar rnel, à ,·rai dire.
LLte.n luin de ParL, t1' • t-ce pa 1 et il _ !
naturel d'e. p~rer quu ce qui e pali c l/1-bas
n'aura pas d'écho 1&gt;3r id ....
\. cet exorde d"un nou1· au "rnr I l',,m:int
de Ho Ire· ·aillil impcrceptiblernenl. pri~
d'in1111iét11Je i le jeun!.! homme con i1mail.
toujuur.- léger :
- A plu tort ra.Lon ehcore, quand il
'agil de }Jontpelli r ....
Turpinhlèmit au poinl 1p1e le hJ.,nc: &lt;le e
·eu parut j:iune.
- Et d'un COU\' •nt, d'un cloitre, fermé dn
côté de 11 Lerti?, toujour oumt du œtr=
ùu ciel pour y lai, cr ru ulcr le âmes déli,i-é • .... \'011 "ou figuriez que J
mur
séculaire Tarderaient leur ecrcl, le ,ôtre,
ecr •t d "infamie? non pns !. .. tou l e décom rc
un jour et nous 'l'Oici forcé de contlu.re :
Comte Turpin, l'OU · êtes le plus lâche I le
plu - il d Lonuu !
' ou relie apo lrophe 1. ncée en tcmp itc,

" - - - - - - - -- - - - - - - - - - - - - - L Glohanic rccn.w. pli· t&gt;n d •n. ; qui donc
,·ail i hi1'll ren l'igné Joyen[ll•? lai n·luiri Ir. don1in:1nt d11 lout . :i taille, l'écru anL
' la rucnaœ arJcnte de rnn gt, te, c ·,s:ut.
cou
;i)n jen, cl l'arc.11ilait :
- Has Ür1•1-vou:; ! je n'aime pa ·, j n pui.
aimer celle îcrnmr, llUÎ ,·it i i. dont j'ignor · le
nom, qui n' 1 pa· ,·otr .œur. u10~~-:i_eur.
niai l1ie11 rnlrl' mn1tre.s e I Cellu que J ,um •
la ,raie Claudine d'llarscoël, ,·olée p.1r Yous,
,lépauill ! par mu , ~acrifiée par \'OIi • l e_11
1irt~t ·, ch, :r. moi, dan mes mur_-, depm·
tantôt i moi Le (·1mve11l clu Cah·aire n
rendu \'li ,ictime .... J, la ferai reconnaitre
Jc\'aut tous; Gcor e. 1·ient dans cc but; il
:,, il. comme moi! If autre. a,·ent aus~i ; le,
: ·nouvei, hoik, l\za, cbe-t 11ui Claudine
~•en int frapper, mourante. Ah! "CÎ rou
confond, ,·ou. f"t&gt;D\·er e?... Yotrc nttilude e·t
COl'-Of Uh 3\'eU ! \'ous VOU
croyi Z ÏI jamai,
dt-1iné de ]a tri. te Cfaudin : vou compli .z
. ur l'impuuil \. •rrrurl r· serait trop l'Ommrxle, si le trim i. pouvaienL re Ler · chr·
ain i I foici le rand jour, \'Oici Ir. chàtim ni.
Vo!b ile prk ... I.e c.on cil tl\!s Chouan ,·11.
d fcid" r de wu,. o ·cz ·rtnin rtu'H er ·an
pitié, comme wm" Le I11le ,·ouii--mêrnc.. Ce
&lt;:rra ju tic ; mu tes p rdu !
•
•
L comte Le GI hani ·• , l,a,-ourJ1, atlt:rr .
~cnlanl .t,. jamhP ,e tléroù r ·ou lui, ju ca
d'un ·eul coup d'œil l'éwndue du d ·a Ire.
C'étnil la lin d tout, l'1foroulcm nt. L'hmre
onnait, l.anl redoulk. de dL'lrge :i.cca1.ilanl ,, de convicLions tragiqu ~. des xpi3lion ·11prèrn11s.
caucbeinars de mill"
nui~ devenait!ltt réalité. immédiate ..
a "acilln: ferma le· )eu ; puis. ,ouJnin,
. r idi~, ot, relronvanl un d ·rni ·r cour "C
Jan: la t'rlituJ,. de I rlt!, il ,·oulut tirer
son ép,' •, l'i.11,ëe de fer 11ui ne lcquillait pa,,
~I i Joyennr, l'rmpoi manl par llTI hl'll,. 1·
dé.arma comm un nfaot :
,
- J n'am·plc pa dedud a, c ,·ou . 011
apparlr'Ilez au Lrib~nal J •' Cho~a~~,
Et le rlunalier Jet.a, pnr b lcnelrl', 1epre
du comte Turpin, (!UÎ fon d'humiliR_tion, do
dé , poir el d'impui. :mec,
roul:111 ·~1r_ le
ol. ha"ard, :pileptirp1 . Joyenne le coru 1de-r:i1
une ~econde, 11: cœur oulevé de d :goût, pur·
orût i1 pB lent . 'a t.\che était rc1nplie. .
Héla I il uu pré,,o ·ait n:11èrc ~uelle _11\-:nl
éw :,OIi impnuleuc,• ni quïl . •rtall de ·'''ni'~
Je dcu. m~in ·ou .tl'rèl de morl et celui
de. sien,.
Il r •tiril J&lt;Ull cl11;1··1l el i,'eu all:.t, pai'iL~i•;
la.i~saul derrière lui l't:pouv1111tc a,·l•(! '." ha111e
combiucr l,·ur ,·en•• ·am: · l la ru,m du
I'~ 'S,
lln,e rentra. Turpin 'étailr&gt;lc,·é pour lolll1,er ur nn . iè c; il )' hal l:tit. Elk &amp;\'ait LouL
•nlend u, efü ét:iÎI füidu, elle aussi; e a. péréc
d'avoir t;té jom:1:, terri liée par lcl&gt; m,:naccs ~c
ra,·t·nir; 1\ pr · enL, •Ue Jél t.1it llern:trdm
llu même cœur c1ue Turpin._ El_lll c l'.lanta
&lt;lcvaul celui-ci, L, la VùÎX lur1eus ·• 1nter-

- rom,

1 ré ultnt de ,·o~ bel! - prom ,. _.! ••• Tétai. heur1·use, - tranquille, en
tout cas. - d in ma LoulifJne, :ll'ec J ;rùmc.
l) ·jeum·· ,, n'
venaient q111 mil faî ienl
la cour. J'a.urni5 pu vhre à ma gui e, •Jl douceur, an - éclat. i,ans drame. Vous ète l'enu
m·y chercher. Yom, m'in·ez offert la joit.&gt;. l_a
ri hl"~ , de l'or. Je· cbàlcaux, uo nom 01di anl glorient .... Yol,:, ilet \ra.il. .. On_Jl.'vail loujour rire. loujour~ chant,•r. ,on.
vous vantiez d · mire habile!~, ,·o. pr~cautions ,11aienl ,i Lien pri e . ... El moi, stupide je ·ou· ai UÏYÎ. pré~t•lll, •tut? \ -l-il
arri:•r1 'o Breton·, vos saul'ages (die n'étnit
pl11s royaliste), ,o Choua!1 • e' sl lOUL dir:,
. e touroPnl conlrl, non . , otrc ·œur •l ortie
de a Lombe. Vou .-crez fusillé ou pendu;
r gen ont i mp1ac.,li! •s ; •l moi ! el mni !
• '1. Jc
\'Otr
,mpli I Quel . era mon u.1 ttu
n'oe y ·ongerl entour•· de Lrign11J, .an,
secou~ po . il,le, nou pon,·on. compter no
dernier jour. l faire no h,lamcnt..
Turpin, elfomlré ur :on i~"'e, le· regard·
da.ru; l • \;dr, ne hou e:til toujonr p . , Elle
'en.ra;::e.,, le coua par l'éJ, ul '·
- Maj · r~mucz donc! r,t &gt;s,-vous 3s t~l
làch, ! Alor vou • all 'l non - la' "er :b ·a.s~incr
comme ·cla'!... \'ou èlc ' un homme, ponrlanl, un chef Je Chon on · ! \h I c' 11' ~L pa:
étonn:inl &lt;1ue le r :1111l1lic;u11s füll~ liait nl _ur
Loult! ln li ue .... Gonlre des ,aldols comme
vous, de~ enfant. 11fri rai1ml. uelle houle!
i \'Oth ,·ou té ·i •n ,z pour ,·ou • . m· ·i-mo1
tout au moin. ; vou mil l • Jc\·~z hi •Il, j •
pens •! El dir~• quu, &lt;l gai •l~ Je cœur,je ui:
ro, :
,·enue we fourrer dans • gu pi •r. dnn ce
_ ÊtPs-rnns c.onlt&gt;nl 1
pays de loups! Paris vn.lait mi~ux.' même aux
li re tait muet; elle monologun, pcul-èlr1: plu rnaurai jour ; (IU pou,a1l $ · cacher .• :.
ruoi!'I. 1.onr lui &lt;JUC pour clk:-même :
lei'! on • l ,•u d, p rtoul .... 11 1·a falloir
0

0

0

mourir l.., Oh! ,·ous, c'e 5 t t,:en rcr~ain/ oh.
moi, r.'e.:t bien probable .... Granil !lieu .. ,
Elle 'apilorail ur on ·art, . e ~1 tln_1l a
gémir, ~\:pou" aLant un peu plu. ,ma mer
l:t i111atioa. Turpin. li! \'Oyant prèle an
J:irme , . ortit de a torpeur.
.•
_ rai -toi, dit-il: ril'n n' l perdu···· .J 1
ré0édû; J'ai lrouvé.
a dtlS UIOJ!ill" ••
Ro·o Uivol ecoua la tète, mal convaincue,

ny

défi.une:
- '1'11 di ,·ela ....
- Jt! di· 1 vdrit.t!. l.l'abord, on peut [uir •
- Où'l commcnt1 le Bleu
nl partout,
le Blancs nous laiss •ronl-il allur'I
i l'on ne peul p:i f11ir, r~pon~it lcnwmenl I noble ·ei n"ur d'llar~coët, tl rc·t

l'i

an tru cho e.

- Quoi?
ll la 1hhi :igeait, hésitait , conl1er 011
. ecr t à cette àcnc incon i La.nie; pui.-, pour
la ra ,urcr, p ur é ilcr se· cri.. , pleur.,
il décida· brutalement, ile pliqnn :
- Ou p~uL tourner ca' aq,w, p1s er à la
Rép11bli,1uc, dénvn ·r tout l,; pn}'' t:omm:·
rt!bdl,: le· OI n l'Î1mdro11l, nou · ·erM J~livrJs. ~ettlewunt il fau1 e pre er.
Rn.-e Ui,·ot n'a,ail p1: uue uoble nature;
die t:l.nit cou Lumière d •' plu ,il".,, pcn éCj;
dfo n rr yait à rien; . c mo pi lit ·mt.-rn J,,
roi r1ue ùu llir cloirP, et pourl~n_l •lie ~rl!,-,:mt,,, e,itom. q111lc. Turpin . oumlll en ll1:;:111t
c la. Ellr lui répli11u.1 impl •menl :
.

- J'avai- une p1une opinion de toi. mai:
Lu Jopa:s, tonles Ill" ' idJ . . ~·e,l ,dég_outant!. .. Enfin. j c •la put nou tirer J alf,ur •,
comme ç:i. mi me re" rde p1 ·• füi 1•itc.
- J'y ·on I dit-il; ~oi· c,1lmc; 1 i~ ~-moi
ao-ir,
'ur œs bonnes paroi ·, il alla dans la cour,

�1f1ST0'/{1A

__________________________________,.

rama ser son épée. Ellt était Ùans ln houe. et
c'était . ymboliqnc.
Le soir même, Torpin, silo! la nuit tombée, poussa, loul cul. une reconoa.is ance
dan ' la campllbtne. Pour .ortir du ch:llcau,
h:ili rnlrc la mer el le village. au bout de la
prc, •4uïle, il n·y avait qu'une longue roult&gt;,
élroÎll' au délml, qui "élar,çi . ait \'ers le pont.
Ut .-e rmnai't l'ac .;-. ' de Locoal; le pont
b:trré ou occupé, on ne pa. ail plu~. C'éLail à
la foi' une Llét'en e CL un dan&lt;Tt&gt;r. nn pou,·aît
empêcher I' nnemi &lt;l'entrer. L\mnemi pou,·ai l \"OUs empêcher de sorlir. Ce pont, ur la
lerte mè,ne, était néces ·ité par de sa.hies
mou\'ant~, infllLr&amp; aux m:m!es, où qui e
risquait . 'enfü.tit an retour; endroit maudit, illustré pnr cen Llégendes; eutre :;es pile ,
il rcrnnail de à rues.
Tul'piu 'approcha du ponl: il était libre ...
per onne ne paraissait ni d'un côté ni de
l'nulre. li re pira. La Iuile otail po sible. Il
revint au château.
Il.o'e l'y atlendail, prète au dépnrl; elle
avaiL en perspeclive, i l'é1•a ion réu i~ ail,
une nuil d'errance à travers cliamp , el l'inconnu du voya e. Pér-il partout. Elle était à
h foi na\"rée el furieuse.
Elle uiviL J.e Glohanic; il •'en allait, ans
arme apparentes, pour ne pa éveillt&gt;r le
oupçoo . Mai~, outre on épée fidèle, sou
son manteau, il cachait des pistolet.•
prè une lougue marche, et dix alerle
fausse . ils arrivèrent en rne du pont à lrois
cent loi ~s du moulin de Gynou\cz. Il était
loujour déserl. Mai c1uand ils approchèrent,
il leur eml,IA, dans la uuiL claire, voir mi
mou\·emcmt d'oin.Lre ..
A tout ha ard, ils s'avançaient.
Bru ·quement, ."élevant gra1•e ddll le .silence, une "oil les avertit :
- Qui va là 7 CeUI. qui e carhenl pour
orlir du village onl de mam·ai de ·ein .
C'était Alanik qui mont~il la garde. Turpin
se rejetait en arrière; Ro·e Divol courait drjà
vers Uarsooët: il · y rentrèrent, conl'us, humiliés, désc_ pétés au i.
A.us ilot la ûlle de Paris, liicbo.nt o. bile
encore une foi , criait à son amant dét t t :
- .\lion , lini·son -en! J..ppeUe 111 Bleus,
qu'il \'1enneot, qu'ils fo,iUcnt tous ces
ruetU-là. Joyenne le premier: el 110 'il nettoient les roul.rl ·.
Appeler les nleu~, c'était ai é à dire ;
mal$ dans la . ilualiou du comte Le Glohanic,
c'était plu· ditticile à faire. Communiquer
avec Vanne~, avertir les chefs du di !riel,
oui; comment'? Turpin n'nHitpas un homme
de couf1ance ; el pu1 , en eùt-il dix, que
ceux-là, dé·ormais suspcct.s, n'auraient pàS,
eux non plus, le l11i:iir de gagner la campagne.
Alor ?
Il s'n · ombril. Rose remarqua ce nouveau
nuage au Iront de son complice; Pl, maintenant, alarmée de tout, précipitamment, elle
l'interrogeait.
- Qu'esL-ce que lu as'?- Qu'est-ce qu'il y
a encoro1 Ne me cache rien ... j'aime mieux
savoir que me faire des imaginations!. .. Toul
cela finira mal, je me tourne le sang.... Eh 1
1

0

bien, parlera ·-tu, au lieu de rrrrarJel' la
lunel.. Parle donc!
11 rnàrbonna :
- )lai non, rien dl' grave ... seulement
j'ai he oin d'un courrier, d'un courrier sûr,
el je ne ais pa trop &lt;1ui employt'r,
Au premier abord. la réponse parut, en
effet, san irnporlnrtce li Ho ..,.; elle chercha
dans s:i tête quel iudhidu pourrait faire !'office? Et alors, en cherchant, elle •'aperçut
•1u'elle ne trouvait pa et que ce marn1uc de
.erdteur~ fülèlcs était ,,.ros de con équenœ.
Elle rronça es noir sourcils, tapa du bout
du pied ln Jalle en murmurant conrnlsivement prey1ue ;
- Comrncnl faire? Comment faire 1
Uni anl leur efforts, ils s'olistiuaient,
s'acharnaient à inveulcr des cbo es, de
hommes même; rien ne les satisfaisait, car
ri n n'était satisfaisant; ils tournaient incessamment dan iin même cercle, en lomhaienL
nui redites, rabàchaieul de otlise .
l)e rrucrre la e, au milieu de la nuit, il'
regagnaient I ur chambres, rem ttanl au lendmnaîn.
L'aube pointai!, quand Turpin, qui dormait
d'un œil, fut éveillé progre irnrnenl pal' une
sorte de compl.iinle, pourtnnl plutôt berceuse,
p almodiée à voix b1 · e el monotone, ous sa
fonêtre. Dan le trouble de l'éveil, il n'y faîbail guère attention; d'autant plus 1111e la
chan~on. jadis tout au moins, lui élail coutumière? Peu à. peu, il la perçut, di tincte, y
prêta une oreille consciente; et, subitement,
bondiss:mt de on liL, il criait à Rose qui
sommeillait encore :
- Ro e I au\'i{ ! nous ·01Dme auvés 1
Elle se dre:;. a, car ~es peurs . ecouaient son
indolenC'e; el balbutia le ye.u gros de songe:
- Quoi? Qa'esl-ce que c·e t? 'auvés?
CommenL '/ Par qui?
Turpin dé igna la Ît'Oêtre; il J''1u\·rit; l'antienne se précisa, toujours rabâchée, par la
rnème rnix doh:nle; c·r.~it l'Ai•e il/al'Îri et le
[ 1aler No.jlel', récités sur un lon laroenlable.
- Koz A kouro I dit iruplement le comle.
Rose approm'a d'un sirrne de tète, elle
avail compris.
C'était le diable qui leur envoyait ce chemineau dii;paru depuis des moi , qu'on croJ·ait
ruort; ce chemineau •1ui n'avait qu'une -vénération au moode. singulièrement placée :
Turpin Le Globanic; qui n'était capable de
LlévouemPnt que pour un homme ici-La , ce
même Turpin; ce chemineau. que le paysans
de Loc-0al, des villages voisins, jusqu'à t
passé Vannes a1·aient l'habitude de voir circuler librement parmi eu1; que 1ml ne ongerait, pa mème un sergent bleu, à arrêter
en route; el &lt;]ui, de la sorte, llt pour toute
ces causes, pouvait ètre chargé d'un me age
el le porter au but ans dJfaillanee et an
accident.
Penché à sa renètre, Turpin lui cria :
- C'est bon, tais-Loi! alleods-moi, je
de cends.
1,e vagabond uspendit ses ljlanies et 'as it
ur une pierre; du bout de ses deux bàtons
il troltait, creu.ait la Lerre, Loujours quelet0

... 238 ...

Leut, dépenaillé, avec la mèml! face cmbrom!'ail!ée, jaune ou;; la cra e, où senl des yeux
vivaient.. ..
En robe de chaml,re, le cheveux emmêlé·
et dres és ur la tète, comique et laid, Turpin
le rcjoignil :
- Eh hicn. vieux garçon? voici bien longlemp· qu'on ne l'a ,·n !
Koz Askourn braula la têle; un oupir de
·oufill!L de forge ·exhala de a mai 0're poitrine; el sou air ful si naVl'é que le comte dul
s'en apercevoir.
- Tn as eu des malheur 1
Le ,·ieux répondit :

-

Oui!

En effet. A force de voler les mort , Dla.nc
ou Dieu , de butiner, grappiller, rapiner,
marauder sur le champ de balaillc, de fouiller
les décombres, voire le' cendres des manoir
incendiés, il avait, peu à peu, ama.sé un
magot, qui, pour lui, représentait la fortune.
li possédait, cachés dans on vi u, chapeau,
alourdi par les pluie , roussi, br1ilé par le
so) ,il, pelé par le Lemps, galeLU par luimème, dix loui· d'or, rama sé dans le sang;
mais qm luisaient el onnaient clair; dans
·oo bi ac, iJ po sédait, en pièces d'argent,
une somme à peu près égale; chaque pièce
oigneusemcnt emmaillotée de cbiil'ons ou de
papier, pour qu'elle ne Lintàt pa au choc, et
ne e trahit pa en route.
Avec cela, la Yie était belle; tous les oir.,
couché ur la lande, à la clarté blanche des
lunes d'Jté, il sortait ·es Joui de son chapeau
cra seux, les cou idérail avec de yeux. ravi ,
les maniait, l~ caressait avec des doigts
amoureux., ne se las ant pn de la vue et du
oonlact, du on mu.ical comme un chœur de
séraphins; il 'en saoulait, 'en dnlci6ait et
'!!n héati6ait; il y trou,ait des ivres· s, dei;
joies. des voluptés inconnue. ju ·qu'alors. Il
aima ·on or comme un jeune homme sa première maitres e; la possc ion le comblait de
délice .
Pr, ce fat celle pa sion qui le perdit. La
plu simple prudence Jui con ·eillait de ne pas
porter sur lui ce magol compromeltanl, cet
injustifiable trésor. I&gt;epnis longtemps, il avait
résoltt de le confier à la terre ou de le cacher
au creux d'un arbre mort, d'un rocher ·olitaire; dan un endroit connu de lui seul, à
l'abri de· convoiti es et de curiosités.
~lais, chaque jour, il reculait, remettait au
lendemain; TIil pouvant se décidPr à se séparer
de ces beaUI Joui d'or, où il admirait encore
le portrait de ·on roi; il lui emhlail que,
san eux, il n'y aurail plus de oleil au ciel,
plu de gaieté sur terre, plu d'e poir nulle
part; et il tarda i lon"temp qu'un beau
matin le guignon s'eo mêla.
Ce jour-là, il passaiL par Kergaël, bameau
pouilleux et dé olé, où les habitant !am~
ligues, à force d'avoir le dents lornme , ressemblaient à de loups. Les enfant , hâYeS el
décharnés, de race mauvaise, étaient cruels
d'instinct, lorturaien t les bètes et se mordaient
eotre eux. La misère, la di·clle enrageaient
ces gens-là; petits cl grand n'avaient jamais
eu, un seul jour le ,•entre plein el rebondi.

,

________________________

- rr

Le \'agaùon&lt;l, uu peu soulagé, moralement,
dm •· Hthreusc , secouaient, déd1iraieul le
llé. hérité , ib hais~ait!nl. Quoi? Tuut.
par
.es coa.fiùcncc ' l CO:P réconfor~é
Le hommes, dan. la guerre, :ous .lncque · chapeau recéleur .... Puis, ((lland il. ful ~er- un repas pour l11i s~lencl1?c, . e r~pr1l :i la
Eveno 'étaient montrbi particulièrement uin qu'il étail vile, la meule gro sie e Jeta vie et "roroa de satdact1on. As I Mtr sa
0
0
1 •
~
rêro~~ , prodinuanl
la souffrance comme une sur Koz A.kourn.
0
on I.Ji ac luî [ul pri de force, oun•rt, pierre, enlre .on écuel c nde el ~a ta~ e ,
rernnche. Les fom(l)es, derrière eux, dan les
demi pleine, il essura sa barhe d un _revers
combat· lim!s am. alentours, acheYaienl les renversé, \.'Ïdé dan la l,oue; el des chilfo11s, de manche, et leva des yeux reconna1s,anl:,;
Je boules de papier, lourde d'argent, s'uparblessés.
Il se ballaient pour le rama er, snr le comte Turpin, debout devanl lui.
c· ~tait un rama ·is de brutes obtuses, pillèrl'nt.
- Ça ,•a mieux1
d'ùmes aveugles, mue· par les pires nppélils, se prenant au. cheveux, e rrriJJanl nu visage.
- Oui, gro 0rnafo "ieillard; ça fait dn bien.
les inconscientes rancunes des miséreux ans Le· femmes se montrèrcnL les pins tolle. et
Turpin E-ongea; c'est le moment.... Il
les
plus
enragées;
tout
ce.la
sans
u_n.
mot,
lrève; dans lenr éalise nue, ils glariûaienl un
Lou·
a, as ur:i sa parolr, et, d'un air détaDieu, an le comprendre, par terreur, par rien que de cri , des grognement 1mstre
ché,
pr_oposa :
operstition, comme le nègres d'Afrique et trioruphant .
- Ecoute... le paysans l'ont pri lon
Et
le
,ieillard,
éperdu,
\·oyait
ain.
i
s'en
vénèrent le olcil. u, le craignaient, ce Dieu,
argent'!
ne l'aimaient pa . Peut-être concc\·aieut-ils aller à jamai on or, .on argent, on seul
- Oui.
l'enfer, mai~. à coup sùr, ils ignoraient le amour, on unique joie; il upplia, pleura;
-- Tu !car en veux?
ciel. La charité, surtout, restait, pour eux, on ne l'écoulait guère.
-Ohl
Quand
tout
fut
partagé,
comme,
dan
lettre clo e.
- 1 n Youdrai bien retrouver lon argenL
Chez ces sauvage , le vol s'appelait l'occa- sa colère démente. il menaçait ses voleurs et te "enger d'eux'?
sion; le meurtre, la loi de fort : ils ne res- de la colère de Dieu, du diable, du loupAvec plus de force encore, le vieil homme
pectaient que la violence, sans notion de garou, des fée un pay-an po'a hrntalemcnl cria:
droit, ni de justice. li étaient le de ccndants la main sur a maigre épaule :
- Ouil
- Va-t'en, ou gare! Tu as volé, on le
tationnaires de ces Celtes complu-, p1mdant
- Bon I répondit Turpin; 11 y a peut-êtro
vole.
Tu
n'as
rien
à
dire
...
file
à
présent!
de . iècles, aux humains sacrifices; ln vie, à
un
moyen. La somme i1ue tu as perdue, ·urLe chemineau hé'ita .... n ne pou1ait se
le~1r !eux, était Lrop douloureu:.e pour avoir
toul
en ce temps d'assignats où i'argl'nl el
décider à lai .er derrière lui sa fortune extorquelque pri ·.
. .
l'or
ont
centuplé de valeur. est trop cou idéD'ordinaire, cependant, il· accue1lln1cnt quée .... Mais il était seul ~nlrc cenl bri- rable pour que je pui~se la rénnir; mais j'ai
sans méchancdé les chemineaux, tous réputés gands, doublés de cent harpios. ur. une d~r- cinq beaux louis, tout neuf:;, qui seront à to!
un peu orcier , par pear d'un mauvai- sor~. nière malédiction, il rama1 a on ln~sac ..,,ide si tu veu. m'obéir el faire quelqne chose qm
S'ils ne leur donnaient rien, ils leur souhai- el s'éloigna, lremLlanL .ur ses béquille , des te v~gera Jes Chouan'.
.
.
LaienL bonne chance plus loin, ne les moles- pl •ur coulés des Jeu·,:. .
Le i·eux bais,és à terre, le mendiant re·Dao son do courLé, 11 reçut une volée de
taient pas.
taiL sans réplique. Enfin, htkitant, il dit:
~lai ce jour-là, Koz A kourn jou:i. de mal- pierres, on le recondui ait. A l'orée du vil- Quoi, le quelque chose?
heur; comme. deboulconlre un mur d'égli e, la~e, il cracha sur la terre et reover_ a le
Turpin prit .on parti :
se deux L~quilles sou les bras, sou chapc:lll pouce, en prononçant des mot my-ttk1eux.
- Porter une lettre au comité de Vanne
L, vieille , inquiètes, ec,mèrent la tète. Le
i1 la main, il récitàit tm11 haut ·es prières. un
:1
Blad,
retiens ce nom, 'il csl prü!le.nt; au
namin de Ji-: an , plus irrévérencieu , plus ,agabond sorcier, évidemment, aiait voué ~e commissaire du pouvoir exécutif si 81.ad n'est
villa"C au malheur, c11 appelant les mauvais
hardi que les aulres, s'approdia du vieil
pa là.. ..
homme, f'l, d'un "C te brusque, pour le irénie~ ....
Koz A kourn rél.léd1il:
° Ce qui reste certain, c·e L que, quelt1ues
plai ir de mal faire. lni al'rac~a son_ chapeau.
- Je ,·eux bien .... Mais ne me dites pa
moi
plus
lard,
il
fut
incendié
par
les
Dlcus
Le mendia ni, un moment mterd1l, pou sa
ce
qu'il y a dans la lettre... J'aime mieux ne
tout à coup un cri tcrriLIP. Cc chapeau. c'était et ltrùla d'un bout à l'autre; pas uo chaume pa. avoir.
.
aas'&gt;i sn hourse, ln cachette de ses louis. son ne fut é1&gt;argné.
Le comte fit une grimace; c'était dlljà le
"nr le chemin, Koi; Askourn, dé~ormai
trr or. li se précipita. roulant sur s · ~éh\àme
... et de j Las l
sans iimc, :;'en alla, re .as ant ·a douleur.
quille., à la pournile de cel œfant m:iud1~li
reprit
:
Cet or, cet argent, qu'il avait gagnf pièce à
Iais cclui-ti êtail déjà loin; à ceut pa • il
- ,Je n'ai pas: besoin de te dire que celle
pirce, au ri.que, pour chac,u11e, d ~ ~p
agitait triomphalement le trophée conqui~.
d ru il; qu'il a\'atl couserrn_ sur lu1-meme, \ellre ne doit pas être interccipl~e; que je
Sur le seuil d~s portes basses, de hommes'.
au mépris du dan;:1er, car St quelque gen- m'en remet en pleine confiance à ton inLeldes femmes, regardaient saos a~prouver m
comme à,-ton dé\'Ouemenl.
darme .'était a,·i é de vi ·îter . a besace, c'élail Jirrence
0
.
blâmer indilTérenls. oudain, du v1euxcouvreKoz Askourn I tnlerrocnp1l :
le brancha"e assuré; cet or, cet argent qui,
chef ('abossé, roussi, miséraLle, ecoué vio- Votre lettre sera portée; j'en répon&amp;.
de on e.i..;~Lence Mjà i longue et toujm1rs
lemment dans l'espace, une pièce d'or '1khapJe
\'ous doi cela; vous m'a,ez accueilli loutlls
mi!,éreuse, a,·ail con tilué le scnl bonheur,
pait, tombait à terre. Alor , d'autres ~~ins,
cau~é la seule inessc, t.-et -0r, cet argent, les [oi que je suis venn. Je me rappelle.
qui avaient rejoint leu: ~,maradc ~c Jetereot
parti, envolé, Ji. paru, ra,i par le crime des \'oilà toutl
snr le chapeau, le îouil\ercnl en ha_l~fec étonnement, Le Glohanic constata que
.
A pré.sent. Koz Askourn ne cr1a1t pl~s, hommes ; il ajoutait : des Chouan 1
la
charité,
mème !aile avec de arrière-penOn revirement se lit alors dan~ se.,; opin'avançail plu ; cloué au sol par le d~espo1r,
sée
,
n'était
pas pt'ine perdue.
nion obscures; ü détesta les Blancs cl penil regardait, hagard, pré-voyant le desaslre.
- C'est IJicn, diL-il, en posanl, malgré
Un enfant, le plus rapide d~ns sa bcso.~e, t·ba ver les Bleus.
C'ét..iit dans ce· di po·itions qu'il arrh·ail à sou dégoùt, la main ~ur l'épaulci du vieux
ubitlllllenl hurla de joie; tr~1s autr~s p1èc~
vermineux; je vais écrire la lellre, te 1a donLocoal: c·é1.ait ce &lt;JU 11 racontait en phr:u.~s
d'or Lrillaient daw ~a ruam. li n en ava1l
diffuses, c:onîuses, répétée ·. au ~ml~ Turp1~ ner .... T'a-t-on rn Yenir icïl
jamais ..,71 , mais c'ét3;Î_t joli. à cont_em~lrr;
- Nou .... Personne ne fait attention à
qui l'écoulait palieminenl, pwsqu 11 avait
presque à la fois, les s1 dermerll Joui s évamoi .... Un a l'hnbitude.
besoin de lui.
- Parfait .... Resle à boire, à manger endaient Je leur catlieHe.
Quand fo mendiant lcrmioa le récit de ~a
Aussitdl, ur le seuil des porl!!s, lt&gt; h~~core,
si tu veux. Dix minule:s, et je reviens.
man vaise aventure, Turpin le consola par de
mes, les îemmes grouillèrent! ,c préc1~1Eo
haut, Rose lui di.ait :
bonnes paroles, pui:; lit quérir à 1)0ire et à
Lèrent : de\·ant l'or, il. devenamnt fous; tls
- Vous vous liez à œl homme')
manger, l'abreuva, le ga\'a, sachant Lien que
l'arrachaient au.t enfanl:i, avec de menaces,
- Pourquoi pas?
par son è tomac passait la route de son cœur.
des coup1&gt;, des vociférations. Des mains cro.,. '239 ..

�ms T O'l{lA
Avec ua écu on le fera parler.
- ,le lui donne cinq louis.
Rosl· fit la moue.

C'e L cher.
C'e L pour ;ou
Alors, vous rroyez? ...
ui, je croi à la luyâuté d'un mendiant ... , je ne ferais pa cet honneur à tout
Je monde?
ur ce, Turpin s'a .it de\·aol une table,
écrivit sa lellrc. li avait d1i la méditer à
l'avance, car il traça le -vingt ligne d'un eul
trait, sans hé italion, sans po·er la plume,
an· raturer.
H plia le papier, mil l'adre se, cl alors il
chanta :
- Le temps sont changé· : vive la Répn~
bliq1,1e !
kose le con ·idérait, inlcressée. Il sentit
peser sur lui ces deUI yeux oh liués.
- Qu'est-ce que tu as?
- Rien.
- Ou'c t-œ qu tu regardes?
Alor , eUe repartit, songeuse:
- Je regarde commente t fait un monstre.
lerci, cria Tlll'pin, en éclatant &lt;le rire.
lllusl,11/ions

Librairie Illustrée Jules
A présent, il était r 'solu à la lutte, el

comm il avait quelque accoutumance au

TA.LLANDIER, Éditeur, 75, rue Dareau, PARIS (XIV")

entant du peuple dt! armées du Morhihan;
il fut d'aborcl repoussé, éconduit; mais, à
force de pcrsi tance, il obtinL son renseigne-

danger, cet ancien oldat &lt;lu roi, sorli de es
transes na-ruère chiméri11ues, se redres ait ment.
devant lt!s menaces insta11le., ouple d'esprit
Blad était en conseil. à l'hôtel de ville, avec
e~ de corp di po , prêt alll ré islancc opi- les membre du di trict, les commi,sa.ircs
Dlâlres, à toutes les ru ~, à toutes les infamunicipaux et le commi . aire du pouvoir
mies,
comme à toutes les bravoure ·1 traitre exécutif, Jérdme Divot. On ne troublait pa
•
a son passé, sanf à Ro e.
ces assemblées olenncllc .
Un ÎJ1Stanl plus tard, Koz Askourn recevait
li ne s'en rendit pas moins à l'hôtel de
d'une main la lettre criminelle, de l'autre, ville, in ista prè du portier, 1e convainquit
Je, ci?rr louis, Puis, gaillardt-menl, après de, de l'importance de a mi. sion; tant et ·i
merci, dt!S bénédictions t!t des aluts sans bien que Blad, in•erti, donna l'ordre d'intronom_bre, il s'en fut, béquillant ur la route, duire ce chemineau plein d'enlèlcment.
clopmanl, sautelant, avec des vivacité de
La solennité du lieu, Je bariolage des cosreptile; passa le pont, aos que nul ne fît
tu mes dans l'augastu assemblée, la pose Lhéàallention à lui, s'engagea dans la camp:igue .... lrale de chacun de s membres, n'eurent
Derrière un cahairc, il s'arrêta 'assura
pa le pnuvoir de troubler l'antitrue philoqu'il était bien eol, s'agenouilla, ~lissa son
sophe des roule ; quand Blad l'eut inf Prrogé :
or sous une dalle, rabattit la terre alentour•
Que veux-tu, citoJen mendiant?
puis! fa poitrine débarras ée d'un poids,
n répliqua implemenl
repr~t sa route. La leurede Turpin? Le vieux
- C'est vous Illad?
avait seul dans quelle partie de on individu
- Oni.
il l'avait dis imu lée.
- Jurez-le.
Ver cinq heure du oir, il arrivait à
- Je le jure,
Vannes, 'enquérait dtt ciloyen Blad, repréBon ; voici pour vous!

il

iÜ CONRAl).J

(A suivre./

L'INVASION. -

Tableat, de GuumoN.

ÉDITION DÉF"INITIVE

lAURICE

MONTÉGUT.

1, 200 REPRODUCTIONS
DE Tr.BLEAUX CÊLÈBAES

OUVFIA3E COURONNÉ PAR

HlSTOIRE GÉNÉRALE

L'ACADÉMIE FRr.NÇAlSE
PRIX NÉE)

(GRANO

DE LA

OUERRE FRANCO=ALLEMANDE
(l870-7l)
Par Je V-Colonel ROUSSET, ancien Professeur à l'Ecole supérieure de Guerre
Nouucksart!.teadont lu
œuvres aon t reproduite'•

dan.o J1ouvr&amp;gc

.• : : ANKER::
• • RAOUL ARUS
; : LOVlS BAADl:R
: :
; BA.ROERl:i:

, •
••
: :
: :

• •

.•

BA.RTIIOL0I

: :W. UJ&lt;AUQUES)."E . :
{l, DE nEAUIŒPAIRT-:
LOUl'l Bli;:'i'()IT·L/.1' \'
: : JEAN HENX]lR : :
: BERNE-JIELLECOUR !
: ; : BERTlllF.R ;
; ;
: : GEO Bltl!TRASD; :
ALBltRT
BHTTAN!LR
Cl'ST.AVE BE"rTIJ,;GER
Bf-KIBTRfT
: : : A. Rl.OCII : : :

l
: : r..toi. soxsÀr : · • '
: : BOUTIBON1'E : :
; IUJll.R BOUTlr.NV :
. .
: : BRAlL: :
. •
: :

: BREYDi;;L :

: : Cll10T: :

:
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•
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. • : CLARI
•• GEO. CONRAD : :
: LÉON COUTURŒR :

LA VlE ET LI;:

lfCEUR&amp;_ AU XYU" )IÈCL.E. _

L~.s
~

VIS1TES

n L',\ccoucah;. -

Cliche Giruud.on.

GrJVUrtd"ABRAJIUI

Boss8. (CaNurl lks:Esim1/'U, )

AllA~E ans one passé el le souvemr de 1870 est plus
présent que jamais à l'esprit de Lou,. L'Alleruagne donne
à la commémoration de es vîcLOires un éclat plu-; granc1
que de coumtne: la question de l' A1· ce-Lorraine est
poU:r clle à !"ordre du jour et, cet amornnc, elle rc,·iendra plus
actuelle tl plus brulante au Parlement allemand. Le Couvemeruent français livre au public les riè-ce, officielle,; et doclUllemaire~ des sept années qui ont préoêdé l'année terrible, pièces qui
expli1uent et éclairent la ntarcbe des èvènemeuts qui ont causé
cette malheureuse guerre,
Le moment e,,-t donc particulièrement opportun de publier une
n uvetie écl ilion du rêcii dramatique et ,aisissant êcrit par le
L1-Colonel RoussXT et de donner à son HI TOIR E GENERALE
DE LA GUERRE FRA- 'CO-ALLE'~JA,&gt;,;DE (1870-71) sa forme
définitive. La clarté de ~on style, l'impartiaHté Ile son juge.
ment, l'exactitude et l'eachainement des faits font de ce livrç

• :

: CIi. CRÈS :

: :

: :

: DAUBEJL :

: :

: : A. DF.liODENC~ : :

d'histoire un livre de lecture unique, plus attachant qu'aucune
œuvre romanesque. C'est de l'histoire vécue écrite par un soldat,
témoin et acteur doublé tl' ua littêrateur qui ~ait évoquer et
raconter.
L~ Lt.Colonel Ro(,-SSl'T a tevu entièrem.ent son œuvre, il l'a
compulsée à nouveau en. tenant compte de~ révélations que tel,
années om apportées, des écrits publiés par le bistorieus spêciauz
qui ont pu j\'ter une lumière nouvelle sur certains poi.uts, en
réformant des appréciation~ que l'éloignement des év6ne111ents
permn de juger avec plus d'impanialité et plus de sùreti.
L'édition définitive de !'HISTOIRE GÉNÉRALE DE LA
GUERRE f'RANCO,ALLEMAN"DE ( 18jo-71) du V· Colonel
Roussin est donc le résultat d'un labew: d'environ vingt
ann(•es auquel s'ajouteo.t la compétence éleYée, l'érudition militaire ~olitle, qui firent de l'auteur un des plus éminents profes:,eurs il l'Ecole Supérieure de Guerre.

L'Iiiustration est un véritable musée

: :

: : LO U IS BRAUN :
• .
E,. BRlSS!CT
,
• A!IDRÉ BROUfl.l ET
; ; : B1!1A~D : 1
: : CAM PIIA vs,;N :
: E:U~r.'l! t:ltAfE,kON
: : : : CltAl'U : : :
: IIENRr e 1tARTIER
CHATRON IŒ
,
: A. CRlCOT : ,:
• .

q

Le texte a demandé 20 ans de travail

S

I le talent d'écrivain du 1.1.Colonel RousSE.T a rendu son
test~ all,;!;:i palpitant qu'un livre d'ima!(lnation, l'illu tra't ioa ,le sou ou,-rage, â laquelle ont coop~ré tontes le-;
célébrités arlistic111r;; contemporaines, a complété l'œuvre
et c'c,1t un véritable mus&amp;- que nous offro11s au public.
E11 effet, ont pris place dans J'Hl~'TOIRE GÉNÉRALE 11E
LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE, reproduite, par les proc(,dé, le!- plus modernes et les plus ])&lt;!ffoctionné,., toutes les
toile célèbres. les pei1u11res signées des plus granos noms de
l'art. C' est la confirmation vivante de la narration
A côté des u-•Nres admirées et admu:.i.bles de nos gr~nds
artistes, des coUectionnrnrs pa · ionm' nous ont autorb.:-s à
pui;;Pr dans leurs précieuses richesses: pui eo Allemagne, en

Voir pages suivantes: Mode de Publlca.tion -

Alsace-Lorro.ine même, llll voyage de recherches nous a procuré
tout un en:&gt;tmble dt pièces inconnues jusqu'ici et d'un intrn:êt
primordial.
Les grands pànoramas de Neuville et Oeta.me, les peintures des bataille;;, les portraits de tous les per onuages
m8ês aux évé11emeuts, les monuments commémoratifs, les
&lt;:arte.~ el les plans, les types militaires français et allemands de
l'époque, tout cela, tiré en noir dans l'ouvrage ou formant des

Planches hors texte en couleurs
con~titue un ensemble complet., mêlant dans une évocation
commune l'image des faits eux-mêmes avec celles des hommes
qui y ont joué un rôle particulier.

Prix de Sousr;;riptlon -Médaille cornmémor_atlve
et Brevet "Aux Défenseurs du Territoire (1870-1871) ••, offerts gracieusement au.x sousr;;rlpteurs.

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Ce qu'est l'Ouvrage

Son Mode de Publication

La reproduction des peintures et des tableau, des toùes
célèbres gui illustrent !'HISTOIRE GENERALE DE LA
GUERRE FRANCO-ALLEMANDE (r870-71) ne pouvait souffrir
aucune médiocrité. li fallait aus i adopter un format qui par
l'ampleur de ses dimensions laisse aux œuvres Teproduites
toute leur valeur. L'impr~n en caractères neufs est faite

L'ouvrage comprl!lldra au minimum 60 fascicules enriohis d'au
moins 1.200 gravures, tablea11x et batailles, panoramas, partraits,
cartes, plan&amp;. monuments commémoratifs, etc., etc., dont au

sur très bcan papier couché, format in-40,
L'ouvrage paraitra sous
la forme d'élégants
asc1cu es e oma aire~
comprenanL chacun .r6 -pages illustrées d'environ 20 gravures dans
le texte cl d'lllle

ou en camaïeu, tiré hors texte.
Il formera deu..,: splendides volumes de format in-4°(0,325 xo,25)
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fers sl:)écîaux gravés sur les plats et le nos. ...

œuvn1 oont rci,rodwtc1

dam 1'o.i,np
(Suite)
: : JI::AN DELAIIA VE: :
: ; PAUL IJRLANCE : :
• .
DELAUNAY
•.
RJtlœ DF.SVARREAVX
ÉDOUARO DETAILLE
: : : J tllDIBR : : :
: : GUSTAVE DORt: ;
OUJARDD,•DL\UMETZ
: : A, DlJMARESQ : :
: : : D tJPRA Y : : ;
: : C. 1'11.Ell'SJlRC : :
: : NILS F'OllSBti:RC : :
: LOUIS GAIi.DETTE :
: :JULESGIR.ARJ)BT!:
: : CR.ATEVROLLE : :
: : P. CROLLERON : :
• • M. GUINDON
. •
DAOAMARD
, •
• . EIIIIL llÜNTE:,1 , .
.• : : HYON:: : :
. . : JSANN"IOT : •.
. • : KOLITZ : •.
• • M. LXCI.ERQ
••
. • : : LEDRV: : , •
• • : LENBACll :
••
. .
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, • : : LUBIN : : : :
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MANCl:.AUX
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••
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J. OSRACR ••
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ET. !'AGNY
: : P. PERDOYRE : :
: : PETIT-GÉRARD : :
: POIL(.EUX ST•AN'GE:
: : PRINCETEAU : :
: : : PROTAfS : : :
: DE RICIŒAIONT :
: : :ROBIQUET: : :
: : : RŒSSU-:R : : :
: : CARL RŒCHUNG::
: : ROLL: : : :
: : MARTUS ROY : :
: : 1, IONEL ROYER : :
: : SARACHA.CA
: LUCIEN SE:RCENT :
: : TH, SltYMÔVR : :
: : NICOLAS SICA RD : :
MAUFUCE TOUS AINT
: : B, UHUIA . N : :
: : JAMES WALK'FR : :
: A. VON WERNER: :
: :

h bd

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moins

: :

: : ADOLPlnt YVON: :
: : : .tl!,nt:E~ : : :

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CHARGE DE CUIRASSTERS A REZONVILLE. - Tableau d' m'é MoROT
Réductinn a'une double p!aacbc en coule11rs tirée hors l&lt;"h:·

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le 3r décembre prochain bénéficieront d'un prix de laveur.

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spémaux dessmés _et
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volume sera liVTé dans le courant du quatnème tnmestre 1910,
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peut souscrire sou trois formes d.i:fférentb :
xo EN FASCICULES HEBDOMADAIRES à prendrn chaque
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au fur et à mesure de la mise en vente. (L'ouvrage comprendra
Prix. de la souscription à forfait. ... •.•
au moins 60 fascicules.)
Le paiement de ce mode de souscription a lieu à raison d.e
Prix de la souscription à Iodait... ... ...
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FRANCS TOUS LES DEUX MOIS (le premier
,zo E N D EUX V OLUMES BROCHÉS. Le premier sera
paiement de QUATRE FRAN CS seulement ayant lieu le
livre daru le courant du quatrième trimestr-e r9ro, le second
mois qui suil l'envol de la souscription).
au courant du deuxième semestre 19n.
Ces prix de 40 francs et. de 52 francs sont des prb:
Prix de la souscription à forfait... ... ...
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de faveur pour les souscriptions faites avant le
Le paiement de ces deux modes de ow;criptioo a lieu à
3i décembre i9tO.
raison de C [NQ FRANCS TOUS LES DEUX MOIS
Le prix de l'ouvrage sera augmenté le i•r jan(le premier paiement ayant lieu le mois qui suit l'envoi de
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fur et à me.sure de lt11Y mise e,~ v~t1te, sa»s engagemet1~ _ü,it.. de pretidre
l'ouv,,age. comp/el. ,u fmll tcre .omidéré ~111111e sousc,ipnon. Seuls ~ont co,isidnès co111111t SOIIS:•
cripteurs le$ açheteurs qui s •e,1gagct1t par éCf'tl à prmdrt l'ouvrage cotnpltt.

52 francs

40 fra
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1,

Avis important

BlSTOffiE GÉNÉRALE DE LA
GUERRE FRANCO-ALLEMANDE

No,n et Prénoms
Ecrire très
lisiblement

Partie spéciale à remtilir exclusivement nar le

1

Qualüi ou PY.ofessüm
Rue

JULES TALLANDŒR, ÈDITEUR
75. RUE DAIU:AU, P.ARlS-XIV-

BULLETIN DE SO USCR,IPTION
N°

A

Département
Gare la plus proche
Je, soussigné, déclare m'inscrire à Wl exemplaire de !'Histoire générale de la Guerre franooAllemande, du L•-Colonel RoussE.T, au prix de - 40 fr. - 52 fr. - (Raye, le '(wix inu.ti~) qui

souscnpteur qui est anc1e11 comnattant dei.lrt0-71.
Je déclare avoir pris part à la Gut"rre FrancoAllemande de 1 870-71, et certifie sincères et exactes
Je· déclaration ci-dessou ;pour la remise imprimée
à mon nom du brevet intitulé : "Aux D8'8n1sur1 du

Territoire 1870-187/ ".

m.e sera livré sous la forme suivante :

Nom

En fascicules hebdomadaires (40 fr.) - En deux volumes brochés (40 fr.)- En deux
volumes l'eliés (52 fr.). (Rayer les ,,,ots inuûles et laisser s.,bsi.ntr le 1110/U P,,t/ér~.)
Je m'engage à payer le premier v~ement rle Cinq francs - Quatre francs (Raye, le prix
i,mtile) du 1•• au 5 du mois prochain et le complément à raison de Cinq francs - Si1 francs

Prénoms
Litt&lt; et date

(Rayer Ill prix inutile) tous les deux mois.
La médaille grand module en bronze argenté me sera envoyée aussitôt prête.
A
..... _ • le
19;
SlGNATURB
Remplir, signer, détacher el adresser le bulletii ci-dessus à la L1brairia lllustri&amp;,
Juin TALUIID!Ell, Editeur, 75, Bue Dateau, PARIS-XIV•.

IÙ

le général Coffinières responsable de cette
effervescence, Jui en :fit des obser,·alion;:;
« assez sèches ~. et celui-ci répondit par
l'offre de sa dém.ission 1 , qui ne fut pas
acceptée d'ailleurs. Alors Bazaine, qui
ne se montrait jamais nulle part. même
dans les ambulances, finit par mander
à son quartier général, le 1 5, les commandants de la garde nationale, auxquels il
donna l'a.surance qu'il n'y avait rien de
vrai dans les bruits répandus, et que ses
relations avec l'ennemi se bornaient à des
échanges de prisonniers. C'était le jour
même où le génfaal Boyer quittait crsailles ponr revenir à l\letz !
Inquiétudes de l'armle. D'ailleur:;
l'inquiétude à laquelle Ja population était
en proie avait maintenant gagné l'année
elle-même. Jusqu'alor on s'y était. malgré tout, bercé d'illusions consolantes et
on avait espéré que la situation se dénouerait, un jour ou l'autre, par un acte de
vigueur. Mais les bmits fâcheux auxquels
donnaient lieu les départs successifs du
généra] Bourba.ki et du général Boyer
commençaient à semer partout l'anxiété
et le découragement. « Les journaux, si
surveillés qu'il fussent, traduisaient le
mécontentement généra]. Le maréchal
Bazaine n'y était pas ménagé ; sa conduite
militaire, ses manœuvres politiques étaient
vertement blâmées. Ces journaux, répandus dans les camps, servaient à
éclairer les plus aveugles sur la véritable
situation de l'année et sur les causes qui
l'avaient am.enéee. " Il devenait évident
que cette sortie, possible et presque facile
au début, exécutable encore, quoique
dans des conditions infiniment moins favorables. jusque vers lc milieu d'octobre, on
ne la tenterait plu maintenant. La perspective d'une capitulation, à laquelle nul
n'avait song{: d'abord, était indiquée par
plusieurs officiers comme l'i sue la plus
probable de la situation actuelle, et une
violente irritation était la conséquence
de cette nouvelle et cruelle -perspective.
ussitôt, des concilîabu)es se formèrent.
où il fut décidé qu'il fallait à tout prix
essayer de se soustraire à l'opprobre d'une
reddition. Deux jeunes officiers du génie,
les capitaines RosseP et Boyenval, le capitaine Crémer, aide de camp du général Clincbant, des géné raux et des colonels se
réunirent, pour examiner les moyens de
faire une trouée. Mais le maréchal avait
été prévenu ; il fit arrêter le capitaine
BoyenvaJ et ]'interna au fort Saint-Quen-

en chef. pour lui exprimer, au nom de
tous. et par une démarche respcctueu e, le
désir universel d'échapper par un coup
de force à la menace d'une capitulation.
Le maréchal les reçut avec affabilité et
letfr donna même l'assurance qtlil était
dér.idé à ne pus cC1pit11le,, 4. ~ Le généra.!
Boyer, dit-il, essayait en ce momenl à
Versailles d'obtenir, non une capitula·
tion, mais une convention ,nilitafre qui
permît à l'armée de quitter honorablement
la place. Dan· quarante-huit heures on
serait fixé à cet égard, et on connaîtrait
la solution, qu'il espérait favorable. Si
toutefois le gouvernement pn1ssien se
montrait inflexible, on reprendrait la

lutte et on marcherait par les deux rives
clc la Mo elle. dans la direct.ion du. sud. ,
A l'observation faite qu'il serait peutètrc bon de prendre d'ores et déjà des
mesures pour être pr 1 t à agir, le cas
échéani., aussitôt aprês le retour du général
Boyer, il répondit qu'il s'était déjà préoccupé de cette éventualité et que ses dispositions étaic11t prises. 11 termina en disant
~ que sa situation à Ja lête de l'armée était
peu agréable, et que si un autre, quel qu'il
fût, voulait s'en charger, il était prêt à la
lui abandonner, en lui remettant SC- pouvoirs$ ».
Cette réponse, malgré son ariparente
franchise , ne réussit pas à calmer l'anxiété

tin.
Les officiers supérieurs gui faisaient
complot, si complot il y a. se
résolurent alors à aller chez le commandant

partie du

naissance

Arme (régiment, bataillon, batterie ou administration
quclconque1 dontie faisais partill tfl 1810·'11.

Gradé .

Récompense
A ....

NÈGOCIATIONS ET CAPITULATION

--- 191

, le ·-·-

StGNATUU

1. La rapitttlatioti d~ MftJ:, par
1nbEs DF !\'OR1'1':Cli, pag . 6r.

le général

CoFPI-

2. Â1'f1Wt dt Melz, 1870, par le général flELîfiNY,
page 57.
3. Cc!tû,Ià même qui devait finir si tristement
cl.uns la Commune de1Paris.
4, ,1Tt/z, ,amf:,avie et nlfoe1'ations, page 312.
5. l bid., page 3.13.

C•f&gt;J•nght r896 b_;, .IJo.,sscd, 1 aMdo11 S.

UN1&gt;

SURPRJSJ': ,\l.'X EX\"ll{ONS PE

1\IEu. -

Tableau de A

DE

o,.

EUVl1.Ll!.

Voir page 4 la Médaille commémorative et le Brevet" Aux Défenseurs du Territoire (1870-71) "
offerts gracieusement auJC souscripteurs.

Spécimen d 'une pa.ge extrai te de l'ouvrage

�GRACIEUSEMENT il est offert
tous Les Souscripteurs à l'ouvrag du L1-Colonel ~OUSSeT
l.J

PROFILS DE SOUVERAINES

E

~

Médaille en Bronze argenté

Catherine de Russie

(CRA D MODULE O,OS c/m)
(Composée sp(·c-J:lleroent par Georges LEM AIR&amp; ~- uM1r d 1n • 1U
offic1 lies d la bine, du laroc et J. 1 . t m~ Col i3l : Gran,1 l'ru:,
Exp itioo nrv
l.lc t• uo W·daillc d llouneur du
on 190
Hors Concour.·, ~1ernllre d u ' ury du alon d Artist l•ranç:11 .)
~ tproduction do la faco de la mfdullo
(Crand•ur iuturc),

P

Par Paul de
&lt;;3
Rrproducrio11 J u rnen dt lo m6d •ill•
(Grandeur 01turc) .

. L, lhniu
OUR Pf'rpélllCr le

UV nir de !'Edition déli.-

du superbo ouvrage du L' Colonel
ROUSSET, il n 1re frap
r· r
ins
de l'éditaw- une m,ldaill d 1,rand ln Iule
(o.o, c/m) q ui era otlerte à tou~ )Ps ~ou, cri pt un;.
' l un \·t'rit hie chef-d'œuvre d'art, tJ:Pcull'· pllr
un fl te d'I l:J" nd tal,n , Georges Lema.ire, l'au.
teur d mida!ll"5 officwll
de a Cbme, du lai:oc
Jlltive

et ,1 la l\IM

m...

Colonial~.

l ,n face r prf nte,
et noble 6gur d

,•rnholi '" par une grand

femm&lt;', la Fr

11œ

lJN BREVET,

1

1910,

qua-

r h 10JGSA.l,t

r nn t nus apr • 1 douloureux ivf nemcnl de la
guerre, oère 1:t ton!'CÎfflte de sa fore • ~ revers
n'ont p - arr t sa m
tt1 av nt
1 I' 111,e
t rnM 1 70-71 ,j 1l,cond• •·n et
hfrotqu el
en sacrinc · Jnuule,. ,·mbl rlonuer plus de lu tre
;\ u présen t loneux.
!me
\ure r,n,,·ocattkl', la
·
•
cep ndan
·un laive, tandis '1
n-t1cnt les t
leur~ national , Pli
pos(·e, ,i elll' 1-l;iit :ittaqul-e, , dNen,lrt'
,., . ,c toute l'Md ur et le courag dont

u'IION S HK r'r m

DËVOI! )IF.NT,

preuve daru; 1 mo ment diffici1 .
\ u r ·ers d, la
, Ille, en uergue
mots
Ç ""• P,og,t,, ho1Ul.'fll li, cbamr d bat ail le où
l'ucL1,i1 • de on gèni~ lw a touymr., as, ur la
v k tc,ire el où Il-. no1nbrtux lnurl r remp&lt;&gt;rt6;
ju u'1c1 lui ar nfr nt une gloire •tf'melle. J::n
tour (! trOp
et urmont • du dra~.au tncolore,
emb me de la palrie t'l de l'hon1, ur oô\llonal ,
u n I', nouehe pM'ruetlra ile l(l'ave r li nom ~t pré num di, l'beml'II X pos
1:ur de ce charman t o uvenir cccnmemorat , .

EST DÉL[VR.B GRACIEUSEMENT

Aux Défenseurs du Territoire (1870=71)
L

so criplt&gt;un à l'ou.vmge du L 1•Colone1 ROUSSET, qw appartiennrnt à la gfo ra tion M 1870 .71
et q ui ont 1, mêl d'une ~nïrc qtieltu1H ue à la
gul'!Te contre 1' ..\llerna •n,, recevront
titre gr CJ.eux
un b,ev t spécial ment déd
E

AUX DEFENSEURS DU TERRITOIRE (1870-71)

Les thll e. d ce br \. t r ummt le fair &lt;'ne drer
cl le con rve,- p1clbemen1, nu,
la pl ce d'hnrm&lt;'ur de
leur mai on. E n le regardan t , ils auront le souv«- uh ·-111 11
des action- auxq11 Il ils nt pris part, d
et ,l'htr i,me
qu'il. ont pu aecomplir dm la ~pbère d lellr m 110n ou
dent 11 ont ét tdnoin ·.
eu e piêce con ti1Uera pour e1tx un tr 111oig11al(l' 11 bon •
neur t clr dévou~ment p~tuant au &lt;,ein de I ur famillt,
aux veui; d lc
mi • le uv rur du d ,·oir 'fl.ltrlot1qlk::
qu'ili ont accompli aus. heure - difficil, de la tourmen te.

Ce bn,-•ct , dcs,in par Maurice Tous alnt. a c&lt;t6 corn•
gr,wé pour Hre t':itclu,.i,..erumt r, .ervé aux ,ou,-

~ ri

cripteur. qui ont pri part à I gn!ff .

l mpnmé en grand format, ur beau papier gcnr Japon,
~ 50¼ et
l lh,ré

avec gran,les marg , il rues ur~ 65~
t out prl-t à être en clrê.

jpt .ur; 1'01.TVnl&amp; du L'--COlonel ROUSSET
qui, par leur s.it notion d'aoci a. participants à ln guerre
de 1870-71 out droi t à ce brevet , devTont prfoi r d·un
maniere Ires li,ible I ind1catiow&lt; uivante« ,
L

• om, prénom:: , d te el h u de

T- ICTOR

Les nom, prénom,, et qualite milita.ire seront imprimé;; par les som

rlll', OUT ri. li.

l

p·
I •
re ou
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1
che Je ~n
c.h
•ra p • J'a
ule
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.
nuant . des
r
Je r"ll' lrarréJic. Le détrônemeol de
l'im • Ill peut "e ju:.tili •r par l'iml L
cillit. faronche de ce prin ·•, rait pour
I • rorp d narde plu 11ue pour le
tronu ~ il 'e1rlique encor
"er •Jue courait Calh rinP, e
n.:....,wr un mori qui la h
rJpudialion ét il immi1ll'11lc
r ' u · ment du czar t
cbu
Jall 1it opter.' Eli
pa
ré.:.olution fut prb
accomplie, a,
une rapidi
rante.
1.'in. urreclion rom, n •:r1 ue du · juilll'l 1762 et nn d • plu men illeu
roman. de !'hi. loir . Gelle jeun
fomine, ihadée, la nuit, du Pa.Lai.
d'Ë1é, uù dort l'épou
'clle v J,:_
trôn r, 11ui e j ·Ile d
une H1it11re,
ent son coin ur
fomme de
cbambr , o prt1senle Jcvnn
n·ern , tml ve
soldat ,
rhe
I' rrnt,, entraine le prup
fait
ncrer, entre d ux revue. , marche en
bataill conlr le czar i1ui
r 1v ·
pri onnier et monte au tron , co
à l'a. aul
11 coup d , feu,
une "
ng, rappelle le, enc
ri~ re de J' A.rio 1 •
C
nt 111lit d'eté Lran -

de l 'Ed1t.elll'.

ur le bre,·et de chaque titulaire.

la poitrine . ou es d,•u • nou . "i Catlll'rine
11 'ordonna pas e~pressément celle alroce lu •ri,,,
Il ' l'in pira p r .on . ilrnœ el I' pprou,-a par
1 faveur dont •Il• cornlJla l · . icairC':-. l.tl
lcutkmain, à . uo dinl't, on ,·it 1•11lrer ( rlolf,
l'étuulli-ur, écb \elt\ cou, rt J pou Ï•r ,
],, h.11.ii dcchir •. ' UIIDl le an • li\-iJe dt!
);011 crime. ,
eux é •ar{-s él'h u ,'-r,.:nl :nl'I!
ceu de l'impératrice un éclair ini,tr . 'Elle
~ 1 \a en ~ih1 , pa 3 dan un
bind où
il ln . ui1it : 1JU •lque · in. tan1 apr\ , 1•11
r ' ntràit calme, :ourinntc, d
r"mellnit
!.'llit-m •11L à tahl . Pol brel'e :ile11ti1mt,,. Jlf•
tilfl ,·om•ii:ii I litia, dit Tacil,·, ramntnnl la
mort d • llrilaunicu ·.
0

·
a

III, - Hisro1u1,. - Faee. :a.

1·mp1•rh.'I.Ît
. C:11lwrinc de ré •ner lra11,1uille. 1'11
11 1-apen.
J'rn del,. rra, •a. D• conjur · ,
pou ,:, d3n l'omhr p.ir la main d , la polictJ, A)nnt lcnlé de I • défür r, •s dl'u ~crllit•r l1• poinn:mlcrent, Ion 13 cm1~i;.:11c 11u'il
a1ai1·nl l'l..'Çlll'. Plu~ tard, ,'llbt•rirll' rai. it li '\t'r 11 Rnm , par ,\le i. Orlull, re é,·utl'llr
ordinnir• d,• .e. haut œuvre~. nue fi.li• Je
la narine Eli :ihetb, n; J'un maria e cland tin, ou. prétexte 1111'clle a,pirait à l't&gt;n11•irc. L:i jeum: princ •::e, allinic ur un v is• au ru -e, élaÎI liée dt! cbam •s, jet: à 10111!
de I cl cnrl•rm~ dan la fortcr ,. de l' 'ter. hnurn-. Qud11uc moi :ipr· ·, la 'é,a débordait par ordr • el la noyait d, n on cachol.
Cc out J I oul,licll J c ri- u ,
m,hqu · par une farad, Joni le d~
cor oriental ll,louit de I in lïrna ·~· Lion. Guerre l11•ureu. l·~. conque!,
1mmrn~l' ·, :mn ion infinit ; la llu. ·ie doit, Ca1h rioe~onénormih: inou
granJnur. Rc•r rd!· tl pr~ ,
uca• r ndio~ pr nnent souwnl un•
Je crime . La di olution ,aJ, la Polu •11 •, opé · • comme
par un ctnpoi,.,01111cwent p(1liti11u le
mas !'éd V r mi , le l'"Or cm 111.
eu ma., de :ou ·3roff, •o 'fur1111it•,
r~volt ni ln con, ·icrKe el . oull'nml 1,
ur J l'h' loir, lu&gt;nnêt
Le 1am ux JI! r •dig: de a 01ai11,
11ui eulhou. iasrnait Vollaire •t attendri .ait Diderol, u ~ . ou1i 111 p l'ci .
tu n. C
tal,l..: tl • la loi &lt;111 'cfü~
pu. ait à l'.1dmir11tion cr 1dul dt· l'Europe r ·,l''-reot ! ·lire morte. I.,a peine
dc mort ~ il abolie , mai le knouL
r •mpla\:ait la bacl1c el l'appli11uait en
JéLitil. En l î6 t, une cou pi ration militaire ay. nl été décou ·erle, on élud
1 uppli · en labsant I
njurt
mourir J1 raim l'll pri·on . 'Fout l'ut
illu.ion ou m •n n11rre, dan reli e légi lation philo_ µl1i,J11e, promu! ~é,
ju ·qu ou~ le. tente de Kalmouk •
t.'aflicht promellnit la ju ti r, l'butnnnit :, 1 toi :rnnrt·, le pro,.r.imm
Ju ir le; lllitÎ . le \-ÎCU drame IUO.CO \Î((•,
thar t1 d'cxactiou et d • bastonnadr s, alli'li t
loujour · on tui11, dan l'intérieur dti l', 111pite. Qu'on . ligure un1i pa01e J fonte 1piicu collée au mur .san:•lanb Ju Kremlin.
Les député · de· Samoièd , corn·oqu · · ·•
l'a .emLlée que la czarine réunit à aint-rl:_
0

P OT

Gu1•ùrt

Ju1~11 ,

LJŒR.

Hl . •

l( at tntt .us l~slam~s)

up -d'ùnt.

' la houcb1•rien parai. enl ·la. ~i'I'
1
u mrur lre &lt;l • Pierre 111.
L
e Lu.cr, c fit ri,.audièrc. u
l'empoi onn., d' rd, d n un v ·rr&gt; d'caude-vie. Puis, C()mme il t.1rd,1it lrop à mourir,
deu. de conjur t l'étr nglèrent , cc un
n;ell , tandi qu'Aleli Orlo11' lui écrasait
ri

R"production r!duite du bren• "Aux fU/•nJ•ur~ da T,rritolr• 1810•11 '

I:irJ :e Je chi li_ nlion à la
nthcriu Il
, au fonJ,
ine. a,iatiqu
plu gi . n~
•, prc c1ue m
rueu , par

,
J
d

p

œ.

Emploi militaire penrlan t la guerr (anne, régiment ,
ction d'ndmm ·· tratioo ou autr , rmidc, récomf&gt;&lt;'JJ"")·

'

/1 Gm11,/1 a Jit J,. prim:e dl•
lui Jfo•rn ra pe
; la po tér1lé unÏ\c
nfirmcr. Sou ou

Ce n' • l pru l • eu) forf it Jom tique dont
al.berine pui: c i}trc accu é •. L&lt;! lraJiliou.
de I· f miUe d Atridc cmLlai •nt p é
Ju pnlai- d'.Argo, dan c lui de CL:tr'. Le
jeun , han YI, Jétrôné, dè on litlr •au. par
l=:lisaLl'lb, \'égétail, depuis vin l nn , dao
une forteresse. Celle omLre de pr :1tmdanl

16

�ms ro'J{1Jt
.\'llnarc-11•• ne Jit pa · tant de nom, de fL•mmcs
Ler Lourg d,:mn,qui•rcnl. aw1· 1111 • ruile moitié dt• 1'1•mpir,• .... , m t·xcnr,ion 011 Jl3
lor. ,1u"il lit r lit'. de dou Juan. , oltikoll, l'oc.11•
rèf,
coùtail
trrnh.!
million.
à
la
1'
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1.
!&gt;ic
fraudii , l'hyfk ri,i · de t'' fiu~,e ri.:forni.1l11\\sJ.i. , 1ro~:11toff, llrloll, \\ï ot:-li, ~•n.aff
mée.
ror : • ,·011~ ~umnw~. - ,lirenl-ih, - Je·
,i\111
chil.off. Zaw.,Joff,..h. Zorill, Korsakolf,
1':m i a..,{ ;111 ,rul point de ·uc. tic la polihomm .... ,impie,; IIOll't' il' t•,l (1 rup,'' 11 r.1irc
Lam!
J..r", J111tcmkin. {ermnlor, . lowonoff.
p:iilre 110 · rt·rtnl",; nuu. 11·a,on. p:!!- br· nin ticph', Calh&gt;rio Il rut, toul au moin ·, une Zou huO' ;.e rur •nt cl'w le· dl'f. de lîlr cle cc
randc
fommc
d'allair,·s.
\.
siJu
•
nu
tra\ail.
J · rod•·. ~l;iis foi Le., pour les ournrn,·ur.
ré"imenl d · IM&gt;udoir. lh•rqu, \'OU nou, tlo11nct, d ·
rière eu. , dan. l"ob,curilé,
loi. 11111 Ir ,•mpêcbenl dr·
on cntrnrnil toute un• snlunu oppriuwr. ·ou~
date,que pa i'"r qui J~ltl ·,
ron C(J11hi11I : il ne uou.·
1 main 011 "11, ko. wr
[,1ul rien d, pin .. ,,
l':ilrth' Je la c.zarine. on
L l'll1l,li·1111! fr;irpanl du
~érail élai L 1rnc ra ern ;
r~gn dt! C:1lheri11 rnl . on
1111 p Il[ dir , ~n
trop
rn,a ..e fonta~m
d'h_ pcrl,ol •: 1p1't!llc ~ul la
de· Crim1'· op :r
m:11lre. ,e d une armt•t:.
œnl li •ue , mi t•n ,nue
C1· • .:and, te puLlic dt.'p r Pott·inkin, :IH' l'art
\Ïnt hi1•111ii1 oftirii•I. L'éliJ'un pr1JJ1gi1•u el loul'Jlll'lle ri: 'l1•n1enla r ordre
p11i · 111 nmfooi,.te. Cl'nl
~t 1.. m,uch· d
• 1 ,ri1111uaule lrain •au. rn~ail1• . l,"hotnm '}Ili lui
lai,•nl . ur l;1 nei•• ; c1u~nd
n,·ail plu ~tait im il ·, à Jin r
la uuil lomhail, di: hùcb,•z. 11111• ~ii!ille ronfidc11k.
d1 •r llarnhu ·anis illumiLn 1.'larin,• arrh, it au mima;ü,111 •ml"nl ln
lwu du n·p3 .• el ,amin, ·1
rn
·11 p:ilai. impro,·i~é
Il' 1•nndidal à :-011 !il. Lor,,u
nit à l'hm1uc ~lape,
•tm: !'in p ctiou Hait T ous une ha•ru lie d"1•nrnr~hle, un r garJ i11îor~
cba11L •nr. Il· :nuh:is d ·
m:iit la du '"Il• : la. ultan~
pill
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tou I ·,
a,·. itjel 1 ,on mouchoir, Le
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pire, Kir1 ndcmain, le nouv , u fn•hi
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Ko~ 11:SZKO i:r
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l'enralrice, el in tallé au pa•
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récrie reduuùla dl· pompe l'I rnultiplin
l.1· pr mît&gt;rjour, ilrece1·ail unpr1l •nl J · nl
l'Ét..il.
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heure~
du
matin,
elle
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Cat.horiuc . 'emharqua -.11r
li•,,•• pour I arra11°er ·on pl'lil 111ti11:1~ t. milll' roultle ; clm11uc moi .., ilcn lr01t\'aitdou1
lt• Hon:Lb;,
n rrul re1 ·
·
•-.mille ur a l.llble d' toilell •. Lê mnrécb I dt!
t •nda1~l le
'a nali·re
dt: I:ll,• aimait œtle cipr . ion ,l'une m111l ,ti,· ln cour était 1•b t"é de lui , ,nir nne 1: bl' de
or urilln1 ., • ,1ui a . irnibil :111 r;111~ imrlll
~ie, frappait, dt: r· m , J
de
,·in,,t-quall'e couvrrL el J fournir toute:.
eau du Ueuve. Qua.lrc-vin
\:,- d"un • tharohrc 1• •0111 •r11cm1•nl d'un im- :,e, tlépen . . Cette l!lran •e fon ·lion avait se
oorlai •nt, portanl d • · or
•n- nw11 ,, 1:mpir '· t n l,011 St'U. 11.,1if &lt;·t nli,lc la
ont! s el s , crvilud : cr chambellan Jc
i,:nil'lll a oa vi:,iti II ol11m1
de pré cn:iil d1· · {i{'l:ré céréLra.les parlicufüir,·.
1"111nour ne pom-ail, dè. lors. quiller d'un
au d ,pole . ~1&gt;.- plao• elaienl dém ·,uri:.•
c.,nots et de chulmlpl's 1·0
ni.,i. t&gt;11r ,·ait I •. rc Lreindr • à ln portée du p:i~ . a mnilrc,-C; il lui était dt!fcnùu d • .ortir
L , di 11 u1 i
lhmrie el
du pliai. n~
permis-i n. Lor qu"il éuit
Po· ,..j bit•. L• cornpa igank,qt11· qui, dan
lanJ. 1 del'
'or décor,
cnn
•édié,
il
rece\·oil
une indemnité ma ni,on ,-prit, :lt!ndail la (\us ·i ùn f\o. ph11r
lirN: ·r d"
-c.omique
litp1c = sa f ,·eur 11rolon~é • lui nlail u11 dé-~ux
m1·!'!- du ,fapon, e r ·1ré&lt;:i,_, il 'l se ferl •ur · lroup
fri_ •
· :1
Lor&lt;lcmenl Ù' larg •.. ·. C'était la fable rt~
lr,wcr un t•ulilàde d'id)
r
. lll3Îl mrm · u lw,oin 'on caraclèr •, tnill t lnurnée : Danné mi. selaiL . ur · ,, amant eu
lie lernp, en l••mp-., un roi ou uo cinpcr ·ur. toul J"u1ll' pit•c1•, :1:iil inllc ibl •; auc:ml ca- plui, d'or. Un a le budget de l'alcô~e d' C Jo!ll•ph ll ou 'la ·
orlail J'un&gt; ,·illt&gt;, la. troplw nl' 1'1•1il ébranM: il était 11 l\:pr •urn 1lwrine: en tr•nl ~nnlre an. J règne, ce
comm • d'une cou!
l \ nail _e joindr · au Ùt! plis, Ion r,I, rc1,•r .. l\icn ne la llatln il J - noutrrc de lu ure en loulil un &lt;l,•tui-milliard.
,·orl'-JTl'. L1~ rmnt
égur el 1• prinr;' Jt• rn11tn:?;l' ,,u·u11 mol du prin(· dll l...i~nc •111i
l"n grand \'lJile d, dignil I el de hiensé,wœ
1
Li Ill'. d •u dti;va
an ai. 11,or,•1•1.!s par 1'11\i1ÎI dL•dart;t, a imp rlurl,ahlc ». •Il• rt pé- Jrap. it up(~heml'nt lle \Ïe déhortlée. La
lail ,ouv~nl t:1• 1not-ll1 , a He 1w • h•11lcur
l'.\rwiJ • du · 1 ·orJ, l\•nhrai ·nt d • llallcric
011ore, t!a prollln anl maJl'.-IUt·u~enPnl l ·.- f1•m111e galant nlendaiL r1:. ter !'-ou,·erairw .
r.111uise.. Ce fut le voyage d'une fé , pl..manl,
:était l'otl~n~er que de ri. rruer dernnl Ile
llalit·,. 1 i\io i, - lui disait-die, - j'ai
à tlo d'bippogrilfc, ur un miras• n perle
un
mot 113._ardé. C lle o
e d'homm ~ faiJune de J"im-per-tur-ba-Li-li-lé ! •
de , ne.
sait
la
pl'Lil·
bouche
au
moindre
propo' lil,erC• spl,irn b:tb) lonit-n, à \·i g de , ·111iraLe pt-clade avait . on rc,· r ·. Cinquante
tin. P •ndant le voya"e de Crimé ,, 1 • comte
mi,,
~·
Lermin
it
par
une
crou1
de
1,
·1e.
Le
mille hommt.' · uaicnl péri tlau, 1, marai
de . 'œur, prié par- t"lle de lui dire tl' ver,.
tithrcu ,le l\ht!r on pour improvi r une ri- mol &lt;l Tal:inl •rie i:,,t trop faibl • :ippli,1ué rm
a.11111ur Je Calherin li. 'el, re. t)J)J.lile plutcil rntarna un conte un P,Cll lihr , daru le •111ll
m 'el ·lice. I.e comte ile t!"
monlr
du lcwp'. li \'Ïl . · p1t_-~io11omie pa"~ r .ouà la polpndri thibé1aine. Elle eut de am nl
Je· "fOUpe! de p · · ·
Il• , aux
dainemt•nl d'une gaieté ouriaotc à un air
à
n"t•n
1,tu'
linir,
de'
a
j
·une
e
jn.:;c1u·au
lon&lt;Tuc. barbes h1r1
tionuanl
J •rnie.r jour. Elit• ti\ cul, pnr del~ toute limite _:vrre. Elle l"iotcrrorupit par une 11uc lion
autour de l.io. lllt'
•
:in ,
bru ·que el ch a"ea de coml'r' tioa.
leur. "ill gt:' mi:é
e
·ou, bounèle, à l'à"e • n . •xc ois te_ line, clfoPour Lre ju ·te, il faut dire au· i que .e
~ortie Ju cerclt! m,
1e
uva ruèm , e rait ngée. L., lLLe d • · Farnri
capri~ n'intluèr nt jamai ur sa politique.
en
lilr
remplirait
la
colonne
d'un
calcndriel'.
en {ace d'une dil1d te all
ravnrreail la

CA17Œ1f.1NE DE 'J{USS1E --..-.

EU~ domina l&lt;mjour I p:i · ion~ J'en li~L
dr la h:iutcur de sa tète. B:icdianle i1 rroitl
elle n l11i sa jamai le \În de l'or•ie monte;
tl • se. veine. ju qu'à on cene.1u. EH• élllil
d la raoo de c amuon~s du 'Thermodou
11ui, pour mieu
tir ·r ùe l'arc,
r,011pai nt

1,. Jn .Jroil, la pla ' où ~•11;11 te la 11èc•ha.
tn.1, clwz ell1, le ~ir I de la volonlé «Il'
l.. o ririe, dt• Jn rai,un d'Ctal re. la in.c~ud
el iurhranlahlP.. n fa,·ori n'était, à . ·eu •
11u"u11 in. trumcnl cle plai-ir, 1p1el11ucfui
,J,
rè!!Tlt', Ior,11n , comm. Potemkin, il ét..1it or-

gani rour le t·ommandement; mai, 1011jour ·
un in trument ,,u·ellc rnulait t nir nii- . a
mnin. L:\ \ie prh :e J, Cntlwrine 11 nur;1it tu~
trente cour Li. anPs; ,•lie n• ni!',. pa u11 parcelle de Force à l'âme impi,riPu. IJUÎ la maitrisait!

0

.\wc_ le r:rul d"un l'i1·dt• el plu,, la fi_ur
C,1 •1l1&gt;'tJllt!l, 1h•lqu de Limonr;., l'abl I Jp • l_i'él'.1•e él:iil clc oorp~ rohu le; son creur
X\ 1 1! d~ _a~tJ de a.11alhi'·1ncs l'L dr.
l~adt111, illi11r. , btmntil1l grammairien . Il qui ~l:111 e C&lt;'fünt, on inlelli!(rncc or&lt;l111airc, MIii
pat1r."Hi 1p1r., ·t • pr:,t•nll&gt;. Jét,. rra s :ll dr•
1 honnL'ur d apprendr• la rc;lc de;. participé, J~li?Pment ,ain t'l droit. Gr ce au . oin d
rl,•l,!Ïl', , con11111.; l"un • d pin, intére~~anle
à un fils de Frnnc,~ \alul uu fautl·11il à l'Aca- 1n.l,hé d • lhd,u11 illi,•r,, il devint bon bumat1 l"hi loir,·
ù 1rni r_rançai. "· D ux père j :,uil ,, le 1~i,1e, possudant liicn le latin. parln11t l'i li~~l
~-e m~lit•r d~ rtii 111• pn., • pniul p~ur èlr,: r. fkrtlucr ri l,i I'. t:rou,t, pr lrê. ~min •nt-. l oil mand l'l J'an,glai_-, i1i-trui1 en lai toire, ~l.
fa .. 1lc en 11otrc t·mp. ; mai oug1'-l•un
cornm_c on ·a1L. pa. ,ionné pour ln g,:oà r 1 t(Uè dut circ la lârl1 · pour c,·lui
rapb1 . Par tnalllt'ur, ,
facull ls
1p1i 1· premier du l 11 • ulc~{, dnn
'anranli.. nient dan. une orle de
d idé , peu di,,t•mbl· hl J, c, Jl,.
parai sie moral1', une ap111lti1', une fad'un Philipp '-Auguste ou iJ'un Luui. 1. •
~••nlahl • alnni • 1l!'rn•u • Joni J , nc ,it, à lïruprovi te. a. ailli par le
l• mr11I portail au comhlc ~a 1imidi1é et
plu_,. épou~nlaLle tourbillon d'utopi ,
a gaucberfo noturdlc . Il a,·ail un
polsUqne · t tr:ntr •usemenl séduisante.
doulourcu. p •nt·banl • se lais l'r conet . i auda ieu ~ que le plu a, anvaincre de~., propr n11lli1r, qui n'rtnit
'." s de no conlrmporain n'onl rit'n
pa réelle. Il se croyait un homrn d
m ente.' de mi u d • lm ·tif! Q11clplu m 1Jio r • et 11 "avait l'll ~oi
1y11c rho. P comm la lulll! J'unr
aucun,· cMliance Il .1! jn,.tail Juide. c.,ra,·ellt' Je hri. tophc Colomh
mèrne tri• inférieur à ~on frèr puiné.
b •urlant, en plein O, 1:an, dan la
ldu_tnr Louis XVIII. compagnon d.
temp •te, un de no· lormidolil,· ·
se: ehldl',, •1ui m~nirc~Lai_l de 3plicuiras,: moJ rn ...... apol,:on, a lud . :iu bel e:pr1t. 1n JOur c:iu'un
sistè de fochia,•el, . ' n serait p •uth:ir:m. ueor orticiel complimeutail le
ùtre Lir t; mai un au lr !
li uphm ur se. qualitt pr occs :
L.i cala lrophe éwil ratale. I.e
. « V~u. vou, trompez mon ·i,·111·,
pamre prince, tk tin~ à c débattre
rcponJ1L-1I ,nl·e unepointed'arncrlum •
ntre,. l'in o_luhle prolilèn11•, 1 rdit,
œ n·e~L pa moi, ·'c: l mon frèr• qui a
lor ·11u il avait omc an , ·ou pèr ••
de l'~pril. ,
homme a ~i ur droit, à l'intl'lligence
L'i_nllu~n • de :Y. de la \"a11g1J\'on.
mncrt,·.
l .'lme 1·1•rtu u,c, m:ii · qui
au h u d"elre e cit;1th·e, r ,,1:i ~nn't!t.inl rien Jan l"État, a,·ail ,ofontai:
_ta?1.~e11t Mprim. nte, el Cl' fut pour
rcrnent réduit on ui. li•nc•· à celle d'un
I J11ml1cr de la couronne 1111 irrrparahl,
h~am g1mtil homme pai. ililc rt ~ie11•
m !heur.
f~'\I. nt. !"3 r,.m,m:, tari Jo~~rb ' d
. ~es. indications, ,i prél'ieu. • po11r
Saie, ~ourut. u ,1 dcu nns plu: tard,
1b1~toir ·, oou. onl lou rnic.- par l •
el la lâche J él ,cr le futur roi d
\'Olnm que • J. lariu, :"pel a couFranc•, orpb lin à tdi ans. inœmlg
ané à l'étude dr la \"Î,•, &lt;lu caraclèn!
to~I cnticre au grand-pi&gt;re, Louis XV'
et du r gn de Louis :XVI. • J. Mariu
qm, OCl.'u ailli•urSc, oonscicnt du re .. t
~ pet, l'un de ron n·a11mr. au d ;_
de 50Tl indignilJ moral•• "en d,l~iulépartmwnl d ma110,-t"riL di• la Uibliore. ~ ~mpll•te".1enl.
J .11. r; ,1icr, rcinire
tb~qu •national·, :1, pour Ira er I por~ •put · sa
lite enfonce, l1! dauphin
lrml du re laur;1lPor d,· ln liht•rté fraua,·a!l pour_gou~t'rncur lt• due Je 1B Vaugu}on, co?p,.lrèrcnt ou, i à l"éJu1· lion du jeune çai c, utili~é. avc aulnutd • savoir 1p1e d"in·'?c11:11 am, de on p1•re; ·"H il un ,a.illml ofli- ~rlrl •; mais il: dur ni l1it•nttil quiller la déf ml~11e1•, n mhre &lt;l do 'Umcnl · ju. qu "à
c!er, Lrè • pi:-ux, mais d "esprit :1roit, ambi- 1' rance, pa.r uite de b disper ion de leur pr '•nt tm-onnu • el IJOi ont in ulièrement
beu ,_par. u1Le aimant l'intrigue el la coterie. ordrt; J'lllibé oldtni les remplaça, brn\'C r(h~lnteur. (LotlÏ$ JtYJ tt1ule ltislOrique
Le pn•œplcur ét.'\il, ou la ùir •ction de ~f. tlu homme, qurl,p1e plu ri.,ori•le.
un 101. in-12.)
'
111.: l.0111.

1

�....-- 1t1S T0~1A
Qo'apprcnoit,-011 ~ ce jeune prince, qui,
quelques annt'.~s plu,; tard allait · trouver
att. prise avec les plu- téméraire· novateur~'?
On lui en~ei •nait que lor~qu'ü crail roi, il
de,aiL décid • eu maitre, on opinion rùl-elle
coalraire à celle de tous; on l'instrui:aiL des
rapports des cho ·e · d'État a,·ec la religion el
le droit naturel, de Lraditiow Je b mon.1r.
chiu françai ·e el Je e loi fondamentale ,
. uiranl les 1héorie de Bo- uel et de Fénelon.
G' loi ne comportaient poiol Je Te:,Lrictions à
I' •xercice du pou,·oir suprême ei:clusivemenl
ré.ervé à l'autorité ro ale. C'était la tradition
du pou\'oir aùsolu, telle que l'· ,·aie11I C(lnçuc
Charles Vil, Loui Xl. l\ic-holieu et Louis ll .
L'élè, notait, dan· · • lle/le..rion arec M. le
duc de la ·augu1on, celle règle t!S entiellu :
d TouLC espèce de pouvoir ri-side ur la t~le
du roi ·eul : il 0'1 a ni corp · ni purticulier
cp1i pui ·se »e maintenir ùan · l'indépendance
de son auLorilé. » 1 'éta le l,agage que ùe
r Iles mas.im pour le prinœ qui I premier
en France devra lutter contre une A emblée
révolu1ioonair , a\·ide à le dcpouillér de toules
es pr lronalh·e .
Par fatalité, le dauphin était. ·tudieu~ cl
appliqué : il recueillait cei le~on comme
parole d'év:maile, et 'en pénétrait conscienricu cmeul. Lui fil-on lire eulemenl l'Esprit
dt$ loŒ ou le Co111,·ul social'! Prit-on la peine
de l'avb.er que de nou,,..ellci. idée' nai aieul
el ~e propageaient par le monde1 Je ne le
p •n e pas. 'l'andis que lt.lus les esprits, en
frauœ, 'engageaient ·ur une route, celui du
futur roi ·uhail obstinément le chemin op•
po é. el ·es coudueleur · ne l'nverlircnt même
pas qu'il y en avail d'aulre .
D'ailleur ·, rien l~-.dcdaas que Je théorique.
Loui X\' n'iniLinil pas oo pelil-fils au1

affaires. Que lu.i eùL•Îl apprL, d'ailleurs? Les
UJini Lre tennient é alemenl le dauphin à
l'écart; el c'lui-d .c ré-ignnil à cetle nullité
politil(Ue dont s'nrrangeail oo apatl,ie; dans
ce Versaille. omplu1:us el uébraillé, il vivait,
à dix- ·ept ans, d'une vie automaûque, macbinalemenL ennu}·eu e, twant ses comptes,
cba·.anl beaucoup, lisant le plus po·sible,
•'occupnnl de 001111 s reuvre5, suimnt dévotement les orfiœs. El puis, le grand-père entre
tenait publiquement une mailres.e indigne .
une tille dès rues don.t il 3\':til foit quasi la
reine: de France. On ne pou,·nit J'Pn blàmer,
pui qu'il t!lait le roi, el que tout ce que le roi
décide e I re ·pectable. Afai. celle cohabitation
cou~lru1Lc avec la courtisane choquail le pieux
1.nti1I1ents du dauphin; il ·eurc.rmail dan· ·a
forge, préférant à la compagnie des belle·
dames de l'eulourage ro1al, celle du cr•
rurier Gam.lin ou de valets de chiens, ùevaol I qu •l ·, au moin , il n'était pus timide.
Qulllld on eut décidé qu'il pnmdrail fommc,
quand on eul décou,•ert pour l11i la plus jolie,
la plus ,·ive, la plu coquette, la mieux douée,
la plu· inappliquée aussi, el la pk élOurdic
ùcs prinœss ·, il ne ·e entit aucune joie de
celle union immioeole; il la regardait comme
une Lcrrible corvée, el sa sauvagerie pré\•oyaiL
el redoutait à cette occasion Loule une longue
érie de contraintes cérêmonieuse . n goùt
pour la cba e n'nUaiL-il pns s'en trouver
••êné?
Ou ail comment et pourquoi, dè:. :.es premières enlrevuru; avec sa femme, il se conlent.a d'une courte et bru que causerie, promeuaut de remettre à. une époque ullériture
des marques plu ,•ives de son al!Achemcnt.
Pourlanl le déaoûl commun que causait aUI

"""

Larmes de reine
l lili~. - Pcnd.·mL que fo Roi [Louis ' V]
se lais ail aller où 1)5 ù6sir le m naienL, la
l\cine ouOrait Leaucoup. Ell ne arnil rien
de c qui se passait; ou lui cachnil, par ordre
de la Tieint&gt; mère, Ioules les galanteries du
!loi. ·a do.me d'honnenr. qui était fidHe au
lloi et à elle, se contentait de faire sou de,·oir
de tou coté , el ne lui disait rien qui la pùt
aflliger; mais I • cœur, qui ne se trompe
point el que la vériLé in lruit, lui faisait telle-ment connaitre, ans le avoir précisément.
11ue mademoiselle do La \'allï·re, que le f\oi
aimait alor~ uniquement, était l cause de ·a
~ouffrance, 11u'il ét.1it impossible de lui cacher
son malheur. ,\, mon retour d'un petit vo}agc
que je fi en cc temps-là en ormandie, je
lrou\aÎ la Reine en couche de madame Annel~li aLcLh de France. Un soir, comme j'nvai
l'honneur d'èLrè auprè d'elle à la ruelle de
:;on lit, elle me fil igne Je l'œil; et m'a1ant
montré" mademoiselle de La Vallière qui passait par ,a th.ambre pour aJler souper chei: la

comte.se de 1l' on , avec 11_ui elle nvait
repris qu •lque liai on, feinte ou eritable,
elle me dit en e:-.pagnol : Esta do,uella •.·oii
lo. Cll'l'a1·arlus tle tliama11le, es e~ta que el
Jlei quiere. (Cette tille qui a des pendant
d'oreilles d • diaruanl3 esl celle que l · l\oi
airut•.) Je fu.- forl urpri.e de ce d1:.cours 1 car
ce secret était nlor · la ~aude affaire de la
cour. Je répoudi à la Rdne quelque cho ·ri
qui confu.émenL ne voulait dire ni oui ni
non; el alin de lui donner de la force pour
l'avenir, JC làchai du lui per uader que Lou
les maris, aos cm; er d'aimer leurs femmes,
sont pour l'ordinaire tous infidèle~ de celle
manière, ou font ·embl:mt de l'êlre pour
saû faire à la mode qui le ·eul ainsi. La Reine,
11ui comprit ans dou1e que uous ne devion
pa lui rien avouer, ne répondit pas à ce qm:
je lui dis, mais elle u'en ful pa moin Lri le.
Je Ius dire aussilôt ~ la Reine mère ce peût
'Ccrct, cl l'assurni que la 1\eine était plus discrète el moio ignorante que l'on ne pen ait.
Ilful aisé de juger par là que loules les larmes
qu'elle répandail alors, et à ce qui scmLla.il
i;ur des 1,agalelles qui ne le méritaient pa ,
v!illaient ans doute de ce qu'elle sentait un
mul dont elle n'osait se plaindre. La Lendresse
qu'elle aYaiL pour fo I\oi faisait naître sa ja.... 2-44 ""

deui: jeunes époux la présence Je la ra,·orîlc,
- ile l4 crétllure - ftl onitre entre eui:, à
défaut d'amour, 11uelque confiance; il parlaienL d'elle lor 11ue, par aventure, ils se LrouYaient seuls- et f. de la VauguJon ~oulait
aux portes. Ce que ·•o)•ant, le dauphin relournail à sa forge et à ses chiens, el retombait
dan a sauvagerie mélancolic1uc.
Il l' a, dan notre hi ·taire, peu de cène~
ègalnnt en tragique celle qui ·e pas a à Ver•
aîlle · le {O mai 1774. Louis XV a •oni. ·
dan la cb,1u1br' royale du premier étage du
chàteau; comme la maladie esl conl;igieu, e,
le dauphin el la dauphine n'ont pu approcllr·r
le moriliond; ils attendent dans l'autre nile
du cbàlc.iu; de minute en minute on leur
lrancmeL de nouvelles : c'est la fin ; Jru, courli '30 allendent lo dernier. oupir comme um:
délinance. Le dauphin &amp;I:' promène à grand
pa,, uetl.1nL les rumeur avec une tébrilë
impatienc~. priant à haute ,·oix le ciel d'éloigner l'heure de on avèncruenl : le trône lui
foil peur. Cl Il me cml,le, dit-il. quo l'uni"er va lo1nbcr sur moi. n Tout à coup, lu
llamme d'u oe hou ie, allumée ur l'une de~
fenêtres de la vharuLrt: du mourant, 'êLeint ....
'est le i nal convenu. Aussitôt un granJ
cri de II Yivr le r·oi ! D retentit dans k gaforie eL Je corridors; par les escalü!r·, c•c~l
une ruée -vers les nouveau mallrèS; &lt;:t'!UX
qui les premiers, i:n ·e bousculant, arri\eol,
trouvent Louis _'Yl el Marie-Antoinette à
genoux. o Mon l)ieu l répèlenL-il en sanglotant, gardez-non , protégez-nous; nous régnons trop jeunes I u
11 ,amble qu'à cc momenL-là, le nouveau
roi de vingt ans eut l'anguis ·ante ,i!iion de
toulcequ'il lui fallait ~Yoir, de tout ooqu'ou
ne lui aîait pas appris.
T.G.
lomiic., el de celte dernière oai snit son chagrin.
La premièrcannécdu mariage Je la R•in•,
le lloi aroil été tendre pour elle, el fort ~msible à la légitime pa .ion qu'elle nvait pour
lui. Aussitôt que l'amilié du lloi ,•iuL à dirninucr, celle qui en élail l'objet 'rn aper\·ut
bien vite; cl.le n•eut poin I besoin de confident pour l'a,·ertir de ce ecrel : avant fJIIC
d'en connaitre la cause elle en scnlil le elfots,
el di ait ouvenl à 13· Reine a mère, en pleurant ex.ce sivemenl, que le fioi ue l'airnail
plu . Qunud enmile elle fut quasi certaine de
ce changement, par la cannai ance qu'elle
eut de l'amour qu'il avail pour mademoi·clle de La Vallière, clle ftil longtemps dan
un étal pitoyaLle; il emblail qu l1Jucfois 11uc
on cœur \'Oultlt sortir de ~a place, tanL il
était agité, montrant par celle émotion qu'il
ne pouvait èlre content sans êLre réuni
celui même dont elle e plaignait. Le !loi
voyait à peu prè · toutes ses peine ; lllBÏS ne
pouvant e cbao,,.cr lui-mème el ne le voulanl
pa, noo plus, il ·en consola il par son indépe.ndanee qu'il meUail à touL u age, eL dont
il savait e faire ua remède Cacile à tous ce
p(llils maux.
MADAME DE

MOTIEVILLE.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XXV (ruile).

_Dans la nuit du 9 nu iO, le maréchal
m envoya Yers l'cmperellr, pour lïnrormer
du romhal d'Hollabrïmn. Apres une lomrt1c
m?~rhe _par J_ cbwnins d travcr c, of je
~.eg-~raJ ~lu.1~11rs foi~ dan~ l'ob curilé, je
,101nn1 enhn Napolôon au cl,àtenu de Vol~
ker dorf, qu'il ocmpait ùcpui. Je lt•nd main
de la balaill~ de Wagram . . _ a \foj té venail
d'appr~ndre qu'une grande partie de l'armée
autr1cb1enn0, quittant la roule de :'\ikolsbourn
•l ùe \lor:n-ic, e P?r_lait ver· Laa, pour ;
pMser la îaya el reJoindra le prince Charles
ti. Znaim, cl elle a\ait pre crit au maréchal
llarmout de la suî,re dans celle nouvelle

direr,tion. L'F:mpereur la prit lui-mèm" le 10
an matin tandis f!UP Davout continu:iit dP.
~ousscr vers . !k?) bourg, dont il s'empara.
J en !u~ réexpédie vers .\fass,lna, auquel Je
por~• 1o~dr~ de ~arche~ r~pidement ver~
Znmm, ou 1ecnem1 para,~. tUl Youloir conrentrer ~es principales force. et e prépartr
à une uou\·ell bataille.
Pendant celte journée du 10, l'arrï•regar.de rmemie battit con. tnmment en rrLraite devant le co.rps de ,1:ména, . ans osrr
nous alle°:'1re, car die iwRÎl éprou,·é ,k
pertes con 1dér3ble la \'eillc, :i llollabriinn.
compter de ce ruoment, le désordre .e mit
dan, . e. ranw: i au si fimes-n u un tri•s
grand. nombre de prisonniers. Ce même

.... 'l45 ...

jour, le prince de Liechtenstein s.e présenta
comme parlementaire à no$ avant-postes.
char épar le généralissime nolrichien d'alln
propa l!r u.n armistice à Nnpoléon. . l:uëna
le l!t :u.~ompagner pnr un do •ps officier.-:;
mai · peoJant qu'il. g:J1?nai~11l Wolkersdorl'
dan~ 1:esPoi~ &lt;l'i Lrou\'er encore Napoléon:
ce~m-c, s éta,t porté à Lan, et le parlcmenla~r • ne pal le joind rc &lt;Jue le leodemaio au
?'r Jerant Z11a1m. Co re1::rrd coùta ln 'l'Ïe ;1
bien dtls homme de, deux partis! L'arrirrega~d autri~bicnne, npr"" , 'être retirée deµms le u1.1-t1a .ans combattre, oou di 18
1 soi~
. I' eo t r~e
' du bourg de Gunsterdorf.
-ru
Une ,·ive e:m nnnde s 'élant en,.agêe, un boulet
traver a la calèche de \fo ilna, et un second

i

�1l1STO'l{1.Jl
tua un de chevaux qui la Lrainaient. lleurl!U 1•rne11t le mar~clial venait de metrre pi d
à Lcrr' cinq minuit:~ avaul cet accidl•rtt! Les
t&gt;nnemi,, repous~és, nous cédèrenl enliu
Gunter dorf, où MU pli . à.nie la nuit.
11 esl indi. pensahlo à la ~uerre d'avoir de
e pion~; Ma ' ~11a se .errai! pour cela de dl!llx
fri•rc juifs, homm s Lrt&gt;s inLelli 0 -enls, qui,
pour donner de · noul'Clle~ exacll!S el recc,uir
plus d argml, ;waicnl l'aud.i.œ de , c •li 'st'r
parmi lts colonnes autri_chicnncs, s_nu · p~éte:1.lti de vendre Je. frutl · el du ,,n; p111 ,
re:,l:rnl en arr1èrt', il attendaient l'arrin!C
des Françai · cl vm1ail't1l faire leur rapport au
maré1·h:1!. Cl"lu i., i, pendant bou ,·otirt ~éjuur
1t llollaLrünn, avait 11ro111is uue f11rle ~ommt•
à l'un de ces ,lnif~ ~ ïl lui remPlluit, lt:1 ltrndè111ain au oir, l'étal :ippro i11rntil' dt: · furn•s
ennemi~ · en•!lll-:'tll'S ur la roule que nou.·
~ui,·ion .. Alléché par l'applil du gain, l'l,raélilt: prt•nd Jes cberuim; dlitourmi~. marche
tonie la nuit, rraauo la tèll! de l'arm •e t'Onernic, pé11è1re dans uu Lui , el, gri111pa11l utt
omrot&gt;l J' un arbrt; touffu, il se lilollil ùan
le feuillage, d'où, l-fül ètro ap rçu, il dominaiL la ~ranJe roult', et, à me~ure tJue le:
colonne· Mliluienl devan l lui, l'e. piou iuscri,1tit .ur un calepm à 11udlë armll eus LruUjll!S
appart.t:uail'nl, la rorœ J.:., c,,cad ron ~t dt!
bataillons, aiu ·i c1ue le numbrt: dt!S pièces.
Mai:-, au moment uù il 61:iil ainsi oecopé, un
ergrnl de chas t&gt;Ur" e11_l1u J,rns fo bo!s pour
,•y rl'post&gt;r c1udques UJ~ta111., cl \h; 11t se
cul11.:hor préci~émcu ~ au-de ~~us ~~ l'~rb~~
surlt•quel e trou,·a1t Je Ju:J, ~u1l navatl
(l(&gt;iul aperçu.
cette ,11e, le pion, ah ·olom •nl saU, nt probahlt&gt;meut qudque mou,e-ment pour se cacber; le ca.lepiu lui échappa d1;5
mains el ~int LoruLcr à coté du ergeul 1Ctilu1ci lève la L~lc, el vopnl un homme au milit!-u
des bau les l,ranthe -, il le coucLe en joue, en
lui ordonnant de de cendre. Le malbi:ureux
Juif forcé d'obéir esl cooduil dcvaul uu
' autrichien, ' qui, ~ la vue duc·all'pm
.
général
accu aleur fait tuer ce m1. érable à coup de
baïonnette. li gi ait sur la grande roule
lorsque, quel&lt;[ue· b~u~es après, l'armée françahl a.rri,·a ur ce pomt. llès rprn le second
Jui.t qui marchait al'ec nou · en ce momunl,
ape;çul le curp de on f_rère ~ pou~sa des
cris atîrem,: puis, .e ra\l ·ant, il fouilla les
poches du mort. M:1 is n'y_ ayan~ ri':11 Lro_m é,
il pt! ta conltt: les enuenns qw lm av31ent,
dbail-il volé L'argent dont son frère était
Pourvu;' finalement, p_o?r av?ir ~u moin ·
,1uelque part d soo her1Lage, 11 pr1l tous l_e~
,ètemen\s pour les vendre phr tard. Voila.
,1ui peint bien le caractèr • juil!

CHAPITRE XXVI
Cr,mhul ,le Znnim. - t.~9 cuirs ,icrs ,te GuLl.o11. Je ,uis hl~ - 1 en Jparanl 1... eou1batllmls. :ii. ,t' Aspre. - ~oUl'ollu hrouill a,·P1· ,\fas•éna. l\t:lour ~ PPrÎ:!.

Le i I juitlët, jour néfaste pour moi, le
corp de Ma éna parut dernnt Znaï_rn ver!)
diJ.. beur~ du m::ttm. eL nous apl;rçume~, à
une dcwi-lieue our uuLre droite, le· &lt;lt\'Ïsious

MiJK011(ES DU GÉNÉJ(_Al.. BAJ(ON D'E
d11 manll'hal ~Jnrmonl réunirs ur le plnlt--au
de, 1'e,-wit1.. Cm, Lroupe· venaient de Laa p;1r
la roule de 13rünu. A ruid1, !'Empereur et sa
~ar,lt' arrivèrent à Zukerhandcl, et l'armre
Jltalfo n't•11 !1ait plu. qu 'à queh1ues lieue .
La vilk• dt• ZMiw, entourée J'uu mur fort
solide, , t i1mfo :..ur un i:ot♦·nu c"u\·erl d1i
virraullles, nn ha. duqu.-1 coulrnl la rivi\rc
Je Taya et le fort rui~ eau dt: Li.cbcn, qui
"jrll~ dans la 'l'n~a nu•d, •;..011 de 1' . wit'l.
Ces il~n: cours d' •1n1 environnent donc une
partit~ du cot,&gt;1111 Je Zr1aïm Pl en font uu · po:ition l'clraucbée par la nalurc, car, prt'.qu••
~11r lou Je~ poi11t~. le~ rivei- sont bérissres
Ùt• rncbt&gt;rs escarpils, d'un aet'l'S fort diflicile.
te ~ul ·'ijbaii-sc au vilhtge ù'Olilas , q111• Iraver e la roule de Vienne par la11uclle .irrirnil
le 1·orp, tic Ma,sllna.
Le prin1·e Ch;irlc. , ne n:ccvaut pas d •
répon:-.c à a propo:iitioo d'armi~ticc, et ue
voyant mdme pas re,•euir son parlemt'nlairi_.,
pr11 la r;~cilnt1un de profiter J,. lionne ' po,itioits ljDÏl occupait, pour ri 11uer encore les
chance· d'une bataille. Ea con~équence, il
forma son .irmée ur deux. ligne~. don la
prt-1uière appuyait Hl droite à la Ta1a, pr\ ·
d,· 1-:lo~lt·r-flrut·k, avait son ccnlre Pa face de
Te,wiLz et d~ Z11kerl11mdel, l prolon••eait ~a
ganclie jusr1u'à Kukrowitz. La econde ligne
occupait Znaïm, le GalgeuLerg cl Brenditz;
le ré er,•es étaient en arrï re. Une nuée de
tirailleur défendait 11 vignolile situé entre
Znaïm, le Li cht'n et. la 'l'aya.
Dè on arrivée devant OLlass, Mas. éna fil
occuper ce village, ain i que le double pont
CflJÏ pas e sur la rivière et l'ile dite des Faisans. La division Learand, qni venait des\ n
emparer, e porta sur AIL- challersdorI l!l
Klo.ster-Bruck, vaste et ancien couveut tran ·lormê en fabrique de tal.iac. .Nos lroupe.
éprouvèrent sur ce poml une ri; islaocc d'autant plus \'i\te que notre arliUcrie ne secondaiL pa lcnr· cUorl ; ue pOU\'anl. en èlfot'
pa er dan~ le ,,ignes, elle élaiL obligée de
tirer dn liard de la ri,·ière, c'e t-à-Jire de
bas n haut, ce qui rend le feu inœrtain el
presque nul. Le maréchal, retenu à Obla
dans a caloche, regrellait vivement de ne
pouvoir monter ~ cheval, pour aller voir par
lui•mème ce qu'il -y avait a foire pour remédier à cet io,·onvl1oient, lorsque je me pcrrni · de lui dire que, ayanl eJ ploré le_ environs avant l'attaque, je c1·oyais qu'une ball rie part.'iOt d'Ol,las , longeant la. rive droiltJ
de la riYière et allant e po Ler au-de sus du
village d'Edelspilz, pourrait rendre les plu
grands service . llas éna trom·a J'avi util.i;
il m'en remercia et me chargea de conduire
ix canon au lieu indiqué, d'où, dominant
et prenant à rever le troupe qui défendaient K.lo ler-Bruck et Ah- challersdorf, ils
firent un tel ravage paruli les ennemis, que
cenx-ci .. 1iandonnèren1 promplemenl ces deux
poste~, donl rto truupes ùmparèrcnt. Le
maréchal .e félicitait du bon effet produit par
cett balleri c, lor 'que j' accomu lui pro·
poser d' en cond11ire une autre à Küeberg,
point culminant de Ja rive gauche, mais ctJ-pendantacccssiblo t'TI rcuforça11t le altda~..- .

LP. maréchal y con cnlil, cl, aprè ,1uelq11e ·
e.Obrt , je r~u . is à foire monter huil pièce.
à Küeberl{, d'oi, letir- boulets, fouettant en
pie.in ur le ligue:. autrichiennes ma , ées en
avant de Z11:111t1, le eureul liit:ulôl forcée ;1
. e réfugi;,r dcrriù•e les mur de celle villl';
anssi je ne doute pas que si la Lalaille eùl
cunlinml. la hallerie tJUt! nous a\'iOu. placée
, ur le Küel,rr" u'eût élé rurt utile à l'armée
fnin&lt;;ai.e; c'~l 1•0 occupant cc point anm de
l'artiUorie qu'on p~ul r~Juirc proruplem 11l
la forlc po,ilion de Zuaïm.
Pond.111l la ,ive cano11nad8 dont je viens
clc pai-ler, u11 orag&lt;• épo11v.i111ahlc fomlil .11r
la conlréc. l!:11 u11 in ·ta11l, Lout ci-t iuun,i,,.
La Taya dJlwrJc, lrs armrs ne pe111·e11I plus
fain~ feu. Pl l'on u't•1lle11d plu uu ,eu! •·out,
dl! rusil. Le. tro11,M; ùu ~énéral Le"rand ~e
réfug-icnl dan, 1'.lo,kr-llrud,, à 'clrnllcr,-dorf, cl pri11cipule11wnt da11, lc.s numhren~e~
ca,•t'. creu~ée~ uu miliru u~' vign1•.s Juul lè
coteau P'l couvert. }Li· pendant 11ue nos
soldat \Îdcal le~ Loimt' • an - e pré11~cnper
de · ennemi· 1p1'il · i:upp0:,cul ahri1é · dan· !Cl;
mai:011 de Z,1afo1, le prince Charlel', prévenu
. an. doute dt: 1·..ite négli,.éncc. et ,·oul:.ml
eouper tonie relrai(e à la &lt;livi io11 Lc•rraml,
fail ·ortir Je la villti une colo1in..: du ruille
grenadier 11ui, 'élanyml au pa &lt;le course
ur la grandt: ruuteahando1111éep:ir nos gcru-,
traver cnl Alt-.', h~ll,•r~ lorf cl arri\'rnl au
premier pool d'OlilJ!-~ ! .11· 1lc~cc11Jais en c&lt;i
moment du Küeberl,( el tl'Eùclspiti; j'J étai
monté en passant par Neu- dullen ·durf, à
côté d'OIJla 'S, où j'avais pri les canon que
je devais cœ1duir-e; nn.1i~, "" revenant ~cul,
il me parut inutile de fa1re ce détour, pu.i quu
je .avais que tout le Lerrain compris entre la
Taya el Znaim éLait oc ·upé par une de nos
divi ion d'in(anteric. Au i, dè que je rus
nu p~Lil pool qui ~pare Edel pil1, de nie de
~'ai!;an , j'y pa sai La 'raya pour gagner 1•
11ranJ · ponts placé· sur la grande roule t'II
foce d'Obla s, où j'avais laissé le maréchal.
Je -venais &lt;le monter sur la cbau, sée qui unit
cc deux pont· lor IJUC, malgrd l'orn°e, j'enLend:1 derrière moi le bruit de tiomhreux
11a~ cadencés; je tourne la 1ère, et qu'aperçois--je?... Une rolonue cle •!l'eoadier" :mLrichicn qui n'était plus qu'ù ,•ingt-ciuq pa de
moi!. .. ~loo prernier mouvement fut de
courir ventre à terre, aûn de pr,h•enir le maréchal el les nombreuse troupes qu'il a,·ail
auprès de lui; mais, à mon très grand éton•
nemeol, je trou\·ai le pont le plus voi.:.in
ù'Oblass occupé par une brigade de cnirassil!rs français. Le 0 éuéral Guiton, qui la commandait, sachant la divi ion Legrand de
l'aulre c.ôté du JfoU1·e, el ayant rPçu un ordre
ineiact 1 s'ava.nÇilit traaquillemenL au pa !
A peine avais-je eu le Lemps de dire :
11 Voilà IP.s ennemis!. .. .11 que le général les
aperçoit, mf't l'épée à la maia, eL criant :
« Au galop! » 'élance SUJ' les •'renadiers
autrichien . Ceur-ci, mou pour uou atlaqu r à l'improvi ·te, furent Lcllement ètouu~.
de l'êlreeux-mème:là l'in tanloù ils ··y alleudaient si peu, que le. premier rangs eurent
à peine le Lemps c1~ crvi cr la baïounelle

rt •Tn'en un clin d'œil les !rois Latail1011 de
"rt'tlildier. fur,.nl lill,irafement roule.~ par
terre, . ous le" pied · de chevaux de nns cui-rassit'rs !.. . l'a un des homme , ne re l:i.
debout!. .. Un seul fut Lué: Jous les autres
furent pr1~, ain.i que les !roi~ canons qu'ils
avaient amërhL pour l'Onlrilruer à la défonse
de l'ile des Fai. an cl de- pont .
Ce rt'lo11r nfff'n ,ir aurait eu des ,é~ullal
Lrès fâcheux pour Jlou , i le prince Charle,
l'eùt exécuté a"ec: une troupe l1eauc011p plu
nombreu~P. t•o fai~ant en même temps alla!Juer la divi ion Le/!fand di. pcr~ée d,111 h·s
"igne·, el qui. n'apnl plu~ de retraite par
le · ponls, eùl éprouvé un très grand écht&gt;c,
car la Taya n'1\1ait pas guéaLlc. Moi h.• gécnéral outricl1ic11 fü un faux calcul, n se llatlanl
qu'un millier d'homme enrniés pour s'emparer de l'île de' Fai.an. pourraient . 'y
maintenir cuolrc le 011arrues de troi d • nos
divi-ions, el contre les efiorls 11ue la divi ion
L,•graud, :ittaq-uée f'lle-même. n'eùl pas manqué de faire polir s'oll\'rir un pa age . .\in i
pri. entre deux feux, les mille !!rCnadicrs
auLrich.ien , enfermé dans l'ile de~ Faisam,
eussent étt: réduits :1 ruellre bas les armes. LL
est nai que dan œ combat nou · aurions
perJu Leaucoup d'homme , dont la ,·ie fuL
épargnée par l'attaque inattendue du généra l
Guiton. Les cuira sier , enhardis par le . uccè et ne connaissant pa le terrain pou•..
1\renl leur charges jus'}U'nux. portes de
Znaîm, pt·ndant que les fanta sins du rrénéral
Legrand, attiré par le lnmulle, accouraient
pour k•s "eco11Jer. La vi11e Fut ur lei point
tl' ètre enl •rée .... ,\lais dPs force ·upéricure ,
secondée.&lt;: par unu nomlircu:-.e artillerie, eonlraiW1ire11 t les Françai. à redescendre Jt1s4u'à
Alt-..'cballersdorf et l\lo lcr-Drocl., où Ma séna les fil ,-outenir par la divi ion d'infar1L·rie du gém\ral Carra- ainL-Cyr.
L'Empercur, placé ur I •' hauteur' de
Zukr-rhandd, ordonna à ce moment au marrchal Marmont de d1;boucher de Teswitz pour
se lier 11 ln. droite de lJa. éna. La bataille
'engageait io'en iLlemenl. Pour 'en rapprochPr, Napol 1on vinL 11 Teswilz. ?ilasséua
rn'ayanl envoyé vers 'a Majccle pour lui rendre complc de sa posilion je revins a,·ec
l'ordre d'enle,•er à tout prix la ville que noire
hallerie de Küehcrg foudroyait el que lé
marécha1 Marmont nllail a .aillir au· i par le
mlion de Lcchen. Ue toutes pari on 1.iauait
la charge, el le liruiL des t.ambunrs, assourdi
par l'effel dll b pluie, se mêlait à celui du
tonnerre .... 'o lroupcs très anim~e· ~·avançaienL bra\'emenl conlre le~ nornhrimx bataillon qui, po Lés en av.int de Znaïm, les alleadaienl résolument; quelques rares coups de
fu il partaient seulement des mnLons. Toul
faisait présager un sanglant comLat à 1a
baïonnette, lorsqu'un orücier tle !'Empereur,
art'il'anl à toute bride, apporta à .\la séna
l'ordre d'anèler le comuat, parce qu'un armistice vc.nait d'èlrc conclu entre 'apoléon
el 1e prince de Liechtenstein. Au sitôt, le
maréchal, qui 'était beaucoup rappr01:hé des
troupes, prescrit à tous le ofllcicr · de courir
anuont.:tlr celle oom·elle sur les dirnrs poinLs

de la liglle, et me ùési!!l1e nominativrmen~
pour alll!r ver~ celle de 1111 • hrigad,• · 'llli ~e
lr01n·e le plu prè · d11 la Yille Pl a lé moins
ù'e •pace à p.1rconrir pour en l'enir aux main
arnc l'ennemi .
Arrivé derrière cc•s ré:;ômenL, en rain je
,·1•11x parler~ ma voix c L dominé p.ir les
Cl'Îs de : c1 Vin! l'Ernpereur ! 1&gt; toujours préeuneu.r, du combat, el déjà les troup • croisaient la l1aïonnell !. .. Le moi.udre rctar,I
:ill:lit donner lien ù l'unr de rcs lf'rrihlr:
m~lées d'infanterie qn'il est impodblc
d'arrèler dès 11u'clle sont t.nga.,re . Ju n·hésile donc pas, &lt;:t p1t: ant par un inlervallP je
m',1l111we entre le~ deux lignes prèles ;, se
joindre, cl, !put rn criant : &lt;c La paix l la
pni ! •.. » je fais avru• ma main !!':rnche signe
d'arrêler, lorsque. toul à coup. une lmlle
partie du faubourg me frappe au poignet!. ..
Quelque·-uas de no ol"ti1·h•r,, comprenant
cn(in que je port.ais l'ordre de uspl'ndre les
l10slililés, arrêtent la marche de leur cumpagniei;; d'aulr , hé itaicnt, parce &lt;JU'ils voyaient
venir à eux le hat,ùllon.· autrichiens qui
n'étaient plu &lt;1uï1 r~nl pa ! ... Are mome11l,
un aide de camp du prl11co Ch;1r), arrive
é alement enlre les dl·ux li"ncs, ch1•rchant 11
pré,•enir l'nllaque, et reçoit au si du faubour,,.
une b:1lle 1p1i hti traverse l'épaule. Je cour·
YCr cel oWcicr, el, pour Lien faire cumprendre aux d ,ux parti l'oLjet de notr n,i -~iou,
nous nous c1ubra, ons en ltimoignage Je paix.
A celle vue, lc:s ofliciPrs des deux nation,,
n 'hésila11t plu,:, comrnamlent /laite! .'C nrou•
penl aulour &lt;le nrm~, l'i appreanrnl qu'un
armistice ,rient d'èlrè conclu. On
rnèle. on
se rélicile mtrl11&lt;•llerne111; pni. les,iuLTichiens
retournent à Znnirn cl nos lroupe · rers l"'s
positions r1u'eJlcS Oècupa.il Dl a,•anl 11u'un
battit la cliarrre.
l,a commotion J 11 1·ou1) qne j'avais ri&gt;tn
a rait été si forte, que je croyais a,·oir le poi•
gnet cassé. lleurcn emenl, iJ n'en était rien;
m:ii ln balle aYait fortement !thé le, ncr( qui
rattache le pou e au poignet.
Aucune de mes nombreuses hie~ ur • ne
m'a fail ~ulmtl soullrir : je f u oLligé de
porter le bras eu écharpe. pcudanl plus Je ·i.x
moi . Cepe11dan1, ma Llc·sure, quoiqut!
gram, l'étail J,j Il muins
celle de l'aide
&lt;le camp autridüen. C'était un loul jeuue
homme, plein de courage, cl qui, malgré cc
qu'il av,i.il éprouvé. ,,oulul ab:.olumcnt "enir
u1ec moi auprès de )las éna, tnnL pour ,·oir
œ vieux guerrier si célèbre, 11ue pour accomplir ll1I mes:-age dont le prince Charles 1'111•ait
chilrgé pour lui. Pendant le trajet 11uc 1wus
îimes CD$emblc pour gagm•r Klo~Lttr-llruck,
où \fasséna s'ctaitéta.bli, l'officier aulrichien,
qui perdait beaucoup dé aog, ayanL été sur
L~ point Jo ;nw111ouir, je lui proposai de le
rccouduire à Znaïm; ruai:, il per isla à me
uh•re pour être pan é par le' chirurgienIrançais, qu'il disait être bien plus baliileque ceux. de on armée. Ce jeune homme
'appelait le eorule d'A pre et était ne,1eu du
g~néral de ce nom. tué à '. agram. Le maré-chal Uass 1na le reçul Lrès bien el lui ÛL prodiguer Lonles sorLes de oin ·, Quant à moi, le
0

1

•roe

.MJl~:BOT

~

maréchal, me vo ·anl hles.é de nouvrau, crut
dl'voir joindre e ·ulfrogcs il · uî de Lnus
lt&gt;s officier~ el mèmè dt• olJats de la lirigade. CJIIÎ fai,aieril l'~loge dn dévou1·mPOI
arec le&lt;JUcl je m'étai~ ,:iaucê •,ure li!:. deux
armiif' · pour 1hilt1 r l'effusion du san~.
Napoléo11, étant venu l'er. le ~nir vi~iLcr 11•
bivouacs. m';1Jrl! ·a de "il'· téruoi~in;w. de
.ati ·faction, en aj,ml:mt : ci \oa~ ~lPs lilr.~sé
bien souvenl, mais je rhompt·n~t·rai \'1,lrP
zèle. 1&gt; (,'Empereur a,•ait furrn1: lt• projd de
t'l'l:er l'ordr,· militaire d1• · î'mi~ Tnisn11~,
dont h•s c-lwv:1li&lt;•r dl!,·aÎl•nL a1oir au 1011i11s
i-i~ hle~~nrr~. Ill j'appris plu· lard que .'a
~lajeslé m·11\·ait iu. rril au noml1rl' ,le~ officiers rp1'il jnge:1il cli nes de rcc·ernir celle clécoraliuu, donl,je r pnrlt'rai plus loin. L'EmpPreur rnulul voir ll. d'.\ pre. qui a,,1il monlr 1
le mèmc d~vouemcnL que moi, cl le charrrèa
de compliment, pom· le prince CharlP .
Comme, loul en se l'é.licila11l t\Ue les cuirassiers fu ,enL arrivé . ur l~ pon~ à l'in. ta.nt mèmc où Il' grenad ier auLricLil'rl
allaient _'ea emparer, ':ipoléon 'étonnai!
qu'on eùl cmoyé de la gros -e cavalL·ric au
delà du lleuve, sur un coteat1 où il n'y a1·ait
d'autre passa~e qu'une grande roule encai sêe
entre d"-' • , i"nohle., prrsonne nl' ,·,,1dul aYoir
dunné Ct'l l&gt;rdrt•, qui ne prowu:ût ni du
maréchal 11i il11 cli ·J' J'~1a1-111aj(lr. el lt!
gtiuéra l Je cuiras i,•r:: ne pou,,1111 dt!.i.,aer
l'of!i cier 1p1i le lni :Hail transmis, r.mtcur di&gt;
tdlt: beureu~c f:1u1.C l't! ·ta ini:onnu.
J\:nd~ut l,• pe11 ile 111ir111Ll' · q11t• le i;-rrnaJirr· oœt1pùrt•11L l'ile Ji:~ Vni ·a11~. ils y prim1I
1.roi de no· générau , : F1·ir11111, t'nèf cJ',:1aLmajor de ~l.1.ss1:11a, b,ou,ki l'l S1alw11ralh,
au1quel ib cnlev~rt·nl Pll un lo11r do m:1i11
leur hourgc.-. cl leur, 1:p,,ro1L-&gt; 1l'argent. Ct·s
généraux, JilliHé. à 1'111•la11l mèmti p:1r ,w
cuira: iPr , rirent iil':iuc.oup de leur rourLc
·a pti,itil.
,fo vous ai dil qu'avant d'avoir reçu ma
hic.. ur~. el im111édia1eme11t aprè la Lt'lle
charge &lt;ll• ' cuiras icrs, le maréchal m'avait
ordonné d'aller rendre compte de ce l1e:iu fait
,t'armes à !'Empereur, t0l1jour~ placé à
Zwkerhandcl. Comme l'orage avait l'Pndu la
Ta a iniranch.i ·al.ile à gué. je Ju · la pa ~er,
eu face d'Ullla ·, sur les ponts dt! lïlll dt'
Fai ans, pour gagntr Zukerhandel par
Teswiu, d'où les lrOU(l1&gt; Ju ruar~chal ~larmuat dJbouchnienlen ce murne11l. L'arlillcrie
enaomie faisait un feu terrible ur die-:,, de
orle qua le terrain qui arnkiotl la riYiè.re
élait labouré par 1 boulet , el cependant il
n'J avait pa · mo}en de prendre un aulre
chemin, à moÎl1s de faire un détour con,,idérahle : je pris donc celte dir •clion. J'étais
parti d'OLla av c U. le cbd tl'cscadrou de
T.illeyranù-Nrigord, qui, après avoir porté
1111 ordre au maréchal Ma · éna, retournait à
l'~t~t-major impérial dont il faisait partie.
Cet.. ofhcier a.va.il déjà parcouru ce trajet, et
il s'offrit pour me guider. Il mard1aiL derant
moi sur lè petit enlit:r qui longe la rive
droite de la Taya, lor &lt;1ue, La tauonnnde ennemie redoul,l,1t1l d'inten ilé, nrm accéléron
la rapidité de noire course. Toul à coup, un
0

�_,_ 'H1STO'J{1.ll

M"BMOT'lf.ES DU G'Éf'Nt'R,,.AZ. JJ~O.N DE

n1audiL oldaL du train, dont le cheval était
,-!Jar •é de poulets el de cana rd$, prod11it de
sa maraude, sort d'entre les saules qui bordent la rivière, et, .e plnçanl ur le sentier
à 1Juelques pa · de . de folleyrand, .e lancl'
à h,ute l.irid ; mai un honleL a ant tué. on
ch1m1l, c~lui du 1. d • Tallt'1rand, i1ui le !)uivait de près, heurte le cada\re de 1:et animal
el 'almt complètemenl !... En voynnL tomL&lt;'r
rnon compagnon. jt• mr.fs pieJ à terre pour
l'aidr•r à • rcl1•wr.

sa reconnais~ance dan. le termes les plus
chaleureux, el lorsque, arrivés à Zukerhandel,
j'eus rempli ma mission auprès de !'Empereur, je fus en louré et îélicilé par tou le·
officier. du ~nnd étnt-major. \1. de TallCJrilnÙ leur avait appri ce c1ue je wuab de
Fair1 et rép 1ta il ans (•e.• e : « Voi111 ce qu'i:m
« appelle un r:1ccllenl r.a marade ! 11 Quelquei
an111k~ plu~ lard, lor~11uc je n•Iin. de l'e il
a111111el m'awlÎI r·ondomné la RP. tau ra.lion,
1 et.• Tnlleyrand, alors l,!éotlral dt' la g:ml
1,

M. d' Aspre, étanl Lrop souffrant pour suivre

son armée, resta à Znaîm. le le vi. auvent;
c'était un homme dl' br,'lnroup d'esprit, quoique lin peo exalte.
~l.t l,l ~i-ute me rai.ait he,aucoup .oullrir:
jé ne pou1nis foire (IUCllll ~ervice 11 t_bernJ.
1.u éna me chargea donc de Mpêchc- pour
l'Empcrenr, en m'ordonmml d'aller en posh•
à Vionnc, oi1 il ne tarda pa · li n•nir s'élahlir
:ive son étal-maJor. l\os gens et nos cbeva11~
r' 11'irent à 7.naïm, à tout évt'-nemrnl. l.:i

oificiers, j'eu du moins la ati faction de
lrouver chez la comt . e de tihar, chez laquelle j'étais log~, tous les oin que réclamait ma po ition : je lui en ai comerré un,•
bien \'ire reconnaîssaoce.
J'a\·ai5 retrouvé à \'ienne mon bon ami le
général de Sainv,..Croi~, que sa hie 'sure ri.'tint plu. ieur mois au lit. Il lo~eait dans le
palai Lobkowit;i qu'occnpait ,1as:én:i. 1•
passais ehaqu" jour plui;ieur hrur ~ avrt lni,
et l'in·trui~b du m1't'onlrnlement que le•
111ar1;.frnl parai S11il urnir con~u contre moi
Ùt&gt;pui · l'inrident dr Wa11ram. Comme il av:iiL
une très granJe inlluencr ur Masfiéoa, il lui
fit hiPutî1t sentir combien son attitude à mon
é;:;ard avait étd prnible el ble ante. , ei; bon
office , a.in i qul' ma conduite Il Znaïm, me
wmirenL n{in ns ez bien dans l'esprit cln
marécl11tl, lor •1ue, par un excès de franchL ,
je Mrrui .. is le ré. ullat obtenu, cL ra,'Îvai le
mau\·ais vouloir du maréc·hal à mon érrard.
Voici à '}llel ujet.
Vou. savez que, hies ·é attt jamlies. à la
suite d'une chute de cheval l'(u'il avait faite
1la11 l'ile dP 1,ohau, M:is.~tlna fut ouliué de
monter en cal~che ponr diriger ses troup,.•
pcmlant la halaillr de "agram, ainsi qu'a ni:
t·oml1at.,; q11i la . ui1irt·nt. On nllnil don1: alleler ùe cbP.vaux d'arlillerie à ct'lte voilur ,
lor qne, s'él:lnt aperçu 11u'il étaienl trop
lnng~ pour le linion, el n'avaient pas assez de
li:wl tian leurs mouvements, on leur substi1 1 • •jn:1tre chi vnux des écuries d11 maréchal.
p, i- p~rmi I pin. Ù\lciles, el parfaitement
l1;1bilut' au bruit du canon. l,es dctl\ soldnt
du train désignés pour conduir&lt;' lia .éna
albient . c mettre en selJe, le 4 j oillel au soir,
rp1and le cocher et le postillon du maréchal
dédarèr •nt que, puisque li:ur maitre se. er,·ait d, s propre ~heYaux, c'était à en1: à
les diri cr. Malgré tonies les oh ervation
qu'on put leur Faire snr le~ dangers auxquels
il · •:.po.aienl, ce deuxbomme· per istèrl!nl
?1 ,·ouloir conduire leur maitre. Cela dil, et
comme s'il' fût agi J'une jmple promen;1de
au boi. de .Boulogne, lu cocher monta :-or le
sil•gc, el le postillon sauta 11 ohcml !. .. Ce.
deux intrépide enileurs furent pcndanl
huit jours ci:110 é ~ de très grand danger ,
~ ::rtout à \ a~ram, où plusieur. centaines
uï1Jmmes furent tués auprès de leur cal&amp;:hr..
A Gunter~dorf, If' b1mlel qui lra,ersa ttllr&gt;
YOilurc perça la redingote dn rot'her, el nn
a11lrl:l lioulct 1ml le cheval •rnc montait ft, po~tillon !.. . Rien n'intimida cc.s Jrux fidôh•s
dom~stic1ues. dont toul le corp. d'armée admirait le dé1·01wmen.L. L'Emper•~ur mème les
fêlidt11, et dan. une de ses fréque11tes apparitions auprès de ,tasséna, il lui dit : 11 11 v a
11 ,mr le champ dé bntnille 300000 comlml,, ta ots : eh liicn [ avez-vous queL soul les
11 dein plus braves? C'est votre •.ocher cl
&lt;&lt; votre
postillon, c;ir nous sommes lou ·
11 ici pour faire notre rlez•ofr, l.:indi
que
« ce deux hommes, n'étant tenu à au1, rune obligation militaire, )JOUl'nienl 'e 1!m,, pter de wnir s'expo. er à la mort· il
&lt;i 011L donc mérité plu· L[U'aucun au tre l o
l•ui , 'adn· ,-:ml au.x conducteurs de la voi0

!\LI.RlAGE OF. c'IAPOLÉON F.'I' OF.

.\lARŒ-LonsE:.

Là cho·e était difficile, car l'un de e pietls
élatl en"(llTé dans l'étrier sou le venir,· du
d1c1·al. Le . oldat du train. au lieu dP nou
prêter as.istance, tourul e 1,lotlir parmi le
arhrPs, el je re·tai seul polll' accomplir une
làche d'autant plu pénible qu'une grêle de
houlel lombnit autour de nou ·, et que le
tirailleurs ennl!IIli , poussanl le.-, nôtres, pou,·aient veuir nou~ ·urprendre ! . . . 'importe! ...
je n'abandonnerai pas un camarade dans celle
Îàchcuse position!... Je me mi- donc à
l'œune, et, apr'•s des effort inoui , j'eus 1.,
!Jonheur de relever le cheval el de reploccr
M 11..: Talleyrnnd en. f'lle; pui · nou · reprirne.
noire cour~e.
,l'eus d'autnnl ph1. de mérite en celle circOn~lance, que je voyais mon compagnon
pour l pr-mière foi~: au. cj m'cxprima-l-i 1

I.E: l A \'lllL lttlO. DANS 1.A C HAPELLE 011

LOUVRE. -

royalt&gt;, me reçut n. sez froidement. Tout,·~
fois, lorsque ,•inut an, upr~- je le rctrou 1•:ii
ù lilan, 011 j'accompagnais Mcrr le duc d'Orléan , je n lui en tin~ pa · rancune. el 0011
nous . erràmes la main. C'est dans ce voya!!ll
que je rer1co11trai à Crémone L d' k,pre,
de,·enu général-major au ervice de L'Autriche,
aprè nvoir .cni l'Espagne juS&lt;10 'en l ;ill.
Depui , il a commandé en econd l'armcle
tl'ltalie, sou. 1 célèbre !Il.'lrét·bol Hadclzki.
~hi. r enons à Znaim.
Les Autrichiens érncuèrent celte ville, et
on établil le quartier général dr. Massénn,
donL le oorp d'armée forma un camp Jan
IL's f'O\ irons. L•anni.sli.cc :n,ait livr I pro,·isoirc,mn L i1 1 aroléon le tiers de fa monar bie
autrichienne, Labile par 000000 d'âme~:
c'était llJ1 immense !!llge de pai~.

D'ilfrès le laNtiltl Je Rocr.n, (.Musü dt Versaf/1('$,)

conclu ion d • la pni.t train:1il t•ll lougucur·.
• 'apoléon voulaiL écra er I' ulriche, qui rc~
îs.l:\Îl d'autant plu qu'ellr espérait le secour des Anglai. Jescendu en Oollan&lt;lc I,•
:iO juillet el déjà ma1lrPs de Flcminguc.
En apprenant cet évéuemcnl, le ~rand
·hancelier Cambacérè~, qui gouvernail fa
Frauce en l'absence de !'Empereur, fit marcher l Lroupe. disponible ver le Lord.
de l'E caut el en eonün le commandemenl au
maréchal Bernadotte. Ce choix déplut bcnncoup à _"apoléon. Du re te, les n lai·
retirèrent pr qu~ au itôl. Le conférence
r prirent avec la m1'me lenteur; nous occupions toujour' le pa •·, el le qu, rli r g 1nêr;1)
de Mn éna resta à Viennedepui. le iâ juillPI
jnsqu·au 10 novembre. Privé, par ma blcs!'ure. de agréments que :elle villu offrait aux

Lure, il s'écria : &lt;t Oui, vous êtes de111
« bra,es !... »
Napoléon nurait œrt.ainemrnt ré ompen é
te gen ·-là, mais il ne pouvait leur donner
que Je l'nl'gn,1, et il crnignit prnbal1lemen1
de. bic er 1•• u. C'liptihilité de , I stnn. pour
le ~ef\'Îœ duquel ils hravaienl tant de périls.! ...
C'était en effcL au marécli11l à le faire. d'autant plus 'Tu'iJ joui sait d'une forlutll' colo~ale : ~00 noo fran ·:,; en ,1ualill: dP. chef d'arm,:e; 100 OOfl Crane_ comme duc de l\ivnli.
rl 50U 000 frnnr 1·0111111e prinet• d'K~~li11{; :
au total, "''li{ rent miffr /'mncs Jlar ,111.
Cepcndaul. Ma t!11a lai sa d'ahord s"cfrouler
ùcux moi. ·an· annoncer à 1:e~ homm ,- s .
intPntion à leur égard; 1►11is. un jour que
plusieurs de se aides de camp, au nombre
desrp1eJ j'étais, e trouvaient rrhtni auprè·
du lit de ainte-Croh, )Ja. séna, qui le Tisi lait
(rétJUrmment, entra dan l'appartt"meot, cl
toul en causnnl avec nous ~ur les événemPnts
de la rompa1me, il se lëlicit.a d'avoir suivi le
r,on!&lt;Cil 11ue ,ie lui avai~ rlonné d'aller ~ur le
champ de bataille en ralèche, plutôt que dl!
'l Faire porter par dc grenadier. ; il fut
alor tnnt n:iLurellem nt cooduiL à parler de
son cocher el. de son pnstillon, rt lo11a leur
. nn •-Froitl et le courage dont ils n'avaient
e. s • de faire preu,·e au milieu des plu!': gr:inJs
péril . Enfio, le maréchal termina en di anl
que, voulant accorder à ces braves gens une
bonne récompense, il 3llait donn"r à cbacW1
d'e11
francs. Pui:, s'adr~sanl à moi, il
eut le courage de me demander i ees dN1
bomm ne ~eraient pa~ . a [i!,fails !...
J'aurai dù me tair •, ou me borner à propo. r une .ommc u.n peu plus forte; mai~
j'eus le tort d'èLre Lrop franc, el rurtont de
l'.!tr avec malice; car, hien que j'eusse parfaitement compris que llnssénn n'entendait
donner à chacun de ce · gen que 400 Irancs
1,ne fois payés, je répondi. qu'aYcc.400 francs
de rente iria.gère. 11u 'ils ajouteraient à leurs
petites économies, le cocher et le postillon
seraient sur leurs vieux jour à l'ahri de la
mis~re. Une ti•rressc dont un l'ha eur imprudent allaqur les petits n'a pas des y ux
plus terribles •rue le devinrent ceU.I. do Ma slina en m'entendant parl!il" a.in ·i; il bondit
ile son fauteuil en s'écriant: (1 \laihcureux! ...
11 vou voulez donc me ruiner 1. .• Commenl !
~ 40 (ranri. ,l~ rer,le z•iagère I Mais non,
a non, non!... C'e. t ,iOO franc, une foi. don~
" ·né ! ,1
Lo plupart de mes camarades gardèrent un
pruJcnl $ilence, mais le général Sainte-Croix
ct•lc commandant Lianh·ille dédarèrenl ba.utcmènl C[lle la ré{,'Olilpcn~e fi ée par Je maréchal ne.serait pas dignede lui, et qu'il fallait
la chan 111•r en une rmle 11iagère. Alor.5 fa.:sém ne e cootint plus : il courait furieux
d ns la chambre, en r •n versant Lou l ce ~u i
c trouvait . ous s11 main, même le gro.
meulil , el ·'écriait : ~ \'ous ,·ouJez me
11 ruiner! ... 11 Puis. ~ .ortanl, il nou dit
pour adieux : • Je pré(érerai. vous roir fuillcr tou , et recevoir moi-mèrnc une LaUe
r1 au tra,·er · du bras, plutôt que de signer la
&lt;c dotation d'une pension viagère de itOO franc

rno

.., !149 "'

.M.A1(130T

o pour qui qne ce rn.1.. •.\liez tous au
di:iblc !. .. »
I.e lendemain, il revint parmi nou , tr1\s
1•almr. en a11pnrenc1!, rar per.onne ne savai1
di... imuler comme luii mais. :1 l'ompter de ce
jour, le gént&lt;r:il, ninte-Crui .• son nmi. prrdil
brnnconp de son offcction; il pril Lignh·ille
en guignon, ri lai en donna des preuws
l'a.on le 'UÎ\"aul en Porl¾,11'3.1. Qu:int 11 moi.
il m'en rnulut encore plus qu', m ,,. r.:im;,.
rades, parce qne j':m1i Ir• prcmirr parlé tl,·
MIO fr:mc,, de rcnlt'. [)e hum·lit• en lio11eh1•.
la noul'clle de r.:1&gt;l incid'!nl arrh·a am oreill1•.
&lt;l1! n::rnpc&gt;reur; an .i, un jour que Ma sfoa
din3it a\-ce :apoléon, :':i 'laj té ne CC$~a d,•
le plai anter ur ~on amour pour !"argent !'I
lui dit qu'il pensait néanmoins ri.u'il nvait fait
une honne pe1uirm au · deur braves sen-il.l'or. qui conduisaient ,a cnll-cbe à Wagram ... ,
Le maréchal r 1pondit alor qu'il leur donnl'rait Il charun 400 franc.~ de rente viagèrP,
ce qu'il fit 'an r1u'il 1'1)1 besoin de )ni pemer
le hr:i d'une balle. a colère rontro oons
s'en accrut eor.:ore, el il nous di~aiL souvent.
a ,•fi• w1 rire ardoniquc : « Ah l me. raillards,
11 i je uimi· vo. bo,r avis. ,ou· in'auriPz
« liienlol ruiné! ... »
T. 'Empereur, voyanl que les plénipolcntiaire autrichiens reculaient con~lamment la
conclusion du traité de paix. se préparait :1 la
guerre, en fai ant venir de France d'importan~ renforts, dont il arrivait tou: le.-, jour
de nomhrem détachemco , que Napoléon
inspecta.il lui-même à fa parnd,, c1uolidilm11l',
pas ée dam la rour do pal:iis de '-lurnhrün11.
Ces revues alliraient beaucoup de curi1:u1,
qu'on laissait trop facilement a11procber;
aussi, un étudiant, nommé Frédéric Slabs,
fils d'un libraire de Nauulbourg et membn:
de la sociét • secrète du Tugen,.Lund (ligue de
la vertu), profita de ce défaut de surveillance
pour e glis cr dans le roupe qui environnait
l'Empereur. Uéj~ deu rois le général llapp
l'avait imité à ne pas s'approcher aussi prb,
lorsqu'en l'éloionant nne troisit•me Iois, il
.senlit 11ue cc jeune homme avait des armes
cacb :e · ous es habit . tab, rut arrêté l'i
a.voua 11u'il était renu dan l'intention de turr
l'Empcm~ur, nftn de délivrer l'.\llemaonc i.11•
on .iou.,., 1 'apol&amp;m voulait lui foi ,/'1:i ·it!
el le faire Lrait r comme atteint de démence·
mai les wédccins apnl affirmé qu'il n'étoi~
pa. fou, et cet homme per~H.anl à dire IJllt' •
• 'iJ . 'éubappail, il chercherait de nnm·eau à
accomplir l'atleulal qu'il :wail depui lon••lt!1np fonçu, on l'emoya nu con.;ril tic guerr~;
il rut condam11é, et !'Empereur l'aLandonnn
à ~on malheureux sorl : , labs ful fo illé.
LI' traiLé de paix 3)':lnl ,:té • ignt! le J ~ octolir •, l'Empcrcnr tp1it1,, l'Aulricht le 2~.
lai sanl au major général et aux m:irécltall\
le oin de présider au départ des lroupes, qui
ne ru, enLîèrerncnt C!O'• tué que qrnnzejours
apri\ . Afas ·ém au tori ·a alors c · officiers ii
rentrer en Franœ.
Je qnittai Vienne le IO novemhre. J'arai,
?chct~. une C.'lli!che, dan - laquelle jt• ,·oyage:ii
JUSqu a tra bourg avec mon camarade Ligni,illc, donL ln ramille habitait le.s environs.
11

�r-

1flSTO'J{1A

.l'a1·~i JaL sé en arrière mon dome tique,
chargé de conduire l'un de mes ·hevnu. à
Pari . Je me trouvais donc ~cul à , tra bourg
1•L craiorn:1i· de me mf'llre .,ml en roule, car
mon bra cltail très enllé; l'onnl1i du pouce
Vtlnail de tomber, et je souffrais au &lt;lelà de
Loule expre'sioo. .l'nperçu
beureu ·emcnt,
dao l"hôtel où je log i·, 1~ chirur ,ico-mnjor
du 10° de cba .. cur. , qui -voultll bien me
pan.er, et 1111i, d •vant .e r•ndrc à Paris, prit
plac1i dan. ma Yoit11n•, en m'a. ·uranl · •s
oiu. p •nd;rnt le traj l. Ce dorleur quitlaiL le
sen-ice militaire, pour 'étaLlir 1t ChantillJ.
où je l'ai rrn1. vingt nnnéc. aprè~, à la tnlile
d, ~I l • lluc .rnrl t•1n , c•ocnme cornm~ndant de la gardl' natio11ale. J'arrivni néanmoin~ à Paris en a :.ez mamais étal; mai
les lions . oin de ma mere, eL le repo dont
je joui-~ai enfin aupr\· d'elle, h:\t~rcnL rua
gut;ri. on.
.\insi . e l rmina pour moi l'annc!e 1 09.
r, -i vous von rappelez quu je L'avais commencée 1t A.storna, en Esp:igne, pendant la
campagne conlre 1 ,\nglais, apr~ laquelle
je pri part au siège de arag11~ e, où je ret:u
une Lalle au tr_.,ers dn corp ; si ,·ou • con idércz qu'il me fallut ensuite lravcr·cr une
partie de l'E. pagne, toute la France el l",\llemarrne, assister à 111 !Jal.aille d'Eckmiihl,
monter à l'assaut de [btisbonne, exécuter à
li:ilk le périlltJ1L pa saae du Danube, combatlre p ndant deux jours à E slin», où je
Iu } les é la cui, e, me tro1n r en.,agé pendant .oixante beur' à la bataille de Wagram,
nlin être ble ti au bra au combaL de
Znaim, YOUS couviendre.1 que ccUe année av ail
été pour moi bien rcrlile en é,•t!Jtcmenl et
m'arniL ,u courir bien des d,mger !

CHAPITR.E XX VII
1&amp;10. - le avroturc dan uo l,al ms~quil. - Crtlll•
timl ,1 l'or,lre ,lès Troi~ foi,1111 .. - M~riago. tic
l'E1111oen•11r UN' liri,~J.uui!&lt;? ,l'A.ulr1,h...

Il est un écueil qu'évitent rarement les
personnes qui écrivent leur propr hi toirc,
c·e l la minutie Jcs d ~lails : je cMe d'autaal
plus à cel en!raincmenl, que vous m'l' avei;
encoura"é aprè avoir lu ce qui prérède.
L'aimée 1810 'ourritpour moi ·ou d'heureux auspice ; je me trouvais à Pari · auprè
dema mi-re, et ks hie.sures que j'a'l'ai r çues
pendant le &lt;lcux derni re campagaes êlai :nt
par[aitement guérie • ce •tni me permettait
d'aUer dnn le monde. Je me liai plu intimement avec 1. et ~[me De brière dool
j'épousai la lille l'année suinntc. Mais, avant
d'o.rrirnr à œ 10oment heureux. je dus Imre
la péniLle campa"ne de Portugal, où je courus
de bien grands danger·.
L'Empereur 1·c1)ait d • nommer le maréchal
Ma .éna géuéralî sime d"une armée formidable, qu'il se propo ait du diriger au prinLemp · ur Li Lonne, occupé en ce moml!Ill
par les Anglais.
ous fai ion donc no pr 'paralif d • départ: mlli comme, elon leur habitude, les
Françai prtHudaicnl aux combats par les

pliii·irs, jam.ai· Paris ne fut plus hrillauL ']llB
cet hi,er-1 . Ce n'étaienl, Lanl à la cour qu'/1
la ,·ille, que rêtes el bal· ompl11eu1. au:x.quel:
mon grade et mon litre d.àide de camp du
prince ù'E·:lîn•• me faisaient toujour inliter.
L'Empcrcur, 1lonaanl d'immllnse. traitements
riu grand:; dignitaires, exigea.il IJlL'il' fi sent
pro pérer le commerce en eJcitant le luxe par
cle granJe· réunions. Pr~.que ton con idéraieul donc tomme und voir 1·vl1P m:rnih1• de
fairè ln IX!Ur au maitre : c'élail à qui surpa-set·ai l les :lll lrc.. Mni. celui 11ui . c d i~tingua ÎL 1
plu dans Celle lnlle dt&gt; ra te étail l. le comte
Mari' ..:.alchi, aml,a,sn&lt;lcur de ~apoléon mi
,l'Italie a11prè de :\apoléon cmpcre11,- ,le.~
F,·a11çais. Cc di11lomnl&lt;', qni occnpnit le Ld
hôtel sîlué au. Cliamps-ÉI St'é , a.u coin de
l'a\'e1111e ~lontairrne, :wait imaginé uu amu~emeot, sinon no11vca11, au moin lrÎ!. perfectionné par lui : c'élàicnl des bals co ·tumés et
ma.~11ués: et comme l'étiquelle se ·erait oppo ée à cc qu'on e tra,estit à la cour et chez
les grand· digoilaire , 1. \!are. r,1lcbi n1•aü
le monopole de cc genre do plai ·ir , el e
bal • lr-, con ru~, réuni saienl Lou te la haute
société de Paris.
L'Ernp r ur Jui-m •me. dont le divorce avec
Joséphine nmail d"ètre prononcé, t donl le
mariane a1·cc ~farie-Loui e d'Autriche n'était
point encore conclu, l'Ernprr ur ne mani1uait
pas une de ces [~te; on di-ail même cru'il en
donna.il le programme. Caché sous un imple
domino noir. porlant un ma que ordinaire et
donnant l bras au maréchal Duroc, dég-ui tl
&lt;le la même façon, 1 apoléonse mêlait à la
foule el, 'amusait à in1rit,'1let l dame , qu·,
pres11ue loales, avnienL la ligure Mcouverle.
Il c·t vrai que celle Foule se compo it de
personne slÎr cl connu, , d'abord 'f)nrce
•1uc, a,·aut de faire e invitalion_, lf. Mar sml ·hi en liOUm ·ltaiL 1:i liste ou mi11islrc de la
police, el 11ue !"adjudant de place Laborde, i
c 1èlmi à c ttc é1wq11 par l • talt!lll a1èC
lequel il flaimil un con pir:1tcur, c tenait à
l'entrée des appal'lement , daus fosquel peronnc ne pénétrait san se démasquer dcrnnl
lui, déclarer on noru et montrer . on billet.
He nombrcu a~cnts dégui é pat·couraienL le
bal, et un bataillon de la garde 'm'Ïrounait
l'bôtel, dool il gardait toute· le· i ue ·. )fais
ce précautions indispen,ahl étaient ùiri,,ée·
avec tant de ménagement· par le gén~ral
Duroc, qu"une foi dan les salons, les imités
ne 'aperœvaieot nullement de ceLte Slltl illance, qui ne gênait n rien I' 11pan ·ion de
leur gaieté.
Ju oe manquai jamai aucune de ce réunion , où je m'amusais beaucoup. C pendant,
j"y :prou,•ai une nuil un désa rémenl qai
troubla forL le plai ir que je goùlai . L'aventure mérite, je crois, de vous être racontée.
Mo. mère étai l, à je ne ai tt ad d 'gr\
alliée au général de diüsion • abuguel d'f'.spagoac, cou in do l'ancien gou vcroeur de ln valide · sous Loui
V : il e trait.aient de
parents. Xommé, ons le Consulat, gouverneu_r de l'ile 'l'abago qui appar! 11ai1 nlClr à
la rance, le général ahu,,uet l mo11tut,
lai anl une v u1·e 4ui vioL habiter Paris.
.. 250 ....

C'élait une trè l&gt;onne femm , mai d'un
c:1ractcr, un peu airrre · au· i ma mère et
moi ne lui taisions-non. ,pie de très rares
1·i. ile . Or il , ùvinL cp1e pendant l'bil'er
de 1 JO j • trouvai dw;i die une d e nmie
que je ne connai,.ai:; pa· encore, mai dont
j'a,·ais bi&gt;aucou1l entendu parli&gt;1•. \lme \'. ...
était une femme de fa plus haule taille, n ant
pas &lt;.! la cinquantai11L•. 1ln di ·ait 1p1'ellt• a\aÎI
ét 1 îorl lielle. mni il ne lui r •sin il de• on
ancie11nelieanléqu•dei cb.el'eui mag11ili,1uc,:
e!I, avait ln Y1li el le· ge. t · d'un l1ommc,
rair haut.,io, la parole hardie; c'titail un \rai
dragon. \'euw~ d'un bommo qui , l':tit ,,ccupé
un emploi éhivl, mais qui al'ait alm.é tic la
confiance que le ~011vt.&gt;r01Jrueut avait placée
en lu,. elhi arniL vu lirp1ider sa pension dans
des condition' ~u'i&gt;lle truuvaiL beaucoup lrop
raiLles. Y•nue à l'ari · pour réclamer contre
ce lp1"dlP appdait une inju Lice criante, et
,·oyant ses prétention repou~, 11es par le mini Lère, elle 'adressa "ainemeol à lou · les
princes et prince. t' de fo r.imillc im(*ériale,
et ~e décida, en dé e. poir de ca11se, à parler
à l'Empereur lui.même! foi. l'audience lui
aytlfll été refu.li , celt lemme oh,ûnéc :--ui,,ait sans œ'se Napoll~on, en chcrcha11t à pénétr r dan low les li ux où il ·e rendait.
Ayanl appri qu'il e rendait au bal de M. llarc calchi, elle pen a •jllB ~ di1llomate 11,~
refu. erait pas de recevoir la \'cu\'e ù·un b1 B1111
aulrt'fois haut placé. FJI nvail donc '.c111
bravement a ~!. Mare. calchi pour lo prier de
l'inviter, el J'amba: adeur ayant porlé sur sa
liste le nom de celle d:3,me, qui :wnit éclmppé
aux im tigation de la police, \!me X...
venait de recevoir un 1,illel pour li! 1ml, qui
devait a mir lieu le .oir même du jour oi1 je
ln ,·is chez Mme ahum1et. La conwr nlion
lui ayn11L LicnlôL oppri que j'irai, à celte
fèle, elle me dit qu'elle •efllil d', utant plu.
beur'u.rn dt! m'l' rencontrer r1ue, n'lial~itanl
pa· ordi11aircmcul Pari·, elle n'_y connais ail
LJne très peu de per.ormc , d nL aucun• n'allait chez al. Yarc.calchi. Je répondi · par des
polit s·c hnoales, d'u·agc en pareil ca , el
j'étais bien Join de pen ·er 1p1'il en ré'ultcrait
pour moi un ùc plu grand désa'?Témcols
11uefaiejamai: ,:pron,·d !. ..
La uuit \'eJlUl', je me rends .à l'ambas ·ade.
Le u:il .e donnait au rei-d~bau ·ée, t.: ndi'
que dans les appartements du premier éta"e
se lroumi •nt les tables de jeu el le :;alons
de conver ation, Il y a\ait foulo, lur que j'arrivai, autour des nombreux quadrille de
dan eur ·, paré de. co tn m~ les plu magnifique.,; . .Au milieu de ,:elle prof11Sion Ùè oierie , de ,·elours, de plumes et de broderies,
apparut tonL à coup un colo -e fémfoin, une
cariatide, vèlue d'une simple rob~ de calicot
blanc, rebau ée d'un corset rouae et t'bam:i.rréc de nomùr •u ruban de 1:oulcur du
plu mauvais goù.LI. .. C'éLail lme '\ ... , qui,
pour montrer a belle ch velure, n'a1aiL
trou1·é rien de mieux que de e co lum •r en
bergère, a1anl un. petit chapeao de paille .ur
l'ort&gt;iUe et deux "normes Lre .es qui lui ball.aient I talons! . .. La tournure IJizarrc de
celle dame et l'étrange sirnplicilé de la t.ui-

�111ST0'1(1.JI, - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
eue av o laquelle elle paraissait dan une (( avec nou , afin d't:1oigner le oupçon. de.
aussi brillante réunion avant attiré tous les • personnes qui pourraient sunenir. »
re!!llrd~, la curio-ité me fÙ porter les yeux de
L'Empereur •a~sit alor sur un fautenil
ce côlé. Je vermis walbeureu. ement d'ôter tourml wrs l'an"le dei mnrs du salon , Le
mon m11s11u . ~fmc :X ••. , fort emharr.1·. ée !!énéral el moi, noos en prîmes denx. nul rc.,
dans eelte foule inc~mnue. '"int il moi, et, rrue nnu. plaçàm do~ à do afec le siea, ùe
sans plus de raç.on , 'accroche à mon bra
Façon à le couvrir. Nnn faisions face à la
en di. :rnt à haute rni : « J'aurai enfin un porte d'entrée. Le général conser,•a on mu. qn
chevalier!... » J'aurais voulu pa rr c.elte el m'eng:vrea à cnu ..er comme si j'étai avec
rltrarl«e hergèrP. nu grand diahfo d'enfer, d'au- 1111elipies-uns de mes amarade . L·Emperrur.
tant plus 11uP . e · confidence, imli~rl'I 'li me ,'t1Lant d11ma~rp1é, Jeuum,Ja au ~érn:ral ,lent
foi~airnl craiudre WlC s ~ne aHic l'Emp reur, mou ·hoir • avec. 11• quel il essuya la ueur
f'.l\ qui m'c,,H fortemP.nl rompromi-:. Je cherqui inondait sa figure l'I son cllll, pui ·, mr'.
chai doncl'occa. ion dr me débarras crù'ell , frappant léœmnent nr l'épaul , il me priu
lorsque le préte-xte se présent.a de lui-mème. (ce fui son e1prcs_ion ) dn lui a\'Oir un raml
J'ai dit qu'à leur entrée dam le bal, prcslJlle ,·1me d'eau !ra1che et de le lui apporh'r rnoitoutes l •. œmmc c démasquaienl, Cé qui mème. Je conrns promptement au buffet ,ù'un
rendait la réunion bien pins agréable. Quelque
ùe salons voisins, pris un rerre et le remplis
homm Faisnient de même pour éviter la d'e.'\U à la ghce, lais au momenl où je le
chaleur, t l'on tolérait cela lant que leur porlai. vers la pièce où e tronrnit .. apolêon,
nombre n'était pas trop considérable, parce je fus o.cco té par Jrux hommes de h:mte
t(Ue ïL ea. ·sent eu Lou le \isage décou,·ert, taille, dé,..uisé~ en Éco ais, dont l'un me dit
il aurait été érident qu'en ne voyant plus qur tout ba · à l'oreille:« ~fonsil'ur le chef d'e l'.:\den'C hommes masqués, ç'aurait été l'F.mpe- ft dron farbot répood~il de ln salubrité de
renr avec le "éoéral Duroc. D , lors, l:1 réu- « l'eau qu'U p!îrle en ce mnmrnl? 11 Jr rru
nion auroit perdu toute c pèce de «:barme ponmir rarfirmer, car je l'av11i: prise daru
ponr Napot,;oo, qui, dans son incognito, se une des nombreu es carafe urvanl indi ·Linccompbi ail à intri!!1ler certaines persona •c; et Lrment à toute le personne qui . 'oppro11 écouter ce qui e di sait autour de lui. Or, chiiienl du buffet. Ces deux individu faisaient
au moment où je dé irais le plus vivement certainement partie des agents de la sîireté
m'éloismcr de Mme ... , et où beaucoup di. éminél; dans l"hôtel ous cliver tr:n·esti d'hommes avaient, ainsi que moi, la ligure semenl , et dont ph1bieurs surveillaient condécouv rte, les jeune secrétair attachés à stammenl la per·onnc de !'Empereur, san Je
l'amha :ide de M. Marescalchi parcouraient gèner pnr une a. siduité oli équieu•e : iL
le. alles, en nous invitant à remettre nos marchnicnl à di tance respectueu e de lni,
maa,quc~. Le mien était dan~ ma poche, mais pr~t à voler à ·on secours en cas de hcsoi.p.
je frignis de l'a,;oir lai .. é sur une ban◄JU elte
apoléon reçut avec un si vif plaisir l'eau
d1• la sall • roi im., el, ous pr ;texte d'aller le que JC lui apportais, cru , je hi cru., en proie
chcrrher, je m'(,loign:ii de lïmportune ber- à un oif arden · ruab, à mon •rand étongère, en lui promettant de rernnir atl plus nement, il n'en LuL qu'une trèl petite gorgée;
puis, trempant tour à tour les deux mouchoir
lôL!. ..
le ,•01anL enfin Mharrassé de ce terrible dan l'eau à la dace, il me dil de lui en
cimchemar,je me hâtai de monter au premier glisser un sur Ja nuque, tandi qu'il en plaça.il un sur sa ligure, en répétant plusieurs
étage, où. apr1' a,·oir Ira ver é les pai. il.lie
alon. de jeu, j'allai m'établir à l'extrémîté lois: a Ab!quec'e tboo! ... que c'e tbon! ... »
des apparlemenu;, dans 1me pièce isolée, fai- Le génl1r:tl Duroc reprit alor la comer ·1tion
l1lem ut éclairé par le demi-jour d'un • lampe avec moi. Elle roula princip~lement 11r la
J'àlb.1tr . Il ne . 'y trouvail personne. Je me rampagne q11c nou l'caions de faire en udémasquai donc. el, tout en prenant un triche. (,'Empereur me dit : r&lt; Vous voo y
r.x.cellent sorhct, je me reposais. en me félici- &lt;c ête. bien conduiL, urlout à l':is ·aut de
tant d'avoir échappé à Mme • ... , lorsque « Rati bonne t au pa aae du Danuhe : je
den:t hommes ma qué.,;, à taille courte et et ne l'oublierai jamoi et. ou peu, je v u.
•rro. se, enveloppés Jans de dominos noir:;, « donnerai um~marqu êclataulc de ma sali ~ faction . &gt;&gt;
entrèrent dnns le petit salon oi1 je me trouvai
seul. n Nous serons ici loin du tumulte, »dit
Bien que je ne pusse comprendre en quoi
l'un d'eu ; pui· il m'appela d'un ton d'auto- consistait la nouvelle récompense qui m"ét.ail
rité, par ruon nom tout court, en me faisant ù Linée, mon cœur nageait dans la joie! .. .
liai ,ôdouleur! laterriblehergt\re, Mme · .. . ,
ignc de venir 11 lui. Bien que je ne vi e pa
b figure de c•l individu. comme je me trou- paraît à. l'extrémité du petil i-alon! o Ab!
vais dans un hôtel qui réunissait en r, mo- ic vous voilà, mon. ieur ! .Je me plaindrai h
ment tou les princes et dimi1airr.s de l'Em- « votre co'.l~inc de volr(' peu de galanterie!
pire, je compris à l'in tnnl c1ue l'homme qui, 11 s'ér:ria-1-elle. Depuis que ,·ou m'atez ahanpar un geste ausj impératif, appelait à lui « donnée, j'ni été dix foi ' ur le point d' tre
un officier de mon "tlld1.1 , devait être lln rand « t!loulféc ! J'ai quiLté la aile de Lal : on y
per onna e. Je m'a1·:mçai donc, et lï~connu 11 ' t ufToqué par la t·halenr. Je wi!o. ,1u'on
me dit à demi-Yoix : « Je suis Uumc, l'Em- « est Lien ici, et je vai m ·y reposer. 11 Cela
a pereur est a\'CC moi ; a
lajestê est lr&amp;
dit, elle 'as.oil aupr"s de moi.
cc fatiguée· accablée par la chaleur, elle désire
Le général JJuroc .c lul, et apoléon, ayant
« se repo cr dans ceue pi/lce. écartée i re tez toujours le do tourné el la ligure dans h•
11

.... 252 ....

mouchoir mouillè, gardait la plu rarfaite
immobililé. Elle s'accrut encore lorsque la
hergèrr, &lt;lonoant un libre conrs à on inlempérance de langue, ~an e . oucier dl' no·
"oisins, qu'elle pen ait m'être lotolemenl
étrangers, me raconta f]ll'ell a,,ait cm reconnailr plu icurs fois rl.ios la fouit&gt; le /ie1·trmnage. 11u' •lie chr•rchnit, mais rp1'il lui avaiL
lité icnpo 'ible ile l'nhord1•r. , Il fanl ponr1« tant 1roe je fui parlll, di nit-die; il faut
" ahsolum&lt;'nl c111'il double ma pen inn ..l~
1c :ai.· hien 1111'011 n rbt'rché ~ ml" nuirt'. ~ou~
&lt;I prélexte qui!, Jnn. 111:i jeune. s1~, j'ai eu ùes
a amanl: ! Eh! 11arblru I il. uflil d'écoutrr un
11 in 1ant c r1ui r Jit !~-bas, dan. l"enlre-&lt;r deu: d,•s croisé.es, ponr comprendre que
a clucun y e t avec c:a &lt;:bacunr. ! D'nilleur-,
« ses œn;s n'ont-elles pa· des amant. L.
u N·a-l-il pa de. maîtresse , lui? Que vient« il faire ici, si ce n'e t eau er plu. lihremenL
t&lt; nvec de jolies l'emme 'I ... On prét1.md qne
u mon mari a volé; mai~ le pam're di.i!Jle
u ')' e t pri. bien Lare! et Lien mahldroiœu menL l D'ailleurs, ceu qui accusent mon
a mari n·ont-il·
1•ofé au-:si '! Est-l'e par
à héritage qu'il out u leur hôtel el leurs
11 helles terres? Et lui, n'a-t-il pas volé en
u ltalie, en Égypte, partout? - ~fais, ma« dame, permettez-moi de vou faire ohser\'er
« que ce que vou ditc!S là est forl inconve11 rnml, et que je sui d"autant rlu. surrrLc:
~ que ,·ous teniez d tels di cour que je
11 ~ous ai vue ce malin pour ln pr mièrc Cois!
o - Bab! ~ah! je di la rérité devant tout
« 1 monde, moi! Et 'il ne me donne pa,·
« une bonno pension, je lui dirai ou lui
11 ~cril'ai son foil trè · r•erteme11t.. .. \hl ab 1
« je n'ai peur de rien, moi! D J'ét:ii · ur le
gril. t:it j"aurai. volonlier changé ma ilu~tion actuelle contre une nttaque de ca~nler1e
ou l'a, aul d'une br~cbe I Cependant, cc qui
auénuail un peu ma douleur, c'est que lt•
l.,a,-ardarre de ~lme X... devait me di ·culper
:mprè de mes dem: voisin , en leur apprenant que ce n•,tail pa moi qui l'avais amenée au bal, crue je l'avais \'Ue œ jour-)~ pour
la pr mivre fois, et m'étais éloigné d'elle
au ilôt que je l'açais pu.
J'étais cependant îorl inquiet ur la manière dont ünir3it cette pénibl cène, lor$que
le général Duroc, se p~n hant \'ers moi, ~e
dit: 1 Empèebe~ celte lemme de nou su1,re ! » Il sel va; !'Empereur avait rrmis son
ma!que, peodnnl qtlC [me X.•• riéhlatérait
conLr lui, et en passant dmanl elle, il me
dit : ~ farhoL, les personne qui le portent
, inlérèl apprennent a,•ec plaisir que ce n'est
« que d'aujourù'bui que lu e-0nnais c~lle
« r/u1rmm1lP be,.gère. quu lu ferai b1~P
« d'envOl'er pa1tre Sel moutons! ... » Ct•la dit,
apoléon prend le !,ra~ de fü1roc et sort rti·ec
llli. ~[Ille X..• , . lupéfaile, et cropnt le. reco~naitre veut ·élancer ver eu1. , . .. Je compr1.
que, ~ialare ma force. je oe pourrais re11•oir
ce co!o~se par le bra ' , maL je la saisi~ p3r ·a
jupe. dont la taille se déchira avec u11 _grand
crnr1uemenl' A ce hruit, la bergère, crrubrnant
de se trouver en chemi e, i elle lir:iil dans
le sens contraire, s'arrêta Lout court en di-

ra

MUOJJt.ES Dll GEJYEJl(At ll.AJl(OJV DE
snnt : « (.;'ust Lui I c'e Lfui! ... 1&gt; et m'adres~a
do ri[s rpproche,; pour l'aroir em~cbée de le
. 11hrt: ! Je les supportai patiemment, ju qu'à
cc que j'tm e aperçu a11 loin l'Empereur el
lluroc, accompa,::né. à di lance par les deux
Éc.:ossais, so,Lir de la longue! enfilade Jes salons et ga&lt;&gt;ner l'csralieriiuieonduisaiL au bal.
.lugeant alors que fmc X... ne pourrait les
rctrou,·er dans la foule. je fis à la bergère
unu Lrès profonde alutatiou, san mol dire,
el m'éloignai d'elle au plus vite! ... Elle étaiL
furiuusc et prête à t.itouO'er de rage!... Cependant, en seul.auL que I bas de son vêtem ·ot allait l'abandonner, elle me rlit : « Tàc1 cbez nu moins de me foire avoir qnelqnc ·
(1 11pi.uglcs, car,ma robe va tomb r !. .. 11 Mai
j'1!1o,i si courroucé de c, exœn tricité.s que
je la plan Lai là, «JI j'avouerai même que j'eus
la mécban1·el~ de me réjouir de l'embarras
dan let111el je la Lùssais ! Pour me rernellr •
de· émotions eau ée~ par celle ~!range el
p11nil,le aventure, je me hàtai de quiller
rl11Hel ~larc~calcl1i el de rentrer rhe.z moi.
J • passai unu nuit des plus agitées, 1ourmi:nl~ p:ir de· rè\CS il::IJl lé.quel· je me
,·oyais poursuivi par l' ffr-0nléu bergère qui.
malgré mes remontrance • insultait horriLlc-mcnl ('Empereur 1. .. Je .courus le lendemain
chct sa coo.ine ' huguet, pour lui raconler
le extravagances de sa compromettante amie.
Elle en fuL indi,.née, et fil défend.ru a porte à
~lme X... , qui recul peu dejonr· aprè l'ordre
de r1uiLLer Paris. J'ignore ce qu'elle est devenue.
On sait que l'Empercur a sistail tous le
Jimancbe à une messe d'apparat, après la11uelle il y avait 1?1"3nde réception dans les
appartements de Tuilerie . Pollf y être admis, il rallait avoir aueint t:erlain degré d:ins
la bi~rarchie civile ou judiciaire, oo bien èlrc
officier de l'armée. A ce ûtre, j'a,•ais me.
entrées 1 dont je ne faisais usage &lt;(U 'une cule
foi par mois . Le dimanche qui suivit le jour
où la 1.,ène dont je .;.en.s de parler avait eu
lieu, je ru dan une grandt: perplexité ....
Ile,· is-je me pr :~enter au. ·i promp!cm.:nt
devant !'Empereur, ou fallait il lais cr écouler quelques semaines1 Ma ruèr •, 11ue je con,ult.a.i, fut d'a,i que, puisque je n·a,,ai ri n
11 me reprocher dan celle aO:ùre, je de::1·ai
aller aux Tuileries sans avoir à témoigner
d'aucun embarras. Je uhi ce conseil.
!.es personne qui venaient faire leur cour
formaient sur le chemin de la chapelle une
double baie, au milieu de laquelle l'Emp&lt;'reur pas ail en silence, co reodru1t les alo ts
qu'on lui adres ait. Il répondil au mien par
llll 'ourire bienv illant qui me parut de hon
8t1NUrc cl me ra· ura complètement. Après
la messe, 1 'apoléon, tra,·er~nl de nouveau
les salons, où, d'après l'us.1ge, il adr "ait
r1uclques parole· aux pcr oone qui s')· trou"aienl, 'arrêta dev3nt moi, el, ne pouYnnl
'e:s:primc.r lihrement en pré·ence de nomLrcux auditeurs, il me ùit, certain d'8tre

compris à demi-mol : « On assure que ,·ous
11 étirz au dernier hal faresealchi ; vo11 y
« êœs-vou beaucoup amus(,L. - Pri. le
◄1 moins du monde, ire! .. , - Ali! ah! re1&lt; prit !'Empereur, c'esl que si les bal mas" qués offrent quelque aventures agréable ,
« ils en présentent aus.&lt;.i de fàcheuses; l'e 11 enliel est de bien s'en tirer, el c'est pro◄1 hablemeul ce que ,·ou· nurei fuit. »
lJès que !'Empereur se fut éloigné, le Qénéral Duroc, qui le suivait, me dit à l'oreille:
a Avouez que ,·ou avez été un moment forl
c1 embarras é! ... Je ne l'étais pas moins 11ue
« 1ou , car je ·ui. responsable de toute~ les
11 invitations; mai
cela ne se renouvellera
« plus; notre impudente bergère est déjà
a loin de Paris, où elle ne r ,~endra jafl mais!. .. u Le nuage qui avait un moment
troublé ma tranquillité '•tant dis. ipé, je repris
m" haLit11de · el ma gaieté. J'éprouvai bienlot une ~· vive atisfo.ction, car, à la r&amp;eµtion suhanle, !'Empereur ,·oulut uien m'annoncer publiquemeol r1u'il m'amit compri ·
au nomine des offici1:rs qui de-Ya.ienL recevoir
l'ordre des Troi.~ 2'oüons.
Vou· serêz :.an - «Joute bien ai s d':içoir
11uel11ues renseignements sur cet ordre nou\·c.1u, dont la cr~lion, annoncée par le 1Yo11iteur, ne ful jamais mise à. exécution.
Vous avez qu'nu quinzième siècle Plùlippe
le Bon, duc de Bourgogne, établit l'ordre de
la Toi on d'or, qui , donué séulemcmt à un
ptitit nombre de grands personnages, devint
célèhre dan la chrétienté el fut très recherché.
A la mort de Chari~ lo Téméraire, dernier
&lt;lue de Uourgo«ne, sa fille, aiant épousé l'hérilit!r prb:omptif de la mai ·on d'Autriche, lui
apporla eu J,,t ce beau duché. el, par con é11uent, le droit de conf~rer la Toi on d'or.
llès la etondti gén•1raLion, l'emper ur Chnrlfs-l!uinL, après arnir réuni à la couronne
d'A.utriche la couronne d'Espagne qu'il tenait
de ~a mère, jouit enc..-ore du même pri,ilè••e.
liai apr'• lui, nonobstant la éparalion de
se États d'E pagne et d'Allemai,rne, de·
prince de la m~on d'Autriche ayant continué lt rég11er sur cc dernier par, ils con~enèrenL an conte talion la grande maitrise
de la Toi on d'or, quoiqu'ils ne complasse11l
11lus 1~ duché de Bourgogne au nombre de
l~ur, pos c ion..
li n'en [ut pas de même lorsque, sou·
Louis X[Y, la branche autrichienne qui régnait en Epagne . 'étant éteinte, un prince
françai monta ur le trône de ce beau Jill}'•
L maison d' ulrii;he prétendit conserver le
JroiL de conférer la Toison d'or, tandis que
les rois espagnol éle,,aicnl la même prélenlion. Quelque bons e:;prit sont d'a"is qu'ils
n'en :1va1ent le droit ni les uns ni les aulres,
puisque la Bourgogne rai ait désormai partie
de la France, el qu'il;paraissait natUJ"el qu'un
ordre d'origine bour ui nonne f1H donné p.1r
nos rois. 'éanmoins, il n'en ÎUl pa ainsi ; la

JKJUt.BOT

-

.,.

France 'al, tint, tandL que les souvera.im
d'Autriche cl d'E pagne, ne pouvant se mct.lre d'acrord, continuèrent, chacun de on
côté, à distribuer dei; décoration. de l'ordre
en litige. n y al'ait donc la Toi ou d'or d'Espa •118 et celle d'Autriche.
L'empereur apoléon, a1a.ut à son avènement trouvé les cho es eu cet étot, résolut,
comme po~sesseur réel de l'ancienne Dourgome, l!'obscu.rcir l't.lclal ùc ce: drui ordrn.
rivaux en créant l'ordre des Trois 1'oiso11.·
,l'or, auquel il donnerait u.oe lrès grande
illnslralion, en rei;treignan~ /1 un pe tit nombre les membres de ce nouvel ordre, 1;t en
oumeltaot leur admi.sion à Jes condiliuns
ua ée sur de glorieux crvices, car la première eiigeait qu le rt\cipieudaire eiit au
moins quatre hll!.'lsor s (j'en avais ulori; i ).
Ue grand · privilèges et une dotation ccmsidérahle étaient attachés à c llc dt.koration.
Par un sentiment facile à ·omprendre, apoléon \'ouluL que le d~rct par 1 4uel il Fondoit l'ordre des Troi · Toiwm fùt datt\ de
·cbœnbriinn, palais de l'empereur d'Autriche. au moment où le armée française\-,
" nant de •agnt:r la. hataille Je \ ·a gram el
de com1uérir la moitié de e;; Ët.ab, occupaient l'Espagne dont le roi était it Valença~.
Ge dernier priucc [ut probahlcmcnl i11,-c11ible à ce nouvel outrage, qui Jtail peu Je
cbo e aupr\ de la perte de .a couronne;
mais ü n'tm fut pas de même de l'empereur
d' ,\ utriche, qui fot, dit-on , tre" peiuê en
apprenant que 'apoléou allait ternir l'éclat
d'un ordre fondé par un de se· aïeux, et nu11ucl les princes de :;a maison anacbaienl uu
lrès grand prix.
Malgré les oombreu. félicitation •111e je
recevais de toutes parts, la joie que j'~prou
mis ne m'empêcha pas de bUmcr intéritmremrnt la création de l'ordre de Trois Toi oru ;
il me semblait que l'éclat dont l'Emporcur
roula.il entourer la nournllo décoration u1::
pouvait qu'amoindrir celui de la Légion d·honneur, doul l'institution uvait produit d'aussi
immenses résultais! ... ~éanmoin·. je me fêlicilais J'aioir été trouvt! digne de !aire partie
do nouvcl ordre. Mais soit que ·apoléon ait
rainl de diminuer le prestige de la l.é&lt;•ion
d'honneur, soil qu'il ail loulu être agréaLle
à son futur ~au-père, l'empereurd·Autriche,
il rcnon~:.,, à fooder l'ordrll de Trois Toi~on:,
Jonl on ne parla plus, après l'union de l'cmJ)ereur des Franc;ais arnc l'archiduch · c
, larie-Louise.
Le mari:icre civil fut célébré à Sainl..Cloud
le I"' açril, et la cérémonie rcligicu e cul lieu
le lendemain à Paris, daru la chap •Ile ùu
L&lt;,uvre. J'y assistai, ain ·i qu'aux nombr.iu.·c
îêtes donnees en réjouh11nCI.' de ce w~morable événement, qui demit, disait-on. assurllf la couronne sur la tête de Napoléon, et
qui, au contra.tre, conlribua si puiss:unmcnt
à , achute! ...

(A suivre.)

GËNÉ!W. DE

MAR BOT.

�"-----------------------------

LA GUERRE FRANCO-ALLEMANDE

Combat de Bagneux.-Châtillon
Par le Lieutenant-Colonel ROUSSET

Au Ueu1CA&amp;nt-Colond Rll11nn u àla tplcndid&lt; rdi!lon illUJtricdc ,on H.,toiN tùir11lcJ,laG.,rr•frn&lt;0•
•llniuJ,

(1870-1871)

qw

K

publi&lt; actu&lt;ll&lt;m&lt;n!,

nous cmprun!on, le ,icit 1ou1 à la foi• vlbran! &lt;I lmpar1i1l du &lt;0mb11&gt; qui se livr,tcn1 IOU• lu murJ de
Par,,, au c:oun de la journ« du 13 octob,c 1870.

c llans la m11l du 1::1 au l:i oclohn·, t:rr1l
le gt&lt;néral \-inoi, iJ. mi111til tm quart, le
t:ï• corps reçut Ju quartier général l'ordre
d'entreprendre uM ~raode rt!COnnai~nce ~ur
Je plateau de Châtillon. A11c1111 autre detail
s11r la durée el le but de l'opéralion "" noui
ela11l ilo,wé, nons dùmes supposer 11u'il s'agbsait sans doute de s'a,surer seulcrnl'nl ~i
le~ troupe.~ ennemies occupaient toujour) îorlrmeot le plateau. Cet ordrt&gt; fut expédié au,-sitol au général Blanchard; mais comme la
nuit était Lrès obscure, il ne put, à cau~e de
la difficulté des chemins, lui être remis au
lycée de \'ann:), où était ~on 1r11arlier général,

q1t'n11rè1deu.r liturn du 11rnlin. et il e11 était
quatre 11uaod il pm•inl aux gén~raux de la
~lariousc el Su~hicllc.... li ful décidé quo
l'attaque commrncerait à neut heures. 011
n'a,ail poi!ll lrop ae temps pour relever tous
les petit~ postes et les ~rand'brnrdes, prt:parcr
l'artillC'rie et réunir les troupes nJce!'Saires,
qui occupaient un front si t1lcuJu '. »
Celle citation surtit à montrer la façon dont
l'opération était prtparêe. li est donc inuule
d'insister sur ce sujet ; mais il est nécessaire
de connaitre Je.~ motifs qui avaient dicté ou
3ouH"roemeot une 1l,'.cision auN inopinée.
Les mouremtnLs exécutés du 1" au lO octobre par les Allemands, et qui pro,•euaient
de l'arrivée de noU1·eaux corps ou du remplacement de ceux &lt;JUÎ partaient vers Orléans,
avaient fait suppo~er au général Trochu r1ue
1. Gcnrral \'1~01, Sr ·ge de l'aria, page l?Ol

l'ennemi préparait une atta,1ue conll'i! 112
fronts i-ud de Paris. Cc~ rronts furent, en
consé11urnce, renforcés on :irtillerie. Puis
bientôt de nouveaux O\'ÎS arriièrc•nl, dono:u1I
les motif· réel~ de cc., allées el wnm·,. mais
ne pré,·iMnt pas sul'Jisammcnl l~s nouwllcs
disposilion5 des force~ ennemies. En outre, le
bruit conrul qu&lt;' les Prussiens se di~posaient
à liner le 11 octohrc, jour anni1·er~airc de la
bataille d'léru. uo as,aul général. I.e gom·erncur ,oulut èlrc miens éclairé, el donna
l'ordn~ que l'oo sa1l.
Positions ocCUJlées pal' fen11emi. - Lrs
po~itions 11n'on allait aborder dans œtlc jour·
née du l:i étaient gardées par le lie corps
barnrois, 11ui avait ses deux divisions nccolécs,
entre la vallée de la Uièvre et Meudon. A l'aile
droite, les avanl-po ·tes de la ,t.n divi,1on, partaol du cours de la JlièHe, pass:i.icnt en a,·anl
de Bourg-la-Rein~ et suivaicnl la li,ière norJ

dp, ,·ilta~b de Ha!!11et1\ et de CM1illoo. (Un
hataillon O(·tup:iil charun Je ces villag1•,, nn
lroisi1•me lennit t'ontena1•a11"t-noses.} .\ gau1·be,
la :Ï" Jivision 11tcndail ses arnot-poste~ 1lepuis
Clià1illon jusqu'à ~Jeudon t•n pas,ant par &lt;:lamart el 1~ li~11\re nord de$ bois. {Elle arnit
dPus compagnies dan!! l'ouvrage de Chiltillon
rl'lourné contre nous.} !Jeu" lignes de J,:ft•nse
succcs,in~s av:iienl été orzani,-ées ~ur le front :
d'al,ord l:t ligne des avanl-po~te~. renforcée
par des tram·héc~. de, lrnricn&lt;les, des aliati~, etc,: ensuite une po,ition principalt'. con~lituée ~ur la crète Ju platJ&gt;au cl dunt lt·
rentre de rési,tancc était la redoute de Châtillon. Eu outrt', mmme t,,, point~ d'appui de
la ligoc d'avnnl-poslP, o\11aii·nt pas distants
de~ forts d'lss,·,
de ,amus et de \lonlrou"c
•
0
dt: plus de 1,:100 mè1re~ au m.,,imuru. les
Bn:iroi~ y a,nicnt con,truil pour leurs ~rand'gar,les de, .1l1ris blindé:,; l'llfin, ils &lt;étaient
;ipplitJutls à errer des rhc1111ncmcnls J{,fi16s,
ponr leurs rnlnnne~, !'Oire les po~lt•s a~aud)',
et lé:. points de ra,q?rul,lt&gt;ment Jé,ii:mé~. C'c,t
niu,i 1Ju't111 dll'min relianl 11.-lgncux fi la Croixd,·-llerny a"ait rté ou,crl ~ lravers le parc de
~l'tlUX el d,m~ le vallon au sud d1• Ua;tn&lt;'nt.
.\ t ••s a1anlage~ ré.,ultanl pour J'ad1crsaire
d'aménagcrumb jmlicicui, il faut :iu~,i ajouter ceux que lui assurait la situation doruinnnlc, par rapport à l'attaque, des dcu't village~ de Bai:rn•u, el de Ch.Uillon, cl l'étendue•
de, champ de tir qu'il~ n"ait·nt Jnant cu1.
L'c11lè1emcnl Je ces lignes n'était donc pas
rhos!' aisée, l'i l'oo pt.•u t YOir, par ce~ cousid1iralions, combien il élail regrettable qu'on
n·e,1t pa~ pu consencr la po,,ession du plateau de Châtillon.
/Jispoi;iti,m~ d'at1&lt;11111e. - Dans le peu de
temps dont il disposait pour prendre ses
1li,posi1ion, et donner d~~ ordre~. le général
\'ino~ décida 1p1c l'atta11ue se ferait sur quatre
colonnes: les deux extrême~ étaut d1ar~
•lu faire des di\'ersioru pour maintenir l'i:nnem i sur ses posi lions.

COMB.AT D'E 'BAGNEUX-CHÀT11.t01Y - - ~

Ter le., lmupe~ 1•111,emfos d,1 llourg-la-ltein".
l.r1 ré~er,,e !Jt!nùale él ,il cor1slilu~e par la l1ril(,1d1• llumoulin. p11,t1:e derrii•rn le fort d11 \10111rnus:e, t·I a!anl N11·nrt1 ,lerri..n• elle le régiment
d..s rw,ltiles 1l0 la \'l'ndile.

l,,•lout îormaitunefîedif de 2:i,000 hommes
environ, disposant de 80 pii•ce~ de canon.
Colonnes e.r:trêmex. Prise dt• Clamart. Yo1011s tout &lt;l'abord le rôle joué par le, rolonnc., extr,~mr.,, qui, dans celle journrr.,
1ùurenl que fort peu à s't•ngnr;cr. Au ~ignal
de tien"&lt; coups de c~non tirés 1i neuf heures
Ju malin par 11• fort de V,1mc,, tout le mon1le
s'~t.,il mis i:n m11u,·eme11t à la fois. Le colond
l101ticr s'empara de Clamart sans coup f{,rir,
cl fil mellre Ir. Yillage en t•lat de défen~c par
~es ,apcurs, tandis qu'un bataillon ,:tnil co\'O)é à Fleury pour counir la droite de la
C!&gt;lonne. Pui~ ,._.,, liraillt·ur,, ;,;'a\'ança11t vers
l1• sud, di,·rrh?•n•nt à gra1 ir h·s penlt•, du
plaknu dtl Chàtillon et n:us!Sirenl même it
donm·r la main à la droite Je la col111111e
,w,hil'llc. Mai,, malwt! la protection de leur
:trlilleril', ils furent bil'Ulùt arr~tés par Je.,
troupes b:11·ar11iscs postées sur la po,ition
prim·ipale de déli-usc établil• à la lisière nord
du bois, et p,·ndaut toute la journée tirail1;•rc11l conlro clb. La situation se prolong,•a
ll'lle quelle, ~an rJsultals appn¼:ialilc,, ju..&lt;tu'an monw1l (trois heure~) où, comme un
Ill wrra plu, loin, fut donné l'ordre du la
retraite: la rnlonoe Polli•:r sc relira alors
en lion ordre et rentra dans ~es cantonne
nwnts.
Ln colonne de la Charrière, à l'extrême
i:;audu.•, ne fut rnème pa~ engagée; elle couHil, en avançant un peu, le flanc gauche de.,
troupes du général de la llariousc, qui avaient
pri~ llagneu,, cl cc rut Loul.
Colonne ,Je gauche. Atll11111e el p,-i.~e tic
Ll11g11cu.r. - A ~aucbc, l'alfairt! avait élé
plu:- chaude.•\pr,·s· cJuc le fort de Montrou~e
eut, en délrui)aul les oh~lacles a,,mcés do
Ragm•ux, prép,tré l'aclion &lt;le la coloanii de la
~lariouse, celle-ci s'était portée vhement 1m
1• , 1 dl'oilc, 2 bal:lillunl- ,iu l:i• ,le m:1rchc, a,·anl. Les mobile., de la Cùte-d'Or d~boucht'un6. cowpai:ni" d,• chasseur.., a compa~oie, de
rrnt d(\ la maison )lillaud, alant à leur gauche
garrlu.•ns ile la paix, une batterie cl une S&lt;'clion lu bataillon de l'Aube, el suivirent d'abord lu
de génie, sous IPs ordre~ du lieu1011anl •Colonel chemin de Cachnn à Bagnl'ux; profitant aYcc
Pollier, ,lu l~• ,le marclu~, amie ni pour olijf'dif• a~sez d'adrc..,se de Lou!- les ahris de terrain,
Fleur~ tt Clamnl.
hait::,, fossés el carrières, ils pan,inrent ain,i
~• ,lu cc11ll·t", le gênérnl d, Su•bitlh:, à la tète
,lu 14•de m:ul'llt' cldu ~• (i;1l~illun du l:i•, ,l,,\ail ,ans subir trop de perles jusqu'aux premihcs
11lla,1ucr Chillillon, ayant eu ré.•t&gt;n~, ,IU l'etil- maisnns du "illagc, s'en empari•rcnl el prirent
\unws, le 4:!' tif! ligne el le t- halaillun dc, pieu dalb la harricade qui barrait le du•min
mnl,il1:, ,le l'lube.
•
de Cachan. ll.ti, là ils commencèrent à éprou;-,• ,1 y11uch~. le régiment des mobile~ ,Je la 1cr une viîe ré.,isiaoce: malgré l'appui de
1:t,1e-d'llrct lo, I"' hat1i1Jun des mqhilcs de l'Auhe, notre arlillerir, placée éll aYnnt Je la Grangt.'sous le :ommanilcmenl tlu !!•:nttral de la )l.trious(', Or), les mobile~ n'am1çaicnt que très lente111,ird,a1cnt oonlrt• llagnl'tll, soutenu, en arriere ml'rtl, cl il fallut les faire appuyer par un
p;ir Ir, S5• tle ligue, qui, nn·t· un dëlarhemenl de
l,ataillon du 5&amp;• de ligne, qui s'était rapproU) !;IJr&lt;:urs, étai! po,;té à l:i t;r:rn~e-Or) •.
ché.
Ce bat.aillon se porta r~olument sur la
1 l:.ul'.u• à /'trirème !ln11chr, fa ùri1,,a1le ile
la Charrière (1ltri~ion ilt• Caus.,a{le) ~u tenait parlic droito &lt;le Bagneux, fit al.taure par lcij
&lt;'ntre Bagucu~ l'l la ma,-,,u \!illau&lt;l, puur nlN'r- ~apt:urs du génie les clùlures ou portes ùarri..1•. Oo. ,oil r&lt;?mloi.. n pëu, i1_i comme i Chc1ÏIIJ, on
• •·lait pre&lt;&gt;cr1111t, ,k rc.spt:d••r I u111lé1les lu·11• 1ai.:•••11w,.
:!, " Lo ..,i.l.i I.e Gouil, ,ln :;;,•. e11fo111;a11 avl'c

,l,•u1 110 ~èb e.,1mrmlt•$ l~J 1••rlt's ,l'une mai,on où il
f~ttul t!ix prisonnÎt'I'!. Le s,,ldal Gleny, du ru~me
rrguueul, enlra,1 seul dans une autre. el for~••l i
remlro les armt·~ lruis Baurois, dont le&lt; compagnom

~·enrui aient au plus I ile.-. {Géllh-11 lltcaoy, l.a. ~(rme
d, /'aria, r•11c :129.)
;;, /.1, f;uer1'r {rtmeo-ailrma11dr, 2• partie, JI. 17â.
1, 1;1h1éral l11t:11UT, l&lt;JC, cil., J'3gc 3i0: c Je donne
id 1, re uillanl onkil'r, di._q1l fP. gouv.•menr Jan; lf)n
ordre Ju jour du leud~main, Jt:t reg,-,:15 que l'ar[llée
parugera tout c uhère. •

.... ~ss ...

cadéc~ qui entravnicnt ~a marche, el, entrainant a,cc lui les mobiles, SI! lança daru: l'intérieur de Ragneux, oi1 il fit prisonniers une
qnarantaine de solilats bavaroi!. 1 • li arriva
sur la place de l'é~li e en même temps tJlle
les mobiles de la Cote-&lt;.l'Or et que les mohiles
de l'.\uhe, qui, de leur coté, vmaient ile
con11u~rir la portion sud-esl du ,·ill:ii.re,
ee~ dernier;;, co effet, a1·aie11tgag11é Ba;;m·ux
à travcr~ champs, et rnle,é 1, s mai,oo~ placées sur le wrsanl ~ud-csl du rnteau, 11 en
dépit du feu &lt;lirigé tians leur Oanc: par dl's
cont1n;;,·n1~ l,a,aroi, embusqué. derrière la
levée &lt;lu chemiu Je fer de Sceaux 1• JJ Malheur,!U~emeut, à l'insL1nt même oi1 ib enlevaiPnl
la dernit·rt? barrie.1tlc, non loin de l'église, le
brave commandaol de Dampit•rr,•, qui les
conduisait, tomhail morlellenwot frappé' . Il
était onte heures em·iron. B1g11eut se trou"ait
tout enlier en notre pouvoir, et ses d~fcnscur,
avaient dû se r1•plier sur um1 position d1·
rclrailt• à cbti,al ,ur la route d1• 1-'onlenal el
occnpt.le par un bataillon Je ré,enii 1 • ~o,.
troupe.,; s'é1alilir1:nl alor,. solidl'mcnt dan, lii
village, barricadant le~ rues cl crénelant lt•.s
murs ~ur les lisières 111li faisaient face à l'e11nemi. En même temps, d1:ut liatteries arri"ai~nl ,.ur la plaœ Je l'égli,.c t·t des pièct!S
étaient éJablie,i puur en61er b rue~ par J,;squellc, l'ennemi puurait accédt•r. Mais les
Allemands, occupml encore les maisons el
les jardins eotro Jlagncut et Chàtillon, continuaient de là ,à e,éculer sur nos ~oldats cp11
cssaynicol de dél,ouclwr du premier de C('s
"illa,;es une fusillad .. meurlri~ro. On dirigea
con Ire eu-.. le tir d,: l'artillerie; puis lei; dcu"
aulre,; bataillons du ;jf&gt;e, qui s'uançaient dé
la Gran~e-Ory, reçurent l 'ordro de les déloger;
mais nrrêtés par les diflicultPs Je terrain,
pris en O:inc par le feu des tirailleurs emhusqm'.-s dans les première, maisons de Cbàtillon.
ils ne purent y pancnir et furent bit•nt,il
contraiol.li de se refugier dam; Bagneux.
Des tentathes réitérées, faites alors pour
déboucher &lt;lu village, échouèrent successivcmenl. Les lrois bataillons baYarob qui occupaient Fontenay-aux-Roses, Châtillon el toutes
les maison., isolées situées au nord et à l'est
de ces villages, faisaient convcr~cr leu.rs feux
sur les tirailleurs français el les rejetaient
dans 11:igncux, landb qu'en arri1·rc ]a 4e dhision hnvaroisc, mise sur pied di-s oos premiers mou,·emenls O, accourait avec son artillerie pour les soult'nir.
La ~itualion snr œ point re~l.a donc da11,
le 1tlatu quo. J.11 brigade Dumoulin était,
cuire temps, Yenue se masst•r Jcrrière 11.ign,.ux, où un de sr.;; bat;lillons (&lt;lu Hl" du
marche} aYait m11me pénétré. Quant à labrigade de la Charrière, elle était depuis quelques instant.:; dt1plolèc au sut! du pont du
che111in de fer de Sccaut, sn gauche à la
gran,lt• route, mais s'abstenait de touteattn1prn

:1.

/,a Guerrt franc&lt;HJllem1wdt, 2• ranie, p. 17:'i
6. Jltos lluil lll'ur,·1 1lu mallll, le. avaul• JI\J5les rl Ir~
p~lroui111•s d&lt;l 1'1•n11cmi anienl 6iguol{· lff prèsenr~ ,Je
JJW;tJI ,-on,iMraLlcs au nord de la m,i,on Plid11&gt;n,
et J-,, lrouj&gt;e~ en 111uu,ernenl J~ cc poiul dan, la
direction de Bagneur, (/,a Guerre franœ-,,lkmandr,
2• parlie, page 11:;.)
•

�111ST0'1{1Jl

----------------------------------------~

contré Bourg-la-Reine et ses occupants1 •

Col.Qnne clu cenlte. Attaque de CM.tillon.
- Cet arrêt dans w1c offem;ivc qui avait si
bien débuté, était dù uniquement à la conservation de Châtillon par l'ennemi . Là, en efl'et,
nous avions subi un échec, el, par suite, nos
Lroupes de Bagneux se trouvaient soumises 11
tles feux de Oanc qui leur interdisaient tout
mouvement en avant. Voyons donc ce qui s'y
était passé.
Le général de Susbielle, chargé d'opérer
de ce coté, avait di"isé ses troupes en deux
oolollnes. L'une, destinée à l'attaque de front
et placée sous son commandement direcl,
4;0ruprenaH une compagnie de chasseurs, deux
bataillons de march11 (un du 15e, un du U •) ,
une batterie d'artillerie et une section du
génie. L'autre, chargée de procéder ~ une
alla4ue de flanc contre la lisière est du village, était constituée par les deux bataillons
rcstadts du 14°, sous les ordres du lieutenantcolonel Yanche. Le village de Chàtilloo était à
cc moment occupé par cinc.1 compagnies ha,·aroises •1ui en garo.illsaienL les lisières el tenaient le réduit, formé par l'église, une grande
maison ,·oisine et les barricades adjacentes.
A neuf heures précises, le géuéral de Sushielle fait ouvrir le fou conlre les premières
maisous de Chàtillon par deux pièces d'artillerie postées au sud du fort de Vanves. Les
chasseurs à pied, s()ulcnus par le bataillon
du 13°, s'emparent de ces maisons et pénèlrcnt dans ln grande rue; mais ils trouvent
toul à coup devant eux une barricade élevée à
eo\'iroll 200 mètres de l'entrée nord du village et sont obligés de s'arrèter. Aussitôt le
général Je Sushiclle, donnant l'ordre à ~es
deux pièces d'a"ancer, f.1it ouvrir contre celle
barricade un violent feu à mitraille; les llavarois, décimés, l'évacuent, et nos soldats en
prennent possession, tandis que l'adversaire
se replie dans la partie sud où débouchent ses
renforts. Une autre ùarrioadè, située dans une
rue perpendiculaire, tomlie également enLrc
nos mains•.
t:ependanl nos progrès étaient lents; de
toutes les maisons, des barricades encore
au pouroir Je l'eIUJPrni, partaienl des feux
croisés qui arrêtaicnl les assaillants et les
empêchaient d'accéder à la rue de la Fontaine,
tnenanL à l'église et barricadée elle-mèmè à
son extrémité. D'autre part, la préparation de
l'allaquc par l'artillerie avait été à peu prè.s
nulle, puisque seulement deux pièces -y avaient
coopére et que les gros canons des fort~
n'avaient pu tirer que quelques coups avant
quu notre infanterie ahordàt le village. Dans
ces conditions, le genéral de Susbielle songea
à faire appel al.il'. sapew·s du génie, et demauda
à leur chef, le capitaine de la 'faille, de lui
ouvrir un passage à travers les maisons.
Aussitôt les sapeurs se metlenl à l'œm·re.
A._ coups de hache el de pioche, ils pratiquent
1. La Guerre fra11w-allema1ule, page 17:t.

des brèches dans les murs de clôture, daus
les haies des jardins, cl arri\·ent ainsi, venant
tlu nord-est, jusqu'à la rue de la Fontaine;
mais ils s'aperçoh·enl qu'il n'y a pas possibilité de la tra,·erser.

2. En dirigeant celte. attaque, legéoérlil de Susbielle
1•eçul un coup de feu à la jrunlJc giiuçhe. c Celle blcsstll'e, heurPusemenL sws gravité, dit le général Ducrol,
ne l'empêche p3s de diriger nos jeunes soldats qui, a
la vue Je Leur ~néral ble!Sé, redoubleitl d'ardeur. &gt;
Loc. cit., page 333.\

Les défoui;e:, do l'église l'tlnfileol ,tans Loule
son ét11ndue, une grêle de balles la ~illonne de
Lou les parts.... Alors le capitaine de 1~ Taille el
los sapeurs poursuivent leur mnrcllo d'habilalion
en habitation, Lrouenl les murs, brisent les cloisons el se prolongent sur Je côté gauche de la rue
dtl la Fontaine en se taifünl à coups de pioche
une sorl.e do galel'ic. Trois compagnies du 42• de
ligae, sous les ordre~ du commandant Charpentier.
marcheal pas ù pas derrière les sapew·s; trois
comvagnies de 14• ile mi,rchc, senanl do réserve,
les ri!mplacent 11 mesure qu'ils avancent. Toul en
gugna11l du Lerrain, on rail le ÇOup de feu par lrs
portes, les fenêtre~, avec les Allerrurnds, qui. de
l'aulre côlé de la rue, nous suivent 1mrallèlen1enl
de mai~on en maison. ()ans celle lul le pied (1 pied,
l'ennemi, qui occupail au~si les habitations à traver~ letiqueUes nous cheminion,, perd &lt;l.u monde;
nombr1t de ses tués el de se, blessés encombrent
les drnmhres, •1ue nous enl~voru; une à une; plusieurs Bavarois, cachés dans les caves, se rendent
uu lomheul sons nos i:oupss.

Tandis que, grilce à cet heureux expédient,
nous progressions un peu dans Chàlilloo, la

colonne du lieutenant-colonel Vanche a,·ail
p,is comme axe &lt;l!! sa marche le chemin qui,
parlant de Montrouge, passe elltre ce village
et Bagneux el pénèlre dans Châtillon par le
nord-est. Mais elle avait, dans cette attaque,
subi des pertes :-ensibles el perdu son chE'f,
grièvement blessé. En outre, en arrivant dans
le 1-illage, elle était arrêtée nel par les foux
du réduit et la grêle de ~alles qui partaicnl
des maisons siLuécs dans la pal'lie haute du
pays. « A gauche, comme au ceulrc, nous
étions arrèlés au milieu du village, par des
obstacles qui se multipliaient à mesure que
nous a\'ancions'. »

Fin &lt;le l'action et ord1·e de retrr,ite. Cependanl la lutte continuait à tra,·ers les
maisons. Des fractions importantes du it2•,
qui formait la réserve, étaient venues appuyer les assaillants; deux pièces installées
presque dans le village tiraient contre le réduit. Mais, de leur côté, les Bavarois recevaient des renforts sérieux; cinq compagnies
nouvelles, accourues de Sceaux, prenaient
position dans la partie sud et dans le réduit,
s'y établissaient solidement et tentaient même
quelques retours oJfenills, grâce auxquels
elles nous reprenaient plusieurs maisonq.
L'artillerie ennemie couronnail le plateau et
entamait une lutte fort vive avec les rorts,
qui ne prenaient le dessus qu'avec peine~Une dernière lentati,·e, faite par le ue de
marche pour s'emparer du réduit de Chàûlloll, sans la possession duquel il fallait renoncer à pousser plus loin , venait d'échouer,
et nos pièces de campagne, dont un caisson
3. Gt\néral Docn01·, foc. etl., pagii 5:U.
4. Ibid., page 336.
5. Cependant, ii gauche de C:hâtillon, une batterie
bavaroise qui chercbail à étaulir ses piéces de ral'Oll il
lil'er sur Bagneux Cul hew·eusemenl couleuue par une
seule pièce de~, placèe au 1aillant sud-ouest au fort
de Montrouge, el chaque fois qu'elle se mellah en

avait sauté, blcssanl et 1t,1anl autnur de lui
des hommes et des chevaux, étaient oùligécs
d'abandonner la position avancée qu'elles occupaienL aux ahortls du village.
Ce:, allllques réitérée~, én~l'giques, mai~ :;;lns
sucet\s, l':iccrois.~emcnl perp11luel des ma,,,c,, énnemie~, l'épuisement des lrou1i.:s, tout ,lit qu'il
faut l'eooncer à enlever d'a~aul celle po.ition
inexpugnable.... Le général de Susbielle veut cependant encore lenler de l'arl':lcher à l'enm'rn.i
par Je feu; il s'enlrelenait de:; moyens incendiaires ;) prendre avec le capitaine du génie, dan~
noe maison siluèo à 1p1el4ues mètres ~eulrment
de la place ùc l'êglise, riuand l'ordre ,le ces,:er le
combal hii fut apporté, à !roi~ b.eures Ju soir, pa1·
le capitaine Del Cambre 6 •

Ce n'est pas c1ue le général Vinoy n'ei1t été
Lrès Msireux de conserver Basrneux, que nous
tenions solidement avec IJUalrc bataillons de
mobiles 7 et trois d'infanterie. li jugeait Lrès
utile la pos~ession Je ce village, fort pt-u distant du îort dtl Montrouge, el comptait eu
faire le point d'appui d'une reprise ultérieure
de l'olfensive, soit le limdemain, soit plus
tard. ll l'a,•ait même, dans celle pensée, fait
organiser duîcnsi\'ement, aussilôL tomhé enlre
nos mains. Mais il ignorait les iulenlions dn
gouverneur à cel égard, car l'ordre de mouvement n'en soufllait mol, et, à uue dépêche
emoyée au général Trochu un peu après onzu
heures et ainsi conçue :

« l\ous sommes 111al1r~ de Bagneux, je pruntb
ries mesures pour nous y maintenir; voulci-vous
lti conserver'!

J&gt;

Il n'avaiL reçu, à une heure cinquanle-liuit
minutes, que celte réponse assez confuse :
« Blanchard tiendra Jans le has Chàtillon, aaiM
dép1U1,er la l'Oule de Clamart; je lui annoncu
que vous le soutiendrez de Bagneux par volru
cauou, qui devra tirer euLre lo 1tilcgr:1pbe et 1~
hanl Chàlillou. Sous cette rroteclion, Ulanchu,I
féra sa retraite 11ua111l il le juyern ù 71ropos ou
quand vous le direz. Il

Ce n'était point là répoudre à la question:
c'était tout au plus laisser entendre que l'on
&lt;&lt; ne tenait pas à conlirmer la lulle 1usquï1
l'enlèvement de la bau Leur de Cbâtillon ~. »
L'embarras du commandant du rn~ corps
était donc le même, quand, vers deux heures
et demie, le général Blanchard, usant de la
lal.ilttde à lui laissée, rendit compte qu'cu
présence de l'accroissemenl et des progrès de
l'artillP.rie ennemie, il prenait ses premières
dispositions p8ur se retirer. Il n'y avait plus
qu'une chose à Jaire, le suivre, el c'est l,
quoi se décida, une demi-heure plus lard, le
général en chef.
La retraite s'opère en Lon orJre. Dans CLàtillon, nos troupes se retirenl lentement en
suivant le cheminement pratiqué par les sapeurs; pour ralentir le mouvement de l'ennemi, elles établissenl des barricades avec
des tonneaux, du_ bois de chauOage, el reculent progressivement de l'une à l'autre, teba.tterie, la précision du tir du fort la forçoil ~ussiltil
(Général VIMY, /oc. cit, page 215.)
6. Gênéral Dijc1101 Jtx;. cit., ~e 339.
7. Trois de la Côte-d Or, un de I Aulie.
S. Général v1~11Y, !oc. cil. , p11,ge 21 i .

à rétrograder.

.... 256 ...

CATHERINE II, IMPÉRATRICE DE RUSSIE
Tableau de ROSLTX.

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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1flSTO'J{1JI

----------------------------------------~

rœur plu léger ». Duraal Loul le re le de sa
promenade. il sauta cl riL comme il n'avait
jamais fait : il n:mail d'apprendre que on
papa n'était peul-èlre pas un mon trn. EL ù ·
rclour au château, il dit fièrenient à Collin,
un aulrc de ses mealors : « Ohl si YOUS
sa\iez ! .L Forcsli et moi, no11s avons lony11emenl 11a1·lé de la Fl'ance ! ~
Le grand souci de llielricbslein él.ai.L d'halJiluer son éPYe à penser cl à s'e-xprimcr en
allern:md. On l'appelait, d'ailleurs, Fran:..
« Jè ne ,·eu:x pas être Allemand, criait le
pelil pos édé .... J'aimerais micu,c ... je n'o.c
pa diN quoi!. .. Je veux rc ler Français! ))
lai- le moyen ùe luller conLre 1anl de pMagoguc acharnés à s1 germanisa.lion I La joie
du gouYcrneur e l grande, quand, le i 8 noVllmLre i&amp;J 7, n con talc que le prince Franz
parle couramment l'allemand; dix an plus
tanl. ré ultat magnillque, (« il est tout à fait
iac.1paùle d'écrire correctement u.nc lettre en
fr:mçai ». lais quellll peiae oa s'est donné,
pour en arriver là ! Il .t fallu coufisqacr tous
les objets, livres, effet clo toilelle où se
lrou\'cnt gravé.es te :iigles irupériales; il a
fallu rcnYoyer d'Autriche tous les ser..iLeu.rs
français, el même le pclil Emile Gohereau,

un gnmin de :.ix ou sept ans, fils ùu Yalet de
chambre de l'ex-impératrice. Alors on vil
celle cho~c sublime : pour entendre quelquefois parler ùc ce pa arloré sur lequel son
père avaiL régné, Fram1 écoutait aux portes;
quanù Dietrich tcia eau ail a\'cc les domc ti(jUCS ou avec des étrangers, Je fil, de 'apoléon
se cach:iit sous un mcuLle, espérant que par
surprise il allait entendre prononcer le nom
de son père; il lisait en sec.rel, s'iastrui rut
e11l; mai ceque e ma1Lrc lui easciguaient,
il 'efforçait de ne pas l'écouter. Parfois, à
bout d'amieu e curio ilé, éLouffaal de ne pas
savoir, il questionnait avidement : &lt;&lt; Dil.es•
moi, de1mmda-t-il un jour à Collin. dilesmoi. s'il ,·ou · pla.ll, po11rquoi on m'app lie le
roi de Rome. - Cela se pa • ail encore au
temps où 1otre père arail un 1:,rrand royaume.
- EsL-œ r1ue Rome a apparlenu i1 mon
p~e1- 1011, Home appartenait uu paJie. Et où est à présent celui--ci1 - Le pape?
Toujours à Rome. - EL mon père il est aux
Indes. je croi ? - ~foi · non; pa du 1oul.
- E t-ce qu'il est en Amérique? - Pourq11oi serait-il en Amfrique1 - M:ii · enfin. où
est-il, vrai.ment? - J ne puis pas vous le
dire. -Onm'a dit un joarqu'il avait été eu

ngleterre el qu'on l'en nvaiL chas é. - C'est
là wre erreur. Vous savc~ bien, mon prince,
combien ouvenl il vou arrirn de mnl comprendre cc que vou cnlcndc.1 dire. - Oui,
c'esl nai, excu ez-moi. - Je puis vous li su.rer que momieur , 1olre père n'a jainai · élé
eu Angleterre. - J'ai entendu dire aus i
qu' il était dan la misère. - Comment. dans
la misère1 - Oui. - Comment cela seraitil po ible 011 mÈme vraisemblable? » _\ ces
mots le 1·isage de l'eufanl s'illluuiaa de
bonheur : « C'cs1 1·rai, dit-il, c'e L Li ·n cc
que je pensai . 1&gt; Et il pru;sa aus·ilcil à un
autre sujet. Il en av, il pour hien longlcmps
à méditer, et j:imai ne Juj en a,·aiL-on, ur
11l011 iew· son père, lanl appris.
Oe lou les traits touclinnls ou lrairiqucs
c111 ·a recueillis 1. de WyzC!wa en fcnill •taul lll
journal des préœplcurs du prince, cclu.i-là,
.aas doute, est le plu. m1,•ranL : l'cufanl du
ma.ilre du monde rayonnail de joie à la révêlalion que &lt;&lt; s011 père o'ét..1.il pas dans la
mi ère ,, , el il e résignait 11 11'en point
sa,·oir d:rv_intage .
Oui. ccrlc , 11 cél •füoyalilc supplice moral
on préfère les coups de Lrit[UC du cordonnier
'imon.

LE

"LisEz..Moi'' u1s10R 1QuE

T. CT.

J.,A v1E DE P .uns

sous

LA RESTA~RATION . -

UNE PARTIE DE DAMES AO CAFE L.utBLIN, VERS 1lho. -

·T,blear1 ,1t B01LLY. l l/u,~~ Co11Jé, Clr.mliJ/f'.)

..., 144 ,,.

PHlllS DE LA TO R-DU-PIN DE LA CHARCE
Tableau de LEGRIP. (J\lusée de rersaille .)

�JULBS TALLANDIBR, ÊDITEUll. -

LIBllAIIUB ILLUSTRÉE. -

Sommaire du

75,

20e

rue Dareau,

fascicule

(20

PARIS (XIV•

arrt)_._-=

septembre 1910.)

HEROS BT HEROJNES DE FRANCE
li ENRI

lll)UVR ,tY , ·

, · 1co11TE OF.

Rn

F.T

)( "• Dl' ('\~LllS , ·

1 ,::

Lamballe. . . . . .
· · · · · · ·
La vie d'une Dauphine.

1C
1."11

ll t:l,l.l)
•
'fl:.C&gt;I H&gt;I( Ille. \\ YLI:.\\ ,\. ,

1,'&lt;t
1fo

JlAHQ lS l&gt;'AR w;;~ Oll.

J\1.émoires . .. . . . . . . . . . . - . . . .
Le artifices de la toilette : Les • mouches
Aux Tuileries . . .
·Le siège de Stra bourg . .

liÉNERAL DE :\IARllvr
DOCTE UR
.\llA"H !&lt; ,
VI CTOR

Héros et héroïnes de ~rance : l\llldemoiselle de La Tour-du-Pm . . . . • . . . . . .
Belles du vieux temps : La prmcesse de

II L"&lt;.o , · ·

L' nll.C'l'IIFI. H01 ~SEI

II E1'Kr Oonu~~A.u, • . .
LL DOHI

ll .1Lt. l 1.

li . Ll:.:v,11n. . . . . .
0

..~,

Lb~

MAURILE l\loNT-i'.: r,t'T .

-------------

1LLUSTRATIONS

Correspondances amoureuses .
otes et Souvenirs . . . . . . .
a Montausier . . . .
Les deuils d'un roi . .
. . . . .
Quelques figures de femmes aimantes 011
malheureuses : La reine Caroline-l\tathilde
et Jean-Frédéric Struen ée
Les débuts d'une favorite . .
Les Epées de fer . . . . . . .

Mademoiselle de la Tour-du-P in

PLANCHE HORS TEXTE
TIRi E: EN CAMAÎEU

PI11LIS DE 1.A TOI . R-fJU -1'1:'-J l&gt;E L\ .lL\RCE.
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SOMMAIRE du NUMÉRO 122 du 25 septembre 1910

I'

Les s urviv nt~ de ln guerre Fronco-Allemende npprcndront avec plai ir que
l'on prépare actu elle ment un brevet dédié Au., Défenseurs dt1 Territoire 1870-11
et destiné à perpétuer a u s ein des famille , Ja part pri se aux opération de la
guerre pnr le titulaire de cc brevet.
·est une œune d'art co mposée par un arli · te distingué, imprimée ur papier
Whatman grand form~t. pouvant ùrr:, encndr..e et mi e à 111 place d'honneur de
la maison
Le nom du titulaire, l lndicution de s a fonction ou de son régiment seront
imprimé, sur te brevet.
Tou~ les inlé ress és tloivenr envover leur nom et adresse à. lu Librairie
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QUILLER COUCH

POLICIER
Prochainement
PH. OPPENHEIM
Paraitra ensuite
A.-K. GREEN

1

LE COMPLOT

\

Préface de J .- H ROS Y jeune

LA J\\AI

Au moi dejuillel 1r.fl2, la Fronce élail
guerre, depui qualrc an bientôt, a1•cc la
plup_arl de. aulres pays d'Europe. Elle arnil
:1 faire face ~ la pui sante coalition connue
.on~ leuom de füme tl'Augsbourn, qui avait
réuni contre e1le !'Empereur, 1 prince.
d"empire, la uède, l'E pan-ne, pui· la Tlollandc, t à laquelle Guillaume d'Orange arnil
apporté 1'appoinl de l'Anglelerre el &lt;lë .a
flotte, !or qu'en Hi 8 il s'était emparé du
Irone de on beau-père ,Jacque IL En outre,
dcpui deux an , le duc de ~ a 1·oie, dont le
concour était loin d'être né,,.lirrable, en rai. ou de la situation géographit1uc de e· ÉlaL
qui fai ail de lui, comme on di ail, le cc portier des Alpe », avait adhéré à la lirruc.
La prLe de Philipp-burg, de ~Ion · el de
amur, la de trnction de principal · ville
du Palatinat, la victoire de Fleurus, le dé aslrc de la llollo"tle avaient déjà marqué le
pha ~ le plu importantes de cette lullc,
1pii 'était jusque-là duroulée hors de no.
fronli1•re , 4uand Vi 'tor-Amédée de arnir,
r:ommandanl en per onnc une armée d'inv:i~ion comptant 55 000 fant.1 ·sin· cl 10000 ravalier , pénC:tra par le col de Var~ d,m · la
1·allée daupbino1 e du Queyra .
Mai le duc allait trouver en là.ce de lui
loul à la foi un général habile, tenace t
rélléchi, icola de Catinat; de troupe chez
le quelle la 1·aleur cl le bon cntrainemrnl
de\'aienl , uppléer à 1'inféri()rité du nombre:
et, enfin, de population · animées du patriotisme le plu ardent. ,\u · i, de cette inl'ur ion
ur notre territoire, il oc resterait aux alliés,
aprè deu moi de camparrne, que la atisîaction toute relati1•e d 'a,·oir, an pouvoir
'y maintenir, envahi li! l&gt;auphinê.
«'0

(Brevet commémoratif)

=-=-

J E,s HICH E f•I \/. d·• l',\ cademit rr:111.;a1,c. Ma~ame André,- - \IICnEL P!10VI ' S. La pa sagère.
~\1 c11 ►:1.
HU,\\ . 1:e _Perm, d~ cho~se_- ,
1 EcOsTE DF. L ISLE , Méd aille antique. R&amp;"t l!AZT'- , de I A,atlem1e fr.1n,31;.c
,\. :Xi;,,c ~. ..:_ P n;~Rt: L Tl, de l' cadcmic ir:rnçnisc. Aziyadé. - Jo~t-)1\~I\
oe. l lERL~l&gt;I,\. Le ydnus.
J. \tAR'-1. auverngc. , "" 1u,·F. B.\HHE~.
de IAcadcnue française, En E!,p gne.
C11AR1.t: · f&gt;OLE): 1'._c f•a1:cé ~rofessionncl.
L, os DIERX. ur la plage.
MAR cu1 F. 11'1:AIRE. Lomorc
de l'amour. - ALl'11os 1,; DAL'DET. Notes sur La "'.'e.
~ o nt:•SE ~L,Tnien
L
·
Prière
du
matin.
,\~DR,
TIil, HIE 1. Le locher de
\IJ L,
DE
•
- ,.,_,.
'
•
•
\
C \ LS L
Vireloup. - TnH&gt;t&gt;ORt:: DE B.\'\\ l LLE. Lapins.
, L rRFD J , 0• • · a
Châtelain ~.

f)lu sèc de \'ersailles}.

TERRITOIRE f 70- 71

le IO et te 25

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I.E"'"

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'' LISEZ=MOI ''

"'

ET LA BAGUE

ment à Catinat, dans se~ •ampagnc , d'emprunter ~ur on rrc:diL personnel les fond .
nécc . airès aux diffi:renl .. ('n·ice· de l'arn1 :,
d'Italie. En IH\12, celle arm :e allaiL t'!lre
privée d'artillerie de campagu : non que lé~
pillee fis enl défaut, - le roi en po sédait
un nonibr suffi ant dan · les ar ·enau,c de
(~renolil~ cl de Pirrncrol, - mai parce fJUP.
l'argent manquait pour Jou 'r le attelages à
l'eatrepri ·e, suil'a111 la pratique de l'ancien
régime. Pour la même rai on, l:1 cour ne
pouvait fournir à l'armée le. équipa,,es néccsaire.-; pour trancporter ·c- vivr dant- la
plaine du Piémont, 1l parlir de n1a~a in d1•
la base d'opération. llrcf, anlant par !'in ·u.rnance de
moyen. c111e par le plan général

0

+
ur le conditions où e trouvait notre
armée, au moment de l'agres ion n-crmanohispano-lombardc de WY2, un offi&lt;·ier françai , M. Jo eph Perreau, a fourni de détail
préci · dan une intôressante étuâe : CQ/inal
el l'im•a.sion du DaupltiM, qu'a: publiée
11aguèr la Librairie Chapelot « Toutes les
re ources militaires de la France, dit-i 1,
avaient fléchi depui la mort de Lomois.
L'effectif normal de hataUlons était descendu
de O hommes à 6..10 el H00; les c cadron ,
de lüO à 120 chevaux. La cour n'envoyait
plus régulii:rement d'argent pour la solde cl
In ulJ i tance de lroup . 11 :irriva fréquem-

armr&lt;., IJien qu'elle ne r-0nrînl gut&gt;re : h
lacli1f11l' de montagne, flui demande i rwu
de• cal':1lcrie. L'infaolcrie de cellf' armfo pr{,&lt;:entail une curieu e Ji,crsit• d"ori!!inc ri
11'aspccl. Comme noyau, de régiment:- fran1:ai · permanents, fort de trois, de deux on
J'un bataillon : Catinat, , our hes. Qurrn.
La Marine, Navarre. Leur· soldat., rccrul~s
par l'cnrûlement îOlontaire cl Vl)ués pour une
longue période de leur \'ie au métitr tic.
:irme:, e reconnaiilsenl à leur pre lance auLanl et mieux qu'à leur uniforme .... Ali!!llés
h côté de cc brillanls ba LaiUon. , voil'i d ·s
r,.:giml'Ot 11ni n'ont d'autre unil'orme 1p1e le
eu lumr de ouvriers el Je pa ·. an· de diver c p1·ovinces du royaume. Ce . ont les milie' pro,·iucialcs, espèce de rrardc nationale
mobilisée, le\'éc par réqui ilion. A la pri. e
d~ qu3rtier d'hil'l!J', les régiment de mifü·e
:taient liceo1·ié , cl les mili ·ien rentraient
dan le1trs paroi se •. Les régiments étaient
rassemblé de nouveau au prinlemp el diriés sur le, points oiL ils c:laient appelé à
.iirvir. En 1602, l'armée d'llalic complait d •s
milices d',\lençon, de Champagne, 'de Prove111· . el. urtout, du Dauphiné .... Enfin, Je
forces auxiliaire éLaienl :tppdé :, à l'oct:asion. à oncourir à ln défen e du territoire.
C'étaient les compa nie franche' qui formaient la µ-arnison de sùreté de places tl1·
gu ·rre, ou le commandement immédiat des
gouverneur , le troupes de la marine 111atiounrle dans les port &lt;le Prm·eocc, el les
milice. locale , véritable "arde nationale édentairc. IJes troupes placée. ·ou: fo~ ordrt•~
de Ca Lina 1, u11t• partie étailemploy1;e à l'o· ·11palion des pay contJUÎS cl à la. surveillance
&lt;les méconleuts t.le lïnlérieur : protcstnnts C'I
nouveaux ronrerti·. La fraction di ponible
pour de opération ::u.·t.iye · ne dépassait pas
~O 000 homme . »
111·, ll1 :; amh. le. ho tilités commenc&lt;'•rent.
Le comte de Scbomber 0 , 1'1111 de · lieutenant
de \ïctnr-A.mêdée li, mit le sil•ge tlev;im
Cùûteau-Que ra ·, dont le "0111·r1·oe11r, M. de
Lescb • , lht . ommé de se rendre. \ l'ol'ticier cbargti d la ommalion, ce n-011verrll'ur
r11rio11diL hra\·emcnt ; 1! Vou · de,·cz 1·onnaitrf'
le Fran!·ais; non. Yous reccvron comm1• il
c•cmvie11l. » El Catinat 1ml accourir i1 lt!mp
pnur dé"'a~el' la pclüe place forte en contraignant ~cbombcr .. à Je10r ~ n camp.
llans le mê111e niom nt, le du de . :i.1·oie,
:me 20,000 ·oldat · , inrc ti ait Eml1run. Le

l\.JCOLAS OE CATINAT.

Crt·a1•u1·e de LP.CLERC, d 'atrès Il• laNeau

dt JOLLil'CT . (,IJ11sée ,te l 'ersJilles.)

dèS opérations. Catinat se ,·oyait condamné à
la défèn ive .... Le Iota! d • force. mi e à sa
di pos.i tion rcpré en Lait 27 c cadrons et
77 balaillons. C'était la proportion admi.e au
x111f si!'l'le entre les lru11pes des difii:renll'

iRom::n a:let~té c' e l'anfl:tit)

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JO

�•

1f7ST0~1.J1

marqui. ùc Larr •y, cl1er de la ga rnison, dispo. :iit, pnl'lr loul elfoctif, d'environ ~,000 !.tommes, el, pour toute artillerie, d di_X petits
canons, sur lesquel · troi setùemenL étaieDl
munis d'atl'iils. Encore ce:. trois canons ne
. ervitcnl-ils llUe rarement, parœ que, sni,•ant la relalion de l'in.,.ênieur Robert, « on
n'avait de houlets que ceux qu'on lai ail
cl.laque jou_r, qui ne ,·alaieut rien, el ce11.r
que le., cm1Pmis 1WU$ e,11,oyaitmt 1). Etnhrun
linl néanmoins j11s1p1'au 15 ao1'1l, el fil une
ù.o.lbnse hJroïquc. Jla1s, ce jo11r-l:t. le gomern •ur dul se résoudre à capi tuler. Le duc &lt;le
Sn\'oÎe émil la prétcntiun ile retenir prisonnir·res de guerre les troupes décimées. i( Mes
soldat· et rnoi, répondit Larrey, nous ne
manquons ni d'épées ni de cœur. PluLÙL que
de con ·cutir à une telle capitulalion, nou
non. en.evelirions sous les murs de la plare. »
Victor-Amédée 11 céda. « La garni on obtint
le · bua.neurs de la guerre : ellr ùcvnil ·ortir
avec armes el bagage , tambour Latlanl,
drapeaux Mplo)és, 11:ille en houche et mi·cbc
allumPP. La capitulation lui interdisait de
ervir. prnùant le reste de la campn11nc,
conlte le duc de Savoie et ses alliés . Exception ittait laite en faveur du marqui. de Larrry, qui i:taiL lais ' libre de . enir de .a
personne arec 'IUalre aides de camp. » C'est
ûans cc. conditions qne, le Hi aoi',t, les d(L
l'ctLseurs d'Emlmrn qoiltèrcnt la place.
Quaire jours plus tard, l'avaul-garde des
alliés pénétrait dans Gap qu'elle incendia
aprr l'a,·oir mise au piU::g1•. La calht'dralo
cl s pl ccnL l[U:llre-vingl-dix-huit mai ·on
(sur neuf cent cinquanl-0-lrui~ ,1u'en r.ompl.:1it
l:i ville) furent l1r1\1ée.•.•.
Ce fut ta dernière &lt;&lt; victoire &gt;1 des eiwaliisseurs.
Pendant qn · Victor-Amé.déc U, :llleint de
la peLilc vérole, était imm1Jlii!isé à. Embrun,
Catinal arnit pris à Pallon, ur le · escarpements qui dominent la Durance, une position
d'où il courrait llriauçon et Grenoble et mcn:1ç:ùt les d,·rrière- de l'eaaemi. Dès lor , el
jusqu'à l'heure 011 le · alliés, talunnrs par
l'arm1:C l'ranç.aise, durent hallre en retraite
~ur le Piémoul, les deu. partis tlcmeur~rent
dans une expectative prudente.
♦

Mais, con tate )f. Jo.eph Perreau, c tandis
que le · "'ens de guerre restent l'arme au pied
sur lrms po ilion , &lt;le nouveaux acteurs entrent en scène. Ce sonl le montagnards dauphinoi ·, ce sonl le propres fils de la terre
Tiolée par l'étrangi'r. el, à leur tête, &lt;·omme
dans nolrt! épopée nationale de la guerre de
ent ans, une héroïne .... l,a chasse en montagne et se dantrers, les t1·adition · erwore

vivaces des guerre· religieuses du x1•1r ii·ch•, ,:taienl CU"\'.-mèmes de. nomeau convc1'tis ou
enlrctcnaienl, chez fo, populations du llan- des protestants. C'est en les e\hor1:m1, par
pb.iné, des aptitude.~ hclliqucusc '. Sans l'ares conseils cl son c'templc, à faire lem d1•ler de b no hies se, qui, dait es châlem.u et ,·oir, qu'elle a acquis ses litres le n1icu\ \'l:_
es mai ·un fortes, con errnit encore Je véri- riO,: à la reconnaissance 11alioualc. 11
taLles ar enaux, il n'était pas un pays.ln LIUi
c:IJo'
ne pùl monlrer, accrot'hé au manteau de sa
cheminée, une arquehuse de chas e ou 4uel•
Le rôle joué par Phifü. de La Tour-dn-t'in
que hallebarde rouillée, hérila"e d'un \•ièux de La Charce, au com" de la. campagne de
T&gt;lll'ti.an de Lesdiguières ou de la Lirue. flans l 0\12, c tr!luve ainsi d1:fir:ù de La façon Ja
les parties du territoire que de · oL~t:wlc. na- plus juste et la phis hautement honorable. Il
turel protl!gf'aieol contre l'alleinte immédiate ne nou. eu parait pas moins int,:res ·a11t de
de l'imasion, la population prit spontané- citer des appréciation qui furrnl porlé~ sur
ment le' armes. Il } eut ainsi une \éri1able elle par ses contemporains, d&lt;'·s l • lemk,
lc,·éc Cil niasse tians le Trièves, au nord de la main des événement .
forteresse du n~,oluy, et dan. les monlagm·
« Mademoiselle de La Charce, disait le
du Diois 'el des Baronnies, à l'ouest du ro~s,, Nerc11te de France, a empêch1l la Msertiu11
~Il nucch·. A lelll' lrte, les monl~nard. mi- des peuples depui le environ· de Gap jus•
rent les rares gentilshommes q11i n1• ser1•,iient tiu'au, Oaronnies; elle s'est mise à leur tète,
pas conime ollîl'ier dans le· Lroupe royal&lt;!s
a fait couper les ponts, garder fo. pa&lt;: age ·,
œux qne l'âgerctenail dans leurs patri- emp&amp;bl les rnncmis de pénétrer an Jelà &lt;le
moines, el m1~me, comme d:rns les Baron- {;ap. Celle amazone, ayant inform1: les g11m;nie , une femme.
raux de tout ce qu'elle avait fa.il, en rut ap~ La Jeanne d'Arc d:iupbinoise, Philis de
prOUl'ée el complimentée, 11L de four aveu clli:
Ln 'l'our-du-Pin de l.a Charce, rivai! a,·e1· . a fü armer tout ce qu 'elle put &lt;le mon&lt;le pour
le .crvice du Roi et de la province. »
m1\.re, la marquise de l,a Cha1'Cé, dans leur
domaine: de. Baronnies ou bien à Nyon~,
En scptemlire HiHS. 1. de L:irrei écrivait
c11el~lieu de ce pelÎL pay du Dauphiné. Sa à I'hilis de La Tour-du-Pin : « Vou ras ufamille 'attribtHI.Îl une ori~ine commune r:Hes si fort le pays, l'année dernière, que
avee la maison de La Tom-du-Pin, dernièr,· nous vous devon. la tranquillilv r1ui s') crmhranr,be de la d~ua:tic indépendante de
serve. ll Et, sur l'avis de cc m~nic marquis
llau11liins du Vicnnoi. . A l'i:por1uc de l'i.ma- de Lal'rey, le roi lui accorùâ une pt•nsion de
sion, soa père i-Lail morl: es f1·-.res ser- ~OOIJ livres, pui. fil placer :111 lré.~or de , ainlvaient loin des Alpes. En leur alisenct', ma- Hi:nis son portrait, l'écusson &lt;le se armes,
demoisello de La Tour-du-Pin assuma, 11 son :pfo el sou pistolcl.
l\:.,ard des vassaux de sa famille, le dc,·oir
Lorsque, ballant en retraite sur le Piéféodal de prolection tl de conunandetu •nt. mont, Je ennemi., 11 ln fin de 'èpkn1h1·c.
« Par calcul, les alliés épargnaient géné- curent rvacué les plaines et les ,·alhte &lt;lu
rah:mcnL les pr11leslant.s cl les nouveaux con- Oaupl1iné, l'hili revin1 près de .a mère. à
,·erlis. !Cette campagne, rappclon -le, ne ~ions oi1 elle dc1·ail mourir onze ans plus
suivair que do ~ept ans la rérncntiun do l'édit tard.
Quant à Catinat, il rcr11t en 1695 le MLon
de Nantes. J Schomberg avait soin d'envoyer
des po lus tle sau,egarde Jans leurs formes &lt;le maréclml de France. l( Loui X.IY . anctionet h:ur rhâlea11t. InutilL• baLHetés : ·ourd.!: naiL ain. i la Jt:gitirno el dural,I • pnpul:1ri11:
aux a,·anccs des Lr~ilres, les prol.estanls du qrri a pcrpêtoé, surtout dan les Alpes, IH
l)auphin.1 tromp~renL ù la lois les espérances nom de ce grand homme de guerre el de Ci'
Ùcs coalisé cl les craintes de Louis 1.1V. lle- ).ion citoren : « Chemin de Cnlinat », 11 Crête
foulanl dan Leur cœur des ressentiments de Catinat )/, « Pré de Catinat », (&lt; Camp dt!
trop lt.lgilime•• iL lt1moignèrenl d'un patrio- Catinat f&gt;, tels sonl les noms dont la Lraùiliun
tisme supérieur à tout eloge et confondirent décore le chemin· qu'il a tracés, les crêtes
qu'il a défendue le. positions qu'il n 01·absolument leur cause avec celle des aulre
habitants de la province, ayec œlle des autres cupées, et même parfois :comme il arrive
pour le camp du lloU\, dans le Queyras,
Franra.i .
a Parmi les proleslanls et les nouveaux celles qui ont élé inaugurées par ses pr1idéconvertis du llaupbin ', les plus apte à por- cesseurs. o
ter les armes prirenl du service dans les
Et, le 4 oclolire suivant, le « Père La
troupes ro)1ales; les autre se joignirent à la Pen éc ,, - comme l'appelaient ses oldal
levl'e en ma. se des populations. fademoi elle - triomphait de alliés, ur leur propre
de La. Tour-du-Pin était une uonvelle con- Lerrain, 'par l'éclatante victoire de La Marvertie, el la plupart d.e vas aux qu'elle arma saillc.
llENRI

RQU\'RA Y.

VICOMTE DE R,EISET

La

•
princesse

Si elle n'avait été ai Carignan ni Lamballe,
la Princesse eûl comptct encore parmi les
plu sédui antes, el lorsqu'elle MLut::1 Il. Yersailles, elle apparut alll. yeux de tous commu
une nouvelle dame de heauté. lmpossil.ile en
elfeL d'ètre plus etquise que cette merveille
de charme, de vertu et de bienveillance :
,rarie-Thérè~e de Savoie-Carignan, Princt' se
de Lamballe.
Sornci:s. Ga.,si,•r : f'ic de la f'n11!!esse ,le
1.amballe, 1Kl4.
\'ouz,..r, ; .1/o,lame tle t:11,·,gmm, Pd11u.M1' tle
Lnmballr, llllà.
Lescu re : La JJ.ri&gt;ic~mc dr. /,anrballe. l~ôi.
L,,,...u,·e ; Ciw.-csrwntla11re seCl"èlt• ·m· ln r•il/e ri
ltL COii/". l 8(itl.
nu,ul ; S(1u1•tmirs de la 1'Prreur, 11111.
G. [J.,,.,ul . ladauu- ,la Lrw~lmllr, rno::..

de Lamballe

l\é!) d'une mère allemande el d'un père
italien qui lui avaient donné également la
he:mlé et la grâce de leurs deux races, elle
étail venue en Franc" à dix-sepL an pour l'
épouser· le prince de Lamballe, fils du dm: de
Pentbièvre, qui allait réunir sur sa tête les
biens immenses d~ due du ~faine et du comte
de Toulouse, tous deux enfants légitimés de
Louis XIV et de · rmc de Monlcspao.
.\. IIOIN,in• : Louis

xvr.

11!76.

Cmntcss~ il~ Boiiruu ; l[b1111irr• . 101)1.
Mm,· C~rnpan : M~111 oin•,, , LSi~.
Il3rou d,, la ,\f1Jri116r1c : Saut-mirs d'é migrafiou
tir la ~forquiu de Lttge de J'olwlt&gt;, IMHO.

,l/t11·ie-. J11lui1Wle, 19(1(;,
ll.m,. lie l,11 R'-'C livl,•rî,• : llidoirt: de J/a,·ie-,Ju /r,1l!IO~.
Il . Sd1l1•,iuger : La JJuchcm: de Polig111IL·, Jl!!\11 .

)lnum'&lt;' IJouU')·: Âulàurde

uclte,

A,·ec une grâce naùc-, la jenae princesse
nous a raconté dans son journ:1!, que la pi61é
d'une amie, compagne de ses mamais JOurs,
non a consrrvé, les déLuts de on mariage
tl sa première entrevue avec son fiancé :
« Liu jour, dit-elle, mes parenLs me lii·enl
appeler et l:1, en présence du roi Charle Emmanuel Ill et de l'envoyé de France, on
me demancfo si j'aimerai à devenir la com8. cl J. '1e G1 ►rn·11m•r ; Ditf(1irr de. M«rie.- lntoi

,rel/1•, 187 .

Giranll ,le .SI Purg,•au : Lr-~ 4X /.!1carlier3 fil' f'ariJJ
IMO.
'
\'Lt• ,le \'ilfohr"~me · r:c qui reill~du 11r11.i: Paris
Haroiuw &lt;i'llht•1-skir:idt : JUmr,fres. 1l!:ï3.
·,
Ila('h:iumuul: Jll/!moi,·es u·crel•.
AIJ1h . J'AuJna.)' , Lei OQwuHers d;- Paris.

"••her · !IUmoirrs, 1~22.

�L.A

'fflSTO~l.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - pagn du prince de Lamballe : (\ Oui, répondi -je, il ne m'in pire pa plu de répugnance
que Lout autre 1 n Celle répoo e ingénue
amusa beaucoup l'assemblée.
« J'entrai à peine dan ma dix_-huilième
année lor qu ·on me conduisit par d chemins de lleurs à l'autel acré qui me promettait le pins grand des Lonheur· el qui trop
lÔL devint pour moi l'autel de mon .acrificc!
a ....• Je qmllai Turin. On avait tout
préparé pour me rece,•oir avec la plu grande
pompe dans l'hôtel de Toulouse et dan le
palai de fümhouillel. Parmi ceux qui , inrcnt à ma rencontre était mon &lt;!poux ]uimème que je u'a,·ai jamais ,•u. li désirait
tant nùpercevoir incognito pour la prcmiî.•rc
Fois, qu'il partit de Pari au~silcil qu'il [ut
informé do mon arril'éccn r•'rance et 'annor11;:i
en 11ualité de page du prince ùe Lamballe.
Comme il a,·ait granJi depuis 110'011 m'aYait
montré on portrait, j'y rus trompée t le
reçu à ce Litr . Jai· le prince, qui me trouvait plu: :1 son gré qu'il ne s'y était attendu,
cul as ez de peine à ne pa e trahir luimème. Dans le trajet ju qu'à Paris, je fis
connaitre l'intérêt que m'inspirait le prétendu
page. 11 ,l'e·père, lui di -je, 11ue le prince .rue
permettra de di po er de on page, car je
l'aime beaucoup. » Quelle fut ma urprise
quand Je duc de Penthièvre me présenta le
prince de Lamballe et que je retrouvai en lui
ce meme pa"e pour la1uel je m'étais senti
une sorte d'inclination ioYolootaire! Nous
nou ruimcs tous deux à rire et le expressions nou manc111èrenl pour rer1dre no' enliment •. C'était. réellement aimer à première
me. »
Celte juvénile impatience du prince se présentant à sa fianc~e sou la li,rée d'un page,
cl le doux émoi de la princesse en apprenant
sml nom, toul ce joli roman qui parait à
peine uaisemlilable, emblair11t pour ce jeune
couple autant d'a SW'anw de bonheur, cl
pourtant celle fraiche idj'llc ne devait pa
a"oir de lendemain. Moins d'un an après, l
prince de Lamballe, \ictime de ses folie el
de sei, débauche , uccombaiL dan les plu
cruelles oufüan~. d1sespér1: de quitter à
,,ingt ans celle vi qu'il a1ait follement ,,.aspilléc el qui aura il pu lt1i ètre si douce!
La princesse de Laml aile, mariée presque
enfant, épouse avant d'ètre femme, restait à
dix-huit ans ~eu,e, ans être mère cl an
espoir de le de,·enir ! Elle pleura pourlant ce
mari qui n le méritait guère, comme s'il
a,•ait été le meilleur des épo11x, cl e retira
aupr" de son beau-père, le vertueux duc
de Penthiè1re, ré olue à consacrer désarmai
sa vie à embellir la sienne el à adoucir on
chagrin. Elle a,1ait été le modèle des épouses,
elle :.illait ètre, dé ormais, le modèle de la
piété filiale.
Ce fut l'amilié de la Reine qui vint éclairer
d'un rayon de joie l'existence de celle jeune
princesse qui n'avait eu que des larmes à
verser depoi · on arrivée en l&lt;rance. Pleine
de compa ion pour ses malheurs et attirée
par cette nature i douce el si auachante,
farie-.\.ntoinclte ul vile apprécier le charme

de celle âme d'élite et, rn même tcmp ·,
trouver le chemin de son cœur.
Aus~i, désireuse de re serrer ces lien
d'affection réciproque par une intimité de
chaque jour, lui avail-elle donné la place
enviée de . urintendante de sa mai on. füis
la làche étail trop hurdc pour les frètes
épaule de la princesse de Lam halle; la cabale
el la jalou ie eurent bieotôr rai on de celle
jeune remmc, incapable d'une pen.éc mauvai ·cou d'un sentiment intéressé cl qtlÎ ne
pouvait se ré·igner à onpçonner chez persoon_e le mal que on âme irréprorhablc ne
sav:ul pas commettre.
En bulle à des rivalité· et de! iolrig,n&gt;. de
loul genre, sa faveur el sou crédit diminuèrent peu à peu au milieu de diHicultés
san ce e renaissantes, el elle se Yil enfin
supplantée dan · l'all'ection de la Beine par
une nouvelle favorite, la comlcsse Diane J,
Poli 0 nac. Douloureusement hies ée dans . on
ami Lili i tendre el si désintéres é • pour a
~ouvcrainc. la jeune princ e ne se permit
aucune plainte, mai~ elle se relira à l'écart,
an éclat el sans ostentation. ne parais~anl
plu guère à Ver. aille que lor que le devoir
de sa charge J néce· iLaient impérieu. ement
sa présence.
fietirée à ceaux avec la mal'qui e de Lai:
Cases, sa dame d'honneur, el le chevalier de
Florian, qui é rivail ses pastorale et ses
fables, la moiti; de a vie e pa ·ail à faire
dl!S heureux autour d'elle et r'est b. la charité
.cule qu'elle avait voulu demander des con olauon · à son ch..1"rin.
La diminulioa de a faveur n'avait point
altéré pour ln ncinc, ui ' OH amitié ni son
dt!vouemenL. Mari~Antoincllc, i cruelle0

'

L,1

P.RmCESSE DE LAMBALLE,

(• Desslntie quel.}ues heurts a)•Jnt s.1 mort, d'af, ris
11&lt;:rlure, tar CiABRtf.1.. , )

ment !rappée de Loules parts, retrouva dans
l'infortune son amie des beaux jours au i
fidèle, au si courageuse qne si jamais aucun
nuage n'était venu troubler leur mutuelle
a(Teclion.

Au moment de là fuite à Varennes, la princes e do Lamhalle avait quitt6 la France chargée d'une importante mi sion à l'élranger oi1
elle se trouvait en ùrelé; mais la nouvelle
de lïnfüccès &lt;lu Yoyarre et l'annonce des
nouveaux péril couru par la famille ro~ale
ne firent que hâler e préparatif· de retour.
C'est en vain 1ru la Heine l'a"ait suppliée
à maintes reprise , dan. des lt&gt;llrcs touchante , de renoncer i'c rentrer en france :
a Xe 1·cl'enet p:1 , de o-ràcc, mon cher crrur,
lui écrivail•elle, ,·ous ête. une bonne el vraie
amie, je Je en bien, an ·si 1-ce au nom ÙI'
mon :rnùtié l[Ue je vou défend de rcwnir
ici. Adieu, ma r.:hère Lamballe, croyez que
mon affection ne ce·. era qu'avec la vie. »
(Juelques jours 11lus tard elle lui enrnyail,
montée en hagne, une houclc de ·es cheH!HX
de1Pnu blanc en qu l11uc,· ~emaines. avl'c
celle touchant inscription : « lllanchis par
h~ mal beur! Il cl elle ajontaiL dans son la.ronil[Ue hillèl : « Xe rc,·cnct pa . dan · l'éU1t
où .ont les affaires, vou · auriez trop à pleurer sur nou ' ! ,1
Mais, pour la première foi , Ume de Lamlia\lc était re. téc sourde aUI ordres de ~a
' ouvcraine et malaré les prières de ~es ami
qui s.ayaienl e11 ,ain de la retenir, elle était
actourue san retard, in~ouciante du danger
qu'elle prévoyait, sans le redouter pour dl~
même. Avant on départ, elle a,·ail mi
ordre à es affaires, el son testamcul. c1u'on
ne p ut lire sans émotion, montre 11u'cllc
n'avait oublié personne, pa mème ru petits
chiens auxquel elle lai sait nue pen ion de
150 liYr pour qu'on pdl oin d'eux ju qu'à
leur mort.
l la fin d ·octobre 1791, t&gt;lle avait rruitté
Aix-la-Chapelle pour revenir prrndrc héroiquemenl son ser iœ aux Tuilerie t elle ne
devait plus jusqu'lt la fin quiller laric-.\nluinetlc.
Au I août, el1e est au1 c,Hés dl' la Ileine
et lor-rrue ln famille royale c t cmo~ée au
Temple, elle demande à 'y enfermer avec
elle. On ne l'y lai se pas lougtc.mp . Dan Ja
nuit du 20 aoùl, Ume de Lamballe est enlevée de la pri on du Temple avec lme el
. llle de Tourzel 11our ètrc conduite i1 la Force.
C' &lt;-tait pour elle la dernière étapr.
Connai ·artl les dangers que courait a
belle-Olle, le duc de Penthièvre avait tout
leoté pour la ·amer: mai. taudi qu'il réussis ·ait, grâce à la conni,ence d'un "ardien. à
délivrer Mme de Tourzel et a jeune fille, la
fatalilé voulut &lt;rue la jeune princP . 1•, craignant un pièrre, e rcîu âl à SUÎ\TrC celui qui,
au nom de on beau-père, waait lui apporter la vie et la libert6. Le 8 eptembrc, clic
fol conduite drvant 1 Lril1unal révolutionnaire cl eut 11 uhir un court i11lerro!r.lloir •
qtù e termina par un oi-disant acqnitlcruent.
&lt;( Élargi sez Madame! » avait d ;claré le président. La prioccs. e, se croyant sauvée, ,•oulut
quiller la salle, mais, au moment où dlc
allait [ranêbir la porte', ·Ue e trouva en face
d'un amas d ' cnrps sanglant qw ohslruaient
le pas a"e. Une borde ù1• misérables étaient
là, menaçant.:, qui l'accueillirent par tlPs

huél's 1•t um: bordée d'injw·,•s, Yomi sanl
rontre la firinc le. plu · l'U'ro aLl accu. alion . Et, comme la mallieurcn.r, alfolée 1•L
cbanccla11tl' à la rn1• des hottrrPaux coU\'erls
de ang, c rcfu~ail éncrgiqurment ù nfp~lcr
apri-~ 1•ux lt1~ indiguc~ outrage~ dont il cou\'raient le nom de M:iril'-Antoi11elt1·, l'un d'eux
o a porter la main ~ur Plie. Elle LomLo à
genoux à. moitit! l'.·,·aoouie, dan· une marc de

Laient dénoué dan cet horriLle lulle et il en
L111nlia, dit-on. uu billet de la Reine qu'elle y
Umail caché el qu'on retrouva, plus tard, maculé de son saog. Son allachement à MarieAotoinelle avail été son seul crime!. ..
liai la mort n'étaiL pa assez pour de pa1·eillc Lêtes fél'oce l Ce corp délicat paré de
tant de gràces et ùe beau lé, fur dépouillé de
• es vêlement l.imli · que le nègre Delorme

,\IORT DE MAD.4.ME DE LA.li.BALLE

:sang. au milieu mt;me di:s cadavres Hcudn
·ur le sol. Celui qui lui por'la le premier coup
rut, Llit-011. un mnl:\lre nommé Delorml•,
combléjadi d,, 'es bonté·, qu'elle avait fait
~lc,cr cl in~lruirc l'i que sa ruan\"aise conduite l'aYail forcée, plus lard, j cha scr de
chez t-ll«•.
Le miséraLlc, ivre de vin et de carnaae,
s'approcha en dcananl de a bicnfaitrioo el
lni arracha sa coiffe légère d'un coup de
pique qui J'aueignil à la nuque.
Ce fut le signal du mas ·acre : deux de
meurtrier , touché de tanl tle gràce, dejeunc.se el de douceur, voulaient l"enlramer pour
la 'au ver et l'avaient prise , ous chaque bras;
ils tomJièrcnt à leur tour frappés par le mulàtre, et l'affreuse troupe d'a !&gt;a ins e rua
sur elle à coup de salJre. Ses cheveux '1.,I..

-

1 49

...

reur; aprè, une halte faubourg Saiot-Auloinc
chez un marchand de l"În qu'on força à boire
à la s:rnlé du sanglant trophée dépo 1.1 à mème
son comptoir, 1a l'Coconlre d'urt perruquier
aperçu sur la plac.e de la Baslille à la porte
de a hou li&lt;p1e leur u g-"éra l'idée de par r
cette lèle dtljà ouillée de ang, de vin et de
pou sière. Le coillcur Lreml,Jaat tut arraché
de 'OD échoppe. el le malheureux, lerrori é

Table.il/ de MAx:LIIB . FAIVRI,.

tlpoo&lt;&gt;eait le aug qui l'inondail pour en [aire
admirer la blancheur, el l'exposer au in. ultc ob5cène d~ la populace. - Pui la tète
fut détachée ·ur une borne avec ua couperet
de houcber, non ans avoir fail ubir au c:ida,Tc les plu abominables souillure,. La poitrine fut ouverte, et ce c1..eur qui n'a,•ail
jamai battu que pour les plus noble sentiment fut arracùé avec le' enlraill · pui.
porté eu t1·iomphe. Taudis que l'un dos bourreaux brandissait celle lèle gracieuse el charmanie dont la. longue chevelure blonde 'enroulait au tour de oa bras, l'un des mi érable
a. assins s'aYisa d'une proposition 4:ui rallia
tous les uffrage : a Porton·-la à I' utricliicrllle, &gt;&gt; s'éeria-t-il, et la bande hurbnte
avait marché vers le Temple.
Rien ne devait mrutquer à cette ·cène d'hor'"4

P1{11YC"ESSE DI; L.JIJKBALŒ - - .

?e

pa~
menace: de more, dut procéder en
frem1ssant à la funèbre toilette'.
'ne dernière fois, , ur la tète fraîchement
coupée, dont le sourire avait été s.i doux et
le regard si tendre, le fin. cbe,eux blond.
s'enroulèrent en boucle gracieuses . ous un
nuage do pondre odorante et, pour remplacer
le rouge de gr:màcs parure de Versaille
l'un des meurtriurs, d? son _doigt sacri!'.,,e:
Lre~pé . dans l_e sang, vmL anver en ricanant
les. Joue'. ~àhes de on inaocente victime.
P,ms la_ Silll tre dépouille, plaotée an bout
&lt;l une pique, fut promenée dans Pari el portée
jusqu'au Temple sous les fenètres mèmes de
la Heine.
-~Lliréo par le cris de la foule bw-Iantc au
Jllllieu ·_desqucl_s elle di tinguait le nom de
s011 amie, .Mar1e-.\nloincttc crul, dit-on, 1lil

�111STO'R._1J1
instant rrn'on lui r!'nclail .a fid,·l • cnmpa•mc,
mais tlr\'anl l'borrC'ur du ~pcl'laclc, .-.Ue tomhn
évanouie et rc la en syncope prod,uil plu~icur heures.
\'er~ le soir. des inconnu· rccncillircol les
rcs.Lr~ de cc pnm'rc corps souillé et panlelanl
'I'" f,"l~ail :;11r un trottoir, al,andonné par les
a ~as.in · prè. dn 1:ranù-Chât •let ur un mon1·1·au do ~:1darn.i:, t!t l'cr "C-yclirent .en tonie
Làte 11rcc la Lrte •1u'on aYail rctrom·éc oubliée
1, la porte d'un cabarcl.
l,1• duc d • 1\·nlhiènc ne sunécut pas ;t
cd horril,lc malheur; de~ amis d,:rnml lui
:t\'aicnl porlé de lon°ue , houclcs de son infnrtu1111e L •Ue-lillc, cl ce fui en pressant ur ~on
e&lt;l'nrla 11\nndc cl opulente rl10\Clur,• 11uc, &lt;1uclr111es mois après, il rendit le dcrniar ·oupir.
l,'anti1ruc hùtrl de la Force, 'Jl'i erYil ùc
sup11lérucnt au. prbon~ de l' \b!Ja ·e l'I .lu
Cli.Uclct, dcvmmrs in~urn . ante., el qui vil
jadi. se rlérnulr.r dans ::;c· mur~ tau! de .1·èn1:~
tl'horrcnr. n été démoli l•n 1 ~,O. Mai le
vi1:ll\ arlircc; du grand parc qui entouraient
lïiùpilal Trou~ c.iu, rue du tauliour"' Saint,\nloiuc, étaimt longtemp demeuré ·· dehouL
el c'e I sou1, leurs omLra"CS sfrulaires qu'on
1·01ait encore récrmmenl 'éleHn une petite
thapcUc datant du xvm' ièclê.

Il j a qurlq11c années l'anliqu • futai • n
été aballuc, k · 1-ieux hatimcnts ont ,··té Ji, rés
à la pioche ùe · clémoh scu1" et ix rues nou,eUes onL été trncées sur le 1,a. to endos. Mais
la Commis ·ion du ,icux Paris a .amt• do la
de trucLion la chapelle à laquelle se rattachent de luguhn·s souvenir•. C'est là, dit-on.
en effet. que fut cnseYdi en hlte au milieu de
la nuil, par de pieuse~ main·, le corpt- d1.:citpité de l'in!ortunée princesse de Lamhalle.
)lais ce n'e!&gt;l qu'une tradilion qu'aucun Lextc
ne rend certaine, et l'on ignorr mème si c'esl
dans l'enclos attenant à la chapelle ou .bièn
dans le s:mctuaire que le coql · :i été
inhumé.
·
Ccpend~nt, si l'on ne :;ail pas exactement
oil repose Jari~~Théri! c de Carignnn, on 1·on.,
naît PO revanche "a r(, idence préférée, l'anl'ien hiilel de Lamballr, qui . ubi.iste encore,
oublié et presiJllC inconnu, sm frs hauleurs
de Passy. C' •si en tre le~ 11uais cl la rue l\a)'•
nonaru •1ue se lroU\·e rctlc vieille demeure
aux harmonieuses proportions, Ùmtl le fronlon arrondi cl le balo Ire. de pierre garnii;ent les toitut·e à l'it:ilicnnc. Elle se compose
d'un rez-dc-cbaus éc, d'un pelil. entresol surliais~é comme on les aim~il au xvrn• siècle,
t't d'un premier éltt"e éclairé par de hautes

fl'nêtres aux hakons de fer délic~l mcnl ouHagés. Sur la fa1·adc ornée Je fines ~culpture lisenl les initiales du comte Alcxnndre
de lu Force qui îul le premier pos e.. cur du
domaine. L'intérieur des appartement n
conser1•é de nomlireu'.'C ,·e. fige· du passé :
cbcminéeJ; de marhre, oir 'l'nroulenl drs lis
. )'mboliquôs; hoiseries ou lrumeaux surmonté~ de la couronne royale.
ne larges Laies qui éclai rent le vasU'. ·alon,
011 décom·re tout le parc qui ,e dérnull' majestueux sur le lianes de la colline. a\'er M'S
laùyrintbc·, se.: tapi ,·ert cl ·es charmill •s,
et urtout ses arlircs admiral,les qui dateol
do prb de den siècles. Un perron à rampt•
0111Tagée Jom1e acd•s dans les parterres, cachant dans sou souba~ eruent une \'asle grollt•
de roc.1illt•.
c·c:I dan~ celle mystérieu~ • retraite 1111c
liien ,nmenl. ~an~ doute. )lme de! Lamballe
duL 1·enir s'as eoir -el rêver: il semhle 1p1 ' i1
chaque pas on P1·oqnc son imagr.. et partout,
dans cc parc ~olitairc. le "0U1·cnir l'.'L r... 11:
vi nul de 1•elte dou1·e prince~se dont la tc\fe
blonde el ·ourianlc, hi sé!! sur le haut d'une
pique, devait devenir, da.us un JOur tragi11ue, le hideux cl sanglant 1ropbée d'un
triomphe de mn sacrcurs !
V1co.urn oc RhlSET.
\\',\GRAM (llio:JI. -

raillerie cl la malignilé du t)fo de la cour,
d'autant moins qu'elle n'en cntênd:ût pas le~
vie d'une Dauphine J· fines es. En ll't•t, j'ai vu les ,itrnugers, cem
mème dout l'c~prit JJarai.~ait le plu tourné
au:i: manière îrançai.·cs, 11ueh11wl'ois déconeertœ par noi re irouir cc,ntinuelle. et maM.1darnc fo da1111hinc 1 étail non t-eulcmenl dame la Haupbine de :woic, que nous avons
laide, mah- j ch11,1uante C(lle Sanguin, l'îl- eue enfant, 1ù1 jamai pu !\} accoulnmcr :
wyé par Il· lloi en Ba,ièrc dans le Lcmp~ elle dii;ail a sez ou\'ent i1 madame de Jfainqu'on traitait son rnariag •, ne· pul s'emp1l- lenon, quelle appelait sa tante par un badii1age plein d'amitié: (1 'la taule, on se moque
&lt;·her lie dire au 111,i au retour : &lt;1 'ire
:,auvci le premi,•r rou p d 'œil. 11 Cependant· ù~ tout ici. »
Enfin h•s lionne · el les mauvaise qualité
.\lonsCÏ'•ncur l'aima, et peul-être n'aur~it
de
madamr la [lauphine de Bavière, mais
aimé •1u'l'llc, si la mauvaise humeur el l'enurtout son att:icherncnl µour D· ola, lui
nui qu'cll • lui eau a ne l':waienl forcé ;1
d11'.!rcbcr deh ctntsolations el des amu cments donnèrent un rroùt pour la retraile p u. con1·rnable aux premiers rangs. Le Roi fit de
ailleurs.
l.c Roi, par un conde ·condar1ce donL il se vains etîorls pour l'en retirer. Il lui proposa
repentit, avait lai ~é auprès de ma&lt;larue la d marier celte fille r, un homme de qualité,
llauphinc une femme de chamlire allemande, alin qu'elle pùl ~tre comme les autres dame ,
élevée arec elle, el à pcn prè ' ùu même manger avec cil c1uand l'occasion e pr •ni,ge : ,·elle fille, 11ommée Bc.s ,,la, ."ans avoir Lerait, el la suivrr dar1s ses carro ses; mais
rien de mauvai ·, fit Lcaucoup de mnl à sa la Dauphine, par une délicatesse ridi oie,
répondjt qu'elle n· pouvait y con cotir, parce
mailr~:.e et beaucoup de peine au Roi.
que
le cœnr de lkgsola serait partagé.
Elle fut eau ·c 1p1e madame la Dauplùnc,
Cependant
le noi, soutenu des conseils de
1
par la libcrtL qu'elle eut de l'cnlrelenir et de
rarler allemand avec elle, se dé,,oi1Ln de madame de Maintenon, el porlé par lui-même
lonlc autre convcr ation, et ne s'accoutuma i, n'être plu, renfermé comme il l'avait élé
jamais i, cc pa! -ci. l'eut-èlre que le· bonnes avec sci; maitres es, ne se rcbula pas; il crut,
qualités do œllc prince- c y contribuèrent : à force de bons traitement , par le Lour
ennemie de la médisanœ el de la moquerie, galant el noble donl il accompagnait es
elle 11c pouvait ·upportcr ni comprendr )a bonlés, ramener l'esprit de madame la Dauphine, et l'obliger à Lenir une cour . .le me
1. \Jan,••,\1111e - \jd.,i rr Ju IJm,ërc. 111ari,:,, i 11011soumn~
d'avoir ouï raconter, et de l'a, oir
wi •nrur, lil~ ,I,! L•JUÎ" XIY, lt- i mur, tU80.

·1

..,.,.
... 15o ....

encore rn, qu'il ;1llait rp1dqucfoi · dl'i l'ilr,
~11ivi ùc ce ip1ïl ~ avait tl plul' rarl' en
l,ijoux. cl en étoJTc~. dont elle l'rennit c·c
1111 •elle voulait; le reste c·omposait plw,ieur:lots, 1p10 les Jlllc d'honneur cl les da111c:11ui sa tromaienl présente , Liraienl au s&lt;,rl,
ou hii.:n ellt•. a.1·aicnt J'bunneur Je les jom•r
:tl'eC clic, el même am• le l\oi.
l'enda11l 1p1e le hoca fnl à la mode. et avanl
•tllt' le Roi, par a i&lt;agessc, c11l déîendt1 uu j ·u
aussi dan•rcrem, il le tenait chez madame
faDauplùne; mais il payail, 11uand il perdail,
:rn l;ml de !oui· que le particulier:; mcltait•nl de petite pièce .
l)e faron tl'agir ~i aimables, cl dout toute
autre belle-fille aurait Hé cnchanlée, îurcnl
inutile pour madame la Dauphine, et elle }
répondit si mal que le Roi, rebuul, la lai~m
dans la .olitude où elle l'Oulait t1lre, cl toute
la cour l'abandonna av •c lui.
Elle passait a vie renfermée dans de petit;;
cabine~ derrière son :ipparlemcnt, snn. vue
et an air; cc 11ui, joint ù son lm meur natur llemcnt mélancolique, lui donna des vapeurs.
Ces vapeur , prise pour de maladies
effectives, lui lirenl foire des remèdes violt•nts;
et colin cos remèdes, 1,caucoup plus que ses
maux, lui. eau èrent la mort, après qu'elle
nous eut do1iué trois princes. ~Ile mourut
persuadée que "a dernière couche lui avait
donné la mort, et elle dit en donnant a bénédiction à )J. le duc de Berri :
.\li!

111011

fils,

•JUC

les jonn ,ml lcul
~IADA!Œ DC

i-11..r

Ù l;1 111~1'1! !

C.\YLU .

TJNeilU J'IIENRI (;HARTlliR.

Mémoires

du général baron de Marbot ·
CHAPITR.E XX I (suile).
:'-lapoléou, q1u tenait habituellement it dis~
~es cheFs ,1u'i~ estimait le plu , so familmr1 ·rul par e. ccption avec l'u.o d'eux el se
complaisait même parfois à exciter sa rranchi"e et se reparties. li eu était ain ,j de La,alle, Juno~ el Rapp, 11ui disaient à !'Empereur
toul cc qm leur passait par !a tète. Les deux
premier , qui se ruinaient tous le:; den.'- an
allaiunt ~in i r~cont~r leur fredaines à Napo~
léon. qm payall tonJour: leur' deues. SnintcCroh avait trop d'csprü et de l.:uue ponr
nbu~er de. la faveur dool il jouissail • néan~
rnoin. , lorsque. l'Empcreur 'J'y pous'.ait, il
,wa1t ln repartie prompl!' et incisil'e. Aimi
.Napoléon, qui prenait trè ~ouvent le bras du
colonel pour marclier dans les saule, de l'île
de Lobau, lui ayant dit d.i ns une de leurs
11ombreuses courses : « Je me souviens
11 qu'après Ion dud a\ec le cou~iu de ma
L~n~

1!

f:mnw, ju voul:ti te faire fu ·iller; je con-

« ,·1ens que c'cùt été une faute el un bien
« gramJ dommage '. - c·e ·t très vrai, ire,
&lt;1 répond aiate-Croix, etje ~uis œrtaio 'Jll'à
&lt;1 pr~ eol 11uc \'otrc llajcsté me connail
&lt;! mien,, E.lle ne me donnerait pa pour ur1
« de cousrns de l'impératrice.... - Corn« ment, pour un! di donc pour tous! ... 11
répliqua !'Empereur.
Lrn autre jour que ainle-Croix as.i. tait ;iu
lever de Napoléon, celui-ci dil, en buvant uu
grand Yerre d'eau fraiche : a J, }lénsc 111i'cn
&lt;I all~maud Scbœn brünn signifie bell,· (on~ lame; on a eu rai on de donner ce nom à
« cette ~ésidcncc, car la ource de son parc
cc prodwl une can délicieuse, dont jo bois
c, loas les matin ". Aimes-lu au si l'eau fr,u&lt;&lt; cht, Loi'/ Ma foi, non, Sire. je préfère
&lt;1 un bon rcrrc du Yin de Bordeam. ou de
« Champagne. ,, l,'Empcreur, se tournant
alors vers sou 1nlct Je chamlire, lui dit :

« Vo11s cmerrcz au colonel cuul l,out •illcs de
11 ~1ordcau~ et _nul~nt de champagne. &gt;&gt; F;n
cflet, Je soir memc, pendant que les ai,b de
camp do Mas éau dinaient au hivouac sou·
une Laraque de feuilla,,es, nous 1·îmes nrri,·cr
d_ans l'ile plusieurs mulet des écurh•s impér1.Jles, portant à ·a.inte-Croix deux cent· hon~illcs d'cxccllenl via, a1ec lequel 11ous bûmes
a la ·anté de l' En1pereur.
CHAPITRE XXII
t•r••puntif, l'ail• en ,·ac •l'un 11&lt;111\ ..,,,., pu ·,i.'{c tl u JI,,_
nuite. - .\rr,~latiou tl'1111 rs11iun. - Ualuille ◄ le
Wmgram. - Pri~c tl'Entersdurf. - Cumhal sur le
Tlu sl11u·h•

Plu le momc~l &lt;lu u,mvcau p:ts age du
IJanulJCl approcba1l, plus 1r. Aulrichhms ,urveillaienl J~ ril'cs du petit bras de ce llcun·
qui no11s séparait d'eux. lis forlifiaienl même
l!:rucrsdorf, cl si quelcpe groupe &lt;le 111 ilitairi~s

�111STOR.1.Jl
f r:u1çai~ li pprocuail lrt•p Je la parlir d1• l'ile
s1lué,• l'U Lice de re honr"', le. po Les ennemi~ fai air ni fou ur eu. : mai lor. q11 ·on
s'arnuçait i olémcnL, ou :iu nombr Je dc111
ou lroi 1wr ·onne • il ne liraient pa .. L'Empercur Ul: irait "oir Je prè le- pr~paratif~ dt.i

(! el je Jcmarul1• ,1uc Votre Maje lt.: H•nille
, Lien m"orcorder romrnc rrcoruprnsc Ir.
« comm:m&lt;l1:me11l des dc1n mille cinc1 cents
u grenadier· 11ui doi,cnt ahoru1&gt;r l • · prc« mier sur la rire ennt!mic! - Eb hi•~n, lu
,1 l'aura ! •• rt1pli11ua ';ap1Mon, auquel celle
noble hardiesse plut in1iniU1cnl.
Le proj1&gt;t de pa :iµc étant uéfinili1·emenl
niµlé, la uuil cln i au .1 juilll'I fut Jésirrnéc
pour l'atta11ue.
Dan lïntcr,•allc qui 'écoula a,,ml celt1•
••po11ue, d •1,11 gran• t:,ëw•ment se prnJui!-.Ïrcnl Jans notre curp" d'armée. l,c général
de dil•isiou Ileekcr ••lait un hou officier, r111oi1ruc a. -cl p.1re,-,,cu : mai 11 avait le lorl Je
toul critiqm•r. Il se pcrmil ,Jonc de d~.sapproll\·er hnutcmcnl le plan d'ullnL[UC conçu
11:ir Xapol 1on. Celui-ci. en ayant été informé,
1lrJonna :i.u génér;1l Je r 11lrcr e11 Franc1i.
'\ou· v,•rron le gt!nt!J'ai Lie kcr ·e ,·-.:n••cr Je
celle disgrùcc eu t~ lfJ. Le "éuéral Fririon
dc,·int d1cf ù'ét.al-major; c'était un homme
c.1paLle, d'un excellent cara ·lèrn, mai.~ manq uo.nt de la ferme! 1 tiu'il falliiit auprL·S J'un
homme Lcl qu )fos,éna.
Le ccond rn:ncme11L foillit pril'cr !'Empereur du concour. Je Massena, 11our l:t liataillc
rp1i sc préparait. I' n jonr oil :Xapoh:011 cl le
maréchal p;1rcouraie11t l'ile de Lobau. l • chc1•nl de et' dernier 'étont aùallu clans 1111 trou
caché par Je hnutc_ herbe:-, h· rnuréJ1a\ fut
a sez "rii•v m1ml hl •~,-é a unt• jamLc pour ne
plu pouioir .c tenir en selle. Cc conlrclcmps al'lli•Tca d'anlant plui; l'T~mpenmr que
la ·,énu avail la ('onfiaue,, de troupes cl
connai ·ail iiarfailt·mt:lll )I' ll'rrain ur ler1uel
no11· Je,101b coruliatlre, pui~ttUt: c'était c lui

s ·n ·r ~011 commamll'menl. &lt;lér.lara11l 1l11'à
l't".r.mplc du maréchal ùe .':i. e à 1ontenui.
il ,e lerait porler ur le champ do bataille
par de:. grc11adicrs. Un JJrancard fuL 6lahli i1
n·l effel: mai , ~ur le oh er"ation · que je
11ri · la lihcrlé de faire au mnr,:chal, il 1:ompriL que 1·c moyen de lran11ort ·emhlcniil
l'l'llllClllÎ.
lln a dit 1p1c. pour y parwnir. ans courir
préteutieut el pl' ;spnlPr:tiL moins Je s&amp;·urit11
de dan.:cr, il était dé!ruisé en soldat et
'lu'U11e calèche lérri•rc llUÎ. trainée par 1p1as'était placé en fadion. Le fait a été inrxoclrc bon che,aux. transporterait hicu 11lu.
l1•111cnt rapport: : V()ici cc 1111 i se pa ·a.
rapidemL·nl le nrnr ·chai d'un point Il. ull
L'Emp1•rnur ,·1 11• rnart!chal ~la ,1;na, r&lt;~
autre. 1pw nc pourrai ·nt le foirt• Je. homme:.
,ètu- de c,1potcs ,le erg •uts, cl uivi • de
Il rut com·cnu IJUC ,ru~M:na irait Ur le champ
Sainte-Gn11x co 111m6 en simple soldat, s'a,·ande bataille dnn. . a call!d1 • découverte, a anl
tmprès de lui -011 chimrrrien. le doct1&gt;11r Bri. .-rr •nl JU~11u·au l1ord du ri\'ll"ll. Le roloncl se
dé:;babillr ,iomplHcrneoL et ·1.: met dan· l'eau,
1. Celui-ci, bien 11ue plac,1 p,tr étal parmi
taudis rp1e , ":ipol 1on cl Ma ·séna, pour éloiles non-wn1ballnnls, 11e 1oulul pa · quiller le
maréch:11. parce tp1'il !allait t&lt;lllou,·clcr h&gt;ule ·
:.,"11l'l' tout .OUJJ~Oll tlc re~pril de· l'IIOCIUÎ$,
1~~ benn•~ lt-s co1111&gt;re.~
r1ui rL'Couvrait&gt;nl , a
r1uitteut 11.!ur. capote., comme 'ils Sl' proponienl Je e baigner, l'l examinent 3lori&lt; Lout
j,1mbc cl il . ·acrtnitt:l de ce oui périlleux
11 leur ai e le point uù ils 1u11laie11t jPll'l' de~
a\Cl' le 1i!us "ra11d ,m -froid, an m1Jien del'
pont: et op,lrer le passa"!!. Tt!lle Jtail l'habiboulet , nofl scnlcmcnl l'"nuaul 1P~ deux
jour~ l[UC dura la bataille d!J Wa!!Tam, mai~
tude de rnir no · olJals rnnir par t.r'•s pelits
, roupcs ·c ha.itrnCJr en cc lieu, quo le \.utriencore peuJaut le. Jh·crs comunLs 11ui . 'cu·uivirt•nl.
1•bien_ rr;.ti·rrnt tramp,ifü!mcot couché;; snr
. "3pv!L:On .arail 11ue le - ennemi ·auenl11erl11~. Ce lait prouv • 11uï, );1 guem! 1,•.- cher~
daient à lr 1·oir d,:JJoucher de l'ile d Lobau,
doivcot s1:1•1'rerucnt prohiber cos csp~ce de
t!n pa. sanl t'Dtre Es liugeL \spcrn, ain.i qu'il
trhes •1 ce dési!l11.1Lions de points nculres,
l':n-ail foit au moi. d • lllllÏ, cl qu'il- ,enaienl
que lrs troupl's Je· deux 11arti étal,li~scot
Je con~lruire d11s retrnnchl.'ruunl · Jan· l'insom,,nl pour h:ur convenance respct·tiv1'.
tervalle •Jui sép:ire c·e., Jeux 1illa,... ; or.
L'Cmpereur, a~·aol alor, rê~olu dl' pa, er
romm • il sentait ans i combien il imporlail
le bra · du lleuYe a cet enJruit, décida qne
de caclicr aux Autrichlem le projC'L con 11
vlusieur pont y craicnt con truit ; mai.
par lui de le- tonrnrr, eu lra1·crsanl le pl'lil
romme il ,itait plu~ que probable que, dès
bras Ju Uauubc d ,,·anl Enter Jorf. il faisait
11uc le, po tes cnnrmi· domu.! raient r,;\'eil,
.Ur\'eilll!r lout ce qui eutrail dam, l'il • de
les 1ro11p : :mlricliienncs plat·ées à Enzers1,oltau par le· !!t':l11d' ponb qui l'uni ·~aic11l i1
JorI accnnrraicot pour \,'oppo cr à l'i:tal1lil&gt;Eb1md11rf. Ccpl·r1Ja11t. 1·ers le~
l'IDCnl dl• no · ponts, il fut
deruier jour~. le· prép:tralifs
com·cuu 1yuc l'on flirait d'abord
ind1~pe11~a blt's :n11ic11l d :,oil:
trans11or!Pr d 'UX mille cim1
cc sccrel à tou les les pcr 01111cs
cents "r •nt1Ji1•r~ ·ur.J'nutrc riH•,
placér d1111. l'ile: ranis, comme
él 11u·en ~- arrih1nt. ib iraient
on pen. ait avoir la •rtilui.lc
attaq\lcr Euzer,ùorr. afin IJIIC
qu'il ue ··y trourait que de
la garnison nin i oc •upéc ne p1)l
mililaires fran~·ais ou dr. do,·c nir lroubler no tr:11aux cl
rue tiipies d'officiers, 11pnl
s' oppo. er à n~lr • pa · arre. ~:el~
chacun une. ~arde de siircll\
Ilien :irrèl1\ l Empcr &gt;ur d1l a
011 (' Cl'O rail 11 l'abri de i111•e~\(asséna : &lt;1 Comme cdlc pr •1i :011011 des ('ll!Jt•!UÎ • : ·'était
11 mière culonn · era. é~·id1!tnun erreur. Le prince Charles
&lt;&lt; ment trè,, expo•~e, pui que
était parvenu Il. inlrotlnire 1m
« cc sera contre clic que l'cncsJJion parmi nous. et d :jà cc!
11 nemi d1ri •era d"abord tou
homme
pr 1parait à l'awrtir
,
-e
·
effort
,
il
faut
la
compo1
IJlle non' dc.:don. r~llilqu •r par
11 s •r Je 111 1_ meilleures troupt• ·
b:111.erJorf. lonp1'unc lellr~
« •l choisir pour la corruni111a11011yml'.
1:critc •n l1011groi •t
,, der 1111 colonel ltr;nc cl in3dm. ée à 11-:mpcrcur. fui ap" tc\li"L'llL - ~lai . 'ire, cela
portée à son mamelu~ 1\011,1 ID(' r •yicnL !
'frria aint '~l:.111 par une p •Lit, fille bi1•a
,1 Croi1. Pour11uoi dJJnc ?
mi , qui ,c borna à lui dire
IlIVOlJ
l&gt;E
\Al'&lt;ll.to1'1
StR
LI::
CJI.\MI'
Dt;
ll.\TAIU.lé
DE
\\",\lôlU)I
,, répundil rJ~mpercur_, ch;1r11~6
1111e celle lcltrt· éh\Îl impor(NUll D 5 ,lt: .l ,IUll.LET ltlOI),)
" de l'r' irlc, et 11ui llUl'alL
la.11/e el ld-~ pre~ser ! Un crut
Gr,nur, J',\ uBERT, ;t',rfr,!5 le t.1NeJU ,t',\oo~r•œ Rœu, 1,\frisée de 1'•·•·$.1ill&lt;'S,)
,c proLal,l •meut l'ait la dcd'ahorJ qu'il /;igi. sail d'une
u mamlu ,pie pour cnlr:lllll'r
dem:u1de d'argent ; mnis les
11 !a rdplÎIJUC.
• Pou_rquoi '!
1[
rcpril le ·olon~I, m:us p,He&lt;; . que. &lt;le tou'. -ur lequel a,·ai( !'U lieu la balai\[ d'Essling, inlerprl'lPs, aiant traduit ln dépècbe, se liàà laquelle le m1rérhal avait pri, unu parL ·i tèrent d'en donnrr connai~sancc à l'Empe11 Je ofllciers &lt;1 u, ont daus l Ile, ce l moi
11 'lui Jepni · six .crna.ines ai ~upport~ le p!us glorirm:1!. ~fa ·séna lit :tlon, preuve d'une rf;lur, r1ni ~e ren&lt;l1l à lïnstanl daus lïle de
LolJau, 1111. ù~:,; son arri1·éc, il donuo l'ordre
,1 de fali,.ues, étant con tammenl
ur pied gl'ande force J 'lunc ; car, malgré les vive
« jour cl ~mit pour faire ex ·culer vo ordre~, suulfrnwl'.' · •1uïl 1111rouv il, il ,oulut con- clc • o pendre le lrarnU\ de lou genre·, d,i
11

�111STO'R._1:JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 1,lÎrc Jurrucr en rang!', non suulemcnt le:-, imruen e forlercs~c, arm1it. Je cent pièce' de
troupe·. mai les ~ta(~-mnjors. le admi.ni:;- trro calibre el de ingt mortit&gt;rs. Trois soLrateurs, le: boulanger-, boucher, c,,nll- lides pont. ur piloti., d~[cudu p,1r d c tanicrs, cl mème l dome 'Li11uc:, 11ui devaienl e.1des, as.11r~ienl le passa"C &lt;lu grand Dachacun se placer derrière leurs maitre . Ces nube entre Eber~dorf el l'ile. 1&lt;:nfin, cm était
disposition- prises, el \or-qu'il n'y r.ut plus eu mesure de jeter plu ieurs ponts de moinun 'eu) indil'idu hors d~ ran!!S, !'Empereur dre dimen ion sm le petit hras, le seul qui
fit annoncer aux troupes qu'une. pion 'était nous . éparàl ùe la rive nauchc.
~li· é dan. l'ilr, e·pérant qu'on ne pourrait
Pour confirmer le prince Charlc dan · la
le découvrir au milieu des :ï0,000 hommes pen èe qu'il chercherait encore à pas ·er l'Olrt•
r1ui ?} trouvaient; qu'il fallait donc, à pré- }::S Jing el
spern, J ·apoléon ordonna. le
sent f)Tll! !oui le monde était à son rang, que 1" juillet au soir. Je faire rccoaslruil·e penchac,in regardât es voisins de droite et ile dant la nuil le petit poril (JUi :l\ail smi à
~auche. I.e ,'Ul'Cès de cet ingénieux:moyen fut notre reJraitc apr~s la liataille d'Es~ling et de
Q1 taniam:: ar, au milien du plu profond jelcr sur fa ri, · nppo éc, &lt;lans li! hois. deux
. iknce, 011 l'c1londi L deux. oldal , ·' écrier : Jirisions dont les tirailleurs dc,•aicn1 attil'cr
~ Voici un inconnu! » On arrêta CCL homme,
l'nttenliun des c11ncmis sur ce point. pendanl
on le •p1eslioona, cl il arnua •"èLre dtl!(Uisé qnc l11nl e pr 1parail pour notr1• att:u1uc sLu·
l'n r.1111..'lssin françai: al'CC le enct de~ ruorL
Erucr dorf. .
L,ii..,é · !'Ill' le champ ùe lt:it.aillc d'Es:1in~
l ln ne comprend pa, cnm111c11L le· prince
C' mi,érahlc était né à l'ari . cl parai ~ail t:barlcs. qui ;wail l'ntunré E. . lin" et ,\ p rn
hi •n 1:Jrvcl, i11~1ruil mc1me. La pa ·ion du jcn d'immenses 'fortifkatiun~, a1'11i1·~ Je c-ent
I'. )aDI ruim\ il al'ait lui la Fra,we pour &lt;hi- rinquantr honchr 11 rtu, ail pu rruire qur
ll'r les pour~uile, de se créanciers, ~•était '.'lapoléon \ic111.lrait le. all..'l.tJu1·r de front :
réfogié en .\utridu:, où, pous ·é par le dé~ir c·eù1 été prendre le taureau par le: cornes!
de . e procurer de· mo}en de jouer encorn,
Les journées dn ~ el du j e pas·èrenl en
il 'était offctl po11r ervir d'c pion à l'étal- prt~paratif de part et d'autre.
major autrichieu. Pendanl la 11uit, une très
L'armée françai'e, tra\·ersant le grand bras
petite nacelle le transportait de la ri"e gau- du Oanuhe ur le troi 'ponts d'Î~her.ùorf.
che du Danube à la rfre droite, à une lieue ,e mas. a dan l'ile Je LQbau, où l'CmpcrC'ur
au-dessous d'ÉLcrsdorf, el venait 1e repren- réunit 1:10,000 homme~. Le prince Cbarlc ,
dre la nuit uivante à un _ignal com·enu. Il de ~on coté. rassembla des forces éirales !;Ur
av.lit déjà fait de Lrè fréquent Yoyages de cc la rive gauche, où les troupes autrichiennes,
genre, entrant dan• l'ile de Lobau el en sor- placées sur deux liane , formaient un arc
tant, eo se mèlant, vêtu en oldaL, au:-. nom- immense, afin d'envelopper le~ -parliL's tic
lJrr.ux détachements de no troapos qui allaienl
l'île ile Loliau qui leur faisa.ienL face. ,\ la
éonslamrncnl à Ëber dorf pour chercher de
droite des ennemi , la pointe de cet :ir s':ipvines ou des matériaux. Craignant d'ètre re- puyait au Dauube tt Florisdol'r, Spitz et lcdel1uar(1ué s'il restait seul, l'e.pion e portait sée. Leu.r centre (}C(;Upail le~ ,·illages d"E sloujours :ur les lieu.\ où il } avait foule el ling el d'A,pern, fortement retranchés et
tra"aillail au, retranchements a\'l!è les sol- nouvcllcmenl reliés l'un à l':iulre par des
dats. Il achetait sa nourriture chez les canti- ouvrage armés d'une nombreu~e arLillerie.
nier·, passait la nuit auprè de camp , cl Enfin, la gauche de l'arc formé par l'armée
drs le point du jour. muni d'une bèche aulrichienne ~e trouvait à Gro8 -Enler ·dorI,
comme s'il allait rejoindre des lra\·ailleurs, ayanl un fort détachement à ~lühllcitcn. Le
ii par..:ournit l'ile eu Lon sens, examinant le
prince Charlc uneillail donc exactement
ouvrage , qu'il dessinait à la h.tte, en l'e tou_ le points de l'ile de Lobau par où nous
couchaut parmi l · osiers; pui . t., uuit ui- pouvions déboucher; mais comme il était
rantc, il allait faire un rapport aux Autri- per uadé, on ne ait pourquoi, que l apoléon
chien~ el revenait pour conlinucr ses oLser- l'attaquerait par son ceutre, en passant le
raLions.
petil bras duUauubeentre Essling el A pern,
Cel homme, traduit devant un con eil ainsi qu'il ,l'avait fait au mois de mai, le géde guerre, fut condamné à mort. JI e:t- nérali sime a,·ait concentré toutes es Forces
r.rimail un ,1r repentir d'avoir erl'i le en- dans le vastes plaine qui -'étendent depui~
nemis de la France, ce q1û portait !'Empe- ces \illageli jusqu'à Ilcutsch-,\agr:un et à
reur à commuer 11 peine, lorsque, dan· l'e - Markgrafen-~eusiedcl, gros bourg situé sur
poir de décider , apoléon à lui accorder la ,·ic, le ruis eau de Russbach, dont les rives, forL
l'e: pion propo.n de tromper le prince Charles, encaissées el domin 'es par d ' hauteurs,
en alla11t lui faire un fau. rapport sur ce offrtnl une excellente posilion défen ive. flu
t[U ïl amit ,·u dan. l'ile, et de ro\lemr dire
reste, le prince Charles avait peu de troupei
aux fi·ançai ce que fai aient fo Autrichien . à sa droite, cl encore moin à ,a gauche,
Celle nom•ulle 111famie indigna rnmpe1·eur, parce qu'il avait prescrit à l'archiduc ,lean,
qui, abandonnant le coupable à a fatale des- :;on Irèrll, commandant l'armée de Hongrie
tinée, Je lais a [miller.
de quitter Pre bour" avec les ;:;;,,OOO hommes
Ccpenda11L, le jour de la grande bataille dont il di po 'a.it, et de se lrouvcr Je 5 juillet
approchait. Xnpoléou avait réuni autoul' au matin à lJnwr-Siel,enhrünn, pour s'y red'Ebersdorf toute l'armée venant d'Italie, le · lier avec la gauche de ln seconde ligne de la
corps d · maréchan\ Da,·our, Bernadotte. la grande armée autri,·hicoue: mai~ le prince
garde, _et Lrausformé l'ile de Lobau eu u11c Jean n'exécuta pas cet ordre.
0

Il'aprèl- I • · in!-lraction. de l'ompcrcnr
Xapol~on, l'rmnrc françai e 1·om.nie11~a ~ou
atla()1lc le ~. juillet, à neuf heures du ·oir.
I u or3gu épouva11taùle ~datait en cc mumenL; la nuit étrüt de plu ou~curcs, fa
pluie toml.,:iit à torr nu;. et le bruit du tonnerre se mêlait ;1 celui tic notre artillerie,
qui, garantie des houlet5 eon mis par un
1:paulemmt, dirigeait tou
es f1•11x sur
Es~liorr el Aspcrn. afin de confirmer le prince
Charle dan· la pcn ée que nous alliou~ d~:1.iouchcr sur ce point; aus;i cc l'ut là 1111'il
porta Loule .on altcnLion, on 'inquii1ter
aucuucmcnt d'Enzer ·dorf, ur lc']uel nos
prmeipales fore&amp;; e diriucaienl.
llè~ r1ue le pt'cmier:,; conp ue cano11 ~c
lir,•nt catcmdrc, le marrclinl ~lasg11nn, trl·s
,1111l1rïint encore, f111 placé dans um· prtilt·
1-.1li·d1c décomcrt1', ,111c se oid(•s de c.1mp
c11lorm1ienl. cl il ,c fil conduire rcrs le poiut
sur lequel tlcrnil commènccr l'allaquc. L'Ernp1 rmr nou · rejoi•mil hicntiit; il rtail Lri·s
~ai cl di l au maréchal : N ,le Hri~ rncban11:
•&lt; ~e ccl ora" : quelle belle nuit pour nrm~ !
,, Le .\ulric l1ien ne pcu\·ent rnir no, prép~1 ratiJs de passage eu face d'EnzcrsdorJ', cl
&lt;1 ils n'en auront connais ance lllle qua11d
« nou. aurons enlevé ce po te c enlie!,
v quanti no ponts ront placé· el u11e partie
« de mon armé formée sur la ri\'C quïl
« préll•ndent défcml r .... »
En cflèt, le brave colonel ainlc-Croix,
aprt· avoir fait débarquer en silence l ,,
~.:,oo grenadier , prit terre ur la ril'e ennemie en face d'Enzcrsclorr. l n régiment de
Croate. hi1·ou,1q11ait ur rc point. \ttac1'1é
à l'imprO\'Î. tt', il 'e dél'end néanmoins 31'Cc
acharacmeul à la ba\nunelle; mais 110 "t••nadiers, animés par la voix de :ainlc-Croix
11ui 'était jeté au plus fort de la mêlée, cntoncenl le cnuemi , et ceux-ci e retir nt en
désordre ur Enzer~dorl. Ce gro liour", environné d'une muraille cr :nclée, précëdé
d'une digue taillée en forme de parapet, était
rempli d'infanterie, tandis que de llt'.-ches en
terre couvraient toutes les entrées . .Enlever
ce hourg était d'aulant plu _difficile que 1,,
fou avaiL incendié le maison , et que la garni on pouvait être d'un moment à l'autre
oulenue par la brigade autrichienne du gl:..
néral Nordmann, placée un peu en arrière,
entre le bour 11 d'Enzersdorf et œlui de Jfühlleiten. Mai aucun oh Lacle n'arrête 'ainlcCroi , 11ui, marchanl à la tête de ses grenadiers, cnlèrc le ouvrage extérieur::-, polll' uit
les ennemis l'épée dans les r ins et enlre
pèle-mêle aYec eux dans le redan qui couvre
la porte du Midi. Celle porte ét.iil ferm!.!e;
ainLe-Croix fa faiL enfoncer 011s uuc grêle
de balles, c1 ue la g:irni_on lanç.ail par l&lt;'s
créneaux &lt;lu mur d'cnceinL1•. lie foi' mailr, Je ce pos age, le colonel cl ses braves
oldal se précipilcnl dan lïoLérieur du
bour". dont la garnison, ~Jfaiblie par les
énorme· perle qu'elle rient d'éprouver, ·e
rMugie dan' le chàtcau; mais 11 la ,·ne &lt;le
échelles que Sainte-Croi, fait apporter pour
donnN l'a. aul. le commandant a11lrid1ien
demande 11 capituler. lin i, 'ainle-Croi,,

'------------------------- MtJK011fES
a1111ud cr lu•au lait d'arwes fil 11! pin~ ~ra111l
honneur. resta maître d'Enzersdorf, à lo
irrancle sali ·faction de n:mper'11r, doul i·cllc
eaptnn! crvail mer,·eillruscmcnl le., projets.
Il pre~rri,il à lïn la11t de jrter huit po11L~
sur le petit bras du llan11l&gt;1!, cotre l'ile d,•
Lohau cl le bourg d'Enzersdorf,
Lei premier d, ces ponts, d'une cnnstrucLio11 ju qu'alors inconnue, avuil été i11v, oti·
par !'Empereur. li paraissait 11"èlre c11w d'nm·
. cule pièce; crpr&gt;udanl. il c tromait di\'i~é
1•11 11uatre sections 11u'unissaienl Je, ,-barujères, ce 1p1i lni permettait dt• contourner
1•1 Je ·ui\l'e les ~iouosité:; du rivage. Arrhé
.tian le hras du IJM1ube. nn de ses hout.s fut
lixé :mx :irhn• de lîle de Loll:iu, tau&lt;li~ 1111':1
l':1idr: d'uu c.\ltle porté par u11 ba1rau. on dirirr,•ail l'a11fre r.,trémité ,·e ,.. la ri,·e opp11~1:c.
l'onss,· pnr h· cunranL. CP pnnl J'un 11n1n·cau
"r•11rc:. lo11rnanl ,ur lui-même, lit 1111 à-droite
1·11111pl ·l, rl put ·enir à lï11:;La11t mèmc·. Les
,cpl aulrè. l'urenl eumplèlemml établi un
11uarl d'he11n· aprè,;, rc· &lt;1ui permit Ît :-lnpoléon clc faire pa~ser rapideml!nl :,t1r la riw
µ-a11d11· le~ rnrp dt· Mas ·11na. 1ludinul, BernadoU.c, llavoul, ~Iarmont, l'armée ùu priucc
bigcne, hi~ réseT\'e d'artillerie, toute la
cavai ri&lt;', enfin la gardt•.
Pendant que !'Empereur 'empressait de
profiter des avantages que lui offrnit la pri ·e
du hourg d'Enzersùorf, le prince &lt;:harle ,
toujuur · pcr u..'ldé que ·on adver,;airc voulait
d i1iou ·h r entre Essling el Aspern, pcrdnit
so11 Lemps cl ses munitions, pour jeter une
['rèl • de Loulcls el d'oLus nr la pnrlie de
l'ik &lt;le Loh:i.u :,Ïluée en l'ace tl • ce, den\ villa~e·, pensant qu'il faisait éprOu\·cr de ~randcs perle au, troupe· f1·:i11c_:ais1is, 1p1'il ~uppo~aiL être .arrgloméréc · on cc lieu. Cc~
projcelill's ne produ.i,ircn! aucun ellel, rar
0011
n'a\'ions sur cc poinl que quclqut'~
éclaireurs di -per ·és el protérrés par de · épaulem,•nt · eu terre, landi · que le ~ro de uns
lronp~ ·. mas~é d11 cùté d'Enzt•r. dorf, tra,ersait le pl'lit liros du llanubt! el se mas ·ail ,nr
la rivti gandre. Le générali~simc aulrichil'O
fu L lupéfail. le ;1 juillet au matin, lorsqu'en
. • dirigrant sur l'nudcn champ dr bataille,
entre Essling et , -pern, où il comptait nous
coml1allre a,·ec avantage, ;m momenl où nou~
déhouchcrions de lïle de Lobau, il s'aperçut
qne ·on aile gauche était tournée par l'armée
l'ran~aise qui marchai! d1;jà ur nclL'-CJ1&lt;rang,
dont clic nt• Larda pas à s'emparer. urpri ·
:,;ur s:1 rrauche et menacé ur ses derri~res,
le prince Cha.ries ful obli é, pour nous faire
l'ac&lt;i, d'exécuter un immeo 'e momemenl
rétrowade ,·er~ le i·uisseau de Bu · ·hacl1, en
rcculanl coustamment dm·anl ~apol~on, tandis '11.le nos divers corp d'armée se plaçaient
11 leur ordre de La taille, dan. lïrnmcn. c
plaine ou,erle devant eux.
Afin de n't1lrc pa surpris par l'arri\'éc du
pl'Încc Jean, dans le cas où celui-ci, venant
de llongrie, paraiLrniL sur notre aile droite, à
L' ntcr- iebcnhrûno, !'Empereur envol a en
obscrv:ilion sur cc poiul trois fortes divi ions
de r·ayalerÎl', ai11 i &lt;1ue plu ·icurs bataillons,
soutenu· par de l'artillerie légère. Cc. troupes
1

DU GÉJYÉ](.111. 'BAJ(_OJY DE M.A](B07 - - - .

étaient ,:onsidért:l':&gt; co!llmc hors ligne et destinées à :irrètcr le premier effort du prince
Jl'nn jusc1u'à l'arri fr dP. n!sencs. Quant au
gros de l'armée, sa droit •, formée par l •
corps de llaYout, se porta sur Glinzendorî el
le llu ·- !inch. L, centre était compo é par le~
Bavarois, les Wurlcmbergcois, les corps
d'ùudinot. de llcrnadotlc, t l'armée d'llalil'.
La gaucht•, aux ordre. de Ma ~n:i, lon"etùl
le petit bra du Danube. dan la direction
d'Essling el d" .\spern. Chacun de Cf'S corps
deYail enleYcr CD marchant le villaf!es qui se
lrournienl de\ant lui. Lo ré erre c compo. ail
du eorp de Marmont, de troi' di,i~ion de
cuiras~ier ·. d'une nombreuse artillerie cl dt:
t.O\llc la garde impJrialc. Enfin, le gtlnéral
lll1"ni,•r, a\'Ct' une dhLion d'infanterie et de
nomhreux a.rlillc11r ·, restait à la garrl1• dl' I'ilr
Je Lohau, ,•n a,anl de laqu •ll • on rc1lablil
l'ancien ponl, 11ui IIOUb a\·ail 1 ,Yi lor d •
la hataillc d'E,:,;Jiu••.
\ la plu· horl'ibl · de· nuit: a,ail suretdt"•
l:i plu~ lwll · J1JU1'11ér. !,"armée [ranç:ii.P, eu
grnridc· Lerme tlc parade, s'ayancc majci;Lucusc01enl dan, 1'11rdr1• le plu. parfait, pr6cééléc
par une imml'nse artillerie qui écrase tout ,·e
ffUC l'ennemi tente de lui oppo cr. Les r~giments dont e compo ail la !!auche autrichienne, précédée par le .,énéral Nordrnnno,
furent le premiers cxpo é à nos coup .
Ch:1 é · d'EnzersdorI ri de .lliihU,~hcn, il.
c.sayèreut dl défendre naschdorf. ·mais ils
1

1

,'\l.\llÉCllAI. hAVOt:T 1 l'IUNCE D'ECIW.0111..

&lt;,m ~•111·c J~ l.ADŒREI',
,fapr,'s le ,~111ca11 drGAUTOJ;kOT,(,IJ11s~~lfr Ver . .li/1,.&lt;.)

furent rrpoussés, •l le général ~ordmaun
périt &lt;lau- le cncuLat. Cel omcicr était Abacien : aucico colonel des housards de .Bcrdicn), il auil pai-~é il renncmi rn 179:i,al'l'C
une partie de son ré•rimcnl, en mùmc lcrup

que flumourie:.:, cl s'était mis au ser"ire ùé
l'Autriche.
La marche de l'ac•rnét· l'rai1çai c n· :pro11,aut
:incune résistance tiéricu e, nous occup,imm;
~ucœ sivement Essling, ,\spcrn B1·eitculéc,
Ra chdorf et , iis enhriinn ..Ju qu'i1 cc moment, la première partie du plan Je 'apoléun
~wait réussi, puisque se troupe renaienl de
franchir le dernier lira d11 llanube cl orcnp'aiP1it 1 . plaine:- de la rin· ·.,au ·hë. C•pcndanl, ri n n"rtait encore décidé, ta.ut que
nmL n'avions pa, battu et enlamé érieu.scmcnt l'ennemi. Celui-ci, nu lieu de rr1rnir
Ioule, ses forces sur h! ruis c;m clc Rus~Im.rli.
rumruit la fautt• énorme rie les tlhisor, eu
opfranl. a retraite p:ir dem: lign&lt;· LJ•i• Jli\-cr"enLc~, l'une sur Mark·•r;1fc11-~eusiedcl, d,·r~
rii:rc Je nussb;1cl,, el l'a11tr1· sur l"s hauteurs
dl' lamer ·dorf. oil le, lroupe · d · l'nilc drnilc
a11trichi nue se lrnuvaient é\id •mmrnt trop
,:luii:;111:.es du champ dt· hotaillc.
L:t po ition qui lmrtle 1 !lus. hnrh c.,t l'orlt·,
domine la plain,· el Sl' truu1e prnlégfr p;1r rr.
ruisseau qui. bien 11un peu large. forncc un
très bon olistacle. parce 11ue ses hord~ ,:tillll
très e carpés, l'infanwrie ne peul les franchir
rru'nY&lt;'C dirficnllé, et qui• la 1·a\'alerie et !"artillerie n'avaientd'aulre pas~age qne les 1•onb
situé. dans les rillage. occupés par ks Aulrid11cns. cpcndanL. comme le Hussbacb ,:lait
la clef de la po itinn des deux armées, apolénn r: olut dl' ,'en emparer, cl fü en con~éciucnce allaquer Markgrafcn-Neu. iedel par
Jl:l\'out, 13:mmersdnrf par Oudinot, et llcut.;;ch\\ a,rram par Jlcrnadolte, tandis que Ir prince
F,11gène, . el'Ont!ô par ~facdoualJ cl Laumrc1ue,
pa,. ail le rui~. eau entre cc· dcu:... villa~es.
l.'arlillt·rie l~gèrc de la ;;;u-dc ,:eras;1 par son
fou let m:1Sses anlrichienne ; mais la mar6chal Jlernadottc, à la tètl' de~ Sarnns, lil uni•
auai1uc i mollr sur Wagram, cp,ïl or. r1:us il
pa~. I.e · généram ~lacdonald cl Lamar,1uc.
franchi:. anl le 11us hach, mirent un momc·nl
eu p '·ril le ccntr ennemi; m;iis le prin ·~
Ch,irlcs, 'élançanl bravemmt sur œ poi11l
a\·ec ses ré ervcs, contraignit no· troupes à
repa er le ruis. eau.
Ce momcmenL s'e écula d'ahord a\•ec; le
plus grand ordre; mai la nuit ét.rnl survenu•, no fantassin·, qui venaient den; ·btcr
ù. une attaque do front faite par les chcvaulé:tcr autricl1iens. a}anl aperçu sur kur~
ùerrière une brigade de eavalcrie fra11çai. 1·
amenée à leur S'COur par le 9éoéral aime,
se crurent coupés; il en r 1·ulla un peu dt:
dé ordre 11ui 'aggrava par suite &lt;l'une méprise: quelques bataillons ~axons Lirèrenl. ur
J; divi ion Lamarque. Cependant, le lroubl!'
oeca ionné par ce acciù nls rut promptement
réparé. L'alli.ll1ue faite par le ruarécbal lh1dinol
13anrner ·dorf f11t au ·. i repoi1s-éc; llca,aiL été faite sans en emble. Le maréchal
Darnut e11l a,ait èU de. suœès, car, :iprO:•a
a\'Oir forcé le pa · age ùn l\ll' 1Ja1•h el Lonrnu
\farkgraîcn-Nensicdcl, il allait 'emparer de
ce bour". malgré une défrt ·e des plu opiniâtres, lor que la nuit l'obligea à suspendre
:on au:u1ue, d peu J'inst:wts après l'E111pcrctll' lui ordonna de re,cnir ur ses pas, afin

·u,·

�111ST01{1.Jl
de ne pas l'uxposer, en le lai sanl i olé au
ùeh'I J ce cours d'eau.

CHAPITRE XXIII
lku~iëml! jouruc~. - AIL&lt;!rnatives tlu ~-omhal rl
1l1füill) ,lu princ,• Chnws. - Cmsii.l 1rutions 1fücr.- ••
ur J11 bataill~ ,lu Wegraru.

Tels l'urenl le prineipnux tl1•11nemcnt de

"-----------------------Hus bacb jusqu'à llelmhor, d'où elle se dirigeait par Sauring vers tauwrsdorî, un voit,
dis-je, que la ligne ennemie for mail ain. i un
angle rentrant, dont le smnmet se Lrou\ait
é&lt; a.lemcnt à Tlcutsch-Wavram. C'était donc le
point essentiel, dunl chacun des deux ad1·ersaircs dé irait .'emparer; pour y parl'Cnir,
il voulurent l'un et l'autre lourncr leur
ennemi par .on Jlanc gauche. Mais le pri11cc
Chari . ajaut h r.tucoup trop étendu .son

mise · en action par le dcru armées s'éh:,ail
à plu de douze rents.
L'aile gauche de · Aulrirhirm , cunduitc par
le prince Charles en personne, pas anl lu
ruisseau du fü1sshach, déboucha ur troi:
colonnes vers Léopold &lt;lol'f, Clinzen&lt;lor[ et
Crn hofen; mai fo maréchal Davou! el la
ca\·alcrie de GrouchJ opposèrml une virn
ré·i ·tance à l'ennemi, •t l'amicnl mème
arrêté, lorsque 'apoléon parut 1, la tète ù'une

•

Cliché Fh,rillu.
LE AIARÉCHAL ?IIASSÊ::'s'A A \VAGll,Ui, -

la ,jo11 r11éc du ;&gt; juillet, qui ne fircnl que pn:...
parer la bataille déch,·e du lendemain. La
11uit se passa fort tnrn&lt;1uilleme.nL; l'armée
françajse, ayanL toujour· il a droite trois
divi ions de c,tval rie en observation à Léopoldsdorf, an,ü sa droite 1·érilable-rers Grosshot'en; notre centre étaiL à Adcrklan, el la
gaucbc en r tour à Breitcnléc, cc ,1ui donnait
à notre lign" la formeù 'un angle. &lt;lonL Wagram
élait le ommet. Le Lente de l'...,mpcreur el
de sa gardetltaienl un pou en avant de [laschsdorî.
i on jellc un coup d'œil ~ur le plan de la
hat.1illc dt• \Y:wram, on YOil que la droite
eruwmiC', parlant des cnviî-on d Kampfcnt.l.od, longeant cn·rütc l:t ril'C gauche du

T.it,l~.JU J'E11ci::N&amp; CHAPERON.

armée, éLait ohligé de Lransruellre par rrl'Ît
des ordres qui étaient ruai compri ou mal
cx~utés, tandi' r1ue l' Empereur. apnl des
ré.~ervcs ous sa m(IÎD, donnait de· inslruc~
tion positives dont il pouvait voir et sllrveillcr
l'cxéculion.
Le li juillet, à la pointe du jour, l'nclion
recommença plus ,·i1·emcnL 11ue la veille;
mai , au grand étonnement de Napoléon, le
prince Charles, qui, dans la journée du 5,
'était borné ase défondre, venait de prendre
l'olîensive cl .de nous enlel'er A.derklaa !. ..
Uientôt la canonnade se prolongea ur loutl'
la ligne : de mémoire d'hornm on n'avait 1·11
une aus i nombreuse arliUerie sur un champ
de bataille, car lu Lola! de LoucLcs à feu

irumen c ré ·eri·e. En vo, anl le cvllÙJat 'cuga,;er à l'ext rèmc droit~ de sa liane, wr
Léopold dorf. l'Empercur avait cru un moment que l'archiduc Jra.n, arrivant dr Jlongrie, venait de joindre la arandc armce conrmie. Non .-.•ulemenl le prince Jean n 'a1·ait
pa paru à. nolre droik, mai on a su ùepui.
11u'il e trouvai! eu cc moment à Pre bourrr,
à huit lieue du champ de bataille; au~si
l'aile gauch autrichienne, prhée du secours
qu'elle avait espéré, se rcpc:ntiL bientôt d'èlre
venue nous attaquer. En elfcl, acca.Lléc par
des force su péricure , cl UJ'lOut par l'arlillerie, elle éprouva &lt;le· perle~ considéra file •
et fut r~j etée au delà du Hussbacù par 1~
uia1'éd.1al l)aroul, qui 1:ranchit ce ruisseau

a,·ec une partie de ses troup • . el marcha par
les deux ri,es à l'allaque de Markgrafeneusi ... del.
L'Empereur, ainsi ra~suré nr .a droite,
re,icnl an rrnlre a,·rc ·a garde, el tant.li· r1oe
R rnadolte attar1ue Wa"ram, et q11'0udinol
marche sur Raumer dorf, il ordonne à ~las~én:l dcreprondrc .\derklaa. Cc village di pnt :,
pris et repris, ri' lé enfin aux grcnadi r.
au lrichien , conduit à une nouvt•lle :llLaque
par le princr Charles tJUÎ lance eu même
temp · une forte colonne de cavalerie contre
les axons dn corp de Uiirnadoltc et le met
dan. une déroute i complNe 1y11'il e jetèrent
sur le lroupl's de . las -éna, donl il. troul1lèrct1t momentanément le bon ordre. Ce
mart'-dml tl1ait touj,,urs ,Jans sa caH•che. Lé
l'11nemis, en apcrcC\·ant an milieu Je la halaille
l' lle voiture attelée de 1p1atre chevaux hlanc ,
comprirent qu'elle ne pouvait ètr occuptle
que par un pcr onnagc fort important; ils
dirigèrent donc sur elle one grèle de LouleL.
Le maré!'hal et ccu. qui l'enloaraient coururent les plus nrands dangers; nous étions
entnu1•r- de mnrt · cl de mourants; le capitaine Harain, aide de cump de Ma-~éna, cul
un bra emporté, et le colonel aiole-Croix
fut blessé par an boulet.
L'Empereur. arrirnnt au galop ur ce point,
reconnut .que l'archiduc, cberchnnL à le tourner cl même à l'emelopper, faisait a,•ancer
l'ailedroitcqui occnpail déjà. üssenlirrm, Léopoldao1 • tadlo.u, el marchait sur A pern,
menaçant ainsi l'ile de Lobau!... apoléon
monte pour un in tant dan la calèche, auprès
de Mas énn, afin de mieux être aperçu des
troupes. A son a pecl, l'ordre e rétabli!; il
prescrit à Masséna de faire un changement de
front en arrière, pour porter sa. gauche à
,bpcrn cl faire face à llirschstaLLen; puis il
fait garnir par trois division de 3Iacdnnald Je
Lt•rrain que lluiue las éna. Ces divers mou, ..mènl. 'opèrent très rérulicremenl, qnoi11ue
foi!~ sous le canon de l'ennemi. apoMon,
prolitaol nlor de lïmmen. e avanlttge que lui
donnti la r,:union rle e · principale' force· ur
le ccnlre, îail avancer. pour soutenir )lacdona.ld, m,11 seulement de fortes ré erves d'inf:mterie, d'tu·lillerie cl dt! cuira ier ·, mai
encore la garde impériale, 11ui, mas ée ur
LroÎ/ fümus, vicnl se ran,,11('t derrière ces
lroupcs.
La position des deux arm~es oll'l'ait en oo
momcut un spectacle fort bizarre, r.ar leur
lignes opposées aYaient pri la cnnfiguralion
de deux kllres '/, mjses à ooLé l'lllle de l'autre.
En c1fet, raile ,.,auche des Aulrichieu , placée
à Markgrafen-~eosiedel, reculait de,·ant notre
droite, tandis que les &lt;leu, centres se maintenaient re ·pecliîe&gt;ment, el que notre aile
gauche battait en retraite le long du Danube,
devant la droite de~ ennemis. Les deu.t partie· paraissaient donc avoir des chance' à
peu près érrales. Cependant ce chance. étaient
toute en faveur de ! apoloon, d'abord parce
qu'il était plus que probable que le village de
forkgrafen-r eusiedel, n'offrant d'autre moyen
de ré. i:tance qu'une vicille tour fort ifiéc, ne
ponrrai l tenir longtem p· contre le· effort::; d11

JKÉ7rl011{l!S DU GÉ.NÉ,tAl B.-Uf.ON Dl: .MA1(,BOT - - - . .

maréchal Davout, qui l'attaquait avec sa vigueur accoulnmée. Or, il étail facile de prévoir qu'une fois llark"rafen- ·eu, iedel pris,
la •auchc des Autrichien se lroU\'anL débordée, et n'ayant plus aucun appui. reculerait
indtlfinimenl et e éparerait du cenlre, tandi.
que notre aile gaul'bc, quoique hallue en ce
moment, e 1·approcherait par , a marche
rétrograde de 1'1le de Loliau, dont la formidable artillerie dernil arrêter la droite de
Autrkhicns et l'empêcher de pousser plus
loin se succè.. En second lil'U, 'apoléon
occupait une po ilion concellll'ique, ce qui
lui avait permis de garder une gra11ùe partie
t.l.e ses troupes en ré erve. toul en faisant face
de dhers cM1L. tandis que le prince Charles,
a-yant été obligé de ùeaucoup étendre 011
armée, pour exécuter son !!rand mouvement
excenlr-iquc, au moyen duquel il espérait
non envelopper. ne se trouvait en force s111·
aucun point. L'Empereur, ayant remarqu'
cette faute, était d'un calme parfail, bien qu'il
lût sur les risages de son entoura"e lï.11quiélude causée par 1a marche victorieuse de
l'aile droite ennemie. En effet, celle-ci, poussanl toujour · le corp de Masséna de,·ant elle,
c trouvait déjà entre E- li.ng el Aspcrn, ·ur
l'ancien champ de bataille du 22 mai, d'où,
apr' avoir écra é la divi ion Boudet par une
Lerrible charge de ca,•alerie, elle menaçait nos
derrière;,.
MaL le alarmes cessèrent bientôt, el le
uccè des Autrichiens fut ùc bien eourle
durée, car les cenl pièces de gros calibre
dont la prévoyance de 1 'apoléon avait arml!
lïle de Lobau ouvrirent un Feu terrible et
foudroyèrent la droite des ennemi , qni, sous
peine d'être exterminée fut contrainte d'arrêter sa marclie triomphante et de reculer à
on tour. Ua~ éna pul alors reformer ses
di\'isious, dont les perte.5 étaient considérables.
Nous pen àmes que Napoléon, profitant du
désordre que la canonnade de l'ile Yenait de
jeter dans l'aile droite aulricliienne, allait la
faire attaquer par ses réserves : le maréchal
)las éna m'emoya même lui demander des
instructions à ce sujet. Uai' l'Empercur,
toujours impassible, les yeux oonstarnmr.nt
fixés vers l'extrême droite, sur Markg1·afen•
'eusiedel tlontla positionéle,ée cslsurmonléc
par une Laure tour, qu'on aperçoit de tou ·
les points du champ de bataille, attendait,
pour fondre ur la droite el 1e centre de.
em1emi., que DaYout, aprè avoir battu leur
aile gauche, l'eùl rejetée au delà de Markgrafen- eusiedel, défendu Lrè · vaillamment
par le prince de lles-e-Hambourg, qui y fut
blessé.
Tout à coup, on voit la fumée de canon
du maréchal Uavout dépasser la tour de
forkgrafeo-1 eusiedel .... Plus de doute, la
gauche ennemie est vaincue!. .. Alors l'Empereur, se lournant vers moi, me dit : «Courez
dire à ~las éna qu'il Lomhe sur touL ce qui
est devant lui, et la bataille e·t gagnée!. .. il
En mème Lemps les aides de camp des divers
corps d'armée ont expédiés , er leurs chefs
pour leur porter l'ordre d'une attaque g tnérale eL imultanée. Ce [ut en c moment
1

solennel que l'empereur ·apoléon dit au
général Lauri. ton : C&lt; Preuez cent pièces
d'artillerie, dont oixantc de ma garde, et
allez écra er les ruas c ennemie -. &gt;&gt; Cet te
formidable batterie aJant ébranlé le Autrichiens, le maréchal Be ièrcs les fait charger
par ix réaimenl d8 carabinier. el de cuir:.isiers, &lt;p1e soutenait une partie de Ja c:walerir
de la garde. Eu vain le prince Charle · forme
~es troupes en plusieur· carrés; il ont enfoncés. perdent 11:lurs canon et un Lrè~ grand
nombre d'hommes. L'infanll•rie de noire
centre s'avance à son tour, conduite par Macdonald; le villarre de Siissenhrïmn, de Ilreilcnlée el d'Aderklaa soul emportés après urn.!
vive rési lance.
Pendant ce temps, non seulement le maréchal )las éna reprend le Lerrajn que notre
gauche venait de perdre, mais poussant lr1•s
vivement l'ennemi, il le rejette au delà de
tadlau el de fiagràll. Enfin, le maréchal
Davout, se rai ant soulenir par Oudinot, occupe taule. le hauteur du Hu sbacb et s'empare de lleutscb-\Yagra.m !. .. llè.&lt;; cc moment,
la balaille fut perdue pour les Autrichiens;
il~ se mirent en retraite ur toute ln ligne et
. e retirèrent en fort bon ordre dan la direction de ln ~lora~ie par canring, tnmersdorf
el lrebcrsdorf.
On a reproché à l'Empereur de n'aYoir pas
poursuivi Jcs ,·aincru; avec sa vigncur habituelle; mais la critique n'est pas fondée, car
plusieurs motif des plus !?'l'aves durent empècher Napoléon de lancer trop promptement
se troupes sur les traces de· ennemi .
ll'abord. dès qne ceux-ci eurent tra,·ersé la
grande roule de forane, il' se trouv~rcnt
dans une contrée tort accidentée, entrecoupée
de coUines boisées, de ravins et de défilésquj,
dominés par le mont et la forêt de Ri amherg,
offraient aux Aull'icbicns d'excellente. positions défen-ives, positions d'autant plLL · diIliciles à enlever que le prince Charlc· les
occupai! avec des forces très considérable.-.
formée de tous ses ha.taillons de grenadier
el de plu~ieurs divisions qui n'avaiPnt pas été
engagées; une nomhreu ·e arlillcric protégeait
cette puis ante arrière-garde. On de.-ail do11c
s'allendre à une lr~ vh·e ré istance qui, en
se prolongeant, amènerait un combat de nuit,
dont les chances, toujours incertaine', pouvaient compromellre la '"ictoire déjà obtenue
pa.r !'Empereur.
En second lien pour qne l'armée françai e
fttt réunie le -1 dan l'ile de Lobau, il avait
fallu, dès lei"' juillet, mettre en mouvement
les corp alors cantonné. sur le haut DauuLe
ou rers la llongrie, el qui, pour se trouver
au rendez-\'ous général, avaient dù faire de.
marches forcées, auxquelles venait de succé•
der sans repos, t:t par une très grande chaleur, une bataille d'unenuiL el de deux jours.
'os troupes étaient donc exténuée ·, tandis
que le Autrichien , campés depuis plus d'un
mois auprès do l'ile de Lobau, n'a\'aient eu à
supporter que le fatigue de la ha La illc : tou,
le nvantage eus enl été par conséquent du
cdtJ du prince Charles, si nous l'eu, ions alla•
qaé dans la forte position qu'il venaiL de

�111STO'f{1.ll

---------------------:----------------------·

prrudrc :.ur &lt;les hauluur.s d'un :ici'\ dirllrilc.
Mitis unt• Lroisièmc coosidéralion, Lieu plus
puiss:mle, modéra l'ardl'ur de Napoléon el le
d(.lermina à lai ser repoi.er se~ troupe::. cl à
les réunir Ul' le Lerrain qui a\·ai I se.ni de
t·bnmp de Lai.aille. il venait d'èlre averti par
les génfraa:c dl! ,/1 cavalerie légère, platù•
pnr lui ('TI obscr1ati1Jn à Léopold~dorI, au ddà
de ·on extrême &lt;lroite, de l'apparition d'un
1:orps &lt;le 5:, à rn 001) e11nemi1; qui, arri,•1rn t
Ùt• llt;ngl'ie, ous le commandement du prince
Jean, dêuoucbait V\'r- Unlt'r-~iehenLriin11,
r'!! t-i1-dirt sur nos derrièrl! actuel , d!!puis
le chaugerne.nt de front op.Jré par les delf\:
armées. Les fortns résene. méirngéc· par
l'Erupureur auraient ,ans Joule suffi pour
repousser el battre 1 prince Jean; cependant
il fout 1•eeonnalLre que la prudence ùovail
porter ,\apoléon ;\ ne pas cngoger es troupe·
contre le~ positions formidahle, qne le prinœ
Charlc parai~~aiL r1~olu il défendre avec
acharncnienl. lorsque lui-mèmu pou,•ai l rlrc
altattué ur Sl' deri·ières par le prince Jean.
à la lè!P d'un rorps nombreux, 11ui 1ùnail
pa encore Liré un coup de fusil.
L'Empercur ordonna donc de cc. scr la
poursuite de l'ennemi, et fil établir les 1,j.
rouar. do son arm6e de manièri• f]u'unc pari il'
faisait face du cùlé où e Lrom-ail le corps da
print·e Jean, 11u'il s'apprètail à Lieu reccrnir,
s'il osait 'awnlurer dan la plaine. fais
celui-ci, craignant d'entrer en conlacl avrr
nos troupes victoricusrs, se Min de haure en
rctrailt: el de rcg:M1cr la llon,. rie. Il e.•L proliahle 11uc ~i J apohlon ei1l poursuh•i les ,·ai ncus avec ~on activité ordinaire, les trophées
de la bataille de Wagram cu_scnl élé plus
aoml,rcus; mai· cependant on ne peut que
louer sa e_îrcouspeclion. en oon idérant les
motifs qui le décidèrent à ::'arrèlcr, cl s'il
eût loujour. agi avec autanl de prudence. il
aurait évité de uien grande. calamités à la
France el à lui-même.
D'après 1a détermination de !'Empereur,
son armée vicloricusP pul enfin avoir quel')llP.S heures dr repo ; elle prit position : la
•raurhr 11 Flofrùorf, Ir• ,·cnlro en avanl J,,
1

r:érnr. ùorl', et la Jroite an Jelà &lt;lu nw~L,ach,
Les lentes &lt;l,• l'Empercur furent dr1~:;,ée.
enlrc Aùerklaa cl fiasch dorf. Le quarlicr
général de Mass?ria fut placé à Léopoldau.
Napoléon fil rétablir l'ancien ponl de Spitz :
l'armée f11l alors en communication directe
a,·ec Yieone circou ·tance ra,orablc au tr:insport de. hlC'ssés dans les hdpilaux cl à l'arri' a«e des ,•ivres cl m1111iliuns de ~uerre.
Les Autrichiens onl adressé de lrl•S vil's
reproches !1 l'archiduc .lean sw· les rctarùs de
~a ma:rcbe et la nonchalance avec laquf'llc il
11xécuta les ordres du prince Cb:1rlcs : ces rcproclic · ·unl mérités. l~n etld, ù~s le '~ j11ill1•l
nu soir, l'al'cLicluc Ch:ir1e: ,:CJ·hit /1 ~on frhe
de quiller J'r '·bourg sm·-lc-cb:lmJJ pour 'è
rendre ?i Untcr-Sirhl•nbrwm cl s'y lie1· 11 la
gauche des lroupr'- autrichiennes; mais, hien
11ue le prince Jran ent reçu cet ordre le j juil1·l à qu:ttrc heure~ du matin, il ne se mit co
marche qu11 onze heure du ,oir. cL sa marche l'ut si leu te que, bien 11u'il n'cùl que huiL
lieues à taire, il n'atlri.,11it Uutcr-Siebenhri'm11
•rue I in~t heurrs aprè .-;011 départ de l'res1,our", c'c:;L-à-dirc le tl juill •L, ~ .cpt hèure
Ju soit, au momen t où la ualaillt• ,:1;1il pt'rùne
pour le · Autrichien~, r1ui ~c Lrou,aic11l déji1
eu pleine retraite.
L'archiduc Charles 110 pardonna jamais :1
·ou frère la oon-111:{~c:ulion Je se.-; ordrrs : h·
prince Jean perdil on comma.11dcmc11t el fut
1·cl~g né en lyric 1.
Faule de pour uite, le. perws Jes Anlricbien l\m•nt 1,ieu moin co11. idér:ihl,,. 1111'elb
u':iurai,ml pu l'êlrè. Ils a,ouèrenl cepcnJa11l
vingt-quatre m.illu tués ou L!tsi-ês : trois de
leur~ généranx: étaient morl$. L'un d'entre
~u:r, Wuhassowitz, officier d1• Lrr. gra11d mérite, s'était ili tingué en comhall:uH en Italie
le génl:ral Bonapartl'; les deux autre , i'ordmann et d'Aspre, étai 'ni de. Franra.i porlanL les a.rme contre leur patrie. 'c.Ion les
bulletin·, nou fîmes ,·ingL mille prisonniers
1. Ap,·li 1Jnnranlt' ~ns ,r,iiil, le rmnrc r~parut
sur ln sci1111J tlu m11111I,• •·.n t. 1R : 11•,; rùvoluLi1111m1ire~
ntlc•1111ml~ 1., 1wm111i•1·,•111 v1,·~ire g,:11érat ,le l'Empire
j.("r•o~riiquP.

cl l!nlev:lmes !rente canons; mai: je croi' r·e
calcul fort exagért:; 11011s ne 1wîmes que ,1uelques dtapcau:.. r olrc perk en tués ou blr.sst"s
fut :'i peu près t;.,.ale à celle des cunemi . L ·
généraux Lacour, l~authicr et La :ùle, aiu i
que sept colonel , furent Lués. LM ennemis
avaient ru dix gënéraux ble sés pnrmi 1~ IJUcl était le prince Cha rie·. Le nombre &lt;les
ndtre • l'TI l c•ompri!nanl le maréchal Bc~sii'•res,
s'éle,•a à vin,rt et u11. Parmi les douzt&gt; ooloncL bhi~ és, ·en lrouvaient Irois 11uc l'f.mpercu r ali-eclionna.it le pin~ : 0aurnesutl, Corhineau llt Sainlc-Croii. Les dcu1 premiers,
t{Ui apparltmaient au\ chasseurs t1 ebernl rlc
la g:trde, perdireut chacun une .iamlie: l'l::mper •u1· le· coml,b de bienfaits. (Juaol it
..,ainte--Croix, dont un Loule! avail frcîlé le
liLia, , a bic ure n·~lait po.s dangùrr.u,c; S(· •
amis s'en r :,jouirent, el ccpcnd.'.1111, . 'il ctll
été ampul~. il virrait peut-être P11r,1re, ainsi
ttuc son gloricui.: fr~rc Robert, dont llO!'
JamlJ • est t•c Lée ·ur le i.:ltamp de bataille de
la Moskova l
Bien 11uc • ainlè-Criti.\. 11c frit e11lo11cl &lt;1ue
depuis dcu:c mois cl o'eùt pas cnMrc \'În"tscpL ans, l'Emp1•rear lP nomma ~énéral &lt;le
Lrigade, comlo, arec ,in•rt mille fra11cs de
rente, grand-croix de l'orilrc de llc~,-e et
commandeur de celui de Il-Ode. L' soir mèmt
de la ùalaillc, l'Empereur, voul,mt rfrompcn cr les lions i;rrviri&gt;s Je lacdonal&lt;l, Uudi,
not cl Marmont, rrmil à rùatun d'eux
Lùtou de maréGhal; 111~is il n'11tait pa en son
pouroir de leur u1H1JJL'I' les talents de clicl's
rl'arrnél' : r.oura.g&lt;'UX el hous "t1néraux d'e.rec11tim1 ,

entre les màin de l'Empcr•ur, i1

,C'

monlraicnl emLarrnssés lol'~qu'ils étaient loin
de lui, soit ponr 1•onccrnir uu plau de campa0ne, soit ponr l'exécuter ou le modifier,
elon les eirconsLmces. On prétrndil dam;
l'armée 1111e l't!mp1•rc11.r, nr po1m10t n•n1placer LarnJ , aYait rnulu en avoir l::i monnaie; cc j11gcment é~il ~évère, UJai - il fout
rcronnaître 11ue c11 trois rnarécb:iux nircut
une part souvent m:ilheur~use dan~ les r:tmp:agncs quj alioutirertt à la drnt~ tl1• Nnpoltion
PL /1 la ruine du pay:.
GliNÉRAL DE

MARTIOT.

Ooc:teur

Les artifices de la toilette
Les mouches
c:f,&gt;

l)' où vinl lïJée am; femmes d'appliquer
sur leur vi,1,agc ces découpures de
talletas noir, qui simulaient au du1,ut les rarmlîcations dru, verne des
tempes'! Quelle l'ut, c11 un mol,
l'oriµ-ine des ,,ioudw~"I
llne ordonna.nco de métlccin 1 :
l'elfol produit par œrlain emplMrc
pour calmer le mal de Lèt •, sur la
figure d'unc femme aux pâlru couleurs. enco1ir.1g~ ses amies lt eu
essayer.
Ce n'esl pas la eule foi • d'ailleurs. où nou a.urons à cons tater
les liens étroits r1ui unissent la mode
cl ses caprices aux prescriptions
J'Esculape.
ffautrt•s praendent l)ue c·c~t L:i
Juchesse de Ncwcasllc, s1111 • lu r/•gne
de Cbarle li. tp1i a111•,1it imt1gi11é
dr rrcouvrir d'uu lioul d '~lotli•
noirt' des boulons •ru'cllc n,ail autour de la lmucbe. llne rirnlc, 'é1.alll apcrtm• que la blancheur Je
son teint PO était rcleYêc, el qu'elle
l' gaguail je ne sai · 11u1d piquanl,
~e ruil en devoir d'tm faire nul/lut:
d'où l~s mouche, , •(Ui régnèrent eu
despotes pendant plu~ d'nrl . ièdc..
Comme il fallait s'y ~ll1•ndr,•. le ·
ûrmlils ont fait u1re incur,;iou Jans
le passé pour! rclroun·r œt ac1ie,oire de la Le.1ul~ f~mininc el.
comme ils ne e résin:ncnt pas a.b,émPnt à faire buisson ereut, ils ont,
une foi de plus, triomphé.
L'usa"e des mouches ét.1it, à en
croire l'un d'eu.xt, connu rnème à.
Rome•. Les patriciennes de la Ville
éternelle avaien1 dans leur ar ·enal
de petits emplàti·es noirs et arrondis, nommés .11.ple.nia, qu'elles appliqna.icut,
comme une sorte de semis, su.r la peau.
1. N'a•I-OJt pas dit que l'usage de La. poudre vc.nait
de la Pùlogue, où l'on s'en servail pour caeb11r les
clfels d'uue maladie qui ùtL.achu aux ehenm.,,; maladie coooue sous le nom de plique polo11ni.~~ ?'
~. Con:;lanho J~lŒS, 1'oileue tl'wu, Rrmu,.;11 1!;,
j, l)'aprês le 531'8.Dt ll&lt;Frr11.m1 ISubfoe 1)11 r1ialù1t!1'
d'tt11e dlllfle romaiue), les aucions eurent recours a11x
mouches. lis ètaien.L lriis sujets aux boutons: on veul
w~plC?r. dru~ les onv!ag~ des _médecins grecs, jus&lt;Ju;I ymgl-trois dimumrnn.lton~ dill'érenles ,Je bon taus.
li lll111ldonc naturel q[!'d songel1,se 111, comme plus lar,I
les coq nettes du wn• s1êcle, àlcs dissimuler. Tl&lt; se sCt\'Îreul donc du pe.Libempl,itres noirsdécoupéscn cruis,ont .
Lll_ cal{ibltf l1aron de Pêtrone el les peLIL• e.œplâtro. •le
cu.rr minoo alit/a), dqnt parlcO,·iile dans l".'1rllf aforer
senaieut p u~ phialemt,ul pour les moui d'1eu1. (t:f'.
fe livre de Ilœltiger, Jdil. ,le 181:5, , ot1.1 p- •.\All-2).
,t.. Les I'cr: e ·elle, r.l,es a11rn1cnl elé des prn-

Martia.1 fos ùésigne clairement dan, c·e ver :
/~/ 11111111·,·11xr1

«

li111m/ .,/1,//,mfr111 11,/111,ia fr,111/rm.
uomhr,•u.,,•s ton. lelt.,111 ,OIi front SU·
1poJrlJ&gt; •·

n"~ llll.JIJèbte,

LA .)IA~QUISE D.\NGtAU A SA TOlU.TTF.,

D'aprts une i:slampe du Xl' Il' siècw.

l.lcs.monchesderaientsimuler les petites taches
appelées communément« grain debca.ut~ 4 ».
mi!.lrs à raire usage tles mouches. En rt!ll lilé, il ~•agit
plulol ,te lnlou•ge,, en l'e :pèce. ~ne de mouche~, nu
sco. 01i les moJ,mies enleudrnt cc mol (.Le Livre dM
rollertio1me-11r1, par A. MAZE-StNCt.E:H, I
â. Nou.,, :ivous un térnoignagnc formel de l'habitmlit
q1r':1\.1ient flëjâ le..1 rcmmes, riu Lemps tir. Hen1·i IV,
,le s'appli'luer de~ mou~hc.,; ur le Yi!ag,•, el ,·c témoignage, c' csL uelui du ilnuphin lui•mèrue (l~ r,)lur
roi Loui5 ~lit ). Ce 11assuge du Jo11mal d' lltf1·oard
ne )ijissr aucun ,Ioule à cc ujal : 11 Le ~t; j~nvi,;r,
lon,li. Tl 3voil une p tite eolirn1rc au win de Ill
lèvre iltoilc; je lui lis m •Ure w1 vctil cm11làt re.
lui &lt;liuat s'il lui plnio!oit [)3S que je lui lisse meLlrc
une petite moud1e : Uw mo1td1~, ,lit-il, en nillanl,
h11-' J,• ,,,m.r p11• Nre beau; r.'ett mad,w,, la pl'i11cesNe dl' Collly 9 ,,; 11ul à 80n vi&amp;agr tlei, pctilt,
,oour./,es J!,Ollr &amp;e {afr~ belle. t Jr111nml rl'llérocml,
L f, p.. ~O. l'n couplet satirique, tC('l~•1l11il J111r T~l-

Parfois, '.au lieu d'emplàtrcs, oo ûgurait
de petits ronds noirs avec un pinccna, en
leur donnant la forme J'un croi.ssant (lu1rnla

.~pleuia).

Mais. objectcrn-t-()n, on ne li l
pas Martial et Ovide dan: les Loudoi rs; nos 61égautc ont d'autres
chats à foncller.
Il csl présumable. en effet. L[IIP.
rc n'est pas lt lïmilalion des Homains cpte le.~ jeunes eigneurs dn
lemps dè Loui · XIII eurent tout à
coup la faut.ai ic de se mettre des
moud1e.
Car ce ne sont pas scnlemenl les
rammcs • qui ·c11 parùrcnl : les
hommes PU . -m~me · se mirent à e!l
porter. " Il sera encore permis à
uo, galnnd d' la meilleure mine.
disenl les LoiJ' rie Ici ynli111tr1·1r
/'i-twrai.~r (lfili1), de porter dcruoud1es ronde: et longues, où
ùien l'emplaslre noire assez grant.lu
ur la temple, ce que l'on appelle
l'e11.~ei9nP d11 mol de tlentsn; mai ·
pour ce que les cbe"em la pcuveni
cacher, plusieurs a\'ant comrnrncë
tlepui peu &lt;le la pÔrter au-de. ou.
du l'os de la jonë, nou, y arnns
trouvé beaucoup de l.,ien- cance eL
d'agremm1l. Que i les crüiqucs
nous pensent reprocher que c'l! l
imiter les femmes, nous les estonnerous bien lor ·que nous leur rc pondrons que nous ne çnuri1111 ·
l'aire autrement 11ue de uivrt'
l'exemple de celles que nous admirons et que nous adorons". »
Cinq ans après, on \·oyait enool'C
« iles aLhés frisés, poudrés, le
visage couvert de mouches, tous
les jours, dans un h.aLiL libertin,
parmi lei; cajoleries des Cour eL
de· 1'uileries ».
On portait des mou~bes mème dan~ les
couvents. Mmu de Mazarin, plaidant en
lemanl des l\ëaux [t. rv, p. ,31i5), 11ll1JSle que le:. dam,.
to rendi!.ieuL à. l'église. ~i,1 i • mnuehècs » :
l'orlei-en à l'œil. à la. temple,
Ayez.en le rront chamarré,
Et, snns craindre ,•olrf cure,

Porle'~-m j1uq14" dQ11~ le.temple.
G. A lo tin du x~1• .i(,c)c, on ~oignait les mnu.- ,le
1!&lt;111~ en nppliqUAuL •11 1· le, tempes rle mi:;nons on111Liltrc éternlos sur du lnlÎ&lt;!.h. ou ,lu velouN. li o,•
l'llllut pns longternpi; à une coquelt~ poul' remnntuer
que ces tacl1e noires raisuien1 rc,;-,1rtir la. blaoclieu1'
de. sa 11eau, et 'lue si le rem.;1fo èlait inefficace co11Lt·e
roJontalgie, il Jouissait d'w1e rf'rtu Lien autremeut
prr.ciewe, celle d,• duriner de l'~cl~l 11.u viS11ge le 111 m
f'a1Hi. Le, 1m1ucl1c11 fireut nin.i leur enlrr.c dari;$ lu
numJe C,11 l'ie p,·irte d'nu/refui, : I,!'~ soius de

toilottc,

va.r A_tr. )'1u.,51,lts',)

1'. /,,.~

T.m .1

111· ln

.

,

l,alft11t;,rtr,

•

l'ari,. AuhPy.

�- - 1f1STO'J{1Jl

------------------------------------------~

sépnrntion, s'é1,1it réfugiée chez les religieuse de . ainLe-Ma1·ic. dan 1. rue ~aintAntoinn. • on mari étant \'enn lui rendre
visite, e.lle le rcruL avec le ,·i age couvert do
mouches.
Le taffetas qui servait à faire ces petit emplàtres éLail découpé le plu hi-larrement du
monde : en croissants de lune en étoile , en
fi&lt;&gt;urc de fleurs ou mèmede bêtes et de personna1?c , de orle que le ,isa 0 e donnait une
véritalile représentation d'omlire chinoi es•.
La placequ',lle$ ocrupaienl élaiLvariahle';
il y aYail cependant des lieux d'élection.
On en comptait sept principaux : au coin
de l'œil e· plaçait la prissionuée: la 9alanlr.
:111 milieu de la .1oue; la l&gt;a,.,eu"c, au coin de
la houcbe; sur un boulon, la rcctllrusl'; sur
lt n z, l',·ffnmfée; la co1111etfr, sur le~
l1·1'rl:S.
Une mouche ronde était nommée l'a.-.~a,-1~ine.
lln moment. les remmes portèrent à la.
lempc droite de mouche de velonrs cle la
grandeur d'un pelÎl emptàlre : l'on vit un
jour sur la tempe d'une jolie remme ce ingulier cmplà.Lre entouré de ùiamants:..
t. tre fort mourhée êtait dn meillca.r ton.

onl joui de loule leur ,·orrue surtonl Jans h
SN:undl' moitié ùu xnr' $Îède.
ne Jeure en prose mi'lé • de ,•cr , dntée
dr HW 1, aous donne la plu, curieuse iaforrualion sur leur u age à œtle époque.

lni• urh,ul wy,•1 rurieu,e
Et rlil'firilc oo &lt;lcrnier roint,
Et garJc7. •k n'en porter pniut,
(,lue ol ,·h.iz ln l.011nc raisPu~c,.

l'n autre couple! de hi même chanson nous
révèle que les mouc.hes rondes, dit, a. ·saxsi nes, ~LaieaL les plus recherchées :
\'nu ourir1 1.._,~11 ~lrr frisi•c
l'ar n1mraus lomlm11t ~nr 11• oiu,
Snuia: 1uu? .flmour.-,,i.., n.J1. n.,u1l11r

~·ou,

CltcM Glraudon.

PORTRAIT llE L',\CîEGR }ÈLYOTTE

I.!! 1,lu~ p~rr11i1 ~jv,temo.nl
~11• c.llcs n auruit point ile ;:rricc.

EN COSTUME UE

~.1t,/ea11 de Cn.

La grande YademoL elle. parlant du maria e
de Louis XIV, nou~ révèle qu'elle acoommoda
une cassette. que ~I. de Créqui devait remettre à la jenne Reine, de la part du Roi.
n C'était un assez grand coffre de calambour, garni d'or, où il y avait Lout ce que
l'on peut imaginer de bijom d'or el de diamant , C'omme des monlres, .des he11res, ùes
gants, de miroir , de balles à mow·hc.~, à
mettre des pastilles, petits llacon de Loule
sortes, d'étuis à mel!re des ciseaux, coute:11u,
cure-dent , de petits tableaux de miniature à.
melLre dans un lit, de croix, de chapelets I L . . La dévotion faisail alors Lon ménage
avec la coquetterie.
Les rigori tes vo ·aient cependantd'nnassez
mam•aL œil celle singulière mode.
Ma sillon, prêchant à Versailles devant un
auditoire ù'élik:mte péche re 'C , ne crninoit
pas de prendre un jour pour Le:te de 01.1 sermon le mouches dont elle paraient leur
visage pour en rehausser la blancheur.
Il ci·ut tuer la mode en . 'écriant sur un
ton ironique: &lt;&lt; Pourquoi n'en mellez-vous
pas parlout'l » Le con eil tut suivi sur
l'heure : les coquettes en mirent en tous les
endroits où elle~ n'ayaient pas encore on"é
d'en mcllre 5, el ce fu t :iin i que oa(1uirent
les mouclicli à Lo AlasHil!on.

demeurai! rue Saint-Denis, i1 fa !'l'1·l" dt&gt;~
mouchn 7 • C'étail 'e di qualifier que d'aller
aiUeur .
Cne chanson, citée par 'l'allemnot dt$
Réaux, bien avanl la Jale précilée, recommandait déjà d'aller à la bonne adre se, celle
qui n'est pas au coin &lt;lu quai :

nrnm-:.

Con,:[. (.l/11s.:e du Lo111're.J

C'est la fi'uise,m• tir. mouc1,e.~ qui vante a
marchandise.
Écooton son ,piritnel boniment; on ne
saurait mieux 'cmploye1· à gagner le honne
grâces du client :
n Nous en avons à lout prix et pour toute
orle de gens.
a J'en ai en mon rarLiculier de toute les
foçons :

UP

,crci ~ru/&gt;r,: pri$CI!.

Les plus grande &lt;lames sacrifiaient,\ c1·Lle
mode ah urdc.
Le porLraiL de ~farie-Aooe--Chri t.i..ue-\ïctoire de llavièrc, fiancée au daupbia en 1(i, 0,
nous la représente aYec troi mouches, l'une
au fr nt, l'auLre au milien de la joue, la
lroisièroe prè du nei
li n'est pas une femme élégante, dn resle,
qui ne poss4idàL un de ces petiis coffrets,
dont le co,wenle était doublé à l'i ntérieur
d'un pelil miroir, et qui contenait tous 1•
accessoires de la toilette noctnroe el malinale.
Le mouche y tenaient naturellement leur

place.
)lais, en ortanl du lil, il lui folloit ,lrs ,•aux,
De~ pornm~1lcs, ,lu Llnnr, du 1•crmillc111, iles 11~~11,:
"He a1'nil, in~lgré moi, ,lcd11ns une ~~~rtl,·,
['ou.Ire , pille, lours bloud.!, gomtn!', mmuhPs. pinc!'llr&lt;,
1l11ci11e!, opiat, eilsencc Cl parrtuus,
lit: J'c~u ,l'nnge, ,lu llùt 1irgin;il. il t.! l'Blt111,
1,1 mill.e ingr~dicu• il peu pr~ de 1~ sor1,•.
Qtu' I,\ dinLlP o SH.m ,Loule in, ,•uti. .

Pnur ailourir les yeui. pour r~rer I,• ,·isage,
l'.,ur mellrc sur le f'rlllll, punr plan•r su ,· lu s,•in.

El (Hmrvu q11'11ne ndroitc mnin
Les ~arlte l,ien m.eUrc en USllge,
011 ne le, rnH jamais en ,·ain.
i la mouche r,L mis~ n pruli&lt;Jli~,
Tcl golrnt qui nous rail la niqne,
, 'il n'est ;urjum·,l'hui pri,, il Ir ·rru il,•,nain,
(Ju'il ~,,it i111lifli•rr-11t on 1111,I l'~h ,, le, , uin,
A 1~ fiu lu 11m1wh.- 1,· p,qH1!.

Les mouches, que Scarron ne manque pa
de mentionner dans son Epître bu1·lesque,

« Au resle, m.tdcmoiselle, ne rnus ima~nez pas que m mouches ne soient dilféreules que par la taille ou par la fürure ; elle
ont en parliculier des 1J1mlité qn.i le font
distinguer le unes des âutres; et je vous
adverty qne parmi celle -ci on trouve de fines
mouche el que toutes ensemble onl l'inclinat:uu des al1eilles qui ne se posent d'ordinaire que sur de " !leurs 11 •••• 1&gt;
Oh I qu'en termes galants ces choses-là
sont dites t
La bonne faiseuse de mouches, en 16!H,

Mt)CXl,IV, 1•· 1R-19. Le !lerme,· trail rlu gnlonl, 1lël'cinl dans c Jlanqrrel ,les Jh1srs, fait voir c1ne lea
1c11nc~ gc11; ile 1·e l,·mps-lâ. le ,füputuicnt au,: bt,llès
'dans l'1w1 de s,: mell,•è dc,s mouche. ;
!.• mouche à la te.mpe ~ppli'{l'êe,
l'o1i1bral!;ewt ,l'un peu de no,ri:eur,
Donn3i\ 1lu lustre i sa blauche\lr.
1.. Qou:tt.t:ru1.
2. l'arm1 les lots rie la {,Qlrrir d'omo11r-, pnùliëe

\er ·IG54, flgnre un lrailcl cxccllenl de la situation
dès mouches sur le visage tl •s dnmr~, 01•,;c iles ol,,cr,•afîons e&gt;:~cles rlc leul' grandeur et ile leur lii.nn•,
selon les lieux 0(1 elle, sont placées.
:1 .• 011l'e11irs de Fdlicfr, par 1\Tme de Genlis.
4. J}U'111oire8 de Mlle de M,mtpensier. t. fil,
p. 1â6.
!i. Rimmel rap110rlc, dmis son /,j1•re des Parfums,
- el nous lui 101• on 111 respo1JS.1bil1l6 de son ussrrl.Îon
"'1

16o .....

Ce n'Hail pa uue pPtite affaire que de
savoir bien placer les mouches.
Tant.ôL c'dtail un boulon ou une tumeur
qu'il fallait adroitement dis imuter· t.anlôt
un signal &lt;p1'on plaçait tout près de ces petib
trou qui, au dire du cardinal ùc ficmis,
donnai&lt;,ot taul de gràcc au SOID'ire &lt;le la f:nori le royale :
J,ii J, 1nne 1'0111p:1tl11ur
\ 1leux jofü 1ro , ur lit joue,
Où Ir plai!ir St· joue.

Ou sait que Ume de Pomp:i.dour usa des
mouches dans une singulière circonstance.
La femme qui dicLa.il au Roi se. volontés ne
'imagina+elle pas d'envoyer à un chef d'ru·mée de îa Lrucùon traté!!i.que 7 Elle écrivil au maréchal d'Estrées Ulle lettre renformanl loul le plan de la campa"ne •l où let.
di1lëreals points qu'il deva it. attaquer 011 c.ltL
- &lt;1u'nnc duchesse Je ~!'\\ta,il, portail au front uni'
l!IOUchc !i!(lll"U~l
,·01,lnre alld~c_ detJUlllre,d,1&gt;\•a11 ,!
H. Mam1scriJ,;• di, (,,m,·llrl llliLl. olt• 1 Arsen.11 1,
rill'S par MAZE•!:iP.~cnm. OJ). dt.
1. /..e lii•r-1• ro1m11Q,/e de, Admw·• (par A. 011 PnADEI. n~ Ut.i.o:n ).
8. /,(1 femmr. j,1,ge el Jllfflie, .11,te li', scènl' Ill.
dl,'., pllr 11,v~nh. 11,ct. de r.-u11e11blcmc11f, art. C11sselle li. 1, r• (;(H.). )

une

" - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 1-Es ll'R.TT'FTCES
fendre étaient indiqués par 1fo r.nouch s 1 • apparureul Vénus el les Amours, pourvus de
Le maréchal se œntenta de rire de la fan- leur allril,ut . On les fabriquait alor en
lai ie de la maitresse rox:1.le.
1·eruis )larlin incrusté d'or et d'argent.
Le malheur ïut qu'il n'en rit pa seul cl
Clo e , on L-lirait des tabatières. L'intérieur
qu'on s'en divertit beaucoup dan son entou- se di,i e Oil lruis t'Ompa.rtiment dont deux.
rage. Le hruil en étant veau aux oreilles de ·ont îermés d'un coul'erde à charnières; le
Ja mar11ui e, celle-ci ne pardon.na jamai au Lroi&lt;ième, uù l'on retruu\"e, encore a sez soubra\·e homme de guerre de s'êtr ruoqué vent, des parcelle, de rouge, contient le pind'elle en compa1rnie.
ceau qui ervail à l'é1endr•.
lme de Genlis, 11ui rapporte cette histoire,
Il en est qui n'ont r1uc deux comparline fut pa ' la ùernièrc à recourir à un arlitice menls; d'autre n'en ont ttu'un seul. Elles
qui pouvait donner l'illu,ion du rajeuni e- .-oal parfois enform ·c daus &lt;le· écrin de
mcnl. Elle a, du reste, elle-même conté avoir cuir Yurt et or.
dit un jour à un homme de lellres. 11u't!.lle
!;ne de- plu curieuse, qu'il nous ait élé
nv:iit aùmi à l'honni'ur de lui voir appli- donné de voii: e L en Îl'Oire, lég'•reme1H colo&lt;1ucr deul:. ou troi.; mouche ur
1.1s Jullcs cl ~ur son m1•nton:
11 Eb bieu, ljn\m diles-vou 1 no
me prendriN-Yous pas pour une
jeune personne de ~•inol au ? ,,
C'était prol.,ablemenl exagéré, mai
quelle fcmmr, tJn telle ~iLualion.
ne prendrait . on dé"ir pour la réalité'?

C'e t da!.tS les premi~re année
du x,111•· itjde (JU&lt;' l'usage de ·
mouches • 'ét.iit un peu partout~
g 1nérali sé.
'foutes les dames possédèrent
alors leur boite à mouches, plu
ou moins riche comme décor et
comme allr1Luts, selon la position
de celle qui s'en crvait.
"\ous a,·ons eu fa bonne fortune - grâce 11 la parfaite obligeance de M. ùe Montesquiou &lt;l'avoir sous le yeux toute une
collection de ces exqui biLelol · • :
hoites Hard de. époques Louis Xllf,
LouisXIV, Louis X"\1 et Louis XVI;
boite à poudre, poires à poudre.
souffiels à pomlre, tampons à fard ',
plaques ;i .fard ·, de Louis XV au
premier Empire; boites à mouche
de dill.;renle formes rt d'ornement Yllriés.
Ces boîtes, géu6ralem-1nt plates,
p:i.rfoL ovales, Je plus ·ouveul rectangulai.res, sont en or ei,elé. ,..n
argent, en êcaille ciselée à relief,
en ivoire culpté. en émail de a-xe
011 en laque noire.
Sous Louis XJV, les artistes r
représenlaien l des cènes m ~ LhU:.
logiques.
• ous Loni XV, des sujels gracieux, entourés d'ornements rocaillti; ous Louis X,\' L,
1. Diclio11nnire de:s étiquettet tif fo Cour par
~lme dl' G•nlis. N_ou r~pr&lt;1duiso11 ci•apro!.S le' pas,ag&lt;1 ~ID. lue!, extrait de I OuH&amp;1,&lt;1• ole Mine de U,,nlis:
,oici, sur les moucltcs, uue an~dote qul\ l'on n
i,alcndu cu11ter il l',•u 11. le marér hnl tl'&amp;,,t.rëe5. Cc
:;-rand gènérul, étoot à l'armfo. rt', ul une lettre de
~,nc., Je Pompadour quj lui con~e.illail un plan Je
ca~1pagne; l'I pour dt's1guer les brui oil ,·lh• ptoposa1t de ~e potlcr succc:,:;1veroenl, ~lie h•ti a1•uil ma!'•tuës llfec des rnoucloes colle.es sm· le papier à viguella de ~a lettre. Le mari'dutl S! disp1&gt;1154 de uÏHi•
ce irulanl pfou de campagne, mais il ne pnl ù n,pèc~er •!e le montrel' et rai·. consèq_ac11 L rie sen mlll]uer.
l:P IJUI fut ca.use de la hnU1c que lime ile Pompadour

Ili. -

HISTOIUA, -

Fasc:.

1u.

DE 1..JI TOTL'ETTli

Elle ·'ou1•re eu deux parlies : l'une douLlée d'un miroir, l'autre orn~ &lt;l'une pcinLnre galante.
Vn papier jauni, reµlié à l'inlérieur, porte
celle inilication : 11 Cette boile lut expo ée
au Mans. on t i2, dan une exposition
d'objets d'arts cl d'o.nliquitr, a,·ee cetlc mention : une boëte /1 mouche , en h·oire, à deuxcompartiment·, a\·ec le deux portr(lils de
Loui· .\IV et de Marie-Thérèse. ))
La boite à mouche :i fait longLemp · partie
do la corbeille de noces; elle était au nombre
de:; bijoux qu'on distribuait à la Cour dans
certaines circon tances. Par les gazelle" mondaines' du 1emps, nous S3\'0ns qu'il s'eu
rencontrait plusieurs dan· la casselle que lL de Béchameil envoya,
la veille de on mariage, à sa fümcée. Mlle Le Ragoi · de Bretou"iUiers.
La description de la :iarniture
de loilelle offerte, en 1680, par
LouL XIV à la Dauphine, mentionne lroi boites à mouches en
Yermeil ".
Berain el Marot e.a des inèrenl
un certain nombre.
Parfois, ces sortes de boite~ at'..
foclaient ln forme d'un quadruple
louis, é,·idé à l'mlérieur : cette
dernière ré,•élation non e t îaile
par Je ,1le1·c111·e gahlnL de Bour-

rié, el diicoroo de &lt;leu'\: p1·ofils entre des
palmes et des fleurett&amp;.

sault.
Au x.n □• siècle, les boite à
mouche sont d'une richesse peu
ordinaire.
Au mariage du dauphin, fil de
Louis ").'"V ( l 743). la fille de Philippe V trouYa dans sa corbeille
une boite à mouches, ea laque,
de 540 livres, et une auLre « assortissant l'étui de pierre bleue n,
d'une valeur de 600 livres.
.\u second mariage da. dauphin,
deux ans plus tard, ûgurenl a quatre boîtes d'or /i mouches o Talaut ensemble prt de 4000 1i1Tes.
Dans la liste concernanl la réparlition de présents, les quatre
boites à mouches viennent aprôs
les quatre lemmes de cbambre 1
dans le même compte; el, un peu
pin bas, un autre a..rlicle concerne
Mme de Pompadour, qui reçoit,
à cetle oœasion, une boite à Dlouches émaillée et uue boite de laque.
Mme de Pompadour nous l'aYo □ s dit plus
haut, en fit d'ailleur un con tant usage,

ro~~ul. ~ntre _lui ~L qu'elle gurdu jusqu'à sa morl. •
!. ~111gl_1t 11_11 11u eo_.~nglelelTe les mouche, a1·aicnL

ptir&amp;c, ~o grand llnlJit,

l&gt;.L\tf; DE &lt;!t:ALITÊ E:-( COIFFURE ,\

.\ ,1orw,

D'atré.ç 1111e &lt;1.~1.i1,1te d11 X f"Ji' stèrle.

un,• •~riuhcn11on pohbqne l Cr. )lor,,r6.,ri. La lïe
priril: a Pertite, p. 4tH. 11. 1.)
3. Ceu ~ollerhon O&gt;L la prapri,Ha ,le ll. 11 lotz, 1e
i:ranJ pufnmenr.
4. lfercwv, mars 1679.
5. La du.chPssc tfo Berry se eou,·rail la lii:'or1• rie
m~uchw. ~(ad!IJlle 3viH !,~au la chapilrer. die euteuJo1tne pas 1·cnu11œr 11 tel arllfice, t'n dépit de toutes
le remo;utraucc .
u '.foire rluc'hL'SSC tle Berry, écri1·ait Là P~latiac,
le I" 0tlol.Jr_e 1?12, !"'l plu. rone, cl ~lus imperti•
uenle ~11c Jnllu11B. H1c1· die ,·011la1l me r11lir~ucr,
... 161

...

m11.is ji, lu, ai dit m~ fntl)ll ùe peu,n. Eli~ reoail trés
n,•ec quulnrt,· poînc;ous Je.~
,,lus Lean\ diom"nl.,; ,lu mon&lt;le : tout t•IH,t Liei,, bllnr
qu'elle a,~iL sut· b figure tlouir mo11d1cs qui lui
nllaieul horrihlemmot mnl. Quaml elle orrivn ,lr1anl
moi, je lui Ji, , ._ lladnrne, •om n,ilâ ù menciUe.
mais •! me s~mhle qui' ,·ous ave1 trop llo moud1cs,
,·cla 11 ~ pD,; 1 llir assez !tau l. Vou.; estes ln premilmi
parsonoe du cc pay,-d : tela Jémllnrle u11 pc•,r µlu;
de g,•31·i të qnc iJ'1Hr'e moucheté,• cumme le~ comédiens rur le tlotlilf re. ~ tllH lil ln ,noue N ,Jil : .,. J~
•ç:iys 1111e rous 11·11~1t!z pa.s le~ mou.ches cl l[Oll vo113
le. trunve, mal. nms co1J1m~ Je les lroure lori bil!ll.
d •1ue je ne rnux plaire qu'à ono, .. ,, u
l[

�H1ST01{1.Jl

r -

ain,i que l'atlestent les comptes de son Cvurnis~eur haùiluel 1•
l'arrui les llijom envo~lk à la fü:ine d'Espa,..nl!, le , no'"emure l 7 l4, et prése.nlé, par
le duc Je ~ainL-Aignan, e trouvaienl, entre
autres préseJtls : (C trois bol/es d'or !1 mellre
Je· moucl.ies u, ne valant pas moins de
10\0 Livres.
Quand il Iul de bon Ion de mettre du
rouge, les fommes à la mode se enirenl de
hoile à Jouule comparlimcnl : l'un de Lint à
reL"evoir les rnoucb_es, cl l'aulre, le fard.

Elles pouvaient ainsi, étant en visite ou à la
ville, remcHre du rouae ou remplacer une
mouche mal mi e, sans reco11rir i1 leur coiffeur ou à leur soubrette.
Ces boîlcs, d'un petit volume, renfermaient, comme nous l'arnns dit, une glace
afin de pouvoir se mirer.
En l 747, la corbeille de la dauphine MarieJosèphe de axe renfermait deux. Loîtes d'or
il rouge el à mouches, valant, l' uoe 840 lin~,
e1 l'autre, 7-14 livre.. Une antre, de laque
carrée, a\'ail coùl{i i 02 livres. Tou Les ces

1. Pnr le r.iun-J11un111I tle Lazare IJvun, nous
P1•1•rcMn•. 11ut&gt; 31ml' d • Pomradonr n,·nit, sui· 11
lùÎlellc, • 1111 cy~nc {•mn!llti forrunnt.• •Ill~_ ho~t~ /1
111u11che, ,, cl 'I" ,,tt,, ou,L pn1e ,·e l,1Jou ,llfJ 111,res.
'.!. Sou~ lo. Hè,·ululiou cl princip11leru~111 wus le
lliriwtou·,•, ,;u •lui f:iirtJ •·rai...mhlrohlemc11I n•atr" ,tes
rnuut'l.es: eri louL ra•. on ~e l'anlail. llam ln rollP.C•
IÎllll ,hlnilt' pl1ts l1a11t, IIOUS 01011. \ll 1111 pol ~ rouge
n,•eo, "" l1vup11~11,,, n,·,•r l'éliqneflr de • l.n CilOfl'nnr
\ :1 il10111, fol11•ir1na11te #fr ,l,i roU!l'i' 1'l hl~m· wgëtal

~uprrfin, rnr ,Ir ln Loi, en faeo ,le ln Fonlni11r
11• 1'251, !, Pari,. b
'
. 1\. ll'npri•s le r,cil •~c ecrlni,r 1·nyogcu,·s, les îu11is1enn1•, r lrra,rnl [w1n,lrr ,11r t,, jnn&lt;'s. o~cc u1iu
ùè1'oclion ,la 1101~ , r gnllll 011 1ln snl'r&amp;n, ,h, lonk&lt;
petites lcuillrs 1ra,·hrc, 1t··~è r,.111r11L ,lcnt,•li&lt; • ·, •111i
,lonnr11t à lc111· phr~ionomil' qu,,hp1c dJQsr ile tn';
1uqna11I rt rio Lnul a l'u,t uri1ti1rnl.
.llu1 ct•I;, rc,scml,IP µl111til u11 lnlm1•i:•· •11ù. ,h-, 111011~he: .

boiles proven.aienl de chez l'orfèvre-Lijouticr
du Roi le sieur Iléhnrt.
La boite à. rouge el 11 monr,hes otT~rle à la
jeu be archid uchesse Marie-!nloineue, • urpa, sait en beauté tout ce qu'on avait vu
j1Jsqu'alors; elle était en or « émaillé bleu
Lransparenl, avec ua cartel émaillé peint
dessus. ,1 Elle élait facturée t 200 lhres !
Les mouches ne dew1ient pas survivre à la
fi évolution 1 •
Il semble Lien que, depuis lor , elles aient
complèttmenl disparu\ à moins qu'on O&lt;'
veuille renarder comme une ré urrection
cet te babitude qu'ont certaines coquette de
se poser plus ou moins adroitement des poiols
noi r ur la fio-ur e à l'aide du crayon d'argent.
Aprè$ Loul, \'application en esl plu ai ·é1•
et 'ed autrement gracieux; à re double
point de rne, c'esl assnrémenl nn progrl:is.
Docrnun .-AR.\ :'\l~.

Aux T uileries
~r11tcmb111.•, 1 .\.1

Je n ai Jam ai· rn, me disai l le roi.
rp1'unl' ~cule t'ois l\obcspicrrr. en cbambre
(dt111s 1111c clrnmfn•r, ile 1irès, m,is je ron•
s&lt;'nc l'c!1.prcs~ion mèroe du roi ,. C'était Jans
un endroit appelé ~lignol, prè de Pois y,
11ui cü le i:ncore. Cda appartcnaiL nlor~ à un
mhc fohricant cle clrnp Je Lou\'icrs oppclr
li. llecréleau. C'était en q11alr&lt;)-rin 1•l-onze ou
douze. )1. Llccréleau mïmila nn jour 11 Yrnir
diner ù Mignot. J'y allai. L'heure ,·enur . 011
e mil à taLlc. Il y a.va.il fiobc pierre cl
Pétion; je connaissai Leaucoup Pélion, mais
je n'a1•ais jamai · vu flobcspierrc. C'était liic11
la figure donl lliraheau r11•ail fait l~ portrai l
d'un mol, un dwl qui boit du 11inQig,.e. li
fut très mau ade et de serra 11 peine les
dent., labsnnl à rr...-rel échapper une parole
de temps en lcmps, el forl àcre. Il parai.sait c-0n1ra.rjJ d'èlrc venu, et qoe je fu se lù.
Au ruilieu dtt ùincr, Pé1io11. s'adressant à
~l. Dccrtlteau, -'écria :
)fon cher amphiLrron, maricz-llloi Jonc ce gaill(lrd-Ul ! Il
moo!rnit [\ol,csp.ierre. nohe pierre de s·c~clamer : - Qu'est-cc rp1L' tu ,·eux dire, Pé1ion1
- Pardieu, Ûl Pétion, je 1-eux dire quïl
fa.ut que 111 Le maries . .le veux te marier. Tu
es plein d'àcreté, d'h) pocondrie. et de fiel,
d'humeur noire. Je liile et J"atrabilc. J'ai
peur de tout Cc!la ponr nou ·. li taudrJÎ! lllllJ
-

fcmm~ pour l'onJrc lcmks c1·~ :.unerlume ri
faire de loi 11n honhommc. - llulw. pierré
bocha la lèle l'l voulut rairn un ~on rire, mais
ne parrinL 1p1'à fa.ire uné grim:tcl', - C'est
la seule fois, repril le roi, que j' a;e vu l\obcspicrrc en cbaml,re. llrpui je J'ai rctroun:
11. la trilinnc de la Con\'lrntion. li ~tnil ennuycH\ au nprème drgré. parl:iiL k•nrrmenl.
long,wment cl p0:,Jmme111, el étaiL plus
IUJ.n ,adr, pin àt're et plu amer 11ue jamai~.
On rny,it hie11 '(Ill! 1'{,1io11 nr J'a,·ait pa
mari1i.

\n 11 lai:; mai il n'aime pas la guerre, il faul
céJcr aux Anglais. Tenir tète en cédant.
Arrunrrcz cela. L · d&lt;.?1n..ième arromli semen!
gournrnc Jacques Le[ehne, ,lac11ues Lt&gt;folffre
gouverne Guiiol; un peu plus lr druxi~me arroudi enumt gouvernerait la France· ..le di i1
Guizot : )foi tJUC craignez-rous1 Aye.: doue du
courage. oyez d'un avis. - Ils .on t là lous
p;lles et irnmoWos el ne répondent pa . Oh!
la peur! Mon icur llugo. c·c·t une• c:lra11g.,
rbose que la p iu· du l,roil qui c fern dehor !
l'ile pren&lt;l celui-ci, puis celui-1:i . pni cehii-lt1,
('1 elle faille tonr Je la lalilc . .Il~ ne suis pa~
mini lrc, mais si je l"étnis, il ml.' semble qut~
j .. n'aurais pa peur. Je rerrai le Lion l'L
_j'irais clroit de\:ant moi. Et q11el pins grand
hut'! La tivili.atina par la paix!

Lé l'Oi me Ji a.il jeudi Jcmicr: - M. Guizot a de grandes qi1alilés el d'imrnenst•
Mfauts. (Chose liizal're, M. Guizot m'avait
dit pnicisément la mfüne cho e du roi hi
mardi d'auparavant, en rommem;anl pai· le
Le duc d'Or\6.an · me contait il l a 11ueh1ut•s
dé[a11l .) li. Guizot n au plu· haut degrii, et
année
qu'à l'époque IJUÎ uivit immédiateje J'en e~lime profundémcnl, le t·oura!IB de
l'impopularité chez ses adversaire"; il ne l'a ment la révolution de .Juillet, le roi lui fiL
on conseil. Lo jeune
pas parmi ses ami . Il ne sait pa· se brouiller prendre séance dan
momentanément avec _es parti an , cc qui prince a .hait aux déliLérations des miélail le grand arl &lt;le U. Pill. Dam celle affaire ni Ire . t:n jour, M. ~lérilhou, qui était ,.,arclc
de Taîli, comme dan l'affaire du droit de des sceam, 'endormit pendant que lci roi
,1sile, M. Guizot n'a pas peur de l'opposi- parlait. - Cha rLres, dil le roi à on ifü,
L"érnillc M. le gn rde des sœaux:. Le duc d'Or1ion, ni de la pre se, ni des radit:aux, ni de
carlistes, ni Jes dynn tiques, ni de cent mille léan obéit i il était a,. i à cillé de )f. Mérihurleurs de cent mille carrt'fours de Franc,!; 1hou, il le pou e doucement dn couùe; hl
il apeurtlcJncque LdcbHe. Que diraJ::ic'lues mini ·1re dormait profondément: le prince
Lefd1vre'! El Jacques Lefebvre a peur du recommence, le mini trc ùormail wujours.
deuxième a,rrondissemenl. Que ùiralcdeuxième •,nlh1 le princ:e po e a main Slll' le grnon ùc
arrondisscmen L? Lecleuxièrne arrondissement L Jérilbou 411i s'éveille en um.u L et dit :
n'aiml' pa le. Anglais, il faut tenir ti!tc aux - 11 Fini~ donc, op hic I Lu me cbalouiUc.s ! »
V1cTOR

HUGO.

Lieutenant-Colonel ROUSSET

Le

.
s1ege

Lorsyne, aprè la bataille de Frœschwiller
la Ille armfo allemande fut di rigre dn Rbit~
ur fa lleuse, la divi ion badoise J'ahandonua
cl ~lJa, ous l?s ordres du général de Wcrdcr,
11111 rcmplaçan le général de Deyer, ministre
de la guerre grand-ducal, meltre le siège
devan L_ lrasboul'". Dès le 9 aotit, un parlementa 1re, en"Voyé èll a,·ant, était Yenu sommer
la place, s~ns succès; J.e 1 J, le tètes de colonnes L:tdoi es apparais aient devant le front
septeulrional, et, le lcnJcwain, elles ou-

'

dp

de Strasbourg

''l'aient les premiers travaux. d'approche.
. lrashourg, ville forle do llrcmier ordre,
assi e dan . une plaine qu'arrose l'Jll, all'ccle
la forme d un triangle allongé, donl le om~et, tourné vers le Rhin, est occupé par la
c1ladc~.e. Ento_urée de terrain plats, protégée
par 1mondai.Jou de l'nt, elle présentait,
e~ _1870 ~ne force de résistance relativement
"?rieuse! d aulanl plus que de1·ant ses basLions existaient un certain no01bre d'oU\Tanes
avancé reliés au corps de place par de ~-

poonièrcs; le front nord, en particulier était
couvert par deux fortins. llalbeureuse~cnt
sou 1~ .double rapport de l'armement et de'
appro~•1s10naemenls, la place se 1rom-ait dans
une situation au si précaire que Loutes le·
?Ul:e , et manquait alisolumenl des 1.Hérn6J)t.s
mdi pensaLles à une résistance quelque peu
prolongée. on artillerie, forte d'em"Iron
250 ho1~che à Ceu, comprenait Lous les calibres, même •les plus démodés , et n' ava1·t ,
pour 1a 'errn, que les dépôts des 5• et

�r-

----------------------------- l.'l;

111STO'R..1Jl

20• régiment , plus onze compagnies de pontonniers, assez étran"ères par étal au ervice
de canonnier•. En fait de troupe du génie,
il n'y avait dan 1a ville que huit sapeur ,
san matériel 1 ; l'infanterie comptait le 7°de
ligne, la.i é dans la place par le mnréchal de
Mae-llahon, le dépôts des i8~ et 96e, avec
œu. des 10"- et i6•· bataillons de cba~seurs,
plu· un certain nombre de fuyard "enu de
Frœ chwiller . .Avec ce dernier , on forma
deux ré ,iment de marche, l'un d'infanterie 5 ,
l'autre de r.avalerie 1 • Enfin, apr~s la relraite
de l'armée d'Al ace, on reçut encore quelques
détactiements da 7-i• el du 78~, un bataiUon
du 21•", 450 douanier el 90 marin : œoxci, envo)·b pour monter une flottille qu.i ne
rut point organisée, 'employèrent an service
Je· pièces ; il, étaient comUlllJldé par le conlrf'-amiral Ktdmans et le capitaine de vais~eau llupetit-Tbouors. La garnison était donc,
en tout, forte de 7 000 fantas in:;, 600 ca.,,alier, 1 600 artilleur.; aprè le 9 août, elle
s'aatrmenla de pompier de la ville, de trois
L.i t:üllons de garde mobiles avec di:c balleries
eL de :; 000 garde nationaux avec une batterie; elle atteignit nJors le chiffre total de
15 000 homme.: environ•.
Lè ouverneur de la place était le géru!rtll
de di,·isioo Uhricli, du cadre de ré ene 7, qui,
dè le 7, con ·tilua son comeil de d :ren "e, et
lui e:r.pos:t la itualion de :ressouro s existante~, con ·istant en 1 0 jours di• pain,
tiO jour de ivres et quelqu1: viande sur pied.
On pom·ait à cc moment considtlrer ce ressource comme uffi ante , car si l'~ventualilé
du iège ne parais ait pai; douteuse, du moins
il êtait encore perrui d'e pércr qu'une armée
d~ campagne ,iendrait au bout de peu de
temps apporter son Sl!cours; aucun des membre du 1:onseil ne croyttit, en effet, à fa soudaineté de no désastre. ni à l'irréparable retraite que l'armée du maréchal de tao-Mahon
él.a.it alors en lrain d'accomplir. Néanmoins,
c' rlaines précaution. furent prises; ordre ÎUI
donné d'enfermer les approvisionnements
sou de abris blindé , d'occuper les ouyrage
av:mcé , de déraser le abord- &lt;les glacis et
d'élal&gt;lir ur fa plaLe-forme de la cathédrale
un ob er\·:ttoirc pou.r 'érenLer la marche de
l'f'nnemi. Malheureusement, c'est à cela que
se bornèrent les mesures de défen e; on ne
rhercha pas à augmenter Je périmètre fortifié
par l'établis ement d'ouvrages dn moment ou
de batteries avancées; on 'en tiut aux rempart e1.i tants, a:l.nS onger à . e ménager
qu lque e. pace. pour manœu.vrer. La dé[ensc
se condamna ain i à la pas ivilé, c'e t-à-dire
qu·eue se fixa à elle-même 1a limite qu'il lui
il-tait impossible de dépasser 8 •
Le 12 au matin, le avant-garde badoi e_,
,~ni avaient pris position entr les dem rout

de Sa,·erne et de Haguenau, derrière le
ülltl"e de Kœnigsboffen el de chiltigbeim,
engagèrent le feu nec les ouvrage avancé ·
le 14, une batterie ennemie, construite pendant la nuit au ud de la route de averne,
dirigea sur eux un tir précis qui les fil beaucoup . oulîrir. D'autres batteries, sucœssivement établie en face du [ront nord-est, se
rnirenl ensuite de la partie, et, jusqu'au
une canonnade ininterrompue laboura lunette.
el ba lion. , &lt;lémolissant les pièces îranç.'lise ,
qui n'élai.ent pas de force à ré isler, el allumant mèmc çà et là de~ incendies. La garnison de la place, pendant tout ce temps, a,ait
fait quelt1ues reconnaissances vers les po ilions ail mandes, et outenu des escarmouche
sans grand intérêt.
Jusqu'ici, l'ennemi s'était born~ à des Mmonstrations el à des menace dont l'effet
était à peu près nul. I.e 19, il essaya de
mo)'en plu rigoureux el démasqua six nou-velle · batteries, dont cinq, po.;tées ur les
hauteurs d'Oh rhausbergen, )littelhausbergen
et Niedel'hausberi;en, bomh rd:iient le front
nord-ouest; la sixième, établie à l'ouest de
Kehl, lirait sur la citadelle. Celle-ci eut beaucoup à souffrir; néanmoins elle ripo'la avec
énergie et incendia !,,,ehl, mais elle ne put
protéger ni le quartier aint- icolas, qui la
r lie à la ville, ni l'arsenal qui la borde au
sud. Dans la nuit du 24, l'incendie se déclara
dan, les Lâliwents de l'ar enal; S5 000 fusée
pcrcu!anteg qui s'y trouvaient renfermées
sautèrent, et il fallut les remplacer en hùte
par des fu.œs en !Joi &lt;lonl la plupart ne
purent êLre utili ée . Cette même nuit, les
oltu!l badois incendièrent le musée, le temple
neuf H la biLliolhèque, détrui anl ains.i en
quelques heures des merveilles rarissimes
tiu'ou a,•ait mis des iècles à rassembler! Le
feu. de ·l'ennemi aueignait une extrême violence; le! incendie· s'allumaient partout, la
morl frappait, dans le ru.e et les mai ons, le
habitants affolés qui ne trouvaient plu d'abri
nulle part!« La place faisait touL . on pos ible
pour contre-battre l'artillerie ennemie; mai
les boL1ehtl à feu en Lalteric sur le rempart
et dans les ourrages avancés commençaient
déjà à onffrir beaucoup. et d'ailleurs leur
ligne detirélaient trop courte pouralleiudre
le "ros es pièces allemanJes qui e lrouvaienl hor · de leur portée. En outre, l'ennemi,
très habile dans toutes les opciralions grandes
el petiles, &lt;le celte guerre infernale, avait eu
oin de tirer avec dt&gt; pièces de 11 volantes,
que leur déplacement continuel, au milieu de
la nuit, ne permeltait point de pointer de la
place. llarrivait ainsi que le lir de l'assi~geant
était toujour juste, a sa.ré, concentré, pr.éci •
terrible, tandi que celui de l'assiégé étailiodécis, Oottaot el trop som•enl sans action• 1&gt; .

Les artilleurs badois, qui a,,aient déjà détruit tant de monuments vénérable· qui
a,·aienl, au mépris du droit des gens, bombardé l'hôpital militaire el impo é on évacuation, n'hé itcrenl pas à prendre pour objectif
de leurs coup la cathédrale, ce joyau unique
de l'art gothique, dont la plate-forme con,lituait pour eux un observatoire aênant. Dè
le 25, ils en entamèrent la de tructiou, espérant probablement par ce vandalisme rl!volLant hàter la soumi ion de a ·siégé. ; ce qui
tendrait à le faire croire, c'est que. le 2ft au
m:itin, un parlementaire c pré entait au
général (;brich et demand:iit la reddition de
la place, menaçant, si elle u"était pa accordée, de reprendre le bombardement à midi.
Cc n'étJil point de ·a parl une vaine l.iravnde,
oa.r il n'était pas encore Je retour dans se
li!rne:, que déjà la canonnade reprenait, plus
inten que jamais. et foudroyait de projectiles
l'hôtel même du géué1·al Uhricb.
Cependant les ruine et le· morts s'accumulaient à ce point que fa municipalité commençait à faiblir 1°. Le '1.7, elle demandait au
"Ouverneur fauLori,aLion d'aller implorer du
gé1firal de Werder uuc uspension momentamie dll feu, sous la condition pour die de
verser JOOOOO francs par jour de trè1·e; on
pewe quel accueil dut faire le gén1•ral Cl,rich
à une propo.ition au si exlravagantc. ll paraitrait cependant que on refu. soule"a dan
ïa population de tels enlimeuls qu ·on put
craindre un instant des émeutestt . Le fait
certain est qu'une partie ~ongea à émigrer (il
était hien t.,rd !) et sortit de la ,·illc; elle ·
fut r jetée à coup. de fu il par les Badoi ,
Alors le conseil municipal re"int à la charge
auprès du général, toujours inutilement. Le
brave Uhrich, 'il se bornait à ré·istcr pa sîvemenl aux efforts de l'ennemi, an emploier
utn ammenl ses fore mobile , dont le rôle
était limité à quelque, embu cade ou sortie.
rapprochée , opposait du moins une fermeté
rare aux inOuences déprimantes d'&gt;nt il émit
entouré, el 'entèLait noblement dan e qu'il
croyait être toul ou devoir.
vrai dire, il
a.vail de la mi ion de troupe a iégée· une
intuition trop étroite, en ce en qu'il ne leur
demandait pa autre ch.ose que la cou lance
et la ré ignatiou dont il était le premier à
donuer !"exemple; il ne se doutait pas, ou ne
paraissait pa se douter, que lapa sivüê ne
mène à rien el qu'il faut une acti"ité vigoureuse p0ur tenir tète à un assaillant décidé.
Il n'a,•ait pas uifisammenl médité l'exemple
de Todleben, arrêtant pcndanl de lonas moi
devant les remparts de éba topo! une arm..:u
formidable, bou culant chaque jour ses travaux d'approche, inquiétant sans ces e ses
a1,ant-postes, llmilant con tamment
progrès . C'est en 1'eillanl nuit et jour, eu fai ant

1. 1,., ré~imenl d,• pontonniers ,ruil 1lcsliné il
l'ormi!e tlu llhù1, màÎ if ne reçul ~ns à lcmps l'ordre
d1• roule le c:oncrmanl.
2. Haron oo C..s"r, Jo111"11al ,tu siège de ' /l'a •
liut11·g, Pa1·i•. 1871, page 14.
3. Commundë par le hrutcnant-cofoncl Rollel, clu
4i•, ble!'é à Frœ,d,willer.
,\. Commonclé pllT le ,•lier d'~seadrons de crlay, du

après I rœschn•illrr. ,1· ri0fugicr en ull,· • ' Lra&amp;bourg,
•
.
O. Baron no C.'- s. lo,. cil., page Ill.
7. Ubricli {Jean-Jacque -Ale is), u~ eu 1802 à l'hal$h(&gt;ltro, entra fi. aiut-CTT en 1818, cnmballil en Espagne en t82:i, en Al~iquc jW!l)U'en H141, Ill Je,·int,
1•11 1848, colonel du j• lèger. Gtlntirnl de brigade
ca '1832. il commtnda t:n Cri111èe la brigade de la
,nrde, lit la campagne d'Italie comme géoêral de
ù.his[u11 el pmu au ca.dn• de r~rrn t,JI f8lil.

~. L,• cot'llili1 de JHen~e étnil aiusi t0fITJJ0,ti : P ri:~ideut : général Uhrich. fembrc, : génèrnl de briR1de Mo,-enu, adjoint au gou verncur; colonel Fifre!,

2• lnuriel'!',

~. Cf liattillnn. Jai. é eo guruisou il Uogu •nau, dut,

L

rn,

,les ponloroni~rs; l'.ulonrl Sr,-ba!ier. ,lu géniu; coloud
H/ol ,lu 7•; intendant nullta,re, de /,avale/le.
tl.' Uaruo Dtr C~W!, loe. cit., IJ31{ îi!i.
to. La chaleur de, inc~ndies élllil !J graude que de.~
~ilelles en 11lomJi de projectile~ fondireol au pure i
houle!~. {Ibid., pOfCll 511.,
11. 11,id,

de· orties rréquentes, en élargissant Je plus
po,siLlc le cercle d'investb emcnt qu'une
place a des chance de la •• er la patience de
celni qui l'as iège el de l'amener peut-êlre à
renoncer à 'es projet , Quant à la bravoure
inerte qui ne dépasse point la ligue des remparts, elle est honorable, rien de plus, el ne
ufût point à empêcher, ni même à retarder
la catastrophe finale. Cette braroure, le général Ghrfoh en a ùonné le preuves les plu
éclatante ; mais il n'a malheureusement pa
su foire plus.
C pendant le général de Werder s'apercevait de l'inanité de se· procédés d'intimidation .• i nombreuses que fussent les ruine~
accumulées pendant CL'S cinq jours de bombardement sauva"e, si cruel qu'aient été le.
deuils qu'il avaient provoqués, la place ne
parais,ait pa ébranlée encore. Le énéral
alle1uand songea donc 11 combiner avec ses
procédés d'intimidation d'autres méthodes
plus lentes, mais ans. i ~ùre , et entama le
siè~e rtlgttlit.!r de la rille qu'il iùtrnil pu réùwrc par la terreur. Le 2~ août. la première
p:irallèle fut 01nerle dcranl le front d'allaqm•
primitif, (!Il arnnt de kœnig~hoffen; elle devait 'élendre en ar Je cercle, &lt;lepui le ,illage
11 droite, ju ·r1u'au canal de la Marne au Rhin,
à g;iurbe. La garnison rssa)ll de ,'opposer
a.ux lravaui de l'ennemi; 11° 7° tendit quelque· 1·111bu~codcs, fü des pri onniers, mai m•
réus:-i poiul 1t comhlrr la lr:inrhée. llè: le :i 1.
eelle-c1 élait t'Ornplètcn1e11t am tnagt~'. l't Ir,
chemiuemenL amorcés pour conduire à une
~econdc parnllNc. Le' Badois agi saicnl avec
nnc· . urprenanlu a&lt;·tivilé · peu •ènés par la
garni~on, ocrnpt-~ n parti par ailleur à ln
plu Lrish' heso•rne I il~ gagnaient snns c se
du terrain, 'approchaient ùes ouvrage av:rncés que les ballel'ie · de pasition criblaient de
projectilei;, et le. rendaient prrsque inleoaLle ·. On aurait loulu foire :aulcr les galerie
de mioo rawnnant li l'extérieur de ce ouuage.' pou;. boulevcr cr le. tr:n.mx d'approche; le génir n'en aya111 pa les moyen·, il
fallut ~c conlcnler de les noyer 1. Alor · le aénéral brich, cffrnyâ dll l'imininenco du péril,
ordonna qu'wie sortie :;eraiL faite, ·ur loul le
fro~t t·ompris enlrc le Contnde el KœnigshoOen. ,\falhcurcu cmcnt, on ne . uL point
s'asl!u.rer le hénéfirc dt• la ~urpri e, cl le 87"
clut rentrer e11 "ille, a. ·ant lais 1( au pird des
tranchée:; imiolées 1:i;"l tles • iens.
\près celle échauffourée fàcheu e, le ùomlu:irdemenL continua arec une intensité toujours croissanlP, délruisanl les mo1mmmts,
les casernes, le Lhéàtre, l'arsenal, la citadelle,
. 1. Des bl,mle 1fo pillor,16 /élnie11 l org,ni•ées en
\Ille )Jour ,okr !lall5 les rumes; le génJrnl Lhric~
dul prendre contre t-!le!i ,I~ mesures de riguèur.
'll~ro11nu CA l':, foc. c,t., page i4.)

J·

ibid ., po~ 45.

"· llnpporf &lt;Ï:1 g.xl Ullric/1 a11111i11i.~trc drl11 Gurnt.
}. R11pport du qi'11érol Ulwid1 "" 111irii.1tre de fo
G11e1•re•• -

ral

I.e, casc!rnc élnienl l;r1)léc., ùil Je géni'-

Ulmd1: la pu1e,• ,,·1111ait n

l'i,,trrieur 011r.uw

casw,a/p. el, fJOUr "abriler d'urrn mnnière fort in.-.urfi!anlc, les lroupes tlurenl c.oupea· les arbres des rem•

incendiant le faubourg de Pierre et une partie du faubour 'alional, bouleversant le~
remparts et les batterie que le ellbrts des
as iégés ne réussi saienl que Lrès imparfaitement à remettre en étal. Quant aux travaw
d'approche, ils progressaient d'autant plus
vile que le feu de la place diminuait plu rapidement. Le f 1, Werder aulori. a une députation suis e à pénélrer dans Lrasbou.rg pour
emmener celle des bouche" inutile qui voudraient la suivre; 2,500 per onnes. femmes,
enfanL~ el vieillard·, purent ain i abandonner
leur- mai'on dévastées . .A. cette date au~·i,
on commença à être défrnitiremenl fué en
ville ur l'étendue de no premiers désastre:
et sur le peu &lt;l'e poir qui rc tait de se ,,oir
secouru. La délégation ·nL e confirma la
nouvelle du désastre de Sedan. que Wcrder
avait dejà fait connnitre. D'autre part, le baron Pron, préfel du Bas-Rhin, reçut avi officiel que le gouvernement de la Défense nationale avait pounu à son rcrnplacœienl ;
avec beaucoup de noble l&gt;C el de dignité, il
déclara qu'il resterait à on po le jusqLL'à ce
que ~011 ucce seur ait pu rejoindre. ll ne rut
pa intité dan celle abnégation patriotiq11e
par la municipalité, qui crut d voir_ c retirer;
aussitôt le général Uhricb in tilua uoc commission administratiro, à la tête de lnquelle
il plaça le profe eur Kü s. de la Faculté de
médecine, nu homme tout dr prohité et de
dévouement, dont le souvenir ,·il encore au
cœur &lt;les , lrru bourgeois.
Cependant l'ennemi avançait toujour"; Il'
canon continuait ans trèYe son œuvrc dc.sLructrice. et déjà la plupart de ou.r.iges
avaocés, romplètement intena.bl , a\"menL dti
èlre th-acué . La population semblai! perdre
tout courage, et, le 19 ·eptcmhrc, la nouvelle
commission municipale ai-ail derechef demandé que l'on ce ~at une résL tance qui n •
pouvait aboutir qu'à de nouvelles ruine cl it
de nouveam: deuil . Le coru;ei\ de défèn e déclara qu'il ,•oulaiL tenir jusqu'au hont. Le
lendemain, entrait dans la place le nouveau
préfet, )f. Valentin, 1111i venait d'inaugurer
ses fonctions par un acte de grand couraf!e i
parvenu ous un déguisement jusqu'à Wi sembourg, en lra1·er~ant le grand-ducl1é de
Bade, il ava.il, sous le feu do l'cunemi, franchi
à la nage le fo · é do reinpart Pt pC!nélré en
ville par un bastion à demi ruiné. li arrivait
pour a· i ter au dénouemeol du dramè, dont
l'écbéanc n'étajt pins maintenant (fll'une
allairc de jours.
füpui · plus de vingt-quatre heure~, une
br':che existait en effet nu corps de ln pince, au
parts.. 'en faire ,le· hlindag,•s wu lc..&lt;quel elles cherd11ûe,1t uo refo_gc fort inètlica.:.:. ) - t Lorsque le
gënéral de Wcrdcr, ,·omme11dan1 l'année assirgl'anle,
me ,il y1'.1)ir avec la ~arnison. l'ranÇ11ise, il mil pied il
terre nrn,i que on Plal-m3JOr, t, a,·cc une courl?~-Îe •JUÎ ,:ie 'élnil p3.!i dèment,ic poo,tnul le ~Our,; du
Sie~. _11 1·mL au-deva.nl de moi, m'embra a en voulant bien 1·cconuailre que lo dëf•u11e n 'arail pn N ·,
~an, gloire. Le géu.!r;I tle IYerder s'opp11!11 à ce que
,non élJll,m•jor el moi, ainsi tJue les officier san •
l.rouptl, défiliuns ,ie,·illlt lui. o lbid. )

S1"EGE DE 811(A'SBOUJ(G -

nord do la porte de Saverne ; la troi ·ième pàrallèle était entamée, el d'elle partaient des
travaux de ape qui mordaient déjà snr 1•
chemin com·ert. L'ennemi aurait voulu s'épargner le· difflr.ulté d'un a aut, et pou.r hâler
une reddition dontfé1·enlualité e faisait plus
pressante d'heure en heure, le grand-duc de
Bade avait, dàns une lettre d'aillcw' forl
courtoise. fait appel aux entiments d'humanité du gén 'ral brich. Jfai celui-ci, de son
ccité, Yenait de répondr a,·ec beaucoup de
dignité que le de"oir devait primer ch1'1, lui
tont autre sentiment, cl, de,·ant celle fin d11
non-recevoir, Werder avait ordouné de rendre la brèche praticable t•I Je pr •:parer le
pas,,agc du fo é. Des tonneaux à bière, ré
qni itionné dans 1• · lira ~erie, des environ. ,
llervirent ù con truire des ponts ,·olant.. qui,
en dépit de. efforts des rares défcn l'urs
resté sur le rempart, furent lancé, le 27.
L'a. aut étaiL donc immiueul, et la garni on
avait ù'aut.ant moi11 de chance ' de le repou erqu' li· :tait épLli ée, fort réduite, et nwnacée d'être prise à revers par une autre brèche
praticable existant dans le flanc d•un ba ·Lion
voi in. En pr cnce d'une situation pareille, le
gén~l l!hrièh el ~on con cil de défense ne
crurent pas pouvoir prolon,.er une ré i tanct•
à ce point dé espérée. n Il voulaient épargner à lrasbourg, qui amit déjà tant sourfcrt, lt: · horreurs d'une ville qui eût été prise
d"assaul à coup s1k el peut-être eût été pillée
eL saccagée•. n Le drapeau parlementaire fol
donc hi~sé, el la lc•llre ui\·ante écrite au
"énérnl de Werdcr:
Stroshourir, le '!.7 Sl'pkmhre IR10.

ftlo11)!ie11 r le lie11tena1tl rJé11ét•&lt;tf,
la tésistanœ rie t·rasbow·g ei;/ a,·,1

,1

l'ivée à so11 Lenne. J'cti l'honnem· ile 1·e111etLl'e à volte disc1·élion la 1•itle , la cit(Ule/lr
et la garni otL.
« Je demandercu pow· ln, l'ifle, xi c,·iœllcmenl e1wo111•ée déjà, fe l1'aitenient le plus
,Jou.r possible el la con~t'rvatio11 de seii pro1n·ie"tés parliculiëres; pour fos lwbitanls,
la vie et le.~ biem sauf~. la liberté de s'eloi911er, pour la gar11iso11, rien que le lraileme11/ que vo11:1 jugerez dù à du .~o/rfots q11i
011/ /ait leu,· deroir.
a. Je l'ecommande ù votre lmJ11a11ilé les
b{e1&lt;.~és el les m.nladcs qui 011 f 11cturllcmen t
da•1s le.~ bôpila11x el ambulnnres ... , ~le. »
Le ·iè~e de 'trasbourg a\'ail duré ciuquan!e jours, dont lreute-nl'uf dt&gt; hombnrdement inœssanL La garnison compL1il
2,500 homme hors &lt;le èOmhat, la population avait perdu
bahitants 1 . C'e l donc
1à un défen,e houoraLle, à laquelle on ne
aurait reprocher que sa pas i1•ité tactique, el
ans i, malbeurerrsement, l'oubli regrettable
par lequel le commandant supérieur n perrui:.
aux .Ulemands de 'emparer d'un nomhreu\
matériel qu'il leur a laissé intact.

rno

LlEUTE~A. 'T-COLONEL

..,. 165 ...

ROUSSET.

�""--------------------------

Correspondances amoureuses

L'amour en ménage.
L"amour-passion, elon 'te.ndhal, est tourmenté el précaire. c·e. L l'amour à l'état de
cri 'e ,'iolenle, qui ne peul se maiatt:nir à ce
parox me, qui e L destiné 11 quelque tragéJic. Il doit finir par la ruorl ou par une catastrophe. Qo.and il meurt de lui-même,
comme une terrible maladie dont on ne
croyait pas guérir, ce dénoucroenl csi plus
tri-Le encore, par tout cc qui 'y mèlc d'ironie.
A côtê de cet amour do ûène,esl un autr,
.imour dont les roman et la littérature ont
peu d'occasions de s'occuper. Il n"est ni agité
ni inqu.iel.i il n'a pa l'excitant des oh tacles
à vaincre, de ri1aux à écarter, des dangers à
courir. Aucun appareil romane que ne l'entoure. Aucune poésie, aucune imagination ne
l'emhelli sent. Calme, Jurable el sacramentel.
il se tran·forme peu à peu a1·cc l'âge, et
trouve mèm.e un charme dans celle Iran for-

mation naturelle. Mon Di~u oui! c' 1 t l'amour
oonjuaal. Je n'cn.is pa le nommer. Loin de
se las er. il s'augmente de la vie pa sée en.
. emble, des imperfeclions et de défauts qu'on
a surpris, parce que ce ont des créatures
humaine qui aiment, el non pa ce· sortes
Je fous qui voient tout de travers el qu'on
appelle des amants. Parfoi il retrouve tou
les élans de la passion et se réjouit de celle
jeunesse réapparue; le plus souvent il est fait
d'amitié et de Lendresse. Il est fidèle et sûr,
el 01: redoute rien du Lemps, ·i mortel aux
autres amour·.
L'eqire sion de cel amour peul être charmante. J'en appclle à tous teux. qui onl relrOU\'é, dans le tiroir· de vieilles commode
familiales, de lettres de grand'mères rangées
a\'cc oin par leurs maris, el qu'il n ·a,·aienL
pu ·e décider à ilétruire. Rien de ces enthousiasme ou de ces exubérance , qui fonL sourire cem qui ne les éprourent pas et les
de1·inenl passager , ne le. vienl troubler :
elles sont cordillles et affectueuses, même
pas ion née· de tendre e i et à ces doux: témoignages se mèlent toutes s~rtes de p lils délails
sur la ,-ie de tous les JOur el J étal de la
mai on. Ile t touch:m.t d'y constater ceL empiétement de l'existence quotidi1:nne qui veille
sur no rêves pour les ratlacher à la terre.
)fais ces lettres-là, on ne les · publie pas.
Elles parait.raient froide à ceu.."C qui cherchen l
les émotions des li,•res plutôL que celles de la
vie. Et puis le foJer a .un caracLère d'intimité
«tui inspire une juste craint~ de la publicité.
J'ai cepèndan~ sous les ye_u, une _corresponpance qui peut nous servir de modèle, celle

7

.

1

.k

de ~Jme de a.bran 1:t d~ li. de Bourfier 1 :
elle est conjugale par anticipation. Le den.1.
épistoliers ne sonL pa, mari et femme, mais
ils e sonl promis de l'Atre. Des rai ons toute
matérielle los onl seule~ rclenw. Leur cœurs
se ont donné ans esprit de retour : n'est-cc
pas le consentement sacré des parties qui st
l'e ~ence du rua ri age? li arnnl cp1 'ils 'épouseront dès qu'ils le pourronl. Des époux il·
ont la conllancc el te ton simple qui répudie
Lout art Je ·e faire valoir si habituel à qui
veut éduire. En fme de 'abran je oulignerai encore le caractère des vraie li't-ançaises.
Elles font le meilleures épouse 1ru11atl elle~
le l'culcnl bien, elle qu.i, à leur profonde
lenJresse mêlent de l'enjouement et un
charme intelligent, rptl sont soumises arec
joie à leur maris, et qui manifestent devant
la ,-ie et le do,n,.,ers celle peur très féminine
qui e t flatteu c, puisqu 'ell~ donne à l'homme
une occasion de protéger.
Sur la toile de ,rme Vigée-Lebrun, lime de
,ahrQn montre une gràce exquise, nonchalante et chilfonnée, souple et lasse à la fois.
dan l'attitude et sur le vi nge. Elle e la -ise,
le bra droiL appuyé sur un cous in, la partie
droite du corp· un peu ellàcée. Comme elle a
bien l'air d'une amoureuse, avec ses grand
yeux noirs tout alangui ·, ce ourire lemJ.n: de
sa bouche relevée aux angles. et celle auréole
de cheveux blonds et bouclé qui la font
re semhlru- vaguement à l'un de ces jolis
épagneuls souple et l'rôleur _, avides de caresses l
Elle avail eu une enfance allristéc et orpht.'line, qui la condui it à accorder sa main à
M. de Sabran. Celui-ci comptaü bien cinquante ans de plus qu'elle, mais, toute petite,
elle s'était habituée à èlre gùléc pur lui. La
morL rompit bientôt ce mariage sans amour :
elle resta veuve avec dclll enfants, Elzéar et
Delphine. Elle avail vingt-sept an quand elle
rencontra 13oufUers et l'aima. TilnL de désirs
de tendres e s'él:l\ient amas é en ce ~ur
très tendre! Elle mena.il une exi,lcnce paiiblc, occupée de peinture, de musique, de
poésie, et encore plus de ses enfants, voyant
le monde an l.ieauooup s'y plaire l'biver à
Pari , dans son conforlahle bdtd de la rue
aint-Uonoré, l'été au château d'Ani près
de Laon. L'aveu de s011 amour lui échappa
malgré clic. Elle allendait à Anisy le chevalier dont les aITaires n'avançaient guhe auprès
d'elle; un orage terrible retarda d'un jour J"arri1·ée de on visiteur : inquiète, elle lui avait
écrit, et sa leure laissni t devine1· son ecret.
1. CruTespo11da11ce de la coml1Msa dt llbra11 t&gt;I
d1, c!Jevalict· tle Dou(/lel'l(l71S-l18 )· - l'ion, ,1~,t.

Boufflers al"aif dix ou douze ans de plu.
1111e son amie. S11 jeunes ·e connul de oragl's
nu~si violent CJUC celui auquel il dnt le bonheur. Il quiLta le hniuair1• de ninr- 'nlpirc
pour des chanson do beaucoup d'es;prit, mai
gaillardes et impie~, et troqua le petit colle!
pour la croix de chevalier de Malle qui lui
vnlail un l.iénéfice Je quarante mille linrs lie
rente. On ait r1u · ce5 croix ne redo11Lairr1l
rien Lant que le églises, car les chevalier de
Malte perdaient leur bénéfices en e m:irianl,
ruai non point en courant l'arnnture. Bourllers fit mille folies el le para d'agrément.
C'était le caprice cl l'incon tance en peronnc.
Il e di ait impo~ iblc 11 fixer, mème rn
peinture. Mme de aLran opéra cc prodigr.
el il eu fut le premier . urpri . Sa conquèlf',
si laborieuse, le conquit lui-même pour 1~
vie. Plu lard rencontrant des obstal'les dnn
s:i carrière, il écrira avec Lonne humeur à a
maitresse : 11 ' i le difficulté , m·amicnt
rebuté, tu ne serais pa à moi. »
Remarqu11z qu'il étaient libre Lous k-.
deu:,; lorsqu'il s"aimèrenL i'iéamnoin , il~
a.llen&lt;lirent vingt ans pour légitimer leurs
amours, de 1777 à 1797. L'êlcrnelle ,1uestion
d'araenL les éparail. l\Ime de ahran avail
nne large aisance, mai Boufllers, le jour de
ses noces, perdait le quarante mille linc ·
dn bénéfice, et c'était tout son avoir. Or, il
ne voulait pas vivre aux dépen de ·a fernruC'.
« Si j'étais jeune, lui écrivait-il, si j'étai
riche, il y a longtemps que nou porterîous
le même nom; mais il n'1 a qu·un peud'honneu.r et de considération c1ui pui se faire
oublier man âge et ma p:nmcté : ma gloire.
.i j '1m acq uier ,jamai , sera ma dot el t.l
parure. u Cel aneicn Jèlard est Wl homme
d'h.onncur. lfalgré les plai irs, il a gardé w1c
time délicate et vigourimse. Et, chose plu
rare, il l'ait ce qu'il &lt;lit. Il fuit un mariage
dont il ne se trouve pa digne eacore, el,
malgré les larme de sa maitres e, il sollicite
le poste périlleux de goul'erneur du Sénégal.
En ce temp -là on admcuait qu'un mèmc
individu pùl a1•oir en pariage de qualités
di,·cr ·es, et r1u'un homme d'e prit fùt gou1·erneur d'une colonie. li y a quelquefois de
singulières re~sourccs chez les gens do plaisir.
Ils dépen enl mal un fonds d'énergie et d 'ardeur. En voici un qui a pa.sé Loule 'a jeunesse à jouer, souper et Jaire la fète. Toul
d'un coup il rérèlo de remarquables dons
d'aelil'ilé el dïnilialhe : il remue toules
choses dan· son gouvernement el ·ccouc al"C(;
honhem le bureaux dêjà. doués de la l'orrc
d'inertie. 'ou humeur seule 11e change pas.
lloulevardier qui se fait colon, il garde sa

•aicté el son entrain. sa conliancc dans le
ha,ard el so11 espril d'nvenlure. Tandis que
sa ,·aillance l'enlraine à mille lieue du bonheur, il ouril encore, el, ur le bateau 11ui
remporte, il écrit à a douce amie : ~ .le
l'aime plus 11u'on n'a jamais aimé ur !erre
ni sur mer. &gt;&gt;
Il passe trois ans au énégal, et, quand il
revient. la RMvolution éclate, ajournant on
projet de rnaril1ge. Il faiL émigrer lme de abran cl ~iègc,
comme dépul~. à l'As emblée
consliluaule. A l'expiration de
son mandat, - qui en ce terup
était fort dangereux, - il rejoint on amie. Le roi de Prusse
lui oltre une concc. sion de terre
à coloniser près de la Pologne.
C'était presque ans ·i loin que
le ~énécral. Il y ,·a aYeC Mme
de Sabran qu'il épou a enfin h
Breslau. Ils preuaienl le même
nom : depui1- vingt ans ils
avaient le mème cœur. L'automne de beaux homme est
beau, dit .Euripide; celui de
:imanls qui s'aiment toujnur ·,
mèmc en exil et parmi le brumes du Nord, est d'une grani
cl douce bC'auté. En J 00,
M. eL ~me de Boumer· revirent
fa France; Paris 11u'ils avaient
orné, l'un de on espril, el
l'aulr&gt;de a grâce, les retrouva
en ohcYeux blancs, mai si ain1al)les qu'on pouvait les croirr

Co·,r~ESPONDANCES A.MOUl{EUSES - -

·ua,enl il e~l si tri 'le Ill si découragé qu'on
e t emu. CependanL clic saiL que les homme ·
e la senl vite, urtout le ien; elle craint
d'Jtre insipi&lt;lc el fatigante en lui di ant trop
qu ·eue l'aime, &lt;'t ·'ingénie à lui raconter des
anecdote· intér&lt;nautes. Mai à la lin elle se
lai.se toujonrs aller à l'amour : c'est une
a\·alnnchc &lt;le mon cœur, mon épour, mon
111,iveril, lll?1l âme qui termine es lettres.

esl peu accoulurué à vaincre. o .Ne rcce1;a11l
pa Je réponse à .es lettre , elle donne un
tour airuaLle à ·on chagrin : clic compare ~a
corrc ponilance avec BouCllérs à relie de la
maréchale de 'oaillcs avec la ~ainle Viergi';
encore l:i maréchale arait-elle plllli om•l;'nL
des n:pon e' : quand ~[. Je ~oailh-' était de
bonne humeur, il le lni l'ai ait.
I.e monde ne la. distrait guère &lt;le R:i pcin&lt;'.
Le dclll plus grand remèdes
pour guérir d'aimer, le lcmp~
el l'al&gt;scnce, ne pemenl rien
sur son cœur. l,;n jour q1ùlle
se prom(lne à l'alibaic de BelleEl pérancc oi1 il y u ,le gro~
moines, elle découne une fontaine d'ouhli : (t )falheureu,ement, - diL-elle, - elle 11c

coule plus, car i;'iLait fait d,·
' mou amour pour Loi . ~ Elle
jalou e toutes celle· 1iui ·al"cnl
oublier el no • ou /Trent pa · : à
13 comédie, dl • e lrnu, 1: nu
~oir n eàté d'une uncieonc maitre e de Iloufllcr 11.ai folàlrc
et s'amuse arec deux otlkicrs;
elle 'étounc que celle-,·i, c&lt; t[Ui
a connu ce pamrc .\fricain 1),
pui . e en aimer d'au Ire , elle
envie on boubctU·, tille qui ùépcn e a vie à .o Ù~'e péror et
'tul pourlant aime loujour · damnlage. Et c'est e ~ai d rnir
par quelle Yariété d'émolion:,
elle sait éviter à ·on ammt les
jérémiades. Pourlanl sa jeuuesse s'en va: elle suppliu i'Jl1poudré .
'e111 d revenir, afin qu'ils conSans Mme de Sabran, Uon[nai~senl enoore 11uelques ueanx
lltir aurait lini ans doute eu
jours, avant J'ètrc touclté:vieux marcheur. Elle mit de
par 1':ige. La sloire. la for
l'ordre el de la dignité dans
tune, l'honneur, oh! mon Dieu.
celle l"ie déréglée. Elle ne lui
&lt;1u'e L-ce 'lue Lout cela aupri•
donna pas de l'énergie; il
de la jeune se el de l'amour,
en avait plus qu'elle. Mais
senle beauté de la terre, el 1pie
dle lui -pcrmiL de d 'plo5·er la
te 13onmcrs e I dime fou d,·
icone, un peu rouillée pa1•
tourner le dos au l,onheur !
le manque d'usage. Il vil la
Mai ce reproche 4u'clle lui
cendre de on pas ù, el se
faiL se fondcnl Lieu vite dan ·
re.f11 une ,·ie pour l'amour d'efü.
!'attendri sementet le · larmes:
Le grands viveurs nou rérllu respecte 1a déci~io11 de son
servent de C'S surprises. L"aamanl, die en conçuil mèmc
rncrlumc qui monte Je ,oC,11.-St,.RŒ l.)l SOIR,
de l'admirai ion pour lui; s~11l11luplé:,: morte~ eL Je tenace désir
ment elltl esl femme, la grnndc
de l'amo11r 'iocère en soul les
Gr.11•1,re .fe ÎEY ·oN~ILRES, r!apres le de3Sill ,il: ,\l,11JRl\.;E Lt:LO!R.
qu~lion pour elle t 'esl l'amour,
instrumenl ·.
cl clic ne comprend pas très
Je voudrais Jeuillcler avec
!loin leur lettre '. je me contenterai de tomner Et. de son cùlé il en fait aulanl. C'e L ~uÏl.i Lieu qu'on s'occupe d'au lre chose dans la ne.
Elle n'e t pas du tout de son temp· léger
les pages en m'arrêtant parfois. Pendant les s'aiment bieo.
deux voyages de Donfllers au énëgal, Mme de
J'ai dil qu'elle était ·piriluellc. Elle conle par sa profonde scnsibililé. Ain,î elle ::.'cx'abran écrit tous le jour à son amant, que arec cette fines e particulière aux femmes, ta ie devant la nature, ol 'isole de la $Ociété
déjà elle appelle son mari, cl celui-ci fait de d'autant plus charmante qu'elle esl sans aree une facilité surprwanle: deux singulamême. C'est le journal de leur vie de Len- apprèt. Se récils de cour, - l'aveulure du ri lé au '-1111· siècle. ,\ de· l'l~tes de nui I elle
dresse. Malgré quelques histoires de ménage, et collier de la reine, de )1rne de la Molle, etc., est toute impressionm!e par le mystère réqudques red.ites, el fo per'Ï!&gt;Lance de mèmes - oot ex.cellen~. BoulTicrs devait fo trou.ver p:rnd u dan · l'espace avec le cfa rlé · Je la
plaintes pour celle même cause : la sépara- liiiarre~ au Séné,~al : l'éloigntm1cnl enlèl'C lune et des étoiles, el ver l'ab cnL vant es
tion, la comtesse de almm écrit bien, avec tan.L d'intêrèt aui petites chose . Du m:1réch.il pen.sées, élarrrie" par le recueillement el
cc mélange de sentiment cl d'esprit t(U 'on ne de oubi e, le vaincu de Rocroy, aux pri es l'exaltation que nous nrsc la beauté de·
rencontre gu~re que chez les écrhairu de a1'CC la morl, elle écril plaisamment: t&lt; li n'y cbo es.
France. ans doute le sentiment domine; cl a pa · d'apparcnc&lt;· qu'il ail le de us, car il
Ln tienliment uercc a peine, cl c"i:!bt l:.i

�1f1STONJA
coufi:inœ. Elle ne l't:ut pa · toujour : au début elle avait peur, la réputation de BoufOe.rs
étant de nature à inqui~ter une C mmc. Peu
à peu elle 'est tranquillisée. Maintenant oJle
croit eu son amant, elle croirait en lui.
même s'il n'était pas au énégal, dont le séjour est toutefoI ra uranL. La certitude
d'être aimée la soutient. Un oir, elle invite à
ouper M.mc de Boi gelin, la œur de Boufflers, avec laquelle elle ne sympathise pa .
Un ,•aisseau est arrivé de la colonie; elle n'a
pas reçu de lettre et tremlile quïl en so.iL
panenu à Mme de lloulTelîa. Jn tement on
le apporte ù celle-ci pendant le ·ouper. La
pnurre maître ·e c t bien jalou c; elle a emie
de pleurer et pourtant elle fait bonne conte,
nancc, à ca11se du monde. Quand ses inrités
unt parti·, elle a une crise de dés poir. So11
ami l'a-t-il oul,lié 011 l'aime-t-il moin que
sa sœrrr '? Pui elle pense qu'il ne peut pas ne
p.'.I l'aimer, elle ras emùle Lou le témoignages qu'elle reçut de ·a tendre. e, et elle
goûte une sorte de béatitude, telle qne l'llmonr divin la peul enlir. Elle $'èndorL enfin,
rêve de lui. et le lendemain reçoit es lettres.
C'est faire un grand éloge du journal de
Bouffiers de dire qu'il n'est pas iniërieur il
celui de sa femme. Lui esl de la race de
Henri 1\1 pour l'e prit el la vaillance mai
on cœur ·'c t altendri. Quand la négt'esse
qui le soigne le mit di trait elle hù dit: « Tu
pen e loin. » Cependant il e t homme d'action: il aime la vie, urtoul si elle esL dangereuse. a dëcision d partir a atisfah snll
honneur, mais aussi son goùt d'av otures
![me de ahran ne partageait point du
LOul ce goùt d'aventure . « Au fond, je suis
une bonne femme, u - dit-elle, - et c'est
\Tai. Elle e t le type de la compagne 4ui aime
la ,•ie paisibl el régulière, mais qui par
amour !!St capable de l'exi lt'nc:e. la plu
agitée. C'e ·t une t·ande épreuve que le ciel
lui oclro)'a CJ.l lui fai a.nt aimer son amant
\'O)'ageur. Le bonheur ciu'elle rè\-ait \tait -Ï
impie. Elle en a vu l'ima, e il Pouilly: une
bonne mère de faruille entourée de huil enfants qu'elle a nourri , tous g:ro·, gra cl
frais à. plaisir, 1Ù1)ant a[foire qu'à pen er à
eux et à on mari qui ne la 'JUÎlle jamais,
el coulant c jour am crainte de imporLun el ùes mai,/res~es.
Voici donc un liomme el une femme, c:barmaals tous dem:, mai,;, - il faut bien le
retenir, - d'c pl'it positif et pratique, ans
l'ombre de mystici me daus la lète, nullement idéaliste; - tlui nou donnent une
hrranùe leçon de tendres e. l,e rêve de l'éternité dan· l'amour, ce rève de e donni:r touL
entiers et pour toujours, qui cnfüme le
amants. au nom de qui tant de p;irole · pa sionoées el \·aines ~ont pro11ouc' dan le
monde, ils 1~ réalis.enl san éclat,
phra e , aYi:c de douoos larmes et de ourires. Elle lui écrit de France : ~ Mon entant,
i lu pen ·es eomm moi, Lu m'aimera toujours, indépendamment des attraits de celle
belle jeunesse. fl a quelque chose au ciel.

f'taton. le P,wiicr .llciliù,de.

2. ainle Uru, e. foluplé.

daru de oi qui vaut mieux encore, et qui
peut nou. faire goùler ju.qu'à cenl :rn el
_plu le bonheur d'aimer et d'êlre aimé; l'âme
ne vieillit point et j'ai Jan&lt;&gt; la mienne un
foyer d'amour pour l'éternité. 1&gt; El ur la
terre d'Afrique il lui écrit: o Aimons la ,•ic
et ne craignons pns la mort, car les àmc. ne
meurent point et ·'aiment toujours. &gt;&gt;
li s'aiment non point dans fo ~eauté qui
est passagère, mai pour ]eur âme immortelle. Platon, notre vieux maitre, nous a
e pliqué, il y a des siècles, que celui qui
aime la ·1,mle beo.ulé du corp u'aime point
véritablement: il aime uoe chose qui appartient à l'aimée, cl non point l'aimée rllemême, et c'est pourquoi il e retire quand ln
jeune ·se se fl~LriL. ocrale dît à Alcibi:ide :
t&lt; La beauté de ce qui est à Loi commence à
passer, au lieu que la tienne ne commence
qu'à llt&gt;nrir '. "
Cooli1mer d'aimer après l:i .1eune;-~e. c·e t
montrer qu'on a 11i1né ce qu'il y a de plus durable daŒ l'ohjet d'amour, el peul-être dïmpfri able.

otre cœur.
lline de 11hran rè\ail pour sa fille Delphine d'une vie sans ora~cs qn'el le-mème
n'avait point connue. « .le désire pour on
bonheur, - écrirnit-ellc à Doufilers, qu'elle n'aime jamai autant que je t'ai aimé
et que je t'aime. 11 fais avec ses :yeux noir
el sa belle chevelnre lilonde, elle avait lérué
à sa fille toute sa faiblesse de cœ.ur. De,·enue Mme de Cu tine, Delphine de Sabran Yit
mourir on jeune mari s.ur l'échafaud, et plus
tard elle aima Chateaubriand. on cœur fut
deux foi' brisé par la vie el l'amour : comme
elle se remettait lentement de :son premier
d~uil, elle se livra à la p:ts ion de oot amant
dont la la itnùe était aussi grande que le
désir. Ainsi sa ùestinée fut plus douloureuse
que celle de sa mère. Elle étail plu belle
encore : il faudraîl les rythmiques paroles de
Chateaubriand pour c~lébrer la splendeur de
es lourd- cheveux blond doré qni lui cou'iraicnt les épnules, el la 0 d.ce de sa petite
Louche amoumu e.
Par elle nou pénéLrons Jan une ociété
nou,•elle qui garde le charme du xvrne sièc.l,i
el
ajoute nne mélancolie venue de tant de
ruines. La Ré11olution nous donne comme en
raccourci de tableaux 1·éhémen ts d'humanité
"énérale. Les hommes connais ent l'incertiLud • du lendemain qu'ils tendeoL à oublier
dao, les temps ordinairec. Leur actes en revèlent plw; de hùle pin d'énergie et plus de
vérilé. L'amour wisine avec la mort. On
aime ju que dans les pri on , el chacun dé~
·ire emplo ·cr dès ce oir « la Œràce passagère de la vie 2 • » Car demain peut faner
cette gràce. Le danger exalte la tendre c :
l'amante qui frpute une tête chère au bourreau risque la sienne. Parfoi c'est la mai5. Edmond et Jules do Goncourt, llistoin: tle la
sot'Ît'lé (rf111çaù~ son la /1trol11/Î011.

tresse qui se charge de prévenir son amant
de la condamnation. On lit de ces lettres héroïques : « Ion ami, préparez-vous à la mort.
Vous ête condamné, el demain ... . Je m'arrache l'âme. Mais vous savez ce que je ,•ou ·
ni promi 3 • i&gt;
Cette époque de tourmente hû e des traces
dans l'expression de l'amour. lfüe donne à la
société t1r\•inmlc de l'ancien régime une parure de grâces sérieuse el douloureu es dont
les PauLine de Beaumont el les Helpbine de
Custine ont tout emLellie . A la ociété nournlle elle commnniqu une énurgie de vivre,
une ardeur d11 désir, une violence de sentiments que l'épopée impériale exalte encore.
El la géuéralion roruanlique, conçue en présence ùe la mort, manifeste dan la frénésie
de son lyrisme cette même puissance de pa sîon : il lui manque, pour la molhcr, les circon 1ances de trouble et de dangers ....
Le entimenls humains sool toujours les
mêmec. 'cules leur expres ·ion et leur qualilé changent. Pour retromer dan, l'exprc~sion et la qualité de l'amour noire temps
confus, inquiet et énerv~. je cherche, à traver l'amas des mémoires et des lettres, de
âmes de femmes très diiftlrcntes. qui pui sent
en alle ter la diverBité el le manque d'équilibre . La anté de notre ètre est dans l'harmonie de nos deux natnres pby ique el mo~
ra.le. C'est celle harmonie qui semble brisée.
Le deux coursiers de notre attelage, pour
employer l'image de Platon, - l'amour de
cho es clu ciel el l'amour de choses de la
terre, - l'emportent tour à tou r el, au lieu
d'une lignt' droite, nou parcourons une li!rne
bri ·ée qui tantôt nou rapproche de la &lt;i région upérieure des essences », et tantôt nou
entraîne dans le précipices. 1"olre époque
fréuétique parait fancée à toute vite e sur
d'interminable 111011la9nes 1·usses. Je n'emprunterai à notre temps que deux exemple ,
forL dissemblables mai pareillement exces-

HlSTO RIA

~ifs.
Le Rée il d'une ~œur i nous offre nne très
belle expres ion de l'amour dnns le mariage.
chrétien. Il faut avoir déo-ager ce livre de a
liède atmosphère fémiuirne, de l'émotion
facile el ûlanJ.reu e qui l'enc:omhre · ain~i
élagué, il demeure exalté d'une tendresse
my·lique et humaine eusmnble, pudique dans
on exultation nu lieu de la voi.:iférer comme
font les auteurs mystiques espagnol·, fort
comme ces vins anciens et dnlieat dont IR
douceur dis imole le degré d'alcool. L'âme de
li me Alexandrine de la Ferronna1 s en fai l
l'unité. a vie e t toute simple. Elle aima on
mari, qui mourul dans ses bras ~prè deux
au.s de mariage, el dès lors elle vécut ea fai·ant le bien et répandant la paix autour
d'elle.
Albert de la Ferronnay · et Alexandrine
d'A.lopeus se fiancèrenl en ILalie. Pour bien
comprendre l'état de leur cœurs, imaginez
une de ces tièdes soirées de printemp contemplée d'une terra·se italienne sur le golfe
4. L~ Récit d'u11e œu1·, pa,· Mme Cra1en, née de
l,a Ferronays. 2 vol.

Cll&lt; M Oi modo n

PHILIS DE LA TOUR-D -PIN DE LA CHARCE
Tableau de L EGIUI . Mu. ée d.i Versailles .)

�,

_____________________________

de Naples : le Vésuve s'aperçoit dans la brume
palpitante el violette du crépuscule, el la mer
est fleurie de pâles lumières; toute la beauté,
toute la caresse de l'espace, entrrnt par les
yeux dans l'àme, se fondent en elle, lui donnent celle plénitude de vie qu'on croit à peine
pouvoir supporter. Les deux jeunes gens sont
IJrès l'un de l'autre; elle a cette grâce délit-ale,' si douce à regarder; lui a sur son ,isage
ce charme trop fragile de ceux à qui la mort
convient en pleine jeunesse, tant il semble
impossible qu'ils laissent d'em; une image
qui ne soit pas tonie jeune. fü s'aiment, et
leur amour s'élhe jusqu'au cicl, où paraissent les premières é1oiles, car leur amour
est tout imprégné d'une pensée divine. Ce
sont de singuliers amants : il faut un effort
pour les suiue, mais cet effort mérite d'être
fait. Souvenons-nous qu'il:: sont très purs
tous les deux, et que dans l'adolescence la
beauté cl l'amour produisent une excilatioo
mystique d'une intensité que plus tard nous
ne retro1J\'ons dans aucune passion: rien n'a
ralenti ni usé encore notre désir et ne l'a fait
douter d'aspirer à une joie infinie. SoU\·euonsnous encore qu'ils sont religieux et ennohlissent de leur piété leur amour.
.
l'n soir de bal, il lui demande une bague
1111'elle avait au doigt et qui portait cette devise incrustée : G'l's/ pou,· la 1•ie. - &lt;&lt; Oh!
- dit-elle, - c'est trop court, la vie, n et, en souriant, ellt· refuse de lui donm·r ce
bijou.
Plus tard elle se rappellera cei,; paroles :
plus tard, quand Albert sera mort, et qu'elle
sentira en elle son amour tonjours Frémissant,
amour immortel qui a aitlc la foi à croirr à
l'immortalité n. Peu à peu, agrandie par la
tendre.~sc, épurée par la souffrance, son àme
s'élèvera jusqu'à cette sérénité qui permet de
considérer de si haut les malheurs humains
r1u'on y découne une occasion de louer llieu.
1,,,s années ont passé. EHe revient du cimelièrll où son Albert est enseveli. Sa sœur Paulirtc l'accompagne. Le soir tombant dore les
branchus des arbres. Elle est jo)OU~e. Pauline
admire sa résignation, et em'ie ~on amour de
Dieu. Ellé lui dit : - a Comment veux-tu
que j'aie à cela du mérite, même celui de la
foi, quand je pense au miracle qu'il a fait
dans mon àme, quand je sens qu'après avoir
tant aimé et désiré le bonheur de la terre,
l'a,·oir eu, l'avoir perdu, et avoir 11111 au comhle
du désespoir, j'ai aujourd'hui l' àme si transformée el si remplie de bonheur, que tout
,·elaquej'ai connu et imaginé n'est rien, rien
du tout en comparaison?... » Pauline esl
surprist' de I' eot.endre parler ainsi : &lt;• Mais si
un remettait là, _Ùel'ant toi, la vie telle que lu
l'anis rihée aYec Albert, t•l qu'on te la promit pour de longues années'? ,, Elle répond
~aus hésiter: , Je ne la reprendrais pas 11.
Ceux à 11ui l'émotion religieuse csl rermée
ne comprendront pas cell•! parole ou la d1.I..
clarerool inhumaine el contre nature. Les
passions de l'humanité sont plus vuriees qu'ils
ue l'imaginent. Il faut croird 11uo la foi et la
charité sont une source sacrée de délices in1. C.cttrn d'Aimlr DucUc (Calmllllo-Lé,y, é,ul. .

C01QtESPONDA1YCES .JIMOU1(EUSES -

comparables. Des àmes de femmes, brisées
par la vie et l'amour humain, y ont trouvé la
pai1 et la joie, et nous l'asi.-nrent....
.\vec .\imée l)csclce nous nous retrouvons
sur terre. Ses lellres à « Faofan o1 - qni
était 110 capitaine de cuirassiers -- nous linenl une femme de noire temps. Oh! bien
de notre temps, par ses attrails el ses dégoûts
i.;uccessifs de la chair, ses ,lésirs ardenls vers
le bien et ses faibksses subites d'énergie, son
détraquement maladif et aussi sa sincérité.
Petite actrice, elle avait traîné une jeunesse désenchantée parmi la vanité des cabotin~ et les liaisons de hasard. Comme elle
approche de ]a trentaine, Alexandre Dumas
l'entend à Bruxelles et la fait engager au
Gymnase : il pressentait sa deslin11e glorieuse.
Elle est alors 11 une de ces femmes dont toutes
les Femmes disent qu'elle est laide el à coté
de laquelle toutes les jolies femmes semblent
insignifiantes et pa~senl inaperçues 1 • » Elle
alimente en elle le grand désir d'une tendresse que son passé désillusionnauL n'a point
connue: cependant elle a peur de l'amour,
et voudrait « distribuer en miettes ce tout
immense qu'elle ne peut pas donner à un
seul Il. Aussi elle fe laisse bientôt prendre à
la passion de Fanfon : c'est un homme lo)'al,
franc et sain auprb de qui elle se sent toule
réchaufl'ée. Leur liaison dura jus1[u'à la mort
de l'actrice. Ce qu'elle [ut, on l'imagine :
très ballottée, tri's séparée, profonde el douloureuse.
Tandis qu'elle incarne. avec un succès
qu'o11 n'a pas oublié, la petile àmc parisienne
de Fro11/i·o11, ou la passionnée Pri11ces~e
George~, tandis qu'elle hrClle, en vh·ant ses
rôles, la frèle flamme de sa propre vie, el se
relèl-e de ~s chute~ anciennes par la passion
de l'art et son fidi:le amour, eJle connait
encore ces déchéances décourageantes de
ceu1 sur qui pèsent de troubles sou,·cnirs.
Son passé la repousse et l'attire. A fanran
11ui l'interroge avec celle malsaine curiosité
des amants jalo11:1, clle clôt la bouche de
celte mélancolique parole : « Songe q0t· j'ai
le mème chagrin 11ue toi. » Cotte crise morale el physique la détraque lottlo : soulîrant
des nerfs et prise de honte subite, rlle ne
Yeut plus des caresses amoureuses. Elle aime
encore, mais se refosc à scr,'Îr d'instrument
de plaisir. Ce pas~é qu'elle rachNe par sa
vie de tra,·ail et de loyauté, ,•oici qu'elle le
rappelle à Lout le monde, 11 Fanfa11, à
\lexandre Dumas qui est son ami et son
maitre. Puis, tandis qu'elle se dérobe aux
baisers de son amant 1p1'elle aime, elle se
donne un beau soir à un inconnu a,·ec qui
elle a soupé, et, tremblante de sa propre infamie, n'a de cesse qu'elle ne l'ail criée sur
les toit~ en sollicilant une pince à l'asile
Sainte-Anne ot1 l'on reçoit les mies repenlit's.
.l'ai dit que l'amant était bon el fidèle; il
pardonna; loogtempsil ne rut •1u'un ami. Sa
tristesse était grande comme son amour. Ces
..-crs de Byron me reviennent en mémoire :
- a En te wyant céder à ta nature, ne c-rois
2. Dunm.

- ,

pas que je t'aimerai moins, oh ! non, et peutêtre même, qui sait1 Je t'aimerai encore da-

-.antage'. l)
Nous assistons dès lors à l'éléntion dll
cette àme qui s'est retrouvée. Dans une lettre
magnifique, Dumas la réconfort.ail. « Tl faut
~ crtler slli-même, - disait-il.
c'est à
vous de ,·ous mellre au monde, de vous enfanter dh·inement. n Par delà notre naissance
à la lumière est la naissance de notre être
moral: sur elle nous devons veiller, il nous
faut prendre conscience de la vie, nous connaître et connaitre le bien .... Quand ellt: rut
près de mourir, jeune encore el parée dllS
grâces que l'art distribue à se~ triomphateurs,
son amant, appelé en bàte, put reconnnitre
en clic une créature humaine toute purifiée
par la sonlîrance el le goùt de Dieu, au lieu
de la pauvre fille qu'il a,·ait Mcom·ertc un
jour.
Comment écri,ent-ellcs aujourd'lmi, femmes ou jeoncs filles? Comment aimenl-l'lles,
épouses, maitresses ou nancées? Nous rnudrions savoir le secret de toutes celles qui
passent devant nos yeux, ~érieuse~ ou légfres,
hardies ou timides, el nous demandons à l'art
qui révèle l'esprit d'un Lemps de fixer la ,·ie
qui s'en ,•a toujours. Ces femmes, distinguét!~
et froides, si élégantes, que nous admirons
sur les toiles de Jacques Blanche ou de la
Gandara, écrinml-elles comme dans /1ei11/s
par eu.1·-111ê111es, et leurs mains distriLuentelles tant de cruautés el de caresses ensemble?
C.ette jeune lillt-! si parîailcmcnl séduisante, - que j'ai ,ue sur un pastel de c1•t
exquis peintre de femme, mort toul jeuoe,
l,ncicn lloucel, - celle jeune fille au teint
mat el délicat mis en valeur par le corsage
vert pâle, aux ioux c:hargés de langueur,
tristes el comme ayant ,·u trop de choses,
aux mains fines el souples dont on $('Dl la
gràce et le mouvement sous les gants de
Sut!de, Parisienne d'aujourd'hui, un peu coquette et déjà blasée, el qui peut-être ~ous
son apparence nerveuse cl Jasse cache un si
grand désir de tendresse, - érrit-elle des
lellres simples et passionnées comme la douce
Sainte-lfarie-des-Fleurs de f\ené lloîlesve, ou
des lellrr.!s à la Marie Ba~hkirtseff qui mèlait
à son cabotinage une si touchante ardeur rnro
le Beau'?
Ile ces mystères est composée la sensibilité
de notre époque. ~lais ton tes les aventures
amoureuses se ressemblent, et Inules sont
différentes. Michelet rencontra un jour au
bord de l'Oi:éan une petile fille qui puisait de
l'eau el c1ui lui dit: «Uonsieur, la mer, c'est
bien singulier. On a beau y pre11dre toujours,
il en rl'ste toujours autnot. » L'amour est
comme la mer: on peut y puiser ~ansjaniais
amoindrir celle source éternelle où se rarrai'cbissenl les hommes. Le momemeut des
'"agues ne èhangt pa~ : il ne varie que dans
les yeux qui en retiennent la beauté, ou par
SC$ effets, heureux ou terribles, selon qu'il
aide les marim dans leur na1•igation ou les
:\. ByrHH, Sa1·da11apale.

�H1ST01{1Jl
,oue au nau[-ril"c . .Ain i e ·t encore l', mour :
d'un même entimenl il fait des id~\les ou
des Lragédie , selon les à111e limides 011 vigoureuses {p1ïl hercc ou IJUÏI exalte. füis à
un certain degré d'intensité, d'un lemp i,
l'aul ro, il ,·aril:l à peine son expression. Julie
de Lc~piua·se, malade, s'adre e à M. de (;nilierl comme, cent ans plu lard, .\.imée Desclée, mourante, écril 1i on amant. - 11 De
tous le.~ imir111ts ile ma 11ie, i77i. - Mon
ami, .ie souffre, je vous aime, et je vous
allend$, » Jit l'une, et l'aull· • ·oupire en
1871- : • Mon ch.er Fanfan, je croi qu'on me
nuvcra. ,Je vous aime el je vous attends. n
G'esl là sa derniûre leure. i le· correspondance que j'ai cboi·ies se rt: semblent, eule
la profondeur de leur tendresse réunît ces

amoureu es, venues en des temp ditférenls
pour allester qu'un sentiment sincère n'a
point d'nge. el que les cœurs humafos batt •nt toujour' .cmbJ:ihleme.nl.
·n enliment incère et spontanP : là e:t
fa beauté de l'amour. 11 triomphe de hypocrisie ocialc , il rend fade el déri oires les
coquelleries et la parade mondaine, et détestable celle avarice de ~oi-mème qui rmpèd1e
d se donner tout entier. li agrandit la vision
de la vie humaine, cl il édaire d'une lumièr~
di,ioe le cœurs où il dernend. li .tpporte la
joie. Mai il apporte aus i la douleur. Pat·
cela encore il csl bon. Ca.r la douleur est la
vraie parurr. de notre âme : selon nolrr nature elle înit g rtnCl' en nous ln pitié ou forLille l'éner"ie; elle nou lil·re à l'immense an-

.,.ois~e quj plane sur le monde. res enlie par
les seul· ~Ires homains qui savent que toul
finit sur la terre el riu'avant d~ mourir il fauL
encore connaltre la mort en soi.
De tout ce ulanc troupeau dc femmes &lt;jUi
ont aimé, el parfanl onl pleuré, pas une n'a
regrellt- l'olTrande de douleur qu'elle a faite
à l'amour. Une enle a déploré a \;C, et
c'est Ninon de Lendo dont le cœur n'a point
balla. Que ces correspondances amoureuse ,
d'où moule la fiè1•re, nou inspirent le goiH
de e.ntir la 1·ie, sincèr ment et de toute notre
âme. Eui1·ron -non du ,·in précieux que
\'erse l'amour, car il faut louel' !!J.·.·mdemenl,
pour leur exemple d'bumaniLé, non pas ceux
qui furent aimés, - ceu_X, au contraire, qui
eutenl un cœur el le do11nè1· •ni.
11 I!:'.\ n \'

no Il. DE,\ L, X.

Notes el Souvenirs
ftlardi 12 ~t'Jile111l&gt;1·e l 71. - Uier, à la
Ch.amhre, el pendant que n'importe qui, ur
je n sais rruel ujet disait n'importe c1uoi,
je regardai.s t:nmbelta. Je ne l'a,·ais 1ia. YU,
depui le moi de novemùre, à Tours, pendanl la guerre. 11 était assis à l'extrémité
d'un banc à "auche. □ a\aÎt soo. air bo11 e11fiwt, on air'd'aulrefoi , son air du lempsoi1
il n'était rien. Il a quelque méri Le il garder
ceL air-là, car Gambella e l aujourd'hui une
sorte de petit .oun·r.iin. li o consmc !-es familier , PS courtisans, son état-major de
Bordeaus. et de Tour·. on per onnel adminislrati[ et politique. Voilà le plus sérieux.
dan"er du temp présent! Dem: meules affamée., a1·itlc ds préfecture cl de ou -préfecture·, les destitués de ('plembrc 1 70 et
le· de 1itués de [éuier 1871. allendenl, a~cc
une égale impatience et une égale avidité, la.
rc ·tau ra lion de celui, Empereur ou Président, (l'ii leur r1.mdra l~ur place . La politîc1ue est en train de d1.ivenir une affaire, un
mélicr, une spéculation. Ces malheureux réroquës me font penser à ce capitaine Jacbel
11uc le comte d'E:.tourmel rencontra en
Italie.
&lt;t Le capitaine ,Jachcl me ùéLaillail, un
« jour, li.: agrément· que lui rapportait le
« commandement du château d'UrbiteUo.
« Indépendamment du traitement Ûle, me
,, dit-il, on jouil des di,·er lié11Mice attachés
1c ~1 la place; on a du bois, de la. chandelle el
11 de la consid~ralion . o
Je parlai· tout à J'bcu1·C', du Lemp où
Gambella ..n'élnil rien . .l',mi lorl. Gambetta

n Luujoms été quelque cho c. C'éln.ÏL en 1 li~ dcnlielle cl ounil la .éanœ. Celle sonneur,
ou I ti5. Gambeua u'a,·aiL pas vingt-cinq ans, toujours la même, c'e I p ul-èlre un jour
ru3is les Cinq le traitaient déjà avec une ex- r:arnbeua riui la l'era carillonner . Ainsi va le
trême deîérence. Ils étaient, au Corp lrgis- mondel
Bien oment, en ce temps-là, il m'esl arlaliL le, représentants de cinq circonscription électorales. Gambetta élait, par uoe rivé de orlir du Corp légi-latif, en compasorte &lt;l'acclamation populaire de Ioules les gnie de Garobt•U;i. Nou not1 en allioa , c·u
ptrrlotes politiques du riuartier I.Hin, le re- petite troupe, quatre ou cinq, au soleil conprésentant de ln jeune e des Écoles. li était chanl, après la séance, très lcolcmenl, le
de ln Chambre sans en être. JI assistait à long dtl quais. El touL Je loug des quai~.
Lnu tes les ém1Cê , el. lorsque Picard ou Jules aveo beaucoup d'e prit et beauroup d'éloFavre étai\mt à la Lrîhune, ils jetaient, de r1ueuec, ,ambclla nou re/ài8&lt;til la séanc ·.
Lcmp· en temp.·, en l'air, à la dérobl!r. de Voilà ce qu'il aurait fallu dire, cl comment
petits regard - du cùté de Gambell:i, qui leur il aurait fallu le dirr. 11 n'~lail pas loujour ·
envoyait des signes d'tmcouragement et d'ap- con Lent de, Ci,1q. Il les accusait de Liéde11r
et demoUesse. Abl ~'il a.vail été là! li s'aniprobation.
Un jour. oui. c'étail l1ien en 1865. PicarJ mait, $'écbau1Jait, 'emportait, jetait à pleine
devait park-r. La allc élail comLle, archi- ,oit de relentis antes liraJe . Les houquicomLle, et PiearJ était au désesPoir.11 n'a"ail 111 tes 1tonné' nous regardaient pa5scr. Uu
pas de ùillet pour Gambetta, lequel allait et jour, il nou lit, sur le quai Yoltaire, devant
,.. nail, agité. dan la alle des Pas-Perdu . le 1foni/e11r officiel, un admirable discours
Pas de place pour Gambetta! Que Jirait la sur la liberté de la prc se. Et, tout à. coup,
jeunesse de Écoles? lln député dela majorité, au milieu de œ dLcours, de l'autre côté Lie
1. de Montjoycm, ,,int au ecours de Picard. l'eau, .orLirenL&lt;les Tuileries el Mfilèrenl sur
li 'en alla troUl'er M. de ~forny el lui de- le quai du Lom,re les grandes calèches de la
cour, att... lé~ à la Oaumonl, a,·ec leur- qualre
manda un petit coin pour le jc1me ~mi dt:
chel'ànx, leur jockc} , gnlonné., cl les piCiuq.
- Il u'y a plu de place que dans ma tri- riueur , cl l'écuyer de sefl'ice, au pE:IÏL galop,
bune, rJpondil M. de Uoroy. Je yais y faire près de la portière. C'étaient !'Empereur (•t
placer . 1. Gambetta. On m'a beaucoup parlé I' Impératrice 1fUÏ s'en allaient au hoi,; de
Ooulogne. Gambetta salua leur pa. sage d'une
de Iui. Je oc serai pa fàché de le voir.
El Gambetta fnl inLrodui l dans la lril&gt;unc ,•1ll.lémcnlc apo lrophe. Il n'y a'1'3.il que la. larde ~I. de Mornl, lequel, la lorgnette à la g/.'ur de la Seine entre !'Empereur el le jeurni
main, examinail le petit avocat du lluarlicr avocat qui devait gouveruer didalorialcme-nt
lnlin. Après c1uoi, il agita la sonnclle prési- la franœ aprè la chute de l'Empire.
Lunov1c HALÉVY.

La Monlansier
PA.R

G. LE OTRE

ltaw un alon de npparwmenl • pril·és de
Louis .X. V, au château de Yllr ailles, un panneau Ù1~ boi eric moliile donne accè, u une
sorte de réduit grand à peine de lroi pieds
en carré - la place d'un homme assis ur
un tabonrel. C'est, lt proprement parler, une
armoire 11u'éclaire mie barbacane si bien dissimulée entre deux pila5Lrc. de la façade qu'il
~sl presl{ll.e impossible de l'apercernir de
l'e1:térieur. On apprlle celle armoire l'écoule
de Loui- T Le roi se mettait là pour
regarder, san èlre ,·u, le g-ens qtü tra1erstti.cnt la cour; cela. la.i fai,ait une &lt;lisr raction.
Dans ce gigant q uc pal ai· où les galeries
su.ccèdent aux enfilades de :dons, où l'on
0

peul faire près de lroi lieue- san. passer Jeux

fois dan la même ·a1te, le mail.J•c n'avait
bien à lui qne cc placard: il s'y Lcnail les
mo.in · • u l'le genoux, -ans bouger, le nez à
la 1·itrl', el rien ne l'ait micu~ comprendre cc
CJ u.e del'ait èLro l'~cra ant ennui de ce pauvre
bommc
oisif cl la sé Je tout. Chacun 'in"'é• •
C
ruait pourtant à l'a.muser. Comme il aimait
les ~.iil!a.rilises. on avait imaginé de lui
emr, chaqlli! ~emain&lt;', \Ill pclit tableau détaillé de la iluation eL des elploil des pcrsoru1es galantes de Paris. Lit police 'employait à l:t confccliou de cc. rapports, el cc
rama de ~ouillures était rêguUèrcmeut
ofü:rl at1 roi, 11ui s'en réoréail eL aimait a )
0

.... 171 ....

rencontrer lês nom· cJ ,, gcntilsholllmo · dt!
·on entourage. Peur-êlro tro ait-il trouver là
une excuse à on incontluitc.
Ce procè.~-verbaux, rnagnifü1ucmwt calligraphi6 ur beàu papier, sonl comené~ à la
liiLlioLhèque del' Ar~enal; il . onl Lromsé · tlc
manière alerte, san · crainte du mol rru, et
pilDfilltés au g-oùl du palais l,la é rL1ti &lt;le\aÎL
dégu ler ·t•lte étran,,.e lillrraLHre, En voiei
un, daté Jn 24 scpleruhru 1756; uou~ l'expurgeon pudiquemenl - ce qui le réduit
d'une bonne moitié.
b 1fo111ui 11llt1 Bruucll de t\lonla11,i('r,, u~ , arn11'homai,;-du-Ltnl\Tll1 est àgëe de ,·i11gt-huil b lrnu le

�111STOR1.Jl

---------------------------:--------------~

paraLle 1t celle qui brùlait les planche!&lt; i'. la
CellP bonne personnu 11m montrait pour ~eille de la Ré\•olution. Celle llontansrer,
le· aventures galante de . i heurettses Ji po- simple comparse, est ,rr:mdiose en son •enre;
silio~ n'était pa , comme elle aimait à 'en avec se· fraicltes couleur·, se· veux \'if: au
pré"aloir, la fille d'un a\'OCal : elle s'appelait cil· ooi1· Lrè épai •• on nez ;elrou é, son
ourire gaillard, on parler basque. la ,•oilà
\larguerite Brunet et était née, en 1750, à
Bayonne, tl'w1 modeste épin~lier•. On \·ient partie en guerre pour son bien-aimé 'Nem•ille:
de lire le récit de se dobuls et, san doute, eUe obtient pour lui, du duc d'llarcourt,
lancée en si l,on chemin n'cùt-elle jamais gouverneur de Normandie, la direction de
conquis une place dans l'histoire, si un des tous les théâtres des lrois ,,Jnéralitb de
tournants de la route ne lui eùt ménagé une Rouen, d'Afonton et de Caen'; elle s'éverltle
rencontre : celle d'un comédien dt! ,inglième de t.elle ·orte qu'elle-même se fait accorder l.i
ordre, Honoré Dourdon, diL 'eIDille• : faveur d'ouvrir une :iall • à \'er 3i1Je , rue
de alon: elle 'in inuc chez h!· Campau,
11 .~ncun talent 11, mais portant le co tume
fréquent~ chez ~Ule .Bertin, la fameuse mo11 à ravir 11 1 de la fatuité, la jambe hien l'aile
et un imperturbable aplomb. Ce belles qua- diste, flallo Léonard, l'illustre coiffeur · ou
lité Loumèrent la tète de la ~Iontan ier et parle d'elle chez Mark'-Antoinette qui wul la
Nemillr daigna se laisser aimer, comptant ,•oir el I] ui se qlis~e, un oir, dan. un~ loge
bien ne rien y perdre : il nourri .ait unr "rillée de la petite snlle de la rue de atory :
ambition, œlle de jouer les premiers rolc à on jouait le, ,1/oisso,weur.~ (Il le acteur rn
cène, se mcLLcnt à tremper une soupe au·
13 Comédie-Française, el la Montansier a\·ait
tant d'ami qu'il ne j11ge..1it pas impossiLle &lt;le choux d'un parfum ~i franc, si rustique, que
rnincre. grâce au crédit de la dame, les obs- la jeune reine, férue do toutes les pai ·anlades c1ui ·· ppos3ient à la réalLalion de on 1u~rie., ne peul retenir un mélancoliqur :
rèl'e : en quoi il fut déçu, du reste, la fo1·- Ah/ que ça sent ban! On l'eut.end de coulisses, el la directrice, :iux ilguel des imLune lui rrser\'anL d'autre~ triomphes.
pre. ions Je .:'a lfaje Lé, se permet de faire
avoi1· qu'on a 'l'é e,·1•é ltt parl de la reine.
- Ce ·oir-là, la ~Tontan ier mangea la soupe
l.}u'on harponne au hasard dans le paodL'- :ivcc la fille de .llarie-Tb.érè. e, honneur 11uc•
moninm pari ien de la fin du wm• si~ele, on n'avaient jamais o. é omhitionner l plu;;
... .\ujoutù'hui cN1x &lt;Lili composent pnoc,p~le- est sùr d'en tirer une fi.rure étonnante de hautains scigmmrs de France. C'est ainsi
m~nt ~a pàrli~ ~ont: lu cotnle d'faparbils, Ill relief et d'ori!!inalilé : ces geu -lit avaient le
qu'elle con1J11it le privilèlTe exdu. if de Lou~
marquis ,le ouHe, 1~ niar11ui$ de foa"ac, 1c ched:ahle au corp : ils appartenaient lt unP les spectacles, bal~ et l'èles de Versaille. :
nl:ier de llc1.0us, le ma,·quis de " ignclai, le
géuéràtiou évidemment née pour se mouroir clic en profila pom construire, en prolongem;1rqui~ 1lu \.imenè~, le i:omtc de Vilh.wagaiun,
dan
l'épopée et dan. lâ féerie: la nôtre ment du chàteau royal. race au plus br!
~!. de Pnysègur. le jeune rlnr de l:i Trémoille,
scml&gt;le
résenée au plus morne de nudir endroit du parc, l~ grand théùtre qui ttb il&gt;te
11. de \ïa1·111e. fils du c(lnseiller Ju roi, JI. Thiencore et 011 commença a fortune.
ro111: de llontre •ard cl nombre d'autre,, do11l le~ ville- Pl \!Oilà qui doit ras~urcr le~ esprit
Entre temps elle dirigeait se lroupe de
aoms oui échapp,i à 1a 'l'igilanco de 3Jme AulJoU)' inquiets, hant.é de l'appréhm ion de cat.,el de la d;unc Castoldy, !la fille. au.xqt1clies nuu, cly. mes sociaux: pour les "'rands drames, il _ ormandie, car reuville manquait de qua~omrne en partie redevable de
lité d'ordre nl!ce. saires à 1111e
l'énuméralion que nous venonô de
i lourde entrepri, e. Lui au ~i
faire : llll demeurant, fo demoiét:ùt épique à sa façon : on ne
~le Yuula11sier nu ·'en Mfrllll
peut guère Oltvrir les chronipas ... elle cherche les occasion,
ques scnndalewes ou les red'1Hendre ·e~ conqutite, du pôll
cueils de No1welle.~ à la m(lin
arctique au pôle antarclique : cetin lemp sam; y renconLr{'r le
pendant 011 doute qu'clli: thé.saurécit d'une f' capadc de ce
risr ; loul l'écl,,t qui l'environne
turbulent imprc aria. Jaloux
e l lri:l · ,nperficie1, el quoiqu'elle
C( romme un tigre », non sans
ait loujn11rs 1111 cnrtn·,e de remise
motifs, pcut-èlrc. il était s~n ·
au mois, un laquais. une f1mune
de cbamhre cl un~ i:oisinîère, ou
ces e sur la route de Rouen ;1
ne l:t croit rien moins qu'i, son
Yersaille pour surveiller la conaise .... On soupe chez elle WDS
duite de sa maitres ·e; mais les
les jllurs el orJiuail'emeol on ne
bonne fortunes l'arrêtaient en
se sépare qu '11 1roi ou quatre
chemin, car il ne e piquait pas
bourcs J.u nMtio. Ces surlPs de
de fldélilé, et ln Montnnsier.
µartics. son l singulièl'emcnl ùu g1ni t
soupçonneuse, cour;iil la poste,
du 1nan1uis dB Somr&lt;i, 11ui ~·)
dé \'~r ailles il Rouen, pour
livre tout entier....
LE CAFÉ DE L.A ROTONDE, AU PAL us-ROYAL. /Yaprës u11e anc:ie,we tslampe.
rêlrouvr.r l'incon tant el le raLa demniselle ùe \lulllilll~iet· .., t
mener dan les voies de la
d'une loille orclinaü·c, médiocrevertu. C'était, dan, le aument bm1 faite, blanrhe de peau,
les i·eu., assez bien, le ne;: un p1·11 gt-os, la faut des acLcur de taille el jamal plu , ans ber"C , de scandaleuses algarade. , des dnes
bouche l!L le pa1·l~r ag1·éable , de hi iorge, doute, la France oe réunira une troupe com- bruyantes de rupturC', suivies de réconcilia-

:ms, originaire d!' Pro,·cnc11, et, ~i on ~·cul l'en
cl'oire, 11llc e I fiHc d'uu avocat. Dès l'année t74',
elle élnil déj~ connue ur le panî tic Prtri•: mai
la lr,1clition ne nou dit pai. qu'eUI! l e1't1 li\jl
quelqoe conqw'le lil'illa101(_•, quaod &amp;!. Burs,.m,
coo,ciller :1 la Lroi,ièmo de, enquête,, demem:nnl
pour lors ruu thi üimlé, s'lm accommoda. ' .:
crorHnL a1111é de celle Hlle, ,rui " loujour:i élé
accort~ et délit.!e, il 5'allarlrn à elle; en 171-!I,
uommë a l'inlendance de la 11artinique, il 1'1111mena avec lui. :\omhrc ù11 tours qu'cllt! lui joua
lirenL IJU'i, la lin il s'en dégoùln cl l'ahamlonna
entièremrnt, aprè., c.epead,ml ~•être •fUÎlles cl
repris plu icur fois.
Elle fnt s'établir m'ltrchandc de modes a ~oinlOomiague: le cli111al u'hmt pu~ propre à fai1·1•
foNnnc dans re "filll'e,.. elle pril le parti de
l'13Hmir eu F1 ance. Elle reparut donc sm· noLI·e
h&lt;mzon au tommenccmenL 1le raunér t 751 èl,
comme elle conn~i«~ait rléjà la c,11'le ilu 1rJ!~• elle
n'11ul g;ir,lr d'! arrirer a,·ec l'cité1i1rnr d'une fortuue délul.it·~e. Ueni,. graml· nêg1·e.,;, habilles de
bleu, c1m la su1vaÎL•n1 p:1rloul. un laquais, dem.
femmes de cham.Lro ri un c:,rros, e de remise au
mois l':mnoncèn:nl sur lé to11 rl'uuc Ir riche
Américaine cl, 1a la faveur d'1111 ,i bel .ippareil,
elle lroU\·:1, sui,·anl l'usage dt• Puri. , du nérlit cl
des dupes. Ye1-rier. lapissier, 11u1 u·c I cependant
pas :i meure dam celte cl:t'! e, commencu nfanmoin par lui meubler un apparlement rue aiul11Dnoré chez le rba,rcnilicr qui foil le coin de la
rm~ ~Puvc du Luiembôurg, ;1u troisiètne. ~'ét.ail
un j'Cll haul pom· une princtJ,~&lt;' comnw f'lle:
mai:; comment faire'! Il ftilkiil se loger.

l. Bibliothèque d l'A1'Senal, papier~ de la BllSLillc .
Rappo,1s de Meunier.
I!. r ~h.ÏJ'ie de BaJonnc. fü).rait r.lu regi,lre qui
constate le! unis a11ces pendant t•~•méu 1i311 : - Le
Jix-neul'ii:ma décembrn a ë1t1 baptisée par moy suw.signé, Marguerite Brunet, oêe la veillr, tille légitime

la main jolie, amu..,;mlo el 'ênonçunl bien 1.

ae ,Tneque

Brunet, .:piuglier, et ile Marie Cspdeinelle
son ép&lt;&gt;use , de.meur11nl maison d'.\ngla, rue Faure;
puriun Jean l\abaou lie). tourneur, 1lcmcurnnt
maison tle lloracin, n,c Orbe, ma.. rniue ~larguerite

D'.\pezlegu~· ile Laborde. rue Luc, laquelle n'a cy
igml. pour 11e savoir écrire, te qn'onl fui! le pi&gt;re el

le parrai!' ~, cc ID&lt;1.Y . S\gn~ Rri;met père, Jc,in Raheon

(sic 1 et S,amt-~lutin , VIcatre. ,
.
_
.
3. Il était oé à Doue-la-Fontaine, le .:,1
17j0,
1. Le comt!dir11 Yeu11i/Je tl lo .lf011lamier, par
{;. llippeau.

mo,

LI .M01,1T.JINS1E1(
Liom tapageuses : coup- d'épée, incarcé-

---.,

rations au For-l'l&lt;:\'èque, enlè\'ement d'ae,.
trices, poursuites mou\lementées. telle titail
l'existence normale de c l hi lrion 1• Une
correspondance secrète dt&gt; l'époque notn
que ses a'"entures n ont rendu c-éli&gt;bre par
loute l'Europe re 9rugew· ,le ,,ieilfes folle$ 11 ,
el les archives du cb1)teau d'lfo.rcourt ctinser,enl de Lien précieux documents sur on

de !!'randcs clameur~, Cl' dont ils ne s'émurent point d'abord, tant la clro.e était pn~~éc
en habitude. ~lais quand on vit sortir Neu.. mc, en peignoir, le üsage co1n·ert de sa\lon
cl hurlant : (i 1 l'a sas in! » les gens commencèrent n s'attrouper; de la mai on sorlaienl d'autres cris : « Au meurtre! &gt;&gt; et,
comml on
pénétrail, on trouva • ur le
palier Halot, à moilié mort et couver! de

L'affaire, pourtanl, n eùt point dépassé les
proportions d'un assez banal fait-divers i
tous les merlan., de Rouen n'ens.enl pris le
parti de leur r·onfrère. Est-il utile de rappdcr qu'on appelait ainsi le. coiffeurs de ce
Lemp -là dont le vêtement. , toujours couverts de poudre, évoquaient l'idée d'un pois.son roul I dan là farine et prêt pour la friture? - llonc les merlan: s'insurgèrent : il,

étonnant roman comique. Entre r.ent antres.
1111 fait ~t à citer.
Le 1.5 mars 1782, à Rouen. Halot. le
:za,rçon perrn&lt;prier qui chaque jour rasait
'emille, Tint, à l'heure ordinaire, sonner à
1~ porte de on client. Il n 'étail pas entr~
depuis cmq minutes qae les voi.ins entendirent chez le comédien llll bruit de lulte et

san ,, ce qui n'emp~chaiL point Nem•ille de
jurer .-ur on honneul' el sur celui de son
associée que le perruquier avait tenté de
l'é,,orger. On ne démêla jamais lequel des
deu:x avaiL assassiné l'autre, quoique le pauvre
ilnlot, porté à l'hôpital. eût toutes les apparences d'nne viclime et que enville estimâL
prudent de di~paraître pendant la bagarre.

marchèrent sur le palai , au nombre de deux
ou trois cents, 1·rianl ,,engeance et demandant
la trle du com.étlien. Les gens de robe
n'étaient pas rassurés; rha1l'1e jour, ainsi
que le faisait remarquer le commis aire
llenard, &lt;1 ln vie des magi lrat· était confiée
a11 ra oir de_ ces messieurs u et on en était
vcnn à redouter uo égoraemenl général des

1. • De l'tr8câlles, le 10 dt!rembre 17111. - l,e
sieur de Ne mille. ,lirecl&lt;'ur Je la Com~die de Roueu,
ronuu d~ns toute l'Europe par ses course - lhêàtr11les
et par srs aventure~, ne11t rie donner nne pnu•elle
prou1&lt;• de s• crânerie. JI foil ordinuirrmenl dt'ln
wyoire,; pu mo!s .le RoJ!en ici ; il _lw6 e rhcz la )loutausicr. wn anc1e11ne nmre, d,r~tlr1c&lt;' rfo notre spt'ctacle, el parHrulièremrnl prorégée de la l\eme. ~olre
roue intmdui.Ïl 13 nuil une jeune pnulett,, de• nutre
troupe. La \lunlan,ier e cloufo. ou rut a1erlir ,le
~eu. inlicltllîl!I (lu chi 11u,· ls JalOU!•Îe v~ill · t,mjuurs.

F:llc ,a t'rapprr il la po1·te du parjure -;\cmill,•; celuici 11 • r,:po111l pus. Elle mc•n~r,• cl(• taire cofonc·er la
purle s'il ne ,·eul p11s oun,r. lmpaticnlc tl11 Lintnmurrc, il ~r lève furieux, pn,ncl ~na &lt;'péc, el l'e11rrincc,
en 0111·r.wl la Jll)rle, dans le bras ,le la Yonlansier.
~s cria ut le tumulte attirent le muucfo. Un saisit
l'histrion i11hnmoin qni a ,·onlu donm·r la Jll(lrl â "Il
hicufaitrici.', celle à qui il ,loil l'exi!lei,ce donl il
jouit. il est ,n pri'l011 ri t'alfair,, ,c p1111rsuil ,iisou-

dout.lP aime du mla~c. amolli!' par une n111i~1h•
lc111lres~e el Il fair ~01111,itcr ln rd1w puur •1u'ell~ dni 11ni\t ~·int, 1,·l••&lt;l'r rm Ja,cur ,lu co11p:ihl,,. Cetl1• pr111r~se n rêpn11ilu qu'ell~ ne protégeait pas lt•s ns;~~s,ns,
Tot)I crci ,l'~I 1l'au1,11_1!L r,tus (1111c1tt• pour le sieu.r

r~usemrnl.

La prume llonlansier ._•est

laissh, malirré lt·

Ncu11lfo qu uyunl ÙeJ&amp; JOll nornbrP il,• maurai l'S
affaires sur .on compte, celle-ci pourroil êlr.1 la dnrrrii•rc dt! ce ~,Uf!eUt' clc• \·icill('g folle .. , Corrr$J1&lt;11lda11e~ sec,·lle i11ëdile Stcr /,vuis XI l ,:/ fllnrirfotoi11rltP, publir11 par Jl. cle

Leseure.

�mSTO'R.1.ll

------------------------------------------·

parltimcntaires : Lon nombre de juges no un pèle-mèle e\lral'a a11L ') ·nconlraient
Lendaienl plu ' r1u·en lremblnnt le cou aux l)ugnon cl Barra I IP pèr• lluchèn!' el le duc
frater menaç:rnu et l'on vil de corrects con- &lt;le Lauzun. flulie~pierrc cl ~lllr ~laillard.
Piller ié&lt;rer sur les fleurs de lis avec des , aint-(:eor"e ri Uautnn, Yolange et le duc
lmbc. de bu.il jours. Jamais procès ne fut d'Orlé.'lns : « An bout du mttmc canapé dl'
plu rapidement jngé et l'arr2I, comme bien . oie bleue &lt;le ciel. us~. fané !'L déchir :, où la'
on peu ·e. donna pleine safofaetion au-x per- maitresse du lieu coml,inail on spect.u:le de
. ruquiers : il ordonnait à ln maréi.;bau sée de la emnine a,·rc Yerlruil, . on régi· eur, le
i.;oarir sus à ~euvillo et de l'appréhender comédien Grammont organi,ail a\'ec UébcrL
J't:mrute d11 lt&gt;nch,rnain au'- Cord liers. u
morl ou vif par tont le roiaume.
L:i llontansier, mal :,ruérie du coup d'épl;C
Ce fut le beau lrmps de ln ~lonlan icr :
qnc on brutal ami lui arnit nllongé !roi, commi! clic e lroul'ai I à l'iltroil dan. la petite
mn·~ auparavant. l'nl pourtant la Lonté &lt;le :aile d..,, Beaujolai., elle faisait 6Je\'rr ur un
so'liritl'r r ncore pour lui l:i clhnence dP la l1'rrai11 Jt• l'ancÎl'n hôtel Lou,·oi , rue nil'hrritine et I'arrel re'-la ~;1,ns elle!; mai,- 'rmill«- lh•u, le plus supcr~c d Il' plu. vrt. k 1hê1Hre
uc· r •parnl /1 llourn ']Ile rlrux :111 · plu lard; de Paris : l't•mpl:irrnwnt· srul al'ait roùl1!
r•nrorr m• put-il ~·~ maintenir m~lgr: l0111 11i0. 700 fore.'; dt•s omme~ t:norm s pasle néd1l de s;i m:.iilre.. e. dont le •éni nct·:.1- snir,nt par . e mains: elle 1:tail d«!l'l'nlle, en
J1Jr,1ur ~n&lt;lis.ail a,ct· l'àg . 1'r -\:1ai1-elle 11uel11ue . orle. l.1 reine &lt;lu Pnlai~-nopl d.
p~, mi~ •11 h'tc i!'ob1v11ir l:i drrl'clion de ton~ dans le. ht&gt;urr~ dt• d1,cordc que· 1ra1·er. ait
le· 1hi.\:,tres du ro,aume. movrunaut quoi Pari~. rite a,ail 1,• suprème tall'nl de plaire
dl , . 'rn"a"eail i1 ~~u1enir, d'u ~ . 11hw•nlion ù to11 • le · parti . ,\ rel te épol1ue 11ui marqna
annuellt• ,J,, 1.'10000 lirn•s. l'Ophn qui p ~ri- le premier av,•nemcnl aux affaire des airrri:,
dit ai1 '!
dl· · péJants et de prétentieux, 1•111· I'l' lait
°"ul ,Ioule qu't·llc n'rùl ri1n.s. i i1 111c111 r honne fille, a.cc11eillanlc, cnjom1c, .an· prudeà bien ee(Li-· gÎ"aOlt• que ,mtrrpri . mais la rie : elh· po, sédait surlou! ce d1111 ine~Limol1le
Hérnlulion J'arrèla dan. oa e sor : apr~s le · et lcicn françai · dtJ l'e. prit d'/1-propos. Dieu
jonru le· J'octobrr 178!.l le roi 11uilla Ver•
·a it s'il eu foll:tit alor pour ~ard,•r soit équisailles, mil(Tré 1P~ upplications de la 'lon- libre ur ln corde raide tle la popularité! Et
t.cnsicr qui &lt;lép,kb:i ses comédien , - elle 11uc de Jél,oircs II dépit de lanl d'aJresse !
avait 1011lt's lt•:; auùal'ri-. - pour l ntt•r J'nrLe 10 aoùt a\·ni l port,1 aut lhé;'ILrc un
rid er Ir rniturr · J1 la cou.r. L' '
·
1-oap 1
; ib luU:a)eal pourla.al; m1is le
◄
ra n in ·rpnr:d1lt' de la pcr, onnc 1·oyaJe 1&gt;
din1:inche 2 ·epll•mlm.&gt;. il lt•ur follnt h' n
1•t Lransféra à Paris le sii'gc de ses s&lt;-ances: r1•rml.'r leur porlc' ; le m · ·acre tic~ prison,·'riait la r11i11c de\ ,~r,ailles. t•I la , 10111:m ier, njprs à l' .\bhayc arait commenté ver. troi:
,·omprenanl• 11uc le · h('nm jnur dt' ,nn hl'urr~ de l':iprè·-midi. L&lt;' lendemain, Pari·
Ll11.:.Hr1' étaiN1l pa . .:-~. se tl~dar;1, i1 snn tour, l:lnil dans la ~tu peur : on luail dans tou le.
Il i11~1lparnlik Je I" \ .cmliloc D, Elle avait
11unr1icr~. Comme la reeclle. pour !Mn de:
alors prr~ ùe soixanl • an.; m:ii• le orl lui ~oir ', s'annonçait nulle, la Monlan. icr, ~entant
J'é~enail encore Lien des années d'exi~tenœ qu'il fallait, a toul prix, trouYcr du nou1·cau,
ri clc avenlurP~ en comparai-on dl' que,11 •
réunit e- pen ionnaires, acteur . dan cur ,
dc,ait Sl'mhlt&gt;r l,i1•11 fade le rouwn dt• s.i jru- mu ·icicns, décorateur., ouvrier,; el mathini h' , mil i\eu,·ilfo ù leur lèle d 1 , expédia
nc•. St'.
ver J' ·emblée qui . iégait en p&lt;'rmanence
~
depuis le rnatiu. Lt' •ens con ternés rcgarIl I avail, a l'c.drrmité il11 Palai -lloval un Jaient pa er celle troupe .iiitanl de chaspeél;dc dr marionneue qn'exploitnÙ l!ar- peaux rarubanné-, chantant de · airs patrioJ1,ur-Lebmn cl qn' on appelait, tlu nom d' ln tiques et em:ml, par ~a bonne leuuc et sa
rue ,·oi imi, le· &lt;( Beaujolais ~. La cènr 1\tail rdncrie, un peu de réconfort sur la ,~lie lerpelitr. la salle ,:troÎh', lt&gt; plafond ba . La ~Ion- rifiéc el muette . o\11 ,tanège, on parlementa
avec Ir- hui· iers : là ha.rre s'ouvrit deî30l
1011 . iel' ac:hct:i pour:, ;o 000 livre celle l1nles coinl!diens, et l eurillc, lrès di!!lle, tlonna
ra1p1r 11uc l'architecte l,011i~ tramforrna 1'11
lecture
d·un pelil di cour:; p3r lequel il anun 1hé.\tr1• conforta LI~ f'I. par miracle, pre que
11onçail
aux représcntnnl de la nation que
1
va~li'. qu'on inangur,1 lc 12 ,nril 171!0 •
(;rand l'ut le ~urrh iles comédiens de la Lou le, ernploy · de la dcmoi ·elle )JontanMnntan. if'r : Parj , qui tout nti r Yi mit au , ier, au nombre de :-:i, donl I~&gt; .eulemt'nl
l\1lai~-Ro,al, fah\il fête à celte femm e Jool élaienl armés, ollicitaient « l'honneur J e
la pcr on~alilé iulriguail el. en qui, d'in lincl, former etllre en · une compagni désirm e de
il . entait mw ,j parfaite inldligence ùe ce qui ~ r joindre aux volontaires de la section des
l'amu,c. Elle e drpensai l clo urille façon : )loulin pour marcher à la r cnrontrn de.
lnrrée a ,·ec :\'.eu ,i.lle dan· un appartemc11L voi- ennemi qui menacent la patrie el la liberté &gt;l.
.
füraull de échelle , qui pr&amp;,idaiL, répondit
.. ino dn Ùléàlrc cl dont lP' renèlres omra1enl
. ur le jardin • an ces e rrrouillanL d'une foule à l'oraleur; l'A. emblée ,·ota, par acclnmac1ti'rnüérn1ie11t lt~ plaisir el la politique. elle Lions, la me11tion honorable el admit la
arail ouœrl &lt;c ~es salon » : on J jouait, on troupe aux honn~ur de la éanœ. Le 1-4 ~epLem bre, après un nonwau défilé dcrnnl le
)' complotait, on y nouait d · intrigues. Oan
5. Yoir la. Revue d'ar/ dra,1u,tir,1u, janYicr ·18!l1,
l. ï oir 1ï11lcrmériia.fr,. ,Je., cherrhrur ri tll'I
1

rurirll-f, ~Z'&gt; juillt!l l8tili.
~. 1,r. 1•,J11lral fnl pa•~.; (e "l ilécenibrc 1791 ,
,le,-~nt _\I ll11m• 11 ri Robin, 1101111re• io !'~ris,

juin 18\);j, Falier. l,e lhéâ/r1• {ra11ç(tis eu liel-

par-

yil/ue.

~- l.a .!ont.an ter tint uu•Prl ~on

pcNncle

de

repr&lt;:,cntarfü, le bataillon de la llu!lc de
Moulin partait pour Châlons et, pn.r l"s me.
remplie· Jr· foule, w comp:.ignie )Ion Lan icr
n·était pa , ,,omme ]1icn on pen e, l moin,
applaudiè. Qurlle réclame pour la dir1•ctrire !
Le Pari ien rcconnn.i!-.aient, très gaillards
son, le l'O tome militaire, te· arli te aimrs.
Yol:tnge, Clauzel, Ga l'au dan, Dnire. se, le
dans 'Ur e\'c. lP. le chef d'orche. lre Gilbrrl,
le premier violon Del.lemme: à la tête de cc
hataillon sacré, le capitaine. 1·1I\ille ,e re&lt;lre. -~iL de loulf' .a tnillr : il était cerlaim•menl
flt.'rsuadé qn'à on .cul a prcl l'armée prui;~icnnc e-.,;écutcrnil un momemenl de sauw1p1i-J&gt;CUl général; mai~ !,, dieu de la 1ruerre
cll ordonna aulremrnl : :iie111ille. 11\anl ~oulu
s,i rnonlrcr dan~ loulc sa gloire aux hahi1nnl. de neim . im:tgina de pa · er une r ·,n ·;
p1r malheur, nn premier mou\'ctnenl cle on
1·hP1al d1• Lataill,•, il glis::i 11 terre .i maladroiteruenL qu'il se démit Ir Lras; on IP ramns~a gei"naul, et Clauzel le remplaça don~
le ro:nmandemenl dè la troupe.
lln a fait de celte t•,rnpade de. pen~ionna1rl' di! la ~lonlan~icr à l'arrn,:t' de nuruouril'I., des r,:('its éminemment pillOl'e tp1cs,
11rni. lr1\s fanlài.i~tes: celle bauJo d'orli. lc·&lt;'
\'Olant 1111 secour~ cl,• la patriP r11 J:111 11rr.
1lr, s. anl -e:, tréteaux n1 pkin camp rl JOUnnL
11• vnudc1 illc rntrc drn,: l,ntaille~ .... Le njel
11(:,it trop 1l'nta11l pour 11'Nre pas amplj(jé
par le ch1·&lt;1Ui1111c•ur . •\ nr ùn rapporlrr
,111·anx rares documents aulhentiquc. \ la
cl111. e se rédui ;1 à · ~ropurtions moindre ,
m.,is trè. houoraliJC'. ponr I co 1..ld.ie11s, en
1'L' ens qu ·011 11·cntcnuil plu:, parler âCtJ ;
sans doute ils lirent leur devoir. l'OlllJUC 11 s
r·amaradt&gt; ; ou ail seulement que llufre r,
à .femru:ipcs, mérita d'èLrc nommé ol'ficier
1fordonnnnl'e du génél'al ~IoreLon-Cha~rillant
et que la troupe comique, ainsi qu'dl l'arnil
jnré, ne 11uitta pa l'armée al'a.nl qnt! l'ennemi
f1'tl repou sé bol'!; cle fronlil•rc~. En apprenan l l'entrée de Dumo11rie1. ~ llru.xelleR, la
,Ionlan~ier courut rejoindre -c pensionnaires.
nh·ic d'un Lrain de four•Tons l'lcar.,.(,~ cle 1:u~lnme l't d'accessoire .. Le8jamicr J?U;;, cUe
iuauaurail ea Belgique cc qu'elle appela.il 11 • a
proparran1te », car !!Ile ét.,il parvenue à p1•ruadcr au:-. comités du gou,crnemcnL qu' Je
repré ·enlation. du Tableau pa-rlrml l'i cln
Desespoir de Ja,Tixse aJlairnl électriser les
populations flamanJes, fanatisées par clix
,i1•1 le clr ervitude'; celte plaisanterie coûta
100 000 franc 11 la I\épubUque, el la note e1'1 l
élé hi n pin ' tlleiée . i fa « 1&gt;ropagaudc »
n'a\'ail été uhitcmenl inlcrrompue par le r&lt;'Lour offen if de:- .Autrichiens, auquel- uccéda
la .econde inva.ion. LI fallut en hâte rc•!ragncr
le l'alai -Bo ·a 1.
)lai, on sila e à ui1Te celle femme e. lr:iot·dinrure i, trarer lïnexLrical1le dédale de
.es entrepri. e : un sorte de liène Yon~
prend à feuilleter son do ier. On I' L r11
pl eine Terreur cl la voilà prèle 11 inau aurer
son °rand ùtéùtrc de la rue Richel ieu ; jamai
1

Brmellé rlepuis le~ janYier 1i0:i, ju-q11ï1 l'ùque.s 111cl u,il·cmr11l c regardonl cr,unme 1r(:s unportanl Jo jouer
ve11da11t lu ,emaine sa.intèclùcporlcrcc p1rmirri-oup
ml\ obu~ rc ligicm JonL le pay c.sl inrcctê •·

'--------------------------------------- lA .MONT.JINSŒ~
·on acli,itt.l n'it été plu folle : déjù on équipe

les décor , on imprime le · affiches. on annonce l'ou"rrlurc, quand la Commune de•
[',tri~. l'Stimant qu'il y a là un mngnifiqu,
]oral. prèt 11 tllr•· e,plnilé, 011 !'Opéra e lro11r1•r,1il bic•n i1 l'aise. ('OJlli que lt.&gt; nou,·rau
thé.llre et. pour .'é1 iter le~ r~criminations dl•
la propriétaire, Jéceme contre cllt• un mandat
d'arrèt. La ~lo11l111dcr e. t m prison, enfin!
Elle ,a ~c reposer ... ? Ab! que c'c L la 1:onnaitre mal! - Supplication~. mémoin•s, factum-;, menacl' '. cri dr rage' .... Ellr amen le
si bien le. ]1acfa11ds qu'on ;·0~1• l'C'n10 ,,r à la
~11ill0Liuc : au !I Th 'rmidor, la rnilà dchor,:
un 1,1 l'i1·1•: l'llt· actionne b ConH•nlio11 11alio11alc rl r~c!amt&gt; 7 n,illion. d'iudt•runilé. , &lt;'pl million,! s' 11:ria Bourdon de l'OLe; pour
ri' prix-là on aurait une esr:idre ! 1,
On prétend •111 •rllr: en Loucha huit. ... mai~
en a • ignal. , el cc&gt;lle déri,ion fouetta -,a coli&gt;rc : jusqu'à la fin de . a \'Îe, elle ne se las. !'ra plu de crier n11 vol, et Je l'e jonr l'ile
s1• &lt;'l'Ul ri,·he ,le. Lou~ les millions riu'(•lle ri•damait.
Elle amil failli l'r.lre bien darn1lage : 1·ar
il s\-n fallut de Ir;,~ peu 1Ju'elle ue d1•1înt
impératrice : et l'on se prt'nd prP~que à
regretter que les fées ne l'ail'nl pa · er,,ie
ju ·qur.-111; ÙÎll l1lé la plu belle comédie de
l'hi,Loire, quelque cho e comme une Sn Maje.~té Sans-Gêne à élîarcr les si~•clc. à "enir.

[.1 ,

l;ALF.RlES

DE

'l en a rnit rédé une partie it narra·. &lt;lewm1,
depui. le 9 thermidor. le lion de Paris, el
doal elle étai( l'amie (( de tcmp immémorial o.
Barra. n\'ait beaucoup d'amies de ce ~enrc el
cc n'fil.l pa · un [rail à nérrliger pour l'bî:,toire
de mœur rt11·olutionn:iires (JUe de ..-oir
l'homme le plu~ inll Ul nL du gou\'ernrmf111I
logé, en °11rçon, cbrz une actrice.
Li Monlan~ier arait ~!or. ·oixanle-cinq an~:
mai,; Pile portail .on ;)tre ~ a,•e1·. l'arnnla~.,
qul'. donne u11 certam emhonpoinl, de la 1?:t1ie1é
l'l de la prél'rnaucr Jan le manièc'('. ». B,1rr,1~
rece,·ail ,-uuwnl la vi. ilr de cc jeune orlieier
1•n disponiliilité c1u 'on ,·oi Lsur,.ir. i11(h•ita ùlemcnt fa111èlit1ue N gaurhe, dan. tou les
ri'cili de l'époqur, l'L 1111i n'ét:.iit autre fJUC
Bùnaparte : il ,cnail drmandcr à ·CJn protecteur, lanlôl un emploi, lantiit du drap pour
.''hal1illt r, tantôt un dinl'l', cl Barra. le trailait en garçon ~ans con équencc qnoiqu'1l lui
reconmit « de la cap:tcité ». La )lontan.ier,
qui fréquentait .an cérémonie chez . on loc:ilaire, t&lt; en dé. habilP de roisioe ». Lrourn
gentil cc pt•lil militaire, et \'Oilà Barra. imaginant dt• faire uu sorl 11 Bonaparte ca 1
mariant a\'Cc lu comédiennes xagénaire, mai.
ril'he alor: de plus d'un million. an. complrr
Ir· créances .... La question d'argent ~rnl,lait
intéres. er ,cule le jeune orlicicr el. ra. ·uré
·ur ce poinl, il con. enlil à r11voir sn conqn ~lé
&lt;1 pour les accord ».
1

1

llO!S, Al

PAL.11s-Rou 1.,

\f:R

1IJ?O. -

Gr,nure Ju

-- ...

nola11l a1'1•c un SQiD mioutieu Lous le~ incidents de nature à rendre odieux ou ridicule
t·elui qu'il haïs ait de Ioule l'ardeur de sou
am hi lion déçue: « J' ·nga"e le. foturs éponx
ponr le jour m 1nic; ib accepLent lou. deux
a1·ec un empres m 'Ill t:' gal.. .. je erai · au
moment d'édaler de rire, mai, il faut gardt'r
son érirux. Je pla,·e à table .\Ille Munlan. i ·r
à côté de mrli, je Ji!-- 11 Bonaportr des mellre
, i. -à-,i~ dè n 11 : li• diner 111• :,;e pa,-,c pa~
s:111, 'JHC lou le deux ai1•nL leur, rrgards
lixé~ l'un ur l'aulre ... 1 'ous nou · lernns tic•
la hie: l1&gt;s !iancé · 'approchrnt. .1• mettent à
eau cr Lrè particulièrem nl; je m\~r.irlc afin
d,: ne ra do:ra ngcr lïntércs ·nrJI coll0t111e ~
m:ii Mjà, ~an \'ou loir . urpremlre leur.
parole·, Je le.· cnLcnt.l, dire de cc mot 1111i
fprnienl croire à l'intimité d'une r.onnai . aare
rrnri1·nne : a Xou · fcrom tt•l'i, non~ feron..:
cela: 11ou.~ à c'ha411e in·tant. Uouaparlr parle
d • a famille qu'il esprre faire connaitre n
)Ille )fontan i~r: sn mi•re, 1011s ~e frères
apprécieront une fomme :m. 5j dislin:;née : il
veut, au ~itôt qur c:ela rra pos iLle. la mt·nrr en Corse. - Bref' l'affaire vn S&lt;' conclur,':
mais snrvinl li• 13 Vendémiaire t-l le l'ulur
César, enlrCJYO)ant l'avenir, rompit hru~quf'm~nt a1·ec a future. o
Pour Loul dire, Cl' projet m:.1lr1monial nou
. emblc n,·oir Ciisté surtout, - l'l r~lrospectivemenl - dan J'imti~iaalion de Oarra-', li

1 .:,l,rnd

.te$ Es/Jmfe.l.

A ,;a ,ortie de pri on cUc amil repri - po ~e ion de . on appartement &lt;ln f'alais-Ro~·al

Plus Lard Barra., :ügri et envirux., s'est
1·omplu à lra1·er un réril de ~ fiançailles ,

lui donne tant d'importaarP, 11 apportl' 1t wn
réril t,tat dè ménagement· maladroit et d•'

1. _.Jfl11rnirr ju.ttifirnt,{ /Mt ifl rit11g,•1111r .l/011• Ou m·arc11,•: 1l'n1nir connu I" vru,1•
Gnpl'I, ,l'ami.- ~uiri nnmo11ri,•t 1•11 llt•l!lifJt11•. 11'a1•nir

1111P salle rul' ,fo la Loi•"'~ l'argent fffl. Ani:lui, cl ,le

,ii,l!réditi' te~ n,signal.:s en Bt·IA"ique, ,rnoir foil 1,:ilir

n 1linnRJ,,, r•lt'. • L, ?tl,1111nu,ier fol intAf•tér1\p à ln P,•lit,•

11111111'/'. -

n 'I'

urr C.ipel, 11'11rüi1· vontn i11ecndi1·r la hihliotbi•qtw

Fon,•. I.e 1:ï !Ill• ,iJ11~. :111 Il, 11013 lrn11,fi-r1111 i la pridu 111P&lt;'IS, Arrl,m•s1/,· ln P1·1'/1•r/11rr. dt [•n/i, ·I',

•011

�1f1STO'RJ.ll
pesantes préparations qu'il parvient à le rendre
suspect. 11 est Trai que. bien lonrrtemps avant
ln -pul.tlicaLion de- Jlémoites du heai1 Directeur el au temp' dr l'Empire, même, le lmut
courait dao Pari du mariage manqué de
iapo!Jon avec la Montansicr ..•. Mai narras
était bien bomme à semer cette perfidie 1 •
Ce que la ~fontan ier aura toujour de
commun avtc Napolé.Cln, c'est l'impo- il&gt;ilité
où elle met le;; chroniqueurs de coolt!.f sa vie
en quelques li"'ne : le dossi ·r (]Ue je feuillette est à peine entamé el ceci explique pourquoi les biographe n'ont jamai consacrtS à
cette femme-Protée que des notice déplora!Jl~me11L ét:ourt~e ou fantai~i Les : l'in-octavo
'impo.erait.... lais &lt;1uj lirait un volume ur
la Montan irr'? Notez qu'à l'époqne oit nou

voici ulle n'a que oixante-cinq ans et qu'tille
va vivre presque cc1llrnaire : elle plaide; elle
crée un norrvenu tbéàtre, le Yariélé · elle
obtient ur le Grand Livre une inscription de
rente de ::i.OG2 livres; elle manœuvre avec
l'habileté d'un équilibriste entre ,;es créanciers,
ses comédiens, ses débiteur , tous les rre11s
que gêncnl ses succès ou qu'importune sa
renommée; elle ép,111se euvillo, - le 6 septembre• J800. - Elle e t dans la misère
pendant ix. moi , red1n•ient millionnaire pendanttroi nns; de Mo cou l'emptll"eur lui envoie
par décret 500.000 francs dont, le lendemain,
il ne reste plus rien; mais six mois plru- Lard
elle e réinstalle dans son appal'tement du
Palai -Royal, remi à neuf el meublé de
fraiches oieries.
Il y avaiL en 1 60, au lhéâtre de Rouen,

r•u un,• iu!ll'ription oie a062 fr1111c, ,h, reutu s11r Il'
1. ,l(rmo•'re.1 tle lJorr&lt;r,. 4, J, p. 242. Voir aussi
,11~me ~uluml!, au~ .4ppP11dice,, n• VIII. LI' projet, lirnnd l.i,·re. qu'elle lut 11hligèe rl'~hamlouncr à ~"tld 111ur1aye de. /Jo,wparte el de ,1/lle .l/011ta11ûer. Co3 , crèaudrrs. Ponr iml,,mnité des glnoe. ca,,1•c · dnu;
to1'rl111f'r3f;•', llUt(UCI ;e çoruploisnil~l'idcmm,•ul llurras, '"" llniàlro tlu P11lnis-lloial, l'l p11ur prix ilell porte,
r1u'rlle n,·nil fait foire à Je ,alll' d11 Gr3n&lt;I Op~ra rl
o~cup,• don, St!s llt'moir • autnnl ,k plaoc que t,• réci4
,lr lo ré1oluti1111 ,lu I tl1l'r1nitlor .••.
tlui n'él.llif!nl pn:t:AlnlprÎ•e dan !P. paiement, elle ovail
,
em1111Jê au l\ui ,lt, lui nrcord .. r tou, Ir nu~ uni'
2. Lr ,·omédltm Nl'u.1•1'lle et ltt fo11la:nsirr.
reprèsl!nl11lio11 il s1ln heuë.ficr, 1 \'IJpérn : elle avait
3. Jlémoire~ de l'twl dt• Kock.
4. f,e J111m1(1l Iles Tlté1i1rl'&amp; du 16 juiUrt 1 20
olur,;
do 11un(rp.,·i1,Jtl•hUil au.. M. Ir \!UOJlr clP
Prad~ ojuu,•na une Mci,i,m sllr sa di.,mantll' •l l'un
tiuhlin r!'l llrLicl~ uèci•nlngi1Jut' : • - \Jarg111•ritc Bruprétend que sn n111la,Ji,• n'a eu ,l'autre cn11!.e que et'
ucl-.\lflnl311sier, veu, ~ &lt;11• ll1111or~ lio11nlon-Xruvill •,
ri•C~ tle 1~ pnrt du minhln•. \.lire- 111•oi1' ~ccvmµlt
est mort~ le 1!l de ,·,• m~is à rlige •li• q11Uln-vi11e;t-tfü
l&lt;&gt;llll]l!l, Jen,ir de la reli!!Îna. e lP n'n prononcé quP
nn,. Elll! ••,! morte prupri~t,,re ,1'1111 c;iuqniùn1e. il&lt;'
la snlle Je, l'a,.itllés, houlcv111·ù '.llnotruarlrl', l'llUS(ruit~ qucltJnllll pm,lc~. - • Ie Îai,,,,, ~-l-ellc ,lit. tlo oump~r dl1&gt; el 2 · anciens a~tcurs 1lcv-n113 3CS 15socit'.'5,
breu:t Cl'èsncier,; je drlsir~ 'J"'on fos e ronn3itre nu
l',m,, 11aic,tt1•Jll ,le la nlle a~ l'!Jlllira, rua de Richefioi la pusiliou ùe mes nlfo.1rcs, cl ·. M. accordera
snn
Joulo (1 me~ créandor, ce •1ue je ,l~mo11dai, pour
lieu, l'ile rc~l. eu 1•erlu ile [3 lvt du 24 l'timoirc ~n
8 millions p~rtie n'-ignat:s de l'an Ill el le SW'plu~ eu~ et pour moi. 11 - lli.bliut/rèqùe tle l'A1·$c11al.

r'"~

,1.

un vieil artiste, M. Prud'hon, qui se souvenait
a.voir été présenté. chez Brunet, cinqu;uite
an auparavant, à Mme Moatnnsier-Neu,ille ;
il se La rappelait 11 de taille assez élevée, ap11l
con ené, malgré on grand âge, toute. ses
farullé · et des reste, de beauté; elle avail
été brune, sa ligure était encore agaçante,
son nez relrou sé, ses yeux trr vifs awc
de cils noir très prononcé : elle agis. ait
el parlait avec un iocro ·ab le ~ans-façon;
elle ornil à quatre-, ingLs ans le diable au
corp 1 , .
C'est bien elle. A celle époqun el] ét.ait
amoureuse d'un danseur de eorde Forioso;
ce fut, sinon sa dernière passion, la seule
du moin. &lt;1u'on lui connut po térieurement
il l 15. On la rcncunlrail souvent, trawr ant
le Palais-rlol·al à l'beur de midi. Elle ,·enail
1l pied de Terne où cil, avait une mai. on
de cnmpagne : elle al lait, trollin11nt, \'ètue
d'une robe jaune serin, avec des souliers à
cothurne, un cachemire aux couleur criardes
jeté en écharpe ur ses épanle , 11t, ~ur la
lète une espèce de turoan àla mode de l 790l.
Elle mourut, tr' pieu llmenl, da.n sa maison
des Ternes, le 15 juillet 1820. Apri\~ al'oir
longuement entretemt le prêtre, elle appela
Mlle Lillié. sa vieille amie de lhéàtre, et lui
6t connaitre ·e dernières Yolonlés'.
Elle léguait Ion ses créanciers au roi Je
France.
0

G, LE. ·oTRE.

Les deuils d'un roi
1i 11. - PendanL que Louis IV 1pr-ouvait tontes les disgràces Je la guerre, il eut à
soulenir les plus grand malheurs dome tiques. IL vit, en moins d'un an, s'éteindre
troi · généralions: le Dnophin, sou fils unique,
meurt le U an-il 1711 ; le duc de Ilourgogne,
devenu dauphin, meurt l'année suivante, le
iK îivrier. n'ayant survécu que six jours à sa
femme, morte h: 12: h-oi semaines apr · , le
' mar~, le duc de Bretagne, l'ainé de leurs
fil , les suil au Lomheau : Paris ,il le même
,·bar funèbre renfermer le père, la mère el
l'enfant.
Le duc d'Anjou, aujourd'hui Loui· XY,
unique rejeton de 1a ligne directe, fol h deux
doigts de la mort: la duchcs e de Ventadour,
s:\ gouv('rnanle, par nn amour d'au!aol plus
courageux qu'elle o ait e charger ile l'événement, éloigna le. médecins, et, pleine des
icl,;es îune le qui na:Îl saieot ,le La.ut de morls

prkipil.ées, lui donna du contre-poison. Qu~
ce remèJe ait ét~ n~cessaire ou non, on eut
le bonheur deconsener un enfant i précieux
à l'Ët.at.
Le public ne trouva rien que de naturel
dans la mort du premier Dauphin, attaqu •
de la pelile verole; mnis il n'en tut pas ainsi
de la mort du duc, de la duchesse de Bourgo"ne el du. duc de Bretagne : enlcYé tous
trois presque au même insta.ol, on ne doutait
poin.l que ca ne Iùt l'effet du poison. Fagon,
premier médecin &lt;lu l\oi, el Boudin, médecin
des E1üants de France. le disaient sourdement, avec une timidité apparente et concerlée, qui n'en élait que plus l)IJ.fSUashr. Maréchal, premierchirur "ieii, sou.Lena.itlecontraire,
et oilail plusieurs exemples récents de pnreilles
maladies; mais il paraissait moins persuadé
lui-même, c1uc chercher à console!' le Uoi, en
écartant des images noires.
Le jeune duc d',\njou, faible el langui.ssmt,
qu'on d.i~it arraché à fo mort par un antidote, semblait prouver que le pèrr et la mère
avaient péri par le poisou. On ajoutait que }13
premier accès de la maladie de la duchesse
de Bourcrogue avait été nne douleur l'ive à ln

tempe, suivie de la fièvre, après une prise de
tabac d'Espagne; que, sur cette décfaration
de Ja princesse, on mlil inutilement cherché
la tahalière, ']Ui ne s'était plus trouvée. Ces
·oupçons, répandus dans tout lt royaume,
tombaient uniquement sur le duc d'Orléans,
deprns r~genl, el formèrent bientôt un cri
d'accusation publique. Il en fut si consterné,
qu'il demanda au Roi de se constituer prisonnier avec llomhcrl, cé.l~bre chimiste, dont il
avait pris de leçon·, ju qu'à ce que la calomnie fùt démontrée et détruite.
Le Roi, pr(jvenu par les ennemis de son
neveu, fut prÔ' d'accepter ,;a proposition;
mais il lln Iut détourné pa.r Marécl.utl, qui eut
le cou.rage de représenter tiu'uo tel éclal ne
servirait qu"à tourner en cerliludes, dans
l'imagiruition du peuple, des soupçons 11ui se
détruiraient d"cux-mèmcs; au lieu tiue la
ju tificalion du duc d'Orlé,m laisserait toujours à sa réputation la tache d'une accusation indigne de lui, el que la ilémonst.-ation
de on innoœnce pa erait encor poar l"indulgenœ d'un roi qo.i ne veul pa déshonorer
on sang. L'affaire en rcsta_lù, mais les soupçon onl subsislti 1o1iolemps.

D'CCLOS.

·La reine Caroline-Mathilde'
el Jean-Frédéric Struensée

Le mariage
Lorsque, dans les derniers moi de l'année
1704, ln prince se CarolineMathildet, sœur du roi Georges Ill d'Angleterre, apprit que
on frère venait de la fiancer
au prince héritier de Danemark,
elle fondiL en larmes, acca
hlée d'un chagrin si profond
que, longtemps, on crut que
ni les cares es ni les remontrances n'auraient le pmlVoir
de la consoler. La princesse
Amélie, sa tante, lui ayant dit
&lt;1o'elle lromerail bientôt l'occasion de réaliser un de ses
.rêves les plus che.rs, qui était
de wyager : «Je de\foe à quoi
vous faite allusion, réponditelle; mai je donnerais tout au
monde pour pouvoir restl!r où
je suis, au lieu de devoir aller
vivre si loin, au près d'un pTince
que je n'ai jamais ,'ll ! u L'enfant, -elle avait à peine treize
ans et demi, - finit toutefois
par se distraire de son chagrin;
elle voyait eucore devant elle
trois ans de répit, le mariage
apnt éLé fixé à l'été de 1767;
et, en attendant, chacune de
ses journées hLi était une fête.
Au chàleau de Kew, elle avait
na jardi a à elle eu.le, où elle se
plaisait à planter et à entretenir
toute sorte de tleursexotiques.
Elle aimait aussi à apprendre
par cœur des vers, anglais
et fri:mçais, parfoj · dti lo.ogs
rôles tragiques qu'elle déclamait aYec un ·érieux et une
flamme e1traordinaires. fais
u.rlout c'était ln musique qui l'amusait et la
pa 'sionnait : soit qu'elle chantât elle-même
les beaux ilir~ de feu ~I. llamdel, eo s'aooompagnant sut" le clavecin, ou qu'elle allàt entendre, au Palai~ de ,aiot-James, les tours
de force d'un enfant prodige ëÙ.zltourgeois, le
pelit Mo2;nrl, qui taisait à ce moment 1~ délices de Londres.
1. A Qu,w11 of Tear,, Carolint- 1/atilda,
Que.en of De11111ark aud Nqrway, pa.r\V.11. Wilkilli
~ ~ol. in-8•, illusLrè!o. Londres, Longlll11ns and C•. '
! Il. -

HtST01'.IA, -

FASO,

zo.

Pou.rlant on chagrin n'était qu'endormi :
il se réveilla tout entier quand, an mois de
juin J 766, on, lui dit que son fiancé, qui
dans l'intervalle était del'enu roi, désirait
a,•ancer d'un an la date du mariage. L'admi-

CAROLll\'l&gt;•i'IL\THJLDE, REINE DE DAN'E.IIARK.

JYa.pY4S le taMeau rù Jo

0111. REYNOLDS,

rahle el excellcnl sir Josbua Beynolds, qui
eut alors à peindre son porlrait, a raconté
plus ta.rd que jamais aucun portrait ne lui
avail coûté autant de peine, parce que, dîsaitil, « la pauvre jeune prince.~se ne cessait
poiol de pleurer u. es grands yeu1 bleus
étaient plein eneore de larmes coutf'nues, le
soir du l"' octobre i 766,. pendant que, dans
la Cbambre d11 Conseil de aint-James, l'archevêque de Cantorbery célébrai.t son mariage,
par procuration, en présence du roi el de
... 177

...

Loule la cour; l'unissnnl à un prince dont elltl
contiunait à ne rien savoir, sinnn que son
nnion a,•ec lui devait ·ervir à le détacher de
ses sympathies 'françaises, pour l'amener au
projet d'une alliance du Danemark avec
l'Angleterre. Le lendemain, au
petit jour, elle eul à se mettre
en route pour sa nomelle patrie. Sa mère, personne sèche
et dure, ne put 'empêcher
d'être tristement émue en la
vol•ant partir d'aussi mauYais
gré. Elle lui domm, au demier
moment, une bague oii die
avait fait grHer ces mot
« Puis e-l-eUe vous porter
houheur ! D Et l'on rat:onte que
la jeune reine litait si p;Ue et si
t.iéfai1e, si manifestement dés~
espérée, ,ous l'elforl qu'elle
s'imposait pour paraitre gaie,
que, lout le long de la route,
jusqu'au port de Ila:rwich, les
dames de sa su.ile pleurèrent
autour d'elle.
On la plaiguail d'autant plus
que, depui· longtemps, onn'avail pas conou à la cour de
Londres nne priucessc aussi
douce, a u.ssi charmante de cœur
et de manières, ni aussi jolie.
Le vieux l\ey.oolds se désolait
de. n'avoir pas pu lui rendre
justice, dans le portrait qu'il
avait fait d'elle; mais ce portrait n'en suffit pas moins à
nous donner une idée de la
gràcieuse et touchante beauté
quj bientôt, à Copenhague el
dans tout le Da.nt!lllark, allait
lui valoir le su.rnom de 1r la
l\ose angfoise l) • , ous de magnifiques cheveux blood·, d'un
blond doré avec des reflet·
d'argent, elle avait des yeu~
bleus d'une tendre se exquise, un nez finement arqué, et le teint de blonde le plus
délicieut que l'on pût rêver. Seule, sa Lèvre
inférieure, déjà un peu forte, rattachait sa
figure au type « bovin D Lrès particulier que
nous font voir tous le porlraîts de ses frères,
comme aussi de sa sœur ainée Augusla de
Brunswick ; el eocore ce dé[au·t, assez Seu ible
sous l'e1pression mélancoUquedu portrait dt!
Reynolds, avait-il vile fait de s•effacer dès
que sa petitehouches'illo.minaitd'un sourire.
El

�1!1S T OR._1.Jl
cacher . ou · les l.;1 hl· pour leur pincer le· c·ier. En vain, maintenant, e]l 'humiliait,
jambes, mais, pin particulièrement encore, domptait toutes ses r~pngnances, s'offrait à
à errer, la nuit, dan· les rue de Copenhague, partager les iguol1l1:s plaisirs de Christian :
où il cassait le "itre , attaquait les passant , celni-ci l'insultait à découvert, la raillant de
a grossesse, ou même excitant es compaet se colletait avec la police.
De telle orle c1u'il ne fallut pas beaucoup
de temp à ln paU\'r )lathilde pour découvrir
que e, . ombre!' pres. cnlimenls ne l'avaient
point trompée. Pendant le grand hal de noce
qui ruL donné, le 17 novembre, au palai" de
Cbri tian hor , le roi linl al&gt;!olument à faire
pénétrer une troupe de e · camarades dans
le appartement· privés de la j1•une reine. Au
reste, dès le . urlendemain de la œrémonie de
son mariage, il avait publiqnemenl conseillé
:1 un de ses amis de ne jamai ·e marier, lui
a suranL que c1 l'él3t de célibntaire était hien
plus agréable o. Lne aulre rois, comme on
lui si"nalait l' é1 idente trL tes ·e de Mathilde :
« Ué! avait-il répondu, que m'imporle? elle
doit
avoir le spleen, , oilà tout! » l.'omba ali
deur français h Copenhague, O ier, troi
emaines après le mariage, écrivait à VerLe a roué du ord »
ailles : « Ln prince· ·e anglaise n'a gu~re
C'étnil nn jeune garçon de dix- ept ans, produit d'impression sur le cœur du roi;
mais, eùl-elle été encore plu.s aimable, tout
court de taille, mais olidemenl bùli; trè
Gf.OR~ES Ill, ROI D &amp;'i(.J.ITERRE.
Llond, lui aussi, et avec un petit vîsage poinlu porte à croire c1u'elle aurait éprouvé le m~me
JJ'afrès I~ taN~au cl.'A. RAMSAY
qui n'était pas déplai ant. li ne manqua.il pas sort, car le moyen, pour elle, de plaire à un
(Gra1•ure
du Caéi~I des Esl12mpes.)
non plu de bonté, au fond de on cœur, ni homme qui croit 11uïl u·l' 1 pas de bon air, à
un
mari,
d'être
amoureux
de
,a
femme?
»
même d'un certain esprit, imprévu el volontiers c~niqne, rappelant on peu c lui du roi AuLan11uet du couron.ucmenl, le ic• mai l 7G7, gnons à lui raire la cour. li s'était choisi une
Louis XV, a\'ec qui d'ailleur· Chri ûan Vll le roi éta.il hrc en se mettant à lable; délais- maitre ,,e attitrée, une gros e fille qu ·on apée, mépri. ée, en Lourée de visages indifféaYait encore d'autres trail commun . Malbeupdait ij C.,1lierine aux ·uloLtcs ù, par&lt;'e 'lue,
reu cmenl, sons de apparences de ,·i!?lleur, rents ou hostiles, la reine l.iai,sail l ' 1eu
dans
son enfance, elle avait seni cher. un
il était njet à de. cri. e,; d'épilepsie, qui pour cacher l'&gt;es larme ; el, dans une tri- petit tailleur: il dansait a1ec elle au~ hais du
n'nllaieut point tarder à lui troubler la rai- bune, le· chorbte de la chapelle royale palois; api·~ quoi ü allait par les rues, avec
chanlaieat un h1mne ,lonl rnici quatre ,·cr :
son : sans compler qne, éle,·é au hasard, une liste des bour"eoi. e de la , ille dont elle
a mère était morte quand il avait deux ans. ,1 Ilien du tcmp se pass1:ra ayant que les a1•ait eu 11 :,.&lt;; plaindre, pénétrait dan les
cnfanl du Nord recommcntcnl à pleurer; el son père 'était empressé de e remarier,
car, la.nt que ,·iHa Cbri tian, tant que vivra maisons de ces femme , ,, brisait les meuliles,
)fatbilde. - il n'J aura,. &lt;lan le royaume, t:l les jetait ur la chau ·ée. A·ant u que la
rien 11ue de la joie, - el touL homme pourra rdne. dan· on abandon s'était liée d'amitié
avec sa première dame d'honneur, \lmc de
demeurer en paix 011 _a, tente. 11
Mais je n'tn ûnirais pas à ,•ouloir citer des Pie ~en, une exeellenle fcmIDe dont le cœur
'était ému au spectarle de tant de gentilles e
exemples de la façon abominable donl, aprè
et
&lt;le tant de souffrance, Cbri tian u'eut pas
son arril'ée en Danemar~, la charmante jeune
de
repos qu'il n'eùl con.,.édié celle amie de sa
femme fut Lra.iléc 1H1r on mari. Peul-être
femme.
li finit par la chasser, sans l'omLre
Christian cro-yait-il récllmnenl que le « bon
d'un
motif,
et tnit à sa place la propre sœur
air» et sa dignité d'homme lui ordonnaient
de
on
favori
Holck, qui ne se ca.chait pas de
de traiter .a femme d'une tdle façon? Peula
haine
pour
elle.
Eufin, au moi· de mai J768,
èlre y était-il encouragé par se foyoris, dont
sa faiblesse naturelle le condamnait à subir il annonça son inlenlion de quiller le Jlanetoujour la domination'? Ou bien encore, mark, pour alhir se divertir en Anglelcrr et
peul-èlre, il re sentait le besoin de c vcn11cr eu France; J\fathild le upplia, à genoux, de
de la désapprobation dédajgneu e qu'il li ·ait, la prt'ndrc avec lui dan ce voyage : et cela
dans les l'eux de la reine Mathilde pour la encore lui fut refu é. Chr~tian l'au lori.a im•ro sièreté de e mœll1's el de sa teoue. Le plement à faire revenir lmè de Plcs en dufail est que, sans ces. e da\'ant.age et plus rant son aù ence· puis, an premier relais, il
cruellemeut, il lui iulligeait les aD.ront les lui écrivit q_uïl révoquaiL son autorisa.Lion.
La seule excuse de ce mi.érable e l que,
plu scandaleu.1.
sans
doute, dès ce moment, on épilep ie naLe g2 juillet l 707, il lui signifia que, pour
CnRtSTIA.~Vll, )tOI DE DANEAtARK.
tive
cl
Loule espèce d'excès l'avaient rendu
la punir, il ne célébrerait pas le jour de sa
D'aprés le laNl!all d'A~GELICA
fète. Le mois suivant, il lu.i refusa durement fou : à moins encore d 'admeltre qu'il ait élé
• (Gra v11re cl11 Catind dt!S Esl:impts .)
la fareur, qu'elle ollicitail, de l'accompagner fou de naissance, ce qui ei pliquerail l'étrange
dans son voyage à travers le Holstein. Et el iuquiétanl sourire qu'on voit déjà dan un
portrait officiel peint, en i 760, par Wichman,
- la mauni.e inflnence de ses compagnons quand, au retour du roi, ~fo.thilde, très fati- pour être offert en hommage à la cour de
guée
d'une
gros
esse
dfüicile,
prit
la
peinede
de jeux al'ait fail de lui un véritable saul'arre.
Londres. liais, comme je l'ai dit, la folie
ri se dh·erlisnit à lancer du thé bouillant au faire huit lieues pour aller à sa rencontre, il s'est toujour accompagnée, cbez lui, d'une
i a"e de dames d'honneur de sa cour, à se n'eut pas une bonne parole pour l'en remer-

Aprè, une lougue et pénible Ira ver ée,
suivie d'un \'0}age lugubre ou dfs ratales
d' oeigc. la rc:ine )falhildc arriva, le 2:i octobre, dan' la ville danoise d'Ahona, où, p:irmi
de nouvelles larme·, elle dut se séparer des
dame et servante anglaises qui l'avaient
escortée. ~ai s • larmei; séchèrent, l'espoir
et la confüince lui revinrent au cœur, lor que, le malin du 2 novembre, à l\œ~IJlde,
- le aiot•Dcnis du Danemark, - rite vit
pour fa pr •mière fois son royal ~poux. Car
non eulemcnt celui-ci, ~légammenl vêtu à la
dernière mude de Ver aille. , •'était ingénié
pour la circonsurnce à prt&gt;ndre le port et les
façons les plus raffinés : à peine eul-il aperçu
la jeune reine que, ravi ans doute de se
tronYCr en po e sion d'une femme aus,i
belle, il s'élança vers elle, la :iis-il dan ses
lm1 , et la couuiL de bai er .

11

0

�msTOR..1.ll
rene amère et sarcaslit1ue qui, maintes loi~,
lui a ,,atu d'être pris porir un pri.&gt;fond observateur ·e plaisant à cacher son jeu. El jamais
cette v~ne 11e p:iraît ·'èlre an --i ahondammcnl déployée qne pendant le fantasLirp1e
séjour de dcuI moi qu'il fit à Londre , îorl
mal accueilli de la Conr, mai fèlé avec enlhou iamie p:ir la villè entière, qui l'M•ail
·ul'nommé n le rou du Nord », et ne e lassait pa d'admirer ses e_'l:cenlricité . Enuuyé
d'a\'Oir à subir des réceptions solennelles, car il n'était venu expr~sémenl que pour
&lt;1
'amu.er », - il di ait à son mini tre
Derni,tor[, en arrivant à Cantorbér) : « Le
dernier roi de Oam~mark qui esl rntré à
Canlorhéty a réduit la ,ille en cendre . , i
l'on rappelait cela aux habitant , peut-être se
décideraient-il à mt: lais ·er pa~ er sans cérémonie? » a belle-mère, la prince·. e-douairière de Galle", ayant fail mine de lui reprocher sa rroideur pour sa fenime, il lui rtlpondit en lui demandanL de· no11\lelles de lord
Bute, que l'oo aYail aulrcfoi accusé d'ètre
son amanL A11 Lbéàtre, il applaudi sait avec
alJ'eclillion taules les allusion ' contre le
mariage. Ellorsque la Yieille tante de Mathilde,
la prince . e Amélie, qui elle-même rall'obit
de lui, s'enhardit à lui de.mander pourquoi
il De s'entendait pas mifU.X a,·ec sa genLille
femme : « Pourquoi? répondit en Français
cet extraordinaire mari, pom·quoi? Elle esl
·i b1ontle! Il
Contraint à partir de Londres, d'où
Georges Ill raw1it presque chassé, il se traosporl.a à l'aris, et y poursuivit la même e"Iistence. Alais, qaanJ il ro\'inl à Copenhague,
le J4 jamier 1760, ~lathilde, toujours au si
désireuse de lu.i plaire, lui prodigua les Lémoigoages de son indul 11ente affection; et lui, le
m3.lheur ·ux, dè ipi'il la revit, ce jour-là, il
'éprit d'elle, en devint pa sionnément amoureux pour le reste de a vie. ,hait-elle
changé, mûri, pendant son absence? Le repos
et le séjour au grand air l'avaient-ils encore
rendue plu· jolie, - comme nous le ferait
croire un portrait, piLoyable et charman1,
que l'on peigni L d' el h:: il peu prè ' vers ce
lemp·'I 011 bien le revirement n'était-il que
l'c1lèl d'une nouvelle crise, dans l':lme de
plus en plus cllancelanle et déséquilibrée de
Christian? Celui-ci, en tout ca , e trouva
cooqui au premier regard; et l'on peut dire
que, désormais, il n'eut plus d'autre rêve
que d'obéir 11 l'exquise jeune femme naguère
dédaignée. Hélas! il rapportait avec lui, &lt;le
Paris ou de Londres, un mal fàchenx 4u'il
communiqua bientôt 11 sa chère ~Jathilde; el
ellt en fat à la fois si elrrayée el i dégoùtée
que, pendant que son mari s'enllaiL dans
sod amour pour elle, jamais plus elle ne
pnt i-'empêcher de ressentir pour lui un mélange profond de mépris et de répulsion.
Tont œ qui Yenait d,e lui, tout ce qui l'a\lait
approché, lui [aisait horreur. Longtemps elle
refusa de se soigner, un peu par d~espoir
de vivre, mais surtout pour n'noir pas à
r(!Cevoir auprès d'eJle le nouveau médecin de
la i:our, un Allemand, que 1o roi avait ramené
de son voyage, et qu'elle savail être son con-

L.A
fide11t préféré. Ce n'&lt;'st que sur lm ordre
form el, :1près JI! seinajue de rési ' Lance,
qu'elle "e ré igna ~ ubir sa visite. C'était, ce
médecin, un grand el gros homme de lrentedeox ans, d'a1•parence cnmmuue et mtlme
a sez laid, avec un énorme nez busqué sou
un fronl fuyant : mais beau parl~ur, mielleux, insinuant et, du moins 1t l't'nlendre, le
plus " avant du monde. Il s'appelait Jean•
Frédéric Lrueosé .

Ill

Un

•&lt;

surhomme

u

l11ut lemps li senir les autres, était de s'élever
ju 11u'à un rang où le re le des hommes se
truracruit forcé de le ser,·ir à son tour. Au
retour de on voyage en France, il raconla à
on rr~re qu'il était allé voir, :1Fonlainel,leau,
la chamLrc oit Chri tiue de uède avail jadis
dem.. nré avec )lonaldeschi; ajonl:mt qne la
pen ée de celle visite lui avait été inspir~e
par un r1h'e où lui ét:iit apparue la reine Mathilde. Et, comme son frère le regard.ail a,,ec
étonnement : « labi oui, reprit-il, tout est
possible lt qui sait oser! »
On ne possède guère de renseignements
préci ur là façon dont il s'est emparé du
cœur et de l'esprit d,i ln jeune reine, toutes
les pièces de ·on procès à ·anL été détrnites,
ou étant tenues ·~orèles dans les archh·e
danoises. Mais d'excelleul.s ohser\'ateurs. el
qui l'ont connu de pr~s pend:ml les trois ans
qu'a duré sa toute-pui sance, s'accordent à
affirmer que l'empire qu'il a exercé _sur la
jeune femme présentajt tous les caractères
d'une fa·ciua1ion magnétique; et l'bypothèse
parait d'nulanl plus \lraisembla.ble &lt;rne. par
aillour', on a la preuve certaine que Struenséc lui-mêrue n'a jamais éprouvé l'ombre de
tendresse, ni de pi lié, ni de reconnais ·ance,
pour la mnlbeureu ccréalore donL il disposait
à son gré. i ·ou , savons mème que Mathilde
'efforça d·abord de luuer noblement contre
celle inlluence qui !'envahi ait. Sur une
fenêtre de 011 oratoire de Fredericksborg,
elle écrivàit, avec le diamant d'une bague,
celle touclmnte prière : 11 Seigneur, fais que
d'autres dc,·iennent !!rands, mais garde-moi
innocente 1 1i Puis l'ile céda, se li1-ra tout

On risquerait, je croi , de se méprendre
tout ;i fait sur le role joué par • lruen é ,
ans~i bien dan la vie de la. rl!ine Mathilde
(1ue dan · l'histoire politique du Danemark, si
l'on ne commençait point par se rendre
compte de l'origine, du caractère, et de la
po 'iLion sociale de ce personnage. ou son
tilre de médecin, il avait lo111our été, et
continuait d'ètrc, un domestique. Né d'une
ob cure Camille d'ouvriers el de pasteurs, il
s'était élevé dans des anlich.amlJrt?s, s'ingéniant à obliger des client , nobles ou riche ,
au moyen de mille petit· ervice plus ou
moins hono1ables. J\ecommand~ par un de
ses maître~ au roi Cbrlstian, lors du départ
de celui-ci pour I' ngleterre, il avait été
admis li l'accompagner, mais toujours plutôt
en qualité de domestique que de fonctionnaire;('( c'était encore par toute sorte d'huml11c complaisances qu'il a,·ail réussi à se
füser dans b familiadt; de son nou,•eau entière.
Au moi de juin 1770, le prince Charles
maître. 11 avait d'un domestique la tenue,
les fa~\on de parler, et les entiment : aussi dr Lie se, beau-frère du roi, étaol venu à la
plat devant ses upérieurs qu'il était insolent cour de Danemark, avail demandé à la rcine
avec e, égaux. di simulé, indi crel, el d'une Malhilde de l'accompagner auprès de sa
làcheté sans m1rn malgré ses air de brnache femme. Toul à coup, dans Ull corridor, Malhilde aperçut lruensée; au itôl elle se
dès que le danger avait fui. lnteH,gent, li
coup sil r , il parait bieo to ule.Fois n' :i voir troulila, pâlit.. murmura vaguement it son
jamais eu qu'une intelligence de domesti4ue, beau-frère : 11 J tl me retenez pas I li faul que
c'est-à-dire habile seulemenL à 'approprier je m·eu retourne! &gt;&gt; A.près 11uoi ell(:l s·enfuil,
le idées d'autrui. sans même s'efforcer de lai sant le prince forl embarra é. Â. tahlc,
les approfondir; el l'on ne \·oil pas qur la pendanl Loule Ja îl ile de Charte de lfo:;sr,
m1&gt;decinc ni aucune autre science l'ait jamais Strucn ée 'as~eyait loujuar en fac1• d'elle :
intére sé autrement r1ue comme un moyen et, dès que leurs yeux 5e rencontraicut, on la
de e renùre indispensable à se protecl.èurs. voyait saisie d'un tremLlen1ent ner1·eu . Il la
trailait d'aillcur , dès ce momeul, el en préMal cette iirne dl' valet awiit été rongée, dè
l'enfance, d'une alilbiLion monslrueu e. À sence de toute la cour, avec ce fantastique
1ringL an , pendant qu'il admini. lr3it des cly - sans-gène qui allait, pendant deux ans, devetère aux bouliquiers d'Allona , 8Lruensée nir pour toute la ville un sujet de risée ou
rêvait déjà de pré idc.r aux destinées du Oa- d'indi«nation. « Eh ~ien? lui di aiL-jJ, \'ous
nem.ark. De la lecture de ll.ou . cau et des n'entendez pas cc qu'on vous demande? ...
Hon-, à qu.oi pcnsez-vou ? Pourquoinejouez~ philo ·o phes &gt;l de son temp , il ~ 'éLai L déd uh une doctrine qui ressemblait fort à celle vous pa ? » li l'empèchait de recevoir aucune
que Nietzsche devait appeler plus tard a la lettre, de parler à personne. Quand la vieille
morale des maîtres 1&gt;, mais aecommodée à ses princesse douairière de Galles vint, exprèl , à
babiludes personnelles de domesticité. Il la frontière danoise pour re,,oir sa fille, truens'était dit que, tous les dogmes reliorieu1 sée défendit à celle--Oi de rester seule avec sa
n'étant décidément que des ml'nsonges, el mère; et, en ellet, clle exigea qu'il îùt prétous les principe moraux. s'effondrant du sent à tout l'entretien. on mari, ses frères,
même coup, l'unique devoir de tout homme ses enfants même, rien n'existait plus pour
était dt conquérir, à n'importe quel prix, la elle; à toute heure du jour. on la. rencontrait
plus grande somme de plaisirs dont il était chevauchant dans la. campagne avec truensée,
œpab~ ~ el son plaisir, à lui, instruit de 011 bien assi e à table entre lui et le pauvre
◄

18o ....

r?i, qui, derenn 11 pré cnt tm1I à fait imltécilc_, tremblait dt:vanl Plie tanJis qu'dle trpmbJ~n deyant son amant. SirôL c1u'ell~ e trouvait seule, dans sa chambre, elle s'affals.ait
ur un ofa, ef fondait en larmes . ._iJ bPanx
yeJU avaie~l ~ri~ une lh:ilé vide, nn air d'égare~e~t qm r~1sa1l mal à ,·oir. li n'y a pa en
1·?rtte un lr:111, dan· tout ce 1111e l'on rapporte
delle 11 c~ m~mcnr ~e a 1ic, r1ui n'éveille
tout d~ su1le I image d une de ces ~ugge lion
bJpnn1u111' dont, précisilment, Jp Mesmcr
el lrs Caglio. lro 1enaient alors de rappeler au
monde la possiLilité.
Quoi qu'il en oil, au re.Hr, d,•s mo1ens
employ; par Struenséc pour Ja domine~. el
pourdewmirainsi le maitre ali ·olu ùu rovaume
le fair est quïl y avait réussi au d,·lh de tou~
ce qui- ~on. a_mbition a1·ait pu espérer. li avait
renrnyé m1m~tre et F:h•ori~, s'était fait nommer,. t?ur à tour. « maitre &lt;lès requètes » et
« mmure du cnbinot privé o, avait ohtenu
que le ~kr~ts porlant sa sq;naturc n'eussent
pas hc.orn d être signés du roi. Et, rn,turellrment, il s'était mi dès le premier jour à
décréter de réformes. Ce ritformes. dont
plu~ie~r~ arnient une porrée expre sément
au~rell"1e11se. lu:i ont même valu, par la
s111te, dan 11.'s pay scandinaves et en Allema_gne, une ré~utation de grand politi&lt;Jue.
Ma, • ~ail' vouloir conlesler le mérite humanitaire de 11ue.lques-unes d'entre elle. , q~·on ·uppose. d'ailleurs lui :woir été io pirecs par fa remc Mathilde, - j':woue qu'il
mti_ ~t'mhlc dirôcilc d'auacber une importance
sér,_eu e à dll~ dl'Ci ions aussi brusques, amsi
rad1calei., et gui, si elles ;il'aient été appliquées, auraient bouleversé du jonr au leode':'ain loute la vie d'un peuple. ta aohle . e el
1, arm6e,. le clr-r11 é. la propriété, la famille,
Struensee entamait tout cela d'un seul Irait
de plume : plus ardt&gt;nl à son œuvre de destruction que n'allaient bientol l'être les révoIutionnair .. s frauça.is, et travaillant sur un
Lerrain infiniment moins préparé d'a,•ance.
L~ comme partout, l'impression qu'il nous
faat (el il la faisait déjà an-x plus réfléchis de
ses_ contl'mp~raius) ci L celle d'un domc tique
qm_ se serait emparé, par . urpri~e, de la
mai ou dt~ ses maitJ'es, el qui, ~ou• prétexte
de réformes, assouvirait un ,icux fonds de
rancuue, amai-sées ù l'office.
Le. trois ans de s0i1 rèmc ont otlrrl un
pectacle qui, dans ,.l'autre, conditious, aurait
pu aisément devenir sinistre: mai, en foil,
il paraü avoir éLé surtout d'un comique el
d'un impré1·u llX traordinaires. Le prl'mier
mini:.lrt• dictait à sou souverain, pour èLte
envoJées à l'impératrice Catherine, des Jeures
ticritel! en style, d'auti.chambre, où Christian
app •lait son impériale sœur « Voire llaje Lf 1&gt;,
et signait ingénumenl: «J'ai l'honnenr d'èlm,
ladame, de Votre Majesté le très humble et
obéissant • ervitrur. » Toute la noblesse du
royaurn.e s'abstenant oigncusement J'assisler
di!sormai aux fêles de la cour, Cl'S fètcs n'en
avaient pa. moins lieu. pins fréquentes et
plq, . somptueu , es (Jue J.tma1 : mais on n'y
vo ·ail figurer 1111e le, l,ourgeoi du Ja ville
avec leur famillr . C'est ai11si que le prince

1('E-17VE CAR,OUNE-JK AT1lll.DE I;T ]E.A7V-'F]('ÉD"I;'lf.1C STJ?.TIENSëE. - - ,

royal
frère
reine
iaiuc

de Suvde, durant sa vi~ilc à son beauChristian VU. avait trouvé le roi et la
assi 1t ta.hie en compagnie d'une doude dames, qu'on lui avait pré entées

c'est ainsi 11u'une troupe d'aveuluricrs, ayaul
il leur tête lu reille Juliana, t•conde femme
du pêrP de Chri tian \Ill, comprirent ~ue le
moindre eflt&gt;rl leur sullîrait pour renver.er
une fortune aus~i mnl dért•nduc. Dan la nuit
du lô Jamier l 77~, Jnliana, profilant tlu
dé ordre d'un bal ma qué, parvint à s'introduire auprès de Chri. Linn, lui montra une
fausse lellre oi1 ' Lrucn fu t&gt;l la reine étaient
cen é a,·oir formé un complot pour le tuer,
et arrach:i de force au malbeurem: fou l'or
dre de f:1ire empri onner la reine et le mini .
tre. 'ur fJuoi, les conjurés allèrent saisir
lruen~ée, qui dormait dans on lit, lui signifièrent 011 arrestation, et le firent mene.r
à la cit:ideUe, rniùgré ses . upplicaLions el e
gémissemeuts. Pms il s'emparèrent de la
reine Mathilde, avt:c mie violence, une grnsièreté, une cruauté scandaleuses, el l'enl'ermèreol à la pri ·un d'El ·rneur, da11s une pièce
sans fen, où, pendant des semaines, seule.
privée de \'l!temenL, à demi morte, elle resta
~oumise all régime de voleurs el des assasin •.

lV
Le dénouement.

Désormais, le drame n'allait plu, comporter d'épisodes comiques, ?1 moins que quelcomme « le· épouses des principau nérro- qu'un ne trouve la force Je sourire d, l'écœuciant.s de Cnpcnhag.uc ». L'ambassadeur
rante b:1sscsse des avflm, 011 plutût des déo-lais Keith écrivait à ~on père : a CettP cour- nonciations, de trucnsée. Celui-ri, d'abord,
ci n'a pas la moindre ressemblauee arec avait fout nié, comptant toujour ·ur la faaucune nuire qui soit sous le oleil. u Et -.:cur de la reine, dont il ignorait le sort. lln
l'bonoête Sui ,e [leverdil, l'ancien précepteur matin, .es jug ', par manière d'épreme, lui
de Chri. tian VU, re,,enu en Danemark après révr:lcnt que Mathilde e~l empri tmnée,
Jeux ans d'absenoo, non raconte, dan· ~es qu'elle ne peut plus rien pour lui, el tJue,
curieux Jlénwires, que « le ton de la con- même. il a chance de s'innocenter en di ant
VPr~ation el l'allure générale de récrptions, tout ce ~u'îl .ait contre elle; et, non ~euleà la cour de Copenhague, évoquaient irré ·is- ment, au itôL, Je drôle reconnait qu'elle a
tiblement l'idée d'une troupe de dom~tiques été a maitresse, mai , oh 1inément, une sede grande mai on installés à table pendant maine de aile, il e. met à la charger des
un voyage Je leur· maitre 11. Parfois, au accusaûons les plu. em orahle. , affirmanl
cours d'une de réceptions de la reine (où que c'est elle ~ui l'a H Lenlé ~, séduit,
Strueosée aidait invariahlement Mathilde à obligé de force à devenir son amant. On lui
faire les honneurs), on voyait apparaitre tout fait ~igner ~c d~clarationi;, on les cm11orte 1i
à. coup le roi, en rohe de chambre, et qui, la pri on, où Mathilde, inwlfére11le à sa prosans saluer per ·•Jnne, se mettait à débiter un pre du~linée, ne ces~e point de trembler et de
poème français; aprèi: tiuoi, il ·en rt!lournai t prier pour son Lien-aimé. Et alors s·ouvre
dans es appnrtemenls, où ·on chambellan une sc·ne si tragique, d'une barreur si poiBrandi, l'homme de !-itrurn ·ée, lui donnail le gnante à 1a l'ois èl si . impie, r1nc pcul-èlre
fouet comme il un enfant.
aurait-on de la p ine à en renc:oulrer l'é1piiEl cette comédie aurait pu se prulon"er Vllonl dans aucoo autre Jrarne. inventé ou
indéfiniment, - car k pauvre roi était ;ns réel.
cesse plus épris de sa femme, qui au ces_e
Les juges montrent à Mathilde les aveu.1
e soumellait davantilge à l:i l'Olonté de son de ~lrucn~ée. « Si celle cool~ssion n'est pas
C\uy Dla nietz chl!en, - si bieutot l'inrrai- vraie, madame, il n'y a point de mort a ·ez
semhlal,le làcheté du fl . ur-1·al~L » n 'am.il pa
crudl!l pour œ momtre, qui a osé vous comom·ert les yeu1. el rendu le courage à es promettre d'une tellll façon! 1&gt; La reine fréennemi . Chaque l'ois que des ouvriers, ou mit, . pâlit, li\ve sur les juges « un regard
des soldats, ou des marins, ayant à . e plain- aJfol~ 1&gt; . ElltJ se rend compte de h gravité
dre de quelque uouYe.lle me:.ure prise contre suprême &lt;le 111 répon e &lt;1n 'elle va faire: son
em par 'trucni:ée, menaçai1ml celui-ci de ra~g. son honneur, _sa 110 même sont en jeu.
représailles violentes, le pui $ant mini lre J\fa1 . on amour fimt par l'emporter sur tout
pâlissait, tremblait de Ions se. membres, el cela. " Si je confirmais c1ue es paroles de
se hàtail di? révoquer les me. ure en questruensée sont vraies, dit-ell e, pourrnis-j~
tion. La cho. e Îl11il µ~r èlre snu de tou : e l
aul'er sa ,;c par ce moi 1:: u1 - En tout C'a~,

;n-

..,

18 1 ....

�111ST0'1(1.J!
madame. répond le président de la commission, \"Otre a,•eu errul compté m sa faveur,
et modifierait sa situation! Yous n'avez qu'à
i1,'ller le papier c1ue voici! Il La. reine jeta les
yeu Ill' ce papier où, d'avance, on avait
écrit l'aveu de son adultère. « Eh! bien,
oit, s'éc"ria-t-elle, je sim1erai ! » Elle prit la
plume que lui tendait le juge, signa sa condamnation, et « elle tomba de tout son long,
évanouie, sur k's dalles ».
Elle ne fuL point mise à mort, cependant;
et trnensée le fol, mal~é l'infamie de ses
dénonciations. Voyant que ce système de dérense ne sufû ait pas à lui sauver la vie, le
t&lt; philo ophe » avait en uile imaginé de se
convertir. Longtemp il édifia, par sa piété,
le digue pasteur prépo é au soin de son àme.
tais cc syslème-là, non plu , ne lui réussit
pas : il rut publiquement dégradé et exécuté,
le 28 avril t 772, en compagnie de son proLé~ Ilran:IL, le cbaml.iellao tl'lÎ 'amu ait

à rouer de cour le roi Christian VII.
Quant à Mathilde, elle Îlll sauvée par
l'excœ mème de la haine de ses ennemi .
Ceux-ci, avant de procéder contre elle à d'auLres mesures, avaieut commis ['jmprudence
de faire proclamer son divorce: ce qui fournil à l'amlia sadeur anglais Keith l'occasion
d'exi1rer, sou la menace d'un bomliardement
de Copenhague, que, étant redevenùe une
prince se anglaise, elle fût remi e au pouvoir
du roi Georg!ls 111. Elle reçut, de celui-ci,
l'ordre d'aller vine au ebàteau de Celle, en
llanO\Te, le lillu même où ét.:1it née, jadis,
son aïeule, - sa sœur d'inforlum:, - l'ar.
dente el charmante ophic-Oorolhée. C'est à
Celle qu'elle est morte, troi. ans après, d'une
fièvre prise au chevet d'an enfant qu'elle
avait recueilli par charité. Elle est morte au
moment où de· amis inconnu , Anglais el
Danois, e,vaicnL formé le projet de Lui reudre
lè Irone : projet qui n'était pas sans avoir

maintes chances de ré.us ir, car le pauvre
Chri tian VII continuait à r8t,,q,elter, et à appeler Je tout son cœur, la compagne dont on
l"avaiL séparé, il ne savait pourquoi. Du
moins, dans ses intervalles de lucidilé, a-t-il
toujours alfi.rmé, jusqu'au bout 1 que Caroline-Mathilde était innoœnte; el c'est cil
qu'affirmaient au.ssi, sans cesse en plus grand
nombre, à la cour de Copenhague, à la ville,
et dans tout le royaume, ce1U qui se rappelaient la grâce, la douceur, les longues souffrances de la jeune reine. Elle-même, pourtant, a signé l'aveu de sa faute; el il ne parait pas qu'elle l'ail jamais sérieusement
rétracté. Mais je ne crois pas que personne,
en présence d"une de tinée telle que fut la
sienne, puis e s'em~cher d'éprouver le sentiment, toul cbrélien, ex.primé aulrel"ois dans
ce beau ver de l'an de· poèt.es qu'elle aimai!
le plus:
E1 e'est .!:lre innoeenl que d"êlre malheureux 1
TEODOR

DE

W)'ZEW A.

Les débuts d'une favorite

Janvier 1751. - )1. Chaum1in, garde
des ceaux, a songé à plaire el à s'impatroniser près du roi; il l'a cultivé, il a releré la
forlune de ceux. qu'on appelle Jfor111011sel ;
ce sont nos jeunes seigneurs qu'on sait èlre
aujourd'hui de petite taille, mai bien poudrés, èt encore plus de pefü mérite. Us cha sent avoo le roi, ils oupentdansse cabinets,
et cela peul a,,oir son crédit.. .. M. Chanrelin
·'e~t acquis plusieurs pelits roués dans ces
Marmousets; il s'est servi de l'occasion de la
dernière •!llerre pour avancer leur fortune;
cc gens-là lui sont toul dévoués. Mai voici
davantage : Le roi avait envie de tâter d'une
a11Lre fomme que la reine; on l'a fixé sur madame de Mailly. Après bien des faux bruits sur
cela, il se ont réali és cl foudés. Mademoiselle de Charolais y a aidé par la commodité de sa maison de rtfadrid du bois de Boulogne et de la Muette où le roi soupe souvent.
Il m'esL arrivé de me promener de grand
matin, à cheval, dans le bois deDoulogne, de
trouver d~ traces de roues fraiches de la nuit
dans certaines rottte étroites el toujours fermées de barrières, lesquelles vont de la
luette à Madrid. ~lai depuis que lagrosse af.
faire est consommée, Mademoiselfe n'y est pl us
de rien el les deux: amants font leurs aJfaires

tout seuls. Le garde des sceaux ayant su le progrès deceu.evolontédc~a \lnjesté,est devenn 1~
seul con eiller de b ll:ully. Celas est accompli
dans les entresols du roi ; un nommé Laiure
en est le concierge; il a sous lui un second
qui amena au roi cette_dame, c'était l'bh·er
dernier. Elle parn.l derrière un para vent; le
roi étail honteux, il la tira par sa robe; elle
dit qu'elle avait grand froi~ a.Ill _pied~. elle
s'as~l au coin du feu. Le roi lm pr1L la Jambe
et le pied qu'elle a fort joli. ~om~e elle avait
ses instructions de ne pas résister a un homme
si timide, elle dit: « Eh! mon Dico, je ne
savais pas que Votre Majesté me fil venir ici
pour œla, je n'y serais pas venue». A.u bout
de deux rendez-,•ous, elle lui parln. de sa mière qui est graude; l_e roi .~ni d~nna libér~lemenl quarante loms qu 11 a•all sur lui;
seconde libéralité; mais à la troisième, il lui
a représenté qu'il n'avait à sa disposition que
l'argent de a cassette, qu'il avait dessus cela
beaucoup de charges Îl payer el qu'il n'y suffisait pas; on sail d'ailleurs que tout c? qui
s'appelle :Bourbon est avare. Cela a fait du
cha!!rin parmi les amant .
C'est là où M. Chamelin les aLtendait; il a
fait dire au roi, par madame de Mailly, que
le garde des sceaux était un habile homme,

qu'il s'engageait à faire la îortune de madame
de Mailly sans que cela parùt ni au cardinal,
oi au reste du ministère; qu'il en avait les
moyens par son département des affaires
étrangères, puisqu'il lui pa sait par les mains
des mémoires el des fonds, soit pour des présents, soit pour des affaires ecrètes, et, pour
mettre à tout cela un air de règle, qu'il fournirait à la dame quarante louis par chaque
rendez-vous; ce qu'on a upputé devoir bien
aller à cent mille livres pa.r an.
Ce qui est eerLain, c'est que, depuis cela,
M. de Mailly, que je n'ai jamais vn aller
qu'en fiacre, esi venu chez moi avec le plus
joli équipage et du roeilleu.r godt. Madame de
lailly a une chaise à porteurs du mème
vernis que les cabinets du roi. Elle cache son
ai ance, mais on la voit s'échapper; elle ne
paraîL guère le soir, elle mèDe une vie dillërente, elle s'échappe par des pnrtes secrèles;
les cabinets du roi onl cent issues pour é\'iler
le scandale, la .Muetle, des équipages obscurs,
les après-soupers, etc. Il faul savoir que les
~fa.illy onl toujours été ci-devant la faim et la
soif mariés ensemble.
On se dépêche d'arr-anger Compiègne pour
que la reine y aill0, et par conséquent la
petite Mailly.
MARQUIS

..,

182, ..,

D'ARGE SON.

MAURJCE MONTÉGUT

,

Les Epées de fer
®
LIV~E DEUXIÈME
1 (suite). ,
n malin. lkrnardin pënélra chez sa mère
plus tôt que d'habitude; il s'assit gra\'emrnt
et commença :
- '.\1ère, j'ai à vous parler.
La vieille d:11ne comprit sur-le-champ c1uelle
crnit la nature de l'entretien; elle s'en
altri ta, connaissant, l':!'lllle part, les impo sibiliLé~. hnntéc, d'autre parl, de .es éternelle
appréhensions. Pourtant, d'une voix douce,
déjà. prise d'émotion, elh• répliq11il :
- Parle, mon enfant; comme toujour ,
je suis 11rêle à t'entendre.
- ~la mère. reprit le jeune homme, les
yeux droits (car devant celle mère, il n·arnil
jamais re srnti ni crainte ni embarras), ma
mère, vous devez saroir ce que je vrux ,·ous
dire: vous y voyez clair, à votre bahitudc.
J'aime Claudine; je croi eu être aim~; tout
me l'a.sure, tout me le crie; sPs regard , ses
gestes, se' nttitudes, sa mélancolie; oui, tout,
sauf es parole~, c•ar jamais un a,•eu oe s'est
t!cbappé de sa lioucbc. Elle est fière, elle est
farouche: c'e ·lune Le Glohanic du bon temps.
Mère. voulez-vous confe~ser eo cœur superbr?
Plaider ma cause devant celle :\me inquiète? ...
,le rou · lo demande. El i je le tais. c'est que
je ne doute pas une seconde ,1ue vous-mème
n ·ayez déjà, bien à. l'a,·aoce, prévu et désiré
cette -union que tout indifJlle, r1ue lOnL coneille, que tout justifie.
Au début, madame de .Joyerme :wnit écouté
son fils sans mar4uer par un signe, ni Sllrprise, ni plaisir, ni mécontentement; impas. ible, elle le laissait aller; mai·, hru.quemcnl, au milieu de la conlldenc.e, elle pâlit
affreusement; ses yeux s'agrantlireul; el,
fixement, elle regardait de ant elle, comme
si, dans ln lapisserie dés murailles. elle percenil quciqul' cbo e de terrifiant.
La vision, l'alfreuse vision, une fois de plu
emplissait ses prunelles hallucinées : Bernardin, étendu sur la lande, ses doigts griO'ant
la terre, la poitrine rouge, mort en pleioe
jeunesse, en pleine beauté.
Ce ne fut qu'un éc.lair; mais elle acc1•pla
cel averti scment du riel. EL quand le chevalier, auquel al'aÎL 'cliappé ce trouble d'une
seconde, termina sa requête, elle s'était ressaisie. Sa décision était pri e. Pour rien au
monde, il ne fallait attrister œl enfant marqué par le Lrépa ; elle répondit donc :

ui ... je SaYai .... J'avni. bien vu.
Certes, cela de\•ait arrh·er. Vou êtes tous
deux jeunes. Lou deux be:in..·c el les évûnemenls qui ,·ous ont rapproché . •f' sont monlr ;, complice .... . Eh bien, c"est convenu; je
vai interroger Claudine; et, cc soir. oui. ce
soir, elle le répondr~. E -Lu contf'nL?
- Merci! cbant.1 Bernardin en alliranL la
pamrc femme dans ses liras: merci trois
fois; mai$ je n'avais pas douté de votre bon
,·ouloîr.
.J.prè· quelques mols, celle foi indifférents,
il l' retira. A.lors la mère, liùrc enfin de .a
douleur renonn•l~e. de son horreur grandie,
tomba ur un siège, la face entre les mains.
Un instant après, elle appelait Claudine :
- Écoute, lui dit-die, et soi brave, car
c'e·t alfrenx ....
La ,jeuue fille pàlit, pressentant le désa tre.
- Assieds-toi, reprit madame de Jorenne,
là ... près de moi. Voilà. il est venu, "tout à
l'heure, me prier dïntcrcéder auprès de toi,
pour lui ... pour on amour; de le demander
ta mllÎn, à toi, puisque lu es eule au monde.

lléla ! par la franchise, par ta volonté au;;si,
ma réponse était dicl.ée ... je devais essayer
de combnure cet amour ... c'eût été inutile,
sans doute, mais plu. lard :n•ec le temps, et
g-ràce à tes propres refus, peut-être erait-on
panrenu à le décourager, il e.t sî jeune, on
ne sait tia:. llJla ! ,ie n'ai pas eu le loisir de
lui répondre. Toul d'un coup, sans que rien
m'y préparilL, là. da.os celle tapi ,erie, en
plein jour, ,J'ai vu ... tu sais'/ ... J'ai ru. ... lai,
fusillé sur .1a lande ... .
Claudine ·~tait dres~ée, la face dêcompoée, lragirrue; elle ne put r1ue halbutit•r:
- Encor-!
- Oui, encore! répéta madame de ,Joycnnc .... C'est ain i . .• . l)ieu ne veut !Jas qu"on
doute.
- Oi1•u? fit la jeune fille d'un ton énigmatique .... Alor'" ... Que dois-je faire?
- ri ne faut pas lui causer de peine ... petite ... lu comprends bien ... ne rien lui refuser .. ..
la phrase ét.ail a.mlii ,uë; cerle , relie qui
la prononi;aiL était bien loin de lui donner le

Une ru1'.1eur s'dle,,ail de l'a.11/re côle au pm1t. q'llaU'II eux. BienJiJI ils app1Jrurenl, hâves, deguenl!ié.t; /es )'eux
èleln!s, p,-0/011.J.~ 4am de, ca,er11es, mutile~. /Jkssés, malldes- et reu tiom/orewc. Dev.2111 le C1/v.2tre, sizlu.2n
le g•I~: fis avalent enlonn.! le Stella Maris; /1mrs voix è/Jienl rauques, toriséts, Wintat11es, n'a/laleiil pas
Jmqu a l'echo. (Page 185.J

.... 183 ...

�r-

fiST0'/(1.ll

lt&gt;nir .'Ï fort •nlre mr. Lra que la morl
sen· lJIII! lui allrihu:1 t·1 llc 1p1i 1't'l.'1mlail, el - eu écoulnnt ni bl:1,ph'•mc implcnwnl n'osera ra. r 11•nir prendre ... Oil bil'II, Jll'lllénon ·~. crul pt"rJr, la rai~on.
1
qui inlcrrompil :
- Toi, toï! uu • Le Glohanic. une tille ètr , ô joil' ! ne pouvant plu , 11011 pa rcr.
- ·on, ri 11, c' ·t 111011 inlention !
11011 cmportera-t-clle cni;eml,Je wr l' ouhli .. ,.
La ,i &gt;ill,: d me 1•011tinnail, . an. · i:,ir la d'l1:ir~toél. parler nim,i'/ 'I o a,- uoff ·rt, oui, Et c:e: ·rait le 111ico~ de tout , 1 ni •
t-rP- une raison'! Et moi, j :ouffre, je
nuance:
f.11 • di~ail C l:i. !:'l ra e nrdente.
- li fout train r cdn en Ion •11&gt;11r .... I.ui rourli• ln l le. j,: m ,ourn ·, j':t 'l*'·
fou,, e1tntiquf', tnliévrh•, harrnnni
Claudine
sïrr1I
il;
ell1!
int
·rrompit
;
proniellr pour plu, 1, rd: 11u nd tu · 1•1":I..
- \'nu~ èlc. une , inte. je .uis une plll' !,elle dan · ;&gt;a foi l~onr s,1~c.
~tahli da 11. ton n m, If• titri: . ... nui, ga)1 dam de fo)· •nnr, Ir. main jointl's, la
i;ncr du tc-mp ... c'e t .,ffrcux à dire, le ll'lllps f Ill Ill!' , •••
ron
·idér,11l a,ec lerrl'Ur. a1· (', admiration. hll •
- n • femme~ oit! mème une fl'OlIDt' ....
qu'il ruetin• !
eut
la ré1·élalion . ubil, de ,1•nlimeul m ,téEl .-elle m~re. ,hionnaire, l1i1•0 que r 1si- t:: t-1.: tiue le~ f1 mm . de ton rang n portent rÎl!\ll ,1u· •Ile n • puuvail comprendn• , ;nai,
gn :eau volonté. ddlieu l: ·lalaiL en .antrlot . pa · eu el!t· -mèm.e , ln . nuwgard1, Je leur dont elle p •rCe\'a
•
•rr:111deu r.
inné. an rherrher
oil 1 dit ClauJiu •: 0011 m ntiron. cc wrlu "! ... n'ont-cl! ·
Et,
oudain
eau
e humaine.
ou r ruellron. d'un al't'. ord mutuel, plus h~u,, le dé •oùt dt: la foule, d la uil- ouLli nt une cc
iplinu
d cicu\,
vou t moi, l maria e à an tcmp. i11Mkr- lur rharn ·lh•'! E•l·Ct' 11ue l'ronnr.ur n'c l cil allira v •r. cil
did
·
at11ourt·u.e.
111in '... t je ·rai jo~ u. • d •\anl lui ... j' p:i~. h 1. 11011. , 1111 eulimrnt naturd ,iu'on et loi murmura,
ul ;
li!?Ur mal pomoir n pa. exi. l r? ...
,·ous lt• prom t, •... foi· je II m conl •nt rai
- Tais-toi, tais-toi, pelitl' . que j1: ne
1:ul
rue,
r
'pliqua
la
œur
dt'
Turpin,
pas Je c •1, • m, dame .... Ob! non, 11011 ! ajouj ,oi. •1ue ou, oulilieL mou pa il. \'otre ·:icbt' pa , au moin~ l. ..
t -t-dlc d'un• voi. plu ha ·
L• mèruejour. prune der
· 'S ù' t'
Dieu l mon fr~rc! ont wulu 11u • tolll cela
Mal ré I • d~ ordre th• .. id \c ·, madatn
où.
la
lumir1e
'aunrde
et
ne
,·eut
r
'. .
rour moi Il fùl plus 11u'un rt•grel : je ne
J • Jo, nue. •Ue foi:, 'intl!f'~;-,a :
tlr
•
comme
un
pluie
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li
- · Qut •u1-tu Jire. p tite.1 Qu 1' J~ - pui ra· dir• un remord ....
!!OUlt' , l11mÙ.1Ît •n rrso
rie • tu n'a jamai. été roup l,lc.
eim: c1111ç.oi ·-tu?
'ïmporl , j • ~ui perdue! Et ,·011 me d':udoi~l'. "Ur le reu·
La i~un' till •, d'un n te rnlonl ire, . oua
1l
•
croyez
. sez tupidemenl ,;rnilt!U. pour allo- plu. ncorl' l ~ manoi
• 3 l ÏI! brune 1111
lourd bc,· •ux encoinintime
dr.,
cbo,e
·
o
cher quelqu, pri
e qui r l de moi? Je
brait.nl &lt;le nuit.
.I'
'
me
mépri
e,
j1•
n
compte
plu .. :i votre fil .• dan~ une sali d
- Je n,• pui pa ,ous lt: dir ... ,·,,u n
iul
rt&gt;i- , • • étai, ol
mon {.lieu à moi. peul tromer 11uelqu' j ie
IDl. comrr ndriez pa..
de autre •
- .\h ! 111 a· des ~ecr
pour moi, pré- &amp;n · m . hras, je le, lui oon Ve • dtllite.
Tonlé la journt . Claudio a,·, il nlOPchi à.
vcc
cn·bantemenl:
donn·
•
•nfln.
nou
ras
- nt ? pronon~-:a la m~r ,le ~ruardin, an.-c l:i
r.c 1p1'ell J_îrail le .oir; au ar!!Uml'nlS, d'appri. P; aimante, aimée, radieu e !
tri te intonation d'un dou rcpro be.
paren \'l!ridii111e, u:ceptiblt• ' Je Lromp,'r
- El l't:nft:r, l'euirr1
- Soit! répliqua Claudio , se r,•drc . ant
U rnurJin, de contrnter son d1Ur, l'.11 obteJl I C011113Î , m Jarne, en \"Î(.'11
datL un alliLUde J d'·h, écoutez-moi, mi
nant :i p.ati1•11ce. Et, de fait. 1I ;lai ni nomPui , cban~eant d ton ,
lle cntêt
je ·ai, ,·ou épounnt..r.
hr ux à fournir el rai. onnalil .. Elle n'avait
- l\ien ne peul plu m'épouvanl •r, mur- d'amuur pr :chait a pas ion :
pa de nom, pa dc rlalit: hile; l'ile n'c\i~- .\h! \:à, ,ou n'a\·cz donr jamai niméL.
mura m, dame de Jop!nn •.
1 il pa. ; on n'i·pou l • un fanlom • rnt\'ou me dire· ,1ue Bt&gt;tn:irdin '"a mourir, et
- 11 doil mourir, u\• ·H· p '?
ell • rl'COnnu • publir1uc-mrnt par Geor e. l
,·ou
· m'épouvantez au poinl que je voui.
- H~fo,,!
par ·c pairs, par I p uple a.. mLlu, toute
croi ..• il va mourir, cl moi qui le ai j'of- Jlientul '!
une procédure• c[ectil"e devenait néte, ·aire,
frirai ' comme adieu le bout de m doi&lt;Jt. à
- Oui.
p:ir la suite, à. a r '•intégration J n fa ,ie.
se
lène .... Bonjour, lionsoir. \'a mourir!. ..
- J dni 1011! raire pour r11ndr jo}'eu ..e
Quel m:ici trat, l(II ,f prillr consentirait à
Je t'oul,lit•rai .••. J n'ai pa lecœur:ii11 irait.
s dernière h,~ur1•:; ... '!
unir un feiume an· id ntité. m·me ~ un
'1\ doit parlir. il m' •mporl ra! J · 1• r&lt;le- ,hi l'en pri1•.
,·ntilhomm' 11ui .'en porterait arant? ucun
rai, en moi, dan mon u,· nir, dans mes
Il m'.iim1'. ?
m.
"Îstral, aucun pr ll't•.
yeux. dan · m. chair. Cro) nœ , cru pole
- l'rofo11d;rn •nt.
Tout ela, pour être concilié, d maodnit
- Eh ltit&gt;n, quelle c~t. pour un amant, la di,in • prvju és humain,, j'ai cba .. tout de, DJl)Î .• de. un. pt•ut lre, par C.' l~mrs
cela; r1u· .1--c• que to11l cda d•,nnt mon
plu rande juie au mond •?
troubl~ oi1 le pou~oir~ puhli. 1$1 Îl'Ut rra.iLa ,·i ill Br •toun h' ita. Ceti pa ail sa amour'! Vous me r:vollt&gt;1, ,ou., madam , ch meut in uillé el rc i.,ient ·nos df1't dan~
qu. nd ,ou. vou r ',i •n •1.. 11uand 1·ou. prècompétrn :. Claudin r 1 pondit pour lie.
1, canton. n nrm •. , r1·otn· Jïu urr ·ction.
- La po. , . ion de la r,,rum aiméé .... ch,,z la ré i mation. D• quel droit ,·otre l&gt;itiu
hl p11i;, ce n'tlt:iit auère l' :p01p1e d l'l:Clavou prenù-il votr• llls?de qucl droit m'a-l-il
t Cl' ll'II! je COIIlJllC lui offrir. \'oil !
111r.r hien haul res tilr • 11ob1li ire 110 • la
jeLt' • J Il la mi ill'~, la don leur t 1 b nt•'!
lad:1mc de Joyt•nne fut lopJfnile: dl
füpublilpte n,ail alwli .au rê, r, ; c't~tail
compr nait nlln. EUe e dn! .a d'un flan. Et nuu~ alll'n l,, rcmerri •r? non pa !
d n..... reu1 Je ·arnrml!r omit•,-,• n l'ay. d~
Eli, ,,' arn'la, balctanlt&gt; le ru in · • la poimal"ré c • · cin11uanle-&lt;'ioq 11nnl' ; l d'un
trine.
poi dl c nliuuait. la voi plu . Jonce. Chouan ....
doigL 1,•vé montrant le ci 1, Ue nia :
l'out ceci, - nvr · avoir rcmercii- Bernar•
et peu à peu, Ile voix c foi ail tendre :
- \lalht.ur •11. e ! el llitu 1
&lt;lin du i;rand honnPur 11u'il luj r. i,ait, après
- Si l'· irué t.loil muurir. qu'il nicur aLa 11101/,cur,•11,;e r • ta p i. ,bl .•
li f:iit dan on rève. comblé dau , •. d :,irs: arnir juré 1ptc son unic1ue e poir re tail cdl
- ()i,,11? d •puL le doitre, nou ne nou
11u'il ail u illi Ioule . ,.. n ur de I l~rre à union menw, - elle l'eJpliqu:iit clairem ul,
•ote[!_dun, plu~.
d'un1i roi lent . po, e, «tui 'tonnait ma&lt;l in•
portée de a main, c-.ire ·.t! •. J · n r a-ard
\lor", l'inti 1.ible cro1·anle - la uohl
de Jo •11111·, dr111l le~ oreillu g:irc!nient, en
dome do p:t d
h·aire•• Je égli c •t diu Jan :-a roule ~i br~ve: ruai. non. a roi•rt• n
Ir. 1eut pa , $, m~rr. ! 11 m'avail dit que 1 •s tilho, la r nodicatîon vibrante du m, tin.
d '.bt'. , la "ieille ha.Li111é d . m:m·h . de
ll !,oul J •1·, ul cll · , h• jeune br mrue i-c:oul'au tt•l, ct•lle :) mc !,ornée w 1. terre, illi- mère avai ni imer mieu~ qu ' pt:r. onue au tnil, t 'te l,a . • e, eu J0uanl a1·ec la l,ouclt: d
mitée \'er. le$ rieu , c •lie femmt• nux •hev •UX wonJ .... lloiu qu moi! ... l'oor le ,oir . a •inlw-e . ll n'a\· 1l p3 }wrcl, • i Ivin, lui:
blnnc • qui n'a,ail jamais Mpa~ t \'nnn el .'011rirl', j'irai pit&gt; d. nu ~ur de fonte rou- n'auil pa pr1h u tnu ce oh,ta ·lt~ • loutf.!'
yui, inspirt:e par Ir an e,, li ·:iit d311 l'. ve- !!Î · ; pour L'enlemJre chanter. j'arracb ·rai. ce ohjet:tion ; il ~·m irritnit, mai ne pounir; ccll • chr 1licnn • doul b foi •uidnit toute m _eu1 ; pour 11u lu oi le plu heureu
niil • •inpècht•r d' r u r •connaitr • la ju. l · ·e.
la ,·ie , celle Bretonne pour ,,u i b pr I t.!DC , de de~ homme,,, je m,: donnerai entière•, . an
ouci du p,:chc.l. Et pui , qui ,ait7 je . urai le Cepc:nJaol, au milieu dt t·~ rnntrc.:-temp!:1. un •
Uicu, comn1~ ·a maje t1I. elllpli,. 111t l'unher
1

ra ,

r

0

c·

1

.... 184 ...

gr1111Jr. il1111c1•ur lu C()Usul:iit; Claudine ,nit
a!oué · a lenJrc: . ,, : Claudine n,ail acn·plé
d ~Ire r ·mnic .... li :-oupîra :
.
!;'est hien Ion" 1... 1 pui ·. )11uèr1·rnenl. il
tlJOUta,•L •Ile plira,c tJUÎ. pour 1.... Utrt •
r •l n~t propb :tit1uc : • Ou a le lemp d'
nwur1r, d'ici là! ,
lai ~I udinc . '·tait 1 1é&lt;&gt;, lui tenJail Je.
thHa mam.; plongeait •t·,' Ut dan t
ut
av ·c une e pres.ioo :p ·rd~1m ni Jê&gt;&lt;ir ·use et
t ntante .... Ce. dru main oOi•rr , , c r '"ard
11m teur, Bernartfiu I •. connai ~ait;
nndain
et malgré lui, il évoqua lï111a' • Je l'autre'.
de la fau·?' Claudine; ci 1· rontraria • mai
l~ ,en at1011 fut br v •; il du ,a l'inlro ' t•
d un C-Oup de tète, "' répomlit p11r un re1rard
seml,1.,1,1 • oit tout et it pronri:.

nrficc .... l)p- " 1tmi!&gt; •m nt éclat Ïlml J •1anl
le muribo11Js, tram · ju,qu' la 11 rre natal&lt;'
pour) dormir l'O pnii. uu hi n dan, la euntata[ion d' 111. •ncr. .Î!!llificalÎ\'e.. ,:.,~ Jit :
- Tinn, 1oi -tu?

Il

A Locoal, le rclour des bomut · rau~a dl'.

dram • . Il'• qu'tb furent n1111onré par d,•,
g llllll llt'l'~lU~US en luUt! de l:i. campanoe,
l~11t_c: 1 · mai on~ s, vidèrent; •n un clin
d, œ1I. un• foule J ft mm~, t3, ~icill rd et
d enfouis, toul œ qui rc~lnit d'haliitanl . 1111
1 chaume. , l'n11r111 n:r:, t. pont ptlr 011 la
lrou1ic II m1r h • d •n1it déboudu r.
Séza, Ioule droi~c, . é1·~re, un bra _ pas •é
autour du cou Ji? Tina an 1eu.c, se tenait ur
v_iru., l'"tmfJrls ;lu ..i.111oi,· ~ h"a-r,t ~t :irt sai 111
on .euil · la f1•rme a\' c lt• moulin cornwau- us
solaJts en. ort t St~ fo ssés, u l 'I Jr, s'ttall clurrf{tt
dait le pont. Ln mèrt• cl la fille mouraient
m l'JSe, n ~" /Jle11I f:u lfl OIU$ ft11f.Jts. !Page 1U8.)
tout debout d"an oi- •; mais la YÎcille, h'lm•
dan .on.oreu •il, di. imulait a pur; Tina.
- Hien.
fa face decompo é·, regardait Vl'nir avc • des
reu r,.u,.. l'rt, d"cll •. icn, le main dan
- L· prr•?
- ~on.
• · poche . e phait qu •h1u lra~ :di•.
- Lu- c11fanl '!
flcpuis des rnoi , lti ,illa o était re~té ·an.
- ,·on.
n m lie &lt;· •rlaioe ; mille bruiL arnienl été
La rudP. pa) annc frL011ua de tnuh! a
col~urlé, pa: dt&gt; _,01·a ,,·ur • de: ngaboudt-,
1_na_1s an rai ·ou ni preun- ; et tous, d'ailleur , ,~haïr doulnur•u .
,•laient Lrop l'3 uronl · p1111r ~lr ,·t'ridi,1u ••
. eigneur, ce ·r it trop l
Eli• re •11rdait le ciel· ~ico la rnpp1·la ur
l'a un Lrépa. , parnii le· ccut e11f3nt · du
cloch,!r,
rai_t eh: a'.111oncé; on ne pouvait terre :
- Jili_l )(azt: ! je le:; ,oi .. ,... flanu, ~li,cl
•~ honnti JUSII
,pc·r r un l I miracle. .'e
nus i . •.
sa ·haut ri,•11. on crni!!n, il tout.
. :
•'~-i~ cria
oudain • .'i'l&amp; trc~ · iltit; une rumeur
s'1\l va.il de l'aulr • e&lt;iré du poraL. C'étai nt
- 1. mien ? l'homm •? b I Lit '!
- :oui dit, ico, impa ilil •, ili- 11· ont
eux. Bienltit il apparurt!nl, hà,t~, dé,.uenillé.; les 1eux el inL, profonds d:io-. des pas.
La f~mlllè, la mèru Il '.chit d, · jarrl!I ; clle
· wruc : mut il 1 , lil • ,f~. malades - el
p ·u noiuhr1•u .
1·u~ml nu_ l'hamliranl de l.t l'orle; eJI
Ili•,, nt le
kair , alnnnl le gile, fü atll·ndtl la u1t •, comme un supJilicié allend
a,·aient entoun le • lei/a , /fi,.;$; leur · ,·oL le cou1°au.
Jili ! ,raz" ! JI no l ~li\-d !
ét.tienl ra1111ne., hri. t;es, loi11Laine:, u'nllaienl
,'ico a,ail rai ou; un 11 un il,- écu •r •èn•uL
ju,,1u'à l'êd10.
l'uspi 1•t d • celle h, ode de mi érable,.,
e dé·•:i~èrl'nl de I mêlée de follt• rc •on:
sa'.1' roun;1ilre t'lll't1re ceu1 11ui 1:1 1·om IIO- ~a!~ am· .. ,, ·'a".inc renl, 1, ilanl, d · ·harnt: ,
~awnt. un anslol Je pitiJ · 'l'.011, lt• l"(l'.'Ur ü,ide de · mau ~oullcrL. d'émotion au, i
devant le dé. espoir 1p1 'il a llaienl prol'Oquer.
d~ mer'.
Ile loin, éz leur jet :
- 1. • pauvre petits! le paU\Tcs petit
- \l.-.11il. '!
t:11 . l! ruai ni ,ur eu • J •• tir icnt Ju
~roup1i, le cmporlail•nt 1t•1· · I •· mai. on:;
- Il 1îll '•mpM a de rSplil)u •r Jili,
tiè,lt&gt; . • 1 ~ lit prép, , 1 • li· sr lai '-aient fa.ire, nmcbant \'c-rs :i tante; la f
dt~ la l'Ît•ille
'illumina. EII . reprenait conhnnœ. Eli
humLI • · L Joux un peu :10011 ·-, couime
J1•. gc~L :1 ui se :elrounmt da11. un pn · · qu'ils ajouta, a.lleod,tul pre que uue lionne r t.
out qui lie rrè Jeune cl dont ils uut oublié pou~e :
- Olier'! Fanch '!
le œ11tunll· .
D' nom~ étaient rrié. nve, des actions de
Jili lni · 3 ln ll\le, \laie recula. En nrrit\r ,.

n':

ra.

\lhd •I O.ino dierd1aiPnt une conlc·nan('1'.
l,, ~icill r :péta. la voix r,,de~cnu tremblante:
, - Olier'! F1111rh '?
- \1 ~ rrètl'~ 1 ourtla Tina. le ru:iin,
joint" .
fa tout deu fi111i1ml d'un rr.gard éperdu
1. houclP J Jili d'oi1 devait tomber la ,il•
ou la mort.
- Tante. rc•prit ,li11 l~l'sril. ln rnlunté Je
Ilien Il«'
di,rnl • pa · c u -111 11 revi •nd rool 1&gt;lu.
'rz hurla, la hou hc noirr, Jécou,ranl
dr, g ·1wiv' ;-an Jeots · 1•11 • hurlait lon~m
mcnl, . ur nnt: rn~mc note déchirank. Tina
Q\'IIÏI tourné :ur dlc-m ·me, ronum~ sou un
eoup d1• feu, et. 1 hra lcudu .. :mut él~
clluil' dan. la . ·11le, lout . entim •ni perdu.
.\ut1&gt;11r dl' tel11' m,.,n• fQII , prololl"t'31ll ;;a
c)om,·ur dt1 ù,~-a lre. on ,•nm u1n. 1,.,.. •1ue•t11111~ monlt'tt•nt. lulerro.,é, dir dcnwnl
t~:icuu de on rci1e:. Jili iei, lue li,, plu: toit;
\ln •l,_ph~ prè. ll,1110, le. qualr rarontaienl
d • l11,11&gt;1r,·,, fourni·. ai1!lll tl~, ~daitl'i: c111?ul.. Oui, Fan ·h, Olit'r, a,aîcnt 't fait
pr1.onnicr. et ru~illtls, !ile é, J~n un ro ,.:
J'Eh-en.
· '
...
.A ~·lie :tffirmarion, rt:p,~lfo par ,1uatre
,·011 d1flêrt•nte , uru: nnnPur l,!ronda de douk•u~ .et ~t! h Îtic. · ·· Elle . 'annou~·ait Lieu, la
pac1ficat_ion Le, fnume. plt&gt;ur,1it&gt;nt; 1 , \"i u
re~r tt1ic11t l •ur for&lt;'-c: les nf:1111. naicnL
hâte dt: grandir.
- 1::1 G)nuun.•z'!
, Gl ~•?u,·e,,_i{ rl1a~ ·ait. C't• t r •quP réponJ~t Jilt ~ ·r1 n · un oml.lr .ourir·. Le
pere ,·ait fa il un vœu ; uc pa, rt•paraîlre
Jc,_nnt s.1 fen11111•, ue pa. rentrer dan ~a
m:-mon, a,~nl J'a,oir w foi rnnaé cliacu11
~c I'. fil~ m1irt : Cl' \'Œll, il était en traio de
1urcompltr.
..,a1~ ,ouri. ùe traité., J,. reJditiou J 'arnw ·, il courait le pai,, filant in. pl'r~u ~ur le
Il•~ tl dèla ·bemPnb répuhlirnins. Il rampait. :uu ). f1&gt;u••èr ', l'lllr,1 le ''l'mt1 lors
le Jonci ri::i~1• ' e ra ·liait au i:œu de:
riwbcr
' dl's
\'Jt'UX arbr • 31·,,., 1
1,·1
t
1
•
•
·'
"''
1 1()111 e
e. ara1~nt•l'~: m~lheur an ·oldal •111i :'t.lt·arlllll : 1111 • htn., qui lrauiait Pli m11 re, ipii ··;,sp1L en ~•h ·rnin; IJliJc on iolirmc, il rivait
lem~~ ;-orl; une e,pèce de ,·ampirc lui
tomh~~I 3111 ~p:iult&gt; , le culbutait dan lu
•re et lm lai. ,ait au rou J • ilion !,leu
d,• l l!lranolellll'lll. comm, une Î"'ll.'llt1r •
\' T
,.
ot a ce •1ue raconl,1it JiJi . ux pa ,an: aux
pa~~:1'.111 .' i1ui_l'~nutai:·111, hout·h l •nte;
~n. p,1~fo1,, lm r ·ponda1t•nt rilr de• lt'damatwn · d eullioo ia ' Jill'.
--: tilt ,~J ·-tu• S :,::.1 '! Tun bomm ' n.:nge
h: hl. .... E11tentls-l11?
Elle C?I ndail p •ul-tHrt•; elle ne ourcillait
pa . llro1te rnnlr1' , · port ,• 1 \t.ux ,lU l'i~
.l
1 s lira . toml • le loug Il u i·1)rp' 1
. '
• C lll.llOS
~n pe1! treml,laotP.,, ell , ~c rappefo it ; die
t:IOl]UU1t •C• fil.. il Lou lu~- •.. ,~,. , Ut•pu1.
' • l•
~rce:in du ~cr Jll lfll'à );\ Cl'Înlurc de nu•rrc.
t:~I , 1' i·o ~• t ; elle 1 . écoula il. l~lle ne vou~1 t pi, :ort1r &lt;le c Tl ~e. sa !uni trop ce c ui
l allc11J.11t ,IJ11 la rJalité.
l

!

pou::•

�msTO'R.1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~ - - - - - - - - - - - - - - - . i
pen ion d'ho ·tilité~, malgré Lous con. enlie,
par la douce conje&lt;-1.ure d'as~assinalS partiels,
Lous les jours répétés. Le détail mnplo.cerait
le gros; celle perspeclive ravissait le· jeunes
fille·; le gamins de douze ans Lrépignaienl
d'enlhou5ia me.
Le soir. à la ferme, la veillée fut lugubre,
olennelle aus i. Toute les résines flambaient
dar.s les chandelier de fer, dau le· chandeliers de bois: le.s parents, le· ami. , les Yoiin • ceux qu'un deuil per onnel n'affligeait
pa eu -mèmcs. ,e pres aient èhez éza,
apportant leurs nafres doléances, leur e.sai
Lrulaux Je con,olation qui ne fai·aient quo
redoubler son mal.
A.sise ur un escabeau, elle le- écoutail
p:irler le~ uns après les autre , somenl tous
à la foL. li s'étaient insLallé ur le banc:,,
sur les coffres, têle. dures, profils maigres;
le front baissé, la voix sourde, ils débitaient
( ,urs antienne • évoquaient Jli ·u, Jésu • la
Vierge et ses anites.

Que de fois k p:,sçant albrJé n'eut-il f'l1S s11Ntement l'inluillon. .:l'une frise nu J'assa~stn'l D'!Wtres, "" pleill

Jou,.

Ji~,,

dat1s un
disert. aprrcev.1le11l so,idalll le ca11011 J'u11 /11siI dresse ,fans la J,roussaWe; fltuis 1~ plus
nornbrew, ttJienl es pèlcr'l11s sur{&gt;ris .i l1mfwo~iste par une aU:z:;ue 1'rus,1ue, roulês a11.i conlre-/Jas u11 co11le:iu dans la gorge ..•. (Page 18ç.)

Il fallol bien, pOllrtaot, retomber à terre.
on cœur s'y brisa; de c 1·eux, re Lé:; ecs
jusqu'alors, des pleur enfin coulèrent; elle
_'abattit dan les bra~ dt! i;es voi ines empre ée aulour d'elle; r.illcs-ci l'emportèrent;
elle c lai~sait raire, inerL&gt;, n'apnl plu, de
volonlé.
ur la place de l'Église, 1 Chou:io , au
milieu d'une foule avide, raronlaienl leur
cxploils.
Dans lou t~ les boachr la cbangon éLaiL
la même. 'i l"on était n1i11cu, si l'on déposait les arme., c'é1:1it la fau1e dl' ' chefs;
les chef étaient ,·endu ; lrs cbds avaient
trahi. li en exceptaient Cadoudal; mais
le généraux ,endé~n ou normands ne
lrouvaienl pas grâce danl- leur juge11,eol,
"cépeaux, Puisaye, Frout!, La Yieoville
avnienl làché; pourquoi?
ne e contenlaienL pas de c
nccu ation à de
per:.ounalité lointaines. ils soupçonnaient
plu prè . Le comte Le Glohanic leur était
plu que su pcct: il av ail abandonné on IJataillon, dtux jours avant la dislocation, le
laissant indécis, sans ordre, livré .à toute les
alternative ; un commandant de ce gabarit méritait une corde au bout d'une bramhe; on
était revenu comme on a1•alt pu, au ha$al'd,
::.o.cbaot bien q_u'il y a1•aiL un itinéraire de
prescrit, mai ignoraut lequel; cl 'e ·posant,
de la o-rle, à violer les convcnl ion., à être
recondlù à coups de fusil. Turpin s'en mol)U!lÎL bien; ur un bon cheval, il courait le
roules, ras urê pour a peau; à présent, il
buvait frai , dan _on manoir. 'importe!
il îerail bien de ne pas trop c montrer à Locoal, les pierre pounaienl ~oler toutes eules.
füis il -y aY ail de l,ra ,·es i;en , tout de

ns

même, 11ui n'avaient pa accepté la pacificatioa. l\é ·ignunt leur' rrrad . ,lac11ues E\'eno,
th ère de Kerret, :wec le comte de Fersen
qui amil du bon, Guillemot revenu en hâte,
Alaml.. Gvaouwz. d'autre· encore, conLiauaient 1~ campagne à leur compte; l'embu ·cade i olée, la guerre de bui sons, la
guerre de partisans.
On verrait!
lh donneraient du fil à retordre aux Bleus:
il connai saieul la manigance, savaient profiler de lout, de fa négligence d'une sentinelle, d'un défilé, d'un bouquet d'arbres; il
hareèleralent, canarderaient hJ,- grenadier• urpri ; cl quand ceux-ci, a)anl fini d'élernucr, chercheraient &lt;l'oit leur tombait cette
erise de tabac, il 11'y auraiL plu personne.
Egaillé , mes enîa11t ; enfuis . ur la droile
pour revenir ur l.i gauche, îugilil~. insaisi sables, comme feux follets. Le· troi· couleurs
en pâliraient de rage.
Cam. 11ui péroraient ainsi, le.s rares survivant sains el saufs, J1U\-aient en même
temp Pour rafraîcbir leur· gosier ·, ce qui
inœndiait leurs dL(:Oors. C'étail aYec des
prolestalion de haine, des proclarualioo de
ven •eance fn ture que ces étrru.I ues pa.ci fiés
c-,élébraient leur r tour au gite.
Leurs divagations homicidt!S ne surprenaient pas l'a.s istanœ; elles y trouYaient
au contraire un complai ant écho ; malgré les mort , le Ille' é , les di.parus, malgré la dure leçon dtlS évêaements, ce hameau
pouillc1n:, qui rcpré entail, à lui reul, exactement, la l.!relagoe cras eu e et fanatique,
nourrissait ,a rémlte d'un espoir de revaurhe.
Il se consol:iil, faute de mieux, d'une ·us-

Le fauteuil d' Alanik demeurait ride; nul
n'eût osé s'y assPair; mème ab.enl, le chef
r1:stait l'objet de la 1•énération. Tina, le yem.
gonflé , la gorrre brisée d sanglots, reposait
sa Lêle doulourt&gt;use sur le bois d'un lit; et le
groupe de nc1·eux et des servilenr , embarra és de survi,·re, se tenait au bout de la
pièce. dan' la partie la moio. éclairée. éza
ne les re.,ardail môme pa . Malgré elle, leur
pré·ence, leur échappée à la mort lui parai saienl injustes.
Dès que Jili Gesril, qui avail di·courir,
lui eut conté les fait , répété le détnils, expliqué ponr11uoi Grnouvez n'tltait pa revenu
avec le autres, elle ~e dé.intéres.a de lui; el
pourl.a!lt, naguère, eJI,• aimait ce neveu presque autant qne e. flL el le lai sait voir à
l'occa~ion. Mais, ce soir, elleju 0 eait les différences; elle etil donné dh. Jili pour un Olier
ou un Fanèb.
Elle y son°e:11l, tandis qu'un vieillard, au
ehet hr:mlanL, feiliol'tail à la ré ignation: ü
él.alt pre~quc centenaire. embrouillait par
10. taut· J,. fil de se· idées. A ln fin,
éza
orti t de sa torpeur :
- Merci. l'oncle ... ,·on parlez bien, ,·ous
avez r.iison Pour ,ous. i j'al'.iis votre age,
je serais de volre a1•i ·.... Quaud la roule est
courte, tant pis i elle e t maUl'aise .... Uai
moi, j'ai cinquante-deux an ; je puis virre
cnwre des jours nombreux, puisqu'on dit
que le chagrin ne tue pas ... el je ne me rnis
pa · virre dan' une mai on nns enfants.
Dans sa douleur, eUe oubliait Tina. Il est
de ces momen~ où le morl · comptent i;cul .
Elle reprit, l'haleiue ifflante :
J'avai pourlant prié ... oui, tous le jours.
tontes le nuits; j'a\ ais prié Dieu d'écarter
le malheur, de secourir les siens. On ne peut
pa prier plus que je n'ai prié ... prié de toul
mon cœur el de toute mon âme .... Dieu n'a
pas entendu .... You dites que je les relronveraï! oui, oui. certainement... j'y compte ...
ça ne 5uffit pas l. ..
Aprè une pau e. elle reprenait, bru quement enfiévrée. eL s'adr sanl à tous :
Rappulez-vou Oli&lt;,r, rappelez-vau
1

L 1:;s
l&lt;'~ncb ! Olier étail fier et braYe. Fanch était
d1mx et cares .int. Je n'ai jamais eu d'eux
que du co11Lenlement. ... [1s étaient 1,canx,
mes enfants; je les· ,m1is: portés leur· neuf
mois sao malaise: quand ils étaient nés, je
~•a,,ais crié r1ue Je joie. Pendant vinµl ans,
ils ont mangé, près de moi, à Célie ta.hie,
rlorrni prè · ùc moi dan· ce lit. Celte rable.
je ne m'y a~scoirai plu~ .... Ce lit re·tera clos
jusqu'à ma mort. Olirr! Faneb ! petill ... oi1
ête -vou ?.. . C'esl moi qui vous appelle,
entendez-mu ln 01ère?. .. l"Olre vieille que
vou~ aimiez hien !
Jili, relevant la tête, sortit ùe on ombre;
l'in piration, fréquente dan ce cer\·eau bizarre, lui pous,ait Je~ parole, nux lèvres.
- Tante, ils sont ici ... près de 1·ou ,
aulour de vou , parmi nou · ! li ·onl ici,
dans la mnison où ils ~onl nés, ililns b aile
où ils ont Tée11. .•• Leur âmes étanl pures
sont libre:, dan l'e. pace, ont la permis ion
divine de visiter Cl'UX qu'il· ont aim:s. Où
,·oulez-\'ous que .oient leurs âmes si ce n'est
ici même, évoquées par \'Otre douleur, votre
amour, pnr les regrets de tous. Croyez-moi,
Leurs noms répétés les ont appelées dans la
maison ùe leur enfance; imi il.iles, mais préentès, elles nous écoulent, et loul'neut autour
de nou ....
Le jeune homme qui parlait ainsi, aYec es
Ion~ che.veux ~ur les épaules, ses yeux hallucinés dao sa face creuse et pàle, rappelail,
juscp1'au ·aisi·.ement, le· apôtre prècheurs
d 1·itraox de l'Égli e, le· prophètes de
l'.\nt'Ïen T.: lament, cnnlemplé. dan le
imal!•'~.
A l'entendre, tou ·frémirent; uul ne doula.
Chacun cruL senûr sur sa juuc le frôlement
d'une nmLrr, un son.l'tle de l'au-dclil. Séza,
clic-même, -vaguement, len&lt;lit le bras pour
acrneillir œs lant aimé~ faolômc. ; et Tina,
rcùrcs ée, cherchailsoa le plafnn&lt;l · qndque
vision d'aile I,l.i11d1e.
~fais, dans le. ile11ce d'une all,.• nt.e peure11~e,
la mère redt•venait immoltile, io Cllsiblc en
apparence aux my tiques af1irmal1on; de on
11e1•~u Jili. ï.clui-ci s'en coatri la. li reprit,
d'un ton de plainte :
- Tante! ù tante! prenez g:irde à Yous ...
vous nous Pn voulez, à Maie, à moi, même à
Da110, même à füel, à nous loas. parce que
nous sommes YÏl'ant,, quand ,·os cnfauls ont
morts ....
La vieille pay anne lressaillil · le reproche
porlait Jlli1le. Jili continuait :
- Vous nou;, en voulez, je le sen , je le
voi·. El pourtant, rien n'est do nolrc faute.
ous avons combattu comme Yos enfants, !i
tôlé d'eux expo és au même péril .... SouYent
notre sang s'est mêlé au leur; il a fallu le
ha ard d'un combat qui nous a séparés, pour
que nous n'ayons pas parta"é leur destin;
pour que nou · ne soyons pas tombés dans 1~
même fossé sou les halles dés Bleus. Xous
aimion' Olier el Faocb comm~ des frères;
leur mère nous reproche l'air que nous respirons l
Alors, Séza seatit fondre son oœur. Elle
attira Jili dao.s e· Lras, el de nouveau ses

larmPs coulèrent; pui elle appela Maze,
l'étreignit à oo tour, et tendit se.~ deux mains
noires à Mivel el llano, qui, confondus d'un
lei honneur, se mit't1nl à heugler. Jili Gesril
coupa la ~cène et l'~moi gPnéral; il criait :
- 1'ao1c 1 ilcouLez bien! si nou · sommes
revenus, ce n'est pa, pour lonrrtemps. " ous
avon .. juré, nous au i, cumrne rnlre b.omme,
comme I père ùe ,·os enfant . Demain, nous
reparton:;, oou, reprenons la plaine: nous
allons rejoindre Gynouvt•1,, Eveno, Guillemot,
Kerret, Lous le~ irréconciliés .... Et 11 v aura
encore de belles îu illadcs, des culh~tcs de
Bleu dan· la bruyère rou••e... et si c'est
ootre tour d'y chanrcr, o tante! vou di1·ez :
11 Mes neveux 001 rejoint lllPS enfanls .... »
Et nous tous, de 1/i-haul nous ,•eilleron .ur
TOU •

Ainsi parla ,lili G1• ril, 11u'on airnail pour ba
beauté et poui- sa grande éfoquence. A. l'ouïr,
lout le monde pl urail; ce n'éLail donc pas
fi11i, le ma . acres, les embu cades le
alarmes? li fallait donc encore al'Oir 'peur
pour les autre el pour soi?
.certes, il avaient rai on ceu1 11ui refusaient de ~e soumettre et de liner Leurs
arme ; mais il y a des rai ons pire que de
folies. Le meurtre attire le meurtre. Locoal,
~ans la guerre, jouait un trop grand raie. On
JOur ou l'autre, la Répuhli11uc louchrrail de
ce coté-là; elle enYerrail deux bataillon
pour brùler Jp rep~ire et rPjeter dans le fou,
à conps de baïonnelle, le: loup , le louv~,
les louvards, les louveteaux; Loule la portée
maudite qui lui mangl!.l.it If' sien ..
Le lendemain, Maze et Jili parlirent; ~füel

Gui!le~11ot a~or.JJil le Bleu, et /lrusq,uinent, ~ son
,~rrib/e bâ/011, fi l'abalt.til mort à ses pieds ....
(Page 190.)

et Dano les ,oulaient ~uivre; Sézas'y opposa;
il Jlaienl uéccssaires à la ferme, tombée à
\'abandon; déjà, elle se reprenait à la vie;
les serviteurs alléguèrent leurs ermcnl ;
el1e les en délia par sa seule volonté.
Le deux frères Gesril reprirent le buisson.
Ils .ivaient conservé leurs fusils el 'en

ÉPÉcS DE FE~

all:iient, une hache à la ceinture, une gourde
an côlé.
Autour de Loc.oal, la cumpagne élait déserte: les routes s'étendaient à perte de \tue,
olit,1i.res, vides de voyageurs; il n'y avait pas
de mam'aÏses rencontre' à redonLcr; jamais
les Bleu~ n'avaient pou é jusqu'à cr repli de
la côte; les dl!nl frère· marchaient au milieu
du chemin. le fusil à la bretelle. le mains
dans les poi;bes, sifilanl un air rt!li1;11cu .
La matinée élait Lrè, belle, donnait emie
de vivre: le oleil, doux encore, dan le gri
bleu du cid, glissait des transparrnces sous
des vapeur rouss~, et la terre, séchant de
rosée, fumait à ras des labours devenu presqu!l noir.
Toul d'un coup, fazc s'arrêta net :
- Quelqu'un!
Jili, la main sur les yeux, scruta l'horizon;
au loin, trè loin, deu points marchaient au
devant d'eux.
- lieux. ètre,, ! dit-il. Aprèli un in tanl, il
ajoutait :
- Il y a une femme.
- Ue amoureux! chanta ~fa,m.
- Pa dangereux. en tout i.:a ! affirma
Jili .... All.o,r, ils àoronl plus peur que nous.
~- co~tiuuèreill leur rour. e du mème pa.s
rapide. Bientôt les arri1·anls de1·inrentdi:,1incts.
Maz,, qui, décidément, avait des yeux. d'aigle,
.ur ·auta :
- Turpin Le Glolianic ! annonça-1-il, et sa
prétendue sœur.
- Turpin? fil ,Jili ... s'il nous demande
de nournlles de soa bataillon, je me charge
de lui en donner ... .
,\faze reprit :
- C'est pour courir après cette .,.ueuse
tpJ'il nous a làcbés. Lll tbair le tient. 0
- Peu irnporlc la cause; un chef qui
ab_an~onne ses soldals, mi!mc aprè leur soum1s~1on, est un traitre ....\b ! ah! ils nous
onl ms ... ils n'en mènent pa large .... Us
hésileul, lu vois? ... Us onl bonne envie de
tourner les talons .... Non. il font face ....
C'est elle qui le Yeut, an~ doute .... Passons
ans le· voir, Maze, tu m'entends!
- Comme lu voudra l dit le frère ainé
qui, acceptanl la "Upériorjté intellecluelle de
on cadel, lui oWissail w)lontier ·.
~es mains toujours dans le poche , sifOant
toujours leur canLi4uc, ils passèrent donc
devaol Le Glohanic el Bosc DiYOt ans tonrner
la lète, san mil.Ille la remuer en gui e de
salut.
Turpin qui, après J'alarme d'une minute
les a~ai _t reu~nnus, les regardait venir el 'a p~
prètrul a le mterroger. De\'anl leur a Ltilude
~ fut d'abor~I .tupéfail; ptti la coll!re le prit;
J oulrao-e lui eta1L Pnsilile surtout en présence de Rose. A ces deux hommts dont il
oevoyait plusquele dos, il cria rageusement:
- Ué, l gar ! vos chapeaux ont vi sé ?
vous ne aluez plu· vos chefs? .. Volk-îace
s'il Yous pla1l, je vais vous apprendre la poli:
te, C.
Les deux frères se retournèrent· Jili à
trois pru, jeta dans le visage cle son intcrpellaleur :

�.._

111STOR._1.ll
Pas laHL de bruit, mnn~i1•ur le comte.
Vons O\"rz abandonn~ vo solilat.:; el ros comruiindemenl&lt;.; vous n'êtes plu' rien, qu'un
traitre ou un lâche; peut-litre loo Ji,· Jeux t
Turpin bondit .ous le ·oufllel; l\o·e le
considérait, les Je11x mi-c:o , aruusk de la
'cène, charmée par la beauté robuste de ers
jeunes paysans: il mil 1:\ main à son épée;
}[aze, qui ju tlu'alors n'a,·ait pa hou né, l'arrêta d'un imple p;estc. U ahais ait on ru il
el teoail monsieur le comte au bout du canon.
C'était net, bref, compréhen iule. l urpin
fut convaincu. fi làc.h, la f!arde de sou 1lpé •
el e contenta de crier, lu pain tendu :
- Sail! c'est bien... nous nou · relrouTeron ... frère Gesril !. .. je vou· tradui
devant Il' conseil de Chouau ....
- C'est lui qui te r ra pendre! jeta brutalement Maœ, rclemnl sou arme.
Et ·nr cette dernière prom~,e, les deux
pay. ans s'éloignaient.
- Venez, madame! diL Turpin, !,'efforçant
au calroe.
Mai~
C n'était pa
dupe, elle l'accabla.
- Là, c'esl malin! ,·ou .ou èle fourré
tous I~ Chouan à do· ... on va rire .... Yous
aviez bien besoin de filer avant les untrc ...
ce n'est p, très noule. ,;a, dites donc!
- C'était potlT' vous voir plu loi, pins
vile, Lallm_ti_a Le Glohaoic, décidément déconcerté,. car tout concourait à sa coufusion.
no e édala de rire.
- Ab! non .... Je vous en prie, ne m'en
collez pa &lt;lE' ce calibre .... Ehl bien, i c'füil
pour cela rai on de plu • vou auriez pu
m'épargner celte joie et vou épargner celle
honte. Sâvez-vous que votre gros Georges e l
capable de mal prendre la chose?... \Tous
yoilà propre.
Turpin haîssait la tête. Ce ujt!l de con,crsation pour lui éLail îàcheux. De loin, Jill,
11n moment arrèlé, l'observa d'un re•rard :
- li ~e chamai!lcnl à pré ent .... As-tu
bien ni f3 fomruc?
- Oui, fü ~(aze.
- Elle est belle ....
- Moin belle que Claudine ... .
- Ah I pour sûr t appuya .lili ... n'importe,
c'est une belle fille!. .. qui csl-ce'l
ne gueuse de Pari·.
- Ça ,-a faire un joli j!'rabu~e 'luand
Claudine reparaitra entreGeor~eset Jo~rnne ...
la têle de Turpin, ce jour-là!
- Ce jour-là e t bien long à venir ....
- Dame l l
événement n'y prètent
guère ... oui, c'est lent, comme tout ce qui
esl ju te!
Après cette paro!ti profonde, Jili avar1Çdnt
les lèvres
re11Jit à siffler, el son îrère

no

l'imita.
Où allaient-ils ~in·,, légers, alerte , la
conscieace a sui ée, l"àme tranquille7 Au
guet-apens, à l'assas iuat. Tt&gt;ls étaient le

temps.
Au plus direct, par !es rbamp ~ans culture, par les Laillis, ils ruarchaîent l'ers un
hut; peu à peu, ils ralenlirenL leur allure:
)laie urveillait la droite, Jili la gauche;

ils C:piaièllt. I.e cri de la cbouefte rell'nlit
derrière un rocher. lis r1ipondirenl en lc11ant
leur fusils i1 deux mnin au-&lt;les us de li&gt;ur
tèt1-; si 1 nal et gesle de pas 'C.
llrusr1ucmenl, derrière l'angle d'an bois,
1 château, ou mieux, la rermc Fnrtilire de
Kerret :ipp:irut tout entière. U· étaient arri1· · .
On moment plu tard. au centre d'un
groupe de Chouans en arnies, il s'as eyaient
all milieu de Kerret, ferse11, Eveno, Guillemol, Gynouve.:; et re dernier, d' unt' voi trop
rude p ur Pire naturelle, le inlerro"1•oit ur
Séza, ~ur Tina, ur fa rerme el le moulin,
~ppliqunnl 1tout on effort à oe pas Lrnhir
d'émotion.
La virille :il lait bien? lanl mien l. .. Elle
n'était p:i morre du t:oup ... en apprenant. ..
la chose? Don... bon! Tina'? roajour~ la
même, jtilie el bonne? ... 'fr~ Lien!
En parlant. il frottait, comm~ jatlis, de,·ant le fo ·er de la l'crme, I:\ rude i'cbine de
on chien llok. a sis entre e-, pieds, cl qui
remuait la queue pour fêter les d1•ux fr1•res,
ses ami .
Depuis queh1ucs scruaines, il . emhlait
'attris1er, llok: pe1tl-être ei)t-îl acceplé, lui,
la pacification. la longue il regrettait sans
doule la mai.,011, et . éz;i qui lui donnait sa
oupe, el Tina qui l'eml1ra . ah sur le nez;
ans doute au i l'écu.rie et l'étable, les :rnimaLU , ~e · c.imarade , h• chernl ré i!!Tlé, le
bœuf placidl', l'âne jovial; qni ait'? peul-être
encore le gro • porc irrévérencieux; ou bien,
plus clair"o~aat que le;; hommes. pressentait-il implemPnl le~ Jrame 11ui allaient
.uin&lt;', la mort dP ètres el la lin de tout.
Le manoir de Kerret était précicu emenl
i1u, pour 1111 rendez-vous d,· parli·an , un
centre d'opPrations; la mer dt.ait proche. de
vasles lande s'étl'ndaienl :ilentour, découwrk. arilcs· nn bois lrès toun'n l'isolaîr,
prolon"Pail sa rlrfense, et le prnté,.eail, du
côté de lïolériPur. r.onlrc un déploiement de
forces importanlPs; enfin, se vieux remparts
e drP,saient •o1id.-~ l'Dt'Ore: se to. !&gt;és, oi1
l'eau 'éL1it I hangée en va e, n'en étaient
pa moin. perfide ..
Les b:iliment~. trè r.uu.;idéraùli• • en
grande partie· t1bantlonnl!' par l!!s dernier·
Kcrrel, pnnvaient a llriler une troupe nombrPus,·, ,ans •1ue ri~n en 1ranspirùl: il !
avait d~ cachette dari l'épaisseur des mur~,
de· cacbellrs derri,•re IP.s fagots entassés
dan· l1r ~range:;; par un couloir souterrain,
on ga!r1l.1il la campagoe d'un coté, fa grève
de l'autre. :aguère Kerr~I )' avait rt?célé sa
part de poutln• et de munitions; il ea re tait
utl1sammcnt.
L'ar&lt;&gt;ent, re ·sort obligatoire, enl été rare.
absent mème, si le comte dt• fersen n'a,aiL
é1é présent. Il avail apporté, dan i:on portemanteau, mille luuis l'il or; n'en avait pa
dépen é ciaquanle; tant 11u 'un ne serait pas
bloqué, la ·ub.istance étail doue assurée.
Contre un iège. le., précautions étaient
déjà prise ; du blé, en grain ou moulu, des
pro\•Uons de Lout genre, étaient entrés de
nuil dan- L'antique masure; de loin, elle
avait l'air d'une ruim•, braulante au \enl;
,,. 188 ....

il l'allai1 du canon pour en ,·enir à hout
Ile là, les Chouans irréduclit,l , 1 irr 1concili,: comptaient r,, yonncr dan· 1entour;
intercepter les convois, enlever le, pnJrouilles,
les rondes, les c couade, en rm·onnnissanco
au environ:&lt; d'Auray, di tanl de deux lieues;
supprimer les i olés, le téméraire~; et,
goutte à goutte, tirer encore du sang de·
vein de la République.
Le programme était simple. Il n'y nvaiL
plus de ehe[s; le roi de Bin-nan, commandant
la première 16gion, avait résigné ses pouvoir
pont:mémenl. E\'eno. Kerret, moin pon.sé
en grade, a,•aienl suivi oo exempl •. Tou
• oldal. ; chacun pour oi. La con ignc éLai t
unique: Tuer partout, sa retrouver le soir,
si possible, au manoir; après troi jour d'aheace an av1 , on serait considéré comme
morl, ou pri onnicr. lai il était entendu
qu'on ne chercherait pas à en sawir plu, Jong.
Le sacrifice était fait de exi.Lemll!s; uul ne
d!!rnit espérer de secours pendant ou aprci
l'al,,arade; chacun agissait s,..u(, re,poa~able
de lui-mème, à la gràce de Dieu. Pour ui\·i,
traqué, on de,·ail tourner le do au commun
refuge, Pl ~e perdre dan le buisson ; pris,
oo était muet, même ado-sé au mur d •vanl
les fusils braqués. ~i i1aelq11e expédition en
ma e tli::\"aÎt ètre tenwe, elle serait discutée
en conseil; Ions le Chouan aurnieol droit à
la parole, la majorité déciderait.
Sans b'en douter, ce.s royali.les se 1·on~tiLllaienl en République . Alors, Lirant chacun
de sou côté, les partisans s'éparpillèrent. Gynom'f"Z ·en fut le premier, ro1wéde remords
&lt;1uaud il ne clicmwit pa ; Jili el ~la1c euimême' se éparèrtJul, l'un filait il droite,
l':m1re à gauche.
Et, durant des jour. el de jours. d'horril,lcs
exploits q11i re~ cruhlnicnl ueaucoup à des
forfaits, 'ac&lt;"omplirent. Fersen, dan le
récentes batailli&gt;.s, aYait ceul foi prou11é sa
~plendide 1,ra \'Oure; mai , d1:meuré gcnlilhorumc délical comme aux ùeaux jour~ où le
soleil de la France .e leva.il à Yersaille , il
réprouvait celle guerre d'assassius. Il se fixa
an manoir, où il .c chargea d'as.urer les
suh i. tance et soicrna les bl~sés; beaucoup.
L1entôt, s'y rabattinnt.
A présent, t'(JUS l'aimaient et l'estimaienl;
d'ailhmrs s be11ux habits de ~alin, de velours,
rehaussés d'or et de dl'nttllc qni, naguère,
par le rappd de· émi•rrés, avaient in piré la
Jéllance, n'cxisUJillut plu qu·à l'état de sou,,enir. li était contrai11l, lui aus i, d'l.'ndo ser
la peau de mout.on, ct: qui ·le rendait méLmcolique · n'ayant plu. du poudre, il portait. e
che1•cux blonJs roulés, la queue ~errée dan
un dernier ru ban.
ans son amilié grandi. santepour le comte
, ère, il fù t dt:Jà parti, eomprenant que
l'époque n'éLait guère propice à la reroru1ais.ance de on }!une roi dépo séd~. 11 attendait
Je~ tivéuemenls, 11révoynnt trop une :olutîon
brève. a froide raison ju Pail la folie de ses
compan-nons; un jour ou l'autre, ils eraicnl
cernés, pris en ma se, 011 I.Jien toruueraicot
i olément, succe· ivemcnt, repoas~és el vaincu dan lenr quotidienne tentative .

_____________________________

Il l'. pérail fJUe l\errPI ~urvivrail aux dernier el c-0mplait alors le décidrr à se réfugier
en ~uèdl', ju qu'à des Ll,mp~ meilleurs.
[li.e.olol, on amLul:mce orcupa es journées,
emptelôi sur c nuit : de, t:houa.n rcrnnaicnl
éclopé . trainant la jamb , ou outenant d'un
hm leur autre uras cassé. La partie était
dan•:6reu e à jouer; car, peu s1\r de a pacificat100, lloc;be couvrait le pays de rrollpes
sans cesse acti\·es.
Les districls de Vannes n'avaient pa déarmé dan· leurs farouches rancune ; au
rn,lpris dr.s traité~, à chaque in ·tant encore,
de brigades de gendarmerie pou,saient des
incur ion, dan le villages, îouillaielll 1.. s
chaumièrt' pour y cberuhcr les armes cachée ;
et les gPndarme , chaque foi , ramenaie11L des
sn~pect . anciens soldats de Geor"es, ou des
prètre réfractau-c .
81,tnche ou bleue, la mauvaise fui était la
même, ne différait que de couleur. Pui les
allaque · ioœssante , rn1·stérit'use , mais trop
évidentes de rebelles fournis, aient de~ prétexte , une orle de légitilllité aux me ures
réptès ive , aux. actes de farouch!! sévérité,
comme aux exécutions sommaire .
Ce n'était plu la guerre omerte, mnis one
lnlle sourde, b~pocrite, perfide, peul-être plus
atroce encore, ·an généra ilé, sau pitié ni
merci; elle était cependant hérolque en ce
poiol c111e les uprême comb11Uants du par1i
ùes li. u'étaient plus qu'une poignée de vaincus
contre une nrmée victorieu e. Les guerre
civiles offrent seules &lt;le ces Lragiques entêtements; les animo ités y sonl quasi-p •rgonnelles et chaque parti.au marche pour a con\'Ïction. lclnlsde Jlocbeet.oldals d!l Cadoudal,
ils se haïssaient Lou· comme frères ennemis.
Pourtanl, il y eut des fou qui crurent à la
paix, surtout du coté répuLlicain; les un •
parce que c'étaiL là leur plus cher e~poir; les
autre , par uae forfanterie de par1i, un orgueil
de vainqueurs déclaranl les ,aiucu · à jam:ii ·
écra~é ·.
Si le premier apparteuaient. ru général,
à la ·ociété bourgeoi ·e et mûre. les econds,
au contraire. se composaient plutôt de très
jeun• geu , de militaires; el ils furent, ces
fanfarons, les première victimes tombées aux
embu cades.
Alor, que de foi le pa ant attardé sur
les routes aprè le crépuscule, n'eut-il pas
subitement l'intuition d'une présence d'as-as in qui le suivait dan l'ombre? Il entendait rôder ln bête autour de lu.i, se sentait
menacé sans s.woir de quel llanc; il s'enfuyait, hagard, si la terreur ne Lili coupait
pas le jambes.
D'au Ires, en plein jour, dan nn lieu désert,
apercevaient soudain le canon d'1m fusil dressé
dans la brou saille; mais le plu nombreux
étaient les pèlerins urpri à l'improviste par
une attaque brusque, rouit! aux contre-bas,
un couteau dans Ja gorge ou bien le col rompu
sous le garrot de dix griffes humaines.
C'e t que tous ceux-là étaient connus des
guetteurs du chemin pour leurs opinions
r•publicaines, ou portaient sur eux, en évidence, quelque igue distincti! qui les cla.s ait :

-

...

Un SeJ"ge~1/ 3t!S 1•ôltll[_t!urs Je /.J Rêf,1thliq11eilail Je1•J11f lui; sur so11 uniforme, il por/Jit ,in gra,,a manttau b~u
trodt d or. que J!h, pour surc,·()rt ,le colbe, reco11nul sur-le-champ Cetall Jaf!rez ,1 rtxls .• . A celle vue JtÛ
Gesrll fut bou:eversé comme rlev:znt un sacrl/ige, une trojanalian.". Il se jetiuur ,1re.us ... Tout d 5 1Î k
vol/ige11r avail liré sou sarre. (Page 190.1
•
e u e

cocarde au chapeau, ceinture l.ricolora · bien
mieux encore, 'il exhibaient de uniformes.
cela supprimait toute hésitation ....
El puis, quelquefois au i, il y eut des
erreur . Plus d'un blanc pur re la sur la
lande, le nez au ciel, démoli par un frère
uniquement coupable de s'être trompé ou
d'avoir bu un coup de trop à la bouteille. Et
les autres Blancs de meltre l'accidenl sur le
compte des Bleu etde crier vengeance.
A ces cent attentats, le· rancunes s'envenimaient nrore.
De justice nulle part; partout le mensonge
systémaliqutJ au service d'une eau e. Les
habitant des villes, ralliés au Directoire, déclaraient les roule impraticables, quand elles
"" 18q ....

élaienl peu sûres; Juraient que Cadoudal
n'a,•ait pas dés,rrmé, que di:r mille insurgés
tenaient le buisson; le royaliste , à leur tour,
effrayés parfois des cruauté, de leur inventaient 1a légende des faœ Chouans à ]; charge
de la R~publique. D'un &lt;·amp à 1'aulre, on se
rcnvoymt la balle :
- Drigands!
- Bandits 1
i tous étaienl e-xarrérés, pa un o'élait de
sang-froid. Un vent de vertige chavirait les
cenelles, Bien~ mal? on ne n~ait plus.
E~eno, Guillemot, Kerret, Gynouvez furent
horribles, sao détente, sao faiblesse· on eul
dit impul if,;; comme 'ils obéissaiei'it à la
voi~ des Furies. Plus chevaleresque • aus i

�r -

1!1STO'R._1.Jl

------ - - - - - -------- ------ - - ---- --- -------~

Coup nr coup. d, yjJe, , fir1•nl J n~
rr cbar1ue crim •, il regardait lt. ri1•l, il
larouch • Le~ deu1 G•,ril, lrohi partoi- ,
leur
ran!?. ; il• fi"ure~. r.l non Ùt 111uindre ·,
dan, 1 nr dur ,1,1 ,·ou lue, pnr leur. cœur trop appelait:
di. parurPrtl à jamai ·.
1
li~
r
I
nnch
!
ble
-,·ou
,·on
lent.
?
jeune , m l h bitult-., mai rcpri au. sitôt
lin oir. n1, le cinq h ure~, rom me le
,e pèr élail le pire $llU\'a c de ton·. 11 n'l
par l'e pril implacahlc.
.
oli•il
de . ·plcrubre, ri :..Jiné dan. lt• riel, ·ou0
Qud temp ! quel I'• · ! .u picion, d; ola- a,·ait plu. ni politi,p1e, ni reli ion, dan. ..on lait tl • 1'11r fo111lu ~ur d~, n:ippe: d'aLur, ,lili
ca
·.
11
a
b,ail
urùquemcnt
par
,eni;inœ.
li
tiou ; et I dél, Lion 11ui ail icnt venir ... de
Gr.,ril, tout ·cul, 1 l'horizon, la d'une journ 1e
av il promi · vÎO"l victim ,1pialnire. au
act • alrorc , rommi !\OU le couvert d'idée
pleine. ··a~. it. m:11• ré 1p1ïl ,·rntàt frai , au
peut-clr • , • i,:rc1L ,, · une folie univer~·•lle ru.)ne d" e, rnfants · il (:l'Ut lt lrictement
0
on vœu. ed~pêrhaot dan "a lic-o n : pn·-~é rev r· cl"un ro~.é, ~ur I bord de la roui·; el
dont le princiyc étoil peul-être a ' . Confu·,1u'il étaiL de r •venir à ::i femme, à la petite, n' ·:ml rien 11 faire, ,·oulul neuo,er . on fusil.
ion.
li le clémontait, .oi"n«·n m~nt, piè · à
Gnillcmot,
fiant 11 ~a for1'.C prodi,.,il.'H ·e, en leur di :,nl ,•nfin:
pÏ'œ
'lnand, derrière ltts vallonncmPn~,
- La dell • t' l p:t)ée!
prom nait n pl ·in jour
Ct1rrurc. insolr.nt
une
,·oi\
r.ncorc loint.1Îl1e ~·ét1.wa, pur cl proApr ·, il r •uonrerail nm L. taill' • comme
au co,irOO' d bour'. réptM conqui aux
fonde. tian. l;:, rr ·ru culaire ih:ne •
G
,rge
hu-m,
me,
pui
r1ue
Il·
lemp
étaient
lois nou H~lle~, ou . impl('mcnl tièd , ou inJili lt•va la tèl l'l émula. Qui ·nait l:i?
contraire,.
dilléren .
D
n Ill v •nt, il ai il la moiti: d'nn couplet,
n chien fiok le econdail bruemenl dan.
Et I pa}sath r •venu ,lu mnrrb 1, 1 moisair l parol~ · 'était un• roml1 enfontiue, en
e
.ini,tre
ulrepri.
.
Un
jour,
.\lanik
onneur · renlr ni l1,ur nrnh!r • IM, ,·ouicnl
' tait rué nr un gendarme, par hasnrd au si paloi Je Vanne , qui n,• pou,·ait être clLrnté
oudain urrrir de la hruyt'rc el ,;e d~ ,, er
qui! par un gar. du pay,;, un ami, .:in. nul
de\anl eu un grand dial,le tout noir, qui ,c ,; our ·u 1p11· lui, qni a\'all r,· 11 le hoc :m
doute, un fr ·•1· • Et Jili r •prit al O"ne.
broncher
t!I
r
'pondu
lurit•u
nwnl.
Cela
tour◄
jelail ,1 ln l tt~ de chuvau.x, •t qu • liounail
Le chant nr :ippr,1chait; e!I pa. ronn:ii nt
nail
ID.31
pour
le
fermier
de
l.ocoal,
quand
1 !!l!n . .'i c 1U-ci n s b tai nl pa de
~ur
la route . è ·h ; le ne'" u d' lnnik, le:
crier: 1 \ i, · le roi! 11 ils nj-:,aienl hi 'otùt, le l\ok, d"urJinair , el par ordre •. pl'Ctateur. ch ,·eux ur le· \'CU • front bnŒ.é, cootinaail
utanl ur le do . du olùa.~ \' ,·nil coitt:, lui
cr ne îr.1t-a _ d'w1 roup de pcn-bn , au lond
~on tr:1,·11il.
plu. 'inlér er; l, nt il
de leurs clu1rr •ne:, ou ur l1·11r~ "erhr.s fr:,iche. d ~rnraol ln n1111ue À lwlJ,,. d,•nt · ; G}nouwz, était · •rtain que, toul i, l'heure, pa rait
qu'il!' t •i•1 11aie11t d'ecarlalt·: le f1·mmt. n· it,,ient ce jour-là. n'eut 1p1'à donu r und, rnier con1&gt; J,•,11nl lui un Chouan authentique, un ·oldat
de poucr.. li félicit.a son chien.
pa plu · ép:mm :e, qne le enfan .
.'était on , •ul ami, on t:amarade fidèle, Ju roi, p•ul-èlre un aucicn ompa..,non
lai où ,a joi était vr imenl rand ,
qui
ne .;'écartait j:uuai · ; pourlant, un rualiu, J'· rm s.
c'était 11uand ·a bonne fortun • lui fai ail ren. l~i , comme l , rhauteur n'éL: it plu 11u·à
il
Je
vil li\er, l qu •ue droite; il eut henu
cootr •r un oldal hlt-11 nr a roule; il ~ 'en
quehp1e.
pas, ~oudain, à la vi ,ille ronde douce
pprocb:iit, ~imulail b ~i ille .c, la Iati ne, l'app Ier, le .iltler, il n • m·enail pa . Ut:Con- el nahc, uc ·'d,, .an tran ilion. dan· ·a
c
rté.
\
1
niL.
orlit
du
làilli
,
insp
'
.
·la
l
l'ar ab lem nt, courhanl . a t:üll • boitant lvurhouclu~, .·uhitem •nl nfi 'née, le terrible r •îrain
chemin.
demeul, tr· in:inl la j:imh :.
dt•.
journée, r ·volutionnair :
Une · rriol y p;t i1, el dan celle L' rriol
Le ntcu, J ,anl œ -ôem. tout ul, an·
La patri• e l n ,Jan.cr,
arme~. et mal en point. n • ~·nlann."lit guère. il aperçut ~u. sèche el droite, 'l ina, hl anche
, lil1ge1•rn11 , j uu ftllcll !
Guillemot l'ahordait, le aloait poliment, la cl ltloudc, 11ui 'en afüicnl au lllarcbé d',\uray.
1.a ,,,ln e 1 1&gt;11 rl•nlftr 1
Le chien al10)ail, ulJil apn" le dwval,
voi. c be,..rolante, lui demandait le rb min
Tons le· ~rçou ,·ont g' cl a"cr!
,on
mi,
pour
l'arr
•ter
...
d' urai nu Je Vanne.; et l&gt;ru'1111cm tll. d •
, C Cnt!~ l'3 ')Ill.' l' •lran~ r
, tza, Tina, rcronuai -:mt la hète familière,
ît~nnc tMlur ,w11 conter Oeurdlcs ...
011 ti•rrlLI • lt,\fon, l'ahalt.a il mort i, ~c~ pit:d~.
tiraient la bride Pt re•mrJai,•nl al ·ntour. Ell
Il .;eol pour vou
•l'lter !
vidait ·es pat•h •, l.ll s'en allait.
La p lrie 1 ~11 dat1 r •••
aperçurent
Al.rnik,
d
l,onl
ur
l
r
mblai.
•
.1 t,uillcmot était lourd et lirutal dan, e
Oonsoos la Car,nag1111I
tendin.:ul ck 11:i.rt el d'nutre ~ mai
bomiridc ·, J.lcquc. Ewnu · :ipportait des raf- bras
\Ï
111 oo, ,·ive le ,on,
r•tcnu
par
on
œu
mal
rempli
encor
•
l'épou
,
füm m_ ln Cnrm ■l(nvle,
finement . (Jo:rnJ il l 11, il un ennemi au_
\ï.-e I,· on du r.an1&gt;11 I
défrn e nu houl dt&gt; son fn il, il le foisail a c- lo p?-rc, aprè un 0 rand ~' le &lt;le tendre ~e. se
rcjela
,
r~
le
couvert;
:on
r-ifilemenl
ai!!IJ
nooill r, récit r .c pri'•re•, chanter de. caoLe wuplet éclatait ayec une c.:omidion fati1(U"'-, l'awrLissait der ommanùcr !-On àme rel ntil de nouvc:rn, cl Rok, à rc rel,. 'élança rouche; il ttt.ait évident que celui 1p1i I lanç.1il
d
·rricr
·
lui.
1.
•
•
d
ux
fcmm
,
lr
•mhlante
,
au ·•inueur, pui l'emo.aitdonn•rdun I à
n•prircnt leur ·lieniin. :·,a dit .impl ment: ;iin,i l' pproumil .-an. r,~scr, •.
terre, a,· · :a b néJictiun.
Jili Ge. ril Lontlil ur :e d,~u pied ; r je- li a jur ~ Je ne pas reparaître devant
K•rret, plu .. loyal, allaqunit 1• homme en
tant on ru il qu'il
it tic 11 t,armt!r luinou.
a,anl
d'ayoir
ven"é
ll'
·
p
·tit
.
Attcn&lt;loo
rac , lutlnil corp. à corp.-, triomphait, mai:
même, il lira 3 hach Cl lit r.u:e , lïu ol1•nl
el
prion
..
o n an ri~qu ·s ni Lies ures.
Le , ir de œ matin.•\I· nik G ·nomez étran- musicien de ch min r.r u . u ,cr"L:Ol de
('.e troi oorupagnoo~ &lt;uni ,ai nl parfois
gla ~uci:e hcmenl d •u pa sants dan 1 volti ·ur · Je la füpul,liqn était d ·,·ant lui;
el ·'en allaient, dt&gt; nuit, inrcndil·r de village
mème entie.r. L'un 'était d~noncé en chan- sur '-Oil uniform ,, il portail nu •rand in n11ui 1m1ieal a TOt!illi le: lll1•u~. ,1ai 1 · prètr
teau bleu, brodé d"or, que Jili. Pour urm1i1
a·~ermen1: 1 •·vienlencor•leu vi timesde lant trop haut la lfu rseiflnist· i l'autre, qui de colèr '. reconnu l ur-1 ch:1mp. c·,:1.ait
pr~dill.'ètion, ll!urs mc,rceaux Je choi . Il le~ était i.re, tréhucliail tout pas, enjuranl par
tou. le ainls cl lou · l · diable , comme un Jaifrez r • i .
penJaicnl gaiem nl, a la porte de lt&gt;ur pr
[), mob, il a\'llil int, iocofü1:icut, dan
p:
ie.u qu'il était certainement.
b~·tt're, par l pie1I. , au..J ~u d'un feu d •
un
lit d'hôpital, puî 'Hait, uu m:itio, réveillé
J1nouve2: compta es mort , ur . es doig
paille, et les grillai nl J • la .(lrle, n ouci
encore raid • a,·cc . aû faction; cela fai ait lucid , "c plai •. ci •alr~t'. ·, m:ii i faibl, d
de leurs h11rl men~ d'a onit•
i blème · el d , moi eue re a\'3Î nL p:h. ',
AIMil4 Gynouvcz, cet artisl du meurtre, dix-:;epl. Encore trois cadanes, el il serait libre avanl 11u'il pùt r. llier, ,•,tlidl.l, .on ancien
continuait l'eu•r ice qui le pa~.ionnaitj il de r•ntrer chez lui .•\h! quel coup Je guin- r ciment. Eufin. d'aplomb ur i: jambe ,
r 'nt.ail d • ,;olupl farouch•, l\ enfoncer ardanl au retour! Il ·'en lédtailleslune par robu t • de 110uv • u il y reparai~ ait. Ce fut
e!&gt; onnl . dan une chair palpitante; '- voir, 3\·am·.e. « Euh ! 1
Ahmik Gynouvez ne ful pa le ul à ren- une fèt.e.
~us le carcan Je ·e long· doi •ls i. pé , des
Le én'•ral \iillot, pour ~a belle t·onduile,
contrer
quelque r I ist,mce dan le ooml.Jre
·eu virer touL blau , une langue ,;otelte
le
nomma on -{lffici ·r et lui p •rmil, au nom
jaillir d'une uclœ noire el râl ole; ~ cnlir de pa5sanLS a saillis· à for de triompher de la République, d,i porlt•r, ·ur a tunique
.an
péril
réel,
Le
Chouans
finirent
par
se
mourir entre i-0 main , dont il au mentait
Je manttJ.111 co11qub Je Crt1louJal; oo manluao
ou diminuait
plai ir l'inf roale pr · ·ion, croire invincibl ; el c-.' t à ~ moment que qw, 1wndaot 11u Jall're:i: luttnil a\er la mort
de lhre~ virro11relll [ails pour vivr longL mp . la fortuno les abandonna.

n

,~o

... 190 ...

était r • tri ac,:roché à Oil d11m:l rappel n l llr!(•ux 1p1'i_l contemplait •n rêve. :\ ;,, : t·nl. il
· Pn par.ut or ueill usemeut, ain.i qu' d'un
lropb !e.
,\ c1·1te vue, Jili 1;1·. ril Fut lioul, \er,:
~omme _tle\'ant uu ncrilt"'C, une profonatio11;
il a\ it autant (1,, o11llra1H •111 de olère
dan ~on ~motion.!,' rnatfleau d 'G •ôr3 •s, dra~au, hque, ét 11 u. 1 -arr t rHmr t ,. G,_ ril
et lt•~ 1,ynou"~• r.c, ru. Ires, •JUe Je z:iïrnph,
1. voile ~o 13ml, pour 1;, lill1• J' \milc:ir.
Il ·1· J •t~ ,ur Are: i" i1ui l' :ril:I J"un aul.
'I oul d' mle le voltigeur :t\:tit tir. ~on ,al,r ;
un pa\.-an armé d~11 la camp:agn •, c'ét:1il un
Chouan, 11.n a. a 111; le deYoir, l'iQlércl pcr. uuuel éfall il'en d-harra&lt;:,cr la route ....
\lor,,, il ·cr "ardèrent au !,Jane de. •eu. ,
ram:i. Sl· _ur c11. -même., en trr~l pr t '
bondir. C'était un duel.
'
Héla ! il. a\ai~nl ,·iol!t an lou le ,li! .
lou. le dcu . ,·airnl tir:: fi •ures d'enfant.,
.an . ~:irhc, ~an 111~11~tacbe, faih'~ pour t
O~lr, • de h"urc Jol11:. et pure qui t.:aull:Tll. Ju trouble au fille : lou 1• d u
r~'!1unienl J,• JlCn ï:c-: nu-dessus de leur r.on~•~on, • î c le m me eulhou ia. mt, i l'idë.,l
et~1t t·t111tr:ulictoirc; il, étaient Ill. J,i ln
me'.11, h'_rre: il éLaÏ'nt l'a" :nir; 'iJ,,. 'l'nlretua1cnt, ,I._ priv::ii1•11t la patrie du dPu oul,l :
n~:ml ,; ·i l'un ét.:iil raimJIICur, il 'app lait
Cain, 1autre ,\l,cl: il.· :rnrafonl dil e comprendr1:: 'aimer cl m:ircb •r côte a t·tile ver
les cblrn. ~b cur . . . • on pa ! pour Bi u
el pou~ la hherté, "loir• du ci l, joie J la
terre. il~ th •rch ii·ul à _·é.,or:.. •r.
_l.eur fur ·ur ,lll"llll'lllàÎt l'flcorc à ;;c con;ider ·r J:m le 1, lonuc1111:nl de la prernièr
:1Uaqu ; il· étaicnljnloux l'un de l'autre. el
.
d m i 111
, '
.·e r •connaiss,111L
ce. d' \!!ale
be_aulé, ù,• !,ramure p,1reille, ils .e haï·s, i nt
ffileu · Il· fi .. urai nt tlcu pri1wiJ •s en pré. en~e cl 1JP11_, rivalit • . ll'i. le rc.z-i//a R,.9 i. ,
el 1 • 1 Ça'""· nlauc, Bleu, irrb·uneilialil~.
Le rrim était plus liant, rbcz le roi:, chez
1 ' pr Ir .... , cl chet 1• · tu •ur, tic roi· cl
~hcz le· lu1!urs dt• prètre ·; eux re. Laient
mnoc.enL • jouets an mnius des autr .
Ce, '!eux irr pon ·111) !s , 'at1;11111~re111 folle~1e11l. E~ale~ient ri!'ïlur ·u • ,1galt 1tknl, ,.ile:,
11 •e b11ça1cot, parai •nt ,t,, coup formid; ~le. i la lmche tournoyait ur I front de
~lh.; 1• . abr~ décriYait de~ 11111uliuet · d'r.cbir'
a I entour tl Jallrt!l; l,i ntùt, il 'e ·sonffü,._
rent.; !ou deux i11 naicnl déjà, un Lra
euta1l_lc,_un_,i épaule enta.m' • LI, ·ur pour
eux Ill 1gniflantc • Haletant • il., d m1rt:I1l
plu férocement opini.llre', chacun voulant
fr.tpJ r ~vant d'être fr pp:. né,,li• e.,nl .a vie,
po~r rmeu~ il nner L1 mort. Ge qui de,·ail
arrmir arrn .
1

(lllustr.iilo~s Jt

Jili, ,lu Ir, nch, ut d .a hache. fonolil le ronl apr la pr,.mièr • fusillade cl alor. C4'.!
c~ùne d,· Jaffm,, lundi~ 110, cl'lui-r·i, d'un der- srra p_,rtie r .mi~c, loul à rct·omnwoù!r; il.
m r coup d 1111inl1•. lui lnl\w it ln puilrine.
œnn~• ·si'."! li~ p:1~·- • u1r.-•111 ni qun nou ; il
soul in ·,11 ,, altle .
Il tomLl•rent l'un ·ur l'autre l't 111ourur1'nl
uni pour 1:t premi, re foi ; p, r cl1!ri inn J1;
- , 1111h:1iLnn, d • le. ,11rprt!nclr,•, répondit
~orl, leur ·ang ..c c-onfondit ur la terre ltrt.... 1 '11 ma. J,·slr,·, ma1•·, d tout , façon , il faut
llmnc; 1 manieur: de 11 •uplc cornptni,·nt à en finir. Cba11ne jour cmHc Ji· homme. à la
leur 3t'IÎf un forfnit ajouté.
fü:pul,lii1uc Pl r. 111' u rr rl'a~. .1 ·sin n
Il.- r,•·tcrPnl Ioule la nuit Elte11d11 ur 13 pcul el r:'.· tol,frre 11111_ lnnntm1p .. lu ·uis Ct'rr ·u le: .\larv· el • cha,. ur. , pllrli · 11 re- l~lll 'Jl' 11 n a 1111 um• 11oi~111: d'homm ·.
connais anct&gt;, lrou\'t•r•nl [,,_ &lt;lt•n. c.1daH, ; t: 1 l hl)nlcnx 1\'ètrè tenu co 1tchec par ,1u,:lil· raconlail'nl eu -mcme, leur hi, t1Jire : 1Jll parti,an,-.
c·aait loute l.1 •uerr •.
, - ·~11 a· ra~~on. reprit 1,ilh,•rt. mai: &lt;JÙ il
Man·a r.apport:t le corps in rie ,1 Jonr
11 a ril'n . le d1:ibl perd &lt;-e), droits. (Ju'r tArexi · qui lut ,•ntPrro à \'amws au rottlt•ment 'Jllll Lu fera lnut a l'lit•ur1i, ,i de n.! hui -là
de ta111l,011r,, Jili 1, ril conti11uait on ml p:trl w1e \ul :,, Je hall , el •1u'en cl1.1rgcan't
gl' ·1 ' épt•rJu sur la po1n,ièrc. Ce fnl bvcno
prir l!t h~ lrou\'P.s l.1 pl:icl' \'ÎJ , ! ...
11u i le r fo,·a,
\ · l 111. lanl préci., 1mm i Ill I' roi Ju
A cl'll&lt;- nnuvcll • pMrn:~ Je l'bo tilit, dt•• c~m111:111danl eùt i'I: lr 2i11u1•111 ·nt cl immémpagn , r L nti.-~ant cellt -F. e.1r \r1. i. cliat.emenl 1füinalo1rc, une centaint' ,le pt:1Îlc'ét::iil prcs11uc l1l 11cnclair , le~ Ji~lricl~ !!'ému- lla1111~1~, court"· •. Jlu111 r'Ul ur l.1 li·ièr;
rent. Il rut r ;,,&gt;lu en !'Oil ·il 1p1ïl f llait pur- tlu l;i•lh ; un ~oulcment Jt' poudre lit hon1lir
aer la conlrt!t' tout pri et rp1 'un, des •nlè le. ,:,•ho: l'l tl n. "r ·riadi •r,, ,J u bu, ·arJ:.
ariu~ était 11 ,~,. • ire d. n. c rtain ,·illa"
uncha;,1:nrroul'rcnt, ,ln plomb tlnn la I au.
ou chàlcaux . uspert . Et 1•eci fut e.xé uté.
On da11 en \ uc du d1:11 'llll ,le Kerrot
Le man~ir tle li"rret li 11r,1it ur la li te de
~.a wille, Gj'OOU\ 1. mêlé il de.~
san:
centres suup~.onué • lin oir, ; l.1 nuit tom- qui ~e M1tlai 1~L an ma~d1 t, ,'ctoil, par brabante. un Lataillun ,Ji. li~ne. ous le ordre: Yad1, a\t'nlun• ~ait. \, nue ; ·ur la pince,
du cim1111Jnd.111t Gilhr.rt Uour ·, du c:ipit.liue enco,ml;r-1~ ile ,·011nrt•. rb r:? • ., de fruit- t
, uma .t' tre, ~orlit dL· ·anm:~ :m fa1Lfor1•, de lcgnm ~. dao· la crmru~ion ,le &lt;'f'U1• •orle
pour un• ·urpri .
de fuirr, il ',!lait ..;lissé d:111, fo group :
B •aupoil &lt;'I ~lar\a :n·aiml dem udt! d\\tre _ouvrant "rantfos .sr· &lt;leu. orPilt ,,
adjoint .. · la colonm: e [)é&lt;lilionnaire. dan,
lt, · ,olJat · ,,i if inter, •11:ii,•nt 1 • carnpa1,·ur lmllanl dtisir clc v n,1er \ rcxi ; le· Jen
"rtllrd .• I&lt;'. r.har!(:c:mt, pour .-·.1m11 ~·r di&gt; 1~11r
li ut ·nanl . l'un la 1:1e d'un peloton de tr-r 11r, il lou li• crime, cummi, aux alenhin;ard· . raulre &lt;l'un rt'lOl(Jn Je dia~scur~. tour df'(lllÎ. lroi moi .. Un tamhour de li"n1•
&lt;l 'plo1ê, ,ur le ilanc.,dc 1, tro111 • •I, irai nl Pari. i n d . 11:iL,an ,,, , plai,.1it priudpal .~
1H nrnrdtt'. silcndense.
l~Plll à CP Jl'U :an. da11,..,•r. li p1111r uh it nn
~ pl mhre liuis nit; l'omhre Lil•nt,it .e tiL
'l'l '11 l1nm111c: au nel crochu,
la lmuch en
~l'".i .,•, mais la 11111 • • ,: l,·rnit l1 propo:. 11&lt;mr C?up «Je :ahr•, él l'épo11va11l ,it rJr, -•· :iccti-:1m,1111'1 r la n,ut • ~\lm
1 • Ire, à pied, tio11 •
s'a,•:rnçait :iul'rt'.- ri• GilLert ll ure à ,·h 1·al ·
En : • lemp,:là. on pouvait :lrl' pc111lu pour
le ra11itainc appuy:1it ~a maiu uchc à t~ d r.11. 1111, mointlr, .
selle 1l11 cornmanilanl; il. 1:au,Jient ?i 1·oii
111 ui criJll :
b:i~se.
, - _loi, ~Il a. une :ale li11ure, mon ,ieux
Enlre r . J u l,omnw . l'inti mit~ t:lait pcr ; JC Uh ~,1r c1uc Lu , r.tmuan; tu pue.
pro_fond ·: deptu 1li an , côt i1 rrit , il
le hou;.m; nwnlrt! tr main·, je pnl'it• rpi' lie.
av3l1'nl comhall Il jll.lr d pa s diHir,. p rla- :ont noir·~ de poudr ..•. lu c un assa . in
g nt 1, rcntur : ; L, de la orti1, . • :taicut ,lu hniss?ns :_je suis prèl 11 en faire le r-rli: 1 ur cœur . 1:ilbc-rl Boure Ji. it :
lllcnl el_J" ,·:11 t • 1 nduir, au po.te.
- Il y a é1iJ •mmclll 1111 11101 d'ordre, un
L ·. v,
p,1p1n a1ait beau , e dèfendr('
li~11 J • rëun.ion : o? a r mar«pu! que Ir. ,) r- av c mJ, n lion, jo~ r it11ÏI ,enail ·~11dre a
mcr' ,1ltent.als ata1cul tous été commi dan
1·ach_e J?uL la mi ~re J' · ll:mps et IL• poids
u
orle de 1·erde dont I point i:enlral e t d s impol, le lorç.·uenl à !&lt;e ~tpan::r. 1 tnmle wam&gt;ir Je Kerrlll; il y a dono prohab,lité hou~, ~ut~nu par :e c:unar:1dc "&lt;lll;iillt'ur. ,
pour -que ce il là le r ru e. i nous l
pern-,1:11t à l'aCCllblur d'a ·w;ation mon._
urpri-nons au gilc, tout ira hicn: il n' 3.ura trucuse~.
pa trop d dé,.at.. ... 'il . ont prérenus. ce
L paurre h11n11ne rb rd1ait
• :chopp r,
~ra dur; ~r il:: e feront Luer jusqu'au der- mai,• entour; par la h· nd • en joie, il n'y
ru r, ce 11111 oùh r. 1·her, 1111 Li n · :,,:iiJI .. pouvait paricuir.

Jl;

:u

0

Co. RAu.1

{,l s1tfrre.1

"4

191 ....

l.\URICE

MONTÉGUT.

�LE

ms T DR,.1.ll

LA

VIE

ET

LES

MCEURS

AU

XVl.ll

"LisEz-Moi"

H1sroRIQuE

SIÈCLE.

LE DÉJEUNER
Tablt!aU de Bouc111~1t. (Must!I! .:/11 Louvre.)

.... 191 ""'

L'INFANTE CATHERINE-MICHELLE, FILLE DE PHILIPPE II
Tableau i.i'ALO. '"0-.'.A. ' CHEZ

OELLO. (.\lusée du Prado, .\ladrid.)

75, Rt:E ÜAREAU, 7.1
:.utlf

'xlv• arrouJ .,

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1910, Año 1, No 20, Septiembre 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>r JicM Girau&lt;1on.

MARIE ST ART
RRIN E DE FRA 'CE ET D'ltco ' E
Tableau anonyme mu~c de Ver.ailles .

�LlBWRIE lLLUSTR ·~a.

-

TALLANDIER, ÉDITEUR. -

JULES

75, rue Dareau, PARIS (XIV• arrt).

1

Sommaire du

1 g' fascicule 1.1 "'''"''''' '•"·' [

~---------~
P.11JL TIF

A~T-YI C'ToR.

·Rtotmc Loutt:.. .

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J-1cQ11,_;; o' \RCY • • . •
J ütù,1 n JE.1-;T11~R.1L1J.

Élisabeth et Marie Stuart .
Les Femmes du Second Empire
gende de la htarqui e de Paiva.
Mo historiques . . . .
Comment j'ai pris les Tuilerie
Ne toucl_ie~ pas à la ~eine.
La tragédie de Ra atllac.

q:

La 1 •

1()1

104
lltl

11 ~
113

La, prl.ncesse des Ursins . . . . . . . . . .
Memo1res . . . . . . . . . . . .
ne aventure d'Armande 8 · art . . . .
Marie-Antoinette Jugée par Loois XVIII.
Bataille de dame
Les Ép es de fer.
L'Aiglon en cage .

SA l~·. lM •• • • . . •
l.JF:NtRAL DE MARBOT.
F: ._,-; POUJO\.t \ r. . ,
.\IAtKICF. Du.llOl Lli-, .
\1.iRQ lS If \Rt,I'\ '\,
fihumcr. , l o.-.ri::.,rT .

J

T. G. . . . . . .

ILLUSTRATIO S

PLANCHE HORS TEXTE

ll 0 APRÈS L.ES Tt,11Ll!,\Dl 1 DESSIXS 'ET El,TA"PES DE ;

Tll&lt;FB EN CAMAIJ;:O

Ho11 '-"· i.\m.r BOUTIGNY. BRL''ŒLLIÎ.RE. t].OR(;f; ~ co~tlAD Et:Gi:.-i: ÜELACl101'1,
PAl 'L Du 11or.11E,
f'" H l!.R.E-~T. lll r1•01.\"Tt: l.F.cO.iTE, Hon10.1., E1 ,,f.:T
• 'lllF.llD1, A. TArrnn:1 1, M- V1M:E:-LE; BRUI\.

M;\RIE ' Tll.\lff, REl~E I E FR

1

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S.'E

Copyright by Tallandjer 1910.

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Parai.ssant

MÉDAILLE DU QUARANTENAIRE
1870-1910

le 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-IVIENSUEL
,---- SOMM.Al~ du NUMÉ~O du 10 eptembre 1910 ~

1

L'OMBRE DE L'AMOUR

1

MADAME ANDRE

1

RO~IA"

ROll ,l'&lt;

Pa.r J ean Rl 'llEPI~
li&lt;• l'.\ cm.kmie lrnnçai,c.

Pat l\brcellc TINAYR.E

L(lTl del •.\~dcmie rrani;ai!o&lt;!. Azlyadé. - PAl'L li t' IU,ET, de I" ca•
dèm1e rr:ui,a,,~. Nuit d'~té. - .\suou FR\\'( E, de L \ cadcmîc 1rnn,;:\J,c,
l,c jardin d'Epicurc. - \11,. CF.l. PRE\"() T, d~ J"Académ1e rran~ruse. lion
ca:ur - l.t:0. · ne Tt:-- E. l'. La peTlc ooirc .
RE."i· .\IAIZEROY. olell
d"u.utom ne. - JEA..,
1 ,\HD, dt 1'.\c11dc1111.i françal e. La ro e jalouse. c:YP.
110
phrases! - (.juy Ill'. MAl:I'~\ A:\T, Au bols. ATULLE
\\f;'.\O '. eptcmbre . - (icsn~E FLA BEHT. Dans les ruines de Tiffauges. - llt:&lt;llit&gt;E RF.(.'.\11::R. Heu res marine . - \ '1etOR IARGl t:.HITTE.
'répu çulc. - 1-h,.,,u .LAVEDA , ', de l'Act1d1:mie fran~i e. • n dit que
!'Empereur l II couché •· - ED'IO"D llO8T,\N0. de l'J\cn&lt;lemi~ frnn~m~c.
ûs papillon . - .\LFRW 'APUb. La b:l.teJa.inc. crimcd1.i.

l'!PRIH

Il

0, vo frappe r inces. amment WlC médaill e en brorue argenté , gro.nd module
(0,050 -1• de diamètre), composée 1:t grnvéc spécia lement par Georges Lemaire,
l'auteur de médaille ortlclcllc du laroc, de Chine et de ln. Méd.a.lllc Coloniale.
~ttc médaille est de tlnée
commémorer 1'.Edltion dEfloltlve de l'Histolre
9En6ra/c do la Quarre J'r1tnco-11/lomttndc, par le li eutenan t-colonel Roussel,
mu t:réc pnr 150 artiste., a,•ec planches en noir et e n couleur!I et publiée a
l'occ11slon du quarontenolre des t:vènement d: 1 70-71.
Tou ceux qui, un titre quclconq11c, s'lnt fressc nt a ln guerre de 1 ?0-71 ou
qui ont tté mêlés à ses é\'t.n emcnts sont priés d 'envoyer leur nom et adresse à
lu Librairie J. TA Ll.A Dl eR, 11, rue Dnreau, Pori, (XfV•).

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LE ROCHER DU MORT

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ÉkaLctb fait une tr'. fï·re figure da1r
l'hi toire. Jamais r ine plu. m~1le ne nl,Tna
sur des homme . L'Angleterre lui doit. en
partie, ,nu a1èneme11l parmi le nation,;. Mai ·
.a "randcur e ·t tout polilique, et. ïl faut
admirrr la rein•, il ~l permi dtJ haïr la
femme. no ri:a"e, on caral'lère,
mœur·,
~CS amours, tout, en i•lle, c l antipalhi4ue.
o couscne, à la Tour de Londre , .ou cifigi de ·ire, montée ur un mule. Cetl ligure, aigr el bar•meu e, au llilZ ·rochu, au
111. -

Il, ·10111•.

-

Fa.,c. 1tJ.

lèrni · rcolrantci·, a,· •c . petits leux dur · el
pàlcs, que urmonte une mouta"'n, de rro~
·hewu1 rou , produit une impre$SÏon r...:pulsi,•e. a taille plate pl1111gt· dan · un v1irlugadi11 char •é de ro elle cl de pas c-quille .
Le mauv;ii goùt de ln ,ieill 1ille percll, ÎI
Lramrs la magnifiœncc dt la reiœ. l\icn de
plus laiJ et de plu baroque.
L , rndiens se figuraient b Compa 1111ic d.·s
Inde comme un• ,·ieille Jawe trè richo el
lr a,·are, qui le,; gonwrnail, d Londr ·,
par
oldats. et s · employé . Dc•ant cc
mannequin grim ç:ml, m lé de clinquant
... &lt;;7 ....

ori niai el de raideur Lritaa11Î1J1ie, on se ·ouvienl de la ,ic1lle dame de. ludi n ·, et on
croi l la mir paréti &lt;lu co.lum• d'une de~ pagode du pa3 . Tous ~es porlraill; du. l ·mp
ont lt! nième a pé l dl.! c...rirature rabuleu e.
La. tète pri e dans un· coll •r •lle igantc.,quc,
eml,oittbl dan un cur. a~ raidt: de perle et
dt: pierreric , anic on air dur t a moue
mtichnute, clle res·enil,lt: à ce monslrue e
idole indil'nnc . 4ui ne ont que grint! et
colliers.
pt!inlurl!S, qu ·on pourrait croire
aliri,1u~, oal d"une lidélit officielle. On
ait &lt;Ju'cn 156:i IW•abeLb défendit aux ar7

�111ST0~1A
li te· médiocres de foire . on portrait, une
pareille occupalion ne devant appartenir
qu'au· peintre· le. pin di tinirués. Dans une
aulre pro ·lama Lion, elle annonçait à son peuple « qu'aucun des portraits qu'on ll\'ait fait
de ·a pe1"onne n n·nd:mt ju tir,e à l'original,
elle avait w.olu, à la demande de on Con. •il, de se procurer son &lt;&gt;xacte res.emblance
d11 pinceau d'Wl artiste habile; qu'il crail
bientôt exposé en puLlic. pour la ~ali faction
de es amé · ujt.'ls, et que, pour celte rai on,
elle défemlail e. pre- émenl, à quclque indilÎdu que Cf' fùt, de p1:!indre ou de gra\'er
aucun nom-eau porlrait de sa personne sans
~a perrni.sion, ou de montrer el d'exposer en
pttl.tlic aucun de. anciens portraits, ju, c1u'à
ce qu'il eus enl été refaits, d'apr~s la copie
que l'antorilé allait faire parailre o.
~ i l'art n'a jamai pu ennoLlir les traits
d'Eli:.alietb, la poési et le théâtre ne sauraient no!1 plu idéali er a personne. Elle parait d'une grandeur tragique sur la va, te
·cène de l'hi.loire, l!lllre le naurrage de l'Armada el l'échafaud cle ~farie tuart. Rentrée
dans le couliss de Wiod:;or el de ~ ·e tminsler, ce n'est plu qu'une viraoo acariâtre,
la Louche pleine de juron , la main pleine do
ouillets, qui tyrannise brulalement sa cour
et donne des coups de poi11" à se fille d'honneur, 11 d~ telle façon, - dit un chroniqueur,
- qu'on entendoil auvent ces belles filles
crier et e lamcnlcr d'une pileu e manière Il.
Les homme d'État n'étaient mème pas à
\'abri de es algarade . Le grand chancelier
Burleigh pleurait souvent, tant il était malmené et rudoyé par la reine. Un jour, elle
cracha sur l'habit de ,ir Malhew. ne autre
fois, elle prit llallon au collet. Le comte
d'E·sex, qu'elle morigénait selon sa coutume,
lui ayant tourné le do , elle « l'cmop au
diable t) el lui donna un ,'iolent oufflet.
Ce trivialité de mégère s'alliaiimt, en
elle, à un orgueil de ultane. ne éliquelle à
plat ventre régis ait sa cour; Ir plus grands
eiggears étaient forcés de se plier, devant
elle, à de. r:,rénullciions orient.ale . Tous ceu.1.
auxqocl· die adres.ait la parole, ou ur qui
elle laissait tomber un regard, devaient, à
l'instant même. se précipiter à genoux. L.e
geotil:;homrnc qui la serrnicnL pendant e
repas n'approcbaienl ou ne s'éloignaient de
la table c1u'aprè 'être agenouillés par trois
foi .
.'a coquetterie frisait la folie : après sa
mort, on trouva trois mille habillements dans
sa 0 arde-robe. Une bas e jalou i.e de femme
envenima a haine contre Marie tuart. ·elvil, 1'eovo1é de la reine d'Écosse à Landre ,
rapporte, cc sujet, dan es Afémoires, une
curieu e entrevue 11u'il eut m·ec elle. &lt;( Elle
me demanda ([Uelle étail la couleur qu'on
jugeait la plus hello dao le- cheveux, et
laquelle, de ma reine ou d'elle, avait les plus
beaux cbereux .... Je lui répondis que es
chm•ctu el ceux de ma souveraine étaient
également beau.x. Celle répon e ne rayant
pas satisFaite, je lui dis qu'elle était la plu
belle en Angleterre, el que ma ouyeraine
était 1a plu belle en Éco se; et, comme elle

ÉL1S.AB'ETH 'ET

in. i Lait encore pour une répon e caté 0 orique,
j'ajoutru qu'elle a\'ait la peau plu hlanch ,
moi. que ma sou,~raine était très belle. D
L'~"'c ne fil qu'aggrav r cette vanité ridicule: à soixanlc.-neuf an , eUe dan ait encore
la courante el 'habillait en bergère. Ju~qu'à
la fin, les courtisan qui Youlaient lui plaire
de,aient paraitre éblouis par le rayonnement
de son vieux vi.age. L'encens qu'on lui fai-ail
re, pirer ~urail asphpié une reine asiatique.
Ce qu'il ~· a ùe plu laid dan a ,ie prmie,
c ,ont encore es amours. L'hypocri ie donl
elle le drapait leur donne quelque cho·e de
honteux et de clandestin, ,\ucun éclat, de·
indices; de la fumée, pas de Îtu. En approchant de son alcùl'e, on sent je ne saÎ$ quelle
odeur de halai roti. Ce n'était point la fière
o tentation d'une czarine àîllclianl . e fa,ori
1:omme des dignitaires; c'était le lil,crtinage
obscur d'une faus e prude qui p:'•che à bni
clos, cl rn de sa ruelle à _011 oratoire. Toute
:.a vie elle sino-ea la ,·ierge el porta, avec une
emphru e risil.tle, le li fané de on œlibal.
Cette « ye tale de l'Occident u, comme l'appelaient ·es poète , aurait, dan· la Rome
antique, mérité ,ingl foi d'être ont.errée
vive. De DudleJ au 0 éant irlandais qui réchauffa sa décrépitude on ne compte plus
e caprice .
Dès H&gt;65, ~farie ~tuart, dan· une lellre
s_pirituellement perfide, au ha de laquelle
Élisal,eth dut é rire le brouillon de son arrêt
de mort, dénonçait, sous prétexte de lui rapporter les calomnies qui couraient sur elle,
ses rendez-,·ous oocLurnes, ~es bai ers donnés
el reçus auprès ùe porte., « ses privautés
d1Lhonnète ». Elle la prévenait que on éloignement pour le mariage pas ail pour « proYenir de ce 1rue rnu ae ,·oulez perdre liLerté
de vou faye fayre l'amour. et aroir votre
plai ir toujour a,·ec noun&gt;aux amoureux •.
Elle l'accu e, en faisant parler la rumeur publique, « de ne pas se eontenler de deux ou
Lrois, de se donner à des étrangers, de leur
lhTer les secrets d'État, de courir à force
Uallon, el de l'aller lroul'er la nuit ».
La tragédie a vainement es, ayé de pa ·ionner ses amour· caduc avec le r.omtc d'Essex;
Leur dénouement .an&lt;Tlanl ne p ut même les
faire accepter. Une reine septuagénaire épri~e
el jalou e d'un homme de trente ans, se précipite, du haut de on trône, dan· le ridicule.
La couronne tombe, les ride, restent; cr,
n'e t plus qu'une duègne en ardeur, boone à
fourrer dan uue comédie.

li
ans Marie Luart, Bli ·abeth n ·esl pas un
personnage dramatique, il Jui faut celte "reine
à ball', à martyriser, à tuer. Ce n'est qu'à
son contact qu'elle reçoit et qu'elle dégage la
passion. Opposée l'une à l'autre, leur lulle
est pathétique, parce qu'elle est naturelle, et
parce qu'elle mel aux prise le instincts
les plu ho ·tiles du cœur de la Ît!mme. D'un
côté, uoe prudt', hypocrite eL envieu e, iucarnaul, dans sa ~èche per:onnc, toute les
qualité négatives du proteslanli me, une

virago d'État . achanl prévoir et ;achant altmdre, armée de ttiu1e.! li•· forces de la ,·olonté
el Ju carac;trr ; de l'autre, nne enfanl &lt;le la
l\enai sancc catholique, une jeune · reiue,
romanesque et a,·enturcu$t', e da\'c de e
passions, jouet de se ca pricci , légère el violente, impétueuse et faiLle, mt:llanL à .c
perdre un étourdis l.'mcnt qui tient du
l'erlige.
Je ais Lien que sa mémofre, qui, pendant
deux siècle , n'avait eu que tlcs ama111:, a
troul'é récemment de, juge . Chaque époque,
avant de mourir, unfonil ou Lrûle une par1i1i
de . es .ecrel . Mai un jour arri\'c 1.iù ly~
crim~ ca.d1és e déterrent, où le - respon·ahilité se déJIL'l, qnent, où le sang e ,u}é reparait a1u mains qui l'ont répandu, où le
papier d'État, ce, muet· du . érail de la politique, bri enl le sctaw qui les bâillonnaient, parlent, dénoncent, proment et
accusent. Tôt ou tard, l'ombre coupable,
Ûl'Oquée p.ir la science, vient, comme làdy
~lacbeth, laYer es main · , an°lante · devant
la postérité, en murmurant les vers du poète :
« Qui aurait cru que cet homme avait en lui
tant de san,.,? 'e pourrai-je donc jamais nettoyer ce mains'? To11jours l'odeur du sang!
Quelque petite que , oil i;clle main, Lou le
parfum de l' \rabie ne sauraient la désinfecter! n Toutes blanches qu'étaient le1; mains
de Marie Luart, el« cr beaux doi~ts si Lien
façonnez qui, - JiL Brantôme, - ne devoient rien à ceulx de l'.\urore u, il ne pourront jamais se laver du sang de Darnley, cet
enfant sen ·ucl et déhile qu 'clic épousa par
caprice, el qu'elle tua par aliétê. dès qu'elle
fut dégoùtée de on fade amour.
on mariage avec Bothwell, l'assassin de
Darnley, é!!llle, en horreur tragique, celui de
la mère d'lfamlet avecClaudiu . Il n encore
une tête coupée •JUi la rr"'ardl', dan l'histoire, avec de:; yeux dt! martir : c~Ue de ce
jeune Chastelard, qui expia de. a ,·ie le cri rue
de l'avoir aimée. Par deux foi , on le trouva
caché ou le lit de la reioc. La première fois,
Marie lui fit b'ràcc; m1is, à ln ·ecoude, elle
livra ce Cherubino d'amore au BriJ'oi ·oa
puritains d'Édimhourg, ra,·i de poul'oir
trancher, avet leur lourde hache bil,liqur,
œtte t 1te élégante. a Adieu! - dit-il, en !iC
tournant ,·er Roi rood, du haut de on échafaud, - adieu! la plus belle prinœ·se Ju
monde, qui me Lue, el que je ne puis cc· er
d"aimer! 1)
Quelle fi!!llre admirablement fnile pour
charmer el pour attendrir que Marie Luart,
la plu
édui·ame de~ grandes dames du
mari Ire el de l'échafaud I C'est Ja tète de Mé~
cluse de la sympalhie que celle tète coupée,
i hcBe et si poétique, dans sa frai ·e de point
de Br:ibant; elle trouble la rai on, elle fascine
la con cience, elle arrache des larmes de
pitié, d'eullalion, Je tendres e. L'hi Loire a
beau l'accuser, l'incriminer, la com-aincrc,
l'imaginalion se bouche le oreille el la lai se
crier. Ellti ne se ouvient que dti la heaut~
de Marie, de
malheurs et de ·on supplice; elle toinhc, el se laisse tomber,
dans le épulcre tragique que l'enchanter se

JI,( A~Œ

8IU.A1(T - - ~

�H1STO'J{1A
lui leud, romme nn piè"c•, Ju fond du pa.st1•
Quc:Je rn! ne racbèlc1·ait pa uoc Ldlc
mort! l'lu •né, accusfo de sacrilège devant
l'aréopage d"ALhène ·, u'cut, pour ~c foirll
aL ouJ.re, qu'à d~d1irersa rulie et à dl)comrir
aux ju"t'S sou sein nu, ce cin parfait sur IL...
quel le · sculpteur grecs YenaiPnl prendre
t't!mpreiute d~ coupes ùe l'autel; de même
~hlrie Stuart n'a, puur gagner sa c;,u e, qu'à
nou· montrer. du haut de l'échafaud de
Forlu.ingrrai, se ch,m·ux. Llan.-l.11~ annl
1';1,.;e, u ces beaux chevrn , - Jit Bra111ôme,
- 4u't:lle n craignoit pa · Je faire mir, ni
se les lorJrc l'i friser, comme quaud ellt• le·
avait ·i Llo11Js et œmlrés ».
&lt;l Jll \·it'ns de \OÎr le cr.inc de Raphaël. à
l'académie de la Sapienza, - écrira.L le préident de Bro~ses, - el je ne ais pourquoi
Jai trou1é Celle L~te dP. mort plu jolie que
les autres ». l,a po ·1ériLtl, elle aus,1, a .es
tètes du nrnrl d: pr1fdile ·Liun, et ello les erre
1•011Lrc 1111 cœur, avec le ge Le passioané dt!
la Jfudelei11e ùu Corrègt•. N'essayez pn:,. du
lui arracher cc· pathéti11ue • amult•ttc , rc-cuuillic, au 11icd dt!, i;iLcts cl di:s i- ·hafaud ·;
dlc le défoudra, contre ,·oru;, an·c fa colère
d,· l'amour. 011 ! que le sang rn Lien à la
l~mmc, à la jeunes e. aux èLres déchus, cnlrainés. l"ra,...iles ! Quel pa rfum lustral 1 4udle
pur écarlate! nappdl'Z-\'011!:&gt; D,mte, rencontrant. dm· son Ptll'9atoire, l'ombr, hahfrt1e
du jcum• \la11rr ·d :
Hiu11,t~rn r br/ln, r di 1r111ill' 1UJ&gt;ello;
lin f1111 di ,·i!Jli 1111 r,olpn ltnl'eU divi111 .

cr lL élaiL Lloud et Leau el de gradeu, a pt!1'I · ruai un coup .,,·ait rendu eu deuÀ l'un
de seJ ourcil!1. » fü, à la ,uc de celle lète
Llonde el meurtrie, lù poèl oul.Jlic cc qn'il
appellu ailll'.Ur~ ,1 se borri!Jll!s crirnrs 11, et ..il
jette, ur die. les lauriers, le Léoédiçtion ,
les larruesl
Le roman, la légcnùe, l'histoire ellc-mème
ont fait comme Dante : il· ont uuLlié le sacrifice du Cha tclard, l rncurlrn de 0arnlcy. le
uocc; saw•la111es de Bothw~ll tou tes le chult·
et tous le~ forfaits de Jlarie, pour ne se rappeler lp1e son héroïsme, 1's captivités, es
épreure , .es dix-lmil :irt tle langueur et dtJ
bè1·re, traî11é à lra\'er · les station Ju supplice ju qu·à. l't'chafauù sublime de fortltingeray.
EL pui., celle chë,·e crilni11el/e, pour
parler la lang-ue de Corneille, a eu la rare
fortune d'avoir pour advnsnir~ de homme ,
w1c reine. u11 pa} · frappés de disgn\ce el
d'a11tipnlbie. ()ni ne plaindrait la fille Jcs
Guise, l'eufant dt.1 la fü•nais ance, la jeu110
reine de Francr, lrJ11.portée, presqull subilemcut, du la cour idulàlre de FontaineLleau
dans la ombr • el rroide Écu ~ cilvi.niste.
C'est la galère de ChfopàLrt:i jetée sur les côLes
de la Tauride.
Là régnait ce füeu abstrait cl konocla te
de Calvin, qui ne veut être adoré que ou~ ln

forme du triangle. Là .!vis~nit, dans loulc sa
rigueur, ce culle né dans la ville des horloger , et qui n'était, lui-même, alor·, qu'une
horloge théologit1u .. au1:.ruuage ecs cLcriarùs,
qui avaiL le dia l1l1• pour jaqut&gt;marL, et la tlam11a1ioo pour mécaui,mu. Là nai,illail d,•s anathèmes opocar~ptique$ ce péJanl Knox. 411i
'C donna il des air d' baie, en se drapant dan~
on manteau rogné de presbytérien. Figun·z•
vou Marie régentée par la fé1•olc de ce inLtre cafard. flaun&lt;: 11osine couronnée. tombée
sous la IUlelle d'un llar1hol11 puritain! Il la
Lance, il ln rudoie, il lïuvedi1e, il lui jelle
à tuul pro1l0•, à la tète, sa gro~se Bible en mlglaotéu sur lra11che; il lui reproche ses danse., e parures, .es médianoi:h,, , ses joue1irs
J,, luth, ~es ballad1· à la Irançai!&gt;e, .es ·onnets à l'italienne, touws le \Oluptés el 1P
rlégaoces au milieu de quelles n, ait fleuri a
jellnesse; il arra,·he, de ~e ,ilaincs mains
tachées d'encre, 1,·s dt'ntellt· CL ]0$ joyaux tl
se rem me . (t Ah ! lielles da rues I Ldlc ·
dame ! - li:ur niait-il de .a ,·oix enrouée
1•ar la 1·hairc. - ,om u11e vie charmante; si
,t&gt;ulcnicnL elle pou rait durer, el si uou
allions au ciel avec du velours el des perle,; !
Mai colle gra ndc co11uine, la Mort, esl 111 qui
wus ai ira, lion gré mal gré; l·t celle petite
à1uc faible el trcmLlanle, comment pourrailcllc emporter :n·ec die perle~ el or, g,,rniturc
et dentelles. b•oderies et fermoirs? » _\insi
hurlail cet l1Dt•rgu mèuc, ouLfrml qne Luther
lui-même a1•ait rcrit sur le marge ile la
llihle ce joyeux d1sli11ue: « Celui ryni n'aime
11 ni le femmes, ni le ,·in, oi le d1ant 1 e l
« un ol el le sera a vie dura11L. ~
lf'cr 11iL'III liebl Jl'rÎfl, Wei/,u, 1111d r.eaa11y,
Ver bkibl ein ·arr sci,1 l,rbm1(a11g.

Et l'Êcos e entière a1 a.iL l'à.me, la bile, la
jauni se amère du ,icux Knox; elle haï· ail.
autanl que lui, le hais, les concerts, les
,·iules d'amnur . le tableau1, les canzones 1•t
le ma raradc!:'. Maric, t•n tl.~~ayanl d'a,· limater les art et les 11l11isir ù~ns celte Judée du
nord, ne réu. sit qu'à effaroucher son peuple
d' a. cèles cuirai,é·. Autant aura il valu offrir
aux peupl:idcs souterraine qui 1•iyenl prè du
pole b ora.nnes el les orliets de: pa)· c~aud .
_,a Leauté ,·uluplueu c s ·audalisaiL le chefs
de clan saurnges di! la Réforme. " Cc n'est
pas une chrétienne. "rommelaicnL-ils ous
leur casques, c'estlli::me, c'e l queh111e dirinité païenne! ~ lis exécraient, en elle., l'Armide c:atholi11ue, la wagicieuue du papi me;
il· accalilnicn L de ces durs •crsels do11l l' Arrcien Te -ta.ment lapide les femmes idolâtres.
celle tète charmante, inclinée ·ur les pied·
des crucifix d'or ou de1•anl 1.. mudonc du
Primatice. Les chic11 qu.i léchèrent 1, ~ang de
Jézabel aboya:enl i:OnLre elle, du même iiboi,
clan la boucht.1 des prédicants ameulé ' .
Aio i rt'pOusséc par celle terri:! l1ostilc,
élrangùre à son Dieu, extlom.11:moié~ de se
lcm1-1les, antipathique à se mœurs el à se
1

croyances, comment s'élonocrque cette jeune
femme se soit cnLèlée dan sa l'ui el dan a
nature, 11u'au fanatisme de la l,i 17otcrie et de
la Lri tesse elle ail opposé le brillant fanatisme
du 11lai ir, et que, d'coou.i du spleen IDl'"lique
qui désol:iil son Toyaume, elle se soit jetée,
pour s'étourdir, dans de tragiques imbro,,lio
d'amour. Tou~ ceux qui sen lent, tou ceux
1p1i rèrent, tous ceux que l'élégance charme,
que la gràce captÎ\'C, que la poé ie enhre, el
cp1i re,onnaissenL &lt;1nx èlres fragiles le droit
de tomber el de e ùriscr, se rangt.1ront, d'à:re
en âge, ·ou l'écharpe de 1ournoi qui lui er\1t de drape:iu. a cause e.st celle de l',·ntùousia me, de la pa ion, de l'in ·lintt; Il' parli
qui l'a ·oruliallue, liuéc cl luée, e LC'!ui de
l'hypurontlrie, du ralcul, uu phari,abm~. (.!ui
aime la sui,·e ! - 11 la :,uit, il la suhrn.
Armée idéale qui combat pour elle, en,·cr.sanl
de larme , el lui gagne ainsi de p 1slhumc
\·ictoir~. Eh 1 qui pourrait IL Hier cnlri• Marit• cl
Eli a.be1h? Qui ot préf.-rerail la fleur froissée, donl la Oélrissure r-a,il'e le parl'um, à la
YÏr"iniLé guindée el dessél'héc ur ~a tige; la
L,mdre récheresse à la prude raide el Jure,
juthée s.ur on vertugadin de pudeur?
Et puis, pour qui sai Lpercer el démêler le
fond de choses, l.a lutte de. dellX reines se
réduit à la rirn.lité de dl'ux femmes, l'l la
victoire d'Éli ubetb n 'e l plu que la \'e11geauce
d'un laideron, torturant et Luant une b •lie
jeune femme lomltée en tri! ·es main èche .
Cette momie anglicane, allant au prèchc ur
. a mule té.rilc, rnus en dit plus sur le martyre de Marie tuart que tou Les les révélation·
de l'histoire. Vous comprenez ju qu'où p~ul
nller la haine de la laideur coulre la Limrnlé,
ù11 la disgràœ contre la grà.ce, &lt;l'une ,ie
maussadù contrti une Jeslinée romane que;
rnus lisez, ur cellll face Lilieusc, l'ai"re res•
scutimenl d'un envieux el rancunier célilial.
Ali ! tu e jeune I ah! Lu es belle! ab! le
poètes papi.sl1.1s le comparent au. dil·i11i1éo de
!'Olympe! ah! Lu a' desamant lJUÎ sont fier
de mourir pour Loi, el qui, sur l'échafaud
m~mc où lu les envoie , emLra r.nl Lon 1-1ortrait el le proclamenl la plus aimaLle princesse du monde! Eh bien, je vais blan ·liir ces
chc,eux. blonds qui e moqucnL de me cheveux roux; je mis couper t·elll-' tète tharmanle
dont le sourire •n ·orccJle !
El la vestale assi o sur te trône de l'Occident, comme l'appelle hakespeare, fil signe
aux traitres, aux gnôliers, au Lourreau. A.insi
lu Ye tale païenne, sép:1rre du monde llori~'ant c1u'end1aotail Véuus. l'Jr l'horrihle l'o e
on l'on enterrait vi1·anle la 1•iel'ge inlidèlc a
se ,·œux Je fct·, del'ait bais l'i' le pouce, :n-ec
une joie Mroce. ((llllild une jclllle captive était
oondaruuc'.,e au cirque. Fille avait aimé peuLêtre, elle avait connu le joies el le délices
de la vie; et peut-èlrc regrettait-elle « 011
lit d'i\·oire », comme la C~•moducée Ùe .llm·-

tyrs.
PAUL DE

SAINT-VICTOR.

LES FEMMES DU SECOND EMPIRE

La légende de la Marquise de Paï'lJa
Par Frédéric LO U ÉE.

Aux environs tle 1850, d'aimal.iles seigneur
de lellres, parfois, lorsqu ïl avaient posé la
plume sur le manu crit ache\•é, e demandaient: 1, Où irons-nous, œ soir? » Au divon
de là rue Le Peletier, le parangon des cafés
acaMmi11ues 'I ,\ u Cbàteau--&lt;les-FleuTs? Ch~
les princesses voilée· de ce porti11uenocturne?
Dans le monde, le Yrai monda7 Chez une
grauùe dame anlhenlique? m,, dans quel lieu
de repos ou de délice ?
l;n Léon Gozlan ou un Ar~iloe Hou ·SJJye
n'avaient pas à réllé1·hir loni!temps .i l'interrogation se po~ait à leur espriljustemenl le jour
011 reet'vait Mme de P:iï1·a, e11 oo hôtel de la
place Saint-George~, en factl de la célèbre
mai on de Tbicr, rel,ùtie arec les millions de
l'Assemblée natioualc, ou bien, lor 11ue, plus
Lard, ayant, à coups de millions au~ i, fait
sortir de terre sou merveilleux hôtel des
Champ.s-.Êlysées, elle y donnait à diner princièrement. Il· sa,•aienl la date, l'endroit el
!'heurt!. lis n'ignoraient non plus que dans
celle mai ou cou.laient le meilleurs vins de
Frauce. Il n'avaicul rien de mieux à faire que
de 'babiller pour 'y rendre.
Quelle éLail donc, d'où venaitcetleforlunée
marqui;;e qui, presque seule, alors, avec la
prince se ~fatbilde et la baronne de Poilly-,
ouvrait u11c demeure bospilalière aux lettres
et aux art.' '1 Yoici de quelle manière on expliquai! la chose.
l'n i;uir de l'année ·1863, ainle-Beuve donnait à diner en sa cassine dtl 1a rue Montparnasse. Les propos, qui ciTCulaient d'ua llout
à l'aulrc de la lahle, avaient pour thème le
.alon, , qualifiés en petit nombre,où fréquentaient les écrivains en passe de céléhrilé. On
parla naturellement de .llme de Païva, de sa
lastucme exi teoce, de oo loxe aTdanapale:-qu~ el de ses réceptions. Théophile Gautier,
grand électeur en ce domaine, tenait le discours el détaillait alJoodamment les phases
ù'une d~ tinée pl •ioe de surprises. li y mèluit
I.Jien, &lt;le-ci, de-là, quelquPs ampliûcat.ioos
romane ques, ayant l'imaginaûon trop riebe
pour se refuser le plaisir d'oroer la vérité, si
extraor~inaire qu'elle fùt d~jà. Le fond de
l'hî Loire, _dégagée de broderies qu'il y ajouta,
se résumait à raconter ceci.
"ur les confins de la Prusi&gt;e el de la Ru~sie
nvaiL vu le jour une Juive polomri e Lrop belle,
à son avis, ~t t~op a~bitieuse pour lnngnir
dao la méd1ocr1té, ou le hasard l'avait fait
naitre. Elle vojagea du .nord au centre de

l'Europe, Len la même uoe pointe vers Con tantinople, passa ignorée en Allemagne, alla
con'luérir sa place à Paris, faillit y périT de
dénûment el de faim; cl, après d'invraisemLlal.Jlcs vicissitude., !out à coup se lrouva
n'être rien moins 'JUC la lionne des célébrités
du demi-monde, la reine de~ femmes entretenues; puis, grande dame, marquise, en
allendonl qu'elle devint plus encore : ln comtesse, tout à l'heure princesse de Henckel.
'Elle-même en portait lémoignage; car elle se
laissait inle-rroger volontiers sur les vertiginPo es métamorphoses de sa destinée. li ne
lui d~plai.aiL point de remémorer le phases
de . on roman miracnleu .. et en parlant du
plu has. Oui, elle avait IJien été celle Thérèse
Lachmanu poussée dan quelque coin vague de
la Rus ie polonaise, contrainte d'épouser, en
1836, parce qu'il fallait vhre, un petit 1ailIeur à façon, établi 11 lJoscou, d'origine rran-

ClicM 8fa11n et

çaiseelduaom deFrançois-llyaciolhe Yilloing,
el qui s'étailenîuie, une année après, lai anl
derrière soi un homme et on enfant el faisant
route vers les féeriques horizons 011 se découvrent de ces nol)le iocoonu~. qui ver. ent aux
-

.,. 100 .,.

c•·.

HENRI HERz.

101 -

femmes de beauté un million ou d.. ux, à
l'année, pour Jeurs menus plaisirs.
On commença à la connaître, dao, P.irb,
sous les au ·picPs du compositeur Héllri lh-rz,
qui lui donna des leçons de piano, pas a de
l'utile à l'agréable et, l'annonçant comml! .a
femme, l'imposa comme telle dan les milieux
arti. liljUl'S, lin :-piritucl rnonùain, ùo11L la
n~ige des ans ent le temp de Llancbir les
tempes, depuis lor;;, me la dépeignait de mémoire, telle qu'il l'a~ait entrevue, par bruarJ;
en la chaude saison &lt;le la rie. C'étniL :1 une
réunion du soir, rhei lllle Doze, devenue
Mme floger de Beauvoir. li n'y avait 111 de
femme invitée que Thérèse Lachmano présentée, reçue ou l'élifJUcUe pscuJo--conjuna)e,
au Lra. de Ilerz. Elle apparai ·ait orgucilleusemenl !Jelle, de ('orp sinon de vis:ine, en la
plendeur de ses lignes, 1m peu opulente de
formes, avec 1a gorge pleine. des seins modelé en caupe elfe montrant plus qu'à demi,
la lèvre rouge el charnue; d'ailleurs, len.wt
à ètre entendue aulanl qu'à être me, mais
,o\ontaire en son ge·le, impérieuse en ses
façons, ne plai anl pa à tous el jctaol dans
la &lt;'onversaûon de mot qui ressemblaient à
de défi.s, tant elle afail l'air assurée de son
pouvoir sur la cnsuali té des homme .
li y eut un point d'arrèt et une hé iLalion
critique dans celte rnarrhc de conquête.
Herz, un malin, s'&lt;ilail réveillé ruiné, ce
donl était respon,al,le pour une honoe part
celle qu'il avait chargoo d'emlmllir son exislenœ. Le célèbre pianiste, qui a,nil la Ca.utaisio dn pilloresque, s'était dit «j11'il aunit
chance de refoire ·a fortune en _\mérique et
tiue ce ne serait pas une mauvai~c iJéed'all,•r
donner de· concert:; aux demi-sauvages de
'an-Francisco - le 'an-Francisco d'alors quanù le monde enlier s'élançait l'ers la Californie à la recherche &lt;lti l'or. Il partit sans se
préoccuper de Tliéri&gt;se Lachmann (dle-mèrne
ne t•nnit 1n'à lui fou·scr compai?uie, 1lepuis
11u'tlle Il! savait au bout descspicces). Cependant, elle n'avait pas eu le loisir Je réafüeT
des économies sur les lib~ralités intermittentes
d'un arli Le. La gène ne tarda pa à descendre
chez elle, el li,ie11tù1 ensuite, une pire ,i iteuse:
la mi ère. Elle tomba gravement malade, à
l'hotel de ''aloi , aux. Champ -c.lrée ·. Théophile Gautier ra,onlail que ce fut rn cette
heure d'angoisse 11u'il reçut une lei tre ù'elle,
le priant de Yenir la Yoir. ll se renJit à son
appd, dan la chambre ùénudéer1u'cllcoceu-

�1llSTO~l.JI-----------------------•
pait. Et celte femme, 11 demi morte, qui cl par quelle circoo tnnce fut dénouée leur
n'aia.Îl plus ni sou ni maillt', lui tiol le lan- union pre.que an. itôt qu'elleeutétélorméc:
gage suiYant :
• on n'eut jamai de pleine; clarté là-dc:;su .
u Tu ,·ois où j'l'n ·ui.... Il se peul qne je Il erait 1.iien ha ardeux de prendre à la lettre
n'en reviendrai pa. Alor~, loul e,I dit. '1.aL
l'explication qu'en a donnée cr1ime11t l)j• lerrisi j'en re\iens, je ue ui p femme à g:1~11,·r Lle lonoard de \ïel-Ca. tel. A l't:n croire, dès
ma vie avec dcla ç(lulcction, eljc veu a,oir, l.i première nuit écoulée, lmc de l'uha aurniL
un jour, ?! d •u'I'. pa d'ici, le plus bel hi\Lel de tenu à , on époux Je vin,,1-qu.alrc lwores le
plu· sin"utier des &lt;liscours. Leur mari ge,
Pari • llawellc-loi ça. Il
La chance, l'o('ca~ion lihi•rotrirc ;offrit ~ célébre à la mairie du 2 , rrondi . •ment de
elle ou · les lrail~ d'une touturièr • nu tténic Paris cl consacré religieu~emt&gt;.nl, 1• 5 juiu
per pii:.i ·e. Ce fut Ca.mille, une émule de Pal- 1 31 1 • à la Chapelle des r~re· de Ecole
m, rc. Elle n'a\·ail eu 11u'à enveloppt&gt;r d'un cbrétÎ('nnes, à Pa, . y, n'avait pa été un vain
regard connai~scur Thérè. c Lachmann pour mot. En lui donnnnl son nom, il lui avait
augurer du lendemain san · inquit1ludn. Elfo apporté Ct' qu'elle dt!sirnit : le., com-cnnnce
lui ouvriL un laq:e crédit, l'habilla di; piedt&gt;n el les do!hors d'une situation mondaine. D•
cap et, quand Thérè_c ortil de es main en retour, clic lui :m1it procuré I in Lnnls de
une loilelle en~orcel:inte : n You. n'a\'ei plus bonheur qu'il availcom·oité ·d'elle: il (&gt;laient
qu'à taire le rl!..,te,
lui dit-die. Tbérè. e quill ,1"1menve l'antre .. lai ponrcoutinuer
parti L pour Londr . n oir, l'' -madame d. agir rn u honnête remm , , elle le prJveoai l
·incèr ment, 0U\'Crlemcnl, qu'elle n'était point
Jlerl apparaissait dao~ une loge décomctte,
au C0Œnl-Gardl'!1,provoquantdan l':i .sÎl-lanre la di_!!oe épou e l]u'il pourra il pré.,entcr, en
fashiouable la l!Usation prérne, c•t!.~l-à-dire- tous lieux, .an hé,ilation. que. la a• · e lui
e c-0mptêe; el, cn quillnnl la ·alle, dlr a_\'aÎl comm'.mdail de s'e11 tenir là, rur ce lendemain
de po . es ion, de r1'lourner .eul en l'ortngal
enle\'é le cœur dtl l'upulent lord -.t...•rnleJ.
l'Ammt&gt;nl Théri~~e Lad1mann, aprè. a,•oir el de la lai. er ponr-uivr , \ aris, a \'ie
inspiré d se11liu1cn1 varié :1u piani le Henri d'iml •pendant .
Plein ùe co11fw;io11, à cet aveu dilµouillé
lle_rz, au duc de ,niches, pui duc de Gramont, à J'outre· rloul les uom.s nous échap- d'artifice, il aurait ko,;lê le coo ·cil de 1hérèse
pent, sut faire pas· 'r dan l'âme d'un entil- Lachmann. Abandonnanl, comme elle le
hommc lusitanien, pourrn de litres plus que demaitdaiL, à a ,le tjnée depéchercs e impéd'argent, un peu im~nturicr et qu'on aurait nitente relie qui portait, maintenant, le nom
grand tort dt,, confondre avec l'~o, ~-~ Ju Por- de mar11ui, d JJaiYa, il c crail remi en
tugal porUnl l • mèJlle noni. comment amena- route au~ itôl pnur aller ensevelir d.rn la
qua j. olitode d'un château porlugais le souHmir d'u11 e a\-enturc entremêlée de phù ir et
de regret.
A la vérité, après a,•oir 11uittti Li ruP l\ossini
pour 'in. tall •r plus au lar:•e, rue • t- orge
loul aupri:s de l'hôtel de Thiers, qu·jntriruail
ce Yohna"e, cl avoir mené côte 1i cote on as ·ez
,,-rand train de mai~on. il y ul épiralion de
corps et de bien .. et la ·hronique de lrihunau.t nl' se gèna poinl de le,·cr J' voile sur
le rails qui avaient prêc 'de el uivi la
rupture. Les cbo. c. sepa .. èrentd'uuemanière
tltran"C et rom1rne.,11ue à faire pàlir les imagi ua Iions fouilletonc qu les moin · ,-rai emblaLl : qu'on ail inventé ~ur le plornreon
d'uu homme du mood.i on lactùhule suprèmc
d'un ,·h·eur.
Cet raujo d Pc1ïva, qui n'avait rien de
commun. Mil' le repélons, avec le mini lrc
du Portugal à Pari , élail un sei 0 oeurde belle
mine, joignant. la fuouuc méridionale, qu'il
Lrahb ail dand'1•xce · d • . rs passion pour le
,il.lu el l'amour, la di~ité froid' et contenue
parliculiète à l'ari tocralir ao,.laisr, cl qu'il
açait r~o&lt;lue iennc, lors11u'i\ étudiait à Oxford.
li a\·ail ton les goùls de la fa~hion pour 1 •
Cltciu, Draua ot C".
. ports, le cbe\·al cl le ~rmes. cultivail le'
LES L'i\1T~:s DE Mm Ul:. P... Ju.
leur•· n dtMtante, rréquent::tit le. tbé!ltr ,
autant pour le' log · des actrices tptc pour
AIN TE -Bi:l n :.
le piè · • reprt •ulées, el Lrou.,,ail encore le
L-elJe ce marquis &lt;le Prura Araujo 1i. lui offrir
~on nom (c'est à peu prè tout ce qu 'il po sédait ), comment 'alluma el •'éteignit, lei un
feudehrindille èche ,ce llclélrilimtdlammr,

1. ,\ux termes ,lu roulral, lou .Jeux ,:111i,•nl 1lnmi•
cilié AU 11• 2 dr la rut· 11\1 •inî, rt'où œ ll i11duction
o. él~ tm,., GUC leur m.irt~"e n'anil :té 11uc la régul_•·
1·1sal11111 d rnpports nnl,•rJl'urt•III •ni dahir . On ,, ,·01!
e.u Oulrèl ttUI! Thfrè;r Lachmotlll . 'allrilim,il lu lol~lité
«lu mol,illl'r ga.rms nl 1"aJ11&gt;artemcnl ~ommunrt qu' t!H~
.,. 102""

LA

lt•mp - re qui n'ét...'lil point le meilleur de
a vie - de ',attarder aux tal,les de jeu.
Il étaiL de abonnes de l'Opéra que reconnai saienl, ::rn premier coup d'œil, l s demoi~clles du corp d, hu0et, • \·et a b:iute taille,
on teint mat, le pli. sement énigmali11ue de
se. lèvrei; dêgui~é en ~uurirc. el 1;1 coupe
irréprochable de on habit ~e détachant entre
les frai corsa"''· el le~ jupes de r;uc qui
vire1·oltaient autour de lui. Il pas ·ail 11our
être fobuleusem nl ricbr. On çon lalail es
dépense : on ignor(lit -.e ju:t . re ources.
Au tapi vert de l'lmpt•ri;,\ il a1·ait 11, geste
large. la forme impa. ~il.ile cl;, n le ,,.ain l'omme
dan, la perte, el, rnlontiers, taillait à han1Jue
om·erle.

De vrai, le mar']uis porlugai n'était plus,
depui CJllelque tewp , en Lrillnnle po ture:
les cercle el lrs femmr. l'avaient neltové
ju, qu·au moelle . Et c'esl ici que se pl~ce
l'épisode final, dont le secret 'envola, certain ·oir, de ln plume d'un « rienx Pariien •• qui n'avait point Jit son nom el que
aou pou1·00s, on toute cùrtitude, appeler
BcrnarJ Bauer.
..lranjo Je Paï,·a iwait pour ami un impériali te intrnnsigeaul, fém de .on zèle dyna.. tique jus1u'à sri rendre oompromcllant.
hrellrur enra,,.ê, couspiraleur d'in tinct el
duelli te par lie oio, Lmtn que nn~c ce),,
e:rne if en toutes ses impnl ions et n'éprou•
vaut rien à demi : confiance, amiû~. colère
ou haine. Or, cc personn~&lt;re sin!!ltlier ne
pouvait sc pas er de ln compngnii: de Païva.
JI le ,·onlait avoir. incessamment, entre ·
fomme el lui. En maiul lillux ..:e revoyait
l&lt;Jujour uni celle orle de ménag à trois.
A.près la rf\'oluLioa du 4 • plemhrl', on était
re\·enu d'Ecosse à Paris. K.•. (no11. 1,, d · igneron par celle initiale; n'était plu consul.
1,e nppointemenl qu'il tenait de la caisse
imphiale n'exilaient plu · . La fortune de
Paifa ·en ét.,i t ~llêe dan_ le air, en fumée.
Cependaul. le trio n'avait pas modifié son
ordinaire, dépensait sans compter c•l vivait
largement. li ne pouvait âtre qnc · lion de
fond· . •crets. ina,ouable~. avec l'oncien
fonctionnaire, que ses bitarreries n'empêchai('nl point d',:tr un parfail homme d'hon•
ncur. Quelle était la ourc tlu ractole?
'autori~a.nt de droits d'une vieille crun.ara1lerie Rnuer se propo a d'L~laircir nn tel
doute. n jour, il demanda au sc:r,ileur de
l'empir1• dépo édé de ses anriennc. fonction ,
si le Ciel l'aYaiL favori é d'un béritng•.
11 Pa. dn tout, répondit-il. Au contraire,
Pa1Ya el moi, non a\"ons mannê peu li peu
ma mode ·te fortnne. De cent cinquante mille
fran ~, pas d:ivanta,,e, dont Plie e composait,
il reste à. la cai. se commune trois mille
huit cenl quaranl franc· et quelques centime . Le compte e·l exact .... »
a inlcrloculéur l'e1amiuait. lllpêfié :
« You me cro)'CZ fou. Eh bien! éooulei
ou appllrl • un millir,u en din•nir~ ..a leur,,
•t argenl. Pour soli cnmplr, l • t·o11j11in1 ,·lll'-

) ~v■lunil

ar lio11

tronil un Ilien h, pnltw1iq11P•, ,hl • Ir majorat L&lt;,
la profinre ,le ~hnl10, l! n Pnrlugol 11.

•

j!re,·é

,1,.,

d Ôs

•r.e bi~n 11'~tail /1lu~ •tu'uno! llct,nu, é lan!

t._()0 .000 frane, , 'hwulh '•~ur .

la suite. Mais, avant loul, jur z-moi de garder ju.i1u'à nmm-l ordre le silence du tombeau sur c' que rous allez apprendre de m:i
houcb .
u - .'oit, commr. je ne ·upposc point
cpiïl i.'a.gi . d'un trime commi.i ou à commellre. JC vous t·o donni! rn:i parole.
« - achez donc lflll', dcpuis de.-. :mnéC!,
Païva a dù me foire de emprunt. succt!~sifl.
.,. OJ:mt pas à se fonder, d,rns le prP.sen 1, : ur
le. rich c d'u11c milrP ordidPmer1t avc1re,
it qui p0tm1it-il . 'adr • cr mieux qnït moimème? .\lai, ocln n·e. 1 qn'nne harratcllc.
, ou~ Pn erons Mdommanés amplement. El
·01c1 de 11uelle mnnière. P,1ha, rnu, le ,a-.e.z
saru doute, :iutrt'foi!; a con tilué à ·:i fomme
un douaire de huit renl mille fran '. L'union
fut cuurtt•. Il )' eut séparation, el l.t fommr
. éparé1· n'y perdit rien. élaut de,·e.11ue, par la
suite, el de la façon la plu aisée, archimillionnairr• . .\lors, I,• mar1111i lni inlmla un
proc'• en rcstilulion de celle dot fi tirn . .:a
eau.&lt;\ il l'a gagnée banl la main, en prcmièrP
iru;tance. en appel et en ca ·salion. Pour garantie de paicnwnl. a été pri, ·• p:1r autorité
de ju. lict&gt;, une hnothèiptc ~ur ttllll propriéL,:
de ~fmc de Pahn : la terre de !}uutcbarlrain,
,alanl au bas mol 1111alre millions, 1,e lribunal a arcorclé, il,• pin ·• le intérêts de retard.
, ·ous tm1cberon uu million c,-nt milk frnnc .
lin joli denier! Mai.-, com1T1l' nous dcl'On.
cent mille f1'1111c"' à Julc, fa,re. pour ,1 s
bonol'llir li d'arn,~al. nuus ne réalisc!rtllls, en
chiffrp, ni·I., 1111·1111 million. ~li~ c11 ,iagt-r nu
dernier ~lir"ivaul, cela 11011. ,•audra ju te
,oixante-quinw rnill • li\'J'' de r'nh•. 1\011
en arnn. ré ..lé l'emploi. ~·ou, irons Yi ·rp
dans le lork.hirt•. où les chcrnux ali11ndrnt,
à des prix très al111rdable:-. ,'ou- :non- déjà
lnué un colla !!e; il J au 1'11 uDl! chambre pour
\'Ous; et ceUe chnml,re. je pui, ..-on~ la montrer. car voiri 1~ photo"raphic du t·aslel.
L s écurie ·• que ,·ou · ne rn ·ez pa ·• ,ont derrièrn. 11 y :tura l'iacr. ponr ix chernm; mais,
eomme il ·~t sage dt! .e horner en cnmmen•
,;.inl, nou · t1n :111rnn: euletnenl rJUatre. J'ai
dit. Qu'c11 pPit~el-rnfü'l
11 Mnis Je pense que nous na,i nous
en plei11 roman, en plein coole de fc:es ou
de Mille et 11111• ,Yuils, &lt;&gt;t c111e ce ~èrail wamiilique, admtr,1ble autant qu'e:draordinnire,
s'il r a mil des raranli~. de~~ JlrCUl'C .•
« - llt• premc 1 Vous &lt;lem.amie;, d~s
prcuYc ? ,le ,.aj · vou en fournir. Venez. »
Et il (•ntrainn, au pas de cour ·e, J'auûiteur
incrédule, rue Caumartin, à l'hcfü:1 oil demeuraient l'ancÏl'TI consul et ~a femme, tri&gt;.
près du logi · de l'aha, qui, pntir li; momcn L,
avait r lr&lt;&gt;iol on nrubiliou à n'occuper
qn'une cbamLrett~ . i e rue. 'cu·,..è-dt• -~lalhur-ins et donnant ·ur la cour. Qn'irnporlait
l'heure pré~enlc1 'allait-il pa en sorlir,
demain, milliouuairc?
On m,)nt.a l'e calier. on p~m;tra da.ru uuu
pièce e,igui:.
1 Tenez, dit-il •n tendant à 8.,uer une
ser1·ieltc hourr,:u de papier~. Le lrti,or t
là-dedans. Emporlet. el Ji -ez. o
Celai-ci, llue Lalonuail la cvrio.-ité, se hâ l.a
1

'LÉGENDE DE LJl M.JU(QUISE DE

d'arri,·er l'hez lui; et, · ·cnfcrmanl !t lriplc
tour, .::e jet., !He bai·,-é dans le d,:pouillemenl de ces acte~, de ce IPllrc~, de c, jugements, de ce e:xtr:1i1 d'hl p11tl1i•que , dt&gt; ·c
!!Timoir1' juridique portant bien de caractèr,•..
d'autbeulic.ité. ~éanmoim, ~on incrédulité
p,•rsî tait ou· la forme du doute lra\'èr \ de
Jé.liancc. Le lendem~ill, il de.mand:1 .à celui
qui lui ll\'ait confi{, le dos ier l'antoris:alion
de le sournullre à l'un Je membres 1,·s plu.
e. pert du notariat parisien.
L'r,. · men ne comporta pa d'hésitation.
a Oui, oe: pièce', fol-il répondu, ont
aulhenti1p1e.. Il est vrai 1111e je n':1i j:tmais
entendu parler di: cr procès. Mai- on ne peul
pas tout a,·oir. »
Une r1uintaine s'écoula. Bauer, i:011 ami
et le marquis de Païva .e retrom11ient CJJ·
· mhl , causant dans la sallr à mau•&gt;cr d'w1
coquet pa"illon, qui avait é1é loué, pour r
terminer la ~aiso11, près de la forèL de Fon1aincblea11. K... Ta)Ollnail de coofia11ce, l1aï\·a
para.i sait plu excilé, plu fiévreux qu'à
l'ordinaite: Baucr regardaiL. écout.,it. et e
ilemandail, par in. Lants. ~'il ne rê1ai1 point.
, ur re entrefaites, arri,a 1•t'ltrt) de l'ernlroil.
Il venait . ollicirer cfu riche gcnlilhomml',
dont la légende, aux alentour , :Ï\·ait déji1 triple t]UC dis-j ! dkuplé le million, qu'il
daigoùt. en ·a muni!iœm·I', accorder un
vitrail à l'érrlise.
« Combien 1• 1-i1rnil? d~ma11da n,; .. Ji ..emruent Paha.
11 - Oh l une mis ro pour vnns : cpl
1·P11L cinquante fran,:.,,.
H Commandet-le. »
Et le \lelll prèlre ~•était rdiré, en le couHant de béu 1diclioos. Quclqul's minute
plu tard, Paha prenait le lr;1in du ~oir pour
Pari~. JI aurait ln oin d • 1•oir Jules favre,
lcdendemnin. et de très Lonne heul'e, dis.iit-il.
Cewi: qui reslaienl à la mai ..·on allumèr •nt
leur 11011 reoir:; pour ga 0 ncr leur clnmbre
et leur lit.
Eu sl'rrnnt la main &lt;le on hùle el lni
souhaitant le rrpo' de la nuit, K... ajouta
ces parole.~ :
« 11 l grand temp que nom louchion ·
notre million ..!e ri n- &lt;le cJonnn à Pa1va
dcu1 mille deux cunt~ (r:tnr . •1u'il doit ver:;er demain an grclle de ln C.11ur de t·!I ·snlionil mer le purement cl s11upl,•:1wl'' i.lit louis'.
Rab! pourtr-0i jo,w,c'c I plu· a•t ,1ffisant. D
Cette ~"'réaLle fll'Usée lien: l ,: sommeil.
Le lentfomain, ltiu~ rentrh1•11l .. l'aris. Le
surlcnd1•mriin, Ba.uer, en p.,1·eour.1nt le· jonrnam:, d'un œil di~Lrait, fut arrJlé par CP.
titre, à la manchl'tl(' des l'ails tlirnrs : IIIC.IIJE
,,r 'Tt;RLH. DU CO TrDE p· .. ' lllùl ,, PunnGAIS.
Il oc fil qu'un liood et e prérîpila rue Caumartin. [l n'eut J)ns à qu •·tionner s~ ami .
C'était sur leur ,·isage el dan leur· paroles
un rnélan"e de confu ·ion, do colère, &lt;le désespoir inde criptilil ', à Im·ers lesquels e faisail passage, par boqucls l par accadc.&gt;s
le r«'.-cit tragique de ce qui ïait :irri,,é. ~
hmdi oir, lc.s premiers mol de Pairn, en
rcvo}ant K... el a femme, av.1ie111 été pour

leur dire :
-

ro3 -

PATYA ---.

et le~ ami , depuis de,; année , \'Ous O\'ei
été avec moi au acrifice, à la peine; je \eux
'(lie, d1H111in, vn11 • soye~ , la Îèle. A mid
. onuanl rand d •jmner ll la laison d'Or. J

Li.,;

l"\"YIT ,5 DE ,

1-

OF. PAil'A.

TIIEOPHllr. C.hllTIF.11.

\0US l'offr'. Aprt:~. et• sn.i la forte somm ....
Oo la louchera, le m,\me jour, a\'ant la rerme!ur Je I cai. 1ie, à la l~1rn1ue. 11
En cffr.:I, il ÎLJL uperbc. r' déjcnner. On
était dcmturé dem heure·~ Lahle, 'ouliliant,
nareant dan~ le l,onhcur. f'aïva buvait, ri.ait,
p~ai ?~lait : « ~ •e~l 111011 dernier ,iljnmer,
dis:ut-11, en 3J011t· Ill a.nssÎlol : r/'1iomml'
pmwrl'. "n Enfin, il e le\'a : « J"ai lai: é les
pi~œs à. ln mai on, par prudt'nce : je cour.
les chrrchcr, auendez-moi. , ll crr • le
main , qui lui ont tendue:, ri' un(' rapide cl
fiéH 11~ pressio:1.0nl.i .eol é1nn! L'éLloui.
·cmenl Liu million.
L~' minul - parurf'nl lon;r111.• . Elles tomL~ient avec lenteur. Achaque pas. dans le coulo1r, on prè!ail l'oreille; on ':itlendait à Ir,
voi~ ~pparnitre, tenant le:, fame11s1• · pièce_.
~lais il n ~c montrait toujours poiul. Deux
heure· et d,•mie. Deu heure, !rois r1uarts ...

per

OllflP.

!

~ L'inqui~tud~· nous pril à la gnrg,c. U11

acc1dcnl avait du se pr !luire. II tallair :ill{'r,
rhedui, s'iniorm1•r, .an · perdre un mome.nl.
'ous étion · arti\': d,:jà, lor,-c111c, au roi11 de
la rue, dcranl a d1•meure, nou apercevoo
uo énormP ra ·mblement. Que '•hail---il
pa.,é? i'ou. fend&lt;,n la foui•, •l, a\'ec milli:
peines, nous par,·enons à franchir le pa di•
la maison. , ou c11trons dan· la chambre.
lia femme to~~ comme foudroyée. Quel
speela_cl11 ! li gis:11t ur sou lit. défiguré, méconnaissal,le. Il ral:iil horribl •ment. Païva
s'était ûré un coup d • rcv&lt;Jh·er dans la bouche .

�,

111S TOR..1.Jl
,·i~a e était cou\'erl de ·an . Il n'avait
1,lu, c111e 11uehp1c momrnt. ii Yi ire.
c&lt; Malhcurew, qu 'J a-t-il? ,1 Il fil signe
qu'il rnulail écrire. On lni LcadiL lll1 crayon.
Il traça pénil,I •m nL · ~ mot : • C'étaiL
faui ... . l'ardon ....
- ,lai · le procès, rtiwotMque, le million'?
- ~li•nsoo"c .... Pardon .... ij
Toul ~· :1.1it ~croulé ... , On lran~porta Paîl'a
:1 Beaujon. li mnnntl pt.·ndant la uuil. On
ppril, pu de lcmp~ aprê,. que .a mère,
clont il l:1issail rnlre~oir la sucn•ssion gro sic
par d longue~ annéP d'é(IUJ'guc 11nu·i ·ieu ·e.
ét.ail morte. rlllli\'. par l . rrodi" lil~ . dt•

du oomLê Uenekcl en allend:ml d'ètre n maiIre se lêiiîtime el sa femme.
Il èlail lilré, en faveur :iuprè de prince
de la Confédération, accrédité à Paris, el, ce
qui 11'ê1ait point d?drugnalilc, il pô~srdait en

Un rt'•putation de l '•rrpnJe • 'érail formét•,
dan~ Pnri , ur I luxe iut \rieur du I mp!c
qu'elle avail voulu, pour ain;.i dire, se con• acrcr, rt dont 11• arli. tes le plu habiles,
ÎŒpiré d'elle, ùc ~e- oûl. cberchcur ·, de
e. r, ni.ai ies 11npfrieuse. , avaient parfait
l\•.xécution. Car t&gt;lle rn al'ait elle-même conduit, sur,'t!illé cl puu.sé l • 1ravau1 arec
ardeur. et li fau1 bien, di.11il-elle, amu rr
Heni-kel. ,&gt;
Cel hôtel ôe Mme de Paï,,1 était au plein
·œur de Pari~. 011 le recmumi . ail &lt;lu Jehor
à ~l' large bai vitrées. 11c porte de hronze
·culpté, lonrdc, rnaje. lucu l', 'uuvrnil . nr le
\'eslihule orné de rno.-aïque. cl où . 'alloo·on fil ·.
peait un h:mc de marbre rouge, au-dl',sou
L'rffor1dreme111 &lt;l Paï,·a dan la honte et
d'une @luce miroitanl dans son c,,drc d'or.
la morl n'arrêta pa: l'iiscen ·ion heureuse dt•
Quatre port · C1l indiquaieul le. dr"a!.!cmenl.,
la marrp1i. e dan: le luxe el l;1 ,·oluplt.
Cl. pour peu que IP )l'lll 'arrèla. ~enl à
« L1· hu~ard e l le plu: grand ro111ancicr
examiner le· mali~· de Lroutc décorant ce
du monde, » a di1 Dnl,ac. Ct&lt;lte furl'I.' m . 1~
portes, il ,zoùlaienl le ch;1rme de fine ci erieuse aida -i111,ruJièremcnl à contenter 1-e.
• lt.irc • où Pic.1ud arnil gr:m: pli1.-itlur de
appêtits de lu~e ri de domim.lliM pnr l'arall~rrorie. de. La Fontaine. Toul en fac&lt;', \'OU.
genl, lor. qn'tllc mil ur 011 chemin le corole,
ÎO\Ïlait à pénétrer plus avant un petit .alon
l'ular prince lit m·kcl de Uonners11 llfl' k. El
d'appar1•ncrs fort !,jldui~nle!'o avec es peiat'ollcml•nt c:ct homme 'cta1t épris de celle
llLres de Thirion lit~ura11L, ,•ntre quatre mél'emmr. El rnici comment - le ùélnils m'rn
daillon~ gardés par des grillons symboliques,
l'ur ·ni rapportés d'une ·ource très sûre le Génie lray1&gt;r anl les air~. tandi · que . ,.
eUe ·ut l'allacbl•r à elle el le , rJ1•r.
Jécouuait, au-&lt;lc us de la &lt;·hcminiie de m rToul cl'ahord c\lf' · •!ail mo111r ·e pre fJU&lt;'
lJre noir, un, femme demi-nue a i e ur unt!
Cll&lt;hé llta un cl C",
dédaigueu. e, indill'êrente, . e refo .anl à faire
ùrancbc morte, une .Ariane en pleur &lt;p1'on
La IX\'ITÊS DE :it"'• DE PAh .\ .
le si•m1• 1111 ïl avait d~sirë d'rJle, en tichruinc
aurait rnulu eon ·oler. une amante trahie ·e
AR b,;; Hot,SSAn:,
de lib~ralit~ prinl'ière~. Il arail perdu pacachant k yeu Je d • espoir, parce qu'elle
tience. li n'était plu" à ParL. C ful elle,
ne peul attendrir lt.J dieu perfide prêt à s'en,·oler.
alor ·. 11ui ï1h-il le &lt;e mortel préde· tiné »; elle
enlrt&gt;pril dr le relrom-er hi •nlùl et d · l'assu- ~ilêsi,~ de' mine &lt;l zinc d'une extraordinaire
On sarail, en •ntranl, dision -nou. loul à
riches. e. Elle n'~Lait plu de la première jeu- l'heure, qu'on a\'ait pa. ,é le ,euil d'un temple
jetir &lt;lëridémcut ù sou pouvoir, Lt' Lemp
prt&gt; .·ail. Elle partit pour Bt&gt;rliu. tr ronsti- nrs e 1 ; le jeu rompli1p1és des îard ne profane ,·011é à l'cx:iltation de la lèm1u, el tic
•merncnl dou l clh• 'étnil munie tombaient Mgui ient qu'irnp~rfail1:ment la réalité. "'011 la mluplé. Lïmpre sion en lttnit rrn&lt;lue plu
ju te; car, le lendemain de . on .irrin1e dans prince allemand arnil plusieurs années de (',omplllle dans le 'alon immense, dont ll's
la capitale Je lu Pru ~r, JciJà 1· • yeux amient woiru; ◄ 1u'elle cl, an doulc, il ne l'ignorait cinq hautes fenfües, abritée contre Il!
rencontré b HmX de llench·l. Toule I', n- point. Il avaü pri la · uile d'amitié plutôt clartd: trop Yi,• ' ùu jour p:lr de: riJeaux
cicnnc ar,lcur du ,-tl'nlilhomme . ilé· ien 'rlml nombrcu es. foi elle avait 1• tti.li ·ma.11 parli- !-Omptuem Lomltanl lt pli. éptli , ·'alignuienl
ravivée. li UJUlliplia se,; 1i:-ilcs au « , 'tfla1lt- rnlier, le cbarm(' ec:ret, on l'imagine; car il sur la fn çaùe entière. Ici, l'allenlion se perlio11Ie n, oî1 elle ét:1it de. œndne, 1111 hôtel ne ces. ail point de la coml.ller. lu jour de dait, éhlonie p:1.ruii (ant de déra.il&lt;i d'él '•gance
de tllO) CII ordre j non loin de la cèl'·bre pro- mai, comme il enlrail dans ~à chaml,rc, il et de beauté jetés à profusion; elle errait
nlt'naJc herlittai e « 'nier dl:'n Linden 11 . avail dit Lramp1illrruenl: 11 J'ai acheté pour des guirlande cl de ro ·ace , ·eutrcloçanl
,·ou. la L'rre et le châte..1u &lt;le Pontchartrain. ,, comme des clmin de lieur, et qu'une maiJ1
. avante en l'arl d • limuler le d 1,ir an
le· cunt.cnlrr, elle h: lail', ait roujour ·. au Il "ennit d'en donner d •nx million :uu habile a,aiL cL ,!él' dan le. lamhri de
terme de i:e entrevues, in ·atisfoil d plein d'O ·mont'. La pluie d'or coufait dans le
diène, nux pann aux dont les peintures
mains de llanaé ouvertes pour la rec \loir. étaient s t1parées par des colonnes incrustées
d'amour.
[ne après-midi qu'il l'o,ail quill~e. dtic;u. L'hôtel que )fou.,.uin avait commencé et qu
de lapis. Elle , e r1·port.ail aux consoles à
pre. quc irrité. parlanl de rumJJTC, mai~ trop Lefuel a\'ait ache\·é de con lruire pour •Ile t.alile d'on)X supporraot de fi 11ure de bronze,
possêdé Ùt: pa Jou pour 'y Iésoudre, t!lh' aruChamp ·-EI)' é1•sétait e timéraloir,décoré, sorties du ciseau de llalou, ou ~e Ji ail li rona,-ait o. é une danger11use partie. On n'eût pa. meublé, urichi de men eille.s d'an, trois
idéri&gt; r, ur la cheminée de marbre rouge,
tromé chez elle un 1.l. fu \·aillant. Lr _- rt' pa de milhorL ocl . .\joutez à c1•la deux millio~- de le vase antique ontre l Oan duquel 'aptonte . a journre ~•étaient réduils à une Lranchc rente cm,iroo "-llr les fonds puLlics. C'est fo puyaient deu..'I'. frmmes de marbre blanc,
de p:cin an•&lt;· 1111e la~~e dt• 1lié. Elle alll'ndail. sort qui lui ét.ail fair. Et. 11uand elle n'eut dévè1ues jusqu 'i1 la ceinture ; la Ju iquc cl
Il r -.:1i111. On repi1rla d'amour el d'afl'aircs. 1l plu rien à onhail.t!r J e ~e ricl.ies. es, le l'llnrmooie , dont un.o gl, cc énorme r ·llétait
atrape ilé ien lui offiit .on nom .
lui représrnta, en de. termes pre~sanl ', qu 'nn
duus la lmnière les formes Yellt•. • Elle royaLa petite JuivP d'a111r1 fois •n était arrinie geail1 dû place en place, el quand elle avait
million ou dtux par anné • ne seraient pas à
méprÎSl' r au prix d' une compl:iisanœ. î facile. à ce poinL d'opulence d d force ociale défi- rapidement dlleuré les tahlraux de D•Jaunay,
Elle en riait Li II romai111·ue d'1min ce, ·lie nitive. ,hec a c,mrianre l'O soi mèl 1e d'or- de Boulanger, de Lé,·y, de ,1rome, elle nr
eut l'air de céder à la persua ion cl se déclara gueil, elle eu nllribuail le résultats moins pou":ul plu se détacher du plofond de Baudry.
vain.eue rnfin, dans 1111 Lrau ge~tc la de dé- ~ lo façeur de circon. tance · qn 'à l'énergie t&gt;l de l'admirable frestpie où le pciolre vendéen
faillanc •. Elle était devenue l'amie pa, . iooué • à l'empire de .a volonté.
avail [ail p11lpi1cr le visiou · lumincu!ll!s du
.:Oil

1. r'è il Bre,ltiU 1•11 l~::ïO, 111 rnmle !l1•rll'kPl ile
()011 nerbman·k a•·a il •1nelque 111m1rs rle lllJli111 qu'elle.

'.l . Ara111 ùe pa•'&lt;!r &lt;l u ma11111is •l'O!lllt&gt; nl o la pu.-

session ,J~ P1i,•a, te d omai M nnit ippar1Pnu ~u
·hnol;l"lier Philippenm: el il son pe tit- ,h, le ,i.,mt c de
'l aurepa . mini 1re de Loui.5 ). Vet dr l ouis '.'iH.
..., 104 ..

Elle po. l!tl,it, ~.n ,miro, eu Uois de, Boulogne,

le

pivi11011 qui fut 11chèlc en dernier lieu par t hauchard.
llcnckel y mc:&gt; lllil clu!vaux.

_________________________

Jour cbas,ant la :Suit. Ce chcf-d'œnne, à lui
!'cul, n1lail ton: le. Lrésor, de celle demeure
lrop Lellc. Pui-, c\\taient le . alon de mu·ique, dont le principal ornement élaiL Je
charme radieu de \énus orlanl de l'onde,
one sla!uo de Pirou; le salon de jeu, qu'éclairaient d'en lm1t quatre pam1eau1 do verre
gravé el (tu'avhaienl, au. muri1illcs, le~ fraiche' J1{'Întnre de Ori-.Pt, une trilogie de
grâce, d'ing{,uuité, d'amour. sous I •~ a pe ·L
de ln fomme-enfanl, jeune fille et [rmme ; rt
enfin 1{· lien du r1•s1iu, la s~lle 1i manger -p3dense cl superbe, a,·eo . es lampadair de
haut styh!, es quatre double, port.es df'coréc
&lt;le~ pcinhire' dll flou,rre, ·ujcts dl' cha.. e el
de vie c:hampêtre, que dominait, au plafond,
la Ire 'lJUe de lJalnu : Dialll' ro11chee .,mr 1111
rel'/. c·1it.1it la rt&gt;producti11n lar~e d'un des
émau.· les plu fameu\ de Bernard de
Palis ·.
La dt:scriplion est lon •ur dt1jà, l'l nou
n'a,·on rien dit du )é,,end;iire e·cali!'r où tout
étail d'on x : b dc"ré , la rampe. les ba!uslres et jm11u':111 revèlemenl mural; ni du
palier du premit.'r étage, oi, l'on 'm'èlail
irrési tiblemenl à en1·elopp r du regard comme
d'une care se, dan la paroj marmor~ennc, le
médaillon d'A1uphilrite, uonchalammcnl a~sise ·ur un dauphin et commnndanl .aux Ilot
qui berrenl sa lteau té; ni de la salle de bain.
une mrr,· •ille où l'imaginolion la plu raffioéo
n'ayail pu se satisfaire qu'en relc\"anl d'une
somptuo ilé inome le ·er,·ice d'une femme
amrmrcu. e de on corps, parce c1u'elle lui
ùe,·ait la po e . ion des bien. le plus envié
de la terre 1 ; ni de la cli:unbre à coucher, le
a.nrluaire, avec son faste intime elle triomphe
insolenl du lil lout incru lé de boi~ rnres et
d'irnir préciru emrot ouna"é-, 1 lil po û
comme u11 aulcl ~ dans une niche de repo ll.
au-de sou· d·une .\urol'e plnnanldans l'azur ... ,
\lai la plume . c fa se à dûpcindr • ces recherches infinies el tout ce luxe di:ployé, où
l'on senLOit la pré.&lt;;.cnce d'une idée unique d
glorilicalion per. oonelle, pareille à un défi, et
c1ui linissait par LICS'-ct le Jeux el la pensée.
Mme de Païva pouvail ~e déclarer ro11tente
d'ell -mème et ùc la ,ie. Elle avait la waison
la plu· dégante de Paris. es diner. étaient
exquiscrni•nl renomm~. Chez elle si? réuni,~
'aient la flt•ur de. arli tes el des écrirnin ; el,
comme elle ,wail beaucoup appri. , au cours
de son t.'ti Lcnr.l' ·osmopolite, elle a,·aiL la
répulalion de ::1\'C1tr eau er. Parfui~, se~ arLislei-, 1.-cs ;;eŒ dl? lelll'~ cédaien L lo. place à
des 0 t&gt;n: de ftnanres, à de hauts bonquier..
Alors füue du P.iïva ne se m31aiL que fort peu
à la comersalio!I, mai· n' n perdail pas nn
dé.ta il el en fohiit ecrèt~menl son profil. (n
moment l'énorme forlunc du comle de llenàcl :ll'aÎl paru \'aciller ~ur .a ba-e. Elle y mil
la m~in : et, J'aprl'!s des induction adroite1. f:PIIC! salle 1t~ hnin ~Ulit l'une ,1,,1 pi••ccs ile
l'li,t~I 11!&lt; plus hnbitées pnr lmc de l'ai••· Elle rr ,enlail, r,011 a-t-0n ,lit , un c,intjnurl l,c t1111 dl.' rolralcllir 1, coun de .un •"'!! bouill,11111a111. En \1lci1t l1i,rr

elle

• t!

1,l1111g e."1il

gtncè et me liait
propl'I' . p ;dn 1.

11111,

à c1•s

reau

frni,te, . 'hnhi loil à. l'uir
l!auitmlt" unr .nrl1• ol 'aniour-

L.P.

1.'f.G'ENDE D'E LJI

meut a1s1c el utilLée , elle y avait ramené
l'ordre, l'ét1uililire.
En terup · ortlinairP,

$
tonl'iv l'taienl
des intellectuel de premier choix.
Quelques-un de ceux-1' . •~1ipclaicnt Théo-c
pbile Ganlirr, Panl de • aint-\ ÎClnr, Eu,,ène
Delacroix, Bamlry, ~:mil• de Girardin. i l'on
j~nail l.;.ozlan· el llous,.iJe, on a,niL à peu
près nommé lei. in,ilés de fondation, le élu,;.
il' pouvoienl amen •r aYec eus d'antres botes,
de leurs amis, pounu que les 0011\'eau 1·cnu,
rrpondb. rnt au !"Onditiuns d'élé:.:ance pirituelle de la réunion. On y procédail aux ,·oix.
afin de tomber d'a cord ur le choix. des per·oon •~ el de maintrnir sau 1e tlle hdle harmonie dïntelligenœ, en Mle ~uupauL rhez
A·pasic . Une st•ule femme avait eu le· honneur du 1·ole, à eau e de sa beauté parée
tl'esprit: la émillanle ·l 1cri1·ant&lt;' ~lrnelloger
de Beam·oir, qui, de lemp · L'O temp~, foi ail
fooe à l'amphilr ·onne.
Dol fnçon co11raate ,·enail'IIL 11ualre dineurs
aUilrl' · a}alll c.bacu11, aupr de lime d' Pa.ha,
.on rôle caractéri ·lique !!l dillPrminé : r..mile
de Girardin, de l\l,eim;, \ri-ac Hom a1e el
Dnmonl, I' oh cnr llumonl.
De f\beims, un conseiller ~age cl pratique,
s'occupait des intérêts Je la maitres e du
lo"Î . li était on cbar!re d'all:tir · officieux.
Émile de Girardin Jeyail IJ leoir au courant
de fiuctna1ion~ &lt;le la polîlique. Le bel el
rianl Ar èoe avait pour mission partirnlière

Clt&lt;b~ (llraudon.

LES 1x,·1T1' , nt .\l ··

DE

P AlY .

fü·GUiE DEI. ACROTX.

D'.Ji'l'~S SOII f'Dt-/YJII fJr lui-1nt 111e. 1,1111sèr "" lOUl'TC .)

A l\1nil rle se roli-1•111iun . , rlll' lardail ii se mo11lnll' . . ,, in,·i1 •, •ltcn,lniPnl. ild,oul 011 • i ·111 ~Illon,
t111u 1·oulù1 hie n lr ~lilln ,t~ a pré!-l!IICP. la m«e•ll'll tf1 r 1ur~. lien l'ijlrr ,te 11 d1cmin~r très llaulc
ne llarnhnil , ne ,·r èp1tai1 ni l,oi ni charbon, mfti~
unt lrmp,1r~l11rc lièilP 1&lt;ll,il 011tr1'lu11u,• par ll's bou-

che inn il,I,•, du calorifère.
◄ 10.'i -

M Jt1(QU1SE

Dë

'PATY)( -

d'amuser ,a curio ité: il lui délllillniL en connaisseur la chronique de la galanterie co·mopolitc. ~r se croyait-il pn à cela mieux !ondé
que personne? A l'entendr,~ il revenait san
c sse d'une excur iun 11ou1·1•llc dan. les LouJoirs du meilleur momltt. Il t&gt;n C,'l.u ait d'abondance ... et dïmagiuation. 11r, nous le remarqueron en pa . ant, Ar~ène Hou. aye ne fut
pas, quoi'lu'il ) prétendit, 1111 rrai mondain.
li était prié au réception du duc de lorn ,
Ju prinet' 'apolfon, dt! la prince'. c lfothildt:;
il av.iil ~on tour aux ~érie de Compiègne:
mai. il n'allait 1111c r11rt p Il d3n., 1.. CPrcle
arislocraliqucs, dool il a Laul parlé, Lanl
llCriL IL 'était éll!bli d'aut,,ritê le Branlùme
de dame· galanl,c;, dt: ·on temp~. C'c l qu't-n
1éri1é il ne connai~!;aiL hieu ciue le d,•mimondaine , les coco11es. k lillL'!i dl! l':iir. A
s reduutes, de. r,•mme de la O(·i'•t~ ·'avenlnraient, :iimant à îriser li· pC::ril ~on~ l'~rmure
légère d'un capm:hon de .atin, 011 curieme.
d'appro,her, à l':ihri du nias11ue, ce nrolée1ùe la famille, qui ne ~e ma quait!nl point,
elles, e1 Ji\'raienl nux regard~ furetl'urs de
corsagl!S très onwrb .... llou. aye se lhttaii
d'ètrt· un des rè,,utier- de .\hne de Paîva. Il
était là comme chi"z oi.
Quantau qualrième, M. llumont, il tenait.
aux r pa~ de la m:irqui-· , l'office spécial de
dégm;1aL •11r. Qui connut c lui-ci? Il 11n rut
parlé, de on temps, en des œrdes dinatoires.
Il n'eut jamais, que je sach , les honneur~ de
la chronique. pas mème du moindre bout de
feuiJleton. Le plu· mince per onnage du
groupe, il avait ·on originalité, pourtanL. On
l'ob eNÙl auc quelque , nrpri.c . ié eant.
légiférant à table. Et pui ·que nou. l'amn
cité, pru- occa ion, entre le lia Litués d., &lt;t la
marqui c des Champ -ÊlyséP n, nnu pou,oos au-.si bien nous arrèl 'r un momenl à
tiSqui scr la silhouellc &lt;le ce héros effacé, qui
prétendit à faire JIOLoll' ligure dan. le. ra I.e.
Ka lrouomique ·. Guy tic Charnac~, :mquel il
ad~int de cotoyer le per.ounuge. chl'z Bignon
el ailleurs, plu ouvenl 11u'b • on tour, m'en
n:traç.ai1, un .oir, - cotnme il égrcnail un
chap,•lel de souvenir , el hicn finement IOUll~ une série d'anecdorcs.
Les ,léjl'Ulll!I'" cle Big,1ou l Aurélien eboll
en a.saLonnail le menu du ~el 11, ~on arlicll!
du jour ou du !end ·main. EL l'esprit. de. causeurs dén!r,ail . ur cette u:1ppr. faml.'n , eL
aliolie des {•pin•, de haut ~oùl.
Ch.1r11acé ) pren:ut plare, l'heure sonnante,
rhaque jour, awr .\dolphc: Gai Ile, l'lwmmc le
pins ~pi rituel de Fr.inœ. a11e1· Scholl, l'improü leur toujour · eu halein,• tlu d •rnier é&lt;.·ho
pari. iea, Édouard de Hhcims, uu dilettante,
le rnarqui · de Tbolozon. nn original, el ce
Dumvnt, r1ui n'érait rien I qui de ce rim
arnil su e faire un habit ~i Yoyanl qu'on li·
retrouvait parloul. Quoi de plu bizarre que
l'impor1.aoc.c dont s'élail gonll :, en low; lieux
Enlin, t ll tlai;:n• ,·cnir. Ellé apparut, con,me n• •

rerLs ,le l'()céan, ""l'l' luules c.
èwc r1 u.ll·, rui "=''"'.c sur lo nu de &amp;t"• ~paule N
1
de e 1,ra•. • Ah ,ht-rlle, n aulrc J}rt'ambule , j~
i;ws encore 110 p •u 1,Lru~; c'l!i;l 'JII ja \Îens ,le me
f1ire cniffcr pu 1111 fc,11111 ,le d111111l1rl', les fen ~Ire.
Ioules gran1le~ ou,t rlrs. •
wlu11p,lp 11 s Hnl

�---------------------------·

111STO'J{1A

où l'ou dioail bi1'f1. c• llru, 1 1 Il J 1 ~a tro,,
n ,mi: 1111
luail l'inltml! me urt• a p:irt
,l'esprit 11 de rult11r1•. Eu rcr:111rlw. quelle
1, lie cl . a,antc four-11 lh• ! Il n·e. i~1ail 11uc
par s • e.t ntridté de ;;ourmd. Il n' ,ail
point, hormi cda, J' eu. à pari r. el d1. i
haut! 011 n,i lui connai., ait point J'aulr(• itu. Lion. lai. lle-1' lui ufh~ait :impl,•menl. Il
·n lr n ·hait uel 1 1m rl.
Lor:;.1uïl arait à ~olùt r Je,- denitr de a
liour. 1• : • Mj 1111&lt;:r b liilu l , ch z I re;l:iuralcur Ui"non. ~on ordinaire ét it frll'•aJ, I.e
menu n'allait gu·•re :m ,lelà d, la 1r-idltionnell côt l Ile. en r..,nt 11uc morce.'lu d. r :..il {" •, ·l d
œuf ur le plat en 11i,e
d'entrée.
Pour c •lie rabon d'c lrèmt\ implicité,
o'all .,. pa, aoir 11ue 1. Dumont ·11 monlràl moin. dirlirile, el 1p1'on pùl ètre arnc
lui moiu ~ a· . li! 1111 llllll pr,inl ! 11 conce~llÎl un d •r~ de pcrftction dan. la préparation
d • res m l.s, ulumier" au11nel on n'aud ..nait
jamai ù son ••rJ. Cne . cene J lltlTn {die
t'DOU\ !. it lré1p1cmm ut. On apporlait ru
•,:rém11ni1• 1~ œuf de "· Humont. bi · il
n' vail u c1u·
j1 l r un r •ard, un cuup
J'œil r:ipiJt1. JI lait lm~. C'é1:11l dét table
i1um1n1r:1l,I • ll11 11' \'3ÎI pa~ id: d'une t
Il ;.,li ('ll~t• '.
- l ilrt. J'hôl ·1. clam:üt-il, foi · venir
\1. Bi••non.
El h• cl, ·f ,1 l'établi ·emenl
oLlempérait à on appél. Il leÎ"ll il tl'écout r
\e un· irco11 p lion p~rfaih• le gri ,r d •
•on lient .

li:

Jaru ·, mi ·un. Ill ne p.,~ r rler., 1. dc"r; d.
rui ·: uu n'.nail pa · 'tJ cou forme a1n r g!ti
J 1 rl! l'our un ttmnle d • llrillat- ·a, rin. il
était loin dt&gt; po,s,:dl'r la honh11mit· 1•'{11ui c, le
. aroîr-duc et le lion lo:l Ju 1n:1rri Ir I rt1,:r11rien rp1'il avait pri,; l'Ommc mod?-lc. ll,1ns
une tl,·rni' rn -.ir,·011 1 11c , ·t.t bomm •, . i
bi ·11 inform1: Je l'rlal J1• cui i111:~ el ,1 ,
t• v . ,fo -~ ami , faL il oh t!r\ r II mailr•
d.c la !niilinn l(UC l'hrirmu111r. parfoiw. le m ria~' idéal d'un rnl in nwt~ raflin I t ù'un
lilialion d choi . nrnit c i : un Lar1111,
J'nn · anné • aat 'rienre. cl J,• lui-m~m • il
inJit1u:1it ccll ann pn'. i •, dont l'amphitryon Jr. ail arni.r encore 1111c p ·lilt• ré en·.
- •Ion dur ami. je ·roi. •1u'il n w· n
rc le l(UC 1[11 lre ou ci1111 uoulcill.. '" - ,\lion-.
u on l'un de
111mtr ou l'ÎnfJ ltouteill ·~.
011111w 1p1el11u'u11 li. Je Cltarna1·é
11 ~wnne,
r(.l'riail qu'on étail arri1i•
prei que au de sert cl qu'il ét.iil inulilc d'cnlam r de nouveau ,in, J,-. "én n•n Lùle ne
,oulanl rien rcru e'r aux rantai. i •s J \I. 'uumonl, .i • ~. ·,e_ 11u'ell • p ru t&gt;nl, donna
l'ordr · d'11p1 orter le préci u flac.ou. EL tlumonL fut l'un J ,- rar · couvh· • •1ui • l'c1•pta
d' recourir. On ail it c hcr de lahl •. L •
Prr de lluruonl r 1.1it plein. On ait ·uJ it
ru nt l'awz-rnu tm'l
- 1 i ·, c·e,l Cm illier 1111 néno iant 1.:11 qu'il eût ach v: n L:ifJitt •• a C' l fait, »
vin ri nom, é tlu jour) ,1ui 111 • l'a lourni. » ,lit-il. Il av. il Ier 1 1111 i;nre ,a1L • Lreml' ·r
.• l l'autr · d r 1plio1u r d'un ton p rcmp- 1 l'·,·re, "t, le p:i anl plu i1 ur r pri ....
. ous , n, rin entl 1c d'une npparentc :.-ali.to1r • :
« Il n'en a pa,!
hction ; « forveillcu I mcndllenx ! • Il
li . ,ail ou plutùl tc11:til à fuir(: accroire n'en lml pa une "oulle. on •lît&gt;I él il proqu'il .·nait, à un• 11 r nn pr'&gt; • quel
duit. li n' n demaml il I'·'- J:i,anta .
étai •ol h•. aen , à Pari , 11ui a,aicnl ou
C'étnil. ~n om111 •, un p1•r-cim1a"c ridicule.
mm il fahil l d1os , ;rieu cm nt.
u·a\·aienl pa &lt;lu hàt au-L. roxe. Il afhr- \f ai
111.iit oin i d,•s cho,t• l' trn.ortlinnirc a,cc il en imp&lt;&gt;~i l de m rne; il jn !'nit, prom111J' niant plu~ d' ,. uram 1111'011 m• pou,aiL çait avt..-c l':iutorilé d'un or;1d • Il ~tait à lui
pas le conlrolcr. llcnckd rc t:i ,an vei , ~eul la loi el li! propb~tc eu m.1für,'. rnliL, 1 menti clul-il on "r li p rl i, moi. nair . n ,i.: ft\l hic11 p:i ,é Jt• ou npi.nion:
1•nlilhomm • n.:. .ien, \ C ,ua fortun , mais il IÎ it panenu à faire roirc, en qu ·l1111 lionn , mai ·on. , ce dthu l, t •ur consomin •c I re · our
Ub limil • dont je di mé,c1 piqu1i-a ·. i1:ll émérltc,1111 •, ·w1 ,a pré}'O.l' pour coulent r mes dé in., j'offre ~
Jin •r à 1111 ,:, nLilhomm pari,ien. Je croi
mcc, le meilleur de r p:i u'ci)L rnlu rien.
n'y al"oir rien 11~gli 1• El t(UanJ je lui offr
on. dit J
ur ; on ne ronnai, d'un rrù d~ · plus rare
1 11u"' j'ai lieu J
de vi il
hez \lm d• Pa1va.
nppo, r tl plu. :mlh 11Lique , c'e l pour ·
T
nd1!. d
fUSl l'nl co1werl le
m'cnlenJrn dir • : « li n \·n a pai. ! 11
in doubl
dïndi u:11i,,n el de
I.e même Dumont. e lro11,a11l à (i , pr~ ,i
en: 1c à l'iJt
ule qu'ell s pus rnt
j •tlu d'alll'r urpremlre l'un de
awL, à p
tapi: de II la
·ourtisan ».
l'h.ure du souper. 11 a pri. n anmoin, la f
pr tl'aulio11 d • lui lélt:grnpltitr, le matin. ~ou P
c, le homme
eu.t 411nlilié ·
• rri,é. 1 mailr·. d •la m:1i on. fort trou- en talent, en rou. id 1rat
·aic11l n
Liée de rt..'t'('\'Oir à J'imprrni~t un tel el 'i lui compo er 1111 cercle.
·:iit, pre~quc
difhcil' , ,n ·Ï\ ', mai tout dl:,ircu d'an,ir cl1aqu
· 1 a ail
jour r • crà lui pr I rnt •r, • défaut d'ortolan , une pP ·e vé. p
in
'"en&lt;lrcdi, où elle n'av· il
de r(. i. 1 nœ, court chu .e f1111rni .. ,~ur,. qut• d
h·
dimanche, où il étaient
i·
ch n"eaicnl poinl, tout
Dé~olaliou ! il n'y avait plu· d • filet Je Lœuf. vingl.
1t
omhin, i on vari ·. _ . Ln
U u r ·,terait l,i •n no, le uJ et uni,pu', cn
mai. on l'a promi i un riche élrang •r. Elle tahlc était magnifique. (),s m L. Jn dernier
iniste.11 l• lui faut. EU l'e111'•\ • i1 pri1J'or. rafûn m nl ac:comp:i"naicnl le· primeur
On a dù lripler la ,,ûeur &lt;lu m11rce1111, l'em- lei plus rar . , ..:uait-elfo pa.· le don ma •iporter de haut· lulle .. tai , Ui u oil loué! la 11ue qui perml'l qu'on soit toujour en
Îlualiou e... tsam~. Le repa terminé, &lt;.Olllille aY~n
k tr:iin
· · d · · d10. ' ,
po, Me, 1
oui.~ a,nnl
on rcntr11il au .11lon, ell, · xcu ~il aup~ Je &lt;JII 'o
i l nl prc
a"VaiL donné
M. Uumont d la ml-dioi:·rit: Ju ùincr qu'elle qu't!
pour q11
,itrine d • ·
wnnil J · lui offrir. - \u moin., njoul -L- , ''
·erre rh3ud •s de Puntcbarlr:JÎ.ll. l fruits
dle, rnu · aur z eu ce fil,•t. - !lu filet, ma-

r nt, f!UÎ connai, iL I fori ml,• cl ll('nd il
l'ordr,• ;
- Enl 'WZ tout ,fo ~nit •• œur ! O
Et cinq minute. apr··· on rapport, il le.·
m~m • l uu~ au rhau,J. ,\ lnr · nolrr hornmt!
l'OnJl!,ccndaiL à r •ronnailr 1p1':irnr un peu
dt, boun,• ,olontê et 11'. llrntiou ou arrimil à
pré,L·lllt!r i:onwnat.1,•mcnt le
hos1•s. :on
aplo'.ul, e.l .-a d'.:111 ,naiPnl rnulu 1p1'il ne
ful pm:u ouLh 1 sur le, c:trl , ùï1nitJlio11
de fme de I'. ,n. n•\'l'Oll llll(P.,,-c Je llend,cl, cllti :n. il •ard. ,. li hil11:. 1 n ir .i
l'un d C(' Jrner- d1,n1 1 ei"rh·ur J'out; •
Rhin faisait lar êlll\~111 lt&gt;s r..7iï,, le m:iitre
d'bôt I ch, r t du ·pnic,.• 1.h ,·in. offraiL un
~hàlc..111-L roze dr. je n ·ais plu quelle a11l1que et v111 1r:1blc annét-. Ou mont, 1111rp1el on
pr ·1•nte la Lout ill • . 11 lour, non . Il'
énoncer, comm il con~Ït:nl, la date et la
qualité du 1.:rai. indique ,ii: la main ,1u'il n'en
dé ire pas. lfonckcl, •tui . 'e·l apcr~n de ce
e te n ~ atir. 'étonuc el.
tourmul · r,
on htik :
• Pour,1uoi n' n· ·pl .Mon point Je ce
Larme l
- \Ion I ur le · mie, permell ,-moi J,
,011
lire, er , u, ~ i 1111 · rim· lion : corn•

rr ·

LE ISriTJ'.:
PAl'L l•t:

li

)l
AllfT

Di::

f' n·

\"I« TOII,

« - .\h ! mon&lt;:ieur Ou mont, rJpondait-il
cn. levant 1 ·ux au ·ici, i vou. ba, it•z quell
peine nous 3\'0R. à nou fair crvir ! »
Pui., e tournant ,e~ J • arçon Je rc tau-

LA ŒGENDE DE LA MAR.QUISE DB PAirA ~
. e
- tirait J a pr rr
·e liai- t•ul prel à l · eu ilfü n toul
1
pr 1sentail aux (r ·
:ni nn I qu'il ! eut Hl d, rrai. 1•s ~unrme .. 1
•
fait
c3r téri:liq11c
en pl in liher. &lt;l t(U i LI t'r la nurm ndi ,,
ni, pour 11b1t•nir ur
dt• ·r~ hiit1•,. t.a m:1r1p1i.c mettait l•· prix ft•mme d
toilait pa r
•, .,'ét:JÎI
·l n'était pa, r:rhée •111·011 n't·n ignor;H JHlÎlll, 1.al llout
rt.:1ra11
•
nd
nt
autour d't•lle. Pn1 arri&gt; -Ulidi, tlt• familier·,
11111111ni
Je rf' palai ali1,al,c,,1ut&gt;. cotnm Ji,ait Her- ~ilalll
ntra,
p
0crat, Emile J,• Ciranlin l llou a~e. e pro- cho.
s,·: ,
, unit[U
1
mrnaient Jan· )l' j r,li11 :
plan I
mi · Je
e
11 • uellc peut hien ~lre la forllrn 1!1•
que
out.-.
Ha1:1111lant
cela,
die
n\.iil
faiL une
1. marqui e'! d ·mandait Emil .
nuJit,,urs
• - li il, di million , r:po11J;1il l'î'Î!II • pan , lcn nt l'au otion de
« - Yuu ~I • fou 1 ~\1,·ria . lmc dr: l'a1\a comme u. penduP dans la rnr ô du nnm
u · iJ,.nc .
eu orlanl 1l'un
harmill d'où clic 8\ il q11' •li· ail il r ,iller· t&gt;I, pr
elle avait ajouh: : a Ct•llc
1c, :était
e11te11d11 ln co11\·er·ntion. llix miHiom. 1 mai
moil
c la rail · pei1 dnq C\!nt mille li c, ù
1.a peinture f:I it u
•
, ,ori~ ,I~
rent,·. Cro rz-rnu. 1111e c•e~l a,· · cd:i que ,ie
l· • li\ r 'llion, ,1uan
J :rÎ\'3Ît
pourrai. mu, dunner d , p •
l d rairudui ;iit
;;in · m11ri, au moi~ d j:11wicr? Ci1111 c-i!nl point au idée galar
, E11°1·111
mill · fr n ""• t'°i:st rc qu ml! e, i1l,, m:i a . 't -.ou~eot au i.
lldai:roii
~tant
là,
o
l!nfl:11111011
J'iulétalil,·. »
(l)uri,t
h ~uu
1 r ~ int •
I' t..arJ de 5(111
nel. :r~t pour la co11l1 ur
én
dl:ul
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on
opiuion,
lnnçail
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mol
·ur
Je-.
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i toute· cho-e · e
tr ••
lu.r111oni1 d se . m1,:1lions humai m.!, avr,· le.
pri • ca
P . un •ill:irw, d
i•(U"
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do11l Je·
:iiPnl pr p1 ♦• la I
rie 1 , ,.1ri3lÎnu. pol~chr me de l
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elhi 11
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uniliceucr 1111aud Gozlan, •Jl•Î :n.iit
rdu
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rru
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cll ~a
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l
n' · 11 . ic · de p1•1
l'.Ollfl é\ il
Cl
111
U
tt ~ pln
l
I
mo11wnt, emporta un vfritahlè triomph 111!
l'e•pril c colur, ·
r
p:irule. Il :t:iil m l'u11e d1• ' · mi1111I s rap.œ
ir
n
di
où l'e prit e rit. p1•rçoi1. 1•,irnpr, nd
nap1
hi
e
cl
tout•
chr , :ive un • n .llt&gt;lé d,· \În el
G
u
sio . •plionm·lle. Ln mnrqui a,ait d ir;
d' -mê,
)t11Jr
.. l,a
Lui,
q111•. le roi , la
th
,
lt• · connailrc la rA1ulcur hrnrilè de
il
anil
réJIOildll
qu'il
ln
aimait
l
:irce
pain 1p101iJien dtJ la l'Olln~r~ali
Ir
•n,
qu
il
nlt:i,
luit
1111 1111, 11c 1li~Li111
11111c
Je 111 ,oJ el d l •1tre I u
à
in. celle di-.tan e, le· rnir.
enh-nJrn. tour : imprc ·. ion. li JI r i. ·ail I croir
tant•là,
t.:l
l'exprimait
J'undaçn
.
piritour arde11h ou sccptiq
cn1hou.ia·t m1
railleur:. Comm ni do
• pas m(,ùin• un turll • Pour en communiqnl.'r lïllu ·ion. 11uc
la ammc en était Ji,·er. e an
111 d, 1·
peu d
n l mp, '? l,'h u,Je n L ,·kiU
eau
t·ur
paradox
11,til
l
II
fl•nH:iit
d'ainr
auln11t que lt! moud•, ll
pi"ramrne· -volent
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et P. croi:enl • ur l'in.,;,•itabh: décadence. L.~
vcloul: 1 conc1•plion
mu ... ir1u du jour'? Uah! ce 11'e l •1111· du ré~i nation el J
Lrull. l,,'I lillér;ilure J'imagin:1tion'! ne du plai. ir. M,1i i la· oie prenait ; ,on r •t!llrrl
latanl ou,. rt p&lt;&gt;mm •
di •lle lam('.nl,1hle. On . ra r'Juil bi ntiil, d coloration ro
la 1tiét~ lui par
c ; au lait. le om}&gt;Qllr apaiser la faim du I ctcur mitrhanl à
. fumi&lt; • de l,l
111 ur coul •ur de
vid •. Je rtirnprim r 111ul lt!
Je 1 501
.
Et
il
00111·
thème du11nea11l
Quant à J'nrl d • frrp,icl1or
1 d'en paru'à
~
qu'
tout' le ubdiler'! 11 n ne f l,ri,p,e plu
jamh
n~ J rom
i me. lion p•,
mai •re. , D • \;·rie Paul tle .'aint-\ïdor, qui
11 tour. i
ver!&gt;
a. sucianl la
lut. hier. Philil •rl .\ud ltrnnd.
pa
1·11r
tl
_
hl
pre
ù
· in,, lP
Parfoi , le propo, ·'in terromp:1ient pour
or dl', rbi•w1u.
érouler tme J • l'a1,a, quanù il lui pr o.iil \"erl ondo ·an
11i.;a11t toult' lt•
fontni·i' Je rapp••lcr de,- détail d i;a ,ic. de _ur 1 5 épanl
n11tc·
~par
·c",
ui
,
nl
ou . :dui .. nt.
e ri.' :our ·11ir :, haut voix. C'ét,iil uuc élr:ill!!C
leçon qun de l'enteoJrc po.cr en priucip~. cl h11is,a111 por dire 1111 1 !'lu Le.111 ton de
.upt rbcnH!nl,. a théorie J la "olonlé,nffirm ·r la pal •ILt• c l •nron! l.1 c.oulcur d, chair. El,
,·oisin~ "n 'ticou•111 lou I arrirn par t••lte forc.e imfo idurlle el p,•nJnul &lt;JU'il rharmail
inair, ,le ,-{111,1:uir,
sup, ri •ur • qu'il n'. a ra~ 1fo rir ·trn~tanrr el l, ni lui-m me. Gauli •r
qu'on e crée • ~oi-m~me l'occa:ion d par- la ligure 111m de 1:~dali. . une maître . c ro11~ ahon
H•nir an bul. li ad1cn:1it •J11'un philo opbc m:111tiq11c a
11oule
le
è
-&lt;liuP.r
ni
llU.' i
cn11Jme T in étail ile 1·11 qui lui prèt:iienl
m r,1ui
a11·a. li cul
l'or 'illc, !or. 11u'dll! rai.onnail sur b malicre, brillantt c
ni• plu
momcut de
, 1 t il appu1ai l sa th:\ e cn _aranl, en pro- à .a t.al.tl,:
las~itudc
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p-Orll' ()Il entrain hal1ilm 1. l'an! Je nint'it-tor, ce eolori~lt· de la l'lnme, rhrrchail
de, efJj•t ,1 lr111wail . cul •mt nt 11(' phrn. ~.
Le~ Gonrourl, •1u'on :mit am nt là liien
iroprud('mn1t11l pour la f:!loir~ d,, c Il • qui
leur- Jonn, il i, Jinr.r, iaminai('11t &lt;l'1111 œil
.an. romplai.aru" la ùhiuit 1 du li1•11· el l'aspect de ·nn l"Îs:i . ,i,·il li, peiut l plàtt· :, a,·ec
de fou . . ir_ d' ctriœ_dé pnl\Îll • ur le retour, romme il, l rt'pri-,,•utaieut, 111• r ndail
q111• plu ruau. 1d leur humeur Ji-ni rante .
ParH•n11 • un de-;ri&lt; dl• pui:-:mc par l'argent. qu · n'aur:iicnl o. é •~ne •\I\Î r le. nmLition. le· plu hardi,·,, lime de Paha n' ,·ait
jamai~ liproU\&lt;! la :en alion du l1011l1eur rompld. Ell ne p(lll\:iil in pirer anlnur J'l'lle,
la .1ilé 11ui n ré«idail 1•a ,ur ~,· leu,, el
n'habitait point au Fond il' . on am11. :c. arli Il!• Pl ~t.: pot !1•« n',naic ut p • se I • ilissi111ulcr: il. ·enn111aient . ouwnt rh 1 die
au 111ili1•u Je l0Ul1·: 1•1•, ma:.:nifi · ·n • . 0~
tli.. it 1111' ell rép;ind Îl autour d'dl { lte
irupr --~ion indéhni !-alilc ()11' tr.1io1· awc soi
la ·olupl • îroiJ,.
{) o le: tlrr11icr temp. dl! ou ,éjour pari,it•n, la cilIDI •- d Il n1.k l, ci-tl .rnnl marqui dt Païrn, a,·ail lH· uc.uup perJu de l'indule or,• 11ui fit ·1dm Ur d'a\i.1rd nu moin ·
p3r111i 1 ' hommf',, . on 1\tonna11lc a... r~n.-ion
, u plus lmul du 1,11c ···, •t d la furluuc. c.
ro1l\Îve, cut-mèmP , • c,1mm n aui ù'ba1

1

�ITTSTO'J{1.JI
hilude, e:tacts • es diners comme le prolèt
chez le débiteur, 'il professaient em-er elle
la rcconnai ance de l'estomac. a('Cu aient
moin celle du cœur. A l'heure J nuit où
ces terrible causeur sortaient de sa tabl et
prolongeaient sur le boulevard leur com·ersaLion e cit~e, ils arnienl encore, el à se. frais,
la denl cruelle. Théophile Gautier, qui l'avait
uivie de prè , par les alternatives d'une vie
cahoLée enlre Je souci de la gène la plus
pénible et le~ triomphe de la pro-périté la
plus in olente, ne la ménageait ouère en ses
boutades. A l'époque 011 l'architecte füuguin
pous.aiL avec activiti la con truction ùe l'holel
de- Champ -Ély 1e., un ami demanda au
poète d"Albcrtus trè. au courant: a - Où en
sont le travam '? - Ça "a bien, répondit-il.
On a déjà posé le trotloir. 1, I'ne autre rois,
c'était Viel-Ca tel, !fui, fai.ant le cent pas
sou, hr ombra!!'~ de l'aYenue en compa~ie
d'un des inûmrs de la marrrui e, 'en donnait
à cœur joie den médire, ~·oquanl des bisLoires, contant de, détnil , filant des anecdotes. Et quelles anecdoles I L'uoc de celleslà lui parut .i intéres ant, qu'il ne ,·oulnl
pa la laisrer perdre et qu'il en con igna le
u,·enir dan ~c- n rahier noir ~. La redirons-non ~ E.Uo est i franchemenl licencieuse
qu'on hésite à deux !ois. La voici, cependant, - pour ne pas lai ser de regret aux
plus curieux de ceux qui nous lisent, et ous
cette réserl'~ l)Ue nou en lai sons pe cr la
respon abilité loul entière sar la mémoire
déjà i chargée de \'lei-Castel.
Elle avait eu l'occasion, assez dans sa vie,
d'évaluer à leur différent prix les mériles
comparés de amis et de amanLs.
Elle goûtait moin. ceux-ci que ceux-là, par
froideur de complex.ion ou par satiété.
Dcpui~ de mois l'un de se assidus la
pour uirniL de , protestations d'amour 1~
plus formelle -; il en était arrivé à ce point de
déclarations rralantes, &lt;l'o11 les périphrases
sont b:umie.s. Pour quel jour enfin? li lui en
po ·ait la question . an ce· e et, ne .e contentant point de le dire, H écrirait qu'il n'aurait
jamais la cervelle en repos tant qu'il n'aurait
pa - obknu d'elle ce qu'elJP sa,•ait bien. De
~orle qu'elle en ful excédée et qu'elle se
décida à bru quer la conclu ion, afin d'arnir
la paix. Une a-pr~ :-midi qu'il se montrait plu
pre ·sant el, pour elle, plu fâcheux encore
que d'ordinaire, elle le prit à pari et lui dit :
« - Vous y lenei donc lieaucoup? C'e t
votr idée fixe'/ ll faut en finir là-de u , i
l'on veut ,in·e tranquillement arec vous.
Alors, pa·rlei. Que potnez-you m'ofüir?
Vou· ètes pn.m•rc Vou avez !renie mille
francs Qu'e t-œ cela'/ Je sui riche, j'aime
l'argent, la Mpen:;,e . .Tc n'1·n .ii jamais a st·z.
1::Les-,·ou~ en étal &lt;l'acbelcr au prix d'un acriûcc ln faveur que ,·ous ollicitez? Dix mille
rrancs? Le a, ez.voa ?
- !';on, madame.
- Vous nez :i "emen t ré pondu ; car, si
,·ou m'aviez dit : o ,le le · ai.» je ,·ous en aurais demandé le double. Eh bien I pnisqae vou
n'a\'ei pa dix mille rrancs, trouvez-les. Apportez.les-moi. Nous les brûlcron , el je crai

LJ,. 1.'ÉGENDI; DE LJI M.A~Qll1S'E DE PAWA - -..
à vou au i longtemps que durera le fou de
di. mille rranc , éparpillé en billets de
banque.
- J'accepte, et ,·ou remercie. A demain,
marquise. »
l,'uu et l'autre poinL étant convenu . tout
rut prépnré pour la doulJle con omm.ilion.
Dun le boudoir délicieu emenl clo , elle
attend, demi-couchée ur le mol ~ofa. L'air
e. L embaumé d'un parfum eiqui . Dan le
demi•jour, on aperçoit un gmfridou de marhr1•
placé prè du dh•nn, avec des apparence..~
d'autel. La prètres-e de volupté a rel'ètu,
pour la cin-on tance. :&gt;CS plus vaporeux atours.
A demi rell\'er êe, elle balance coquettement
on pied chaussé de soie ro e. L'heure e l
propice. LI e , entré dan la cbambr ; et,
!&gt;'inclinant d·un ge.te ai é, le jeune homme a
tiré de On portefeuille non pas dix, mais
douze billet' de mille franc . ◄ lie le a p1,.
dan ses mains, en tàtele filigrane, le fi·oi e
doucement entre se doigts, et enfin le. di pose m· la lable de marbre, en les étalant
de façon qu'ils ne pui eut e consumer que
les uns après les autres. La flamme a déjit
louché le bord du premier de ces l,illels. On
n'a pas une econd à perdl'e .... Les billels
.ont brûlé . C'en e~t rail. LI a contenlé sa
pa ion. ouriante el moqueu, e, elle le regarde. Ces instants de bonheur furent court ;
mainknant qae la rai on a repri possession
de son cerveau, comme il doil regrelkr
l'inutile sacri1lœ [ Et ceue pen ée rend plu~
ironique encore l'expre ion du regard de. l:i
marquise. llais lui la narguant 11 on tour :
&lt;1 Ma pauvre eorant ne te réjoui pas
lrop ~-ite ; je me suis fichu de loi. Les billets
étaient faux. Mon ami Aguadoles avait i bien
photographiés que tu n'y as vu que du bleu. n

gères; on inscrivit à son artif de avenlnrt
de Loule sortes, naisemhlahle inoo vraies,
mai. toujour rai onnées et 011 le sen des
inlfrèt bien compris réf rénail les abandons
raciles des sen .
Ar è11e Ilou . aie h1i disait de sa voix raresante: « C'est l'amour, madame, qui vou a
appris le français. i Elit.' répondait: « 'on,
c'est le Franr.ais qui m'a appris l'amour.» En
,-.!rité, elle ne enlil jamais au fooù &lt;les moelles la douceur et la pui sance de re . entiment,
dont elle prononçaît le nom et qui ré urne
Loule idée de passion enlit'!re san ré erve et
sans calcul. Généreuse il sa manil're, Jans
l'étalage d'un fa te domesti11ue, qui était sa
gloire et sa rtwaocbe, elle s'entendait moin
à gagner I
ympalhie el n' dépcns.iit que
le moindre effort.
Cependant, chez celle Impéria régénérée
deux foi par la consécration du maria 11e, continuaient à fréquenter d hôte iUu, tre . On
)' voyait à .oupcr, maintes foi , le priore de
Ifob.enlobe, amba adeur d'Allemagne , Paris
et qui recueillait là, comme partout où il pa sait, des mielles pour ses Mémoires, appeli:
à un retenti$ emenl .i extraordinaire. Il maniait la langue françai e à la perfection ; le:;
raî6nés lui Lrou\'aienl de air- dr parenlé
spiriLue.lle avec !'Allemand pari ianisé que fut
Henri lleine . C'était son malin plai ir de hercer le oreilles française d"espoir vague., de
prome ses enveloppées d'une ru. lilulion possible el qu'ilderait 'eOorcer de Loul. on pouvoir à rendre chimérique , lorsqu'il fut appelé,
après le comlc de Jlentkel, mari de )Jme de
Païrn, au gomernPment d'Alsace-Lorraine.
Gambetta prit aussi le chemin de cet le &lt;1 m:iiao du péché ». JI ne lui déplaisait poinL
d'en gra\ir les degrés do m:irhre. Le Lribun
a a!!'Î agrénblemenl envisa 11cait, dans ce décor
de magnificence el d'art, des per pectii-c
douces à son imagination de république athénienne. li n'y wnail pas seulement par dilettantisme. li pen a Lrourer là des aides secrètes à de rombinaison · d'entente internationale, dont il e pérail étager es dessein
de politique extérieure.
De projets 'étaient levé , de grand projet ,
à la uile de ces vis.iles rréqucnte. du cb1:f de
la gauche républicaine. Ilenckel espéra négocier un rapprocbcmenl entre la France el
l'Allemarrn ', au mO)en d'une rencontre de
Gambella a1'ec le prin(lll de Bismarck. C'était
un point arrêté, une affaire presque entendue.
Les dépèthe· 'éraient succédu entre Pari et
Berüu. Le 12 a1 ril 1 7 , llenckel de Uo1U1ersmarck :tvait télégraphié au chancelier de l'empire allemand c1ue GamLella était, pour le
moment, ialrourahle el ne pourrait arriver
avant huitaine. Dit jonrs plus lard l'bommc
d'Etat rrançais demandait an comte un rendez-vou entre une heure et deux heure , afin
de eau cr érieusemenl. Et le lendemain,
Uenckcl trè ardent à a lâche, envop une
nou\'elle dépêche à Bi marck. lui annonçant
que Gambetta partirait le dimanche rnivant
el erail, le lundi 29. à Berlin. L'objet enlrevu
était de né 0 ocier au ujet de la Lorraine. Mais,
dan l'intervalle, Gambetta s'étail dési té. Il
1

LE

11\'YITÉS DE

J\l••

DE

P.ll\'\,

Lfo:-i Goii.A.N.

A ces ·mols, une namme de colère monte
à e joue ; elle ·e dresse furieuse, elle voudrait lacérer de c ongles le vi. age de l'insolent. Mai il échappe à la furi-ur d'llermione,
el e met à descendre l'escalier avec autant
d.i promptilude, au moins, qu'il en avait eu
tout à l'heure à le monter.
On en contait d"aulre , peut-être menson-

.... ,oa . . .

écriüt an comte Jlenr·kel les li ne. uil'atllc~,
dont lïnlérèl " t hi torique:
&lt;1 Quand j'ai accepté, hier, avec empres~cmenl, je n'arni pa. compté ,nec l'imprérn,
&lt;[ui 11ous tient en él'hec. Les question relaLirc an ministère de la Guerr · unt pris de.
déveJoppc•ments con idérahles. On ml! prévient
qu'un grand déhal sera ou1ert ~ur le ministère Je la Guerre, dès la réunion des Chamhre~, et j,· me trolll·e donc dan~ la néccs.s11é
d'ajnurn1·r, tout au moins apri•s la essiou, qui
~Pra probablement tri&gt; courte, l'exécution
d'un projc'.l 11 la réalisation duquPI "ous al'cz
prêté un concom · i efficace el i sympalhi&lt;Juc. 1&gt;
En réalité, après ruùre rt'tlexion, il n'arail
pa voulu se rendre à Berlin pour J prononcer, en vaiu, le nom de no pro\'Încl'S perdues;
rt il donna comme prételte de son chaogt'mrul de dc~seit1 la renLrée &lt;lr Chambre ·t la
di:;cu sion d'une loi militairt' donl il ;tait
l'auteur.
\.prt!S la guerre, des ambitiot1s agrandies
'étaient formées dan le cerveau de,Mmc de
Païva, apte à écrire rl à parlt!!' en plusieurs
langues. Elle a. piraiL à prendre ran" parmi
re orfrcieu es de la &lt;liplcJmalie. Telles Mme
de Castiglione el de Yercy-..irgenteau, dont
les mauPe,,~ et les l'Îsi'•e~. sur la fin de l'Empire, occ~1pèrenl toutes le. chanci•Uerie - de
l'Europe.
~\[ai· 1Jllc 11~ pul s'y lenir longueruenl. A,·ec
e alliance· étrangère , ·ou parenta,.,.e g1•rmanique, elle se rendit suspecte à q_ueh1ucs-un .
Elle ~veilla des soupçon·. Il ful dit que le
gouvernement français, r111i ne partageait pa
les illu~ion complai ant s de GamLella, lui
ialima ecr~lcment l'ordre de pas er ln frontière. On e so11venait avec une impre' ion
mèlée de doute el de méfiance que, rendant
l'inva.ion, aux plu· maU\ai jour , et par un
0

1. 11 hu un éL11il rè,lt• ,IM trores, némunuin~. A
&lt;'OÎ~ante an,, elle eut enL'Orl! ,le. 3,hnirnleurs. • J'ai
,.,,,mu 1'011 clu l'&lt;'Ut-lû. m'étri-rail Au é Ju Lassu~. 11ui

ordre 1·('nu de lrè,; haul, sa Lerre Je Pontchartrain cnmm~ toul cc qui étail de on 1·oisina)!e, cbo-e el~eng, avaient 1:1é lrès wénagé:i.
On la jugeait à craiudre. Ellc quilla Pari el
la Frunce. emportant. d,trb l'un de ses nombreux ilcrins, le rollier uperhe dont l'impérarricr. En,.,.énie parait sa beaulé du ~oir, aux
Tuilerie., el ryui ét;,it allé entre 1~ mains de
la comte -~c de Ilenckel, aim:i 1p1'une dépouille
de luxe impérial, aprè. l,1 révolution tlu Quatre-. eplcmbrc. LI lui re~lail un regrd: c'était &lt;le u·arnir pas à es ordre:-, comme dans
les coule arahe , un ench:inll'Ur qui aurait
eu le pou,·oir de trnn ·port 1·r in,t:mtanément
ou· un aT1Lrc ciel l"babitacle ,omptuenx. &amp;li~
fié pour elle et décort: pnur elle, dans cc Paris
d'où elle étail bannie. On al'ail appri 11 connaitre . e ré olution · brnsquti et violt&gt;nlel' :
on n'é1:1it pas an~ craindre, l'll ·011 :incicn
entourage. qu'il ne lui pas,àl par la tête de
faire jeter à bas l'liôLèl et es marbre,, on de
faire grallPr la frrsquc ml'nPiJleuse de Baudry, afin que nul rr 11ard etranger n'en cùtla
joui .. ance aprtis elle. C\HaiL l'effroi conLinuel
&lt;le l'artiste auquel clic avail dit, une fois,
sau- ména 11 ement:
n Je vea:x avoir élé seule à jouir sur la
terre de vos tk:Jicieusc décoralio,r . .J'en ai le
droit, je peu e, le ayaot palées ce que vous
avez voulu. Priez Dieu que je vil•e ! »
Le changement de résidence avait M1 s'accomplir, pour el'e, sans dédtiremcnt de cœur.
Le palai que Lefuel lui construisit ù eudek,
s'il n'était pa rehau é d'tm arlau,sidélicat,
n'était pas moins opulent que l'bôtel des
Champs-Élysée . A ~on regard élait oflert, en
l'absence de la fresque de Bandry, le pl.1fo11d
spnl,olique dont un peintre d'Allemagne a mil
enritbi son nou,·eau alun, en e souvt'nant à
propos qu'elle 3\':l.it remplacé le nom trop
plébéien de Thérè.:e. qui lai rappelait lrop
ln 1·oir passer alors, ,•ha-serc~,e inlrilpirle
en coslnm~ presque masculio, l!L le lus1l à la

'ell•;iail à
cl alrrll•.

uUtin. -

,es origine , par le nom mylhologi11tlt.' et
11uasi virginal de Diane. n y voyait Vulcain
(c'était une nllu ion in~énue aux mine et
forges où 'était enrichi le comte de lle.ockel_,
Vulcain ordonnant à ses cyclope' de forger
J,, llèche de Linéc5 à la d~es c; cl l'Amour,
enle\'anl se Oèches de l'enclume encore embrasée, les portail à la diüne cha seresse, qui
daignait, du baul de se onagrs Yaporeu '.
les ag..-éer d'un sourire.
Malgré Ct-"la, de vague· appnlhension!l pc,•isl.tienl dans le mondti artiste pnrÎSÎfill sur
les détermination;; rm1a que qu\·1H éLé .a ccptible dti prendre, par caprice ou par irritation, celle qui a,ail 11uitté la capitale fran~·ai e pour n' plus re,·enir. Elk n'eut pa le
temp d'en décider. Elle avail quitlé Paris,
dt:jà très malade. l.a mort la surprit, à ce
point culminaul dt: s1 fortune, qui a,ait fait
de Thérè..e Lachmann. ci-dc\·ant murquL e de
Païva, une princesse alliée aui première
famille" allemande· et la remllle du gou,·cruenr de deux pro1•inces arrachées au p:11~
voisin. Dc•pui qud11ues années, die assistait
d'heure en heure à la llt:lri. are de es
charme" 1 el à la disparition &lt;le .ses force-.
pbysi1lues. Une mélancoJil:l, Jont elle faisa il
parade, rempli .ait la -olitude de on àmt&gt;,
au ein de cl'lte fortune menteuse qu'elle a111iL
exigée cl dont elle usait a\'ei; une sali~faclion
l,autainl!. mai san joie. Elle di ·parut, laissant derrière elle llllè 1é11ende inouiu d'étrangeté.
Ainsi vécut et pa ·sa celle fomme d'aventure, à la volonté :ipre cl tenace, qui e l:&gt;Otail que tous se· dé,ir · [usrenl venus à es
pied·, comme des chien couchant ..\. défont
de se.aliment, di, tendres·e, de généro ité
1éritablt!, qui sonl le luxe de l'àme, clic avait
eu l'inlelli..,ence du rôle à jouer. en-ie justJu'au bout par on concours de circonst.inces
ex.cepLionndlès, die fut, en -omme, bîe11 de
on temp : l'épo1p1e dt:S parvenue~ ous le
règne d'un plnenu.
FRÉDÉRIC

Mots historiques
1erba volanl, dit le pro1crhc, el ceux 11ui
~'enrnlenl le mieux ont le molg histori&lt;1ues.
~-il rc lent, œ n'e l jamais tout entiers, touJOur~ qucl11ue chose en échappe. e ouvienton du texte, on oul,lie par qui il fut formai 1,
~L à quel moment.
D'où vie11t : &lt;&lt; ~oblesse oblige i&gt;'? Bien peu
,ous diront : de M. de Lévi .
Cherchez qui a dit le lameu"&lt; : « Où est la
femme? » ce moL si vrai sur l'action COlk
lante de femme dans toul ce que tente
l'homme; le. un· Yous répondront : c'est
)1. de "'artine; d'autres : c'e t un procureur

d1.1 roi ou un juge dïnstruclion ; ou Lien :
c'e,,L le fameux J~ckal de· '1ohican~ de Par-is.
Personne ne vou dira : ce n· l qu'un proverbe esp~gool, arrangti et purifié par li, roi
Cllarles 111, qui, vers la fin, elon Ch. Didier,
se contenluil mèwe de dire : « Comment
.".1pp~llc-t-clle ? »
&lt;1 ',] vient chez oou , tout ira bien; s'il
vient chez lui, tout ira mal v, a-l-on bien des
fois répété qu3nd Loui XVIII rentra en
France. Qui arnit dit le ntol le premier'!
Fournier-Verneuil le journaliste.
« Le Congrès ne mardie pa , mais il
danse; o trè joli mot encore, le meilleur
roème qu'on ail l'd.it sur les joyeuses ltmteurs
du Congrès de Vienne; qui l'a dit? Le vieux
prince de Ligoe, « quo le Congrès enterra
san cesser de dansi-r 11.
-0 11 r a de l'écho en France quand on

~

109 ...

LOUÉE.

prononce ici le· mols &lt;l'honneur el de palrie. •&gt;
De qui celle phrase'? Da général Pol à la
Chambre, le 30 décembre t 20.
« .M:ilhcurea -e France! malheurt'UI roi! 1&gt;
Qui a écrit cela deux jour aprè' la nomination du mi11i.lère Polignal''? Étienne Bél1uet,
dan le Journal de..~ Débat. .
o Le roi règne cl né gouverne pa,.
De
qui celle forruuk·'! Où el quaod f'uL-elle
écrilc? Elle e l de 1. Thier · jouruafüte:
c't' t dans un dt:s premier numéros du l\nLional. fond: hi l••· janvier i8JO, qu'elltl parut. Ainsi l'expres iun la plu- net.le du gouvernement con~titutionuel IuL formulée ous
l'œil même du plus inron titutioanel de
pou,·oirs, déjà prêt à violer la Con.stilulion,
el à en mourir.
ÈDOUARD

FOUR 1IER.

�'------------------------- -----

LE PALAIS DES HlU.RU.S J.:~ 1870 ; F IÇ.\DE SIJR LE JAR[l].'.'i.

VlCTORIE

SARDOU

+

Comment j'ai pris les Tuileries
1..e jour ou. avi&lt;c l'aid• d' Arm•nd Gouzic1', li&lt; cri•
tique. mu•ical, morl il y a qu«Jquu annècs, S:0&lt;rdou
~ prit lc.s Tullulu • , il aV11lt trutlt.-n•uf ans. Mai, le.

gamin de P-,,Ti1 qu 11 ■voit r.ti o.ux al,ntoun d• 1 l4S
viY:ait coujoUT:S '" h,ri. Curieux, fure-tr.:u:r, aJute., primc,-autju, iJ ittît 1~ ~pr:ct■tc.ur ni id~ comëdiu dE. la rut-,
et de .se, 1ragtdiu au..sl. Oone. Il &lt;.lall fatal, •n qu, ·q11c. iortc, qu'il se rrouvit à la Conc.o,de. 1.1 aux Ïui1c: ...
,;,.s 1, + 1&lt;pt&lt;.mbrc 1870.• l'hi&lt;ur• ou 11 y o.v•it quelque. ,ho-.c à y voir et un roi&lt;. i. y jouu. 1.'aut,ur de
Theratid&lt;Jr, avec son optiqu• propre, • ml• "" -«ne •1
dllllçguo: comme. une d• !U plu.s vivante.s comédl&lt;.s eu
éphod• d'un&lt;. grande journec, &lt;.I et.la, nou• a valu lc.s
i.-i:s curit.u•u pag,.s qu• voici.

Je suivais le couranl qui par la. rue Ro ,aJe,
porlrut les curieux. à la Chambre dt IJépulés.
11 se bri.a contre un courant con.traire, qui,
de la place de la CoIJcorde, refluait tout li
coup sur le boulevard , propageant les nouvelles. « La Chambre n'existait plus. - La
déchéance de l'Empire était prœlam~e. - Le
général Trochu constituait un Gouyerocment
provisoire à !'Hôtel de Ville! » - Tous cc

uruils, jetu à la foule, JIC provoquaient ni lint prudemmeol ur la place. Ceux roê1Ul
joie ni colère. JI· étaient accueillls par celle qui avaient [ranchi la g1·iUc se group~renl
orlè d'béhétemenl qui, depuis 1a vciUe, élail entre le deux. trrra se , ans oser s'a,•f:lulurcr
ur tous les ri ag et sigrti6ait clairernenl ; jus11u·au bassin.
Colle timidité uLitc a,•ail a cause. Au
&lt;1 Qu'importe~ Après edan, on peut
moment même où ln grille étail forcée, un
'attendre à loul. ~
urla place de la Concorde, peu de monde, détachement de la Garde impériale se ma sait
1~ gros des curi '!IX ~•étant écoulé vers l'Hôtol devant la grande porte du pdlais, puis, immoJe Ville, par les 11uais et la rue de Rivoli. Le bile, attendait Jà, solldcmenl, l'arme au pied.
Gouzien me Jit à l'oreille, en me scrraut
groupe le plus inquiétant làlionnait devant
la grille du pont Tournant, qu'il 'efforçait le bras:
&lt;! Que ~a-L-il se passer '1 Il
d'ou\·rir, toutes les sentinelle ayant di paru,
&lt;1 Bou, lni dis-je. C'est fatal!
a coup
- Je ,,is là .Armand Gouzieo, fo ne.: en l'air,
cur1Lemplant 1111 indiviJu qui, perdié sur l' uu de fou éclatera quelque part. La Gard~ rides pilastre , frappait a grands Cùups de po t~ra et couchera sur le sol deux ou trois
maillet l'aigle doré du couroonemenl. L'aigle morls que l'on promènera par le rues. Le
il ~orliroot de Lous côté . On assiégl'ra
lomba, uli:ssant au froot l'un &lt;les curieux
4.ui applaudi saient à a chult!, Au mème los Tuileries. La Garde se îera Luer jusqu'au
inslant, la grille étant forcée, Lrois cents per- dernier homme; mais le palais sera pris,
sonnes au plu·, dont nous étions, GmIZien. et Jêvasté, brùlé. J'ai vu le ac des Tuileries
moi, pénfüèrlln L dans le jardin. Le reste se en 48. - Un. .bea.Ü_ pectacle~,et qui faitllon-

ru

...,. 110 -

l

neur au peuple français!... 'il tant revoir
de telle chosr ! » - « El notei, me dit
Gonzien, que le drapeau flotte lo11jours làhaut, el que rJmpératrice esl encore aux Tuileries. »
Cependant l'agitation autour de nous ·accenLnait Je plu en plu . Revenu de leur
premier effroi. les envahi seurs semblaient
•'exciter à l'attaque, et leur nombre gro·sissait lt me d'œil.
« Cela ·e gàte, murmura Gouzien. eL
commence à entir la poudre. 11 - &lt;c Vonlezvou~. lui dis-je, &lt;1ue uou· tàcbiuns Je nui·er
les Tuileries à no11s deux? &gt;&gt; - &lt;l Certe !
Mais comment'? o - u Allon trouver celui
qu.i le commande. 011'il fa ·e rentrer la
Garde et la remplace par de gardes nationaux ou de mobiles. Jamais la foule ne
tirera ur eu ; el c'est Iait. » - « Vous avez
robon; mais il faut que ces gen -là nous
lai sent le temp d'agir. » - « Parlez-leur
en conséquenct&gt;. » - &lt;C Pourquoi pa vou même? - « • on! Vou.-: plutôt! Vou. ête
grand. de belle mine; vous leur impo erez
plu que moi. liai ne manquez pas de le
appeler : a Ci Loyens ! o
Gouzien, s'adressant à la roule, Ûl appel
au~ plw belles note lie sa voix, el lança un :
« Citoyen !.. . » qui tourna toute. les têtes
de notre coté.
" Cito}ens, repl'it-il, vous ête justement surpri. 41te le jardin ne soit pas libre,
el que la force armée nous eo interdise l'entrée. - {3lurmure d"assentimenl.) - La
Hévolation c L faite, el. par conséquent le
peuple a le d roil d'entrer dans les Tuilerie·,
puisq_ue les Tuileri1: sont à lui. - (Vive
approbation.) - La Garde impériale n'a plus
de raison d'être, car il n'y a plus d•Empire.
- (Bra,10! bra\'o!)- 8n con é(Jucnce, nous
mu proposon., le citoyen ardou et moi,
d'aller réclamer la retraite de ce soldols. (l!:fîeL prodigieux.) - 'culemenl, il faul que
vous nous prom.ellicz de ne pa faire un pa
avant noLre retour. Pen ez qu'un .eul coup
Je feu, parLi au hasard, peul entrainer de
désastres. 1 e donnez le prételtle à aucun
malentendu; el alleodez-nou ici lranquillernent. J)
La propo ilion e l acclamée. - , Oui, oui,
altczl :1lle1! - 'ons vous a11endroos! &gt;&gt; li Allons ,&gt;, di -je à Gouzien !
El, sui,•i par les regards curie11x de tout
ce monde, nou~ entrons dans la grande
avenue, nous dirigeant vers le ralai .
La chose est si noU1'ellc et i imprévue,
que nous faisons le , premiers pas en silence,
toul à l'émoLion de l'anmture. - La grand
allée s'ouvre devant nuus, déserte, eu plein
soleil. Et le soldat c1ui, de loin, dans ce
large espace vide et nu, voieot ce deu
pauvres petile ombre, marcher sur lt: palais,
comme deux fourmi à l'assaut d'une borne,
se demandent as urémenl quelle farce nou
jouons là. - La peu ée qu'ils potlrraient
bien prendrn la cho e de LravPrs nous frappe
lou. deux au même in laul. ln. ensibkmcnt
nous avons déserté le milieu dé l'allée, inclinant ver la droite, cl tout prèl à nous réfu-

CoMJHJ;NT ]'.Jl1 'P~rs LES Tr.rnE'R.1ES _ _ ,

icr derrière un lronc d'arhre, au pn,mier
symptôme inquiétant. Un mouvement très
marqué, qui se produit sur le [ronl de
bataille, 11011. décide /1 éclairer ln garni-on
ur uo intention paciflqucs. ir Peut-èlre, dit
GouziPn, . rirait-il hon de leur faire entendre
que non· sommes ici ru parle.mrntajres ! u
- « .l'y pen.ai , » lui dis-je.
Et llranl mon mouchoir, jïmprovise ayec
ma canne un pt'tit drapeau. Gouzien fait de
même et, un peu ra~suré·, nou rt&gt;g11rr11oru; le
milieu de l'aYenue.
C'i•st alors que n,,n,. orume rejoints par
un lieutcuaut de la garde mobile, 1pu,
ju que-là, DOll' a ;;uins prndemment à r~bri
de arhrP!"I, et qni ,•ienl, dit-il, 'a o('ier à
notre géuéreu ·c mi ion. li 1· L asSPt. mal
rt&gt;çu, la présence de son uniforme altérant un
peu le caracli-re &lt;le noire amba sadc.
Entin Toici l'avenue franchie, puis les parterre ; - cl nou tournon. le ba,sin qui
précède le jardin ni ervé. - U, je regarde
loul au loiu, \'Cr. la place de la Concorde, cl
je vois nos gems groupés autour d11 grand
bas iu. 1h ont tenu parole. - Nou- ne
sommes plus qu'11 qu •lque:; pas de la grille
réservée. Elle est fermée. - Oe,,ant nou·, la
Garde e t immobile. - Seul , le officiers
vont et ,iennent : puis den-x. hahit noir
apparai . ent ubitcment .... Un vieux gardien
à moustaches gri~es se dé.tache en avant,
suivi de deux autres plus jeune , el se lrourn
à la grille en même temps qee nous.
(! Une ,,oulez.-vou ? » dit-il bru quemenl.
L·accueil est déplaisant, el ce bra:ve homme
fait dn zèle mal à propos. Nous lui répondons
tranqoillemcnl que nou n'uvon' pas affaire à
lui, mais an commandant du palais.
&lt;(
u général )lellinel? &gt;&gt;
- &lt;t Ah! s'écrie Gouzien, e·e l le gfnçral
Me.llinet 1 Tanl mieut, je suis connu ùe lui.
Allez lui dire, je vous prie, que deux. perso11nPs ollicitenl l'honneur de lui parler :
Ml!. Victorien Sardou et Armand Gouzien;
voiui no,; cartes. »
r otre homme, à qni ces deux noms ne
~ont pas lo11t à fuit inconnus, sans qu'il
sache pr1•cisément 'il ne ont pas ceu:s; de
deux malfaiteur~. prend no c,rtes pai se
retourne:
(( Voici le g,-t néral ! 1&gt;
Enelfel, le général vient à nou, suivi d'un
officier et d'1rn personnage en redingote.
Celte redingote, je ne l'ai 11 que plus lard,
csL à M. de Less~p , que je ne conn:1is pas,
chose curieuse, cl que je \·ois là pour la première foi .
Quant au général. il semhle fort fill.lU cl eu
proie à une sourde colère.
cr Que \'oulez-vou de moi, mes ieurs?
s'éerie+il après un coup d'œiJ rapide ~ no
carte~ .... J'ai fait uu ermcnt el je le Lil'lldrai, - 1101 ! n
La colère a sa r.iison d ètrc N le MOI est
irrnifti:atif. Le brave général est ou le coup
d; celle nouvdle que le géufral Trodm,
attendu au· Tuilerie·, esL eo ce momenl à
rHôtel de \ïlle.
11 Général, lui dit Gouzicn, il n'est pa·

11

rine tion de lrabir votre crment. Loin de là.
Votre de oir e l de prot~ger le Tuileries ... 11
HOui, mon ienr et je le ferai!. .. 1&gt;
Ici , le mohile \'eut plac•nonmol l!l 'é,·rie
riue les Tuileries étant au peuple, le peuple ...
C'est la phr 1 e même de Gouzicn ; mais
honne i, une C\lrémité des Tuilerie.. elle est.
détestalile ~ l'autre. i 'on lui coupons vh'omenl la parole. Il va tout ràleret je m·écrie:
rr Que vou auriez le pnlai., général, c'est
préci émcnl nolre dé.ir. liais ~i vous le fa.iles
an mort d'homme, vou n'en erez pas
fàché, n·est-cc pa. '/ i&gt; - f&lt; Non, ccrtc . &gt;i • Eh bien, reprend Go11zir11. p rmelln-nous de
vou en inJic1uer If! mopm; mai , :1vant lout,
l'impératrice e l-ellt:! encore an château'? » n 1'oil; elle vient de partir. )&gt; - « lors,
11énéral, amen ri le drapeau. Pui remplacc.1 la Garde irnp~nale par des ~ardcs
nationaux et de, mohiles. - El sopizsùr que
le palai · ·er:t respecté. ,1
Le gémirai n%ichit. Ceu. c1tti l'entourent
emLfont approuver rio· tnn~eil·.
a Je ne voi. rien, dit-il, C[Ui s'oppose li cc
que vous dites. foi là. sous la main, des
gardes nationaux à la place Vendôme, et des
mohiles a11 Carrousel. Je prHùre le moliiles. »
- « D'àtttant, diL Gouzien. l]U'il onl plus
ra11pro ·hé el qu, le temp pre. SE'. »
Eu effet, pendant cet eulrcticn, les rho e ,
derril&gt;re non , ont déjà chan"é d'aspect.
'fa11di · que aous montion · la grande aUée,
lion nombre d'impatients nou&amp; onl suivis de
loin pa.r une marche de liane, e faufilan t ~
l'abri de grands arbre~. Arrêté à la lisière
des qu.i.oconccs ponr ) attendre l'eHel de notre
démarche, dè. qu'ils nou. ont vu conférer
avec des uniformes, il onl eompri ,1ue loul
péril de fu illade était écarté; el, se ri,;quant
en plein oleil, ils viennent it nous d'un p:is
rapide. na uré par ce mOUYcmenl, J,. ms
d s envahi seurs. resl~ au pont Tournant,
s'est mis eo mnrcbe à son tC1ur. Dnn, quelr1ue minutes, la foule non aura rejoints. Le
général a donné rapide.ment es ordre ; il
ue s'aail pl11s que de i:avoir qui sera première
à la !!l'illc : ile fa garde mobile ou de la fonle.
« Dao· re &lt;"a -~là, général, dis-je, il n'y a
qu'nne res$Ource : le discours. - llarangue2
loal C&lt;' monde-là eL am usez le tapi., pour
donn.,r aux mobiles le Lemps d'arri,·cr, »
,1
110 chaise! u crie le "énéral.
\.n "tirdien avise une chaise dans un
massif, s°(:Janœ et l'apporte. Il e, I tt•mp . Un
premier groupe d'une l'inglaioe de pcr onnes
nous coudoie. An même in tant le drapeau
e t amcnc.
« Mcss.ieurs., dit le général dl'hout ur s.1
chaisi!, le palais esl vide; L'lmpéralrice n'est
plu là. liai j'ai po11.r de,·oir ùe foire re~pecler lr-s Tuileries el je compt,e pour cela ~ur
votre ciri ·me la -age e du peuple, etc. etc., »
i?t aulres rengaines que le général débile fort
habilement, du reslt'. et auH1uelles il ne eroit
pas plus que ceux qui l'écouw11t. Pour moi,
,ie n'écoult! guère. U11e eule pen,ée me préoccupe : les mobiles lardent bien!... Déjà ]a
barangoe lire e11 longueur quand la Garde
i mpé.riale s'ébranle tout à coup et rentre dans

�.--- 111STO'J{l.ll
l · palili ·. Son départ e t salué par une immen e clameur. C'est la foule qui vient de
tonrner le has in et qui arrive an pa. de
cnurse, ~e croyant &lt;léjà maitres. c de Tuileries, Au même inslant, le u1nl,ilt•s ùlibouchenl
du V (' tibule. courant, eux aus. i, la baïonnette
en :nant et s\:cb lonnanl sur dl'tu rang ,
entre le palai~ et la grille. comme s'ils
n'avaicnl pour hot ,,ue d't:mpêcber l'em•abissernent de jardins. Le général autc ha de
,a chai ~ et ,-'éloigne avec Griuzicn. La grille

e t Ou\·erte, le Oot des Pnvaltis eur court au
palai , 1p1'00 setnble lui ouvrir. e calade le,
marches, s'élance dans le ve libule avec de
cris de
joie; ffilÎ ~ B, parlout. e prolu1J1Te
•
I"!
~ns mlcrruption la double baie de garde
mobiles, 11ui ne lai,. e de libre 11u'un lar,re
couloir entre de11 rang de fo ·il ·. Emporté ·
par leur élan cl rorcJ. d'oller droit devant
eux jusqu'à la sortie. uos braillards se
rdrouvent ~ur l'autre fore du pa 1ai ·, dans la
cour du Carrou d, Loul ·urpris de s')' voir;

·l, déçus, aLuri , compren:mL qu 'il ~011t
joué , 'en vont piteu emenl, les mains dan
leurs poche . L'affaire tU manquée.
A.lors, constatant que nous n'ayons pas
perdu notre temp • Gouzien et moi. j' aUumo
une tîgareu .. et fais voile-face pour m'en
aller par où je sui venu.
Et je me beurre à uo ignoble ,·oyou qui me
dü an,'&lt;! un ma mai regard:
« - Ah! malheur, val Vou ariez bien
ùe~oin de mu mêler de ça, 1·011,; ! »
0
\

Ne touchez pas
Celle locution, prn1ue familièr1• , el que
non ernployon i facilement avec une léère iroui ', nous "; nt loul droit d'F.~pagne,
pay~ du monde où 1'1W11nt-ll royale fut la
plu sév~rc, la plu ' éLroi1e; el ,l'une intoléra nec frisan l la cru au lti.
liais i celte éliqnelle cspa!!nole 1ltaiL pour
k rois au ·i é1t"re que r1die'tll,·, elle n'était
pa moin arbitrai re el ou\'enl poi &lt;roante
vm1r le. ou1·eraines.
l'ne loi puni ' aÎL de morl 11uiconque tou'Ùerait au pied de la reine.
li 'élaiL, on li: \·oil,. introduit d"é1ra.n"es
chan"cmenls à fa cour d'E panne depuis le règne d'lsabellt: de Castille. el le temps n'était
plu où un Gonzahe de Cordoue prenait la
reine en1re ses hra~ pour lui éviter de e
mouiller les pied .. Ce que Ferdinand d'Aragon
regarda comme une respecllH'u e galanterie
eût été, par Philippe IV et Cbadcs Il, jt1gê
de tonie autre foçon; el le grand i.:apitaine
eOt couru le ri·que de paJer de a \Ïe . on
audacieu.e urh:wilé.
Lorsque la jeunu et belle ÉLi al.,eth de
Bourbon, fille d~ Oenri lV el de Marie de
Médici. , épousa Philippe IY d'E pogne, elle
fut, dè son :rrrivée, en bulle à la maln•il lance el à la jalousie du duc d'Olivarès, fa,·ori
du roi, avec lequel Ile fut continuellement
1)0 lutte; et de · uiLe au si, elle in pira un
amour pa ' ionné au comte de Villa-Médiaoa,
sans que cel amour portât jamais aLt~iote à
. a haute répulation de ,·ertu .
Jeune, Leau, galant, le &lt;·omte de YillaMédiana parut un jour dan- un carrousel, à
MadriJ, ,êtu d"un habit tout IJrodé de pièce
d'araent neuYèS el qu l'on appelait réales.
Il portait comme de\·isc: u Mi amorr~ on
réales. u Cil qui veul dire: 11 Mes amours
sonl royales. »
Pcut...itre l'audace de ce . ujet, qui osait

1CTOR1E!li

Lor ·que la jeun prineci se qui lia, 1~ cœur
vlein de larmes cl d'an&lt;roisse, la cour de
Fr:mœ, Ver ·~ille el 'aint-Cloud, où ·'était
écoulée son enfance. où elle avait rn naitre
e~ mourir se. plu chère espérance ' el ~es
µlu IJelles ambilions, pour venir rérner sur
l'E pagne, elle y l'ut, pendant le premiers
Lemp , en bulle à de vt!ritables persécutions
de l'éliquellc; mai., lorsqu'e!Je fut enfin parvrnue à e débarras er d~ acamarera-mayor,
la duches e de Terra-No"a, el que celle-ci
eul élé remplacée par la duches e d'Albu9uerque, Marie-Louise eut q11e.lques douceur·; elle puL e coucher à dix heures, rel!'arder aux fenèlres et monter à che\'al dans
la cour du palais, ce qu'elle ne manqua pas
de faire presque chaque jour, étant très
boi:rne écuyère et aimant follement l'équital100.
(n malin, le che,·al que montait la reine,
elfrayé par au LruiL &lt;1uelconqne, parlil alor
que Marie-Loui~ avail ·eulement un pied à
l'étrier; la malheureuse souveraine, traînée
ur les dalles de la cour, a."a.it déjà perdu
connaissance sans que nul osùt lui porter
ecours; et le roi, de on balcon. pou ail des
dàmeurs douloureuses, quand enlio, bravant
les loi , deux g ntil hommes s'élancèrent,
l'un arrêtant le cheval, l'autre dégageant le
pied de la reine.
Quand, revenue à elle, Marie--Loui e de-manda à voir es ~auveur , on lui répondit
qu'il al'aienl été jeté en prison pôur avoir
o é toucher sa per-onoe a.crée. Et il fallut
qu'elle-mème suppliât le roi d'épargner la vie
de ses libérateur .
Les ans ont éclairé le rois et ]es nations ;
le temps a eu rai on dtt ce lois et de ces
préjugés barbare , qui IaisaienL, d
ouveraioe de la cathoLique E pagne, dos mart1•re
de J'étiquelle.
j.\CQU Es

,,. 112 ..

La tragédie de Ravaillac
11 (1111ife).

SARDOU.

à la Reine

ainsi proclamer alL~ yem. Je to11s ,oo amt1ur
pour la reine, n'eai.L-elle pa été oopendanl
rem:m1uée par le roi, .ile duc d'Olivarè' n•~
cùt appelé l'allt'ution de l1hilippc IV, qni en
con\'u t un 1folenl dépit.
llue antre circonstance acl:te1•a de perdre le
comte Jan · l'e prit dn monarque ; ce fol
lor,qu'il composa a.ne pièt·e de com~die c1ue
la reine admira si fort, qu • ,]le y voulut apprendrt&gt; un rolo et le jo11er le jour de la noi sanoo du roi.
La repré:.ent..1Lion eut lieu chez le comte
de Vi ll.a-~tédiaaa, qui fit lllonler la piè,·e :l\'t'C
la vlu grande magnificence; pour les machine et 1~ L'O turnes il dépensa plus de
30000 écn .
Dan&lt; l'une des scènes, on ,·oyait une nué.!
cni·eloppanl la rl'ine c:,cbée dans une machine: le jour Je la rcpr~-ent;ilioo, le comte,
qui c Lenait aupr ·, 6t mellr le feu à la
toile de la nuée par un homme à . es gage ;
le Lhéâtre enlier s'eotlamma. et le palais,
dont la valt:ur élail considéralile, fut entièrement brûlé; mais le comte de \'illa-llédiana,
emportant la reine dan c· hra pour la
auver, pul de la sorte lui avouer ~a pas.ion.
li fut trahi par un de es paae , qui raconta toutes les circon tance, de la cala tropbe au duc d' livarè ; œlni-d en profita
pour exciter el mon1er de plus en plus l't:sprit du roi, qui oalurelleru.enl était doux et
bon ; mai dévoré de jalou ic, il résolul la
perle du comle, pow- arnir osè porter la
main sur la personne de la rein . 1'e poU1·anL
faire in truire ·on prOCè ' , il le fil làrhcruent
a $3 siuer, un soir qu'il descendait de carro e avec son ami, don Lui de Haro.
Ceue d ;ft'n.e : Ne louchez pas à Ja Reine,
faillit coûter la vie à la pins aimable et séduisante de toutes, à Marie-Louise d'Orléans,
femme de Charles IL

THARAUD

n'ARCY,

~JonsiPnr de Pl'u lin re,int au Loune sa11s
ram~n;r le. fugitifs. Le roi en l'ut au dé~e. poir.
Cu v1e1I homme, cc cœur l.1r1'1lant, cc \'Ïl'ux
muguet amoureux lomLaiL dan ln me1ancolie. Le ~·cnt de l'adver ité a,·ail pu Llancbir
ses cbereux el le riC'illir avant le Lemps, il
n'a,•a.it pas retroidi a pa. ·sion pour la l'Olopté
el, comme il arrive ù. l'orJina.irc, tout on
c. prit ne lui ,crvail de rien pour lui foire voir
le rid:cule qu'il y .:ivai1 d'aimer à on à&gt;Te une
&lt;'nfanl de seize ans à peine.
"
Annil,al d'Estrées, marquis de CœU1res 1le
frhe de celle Gabrielle qu'il aniit jadis tant
aimL'.'&lt;' ). ,iura (fo lui ra,·oir la prince. se. 11 .e
rendit à Ilrn\:elle5. Lorquïl entra d.m la
ville, :Monsieur le Prince ~Lait sur fbeurc d'en
.or1ir pour aller cherchPr un rrîu"e dan un
cbtHeau du lil:mai ·. Emmener sa femme :J\'ec
lui, il u'y fallait pn sou&lt;rer, car on étall au
fort de l'bi1·cr. La lai· er ·cule à Rrmelle.'
dan l'h6(el de 'as.au oùellei!laitdc cendue'
c'était .1:a li,•rür . ans défense aux cnlrepri
du roi. Tl alJa lroll\u l'lntnnle et lui
omfi, on embm,, , Elle ét&gt;il ,;.
gide et d1hote. rl obLiot d'tllle et
de son frère qu'ils donneraient
asile à .a femme, el qu'il · la
IÎcudrait•nt sous leur garde
jns!fu'à ce riu'1I \Înl la réclamer.
D~s 11ue la porle de ce
palais .i.paguol aurait
éli:l fermée sur elle, la
prince e erail prisonniffe, et, de l'nrracher
à &lt;·e ID nrailles, il ne faudrai L plus parler. Annih:il jeta le haut cris .
llrrny, l'oml,as adeur ordinaire,joignit. a. voix à la
sienne pour foire entendre
à l'archiduc que si AfaJame
la Prioces,c ne .e trourail pa
en slirelé à l'botel ùe ~as au, on
1levait la rcmellre entre se main ,
ou chez le nonce ou d:in un com·ent,
Cependant qu ' il - criaient ainsi, lu rusée
ma.darne de Ocrn1, de ronct•rl :a,·ec l'bilippot c
CL maJemoi;ella de Chàlcnun,rt, oli . ait à la
IJcllc cnnuyre I l,ilJets rnllamm :S du roi. fi
lui d1 1pl'ignnil son amour sous des couleurs
{'OCilllnlrrl!.Scs ; il faisait briller ù se ·eu~ le
f,ite:, le pfoi~irs du Louvre, èL que, si elle
plrai ·saiL à la cour, elle serait la reine de
t'ran1·e.
lin 'est pas Lien ma lai é de trouhlèr na cœur

e;

de seize ans. Oo convint avec la priocessl'
qu'elle arc.('pferoil . :in Mgoùl ridée de vivre
chez l'lnfanlc, pui:-, la nuit même du jour oi,
&lt;'lie J,_,vrait quitter son logîs, et à ln fa rcur du
dé ordre qui ne manquerruère d'accompagnC'r
un changement de ré~idcnœ. elle descendrait
Jan les jardin" de 'N:a au, la tète ou une
coiffe 11.lm:m&lt;le. Elle ,,.a,$neraiL de là Ir remparts q11i s'étendaient en bordure des jardins,
, c coulerait dan le (o sé tlar une l&gt;rècl1·1 de
la muraille, et rrjoindrait fa contresC'arpr.
Philippe Lon~eval de Manicamp l'allrndrail
à cc-L endroit :wec YÎll"l-cinq bon c:n·alicr . .
L'un d'eux la prC'ndr11it en croupe et 1'011
r.Ierait à la frontière. Toul cela par trois pied ·
de neige.
Quand le roi fonnul re dessein, il en fut
transporté d'aï ·c. li dit Il tou' le' rcho. qu'on
allail rc,·oir la prince se. Il le dit mèmc à la
reine. Celle-ci ne l)alunça point. Ellt! fit parlir
un courrier pour a vcrlir ~loosieur le Princr.
[l élail onze heures du marin qnand le

0

l' •~
I

111. -

H C&gt;TORIA, -

F asc.

h/,

tiL,hommes et des soldai. C$pagnols. Cn:U\Tes
.ippril dau le f'irnrtière, t1ù il 111lt&gt;11ddit 111.
nuuvelle. , l'édtcc p1lci1 de l'l·nln'prb&lt;'. Li·
lenrfomain, la priocrs.c cuirait :m ralai~ cle
lïnfonte.
Plus d'amis, plui de Prançais. La rive
prisonnière 'cnnulait à mourir dan cc tri IP
palais dès Flandre . On l'àvail reléguée lr1:s
haul, dans un g-renier, 'Ota. k toil~. Un
aYail éloi~né cl'l'IJe s1 dame J'alours Ch:Hcauvert el l'&lt;'ffronttie Philippole. Elle ne ,oyait
plu' qnc le .i'udi, et l'c:-pare d'un momenl,
~on a.mi • mad:io1e de Uerny, &lt;1ui continu:.ail Je
lui r:k ('t le billcl hr11la11ts du roi. Dan;,
celte fro:do! olilude elle .r pr nail (l'amour
ro111ane-c1ue ponr le ,·icillard amou r,•n'I'. &lt;1u 'rlle
ne rnyail plus maintenant qu'à lra\·crs l'ardeur
de . e · lC'llrN-. "F.lle lui r~punùaiL à on tour:
elle l'appclai.t sou cœur. son chel"nlicr, son
tou1. IWe lui raconlaÎL e · rha!!Tin .. , .. c lri ·Les-c 1fl'nfan1 pri,onnièrc. l~llernupirail opn\
le Loul'rc; elle voulait qu'on b délintit.
Ces rapports et ce mcssa es, que .'a ~fajesté rooevail ·ous le cooverl de l'aml1a . a&lt;lP,
la jetaient ùan. un tourment incroyable. a pa.sion crois ait à mr ure
que la. pru1ces e lui échappait
dH·aotagr. Il pres ail fo ronnéLable qu '11 écrivît à l 'archiùuc
afin qu'on lui rendit st
lilfo; il dépecbait ln tan le à
Bruxelles, cl déc Lo rait que,
si elle revenait :am sa
nièce, il irait la cbercber
lui-même à la Lêle de
se nrnuh:o ·.
Tout ce monde était
bien rroid au gré de ce
vif-argent. Il les IJru.~quail, il les secouait, il
les dégelah à sa llamme.
Il devenait d'accL difficile,
même pour es intimes amis.
on humeur el sa . an lé en
étaient tout altérées. « Je décboi:i fort de me mérangeoi es, :c.rivaiL le pauvre galanl, 11ue je n'ai plu . que la peau ur lrs os. Tout me déplait ;
Je fui Je, comp:i0rn:cs, et si. pour obser\'er
le droit des gen.;, je me l.ii e mener en
quelque as emblée, au lieu de me con ole:r,
elles achè\'enl de me tu r... &gt;&gt;
Il avait Jes bl.lmems noires et de sQmbres
prcs enliment~. n 1·oyail Il3rloul la morL Un
jour, il dit Il. lbs ompicrre : (1 Je ne sais ce
que c'est, mon ami, mai je ne puis me per. aader que faille bicalôL en Afümagnc. Le
c, r ur ne me dit point 11011 plu que 111 aille

•.

Î!lit~

IY:Jf,1

LASSASSIN'.AT
DE

JI ENRT

nr.

toorricr :arriva. L'cnlè,·emcot de,·ail se faire
le ~oir mêmr. "a venue conôrma le soupçon
qu'av:tit fail milr1' la prJsence dans les
auberg-e · &lt;le bruJant cavalie.rs l'ran~·ai . Toni e
la nuit llonsieur lé Prince cavalcada sou le
balcon de ..a f~mmC' a,·cc de nomùreux gcn-

�, - - 1f1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
en It.aJie. n El plusieurs fois il dit encore :
a Je crois mourir hien1ôl. »
Pourtant, à J'approche de Pàques, un peu
di! calme emLla rentrer dans son cœur. On
le vil, Ioule un" f'mainr, dP ireux de faire

qu'on allait parlir ra gue:re. Un aulrc que
l'ambas adeur du p:ipe menacait de l'excommunier s'il îai ail la guerre au , ainl-Père. A
quoi le roi avait rt:pondu que es pré.décc eur
avaient mis les pape en leur trùne cl que s'il
l'excommuniait, il l'en dépo éder:,il.
Ravaillac entendît cela. Le mol frappa sur
son âme. ll en fil éclater du feu. Dm celle
cervelle échauffée, dans cet obscur ~enier
d"idée,, 101.it était s.i Vli'ux, i pauvre! 'l'ont
flamba en un instant. Il se jura de tuer le roi,
de lui mellre le poignard au cœur. EL pour
garder un témoignage de celle résolution soprème, il griffonna ur un papier:
Ne oufTre pas •1u'on soulfrp en t.., prêsi&gt;treè
Au num tic lli\'U aucune irrévëreuce.

PLATRE PRIS SUR LE

VISAGE

DE

llt;;:;m IV.

F:1'1 1 793-

son ::aJut. li communia le jour de Pâques,
avec plu de dé\'oûon qu'il n'était accoutumé.
Une piété inhabituelle l'occupa durant qudques jours. Même il parut au père Collon si
plein de bonne ,·olonté 'lu'on put e pérer un
moment tp1'il allnil enfin ouhlier toule atrcctioo pour la princesse.

Ill
Cc même j9ur de Pâques, llav:iillac reprit
le chemin de Paris. Toul ce carême, il l'avait
pas é dans la prière et dans le jcùne, - longue
pénitence, longue slalion de piété et de misère_ U en ortait tout chancelant. Les fa.
Ligues, les austérités, la faim même, rien
n'avait de prise sur ce corps vigoureux, dur
et pui sammenl :assemLlé, mais la cer\·ellc
était moin forlc: elle pa ·ait pour loul k
reste. U éprouvait, uhissait jusqu'au délire
cc qui, dans Je cérémouies eatlrnliques, ern1tc
et anéantit à la fois; il 'élançait bor de fa
Coule ::ivec la flamme des bougies, la mu.ique,
l'odeur de l'encens i son âme se lai sait port.cr
sur tout ce qui flotte d'inquiétanL dans les
ténèbres d'une église; il s'élc\•ail dans les
profondeur du ciel, il assistait au Con cil
di\rin .... Que \oyait-il, qu'entendait-il'? Ilien
1._Jue la Lrisle se dti Dieu et es jngemenl terribles.
La ,,cille du jour de Pàques, iJ se rend.il,

après souper, chez un certain Ilèlliard, on
parent. Oe voi in causaient entre eux. Quelqu'un dit que :Sa Majestd avait oiforl a pro-tection au1 princes huguenots d'iUlemagne et

Cela se fil -ans qu'il dil rien, dans le silence
de son âme. 11ersonne n'en eut le oupçoo
dan la pelile as emblée. Les propo suivirent
leur train. Il regagna son logi .
D~ la ouil il ne put dormir. Il ne e demandait plu. 'il devait ou non tuer le roi. a
résolution était prise. Le souci qui le tourn:iit
et le relournait sur a paillasse était d'un
ord.re plus intime; il n'inlC:re sait que son
nme. Communierait-il demain, jour de Pàque.,
le jour le plus glorieux de l'année? li brûl~it
de participer aux mériles de N. S. Jé us-Christ.
li avait faim de l'ho lie. Mai pouvait-il confe scr sa volonté de tuer le roi? ·on directeur
comprendrait-il le caractère de a mis~ion?
N'y avait-il pas quelque apparence qu'il
e aieraiL de l'en détouraer? El , i le prêtre
,·iohit son secret! s'il tuait le poussin dans
l'œuf, le .fait dan 011 intention! !.'il allait
arrêter son bra· avanl qu'il eùl rien entrepris?
'il le dénonçait au supplice avant qu'il n'ait
purgé l'Egli e de !'.exécrable Holopherne'?
J.ocfüb e conua-l-elle à per-onne? Et récem ment, quand .Jean Cliàtel délibéra de tuer
l'llérodl!, il communia aussi paisili]ement
qu'il avait accoutumé de le faire .... Ah 1 'eigneur, s'écriait le malheureux dans les Léuèbrcs,
con eillez-moi ! armez moncœurde votreforce !
Permettez que je me confesse à ,·ous, seul à
seul, dans le eorel de mon cœur ! Daignez
entendre ma ,·oix., comme il vou a plu de me
faire enlendre la vôlre. Failes-moi ~avoir, par
'JUe}quc signe, si je puis, sans conîes ion,
m'approeher de voire taLle ....
CepenJanl le heure~ passaient. .Aucune
lueur dans .a nuit, aucune voix qui lui répo11d1L
d'en haut po1u apaiser on tourment. A.lor~,
·euJ, aband1mné à Jui-mème, il lui vint une
in, pi ration, où se découvre b délicalc. e de
son àme. C'c l par elle que le malbeureu ·
rrénéLique mérile de retenir un moment la
pitié or son Lri le vi age. U connut, dan rn
pauvre vie, ce qu'on ne l'Oit briller ttu'unc
fois dans la ,ie de millions d'hommes: une
minute sublime.
Quand le lll.'.lLÏD ful 1·cnu, il e rendil, en
comp:ignie de ~n. mère, dan l'égli e ainLPaul où il avait été bapti é. Il enlendiL La
messe. Pui , au moment de communier, il
accompagna la vieille femme dans la petite
proce ion qui se dirigeait vers l'au[el. Lor-l[U 'elle se fut agenouillée devant la sainte
.... 114 ...

n:ippc, il e mit debout tlcrri1•rc elle, el il
resta là, le. main jointe , lan&lt;lis qu'&lt;•llc
recevait l'ho lie, avec l'espoir qu'un peu de
celle rosée &lt;le gr:icP, c1ui alfait de cendre sur
elle, retomberait peut-êlrc ur lui.
Ensuite iJ r1uit1a la \'illc accomp:ignédu on
des cloches.
Bien de Pùques onl sonné ur ce rochc·r
d'Angoulème, et chaque année r:imène la
même féerie sur se pente . Dès rrue le printemp · a Louclié cc rocher ensoleillé, il en
fail jaillir de· lieur . li l'enrruirlande d'une
0ore sauvage; :..1 le charge à profu ion du
violet des lilas et du vif corail de arbre de
Jud~e. Cela ne dure qu'un jour. Toul e t ·vite
flétri. Mai le OU\·cnir el Je parfum en
étendent sur I.Qute l'année. naraillac fut-il
sen ible à celle poé ie '? .'e relourna-l-il vers
ces pentes cmLaumées? Yit-il seufoment qo.ïl
y avait là. des lleursL. Ou ne ait rien de son
voyage ino11 4u'il mettait à l'ordinaire deux
sc1Mines pour faire le chemin; celle fois, en
lmil jours, il fut i, Paris.
Tl e logea au faubourg aint-Jacques,
chez un nommé Darhier, à l'auberge d~
Cinq Crois$a.11t1;. Beaucoup àe o!Jat rcnaienl
y boire. Il les éconlail eau 'er. On faisait alor
de Ier~ d'hommPs 'ur Lou~ le points du
ropumc. Le but de ces apprêt· belliqueux
éLail de ~ccourir en Allemagne les allié protcstanl du roi, mais le peuple, IJUi e Lromanesque t:L ne regarde pas i avant, ne l'Oynit
dans ces préparatifs •1ue l'elîel d'uue pique
d'amour, et l'on chantait par tout Pari que
le roi a.vait ré~olu, pour ·onquérir on Hélène, d'épouser d'abord la cuiras e. Le nn
disaient que 'i le roi soutenait les Huguenot d..Allemagne, ceux qui l'as i teraient en
mourrairnt. Un sienr aint-George, déclara
que s'il fai ait la guerre au Pape, il lui
obéirait pui go 'il y tll.aiJ. tenu, mai que s'il
la faisait mal à propo , la faute en retomberait ur lui. U'autre pàrlaienl de celle
course que Sa. Majc 1~ aYait faite, dégui éc en
valet de chiens, pour surprendre sa princes e,
et racontaient qu'au bac &lt;le Saint-Leu on
l'avail pris pour un voleur. l'n prètrc, qui e
trouvait 1/i, rappela fJu'on arnit vu autrefois
de empereurs et de nos roi même e ma quer el c dégni·«Ir, mais non, comme ceux
d'au,jou-rd'ha.i, pour aller mir leurs maitresses, mais pour apprendre du petit peuple
etducommuncequ'ondî aild'eux, 'amender
et so réformer.
Ces propos, où le roi apparais ait tour à
tour comme ennemi du pape ou paillard,
en0ammaieol l'imaginalion du taciturne
voyageur. Il ne connut plus de repos. on
mi éraLle corp ~gilé ne e oulfrait nulle
part. li quille un jour les Cinq Crois~ant.s, en
quèLe d'u11c auLre MleJleri , et s'en va demander un gite dan une auberge prè des
Quinze-vingts. Lui lrou~a-l-on mauvaise mine
oul'aubergcétaît-ellc pleine? Il o'ycut pa de
place pour lui. Pourl:mt il restait là, dan la
,aile, en homme qui ne sa.i t où aller, q11and
il aperçut un couteau Lou~ grand ou1·ert ur
la table. Cel bomme, qui trois foi déjà éU!il
venu aPari. et, tout incline à le croire, ave&lt;:

LA

rn,AGÉDT'E Dë 1{ArJULLJtC - - ,

�________________________ .

111S T0-1{ l.ll
l'int ·nt ion de lucr le roi, il n'a\· il ,1r lui
nu,•une arme pour a,·romrlir ~on de. cin. Cc
courcau, sur c· Ile toLlt', dJns cetl aile 011
personne ne prèfait t.l':ittcntion à lui, n'é1:i.itce 1m la ,·olonlé céli:stc 1pù ·r. maniblaiL
clairement 1 IJica lui mèrn · 1p1i lui nrpor111i1
l'ir.-Lrumcnt t.le sa vcng&lt;':incc? li étend il la
main, le prit. El pour Lt prnnièrc foi~, il
orlit nrm&lt;l d,m · f&gt;aris.
Qnrlorgucil, 11uel nou1·eau couran-e, c1w111d
il sc11til dans sa poche ce coutrau lombé du
ciel! La lame brtln\ail dan le m:mcbe. Il lé
porta chei ,lcan fürbicr, frère tic l'bôle de
Cinq Cl'oi·~a11t.· el tourneur 311 Fauùour..,
'aint-Jacques, pour qu ïl 1erumancuJl de
ncur. Pui' il finit p:ir e log~r dans lJ rue
gai11t-llonor~, CO race l\l~)i e , niul-flo,h, à
1'111,ldlerie tic~ fr()i~ l'1g1•01,~. r1r:\ du LOUH!'.
."enlir le roi i prè · de lui, ·e fol ~an~
tlouh• in ou11,11allle. A Lrois jour Je là il
dt:lug el. 't·n retourne aux CilllJ C1·ni,;.~a,1l~.
fois à lonte le. heure du Jour, peJ1da11t ufü:
11uinz:iine r11\irou, il I i11t rùdcr autour Ju
l.ouHe, porla11t 3H'r lui on ('oule:iu Lien cmm:rnd1ti, dans sa poch,•. P;1rfoi.' il ·ortail J1•
f'aris pour tlrh:ippet :1 l'oli, , ion. l,'idt'.-e lixc
n · I,• l:îchait point. Il ramènt' t.lo Uourg-l:tTI1-inc un cor&lt;ll'lier d'Angoumui. , l'ia\·itti i1
~on hütC'llt-ril.', lïnterro 1: inlas,:il,lt-rnenl . ur
la 1111c ·lion r1ui l • banw : 'il fout ·oojt.lérr r
comme pét·hi· la ll'nlalioa de tuer le roi el ~i
l'nn t.loit 'en confe cr. Il aiguise :on couteau, rumine ron projel ~an. trèv •. EL pui
oudain, loul edAfaiL, lrJnl~ed11(:hiredansson
Ûllll'. Quelrepo ! Qoebpai ·emenl ! li rrnalt, il
.e dtki le de ~a olonlt! homicide. Il prend
1· L·'!llll &lt;ln ,oyagc, cp1ille l'auherge dl•.
Ci111f f'l'ois. 011/s, 'l! remcl ur le ch1•min
d' \ogoulème.
11,1 l:laiL aux premier jour de mai, le
lrmps ui1 la cnmpagne Vl•rdoie. fin canli1111r,
un1. tll:lion de !Tràcr. montail de . oo cœur
dJlhré. Il rt•mercfoil h· di1in ju.gc Je 1'3\'0ir
Mdiargé de :a mis ·io11 et de 't•n r!'mC'llre
. :i11~ Joule à {1ud,1uc plu, illu Ir' HTI[:.Pnr.
llJn~ rprinze jour. il a 1wrc('\Tail 1 . murailles
&lt;l'.\11"011lèrnc; il irait rhct le. cordeliers e
coufes er de on homicide par d :sir; il t·ornmunit•rait J:in · là 1·:ithéd n1le ,'ainl-Pierr ou
dan l'égli P '-,,int-.\nJrL .. ~hi ltieu orJonnait-il vr.iimcnl r1u'il rclournùt dans .Angou1.!me1 . \. fuyait-il point par timidité Je
cœurL. Tnol de médilttlion,, tant de \'Cille~.
111111 t.l'urdres ret·u d' •n h:ml, tout r&lt;·nié, tout
mé1•()11 nu, tout oul,lié rn un monu.•nt! Qu,~
n:soudr,•'! Quel rhcmin uh-re'!... RL·igneur!
.'eign •ur! en •ore nn . igne pour me rruit!L'r
da rH ces ténèhr, ....
Le t•ontt•au ,pt'il cutnil eontre ,a cui :·e
irrita il encor •on dé ·ir t.l~ retourner ,u r t'
p:i., d trouver e111i11 le roi, de lui rncllre Il!
p11igaar&lt;l :1u cœur. )1Jis il voinit l'àlfrcu.'I:
~upplic~, il ioulait con. ~rq~r la ,ie, el toutes
les forces de son ètri: ,·e rérnl l~it'lll coulre la
morl.
11 allail, 311ait loujo1m . La ll'mpète fai~ail
rag' dan sa mhéral;]u cor1dlt! 011\'t rie a•i
ve111 du d,h•, poir. 'i ~eult•mcnt il U\':lÜ pu ,c
ddaire dt! te coot,•au ! Il lu tot1rnai1, Il· rdour0

nail dan~ :a 111ain ! Oc\·a nl le j:irJin ile Cbn11tefo11 iI fil un ""l'rème rfforl. li lt• •orlÎI ,le
~11 poche; il n ébrécli:1 la pointe, dr ln longueur d'cmiron un pnucr, ur le for d'une
cb:ir_rellc. Pui,- rompu, soula né pourl:1111, il
contrnua ou chemin i1 travcr la triste
fleauce, monotone, inlerminaLI,•, :..i mal foile
po11r distrair une ;lmc qni . c noie dan· ~ .
pen. écs.
Il ' ful :;urpri · par fo soir . .Aux prcmit\rcs
m;ü ons J'Etampcs, il élail tout à fait nuit.
L , sur une pl:1,· • dé crlc, un f,'i't'I' lI01110
.olilaire_ Larra la ro1,1lc au 1opgour. Que e
pa.s -t-11 dan
on ,'ime·i Q111•1lc prit•re
adre a-L-il à c •crucilié Je pierre'! Qurl orJrc
cr11L-il en rrce,·nir? ... Il r•pril la route de
Pari~.
La hdle lranquillilé cl'hum ur 11u'on an1it
vue ·hez h, roi duranl les filles tle P,lrpw~,
n'eut 11uc '3 Jurée t1·11n mom 111. Tout on
feu . 'érnit rallumé ni, lellrc d • la jeune
c.tpli,•c. Loin d'ell1•, 11 élon lfoit dans i:011
L?u, :c; il ,w lenail p~u t·n pl,m•, il rcn~oit
n arn,r tic rl'po: 'JUI! lnrs•p1ïJ .l'rail hor~ J
J1rari .• à cl1 •101, au milieu dt•.s romps. Ponr
partir, il n 'allc•11ùait plus qu • l1• :acre de la
rl'rne.
~' . acre avait loujour· été diliéré depuis
e~~1r~n dn: ans que le roi !':\l'ail ,~pousic.
Cl'l:ut une C'royancc ·ommune 11m· la prcmit'.•rc
Itite 11uïl dounerait dP1oil lui être rune le;
au si n'avait-on jamais vu dt? gr:tnd dh·c•rti scmcnl ou. ou r~goc. Mai. la lleinc r"3iL
forl cnhitée de œ cnuronnc·ment, el comow,
au &lt;lire de Ha ompiem•, a Majesté él:tit le
meillt•ur mari t.lu monde, cil y :ivait 1•1:fin
con ·cnli.
f:1ail-cc d'arnir senti la mort rod1•r autour
dè ,on Carro ~c'! Le noi \'hait dau. l'inqnit!l11d1•, li allait pleur!'r rhez Sully, sa~ c ail
dan ln chai~e ba:.c r1ue le 111i11Î5lre av:1il
commandé• pour lui, •l rèn1nl ri liallanl ,1,•.
d1&gt;ig1. ut· l'hui de ~~~ luneltcs. if disaiL :
a lli1 ! mon ami, que co sacre rul' déplait! Je
ne . ai cc que c'est, mais le cœur me clil
&lt;jir'il ,n'arrhcra malbrnr. 11 Pui· se relevant
tour lt oup l'l frappant d , dent mains ~es
l'UÏ •• es : 11 Pardieu! jn monrrai Jan · celle
,•i lle ft n'en .orlirai jaruai ·' c~r. pour ne
nru'l rien cél~r, l'on m'a ùil que je devrais
ètre tné ii ln première grande ma"nilîc •ure
que je ferai~ . el 11ue JC mourrai, dan un carro '. Et c'c I cc qni me rend si Jlc·ureu . »
Parfoi pourL,nl il r •lromilil .:i "airlé, ~a
lirawmre gaH'.onnc. n jour quïl r '\1.'0ail Jt, ..
Tuil1•ricll, :i ppuyé _ur M. de Gui.t' et i:-ur
)1. rie füi: ,om11it•rre (il r llail toujours 111ù11
marchant il . 'appui:it p:ir alli·ction · ·ur
fJU'.•l1J1i' un). il le.i 1111•1 L:1. Jaw 1a grandi! :.:~lerrt!: « Ne ,·011 c11 :111,,t, poi11t, 1rur dit-il;
je nùn mh h:il1 r ma femme de 1.1:1L:l1t-r
afîu 11u 'elle n nou; fas c pas attendre à
dint'r. » f.l il eulrn chez la reine.
A cc moment, un mai. 11ui c dr~ ~ail au
mili •u do la cour du Lou1r , lnmha ~:in. èlr,•
a i1• du 1·rn1, du ttîl ( du flt'lil J,,gr: &lt;pri
mon le ü !J. d1amhrc du roi. M. de Il;uompirrrl' Jit alor. :
0

.., 116 ....

LA
.lprès l'oflke, Ha\'aillac rPl!:tt?l'la le, Cinq
n,i,, ·rrnt.,. li y tlèj,:nna a11.c l'Lôlt: el un
nommé. Colletet, 1nnr1·hanJ. Il• son cirlé,
aprv · ln m c. a l;tje. té remonta d1111s sou
ca rra ~e, el rcocontr:\nt en rhcmin 11\1. Je
Cuise el llassrunpierre. il lit d1• cemlre uttt•
dame t}UÎ c lrOUl"llÎl dnn I&lt;' berce:iu pour
prendre 111cc lui ,es gentil homme .
L;i con,·er· lion ~•enga ea ~11r un ujt•l
a~~l'i plaisant, pui.
011dain 1,! roi c:cprima
celle pen,ée ·inoutière :
11 \'ou, ne me connai.s ·ez pa.~ maintenaul;
rrwis je mrmrrai un de ce jour~, el rinand
rnus m';rnrt·z perdu, rnu rcconua1tr z la
dillërenrc 1p1'il l a du moi au. autre·
lwmmc:: . ~
M. de Ha:sompit'rro dil alor:.. .
11
ire, 11 cesscrl'l-\'Olls Jonc jamai de
non lroohlcr en nou· ùi:nnl 11uc \OU.
n1ourrf'J: biculot '! \ on. ,inez, 'il plait à
llicu, Lono•:; cl longue. année.. Vous n'èlr
r1u'en la lleur de ,·olrc ,lgc, eu nne parfaite
srinl.é c force de corps, plein d'honneur
plus qu'nurnn mortel, joui :mt en Loule
Lranquillité du plu~ Oori · ,rol ro.nume du
monde&gt; aimé cl adoré de vo . ujel •. Helle
r1•mm ·, bel), maitres e., beaux enfant· qui
de\'ienuent grand;., que von~ Fant-il de plu~
Cl 11u'avt•z-rnus à tlé irer damutà&lt;&gt;c'! ,,
L roisemil à oupirl'r cl répondit : implcment:
&lt;1 Mon 11111i, il fout 11uillcr tout cel•.... 1)
Il'•· qu'il fut Ji.; retour au I.ou\t,', il dt'pèd1a La \'ar 'Oncà l' \r~enal. pour Blkr cutirt:bcr
ull). La Yarcone rn1-int lui tliro que le
mi111slrc était au bain. a fojei: l; en fut
in&lt;priète. ' n L3in. c'11tail pi· l(U'unc purge.
li fallait rrardcr la chambre. Le roi r1111voya
La Yareune pour ,11:fcndrc au mini lrc de
~ortir el le prier Je l'allemlre demain, avcc
·a robe d nuit, on bonnet et ses pnn1oulle·,
Jlsant 'lu'il ~e (àcLerait 'il le tramail lwhillé.
En.uite il c rad~:.i, et décida de J'allrr
\oir le oir mèm&lt;'.
,\pd~ quïl cul déj •untl, il entra J.111- son
r.ahinel arn,· M. ùc la Force. li lui ,licta une
l ·ttr~~. et portant lri main à on rrout : n Mon
!lieu, fit-il, j':ii quelque cho_·e là-dcdan: l(Ui
me lroulifo fort. o Puis il nlla cLcz 1a ficine
el dit : 1( Je ne ~ai· ce que f ai,ma mie, mai,jc ne puis orlir d'ici. u Elle voulut le rel •uir.
Il .e laim1 pn:.quc comainae, et par lroi~
foi:. rtlp~ta : « ~la mie. ma mie, irai-je eneore'! 1&gt; Enfin, sur IC"s lroi heure. cl Jcmic
il monta dan son tarro~ r., qu'il arail fait
d~ronuir, parcL~ riue le lt'lllfl était 111:au el
qu'il \'Oulait regarder •o passant la décoration

~ \'oilà un lrè· mnu,,li. pr 1.age. Je 1·011-

f

dr:11s 111i'il m't.·tll ·otllli qucllJue cho. e dt!
Lon el 'JUC Ci'l I ne rùt point arri\'é. Di,~u
,. uille garder le roi qui I le mai du Lon Hl'. 11
~ur quoi 1. de GuLe reprit :
« Que rnu êlc fou de songer ~ loul cela.
- Mon :imi. lui répliqua Oa ·sompierre,
on ferait, cn Italie el n Jllrma;:ne, ùien
rlu: de cas d'un lei pré.a e q11t&gt; 11011s i;n foi.
sons ici . 1&gt;
Le roi, l(UÏ n'n,·ait foit qu'entrer cl sorlir
du cnLmet, était mou lonl doucement frmllr.r
es • ntilsbomme , imagin:mt qu'il · c·nusaicnl tic quelil'1c hi loire de femrne. Il urrrit le propu~ de lia ompierrr., el cha .anl
unr perufo qui pourtant .cml,1:tiL l'ob~,:Jcr :
11 \'ou· êtes des foU!l, Jrur dit-il, t.le mus
amu · r à Ions ce~ pronu tics. li I a lrl'nlc
iln' 11ue Lou· le- n lr logu , Ill charlalan . .
&lt;Jui feignent de l'èll'I!, me prédi~e,11, diaque année, 11ue je rours forhmt' de ruouri,·. Et c11 l'année où je mourrai, nn r m:irquera lou les prt!~ages qui m'ont a1'erli
en icelle, cl on ne parlt'ra plu· dt• cNI'&lt; 'llli
nnl ndvrnu~ k :innée: précéJl'nltl.. 11
Cl' n'élaicnt 1~ que &lt;l,•~ l'dair,. L'i11cp11,:Ludè le reprr.11:iil ~iln. Il rrd Vf'lt:tit tacituru,i,
et il •'aLandunnait nux lourm,•nl. de $a m1~lancolie amourcrr-,e.

0

On_ ne mp.il dans toute le~ rue qu':ire~
lnomphe, rucher· rlifi ·iel., portnnt de
lhê;itrc, de, i es el in c:ripLion d'honneur
tir,:,, de la llibl ou tl fable , qui célt'•hraicnt à l'l'mi les méri le de la reine. C'c. t
dan ce décor di.: fJ!e que, pendant pr,'• d'uniJ
emn_ine, quand il fol rl?''C'nu d'Étampes,
R:mull.,c promena sa rrén,; ie.
Le ru ·rcrl!d1, doutième de mai. il put voir
pa. ·cr la rdne •111i s'en allait 11 SainL-lleni.·,
nccompag-néc dn dtmphin el de pin. ieur~
priur · cl dnme, Dn1t lwur • plus tard, il
vil le roi qui ~·y Mltlail ù rnn lr111r, m:1i · 11
rc~la paisililmuent dan, la rllule des ruricux,
el n' Lira poinl son coull'au. ri1i,. . ouù:iine.
peur ou r~mortls '/ lt mu lait. n,·anl de rrappcr,
11uc la reine ftH couronn~e. cslimn11t 11u'il y
:nirtiit ain i moin, de co11ru.fo11 dans lt!
no\aume.
Le .t1cr1' PUL li,•u, hi lcntlemoin, ùnns la
!Jasiliquc c.lr• ~;1int-lleni. ::nec fo plus grautlt!
p_mnpe. Le roi . ·} montra très &lt;&gt;ai, cl il p~rul
. amu. er fort, an•c 11uclr111es sek11eurs de
se arnis, à jeter par une fenillrc Ju l'eau ur
1 reine cl ur
dame et , !t•~ ..,..,rirJer
'enfuir .... Lti soir, l&lt;ml re\inL à Pari ..
Ci-la :c pn ait un jl'uJi •t I, roi tle\'ait
partir le luudi arC'c l'ariw:e.
Le 1cndl'main, wndrcdi. Ral·aiUae cl • ~
fü1jc ·lti entcnt.lircnt ton. duux la me. e, 1"1111
dan l'égli ·e :iinl-llc.noil, el l'nutrl! chez les
~'euillan~. Qud poi•t retromera les •ntiru ni l.'l l pensél', qui a :i.ill,rcnt, à celle
heure sup rême, la I iclime cl son liourre11u?
Le men~ furent hian différC'nlt· 11u'il· . ui,ircnl, cc matin-1!1. l • n,:arnai~ inl'rédulë l'l
r1h11nl de a ruaiLre se, t'l l'hurnuw du roc·brr
&lt;l',\ngonttime 11ui r'cc1·ail darH l'c.llnsP. 1(1 ·
dt•rnicr~ orJrès Je Oi •11 !
ÙI!

dl'/\

l.1 l'uilc, cl le coule:iu à la ruai11. Un écu11•r
le dé m.n1; un aulr• a,ail dtljà Liré l'épPc
pour le luer, lorsqu I duc d'Epernon cri.i
qu'il r allait de a vie s'il louchait à cc mi~érahl ,. En mèmc l1&gt;rup: on dL~:iil au peuple
que le roi n'était que hl' , l: et qu'on apporliil du vin. Puis, lnndi que lout le monde
'1·mprcs.ail d'aller l'll c·hcrch r, 011 lmi~ a I •
mantelet du carros ·e. ou fou!!lla le ch •vaux,
l'l la ,·oiture partil grand train t•ntpurt,ull le
roi au Lomrc.
m. ÙI' Guise d &lt;l'Ept•fllOII monlt'~rcut au.;ÏlÙl à cheval pour rrpandre parlonl le IJruil
cpl«' ln Llr. . ure n \:tait de ri1 n. li· pcn~ai~•nl
apai:,er aiu ·i toute émotion populairn; mais
la légcnd courait déjit 1p1 '1:u -m~mt•:; ·t
lrurs amis hl. jé uilc~ pr ;pnraicnl un Saintli 1rtlirlem} Ill IJUC I,• roi lita il leur prrmirrc
11elime. li!- a,·aif'nt l,cau h.1tt-r ll'II rs hèb• ·, le
liruit all11it pins vite qu'cu , w•nail J,,s
tJuartier comme ltnc llammc. li arrêta Sul!~
en chemin.
üilui-ci .-~lait 1J1i · •n roule a,·c · cin1pianle
ou cent cbe1·:nu:, dès 1yu'il niait !iU la nouvt'llc. llu • de la Pourpoinlcrir, un carnlier
inconou jeta Jans ~a petite lroup • un billet
avec cc$ mol:. : • li1 allez-rnus, mon icur 7
C'en e t fail. Si rou · cn lrei tlnns le L11UHl',
rou n',•n réchapp •rC!t pa..s. ,i ; la fontaine
de lnnocenls, p11i ;, la croix du îrahoir, on
jC!ta Je l,illct pnrcils. .Au uarrcîour de
Quatre-CoiJlS, .1. de \Ïlry 1i11L lui dire: O c·c l
fait de la Franct•, il faut mourir! )liiÎ où
allez-von, ;:i1· •c ce monde? 011 ne ,·ous lni rra
enlr •r au Lourre qu ·a,·e · dt•u ou lrois de
rns gen., cl je ne 1ou le con cille poinr. »
1

ru1J~.

Le doc Je lontl,uon 11• mnribal de I.a1ar&lt;l.in, Mll. l\0i1uclrrnr ', La force t t ilirahl.'au l prircnl place, cl a1cc eux ce famcu
dï~pm1011, qui :1,niL rail jaJi · lu mallll'ur de
lla,aillar. I.e roi donna rordre it \ ilr}. qui
J'escortail i1 l'ordinaire, dll · rendre au Parlement afin d'y porter un me ·sage, cl tj l
re ter ~a gartlc au LouH •, en .orle qu'il n'
fut sui1i que de quchp1e · écuyer_,
Ba,,aillnc le vit ortir. Il courut nprès la
,·oitnrc, Jan~ b rue ,aint-llonoré, cl s'trnga-

.

gca derrièrH die rrH! de la Ferronnerie. LI'~
hontiqnc · nccoléc ir la mur:1illc &lt;lu chrnricr
Soiol-lnnocenl rendaient cdlc rue forL
éh'oile. Quelque cim1uanle ans pins l1il, le
feu roi Cbarle~ l'\ :n·:iil fait parait r un édit
pour c1u'on aliall1t ces é ·hoppr . L'éJit était
t·csLt1 lettre morte. line charrellc chargél! de
foin cl le harpwl d'u11 porteur &lt;le l'Ïn 'élaol
accroché c.n ·emlilc, •ml,arras.. aîcnt encore le
pa~saae. Le carro "C Jut s'arrèl •d la lL'lulèur
d'nnc bou1i1p1e, la1p1ellc portait pour ensei;;n,• : .\.11 cœur C'ouronn: perré J'unc fü:chc.
C' oLaiL à pt'II prh le lieu OLI lla1,üllac, /1 fa
Noël, :11ail &lt;lJjà rcnrnnt1·é lu roi.
Le ,alcl~ .-aul~ri•nt à b:1. rlu carrossr; ils
lrawr~èrl'nt le ·hnrnÎl!r pour rallrnpn au
l)out dt• l.1 rue 1'1:'luipngc, et des d!'u la1111:iî,-, «tni ~culs étaient dcmc•urés prc · du
roi. l'un . ·11,ança pour 1!é•1 agcr J, charr lie. ,
I' nu lre se 11:iis~J pour rauachcr . a jarr •fü•re.
:a füjesté, pcncbfr sur M. d'Epernon, lui
li!iiiil un Lill ·l qn 'elle al'ail à la main droite,
et pour lire plu· commod :ment elle lcnail
son hra lev·,
l\al'aillar fui prompt. Un pied ur la roue
du carro.~'. l'aulr- .ur un borne qui 1•r,·ait de montoir aux c.ivaliers du Cœnr courrnmé, il rrappa le roi de ·on couteau . un
peu au-clc~. u du cœur. Le roi crio : ft Je
. ui 1,lcs~c. » Au~~ilôl un second coup lui
perçait la winc aorlt•ct trancbaiL la ,eine ca,e.
Le Hoi dit alor : ,, Cc u·e~I rien. " ln not
de an,. sorlit de a !,ouche. , ,\b ! ~ ire, fit
l. de La Force tn lui porlnnL a médaille
.iux lèm• , :..;omene:t-\'Ous &lt;le Dieu! Mai- il
éLaiL déjà mort.

TJ(AGÉDlE Dt; J{AYA1UJIC - - ~

Yi:E. u'U,' it: PARTlE. Oll LOUVRE, A!; 80(10 DE W St1:;E, DANS LE• PREl1U:llES A:oi:;!:ES DIJ .YYU" s1b;u;.

Toul cela fut ,i rapiùe el ui\i d'uue lellc
conf1t ion, que pcr onnc n'cùL r.econnu lu
meurtrier s'il a rait pu !.\cher prise. lai~ il
rt.l Lait là, immoLile, ans son«er à prendre
.... 117 ....

Lii-de · 11 le mini tre tourna ltride, cl après
a\'oir rJllu tout le pain qu'il pul trouver aux
h:iUc eL chez I • boulanger , il alla s'enfermer à la Uas Lille.

�LA ~AaiDre

111S TO'RJ.Jl
Pt'ndnnt cc Lttmp , le chancelier illcry se
rendait auprès de la reine, qu'il trouva ur
un liL dëté, dans son pclil cahineL, en toilell.c
de rrpo . «Jlélas ! dil-elle 1 le roi e-1 mort l ~
Et elle e mi L à faire des cri . Mais lui, haLiLué par métier à ne point perdre l' prit
dan le. circon lances où il en faul, lui repartit tout d'un trait :
,, Yulrc ,Jaj lé m' •xcuscra. L~ rois ne
meurmL poinl en France. u
Puis écartaul son manteau r1ui tenait
cachJ le Dauphin :
« Voici le roi vinmt, madame. u
On a~ail conduit llavaillac à l'hdt I d •
prodrn da lieu où il avoit t'rr1ppé le
roi. On le fouilla. Ou trouw.1 ·ur lui son ch:tp,·lel, le p~11icr llu'il 3\ ail griffonné chei
fü·llîard, les stances à dire par un criminel
que l'on mènll à la mort et le cœur de Cotton
qui lui avait été donné, quelque dir ans auparavML, par le chanoineGuillebaud. Humbles
oujets ! Pau,·re lrtisor ! Avoir mystique CL Laroque, muet" témoins de se médilalion
solitaires! ... M. le président ,Jeannin et )I. de
BuUion, délégués pour l'interroger, le quesLionn:-.r,:nl ur ce reliques. Il dit en toute
,•i\rité ce qu'elle étaient, d'où elles ,enaieul.
C'était livrer tout on ccrel. a vie, Loule
son âme élaient là. fai · c'était i peu de
chose, et surtout pom des robins 1... ils
coururent e plaindre au Louvre qu'on n'en
pou,·aÎL rien tirer.
M. de La Force leur dit : u C'e t cpre vou
ne s:l\·ez pa , mc.!stcur , comment il faut
lrailcr ce grn.-là. Allons c11semLle ! El je
aur,1i bien le faire parler. 11
li rcvinr •nl à l'hôtel de Relz. L11 Force
pril deux c11rabines. Il 011 enleva li! silex,
inlroùui il à leur place le pouce du meurLrir.r, pui il serra les écrou , Toul cc qu'il
ohlinl, cc rut des cri .
_\. cc moment ·c pr&amp;;entèrcnt les archc\·èque: d'Aix cl d'Embrun pour confe er le
régicide el lui foire a\·ouer ~· complices. li
ne 'intimida point. IJue lui îai 'ai nl ces
arcbcvèques, à lui 11ni avait eu audience
dc,·anl le lril,unal de üicu ! Il e conlcnla de
leur dire que ni loi, ni le siens u·avaient
jamais reçu aucun oulra«e de a MajestJ,
qu'il o'avait été induit par pcr onne à eotrcpr\!ndre ccl allenlal, mai que ce de ~ein élnit
da11s son pril comme uoe tentation diljt1
an ·icnne, à bqucllc lanlôt il adhérait, lantùl
non.
L'hôtel était si mal rrardé que tout Paris
courait
voir. Le jésuites l' Yenaicnl en
nomùrc, pou és par le désir de connaitre si,
dans le discours d!! col homme, ils ne décou\'riraient rien qui inquidI.U leur comp:1crnic. A le - rnir aussi empressés, il sourit,
eut une malice qui perça.il leur pensée ecrètr
~ ionoœnle raillerie qui dénote _on courage,
i l'on ongc combien il ouffrail des meurtris ·ures de c pouce : &lt;c Vou
riez Lien
étonn 1s, dit-il, si je outenais que ce fût vous
qui m'avez conduil ici. »
Toul alarmé de cc propo , le père Cotton
acrourut. Lui au si il étail jésuite, el de plus

n tz,

r}

préteudue relique '{UÏl port:uL à son cou ....
li r~pondit à ces iujures avec on bon en
ordinaire que si le cœur était ,ide, il ne fallait pas s'en prendre à lui, mai à ceut qui lo
lui avaient donné.
Dan. la liance 11ui suh·it comparut le père
d' ubigny. L pêre oulint qu'il ne l'avait
jamais vu. A ce coup, c'en était trop. I\availlnc
fut indigné : « Aux enseignes, s'écria-1-il,
que ,·ou me donmHos un sou, que Yous aYez
emprunté à un père qui était là! » Mai
l'autre ~e dJilla dextremenl : • Cela est raux.
répoudit-il, comment un jé uite pourrait-il
donner de l'argent puisqu'il n'en porte jamais1 1) R:ivaillac ne ut rien répondre. li
leva les yeui au ciel.
Lo roi ,.i~ail sur l'm lit, la face décou\·erle,
Vainement on le lonrment:i pour lui faire
,·êtu d'un pourpoint de satin blanc, avec ua arnu11r ses complice . Plu il di. ait la ,·érilé,
bonnet de velours rouge chamarré de pa ~- plu on refu ail de le croire. la fin le prémcnl d'or. On lui fit son autop~ie, el les ~idcnl 'avisa de lui annoncer qu ·on avait
mr.d cins reconnurent quïl était d'unCl étoffe dépêché un e. près à Angoulême, pour rameà durer longtemps encort'. on cœur îul mis ner on pùre, a mère el es autre parent:,,
dan - un pot eu allenJanl que les j6suiles, 1l et que, 'il rdusaîl de dire autre cbo ·e que
qui a Maj ·té l'avait promi , l'emportassent ce qu'il avait déjà dit, la cour était ré:oluc à
à leur maison de La lèche où il Le avait les faire périr cruellement, ainsi que l'y autoiu ·t.allés. Le coll1'thn le bai ·aient il l'em·i; ri ·aient les loi · divines cl profan · en un
el u tél, nou rapporte L'Estoile, qui en avait crime i énorme el d'au ~i grande con équence
les moustaches sai!!Ilcu es e l'e Limait b que le ien.
« Le loi· dirinc~ ni h,-:,, humaine n'auto!!l'aode Joire. »
risent une cruauté si grande, i&gt; répliqua le
Pourtant le roi n'éLail pas mort. Dans l
cérémonial de France, un roi ne mcurL que malheureux.
lni le prJsidenL allégua le lexle de quelquarante jour~ aprè .n morl vériL1ble. Durant
ces quarante jours, l'image eu cire de a. que c:oncil ·. Alor il bais a la tète. On ,,il
Maje lé e dressa Jan le fauleujl ou lêquel des larmes dans ,e eux.
oo avait couché .a Lièrc. Pr\ de lui es offiQuand le moment rut arrivé de le mettre à
cier:. 'emprcssaienL en mantc:iux de gala, le la que ·lion, le Parlement délibéra ·'ü ne
chaperon sur l'épaule el le honnet en tèle, convenait pas d'employer de.a procJdés extrne.:rncts li. remplir leur office comme ~•jJ cùt été ord inaires et mème de recourir à ceux des
virnnt. Toul s'agita il dans le palai autour de pa s voi in·, et par exemple à la baralle, fort
celle majc té immobile. On a~si·tait à on en u·age à Genèl'e. On 'accorda pour reconle\'er, à son coucher; on lui pré entait la naître que la bm•atle 'lil'rait de grands aYanchemi e. "a table étaiL ervie et desservie tage. , mais ulle était d'invenliou buguenotl',
tour à tour. Les mcls int.ncl allaient aux et pour ccln ful ~cnrtéc. Bref, on comint
qu'on s'en tiendrait aux moyen accoutumés
pau\•res.
L petit dauphin, mourant de peur à la san · mendier à l"étranger cc dont, gràce à
peo·ée d'èLre tué comme on père, uppliait Dieu, nous élion, sums.~mmenL pourvw.
On le üvra au bourreau. Il l uî erra le.
qu'on ne le fit poinl roi eL qn'on ne le laissât
pas coucher cul. La reine jetait de rands brodequins. A.u premier coin, le m3lheureux
~·écria : « Que Dieu ail pitié de mon ùme,
cris pour qu'on crût mieux à sa douleur.
Pendant cc temps 011 e1pédi11il le procès du lui fos e pardon de ma faute Ill non pa. d'avoir
criminel. 'fout de suite le malhcnrcux reçut recélé per onne! » On glb~ Je deuxième
dans l'àmc un coup terrible. Le pré idenl luj coin. Il pouss de grandes plainte , au milieu
remontra qu'il ail1chaiL la religion pour faire desquelles il di tût ; « Je sui. pécheur et ue
ai- autre cbo. e. » On enfonça le coin davancroire à quelque mi sion divine, et là-dessu ,
on ouvrit, de\·anl lui le polit cœur &lt;l Collon tage. 11 Mon Dieu! se prit-il à gémir, acceptez
11uc le chuuoinc Guillebaod lui a,·ail donné celle pénitence pour le grande fanles que
autrefois el qui devail contenir un morcea11 j'ai la.iles eo ce monde; recevez celte peine
de la \Taie croix. Le cœur ouvert se Lroova pour la salisfaction de mes péché$. Par la foi
vide. ~ou l'émotion il chancela. Cc cœur qu je doi à Il ien, je ne ais autre cho·e . e
qu'il "portail depui dix an , Cr0)'anl porter me faites pa dé: e pt&gt;rer de moo jme. ,1 Au
troisième coin il demeura comme pùmé, on
aYCC lui un débris inestimable, ce n'était
qu'un morceau de cire! .A quoi se ûer désor- lui porta du vin à fa bouche ; es dents élaienl
mais'? Toul, dan sa ,ie, n'étaiL-il pas illu- si serrées qu'il ne pùt le recevoir. On relâcha
ion, duperie, mensonge, un rêve creux le brodequins; on jeta sur lui de reau; on
lui tlL prendre du 1·in; on l'é(endlt ur un
comme ce cœur?
Les rohins 'acharnaient ur lui et son matela , où il dümeura ju qu'à midi.
Quand la îorco l'eut un peu repris, l'c1écumi 'éraùlc cœur de cire. Cc zèle pour la religion, dont il faisait tant d'élal el dont il cou- teu.r le condui it à la ainle-Chape11c. Il y fol
vrait son forfait, élajL au 'i fallacieux que la lié à un pilier, pui on lui porta son diner, el

confüs i;ur du roi. Il pensa confondre on
homme en le trailant de huguenot, et, oubliant son Jean Cbùtcl, il lui dit qn'un Lon
catholique n'eût jrunai perpétré no i méchant
crime qull le sien. Mai l'autre se moqua de
lui, ans lui répéter Loute!oi la plai ante.rie
qu'il avait faite au:-.: j: uite de moindre importance, car on l'eùl prise à bon escient.
ne paisible assurance, une orle dehonhomie, l'orrucil de la l,csogne faite, vc,,il/1 ce
qu'il montra tout lu jour. Pui , quand la nuit
fut -venue el qu'il fut !!ul aVL'C on âme, il
n'eut pas d'autre mou\'ement que d'él1.wer
son cœur à Dieu, comme autrefois, sur sa
p:iilla~ e, dan le cachot d' ,\n&lt;1oulème.

tandis qu'il se réconfortait d'un peu de \lando
Lde pain, le greffier l'odmone. Lait encore, a~
nom de on . alut éternel, de révéler qw
l'a'lait poussê.
A cc moment les docteurs en orhonoe
commandés pour l'a i ter, ~ •: Garnache ~l
de filsac, arriv 1 rcnt. Il leur réitéra ce qu il
aYait toujours Jit, qu'il ava.it été ~eul à Faire
on de cio et à le p:i.rfaire el dem11nda que
le greHiC'r prit par écrit sa confession. _Les
docteur l' con enlirrmt. Alors celte prière
louchante sortit comme un :-onpir dt: es
lènc : 11 Je peo e a1oir fait une grande

ur les Lrois heure , on le Lira de la cbapelle pour le conduire a11 .supp~ce. A la porte
attendait le tombereau q111 devait le mener en
grère. A peine fut-il placé que la f~ule, ~ùi
e pres ail aux abord de la Concrerger1e,
voulut le prendre d'assaut. &lt;1 Paix, là! »
criaient les archers. El par Lrois fois il proclam~reot : (&lt; Or, écoutez, de par le roi! »
,e qui calma un peu l'el~ervescen~e du pop~:
lilire qui se llll pour ecouler Larrêt. Mai~
quand le greffier ,,int !i ces mol - : « ... tuo
le roi par deui coup de cou Leau ... » les
injures el les cris recommen~reul.

DE ]{.AV.,uttAC ~

1, cbeYaux pour l'écarleh:r. a llélas! dit-il.à
leur ,uc, on m'a ùien lrompé r1uan~ ou m_a
rnnlu per uadcJr que le coup que JC ferll~s
erait bien reçu du peuple, pui qu"!l ~ournll
lui-même les chcvaUJ pour m det'h1rer. _,►
PuÎ$, il se tourna \'Cr le Lourreau et lo prrn
de demander à la foule de cha?ter, le al~e
Regina. Toute la Grève r~pond1L dune \IO~
quïl était damné, comme Juda., et qo li
fallait le foire languir.
Repou sé rejeté des homme , il eut recours au co~FC! seur el demando l'ahsolulion.
Le prêtre au ~i se déroùa. M. Je Fil. ac lui

1

... 118 ...

LE SIIT'l'Ll(;E DE JUVAILI.A.C. -

faute, dont je demande pudon à Di 11, à la
reine à mon- ienr le dauplrin ;\ la cou r el à
tout ie monde qui peut en av~ir r~~ p~éjudico; mais, j'es.père que le Dieu 1m. cr~cordieu1 me fera pardon de mes fautes, etanl
plus puî sant pour di s,oudre 17péché, rnoJcnnant la cou[~ :;ioa el l absolution sacerlloLale.
que les hommes pour l'off!n.c.r. _Je p~ie la
sacrcc Vierge larie, )te sire a111t-P1~rre,
)le sir aint-Paul, )[es ire ainl-franço1s en
pleurant, ~fo ire :ùnt-Bernard et Loule la
oour céleste au Paradis d'être me nvocats el
int('rce eurs envers la acréc lajeslé afin
qu'Elie impo~e a croix enlrc .ma mort, le
jugemcnl da mor1 ùrne cl l'enfer, _e péranl,
par ain i, ilre parlidpnnt des mér1tc_s de la
passion de otre , eigneur Jésus-Ch.rist. ... »

D .Jfrt's 11n&lt;" 1!.&lt;la11,p1! dt 1010.
0

La charrellc se miL en marche au tnilil.!u
de clameur îurhmsc~. EUc pa sa devant
olr&lt;&gt;-Dame, tourna sur la place de Grève,
arriva au lieu du supplice. Uebo~l dans. lo
Lomhercan, Ravaillac adjura le roi, la reine
cl tout le monde du lui pardonner ln grande
faule qu'ü avait fa.ile el qu'on pi·iât Dieu ~our
lui. Pui il monta sur l'échafaud. li tc1mt, à
la main droite, le cout u donl il avail frappé
le r i.
A pelitfcu l'e1éculew-.lui.~r~la d'ohor?_ le
brns droit. On l'entendtl ecr1cr : . cc Jesu
Maria! Jé u [aria!. .. ~ Quand le bras fut
carbonisé, on Je tenailla au Fer rouge, el l'on
versa dan · les plaies du plomb fondu et de
l'buile houillaôte, en l'exhortant à confesser
la v~rité toute nue. Oo lit ensuite approcher

... 119""

répondit qu'il éLaiL en péché m.~rtc~ et_qu'il
ne pon.rraiL lo. lui donner que sil hnait "e
complices.
.
..
u Donnez-la-moi, au moms à cond1hon,
s'écria l'infortuné, au cas que ce t[UC je dis
soit vrai. C'e l une chose que ni oos, ni
personne de votre profession ac peul me
refuser.
- J'y con!-e0 , répondit l'aulre, mai à
celte condition qu'au cas qu'il n'en serait pa~
ain i ,·oLrc ri.me, au sortir de celle vie que
\'OU 'allez perdre, s•~o aille tout d~it en
enfer el à tous les drnbk. Ce que Je vous
dJoonce de la parl de Dieu co mme certain el
infaillible.
- Je l'accepte el la reçois, dil-il, à celle
condition. li

�~ - 111STORJJl
L · docteur· . J' lU\rÎr •nt el lui JounèIJ communion a,1 le. pri'
act utum • . 1 ui , il rnlonnèrcnt l • · lut. ~lai 1
foule 1• mil à nier 11u'il n • fait Îl p • d
prière 11our un p. r'Îl mi.érable, •1 le lloctcu l'ahandonn rl'11 l.
J. · r •ffier cnror um· fois lui dernanJa
ïl 1:tail hien Hai tJUe per onn • n' ùt pri. de
pari à .on crime. 111lc Fois t:'11corc il rrpondit : o Il n'J ;1 qu moi 11ui l'ai ÎJÎt. D
,\lors, dit le proe1\.-,ctlinl, le U/lfllico

hJ(r .. L'nu J ·· ·hc,aux :lait fourbu. un "entilliomme offrit s:i ffil)'llure. L liè:c était
VÎ" 1ltlreust!. Elle rmporla d'un coup uuc
cui ..\ la lroisièmc r •rri ·e, 11:Haill:ic l\'ndit
l'e prit.
IA" liourr •au aehc,a de le démcmlir1•r à
roup· d~ hach p ur cnjotcr le. 11u:1rlicr au
feu. \IJ1 le p •uple u rua Je ·:11 .• Il n' · cul
fil. de honne m1'.r 11ui n'en rnulùl avnir .a
pi'·, c. l.1• cufants 111-mèm . en hr ni ile
r u dll joie au coin Jl·~ ru1 ; el 1111 1{U
· mmen a.
\'ill.lac11i J'. nl .. nrour. de !',tri.·,:\ anl lrt)U\ 1
Il fut l'mldu\ ~ur un' clail' attel :l' 11u:1lt • mo)1•n d'a1oir •1ud,1u lnpio d1• .c ntrJilk.
rh ,·au1. P •nilant une demi-heure- cmiron, 1 , tra,n'•r,•nl, pour le lm11 ·r,ju~11uc dans
l'c~fruleur lit tirer I • l,êtc !,(lJ) pnrvcnir à leur, , illa e~.
di joindr ce m 1111,rc · pui ·. ;unm nt a •mLe lcndem:iin, ,a· 1·, 11ualre heur . du
rt•nl

0

0

matin, d ·arr • ,. de 1, m 1i on du roi t
une troupe d1• cav,1lier ail nJaient · la porte
de r.:.,Ji-o •. aint-Loui.- du COU\ cnl d .... jé.,uik..
0.in le no111hrc de ,·arro·.c· c trou1ait
cclui-1 m&lt;lmc ù le rui a1·ai1 été rrnpp11. l,o
p '.r .\rmand ) monta ,. ~tu du urpli cl de
r,:101 Cl 11ort:1nl, · ur uo
rrt!:l.U dt! 1·cl1111r,;
noir, 11' cc.cur royal comerl J'un cr pc. Pui ·
toul 1:c mond partit au •'rand trul, ·c diriant 1er Ltt f'lèd1c. li. de La"ard ', 1p1i leur
:1. it 111111 d :,oué, prolc:,.cail le 10 ·age de·
j,:,uit , t 1• p uple d' Pari. Ji. ait en 1
'"!ant p~ •cr :
Il Le r,•u rui 1•ur n duoné La r•T·cl1~,
pour le n:compcn.~r. ils la lui uni mi,c dan~
le cu:ur. l!
Ji'.:1 IÎII.E H Ji.:.\.'

lll ''JORI\

Tll.\R \UD.

La princesse des Ursins
1.. princes. e d , Ur,:;;u était lil11• du m:irqui, de . uirmoulicr.• «J11i lil llnl ,lïntri;:u,•
dau· les trouLlc. dt• la miuoril'- clc Lnuis \IV,
,t 11ui en lira nn lm-,·ct ù dm 1 1· ou,erne,m·nt ilt: Charle,illc l'i 1lu lonl-Oh mp1•. a
m'.r i•tait une \ulir,. d'un· fomill ril'hc de
P. rb. •1111cpou ·n r1; lti.10 ,\drit•n Blai~n d1:
1 ll, 1 ranJ. 11111 ·r- f.ii . il · pp ,J ·r le prin · • d ·
l.balai.' mai. ·, n . ran° Ili prrl ~oliun 11ur 1' llll]lll:. • 1111 foin u
Jud a,·ec un c:td l d,•
;\oirmoulit•r,. Flum:\rl'II d Je rrrre ain,1 dl'
\f. d~ lu111e.r,in contre \r· •nlicn. t~, dt:u
Ln l'rellc d h· chevalier de .'aiut-.\i •nan,
fri'-rc Ju Jm: de llèamillièr' . ohli,;ca 'b, l.ii
au.silt 1 •pri• , l't t•'(,tait 1•11 IHH:i, J • . urtir
du ru1aum,'" ·I ~ fcmm~ le uhit .. n E. Jl.1"11 • •I de lit par mer en Italit•, ui1 il mourut an caf:tnl II li•, ricr 1'70aurrt', Ùt• \\.'ni. e, en allant lrouier .-a femme. 1111i l'ail ·nJail à llome. fün, • d: !l,trc, le. cardinnux
de llouillou cl d'&amp;tr :, 11rirenl o:n d' ·Ili: .
l,'a t' l'l la ~au Lli conn•uaicnl, l'i la figur •
au· i. · ··rait un fomm • plu tut ,.rnrult.: 111111
pt:Lil •, Lrun • a1oc d1· )l'U bleu · 1111i di~, icnt
:Ill Cl' .
luu t C 11ui 1111 plai,ail, a, • UII •
taille parfaite, tut L ·Ile "Or •r, cl un vi. a"1:
qui, ,, o J,,autJ, était charmant; l'air lrèm •mimi uohlL•, 1p1d11ue cho. " de rnaj lucu
en I ut : n maiutien, 1 Je r cc ,i n. lurellr_ et i n1ntinuell 1•11 tout, ju qu • dans
1 cbo. · 1 plu. petite el 1 . plu inJilîér •nt ~. 11ue je n'ai jamai ,·u per orme en approdicr oil .Jan · le corp ·, , it dan l'cs11ril,
do11t l'ile :11 it infiniment cl de tout•. lè ·

orll',: ll;11le11 •. car•· ·:une, iujuuantc, mesur :1·, voulant J1l:1ir p ,ur plaire), et :1\ c d1•,
,barmc, dont il n'èt.1il ra po ·ihl • ù
Jéli:ndn-, 1111:iml fü, 1u11lait g:i;;orr cl '«luire;
:nec c •la 1111 air 1111i nwc de la !!l'arnl,·ur altirail au lrcu d',,IJ: rou ·ber, un• cou, •r ·atioo
délicic1i,;t•, inl, rissalil,, d d'aillcu fort lllUU•
;nntcpnr tvul c 1p1\fü• a,ail ,11 Lconnu J ·
pn cl Je p •r onnc,, un ,·oi. 1•1 un (13 rlfr
•xlrèmcmcnl :i réahlc • ,·cc 1111 air de dont ur; lie, \'JÏl au,-. i 11 aucoup lu, et •lit• •t.,il
pt:r. onn1:
Lèaucoup de rt'•Oc ion. ln "rand
·boi ile· meilleur . comp:i •ni· • un grmul
u;;;i de llls Leuir, cl m\rue lllll' co11r, une
"r:md • politt· ,c, mai. .11· une •rand1• distir1clion, et urluut une rrra111l · .tll •ution i, n
,'a\'an· ·r 11u·a,cr di!'.I1ité et di. aêtiC1n.
lf:iill •ur: la I)('r ·orlllc du lllonde b plu,
propr i, l'intri::!u • cl qui y lll"ait pM, •. a ,ic
i', llom • par on i;oM: li•, ucoup J'ambition,
m i~ d • cc· ambition· ,a l '•• forl au-d · lb
dr. ·on , e, cl dt• r.,m~it ion ordin. ir • dt•:.
homme., el un dc.l~ir rardl d' Ir . ~t d ~OU·
\'ern ·r. C'était encor • l:.i p r.i,nnc cln mondl'
11ui a,· il le plu d • fin ~c dm J'('~prir. lillns
11ue eel.i pariH janiai , l'i tle 1-oini,inahon
dan. la tète, et q11i nuit le plu. d • llllunt.
pour connaître on moud• ·t ,,n·o·r p; r 0(1 I •
prcmftc •l lt• men r.
La al nt •rie cl r nlêkm nl de a pcr. onne
fut ,n elle la faible c dominante cl urna' • ule Lont jru,1uc dans ~- dernier· 1icillc ·e; par rons 'qucnt, de. parure 11ui n • lui
allai •ni plu eL qu d'à •• n âne elle pou~.a
1

tonjour- fort :111 d •hi du ~i 11: dan· li! fonJ.
hault•, licre. :illaul à • fin~ ,in' trop ~·«•mL:irr.i. ,er de ffill)~n • 111ai. tant qu',·11 • po111nil sou· UIH' •· or, ho1111,~lc; nal11rdlcm1•111
.le , l!i: L&lt;11111 • et oLligèant • l'll gt:néral. mai.
•tui n rnulail ri1•11 d mi, et que ~t ami'
ru :rul :, die an. r 1,crw: au ,i i-lait-dlt•
ard ·ntc 1 1 c rdlculc amie, ·1 d'une amili1'•
&lt;1uc 1· IPlup, ni 1 ~ al,. nrc. n'afüibh aie,11
poinl, et con ..équemmPlll crul'llc: d impbc,1hl1• ennemie, Cl ui\·aut .,, h3inc j1ul'1', nt
cnf,•r. : rnliu, un l1111r uni'lllC dan s1 r-,11·c,
~ou artel aju,IP , el um· :1oq11 ne:,•. impie
et 11:1lur&lt;!llc en tout ce 11u' •lie Ji il. «Jui ~a:.:11 il au lieu Je r •l1111c:- par on arrang&gt;ml'III,
tcllem1.•nt 'elle di ail tout œ 11u'dl1• \'ou lait
Cl cnmmedl• lc ,uulaitdire,ctja111ai mol ni
~i,.ne 1 plus !!"cr &lt;l1• r 11u'cll ne ,onl, il
pa ; fort · •cr~te pour ell ,•t fort ,-ùrc pour
·c ami,, a,cc uoc :t"rê:il,J • gni&lt;'t1: •111i u·a,ait
rien 11ue de comcuahlt&gt;, une c· Lr1•111c d :, •nec
en tout l'e\l 1ricur, cl ju 11uc dan le inléri ur m~mc 1111i •n comportent le muin.
:wc une 1;rali1,: d'hunwur 1p1i en lonl t •mp,
t•l rn Ioule alfoir1• 1 l.iL il loujour m 1ilr ·, ·c J'1•Uc-m nw.
'fcll · était ell fcmm • 1·~1;.brt! 1111i a _i
louµtemp ·l i publi-111cm 11l goun•rné la
cour el Ioule la monarchie d· 'P.l"II , t qui
a r il tant llt: bruit ùa11 I • monde p.ir on
r gn ri par :i chute, 1111e j'ai cru m • dcrnir
ét •ndrc p ur la r. ire connaitre 'I en donner
l'idée 1111'00 •n doit ,oir pour 'en former
uo1• qui ~oil I lrital,I •.

'I''

' .\1 ' T- L\10,

MARIE

T

IL\, ' CE

RT
I::T l&gt;'E '

Ta lcau anon,mc \1u~ê · de \'ers:\ill~s)

�BATAllll DE

RAAB (q JUIN

18o\;). -

Grav1lf'e dt BRèNELLŒR.&amp;, d'apres le Jable,111 d'HtvrOLYTE

LECOM1E.

plt&lt;sea de Versailles.,

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE X V Ill (suite.)

Nous étions en ce moment uu peu en avaul
dù la tuilerie située à gauche en arrière cl'Essling; le maréchnl forL ému, voulant s'éloigner du cadami, fit une containc de pas dans
la direction de Stadt-Enzersdorf, et s'assit
toul pen,if sur le rcl'ers d'un fossé d'ot1 il
ohserrniL les troupes. Au bout d'im quarl
d'heure, quatre soldats, portant péniblement
dans un manteau un oflicier mort, dont on
n'apercevait pas la figure, s'arrètenl pour se
reposer en face du maréchal. Le manteau
s'entr'ouvrc, et Lannes reconnaît Pouzet! « Ah! s'écric-t-il, cet alîreu.x. spectacle me
poursuivra donc partout! ... » li se lève et va
s'asseoir sur le bord d'un autre fossé, la main
sur le.s l·eux, el les jambes croisées l'une sur
l'au lre. li étail là, plongé dans de sombres

réllexions, lorsqu'un petit Loulel de lrois,
lancé par le canon d' Enzersdorf, arri l'C en ricochant el ,·a frapper le maréi-hal au poinr
où ses deu\ jaJ.llbes se croisaient! ... La rotule
de l'une fut brisée, et le jarret de l'aulre Jé.cbiré 1
Je me précipite à)'instant ,•ers le maréchal,
Lfui me dit : « Je suis blessé... c'est peu de
chose ... donnCù-moi la main pour m'aider à
me relever.... » Il essaya, mais cela lui fut
impossiLle! Les régiments d'iufanlerie placés
devant nous envoyèrent promptement c1uelques bommes pour transporter Je maréchal
\'Crs une ambulance, mais nous n'avions ni
brancard, ni manteau : nous primes donc le
Llessé dans nos bras. Celle position le faisait
horriblemenl sou.ffrir. Alors, un sergent, aperce,,ant au loin fos soldats qni portaiunt le cada1TC du gitoéral Pouzet, courut lcurdemander
.,. IZI ..,.

le manteau dam le11ncl il était cn"doppé. On
allait poser le maréchal dessus, cc qui eftl
rendu sou transport moios douloureux.; mais
il reconnut le manteau et me dit : &lt;&lt; C'est
celui de mon paune a.mi; il esl couv('rl de
son sang; je ne ,·elLx pas m't'u senir, faitesmoi plutôt traîner comme vous pourrez! »
J'aperçus alors un bouquet de bois non loin
de nous; j'y emoyai M. Le Coulteux et quelques grenadiers, qui revinrent uieulM avec
un brancard couvert de branchages. Nous
transporlàmes le maréchal à la tête de ponl,
où les chirurgiens en chef procédèrent à son
pansement. Ces messieurs tinrent nu préalal1le
un conciliabule secret daus lequel ils furent
en dissidence sur ce qu'il fall.t.it faire. Le dotleur Larrey df'.mandait l'amputation de la
jambe dont la rotule était brisée; un autre,
donL j'ai oul,lié le nom, voulail qu'on les

�H1ST0~1Jf, - - - - - - - - - - - coupâl Loutes les deux; enfin, le docLeur Y\'an,
de qui je liens cc détails, 'opposail à ce qu'il
fût fait aucune amputation. Ce chirurgien,
connai ant depui longtemps le maréchal,
ns urail que la fermeté de son moral donnait
11uelques chances de guérison, tandis qu'une
oprration pratiquée par un ternp au si chaud
conduirait infailliblement le hies é dan la
tombe. Larrey était le chef du ervice de anté
des armée ; on nvi l'emporta donc : une
des jambes du maréchal ful amputée! ...
Il supporta l'opération avec un grand coura c. Elle était à peine terminée lorsque
!'Empereur ·ur,·inl. L'cnLrevue fut des plu
touchante . L'Empcreur, à genoux au pied du
brancard, pleuraiL en embra a.nt le marécl1al,
dont le ang Lcignit hienûil on gilet de caimir blanc.
Quelque per onnes malintentionnées ont
écrit que le maréchal Lannes, adrcs ant de
reproches à l'Empcrour, le conjura de ne
plu faire la guerre; mai moi, qui ou tenais
en ce moment le haut du corp. du maréchal
el entendais tout ce qu' il disait, je déclare
que le fail e l ine.act. Le maréchal fut, au
contraire, tr~ en ible au marque d'intérèt
qu'il re~ul de l'Empereur, etlor que celui-ci,
forcé d'aller donner des ordre pour le salut
de l'armée, s'éloigna en lui disant: « Vou
vivrl'Z, mon ami, wns vinez!.. . » le maré-chal lui répondit en lui pressant le mains:
&lt;1 Je 1c désire, si je puis encore être utile à
la Franœ et à Votre Majesté 1 11
Le cruelle oull'rance · du maréchal ne
lui firent poinl ouMier la po ilion des troupes
donL il fallait à chaque in tant lui donner des
nouvcl1e·. Il apprit avec plai ir 11uc l'ennemi
n'o ant les poursujvre, elle prolitaient de 1a
chute du jour pour rentrer dan nie de _Lohau. a oUic.itudc s'éLendit sur es aide de
camp frappé auprès de lui; il 'informa de
leur état. et .acbant que j'avais été pansé
a,·ec &lt;le gros ières éto.upes, il iDl'iLa le docteur Larrey à vi ilcr ma blessure . .J'aurais
rnulu fair Lran, porter le maréchal à Ebcr &lt;lorr, sur la rirn droite du DanuLc; mais la
rupture du pont 'y opposait, cl nous n"osions
l'embarquer sur une l'rèle nacelle. li fut donc
forcé de passer la nuit dans l'ile, où, faute
de matela , j'empruntai une douzaine dè
manteau de cavalerie pour luj faire un lit.
~ou · manquion de loul el o'avion même
pa do bonne eau à donner au maréchal,
11u'une :oif ardente dél'OraiL. Oo Juj olTriL de
celle du Danube; mais la. crue dn fleure
l'a,·ail rendue tellcmcnl ùourhcllSe qu'il ne
pul en boire et dit avec résignation : « ous
voilà comme ce· marin qui meurent do soif,
bien qu·emironné par 1~ Jlot ! n Le vif déir quej'avai de calmer ses ouffranœs me
ÛL employer un ûllrc d"un nou1•cau genre.
n de valet - que le maréchal al'ait laissé
dans l'île, en allanL au combat, portail con tamroent un petit portemanteau contenant
du linge ..J'y û prendre une chemi e du mar ;chal; elle était très fine; on ferma av'!c de
la ficelle tonte les ouverture , Il l'exception
d'une, et, plongeant cette espèce d"outre dans
le Danube, on la retira pleine, puis on la us-

pendit ur des piquet au-dessous de quels
on plaça un gros bidon pour recevoir reau,
qui, ûllrant à tral"er la toile, e dôharras a
do pre~que Ioules les parties terreu es. Le
pau1·re maréchal, fJUÎ avait uivi Loule mon
opération avec des yeux avides, put enûn
avoir une boi on, sinon parfaite, au moin
fraîche et limpide : il me sut Lrès bon gré de
celle invention. Les oin. que je donnai à
mon illustre malade ne pouvaient éloigner
les craintes que j'avais sur le orl qui lui
sera.il r&lt;bervé si les Autrichien , lr:wer anl le
pclit bra du fleuve, nou ett sent attaqué:;
dan l'i1e de Lohau : qu'aurai -je alors pn
foire pour le maréchal? Je crus un momcnL
que ce crainte allaient se réali er, car une
balLcrie ennemi , établie pr s d'Enzcr dorf,
uou · emoya plu ieur boulets; mai· le feu
ne dura pa longLemps.
Dan· Ja po ilion qu'occupait le prince
Charles, il avait deux cbo es à faire : attaquer a,·e · furie le dernièrru; division français restée· sur le champ de bataille, ou
bien, sïl n'osait prendre celle résolution. il
pouvait du moin , ans compromellro es
troupes, placer on arLillerie ur la berge du
petit bra , depui Enzersdorf ju qu'à A pern,
et C-Ouvrir de boulets lïle de Lobau, dans
laquelle e trouvaient entas és ,10,000 Fran•
çai , qu'il eùl exterminé ! ~ai , heureu emcnt pour nous, le générali simc eunemi ne
prit aucun de ces partis, de orle que le
maréchal Ma séna, auquel Napok:On avait
con.fié le commandement de la partie de l'armée qui se trou"ait encore sur la rirn gauche, put san ,~Ire inquiété, évacuer pendant
1a nuit le villagr · d 'Es Jing et d".\ pern,
ain i que le chawp de batttillc, faire passer
le · lilc-sés, toutes les troupes, ain i que l'artillc.ric, daus l'ile de Lobau, puis enl l'er le
ront jeté or le petit bras du Danube de
orle que le 25, au point du jour, tou ceux
de no régiments t[Ui avaient comballu le
2 l cl 22 élaient rentrés dan l'ile, oi1 les
ennemi ne lancèrent plus aucun lioulct, pendant les quarante-cinq jour que dnr.1 l'occupation de )fass :na.
Le 23 au maûn, l'un des premier · soins
de l'Empercur fut d'emoyer ver· l'ile di: Lobau une barque d, moyenne grandeur, afin
de tran porter le maréchal Lanne sur la ri1·e
droile. Je l'y fis placer, ainj que no camarades Llessé ; pui , en arrivant à Eber,dorf
je dirigeai ces dernier ur Vienne. sou la
surveillance de M. Le Coulteux, qui le condui it à rMtel du prince Albert, où se trouvaient les colonel aint-Mars et o·~foara; je
re tai donc cul mec le maréchal, qui l'ut
conduiL dan une de meilleur mai on
d'f:bersdorf, où je fi ordonner à tou c
gen de venir le joindre.
Cependant no Lroupe accumulf!c dan
lïle de Lobau, manquant de -vi\fres, de muni lion , réduite à manger du che,·al, el éparées de la rhe droite par l'immensité du
Jleuve, étaient dans une posiLion des plus
critiques. On craignait que l'inaction du
prince Charles ne fùt simulée, el l'on s'.a tlendait d'un instant à l"autre à ce que, re-

______________

_,.

montant le Danube jo tJU 'au-de su de Vienne,
il le pas âl pour venir nou attaquer à rever
sur la rire droite el faire révolter la capitale
contre nous. Dans cc cas, le corp de l'intrépide maréchal Davout, qui gardait Vienne et
Éher dorf, eût certainement oppo é une très
viYe ré i tance. lai aurait-il pu vaincre
loute l'armée ennemie, et que eraienL devenues pendant cc temps Ioules le troupes
françaises enfermée dans l'ilt.1 de Lobau 1
L'empereur Napoléon profita très habilem nt du temps c1ue le AuLrichien lui bisaient, et jamais a prodigieuse activité ue
fut mieux employée. , econdé par l'infatigable maréchal D:,.vout el les divi ion de on
corp d'armée, il fil dan la seule journée du
2:ï ce qu'un •énéra.l ordinaire n'aura.il pu
obtenir en une emaine. Un ervice de bateaux. bien organi é approvisionna de ,,ivre
cL de munition' le dil'i ion enfermée· dans
l'ile de Lobau; on ramena tous le bles és à
Yienne; des hôpitaux furent créés, de matériaux immen e forent réunis pour rép3rcr
le pont , en faire d • oomeaut et le· garantir par une c t.,cade; cent pièce d'artillerie
du plus fort calilire, prises _dans l'arsenal de
Vicn11e, furenl condniLe à Ebersdorf.
Le ~4, la communication ayant été rétablie a\'ec l'ile, l'Empereur fil repa ·er ur la
riYe droite les troupes du maréehal Laon ,
la garde cL toute la cavalerie, ne lai anl
dan l'ile de Lobau que le corps de Masséna
chargé de la Jorli~er, de la défondre et de
mettre en batteri les gro canons qn 'on y
avait amené .
Ra, uré sur cc point !'Empereur lit approch r de Yiennc le corps d'armJc du maréchal Bernadolle et les nomhreu es di1·iion de lroupcs de la Confédéral.Ï!)n germanique cc qui le mettait en élat de rcpous cr
le prince Charles, dans le cas où il o craiL
lrarer cr le Oeu1•e pour ,·enir nou auaquer.
Peu de jours après, nous reçùmcs un puisant renfort. Une armée françai e arrivant
d'Italie, .ou les ordres du ,·icc-roi Eugène
de lleauharnai , vint ·e ranger à noire droite.
Au commen cmenl de la campagne, celle
armée, donl je n'ai point encore parlé, arnil
éprouvé un échec en combattant à , acilc;
mai · le Françai , a ·ant rcnoul'clé leurs alla·
qu et ballu le ennemis, les avaient non
seulement cba és dïtalie, mais pou és an
delà des Alpe . Il Ycnaient enfin de rejeter
le prince Jean derrière le Danuùe, en llongrie,
ce qui meLlail le l'ice-roi en communicaLion
avec la grande armée de l'empereur ~apoléon,
dont les troupes formèrent dé ormai l'aile
droite, en face de Presbourg.

CHAPITR.E XIX
Con,îdérnlîous .ur la balaillu ,l'E . lin![. - La1111e5
mcurl enlrll m r.s bra·. - : •jour • \ïennc.

Je ,·ou ai pron1i &lt;le oc pas vous fatiguer
par des détail stratégiques; cependant, la
bataille d'E sling et ks é1éneml'nls imprévus
qui nous privèrent d'une victoire éclatante
ayant eu un retentissement immense, je crois

Mi.JKOffl,ES DU G13NÉ1(AI. JJ.AR_OJY DE MAR.JJOT - - ,

dernir faire quelques observations sur les
eau es qui amenèrent ce résultai, d'autant
qu'elles ont été d~naturée par un Fran~ai ,
qui a imputé à !'Empereur des fautes qu'il
n'a pas commises. )L le général Rogniat,
dans son ouvrage intitulé : Considérations
~11r l'art tle la g11erre, prétend « qu'!t Es ling
a Napoléon donna an réllexion dans un pi•ge
« que lui tendit l'archiduc harles, en prc &lt;1 criYant au centre de son armée de recule1·,
(( afin d'atlirc( les .Françai pendant qu'il fai&lt;1 ~ait couper le pont·, dont la de Lruction
« était préparée d'avance par le général aulri« chien. » Non seulement celle assertiou est
contraire à la ,•érilé, mai elle est ab urde,
ainsi que je crois l'a\'oir démontré dans la
réponse critique adres,ée par moi au général
Ilognint, en 1 20.
En effd, si le prince Char le· amit qu'il
avait en on pouvoir le mo1cn de détruire les
ponts, pourquoi ne les a-t-il pas foit briser
le 'l l au soir, lors1ue le nomLre des troupes
française passées sur la ri"e gaucbo n'élanl
encor.! que de Yingt-ciaq mille homme , il
aurait eu la certitude de le écraser ou de lc!faire pri onnicri-, pui qu'il di posait de plus
de cent ,ingt mille olda t.. Cela ne valaiLil pa mieux que de laisser pendant Loule la
nuit le pa :ige du fleuve à la di position de
~apoléon, qui en profita pour fairo arriver
sur la rive gauche sa gard ', le corp du maréchal Lannes, ain,i qne les cuirassiers do
N:msouly, cc qui douhlait les forces que nous
pouvion. opposer aux enncmis7 i le prince
Charles avait préparé la rupture de · pont ,
pourquoi, dans l'aprh-midi du 21, fil-il allaquer Je villag d' Es ling el d'Aspcrn, 011
il perdit quatre à cinq mille hommr 'I. .. Il
élail bien plus sage d'attendre que le îail,le
corp de Ma. séna, n'ayant plus aucun moJen
de retraite, fùt réduit à capiLuler. Enfin,
pourquoi, le 22 au matin, le prince Charle
renouvela-L-il avec furie e- attaques contre
E· liog et Aspcrn, au lieu d'aUendre que les
ponts rossent brisés?... C'est él'idemment
parce que le générali imc autrichien lgoorait
qu'il fùl en son pouvoir de les déLruirc, et
que le hasard seul, et la crue du lleu"e,
amrnèrcnl contre les ponton de arLres Ootlanls qui causèrent le premières ruptures
partielle , et que, plus tard, l'inLelligence
d'un ofllcicr autrichien prépara la destruction
du o-ran&lt;l pont, en linant au courant plu. ieu~s Larqnc chargées de bois enflammés,
et surloul en Jançaot un immense moulin
llottant qui entraina presque tout ce ponl.
Mais rien n'arait été 1n·éparé tl'avwice, ain.i
que nous l'ont avoué depu,i p1u~ieur . généraux ennemis, que nou e11mes I occa 1011 de
voir après l'armistice de Znaïm.
. .
'il t·e~tait quel,1ue doute à cc SUJet, ils
eraienl entièrement déLruiL par l'argumcuL
irrésistible que voici. De Lou Les les décoration militaires de l'empire d'A.ulri •he, la
plus difficile à oLtenir étaiL celle de MaricTbérèse, car elle n'était arcordée qu'à l'officier qui pouvait prouver qu'il al'a.iL l'ait plus
que 8011 devoir. Il devait sollici_ter_ cel~e d~coration lui-même cl s'il échouait, 11 lw était

interdit à tout jamais de reproduire a demande. Or, malgré la évérité de cc r\glemenl, le commandant des chas.eur autrichiens obLint la crou: do Ua,·ie-'fhùèse, ce
qui prou,·c incontestablement qu'il avait ogi
d'apr\s es propre in pfralion , et non par
ordre du prince Charle . Ce rai,onnement,
que j'ai d6veloppé dans ml.' Ren1111•1j11es rrifiqnes ur l'ouvrage du général flo,,niat. ei;t
un do ceux r1ue Napoléon approuva lo plus,
for CfUe, penda.nl a captivité à Sainte-Hélène,
il lut mon livre et celui de J\o!!Iliat, et ce ful
san doute afin de punir ce gé.néral de a partialité pour no ennemis f]UC lïi:mpereur, en
me faisant un legs ae cent mille franc ,
ajouta dans on testament : &lt;&lt; J'engage le co« lonel Marbot à continu r à é ·rire pour la
« défen e dt! la gloire des armée françai e ,
&lt;! cL à en confondre le calomniateurs el le
« apo lat 1... »
Dè que les troupes, dont la vaillance avait
i noblement éclaté à la bataille d'E s]ing,
curenl opéré leur retraite dans l'ile de Lobau et sur la rire droite du Danuhe, 'apoléon
'établit à Ébersdorf, afin de urvciller les
préparatil's d'un nou\'eau pa age, pour lequel
il fallait con truirc non plus un seul pont,
mais /l'oi:, ayant tous en amont une !orle
e·tacadc en pilotis, destinée à détourner le
corp 0ottants que l'ennemi pourrait lancer
C-Onlre eux.
Malgré le soins &lt;fll'il donnait aux travaux
néccs aire pour ces importantes construction , l' mpereur, accompagné du prince
Berthier, venait soir Cl matin vi iter le maréchal Lanne , dont la situation fat au ~i

Ukl:ClUL BERTmER.

TaNt,w a11n11ymt. (.llf11/stére rit Ill G11tne.)

bonne que possible pendant les quatre premier jours qui uivirent .a ble sure. Il conervait Loule a pré ence d'esprit et c:iusail
avec beaucoup de calrne. Il était i loin de
renoncer à servir on pay , ain i 1ue l'ont
annoncé quelques écrivains, que faisant des

projets pour l'avenir, cl acbanl que le célèLre mécanicien Yicnnoi Mcsler a,·ait fait
pour le général autrichien, comte de Palfi,
une jambe artificielle, a,·ec laquelle celui-ci
marchait et montait ù cbe,·al comme s'il n'elll
éprouvé aucun accident, le mar~chal me chargea d'écrire à cet arListe pour l'inviLcr ~ l'cnir
lui prendre la me ure d'une jambe. )lai I •
fortes chaleurs qui nou accablaient depuis
quelque temps redoublèrent d'inten itu, et
léur effet produi_it un bien l'àcheux ri! ·ultat
sur le Lies é. l!nt.1 fihre ardente s·empara de
lui, et bienLôt sun-int un délire affreux. Le
maréchal, toujours préoccupé de la ilualion
crili11ue dans laquelle il avait lais é l'armée,
·e cropit encore sur le champ de hJtnillc; il
appelait il baule voix ·es aides de camp, ordonnant à l'un de faire rharger les cuirasier·, à l'autre de conduire l'artillerie sur tel
point, elc., clc .... En vain le docteur \ van l'l
moi cherchions-nous à le calmer, il ne nou
comprenait plus; sa surexcitation allait toujours croi aut ; il ne rcconnai sait même
plu !'Empereur!. .. Cel étal dura plu icur
jours san · que le maréchal dormît un cul
instant, ou ces.àt de comballre imaninaireruenl !... Enfin, dan la nuit du 29 au :30, il
s'ab Lint de donner de ordres de combal; un
grand alîai. sement uccéda au délire; i1 reprit Ioules .es facultés mentale , me reconnut, me erra la main, parla de a femme el
de es cinq enfants, de son prre ... et, com010
j'étais trè prè· cle son chevet, il appuya 8a
tête sur mon épaule, parut ~ommeillcr, ol
rendit le dernier oupir !. . . 'était le 30 mai
au point du jour.
Peu d'instant aprè co fatal événement,
l'Emp reur arrh•ant pour .:i ,isîte du malin,
j~ crus de,·oir aller au..Jevnnl de a Maj té,
pour lui annoncerla maU1eureu e cala trophc,
et l'cnrrager b. ne pas ntrer dan. l'appartement infecté de miasmes putride ; mai · apoléon, m'écartant de la main, 'avança yer le
corp du maréchal, qu'il cmLrassa en le bairnanL de larme , disant à plu ienr repri e• :
«Quelle perle pour la France el pour moi !... i&gt;
En vain le prince Berthier voulait éloigner
!'Empereur de ce triste pectacle ; il r1Usta
pendant plu d'une heure l ne céda que lor que Berthier lui fit oLsen-er que le général
Bertrand cl les officier du génie l'altendaiPnt
pour l'cxtlcution d'un tra,·ail imporLant, dont
il aYait lui-même füé le moment. ;'\apoléoo,
en s'éloignant, m'exprima sa sati faction pour
les soin que je n'avai œ sé cle donner à mnn
maréchal ; il me chargea de lo faire embaumer el de Lonl préparer pour l'envoi du corp
en France.
J'éta.i n:mtS de douleur!. .. lia désolation
accrut encore par la nécessité où je me trouYai d'assister à l'embaumement foi L par le docteur' Larrt'y •t Yl'an, afin d"en dre, cr
procè -l'erhal. Puis il me fallut pré ider au
déparl du corp. qui, placé dans une voiture,
fut tran porté à Ira bourg ous la conduile
d'un officier et de deux s-errrenls de la garde
impériale. Celle journée fut bien pénible pour
moi! ... Que de tristes réfloxion je fi sur la
destinée de cet homme, qui, orti des derniè-

•

�r-

111ST0'/{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

rcs classes de la société, mais doué d'une
hante intelligence et d'un co111age it toulo
ésrcuve, s'était illc1·é par son propre mérite
au premier rang, el qui, au moment où il
jouissait de tant d'honneurs cl d'une fortune
immense, venait de terminer sa carrière en
pais étranger, loin de sa famille, entre les
bras d'un simple aide de camp!
fi(' terribles secousses morales el pb~·sic1ues
arnient ébranll! ma santé; ma hles11ure, fort
simple d'abord cl facile à guérir, si, après
l'aYoir reçue, j'eusse pu jouir de quelque
repos de corps el d'esprit, s'{otait horriblement
enllnmmêe, pendant lesdixjours qnejc venais
de passer dans de terribles angoisses et des
fatigues continuelles; car personne ne m'm·ail
secondé dans les soins qu'exigeait l'affreuse
position du maréchal, pas même ses deux ,,all!ts de chambre. L'un d'eux, espèce ùe 111irli/lor, avail abandonné son maitr&lt;' dès les premiers ,jours, sous prétexte C[ne la mauvaise
odeur des plaies lui soule,,ail le cœur. Le secoud \'alet de chambre montra plus de zèle,
mais les émanalionspntrides, riu'1111c chal,•ur
do 50 degrés rendait encore plus dangereuses,
le forcèrent à garder le lit, et je fus obligé de
laire V&lt;'nir un infirmier militaire, homme
rempli de bonne volonté, mais dont la ligure
inconnue, el surtout Je costume, paraissaient
déplaire au maréchal, qui ne voulait rien prendre que de ma main. Je le veillai donc joui'
el nuit; aussi la fatigue a~anl aggravé ma
hlessurc, j'avais la cuisse infinimeut gonOée
el poul'ais à peine roc tenir dl!bout, lorsque,
après le départ du corps du maréchal, je me
déterminai à me rendre à Yienne pour m'l
faire soigner.
Je trouvai dans l'hotel du prince Albert tous
mes camaràdcs Llessés. I,'Empereur ne les
a, ail pas perdus de 1'tle, car le chirurgien en
chef do la cour d'Autriche, logé au palais de
Schœnlrrünn, lui ayanlofferl ses services pour
les l,les~és français, Napoléon l'avait chargé
de soigner les aides de carup du maréchal
Lannes, cl le Lon doclcur Franck venait doox
fois par jour au palais du prince .\lhert. Dès
qu'il cul examiué ma blessure, qui lui parut
être en très mam·ais état, il me prescrivit un
repos absolu. Cependant, malgré ses avis, je
traversais soul'cnl les corridors pour me rendre au11rès de mon ami &lt;le \ïry, qu'une LlcssurtJ llien plus grJrn que la mienne retenait
au lit. J'eus bient&lt;ll le malheur de perdre cel
excellent camarade, que je rl·grctlai infirùrncnt, el comme j'éatis le seul aide de camp
qui coanùl son père, je fus daas la lrisle
obligation d'annoncer celle fatale noul'el.le au
malheureux vieillard, riui, déchiré par la douleur, survécut peu do Lemps à son lils bil!naimé !
Mdnil à l'immobiliLé, je lisais beaucoup el
consignais par écril les faits les plus saillants
de la campagne c1ue nous venions de faire,
ainsi que 4uelques anecdotes que j'avais
recueillies à ce sujet. Voici la plus intéressante.
Oeux ans avant l'élaLlissemeul de n:wpire, il n'ex.istail dans les r~giments français
aucun grade intermédiaire entre celui de colo-

Ml et ccloi do! chef de halaillon ou d'escadron.
llonaparle, alor:; premit'r Consul, Youlanl combler celle lacune, gu·a1·aitcréée dans la hiérarchie militaire un décrcl de la Co111mlion,
consulla le Conseil dïitat. On reconnut la
nécessité de rétablir dans cbaquc corps dr
l'armée 1111 oflicier dout Je grade (•t lcs allri•
butions fussent analogues à ceux des a11cie.ns
lie11temw1~-rolo11ek r.e point arrêté, le premier Cousu! dcmauda qu'il fùt délibfré sur le
litre que porterait rel ofliciC'r. Le gé11éral
Berthier cl quelriucs conseillers d'Etat répo11ùirr11l r1ur, puiscp1'1l de,·ail r..:mplir les fonc•
lions de liculc11a11t-colonel, il paraissait tout
naturel de lui en donner Il! titre ; mais 8011ap;1rle s'y opposa formellement. Il fit obsener
t111c, sous l'ancien régime. les colonels êlanl
de grands seigneurs 11ui passaieul lenr vie h
la cour cl ne parais~aicnt r111e fort rarement
à leur régiment, l'adminislralion et l'inslrnctiou en élaienl confiées à des orGciers rcmplatants, toujours présents au corps; c1u'il
avait donc paru juste de donner à ceux-ci un
encouragement cl une importance nt'.&gt;eessaircs
à 1a dignité du comm3nd&lt;.'lllent, en Jcur
accordant le Litre de /ie11te11&lt;111t-colo11el, puisqu'en réalité ils étaient les chefs des r~gimc11ts dont les colonels étaient titulaires. ~foi~,
depuis. les choses étaient Lien changées; les
colone1s étant devenus les commandauls réels
de leur corp•, il ne Ubit pas créer une rivalité entre eux et l'officier dont on venail de
rétal.,lir le grade. Que si l'on donnait à celnici le tilrc de lieutenant-colonel, on le rappr,1chcrail beaucoup Lrop de son chef, parccqu·~n
lui parlant, les inférieur:; le nommeraient par
abréviation 11um ro/onel; or, il n'était pas
conrenaule qur, lorsriu'un soldat dirait qu'il
va chez so1t colonel,on pùl luiùcmaoderd11&gt;~
leq1ll'I, - En consé&lt;1ucncc, le premier Consul proposa de donn· r au second oflkiQr de
tha1111e régiment le tilrcdcmr,jm·. Cttle ~age
opinion prérnlut, et, on rétahlissanl le grade,
011 ne reprit pas la dénomi11alion Je lie11/,:11r111l-t·olone/. Ct'llC déiiib'Il;il,on ri ui, au premier aLor&lt;l, par:ù a\•oir Îùrl peu d'importance, rn a cependant une lrès grande, ainsi
tiue le prouve le fait que voici.
I.e 21 mai, premier jour Je fa ualaille
d'Essling, les Autrichiens s'ét;mt emparés du
village de cc nom, le régiment français cru'on
)' a,·ait placé se retirait atcc quel11uu désordre
devant des ÎOrC('s lrès supérieures, lorsque
le maréd1al Larmes, auprès doqnrlétail l'Empercur, m'ayant envoyé sur ce point. ,ïappris
en arrivant que le wlond rnnail d'ètre tué.
JtJ lrouvai ks offici~r,; cl les soldats bien résolu,; à le 1·rng&lt;.'r et ir rcpreudrè Essling, car,
sous les ordres du major, ils reformnient
promptement leurs raugs à peu de ùisL:mcc
des premières Ulabons, bien riu'ils fusscol
exposés au feu de l'ennemi.
Je courus informer lemaré.:hal dé l'étal des
choses ; mais dès que j'eus dit à voix basse :
11 T.o colonel est mort! ... » Napoléon, fronçant
le sourcil, prononça un Chut! qui m'imposa
sikncc, cl, sans me rendre compte Ju parti
c1ue Sa Majesté voulait lirer de ceL él'érrcment,
je compris· que, pour le moment, Elle ne 11011..,. 124 ,..

l«it pas sn1•oir que le colonel eût ét11 tué!
L'Empereur, que ses calomniateurs ont
accusé de mnoqul!r de courage personnel,
s'éhinçanl an galop malgré les halles riui sirnaient autour de nous. arri\'c au centre ù11
régiment el demand,• où est Je colonel. Perl!Onnc ne dit mot. Na1)oléon ayant Nnom·cl•:
sa 11uestion, 11uclques soldats répondent: 11 Il
« vient J'ètre Lué! - ,Je ne demande pas :-'il
« est mort, mai~ oir il est. i1 Alors une rnix
timide annonce qu'il c~l resté dans le ,illagc.
« Comment, soldats! dit Napoléon, YOUs an!z
&lt;1 ahandonné le corps Je 1·otrecolonel au pou&lt;1 voir Je l'ennemi! Sachez qu'un l,r.1vc n:gic1 ment doit être toujours en mesnrl! &lt;le rnonn trer son aiglt' 1•t son colonel. morl ou vi r!. ..
11 \'ous arnz laissé \olrc colonel Jans ce, illagc,
« allez le chc·uh&lt;.'r ! o
Le major, snisis!'ant la pen~éede Napoléon,
s'tfrria: « Oui, nous sommes dl!sbonorés si
« nous ne rapporlons noire colonel! ... ~ Et
il s'élance au pas de course. Le régiment le
suit au cri de: « Vivcl'Em1wrcur! » s'élaill'I!
dans E,sling, extermine queh1ucs centaines
d' Anlriclricns. reste maitre de la po~ilion et
reprend le cadane de ~on colonel, qu'une
compa~nie dr grC'nadirrs ,icnt dé1&gt;oscr
au.~ pii:ùs de !'Empereur. Yous comprcuez
parfailcmcnl que ~apoléon ne lcnail nullement ll aYoir le eorps de ce rnalbrurrux oflicier; mais il avait voulu audndrc le doulile
1ml &lt;le reprendre le villnge el dïncnl•1uer dans
l'esprit des lroupl'~ que le colond est 1111
sero»d 1frapea11, 11u'11n unn régiment ne doit
jamais al,andonnrr. Celle comirtion. dans les
momt•11ls difliciJcs, exahc le couroge des soldats el les porle à soutenir le combat anic
acharnement autour dl! leur chef, mort ou
,·if. Aussi, se tournanl Ycrs le prince Berthier,
l'Eropcreur, en lui rappelant la discussion du
Conseil tl'Étal, ajouta: « Si, lorsque j'ai de&lt;&lt; mandé le colonel, il -y eùt eu id un lieute&lt;&lt; 11c111t-co/o,1el au lieu du 11111jur, on m'au&lt;&lt; rait répondu: Le voilà! L'effet que je \'OIi« lais obtenir aurait été bien moins grand ;
« car, aux veux du soldat. les lilrcs de
« lieu(ma111:Colo11e/ et de colo11cl sonl à peu
&lt;&lt; près synonymes. J&gt; Cet incident terminé,
l'Emphcur fitdire au major, qui venait d'enlevt-r si Lral'cmcnt le régiment, qu'il le 00111mait c.olonel.
Yous pourci juger, par ce que je 1'ie11s dt.1
TOllS raconter, du pouvoir magique que Napo•
léon cxer('ait sur ses troupes, puisque ~a présence el 1p1el(Jues mol;; sutfisaie.nl pour le~
précipiter au milieu des plus grands dangers.
et avec quelle présPnce tl'e~pril il sa13it mettre à profü Lous les incidents dn rhamp de
bataille. Col épisode ru •a part1 d'autant plus
ulile li rapporter 4uc, sous la l\cslauration,
on rétablit fort m:i.l à propos le litre de lieulcnant•coloncl.
Voici une autre anecdote, qui n·a d'intérêt
que parce qu'elle doana lieu à une réOexion
fort sage faite par le maréchal Lannes.
Pendant que l'infanlerie de notre corp~
d'armûe déûl,ail sur 1.es pouls cl que la cavale·
rie attendait son tour, uo chcî d'csc;i.dron du
7" de chasseurs, beau-frère du général ~Ioreau,

�111ST0'1{1.ll

----------------------------------------·

nommé lf. llulol d"llozery, a11jo11rd'bui généul (que nou vùne en l li dans l'étalmajor Je \'empereur le;i;andre, lors de l'eulrée de · arm~e étrnng~r,·s à Pari.) , M. lfulot, di -je, homme très hra,·e, pous 6 par la
curio.~ili de ·avoir cc qui e pa ·ail snr le
di.amp do bataille, quitta sou régiment à Éber ·dorf, prit une nacelle el alla ur la rive gauthe. Là, il monte à cheval el ·ient auprè
rl'lliJing caracoler en amale111· aulour de notre état-major; mais en ce moment-là mèmc,
un hou let lui emporte le bras! ()è IJUC cet
officier eut été conduit II l'ambulanc pour
être amputé, Il' marérhal Lannes nous dit:
« uvencz-,·on., me ·sieurs, qu 'li la guerre
(( le: fanfaronnade soul toujour d 1placoes,
(( cl que le vrai coor:ige consiste à braver le
c&lt; péril aoxqucl on esl e.,;po é en re. tant à
« son po le, et non à aller parader au milieu
« des combat san y avoir été appelé par le
&lt;&lt; devoir l »

CHAPl1RE XX
Iliograpl,ie du niar,1cll.'II L,nn(',s, - (; Erupmiur me
nomU1e c:hcf tl\•Sl:l1Jro11 el d,e~ali,•r JI' l'Empir\l.
- J ·culJ·e tlaus l'.:ut-major 110 \fo"·~na.

Bien que je vou ' aie déjà fail connaitre
plusieurs pnrlicularilés de la vie du maréchal
Lannes, je croh devoir ,;ous dunner plu
complètemcnl sa biographie.
Lannes na.quiL en 1. 769 à Lectoure, petite
,·ille de la Gasco!!lle. Lon père êta.il simple
ouvrier teinturier, a,·anl trois fil et une fillo.
Lectoure pos·édait ltlor un évêché, dont un
des grand vicaires, ayant eu l'occasion de
remarituer l'intelligence el la bonne conduite
du fil aîné du teinturier, le fit instruire el
IP plaça au ·i'.:minairc, où il devint prêtre.
Cel aîné, IJUÎ devint lui-m!!me arand vicaire
sou l'Empire, était un homme de Leaucoup do mérite, qui, rempli de olli.citnde
pour a famille, e fit l'ia ·tilutcor de es
jeunes frères. Le second, celui qui fut maréchal, profila de ses leçon·, autant que I • lui
permeltail le peu de Lemps dont jj pou,·ail
dispo er, aprè avoir aidé son père dans les
Lravaux manuel de on petit commerce; et
lorsque la Révolution éclata. son iostruction
e bornait à ~avoir lire, écrire corrcclemcnl,
el à ronnailre le · quatre règles de l'ariLhmétir1ne.
Le dernier garçon avait fort peu de moyens.
Le maréchal avait voulu le pousser dan l'ëlal
militaire; mois, reconnaissant sa médiocrilé,
il lui fit 11uiller le senice, le maria ricbemenl pour sa province, el le confina dans sa
, 1 il!c natale. Quant à la fille, comme elle ~tail
encore enfant lor que le second de ses frères
parvint au grade de général, il la mil dao
une 1Jonne pension, la dota et lui fit foire
un Lrès bon mariarre.
Lann s él.1il de taille moyenne, mais très
Lien proportionné; a physionomie éLaü
agréable el très expresjvc; e yeux peli ls,
mais annonçant un esprit des plu vifs; son
caract;!re très bon, mais emporté, jusqu'à
l'époque où il parvint à le dominer; son
ambition étail immense, on activité prodi-

gieuse cl on courage à loule t-preu,c. Après con · tamn1ent penchée ur l'épaule gauche et
aroir pa J sa jeunes e dan l'étal d'apprenti contcrv:i loujours certain emhnrras dans le
teinturier, Lannes vit 'omrir deYant lui la Jarl nx. A pein rér.auli de celle cruelle ble.carrière de arme dans laquelle il c:tait su.n•, le géni&lt;ral Lannes Fut accablé d'une
app&lt;ilé à marcher à pas de géant. Entrainé douleur morale des plu poignante ; il apprit
par l'cnlhou.siasmc qui, en 1791, détermina qui' sa femme auprè de laquelle il ne s'éta.iL
la plupart de homme · de son â"e à Yolcr à pas lrou,·é depuis prè de deu. an·, Yeoail
la défense du pal· inju t-emcnl attaqué, il d'accoucher d'un garçon, dont elle préLendait
. 'enrôla dan le Jer hataiUon de \'Oloataires lui allribucr la paternité. Il s'ensuivit un produ Ger , cl ser,il comme simple grenadier . cès, cl le divorce fut prononcé.
ju ·qu'au niomenl Oll ses camarade , séduits
Le général Lannes qui Lla l'Égypte en mt'me
par a bonne tenue, on zèle et la vh·acité de temps que Donaparle el le uivit 4 Paris : il
on esprit, le nommèrent sOU"-lieutenant. A l'accompagna à S:iint-Cloud !or du 1 uru•
compter de ce moment, il e livra ans relà- maire. Lannes lit brillamment la campagne
che à l'étudé, cl alor5 même ttu'il était de Maren"O et sauva l'armée, en repoussant
m:irécbnl, il pas ail une partie de se nuit· au combat de ,rontchello le col'ps autrià lravaillt'r; au i devint-il nn homme con,·c- cbiefü qui accouraient pour 'oppo cr aux
naLlemeol in truil. [l fit es premières armes troupes françai e • t:ne ra.nde partie de
ous mon père, au camp de lliral, prè de notre armée, engagée dao · les d~filés des
Toulou e, puis à l'armée des Puénécs-Orien- Alpes, n'aura.il pu déboucher dans les plaine
talcs, où son intrépidité et si rare intelli- du Milanai , si le courage cl le ' bonne. di. pogence l'ébèrenl rapidement au grade de sitions du géoéral Launes n'cusseot éloigné
chef de bataillon, qu'il occupait lorsque la les ennemi . ..,a conJuileen celle circonstance
division de mon pllrc pa sa sous les ordre
lui vah1L plu tard le tilre do duc de Montedu général .\ngereau. Celu.i.-ci, à la uite bello. Ce rut au retour de celle campagne
d'un combat sanglml dans lelJUl.'l Lanne
1111e, déol'3gé de lien de son màriage a,,ec
s'était couvert de gloire, le fit nommer chef Mlle Méric. le général Lannes conç.ut l'espoir
de Lrigade (colonel). Lannes, ayant été hles$é d'épouser Caroline Bonaparte. Vous avez \Il
dans celle affaire, fut obligé d'aller pa ser comment les intrigues de llessii!re füenl
quelques moi à Perpignan, où il fut logé pencher fa 1.ialance en Fa,·clll' de turat.
chez un riche hanquicr, M. Jléric. L\:sprit
' ommé ambas aJeur à Lisbonne, le général
et le bonnes manières du jeune officier le Lannes épou a :\Ille CroêbJn ue, fille du sénafirent apprécier de toute la famille, particu- teur dti ce nom, qoi lui apporta une forl bellè
lièrement de )fUe Méric, qu'il épousa. Ce dol, à laquelle, outre les grands émolruuent
mariage était alors infiniment au-dessus de de a place, le général ajoula une Loooe auCt\ qu'il pouvait espérer.
baine qui rétablit complètement s , affaires.
La paix opnt été conclue entre la France
Un ri'rrlemeot forl ancien donnait à J'amet l'i•' pagne, en 170.5, Lannes sui1·it en Ita- ba · adeur frança.i: arri\lant pour la première
lie la divi ion d'Au{Jereau et l'ul placé à hi .fois à Lisbonne le droit de faire entrer, avec
suite, à la 4e- demi-brigade de liane, qui e franchi e de l'impùt des douanes, toutes le~
trouvait réellement sous ses ordres, en l'ab- marchandi e placées sur le navire qui l'ames011ce du cheI titulaire-, (l l'époque 011 Bona.- nait. Le général L·mne , ui,,ant l'usage étaparle vint prendre le commandement de bli, céda ce pri\lilège à des négociants moyenl'armée. Cdui-ei ne tarda pa à reconnaitre nant 300,000 francs. Ouelqu c temp après,
le mérite de Lannes; aus i, lorsqu'un arrêlé Mme Lanne' élnnL accouchée à Lisbonne d'un
du llirectoire pre criYit à lou le ofllcier · à fils (qui rut de.puis ministre de la marine
la suite de rentrer dans leur foyer , Ilonaou Louis-Philippe!), le prince régrnl de Porpnrte prit sur lui de le relenit en Italie, où LugaJ voulut être parrain de l'enfant, et le
il fut hic sé deux foi pendnnL les célèbre
jom· du baptâme, sou prétexte de ,,isiterune
campaancs de 17!:JO et 17!)7, an foire offi- des ·alles du palai contenant des curio ·ité
ciellement partie de l'armée. aas la perspi- envoyées du Brésil, il conduisit le général
cacill' du général en chef, Lannes, éloigné Lanne dans la pièce où se tromaientles cai ·ses
mal gré hù du ser,•ice, erail allé enfouir es renfermant le pierrerie . Il en fit om•rir une,
talenL · milita.ire dans le bureaux de son et prenant avec ses dcul mains troi forte ·
heao-pèrc, et la France n'aurait pu complt' r jointé• de diamant bruis, il les versa dans
un grand cnpilaine de plu . Lorsque, en 179 ', le chapeau du général, en di anl : u La prcDonaparle condui ·it uoe armée en Égypte, il « mière e t pou.r mon filleul, la econde , t
y prit avec lui Lannes, devenu général de bri- « pour )!me l'arolia adrice a mère, et la
"ade, et par con éc1uent rendu officiellcmenl 11 troi ième pour M. l'ambassadeur. » Dès cc
à l'acli\'ité.
moment, le maréch:i.1, de qui je Lien ce
Le nouveau général e d.i lingua partout détail , fut vraiment riche.
et fut i grièvement hlessé à l'as aul de aintLe de tin. ne borna pa là se raveurs enJean d · cre que es troupes le crurent morl ! ver lui. Le premier Con ol. monté ur le
,le vou ai raconté comment il !ut miraculeu- Lrone impérial, ayant établi en 1804 la dignité
sement sauvé par un capitaine de grenadiers de maréi:bal de France, un éuéral du IDtlrite
qui , au péril de sa vie, le traîna jusqu'au de Lannes devait nécessairement faire partie
bout de la tranch "e&lt;Lc général Lann , , ayant de la première promotion. Le bnton Je èomeu d:in cette affaire Je cou traversé d'une mandemcnt lui ful donc envoyé, et jl reçut
halle, portait depui celle époque la tète en même tcmp le titre de duc &lt;lè ~foull'kllo .
11

"------- ---------------Le nouveau maréchal alla pr~ndre au camp
de Boulo«nc le commandCJ1.1enl dn 58 corp '
de la grande armée, qu'il condui ·it l'annéù
·uirnnl en Autriche. Il 'y dislÎDgua. parLiculi.èrement à Au tcrlil7, où il commanda.il
l'aile rrauchll.
ll se fil au si rcmarquc&gt;r en 1800 el
en 1807, tant en Prusse qu'en Pologne, ,Ul'lout à aalJeld, it Iéna, li Pultu k et à Friedland. II en l'ut de même en :f 0 et 1809.
en E pagne, où non . eulemenl il seconda
vaillamment !'Empereur à la bataille de
Burgo . mais gagna lui-même celle de Tudeb
et soumit la 1-ille de arago . e ju. que-là
réputé imprenaL!e. Enfin, san · se donner
aucun repos. il courut d'E pa!?De cm llllmagnc, el je ,•ien de raconter e exploits, lnnt
à la bataille d'lsckmiihl f[U'à Hati bonne et à
Es ling, où ~ nouveau l.laj'ard termina sa
glorieuse carrière.
Pour vou · mettre plu à même d'apprécier
le maréchal Lanne , je croi dc,·oir rapporter
un fa.il qui donne une hnule opinion de on
caractère el de l'empire qu'il a1·aiL prendre
sur lui-mème
llans les relation ordinaires. le maréchal
était calme et doux:. mai ur les champ &lt;le
bataille il ·'emportait ju qu'à la îu.renr, dès
qu es orùres n'étaient pa bien exécutés.
Or, il arriva pendant la b:itaille de Burgos
qu'au moment Jc:cisil', un capitaine d'artillerie, apnt mal compri \:J manœu\"'1" indi11uée, ondu.isil sa batterie Jans une direcûon
oppo ée à celle pre crile, lorsque le maréchal,
·'en étant aperçu, s'élance au r1alop, et.
pous·é par 1a colère, va lui-même réprimander
sévèrement cet officier en pré cnce de !'Empereur. Mais comme, en 'éloilTnaul rap.idement, il avait entendu 1apoléon commcncel'
une phrase dont il n'avait pu sai ir que ce
mots : « Ce diable de Lanoes ... n. il revinl
touL pensif, cl me tirant à part, dès qnc ce
ful po sible, il exigea, au nom de la onfiancc
qu'il aYait en moi el du dévoucmcnl que jè
h1i port.ai , de lui faire connaitre entièrement
l'ob ervalion de \'Emp r ur. Je répondis a\CC
franchi e : (1 a Maje té a dit : Cc diable de
11 Lannes po èàe Loule les qualité qui font
&lt;1 le~ grands capiLainc ; mais il ne I
era
c1 jamais, parce qu'il ne mailri e pas sa co~ 1ère el s'emporte même contre les officier
a d'un grade subalterne, ce qui est u11 des
plus grave défauts que poi . e avoir un
~ chef d'armée . 11 Le maréchal arnit tellement à camr de devenir un grand capiLaine,
qu'il ré ·olutprobaLlernenL d'acquérir fa seule
•1ualité qui foi waniru:lt, au dire d'un au si
honjugequel'Empcreur car, d œmoment,
jamais je ne le vis plus en colère, bien que
souvent se ordres l'u cnt mal exécutés, surtout au iège de ara"'o St!. Lorsqu'il 'apercc1•aiL d'une fanle essentielle, on nalurel
bouillant le poussait d'abord ,·er~ l'emportement, mais à l'instant a ferme volonté prenait le des u ; il devenait très pâle, se ·
ma.in se cri paient, mai · il faisait e ohser,·aLion avec Lout le calme d' un homme
llcgmatique. J'en citerai un exemple.
Pour peu qu'on ail rait la guerre, on sait

.... 126 ...

&gt;

.i'KÉM011(ES DU GÉ1\IÉ7'.,llL BA](OJ\I DE .iJfAJf,lJ OT - - ~

qu'au lieu d' i-O S('rvir de tirr-boune pour
rotirer le balll's de leur fusils, lursc1u'ils
doi1•(•nl les laver, l old.1t ont la mauvai ·e
habitude de les décliargcr, en fai anL feu en
l'air. ce ']UÎ e t Ires d:mgC'reu · dan une
réunion do lronpes. Or, malgré les défen~es
faite à ce sujet, il arrh·a peudanl le siège Je
Sart1 ..o·.e quo des fantassins apnl tiril leurs
Cu.il' de la orte, au momenL où le mar;chal
pa. ·.ail auprès de leur camp, une balle, décrivant une p:irabole, vint tomber or la bride
de son cheval, don[ elle coupa le rênes prè ·
de a main. Lesoldatcoupabledeootleinfraction aux règlement axant été arrèlê, le maréchal, contenant on premie1· mouvement de
,ivacité, e borna à lui dire : « \'ois à quoi
lu 1'cxposcs. el quelle .erail la douleur ~i lu
m'en ses tué! ,1 Pui. il fit relàcber ceL
homme. Quelle force d'âme il îaul pour
dompter ain i .on caractère!
En apprcnaUlfJUC le maréchal Yenait d·ltre
grièvement blcs.é. Mme la maréchale partit
aussitôt avec on f'r~re, le colonel Guéhéneuc,
qui veoait d'annoncer à Pari la c;ipilulalion
de Vienne. Tais une dépêche l'ayant informfr,
à ~lunieb, de fa mort du maréchal, elle rerraana Pari dans un protond dt!se. poir car elle
aimait Leancoup son mari. Nommée l'année
ui\·a11fc dame d'honncu.r de la nouvelle irnpérat.ricc, l'archiduclmsse }forie-L ui ·e, elle
allait larcrevoir a Braunau, 8ur les frontières de
Bavière, quand, en passant à Lra bourcr, elle
rnulut mîr le corp· de on mari dépo.é dans
une église de celte \ille : ·pectacle au-de. us
de se forœ ·, car, dès qu'on ouvril ki bièrt•,
la maréchale fut aisie d'une 1·iolcnlc attaque
de nerfs qui mit a \·ic en danger pendant
plu ieors jourQ.
Pui que j'écris l'histoire de ma vie, je u.i
dans la néce ilé de revenir con tamment sur
C&lt;' lfui m'est per onnel. Je ,·ous rappellerai
donc qu'aprè le déc:ès du maréchal Laune' ,
j'étais al1é rt&gt;joindre me camarades à Vienne
pour soigner ma !Jlcssure. Je gisais ur mon
liL de douleur, plongé dans de tri le réflexions, car non seulement je rcnrettni pom·
foi-même le maréchal qui avait été si bon
pour moi, mai je ne pouvais me di imoler
que fa perle d'un tel appui changeait iu!inimcnl mn position. Eo effet, !'Empereur
m'avait bien dit au couvent de Iolk qu'il me
fai ait chrf ,l'escnilron, et. de même que le
maréchal Berthier, il m'en donnait le nom ;
ccpendanJ, comme les préoccupations de la
guerre le empêchaient d'c. perlier ~es brevet~,
je n'étais encore par le fc11_l que simple capitaine. Un heureu.., hasard ,·ml mettre un terme
am craintes que j'éprouvais pour mon avenir.
~Ion camarade La Bourdouna e, bien plus
gravement bles é que_ moi, occupoil la c_h~mbre voisine de la mienne; nou · en fa1 mns
souvent onHÎr la parle afin de eau er enem.b!e. M. ~lounier, secrétaire de l'Empcreur, et depuis pair de France,. ven~ L ouvent vi-iter La Bourdom1a e, son ami· nous
fimc connai ancc, et comme il aYait beaucoup entendu parler au quartier général de
mes actions de guerre et de me blessure ,
el qu'il me voyait encore frappé par le feu de

l'eonemi, il me demanda qnelle récompense
j'a,·ai reçue. 11 Hien, loi di -je. - Cc uc
&lt;&lt; peut êLrr que Jlal' uil d'un ouLli, réponcc dit M. !founfor, car je suis certain d'a,·oir
&lt;&lt; \'li YOLre nom sur u.n des brevet dépo. és
« dans le portef·uille de l'F:mpereur. &gt;&gt; Le
lendemain, j'appri par M. Mounier que,
ayanl mis ce breYct sou le yeux de l'Empercur, celui-ri, au lieu de le signer, a"a.it écrit
en marge : « Cet ol'ficier •era, par exception,
« placé comme chef d'escadron dan le
&lt;&lt; cha· eurs 11 chcYal de ma garde. » L'Empcrear m'accordait ain i une îa\·eur immense
el ~(IIIS e:i·emple, car les oHicier de la garde
ayant le grade upéricur à celui qu'il occupaient réellement dan cc corps d'élilc, apoléon, en m'y admettant comme chef d'e cadron, me f~i ail franchir deux échelon tt la
foi el rne donnait le !!rade de major (ou lieutenant-colonel} de la ligne : c'était magnifique!. ..
Cependant, cet a1•antage ne m'éhlou.il pa ·,
bien qu'il s'y joignit celui de voir plu. souvent
ma mère à Paris, 011 la garde tenait gtll'nisoo.
Mai , outre que le maréchal Be . ière , commandant 1mpérieur de la &lt;&gt;arde, N œ, ail l'orL
mal les officier qu'il n'ar:üt pa proposé,.
j'avais à craindre sa rancune au sujet &lt;le l'incident d'E~ ·liug.
J'étai . dan · une cruelle incerLilud1•, torque
le prince Eugène, ,·ict•-roi d'Italie, arri,•a à
Vienne et fut logé dans l'hotel du prince
AllJcrt. li recul la ,i itede tous le marécha11t
pré ents, et enlre autre. de )Jas t!na, 11oi
chertha à témoigner qnelr1ue bienveillanC\'
aux aide d' camp du maréchal 1,anne:,
au-xr1nel 'apoMon portait lui-même intérêt.
lia, éna monta dans nos appartement et s'arrêta quel&lt;Jue lcmp pr~· de moi, qu'il conna.i a.it depui le siège de Gêne ·. Je lui fi·
part de mon embarra -; il me répondit: &lt;&lt; Ce
u serait ans doute fort avantageux pour Loi
o d't.mlrcr dans la 0 ardc, mai· tu t'exposerais
« à la vengeance du maréchal Be sière . .
« Vien avec moi, tl qualité d'aide de c:imp.
~ lu era reçu comme l'enfant de la mai 011
a comme le fil. d'un bon généra.! qui c~t
a mort en comhattant sou mes ordre , et
&lt;t j'aurai soin de ton a1·anccmcn 1. n ~éduil
par ce prom~sses, j'acceptai. Ma éon Sl'.
rendit au silôl aupr~ - dll !'Empereur. qui finil
par con enLir à _a demande, el m'ru.pJdia un
brc\'Ct de chel' d'escadron, aide de camp de
Ma,séna : ce fut le t juiu.
~lal•rré fa joie que j'éprouvais d'ètrc C'nfln
o(firier $Upr1~ieur. je ne Lardai pa à me repenlir d'a,oîr acc&lt;'plé les offrr de la Pna.
[ne heure après a1·oir reçu ma c·.ommis,ion
d'aide de camp, je vi. arriver le maréclrnl
Be ·ière m'apportant lui-ml!me mo nomination dan la garde ; il m'a sur a fo plaisir
qu'il ai1rail à me rece,·oir dan cc corps,
sachant do rcsle, que je n'avais !ait qu'ol,éir
aux in lruclions du maréchal Lanne en lui
lransmcllant de ordres sur le champ de bataille d'E lin". Je fu péuélré de rccounai ·sance po11r celle J émarcbe loyale et rt'!ITcLlai
vivement de m'être i promptement en oagé
avec fa séna; mais il n'était plu Lemp de
1

�r-

ll1ST0'1{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~

revenir sur ma décision. Je crai nai~ alor.
que mon av:mcemenl en ~ouffrit; mai heur usemcnt il n'en fut rirn, car~[. llounier,
nommé à m:i place aux chasseurs de la garde,
,:tait encore ch f d'e. c.idron lors•p1e j'étais
déjà colonel. Il l'l&gt;t vrai qu'il re. ta les deu
aunéc" iUÏl'anles à P:iris, tamli · 411 je Ir
passai au milieu des coup de fa-il el rt&gt;ças
deu~ nou,elle ble,~ure , ain. i que j le dirai
plu loin.
\apolC.:on t•omhla ùe ré •omp n e l'étatmajor du mart&gt;chal Lanne . l colonel Guéhrneuc de,inl aide de camp &lt;le l"Empereur,
c1ui prit Wauc,ille cl La Bourclonnaye pour
officiers d'orJonnancr.. ainl-'ltlrs fut nommé
colond du '"e d cba seur cl Lahédoyère aide
de camp du prince Eugène. Quant à moi, qui
H•nni· d'ètr nommé ch f d'c adro'l, dè que
je pu" me rendre à d:hœnbriinn pour rcmerch•r I' mpereur, .'a Majesté me fit l'honneur
de me dire : « Je rnulai vou. plat r d.in.
a ma sarde; cependan1, puiSfiue le maréch::il
(&lt; ~la .éna dé ire vou
avoir pour ::iidc de
« c:imp, cl rp1 cel.i ou convient, j' • con&lt;1 ,NlS: mai pour rnus Lémoi"ncr d'une
« manière toute spérinle comhien je ~ni
(&lt; contcnl de vou , je ,·ou nomme chc\•alier
11 dcl"Empire, a,cc unedotalion&lt;lc2000 franc
&lt;1 d ' renle. ~
i j'eu ·e osé, j'aurais prié l'Emper ur de
rcrN1ir à ·a première pmsée, el de m'admeLLre &lt;l.111s . a garde; mai. pouvai -je lui dire
quelle av:,iL c11é fa c.iuse Je mon refu ? C'était
impo $iule. Je me bornai donc à remercier,
main j' arai le tœur fül\ré !... Ccpe11dan 1,
forcé J, me ré,;iguer à la posi1ion da11 laf]Uellc je m'élai. placé p.ir mon étourderie,
jr cbcn·hai 1, ëluigncr dïnutile regrets et
.-oigm1i plus atlrnlil'cmcnt ma hies ·ure, afin
d'êlrc en étal u·accompagner mon nou,eau
mnr:chal, dans les coruhat auxqut'l~J,,,nit
donner lien Il' nou,eau pa sage du Danube.
11

CHAPITR_E XXI
ÜAI 111ojor tle "a-~1•,1a. - )1. d&lt;• Saiult'-C:roii.
Fn,cur mfritée ,!out 1I jouit ftupri!s ,J,. '.\npol (•on.

Ver~ la fln de juin, me lrouvanl a scz hicn
ri•talili, j'allai rejoindre le quartier général
de Ma. éua ùans l'ile de Loba a. Le. aide d'
ramp, donl j · dcvcmis le camarad , me rcçurenl trè Lien. Cet état-m~jor était l'orl
nomlirèux l'i comptaiL plu ieur::; o!ficicr · di LinoUt; mah, il ' lrouvail nm i iiuclque
1fü•diocrités. Je ne 1eu:\ cependant inlerrompre momentauém nt le récil de la rarupatrntJ Je 1 0\1 llUL' pour mm faire connaitre
le pr mier aide de camp, t'oloncl dt• aiul ...
Croi.\, 11nrre 11u'il joua un forL grand rôle
dans 11•· f!n\11emcnts qui pr(,cédèrenl la bataille de Wagram .
Charle d "Eseorthrs clc • ainte-Croix, GL
du marfJUi · de ce nom. ancien ambassadeur
de Loui \VI à C n. Lantinopl •, 6tail sou,
tous le. r::ipporl un homme 1•rnime11t uprrieur . ._'a carrière militaire ful ùi u courte,
mni d'une rapidité cl d'un éclat c traordinairl's. 1 o, deu \'. famille étanl liée;;, ln plu
1cndre amiti · m'uni .sait 1t cet officier· au ·,i

le dé ir de . er1·ir auprè · ,le lui a1·ait beaucoup contribué à me faire accepter le propo ilions du maré1·hal ~las~éna. Bien tJue
Sainlc-Croix 1'Ûl un 01H inné pour lt. arme ,
il ne put -'I Jirrer fJUC lrè tard, parce que
a famille, le dcstin:ml à la diplomatie, ravail
placé au .ccréltlriat du minHèrc de' atToire
élran"èr ·, auprès de ~I. de Talle1rand, a1•cc
lequel elle était en relation intime. Tnnl que
dur.i la pai con"lue à Amit n~. 1inte-Croix
. upporla pa1icmmcnl la po,-ilion 1ltlcnLtlire
11u'on lui a1ai1 faite, mni. l'ou1erture de la
r::impa!!llc de 1 o., ré,eilla ,"O il ardrur •11errièrc. Cependant, comml' il était ;l;;-é d
,in"l-trois ans, l'l avait par conséquent pa é
1':l e fixé pour entrer à l'École militaire, il
e·L probaltlc qu'il n'aurait jamai fait partie
de l'armé , si une circoo ·tance fovoral,lc n'ui,t
.ccondê c désir .
L'Empcrcurvoulait utili erungrand nomhre
d'émigré· cl de jeunes noble. qui, bien que
soubailanl c i-Jll:icher à sou gouvernement,
ne pou1·aienl néanmoins. e résoudre à prendre
du sen-icc comme impie soldats; il lit don·
rhoi ·ir, parmi le prisonniers fait· à Au terlitz, le six mille plus beaux bQmmes, dont il
ordonna de for mer deux ré~ment à la old e
de 13 France. Crs nouveaux corp n'étanl pa
a sujetti aux mème. rl'gll' de formation r1uc
les régiment, Mlionaux, apolfon donna tous
1 emplois d'officiers selon on ùon plai.ir.
Il n'étail donc pa nfoe~saire d'a\'Oir élé militaire pour ohlenir d'l'mLléc même un grade
d'ofl1cier upérieur; il urfi.ait d"app.irtenir
à une famille a}ant une bo:mc po ilion et de
montrer du zèle pourlcserlice de l"Einpcrcur.
Cc. promotion étaicnl . ans doute contraires
aux u age ~ta.l,lî·, mai opoléo11 ) lrouvoil
l'avantage de rattacher 1t lui plus de cenl cinquante jeunes gens bien élevé· et riches, c1uïl
nrrachait ;\ l'oisiveté el à la COl'ruption de
Pari.~. Le neveu du célèbre La Tourd' mergne
fut nommé colonel du I•• régim nl étranger,
el un grand .eigneur allemand, le prince
d'I ernLourg, oLtinl Je econd. Ces corp
fureol Jé ·i,,né~ par les nom · de leur chef.
L'Empereur voulut que leur adminislralion
et leur organi.alion fu cnt calquét' ur 11.!:s
capit11latio11s des ancien rérrirnent. élran"l'r '
au _ervice J.le France avant la fit!volution, el
comme, de Lemps immémorial, le mini·tre
dei a!Taire élrano-ère a,·ait éLé &lt;'hargé de la
\c\'ée de ce. Lroup • , 1 :ipolëon ordonna à
~I. de TalleHand du faire faire dans · arcl1ircs de rechl•rches à t•e ujel.
Le mini lre connai s.int Je goùt militaire·
&lt;lu jc•unc Sai11tt~Croi;t el le désir qu'il al'ail
d'enlrcr dan l'armée, le cha rge~ de ce tra,ail. Le diplomate ne se borna pa, à tracer
l'hii;torique de ancien régimeul · étranger.,
mai il propo ·a d~s modificali•m néccs,airc .
L'Emp rcur, îrapp{, Ju lion sen qui avait
pré,idé à la r( dari ion d l"C projcl cl ac ban 1
le dé:;ir de' l'nuleur d'ètre compri parmi le&gt;~
oîfici r· d'un de corp en nonl'dlc formation.
le nomma d'abord d1ef de Lataillun, tl,
qnd,1ur- mois après, major th r,:.,.imcot dt·
La Tour d"Auvcr•me. Celle r. . ,·cur ~;lait &lt;l ':iuL.1111 plus 0 1·and •que I' Emperrur n'availjamai,
,.._L'.!8 ,..

ainlc-Croh, mais elle faillit au,·i le pcrJ,·e
oo entrée dans ln rarrière.
n M. &lt;le ~f..., ro11,in de lïmpérttlrice
.lo· lpbine, 'était bercé de l'espoir d"ol,tenir
d'emblée le grade de lieutenanl-coloncl: il n'eul
que celui de chef de bataillon. on amourpropre en fut hic .é; il prit dè lors Sain1rCroi1: en awdon cl le prornqua n duel
·ous un pr.1teilc des plus frivol ~- )1. de )I...
était d · premit!re fore&lt;' dan_s I • tir ,le. armes
d • lout ~cor ; e nomlireux amis, certain dt•
a ,·ictoirr, formèrenl une carnkadc pour l'acrompagrwr au !mis Je Boulogne, mai un
seul entra avec lui Jan 1 mas if. oi1 son
:td\er·aire el un témoin l'allrndaient. l.1•
comhal eut liN1 au l'i Lui el: ~r. dl' t...
reçul dan la poitrine une balle c1ui l'élendi1
raide mort 1... A cette vue, le ltlmoin, Joot 1•
Jernir était d'aller chercher du ecours, .e
lroulilc en pensant aux coo équeore que
peul avoir pour lui la fin tragique d'un parent
de l'lmpéralrice, el, ans reprendre son cheva l, ni préycnir le ami de JI. de ~r. ... il
. 't!loionc à tr::in•rs boi el va
réfu• ier loin
de Paris! ... De leur c«&gt;lé, ainle-Croix et ses
ami étaient r •nlré 1'0 nlle, de sorte que le
corp rt' ·ta cul ur le Lerrain.
Cepcnd::inl, le personne. qui allendaienl
dan. l'allée le retour de .1. de lf ... , ne le rnyant
pas reYenir apr~ la d 'tonation de r.oup ùc
pi tolet, pénétrèrent dan l · mas. if et trouvi•rcnllcradaYre du ma.lheurem. jeune homme.
Or, il était arri,·l1 qu'en tombant d ·on haut,
frappé à morl, ~I. d • , 1... "él ail déFonré le
crâne ut· un chicot rorl dur . ..,c · ami , après
a,·oirexaminéla blessurequ'iln,ailà la poitrine,
en aper evaut une :cconde à la tète. p n èrcnl
11ue ainle- roix. après a,·oir hie é mnrh•llement on adversaire avec la halle de son
pistoll't, l'aHit achc,·é en lui r11fo111:anl le
crâne avec la cro (' &lt;le celle arme, CP qui
cxplicruait. elon eux, la di paritioo dt1 témoin
ùu morl, qui 1ùrnit 1as en la forci' ou l •
courage de 'opposer à cel a , as inat.
Dominés par cetl prévenl ion, ce me.;; ieur~
court?nt à aint-Cloud el la font partager à
l'lmpératricc, 1111i va demnnder juslicr à
!'Empereur!... L'ordre c t donné &lt;l metlrc
'aint•-Croi enju 11emenl. llue . 'ét::iilnullrmeul
i:::ic.hé; on l'arrètc el on l'enformc. Il nu rail
.an doute langui en pri on pendant 1111
fongue i.nsLructio11, i Fouché, mini lre dl" la
ju ' licc t ami de sa famille, bien per:n:idé
que ainlt-Croi étai l incapal)le d'nvoircommis
le crime dont on l'accu. ait, n'eùt fait sur-1echamp le · recliercltc lrs plu. aclif ..• pour
décourrir I lieu où ·'était réfu•rié le l~moin
de M. de ~l.... elui-ci, ramené à Pari , tléclara que tout s'ét.iit passé loyalement; d'ailleur , 1 ma!?i lrat cliaro-~s de: l'cnc1uêtr
découçrirenL, auprè du cada\'re, un !'bi ·ol
&lt;le racine imprt1!!Ilé de an,.,. el auquel ttaient
coll~ qucliJ ue cheveu dn défonl. Dè! lot'"
l'innocence de , aintc-Croix: fut rr onnuc; il
fnl mi~ en liberté et s'empre sa d"aller rejoindre on régiment qui c formnil eu llalil'.
M. de la Tour d' \u\'Cr!!'lle, bnmmc de plu·
"ümable. . manquait &lt;l'aptiluclc pour le.
cbo_e. militaires: c fut dooc le maj,11· . ~intt:-

"-----------------------

.MiJKOffl_ES DU GÉJV15~Al. BA1(0N DE .MA~BOT - ~

Croi qui~or"anisa le nouveau régiment, dont mai cc qui acheva de détruire le préve:n- journée rutière à c am_incr le Ira.vau '. cl
il 'ocrnpa avec tant de z'le qu'il en fit un de
tion que !"Empereur a,•ait onçuc · contre montait ouv ol avec IUI au haut ù une 1m•
meilleur· cl uo dM plus beaux corp de Sainlc-Croix, depuis son duel a,·cc M. de M... , men e éehellc dotlùl, que le colonel avail eu
ce furent l • ervices important., 11u'll rend,L l'heureu,e idée de faire établir en forme
l'armre. Enl'03é dan le rO)'aumc de aples
ul chargé de réprimer l'in urrcclion de Ca- au corps de ~lis éna, placé en avanl-"a.rde d"ob~enaloirc. De là, la vue domin.iit le
nrhrcs le. plus :1evé el J 'couvrait au loin
labre,, il se di tingu.i dans plu ieurs com- dan l'ile de Lohau, pendanl le lap de Lemp
bat . Le maréchal fa · éna, qui commandait qui 'écoula cnlrc la bataille d'Es'lin"' el c •ltc I • campagne de la rive gnucbe, occt~pt;~
alor d.in la La, se Halie, a1anl reconnu l • de \\agrarn. l)Empcr •ur, 11ui faisait élevt'r par les troupe ennemi , &lt;lonl on ~omuu_ ail
aimi lou le' mouvemcnL~. Le soir, , aintcmérilc d ainle-Croix, le pril en gr.inde dan. celle ,le d'immeu.e forti.fication
ntîecûon. \ppelé en Pologne, nprè la bataille l'arma de plu· de cenl canon~ de gros c::ilibrc. Croix rcconduis:iit !'Empereur à chœnhruun,
d'E)lau, ce maréchal tinl à · nunencr aintc- li allait îi iter Lous les jour~ le. tra,::iux, el retournait d.in l'ile, 011, après quelctue· insCroix, liicn qu'il ne fùt pa encore on :iidc voulant lout ,·oir par lui-môme, il m.irchail à tant· de r •po ·, il pa ·&lt;ait toute la 111.ût à ,i~itPr
de camp et que les r~ 6lemcnt 'opposassent pied peu&lt;lanl . epl el huil beur• . C• longue· les po tes, el rccow1uen~·ait le lcndeumin le. ·
à ce 11ue personne pùl retirc'r un ollicier, cour-e faliguaieul le marC:C·bal lla éna, déj11 course. de la veille.
Pendant 1111arante-qualre jours, et par une
urtout uu major, d, on r,himenl. En arri- un peu r.t ·é, el le général Tlecker, cbt'r
chaleur
l'Xcessivc, ainte-Grnit 11pporta ce
d'étal-major,
ne
po111ait
la
plupart
du
temps
rnnl à Var~ovie. Ma.séna afanl pré ·cnté ainlefatigue ·ans en être accablé el san que , on
Croix à l'gmpl'reur, œlui-ci . c rappl'la lu répondre aux questions de !'Empereur, Landi
ru &gt;rl dé ~I. de M... , reçut lemajorfroidement que le colonel ainlL--Croi . , donl l'actÎI ilé zèli: cl on activité c ralentissent un .cul
cl exprima mème au maréchal on mécon- était infati.,abl' el l'intcllibrence prodi"iru ·c, iusl:int. Il [ai ait en mêm lernp prctt\'e
lentemenl de ce cru'il eût éloigné cet officier aYail Loul rn avant l'arriYée de )'Empereur, d'une telle inte.lli"cncc sur le. plu houles
saYait tonl, préroyait tout cl donnait sur toul quc:-tions mililair~, que ,,puléon l'appelait
du corp auquel il appartenait.
A celle pr mièrc eau o du mamai accueil les ren eigncments le. plu. exacts. Napoléon conslanuuenl auprès de lui, lor.quïl confé110c !'Empereur fit d'abord à ainte-Croix, prit donc l'hahilude de s':idrc ,cr à lui, el rail avec le mar\chau ~la ,é na el Berthier
'en joigrul une aulrc. 1 apoléon, hien que de peu à peu aintc-Croix de\'Îllt. ·inon de droit. r •lathemeol au mo~en de rair,' déh1&gt;uchc•r
petite taille avait uoe grande prédilection du moiir de fait, le chef d'état-major du l'armée ur l'l ri1e g.iuche. li ·'agis ail de
pour le · homm grand~. forts, à la fi ure corp d"arméc 'JUi ùéfcndail l'ile de Lo- lrav •r er le petit bras du Danube ur uu
nuire point que celui rini a~oit scni de pusmâle ; or, ainle-Croix étail petit, mince, bau.
. age lor · de la bala.illc d'P.s lin g, p::irc&lt;&gt; qn'oo
Il
eùt
élr
i
facile
aux
AuLrichiens
de
uou
blondin, el av.iil une charmanle fi"urc li!miavait quu le prince Chttrle avait fait tle,er
nine, mai , dans ce corp qui, au premier chasser cle celle ile, ou d'eücrminer par une
de
nombreux rclrancllcmenll en ce lien.
abord, parai. ait faible el peu propr aux vive canonnade les quatr di1isions que nous
,
ainle-Croit proposa de to11rner h•s forliliy
a\°Îons,
que
l"Empcrrur
ne
s'
n
éloign.iil
rudes travaux de la guerre, se Lron..,aient une
:\me di fer, un courage Haimenl héroïque el 11u'à regret chaqu1~ soir, pour retourner à cation · de l'ennemi, en exécnlanl le pa •age
une aclÎ\ilé dévoranle. L'Empcrcar ne tarda Lcbœnbrïrnn. li pa ail alors les nuit' dans devaut 't.idt-Enier dorr, cc qui fut adopté.
pas à rcconnailre ce qualill1 ·; cependant, de cruelles inquiétudes; am~i voubiL-i1 aYoir, Enlin, i apoléon conçut une si gr.inde piuion
comme il pen~a que te grade de major, donn; d ~ on r •,eil des nouYelles du corps d'armée du mérile de c rolonel, qu'il dil 1111 jnur i1
de prime abord à .. aintc-Croix, dllnil ulfüe de }la éoa: il avait donc ordonné à ainl&lt;? M. de zcrnitclu:IT, em-oyé ùc l't•mper •ur d
Il'· arpour l1'1elque Lemp-, il ne lit rien ponr lui Croix de se trou\"Cir Lou les matin dan son nu ie : 11 Depui · qae je commande
I d'officier plus
«
mécs,
je
n'ai
pa
rencoulr
appartement,
au
lever
Je
J"aurore,
afin
de
lui
prndaol celle campagne, el aprè la pai..: de
Tilsill, ccl officier retourna à 'aples a\"ec rendre compte de l'étal d •· cbo es. Pour t{UC &lt;&lt; ca11aLle, riui comprît mieux mes pensée.
'Ma éna. )lais quand, en t 09. le maréchal ses rapports fussent plu- exacl , le colonel « cl les flt mieux exécuter; il me rappelle le
11 marécli.il Lannes et le
énér::il Desai~:
fut appelé au commandemenl d'un des corps Caisail 11 pied, toutes le · ouiL , le tour de
(t aussi, à moins r1ue la foudre ne l'emp11rlt&gt;,
l'immeuse
ile
de
Loùm,
vi
itant
le
po
le
,
dr l'armée destinée à m::irchcr contre l'.AuLrii:be, il se rappela le· rcpr(lcbes que l"Em- examinanl ccu de l'ennemi; pui~, mon1ant &lt;1 la France et l'Europe . cronl étonné du
à cheval, il parcourait rapidement k deux « chemin qne je lui ferai faire! D Les papl'reur lui av::iit adrcs.é , pour arnir, _an
roles , rapportées par li. de &lt;.:zcrnitcbetf.
autorisation, ::ittaché ainte-Croi à rnn état- lieues qui le séparttienl du palai de , chœnfur nt bic11tôl connues de to11., cl l'on pr ;\'il
urünn,
où
le
aides
de
camp
avaient
ordre
de
major; il le demanda dune pour ~de de camp,
l'inlroduire à l'in tant dan la chambre à que ..,ainle-Croix. erait rapidemeul marc!&lt;-hal :
ce &lt;[UÎ fuL accordé.
malheurcuseme11L, la foudre remporta I U ful
Dans un des combat qui précédèrent nolre coucher &lt;le !'Empereur, qui, tout en ·'ba.hilLué, l'anlléc suil,aute, d'uu coup de canon,
lanl
dcvanl
lui
cau~ait
&lt;le
la
po
ilion
rc
pec1
entrée dan ,ïenne, inlc-Croix prit un draur les rÎ\•es du 'l'age, aux porte Je Lisbonne,
tivc
de
deux
armée
.
On
partaü
ensaîte
au
pr.au ennemi, cl !'Empereur le nomma colo;1io
i &lt;rueje le dirai en racontant la campagne
nel. li fil des prodige de \'aleur l montra ,.a\op pour l'ile, où l"Empercur, toujour~
que je lis, en l LO, en Portugal.
:ccompaooè
de
M.
de
ainlc-Croix,
p::issait
la
une rare intelligence à la bataille d'E-sling:;
0

(A suivre.)

m. -

HœroRJA. - Fa.se. 19.

GÉNÉRAL DE

MARBOT.

�UNE AYEN~E D'JtR.MAND:S 'B'ÉJA'l(T ~

Une a:venlure d'Armande Béjart
On él.1it au mois de mai 11175; l'événement

Il faut, pour excuser l'accueil enthousiaste Elle aJl'ecte un~ noncbafaoœ dan son pader
f~L par le public parisien à de pareilles pln- el dans ses action . - U e l ,rai, mai. eUe a
ltlude ·, av?.ir qu'elles étaient débitées par gràce à Lout ~la, et ~es manière onL engaArmande JleJarl, « Mademoi elle ~folièrc » geant.es. ont Je ne ~a1s quel charme à .'insicomme on disait alor ·, uivant la coulume nuer dan. les cœur., ! »
qui refm,niL le nom de « .\ladame » aux
Ce charme &lt;1 à 'insinuer dan le cœurs /J
comédienne .
a1ait fait d'Armande l'enfant gâtée de la
Armande, \'Cuve depuis deux ans '\.rrin Cour el &lt;le 1a \iJle; on lui pa.sail tout, et le
.
' 'o"'d'env11·on
trente, n',wait rien perdu de ce manque de comeuances qu'elle a1•ait artiché
charme que son mari dép&lt;'iguait si gracieu- ~n remontant ur les planche. quelques
s~mcnt dan un dialogue du Bourgeois gcn- J0ur apr~s la mort de son mari, el Je scanl1lhom111c :
dale de ses liaLon,, dJjà connues du vivant
« Elle a le yeux petit ... - Cela est vrai de Molièrè. étalées plus lihremenL encore
mais plein de feu, k·s plus brillants, Je; &lt;lepuis la mort de ce dernier.
plu Louchant 1ue l'on puisse \'oir. - EIJe
Au commencement de celle même ana la houe.be "raude l - Oui. mais on y mit née 1675, clle venait de quitter, après l'nvoir
des gràce~ 'Ju'on ne rnit point aux aulrcs à demi ruiné, un riche financier nomn1é
bouches; elle inspire dl' désirs, ell est la Du Boulloy; et, si ell~ raraissail de1mis !or
illu ~ue Ha.ni pom vQu 11n mnl coula •ieux,
plu attrayante, la plus amoureuse du mon&lt;I('. épri e du comédien Guérin d'E !rit hé, c'ét.1il
r,011r 1légag'r le cœur, ~urnm1,ucei: p r le:. y,u~,
~ U)'l'l. ,1~ Ill~• I' ganls la lrqp llnllcuse 111non•1•,
- Pour. sa taille, elle n'c:,·t pas grande. à ce que l'on racontait dan le cou~isse '.
Plu nms l1;1s suutll'irez, pl.us ils nurunl de foroe.
on, niais elle est aisée et bien prise. mo?15 l'effet d'un srntimenl tendre que Je
dé 1r de tourmenter une autre actrice
llile Gul'ol, qui voulait épou~er Guérin.
'
Deux comédie au lieu d'une se donnaient
donc chaque soir à l'hôtel Guéné&lt;raud où
Guérin, Ja Guyot el la Molière ligur~ient enemble dans Circé, mai un certain . oir de
la fin de mai, ceui des spectateur dont
l'allenlion n',était pa · enLièrement captivée
par les beautt!S du tyJe de Thomas Corneille,
purenl s'ap rcevoir qu'à ces deux comJdies
il s'en joignail par exceplion une troisième.
En effet, au premier ran"' des chai es
"
qu 'à Ia grande incommodité des
pcctaleurs'
ou di po ah autrefois sur la scène même.
était venu se placer un homme d'àgc mû;
d_onl les vêlements noirs, d'une coupe pro''lnciale, Lram:haient d'une façon singulière
parmi les couleurs brillantes, les dentelles,
les Ilots de rul1ans, les passementeries d'or
arborés par les marquis auxquels les siè"es
sur le théâtre élaienl d'habitude réser\'é . 0
L'inconnu paraissait agité inquiet et
d'ailleur , v· iblementindiffér;nt aux ~autls
do la pièce qll'il écoula même avec des
signes d'impatience ju qu'au moment où
.Armande entra en cène.
. Alors ce fut bien autre cho e : le my térteux. personnage sembla par d11S gcslt&gt;s, des
bochemeot.s de tête, des manières de se soulever à demi sur sa chaise, chercher 1t attirer
l'aLLenûon de la com~d:ennc; puis, comme
celle-ci .re~tait îro}de, , oil c1u 'elle ne vit pas
celle m.1uuque, soit qu cil la c:·ùt ad!'e séc
~quelque ~utrn personne, l'individu en que .
t1on se la.1s a retomber avec découragement
ur o.n siège el, jo qu'à la fin de la repréPAC-SLIULÉ D'UNE PAGE I&gt;t: REGISTRE DE LA GRA-NGE (10 -1 ~ f't.l'RlER 16f3) .
sentat1on, ne ces: a de jeter tl Armande des
CONSElff.Ê AU.I'. ARCIIJVES DE 1-.1 ÜOYÉDIE-FRANÇAT$J:!,
regards chargé d'amertume el d'indignation.

alor pa sionnait le plu· le Parisiens
n'étaiL ui le retour triomphal de Turenne
apr~s la campagne d'Alsace, ni le départ de
Louis XI\' conduisant en pcr 01me l'armée
qui allait mettre le sièrre &lt;levant Liniliourrr:
cc n'était pas les séditions de Brelarrne el{' ·
représailles dont elles avaient
suivies.
Rien de touL cela n·oœupait le public autant
que J rcprés •nltltioo de la Cim' de Thomas Corneille donnl:e ;i l'hôtel Gué.négaud
par les comédiens ordinaire du Lloi.
Le uccès était immen c, dépa sant de
beaucoup cehti remporté l'année précédente
par l'/pliigénir de llacine; tout Paris avait
,·oulu applaudir le vers du econd Corneille·
il est vrai qu'il en valaient la peine :
'
l{Ui

~té

Après que des salves d"applaudisseroenLs
eurent solué les derniers ,ers et tandis que
les valets du théàlre se mettaient en de,•oir
de soufller les chandelles, l'homme noir, au
lieu de se retirer comme le reste du public,
-'élançadansles con.lisses à la suite ddUJeMolière qu'il joignit au moment où elle reo:agnait a loge. TI y pénétra derrière elle et,
sans lui donner le temps de s'étonner de
cette intru ion :
(( Pourquoi, demanda-t-il d'un Loa
irrité, avez-vous feint de ne pa me
voir pendant la représentation 7
Pourquoi n'avoir pas daigné répondre par un seul regard à tous
les igne que je vous ai adressés? 11
Armande n'était point d\m carnctèrc forouche, aucun de ses biographes ne l'a taxée de pruderie;
mai ceue foi l'entrée en matière
lui sembla trop an façon. Elle
ordonna à l'inconnu de sortir.
Celui-ci, loin de se rendre à l'inlimaûon, éclata en reproches de
plus en plus violents, trail.fl.nl l'actrice d'inrrrate qui l'ahreuvail de
chagrin-, manquait aux rendez,·ous qu'elle lui assigaait el mettait le comble à s~ mau,·ais procédé envers lui par L'accueil qu'elle
lui fai ait à présent!
La jeune femme, commençant
à croire q1i'elle avait affaire à un
fou, s"ell'rap tout de bon; elle appela si haut et si rort : (( AU secours 1 » que l'alarme e répandit
d'un bout à l'autre du théâtre.
Le personnel entier do l'hôtel Guénég~md,
actrices, acteur , figurants, habilleuses, allumeurs de chandelles, accourut de tous côtés;
mais ce déploiement de force ne décida pas
l'homme noir à. battre en rclraiLe. Devant les
t~moins a emhlés, il continua à soutenir
que depuis deux mois il était l'amant de la
Molière et qu'elle lui avait eoftlé assez cher
pour ne pas lui refu er le droit de la "enir
voir dans sa loge.
Cependant Armande se récrinit avec indignation, prenant Je ciel à témoin qu'elle
,•oyait pour la première fois cet amant prétendu et suppliant les au lres acteurs de le
jeter à la porte. De part et d'autre c'était un
tcl accent de sincérité que les assistants se
ùivisèrent, les uns ajoutant foi aux affirmations de l'inconnu, les autre aux dénégations
de l'actrice.
Tout à coup. l'homme noir, arriré à un
paroxy me de rage, s'élança sur ~Ille Molit'lre
et essaya de lui arracher le collier de diamants qu·eue portail au cou.
« Puis&lt;Lue nolrc liaiso,1 est rompue,
cria-L-il, rendez-moi au moins mes présents !... 1&gt;
Celle dernière violence décida les lémoins
à intervenir; on s'empara du forcené qui,
entraîné hors de l'hôtel Guénégaud, fuL livré
à la maréchaussée.
Le lendemain, Paris apprit en même temps,

el l'agre sion dont sll comédienne fnvorile
arnit été l'objet, el le nom de l'agresseur :
Messire François Le col, conseiller du Roi,
président au parlemenl de Grenoble.
0 semblait si étrange qu'un bommc in-

LE

GRAND CHATELET AU

xvn•

lkssi11 dt RonrnA.

vesLi de ce graves fonctions fù.L le fauteur
d'une scène candaleuse, survenue dans les
coulisses d'un théâtre, que l'oo crut d'abord
à un accès de folie.
Mai , dès les premiers interrogatoires, il
fallut abandonner cette version. Le président
Lescot n'était pas fou; il donnait sur a liaison avec ~Ille Molière des détails aussi multiples que faciles à 1·ériûer.
Arrivé de GrenoLle depuis un peu plus de
dem mois, il s'était, dès le début de son
séjour à Puris, épri d'Armande pour l'avoil'
me au théâtre. Bien qu'il ne fùl plus jeune,
ou peut-être parce qu'il ne l'était plu il
s'était senti trop de timidité pour adresser
dircclemcul ses \'œux /1 l'objet de sou amour.
Il choisit pour intermédiaire une per onne
dolll le !.,on vouloir et l'intelligence en pareille
matière étaient fort connus à Paris : la
femme Ledou,t. Celle-ci avait à merveille
rempli son office, moyennant, bien entendu,
une large rétribution. A.près un délai nécessaire pour le négociations Mlle MoJière
avait daigné accorder une audience lt. son
oupiranL dans la propre mai,on de la
Ledoux.
Oelati\'cmenL t• cc premier rende-M·ous,
Lescot donna les détails les pins précis.
Armande y était venue dan une toilette un
peu négligée; tout en causant, elle aO'eetait
une petite loui et se plaignait que la longueur

du rôle de Circé lui faûruait la voix. Elle
avait in isté 1,eaucoup sur la condescendance
dont elle l'aisail preuve en acceptant de se
rendre dan un lieu mal famé pour y onffrir
l'entretien d'un homme f(u'ellene connaissait
pas encore, mais qui lui emblait di!mc d'intérêt par la peinture qu'on lui avait faite de
ses sentiments.
Le l'résidrnt, ravi de lant de hiemreillante,
s'était empressé de supplier Armande
d'en fuer elle-même le tarir. La
jeune femme, après de nomellcs
minauderie , a\!ail consenti à se
lais er conduire cliez un joaillier
du quai de Orf~~res; là, elle avail
fait chou d'un collier de diawanls
de huit mille deux ce11ls livres;
c'était, att dire du PrJsid1.ml, ce
mème collier dont elle élait parée
au moment de l'esclandre.
De nombreux. rendez-vous avaient
. uivi le premier; puis, la lune de
miel ét:inl passëe, la comédienne
e montra de moin en moins ex~ etc.
La veille enfin, Lescot l'avait atlrnduc ,·aioemenl une Journée entière chez 1a Ledoux. C'r l ::ilor
qu'il s'était décidé à l'nller relancer au théâtre, liirn qu'elle lui c:ùl
formellement interdit une pareille
démarche, en prétextant la crainte
de prêter aux propos m;ilveillan'ts
des autres comédiens. )[ai la jalou ie et 1e dépit donnant au pauvre Présidenl l'audace de dé obéir,
SJÊl:L.E ,
il s'était, ma.lgré les inslances de
la Ledonx qui l'exhortait à patienter, rendu à l'hôtel Guénégaud;
le reste de son a1·eulltre à déjà été raconté.
Mlle Uolière oppo$a à cc récit les plus fébémente déné_gation ; et, à la plainte formée
par elle contre Lescot pour injures et mies
de [ail, elle joignit une plainte en diffamation.
L~affaire d ,·enait d'autant plus difficile à
éclaircir que le principal témoin avait disparu;
la Ledoux s'était enfuie aux premiers bruits
de l'arrestation du Président.
Armande demanda alors à êlre confrontée
avec le joaillier Monnot, chez lequel avait élu
faile l'acquisition du collier. Lescot, mis en
lilierté sons caution, faisait la même demande.
La confrontntion eut lieu cl Lourna à la
confusion de la comédienne. .Monnot la reconnut à première vue pour la femme qui
était l'enue accompagnée du Présideul Lescot
dan a boutique du quai de· Ortè\!res, choisir un colli r de diamants. lL est uai qn'il
ne reconnut pas pour la parure ,enduc par
lui oeHe que le Pré ident am.il essayé d'arracher à Armande lors de la scène du théâtre;
mais c'était là un détail le collier Yérilable
pom•anl avoir été écb.angé ou revendu pal' 1~
jeune femme.
Eu somme la véracité du récit de Le cot
semblait élahlie; il ne re tait plus qu'à débouler de sa plainte Mlle folière, eo11yaincuc
d'avoir voulu e d~faire brutalement d'un

�111S T O'Jt 1.JI
homme qu'elle avail exploilê et que, par
coml.Jle d'inJ.é]jcatesse, elle voulait 11 présent
troîner en j Il Lice.
A l'Mlel Guéoégalld, le parti an · de
Mlle Guyot triomphaient, œux. d'Armaudu
élairnl dà.ns la consternalion, quand soudain
un coup de théâtre se produisît. On apprit que
la policeYenait demellre.lamain. ur la Ledoux.
Celle-ci, dès ~on arrestation, avait fait de
avcu."I complets, C'l ces aveux concluaient à la
parfaite innocence de Mlle aJolière.
La ,·érité étaü que la jeune femme ne connaissait ni de prè ni ùe loin Mme Ledoux·
mais œue dernière, quand le Pré ideat était
venu la trouver pour lui demander de le
mclLrc en rapporL avec l'objet de c rêres,
n'a\'ait pas. ,·ouJu laisser échapper une occasion de profil.
Elle comptait parmi ses clientes une lille
nommée l\Jade imonnet, soi-disant mari6e à
W1 ,ieur Uené de la Tourelle, dont l'existence rc ta, d'après les pièces dn procè,,
e."'lrèmemenl prohlémalique.
M~riela l'ourelle (c'est sous ce nom qu'elle
était connue) ressem.li1ait d'une manière
fra ppantc à Armande Déjarl; l:i Ledoux imagina de lirer parti de celle res emhl:mce ponr
dupar le Président.
C'était donc tarie la Tourelle, dûment
sLJ•lée par la Ledoux, qui avait joué le_personnage de la lolière, et a,·ec lanL d'exactitude que Lescot s'y était laissé prendre, comme
un plus grand per ounagc que lui devait, en, iron un iède plus lard, se lais er prtmdre
dans de pareilles circon ta1ices aux ruses de
deux aventurière , plus hardies encore que
Mme Ledoux et Marie la Tourelle.
Le fait est que les héros du procès de 1675
~:~mboitcnt si exactement dans les rôles des
hfros du procès de J786 que, si une comédie eût été Li.rée de l'aventure de .Mlle 11ulière
eL qu'il eùt pris fantai ie à la reine Maricnloinelle de monter la pièce à Tria.non, elle
aurait pu distribuer ainsi les personnage :
I.E l'•Ésmr. ,T l.v,sçor . L(' Canli11ol th Ro/11111.
fü.u: llowi aE. • . • • Ui Reine.
M~• Li,.00111. • • • • • (:0m(e$Se de ln Mollie.
)L,ms u rom.eu.~. . .Ulk d"Ofii-a.

La fille la Tourelle, arrêtée sur la dénonciaûon de la Ledoux, tul, comme celle-ci,
incarcérée au Chàlelet, d'où, une nuiL, au
courant de l'instrucLion, elle parvint à s'évader par la fenêtre.

Un de ses geôliers, Jacques Marest pa~~a
pour complice de l'évasion, el uLil de ce fait
un courL emprisonnement; on dut le relà ·ber
Caule de preuves.
Que œ soit Jacques .farest ou un autre qui
ait procuré à la captive « les cordes et instruments d'évasion II menlionnés au procès-verbal, il est évident que la complicîLé du gardien dut être achetée par un ami de la
prisonnière. Il n'est même pa impossiLle
que ce généreux protecteur t1il le président
Lescot, lequel, n'c péranl plus rien de la
vérital.JleA.rmande, dé irait aumoins conserver
la Causse. Toulcs dcu..""t représentaient le même
type defemmë; or, à tout prendre, une femme
en vaut une autre, ... et vaul même mieux!
ajoute le dicton irlandais.
Gien en prit à Marie la Tourelle de s'èlre
mise à l'abri dn chàtiment, car, si la Ledoux
subît le orl de .Jeanne de Valoi , ~a complice
fut traitée a,•cc moins d'indulgence par la
Chambre criminelle du. CbâLelet que la d'Olh·a
ne le devait êLre par le Parlement en t 7 (i.
''oici le te.\le de la senfeoce:
11 A la requête de damoiselle Glaire-Armande-G.résinde-Ëlisabcth Béjart, veuve de
Jcall Poquelin, sieur de Molière, demanderesse
accusatrice, contre Messire Franç()is Lescot,
conseiller du Roi, président aa Parlement de
Grenoble; Jeanne Ledoux, veITTe de Pierre
Ledoux, et ~forie Simonnet, se disant femme
d'llené de la Tourulle, défendeurs el accu és.
La Ledoux, dùmeot alleinte et convaincue
d'avoir produit sous le nom do ladite llolière
la diLe Simoane!, et ladile Simonuel d'm•oir
pri fo nom de la dite Molière pour rai oo de
pro Litulian, pour n1paralion de quoi condamnées d'ètro fusligées, nue~, d~ verge·, audevant de la principale porie dn Châtelet et
devant la maison de fa&lt;lite Molièro. Ce rail.
ll:rnuies pou!' lrui ans de la ville, prévoté et
vicomlé de P:iris; enjoint à elles de gard1-r
leur ban, à peine de la hart, et solidaircme11t
en vingt li"res d'amende enver- le I\oi, cent
livres de réparalion ch·ile, dommage et intérèls envers ladite Jlolière, el aux dépen ; et
à J'én-ard du sieur Lescot, condamné de faire
la déclaration au grefl'l?, en prfscncc de la
.\lolîère et de qualr~ pet"onnes, lelles rpù:Uc
voudra choi ir, que par prémi_ses et ioadl'el·l:rnce, il aurait usti d.e voies de fait contre
elle et tenu lr.s di cours injurieux mentionnés

a11 procè., l'ayaot prise pour une autre personne; de laquelle déclar.1.1ion e1•a d0li vr:
acte A ladite Molière, cl icelui sieur Le co!
condamné en .es dommages Cl intfo!t liquidt13 à l, omme de deux cenls livres et aux
dépen à son égard. »
Ladite Ledoux en apnl appdé de ladite
sentence, ladite sentence lut conlirm&amp; par
un arrêt du 17 octobœ lli7~.
c·~tail un triomphe pour Armande dont la
réputation gagna au lieu de perdre à l'avenlure; c.:ir le bon public, dans son e11thousia me pour l'innocente victime, ne fut pa
loin de croire également faux el men ongers
tous les bruits scandaleux répandus précédemment ur Je compte de celle-ci.
Thomas Corneille exploita l'intfaèl excit ·
par ces é,,énements en iinirant une scène
d'actualité ùa11 sa pièce de l'focom1u, repréentée quelques moi, plus tard.
Une Bohémienne, disant la lionne aventure
à la Comtesse, dool le rôle étaiL tenu par
Mlle )folièrc, lai récitait les v .rs suh·ants :
.ell~ ligne qui croise aYec cell~ cl,• vie
llari1ue pour votre gloire 110 momo11t Lrès fol1il.
. ur dèô lrpits rcsscmblanls 011 en pnl'lcrn mal,

Et ,·oil:! aurci: une c,1pic.
·•en pre1101; pas Irop de cbsgri,1

ï votre gaillnr1le

figure

f.ontrr. w,u, quelque L&lt;!mp eau c un fâcheu, murOi1 Lonr dQ ,·illc y ui~llrr, lin ,
[muré'.
El ,·oos rir.:i de l'a1cuturf'.

Pour rompr,•ndre le ens de cr derniers
mol , il faut .tvo r que le peuple appelait
« lour de \"ille » le lraj •t d.c condamm;s que
l'on menait îouetler en place publique.
Le r.eJouhlemenl de popularité d1• la Molière eut un effet illalleodu : le comédien
Guérin, flatté d'èlrc remarqué par 1rne rem me
qu'un anêt ùu Parlement venait de proclamer
vertueuse, n'h'•~ilà plus à lui sacrifier sa
rivafo, Mlle Gu ·ot; Armande snl reconnaitre
le ~acrilicc ; die le reconnut même si génércu eincnt qu'elle ne larda pas à e lrounr
dans une siluaûon lrès crit..iquc pour llllll
wu,·e. Pour se tirer d 'emLarra,, die prit le
parti d't.111ou l'r Guérin.
Aiusi se Lermina par un mariage à la man 'rre des andcn vaudevilles, cctle tragicomt:die donl la e.:ond.e représentation dm•ail
servir de lever d1• rideau au drame de la Révolutiou française.
jEAx P0UJOULAT.

MAUR.ICE DUMOULIN
~

Marie-Antoinette jugée par Louis XVIII
M. Erne t Daudet a dé&lt;·onvert, écrit en novemhre 1798, un mémoire de Loui XYUf,
son forme de n lellre à un ami&gt;&gt;, contenant.
prêtes à être puhliér les Jl é{lei·io111; hist!ll'i'flle~ SIJJ' ata1·îe-Anloi11elle, Ct;~~sœs p~r I.e
îutur roi de Frnnce, dans Ir lo1s1rs de 1 exil
de Mill.:m.
M. Daudet, 'lui a l'U eommuai.cntion Je
tou s les papiers du frère_ de Lo11is XVl., a
trou,·é clllte pièce de premier ordre dao~ 1 enveloppe où un des ccré~air~s
du comte de Pro\'cncc I arntl
insérée, il } a pins de cent ans.
Le jll'..ement d'un pr!nco du
,ang ur une des .reine de
France les plu rnaqnées et les
plus math ureu .es. donl 1.a po térilé s'attache, comme 11 y a
un siècle cl demi, oil à revisl'r
a\'CC pa,don l'acte d'nccllsalion ·
tendnncieuses qn'on dres l conLre eUc, oi Là grossir a \'CC a~~arnement on do sier de p1eces
accahlanles et de témoignages à
charge, c'est chose préc:ieu e.
Le mémoire de Louts XVIII
est adrn;ê à uo ami, resté inconnu au comte ... ; c'est un
~cnti.~cnl de t·éparation qui l'a
poussé à le rédiger·. .
&lt;1
Je souffre, d1t-1l, d'entendre toujour joindre au nlimenL de pitié qu'on ne ~cul
refuser à la. malheureuse r-eme,
e.c terrible mai~· qui détruiL tout
intérêt· c'est cc mais r1uè j' allaque parce que je le trouve inju te.»
Avant d'écrire il fait on nll'a
culpa et reconnaît que, plus
qu'un aulre, ayanL ftémal aYec
elle il dùiL apporter on concou;s à l"œuvre de Lnrdi\'c ju Lice.
&lt;&lt; Longtemps assez mal ~YeC
elle, son ami dans les derniers
temps ... elle me disait beaucoup
de cbo·es, presque Loul, el ne
me consullah jo.mais. l)e celle
m~ni~re, j'ai pu l'examiner aycc
soia, mai$ avec impartiali:é,
parce que je n'ai eu ni /t rouglr,
.
ni 1i. rue "lori fier d'aucune des choses qu elle a
faites, et je puis en parler sans pré,•ention. l)
~fal!rré tout, il garde l'anonymo el ne dévoile, ~n aucun poinl de son récit, a royale
per onnalilé.
Cnmmentt après avoir élé fêlée et :idulée

comme le fut Marie.-Antoinetlc dauphine, l'aYersion na11uil-elle contre elle à la co?r ains i
qu'à fa ville? C'est ln principale IJl~e~t100 qu.e
Louis XVlfl .e po e cl, pour ~. ~epondre,_ il
expose les rai on qu'on eut d aimer )la,r1cA.ntoin.eL1e .
D'abord sa fiaure et ·on caractère.
&lt;i ... "a fi!!ll;e, qui, an,; êlre précisément
jolie, était cependant une di:s plu, agréa~~es
que l'on p1'tl voir, e· gràces, une a1fal11hlé

attira la haine dn duc d'Aiguillon qui 'oublia ju~qu'à la lrailer de c1 coquelle », el celle
du cardinal de llohan qni avait eu le tort de
la peindre au oalur~l dans une dépêt~be diplomatique 'lu'oo ne unl pas M. cz ecrele.
Dès qu'elle le pnL, elle e vengea de sc,s
ennem· ; et c'e t de lit qu'c t née s.a répulaLion (C de méchante el d'implacable 1i.
L-cc juste? demande Louis XYI_H. Les
motifs d'excuse qll'il donne sont as ez m~1le~dus. an don te, elle a fait euIer J, du• d'Aiguillon à A.ii:uillon très lo'o, alor. qu'il dési,
'
rail èt1·c à Vérel, plus pres :
mais après la mort de sa fille,
lime. de Chabrillan, on lui pe.rmit d'aller pari ont, ~:iul' à la
cou r. San doute, encore, elle
empêd1a qu'on le comprit dans
la promolio~ des marfr~1:nn: de
France; m:us elle ne 1111 ,nJt,a
point sa barge de eolonel gfoéral Je Sui ~es el la démarche,
iofructueu e d'ailleurs, q-ue fil
auprès d'elle ]e comte de l'royence pour qu'on clonn:il le bàton à son rrolégé, devint le
point de départ de leur solide
amitié.
Quant a.u cardinal de 11ohan:
ci .•. Je demanderai à ses
ennemis, dit Louis :XYIII, quelle
est la ft&gt;mme qui, dans relie
occa ion, aurait impo é • ilence
à son bonn nr ans icrucllcruent
outrané et quf'I C'st le mari qui
souffrirait aupr~ dt! lui un
homme qui non seulement aurail ,·oulu ul,lcnir les fa1eurs
de sa femme, mais qui se sr.rait , 1anté de les :l.\'oi r obtenues.

dont elle aYail pri l'exemple de sa mère et
qui contrastait avantageusement a~ec l'otifJUelle sérieuse, même un peu tnstc, qui
régnait à la cour. &gt;&gt;
.
011 éloignement pour la Du Ilarry lm fut
compté pour yerlu par le public, mais lui

Il

Non, elle n'était pas mécbanle, t~moin sa conduiLc dans
cetlechassed'octobre 177::ï, où
elle fit placer dans sa calèche
un pau\re homme bles é p:ir
un cerf et le fil conduire dans
sa chaumière, où elle le oigna:
témoin son intervention pour
·a.uver la vie du général anglais
A~!!il, condamné à mort par
le éoat améric.ain.
Pourquoi donc la haine qui la poursuivit?
Ici Loui .XVI Il l'ait preuve d'une pénétraLion upé:rieure.
« - Quel fardeau, 'écria Louis Vr en
apprenant la mort de Louis 'V et en se jetant

�~ - 111STO'J{1.Jl

-----------------------_.j

dans le bra de a femme. ~fais vous m'aiderez à le • upporler. »
Tarie-Antoinette donna à celle phrase, qui
n'était que l'effusion d'une ensibiHlé, on
. ens compleL.
L'iM d'une (emme-roi n'était pas pour
l'effra:er; elle vouluL imiter a mère, et en
régnant effecû,·ement, el en s'affranchis ant de
la tyrannie de coutume~,; L'infortunée e trompait: le caractère
rénéclti de Allemand le · empêchait d'abuser
de la Iamiliarilé que Jarie-Thfrèsc avait subsûtué1• au ct'.-rémoniaL
«Les Françai , au contraire, ne lardèrent
pa ' à voir leur é ale dan celle qui, rejetant
les formalités auxquelles il étaient haliitués
sons l'an ienne cour, Yenait sans appareil se
mêler à leurs jeux, à leurs société , et bien.tôt
ils en ,forl!Ill à regarJl'r la reine à peu pri.-s
du même œil ~u'il avaient vu le maitres e
du îen roi.
« )lai un roi change de maitres c, un roi
comme Louis X\'l ne change pa de femme.
&lt;t La ,·erlu connue d Louis XVI était un
arant de la durée du crédit de Marie-Anloinette, el lorsqne le premier enthou iasme fut
pa é ... ce peuple ... commença à se peniader
4.uc la reine étniLfa eau e du poid des impôts,
f'l hienLÔL l'omour fit place au cntimenL
opposé. ll
1l y enl d"autres raison. : es amitiés, surtout i;on intimité avec la comtes e Jule, do
Poliguac, gui fut telle qu'au lieù u que la comtesse fùt admise dans l'intimité de la reine ...
cr fut la reine qui fol attirée dans la société
·de la comtesse l&gt;. L'àpre recherche de gai us
et de plac~ (JUe montrèrent le Polignac à
qui furent dispensé &lt;( en peu d'années les
titres, les di.,nité. , , les grâ~ pécuniaires,
celles de la Cour » acheva d'indisposer conlre
la reine. Tl faut ajouter qu' o e11e avait élé
accoutumée, ain i que tout le monde alors, à
rerrarrlcr les ressources de la France comme
inépuisable:;» el qu'on ne peut &lt;da défendre&gt;&gt;
0

». ments ur -un des points les plu ignoré de
La calomnie e déchaina et s'attaqua sur- la ,,ie publique de la reine.
tout aux mœur de la reine. Sur ce point, le
Tl n'en cite. en dehors du cas de Loménie,
Lémoign~ge de Loui XVTII est catégorique.
que deux autres exemple qui soal à on hon« Pour l'article des mœurs, je n'entrepren- neur : son intervention en t 788, lorsque
drai pas de nier que es manières lrop libres Joseph li, son père, réclama l'aide de la
n'aient prêté à la cen ure .... fürie-Anloinette France en vertu do traité de 1750, contre la
[ul imprudenle san doute i mais il y a bien Turquie, avec qui il était en guerre, intervenloin de là à èlre criminelle, el je ne croi pas tion qui fut décisive pour empècher la France
que pei- onne au monde puisse prou\'er qu'elle de commettre une gram faute diplomatique ;
l'ail élé. »
et on altitude vis-à-vis de recker.
La haine se préci. a lorsque Marie-Antoi« La reine, dit Louis XVIII, qui savait bien
nette prit le pouvoir; car, un des points les que M. ecker pourrail à p ine souffrir d'aplus curieux du Mémoire de Loui
C!&gt;l
voir le roi lui-même pour upérieur el qui
l'aveu du gouvernement personnel de la reine ne voulait pa avilir sa propre dignité, e retira
pendant une certaine période.
alors des affaires. &gt;&gt;
Elle préféra s"éloigner plulol que d'entrer
« on crédit ne fut entier, ùit-il, que bien
longtemps apri- la morl du comte de Maure- en conflit avec un mini Ire qu'elle n'aimait
pa et, je a"hésite pas à le dire, il eÎIL été pa et qu'à la ujte de la chute de Loménie,
heurCUl pour la France qu'il le I1\l devenu les exigences de la. iluation politique a,•aient
plus lot. »
forcé de rappeler au pouvoir.
Dès )or la reine &lt;&lt; n'assi la plus, comme
Celle allu ion vise la guerre d'Amérique à
laquelle la France n'aurait pris aucune part si par le pas é, aux con[érenoos drs ministres »
llarie-Anto.i.neuc ci,t été Ioule-puissante. 'Elle et (&lt; ne 'occupa plus que de se soin materf11L une ad,·ersaire déterminée de l'iutcrven- nels».
lion française.
Et Loui XYIJJ termine ainsi son jugement
« Les r;eize mois qlli su.i,·irent le mois sur Marie-Antoinette:
&lt;1 Je n'ai ,·oulu que payer ma delle emers
d'aHil 17 ?, avoue Loui
furent Yéritahlemeot lll tè!Dp- du grand crédit de la la po~lérilé, en lui fai ant voir l'infortunée
Marie-Anloinelle telle qu"elle élait. J'aideîendu
reioe. 1&gt;
Celle phrase constiLuo une preuve qui n'a- .on caractère que l'on peint méchant cl qui
mil pas encore élé fournie du pouvoir person- étnit bon, générem:, bienfaisant. Je n'ai point
nel de farie-.Antoinetle. Ce pon\'Oir. elle Oallé ses fautes, mais f ai fait voir que le
l'exerça en imposanl le choix: de Loménie de unes ne sont pas prouvJe l'L que les autres
Brienne comme premier mindre, en le sou- sont excusables. »
C'est, en résumé, le jugement d'tm emblo
tenant contre les coalition qu'avaient fait
naitre on outrecuidance et son iocnpacité, et auquel e_t arrinie la jeune école hi torique à
en le consolant de a chute par l'octroi du force de méthode el de l'ecberches, et il n·cst
pas sans intérêt de voir la S}'nllièse d'hi lochapeau.
11 1 fàcheu1 que Louis XVIll n"ail pas ricns comme ~m. de Nolhac et Ilontn confirexamia~ avoc autant de détail les actes de mée par Loui XYlH lui-même sur qÜi Marieces eize moi de pouvoir qui nou mèneraient Antoioelle porta cc terrible ju&lt;rement: « li a
jusrpùux dace critiques de mai- ·eptem- le caractère taiLle, joint i, une marche sou1.,re 17 9; nou aurions ainsi de éclairci se- tC'rraine cl quelquefois Lrès Lasse. »
ur (( le luxe personnel qu'on loi a impulé

MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de fer
0

-xvm

xvrn.

MAU~lCE

DUMO LI .

quilles, elle a ttpris ce fou de Courlanvam:, lettre ~ igncr dan le salon de Uarly avant
et elle a actuellement le grand Pri nr 1 pour que le jeu commençât. Elle était en termes
ju qu'à on prochain départ pour les gn- trè svéciriqne ; on soutenait à la _prince e
que personne de œs me sieurs ne ongeaiL
lères.
Il e t arrivé que, d'un aulre côté, ma- à coucher avec elle. La lelù·e e t parvenue à
dame 1o prince e de Rohan se pique de une prince se du sang qui s"est trouvée a. ~ez
Il a été questio11 ce jours-ci [février 17::ii) grande sagesse, malgré son extrême beauté. décente pour la supprimer en la jetant au
de faire enfermer madame la marqui e de lme s'est v:u:ilée à on mari d'avoir refu é f..:u; mai on a loul n, et il court dl'S copies
llulTec, fille et unique héritière de 1. d'An- jusqu'à sept amants tout de suite qui la per- de la requête. On a été bien informé que le
gervilliers, mini tre el secrétaire d'11,lal de la s&amp;eutaienl, le tout pour le benlll ·elll du lieu de la rédaction n été la garde-robe de
guerre. Elle :nail épousé en première noces prince. Cclui-ci 'e:,it vanté de on eôté; cette madame de fluffec, que le graoJ Prieur tele pré idenl de faisons. Elle est petite et très ja tance du mari cl de la Femme esL par1·enue nait la plume, ce q11'il était à madame de
ept Ruffec, ce que d'autre lui étaient on a su
laide. mais joliment fnile; et, à cause de son aux oreilles des nmîtr~ e · de ce
peu de beauté, elle 'est adonnée à attaquer amant . On a projeté Je s'inscrire en fanx sa maligne ,•olonté contre la maison de
lou:' les hommes ~•elle rencontre, el 1:t n'en contre la même jactance; on a adrc, é une Rohan, te.; el sur cela, il ::i éP "'randc
1·efu er ancu.o. on mari. urnommé Bnssel, lt!Ltre ,-ignée de ce sept amanls, comme s rait qucsli(1n de l'eurermer. Mon icur ,on père l'a
avait compté la füer; ces ùcux mag(,ls 'ai- une requête d·un cOrp. ou une nombreuse juré ain i; mais il a_ trop d'alfaÏJ't'S pour luimeraient Lanl, di ait-ôn, que ce serait un consultation d'avocats. On a apporté ladite mème. Pour le marqni de fiufft•c, oo ne ait
ménage exem11laire. Mais depui sun mariage • 1. Jean-Philippe, dil le rhcvalicr d'Orl,{an , OI§ ce qu'il médite: mai depuis cria il a l'air
elle a marché sur des pieds ù gens Iran- naturel rlu P.égenl. fi rlait commandrn1 iles ~,a,lèrcs. som ùre el ténéhreux.

Bataille de dames

-,.
..., J3.j w

MARQIJIS

D'ARGENSON.

- Par le eul Dieu, par Marie, par Jésus,
cable, Gynouvez l'étrangleur, dont le mains
formidables avaient prodigué la mort, Gynou- je le jure! je n'entrerai pa dan. ma mai on
je ne reparaitrai pas devant la femme, devant
Vel 'écroula, tomba sur le genoux. Penché
Y ( 11Île).
sur es !ils, il criait son dé espoir comme un La mère dont les enfanls soul morts, avant de
Cadoudal fit remettre des fusils à Dono et enfant qu'on tue. Il avait alliré les deux corps lui pouvoir dire: chacun de tes enfant est
Mivel qui n'avaient que desfourehe , dislriLua conlre lui, le cœur au si crampo'.loé par l'un dix fois vengé: ,-ingt .Bleu leur font escorte
de cartouches à tous, leur donna l'accolade et qu par l'autre; il cherchait un sourtle ... Ce là-haut, dans le.' champ élerneL. ,Je tuerai
ans lrève, sans repos, sans pitié. Je tortufut bref ... U aperçut, dan ces deux têtes i
leur monLra la route.
11s partirent, à une allure de cheval au chères, la même all'oco ùles ure, toutes deu.'{ rerai, je supplicierai tout ce qui touche à la
lroL, droit devant eux tirant au plus court, à fracas ées du cot1p de grùce ... Il comprit. Il République, ,·ieiUards, femmes, enfants, mame
e rcleYa, ubHement oolme; à ses en•iteur~. maladc·,même moribonds. Entends-tu. Olier?
1ra,·ers le fourrés, les pierrières, les étang·,
ourbtis autour de lui, il jet.a d'une voidroide, Entends-lu, Faneb? me fils, mes l'cux, mon
de l'e.au au ventre, sans autre ~ouci que leur
cœur ! Votre père a juré, voire père tiendra!. ..
Lut, rongés d'angois e, torturés à l'idée de ce me urée, cette phra ·e courte :
Je croxais hnir, je n'étais 1ru'un enfant 1
- On le a fusillés ... blessés ...
qu'ils allaient rencontrer, 'ils rencontraient
Jili tendit le main ur e cousin rigiùe :
Quatre excùunalion~ de douleur el de rage
quelque cho e. Hok, le lll'l dans le vent, les
- Dormez, mes frères! dormei eu Dieu ....
précédait. Par instant, Gynom•ez lui parlait : lui répondirenl. )lais tous furent convaincu-;
d'ailleurs lout corroborait cette assertion tra- Vous êtes martyr ; à , 1ous le ciel bleu! Quant
lier, f"anch? 011 ont-il '? cherche!
Le chien, intelligent, regard:i.it son maitre, gique; les cadarrcs environnants portaient à nous, comme Je prre, nous juron · ,·engeance
poussait un court aboi el filait plu ,·ile, la aus.i le trou noir dans l'oreille, le cou JI clu iofi.nie, inœssantes représailles aux: hnndils
queue droite. Dans l'oc.ca ion, c'était bien lui $etgc11l comme on disait; el des entailles tic riui vous ont assas inés. Jure, )laze ! jure,
abres, des trou de baïonnettes, indiquaient Dano ! jore, Mivel 1
le personnage utile. Tous le sentaieut, compLes trois Chouans rèpélèrenl le ge te el le
taient sur lui . .\u ·sitôt sur le champ de ba- clairement qu·avant le peloton d'exécution ils
serment.
avaient déjà snigné dans la bataille.
taille, il se mit à quêter.
ou la pluie grise, dans cette atmo.pltère
AlaniJ.., debou l devant 'es enfants a sa in · ,
:'.\lai la lulle, ùao es ,•ariation'!i el ses
opaque,
cette brume, leurs alti Ludes. leurs
leva
es
deux
grands
hra
au
ciel
qu'il
prenait
péripéties, avail com-erl un large espace ; les
corps étaient nom breux ; longtemps ln recherche à témoin; pui , comme une rormule apprise, mouvement , se découpaient, 'exagéraient
avec la Lrutnlilé. l'importance lourde de
fut vaine. Les cinq désespérés lrélmchaient (dnn quel grimoire de haine?) il récita.:
sur des grena~iers, rigides sous leur bonnet
à poil, des hu sard chamarrés, des chasseur
étinoelanLs, bru·quement arrêté dans l'or11ueil de la charge, le front troué, la poitrine
"défoncée, le ventre ou,•ert. pantins
. cas es;
'
sur de Ilretons boueux:, loqueteux, restés
misérable dans leurs fins héroïques, dont
certains tenaient, roulé dan leurs doigts
J'agonie, le cliapelel rédempteur.
iles yeux fermés, si tri te i des )'WX ouvert plu horribles, et des plaie béantes, à
faire fuir le hourreau; l'odeur ùcre el fade
du sang llollail dao le hronillard.
Us avaient dévî a"é, un par u_n, des -vingtaine de morts san décomrir le deux aim~s
qu'ils dé.:iiraicnt. Un vague espoir renaissait
dans leurs cœurs. )fais, soudain, comme il.
arriva.icnt à l'exlrémilé du terrain de combat,
près du lioi , P.ok, le nez dans la boue, poussa
un itémi sement sourd, pui., la queue basse,
e jeta dans un fossé. lis l'J' virent di paraitre
el, tout de suite, un hurlement monl3, hurlement à la morl. En troi, bonds, ils le joignirent. dévalèrent au creux.
... ur deux corp superposé , le chien pleu- /,a lu/te, JJ ns us v~.-iaJions el ses ffriNlies. ,avail c011}'.etl 1111 larJ!';_ tsp:ict: le5 corf'S dl2lenl 11ombre11x '.
/o~irte 111 ts la recilercht/ut ,aine. La dcs~sp&amp;es lrel'u cllaie11f 1mrdes(!1 en:,dws, .ùs 1111ssarJs. Jas chMs~urs.
rait. Alor ·, Alanil- Gsnomez, soldat de Casur dfs nreJons t&gt;011eux, foq11e/eu.,;, resté.1 miserai-les d;ms _rwrs fins lu!rofgues ••.• Des )'e:x fermés, si lns/es;
des
yeu.T om•u-/s pius horf'iNfs, et Jts tlal&lt;!s bea11les a Ja,re f"{r k 0011rreari. (Pag-c 13 •. 1
doudal, G) uouvu, le vieux Choua"Il impla-

LIVRE PR.EMfER.

... 135 ....

�1f7STOR._1Jf,
~ilhoueLLes noire . ur un écran lransltwide.
Gynouvez reprit :
- Emporlon -le jusqu'au prochain ,-illage; on nous pr 'ltera des bêches; le recteur
les Lénira.
n moment aprè~ le com-oi fun{•hrc e
mettait en marthe.
Olier 'en allait, porté par Jili et Dano:
Fanch ,·eruiit ensuite cntrc I mains de Maze
cl ùe livel. Le pi!re uivail.

Au même momenl. dan œ même décor,
deux autres drame , un peu burlesques,
ceu -1/1, se jouaîent à quelque pas. Le~ eorbP.aux commençaÎenl à tourner au ciel, c'tl!ait
l'heure de pillards et de maraudeurs; du
Lois profond, écartant les Lrou aille , quntre
èlre ignoble - ur,.,ircnt avec précaution. Ilien
ne hourr1Jait; en silence, ils s'a,,entnrèrenl sur
la plaine.
C'ctail Koz A kourn, Ar Mcr1.er, le borgoe
Falhun l:'L le Cogncux. Le prcmi r, dè le
délml de l'acliou, avait u rctrou1•cr las !roi
autre : el. tous rfonjs nu cœo.r &lt;le la fotaie,
il ~,ai,mL allC'nJu que la placa fOL lil,re el la
table ~•ni . Elle · l'étaient.
l' gr&lt;wnaieut de joie, ourdemcnt, à lïd«!e
du lmlin.
.\r ~lcrter wurruurail:
- Bonne journ~e ! ùo11ne jou rnéc 1
\ccroupis suri cadavr&lt;'s, il· le fouillaienl,
fos Jépouillairnl. La femPlle é1:iil la plu ·
aclir&lt;'. c m:i.ins crochue retonrnaieul Je.
poche.. débouclaicul le ceinture . Qo:i.nd elle
en lhlsail tomber dr ou , rlleglou a.il; pour
dt:· J ièce: hland1e ' . elle entonoaill'Aœ JJ/aria.
1'ou- le qualre s'avançaient nr la mê!me ligne,
à dri.- inler-.allt•~ régufürs de Ire-nie mètres;
il s-e partageaient le ba arJ .
Koz ,\ lwurn arail un nair infaillible;
d'après l 'u pect gfotclral de ~on mort, il annonçait d'a1·ancè, à deu. sou prè ·. ce fJU'il av:,it
dan se porh ' . "il 'attaquait principul ment
aur cadavre rc1p11Llirai1 , cc u'étaiL cerle
pas par cru pu le, mais parce que les Bretons,
tout :m moins neuf sur dii:, n'étaient que
mi t-re en gu nillr . .
La récollc l'ut foborieu eeL longue; il y eul
des incidents.
llan- la teinlure d'un orncier 1,J 'll, roulo
daus uoc fondri~rc, le ,3"neui trouva de
l'or. .. )falgré hti, fou de joie, imprudemment,
il ·exclama. Lts lroi aulr(' a,·uicnl dres é
l'oreille. ils dCCOururml. Ce ful une batailll',
1·omme d1 _ dti 11 ur un os. Le C3"neux.
a5,ommé par Koz \ kourn, étranglé par
F:ilhun griffé par Ar Merzer, le theveln'.
arraché!&gt;- par le!. lrois, vaincu ous le nc,rnhrc,
dut parta0 cr sa trouvaille. Il eu pleurait. La
vieille avait rallé la bourse de l'oflkicr ... elle
la oupesait ; elle comptait le~ loui en bavanl
de convoiti e:
- Elle e l Jourde! il J en a L.îen vingt. ...
.Jésus! En ,·oilà un qui ne 'e t pas fait tuer
pour a solde ....
Koz A kourn lout en urreillant les doigts
de la ,ieille, abondait dans son sens :
- L'imbécile! ... êlre riche et ri.quer a
peau! Il ne mérilail pas d'être riche . ... Est-ce

qu'on c t républicain quand on est riche'?
C'est Ilien fait qu'il oiL mort 1
H C-Onlinuaieul lc•ur maraude; ils b.éritaienl dn champ de bataille. Tout à coup la
Yieille . e rele,·a, inquiète et montrant sur la
droite l'horizon violet où, dans le crépuscule,
des lueur rou es montaient; elle interrogea :
- Qu'est-ce donc, là-bas?
.Koz A kourn rerrardn, puis reprit on Lra,·ail en murmurant négligemment :
- C'est Eh·en qui brûle.
.Àr Merzer, lournée ,·ers la 1rauche, demanda de nouveau :
- Et là-ba '!
Celte foi·, ce fut Falhun qui répooùil:
- C'e. t Plaudren qui Oamhe.
Divol s'amusait &lt;'11 chemin.
Ilrn quemcnl le Cagneux, l)ui boudait depui. le partage forcé, se rapprocha des autres.
Il onflla :
- 1'ai ez-vo1t _! j'ai entendu des ,·ou ....
Gare à non !... 'il ·est un hie é par ici,
oou pourrions recevoir un pruneau comme
adieu.
Au .ittlt, la vieille, facilement a.peu.rée,
amplifiait:
- Et i des soldat nou surprenaient ...
voilà de arbres superbes... des branches
qu'on dirait faitcs pour y accrocher les uen .....
,le détc lerili être pffidac .. , urloat mainlcnanL que je ui riche, ril:bP !.. . (Elle secouail a Le~ace où tintait de l'argent ur du

• - l)Qrme::, mes frb-es I dorme:: tll Dieu .. ,. VQ11s
éles martyrs; à vo us le ci.:/ Nt11 / Qua111 à nous,
11011s j111·ons 1·engea11ce Ir. finie, 1neess3nles rej,ri!sallles e111x t-a"ilits qui vol/s nnl ass.JSsfnis.... »

(Page 135.)

cuivre el la voix claire de l'or.) Gare la corde!
Koz Askoum s'irrita :
- Tu p::irles comme un lêle de mort !
'fais-toi, cbouellc l
fais la Martyre, effarée, plus hideuse dans

"-----------------------------la crainte, retroussait se Jope" en haillons
pour courir :
- Oui, oui. j' nLcnd du bruit. .. une
Lroupe approche .... Détaton , hop! bop t oou
r~,iendron , bop! hop!
E.lle Iilait déjà, rapide, malgré ses vieux
ans, légère oro.me un .queleLLe - à grandes
enjambées - terrifiante sorcière; et, comme
la peur est contagieu e, derrière elle Falbun
'élançait, les main tendue I ou,nnl démeur 1menl on œil unique pour scruter les
ténèbre naissantes; Koz A kourn, dopiuclopant, CJbin-c3ha, faisant à tour de bras
fonctionner es bàton -Mquilles, suivait, grotesque, horrible, monstre .an nom, apparition de cauc:hemar: tandis quo le Cagneu.x,
ur es jambes torse , ,e lamentant de re t r
en arrière, s'efforçait de courir, trébuchait
dan le genêt , gü ait sur les bo11c , s'enfonçait dan les ables. e voyant abanclonné,
il se croyait déjà pr.is, déjà pendu, el récitait,
tout La , les lilan.ies de oLrc-Dame.
Or, œtL" qui mettaient a.in i ce hf'nes c.n
déroule, étaient deu:1 soldats de parlis düTérents, un Blanc, un Ulcu. Il est probable
que, dè. ll!S premiers coup· de feu, peu dé ircu de gloire, préférant le rùle de speclateur à celci d'acteurs, emblablr en cela
l'w1 à l'autre, il 'étaient, tous les deux,
chacun de son côté, tenu sagement à l'écart:
le républicain, ao doule 011s bois, le royali le peul-èlre a.u f nd d'une pierrière; mais
il est évident que ces deux comballaol porta.ient dan la. poitrine un cœur ans grande
haine el plutôt débonnaire; cl que, 'ils figuraient dans les rangs d'une armée, ce n'était
ru par cnlhousiasm&lt;', ni par vocation, mais
par la rorce du destin.
Ces deux héros, perdus dan le premières
ombre , tcrriGé par l'ambiance tragique,
Lutant ur des corps, redo1Ha11L l'ennetru,
évitant les amis, venaient de se lrom·cr face
à face au milieu de la plaine · alors Lous les
deux aYaient à la loi reculé, éperdus de1·ant
une pr~sence humaine.
Pourt.ant le Bleu, tirant son ahre, brave à
force de peur, ayail crié:
- · Qui VÎYC7
L'autre avait, en rclpon e, gémi
- A.mil i lu veux .. .. Q11i que lu soi !
Et le premier. rengainant aussitôt, déclarait noblement :
- Je ne demande pas mieux.
Il ajoutait :
- 'l'u e Chouan '/
EL le Chouan de répliquer :
- Tu es répnh1icain ... j'entrevois ta cocarde.
- Oui, n'importe! la main ... j'ai assez
Lué.

Il se 1·anlail · wai le Breton n'en sav.iiL
rien.
Cclui-oi contemplait l'alentour ; les masse
confuses de cadavres qu'une charge avait
laissés pêle-mêle; il noua :
- Le sang m'écœure. Mort~! Mort ... et
tou Françai 1
A.ssurémeul c'était un hourgcoi des villes,
enrôlé par force ou par intérêl; il avait

--.

11uelq11cs iJéel' du L1•mp . L dial gur conlimrn; le répnblicain disait :

- \'ois: 11011 sommes deux hommes
ici, seul . Mc hai -lu 1
- 1 on; p_o111''JUOÏ te haîrais-je/
- El, ccpcndanl, lnnlôl, i nou nuus
~lions rcnconlr6 ur h· champ de bata.iJle, lu
m'aurais lu~, ou je L'auraù; Lué.
Le royaliste soupira :
- lléla ! c'est un l'arnagè l
Le Ill u le i&lt;nisit par le liras :
- Vi1m ,-tu'!
ti d,mc?
- N'im1&gt;urte 1Loin d'id, Li n loin, 1icn
Tu me protègeras contre te frères: ,ie Le f:IU1·erai de miens. Je VCUl._ ,·iuc, moi!
Le Blanc 'encban'a :
- EL moi je ne veux pa mourir I Tous
ces gens-là l'ont nne trop Yilaine grimace
pour qu'on drsiro leur rc.sc·mlilcr .. .. Oui,
parton. ; el ·'il faul al1jurt'r. j'a.Ljura. llépllhlicain, royalisl1•, fliLIUl•lle pour étiqucUe,
pt'U ru'iruporte. c·e~L ln ,ie qui scnle est
,craie.
L · Uleu devinl jorialemcnl l)riquo :
- Je d,aogcrai d'opinion Lou. les jours,
'il le faut: mais ja veux voir longtcmp le
~olcil sur ma [!\te .... Il hrillc pour Loule les
croyances .... Allon !
- ,\lion t
EL ces dcu'I: hommes raisonnaLles, appuyr
l'un à l'autre, e perdirent dan la nui/. A
présent, elle. était profonde. IL y a,ail longLemps que le corbeaux 'étaient abauu sur
la proie offerte; le loup -C hasardaient.
L'horreur augmentait dans le myst'·re.

LlVRE DEUXIÈME

Une nuil de messidor, ni1il rhauùe, sans un
. ouflle, de coup vio!cnts forc11t frappé..~ à la
porte des nepo . CL une ,·oix jeune O!L forte
cri~ dan le ·ileace endormi des rampagnes :
- Ouvrez! c'c,I moi!
De son lit à Lalda11uin, la vieille dame de
Juycnnc reconnut telle voix, bondit à [erre,
pâle d"rmolion; cl, e.oiJfée de nuil, en japon
court, fit retentir les corridors de ses appel·
aigu à 'csgcn quiroulfaient.
En une minute, le manoir fui é1·eillé; lt:'s
fenêtre s'omrirenl. Claudine ~orlit dè a
ch:unbre « dan un dé-ordre heureux qui la
p:iralt encore IL
CtpcndanL, le portier, d'un pa lourd,
cntr'ou1Tail un guichet et reconnaissaü l'arrirn.nt. .\ la clarl~ d"unc lune ronde, on y voi-ail
comme en plein jour. Eùl-il Jou lé que le compliment qui le salua l'eùl ra uré.
- i.\b çà! lll dor-, Alain? l'em-lu Le dépêcher. ,•ieille tortue 1
- Voilll, monsieur le chevalier. Par rcs
lemp -ci, le précautions ont Lonne .
U Lirait le vcrrom, oui •vait des barre d'
fer, décrochait des chnîuc , à grand fraca .
Enfin, sous une pou séo ex.térieure de Ber-

o::irdin lui-même, l'bui séculaire œda molle- elle cent Cois elle l'avait cru mort et l'am.il,
menl devaot lc maitre, revenant de la ~err~. selo'n sa manie et a tournure d'àme, sacrifié
Lejeune bommee.ntra dan la cou~_; 11 était par anticipation, pour n'avoir plu qu'à le
seul, couvert de sueur et de pou s'.cre; so~1 reareller dans une Lri les e munotone exemple
cheval, qu'il tenait par la tête, avmt le poil d'accident~. Et voici quïl rerarai sait, aprè
mouillé et souillait fort; la cour e du retour trente corn bals, indemne, sans ulessure,, .• Elle
n'en croyait pa ses -yellX.
•
a,·ait dù être rapide, pcul-êlre périlleuse, s3;11
li ,·inl à elle, la reçut, convuls1\"e, ur sa
&lt;1\oire assurément; rar la figure du 'hevalier
~e se déridait pas, même eu apercewi.nL, ur poitrine, la serra conlra lui, rcpri~ d'immcn e
hi perron à côlé de Claudine, ~a vici_lle mère amour pour œlle chère lèle gt1 ·e, un peu
tr~pignaul d'impatience. un ~eu ~onuqu~ ous oubliée dan les camp ; pui tendit largement
on co~11une de chambre, 4u1 lai tendait les les deux ma.in. à Claudine. Elle lu:i livr::i les
ienncs, étonnée el 1remLlante, et toujours
brai, cl pleurait de bonheur.
Ce fus, qu'elle revoyait bien vivant devanL bant te de eetle tri Lesse des imposuhilités.

�Ji7STŒl(1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~lb !tm, 1..mterro, épau1es, réponàit fo·i ~,e-

Bignan, manœnvrait Lien souvent sui:..sa pronJ iuitiative. li :wail perdu des point à ce

jeu-là.
EL mâmc entre le ou -ordres, le cher- de
l' ommenœr!
bataillon, j11 que dans la légion d'Auray, c Il
ur ce mol ils entrèrent dans la mai- de Georges, il y avait di corde et ziz:inie. Kerson.
ret, con eillé par Fersen, on âme damnée,
- As-tu faim? dit la mère.
prétendait guerroyer au nom de Loni~ .'\11
- J'en meur ! dé lara le chevalier; rien qu'il proclamait ,i,·ant pour la forraiture de
dan le "entre depui ce malin huit heurei:, Provence. Eveno, farouche, mal dan· la main,
el ce n'était pa lourd!
se déclarait in piré du ciel, n'acceptait pas les
- Ylen vite!
consirrnes, s'êca.rt.ail de Georges à loul propos:
Cn inslant plu tard, Bernardin était a.si , el, sl'ul avec sa troupr, qui lui était dévouée
dan une grande aile aux murailles revêtues !ête et cœur, 'J.U'il avait éduquée au meurtre,
de bai cri san ~ge. décorée de trophée , ,\ l'incendie, il dé ,bonoraiL son parti par des
devant la lourde laùle familiale · sa mère el crime .ans nom, d(: massacres odieux. gnfin,
Claudùie le ervaient : l'une h1i apportait des entre le comLc Turpin et 1o narrateur même,
viandes, lni coupait des tranches de pain noir;
ous de apparences de cordialité, des démon l'aulre lui ver air du ,•in; ce vin dont il buvait lralions ironiques, la haine était latente.
seul, donl le tonneau demeurait intact en son
Ce disant. le chevalier se tournait vers
ab ence. Une cire, dan an chandelier, éclai- Claudine:
rait e-0nru-émcnt fa cène; les pcr onnage. ,
ui, mademoi elle, monsieur votre frère
rapeti.sés par la lt:i.ateur de murs, se per- m'a joué d'a sezvifain lours ... on dirail qu'il
daient, falot , dan. une buée rou se, per is- devine en moi quelque ennemi caché. C'esl
Lantc sous t·e plafonds moi is même nu cœur ainsi. Tenez plus d'une foi , mon La1aillon,
de l'été.
cngarré un peu à l'a olure, je l'avoue, "C
Quand 13ernardia ,·ida ~On dernier verre, tJ'Ouia. en mauvaise posture, vans que 'l'urp.in,
repou sa on as ielle, ses deux ervantes par qui venail derrière uous, voulût 'en aperccamour s'a. iront li a droite et à a gauche, et roir el nou · venir en uide. An contraire, il
madame de Joycnoc lui murmura :
1:haogea.il de chemin ou faillait halle, J'arme
- A présent, p3rle. Ott en ommes-nous '! au pied, . an d~latber un homme - dans le
Il étouna un juron, tapa du poing sur la secret e poir, j'en uis rertain. qu'il rn'nrrivùl
table, les yem bais és.
malheur, à moi, personnellcmcnl. Je ne lui ai
- Pa · gai ! annonça-t-il.
jamais rien reproché, car j'ai mes idée pour
·
Pui il racontait, pour ces deux femmes plus Lard.
ignorante de tout, ayanlvécu i mois reclu.e
Claudine ne s'étonna pas; elle connaissait
dao un manoir isolé sans communication , l'àme de on frôre.
mal rr,n eignée · par de courriers équfroques,
Beruardin continuait:
trompées par des chemineaux men Leur , qui
- Mai le réel désa tre, la fin de !out, a.lors
chantaient la victoire pour êlre mieux accucil- que Georges soutenait à grand'peine sa forlis, il raconlait le premiers fai.t d'armes, les Lune, cc fut l'annonce suLilc de la mort de
enrragemenl heureux du début de la guerre. Charette, pri par les Dleus el fusillé à antes:
En vingt rencontre , aîfirmaiL-il, le.s Olancs de la mort de Lofüet, fa illé à Anger ; pui
avaient cha é devant eux les Bleus sai i de la red düiou d•armes de , épcaux et des autres
panique ; mais le lendemain, les Bleus reve- chef endéen . Toul était remis en question;
naient en nombre et reprenaient L'offensive. la urpri e fut douloureuse.
N'importe, toul allait bien, quand la di,·i ion
George eut un in tant de défaillance. Au.
'élait mi e enLre les grand cher chouan ·.
poinL de n1 tratégiquc, le Morhihn.n figurait
Puisaye cL l"rollé différaient de vues avec Ca- une sorte de réserve de forces rO)'ali les,
doudal; se montraient jaloux de son inn uence appuyant la. Vendée et l'Anjou, dchoul cl en
grandissante, de a faveur auprès du roi, armes. Ce p1·01·inces soumises el capilulaalcs,
nuprès de; princes.
les eules rcssource du pay de Vannes, ét.nient
Stonll'L cl Cbaretle en Vendée lenaient cam- trop failJles contre les force. oppo é .
pagne à leur guise, san concorde et sans plan
Ct! désarmement Ül'rail donc George à
général. cép~am: les imilail. Le concert for- toutes le entrepri e de la l\évoluliou triommidable de provinces oule écs, marchant , la phante, La loi du plL1S fort, qui déjà écrasaiL
main dans la main, confre la Répnhliqne,
ln Vendée ,allaitoppritner aussi le droiL breton.
n'avait été qu'un beau rêve. Chaque corps
De plu , Uocbo, qui occupait Rennes, appred'armée royali te agi ail pour son compte, nant que le canton de Vannes tenait toujours
c l'ai ait Laitre i olément.
ul peut-êlre campagne, ét.,.1.it parti au ilôt pour les points
George conservait-il l'am.ntage, ou Loo! ao menacé . a présence valait une armée, tanl,
main l'égalilé dans la luLLe, à traver son aux oldats de la Hépublique, le nom de leur
MorLihan Canalisé, croyant en lui, bondis ant grand chef parais ail )'Doni·me de ,•ictoire,
à sa ,·oix, comme un cheval de siierre. •
Le gfoéral Quentin Iut chargé par lui d'anPourtant, entre e diyer capitaine , l'en- nonce r nu-x rosaliste le condition de la pacitente, non plu , n'é tait pas admirable, el ce r- fication. Les réfractaire étaient amnistiés; les
tain , à certaines heures, n'attendaient pas jeunes geu de la réquisition dm•aient re ter
ses ordre . i Mercier, dcloin commed près, chez u:&lt; pour la culture d terre . En oulr ,
rcsuiit loujour - fidèle, Guillemot, fo roi de la pleine liberté du culte était accordée pour

:ruent :

6ni ; tout esLà

.., 138

►

tous les prêtres qui n'a\·aient pas quillé le
tcnitofre.
Cadoudal communi'J.U:I ces offres au con dl
du Morbihan qui le pria de e metlre en rapport
:wcc le général Boche; il lai écrivit. llocbe
répondit quinze jours plus tard, dictant es
volonlé . Sn lellre ~tait hautai110; c'étail celle
d'un vainqueur, sùr de sa force, qui n'admel
pas fa résistance el repou e la discussion. 11
refusait tout d'abord la u pen ion d'armes
réclamée par George , - lui répliquant qne,
lor qu'il s'ngissaiL de former un rassemblement, il aYaiL facilement correspondre avec
ses chefs. Pourquoi ne pou rraiL-il pas les
grouper au milieu des hostilités mêmes 1 Il
ajoutait : (&lt; l\éunis ez-ll's dans ln commune
que vou dé igncra l'officier porteur de la
pré ente. Je vou répond de sa lol·outé et
qu'aucuao troupe n'y entrera le jour de votre
réunion. Fn.ites rendre les armes; faites ,otre
onmission aux lois de ltt République, el, nu
même moment, les marches cosseront. .. )&gt;
Cerle , le · contliûoas stipulée par llocLc
orrraicnL quelque. avaat::ure ; elle n'étaient
pa cependant suffisantes, puisCJoe le roi qui
a,ait reçu le erment des in.urgé· ne devait
pa remonter -ur son Lrùnc.
Aussi, concluait Joycnnc, ln oumission ne
pom•ail-elle être que simulée; la paix élait
mal a i e; la feinte rc taiL dans tous le
cœurs. Il éti.il à prévoir que les Hépuhlicains,
une fois de plus, ne tiendraient pas leurs
cn"agcmcnls cl que les Chouan, , pour la
troi ième fois, se r~vollera.ienl un .jour ou
l'aulre.
Pour sauver les apparenœs, Gco:rge anil
fail livrer quelques pièce de canon lior d'usage, des Iu ils de chas e en mauvais état,
des barils de poudre avariée. L'artillerie, les
munilions el les armes propres au service,
jalousement enfouies dans dus oulcrr,ÜnE,
dans des granges, sous des amas de fa•YotJ; ou
de jon~, re laient à la dispo ilion de · insur••é
ju qu'au lever dos jour meilleur .
En al Lcndanl le signal de nou,·eaux combats,
les Chouans retournaienl1tleurschamp mai
avec armes el baganes; le feu allait COU\'er
sou la cendre; il y a rait trop de morts 11
venger, de vexation. à subir. Et comme il
l'avait dit au début de son re!cil, Joycnne répétait :
- Toul est à recommencer! Aujourd'hui
nos paysans rentrent chez eux, demain le en
fera sortir.
Pendant ce long récil, coupé par fos ex.clamaLion , le interrogation de &lt;lent femme . .
la nuil élnil pa sée; le jour matinal de celte
fin de juin pénétrait dans la salle 4uand le
che,•alit!r 'arrèta, n'ayant plus rien à dire.
Alor , sa Gène tombée, sa y;1ncœur exprimée,
il se som·int qu 'il crm·aiL de faligue cl ne
'él.ait pas étendu depui deuI nuit . JI gagna
on lil, dont les matela d r;uech, les oreillers de plume, hû parurent trop mou_s, après
tant do courts sommeils sui· la durr. 1 au plein
air du bivounc, et, (Jllelquc lcmp. , l't•mpè,c·hèrent de s'endormir ...
Le mèmo jour, quand la cloche sonnn le
repa de midi, Bernardin &lt;le cendil, mélii-

____________________________________

...,

morphos 1 ; ix, heure de repos en avaienl l'ait
un autre homme, La\'t:, rasd, peigné, débarra é de se haillons de guerre, il apparut jeune
cL charmant, comme il l'était e.n réaliLé. Il ne
restait plus rien du farouche partisan de la
veille ; le .joli chevalier de .lo~·cnnc était
relrouYé.
a mère l'admira, les deu mains jointes;
car elle a1ait, çà el là, des gesticulations paysannes; elle l'admira, criwt tout baul son
admiration, s'extasiant dc,aQt la beauté de
son gars - une minule heureuse- puis toul
de suilc assombrie, au retour des prophéties
funèbres.
Claudine, elle au~ i, fut émue à coruidérer
cet étrange chef de bandits, qui, comme 1
malheureux prince de Talmont, portait, sui·
des épaule d'homme, une tête de fille; mais,
chez la pauHc déclassée, h.aliiLuée aux dis imulations, l'émoi fut ilencieux. EUe ;1imait
sims espoir, elle souffrait ans cri.
Le che,alit·r ·ourit largement à a mère,
disc:rèlemenl à Claudine i le ,ilence de l'une
lui en di ail aus i long que le prote Lations de
l'autr~; et, dan cette douce iluation d'un
homme qui se sent aùoré à droite, itlu!dlrè à
b,auche, il oublia le camp, lu défaite, lu soumis ion : ne fol plu « Épée de fer », mai
.impleruent, tout simplement, le jeune Ilcrnardin 1UT1oureux de Clau&lt;line. El ce jouT-là
pour em fut la première idylle.
ou l - ·oleil torride du Morbihan, s~chant
sur pied les moissons maigres. fendant la
terre, rou ' i sanl la lande, inccndianL ln dune,
miroitant . m- la gl'è\'e dan l'a,·euglantebbnoheur des sable , il" allèrent côte à côte, catlsanl enfin d'eu-x-m&lt;'lmes.
Certe. , la triste enfanl ù'llarscoët se défendait d'aimor, se refusai! aux stériles espoirs
mais elle ne pomait empècher lejolichernlicr
de murmurer à son oreille (l'oreille toujours
ouverte des filles) ses confidences chantante
dè longtemp préparée au oirs d~ olilude.
EL quel courage fout-il pour ne pas écouler
ce qu'ou est obligé d'entendre? Pui il étnit
perfide, le joli chcmlicr; il ne ri quait pa
des al'eux clair . ni de conie ions franche ;
il mêhiil seulemenl ù c propos en l'air de
sonrdes allu ions, de phrases ambiguë e1
cepcudanl LroulilanLc . Il procédait par hyperboles, , nn s'en donler peut-1itrc; maniait les
l'éLiccnce el le ,sons-entendus, si à la mode
ilan · le lnn"a~·e lleuri du dix-l.111il ièine siècle.
.A lors, e11e tres,aillait, rougi sait, pâli sait,
inquièle ou confu e, landi,; ,1u·unc vague
béatil11cle engourdis ail sou drne et que le
sang lamultueux de sa belle jeunesse lui
l1allait duo. le cœur des ,liane. Lriooophal •.
A l'ombre d"un bloc mégalithique, il · s'asirenl, trè seuls.
Il di.sait :
- A présent que la guerre politique est
terminée pu force, nou · allons commencer la
guerre des 1:hàtcaux. Gare. à Turpin! ... et
,·ous avez, non vou ne avez pa , vou ne
de.vei pas satoir .... c'e t aujourd'hui que
j'cnlrcencampagnc.Ohlj'y prends un intérèt
passionné, romme à tout cc qui vo11.s touche.
Je me uis entendu avec George pas plus

lard qu'hier même.... Il viendra, sitôt la
dislocation accomplie: il viendra aiu: I\cpo" :
el Turpin sera cité de\'anl le conseil des seuls
cbef reconnu , de ses chefs militaires. 11
faudra qu'il réponde. Mai , d'avance, je me
charge de lui Caire tout avouer dan une
explo ion de fureur. Pendant la campagne,
j'ai eu quelques loisirs, la nuit, par c:remple,
quand les autres dorm.iient, le front aux
étoiles; moi, je suivais la mienne et je r1hais
de vous ... de voru, l'oppriruée, la persécutée
- deux fois, en cela, llreton11!'; el, alors, peu
à peu, l'idée pou sa dans ma cervelle d'une
petite comédie .... ,f'ai déjà arrêté le plan,
écrit le prologu". C'e là mourir de rire, vous
,·errez! Oui~ oui, j'ai déjà inquiété ,•otre frère
par mille a,·eux Lrûlants qui concernaient sa
sœur .... Ob! ne vou troublez pa ... sa iau se
sœur .... A propo , vous ne l'avez jamais
aperçue, mème de loin 'l.,. Jadis elle passait
assez volonlier à cheral sur nos routes.
Non? ... tant mieux ... cela vous eûl cbagrinée .... Eh bien, dans une heure, je vai la
voir, soas couleur, cela "a de soi, de lai
porter des nouvelles toutes chaudes de monsieur son bon frère ... car le Turpin est retenu
encore un jour ou dem: par 011 commandement. C'.e t 'OU bataillon qui se disperse 1e
dernier. 'otez qu'il m'a prié sèchement ùe
n'en rien foire, car je lui ai témoiroé
mes
•
0
mtentions... et comme j'insistais, il me l'a
interdit tout net. J'ai ri, j'ai ri ... en déclarant que ma pa. sion ne connaissait pas
d'ob tacles. Jl e t parli, pour ne pas éclater,
la main sur la poignée Ùt.: son sabre, en proférant dans sa cravate des imprécat.ioas el
de menaces .... Je me mourais de joie .... Et
je vais donc allc&gt;r la voir, la belle voleuse; et
m'efforcer de lui faire jouer. au naturel, son
joli rôle de complice involontaire .... Si elle

~,,.,,s

s'l' prête, ce sera m
oo.1
en .ai . trop dit. .. je voulai
surpr!Se.
11 avail récité son couplet d'une haleine:
Claudine, la tète bas e, l'avait lai.sd parler
sans l'interrompre, san, placer un mot, sans
risquer un ge te. Elle songeait, mais au.t
de.roières phrases, s'il l'eût reccrardée, il l'aurait vue pâlir.
Quand il e tut, Ile fil un effort, et, la
voix ombre, elle prononça :
- Prenez garde, Bernardin !
- A quoi? interrogea le chevalier urpri..
Claudine continuait, découvrait sa pen ée :
- Celle femme c t dangereu e... elle est
helle, dit-on; il le faut bien, pour que mon
frère en soil devenu fou, criminel.
Ber.nard.in coupa :
- li a YaÎL des di posi lion .

Elle ourit :
oit! mais, n'importe: prenez garde!. ..
si o'iltaiL elle qui e jouait de yous?
C'est nlors qu'il l'enguirlanda :
- Me prenez-vous pour un enfant, Claudine? El puis, je vais vous confier un secret,
à vous! Mon cœur est pris .... Ah! voiln qui
vous étoaoe, n'esl-cc pas'! cela ,•ous élonne-t-il
,•raiment, aprus tout? (lui, mon cœur est pris,
donné, pour la vie; et il est bien heureux de
sa capfüilé, cel esclave enthon ia te. Je ne
vous dirai pas qui j'ose aimer ... mai je ons
dirai que c'csl par l'admiralion, d'abord, que
j'ai élé conduit à ces donx senliments ... que
c'est la compassion profonde pour une injustice imméritée qui m'a confmné ensuite dans
mes premières émotion· .... Celle que j'ai
choisie est-elle ren eignée, Claudine? Peulèlre; en tont ca ·, moi, je n'ai rien avouê. Je
n'en suis donc encore qu'aux ,·agues espérance ... mais si je n'é1ai pa. accueilli dans

Ces deux /lt r ? s, ,Perdus
les f/r_emlèr a . ombres, terrifiés par. l'aml'ianee tragique , btttJnt s11r .tes car('s,
r eJoula n! 1 en_
neml , ~}·ilanl les 11n11s. ven.11tnt ile $droui·er f ar:eù Ja.:e &lt;11111,ilie" de ta ('lai11e; alors to r,s /es
~etuavamu ~ 1,:,. / IJ•s rec11U, éperdus deila11/ rm e tresl 11ce ht1111al11e. r-011rla11t, le 11leu, tiranl s,:m sa ~re, travt
,. f orce dt reur, a,a,1 crié ; , - Qui vivt ?" (Page 136. )

""' 139 ,..

�111STO"J{1Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
mrs \'Cl?U'î, pai on guemi. j'a11aqnerai · loul
H1mcoël e dessinait ur la hauteur cl ne
seul, e.n plaine rase, un bataillon rrpublkain faisait «uère meillenre Û!!l.ire qw• )cg l\epo~cs,
et j mourrai aiusi, n'a ant ri •n d'aulr à bien que, j:1di , il ·Ot ét..î, rertainemenl, plu ~
faire. Voilà l
on idéralile; mais l'aile droite avait Oêchi,
Elle l'entendait; ei tous les désespoirs, jon1·bant, à grande di tances, le ol di· Mmille fois re ass.é dP.s hontes uLic., de l-e
combres ouhli(.{ . A pre enl, lt· Ct'nlrr . ~ ul
llétrissure , de son indignité, une fois de étairul baLités; l'aile gaurhe, li.r~e ?i Il plu , lui d~chiraienL Ir cœur, l'élouR'ai nl même, menaçait de uhre l'cxempl de l'autre.
d'angois e. Elle était haletante, comme une
n corp de forme alt nail au derrière liète forcée.
d s bàlimenl ; là, seulement, la vi e manili pril ou il&lt;'nce pour une alarme de f tail; elle gro1tWail même· un ptmple de
farouche pudeur, mai , certe non, pour un volailles mullioolores vaguait en lib rlé; des
refu d'en comuîlre davanta&lt;re; cependanl, veatu hruglaicnt aux rtaLle , appel:mL lt!u
ûmida lui•mèm11, putsqu'il ·1ai1 Ir' jeune, il mère aux prt: ; el d'Jnormes cochons grouin'os.i pa: · :cplic1uer toul à f.iil el, ce jour.là, nai1•n.t dan; des mares a11:x reO t. d'or, .rcl'ln'en dit pa plu long .... Elle s'était 1 vée. tu' noblement d,: purin ju qu'au ventre. Ol·s
mad1inale; il l'imii.rut; il repartir nt, côL à chien pai,ible Uoug r au oleil, dormaienl
côte, tout pctils .ous Je grand ciel; leur· d'un œil ou un illaicnt 1, • '-ne. Il y arnil
omhres Ir escorlnicnt.
une grande pai drin ce coin campagnard ;
,\ un tourna.ni du chemin Claudine s'ar- Jo)·enne la troubla,
rtlla, pen. iv&lt;?.
Au hruil de son chm•al, h-s dii ns e 1 ,·,_
- C' , tici dit•elle,11ueno11 ' nous somme
rcnl en :ihoy:inl, et la ha· c-conr prit la rnilr.
n•rwonlr 1 , il y a huit ann:' • lvrst1uc j'élài
li 11Lrail dm l:i tt,ur; un ,,a]et J'écurie le
u11e pelilc r.Jlc cl vou un enf:ml ....
regrirda. niai. cmenl, mais ne 'npproch:i. p:i. ;
- Oui! s',:cria Joyennl', en dTcl, c'est ici. ,. enfin, à une r n 1Lrl', une ~cnanle e inoutra
cl, m:i. fui, je croi qn'à partir de ce jour puis !-e r1~•·ula vivlimcnl el di .parnl. Dernardin
voir image m'est Loujour r~ 1:e présenlt&gt; .... p.•n. a 11u'clle allait au orùres.
Yon. per,.i.lic·i dan mon :-om-enir ....
ail 'imJu:élur :iulrement de l'effet proli r •vf'n:iicnl rnrs le manoir de I\rpo.
Juil, il mil pied à terr allaclia sa monture
Il leur ap11arol. du lu1ul d'une •minonce, nu Lra de fer d'un puil · et con idéra la
ptlniLle l l délabré. maladl' &lt;l'avoir t:ml Iécu, foçaJe du m:muir.
nrec es lourd les d ;coilfües, .e nargouillrs.,
Alors, une porte de ci'il 1 ~•ou1·rit et la ·crhantées de fré. :iie.s la nuil. de corneilles le Yanle, stylL1e à pn;~ent, demanJ:1 au ,·isitcur
jour; es muraille lépreuse , 1lcaillées, se ce qu'il d ;sirait :
cachant par ver 0 ogne, ous de lierres épai
- A1&gt;porter li Mad~moi Ile des nouvelles
el now! ' : . r \'ilre Lr~ée~ aux croisillon d1•
de on rr~re.
lf'nètrcs: lcve.rrcco1llailebcr,ence terups-1~;
ur ces mol , il ful accueilli, iolroduit
l'l le Yenl, enlré par Loos les trou~, mème dans uoc aile du rez.de-chau, rc. [l n':n·ail
aus bonnes ai 011 , promellait a plainte tri- pu ~e déeidC'r à prononcer mademoi.clle Claudente Jan l •· corridors tri ·tes. Pauvre cba- dine; ce ITI('IISOP"e lui aurnil hrOlti Ja bouche;
~eau, pauvr
eigncur , nourri , comme les il lui seml,J.iit, aussi. sacril~ge.
pay an·, J, .arralin et d'or e, d~ ·hillaign
li regarJa autour de lui; les fonèLres ao
liouillies, de galettes mas ive , de rain dur. rideaux. le~ , ·olrl ouwrt · lai .aieol péntllrcr
de cel borl'iLle fnr , digeste uniquement aux un jour l1 rulal dans l'inltlricur et ocuc clarté
e:-lomacs breton . Et ceux-l?i se ballaient pour fâcheu c accusait la pauuetr du li lL Quella cour de Yer-aille , les f~us ! contre la népu- 11ucs siè~ es dépareillé ·, une lahle hoiteo e un
lilique qui leur cri:1il: « Egalité! ... 11
grand air d'abandon. Ln cl1rminée, ans l'hcoe heure apr·•~. Ikrolrdin courail ur 1 nt'l" ét:iil noire de fou llum autrefoi·
route d'Uar coel; on cheval, repo é, trouait par ll'S ancêtre. ; le. cendrC' en étaient emohaut, dans la pous ière. Le pa ·sage se dérou• lées. La pièce, Lr • luute, Lrès va te, à Jl('U
lait très gai sou le ciel lrès Lieu ; lrè gai, pr~ vide, était .onore; lo Lruit de se· pa
de la gaieté de l'élé même; car le chauml's ré~onna sur les dalle comme mus deS\'oùlu
nlr rn conscnaient leur mi.ère, el la h rre de cathédrale; il n'eut pas le lemp de pous er
délai,sée .c déroulait au loin, inféconde et plu~ loin on examen, ln fou se Claudine était
mau sade.
d '"anl lui
lai sou l'or du soleil ccl en emùle se
Elle lui teodail la main, la face épanouie;
transposai!, e re\'l!tait un heure de factice d,-puis longtemps clic nourris.~il en ccri:1 un
opulenoo, n•Oi1ail la -pl n&lt;leur de l'a Lre sur doux p nchant pour cc jeune homme él~gnnl
l'horizon; 1 conlra Le imposaient les valeur.;
&lt;l rol,osle; chaque nou elle r, nconlre nvirnit
le- bois violillre s'appesanlîs nient sur les
e sentimenl. liai loi, somlainrment, il hé.•ifond d'or: la mer, crflmenl bleue, C'iolil• lail dans ~on pcrsonDa"e, ,aisi J.'un mupule
fait, éclata.il dans la blancheur rebaus étl de impréro. C'élail vrai, à la Lien &lt;létaiJJer, que
grhc ; Landi. que fos lourds rocher , cournrls celle femme rappelait \':Jguemcnt Claudine;
de goémon Yi ·queux, pourpres ou rou •es même laillc, même allure; en moins fin, en
de cuiue, ou violet. dJ.Jls le coin d'ombre, moin fier, rnilà tou L.
appàlis aient encore la maladive verdure des
Et le chevalier s'allrhlait à l'idée &lt;le se
dunes, enjolfrée, 11uelqoe!ois par de toulfes moquer cruellement d'un, femme 11ui resscmde chardons ùleu ·, ou uo firmament de blail, même de loin, à ceUe qu'il aimait. Il
métal, balafré de cinabre.
avait heau se répéter tout bas que o'étailju .,. 140,..

men! ceue re: c&gt;mblance la eau e prîncip:ile
d1•~ malheur de Ja Yl'Aie Claudine qucli1ue
cho.e grio~•ait dan: les ro11ages de son imagination.
llo e parlait :
- -.alut, Leau cl1ernlh!r! ... j suis Lcureose de \'OUS voir sain el sauf, oprès tant de
lia•rarres oll YOU rnte ,·aiUanL, nul n'en ,aurait douter; que venez-\'ous m'nnnoncer de
mou bicn•airni.\ frère; il c l en ,·ie, je pense?
Elle souriait. 11 lui eût répondu :
a Noo, il est mort. .. ,, qu'ellt• n'eût pas
peut-être eJlacé on ourire. li .e reprenait :
- Bonjour, Lelle dam ! Turpin esl fort
gaillard cl vous envoie e- ' 'ŒUX. Il sern près
de vou' d'ici deUI ou Lrois jours ... Là, t'·les,·ou · contente?
- Oh! tout à foi l, enclrnnlé , rJ\'Ïe ! déci arail madame Dil'ot. au· 1&gt;ourl:u1t mitrquer
d'enlhou ia me; puis, sautanl d'une idée .\
l':iulre :
- Alor . • c't-st Gui, la guerre?
- Pour le moment, oui.
- Bon; alor la pèlilc e i ·teoce va reoommrncer? on va bâiller dennuvean 1·ingt-r1mtlre
heure.~ urvingl-1:ptalre: car ici, ;1 force d11:i.biLude, on bàill même en dormant. Ce n',, l
p:i.s loujour àrùle, aw:z-vou ? El Turpiu'! ..
il e 1 °ai comme une polcr.ce .... Ah! mon
Dieu!
lie oupirait profondément. Joyenne prit
l'nir le plu indiOi!renl du monde el lui
ouf1Ia :
- Yous von_ plaiJncz? Je ne ,·ou comprends gnère .... Pourquoi re lez-vous arc~
Turpin'? ce n'e l pas la coutumo que les
;1 urs. \i\enl étcrn('lli.'mcnt al'ec 1(,. Iri~rt•~.
fa riez-, ou, !
EUe Lres aillil, de,i11L1ombre. li conl inuail :
- Je pense que ~i ,ou. rnuliez faire un
signe, les prétendants ne manqueraient pas à
fa petite main que rnici .... (En parlant, il lui
prenait la main, la gardait dans ln ~iennc
g11e rougiL un Jlell; ses yeux brillcrcnl.) Pour ma part, je connai quelqu'un ... oui
quelqu'un qoi, d,·pui dè longs moi , n·a d •
anicté dans l'ùmo que les jours où il vous a
rcnconlrtle; quelqu 'on qui e chargerait voJonlier:i de voire bonheur, car, du mème coup,
il ferait le sien ... qu l11u·un dont l'unique
pen ée ~t l'amour de Claudine (c lle foi , il
dit le nom et Lrè: haul, car il ne mentait
pas devant lui-mème); cl qui se serait déjà
mille rois déclaré, ~i certain frère griocheu'I:
comme un gcùJier farom be ne seruLlnit pas
mon Ier la garde nu tour de 1ou ....
Elle tl~gagea .a main, ne sa&lt;"h..tnl 11ue dire.
Certes l'a,enluro avec lkroardin la Luot.ai Let
la .olli ·ilnit, mais LOute Lrulale à sa manière, el , an con éeratinn impo sible pour
lrop de motif.. En le Yopnl s'égarer d.1ns le
rêYe des unfons légitime. , elle s'effarait.: 1'1 1
malgré son aplomb de ftlle parisienne, cherchait a réponse.
lie 'en lira pourtant :
- Pa i griricheux, p:is si ~ ûliel', pui qu ïl vous envoie à m i.
Bernardin écl:tln d'un beau rire rranqnillc :
- Vou l'avez cm 'l 'on! c'était une façon
1

1

~-----------------------------------de ména,,.er mon entrée dnn vos murs. Il dant ob curcissait .:1 joie. .. li :lfllil été Lien
m'a ~i peu envoyti 1111'il m' même interdit pri•s de c 1d&lt;'r au diable ... el, hirn 11uïl fiil
ùe vou ,•oir ... )fab rnus a'"ez t}llC je ne 'Orli rninqnrur de la tentation, il arnil d1·.
ui.- pa homme à me soucil!l' de celn.
remords de ·on courl rnrlige.
- Vo}oll , dit I\ose, je ne comprends plu
bicu. Turpin ne rous a pa. aJressé à moi, il
on rclonr aux Repose , il trouva a mère
,011s a défendu de me \'OÎ.r .•. poun1uoi cela 'l
Parce que. dans uo longs L'tc-à-lèle,
je lui ai dédarû cent foi que fnimai .a
œur, made.moi élle Clau~ioe Le Glohani ·
d'Uar · oêl, L que je fo!'lli tout pour m'en
faire aimer à mon tour.
Ho e, celle Coi , devint p5lr. Elle ne ,c
doutait guère qu'en parlant de la sorte, le
cbcmlier di ait vrai ponr lui-même, pour
d'antres encor ; mais qu'il mentait elfronté,..
meut pour elle et qu'il e jouait d'cUe. Elle
comprit que Turpin devait être exaspéré,
Furieux et qu'11n drame e préparai!.
foi qu · rtlpondre 11 ce gentilhomme qui
lui offr:iil on cœur, .son nom. l qui é1J1il
charmant el loul à fait aimable, et qu'elle eflt
\Olontier c,1chédan · 011 alcôve'/ Elle songea:
u Ga,,uou · du temps 1 11 C'c l la Lactirrue ù~.
l,h:hes.
F.t alor~, doucement, dé•Tuisant son caraclèr,•, a nalun•, elle in inuait qu'il fallait
alll'ndre le retour de Turpin; elle lui parle-rail, auraiL g:iin de eau e, rai•on ùc lui ... et
lout irait :iu mieux. Elle en était , cc point
persuadée 11u'elle srmblail di•po ée à donner
de &lt;&gt;age à ·oo futur épow .... Elle ·'élail r.:111: 1111U Jt nri:ssiJor, MS cout.~ 1•iok11Js /111"cnt fr.1p,
f'.!$ .i la porlt Je., n({'Ose:i, d 11ne 1•1JLr 1~11nt tl
rapprochée, lui parlait presque bouche à
/orlt crl.J J.ms le slknce en.Jor,nl rùs c.Jm /Ja!(11es ·
• - IJtll'n': ! .. •es/ moi! • {Page 137.)
houche, le· \ell.l dan les ·eui, car elle était
grande; et
COrS3ge frôlait la poitrine du
jeune h1Jmmc.
rl Clauùinc. as~isc
ur 1111 mur de pierre
1,e contact était p'rilleu ... d'autant Jllu
,,uc B, r11ardi11 sarnit à qnoi s'eu tenir ur l~ch ·, dcvanl lé manoir. Elles l'allendaient.
i l'une ni l'autre n'é[ait au courant do ses
son compte; cl, Lien •ruï! ne comlùt ni son
vrai nom, ni rien de ·on pa sé, la j uge.1il ce mac hi nation · ; Lou les 183 deu redou laicn l $3
LJU\ille é1:1it : une barL'&gt;tcu e de Pari . Habi- ,i ito au rh1ll.c:rn d'llars oët; Claudine 11rtuée ao1 a1·enlures, elle eu d1crchail une de loul. Elle le regarda dans les îeux, de plu
plus, par cunui, par las,itude. par rantaisie loin que l'autre, mais arnc des pruncUe iupüuL-èlrc; il restait éviJcnl qu 'clic s'oiîrai 1. gulièrement aiguc ; l'interrogation éi.rut OaEL cc rut le tour de Jo ·enne de se sentir granle . JI bai a la lèle, repris de ,on
einb.,rra sé. Le an•• lui monlruL à Ja face, l:i rcmnrJ·.
Eli• sïn•JUÏ~t..'lil au ilôl; &lt;l'urdin:1ire, il la
tète lui lOomait. Elle était b •Ile, malgré lollt.,
celle fomme. li forma le yeux, appela Clau- con iùérDil m face.
Ame élran 0c, incertaine, irr6.ignée, elle
dine i1 son_ ccour.s, et repou ,a ln lcnlalricc.
Elle s'è.:arta, deçue, si ratigu~c d'êlro hon• sa,,aiL qu'elle c'.tail indignt•; n'aurait pas
nète ... el le reste de leur cnlrcticn fut bau al accrpté la pili{-, mè,ne ollurte; o rt'fusail à
tout espoir J'accomo1odornent ou de comprutl roula ur la guerre.
En prenant cong :, llcruarJin réchauO'a n mi ,ion; lie se défendait d'atmer Bernardin
de Jo}ennc, était bien résolue à tour faire afm
lOÎ\, 00 :illilude; Ho.c ru, vite rrprise. Elit!
esûma 4uc cellreton, parl:ducaûon parpri11- de Mcouragerl'amour1111'ila,·ouait pour elle;
1·ipcs, par religion, •1 par respect pour la no• elle se roulait ind.11Tcrcnlc lt lui, le Youloil
hll' ùcmoi elle r1u'il \O)ailen elle, ·.:1ail mou- étranger à elle; éparnil par de barrières
infrannfü)c,· , d oh lac) · in urmonla.ble ,
lr~ un p 11 nigaud, mais ne ùoula p..'\li de on
profond amour. lWe c promit dr triompher leur deux incompalihlcs exislrnccs; clic l' :_
des - ·crupules, el, puisqu'elle ne pou,·ail en cariait rêsolumcnl do sa roule; le cbas~ait de
on nseni r; pui , au Jtôt près de lui, elle
fairè un mari 1 d'i:11 1-ùrc tout au moiru; un
d1crebnit t-a pen'éc dans ses leu , 'clfra)'ait
amant.
EUc l'i111ita donc lendremenl ù ren~nir Je le trom·rr moin5 rlairs et ne pouvait s'eml)ien 1ile ; et, dans le cas oi1 Turpin reparai- pêcher, ù pau,r àme ! d'être troi foi
trait à l'improvi l •, lui marqua d rendcz- jalou.e.
Pendant les _ix mois qu ·
a1·ait pas és
,·ou , à de. point désigné,, eu dehors du
cloitrée dan les füposes, ule a\'CC madame
cbàteau.
Il partit enchanté Ju~ucch de a comédie; de Josenne et quelques domc tique l,11Iourd.,
le premier acte ét:.ii I joué; une ombre cepi&gt;n- isolé· du monde par forcct:t panolonté pui~-

.on

,ne

"" 1.µ ...

quP 1 c.ampagn · tftaicnt tlJ·crlr. .ous la
peur, Ul qu'en plu elle dnail ~ cndwr à tous
les ·eux humains, elle avait eu le tcmp Jïmaginer ·ans ces e; e•, Je la sorte, avait,
4 peu près, perdu le sen c.xacl d la r(~1lilé.
11~ .ont dangereux, 1 on°e , même quand
ccui qui 'y complai ent I dérlmmt. par
a1·ance rhimliric[ue:- et fou~.
C'élail lo cru;. Claudine pari.ail de cc point,
loojo1trs If! même; si son passé était snns
tache, quel .erait l'awuir1 ,h·cc rc po~lulal,
elle ail ail loin.
n jonr, rlle unii; ait, ronfoudnit, san
bornes ni barrière., le domaine d'l!ar.c&lt;l"l au
dumnine Jcs Repose·, parcourait, sous un
oleil très doll, au bra Je I' 'poux choisi, lrs
ch:unp · qui n'élai 111 plu · . llrilc~. les pr ~
quise couvraicnLd'hl•rb gril es, le· bame.aul
où il n'y arail plu de mi·~rc ; réwnciJilc
avec Dieu, elle entrait au. é•Tli, .
Un aul.rc jour, fillu de raco dem fuis gucrri re, en légitime ~pou , lie uil'ait un
theralier , Lra,ers les bataille. ; cocarde hlanchr al1 cb:ipeau, ell~ t•hevau,·bait à :;on cù11t,
ralliant à 'On gc"lc les lmtloun• lté~rtantr:;
glorieuse, elle au~ i; alurfo par les theF , le
soir J rrrand comhal.ll.
Parfois, die rêvait d ·, .c'•ne. di tinctes,
ren oi 0 née par le dr, me de sa vie; et, de ce.
folies nocturn • , Ile r Lait lilème, épui éo,
un cerne forge sous le!- }eux.
Au si quand reparaissait celui dont le fanLtime amit élJ le compa.,.non fidèle de !!s
mille démenœ. improvisée na!!U~re, elle ne
pouvait s·empèchcr de le con idérer comml'
un peu si ni il lui emùlait qu'un pa1:1c élni1,
entre eux dcm::, cnnsenli; 1111'un li n, 'l'i'u11
ch.trme le rappro ·li:iit ; cl comme il •'r prrLail, lui-même, d'une pa. siou :ilr:ik il érait
diflidlc de s 1parl'rt par la froide mi on, cc
que loul 'l'llor~.,it fiction· ou vérit •,, Je
courornlrc cL d'unir.
'O'où le ,.irialion· Jet.:laudine,sc· al1cma•
th e. de tlou cur et de na\·ranct•. ltc \'Ï1ai1
en parlie doul,le: heurcu , hallm·in 'e; dëst!pi.lr: ·, ILU311Ù •lie élail lucide.
Elle conrcs nit son lroulil • à sa IÏl·ille amie•,
la ~cule 11ui la com11ll er11ièrl', madame de
Joiennc ; l'l 1·.cllc-ci. ü~ionnairc au~!:&gt;i, non
dan la , i~, mai dans la mort, lui répli!Juail
l.Ji ·n ,ite, lii,•n L,L:
- Ne lui fais pa de cltagrin, p lite .... li
doil mourir . i tôl !
Alors, pour ne pas ca11Scr de peine au cb •
·alit!r, Claudine 'en lni.- aîLaimer, cl l'aimait
elle-même, un peu plu · lou le jour~. Pui ,
à force de conlacl · journaliers, Je rapport.
&lt;le tous les in lanls une iùée de dérnu~mcnl
~n ·uel germa, pou sa, ·épanouit dan rel
arJ ·Hl cer1· ·au, v·ut-être J :pra~é par 1c malheur injuste el la tri ·te avenlure.
Elle c &lt;lit que !-Î, réellrment, Je jour· de
Bernardin el3ienl com plé . llr 1•rre, il lui
fallait les nchauler; 11ue sïl pom·, il trou,cr
des joie en elle, par die, il ët:rit de on devoir de le lui prodigurr; qu· d~faul d'épou e,
cUP erait :tmantc; que . i, quclr1uti soir J11venl mou, il lui ouHail lé Lra , elle • '}

�111S T 0-1{1.JI
laisserait aller, les yeux fermés, se livrant
toute.
Cette résolu Lion la rendit plus vaillante ... ,
elle s'y complut; il lui semblait même qu'à
se donner ainsi, elle laverait, avec de l'amour,
les anciennes souillures, et que, coupable, elle
se réhabiliterait, au moins devant elle- même,
dès hontes involontaires, des violences subies.
C'était subtil, mais consolant.
Elle n'al'ait guère plus qu'une croyance:
l'amour; et qu'un dieu: Joyenne. Elle avait
laissé dans les ruines du couvent du Calvaire
son aveugle confiance, sa foi enfantine dans
le Seigneur, la Vierge et Jésus-Christ. Elle
s'était insurgée contre son infortune, avait
dénié la clémence du ciel ; et, de ce cloître,
était sortie presque athée. Quand on explique
tout par le hasard, le triomphe du mal parait
moins révoltant. . .. C'est ce qu'elle pensait.
De ces décisions, sa jalousie augmenla.
C'était naturel. Elle n'entendait pas qu'on lui
prit celui auquel elle allait se donner. Elle
haïssait déjà l'aventurière qui occupait sa
place, sa haine redoubla. Elle souhaita sa
mort, en chercha les moyens.
Celle-ci, le soir même du jour où Bernardin
était venu lui présenter ses grâces, éprouvait
une désagréable surprise; brusquement, son
seigneur et maitre, le comte Turpin, rentrait
chez lui, sans tambour ni trompette.
N'y tenant plus, prévoyant ce qui se passait, que Joyenne courtisait dame Rose, il
avait planté là son bataillon, deux jours avant
la dislocation, et s'était enfui à toute bride
vers Harscoël.
Il y entra, très sombre; fut accueilli fraîchement.
- Vous, déjà?
- Pourquoi déjà? Comment savez-vous
que j'ai devancé les dates?
- Ah! voilà. Je le sais, ça me suffit ... et
ça doit vous suffire.
Cela débutait mal. Turpin ne put contenir
sa colère, son indignation, son chagrin. Il
éclata:
- Alors, c'est ainsi qne vous me recevez?
Depuis six mois, vous ne savez si je vis ou je
meurs que par les rapports de courriers suspects, de chemineaux sans foi. Je ne vous ai
pas écrit une seule fois dans la peur qu'une
lettre interceptée pùt vous compromettre,
mais, à toutes les heures, toutes les minutes,
toutes les secondes, je n'ai pensé qu'à vous;
je n'ai eu que vous devant les yeux, et quand
j'accours, heureux de vous revoir, de retrouver tout ce que j'aime en vous seule, vous
m'offrez un visage de glace et des yeux ennemis.
Elle minauda:
- Vous exagérez. Vous entrez en coup de
vent, sans crier gare, et vous voulez qu'on ne
s'étonne pas? Oh! je suis très heureuse de
vous revoir, très heureuse... . Oh! oui, oui !
très heureuse.
Il la regarda; elle se moquait de lui; ne le
dissimulait même pas. Il eut la tentation de
la cravacher en plein visage, il n'osa. Compritelle sa pensée? Peut-êlre. Les bras croisés,
Lapant du pied sur les dalles, les yeux inso-

lents, elle le bravait. Ne pouvant être énergique, il fut lâche. Il larmoya.
- Rose, tu as bon cœur pourtant. Quoi !
pas un mot, pas un geste? Tu n'as donc pas
d'affection pour moi?
Elle eut envie de rire ; mais ce fut bref;
l'ennui du personnage la ressaisissait de la tête
aux pieds. Absent, elle l'avait un peu oublié;
il n'avait qu'à reparaître pour qu'à l'instant
elle fût reprise de ses dégoûts. Voyant tout
effort à l'attendrir inutile, dangereux même,
il tomba dans les banalités :
- La guerre est finie.
- Je le sais.
Ces trois mots rallumèrent sa rage :
- Par M. de Joyennc sans doute?
- Par M. de Joyenne, en effet.
Il écuma.
- Alors, il est venu ici ?
- Préféreriez-vous que j'eusse été chez
lui ?
Il trépigna.
- Ça finira mal 1
Elle sourit :
- C'est à peine commencé.
Sa colère, cette fois, l'emporta sur sa soumission ordinaire ; et puis, il revenait tout
chaud de la bataille, avait repris l'habitude
du commandement, s'était montré dur avec
ses hommes, implacable pour ses adversaires.
Il lui en restait une certaine trempe d'àme,
un penchant à l'autorité.
Menaçant, il cria.
- Où voulez-vous en venir ? . .. Prenez
garde I il faut que tout cela finisse ; on se
lasse à 1a fin. Votre Joyenne, je le tuerai, s'il
me gêne; c'est facile, en ce Lemps-ci. Les
Bleus ont bon dos pour la mort d'un Chouan;
il y a un assassin derrière chaque buisson. Et
vous-même, je le répète, prenez garde! Qui
s'aviserait de venir me demander des comptes,
si vous disparaissiez un malin comme une
pierre dans l'eau?
Il était effrayant, livide, tremblait de tous
ses membres; avait bien l'aspect d'un pire
bandit. Rose, qui n'était pas de cœur intrépide,
pour la première fois de leur vie commune
sentit qu'elle avait élé trop loin et s'alarma.
Mais, entêtée dans sa vanité de maîtresse
absolue, elle recula sans se rendre.
D'un ton subitement changé, elle murmura,
perfide:
- Ab! YOUS ne m'aimez plus!
Cette simple phrase suffit à déconcerter,
désarmer Turpin; sa fureur creva, s'évanouit,
comme une bulle de savon ; ce fut d'une voix
déjà pardonnante qu'il répliqua :
- Pourquoi me pousses-tu à bout? Tu
sais bien, au contraire, que je n'aime que toi
et que je défendrai ta personne, la possession
contre un monde ligué ! Ce Joyenne est un fat,
un écenelé, incapable d'une tendresse sincère .... N'y pense plus ... va! et tu verras que
je saurai te faire une existence heureuse. L'étal présent ne saurait durer ... d'une façon
ou d'une autre, le calme viendra; il le faut
bien ainsi ; la tempête n'est pas éternelle,
c'est une loi de la nature. Quand tout s'apaisera, nous retournerons à Paris ; et, dussé-je

cas de ces deux personnages, la présence de
son frère à Harscoët la rassurait un peu.
Mais, de nouveau, elle dut rester enfermée
dans les murs des Reposes, renoncer même
aux courtes excursions dans la campagne voisine qu'elle s'était permises quand l'absence
des hommes, partis en guerre, avait fait du

vendte Harseoët et ses terres, nous rirons
encore; c'est U\QÎ qui te le dis !
- Dieu t'entende! fit-elle, il ne sera que
temps; car je me meurs d'ennui, et, sans la
peur qui rne retient, il -y aurait beaux jours
que j'aurais été revoir les ruines de la Bastille.
- Patience l conclut-il, heureux de voir
finir une querelle où toutes les blessures
étaient pour lui.
Sous son apparence bénévole, Rose Divol
n'en persistait pas moins dans ses petits projets. Elle savait où retrouver le chevalier et
comptait bien ne pas manquer aux rendezvous. Mais, le lendemain et les jours qui suivirent, Le Glohanic ne la quittait pas plus que
son ombre, se collait à elle, la suivait pas à
pas dans ses allées et venues.
Elle enragea,; pourtant, décidément intimidée par cet homme, naguère à chaque instant
bafoué, mais qui, pour le présent, se révélait
redoutable; qui se plaisait à lui détailler, une
à une, les cent atrocités par lui commises au
cours de la campagne, elle se résigna, renonça
à Joyenne, pour le moment, et n'en détesta
qu'un peu plus le geôlier d'llarscoët.
Elle se promit une revanche; des vengeances délicieuses; et, ainsi consolée, faute d'autre chose, accepta la situation.
Bernardin fut, du reste, informé du retour
impromptu de Turpin dans ses terres. « Tant
mieux! »pensa-t-il; cela brusquait les événements.
Avant huit jours, Cadoudal, mal en sûreté,
malgré les traités, dans son village de Kerléano, ouvert à Lou tes les surprises et trop
proche des garnisons d'Auray, serait de retour
à Locoal.
Il était décidé qu'à cette époque, Claudine
serait reconnue solennellement par lui, devant
les châtelains, les paysans assemblés; et que
le comte Le Glohanic comparaîtrait devant son
tribunal. D'ici là, Joyenne, pour son plaisir
personnel, par rancune, et comme prologue
au drame, était bien résolu à provoquer l'éclat,
à confondre les usurpateurs. Il ne réfléchissait pas qu'il était peut-être dangereux de devancer l'heure et d'agir seul; son cœur fougueux, son désir de servir Claudine, le poussait aux interventions isolées et personnelles.
Il entendait se créer des droits inoubliables
à sa reconnaissance.
Et ce fut dans ce but, ce qui n'allait pas _
sans paradoxe, qu'il se rendit, un matin, au
rendez-vous fixé par son intime ennemie, la
maîtresse anonyme du château d'llarscoëL.
Pour son grand désappointement, après
l'avoir attendue deux heures, il ne la vit point
paraître. Il ne sut que penser. Elle menait
Turpin à la baguette; il n'imagina pas que
celui-ci fùt çapable d'une velléité d'énergie
effective ; alors que se passait-il?
Il revint déconfit ; subit l'interrogatoire
anxieux des yeux de Claudine, les questions
directes de sa mère et, à l'une comme aux
autres, répondit sans franchise par des propos
inconsistants .
Claudine devenait de plus en plus sombre;
et, cependant, car tout était bizarre dans.. le

(Illustrations de

pays une vaste solitude. Bernardin demeurait
près d'elle, toute la journée; ils se frôlaient,
se coudoyaient, respiraient le même air ; les
sensations se multiplièrent; le sang aux joues,
ils baissaient les 1eux, l'un devant l'autre,
craignant l'ardente indiscrétion de leurs regards trou blés.

Madame de Joyenne, entre eux, figurait la
sauvegarde; elle était nécessaire. Bernardin
considérait Claudine comme son épouse du
lendemain; Claudine, avec des idées différentes, n'était pas mieux défendue contre les
tentations dont elle acceptait d'avance et délibérément la conséquence extrême .. ..

(A suivre.)

CoNRAn.)

MAURICE MONTÉGUT.

L'Aiglon en cage
C'est par la femme du concierge de l'ambassade de France que Vienne apprit, le
25 mars 1811, la naissance du roi de Rome,
fils de l'empereur Napoléon. La bonne femme
connut la nouvelle avant l'ambassadeur;
dans sa joie, elle ouvrit sa fenêtre et cria :
&lt;( Un petit prince l l&gt; En quelques instants,
toute la ville en fut instruite; le peuple était
satisfait. &lt;( Quel bonheur pour notre cher
empereur l l&gt; disaient les braves Viennois.
Seuls quelques salons aristocratiques, où naguère on n'avait pas sans dépit vu la petitefille de Marie-Thérèse épouser l'ogre sansculotte, déplorèrent la venue de cet encombrant
rejeton de la Révolution, insolemment greffé
sur le vieil arbre des Césars. Au grand cercle
tenu à la cour, le 26 mars, on répétait volontiers cette boutade d'une femme d'esprit :
&lt;( Bah! cc petit roi de Rome viendra peutêtre ici, dans quelques années, se faire
élever par charité. »
Trois ans plus tard, la prophétie se réalisait; le bambin impérial arrivait à Schœnbrünn, le 21 mai 1814, le jour même où
son père, à l'ile d'Elbe, prenait possession de
son nouveau palais - de sa prison - des
Mulini. La réception, à Schœnbrürm, fut
chaleureuse; les dames, debout aux deux
côtés de l'escalier, montraient tant d'empressement à baiser les petites mains de l'enfant,
que le comte Kinsky, chargé du précieux
fardeau, eut grand'peine à parvenir jusqu'au
haut des marches. Dans les cours, la foule
criait: C( Vive le prince de Parme! &gt;l Car il
était entendu que Marie-Louise, reniant son
titre de souveraine, prendrait celui de duchesse
de Parme, Plaisance et Guastalla. Et tout de
suite, Metlernicli se mit en devoir de déraciner dans l'esprit de la mère et &lt;lu fils tout
souvenir de leur grandeur passée et de leur
séjour en France.
·
Pour Marie-Louise, la tâche fut trop facile.
L'enfant, bien qu'il n'eût que trois ans, résista héroïquement.
Les historiens ont traité de légende l'obsti-

..

nation des éducateurs autrichiens à étouffer
l'intelligence du roi de Rome et à lui cacher
son origine. Le poète de !'Aiglon, reprenant
celle légende, l'a splendidement imposée; et
il se trouve que le poète avait raison contre
les historiens. Dans un recueil dr. récits aussi
charmants que documentés, notre confrère
Teodor -0.e Wyzewa nous conte, d'après un
livre allemand, les tragiques années d'apprentissage du fils de Napoléon (Excentriques et
aventuriers de divers pays; essais biogmphiques d'après des document$ nouveaux).

Toutes les études que conlient le volume de
M. de \Yyzewa sont extrêmement attrayantes
et pittoresques; toules sont singulièrement
nouvelles pour nous, si mal renseignés, d'ordinaire, sur les étrangers qui en adversaires
ou en amis d'occasion ont joué un rôle dans
le drame de notre histoire; mais le chapitre
consacré au pauvre aiglon encagé domine,
semble-t-il, les autres par l'atroce cruauté
du sujet; on se prend, en le lisant, à envier,
pour le petit roi qu'écrase le nom de son
père, le sort d'un autre roi, enfant comme
lui, né, comme lui, aux Tuileries maudites,
mais qui du moins n'eut pour geôlier qu'un
savetier de Paris .... Ilélas ! Schœnhrïmn fait
regretter la tour du Temple.
C'est un tendre et délicat enfant, ce petit
Napoléon. Il donne aux pauvres ses plus
beaux jouets; tout son argent passe en aumônes; il se désole à la pensée que d'autres
enfants mangent du pain noir pendant qu'on
lui sert des gâteaux. De tout son cœur, il aspire à aimer; il est bon, généreux, franc,
ouvert; mais toutes ces qualités sont trop
françaises, et il l'en faut exorciser soigneusement. Dietrichstein, son gouverneur, s'y applique, par ordre, avec opiniâtreté; en vain,
le petit prince lève vers son bourreau ses
beaux yeux bleus pleins de tendresse et d'ingénuité; !'Allemand, parce qu'il aime son
élève, ne s'en efforce que mieux d'extirper de
cette petite âme l'élément diabolique.
.
Il y emploie six ans. Six ans, il travaille à

la lente et incessante perversion de cette délicieuse nature d'enfant; peu à peu la gaieté
s'en va, le rire devient plus rare; quand ses
maîtres lui parlt:nl, le prince détourne la tête
et baisse les yeux. Il apprend à se méfier, à
craindre, à haïr : de l'enfant expansif el doux
que la France lui a livré, Dietrichstein a fait un
élève « sournois, entêté, méchant 1&gt;. . •• II se
trouve même que le pédagogue a dépassé le
but et il note, dans son journal, que &lt;( le
manque de franchise du prince à son égard
lui ulcère le cœur ll .
Car on possède maintenant le journal de ce
tortionnaire, les notes prises au jour le jour
par lui et par Obenaus, son aide, ainsi que
leurs lettres et leurs rapports quotidiens; ils
ont été publiés par M. Ed. Wertheimer.
Quelle tristesse ! Un matin de juillet 1816,
l'enfant - il a cinq ans - se promène avec
l'un de ses précepteurs, Foresti. Foresli était
un noble cœur qui déplorait la cruelle consigne qu'on lui avait imposée; l'élève le devinait el osait, avec lui, parler de ces choses
dont ses rêves étaient encore troublés. Cc
jour-là il s'enhardit jusqu'à demander qui
régnait sur la France. « Un roi, répond
Foresti. - Mais je sais, dit le prince, qu'avant
ce roi il y a eu un empereur. Qui était-ce?C'était votre père; mais un amour immodéré
de la gqerre lui a fait perdre sa couronne. »
L'enfant alors avoua que dans un livre dont
on lui interdisait la lecture, les Fastes de la
France, il avait lu le récit de toutes les batailles de Napoléon; puis il dit : &lt;( Mais si
mon cher père a causé autant de maux, il est
donc un criminel? - Ce n'est pas à nous
qu'il appartient de le juger, répliqua Forcsti.
Continuez toujours à aimer votre père et à
prier pour lui l&gt; . Ce n'était, en effet, qu'après
de longues hésitations, et avec la conscience
d'accomplir un acte téméraire de générosité
que Dietrichstein avait autorisé le prince à
mentionner le nom de Napoléon dans ses
prières du matin et du soir! Aussi, après cet
entretien, l'enfant eut-il visiblemènt ·,( le

�-

1flSTO'J{1JI

----------------------------------------~

rœur plu léger ». Duraal Loul le re le de sa
promenade. il sauta cl riL comme il n'avait
jamais fait : il n:mail d'apprendre que on
papa n'était peul-èlre pas un mon trn. EL ù ·
rclour au château, il dit fièrenient à Collin,
un aulrc de ses mealors : « Ohl si YOUS
sa\iez ! .L Forcsli et moi, no11s avons lony11emenl 11a1·lé de la Fl'ance ! ~
Le grand souci de llielricbslein él.ai.L d'halJiluer son éPYe à penser cl à s'e-xprimcr en
allern:md. On l'appelait, d'ailleurs, Fran:..
« Jè ne ,·eu:x pas être Allemand, criait le
pelil pos édé .... J'aimerais micu,c ... je n'o.c
pa diN quoi!. .. Je veux rc ler Français! ))
lai- le moyen ùe luller conLre 1anl de pMagoguc acharnés à s1 germanisa.lion I La joie
du gouYcrneur e l grande, quand, le i 8 noVllmLre i&amp;J 7, n con talc que le prince Franz
parle couramment l'allemand; dix an plus
tanl. ré ultat magnillque, (« il est tout à fait
iac.1paùle d'écrire correctement u.nc lettre en
fr:mçai ». lais quellll peiae oa s'est donné,
pour en arriver là ! Il .t fallu coufisqacr tous
les objets, livres, effet clo toilelle où se
lrou\'cnt gravé.es te :iigles irupériales; il a
fallu rcnYoyer d'Autriche tous les ser..iLeu.rs
français, el même le pclil Emile Gohereau,

un gnmin de :.ix ou sept ans, fils ùu Yalet de
chambre de l'ex-impératrice. Alors on vil
celle cho~c sublime : pour entendre quelquefois parler ùc ce pa arloré sur lequel son
père avaiL régné, Fram1 écoutait aux portes;
quanù Dietrich tcia eau ail a\'cc les domc ti(jUCS ou avec des étrangers, Je fil, de 'apoléon
se cach:iit sous un mcuLle, espérant que par
surprise il allait entendre prononcer le nom
de son père; il lisait en sec.rel, s'iastrui rut
e11l; mai ceque e ma1Lrc lui easciguaient,
il 'efforçait de ne pas l'écouter. Parfois, à
bout d'amieu e curio ilé, éLouffaal de ne pas
savoir, il questionnait avidement : &lt;&lt; Dil.es•
moi, de1mmda-t-il un jour à Collin. dilesmoi. s'il ,·ou · pla.ll, po11rquoi on m'app lie le
roi de Rome. - Cela se pa • ail encore au
temps où 1otre père arail un 1:,rrand royaume.
- EsL-œ r1ue Rome a apparlenu i1 mon
p~e1- 1011, Home appartenait uu paJie. Et où est à présent celui--ci1 - Le pape?
Toujours à Rome. - EL mon père il est aux
Indes. je croi ? - ~foi · non; pa du 1oul.
- E t-ce qu'il est en Amérique? - Pourq11oi serait-il en Amfrique1 - M:ii · enfin. où
est-il, vrai.ment? - J ne puis pas vous le
dire. -Onm'a dit un joarqu'il avait été eu

ngleterre el qu'on l'en nvaiL chas é. - C'est
là wre erreur. Vous savc~ bien, mon prince,
combien ouvenl il vou arrirn de mnl comprendre cc que vou cnlcndc.1 dire. - Oui,
c'esl nai, excu ez-moi. - Je puis vous li su.rer que momieur , 1olre père n'a jainai · élé
eu Angleterre. - J'ai entendu dire aus i
qu' il était dan la misère. - Comment. dans
la misère1 - Oui. - Comment cela seraitil po ible 011 mÈme vraisemblable? » _\ ces
mots le 1·isage de l'eufanl s'illluuiaa de
bonheur : « C'cs1 1·rai, dit-il, c'e L Li ·n cc
que je pensai . 1&gt; Et il pru;sa aus·ilcil à un
autre sujet. Il en av, il pour hien longlcmps
à méditer, et j:imai ne Juj en a,·aiL-on, ur
11l011 iew· son père, lanl appris.
Oe lou les traits touclinnls ou lrairiqucs
c111 ·a recueillis 1. de WyzC!wa en fcnill •taul lll
journal des préœplcurs du prince, cclu.i-là,
.aas doute, est le plu. m1,•ranL : l'cufanl du
ma.ilre du monde rayonnail de joie à la révêlalion que &lt;&lt; s011 père o'ét..1.il pas dans la
mi ère ,, , el il e résignait 11 11'en point
sa,·oir d:rv_intage .
Oui. ccrlc , 11 cél •füoyalilc supplice moral
on préfère les coups de Lrit[UC du cordonnier
'imon.

LE

"LisEz..Moi'' u1s10R 1QuE

T. CT.

J.,A v1E DE P .uns

sous

LA RESTA~RATION . -

UNE PARTIE DE DAMES AO CAFE L.utBLIN, VERS 1lho. -

·T,blear1 ,1t B01LLY. l l/u,~~ Co11Jé, Clr.mliJ/f'.)

..., 144 ,,.

PHlllS DE LA TO R-DU-PIN DE LA CHARCE
Tableau de LEGRIP. (J\lusée de rersaille .)

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1910, Año 1, No 19, Septiembre 5</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>r -

1t1ST0~1.Jl _ _ _ _ _.:,.__ _ _ __ __ __ _ __ _ _ _ _~

senté à madame du Barry... pauvre femme ..
elle fut gracieuse... à M. de Voltaire... sa
vieillesse manquait de distinction .... Partout.
j'étais bien accueilli, fèté, pour ma jeunesse,
et pareequcj'étais étranger. La France, alor~,
était hospitalière... el galante.... C'était une
l,elle fille r1ui riait et chant.ail. Vous n'an•z
pas connu Trianon et Versaillés; la vie y
était délicieuse ....
- Jlélas. non! soupira piteusement Kerret. .. je n'ai rien connu de cela... j'étais trop
pauvre, de trop pelite noblesse et, quoique
Breton, pas asse:&gt;. étranger... ,·oyeM'ous.
Fersen sourit de son rare et froid sourire:
- C'est une critique; vous êtes subversiJ
à l'ancien régime, au roi lui-même....
- Si ,·ous voulez, comte, dit le Chouan;
ce n'est pas lui que j'aimais....
Fersen baissait la tète el ne répondait pas.
U songeait, évoquait des scènes lointaines.
Après un long silence, il reprit :
- li est pourtant étrange que cette même
soirée au bal de l'Opéra, au début de nos
tleux existences, ait, dela sorLe, inllucnté nos

deux destinées. C'est de cette soirée-là que je
meurs; c'est de cette soirée-là que, depuis
ungt ans, ,•ous ne vivez plus.
Kerret murmuro :
- La vie est une plaisanterie; le plus
souvcnl maul'aisc, \'Olrz-vous. N'est-cc pas
fou de ~ongcr que - réunis, jadis, une
heure par le hasard, dans cette foule en joie,
ces salins, ces ,·clours, ces lumic'ires - nous
nous retrouvons, portant le même deuil au
cœur, après un quart de siècle ou peu s'en
faut, à la tète d'une bande de loups, uniquement voués à la vengeance de nos morts,
de notre morte; et œla à la suite de l'écroulement d'un monde?
- Oui, l'écroulement d'un monde, répéta
le Suédois. llélas ! que rcste+il de la cour
de France?
- Un cimcti~re 1... prononça le IJreton.
N'importe .... Ça passe vite !
Soudain il portait son poing crispé 1t son
front blême el se r1h·oltait :
- Fersen, nous sommes des lâches; nous
d1•1·ions cmpècb,·r œla, nons, les gentils-

hommes! quille à ~ourir en route, et alors
nous n'aurions pas su ! ...
Le comte Axel se pencha vers son ami cl
lui souilla dans l'oreille :
- Trnpo~sil1lt•! tout Il' monde al'ait peur!
li appnra :
- Oui, peur!
Kerret répliqua :
- Je ne c~mprcnds pas.
- Yous n'nrct rien l'U, dit Fcrst•n: il ~
,naiL de '!U6i. ...
El il racQnlaiL Paris, les années tragiques
de f 791-1702-1793; Paris, tenant sou roi
captif', sa reine prisonnii•rc; les trainant à
l'échafaud, au milieu des gaietés faubouriennes.
li était rcnse.igné, loi; connaissait, une à
une, les stations du calvaire; il avait ,,u se
lézarder, fléchir, pencher, crouler enfin la
maison de France; il aYait assisté, témoin
anxieux, à l'agonie de la royauté; savait de
(tutll bruit cl de quel silence sonl faits, après
les catastrophes, les avènements subits sur
les Lraclilion~ mortes ....

(A sufrre.)

(llh1slralio11s .Je C ONRAD.)

1-,i;;s MAITRES OE L' E STANPE AU xvnt• SIÈCLE. -

~=======================:: .-:{f ~~~~~====:;;,-;;===:::::.J
LE "Li~EZ-Moi" u1s10R1QuE

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JULES TALLANDŒR, ÈDITEU~. -

1
J

Sommaire du

1

Les Femmes de ta Révolution : Madame
R.oland . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . 4
• Mémoires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . f&gt;S
i;i. La tragédie de Ravaillac . . .
. . . . . .
62
En :A,!sace : Une histoire du temps de Fréderic . . . . . . . . .
67
La Fallary . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6.'l

i\l1C11ELET • • . . • . .
G ÉNÉRAL DE l\-1.An eoT .
J J'.:Rô ~EET J E..1N 1'f1A R.\
MASSOc'I-F'NŒ. TIFR .

T. G. . • . . . . .

C B AMFORT • • • • .

L'- COLONET. R OUSSET.
MAURLCE ,\foNTF.r.l"T •

Luvov1c H ALÉV\" . . .

ILLUST~ATIONS

Re1 N&amp;n,

LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

août 1910.)

C o JŒAD

TD&lt;ÉE EN CAMAÎ E U

MADA1rE ROLA

LION E L H OYE R, WA'l'TJI:R.

TABLE.l u or. liE1Nsros

D

(Musêe d e \'crsai lk~').

Cqpyrlgllt by 'l'aHandier 1910.

8:.::::e

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111.1 1111: A la fqul.:iin e. - P tERIIE !\Ill. LE. llliddel burg, la vlllc des carillons.
- 1:-F.Rl'AND G KEGU . Nuit d'été. P, u L ET Y1c rnR .\I AR&lt;il' c RlTTE. Le
courrier dt: la. gloire. - ÀLP!IO&gt;'SE OA DET . L"ois cau bleu. - J orns
RE. ARO. Le D.otteur de_ n~,;;e. - R&gt;:."•' i\IAIZE II Y: Flaçrant délit ALBERT '.IIE.ttAT. Les senllers . - HE«R1 LA VE DA , de I A.:adem1e rrnnçaise,
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g uerre . vint l"lleure plus . ombre- en.: rc
de la p:lix, ce lle où ltl France du, c
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historique

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à HISTORIA (List.r-Mo1 historique).

par BOUR,R,JENNE
son Secrétaire intime

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Madame Roland

PLANCHE HORS TEXTE

O E:;ano1 N. , DcvÉBtA, D oP LE srB P.!ITl:!:A.C 'I'. , C. -:. GA t:C II EH, L. G.\ ULT I ER, .BARO . Ü é RARD , H..E R~P.. T. EOI\GF.S
IIYo. , .J 11s. ' , L1.ou~r-11m, 1. LE LEBC , H1PPOLY1'E LECO MTE. LEv.-1.i; nEZ,
• MA t: IHN1 P1EflRE M 0Nl~I I&gt;', 8.-A .
ICOJ.LET,
UT TIWAl'T E, E. P EHDO \·n i::,
.ET, GFORf.P-;; r.ArN , G EORr,e

(20

Anecdotes . . . . . . . .. .
Un incident de fro11tiêre en 1781
Madame R.écamier . . . .. .
R.ezonville et Saint-Privat. .
Les Épées de fer . .
Notes et Souvenirs. . . . . .

P. fJE l&gt;.lRUI ELLAN .
j 0 SEPII T L'RQOAN. •

D0 A.PRÊS LE S TABLEAOX1 D€SSINS ET F.STA.MPES bE :

E. Bru

ge fascicule

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Pour vouloir la flépublique, l'in pirer, la
faire, ce n'étail pa a ez d'un noble cœur et
d'un grand f!. prit. Il fallait encore une chose ....
Et quelle? Èlre jeune, avoir celle jeunesse
d'àme, celle chaleur de ang, cet aveuglement
fécond tJui YOit déjà dan le moncle ce qui
n'est oncore qu'en l"àme. el qui, le vopnl,
le rrée .... li fallait arnir la foi.
li fallait une cerlaine humonie, non sPuJrmrnt de ,·olonlé el d'idées, mais d'hahitudt·s
et de mamr-s républicaines; aroir en soi la
république intérieure, la répnLlique monlc, fa ~cule qui légitime
el fonde la répuhliqne politique;
je -veux dire po tidcr lt: goU\'crneuient de . oi-même, a propre démocratie, trouver a liberté dans
l'obéi sance au devoir .... Et il
fallait encore, chose qui semLle
contradictoire, 'lu'une telle âme,
,·erlueuse el forte, ùt un momenl
pa:-sionné r1ui fa fil ~ortir d'.,JlL._
même, ln lanràL dan. l'action.
Dans les maurnis jours d'alI.ais.ement, de fati;;uP. quand la foi
r~volutionnair • d~faillail en eut,
plu ieur~ des Jépu1.:s t:l jouroalisles princip:rnx de )\:poque allaient
prendr' for1:t cl courage dans une
mai on oü ce deux choses ne manquaient jam~is : maison modeslr,
lep lit Miel Uritannir1ue de la. rue
G11énégauJ, pr'· le pont Ncul.
Cette rue, a, n; . ombre, qui mène
à la rue Mazarine, plu ombre
encore, u'11, cou1mc on sa.il, d'auIre vue que le lon•mc muraifü•
Je la loaoaie. Il moulaient au
1roisièrne él.a"e, el là, invarialilcment, lromaienl deu.x. pcrsonm
Lra~aillaol cnsemLle, U. et Madame
Iloland, ,eous récemment de L ·on.
Le peli.L alon n'o1Trailrp1·une tallit:
où hl" deux époux ~criraic11l; la
chambri: à coucher, entr"ouverll',
lai aiL voir deu:t lits. l\olaad avait
prè de soixante an , elle lrenleix, et pnrais ail beaucoup 010.ù1s;
il cmblail le père de a femme .
C'était un homme asset granù et
mai11re, 1',1ir aust~rcet pa ·, iooné. Cet bolllJllc,
11u'on a lrop acrifié afa gloire de sa femme,
:1ait un ardent citoren qui arnil fa France
dan le rœur, un dll ce vieux Français de la
race de Vaul..an e.t des lloi,guilbert, qui,

sous la rO}aulé, n'en poursuiYaienlpas moins,
dans les seules voie ouwrtes alor , la .aintc
idée du lii n public. Inspecteur de manufacLures, il av:iit p3 é Loule ~a vie dans les Iravau , les ,·o a:r , à rechercher le amélioration dont notre indn~trie tft:iit susceptible.
Il a,·ait publié 11Jusic11rs de cc vopges, l'i
ùivers traités ou mémoires refatïrs i, certains
métiers. a belle el courageu~e femme, . an.
se rebuter de l'ariJilé de imjel , copiait, 1raduisail, ·ompi!ail pour lui. L'.fr/ ,lu /011,--

du eul enfant IJU ellc ail eu. Étroitement
associée aux Lravaut, aux idée de son mari,
.-Ile a\'ait pour lui une orle de culte lilial,
ju 'qn'â lui préparer om·cnl '! aliment
elle-même; une pruparation toute spéciale
4!tail nécessaire, l'estomac du ,·ieillard ~lait
délicat, fatigué par le travail.
fioland rédigeait lui~mêrue, el n"employait
nullement ln plume de sa frmme à cette
époque; ce fut plu lard, dc\'eIIU ministre,
au milieu d'embarras, de .oins infini , quïl
cul recour~. Elle n'avait aucune
impatience d'écrire, l!L, si Ja Révolu Lion ne ft)l ,·enue la tirer de sa
retraile, rlle eûl enlerré ce don:.
innliles, le talent, l'éloquencli',
au-si bien que fa h1 aulé.
Quond le politique veanienl.
madame floland ne se mèl:tit 11as
d'1•1le-mrme aux. di ·eu sion~, ellt'
1·ontin11ail :on ouvra/!e ou tfrrirail
1lrs lt:11 r • ; mais ~i, 1·-0mme il arrivai l, on en appelait à die, elle parlait alor n,·cc une ,i,•acité. um~
propri1:1é d'cxprc. ions, nne fort1'
grac.icnsc et pénélranlr. dont 011
elail tout aisi. &lt;1 L'amour-propn~
:rnrail hien ,,oulu lro11 , cr de l'apprêt dau c-c cpùllc di~ail; mai,
il n'y avail po. moyen; c·ctait tout
implcment une nature trop par·
faite. Il
Au premier coup d 1Pil, on étai!
lenté dP croire r1u·on voyait ln
Julie de flou~,c:111; à lori, cc n'rlait ni la Julie, ni la npbie, c'était
madame RolanJ, 1111c llllede Rousseau cerlainemeat, plus légitimt&gt;
encore pent-èlrc que celles qui
sorliren t itnm(;Jiatcmenl de ;a
plume. Celle-ci n'était pa~ comme
le.s deux autre · une noble demoi. elJe; Ma non Phli pon, c' e t son
nom de fille (j"en sui fâché pou,
ceux qui n'airnent pas les aoms
1,li-héien ), eut un gra,•cur pour
père, et ellegravail elhi-même da11 ·
la maison palerntll~. Elle proœd~ iLdu peuple; on le vO}'aÎL ais~me11l à u11 certain éclat de sang et
de c.iroation qu'on a Leaucoup moin dans
le cla~ es élevées; elle avait la main helle,
mais non pa Jl tile, la Louc·he un peu grande,
le menton assei rclron sé, la taille éléS3DIC'. d'une c:imlm,rc marquée forte.meut;
0

0

/Jier, r,Ir/ 1/11 fabrirnnl ,Jl'lai11e r11uel sèche.
le /lictio1111ail'e tll':- 111miufacl11re:-, :t\'llicnt
occupé la belle main de madame Roland,
ab~or~é se meilleures année , sans autre
di traction que la 11ai ancn et l'allaiœmnnt

�111STO'J{1.ll - -

----------------------------------JI

une richesse de hnncb.cs et de seins que les
dame ool raremenl.
Elle différait encore en un poinl des
héroïnes de Rousseau, c'e t q11'cllc n'cul pas
leur faible se. l:ufamc floland fut vcrlucfüc,
11ullement amollie par l'inaclion, la rêrnrie
où Iang11i seul les femmes; elle fut an plus
haul degl'é laboricu e, active, le lrarnil fut
pour elle le gardien de la -vertu. ne idée
sacrée, le dei•oir, plnnc ur œtle l.Jelle ,·ie. de
la nab nrn·e à la mort; clic se rend ce témoi!!"flrl"C au dernier moment, à lï1rnre où l'on
na ment plu : « Personne, dit-elle, moins
que moi n'a connu la YOlopté. i&gt; - t&gt;l ailleur · : cc J'ai commandé à me s&lt;;n . . »
Pure dan . la maison paternelle, au quai de
!"Horloge, comme 1~ uleu profond du ciel,
qu'elle regardait, dil-dle, de 111 ju qu'aux
Cbamp -tl3sé1:s; - puro b la table de son
~éri,•ux 6ponx, tra1aill.ml i11faligaLleml'nl
pour lui; pure au berceau de ~on enfant,
qu'elle s'obstine à allailcr, maloré de vive
douleurs; - elle ne l'est pas moius dans lr~
lettres qu'elle écrit à es amis, aux jeunes
hommes qui l'entouraient d"uoe amitié ]&gt;n. ·ionnéc; •Ile le$ calme el 1.. cousoJe, les
illère att-dt!ssu de leur Î:iîulesse. n lui rcsl~renl fidèles jusqu'à la mort, comme ll la
vertu die-même.
L'un d'eux, ans songer au péril, allait en
pleine Terreur recemir d'elle, à sa pri on, 1 •
l'euille · immortelle où elle a raconté a vie.
Pro criL lui-même et poursuivi, fuyant ur la
neige, an abri que l'arbre charg~ clc gine,
il sauvait ces feuilles acrées; elles le sauvèrenl peuL-èLre, lui gardant ur la poitrine
la chaleur el la force du grand cœur qui les
écrivit.
Les hommes qui ou!Trent à voir une ierlu
trop parfaite ont cherché inquiètemenl s'il
ne trouveraient pa quelque faiLJesse en la
vie de celle femme; et, ans preuve, san le
moindre indice, ils onl imaginé qu'au fort
llu drame où elle devenait acteur, à son moment le plas ,•iril, parmi les danger , les
horreurs (après Septembre npparemmeul? ou
la veille du naufrage qui emporta la Gironde 1)
madame Rofand awut le temp , le cœur
d'écouler les galanteries el de faire l'amour ....
La . eule cho e qui les embarrasse, c'csl de
trouver le nom de l'amant fa,·orisé.
Encore une fois, il n'y a nul fait qui molive
re ' uppo ilion . Madame Roland, tout l'annonce, fut toujours reine d'elle-mwne, mailresse alrolne de ses rnlontés, de . cs ncl ' $.
"eut-elle aucune émotion1 celle âme forte,
mais pns ·ionuée, n'eut-elle pas son oragcL.
Celte 11ue lion est tout autre, el ans bé ilcr
je répondrai : OoL
Qu'onmc permelledïn isler. - Ge fail,
peu remarqué encore, n'e t point un détnil
indifférent, purement anecdotique de la Tic
privée. Il eut sur madame Roland une gra,·e
inOuence en 91, et la puissante acLion qu'elle
exerça dès cette époque erait beaucoup moins
explicable, i l'on ne vosait à nu les eau e
particulière· qui passionnaient alors celte
àmc, ju que-là calme cl for le, mais d'une force
tou l a:si e en . oi et sans ~clion au dehors.

Madamll Roland menaiL sa 11e ob~curc, labori '11 e, en 0, au Lrisle clo de la Plnlière,
près de Villefranche, cl non loin de L)OD.
Glle entend, al'ec Loule la France, le r.anon
lie ]a Rastille : son sein s'émeul el se gonile;
le prodigieux é\·énemenl semble réali el' Lous
"e rhe , tont cc qu'elle a lu de anciens,
ima"iné, e pérê; wilà qu'elle a une pa.lrill.
La füh·olulion s\!panù , ur ln France; l,~·on
~·éieillc, el \ illclranchc, la campagne, Lou
les ,iUagc . La fédération de !10 appelle 11
L ·on une moitié clu royaume, toutes le députa lion de ln ":trdc unlionâle, de la Corse à la
Lorraine. l)I) le mntin, m:ufame l\oland élaiL
c:n cxtn e ur J'admirablc quai &lt;lu Ilhone, el
'cni,-rait de tout cc peuple, de rrlle rralernilt- noure&gt;Ilr, dt' refl • splem.lide aurore. Ella
e&gt;n écri,·iL le ·oir la relation pour son ami
CMmpagneux, jeune }1omme de Lyon, &lt;jOi,
. ans profil el par pur palriotisme, faisait un
jourual. Le rruméro, non sign~. fut vendu il
. oixaote mille. Tou cc gardes r1alionaux,
relonrnanl chez eux, emportt•reol, an le
sa ,·oir, l'àme do madame noland.
Elle aussi elle l'elourna, elle revint pcnsi1 e
d.:ms son désert nu clo de la Plalière, q11i
lui parut, plus qu'i1 l'ordinaire encore, ·Lérilc
ri aride. Peu propr~ alor ' aux tra,·:rnx techniques dont l'occnp;iit son mari, rlle lisail le
Proci's-1·erlml, si inléressanl, de.~ eleclC'u1·s
de !l, la rérnlution du U juillet, la 1,risc de
1a Ba tille. Ln hasard voulut justement cpt'un
de ces électeur~, M. Ilancal des l art ' . l'ù l
adressé aux Tioland pnr leur amis de LJon,
et pa~s;H quelques jours chez eu1. \J. Oancal,
d'une famiUe de fabricant de :\Jontpellier,
mais transplantée à Clermont, y avait été
not:iire; il venait de quitter celle position lucra!iYc pour. e liYrer tout entier aux étudede son choix, aux recherches politiques et
philanthropiques, a1;1x dcroirs du citoyen. li
avait environ quarante an , rien de 1.,rillaol.
mais beaucoup de douceur et de sensibilité,
un cœur bon el charitable. Il avait eu une
éducation fort reli!rieuse, et, après arnir traver é une période philosophique et politiquc-,
la Convention, une longue caplhiLé en Au1riche, il e~t mort dans de grand sentimenL'dc piété, dans fa lecture de la Bible, qu'ils'r~sapit à lire en hébreu.
JI fut amené à la Platière par un jeune médecin, Lanthena , ami des Roland, qui vivait
beaucoup chez eux, y pas aot des semaine.: ,
des moi , travaillant a,·ec eux, pour eux, fai.. anlleurs commis ion·. LadouccurdcLantbcna , la scasi bili Lti de Bancal des lssarts, la
bonté au Lère mais chaleureuse de Roland,
leur amour commun du beau et du bon,
leur atlnchement à celle remme parfaite qui
leur en présentait l'image, cela îorrnail tout
naturellement un groupe, une harmonie complète. li· e convinrent i bien, qu'ils se demandèrent s'ils ne pourrnienl continuer de
viwe ensemble. Auquel des trois vint celle
idée, on ne le ail; mai elle ful saisie par
flolaod a,·cc ,ivacité, soutenue avec chaleur.
Les fiola.nd, en réunissant toul cc qu'il
a,·aienL, pou,•aienl apporter à l'as ocialion
·oixante mille livres; Lanthena. en avait vingt
""5o ...

ou un peu plas, à quoi llancal rn nurait joint
une centaine de mille. Cela faisait une Mmmc
assez ronde, qui leur permettait d'ncheter des
hient1- nationaux, nlol'S à vil prix.
Hien de plu touchant, de plu digne de
plus honnête, que le~ lettres où Robnù parle
dè cc projet à Bancal. Celle noble conllancr,
cctle foi à l'amitié, à la vel'tu, donne el de
Uoland et d'eu.x tou la plu. haute idée :
(1 Ycncz, mon nmi, lui dit-il. Eli ! que lardez•
,·ou ·? ... Vous a,·ez vu notre manière franche
cl ronde: ce u'e l point à mon âge qu'on
changCJ, quand on n·a jamais ,·arié... . ou
prêchons le palrioti me, nous élevons l'Jmc;
le docleur fait son mélier; ma fl'mmc est
l'apothicaire de· malade llu canton. Vons et
moi, nou feron les affaires, 11 etc.
1.a grande amure &lt;le P.oland, c'é1ai l de catt!chiscr les paJsans _ de la contrée. de leur
prêcher le nouvel Evangile . ~forcheur admirable malgré on âore, parfoi ·, le L:Hon à la
main, il s'en allait jusqu'à Ll·ou avec ·on ami
l.ant henas, jetanl fo bonne ·emence de la liucrlé sur lout le chemin. Le dib'ne homme
cropiL lrouYer llan Bancal un auuliaire utile,
un nou,·e:in mis ionnairc, ùont la p;.u-ole doue,·
cl onclneu e forait des miracles. llauilué à
voir l'a iduilli désintéressée du jeune Lanlhena · près de madame Roland, il ne lui ninail pa · même à l'esprit quo Bancal, plus àgé,
plus sérieux, pût apporter dan~ sa mai.on
autre chose que la paix. a femme, qu'il
aimait pourtant si profoodémcnl, il :ivail un
peu oublié qu'elle fût une frmme, n')' YO)ant
que l'immuable compagnon de se lravnu.x.
Laborieuse, sobre, fraiche et 1iure, le teint
lransparonl, l'œil forme et limpide, madame
Roland étail la plu ra~sur:mle image de la
force et de la vertu . Sa grâce était bien d'une
l'emme, mais son ruàle e.pril, son cœur
stoïque, ét.nilmt d'un homme. On dirait plutôt,
i1 regarder ses amis, 11ue, prè d'elle, ce ont
eux qui sont femmes; Bancal, Lanthenas,
Ouse, Champagneux, ont tous de trails assez
lloux. Et le plus femme de tou par le cœur
peut-être, le plu faible, c'e tcelui qu'on croit
le plu ferme, c'e L l'au Lère l\oland, faible
&lt;l'une profonde passion de vieillard, suspendu
à la vie de J' au lre; i I n'y paraitra que trop à
la mort.
La s.iLnaLion efH été, inon périlleu e, dn
moins pleine de combats, d'or3ge . C'était
Volmar appelant ainl-Prt&gt;ux auprès de Julie,
c'élail la Lar4ue en péril aux rochers de la
Meillerie. Il n'y eùt pas eu naufra"e, croyonslc, mais il valait mieux. oc pa s'cn1u:irquer.
c· e. t ce que rnallame Roland écrit à Bancal
dans une lellrc vertucu e, mais en mème
temps trop nahe cl trop émue. Cetle lettre,
adoral1lement impl'ndentc, est restée par ccltl
mèrne un monument iuoppréciable de la JJUreté de madame Roland, de on inexpérknce,
ùe la ,·irginilé de cœur qu'elle conscna
to11jours .... On ne peut lire qu'à genoux.
Rien ne m'a jnmai plus surpri , touché .. ..
Quoi! ce h.Sros fnl donc,·raimentunefemme'?
\'oilà donc un moment (l'unil1uc) où ce grand
courage a fléchi . La cuirn. e du guerric-r ,;\•n;\\A\!AME ROLAND

IUR L'ËCIJAFAUD , -

Tabltau ~ LIO~L

ROYEll.

Clkbt Bnuo •t Ç"

�M.JfD.JIME "R..OLJl'ND

1!1ST01{1.Jl
lr'omre, et c'o. t une femme 1p1'on voit, .e
sein bics é Je Cluriodl'.
Banc.il nrnit écriL a11t Hol.md une !cure
nffl·clucuse, lc11Jrc, oîi il di nit dr• ccll&lt;' unim1
projet~c : " Elle Ît&lt;ra le charme de notre \ÎC,.
et nou ne ·cron: pa iuuLilc à nos cmblahle -. 1&gt; llo!:uuJ, ,1lor · à l.)Orl. emo1a la
lettre 1t ~a femme. 1::11 • était ,cule à ln camp:1!!lle; l'été avail été trl,s sec, la •·haleur étail
IJ•1'.s rol'LC, ,1uoit1u'on Fùl Mjà tll oclc,lm•. Le
lormerre grondait. cl pcntla11l plu ienr. j.our'
il 1rncessa point. Orage au ciPI el sur ln terre,
oragtl de ln pa ·~ion, orn;;r de la Uél'olulion ....
Ile grands trouble , ~an' duule, nllnient
arrirnr, uu flot iuconnu d'~,·tfocm.cnt8 qui
ùevaient bientôt boule,·cl'sor les cœurs el les
destinées; dan· ces grand momenl d'attente, l'homme croit voloutier que c'esl pour
lui Lille Dieu Lmrno.
Madame ~oland lot à peine, cl elle îut
inondée dè lannes. Elle .e mil à table sans
sa,·oir cc qu·elle 11crirai L; elle écri,·il son
trouble mêUle, ne cacha poi111 qu'elle plcurajt. C'iîtait biun plu riu'un :\\·eu lendre.
)fais, en même lcmi1. , rellc cxcelll•nlc el couragcu~e femmt:, Lri'::mt son l.'spoir, se l'ai ait
l'ctfort d'écrire : 11 Non, je ne ~,ù · point
assurée tle \ulr(l bonheur, je ne me pardonnerai~ point de fovolr lrou lM. JI! crois vou
voir l'iittacher à des mOil'O~ que je èrui fan1,
à une e:pér:incc que je Joi$ inll'rJire. » Tout
la re· Le e t un m.;bn 0c J,icn louch~nL de
\Crlu, de pas ion, ù'rnrJn~ê,1uu11cc: de temps
1t autre, un ar,e~nt méla111•uli11 ut\ d je no sai
quelle somùrc prc1,i. ion &lt;lu dc&lt;lin : 11 QtHmd
est-cc 11uc nous nous re,·crro11s·! ... Qne 1io11
1p1e ju mn faIB ~011r,.wt et que je n'ose réuudre. : .. ~lai· po11r,1uoi cl.ti:n.:her à pénctrcr
l'tll'cnir 11uc fa nature a 1uuru oous c.,cher'!
!.ai on.•lt• donc ou. le wilc imposant do11 L
d!c: le co11v1·c, p11i.stp1'1l Ill' nom, e~t ,,,1 ·
Jonné de lt! pénétrer; n,n1s J1°a\uu · sur lui
qu 'une i;orl(• d'iulluenl't', elle ti$t ,;ranJc sans
Juulc : c'e t de prrpnrcr ~on bouheur par l.i
~:Ul't' rmploi ù11 pré·ent .... 11 Et plu loiu :
u II n&lt;l s·e L poiut ticoul{&gt; ri11;;1-,1ualrc h,·ur~ ·
dans la em.1ine yue le tonnerre ne oo soit
lail Pnlcndrc. Il I ic11l encore Je gronder.
.l'aime a. scz la Lcinte qu ïl prèll~ à nos mm.p:igne ·, elle est aug11 . lc t'L somLn·, mai· elle
,eroil h1rrilittl 11u'dle J1'i11~pirer::it pa, plns
d'effroi .. .. 11
Banl'al était age C't bonn~IR. Ilien tris11'!,
malgré l'hi"er, il pas~a co Angleterre, et il ~resta lon°lcmps. O~crai-jc r~ dire? plu · Jon~lt'mp peul- ltrc 1ptc madame Boland nr l'eùl
\'Oulu cllL~mt\nll•. 1'dle c ·L lïuconsé,prcuœ
du cœor, mèmu le pl us , crlueux. Ses 1.-llre. •
lue. ;itrcIIt1r\•nM1I,. 1lrrrnl uur llucluuliun
étr:mgc : die s'éloign1•, ell e 1~ rappro1·he :
par rnom ·uts elle -e dèlie d'ellc-mêml'. d par
momi?nl· e ra me.
Qn.i dira &lt;ru 'c11 février, parlon Lpour Pa.ri ,
oil le aJTaires de la rillc Je Lyon :in1ènnic: nL
Roland, die n'ait pa rruelquc 'joie ~mè(e ile
, e rct.rourer au "rimd centre otr ~ne.il vn
néœ sairemcnt re,1~nir? ~lai c'est jm,Jemenl
l'ari, cru.i bientôt donne :1 es idées un tout
a11trc cour . La pa siou 11 tran forllle, elle

le lonrne enlièremcnt du côlé de: ~nnirt-s
pulili11ucs. Chose hicn inh.lrr!·sante cl Louchante à obscnrr . .\près l,1 "l'and11 émotion
ùc la r1:dêrulion lyonnai~c, eu spccladP al!cndri · auL de l'uriion de Loul un pc1I pl•, die
.,étail Lrot1vl:1• foililc cl ll·ndr&lt;: au ~tntimcol
iufo·i&lt;lucl. El m:1intona11l rc . unti01en1, au
specla.de de Pari', l'.:'Ùeri,,nt touL g~ □èral.
cü,iquc cl palrioti1111l'; rna&lt;lanre fiola□ d se
relrou\·e dlc-mt•mu el n'aime 11lus 11ue la
France.
,''il 'agi ·sait d'une antre femme, je &lt;lirais
11u'clle fuL saun1e d'elle-même par la né,·o•
lulion, par la Rrpublirruc, par le comhnl et
la mort. , on au. t1irc union avec RolanJ l'ut
confirmée par leur parlîcipaJion commune
au ënlnement de l'époque. Cc mariage de
travail devinL un mariaœc de lutles commun•',
de acrifice , d'efforts héroïques. Pré~enêe
ainsi, cl[c arriva, pure el ,·ictoricu c; 11 l'écb.nfaud, l1 lu gloire.
Elle ,iuL à Paris en février H1, à la ,eille
d11 moment si gra\e où de,ait s'agiter la que lion de la T\épubli11uc; die ~- appo1-1ail dl!nx
forces, l:i. verlu à la foi · el la passion. llésenée jusr1ut.!-l:1 daris on dii crL pour les
grands é1•énemeuts, elle o.rrivaiL avec une jeune se d'cspril, une l'raicheur dïdPes, de .enliments, ,l'jmpre sion~, à rajPunir les politiques les plus btigu~.' . Eux, ils étai&lt;•nl déjà
lns: elle, ,Ile naissait ùe cc jour.
i\ulré fot'l'C m~ "téricu.se. Celle personne
très pure, ad111irnbfomcn1 gardée par li:: orl,
arri,,üt pourl:lllL le j1Jur où la fcmnH: C!&gt;t bien
reùoulal,!c, le jour oit le dc\Oir ne . nffira
plu~. le jour où le cœur, lou 0 1emps contenu,
:.-'épandra. Elle arrivait invincible, avec une
force J ïmpul ion inconnut:. ~ ul crupule ne
la rclarJ:aît; le honlwur ,·oulaiL qur, le enli111c11l personnel s'étanl nincu 011 éludé, 1'1ime
hl: tournùl tout enlièrc Ter, uu noble bat.
~raud. ,Prlucu\, 0loril!ux, et, n'y ~elllanl 11ue
lï.1on11Pur. se lnuçâl à pleine voile ur ce
1in1m·l océ,rn de la rérnhtlion et de Ill pall·it'.
Yoilà pour11uoi, l'n co moment, elle était
irré i~til,le. T&lt;•I [uL 1, peu près llous.cau.
lor ·rruc uprès sa pa,sion mal heureuse p11ur
mad~rne d ïloudclol, retoinM ·ur lui-mèmc
cl rentré en lui, il y retrouva un fo)~r
immcn e de celle inextinguible ffamme uir
·'emhra a tout k jèdc: le nùlra, à cenl :ms
de distance, en cnl enr?re l:t chaleur.
m~n du plu sé,èi'c que 11• premier coup
d'œil de madame HolanJ ur PJris. L'J ·sen1l&gt;léc lui fait horrcm, .es ami· lui font pitié.
.\ssise ,fans les tri Lunes de l' b;:cmLl~c 011
1h· JaCttùin .. elle perce &lt;l'un wil p1hié1ran1
luns le carnclèrl'S elle mi Là nu les rau etc ,
h, lkb( tJ , le. ha " ' es, la comédie d('
conslilutiomtel ' , k lcr"i,·cr ·alions, J'indéch,ion dt" amis de la libcrl~. Elle ne ménage
nullemenl ni llrissot, qu'elle aime. mai
qu'elle 1roun: timido el léger, ni Co11dorccl,
qu'elle crnil double, ai Fauchet. dans lcq uel
« elle ,·oil bien qu'il y a un prèlre. n ,\ p,ûn,
[ai l-cllc griit·e à Pélion cl Hob ,-pil' rl't'; encore
on \'OÎI hicn que hm, lrnteurs, lrur::. ménagements, vont pw à on impatience. Jcuut',
ardente, forte, sél'ère, elle leur demande
0

romptc à tous, ne vcu l pa, cnlenùre parler de
J ,\1;1i ", d'obstadc ; elle les ~ornmc d'ètre

homme · cl d'a3ir.
Au tri~l1• ~rect!lclr de la liberté eulre\UC,
•spértle, déjà perdue, ·elon elle, elle 10udrait
retourner à Llon, « elle vet"e des larme de
san" .... Il nous faudra, &lt;liL-r:11 ' ile :ï mai),
un,• nouvdle ius.urreclion. ou nous somme~
perJu puur le bonheur ou la liberté; mai:.
je dout~ •1u'il , ail a sci de vig11eur dan le
peuple. l,a gu~re ci1·ile mème, !out horriLilt:
rp1'dle ~oit, a1·1mceraiL la rég 1nération do
11ulr(• c:iractère el de nos mœurs .... - li
f.tut être prèl a touL, mi•me :\ mourir san5
regret. il
La gënéralion dont madame flola11d désc père si ai t1ml!al aYait Jes dons admirable , la
foi au prog1'è{, le désir sincère dn lionh~ur
Je homme ·, l'amour ardent du l,h:n pul.il1c;
elle a étonné le monde par la grandeur d,..
sacrifice . Cependant, il fa.ut le d re, ù cet.le
~poque où la ~iluation ne commandail pa
encore avec une force impérieu e, ces caractères, formé~ sous rancien 1égime, ne ·n11nonçafonl pas mu 11u a pect m.i.le cl Hh·i•re.
Le courage d'e. pr;L manrtnail. L'initiative du
~énie ne ÎUl a.lur~ chez pers'.'noe; je n'excevte
pa · ~lirabcau, malgré 011 gigante. que L lent.
Les hoaunes d'alor~. il faut le dirti aussi,
a,aient di!jl1 immen éme.n~ écrit, parl~, com1,atlu. Que du Lra,·aux, &lt;le thscus iou~. d'événerucul • en Lassé·! Que de réformes rapides 1
Ouel renou,ellcanenl du monde! ... La vie dt ·
hommes importants de l'A~ emhlée, de la
prcs.rn, avait été si laborieuse qu'elle 11ou
semble un pro!J'.ème; deu,;: s1(am:es Je l'A~semhlée, s:imi rPpo que les ~ancœ d,
,lacul,in el aulre dul,s, ,iu qu·~ 1,nze heures
ou minuit; pui• les di. tour' :1 prépart'r pour
lt: lendemain, lt's artidei:, le · affaire et lts
inl rigucs, fo séances &lt;les t omilé. , les conciliabules puliû11ucs.. .. L'élan immeost&gt; du
prt:1mier moment, l'espoir infini, le: avaient
d'abord mis à même Je 01,portcr touL cela.
Mai· enfin l'effort durait, le travail sans lin
ni Lornes; il· étaieut un peu retumLé ·. Celle
gt'néralion n\ila.il plu entière d'e. pril ni dti
furcc; quelque- irn:ère 11ue fus ent es cnu, ictiom:., elle n'nv~it p,1 ' la jeunesse, la fraid,cur 1J'e~prit, le premiu élan dr la foi.
Le ':!2 jum, :m milieu Je l'hé itatiu11 uniVl•rsellc dr polillqocs, madame lloland n'hJ.
;;ila point. Elle érri~it, el liL écrire en 11ruvince, pour qu'à l'enconlrè de la faiLh1el 1&gt;:ih:
adresse tl1;s Jacobiu les a~.ernli1€es primoirc,dcmanda sentuuecoa,ocalioosén~rale: 11pour
ùélib 'rl!r par u,d el par Jlon '11 com'it•11l th•
conserver au goun•rneruenl la l'ornw monarr·hique ». - Elle prou~e très Lim. lc ~H. 11 qm•
Ioule rég~nce e:.L irnpos ihlc, qu'.il fmt ,,m,pcnùre Louis XVI, &gt;l etc.
Tous ou pre.sque Lou recuhienL, Lé itaient,
lloll:tit!nL encore. Ils hala.nçaicnl le con.idtL
ralions dïnlér~L ', d'opportunité, s'allend~icnl
le uns le aulre , se l'Omplaient. 11 .Nous
n'~Lion. pas douze rép11l,licarns rn !J, 11 dil
Cnm,llc Llesmoulin . lis avaient b.en mulûpliu
c11 \li, nràce au \'O)0" e de Yartmnts, et le

1,omLrc était immense de· républicain 11ui
l'étaient sans le sarnir: il fallail le leur
appreudrc à rnx-mûmes. Ceux-là seuls c.'llculaicnt hirn l'affaire, 11ui rie 1•oulaic11l pa~ calculer. En tête de rel te a,·ant-garde marehait
madame 1\olaod; dlc jrtail le glai1·e d'or dans
la halauce inrl~cise, son courage et l'idée du
droit.

Madame Roland, à celle époque, l1 en jucrer
par ~e lt!llre. , élail Lraucoup plus ,·iolenl
•1u' elle ne le parul plus lard. Elle diL eu
propres termes : &lt;1 La cbule do trône est
am!lêe dans la destinée des empire . .. . 11
faut qu'on juge le Roi .... Cho e cruelle à
peru er, nou ne saurions être régénéré· que
par le sang. »
Le mas'acre clu Champ de ~fars (juillet !l l),
oir ceux l!Ui demandaient la. république ·rurent
ru illé, snr l'autel, lui parut la mort de la
liherlé. Elle monlra le plus louthnul intérêt
pour 11obe~piorre, que l'on croyait ru péril.
Elle alla, à onze heure du oir, rue de Saintonge, au \Jurais, où il demeurnit, po11r lni
offrir un asile. Mai. il étail resté chez le menui icr Duplay, rue Sainl-Honor.:. ne là,
M. el madame fioland allèrent chez fiuzot le
prier de défendre Robe pierre à I' ,\ i'mlMe.
U~1zot reFn~a: m~is Grégoire 11u.i était présent
s engagea a le faire.
li étaient venu à Pari pour les affaire;;
dr la ville de L)on. Ayant oùtenu cc qu'ils
voulaient, ils rolouruèrcut dan leur olituJe.
Immédiatement (27 eptemhre 91 ), madame
Roland t:cfr,it à Roh,·spierre une fort hellc
le Ure, à la fois s parti ale et sen Iimentale,
lettre digne, mai. flatteuse. Celte lettre, un
f!OU tendue, sent peut-être le calcul et l'intention politique. Elle étaiL 'iisihlemenl frappée
de l'éh1sticité prodigieuse a1"ec laquelle la machine jar.obiue, loin d'ètre brLée, e relevait
alor dans toute la France, et du grand rôle
pvlitiquc ile l'homme qui e Lrou1'aiL le centre
de la société. J'~ remarque les pas ages sui"ants :
(C Lors même que ,j'aurais suh•i la marchr
du Corp légblahf d,ms ks papiers publièS.
j'aurais distingué le petit nombre d'hommes
courageus, fidèles aux priucipe , el parmi
,·es homm{!s, celni donl l'énergie n'a cessé
de ... , elè. .J'aurai 1·oué à ces élus r allachemcnt et la recormaissanc.e. - (Sui,;-enl des
d10 es très.hautes : faire le biea C'omme
llieu, sao rouloir de reconoaisi,llnce.) Le peu
d':lm.es élevées qui scrnienL capaWcs de grandes
choses, disprrsées sur la surfare de la lerrr,
cl commandées p:1r les drconslanccs. ne
peU\'cnt jamais e réunir pnur n.gir de conct'rl.. .. (Elle s'ene:tdrc gracîrnsemenl de son
Pnfanl, de la nalurè, nallire triste Loulefoi~.
Elle esquis e le paJsage pierreux, la sécheresse extraordinaire. - Lyon arii:tocrate. A la campagne, on r1"oil 1'oland ari:tocralc ·
on a crié : A la lanterne! elc.) - Vou~ avez
beaucoup fait, mon~ieur, pour d ~montrer et
répandre c~s principes; il est :beau, il c~L
~on. olnnl de pouroir se rendre ce trn1oignagt·,

à ull ùgc où tant d'autrés ne avent point
quelle carrièr.i four e t ré:er\·oe.... ~ i je
n'a l'ais consîdét'é que ce fJUe je pouvai vou'

mander, je me serais abstenue de ,ou.s écrire;
mai. s:m a\oir rien à to11s apprendre, j'ai

Jux-;\I.ARIE. RoL,\ND DE 1,.\ PLAT11::TU=:.

Por1r1,11 !{r:tv.! f:rr

1.,., ncuu.

eu foi à l'intérêt avec lcqu l vou rrcevriez
des nouvelles de deux êtres dont l'âme est
fa ile pour mus sentir, el !{Ili aiment à vous
exprimer une estime quïl accordent à peu
de personnes, un :i Ltac·bcment qu'il· n'onl
v!lué qu'à CCUI qu.i placent au-dessus de toul
ln gloire d'ètre juste et le bonheur d'être
scnsil,les . .Al. Roland vienl de mé rejoindre
fatigué, atlristé .•. " elc.
ous ne vorons pas qu'il ait répondu /1 ces
avances. Du Girondiu au Jacobin il y avait
différence, non fortuite, mai naturelle, innée,
dijft:rence d'espèce, haine io tinctive, comme
dll loup au chien. Madame Roland, en parliculier, par ses qualités brillantes et virile~,
elfarouchait Robe pierre. Tous dc.ux. avaient
ce qui seaÙ&gt;lerail pom•oir rapprocher les
hommes, et qui, au contraire, crée entre eux
1 · plus vives aolipalhies : avoir w1 même
dé(n11l. Sous l'héroïsme de l'une, sous la
per év,:ranoe ~dmîrable Je l'autre, il y avait
un défaul commun, disons.Je, un ridicule.
Tous deux, ils écrhait!nl toujours, ifs élaÎl'/11
nés saibeJ. Préoccupés, on le verra, du strle
autant que des afü,ire~, ils ont écrit la nui l,
le jour, vivant, mourant; dans les plus ter~
rible crises, et presque sous le couteau, fa
plume et le t}le furent pour eux une pen ée
oit linée. \'rai fils du x.1111" iè.clc, du ·ièclo
l!IIIÎnemment liLtérair~ et belle"/1-isle, pour
&lt;lir·.: comme les .Allt:rnands, il· :,ardèrL•ol ce
carai;tèrc d.10s lt• lrogédit•s d'un autre :1ge.
füJame nolaad. d'un rœur tranituillc, éf.ril,
·oigne, cares:e i;es aùmirahles portraits, pendaul que les crieurs puLlics 1u.i chantent sous
se. fenêtres : « La morl de la r"'mmc noland! o Rohe picrr1', la ,·cille du D ù1ermidor,
, 1111' ' la pemél! dé l'a!, ils,-inat cl celle de
l'échafaud, arrondit ,a période, moins soucieux de vivre, cc sC'mLle, rp1e de rr.ster lion
écrivain.

..., 53

i&lt;-

--,

Comme politique· e1 gew de lcllre::,, db
cel le époque, il' s'nimaient peu. Hohespierre,
d'ailleurs, ~vaiL un se □. trop ,jm-tc, une trop
parfaite eutenle de l'unité dl' ,ie néc~s ·aire
aux grands Ir,wailleur., pour ·e rapprocher
ai,êmenl de celle remme, de l'elte reine. l'rè
de madame Ilolanù, fltt'ciH été fa vie d'uu
ami? OU l'ou~i slfl(C, OU l'orage.
~L el madame I\olaod ne revinrent à Paris
qu'en !11, lorsqll.ll la force des choses, la
cbule imminenle du lrônc, porta la Gironde
aux affaires. ~lad.une Rolao&lt;l fuL, dan· les
salow duré; dn mini trre Je l'intérieur ce
qu'elle aYail éhi dans ·a solitude ru Lique.
eulemenl. ce qu'il y a,·ail n~turcllrmcnt en
elle de !'l!rieux. de for L, de viril, de tendu, y
panit souvenl hauteur l'l lui Ill beaucoup
ù'enuemii.. li CSL faux q 11' èllt:! doun:'tt le. plar.c ,
plu vr:ii qu'au contraire elle annoLail h·s pétitions J.lJ mots sévèrr · riui ,1eartaient le· . ollicileurs.
Les deux mi ai stère· de nul and appart icnnen t à l'hi. toire plu. qu'à 1~ hiograpbie. l'n
mot . eulemcnt sttr la fameuse lcure du l'Oi,
à proro · de laquelle on n inculp,:, certP à
Lori, la Joyauté da mini~Lre et de sa femmr.
l{o!aod: ruioi~tr!' républicain d'uo roi, ~c
. enlanl C'haque ,jour plu. déplacé aux Tnilcrie , n'a1,ait mi. le pied dans ce lit n fatal
qu.'à la condition positive qu'un secrétaire,
nommé nd hoc expre émeol, êcriraiL chaiJU0
jour tout au Joug les &lt;lolibcrations, les avi •
pour qu'il ou re·tât témoignage, et qu'en ca:;
de perfidie on pùL, daos chaque mesure. diviser et distinrruer, foire la parl précise de
rc, pon. alliJiLé qui revenait à cbac.uu.
La promes e ne fut pa, tenue; le roi ne le
voulut point. Roland alors adopta deux moieus
qui le counaicnl: Convaiuoa que la publicit.é
e t l'àme d'un Etal lihre, il publia chaque
j1ïllr dans un journal, le Thermomèfre, tool
t:e r_[UÎ pouvait e donner utilement de. dédsiom llu conseil; d'autre part. il miouJa. par
la plume de sa femme, 11ne lellre francJir,
~-ive et forte, pour donner au roi, et plu~ tard
pcuL•êfrc a.u puhlit;, si le roi e moquait
de lui.
Celle leHre 11{,tait point confidentielle; elle
oc promettait nullement le secret, q11oi qu'on
ail Jit. Elle s'adrc.sait visilJlcmcnt 1, la France
autanl qu'au roi, el disait en propres termes
que floland n'arait recouru à ce moyen qu'au
défaut du secrétaire et du regUrc qui eussent
pu témoigner pour lui. Elle Îlll l'('mi,e par
l\oland le 10 juin. le même jolll' où la cour
faisait jouer contre l'Asseml.ilée une nouvelle
mac.bine, une pétition menaçante, où l'on
disait perfidemcnl, au nom ile lmil mille
préleudas gardes n:itionam, r1uc l'apprl des
vingt mille fl'd.!rés des départements était un
outrage à la garde nationale de Paris.
Lé i I ou '12, le roi ne parlant pa de la
leltre, Roland pril le parti de la lire tout haut
en conseil. Celle pièce, vraiment éloquente,
est la suprême protestation d'une loyaul • républicaine, qui pourlaul montre encore au
roi une dernière porte de salut. Il y a des
paroles dure , de nobles cL tendre a m~i.
celle-ci 11ui csl sul1lime : « Non, la patrie

�1flSTO'R.1A
n'est pas un mol; c'e t un êLre auquel on a
~ait des sacrifices. à qui l'on s'attache chaque
JOUr par fos sollicitudes qu'il cause, qu'on a
créé par de "rands efforts, qui s'élève au
milieu dei inquiétude el qu'on aime autant
parce qu'il coûte que parce qu'on espère .... »
uivent de graves a,·erlissement • de trop
véridiques prophétie· ur les chances terrible.
de la résistance, 1Jui Iorccra la Hépublique de
~•achever dao le ang.
Cette lettre eut le mei!Jeur uccès que p1H
espérer rauleur. Elle Ir fil renw cr.
Nous avons noté aiJleur les foute du second ministère de Roland, l'hésitation pour
rester à Paris ou le quiller à l'approche de
l'invasion, la moJadres ·c a\'cc laquelle on fit
attaquer Ruhespierre par un homme au si
léger que Louvet, la sé,·érité impoliûque arec
laquelle on r •pou sa le avances de Danton.
Quant au reproche de n'avoir point accéléré
la vente des biens nationaux, d'avoir lais é fa
France sans argent dans 1m tel péril, l\oland
fit de grands efforts pour ne pa Je mériter;
m~is les admini trations girondine de départements restèrent sourd~ aux injonctions,,
:i.ux ·ommations les plu pressant, .
n~. seplemhrf! 02, r. cl madame H(J!anJ
coururcnLlcs plus grands périls pour la ,ic el
pour l'honneur. On n'osa user du poignard; on
cmplop. les armes plus cruelles &lt;le 1a calomnie. En déœm1re 92, un intrisant. nommé
Viard. nll:I trouver Chabot et Jlarat, e fil fort
de leur faire saisir les fils d'un grand complot girondin; l\oland en était, et a femme.
llarat tomba sur l'hameçon avec l'àprelé du
requin; quand on jelle au pois on ,·orare du
boi·, des pierres ou du rer, il avale indilféremment. Chabot était fort léger, gobe-mouche, s'il en fut a-vec de l'esprit, peu de sen ,
encore moins de délicatesse i H e dépècba de
croire, se garda 1,îen d'examiner. La Convention perdit tout un jour à examiner ellemème, lt e disputer, s'injurier. On fit an
\'iard l'honneur de le faire venir, et l'on enlretit fort bien que le re pectahle lémojn
produit par Chabot el Marat était un e~pion
qui probablement lrav:üJJait pour lous les
partis. On appela, on écout.t madame l\olanJ,
qui Loucha Loule l'!ssemLléc par sa sràre et

sa rai&lt;,on, es parole pleines de erJs, 1h: modestie rt de tact. Chabot ét.AÎl accablé. fü1rat,
Curieux, écrh•il le soir dans a fouille que le
Loul avait élé arrangé par les rolandi tes pour
mystifier les patriotes et le rendre ridicul .
Au ... juin, quand la plupart d~ Girondin·
. 'éloigni'•tcnl ou se cachèrent, les plus bra-ve. ,
s.ins comparai on, œ furent le:; Roland, qui
jamais ne daignèrent découcher ni changer
d'asile. Madame Roland ne craignait ni la
prison ni la mort; elle ne redoutait rim
qu'un oulrage per onnel. el, pour rester toujours mailrc e Je son sort, elle ne s'entlormaü pa ans mettre un pistolet sou~ ,;on
chevet. ur l'a.ri, que là Commune il\'aÎl
lnnœ contre Roland un décret il'o.rreslation.
elle courut aux Tuileries, dans l'idée héroïque
(plu. que raisonnable) d'écraser les accusateurs, de foudroyer 111 )lootagne de on élo11uenœ et de on courage, d'arracher à l'A ·semblée la liberté de son époux. Elle fut ellcmème arrêtée dan~ la nuit. TI faut lire Loule
la seime dans ses Mémoires admirables, qu'on
croirait souvent moins éc.rit d'une plume de
f..lmme que du poignard de Colon. Mais lei
IJ}Ol, arraché d · entrailles maternelle , teUc
allusion touchante à l'irréprochable ami1ié,
lont trop c.ntir, par moment , que c&lt;: grand
homme e. l uue femme, Llue celle âme, pour
êlre si forte, hélas I n'en était pas moins
tendre.
Elle ne fil rien pour se oustraire à !"arrestation, et vint !t son lonr loger à la Conciergerie prè du cachot de la reine, sou œs
,·oille. veuves à peine de Vergniaud, de Ori ~
~ot, el pleines de leurs ombres. EUc y ,·ÎJù
royalement, héroïquement, apnt, oomme
Vergniaud, jet, le poison qu'elle a,·ait, el
YOulul mourir au grand jour. Elle cro)·ail
honorer la République par son r.ourage au
Lribunal et la fermeté de sa mort. Cciu qui
la "irent à la Conciergerie disent qu'elle était
toujours belle, pleine de cliarme, jeune à
trente-neuf ans; une jeune se entière et puissante, un tr&amp;or de ,ie ré ervé jaillis. ait de
ses be.iux. yeux. a forœ parai,sait surtout
dans a douceur raisonneuse, dan l'irréprochable harmonie de sa personne et de sa
parole. Elle s'ét~it amusée eu prison à écrire

à Robespierre, non pour hLi demnnder rien,
mais pour Juj faire la leçoll. EUe la fai ail au
1rib11nnl, lor qu'on lui ferma ln bouche.
Le 8, où elle mourut, ~tait un ,jour froid de
noYembre. La nature dépouillre el morne
exprimait l'étnt des cœnr ; la l\évo\ulion
nus~i 'enfonçait dans son hiver, dan \3 morl
de iUusion . EoLre le deux jardins .au
reuilles, la nuit tomba.nt (cim1 heures et
demie du soir), elle arl'iva au pied de ln
Lfütll'Lé colossale, os ise près de l'échafaud, à
lu place où est l 'ol,élis!]UC, monta légèrement
le degré , et, e tournant vers la statue, lui
dit. aveu une gra,·e douceur, ans reproche :
c1 0 Liberté ! que de crimes tommis en lon
nom!»
Elle a,·ait fait la gloire de son parti, de
on époux, et n'a,·ait pas peu contribué Il les
perdre. Elle a involontairement oh ·curci
Boland dans l'a'l'~nir. ~lais elle lu.i rendait
juslice, elle avait pour rette ùme antique,
cnthou&amp;ia'LC cl austère, une orle de reliaion.
Lor qu'elle eut un moment l'idée de s'«.•mpoi. onner, elle lui écrivit pour s'ctcuser pr~s de
lui de di po er de sa vie :lm 110 :n·cu. Elle
:irait ,yu nofand n'a.,·nil qu'une uni11uo rail.ile c, on viul nt amour pour elle, d'(luln.111
plus profond qu'il le conlcnnil.
Quand on la jugèa, elle dit: .11 Rolo.nd :;e
Luera. » On ne put lui cacher sa mort. lleliré
près dP. Rouen, cliez des dames, amies très
sûres, il se déroba, el, pour faire perdre sa
trace, voulut s'éloigner. Le vieillard, par celte
,li.son, n·auraiL pas été bien loin. Il lrourn
ane mauvaise diligence qui allait au pas; leroules de 93 n'étaient que fondrières. 11
n'arriva que le soir aux conlin · de l'Eure.
Dans l'anéantis emenl de toute police, les
voleur!- couraient les roule , altaquaienl les
ferme, ; des gendarmes les pour uh·aicnt.
Cela inquiéta Roland, il ne remit pas plus
loin ce qu'il avn.it rl!solu. Il descendit, quitta
la route, sui\'Ît une allé.c qui tourne pour
conduire à un cbàtèau; il s'arrêta. an pied d'un
chêne, tira sa canne.à dard el se. perça d'outre
en outre. On trouva sur lui son nom, et cc
mot : a Respecte~ les restes d'un homme 1·ertucux. » L'arcuir ne l'a pas démenti. Il a
emporté avec lui l'esLimo de ~e adversaires.

Mémoires

du général baron de Marbot

~llCHELET.

CHAPITQ,E XV (swfe).
llès le d.;lml de la co.111pas11c dt.) 1 O!l, I..:.,
Anglais arnicnl l'ail !ont ce tJUi ~Lait en leur
pou,·oir pour rnscilcr dl· 00111·caux crme.mL il
·apol,:on, en oulevJ11l les populations allemandes contro lui el es alliés. Ce fuL cJ'nliord
le Tyrol, que les traités de lll.O:i a,aienl
arraché à l'Autriche 11our le donner /1 fa Ba"ièrc, r1u.i ~c ré\'olt:i. pour retourni·r à "on
ancien ·ouvcr~ia. Lrs ll;rrnrui, , commande,
11ar 11• ruarc1cl1al Left•~uc, cnrenl :1 soutenir
plusieurs engagements anglants contre le~
monta~ards tyrolien~, qui arnienl pris pour
chc[ un simple aubergiste, nommé 11oter, rL

qui combat 1ir1•111 t11t•c un cour:1gc h~rOH[Ul';
mais, nprh 11udquu~ IJrilfouls ~uu:'.s, il:furc.nL lmllus p11r les troupe fran{'ai,es ,cnanL d "Italie, cl leur comnrnndanL llofer fa 1
pri et îusill,1•
l,n Primo, humiliée par la 1lêbite. d'léna,
mai• n'o ant, m:ùgré les instances ùe l'Angleterre, courir les chances J'unc nou\'cll •
guerre ou,·crl , tontro Ifopolco11, roulut cependant entr,ncr ses succès; elle prit entre
!a "Uerre el la pai..x. un terme m/JJC!l, répronn:
pa~ le droit des gcn de loules les nations
civili écs. En effet, le major clùll, ·orlanl
eu plein jour di! llerlin, à la tète de son
ré!!ÎID.crlt
de housard , pan:ourul• le nord de
0

l' Allc1u:ig11e. tuant. pill:rnl lus Français, et
:ippelanL les popiù:itions ;t la ré\'ulte. Il
paninl à forme!' ~in~ une Lande de plus de
liOO hommes. à la. Lète de laquelle il euL
l'audace d'allaquer. avec le .oulien de la
llottc angfoisc, h place forte Je tra.lsu.nd,
défendue par le brave général Gratien. On se
l,allil dans les rues, et le major , cbiU fui
1ué. l,'Empcr1'ur lit !ra.du.ire de~ant leb tribunaux les jcunl!s gon de meilleures familles de Pru. se. pri en combanant à la
:.-aile- Je Schill, el ces malheur m, conùamné.
comme t1ole11rs el assr1s;sinsanx lravau. forcé ·
à perpétuité, îurcnl enrnyé5 au barrne du
Brest! La nalio11 prussienne sïndigna de ce

�-

'HlSTO'l{1.Jl

'-------------------------

lrailemenl, mais le "Ou,cracmrnl, eompren:mt le vrai tnract~rc tle pareil: arlt•~ d
lirinanùarrc, n'o a él1,vcr aucune réclaninlion,
rl e born:i 11 JJ a.,.oucr Schill et s::t li:m1lo. li
J,, · eùt récompcMé~ ·i leur entreprise cùl
amené le sonlhement de l'.\llemagnc.
Le prince Je Brun '\\ick-Œls, &lt;Juc le lrail 1
tlc 'fil iLt avait dépo édé ùc .c. J~Lat, quilla
r \n •leterrc, ot1 il . •~tait rffugit•, se r •ndit
,!an la Lusace, rt leva une lr.mdc de
hommes. an•c la&lt;Jucllc il fit la "Ucrrc
&lt;le parû.ans contre lès Fr:in&lt;:a is et les Saxon ,
leur allié·. En Wc Iphalie, le &lt;·olonel [lernebcrg, l'un des c·hds ùc la garde ùu roi
,léràme, r11lraîna qul'lques di ·tricl el marcha
même rnr Ct~sel, dans lï11lrnlio11 d'r-nlcver
.lul'ôme, do11l quelques jour avant il était le
favori !
J'lusieur officier pru~ iem, enlr.i :mire
!\ail, le,l·reol aus. i des bandé· sur clircri;
points, el il fut ptuU1·é depuis t[u'il :lfaicnt
reçu le consentement La,·ite du gouYerncment
prussien. La jonclion de ces ditlérenls corps
1l'in uraés, conduiui par des hef habiles el
cntreprcoanls, pou,·aiL avoir de rrranru et
f:icheux ré ullals eL rnulcver contre 11011: une
parlie de l'.\llemao-ne: mais à la nouvelle de
la bataille d'Eckmühl et de la prise de \'icone,
toul •'évanouit. Le moment de rt:unir toutes
les forces de la G~rmanie contre i\apoléon
n'était pa encore arrivé; il aurait fallu le
concoms de l:i llu-~i •, alor. notre alliée, et
irai uou~ l'uurnissaiL même un corp · de
~n.uoo homme'. l;,is Lronpc.-; agirent trè,;
mollement en (;,dicic, ce qui n'cmpè ·ha pa.
la Russie de réclamer, à la pai~. a pari des
dépouille· aulriehicuncs, &lt;Jll ellu ne rcodiL
jamais. ,rais retournon au1 éf~ncmenl 11ui
• pa saienl près de Vinnn('.

~.ooo

0

CHAPITRE XVI
UctU(lttliJm 1•i aban1lo11 d~ l'ile St:hwarllP-L.•keu. Êtal,li,-,,·mont tlt'S ponts ,.,miro lïl,• de J,oh,111. La lioluille ;'eugngc entre Es,l1111t ,·L A,w•rii.

Napoléon, occupant \riennc, réw1i• ail se
pri11ripales force· autour de cette capitale.
Cepcnt.lanl, moin heureux qn't•n i UJ, il
avait trou~·é les ponts de Spitz rompu el ne
puuvail lcrmi11er la gucrr1•, ni n.llt•iudrc son
,·unetui. rpù•n passant l'imuwn e llcuvc du
llanubc, donL la ri\'c gau.:hc i'.•taiL deknJue
par l'armée du prince Cbarles. A ·elle rpo'loe
du printcmp ·, la ronlll des neige· ë•i111lc
lcllcmenL le lleuvc qu'il cbienl immen c, et
chacun de ses bras e L semblable à unn
••randc ririère; lei passage du lLnuLe préentait, par conséquent, heauc(;np de difJicultés; mais comme il promène es eaux au
miUeu d"trn très grand nombre d'iles, J.oal
quelitues-unes sont fo1•l yasle , on )' lrou\'e
des points d'appui pour l'êtahlis emcnl de!;
ponts. L'Empereur, après avoir ,·isité avec la
plus minutieuse atlenûon les rivages dn
ilcuYe, LanL au-dessus qu'en dessous de
\'ienne, 1·e(onnut deux emplacements f:norablcs pour Je passag • : le premier par l'ile
de Schwartze-Lakcn, siLuée en face de 'us dort', à une &lt;lemi-liene en an1u11l de \ ic11ne ;

le c1:ond, à pareillr. 1li,1anro l'TI aval de celle
,·ille, en face du I i lla,zc de hai cr-ltbersdorf,
au lr.lYcr· de la grande ile d,J Lobau. S:ipoléon ht trav.1illcr aux deux pont à la foi!',
afin Je profiler de celui riui serait prèt le
plu lôl cl de parla,..cr l'allcnlion des euncmi . La comlruction ùu prrmiPr fut ronflée
au maréchal Lannes, celle du second :m
m:m:i:bal Ma séna.
Le mnréclnl L:mnr. ordo1111a nu gént;ral
..::iint-llilai1·e dl' r.,ire porll'r Cil bateau
~01) \'Olligeurs cb11- )'lie de ,'d111arl1.e-Lal..en,
ép:irée tle l::t ri1c gnudic par 1111 perit liras
&lt;ln llfüvc cl loncb:rnL pro, (fUû à la Lètè du
ponl de , pitz. Cel ordre fut r,écuté; mai ,
(Ill lieu d
rormer cc dêtachemrnt de -oldats
pri dans un même corp·, cl d'en confier le
commandement à un colon!'! intelligent, le
~ént!l'al S:iint-Uilaire Il' compo·a d'hommes
au 7'2e el clu J05~ de lignr, conduits par
deux cbeF· de bataillon, 1·c 11ui dc1•ail nuir.i à
l'en_emh!t· de~ opération~ .•\u~si, en n.r1·i1·anL
dnu~ l'ile, ces deu\'. officiel'' n'agir('nl pa dtl
concert cl commirent la faute énorme &lt;le ne
p:u lai Ser de réscrYc dan une. grande m:iison
&lt;fui pouyait protéger de noul'eam débar'luemenl ; pui , 'élanrmt à l't;lourdic, il·
pour ui,ircnt on méthode quelr1m· dctachcmenl ennemis qui défondaicnl ..'chwJrlLeLaken; mais IJientôl ceux-ci rcçunmL de$
renforl con idérablt!! , amenés p:ir de bateaux
de la ri1e gauche. ~(&gt; soldats rcpou-sèrcnl
, igourcu cmrnt les prt•rni ~rc · at1ar1m· ·; il ·
~c formèrenl en carr: et c-0mbalùrenl ,ail•
lammcnt à la l,aïonncttc; mnis enfin, arcal1lé,
par le nombre, plus de la moitié [urrnt lut1·,
tous liJs autre~ blcs~Js rt pri , :l\'ant que le
troupe di~posé pour les outenir pu ·.,·nL
:Iller le · rejoindre. L'Empercur el le maréthal Lanne· arri\'èr nt ur le bord du
UauuLc puur èLrc témoins de celle calasLrophe I Ils aJrc èrenl de rif reproche au
"é11éral :-i:ùnt-llilairc, qui. malgré sa grande
entente de fa guerre, :iYail ea le tort d'eurnyer dans lïle un Mtacbcmcol d'une composiLion vicieu,c, et d · le foire partir a\'anl
1.l'èlrc co ·me ure dtl fo ,outcnir par denrois 1irom pts el su cers ir~ de renfort ·
pllis•aols. , oiot-Jliln.irc al'ait, il est nai, peu
Je kirquc · à a di~positiun, mais ou en amc11aiL llU srnnû nornLr'; if aurait dù l~s
allc.mlrc tl 11c pns précipiter le mom·ement.
Le ' Lrou pe au1rithienne· qui oomhauircul
clan cul Lo afl.iirc l'l:iicn Lcommandée par un
émigré frani; 1i:i, lt.1 génér:ù ~orJmann, qui nu
larJa pn~ à èlrn puui d":woir porté le: armes
conll'C a patrit•, ear il l'ut Lué {lar ,rn bould
à la bataille de Wagram.
L'Empereur et le maréchal Lanaeg, &lt;lë.,,c pârés d'avoir \ u périr in111ilcrntJnL ta11t diJ
braves gens, parcouraient le rhogc dans une
très grr1ndc agilalion, lorsque lt: maréchal,
s'étant embarra.~sé les pieds dans un cùble,
tomba dans le Danube l... 'apoléon, seul Cil
ce moment auprès de lui, s'avança rapidement d, ns l'eau j11 ()U'à la ceinture, ll·Hdit la
main au maréchal cl l'a,,ut déjà rckré,
lorsque nou · accourùmc à son ecours. Cet
.::tc&lt;'ident al'crul lenr mécoalenlcment déjà
..., 56""

µ:ranù, car, après l'échec 1111e nons vcnio11 ·
d"épro,wcr, il ne fallait plu onger à tenter
le' pas. age par l'ile de ..,chwartze-Lab..en, dan
la,1uelle l'ennemi, éclairJ ur no projeu;,
venait d'envoyer plu icurs milliers d'hommes.
li ne re. Lait plus qu'nn senl point ~ur le&lt;Jucl
on ptil traverser le Oanulit:, celui d'Ehersdorf.
Pour so rcrnh·e Je rc village à la rive
gauclw. nou de"ion franchir 1111atr1• Lranch ~ Ju □cure! La premi!!rC a ~:JO toi es de
largc-ur. ,lng&lt;'I de l'immensll longueur du
ponl 11uïl faUail jeter entre la rire 1111c nous
occupions et une pelitc ile . itw1c au miliru
du llemc. Au delà dr1 c·clle îlt·. se lrOn\'c le
rcond hrM, large de L O 1ol~r ; 1,;'e l lr pl11 ·
rapide : cc. &lt;lcnx lira 1,- igucnl un ilut aprl!i
ll'tJlll'l ,icpl une ile mari• ·ag,:u~e et le troi:;i'•mc cour:; d'eau, large d'une ,·in~taine de
lui ·es. Quan&lt;l on a franchi ces di,·er5 obstaclt-s, on n·~~l encore arri1·J quP. dan l'immen~e il" de Lobau, séparée du conlinenl par
le c1ua1rièmé bra , dout la largeur ~ l Ùil
70 toi ·es. ,\in.si, l'ensembletle' q ua.lrc rivières,
pri!scnt.ant une largeur totale de ~'20 toi e ,
nécessitait l'établissement de quatre pont·, co
qui exi,,eait de travaux immc!1sc . Le poi~t
choi. i p:ir !'Empereur dr\':rnl Eher dorf avait
cet orantagc que le. Jeux ilos cl l'ilot crH1ienl ;, appuyer el con olider no ponls, el
t}ue la Lobau rormail une vaste place d'armes,
d'uù l'un poUl'ait arriver a,·ec plu &lt;l'assurance ur la rive gauche. Enfin, celle ile faisant an coude rentrant offrait un débouché
très avantage111 au milieu de la rlaîne q,1i
•'étend cntr les villages de l,ro-~-,\. pern rt
d'B Jing : r'étail ponr le pa, ·age d'1mc armée
la conJiguralion l::t plus désirable.
L'archiduc Charles, arrirnnt en facu du
Yirnne par la rive gauc!Jc du Llanube, tl trouunl 'lapoléon arrêté par celle redoutable
harri~re, ç.péra pouroir !'cmpècher de la
fr~nd1ir en men:içanl ;e. derrières. Il nt donc
a11a1p1cr b Lètc Ju ponl ,1uc nous :ivion à
Liuz et c·ommença même à Krems des préparatifs pour pas.cr le llemc avec toute ~ou
armée tl rcuir nou comLallre . ur la rive
droite. Mai es troupe - furent repoussée·
partout, et il c !,orna à ·oppo er à notre
pa.sage dc\'ant Éhcrsdorf. l,'t!tablissemcnt de
uos ponl · épro11vail dt! très grands O!J~taele ,
car, foule de m:i.tériam, on fol réduit à se
ervir de bateaux de formes el de dimensions
dilfürcntes. Il fallut employer dé cordage ,
de Loi cl d s ÎCI' qui n·~vaicnt pa la solidité néccs air . Lr ancres maaq unient; on y
suppléa n,·ec Jcs caksr· remplies de lioulet.s.
C,.::; Lra,·aut, abrité. par des plantations, étaient
protégés 1m le corps d'arinéi: du maréchal
~Ia,sfoa.
Celui du maréchal Laun · situé Jevn.nl
Nussrlorf, simulait sur ce point des préparaLil'i; de pas~:age, allo de dislruire l'attention
de~ ennemis, qui crurent longtemps que nous
Youlions renouveler l'aunque sur l'ile de
~ c.hwarlte-Lnk.en. Mais comme ce démonstra1ion · n'étaient pas réelles, le maréchal Lau11es
ui\•it de ·a personne l'J~mpcrcur._ lnr. 1p1e
celui-ci se rendit le J9 au oir à l::IJ.:1·~Jort
i pour présider 1, l'éwbli" cmcnl Je · punts .

.MËMOffl_ES DU GÉNÉR,A1. BAJt,ON DE .MAR,BOT

-

l\'apol~on, après avoir examiné dan le plu· parce qu ·on le nllriLuail à la rcine llorlen.e forces considérables de l'ennemi. l'Erupercur
f!rand détail ce qui avait étP préparé, et s'êlre et que les paroi s al'aienL l,cauco11p de rap- Jul r. Lorner pour le moment à la défensirc.
a~suré qu'on avait réuni tout cc que les l'ir- port avec les ein:on tances daos le quelles Pour cela, il appuya nu village d'A~pcrn son
aile gauche, compo·ée de Lroi divi ions Jïnt'.OOSlances permeltaient de se pl'o1·urcr, fit nous nou trou rions; &lt;·'étnit :
t'aoterie sous le. ordre. du maréchal Masséna.
monter une brigade de la di\'Ï ion ,rolitor ur
1'011~ m1! '1uiltc1. pour all~r ,, la irlou·e.
L'aile droite, formée par la Jivi ion Boudet,
qualre-1'ingt~ grande. barque. et dix forts
ll1,n lrrnlre ~w,u- KUÎ\ra purluul n,,; pas ....
'appuïaît au Danube, anprè du grand boi ·
radeaux, qui, 1n.1lgré la diffirnll' qu'oppo(JUi se trouve entre ce fleuve el le village
s:iicut l'extrême lar"enr dn Danuhc el la 1io- EL puis :
r:a•lrc des nuits de son poisiblr ~rl.11
&lt;l'E sling, qu'elle occupait au si. Enfin, l&lt;'s
lencc des v:igues, alleignirenl l'ile de Lobau.
Laurnit des fout •nr l,·s ceok; dl' rr~nc~ !. .
troi di,·isions de cavalerie et une partie de
Les Lroupe~ -·~ établirent san ob~larle, l'enLe capitaine d'Albuquerque 11taiL le plus l'arlilleric [ormaieot I centre. ou les ordre
nemi :iyanl nén-ligé de faire garder (•e poinl.
jo ·eux Je nou tou., et après nnu avoir ùu maréchal Bès ières, el se déployèrent dan'
Lanl il étail préoccup I par la pensée que nn11
voulion~ lravl'rser le tleuvc dc1·aot Nu~sdorf, charmés par a belle voii, il nous faisait rire l'espace rc té Yide entre E liag et Aspern.
au-dt•ssu Je Yicnne. L'Empercur fit occuper aux éclats par le rècil des pllls bouil'ounes .\insi, d'apr' · le etpre,sioru de !'Empereur.
Je même plusieurs ib de moindre impor- aventure de .a vie romane &lt;rue. Le pauvre «[ui comparait sa position à ur1 camp retrantance, et la con truction de pont· &lt;·ommença . ~arçon ne pré,·oyaiL pa crue le oleil rflli allait ché, .\ pcrn el Esslin~ fümraienl de' bastions
Elle dura Lou'tc b nuit, plll' 1111 temp$ m~gni- se 1,c,;er éclairerait :-on dernier ,jour!. .. pas cru·uni sait uoe l:ourtinc formée par la \),'\Vafit1uc, cl fnl terminée le iO lt midi. Toute les plus que nou ne pcn ions que la plainesiluéo lerie el l'a rûlleric.
Jivi ions du corps de lia séna pas tirent im- en face de nous, sur l'autre rive, serait bienLe deux village , bien que n'étant pas remédiatemenl dan l'ile Je Lohau. Il n'i' :i lol arro éc du san 11 de notre bon marfohnl, tranchés, étaient susceptibles d'une bonne
peul-être pas d'clrmple d'au ~i grand tra- ainsi que de celui de presque chacun de nous. défome, car ils sont hàtis en maçonnerie el
Le ~ L au matin, les lignes aulrichienncs entourés de petite-"- leYécs Je terre ip1i les
vaux exécuté en $i peu de temps.
Le 20 mai, à 11uatre heures du soir, \'Em- parurent et \inrenl e ran•~er en face des protè11cnt contre lïnonclalion du Danul,e;
pereur a ·anL fait jeter un pont sur lu 1p1a- niilrcs, en avant d'Essling el d'A pern. Lo l'égli t' el le ciruelitire d\bpcrn pouvaient
Lrième et dernier bras du Danube, les di,;sions maréehal !asséna. qui occupait ce deux ,il- ré::.Ï."-Ler lon"temps; E·sling a,·ait pour citala1,e. drpuis la reille, aurait di'.1 en foire crtl.. delle nu m le enclos et uu immeo e grenier
dïnFanlerîe de ~ra séna, eommandées par le
généraux Legrand, Boudet, Carra , aint-Ci-r nclcr le· maisons et couvrir les approchL·.
d'ahondanca con. lruil eu pierre de taille. Ces
èl Molitor, dé.hourhèrrnl de !',le de Lohau
par 1y11elques travaux d campagne; mais il dernier poirus nou furent très utiles.
pour aller oc ·uper sur la terre ferme les vil- arnit malbcurcu emt•nl négligé de prendre
Quoic1ue le. troupes dont ·e composaient
Lige d'Es lin~ cl d'A.pern. Ce troupe~ celte prudente précauLion. L'Empercur l'en la droite el le centre ne lissenl pas partie du
furent SllÎYie:s par le· d1vi ioos de Cal'aleric blàma; mais comme l'ennemi approchait, et corps de Lanne·, qui e trouvait encore sur
1,igère Lasalle. 1farulaz, ain~i que par les 11u'u11 n'avait plu~ le Lemps de réparer c ltc l'autre rive ùu Danube, l'Empernur avait
cuirassiers du général Espagne; en loul faute, \apolêoo □ e pou,,anl forlifier E: Jing voulu, Jan. tlc circon tances au si diJîkile.,
~5.000 homme~.
ni A peru, y suppl~a. autant que possible, en utifüer le- talents de ce maréchal el lui n
t)ucltfUC escadrons ennemi. pat'urcnt i.euh cournrnl le dernier pool par une tête t[u'il avail confié le commandement supérieur. On
à l'horizon; le gro- de l'armée autrirhienne traça lui-même el à laquelle il fit lranillcr à lui entendit dire au maréchal Bessières :
étail encore à Gérar dorf, mais .illail c mellre l'in lanl. i le corp d'armée du maréchal 11 Yous êtes ·ons les ordres. du maréchal
en marche pour venir ·'oppo cr -à notre t'-la- L:mne , la garde impériale el le. autre trou- Lannes "; ce qui paruL fortement colltrarier
blissement sur la rire gaucbe du Danube. pes que Napoléon allendail, eu sen1 été pr1:- llessières. Je rapporterai tout à l'heure le
L'Emp~reur, dr son
gram conllil auquel
côté, dirigc.,i l de forte
celle JécJaration donna
ma "es ver l'ile de Lolieu, et commentje m'
bau. Lo corps du marétrouvai engagé bin1
chal Lan □ es dut quiller
malgré moi.
les e.uviron d11 Nus~Vers deux heures
dori pou.r se rendre à
après midi, l'armée au.r.hersdorf; mais di vers
trichienne 'avan!:a sur
olistncles embarras ènous, el la bataille 'enrent son passaore dans
gagea Lrès vil"'emenL.
\îenne, et il n'arrirn
La canonnade fu l ter1111c le lcnJumain Iorl
rible! Les forces t.lc ·
Lard. La garde à piuJ
ennemis éraient tcll~·sui,·aiL
mcnl upérienres aux
Dans la soirée du
nôtres, qu'il leur eùl
20 mai)'Empereur et
ét: fa ·ile de nou.s jeter
le maréchal Lannes
clan le Dnnuùe, en
ayant été se loger &lt;lau
rcrÇ,'llll la ligne de cala culemaison qui exis~
rnlerie qui seuleconstitùL dan- l'ile de Lobau,
tuail HOlre centre: et
me camarade et roo1
si l'Empereur elH été /1
Cllcb6 Ne.ur.dein (r6nl~
nous établùne auprb
la plaCI! du prince CharJe là, ur de heau.
LE l.lffO~"AC UE l ),i1,0Ltu:,,; 1·1ti:::s llll ~ 11\1&amp;.\l ' 1,'EuE.LS!il:8.1.i.-li.1.prts le t.:iblau :Je P1ERRE.\loNG1'.
le , il aurait. cert~inegazons qu'éclairait la
ment pris ce parti. alab
lune dans tout on
le généralissime auéclat. La nuit était délicieuse, el dnn~ notre "ml·, il n'aurait ccrt.1inetncnl p.1::. donné au lric!1ien était trop métlwrlique pour agir avec
imoucianre militaire, saru; songer am péril- prince harle~ le lemp~ de déployer son ar- autant de résolution ; aus~i au lieu de mardu lendemain, nous ,·ausion~ gaiomeul cl mée t!cnnt lui et l'nurail at1aq11; sur-le- cher franche men L vers notre Lêlc de pont
chantions des arieue nouveUe , entre autres cbamp; mais n'ajanl que troi division d'in- a,·el} une ma e considérable, il employa
Jeux îorl Il la mode alor, &lt;l.m~ l'armée, fanterie el &lt;Jllalre dn caYn.lcric à oppo c-r aux toute celle pr&lt;!1Ilikre jonrmfo de la bataille à

�, . - 1f1ST0-./{1.ll ----------------------------------------J

'------------------------ .M'E.M011(ES DU G-ÉNEJ(AZ. 13.KR,ON DE .M.JrR,lJOJ

all.:up1cr Aspern cl E sling, quïl enleva el
perdit cim1 ou six fois, après des combats
lTès meurtriers. Ca1• dil.; qu'un de ces Tilla"es
était occupé par l'ennemi, l'Emper •ur le [aisail reprendre par se ré~erves, et. si on nom
l"cnlcwtit de nouveau, il le reprenait encore,
malgré lïncenùie qui le dévorait lou le deux.
Pendant cc allernati,•e' de ucdis et de
revers, la cavalerie aulricbienue menaça pluieur Fois notre cenlrc, mais la nôtre la repoussait el revenait en uite prcudre sa place
entre les deux \illages, malgré le grands raYage · t1ue l'arlillerie enuemie faisait dan sc•s
rangs. L'action se oulinl ainsi ju qu'à dix
heures du soir. Le., Français restèrent maitres
d'E· liug et d'Aspern, landi· que les Autrichiens, faisant rétro ,rader leur •auche et leur
centre, se bornèrènl pendant la nuil à quelque attaque· infructueuse ur \,pern; mai
illi J'ai aient avaucer de nombreux renfort
pour l'acûon dn lendcm:.'lin.
Pendant celle prcrnièt-e journée de la Lnw,ille, l'étal-major du maréchal Lannes loujour ocrupô à porter de ordres ur lr!&gt;
point le, plu expo ·és, a1•aiL co1Lru dt!
lres gr:m.ds dangers, ,an que nous eu jou-.
néanmoins aucun malheur à déplorer, el déjà
nou· uous félicitions, lorsq1ùm soleil coucbant, le ennemi~, voulant couvrir leur retraite par un redoublement de feu d'artillcriC',
lirent pleuvoir ur nous une grèle de projectiles. En ce moment, d',\U,u'luerque, La

les épaules, s'écria : « Vous êtes un cnfaul... cavaltlrie cul li~u, le gilnéral Espagne y fut &lt;t qu'en espionnant et dénonçlnt lèurs camafaite approcher un autre of.licier. » C'était Lué, mais le résultat fut lrè bon, ce qui fil &lt;« rades. Et que reprochez-vous à cet oîficier"!
Labédoyère. Le maréchal, le sacbanL plus dire au maré&lt;;hal Lanne : « Vous vo1cz bien &lt;1 - !fonsieur, dit 13es~i&amp;e , \'Olre aide de
ferme que de Viry, lui donne la même mis- &lt;&lt; que ma évère injonction a produit un « camp est -venu me dire que vous m'ordo11sion, en appuyant fortemenl sur les cxpres- a excellent effd: nns ocla, M. le maréchal « niez de charger à fontl. li me semble qt•e
sions t'OIIS ordom1e el charget· Ù fond; mais h Bcs.ière etît lûlo,rni toute la journée! •)
Labédo)èrc , ne comprpn::mt pas non plus
La nuit vint, el le combat cessa lanl au
l'intcntioo du maréchal Laouei;, n'osa répéter centre que vers notre _d roite, ce qui détermina
mol à mol au maréchal Bessières l'ordre qu'il le maréchal Lannes à se rendro auprès de
avait à lui transmettre, et, de même que de !'Empereur, dont le bivouac se trouvait dans
Viry, il se servit d'une circonlocution. A.ussi, les ouvrages de la tête de pont; mai à peine
à son retour, le maréchal Lannes. lui apnt étions-nous en marche que le maréchal, endemandé cc qu'il avait dit, lui tourna le do • tendant une vil·e fu.silladc dans A pern, où
- Je rentrais à cc moment au galop dans le commandaü Masséna, -roulul alle.r voir ce qui
groupe de l'état-major, et, bien que ce ne
e passait dans ce village. Il ordonna à sou
fi\t pas h moi à marcher, le maréchal m'ap- état-major de se rendre au Livouac impérial .
pela et me diL : a Marbot, le maréclaal Augr- e.t, ne gardanl que ruoi et uno ordonnance. il
« rcau m'a as uré que vous étiez un homme me dît de le conduire dans Aspern, où j'a\·ai ·
« sur letlue.l on pouvait compter; votre ma- été plusieurs fois dans la journée. Je pri ·
11 nlêre de.servir aupr~ do moi m'a confirmé
donc celle direction; la lune el l'incendie qui
t&lt; dans celle pen ée; j'en d~sirc nne nouvelle
dévorait Essling et ,L pern nou' éclairaient
« preuve : allez dire au maréchal De ièrl', parfaitement; cependant, comme les nom&lt;t que je lui ordonne de dwrger à fond;
hreut sentiers qui illonnenl la phline élairut
u ,·ous entendez llim, mon~ieur, l1 {oml! ... &gt;) souvent c.tchés p:ir des hlés d'une Ir~ grarnl 1•
Et en parlant ainsi il me pointait lt's côlcs hauteur, et que j1· craignais de m'y p1mlre,
avec ses doigts. Je compris parfaitement &lt;JUC je mis pied à terre pour mie1n:: le reconlu maréchal Lannes voulait humilier le maré- naître. llienlôt le maréchal, descendant aus~i
l'nal Dcssières, d·abord en lui faisant dure- de cbeYal, se mil à marcher à mes cotés, 1•n
went enlir quo !'Empereur lui avail donné eau ant du oombat du jour cl des chances tlc
pleine autorité sur lui; en second lieu, en celui qui c préparait pour le lendemain. Au
blàmanl la manière dout il dirigeait lo c.aça- bout d'un quart d'houro, nous arri1•ons aulerie. J'étais navré de la néce silé où j'é1;1is près d'A pern, dont les abords étaient cou~1AIŒCUAI.. BEss1i..R.Es, DUC o'lsrmE.
de transmettre au maréchal Bessières de
verts par les feux de bivouac des troupes d..: GramreJe LADU.REI\, d'après le tal-leau de Rmo:lER
expres ions bles.santes, dont il était [acile de Ma éna. Le maréchal Lannes, \'Oulaut parler
prévoir les Iàcheu1 résullats; mais enfin, je à celw..cl, m'ordonne de pn, cr devant pour
devais obéir à moa chef directL..
m'informer du lieu où il était établi. Nous ,c de telles expressions sont incomenanles. Je m'élance donc au galop vers le centret avions à peine fait quelques pas 11ue j'aper- if Elles sont juste·, monsieur, eL c'est moi
en désirant qu'un des nombreux houlels gui çoi , ur le tront de La11diùre du camp, Ma.· « qui les ai dictées!... L'Empereu.r ne YOU
Lomhaient autour de moi, ahallant mon che- séna se promenant a,,ec le maréchal Bes ières. o a-t"il pas diL que \'OUS étiez ons mes orml, me donnât une bonne excuse pour ne La blessure 11ue j'aYais reçue au front en Es- « dres 7 11 Alors .Bessières répondit avec empas remplir la pénible mi siou dont j'élab pagne m'empècbant de porter un colback, barras : « L·Empereur m'a pré"enu que je
tbargé!. .. J'aborde très respectueusement lu j'étais le eul aido de camp des maréchaux de tt devais obtempérer à ,os avis. - Sac)icz,
m.aréchnl Bes ières, auquel j'exprime le désir l'arméequi eùl un chapeau. llé sières, m'ayant a monsieur, s'écria le maréchal, que, dans
de parler en particulier. li me répond fort reconnu à ce délai!, mais n"apercevanl point &lt;&lt; l'état mililaire, on n'obtempère pa , on
sèchement : cc Parlez haut, monsieur! » encore le maréchal Lannes, s'avance Yers m1Ji n obéit à. des ordres! i I' Empereur avait ln
Je fus donc contraint de lui dire en présencu en disant : « Ab t c'est vous, monsieur!. •. , i u pensée de me pktcer sous votre commande son nombreux étal-major et d'u.ne fuulc u ce que vous avez dit tantôt provient de vous ,, demenl, je lui offrirais ma démission·
de généraux et colonels : « U. le ruaréch:11 « seul, je vous apprendr:ii à mieux. choi ir &lt;t mais, tant que vous serez sous le mien, je •
u vous donnerai de ordres, et -vous obéirez;
&lt;&lt; Lannes m'a chargé de dire à Volre Exceltr vos expressions en parlant à YOS supérieurs;
ll lence qu'il lui 01·do1mait de charger à
u et si vous n'avez fait qu'oLéîr à votre rua- « sinon , je Yous retirerai 1a direction des
u fond ..•. » - Alors Bessières, en fureur. 1c réchal, il me rendra raison de cette injure, 11 troupes. Quant à charger à fond, je \'OU
s'écrie: 11 Est-ce ainsi, monsieur, qu'on. parle « el je yous charge de le lui dire l u Le mn- &lt;&lt; l'ai prescriL parce que -..011s ne le [ai!,iet
u à un maréchal?... Quels termes! vous orréchal Lannes, s'élaii9aol a.lor comme un u pas, et que, depuis ce matin, vous paradie:i:
u donne el charger à fond!... Je mus ferai
lion, passe devant moi et, me aisî .anl le 1&lt; devanl l'ennemi sans l'aborder franche,, sé~·èremealpunirdeceLtcinconvenaoce!. .. ,1 bras, s'écrie: d bbrhot, je ,·ous dois une ,, ment 1 - Hais ceci est un outrage I cria
- .Je répondis : « lonsieur le maréchal, « réparalion; cnr, Lien que je crusse êLrc 1&lt; Bessières a,'ee colère; ,·ous m'en remfrez
« plus les expressions dont je me suis sen i « certain de voire dél'Ouemcnl, il m'était 1, raison! - .A. l'instant mèmc si vous Youlez »
répondit Lannes en porta.nt la main à son épée.
u paraissent fortes à Volrc fü:cellcnœ, plu~
11 reslH rruelques doutes sur la manière doat
Pendanl celle discus ion, le ,-ieux Masséna,
11 elle doit être com-aîncue que je ne fais
a vou aviez transmi mes ordres b. mon« qu' ohéir aux ordn•s que j'ai rl)Çus !. .. &gt;1
« ieur; mais je reconnais mes torts à voire s'interposanl entre fo adçer airc5, cherchaiL
Puis je saluai cl revins auprè du ruarédlal c&lt; égard! ... 1, Puis, s'adrcss:ml à Be ièrll.'i : i1 les c.ilmcr; enfin, ne pou\·anl · par\'enir, il
Lannes. « Eh_ Lien I qu'avez-vous dit au rua- 1t Je ,·ou lrom-e bien osé de gronder un de prit à son tour lti haut ton : 1&lt; Jo suis çotrc
11 récbal Bcssières1 Que Yolre Excellence « mes aides de camp! Celui-ci, monté le pre- 1c ancien, mess ieuri; ; vous êles dans mon
,, camp, je ne ouffrirai pas que vous don&lt;• lui ordo11nait cle char9e1· à fond! ... 11 mier à l"assaut de Ilatisbonne, a tra1•ersé
&lt;• C'est cela, voilà au moins un aidti de camp
,c le Oauube en bravant une morl presque t&lt; niez à wes troupes le spectacle candale1.n
,, de \"Oir deux maréchaux mettre l'épée à la
,1 &lt;1ui me comprend!. .. ,,
•,1 11 certaine, el Yienl d'être blessé dellX fois en
Vous scolez que, malgré cc compliment;i:
1 tt E,pagne, tandis qu ïl est de prétendus llll- •• main, cl cela dcvanl l'ennemi! Jo vous
je Jegrettais forL d'arnir été oMigé d'accom- • ''« litaires qui de leur Yie n'ont reçu aucune u somme donc, aunomdel'Empereur.de ,·ous
plir un tel message. Cependant, la charge de 11 égrat1gnme el n'ont fait leur avancement 1i ,éparer sur-le-cba?1p ! 11 1'ui , se radouci -

heureux d'Albuquerque au lia· des reins,
l'enlève, le lance par-dessu la tète de 'On
che1•1ù, et le jette raide morL au pieds du
maréchal qui s'écrie: « Yoilà. la fin du roman de cc pauvre garç.on! ... mai. c'est, du
moins, une beUe morl !. .. 1i
.Un second boulet pa a. entre la stllle el
l'épine dorsale du cbe\'al de La Bourùonnaye,
.an toucher le cavalier ni l'animal!. .. Ce fot
un coup vraiment miraculeux 1 , lais les arcades de l'arçon furent si violemment brisées
entre le· cui es de La Bourdonnaie, que Je
bois et les bandes de for ïncru lèrent dans
les cù.air· de cet orûcier. ll souffrit lrè longtemp de celte blessure e traordinairc.
Placé entre mBB deux camarade , je le vis
Lomùer au même instant. Je me portai alors
rers le peloton d'escorte pour ordonner !, ces
cavalier de venir relever La Ilourdouna)c;
mai à peine avai -je faiL quellJue pas, qu;u11
:tiùe de cawp du 1rém!ral Uoudet, s'étant
a,•ancé pour parler an maréchal, ent la Lèle
emportée d'un coup de canon, sur le terrain
même que je venais de quittrr ! ... Dccidé-mcnl, la place n'ctait plus tenaille: nou!:&gt;
nou Lrouvion justement en race d"unc hal1cric ennurnie; au· i le maréchal, ma1'•ré
loul son coura.;;e, jugea-L-il à propo de se
placer à une cenLaine de toises sur la droite.
Le dernier ordre que le maréchal Lannes
m"a_\'ail ordonné de porter était adressé au
maréchal Bessières, el donna lieu i1 une trls
1·i\'C altercation e111rc ces deux: maréchaux
qui e délestaient cordialement. li e l indi.pensable de connaitre les moûf· de celle
lia.iue pour bien comprendre la scène C[Ue je
,·ais r:ipporLcr.
CHAPITRE XVII
lll\·ttlilé 1lu Lann~ cl de Be i,•ros. - \ïrn hllercolloTI
enlrc rcs maréchaux. -

L'Empel'eur rt'prend

ror-

fons1 re coutre le tl!nlre cunemi.

Lor. que, en l 79G, le général Bona parle
alla prendre le commandement Je l'armée
d'Italie, il emmena comma premier aide de
camp Murat, qu'il venait de fnit·e colonel) el
pour lequel il a,·ait beaucoup d'affeclion;
mais, dè les premit:re· atr:,irct, Bonaparte,
qui avait remarq•té le' lalcuts militaire.t-. le
zèle el le courage de L.1.nne~ cht:f du 4° ùc
ligne, lui accorda une pari non moin. grande
dans sou e lime el dans son amitié· celle faveur excita la jalousie de Mural. Ces deux
colonels étant devenus généraux de Lrigade,
fionaparte, d:ins les moments le plus diffiriles, confia.il à Murat hi direction des t•harges
de cavalerie et faiS:tiL conduire par Lanne la
·réserve des grenadier~. L'un et l'aulre firent
}lARÉCU&gt;.L LA.;NNES, DUC DE ..\lo:HEIJELLO.
merveille; mais hien que l'armée les louât
Gra1•Ul'l d~ DESJARDINS,
tous les deux, il s"établit, entre ces hra,,cs
J'ap,és le tabœau .fa ijARON iliR.ARD,
officiers, une rivalité qui. il faut bien le dire,
ne déplaisait pas au général en chef, parce
11u"elle lui ·ervait à urexciter le11r zêle et
Bnurdonnayc l'l moi, r::mgés en race du ma- leur amour de bien raire. Il vanLait les hauL ·
ri:çl1al, Yenioll' lui 1·endco compte des ordl'e~ faits du général Lannes de,·anl foral el les
11u'il nous avnil r·hargé · de rransmellre, el mérites de celai-ci en pré!tence de Lannes.
nous lourniom,, par mmé1p1cnl, le &lt;los aux lJan ' le aJtercations c1uc no larda pas à. amecanofü ennemis . Un boulet, lrappanl lo mal- ner celle riraliltl, J.lcs~ière~, nlor:. simple ca-

.,., 58 ,,,.

pilaiue des f!Uide~ du général Bonaparte,
aupr~s duquel il était au si en très grande
fa,·eur, prenait con tammenl le parti de Murat, son comp:itriote et ni-îssaiL toules les
occa~ion de déni"tér le maréchal Lannes, ce
que celui-ci n'i aorait pas.
.A près les belles c..impagnes d'Italie. Lannrs
et Uurat, devenus ,.énéraux de foision, suivirent Bonaparte eu Égypte, où leur ho tililé
rédproquc ne fil qu'augmenter. Enfin, cette
inimitié s'accrut encore par le désir ciu'il ·
conçurcut ton deux ù'épon ·cr Caroline Ilonaparte, la œur do leur général en chef. En
relie circonstance, Bessières agit auprès de
Mme Bonaparte •n l'aYeur de Mural, et pour
la i;ogncr à sa cnu e, il saï it l'occ.a.ion qui
•c préscnl::l de porter un coup déci if au rh·al
de son ami. Lannes commandait alor fo
garde consulaire, et ùans son trop grand désir
dehien faire, il availdépa ·sê de 300 000 francs
le crédil alloué pour l'équipemenL de '&lt;' soldat~. Be~ ièrc , membre du con,eil d'admini tratiou, chargé ile la l'éparlition dt~~ fon,L,,
signala à Mural le fait, 11uî ne tarda pa :
:m·i\'cr a11x oreilles du premier Consul. C,:
,ternier, qui erl prenant le rouçoir nv:iit ré olu
dù r:irnener l'ordre dan· l'ndministration,
mulul faire un exemple el relira à Lannes le
commandement de sa garde, en lui ac.cordaul
le délai d'un mnis pour romLler re Mficill ...
Lannes n'aurait pn le faire sans le générènX
concour d'Augcreau. Le premier Consul lui
rendit a!or sa {n,·cur, mai nn coneoit i1ue
Lonnes ait ,·ouu une haine profonde au général Dessières, aussi Lien qu'à Murat, son heureux rinl, qui aYait enfin épousé Caroline
nonaparLc. Telle était l"antipathie qui e-x-i lait
rntrc Lannes el Bessières, lorsqu'ils se lrou\'èrenl en contact sur le champ de bataille
J'Essliug:.
Au moment de la ,·ive canonnade qui n!nai.J.
de tuer le malheureux d'All,nquerque, h·
maréchal Lannes, YOl'ant les Autrichiens exécuter un mouvement rétrograde, voulut les
faire charger par loufe sa CA\'alerie. Il m'ap11ela pour en porter l'ordre au général Iles. ières, CJl.l.i, vou le sa,,ez, veoail d'être placé
~ou son commandement par !'Empereur;
mais, comme j'étais en cour c. l'aide de camp,
le premier à marcher, s'approcha : c'était de
\'iry. Le maréchal Lanoes lui donna l'ordrl!
~ufranl : H Allez dire au maréclial Be .ière~
1111n je lui orclon11e de charger à tond! ,, Or.
vous saurez qnc cc dernier mot signi!ianl
qu'on doit aller ju.,Lu'tt cc riuc les alm
piquent le co1·p des ennemis, il devient 1111
reproche, puis1p1'il semùle dire que jusque-li,
la cavalerie n'a pas agi assez ririoureuseme.nl.
L'expre~sion je foi ordonne ét:iit ~galement
très dure, emploiée par uo maTéchal Yi -à-,,is
d'on autre maréchal; mai c'élaiL précis1.L
me.nt pour cela que le maréchal $C servait des
mots 01·dom1e cl charger li fond,
Le capitaine de \'iry part, remplit sa mission et revient auprè· du maréchal, qui lui
demande: « Qu'a,·cz-Yous dit au maréch~l
Ticssières1 » - « Je l'ai inform6 que Voir'
Escellemc le priait de Faire chnrger toute l:i
cavalerie. l&gt; - Le marécb:il Lmncs, haussant

--~

�----------------------------

111S TORJ.Jl
sanl, il prit le waréobal Lano~ par le Lra
el le conduisit à l'exlrérniltl du bivouai:, pendant que .Bes!&lt;ièr~ retournait au i,:îcn.
,le Yoo laisse à penser cumbien je fus
a!îecté de celle scène déplorahlo! ... EnGn I•
maréchal Lannes, remonl1111t ù l'heral, prit le
chemin do la lèle de pool, el, d~~ que nous
fûmes au bivouac de l'Empcreur, aupri\· duquel me camarades s'élaient établi , il prit
apoléon en particulier et lui raconta ce 1p:1i
venait de se pa scr. Ct?lui-ci en\'Oya au itbl
chercher le maréchal Des~ièrc·, qu'il re ul
forl mal; puis, s'élnignanl avec lui et marchant à grands pa,, a Maje lé parai$Sait fort
:tgitée, croi ail les bm el _emblait lui adr' ser
de ,;r~ r proches. Le m:iûcb:1I Bessiêres aYait
l"air confo11du, et dul l'être darnnta..,e encore
lorsque l'Emp reur, .c mettant li 1ahlc, n
l'iuvita pas à diner, landi. quïl îaLait a seoir
le maréchal Lanne i, sa droite.
Autant mes camarades el moi adons élé
gais Ja nuil précédenlc, autant nou~ f1ime
tristes pendant celle
21 au 2:l. Xuus vroions &lt;le \'Oir périr le malheurcux.d' lbuqu&lt;·rque, nou avions 11 nos côlé La Bourdom,aJe
horriblemenl blessé, dont les gémisseme111
nous déchiraient le cœur i enfin, cle tristes
pres cntiments nou agitaient sur le résultat
de la bataille dont nous venions de \-Oir l'Ulemenl la première partie. Nous fûmes, du
reste, sur pied toute la nuit, pour faire pa .C'r
le Danube au corp &lt;ln maréchal LaonC'~,
composé de trois divisions d,,s grenadiers
d'Oudinot, commandées par le:- généra111 Dttnont, Claparède cl Tharreau, el d~ la divisi, n
Sainl-Hilaire, ainsi que de· cuirassier de
i aruoull- Ces troupe éLaienl ~uirics pnr la
garde impériale.
Cependant le Danube augmenlail à ,·uc
d' œil · hcauconp de gros arLrc.~ 11uc ses Ilots
entrainaient vinrent heurter le ponts de bateaux, qu'ils rompirent plu ieor foi ; mai
on le· réparait promptement, el, malgré ce~
accident , les troupe dont je •yiens de taire
l"énumération auient traversé le fleuve cl .c
trouvaient réunies sur le champ de IJataille,
lorsque, aux premières lueurs de l'aurore du
22 mai, le brwl du canon annonça le · renouvt!llem1ml du combat.
L'Empereur, ayant à sa di position le double
des troupes de la \'Cille, prit de me ure
11out attaquer rennemi. L maréi.:Lial Masst\na
et ses troi première· divisions d'infanterie
rcstèreÎlt dans Aspern; la. qualri~mc, celle du
général Boudet, fut lais ée à Es ling, sou li'
nrdre do maréehal Lann'', dont le œrp,
d'armée \·int occuper l'espace entre ces deU\
village ayanL en cc;onde ligne la cavalerie
du maré hal Be.,ière , l!DCore placil ~ous ll!S
ordres du maréchal Lanne·. La garde impériale formait la ré erve.
La réprimande faite par l'Empcreur au
maréchal Bessières avait été si sévère que,
dès que celui-ci aperçut Lannes, il vint lui
demander comment il déjraiL qu'il pfoçàtseJ
troupes. Le maréchal, vo11lant con taler son
autorité, lui répo11dit : « Je vous ordonne,
11 monsieur, de les placer sur tel point, puis
G vou. allendrez me. ordres. " Ce · exprc~-

gu

&lt;iÎon· ~laient Jure-, mais il ne foui ri, nublier les agis cments de Rn îères il l'éoard Je
Lanne. à l'époque du Con. ulat. Hcssi1\re paruL
fortement blessé, mai, il obéit en ~ilence.
L'arl·hiduc Charles, qui, par une attaque
\ 1Î0 011reu e, aurait pu la veille percer anl re
Îdible ligne entre Es Jing el A~pcm, renouvela es efforts contre ces villarre:&gt;. füi si
nou avions rési'lé le g Là toute on armée,
a,·ce le seul corps de \las éna et une portion
Je noire ca\alcrie, à plus forte raison ~lion.nou en me ure de le foirl'. à préscnl que la
~ardc impériale, le rorps du maréchal Lannes et une dh·isîon de cuira iLr' \'Coaienl de
nous rejoindre. Les Autrichiens furent donc
rcpou sés p:trtout. Une de leur- colonne fut
mèmc coupée cl prise dao A pcrn ; elle ~
compos:iit d'un millier d'hommes commanMs
par le génrral Weber el du i, pièce· de
canon.
Jnsqo'à ce moml?l1l l'F:mprrPur n'arnil foil
que ~e défendre en alltnd:mt lt·s troupes 11ui
lraversaicnl le fleuve, mai le nombre de
celles qui se trou,•aient sur le champ de halaille ayanl été doubl~, et le corp"' du marébal Davout réuni à [ber ·dorf commençant à
'engager .ur k · ponts, Napoléon jugea qu'il
était temp de pa. ser de la défen e à l'allaqur,
el ordonna au maréch:il Lmoe de c mellre
à la tête dt!· Ji1·isioas d'infanterie aint-llilaire, 'fharrr:iu, Clnparède et Dcmoat, uivir.
de deux fo,i ion· de mira siers, et d'aller
l'nfoncer le centre de l'armée ennrmi1· .... Le
man!chal Lann
s':m1nœ alor fi&amp;n:ment
dans la plaine! ... füpn ne lui ré:;i tr ... il
prèml en un inslaul un bataillon, rinq pii'ces
et un drapeau. Le Autrichiens e rclirenl
tl'al,ord avec régularité; mais leur cenlre,
étant obligé de s'élarcir •-ans cesse à mesure
que uous avancions, finit par être per •{· ! Le
dé ordr&lt;' se mcL parmi Je· lroupes ennemie~,
à tel point que nou · voyions lC: officier;. cl les
crgcnt frapper à coup de bàlon leurs soldats, ·ans pou1·oir Je· retenir dan leur·
rang-. Si noire mard1e eût l'Onlinué qnelqats
moment de plu,, c'en élaiL fait de rarmée
du pdnce Charte !

CHAPlTRE XVIII
llnf1111r,• ,lps pont· du Uanu4e. - Nmi,; conSf'rv,111,
,,~ po-itinn . - L~ man-chol Launtis p,l_hlPs,é. :'lous 11~us fvrtifl1;rn daru lïfo ,i., l.ol,nu.

Tout nou" prisage.'liL une victoir1• c·ompl~lc. fü!jà lasséoa et le général Boudet s11
préparaient à déLoucl1er d' \.,pern cl d'Cs ling pour aller assaillir les .\.utl'ichlcns, lor 'que,
à notre tûs ,..rande surprise, un aiJc de camp
d !"Empereur ,int apporter au maré bal
Lanne l'ordre de suspendre on mouvement
d'attaque! ... l.es arbre el autres corps llotlnnl sur le l}anube anient eau é une nou1·elle rupture a.ax pool~, ce qui rel.:lrdail l'arrivée des troupes du maréchal Da\•out ainsj
que des munitions. EIÛ!n, après une heure
d'allente, le pa· age rut rétabli, et Lien que
l'ennemi cilt profilé de ce temps pour renforcer on centre el meure de l'ordre dan
ses \irrncs, nous rccommcnçilme noire allaqu ,

el les ,\utricl.i,ens rcl'ulaienl dl' nou\'r:m, lor~qu'on apprit ttu'une immen e partie du grand
pont ven:int d'être emportée, et. ne ponYanL
è1re réparée:11·antquaraute-l1uit hcnre., rEmpereur ordonnait au marrchal Lann · d'arreter son momremcnt ur le terrain conquis!. ..
Yoici ce qui a1·ait donné lieu à ce conlrctemp ·, qui nous pri\·ail d'une nctoire éclatante. Un offil'ier autrichien, placé en ob erYalion a,ec t1uel,p1e compagnie de cha . eurs
&lt;l:ins 1 île silu1if's au-tle,, u d',Lpern, était
monté ur 110 pt&gt;lil hatr:m, pui s'étail avaaré
vers le milieu du ileure, pour voir de loin
no troupes pas.er les ponts. Il fut ain. i témoin de la prl'mière ruplurc occa:ionnéc par
le· arbres que le ÜllU\'e entrainail, cci qui 1111
in. pira la pensée de renouveler ce,; ar1·ideut~.
11 mcsur' que nous le réparerions. 11 lil dont
pou ser à reau un ttrand uombre de poutre~
cl plusieur barques l'hargées de malièrl',.
enflammé, qui détruisirent quclqut:;.un d,·
nos pontons; mai comme uo pontonniers
le. remplaçaienl au. itôt, l'officier ordo1111a de
mettre le feu 11 un énorme moulin llollanl. le
Ji! conduire au milieu du Ileum et le lan~a
~ur notre grand pont, 1loot il hrisa et enlraina
une forte partie! ... lJès ce momclll. l'Ernpcreur, acquérant la rl'rtitude qu'il fall:til r 11oncer à 1'espoir de rétablir ce jour-là le
pas age et de faire arriH~r k eorp de Davout
snr le champ de balaille, prt&gt;:rrh·il au maréchal Lannes de r:ipprochl'l' peu à peu ses
troupes de leur prt!mière position, entre
IL ling el A.pern, afin que, appuyé 11 ces
,illages, ih. pussent tenir contre les ellort
Je ennemi . e mouwment, 'exécutait dan·
le plus grand ordre, lorsque l'archiduc Cbarle ·, élonnc.l d'abord d!l notre retraite, cl apprenant bientôL la rupture complète dn grand
pont, conçut l'e poir de ,jeter l'armée frauraise dans le Danube. Il r~iL dan· ce bul
~,-anc&amp; la ca,alerfo contre la division • ainlllilaire qui se tromaiL la plu rapprochée de
- ligne ; mai no~ bataillon· apnt repou ,é
toutes le charge de L'ennemi, cdui-ei dirigea
ronlre enx un fru terrible d'artillcric .... Le
m.iréchal Lanne· rue char ea en ce moment
de porter un ordre au général ainl-Hilairr.
A peine étai -je arrivé auprr. de celui-ci,
qu \10e grêle de rnitr,ùllc Lowba ur son étalmajod ... Pin Îl'ltri officier furent tués, le
général '1in1-flilaire eut la jambe Lrisée : il
fallut l'omputcr, el il mourut pendant l'oprralion; enfin je fu. frappé li la cuisse droilr
por un biscaïen qui m'enlern un morceau de
rh:iir gro: comme un œu!. Celle hle,surc
n'étant pa: dangercu ·e, je pus a.lier rendre
compte de ma mission au maréchal. Je le
trou,·ai auprès de l'Empcreur, qui, me rnyanl
marcrt de saao, diL: t&lt; \'otre tour YienL bien
ou vent!. .. u Napoléon et le maréchal, auxquel · ,j'appri la blessure mortelle du brue
général aint-Ililaire, furent très all'eolés de
cette perte.
Le maréchal voyant la di vision , ainL-llilaire
as aillie de toute parts, ,·a. lui-même en
prendre le commandement ~l la ramène lentement, en se retournant :,,ou,·eot· contre l'e1111cmi, j 11qu'à ce 11ue noire droite ~·appuyüt

JJftJKOTl(ES l)U G'ÉN13'1(.Al BAR.ON DE MAI(BOT - ,
1

Essling, que hi fü·i~ion noudl'l occup,,il mais il follJil lIUC chucllll dilplolùL tonie son duire ju:;qu'à no po111 el awener la ,111 lru,:-loujour . Bien 11uc ma hles~urn 11c fùt point Jner!.!Ïe. ,le retournai d,10&lt;· aupr\; du mari'·L"hal lion de l'armr,· fran,_.aisc, le prince Cl,arles
1mcorc pansée. jl! crns dernir accompa1,:ner lt: Lanues. que je Lroul'ai fort inquiet · il \'enail lance sur cc point Ji.;s 111as ·es é11ormcs de camaréchal dan· celle expédi1ioJ1, pcodanl la- d'apprendre que les Autrichiensavaicnl enlcn: ,,alerie. oulcn11e par de profondes colonnes
11ue\le 111011 ami &lt;le \ïry eut l'épaule bri,1:c à )la. séua la 111oi1ié d' \spcro !. .. Cc ,illage fui clïufonlcric. Le maréchal Lannes. ans s'épar une balle. Je le fi· 11 grand'pl'ine Iran por- pris l'l rrpris plusienr&gt; l'ois. Celui J'Es:iling tonner tic ce dllploiement de forer-, urdonr11•
lcr dans les rclranchcnwnts de la têlt· Je pont. étail au. si l'ivement auaqué en cc moment. d • lai ·~t'r approcher les Autrichiens à petite
La po·ition élail forl erili1p1r; !'Empereur, L1•: ré imcnb de la dhhion Boudcl le défen- portée el 1~ reçoit a,ec un feu d'infanterie
réduit 11 la dilren~Ïlt!, donne à son armée la Jaienl c-0ura cuscmenl. Les deux partis elaicnl et de mitraille tellement violent lJU'il . 'arrèforme d'un arr. Jonl le Dauuhe lhurail l:i ,i acharm11&gt; qu'en ,e hallanl au milieu de$ lcnl; ~an que la présence ou les excit-11ions
cordt•. .'olr • d.roitu Louchait an Jh&gt;me, Jcr- mai ·on· emhra ·ées, ils ·c relrancl1aicnt an•&lt;· du prince f.harle · puissent b déterminer à
rière l•, slin;,. i'lotre gauche s'appuyait der- les l'ada\'l'Cs amonctlJs 1p1i ul,~tr,wienl les faire un seul pa de plu ver - nous! ... Il e. t
rière Aspern. Il fallait, '-OUS peine d'être jett• rue:. Le· grenadier hongrui · l'urenl r1•pou ·sés vrai 11u·ils apercernicnt derri1're no. lignes
dan le llanube, culrulcnir le combat pendant cinq foi~; mai. four ~i.xième all.a"(lle aJanl les Loun l.s à poil de la Yieille farde, qui,
le rt·~le de la journée. Il élait neuf l1e11res du réussi, ils parvinrent à ~·emparer &lt;lu üllagc. formée en colonnr.. 'al'an',\llit majeslneusematin, 1.•l nou, dcVJons auenclre lu nnit pour moins le 9rc11ie1· d'abo111lllncr, dan lequel ment l'arme au uras !
L,• maréchal Lann , profilant habilement
now; retirer clnos l'ile de Lol,au par le foible le général BouJet relira ~es Lroupcs comme
pont du petit lira·. Lt&gt; prince Clmll',, rom- dan· nne citadelle. PcnJant cc lerrilile com- &lt;le l'hésilation dt:~ ennemis, les fait tharger
lral, le maréchal m'en,o)a plu!\Î~urs fois par lu maréchal Jles ière , à Ja l~lt\ Je deux
prcn:111L combien uotie itualion élail tlcifarnral1le, reno1wclait con lamm nt ses allnqtte · dans E~ Jing, où je courus de bien grands Ji, ision d,, cal'alerie, qui reu\·erst•rent une
coutre le· dcu , illage et le centre j mai~, daugcrs; mai j'ét.iis i animé t{Ul! .ma bic-- pari ie des bataillons el e cadrons autrichiens.
L'archiduc &lt;:harles, e vovanl
hcurPfül!IIlent pour nous, il ne
oJ,ligé de rt•noncer à nne ;ualui \ i111 pas dan l'esprit de
quc sur noire cenlre, 1euL nu
forcer notre cxlrème droite,
moin profiter de l'a\autage qut&gt;
entre Es lin" el le DanuLe. C't'lui olfre l'occupation d'I~ ling
L.'.1.il le point faible de oolrc po- •
par es troupes; mai l'Emp1.',ilion : une forle &lt;·0l111me, lanreur ordonne en cc moment !1
cée \·igourcusemcnt, (lflu,·aiL
l'intrt!pit!e général Moutou, 011
arriver par 1~, sur notr1~ lêle &lt;le
aide de camp, de reprendrti le
pont. cl dès lor nou. étions
villa 'C arnc la jeune garde, qui
perdus!. .. :ur lous Il!" point.
~e précipite sur le- grenadit!rs
do nolr li:5n ' le carnage fu 1
wrrihle, mais :ibsoluruenl nt'.hongrois, les repous e ~t re te
œs aire pour samer l"honneur
en po. ses ion d'Essling. l.ajcunc
françail' el l:t partie de l'armte
i,:arùe el on cher se courrirent
de loire dau· ce romha1, 1p1i
11ui al'ait pas é le Danul., .
valu! plus lard au général MouP11ur arrèler la \'Î\'acilé de.
ton le li Ire de comte de Lobau.
allaq ue· des ennemi. , le marédial Lalllle· fai ait souvent des
Le suc1,-è qui! nous ,enion~
rtlunrs offi'nsif· ur leur cenlre,
d'oblenir sur le cculrc el clan~
j1uïl refoulait au lc1in; mai~
Es lin g ayant ralenti I' ar1leu 1·
liî •nlôl il - reîinr1•11t a,·er de
de l'ennemi, rarchiduc harle ,
11omu1·cu rcnl'ort:. Dau· u11e
dont les pPrLes étaient énorml".
renoura 11 l'espoir de forcer notre•
de n•s nltac1ue , Lal&gt;édoyère rcçul un IJout de bisr..aîtm dam
po iùon et ne Ut plu:, le rèsle
de lajonrnée, t1u'e11Lrelenir une
le pied, el Walleville eut une
lultc sans r \ uhat. Cette lerriLlc
rpaule luxée, à la uil • &lt;l'1111c
bataillf' de lrcnle heure· cons~chulc occébionnéi.: par la mort
cuth'l' touchait e11üu à on
tle son l'hi:ml aballu p:ir mi
boulet. Aiu.,i, de 10111 l'élallerme !... li était Lemps, car no~
munition~ étaient presque époim:ijor 011 maréchal L:111ne , il
,ées, el nous en aurions totaleuc rc Lait c1uc le _ous-lil'U Lcnaul
ment wanqué, ans l'at·tivilt1 du
Le C.:llulteux el moi. 11 litait iinbra\l.i ruart~cbal JJa1out 1111.i.
11u~.il.tl • que je le lnbsassc seul
uveccèjuune officier, lri&gt;sbra,·e
pendant Ioule la journée, n'a rai 1
cessé de uou · eu emover de fa
~uns donlP, mais incipérirnrnlr.
ri,,e droilc, au moyt•u de ,1u('lLe marécl.tal, dé irant me g-arJer, me dit : (c .\.lkz \'Oil ,;, lr~
t1ueslt'·g~r:,1 l1at.e:111&gt;.. Mabcomm,•
pan·1.:r; et :,i \'uus pou, cz rnelles arri"ail'nt lentemt&gt;ul el e11
CllcM .\. llloct.
tore \OUS soutenic· ù cheral, repet ile qua.ulil:, l'Empcrcu r orA TJUl'io.RS LES l'ORÈTS DE Tul!Rl:-IGI;;. - raNew àt E. P~:1rnornE.
1·enez me joindre. )l Je bagoni la
donna de lesmé1130-cr, cl I feu
prcmiêreambulonœ; l'alllaence
se chan"ea sut· uotre ligne en
de bles·é l' était énorme; 011
un tiraillemcnl auquel 1~ enmamroait de liuge et de charpie .... t:n chi- sure ne me faisait éprouver aucune douleur. nemis rt!Jni ·irenl au .ile leur.
rurgien remplit ma plaie avec de la bros~e
'apercevant enfin que, rcnoun:lant ,a
Pendant que les deux armées en présence
éloupc doutonse.crL pour bourrer le canons. fau le de Ja ,·eillt', il use ses force ,·on Lre s'observaient moluellemenl an' faire aucun
L' introdu Lion de ces filamcn ls dans ma cLÙS ·e E :Jing et A. pern, le deux ha lions de notre mouvement, el que les chefs, se groupanL
me fil beaucoup ouU'rir, eL dans tout autre ligue, tandis qu'il néglige li! ccntTc, où une derrière les bataillon , causaient de é\'éDL'circonsl.:lnce, je me serais retiré du combat; 'l'Ïl'e :tllaque ùo se r~sen•c pouvait le con- ments de la journée, le maré.chal Lanm·s,
~

11

11

..,. 61 ,...

�'-------------------------------

111STO'J{1.JI
fatigué d'être à cheval, a-vait mis pied à terre
et se promenait avec le tréoéral de brigade
Pouzet, lor qu'une balleég:iréefrappa celui-ci
à la tête et l'éteodit raide mort auprès du
maréchnl! ...
Le général Pouzet, ancien sergent du régiment de Champagne, s'était trouvé nu commencement de la flévo!ution au camp du Miral ,
que commandait mon p~re.

Le hntaillon de volontaires du Gers, dans
lequel Lannl!s scr,·ait comme sou -lieutenant,
faisait aussi pilrlie de r.eue dhision. Les ergents de vieux régiment de ligne ayant été
chargés d'instruire les lmtaillon de volontaires, celui du Gers échut à Pouzet, qui reconnut bientôt l'aptitude du jeune sous-lieutenant Lannes, et, ne se bornant pas à lui
montrer Je maniement dru armci:, il lui

apprit aussi les manœuues. Lannes devint
un exœUent tacticien. Or, comme il attribuait
son premier avancemenl aux leçons que lui
a,·ait donnée Pouzol, il lui voua un grand
attachement, cl à me ure qu'il s'élevait en
grade, il se servit de sou crédit pour faire
avancer son ami. La douleur du maréchal
fut donc cxlrème en le voyant Lomber à es
pieds! .. ,
•

(A suÎ••re.)

GÉNtRAL DE

i\\ARBQT.

et

La tragédie de Ravaillac
• Que J~-us en mon cœnr
Sr,il toujonri; le ,-ainqucur.

•

R&lt;waillar.

Dans une vallée de Charente, ,ur un gouffre olilaire se penche un chàteau
ruiné. C'est là que la Légende, qni
aime les romanesques IJerceaux, fait
naîtreJeao-François l\availlac. Unas ·cz
pau,re 1ogi , que on père po séda.il
dans le village Yoi in de Tou1Te, a
fau sement attaché la mémoire du
n1gicide à ce pierres. La véritê c·c~t
'lu'il naquit, à quelques lieues de 11l,
.· ur le rocher d'Angoulème
Celle cité d'Angoulême est une ville
àpre et rude el mal accessible de toutes
parts. Les lourdes masses de ,·erdure
,,ui couvrent, dàs le premier printemps,
les pentes sur lesquelle elle est bâtie,
Ja portent comme une couronne royafo.
Sa calbédrale byzantine lè"e de,•ant un
horizon ans limite une faç1de tranquille, p:ireille à une main de paix.
Ses remparts, bâtis de dil·erscs sortr•~
&lt;le maçonnerie, montrent qu'à maintt,s
reprises elle a été battue en brèche cl
ruinée; ils lui forment aujourd'hui
encore une ceinture continue, mai il
ne sont plus qu'une allée commode
pour l'éltaoger qui la Yi ile ou. le
promenoir mélancolique de l'habilant
qui s'y ennuie. Du h:mt de oo balcon
aérien, qui domine de deu~ cent pied·
1a ,•allée de la Charente, oa voit onduler
autour de soi les i;rande vague d'un
paysage qui, dans la transpnrCJJCC de
l'air, passe du !Mu Le plus léger au
bleu le plus ouir, le plu profond.
La route qui s'en va vers La llochelle et ver
Saintes le Lraverse comme une 0èche, abordant les côtes de front, vraie roule huguenote. Une rivii:re. sinueuse et lente, y coule

J:ins de noliles prairies: elle haigoe un porl
alumloooé, anime quelques écluse , glisse à
tra,·er· les jonc , puis sa nappe éblouis ante
va se ternir et di paraitre ~ous les massifs
ombragés de ce bois de la Poudrerie où Balzac écri1•il les fl/m1iwn; perrl11P-~. Tolll cl!

i1u'dle louche est ria111,_ ainrnl:lc n.1mrnc
l'esprit des Valois; ce qu _elle l:usse sm sa
gauche est morne, désolé, v10liltre; la mous e,
le genêt, le huis jnune el le pauvre genévrier,

tJuelques cyprè' s'y élancent; c'est triste
comme fiavaillac. Ce 1a,le panorama, où l'on
déeou\"re à la fois la ùa.olation de la Judée
el les riches coteau,: qni produisent l'eau-dcvie la plus embaumée du monde, retient
in las •al,lement le Jeux . lJai 11a plu grande
beauté est dan le ciel, si large. si
plein de lumière qu'à C&lt;'rlains jours la
terre ne semble plus qu'un insignifiant
détail, une nuance plus foncée do cette
immen ·e étendue JJleue. Les nuages
venu de la mer toute proche ne s'y
attard.eill guère, mai s'en vont, pou és par le Yenl, crever sur le froid Lirnou.in. Cc climat sec et tempéré con~erve indéfiniment aux pierres leur
lilancheur originclle. Il ne les mois.il
pas, il ll'S dore el donne à celle ville
cle noire ouc t une impré1·ue couleur
J'oricnt.
Au Lemps où naquit füiYaillac, celle
noble cité d'Angoulême, peuplée de
prêtres cl de moines, et ferme sur son
promontoire, levait l'é.tendard catholique au-dessus d'une Cllmpagne ,hugu.enole. Deui: fois, dans les dernières
:innées, les bandes protestantes l'arnientprise el mise au pillage. Les sanctuaire , qui s'accrochent à ses pentes
escarpées, n'offraient iilus que des
décombrr~. El sur le plateau, où étouffaient dan l'étroite enceinte de ses
murs . a calhédralc, sa collégiale, ses
neuf paroisses ses couvents et ses
innomliraliles chapelles tout. attestait
l'injure de!l ~erres. utels, images,
orgues, coffres, pupitres, chapes el
relai.iles donnés par les rois, les comtes,
]es cardinao:x, les é,·êques avaient été
saccagés; le vitraux et les épulcres
rompus; les portes enfoncées; les toits défaits à coups d'arquebuse; lout ce qu'il y
avait de cuivre et de bronze converti en arlilleric, et les chevaux llérétiques avaient mangé

l'a,·oine dans le tomheo.u du comte Jean.
François Ra,·ailfac grandit dans ce nid de
piété romaine.
Sa mère s'apparentoit, dil-on, à ce Poli rot
de ,fèré, sentilhomme protestant qui, par
zèle pour la religion prétendue ri:forroée,
:i vait a assiné François de Guise dans les en' irons d'Ofüet. Elle était Loaoe catholique et
d'e:xcellente bourgeoisie. On .ail peu de cho:.e
sur elle, mais dans l'oLscurilé où le· documents la relèguent, on devine Loule une existence pa 5éc daus la piété el dan les pleur .
Son père, inogne cl brutal, remplissait .iuprè!l
do maire &lt;le la ,i]lc la char••c
de sccré•
0
t:urc ou grer.fier. Une suite de malchanceJ&gt;,
procès pm·dus, héritage manqui: ot plus q11c
tout des mœors déréglées, l'avaient acbemiuo
à la ruine. Un complot malheureux l'y préi·ipita lout à fait. Voici ln chose en peu de mots:
Le maire el quelques bourgeoi · soupçonnaient le duc d'Épcrnou, alors gouYerneur tic
la ville, de vouloir li vrcr la place aux hu!!llcnot de 'ararre. Ils résolurent de s'en° d~faire. Armés de plastrons sous leurs manlealll, d'épées courtes el de pistolets, il
'avancèrent dans le cb:lleau ju que dans la
garde-robe où ils cro1aienl trouYer lu duc.
Celui-ci ''&lt;'nait d'en ortir pour ••aaucr son
cabinet. Il 'y barrir~da arec de O coffres,
qu'il dt!plap par un effort surhumain, car
lnrsqu'il falh1t le.~ remettre, on ne le put
faire qu'avec trois hommes.
Debor , les partisans da maire sonnaient
partout le toc in et répandaient par la ville le
liruil que les huguenots s'étaient emparés
du chàtcau et IJUÏI fall:1it leur courir su . Ils
rnulurenLenfoocer la porte, nrnis ils en furent
emp,kM . Les conjuré se trouv~rent pri
entre les en d'E~rnon el le duc cu personne, &lt;1ui orlil de son cabinet al"ec deux de
es genLilshomme . lJaos la Lagarre, le maire
fut ulessé à mort. es amis réussirent à
gagner l'escalier de la tour en l'emport.nnt
avec eui:. Cet l!sc:ilicr esl fort étroit. Les
hourgcois étaient gcn de cœur. Le duc n'o. a
pa les forcer . Il fit allumer de la paille afin
de les enfumer et de leur barrer le pa, age.
l'ressés du feu, lourm,;,ntés-de la soif et de la
faim, alfaiLlis par leurs Lie ures, leur chef
mourant, et sans espoir, ils tinrent là quarantc-huiL heures. li la iln, un accommodement fut conclu . Mais le maire nv-ait rendu
l'âme.
U n'~• cul pas de repré.,aillt•~- Pourlnnt, on
,·oit par les registres de la ,·ille ~ue le père
de fl:H,tillac ~a)'a pour d ·autres plus bardis,
car le duc d'Eperoon lai fit retirer son emploi.

Ce fut la mi·ère au logis.
Le paun-e Jean-François c-orum t Loule
le tristesses ré ·em!t' · à l'enfance dans les
familles qui tombent. Et par la faim et le
malheur il apprit à &lt;ltltester l'hérétique.
N~l dou~e aussi 4110 se oncles maternels,
me ires 1 1colas et Jean Dubretùl, clianoincs
de la cathédrale, qui lui enseignaient à lire
1·t à écrire, n'aient 1.mcore eollarnmé. on rœur.
Ils !'élcYai~~ aux récit~ des outrages qu'a111il
subi la rel1i1on; ils le promenaient dans le

LA

ruines de couvents et des chapclles; ils lui
montraient le mùrier où les huguenots aYail!nt
pendu de pauvres moines innocent , el le
pont de Saint-Cybard d'où il avaient jet~ ii
la ri\'ii!re le prieur des Jacobins, leur omi.
La misère, ces tristes récits, et tout cc 1p1i
monte de colère et de res. entiments d'un l;1•
de pierres noircies, ce furent là les voix moroses 11u'enlenrut le jeune enfant. Il ne ,il
pas sous les chèoes le vol resplendi. ant des
:-aintes; il n'entendit pa leurs voix dhi.nes
mêlées au frisson des îeuilles. c·~t qu'il ne
pai sait pa de urcLis à la lisière de- hoi
hnbités par les f~cs. La masure qu'il baùitail
111! voyait jnmais le soleil. Encore aujourd'hui
cc quartier re te trisle, mal famé et ses maisons mauVllises conseillère . Quelle poésic
pou,·ait l naître? nu tourment, et pas autre
d10 e. On voit fleurir, en aoùt, ~ur les pentes
J'Ao"ou1ème, une bizarre fleur soufrée, de
lo girofléu ~u mgc. "on air est misérable et
son parfum ,•ioknL. EUe îail &amp;onger à na1omac, lri le fleur de cc rocher calholique.
Quand il fut sorti de l'enfance, maitre Duport des Iloziers1 conseiller au pré idial d'Angoumois, prit François. quelques années,
pour lui serrir de valtJL de cbamhrtJ el de
clerc. Après •ruoi, ayant {,t,1 iuit ié aux pratiques de la procédure, il 'en vinL à Paris,
solliciter des proeè , ü l'àge de dix-huit ans
em·iron.
Comment y Yécut-il 1 on l'ignore. Et il
importe peu de savoir qu'il logea chez un
~avetier, puis près des trois din pelet.~, rue
Calandre, et puis devant le pilier verl, rue
de la Harpe, aux quafre rats. ~fais, dès ce
moment, il éonfesse qu'il s'alla.cbait à la
rontempla tion des secrets de fa Pro"l'idence
éternelle dont il arait de fré,1nentes rtivélations, lanl en dormant l)U 'en ,·eillant.
Ce saulc-ruis5eau de Ja basoche, la seule
chose qni !'intéres ât c'étaient les jugemants
de Dieu. Etait-ce un terme général qui se
pré entait à son esprit par habitude professionnelle, ou faut-il croire qu'il pensait déjà
à quelque i:entence di,•ine portée contre le
roi hérétique? Le œrtaiu, c'est (Jlle cc médilalious s'accompagnaient de migraine cl de
fièvre, car il reçut vers ce t~mp -là de l'abbé
Guillehaud, curé de Saint-André d'Angoulême,
un petit cœor de Cotton, à savoir un paîn
azime, découpé en forme de cœur, où se
lrouvait enfermé un morceau de la Haio
croix, et qui guérissait des fièvrt.'&gt;. li le confia
11 Marie Moizeau, son hôte se, pour qu'dle le
portât hénir aux Capucins, et depuis oc le
◄ 1uitta plu •.
Quel intérêt pouvaient aYoir fa chicane, l •·
procè~, les dc'hal des homme~, pour cette
imagination inquiète qui cherchait à lire dans
le ciel'? li aspirait à rejeter la livrée du procureur pour prendre la robe monacale, à fuir
l'agitation du Palai pour l'ardeut silence de
cloitres. Il voulut entrer am Feuillants.
C'étail le plus rigoureux des ordres. Les
religieux portaieuL la haire et le cilice, marchaient pieds nus, dormaient Lout Yêtus.
mangeaient à genoux, se nourrissaient
..., 63 -

T'l(AG'ÊDTE DE J{AYA1Ll.AC - - . .

d'herbt!s cuites à l'eau et d'un méchant pain
d'orge. fiécemment, quatorze J'entre eux
élanl morts dans l'es11ace d"u11c s,!maine, le
pape leur avait permis de e couvrir la tèle
cL de porter des s:mdalr,s.

llAY,ULUC.

(D'après

11110· ~sta mp~

J~ 1610).

Ran.illac se présenta chez le père Marie.\ladeleine. Celui-ci voulut hien J'ndmellre en
qualité de frère comcrs. Mais, au bout de
six semaines, 11n écrit qu'il compo.a . ur ces
fameux jugements de Dieu dont il a,·ail la
tète pleine, et cp1ïl montra. au supérieur, le
lit tenir pour 1isionnaire. Il rut rcmoyé du
eom-enl.
Le malbeureux, au dé espoir, s'en alla
trouver en pleurant le père d'Auhigny,
jésuite, pour le supplier de llédiir le provincial des Feuillants. Le bon père lui rifpondit
11u'à en juger par sa mine, il avait eu plutôt
ùcs imaginations que des visions, qu'il dev::iit
renoncer li tout cela, dire des chapelets el
prier Dieu.
~ur quoi, le pauvre füivaillac reprit le chemin d'Angoulême.
Sa mère le ,11 rrveoir avec joie. Elle vil'ail
fort malheurense dan le village de Magna&lt;'sur~Tonvre, où la misère l'avait chassée,
entre son triste mari et l'ainé de ses m~,
dont, pour n'y plus rernnir, l'OÎci en liref la
carrière, telle qu'on la suit au. registre d1•s
pfron.~ :
En 160G, il ,·oie de· brchis à son phc; en
1!107, il l'assomme et lui ~rrachc la harbc el
le · chcl'eux; puis il mal mène un icur Boiron
~l le tribunal le condamne pour tentati,·e de
meurtre; l'année suivante, il falsifie un arrêt
du Parlement, et pille André Housseau dit
Pelluchon, marchand; oa l'accuse ensuite
d'avoir étranglé :\liche) , oullel, poissonnier;
en 16 11, il ,·nie, à fartbon, une enclume c t
le soufflet d'un mar 'chal; en 1612, l'amour
lui fait 1:lrangl!'.r près de Noyon, en Périgord,

�111ST01{1.ll

"-------------------------------Ava11L de e meltre en chemin, il li, a
dan. la doublure de sa ,·e te &lt;les slances
r1u'un de ses ,oi in , qui se piquait de poésie,
aTait pli1.et:e. tian la bouche d'un criminel
qu'on mène à la mort. Pui il partit - naie
marcb(: au .upplice. où il n'avait pour loul
,·iatiqae •1 uc ces misérables ven qu'il emportait ur ·ou twur.
11

une musÎtJUC rendant un ~on p:U'l•il à celui ou lit au lil-rc dt' .loh. b liriganu . ne pCll\'el,L
d Lrompetle à la guerre. Le lendemain. rien faire, il 11·cnipèche qu'on doive aller au. 'étant levé a,·ant que 1, jour Mt ,•cou, il fil dc,·ant el leur rornprr la l~tc. El ïl nous l'!-l
a méditation, 'assit deranL k• fo)·l!r, e pa~~a permis Je oou défendre contre le · maladie~
1111 pei 0 uc par la tête, pui , pour ranimer 1•
d fa pe~Le, bien 1111'elles oient, comme touh•
îeu. approcha un sarment &lt;le la liraise et ~' cho e, en,·o)"ées par vou ; 'il nou est permi~
rniL h ·oufner. Il vit alors, incontineoL, a au~ cncorr de nou Jérendrc des tentation~ et de.~
dem. costé de sn face, à destre et à . cne tri•, diables, qui SL! gli scnl dan- le corps dr~
e rillage do M:i~nac- ur-'fou\T&lt;', -01) Jean- 11 la lueur du feu qui eOrtail par le souffle- hommè · p;1r un juste châtiment, lt plus [ortL
Françoi awit re-joint sa m~rl', esl un lien Ill •ni de hosties, et, an-des ous de sa face, rai. on t&gt;st-il permi de lutter 1.:onlrc le plu.riant eolre tous. On y rcncontri, d"1111c même au &lt;lroil de "a liouche, par le costé. 1111 rou • ~rand des maur, 1pii esl l~ doctrwe de
vue ce qu'on ne lroU\'erait ailleur ,pie ·ur lean de la même grandeur que celui que lèv,• l:e11èvc, la ju ·tire d'An~lt!lerre, l'étahli emenldans le royaume de la paillarde Bab ·lone,
un plu· va. te domaitrn, de vallées plcinus d1• le Prèlre à l:i célélmtion du service divin. i&gt;
Sans doute cul-il, en ce temp -là, d'aulre · la pcr écu1i11n ouvi:rteù
eniteu r · üc llieu,
blé, de · rui, seaux et de· fonlain , Jes pré
joignant le rui · eaux, des bois cl des Lailli · ,-Hons : c'e t la seule qu'il ail raconlér. et coutre l'autt:ur &lt;le ces mau-x-, qui esl fo
quel si 0 ne,
au pendanl des terrier , et de ,ignobles au Mais on le \'OÎl déjà, le malheureux frénc'•- prétendu roi de France! Mai
. ommcl ù coteaux. Une ri\•Îère jaillit là de Lique, dans les rues torte d'Angoul~me ou '.'eignt•ur, pourrai-je reconnait rc t1ue vous
deux ftbimes sans fond, l'un tranquille dans la paix des églî es, acitrml le des:ein de m'avez choisi pour êtr&lt;' 1è bra. de \'Oire ventuer le roi. Toul ln ramenait sur celle idée, geance? ouvent le loup e prea&lt;l pour lr
comme un miroir, l'autre toujour arrité, le
tout la jetait dans ce Ycrlige. celle àroc chien, ln cigu- pour le per il. ui -je dupé
Bo11illc11tf el le Dormant. Cc deux ;wutTres
my lérienx sont formé par Jeux rai r.aux qu'e1aspérail à la folie la cule pensée do par queltJUO illu ion, comme on wil les perl'bt:réliqne: les sermons qu'il entendail, 11• ' drix pipées par les appeaux et le. pigeon~
t{UÎ reparai.sent t 'unis.enl nu fonù d'un
,·a. te entounoir rempli de brous aille N propos diis religieux, les bruit· qui 1:ourairnl rbassés par les épouvnntau Je chenevière ?
d'ombre, après s'ètre un moment perdus b partout sur la Causse conversion du roi, el ces ttaient-ils dnpé comme moi tou ceux qui
quelques lieues en amont. Les poètes du cru innombrables libelles, tant latin. l[Ue fran- ont déjà e! ayé de venger d'un eul coup tant
aimaient à dire dan leurs ver~ que le rub - çais, in pirru; du père ~foriana, où l'on traitait d'injures faites à l'Église 1 e Jean CLn tel
·eau Bauùéac, amoureu1 &lt;le la nymphe de avoir s'il étailloi ible ou non de se défaire r1ni, à peine âgé de vingt aru, e Lallé frapper
le trran au milieu de es délice , dnus la
Touvre, 'était gli · é ju que dans son liL, d'un tJran.
Problème lénéùrenx., sujet rempli d'cmhû- chambre de a Yénu·, et lui brisa une denl;
par-dessous la forêt de Braconne, et que les
gros bouillons qui ao-itenL la surface du Bo1âf- clie.s, inextricable dédale où la théologie vient l't le jésuile Gnignatd; et ce vicaire tic a.in licol as qui fut pendu et hrùlé en Grè,·c pour
/a11! étaient le igue de cet amoureux Lran - ,~aarer la raison! ~.an· doute los rois onl les
port. Ensuite, la 1'ouvre apaisée :)·~tend avec repré ·enlants de Dien sur Lem~ ; Jes sacré· avoir dit en public qu'il voulait fair un coup
·oncile • cl le: canow excommunient ceu qui de saint Clément; et Jean Gue don, avocat;
nonchalance à trater de larrre prairies, el
toul de suite ,·a perdre ses eau-,., d'une frai- 111!tdiront mème de prinr.es; l&gt;avid a fait et Pierre Barrière; et Dcuys, chantre à antes;
cheur inguli~rc et pa.rticulièrcment aitmlc mourir celui r1ui \' Ïlil lui annoncer qu'il aiail cl le capucin Lan,.loi : el 1' icofo Mignon: el
portd la main sur .'aiil; mai cst-îJ roi celui deux jacobin~ de Gand; el Davenoe Flamand;
Je. lrnile ·, &lt;lan les jon de la Cbarenlf'.
Pmt-11 tre, 'il étai l demeuré dan ce pai- qui e t un llT311 a.u lieu d'un roi, un u ·urp:1- el ce laquai du pay de Lorraine; tou roué ·,
sihle campa ,ne. , l'irnagînn.tîon de navaillac leur au lieu d'llll légitime seÎ!!llcur, 1111 pro- pendus, réduits en cendres; et le .i~ uill'
ne e [ùL point a~somhrie. Le maJheur voulut l"an:1Lenr Je. chose· sacréê:-, un oppres ·eur dr Varade; et le en.ré de aint-André-des-Arls cl
11uïl quiUa ces lieux et ttuïl revint dan· la la religion, un rclap ·. un hérétique, un sou vicaire, brùlés en effigie; et lo nomm~
Lri lt' .\ngoulème, ~oml&gt;rc ,ille, arcr se. rue.5 ex.eominunié, l:i pierr&amp; dt! scandale qui fait Chàteauforl, yenu de Flandre, qui al'ait UII
torlt! · et •' maison ans air, étouffüc dans chopper ton, les Frnnçai ·, \'écuc.il oi1 il hri- œil éraillé, et tons ces borgnes qu'on arrêta
senl le navire de leur conscience, le levain en ~a place. qui ne voyaient déj~ la lumière
se· muraille · .
a m'.rc I vendit la mJiso11 qu'elle possC'- qui les corrompt, le maléfice qui les cbarme, (lue d'un mil et qui ce èrenl ;1 tout jamaL
dail prè du Cùàlean, s • ré ervant une la pe Le qui les envenime, le poison qni les de la \'Oir ... .
Alors, considérant tous ce Lras levés ur
chaml1re ou deux:, pour y loger arec son fil ·. suffoque, l'anae Je l'ah1me 1ui le infecte, l:t
En souvenir de se oncles D111.&gt;reuH, le cha- monta one pestiférée qui gàle Loule la L_erre ! le tiran el leurs teulatives rc·técs vainc ,
P nt-il :J.\'oir Dieu pour père, celui qui n'a eux. morts hr~lés, jeLés au ,·enl, et le roi tou~
noine de 'ainl-Andrti confièrent à Fran~oi
l\a,·aillac le _oin d'environ quatre-vingts éco- l'Egli e pour a mère? Peut-il ~tre trè cbrti- jour debout, lïnfortuné. se demandait. si
Lil!ll, t fils ainé de l'Égli e, celui c1ui n'est c'ét:tit llieu qui a rail armé leurs hra ou bien
lier , auxquels il enseignait ;1 prier Dieu dan
la religion catholique, apostolique 1~L romaine. pa dan· l'Église? et membre nolile du corps si c'était lui, au contraire, 11ui avait écarl!:
On le payait chichemcllt, en nature, d'un peu mystique, celui qui en esl retranché comme leurs coup .
membre pourri et aride? ... Seigneur! s'écriait
Pendaul cinq ou six an , il se perd au
Je lard, de blé et de vin. Il fit de delles peu de chose en vérilé; quarante-ncuI livre , Ravailiai,;, vom défendu l"homicide et pour- milieu de es scrupules, 'égare ù.ans celle
tant ainl Auf,'11Slin appeUe les hoo · rntb.o- casui tique homicide. li a si te au conseil de
di ois, trois deniers. Ce lut lrop; on le j la
liques des 111assac1·e10-~ ,Le corps, par la rai- l)ieu; il coo Litue la Cour céleste ; il fait comen prion.
son qu'ils exécutent l'héréliqu , el Da,i&lt;l paraitre le roi devant la justice du TrhPour un e prit méditali! la pri on c'e~l le n'a-t-il pa dit : 1&lt; Je l11c.ra.i de bon malin llaut: il entend la condamnation di,·ine ,.,
couvent, la cdlule, le recueillement, le rèvr. tous les p&lt;lcheurs de la terre pour exterminer 'lue Ilicu demande un \"cn,,.ent·. Pui. soudain
1\(1\'aillac y eul de Yi ·ion , des xe11limi&gt;r1!.~ Je la cilé de Dieu tou cem 4ui opèrent lïni- le ciel s0 referme, la sublime ns:cro.bléc
dr. {e1i, cle soufu Pt 11'mice11s.
quité'l » i vous arez renver &lt;1 Goliath, c·~"t s'érnnouit, tout ce lribunal 'effondre. Le
Un soir d'aprè la Xo;J, qu'il priait daus par la main de Da1·id, ~i vou. an•z tué Jlolo- pamre vi ioonaire re:.l, ·cul, rompu. chaoreon cachot, les maints jointe et le pieds pheroe, c·e t par la m;1in d'une l'enune. Tou- lnnt, mouillé d"an;;:oi se. Et le déhal recom•roisés sur a pailla. se, il diL ayoir senti sur jour ,•ous 1·ous êtes ,ervi de mains dt! plus menœ avec on àme.
Tournan l ai1Li dao· ses pensées comme un
es lèvre ' une cho e qu'il ne put discerner, îaibles de ,·o serviteur , et par le· exploits
·hien de coutelier dan sa roue, il alleirrnit
car c'était l'heure de minuit, et l'envie lui .i qu'ils ont faits, vous avez monlri qu'il vou~
vint au .i lôt de chanter le Di.rit Dominu~,,fj~_,taient agréables. Si von parmelkz les mé- sa trente cl unième année.
Celle armée-là, il ré.solaL de s'en aller à
puis le ~tiserere el le De Prof'1m,lis touL a :·chants, les loup , les lions d aulrl hèle
loo~. fi lui scmhlait qu'il avait il la bouch
furicu es; i, iam votre permission, comme Pari..

,m nommé Fonlellcau douL il dé:.ira.il la
femme; enfin, rldnil à quiller le pay., il
s'enr11it en llauphiné, où la liste de se· méfaits ne 'est pa · conscrvét', urnis 011 une
cayerne. dan une pièce de terre qui porlt.! le
nom de champ na\'aillarl, ·'illustre de la
gloire lugubr&lt;' a11ad16e 11 sa mémoire ....

li
Pendnnt que le tri te pèlerin rhl'minail ur

HENRI

Ill. -

HisTORIA. -

Fasc.

18,

Ter. lui on il~r&lt;l, ~l par un o-cste mulin die
emlila l'en vouloir pcr :er. Elle mil à cela
Lant de grâce que le roi fot 1,le sé au cœur.
Tandis que la douleur el J"arnour le tenaient
ainsi ré\'eillé, il songeait aiec chagrin cp.i't·lle
''l!Dail tl' ·tre fiancée à mon ieur de Ba .. ompierre, de Lrcn te ans plus jeune que lui, cl
si îorl dan. l'e:prit de dame que les courti:ane prenaient son nom eomme nom de fortune, et cpte jusqu'aux monlarrnes de , a\'oie
on appelait Ba11 ·0111pie1Te tout ce 11ni e.xccJlai1 en lJonne mine. li e di ail, non san

IV E·r SA t·A \!11.1.E. -

la grand'rouLe qui mène d'Angouléme à
Paris, 'a .\Iajeslé étail au lit, où la r tenait
la goutte. Un °entilhomme de sa chambre
lui donnait lecture de )'Astrlfe, alors dans sa
fureur nouvelle, e l ces brûlantes amours de
berger ramenaient sans trêve à l'esprit du
vieux mon:m1ue amoureux une beauté &lt;le
quinze ans, mademoiselle de ~foutmorency.
Avant que de Lomber malade, il l'a,•ait vue
dans un ballet qu'on répétait chez la reine.
Les dame y parai aient en nymphes, armées
d'une j:ll'eline. Dans une de figures du ballet,
mademoiselle de ~fontmorcnci avait tourné

LA

D':i~r~s

1111e

i elle m'aimait, tu me haïrais. Il ,·aut n1ieux
que celi1 ne oil point cause de rompre uolre
boont· intelligence, car je l'aime d'afTeclion el
Jïnclinalion.
Il poussa un autre soupir, el puis conlînua:
- .]1· ' tlÎ ré ·olu de la marier à mon neveu
le prince de Condé et de la tenir près de moi.
Ce ·era ln ron. olalion el l'entretien de la
vieilles t' oit je vas dé 'Orm.ais entrer. Je donnerai à mon ne"eu, qui c'l jeune el aime la
chas·c mille foi mieux 11ue les dame:;, cent

gr.:tnrc Jt, C12N11o/l des Esta,r.rcs.

dépit. qu'avec un mari par il, jamais il n'.iurail la femme, el que le prince de Condé,
maigre, chétif et grand chassenr, aurait bien
mieux fait l'alfa ire.
Il · Jlt'n ;1 Ioule une nuil, cl dils que le
matin fut venu, il !.'nvoya cb.ercber Bassompierre, le fit mettre à "eooux ur un carreau,
deranl on liL, puis après un grand ~oupir,
iJ lui dit :
- 13:l sompierre, je Yeux le parler en ami.
Je suis devPnu non ~cuJement amoureux,
mais outré de madeinoi elle de Montmorency.
i tu l'épouses el qu'elle t'aime, je te haïrai;
..,,, 65 ...

T1f.JtGiDlë DE ~AVJUI.1.AC - - ,

mille francs par an pour passer son lemp ·, et
je ne ,·enx d'autre .,.ràce d'elle que soo ailection, san, rien prt!tendre davantage
- ire, ltLÏ répondit Bas ompierre,je m'en
désiste pour jam ai et souhaite que cette nouvelle amour vou- apporte autan t de joie que
la perte me causerait de tri~tessc, si la con.idération d ' Votre füje té ne m'empèchait de
la recevoir.
11r ce, le roi l'embras·a, versa des larmes
et l'assura qu'il ferail pour sa fortune autant
que 'il était un de ses enfants naturels.
À quelques ernaine de là, mademoiselle
5

�H1STOR..1.JI
de Montmorency épou nit · Ton ieur le Prince.
IlavaiUac était à Paris. li ne lrouLla pas
cc~ noces. Personne ne remarqua celle ombre
(lllÎ rôdait autour du Lou1Te sans pomoir ·
pénétrer. A la fin, dé c pérant de rencoaLre.r
.'a )lajesté { ecr~lemenL heureux peut-èlre),
il repriL la roule d'Augoulèrne cl r •gagna .on
par, san:, laisser derrière lui J'aulres traec
que celles de ses pas dans la poussière des
chemin .
Yon ieor le Prince fut moin complaisant
'Ille Je Roi l'avait e péré. Pour mellre a
remme à l'aLri dé• as iduilés du barbon, il
l'emmena en oi!'.'onnai~. Le roi en fut au
dé::.espoir. fi resta vingt jours privé d'e.lle.
Quand elle reparut à la Cour, il en entit tant
de plai ir qn'il commit toutes le folies que
pourrait Jarre un jeune homme. On le vit
changer n moim de rien d'habit de Larbe
et de contenance. U courut un jour la bague
aVl'I' llO collet de senteur cl des manches en
atin de la Chine au couleurs de la princesse.
Il \'Oulul avoir son pl)rlrail. Elle ~e fü peindre
en cacbelt par le peintre Ferdinand. Une
foi il obtint d'cllc qu'elle se monlrerail à lui
touk 1cbevdée à on b:1lcon, avec deux fiarnlk.-aux aux cotés. A celle 1·ue, il 'éranouiL
r1ua. i; delle dit: a Jésus! llu'il esl fou!. .. i,
)lonsieur I Prine , son mari, continuait
de faire le jaloux. Le roi lui criait : B,ilard !
L'autre rupondail : T -ran ! n jour, il pril
Sll ÎtilD.rne en croupe et retourna en Sui ounai ·. Promesses, menace , rien n')' fit : il
rcfu ail de re,·enir. A la fin, le roi n'y tinl
plu el quittant le Lom·re en sccrd, ü che1•auchn tonie une nuit avec quelques gentilshomme •t arri,·a près de oi oru. le matin
du la , aim-UnherL.
~lonsieur le Prince était en cba ·i;e. Madame
la prince se a mère et la princesse sa femme
~I' rendaient dans leur carrosse chez la dame
de Tri"ny qui les avait priée à &lt;liner. A la
lisière de la forêt, elle· 1·irent d' li née du
roi el une •ru.a de cp1antité de chien . ladame
la Prince . e mère, qui ~imaiL pas ionnémenL
son fil el qui \'cillait exal'Lement aux action
de la jeune prince se, craignit quel,1ue embù be Jo roi. Elle fil un signe aux veneurs,
el. run d'eux 'élaul approdié, lui dit qu'un
('apîtainc de la véneri , rrui était dan fo voisinage pow· fèter la 'aiut-lJuliert, a,,ail fait
mellrc les relai· qu'elle v,, ail en cet endroit.
1 1 cnda□ L cc teUJps, la prinresse ob.er~ail par
la portière les rnncur · re tés à l'écal't, cl
parmi 'U • elle reconnut hl roi IJlli, pour se
mieux Mgui er, s'élail mi· un empliltrc n
l'œil el menait ùcu · lcvriers ù'allache en
lai , ·e.
Lo11°1emp plus lard, elleayouail que celle
galanterie ne lui avait pa. déplu, mai· sur
1'hn1re elle cacha a urpri c, de peur que la
vieille princesse ne rapportàl la cbo e au
prince.
~lanl arrÎ\'ée à Tri 0 n ', elle
renia rn
cnlranl ur la Leimté du la vue. La darne de
'frign)' dit alor qnc s'il lui plai ail dere arder
par une l'enêlre qu'elle lui monlra, elle en
a.urail encore une plus agrJaLJe. La princes e
11

alla voir; el, de nouveau, elle arcr{~ul le roi,
Il r.:han.,.ea sundain de coaleur, et se
à la renèlre d'un p:1,illon, qui, Loal d'un pcncbaul sur B1 ompierre qui e trouvait
Lemps, porla une maiu à a Louche el l'aulre près de lui :
sur son cœur.
- llassornpierr1i, mon ami, je ui perdu,
- Ab! Dieu, ,,u·est ceci? eria-l-elh:. lui d1L-il; cet homme emmène sa femme dans
Madame! le roi &amp;l céans1
un hui·!
A ce ' mol , la princes e mère, tonie enEt, ce~sanl aussitôt Ie jeu, il e11lra a,·ec
Œammée de courroux, malmena fort la Trigny Delbène dans la chamhre de la reine.
el lit remettre incontinent le· chevaux à on
811~ ompierre l'y rejoi 17nÎL ous préte te de
carrosse. Le roi, accourant au bruit, eut a lui rapporter on argent qu'il aYail lais é ur
part dan . es i11jures. Yainement il emplo~a la table. Il raconte, en se&amp; Jlémoires, qu'il ne
Loul ce que lapa ion peut dicter pour apaiser vit ja111ai, un homme aus i transporté. Le
la princes e et rdarder son départ. li n'en marquis de Cœuvres, le coml~ de Cramai!,
pul rien obtenir fors qu'elle c lairail devant Dclliène et Loménie étaient avec lui, qui lui
·on li! .ur ce qui venait de e pa · er.
donnail'Ol 01ille. expédirnls ridiC'ules. Bientôt
Le ~oir même Condé s.wait Loul.
se· ministres arrivèrent. Chacun d'eux lui
Celle fois il ré olul de Caire un trou à la proposa un plat de son métier ou un trait de
lune et de orlir du royaume. Il \'Oulut aopaon humeur. Le uns &lt;lisaieol qu'il fallait
ravanl meltre ully de son côté; el, s'étant faire de bonnes et fortes dédnraliun. contre
rendu à Paris, il vint Je ,·oir à l'Ar·enal el le prince el contre tous ceux qui lui ollrirai@t
lai ·sa pe.rte.r son projet. Le vieux ministre un a ile. Les autres que , a lajei.,té devait
prote. ta de l'mnO&lt;'ence de soo maître; il fi L dépêcher uu capitaine en Flandre pour làchcr
valoir que Pari était le eul ·éjour conve- de le ramener, et mt•nater de la guerre le
nable au premier prince du .ang l'i qu'il ne E,pagnols . 'ils refu aîe111 de le rendre.
pouvait 'en éloigner sans manquer à a
a Majr té ne voulut rien résoudre qu'elle
lfojeslé.
n'l.'ùlcon ullé ully.
Condé parut en com•enir. l[ai · ully re. ta
Celui-ci parul dans la chambre a cz lard
µersuadé qu~ son di-part était proche, et dan la ·oirée.
racontant le soir mème celle ,·i ite à on
- Eh Lien! luj dit le roi en lui pren:ml
maitre, il lui con eilla vivemeut d'enfermer la main, noire homme 'en ebt allé et a 10111
lu priuce à la Ba. Lille, sioon qu'n:mt huit l'mmené. Qu'en dite -vous?
ire, lu.i répondit le minj tre avec sa
jou.rs il aurait fui.
- Von avez toujonr , dit le roi, le· fan- façon brusque el rude, je ne m'en étonne
lai ies le plus extraordinaires du monde. point. Si ,·ou' a\'Îez cru le con eil que je vou
Quelle apparence y a-l-il qu'il s'en aille, lui dounai il y a huit jour ·, von· l'eu sit"z mi· à
qui ne peut ,,ivre san· mou aide? 11 n'y n pus la Ilaslille où je vous l'aurais bien gardé.
encore une heure qu'il témoi!rllail chez la
- C'est une affaire îaite, dit 1~ roi; il
reine on ùésir de demeurer à la cour malgré n'en faul phi parler. 11.iis que &lt;lois--je faire
les bruits qu'on en pouvait faire.
mai11kua111 '! Uile·-moi votr~ avi .
- Jlard,eu, je ne ais, rilpoodit l'autre;
Troi jour plu t:ird, à l"beorcdu coucbPr,
le prmce, de retour en Picardie, faisait mon- lai ·'e:i:-moi retourner à !'Arsenal, où je . outer la priuces,e dan.s un carrosse, attelé de perai cl me coucherai, et onoerai celle nuil
buiL él.ie,•aux, que suivaient quelque haque- 11 quelque lion conseil que je ,•ous porterai au
nées conduites par des ale! . Le mar&lt;Jui de matin.
nochdorl, madcmoi ·elle de GhàteaU\erl,
- Non, dit le roi; je ,·eux que vous w'cn
dame d'atours de la prince c, el Philipouc, donniez un or l'heure.
une servante, montèrf..'nl au i dans la voi- 11 Î.tUL donc y pen'er, fil le ruiui lrP.
ture. 0o roula huit heure de nuit. Au jour,
Et se lourna.nl nrs fa îenètre, il e mil à
les che,aux él:tÎt&gt;llt fourbu . On lais a là le jouer du Lambou,·in dos us. Puis il revint au
carros e; le princll mil , a femme en crou~ roi, qui lui dit:
de mon ieur de nocbefort: lui et lès autres
- Eb Lien ! avc.:-vous ,,oagé?
enfourchère11l le.s haquenées, el la course
- Oui, dit-il.
recommença -ou l'arnr e, vcr- la frontière
- EL que faut-il raire?
des Flandre .
- Ilien.
Le soir vint. lis s'égarèrent. 11 ne trouva
- Comment, rien'?
dan un moulin 11ue de la paille pour se cou- Oui, rien, répéta ~u.lly.
·ber, et, pour manger, du pain du seigle qull
Mai le roi u'acccpla pas cet avis. 11 dépêcha
la princess~ dévora, san nième enhiver ses moasi ur de Pra-lin, caµitaine des gardes, à
ganu, rp1e la vluie collait i, es doigts.
llrm:elle • auprrs de l'archiduc Afüerl, pour
Le lendemain, la cavalcade arri,•ail à La.:n- réclamer les fu!!itifs. Et le lendemain il d~
d recie.. en territoire espagnol. On °)' reposa clarait tout haut devant l'an1ba.sadeur de
un momenl, pui la princes e fui remi e en \'eni e que si son Altesse l'Archiduc ne remetcroupe el conduite au graud galop à Bru xclles. tait pas Monsieur le Prince, il irait le chercher
lui-même a,·cc cinquante mille bomOJé .
Le roi jouail a1·ec Mll. de Cré11ai, d~ Guise,
d'Épernon el Bassompierre, 11uaud Dell,ène,
Un était aux. approche de No "I. 'esl le
puis le cbe alier du guet vinrent lui porter lemp de l'clfroi el des lon"'uPs veillées. On
tout bas la nouvelle que le prince était en voü sortir le loup des boi el k nouvelle
vrai~s ou fous es courir à travers la campagne.
fuite.
- b6 ,,,

'-------------------------------Ç11 et là, des levées de Lroupes :t\'aient répandu
la rumeur quo le roi préparait pour la Noël
prochaine une S."int-Bartbélemy ùe Lou les
bons catholique·. Avec l'a1idil,; d'un homme
qui cherche pai·tout, nutour de lui, de quoi
s'alfermir dans .sa p:i-sion, Ravaillac rccuri!lil
ce liruit, dè· qu'it tomlia sur Angoulême. 11
parl, arrive à Paris, se rend chei monsieur
d'.\ngoulême, où il pensait trouver quel,1u'un
t1ui l'introduirait près du roi, pui au logi de
mon ieur le cardinal Duperrou, où il ne put
parler qu'aux aumônier, qui l'éconduirt!UI.
Il s'adre sa emuite à uu sieur du Terrail,
écuyer de la reine Marguerite, lequel lui déclara tout net que, pour parler au roi. il f'allail être noble el honnête homme.
- Suis-je pas honnête homme? demandal-il.
On le remit aut mains des gardes qui
l'amenèrent devant monsieur de Ca telnan.
- Monsicul', lui dirent le· archer, ,·oici
un homme qui veut entrer à Loule force dan
la chambre de &amp;l llajel'!té. Il prfünd qu'il a
des choses à dire, el qu'il ne peut conlier qu'à
Elle-même. Nou· l'a"ons fouillé el Yi~ité partout et ne lui arnns rien trouvé.

LA

Sur 11uoi monsieur de Castelnau alla chercher mon ieur de La Force, son père, dans
le cabinet du roi, pour lui montrer le per onnage. La Force lui trouva l'air d'un papaull
et d'un catholique à gros grains, el, comme
il n'en put rien tiret', il reviul demander nu
roi re '[U 'il voulait qu'au en fit.
- Ce sont de métarulatiquei, qui oul l'e prit troublé et s'ima!!Îuenl aroir de visions,
rt&gt;pondit a Majesté. Qu'on lc fasse encore
fouiller et, si on ne lui trouve rien, qu'on le
dia e et qu'on lui défende, sou p ine de
étrivières, d'approcher du LOU\Te, ni de ma
per onne.
ire, répondit La Force, Votre Maje Lé
peul m'ordonner ce qu'elle voudra, mai sur
cela je o' en ferai rien, cl je croi. devoir le
remellre entre le mains de la justi~e.
Mai le roi lui commanda si expre.-.sément
de lai ·ser aller cet homme qu'il fuL cunlrainL
d'obéir.
Il retourna dans la . alle de· gardes, fil
fouiller le prisounier une serondc foi , el
n•a~•ant rien trou,·é 11.r lui, il le rem·oya du
Louvre.
ù s'en ulJa Ravaillac? Que .fit-il? On n'en

T~AGÉDTE DE 1{AYA1LLAC - - - .

~ail rien. Den jours après la ~oël, il -çil le
Roi dans son carrosse, près du cimetière
Saint-Innocent, el courut derrière l'équipage.
- 'ire, cria-t-il en 'approcbanl, au nom
de notr ' igneur Jé us-Christ el de la acrée
Vierge Marie, queje parle à vous!
~(ais le roi le repou. sa de sa baguette.
A pal'tir de ce moment, il erre comme un
chien perdu. Ou le trouve qui mendie sur 1a
route de ai.nt-Denis. On le voit enoore aux
Feuillanl , el pui' à la maison de Jé uiles.
Là, il entendit la messe el pria un des frère
(',0nver· de l'introduire auprès do Père d'Auùigny. On le condlùsil au père auquel il conf~sa ses 1•i ions.
- Otez tout cela de votre esprit, lui rtlpondiL le jésuite, mangez de bons potage rl
retournez dans votre pays.
ur ces mols. il lui donna un ou qu'il emprunta d'un aulre religi.eu:x.
Le pauvre l\avnillac fil comme le j~uil.C
a1·ail dit. Il retourna dans Angoulême, se
ri&gt;11dit chf'Z les Corddins, se conre ·a d'avoir
comm:i un homicide par i11Le111ion; ensuite
il entendit la mc~se et se r~concilia a,·cc
Dieu.

(A suim!.)

EN

ALSACE

.....

Une histoire du temps de Frédéric
... ua histoire du temps de Frédéri ·, que
me r.onlc, à cbœnau, un maitre d'école, un
beau gars à large encolure qui res·eruLle
étonnammcnl à Maupassant.
No pa)sans d'ic.i ·ont un peu lourd~ et
ÎOnl d'aSSl'Z médiocres soldats, surtuol lorsqu'on le dépayse trop. Cependant, comme
ils ont beaux holll.llle , Frédéric Il s'efforçait d'ea enrciler pas mal dan, son armée,
compost!e de gens de tous pa •s. Un jour un
âlsacien mau\'aÏSe têle, méconl,ml de la di ·cipline pru icune. profile de ce que l'armée se
trouve ur la îrontièrc bavaroise pour déserter. TI détermine deu1 soldais originaires de
no· montaf(,lleS à l'arcomp;igne.r. A la brune,
Lous troi s'écbappcnt du camp. Mai , dl1ux
jours plu· Lard. 11s étaient r pincés par la
prévôté royale, qui les ramenait enchainé . On
le conduit devaat l~édéric, qui jelle $Ur eux
un regard sévère : « Qu'on me les pende! 1&gt;
Nos lrois déserleurs sont jetés en prison.
Le deux Scbwamvaldoi pleurent comme

des 1ignes : l'Alsacion, nn vieux oldaL, . 'enàorl paisiblemenl. [e lendemain, d~ l'aube,
un piquet de soldats ,•icnL chercher les condamnés et Je- amène au pied de la potence.
L' Al acien a touj1,urs on air goguenard!
- Voiez-vous, le amis, le derniE!l' mot
n'en e t pa dit. l~c roi n'a pas assez de
heau.'l ·oldats pour upprimer aus i facilement de· gar comme nou·. Patientons.
Vous voieZ bien qu'ou .illend de. ordre .
Le$ ordre· arri\·ent. Le roi a décidé que
les condamnf!s lircroul au sort des trois
l~qud sera pendu. Le- dctL't autres en seront
quilles pour une l1aslounude.
- Tambour, fait un officier, apporlt:l de ·
dé il ct.Js u·oi~ hommes.
Le tambour sort de sa poche quatre dés,
fos dépose sur la peau d'âne de sa cahse.
et ,·oici no gens qui s'approchent. Le~ deux
eliwarzl'alJoi · jouent d'abord: l'un amène
1 el l'autre 2 l. Diable ! I' l·a cien ri. que
lortd'être cravnlé de chanvre!

- A vou. le, dé·, fait l'officier, qui li!
regarde d'on ttir narquois.
L'Alsa.cien, tranquille, l'air détacbr, eeoue
né!!lltivement la tète.
- Eh bien l pourquoi ne faite:H·ous pas
comme vo camarade '?
L'Aisacien semble ·tupéfait de la rrneslion.
A la fin d'un air scandalisé :
- Pourquoi? Parœque a ~fajesté défond
J, j ux de lia ard. Ob! uïn ista pas. mon
liculeuaut! ... fo n'ai jam'lis louch.i de dé ;
je ne commencerai pa' aujourd'hui.
Le cas était embarras a11t. L'officier en
référa an roi.
L'ami de Voltaire eut un lin sonrire, puis,
de sa ,·oi1 d.i boi. :
- Eh Lien! je le racie tou 1 - trois: le.
denli qui ont.joué, parce qu'ils avaient an.
doute ga.,né, el celui '{UÎ n·a pas joué parce
que le "aillard a lrop d'esprit po11r qu'on le
pl'llde. Dommage qu'il ne ·oit pa Prussien;
j'lln ferai 11n officier!
17

i\l o\.SSON-FORESTIER.

�LJt F JU.LJUfY
ro.c : aus i le recrutement était-il malaisé.
A.u oom111encemcnl de no\·ernbrl! 17'!0, une
nourellc, pourtant, fut pré·cnléc : ellu •'appdait ~faric-Tb~rèse (] 'llara11court d'.\11lr;1i!!lles de F'allàl) el était duches,e dr par la
gril.cc du ~aint- 'iègc. C'êt11il une Jeuuc fcmmt:
aus grande beauté, ~emLl&lt;'-t-il, mai!&gt; "ra·iuusr, iutére:-. ante et ~piritucllc, ,n·,·c de·
che,·em: u hlond · 1 1 11n1•P.s, jolie rr11:ilnre &lt;le
Boucher, l11ute . 1·,·lle. luute lég' re J'ironie ri
de c.1rrnin D, ~larnis noie, lc'!3 di!cemhre 17~0.
que &lt;&lt; ~lmc ùe F'allary soutient son poste à
force d'e. prit. LI-' r1&gt;g,mt lui dit q11'ellc n'e l
p,,s belle rt qn ïl ne l'aime p,ls; clic n 1pon1l
qu'elle · l Lien siire 1p1ïl l'aimera an jour;
sur 'luoi elle re. te et 11llc. l'amuse &gt;&gt;
Elle-mème all1rma ph1ç lard, urm par pudl'ur, que ses rapporb a\·ec le dLtc d'Orléans
'éluienL Loujour borm1 à ceux ùc l'arnilié.
Quand il était fatig\lli ou m,;Jancolique, il
moutaiL ·b •,: elle, loul. cul. el lui demandait,
.1111s façon, !t .oup(•r d'un poulet. Elle le
dislrapiL ~i bien r•ar se· coule • r1u'il nu pen-ail qu '!1 rire et 11 folàtrer laD t 1p1 'ib ét.aienl
en tête 11 lt:le. Elle donnait 11 tout œ qu'elle
disait une tournure ~ingulière cl agréable el
persillait les geus à tort el à traver.. Le prince
de lloban, arcbcvèr1ue Je Heiu.r, 1111i n'était
pa d'une aust,lrilé trl!. faroucbc, . e fai. ait
vorter, 11uand il ~ouO'rail de sa goutte, chct
la Juches Il ùe Fallary cl y passaiL une heurll
ou deUJ., duranl br~uelles il oubliait ,l' avo11·
mal, tanl elle. éLaiL aimable el réJouis ante.
Au~si avait-die place à tons les ·ouper du
rég nt. Quand les mù inicrs et le laquais
étaient congédiés, pour plus de liberté, elle y
fah1.il griller des aucisses dans Ulle poèle
d'argent, tandi que Mwe de Para.hère batl~til
I ~ œn[s Je .es maiu'i blanch -, el que le
maitre 'occupaiL à rafraichir le champagne
el à e remûmorer [ •· recettes cnlinaüe
apprise en E pagne.
Philippe d'1Jrléans, à ce réuime. dépéri8sail visil,lemenL : il aniL le cou cnurt, fo
yeux chargés, le visage bouffi; 0u\·enl, le
malîn, on le trouvait La tète ha· e, d·un rouge
1

Ü:-f PETIT S-OUPE.R. DU RiG.EIIT (ljlO). -

D'afl'~S ledtssl11 do \\'ATTIEII. (Cab/ncldes Eslamf~$.)

La Falla,:y

--

coururent, , uivi nn insLant plus Lard par 1.i
fomilit!r": cil a.. bta pendant 110 lqucs midait incapaltle de toute a.pplication. Aux re- aule au soins prodigués au réaeut, et lorsmontrance de s ,- métlecin , il r~ponùail qu\•lle se rt!ndit compte que lout t11rtil fini.
tf1t'il ne craignait 11111! •mcnt une mort ·ubite; elle JJerdit l tète et 'enfuit, fo\li, de terreur.
Elle o'l'll mourut pa cependant, cl ,·~cul
il en acceptai! la tnenn.ce, cl loin d'en détourner Je coup, il s'a!lachait mèml! 1, 1. pr w- au contrair&lt;' forL longtemp,,. c•e~L la ,·ir d •
11uer par un régime ml'nrtrier. Il fut, comntc ,·ellt.&gt; aim~l1lo femme que, d'nprè · de~ do\:11mP11ts i11édiL~, nou · conh•, avec an tant dt&gt;
ou le ait, ·rni à oulu1H.
Le -2 Jécemhre l i~:'i •. e tromaol à Ver- 1·erJ1111r l!'h' d'e,rril, \1. Alfred farquisct (lu
saille , le duc d' rléan · Je~c udil à rnidi oh1'1. IJ11che1ise ile Fallary. 1697-1782, 1 ~ol.,
a f1•mmt~, prendre du Ihocolnl, suivaul son clJe:r. Cba01pio11). Il la .·nit 11 tra1·er · le di,hahiLude, c:ir il ré.enail pour le ~ouper le huiliètne siècle. toujours hadinr, ... ~p,;.gll-',
p u d',,ppétil qui lui re tait. Il ,c ~entait la 1,avar&lt;le el drôle, ... n J,:pit du drame qui
tèlc lourd el I' ~lomac cbar~è; ·ongt'nnt ,111c l':n•ait rcnùue dl1'fae. « ~I. le dne d 'Orléan ·
l'e·pril jo\'ial de 1me d1• t'allary dis i1,erail est mort as-i lé de ~011 ronfe.~e11r onlimomentanément les uua&lt;&gt;es uoir~ qui ob ·cur- 1iair1, .... 11 'e.,;l ainsi qur le Mi:i· &lt;lu régent
l'bsaicnl son c prit, il fit app Ier la jeu11e ,wnit élé noûtié nux t(lu.r étranµ-i&gt;r,, ; cl
comme Ln ociété parisienne .a\iiit 11ud a1·ail
femme, ryui atlt!n&lt;laiL dan,- l'nnlichamhre.
- E:ntrr•i donc, durhr. e, lui &lt;lit-il a,· ·c été cc con/es.wm,· ortli,iafrc, ce mot seul
un sou rire pénible, je :mis tort ai ·c de \'OUS avait valu à fcne de Fallar · uiw réputation.
A mesnt'e que le îcrlc ,i..,illis.ait. dit•
\Oir; rnt1. rn'amu.rrez de ,·os lé!!eudes; j'ai
eml1lail uue orle de phénomène. li, n:sti•
grand mal à la ll!Lc.
Il,. "'':t ircnl, ut .soudain le duc demanda : d'un Ù'"'c disparu; elle sur.,,i,nit d1! l:i r 1g&lt;'nc.:
- Cro)ez-wu naimenL 11u'il y ail nn &lt;&lt; com.ml' un YÎeu,; lu:Lre lont thar, é declio~
quant o. Elle éLail de\'enue hidcnsc; sa peau.
Hieu t'I nn rnier aprru; cette "ic?
füirle el ri&lt;lée. était recouverte d'une ~pai . •
- Oui, mon prince, jr le crois.
couche de hlanc, rehau ·sée ile dl•ox pl;1card ·
- Eo ce cas vous êtes bien malheureus
tl'un grM ronge; une perru,p1e blo11de c-0ude i:onlinue.r la rie que rnus Illt!nez.
- Que \'OUlcz-vou, mon·dgneur,j'e.père vrait mal ~e· ternpE' chau\·es; -on l'appelait
la mère .fé::;ab,•l. Elle avait gardé l'air pétilque Dieu me fera miséricorde.
Le r :,..ent leî'a au ciel de· Jelll inLerrorra- lant de malice. la h,trdiPs e de· mut', l'imteurs, puis, se sentant mal à L'ai~e, prit un pudeur mème; mais elle pa ail pour a,·oir
peu de cinnamune; apr' · qnoi il sai il d'une le ·ecret du ton de la bonne cnmpay,ûe. Je
main di traite l'/Jis{où-e générale de la Danse celle d'anlrdoi , au Lemps ùes roua,, mcisncrée el profa11e qui c trou nùL • ur a table, dèles répntl! ini1nitables. Quand elle mourut
- le I juillet 1782-on admira hcancoup
el ·cnronçanl dans un fauteuil, dit :
- Approchez-Yous ... je vous écoute, du- la tenue de sa femme de cbaml.u·e, qui lui
che,,e.
annonça 1m cc~ termes le prêtre qui apporLa dame allait c-0mmenccr, mai à ce mo- tait les acrement :
- füdame la duche e, le bon Dieu c l
ment le. prince inclina la Lèle : une attac1u,
d'apoplexie venait de le foudroyer. Elfrayéc, là, pcrmcltez-vous qu'il enlr!!? li suuL.aileraiL
avoi.r l'hooncur de 1•ous a.drninislrcr.
comme on pen e, de rnir le &lt;lue in11nimé
n estima que le mot était de h,1ule nlhm:
{me de FaUary appela au ccour; personne
ne lin!. 'élançanl dans la cour el la galeri • eL digue de celle 111l'on a\·aîL appelée la Ninon
bas e, elle rencontra enfin de î'alcts 11ui ac- du di1-huilième ,iècle.

f'OUTl're, a,·ec uu air 111:bélé, p:issaat des
heure· dan un cn~ourdi:semeul qui li! ren-

T. G.

n oup ù'œil indiscrel jeté aux boudoirs
du r~gent.
L'homme n'est pas lr~ séduisant. D'après
le croqui qu'en a tracé la Palatine, bon juge
de on fils, il a\ïlil le teint d'u.n rouge foncé;
il n'était pa grand cl tournait cependant à
I'llb1; ité; il avait les yeux louche el a cUmarche était ul«airc. L'en cmble ne parai:ail pas, pou riant, dtlsagréahle · de caraclèn•,
le prince êta.il aimable el doux; il a1·ait de la
saieté dan l'e:prit et ··exprimait avec •léganCè. Mnis i, par malheur, il ré0rclùs ait,
il tombait en une ind\!Cision dont rien ne le
foi ail sortir.
Le régent cl ses amis mcnaieol. on 1 sait,
une vie qui n'était ni forl rdgulièru ni très

hygiénique; l'irnagina.tion du peuple, irritée
par le my Lère, exag11rait la licence de leurs
orgies : le Palnis-Iloyal, sourd el impénétrable, apparai~sail comme une ile infàme
retranchée au milieu de mi ères publiques.
Presque chaque soir, celle congrégation du
\'Ïce ·'a, •mblait dan· de salons clos: c'était
Braoca , la Caillette gaie, Canillac, la C11illelle frisle, le cardinal Dubois, No:iilles, l océ,
dont le surnom ne peut être répété le beau
Fargis, la Fare, le poup(lrf de la princes. e
de Conti, de BrolYlie, im.iaue, Biron, cl parmi
les femmes, Mme de Parabère, que 1., régent
appelait le l'etit corbeau noir, Mme de
abran, qni répondait au nom poétique de
L'Aioyau, Mrn.e d',\vernc se consolant là de
..., 68 ...

l'épilep, ie de son mari, Mmes de
sac, de
Verrue, du Delfand, de Fla acourl, le sœurs
, oaris 11 la taille svelte, la petite Roi, la sentimentale Émilie, toute les amies présente
el pn ée· groupée autour du duc d' rléaos
comme une famille allentive autour du patriarche. Ce érail mél;rngé, loin d'être gardé
par de neutre œrbères, l'était au contraire
par quell'[UCS mirebrzlai , laquai. \'Îcronrcux
dont le visage rou i.;sait plus ouvenl des
ellels du vin 11ue de la home.
Il fallait là on e prit et un estomac de premi ·r ordre, di ~imuler ·ou une cnreloppe
gracieu e un cotTre de mou.quetaire; el 'entendre à ,ider nne bouteille de champa ne
au si facilement que d'autres re pirenl une

tranl Ueh-Jtius, je ,·ou en fonnerai deu
cents, si rou voulez. venir demain ma,in
chez moi o.,ec rettc fi !!tlre-là. »
~

~

M. Uelvélius, dans a jeun s e, élail ueau
l'amour. lin wirq_uïl é tait as is dan·
le ro er Cl fort tranquille, rruoique aupr~ de
1mdemuisclle Gaussia, un célèbre financier
"inl dire à l'oreille de cette actrice. a sez
haul pour qu'Tfolvétius l'enlcocJil : u Jladcmoh1le, vous serait-il agré.1ble d'ac.œpter
·ii cP.nts loui , eu érhange de queli1ues complnisancc$? - füo·ieul', répondil-t&gt;llc assez
liant pour être entendue aussi, el en rrwn-

comme

ne femme venail de perdre ~on mari.
on confe1;3eur ad ho11ores vinl la voir le
lendemain et la lrou\'a jnu.ml avec un jeune
homme très hit'll mis. a Monsieur, lui dit-elle,
1e myant confondu, i vous fücz wnu un•
dcrni_:-hcure plus lÙl, vou· m'auriez trouvée
lu reux haigné~ ùu larme ; mai j'ai joué ma
douleur t?oatre 1nonsi •ur, l j l'ai perdue. »
~ Quand l'archevêque de Lyon, Moulazel,
alln prendre po~ses ion de son . iè;.:e, uaevieille
uhanoin~ e de.... œur du ·ardinal de Teu-

rin, lui fil compliment de •es sucer, nupri
de.-. femmes, et enLrr aur.rcs de l'Pnfant qu'il
a1·aiL en de madame &lt;le ~fazarin. Le prélat
nia tout, et ajoula : « Madame, -..·ons sa,et
que la calomnie ne vou · a pa ména~ée vo11 même; mon hi loire avec madame d11 \fa1...'l.rin
n'e,l pas plns vraie que celle qu'on 1·011·
pr t • a,•ec Y. le cardinal. - En ce ca , dit
la chanoines,c tranquillemenl, l'enfante L de
,·011 . t&gt;

~ On

de.mandu.iL à uuc duche se d •Rohan ~
&lt;1uelle époq ne ellti corn pi.ait accouch ,r. 11 .le
me Jlalle, diL-cllc, d'avoir cel honneur dnns
dc11.1. tnoî ·, D l.'bonni&gt;ur étail d'accoucher
d·un Hol1an.

eu

'.\lPORT.

�Un incident defrontière en 1781
-.----Le 2fl Mcemhre 178 J, rme él&lt;lg:inte berline
attcl~e à 11uatre cl au fond dl' laqul'lle se prélas ait un voyageur aux allW'e di Linguée.,
Lraver ait afonddelrain t grande rued'Ehrçnhrrit tèin el arri\'ait à l'entrée du pont de
bateaux menant à Cohlen ·e. Après l'a1oir
franchi au pa , die :wail chl 'arrèler, le po·Lillon ayan! à ,w er rnlre le mnius ùu péager le druit de pa sarre. Tandis que ,ue ll'ansnclion a\·ail !fou, non ans éch:m~1• dr paroll's
nu p1•11 ,·i""~ cnlrc l'aulornédnn et le functionnairc préposé à cc r\'il'e par , . A.. ,. le
J)rinc~,èque de 'fr'.1-e , k· ,·o ·n.,cnr, ml'ltont
~ profit cet arrêt i11al1cndu, de cendail da ,oilure. faisait quelques pas dao la direction
d'une !mérilc, 3ppnremmrnt inocrnpée, et
dispa.rai ·ait dc1·rière elle.
Celle édil1sc 3\'!lil élé ùe courte durée.
Aprè a,·oir n11ué à de occupations dans le
menu desquelle il n'y a pas lieu d'entrer, il
~t• disposaiL à rejoind,., . a voilure. mai à ce
moment. la .entincllc, jusqu':ilor prudernm1.ml cach«lc au fnud da a carapace, srrnua
~011 indifférence l'i. prenanl le vo ageur uu
collel, l11i dt:clara qu'elle l'arrèlait II pour
iosullcgrarnà .A.". lrprinœ-érèqt1e)}.
Loin d'être émotionné par l'accusa Lion dont
ilét.aill'oLjet, l'inconnu partit d'm1éclatderire.
- "oil, fit-il aprè - 1111 instant, arrètezmoi, si cela ,·ous muR·.
On l'emmena donc -Ons bonne .cnrle à
ColJlence. où on l'enferma dans la pri on dénommée da
((1,:/,huu. (la geôle) ~L, sans
l'averlir de ce qui e tramait contre lui, les
autorités de la ville coovoquère.nt un conseil
de guerre. Celui-ci entra en éance immédial{'menl el I jugeant que l'outra 11c aùx touJc,,rs da l'él ctorat était a sez manifeste pour
&lt;pm l'on p1lt se di:pensel'dc fair cmnparailr
1'·1rL'u l: 11, tood;imna ce dernier a la peine de
m111 l, toul simplrmeul.
Conséquent a,·ec )ni-même, c·esl-ü-dirc
prompt en ;tlfoires. lc conseil dt1lé,,na an sitol
un d~ ses rnemllres cl le greffier pou.r donner
connaissance .~ l'inculpé du jugPment rendu
contre lui. L'autre éco111a. ' 3.1 ùrontlier, el
quand le greffier eul aooe1•é sa lecture, il e
rontenla. de lui demander:
- VondrieZ-\'OU , je mus prie, me. dire
pourquoi ,·ous we Ii ez Lous •·e papi ers?
- Dame, 11arcequct:'est de vou· 4u'il s'agiL C'c t rnu. qui è.Les condamné.
- lloi ! Pourquoi neme nommez-vou pas
alors']
- \Tolrc oùservalion est fort juslc, remarr111a le grtllûcr. i \'ous le permtllez, j, vais
éa.JlCc tenante réparer celle omission que je

nem'eiplique vraiment pa . i\'ou disons donc
qu . VOU \'OUS appt'lez ....
- Comlc Tcrû de Li. sa, colonel au ·ervice
de l'Autriche ...
- Oh l s'exd:nn~renl le dcu robin .
Je ne vou :Ji pas interrompu tout à
l'heore, m.e:sieur·, lai ei-01oi donc finir. Je
dis.ai : colonl"I, fic., etc .. aide de camp personnel de J'rmpereur Ju-cph IL, el chargé par
a ~fojc~té de remplir une mission diplomatique aux Pays-Bas.
Le con Piller PL le arel'fier, dont l'emhnrras
n'a,·ail ces é de uroiLre à me ure que l'autre
énonçait d~ nouçeaux tifr ·, lltl d~mimdèr •nl
pas leur re·tc eL furenl bien vite c-0nler la
cho.e aux membre du con eil qui aUendaient
fort tranquillement lPm rctou.r.
- .Ah! mon ] ieu ! mon [)ieu ! gémit le
pré.ident. Que va dire mou ei neur? 1 ·ou ne
pou,·on faire e::u!cuter le jugement; cela
nou allircrail des rrpré aill&lt;'s lerrililes de la
pari de l'Autriche. Ah! que ,·a dire mon eigneur1 Nou m•on été bien légers de t0ndamocr CCL iudi1idu ... je ,oulai dire cc
personnage, ans l'enl ndre. ou Mpo11100
lni rendre la lilierté sao nous déjuger. Que
faire, mon Dieu, riue [aire?
Le colonel resta donc en prisort, mai au
régime de la nation la plus fa\·orisée.
Le OUl'enir dr. cel incident commençait à
s'effacer de l'esprit des b.raves juges, qu:md,
un beau jour, ils fu.rent tirés dtdeur t]uiétude
par celle elfrayanLe nouvelle : " . M. Joseph li réclame son en\'OJé. &gt;&gt;
Toul d'abord on tergiversa, l'on iowenta
des prétexte~, mai ce fut en ,ain, car l'empel'eur, a sez peu accommodant de son naturel, menaça de décl11rer la guerre à l'élecLoral etde ,·enger par le- arme · lïn·ultc faite
lt on em·oJé.
Le pl'inœ-évèqne, fort ennuyé, n'avait pas
attendu pour a!!ir lfllC les événcmenl pri8senl
une tournure aus ·i gra1•e. !lès 'fUC l11 réclamaliuu impériale lui était pan-enuc, il a,ail
dépêcbé .1u 1·olonel un négoci3.Leur diargé de
lui olfrir La liberté ans condition M. Terzi
de Li a, trop heureux de jouer un bon tour
à es bo1tl'1'/!U.ll.l'. avait foil la sourde or~in~;
mieux que cela, il a1ail demandé à ètr1J jugé
pu llliquement.
Pendant ce Lemr , le rcpréseulations de
l'empereur .. c uccédaienL, plu pr ' antes
de jour en jour. Les autorités ne sanient
plus à quel saint se vouer, et déjà eerlains
personnage · leur avaient uggéré qu'il serait
opportun de frapper la sentinelle maladroite,
cule coupoule ....

F.n dé espoir de eau e, S. A. . Clément
(un prince de Saie, bea\1-rrère de fou le dauphin de France), eut r rour aux lion offices
d'une de ses t.clle. -sœurs, Cbri tioe de n:xeTeschen, archiduchesse d'Aul.ricbe, qui avail
l'Oonu jadi à la cour dc Vienne le colonel
'l't!tÛ de Li a. La princesse écrivit donc en
ers IPrmes au p:ri onnier :
• lion cher oomt , je vou demande un
de re services 11u'uo bon gentilhomme ne
peut refuser à une dama. Je ne von demande
pn d'exterminer un d1•agou nide 1·ou me. u- •
rer nec un géant. t on, mes exigeuces sont
beaucoup plu· mode le . Je me borne à vou·
prier ùe vous sauver, füule de quoi ,·ou~
metlriez mon trèra (l'empereur d'Autricl,e)
dans la cruelle nëcessité de déclarer la guerre
à mon hea.u-frèr~. \ oycr, déci~,:z cl agisst z
en nai gentilhomme. 1)
Au re~u de celle lt:ttrc, 1e colonel prit la
cule résolution conwoal,le el e dt5c11ra prèl
à partir. Cepl'ndaut iJ ciigea el obtint qu'on
lui dormàl pour rnmpannon de voyage le
cnn ailler et le 0 rd',rr ◄ 1ui lui al'aient noliflt•
l'arrèL du con 1Jil ù·• :?lierre.
Toul étant régi~. un beau oir le gardien
du 'tockn11s oublia de rc:rmer la porte de
l'étaLli semi&gt;nl et le rolonel profila Je celle
négligence pour aDer e promener. n équipage aux arme· du prince-évêque l'allendail
à deux pa de la pri on. li)' woota, non sans
. e faire aider par un valel de pied qui lni
avail ouvert avec empres emenl la portière,
et p.rit place dan le food, ayant \1s-à-vis de
lui le œn eiller et le greffier qui devaient lui
tenir compa 0 nie. La vo:Lu.rc partit à une
allure folle el ne 'arrêUl qu'à Andernarh.
Lu colonel, ne voulant pa abu cr de ses
avantage . prit congé de ,-es deu~ comparrnons el cem-cr, peu ras urés ju qu·ators,
profüèrenl avec cmpres!'-emcnl de la liberté
qui leur était rendue. LtJ nom du comte
Terû de Ll · a n fut plu jamais prononcé
à Co~lcnce. Pourtant il e t avéré r1ue,
mainte. fois enoore p ndmt les années u.ivantcs, le colonel travcl"a la ville, e ren~
dant dti Vimne à Brmelles ou invursemenl.
Le mauvaises huirucs arnrmèreol à ce
propo que l'électeur, in lruil par l't!X'périence el açerti par es espion~, upprimaiL la
sentinelle du pont d~ tiu 'un. lui annonçait
l'arrivée prochaine d'un voragcur dont le
Î!!11..1ll'mcnL res cmblail, Mpeu qnc œ fùt, à
celui du rnlonel-diplomale.
La précaution 1:tail sage et, grâce à elle,
depui là jusqu"à l'entrée des Français à Trève·. l'électoral vécul dan · une p;1ix profonde.
P.

DE

PARDLELLAN.

LA t'A.IIILLE ROYALE E1' 1842. -

f/aprts la lfthog..a,(Jhll! dr: N, .YlAURil'I•

(.\Il pri:m\er rl4n, l guu,he : llallltm• ,\Jdaide. ,ro,nr dU roi, el le petit duc de Clrnr1wi ; prè&amp; '1c Madame A.dclai~.lA rein" Marie-.\m.!1110. .\ l'arritn,.pta.n : Uêl;,,e-Louise-1'.:l,,.,.t.,1.h Je Mct.kl=courgS&lt;hwerin, ,=vc du duc d'Orléans, rlcunint ,ur l'!pnule de l4 prlnces,c Clemcnlinc, el Vktolre Je Sflxè-CoMurr,;-Ootha. doch•sse de Nemours. - .lu mUlw., Louis•Phllipr,e el te conuo Je P•ri• , puis, t:.n ronant du. roi · le duc \le l\on1pcnsier, le prince de Joinville. le duc d Aumale._cl Je duc de Xemours.)

.Madame Récamier
PAR

JO SEP H ,T U R QUAN

CHAPITR.E XI (~uite).

Le mois d'octobre était ,·enu quand Mme
Récamier remoula son escalier de l'Abbayea1u-13oi . L'épidémie de choléra était pa ée;
le nourcau gom•ememenl semblait s'affermir;
la présence du duc de Uroglie et de M. Guizot
aux affaires donnait des garanties aux libéraux. A M. Lcnormant elle donna mieu1 que
ccfa : car c'est bien œrlaiu.enm.nt sur le désir
du gendre Je 1lme de Staël, exprimé à
L I Mm~ X... (li.~~ : Lcnorm3111 1 eL la plupul Je
cenx qui cnlounienl lime fü!enniie.i· 0111 vrofilè d'dlc

)f. Guizot, que M. Lenorrnant oblinL une
place de conservalcur-aùjoint des médailles à
la Bibliothèque nationale . On voit que Mme
RE!camier n'otthliail pa le mari de sa nièce.
Le poste fJU'elle lui fit donner étail d'autant
plus avnntagem: qu'il cntraion.il le logement
daus les Làlimenls de la Bibliothèque. Tirer
son épingle du jeu était ce que Sa\ail le
mieux ce savant de M. LeuormanL ! Et a

femme, donc 1 !
Mme R&amp;:amier venait à peine d'oblenir

cette atisfaction, que Cbitleaubriand débarftua chez tlle. n était parti de Genève, où
~- Berryer lui avait Appris l'arrestation de la
duche se de Berry, et il venait à Parj pour
se mettre aux ordres de la princesse el ollidter l'honneur de la défendre. 11 érri,1L son
Memoire sur la caplir•ité de madame la
duchesse rie Ben•v où se trouve celle phrase
célèbre : Madame, volre fils est mon roi.' et
fut, pour cette phrase jugée sédifüuse, 1raduit devaoL la c-0ur d'm ises. Le jury l'acquhla.

,Lu loull);; los mnuii•rei .... • (M111e Mriltl à J.-J . Ampère. - O'Muni., U11 ta/o11 tlt Paris, Jl· 119.J C'esl

lrès ,rai. mais lime Ri!camicr aimait it oLligt-r: c'êl&amp;iL
un(' rnanih-4! de mai11tc11ir -.ou influence.

�111ST0'1{1.JI

--------------------- -------------------.#

La duchesse de Berry vint pourtant à Ferrare. Elle pada d'affaires ur-le-champ à
haleauhriand et lai déclara qu'elle l'emmenait à Prague. Doo gré mal gré, celui-ci dul
se oumellre. li le manda à Mme Récamier
et continua à lui écrir tout le lona du chemin, de Ferrare le l Oseptembre, de Padoue
fo 20, de Willach en Carinthie le 22, de Prague le :!6, lé 29 .... Oh! il lui dit de bell e

choses Cl! jour-1à t « Dès le 12 du moi
prochain, je serai rendu à notre petite .ocié1c, à no habitude , à no h·a,aux, 1:t
à vou que l'a.b,ence me rend loujonrs plus
cb/·r L plu' impal ienL de relrOu\ r ... . »
llenlré li Parit&gt;, il lui dit de belle rhoses
aussi, mais d'une aulre rnrte. li a ,u de prè
la famille royale exilée ut, ro)afüLe fervent,
il n'en e"Lpa enlhou iasle. ob ! mai p:i.s du
lout. (1 Je ne puis rien puur ce · gen -là. éurilil m·ec un haut-le-cœur l'l ltn amt&gt;r dudain à
rucfü:cawier ... ; l !&gt;jeunes en l~gilimi les
qui 11nl élé pour r·omplimenter Henri' ont 1•té
reçus comme d, cluens. i1 Ah! s'il entrail
plus de Lou sens el muin de candeur - ou
de rouerie - dans le besoin qu'ont certains
homm de dé,ouer toul ce qu'il, peuvent
arorr de bon à des princes inc~pables même
d'apprécier un sentiment ,·enaut du cœur,
com111e en, princes 'craienL vite laissés à 1,ur
otlise, c'esL-à-diro à eu:1.-mêmes !
füJ,,où1é Je e· pl'Înt:es - il ~- avail mi le
IPmp. 1 - ChalPauLrî:md oubliera dans le
travail la perte de • e illusions el ira c repo cr l'èspril dan, la tiédeur olennelle ùn
alor1 de Mme Récamier. L'babitudll maioleoant en e t prise, et. leur journée, à tou le:
deux, -erait perdue 'il ne pa s:aient pa deux
heures 1'un pr• · de l'autre. Mme Ré.:amicr
e~l tout entière ab orbée par son ami : non
pas qu'il la ,·euille sans cesse à son côté
comme un malade égoï te el exiaeanL qui ne
consent pas à rester seul un instant, mais
c'e l qu'elle a maintenant placé ur lui tout
ce dont elle t susceptilile d'allachernenl, de
dé\loneruenl, d'espérance. Chateaubriand, à
présent, c'e, l a \lie, toule sa vie. Le petites
.aniul..s mondaine ootpeu à peu entrainé l' « afIecfüité u àlelll' uiteet une affection l'êrilable,
résultante de l'habitude cl ùe l"éaoî me. est
venue e greffer ur ce vanités. Chez Chateaubriand, pareil travail s'est fait aussi li la
longue et, J'àge aidant, l'inconstant e t enfin
fixé.De deux côtés, on s'e tfail indi pensable
l'un à l'autre. On dirnit un vieux ménage
d'ancien amoureux . Quand le noble vicomte
n'est pa là, ,·oyez comme Mtne Récam ier
s'ennuie à sa place! li y a de la ollicilude eL de
l'affection mais bien de l'égoï,me ausri dans
on dlbir laleol de le voir hàter, ne fùt-œ
que d'une minute . le momen l de on arrivée.
'a présence lui est maintenant néce aire.
Si !!Ile continue à faire accueil aux vieux
attfr, si elle ·herche même à en faire de
nouveaux c'e t assurément pour la gloire de
son alélO, par ronséquent pour la sienni? propre, mai c'est un peu aus i pour quel'allraiL
dti l'babilude ou celui de la nou,·eaulé entretienne chez fiené 1'Ïeilli ,:ant l • d I ir de revenir à l'AbhaJ'e.
Ce dé ir s'est tramlormP pen à peu en
hahitud : c' L maintenant un be oin et
Mm , Récamier n'a rien à craindre sur ce
poiut : Chateaubriand ne manque pa&lt;i un seul
jour de venir prendre chez i:Ue .a la se de

lhJ cl a rati,m d'encen . JI n' · a pa de révolution c:ip:iblc de chanircr cette bahitude.
Du reslu, un lien nou eau est ,·enu rc errer celle habitude. ,hateauliriand a fini
d'€crirc c~ .Mémoire· 1;:I il est con\'e011 qu'il
en donnera lecture ; Mme l\éramier Pl a
quelque ami de choix. L:u .oil' du moi · de
février 1 54, la lecture commenœ. Ce îul un
grand gala, mais gala tout intime, dan~ le
alon de l'Abbaye-aux-Boi . Qut:lll' µfoire
pour ce salon, pour la maitres de c1.fan" !.. .
Comnw pour la lecture Je UOÏ$/'. il ) avait
le des us du pat1ier du faubourg aint-h rmain et du moodc littéraire, mai~ en noruLre
lrè re~treint, une douwiuc enriron. 1 n de
ce' heureux privilégiél, M. Lé11111·c de L:nergne, a lai st'., lt: ré ·il de celle ~virée ; ruai · ·
récit e· t empàlé d'une lclle emphase que je
ne le lui emprunterai pa·. airll\.'-1.leu,c a
r,•ndu dans un 51 le plus . implo cl plu_ aimable l'impres. ion t(UC Jui Jin·n1 les premières 1,ctures de cedlémoires dn.n - le alon
de Mme Récamier. Au i e L-ce il lui qu'il
fout JemanJi:r la mi e en ·cène de celte l'èle
litt~rair . « Dan cc salon t1roit, dit-il, et qni
!!Lait a.. ez peu et ivez. noùle,nent rempli
pour qu'on se enlil fier d'être au cercle des
préférés, il était impos iblc. durant les inlerralles d la I cture. ou même en l'ér utant,
de ne pa 'é"arer aux . ourenir . Cc grand
taùl ,au 11ui éclaire toute la paroi du fond,
·'e L Corinne au cap llisèae; ain.iie omenir
d"une amitié glorieuse remplit, illumme toute
une vie. En face, cette branche lonjonrs \'Crte
de fra,;.inelle on de chêne' qui, au milieu de
,a c · grer.'! cl de brillantes délicale__e • • ur
le mari.ire de l:i cheminée, tenait li u de
l'heure qui fuit, n'était-ce pa comme une
palme de Béatrix rapportée par l'auteur d'Orphée, comme un symbole de je ne sais 11uoi
d'immortel &lt;pli trompe les ans? De coté. ur
ces 1.aLl lie odorantes, l'Oilà l&amp; lirre choi_is, les.maitre es entieL du goùt cl de l'àme,
el quelque
e.".empfair s omptueux 011 se
retrouvent encore tous 1e nom de l'amitié,
les trois ou quatn: grands nom · de cet àge.
Oh l que le admirables confidenr étail:lnl
les bienvenues dan ce cadre orné t!l .impie
où elle 'es a~•aienL • 1. .. »
Cette fois, ce ne fllt poinl comme pour
Moïse, de i ennuyeuse mémoire .. Cruiteaubriand ne s'était pas adressé à onaclenrpour
donner lecture de son manuscrit. Des amis
'en étaie.nt chargés : c'est tantot M. Ampèr ,
l:rntôl M. Lenormant qui li ait; el le ,·ieil
a1hl· te, à sa place ordinaire, dans on fauteuil du coin de la cheminée, foisanl lace à
Mme Récamier ole1mellement souriante,
écoutait la lecture de ces pages a,·cc autant
d'altention cp1e 'il ne Jes connai "'-ait pa et
a'cn était pa l'auteur. Un ouvrage d'au-si
longue baleine que celui-là ne e pou..,ai t lire
en une oirée. ll eu fallut beanconp pour arrirnr au hont. cl elle_ consacrèrent la gloirè
du grand écri1•ain : Lou t le monde 'accordait

ile ln duch~nJ J.e Ucrrr , duc de
llnl'l.i eaul, plus larJ. comte de Ch.a rnhord.
:!. Pu pie nx ;ouvenit san.s Joule }'Our )fm~ ,le Ln;:1,
ciui a1 oit l'hal,irud c illl jouef Lout en 11arln.11l, il an,

son ,;nlou, a tahle ou en voilure, a,·cc une pelile
lira nclt&gt;! garnie de ses Feuilles wrle.~. )lme Bé,~micr ,
()11 le ,·uit. en ~•ail l'Ril plac,• r un e èn la,·e ,lu p1&gt;rt1·ail dQ SOII a.Ulie.

3. r.&lt;TE- B Kllç t, , Po~lro its confempor,ii11s, 1. (.
Portnil de Ch•t eauhriand. - C'e..l en l83i qu~
::..iinlu-lleuvo lll:ri,·il ceUo très aimtililc 110Û1;1:, J ,"1l
il Jonna lecture à l'Abbaye.

En apprenant œ d~foaemeol pour dl1•, la
duchesse de llcrrJ lui ûcrivit pour le prier
ù'allèr à I;rag1m faire connaitre à on heaupère Clmle X \iu'dle 'etail m:iriée ~ecr Lement en Italie avtc le comte lleclor Lucche iPalli. CbatcaubrianJ II demandaiL pa · mieux
que de e charger de celte mi . ion. D'ailleur
on était au mois dt1 mai, et, comme il l'écri·ait de .Bâle à ~[me Récamh:r : &lt;&lt; Les vo ·age$
me rnu] nt toujours force, enliment et
pi:ll 'ée. »
Cnc fuis sa mis ion remplie, il retourne
vite auprP~ de celle qui avait pris une si ""randu
place dans sa vie. Il fui hmreu d'y retrouver
~es hulii111de~ ~ el surlonl la petite ociélû
choisie dP l'Ahliol'e-au -Doi . J) lai son
repo ne rut pas Ion ... La duche se de Berry
lui Ill p:irvenir une uou,.rlle lettre l'appelant
en ltal1e. Quoiqu'il ne r,11 guère d'humeur lt
se remettre en route, il ne voulut pas se
r ruser aux vœox de l:i princ~sc el Ec Janç.1
Jt! nouveau par le 0 rand · l:hemius.
Comme toujour , de chaque relai , presque,
··eo1·olail uae lettre à l'adrcs a de l'ALbayeam-Bois. Quoi qu'on en ait diL, ce ' Jettr
de Chalcaubrim1d sont eharmante • Lisez
plulùl ceUes qui parlent de \ nise et onl
écrite. au milieu d'un enchantement i bien
lran~porté dan· le .1Iémoires ,l'oull·e-tombe:
u Je c,mçoi , dit-il dans l'une d'dlt&gt; , que
lord B) ron ail ,·oulu pa er de longu •~ année
il'i. Moi, j'y finirais volontins ma vie, i ,ou
voulie;: y venir .... Je mets à vos pieds la plus
belle amore &lt;lu monde qui éclaire le papier
sur leqncl je wus écri . , Il aime tant Venhi,
il aime lant son habitude auprès de Mme Récamier que, en tra1·er,ant Ferrare pour aller
au..devant de la duchesse de Berry, qui e$l
déciMrnenl hien e igeante, il krit : &lt;&lt; Priez
pour moi! Peul-être trouverai-je quelque
ligne dtJ , ou.s à Yen ise avant de quiller celte
viJle, où je voudrais que l'on m'cxilil.t avec
HlllS. 11 EL c'e L un cpluigé□aire qui écrivait
ces tendres !!alanteri ~. une sexagénaire!
Pourtant, am: mêmes jours oô il expédiait
lltl jolie cho es à Mme nécamjer, il éurivait,
dans ses notes per onnelle·, en voyant on
Làtimenl en partance : &lt;1 Je ne pui regarder
un ,ais.ean an mo11rir d'tmvie de m'en
aIJer : si j'élais libre, le premier navire cingla.nl am. Indes aurait des chances de m'emporter. 1&gt; li ne songll plus à ~lme .Récamier
en traçant ces ligne : est-ce que ce lle de
tout à l'heure ne eraienL que de v.iines polilt&gt;S es?
a

1. Henri , te f,J

HISTORIA

Clld,é Girau~on .

MADAME ROLAND
'fableau de ll tL ·sms (~l u. ée de Versailles).

�MADJUŒ JtiCA.MIET&lt; - - ~

à trouver que Chateauliriand n':mut jamai
rien ~ ·ril de plu. \·imul, de mieus par coné11uenl. Crs lérnoires onl pa --ahlemcnl délai sês aujourd"hui; une csthéti11ue nouvelle
e l à la mode dan 1 1 ttr ; rnai
o'e l
qu'une modP l't I modt , de lenr nal11l'e,
'Oll t e ·s(•nlilillcment passa •ère· : ell~· · ue
durent pa: plu· ur le chapitr de la lillérature l[U sur le chapitre... d •· chapeau1
L'on ! r vicndri1, comme on rcvirnt Loujour
au ~rai, au pur, au beau.
llm · l\écaruic&gt;r, comme on le ail. n'étail
pas ouhlire dan~ ce, M11moirr , el Cbatcauliria.nd J•ou · la alanl •rie. qui ait 1 peulêtre au .i l'illu ion ju qn'à dire qu' u il ont
gagni· au r{-cit de la ne de Mme llécamir.r 1&gt;.
Au 1!ré de •Ile-ci, il en parlu trop, ou du
rnoin. 'Il il ·s t rrne ttui ~lfarouchèrenl cerLaio· .rrupnlc• rvlro.pe••tif. li lui en coùt:ùt
de demander à l'ault•ur la supprP :ion J ·
pas~:v•e qui l'offusquaient : nn n'était plus
ou· le Oire ·luire el elle• n'était plu jeune. Il
lui en 1·oillail :m. i de sa,·oir ,1ue certain
détails iuliruc:;, qui ne re!!ardnil·nl qu'dle el
qui .unl jnstem ut ceu qui inLt!r • ait&gt;TJI le
pins 1'" autr •.•. erai1•11L liné · à la curiosité
des ,-Jn :ratio11S ~ H'nir; cl, conÎrne elle ara.il
un peu ver·é dan~ la d1!\·otion. ,·ou compré111•z .... Href, elle Jugea à prop(ls de 'entourer
de couscil . u i bien 1pwl1111es amis trop
prompt- à 'effaroucher - •t ~lathieu n'était
plu· là! - lui avaient-ils fait enlendrc que
certain pas·a e la conœrnanl étaienl trop ...
n'étaient pa · a ,,z ... il ne açaicut comment
dire, mai· il· concluaiC11L, avec un peu d'emb rra:, llu'il cr.Ül c nvenahled'en dem uder
la uppr l'sion, - dùl I • cœur de Chateaubriand saiirocr de ces amputai ions.
« Voici, raconte .1. d'llau. on\ille, &lt;·ommcnt 1·. cho ·c · e out pa · ' . Mme n,~mier ltai t li'•e avec 1111 amie de ma m1\re,
Mme LetL~ier, doul Je mari a,·ait été Jépuh:
ou l:i R~tauration el l'un d • plu zéltls
parû au · du mini Lère de M. de \'illèle. Elle
1tait Jll'r onne de mérit et de tact, non dép ur ue de goùl littéraire, r c~'vaul dan , on
salon quclqu . -on ùe· célébrité littérain•
de l'é()O(tue, entre aulrt• · Y. Ballanche. t de
Lamal'tioe. el . , etc. ; mai a,·ant tout îemme
du 111011Je cl de la meilleure rompa!!ni . Ce
fut à Ile que l'amie d • M. de Chate3ubriand
. 'adrc: a pour a,·oir i, dans le· ftuille manu ·cri les qu'il v nait de lui communiqu r, il
n'y a,ail pa quelque pa sage' dont il. erait
à propos de lui demander 1, acrifici•. La
que lion était d 1lieale à lra.ncher; Mme L•li sier consulla le fi}!; d'un député, ami d
son mari, M. de nonchaud, dont je tien ces
détail·, ·ur I le le mème de pa.,sarrc
prim :-, ~ souvenirs ne . ont pa re tê tri!s
précis. Il se rapp Ile eulement 11ue. parlaut
de sa premièr rencontre aYe · lme nlc.11niltl',
U. de Chateaubriand a1ai1 écril celte phra e :
,, Je l'a,,tis lroUlée lao tuiramruent ét •nduc
ur une ·hai c Ion ue, cl je me ui. d ruanJé,
en Ja quitlaut, ·i j' vaî ,•u la , tatuc de la
pudeur, ou bien celle d1• l'amour'/~
u , illcurs il élail que ·Lion Je soirél! pasé à b c:unpague ur la terra: e d'un chà-

leau dont 1 c.scalicr- co11Juisaicut à un bois
plein d'ombre el cle m . 1ère, oit, loin de Lou
le ttgardi;, on s· 't.uit prom •11é bien a\',tnl
dans la nuil avec la dhine ruchanlere !-1!.
Toul loi était n somme as~ •1. innocent,
nullement . cabrelll et n' 'tait point de nature
à beaucoup compl'omellre la lél,lende immaculé' qui e l allachL=e à la mc\moire d l'aimaille bote e de L\bha)e-au. -Huis. C qui
L pl'Ul-èl.re un peu ~în&lt;&gt;ulier, c'ëst qu'elle
ait cru d(•voir prl'ndre l'a~ d'unt' amie sur
l'un de res cas particnlit'•rcmenl r · ern:- où
le f ·mmo_ préfèrent d'urdinair e di-eider
par dit' ~mèmes •. ,
l't"nclant ré11• d 1 :i,i, lm • f\ef':imier alla
à Di,ppr. 1'ouj11ur e1ift.·rmée I l'Abl,n~-e-auxHoi., dnn. de ~a.Ion' ou dr. voiture~, ne
urnrchnnt pa , ne prenant aucun ruOll\ïJtncnt,
il était indi~Jlt'D nble pour :t .nnté •ttt'clle
all, t Ji: lemp · en temps e forliUcr . l'air
vivant ,le plane$. li Je ui · bie11 ai~ë. lui
~ ·rhail Chat~aul,riand, que ,ou, r •ce\·Îl'z ce'
lionne hrï' C! dtJ mer 1111i mu· f. 11l re~pirt"r·
cl comm, je vb de \'Olt Yie, il me t•mhle
qu'elle m font ùu hien à cinquante lieu1'
de Ji:tan . »
En r \'Cnant dl! Dieppe Mme flécamier
. 'arrèta chez .a nii..'Cc à la hapclle-SaiotÉloi; pui , toute la colonie ù • l'Abbay('-au,Bois
rcLrouva an ch1\len11 ile ainll•non,
·bc.z le duc d • :oaillt' , oi1 l'ou ·'était donné
r r1de:t-\"OU '. L '110c pitalité ~- était princière cl
cordinl,. Le noble duc, qui a ail ses projeti·,
comme on l'a ,u un peu plus haut, : ajoula
des ralfinement de courloi ic • qui , hieu
propre à . e on ·ilier à jamai~ la reconnaî~sance J es hût . ~lm Ré·ami r en jouis-ait dan les fibre les plus sccr le dll cltacune de :: \'anilé«. Et, pour rcnou.,elcr de

Mo11tmorcnc) ), qui l',l\'ait plu · &lt;l't111c foi
pri,=c de le ,•eni1· mir. Eli• d '\'tiil hit•n C'Pl:1 à
S(ln pin. , icil allli, : · lui tp.li, ous lt! Directoir •, B\-ail été le premier homme titré qui
a\·ait daigo mettre le. 11icd dll'z dl•. El ce
n'était pa~ alor un mince honneur, 1100!
C't! t lui ,1oi avait form{, l1• nu ·au l,la. 01111 • de
. n sa lun de lk1urgcoi · cl. a,· ·c l'11id1· de
.on con,in Mathieu, amil orient I dé ·id lmenl
i.
indl1cisions politit1uc- ,·ers lt-s i&lt;lë , monarchiqu . Elle fut d'autan! plu ·ontenle
d'aller voir c ieil ami, tJUe ltJ pn111re homme
dt'vail, huit mois apri• , êlre 1&gt;nlr-vé au loii r Je a Lellu retraite par J'êt1·rndle mort.

Parmi h· hnrumcs en vu1· ,,1 l'on ·ait
1p1'1•lh· ,:tait a Sl'Z avisée pour Ile rC!CCYuir 11uo
ceux-là) qui l'urenl pr1::c111t1 · ,,•ri,. rl'II épo•1ue ic )ltue l\t; .tmicr, il faut t·it .. r )1. Ale L
d • T0t·qu1•vinc. 11 Jul c I honneur au uc ·èltlc 011 livre ~ur l,11 démon·atie i&gt;11 1mùi1111e.
dmi.•,in. i dau, le ~a Ion de 1·ellt• i lln tre
femm • il put étudier dtJ prl· , ~au, lrnp de
parti pri; et ~au au1.:unt1 &lt;l · • illu,iun Je
ra.monr, l'amie de .on pamnt Chalcaulirinnd.
~lme \ïr!!inie , ne •loi, qui 1Ntait ·ep nda111
pas ll1l homme, fut imitée au. ~i wr~ t'e
lt·mp. : elle a,·ait fait r •pré~ent.-r à la Comédie-Frunçai,e quclqu •· pièl·c qui lui ilonn ~r nt une eerlainc notoriété; au: i ru pou,,aiHm di ·pen cr de l\=tiqueln, cfü• .ni-:--i.
dan: la collectiou de 1'\hha)'e-a11\.-8ui~. llans
~e Fo!Jer etei11U et dan· Un ulon tle f'1ffis,
•lie consacre 11udclue. pa~e. ii \!me fü:rami r, t'l il faut conv uir qu'on )' lrouYC
moio d mi,·1 11ue Je viuai••r : •JUC rnnlezou~ 1 Mme Ancrlol, ,c d,; .. a..1•anl dt• toul
parti-pri - cl d• tout convenu. ,oil ju~I •, voit
nai I dit uai. e qui lui ,·alnt ce li!:nc· de
~{. d T1 1ucvilh· : « P ·rs,mn • mi1•ux l(Ue
\Ott 11 • pouîaÎL pf,\imlre lmr IVcmnier el
p11nétrcr nus-i profondément dan: le lab)rinthc de es diplomatie . li fallait être fomlllc
ponr i bien comprendr • cc g.:Oiti loul l'êmioin: le plu. habile d' nlrc nou. • l un sol en
parciJI · malièr ; mai· . i je rt&gt;c'.onnai · ll'l 'il y
arnil en lm llécamier un al.nrne de petites
ras.ion el nn arl allanl jn ·1111'à l'artifice,
1·011\"enez qu'il · avait an~-Î uu 01H ré,} pour
1 , cho·e: de l'esprit el une .,rande fidélité à
e· ami· 1. ,&gt;
Je le crois Lien qu'elle étail lid \Je l, es
amis! t:omme elle ne -'entourait tiue de ••en·
dont P ·lal pou,·aiL r jaillir ur die, de gen
dont ell • pomait avoir J.,esoin pou.r . •s prolé;!é.. d'illu ·tr:nions, de sommiu:,i, Ù!l mini&amp;tr , eLt:., il n'! avait pa ,rrau&lt;l m 'rite à
ne pa- 1~ aliarnlonncr. surtoul 11u:ind on
·'étail J nn1: lwauroup de mal pour Je· itllir r chez soi. EL pui , •111i don· ,mrait parlé
d'clk· i elle ne 'était entourée 1111 de •ens
GUZOT.
\1.dgair • , comme la pr 'mi '•re 'Olle ,, nue?
D'Œfri:S I.J lithografhû Je j ~Ltl:ll,
Lt&gt; mt:rite consiutaiL, eh z Ile, à trouv r Je
mo,·en de
cré •r 1111 eu loura'" d'homrn
émin n ou di imrn . Il '·t clommane cesi douce j ui" nce , ell oll, , quand il fut p ndant que l, dignit~ 1ùù1 pn été, comme
temp de qui IL r les . ' aifü , au c·L:h •au de on ,·a 1• voir tn111 à l'h ure, à ln hautrur du
lonli!!TI), chez I du!! de LaH1l (Adrien de
1. C11mlc n'II ussoS\•1u.c. • .\la jeu11r.s "• p, 11l.

'l; l ·llr • J,,

J·

8 dt&lt;ct•rnl,rc l â1 , -

,le loc'•1ue1iltr. à lime ,\nr.èlut,
Un 11dr111 de Paris, l'· 7.

�- - filST01{1.Jf
méril.(&gt;. Alais revenons à M. de 1'ocquevillc. li
était trop galant homme pour ne pas en en. &lt;'r
une femme donL tonl le monde n voulait
dire que du bi n el qui l'avait d'ailleurs
, ccueilli arec di 1inclion: il était en m~me
lemp trop per picace pour n'avoir pa pénétré au i profondt!ment qne lme Ancelot
Il dans le labyrinthe de e diplomaties. 1l
Mai c'était comme un parti pri Je gardi&gt;r à
Mme Rt!camicr le secret de
petits ou
grands manèges· il était de bon oûl de ne
le pas \'Oir, de n'en point parler urloul el
de ·'y lnL cr prendre, -en surface. Mme Aocelol qui n'ei l poinL pri onnière de ce! excè
ùo rr:entilhommerie, de ce Donquiclwllisme.
nou a initiés à une de cei:. diplomaties féminine as ez compliquée . , oil pour amene.r
dans
~ ménageri ll une ~ l,êle Il rare de
plu , soit qu'ell • lrou1àl utile, dan l'intérêt
de la tarrière de ~J. Lenormanl, de raire la
counai · ance d'un homme dé lettre éminent
que les hasard~ de la politique, peut-être
même .e talent·, avaient mew 1 au ministère,
~lme Récamier se mit en lèlc do le foire Yenir
chez elle. ki, il faul reproduire tout au loo
le réciL de Mme \ncclot.
a J'ai longtemps é1ud iê. dil-elle, l'habileté
a,·ec la4uelle lroe l\écamier amenait le
autre à ubir a rnlor1té. C'était une élude
curieuse 11ue celle de celle ,anilé qui ne
s'oubliait pa un mom nt, mru qui ne · e
lh·rait jamai el qui employait le forme le ·
plus gracieuse et le plus sédui.ante' pour
tirer parti de la vanité de œu qui l'approchaienl. Lor ·qu'il comcnait à se projets d'attirer cbez elle un homme distin!n1é, e1le . e
liait avec femmes, enfa111s, amis et connaissances, quille à le. é ·arter ensuite qua.ml le
hut était au.eint · ri II ne lui coûtait pour y
arriver : c'étaient des courses du malin, des
vi. ite., des voyarres ! L'un de ces traraux les
plus miuotieu , le plos per évéranls, eut
lieu sous mes yeux, c•l j'en uivi · Ioules les
péripétie avec inlérèt, ù mon grand amu emeot. Il s'agi·saîL d'en errer dan le cercll!
de on inlimitê un ho111me illu tre don1 la ituation politique élail des plu. éminentes.
Oh! le Lut éltÜl digne de grands sacriti 'l' .
Aussi on ne les éparma poinL; on finit mème
par louer une maison de campagne à A.uteuil,
pour I' 1té, ca.r les l'atigues d_e la vie poliliq11e
y avaient amen; l'homme d'ElaL; il cherchait
là chaque oir un peu d'air pur el de solitude
après 011 · journêe laboricu ·c.
« .[rne Récâmi .r 1011.1 donc, 10111 contre
celle plcnùide ùemcuu, une pelitc et laide
maison .an j~1rrli11. el com me c'était àisailon, pour prendre L'air qu'on ,•enail là, il fnL
demandé une pL•rulis ion d promenade dau
le parc du ministre, clu'on connai sait as,c:z
pour vouloir le t·onnaltr · darnnlage el qui
eût foil 1111 atlrnir::d.1h~ pendanl au fauteuil
occupé pnr Challlaul.iriand à l'un do_ côlés de

s.,

t. llrne ANCl'.WT, f'aya·11 i'tânls. I'· 172 cl l75.
'2. Chateaubriand d 110n yroupr (i(léraire, L. 1,
p. .J.
-170· ll j11utul
'' un 1Il m'l 11,w
. : c'est purrc que Lm'I
leaubriand ne lui a l'0llf3Cré que i:e quel1p1es mol•
dans ,., · .llëmoir,•.i d'ni,/rc-to111bc. el en note ~c11lcmenl: a Je remercie l'in . nccu\ M. Saint~~Llcu,·, des

M JtDJf.JIŒ J ( É ~
la ch •minée du alon de l'.\bb:i t.&gt;-aux-&amp;i~;
une foi la permis.! ion obtenne, on se promena sans ces c, on fèta la b1•llc-sœur qui
tenait la mai on, femme d'e!lprit \JUÏ devina
toul el en rit avec • amie,; on cajola les
jeunes filles, qu'on 11 L d. n.er dans clcs matinée · rl'cnfanls; on a1aü jusqu'à des gimblettt• pour je ne sais quel carlin 1.iieu posé
dans la famille! ~fai cc fui urloul pour cel
illustre mh1i lre qu'on eut recour au· plu
flalleo e émotion , à de lroubl inouï , à
des admirnlion- cxprimce par d'adroite paroles el par de plus ad roi les r6ticence , lorsqu'un ba ard pré"u el cb!lrcbé amena rr1rlque rencontre Jan· le parc. 01.i 1 loutrs le.
ressources furent épuis 1es t l'on joua Je
grand jeu. Mais, héla ! c ttc fois I peine
furent ~ peu prè. inutiles, cl Ioule l'habilrté
&amp;:houa ou dn moin n\..nt pas un succès
('.omplel; l'homme 11'État, :ict·ou !u n1&lt;: aux.
douceurs d'un autre genre que l'oppo ition
lui lançait cha•TUe rMtin, é1ail cnira sé conlre
1 paroles, Le ilalleric, n'atlei•:rnaicnt pa
plas que le injures à ln lin.lftew· tle ses déclains, 11 ful poli, mais rnilà loul. Un' eul
p.i moyen d'amener à des soin a idus
l'homme i111lexihlè dont on eût peul-èlre
vaincu plu facilement la rigidllé, si ane
puissance rivale forL maltraitée depuis dans
les Mémoin de Chateaubriand, comme tout
le p r.onnes 11ui ne se prètèrenl pas aus
projets d Mme fücamier, n'eùt oppo·é son
veto.
,1 On en fnL doue pour t'~ frai~ dans celle
mémoral&gt;lc o ·c.a. ion.
a 11 e~t inuli le de dire que la pelile maison do carnpagne parnl inh.,lntal.Jlc, qu'on
revint bien \ite à !'Abbaye-aux-Bois, m1 tant
de projet mené· 11 bi«n pou vaieuL faire ouLilier un mécompte, el oît des e pérance· de
nouveau:r suce~ ne lai· èrent pas le Lemp
de s'en occuper 1 • »
CHAPITgE XII
La vie 'éconlail calme t paisible pour
Ume Récamier, .ans autre. événements
quel, réunions littéraires qu'elle donnait de
temp en lemp à l'o ca ion d'nn livre qui
faisait r1uclquc bruit, d'une pi•ce qui a1ait
quellJ:Ue 11-ccès: et cela, aulant pour di-traire
son éternel enuu~•é que 110ur maintenir Ja rEipulalion de _on salon. Eli n'étail ra , elle
ne era jamais de l'avi d • ~Ime de Créqui
écnvanl à Sé.uac Je ..\Hihan qu'elle ne se
pl:iisail plus.dan le monùe, qu'idle ne le supportait plu., . tJU.e « Lou les jours elle trouva il hi monde plu~ lièle u. Elle. elle coulinuail à recevoir .) force el à s'entourer de
tout uourn:m venu &lt;l~u - la célébrité. algré
cela, sr soil'ées n'étaient pas des plu amaanle . Le fronl de Chateaubriand, en ,•ieilli .iml, ne e dérida.il pa ; on, bu meur pas
&lt;li&gt;m11rches 11u'il a hièn voulu l'aire J!?Or ru(Ji .... &gt;
EYiilc,omenl, à eôLé do J'cucon~ qn ,1 pro,llguc ii
"me flécarnier, è'esl m;iigre . r.e u'elaiL ce!H'111lànl p:,;,
u11e rai on pour se ,·en~cr, 1'0m11ic i 1 le fil. par le,
rthcl:1Lions, un peu iuciacle cl"aillcur , qui sonl
anne'l'.ées au lnlilc IL Jp son très bel nu.rngesur Cfta.
lPn11brio11d cl so11 groupe litlfraire.

dav:inlage et a it grande a.mie 11 aurait pu
dire comroe Mme de ~laintenon, qui ne pnrvefücit plu , dan IP dernièn; années de
Louis IV, à égayer es sombre moro ilé. :
IL Qorl supplice d'avoir à amuser WJ hoUllJle
qui n'e L plu· amusnble! » J. de Rémusat
aus i, en .a qualité de chambellan de l'empereur a\·ait connu ce supplice d':J\'oir !1
a amuser l'inammaMe », comme di.ail
M. de Talle) ranù. Alai re upplire, en Iré
maintenant dms I bahitudes de .\fme Récamic.r, sali foi ait trop ses ,nnilt1s. tout en
donnant un aliment à ses « aftèclhil~ », à
ses r, maternité J) lalenle el inemployé •s,
pour qu'elle ne s'y rnllacliâl point de tonie
le · forces de on âme: ce supplice était sa
plu haute jouissance. F,t pourtant l'air d'enmu qui e &lt;léga.reait du ,,isage de CbateauLriand gngaail peu 11 peu tout Je salon,
œmmf' une lourùe 1'apeur. Lel-i ourires sLcl.réoL~pé de Mme Réetimier n'y pouvaient plus
rien : c'était du voulu, et uon du naturel ;
d·ailleurs, li ces sortes de choses, il faut Je
la j •11nes e, el celle de ~Ime Ré&lt;:&lt;1mier, dt:jà
vieille en da! , demeurait impui ante, de
même que on éternelle robe blanche.
Cela ne l'empèchail pn d'avoir su r~unir
autour d'elle, don cet automne de a ,,ie, nn
•roupe lilléraire qui dc,·ait compter d,111
l'hisLoire du momement intellt·cluel du
m .e siècle. Ce groupe était formé de pi ws
fües el de pièces rapportée : 1•· amLilion
plu que le analogies avaient mis momeutaoémenl cùle à cille ce hommes qui mérii.eot
d'être ex.aminés un peu en détail.
Sainte-Beu\'e fréquentait d'une façon as ez
a sidue le alon de l'ALbaye-aux-Boi . Il
y a,•ail été présenté par Mérimée et il dil
quelque pa.rl t qu'il craignait en 'y lai sant
conduire, den·a\'oir plus es coudée· franches
comme critique, de lais er dans ce salon sa
liberté de plume. Il déclare mème que, depuis
ce moment, il o·a « jamais été libre en venant
parler en public de ~I. de CllateauLriaud ....
One inlluencc aimable, ajoute-t-il, rn 'a louL à.
rait paralJsé ur ce point el n'a pins lais.é
place sons ma plume au juœement proprement
dit ». ainle-13eu,e se méprend : il a. plus
que libremenl parlé de Chateaubriand contre
lequel il a, on ne sait pour(Juoi 3, une orle
de ran une amère qu'il ne cherche nullement
à réprimer. Et il y a bien uu pl.lu d'hypocrisie
Jan ce lJtlÏI ajoute à propo de Mme Récamier : lt Mai un si doux charme attirail
d'ailleurs Ycr cette remwe gracien ·e qui
s'était con acrêe à René Yieilli. aut, qu'il
fallait Lien céder en définilire cl faire comme
tou ceut qu'ellll a vaincu . » ll n'a pus agi
ainsi : se îai ant l'écho trop comp.Jai:.ant de
ra.ncune el jalousies de Al. M lé, de lime llor~
L,mse Allacrl 1 el des mali,•uilé ùe llrue de
B ignP, il a vilipendé u11 pc11 l'illu Ire auteur
de!! Mm·Ly,·s. Quaul à lme Récamier il l'a
~ Qui, sou~ le l'"rmlomm Je lime ile "nman. a
è,-ril Ull tiue 4U Litre hill1rre. lts e11d,a11/eme111, de
f'r,ulwce. 011 elle rncoutc le ;;i!'ns propres quoutl
elle devint il llornc, en 1 :!O, po11t lr~s peu de wmr,
d'ailleurs, la m&amp;ilr~sse de ClwlCllUbJ'ianJ. - \'uir, il
ce suj l , comle J'U....-,-o ~,·uu:, Jiu ;eu11e1se, p. IOll-

1!12.

encensée, moin!' pe11t-ètre par reconuai~sa11cl",
par bon cœur, que par bon ton : el pourtant,
à Lra1·er la fnroée de l'encen • pour qui ail
lire entre le lignes, oo eo l la rilJ'e du 1·riLiquo ous la palle de velour- dé l'homme du
monde.
~!. Lrnormanl, robinet 11 paroles toujour:; OU\'erl, prort&gt; ·ait dan. le ~alon. dans la salle
à manger. dan l'anlich:irubrr,
dans le tèle-à-Lêlr, comme 'il
élail en chaire; il ne 'apercf'1a.it mème pa 11u'on ne l'&amp;ouLai t point, et collaùorail aclivc..m nt, mais non Lacilf'menl, au
solennel ennui a.saisonné dëtiqurlle et de contrainte qui régnait dnn, l" salon &lt;le lmc Ri:camirr; il lui communiquait
ainsi uo air de haute cuistrerie,
fort mes. éanl, mais donl chacun
pourtant, arnc Lou· les é«ards
qu'on Joil daus le monde aux
oLs, avait .fini par 'acœmmocler. on "isage, banl en rou~
leur, témoi"nait de a atisfarLioa, de a béate jouis ancc à
e voir et à ·entendre aiu. i
parler_ Jam~i, homme ne 'est
monlré si heureux. d'ennu1cr
le. autre ; jamais rcns n'ont
semlilt.i prendre. autant de plai~
ir. à se lais:ser ainsi ennuJcr
fatS , r. Lenormanl était lion
courtisan, par conséquent c'était
uo !!l'a □d homme.
Tranchant sur ce fond de
grisaille~, niais dis ·rèleruent
M. Ampère, par son beureu~;
naLur douœmenl sourianll•, par
sa conn:rs, 1ion1mjouée et spiri
Luclle. t·orri"'eail ceu.e almospbèredtl cuiHrerie latente et de
morld ennui. Tout professeur
c1u'il était, il répandait bien de
l'agrémenL dan- ces réunion
qui, ~an lui, eussentétéÙllenahles; car miss
Mary Clarkli n'étaü plus là pour le- égayt&gt;r de
~s charmanles gamineries. Depui tantèil
vmgt :ms que M. Ampère frécrucolait la maison, sa nature. 'était peu à P'U transform~c.
Corn.nie les c1mleur un peu Yi1•e· u'e taient
pas
de mise au milieu des teillll' na,.,eantei:
. d'.
e
,
in ~c1se, _el mi-1·oilées &lt;le l'.\bbaye-nax-Dois, il
:nrul _dù 1m~o cr une sourdine il sa pétulante
el hr,llaote Jénnes c qui eùl Lrop dêt nné dnfü
1:e. milieu où lu lion go(li.. le bon Lon était
J'allénucr, d't11eindre prestJllC, el on l'on
parlait à mi-voix COlllDlt' dan une calht:Jrali:
ou dan la chamhre d'un mort. Cel air de
tombeau le momifiait 1•i ,·ant. ic C'était, a dit
~ ·rimée, un homme &lt;l'un caractère !rb pa. ·•
SJO~në. lrr5 éapriricu1, tr~ · origiual. Pclit à
peut elle (Ume Récamier) l'n façonné dt! lrlle
manière r1uïl est devenu dùu:i;, poli, Léuin el
médiorre comme tout le inonde ». Pau ne
Ampère! lime Récamier n' lfail pourla.nl ni
a fco1me ni .a mru'tresse pour qu'il 'e lai.sat
ain·i Jèprimer, éteindre et ùome tiquC'r par
11

~

lë philosophe ùe l' Abbaye-am:-13ois poussait
un peu loin les génu0exion el les révérences
pour les drux idole d' céan . Ami e clave
de Chatcauuriand, fidèle Achate de ce wand
homme qui, partais, Il• lrailail d'un pelil air
cavalier, H était le chevalier
d'honneur de Mme llécamier.
nn eût plutôt juré un écuyer,
par exemple, t·ar il y avait du
~ancbo Pança dan· la chc1•aleric
du philosophe. Sorte de fu.1nulus, à la fui intendant, maitre
des cérémonie.. niritable mait1·e-Jac1Jue~ de la mai on. Bal1ancbe éLait beurcm de son
rôle auprès de .n !IT:lcÎèuse paLro1mc. Pénétré dt• J' importance
de e fonction et même, il
en croire ainu:-Bcuve, Je l.1
ienne propre, il était acccpl~
sur ce pied-là rlan la petite
colonie. Il n'in pirait d'omLragc
i.t JICrtiODDe. Aussi l'aimait-on
assez, quille à ~ou rire de hc i
dan l 'escalicr et à l'app!!ler « le
lion Ballanche » partou L He
mème que la reine .\larguerite
&lt;le Na\·arre l'écrivait à sou frère
François l"", il eût volontiers
upplié Mme l\écamier r1u'dle
ne lui reîusàL point &lt;t place de
la11uais aupri•s de ~a litière ».
C:elle plaec, iJ l'avail du reste
011 toute cirton tance. ~lais
ramour était au fond tltJ tout
cela, ce qui donnait son prix h
la chose, cl 011 sait que, de ~u
nature, J',unour est pass;\l1lcmeot l';iler. 1}11 reste, sur ce
point, ~fme Récamier donnait
toute ·ati faction au philo. oCHcbt Bf&amp;Wl tt c:;.u.
phe : elle le rhargeaiL de ses
menues commissions el ùe 1oul
ce qu 'ellt: aurait eu ennui it
faire elle-mème, N'eske pas
principalement pour cela que
après avoir reçu ·a déclaraLion, ne lui avait &amp;11:rncb.C!", arec ·a candide conviction d'amoupas renvoyé la halle· il était de"enu, Iaule Je reu,:, appelait l'lbbaye-aux-Boi ,1 le cenlro
mieux, ,on ami puis ,011 leeleur, un peu son du monde?»
secrétaire, beaucoup a chose.
Ballanche pontifiait au milieu de tout C&lt;Jla.
Ce . alou de l'.A!Jbaye-aur-Ilois es.L en \'érité
On a diL c1uïl a\'ail le style &lt;1 j)Ontifkal n : une curieu e chose da.a r hi~toire liuéraire
c'e l l'rai; il y a du (1 mandement 1&gt;, dti u l'tan- de la première moitié du :me siècle. 0 11 y
cycliqne ~ même là-dedans'; il y en a aussi lruuvu ra semLlés conune à plaisir, duwun
dan es discours bégayé ; mais j 1 } a du venant pa.rad~r par lutérèl del'ant cdle 11ui a
« grand-prèlre &gt;&gt; Jan· ses altitude~ onctueu t.!S. intorèt à les recel'IJir, pres11ue lem · le per'on a11••11sle laideur, à qui un air do comonnages qui s?nl ou aspireul à Jcveuir ,p1elponctiun 1,é..'\te inexprimahlc donna.il une !'.i0l'le t[~e chu ·e, 01 L dans les letlres , ~oit dan
d'aunlok, rayonna.il dan le demi-jour du l'Elal. 'four J l:{l'a1-ite aniour de Mme R~·asalon. On eùL d1 t un vi •u.t serviteur de la mier, ùe cette femme loujour, ,1ilue de
maison qu'on avait fait monter en rrraùo et blanc, toujours souriante, Loujour jeUIJe,
qui étail au alon pour porter les ordre· fo pourrait-on dire, s'il n'était lrop \'i,-il,le
la maitres e. J'ai ouï dire à celle Lonne qu'elle s'accroobait le plus qu'elle pouvait à
Mme ~Jichelet. tian· la dt!rnière année de 'a
es &lt;l6bri de jeunesse . .A part cela, avec on
ifo, cl clle-mème Je tenait de son mari, que patelim1gc rnanîérô incroyaulem~nt elle e~t
loujours la mème. EL comme lout cela lui
1. On a peu le leinp, aujourd'lmi de s'enfoncer
dans les ounn;:es de Ua1krnd1e, mi,is 011 l'l'Ul lil-e lus réus it! Comme cb.acu.n chante ~s louang~s !
c8uscries qutt leur onl CI.Ulsacrf~s S..t,Tl:-D~m·• (Por.Mai 11.ls hommages gu'on rend à cette femme
lrC1il~ co11temprm1i1111, t. Il) cl Emile F.1GcET (Politit111es et 111orulùie&lt;1,.
qui •'é.vcrlue à plaire comme à la Llcb.e vont

elle! Mai il ·"était lai-sê faire, pnr une sorlc
de poinl &lt;l'honneur mal placé cl dt&gt; 1 hevalerie
mal entendue, pour ne point se drjuger et
pour paraitre loujour amoureux de cellt' qui
l'avait provofJné au jea &lt;le l'amour t•I riuj,

'

�msro~1.J1 ____________________.:.____
par-dessus sa têl.e au ,•icomte &lt;le Chateaubriand. Car c'e. L de lui qu'ont besoin tou
ces vi iteurs : ils :'.l.l'enl que c·e l lui l)ui
tient le clcfr dc l'A.cadémie françai e, et
c'e t à lui 11ue 'adre cnL leurs llalterie•.
Courti er )Jme Mcamier esl ln façon la plus
délicate de le courtiser lui-mi'me. Et tous ces
me .iours sont courti ·an-. c·c t Mme R;camier 11ui, depui qu'ellti a réu i à faire de
Mathieu de ~loolmorenc · un académicien,
choi, it les candidat el triture 1 · élections,
- comme le îai ail jadis Mme de Lambert.
CliateaubrianJ n'est l(ilC son porte-parole au
palais Uazarin. Par (;l"ard pour sa gloire, ptir
égard pour so11 â"'e. chacun lui promet sa
,·oix et, hose curicu e il .e trouve assez d~
gens fidèle à leur prome se, pour, le jour
-venu, élire l'élu dc ~rrne Récamier. Ballanche,
après a,·oir échoué en 1 55 conlre O:cribc,
ét:ÜL vcrm le premier eo J842, aprcs le due
de ~loolmorencJ ; Brifaul . uina, pui ·
J.-J . .\..mpi·re en l i-(i. El l'intluence de
TWcamil'r le prolébrcra même après , a
mort, car le due de Noaille remplac ra
Chateaubriand. Pun ard era reçu cinq ans
apr~, en 1 '5j1, el M. de Lom1:!nie seulement
en t H. Il est vrai que ~on ouvrage ~ur
Beaumar,~ha i.~ el :an tcmvs le recommandait plu puissanunent que le souvenir de
l'amie de Cbaleaubri:md. ainte-lkm·e, lui,
'étail présenté plus lôt, en 1 4'I&gt; : il avait
Lous Je- Litres per onnel pour affronter an
appréhension le .cruûn; mais il n'~Lait pa
un na·,r el il sal'ail fort bien que tout cela,
succès liLLéraires. érudition, goût, esprit, délicate se d ' talent ne signifie rien quand on
n'est pas persona grata, auprl's de la coterie
c1ui fait h pluie el le beau Lemps sous la
coupole· el, habile il a,,ait su se faire bien
Yenir de la coterie!.
C'e t ainsi que, n'ayant pas d'enfants,
~fme Récamier e con olail en fai. ant de
ac-adémicien . Elle en a,·ait même fait un de
M. Charles lenormant, le mari de sa nièce,
en cuisinant a candidature aux. In cription
et Hclles-Lctlre . Ob l c'était une fine mouche que Mme Récamier; elle po.sédait, gràce
à son sceplicisme prali11ue, produit d'un
cœur sec, la science et l'art de la vie, el,
.ous on petit air de n'y pas toucher, Ile
sa ,,ail à merveille Lirer son épingle hor du
jeu : ~f. Lenormanl, sa femme aussi, étaient
ses cligne él ~vc .

,rme

Cependant il se produit de temps en lemps
quelque défèction dan les hôtes de l'AlibaJeaux-Oois j la mort frappe aussi parmi eux. Au
far el à mesure que le années s'écoulen1, les
rangs s'éclairci enl, les fronls se remhrunisent et une leinte de mélancolie commence à
percer dans le lettre de Cbaleaubriandt
ju que-là si pleine d'entrain, ,Jans celles de
Ballanche .... Le bataillon sacré, un peu diminué, se ·erre autour de Mme RécalllÏer :
chacun sent la mort planer au-dessus de sa
_1 . c On di l que l' Abboye•au.t-Bois a quclt1ue 1'e l-

lé1 Lè do me JlOII SSCl' :i l'Académie .. .. 1 {Pons:ird à la
duuhe se Decazes, 28 jui11 1S17. - Revur dB Pari8,

l:i m~i 1901 .J

tète, comme elle plane, dans la hataille, ·ur
les soltlat qui forment la oarde du drapeau.
fais, en même Lemps que le alon ·e vid ,
l'intimité se re. erre entre le r1;5laot : le
cœur hat plu fort chez ce mort de demain
qui sa,ourent de leur viv.int le trépas qu'ils
voient venir. qu'il~ attendent, que Chateaubriand a .ure ouhaiter : mais, au fond,
tous redoutent le moment 011 il eotrero11t
dan le m stéricln inconnu d'où l'on ne revient pas. Ne serai nt-ils pa,; bl)mmes ans
cela'? llalbrré tout, on esl aimable, one t "3•
lanl. Chateaubriand écrit 1, ri. vicîlle idolo :
« Le Lemps me ravit chaque jour un œil, une
oreille, une main; si ce n'était votre chère et
ùclle per. onne, je m'en voudrais d'a1 oir traînas é • i loagt.emps ou: le oleil. »
Jlme Hécamicr, de.on cùté, voyait sa santé
'altérer en iblemenl. Elle foi ait de efforts
méritoires pour cacher à se ami une décadence qui Les eût furl aînigP , mai elle ne
pouvait lcnr di simuler q1w :;a vue bai ail :
bientôt il f:ùlul reconnaitre qu'elle était atteinte
de la cataracle. Elle e décida alor' à aller
aux eaux d'Ems. J.-J. Ampère se déroba à
eCS mille occupations pour 1) accompagner,
- car elle ne \·oya eaiL ni ne sortait jamai ,
seule : il lui fallait toujours un chambellan.
Elle allendail beaucoup de bien de celle cure
lhermale, qui u'en amena pourtanl aucun. Et
elle mandait à a njèce: « J'écris comme avec
de l'encre blanche, sans voir ce que j'écris. »
EL Amp re, de son côlé, disait à ~l. Alexis de
Tocqueville : « Mme Récamier est revenue
d'Ems a sez souffrante~. 11
Cependant, Chateaubriand semLle avoir
comme un regain de jeun se et, en 18/43, les
lettres qu'il en\'Oie de 8ourboone sonnent un
peu la gaieté; mais cela ne dure pas, et celles
qu'il écriL de Londres, oti il va la même
année, ne 01meot plus que la mélancolie.
Comme Lous le ,ieillards, ce grand débris
parle de sa jeunesse; c'est mauvais signe : on
n·en parle que lors4. ue l'on ne l'a plus et qu'on
entre dans l'antichambre de la mort.
Ou y en1re si bien que, Lout à coup, voici
des glas [ U onnent pour le prince Auguste
de Prn se. Le malheurew esl mort l il renvoie à Mme Récamier ses lettres et le Leau
portrait d'elle par Gérard qu'elle lui a,•ail
dooué.
Quelques di tractions pourtant au milieu de
ces tristesse et de ce deuil latent que chacun,
daos ce salon, semble porler d',waoce pour le
premier qui disparaitra : ce sont des candiùaturC! à l'Institut. J.-J. Ampère e présente
en avril 1846; il est, depuis le mois de décembre 1 4 , de l'Aoodémie d Inscriptions
cl Belles-Lettres où il a remplacé un ami de
[me fiécaroier, M. de Gérando. M. Vatout,
&lt;( ce gros et pourtant i plat homme», comme
disait M. de Tocque ille, )1. ValouL, le bibliothécaire de Loui -Philippe, esl on concurrent,
et l'on va voir aux prises l'influence dP Tuileries et l'influence de !'Abbaye-aux-Bois.
1

2. « ainle-Bcnve désirait alur entrer à Llc8,lemie
e l Mme RècamiPr él.ail par se intluencc une grnnde
dispéns8lrice des tlocle fn ut,•u ib. ll (Aug. BAKB1H11..
01we11iN7ier~01111els rt silh,.,ueUes t on lemporai11.e8.)

C'e t celle-ci qui triomphera. Voici quelques
détail sur cette séance, donné' par un des
acteurs : « M. de Chateaubriand, a écrit
Alfred de Yign , s'est fait porter à l'Académie.
Hors les jambe!-, qui n'ont plus de mouvement, il est, dit-il, forL content de a anté.
11 est venu exprès pour soutenir Ampère,
qu'il protège. a tôle octorrénaire e t plu
helle que danS' l'àge mùr je ne l'avais
,ue. - .A fln 11u'on ne le vit pas arriver, il
s'est fait apporter avant tou . L'ne sorte de
co!1uetlerie de vieillard foi fait craindre , urtout d'être surpri · eo lla!!rllnt délit d'infirmité. U e t a rz ému du plai.ir de e ,·oir
encore compté parmi les ,•ivanLs et de l'e poir
de l'élection d'Ampère. Le bon Ballanche e l
auprè- de lui et parnîL fier de le voir arrivé b
un econd étage; e· !!rands yeux sont attendris el ~on beau regard devient alors d'une
inexprimable douceur. Celll! gràce lui a sai1s
tloute été donnée cJ'en banL pour Lempérer la
laideur sw-prenante que lui donne la loupe de
sa joue gauche, qui le rend difforme 1 • u
Ampère ful élu. li faut noter que Lamartine ce « grand dadai », comme l'appela un
jour Cbaleaubri,1nd, vota conlre Ampère et
envoya cependant sa femme réiiciler ~lme Ré·
carnier de l'heureux. ucc~s de la candidature
de on ami.
On a vu qu'avec les années Cbaleaubriaud
avail été pris d'une paralysie des jambes.
Mme Récamier était aveugle, ou à peu près.
fü continuaient cependant à e réunir: la ,ie,
pour eux, n'était plus guère que dan leurs
ouvenir , et il e le raconlaienl, quand ils
rompaient un peu le lourd silence qui les enveloppait. Le cœur les consolait de leur misère : &lt;( 1'ous les jours, 1t trois heure , a
écrit Victor llu"o, on portail )1. de baleaubriand près tlu lit de Mme J\écamier. Cela
était Louchant eL tri te. La femme 11ui ne
voyait plus cherchaiL l'homme qui ne sentait plus; leurs deux main se rencontraient.
Que Dieu soit béni! On va cesser de Yivre
qu'on s'aime encore 5. »
Au miü&lt;&gt;u de ces décadence de l'âge, le
bon lhllanebe était toujours le mème. Le
ùra,·e homme, bien touchant dans son culLe
pour ~lme nooamier, était SUT le tard devenu
mondain, et, missionnaire de a douce idole,
il allait dan quelques maisons amies et y
chantait ses litanies. C'était partout la même
an.Uenne: Mme Ilécamier, et toujours Mme Re-carnier. Il e lai .ail dorloter chez )!me de
llauleîeuille. Là, cependant, per onoe ne songeait, comme chez les Noailles, à lui demander
a voix pour l'lnsliLuL. La , ie y était toute
pàtriarcale. Ballanchl:l se ooucbail de boone
heure : a si prè' de on lit, M. el ~[rue de
llautdeuille lui lenaienl compagnie el l'écoutaient rêver Lon! haut el tléaoiser se utopies.
La philo opbie du bonLomme se plaisait à
fralerni . er avec les aristocraûcrucs rnondtini tés qui formaient " la queue » de Mme RlL
camie!'. 11:t c'est ainsi que, pour Lui, les jours,
3. l1)tlré-lforic cl .f •• J. A1n•ùE, Cvrrapo11da11ce et
L. I1 ' P· 100.
't. Alfred ~~ ,•1gny, Jo1m1at d'w1 p oète, 11· 21;;,

..,,

___________________________________

le mois, le années passaient. Le lettres des roir . Je l'ai suil'ie, la ,opgcuse, par le sen- m3ilrr se &gt;l, c'e t-~-dire la mer. Il rut pa. er
membres de la petite colonie de l'ALùaye con- tier qu'elle a . uivi à p1foe; je la devanœrai une emaine à Tlieppe tandi, que Mme l\écaliientdt dans une autre patrie. En se prome- mier allaiL au· i t'n 'ormnnilic chl'z ;a nière.
tinuaient !1 èlre charmante , mai· E&gt;mprcinlè
'ennuyant hien1iît à Oieppe comme partoul
d'une mélancolie de plus en plu_ prono111'!:e : 11:1111 au milieu de ce- ,l/ém.oires, dan les
cela enl un peu le radeau de la Jléiluse; on détours de lo1. Da~ilit1 □ • c1ue j me h:Ue d'a- et L·-0111me 'ennuient toujour le vieillards
nn famille, il rrlourna b Paris.
semble se demander chaque jour qui ~era chever, elle pourra rrncm1I rer la cb:tpelle
La vie } ful plu tri ' le que jamaL. Da11 '
dé1·oré tlemJ.in _par l'ine:rnraLle mort; elle qu'ici je lui dédiej il lui plaira peut-èlre de
l'e..poir de rerouvrer un peu Je ,·ue, ~lmc l\éfrappe à droite, à gauche, elle finira Lien par s'y rcpo er : j'y ai placé on image. 1&gt;
En atleo&lt;laol, presqne 1011,iours accompa- camier con,entit à être opérée une e ·ontlc
forcer le portes du Lerop 1e. La colonie formait une véritable l'amille, u-è; unie, quoi11ue mëe de M. Ampère, elle all.1il chaque jour se foi ùe a cataracte. Mois lé ré ultat fnt à peu
près nul. La pnuvre femme dt:meura pr sque
ses membres . e fussent chai is. !lfme de Chil.- repo. cr nuprr 1fo celui qui arnit ~cril ce
tcauhriand ÜYait en paix a1•ec Mme Récamier lignes. Elle lui n ramageait » une foule d'a- aveugle et entra ain i Loule ,imnle dans
et mème, maintenant, a\'ec ~oo époux.. Elle necdote qu'il savait déjà, elle parlait du pa é, l'éternelle nuit. Tandis que la mouorchie de
aurait as.urément préféré, dan les premier de leur$ amis .... Mais il était hien difficile Juillet 'écroulait et que le ,·ienx roi Loui •
temps, ae pas entrer en ·ou inoge u ·ec celle d'inlére ,t'r fierté qni, en vieillis~ant, se fai- Philippe prenait. c-0mme on cousin Charles X
intrin-nnte bourgeoise; mais il y a,•ait beaux .ail plus • ombre el pins morose que jamais, auquel il a1·aiL si le:temenl escamoté a coujours qu'elle en arnit pri · son parti el c1u'elle el ~lme flécamillr, comme l'a dil )1. Ampère, ronne. 1 chemin de l'exil; tandis que le canon
était devenue l'amie déwuée de celle ttuî lui avait à portrr &lt;1 loul le poids de es abatte- &lt;le terrible-s journée, di! juin. qui ~11i1·ir &gt;nt
avait ua peu ·olé son mari. C'e I à elle que la ments. » lin jour cependant un sourire de de si près la chute de celle monarchie hâtard1',
jeunes e, d'enfauoe plulùt, YÎnt errer ~ur ·es foi ait rrcluUer le vilr, de son ,1ppa.rlcm nt
mort s'adr-e· a la première.
Peu de jours après, Mme nécamier fut lèvres amincie et déjà décolorées par la la ·si- de la ru du Bac, Chal aubria.nd sentait quo
opérée de sa calaracLe, mai ans succè:,:.. Le lude du sang à y circuler. Le paralytique Ja mort, après lui a\'oir pris le· jam.Le~, .illail
bon cœur Je BalJanche, à ce moment, passa offril à l'a\"eugfo de l'épouser avant qu'il ne lui prendre le reste. Il s'eriformail alors dan
par des Iran es terrihle~. el c'est lui 11ui consommàt .on mariage imminent avec la de long ilence, el ne répondait guère, 11ua11J
mourut de l'opération. [1 fut atteint d'une mort. Il Yonlait donner son nom à on amie, on lui parlaiL, que par mono yllabe·. 11 tomflm:ion de poitrine. A son :\ge, avec sa [rèle comme la marque la plu. grande d'une bait "\1Sihlement en rnfance 1 • Un jour, la
con. tilution, affaibli en outre par ses an- a[ectiou qui ne_ 'était pa démenlie un in lanl fièYre le ai il. Mine nécamier ne le voulut
goï ses, il ne pouvait s'en tirer. e, der11it·r · depuis le jour où il J'arnil Lrom·éc à côt~ du plus quiller. Ume )Jobl, qu'elle a,;nil connue
moments rurent adouci par la présence de cercueil de Mme de Staël. Mme Ué!'amier à l'Alibaye~aux-B'lis lor qu'elle était mi
celle à qui il avail consacré cœur, peiuie. , rcfu,a. Devant de nomelle in ta.nec~, elle Mary Clarke. el qui habitait maintenant dan
loul, et il s'èléigoit doucement, heureux de refu,a encore. Elle fit bien : elle comprem1il la même mai·on •1ue ChateauLriand, la pria
conlemplcr ju. qu'à son dernier moment le qu ·elle devail rester madame Bécamicr, celle de venir &lt;-'in taller chez ell': au moin pourvi age de l'amic qui ne le pouvait voir el qu'il femme unique, ni êpon e, ni mère, qui ne rait-elle ain i à toute heure voler auprè de
ne deTait pJ115 rc,·oir.
~'était donnée à personne el donl le nom était
on vieil ami et revenir prendre un peu dé
Cetlo mor1 fut un cruel chagrin pour plus- indissolublement lié à celui de Chateau- repos lor qu'il reposerait lui-même'. Ell •
Mme llécomier. Et puis
accepla el resla Lroi, jours
ellepres:·enlail quefo surchez Cl!Llc aiwaLlc femme.
Chateaubriand eu était à fa
vi,·ant ne pouvaient tardn
beaucoup à faire 1• grand
dernière goutle d'huile : il
.'éwignil le/~ juillet 1 1 .
voragc : bateauhriaud,
elle-mème .... Mme LeoorMme llécamicr tnt au
mant, pour taire diver. ion
dé~e- poir. Elle e jeta . 11r
à sa trislcs,e, l'emmena en
le lit oit ~on ami dormait
Normandie. Ampère les y
son d~rniE!r ~omn1eil, elle
accompagna et écrivit, au1\•nserra dan se, 1ras,
arro a on ,Lage de ,e
prè d'elles, un li1-re pour
perpétuer le souvenir de
pleur .... Heprenanl cnlin
po ses ion d'clle-mëme,
celui qui avait été pendant
près d'un demi-siècle leur
cUe 'assil dans un fau&lt;&lt; bon Ballanche. uCh ,teauleuil et pria le coiffeur de
brinod, lui au~si, avait déjà
C.:bateaulJriand - 11ui était
immortalisé sa &lt;1 grande
venu,commechaque malÎn,
amie 11 dan ~e Mimoire.~
pour le ra er - de cou&lt;l'outre-tom.be. « En ~pper pour elle une mèche
procbant de ma Jiu, )'
des cheveux de son illustre
Lrouve-t-on. il me emble
mort. Toul le lllonde sait
11ue tout ce qui m'a éLé
&lt;JU'il avait e:xpri.mé le désir
cher m'a été cher dair
d'être enterré au oord de
Mme Hécamier el qu'elle
la mer, comme s'il pouvait
Cliché Oiraudoo ,
était la ~ource cachée de
toujour · entendre lu u}lADAME RE:CAl!IER SCR SON t.lT DE MORT. - D'a('rès le dessin ,fo D&amp;v-~:R!A•
mes allections. Mes soublime fracas des lames
venirs de diver' ,iges, ceui:
dont la lourde ·adencc
de mes songes comme ceux
sem11e scander l'éternité,
dt: me réalité , se soot pénétré ·, mêlés, hriand que si elle lr portait de fait pendant et les ,amages harmonirs d~ rent qui
conloodus, pour faire un composé de char- le quelque jours de 1épit que la mort pou- avaient bercé es rê\•eries le long des laumes et de douces souffrances dont elle est vait encore leur accorder.
1. c Nous allons nous retrouvN chur1uc jour ra,• tlu
Chateaubriand l • comprit de son côt~. Il llac, cpianl yuelqucs lueurs ile celle gnndc intellide\•enue la forme vi ilile. Elle règle mes sennlfail,he.... , (J..J . Aropcr • ,1 ~!me Hér~mier,
timents de même que l'aotorilé du ciel a mis voulut CPpeodanL ~e cou oler en ~llanL voir gence
14 juin 1114!1.)
le bonheur, l'ordre et la paix dan mes de- celle qu'il avait toujours appelée ,1 ma vieille
2. K. O'M ~~"l, (;11 ~a/011 à Paria, p. 80.

8r/ 1Wt'Jlll"$,

5, \'ictor lloGo, Cltose11 1•Ul!,8, p. '208.

.MADAME J{ËCA.M11:~ - - - . .

.,., 77 "'

�1t1STOR..1A
de· et des grhos armoric.1ine pendanl les
4uelc1u1•s années de a mélancolic1uc enfonce. Oo lrao parla son corps sur le rocher
du Gran&lt;l-Bé, dl!l'anl aint-Malo. Le onseil
municipal de celle 1ille l'avait olfort de on
1i1•anl au glorieux écrivain, et y aYaiL d'a1•ancc fait creuser a tombe dan le roc.
Ampère représenta l'A.hbale-a11x-8ois à la
cér~01onie lllli se fit à iflt-1lalo.
La mort de Chatenubriand, c'était la morL
à lire[ dt:llai pour Mme fiécamier, i on ne
l'en di ·tra ·ail pa . 'on rôle élait jon •, la
pièce étnit frnic. 'es ami , Ampère. Brifaut,
Tocqueville, a nièce Mme Lenormant ur1oul, ne l'abandonn:iienl pas el par1 enaicut a
donn r un peu d'intérêt à la 1·ie de celle
pauvre aYeugle en cherchant à lui faire oublier
ses douleur . lis y arrivaient. :rràce à la complicité des années qui développent chez le
vieillards les ferments de l'égoïroie. Une
îernme de beaucoup d'esprit, la vicomte se
d'igoult, rrui ,·it Mme Récanùer peu de mois
apr~ &lt;1u'elle eul quitlé es éternels 1·êtem nls
blanc pour porter, en noir, le deuil de Chateaubriand, nou a tracé d'elle à ceue époque
cl dan son cadre de l' Abbaye, un porLrail
qui doit èlre bjen r' emblant : &lt;t C'étail, dilcllc, Vl!rs la fin du moi de mars 1849. Une
après-midi, je montais les degré humides et
ombres de l'escalier en pierre qui condui ail
au premier étage d'un corps de logi' i olé
Jnn. la cour du couvenL de la rue de èue·,
où logPail celle beauté mer,·eilleu e qui a1•ail
ébloui de on éclat plus d'un c1uarl de siècle.
Je la lrom•ai dan uo salon as ez m-and et
d'110 a· pcct vieux, assise à l'angle de la cheminée, ur une causeuse en oie bleue qu'en,·eloppaiL un pam·enl de couleur gl'i e. Elle
e leva pour venir à ma rencontre et s'avança
vers moi avec l'liésiL:ilion d'une personne dont
la vue esl obscurcie. li:lle était svelle encore
el d'une taille élancée. Elle portail une robe
cl un mantelet noirs; son bonuel blanc, orné
de ruban gris, encadrait on visage pàle, des
traits {in , un t-0u1· en iaux ebe1·eux brun ,
IrL é~ à la mode ancienne. a physionomie
~lait douce, sa voix au si :,on accu!!il forL
gracieux, quoique cmliarrassé. En mltrmuraol
i(Uelques paroi • confu es sur le plaisir de
me roir, el lé me faisait asseoir à SèS coté ....
Elll' c plaignit de a vue, lrè affaiblie, el,
carr.s ant Jl' sa p1!lile main eifl.lée mou manchon d'hermine, ùont la blancheur attirait
san doute on regard : «J'ai mi nll.! lunellt's
pour Làcher di! l'OUS voir un peu, D mtl dilelle.... Elle 'informa de ma HIie, obligfo
J'èt,·e une personne dii,tini,'ltée, me tlil-ellc
1

1. ~n mol ml' rc..icnt qnî me J.orm~rail lori.
• \lmc Rècomicr P,t nrri,·èc ~ foirc J.~ ln c~u••llcric
nue ,ertu •, i:.ltl ull jour un humml' 1fcsµrit. c'c là

courtoisement, de mes travaux. La nom de
Lamartine arriva. Elle m'a" ura qu'elle l'aimait bcauroop, qu'elle le dérendait 0011slammenl auprès de ses amis, Lrop sévère à ~on
érral'd. &lt;&lt; c·e t un artiste, » ajouta-l-elle d'un
Lon qui signifiait: &lt;! Il ne faut pa;; trop le
prendre au érirux. &gt;&gt; Quand je pri · congé
d'elle, elle me fit promt!Llre de venir ou1enL
à I' ubaye. Je n'y retournai plu qu'une
foi" .... Elle me laissait un souvenir agréalile.
Pourlant je n'avais pu, en la voyant et en
l'entendanl, m'1•mpêcher de îairi: cette réllexion qui n'êtajl pa loul à on a,·anlage :
c'est qu'il ne fallru.t rien apparemment de
hien e.tlraordiaaire pour avoir le alon le
mieux fréquenté de Paris el pour 1·harmcr
les ,qrands hommes. Non s~ulemenl je ne
lrduYai pas à fme Récamier d'esprit, au
en propre du mot, mais rien de parûculier
à elle ' ni de Lien intére sant. Pour laoaage.
un petit gazouillement· pour rrràees, la cajolerie; rien de nature et rien non plu d'un
art supérieur; rien surlout de la grande dame
a urée en on maintien et qui porte haut son
àire : l'hésitation dans la voix, l'hésitation
dans le geste, et tout un embarras de pensionnairo vieillie•. »
Pen ionnaire vieillie! C'était bien cela, le
moL est très ju te. ''aia11l jamais été femme,
n'ayant pa eu Ja maternité, ai•anl circonscrit
se ambition à de simple vanités el borné
sa Yie à de me.quin man~ges de C0&lt;1uetterie,
Mme Récamier était demeurée pen iom1aire,
avait vécu pen ionnaire el vieilli sait pcn ionnaîre.
Elle devait mourir telle, en proie à de
terreurs folles auxquelle une femme de on
àge aurail dù avoir la dignité dù ne point se
lai ser aller. C'e t le ch.oléra qui lai mellait
ainsi les idées en déroule. L'~pidémill de
i832 avaiL lai sé Jans les esprits un lt:rrible
souvenir de 011 pa sage à Paris. Plus qu'une
aulre Al.me Récamier tremblait à ce seul nom
de choléra. L' éventua li le, toujoar · désagréable
de la mort, la hanta tou.L à coup ans .relàche :
l'êpidémi venait d'éclater!
Dè. qu'elle appril la nouvelle invasion du
Qéau, Mme fücamier vint s'établir chez sa
nièc , qui habitait avec on mari dans les
bàlimeul · de la Bibliothèque naliouale. Ce
quarlier paraissait épargné par l'épidémie,
tandis 11ue clui tle l'Abuaye-aux-Boi · était
très éprouvé; d'ailleurs, dans sa famille, les
.oin. le pins empressé lui seraient imméJialerucnl prodi••u 1 · ~'il eu était be:.;oin.
li en [uL bieolùl 1,e oin. Le crainle contiuudh• 11ui ln Lourruerilail.'nl Hnircul proba-

blement par prédisposer son temp~rament à
la conta~on : elle élait dan un étnL nerveux
qui l'allaiblissaiL en l'cmpècbanl de dormir,
mais cela ne l'empècbait pa. de raire chaque
jour une promenade ro ,mLurn el de recevoir
es amis. Cela la rassurait un peu, et aucun
ne l'aba.ndounait. On a Leaueoup vanté celle
fitlélité : il fnul l'admirer moin quand on se
rappelle q11c chacun rti;ut d'elle plu d'un
service et que, si elle aimait à leur ètre utile,
il caLraiL peut-être dans ce goùl autant de
dé ir de se rnfor des clients, par consé11uent
Je· rrens dévoués, que de faire de. heureux.
Mais ne 1·hic.1non pas ur les mobile de ces
échanges de bon procédé· entre \Jme Rérarnier et le~ membre. de sa « pelite égli e »:
il en résultait toujours un peu de bien et
quoitrue ceux qui en bénéficiaient ne fussent
pa précisément loujour. ceux qui l'auraient
méril: ou qui en auraient eu le plu~ be oin,
il faut aluer en passanl ces bonnes volontés
aimables et agis anLes.
Mme Récamier menait donc sa vir ordinaire el aussi paj5jblc que le lui pormcllaient
ses frayeurs de l'épidémie, lorsque soudain
elle e sent prise de fris ·on ;
lll1lins ,e
reI roiclis enl, es pieds nus -i, on front devient brûlant.... Elle e L nr le point de
défaillir. On la couche dan 11n lit bien
chand : elle s'évanouit. A ·anl reprL es .en ,
elle jugen elle-même son état i grave qtt'ellc
dicta incontinent es dernières ,olonlé à .a
nièce. Elle .fini saü à peine tJUe le cboléra,
car c'était bien lui, reprenait on œuvre de
de-truclion. La pauvre malade, maintenant,
n'avait plus peur· elle lutlait au contraire
avec un l'éritable cour,ige. Toute la nuit, au
milieu de souffrances cruelles, le membres
raidis, la pe.1u marbrée, elle ré_isla de son
mieux aux com-ul ion . Dans les moments de
rélâche, elle demaodail des nouYelle de
quelques ami , d'A.mpère entre autres, qui
pa èrenl celle nuit d ·ancroi. e dans le salon
arnc Mme Lenormaol : elle les fü prier d'entrer dans sa chambre el put leur dire un
derni •r adieu.
Elle acheva, le 11 mai t '10, dans les
souffrances, une vie 1pù eo a1·rut élé romplètemenl exempte et 11ui fut un p1·intemps prolongé pendant un dcmi-,iècle. ~i dle a\'ait pu
connaitre, annt de mourir, le &lt;lutai! que
voici, elle · eûl an tloute lruun! quel11u
consolation : à peine la mort a,·ail-elll.l fait
·on œmre que le traits de la pauYre [cmmt&gt;
e remirent en ordre cummc sou~ l'aclion
d'une llOUl'cllc vie; sa hcaulé reparut aussi
resplendissante qu'aulrC!fui , moi · c:omLM
rnilée d'une douce gravité. 'i elle avaiL pu se
l'Oup &gt;111· une originnlilë curi~use ot 'l'le j'aurais du
voir, elle t!til êhi heureuse : rlle était re lé.:
,.\ludiur o.vèc plus tl~ "oin. , ·11.1e ,le la 1· .., d' Agoult. )
Il. Vic011He e u'AGotn, Jlcs .sou utw t1. p. 3J1-:i02.
jeune et bclleju 4u'auhouleLmèmc par delà.
FlN

jOSEPM

TURQtJA, .

LES GRENAOIERS DE LA Q\RDE, DA',S LA JOURNÉE. DU Ili AOÙT 18;0. -

T-ito/ea/1 .'lt GEORGE~ Hroi-.

Lieutenant-Colonel gOUSSET

Rezonville et Saint~ Privat
meure en. roule, quand tout à coup, l"er~
heures et quarl dn matin, au moment
même où .es ca\alier conduisaient leurs chc1'a11i à l'aùreul'Oir, une grè.le d'obus ,int s'abattre dan~ les rangs. C'étail l'arlillt:rie do la
5• d1Yision de cavalerie allemande (••énéral de
l\heinbab n) qui, palruuillanl depuis le matin
en face de l\ezon\'ille, j11 gcniL le moment
Rezonville.
opportun Je porler le désordre dan nos
L'armée ùu Rbio, maintrnue par . on ·Ler camps.
La première imprcs ·ion de urprise dissidan nne sécurité lrompeuse, se trouvait, le
16 a.u matin, installée au l1ivouac prè de la pée, toul le monde court aux foi sceaux, el les
rand 'route foti-Gravelotte-Rezomille-Viou- 2e et {ie corps prennent leur formation de
ville-llars-la-Tour. Elle a.-air devant elle, ~ur comb:\l. Mais le 6e (maréchal Canrobert),
la route mème, la brigade de dragons prince placé a. ·ez loin en arrière, ne peul arriYer en
Alural de la division de Forton qui, pas plus ligne iinmédialccnent en sorle 11 ue le 2• corp,,
que les antre troupes, ne po éd ail le moin- dont une di\•isi.on (La,aucoupct) a éu! laLo!e
dre renseignernenl sur la l'Ïluation. Celte bri- à Metz aûn de garder la place, e trou 1•e seul,
gadi.: attendait le~ ordres annoncés pour se peudanl plus de deux heure , pour résH.er au

Aw; Sc:int, dl Ëpi,odtt qu~ k Licutcnint-ColQn&lt;I
Rnussu a c,mait, d.. son odmlr.blc 1foloir• de la
Gurrn franc&lt;&gt;-all•mand• il• 18']0-1871, nous emprun•
toM, 1:n ce- quarantiè.mr: ann.1"&lt;rsiaire dt. Ruonvillc. tt
d~ Saint-Privat, 1.. 10.cit dr; eu gB11dcs journéu qu•
lo trahi,on d·un cluf nncli1 rrhtcmcnl déœivu, mii•
qui n"cn TUltTont p.. moins, gril.cc à l'héroïqu~ vaillancf. de l'ann,:r;, à tout ja.mai• glorieu1t• pour 1, pays.

1

.,. 79 ...

choc du IU• corp · all mand. Celui~i mcllanl
à profit le Loi. épais dont ont coun•rles Je~
pentes d1.i-ccndant ver la Mo ·eUc, a bientôt
en effet grafi ces pente et c 1 1'cnu à la rt?scous c Je sa ca,,alerie, qui se relire u11 peu en
arrière, lai sant le champ libre~ 25,000 fantassins. appuyés de l l i, pièces de canon. Vl'rS
11 heure el demie, la Ji~i ion Texier, du
li• corps. peut en lin prolongrr la droite du
2° el awmwnler la pui sanœ cfos feux de 110trc ligne. Malbeureuseooent, le 2• corp
écrasé par l'artillerie allemande, décimé par
de~ pertes énorme , prhé de deux: de ses chef ,
les généraux Bataille el Valazé, gri \1·ement
liles ~s, est obligé de reculer el d'abandonner
à l'ennemi des position précieuses tpti sont
immediatcmcal utilisées contre nou . Oa
appelle pour le renforcer la divi ion de grenadier, de la Garde, que le maréchal a pin-

�ms TO'R.,1A --------------------- -------------------·-cée, avec lout.e la Garde d':dllcurs, ?I on
extrême "auche1, ·ur un poinl où elle n'est
d'aucune utilité.
)(ai avant qu'elle n'arrive, r1ui pourra tenir
tête à l'ollea ive allemand ? Il ne reste pa
ù portée un fanta in disponiblc!Ce sera donc
au tour de la c.walcric, 11ui, avec son bahitudll' abnégaliCtn , ,·a e d · vouer encore une
fois pour sauver ses frères d'armes. Oue premi?-re eharµe esl exécutée an 11ccès par le
o" lancit&gt;rs ; le tiraill •ur ennemis à peine
entamés U\'ancenl toujours 1. .. Que faire l. .
I.e "énéral Fro ard aprrçoit près de llli le
magnifique régim1:nl de cuiras ier de la
Garde, que le colonel Dupre soir, un géant
Lardl; de fer, fait évoluer dans la plaine ...
« Colon ,J ! lui dil-il, faite charger rotre régiment ou nou ' sommes f .. .. s ! o (sic). Le
colonel e1woie immédiatement un officier demander à sou ch •f direct, le général Oesraux,
l'autori.ation nécessaire, puis, celle-ci obteuue, eomma □ de de sa voix de tcnlor, dont
l'?clat . Lridc11l domine le bru.il de la bataille:
&lt;c E cadrons en avant! »

Charge des cufrassiers de Ill Garde. Alor~ lou le capitaines commandant font à
leur tour relcnlir le cri de « abre, main! An
alop, march ! ,,
« Je crois l)Ue je ne crai pa démenti, a
« écrit un temoin oculaire, le capitaine uaiute« Chapelle, alor, fourrier du 4~ e cadron, i
« j'affirme que l mournmenl rapide lit suc« ~der une impr~s ·ion de bien-être el de
11 véritable joie à l'espèce d'énervement moral
« que l'immoLiliLé ou le reu de l'artillerie
u avait engendré el &lt;(Ui e lradui ait par u.n
« .ilence pre que ah olu. Dès 11u'on eut le
n sabre à la main, les langues e délièrent,
&lt;&lt; el d'un Loul à l'autre des escadron s"rchan11 gèrent des interpellation. : u Hein ! il n'est
a que temps! - Ça ,·a birn 1 - Où qa'1'
u sont qu'on 1 ur-z-y eau e deux mots!»
La gaieté îrancaise ne perd jamais , e · droit :
Cependant le cuirassier ont ga,.,né du
Lerrain. Le· voici à 150 ml'lre des Prussien .
« poutauJmenl, el d'un eul mouvement
« dit encore le capitaine ainte-Chopel!c, tou&lt;&lt; te les lames de sabre onL en l'air, le ·
« cris de a Charcrez ! 1&gt; et de « Viye n:mpe« reur ! 1&gt; part nLde Lou côtés, tant l'homme
« a Lcsoin de joindre lïvre e du bruit à celle
&lt;( du mouvcmenL ...
11 Chaque Lemps de galop nous rapproche,
1( nous di tiuguon ' Lous le détail - d'uniforme,
« puis les fio-ure ; ils e forment en un
u groupe compact, s'alignent ur le troi
&lt;&lt; côté d'un triangle, c'est du moins mon
~ impr ·ion vi oclle, et 0011 pré entent un
« front ~cnsiLlement égal à celui de l' escatc dron. li apprètent l'arme au commandet&lt; meot « Debout ! 1&gt; , nou approchons tou« jour , je prends ma direction sur l'angle du
&lt;&lt; groupe que forme la droite de Pru ·siens.
&lt;1
n commandrunenL allemand, et tou le
&lt;c füsils 'auai .' nt; mani ment d'arme très
1. la prèoccupalion con tante de Dai.ai.ne a êli:
pend,,nl loul le combat, da ne p:w se lni~ser coupe;
de ll~t:t. A cell~ date. 011 ne peul e neorr 11lég11 er
qu une fu11csle ,rrésoJulion. ~Tais e,1mmnnl conc,lillr

a correct. Uu léger fri ·. on nous parcourL
« l'échine 1: l'idée de l'inconnu qui rn surgir
« de là! La ah-e attendue 1..'èlate; c'e l un
« oulagement pour nous ; on ne voit pa ·
« ceu qui lombent, no chevaux ne ralenlis&lt;t sent pa , mai les Prus ien ont di paru
« dau la fumée, el leur fou à volonté e ma&lt;i nife le urloul par le carillon des culasses
« mobiles.
« Le" Prus ien non · ont Liré à 50 ou
(C 60 mètre ; aussitôt après leur premier feu,
« je me ui senti rléLordé par mr voi'ins el
(l je criai : « forcbez &lt;joue droit! &gt;&gt; en La« panL m· le cbe\'aux à coupe: de plat de
&lt;&lt; ·abre. J'av:1i
à colé de moi mon ordon« nance, un vieux cuira sier picard nommé
« Pari et, qui :liait élé mon pl'l'mier cama« rade de lit à me débuts el comme lei. me
« Lraitail as ez l'amilièreme11t. Cel Lomme
(l me dit lraniJuillcmc.nl: « 'i vous aviez cc
« que j'ai, ,·ou ne gueule riez pa si fort ! »
cc (Pari el a1·ait une ha1le dan · la jamhc.) Je
a n'cu pa même le lempsdc lui demand •r:
« Qu'e l-cequelu a · ? 11 nous élion déjà _ ur
cc les haionnelles et mon cheval t.omhaiL à
« l'exlrémilé postérieure de la race droite du
« !!l'oupe ennemi. »
'ous avons voulu citer lextucllement el
lai ·er à cc récil mouvementé Loule . a aveur
vt'.-cne et son caract re à la foi i humain el
i vrai. Contînuon par de$ extraits d'un document, l'hi ·toriip1e du régiment, qui Jira
le prodige de valeur déployés d[IJ]s celle
charge mémorable.
« Le premier ét:helon de eu.ira sier de la
Garde est conduit par le lieutenant-colonel
Letourneur el 1 chef d'escadron de Sahuqué ;
le ccond, mortellcmenl atteint, tombe comme
un béro au milieu des rangs ennemi . .Auprès de lui est l'adjudant vaguemc lre Fuclu,
qui a abandonné se voitures pour cbarfl'er
avec ,es cama,;adcs, et e fait tuer à coté de
son oomroaudant.
« ... Tou les oHiciers et sous-officiers du
4• escadron restent sur le terrain ...
« Le maréchal des logis Chabert a pénétré
dans le groupe prus ien, où son cheval renverse quelque hommes, el est tué à coup de
baïonnette. on cavalier va avoir le mème
sort, quand il est auvé par un officier allemand.
(&lt; ... LI reslrut I hommes du fte escadron.
« .. . Le 6" e cad ron n' e l iruère moin
tlprouYé; uue partie des chevaux lomhenl
dans un lar,.,e fo é devant la compagnie de
droite •nnemie, une terrible décharge d~. organise le reste ....
n La seconde ligne a suivi de près la première, entrainée par le chef d'e cadron de
Vergè · h côté de lui est le général de Preu.il 1 •
qui cbar,.,.e la canne à la mnin. Le régiment
était parti an son ordre dirt'cl, et il a couru
après lui pour le rrjoindre et le mener au feu
lui-même". )&gt;
Celle seconde ligne, mitraillée également à
60 mètre, nepeuljetcrqucquelqueshomme
celle crainte avec le proje l de m~rcher sur Verdun ?

1Colo11d C,No~•GE l
12. Comma11,lanl la l,riga,lc tle gro e cav3lcric Je
,~ Garde [cuiraner el carabiniers).

dans 1, rang allcmaruls; il en est de même
de la troi ièmc, condnire p:ir le colonel lluprc oir en personne. Chel'auchanL dan les
cadavres q_ui c.nlrarcnl I ur mari:be, mis on
désordre par lt•~ ·hr\'au"&lt;dt!montés qu'affolent
le feu et la fumée, ces brave e cadrons sont
bientôt hors d"état t.le reiwerscr !'oh. tacle qui
leur esL oµposé.
H lt ne restait plus qu'à
rallier· le
débri de cinq escadron , 200 l1ommc à peine,
arrh·ent ou point de dèpart, harcelé par les
11 • el 17° hussard , pru,s. ieos, t1ui achèvent
les blessé et courent u aux homme démontés; le 77• dP ligne dégage enfin no cuirassier· par une salve qui arrête le· carnliers
allemand .

Le maréchal B&lt;mli11e esl e11/011ré! - A
peine les déLri. de cc 11oblc régimeul avaienlils regagné la grande roule que tleu. réginPnL
de lms ard prussiens .e lancèrent à leur
poursuite. A cc moment, le maréchal, pour
remplir le \·idu lai é par la retraite du
2° cor p. , et permellrc am: grenadier d'arri \·er,
fai ail en per onne placer une batterie à
chel'lll de la Garde en avant de Rezomillc. En
un clin d'œil, les bus ard · allemand ~onL
sur nos pièces. Les ervant · se défenJent Je
leur mieux à coup decro se el d'écouvillons.
lis ne réu i enl point lt arrèler l'élan dei:
cavalicl"S ennemi qui le traver cul hou~culanl leur faible souûcn, cl se rucnl ur l'ét.,tmajor génfo1J lui-mèo.ie. 4ui loul enlier, y
compris le maréchal. mel le abre à la main
el charge intr,:pidcmeul l'ennemi. Une vüitable mêlée s'engage.
&lt;( Le oommandant en chef de L1otre armée,
u la Lête cachée par ua couvre-nuque l&gt;lanc,
&lt;&lt; chevauche un moment cdte lt cèle nvec un
a officier _prussien, qui ne le connml pas;
« finalement, il e.t recueilli par le ::i• bataillon
«de cha ct1r , qui e l arri,·é au pas gymnase&lt; tique 1 • »
Ue on l'Olé, l'escorte du maréchal accourt
au alop. Le deux troupe c heurlenl à
Loule allure, el l'allaque ùe nôtres e l si
vive, ·i rude, .i impré,·ue qne les 1:avalier
ennemi s'arretenl, Lourbillonnenlcts'enfuienl.
Bazaine était sauvé! mais le "'rand ,:tatmajor étaiL dispersé, et ce ne fut qu'au bonl
de plu ieurs heU1·es qu'il lui fut po iule de se
recon tiluer.
li 1 difll ·ile assurément de se rappeler
œt épir.ode sans onger aux. con éqoence
qu'aurait entraînée , pour l'armée cl pour le
pays, la pri e du marécl.ial Bazaine. L~i di·p,\ru, le commandemcut en chef rerenall par
droit d'ancienneté au noble cl illu 'tre Canrobert. au soldat sans peur et sans reproche
dont le nom étaiL déjà ynonyme de loyauté
et d'honneur, el qui devait, deux jour après,
e couvrir à aint-Privat d'une gloire immortelle. El alor c'en eùt été fail des compromi sioo louches, des hé itations îune1le , des
négocintions criminelles, où de,·~it sombrer
la fortune de la France! C' 1tait la lutte dé3. Liculeo,ot R. 1,s !&gt;LACE, Hislorigue du H • ctâ1 a$Bier1.

4. D1r.1 llE L ~UY. /?ra11çait et Alle111a11da.

. _______________________________

'/{_EZONYnl"E ET SA1NT-P'R,TY.IIT ~

gagée de tonle t rrocc11palio11 personnelle ou
ambili •u~e, la lulle franche l'! sno · l'arrii•r&lt;•pen ée fatale de mctlrc entre l'ennemi et ·oi
ks 111urs d'une furlcre e l'L la protecliou
d'un rempart ! Peut-être, ce jom-là même,
eussions-nom jeté l'armée ùc Frédéric-Charles
uan la Moselle, et puni enliu le Allemai1tls
d'1111e témérité que comlamnaieul tons les
principes et toute les lt-çons de !"expérience,
C'était po siblc, el l'inerti • du 1:ommandemeul
fol cule capable de l'empêcher. Peul-être
eu sion -nou à brève échéance donné la main
:1 ~foc-Mahon. cl présenté il l'e.nvahi ·seur une
muraille de poitrine 11uc Loule sa ·eicnce e1h
été impuis ante à remer er .... En tout cas. tl
n'e t pas un soit.lat en France qui hésite ù se
porter na.ranl de i:eti, 11ue le marédllll C:inrobcrl 1ù1urail jamais signé ln c.1pitulation
&lt;le l'armée Je Mt!lz !
l11tlrtillr. - Cepf'ndanl la
Ji"i ion d,, grenadiers Je la GaruP (gJnéral
Picard) esl 1·enue e 1,lac r en a\'ant Je Il •:wnvi Ill• : le li' corp ,, Jciplo) é :1 son lour, prolon•Tc notre li~nc vrrs 1e nord-our l cl s'oppose à tout prour~s de· Allemand·, aux11u ,j ·
tlc renîorls a, ri 1·cnl et•pendant pnr groupes
m·c ·sifs &lt;'l presr1ur ,an interruption. Le
gfni:ral d',\lvem,k•Leu, commandant le Ill•
corps allema.n&lt;l, rn~ant ses troupes à Lout de
forces, dl'manùe à la cavall•rie Je l'appu rr.
La brigade J~ Rrcdow (7•· eu.ira ier el
1fi'• uhlan ) se précipite alors, tnl,er e le
I.Jatleric do Il' i:mp: et anil"e ur l'iI1fanteric
qui la cou ne de projectiles.
«La di\i.ion de Forton, i111patient,•-de saisir
a rcva.oche, e précipita à . on tour . ur e·
cavaliers, le. prit en flanc r•l à re,ers et les
re,jf'la sur Fl:wign} 1 .1&gt;
La lirigaùc Ilrcdo,\ ay11il perdu Jü otûcit:rs cl -iOO chc\•au-x : ce on L l •. chiffre
qui figurc!nl sur le monument éle,é à ·a ruémoire sur le rh.amp ùe bataille ru~me, au
nord de Hezomille. La t-Lnrgc accomplie pal'
die e t rc lé1• doulourcusemenl célôhre c11
Allem3~ne sons le uom ·inistre de Torlle11rilt
{,-hernm·bée de la mort).
Aprè, l'in uccès de la dtar"c de la brigade
Ilredtrn, k momcul "emhlail propiœ pour
de:; iner une oOen ive "igoureuse. Le maréd1al Canrobert voulait foncer de l'avant a,·œ
sou G~ corps et bouscu.ler une bonne foi l'inîaulcrie prus.ieane extrnufe cl haletante.
(( fais un ordre du maréchal Bazaine ,
&lt;&lt; 11ui crai nait toujours pour sa gauche, "int
o. l'en rmpècber. li était :i !mures. La lutte
c1 semblait tourner en notre fa'1enr. L'épui&lt;• ·ement de l'ennemi était manifcsle, partout
,, le. feux diminuaient d'intensité el nolrc
11 droite aaguait du ll:!rrain. Le moment élail
cc ,cnu de marcher en aranl el d'altaqucr à
u nnl rc tour . Hais le maréclrnl Dniaine, con&lt;&lt; sulté à 1·c ·ujct, répondit par un rcfu ..
u ~ou, :illions ain i renoncer aux cbanct&gt;~
11 tJui •'offraiL·nt à nous el cou crvc.r une alLi•
u tudè de défense pas.Ï\'C'. 11
Cependant, des deux côlés les lign .e
ga1•ni --cnt el -'allongrnL par l'arrivée de ren, 11ill' ,le la

1, Colo111!I

llE1111~~Ci6\IJ,

lt1 1:uerrn 11wcler11c ,

forts uw• -~ifs. Pour nous, 1.. :ï• corp ;est dt'.ploy1: à la suit,, du f-i•·: voici nmialcnanl lt• i•
qui t.lt"Uouche, apr;.s une marche lrè rapide
à lraver· rharnp., cl ,i •nl e placer à droile
du~-.
lm les Allcmruid·, trois corp · d"arniée,
Licutôt quatre, et denx division de cavalerie
sont eu ligne. L&lt;: prjnce ~rlidéric-Cbarles
lui-même a fait Il 4 l1c11re~ ~on appariLion ur
le champ de bataille el pri· la direction des
opéi-alions. C'c t une grande bataille qui se
livre, el qui peul-être 1"3 décider du sort d~
la guerre'! .. . Le prince ordonne une attaque
générale, appurée par ùes mas.t• énorme
d'arlillerie. Mai • à •1auchc et a.11 ,·entre, l'ennemi échoue. A ùroiLe, il c. 1 écra é et presque
anéanti par les troupes &lt;lu 4c corp-. Ynici
comment.

Comb"/ rle la t/i11i 'io11 de Cissl'y.
peine a rtl\'ec ur le ('bamp dl' bal aille, la
di\i ion dt• Ci SC), du i,•• corp2, lrome d,,,·ant
elle. marchant à sa rcneontrc, le tèlc de
colonne de la f \)" di,i ion alh•mandc (hrii.radc
Wcdd). Cc troupes, 1p1i Yiennenl de parcourir 'iO b.ilomNrc·, ·ont bara~~ée de fatigue, mais no fanlassill!-', parti' de tell 1,,
malin à 9 heure , et maxch:rnl depuis cc
temps-là Jans les lerrcs 1.3 ltourées, 1w le sonl
guère moin . .
... IJn -'a.l1orde, à tiO pas de dislanc,•, de
chaque côté ù ·un peLÎl ra,·in qui roupe en
L~·ti le champ de bataille; nos soldats, aprils
une décharge qui couche par terre la moitié
des ennemis, descendent dans le ra,fo .i la
ui te des débri - de la brigade prussienne, et
engagent avec eux un combat rurieuL On e
larde à coup!' de baïonneur, on se tne à
coup5 de revoher. L'acharnement est lei, que
pcr onne, à ce momenl, ne serait capable de
rrmcllre un peu d'ordre dans celtC' mas ·e
confuse qui 'agite, !?l'ouille, tourbillonne, cl
ur laquelle semble planer une buée sanglante . .. , EuJ1n, les ..lllcrnnnd , foudroyés,
anéanti , cèdent la place : leurs débris remontent péniblement fo rcl"cr6 du ravin el
'enfui nt dans un inexprimahlt! &lt;l 1sordrc.
La brigade Wedcl, qui i.;omptait 9à oflicicr et 1,546 homme , a perdu 7~ ol"!icicr .
.. ,5 'i.2 hommes el 100 prisonnier non hlessés.
Le di·a Lrc es.ul"é par la brio-ade Wedcl
avait jet6 l'alar111e Jan:- l'étal-major allemand.
foulant à tout pru arrêter no, progrè., le
général de Woigt.s-ficlz, qu.i commandait sur
cc poinl du champ de bataille, appela à lui
le secours de la cavalerie, el lança coutre la
tlivi ion ùe ÜÎ'- ey le 1or régiment Je dragons
de la garde prusl&gt;icnne. En uu clin d'œil,
celui-ci avait perdu 11 officie,-~, 12,;; l'aralicrs
et 250 chevaux !
·
Cependant nos îanta sins, pour taire face
it celte tromhe de ca,•aliers, s'étaient arrêtés un
in laol. L' ennemi s'en aperçoit et lance im1m•diatem nt ur nou la J~ dil'i ion &lt;le c:n·alcrie et la 1'" hrigade de 1a Garde (cuirassier.
el ~3rdrs du corps). 'lais lu général de I,1dmiraulL n'est point de ceux que l'on pr~nJ
saus vnt. Oe1iui quelque tt mps déja il a
2 Colond lli:nni'.ç,.c;i , /11r. cil .

ma é ur la droite la divi iou de cavalerÎr!
L•g r:rnd . mir brigade de la Garde (dra.aon~
d lauciers), et le':?•· cht1 eur d'Afrir1ue. ur
un 111ot, celle ma . 'ébranle et tout au - ilûl
fond n:·olumcnl ·ur l'ennemi. « Le deux lir• gnc- de cnl"alerie s'abordent ur Lout lcnr
&lt;1 l'ront avct: la plu.
i;randc impéluo ité.
(( Vaim1ueurs sur llli point, rompu ur un
« antre, le esc.1d ron. de, Jeux. parû ·'el'&lt;' forcent, chacun pour son compte, Je ga~ gnrr le llànc de l'adver airl'. l'n épais
!4 nuaµe de pou~ ii-re s'élève Lienlôt cl voile
« celle l'uricuse rnêl~c de plw; de ~1.0U0 ca• vaUer \ "
Le géné1·al Lrgra.nd tomue mortellement
frappé; le génural de brigade de Montaigu,
!!rièveml!.Dl hle sé, e I fait pri. onni('r .... Hientôl les deux ligcles 'e éparcnl Pl regagnent •
leur point de départ. \lais 1&lt;· terrain dcrnnl
nous e t li hre ....
li était alors 7 beur1, da. . oir, une ofü•ni;i\'8 \·igoureu r pourrait encor• nou donucr
une Yictoire déci. iv,, ....
L'ordre n'en ful pas donné ....
Quant aux. Allemand·. leur. e1forls pour
nous clm ser de nos posiLion étaient partout
reslt infructueux. Ilien plu , nou a,ions
ga.,né du terrain en avant, puisque notre
ligne borJait ma.inlenanL Ja grande roule que
le. Allemands ,·oulaicnt nous interdire. Vers
8 heures, Frédéric-Charles essa •a un nouvel
as aut de Rezomülc. Il fut repou sé avec ùe
grande. perl par la C::.o-de el rétrograda définitivement.
A t0 heures du oir, après plus ùe douze
heure d'une l11Lte acharnée, le feu ces ait
ur toute la li,,ne el le dcu: armée Livouaquaienl en fac1' l'une de l'autre, .éparées par
quelqu ceutain de mètres à peirn•, el couYaiocue Ioule deux que le comliat recommencerai t 11 l'aube du lendemain.
~ Ln hat:ùlle de Rezonville, diL le colonel
Cannnge, est la plu.· ·anglante de touw la
guerre el une des plus meurlrières du . ircle: de deux côtés on arnit, en rlleL, coruuaLLu avec une rare opiniâtreté. i,
r'ou a,ion perdu 1û,!l:-i9 hommes do11l
8:ï7 ornl'iers; le A.llcmands comptaient
1;J,790 hommes hors de combat dont no officiers : c'éta il donc un total de 5~, 7 i!l hommes rrstés ur le c:u-reau, la population d'une
ville!
Parmi nos morts figuraient les gén&amp;au~
Legrand, Bra1er et ~lar •ucnat; le colonel Cousin, du ;:;• grenadier , el .Amadieu, du
7:&gt;• de ligne, 1 i7 oflicier de toute · armes
et de Lou!. grade. Près d'un tie1·s Ùt'S hie ,1ne devaient pa , mvivrc plu de quelque:
jour !
Eb bien! Lout ce sang gt!ofrcux. avait ét~
rt1pan&lt;lu inulillil1lent. Ce ·ucc~ - si chèr ment
acheté el IJUC le moindre cllort pouvait mainlen:int rendr;e déci~H, non seulement la patrie
ne de l'ail pas eTI profl ter, mai le commandmt en chd allait presqur le r&lt;1nier. Il allait
quitter le po ition. 1·onquiscs, livr r à l'ennemi ur1 terrain sur lequel Cl'lui-ci s'ét.ail
efforcé. an prix de sanglante. hécatombes,
:i. Grant.!. ét11 l-mnjor allrm~ nrl

�,__ 111STO'l{1.Jl
de prendre 11icd, sans pouvoir ) réussir de
toute une journée. Il ollail justifier les fanfaronnades hal,ituclles dl'S Allemands t&gt;l leur
donner le droit de s'auribucr w1c ,,irtoirc
alol's qu'ils a1aient suLi une défaite. Enfin,
el surtout, il all:iit leur al,andonner des lignC'S
de communication avec lïntérieur, de fo posses~ion desqudles, comme l'a dit lrt\~ justement le colonel Canonge, dépendait l&lt;l salol
doJ l'armée! C'est 111·••c une stupeur mêlre de
rag,i rrue l'ormét·. dans celte nuit glacée
qu'elle passa ~ans nourriture, sans eau, sans
abri, sur le plate.,u de Gral'elolle, appril les
in1cntions dn m:u·échal. Ces bommcs, qui
n'a1·aienl pas fait entendre un murrnur,', qui,
le ventre ,•ide t•l le dos à la belle étoile, ne
pl!Jl~aienl qu'à la ricloire éclatante du lendemain, ces ofliciers dtlvoués rt ces soldats
stoitp1es eurent comme:- un frisson de révolte
1J11i passa dans leur chair! ln momcnl il
srml,la que Celle masse d'i1trcs liumain~,
dans l'intuition qu'elle• était conduite ;t sa
perte, allait refuser de lourner honteusement lè !!Os à ceux qu'elle vmait de terrasst'r... m:ii~ la disciJ&gt;lioe, IJIIÏ fuit lu force
,fr~ 11ru1re,;, reprit le dessu~. Tristemc•nl les
r~gimcnts s'~hranlèrent au-x rayon~ du soleil
ll·vaut. Puis, 011 cbncha des excus,•s... Je
mar,ld1al devait a,oir ses raisons.... C'l'tait
pour allirer les Prussiens dans un piège ...
on se retrouverait le lendt·nmin ,•t, celte fois,
ce serait la Lonne !. . . On se retrouva, en
efîet, mais l'C l'ul ponr voir tendre nulour de
l'armr&lt;• de ~ll'tz la deroic're maille d'un filel
dont elle ne devait jnmais sortir.
L&lt;· maréchal, sous prétexte qu'il n':wait
plus Je munitions, ce qui était foui 1 , el
11uïl manquait de ,il,res, ce c1ui Ile l'était
pas moins, abandonna ses 1,lessés, fit lorùlcr
un con\'Oi dl' 'J,0li.\000 rations de ,,ivres de
toute espèce, et se relira arec son armée dans
la din·clion du nord pour venir prendre position, le l î au ;;oir, face à l'ouest, sur une
lign&lt;• de hauteurs silut!cS à S ou 10 kilomètres dt! Mel,: l'i :illaut Je Gran:Jolle à '-:aintPri\,11-la-llootagnl'.
Les raisons cmLarra~sécs &lt;p1'il n Jonnées
plus lard Je &lt;'elle délermiuafiou d~a:;lreuse
n·ont pas lroul'é grâce devant ses juges l'l ne
ri!us,ironl poinl à ~n1n·er sa mémoir!• de la
juste r,:proh:ition rrui la poursuit. Il Jtail lrl'~
évident, dè~ Cl' moment, q1w l'idée mnilressc
de Ibzaior. étail de ne pas abandonner llclz,
de d1:gagel' son sort de celui da sou1crain
Jont le trùne cha11crlant parais~ail près de
s'a.hallre, et 11',1t1eudrt• IL!S événements. Ct•s
tristl'S calculs u'out réussi rpi'à le perdre 1•l
nous aV11c lui.
Donc, le l7 août au soir, l'armée occupait
des positions allant de Gra\'C'lolle à SaintPrivat-la-Uo11tagoe par le l'oint-du-fo\1r.
Montign~'-la-Gran;re el .\mamillcrs, le 2• corps
à gauche, puis les :;", \" el t;c, ce derniér
dans le ,·illagP de Saint-Privat. La Gard1• &lt;-tait
en rt:scne loin derrirre la gauche. Toujours
çctle fatale idée de ne pas se séparer de Metz.
1. Le&gt; 11

au m~tiu,

il rcs1ai1 dtns l~s culTres

16 milliu111 5RU mille carh,ud1es ri ~IJ,500 projcrlilts
J'ortill~r,c.

Le 18, à la pointe da jour, l'arm1;c dt•
frédtlric-Charlcs ayant eu loul le loi~ir dP si•
r1iu11ir el de se renforcer des corps dl' StcinrueL1., t•11mmença un déploiement qni devait
la c011duire fare à nos positions, lui permcltrP
de déborder notre droite, de nous rejett•r
dJfinilivemenl sous les murs de M11tz el de
nous y bloquer élroitcmenl. On la rit défller,
mais on ne lui tira pas un coup de canon.
llazninl', rcnlré à Plappeville, près de Melz,
n'était pnsavec ses lroup~,cten sonalJscuee
aucun commandant rie crut pouvoir prendre
sur Jui d'engager une action.

Sa int-Privat.
Vers 11 heures et demie du matin, l'arlillerie Ju IX• corps allemand, arri1éc en focc
d"Amanvillers, où l'ennemi supposait 11uc se
lrouvait notre exlrèmc droite, omrit le feu.
Le~ troupes du i• wrps, prenant lt!s armes
eu un instant, se d1:ptoienl devant le ,illagc
el riposlf:nl si ,,igoureusement que l1•s ar1illeurs ennemis sont obligtl~ d'al,audonncr
leurs pièces.
Ct·pcndanl le coml,al se développait dt•
pl'ochc en pro~hc, au fur el à mt'sure de
l'entrée en ligne des corps allemand,, saru
11u'une seule de nos po~iLions ail été entamée.
Cela durn jusque n•rs ;Ï heures du soir. A. ce
moment, le ~énérnl de Stcinmet.z, qui command:1il l'aile droite allemande, fil pré1·enir le
roi rrue de rnn côté le succès était prochain.
Guillaume et M. de Moltke arrh·èrent, venant
de Gral'clolle, cl Steinmetz, &lt;·ompt:int sur la
préseuce du souvcr:lin pour électriser ses
troupe~, ordonna oo ai;saut général.
Mais il a\·ail ï1{faire Il forte partie. Les 2• cl
~• r,0rps frança.is, retranchés sur les termes
de Sainl-Hu.ùcrt, du Poinl-du-.lour, de L('ipsik,
couverts par des lrarn•hées-nhris cl décid.&lt;s 1t
se di:rrndre jusqu'à la mort, repouss/lr1•111
toutes les attaques imprudentes de l'ennemi.
Le~ trois corps d'armée allemands, rtlJuits
tle prl,s d'un tiers, désorganisés el rompus,
rurenl obligés de ballrt en rclraitc dans un
affreux désordre el rnlraînèrcot dan~ leur
déroule l't!lat-major du roi. L.i panique
gagna les généraux cl 1~ princes qui éraient
1·cnus là comme à un speclacle, comaiocus
que h•urs troupes n'allaient faire des nôtres
qu·unr l,ouchée.... Guillaume rentra 11 Gra1·elottc la mort ùaus l'àme, el M. de Moltke
lan;a des ordres pour préparer la retraite cl
assurer ?. son aru1ée Lallue h• passage de l:i
Moselle cl les roules de l'arrière.... Mais fo
roi ne pardonna pas à Steinmelz la peur qu'il
lui a1ail camée. Ucu.t jours après, il le ren\'Ofait en ,Ulcmagne cl inoorporail son armée
dans cdle du prince Frrdéric-Charlcs.
Malhcureuscmenl, au moment mème 011 la
I" nrmêe su hissait ce sanglaol l1chcc, la He,
mieul' dirigél.', écr:isaiL la droite française à
Saint-Privat et chnngcnit en une victoire pour
les armées allemande,~ le ré~ullal de celte
journée qui, san~ la crimindlc inertie de
Bazaine, aurai) dti voir leur anéanlis~ement.
"" 8:i ...

f,,, 11111,.,r('/inl C1111mbe1·1 il S"i11t-l•ri1•11t.
- Lr princ,e Frédéric-Charles s"étail aperçu,
,,ers:; heure~. 11ue no~ po~ition~ d,1pas~aieul
\m:imillers cl s't~tcndaient j11~,rn'au 1illag&lt;'
de Saint-Prirnt qu'ocn1pail le 6· corps (Canrohcrl). Il maintint alors la Garde en focc J&lt;'
ces deux positions et ordonnn au XII•· corps
(saxon) de ~e porter plus au nord pour emcloppt•r les Iroupcs dt• Canrobert cl les tournl'r
par leur droitt•, tandis fJUC la Garde les atlaqucrail de rront.
Les Saxons se mirent en route, ruais, impatient d'allenclre, le prince Auguste de
W11rlt•mbcr0, commandant de la g.irde royalt1,
crut poul'oir brusquer le monremcnt, et,
vers 5 henrrs el demie du soir, lança soh
infanterie 11 1'3lla'!ue Je!, 1iltagcs. Il ne sayait
peut-èlre pas que 1le1·an1 lui se trouvait Canroberl, le soldai par excellence, le nohle
héros de Crimée et dï laJie, cl qul' 111 où
commande Canrobl'rl gcrml'lll les hi'•ros ! Il
ne savait pas non pins qu'aux côu:s &lt;le l'illu!&lt;Lre mnrécbal, et prèls à le soutenir jusqu'/1
l\1pui~cment complet, t1taieol Ladrnirault t&gt;l
ses trenœ mille hommes, dignes, le cht&gt;f cl
llls soldats, d'une aussi glorieuse rratcrnité
d'armes I que des troupes cornm:indées par
tles hommes de ccllt' trempe n'ont jamais
reculé, t'l qu'il faut les éera:;t&gt;r cl les an,:antir
pour pournir mettre le pied sur le terrain
1111'elles garden l l
La garde royale prussienne. al'er S('S rêiimenls dl! grenadiers qui portent les noms des
empereurs et des roi,, ~es ru,iliers, ses artilleurs, ses bataillons d'élite où les princes
IH1rilicrs de ln couronne de floben.zollern Ion 1
leur apprentissage du métier mililairc, se
lance à l'assnut des positions françaises a\"eC
llll courage auquel il faut rendre hommage.
~égligcaut de faire appuyer son allaque par
J"arlillerie, clic monte pendant près de j kilomètres en lourdes masses épaisses qui scmhlcnl de loin une fourmilière immeoi;c qui se
déplocerail. Les oflicicr~ d~ploient, pour enlever Jeurs hommes, une incontcst.ible 6Jergie cl une remarquable bravoure. ,\lais nos
soldaL~, cal mes et résolus dc1·ant celle mer qui
monte, allcndenl que les bataillons prussil'ns
soient à bonne portée ; puis, abaissant Jeurs
chassepots, ils dirigent sur eu~ un feu telJement épouvmtable que, eo moins de len1p~
11u 'ü ne faut pour le dire, r1•s magnifiquus
réiiments sont au:1: trois quarts dt:lruils. La
ma:;sc noire s'arrète, lonrhillonne et s'éparpille, tandis que le sol sc jonche ile cada1res,
cl que des d1evau'I: sans ca1Jlicr3 galopent en
tous sens en poussanl d,• lugulirc·s bennisscmcnts. Toujour~ la fourmilière, mais dans
laquelle on aurait plongé un h.iton.
Le hataillon Jcs tirailleurs de la Garde a
dix ofliciers tués cl lll'UI' lilessés, r'l'sl tout
son cadre. li csl commaudé 11:1r un 1w1•/c-,:pé1·
(cenl'Îch (adjudant). Le régiment de grenadiers n• 1 (Empereur-Alexandre) (fUi n'a
engagé que Jcm. balaillom, a lH7 l1ommes
hors de combat, 15 officiers lt111s el 14 blessés. Le régiment n" :; (Reinr-Élisal&gt;ctb) en
compte à peu près autant. Au total,
6500 hommes el 2/iO officiers prussiens sont

�1!1S T0'/{1.ll
par IPrrt&gt;, morts 0·1 mourant~. La cohr ion
c t dl;traiie, J'alla1p1c m:i.n 1u1\e, il font s'arrètl'r .... Cel assaut lim• par ':!:iOOO homm!'s
n tti: repou. épar 18:.iOO h,:,mro&lt;'· qui n'ont
•[Ill! Ju1x hallrrie !

Le lcndr&gt;main, rn 11arcour:rnL au pas de son
cheval la roule qui monle douccmeuL de
Sainte- forie-:1ux-Chcne~ /1 ~ inl-Privat, le
,·icm roi Guillaume ac pul 't•mpè ·hcr de
lai~::-cr couler une l.1rml' sur Lou cc. lira l'es
qui ;.:i ai,•nt !iJ, de cba11uc crilé de l'Cllt' vnie
;;111-rfe. Et plu~ Lard, quanù on Ji$tat.ail les
préliminaire_ Je paix, il cxirrea de la faton la
plus positil"c que le ,illrwe de ,:Ünle-lforieml\-Ch 'ne- ftll liYrétl. l'.Œemrgnc afin que
J,, l&lt;'rrain qu'il appelait &lt;! le lomLeau de .a
Garde » SP trou,·.H loul enlier . ur le lrrrituirc allc·mand !
Ili-aYcs d{-fon eur3 de • aint-Pri\"all Pouvaient-jls se douter que leur Léroi,me scrnil
c•ausc du mari) rc du paurre ,füagc ile 8.1intc~larie-aux-Ch11ue qui 11'u pas C!'~ é de porlt·1·
le J,·uil touchant de L'l patrie l"r:mç.aise, cl
va11r h• ~alol de laquelle il eus.eol Lous
dn1111u volonti1·r · tout lcnr sang!
CPpenda11L la lcrrihlc alt.aque qu'il venait
ile ·ul,ir nvai1 eh,irement promé au maréchal
C:mrobcrt que c'était à ·a po.ilion qu·on m
wulail et qu'rl aurai! Lie11Lril à supporter de
nOUl'e.JU~ assauts. Le mou1cm1?nt d , ~xons
se d ~inail; dans un inst:inL on ~C'raiL tourné
cl les coup . 'i,•uJrJJCUL {le rronl. de füwc,
par dcniÎ!rc même ! Et pas mo~·ci1 de prendre
l'offensive à cc moment suprèrne où •lie
aurait tou l cnlbuhl ! Le maréchal e:..p~Jiait
orficicr i,.u r officier /1 .Bazaine, le bU pplianl
de lui enroyer de· si:co1urs, dt: lui donner l:i
L:ardü qui · e morfondait avec son chef, lu
l,r~\'e llourbaki, Juin do champ dl' bataille 1.'1
sur un puint où elle ne cr1·ail al, olum,:inl à
ri1in! )lais Je comm:mdanlcn ch1-I'. qui n'avait
d ,io·11é m•mlcr it rbe1•al qu'à 3 heu ré , étnil
presque au~ ·itàl renlr~ à rnn quartier grnér:il.
&lt;1 C',·:;I une alfoire d'av~nt-postc ! 11
tli. ait-il nctgligrmm1•11I, cl il rr. lail eOurd
aux appels pre ~nnt~ de on liculcnanl !

C:rnroùerl. réJuiL à c proprc- iorcèl-, à
l.ionl de munition~. olJli~é de tl 111:indcr quel11uc. gargon5 es à on collùgue le géntlral de
l,admi.i-aulL. l:cras1: Jan, Saiul-Pri\·at ous le
r,•u meurtrier d"nne formiJal&gt;lc hallcrie que
103 Pru icus. dc,·cnus prudents, 1·cnaieut de
d1:ma que1·. Cunroherl cependa11t lenail lion!
Seul, à pied, ne voulant pas exposer inuLilcmcnl son étal-major.où . on nidl' de camp, l~
&lt;'.OJmnanJanl Bon· enard, rnnail d'a"oir Ill
hra· cmporte, ses longs chen:ut tombant
sm· 1, cou. de. 11.ll'mcs illonnanl parfoi son
rude YÏ.sa1;e, 1 111ar11cha.l parcoliraiL le rangs

rli•· lroupi,·rs cl llls enconr:ii:1•:til par 1111 mot.
une puig11ée de 111,in, 11:i "C:-h· d'afft:clucu~e
prol•!CIÎ,1n. :
- « Eh !Ji,·n, mon lm11·c ; nou~ ne là.clmron, pas, hcin7
- « Xon. mons.icur le maréchal, so1ez
lran•1uille ! 1&gt;
C'étail un Le.au spectacle 40 ccl homme
ehu-~é cl'honncul', de gloire el de dignilés, ce
ml\ré..:hal rcspm:tc! partout cl \"énfré de ses
sr1lda1 , de1'1'0u impie comliallanl pour do11ncr
du cœur à ~es lrour •., risquant millu foi:;
on '"-i. L, nce et communiquant à Lous un peu
de ses nobles ,·erlu 1rucrri'•re . Je son én"rgic&gt;,
de son indomptable lén:icilé ! C,•rle,, la défcn c de • ainl-Prival •i.l on lait atlmirahlc
rnlrc Lou , une pa"e . uulirue parmi louh's
1 s pa"P de l'h.i toiro:: llincelante de ce pa~- !
1.. marédial C:rnrol,ert en l'ul l'ùmc irrési LiLle el c'e l al'ec un sentiment d'émotinn
rrofonde qu'un so!dat de l" arm &lt;e de Melz
pcnt, rn écrivant œs ra•-.r~. donnrr au doien
de· maréckm1 de l'Europe c foihlc témoignage d • so11 admiration cl Je on rc. petl.
.111 '{U'à 7 ht&gt;ur" du soir, 1 IÎ' corp· :;e
mainliul ous ce lcrrilile feu d' artillcriu anqnel il ne poUl'ait plus répondre. Pui., lou.rné
vers le nord par ks ax011 , atta1p1é de J'root
par la rrarde royale. cril,)é de projcc1iles que
lan~:iil coner&gt;nlri,ptement ·ur lui une hatlt rie
de 210 pièce. de canon, il duL recul r enfin.
Yoic1 en •1ucl 1ermes simple~ Cl émourant.s le
m:1n!cbal Canrol1erl a raconlé sa retraite, dan~
la ~fancc du 21 ocrolire 1 7;;, au 1.'oo cil de

::;uerrc de Tri, non :
e Sainl-Prinl était en fou: cet endroiL éLail
lt&gt; p&lt;•lrll de m:n, cl •toute· les Laiteries qui c(lnwrgea:ent de la gauche, de front et de la droite:
l'armée saxo•,ne nvair l'ait son mou\'emcnl
1;:irs nom•ourt 11ue je n'a\'ais pu fortifier ..•.
&lt;, A cc momPnt arrive ce vaillant offidrr
r1ui a 61é. tuJ &lt;lrp11i drmnt Pari. el 1p1·on
:ippclai.L le g1:u~ral Pé ·hot, et je 'UÎ • lwurcu~
d • profil et de ct•lle drcon_ ta11ce pour rendre
hommage :1 on coura1re cl à son dérouemenl.
Il arrÏ\'&lt;' 1L Saiut-Pri\"al ::iv!!C' le !l• l,atailJon dt•
cha si&gt;ur., le 41• d fo to•· de lig11c. Ils ·o prilcipilenl pour arrêter l't·nnl'mi: 111ni.~ ,-n,1111,e
/"r&gt;1me111i P111•nyuil de$ nws.~es ,Ir {l't' ri nP
1•1'1wil 1111/l l11i-mhn ·, que ,·ëu1fr11l lrs ob11s

il· u purrnl Le11ir.
Péchol m'en avertit. ~011' dùrncs alors
nous retirer : nous elf~ctu:lmt!s noti-c retraite
par él'helon au cenlrd el nou cr~"n,1mes en
bon ordre - je oulignc il' mol - b ltautcuJ". ([UÏ se trouvent du rchi du Loi d 1
Saulo)', où une LaUct'1c de rnoo corp d"arm ·e
commcni;a un rcu oul!' □ U CO s'alimcnlallt dl•
cc qui nous rcs1ait, c'est-à-dire quatre ou
. coup~ par picce ....
cinq

q11i n1·1'iortil'11/,
!i

.

-~

11 .le monl,lÎ loul Jouc~ncnl 1'11 m'arn1 :nut
loull'S 1,. dix minute. ; fespùni.~ tn11j0111·s
/'!'('l'l'()ÏI' t/('~ ,.,,11/nrr.~. Enflu, rnpnl LIUC je
ne rccern.is rie □ , j" envopi un officier de mon
1fü1l-major .rendre c-0mp1e à M. lu marrcbal
cornmnnd.mL eu d1ef de l'oùlî· 1:llion où j'avai
élé de linllre rn retraite·, el fui dr11u11ulr,· 1/r
11011/rJfr biP11 me t!o,111r,• de.~ (Jl·1J,-e:; .•• &gt;)
cc ;\_ ~ heure du soir, dit la lli•lation allemande. le 1·ninq11cur, l'rl)('ll,•menl c•promé
lni-mèmc, so trouvait en po-sc~ ion de celte
clt.f de la po ·il iqn, diilenduc a1·1•c Lanl d'::idmrn ment p:1r l'runcmi. »
De•, de1n I illn,,el- d'.\.m:in,illt:rs cl d' ~:iintPri,·~L il ne re ·Lait qn'un monceau Jr ruiiw·,
ri,• murs ércnlrés cl l'répilants qni i;;'t;croubi1·nl, éri·a anL IC'~ l,le., é ràlant. l.Jnc di,iio'l Je la ,,.a.rJe impériale, cn,·o}ée par llour1.,:il-i 1rui pril or lni Je la nwllrc en ro11t1•,
arrirn à l:1 nuir al'CC l'arlillc.ric de r,: ·cnl' ....
f.lle ne pul que prolt1gcr la retraire de. 1•· cl
G• c-orps, r·ar il était lrPp lard pour 1.li-puler
aux Alkmand- ll'Hr cn1111uèté, 11110 dJJà lc,s
vai1u1u •ur~ fllluaicnl Jè hourra~ triomphant.!. .. L'armt:e l'rançaise étai t enveloppé,•,
ri Oaz;i'.1w, arrivé i, $CS fin,, Jllllll'ait la r1·plier -ons les murs de Metz cl allêguer maintenant, ,ans crai11te d'être démenti, qu'aucun
mouvemrnl ,·cr Mac-~fahon n'élail plus po_,_
·ibk.
Ct&gt;lle b:ilaillc gîrrantesque a,·ait mis en face
ks uns des autres 20U OUO .\.lwmand , . outmn par ï2H pi' c-dl) c.1non, et I W OIIO França.is. ~l:iil', 1llllgrt.i cet te éuorme di. proportion
de force~, les rnin1ueurs laissèrent rn r li'
champ de halaillc ':20 1Ml homnw., tandi
11ue JIOU n'rn a1iun~ perdu q110 1227:-i. La
garJe rople étnit Jn~anlir, ruai· pour .1•
défendre coulr&lt;! es as.auls rurieu\ coml.iinés
areç le~ all3r1nes de. .'a-xorL~ et du IX • Corp~
prmsien, nos 1•· el li'" rorps al'aienl déploié
un hér,,ism!.l &lt;lonl la J,'rance a le droit d'ètre
fü•rc parce qu'il donne à 110· drapcaut une
auréole incffJt• wlc de gloire cl ;à uo~ cœnrs
ce1t.e supr 1me Mnsolation que sou. un autre
i:h, f nous n'eussiun pa. i-té ,1:iiucu. !
Oui, c'e::-t le maréchal Bazaine ·eul lJLIÎ doit
porter dL ,·1111l la pairie el Je,·anL l'hisloirc le
po:d du dt!sn Ire .au 1wm où il II enlr:unu
celle armée m,1gnîû,p1t- .... L'opprôbrc dont il
a ournrl on nom, en abandonnant se. troupes ur Je t·hamp de loalailJe el en lms.anl
ê.. raser sms secours se deuT mcitluu· li •nlc.uants, est éternel rommc sa mémoire. a
répoo c cyni11ue am demandes 11rcs ,mies de
,•cour : 11 Ils onl de helfo po ilion , qu'ils
le~ gardent! ,1 uJlil poar dfacer Je sourcnirS du Lrillaul di1 isionnairi&gt; d1 Crimtle l'l
ù'ltalic, H ôter toule piLié à ceux qui en auraient encore pour le condamné &lt;le Trianon!
LIEUTE~AH-COLO:-.-EL

ROLSSET.

MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de fer
©
1c

LIVRE PR.EMIER

Croyez-von M. de Fer en hors de dan-

ger? l'
Plu Lard encore, le Temple ... le martyre :
Loulcs les mi ~re" de l'àrnc toules les miSûres da corps: le dése poir, la honte, la
!létrissure, enfin la mort.... A l'écouter,
évèro, a.ccrou11i ks genoux au menton,
mordait, pour ne pa crier, la poignée de
son sabre .... Fersi!n concluaiL :
- D'elle, il nous reste on fils, Louis XYIJ. ...
Comprenez-vous, Kcrrel 7 .
. .
Kerret comprenait, oui, cerle ; m.a1s 11
comprenait surtout que la "ramie viclime
n'ill:iil pas ,·engéc: il rèvait d'hécatombes
expiatoires, d'immen es lucries, d'énormes
abals d'hommes, de prodigièux. bolocausles,
offerts aux mânes éplorés d'une re.incd'amour.
Lor·quc f'ersen 'arr~tail, épui é de parole , exténué d'une angoisse de mémoire, le
Bretou lui posaiL n main de fer à J'épaule,
c-t, de sa voix rauque, rouillée de ~ilence,
!-nppliait el commandait à la fui· :
- Encore! parll!z encore d'elle ....
Alor le uédois, haletant, ivre de douleur
cl d'orgueil, reparlait dans ses chevauchée·
de sou,·eui.rs, ses charges au pa é. IJ •boul,
devant son écouteur enragé, le narrateur,
• enragé lui-meme, traçait de grand gestes

l Y (:mite).

Fc,r en racontait L:etle. ociét~, d'auord ::.i l'ulil~ rt lé!!ère, 11ui devait finir a diao ou dan
le· râles, ~alue.r de ,a tôle coupée, à la dernière
paradé; la noble. se joJ·eusc, dansant dans ~a
lumière. comme des moucheron dan. un rais
de soleil, déjà guellée d'en !Jas par Je peuple
accroupi dan. sou ombra, rnùchanl a faim,
trcmlilanl son froid ....
,\h ! ,pl'en ce temps duré:, la l)auphine
étail confiante cl jolie; la foule l'acclamait,
quand es c:irros !' p-r_o°:"enaie~t ~a L~auté
dan le rues .... F,lle ela1l au-s1 lnen l idole
de la ville c1ue de la cour; on ehcrebail ses
reg11rds; un _onrirt' se paiait d'une Yic de
drYOuemenl.
Il rn suait 11nelriue cbose , lui, Fersen.
Oepui · ce soir d'Opéra où la Ilaupbinc l':w:1i1
di tin ué nu milieu de la cohue, inlrigué en
plein bal, dan un de ces ace~ de gaieté
gamiuc qui. plus lard, la pcrd1rcnl; enfin,
s'étaiL démasc1uée pour lui, îai ·:ult rumeur.
eau an! . candalc, oliligée de .e réfu.•TÎl'l" d1tns
une loge, l'lle, la grande prince· e, dool le
front up11ortait deux couronnes cuscmhle,
de la Maison de France el de l'Etnpire d'Autriche; oui, depuis ce soir-là, pas un baLLemcal de on cœur, à lui, n'avait appartenu à
d'au.Ires qu'elle ....
Le comte .:;évèrc, mieux que p&lt;irsonne,
comprcnail t:e cutiment, la lo 0 i11uc inéfutahlo de œ acrifice. Car, cc même oir, il
était. lui au si, pr115enl Il l'Opéra ; il avait
,·u, lui au si. lilaric-li.ntoinèllc: 111nis, hélas!
ingral d, l'i ~g".., sans élégance de corps,
u·arnil pa5 été ,·u.
Ce ·oir-là, K •rrel alaÎL l'llvié Fersen pour
la prumière foi:. ; celte jalousie anil duré
aut,ml IJUC lui-même, jusqu'à œs derniers
tcmp .
Le comte suédoi · glis ail. sur ces ~po1p.1es
heureuses où l.t fa1·eur roiale s· i1ait penchée
ver~ lui: le souvrnh- des joie· défuntes e t.
doublement amer. n en arrivait au1 jours
Lrngiq11es où. chaque heure apportai l son dn1:rrer el ~on humiliation; dépeignait Louis
1
et sa triste famille consi,•nés am Tuileries,
.i.vec des plantons à leurs porte,, première
capli\'ité; la kntalivc d'éva ion du 20 juin,
si bien menée, i bi('n ent.tepri e, écbouagt à
Yarenoes par la fatalité .... EL la reine s'écriant au momenl mème de son arrestation:

dans l'air: el, de Jorn, a :.ilhouclle ooirc,
piquée çà el là d'un ruban r~u, d'un galon
d'or, dominrul, de Loule 'a taille, les p.'1~·-~n.~
vautré:, la pro·Lralion du cnmp. li oubhaLL
sa fatigue en invoriuanl les morts.

Oc l'au Lrc côté do la plan~, le long d'un
mur laléral de l'église, autour d'uu autre fou
très fourni d'ajoncs ecs, des jeunes gcus
'étaient a ~emblés, la plnpart imberbe ,
avec, au repo , de~ figures de .filles.
li y alait là Jili Ge.sril. son [rère Maze, les
noçcux d'A.lanik; el leur cousin , ses lils :
Olier el Fauch : aussi leur sen:ilcurs familiers, Dano et Mil'el, el lie· :imis, cl de~ voiins, ù1• enfants du mèmc clocher. N':t)anl
plus faim, las de boire, ils causaient. dans la
fumée des pipes.
Or, c'était Jill Gesdl l'orateur Jece i:-roupe.
011 l'écollLall volonticr. pour sull. inlellig-ence
el ,es belles paroles. Il profilait de l'attention
qui lui était con entie pour prêcher une fois
de plus la croisade, etlwrler se.~ compagnon
au hon devoir; il excellaiL à cc exercice ,
étanl un peu apôtre, un peu harde encore,
malgré ,on ignorance cl sa au rageric. la:piré,
il laissait couler sa mix, 'élonmml lui-ru ~me
au p.'lssage du sens intelligent que l'ormulaienl

x,

,1 c,-111s /feues ;te Loqueltas, dl!li,1111 Elve11, ,11n ,iel:zclltmtnl répuflicJ.!11 èl:sll camf'è. lly avall dts grcu~s de
sèle.tion, de symf:sl/lle, e,r .lehors du g,·.:id.e, dd l'drmt el Je }1- Jo11clkm; les i•iwx a,•ec les vieux {el ces ,•lm."&gt;•
la n.'a1•11iml pas ,iua.ra111e .i,1s1, les jm11es e11tre ern. (L'age~-)

�1fIST0'/{1.Jl

_____________________________ .,

le on échnppé · de ses li!uc:. prnl-ètrc
inconscicn te •
La face pàle, le yeux di Lat:·, vibrant de
tout l\llre, comme un llO)'au de guÎlilre, à
des sottfllcs ù\•n lmul, - 1111a!IÏ ::u·ré - Jili
Ge ri! rb:mlnit :
- Sou nos pean de mouton, tlr, cœur
de loup l il faut de cœur de loup! ... Ah 1
\:à, rnycz-,·ou· t'.i, 1·ou autre. ·: l'é ,füe san
prêtre., le ,illa"e an.' 11gli e, fa llrela!!ll
an Dieu!. ... i l'un nou prend Di1·u, 1111e
non. n•~lt•-t-il? Répm1dc2-rnoi, le~ ga r · !
fais Uica c~l nw•c 11ous, il \'Clll rcslor :wcc
nous ; uuu von Ions rc,,tcr a1ec Dieu .... Par
la rroi. •l lc co11 1111 clorher, par le (,al mire,
rl'tenei Lien Ct'Ci: J,~ auge· .ont arnr now,
le itnimnux ,ont a1·cc nous, le pi •rrc · sunl
avc,· ,wu ..... L'I f\:puhli,yue rainera, le jour
où le coi[ s'e1Wt1!cr:\ do clocher ... harùi, le
gar f ces Lernp. ne sont p:1 1·em1 · ! Le roq
e t Lien emLrorlié cl ,on d ·rrièrc ni lourd ....
.Ions iyncur 11' Roi ·'approche ~ur se,; ,ai_ cn.u-.:; il dé~arip1cra bil111lôl n grande ft~lr
el nous remerciera de c1os fidéliLé. : ra r nom
aurofü é1é se Ir~ lop.ut ,oldat. .... \lor il
défendra qu'on ail faim n 8reta.,ne; nu·
eufant · ne sauront m~mc plus co que c'ei-t
que l:1 misère. Mais, d'iri là, camarade il
fnnl m1:riLer ce 11uc je vou~ pronwt.. Combattre pour Jv u , la Vier"e ~t le roi clc
France : fusifü•r le llleu , 11uille /1 muurir
au,si; Ctu qui mcurenl pour Ilicu 0111
reçus par lui-mème, en son clair paradi ·...
sainte .\nne les pr1:scnlc aux autre sninl.l; &lt;l11
ciel... el pour eu\. d~sormni~, c' • L Lou Il•~
jour · ,lima,whc ! EL dt· c:1.m -là, le 111auls ~c
souvicnnenL; le cul'é dit leurs nom à la fin
de a me se, fo: jeu,w filles rt n·nL d ,
flanc 1 :emblalilc : le:; mi•rè~ ~ouhailent dt!!i
tlJ p;ir ,ils l Par Jésu ! 11 ui ne voudrait en
ùtre? Frères, ceux fini campent lit-bn~, om
les remp:irl de - riUc: ~out troi foi· nos
t•unemi · !. ,. i nous plions de11~nt eu. , i
nou refu:on. la tulle, ou ·i nous sommes
Yaincu • il non mrolcront, n11u , 1,, j une ,
dao leur raug · détc;M ·, oofü rurc ronl à
marcher, crosse au do·, sou leur di·apcnu
pauaclll:, ron!r1• le l,htnc Ju nôlr1•. 'oll"êZ-) !
C'est l'a,enir Ùt' · c.mlo1L lâche~. de· hau1eaux
indl'.'Ci . En amnl ! Su: au~ Bleus! Demain,
::-ans doute, vu nou · ruell.re en présl•nre ....
l'riez el tuez! ))
l la consÎ"llc; ne
r cult't pas, '!OU Jlortez Di u.
Jili Ge ril gravit lcnlcru •11L ua Lalu · roisin;
uar d ··su lei reux, il cnmidér:'I fo nui l ;
t!lle étincelaiL d' :toile·. [ne immcn- paix,
Jlottaoh' entre ciel el terre, im itnil li- humrues à de~ pen,êc de douceur, de rou[iauce
et d'amour.
Tourn ; rer 1a route do :umc , l'orateur
de · . iniple. insp cLail l'horizon ,u~pect,
l'ombre pleine d · •mbùcl1c: ....
D riere cc ,allonnenien Ls succc:~i r·. i:e
plis de terrain boisé., il d , iurüt, ~vrntait la
ftépuhli11 uc. e soldnts 1•11 marche contre le
droit, ln foi, la lil,ertr de.- :irue~- .Uurs, le
corps penché, 1 poing Léndu dans le · 1énèl.11·es, cl' l enfant Je vingt an~. 1J \Î~a nr d,,
rl•mrne, c·rachil d nmt lui. lauça par l'e µace

c·,.

n haine cl ·011 rn ~pri~ d,10 u11 . eul mol
rl'oulraire :
- B"ndits!
Or, la mènw nuit, h• mè1ue soir, au,
111tim1·s instantij, :1 trois licnr,s de Luer1ucl1a,,
dcranl Eh·en, ·ur la lj_ ièrc d'un I ois, un
détndwrn nL l'ép11l1lic.1in 1:tail eampé.
Le g,:néral Yillrit. rp1i 11. comm:mdail, dormait. tout Lollé, dan uui· 1·oiL11rc à foin.
rcronvertc d'une Lkhc 1·crfc p:1r-d1•ssu~ des
c·en· ·uux dC' l111is, ·c:, pieds ùêp:i,. airnl; nn
rnyait briller · · tperons J.an, b 11aillc. Il
était C'ncore jeune, 1·igo1m-ux el :111nu in: il
ronllail fort, de l:t bouch cl du ucz; à rli.·
pa . on l"cnle11daiL
Alcnlour, édJvlonnv. fo lung Ùl's :1rLr1•s,
les o!fil'icr::, le~ grcnadit•rs, les •~vali(•rs
rnnn c:iîcnt, l,urnicnt, fumairntou dorm:1ic111,
rommc de impl ,~ chouan .. Bleus ou ntanc:,
!c · hiv()uacs SOIIL idt!Btiquw;. Ponrlau! les
foux r 1puhlicain' Lriùaient plu~ nourtis, pin
:icûb Lplu. larJ!f' . La proximité Je la ror:1
permctlait la proùigoJité.
L/1 aus ·i, il y arniL des •~ruupc de l:terlion,
de pnpathic, eu ddmr_· du '!Tadc, Jp J'arme
cl de_ la fo~cli?n: _le. vicu\ a,·ec le, 1ieu.1 (el
!.:CS ,•1 ·ux-la n an11 111t pns r1uarante uns), Jps
jeune: ,•ntre eu ; le · jt·nne jouaient aux.
carte~, o chamaillaient, j uraicn 1, .-aeraienl
11r les cnup. ùout•ux, trop rr6qu uts; le
1icm rarnntaicnl leurs cnmpatrnc~, le pn ·;,;
conquis, les ,ill1'. 11rh.'.s: Jcrruuape::, Bruxcll•s, Liè~c. Lomain, la ùéfoir,. cle Nerwinde,
Je hloc11, d~ Vnlencicnncs; nu se complai~
saicnl ·11 des lli~toir ~ lourJ •·, a;:rérucntL'=c
de pl:u~an tl'ri ~ • tupide -, rabiicl1éc.•, ronnu,• ·
de Lous, et 1p1i, pourfonl, /1 chnquc 11oun·lhi
auilition. caw;aic•nt l:t mèmr t'\ plo ion d ,
joie, oulc,·aicnt Ir: m~rnc.,; trau 11ort _
c~rlnin 'plu. afliné 'plu~ instrnib rct.ir,:s
~ou un chêne J1·11idiquc, écbanbreaicnl dè ·
id :e , formulaient des a~piralion~ valTur-,
s'cxprimnienl libr •manl, elon l'e,prit nou1'eau. n commandant, 11ui n'nrnit pa · lrcnlc
an , Gilbert Boure, I'arLien; un r,1pitai11c
méridional, 'uma J1e~rrl); deux lit•111 .. n,.rnts,
l'ba '6C11r, hu ·ard, Marva, lll•aupoil. nom on
urnom:unrnlontair' d1• \'anne:, an grad1•,
mai· fUimé par son i.:011ta"C, en ~,. l('mp ·
où le (:0urage él, il Yerlu uommune, Jaffrez 1
\reü. , - à cu:c cimy Nprr ·cnlaicol Cl'lle
élite dt' rencontre.
Il· di~cutaicut à \"OJX ha~~c de · chose:
gr:n·es 011 chacun faisail nloir la coulcut· de
:;a philosophi,. Hcaupoil, le bu sard, na liant
d dénallanl une de e- radenclle 011 pendillnit'nl de balk de mousquet, e répandait
eu :iclion do r~1•c,; laï,111 •~ sur l'étrange
splcndtnr de ce eomfar de siùde. li dLail ;
- IJu ,Jle époque ! nou · sommes privil!!giés_. nous autre,, le' bnmmcs d'aujourd'hui! 1111 ile merveillen c a1 nluN 11uc œll~
de la Fr:mce'. .. quwle joi ·, 11uel or ueil d'nssistrr À la chute du ricux. rnondo; à l'arènement du monde nonvl':u1. 'onncz doud
:wanl 110us, jusqu'à nous 110&gt; 11ère 011L •· 'mi,
dos courli \ ous le fouet &lt;le rvi • cl de:;
nohles; pa, nue hetJre, dan · 11.• ur journdc,
l l,1.,olh·uy.

n'était saru Jouleur ni an larmes: au\
c1ua1rc points de l'horizon, Je 11ut:lque côté
11u'ils tournas enl leur· rcg.irdi; d'appel ala
miséricorde, ib apercevaient le Irone, I •
ÙtlllJOn, l'éirli ·r. cl la poh•nce. La .er,itudc,
&lt;:'était leur raison d'êlrc. Il n'in·ni, nL pa le
droit d'agir, ils n'a\'aient pa h: droit de
(1t:• 11ser Le~ . erf. apparlenaièlll , kur ,&lt;·1gncur, a\'Cc lèut~ femme,, leur; t•nfants; il,;
implorai •nt le prûlre; le prèLrc pnssail en
leur montrant le cid : « \ltcndrz un p1•u.
Vou -.CM; hcurl'III là-ha11L ». 11:ri ion! ... i1
qui dt1 1nnndo ln vie, offrir la mort. C'ét:iiL
ainsi.. .. Oui, il y a di 1111&gt;, c'1\Laî1 encore
ain»i. Bru ·11ucni!'11l. un l"l'fll 'ri,,, c, ~ouille
enll •, iusi I.(', el les ch.1traux s"•croul •ni, les
lonr ïncliuent, tombent; le clocher . 'éLrauli•. le• lriine c. 1 1:mporl 1.... El le peuple,
anranchi, hrûfo la poknc• Jan. un feu dl'
joie .... 011 est lt,•ureux J'a,uir vn r,dn !. ..
Gillic.i·t Doure :ipprom-a :
:ms Paris, rien ne . rrail changé! ...
le_ c.unpa"l1l~S rc,laicnl pas. i1cs, elk avail!Ill
à ce point l'hnbitudè de ,oulfrir qu'elles ne
comprenaient poiul qu'il pril en ~Ire .iulrc-ment: L'in •onuu du rlla.nrrcmcnt 1 · 1:pouvaula.11 plus encore ']U • leur milll' an~ Je
fanum: ·t d'a!!,UJÎC scr1·il ·... , Mai· Pnri,, lui,
ét.ail Ill.. .. C'élniL un colo, e en ttni .-'é,eillail
uu ccn·e:m ... : Un jour, il :1 compris rn
force.... C Jour-là, l'anti']ue ,oriété ru L
perdue. D'une chi,1uonaude, pour ·essail'r
la main, il rcny ,r.-a la ll:.-tillc, pui rerrarda
\'ors:iilles, un &lt;lisant : &lt;1 Comment tro~vi:1.vou re la? D l.:i 1·illc de l..oui \1 \' fil la
gr!mac . IJuclquc t:ho. c nais_nit qu'un i:;nora1L encore. Il ~ eul de l1cll1· · fètc.~ a11 harnp
do ,far- .... fü1 la noùle;;se J vint 1p1i n'd:iil
pas imitée : c la fit du "'rahuge... \b ! lcF
fou:. 1 les fous l Arrètei donc l'!Jcéan quanti
c'c t l'heure des mar~cs 1
'um. " e Ire. la ,oi lent , pronouçail
avec l'ace nl de sa Pro1· •rlr', :
- C'~tnit lrè· beau! J'ai l' U naitre ln
[I (pulili11ue .... J'allai , j'rrrai ·, le m'Z au
vent, j'admirai ... oni, l'Jtail lrè l,ca.u !
Man·a appu1nit :
- 011 nous reproche 1'1'..-l1aTouü! ... tous
I ·· tnuycn -Olll bons pour ,aincre, qu;mcl il
s'a,.it du -alul de l'uni-rers, du la lihcrlé ùr
Lomme. . Pui ces cw!Jlant · de mort TIi!
onl nullement la mort, mai· la , ie, toul t1tt
conlr:11rc, le Culur reoomellcment.
li y L'nl un silence; ils ~c regardnienl, nn
peu pàlc~; avec t'l'Lle intuition que dan u11 •
~\pOrflll' f;i!!anle 11uc lou, 1 homme. sool
gràJJds; la splenJcur ùc l •ur rùle 1!1Dpli · ail
four ;illlt' d'une terreur ~acr 11• .
\lor Jaffrez .\rexi , C,? Jll'til \"ulnnlairc &lt;pti
11·a\'ai1 p:t · ,ingt an·, 1111c la gr.le républicaine a1ait toucb1: dan ' 1 ~ ru do Vanne:,,
l:f° m e, par le.~(1uclles "oml,r ·uil •l l • . ien
amient marché au ·upplicc, Jnlfrcz Àr' ·i ·,
bPme J'cnthou ia me cria :
,1, n'ai pa 1u. mai'- je croi ... je
crois! COIIJ llleil l ne ra l'fùÏ r.? la lumii-rc C l
:neugtu1le... ou 1/t!tonnc il pr1lscnl 11ue l'r.
grand jour n'ai! pas lui plu · tùl. En 'JIIUÏ
donc Jlaicnl bi11i,, de •1ucllc p.lL • 1ta1(•uldonc

,

_________________________________

pétri h Yieu., uo père.,, 1 an ·1re ?...
Ils étaient le nombre, il étaient la Tor e, ils
étaient le droit; et il uùi saienl le joug
insolent, inique, féroce, de ce_ huurrcaw;
doré. dont la seule , anction était fo bon
plai.ir .... 0 peuple dupa é, d'hier rn,;me,
quelle t!ni •me lu c.• ! ... on te raisail p iner.
Lu peinai'; on le 'iolaiL Lou pain, tu le portai~ loi-mt!mc à I' •ndroil d: igné; on te volail
la rcmmc, l'l tu lui disais : Va! Un le Concl~iL, lu dbai · ; .\men! On te pendait, tu
r '"ardai · le ciel.. .. !li èr • d, Lemp ! Tu
a,·ais et•pendanl un cœur ... mais il nt~ l,attait
p.1 .... fü1,uf Je labour, uœuf ù'aLattoir.
tcrrihlPmml fort, rlus lerrililemcnl oumi:- L ..
On dirait 11uc c'est hier 11u'esl née- l'ùn1e
humaine .... Hire qu'il s'en est falln d'nn
tour de cadran que oou n'a ·ons. uou · aussi,
ramp,• ju qu'à la fin dan· cette nnit épnlcrale ! J'en tremble 1 Nous .ommes le&gt; prcmicn, ébloui- de soleil cl d'aurore; salut, ù
libcrLé! merci, de:lin san· nom! ...
Boure l'interrompit :
- Bram, petit Breton! i Le compatriote
pen ·aient comme loi nou_ ne -criom; pa ici.
camp l - à la fraicl1 ·, cntuurb d'as assin
caché ous les l.iui son ; la route serait
li11rc de \anne · à Rri!'l, de Lorient à ainl. falo. lai· leur chan on e.l autr •, et uou
n'avon~ p:is fini d'avaler dn plomh sur de
airs de cn11ûque ... ah! le· sale ~c11~; ils
n'ont 11u1• leur !lieu à ln bouc·he l'l sont plus
f&amp;occ · que le nè"rt·: d'Afrique.... Par
Jcl us, je L'élrau"lc ! pnr la Vierge, je L'{,._
tripe par tou' l · sainb, j, l'écor ·be! au
nom du l'ère, du FiL cl du :aint-Espril ! 0
charité chrélienue, 1oilà &lt;lti le coup·! 11 :;ont durs 1
larva dit :
- Vous savez qu1i Plaudren. il· nL empuisonné le puits; quand n11 oldals ont
ntr • · dan le I illa••e désert - apr~s di
lilwes d'~Lapes, il· crcraicnl de .oif; les
premiers qui ont hu sont morts en hurlant .... C'c t lcur façon de rt1ire la rrucrre.
Deaupoil 1mcb11rit:
•
- Ça, cc n'est qu'une plai~:111terh•. Ecoulez inieu · : l'an rll'rnier, dan. la forèl d •
Cnmor · ; c'était la nuit, ù •u. foi noir· ou
le' arlirc~. t ou pour-ni\ ion le guen1 qui
nous avni{'nl enlové nn peloton d't:clnir •u rs ....
Xnu · allions ,·ite, crai-'nanl h tout instant
d'apprendre par de· coup~ de r~u la mort
de camarades. Le!&lt; premier engagé:. dans Je
senlièr, sous boi , se benrtcul ltt tète à
qudque tbo e Je mou; il l'éc· rlcnL el
passent; trois pa. plus loin, ça recommence.
Un grenadier rC\'.DÎL la gifle d'une ma.in
froide ; il l'cmpoi m : t:a flotte et ça vienl
d'en haut; il gu1•ulc. On lial le bricprct, on
allume de::- feuille ~èches. Joli tal.,leau : nos
éclaireur', pendus pnr fo.:; pieds à d s ùrancbes bas. c , barraient la route. IL élail!fll
~ou1.e ... 1 · hra ballanl5, la face ,iolclte,
le 1eu1 hor d1• la tète, la Jan,,uc tinle.
C'Jtail une invention de .lacqnes E,euo. Il
courl &lt;'Il ore. i j :una.i · j • le rencon Lrc, je 1•
terai ruire.
?-iuma Me lre ccoua la tille :
1

- J • connai cenL hi toires .P3rcillëS,
murmura-t-il.. .. l.'cnnul'eux, c'e t qu'il 'en
lron,e quel,tue -une à noLrc actif.. .. \'oycz1·ous, darL tout honuêLe homme, il y a un
criminel aw1uel l'occasion a manqué. 'foire
époqu est fertile en O(,'éaSion . . . . . ''importe!... les Chouan nou · dépas cul, ils
gardent l'a1·antagc... 0011 pom'on. donc )
aller de bon cœnr; il now r • le 1, courir
al'anl de le. raUrapcr.
- li n'y a. ri n qui .:ioule comme l'eau
1Jéuil1·, couclul lleoupoil; plu ils -om pieux,
plus il sont m1: -hant'. li parait 11uc l 'ur
cur: le nb.olvcnt d'avance. Contre cela m1
ne [lèUI latter. Cc sont d hrules dépral'ées,
d,·s idiots pcnerli ·; ICU-r objeclÎ\'it.é e t raucl leur con cience clénal1m1e. TI n'y a pa de
n!mède, à. part le· ,•(lups Je fnsil.
.\!or Jaffra.z, . e ùr ',ml d'uo éfan ou pic.
s'ar:mça de trois pas ver. la li ·ièrc du hoîs,
me:.ura l'étendue ob cure, sonda les pa) a•l's, difforme:. dan 1~ jeux J'omùre j lll)"li(1ue, lui au si, quand m ·me - il 1-lamait :
- u~ sont );\. •. ils . ':ipprodlcnl... ar C
leur fau-.;, leurs fourcbes, leur outils à
fumier, l •ur armes d'csclares mlonl:ures,
de serfs iméLêrés. Il approchenl, ournoimeul, lâchemenl, comme toujour , dan:
1 · L~nèbrcs, ce. fr ai• , CC- chats-lmll.lllS
wnduils par les srands-d11 ..... 1l veulent
du ·anb pour leur:; autd , de· hucalmul.ics
pour four l&gt;ieu. Eh bi.eu, 1111'ib ~icnncnt !
oui, vene;: donc! La Répuhli']_ue, en él ·l"anl
,t lorch•rouge, roo. éblouirn, v011· fascinera,
rnus ùL per cra 1.fan · ie · loincain nodurue.,
d,tns ]es reculs d'erreur! .\veu•'lcs 11ui ne
~oulez pa l'oir, nou · ,·ou · inonderon do
lumière! l"noranl.s ob$tiné · d'ignora11 ·.e, upcr.tilicm: enra"é · ùe up1•rstiliun., on mu
entonnera le Droit, le , r,û, le Ju le! l'iou.
,·ou imposcrou l'obli!!atoirc liaptème dè
l'éterm·llc raÎ!.on !. .. Ou bien, nou · TOus
pou t'ron tous, mort.s ou \"if·, à la mer, la
wer an°foi ·e, votre alliée, b;·i9a11tl~ !
Et lui nu. i, falTrez h •Ùl;, enfant irnl,erbe comme Jili G1nil, ll'ndail on poin"
Fermé ver l"inconn11 des plaine où se mouYaiL l'ennemi d..:viné.
Ja!Jrei et Jfü .. ,. lis avaient la même 5mc.
avec d • passions cant.raùictoire ·• on idéal
oppo.é; fo même cnthousiai,me, l'un pour la
gloire de Dieu, l'au.lrc pour l'affranclù ··cmclll de l'homme. Convaincus el sincères
tau les deus, il figuraient l'irréconciliable;
il· avaient la candeur des e.x.lrème , l'inlrausiseanœ de fa foi sans mélange; et pcut-ètre
tous les dcu sui1·aient-1ls fa Chimère ....
Des êdats de Yoix, trè proche , tronLlèrenl cel entretien; Lou ·e Ie,-~r 'nl, la
m:iin à la poignée de leur sabre : il ~e
Po saiL r1uelqnc chose au avanl-po le . Eu
une mioutc, à l'appel de. chd , l soldats
étaieuL ra· cmblé ; r arme prèle, ils alL ndnienl; Gilbert Boure ··a pprocha de la YOÎ•
ture où Villot per · ta.il à ronfler; il a rait le
.,ommeil dur. Troib ÎIMS le c-0mmandaul l'interpelln :
- Général ! ... général!. .. génér:111
li o'oht~nait f'3s de répuu~e; il allait le
..... 87 ...

l'ES ÉPi'ES DE 'FE~ ~

ccouer par les jambes, quaud un tamulle le
fit re,enir en arrière. Entre ix grenadiers

qui les pous ail!lll à coups de cr05'e au,
rein:, quatre ruisérabl' îai ni ' nl une •ntrée
involouwire et çÏolcnle dan Ir cercle de
lumière projetée par le~ Lra.sicrs.
Déjà .Numa Mestre intcrrogeail 1 · oMats
cl leur:, captifs.
- Qu'e ·L-œ que c'c t? NI \'Oilà un vacarme! 11uel alê gihier non· rabnllez-vou:? ...
qui 1He -\·ou , ous aulr' ?...
\ c queslions ~uccc; irrs, ll'. :oldat ·
d'une pari, les pri.-ouniers de l'autre (mais
rrux-là en patois de la côte) r~pondaicnt lou,
à la foi-. Ce ful un Lroulmha as ·our1füs-a11l
qne pcrçaiuul cl domina.il-nt le· cris d'orfrail'.'
blcs éc d'un vieux vagabond tr:iiné p.ir un
crgeut. Pourlanl, on fi.nit par 'rntcudre.
Le scrgl'nl e pü11uail que, dcpui, un•
heure, le3 11ualrc pri ·onuier ·, !roi. homme- .
une femm ', tournaient autour dn rampement, furrlanl, fouinant, quêtant, comme•
de lion· e pions, quïls de~ai1.•nt ètr ... que
J.,u rs loque~ el leurs haillons étaient sans
doute un déguisement; qu'il fallait \"oir ....
En plu·, ils n'ayai·nl pas oh1:i à l'ortlre de
pa er au large: menacés d'un coup de fu.il,
il s'étaient érart.és, pui étaient rl'\'Cnu ,
faisant toujour. I · même. "CSI , l:i patte
Lcndue, marmollanl ùes mots iucompréhcnsihlcs pour ·c ficher du monde .... E11Jin, ou
leur avnil mi la main Jes u pour aLrégcr
la comédie.
A. fa hi •ur d'un Feu, Gill,erl Boure, '1/uma
M•·tr , ~:U-\'a, Dcaupoil, Jolfrez \rPxi · considéraient le. .iecmés, rhercbaol 1fon, leur
1isage, kur attitude, le ·ccr1 l de leur 11er·onnalil~- Le bornmcs ét:ii •nt ordidl!,, la
femme étail hid 'U~e; lanl de ora ,e étai 1
i111·étér ;e, ne 'impro"i ait po ; ils étaient
bien ualurr&gt;, scnlaieul leurs fruits.
C"était à n'en po~ douter des ,a!!abonds.
des mcmliant prof sionnel ·, de ces 11eu1,
i,icon cienl" de tout, 11ui 11i1•aicnt le· armée;,
l'une ou l'aulrl!, pour ramnssPr les os et le
croirte de pain. Cc gens-là queh1ucfoi· cep •ndant eumulail'lll ; loul en ,il':J11L tle la
charitéd'un pnl'li, il l'espionnait•nt au profit
d'un autre .... Ça . 'était ,u .... l..'a\·aul-po~lc
u·arait iluuc pa eu loul 11 f:iil l.orl cn coufi quant ceux-là.
Le commandant Gilbert, à .on tour, ,·oulul
·oodèr ces épaL c. cenelle-. Mais, à sr.
demande formulées en langue françni e et
mèm rarisicune, le \·agaboud répondaicnL
en roulant des J 111 eO'arés, en ourr;,nL leurs
liras collés au corp ·, comme ltr corhcau
leur ailes, acccnLmmt enrorc l'air idiot qu.',Js
tenaient du ciel.
Gilucrt lJoure. 'impaûcnla :
- J'y renonce! .Ah! c'est exact 1pùls ue
.ont pa Français, &lt;:ell.l.-là ! 11uellc · couche
de stupidité 'OUS ' crâne. Je Lrutc:.! ...
- Alt ndez, dit Arcxis en s'approchanr,
je vai birn le étonner, moi ; il ne pourron
plus e d ~roLcr . .. lais. z faire.
- Tiens, c'e·L uai, murmut·'.renl le
officiers ... va··)!
Jaffrrz se piaula devant les tjuutre gueu

�r-

,

ms T O-R..TA

su pech; et, d'une rnix brève, sonore, c11
idiome celli&lt;jue, il les interpella ; alor lou ·
le. f(Dalre Ire.saillirent, reculèrrnl, stupl.l..
faits. Cela tl6passail leur intellect, ce oldal
hnbillé aux couleurs Je la llépuhliquc qui
parlait leur langue aussi bien el mieux
c1u'em:-m~mcs. ~·orcés de répondre, hongré,
mal gré, il 'cxéculèrent: cl rnici, vérités 011
mcwonges, ce que Jalfrez lira d'eux, Il tradui ·ail. au fur et à me ure :
- Ce ,ieux, qui marche a\'CC deu\ 1,àLon·,
'appelle I os A kourn, ce qui vent dir
&lt;&lt; vieil o »... son nom lui \'a ....
Le officiers se mireut à rire, lonl de uile
amusé , élanl jeune .
- Celte femme 'appelle Ar Merzer, la
~lar1yre .... Elle a d1i en "l"Oir, la pauvre!
Les officier ne riaient plus; la vieille était
couleur de terre et décharnée. Juffrez Arexi
continuait :
- Ce troi i;.me, qui est borgne, ·e nomme,
·parail-il, Falhun, sans sobriquet; mai,, par
couLre, ce q11atrièm n'a qu'un sobriquet el
pas de nom civil, c'e•t Le Cagneu:r ... le !ail
e'l qu'il ne doit pa. èlre le plu Leau danseur de sa paroisse. Lis déclarent tous s'ètre
approchés du birnuae dans l'e poir d'uae
croillc &lt;le pain; il c plaigoenl de n'aroir
reçu qne de · Lalochcs. . . . Il , crèrnn t de Iai m,
J.e froid, Je oi[, de mi ·ère, de maladie, Je
Lou· les agrément humain . Il· roudraienL,
il· implorent, ils mendieut une place au feu,
le fond de gamelles: ta vieille ajou le : uu
coup à la gourde; elle esl gourmande. Yoilà.
- lfo1'1 viennent-il ·1 ditbri•vement.Boure.
Are.: i traduisait la question, 1mi la
ré1,onse :
- Il viennent &lt;l'Anray.
- Ont-ils vu des Illancs en chemin? regarde-le dan le nez en posant la que ûou:
c·~t une race sournoise qui sait mentir.
Le volontaire obtempéra. Ni Ko.: A~kourn,
ui Ar Merzer, ni Falhun, ni Le Cagneux ne
sourcillèrenl. lli n'avaient rien ra. La campagne était tranquille, déserte, il l'affirmaient. ~leslre haus a les épaule :
- ~erments de Juda ! celte vermine ·enl
maurrus de tonte le manière . . . . \'eu -tu
mon avis, commandant?
- Parle répondit Boure.
- Eh bien, au nom de la fraternité, concède uoe place au feu à celle canaille ; fai l11i donner de la nonrrilurc; mais ordonne
11u'on les urveille ... ils pucnl fa Lrabison ....
Marva in i lait :
- Le mendiants Lrelons, en Lemp de
paix, coJ11orte.nl les uou\'e)le · de village en
village; c'est déjà un métier qui Cri c l'e pionnage. 11 e t naturel qu'en lemp, do
«ucrre, il con encnl leurs coutumes, e11
les applic1uant à l'oce:don.
- l&lt;:t il est naturel, quand on sait œfo,
:;'écria lleaupoil, de les pendre à la première
Lranche qu'on lrom-e à bonne portée. Le
diable soit de ,ou .... 1 e vous embarra sez
pas de ce quatre earcas e ·.... Ç.a oull're, ça
lremUe, ça crève lentement· pendez-les par
charüé ... c'est un ervice à leur rendre. Et
apr~, ils ne :erout plus d:wgereux.

Gilherl .Boure ourit.
- Lieutenant, tu vns trop ,ile. On peul
èlre misérable el inoorml. C'est entendu,
capitaine; donne de ordres: qu'ils se chaufIeul, 11uïl manuenl, qu'ils boivent... L
&lt;p1'on les mcllc dan l'impossiliilitd de communiquer avec le dehor · a, ant la lcYéc du
cru.op.
1 'uma Mc lrc s'acquilla de la commi .ion.
Il confia ce qualuor de lolJllClcux à 1111c
escouade de grenadier. qui les reçurenl
moitié bourrus, moitié goguenards . Dcmnt
Ar Merzer, un tambour 'ei,;clamait :
- Voilà qu'on nou offre Je particulières
à préseut ! i 'importe, je l'aurais préférée
plus !raichc !
Quand il virent qu'on leur fai ail place au
feu, les ,·agahoud se rassur~renl ; on leur
lança de trognon &lt;le pain, ils ,c jet -.renl
des u avec une faim qui datait de four nai sanœ: il le. engloutis. aienl pre que sans
m;'îcber, dan une hàte navrante de s'emplir
l'e tomac.
Alors, dc"anl ces manifestation trop
rédie d'une indéniable d~trcssc, les durs
grenadier· s'émurent. Au fond de marmit.e ,
il relrouvcrenl dei os où pundaienl encore
des déch.el de 1iandc et des gr:iLses jann,Hre , ils imilcrent le affamés à les vcuir
prendre. lis accoururent, ·e brillèrent lrs
doigts, pous èrenl des lmrlcmenl~, an•c
d'alfreuse grimaces.
Le , oldal 'esclalfüienl alentour; maid' uue gaieté nervcu~c, OlL il y a,•aiL un chagrin solidaire.
L'élan étail donné; eu dix minutes, le

La lrme rep.,rul. AIJ111k, rccn,qut:'Ville, /111 oWgd Je
s11spe11Jre /'all.zq11e. /,.A u11Untllt dlalt à 1•/n.srt tas,
fJ.lsible, apfu;•ee s11r s011 fusil. !Page&amp;).)

t;hcruinean:&lt; virent tomber deYanl CU.\. toutes
orles de victuailles. Oc sa cantine, Gilbert
Boure leur en\'oya du ,'in; gagné par l'exemple, les sous-orûciers versèrent la goutte,
I' •lixir d'or l'eau-de-,•ie, tant aimée de Lou ,

.., 88 ...

à ces dépenaillé , ces dés.hérités de la \'iC,
trop marmiteu • pensait-on, pour ne pa être
républicain ..
A cœnr Joie, en g-ro 0nanl, . an, . ourucr,
le· Jeux clos, n,•ouranl ces rare daices, ils
mnnf.!èrl'nl. Ils bu.rcnt, 11 loog lra.its, à grand
Lruit. "araouillant du gosier, parfoi interrompu· par une éructation onorc qui rcdouulail la joie des assistants.
Us furent go11lus, gloutons, goinfres,
comme des brules, comme des hèles; ils
'cnhT'•reol s'ivrognèrcnl, se saoulèrent
comme de ~ hommes; il ne c~ sèrent leur
gym na tique de màeboir qne pour 'abatlri.!,
anéanti , étouffés, écra~é par la nourriture
cl l'alcool. li · ronOaic.nt 'Ur place, fa têlc si
pr~s des brai es, qu'il fallut le tirer par li.•
pieds pour IP empècher de rôtir. Un ser 11ent
les pou . a de a bol te, corp, lla. qucs, incrtl' .
- Pa· be.oin de les surn~iller, dit-il; il
ont lcUJ• charge .... Ce n•e~L pa eu~ 1pti sonneront le réveiL
Ce sergent anit tort; sur Je qnalro, llll
demeurait valide cl ru :lÎL, lù reux clo · :
Koz Askoui-a; il était capal,le de boire el de
man,,er lroi. jours Jurant, ·an· èLre ÏllCOmmotlé. LI ne dormait c1uc d'un œil, écoulait,
obser\'ait et songeait à une '\'a.ion.
Peu à peu, les garde· rdevlfo ·, lo camp
tombait dan le ilcnce et glissait nu .omrneil. Alor' , dan · ou immobilité, il emhlait
d •vaneer le lendenu1ins tragiques, fürul'ait
un hamp de Lataille, le oir, avec d corp.
étendu -. 11 seul hruil per ·i tait, Je hruii
régulier, très doUJ, de. cbcvau · au pit1m:I,
liranL l'hcrLe 1migre à la lhière du bois.
Deux heure coulèrent dans one paix crcine .... Mais i 11ueh1ue , oldal cùt été tenn
en 1ll·cil par une wauvai c di,.,.eslion ou dt·~
chagrin d'amour, il aurait pu remarquer un
phénom,ènc étrange. Koz rukourn, san modifier sa posture de crevette bouillie, couché
sur uo côté, le jambe· repliée vers la poitrine; Koz 1\skourn, qui pourtant scmhlail
immobile, 'éloignait in. en il.ilcment &lt;ln foyer.
Cel infirme aYail de mouvcmculs ù lui,
ne m3rchail pa~ comme un homme; il se
traina.il comme un amphibie , rampait
comme un reptile; il ond11lail 1 projetait le
Lor e, le reste uivait; cela, lenlcmenL, imperceptiblement; à cc train-là, H eùl mis
deux heure pour faire ceol Loise , mai le
fourré était distant de ,-ingt-cinq pas.
li en approchait; une branche merle t~ul
d'un arhrc; le mendiant s'arrèla, net. Si
quelqu'un l'avait nrpris en eel in tant, il
c11l paru avoir roulé lrois foi ur lui-même
et voilà touL, ce qui n'c{U pa urpri d'un
gueux triplement ine. Quand il eut reconnu
la nature &lt;lu bruit entendu, constaté la Lorpeur inLrouLlée de l'alentour, il reprit .a
manœuvre cl s'écarta de noul'eau.
ll gagna, de la sorte, le bord d'tm to é
Lrès étroit, mais qui s'étendait en longu ur
ou l'épab.eur du tailli ; an làther ses
hâtons, il 'y laissa couler glis a à plat
veolre ur de mou es. li altcndiL. Rien ne
bougeait; alors, rassuré, triomphant, il partit,
à couvert, dans le creux de la lézarde; el

___________________________________

fila, infirme, disloqué, e deux liât1ms aux
aissell ", se pieds lancJs q thmiquemenl
dans l'espace. De la sorte. on le sait, il
avançait, rapide.
Une heure et demie plu Lard. ~ur la place
de l'Église, à Locqudta , il louchait à l'épaule
le comte 1,e Glohauic roulé dall son maulrnu,
endormi. à côté de Joyennc, près d'nn feu
qui Lomliail. Turpin lrüssanta; il amit le
ré1·eil alarmé comme Loule le· conscience·
lrouLles; d'un lioud il rut dehoul :
- C'est Loi! qu'est-ce que lu vew:'!
- Les Bleus, à une heure d'ici, en marchant vite... deux l&gt;alaillon . . . huit cents
hommes, facile à prendre, bon à pendre!
Koz A kourn riait, il était effroiahle. Lo
comte le repou sa de la m;1in:
- Tu pues l'Pau-de-üe .... Tu es 'aout.. ..
Es-lu bien sûr de cc que tu di '?
nr lu Cbri-t! j'en viens ... il a fallu
!Joire avec eux ....
Le Glohanic avniL conliance dans cc vagaliond qu'il se sa1ail dé\·0111;; jamai il n'en
avait été trompé; il le crut.
- C'est bien, dil-il, allon trouver
George·.
ils enlr rcnt au presLl t&amp;rc, aprè' an1ir
cnjamlié les dormeurs immoMcs. Quel~ues
minutes plus lard, ils en ortaiunt arec
Cadoudal qui bàillail et se frottait le Jeux.
Celni-c~ a\isa s111· le marches do l'égli e un
granù diable touL noir qui ronllait, le rentre
aux étoiles, tenant serrée Jan ses lira· une
de ces t\normes cornes de 1,œuf qui ser,aient
de trompe d'appel attt Chouans in urgé . li
l'é1•eilla d'un coup de pied; l'auLr 'assit,
hagurJ, reconnut l!cor••e et se dressa :
- 'oufJle là-dedans, cl !ort, pour la "ainlc
Vierge ! commanda le gë11cral.
Le Chouan emboucha sa coma; cl soudain,
ur le hameau silencieux. ua mugissement
inislrc retentit. Ce fut un i:Oup ù LhéMre;
en une ccondc, Lou· les paysan a1·aienl sauté
sur lenrs armes, s'étaient levés; les d1cI.
accouraient YCrs l'égJise, rberchanl George·.
Et celui-ci de sa voix d' tonnerre, clamait:
- Alerte, le gars! le Bleus sont à Elren ·
nous allon~. s'il 1·ous plait, le11r sonner la
diane ...
Un hourrah retentit; lt:.&gt; colnnncs e formèrent, déûlèrcnt sileucieuse.~, laissant le hameau
vide. el comme délivr6 d'un caucuemar. Le
Joug du. chemin creux. le· coude~ aux flanc ,
le Cl1ou:in courai•·nt; la lunt! •'était !lrg~rré.e
des nuage~ · clic allumait un rl'llel hleu:llrc
au crois~anl de faux ...
V
Le Chouan couraient. Au pa de charge,
il· conpèrenl le plaine·, au plus droit, à tra•
vers cbampR, à travers prél!; ils autaienl le·
barrière~, Je· murs de pierre. èche, par bonds
silencieux, reparai. ~aient a.u dair de lune,
ponr 'cnroncer ~ou les taillis. ondulaillnl
druL la brou ~nille, comme des chais dan,
l'lmrbt-, 1allaient la route plaie de leur pieds
nus, leurs saliol dan· la main gauche.
li· pa~~èrcut, frôleur , insonpçollllé~,

comme des oi eaux de Lén ;lires, le long des
,illa cs endormi., où l'habitant ne e doutait
gu'•re 11uc la mort men.lt sa ronde si prè de
lui,
Pas on ordre, pa · uu cri, ra~ tUJ mot. Le
11

"il J" :irnil 3.:s m.:11J11:i11I., , il)" a,\ùl aussi du surplus:
les {'riso1111il:r~ , /011, mal •·11 tol1ll, f'Jysans
/:1.1·ouches, li!sarmés, ,mftrmd d.rns "" carni Je

t.i,0~11,/lcs. (f'age ,,1.J

chef~ li laient eu tête; les autre· uivaienl leur
mouvement. Ilrusqucmen(, iJ ·arrèl~rcnl;
comme un troupeau docile, Je colo011es oscillaient, 'écra aienl un peu, de queue en tète,
pui :. 'immobilisaient. lluets, lcrns attendirent.
On êta.il arrh·é. Par-de· u le vall, nnrmcnt,,
une lut!Hr rousse incliriuai I les feux répuL!icai us, Aplati au ras du sol, le pax ans ·crutai •nt la uu1l. ne~ant leur yetu, habitués à
l'ohscurité, lro~ silhouettes, espacées, apparai saieul, plu noire·, sur le fond d'lwrizoa;
trois !)CDLÏucllC!I pcr1lue:-, counant le· a11tnlpostes.
11 I eut un href r•mciliabule entre Gt.10r"e ·
el ~es lieu léll:tn , ; Je· uoms fon~nt pronouc1L, de homme~ Liré Ju rang; cinq minute
plus lard, lroi ombres ~c détal'haient, s'éloignaient, forures, dans la dh·eclion des trois
~ilhouctles · l'une vers la droite, fa seconde
ver~ le centre, la troi.ième ur la i;aurbe. La
~ccou&lt;le, celle qui risquaiL le plu·, c'était
G1nonvcz.
Hampant ur le genoux. gli sanl le long
des talus. ,c collant à la ll&gt;rre oi1 il scmhlait
cnlrcr, il s'en allait, [éroce et joyeu ; car
c'était une besogne bénie et tout à fail chère
11 son cœur que celle dont on l'a"ait chargé.
Il . e entail légèr comme nn passereau ;
tous ses cns, en arrêt, le ernüenl merYeilleusemenl: jamai il n·arait vu plu clair que
celll' nuit, - à pré~ent sans lune, el heurcu·emenl. Jamais e · oreilles n'avaient été plu.
aclil"cs; il lui semblait eu tendre leYer l'm·oine,
comme dans là légende; il reniflait l'air; y
démêlait les senteurs din•r~e de la ,·ie; · tli~-

Linguail l'odeur de la morl qui l'ena.it i il
goùtail daus ou à.cre al1vel'appétildu meurtre; cl, pnr a11anc(', ses mains tremblaient de
,·olupt \ à l'idée du conlacl 11u'il leur prom •ttait.
[I u·a,ail 11u'unc inquiétude: se: deux
compère' dan' l'occa,ion, d11nt il était pt•u
:i'tr .• i, à droite ou à gauche, 1e coup échouait,
l'l!vc.il ét.1il donné èl la surprise mauquéc. Or,
ces dcu, pay ans n'anicnt pa' son S/l\'Oir-fairc
et son tour de main. Quant à lui, il filait sa
scène en arti u•.
D'un l'oup d'œil. an départ, il aYait calculé
les di la11ces, étudié on Lerrain; maintenant,
il ,.'avançait an hésiter. La li~e basse d'une
haie le fa,·ori a; il se cuula tout du Ion&lt;&gt;, pcn•
dant soi,anle toises à peu prè·; mai rnsnile,
le . ol était plan, drgnrni Je !'onces, 1wt1oyé.
A cd in. tant, par makhauce, la lnnc
reparut.
,\u l1ou1 de la baie, Alanik 1 recroquctillé,
en boule. rut obligé Je sa pl•ndre l'allaqur.
La ,cn1inellc était à Yin al pa , pai ·il,le, nppu)'l!e
s111· son l'usil.
C'étail 1111 grenadier rohu tr. r111i eompt.tit
la Lrentainc. li connaissait la g11err1', 11c rm1.ilail pn., ému Je on isolement, de b menace
in~es.ante de la nnit. 2&lt;" J't•ux con idérairut.
. urveillaicul le paysage, mai 1,•nll.'ml•DI, $ans
l1àle, sao · lièvre. Ses deux jambes, gnê1rée
de drap, 11g~rcmcnl arquée~ ses i;ros pied~,
po.é · d'aplomb dan la terre molle, indiq ua.ienl 1111 peu de la,siludc; iJ commençait
à onLir on poids; il dc\"a il être là drpuis
quelque temps, a Faction tirait san~ dout • à
sa fin,
A ces rrmarrp.•c~, à celle idée ,\ Inn ik f1·i~~oonai t d'impalience; i untl ronde venait
rclerer on homme, c'était du temp· perdu,
le suce\ · cowpromi , car la nuil louclrnil à
l'aolic.
Le •rcua&lt;lier commit une f.1ute. Comme un
grand nuage noir, chal.'.é par IQ "enl de mer,
surgi,sail, s'étendait, a aillait la lune, J'allail
engloutir, le répnùlicain sïntérc· a troi ·
seconde /1 cc dramo céle. te. Ces trois secondes le condamnaient 1i morl.
li regarda l'a Ire éprrdn se débatlrc sous
nnc iMlanrbe de lént'!m..-~. fixa le disqnt' d'or
ju·qu'i1 ·on :,uprrme clî.'1Cèmc1,t. ... Ce forenl
de yeux ébloui qu'ensuite il r&lt;'porla ur
terre, 011 toul lui parut plus sombre •ncore
cl urtout 11lus confu . Calant, co é1pwrrr,
on ru il :, on éJ&gt;auJc, d~:. deux main , iJ se
frouait IP p::rnpièrc;;.
Alors, d" un l,ond bru ·11ue, formiù!!iJle, une
,orle de grande araignée ·'élan~.a, s'en\'Ola
presque du comerl, Lomba -ur le oldal.
p1•sanlc el silencieu e; de· pinees le aisireut
au con, l'étra11glilrenl; il n'e111 pa un ouiilc ·
es rcux , ir~rcnt, sa face dll,·inl noire, sa
lang~iejaillit et se d ·mest1ra.
t:ynouvcz làehn s:1 Yiclirne q1ti 'aLaUiL
comme une ma se, le nez en a1•aal; le Breton
ramas-a le fu-il, décrocha la 1 ibcrne el revint
en coul'anl. La roule était liure.
Pendant cc temps-là, au camp de la RépuLlique, 011 conliuuail à ronllcr ; le général

�111S TO'R,.1.Jl
Villot, 1 premior, 1m donnait l'exemple; il
n'aYail pas bougé de sn ch:i.rrclle à foin; el
:es éperons étincclaicnl toujour à ln mèmc
place, allumés de reflets par les rcu,\: d'alcnLour. Ces îeus haissaienl.
Le c1.1pilainc uma Mestre fut \·cillé soudain par une ensalion de froi&lt;l pénétrant.
A11'( appro lie:; du 111ati11, l'air frali hi sait.
uma jura, .c l •va pc\nihlem •nt, en"ourcli,
aakylosé, sccona ses pird au bout &lt;le ses
jamhr· et lit q11elqnrs pa;.. Pnis ramassa11l du
hois à brassée, il le jeta dan · le brasier le
plu· procllt'. ,\vant de t' re1·ouchcr, C!ll bon
chef Yi ilanl, il in pect::i l'alentour. Le~ hr1·:111\: au piqu 'L dornrnit·nl, immobiles, derrière le Jemi-œrdr dt· 1·oiturt• · ftui formnit
uur sorte de rempart ·ombre: rien m· hougr•:lil; au loin, fo campa,,.nc était ,•ide, lugubre, rouelle.
En rc1 •nanl à sa place, marquée par s1
c.,ntinc, l'offtc·icr, serré da11~ ·on manteau,
ohs&lt;ma le groupe ùes m ndia11t~. Emmêlé:;,
confondu., eurhevèLr 1 · le· un aiu: nulrc.,
conlre le froid, ils figuraient un L'l de loc1uc
humaines. 1 1uma haussa le· épaules; tant de
mi ·èr
huinilia.ienl a qualité d'homme :
mai , uùitcmenl, il s'arrèla, rl'"ardn mi1•ux
t•l de plu' près.
- Tilm , tien., murmur:H-il, ils ne ·Qnl
plus q11e lrQi~, h pré cnt. Où donc csl le quatrièuw '!
li :ùlail peul-êlre approfondir celle tpies1inn. il u'rn eut pa le lemp . A d1·oilc.
par-de .. u le grand -1?t1rdes, J,,n · la pl:line,
un (•ri Ler, iblc avnil déchiré le tfoùbre · ; • ar
la gauche', un coup de fusil lui répondait.
Puis une clameur lointaine montait, g:ro . i.anl,•, ,,t 'approd1ait, rapide, comm1• un
chc1·al au "alop, coupée d'appel de trornpl'. ,
du cri tle la chom•tll', el de hurlements i olés.
\11\ arme,! cria "iuma, les Chouans.
Le· Ù('ui- Dreton • rltarnés Je la même
mi. sion qui' Gynou1·cz, y a,·aient l'un cl l'autre échOlll!; le premier avait frappé on
homme de lra\·crs el l', vail fait crier ; le
ccond, ·urpris, •'ûLaiL attiré le salut d'un
coup de feu.
.Alors, le \'Ï n tiré, JlltÎ ·qll'il follail li! boire,
C:Porg s, l'épée h:iule email en avant, ·har~eanl 11 tout ba~ard; Il'~ Chouan· élaieul quatre mille cl les fiépllLlicains huil cents. lais,
chez le· paysan ' , ccrlll.in ne comptaient
guère.
n lau1ùour d • füme l.iallil la générale; le
rnmp, r1freillé d'un ,cul conp :iu cœ11r, s'organisait; le fn. ils arraché nux faisceaux
·'allong,•aic11l derrière b tronc d'arbrei : lei.
soldaL ûpiaient l'11rri1 c de fa trombe pour
la nicc1·oir à point. \'illol, enfin orti lie son
omnwil ctdc a ,oilurc, cunge·Lionné, houl'fi,
le. yeu encore Lroulile , on sabre ou le
ùras, peign:iil ·es favori et sil'llait un e gavot10.

..,ondain, le ·n i tremlab sous un tonnerre
de abot· ferré,,, une fusillade nourri!' crépi La
sur le Ili 1·ouac ; ile fourches l de fau.\ ouùul'•reol, escaladant l'ob tacle dt•s chariot ; el
l'nn entendit, gueulé par mille rnix. le Domi1!{'
8almm /ne 1·1•yc111, muni.Cr cOlllme uu déû .

-------------------------------------VilloL rentra son peigne, a ura ·on ~bre, erc; la haine de l'adversaire, implacaLlu :;url'éleva 9Ur a ~ète, puis l'abai a d'un grand lOul dans les guerres ci I iles.
"C, te.
Cadoudal, à chcral, cou1·crt de · pied~ à la
- Feu! lei. enfonr~ 1 Yive la ftépul,lique 1 l~te d'u11 ra Le mantll.'.l.11 blou, hmç.i e.s l.iatailJ.a ripo te des Bleu élaiL directe cl errée; lon sur les centres ennemis; ,a voi · de tonl'as aut fnl coupé net ; le· colonne in sur ée·
nerre &lt;lomimit par in tant les fraca t•L le·
nottaicnl déjà, l'élan cassé. Les républicains, chocs, exaltait le: cœurs lilanc . llasséc sur
au milieu du \'Ocarme, entonnaient un (:11 ira des monticule. , la ré rrvc p,dmodiail le
farouche. George ~entit l'échcl'; il se r •plia;
l'f1.d//u lkgis; les fanfare républicain~ récule, la mousqueterie co11Lin11ail la bataille, pondirent, :ilcl'tes, aux hanl h'l'Ore : le
à ùi tance. Elle él.ail dnngcreu. c pour 11• cam1l deux idtl : 'artirm::iit111t à leur mauil'.re. el
trop éclairé.
tout Jcrin1 confu .
- Dispërsez le:; feu ! commanda Gilbert
'étaiL la pr •mièrc foi~ rpl les Chou:in de
Boure,
f.('()rg1•s ucceptnicnl la Laatai\lt; rangêc. \ illot
Jlonnnnl l'cxcmpl •, J·un coup de bouc il ,;'ittonna, puis !-'inqoiél:i; les mas.es roplise111·oyaiL roufor au diable il' lwi · incand - les se conlinuait•ot profondes: il :ivail un corp
cen . l.'ob·curih:cnvcloppa btroiscouleurs. d'arméP (levant lui. Atlu :;é au hois, il faisait
La surpri · pa sée, hncun ralliait un tète, mai la Laclic1uci nouvclle lt• &lt;léconrcrtail.
po te du combat. VilloL, sui1·i de ·es oflicicr., Il ''taiL fi,.uré 11ue, clu11 leur coutume, ~
p:iss.,iL 11110 rcrue rapide: il étnil corp1ùcut. bande sans di cipline, nprès qndqu conp
sa ,·oix ulliit forte; il CIi imposait; il tlo&lt;:1:i- de l'cu, allai •nt s'égaillur tians la lande, t•mpornrnit:
lanl leur. bics ·é. . Ilien de ccb; 1· pay a1.
- Camarade·, cc n'' l p:i · toul d':,1·oir ··avançaient, en colonne , en ordre :;Prré,
rejeté lo · hiboux à leurs lt!nèbres, il faut les métho&lt;li11u · , souples ou une main dirccl' . uiHe et leur brillC'r le hec a"ccno torch' . LJ•ice, 11.'s yeux .ur leur drape:111 tout hlanr,
Camarades, la l\épubli1p1e ne doit p~s seulc- lleurdel é.
rnenl . e dél'cndr , elle doit attaquer cl vuinLa p~éscnec de Geor1;es aussi lui donnait
cre: car elle l!Sl le droit, le devoir l!l l:1 rai ·on.
de rennui el lui oufnait de la prudC"occ. LI
'ouLlie;: pa ,1ue 1·ou · arnz dcmul rou ùcs llppcla Bcaupoil, replié aYec ses hu ~ard .,
bète. sauvage·, de. loups enr:igé riui ·uppli- après une t:hargcsans réimltaL.1:i-lui-ci lnurua
cicnl le ll!e ·sés , les 1it:'illard , les enfant et le i·eu . De la poinle de on ~al,re le i('m!ral
l.. s femmes . .\lion leur apprrndre il vi1·rc. lui ùé igrm Cndouda!, 1p1i dominait la plaine,
Gamarad~,, la patrie u le )'CU sur rnus !
colos.al, droit ,ur ses étrier$, la l.,ouch
n hourralt lui ri:pondiL. , ,in· lai cr à ournrtr. dan. un bcuglemvnt continu.
rcnlhousîasme t, temp de c r rroitli1·, il
- Cvrnpris ! ·'exclama le lieuteunnt.
criail:
EL, ralliant . · c.waliers, il p· rlit au nalop.
- Coloon , '" a,·ant l... pour la lh•puLli- pointant 1er le cbef uprc.\mc de lïn urrœ1111e !
lion. u le vi 1 ,·enir.
Alor les ofr.cier , le commandant Boure,
Joyenne, ra. semblant es !:îar . se jel:1 ur
le capitaine Mc trc, le liculeDMb à la ·uilc, sa route; à pil'd, lèle oue, l'~pée de fl'r au
uccessiwment, lonr à tour, répétaient :
poinn, il -8 ruoil nu-devanl &lt;lll l'avalanche,
- Par baL.iillon, 11,1r compaguic, eu arnnt, pris de joie dc1irantc; en courant. il commanmarche!
dait:
Les tambour roulèrent, les clairon on- Le faux! 1~ fourche · ! en a\'anl, nu\
nÎ'renl la charge; l'inf:inlerie fonç., Ùe\anl nase:iux !... pi11u l, piquez! garùe à vou ,
elle, I.JaïormeUe au canon, tête bais és; tandi
01nrez \O rangs ; feu!
11ue le p -loLon de hu ards et Je chasseur ,
T, hussards fonçaient, sabranl, 1·ociMrant:
entrain par Dt!aupoil el Man-:1, e d~pli:ûenl le Chouans, n double baie, :tcorochai ni dt.:
sur le ailes cl parlaicn l en salirau l.
letirs fou· les tbernux am:jambes, cuciJlaicnl
t.:nc , oh!! gri c poio Lait dcrri~rc le· colJi- les t·avnliers i1 ln fourche ; il y tt\aiL p . u de
ncs. n rayait a.sezclairpoor tirer; pcut~trc rusil · dan· la rnrupa!!Die de Jo1rnne; ceux
pn as cz pour ·•viler le · coups.
c1ui en possédaient v:i a.icnl l'c1111 ·mi Il la tète,
l'aveugMtc ! lança. ,Jaffrt•z : t11ron
pour éviter de ."enlre-canarder ; celle al,.aradc
comme d~ sou rd . ...
ru l plu tù l sileneicu C.
Les bouao , reformé~ en arrii'!rc, uLien•
Lais ·:int du monde. lle.1upoil pa•. ait; mrii ·,
daienl, de pied rcrmc. Le choc fut &lt;lur; la en ccondc li!!llc, il lomua sur Kerret et Fcrmêlée aus itôL bouillonna furieuse; Bleus cl :cn, acl'ouru · à lcu.r tour; .tlors, r ,nonç.1n1
Blanc • égalcmcnl acharnés, e doul1lnicnl ll Georg• , trop loin, il ne songea plu qu'à se
chacun d'un asS3 in aux pri ·c , - Cflrp~ à tirer d'a(îaire el lit \'Oltc-foce. ' ur ses treutc
corp~ éperdus.
hommes, il en ramellllil douze. Il rc\•iul tou
D'un côté, on fusillait, pii;LolutaiL abrail, de r::agr.
pointait; ile l':11.1lrc, on fauchait, enfo11rd1a.il,
Yillul ::irrachail es famri ; ça Lou rnait
lnilladait, ru.sornnHul. lei le , a./ce. Uegi11a, ri mal. Le commandant Boure tenait, encore
1!1, la Marxeillaise - partout même cœ11r ou . olidc, son bataillon carré. htlris é d baïonma saeri:, mèmc JOie à la tuerie i lous fils &lt;le nette ·; mai· Mana el se clrn eur , eu\
France, divi ~ par les prèlrcs, enltL'-CIJoqués aussi, s'l'.St:ùcnt fait reconduire; cl r unm llospar lu caprice ambitieu:c de roL; "ardant lrr, ma.l ew•agé ur la !ranche, rccufoil par
pourt.111l des point. ·ommun : la foi dans échelon . en mainlenanl 011 l'cu, mais en
leur eau c respèCÜw j l':\pre volonté &lt;le vain- perdant l'olfcn ·i,c.

(;'élrut grand jour, à pré enl: on poU\·ail
juger dei en cmbl · . Le go.l11éral cou. tata cp1
le force~ ro~aliste étaient, par le uoml&gt;r",
cinq fois omiron snpérienres aux . i&lt;"nne ·. Il
11:m ~a les épaules. C'était bête 11 pleurer. li
s·utaiL lai. ·: surprendre ; il était l'llveloppé,
ser:iit acc.i bll\ i!crn,il; il nr rc tait 11u 'à mourir; il -·,. ré!i&lt;&gt;lut, m:iis 11vi1111 il désiraitqm•l'îllC cho:.e.
Cadowfal l'.igaçail.
.
Ce colosse sur. on puis ,1111 l'hè1·al de labuur,
cc prr·onn11gc gro. ~i,.r d lht:à.lral. ruugis.:rnl
dans la lcmpêlc, à ln façon d'Aj,, Télamon ;
cc l'amtlique, qui d'un regard ou d·un &lt;&gt;cslc
r;inaLi~ait ~es hordes de mérré:rnt~, ùc scél11rat, pouilleux, sans uniform&lt;"s ~ cc m~lre.
. erondé par Je:; chd · ,an· phunels ni galon. ,
lui apparais .. il co111mo 1111c iajurc per::onnclle,
1111 déll ,·i1·ant à l'nrmée ré~ulière ; comme la
111] ..alioniucarnée du faste 111ili1aire1111'il r1 pr :_
·enlail, lui, Villot, a1·ec s •s bolll's /t reverh,
sa t'ointurt' tricolore . . on habit brod :, son
chaptau cmpanacb,:. Cc pay an, qui s'arrorrrait lou, les pouvoirs, méritait 1rne lcçtm.
.\ ~on tour, :on . Ïuquitlter d\1 tre ·uhi, il
poussa .on cht'l'al ùc cc tôlé-là. A.1ksiLùl
Il aopoil cl Mann, reformé , l'un . ur la g.:111d1r, l'autr • sur la droit,·, fai·aicul uLli11ur.menl con\'crg · leur fl'orl pour r1 jui ndre leur
chef et son escorte; t1n mè111r. temp , le capit1inl! ~leslrr. profitant dl!S I iùc laissé par la
ca,nlcrie. l:mçail n lronpe l'II eolonnl' drrrjèrc
cellP-d, el chargrail à .on tour : en d1emin,
il rullmlaît F.1·eno q11i ,·oolait lui l.,arrcr le
pn ·.age; 01, l°lilan reprL•, poussait S.'\ trouée
entre .loyenne cl l\crrcl.
Lïndl;l'Î ion c fil · •nti1· autour du ùrapcrn
l1l.111c ... Le~ chd· i ·olés jugcaicut mal 1 .
c•n. emLle~. Lt• Gloh11nir. engagé sur le~ Danc.
do l~ill1erl Boure tiraut ·ru1~ rehkltc. dan· la
fumée, mpil cepe11daul failalir l\erret ~ans
poU1oir le ~outenir.
Tou , à &lt;'Al momeol, tournèrent lé ~ l'UJ: ver!\
Ca&lt;lo11&lt;l;1I.
Il cowrn1mçait l, prendre du nnc1. Penrhl:
sllr la bataille, il ~ù1ppliquait à ui. lingncr les
molll'cments des ,-icns. qui &lt;levcnaicnl con f'11~ ;
il ~ a,•aiL tlu làcln:r-pieù, dan,- t:es reculs ...
.'undnin il aperçut le gl:u,•ral ré11uhliCJÎn,
ronçanl ver lui, la l~le auréol~o d'éclairs, au
milieu de. mouli1wlti de son grand nhrc
rcconrbé. Il s' mclunla; l',lmc de Du!!llc clin
hunla la Tète-fionde: de Villot, il t! hargcnit
seul; rn, i · il follait couper . a r •trait el
tourner son arril?rc.
Alors, Ceorrres, dl' ~a roix !-urhumainc,
at,1 ·ourdit la Lataillc:
- A 1'011~, les E1K.1e J r r ... !&gt;llr la rorët r
EL d'un gc;.le large. rPjeta 111 l! l lauçau l nn
manteau d:111" !"espace, il parlai[ à ,un Lour,
,aLre co wain, pir1oanl vers Je grand cheI
r :publicain. 11 accepu,il le duel; pourtant, il
mil préréré llochc d •,ant lui : c'ctiL été plus
digne .
Autour ile ~oo manteau tombé à t.erre , rtilique, drap~au, il) col un• lullc enragtie: Jaffrez Arex.i , eouvcrl de aog. rriblé de coups,
·'en empara; li! manteau bleu restaÎL nu
BI •u: ; t'Cci leur l'ul un court triomphe.

11.. crrct, sui,·ant l'orJre, s'étaiLJell: a,·ec ses
Chouan ur le camp abandonni oo pre 1]110:
une bril{ad • de genclarmcric en défendait
l'approch0 • il fa disper a. Cependant, Le
Glohonir 1en:ii1 toujours en échec, immol,ilisait }, bataillon de l,ilb rl Boure, a. ·.11iU1 ur
~rs •111atre côlè·, emiro1111é d'un nllagc de
poudre, êparé du ro', ~ans renseigneml'nls.
Jo1enne el le· sit•ri~. a}ant repris ltall'inr,
décri,•ai •ut un demi-cercle, 1lonn.1icnt la maln
au troupe~ d'E"eno. &lt;'ompl •tairut al'e.c lui
lrur c1cle rcdoulablc, C'nglol,rmL la lwtaillc.
Aux mèmcs minutes \ïllot chel'd1ail Cadoudal, Cadoudal ·herchait Villtil: ils .,gi ai&lt;'nl
~elon kurs kmpéramenl~, leurs 1·aractèrc~,
n , rai sou •licotenanl., ouLlianl ffU&lt;· le
d&lt;!10ir des dtt·f,, c.~l de rester à l' 1car t ,•L d •
se conserrnr à lïnlérèt de tous. li n'écou-

taicnt l"uu et l'autre que four folle audacr.,
luur irrd i tiblc hc~oin de d6pense héroi4ue;
el c&lt;'llc tète l'i~aiL celte nul, e tète.
Mai · le tblin lt•ur était coulrairu; quand
ils se truiaient joindre et . e pl'o1oquaienl
déjà, du rc 0 ard. du gl· te, dt.? la parole, un
Oot de comliall:mts venait les sép11rcr, le
rejeter trè' loin; el c'ctail à rccoruinencer.
Il 1:tai1 ,\i&lt;lenl, indêniuble à pr~ 1•nL 11uc fa
p:irtie 1:lait perdue pour la République. Les
Cl1011an,, 1•1a111:s pur la ,ictoirc, dunnoienl
tuu~ avec ln mémo bra1oure; même le Lrès
viem, mèmc lus très jeune~, les n•crues dr:
hus11rd.
L,,s Bleu·, màchool leur désespoir avec·
leur· carloud,ru, ne pliàient pa., ne rompai,•nt p:1s. mai· twouaient Lou l ùa · leur cJforl
inuLil •. Leur ofrkior,; s'aLallaÎenl le u11 ·

1

• -

CornmtN(c; (',H'tell.1'-Li ..• n~ lrs 1-;1/,:; fJ$. • l1•i llf11nmes /11,-en/ J•&lt;111ss,s

le ft/,1tc111 .i'e.\il,1111,m d.1// fJll,;!i, ...

lfng-e&lt;)3.)

... 91 ...

Nl(•mt'lt,

�1f1ST01{1.ll
aprè. le autres. canard,b de. anrr-fruid parle:,
braconnier· du roi, au coup d'œil . tir.
Il J avail 11D pi1tlinemenl furieux sur lonl
le cl1amp de hataill&lt;'; 11ui tombait 1tail morl.
Le. chevaux, 1hcnlrés par le faux, ruaient
daus leur entrailles ....
li parut, . ous un pàle oleil de trahi on,
1111 · le drapeau tricolore allait •'incliner dcYanl t:eor"c . Entouré de c. lidèl , t·oll: 11
lui, remp:1rl de chair, celui-ci prodiguait sa
tor,·e. C'ét.'lil dan .on rayon, un grand masarrc. Il frappait . ans ··occuper de se dé fondre; d'autre r~vaienl I coup pour lui :
la11ik i;~ nouvcz, ce Yicux loup ~ris cl .a
meute d' louvards : Oli r, Fant'b, ~fozc, ,Jili,
llano cl )füel, tous endentés el mordant
l't•rme. ive Jtl u !
nohu, ,·oiant .on chef e conduire 1•11
rnlonlairc, a. umait le r •·ponsabililé , expc:diait d • courrier , dépêchait de ordre., i1
droite, à "311 be; là-ba ·, dans lt&gt; fond~,
urlout.
Dru qu •ment d. n ces ronds, ju t ·m •ni,
une clameur .'éleYa, lrarersant le lumulrc;
le camp r?pu hfo:ain était enlevé par Joycn11c
11ui 'y étahlissait, prenait de re,·ers le troupe de lirrnl! el le fu illait dan le do..
'ne .tcclamalion joyeuse des royaliste. alua
~lie nournlle. La journée était à CIL~ • • lai.,
oudaiu, - pour prouver une fois de plu
lïaccrlilude des de linécs humaine , sans
ltèrn balancées entre le triomphe et le dé•a. lre, - ·oudain, par-de us le · mllonncmenl., an nord, le canon gronùa; le premiers
b 1ul l • ricothiircnl ur une colonne d Blanc
e.1 marche .... Cc fut une tupcur.
IJui :urrn1ait'7 Villot n·a,ait pas d'artillcri •,
La réponse ne larda guère. Un c cadron de
dra:.,ron, parut dan · le hauteurs, courbé,
pointe en avant, ur le cou dtls chevauI
criant : &lt;I Vile la [\Jpuùlique ! »
L • ,.énéral Jlichaud qui marchait au ,ccou rs de Pontiv , arerli par la fu . itlade, dé' iaiL de ~a ligne •t accourait à la re cous ·e;
il lançait cil avanl ses cfrson cl a cavalerie;
lïufonll'rie ·ui\ctit au pa r •lel'é.
,\lor ·• tout rhnngea; la victoire pas.;ail
d'nn camp à l'autre; les fütp11blicain., agaillarJi par ces renfort inalll'ndu '. rcprireut
l'olfL•n. ire nr Loule l'étendue J, l'action. Le
ï.lob:rnic, rraicrn:mt de ïsoler, e repliait,
lai aut Gilbert Boure libre.
.Joycnne, indéci , CD\'O}.'.\Ït aux ordre , pui ',
n'ol,tcnanL p.1 ùe r 1ponsc, abandonnait le
camp occupé dix minutes, ,e rejetait dans la
mèlt:C, pou anl ver · George·.
L1• haionnettc du général Mi ·ba11J ondulaient à Lrarcr champ; elle approchaient,
épli, e .
Alor.s, désolé, déçu, maudi ant la fortune,
Caùoudal fit un signe; cl les corne de bœuf
mugirent sur la plai11e, ordonnant la retraite
el b di persion.
Ce fut rapide. En une cconde, le Chouans
'enfonçaient dans les tailli·, se coulai nL aux
chemin creux, di parai saient, ou eùl dir, ·
ou· terre, tilaicut, pliJs en deux, le long de
haies ba · • .... Plus personne.

'-----------------------------------Quaud Villot el füchaud c rrrèrenl la
main ur le champ de bataillr, il n'y restait
rien de l'armée nnrmie, que le souvenir.
le rnorls et 1• blcs é. .
- ~forci, dit Ir premier, il éLail t•mp !
- A char"e de revanche l... répond il
l'autre, ave la min• d'un homme qui ne
s'illu ionne guère.
A ce momeut, un per onnagc singulier,
moitié civil, moitié militaire, mai;;rerucol
culotté de peau jaune, t1peroon 1• ballé, empanaché, ceint d'une écharpe, important, mai·
comique, 11111, prnclanl la halaillc, , \\tait 1cnu
oigneu em •nL à l'écarl, en arrière, avrc la
ré ·ene el le bacr.igt•, 'avança d'un pa délihfré vers le· deux génératu:.
li reganlait ûxeml!nt îillot, attendanl on
alut; le grnéral ne e prc .ail pa ·.... Il y
a,·ail. en ce lemp -là, l3nl Je délégué,;, ù •
commissaire:, de chargé~ ile mi . ion, d'cnYO é· cx.lraorùinaires, dd reprbcntants arcrédilé , ahallus sur l'armée comme mouche~
sur ,io.nde, •111'on s'i p •rdail.
Micb:md comprit le malai t'. Il pré enl.t :
- Général \ïllol, le ciLoyen Jérôme Dirol,
commis aire Ju pournir exécutif.
Clllle foi les deux homme· se tendirent la
main.
- Qu• complcz-rnus raire, monsieur1 iu•
lcrrorrca llivot. loul dt! , uilc fonctionnair •.
- llallicr Vanne , co1t,Tir la l'ille, ,. porlt•r
me. 1,le é,,, sourncr un peu, me r •formrr el
prendre ma rcl'anchc; car, :an füchaud,
j'éi.ai- cuit ... ri ·olé t Il· étaient ~i, mille.
Il cxairerait. 1Jicl1aud, d'un rcgnrù allri l :,
parcourut le champ de bataillt!.
- Oui, ça coùle cher; mu:- avez 1!tmx
conls homme par Ll'rrc, mort· ou birn malade~ .. .. Cadoudal était li,.
Villot devint "iolct.
- .le l'ai chrrd1é. ll n'a pa · lrouré à
provo, clc rcnir à ma r('ncontre.
Il meulait; mais. à a place, G·orges en
eùt fait aulanl.
Le lroi · cùd' . i ·olé: sur un mamrlon,
conlinuèrcnl longlemp· leur· propos de circoo lance , lanlùl jwtc· et ,rai:, t1nlôl Pnllammé cl \·aulard,, Loura lour l'ou · el ag •s.
!)ans la plaine, on relevait le~ Llcs ~ ·: il ·
s't~n allaieol, en hingue fi11•, t•mpnrlé ur Jt•,
hrancard '; une ambulance ïn ltllait en hàlc
i, l'entrée du bois, pou1· le: premiers pJnserucnt .
Du haut d'un monlicul&lt;', Gilli rt !loure,
il.1.n,1né de ,·uma )le lre, U·aup 1Jil el Marva,
rc"ardai t pa er le. ci 1·ière :
- Salt: journée [
Tous les qu1trè :laient hara sé coure ris
de ~ucur el de pou sière, aver, ur leurs
ruancbe , des éclaboussures &lt;le ao,,, mai
indemnes cux-m~me , à pari quclt1ull rgra1i.. nure qu'il· ne dtldar:\ienl pa.
Gilbert 'as.il par tcrrr, cédant à. la falig 11e ·
le trois autres l'irnitaienl au ~ilùl. Faalasins ou cavalier , ils araienl lcsjarrèl • rompus.
Porlé par Jeu oltlat., un brancard s'approchait, lais anl dl'rrièrc lui de goutte ùe
sang. Dc~aul les oHicicr , une forme rouge
s'y dressa.
0

,

- Commandant, commandant! cria une
voix . upplianle, dis bien &lt;1u'on me !ni~ le
manteau. J1• wux mourir 11rln: son manteau!
C'était ,Jalfrez Arcxi ·. En Laillé, déchiré,
haché, en conquérant le mantrau bleLL de
,corges, il avait roulé dan ~ •s pli , le nez .à
l ·rre, uccomLant snu, les conp .. On venait
de l'y rama ··cr: dan. son délire, il availpeur
qu'on lui vol.il :a rl'lique.
- Soi~ lrat111uilhi. dit liour • en : • leçanl,
ému devant le lrÏ:,le étal de on jeune camarade, lu le portera· le jour de Les nnœs.
- C,1, [il Jaffrcz, je Yeu:. liien, mais j' n')
troi gui•re ....
.\ Lon à"", nn ruéril de tout, sauf d'un' .
tèlt' coupée ....
- , oil. \'ive la füpubliqu •! 'écria le
rnloulairc dù \'nnne·, tamli. que .es pnrlcur
rt•prcnaienl leur mareh • lente.
Numa Mestre jnra.
- Tonnem• de Ilien! voilà l'i1Ha11l dur;
t:'est 11uand on c refroidi! 'fllC c'e·t dé~a;réahlc. C'est drolc cela; je tue comme Ir.
aulrt•. , je 11c pl'UX p:1, • voir me morts!
- Affaire d'hal,itudt•, n1plir111a Beaupoil.
on . c fait 11 tout ....
Les trompellcs sonnaim1( le ralliL•ml!nl. fi·
Ion lrs point~ de la plaine. on \'il de. eorp
étendu c dr s.er à ilemi. la.ir • de longs
cllbrls pour c remeLLrc .. nr picJ ; ) réu sir,
en titu hanl: • renoncer, en .-,fo1is 'ant : le:;
Lles ·éi, qui rnulnienl r~pondrc à la fanfare,
à l'appel, prouver aux autres, c pr0lll'Cr
surtout à eu -mêmes 'lu'il · comptairnt encore
parmi le ,irnnl .
Bien de nom rurenl crirs lJUÏ r :lèrenl
san répon c; par contre, s'il )' avail des
manquants, il y a va.il ans. i du :.ur[1lu : les
pri onnier., tous mal en poinl, paJ, alls foroudie,, d.'.•~armés, enfermés dans un carré
de baîonncllct. Tèle" hais ée:;, silcn icux, il
attendaient le hon plai ir de leur vai1111ucur~,
,an grand e poir: car, -i quelque coup de
baguette ungique rùl :;oudaio rcnver é le ·
rùle , il - cus·eol été les premier· à rcfu.l'r
merci.
Pn colonel, cnjaml,aol le ' talu , 'arrêta
dc"ant le chef, Villot, lJichaud, Di,oL:
- Cillljl'll: l(t:néraux, t:ÏLoyen commi·sairc,
I •· pri ·oru1i·r ·? Qu'en !ait-Qn1
- Un soul'c11ir, répoadil JJrùmc en ouriant san - 1·olèrc.
- llaltc-là ! fil V1llul. .. il me cmùl,·.
cito ·1'n commis aire, rp1e le· pri onni •rs nous
apparLicnncnl un peu, à )licliauù el à moi ...
11u'cn pcn l'7.•,·ous, Michau,1~
~licltaud [rappa sa Lollc de sa cravache.
- Cela dépend: mais en thè,e ..,énéral,·,
la bataille fi1üc, je n'ai pas do rancune.
Jlivot rou"il; il trouvait que cc· deux. ·oldal" ne rnontraicnl pa vi -à-vi de lui k
égarJs Ju à ·a mi:- ion, à , a fonction et surlool à ~on caractère. li .e fil ,·oir; la ,·oix
Lrè1·e. il prooonça, comme au commandement:
- Offü:ier "';oéraux, je vou, rappelle que
je ui ici pour urvcilllr \'O' actes, cl au
l,c~oi11 en rendre cornple; je vou rappelle
11uc vous n'avez d'opinion qu 'aprè la mienne;

jr. rnus rappelle qu'il 11':ipparlienl 11u'à moi
·rul tir. prendre iei dl•· déci ion ; 11ue votre
11nirp1e dl"voir est d'all1•r 011 je vou t•uvoiP, ile
r.1irc rc 11ne j'ai prese, it. Ces prisonniers sont
des Chouan·, c·esl-à-dir• ,k· bandit·: 'il'
nous tenaicnt, .comme nou J, tenon, nou
·turion déjà du plomb Jan: l:i tète, ou nou
tournerion~. pendu· par les pied·, an-de!- u~
d'un fou Je paille, comme uu ja111l1on 11u'on
fome. Trèl'c au~ pl.ii. ·1olcric· humanitaire.!
Mui non plu. , je n'ai p:i · dl.l rancune; mai·
j'ai le sou(·i Jo l:t llépuliliq111!, 1p1i era d'aulartt plu, l'orhi r1uc 11011
Jiminueron le
nom ure d1! se ennemis. Non a,·ons . oixar,te
pri~onni1•r", c·csl bic-n; je signe 1111 bon pour
rrois eenls cartouclae· .... li ) a dt: ma11x
ru1cc.• aires!
,fübaud mordait ,a mou. tarl1e, Villot lirait
:t · fol'Ori·. Tou· Ùèux &lt;lominaieut de la lèlc,
JL' lenr fore,•, de leur jmmc ~c. re pelil ,ieux
ralaliué, ron;.;é de hilr, m:ilingre, enragé
conlrc tout. .'on ùi~loirc .e li nil dan~ sa fal'e
l':t\':1gé1•.
Cl'rlcs, les deU'I: ·olJal do.! b l\épublit1ue
i;;noraicnt le pas. é &lt;le ce mauvais pcrru11uicr
1111c l'inîortuuc ennjugal~ (\l'ail LransFormé en
p:tlriok, mai' il le fbirai~•nl méprisali 1e. Il
o,ail dire 11u'il n'a,·aiL pa: &lt;le rancune .... Il
o'a"aiL que œla. ~·n était présent, ce jour-là,
dans I emiron~ dt.l Yannrs, c'est &lt;rue, depuis
de mois, il iotri!!11ait, iollicitail san rcl:lch
un po. lc en ~[urhihan, dan le pa du ·omle
Le (;tolianic, 111 llÙ celui-ci a,ail dù se réfugier a\'1:C 1ïno11liliahlc !\ose.
.\rrh·é d~pui · Lroi jour~. il &lt;~La.il déjà rcneigml: .:l\'~it que Le Glubani,· commandait
sou~ Genrrre~. cannai . ait fo numérn d son
bataillon. Qui sail ·i, pmni le- pri ·onni, 1'$,
il n'alla.il p1~ t.iire c1uel,1ue heurt!u·e 1·cn(·on1rc; la ré. i,Lanl'c de \ïllut et de lfirhand
l'exaspérait. li était le maitre.
Ct•peudant reux-ci le fOOsid :raient &lt;l'un
œil .an~ hienvcillanc ·: pui · il: s'cnlrc-1•rgardèr.:11l el .. im11ll~némenl. lui Lournfrt•nt le
ùo', en haussnnt les épanle . Il· s't1loiguairnl
cùtc à dite, at·t·mtuanl leur carrure.
A di, pas, V,llot se retourna.
- Pubq1w ,•ou 3\'C✓, Lou. le$ pou\'oir
dto,eu Lli vol, ,m1 donncn1z vo ordre. , nous
mu~ pas~ons la main.
- Parfaücmt•nl, r'.rana .1(,r(imo ... ça me
t'ormaîll ...
11 gagna le boul du champ oi1 les Chouan.
étaient par,111t!s; en vo ·ant Yenir t•e .inae
l,011i:, lt! · plu obtu. coruprircnl 11ue leur lin
était proche. U était sinistre: ~a laidcnr •rrole. que c:..cluail tuulP id&amp; de gfoéro.iilil.
li e campa &lt;lerant ce groupe de vaincu ,
le· fil ranger en ligne, les pa• a en Mrne,
rnmmc it ln pnr.1de. Puis, il coru1n.1nda :
- Cem du premier bataillon, à droite;
ceux du t.leuxième, à gauche; ceux du troi~ième, en anir&gt;re: ceux &lt;lu quatriè·me, en
av:ull.
Redcl'enus pa if~, ·ul,i· anl I fatalité lèS
paysan obéi aienL Lèle Las c: du moins ëux
qui pouvaient encore marcher. Quand les
qualrc sections fun•nl didséus, fliYol, l'air
guilleret, .'approcha de la dernière, lambeau

LES ÉPÉ'ES D'E 'F'E"I(

u t h.Jin/' J,• t:rl.Ji/1~ resta ;tèstrl. (ne.: se., mm·ls lr.it(î.7ues, rnli'J1tes ç.i eL l~, W. ccmme ,i le del /·/,•11r.1/J rnr

/1/olid $Jll.lf/lln;zire des homm~s. ,me pluie .tl11e. san!~, /al'.J ce,&lt; cll.1/rs Je/1111/es, Jr.'c&lt;•lo~a les fl.xquc~ \·lluteàJres. trm1ill.1 t'llorl:ün. vMt.wt le ,:1·/me... 811r les q11.:z/r,·s heures. ;te lllJm•e.111, des s1l/1011ettes lum,ainu
s·a.~fltn:,rt par le ch:imt m,111.;111 •.•• (P~ge 94.)

de la Lroupe de Turpin. lls étaient ciuq 1'0leurnnt; tou mutilés: parmi ces cinq, deux
jmnc gen, attirèrent l'allenlion du commi aire; l'un, hies é, soutenait l'autre, moribond. C'était Olier el Fanch Gynouvez. Olier.
livide, avait l'épaule entamée d'un furieux
coup de ·abre ; Fauch, une balle dan. le
\'entre.
!foot in11•rrogea Olier ; Fancb râlait :
- Tu •~'lunai le citoyen Le Glohanic?
lier lil un si.,nc de la lèl' : oui.
- Tu ~erl'ais sous lui?
:'!Tème. i~ne.
- Tue~ muelî
Illier regarda fixement Divol qui rernla
malgrtS lui; mai· llier ne des ·erra pas les
deaG. Le fonctionnaire de la füpuLfü1ac joua
la man. uélude :
-- r.roul •, il l va de la vie .... 'i Lu ,·eux
pal'ler, me donner quelques renseignements ....
Les ·eux d'Olicr flambovèrcnt.
· , r·1l
on ·&gt;. tu ne veux pas• ·&gt;.... ,à Lon :use.
,ou , les autre.. Youlcz-rnu 1·épondr' à me,
11ue lion ?
Fanch ne soutnail plus qu'à peine; les
lroi autre ne le"èrent mème pa. la tète:
IJi\'Ol tapa des pied· ; il était pourpre.
- C\~l liien l
li se ronrn, ,cr· les grenadiers qui attenù:1ie11l l'arme au pied.
- Commencez par ccID-là ... ici, dan Ir
to.sé; liculrnaot, prenez ,,ingt hommes. Ne
lrs ratez pas.
l.e liculenant :alua. fil un igne. Le cinq
homme" forent pou é p ~le-mêle: les quatre
plutôt, car ils rrnporlaient Fanrb. Dan le
fo sé, Olil'r lraçJ sur la poitrine de wn frère
un large 'Î"llè de croix, l'embra!l a au front
pui ·e i"na lui-même. En_ breton, il lui dil
tout ba :

- Pelll, now partons ensemble; la mère
pleurera deux fois.
F:rncb ouvrit les yem, ouriL, 1P~ l'derma :
il moUl'ail.
ur le rernrs du fos é, Divol contemplait.
Le pulolon &lt;l\•xécution était rangé; le lienlenanl bai sa on sabre: vingt l'oup de fen
retentirent. Les Cbonans s'aLatlirenl les un
sur le aulr· : Fancl1 en travcr Ju r.orp
d'Olicr. Les Hépubli ·ain venaient de fu iller
quatre hommes et un cada,re.
La détonation fit retourner au loin Yillot et
Michaud.
- ih ! ça y e·t? dit le premier.
Le ·econd regarda, hJva le :ourc·ils en
accent ci rcontlexc:.
- Oui! rt'pliqua-1-il, le comrni .air amu e. Ce· bou"r -là dé.t-ùonorenl la n~publiquc.
- Et puis, gare au\ rt•p1·és:tilb,! ajouta
\'illol. C'1•'L une guerre d'a -a- ·ins.
.\ cc momerll une seconde di!Lonalion les
a om·dit.
- [l fait durer le plaisir, reprit Miehaud.
Deux fois encore l:t maigre fu itladl! lui
coupa la parole, crépita sur la lande, déchira
a toile, dédoubla les écùo rebondis.
- Alloo~-nou"-en, conrlut-il; e'e~t {cœura.nl. Adieu, génrr:il; je marche ~ur l1oati1·),
,·ous, rl'gaguez \'anncs.
- Merci entorc ! prononça Villot, en .errant la m:iin de on égal en rade .... You
m'a,ei auvé .... .\u r ,·uir, cL 110n atlieu.
- Qui ail'! murmura Mirhaud; la moi:t
non rntourc. t "imporle, mon ami, ,oiezvow, la gnrrrc gagnerait il être conduite par
des soldat .
u1· t,elle parole il se éparèrenl. Lr Lrompelles sonnèrent, ralliant cl1acun à son drapeau.
Comme le prisonnier ' bretons étaient tous
1

�r-

mSTO'R.1.ll

lrépa sés par ses soins, Jértime IJivoL fut le
premier à regagner le corp d'armée où il
r1•rrnait, 'ü ne gouvernait pa .
Alors, sur un dernier ·alul des fanions
gr11Praux, les deux troupes . c . tlparèrcnt ; cl.
p:ir file longul' , prirent leur roule, l'une au
nord, l'autre vers l'oue t. Le convoi des
1,lr!s i\s répuhlicains élaiL à l'arricre-garde de
Villot, entour i d'une compngnic de grenadi ers, ll;mquée, elle-mèwe, de lm . ards de
l!cat1poil. lis occupaient ~epL voitures, qui
roulaient lcnlemenl. Dienlùl le champ de
ho taille resta dé,;erl, averses morl tra•!Îque ,
culbuté çà et là. Et, comme ~i le ciel pleurait sur la folie sanguiaaire des hommes, uae
pluie fine, serrée, lava ce rhairs défuntes,
décolora le Daque;; rougeâtre,, brouilla l'horizon, voib.nL le crime .... Dans œrte brume
d'e:tu, tout s'estompa; eha•1ue victime s'isolait; l'illlrnensc drame, morcelé, dcvenail
pcr ·onnel. ...

, ur les quaLre heures, de noureau, de
silhonelle humaine s'agilèrent par le champ
maudit. Elle avança.ienl, cl.icrchcmses, uivanL les ondulations du t1-rrain, courbées au
sol, le fn il à la bretelle. Vers midi, quand
lrs Chouans dispcr és sëlaienl retrou\'OS, après
d1•s llOur·es folles, par vinot chemins divers,
autour de locquell~, point de ralliement
désigné d'a\'ance, à tout ha ard, - Cadoudal
a1·a.it aa_ ilôt ordonné l'appel dans ses compagnies. Les manquants étaient nombreux:;
mais à toul in tant, des retardataires accon~
rairnl à leur tour, le llll ' clopin-clopant, le
autrei parce qu'ils s'étaient t&lt; 0 arés-. On pou•
vaiL espérer encore.
{lllustro1tions Je

NOTES 'ET

Sur le m:irchcs de l't:glise, . on chien entre
k jambes. AJ:mik. Gynouvez, au milieu de
,Jili, Maze, Mivel et D:rno, Afanik, immobile,
blème ous la pou ière, tenait ses seux ob. li•
ni.&lt;ment (hé· sur le carrefour dcsquaLrc roules.
Olier et Fanrb manquaient, ses fils. fi pensait à la vieille, à ha; il avait peur d'elle, si
les pelil ne c retrouv:iicnl pa~.
- Oncle, disaiL Jili ... \·oyons, de L'espoir!
Olier el Fancb connais:ent tous les sentier du
pay , chaque chaume, ch.u1ue pierre... ils
vont nmir ...
vonl venirl
Le ,1ieu1. Chouan n'avait pasl'air d'entendre.
ll ne bronchait pas. ~fazc, les main dans ses
poches, regardait la terre, el les deu-x serviteur , dont l"an saignait au fronl, olîraieut un
,; ·a11e héhétt:.
Alentour, sur des feu,; alluméi- au braises
du mati11, le survi\·ants du comhal, oublieux
déjà, préparaient des nourritures. La vie reprenait ses droit .
Cadoudal passa.
- Gynouvc.&gt;z, qu'e t-ce 11ue tu fais làL.
qu'e t-œ que tu nllend~ 'l
- ~les fiL ! Jil simplement le chef des
courriers.
,eorge.~ tr saillit.
-Tc fils? Olier? Fanch?
Alauik Lai .. a la tète affirmativement.
- Eb Litill, ils seront là tout à l"heure ...
cc ne onl pa des gar à. elai cr urprendl'e.
Gynouvez leva les yeux au ciel; sa mtlchoirc
lremLlail. Georges s'éloigna, ne trouvant rien
à dire; ce pectacle l'altri tait.
L'heure an.noncée pa a... Alanik aLtendait
loujour; ses neveux et ses dome lir1ues
l'entou.raienl encore; tous avaient gardJ leur
1

ns

pose; tous épiaient le carrefour. Ouc de fois
il · avaient sur. aolé, foil lrois pas en axant,
croyant reconnaitre, dan· quelques dernier
survemts, ceux qu'il espéraient de Loulc:lme!...
C~aque foi . , l'erreur, la déct&gt;plioo a mil été
amère.
Quand de-ux heures sonnèrent au clocher d'
Saint-Gildas, Gynouvez broya a main gauche
ùans s:i main droite.
, a face grise se crtusa ous plus d'angoi~se; il prit u.u parti.
- J'y vai · murmura-L-il.
Jili l'arrèta par le bras:
- Où allez-vou ?
- Le chtlrcher.
- Ilien; j'en suis.
- lloi au si. dit lla.ze.
- ~loi aussi! repétèrenl à la foi les dem
scnilenr.

- ~on! dit Gynonvez.
i ! répliqu:i Jili.
Le vieux Cbouan hé ito. une seconde :
- 'oit! lit-il cnfiu; 'il sont morts, ee ne
sera pas trop de bra pour le rueUre en
terre. Oi'1 e L Georges'?
Ils le trou vèrcnt.
- George , prononc.~1 .\laoil,, duvant on
l'hef, je L'ai loujour. sen-i le mieux f[UC j'ai
pu ; ma. maison c t Ja tieune; lu sais qnc nou
t'aimons. Accùrde-mQÎ une grâce.
- Troi ! llt Cadoudal.
- Ptirrncts-nou -, à nou cinq, d'aller
chercher mes fil dans la ,·ie ou dan la morl;
éza t'en prie.
- Alle,:! répondit d'uue YOix rri"te le géneral blanc. , i von mourez, ,·ous serez vengé .

(A suit•re.)

C ONRAD.)

MAURI CE

î\10;-iTÉG UT .

LUDOVIC HALÉVY
~

Notes et Souvenirs
Je 1icns de relire, avec uu inlérêl mêlé de
stupeur, un livre qu'on ne lil plu cl qu'on a
torl de ne plu lire : le âfémorial ,Je 11 in1cllélè,1e.

C'C! t l'œuvr, d'un en\hou.sia le, &lt;l'un faoaLique de la rrloire cl de la grandeur de rapoléon, mais cet enthou ia le e t un parfoiL
honnêlc homme. H recucillaiL el gardait pour
la postérité, lout, exactement tout cr qni tom1.Jail &lt;le lèl'rci- de l'Empercur. Il écrivait loul,
fidèlement, scrupule11 emC'n\, jour par jour
heure par heure, sans jamais foire la part de
œ ([Ili pouvait grandir la m ~moire de l'Empereur ou de ce qui pou vaiL la di1ninuer. Il ne

croyait pas d'ailleurs, que rien la pî1l diminuer.
Eh bien, le Napoléon q1ti se &lt;ltlgage du J/é 111ot·i.al de , /IÎnJl'-IJélê11e 111 arnc un peu
d"aLLention, cc ·apoMon 11 \ •st pl du tonl
celui de la légendr. Le génie éclate à chaque
page du 1'/émn,·ial - et qui pourrail jomai
son"cr ~ contcskr le tténie dl! 'apoléon? mai la folie e t tonjonr · à t1ité du géoir ...
('t quelle foli e! C'e ' I , je rroi~, énèque qn i a
di1: JI n'y a pas tle grand génie sorts une
cel'fai11e dose de démence. 'oil, mai Napo•
léon, rêrilahkm enL. torçail uu peu la do e.
On n 'n p:t été plus granJ rrue Napoléon, c;(']a

est certain; mai on 1ù pl étti plus extrarngant, - cda n'e t pa · moins ccrtaiu. EL
celle autre pbra · ponrraü lui èlre appliqufr
- elle c L de Vollair&lt;', celle-IL - Foull'~-Nll/S
acq111fr ir 1111 gm url 11 0111, &lt;:lre /01tdale111·,
ioye. complè1e1mml {011, mai~ 1/'tme folie
q11i co11vit1111 ci 1•0/rn siècle.
La grande joie de , a1loI~on, .on orgueil, a
consol.itio11, c'c t d'a\•Oir mis le mond1.: 1i l'cn\"Cr .... Et encorcpassul'Gsammcnt à son o-ré ....
,lli ! s'r rie-l-il à chaque in tant, 8i /'011 m'nl'ait lais~e (ail'c ! On l'a\'ail lais é foire pendant quinze an . mai s celn ne lui urtisait
pa . ll continue : ij'a,,ui · pri~ . oint-Jean-

,l"tlf'l'e. j"u/l(lis /1 ContanlinnJllP. _i'11llai.~
tians fr, l,11les ....
Le 2 avril IN Ili. il parle de la camp. &lt;rne
de llussie. Il venait de pas, er le "ihnl'.'n, il
aYaÎI eulbnté les Russ&lt;' , coupé Uagralion;
Alexandre lui fait la proposition sai\·ante':
« l\evenez au Niémen, cl moi je ne passerai
pas la Dwina. &gt;&gt; J't1i 1'e{1m!, dit N:ipoléon.
Ah ! û j'ai•ais accepté. lf i/11a eû/ été neulra1,st, 11011.· 1t0/ls y iierinns 1·e11d11s chacun al•el'

dru.r ou lrois bataillon~ dt' noire ya,.de,
tW/1-li Cll-~sion • Imité Cil f)Cl'.~OIWC . ... Que de
co111binaismi.-fe1~se infrotl11i1es .' il 11'ei11 eu
q11'u clwisii-.
'c.st-ce pa admirahll' 7 N'csl-il pas épique
eel: ll 11 'ei'H r11 q11·;, choisir. La carte de.
l'Europe était pour ·apoléon une sorte de
joujou. ll éta.il habitué à la mauicr et à la
remanier, comme nn enfant 11ui s'amuse à
embrouiller et à déhrouillcr les pièces d'un
jeu ùe patience il diverses com!Jinai. ons. i
r apoléon dl rut au moin. : « Je sal'ai - hien
cc que j'aurai· proPos~ au czar ... » ~fais non,
il :mrait dit à Alexandre:
- Allons, nous \·oilà seuls, tou les deux,
a11ec lnca.rtc de l'Europe .... ,\muson -nous nn
peu avec Lou~ ces pC'11plcs el toute ce province .... MeLLoru; tout cèla dans on sac .... Rrmuons el tirons .... A qui cela ? A. ,m td ...
on, à un lei.. .. 'oit... cela m'est bien égal à
moi.... P,\rlez ... von u'ave1. qu'à choi ir ....
Le loul csl de changer fa face ùu monde.
Cepcnd:mt, à plu ieurs repri es, .'apoléon
ù S:1inte-llélrue csl pris d'une sorte de rèpcnLir cl reconnaît qu'il a été un peu loin dans
. e aYenturc : cc J'aurais été très sage, dit-il,
C&lt; si les alliés m'avn.icot laissé "Ur mon trône.
,, .le n'aurais plu - faiL la guerre. Je me serai
&lt;1 occupé de la prospéri!é inLérieul'e de fa
&lt;( France, etc. o Mai , a.u milieu de ces discours pleins de prudence, u.ncri s'échappe ui'1
rtwmmo se relrourn lout entier.
Le 9 anil i 10, dans un journal anglai$,
La~ Case lrouve el Lraduit à J'fünpercur Jïli. Loire d'un ccrtai11 Portier, chef Je ~nérilleros,
qui Yeuait de se soulever en Espagne conlrc
~·erdinand, et s'était faiL ballre, pr~ndre cl
pendre. Yoilà Napoléon qui s'altcndril ur cc
Porlier el sur ces in urgé, espagnol ·.... ,lh !
s'écrie.L-iJ, .û j'eusse 1•ainc11 à Watel'loo,
j'allrûs le.~ lJeCmuir. Cdn e. l tc.,;[ueL S'il
a mit vaiucu à Waterloo, il recommençait rexpédition d'~spague. YoiH1. co11unenl il aurait
:té l rès sage !
Le 18 mil l8llî, ifapoléou Jil à Las Cases: Si /'un est tranquille e,1 Ew-opc, si
/'01·.fre. i,'él&lt;tblit parlo11l, alor.~ n01t$ ne
1•ai11lt-ons plu,\ /'a,-9enl que ,1011.s coufon.~
il'i. .l!riis les 1·oi.~ pe,wenl ul'Oi1· besoin rle
moi contre le.~ pe11plrs soulevés. el je pui.~
,:1re ruu;.~i nice,ïsail·e 1ui.r peuple.~ so11/e1Je·~,
m1.-i: p1•ises a11ec les J'{)Îs.
..\ in~i il e l h deux fin : despote, sïl plait
aux: rois; ré\'oluLioonau:e, 'il plait aux peu-

plr . Qui reul tlc moi, peuples ou rois? J' ndos erai, suivnnl l'ncca. ion, la c:\snque blanche ou la ca nq11r roug('.
Le 16 juiu 1 16, il reYienl à !-OU thème
fornri. _\ quoi pense l'Europe? Commcnl ne
le reprend-elle pa pour goUl'erncr ln France'?
El li. ez a,· c alleulion les phr.1ses suiî"anle.~.
•Iles sont d'un tour admirablf' :
Qu'aurait-on ù ('l'ainrfre?dit l'Empereur.
,fe suis Il op 1•ie11.r. Que je co11r11~se rncore
apl'ès la filaire? J,. m'en .mi.~ gorgé, fe11
w•aisfnil lititre. et, pour le dire e11 passant.
c'ilail 1111(1·1w$e quejm'llis remlue foui it f(I
/ciis bien commune el bien difficile. Que je
1'ecom,nenras.~e dei; 0011q11êtes? ... Je ,~•en fis
1ms par manie. Elle. étaient le l'l1&gt;11ltal d'un
grantl pltut.
Ainsi, le 16 juin 1816, il parle de son
gr:irnl plan : mais, six .semaine · avant, le
Jrr mai. il di :iit à La Ca es:
J" (I i deSl/()U i lit! fo nél'O[ ution, ennobli le.~
71euples el 1·11ffermi les roi,~.... M'al"ct1ser(ll-011 1/'rœoir t1·011 aimé la guerre? J'ai loujoun l1ff allaqué.
Napoléon loujour · altaqué ! Quant à ~on
sy·tèmc poar le raffe-rmi.~seme11l cle.~ mis,
l'empereur, le 2t aoill I lü, explique à La
Ca::;cs comment il rnlendail 'y prendre polli'
raflcrmir les sou"crains de Hus·ie cl d'Anglcterrr .... Il 11'aw1il plu que deux peup1 s à
,icra er : la llussic et l'.\n"lelerrl'. Cela fail,
tout étaiL hiea. Il avait sous .e~ pieds l'Europe
entière, et l'Europe ùcvenait un vérilahle
paradis.
ELie n'eût f11it de li sorla qu'1111 seul peuple .... l'a1·is e'lil é/ii Tt,. capitale ,lu mo1Hle,
el Ill F'l'arue l'e1wie //es 1111/iofts. J'a$socùLÎ~
m.on fils èi l' fimpil·e. l11a diclatu 1·c tflllil
{,,,ie, el son 1·ègne constilutionnel mmme11ÇC1il. blcs loisfr. el mes 1•ie11:1: jo11r~ ewise1il
été con:acrés, e,i r.ompag1iie de l' impémlrirc, à t1i.,ile1· lenlc111c11l el, en 11rni ('OUple
1•(m211ot11wrd, 01•ec 111es p1·oprc:.s rhr1•au.r,
fous les 1·ecoin~ de /'Empite.
Ne ,•oit-on p:I!i ('apoklon m cabriolet, avec
~Tarie-Louise condui ant lui-mème hourn-eoisement on Yieux. cbrwl ile bnlail!e mis à la
l'OÎLurc, montant 1 · côtes au pn pour ne pa
le f:ttigner'/ Et i\apolé.on ajoolc en tcrllli1tà11I :
Oui, mon. cher, i•oi/lt. ,Je me.~ ,·êve~!
Ile c rèrns ! Le mot csl ju le, co n'élnil
qu.·un rêveur, mai un rè,·eur conduit par ses
chimères à de lra!!iqucs réalités, 11 ùe hou•
cbcl'ies ûo cent ,ingl 1.nillc homme ·, comme
à Leipzig.
Le 2 août l 16, Napoh:oo pa.rlc de s.cs
bata.ille~ comme u11 vande\•illi~Lc parlerait de
sè' vaudevilles. Tèllc 1,alaille a fort i,icn
réu~ .. i; telle autri&gt; n'a ru 11u'ut1 derui-. uc.ci•;:
toile nutrr, enfin, est tomLée à plat. li a une
tendre se p:irliculière pour ·es halaillcs pPr•
duc , loul comme un auteur dramatique pour
ses comrdics sifllées.
Waterloo ùcvail réussir, mai~ "apolcon

Souv1;:,v17ts - -....

af·cu e violemment le, actc&gt;11r , qui onl mal
joué celte bataille 1rè bien combinée. apoléon accu ·e aussi le public. qui s'obstinuit à
ne pas le comprendre. L'Europe ne Yoyail
p~s pnr 11ucl chemin il comptai! la mc1wr à
un bonheur . an. prr •é1le111.... 11 fallait
d'abord 11ue l'Europe fùl 'crasée, fol:1lem nt
écra~ée du nord au midi, ù l'e I à l'oue L.
L' l!:uropti ne saniL pas se résigner à cet écra·rment, prélude indispen~able de ~a félicité.
Napoléon s'en l":.I en Uollandc. Le Dollandais lui parai:sC!nl tri tes, el celle mélrmcolic
le fâche .... Tl la trouve dér:û onnahle. J"n11s
1•om J1lai911e-:. de ~nuffrir, lenr dit-il, mais
eu f'l'auce on soufl're bien rlaNmtnge ... , El
c·~1ait vrai, vainqueurs et vaincus supporlaieul
les mè.mes m.au.t el commençaient i1 rn avoir
as ·e,-;, à èlre aussi la, de la ,•ictoit·1' que de la
défoite. lis ne se pliaient pas h trlle théorie
éJui ·aute da booheur universel par l'~crascm&lt;:nl univer ' el.
Vol"ant que les llollantlais s'ohslinenl à
r&lt;'sler mélancolir1ues, Napoléon prenù 11- ton
de là gnirt~ (je continue 11 copier l1tlèlc111ent)
el leur dit:
J"lli tout (1dl p1&gt;w· vou.~ pfoire l'i 1•011s
a,·commode1·. J'a, e1woyé pour MIis youurrner le bmi cl 1wcifiqur Lebrun .... Vou.,
pleu/'e: avec lui il pleure rll'eç Mus, i•om;
11le1mc:::; e11se111b/e .... Que po111•tii:-je fail'e
lie mieurr
A. ces mols le flegme bolland:iisdisparaîl. ...
Toul l'auditoire sc mcl à rire aux. éclats, cl
l'cmpcreUl' lai ·se le peuple d'Amsterdam
Ù•l'e tle .,11 JH'l',;Oiine (sic). Las Case, , l1·è·
ériensi:menl, nou Jit tp1c relle ùrôlerie a
pleinement -uffi pour réconcilier la llolJande
a1•ec son conquérru.tL
Le jeu, d'ailleurs, amusait tellement N~poléon LfU'il ac comprcnaiL pn &lt;pi'il n'amo.àl
pa se adversaiJ'cs, Lien r1ue cro~
t rossés.
Il ne s'expliquait ]las ht mauvaiHi humeur
ùes son,•crain, qu 'il ch:wait rl ponrrhrmait.
Je 1•ou.i jure, dît-il, que je ne mr sentais
n11rnne haine con/i'e t'l'tt.1· que je 1•e1uLis
1•e,wer ·e1· .... Cillait 1mîquemc-nl pnu.1· moi
ile'" fjltetelle pofitiq11e .... J1• m'e,t élomwi..~
moi-111ème, tant je me f1•011vt1i1; le cœ111·
Jibl'e. aise, même birn1•eillant, je pourmi.~
dit-e ....
On croit rèmr quand on lit de ]lareille
cbo es .... Cette guerre failc pendant •1uinzc
au ' 11 l'Europe entière arer bie1t1•rilla111·1'! ...
EL cette t.irade éton11an te c termine par un
acd':s &lt;le colère, de coli-rc bonroreoise, contre
I' cmpcreuT d'.\.utriche.... Que l'Angleterre,
la llussie, la Prusse aient élé d'accord pour
l'cn"oyer à , aintc-llélène, pos · encore, 11111i~
le d1ei- lieo1t-JJère. ah 1 c'esf l,ien{orl! .. .
Mni, l'épOIIJ' de .~11 fill e chfrie! ... .-l h! oui.
l'·esl bien fort!!!
Toutes ces phra ·c out copiées mol 11 mol
dan le troi ième volume du 1J,,mo1·ial tle

es

S11in{c-lli·lètll',

Pt11·i-~. Bo.~:.a11gP {i'èl'r.~.
LODOVJC

tx~u.

Il A.LÉVY .

�r JicM Girau&lt;1on.

MARIE ST ART
RRIN E DE FRA 'CE ET D'ltco ' E
Tableau anonyme mu~c de Ver.ailles .

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1910, Año 1, No 18, Agosto 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Jules Tallandier Editor</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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MADEMOISELLE

PRÉVOST ,

D SEU E DE L'OPÉRA (1723).
Tableau de ,1 E:AN fuoux (:1\usé.e de Tours ).

�LIBRAIRJE ILLUSTRÉE. -

JULES

TALLANDIER,

ÉDITEUR. -

Sommaire du

JOSEPH Ti.:RQL' A '.
.-\R \' ÈDE BARINE •

M

0.u!E

,l~lP.\111.

OLO:-iEL

LIE L'. î F.:-. NT •

R OL'S ET • .

I

Le théâtre nu XVIII• siècle : Danseuses
d'Opéra . .. . . .. .
Madame Récamier. . .
o fils de Charles IX . .
Louis X V et ses filles. .
La guerre franco-allemande : Premières
batailles. . . . . . . .
. . . . . . .

F ONT€ Nl!.LE . , •

, •

3
11
1J
11

BRANTmt e • . . • .
DOCTEUR C ,W,\N ÈS •
GÉNF.RAL DE M.ARUOT

(;. L ~:NOTRE. . . . •
;\lA l.' RICE MO:'iT É.Gl'T •

ILLUSTRATIONS

DE I.ARM•:s· 1,...,

v, ,NEno.s,

AnOLl'II E

--- 1

lfô rîl 1910.)

Correspondances amoureuses Deux âmes
de feu . . . . . . . . . . . . .
10
Beautés d'antan . . . . . . .
20
Les Indiscrétions de l'Histoire : Comment
une mode nait d'une infirmité .
Mémoires . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 2~
Les derniers jours de Charles X en France. .n
Les Épées de fer . . . . . . .
. . . . • 3ç

PLANCHE HORS TEXTE

Bo. REDON , 13oun&lt;;F.Ors. EMILE BoLTH,.'Y. CA LLO"" CH,!.VA NE,
01:11 1 , o.-nAo,
OERRET, S1MÉO" F RT, CLAl'DF. GALLr~1 .. 1to, B.ARON GtnARD. IIEtM , E\.'GÈ:;E
VELAZQUEZ,

7e fascicule (5

f-l ENRY B ORDEAUX •

D'APRÈS L&amp;S TABl.V.UX, DP..SSIJ&lt;S ET ESTAMPES Dl! :

LA.MY, LA CRET,

7 5, rue Dareau,

LE Do ·n .: ux, i\llle LE l\11Rr., DE · 1.c; Ï\ÉE,

TIRP.1! EN CUIAIEU

)L\OE:ilOl ELLE PRÉV ST, D N EO E DE L'OPÉR

YVO.".

T A.BLEAO OE J EAS l'I.AO~X

l'.llusèe de

(172:'i)

T o u rs ).

Copyright by Tallaodier 1910.

En vente
partout

'' LISEZ=MOI ''

Paraissant
le JO et le 25

1

LIBRAIRIE ILLUSTRÉE J . TALLA DIER, ÉDITE R

MAGAZINE LITTÉRAJR.E ILLUSTRÉ BI-IVIENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO du 10 aoùt 1910

PARIS -

75, Rue Dareau , /4• arr, -

1.

PARIS

=--::....--

;,\ARcsL l RÉVOST, de l'Académie françllise. Le cahier de Gene1,ièvc.

Res~:
BAZl;'i, d~ l'.\ cadémi e françni,c. La cueillette des framboises . - Co,in l&gt;E
·o ,\JLLE • . Pay~age per llJ1. - ~ IJ MO \ )I llT J uu:s llf. G0N COUH.T.
Renée l\lauperin. - P,ur. BOL' RG!ff, de l'Acadi!m ie franç:u e. Terra•se , i\lAl'IHC.E BARRÈS, de l'Académie fran ç~ise. ~ieone.
Li.ON oe TlN EAC.
Une Originale. - ) n!i BRETO:--: . Les cJgales.
Go'Y DE MA P S NT.
Jllnot-Oriol . -· F R •~ ÇO I• m: N 10'.'\ Chair ' Oumi e . - T 11i OI.QR&gt;' ar. 81\ '·
\ 'JLLE. Les berger.s. - P.,u1, Ile SAI ' T-n CTOfl . Au XVUI· siècle. L uDo,·rc IIALÊ\.Y . Princes e. - E o110 ,n IIARA IJC l'RT. R.ichesse. 1
He:&lt;RI LAVE!) :&gt;: , d~ l'Ac.adem1e fr,mçabe, et , . L El\OTllE. Varenne .
I\L\'.TUl !ol l)E

En veute partout : Libraires, Marchands de Jou.rnaur, Kiosques, Gares.

Pour paraître le 15 aout :

ROBERT FRANCHEVILLE

FIN DU MONDE

T

•

P.t&lt;lx : 60 Cehtimes

lliustrations de A. BARRÈRE
). TALLANDlER, 75, rue DaTe.au, PARJS (XIVe)

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)lagnifiquc volume p::tit
in-4°, SOU3 cou\'erture
illustrée en couleur .

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LA1'CRET,

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le volume bro::.hi.
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LE THÉATRE

AU XV/Ir SIÈCLE

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E D' lilSTOIR,E A

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HISTORIA a la bonne [ortune de pouvoir offrir gracieusement à ses abonnés
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WATTEAU : Il' Embairquement poatt Cythèrre
don• l1 n·existe pas, malheureusemenl pour le public, de co pies g ravées facilement
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La Vie privée de Napoléon

Danseuses d'Opéra

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par BOUR~IE
E
son Secrétaire Intime

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A remplir, d!tacber et envoyer alîraochi à l'éditeur d'HISTORIA
J u LES TALLA DLER, 7S, rue Dareau, PAR!5, xtV'
Veuillez m'abonner pour un an à partir Nom .. - ··- ··..- ············- ··· ........_

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suite par poste recommandée.
SIGNAT URE

1/lusfralions d'après les estampes et tableaux
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1

EN VE TE CHEZ TOUS LES LIBRAIRES

Dans leur délicieu e élude ur la Femme
au xvrrr~ siècle. mite d'e 'tampe ncllemcnt
burinée cl de pa tels chatoyants où l'on eot
palpiter la vie, le Goacourl ont .avoureruemenl thoqu • le· « b lies fi lles de vcrla mourante » à qui l'accès de planches de I' péra,
dL1.us-on de danse aux pieds. maillot de oie
rosé ajn Lé au galbe de. jamh , assurait
promolioo rapide dans la légion galante des
&lt;&lt; demoi elle
du bon ton o. J1 nous le~
montrenl prodiguant, pour conquérir un directeur aux prérogathe de pacha, la !lcw

de leur beauté et le aduclion de leur jeun · e, pui , n trois moi à peine, grâce aux
sommaires leçons d'un bauile homme, mi es
Ill -

H1sToR1.-.. -

Fasc. 17.

en état de paraitre dans un halll•t. Elles n'y
tiendront assurément r111'u11 place des plu
modesle , pni &lt;tu'elles ne seront, S[llon l'argo t tbéàlral, que de simples &lt;1 c ·pa lier Il
(aujourd'hui l'on dirail t&lt; marcheuses l&gt; ),
mais elles 'exhiberont au publi dégui ·ée
a en Ocur, en ro.yon, eo"eloppée de gaze,
couronnées de !!llirland.:s, demi-nue , le
corp vi ible à travcr le nuage écoUité, la
jupe de rubans, la petite Lenu.e de déœ e .... »
EL, dès ce moment, les aventure ,itndronl.
facilitée · par l'expo ilion permanente qu'e 'l
le Lhéàtre, par la mise en valeur llll la lumière arti1icielle de la ramre el des here
donue aux jolis minois fardés, par le pre.-

tigcaffriolaol el capiteux qu'exercent les fille
d'Opéra ur les beaux cignea.rs de la cour et
sur les gcu · de la haute Jinance. Le premier
pa e L!ail dans le dremio de la fortune par
c' peliL:; pied· de demi-dansense 11ue Ja
chorégraphie n~ surmènera gu re. et d.onL
lo " plus fréquent · comme le plu lucratif
éhats auront pour décor cl pour cène de'
courûue de oie el de drap de linon.
En cc galante -visées, les « espaliers il
étaient d·ailleur ' merveille11 ement ervis par
de usages di•s longlerup é1al,Ji et dr'iment
consacré ayanl force de loi Leur inscripl.ion
à !'Opéra éq·uivalaiL pour elle à l'émancipation totale, l oolte liberté de disposer d'elle -

�r

fflST0~1.Jl

------------------------J

m~m • ne comportait qu'une seuil' mai~ lr1•s
rigoureu e resLrictiou: c't!Lait qu'elles 11\:n
ahu as.e.ol point dan le s •n · de la verlu.
E1u.enl-elles, coulrti Loule vraiscmhla11 ·c,
manifesté quelque vell,füé d 'résme à l'é~:ird
,fo hauts per onnag affriandés par lenr p1a ·lique, qu'w1 ordre venu de Ye1· ailles ' ei'll
ans l:rrder mi. lion ordre. Non pa -. an'
doute, que œl ori.lre eût expre ·~émenl am·1ionné le droil &lt;l • eigneur. de l'entourarre
dll roi ur le « ·paliers » de l'Opfr,1, mais,
de mani,•re iruplicile il e\11 tiÏ Ucu fornri é
le dé ir nu noble soupirant, que le caprideu,
ou trop ,·erl1teu1. « espalier n n'i:ùl pa pu
-s'y souslrairu.
LI' étoiles de la dan. e ellt' -mènie &lt;1 L~uéficiaient J), il fout bien le dire, de cette proleclion da 11ouverain à ce qu'on pourrait appeler
la galautcrie ol.,ligatoi1". l1 11 mémoire précnté, en 1728, na cardrnal Fleury par Ferdinand de Cupis de C.-m~rgo, pèr' de la 1·étèlJre danseuse, en apporte la prcu 1•e. li. dr
Camargo cxpo.e dan ce mémoire 11ue, « ••enLilliommc à sdie (11rnrti~rs, ruiné el thargé
de sept t'nfants, il a voulu lrur donnrr un
étal qui ne les fjt poinl dér&lt;lger à leur no1,lc. , malheur r1u'1l considère comme plus
funeste qu1:1 la morl, el qu'oio i il a fait entrer à !'Opéra ses J rnx li lb lfari .... nne e!
opbie, comme daD ·eu e , ou la condition
11ue lui el son épou,;e lt' 1' condniraienl et
le y reprendrai4!nl .... » P1k, l'nlrant dans
le \1.f d1i la cause, ce:ll. Cnrdinal du \\'Ille sjè.
cle, uu H. Cardinù à double parlÎl:ole et
seize quarlicr . dJvefoppe cl moLin~ sa
supplique : 11 L'ainée, t[Ui d puis lrois nns
là l'Opéra, s'est toujour · parfailemenl bieu
comportêe, el ccuc couduile a été• ururer ellemenl admirée an~si bieu que a dan,e.
Mai., di!pui Irais ans, ~- Je comte de l!clun
a u ·é de séduction et de voie rg:ilemenl
iodi{l'ne de lui rt dn upplia.nt, aprè · avoir
ti
•
tramé
le ccrcl de {aire 111lt'rpo.~er
,I e~ 01·&lt;fres a1, 1w1,plfrrnt (f[U&lt;' !'011 dit ema111•r
d'une parl res1wt:111ble), paw· ne point répl'imer . a Lille quoi qu ïl y eùl eu oi:casion do
le f:iire · il a cru que la sou mi ion du suppliant à ces ordr s, quoique surpri par_ de
fau 1•xpo &amp;:, arnncerail es làcbcs dessem .
LI a o.-.é propo er au suppliant de consentir à
la déhaut'h de ·a tille, el lui a offcrl pour
cela de lui aliandonncr les ~ppoinlemenls
qu'elle a à l'Opéra. Le suppliant ayant traité
comme il le de,•ail celle propo ilion, cc comte
a lrom·é le moyen de .'introduir pendant
plu ieur. nuit · Jan la cham~rt: de ,e~ t~llcs;
enlio, l1•s l0 el 11 de ce mois de mai, 11 IL·s
a ni •véL'S toutes Jeux et lèS Lil'nl actudlcment en on hotcl fa Pari , rnc de la Culture~a.int-Gervai . Le suppliant, déshonoré ain i
que ses !illrs, poursuinait à l'ordinaire, si le
raYissenr était un simpJt: particulitr; el le
loi établie· lltlr ' a Maj té el e augu le

prédéce~ eur ,·rulent que le rapt .oit puni
de mort. Il v a double crime : deux sœur
enlcYéès, dn~I un~ Mée de dix-huil ans,
l'aull' d treizf'. Mni Je upplinnl ayant pour
partie une personne dn rang Ju omle de
lelun, e t obli 0 é de recourir au:c Mgislalrurs, et "~père de la Lonté da roi qu'il lui
fo ·_c rendre ju. lice et. qu'il ordonne à Monei ,neur le comte de Mcluu d'épouser la fille
&lt;1inée du u pplianl et de doter ln cadetle. Il
ne peut JJUC p.tr là réparer une injnre au si
sanglante .... »
M,1}rnl b seize q uarliers de leur p~re et
n drlpit du C'aractère sacré de leur oncle,
dou Juan de Camariro, évèriue de P:impelune,
qui. fut inc1uisileur général en Espague,
Marie- une et . ophit: ne furent ni ~pouséP',
rii JoLée. , Ju muiu. dans le .ens bonnète Ju
mol. Ell s con1inuère11t, l'une comme éloilc,
l'autre avec inri11imc11l moins d'é, lat, à faire,
eu pulilic ou dan. leur privû. les délice de
la cour el de la \'ille. L'ainée, aprèr avoir été
l'élève de cdle joli' Pré\'(&gt;.t doul le peintre
Jean [\aoux 11ous a lai· ci le portrait exqnis
que po ède aujourd'buî le mu ée ùe Tour·,
avait pris rang, a1·ec 5on professeur, parmi
les plus bri!Janlcs dan cuses de notre Opéra
au :x.1111" siècle : Théveuin, allé, .Aurore,
OuLhé Guimard. Il n'était point, pour ainsi
dire, d spectateur qui n'aspiràl à devenir le
rival heureux du ·éducteur contre qui M. de
Camargo a\'ail vainen1ent sollicité la protection et la ju·tice du roi. Les successeurs,
d'ailleurs, ne manquèrent pas au comte de
Jlt'lan. IL eùl t'allu, comme on l'a dit, un
hl toriographe ~pécial pour raconter toutes
les passions de celle belle dan eu.e. On ne
jurait que par elle, on ne rêvait qu'à elle.
Les femmt's elles-même étairnt conquise i
toules les modes avaient pri on nom :
coiffures à la Camargo, robes à. la Camargo,
souliers à ln. Carnargo. C'était de la frénésie,
c'était du délire ....
llais, au moment de .es uetès les plus
Pclat.anl , . lari.amm de Camargo ne régnait
pas seule sur ce que le lang~ge fa.dem:nl
mtthologique du Lemps appcla1L « l empire
Je.Terpsichore &gt;&gt;. Cn rnadri al de Volt~ire en
!ail foi, madrigal malicielll.donl le trait ~nal
semLle celui d'une épigramme à la pomte
galamm!'nl mouchetée :

un cnthmi~ia'rue prét:ur Pur de celui que
mériquf\ ré&amp;Prmil, pour le sièdc uivn~t,
à F:inn) El Ier - le ju~ement que Voltaire
et le pnlilic frnnçais parlaient sur œtte autre
reine de la dan e. Ca, lil-Illaze uous a conerv1l, d'. prè dei. lémoi1,:na~es c.onleruporains,
la très cul'ieu ·e physionomie d'une représenialion donné . en ÏHI, de l'autre cùlé de la
~fonchc, au bénéfice dt1 Mlle Sallé. u On ~c
b:1ttil à la porte i.lu th&lt;-ùti·t·; une infinité de
diletta11ti l'urenL ohlinés de conquérir à la
pointe de l'épée ou a coup de poÎn" le
places 11n'ils avaient achetées ~ l'enchère à
&lt;les pri:\ exoruitants. Au mowenl où la danbeme se prt&gt;parait à faire sa dernit:r~ ré,•éreace, des applaudissement éclalenl. de
loulcs p.-rl el sr·mhlent !!branler la salle JUSque dan ses rondement·. l'endanl que œ
to,merrt: grouda.it, uue rrrèle de bourse
plein1&gt;s d'or tombe ur le théà.Lrc; une pluie
de bon hou, sait le môme cbl:'min. Ces bonbons étaient d'une 1· pi•ce _iuirulière : de
guin~• ,d•bclh guinée~ en or, en fortnaient
la prali11e. ~111! allé mil dans sa poche, ou.
pour èlre pla autel, dan. un ac 1 les prem·es
Je la rccn11nais. ance de se· admirateurs. La
troupe légère des petits Amours qui entournÎt:nt la nouvelle Danaé rama sait à l'inslanl
le précieuses dragées, el deux 'at)TeS danant~ eole\•èrenl en cadence le sac ile la
recette improvi ée. (elle soirée valut à Mlle
Sallé plus de deux cent mille Cranes. u
Et. comme la Camargo, allé n'en était
pas plus à complet· se succès de jolie femme
Ill dtl ravageu e de cœurs que e Lriomphes
chorégraphiques.

r

lJe cette rapide esquisse, chapitre Lrop
sommaire 11' une histoire de la danse &lt;Jtti re le
à écrire, il re sort que, sous Louis le llienAimé, - œ qui ne préJ □ge nullcmeril de ce
qui peul aujourd'hui se pas er ' Ur lec illusLres
planches, - les « !,elle· filles du verlu ~ourante » trouvaient à !'Opéra une vér1la~le
terre promise où fleurissaîenl d'elles-mêmes,
pour LouLes, la galanterie doré~ e'., pour
certaines, le uccès aw~r ses gr1 e.rles, ses
enchantements el es apoLbéo e·.
Elle y troU\'aient, parfoi , autre chose
enco1•e : un duché ou un marquisat. C'est
ainsi q1ie Mlle Quinault, après s'être enrichie
des amoureuses lar.,esses do ûnnncii.&gt;r amnel
Ab ! Ca•nnl'l(O, que ruus ~le, brilla11l~.
Bernard. devint une légitime duch~ e de
,1ois 'I"" .'all~, grnmls dil'li&lt;. esl 111~i sanl~ !
:'ievers; que ~III Grognet fut marqui.e
Que , os l'~s oui lëgcrs cl •11w l s1v1B soul dou:r l
lWt: c;,l i11i,oi_tnhlc i,l mu, Îl\1/:i nouvelle :
J'Arg1ms; ~lUe Dufresny, marqui.,ede Fleuri;
J, ))mphes ,autenl cQ1rirne vous,
li Ue Le Duc, marqui e de Cour1·ox; .\Ille
f.1 ks lirèe1·s ,ln11seut c1&gt;mme die.
Grandpril, marquiStJ de enncville ....
On pourra, si on le 1•eut et sans grand
C!!Uc liellc .-:allé, que Lancrt!l peignit, en
un d ses meilleurs jour', dans UJ1 cbarma11L eifort, allonger d'autres 110m ·• ou plu fameux
ou plus di·crcls, Ci'llè fütc de ballerines
tlilcor de fête gaJanLe, ne rut pas moio
admirlic, en eHet, ni moins acclamée, ni blasmmée . El ce era le monument le plus
moin ndoré,HJ11c la éduis..1nte et triomphante ·ign ifti.:alif Jlt!.vé à. l.1 mémoire el à la gloire
Marimlllt'. El Lo11drc d,vait raLifier - avec de· pel.itcs Cudinal de jadis,
0

FONTEi ILLES.

Madame Récamier
PAR

JOSEPH T UR.QUAN

CHAPITR.E X

même, sa nature n'avait nullemeul tourué
do coté de la docilité. Il faut reconnaitre
(jUe la vicomtesse :w:ùt l'humeur as ez d1fHcile, que l'esprit de contradiction lui était
pettl-ètre plus familier qu'aux autre remmi:.,
et que, déïote, elle sembkùt parfois avoir pris
à cœur Je foire sur terre damner on mari
pour lui faire gagner le ciel. i le Genie '111
c/1/'i.·tianisme Pl les .JJal'f!Jl'S ne lui ont pa
valu le alut éternel, sa femme, ùrcmenl, le
lni oura fai.t avoir. Elle garda cependanL Loule
son âme à celui qui lui a,ait si peu donné dll
fa sienne, et on cœur demeura bon, es;;cntiellemeol bon, malgré des apparences contraire· qui l'ont fait mal juger par plu d'un 1 •
Mais elle avait tant souffert! Voyons : est-ce
&lt;1ue Fontanes, est-ce que Joubert urloul, le
grand Joubert, auraient ~on11é leur amitié
sans restriction à la femme de Chateaubriand,
si elle n'en avait pas été digne? Lenr letlres

con~latalioo fait!! de ses défauts, je ne pu.i
que renvoyer le Jt'&lt;:leur qui en vèut savoir
li e t lernps de dire quelques mot.t; d~
Jllus long aux exr:eUonl' el ~a1·ants ouvruges
llme de Chateaubriand. C'était une petite
de son historien '.
fomme de beauooup de bon sens, do bcnucoup
Était-ce pour la rassurer sur le rapports
d'esprit, &lt;rui av il la plumlJ au si :ùerte 11ue
qu'il a1•ait a\'ec Mn1e Hécamier'! ÉtaiL-cc dans
la lan1rue, et celle-ri l'étai! Leaucoup. Trop
l'e poir d'arrondir ainsi quelques angle •
as_urément, au gré &lt;le on illu Ire épomc, 1111i
assurément uu peu plu aigus rrne ne l'eüL
l'euL souhaitée ~ouvent moin allanlt!. Car
. ouJ1aité son mari, dc r:e caractère trop brelme de Cbate.1ubriand nait a. se plaindre de
lon 'l Était-ce simplement pour 1a dislraire et
pin d'une fredaine, qu'elrn ne réu ~i sail pa ·
lui faire plaisir? 1oujnurs e t-il que Chateauloujour· à ignorer, de la parl de celui 'lui lui
briand pré enta la vicomtes e li l' Aubaye-auxavait juré .fidélité au pied des autel ; - mai
Boi . Mme Récamier accueillit avec ~on plus
tout Achille n'a-t-il pas . on talon'? comme dit
graciem: sourire la femme de celui qu'elle
Chamfort. Le talon de l'auteur du Gé11ie du
accaparait peul-être trop et Mme de Chateauchristianisme élail d'avoir préci ément le
briand se montra aussi peu « grognon 1 »
chri ti.anisme forl large sur certains points et
qu'elle pnl. Dans le monde, d'ailleurs, elle
de n'être, en fait de fidc1itê conjugale, rien
avait moin d'expansion qu'auprès de son
moins que rigori te, - d11 moin pour lui.
mari et savait plaire.
Jlme de Clialeaubriand donc, qui avail aimé
Les relations entra ce deux femmes ne se
et aimait toujotw on mari
bornèrent pas /1 l'é,·haoge
avec pa ion, qui aYait p:,r
d'une \'isile : elles e conticonséquent, liMucoup ·uufnaèrent jusqu'à la worL.
ft!rl depuis son mariane,
!me de Cbali:aubriand n'én'était pas sou1·entmailresse
lnit pas jaJou e de ~Jme Réde son humeur. Comment
camier : elle ~a\,1il que Ja
l'aoraiL-elle été de a lanwquellerie de relie-ci, de
gue? IJ'une conduite absomème que les amahilitl!s de
lument irréprochable, cJJe
son mari, ne pou aieut être
e1ît ~lé parfaite si elle avait
que plat&lt;Jaiques el Loul en
eu un peu plu~ d'indulgence
surfac~ : dt1 ce ooté, elle
el de eh11rilécbrélienne pour
füit lranquille. Pcul-ètre
celui qui lui aY.iit donné lanl
même aimait-elltl mieux voir
sujel d't!.xeTCcr cc~ wrlus,
le volage all~r à I' Abbaye
si rares cht"z la femme. llailt
1p1'ailleurs : ne se dédomle pouvait-elle en 1·oraut sou
mageait-elle pas du on abanmar.icouri rsans ces e, aprè
don en meU,.,nt 11 conlribules « hellcs madame~ 11,
lion l'wépu.isablc ohligeance
comme elle Ji nit'!
do !me Hdc.alllier à imposer
Ilretonnr, largement
ses ami pour es bonnes
douée de celle lénacité que
œuvre ? on ambition était
l'on se plait :1 recon11a1tru
non seull't.tienl de raire le
aux fülc de l'Armorique,
liien, maÎg aus i d'être conmai' don!!e au point i1u·oo
nue comme femJTie à bonnes
n'eût pu raisonnablement
œunes : n'est-ce pas le
LF. llOl'OOIR D'lll\"F. C,R..l:'IOE DAIIE: F.N IU3l. - lJJ('r~s "" i.tessln Ju temp,. p3r M LE ,\hRF..
lui en souhailer davan13ge,
marécbalnt de celles IJUi
elle avait été "âfée dan.
ont llil peu à expier, soiL
on enfance par un ,;ieil
pour eUes (el cc n'éta.i t asoncle qui l'til ,a el qui lui avait lrus é faire sonl là, les siennes aussi, son Journal intime surément pas son c.."l.s), soiL pou:- le· autres?
tout cc qu'elle ,·oulait. Ainsi livrée à elle- également, pour pcrmellre de la juger et, Par la bienveillante intervention de 3fme fié1. D'nhord ~Dr &amp;fall1i1·11 do \lunlmuron.·y. cnmmr
2. G. [' \ILHÈb: Jforlamt de Cf1fltrrrubria11il, d'aprd,
siblc de lrou1•rr dC's ouvrages rlus documentés ea
on 1·Îenl dû le ~-0ir. 1-lo&gt;11Îlc p~r Vielor llnG&lt;I, 1./w~e!&lt; .u• ITémoires l'I ilti corre,,pmul,mi:r:
.1/ml,,m,·
inèmP tem1i. •rue d'illle plu- sèduiianle lecture sur
0•

uues, p. 206; par le baron Je Y1ornuLt.!ls, ,1J,·,11,,i~e1&lt;,
1. l i, p •.fü{i; par le comte u•1f,a,su!h1tJ.1;.. Jla 1ru11e..4e, I'· 171-ll'lO,

tft CILa.teaulwin11&lt;l, ll'llrrt illldites à .::. li,· Cl1111~rl
de c,,mserg1te~: - l..:l,a/t&gt;aul1riand, ~a (e1u111r ri
lfU 11111ÏB: Du nouveo1, sur J11ubert. Il e ,t imp .. ,-

l'i1lmlrc ècrit~in hr«'lon d sa fcm,m~.
3. ,, llntl' ile !;hat,•.uuli1·ia11d grogne. » Cbatea11ltt•i~11d 6 )fine Ri-mniJ!r. Il mai J 8t2.

�1t1ST01{1A
camier, elle olitcoait de ou criptio11 , de
ÎaVl'urs aJmini tralive~, des suh1en1ion. pou.r
des hospices, de ~(:cour pour d" prot~ié1:·
que la Ré"olulion avail rninh .... A1i-~i l'enlenle t;lai1-elle romplèlc entrti re deu .
femme : l'une c dait on mari, l'auLre s n
inftuence : on e lenait ur une aimable et
érémnnieu~o réserve el, de la orle, loul
!&gt;Hjet de désacoord était écarté.
Vers ce temp~, ~lmc lVcamier olHinl du

Laines fommP.s du . ièi-11: préi;i!Jcnl, f'ommr.
Mme de La.mlierl, lime de Tt:n iu, Mo11! 1;c 11 fl'rin, Allie de Le. pin1~.e aprèi ·a pirilut'lltpalromiè füne riu ll&gt;ffand. a\ai•ml ~ue url1•
élection:; à I' cadltmie française, elle e miL
en lèle de fa,re un ~cadémi ·ion.
Ellelanç..1, potJr commeoc r, la candidature
de 11. ~1a1hie11 de Monlmm•enc ·. "élait-il
pas dur, n'lLait-il pa ~fonlmorenc•, n'était-il
pas millionnaire, n'ét1lil-il pas l'un d~ J •u.x

mail pa ce qu'il n'etll pm!t-ètrt.: pa. fait pour
un ami ,~ritahle et méritant. li se cha1·gea
de la petite cuisine cilL•ciorale et s"év1:rlu.1 à
raire réu •. ir on ennemi intime.
Quoi qu'il en ~oit, nieu aidant, - il parut
loujour 'intéres er aux. affaires ~e M;, d_e
~fontmorcncy et, celte fois, son aid~ n e~1t
pa de trop, - ~lathieu fut guindé Ju.squ au
fouteuil acadtlmiq11e.
.
Ce fol une belle journée pour Mme fü!ca-

~J. de L:itou-::hP, &lt;le .on nom JI. Tbalmud,
originaire du Durrl' 11ù sa famille e continue.
au Blaue, par la dP•cendauœ de !le· dc111
frèr . Une grande Ji~tinction d'espril suppléait cht'z lui à de· é1uJ,,s faites un peu à la
diable, comme no le lit nus la Réroluûon,
le 1.lirecloire el le Con,ulat; une B'rau,fo dislinc1ion de m:1nièrer suppléait à qnel!rues
imperl'ectioos physique.. ~lme Héramier n'eût
peut-ètre jamai_ ~on•Té à prendre l'al'is de
cet écril'ain qui, mafol'é ~a fine se, s'.êtait un
peu jec I dans la lillérature commerciale en
écri,•ant l'llistofre ,/11 µ1•ocès FucLldès cl
quelques ouvrages dont le produit lui permit
d'acquérir son prtiL ermitage d'Auloay, tout
proche de la Vallée-aux-Loup ; mais la publication rru'il rit de Poe,i.es d'André Chénier
l'avait mis lout ù'un coup rn évidence comme
un délicat parmi les grns de !cure~. Taquin.
farceur. malicieux. mordant a\lec esprit,
1 r.
o. tbène de la Rochefoucauld en savait q11el11ue cho. r, - Lon flarçon amc cela,
pui qu'il avait d l'rl'prit, il foi.ait de ,·ers,
dt'S romans, de. article~ de journam, el
affichait hau(eruenl es opinions librralr~.
Mme Tiéëamier, .ans doule pour fermer la
bouche au1 ,oix lihtirale 1p1i wondaient
tonjour~ depui l'éleclion Je Mathieu, crul
habile de ,·onsulter M. de Latouche sur le
choix du pensionnaire d11 nournl académicien.
ll. de La.louche, 11ui emblail a"oir, en lillérature, une prédilec1 iun pour les femmes, car
c'esl lui qui, plu tarti, fanra Georrre ._and,
avait fait un jour un grand é.loqe de Mme Dc·bordes-Valmore devant Mme ltécamier. Celleci mit donc ce nom rn arani. liais certain
scrupul1• ne permirrnt pas à l'aimable auleur
de tant de jolies cho ·l•' rimée , d'accepler
une pen-ion qui n'était nullement aradémi,1uc, mal!!l"é son origine. F.lle mil tant de
nobbsc dans on refus que Mme Hframier,
luUan~ de bons procédé~, h1i fit accorder par
le roi une pen ion de mille Cranes.
Quaol à M. de llontmorency, 'lue so.n titre
d'académicien rpnail d'impro1'iser homme de
lettres, i I eut Jn sa•~&lt;' e de ne point écrire.
Cbarle ' X le cboi il pour gouœrneur du duc
de Bordeau . . ~[ai le paurre homme n'eut
pas loo t mp t, jouir de ces nouveaux honneur riui furent, on peut le dire, des honneur îuuèbrc . Il mourut subit~ment le
21 ,nar- 1 26, jour du vendredi sainl, à
l'égli e .. ai11t-Thomas d'Aquin, landi qn 'il
~lail a •cnouillé, abimé dans de pieuse méditation~. Celte m()rl, en ailligeant e amis,
fut regardée par eu1 comme une grâce d11
ciel. a füi · quelle I.Jelle mort l écrivit fa
duche. se Je Drogli • à Mme Rér.amier; ainsi
lui•mèmc l'aurait choisie, le lieu, le joui',
l'heure. La main de Dieu, de oe Dieu au\lcur dont il célébra.il le sai,:ri fice, esL là.! li
e·l à prés~nt avec lui 1... &gt;l
Toute à sa douleur d'avoir per&lt;lu un ami

si vieux dan~ .on alleèlion el daus on IL1hi1ude, ll1J adora[('Ur 11ui lui :n·ait envoyé tant
de lellres de ca11nnis.,1ion. Mme Récamier.
qui reccmit mille ·ondol,:anccs, u'oul,lia pa
de faire lt&gt;s ienne à s.i vcu"c, à c ·lie qui avait
plu qu'elle le droit de le plcurt'r. li p1lrait
r1u'cll11 rr~a de ce droil; mais ce ne fO.L san
rloutc cprn par artjllll de conscience. ~1. de
Monlmorcnc · n'iltait ronr elle qu'un contumace Ju maria!!è. li en étai! bit&gt;n devenu un
récidi,He depuis quelques année : aprè · la
morL du 61. unique de son cou in Adrien,
comme il n'y arnit plus de màle dan œlle
illu Ire mni ·on pour perpéluer le nom de.
Jlontmorency, ~lalhien . 'était remis 1, \'Ï1'l'e
avec . a femme, d1Hai sée depuis plu~ J'un
quart de siècle. ~l;1i · il u'cn riait rien r •,ulté.
Cependant le jeux &lt;le ba_ cule &lt;le la p0Jili11uc avaient mi à !.erre ~I. rll! Vill~le t&gt;l
porté lL de ~JarlÎ!rnac à la prbi&lt;lt·111·c du coni;cil. ChaleaubrianJ a,-ail pes,~ de. toute la
force de ,;n rancune cl de ~on ta len l sur la
machin· gonl'ernementalc pour amener ce ré-ultaL. Il fallnil reconnaitre un toi sen-ice L.
Chal •aubl'iand e timaiL1111'après 1'011lragc que
lui avail faiL le h1 roi il ne po111ai1 rentrer
aux a!Taircs •1ue ùans le &lt;léparlt'ment dnnl il
,11·ait été cha é. lfais 11111 mini t,·e maintenant ne se .oaciait de s'adjoindr • un collèrue
si inclépendanl: pa,. plu eo haut qu'en ha!&lt;
de la grandi" macbiue adtnini 'traLire, on
n'aime le la.lent. ni l'indépenJance. Ou caressa le lion, oo l':11naduu11, on lui lima le
n-riil'c· el, pour ·e l'attacher, on l'enchaina.
mais al'ec une chaine tl"or. On lui donna le
rappl'I de . on lrailemenl de 111inistrc depni:
le jour où il a mi L ce sti de I' êl rc. Il reçut de
ce chef, n ,u t·e M. Pasquier, la ·ornmc tit:
cent cinquante mille frarr('S sur le fonds du
mini ti!re dé affaires étrangères 1 . Ce ne fu 1
pa~ tout. \'oyant q11'on ne lui corùierait pas le
portefeuille 1111 'il voulait, il fit connaitre 'Jl' 'il
ucccpleraiL, en compeo.ation, J'runl&gt;a_, rtdc dl'
Ilorue. }lais la 1ilace étail OC&lt;"npc:e p;i_r le du·
ile L,lvul IJUi n'avail null • envie de quiller un
poste ah olumenl de son goùt pnur faire plai·ir à un homme qui n l'étai! nullemt~nl.
L'all'airn parais.ait t!iffit:ile l1 arranger. Mme
Rtlcamicr l'arrangea cepn1dant. Elle écrivit 1111
duc de L:n:il qn'elfo Lenail /t rnir Chatca11liria11d à [fome et ~ue, 'il 1·oulaiL bien lui
céder on amba • aùc, elle lni &lt;lonnerail /j ·
croi~ cp1'clle dit qu'dl' hLi « forait n donner)
en d1:domma_nemcnl celle de \ïenne, qui étail
plu importante Cela foil, Chateaubriand
écriril rlu 'il n ·acci-plerail Rome que dans le
cas où le duc de La,·nl 'en iraif &lt;le on plein
gré C'ed ain i 1rue toni s'nplnnit. Le duc de
Lu\'al partil pour Virnnc Landi. que Chatcauhriand, plein de joie, sr mettait en roule potu•
prendre pos.es ion du poste jadis donné au
cardinal Fe cb, auprè dm1uel il avait été secrélaire. Mme de Chatcaubriaud _partit avec

lui. Mm,• l11;can1i,·r lui lais.a l't'$pr!r.rnce, au
nioltlcnl &lt;lt•s adirux. ,p1'elle l1• \:Îendrait bicolol rvjoirulrc.
·ur toute la ro11t!'. Ji ton le~ rel.li. , Chateauhriantl lui écrit. Il lui fail parL de sp, impre~sions de voya 1', cfc ~s idée snr les é,éncmcnl. l'i la politi11m• européenne: il lni parlL•
ùc ~a je1111e ·,e, 1p1ïl lrou1e 1:nrcnoo ua peu
parto11I lti lo1w du &lt;"hemi11, de Mm' de Cu. tine qui 1',l venue t'xpirer Z1 Bn, de "llm d
llnras 'ILLÏ est alli!e mourir /1 ~icc. Dientôl, /1
Rome, il lui parlrr.1 d1• \Jnw de Tieaumont
dont l'âme planera plu d'une îo1s, comme
un voile c.f.&gt; deuil, .. ur se., jli'n~tl ··. l)e Ile.•
]il, ~hm• I\framil'r 11 ·l•. L pa:,. jalou. e : ce uc
. out qur de· ·on1'('ilir~, :ouienirs de mort ,
cl elle est. elle, Lien viwtnlt• à Pari· r,0mntr
dan le cœur tle l'amhn~sa&lt;leur. De ~lm de
Chalcauhria11tl. elle ne l't•st p:i. darnnla e :
elle e, l 11u 1ieu le d1it•n tic gm·Jc de ~on mari:
mais ~crail-{'C pour c('la 11u'el!e a Ju hargncu&gt;:
dan~ le cnracli\rc'! lfailleur-~. al'er Pile, elle
. ·entendra toujours. Mais Hrné? Lui J m ul'l'r,1-t•il lid~le an nrilicu d1•s capiteu:1es l\omai1w~? Eli crairrl bien q11r· nun el lni fait
part de 'e appr,:b nsion .. L'ambassadeur •11
ril : il lui rend l'Ompte d'nnP réception, cl'uu
1·frevimtmlo, ·ommc ou dit 111-has. el 'am1m~
à piquer a jalnu~ic par le rérit d'w10 petite
:wenlur '. oh! 1,ien anot.fim•, 11uïl a eue avec
urm .\nglai110 : il ll'rminc par cc mots on olateur : u , e ,·ou_ io,l',i~tt&gt;z pas : celte bizarre élrangère n'l!tait ni ,ïc1111c ni jolie. ,,
D'ailleurs, ~rmc de Chalr'a11brinnd "eillail s11r
lui, - a ·sez élroilement pour lui faire l'nir
:un intérieur tra!'as, ier el lui L'n foire Lt·ouver
d'autres phts agréable_~, ce 1pii, au fait, u·111ait
pas dirficilc.
Chaleauhriand écrirnil /1 ~!me ftér.un1l:'r
Lroi:,; foi. par 'l'maiur~ ..\,•cc ~ autre. dislnH·lion' - car il foil des ~ieu11c'&lt; •la ris la
Yifü, {otcrnelle 1 - cda l'aidait 11 pa, ·er le
lt•mps. Ile orle ,,u ïl S!' trom a, comme par
e11clrnnlt•U1è11t. au Lerme J ·1111 .,,jùur de• dühuil moi. qni n';n,Ùl eu, pour loulr om!ir(',
1111 • tirs traca. domestiqncs. 1lu Pll ju"t&gt;ra par
ce llt'lil an!11, relc,·i( ·ntrc plu~ d'u11, tians :i
correspoudaure; ,1 ~lme dt: t:hatcauhriand e 1
oragenso plu· que jamai . .le suis auj11urd'b11i
dans de ·1:ène · pnnr ùe doml!slir1ues. et cela
au milieu de rfü•~ dépècbes, de la mort du
pape el de: agitation· politiques de Pari~. ~
Tont cela amu. ail f\ew,, mais les cènes. non!
11 • anil eu, en ,,ffi.,1, l[Uélquc O:(Îlation à
Pari~. )J. d1: la J•'crroua1;;, mi1ti!&lt;lr•dl:', :dfair1•~
'tranrrè.rc , tll'aÎI l[é r~mplaré par (.., duc d1·
La\'al, 11ui n'avait [&gt;a- ncceptt&gt;, tnais a1ail rro11rr Ju mouvement po1tr écb:rnger :;on arnba,·~ade de Vienn wntre ,·elle de Londres.
~f. Porlali· étail alors den•nu, pnr intérim.
ministre des alfa.ires ctl'ann-i-rcs.
\ pr°' (n·oïr vu rl!unir un conclave sur h-quel il é&lt;-rivît des cho~e intéret-sanl ·, quoi-

1. Chateauhriarul ne ùissimulail poial d'ailleurs sN
besoins d'argent: q Comme il le ,lit, êcri,11iL ~piriluellemant :Il. de Coriolis à l'-bbè de Lli ~l~unrus, le
ùovembr 182à, il esl ,1111s 11lace, ia11,, lw1rneur.s,
11a1~ fortuuc ... , ce qui est inconteilllhlc, car il o'n de
place que la pairie el le miuislcre &lt;l'Elal, J'hoout•urs
que les Ordres du roi, la Cl'QÎX de 'aiu1-Lo11is, lo Le-

giun, el, Dieu me µarJonnP, 1:i fuisou-d'Or, _ck.-, cfe.
.\ l'cgor~ d_e la forlane, lrs l1111lcmenls 11rdi1101rcs ,et
cllraordrna,res.... , (Con·l!lip(md1111ce de La Me1111tu8,
t. 1. p. 213. ) , Chslcauhriaud voula,it d';bord di:&gt;
l'Brgenl pour lui; ,ensuite 5(/0 000 l'ra~cs 1mr «{! pQor
le Jo11.rmtl de, flebala, le lllre de rluc pour lm . ... »
( t. ,le \'it.rollcs à l'~bbé de ùi Ye,m~îs, l'uris, 27

janvier 1112K/· ll,id .. Jl· 425.
~- Ch~'.'&lt;:e i&lt;!r !'1sou1En, '.llé?wii:u, ~- YI, p. 107 .
.,. ! U antre '{De lime llecam1cr et.a.,e111 en lruin

0

LE

,\PPR~:TS Dt ,1 1,\Rl\l,t- -

Jïatrés le taNeim .te \'J(allmO)I,

,·icomte oslhènc de la nocbcfoncauld, genJrP. chef de la Congregali.on, el fort I.Jîen aYet
de llathreu el directeur des Beaux-Arts, on le roi? N'ava.it-ii pa élé mini lre'? Toul cela
poste d'inspecteur des Beaux-.\rls poW:- ~e Yalait mieux que d!' t~lrcs lillér_air~., c'é~il
fiancé de, a nièce. , f. f.b. Lenormant. Cel11.1-c1, hors de toule contcslat1011. Et puis · il fallait,
qui n'av:iit qu'à s'applaudir &lt;l'avoir, _comme à la rigu ur monlr r &lt;1n'un c?ndidnt sn1·ait
on dil, pri · la ballt1 a11 bon~ en cultivant l_a &amp;rire, ne pourrait-elle pas lllh1her Ioule une
connais ance de ~lme Récamier el en e fa!- coll dion d 'épîLrt'S 1:difi:m1_e clu noLlu. duc,
sanl bien ,;1mir d'elle, Ppou~a )Ille Améhe à faire pàlir celle ~c samt Paul, qui ont
Cyvoct le ter l'évrier 1 26. Le ~ariage ·e fit ponrlanl tra'l'ersé les 1ècl ?
A"ant donc taule" chances d'èlrc élu, Maà la chapelle de H.bbaye-aux-Bms.
1hie~
po ~ a candidature. /,;on or.,..neil d~&lt;:3~
me Récamier allait bientôt 'occuper
d'une petite alfilire dont la rét_15_ ile devail l'emportait drridément ur son . hum1ht~
au si lui donner une grande J01e. Elle se chrélienne. D'ailleurs Chateaubriand, ~m
mêlait parfois de politique el _di:igeai t un voulait to'"L ce que voulait Mme T\écam1er,
peu ses amis quand ils étaient num Ires. Elle crut sa genlilhommerie engagée dans une
voulut se donner avec eu-x une autre sorte de alfaire oi1 il ne s'agis ait pourLanl que de celle
dislracl.iolJ. e rappelant l'inOuence que cer- de Ma.Lbien. Et il fiL pour ce ri1·al qu'il n'ai-

mier. Elle était allée à la éance, mêlée à ce
hrillant public féminin d'Académi~, fleurs
pari ienne qui, ce jour-là, ~ent:uenl lo_ur
plus pur faubourg ainl-Gcrmatn. Et, le otr,
quelle joie, quelle îêLr: dam; le s~lon bien de
J'Abbaye-aux-Bois ! Mais que de cris, en rev~nchc, dans le parti libéral ! Ce (ut ~u po~nl
&lt;Lue le nou\'el académicien, pour faue lmre
le rlameurs, jugea à propos de se contente~
de l'honneur du rautcui] et de renoncer a
l'indemnité qui y étail altarJJéc. afin d'en
foire bénéficier un homme de letlrl's. Mme
l\écamier, oonsultée, ne pouYait q_u'è:re de
l'avis de M. le duc. Mais, avant d arreler le
choix du bénéficiaire de cette pension, elle
,·oulul consulter uu proressionnel de la plume,
A la Yallét~aux•Loups elle arnit connu

0

0

&lt;le 1111 prr&gt;1,ur r en L'tl 1n11meul, d'agréàhle diolrat•
lions., »(Gornl~ n'll.~•~~vrLu, Ma Jeumuu,, I'· Hia.)
M. d llaus,rounllc eta1l alors aHache ~ l'aml,,assadc
frnnçaisc de Horn~.

�'H1ST01{1.J/ -------------------------------------------J
que d'unu autre 1•11cre que n' le lit le pr1'. '-1dcul &lt;le Bros.sc , au sii•clc prfr,:«Jcnl, ~ur
eroblaLlc sujd; apr~~ a,oir ,n l'élt·ction d'un
nomcau pape, Ch:ilcaulirianJ. ·atisfoit, reùnt
à Partl-. Il alla an.' un j11ur &lt;le retard, v01r
Mme Htlc.unil'r. ·e~t 11\'C • ill'. éliloui.-~urucnt
de per~p •cti1•c ' l dans le plu piuomque
langa e 11n 'il lui soumit un projet qu'il &lt;·ure sait dt&gt;puis 1p1ch(IJC kcnp,. Il ':.1&lt;&gt;i~sail tout
. implcm,•nl, pour leur arnmr d leur ùonhcur,
de se retirer l1111: Jc•ux il llome et J\ liter
tranc1uillemcnl enser111.Jle cc CJUÎ leur re. tait cl
jour à Jé,iilcr clc l'C,: ·lleveau de leur ~i '· l)n
'in. tallerait Jan~ le petit palai~ Calfarelli, ur
le Capitole. Balla11che, J.-J. ,\mpi•re, leurs
autres :imb ') \ ic11&lt;lraicnlin.-1aller 11\'CC l'UI,
el l'on aurait ainsi la pins charmautc eolonie
française sur le lwrd · du Tibre. Hené a1ùil
mèmc achl'lé par aHn1 e dri- chevaux an~lai · qu'il , a\ait f,1il partir pour les prairie
d'handrc. »
Mme Bécnmier était aux an •c . c1 .l'ai été
heureo ·e de le retrouver, écri\'ail-elhi à .
uiètr, plu~ he11re11se encore ciue je ne le
croyai .... 1.',trrhre de _1. d1• Cliateanbriaml
r.u1ime ma ,ic, 11ui me cmblait prête à ·'éteindre. ll
Aprr aroir fait sa rour à fü11e Hécamier,
Chateaubriand 'en rut la faire au roi Charlc X.
pui.- monl:1 en r,alèche pour alll'r aux P}Téllt
prendr ' le c•au · de Caull'rct:,. Mai . arani,
Mme llframit&gt; r, pour lui ètre agrJahlc, am.il
Jonm: chez elle une l,.Tfantle . oirée où l'on lit
leclnre de a tra••édie de ,1/oïse. &lt;f lfür, écrivait Ballanche le 18 juin 1 29 à "me Lenorm:mL, il y a eu J'a ·. cmLlée la plu. brillante à
l' Lba ·e-au:c-lloi . Lafont, dti la ComédieFrançaise, li ail fort mal, parce que le manu crit 11tail niam.1i . ~bis :U. de Chateaubriand 'r.t-1 mi à lire lui-111èm1• : ain:i l'inltlrèt
a birn compen~é cc qui pournit mani1oer à la
lecture. Toutt-foi , madame ,·olr~ t,1nle était
;ur les épines: mai OI"t certaine que tout a
tté trè bien, que l'imprcs.ion a été ce qu'elle
devait toul uaLurcllemeOl être, c'e$l-/1-dirc
une impression de Ctlrnplète admiration. Parmi
le auditeurs je me bornerai à mus l'Îter
[mes .\ppony, de Fontan et Ga, ml. Couin, Villemain, Le Brun, Lnmartint!, Ln Touche, D1thois, , niut-)la.rc Girarùio, Vah!ry,
)Iériml:e, Gérard. le · ducs de Doude.rnvillc,
de Ilrorr lie, M~l. de ainte-Aulaire, de Daraotc,
0a ·id; Mme de Roigllt', Mme de Gramont, le
baron Pa 11uier, hnc t·t ~Ile de Barante et
mies de 'ainte-.\.ulnire, Du"a~-)lonlbel, etc. "
Oo voiL comme étaient con rues cei&lt; oirée
de la recluse de l'Aùba t'-,'lux-13ois. El « le
bon Ballanche », rellet de a douce patronne,
cnt ùrcmcnt . n plume lrl'mLlcr d'une l'aniteu e :motion entre ses doi"l tandi qu'il
égrrne à Mille Lenorrua11t le cbapelet de ces
noms cboisis d,m le Toul-Pari de leUres,
des arl cl du faubour., ainl-Gl·rmain ..1/oï e
n'eut pas grand ' uccè -, mai · l'autrur en rccueiUit des compliments aus ·i entbousiasles
que i ç'avail été la plu belle cho e de la
terre. Mme l\écamicr en enl .-a bonne parl et,
rougi anle, elle le recevait comme une
jeune pensionnaire qui les cO.t mérité . Pui
0

londi~ que ,·rm illustrt! ami roulail ,cr, le
PJrPnc •~, elle se ri•ndil 11 Ili •ppl', vil! ponr
ln1p1dle clic avait une prédilection Ioule particulière. ttallancl,e l'accompaonail : tenant
Ju \·al!.'l de chambre prc ·11ue , ulanl que de
rami, il lui rendait mille petit ,;cnicl! Jans
le choses pr.ilicyues du \·oyagt', où personne
cependant n'était main 1•alendu 11ue lui;
mai Mme f\écamil•r n sortait jamni cule
cl, pour rien, ne se 'crail mise l'II roule ,an
un ca"alicr.
.
C'est à Caulcrcl que Chale;inhriaml apprit
la formation du miui,trre Poli~nac.
cur1'
lerruinr •, il re\i1ll à Pari. .mie le regret de
n'aller pa~ plulûL à ltoml'. ,\lécontenl de M. de
Polirrnac, qui lui fit pourlanl quelques c.1jolerie~; mécontent dn roi, qui n rnulut pas le
rece1oir, il donna sa démission ,l'ambas adenr. C\Hnil la ruine de ~e~ projet de retraite
à l:ocne awc la peli te colonil· ùe l'.lbha eaux-Oui ; c'était Je plus la ruine pécuniaù-e,
l'i lime Mcamier eut à lui fair· oublier tout
cela, car Mme Jp Chateauhriaud étail trop
aucinte par ce dt:,a tre domc.stique pour pouvoir lu faire : lè aménité con olanlcs, d'ailJt&gt;ur , n'étaient pas dnn e corde·.

La Yie, i, l'Altbnyc..~am-Dois, était Ioule patriarc&lt; le. Quand li. cl ~lrne Lt&gt;normanl étaient
Il Pari , il· 1enai •nl diucr cùci leur tante.
M. Bécamicr. qui habitait chPz enl:, les
accompagnait, et Ballan ·b pualcmcnt. Une
douce •l parfaire cnlcntl' ré;;m1it entre tous
cl, après t, dmcr. on pa~,ait la ,uirée ensemhle . JI était rare que quelqu • ami· ne \'În~cat pas lapa: er avec eux. C'était le bonheur.
Tout ?t coup, cette \ie pai iblc reçoit u11
heurt : M. Tlécamier, allcÎnl d'une fluxion de
poitrine, meurt à l'.\bba~t.'-aux-Boi~ , où il
s'él:iil tait !rani-porter. C'élait le H) a l'ril 1 ·:-o.
)hue Récanucr, selon ce 'lu'a écrit ~[me Lenormant. u l'rut perdre une ,ecoade fois on
père », e,pres iou 11ui p ment être con i&lt;léréc comme conOrmant la Ji.lr(•nté naturellll
qui aurait ex.i 111 rnlr .lulielle Bernard el
,1. l\rcamier.
A eau. e de son deuil, Mmt: nécamier partit
pour Dieppe, en cellll année 1~:-')0, un peu
plus tùt que le autre années. Elle occupait,
a Jit Gliall·aultriaud, un appartement dout le
fenèlrcs ·ourraienl ur la grè1e. Lp· l&gt;ains
de mer lui faisaient tlu liien el conlribuaicnl
à lui con er1er cet air do jeun sse qui fo. distincrua si éton11amment jus11u'à on durnicr
jour. A llwppc. le jeune abbé Lacordaire \Coail parfois 'entretenir a\'CC die : on talent
nni, nnt, dont on c11mruen~,ait à parler, lui
avail l'alu d'être recherché par le petit cénacle. au i rcli ,,.ieux 11ue mondain, &lt;le l'.\.hliaJl"'
aux-Bois. ,bateau briand ,·cnail d'arriver à
Dieppe lor que la nouvelle de" Onlon1tat1ces,
puliliée le jour mème qu'il avaiL quillé Pari~,
·'t~·t-à-dire le :!11 juillet, lui rut annoncé :
.&amp;llaache, dcsccodanL à ce momeul de la diligenc , Ju.i apportait dt•· journ.,n . Il repril
sur l'llcure le chemin de Pari , aCTité d ,. plus
lune le presst'.'ntiments,
lnquiète pour lui, el crAignant que le people
ue ripostât il ce défi par Uml rilrolution, -

ce qui cil.ail facile à prérnir, - lluui Ht1camier, aet·ompagnéu d, ~!. Amv'•r •, le sui~il
:11=1lûl. \ "ainl-Dc111s, clic trom·a des l,an·icade . Elle dut nlor~ dcsct•ndre &lt;le Toiture rt
c'l'sl i\ pil"d, e,cortéc de ~a l'emme de chambre l'l de .\1. Ampère, qu'elle ~a:,na l'ihb,ryeau -Uoi·.
La monarchie dite l~,;itime était 10ml,:'
a\'er Chari", X. ne monarchie con. lilnlionnclle s'élc..,ait sournoi,cment ·ur lt· ruines
de cdlr-là el le duc d'Orlèans, sou· le nom de
Loui -Philippe, de1·enait roi de Frauçai~. On
p ·n e !Jil'n 11ue cc "rand - événements avaient
Loulm-er·é la petite ociélé d • l'Abha)e-auxUo1s. l ne femme n'a guère d'opiuio11 p,iliuque
bien à elle : comme les antres feruruel!,
~[me RtlcaUlier était le rellet &lt;le l'homme 11ui
avait pour le moment le plus Jïalluence ·ur
elle. Par on origine bour;;eoi e. elle avait
une tendance naturelle nu libéra IL me; par
s amitiés. elle tenait au rtl.gime déchu;
mais comme Cuateaubriand, au fond, était
libéral el nu .e gènail pas pour dire a la1;on
de pcn cr w- Loui · \VIII, nr Cbarlc X el
:ur la cour de Tuilerie., loul en regrettaul
le.s salons de ce « ducbcs • · ll où elle arail
l,rillé et qui allaient .o former, lime IlécalllÎer ne pleura pas rrop le rt:.,ime déchu :
i:lle n'aurait qu'à 1·ontinuer à l'aire re qu'ctllc
a1 ail tait sou~ 1 llirc ,toirc, . ou · le Con ulat,
. ou· la Reslanration, c'c ·t-à-&lt;lire courti~er
les pui ·sants, l't dl demeurerait pui ~ante
elle-mème. En lai ~a.nt aux ruuour -propres
bles ·é, et anx conl'Îrtions If&gt; t.e111p~ dti bouder.
de ~e 1 uérir el de lrou1·er un Liais honorable
pour e rallier, - n't• l-ce pa ain i qu 'éYolue
Cé ttu'on appelle une opinion politi,1ue? clic repeuplerait 011 alon de · g •n dbtingué ·
11ue la chute d' barle: X 1c11ail d" di;-perscr,
et qui viendraient fraterniser al'ec ceux r1ue
l'éléYaliou dç Loui -Philippe allait l amener.
llouée du do11 d'auirer cl J, retenir auprè
d'elle les hommes l plu tlminenLJ, elle conlinnerait à le · séduire par le· aim:iLlc cl
gracieux manège• que on e1p1:ri ·nec de fa
\'ie a,·ait portés à leur phi: haute perlc!clion ;
elle frrait \'l'nir chct elle le. hommes nouveau , le· jeune. talent • le ùlu Ire · du jour
et autant que JJO ·sihle ceux &lt;.le c.lt•main; fidèll.l
à ce programme, elle arril'er,,it l11en l, faire
célébrer .on impartinlité el à faire chantP.t
es louanges p.1r tout le monde, comme par
le passé.
l&lt;:n allendanl, on salon thait le refoge dl·s
rolèrn du parti torulié. Quellt• · inilpuiloalilr$
&lt;li ·cu,sion · 11ut'cci;é,éntlmt.'nt dt· juillcL 1 ;;o !
Quelles amèr ~ récriminations c•onlrl.l 1·ct in·011 cicnt Poli.,nac. tel aveugle Char le X, on
« unLécilc entourage n. celle tl impatience de
parJure &gt;&gt; Je la ChnruLre de pairs lJUe pou sait &lt;C une peur iulrépide ! » c· • l Chateaubriand 11 ui ·exprimai1 ainsi el füne Récamier
a,nil l,1 •u du mal à présider ctlS 'tfanr • orageu e qui transformaient ~on salon eu un
parlement au petit pied et y amenaient de
ai areur ·, de violence de lau"age, dei; éclat ·
pas ·ionnés i contraire à son goût ponr la
m~ure el la modilraûou. Car tout lo monde
n'était pa · pour le vaincu • 11 l' Abl&gt;a}e-au:1

�, , _ fflST0'/{1.JI

MAVJllK'E }ttCA.MIBJt -

!:loi cl li. Lnp'rc n' di~.imulail pa. se· mai· un miel 1·affiné, bénin. un mil.'! de lnhoe~poir dan le régime nouveau qui, pensait- ratoirc, dont la aveur origincllc avaiL di paru
il, ne serait 11u'un achcmincmeol \'ers un pour ne laiuir que la fadeur du ncrt•. Chagou"ernement pltt digne d'un pa~s comme teaubriand s'en conL('ntniL Il avait un peu
la France, où il y a tant de talents dh·er à vjeilli dL'pui ,on r •tout' dl! Rome, - et il J
meure en 1aleur pour la marche en arnnt de avait. i peu de temp 1 - dcpui cette année
l'humanilé, pour .e progrè, .on émanci- 1829 où l'hilarète Cha le-le vop.it &lt;4 toujour.
pation, sa liberté, . a dirrnité, on bonheur! jeune... , monler à oixaulc au., r.n•ec cette
M. Lenorm:mt, qui 1·o)"ait Mjà bon parti :'1 courtoisie parfaite et celw dé involturejoyeusc
tirer pour . on avancemenl dans la révolution qui ne le quittèrent pas, nn pelil e calier de
11ui venait de ·accomplir, était dan le
la rue de l'AbLaye, plus le ·Le qu'un mousmèmc idJes. Au ·si, dcrnnt eux, Cbatcau- quetaire de di.x.-n~·td' an t » La révo]utfon dl!
hriand :nait-il tJUC'lque peine à accorder .e
juillet, sa relr:iite des affaires, l'obli.,.alion où
opiniom ropli tes et ses tendances répuLli- tl'odieux embarra d'argent le mrltaicnt de
caines, on goùl pour la liherlé et son dérnuc.- renoncer à e~ rê,·cs de Louheur crépu ·culaire
ment pour le Bourbon . Lor ·quc l'accord ne ~ar les bord· du Tibre, le rendaient plus
pou mit •e faire entre Lou ces lutteur., on sotuhrc qne jamais. Le fond dïmmeur cha'en rapportait ?1 l'avi · de Mm flécamier. grine 11u'il port.lit dan le ruondo où il a\ ail
Quant à Ballanch '. devant ce é11focme11Ls qui tant aimé à aller; le et\Li rogue et har&lt;Tneu
a\'aient bouleversé ~es ysLème Je politique de son caractère preru1ilmt décidément le
et de philosophie, il semblait a\·oir donné en dc~~us : oo ton lui d,•vrnait bohiLucl après
loul ·a Jt!mi. ·ion. llt ne s'occupa.il cp1'à mellre avoir été d'ahortl une allectalion, une po e.
"es déception eu formult! .
Au i Yenait-il chaque jour faire bercer on
Chateaubriand flui, plu &lt;1ue lui encore. humeur à la douce mu ·ique de parole calavait donné a démission de tout. excepté man Le de ~fme Rècamic.r. &lt;4 Avant mon déd'écrivain, lança une brochure virulente : De part de Pari·, écri\·ail Ilalzac au docteur
la Reslauration el de la monarchie ile('live.
P. Méojère, j'ai vu ~l. de Chateaubriand chez
Puis. atec le produit dè cet ounage - car ~lme Tlécamier. ,le l'ai Lrou11ébien mau ,ade,
. a hotar-e était tonjour à . ec- et le produit bien chagrin'.» Cn n'était pa enleruenl un
de la vente de es épaulettes, "alon' d bro- moment d'humeur nuire comme il l a de
dt.!rie d'uniforme • il fut, accompagné de sa gen~, paraît-il, qui~ ont parfois ujél.s, c'était
fornme, e recueillir en oi se. Le duc de maintenant l'étal ordinaire de Ticoé. Aus i
Laval e retira en I ormandie el le antres ~I me néca.mier fai ait-elle ·011 pos il.lie pour
ru alisles de mar,ple allimml comme loi
dHraire l'illustre ennuyé; mais mLs Mary
houdcr dan leur· lt!rre , 'en remettant à la Clarke n'était plus là et, !fUOÎ ,,u·elle fil, la
l'rovidence, comme touj1iur$, du oin Je ré- pauvre l't.:mme n'y réus.i sait guèr,•. &lt;&lt; Le
tablir sur le trône le roi de leur rêve· .
~alon dt! llme Récamier, a écrit une des
0e retoru à Pari · et n'aiant plus de l'oner j!rande· monJainc Je l'rpo11ue, e rc. entait
tion pub)i41ue pour dévorer on at:liYité, do la ,•ieilll' ~e moro-e de Chateaubriand•. 11
Chatc.'\ubriaud alla plus que jam::ii cbci .1 uli tte ,•ieilli saute es aya Jes di traction
Jfrne nécamier. Qu'a11ait-t-il de mieux à fair ? liLLéraires. Dè qu'un homme avait fait paLe ' récrimination de a fl•mm • rexcédaient,
rallre un ou1,ra e dont on parlait, ou mème
malgré .on inaltarable pa1icnce; I!! r,:dm:- un article de journal ayant fait 11ucll1ue bruit,
tious qu'il a1ait éW obligi d'introduire dan· elle Lrournil in ·tanlanémenl un moyen de lt
chaque chapitre de on budget domestique
er,·ir tout chaud à ,on ilh1str ami, el c'est
n'étaient pas faites pour la rendre plus trai- ainsi qu'elle par1·enail à meltn• un emblant
table : les femme se plient facilement à une d'iulérèt dans la vie du grand blasé.
alwmt:nlation 1lans le ' dépen e , mais, nntl
.Parmi les hommes éminents de ce temps,
foi haLituées à un certain elal de mai on, on le plu. re.mar(Jnable était iocoote t.ablemenL
e t mal rnnn :1 leur parler de le restreindre. Balzac. 011 commençait à parler beaucoup de
La néce ité pourtant était là. et il follut bien cc jeun écril·ain qu'on renco111rait chez la
:;'·ré oudre. ~rai, eene fut pas san ai rreur : ,·icille Mme opbie Ga), chez sa fille lmc de
le pauvre Clmteaubriand tn ut quelque Girardin, chez Mme Uamelin, celte épave du
cbo e. El c·e L pour cela que, cbar1ue apr~s- Directoire, chtz la duc.be se d'Abrantès, ct·Ue
midi, on 1 vopiL e diriger ,ers l'.,.\J,bayc- épa\'C d • l'Empire, chez la comte e .Merlin,
aux-13oi . Il l' avaiL son heure, et tant •tue cetle t·rrnle ·pai;nole 11ui avait éJlOU.é un
celle heure-là durait, personne n'était admi · général de Napolcon, chez la ducbe· e de
dan le temple. Là régnaiL un demi-jour a- Ca trics, qu'on reconnai , ait i ai émcnt sous
vanl et my ·térieux : le rideaux à demi sou- les trait dr Mme dt.! Rochefide, héroïuc peu
levés enténébrairnl la pièce de ce clair-oh cur s mpalhi11ue de son superbe roman de Bàlpropre au recutillew nt et Javorable au i à h·i.t .... Baktc, alor ·, oe demandait pas micu:
un 11îsage que la jeunc ·se veut &lt;f11iller. L'il• que de répandre dons les .aloos de P.iri. .
lu tre écrivain entrai!, allait s'asseoir dans
· 'roman élaienl quelque cho~e d'ab·olu_on fauteuil, au coin de la cheminée : de son ment nouveau dan la lillératlll'e françaLc;
air élernelleme11t ennu é, il recevait l'encen
per onne n'a\'a.Îl jusqu'alors donné une telle
de sa grande-prêtresse el savourait le miel de inleosilé de vie réelle :1 des personnage ficses douces paroles : ce n'était pa le miel aux
2. 0alzac avait quiu.; Paris le 22 11011l 1832 })O•H
parfums ûpres el auvages de la mont...'lgnC, Aix-les•Uoins
ou il rlc,·uil rdrouver la ùucbe •e de
1

0

1. Philarcle Cu.o~tEs, fltmoir, ,, t. I, p. 180.

Ca lrics.

tifs; personne n'..t\'ail jamais scruté ain i ju.qn':iu tuf l'âme de ce. per onnage , le· mou'VemeuLs 11' pin secret de leur cœur. porlé ln
lumii·re dans les des ou· de leurs pa~sions et
de l~ul"s vice. ; per oune n·a,·ait si Lien encerclé
loul ccb dans un cadre autant fouillé que le
taLl!!a11. Au.si le jtunc maître tilait-il forl
di culé commi: Lout ce qui or •il, ~e ri:mt de
la rouLine el Lrancba11t fortement . ur le vulgair et le conn'UU. Il an1il de l'haud pnrlisan , mais il avait de plu chaud (•1111rmi :
le enra"é de la rouLine cl de la mlidiocrité
ne . onl-il pa loujour- µlus nombreux qut:
le pa , ionné du progrè. et du laient 1
En 1831 , llalzac érri\'ai l la Peau de clurgri n, ce rbef-d'œul'!'e où, malgré quelque.
erreur' de vue, une oh~enation vraie ri poignante du caractère humain charpente \'i 0 our •u~ement un roawn bien musclé. On en
parlait nvaut qu'il ne ffü terminé. (&lt; Votr •
neveu a dù rnu dire, mandait l'écrfrain à rnn
~diteur o· clin. que je me sui, n•nl'ermé el
tp1eje ue quittcpa ln Peau de rhngrin qn'cllc
ne soit finie. J'ai bien préparé le succè .
~me Récamier a réclamé une lecture, l'll orle
que nou aurons encore une immen e qnonLilê de proncurs Jans le faubourg SaintGermain. »
Cette lecture se lit-elle'? C'e l possihle,
mai il n·y eul sans doute point le grand
Lral:ila mondain qui l'ncnJra la lecture d,~
Moïse; pour ce petit foi eur d · roman . un
petit comittl êLait sulli ,rnt. Mrne Tlecamier ne
savait pa · alor què la po·Lérité placerait
Ralznc . nr le mème ranlT que l'auteur des
Alartyrs, et mème au-des ·us. mai pour de
qualitês Louit.!· différentes. Si elle l'avait su l...
En tout cas, lïdl'e seule de lir la Peau de
ch.Qgrin devanl Mme R•carnicr L 's amis
e1H été uue véritable ab rr;ition. ll:il:,ac 3U1·ail dù le comprendre. ,omwen t l il trace
Jaus ce roman le portrait d'une fomme, la
comte se Fédora. pc.r-onnilia11l l'é •oï·me el
« l'in ea'ibilité de la coquetterie l&gt; comm · il
ledit lui-même da.n unarticl . nr on propre
roman, cette &lt;1 lemme ,an~ cœur. type d ·une
~ociété sam 1·œur 11, romme le dit de son
rote l'hilarèlc Cha le dan on / nlroduction
a11.r l'oma11s et rrmles philo~ophique · de
Ba{:,ar · pour quehp.1cs lignes de e portrait.
it a l'ait poser de\•;mt lui füne llêcamît:r :
J'ex11uisc · fleurs Je flatterie ne cachent pa
assez de cruelle n•.1lités et de brutal' vériLés ·
le dill~rcnLe · b~poth~c · de la Ycrtu énigmalÏffllC de l'héroïne y .on examinées ,'.l\·ec la
lihcrlé du méfafo, 1·alpel en main, pourrait-on dir . Et BallaC auraiL eu lt' courage
incoo iùéré, peu é.ml, il faut en convenir.
de faire celle auLop ·ie pl_1 "iquc autani que
psychologique devant colle qui l'a,·ail in piri\1
Ce n·c Lpa admis-iblc.
moins 11u'il n'ait
pas é.ce portrait sous silence en li.anl 'On
manuscrit, ou plutot 4!Ue l'oun·a"c n'ayant
pa ' plu dan ce ~rclc où l'on n'a,·ail de •oùl,
malgré la présence de Cbaleaubriantl, que
pour le convenu el l'onctueuse fadeur, Balzac
oc l'ait ajouté après coup. Ce crail alors une
vengeance.
3. \'icom1e • o'AGonT, Mei Somn,i,,-, p. 338.

La ledure de lo l)eau de cl1&lt;19rm, si Plie
fut faite dans ce crnacle, n·y pouvait produire
qu'une très mauvaise imprc sion, nième ~an
le portrait &lt;le ~\&lt;dora. La preuve, c·e t qu'il
n'en esl auc1mi&gt;11wnt question dan le~ '011M11fr.~ el Correspowlancecle

.lime llécamier.

Le nom de ll:il1.ac, 11u'on u·y tro111·e pas une
·cule foi . étail po1irlant un nom hien •lorlcux
à épingler au milit'U de ceux que MUle Le~
norroont charcreail de faire cortège à a tante
dan · l'immorlalité. El si naime11l la Peau
de cltagl'in fu~ lue à l'Abhaye-aux-Bois, on
ne s'étonnera pas du peu d'enlhou ia me que
re puissant roman dut y Pxcitcr. Tout d'abord,
il eùt trop rappelé à ces sexa 11é11aircs qu'étaient
lime l\écamier et Cbatcaubri:rnd 11ue leur
Pea" tle chagl'in à eux, c'e,;t-à-dire cc qu'il
leur re·t...1.il encore de vie, se rapeli sait terriblement de jour en jour, el c'e Lnne cho,e
qu'il ne faut pa rappeler à des 1ieillar&lt;l.s.
En uile, les Lraits de la comt• se Fédora.
emprunté· à Mme Hécamier, 11e oui pa
ea\·eloppés d'a ez de voiles, Tout cda dernü
détonner étrangement dans le clair-ob cur
el l'almo pbère toute factice du salon bleu
de I'.\ bbaye. liais il est plu probable que
celte lecture ne se fit pas, il n'en fut même
jamai q11estion que dan· l'imagination de
llalzac.

pas malice, il était tout simplt-ment ra,'Î
d'avoir trotl\'é dan~ cet aLhé au pàlc ,·h.agc,
e\primanl la soulfrancc el ombre comme
celui d'un grand i111111i,i1enr du temps de
Philippe II, dans (' •t al1bé à la " racé de
damné ,, 1, un partcnair' pour ,e · inlcrminal1le pa rlies parlante· dr philn,oph:e llllo-démocraLique et néo-cbr :Lieuu '· Car, il faut le
dire. il 1rournil rarl'meot qnelqu'nn pour lui
domrnr la réplique: le honhomnw, avec .a
philu•ophi •, était si pt'u amu a11t !
La vie de ~lme Hécamicr continuait donc à
Lonrn •r dans le m~rne en·, lo11jour · unirorme, LOujolw à ~on ioùl, au milieu de
celle société d'odmiration mutuPlle, lor·que
tout à coup ell~ subit un heurt : Cbaleaubl'iand 1ient d't!lre arrèt.l dans ~a &lt;r ~olitudc o
de la ru,• d'En[er, l·omme prévenu de complot
contre la . ùret: d • l'État, rond nit /1 la préfecture de police cl incarcéré. '::i Femme \'Înl If.
voir dans sa prison, sa vieille amie aussi.
A la. suite do .Ume Récamier, toute la pelite
colonie de l'Abhaye-aut-Boi défila, en pèlt.'riuage. à la préfcc1ur • de police. Le pl'éret,
M. Gi$quel, ,waiL imité on prisunuier ù \'enir
dans ~ou salon. Bon enfant. CbatC'n.ul.irfand
arnit accepté t:l Mlle Gi,11uct lui foisait de la
m11,iq1w. Ue orle JJUl' t'e n'e:;I pa. san · un
rerlain rf' •rrl qu'il apprit, an boui d'une
quinzaine de j11nr , qu ·une or&lt;lo1111tu1Ctl de
non-lieu le rendait à la lilwrlé et i1 Mine 11{,ramier. Celk~ci (ut. du roup, reuduc à la
trant[IIÎllil :. ~lois pour pc:u de ti.:mp~. 1ne
terrible épid1:mie 111' dmléra 11t'la,,. Comnn'
,,l)è avail une ri-ay1:11r toute p:1r1imli;,rc du
lh:.1u, on 1•sprit u't·ul pin un munwnt d1•
repos : on cùt dit 1111'uu va..,uu instinct l'are1·tis ·ail 11uïl d,•vrul un j()ur J'i.:mporler. Le
11uarlicr Je la rue dl! -.l'rc. para.î,-~&lt;1111 plus
forlern1·11I éprouvé 4lfü: le. autr , MmP Ricamier •t11i11a 1'.\hl.ia.)!..'-,111x-Oois
l'i alla demander a,ile 11 un •
a1nîc de la reine Uorlen ·e,
Mmo aha&lt;&gt;e, qu·el11) avait connue NI Italie l qui habitait
rue de la Paix.
1 cudanl celle !pidémie, le
duc de I oaiUc 1in1 avec assidnité \Oir ~fme Héc.imicr. Il y
avait ~ept an 11u'il lui ar:ùl
été pr~sc11lé et, l,ie11 lllle beaucoup de e parent.li et allié
aient élr de son intimité, il
1i'a\3il pa · songé à profiti:r de
l'in,itt1ûon de la vmir ,oir.
Toul à coup il devil'nl as iclu.
!~Lait-ce rnument pour la ra:snrer, lni remonter le moral
el l'aider à traverser avec moins
d'appr :hçosions Cè temps d' :_
LE CILlTL\U DE .IIL\JNTEiSOr;.
pidémie '! Oh ! &lt;1ue aon pas !
)1. 11 duc do No;1i1les ne songeai L pa.s à celle épidémie-llt :
l'abbé 11 gros comme le bras ils na -'aimaient il ét...'IÎt allci11t d'une autre. li 'èLaiL avisé
pas. Ils dm'Ïnreat pourtant amis plus lard. Lout à coup qu'il avait une certaine connaisMme Récamier, elle, a,•ail tout bonnement sance de 11li ·toire et de· cho.e littéraires
rait accueil à La Mennais parce que c'étaiL un
l. r.xprcssion ,tu 11,pe Léou XII, patlanl de lui Je
tS21 1Lellrc du corili,1al Berndli au ,Jue Aclri~n de
sujet r.imarr1uable de [Jlus à meure dans 3 (..aval
llonlmnrcn ·v, flomc, 30 ao,\l 1 .4. Correspo11colleclion. Quant à Ballancbl', qui n'y , ·oyait &lt;1a11ce c/1 La fr-1i1111~. 1. 1, p. 1 i&lt;.)

mandie - pour continuer à foire dire que
lt• hommes les pin~ rcmar4ual1le · du jour ~c
di~putent l'honneur de ,mir t.1(-po el' leur'
hommages à ~es pied~. \u J.,meur:rnl. elle
ne I\! · attire. ce· hommrs, que pour régner
..ur eux, obtenir par eu:x le [J1curs du 11ou1·oir Pt de l'aûmîni Lralion pour ,e protégé~.
se ami·, ses parent , ,e crvir en uu mot de
leur inlluence pour maintenir la sienne. C'e l
airri qu'elle dem(·ure toujour· une puissance,
•1uel que oit lo régiro,i politique. Le di· i&lt;lcnce religieuses ne l'arrèlaieut pa plus qut'
le· dis iJenœ. d'npiniun. C'eût 11L~ fort hien
si, n'appartenant pa., par e. vartités, à un
parti 011 la tuléram.:e n'était nullrmcnt à
l'ordl'I! du _jour, elle al'ait éLci lil1ëralt&gt; par
e prit ,.raimenL largt' et ou1·crt : mai cc
n'était pas on cas. D'aillt·ur , cummu pour
donner un démenti à 41ü l'eùL accu ·ée de
pactisl'r a\'eC le gouvernement el les homme
de juillet. elle reçut à celle :po']Lte le marqui ·
d • Vérac, 16 dui; el la ducbe ,c de )louch •,
le duc de Noaille , &lt;Jlli lui avait 1:lé pr :~enté
à nome el qui lui amena sa Iemmc. Mai , en
H!nanl ain -i, ce duc avait son &lt;t idée de derrière la tête », comme on le ,·erra loul à
l'heure, et 1·t•nait plus pour l11i que pour elle.
Quant à Mme Récamier, elle était heu:reu •
de ponvoir con cner 1t son salon, grâce à ces
nouvelles rct·rue , une couleur de llaulc ari Lorra1ic, ce à quoi elle tenait par-dt $SU~ tout.
Cela n't•1npèd1ait en rien la petite cui~iirn
littéraire de Loui; le· soir : au co111rairp. n
jom· nallanrhe. qui élait un de . l's ral1at1eur~,
lui amène un Licau !riLicr, une piêre rare,
l'ahJ11: de La Uc11n::iï". Cc u'étail pa pour
plaire i1 Chateaubriand : bien que ce:. rlcu.
Breton , né dans la mème rue de 8aiut-}IJ!o,
à tr' · p II de distan1·1· 1'1111 di• l'autre, e dic11t 11 monsieur lt• vicomte 1l et 11 moru;icur
1

CHAPITRE XI
,rpcndanl, continuant à atlirer thez elle
11&gt; howme_ ll':. plus en me, soil dan le désir
d' 11 aruust&gt;r l'inamasaLle » el lui procurl"r
des di ·traction qu'elle 11'était plu. capal1lc de
lui donner elle-même, soit eulemeoL dan·
l'i11térêt de la &lt;&gt;Joire de $Oil alon. Mm&lt;' nécamil'r a\·aiL réu.s i à faire ve11i1· i1 L\Lharc le
général Lafayette et, faute de
Cabimir Perier, réfractaire à
se 1JOquetteries rancies, son
frère ainé .iu!!llsle Perier. la
nouvelle mooarcbic lui avait
foit 11uelques a1·ances pour en
faire à Chateaubriand ctes~aycr
de le museler. M. de Mont esquiou était venu chez elle de lu
part dt! Loui ·•I'hilippe pour parlementer aYec lui, mai an·
uccès : le vieux lui li:ur voulai L gardt•r ses coudées fraJJches . .lJme l\iicamiur lé regrctla
ans douLc : fidèle au systènw
qu'elle avait inauguré 10111
jeune, dan l'intérèl des affaire
de M. nécamier, elle continuait
à s'entourer d'homme connus,
dans l'inlérèl de es propre
affaire•. Cela montre un esprit
large, ouvert, libéral, l-0lérant. ..
oui. si l'on veut. Mais cela ne
mnntr rait-ilpa plutôLeL urloulancsorte d'é.
!!Uî-',me élroi 1. dénué ah$olumenl de principes
Fermes, arrêtés, rnlidt!s, et rapportant tout à
elle-même ou à la renommée dt! son aLon'!
F.llc oublie se con,;ction légi li miste - mois
Mathieu e. t mort el drien boude en 'or-

~

1

... 9 ...

�1f1ST0'/{1.Jl

------------------ ------------------------

et s'était soun•nu en mème temp.· que Mme
Récamier avait frul élire Mathieu de Montmorency à l'Acach1mie francai.e. , i le chol(,ra
Tai.ait qllelr1ue· vides p,irll.l.Î les quarante. ne
pourrait-elle pas lui rendr·e à lui, duc de
'oaille , Je même enice? Un Noaille· vaut
bien un ~lontmorency, que diable! D'ailleITTs,
sï] fallail, à la rigueur, exhiber quelquti titre
littéraire, il était 10111 prèl à prouv,·r qu'il ne
tenait c1u'à lui de s'r,n p.a,oiser. Il savait, par
traditions de famille, et po :daît dan les
archive de son ch;iteau de llaintenon, mi11e
cho8CS inléreasanlt'S ur ln mai on royale
d'éducation de Snint-Cn- et sur son iUn.slre
fomlatrice ~ltne de \fointPnon : o'é1ait-il pas
un peu de son dc\'oir, mènie. à lui cb1•r de
la mai.on de ·oailles, de [aire conn:1ilre. mais
comme il 1·oulail qu'on la.connllt, celle femme
qui fut fa demiere pas ·ion de Louis XIV?
Yec u,n peu de lPmps, un peu d'aide aus i,
il en viendrait liit'n à boat. .. es ami feraient
le reste. Il tallait dom: se créer des rdaliùn
dans le Jeures. Chez Mme Récamier, il rencontrait journefü•m,,ut Chateaul,riand, qui faisait ua peu la pluie et le l&gt;ean tcmp à l'Académie; Ballanche qui ne tarderait pa à )'
aller porter • c rè~erie étoilées rt panach~es
de pbilo ophie el de poésie; Ampère, qui l'y
suivrai l de prè_ . aY c on pa sau li liant él on
e prit 3Uc Î saulillant que ~on pas; DriJfaul,
ce parasite df' mai. on opul ute du ÎHUbourg. aint-Ccrmain, à qui ses platir udes parlée" et imprimée allaient valoir aussi bien toi
un fa11tc1lll . ou la coupole du palai Mazarin .... Bref, il ,. avait là Lout un ·lan littéraire au.p1el il ·était habile de e frouer et
dont il était pru1font de fidller les vanité ·
pour s'en mén,1~er la faveur. Eh! eh! ce
noyau poul'rail le pou ser à l'Académie, tout
comme un nulre. Et voilà pourquoi le noble
duc s'était mi lou Ld'un coup 1t fréquenter la
bourgeoise amie dl! nent:. C'était Jtiroger,
mais Alalhieu et Adrien Je llontmorcnc} ne
l'a1·aie111-ils pas fait avant lui? D'ailleur. il
avait besoin J'ellc, et. de son côté, elle serait
si lmurcnsc qu'un o:lilles ,lut preudre dans
on salon la i,lace lai sée ,·al·ante par un
,lontmore11cv !
Enfin le !Ïéau diminua et, comme Chateaubriand é•ail allé prendre un peu de repos en
ui se, Mme Recaiuier ·e Jé, ida à l'aller rejoindre. Elle romml!nça par c rendre au château d'A.rrnenherg où la n i11e Uorlcn c pa . ail le loi=ir· que lui m•ait fait · la t-h111e de
~apoléon. c·r, t à Constan,·e I ville ,·oisiue
d'Arene11bt&gt;r", 1pm Chateaubriand la rctrom·a.
lis passèrt'TIL lb nnc honnc journée que le

granit écrivain a immortali. t-le don es J/émoircs. li en fout reproduire le récit: (l Dan
la ville délahrée Je Cons.tance, notre :mùcrge
était fort aaie: on j faisait Ir· apprèls d'une
noce. Le lendemain de mon arrivée. ~lmc llécamicr voulul se mellrc à l'abri du la joie de
no hôlt: : uou nous eml.Ja~uihne sur le
lac, et, lraver. ant la nappe d'eau d'où s.orl le
Rhin pour dt!venir fleuve, 0011 abordàme i\
Ja grève d'un parc.
« Ayanl mis pied à terre, nous [r-ao bimcs
uae baie de saules, de l'autre côté de lar1uellc
nous trouYàmes une allée sablée circulant
parmi des bosquet· d'arbu_tes, des groupe
d'arbres el des lapis de gazon. Un pa\'illon
'élt:vail a11 milieu de jardin , cl une élégante villa s'appu_•ait contre une futaie. Je
remarquai dan l'herbe de veilleuses toujour mélancolique pour moi à cause des
rémiai cences de me diver et nombreu
automnes. ou nous promenà.me au hasard,
et puis nous nous as imes sur un banc au
bord de l'eau. Du pavillon des bocages s'élevèrent dlll&gt; harmonies de harpe el de cor qui
e lurent lorsque, charmés et $Urpris, nous
commencions à le écouler: c'était une cène
d'un conte de r ·e. Le harmonies ne renaissant pas jo lus à Mme Récamier ma description de aint-Golh,1rd; elle me pria d'écrire
quclque cbo e ur .e.. tablettes, déjà ~ demi
remplies des détail de Lt morL de J.-J. l\ou eau. Au-de sous de ces dernière paroles de
l'au.Leur d'Héloïse : « fa fomme, ouvrez la
fenêtre, que je voie enc-0re le oleil », je traçai ~ mols an crayon : &lt;t Ce que je 11oulais
sur le lac de Lucerne, je l'ai trouve su,• le

lac cle Consta11ce, le charme et I' inlelligence
tle la beaulf. Je ne peux poilit mourfr
comme Rousseat,; je ve1.u e11co,·e l'Oir longtemps le soleil, si c'est pri&gt;;; tle vous que je
'1oi, aclm,er ma t1ie. Que mes jours expi1·ent it vos pied . co,mne ces Mgues dont
vous aÏmC$ le 111ur1,rnre. - 2 ° août 1 3~. 9
L'azur du lac ,·eillnit derrière les feuillagt: ;
à l'horizon du midi s'amoocelaienl les sommets de l'A.lpe des Grisons; une hri e passant
et se relirant à travers les sau1es s'ar.cordait
avec l'allèr et le venir de la vague : nous ne
voyions per -onne; oou ne s:nions 011 nous
étions.
« En rentrant à Con lance, nous avon
aperçu Mme la duche se de- aint-Leu el son
!Jls Louis-Napoléon' : il venaient nu-devant
1. î•lu~ larJ 'apoléon Ill.

2. 11 n lais,é uu inh•re- nl ,·ul111110 : o,wmÙ$ et
ra111png11c.• 1/'u11 vieu.t ,.nldat tic l'/·,'111p1/-e.
:i. '.1111,• t:ocloelcl a laisse, c:IJc ~ns,i , rie; f,.mQires ,
en plusieurs volume~.

de ~tcne !\~ramier. 1&gt; On lui oll'rit rho pitalilti
dan le petit cbàleau de ~ olM&gt;erg, habité
par un ancien capitaine alll rbasseur~ à cheval de la garde imphialP, \f. Parquin '. mori
de Mlle Cochelet5, lec1ricc de la reine llortensc.
Le d1àleau était à une d.-.mi-beure Je
celui d' renenberg, demeure de la fille de
Josépbioo. Le 20 aoùt, aecompaani{e de Chateaubriand , Mme Récamier allait dîlltlr à
Arenenberg L, en or1anl Je 1able, la reine
leur chanla des romance de sa compo. ilion,
lut quelques fragment· de rs lémoires et
leur morilra un cabinet rempli de dépouilles
de l apoléon.
Chat.caubriand recondui.it fme Récamier
à Wolfsberg et repartit, de nuit, pour rejoindre sa fomme à Lucerne : il vinrent ensuite à Genève et lrne Récamier 1 y alla
trouver. De là, on fit un pieux pèlerinage à
Coppet.
« Mme Récamier, écrit Chateaubriand, a
reconnu tous lé lieux où elle croJait voir
encore son amie, ou as ise à 'on piano,
ou enlrant on orlanl, ou causaal ur la
terra e qui borde la galerie; elle a revu
la chambre qu'elle a,·ait habitée; des jours
écoulés ont remonté devant elle .... Jlu ebàteau, nou sommes entrés dans le varc; le
premier automne commençait à rougir el it
détacher quelqur. îeuilles.; le -çent s'abattait
par degré et lai sait ouïr un ruisseau qui fait
tomoer un moulin. Apr~ avoir suivi les allées
qu'elle avail coutume de parcourir U'CC lime
de Staël, ~(me Uécamier a "ou.lu saluer ses
cendre .. A ~uelqne di tance du parc est un
taillis mêlé d'arbre plus grands, et environné d'un mur humide el dêgrJdé ..•. Je oe
suis poinL entré dan le bois; lime Récamier
a cule obtenu la permis ion d'J pénétrer ....
Dans re moment lme Récamier, p~le et u
larmes, est sortie du bocage fanèbre ellemème comme une ombre .... Cette ,,e prée
même, lendemain dn jour do mrs d(h·otions
aux morl de Coppel fatigué des bords du
lac, je suis allé chercher, toujour avec Mme
Récamier, des promenadPs moins îréquenLéP$ •... 1 ou avons remonté el descendu plu.ieurs fois en causant œlle Lande étroite de
azon qui épare le neuve braJant du ilencicux coteau... uons avons parlé Je ces
tcmp , toujour pfniblesel toujour reg-reliés,
où les passions font le bonheur et Ill martyre
de la jeune •.... Mme f\écamier va nous
quitter, elle revient.Ira au printemps et moi je.
\'ais pa.- er l'lih·er ù c1voquer mes heures évanomes .... »

(A Juivre.)

.,. 10 ""

JOSEPH 'TURQU

Le

PILLA.G L, -

Gr.i-vure de

c .,LLOT.

BARI E

AQ.VÈDE

+

Un fils de Charles IX
J' rléans. Elle :.e fil aimer du roi el sut le
garder. Leur enfonl naquit le 28 mai 1573.
Vn an aprt!.'-, CLarle I.\., ~e entant mourir,
fai ail recommander trè tendre.ment son petit
garçon a on frère el succes ·eur, Henri Ill.
Le noul'ean monarques Ïnlére ·sa à ce neveu
du cont~ban&lt;le et prit uu bOÎll particulier de
son éduCàtion. cependant que la mère poursuirnit sa brillante carrière.
,rarie 'louchet proliLa de on -prestige aux
yeux ùcs bons courlisans pour l'aue un maCha des IX cl lllnrl en 1050.
A premiPre vue, il emhle 11 peine croya ltle ria"e avanlacreux. Elle épousa François de
qu'il u'y ail eu ,1ue d1·ux inte.rmédiaires entre Ba.bac d'Enlraguc , gournrueur d'Odéan~.
Berunrdiu dt! $ainL-Pie.mi, tJU • les parent,; de lis eurent deux- tilles, qui cbassèrenL de race
lieaucoup d'entre nou onl pu couoaitre, rt l'une et l'aulre. L'ainée fut la l'ameu,e marle lits du monarque qui a fa.il ]a Sainl-1\ar- •1uise de Verneuil, à laquelle Henri 1V sima
thélemy. Ce c()mmunrcations à travers les une promesse de maria"e que Sully déchira ;
siècle ne sont pourtant pa extrèmen1cnt on le raconte, du moi1\~. La caùelle, la marrare:. Il ne faut. daus une fomille, qu'un 4uihe d'Enlrague~, cul des avelllurcs hru~anseul mllriage nlrc ,·ieillard el trè:· jeune le . Le petit Charles de \Taloi • plu- tard
fille, pour que 1.. ur Jescendant· reçoi\'cnl les comle d' ..\uvergn' et enfin duc d'Angoulêm •,
échos d'un temps déjà l.Jicn lointain. Le mari uc reçul jamais de ces trois rcmel!e que de
de ma marraine était à Fonléuo~ · ses parents- mau,·ai · conseil • el l'on ne peul pas dire,
avaient vén1 leur jeunes e ous Louis :\.1\', el cependanl, que sa mère ou ses sœur l'aient
(ail ce qu'il était. Tou tes les lro1, l'uœn LJe ,
je ne suis pa c •ntenaire.
aventurières de haul rnl, l:mdi· que le pelit
Charles élait ué avec des instincls ba ·.
Dès qu'il fut as ez grand, Elcnri [l[ le priL
Cha.ries IX aYaiL t!U le duc d'A.nrrm1lèmu de auprès de lui. Le jour de l'assas ioaL du roi,
la belle Marit: Touchet, Jille de tète et d'es- on le couru L chercher l'un de. premiers.
prit. C'était uue pelile hourgl'&lt;&gt;i~e de la pro- Cbarle· de Valois assista à l'agoni •, eL il
vince; son père était lieutenanl au Lailliage as ure que son oncle n'oublia point de le

Bcrna1•di11 ile , aint-Pierre avail eu pour
marraine uue pt&gt;rsonne de qunlité, lme de
Bayard, IJUi afait connu ùan · a jeune· e
taule la &lt;'Our de Louis ~IV. On se pre sait
autour d't:lle daw les salon· pour l'entendre
r.tconter le · mnour ' du rot- ol,ûl ou ]es
aventures du la Grande lladt:moi elle . Parmi
les li.,.ure hi~torir1ue · (tu'elle se plai ait à
C
.I' •
évo11ucr e 1,·ouvait la ducbesi;e u !n&lt;•ouh}me, w1H'e da duc d'Angoulême, liàtard de

.,.

Il..,

recommander à ~on tour, Lr~ tendrem1ml, à
son successeur. - &lt;&lt; ,J'élai , dit-i l, au pied
du lit, tcnanl les pit!ds du roi, lequel, tirant
le roi de ~arnrre proche de lui et me montrant à ses pieds, lui dit : - Mon frère, je
vous lais e ma com·onne el mon neveu ; je
vous prie d'en o.voir oin et de l'aimer , t:e
que le roi de Navarre accepta de bonne grâce,
promettant à Sa llaje·té d'oL ervcr ses commandement . &gt;&gt;
Le lendemain, Henri Ill '51ait mort; Henri IV
régnait. a Le roi m'appcla le soir, poursuit
le futur duc d'Angoulème, rl, d'une lion té
très particulière, 11 me confirma le a ·surance de sa hien-vcilJance. jusques à vouloir
•JUU j'eus e une chambre dafü 011 logi et
ljUe j'y fusse entrcteuu ~onime du lcmp ùu
leu roi. »
Clioyd, dorlolJ, richement poun·u de bien
et Je titres, le fil dP. Marie Toucbet n'avait
qu'à se laisser ,~vre. U ae maiJquaît. au surplus, ni de dons naturel· ni de taleut .
A ne 1~ voir qu'en pns anl, c'était un n-and
seigneur très brillaut et lrè$ sédui anl. Il
était bien fait, bl'avc, spirilueJ et aimable;
11 a,•ait dtis ltillre , a\•aiL la guerre et y étnit
bcmreux. &lt;t Si li. d'Angoulême, a dit Tallemant, eût pt1 e défaire J.e l'humeur d'escroc
que Dieu lui aVllil donnée, c'eût été un des
plus grands hommes de son siècle. » Mais il
ne s'en défit pas; il 'en 1tarda bien, Les
escroquerie· étaient d'un bon rapport el elles

�~ - 111STO'l{1.JI
ne fai aicm pas trop mauvai· ménage avec
on rang à la cour Je france.

Clan · ces àgcs ari tocratiqnP~. il y avait
autant de codes de morale que de clas f'~
. ociale . Le m~me acte était crime on pécM
:nfol, selon la nai sance de celui qui l'avait
commis et le corps auquel il appartenait. Un
mauanl n'avail j.1mais le droit du rnl r; on
le pendait. Le soldat en avait le droil et
mèmc l'obli.,.ation, puisqu'il lui arrivait à
LouL instant, en France ou hor · de Franre,
en paix ou ('O guerre, de subsister anx dépen · de l'hahitanl. Il n'r avait pas Je rèµle
bien étaltlie pou.r J,, 01,lilrs. Quand ils a,·aienL
trop Lrig,rndé à main armt:e. trop assa.siné
leurs volé , la justice en ex,;culail un, de loin
en loin, pour l'exerupl~. Mais l'opinion de
leur ca Le, la seule qui complàt pour eux, se
monlraiL fort indulgente à ton les actes de
violence. C'est à peinB ~i elle avail un blâme
pour le gouverneur de Yille ou le cher de
troupes qui rançonnait l1!s campa!!Tle~ ou
détrous ait le pa ant· à on pro6 t per-onnel.
En revanche, l'opinion arisLocraLiquP. l,làmait la grivèlerie chez un genlilbomrue.
C'étaient procédés vils. à loi. ser aux manants el
aux lH)Urg~ois. Grivelu sig-nifie proprement,
d'après Liltré, « fairE' de pelits profits ecre.l~
el illicile ». U. le prince, le père du grand
Condé, élaiL \Ill griveleui·; il a,·aiL les maius
crochues et pralitluait l'usure. Au· ·i fut-il
peu con idéré de 1::s contemporairu , malgré
sa nais ance et son iutelligenœ. Le duc d'J.n"Oulèrne [ul un aulro griveleu.r el n'en eut
jamai honle; c'C! t par lui-mème que nou
connai sons une hi toire de jeu dont il aurait
mieux fait de ne pas se van ter.
Rentrant un oir au logi., il rencontra un
i:igneur de es .imi qui le prc ·sa de Yt&gt;nir
jouer. Charle de aloi 'excu a; sa bour.e
était vide. L'autre in~i la el. apercevant une
llagu~ à on doi"L, lui dil quïl pourrait jouer
son « diamant » en ~nise d'argenl. Ce ful
un trait dë h11nière. Charles u'avail pas dt:
diamant: mai on pouvail apparemment s'y
tromper. Il Leùla l'aventure, joua sa bague
ccmlre de l'argent et gagna « plus Je
jQ,OO0 francs en une heure ». li a mil eize
ans ; c·ttla promellai l.
Celte onecdole montre romhiennosarrièrepareuls aYaicat .raison de prendre un a maitre
à piper &gt;&gt; à leur entrée dan le monde. o Ils
di ·ent, rapporte un conlt!mporain, que c'e t
pour 'empècbcr d'ètre tron1pé . &gt;&gt; Les p~res
faisaient donner des leçon de tricherie à
leur fils, llls rrères ainés à leurs cadels, et il
n'y avait pas de temps ni d'argent mieux
cmploi-é ; on 11 'était jamais s1'1r, dans le'
compagnie les plus élêg:rntœ, des Jlen avec
qui l'on jouail. M. le prince trichait sans
cesse.
Le a maitre à piper » n'était pas sans avoir
ses inconvénients. La Lentalion était trop forte
pour les bons élèl'CS, el il 'en trouvait loujours pour)' snccombrr. Ils élnient mal vu ;

UN
un °1•11lilh11mmc tlevail laisser les piperie,
aux •ens de peu, ave · Jes autre· g,·hwlees.
Crpeudanl, il n'en était ,ou"ent rien de plu~,
nrtout pour le ' trè «rand .• ei1meurs: témoins cas deux prince' du ~an", le vi.eu:i:
Condé et le duc d'Angoulême.
Ce &lt;lernier avaiL paru d'ahord très dé1•oué
à Henri rv, qui l'avait pri ous ~on aile a1·ec
Lanl de ~ooté. &lt;'· malheur !ni vinrent d'avoir
tlt·outé les femme de Hi famille. ll e laissa
per~uader par ellt!S, an moment où sa ~œur,
la marquise de Verneuil, manquait le Irone
de hance, de jouer vi~-à-vis dn roi un rôle
analo!!Ue à Cèlui du spadas~in dans le Mtu·iage
(ul'cé de Moliue. On ~e rappelle qu'Akida
dit à • ganarellc eo lui pré ·eutant une épée :
« Il faut ciue ,·ou vous l1~LLiei ou que ,·ous
épousiez ma 1eur. » Mme de Ycrnt-uil lança
on frère sur u~nri IV, à ln lèltd'une con piration. Ceu~ lwlle idée mena l1 paune garçon
à la Ila Lille. Il fut mè,ue condamné à mort,
pour la forme: personne Dl' Yo11lail sa tète:
et il ne relroU\a la Jil,erté que sou Louis Xlll.
In truil par l'expérience on ne li' reprit
jam~i à comploter· il s'abandonna entii&gt;rement à son génie pour l'e croquerie.
1

Il était de\'enu propriétaire à Pari , par
héritage, d'un magnifique bolet qui a appartenu plus tard aux Lamoignon et qui existe
encore. On entre dans la cou.r par une porle
cochi-re située rue PavéP. presque à l'anale
de la rue des Francs-Ilourgeois. Le. hà.tirnents d'habitation onl au fond de la cour.
L'ordonnance en est superbe; c'est une des
belles chose qu'il y ait à Pari . An temps
dont nous parloru:. l'hôtel donnait pnr derrière sur de granùsjardin et avait des sorties
. ur qualre rues. Il fanl se rappeler celle
di position des lieui; te maitre Ju logis en
tira grand parti .
Les gens de oo humeur onl à l'ordinaire
deu,': hut : ne pa pal cr l'argent qu'ils doivenl, el faire enlrl!r d.an · four poche l'argent
qu'on ne leur doit pa . Pour ce dernier
ohjet, la guerre étail d'une t'e source ~ûre el
facile. Le duc d',\ ngoulème fit plu ieur c.1mp1wne ou Louis XIII et 'y distingua. On
ne lui reprochait 1rue d'abuser du pilla"'e el
du vol. C'était trop, mèmr pour le monarque
qui avait écrit à l'un de . e. géuéraux, campé
ur le ol français :
- Tnchei de phaner la poule sans la faire
crier.
niehelieu se char ea dl! faire ùes ol,serrnùon au duc d'Angoulème. Un jour qu'il
venait de lui donner le comtt1andemeot d'un
corps d'armée, il ajouta, en imitant ave., sa
main 11 la palle de chapon rôti » : « )lonsicur, le roi entend que vou · ,·ou absteniez
de .... » Il n'acheva point : le duc avait compris el . ouriail en bau ~anl les épaule, :
rc Monsieur, réponJit-il, on r~•ra LouL c11 qu·on
pourr.i pour ronlenler Sa ,llajeslé ! »
L'âge venant, il fallut renoncer à la guerre.
t. d'.Angoolême songea à se créer une autre
ource de revenus. Il installa un atelier de
,,. 12 ""'

faus,e urnn11aîc Jans Fon 1:h.llcau de Groshois
aux emirons de Corl.ieil. Il y faLriquail de
îau ~es pièce d'or &lt;lonl il était si fier qu'il
en apportait au uri11teudant de ficwnce
pour les lui faire comparer aux bonne ·.
!.oui Ill lui demanda un jour en public
combien lui rapportail a fou .e monnaie.
La question ne l'embarra ·sa pa plus que la
recommanda1ion de l\i1·belîeu : ,1 Je ne ais,
ire, répondit-il paisiblement, ce que c'est
que loul cela. Mais je 1mm une chambre Il.
ferl.n, à Gros110is, dont il me donne quatre
mille écus pnr an. Je ne m'informe pas de
ce quïl fait. D
n riait, el l'on se pas. ail
ra111 louis
d'or de main en main. Fabriqués par le fils
Je Cbarle IX. il dc,·enaient des curio ités.
, a nai sanoo lui permellail, d'aulre pari,
d'utili. f'r l'henreu e situation Je son hôtel
au milieu d'un quar1ier populeux. pour en
foire une caYCrne de wlrur . Paris élail
alor le paradis de malandrins. Il n'y a11ait
presque pa de police. Le· quelr1ues « archer )l on « sergents » dont di posaient les
« orncier· du Cbàtelet &gt;l, chargé du maintien de l'ordre dans Pari el de la écuriLé
dt&gt; rnes, n'étaient pa de force l1 lulter
contre le nuées de «ens sans aveu qui dé,,ali. aicol le passant en plein midi. A plus
forte rai on élaient-ils impui sanl conlre
l'engeance redoutée des pages et de laquais,
gens de ac et de corde, qui lraiLaienl Pari
en paI conqui et lrom'llienl leur coup fait,
un asiln inviolable dans les demeures de
grand ; la police n'avait pas le droit d"y
pénétrer; c'était l'un des privilPrres de la
baute noblesse, et de cenx aux•1uels elles
lcnaicnl le plu .
Ce droit d'asile tran, formait Pari. en coupegorge. Il n'y ,1vail pas nne seule rue &lt;Jill füt
sùre la nnit. Aucune n"étail bien éclairée, et
la plupart ne l'étai ut pa du tm1t. n ancien
règ-lemelll oblio-eail Je: habitant' à placer la
nuit un seau d'eau à leur porte, en c.1s d'incendie, et à accrocher une lanterne allumée
à leur ÎtJuêtre. On n'avait jamais mi. le seau;
(!li ne l'aurait pas retrouvé. Quaul à la lanLt:rne, le bour!!'eois l'aUumail quelquefoi l1i
jours d'émeute; en temps onlinaire, il 'en
di ·pensaiL.
Les rues qui entour.iienl l'hùtel d'Angoulème ~e tromaient particulièremenl ohscnres,
étant étroites, nia i qu'on en a pu juger de
nos jours par ta rue Pavée. Il n'y avaiL pas
dan - tout Paris de quarlier plus propice aux
guet-3pen . G\· l sur quoi 1aula M. d'.\ogoulrme.

li a\'ail beaucoup de domestiques, c:ouform~menL aux u.ages du temps, el il désirait
qu'il ne lui en coùtàL rien. Il leur promit
monts et merv1 illt!S pour leur gages; aucune
maison, parmi le" plu "'J'and~s, ne payait
es gens sur ce pieJ-là. « Cornllieo donnezvous à Yos ecrélaires 'I l) demandait le dnc
d'Angoulème à M. de Chevreu e. Il Gent
écus. » 11 Ce n'e t guère; je donne deux
cent écus aux mien • Il esl vrai que je ne
les pa)'e pas. 11
Ilallendit en uite que es gt:.ns réclamassent

leurs gages, el leur tiol ce di 'cour~, qui
L'âge an\il w1du ''· d'Angonlêroe extruordonne une haute idée ùe la vie ari!ilOCraùquc dinairemcnl frîleu.x. Il arnit presque tout
d'alors : &lt;t C'e ·l à vous à \"(Ill. punr1·oi1·; l'été un grand fou Jan a cuan1llre et rnulniL
quatre rue abouti ·senl à l'hôtel d'Augou- toujours a\'oir a femme :mpr'-s de lui. Elle
lème; \'ous êtes en beau lieu ; profilei-cn si se souml'ltail, et se lai sail rôlir toute vive.
,ou voulez. » il profit0r1•nl Ju 1, beau lieu » Ses oreille· pdaicut : mai elle ne c plai"nail
el trouvèrent toujours les port · de l'hùLel pa . PeuL-ètre l'aimait-elle. JI n'1~tail pa · inouverte pour les rece,·oir, en ca de &lt;liffi- di!lërenl: il avait un tour &lt;l'e. prît original et
cult is avec le guet. Le ParL ien se conten- une m:u1i~re à lui, de plu. agréaLI , de
taient d'appeler leur m3Îlrc le n "ieu:x pé- dire les choses.
Il mourut en 1650, a trè, chréticnnemenl 1,,
cheur i1, et la police , e îai ·ail ·ourde cl
annonça la Ga;:,el/e, et 011 peul l'en croire.
aveugle : il füit Ir fil de Cllarle IX.
Le 11 ,'i,'u" p1~chcur » ·avail bien qu"1l ne rait
cf,&gt;
pa reçu au Paradi - ·ans pa -· •porl, el il
llans les premiers jour dll mois de fé- a,·ail élé préoccupé toute sa ,·ie du souci d'rlre
nier 16,H . une nom·elle iugulière fit le eo règle pour Le grand ,·oyage. Ses g ntour de Paris en quclqll~ heures. Le « vieux avaienl failli une foi le lais. er mourir san
pécheur » de la rue Pa,ée 'étnit marié, ou ·onf . iuo. JI se f.ï.cha tout rou•re cl envoya
pluliit remarié; il tllait ,•eur depui · long- eu ui\le cherch r le curé. Ce tl.tirnier parti ·1e
Lemp~ el avait un fils déjà l,3rLon; lui-même duc d'.\ngoulèmc s'assoupit, el le· méderins
ètnil ilgé de soixante-dix :in pa ~é tout déclarèrent quïl fallait le faire rire pour le
prè de oixanle el onze, el il était c1 tout rén:iller, qu'il n') arnil plu d'autre remMe.
courbé, dit Tallemanl, et tout lropié de Troi de ses ofticier , troi · homme gra\'es
goulle ». En cet étal, il a,ail épou.é par s'altublèrenl de déguisemenls grol sque et
amou.r une fille de ,·ingl et un an ·, Ir~ 1, ·Ile ,inrent uxécuter une parade devant le mouel de bonne n3Îs,:mce, mais an fortune el ra.nl. Il éclata. de rire el îut samé. C'est lui
éleYée aux champs. Elle se nommait Fran- qui l'af!lrroe.
En 1650, il fallnl plier bagaae pour de
çoi.e de argonnc cl ayail eu un frère page à
l,on. Le bonhomme oul.,lia, en partant, d'a l'hôlel d'.\ngoulème.
Tous les badaud · de Pari' - autant dire su.rer l'a,·enir de :i jeune femme, qui ne posLous le ParisiPn - étaienL curieux de voir sédait rien. Louis '\i\', ou ,\nue d'Jntrichc
la nouYelle mariée. Olivier d'Orme son se fit pour lui, 1·inl au secour de la belle-fille de
présenter le jeudi 2 l avril el nota ses im- Charles 1\.. On lui fit une pen ion de
pressions dans son Journal : « C'e ·t une 20,000 îrancs, ~n·ec laquelle elle vé ·ut rorl
per onne belle el de bonne gràce, qui paraît auani.lonnée dao· le· dépendance des Filles
avoir bon e prit et qui, pour avoir êt.é Lirée de 'ainte-Éli abeth, rue du Temple. L'égli e
dn ,ill;)ge el n·avoir jamais ,11 la cour, 'rn rlu couvent existe encore; elle e Lpresque en
face du marché du Temple.
Jémèle fort bien. ll
La duches e wnaiL à la cc,ur une ou deux
on épol1X a,•ail eu plu de chance qu'il ne
le méritait. Il était tombé sur la meilleure foi l'an et y élail reçue avec di. Linclion. Elle
[tJmme du monde, qui •apport.a t::s caprices passait le re te du temp dans une profonde
avec une patience admirable, avec de l'll~- relrailr du [und de laquelle elle as ista à
toute la c ·onde moitié du di"l-seplième iècle
roï me quand il le fallait.

1X - - ,

FîLS DE C1111~I."ES

cl au commencem •nt du dix-huitième : elle
,·é1•11t jusqu'à prè de cent ans. l&lt;:n lü02, elle

fut du diner

Ùl'

noce donné par le roi pour

111 mariage de Ille de Blois a,ec le duc d'Or-

léan., le futnr ré 11enl. Quelques emaine
plu - tard, on la relron\'e à la noce du doc du
llaine. En i li!l ï, elle C! t au mariage du duc
de Bourgogne el au a fe lin royal 1&gt; qui uiL
la cérémonie. 'aint-Simon la cannai .ail :
- « C'était, dit-il, um· grande femme parfai1emenl l,elle cl hien raite encore, quand je
l'ai nie, qui avait 11ue1&lt;1uc cbo. de dou. ,
mai de lllllje. luenx. Elle représentai! ta
di"nilé et la "erlu, qui fut chez elle . an
lacbe el sans ride en tout genre toute sa vie. JJ
c·e.sl par ...,aint- imon quP oou . avons la
tris Lli lin de l'Îl' de celle charmante fl'mme.
La guerre de la . nc&lt;·cs. ion d"E ,pagni: avait
mi la F'ranco ù denx doi 0 t de a perui. Le
p~:,- était ruiné, la mi ère effroyable, le
Tré or vide; on suspendit le 1i:iyemenl de
pen ion . 11 lime d'Angoulême eul !,eau rPprC-.senter qu"elle n'a,ail au mondi: de ub istance que la sienne, le roi ne rut point toucb l
de la lais er monrir de faim, dont ëlle erail
très réeih•ment morle sans une l'ieille demoiselle qui lui était attachée depuis longtemps,
el à elle, qni uail un petit bien à douze ou
quinze lieues de Paris. IWe l'y mena, no
pou\'aUL plus payer son cou1 onl ni sa nourriture, cl elle a "écu plusieurs années chez
celle demoi elle Il. ses dépens, cl } est morlc
sans que le roi, ni
bàlards, ni les ricbe
héritiers des deux d U&lt;'S d·,\ ugoulème aient
pu !"ignorer, et san. &lt;Ju'ils en aient eu la
moindre honle. )&gt;
Elle mou.rut en 1715. d mi ~re autant que
de vieilles e, a. urèrent les "en bien renseignés. n comprend maiutenanl comment il
put se faire que la marraine de Ilernardin de
'aiat-PiHrn racoulàl à ~on filleul de oiré1t,.,
pa sées à Versai lie rltez le roi Louis XI Vavœ
la belle-fille de Charles IX.
1

ARVÊOE

•

Tou le .oirs à ix Ltcure llesdame inLerrompaient la lecture que je leur fai~ais,
pour e rendre avec les prin.,es chez Loni XV:
celte 1isi1e • 'appelai! le débofler d,i roi. el
élnil accomp;1"née d"une orle d"étiquette.
Les prince. e:- pa saienl nn énorme panier,
qui soutenait une jupe chamarrée d'or 011 de
broderie: ellei; allachaient autour de lenr
taille une 1on°ue •1ueuc, el cachaient le né«ligé dn reste du leur habillemenl ptir un
grand mantelet de taffcta noir, qui les enwloppail ju que sou le menton. Le che,aliers
d'honneur, le dames, le page , les écuyer ,
le huissier , portant de gros llambe:n1x, les

accomparrnaicnl chez le roi. En un in l:inl
tout le palai ·, babilnufümenL solitaire, e
lrouYait en mouvement; le roi baisait cbaqne
prin .e au f ronl, el la ,&lt;i ile était i i:ourle,
que la lecture, interrompue par ceUc vi.ite,
r commençait souvent au hnul d'un quart
d'hcu.rc: Mc ·dame~ rentraient 1·het elll' , dénouaient l s cordons de leur jup et de leur
queue, reprenaient leur lapi erie, et o\oi
mon livre ....
Pendant !"été le roi ,·enait 1111cl11uefois chez
le prioce 'se avanL l'heure de on del;oltcr:
un jour il me Lroma seul dans fa calJincl de
Madame Victoire. et me demanda oit était
Goe/te; el coinme j"ouvrai· de grand · yeux,
il renouvela ·~ 1p1 Lion mais saos que je la
cowpri e davantar1e. Quand le roi fut ~orti
je tlemandui tt Madame de qui il avail vonlu
parler. Elle me dit que t'~lait d'elle, el m'expliqua d'un grand sang-froitl 11u 'élant la

BAR1KE.

plus gras ode ses fille , le roi lui a1 ail donné
le nom d'amitié lle Coche, qu'il appclail MadameAdélaîJeLoqae, adame ophie Graille,
MaJ;1rne L'luisc (;!tiffe. Le piquaol dt' contrastes puu\'ail ·eul lairn lrou,·cr au roi quelque gaieté dan l'emploi de ruols emblallles.
Le gens de 011 inlérieur avaient remarqué
11u'il f'n savait Wl grand nombre, et on peusait qu'il Ie1 apprenait aver e. ma11res:;e ;
1\!nl-èlre au ~i i.-"était-il amusé à Je- chercher
dans les di ·Lionnaire . ' i ce façon · de parler
tri,·i:ile trabi aient ain i IL· · hahilud.es et le
goûts du .roi, es rnanièrl!., ne . 'en rf sentaient nullcmenL; sa démarche était ai~ée et
noble; il portail sa tête avi:c he~ucoup d
dignité: son regard , ~ans èLre évère, étai L
impo :ml; il joignait à une auilude ,·raimen t
royale une grande poliles e, el . aluniL al'ec
grâce la moindre bour"coi e ljUC Ja &lt;'Uriosilé
al tirait sur on pa ' sage.
1

i\lP K.

�,

Cliché A Blo&lt;lr.

LE GÉNiR.\T. R.\OUI.T A F.RŒSCllWILUR. -

Tableau .l'È 11L11 Hoonc-k'I'!" ,

LA GUERRE FRANCO~ALLEMANDE

Premières batailles
Wissembourg et Frœschwiller

Le 2 aoù! 1870, l'armèe allemande, complètement moltili ée et prèle à entrer en c.impu"nc, ,e trou,ait ra~ ~mhlée autour de
r.oblentz, de layence el dt: Lnndnu, en troi ·
g-randt&gt; ma e dont la force totale e montait
à 460 000 comhatlaal . Plarées re pccli,·ement sou. le.~ ordres da ~énéral de "teinmetz
l1,... armée,, du prince Frédéric-Charte de
Pru .c. propre neveu du roi 1 11° armée) et de
l'héritit•r de la couronne de Hohenzollern,
prince royal Préd~ric-Guillaumc (lll• armée\,
les force allemande , où étaient venu ~e
londre les contingents badoi.. ba\·aroi et
wurtember eois, a"aienl reçu de leur générali ime la mi sion de faire face à l"oll'en' ÎV••
française, i ce.De-ci se prod11is.,it dè le début
comme on le croyait, ou Lien de menacer le
11:1.nc gauche de nos forci• en"agée dan la
\"allée du Ma.in. i l'offen ive Irançai~e tardait,
a.u contraire, À e produire, les AJlemands

dovaient atlaquer TI"oureuscmcnl la l'ronlière,
et décr·ire ,·l'r l'oue. L un !:!rand mou verne nt
concentrique, pour rt'jelcr le Françai dan
l'intérieur du Lerritoire, cl le acculer soit à
Paris, soil à la fronlièrr belge. sort â la plat'!'
de letz. soit mèmc à la mer, suivant les
éventualité .
C'est en cxécntion de cc pion que les troi·
armr allemande , groupées . avamment de
façon à .c prè1er un appui réciproque. enta.
mèrcnl, le 5 août, leur mouvement en avant.
el se préparèrent à aborder notre frontière où
ix corp d'armée français, à peine or anisés
el manquaul encore du ·Lrict rié&lt;:e·saire,
étaie.nt di :éminés dao un dé.ordre qui o'accu. ait que lrop ncllemcol l'irrésolution de
leurs chef-.
Le 4, la 11[• armée e mil en marche à la
poinlr du jour. Ses cinq corps d"armée, fort·
de "150000 bommt:S, oetupaienl un frout de
20 kilomètre à peine el une profondeur a
peu prè égale, tandis qnl' le lroi corp.
0

.,. l4 ,..

d'~rmée de Mac-~fohon (!••), du g6néral de·
Failly (5• \ el du général Félii Douny (7•),
auxqm•I était dévol11e la 1.'i.cb11 de défendre

l', IMce, se trouraicn( ép.irpillé de arregueminr à Belfort, nr uuc ctendue d'au moins
50 lieues. Bien plus, une divi ion du l"'corps,
celle du nénér:11 Abel l&gt;ouay. avait élé lais ·ée
en pointe dan. Wi embo□ r". tonte ·eule.
an. appui po.-iLle, pour calmer, d,t-oa, le
inrrtiéludt&gt;s de l Ïnl&lt;'ndance Cl prottiger uuc
manutention cl des maga ·in 1 : encore celle
malhcure11,1' division, épuisée par de noml1re11 délacbcmenls, était-elle réduite à
·HlO homme , 1 bouch~ à feu •!L 6 escadrons.
Lr i aoùl, la mali née était .ombre et pluvieu e. Cne buée chaude el épai e COU\Tàit
le sol d"un manteau gri àlre, qui cachait le
l'ourmill ment des mass s allemandes. Soit
inhabileté prôfes ionnelle, soit impo sibililé
t. Coluncl CAsoSOE, llis/Qir~ mi'/ifoil'e co11lc111p&lt;&gt;raini:. !lori., Chnr1&gt;e111irr, Il$ 2.

______________________________

L.;c

GUE](](E 'F](.ANCO-.A.UE.MANDB - - ~

dt• \'Oir, une reconnais ance française, (' él'U- li Îif'rQ'. Les èOrps en~aµé ét:1ie11l le re el ft,
1ér ver" le abord· de la Lauter, rcnlra à n .YI• 7wussi11n.~ t•t le JI• ba11arois. L"ennemi
7 heures s~n avoir rien décomert des mou- n est e11 tuile. 51)0 pri~1.11miers sau hies\'l'ID nts de l'ennemi, t:t endormit le général
" ,ures, un canon rnlrl' nos main . . Lt! géDoua1 &lt;lan une . écurilé lrompeu e.
" néral de dirision llouay Lué. De notre côté.
Cette f11ute, hélas!_ allail être payée bien (1 le rrénéral de Kir chhach légèrt•mentatteint.
cher!
cc Le rérrimenl dt) grenadier. Ju l'Oi et le 5 e
lluil heure ,enaienl à p ine de 'Onner à 1c IorLemcnt éprouvé~. 11
l'horloge de la ville, nos soldats, en hra. de
Certe. , rien ne res emhle moins aux 'clachemise, étaieul di ·séminé tout autour de tants bullelios d~ la Grande Armée. ni mèrue
leur camp, les un pour prépai·er Ir rcu de la :iux cris de triomphe pou. é · plus lard par
soupe, Il' autres pour oelloycr leur arme
les Allemand ras::1urés. que ce 1,ulletio hàtir,
ou laver leur linge à la Laut •r, quand tout à où . e trahit une. orle de ~urpri~e a\eC le parti
coup un vctit nua"'C de fumé· blanche creva pri d1· e Jél'cnJr~• J'uu enivrement trop
. ur les lianle11t;: d,• èbwcigrn, situ~e. à nn prompt. D.rn · la réalité, les ré nllal da comkilomètre au nord de la \'illc, une d,1tonation hul de Wi. sem bnurg- JtaienL biro plus imporretentit, uivie hicnlàt J"une seconde, puis tanl,s que ne le lai, ail cnlr&lt;'voir celle déd ·une troisième. et sur \\ i .embourg, révcillti pè&lt;:hc, où pour la seulc fois peut-être, de
comme par un cauchemar, ·".,battit une pluie toute la guerre, une victoire allemande était
de fer el de plomb. C"étaienl le ballcl'ie. du annoncé; ~ans 1rac.as ni exagération, diminuée
l[• corp· bavaroi qui, voianl lïn.ouciancc tle
même, pourrait---0n 1lire, par l'étal-major
no malhenreu· , troupe , avaient ouvert triomphant.
brus11uemcnl ur cll • 110 feu meurtrier.
La vérité e. l, comme le dit M..\lfr~tl DuCelte rni1 brnlale du cannn, éclatant tout à lJUf'L. 11uc 11 l'èlîcl de ccl écliec fnl immense
coup Ù;ins le ilruce, el portant la mort dan· ci i•n Europe. La France demeura consterner,
no réi;imenl stupéfaits, c"était, di\ I • début, n l'Europe rlonnée, l'Allcmagnl'l ra\'ic C'l
le procédé a11Pmari&lt;l dé,oilé d'un seul ("Olip. 1, effrayée loul à la fois .... Toul manqm1it
Hes ma. e. pui aole·. appuyée par une for- ci (aux Françai ) : le soldat , le approvimidaLle arlillerie, amené&lt;! savamment ur i, sionnements, le. munition~. et pa un
un point déterminé, surgis_anl à l'improriste 11 grand capitaine ne e levait pour suppléer
des hois et des couverts, et écrasant des (c à tout ce qui manquait' ».
adver~aircs qui ne savaient leur oppo cr que
, i les Allemand~ n'onl pas eu, dè le pN'leur courage, voilà, en etfel. tout le secret des mier moment. l'intuition de cette situation
victoires prus iennes. Telle débutait 1a guerre, lamentable. c·ci;t que, par une hraYOUre admiteUt~ malbeureu em nt elle de,·ait se continu r rable, no oldat leur avaient donné le change
et linir.
sur leur pelil nombre l'l .111· noire manquP
Cependant les bataillons du général l)ouay de cohésion. En cela, bicu que vaincus, ils ont
courent aux armes. Ialgrê le feu ininter- rendu à la patrie uu précieux service, parce
rompu de 913 bouches à feu. ils tienmnt bon qu'il· onL tué toute hardiesse chei !'envahi el se font hacher sur placr plutt}t que d'abau• se11r. Turubé L désarmés, il. urent encore
donner un cnrnLat si inégal. \Vis embo1Jrg rr'e L en imposer am: vainqueur ; leur tière al Li Lude
pris qu"aprè une lulle acharnée, et la bau- leR a a1wé d'nn anéanti~ emcnl complet!
Le lendemain du combat de WissemL011rrr.
leur du Gei~sLcr", dernier réduit de la défense, voit périr cc qui re le de cc"lle poirruée la IJ I• armée reprenait a marche ver· tra,de héroQ. llan c •Ile jomnée, de 8 heures à honr". Le maréchal de Mac-\lahon, r1ui venait
2 b ure., 7000 Françai ont lu llé dl' e. péré- d'ètre im•e li par J'cmper ur dn conunandPrnenl cool rc 70 000 hommPs, un coutre dix, menl upérieur de 1,., , ;1• et 7° corps, alla
et 1•cpe11danl, le soir, 1;,:iO ennemi. é-taicol ocruprr, a vcc le 1,., coq1s, la posi lion de
étendu~ ·ur une terre san.,Janle, que leur Frœ,i;b"illcr. derrièrr la rh·c dr11Île de fo
nomhr1i ~eul ,•enuit de coni1uérir !
Sanër. li e péraiL a\'oir le temp · d'llppeler à
,, Ll' pcrli!s épromile · par le fü•mand
lui le:; Ùellx autre rorps d'armée dont il
H l"~
~ arnient tellf.'menl étormés rt leur avaienl di. po nil, êtrl' a sez forl ain. i pour couvrir
" donné uue idée si exagérée de force qui les roule de Yo gc epteutrionalcs, d, eri
11 leur nrnient résisté, qnP ln relrailc de la me11açant rlirectemenl Ill l1:111c droit de la
• divi ion Ooua} put s'effectuer an êlre Il[• armée àllemande, l'empècbèr de continuer on mouvement vers la capitale d".\lsact·.
" inc1uiétée 1 • »
~ow; avion llJ.lllh~urPusf'ment perdu un Mall1eureuseme11I, par uile de r(.)lar&lt;ls el
gén :rai, modèle de bravoure el Ùr ,·aleur mi- d'ordres mal donué . celle concentration de·
litairc; 'es service lui eu cnl mérité de forecs rrnnçaises ne put ·'eüecluer as ez tôt:
tomber en pleine victoire, mai il ne pourniL une division du 7° corps 1:;:-é1\éral Con~eilmom·ir sur Ul\ champ de bataille plus glo- OuménilJ el une dil'isiun de cuirassier (n-érieux!
néral de Doun main) pun•nl cu le joindre le
Le soir. le prince royal adre:,;,ail ce télé- maréchal. En orle quo tclni-ci n'eul en tout
que 1-5 1)0 hommes au maximum à oppo er
gramme à on père, alor à Mayence :
« Drillanle, mais san,,.lante \'Ïdoire aUJOUr- aux 150 000 du prin&lt;·e royal.
(( d'hui, ~ou m~ ICUX. Prise d'a aut d
Celuj-ci arniL connu dès le i&gt; au soir la
« Wi emLourg el de la montagne de Gebs0

1. Colonel
p11,·0Ïlll!.

C4llOXOE,

llisloirc 111il,la1rc r01,te111-

2. A~FnEn llnoon, Frœscltwille1·, Cltô/01111, Sttl1111
Charpentier, •J88ll.

t

po~ition &lt;le l'armée frani,;ai. e. \'i111lanl a1r~i
l~oru:t•nlrl'r Loule, ses troupes, dont qur.lqu sunes élaieut enrore as cz éloi•rn&lt;it , nrnnt
d'attaquer le maréchal, il s'arrêta el décida
qnc la journ~e du 6 serait consarrée à des
mou~em1•nl' préparatoires. A se· yeu, donc,
comme à c •ux &lt;le ~fac-~Jahon, la lutte définiLÎ\'e. ne dtivait ètre engagée que le 7. Le
ha ard en décida autrement.
C'ét.ail dan· un raçis ant pa\'sage. raîraicl.Ji
par un roi seau tout bleu, où e refiélaienl
le o~erni et le· au]~. que le deux a,]versair" a1;1it&gt;nt élaùli leur, camp1•menL face à
face, et ~rhanrrenient aux ava11t-postes quelques coups de fusil rtiperculé ' par 1,·s collines
hoisées, comme pour préluder par ces e. carmuuchcs san, imporlam: • à la ~:ln"lante
tuerie du lendemain. ('tmlus dans de:; Yer0er:, &lt;le· houlilounièrc el des vigne , on
apercevait de. villagr pimpants, a,:croc-hê ·
aux coteau, ou bai nant dam; l'eau, de fermes coquell(&gt;~, des mo11lin frais et rianl .
Au œutre, le clocher de Wœrth, orné de
faïenœs verres, étinedail au olcil.
11 Le pay age est gai, plein de rraicheur
11 et d'hori1on. charmants ; ltJ fond dn ,·aJlon
« e.l coupé ùe prairies et de champs labour 1 ·; les collines Je l'e~L . ont garnies
&lt;1 de ,ignes en échelle· el de 1·ergers; les
11 ondulatiom qui s'élèvent en pente· douce
" YCr )forshronn el fr~rhwil Ier :onl
11 émaillées de champ. de ta Lac, d · houhlonu ni~rc , de champs de lin et, pri'&gt; de· CJm11 mell , de bo quel ùc Lois de hêtre el de
(1 ehène. A l'horizon, le
collines e uccè,c dent, dédiuanl graduellement dllllS un
(&lt; moelleux brouillard ; au delà, on rèYe les
&lt;&lt; Ilots bleus du Hbin, et c·" t Je
beau
,, Oeure, en effet, qui coule à quelque heu&lt;1 ri: , derrière le rideau my-tériem et me• nnçant qu'étale la tor 1L de 11:i ,,.ucrrnn :;. »
Celle rinute nature, ces rillages paisihles
allaient êtrt.J le théàlre d"une dt'· plu terriltle luttes qu'enre~ri.stre l"h1 ·toi.re; et de
toul cla il ne devait re~ter, Il• lendemain.
que des ruines fumantes et de· monrrau, de
cadanrs éh'ndn, sur le sol Mchiqul'lé par
le obus!
Le G nol'il, vers Il bcu1·e, Pt ùemie du
malin, un grnéral de brigade allemand,
croJanl mir rhez le. Français ÙCèn:cr un
mouvrmenl de rdraile, ouvrit le feu ·ur les
troupe · du général Haoult, plac.ées en face
du village de Wœrlb. Cdle,-ci tll ripo,tarit
anwnèrcnt l'c&gt;nlré · en li"nl' de la division de
Lartigue, placée à leur droite, et le combat
dc\'int Lou! à coup si \if que Il!, Ba,·arois,
conraincu · que ln lutte était cnrragéc par
orJre du prince royal, marchèrent à leur
lour contre Je géuéral Ducrol, qui occupai!
la gauche de la ligne française. L'étal-major
alh•man&lt;l, doul celle bat.aille prémalurée dérangeait les plan , fit de vains effurLs pour
l'arrêter, el jml1uc ver midi ~emhla n·avoir
d"aulrc préoccupation quP celle d'empècher
un eogag.. menl général.
0

:;. É~11.i;

,\ lphunse

Disi.us. De

Lt!Ul.t!l rc,

1871.

F,-,.e~,.hwille,· à ['m·is.

�LA

1t1ST0~1A-----------------------Quand, à c, moment, le priuce roy3I l'lll rrumdanl un• dh·i ion d11 ye corp ·. 1· µénéral atrilcl1e au oldnl qui l,1 tenait l'aigll' d'or l'i
rrconuu qut Ionie lenlalÎ\1l &lt;!Tl ce scos J - de Rô.t•. oomman1fant le XI• ,·orp , èl 15 r.o- .a cra1'ale I rirolnre, t:indis 1p1e ln hampe,
1•iendrait inutile dl.!sormai . il donna J'()rclre loat'I· lué ou blessé re.t:iienl snr le champ bri ée en mille pièces, jnncht' dt• Fe~ îrn"d'aua,1uer ,·igourtu emenl partout à la fois, de bataille. J),•u 1·orp pru..,sirn 11aien L mcnt - tlpar· le ol cn,an°la11té: p1m, il donne
le
pr :-que enfüremenl dé,orn-nnLb.. Quant lt l'ordre d"entrainer hor~ de la gran
el fil approcher e., ré' •nes. Il •u heure
aprè. toute la lil 0 armée pru '. ienne, forll' nous, par suile de l'clfroyable Mpeme cle quelques survivants de &lt;:e combat uprêmc,
de cinq corp. d'arm11e, se rnait sur les pr1~1•ctiles faile p:ir l'armée alll'mande, el à poor li' promen •r d1•\·ant le rangs ennemL.
1.a relation officielle pru ·-il'rmc accu ·e,
fümes rrançaÎSl'S, d,:rl'nduPS par cinq di, i- eau n de l'opiniiitrt!lé ù~ nolr' ré i tance,
parmi
le- lropb les COIIEJlli · à Frmsch" iller,
nou,,
D\ion
malheureu~ement
à
Pnre~i
Lrcr
:-ion , en orle que charane d~ ces ,füi-,ion.
avait ~ ct1rnha Urt! un rnq1~ d'a,·mé allemand. dl' pl'rlcs imntPn'~ : 7/iO uflkiers et mie aiyle. Voilb, dan toute sa vérité, J'hisl,1,flOO bomm1• dont (i,{10O prisonnier , a\'ec loire d cette Cl,oquète. U oous semble qu'tlle
En dépit dt: l'admîral,le ténacité de no
généraux, de lïndomptahle coura"'e de no. :} pièces de cauon, t mitrailleu es el les ajoute plu, li la "loire des vaim·us 'JU'à cl'lle
de vainqueur ..
îanlassin$, de l'héroique dél'Oucruent de nolre oonrnis.
Quant 11 la _oi1• du drap au 1·:icl1 1 dan la
cavalerm, l'i~sne ne pouvait ètre ôouteu. e :
gr:rnn-e
de .-rœ·dmillPr, le :ili' ne l'ami! pn,
lbU,000 homme qui allaqut•nt doivenl
perdue
ans retour. 'elle noblr relique rut
Le drapeau du 36•.
fatalcnu•nl rnür à boul dti .'f5,000 t1ui •e
relruu\·éc nprr. la •rnt&gt;rre par un prêtre IJIIÏ
déf'enù •nL, si "'ranùe que oiL b bravoure, si
.\u momcnr de l'11llaque de Frœ.cb il- portait la chorité dnns ce p:i)i. dérn.tés, el
forte• 1rue .oient I' posil ion dt"! d 1fenr,.. lilné • ou r11.gîment donL elle a tic taiL l'hé:l'ur:. IJehorùés 'UT leur. aile riar une nn~ • 1er, le 50• de füne. pincé au nord-e l du
vill:ln-e,
avail
e
satf
d'.,rrêter
les
H,1varoi
..
roi~uie. Celui-d lui rendit le honneur ud'a saillant qui emblaii&gt;nl orûr de lem•,
prêrue., et . nlua en défilaul devant Pile le
mitraill ~ p.,r une CormiJallfo artillerie donl ,\rcaulé par le • nomlir , m n:icé d'èlr
le nomLrc el la pui allce a1·aicnl eu trop compl~lcmenl CD\"elopp1.:, ce réaimenl, qui sann donl l'avaient teinte en mourant les
rapidement r. i on de la nôtre, :maqués d1.: pe rà il d:rn s rrfle jou n1ée 1\ ,"j ofllciers el rrhe · tombés pnur la pairie ....
Eh bien! cc. oldal" c1ui • ~ haUaienl i
front, do Oanc el pr sq111' par d •rrière, les 1)00 homme , duL eufin céder le terrain.
:irm · iné,.ales 11'é1aienl p. s
Conduit 113r le commandant Laman, . l!\11 cr,lnemeot
soldat· de \lar-\labon, r~pou ~-, après di
culeJD,enl de. brave : leur probité émit ~ la
heurts d'une Lulle acharné!!, de toutes leurs officirr sup~riP:u encore del.out, t·e qui m;po ilion , 'ë réîu iènrnl dan' Frœ ch" iller. lail baltil n retraile flèrcmenl. en~eig-ne hauleur de I ur couragt•, comme le prouve
leur r1•Juil .uprème, et :.· · dt!fendireol JU - déployée, cl se replia sur le villa"e, où les l' nrcdote . ui\'."ante, emprm1tée ù ~f. Dick de
nôtre. luttaienL encore en dés péré·. lJan
Loulay.
qu'à l'épni. ment complcL.
11 l)ao
Hcicbshoffen, où . e précipitent
tte marche exécutée .ou une pluie de fer,
&lt;C
'e;;l ici, a écrit un de narral ur de
le porte-drapeau, hlE'~--ii. lomue tout à coup. pt1le-mèle les c ·atlron allemand à la fin de
11 r.cllc lullc de rréant. , c'est i i r1u'il faudrait
Le 13arnroi se pr&amp;:ipilenl al"CC de hourras la l•ataille, le eraenL-major ,·aweme.,tre
11 la plnmC" de grand:; historien, pour raîré11é1iq11e pour lui enlever son précicu · Ja.w1gue e lrOUl'e ,rul, avec un homme ile
n conter d1gnemenl J';1 11ooie iganlc,qne de
trophée;
déjà, les quelques Lm"e~ 4.11i l'en- I' corle, à la garde ùcs bagage du ~ l • de
u r1lbriment tflli n fuient po.inL. Oui, parmi
lourenl onl uccomhé, cl le drapeau Ya èlrt! ligne. Ltaqué" par les bu. ards pru i ns,
tt œs di:OOml&gt;re fomanl,, derrière ce bai
« tk;;hirées, ce· mur. ébra.nl11 , dan celle pri , quand, à lenr upr~me appel, une poi- le deux hrave e défendent héroïquement.
« églLe crénelée, remplie tout à la foi. de gn 1e d'homme!&gt;, ayant à sa !Ne qualrc ou ,Ja,·ogue lue l'ufûcier comrnandanl el ne .
cinq offici~~ •. e je Ile ~n a~ant, haïonirnlle reud qu'aprè avoir rt·çu sur l:i. tête et k
a Lles~ês alfolt..:S et di• comball:rnls furieux~
rua.in douze coup de abre qui le reoYersent
ha. P, et d t,.age I' él ndnrd.
~ au rnilicn dr.! Frœschwiller emhra é, 'a 1ite
nn CQnnais~ance.
.\lors commenœ une héroït1ue ody sée.
« encore, uhlimedc d1se puir, uue phalange
cc La Yl.!ille, œYaleureu1 soldata,•ail tourl1é
Dan
la
1rra11de
rut!
de
frœscbwiller.
oi1
la
« qni m urt el ne e re11d pas. C'esl rue à
)lulhou
e, pour de. oldal du l'éciment, la
petite
troupe,
toujour·
tiraillant.
'e
l
eulin
u rue, moi. on p:ir mai on, p.it!d à pied, que
« les Françai dispul ni le Ltmain; el lor. ()Ile enl?t.l le, Mlwuchent en même lemp·, p11r omme de 144 fran · 1111'il rapporta de cap« le· Allem:wd onl achevé hmr rude Llc- l"autre ctiLl. des bataillons allemanJ , qui 1i,·ité, a ·anL plutdl préréré ernprunt.er l'arviennenL de · mpar 'r du 1ill •t• par le .. ud. g nl qui lni étail née , aire, que de loucbi-r
G so!!Ile, il· l-:neot ce qu'il en roùtlJ, combien
n il Faut atrilier de halaillon, pour coucher Les projectiles pleur11rll ~ur le roupe 1·aleu- an préciemd(;pôl qui lui aniL été confié. l'i
"est-il pa aùmirahle aus i, ce \"olontaire
11 lt jamai.s par terre }p.; sur,·Îl'anls de Ma- rc11 qui se serre autour de ~on drapeau.
du
:;• zuua,· • qui mourut à l'amllul.anctJ de
1
L'oflicier
11ui
porte
celui-ci
lomLe.
et
o.vcc
ti lakoff el de Ma&lt;Tenla !. .. 11
Wœrth
el nr lt·11uel on Lrou1a une ornme
lui
presque
10a
·
ses
compagnons
d'armes.
li
Enfin, à -i heures d.u soir, le dernier ,mage
ne re le liienLôt debout que deux ofticirrs, de 5,000 franc., t1uel11ue bijoux et 11n poresl au -pouvoir des Allemands et no troup
se rl·plient. ur Hcich h.olîeo. L'annemi el.Lénué deu-s sapeur. cl une dizaine de soldat. : 1.t:r •uille conl •naot le tl!Slament que Yoid :
veut entamer une pour uile. LI trame de- mai;; ces dél.iri · d'un ré«imcnl lJlli s"esl halin « ,ham de partir pour l'armée du Rhin l!L de
vant lui, délmuchanl du: Yo " , la dîvi ion nolilern nt pendant Ioule la journée ne vcu- m'cXpo-er aux chance de la ~erre, je coolie
GujOl de usparl, du corps dt! Failly' 11ui' Jeol pas laiss •r tomber enlrl' les main· de à ce:- li,,.o· l'expres iou d~ ma ùernière vopar sa fière allilude, l'arrête m•t el . au,e les l't•nncmi ce qu'ils po~ Ment de plu acré et lonté. Orphelin, n'ayrull que des parent Lrès
déhri · de cc qui fol l'armiie de füc-~lahon. de plus ch •r. Jls e jet ten L dan· une nr:mge éloign ·· que je ne counai • pa , je désire, en
ouv •1•lu el 'y l,arricadenl; puis, allumant un ca de morl, que l'argent et les bijoux LrOU\é ·
~ Le ~oir dt! ce jour fatal, le prince l'oyal
ur moi oient ,•eré:o. h. la cabse des ecours
n parcourait à chel";il le champ de carma e, la de fagot., ils e:.saienl de brùlrr le dra
aUl
blessés. »
peau.
lmpo
ilile
:
la
soie.
mouillêt?
de
sang,
a .alué par l ·s hourr:i au,a••r - de ce· Germains loul étonué,.; d' ,oir 111incu U' ,ol- n~ llambc pas. Que [air11'1 Le ·ou lieulcnaol
u dais légendaires, el tonl fiers de 'èlre l'ibeL, prenant une r 'solution désespér11e,
Les cuirassiers de Reichshoffen.
o mi· si coutre un pour meurr 11 bonne fin arrache c ' frange~ i;.1ngl:m1' · Je leur hampe
à
demi
brid.&lt;e
el
le~
caeh
ou~
un
la
de
« celle lorieu Il b1 ogne'. »
Celle dJnomirialiou, qui rapt)1!lle un méfoi Céll' victoirt', il l'aYaient chèrement boi • Cepcndnnl le. Bm·arois e ool rué à
achetée : IO,tH2 des leur , dont 4 !) ofli- l'a. aut dP la grangr; la porle wle en éclat·• morable faiL d'al'OlCS et un aclc de .ublime
ci' , jim ·baicnl le sol qu'il Ycnaienl de el ur no,, brave d1l armé el impuissants dë1·naemenl, ei.l aujourd'hui Ldlcmenl popuconi1uérir. 1,e général de Kirsrhbach, com- tnm.Le une horde sauva , gris 1c par l'acbar- laire qu'on erait mal "enu à es ayer dll la
nerueut d la lull , qui rrappe san quartier r,bangcr. On peut ,•pt•ndanl dire, san rien
1••l~nt;u D~Qutt-, l•/1'. cil.
lout œ qu'elle trOU\'e dei-aul elle. rn of(icier enltm?r à la gloir• légitime &lt;l11 cuira icr~.
'2. Ibid.
... 16 ...

CTIARGE DE CUfR.\SSIERS FR.

11 L -

liLATOlUA -

Fase

1~

GUE~l{E FR,.ANCO-AL1-1!.MAND"E - - ....

Ç.\l ~ A RElCH UOFFE:\.

�-

fflST0'/(1.JI

----------------------------------------~

qu'elle est ab olumenl erronée. Au surplu ,
elle a produit une confusion regret1able en
laissant dans l'ombre une de. deux charges
accomplies, dans la journée du 6 aoûl, p11r
les régiments appartenant à la di\·ision
Duhcsme d'une part, à la dh·ision de Bonnemain d'autre parl.
Voici l'liistoire vraie, dans sa simplicité
grandiose, qui suffit à forcer l'admiration el
le respect.
Il était t heure. Le Xia corp' pru sien,
dt.ijà de ce côté de la ._,auër, l:mçai.l ses masses
épaisses à l'a aut des po ilions de notre
droite, défendue par la di.,..i ion de Lartigue.
on commandant, le général de Bo e, venait
de tomber grièvement hle é : es bataillon
désunis, "es compagnies rompues, décimées
pnr un feu terrible, ne gagnaient du Lerrain
que grâce à leur nombre, qui permettait de
remplai:er ·ans ce e le · rangs entiers disparus. Cependant il venait de ~·emparer du
village de Morsbronn, que le défaul de monde
nous avait cmp~chés d'occuper îorlement, el
comme cc village, iLué au pied des penle où
s'étendait nolr • aile dioîte, était à peu près
abrité de no coups, l'ennemi en avait profilé
pour e ressaisir el e reformer un peu .
Toul à coup, le général de Lartiglle, qui
n'avait pas ce é pendant tout ce temp de
lutter contre l'attaque de front, s'aperçoit que
des troup oombren
orlent de Mor bronn
el vont le prendre en flanc, peut-ill re le
Lourner. Il fait prier le maréchal de lui envoyer des secom- . Mais celui-ci a engagé
jusqu'à son dernier homme. A.lor LarLÎgue
demande à se Lroupes un , uprême effort el
làche de raire tète au danger crôi anL qui le
menace mainlenanl de deux côtés à la foi .
a }fais no soldats étilienl épuLé ! :ans
&lt;1 artillerie pour les protéger, sans réserves
&lt;1 pour les secourir, ils commencent à perdre
&lt;1 courage.
&lt;I Le général de Lartigue dut s·a,·ouer que
&lt;1 In coh' ion de on corps était brisée et que
(c e troupes étaient hors d'étal de continuer
&lt;1 la lulte. Il ordonna. alor la retrnile et
&lt;1 demanda au général Dubesme (commandant
« la division de cavalerie du t•·r corps) de lt.1
11 couvrir en contenant l'ennemi.
cc .\ussit6t la brigade Michel, compo ée du
&lt;&lt; 8° wfras iers (colonel Gu~·ot de la Rochère)
&lt;1 et du 9• eu.iras iers (colonel Wnternau ),
« vint se former au sud d'EberhŒ..:h, face au
11 ud. Malgré un Lerl'aio de plus défavo« rallies, elle priL es dispo iûons pour
c1 charger. Chaque régimenl se forma en
&lt;I colonnes p r peloton, le • cuirassier eu
« première ligne, le 9• en deuxième ligne, le
« débordant àdroile; en dernier liell venaient
« deux e cadrons du Sc lanciers.
1. ,.. DE~RiCA~ .,1~, La Gurr1c 1mJ&lt;Jem1·.
2. La Guerre (ra11t·1raltem1111de, par !t gTa.ml é talmajor prus iea.
.
.
.
;;. Le colonel Billet, bl ess~ . ful fa it pr1so111ucr.
l\enlr é de captivité eL ayanl repri le co~mondemenl
de fü1\ r égiment , i.l fol 1Mw01e111 assa. 1né ,la m unn
· mcutr, ii. Li niogcs. en 181 l.
4. {;ur,•,·e (rnnco -allemailtle (Grand ~lat-major

u Le général Michel, en t~le de a. brigade, fut aussi héroïque qae cclle de la brigade llihaute, enlraioanl ses cuiras. ier , chel, nefot malheureu ement pa au. si ulile.
« s'élance ur Mor ·bronn au cri de: Vive la Lancé ur un terra.in encore plus défavorable
(&lt; France! C'est alors que
'accomplit, à que les cuira sicrs de Mor bronn, ce qualre
1e tra,·ers une grêle de balles et sous le fou
r~giments furent écra és par le feu de l'enC&lt; écrasant de
baucrics de Cun.tou, celle nemi avant de pouvoir le joindre, et leur
,c charge désarmai légendaire.
sacrifice inutile, si généreu emenl aecept~, ne
(1 Nos camlicr , tombant
ur l'infanterie servit qu'à montrer leur bra\'ourc indomp(! prussienne, qui c reformait en a\lanl de
Lable et leur stoïque mépris de Ln mort !
(' Morsbronn, furent reçus par un feu terC'est au moment où le maréchal de Macce rible. Passant à traver les intervalles, il
lahon, inébranlable devant le Ilot d'ennemis
1, pénétrèrent dans le \'illage, se jetèrent au
qui e ruail sur lui de toute pari, cherchait à
« milieu des mas es ennemie qui encom- maintenir encore le combat am: la poignée
" braient les rue , el vinrent s'cn1asser de- d'homme qui lu.i restait. neux ,·ilJages,
" vant les barricade qui en interdisaient Elsas bau en, menacé de tous côtés, et
Frœsch\\ iller, où luttait en déi;espérée la
!( l'accès. li forent alors fusillés à bout porv tant. La plupart furent tués, blessés ou dilision Uucrot a,·ec les débris de la division
« pri . Ceux qui paniorent ~ ·ortir de Ilaoult, demeuraient seuls entre nos main .
LI était 5 heure du oir.
te Mor bronn eurent encore un engagement
« Dans la ituaLion où e lrom·ait l'urméc
« avec de bu·sard prussien et a,•ec des
franç~e, dit le colonel Derrécagaix, conti1( troupes qu.'ils rencontrèrent dans la plaine.
« Mai tout e poir de ralliement fut perdu nuer la résislance devenait impossible; le
maréchal dut pen. er à la retraite el aui
« poureux.
« l,es perles causées à l'ennemi par celle moyens de la protéger. D
~la sée dan:; un pli d · terrain, pr~s Je
« charge étaient in ignHiantcs, mais l'héFrœschwiller, la division de Donnemain ( (cr,
11 roïque e[orl de la Lri"ade Michel n'avait
« pas été inuûle. li avait arrêté l'élan de 2•, :i•• et 1• cuiras Îl'r ) , dernière ré erve de
l'armée, attendait de· ordre , r1uand le maré(f l'adversaire cl permis de dégager le 71(i du
« ligne qui dtail eompromi . Enfin, la did- chal accourut vers elle :
- « Général, en avant! cria-L-i], le salut
« ion de Lartigue avait pu se retirer en
de l'armée l'exige! ~
a arrière 1 • ,,
Puis, montrant l'artillerie prussienne qui
Au. moment où le 9e cuiras~ier~ s'engouffrait dans la fotalè rue de \lonbronn. le s'avanr-ait au grand trot po11r prendre uue
colonel Waternau eut . on cheval Lué sous position plus rapprochée :
cc Arrèlez ces ba.ueries pendant \'Ïn~l
lui. Le mar-!chal des logis cbcî Man art lui
donna le ien-. Le colonel put alors réuair les minutes eulemcnl, ll ajoula-t-il d'un accent
débris de son régiment et tenter une autre où perçait l'an,,.oisse dont il était déchir1•.
Alor le quatre beaux règimcnt ·, dont le
orlie par l'autre extrémité du village. Celle
ortie échoua, el le colonel, démonté une armures étincellent au soleil, rompent en
seconde fois, re ta au pom,oir de l'ennemi c-0lonoe et s'élancent. Mais le le, cuira si ers,
ain i que le maréchal de logis chef qui 'était colonel Leîoresticr de Vei1dœu1·re, rencontre
si courageusement dévoué. D'ailleurs, de la dès le début un fossé qui coupe son élau.
brigade tichel, pas plu que du (iQ lancier , Le 4t, colonel Billet:., obligé de faire un
immense détour pour trouver uo terrain
il n'eûsla'il rien à l'hcuro présenle.
« La brirrade Michel pouvait èlre con i- favorable, « est également dispersé par le feu
dérée comme anéantie, ain i que le U• régi- d'un ad\'er.aire qu 1 il ae lui e l mêm' pas
pcrmi d'apercmoir n 1 . La 2• brigade essaJe
ment de lanciers : hierl peu de leurs cavalier
durent rejoindre l'armée sains et sau_î *. \)
d'être plu heurcu e. Cril,Jée de balle et
lais ce n'était pas là le seul sacrifice que d'obus, elle est démolie en uo clin d'œil.
les cuirassiers, dignes héritiers des héros C'c· t là spectacle inoubliable, qu'on voit le
d'Eckmühl, de la Mo kowa et de Mont-Saint- colonel Lafutsun de Lacarre, commacdant le
Jeao, dussent accomplir Jan cette journée ;;• 1·t1ira. ]ers, la tête emportée par un obu. ,
sanglante. ix régiments, sur dix. qui exis- re ter en selle . ur son cheval embaU~. &lt;&lt; Ce
taient alor de celle arme. étai'!nt destinés à fantôme, balancé par la mort, chargeait eu
voir dao · uue cule bat.aille leurs escadrons tête de" escadrons, le sabre en main "' ! •&gt;
jonché , et le lendemain, le maréchal de
Les Allemands on l été forcés de rendre
Mac-Mahon pouvait dire tristement en . on- hommage à la bravoure uperbe de no régiueant à ces noble victimes du dévouement mi- ment de cuirassier . Ils l'ont fait en des
"lilaire : ~ Les cuiras ier ', il n' 011 reste plus 1 » termes qui sont le plu beau Lilrc de gloire
La charge de la di vi ion Bonnemain si elle de snrvi1·ant &lt;le e~s char,,.es immortelles :
« Les cuira sier françai · se jetèrent ar
1russ,en). Lo com~ndnnl de :'iégroni prit, opr/i- la
1ile sure &lt;lu cotonrl llillel, le commandemrnl du ,i •. no troupe avec une au1·age impétuosité et
5011 chc1·al rut tue eLil nllait èlrc pri~ tlJr le 58e pru • un héroït1ue esprit de sacrifice~. 1&gt;
sil'11 , quand le tro,npellc lllldoux sclln, sous le t ,,,
Quelle gloire d'arracher ain.i à des ,·ainde -l'cua cmi à pein e éloiguè de 100 mèlres, un aulrc
cl111nl qui sau ça lo comm9:11dM\- .
queurs aus i implacables un cri d'admiration
5. Gi'néral .\'1uCRT 1 R!c1l8 m1l1ta1re11.
pareil!
(l. Grand êlal-major alleroanil.
1, • l'épée

0

LtECTEN.Az; T- COL ONEL

R OUSSET.

0

CORRESPONDANCES AMOUREUSES
~

Deux âmes de Jeu
Par Henry BO~DEAUX

~fmc d'Épiuay, amante de francueil et de
Grin1m, écrivit ûes lettres d'amour qui sont
spiri!uelle ; lime du Cbàlelet, liée aYec Vol1:tir?, ~~is av~c le marquis de Saiut-Lambert,
~n cc_rmt 'lllt 6'1Dl cnau)·cu e~ et .a vante·;
npbtc .\rnould, qui aima au jour le jour
a\'anl d'èlrc füéc par l'arcbitectc
Ilcllanger, en écrivit qw, ous une
verve lllldiablée, cachent uuc scn!im~ntali~é . a~ôalilc. Cependant
Je non d1ra1 rien, prclrrranl m'attarder à ces deux amoureuse .
sœu.rs en pas ion cl en douleur,
Aime de la Popclinièrc et 3Ille de
Lc5pinas c.
'Elles se r · erublen L en ceci
11u'elle connurent 1c véritable
amour, étant nr les confins de la
juunessc. n n'a'imc pas à trente
ans comme à vingt, el cfü a1·aicnt
plus. de lronlc an.-. Leur à••e
,., ~c
tralul par quelque chose de Lrisii,
~e meurtri dans leur iru1llorat1ons do: Lendresse, et aussi de réigné à la souffrance. Elles a.mil
la ,ie déji1; eUc sarcnt l'amour,
ou ce qui on tienL lieu pour la
plupart de~ homme,, et comment
le &lt;·c.em· se donne, et comment
il oublie. Elles sont autrement
dntoU\·ante dan leur dé.espoir
que cc jeune amantes ([Ui ont
encore de longue, années à ètre
belles el d • irée ·. an, confiance
dan l\mmir, elles n'ont même
plu la l'oroe de Ml-..mdre leur
honheur fragill'. l~llc
ouffriraicuL, ~emblc-t-il, d'èlre bcureucs, par crainte Je la fin: mai·
celte souffrance-là c·l la sc~le 1p1 î
leur oit épargnée.
Mme de La Popclinièrc a1ail
élé comédienne au 1'hé:\trc-l"rauçais : on l'y surnomm,tiL Jli111iDa11co111·1, à eau c de a parenté a1ec l':rnle~r drarualique. )1. de La Popt:'liuièrl', f,,rJ~Jer général, ricùc, laid cl ~piritueJ, la relira du Lhéâlri!, cil fil sa mail rcssc puis
l'tipousa. Par ln griicc de sou accueii clic
aYait fait dur~ ·tucux. , alon de Pa ·sylc rc:1dcz\"OUS~~ J.~ mc11I_eure ociêté du monde,qu:md
elle s ~pn_l de I bvmme le plus égoïste cl Je
plus sedw ·anl du temp~, le maréchal de Hic~elicu. Cette ~1albeureu e pas. ion la p:-friplla dans la rwue. Le marélhal a rail Joué an
hoLel vo~ui uu sien_: ils communiquaient au
IDO)cn dune chemmée dont l'àtrc pi1olait 1•
1. .1Jé1Mir1·~ clt! .U•• 1lï,pi11oy.

Le_ma1·îdécouYriLla.ru e •t rc111·01·a sa l'emmr,
qui mouruL d6lais~éc de lou .
Pour comprendre cc qu'elle endura il rauL
c?tlll!lÎlre on amant. .Aucune biogra;hic Ill'
s encoo:.i.ùre Je L,mt d' avc11ture·. Il brille à la
cour, dan. le amha ·.adc, el dan le· camp.~.

Son r(ile militair,:. d:u1 · cc tcmp do défaite.,
e l glorieux (Fonteno), l\aucou~, Lawfdd,
défewc de Gùac;;, rntrPprise de llinorcp1 c,
campa"llt' de llano,·rc), surlout li c,iLé de
oubise. Il Mpfoic d.1 11 · les intrigue de: cour
llDè lucidité Je vicu"( courti,rn. fli ciplc cl
umi de Yoltairc, il ·e pi1p1e &lt;le libérali me
d;rn les idét:s, C1·pcndant celle 1ie pubfüLm.!
paraît fadé llaprrs de sa "ic galanlc. IL commence d'aimer à c1ualoric ans ; 1111ualre-,ingt11uaLre il se remarie pour la trojsième foi:; el
trompe a femmr. cornmc le. précédente . Ce
précoce tbéruùin fi.nit en ,·ieux marcltenr.
Hirnl de Uou .luan, il preud ses maitn!--es

j_u~cprc sur le. marche_ du trdne, ut quelqu lor, rnr_s la fin. le rebut des pas auL rù·. l
pn .l': !l'n. !ln ne lui ré.istc pas : amour,
vamle 011 cramtc. Il dé honore .rs m1cie1111l'..~
cl ce dé-honneur même c t recherché.
'
1:expliration de t.1111 de .uccès c I dan · .a
volonté de rt•r Cl dan a .vcltt:rc. c de cœur. C'c t un lypc
ngrandi du viveur. Cel Jtommt•
froid, calc.ulateur, avare jusrruc
d:ms . c · généro iltl:-,, r&lt;'IPou jus11u~ dans ses &lt;l&amp;auclic· ·, 1oujour.
maitre de lui, sans imaginalion,
ans m,1me un tempérament imp~Lueu1, di lîngué ùans ses manièrf' , préci dans ses paroles, 11c
1·o)a?~ que le fai!, incapable de
souflr1r moralemmt ou rnrmc de
, ·ntir la sonlîrancc de - :1111r,. ,
raisa11l de ·c conqmllcs un ali1m•nt dB , on orgueil: c'est le Vnlmont de· LiiJi:&lt;un~ ,&amp;1119r·r1·1,~es,
mais un \'almont plu · actir et
p_lu cruel ·acore, flllÎ o'()ûl pa ·
a1111é la présidente de Touncl, qni
ne .e fût pas liué par S&lt;'S Ici Ir&lt;'~
à. 111 ~1arqui ·c de l!tirleuil, et qui
11 aurait rencontré aucune cala trophe durant sa longue carrière.
l!oand elle se mc'lc de produire
dt• iuon Ires, la vie le réussit
mieux que la lilléralure: elle n'a
pas à se préoccuper d • la rraisemblam:c.
Commcnlsédu.isail-il '!Cel amant
élé ran L cl ec prenait b cœur · par
quelques parofes saus Jlammcs.
On soup~·oune plu · de feu iuLéricar chc1. c&lt;'ti.x qui livrent peu
d'eux-même~; on altnclic une
grande importance 1.t leur moindrc mol &lt;le cnsibili Lé. La plupa rl des femmes aiment la do01i.aation. adoren L e ·oumellre
I1 quelque force. l'ais la , unité 'en mt~lni~. : 01_1 cédait au duc de llichelicu parœ
qu 11 était entendu que personne ne lui résistait. r.e qui e l moin e1plieahle c'c t la
fi11t:lilé que lui gardè1·ent certaincs'amanlc, .
Faul-il croire 1p1 'on s'allac:be encore plu par
la souffrance true par le bonheur'? li ne diJvaiL
d'.mrwr _aucune joie u·amour. Il uc 1ivaiL que
J M/:IUCJI. ... a cruauté e pfoisait aux larmes
q~'ella foi ail rlip:mdre; il pratiquait le sad,,-me d_e la_ doule~r . Conquérant pJr amoul'propre, 11 dnul"uattlcaom de sesmai'IJ•es·e.
cl les humiliait avanl de les abandonner.
Vrainwut il faut renoncer à admirer cet

�HlSTO'J?,1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _,.
homme à honne. forlunrs. ~ gluire c l Ïailc
d'infamies. On attache une cerlainc con ·idoralton /1 l'homme riui. a hraucoup Yéru :
ain~i celle c-.istenrc de l\ichelièu ·emlJie prcstigieu c par le nom br' de ics aventures. Mais
cc r1ui est le ccrel. de ,·ivrr. c'est de sentir
cl de pen-er, c'est de prolou"rr eu nousnièmes par l'im:1"ina1io11 et l'intcllig1•ncc lrs
s 11 atio11 que uou~ offre la ,ir, c·r I d'accentuer e11 nou · le caractère ù'Lnmanif~ dont
nos actes sonl rcwtu . On ne lil pas Lca11cou11
par cela eul qu'on ,,'~gite f'Xre·si1t•rnc1,f.
llichelicu n'arnil ni le d~ ir &lt;p1i c,allc 110.'
j1 ur . ni L'i111agi11alion 1p1i les t:for il, ui l,1
H:llslliiliti; 1p1i lès mulliplie par le érno1iu11 .
1l nè ~c Jép n ail point en ,·:iin . passion .
L:n ~oî1t dll dominer, une v,rnih'.· d' a1lun"• r sa
li ·te cl d'écra~er se rÎ',aux., tui h-nai,·nl lieu
de tempé.r:nnrnt. Tl n'eut (lue de pel;l • plaiir · s'il ne ,·,mnul que Je légers maut, ri il
Ju~ rt!chcrcl11!r la dLsipalion poa1· fuir ]\ n-

nnr.
E·sayc1, ùc Io comparer à Clialeauhri:ind.
-;ans doute cclui-ci fut cruel ùa1;s s&lt; u é0oï,rnr.
Mai· il pc11plaiL de soa"('S magnïir1uc.; le
cœurs où son amour habita il. li rcc:ulail I our
se~ :,mante. le limibs. J,i lajoir, .1,·anl ù'élcndrc au si pour clk~ le liorncs dti la douleur. La: réalilé ne conldllai.L po:uL on Ù~:ir
doul l'ardeur &lt;1Lait in1laic. \uc:unc ten JrcHc
hmnaine: 11e pouvait lC' rnml&gt;lcr, cl ..:baqu~
foi · il l! hàtait rnr • elle, com111c s'il ;ill.iit
enfin l'é~alcr ù ou rèrt•. t:c grand actif gardait loujour; présente il l't·~pril la pemée 1.h:
la. mort et Ùll l'inutilité ile !o 11. Ccll I ilmc
dcsr11du111l~l:l donn:iit lïllusir n tl"unc àrnc
ivre de la vie, dont la passion bri1lait autour
d'elle an j,1mai · la cou umcr dlc-rn,··n11•.
Non, Ghalcnuliriand, homme de &lt;lé~ir, ne c
peu L mellrc c11 pa rn llèlc a,·(' · 11ichdit·11,
homme d' j11lc.
C'c·l en de 1cllc:- mai11s que la [•:-.u1re
'1imi-Danco11rl élail towk~- :-Ït• · lcllres :,0111
Jos plaiutc:, im,~ionné•, uù celle cxp1·cs~iou

rnon •u:ur » revient a,cc io~i~tance. !&lt;,Ile veuse 11ui, selon le mot Jt! \larmonh-1, dé1ruit
ait 1111c rnn amant 11'e l p:ts capable de Lc;iu- ~li r ib'c maè11i11P. l.a di pense de toute e~plicoup J"a111our, CL lcndr JUl'lll l'ile lui d1I : cation dnn. rnn b~u~quc cliangemcn l Je l,•n&lt;t Aime-moi autant r1m• lu li· pourras .... u drc·sc:
il J'aime pour 1·h·rl', écrit-elle. - et
:-hakespca.rc a éc.ril dans le 8uir ,/ex llni, :
11 L'amour imploré r l dom,, l"amour 'lui jr. , i~ pour aimer. ,le ne sai pnr quelle fala_,,'ull'rc plu duo'\ encore. ~ Cel amour 11ui lilJ j'ai étJ usc.-plihlr, ll"uua aff, L'IÎou nou'offre, 1loulo11rcm:. cl lrÎSlt:\ an•c l'élan J'm1c 1·1·1le : en me cherd1a11l, Je ne aurais Lruuvcr
première 11as~ion cl l:1 rn1\l:111rolie J' 1111&lt;' Ùt r- 11i r1o.pl"tt11 r la caasc&gt;. n La fatalité, e'c• Lliien
cd,1 : il n'en faut 11b plu· pour justifü•r
11ièrt·, t' 1 tl'ut1\l 1,1111bc ilu:.i, cur ...
l'onl,li tl -~ morb.
~J. de 1:11ilwrlsc ch1rëcde ,t&gt;n;;cr le &lt;ll:funl.
\",,i1:i un jl'llllt' olïicit•r, lr~s IJicn ~c ,a
pc-rsonw·. ~piril1111, '11111 rn, du muuùc r•n 11 c'. l rit, cxréJ~ de ,•ètlc IP11drQss opiuiàlrc
Je fcmm i mûre. Il .ll plaint bienlr,t de •ou
1ml111l' 1,·111r~ 1p1'L11mnw de gutrr,·. JI ~·;1pp1•1lc 1~ cu1Hlc dl! 1:uilc1 t, iJ a ll'L'llh' an.: c~d\~ d'amour, cl 'upplir 1·omi,111emeul i,a
1ou1c, lè, fomruc 1101 les )C'lL\ Hir lui. 11 rn:1l1,rsse de ne pa l'aimer aulanL. lleu parle
11 s,111 ui,L·, cc ,irttoc r:i,•ori lie la forlu11e &lt;111e
~011µc priuripalt-inrnl à •1111 a,·&lt;'nir, prép11rP
t·d l'xsni yeuérnl ,!:· I ·c/i11m· qui ful estimé h•:,. l'cmmcs €c 1li p11lt•n1. ll ignore donc les
Ju gr:ind f1·t":déric. cl tf'lc IL· :ima1N11·s t.l':irl arJeut ~acrées 11ui dévore! l les cœurs, et
ruililairc nnsullrnt c,11rnrc ;111jourùl111;, 1 l l',rniour plu !ort ,1oe l:i.mort,puis11u'il ln [ail
&lt;'herche 11ucl 1uc mar:age t'i1ufol'l;1Llr 11j 1h: :, 011hlier'! C'e t tl11 grand amour doulouretn,
s:a canièrc. r: •si un ambilll'UJ. )Ill~ .lu'ic de i,re n.1~me de sa doulrur, q11e lm)lenL 1 •s
1.c~p:nl 'Se le rrncrnlr,·. C'c,t u11c f, w111c de lettres de Julie llL• Les pin a~ r . .\ l'heure même
uù ,on omant l'.,hando11oe cl fait uu mariage
hl'aoroup 11'cspri1 11ui n':,mte que Ir thosc
du c1.1•ur. \mie pui~ ril"alc ,1, llm •Ju llt•n:,111, ut"l tairn, die n'a qu-;: de tlt1u1·es plaioles pour
1•Ue n roimu dans I•: salon li..: n lll.'-t:Î cl , h,•1, l'l' l,m:rrc1u. Suu :imc rnrep~it &lt;le son chagrin.
cttc 1 ' homme lts plus intclligc·n • dl.' cdh: Elle aime, p,1rce qu'il lui fuul aimer. Elle
,;po•1ur. cl kur a ~ouflli• dan l.1 &lt;·umcrs:11io11 ni1nrr:iiL malgré on mépris. malgré :-:a haiuc.
un pl'u Je ·on ùmt! arJ, •nll', 1:11:rise Je s ·i,•m·,, Elle ;1illl•~ san ces c: comme i die co1111nt•nt;.1it J' aimt:r. Ell1• aim' « par delà le~ l'orl'C5
d Je vcrité. liai, r'e.sl l' 1 111è:11c lA tlljJS \Ill
thl HHI .ime et de on rorps ». Elle bénil
rau\TCl'll'llf toujour · cull.11111111:. _\-t-clll' aimé
J".\lc1ul.Jl'rl qui l'aJoraÎI ·1 011 11,• $ail, rnai · tin l'amour q11i foil H'lllir la vie, 1•1 lor crue Il
tout ca,; l. dt• .\lora. ,jeune E-&lt;p,1g-1111l de m11- 111orl l'i, 11l la prendre, peu de tcmp" après le
m~rfo~e ùc li. de Guibert, de sa. maiu &lt;léfailrilc, cl '1. JC' GuiL,·rt.
Elle s'i:prc11d de )1. J1· CuiliC'rt l' ll I ï1--I-. 1111l è 1p1i n'a plus la foroo de L, 11ir uac p!um1•,
1-:llc a ljllill'.111le cl nn an~, l'i 11·o1 jamai, été 1:'lc Ir c • ..:e· mol : &lt;1 Adieu, mou ami. Si
belle. Ct!pt nJ;u:L M. J · llor:i, ,ou andc11 j:1m:,i, j-: r~,·caai ' à h1 \Îe, j'aimerais encore
i1 l\·111p'oyer à ,·ous aimer .... 1&gt;
tilnJ!l1, n·1 icnl Jï~~paµnc pnnr r,1pou cr. el
U 1l1liu11 · l.1 lieaull; el la j •un •~~e •1ui u11inlomh.rninladc li llurdcaux. IJh· l,ri1lc d'~mour
11'1ai"1ll à ceu~ ,, rnonrcusc. Onl.tlions ltJ loo
et finit par t:nll.in1mcr &lt;•Il t·n,iJ partrn:iirc.
M. de,li1ra •',l mo11·,1'1I. M. &lt;l~ illora mr•url. :,eignanl cL pleurard ,fa 11u1•l 1uc ·-une· de se~
ll'l r~•. l'()llr 111• onus ·ut11·r11ir ,pic Je ·a
fln la c'roil m ,Jade Je Œ•Lle p,1·lc rl'U~llc, d
~·c~t d'inquiéludc i:.ur li. de (; IÎh('l'l ali~cul 1n, îo:1 cl de :,a. Juul,.mr. culnntée- rune par
qn'clfo r~l lonrmcntéc. L:i ~cni."Lililé ner- l'a11tre, el égale · l.'11 puis a11cc émotil·c.
(1

HENRY

Beautés d'antan
,l'ai YU madame la duchesse dll Yalenlinoi
[Diane de Poilier ] , à l'àgo de soixante-dix
an •. au si hcllc de focC', aassi fraiche et au si
aimable comme en l'àgc de trcnle an~ .... Je
vi cello dame, ix moi - avant qu'elle rnourùl,
si belle encore, lJUC je ne i,;arhe cœur de
rucher 11ui nn s'en fùL ému, encore qu':mpal'arnnt clic ••~Lait rompu une ja.ml)() sur 11:
pavé ù" rléans, allant cl .o Lemml à d1c,al
aussi dcxlremcot comme ~lie avail jamai
la.il; mais le cbernl lombà elgli a sous die :
et, pour Lcllc ruptur~ cl maux cl douleurs

11u'lllle endura, il eùl sembl~ riue sa licllc face
, 'en f11t changée ; mais rien moins l1ue ccl:1,
car o beauté, . a gràcc. sa majl:'.sté, sa belle
apparence étaient toujours pareilles f[u't.tllc
a,•ail lonjo11rs en. Et surtout elltl a"~it une
h'è grande l.,lancheur, et sans c farder aucaoemenl; mai - on dit bien que tou l s malin
efü u ail de quelques l.io1Jillons composés d'or
potable cl autre drogues, q_ uc je ne ais pa
comme lt! lion$ médrcim et les sublil-s apothicaires . .le rroi 11ue celle dame eùl cnrorc
récit cent ans, rpùlle n'eût jamui ,·illilli, îùt
du 1i age, lanL il étail liiN1 oompu'é, rùt du
coq&gt;~, caclié el ('Ouverl, tJlll il élaiL de Lonne
trempe el belle hal,iludc. G'eH dummagr que
1a icri-e courre ces Lca.ta i:orps!
.l'ai vu madame de , lareuil, eu l'àge cfo
t:enl an, nu,J11el elle mournt, au ·si d roi le,

DORDEAU'\

;mssi l'raichc, aussi di poslt•, sarne cl Lelle
c1u'c11 l'ùgc Je cinqu:mlu an,: ç'avail élé une
Lrè!- bellt! fera me en sa jeune ~aison. a fl lie,
tmdamc fa mar11uise de Mézières, ,ll'.iil élé
tdl1•, cl mo:irul ainsi, mai · non si iig~e de
,ingl ans, el l:i taille lui rap 1i ·a un peu.
Etle éLail lanto do madame de Oourdrillr,
remmc à mon frère aiocl, qui lui porlail pareille ,t?rln; car. encore q1ùlle ti1L pas~é
cinquanlc-troi • an el ai.Leu t[l1ator1.c cnfonl~,
on dirait c.Jmrne c:eux ,1ui la ,oienl sont de
mcill ur jurremcnl 11ue moi cl l'assurcnl, rrue
ces •1ualre fille, 1p1' elle a aupri-s ù"dlc ~o
monlrml ses :;œur~ : ain i voil•on s011rcnl
plu,i,•urs îruils d'hi~·er, et de la dérnièrc
sai-on, se para11rron11er ù ccu~ d"êll', el ~c
garder, et ~lrt• au; i lieaux et sa,·oureus,
,·1iirù plus.

Doc,.1:ettr CABANÈS

+

une mode nait d'une infirmite
Lc8 esprit· uprrficiels 0111 ,·itc fait ùc lcllrc· patente : ain:i naquit h• « jusl11urailler ce qu'il.- nomnwnl, dans leur dédain rorps à brevrl. ))
ou leur paresse de penser, 11:. « capricè u tlc
la mode.
~
.n· ne cherchent aucun aulrc pr,ltc'.\lc :iu~
Les e1 1ine111e11l..;. poliLic1nc on autres, onl
Ùc\·doppemcn! $UCCcs ir de celle forme cJ., &lt;'Il lc-ur r1tpcrc11s ion surl'é,·nlution tic la mode.
l'activiLé lmmainc, que la faulai~ic de ccu;
En mémoire du t:omb::i.t naval .oulf'Jlll
1111 celles rpû la r,: i · cnl.
,·irloril·ll$1'11lrnl p:ir la frt!;pte fr:i~&lt;::iisr, la
Il a cepcn&lt;lan I plu~ic11r~ a111.r1•s rai. un~ 1, flrlle-/'011/t•, con1r1• J' 1dt/rnilr en I ii8 nn
1•p' tra11, l"ort11alions.
inn,nl:1 une coilli1rr J,, ci1•1·011;1tloce, 01{ h·.
Et J'ubord. la rnotl1• csl liée aux cir,·c,n,·- rhe1c11x rrprb,cnlnirnt les l'agnes ('n courlancr.i 1•lintatùiq11es : la g:irdc-rolic des
ron,; s~r k ~ommrl clc ln tPlc 1:lail p~rthcl
ltonuue~ du Kord doit ~rn. il,Jcmcnl dillërrr
1111. 11~\ïrC, Ion Ir. \'l'ilt• drploiél', , :t\'CC ~un
ild cell~ des ?1éridio11aux. Sou· J,._ cieu\ plu. nll1r:11I de ru:\ts, de ,·ergots. ÙL· l'anon .. d
ou u10J11~ clemcnl • on ne portera p:i Il' m~me jn.. 1111'à J'équip:igc. Ir f1:mmt&gt; qni tn élai,•nl
Httemenl que dan li:.~ ~ll'pJlC'S t•ml1rum 1ts. alfu_LléC's ne poU\'aÎl'nl circ1il1·r que clan- d,·
L'in/lue11t·e t/11 peuple 1·011quém11I ur le t·hm e~ san plafond. Commr l1•s arfüks
peuple con,p1is apparait jn 1110 dan. le cos- chargé- &lt;l'c,frutcr ces chefs-d'œuvrc n'&amp;1ic11t
llnnl'. Le manteau. b lu11iqur. cl la cul ,Ile 1us toujours Ùi pônîhle·, la ,·ittimc Hail ·ouont fornu'• le coslumL• du r:auloi. et dn Jlrc- rnnl cond~m11éc a 1·~trr plu!':itiui·s !'maine
toa, ilprè rJUc lrur pays cul :,,: conqui, p11r 11udquefo1s, sans 11u'on pùt 11 lui ouHir la
les fiomain .
lèle 11, comrue on disait :ilors.
Le costume de l'ancien Romain cl celui de
On d~viuc 11uel élait on npplice! ...
la r.aulc romanisée i-e relro11rent, combiné ,
En 17.,!), 1'1'. prit nouvem1 pénètre partout;
dans le vèlcmenl dù moderne biglJlandcr.
nne :iffcctation de simplicitll gagne de proche
Quelles •1ue soi1•nL le l':triation du roslume dans la forme ou d:tns Ja dLposition de.
couleur , pendant plusieurs siècJes, elle . c
rapporlcnt loulr ~ nn lyp,~ primitif: le manle:iu ou la tunique; rt' somrnir 61 idcnt de J;r
conquête romaine.
En dép il tic la diflicnlté cl de la lcntcu r
de· communic.1tions, il .'e,l prodnil, bien
?1·anl n~lrc époque:: d'échanges rapides, des
1mporlahons de peuplP ù peuple. La mode a
louJours truuvr le moyen de pa. ser le Jt:L1•01ts, malgr6 fa barrière &lt;le· édit· ~ompluaire ,111 'un lui a parfoi.~ opposée.
Le co. turne français du L&lt;'mps des V:iloi
fut adopté par l'Anglt.&gt;lcrre, où il esl ruslé &lt;'Il
Yogue d~•JllJÎS l'a\"ènemenl de 11.enri \'Ill, jusque fort avant .om; le règne d'Eli·al,clb.
A la cour c1lën1inœ de Henri lll, on - 't•ngoua pour li•s mode.~ italicnnrs duc. aux lldJici~.
Lf' · clforls de Rirbeliru faillirent • e briser
devanl cc lloL d'1mpnrlalion étran"ère. Le
grand c.irdinal u·eut pa trop de L~ule son
(lklu! (l;ruudon.
autorité, pour nrrèler h• dt·!J)rdcmcnl d'un
LA • V!UISE •
luxe 11u ïl jug~ait excessif.
Duranl la minorilJ de Louis XIV, MazJrin, ( /'1w/r,1 il ,/'f:.,,u.1,\ SPrnnu. t;ir 1111 peint,, fo,o,rnu,
à l,1 1,,lcr/e .f,:$ n.r,11&lt;-,•i, /•'INet1c,•.)
comme son prédéccs cur, tenta d'endiguer le
courant .•\fois, dcl'cnu roi. l'illèl'C ouLlia hicn
1·i_te les leçon du maitre. Lr monart1ue avai 1 C'li proche, s'l'le nnt du l•n pruplc jusq11'au:x
lia le de montrer 41 u'11 tenai1 l'll main le rênes rn~rd1es du lrône.
de 1~ modt:!, comme cc•llcs dn pom·oir. Il s'in~arie-.\ntoinellc jou.c /1 la liergèr •, peugérna mèm~ù du1111rr le dl'.~iu d'un coslumP J;1nl qn'édosrnt les mode. r~'"olutiunnnires.
c_ulii·~rumut_ inédit. dont il accorda le pri1iC'r~L l'épo11uc de Ja coilfurr ii /11 Titus. rles
!,•gc a cerl:11n mcmhrc de la no!Jles~~- par lin11cles d'oreille. au Tius-Élat cl li h, Con-

d&lt;!s lionnels il la Clw1•/atle Cm•rlr,y.
L1&gt;s .llen1eilleuscs rl les focroynbl&lt;'.~ se
rapprorhenl davanlagc encore de l'étal dr
nahtre, idéal d11 ré~ime d\•,.alilé cl dr frnl~rniL1~. cl urtoul de grande Îiherlé.
l.1:: Î1'mmcs pnrai ·sent dans _l.1 rnc prrs1p11'
clans h, ro~lumc de leur mèrr l-:\'C.
Comme l'a dil un homu1e d',•spril, ln 111l•1·':••illeuse du [lirccloirr e prom1\nc :m,;,Cht1mpsEly,1:cs, v$.lne loul au plu. d'un chaj11•a11 cl
ù'11nc cci111urc.
Une jeune d:im~ h:iliitnn~ la ,il!,• 1•crirn.it
:ilors à une dt• se.., ami&lt;·: de pro,·ince : " l.1•5
ro11c· sont lcllr,, q11'il fa.ut ,:1re rri'·s /1 la
mod1• pour 11c pas 1·s LrouH'r indé,·t&gt;nlt'~. ,
, i I • co,p1c1t '~ ·,•n ré.jouis~:iii-nl . I&lt;•s
hy!!iénisle' protestaient.
1:hrniènc cl la 1uodc. a-t-on dil. ont étr.
d!! toul lemp:,:, il,•· ~œurs 11111wmi,;; '. Il serait
pcul-èlrc (XCi,!S ir de ro 1•r celle \·érilé en
axi11111r.
La moJ •, ccr~i;, a. élé som·1•111 mrurlrièr,'
rl 1,· médecins ont en quelque rai ·on
• 'dcrrr conlrc ses écarts, qnand la. sa11lé ùc
n·u\ &lt;loal ils :i,·aiL•nt la ga1·d1? s',n lronmiL
c111npromiH~.
Il fo11l Li1m comcnir, &lt;l'ailleurs, tj11'ils 0111
k, plus sou1Œl pr,kh~ Jan li: &lt;l ;sert cl 11uc
lPurs ag-rs n,wli,srmrnls n'ont cmpùché L•n
aucune fo ·on ln mode de. &lt;i uudilés µa~~es ,,
de coulinucr à fa.ire des \iclime .
[coulcz h•s paternelles c1 harlatinns &lt;l'un
hrmc pratieicu. à 1111i on :13e cl . :i ituation
duno:iitnl le droit de dicter dt' 11:irci!s a1·i::-.
,talgré kur n.iï,· • emphase, es objurgations
1100. Louchent par !1•u1· acrcnl de .incfrité.
// Par lfUl'l fatul prr,tigc, s ,{cric le nr llc~l·S~aru., lis fcmmei:, ce!Jc.~ urtoul 11ui pn:tcndcul :i uu Pwpire égal ur l\rn cl l'au!rr.
sexe, onl-l·llt•s con!-J)Îré, awc l'ai wosplièr1•, l:i
ruinl' ùc h!ur appas ~t la perte dù l1•11r sanlé,
,,n foulanL anx pieùs loll.l(~ h• lo:~ de la prudrn c, eu LramnL les imprc: . iofü du froid,
en affeclant une force que leur or"'aui ·a1io11
. ne coœporlffil pas;
1)
el 1eur c'd ucal.Jon
en un
mot, en bannissant de Jcur loilclle presque
tou les ·êtements dont la raison auraiL dû
les cou..-rir !...
,, .\insi, presque nues, c&gt;.po.6és au "ré de
YenL, -portée sur des chars décot11·er1s, elles
se rend •n I dans de ,as tes j.arains où elles rcslrnl, ju ·qu'à ce que les Lén1'brcs Ill· dérobent
aux rl' 0ard ·, 'I J' là i-;c ra semhlcnl &lt;lans dé:-.
..1Uc · de spectacle, dans de appariements où
l'air es! surcharo-é d'évaporation de miassli(11tio11,

ù;:

1. E11 m,•n l~nl. qu~ mus lrailion If sujel )llu.
1•nn(1•lèlemcnl, anJ11\11ons deu"\ rHrrence,, que nous
ullh,tiron• 11ln lm . Clmmtqrre mh!ira/c IS!l8
l'· lil2. cl 1902. I' 7"1.
'
'

�111S TO'J{TJI

______________________________.

me , dont le dan"er n'c l plu un problème
pour per onne, oi1 elle~ éprou\'enl une chalrur
de plu de viogL degr' au-des, u d celle de
l'air qu'elles YienoenL de quiller; oi1 le ' unes
e livrent à de danses d'o.utanl plu 1·irns et
pla répétée · que le froid les ·ahildan. lerepo .
« Au milieu de cc désordre , ln nuit ~•avance; il fout regagner a demeure ... le froid
p'.us vir en ce moment cri pc b urface du
corps dont les pore· ont ouvert ; il -erre la
poitrine L trouLlc ain i deux Fonction bien
importantes. la circulation et la re piration.
u Quelle~ précaution: la prudence a-t-elle
foil 1m•n1lreL. ln .irnple voile de mo11~seline c~t jeté ur hi- ép:tules el ramené sur kt
poilrinè .... &gt;l
Le I)r De~es arlz écrirait ce l1"ne!' n
l'an \ 1; quatre an· plu tard, un autre médecin I dres ait un véritable marLJroln"e de fa
roquelleric.
Ici, c· ·t lime de Too.illc. u morte à dixm•uf ans, en orlant d'un bal, après quinze
jours de couches, lai .ant 110 jeune é1ioux
incon olaLle 1 et une illu Lre famille aHs rejclon; là, c'e'l nne 'Ille de la Ch ... , mourant
nu moment oi1 un nœud cbcl' el acr~ allait
l'uuit· à un amant adoré. ,1 Dan le mèmc
ll'mp , ~Ule de ,Juigné, :hré de dix-huit au ,

CU&lt;ht Gt raudon.

LJ:'.

VERTC'GA m:.-.

l'fJrlrail j r :it ARfE·,\~N t D'.\t'T~l~ IJE -

(Tat,/uu Je
\' euzQrEz, a11 l'r:do .U .lf,1.trf.f,J

l ~Ille Chaptal, ;"tgée de seize, sont enlevées à
Ja tcndr!'sse de parents éplorés .
1. f.'..lmi ,leJ&lt; fe111me~, pur P.-J.-ll. D•c
U11s1~. p. 59 rl suiv.
\!. Qui ne ~e so11vic11t des I ers fo pocte :
Elle nimnit lJ·op 1,. l.1111. c·e. l ce qui l'a Luèc'I

,m-

. . . . . . . . . .. . . .

Elle Clil morLc a ,1ui1uci ans. 1, ·llo, hl'Ut'cu,c, adorée,
\Jorle :1.11 ,orlir ,1'un hol 1J 11i nom mit tou, f'n J,•uil.
(Les Orie11taln.
:ï. /,r1 lïe 1m le1111,s ri,•.&lt; lilwe• Pd:dw11rs par
,\nlnn1 llt;11AY ('l• êrli1io11,, t. Il, 11· '.!18-2111.
~- 1fi•t. clu Co$lm»e ,,,. Fro11ce, par Qr 11:nE11.n.

Plu loin, la prince e ru' e Tufaikin,
âgée de dix-sept :rns, rnemt 1t :tinL-Péter bourg, de l'épidémie de modes françai e ,
et pour :.woir offert e jeunes charme- à l'inclémence de la aison, ou le co~tumc qui
dépeuplera Pari · de jeune femme', si la
rél11• ion et l'exemple ne les corrigent pa,. 11
Celle épitaphe, inscrite -ur une tombe dan·
le cimetière des (!ualrc- eclion , rue de Vau,..irard, à la barrière de SèYr s. e t plus é1011ue1Jll' 1p1c tout cc que nou. pourrion
ajouter :
1 ~ nivôse an XI. 4i h•nre, da malin,
2L décl'mbrt• 1 11'1.
Louise LB Fen\ Hl•:
1oée de '.!:'.i an·,
lïcli111e rie /11 mode me11rlrifrei.

A,•anl les médecins, les sermonnair"s arnicnl
ton nt! en ,·ain contre les co lu me · plus ou
mo1n découverli, 'Ource de tant du maladie
1nortell . 1c i ,·ous allez à la foire de Lyon,
darne le prédicateur Menol, YOU, y Ll'um·crez
dl'- flamandt., de Lomhards, de Allemand·,
de ,\nll'lai , d~ Yénitieos, de- füpagnol , etc.
lt! quel rnu, reconnaitr z 11. l'iwtanl 1L leur·
babil .
1 Il n'en era pa. ain i de, Françai qui
changent tonjour- leur façon ùe ~e l'ètir : nt:jourd'hui i1; portent iles 1êlcmcnt long
demain des courts; ils é1a1enL ample$, le,voici étroib; l'hal,iL couvrait le con, il le dt!comrc à pr · enl. Étonnez-vous i dans celte
année on voit courir tant de ~alarrhe .... »
[11 autre orateur au ,Terbe véhément, Guil1:rnme Pépin, parlant du co tume de rem me~,
11 ilonL la variété e·t i !!ramie. dit-il, qu'ellcemlilcnt en a,·oir pour ho.quo jour de l'année 11, allribut• éèalemenl les catarrhes au
bru ·11u • cbangŒwnl des mode., r1uïl rend
re ·ponsable de Lien d'autre incomm?dilé ·.
&lt;1 Voyez ct•s manches de femme qw ·ont
tantôt si étroite , que le bras peu\"cnl h peine
entrer, tantôt si îolfomenl Jarrres, qu'elle
pendent jusqu'à L•rrc; &lt;'L éton~e1-1·ou • . i, ~es
"aine fcmmelelles 011l remplie~ m 11eUh:anl, de douleur, de tète de 1na111 de dents,
d· catarrhes •L autre mi ère· 3 • ,,

La mode a rési Lé à bien ù'autre as.au
et le bon ~eus n'n pa toujour triomphé de.
l1abiludes.
Philippe de Mé-tières, jurisrnn. nit el philo opht! du X''le siècle, reprochait à !'babil
co11r1 de troubler la dig liou, Lanl il c.ompr-imail l'e toroac: de ne pas orfisamm ·nt prési ner du froiù el par là &lt;l'occa~ionner Je
maladies mortdle ; de n'avoir pas mème le
5.

fi i.,I.

àe• (:1·oya nres, etc.. par F. • 1toL1\ ,

lo111t•II.

O. ~otre ronfri:rc, le Il' Il •o~ ,tic LyC1n1 a fait

uni• rt'marquc 1to,~t no.us _l ui Lai . ns_la ~cspon~abililè:
, ... l\olt"ll 1l~liule ct1ut 11 prcw1~··. cmt-1_1, d&amp;~ I&lt;'
jour ou, pour ,lis imulcr une 1nfirm1le, ~u h ' U t! abtlique1· françh ment les prèrognttrc. rn~ompalrhles
a~ec sfln étal de ~antë. ~~pol~on Ill n1u1l imposé à
s&lt;' itiinérnm:. comme uniforme, la tuni1plC' rnx lnn,r;
pans lomha11l par clc1anl.
.
..
, l'llc tenue, qni rompa1l u1ce ln lr~tl1lrnn drs
grenarfoor du premièr Bonap3rtr - ,p1i . eux, por-

mérite de l'éeonomil' , car, dcpuL que les
chau "c~ ~taienl en 1·u . elle_ éwieul dc1enues
uu objet de Ju e au i coùleux que les lés
d'élolfo employés o.upararnnt dans la roron des
robe.
En dépit de critiques, la noU\·ellc mode
prit fa\'cur : étant e,-. ntiellcmenl propre à
l'action, ell ron\' nait parfaitemenL ~ une
énérntion à qui le é1·énamcnl · ne lai . aicnl
pa le loi ir de . e rcpo r.
A une autre époque, ce fut la m11de &lt;les
lun"Ue cbe,clure .
L plu illui-tr _ pr :1ais de France el
d'.\n°lell'l're décrétèrent le refus des acremenu à ceux de leur, diocésains qui n'abat! raient point leur · rLe,·eux. Le concile de
llouen, en 10OG, étendit la ruêmc inlerdirtinn
à toute la prorincc de ~ormandie.
L'é1èi1ae de 'oion , ayant per:uadé aux
Tournai iens, dont il était aus~i le pasteur,
qu'une épidJrnie alors régnante a1aiL pour
eau l'aliondance de· chewlures masculine ,
plus de mille jeunes gcn · vinrent . e faire
exécuter par lui. L'tl\'i.é prélat profita de ce
qu ïl aYail le ci ·eaux à la main, pour écour•
ter les luniqu de ·eux qui le avail'nt Lrop
longue .
Par contre, en 1i61, Philippe le Bon fil
une forte maladie, pour lacruclle l m.éde ·ins
ordonnèrent qu'on lui ra~àl le tbef.
ReYenu en .anté, le vieux duc, qui a,·ait
j u q_ue-là con. crYé une trè bellû che,·elure,
fut toul honteux de se voir tondu de la sorte,
cl. dan la crainte qu'on ne se moquât de
!ni, il rendit un édit porlanl que tou les
noble de e État cm enl à e faire ra~er
à on e:emplc.
Plu de cin4 cen ts personnes firent au vu
de l'ordonnance, le acrifice du leul's l'hùvem;
mai c'était peu, en comparaison de c ux qui
ne c oumirenl pa .
Celle désobéis ance affecta d'aulanl plu le
prince, qu'elle semblait loi donner à entendre
,1uc on r~gae était fini. IL se rticba. Des commi~ aires furent chargés d'appréhender au
corp 1 récalcilranl • parLou L oi1 ils le rencontreraient, el d lenr pa cr, Lou gré, mal
gré, les ciseaux ur la Lèle '·
Cc n'est p:is la eule fois où le caprice du
monarque, ou de ceux qui l'approchaient, a
eu force de loi.
Le fill , de Loui IX avai nt des pieds
:norme : elles inventèrent le robes à. tra1m•.
La femme de Philippe lll éLaiL affiigée d'un
cou démc~urémenl long, ~ lon"' à humilier
une cigocrne
elle im:urinn la mode des

i, :

r111im11e mo11ta111e.~ ~-

Combicn d'autre mode qui n'eurent, en
nai snnl, d'autre but que de cacbrr une dilTormilr phI ique 0 : lei. les oulirr.~ ?, ln JIOl/loit•nL les pans rclr1c - n'ètltil pas alfair d1• 1uv,lc
tir l,OÙI
•
1 C't ltiil le r-ul ,èkmcnl su. eptibt,, de mnsqm•r
l'mlil'lnilé qui rcwl ('.t•rl in instroincnl inùispcn,.abl •
au mnladrs ntkirtls d'inllammJ1Lion de la ,l's i,•,
surtwl &lt;tttand ils 0111 tenus par l1· cxi~cnto'S ,1 li•ur
si tua lion à di 1111ulrr la rr,' q1wnce g,:11anlr de be ·oin
naturel . ~ Dr A. )lmo~, la orcelleric el~ ~cic11ée
des P,,iso11s a1&lt; xv,1• sitde. i:di1ion d• t911h p. n.
;t pcul-Nre nu tanlinel pamloxd, niai. le p ratl"'" n'a-t-il pas tuul1• le Rppllrc11r1•s J,, 1,, 'l'l!rÎlê,
le plu• gèui• r~lr rnrn l ·•
ou

c·

,

_________________________

COJKJJŒ'NT 1/N'B JIIOD'E 'NA1T D'UN'E 1N"Fm_Jll1TÉ ~

laine, in,·cnté par IJeari Planlllgencl, pour
dissimuler une excroissance du pied; les
J)l'l"l'11q11es in-folio, adoptées par Louis XIV,
pour y enfouir es nobles loupes : tandis que
nou ne. a11on' quelle infante d'E pagrte imaginait les 11aniel'.~, pour rétaLlir l'équilibre
entre se hanches di-ljetée .
Vers IS 5, quelques hommes de la Cour
~·étaient monlré· ornés de mahe11h·e. ou
Cau ses épaule , de t.inées à ùi simuler la dil'Iormité de leur buste'; el. pour cacher leur$
pieds plat., le mêmes imaginèrent de porter
de Lotte à hout larges cl arrondi-.
La belle FJronnii'!re ai-ail une brûlure ju te
au milieu du front'; pour fa ma quer, elle
li xa sur la cicatrice un hijou retrnu par un
lin lar'.el de soie.
~ u~ Uenri If. le. princes,c aueintc de
gollrc • counirenl de hautes fraises tuyau Lées
leur infirmité repoussante'.
ous Francoi li, hh hommes Lrouvèl'cnt
qu ·un ro vrntre donnait un air dti maje té
el les femm -'a\'isèrent aussitôt qu'il rn
élait de même d'un gros derril!re; 011 eut de
"ros ventre et de gros derrière postiches, el
celle ridicule mode dnra lroisouqualre an ~.
Les 111andie.~ bouffanlcs fureot imaginée
de ruème pour atténuer la déviation de.
~panics; la reine Anne d'Autriche en Yoolut
de cour Les, pour lai~ er ,·oir e bra , qui
:1aienl ù'un modelé remarquable.

moyen de cacher leur état. C'est sous Charte:

le Bel que ceue mode apparut pour h pre-

Le n. P. Da~uet di ail que « le paniers
a,·aienl une origine vicieuse, en ce qu'on les
avait porté pour la premi~rc foi alln de dégui er de. gro sesse crimincll . »
L'ing 1nio ilô des femme à dissimuJer fa
grosse se alla plu · loin; à cerlllines 1:po11ue ,
elle aùoplèrcnl un aju Lemenl qui le foi ait
pnallre toute· enreinl ·; de la orle, ccllc
rrui l'éL:iient ré llemenl avaient un excellent

mière foi ; elle dcvail durer 0 •
Vers l'année 1520, k femmes ne portaient
de ceintures que comme ornement d'élotfo ou
d'orfèrrerie, mai non pa .errées à la taille.
Ces ceinture , amplt&gt;., làcl1e , étaient po ée
à la hault&gt;ur de hanches, comme le erait
uuc écharpe tordue. D était de mode, alor ,
chez le• dame qui prétendaient 11tre bien
mises, de faire ~aillir le ventre, et ]a ceinture
tombait au-d ou du noml&gt;ril.
D'cx1ravagtu1ce en extravagances, dit l'auteur des .1llmoires d11 peuple {rmitni.~, ous
r.barle J. où fa houppelande rut la LoilcLLe
fondamentale de femmes, celles-ci en arrivèrcn tau point d'adopler ln fantaisie la plus
bizarre : C'lle fai~aienl valoir leur ventre el
emblaienl toute enceinte..
Celle mode eut une durée de rruaranle ans.
Elle rl)parut avec le surcol, à la fin du
:u-e ,-iècle.
a Le surcot de Uelhsabée, dit Hacinel. c:;L
la robe . ans œinlure, au corsage lacé, dont
la large et Jonrruc ouverture, lais ant voir la
chèmLe transparente, se prolongeait JU '([U'à
la naissance du Yentre, auquel il donnait le
volume d'une gros.e e de quelque moi~.
comme un encouragement ;1 la propagation
de l'espèce. » Apr&lt;! la rrucrrt! de cent au , il
s'::in-issail de rep npler la France.
Au 11v0 siècle, la même mode 7 se relrou,e
à Bàle, comme en Lémoirrnent les dessins
de Holbein, con. ervés an !usée de Râle et
qui représentent la 0 rande dame, la dame de
uoblessr, la bour.geoi l' et la cabaretière,
dans un co~tume qui a~uso fortement la
aillie du Ytmlrè.
La Palatine, dan
a Corre:-pondance,
pnrle des 1'0be baftan/es, ima!rinées par
Mme de Monte.pan pour dissimuler ses gro se ses. C'était aller à l'encontre du but: qua11d

'l. Dans une anLr.- cireon&lt;tan~~. tes hC1mm!'&lt;, en
vnulant nrrilin à là mode, foroul vidim , tic leur
COIJllClleri(•.
• 'M. llunlr,, li,c,ns-uol).3 tlnn le A,uu'.d(Jft's /1islnriquu ur la ,,,édeci,u: {l. Il , p. 1 3), parle, ,fans
,;,,n TmiU d'ftydr1111i,rü, &lt;l"un capitaine angloi., qui
,•xigec,il de se, oldals qnïf, ~crr:l$ ent lori leurs
jarrC'lièrcs, afin 1l'olfrir au\ yem u11c j,uulie mieut
fait ; moi! 1;f' c.iprice fut funeste au plu · grontl
11ornhrè; car ecs lig, lnr l'urN1t tausc qlll) plu,ieurs
dei inrenl h}dropiqurs, cl ohligvs d'2llrr à l'Mpita!
pour y ~Ire lraill!s; f'l11 ieurs m~we en moururent.
J"ai f'ttlcndu dire il \ . ùr ~na· •1uïl a,•uil ,·11 périr
it l'3rm,;c unr, multitude de solJals pa1· ta m~me eau e. •
2. On n. 1lonoi• une a11Lt·c , cr..1oa pour ex_pli&lt;1u,•r
,·elt , m0&lt;lf'. La bourgeoise que Frw~ois l" a, 1.11 n,ulu
1(~b:n\~h&lt;'1', r11 ton,ul, ùit-on, une 111,lignnliM lellr,
'lu'unc r_nignonue ,·cine blcur qn'.rll~ m, ail au frf!nl
!'Il l'Omp1l; cruel dum1ne1r• repart: cJrs IP. l~nll,·mam,
grtlce ~ Jï11Ycntion du gi?n lil bandeau à « la Fcr.rouni\rc 1 (
Rtl'III' du Deur-. fo11tle•, 1 t&lt;i, p.
3. On 1,rHeo1I q11c ,i la rci ne douairière dïta' il'.
la , cu•e du roi lh,rubi,rl. n one pr ·•,titcrtion marquée
po11r les .-ollil'l', dr pcrlt•J it plu~icurs raug~e., c'est
qu"ils lui ,;ervvnt à rndt~ru11cumm1•ui;c111 •ntdc goitre,
ilonl cil,\ seroil alfretcc comme 1A ploporldc prince.
el prim·cs•cs de la 1noisun. de ·uYOIC,
N'a-t-o n pas 1ti1 ,:galcmenl que nous dclions u la
prince~ ,fo f.aUc~, ls reine m,1rt• 11' lnirlrtrrro :ll'luetlt&gt;,
la morlc de la po1gn~e de main à la l1auleur du nez,
rommr on 1. prali~ue dans le monrlc? Ln princ,, c
ayant un furoncle dans l"~is,;cllc, dut ële,er le ura~,
pour donner Ir alutl;e lia11d: il son imitnlion, ge11tleme11 cl ladie r11 l.irenl ~ulnnt. C~t aete d"atlulution
dlltl moins co,llcr. •prè lnul, i l'amour-propre de
&lt;CU qui I accompli.seul, ljHC celui nuqurl s'ahni · ·
mit le L-our1i,3ns de 1,,iui,, XI 1. Ou ,nil &lt;pie Il' roi

nynat con.cnll à fo « gl'awli· opération ». et" l'ut à
qui pri&gt;•cnlt·rnit •lit inerpre ·ihlc à !'opliralPur, .111mais le, rhirorgirn n e11rcn l lanl d~ l,~ ••tnc ' \'. dans
notre Cabii1t&gt;l se, 1·et de l'ltistoir,·, le clupilre : La
Fi.,tule tl'1111 gr11111l /loi,
.i, tin a 1!ni1 &lt;]U r&gt; iint-Ju,l n'avait nJ01•lc b trnvalr 11uc pour ,li,,simulcr une mli1·111ilé 1l011t il éloit
nllcinl : il · ouffr~il tlc'S érruudles l!l il n'enlevaiL sa
c1·ava1c qttc lor c111ïl èlail seul; ma1B il ne voulait JIU
etrc surpris ,Ions ce ,lé hanillé (Cl', Les Curio.,lés
1'é,-nh1t101111airea, par CamiUt! L,cmi., r).
• aint-J usl ha.bile une crnnle •• (ail dir11 \ïclor
llugo ù un de Sl'5 pc1'SOnnal(es Q1111/rr-v111gt-t1·ei;c :
Le cabaret dr Lo r11e du Pao11).
Saint-Just était, &lt;lu ru.,fr, très . oignru\. rie sa por!;onne. (.;!Jaries ~Oflicr a coulti, qu'Jlanl ùo p., sage il
lrashouri;, il alla 1·ci1dre visilè il .ainl-Jusl, ce 1errible Saiul-Jusl ùonl le nom n'anll jama,s l'rappé
son orcilh, 1111'1'nlourè d'èpilh~les menat"anle,. " llon
cœur l,3t11l.Îl vioh•mmcnl. Cl jl' senlai mes jnmlies
,Jéfaillir quand j'cnlnû dans son cabinet. J' ami
nlor&lt; de 11111itri ·cr mon émotion. 'aint-Jusl ne pril
gorilr i• moi. JI me tournait le ,lo el se rnirail (!ans
ln i:laee ùe sa ,hcminéo, 1•11 aju lanl an•c un .;oin
précieux, &lt;llllrc tl~u,: g1ron,lolcs 1'11argê1•s ile hou,,ies,
h• plis ,le celle h:tule 1,t lari,rc i,1•~,alé, 1fons lnqucllt'
s.1 l~lc ,mmohile dail cxhon •êc comme 1111 o,tenso,r.
,mi,ant l'lllpr,•,-siou •·)ni11ue 1!1• Ciunille lle.muulins,
el 1111e 1'111,Linct 1fïn1ilatio11 de p~lil&gt;-maîlre rlu
temps cmnmcnrail ù mcllrc il la m0&lt;lt1 • • , "01thlio11
11a, qur l-ainl-Ju.t :nail ,lil : c L'npnh-nc·r r l une
inramit .•
Puis,,ue nou en ommr, nu cthapilre rio la cra,•i le,
cuJJ ignons iri un Mini! ig-r,oré : il c ratlachr i1 l'oriiriuc. déll .:1.ivntes, désonunis fam~11sM, ,1'1111 Je$ plus
hriltallG StlfiéLaires tic noire première si:i-ne.
t.'ftt'lrur ra •1uc51Îon se n•u1·011trnii tous les jour",

•

r.

rno.,

... 23 ...

cile les revêtait, la maître ~e du roi accusait
mieux encore l'état où elle e trouvait, el les
courtisan. ne s'y [rompaient pas,
L'usane de ·es robe., dénuées de reintnre
cl flottant m· le corp , . e ron erva à la ville.

Cliche G!raudon,

1°.'IF; Coll F .RE AC XVIII"
1/&gt;olr/r,Ji/ .te

IÈCLI,.

1,1 !•RINCE&gt;iof. bE? L.,~lll,ll,1.E, /1,Jr 1111 fei,1/rt

,11ro1111u,

a,1

111usi!e ,te l'crsames.)

Hour aull, qui les raille arrréableroent, mil
1r rieurs de son côté en les baptisant des
i ,rnoceutes 8 •
En 17lü. peu aprè la mort ùe Louis X.IV.
deux damr". « sou· le prélcxle qu'eUt"s
éloienl tri• · gra e. , el par con équcnL trè
suante~, e ris11uhenl lt' première ;1 porter
ur lu plnlc-l'um10

11"1111

umuihus.

aVCl'

un ,l,i uœ

lwuunes ,le li•Urc&gt; iles plu: y111p3lhi11ue . de !Jni

111111

teuon l'l1i,Loriell1•. Cclni-.:i ~lait nlors •lleinl ile l"lou,
,lan le rou, 1ru'il di. •Îmulnil &lt;Il' on mil'm ov~c un.•
cràYatr 1ilu un moins cU&lt;p11'1lrm,•11t enrnul,:e; 1p1ellc
ne. fui pas a , urpris&lt;• •1unml il i·c,,ït •1ucl•j11c; jour&lt;
aprè , )[. .... (j 'allnis imprimer ~on nom) pnr11111I
sw· la "'&lt;'•ne 1111r crarnlr ,,b~olt1meut ~nnl11 ne il Pelle
•111ïl porl:Ût Jui-m~rnr.
Un~ incommo,lilé pas,,,g,\ri, avail, une fuis dr plu •
ilnnné u11i•~an,·e il mm mmJ,, nou , elle.
5 E ·1uiis lti torique~ •w· /'ad~. 1•ar .,l\r-Fo,t.
U. Curiotit1•s lti.~toriq11cJ1 1111· les 11c1:um:ltrmw1••
par le l)r \\1now~••·
7. Voici ur_1c. pi~çc d1~ x1·1 siède, qui altc,t(• 'tll&lt;'
ce.lie mode ,cvr, ail au.,,, 1·11 1rom·e. Elle est c~lroilr
des J'm·it'li'd /1islorfr1urs et litt,rafrrs, d'f:d. fo111.1rn, t. Ill. p. 248-0:
Dr('~ dl'S duuws plu~ lior~
Ponr leur ~ro se se rarlwr
On lOÏl ln rue l'W(lC d1er
l'o1·lnnl tic larg&lt;i rnsquint :
Lit ma rehe.n L il gm fui pa.,q.
llenfori;ées par le ha ,
Cl'llc, •1ui tlPll't cul upporl,•nl
Sous le ruhc •111rllt• po1·tc111,
l)e!li)uels l'un, d~ cl.tnir, la nuil
l,cur S&lt;'rt :1 premlrc dcduicl :
l.'aulrc de crins el rlc hourr,
Autour leurs fe , •. ernbourr,•.
(P. l,E l.on:n, 1.a Xé11liüororugie, on L'.!1111,r,. du
Cocu~. comédie; Ah~I Langrlier, l5ï!l. iu-12. )
8. J;nc mue de chrunbrc claléc amplcmcàl,
Qui n'a point de ccinlnrc cl ,n nonchalammrnl,
Puur certain air d'enfant qu'elle donne au ,-isag,•
E I nommée i111mcrt1lr, Pl c'rsl du licl u'i:lgu. '
1 LM .Ilot.&lt; ,l la modr.

�1!1S T0'1{1.ll
1l1•s pa11il'r · dan~ l1•uh cliainl,r&lt;'., el t·um111r
t&gt;ltt", n'o.aient pas • n. Pnir le jour, elles . •

rh,lurcnl ù att·ndrr. le ·oir, ponr allrr à la
promenade de 'fhuillerics; l'! pour l!vilt'r
J' 'Oll'ée d portr· ordinaire., oi', il y a toujour:; beaucoup de li 1·réc, elle· cnlr~rcnl par
l'i nUl"cric.
« Comm ce· deux dames é1oic11t lr~s connu ;; à Paris, on 'acroutarua pru à peu à
leur. paniN:;, et lur·qu'on kur 1•n parloir,
dl • rJpondoirnl qu rien n'e !oit l'lu tommod1• ~ des femme. n-ra . es cl n•plelles pour
arnir de l'air, urlout 1•11 cl'l été où il fai·oil
l'Xlraord111air&lt;'nH'nl cLand 1 • &gt;)
Les udh· d:1me · rroya:cnt :woir l'ait ·c.inùalc; loin Jr là. l.'11movali11n rut lrou,·t'
i·h:trmanlr, l'l 1,il'.'ntfü luul1 ll fl!IDtnP.,
" .111 qu'am r1 mw• 1lè clmnbrc , l nus rui,ini,•rcs », l'Urcnt adopté 1o rno,fo donl no.'
tlem e1tra1·a;;:rnlt·s ,'é1aiPnl foil1·s incon•t:i,•mmenl le· m1rrninr •.
I.e JltlllÙ'I" n·,:1aic11I. au r1•.-l1•, 1p1't111r
rt'.r•Jition d1•: rerf11yntli11s qui n'a\'ail'IIL januis compli'•· •m1•nt di paru de· rn ~ \" i iu~
tlu n,itr '·
A peu prè de la même époque datrnl le
tnuraurc· , nommœs de~ cl'iatde.~, q11'on
mettait ou· le maote.1u pour I faire IJoulfor
davantagr•. Comme elle~ étai nl en toile
gommée, ullr fai•aicnt &lt;ln liruit au moi11Jrr
frôlcruenl: de l:1 leur nc,m.
Il · 1 ut un ~inguli r pr~jugé nu . i.:jel de
l'ama:; d'étoff.: qui chargeait!,•~ hancbc . On
pensait ri_uïl produi. ail un échaulli m1ml rapahle Je "llt ·r 1 teint. C'e L pour re 111 tif
que Jl.n d oul1ise, qui eut, jnsqù'à la fin
de sa \'ie, un ,oin exlrème de ,a hrauté. ne
l'u Lj,w1ais trou ée, comme les au Ire. [emrncs,
« du 1ieur. dit aint-2imoo, de . '6:·hauOer 1•
rl'io el de ·c rou~ir le nez. n
1'

La premi'r

rrros •ssc tic Marîc-.\atoi-

1wtlc l 177 ) arait opéré un ré\·ol111io11 as ez

heurcu~ • dan la mode : la rc:ine, Jc,·eoant
mère, a"ait abandonné la soie cl les étoffes
Lroché,·s, pour porll&gt;r de la hali · le e L dt•·
liwms; la.cour cl la Yillè se moilclè-rcnt ur li .
Nu- tard, en 17 1, lor d"unc noUl'ellc
1. Rcmcil rit• diffrr,•11/, •., 111,Hi~ll ,lu tw111~. \
I' ri'. rlu•, ll~ris •t, 1720. t:ilf par .\h, ,l',\1111 ro~11.
J:1•l'l(r rdlro8/ll'&lt;'lirr. pngc 82 rl li~.
:2. On lit, en clfot, 1le11s le J,mr,u,l ,!,• r~rdu1,, à
la ,Iule ,l'vdohr,. l ï2t: • Près1·ntcml•nt ks ,·crti,ga-

din, J1:..pui11 Pl ,l lt~lir ·" ,nnl introduit, n
Fnor.e ,uu · l,· 1lolll ,fo puuicn: c·c,l u1w mu il' ,1•n11t
311 s1· · ,11rs ,I,• la fa11,,e pml,·ur. a
3. Curi1Jsill'8 l,i,&lt;Mriqu,.R .~11r lrs arruurlirm1•11/.,,
de W, rEQW,Xl,
~- .\ la n3Î ·ance ,111 1l11c ,le" 'orruan,li ', aulrrml'ol
,hl l.cnu, \\ll;un porla 1 , bogue,i ti trnfatlle111e11I,
rnlllpo,~es ,le rc,wh,1 erurnl d'unr pÎ('fre &lt;·cnlr:dr
&lt;la11s ,rnulrc• pirrrcs furmanl chaton.
:,, ~uns lisuns, il ce ujel. dan5 lt•;, Mémoü·c, de
Pfo•·y, L Il : , La rei11e iltail ù I• premii·rè è1w1que
dr . gr ,si• · • ,11\ mall:1111e ln Dauphrne. l'i, lllillf ·,
e,1 qn'on n wl ~I écrit, bien loin J,, co1r1m ·llre ces
impru,\.-11 ·es, ,.!lu 1wus,a l'cxcës ile p1 éc:ution "i
lttin, &lt;J11'e1J~ r~illiL 1onll1~r 111ilml,1 ,Je l:t p 11r llc

Mnric-Anloin,:I 1r, les ~ mpathiei.
fi:minin&lt;' pour la l'cinc s1• mo111fe. ti•r •111 par
l'adoption &lt;l'une rol,' 11ui faisait paraî1rr cn'l'Înle celle fJUÎ ln portail: 1':1j11 temeut à ln
,/ra,rne ,L Ire.
Avec un pareil co turne, on avait le . eio.
à peu pr1\ nu. cl la jambe dégagée.
Le costume 'npp1•la 1 'Jllfll'l ,le te1·me, lu
ilrmi-tenne, ete., don la pfriode dr ln grosc. 'e. d larie-.lnloinelle
C'esl éi:ralcmcut au cour· d'une de ,es
!!l'Os~es.es, que la rrinu avaiL perdu une
partie de .e clPrcux. Cd acci&lt;l1·01 lui fit
adopter une co:ffurc ha ~c, que ·c uirnntr
11:ipli èrenl du nom Je roiffw·e h /'e11(11nl .
Celle coiffure cou i~t:iif en fri ure' _ur le
de1·:111l, accompagné d'un chionon qui retombait ·m· la 11nr1uen.
Toute le tète -·v accommod'•rcat à l'cmi:
elle devint le I pc J ~ invcnlion 11llt!ri1 11rtqui e ruccédt'•rcnt. on: diH·r · nom . JU qu'au Dir •ctoir1
gru;; 1·~-'c de

j.

1

1•

On . ail quelJe inllucnce c~erça Bou~scan
sur ,on si rel . La redin n-ote ri iLe annlaisc
c'est-à-dire Ulie redinrrolc tri'-· ou1·e1·te, fol
,doptée loul d'aborJ par les jeune· femme·,
pour c cooCormer au, pré •rplr. de Jean,f •rqm· , qui rec~mmaudait aux mère J'allai Ier lies-même l1:u1·s e11fa11l .
Plu Lard, on . 'habilla i1 l'angla.i c, ·ao ·
î-lr nuurricr. C'c!i-1 la rohc qu'on mettait
pour 11 lronchincr », c'c. L-/J-dire pour fairi·
llls longur· promenade' ù pieJ, rccommanùée pnr le doch•ur TroncLin, un de premier .inon le prcmitr q-ui fit consi lrr
pre ·que loul l'arl de gnérir en des précepte;
d'by'!iènc.
Le "rand air, rcxcrcirr, l'oci:upalion, milà
quelle é:aicnl le: lroi panacc' 4 Ju médecin génerob, 11 ·a\·anl 1·omnh! E rnlape cl
h1•au comme . pollon ».
Pendaal plnsienr srnta.incs, Tronchi11 fut
rlwmme de France le plu~ couru. C'étail de
la furcnr, du lirnali ·me. I.e: mrro (': enc1.1111braienl 11 re point J.1 rue oi1 il dcnwnrait,
que la circufotioo ,•n élaiL i111t•rrotnpnl
l.c•s marchande. de mod~ inYentrt!!nl, eu
1•

1111i1·c à ,on (,laL On . 'rn coa,au1èra par cc lr•Îl : lo
nlorlr Hoil alors 1lt• 11rcltargi•r lo li-l~ ries r,-m111e~ 111!
plumr, tell!)m1•11l. élevé . qul', lo1·si111·dr"." oll3ien1
1•11 1·.1rrn.se. à 11c111C p~uvoient-rll •. s ns.1•011·: o! lrnr

fallait e r 1urher l,ra11t-ou11 ,., m,\mc •·rll,•s •tui ntJ
rnulaic111 Ille' gâl~r l'i•difü,· clu ,·oilT,•11r 1l1•\';o1&lt;•11t se
tenir il g'Plll)Ul.
•
•
~ t.:n n1l11planl c1• pa11a ·b~ e uh1•rnnl, 13 rr111r contrarl~ peu à 1,cu_ l'hnh1lml~ c\1! pllr~•· ln mnlu au.~
ph1nws d,ml il ét,ul COf!lpt&gt; ·è, -~~Il ~UJ' JOUCr 8\'rc: soit
1111111' le f,1i1· jouer; ma,1s a~•SJ_lul 1111 rll_e tol_con_m~clll'
•1u'l•lle i!l!il mi•r1•, afrn J i,1•1teJ• ce L11· IJUI 1111 f,u,.-,,L
foir • au-de, u de ln li-lt' de

mùuremenL~ 11u'dlt•

crut 1lan1,rrreux, _clh'. u1,prima .. au. ,nisèricorde un,
11arurc ,p1'ollc m111a1l: èclle ,•1rcon l311CI' l'Onnm· hl
mi.\m~ clw,.,.,.,. lu u1,11fo des pluroc5.
(i. • Il u/'y n jn~qu à pr\rnl. i\crh-;iil flicl!-'1111, qu_t•
111whp1cs rcmêd g.!J1~rau:r 1ux,1uc1' on pu,~,c_ n,o,r
1-onflauc1•, comme 1~ rrgn:ne, le· exerr1c, s, lu d, trnrti n. le lt•mps cl Il oa!Ur('. t

~on honneur. 111w 1·oiffurr r1u'i:llt&gt; nppt•l1'n•11t
le bo11,1rl;, /ï,1or11/atio,1: on YO\'ail, ~ur le
ruhan, qui l'ornaient, un L'OlÎ · de poi~. io1itanL le hou Ion de la pclitu 1érol~.
Tronchin rut la raru forlane d'arl'Ï\'cr à
on ùeure. L'abu~ des dronu s avail mnlliplié
lu· d~ ordrr ncncux; la femm•'. au orlir
du maillot, a1·nil la poitrine cnli.-rméc dan:
une ct:riras,e &lt;['ti lui comprimai t les organe. :
il en ré ·ultail de m,lai~e , d,· . ouffrances
que, dan leur impubsancc à t·u dc,·iner la
cause, fos médecin du kmp. f]Ualifinicnl
dïmaginair1• . Le wfrile de Troncbin fut de•
~upprimcr al,,olument loul médicament Pl
tlu ub·tiluer à l'ar enal de: apotbicuirc de.
an-enLs pbi ifjurs cl naturels.
La ré\'olution que la Nn111•e/11, llelu1se fit
dan h· cœu r de la femme, Il' ordo1111.incc
de Troncbin l'acromplircnl dans .c bal,iLudc,, dau. ,a 1ic journnlièrl'.
, Troncl1i11 1 a écrit oncourl, fail ortir la
l'cmm d a p,tr · · eL de .r!, larwuenr,:,
presque de -~ con~litulion. Il la force au
mou\·emrnl, :rnx J',1Ligue. f,irtiriantei,: il lui
irnpo c de gros Oll\l'J"•' ; il lui fait froll r
se .alons Wchrr au jarJi11, . t' promrner,
courir, ù•.rtf111u'r. Il rend . e memlire à
l'exercic , on corp à la lil,erté, av c
rob nom-dies hapti 1:c · de on nom, porll!es
Licnlol dans Lonl Pari,, par lè promcncu es
appuy1,\c" rnr d • lonrucs canne , 11 Lronchinanl 11, comme JiL 1• tcmp3. 11
La n~not--e fu.t-ellc définiliYem 11 ,aincue
par le trai1emrnt nouveau? I.e ,ap ur. di. 1la1·11n J1l-,llc. à Loutjamais? Elle, chann?•n•nt
implcmcnl de nom. 'on· le llil'erloirl! el le~
ré!!im~· qui lui rn1·céd\rcn1, il fut de lion
ton d'a\·oir des &lt;r lan!!lleur· ».
Le mondaine de l'é1&gt;oque rurenL m 1me
la plai.anle idée d'arcomrnoder leur coiffure
a.i:c la p:\leur 011 la rougl'llr de leur l inL.
Elle· avaient le chaprau de. 11 jour: de
laogum1r » él n·lni « dl'· jours tfo sant In.
- " Je ·ui · l,icn malade nujonrd'hui,
di ail lïmpéralri,·e Jo éphine; d nnez-m11i
nn chape.11t de p •lit antt1. &gt;►
El comm on lui pr6ienl3il un d1a)lf&gt;au
pour une antr tout /1 l'ail cbanc •l:inte:
- « ~lai, 11 donc~ ·'e clamail-l'llù, rroyezrnus que je \•ai mourir?»
Ou lui ap1&gt;ortait nu aulrc ch11peau t1ui annonçait plu. de santé.
- « Allon , soupirait-elle J'un hm la n••ui:. anl · vou me lrourni bien robu le! 1&gt;
C'est la 1nème fo rpbinc qui. pour ,·1chrr
la laideur cl J'irré"11laritc de ses dcols, peut-être am. i ponr corriger une haleine
LNJl ... emhaumée,-ft l adopter par les dame~
de la Cour l'u ilge du mouchoir de dentelles,
qu'clll! lenait con tammcul ::-ur a houcb .
~c rl'tl'Ouvon;-nous pa là encore l'alliance
de la mode cl Je l'hygiène, el a-vion -now;
torL d'écrire que ce dcu.~ ·œurs ennemie
n'ont pa toujours v11l'n en rné inldligencr !

Hl

T

RIA

~c,

1

Doc rnun CABA 1ÈS.

Clic.hé

MADEMO[ ELLE
D,\. ,

PRÉVOST

l·,C.·E DE L' PERA 11~231.

Tableau de JE , R~ou, 1 '\lu éc 1.k Tour · .

J -Ji

81100,.

�Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE

xm

l'nr Fraoc.'Ris,• 1101,, ,li, ige n:•rs I.• pQnf ,111 1)01111111•.
-

l\écil, 1•rl'of\fS nu $11jl'l du •iilg(• ,Ir lhli,ho1ml'.

-

)[3,,~11a

1,·,m. -

a t:brbhrrg. ,ll'l·i,•fr ;, llïolk.

lncerlitmlrs ,1.,

~up&lt;i-

Lr martlt•lwl. apri•s nom avoir C'omplimrnlt:~. ordon11a de nrnrch,·r wrs lt• pont &lt;lu

Uanuhc pour coupt'r to11lc rrlrHÎlt• au\ n:f?Î11wnls 1•1rncmis r{lti St' Lro11rait•11J 11:tM Ra1i"l,or111c, t•I empêcher le prince Charles de leur
1•111·op·r des renforts. ~lais à peinr f11mrs-nons
rntrés dans la grande rue, qu'un nou11ia11
tlnngcr rint nous mrnaccr : nos obus arnicml
i1wcndié plus:t•ur:- maisons, cl le feu :tllail se
rommuni11nrr 11 11nl' trentaine &lt;le ,·oitures qnc
ll's ennemis av:ti('nl ah:rn&lt;lonnées après en
aroir emmrné les cheraux. L'incendie dt• Cl'S
c•bariols eùl certainemrnt emliarra~s~ le passage de nos troupes; mais, en se ~lissant le
1011g des murs. on cspfr1lil éviter cet obstatlc,
lor~11ue tout 11 coup le chef de bataillon en-

nrmi . que je pr,:srnlai au mart1èha1. ,°i:&lt;'ri1·
anie l'accent &lt;ln plus profond d&lt;-sespo'.r :
1, \'ainqm\ur,; Pl 1·ai11c11s. nous somme.~ 1011$
p:•rdus; res chariots sont remplis de poudre! 11
L&lt;" mar1:('hal pâlit, ainsi qur non, tous; mais
rc•1wen:1nl bicnlol son calme, en préscnct• &lt;le•
la morl qat· nous a,ions sous les. )CIIX, Je
mart1Cb:tl fait 011n-ir li'~ rang~ de fa colo1111e
rrany1isc, poser les rusils contre les maisons,
l'i ortlonliP aux soldats Je pousser à bras ces
YOiturcs, rn s~ li:s passant &lt;l~ mains en mains,
ju~qu'à. ce qu'elles aient tra1·ersé la roùlo l'l
soient hors dr la vil!\'. Le maréchal donnant
1"1•xerople, orfil'icrs, grnéraux et soldats,
chacun se 111il /1 l'œuvrc. Les prisomlict'3
aulr:chieos firent comme les Français, car il
y allait aussi pour eux: de la vie! ... Une grand,,
quanti té de charbons ardents tombait déjà sur
les fourgons, cl si l'un d'eux se fùt enflammé,
nous aurions tous été broyés et la rille cntièremcn l &lt;létruilc! . .. Mai; on Lm·ailla arec
lanl J'ardew·, qu 'cJl peu de minulc!- Ioules

lt!S ,oitnrC's de poudn· furt'nl poussées hors
dt• la place•, d·o11 on l,•s fil trainrr par Je~
pri~onniers j 11~'1 u·au grand parc ,le nolrt•
artillerie.
Le lerrilili· d,rnger q tu1 nous vrniou~ de
courir s'étant di~sipt1 par l"éloigtwmcnt d1·s
eaissom, le maréclial lit arnnt'cr la di,ision
&lt;lïnfanler ie jLL~qu'a11 Cl'lllrc tlc 1:i ,·illc. Arri1 é
sur ce point, Pl 1011lanl assurer t'Ontr(' ilcs
retours olli·n:-ifs les qunrtirr · qu'il ai-ait Mjà
pris. il fil, /1 l"l•xcmpli: des E~p1:mol,, rrrnper loulrs li:s rroisérs des principales rues.
Ces s~gcs di,-posilions pr:ses, lemarécbal prcscririt de continuer à Jiri!-(er la rolonne rers
le flQnt, cl m'ordonna dr me placer en lêt1•
pour lacon&lt;luirc. J'obéis, q11oiqnc la chose me
pariil fort &lt;litflcik, car c'était la première
fois quejcrnc lruul'a.is dans fiatisl.,oaue, doul
je ne connaissais par conséquent aucune ru&lt;'.
Cellé ville appartenant au roi de lfal'ièrc,
notre a□ié, les habitant$ &lt;léfo11és à notre eausc
nul'aient dù nous indiquer le ch~min du ponl;

�r-

mSTO']t1.Jl

mni, la craint&lt;&gt; le rch•nniL ch z eu'I'., r.L l'on
u'cn rnrnil ;111r11n. Tontes le porle;; el Ir~
ren~tre · it:ii1ml clo.-r. • et ll011~ ,:1i1m. 1rop
J&gt;r&lt;'~s \ pour I,•~ enfont·cr. c.11' 1I • rh,111uc rarr1•fo11r sortait•nt Je~ gronpc. 11',\ulrichi,•m;,
qni l'ai~aic11l feu . ur nou. tout rn se rl'tir. ni.
Le~ 1•11nemi' n'a\'aicnl d'autre r •traite (lU•· lt•
ponl Ju llan11lic; je rcu~ai,- donr. tpie f ' , rri,eraiii en h", ;uhanl: mai, il rëi,;nail ~i peu
d',,n, ·ml,l • parmi Jt.. Autrichien , que 13
plupart d li·ur, peloton. d,• tiraillt•ar' plan:.
dcvaul nous s' ·ufmniPnl à noire approche
da11s des direction· dinërenl•' . •\in i érr:1r;
au milien de ce dëd~lr de rue. ineonnuc , j •
n · s,1Yai~ p:1r oi1 J1ri;.:,•r la colonne, lursquc,
lo111 !, t'Oup, une pur le 'ount', une jeune
ft'rnm~ pàlc, li, ·eu liagard,, .-·,:Janre tonl
1•p1·rdue wr nous en criant : 11 Je • ui: Fran~·ai. I', snmcz-rnoi ! iJ C'était une mJr hnndc
de mode. parisienne qui. élaLlie ÎI Bali bonne
"t 1·r. ignant que IJU::ilit • de Française ne la
fit ru 1ltrnilt•r par les Autrichieos, était ,cnne
e j,,tt•r à l'~lourdic dnn le hra~ de ~es rompnlriotes. dè r1u'rllc o,.til t'lllendu parlt"r
fraU\'lli·.
E11 vo ·anl C!'tle femme, une idée lumineuse
m\:du ira :nr le parti qu nou pou~ion Lir •r
(le sa r,rnconlre. - " \'ons . a\'CZ où e, t le
o pont 1 lui di -j . - Ccrlaincment. - Eb
a bien, conJuisez. nous. foi, !!l'and 11,cu !
, :iu milirn d,· coup de Cu il! Je meurs de
" fr.i,cur d woai~ ·ou .. upplier dl' me don« 1wr quelque iooldal ' pour d ;J ndre ma
~ mni on d. n I quell,!j • r trc:t!Ïfütanl! ...
u
J'en ui · Lien f.i ·bé, mai: ,·ou n'y rcn" lr(•n·z qu'aprÎ!s m'a\'oir monlrJ li' poul.
" Que !leu, grrnadter prunneot madame
" ~ou le, bra · t•l la fa, enl III relier &lt;'0 lèl
« Je la Cl1lonnc !... » .\insi rut fait, mal•1 ré
le · pleur et le cri, de ln beUc Franç.'\i, e.
•111'11 duque angle de ru' je que ·tionnai. sur
la dir :ction 1p1'il fallott prendrt•. Plo · nou
:nanrion ver· le Danuhe, plus 1, nombre de~
tirailleur · au:,:mentait. L • balle ·ifllai,·at
au oreill · · de la erJinlive murchantl • d
mudt". qui, 11c .acbnnl Cl' (1ue t'était, parai ,ait hien moin touclu~ de ce peLit .ifll,•,nrnt
qm• tle~ déLornuiou · Jes fu. il . fais tout à
coup, un d •· grenadiers qui b ·outenaient
a anl eu le liras pcrré d'un halle, el le an"
a :ml rejailli rnr elle, se· genou,: 'alfai . 1m·nl: il fallut la porll·r. Cc 1111i \'enail d'arrher 11 on voisin m • rcnd::mt plu circon pecl
pour elle, je la fi pa.s rd •rrière le premier
pt•lotou. &lt;lont le.~ hommes la aranûs~aic•ol en
p:irlie conlr le. balles. Enfin nna: :irrivon ·
à une• p lit place en face du pool. L' nnemi
rp1i eu occupait l'autre rxlrt1mité. 11111si 11ue
le faubour~ dl· la ri ,·c gauche, nommé tndtam-hof, ap •rccraul ln colonnr. 1• met :ilors à
nou. canonner! .le 11co ·ai qu'il était iuutile
d't1 pos,•r plu · lonrrtcmp· la Pari ·enm·. et
pour trnir ln parole 11ne j · lui a1•ai donnt1e,
je lui rendi la liberté. Ma( comme la _pnt~vrc
r,,mme. pin morte 11u nve. ne aYa1L ou e
•a,·licr, ju lui propo~ai d'eutrer pro,·i.oirem1•11t daw une chapelle de la Vierrre iluée
au ut de la plilre : Plle ace pie, 1 ' grcnatfü·r l'cnli•wnt par-dcHu la fPlite grille crui

"----------------------rn défend l'!mtr·e, et t11lt1 eourl e meure à
l'nliri de projectile,. n , blouis~ant derrière ln stalm• de la Vicr"e, 011, je vou a,surc, elle I nait forl pen de place.
L• mar1..tchal, infnrnu\ qu • nou, ,tion, au
Lord du n. nu!J~, ga~nn l,1 lèll! de la ('olonn
et rccounul par lui-même l'impo. ibilit I do:&gt;
ra· cr li; ponl, les cnnr.mi, apnl inœndi,1 I,
fauhourg &lt;lr , tadt-am-hor, ur lt111ud il 'appuie à la riŒ au('hc.
P ndant 11ue l Fr31l\'3i donnaient l'as. :1ut
cl -·emparaient de 11:iti. honni•, . i batnillou.
autrichiens plar,is ur 1 • rempart , loin Ju
point d'au:ique, étaient rc lé forl tranqnillrmenl à rcrr:irder dan la campa n • '1\s ne
voyaient wnir per orme. Il. ne ortirent de
ll'ur lupide inaction f)U'en enlt•ndanL lirerdu
1·ot~ du pont. li· . acconrur1!nl: mai· l,•ur
rt•lrail 11, il coup1lc, &lt;l'aborJ par Mu , en
ccond lieu par l'incendie du faubourg, 1111ïl·
n':wraient pu lra,·er,-cr, quand mèmr. il
craienl parrcnu à pa.,~•·r le pont: il· furent
donc rédnit h mellre bas les arme·.
l.'Emptm ur fil I • jour même . on cntrfo
dan Rati. llf')one. el pre5cril·it au, lt·,,up
qui n'a..-aienl point rornballu d, se juin&lt;lr'
au'I'. malhenroox habitants pour luw•r contre
l'incendie qui dé1·orail la ,ille; mai • m !gré
ce pni anl scconr~. un grnnd nomlir • de
mai on rurenl hr1'1lée ..
Napolt'.'&lt;ln, aprè· a,nir Ti i1é cl récompen_'
le' blessés, glorie~ d :bri de deu première~ c-0lonnes dont Ir rfforl. avnienl échou &lt;,
oulul au . i roir la troisième t'nlonne, celle
qui a\'ail cule"u R tishonne ou c. yeux. Il
nou adre. a de · Lêmoi.,narrc de sali Tn "lion
el donna plu,icur~ J,;(·oralious. Le martld1al
lui nrrrnt rappelé me. ancien. et noU1eaux
lilrc. au !!l'nd de clH'f d'c cadrun, ~apoléon
r1lpondi1 : (( c:·cst une cho c q11e vou pou,·cz
1 consîdér r 1·omm • faite. 11 l'ui . . e lournant ver le maréchal Berthît•r · « \'ou· m ·
&lt;1 forez igncr cc hrcwl au premier tra,ail
« (jUP VOU . me pr ·~l•Ol(•rl'Z. 1/ Je n'arni ljll'à
me ritliciter. et ne pourais rai onoablerucnl
e·pérer qu !'Empereur o,pcndrail es important travaux pour cxpédiPr mon brt•vel
quelque jo1w plus llll; j't1tni d'.iillc,ur ·
t·nirr, de h;moi,.oauc de . :ttLfoclion 1111'
!'Empereur , oail d • me donner, ain i q11c
le maréchal Lann ,, l'i de. lou:m 11cs qu • me·
canui·adt• t moi rccc1ion &lt;le toute part .
Vous pen cz bien c1ùnnnt d• m'éloi~oer
du pont, j'~m1is fait retirer d1• la chapcll(• la
Pari:.ienue, qu'un offirier rc, ~mJui il ·hez
elle.
Le marél'hal, \'Oyant le· oldal occuprs
11 fùe pa . rr cclh• femme p:ir-&lt;IC! ~us la petite
grillt&gt;. me demanda commcnl dlr sr Lromail
là : je lui contai J'lii toire; il lu redit le soir
ù l'Empcrrur, qui rit beaucoup. el d 1clara
i1u 'il crait bit•n ai,e il1• ,·oir c •tl Jam .
J ,·ou ai déjà dil qu'au moment oit noa.
donnio11. l'a .au l, toulc la r:inde arm 1e,
ranrr1le à peu d' di. t.tn('e de la place, ét.a.iL
l 1moin de ce comb:il. Parmi le, nomLreux
!&gt;peclaleur~ se lrouv:iil le marècbal )!asséna,
ai11 i que es aid • de camp. dont l!. Pelet.
:iujottrd·bui lient n. nt énérnl directeur du
0

11

d,;ic;t de la ~uerre et auteur d'une excdlcnle
n•lalion de la campa!mr. de 1 00. Yoici t·
cpa'on lit dan~ rel ouua"C, à prupo de l'a . aut de R:iti. l,oone : 1 Le maréclrnl Lanne
« . ai~it une échelle el "a pour la plact•r luiu m,~mc; ~e. :iid•· de camp l'orrètcnt et
li lull ni contr • lui. \ l'a p1•cl de• ce noble
« dt!bal, la foule ile nos !!llerricr: e prél'Î« pila. enle,·a les chdl • et frnnchil l'r « pnc(• ... le coup, meurtriers . c perd1•11t nu
111iliru d'i•lh.: le, aide~ dt• ·:unp la pr~a c'•dl·nl. En un clin d'reil le, 1chelle, ont
1( po~t&lt;l'. , le f11s é ':l franchi... ur le omu met on voit p3railrt! le prerni,·r , 1• tPnanl
« p:ir la mai11, l.ahédo1ère et ~farhot; no
« rrrcnadier~ le . uirnnl. ... Il
C:e récit d'un témoin oculairee Lfort e,11 l.
il donne :ire• rai ·on u,w ~gall' pari dt' loir'
:1 mon cam:1rad' •1 à moi; mais l'autrur de
la bio&lt;rraphh• du malheureu l.:ih,:do~ ··rt' 11'3
pas été au. i juslr. Aprè~ a,·uir ropié I narration du ,,,:n ;rai Pelt&gt;l, il a J1l"é • propo. d'
upprimcr mon nom t•t ll'attrihuer li LahL
ùor,\re seul le mérite d' \trc monlt: 11' premier
à ·r saut de lhli Lonne. Je n':ii pa~ jugé
cooYen:11,le de réclamer: d'ailleur , l'ouvra,.'
du gl:néral Pclt·l constolr le faiL, f!Ui · p:1.. :i
nu· le. }t'II dt• cent dmtuaale mille homme ..
I\atbbonne nmit él: pri· le 23 a,·ril. Lï:mPl'r1•ur pa ·a le journée: du ~H el du 25
dan ct'lt ville, dont il ordonua de réparer à
'P. frai Lou~ le · dén11l . Pell dan Lque . ·apolé(ln, al'rompagné par le mar: hal l.anue.,
p:imrnrail les rUl'., j'nperçu la mar hnnde
ùe mode:- rran ·aise qne f a,·ai · cnutrainlt' la
veille à guider 1:i colonne d'ullaqu Yer~ le
pont. Je ln dfl$ignai nu maréch:il. Celui-ci la
montra 1t !'Empereur, qui, ~·apptorhaut
d'f'JI • lui fit en plai~anlant dl' complimenl~
sur . on co11rage, et lui enroya cn~uite un·
fort ltdle hnzue ·n ,ou,·enir de l'as aul tl1•
fülisbonol'. La foule, t:111l ci, il que milit:iirr, 11ui Pnlourait l'Empereur,. 'étant informée du molif de cette p lite ~cène, le fait fut
l :g/•rt•mr•nl dénaturé, r:ir on rcpr 1 enla celle
d:tllll' comm1• une lierofoe (N111çaise ,p1i, de
son wovre mouvement, Wail expo éc h ln
mort pnur a: ·urer k salut J1· es comp:1lrioti ·. C1• fut aio:i qu• la dios rut racontée.
non eulcmenl cllu l'armée, mai, encore
dan toute l'Allema!!lw, et I ar lt· ~énéral Priel
lui-mèn1e, trompé par la rni1 p11l,Jiqu1• .• i l:l
Pari ienne fut quel11ue lemp . ou. le feu de
l'i!nnerni, l'amnur dl' hi gloire 11'y ·1ail pour
rien.
Pendant le courL éjour que nous lïme à
rlalisbonne, le maréchal allacba à on étatmajor J. le lieutenant de La Bourdonnaye,
jeune ofllcier rempli d'esprit et fort lira\'e,
qui lui était recommandé par le 1nateur
Gu~héneuc, pèrtl de \lme la maréchale. ~J. de
L:1 Bmrdonna ·e e ùé olail de n'être arrivé
parmi oou 11u'apr l'a saut; mais il trouva
Licnlùl d'autr s occasions d montrer on
courage.
11 lui arriva même à ce ujel quelque
chose de bizarre. Les él~rran~ de l'nrmée
avaient adopté des pantalon d'une larg ur
Jl!mesurée, qui ne man11uaient pa de gr;)ce

lor qu'on était à cheval, moi qui étaient on nllaque aw i imprudente, il e1'1l prohnbleCHAPITR.E XIV
ne peut plu emùarra anl · à pied. Or, L3 mcnt été r1111,·01é nr les derrière ; ruai
llourdonnnyo aYait un de ce. pnntalons im- c'était Mas énn, l'cnraut chéri de la victoire, l.' f:mp,·rcur mr prapc,s,, 111• lcnlor m11· 1•11oëditi1111 d1•
mcn.e lor qu'au combat de Wds, le ma- t:I !'Empereur ·rut de,·oir _e borner à rp1clplu, pJrîll1•u•e.. - Je l'arrrplr et me !h!1out11t011r
1'3nn,•e. - llésullat~ t n•irl~ral11!• tir mon n 1~1,1;.
r 1cbal lui ayant prescrit de meure pied à 'J"C s1hèr oli er\'alion.. L'armé&lt;', moin
liun.
terre et de courir sur le pont pour transmet- indulgen1t1, crifü1ua hautement ~ln .. éo:i. Celm un ordre aux troupes, les éperon· de ce lui-ci, pour 'excus r, di ail que le -10,000
1~, jolie pelitt· , ill1• d · ~Jiilk. jturc sur le
hou jeune homme 'embarra ·.èrcol dans on ,\ulrichien. qui dérl•ndaicnt J!hcM,cr", ~ous bord Ju lb1111hc, r· 1 tlominér• p.1r un i111me11se
pantalon; il tomba, et nou · 1 crùme
le· ordre du gti11êral lliller. a}ant non lo:11 rorlll.'r ru forme d(• promouloirc, sur le haut
mort! ... Il se rele,·a forl lestement, et, YOU- de leur droite un pont , ur le Danube. à ~lau- du1p1cl ·'él'•re 1111 rouwnl 11«' 11,:n(,di,·tin·, qui
Iant courir de nou,·eau, il entendit le m:iré- tLau. en, il 111ait à craindrè 11ue, i J'on n'eût p:h,c ponr le plu:; L,•,rn cl le plu; rirhe de
thal 'écrier : o 1 'eü-il pas al, urde d11 ,·enir promplcment a1t.1qué c • corp,, an- atLt•ndr' la d1rétie11lé. ltc :ipp3rll•ment, Ju moua l~r,·.
~ faire la guerre aYcc six aunes de drap l':irrivéc des troupe qui 1• tournaient par
l'rril ùfroun• .ur une lr~s \':l,lt• fl1?ntluc le
autour de. jambes'! » L3 Bourdonnaie, qui Wei , Je général lliller pa~slt le Danube el cour et les_ J~ux ri,·c du llanul,t·. l.'l:ntperowhallaiL pour la premif\rc foi ou le
allat ·e joindre au prinœ Cha rie· rur la rhe reur cl plu~1cur· maré1·b:11u, au nmuLr ,le. 1cux du maréchal, désirant faire preu\'e de gau,·he. Mais c •tte uppo·ition .c fût-dl ,é1p1el était le mar1kh:il Lanne:, ~-étaLlircnt
zNc, lire alor. on sahre, coupe cl déchire rift 1e, il n'en rùl résulté aucun incoovéuicnl
nu mona. Pr', t•I nolrc état-m~jor logea cbcz
on pantalon à mi-cuisse , et, devenu plus pour l'armée fr:mçai. c; nu contraire, pui•r1ue
lt; ·uré de la ,illc. 11 •:lait tombé beaucoup
le. le, rcpr nd .a roursc, genoux et jam\ie
Loule le troupe: ·e trou\'aicnt alor.,; au ddà
d eau pcndanl la ·1•m:1111~, et la pl11il', ,1ui
nus I Q~oiqu 'on se lrou,·;it ou le · l,alle
du ll:ioube et que; nou~ n'eus ions pas ru 11n 11'avaiL pas cc .. é depuis ,in~t-11ualrc IH'urcs.
ennemies, le maréchal cl son état-major rirent .~ ni coup de fusil à tirer pour marcher . ur
continuait encore; nu,. i le llanubp t·t ~,· au larme de ce nou\'eau co. Ln rue, et, 11 .on \'icone par la ri\'C droite. clltièrcm ni dénorubreu nfnuent. élait:nt-ib déhorJé,. La
r tour, La Boardoooaye rut complimenté bllr pounue do défenseur~.
nuit 1enue, me camarade et moi, charmé·
sa présence d'e, prit.
.\u nrplus. le but que fo sénn a,·ait d:èlre :i.1:abri d'un au· i mauvai. tt•mp·. ouAprè a,·oir confié à une forl , garni on le pour ui,·i en allaquanl Éhchhcrg ne rut pas
pion nrucment avec Je cur,1, jo,·ial ar~o11,
~oin de garder fiati bonne et son pont, n:m- :illC'Înl. Le én~r:il lliller, apri• avoir reculu
r1ni nous faL ait les honneur· rl'uo ctccllrnL
pereur dirigea l'armée ur Vienne par la ri1·e d'une ou dt•ux marche· L1r fa ri, droit , alla
repa , lorsque l'aide de camp de ~er1icc
Jroile du llanube, pendant que le gro de
pas;.er lt1 fl.tnuhc à lein, cl, descenJanl re aupr\ d_u ~aréchal Lnnne. vient me pr1:vcnir
ennemi 11reoait la même din! ·tion, en lon- lleu\'C rnr la ri,·e gaucb,, il . e rt•ndit en toute
l(UC ccln1-&lt;:'. me dem.'\nde, et qu'il fout 11u, je
geant la rive gaucho. Je ne fatiguerai pas diligence Il Vienne.
•
monte à I m~tant mèm,• :111 cOU\'!' □ l. Je me
mire allention par le récit des nombreux
Quoi qu'il en soit, aprè a,oir traver,é b troU\aL · si him où j'élai., &lt;JU je fu' trè
combats que nous ·ùmes à lirrer aux corp
TtJun, brillé le pont de Jlauthau_en et fran- conlrari: d'èlre oJ,fi ..é de 11uitter un bon . ouanlrichien: qui cherchaient ;, .-'oppo. r à chi fa riviùre de l'Ens, l'armé de ~ap,,léon
r et no bon logis pour :iller me mouiller
notre marche \'ers la capitale· je me bornerai s'avança jusqu'à Mül~. sans qu'on sût si lr der •chef: mai. il fallait oMir !...
à faire obsen·er que le maréchal M éna, général Uiller e trouYoit enlre Yienne cl
Tou les corridor· 1 Loule · les . aile. ha. se
dont les circon tan
avaient tenu jusqu&lt;..--là nou . ou 'il avait lra,·er.;é le llanube pour
du mona~tt•re élaient rempli de •renadier,
le corp éloigné de tou.L en!!llrrement, commit aller joindre le prince Chnrl s ur la ri,•c
el de cha seurs de la. garde, ;ia quel le lion
l'imprudence énorme d'allaqucr, le 3 mai, g:iuche. Quelques e,piolls a· uraicnt que
vin d . moine fais3it oublier les Iali!!Ues des
le ponl J'Éhel bcro, ur la Traun, bien qu'il
· ltail au c1111I r:iire le prince qui arnit pa , : JOllf' pr :œdcnts. En arrivant dau. le· ,aloo.,
fùt dérendu par 40,000 homme appuyi:s à le Danube pour e réunir au gén :rat llilfor,
je rompri_ r1ue (étai appelé pour qnel,p1e
un chà teau fort. Celle attaque devenait com- et que nou rcncontrerion· le lendemain
grave motif, car genérau • chaml1ellans ofliplt•lcment inutile, plÙ ·que, :mnt qu'dl • l'Ûl toute la grande armi· • aulrichicnn" J:in une
d •r d'ordonnance. tau me r~p :uti~nt :
commence\ le corp;; du maréchal Lannr
forte po~ilion en a\',IOL de .'aint-Ptilten. Ilan
« L'Empercnr 1·ous a fait demander! ~ Qudav~il pa. ;.é la Traun à cinq lieue au-d • u
ce ca , nous de,·ion· nous prépart!l' à livrer 'Juc. -ufü ajoutaient:• C'e. l probablement pour
d'Ebcbl,er", et marchait pour prendre le. une !!rande bataille; dan le ca. conlr:iîre, il
\'OU · r •mettre votre bre,·et de 1·hef d·e.ca,\utrichiens p r derri re. Ceux-ci e ru,5enl fallait marcher rapid,-mrnt sur Vienne, afin
dron. • liais j n'en ru· ricu, cM j'en avais
certainement retirés le jour ruèmc à nc&gt;lr
d'y arriver a,nnl l'arml;e ennemie, qui se di- pa encore as ·cz d'importance nupri- du uu:ipprocbe, sans que Mas éna perdit un cuJ l'Î"Cail vers la capitule par la rive oppu. ,1e à
verain pour11u'il ru'emo)ùl chercher à parcîUc
homme. li all.aqua donc pour pa et uoe cdl, que 0011: ocèupion·.
heure pour rnc remellrc lui-m~mc ma nomiri,·ière liéjà pas1,·ée; il réussil, mais il co l
L'incertilud . de !'Empereur était rorl nation! Je !us donc introduit dans uue implus de I, 000 soldat · tué et ~. 000 hle é ·
gra.ude, faute de remeignemenls positif· qui mense el ma nifique galeriP, dont le l&gt;alcon
L'Empcreu.r Llàma ce déploralilc abus du l" mheut à mème de rl!Soudre le 1p1e,tion
donne sur Ir ll:mnl,c. J'y lrou~ai l'Empcr,·ur
.an,. de homme , el. an doute pour donner ain~i posLlc : le én~ral lliUcr a-L-il pa . t• le
dinant a\'ec plu~ieur maréchaux rl l'al,h1• du
une leçon à Mas énn, il 1iL partir de Wel
l),1011l,e, 011 ,e trouvc•l-ilencorc de,anl nnu:.
c_o~vcnt, qui a 1~ litre d'éyê11uc. En me voy,1111.
un.- . impie brigade de cavalerie légère, ou
tn:tl!qué par un rideau &lt;le ca1alcrîc légèr •IJUi, 1 Empereur qmlle la tahl, el 1, ',1pproch du
le, ordres du général Durornel, qu.i redc·- fu ant toujour ·, ne . e lai e pa approch r.
"rand bakou, .ui1i dn mar 1 ·h~l Lanne
ccndant la ri e gauche de la Traun, par~·int pour qu'on ne puis.c lui foire aucun pri.011- auqu •l je l'cnlc11di;dire à \'OÎX ba fC: r. L'o:xéà ~~bc.lshcrg an tirer un coup de pi tolet, nier dont on obtiendra il rruelque· éclaircis~c- 11 cuGon de ce projet eQt presr1ue impo ihle:
en meme temp que I troupe, de ~fa, éna munt ,?... Ilien n'était encore posilir, lor. •1ne
(1 co ,prail emoyer i11ulikmenl e br:iTe offil. cnlraien t, après y a,•oir uLi de perte. t·oo- le 7 mai nous arrh :'1mc: à ~lôlk.
«
ier i, une mc,rt presJJue certaine! - li ira
HJéra bles et eu den colonels tml el trois
C'est à Molk mes ch• · cnf:1111 ·, que j' ac- &lt;1 1re, J en .-111 · cerla111, rcpond le maréchal
~ulre:. bles é I Napolé n e rendil de WeL' à compli. cell Je lou tes mes action. de nucrrc n il ira; d'nilleur~ nou. pou von: IOUJOUr, lui
~:liebherg par la rile droite, c qui prouYa dont le sou,•enir me Oat11• le plus, parce !JUC « en faire la proposition. 1
!JUC la route étnil parfaitement libre. Arri,·é les dan.,.cr' que j'ami couru: ju r111'à cc
"e prenant alor· pnr la maiu, le mar{-cbal
snr le &lt;hamp de halaill , la ,ue de ce "rand jour m'étaicnl impo. é · pour l'1»alc11tion de
ouvre la fc11 1tre du 1~1lcon 11ui domine au
uoml,re J'homm
si inutilement Lué,, le ordre tlonné. par me· cher , landi' qu'iri
loin I Danube. doul l'immen c larn-eur, lrinana de douleur; il s'éloigna et ne ,it per• fut 1·nlr111t11i&gt;·eme11f &lt;l'IC je l.,ra1:ii la morl, ptt:e en ce moment p:ir llne tri',~ rorte inonsonne de la soirée!... i tout autre fJ uc Mas- pour èlre utill' à mon pa ·s, .crvir mon rm- dation, était de près d'une lieue! ... Un , , 1
1 11
·fon '-e ft'1t perrni d faire os ordre une pf'rrur, et llC!(Utlrir 1111 Jlt&gt;ll de Hloire.
des plus impêlueux agitait le llcuvc. dont
1

.,

•

•

,

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�.._,

,,.- 111STOJ{1.ll
e111l'11d111ns mugir les \ '!l" lle~. li Tileuvait
à Lorrenl , l'L l:t nuiL était Lia plu.:; ol.i.scures:
on apcrn•vail rn:anmoin Je l'aull-..: côt~ une
immen·e ligoc cle feux de hivounc. Napo!ron,
le marh:Lal bnnes l'L moi t'•tanl ~cul· aupl'ès
Ju IJalcon, le maréchal me tlil : ,1 \ oilà d,•
/( l':mlrc cù•é du neuve 1111 c~unp aulricbien,
11 m[li l'Empcr•ur dé ·irc 1rè$ vivemeoL n« ,oir ·i fo corp, du gé11t•ral lliller en fait
11 partie 011 î 1 . e Irou 1·c encore ~ur celle
t1 rive. 11 l"au&lt;lrail que, pour s'en assurel'.
(( un homme de rom,· 1 ùt [c co,migc de tra" va.er liJ llanube, afiu &lt;l'aller c•n!ercr fTUcl« qrre sohlat ennl'mi, el j'ai nflirmé Îl l'Emc( percur L!UC: vou · iriez! )J Napoléon me dit
alors : &lt;( Ht•marqucz hii.:n que ce n'e l pa un
" ordl'e 11ue je rnus donltc; c'esl un désir
u 11ur. j'exprime; je reconnais que l'entreprise
t( o. t !l:i. ne peut plus pcrillcusc, mais vous
!\ liouH•l la refuser an;:, crainte dd me dé(( plaire ..Allez ùorn~ ri-Déchir qo.cl11uc!, in ·tanb
i1 Jan la pièce voi~ine, ('l rel'curz nous dire
11 l'r,1ncbemenl \'t•lrr décisiou. n
Ja•muerai qu'en entendant Ll propo ilion
du marreh:11 Lanne , une, sueur froide a,ail
inn11dé loul mon l'OrJJ ! Mai 1i l'in tant
mêmr, un sentiment que je ne .aurai· définir,
et dan.s lequel l'amour de la 1 loire cl dr mon
pal'S ~e mêlait peul~lre li un noble orgueil,
e1, llanl au dernier degr~ mon ardeur, je me
tli • : t:ommcnl l l' Empereur a ici nnc a.rml'.-e
d 1;i0,000 «ucrrier dêvoués, ainsi que
~:,.000 hommes Jc ~a .,arde, tous choi i
parmi les plas lira l'e»; il e t entouré d'aid~
de camp, d'oflicicrs ù'orJonrrnnœ, el cep ndaul. lùr~qu'il ··agil d'une e.tpédiLion 1nur
lnqnellc il faul aulani d'inLdligence que d'intr&lt;lpi&lt;lilé, c\J!!t moi, moi I qne l'E.mpereur et
lc !,rave mar,\:b:11 [.annes ohoisisscnt! ! !
« J'irai, Sire!m'rcriai-je~r111sh~~iter.J'irni !...
ti cl 'i je përi , jt• lèJUe ma mcrc à Vou·e Ma(' je li•! 1&gt; L'Emptrcur me prit l'oreiUe en
~, 0111e de satbfo.ction, cl le m(lré1•hnl me lendit
la m:1in C'n . 'éaianl : &lt;1 Ja.vais Lien raison
&lt;&lt; &lt;lti Jir~ à Voire fü1,jcslé qu'il irail! ... Voilà
~ ce qu'on .tpp Ile un brave ol&lt;lal 1 !... »
~fon cxpé&lt;litio11 é1a11L ain:.i résolue, il tal111L
.so11g1•1· il réunir les moyt&gt;ns pour l'exécul.t.'r.
!.'Empereur fü ap ptfor le général Bertrand,
sou ait.le uc camp, lé général Dc1rsenne, dr
~rcnadhirs de la ,,.arde, ai n i qnc le commanJanl du n·and quartic-r impérial, cl leur
nrJonna tl~ 111•llrc à ma. di.p&lt;• ilion tua.tee
,!ont je. rroirai · arn·r lie ·oi11 .• ur ma demande,
un 11iqUl'l dtufonl('l"Ïe alla tb~cbrr en Yillc
le bourg1fü' Ire . l,i 'J" ndic dt'' Lalclicrs et cinq
de ses mdlll'nr m~ll'l11h. ln r:.1poral Pl cinq
grenadier · :1 pi"d do la , ieillc g:irJe. parla.ut
lnus allema.nd. cl pri · parmi les plu~ ùravp ,
,1uoi1p1c 11· 'laril pa; encore &lt;ll;COrés, furent
au.s,,i appoliii el con ent.i rent volontairemenl à
111· ,tC('omp,1gncr. L'Empereur lllJ'al&gt;ord introtluire 11· six militaires, cl I ur a ·-ant promi-

11011s

L 1;,, l~moiguuge rlll' r\l un \,irn 1·ir plai ir, rl .i 1
pn · m'~cmr coiunm fü,ui.:hw, ~ui rn, ~il d'~lrc folicil/1
ponr &gt;1111 !·ou~age !QI'.. l _m3~••d1al ile Trirulce : • Il
foui quo JU ,11~ q,rn J e:.l1m~1 phi la lmmn"C qur me
1(unua cet howinr 4uc. ,il 111 rûl dnru1.i b mrillruri•
il,·· lrrr~s si unes, ci c11r,• que pour lors jt' ru~ bit.-u
(ll'll riche! C •H,• gloin• m,• lit cn0el' le cœur! •

leur rclonr ils rccnrairnl immé&lt;lialemrnl l:i croit, rrs hr:i,es ~eo~ répon&lt;lirt·UL
pur un (1 \'h.: l'Emper&lt;!ur! 11 rt alli•rcnt se
préparer. Qu:inl ,,ux cinq l&gt;alclitlf~, lorsque
lïnlerpri·te h1r eul cxpliqa ', r1u'il . 'agis~:iit
1la cond11irü una ho.r11ue de l'autre c(11,1 dn
D:rnnbe, iL Lomlièrcnl à genom ;,t se mirrnt
l, pleurer. Lt: syndic dt'.·clara quïl valait autant le- l"L1 ill,·r lout de suite 'lue de lii
enl'Ol"l'r à une murl cerlai11c: l'c.x1iéJitio11
êta.il alw1l11me11I impo~-~iblc, 110;1 seulemenl
à c:m e de la force Je· 81\lll qui retourner, Ït·nt la nl'f, mais aus~i p'lr&lt;'(' que k
nfflul'nls du Danube aTanl :imon.i d1n· ce
llfüYe un" grande ']UanLiLé de ·api11s noun~llcmenl :ilullus dan le, montagne ,·oi:ine',
cc arbl'l'.S qu"on ne pourrait 1:, iter d:in,
l"ob$CUtilé YÎendraie-nt heurlrr cl cl \foncer la
liarquc. U'aillt•ur , comment almrdcr sur la
ri,·c oppo~~e. on milieu des saules qui crèlL:rait•nl le haleau, et d'une inondation dont on
ne conuai $a.Îl ras l'étendue'!... Le·
nJic
t'Oneluail donc que l'opération était ma11:rîdlcmcnl impraticaLh•.
En,·:tin, l'Emp •rcur. pour Id ~éJuire, fit-il
1:11,lel' dl•,·anl t:haran d"eux H,000 franrs en
or: ctllc offrt:l ne pul IL·s déc:der, L C'Cjh'TI·
d.,nt, di~ahmt-ils, now ommos du p;111vrr
mali lot , lou père de famille: 1:el or as urt&gt;rail nnlrl' Furlune cl r lie de nos •ufanl ;
noir rcln.s duiL donc vous 1wo11v0' l'impo•sibililé de lraVl"l'•"r le Ileum en rc mom!:!nll. ..
.1 l'ai Mjà. dit : à la gurrrc. fa né ·es.ilé
d'ëparµncr la \"Ï1• d'un n-raod nomlœe d'hommes, 1 n su,·rifüinl celle de quelque. -uru,
rend. dans c·crtain 'S circ.on lnn~•:-, le chd·
de l":irméc impitoyables. L'Emperi!ur ful donc
inOtJxiLle. Les "renadicrc- rPçurenl l'orJre
d'emmener cc· paunPs gen mal•-ré eux. et
nous de. cendimcs à la ,,ille.
Le capui,11 qn·on 111'al'ai1 donr:é étai t un
humruc fol'I intdliirenl; je le pris ponr mon
inlrrprt!lc el le cbar6l'ai, chemin fai. :ml. de
dire au . ynd.ic des m:1tclols que, puisqu'il
éLail forcé de rnair a1cc nolll•, il de,ait. d:1ns
son propre in1érèt, nou" JésigniJr la meilleure
liarque (' I inrliqucr tua lt:s objNs &lt;loul il
fallait la g 1rui1·. Le ma1heureu:i. obtlil. Lout
c11 e lin.ml au plu · affreux dl;,rspoir. ous
"ùme. doue llllC e:~ccllcnl.e l!rnbarcation l'l
p1·imcs sur le~ aulrcs loul re qui l'ut à notre
en111rnancc. ~ou. a1ion deux Ml •re,;; m:iis
c.Jmmc il ne me parai: ail guère po,silile de
n~u.s pn s11r1·ir, je li~ preu&lt;ls~ ùe c,ibles Cl
c ,udrc :rn uout de chacun d'èux un morceau
de toile, d.ins ll•qul'l éL:til r11veloppci un gros
c.1illou . .l'u1ï1is va d:lli.s le midi d~ ln France
des pècbenrs arrJte.r leurs bateaux en l:rnraul
sur les aulos du ri1·a1re l~s roril~ ainsi rr~L
par&amp; , qui, s\'Illorlillanl :wtour de et'~
arbre , f:ùaien l ofüce d'ancre eL ari•ttaient
la nacelle. ,Ir c.iu,·ri ma tète &lt;l'un képi. le·
gr.·nadiers rr:n nL leur. lionnels &lt;le police,
car taule au!re 1·oi1Ture rùl été lrès mbarrJs. ante. Nous :tl'Îous des vh1r s, drs cordes,
d1:s hat·he de cies, une échcll~, enfin l&lt;,ut
ce r1ue la prévo1a11ce m'al'ait suggér6 ùe
prcmlrc.
~os rrépa ·a tir.s terminés j'allais donner le

(jU'it

"" 28 ...

,i,::nal du dép:11·1, lorsrpw les cinq hateliPr.
me uppliucnt en ~anglotanl de Je f,1=r1' œnduire ebe1, eux par rues soldats el d • leur
:ircordcr la ¼,'l'à.ce ll'aller. pour la Jt&gt;rnièrc?
Toi~ pcuL-ètrc, cmbr,,s f•t· 1,,ars t~mmrs el
l, m·, enl':rnls L.. liai s l'allL•ndri!'. rum1l qn'i·Ot
produit crtle se~nc ne pournnL tJa':imnindrir
le ·onr:i,1e d~jà :-i f;iiLlt&gt; tic ce malbeur!'lll,
,je rdu ai. et Eh bi, 11 ! ,lit alors le ·odic,
" paî ciuc nou n';1,•on~ plu. qu(' 'lue.lqm.'!11 in~l:mLs à vivre, donnez-nous cinq minutes
" pour 1-.:·comm;inJct• nos âmes 11 Dien, el
f-aitr,~ de mènu~ 11112 nous, car mu alli.:Z
&lt;&lt; aus i pfr:r ! ... ,, li·
e pro terni:renl lou ·;
) s "rcno.dit·rs el moi li!S imitàmes, rc qui
parut fo'.r, grantl pla\ir 11 cr. bra,·e~ gens.
La prière lrrmiu le, je fis ùi~trihuer à chacun
d'eux un vrrre de l'cxcel!enl vin de. moiw"~,
cl la ùartp1c fol poussée au large! .. .
J'avai~ rècommandti :1ux grt'nadiel'~ d'exécuter en siknce loull'S IPs vrescription. du
indic 111û lenail ],, go111•crnail. Lt&gt; courant
était trop rapide po11r que nous pus ion.i; Lraver-er directemcnl de tiilk à la ri l'e opposée;
nou, remontàmes dooc à la ,·oile 16 long de
la berge du flcma pendant prè d'une lie.ut•.
cl l,ien que le Ycnl el les rn!!Ues fi •enL bondir
le Laleau, ee trajet se iil san. accident. Mai.
]or 11u'il fallut Lieu s'éloigner do Lerrc, ponr
commencer la 1raversé1: à force de rames, le
mât qu'on abaltil, au lieu de veuir ·e placer
dan la lon"ueur du bat.eau, tomba de côté.
el ln \"oile, trempanl dans l'enu, olfrail une
grande r~ i tance au rouranl, ce qui notr fil
Lcllemenl pencher qu~ nou hlmes ut· le
point dëlrc ubmergé l. .. Le patron ordonna
de couper les càules el &lt;le jeter le m~I dan
le Jlenve; mai, les matelots, perdant ln lète,
e mirent à prier sam bouger! ... Alors, le
caporal, ûranl on salm•, leur di1 : ,, On peut
prier en travaillant! Si \'Ou 1ùbéi c&gt;z sur-lecb.amp, je vpus lue!. .. 1)
Ces pauvres diable., obligés de rho: ir
en Ire une mort incertaine et one morl po iLi,·e. prirent de haches, aidèrent le rrrenadil•rs; le mâl fut promplemenl coup: cl lancé
clan· le courant. ..• li h1it tcmp. , c-::t.r it pein
fùmcs-nou débarras és de cc dangereux. f:trdcau, que nou · r · sen lime une s.ecous e
i:pou1·:mtable: 1m des 11ornhreu1. :ipinsqn'c11tra1nait le nanu l.,e 1•enai l Je beur Ier le bateau... nous frémi me lous !.. . llcureu&lt;l'men 1, le bord:i •c n\:tait poio I èncore d~Ionc; :
mais la Lnrque r ;~i~tcrJit-clle nm. chars
r1u\.ll pou1·ait r,,l'rrnir de.~ au Ires arbres ~uc
uou 1ù1percciions pas et donl le \Oisinage
nou ét.iil ignalti par un plu grand bal::rncemenl des va!!llc•s?... l'lo irur.&lt; non · llmchèrenl, .an 11uïl en ré ult;1l de "ra,•e,; acciJcnls; rependant, le roura11t ilolIB pous.ant
:J\'ec force, cl no~ rame. gagnaol fort p&lt;!u ·ur
lui, pour nou raire prendre le hinis néœllsai rc :l la t1·a,·ersée du lfouw, je craignis un
moment qu'il ne uou cntrainô.l au Jelà du
è.:lmp ennemi, ce qui l"fü fail manquer mon
1'tpéJi1ioo. Enfiu, ~ t rcc cfo rame , nous é1ion
panl'nu nu trois quart· du lrajel, lor rioe,
1m1gré l'ob curilé, j'apcri:ois 11ne énorme
ma$se noire sur le, cam, pui lottL 11 coup
1

________________________

w1 îrôlcment aigu se fait entendre, des branchage 11011s a[!eiga.enL au v-isage, et la barque
'arrêl !... Le patron, 11u ·•stio11né, répond
11uc nous .,ommes ur un ilot garai de nule;;
el cl c peuplier!.', donl l'inon&lt;lation a presque
allcint le omm~L.... li fallut cmplo)f•r des
bacbc !1 fàlon pour ·oil\ rir un pass.1go à
lra\·cr· Cl's l1rancbc·; on ) parri111, d Ji,·
11uc 11ous eùmcs frantbî rel oL ladc, nous
tr0tnàmcs un couraul IJic11 u1oins furieu. que
dans le milieu du llemc e l alll!ignfmcs enfin
la. rire gnudie, cn Îacc du camp aulrirbic-11.

rive ,liait bordéll d'arhrc~ al{uatiqucs
trt· Loulîus 11ui. ,wnoçanl en forme de dùn1c
au-Jcs u do la lierge, en rcndaienl '111
Joute l'apprm be fort diîfi ,:ilc, mni · rp,i en
m~me lemp 'opp,1·aiunt ù. cc r111c ùu ramp
on '[1Ùl apercevoir noLrc barqur. L&lt;•s f,·tlX de
hivmrnc écloiraiPUl li! rivage, tout en nous
laissant dan. l'ob~curilé que les lmmcbe de
saules projclaicnt ·ur nou . .le bissai la
~arque courir le long du bord, cbcn.banl de
l'œil un endroit propiœ pour prendre lem.
Tout à coup, j'~perçoi · une rampe pratiquée
·ur la he.r!!11 par les ennemis, afin que le
hommes et les chevaux de leur camp pur-sent
ttrri1·er jusqu'à l't!au. L'a&lt;lroil caporal lance
alor, parmi les saules l'une de · }lierre 411c
fanis l'ait prëparer; la corde s'enroule autour
de l'un de ces arùrc~, cl la barque s'a.rrêle
contre la terre, à un on dem pi!!ds d~ la

Celle

.MtMOTJ(ëS DU GEN'ÉN,.Al. 'BAN,.ON DE

Jl1 ..JfR,BOT

.--.

bar11uc toucbn t !erre; nous fùmcs dont ohl i-

rampe. Je pense 11uïl était alors minuit. Lu,
Aulrid.iie11s 1 se lro11rnn1 ~fpar,.;.$ dcs,Friu:ç.ai ·
par l'immensité du 11:muhc di:hnrJJ, rl:iin1l
dans une si gra11Jc éc:urilé !Jlll', r:&lt;c&lt;·pté le
îaclilmoairc, tout dm·mait dan lll (':tmp.
li c,1 d'11~:ige ù lJ "11crr c 1p1c, '1'1cllc '1'1c
soit l:t di,wru.x- 11111 sfparu de l'ennemi, ll'S
canon· cl le· .euliucll · &lt;luhcnt lo\lj Htr:; [ai1 c
face ,•ër~ lui. Lne li:tllL!rio phicéc en .11·:inl du
camp él.tit donc tournée &lt;lu ,·11lc du fl,·uw·, d
des faclionnairl' l' p1·,1meunicnl snr IL• haut
du ri,..igC', d,ml Ir arbres cmpèlhaient de

YOilà :;ur la r:tlllpe .... Nous la mouton:. el je
me prép:irais à courir sur le facliunnoirc le
moins éloigné ,le nous, pour ll! Jésarrncr, li!
l'aire hlûlonorr ol le lrdincr .ur le h:i.Leau,
lon1u·un IJruil 111étallii1uc et u11 pl'lil tha1,t
il JcmÎ•IOÎx. ,·inrenl l"rappcr me urcilles ....
n homme porWuL uu tl'O. IJid11n dc l'cr1,lanc \cnrul en frc&lt;lonmnt pttisrr de l'eau.
1"\ous redcsccndoir prornpte111c11l ver~ Ji.
fleuve, pour nous ca.cl,t•r sous la ,0111le d&lt;!

vuir l'eÂtrème LnrJ, Lantli 11uc tlu Laleo.u
j'~percc,·ais à Lra,·cr lt·s liranrhl' li nr gr:inde
p1rlie de Li\'0ll3C3 .•lusquc-là Illl mi~~ion
:J.l'jÎL éLé plu heureuse ,pic je n'nurai, ru
l\•s1 êrcr; nrnis pour 1111c le résal•at ÎllL
complet, il fallail enlever un pri onriier, cl
une tellè opération, e\éoolée à cin•pwntc pas
Je plusieur milliers d'enncm: ·, 11u'un seul
cri pou mil réveiller, me purai~~aiL ùim difûcill· ! .. Cependant, il fallaib a"ir .... J'ordonne
dune au" cinq malcluls dc .(' cJud1c r au fond
de la h1r1pte, en le prtircnant que deux 0 nnaJ:,•r~ ,·ont fos suncillrr cl lueront iropitorahlement celui qui pr.,fércru une parole
ou cs.aycra dll se lcl'l'r. J.i p'.nce un autre
nunadier . ur la pointe du lnteau riui avoi.ine
la berge, el mella11t le saLre lL la m)io, .ie
débarque, ·miri du caporal et de dcmx grenadiers. Il s'en fallait de quehpie pi d riuc la

1,ranrbe &lt;jUi couvre I,\ l1Jrquc, et Jès ,p, •
l'.\uLriJiien se l,ai~~c pour remplir son hiJon,
mon caporal el les deur grenadiers le saisi' cnt à b rror~e, lui pbccnl ~ur la boucbt•
un mouchoir rempli de s:il1lc mo11ilU. l:l lui
mcllanl la poinlc de lenr ~ahrc au corp,. menacenl de le tuer ·ïl failla moindre résislaoce
ou cherche à pous. er un cri!. .. Cel bomm&lt;',
stapé[uil, obtiilcl se laisse condnireau ù:.tlciw;
uous le hi âmes dan5 les l11·as Ju gn·nadicr
l'lact! sur ce point, cl relui-ci lu fit coucher 11
plat 1·cotrc à rôlé des tnnlelots. PcudaoL cru'on
enlenit cet Autrichien, ·oo co~lume m'avait
[ 1il rceono~1trc que oo n\ilail pas un oldat.
proprement dit. mai. un soldat d11mesti11uc
d'officier.
J'aurai préf~ré prendre un comhallant,
parce que j'aurai eu des renseignements
plus positir ; néanmoin, faute de mieux,

;;rs de mardwr dans l'eau, mni · enfin nou

�~-----------------------

111ST01{1A
j'allais m · conleolt'r de celle cupturc, lon1uP. grand • clarté i.ur le. ,·aux du lleuve. Il 1tail etrnémi !... f,e colonel de hou ard me prêta
j' ap,·r oi~ au ommel Je 1. rampe dcu roili- ~\id nl c1u'on wuait d,: l'oul'rir en entendaul un ch ,al et me HL donner plu. ienrs cb:iriot,,
•romlcr l • c~uwn: ,m ,i je m di : tï:mp,·- ,ur I llU •1. j pla\· i le !!l' nadier , 1 m tair • portant cba.-un Le hout d'un Lllon au
reur
el lt: · marre bau ont ccrtainemcnl ur tclob el le pri:,onnier ; pui l,1 1etile · rarnil1 ·u duquel était u. pendu un ·baudron.
cc
bnlClln
i i\J mil ~avc•nt I anmu . ur b ri\·c vane e dirii-:; •·l ur Yïlk. PeuJ nt ce traj,•t.
&lt;:es homme, u'él ut plu. tiu'à quelc1uc pa:,
le caporal ayant, par mon ordr , qu ,tionoé
0 aud1e dan.
ll' r.amp ennemi el ronl d'·
il était impo ihle Je e rcmhar11ucr .an
1°
lroi Autrichi1•n , j'appfr 1·ec bonheur
,·«·u pour mon retour! » Cette p •n. éc c~al,•lrt! ,u. Je lis Jonc i;i,me à mes i;r·undi r
que
le ·nmp J' oi1 j ven.1is ùe l · enle\' r
0 e, je ne li
tanl
encore
mon
coura
aucun
de .. ca ber d,! nou\'cau, et !or ·que ce dcu
apparl
•nait 1111 corps du ,:uéral Hill •r. celui
allcntion
aux
boulets,
d'ail!Pur·
fort
peu
danutrirhiens c hai ··rent pour remplir leur
ercu car la rapidité du courant nou em- dont l'Ewpcrcur Msirail ~i vivement 1·ono, itre
va~e, d lira~ vi •ourctU, Il'· saL-i,. anl par
derrière, leur plon,,i·rcnt ln 1\te dan l't'.iu, portait 11\ec une l lie \Île: e que l • artilleur· la po~ition.
.\in i, plu. d,· Joule, le , :m:r I llillcr :wnit
p3rcc que. c1:s ·old t. a~:inl leur· 3hr •·, je ennemis ne poU\·aicnL pointer 11,·cc prédsion
rraignai 1p1'il n ,oulu ~ nl r t~i,-Ler: il rai- snr un ol,jd aussi mubilc, et il nurail fallu rejoint le princ, Char\Lo ,fo l'autre côté du
lait don le. étourdir. Pui~. à mr. ure 11u 'on èl bien malheureux pour r1u'il all igoi .eut llanuhe; il n • pou,·, iL donc plu, êlrt• que lion
noire c.mbar ·nlion; il e L Hai qu'un .cul Je li:itaille . ur la roule ,,u 0011 ocrnpion,,
11 r ·levait un, ,a l,ourb était rnuwrte r3r
L, ul t pomaiL l· hrL •r et nou plo11:,-:a clan · el , apoléou, n'nFinl plu· dernnl lui que ln
un mou ·hoir rempli d,! .:iltle, cl d • lame J
~ahr • pl r' •s ,ur ~:\ poitrine le routrnimai nl :1 le ouflr •, mai tou all~renl .e p rdre dan. r.naleric t•nneruie. pl. c~t• eu nvaut J , aintnou. ~uiue ! lb for nL ucre~Jwment rm- l I&gt; nulie. Je me Lrou\'ai Lient,it hor. de la Pohen, po111 il en toute ,:rurité pou." •r s&lt;'.
har..111 · ·ommc l'arnil ét: le dom . Li11u ·, 1•1 porttEe d '. cnnetni el pus roncevoir rc~pé- troupe· u.r \ïennt\ dont nou n'étions plus
je r montai à horJ, • uh·i du ~poral el dr" rance que mon 1'lllrrpri e aurait une b •u- qu'à lroi. p1:Lite marclt ~. t rcn, •Î!!llërr.u b ue. C pendant tou- le, péril n'étaient menl o!Jt1l11u , jo lançai mon rhe ·al au ·rrnd u •ren di •r:-.
.l11. 11ur-là, !Qul :,Hait admirahlc1m·nt bien. pa ncor , urmonh::., car il fallait rctrawr · r lop, pour les porlcr au plu ,i11,à l'Enipcrcnr.
li fai ·nit "t&gt;:tnJ jour quand je pmin. à la
Je fais lcn•r le matl'lol~ : il r(•prennent leur. le 11 uvc 11ui roulait toujour d · tron de
porte
du monast rc. J'lln tromai lits abord·
apin,
et
nou.
fùm
'
"
j
•té•
plu.
icur
fois
sur
ram, ·, el j' urdunn • nu raporal de détacher le
oh
lru
· par tout· la population Je la pclilc
uumer"ét:.• oit le, Lrarwh ·. de [l ' U·
liout de I cord qui nou, li ail au ri,a"e; &lt;l ' Il
vil!
dl!
~Wlk, au mili u de laquelle on cnlcnmai,, cil. 1•tnil . i ruouillœ, •l I fort lira"C du pli •r nou. arrèt.-rcnl lon ltmp~. Nou pardait
1
cris décbirauti; des fomruc:o, enfanh,
,inm
·
enlia
nou.:rapproch•·r
ùo
la
rÎ\'c
bateau tju ·ellc r •lt&gt;nail, m:tli ~ ln ,iol ·net• dn
p:treuls et alllb d , matelot nlen:. la vuilh•.
droi
,
à
plu
de
de111
lieues
au-de
sou.
Je
rourant, :u·ail ktl m •ni ri·, erré le nœud,
Mi.il\-. 1 i une nom ·li· crainte,int m'a nillir. Je fu · à 1'in lillll l'nlouré par Cl'.S honnc · ..,,,o,,
1111'il d ,,int impo. .ihlc d,~ la JJfoire .• 'ou
.l'apt;rçu: Je. feu Je Lhouac el rien ne me Jonl je ·:tlmai le· Ii \e in1111îé111des en leur
fùmes ohli;tL de ·ci ·r la •·orde, te •tui nou
Ji ·anl n fort maurais allemand : « \"o.- paprit dm\ ou lroi minut ·,. \fais le !'Oort~ donnait ln c •rtitude 1111 ïl• apparlin .. en I à un
renL el :imi · vhenl et ,ou ail z le:, ,oir Jau 1p1e nou foi,-i,111 . a ·anl imprimé uu "rand ré,.imcnl frnn~:aû, c, r l'ennemi 3,ait Je..,
qu •!que. in:tanl- ! » 1 o immcu ...e cri de j..,ic
ruou\1•m ·nt au c.îl,lc «font l'!!~lrémirê 'tait lroup sur le. deux ri\e~, et je · ,·ai · •1uc,
; :tant alor éle,é du cin de 1, foui•, l'offi,ur
c,·Ue
tli.l
droite,
l'a,·anl-!?3rdl•Ju
maréi
hal
entorlilléo autour J'uu ulr, k, l,r:111ch1•-. de
cier
françai: cbar" 1 lie la aord de porl e
L:rnnc
.e
trou,·ail
.
1
,
peu
d
Ji
t:tn
·edP
l,il~.
CAJl nrlirc ll"ili•r1•nl celll' 1111i l'arnisimi ni.
pr1~,·uta, l dè 11u'il me ,il, il 1:ourut, ain i
li en n: ulta un frolcrntnl a. ,ci liruyanl pour en face d'un wrp autri ·Lien pl.1c · à intqu'il
en :\\ail r~u l'ordr , prérenir l •" aide.
;illirer l'attention du fartionnairc. Cel bo1111ne l'ollcn.
d
·
camp
d'. r,·ice d'informer l'Emp T'ur de
otr
•
arwéc
de,aiL
au
Jou
1
,,
~e
porter
en
approcl,e, n'apf•r1•()il p:i-.. ln liar,1u ; m,,is
mou orrhéc. E11 un in lilul, tout c · qui ,e
a,,
Ill
:m
point
du
jour,
runi
occupait-die
v11,a11l l'a"it.iliou J •. Lra1:d1c cl le hruil
an;m,:nl ·r, il nie : u W,•r da'! 1 (Qui ,i.,.e'?) d1:j n· lieu, cl k feu. 11uc je \o)ai étai •nl- troo\·ail d:tns le p lai~ fut ·or pfrd · le hon
maréchal l.:inue ,int à moi, m'embra .. a corI' tic répon ·c 1... ~omcllc ~ommalion ,fo la il entouré~ J"aroi: nu d'ennemi '! Je craidialement cl me rondui~it sur-k-ch:11np au'
nai
1101;
le
courant
II
m'eût
cnlr;1i11é
trop
enlinPII' cnnrmit&gt; .... :'.ous :?ardon. e1wor •
ha , mai je ru tiré d mn l'fil'PI ité p~r lu prè · de n:mp,.r~ur, en '1.:Crianl : ' t.c ,om.
le ilencc 1•n 1•0111in11anl noire tramil .•.. J'éllli
dan, d1, rran,;e rnortdk,: car, opr,··, :l\·oir . on de plu ieur trorop •tic,, 'lui sonnaient le 11 • ire, je a,·3j · bien qu'il reviendrait!. .. il
il aml·nc twi pri5011ni rs du corp du ~1ln1..L
lira,é tant dt.! pfril.. il tût 11lé uairuenl l'rucl r,:,. '1 de la ra,·alcri~ fran ·ai e ..\lor ,, toute
« rai Jlillcr ! ... i, , 'apoléon 111c reçut oo nll
incertitude
ce~:anl,
now
fun
•
fort'
dt!
ram6
d'é!'bouer âu port! ..• 1:ntin, colin, la ,·orJc
peul micu,, et quoique je fu , mouill,: el
e.t coup;e d 11• l,alcau pou é au lnri•l· !... n•r la pl:11,:c?, où l'aul non: lit apcrce,oir
cro!lc
de toutr parl$, il po~n a main ur
\hi!, a pt:in~ ·i-l-il 1·11 Jcltor, d11 k1 vuùtc 11uc un illa"&lt;'• :ou e11 élion~ peu rloi 11 : -. lur·mon
épaul
, an oulilier sa plu ... r. nd
1,, :' aule. Fornmicut nu-Jc,su · de oou_, 11uc, 'lu'un co1111 de 11101i-rp1ehm ,c fil •ntendre, et
preo\e J · !-alhfaction, le t•inc~•mcnt de l'oune
halle.
ifll.i
à
nu·
oreille
!
...
li
él:ùt
é,ifrl ini par la lueur d ,, ku . d • hi\OU, r. il
ruillc. Je ou · l:ti~-e ju;i·r wmbien je fu
e,l ap rl'U 11ar le r.,ctionnaire 111trid1ien 11ui denl 11uc le poste fr. nçai uous pr,mnit pour
11u
Lionn,:!... L'Empcreur ,oulnl connaitr •
crie: ,lu,,· ar111e11! et Lire :-11r nou. !... l'er- un en b:trt:ation ennemie. Je n·.il'ni pas pr :rn
eu détail tout œ rp1i m',:1aiL advenu pendant
cc
a.
,
cl
ne
i,arni~
u·op
comm,·ut
nou.
par,onn • u·e. t allt!Îol: m i à n• liruit, tout1·,
ma périUr:n c rnlr •pfr •, el lor ·c1ue j' eu Ierle lronpr· Ju camp ~c 11•,.:nl pr{,cipitam- ,i •adrion; , nou · fair, rcoonnailr1 lor r1ut•
miné mon récit :a l!aje: té m • ùil : J
111cnt, cl 1,•:; arlilk1m, doul 1(, piètes !,ra- j'1•u , l'bcnreu~c p •u~é' de fJir pou,ser
• uis trè contcul de vou , chef 1l't-~rcJ1fro11
11ué • ~ur le llauuhe .·e trou,ai ·nl tonl . frtqn •mmenl p,1r me ,.ÎJ: gren dier lo cri
MarlJot!. .. »
Je
;
Ffrr
/'emJiCl'flll'
Yapole1111
!
...
Cela
ne
1•h1r;.:ées, me font l'honneur de tirrr )!! cauon
Ce~ parole 1qui,·n!:ml à un LreH'I. je fu ·
utfüait
certain~m
•nl
pa
·
pour
prourer
11u
•
,1J1 ma bar11u1· !. .. Mon cœur hond it tic joio
au
comble de 111 joie!... ro chambellnn ayant
au liruit dt! ·elle d 1tonation, 1p1i d,•,ail êlr.i nou ;lion. Fran ni.~, mai· dc1ait 1: pendant
aon&lt;1ncé
en cc momeol que l'Emper •ur était
t'11tend11c par 11:mpereur l p l" le mar '-eh::il :illir r l'allenlioo Je urticiH·, qui, 1•nlomé.
crvi, je com}'tai. allrndrc d~u1.' la galerie
de
Lcaucoup
d
oldals,
n
pom
Ît.&gt;nl
craindr,
Lnnn !... ~ft, y •11,c ·e portèrent 1er le rouqu'il fùl ~orti dll table, lor ·que I apoléon, m •
' •nl J • lolk, Joni, m;1lgrt.\ l'êloigm ment, je noire petit noruhr ' t cmpè b •raient ·an
u arni ~,sé d'ap1rccrnir k~ nomhr~u - •~ doute qu·onn 1iràt -;ur nou~. a1ant Je a,oir montrant 1du doigt l,1 salle à man er, m dit:
i nou ' étion · Franç.11 ou Autrichien~. En a Vou, di Jeunerezavcc moi. J, lu d'autant
roi éc · 1: !airé ·s. 1.111·~ furcul prolwhlemenl
plu llllll~ de cet honneur, qu'il u'ova.iL jatout ·s omerlt à lï1lcla11I ~ roui 1 lu1ni'·re dJ'et, Jl u Jïn tanb apr' , {étai rc- ·u ur le
mai. ·t' rail aucun officier de mon grade.
rÏ',a
•e
par
le
colonel
au
Lrin
el
le
\I·
de
houJ'un · ule m • parul augnw11ltr de 1irndté :
P •ntl ul le déjeuner, j'appri que l'Emporeur
c'était t.:dlo Je l'imm •nse ftJnèlrc du l.iakon , . ards appartenant au corp du mart!chal
•Lle rn:irûchaux n s'étaient pa. couché , l
&lt;JUi, râce à tt~· dimcn. ion~, pamllc, b 1:cll . Lanne . ' iuou, ru .i&lt;10 dtlharqué uned mi,1u·en
eutendanl le c:mon grond 'r ur la ri\ l'
lieue
plu
l,a
,
noo
lo1Dbion
•
d::in
·
k,pu.
te~
J 'un purlnil d' :glise, 111·1~ctail au luin u11c
11

1•

.Mi:M011(ES DU GÉJ'JÊ1(.AI lUJtON DE .M AJtBOT - ~

Tou. me. camarades étant ocrupé à porlcr
oppo. tir. ils 'étaient tou préci11ilé au bal- s rion. de anl Yienn , on lui ferait passer le
d,
ordres, j • me trouvai
ul aupr Ju
con! !,'Empereur m• fit r :péter Je quelle ma- a\nnl-po le:, afin qu'il pùl c rend.r • aupr'" mmkhal, lon1u'en entrant dan. aiut-Pi1lt n
ni'·re j'a\·ai :urpri le· troi prbonniers, l'i de . on maitre. Pui· . ·apoli'•o11, prenanl clans
1pa ,ant J vanl uu mon l'•re de rdi •ieu:e!-,
rit beaucoup de la fr:i}' ur cl de l'étoumunenl ~a ca ·lll • un rouleau de 1,0 0 fr(lnc , le nou' en ,imc .orrir l' 1,be ·e, une ros. e à
mil
dan
1
main
Ju
domc
tique,
en
disaul
:
c1u'iL vait-nt JO. éprouver.
la main, et suhie de toute
nonne.. I.e
Ou fiul enlin annoncer 11ue le chariots u Il faul honorer la ,·ertu partout où elle ·e
nint
·
femme
,
effr:i,éè
,
,•r1ia.ienl
dl'm:1111lcr
utnienl arrivés, mai ne pouvaient pénélrer a montre! ,, Enlia, l'Emp ·reur donnn quel- 11roteclio11. I.e maréchal le' ra: ura, el comlllc
11u • lr dirftcil ment dan 1 1.ournnl, tant 1 11u - pièrc d'or à chacun d d ux autres lc5 ennumi:- fupienl de tonie;; part et 1111c
ful!le Je· hal,il nts J .Miilk 'cmpr · 3il pour pri onnier . eu ordonnant 11u'on les r ndil no troupe.s occupaienl la ,ille, il crut pou,·01r le~ mntelot ·• l'i:ipoléon, trouvant cet cm- au .. i aux avanl-po le autrichien:, 11 afin de rnir mettre pied à lerrc. 1 o . oleiî br1'1 nl
leur fair oulilier la rraicur que nou leur
pre~~ ment trb naturd, ordonna de faire
tnllit ucc~dé à la tempèle de la nuit prrc 1ouvrir le portes cl de lai ~ r entrer tout le • a,•ion' 1·.au étl, et qu'il ne fù l pa dit 11ue d ·nlr; 1 mar.:Chal ,en. il de faire Irui lil·Ue ·
monde_ dan. la cour. P •u J'in tant oprè , le· « J~ ldals, même ennemi·, eu .enl par]", au "alop; il a\ait Ir\ rhaud. l'ablK's~ lui
grenad~e~. le: mal ·lot. el le. pri onni •r. u à !'Empereur J Frao1;ai: .an • r •~oir proposa J,, venir prendre tJUt•l,1u rafr:mbbfurent introduits dons 1 alrrie. (,'Empereur, " qu l,1u bienfait 1.
cruenl ·. li accepta, l'i nou. ,oilà tou le
ayrull_aupr'. de lui on interprète, fil d'abord
d,:ux
ùnns le ,·•JUn:111, au milil-u d'une l'ÎnCH PITRE XV
'}Ue~l1onr r le troi:. ·oldal~ autrichien:, el
'luantniue Je rcliôienM'- !... En 110 in~L:inl,
apprcnnnt n,t?c ·atistaclion l!Ue uon seulemeul
une talJle é\,:nanle tut dr!l.o;Jc cl un goùli·r
Il 11. ~ int•l'to11 ·11. - Pri ,1, IIJ•~·-•Î&lt;lll ,lu
le corp du g :néral lliller, mai le prince f.111rêo
splendid • cr i. Je ne , i· jamais un telle
l'r. [l•r. - \11••(111" ,, 1 r,·,l,lilio11 ,t,· \icnn~. - 'nu •
Charle. cl toute on armée e trou,·aicnl . ur
k"·111rnl 1':,111d, 1•11 .\1t,,,l,1;:-11&lt;',
profu. ion do irop , de c:ontiturc,, de LonIll rive gauche, il prc cri vil au princ • 13erthier
1,on · de toute:· ·orle , auxquc·l · nous fim1•
\prè
arnir
fait
le
bonli
ur
d
Lou,
rem
de d nncr l'ordr 1 à lout · 1 tronpe de '
bonnPur. Le r •lini,::11 t. l'II remplirent no.
meUrl! ur-le-cbamp en mard1e sur ainl- ,,ue la ba.r11ue a,ail ament: ·, . apoléon all .c
poche~ el en offrirent plu~icur: i·ai~~ s 311
P,ïltcn, uî1 il allail 1 . uivre. Pui~. fai anl pr,1parer à marc hcr ur ain1-l'ohcn, el je
'l uillai la le rie. Je trouîai 1~ · Ion de , r- maréd1al. qui les acci pla en Ji -~ni 11u"il le.
approd1er le l1rave raporal el le, ciur1 rnldal
1iorluail à . ', l·nf.i1,t, d la p:irl de n
de sa rrarJe, il plaç.:i la croi de la Légion Yice rempli de énér:iu cl d'oflicier- de b
dames.
llèla. ! il ne dnai L plus I re,oir, ·e ·
rd.:; tous me. c.aru:irad' y étai 'Dl au, ,i,
d'l.10m1eur . ur leur· poitrin , 1•. nomma
cher·
l'l1îa11r
!...
che,·~licr · Je l' Empir,, en accorJanl à rharun cl chacun m, ft:licitail, t:inl ~ur mon e,1iétli1.'Emp •rcur tl le mar .clml L:n111c cou bètion
que
ur
le
nou\·ean
•rat.le
que
l'Emp
rèur
un• dotation de l,~00 fran · d rente.
r ·nl c ,oir-là à. ainL-l'i,llcn, d'où l'armée ..t'
1oulc'.'&gt; Cl!. ,i ill •' mou. lal'he pleuraieul m·a,·ait accordé, en me donnant Jan. la con- rendit en dcu jour· à \ i •nm• . ."ou, arri,er-ation le titre de du'f tl'emulro,1. L • brede joie! Vint le tour d - matelots, :iu1quel
vet n· m'en fut nifamnoin. accordé que le ,àme d •,aut cette vill • 1 10 mai. du tri:
l'~mpercur fit dire 11uc le danger &lt;1u'il
moi uiranl, aprè' que je l'co~ encore achdé "rand malin. L'Emper ur e rendit inuné1lia11,aient courus étant Leaucoup plu grand
lemenl u tbàl •au ro,al de • h1i•nhr unn
qu'il ne l'anit d'abord pen. é, il était ju·te par uno nouwlle lil ·~•ure 1 "accu ·ez c pen• ·itu I à une llt.&gt;mi-licne d c lie ,il11! . .\in. i.
1
qu'il augmenhll leur récompen e; qu'en con- d:inl pa. l'Emp •reur d'io"ralilude : le éH - ,in t- l'pl jours :ipr ~un départ J · Pari~. il
n1•meut J · la u rre l'ahsorl1 11 rent Jan le
équence, au fü:11 de 6,0110 Iranc promi , il
moi
de ~i. ·t comme il me donaait tou- était au. port, · &lt;le la c:ipit:ilc d• l'Autrk!ll' !...
ail, imt en r e,·oir chacun 1~,000, 1p1i leur
jours le titr de romma,uln11l, ~;ipoltlon pcn- On a\'ait pcn é 1111c I princ Cb:irl •s, h.itanl
f11r •nt dt!li\•ré à l'in L:1111 m~me, eu or. flien
a marcb • . ur la riw gnucbr du l&gt;Jml lie ,·l
it 11ue, 001wanL dan~ sa. promc H', je dc,ai
ne ponrrnil exprimer le contentemi&gt;nt de ce
repa .. anl œ llcm·e par le pont de pitz, serait
me
con
·idér
r
couime
tel.
bonnes gens; il: bai ·aient les ma.in de l'Em1
Pendant le trajet de Môl~ à aint-l'é,lLcn, dan· Yil'nn&lt;: arnnl uol r • rrh 1•: muis cc
p ·reur el de lou le. as i:...tanl ', cn:;'écrianl:
1tail en rc tard ùe plu, icu~ juur:, •l
priocc
« :'.o_u rnilà rirh ! . . . 11 • apoléon, \O~ar1t n:mpercur t h: martd1al L:11111 m'adrc {-- la capitale ne " lroU\aÎt J.:fenduc 11ue par
leur Joie. Hl eu rianl dcmandrr au ·\ndic . i, rent en ore plusicur qu ,,tion sur les é1·éne- 1111 f.lilile ;;arni-.1in. La ,·illc d1! Vienne, p1 oà 1111 tel prix, il rccommcncernit un s~mblablc menl · de la nuit. Il 'arr~tèrcnl en foce Ju pr,•ntcnl ditt-. c l fort petite, mais cllo ~r.
voyage la nuit .ui'l'anle: mai cet homme ré- vieux chàteau de llirnstcin, ituJ ·ur la rÏ\i: lrou,·e utouréc tlïm1m:m faulionr" , doul
pondit ,,uc, échappé par miracle à une mnrt oppo éc. Ce lieu avait un double iutérèl. C'e 1 cl.iarun, isolém ·ut. c I plus \'3,te el pin
•1u'il avait con idérée comme certaine, il 11\n- au pied de colline où ,e lrome cc •ltàl au peuplé que ln 1illc. c faubourg, n'étant •nlr prendrait pa une par ill · course au mi- que fut livré en 180~ lè m{ornoral,le comb:il fetm: 1p1c dan. nu ~impie mur d' n&lt;.'cinlr-.
lieu d mùme péril,, quand bien mêrne que le mari:rbal Mortier, . éparé du rc le de lrop foilile pour arr"Lt-r une armée, l'ardiiduc
Mgr l'aLhé de \li,lk lni donnerait le moaa. - l'armL'tl françaii;e, outinl a,ec courage pour ~l,uimilil·n, qni commandait dan, \'iemll', le,,
tc.rc cl Il-. uumen.e propriél.é qui end ~pèn- :'0111rir un pa: ,il"C à lraî r " 1. Lroupcs abandonna et ,e r1'lira dan Li pl ( •. dcrrihe
dent. Le motelol' o rctirèreul, bénis. anl la ru ·se , cl dons le mo1en à"'l', I •' tour ùu le; ,·ieill · forliliealion., nvcc lou · le:, comgéné.ro itJ de l'empereur d J'ran~':lis, cl le· cbàtca.u de llirn. Lein a.raient crvi de pri on battant . C1·r ·odanl, !&gt;'il ·ùl ,onlu u1ilbcr le
gr nadicr., impatien de faire brill r leur b Richard CU?ur de lion. En examinaul t·t•, coura" • cl l ~ cllorl de la population •pli
décoration aux ·eu· de leur camarade , ruine., 1 n peusanl :\U orl du royal guer'ollrnit ;1 lui, il aurait pu ré i ter 11u~l,1uc
allaient ''luign ·r en emmenant leur troi · rier r1u'on y retint j longtemp. , .'aJJOléon temp .. ll n'en fil riell. cl, dh leur arri,1:1•,
tomba
d
n
·
une
profonde
r,hcrit'.
Pre
s
11pri,onni •~, lorsque Napoléon 'ap rçut 11ue
le lroup&lt;' frnnçai:e occupèreul le faul,our
le doml:'lique auLrichien pleurait à chaude· tait-il alor 11uc, cufl'rnté un jour p~r c
.an-. coup férir. Le marédial Lanne~. lroru11é
larm~ ! li li· fil ras-urer . ur le :ort 1111i I', l- ennemis, il lermin1:rnit a "i d II la cap- par un rapport in acl, crul qur I' ·unemi
lenda.i l; ce paU\rc 0 arçoo répondit en ·aonlo- tivité?
L, ruar • ·bal Lano, al·aut entendu plu- Mait au-.,i ab3ndounJ la \illc: cl ·empw, a.
t.anL qu'il savait bien qu le Fronçai trnid'em·oser le colonel Guéhéncuc prJ\'Cnir n:mlaicnl forl Lien leur· pri.onnicrs, mai· qu •, jcur~ coup. dt' canon ,cr-s ainL-Piilt,·n, ~e per •ur que nou ' oceupion, Yicunc; ••• pol~n.
portant ·ur lui une ceù11ure conlenant presque porta rapidement sur c&gt;ellc ,illc, dan l · rue
'tfail-nt 1•1Tectu~s plU:&lt;ieur · ini11atil'nl J';rnnonc •r c Llo "tande no11vel11•.
toute la rortu ne de ·ou capitaine, 11 crai "nait de laquell
1
char"e
entre
notre
annt-garde cl le peu de ordonu:i !t l. Guéh nem: de partir sur-le•
1
que ccl officier ne l'accu ~ t J'aroir d • erl
champ
p
111r
Pari:.
pour le vol •r ! C Ile pcn. ée lui arrachait le cavalerie ll:gtre que le •nncmi.s nvaicnl enMuis la place tenait toujours. el lor que le
cœur! L'Empernur, touché du dése poir de core sur la riw druite, l qui, trop faiLlc m r 1clial Lanne~ voulut · cnlr I à la tête
pour
nous
r
~
·i
ter,
e
retir:1
promplem
·Ill
cet hom1ètc homme. lui lit dire qu'il tUlil
J'1111 dhi!'inn, uuu. ft1rn,· rc~u à coup• de
libre 1•l ~111e, dans &lt;l •ux jnur~, cl'.., lfllC nous bUr Vienne.
11

�111ST0'1{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - canon: 11• ~cnéral Tlurr('au fol hic é, d pl11~icur solJ:iL- tu:~. r c rnm:chal fit re,e11ir
le Lroupc~ dan, le faubourg~. el aprè · ks
avoir ruLe à couvert &lt;lu feu de la plnrc, il
c•rnl clernir llll\'O)rr le co!ond Saint-Yar.,
,on • ldc de camp. pnrtcr uuc 5ommalion au
goU\erneur, en le f.. i~ant a1·compagn'r dt!
)J. de La G,ang&lt;', qui a~ail élé longtemp~
:illacM 1i J'amhas.adé rrançois • à , irnne, t'l
connais ail parfaitement les lot'al11é .. rn parlementaire duiL s'auncer ,ru!. ac&lt;•ompagné
d'un trompcllc: m1i~, au lieu dl! ,e conformer :, ci•! u ag,•, le colout:I . ainl-für. prit
!roi~ ordonnauces; JI. du La Grange en fit
aul.ln.t, de orle qu'i:m rompri!n:rnt lu lron:pell •, il· étaient 11e11(. C'était braucoup trop:
au~si le· ennemis crurent, ou lin·nl ,emhlanl
dl' croir&lt;', 1ruc ce groupe ,·,mail p!ulôl pour
c.·rnnùncr le forlifkaLion~ '}llC pour lrausmc:ttre une comwalion. ne porle :'ou1rjt
Lout à coup el donna pa$s;ige à un pelulon dè
housards hongroi:-, qui, fondaul le .il,rc à la
maiu lll' fos parlementaire,, les IJlcssfrrnt
tous grièl'c1nenl et le emmen~rcnl prisonnier· dans la ,·ille. Lrs ral'alier ennemi 11ui
commirent ccl arle dt! k1r1Jaric ap11arlt:11aienl
au t1igiml·11l de tu~ler•• le mèmc qui.
en 17!)~. avait ma -acré dt\·aol Ha tadt le
plénipotrn tit1irc fraG{'ais nobt'rjot cl Bon nier.
el grièvement blessé .Jean DcLry.
F:n apprenant avec quelle indinnil; Il'. ,\ ulrichlcns a1·aitnt 1·er·é le :tng de parkmenLa.irt:. envoyés par le maréchal Lannes, l'Empereur, ré,,ollé, :tee 111rut el fil \'CDÎr un gr.1ntl
nombre d'ohwicrs, pour tirer la nuit uivanle ur \'icunr. dont le. dd1m5curs omrirenl à l'in:;L-ant wème ~ur le r,1ubourg un
feu lerrilill!, 1111i dura vingt-quatre hl·u rcs,
au rh1ue d tuer leur,; concitoyens.
Le ll au m,tin, l'Empcreur rarcouruLle
cm iron: de \ïcnne, cl s·é1an1 npcrçu fJU"
l'arch:duc }faximilicn ornil comrni, l'ériormc
îaule de ne pa garnir de lronpes la promcn:1ùc tlu l'rater, il ré olul de ·'en emparer,
en jeLaut 1111 ponl ur IL· pclil hra- Ju U,,nuhe
q11i baigne le Pr:tlcr.
A cet cO~l, deu compa 11ni1•s Ùll voltigeur~
passèrc.ol d'ahord en haleau sur l'aulrn ri, c
et occupèrcnl le pavillo11 de Lu Lhaus, ainsi
1ue le boi \'OLin, d'où cl!e· prolé&lt;&gt;èrcnl l:i
construction du ponl, qui l'ut terminé pendant
la oui!.
Dès 11u 'ou appril dnns Vienne qu&lt;: lé Français, mailrl' du Praler, poumicnl mnrd,er
&lt;le là ,cr les ponts de ~ pilz, unic1uc moyen
de retrailc de fa garnibon, J'a~L..1tion ful lrè
grande; Je nomcaux él'éncment vinr nt
bientôt Lnwme111cr. En dfel, ,·ers dix heures
du ·oir, nos artilleur , abrilé par le n1.sLcs

cl stJlide · Làti111t•t1!:,, J~s ccuriL•~ im'pfriale~,
commencèrent . lancer de: olm sttr la 1illt',
cl bi 11!Ùl le feu SC ni:wir •stn cla11~ plnsit' (lr.
•!LUrlicr,, notamment à ln place Ju Gr.ilien,
la pins liclle do la rité.
On n dit, cl le g(,aéra1 Pd ·l :1 rtlpélé 11 Lori,
11ue l"archidut·he :;e Loui c se Lt·ou1•;1nl alur ·
malaclc dan. le palais Je . on père, le c1,mrrrnmfonL de b "nruirnn en a,ait fait pn;\'cnir
l'c1J1prrP11r des franrai ·, cl 1p1c cdni-ci a1ail
ordonné Je ('han~l'r l'l'mplaccmenl ù~ · hatlcric . Cela e~l 11n t'.ODlc fait à 111,1 ':ir car
Morie-L()UÎ~ · ne .c lrournil pa~ à \"iennc
pcnd..1111 l'auaquc, cl i l'ile y tti I élc, IL·s
gén traux aulric·hicn n'eus ·rnl ccrtninemenl
pas exposé la Jill~ de leur empereur aux
pfails de la gucrrl', for.qu'en qucl,p1cs minute. un liatrau poU1·aiL IJ tr.1n porter de
l'.iutrc côté du grnn I lira. du llnnnbe, 1'.!
qui, a1ec dr soin, conrenablc , n'eût pa·
aggravé a situation. Mai. il c t d~ ,,en· 1p1i,
voulant lrouw r du mp1·11ei!le11 r eo toulrs
cl1o·e., ~c onl plu it faire ~amer la \Îè de
l'.1rchiùt1 ·hcs e par Cl:lni dont clic dcYait
hirnlûl parlagl·r IL· trône.
~os e;l,u conl'nuaicnl à lir r ur la rillP,
lor •1u'au miliru &lt;le la 11uit. 'apoléon, bis$311l aux rrrnéraux d'arlillt•1·ie le .oiu d,!
&lt;liri ••cr le feu, se mil en marche pour retourner à cbœnbrflno. oi1 le marfrhal
Lanne. logeait ans i. Il faisJil un 5upcrl1t'
dnir ùc lune, la roule était ~cllt•: rEmpereu1·
parlil donc au galop ~elon .on ùaUtude. Il
montait pour 1:, pr •mièrn fois un charmant
hcval dont l · roi de fü,·ièrc lui ai ail hil
pré ·enl. M. le coml • de Cani ) , éruler de
N:ip.i1éon. qui par ses fonction. l1tai I l nu
&lt;l'cSSllyer le · mont11re$ qu'il pré.rnLait t,
l'Empt•rcm·, a)"ant a11s doulc né0lig 1 celle
précaution, aflirmail cependant 11uc le che,al
élaiL pm'{&lt;lil; mai au bout de quelques p1.,
le chcrnl 'ab.1t, !'Empereur roui• à terre cl
reste étendu, san - donner aucun ig-ne ùe
rie!... 'nu. le crùrn mort!... li n'étaiL
qu'érnnoni ; on s'empre a d, le rclevcir, cl,
mal,.,ré les ob erv.1lion du marcchal Lannes,
il mu.lut aclm·er le trajet à chcvaJ. li prit
une autre monture cl rcparlil au galop pour
~d1œnbrün11. _\rrivé dao la ..-a te cour de cc
palais, l'Empere .. r fil ranger c.n cercle autour
de lui le noml,rcux étal-major el l'c.cadron
tlc sa gard~, iémoin d • l'accident 11u'il
venait tl'eprouvcr, cl dAfendit qu'il en fùl
pnrl t_ C•J ccrcl c,mlié à plu de deux cenl
personne , dont la moitié étaient de impks
soldats, fut ~i religieusement g:1r&lt;lu 11ue l'atmée et l'Europe ignor~re11t que NapoU.011
avait foilli périr! ... L'écu ·er comte de Canisy
'altcndail à être sévèrement réprimandé;

m:11s Napol~on ne lui inllig,'n d'autre p1111:Lion q-ne celle il,i mon ter c!w 111e jo11 ,. l •
d1crnl ltavaruis, l'i, t.lè:; l • l·nÙL'JUain, M. Ùc
Cani. y aya11L élti jeté plusieu r Fuis pal'
tem•, laut fo l,êlc avait le· jaml!l's r.1ihle~.
l'EmpcrL'UI' fil grùcc ;1 rnn é(•uicr, cn l'cngagea11l h mieux c1.unincr à l'a\!'11ir le., cbcl'au.t
11u'il lui prcsrnlait
Apprrnnnt qnc .a relr:IÎlc t'•l,.iil llH'nncJc
par l • troupe. fr:1111:11:;c, 1milrcs~t's ùu Pr;,kr, •t ,orant ln rapitalc tl • l'.\utricùr sur le
poiul d'1\lrc t11•alen1rn1 im·endttc p 1r Les olm,.
l'ard1i&lt;luc MHimiliPn é1·a,cua \ïcn111· pe11da111
la nuit el se relira derrière le "raud hra J11
Uannlie, par le ponl de. pilt, 1ru'1I Jé1r11i il.
C'était p:ir te mème ponl CJUl' l'.,nn,:e rranrai,e avait Lral''l"l: le Danube 1•11 L
après
c1ue le,; nurérhanx Lanne. lL M11r~l s·c11
rurcnt emptir :~. au mol en d'urw ruse· 1111r j1\
rou. ai fail eonnailre en pnrl,,nl de la c.impaguc J'Au.ll'rlilz. le départ Ùtl l'archiJuc
llaiimilicn el de i.e troupe:- lai sait la ,illc
de Vienne ans Mfcn~e et limio i, la populace, qui d{,j comwcnçail à pillrr. 1.r.s autorité· dela Yilll'l. 'cmpre sèrcnldoncdc dépnll r
ver, .\ap'lléon le rc. pect,11,lc g,é11frnl (J'H1:illy,
l'arclJC1ù11uc, ain.i qul~ Ir pré-idl'nl ile· li:tals
el le, prînc.:ip:l.lL'&lt;- ma"islral , ailu Jïmp~urcr
la clémence et le ~cconrs du y:1in1{UCur. Au sitût, plusicur' ré••imc11l~ cnlrèr&lt;:'nt dan. b
place, plutùt en pro! cll'Ur qu'en conrp1é1·.n1l ·; la populace fut conknuc: on lai relira
s.rs arn:l«' , mai la g:JrJc !Jour,;coi,-e consena
le~ icnucs, dont clic a,·ail f:lit un Lrè · hou
usage f0Ur le main lien de l'ord.-c en 1, 03,
cl elle .c montra de noon!au digne de crllc
manJ11C de ronliance.
Le corps d'armée du marét:h3l Lanne fol
établi à \'icnnc ainsi que dan. 1' l'auùour"i..
cl ·on r1narlier "·uéral au palais du prince
Allrcrl de .~axo-'foschc11, 11ue ~(Hl mariage
a1'cr la &lt;'éli·lm' archiduchesse Chri linc,. "OU•
wrnante des Pays-[h, avait rendu le plw
ridle sci,•ncur de l'Empire aulriclticn. Cc
p~lai.s, ~i tlll: ur le rempart, prè- de la porlu
de Cnriutbic, était ,raimcnt magnifique. Lll
prim· ~lural l'a,ail occuflt: lor · de la campagne d' u lcrlitz, ruai le maréchal n 'J
nlra 'lu·unc eule foi pour 1p1clc1uc· irustants, préférant loger à ~chœnLriinn dan
une maison parliculièrc, d'où il I ouv:iil
plus focileroe.nl communitp1er arec l'Empt:rcur.
A nll:re arrivée dans Vi nue nous lrou,âme. mr. ainl-llar- t'l Je La Grangr,
ain~i 1p1c l'e t'orle quïlsal':iÏl'IIL eue on allant
parlementer" li ( Laient tou • ••rihcmenl
blcsst:s. Le maréchal fi L lraasportl!r ~I. ..,aiut~far au pal ai· du prînc,dl Ul' rt.

(A sriirre)

o:,,

ÜÉNEtlAL DE

.\L\RU0T

û.

LE OT RE
~

Les derniers jours

de Charles X en France
h mail~ hi,torlcn G. Lcnôtrc, dam unc de eu
r.tu&lt;ks sl curltukmcnt pTécisu tt palicn,nunt documcnlw où il "-lt re~ivrc devant nous, hclll'c par hnirc,
m.i.nutc par nùn1.Ltc..,. avc.c- un~ i-nltruitê n.isisrantc., lu
hommu du pus,, • ncoMtitui llàgu-crc. pou.- I• maison
Hachette ci k5 « L«tuns pout tou• 1, la dcrnihc
qu.iru:al ne que le rai Charlc• X pu•a sur n01tc sol
Françals, 1prù lu JoUTnecs Tivolut!onMiru de 18lo.
• Historia • • la certitude d'intfrcssu tri:s vlvcm&lt;nt
lre4 profondémcn1 ~ ... kctcun, en lu mclt11nl 1,. m,m;
de rdaire, i, la suite du roi en c,ôl, I• chemin qut:
celui-ci pllTcourut, li y a quatrc-vingis aru, pour ••11
alltr rejoindre à ChCTbourg le navire qui devait l'emporter en Angluorrc.

Per·onne ne s'était couché, au ch.lie.lu de
, ainl-Cloud, le oir du 50 juillet 1 &gt;30, Dans
la cour, le gardes du corp campaient, as is
sur des bolles de fourrage lenanl en main
la bride de leurs chevaux cllé ·; dans les
avenues. du ba porc. des trou~s bivonaquaienl · aux: antichambre c.'élail, malgré
l'étiquette, un Ya-et-vient cooûnucl, de confidences à Yoi1 bas e, de réllexion discrètement r.chau:;:ée des mines con Leroée~ sou
de 'ou rires de courtisans. 't1I n'o. ail dire :
Ja rctrnlulion lriompbr, la royauté e.-.t perdue:
roais on li ·ail celle pen ée sur lous les viages, ü1 'me ·ur ceux de, ,·alcts impa ible
qui, massé au lialcon du salon de la Vé,ité,
guellaienl le lueurs sinistres t.le Pari~, dont
oa percevait, au loin, dans la plaiue, la lragi1rue el continuelle rorucur.
llepui lruis jour la grande ,·ille était en
éruption. Le .27, jour où avaient paru les fone le' Ordunnanc.es, il y avait ru du tumnll • cl
-qu~lque dé ordre : peu de chose. Le 2 , il
111, -

lllllTORIA, -

Fasc.

lï,

faJluL bien reconnaître que les 11 uartiers pop11le?x e révoltaient. Le 29, le plus optim1·tes furenlforcés tl'a,·ouer que la ré\·olution
était déchainée. La journée du ~O ~'était
pa.sst'!e clans l'angoisse : les insurné étaient
•
de touLes les avenues; les
o
maitres
Lroup('s
royales démorali ées tenaient encore le pont
de 1a Seine, mais, d'un moment à 1'.1ulre,
Saim-Cloud pouvait titre envahi. ,on ~ans
précaulion , a,·ec mille détours, on fil entendre au ,·iPux roi Charles X qu'il fallait
p~rlir.
JI eut un moment de suLlime abnégation :
(C Je sui' prêt, dit-i!, à para.ilre dcvanl
Dieu.&gt;&gt;
Son 1il , le duc cl'A.ngoulèmc, ne se résignait pa.; mai lo dncbe se de BerrJ, sa
bclle-flll , supplia, très ardente et lriis émue,
qu'on san"ill ain i l'a,·cnir de on fils, lejeuue
duc de Ilordeaux, alur. enfant do dix ans i el
le départ fut décidé.
Il élaiL trois heures cl ùcmic du malin
1111and le signa l fuL dmint1• Quel,Jlles appel·
dll trompelles commandèrent aux cavalier· le
houle-selle. Qu:iLrecarro e~, si!c.ncicusement.
comme des chars fuuèbrcs . vinrent, pa1· la
rampe, e ranger de,·ant le perron, du cillé
du parc : la f-tmille roy:ile montn et. sous
l'e ·cor Le Jcs o-arJes du corps, 'éloigna, par
le avenues soml,re, 1•er les boi.:.
A sa • u.ile, lt!s quel~ues régimcnl encore
fidôles s'éuranlèrenl: le homme marchaient,
!"arme ha e, sous le. allées bordées de lilauchc· slal11es, seml,lable.s, dnn l'ombre, à des
1

fontùmes. A l'au!te, on traversa.il Yilled'Asray. 1)1ljà les fugitifs purent roir le mol
1·oyal ell'acé ur toutes les en eignes de c.al1:1reL . « Ce mol, t.rois jour auparavant, étai!
presque un moyen de fortune pour ces déùitaul oublieux. »
On panint à Trianon vers rinq heures : J,,
roi qui, cirn1uante nn auparavant, av.lit vécn
là ·es nnnée hcnrru,e , parrourul le piè1•e.
désru·tes, combinant une in Lallation; mais
bien ,ite on lui .fit comprendre que 'l'riano11
est encore trop \'Oisiu'de Paris. Ile nom·ca u,
il Iul décidé qu 'on ·~loigncrait - oh! pendant quelques heures seulement - et l'ordr~
de départ pour Rambouil!cL fut donné. La
rérnluLion nïrail pas j11sque-Jà, du moins,
troubler la quiétude du mon:ll'que.
La ducbcs c de Berry lr&lt;l résoluP, monta
en carrosse a,·ec on fils cl sa lîlle. Se exceuLricilés, parfois, détonnaient dans celle cour
austère. Ce jour-là, rlle portail un co turne
d'homma, unr reùin 0ote YCrle à rollet de
velours, un large pantalou..; ses cheveux, tordu par un pcinnc, étaient ramenés ur son
front qu'al,ritait un foutre élé"anl, !!llrni
d'une boucle d'or.
"
Quand on riut avertir le roi de l'heuré du
dJpart, on le trou1·a plongé dans un rerueiJ.
lement pieux et mélancolique. ,1 li lrarer.a
le aile solitaire~ du pa!ais de Louis XIY,
marchant avec beaucoup de lenteur et se reLournnnl, de distance en distance comme
attendri par quelque omcnir. &gt;&gt; '
A Rambouillet, fa journée &lt;lu J..-aoi1t l'ut
3

�fflST0'/{1.JC
Ion B.1rrot, de ~cl111nen rt l maréch:il l:lisnn. rleuxii·me était•nt &lt;1uelt1ue lnrture ncorr,
Il content 11ue toute la popubtion nlitie de awt la comr:ignie d •. Cc·nl- uÏ,N• . qui l,j ..
l'ari · c· . L1, • tout prorh ·, qu'un rumb t m ur- ,oua&lt;111nil ur le pa,é: J1• l mp. :, au Ire. J s
trier c I à rcdonler, qn • l'arm{ rO! le .cr, d:l nation lointaine. fai,aieul 11ppri•h 111J1•r
in{,~itahlcnuml mi ·e en Jfroule. Que I' uwnt nue a1tt111ue J.e nuit : le oflicicr . ui~, d1L
di mitlt: homm de bl•nne, Lroo
,·untre l'hirai,•nt t sp parta"cai,·nt le drapeau d la
l'élan de ui nnlt• mille ·,·olontaire , •ulliou- compa"ni . Il n·l cul pa.· un cri, m:ii~ J_e
ourdi· rumrurs, a. cz ,emlilalile · au Lrml
,ia . l , r ··,olu:, furicu !
de
la mer lointaiu11rl contenu " par lïn. tinclif
harle ~. ju 'tu',lor, ilencieu cl .nnr
·-pe
•t d 1, granùt• infortune 1p1e le 1·ie11\
"Cur, r1·I"•w le front. 'ndr •. anlau m rêd1.il
,
11:·11
•au
abritait .\u petit jour. k• tumull
laisou, el, le r•·" rdanl h1cm •nt :
" \[on, ieur. dit-il, jt• croi !1 ,olre lnlau1i'· : ·'apai, p u à peu· le ,ilcnce. par 1l1•!!ré,,
'im111• a à l:i multitude !,ara. ~i
je ·ui · 1m·I 11 Pl· li •r , ,·olre par11I&lt;· : ,t-11
nai que l'armée pari,ienrlt' qui _':n nec ,nit ·
rumpo:i\e d 11i ul mill,• hommi_, '/
- Oui, Sirr.
Le soli&gt;il était ltnul déjl, 11uaod 1• ~1111rLe roi 1111 ·ita pin cl au. jl.-,t fut 1fono 1
,,,t11•
fui ~onné. Le: commi~,aire~ dn "nav,·r•
l'ordr de ilép:irt. Oit allait-on'! \ul nr• h~
m•n1cnt pro..-i. oir · a,·ai nt, dur nl la unit.
,
ait.
011 ni1 13 rapiJ i pro••r ,! ,inn dt·, é~i•m•ulileno de harll'. \ qu'il congédiàl a n-ardr.
\'cr. di, heur
el den il'. les troupe
mcnb : le jour 1111~n1r., 11• roi. :t~d:mt ;1 la niet nu con n~t pour t,1.:orte qu a mai ou
, lotion, r •tirait , ordonnancr, du ~;, juil- royale comrn ncèr 01 , é,·acuer le jarili11,
militaire : 1 troup .e r, n i'·rent donc:, .. ur
Je
B
mbouill
l
I
prir
•nt
la
roule
de
~lainll.'let, eau , du a, astre : mai re r •trait fu L
la route d,i [Ir u , pour la dnnirr rerni:,
non,
l,ourg
situé
à
cinq
lieue
de
là.
I.e·
,oi. an~ dlet. Le l nd •main. le , ieu'- monarcp1e
tandis que le cou,eraiu Mchu, le front ùaos
eptua 0 t!naire r olul à aluli11urr .• on fil , l ure. ·ni nient. ·scorl \e. par le n:irde: du li•s 11HIÎll!o, cntenrlail la 111 , . dan, l'antique
orps. Dau la prcmièr a,ait pri place le
Ir Jnc J'J\n oui nu•, impopnl.iire et d'une
chapelle de ~laiulcnon . A di lieur( , l'urJre
n r,o iLJ mal din•. ne r na •1ue p!•11da11t une petit-fil·. d n la ~conde l'aïc,ul, • un t•nfont J.e drpart fui donn~. l..1 durl1 •.. c J'.\n::uul'l
un
ii
,jlJ:ml
:
c'Mail
Ioule
la
mo11an·bie
,,.
minute r. fut !.oui, \I\ , l • lrmp, cl':iltdi1 me p:irul la premiim1 au ,-euil Jn l'h;'1'luer à ~()Il tour l'II r:n nr de ,on n ., ·u, 1· l}uatr' r,: ....jm nt d'infant rie de b :i.rdt•, teau: die C:tnit en ~rand dl'uil, lt.· deuil qn·••lli:
le
rr,•nJarme
·
de
d1as.
e
•L
l'artillerie
lt!!!i·rt•
j unr du· J • Bord ;1u , à 1111i J u, roi , rn •
u·a~ail p3. quill•' Jl'pni. le f •mp!t•. n mur1
et• cir onslan&lt; • ol •nu .lit.~. Iran mir •01 leur 1'omposaiml a deroièr • · rm, c : un régim,·nl
mur con rul : • Elle pleur ! »
ùe
dra·•ons
rerrna.il
la
m
relie.
rouronnc, l qui pourtant oe devait jamais
La fille d Loui. \\' 1 pleurait en ·(Tet ù
A Mainlt•non, le bruit llu prochain 11a .n;e
régn r. L'h ur n' 1taiL plu oi1 le sort d'une
t?;l'W e. l:lrme. coulaienl ·ur . e joue.. rlle
1tait répandu. Il y n 1!1
d,,
la
Cour
en
Fuite
•
ranù, nation peul dépendrf' d'une ti'le i
tenJ it , • main J :g:1n1t:c, au, oflu:ier m~:1111 cb.\teau fam •111 1 dont 1 : •pl nd,·urs ré 11fragih·.
é · autour du perron · tnu ,1, 11rcs aient pour
1;. d d'altJir.alioo porlé à Pori~. n'I pro- ffil'Ul, en 1p1elcp1e orle, le r:111d . ou,·cnir~ • drpo, r un liai.cr, el l'on p,·rœ,ail, par111i
dui. il aucune impre ion. l ln s'inqui :tait ùc, lemp~ Il• plu glori1•11 Je la royauté. I.e 1 . anglots, I· voi rauque dt• la ptinre :1•,
eulem nt de: for,· Joui di. po,ail ,•ncor1• la duc de ·03iJle • c111i l'h. l,itait, donn ur-lt&gt;- Jisanl : « Me· ami , o, z hcurcu ! o Eli,·
famille ro ·al&lt;• : I'! 000 bomwc el 10 · l,11u- ch:11np de ordr el, à d ·11 heure du malin, avait un ÜCllX chapeau r· us i,&lt;rl.'U , une rol,c
1;hP.
f ·u. 1 capiLaJe ·'émut de cc 1oi i- tout · trou,·3 prt'•L pour reccn·oil' le ht,te · fripé • la mantille ù · t.rav&gt;rs; a mi c était à
nag . u. ·arreF ur , . uùitemcnt, J:im, la attendu ..
L nuit était calme et pure, la Jun,· à demi t•e point exemple' Je rOr[uellrrie qu"ell,· pamatiné•· du :ï ont, l Limbours hnttenl le
rai,~it nc'.,ligl-e: t·lle mont.a d. n_ on pr1·mi •r
rappel ; toute 1A jeun :- de. 1cole. , ra\i dl· ,oiléèj le ~ilence n'él it int trompu que par carr
a,cc son mari, o neu ro~ue, cri pé,
l'aubaine, ' rme Ala h:lte, qui dl' vi ux fu .. 1 s p3 · de d ux ri! iments d • c.'l ,·al •ri t{Ui en nniforru ùe cuira . Îiir, lrnhit bl •u, oc•lleL
défilaient
déjà
sur
le
ponl
d
·
la
,ille
;
les
sil. 11ui ùe pi1]116, qui ent' rc d'armml·~
cramobi, épaulcLL · d'ar •ent.
a emprunté ,1 au co lumicr de I' déon ou hourgeoi , re.h·eillé , pn té derrière leur ,oLa ,econd ,oilure reçut la duche s • de
au lu~é d'Artillcric. C' Ld'abord un immen c let ·, ou mu •ts ur leur· euil , virrnl én, Ill- Bt&gt;rr), a ·ant con m? ,on costume de dand~·ment
pa
,er
l'arlill
•rie
de
la
ard
•,
mi·
·lie,
dé ordre : on r ·quUtionne le fiacre , 1
allumé . .elle m rchr. guerrière rl morn , Pr' d' •Ile prirent place ~ delll enfan[!i. :
l3pi ·ii•rP • rnirr. le omnibu. · on enlève le
Madcmoi e11f!, fort ron •, 1 veu h, i. ,
cb •,au Je man'•ge : on cri•, on ··amu. e, Ir bruit sourd d ' · non , l'nspccl de noir 1·t le duc d BorJ.l•au , trè, aÏerL avec . a
on t, il. on baolc. Le rend M'OU · génèral cai · on , I' cld, t de cei torche. au milieu de, chcmis à coller li• rah:\llu , u.r un
lite
·cmlila.ient h tou.s l'appariiil d'un
est a I pla · de ln onr.ord •. On 'enl.i . • t 1oi•br
,. le J,Jeu. d:iir, on p utalon blanc boulon'IID
·oi
Fun
•bre.
vinnl dan Ull e; hriolet ; 00 p3rl n, dircrA lroi licore de la nuit parurent le. pr . nant ur lo ve le cl son chapeau !!TÎ • L roi,
tion, . an munition , :m \hre ui arg nL.
enfin, impn ibl • les joues cr •uses, les 1eu1
Gelle tn&gt;up
Ir.na anl a J)l'Ur ,ber 1 ,.,.... mi1.res ,·oih1re.• précédant cell où e trou. ci ~, l:i. bouche contra I t i il port. il on habil
vai
•nt
le
duc
l
la
dmhe
•.
e
J',\
ngoult'·m
;
néral l'ajol. qui, . an· ~1uipc111 nt, se lrou\c
blru,roup~militair•mc!lllavc de gro" f.pa.u•
un
autre
suhi
r,onten:inl
l'cnrant
ro~·nl
et
sa
rè1l11il :1 mprunl r au uaoquier l\othe-chilJ
l
·ll J"or, . or J 1ucl ~lait altai;b , ', côté
111h,·, la d•1cbe s de llcrry; enfin oninl
·l\s 1:paul IL'!'- de ,nn~nl d'Autriche.
dr croi . de .'aint-1.oui. d d la Vrrioo d'honrelie
du
roi
qui
·'a\'
u
3 jusqu'au 1 •rron du
r.' "t insi qu'on Lra1·crsc \"el" aille. : 1•
n ur, la pla1)11e en diamants Jn .':tint-EspriL.
:oir, l'expédition :irrivr :t lroi 11uarl' de clrnteau. La porli'.re 'ouvrit, et 'harle ~,
Pr: ~dé et nhie de !:!O.rd , du corp~,
li1·m· dt H:nnho11ill ·l, hara.· { . afütm~ •, Jau . lcutr ment, de ·ccndil : tou. le fronts étairnl et des .., •odarme d , ha c·, qn i devaient
découverts;
le
,i11u-,;
roi
parai·
..
nil
accalM.
la plu. éponvantahle conîruion : on ·amr · en
c a t·t était p •uch~e nr sa puitrin · cl pliait accompa ner le roi ju-r1u'au }1011l &lt;ln ,·o :t c,
plein.· champ-, , an pole asanr'·, .an
le oitur • DU p:i dt• . ch •,·a11x, prirent la
prendr ' mên1e le oin d plA&lt;"er IIIll' :;enti- son, le poid de~ n'•lle. ions 11. U monta :l\ec r ut de Dr u1, oi1 l'armée congédiée, ran t:C
u ·li·: on f, toie, on danse, on joue , 11 olJaL. peinel't&gt; calier qn'n1·aitjadi monl~ Loui ..\tr,
n l1ataille, formœil nue linne d• plu d'un
l)uel11ues coup~ de ru.il aurai nt •u rai -on el il futconduiLd:m l'apparlemcnlde Mme de quart d , li •ne dt loo"ucur. u pn gl', le
,laiutenon,
qu'on
lni
aniit
d
•:lioé.
de cet cntantilla . lai . à l\:lmhouill 1, ou
u première cour du cMteau ,r trom-ail tambour , ne.ore un" foi,, 1 ttir nl ux.
l terrifié.
champ , le drapealll blan , 'io linanl, r •nîroi commi ·aire. du ouyerncmenl pro- r mplic par Je l'Oilur , • l chevau de mo.in direnl nn dcrni r salut, l' ~ IJats pr: enet
1
..
Id
L
cm1ché
par
terr
•
Dan.
la
çi, oire nenn nt d'arrh!!r au ch:itcau. M t. Udi-

l11 ure : pour pa1 r le &lt;lt:peu , ile houch
ile a mai on ruililain•, 1· roi tl1• France 1•11
rut réduil ù nmJrc ,on ar C'lll •rie.. .. l&gt;i-jà
l'ommr.nç:iil l'e il nn-c . mi i•r •. ! •
[lan, l'ap,.,·~-mi,li, suninl h ducht'" · cl'. 110ouPm , qu la ré,•olulinn av il . urpri.:e 'Il
llour:?O!!n el 1111i. au mn~t•n d'un dél!lli emcnl, ,:l3il Jl;lf\CUUe :, r ·joindre ln cour îu::ith· •• J:n apcr..e,·nnt l:1 filh• J.e 1..oui \\'f,
1.harlt• · X 'a,:in~•;1 , r cll,, 1• lmc lenJ11.,
et de. . an loi . 1• ru ~lèr ·nt à Cl pr mi,•r,
,·ml,ra. cuwnl · : la prini:1•,H, •Il dcpui~
l11ni:temp tif' ph•urait plu .
a ·uu ,oil.1, j'l' père. nwnrn11·le, rlit-dlt•,
réuni rcllè foi pour loujnur~. J1
1,

1

"'Il

3.t ....

�--- 111ST01{1.ll
lèrcnt les arm1&gt;s, le. officier Iinrent l'dpée
has•e; et, ce suprême homma reu&lt;lu, lrs
troupes rr.. t ren! là, le· rang rompu., silencicu , at1enila11l de ordre.", el rrgarJant
'éloigner or la roule ensoleill~r. rer ogt•ntle-noi, le cortège •JUi emporLail l'anli11ue
mnison de- France.
Ilicnlôt rc l'C fut plu., an loin, qu"un
nuage de pou.- ·i~re qui, lui-mènir, peu à P"U
e dis ipa el di ·parut mu~ la . plemleur ilu
jour étinrelan!.
A elle mème heurt', ,( l'armée pari ienne li,
1'.;11np 1e 11 Cognièr, , apprenaic,an~ Jl!li brn,•o·
fréncltiqu • , que fa our avait tui el que l\am1..ouilkt étaiL désert. Ce fut un élan épique :
Loule cette jeunes e grisée de rire., de joie,
de liLerLé et de grnnd air, e ru3, renrer.sant
les mois on , foulant Je avoine el le sei~les, ·er. la r(~ idence ,o ale abandonnée.
chàLeau est \'ide, e.u eJli t ; on 'y di.pe r e; le~ afl'amés '6tablisscnt dan l
offices et impro1-i ·eotun1 balthazar»mon lre.
compo.é' des reliefs découverts dan le cuisines d l'e.~-roi el arrosé de.~ meillelll'~ vin
de e, caves; d'aulr e lanœnl dans Ie parc
el organi enl un ma. .;:1er des œrrs d biché.
t des daims; la plupart ~e contentent de parrourir les ru de la 1ille ivre dP joie el
lÏranL au ha·ard de coups de fusil en l"honneur de leur facile nctoire.
L maire de I\.ambouillel, forl ioqujet, prit
,oin d'indit1uer lout ha à Charras un fourgon
dételé ahaodoooé dans une cour ha se du
château, el auquel personne ne prèlait altenLion : ce fourgon contenait les diamants de la
Couronne, quatrc-rin"l million. de joyau.'t
et do picrreri '!
« Bi n, dit Charra • placidement, il raul
I.e: confier au peuple, ·e L le ~eu.l moyen
qnïl n leur arri,·e pas malheur. )1
· On confeclionna un pulit drapeau lricolor&lt;'
sur le1111el on écrhit en lettre· noires: Diammils de la Cour0t11U!j on phnla le drapeau
ur le fourgon, t tout rnt dil. Puis 1.10 fil
proclam r qu c ux qui vondr~icol rentrer à
Paris e11 acrompagnant el en gardant cc
Ion on . eraicnl conduits d:in le· Yoitures
&lt;lu roi. En un momenl, le.s Lerline~ dorées,
au~ arm rorat \ h:. carro ses capilooo :s
dt! lampas hl:mc el de Lroc.arù lleul'd •lysu
flltenl Lir~ de. remi es et pri d'a aul; on
barnacba les rhel'aU , on le allcla, et pompeusement oa se lllÎl e.u roule.
C'était uu . [_JCCLacle tout nou,•eau, o dans
la vieille hi"Loire ù fragile grandeur de ce
monde n, 1ue le !:,peclade J • celle multitude
hrupmle et déLraillée, s'cntas anl dan le
magnifique ,·oilure, du s:icre el e faisant
reconduire, aveo des "Uitlcs &lt;le soie, par 1
cocher de la Cour. « Uo bU\·ail, on chant.ail,
on donnait i ue, par les portièr , à la longueur d1r piqu et des baionnelle ; el cc
cortège, merveilleux par le contraste entre
l laquais en grande livrée, le harnais magni6ques, les housses doré s et les hommes
en guen,ille qu"i] milurait, ap~~s avoir loogé
au pa le quai de Pru y, 61, dan Pari . une
entr~e triomphal , ui vi de tout le 1.m·i
des écuri
royale , el . le! rendit droit au
1

" - - - - - - - - - - - - - - - - LES DElt.NJE~S JOU"/(S DE C1tAR,ŒS

Palais-noial où le duc d'Orléans, depui11 lroi~
J0urs, continuait • i-coutcr le barannues et
rl'cevoir les Mputatiow. Ce fut 1~ qu'on mil
pied , terre. el tau criaient ous le fenêtre
du prince qui l1ientôl ra roi: (( Tenei, ,oilà
l'O' voilure !... u
Bon nomhre de ceu qui oortèrcnt ain i
11ualrc-vio t.s nùllion, de diamants n'a\'aicnl
pa man"é depuis Tavant-mille, el n avaie11l
:'ils d ineraienl le oir.
0

''. d"' la Ro11ue, olîril a mai on : le roi dispo a d'une seule chaml1re au rez-de-clmuss~e,
li la porte de laquelle ~·in talla au. ilùl l'huissier de service, en co~lumll, comme à aintCloud. Au pre.ini~r étarre . c trouvaient dcu-x
chambre : da,,,_ l'not· rurenl logé fo duc et
la ducbe· e d'.\ngonlême: l'anlre rcçul la
doch se de Berry et 'C' dcm enfums. On
d.i1111 dan La chambr du roi.
La nait ÎUl san- incident. ; k lcnderuaiu.
au petit jour, on rl'prit 1::t roui, de l't• il : il
plem:&gt;.il, le ciel ctail ri • le Lem I' lourù.
C'ru 1. p:ir J roule· détremr11 1~s que le "OrtèµI'
ga,rna. Argentan, où l'on liL li:i.llr li l11titd de
Jln,·eton, di?rrière la ,; .. ,-~li.se • 11inl•Marli11.
be.ri s11e d'une forêt de clochctonseffrilés d'où
'échappe la flèche njour~~ des ,•ieille calhrdrales normandes. Les bourgeois de la ville,
IIHlSsP.$ dan le~ ru s, a~ i tèrent a\·ec uue
r peci.ueu e émotion au ùéfi11i du rom·oi de
la ruonnrchle moribonde : chcmux. hara tis,
c.walier· fonrbu.s el lrempi'•s, voitur •s boucn. · : l"a pccl mi~érahle t pileux d'unr Mroute.
Eo dépit Je ln h:11&lt;' 111'!: commi's:iire,, le
,•ieu\ roi ducida qu'il ••JOUrner.1il à ,\r.-.ent.:111
loure la journée du 9 aout. 'était un land_i.
!Je bonne heur1• on apprend que, pendanl la
nuil. est arrivé de Paris un courrier apportant la nouvelle que le duc d'Orlran a élé
proclam6 roi des Français; :iu~si, d" Je
matin, le habitants d'.\rgentan e prc.s cntils ur lo petite pince, devant l'hû1el de füveloo, e pt&lt;ranl aperrevoir l'un de· exil 1 el
u surprendre le ecret de es émotions ".
Bientôt le brait cour! IJU' &lt;1 il· ,·out aller à la
me sel&gt; : on a m r1réparer, ,lans le t:hœnr de
Sainl-. fartin. le. fouteuil. et le- pri,--Dien
ré cn•é aux !!l'iUld ·értlmonics.
En eflH, la porte de l'hJtel 'ouvre : le
go.rùcs du corps, en facLion ur le seuil, pré~enltmt Je nr1J1e·, et l'on voil, dcsccndanl
1 · marche du perron, fo ,·iea roi, ,..ra,•e.
avec a face longue et c. cbe\cnx wîs, l'air
indiOérent, .aluant de b main Tou . }, Iront
sont découvert ; la dud.1es e de Berry le . uH ;
elle a quiné . es hnhit, d'homme elle 11 \"air
simple CL û Lon enfanl »: son ms îai l u Il
gl'llod effort puur parailre ,ëricu1, mai~ on
devine à on vi age éveillé l'amuselllent ~u·apporlent c.lan on exi,hmc.e et'. nc1un·auti1~
euraordinnir s. Et 11uand p.1raiL ,) ~on tom
l:i duclws e d'lngoulême, c'e. l parmi la ruuh•
une rmu,mr de pitit: : la fille de Loui .\ VI
e~t livide; es yeux qui ool (,,nt pleuré sont
ans regard ' : ell • mord ses l~rn. pour ne
pa éclater, c&gt;laelle r,mmocn noir, mal ,êtue,
d'allure bru ,1ue, emble Lrarner dan. les pli ·
de son deuil tant de cal:islroplic~ et d • douleur que le· plu impa·. il1lcs . c 1•111t-11l
altendri .
0

'fondis que les « vainc1ueurs Il renlraicnL
ain i dan Pari·, alu : · par de~ éclat · de ri r~,
des rr,rrai11 joyem et des lmn1os, le v11inrus
pour uivaicnl 'Ur le· roule de 'orruanJie
leur e ode, dignement, à petites journées,
comme pour ne pa 11uitle.r trop tôt ce
royaume de France, depuis tant de sii!cle
~pam1ge de leurs pères, el q11i, disait un Yien.
djclon, est 11 de tous le plu dou apr\ celui
du cicl ».
La cour fulTiLive 1\L.a.il parvenue à Ilreui. le
4 aoùt, ver cinq heurts du soir; les hauitants par •s avec profu_ion de rnh:ins tricolores, firent au pro cril un accocil irrc pecluelll, pre que ho ùlc; pourtant Charles ~
obtint de séjourner là pour la nuit. L garde ·
du corps Livouaqui:rent autour de la mai ·on
qui l'abrita. Le lendemain, on alla ju qu'à
Verneuil, où l'on coucha.
Le l:i aoùt, on fit six lieue•, de Verneuil à
Laigle, où se lrou~c un grand cbàleau bâti
dan ]a noble manière du n11 siocfo, avec
de façades de brique , des pa,·illon
il1,rnl!!, d 1'curie monumentale-, lroi rang
de wm;ises dei:-crndant jusqu'à la Rille cl de
m..1gnifique: avenue de tilleul s iculaires.
Dan, celle belle drmeure, le roi rl1•cbo trom':i
uu asile; les rdes du corp el le "cndarnies
du~ cbo ·es campèrent au champ de foir •. Les
11r0Yi ions pour le homme foisai1·ul dl:faul,
et au i l fourrage pour 1 • chevaux; c u -ci,
pi!mlanl la nuit rongère.ut l'écorce des arbr
donL 1B promenade est plnntée. A l'au he, on
·aperçut que lo Yoiture da roi, autour de
hquellc on n'avait cxcmé nulle urveillanœ,
1\tait dt=tt!riorét! · 1 fteurs de 1) · pdnt • ur
le' ponneaux des portière ,!l'aient rtû gral1•

ti:e .

P •til cl' •nerucnt. mais grand émoi.
Le roi, donl l'altituJe était calme el qui
• portail a,·ec &lt;:Ol.ll"ll"e l'cn:emlilc de .on
infortune, o·cn pouvait patiemment tolérer
fos détail ". li .urn ait, pour lui eau er uue
irritai.ion lr~ man1née, d'un lérrer manquement à l'étit1uclle. Laigle, par exemple, il
fallut en hale fabriquer une Lahle cnrrëe,
• •Ion le u,a!rC~ de la cour, pour le diner de
cc monarque à qui échappait Il.Il royaume! Il
e plaignait surtout de l'irupatience de comm.issaires, le m:m;chal füison, l\l. de choncn
l dilon &amp;rl'Ol, qui s'in,.éniaicnt à h/iter le
YOJage; le roi 'obstin:ûl à la lenteur : il y
avail en lui le déchirement de la p3Lrie perdue.
Le 7, on fit h:ille, ver le • oir, à Le Merlerault. ho11rg dan une l.iellc vall ·:e, au milieu
d aros p:11.uraire ·. Un anCÎl'D garde du corp ••
... 36

r--

me

Après lrenle~hu.it heures de séjour, la
!Jmille t(lfale exilée quilla Argentan; on
coucha le 10 /\ Condé- ur- 'oireau; le H, ou
•lait à Vire. Le temps 'étail remis au beau
•l l"on avaiL repri l'ordre d • marche adopté

dcpui llainlenon. t;harlc X, touJour vêtu
d,, "On l1aLil à gro·se, épaulettm;, •1uitlail
chaque malin rn voilur&lt;J la ,ille oil l'on araît
pa é lé~ uuit: a~rh un · demi-li,nc de parcours, 11 montait à cheval cl fai ait ain i
Loule I roule ponr ne remonter en 1oilurc
que le soir, un pou avant d',1rriver à la rouchée. Le co1woi 'étendait ·ur prè d'un quart
de lieue de longueur.
C'é1aiL d'nltord une avant-garde, gendarmr::s
des ch:i_. e . a,·ec 1•urs chapeaux en bataille,
les babils hl •us à reYcr · écarlate~ i puis deux
comp~!mies d~s ~ardes, le juste-au-corp· hleu
Je_ro1 galonnll dargcnL. le c:u11ue b hcnille
uojr , précédant h1 preruii•re ,·oiture oit . e
Lrou,•aieul le jeune duc do Oordc,nu son
' el
gom·erneur, ~ · Lieux sou -"Onv •rneurs
~on ,al ·t de cb:unl.ire, 1. Je la \111:ite. Mademoi elle el sa .-rou1•ern:rnte, Mme la l.iaronnc
de CbarcLle, occupaienl la rcondt!. Dan ln
troi:.ièm . élaient la doche,, e de [bry ,IIYec
son prcnu~r écuyer, ·on ch mlicr d'honneur
cl fme b coml • de !Jouillé. Le 1p1alriè.ml'
c.,rro ~o contenait la cluche ·e d"Angoulèmè
1 Ume de Saiute--.!lnur&lt;'. ouycnl la duchc ;;e
J',\oguult!m de cendail de rnilure march4it
~ur le hord de l.a route, ou s";1 ·epit au reTers
d'uu fossé, t front dan le main , n comme
pour na pas quiller trop u,t ce royaume troi.
foi· fui.li à sa famiIJe u. Derrière sa Il rlin ,
·henmchait le duc d' nrroult!me :;ombre
arrilé, tacilurne.
'
'
En uile marchait la lroi ièine compagnie
de_ garde;, du corps, ui,ie par la voiture du
roi, un "rand carrosse doré, allelé de huit
thevaux, sur _le lrapontio duquel, en place
de ,·:ilets de pied absent , étaient échafaudée·
~ept à huit. houe de foin, en pro1·isiun. l.c
ro,, c1uaud 11 ne ·c teuait pa · dan a YOilurc
al'~c le capitaine de garde· de !ieJ°\'Îce. la
tuvait à clwl'al; pour 11ré·errnr .a tète gri c
d • · ardeur du olcil, il coiff.til. un ,iem
ehapcau d~ pJîll • lout fruis.t!, qui conlraslait
an:c .e. üp, uleuc · et ·e · croix. Le duc (11;
tfagm,c, _à che,al, pr:cëd:tit la quatrit&gt;m'
compa~me de. "ardcs, r1ui formait le cortèg1·
(1 oflic1el 11. Mai', derrière. rcnaient 1
••cns
,le ~uite, cin1J1iante on oi. aute c.1briolels et
rûuraons, toulenaul le "alet de chamhr
les cui,,iniers, les écuy1ir ·, le ervileurs J~
tuus ranns et de tous grndes : en,iroo c1uin2e
1!4lnb per onnes.
.\..in ·i 'effectu11iL ce dlU'nier rayage de la
monarchie, !ri ·te, ofonne] el lent. !Jan les
Yill~ues traversés, la curio ilé ùe p:t)Sl!D
avait d lJUelquc chose de gra,·e el de recueilli ».
I 1lu ieur" ofliciers retraité , fermier ou cbà1.clain· des. environs, pnrw· •nl ur la roule,
:iïudinant de1·ant ce· grandeurs hwniliée:-.
. cr Messieurs, disait le roi, gardez ce enhment pour cet cnfanl qui seul peut ,·ou,
sauver rou • u
Et il montrait à l:i portière de la ,·oiture
une Relile uHe Llonde. C't!tait l'enfant roJal,
eJ1 ellet, qu' [es y •ux h!!rchnient: c·e t à lui
(1a'al111ieot lolls les 1•œux. Il arri ,,a que, au
~-our· du long chemin. 4udques cri:; ho til~
s'l'1erèrenl, à J'adresse du roi on ùes courLi~~n ·; jamai il n'y eut qu'éHarJs el r ·pect

pour Ja duclw ·e d'.\ngoulème el pour fo duc
de Ilordeaux. L'infortun qui 'acharnait :;ur
la premi~re, la faible ·e el l'avenir inrt&gt;rLain
du second dé:,armaicnl lei, plu· prév •1u •
le ourire et l'air a.mu é du jeune prince
co11tra~L~ienl inrroli~remcnt, du re~te. dan
cc long défilé ùe granù.ioses mi ère et de
mine dé.,.olées. A Falai e, qu'on traYer;,a le
10 :ioû t à huit heure et demi , du matin, les
habi~anLS m~ ; sur le par1.:ours n'aperçur1ml,
derr, re la ntre, que le profil indéci du ,•iéu ·
roi, lrè- occupé !J. lire une d1:pècbe: mais l'll
revanche il· acclom.èrenl - oh! timidement
- le petit duc de Bord~aùx r1ui, penché en
ik•bor de la portière, rouge de plaisir el 10111
éliourillé, remerciait de la main el eumyait
au( dames des boojou. el de· Lajscr·.
I.e cortège ne 'arrêta pas à Falaise; on
nait préparé à la sortie de la \illc, dan· 1111
petit castel nommé la Lacelle, sur fa bruy,'u-e
Ju \' nnembra •. un déjeuner pour les pro crit~
Cl leur suite: Charles X o'accepla ']ll'un ,·errt!
d'eau; mai$ à une demi-lieue de là, à füelle.
nperccrnnl ur le bord Je la route une auberge
de piètre app:irenœ, il donna l'ordr •d'arrèter,
mil pied à terre et entra dan la ma· on.
Elit! ne oomporta.it qu'un!! pièce, qui étail
remplie de IJU\'eur , ouvriers ycnu pour ,oir.
o~ mois ·onneurs lrempanl la ·oupe; on nïnnta per oune à oi-Lir; la famille royale ·'a sil
sur des bancs de l,oi et prit son repas au
milieu de pay ans qni circulaient autour
d'eux.

I.e 1il!u~ roi a\·aiL une rai,on pour nulori.èr Co mam1uernen! ù l'éliqucuc. ~[. de
la Pommeraye, dépulé du Cahado , \'enail
tl'apporter de Paris l'imitalion de « prcs cr
I•~ rnyage ». Or le s0111·erai11 déchu ne up-

Clicha GiraoJon.
' 11.1..1&lt;1.t;, X

TaNe.111 ,fa ll•Ros lii'R.uu,,f.J/mee Ju LC1J1i•re.1

portail ,.de rece\•oir un ordre df' per onne;

t:w.t qu il_JouJerait celle terre de France. qui

cta1t la sienne, il 'y considérerait comme le
~nitre. "il se relirait, c'était pour ue pa·
aJoutcr au m:ilbeur de « ses pt!uplrs i, ; mais

X

'EN FR,.ANCE - . , .

il le lai ail ,olontairemcul et à sa b'lliise. Ile
qu~•I droit, d'ailleur , enrier . un Yieillard
11 celte unique el amère douceur de s'attarder
1111 peu sur le ,ol où il •'•Lait né et qni ·ans
&lt;Ioule, ne reufermerail pas sa tombe·? ... &gt;t
li. de la Pommeralé, devant celle indomptaLle fierttl 'i11clin11, et le roi Jonna l'ordre
de continuer le ,oyage à peLitc journées.
Tandi. que le repa , dnns la confusion do
!"auberge, s'achernil, la füle de Loui .'\'I,
écroulée .sur un banc do bois, le visage cou\'Crl de son l'Oile de deuil, songeait i elle avait
souvenir d'une autre maison de parans.
entrevue. jadi , aux jours de sa petile enfance; c'était ~ Y:1rennes, l'épicerie , aucc, où
elle avait. passé la nuit, avec son p'•rc, ·o
m ~re. a tante, :;on [rhe .... Elle sPulc :mni\'aÏl; Lou étaient ruorL, et de quelles morts!
De :,e · rem: sec·, Joat I cils étaient rcmgé·
par les lnrmes, clic regarJail' ceux. qui l'euLouraieot aujourd'hui : ,. 1·ieo roi dool
l'ob li.nation, aprl'S avoir perdu la couronne,
p:menait ;1 'auvcr la dignitt! de la mon,tr•
chie, son JlL'.U"Ï, .a nièce, le ,jcuue prince et sa
mère .... Quelle. lragérlies leur étaient ré::-ervée '! Pourquoi la rnal11 de Dieu s'appesantis·ait-eUe de la sorte sur celte race de:. Bourh?ns? Et ou regard \milan! suivait, par la
pièce, le duc de Burdeaus, dont on entendait.
parmi le silence. ·olennel , le rire clair el
les que lion:; curieu e ,
'\aï\'ement, jl "Uett11il le· homma •e . .\
llonle~ourg, où l'on fol le 1~ le paysan ~
prt?Ssa1enl autour de a ,oilure : on l'acclama.il, on voulait 11;1 voir, toucher ~es 111ains.
" Revenez ùientùt, mon ùel emant, triaient
les femmes.
- Ouj, oui, IJientëtt, &gt; répondait-il en
riant, t en écarlant, d'un joli ge-1e, s, cbe\·eux Lloud qui tombaicul sur on Iro11l.
(ln p:in'int à Valognes le J;;, un \'endrüdi,
par uue pluie battante. Lr ,,a te bdtel d •
,\1. du ~li1nildot étail réser,·é au, exilé: . 1.,
roi manif~sla le d'.··,ir Je ·l repo,cr pendant
11uelques J0ttr ; il l di~posait a,·cc la dnc.:hcs c d"Angoulème d'un grand appartement: 1~ dttrhe ~e Je 1!11rry cl a fille o cnnlt:utèrent de qu '•rue pièCè.S; Je duc d'Jn•oulême e loge.i dan· une aifo. Il ne re. liiil
pour le jeune prince •1u·un petit entre ol, audes u de •• r~ c~ : M. de Damas, ·ou gouverneur, 1 m talla tant bien que mal.
Uaus la cour, 1111'une grille sép,rait de la
rue, étaient les ,oituros: troi cais ons deux
cl1a.riot · et le trois !!rands carro. es' de fa
t~fllille roJale; on n'm·ait pas pri · Ta précaulfon de repnrer cclo..i de Lharle~ X don( lei:
portièr~ lleurdi·l}' t:Ps é.laie11t, d puis Laigle,
. :rros ·1erement linruou,llée: de hlan • D.
La. ar?c du roi ·e eompo oit enrorc dt!
~ept a 111111 cent· hom111cs : les bourgcoi · de
''.alog1~e. les héhergèreut. C'~tait, daus uu
\'Jlle s1 calme d'ordinaire, une cohue, un tunmlte dè la _IJOinte du jour ju qu'à la nuit.
füzas, le precepteur du duc de Bor.dcau\:
a1·ail. lrouvé ref_urre .dans un greni •r à foin ;
le dm1anchr Je· cm.q henres du malin il
entraiL chez l. de Dama. que le roi a:·ait
1•hargc! Je toute l'organi ali1.111 ùu roya"e, til

�1t1ST01{1J1 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Le roi décida qu'il L, ferait à cheval: le
qui se troum être, de la orte, le dernier mi- se rompent, le garde· ' C précipitent sur les
convoi
reprit on ordro de marche de· jours
main royale ; c'e t une confusion, un émoi
nistre de la monarchie.
précédents
; tous les \:Il uipages de suite resinexprimable
:
de
ce
rudes
poitrin
•
'échapTandis qu'ils travaillent eu emhle, le petit
taient ~eulemenl à \ alognes. A mi-route,
prince s'éveille et, d'une voix éclatante, :ip- pent des cris de douleur.
« Allons, me amis, fa.il le roi, caltnl!Z- d'une hauteur, ou dooouvrit la mer, et le
pclle « Damas! •&gt; Maza- entre dans le cahicortège, au sitôt, Ill halte. La
net; en le voyant, l'enfant
duchc ·e ù'Angoulème miL pied
éclate de rire et. le ai ·i :ml
à terre, et, :mivie de ,\hne de
par Je cou, lui enfonce de force
~ :iinte-~fau:re, entra dans une
la tèle dans •on oreiller. Le
forme
posée au Lord du cheprécepteur cherche à se dégamin:
c'était
fa dernière maison
ger lor qu'il sent une main
de France où elle de\'ait pé.n ''appuyer ur ses épaules. Il se
trer. Quand elle en sorti l, l '
retourne: Je roi c·t là, tr~
ycu.'I'.
rouge. , elle contcrnpl.t
amusé.
longtemp le majestueu · horizou
« A.h ! bon papa, cric gaid 1'01:éau : 11ui - elle remonta
ment le jeuno prince, allexen ,oiture et fo comioi rnprit ·a
vou -en. JI · a des puces ici. 11
marche.
on lit, eu effet, était &lt;1 un
[ne heure plus lard, à tranai chenil ».
ver
une foul Ltou.leu e d'tiu&lt;&lt; Que I u ·-Lu, mon enfant.
\·riers
el de pêcheur , en vue
répliqua le roi, tu en entira
des
bassin
&lt;lu port dont Lou
Lien d'autre . 1&gt;
les
màt
se
pavoi aient de
Le duc de Bordeaux déjeuna
llrunmes
tricolores,
les Yoilure ·
à'Ull bol de bouillon; on ap·
roples
franchirent
Ja
grille du
porta à sa sœur du chocolat.
vort militaire entre une douDeboul deîant une pelite table •
hle haie de troupes; tout de
1,oüeuse, les deux enfanlll ~•a,\ CW:RBOüRli : LE DÊf&gt;.ART ( 16 A001' 183o.)
suite,
les commis aire inmusaient à la faire basculer,
Yill'rent
le roi à franchil' une
D'1JprJs
une
lithogn1phle
:tu
temps.
(Cabinet
des
EsMmpe.s
.)
cc qui occasionnait, dan" les
pa
_erelle,
draptle d'étoile bleue,
tasses, une t2wpêle dont ils
qui
joignait
au quai le pont
riaient comme de fous.
d'un
paquebot
américain
:
Gl'eat Brilain;
vou
:
faudra-t-il
&lt;lonc
que
ce
soit
moi
lfUi
La cour de l'hôtel du Ménildol ét:ait cawmle roi leur adres~a un alut très froiu
brée de garde , d'officier , de r,urieux même. vou con ole 1 &gt;&gt;
Les gardes reprennent leur rangs i cha- el pa · a, sa famille le suivit. Tandis que
~\.prl&gt;s la messe à l'égli e parois iale, où le
'ccbaugeaît un dernier adieu, oo portait le
cun
dllS porte-étendard 'avance alors el,
roi reçut la communion, on revint à pied par
malles
à bord: Charles X. déjà anil disparu
incliné,
pré
ente
au
roi
le
drapeau
de
la
comles ruos. Dès que le roi fut rentré, par son
dans a cabine. 11 une dcmi-beure; tout
ordre la grille de l'hôtel s'ouvril. Une co- pagnie. Le roi en touche la soie :
fut prêt, le vaisseau ltendit se· \:Oilcs : il
cc )le ieurs, dit-il d'une voi.\. forte, je
lonne de garàes du corps - les douze plus
élaiL
deux heures el demie de l'aprè. -midi
prend
ces
étendard
,
vous
a1·ez
su
les
conanciens de chaque comparnie - le ofücier
el les étendard en tête, ·ouvrit un chemin serl'er sao tache· j' e père qu'uo jour mon quand on le vit évoluer, et, remorqné par
dans fa foule; leur tenue était aussi sévère petit-fils aura le bonheur de ,ous les ren- un vapeur, se diriger lentement yers la
mer.
1u'aux plus beaux jours de leur senice, à dre .... &gt;1
A ce moment les gardes du corps, restés
Puis
il
fit
un
ges
le
et
les
gardes
se
retiParis, lorsqu'ils traversaient la -place du Carrousel pour monter dan le appartements rèrent; le roi, brisé, YOulut. pourtant parai- à cbc\'al à la grille du port, • découvrirenl;
tre au balcon pour ndre ser un adieu à la d'un mouvement unanime ils tlélach1·re11l &lt;lu
royaux.
Ces fidi:les serviteurs montèrent d'un pa. roule: il 'avança, toutes les rumeurs s'apai- leur coiffure la cocarde blanche, puis, silenrythmé jusqu'au salon du roi; on n 'enlen- sèrent. Le 11ieillar&lt;I essaya de parler, mais il cieu ·ement, ils firent demi-tour lrill"er èrent.
&lt;la.il, dan le grand escalier, que le bruit des 11e put; il fil sign1o que la parole expirait sur la ville, remontèrent au pas la côte de Chere lèvres: il se retira, la tenèl.J•e ful re- bourg et, quand il forent arri\l!S ur la hautalon de bottes frappant sur les larges dalle·.
lermée,
et la mLLltiludc, . ilcncieasemeut, se teur, là. eulement ils firent halte el e reLa colonne se ranoea dans le deux grand
tournèrent : beaucoup pleuraient.
disper
a.
alons du premier étage, tendus en jaune; &lt;le
Le ,·ai seau qui cmporl:ail ln I icille moLe soir même, une main pieuse détachait
la. porte om'ertc, où 'écrasaient les derniers
narchie
de France avait déjà franchi les
de
leur
hampe
la.
soie
des
drapeaux
qu'on
courli ·an , on apercevait la l'énérable tête de
pas
es;
es
voiles onllées el blondes, sous la
plaça
dau
les
ha!!:1.gès.
Toul
était
ternùoé;
Charles X, le ,·oile noir de la Dauphine, le'
lumière
du
jour
étmcelanL, le pous "aient Yer ·
l'heure
de
l'exil
a.rail
irré\'Ocablemenl
·01mé.
fronts courbés du duc d'Angoulême, de la
l'.\.ngleterrc:
il
regardèrent le 1·ais eau s·cduchesse de Berry.... Derrière eux ~e lcloigner,
atteindre
l'horizon, di paraitre, « renaienl le duc de l\agusc, le baron de Damas,
passant
peuL-ètre
par le ilion qu'avait jadi~
C'e
L
le
lendemain,
lundi,
Hi
aoùt,
rnrl&gt;
M. de la Rochejaquelein, d'auLre encore. Le
crewé
dans
l'Océan
le navire des tuarl
dix
heures,
que
la
cou..r
fugitive
entama
sa
roi, sans mot dire, ouvril les bras ....
vaincu·.
&gt;&gt;
Toul à coup le:i sanglot éclatent, les rangs dernière étape.
G. :LE roTRE .

MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de fer
0
LIVRE PREMIER
l li (.-mite).

Or, un matin de &lt;liruanch!!, le menJianl
apparut, !rainant a carcas e, sous Ja tour
d'Llar coët. C'était le ·urle:ndemain dtt conseil de - chef: à Locoal; déjà, à certains
indice , le souJhemeul prochain se pouvait
deviner. Cha&lt;1ue heure dm·ait apporter son
incident, vulgaire ou grave.
Turpin inttlrro••ea Ko:t \. kourn, selon on
habitude: el eJon on habitude, Koi A kourn
réponùit par des métaphores ib1llines, de
phrase obscures à de ein impréci es, t'acilemenl rétractables.
- Rien de nom-enu ~ disail 1~ comte.
d'humeur tranquille, cc malin-là, car la
guerre prochaine le rassurait; dan cette
tempête, levée aux. qwme coins d'horizon,
tout autre bruit 'allait perdre. - Rien de
nouveau, vieux garçon'?
Le mendiant désirrna le nord-oue t de on
ton" bra étendu, puis secoua la lètc.
- Uuoi? qu'e t-ce qn'il y a par là 1 diL
Turpin, habitué depuis longt.emp à es
manière ·.
L'autre, joignant les talons, présenta son
bàton à deux mains dans une parodie de
salut militaire et soufOa :
- Cadoudal[
lui, fit le comte.... Cadoudal e t
parti ... on ne sail où, chercher des armes,
&lt;le la poudre ....
- ,\sec Eveno ; qualre jow- 1 grogna Je

Yicillard imbécile 11uclt1 uc éclai.nisscmcuL que la mère de Bernardin; certains la présur ce qu'il avait cru surpreudre.
tendaient folle depuis la fin tragique de on
Le Hepo.e· l'inquiétaient an cesse; mari; d'autres la vénéraient, comme une
t·'élail la demeure de Uernardin 11ue sa jalou- sainte à &lt;ru i Dieu ac.cordait de Yisions.
~ie r uoutail: Bernardin. •[Uf' no. C aerneillail
Elle annonçait l'avenir; OU\:ent ses p.r 1tl' un . ourire in1:onnu /\ Tnrpin; Dernardi11, diction se réali èrent. Avec le recteur .\ llano,
qui apportait, 11 sa hcllr voi~inc, les rar,
elle tenait des conciliabule ID! lériem oi1
!leurs de on jar&lt;liu et les Jni otrrait eu de cho es surnalurc.llcs étaient révé!Je .
Turpin. resté crédule, superstitieux, malgré
galant hommage, arnc d · complimc11ts llatleu r el des ge Le. J'aJoration.
on .éjour à Pari , redoutait que cette vo antti
Si cette baraque a.rail pu brûler par _pénélràt ses sccrels. Il l'évitait. Mais donc,
quelque nuit sereine il aurail, lui Turpin, pour Loule ce rai on , qui parlait des ncassi té ~ sa deslrnclio11 avec 1111e joie de déli- po~es l'intéressait sur-le-champ.
Il secouait le vieus: pour eu faire tomber
vrance, en souhaitant. loul bas, 11ue les
habüanls re lassent enseveli dan le murs des paroles; et le vicm. racontait, en bégayant. qu'en pa saut par les Reposes, il avait
11eroulés, car il n'aimait pas nou plus maùamc
de Joyenne, la l1m\'e tlu décapité de Vannes. ·\·u. ouverte, une fenêtre 1a veille encore forElle se montrait uautaine ,is-à-l'Î - de "Cil~ rni!e; fenêtre de chambre à l'ordinaire inoccupée; qu'il avait, en bon espion, compté les
d'Jlar ·coi,ll, rcl'u~ail toutes relation enlre le
deux châtellu..t, bien qu , dan une époque, per onnagcs de la mai on; tous étaient passé
c ·lie &lt;Jui pa ail poul' Clautline eût fait quel- deYant lui, maîlr~ on valet , tandis qu'une
ques avance ·. lfadame ùc .Joicnne, i pen ombre allante, derrière celte mème fenèlre,
qu'elle la \:il, la traita d'évaporée el déclara dénonçait la présence d'un être inconnu, nouque l'air de la capila.le l'avait perl'crlie irré- vellement arrivé. Il avait interrogé ... 011 lui
avail enjoint de se taire .... C'était loul cc
parablement.
Puis, c'était encore une étrange per onne qu'il avail.

VICUX.

Turpin approuvait encore....
.
- Oui, oui, avec Evcno; le pœro1er bataillon; l'expédition durera quatre jours;
pui ·, après, la danse rommcncera.
Le mendiaul se mil à rire . Le Lemps de
&lt;ruel're étaient de tcmp de Lutin.
0
Il se tourna yer Ic ud, ù1diqua, dans le
lointain, le toit. pointus de bâtiments masqués de 1•erdure perdus dans les ,,aJ]onnement . Le comte tressaillit. Là était un
souci.
- Eh bien l quoi1 Qu'e t-ce qu'il y a aux
Reposes? Que fniL Jo)enne 1
.
.
Koz kourn ouvrit les bra ; il ne :1.va1t
rien ; mais pourtant .... Et il murmw·a :
- Un oi eau de plus, dans la cage ....
- Cc qui ,·eut dire'?
Alors, par bribe , par morceaux; Le Glohanic arrachait péniblement aux lèvres du

Le curé sortait .:k snu fresby°l&lt;'re, qu211d il se vitentourd p,1rune N1nd&lt;'dc sa rwae-es.Enu11em/n1ll r!,
le µ-étre jurtill' fut pouss~ cantre u11 mur.... Q11and li t•tl q11.Jlr• J 11sils sabatsser, Il tomba sur les ge11011.~. !,s
,nains tmdues, lu rem, au del. 1Jan$ et/le t oshire on l'at-attlt; u11 ç1111p d( luche fi/ l'on11e la mesure. (Pa~c4n i

�tHS T 0'1{1A
'l urpin rci pir.i. Il 'atlcnJàil lonjonrs à
calaslrophc, l'lti5toire du mcndwnl lui
p.1rul :am inlôrèl.
Qut1,1uc Cl.10uan, peru a+il. GeorgC's,
\llèore, Merder el GnillcmoL onl bien pas é
la auiL aux Bcpose., i[ y a Lrois jours ... c' L
ln rcfu"e de Lou· b parli•3n. Celle femme
11'1•. Lpa· i;atU.iile J'a\'Oir envoyé son nnri à
l"éd1:if.lud, il fauJra que le fil· uite le père!
Il haussa les ~paulcs et cha·.a les souci •
l\o e Uirol dt'srcnda il le marche du perron;
H crut rnir le olcil c le\er ur la nuil de
. on âme; il 'avança vers elle, chapeau La.,
cl lui tendit le bout d ·· doigts pour la conduire !t un \ lC U:C banc de pierre où elle 'a ~eyaiL volo11lif'rs &lt;lï1abiLudc. fülc repoussa la
main, rcl'u,a Je 'asseoir ;
Qu',111•1-vous, ma dière ;'11ue"?
Eli • ·arr \ta, le regarda fh1:ment cl rcparlit :
- Je m'em1,~Lc 1
11 rc.1:,ta coi. 11 sa\'ait qu'aux. heure· de crise
lout e s1i &lt;l'apai emcnl dl!mC'u rJil inuti],,.
r.~ cri e$ i.ilaient [ré11uen1rs. Il la rl'garda
s 'éloi 11er sou h, · arLr • :in o ·cr l:i uiu .
li jeta dan fo chapean de Koz .hl.ourn,
1tuelr1ucs O11s, el le com::éùia.
L'au1t·c i,'cn ful, d11pin:111 t, ver de nouYdles aumônes. Il élait a,·iJe et san autre
intelligence que c rtkcS du métier. fais de
es indie.1tions, mimées ou Lé••n1ées, &lt;leu1
incidences ·e dégnnc,1ienl : en premier lieu,
Cadoudal, avec Er no, élaiL parti "Cr lc NorJ,
Jan un but annoncé, 11u'il complail atteindre
grke à. des mo)ell m}·stéricux; en econJ
lieu. le château dl'" llcposesabritail un nouvrl
hôte qui ~e c:11:b.ait et dont on n'avou:iil pa ·
fa présence.

mulire, le }CUX clair:-, - cl fannlil(11e cl ronaanlc, ~coull'z liit!n, les hommes! \·ou
an pilié.
èl de lraitrP. devant Dieu, dei; làrhe:. dc'fanl pi· pour le ennemi ùe la tui qui ,·ant mus-mêmes; je devrais brOler vo. toits
tomberaient dans ce mains-là: ltur compt
el vou jctrr dan les namm(I-; pour celle
était Lon· Ja.c4ue Eveno, entre deux canti- foi , je me conlenlcrai de cet exemple ....
&lt;JIJC , recommandait froidem ent à c1!S homIl montrait Je corp élendu du prêtre a 111 s d'achever le Lies é·: il rrpétriiL trois
ermrnté, d'où quatre ûl•ts de ·ang 'échapfoi., afin de i:e mieu"t faire enl •ndrc :
paient el ·inuaicnl ur la route.
- Ou ne l'ail pas &lt;le prisonniers.
- Mais, pour rançon de vo exi,Lcnce·, il
F.t, penl-ètrc pour ra~surer le. derniC'rs 111e faut des che,·au1, de eharrelles et Jes
trouLles des con ·ciencr. , il ajont.ail :
!ntide . Lincz cc quo vou ayez et que trois
Oieu conduit rolrc brai;.
jeune "CD ,e prl!sentent; s'ils 011l fidèle·,
Celte précaution était l&gt;icn inutile; il avait il r •viendront: ,'il nous én-arcnt. il ·ont
oufllé ·on àme à ~e · ·ompa~nons; Lous, à morts. Allons, faite Yitc!
présent, r,h-aienl Je cruantë. $uperbes à la
Une heure plu~ tard, cnradranl six rnigloire du eigneur; ou nom de Jé u., ils lure~ à rnob on· , Liréo · cliacwic par dcut
1n:1,s, acroient.
gro choraux en n,•i:he. le Chouan 'cngali allaient : Georges, M rcier, En·no, eu "eaienl dans les gor,,.r. profonde de Cortète, seulement précéd~ de •1ucl11ue éclai- nouailles. Trois gar d'KJcrn marchai •nl à
reurs, marchaol ·ur le tala . lb suiqicnt l'a,·anl-garde, cnlre douze compannons 1p1i
1,,, rnlfor couvert., se gli saienL ous .boi ·, ne le quittaient pas de l'œil.
franchissaicnl les cour. d'eau, montaient el
- ~:a va! dit George .
~lereier ouril: Evcno e, inoa.
des endaient les pentes, de heurr.!, aprè de
heure ,,an balle, an. repo ·, nos 11u'aucun
A deux lieue au nord de ChHcaulin, la
fail1lildao 1't1llure Loujour· ~ alemcnl rapidl'. route qui va de celle ,•ille à Landerneau, pui ·
li é,·itaienl UenncbonL par un détour à à Bre L, en contournant la rade, de ccud :1
"auehe, fflaient ou Ponl- corfT, saluaie11t pic pour franchir un ruisseau eocais.é, el reÙl! loin Quimperlé, gro se •rarni ·on bleue, monte en uile les pente boi ées qui mènent
campaient ur la droite de Rosporden; le à Quimerch. C'c l là qu'était .ituée la poulendemain, il obliquaient yers l'intérieur drerie oil s·aJimenlaienl le- ar enaux der Lodes terre , lonrnanl, lr au larire, luimper rient et de Bre L.
,\ l'abri des cntrcpr,ises extérieure , l'élncl a menace, s'avançaient ver~ le nord, ou
Carhaix, lai ant 'caë1· au sud, et tombaicni. Llisscment trouvail un moteur parfait dans le
ruisseau rapide sur leq ucl il élait in tallé, rl
ver midi, au viJlarre d'Edern.
Il avaient coupé cinq riYière , \'Etel, le le lransport d1' se produits était facile par lu
Olaret, le corfl', l'Odet, !'Aulne, . oil à gué, rade de Landévennec. La position ·cmhlait . i
·oil ur la 0 lace, car il } avait re11ri.e de froid sùre, on était i loin de redouter une auaquc,
polaire; ils avaienL cou rcrL do1ue lieue par que la g:irde de la manurac1ure avait été conjour presque san provi.ion , battant la e- fiée. à quinte ,·éLérans, commnnd(i. pnr nn
011 allail Georg~'! Chercher du la poudre, rncllt&gt;. , fouettant le corps :nec l~ l,ra. aux serrrcnt cruadra:,:énaire. A1ec le · ou,·ricrs,
comme il l'a,ait promi .. Mais où cela'! C'était rare balle , aux bivouac du soir, autour sans armes, cc po le pom-ail compter ccnl
son ccret. La Ycillc, il arnit ordonné à Jac- d'un pamrc reo d'ajonc humide~, drga,,.eant cinq uan le t ~Le .
lieux cents Chouans, ~autant comme de ·
•1ue Evcno dP. rassemhler se~ homme en pl11. do rurnéc ttlle de llamme, piquant b
armes, sur la lisière du l!ois-Charlrcux ; il le:
chal ·, hurlant comme de lo1..1ps, à l'impro·eu:., ne dchauffanl pa .
y a1·aiL r,·joint, aYcti •1uclrp1es campag11on,,
Edern •lait, alors, 1111 hameau de tfül 1i ·te, en"abirenl l'c11ccinlc, •nroncèrt&gt;nl la
et tl, étai1·nt par1i.- le lon rr &lt;les cl,emms creux. clrnumr , un de c.cux-là que lt!ur :itualiun porte principale el Jeu~ aulrcs porte donn an plu Lol, é1 happ' de' pri oo • tl • i.-01i: . d: inlérc ·~ail dn ilrnmc national; le:. nant . ur I par ; le re Le ds la troupe garJail
llresl, Lraqu •. Cl rugi tir~. (,ror;.;es, Allè rre rt haLilanl , rc 11:s apathiques, inJolcnls, rési- le· haulcu r cl ~nrveillail le. alentour .
L'irrupliuo élail i soudaine que la ré,i ~forcier passi:rcnl, un soir Je lune, luul pri:
gné, peut-èlrc aux arrèlS de la Providcact•,
du Pont-de-Uai,, entre hàle.iulio cl Lanr.lcr- :rvaicnl ac:,()('pté le curé a ermenté que leur tanre l'ut à peu pr\ · nulle. Ct·pP11danl ll!s
11r.111 . Ut i'·1aiL f.1:il11il! une p1111drcri1.1 con iJ~- :rl'aiL impo 6 li! district.
vél •raru, raUié ', 1on l'-re11L un imulnere Je
rJl&gt;!c ']Hi al1111enlail le~ arnmaux de port!'.
li sortait de .ou prc l1yt;.rc, quand il se vit combat. Ilt'!lranché d:ms leur corp de "ardc,
1;eor"C nota ,·c poi11L pr!cî,; Jaw es .:.omc- Plll1111ré par une Lande d" • auvage 4ui sem- il Liraient par 1 l'enèlre . Deux ou Iroi
nir ·• Cd.1 potnail scrrir un jour ou l'aulrr. l,laicnt sorlir de terre. EYeno, ,p1i élai t ren- Chouau · culbutèrent: la ripo Le diminua de
~eigné, 'offrait une di tr,1c1ion. Georgeslaissa quatre le nombre de défon eurs; le er"ent..
Cc jour-là éL.1.it venu.
Via:.;t-ti1111 lieue PllYÎ ron éparaien l lt! l'aire. l~n un e minute, le prètre jureur l'ut était par terre, le rron t troué. Mercier s'élança
Pont-de-Buis do Lo1:o 1, Ji,lauce allonrrée co- pum. é contre un mur; il hurlai l de prièrci, entre les Iu il ; cc corn bal ~an i.:loire l';ll1••1re par les di'tour · obligatoire., la rnlcc~silé des menace . des imprécaLion~, menaçant de 1ris Lait el lui n:put!Jlait :
J'é,•iter le ville·, le cantonncmenls répul,li- l'CJ1ft;r qui l'o erail toucher. Mai quand il
- ncnùcz-rou. ! la Yi· :imc l cria+il aux
vil ,1ualre fu ils 'ab:ù ·scr il lomùa ur les ,,:Léran ; ,ou 11c pouvez. rien !
cains et Il!, !!rande rouir .
Lo· soldats jctùrc11t leur~ ru~ils. li . C
t;corge.~ pareil un lundi à l'anhc, en di nnl genou~. les main teudues le· )Cllx au del.
:1 ceux qu'il iai·. ail derrière:
IJJ11s celle posture, 011 raLallil; qnatre balle
·ompreaaienl pt•rilu . lis ;;ortircnl du JlO le.
- An rt•\'oir; à je11Ji.
mirent fin 11. e n-rimaces ; un coup de hache
- A pré enl, ÙÎl Eveno en e frottant ]Cl:;
11 compl.iit qu~llri! jour pour ,on expédi- lit bonne la me ure.
main·, aou alion \OUS fusiller, m - bons
tion. Alors. une cou rse l'olle commença. Ils
- Amen! dit E1· no, en pous anL du pied amis 1
~Laient cinq cents, des jeunes, de \'Îeux, tous le radavrc.
- Ètcs-You: rou 7 fil Merc ier en le r1•pousvolontaires, tirés ~u sort parmi le autre ;
'ferrifié , les paysan d'Edern souge.1icnt à ,a11L rudement, ce homm!'s ont ma pnrolc.
car chacun désirait n être; cinq ceuls ro- fuir; impos ible; le village était cerné.
Eveno ricaUJJit et faisait si..ne 11 .c eo1n1111 le , agilt's, courageux, mpfian ts. la mine
- Halte-lii ! cria Goorge de a voix clai- pag11011 . •

1111c

11

1

0

- Jeune homme, lai· cz-moi faire ... c·et Or. Georges cl sn lroupc lilaiPn1 de Glomel à
1111e petit,~ revanche de Qui!, ·ro11.... lloeùe T~é~aran~ec: l'i, pendant que l'ennemi pa.a1bsi mail promis la ,·ic à omlireuil. ... Ou :-a1t ?err1ère leur conrni, ils atteignaient le
peut patfoL iruitt•r !loche .... Et puis j'ai juré llorb1han saus oublier per onuc en roule.
&lt;le 11e pa foire de pl'i onnier ... allons, le~ . G~rg_e ' avait tenu parnle; il re,·enait le
gars 1
JPUd1 _sotr, el rapporlait la poudre qu'il avait
_Mcr,cicr, livide, cri pa le doigt ·ur la promise aux chefs de Chouan a ·semblé .
po,giwc de . on sabre :
E~e fut partagée entre le. légion·. A la
- (;es homme :,onU, moi; ilsse~ont r •uJus ma111er, 1 hameaux 'eniiévrèrrnt; le tem~ moi, j'abats le premier qui les louche.
mcs, les enfant . fabriquaient des cartouche •
- Oh! oh! fil Ern110, on \'a roir, mon pl'lil ! Le plomb ne manr1uait pas, les toitures des
A ect 111 ·1ao1 Cadoudal parut, il ~orlail du ch.'ilcaux, des é•Tli·c., s'offraient contre l'eupart.
ucrni.
, - (:1•or~c. 1 appda lll'rcier, en désignant
A Locoal, le comte Le Glohanic, chef du
Ernno, déharra --e-moi dr celle brute ou .... ,ic balai!lo11, rcçuL quinze cc•nts livres de
li n'ache~a 11a~ :
1:011d.r ·; trois c ·nt. fnrenL •·mployécs .ur
- Pi\'olt· t 1liL Cndouckù au cht'f du i •1 lm- 1heurP; pour ll' re~le, il tallait une cachette
t:1illo11: ,a-t'en, loat de suite. J'ai enleud11. ,ùrc. Le r cteur All::mo OUHit ou égli c.
.\f •rcit•r a. raison ..\ux 1oitun•s, le nar !
Dan une chapelle latrralt-, il dissimula Irs
E11e110 ne cédail pa · encore. la tète liais- sac formicfoble, ou une lioiserie dont la
Wt', il ongeait en se mordauL le · P·Yre., m: coulis e était masquée par 1111 confe ::Ïllnnal.
l,ou"eait 11.1s.
Xul ne d vail jamais on"er 11 le: allt•r cher- Qui dom· command1• ici? rcpril Cadou- cher là.
dal. Yeu -u1 que je te ca~sc ... de toute · le~
ept per 'Onnes connai.-.~aieul le ccrcl : le
faeons, pn)~an '!
recteur AUano, lo com1e Le Glohanic, lo ferIl leva le bras. Alor E1 eno recula.
mier l:ynourez, se dew: fils, es deux neL~ Chouan, chargeaü•nt le ,·oiture ·. Le · 1eu , Olic_r et Fanch, Maze cl JiLi; le prêtre,
ourner:;, anéanti , stupides, le. rerrart1aiCJ1l
le chef el cinq dé\'ooés ju qu'à la mort. 'l'oul
cn!e'i'er les baril , les ac de poudre, la •t~it bien ainsi. Cadoudal approuva. Dieu Yeilc~s. e,. bonne à prendre, contenant dù.-huil la,t ·ur sa poudre.
nulle ll\re ; no cr dan le canal les matérianx,_ le.,; in trnment' de fabrique qu'ils ne
Cependant, au manoir de Repo e , la rie
po1muent emporter. Toul cela fut l'atfüir1• s'ét~i~ moùill.ée. Madame de Jo)enne aYail actl'un in tanl: cl, la· aut derrière ell(• le: cue1lli Claucline a\·ec uuc exaltation ombre,
,-~i'.1c11 · . au!' e~ .lupéfail.5. la colonne exp,:- comme _un hôte presque allend11. Ce qu'elle
dtuonnaire repr1 Lla route du )lorbiban.
appren:ul de son étrange hi ·toire n'arrivait
• ~n pas ·an! par Briec Hiaint-... égal, E:rnno, pai; à l'étonner. Dan Bo e Dfrot, elle avait
a l1lre Je rompensalion, f11sillail encore deux. di cerné lïnlrigoe el le mensonge; elle di ail
curé jllfcur ·.
om·ent d'elle :
Cadoudal arri,·aiL à la haulrur ù Plm lien
- Ccllc rcnune ·enl 1, fagot.
11w111d il apprit ')He troi Ùalaillon. de QÙimTout de aile elle s'éprit de fa naie Claup,'.rlé_ couraicn~ :1 ~a poursuite. Mai les t·épu- dine, cl 1• voua à sa eau· . Elle l'cnloura
l,li1·a1n., pnr~1 · 1•n hâte 1•t ah· renseig11c- d'affcclion; pour la première foi· de a 1ic
111cnt , n • n,;uenl 1ruc\rc quel ch&lt;'min prendre; mademoiselle l,c Globnnfo v1tc11L scion so~
Lon. les ,·apport~ rccu1•illi; L;taicnl contra- rann-, dan le milieu r1ui conrenail 11 ses oridictoire~ ou incerl.1in ·; 1 Chouam lai ~.tient "Încs.
après ••ux 011 dl' parlis;ui - fidèle· ou de~
Oe un cùté, Ilernardin, jcuo1 1 ho111me foul'lmemi. lcrrol'i és, peu oucicux de ·c com- gueux e~ _~ponlanê, entit:: dès le début, c111e
promellrc.
la r 1fogrne des llcpos1• 10stallail en som·cEmbarrai,:,b par leurs charrclll!', engagé
rainc da.as sou cœur loojour ourert aux enJans des pente, défoncé s, l'-Oupécs d'ornière ·, thou iasme . Il se constitua son défenseur;
encombrées de nèige et de glace, ili annçaiènl .c jura, fût-il encore . eul à tenter l' culre11uand mèmc, ayant Lout contre eux. irardant pri e, de faire Lriompher son droit. de la
ll'ur Toi, el remettant au ciel le ~oi11 de leur réinstalkr nu milieu du re pcct de · foules
salut.
&lt;lan l'ancc traie demeure d11arscoël, où o~
Pour Loule. prt~ulion GeornC! en1'o,ail frère maudit, le premier depuis mille am,
1•n éclaireur dt•s olJats sans armes, ln hè~bc m'ait introduit la forfaiture. 1J re,a lar11cou le ralcau sur J'épaule, ,oirr un panier au 111eol à ilr. projels supt•rbe , dont la ,-anctI'on
hras, comme de boru; culli\'aleurs rer ,nan1 déünilhc était l'union trè lendr de deux
des c:hamps ou du marché. Si le Dieu . les races également loyale . li s complut Jan
surprenaient, le inLerro l'aicnt n11s mé- cc dénouement: el bien ou,·eut ses yen1 re~ancc, ai11,i 11u1• ,Jcs gl'n~ du pa, , i:em-ci llélaient sa pensée.
i. empre aient d'Jga1w la marche de colouClaudine, qui , depuis one année, avait
n~s ~épuLlicafoc par de
a,i · quïl c appris Lien de choses, 'en aperçut, certaifat atenl arracher.
nement. Celle constatation ajoutait un chaEnfin, les officiers Oleus réuni a Carhaix-. grin à ses mille douleur.. Elle ne voulait p~.
prusumant que le· ~forhihanai rentreraient ne . pouvait pa. èlrc aimée, pcn ·ait-ellc;
dao leur pays par Ponlc:allcc. comLinèrcnL mats, derant celle passion nai ante, elle
leur rnmn-emcnl sur Gourin •t Ll' Faoufl. s011/fril doublement de son passt• mystérie1111

raux

semenl trouble; elle regreua d'autant plus
.a déchéance, encore qu'elle n'en rüt pas respon ·aLle.
Madame de Joyenne, elle aussi, praéLra
sur-le-champ le · ecrct de on fil · toul
autre
Lémoin ·ans dout en eùt fait a~t.ml J·
•
mat celle mère, en plu , élait ingulièremenL
lucide, et vivait. extatique, les regard attachés sur on unique enfant. Après on mari,
le morl tragique, c'étail le cul amour qui
lui re tâl.
Et puis, elle avait à son t&lt;"ard d'aulrt!
raison d'allachemcnt fou, de tendre e déchirante . .'e ,·i ions, &lt;1u'clle croyail infaillibles, lui montraient nn a\"('Dir d'horreur et
des désert tlc de11il. Or, naguère, pour son
époux, tout en le poussant à la "Il •rre ainlc
elle avaiL, dans son rè1e, cn1re~~1 l'ctchal'auJ'.
~a_ confirmation. par le é,énemenl , de . :i
-1m lrc prophétie, l'affermis ail dans . a foi
de Vo ·ante; clic marchait, parJaiL. h.illucinéc.
Elle effrayait bien &lt;le gen .
Quand elle comprit 11ue Ilernardin allait
aimer Claudine. clics· Llri ta profondém ,nt.
Pourquoi. ce,- tentative~ de bonheur, pui Clue
fa mort el.ait au bout/ Et son sourire était
n~vr •, quand elte contemplait l'amourem
\Jbrant près de la tri Le amoureuse qui jouait
l'indifférence en démentant son cœur.
ur ces trois per onnarre , detu recélaient
u~e ~ngo~ e ;_ mais Joyennc pirouotl:iil poiLrmruL, 1.ac?ail la bride à sa ,jeune exuhéran~ei. d1sm~ de belles cho e ; parfois, s'arrèta1L ~nterd1t, et rougi ait un peu, n'ftanl
~as. lom de l'enfance. li chantait, il riait,
U_r.ut au mur, fai ait des appel de pied en
rcclamant Ia guerre; Cadoudal était bien
lo~g à donner 1~ ·i~ual; qu'est-ce qu'il attendait 1 Après la v1ctotre, Claudine renlrcrail 1c
front haut dans ]for coët. .. voyon·, George
dépêchons-nou ! . . .
'
ùr, un soir, apportée par le \'enL de mer,
les volées du tocsin ·onnci à la même heure
dans les r1ualre paroi es, firent bondir ur
leur~ ~ièges les hôtes de Jlepo es. Joyennc ~e
prétiptta aux fenètres. ur 1 , haulenrs, aux
4uatre point de l'horizon, de "rands feux de
genêt Cl d'ajonc. 'allumaient et montaienl
en flammes menaçantes.
La cloche el le flammes, c'étaientlcs deux
signaux convenus.
Déjà, de paysans armé ' couraient ur les
cheruin , entouraient le manoir, réclamant
!e~ chef. llernardin pous a un grand cri tic
)OIC:

-

En/.inl

li pas. ~ dans. a_ ct'!inlurc "a gr:mdc épée
de fer, prll son Iusil, sa pondre, se coiffa de
' On largo chapeau. JI était prêt,
a mère e jeta sur a poitrine· il l'embrassa longuement, se prosterna devant Claudine el lui bai a les mains.
. - Courage, les femmes! C'est pour le
Olen que nou marchons .... A bientôt!
ll s'échappait, hrusquanl les adieux triste
li d6gri_ngofa
marches du perron Lranlant ;
alor il levait son fosil et clamait à von.
pleine :

!è

�ffiSTO'l{1A

------------·-----------------~

- Hardi, les ga.r- ! Tous y Yoilà! Allons
reLrou,er Georges; ra scmLlemenL ! la !!llerre !
Gloire aux Blan~! Yorl am: Bleu 1
La troupe, ma ée dan- l'ombre, lui ré:
pondit par un hurlement faure, coupé du cri
répété de La ch01rntte; il prit la tête; sous
les mur· du manoir, les Chouans défilèrent.
Un grand bruit de . abot , d~1·alanl par_ les
chemin , [ai ·ant rouler les pierres, pers1 ta
Ionntemp après eux, quand ils e îurcnt
0
fondus
dans la nuit de l'b"n·er .. . .
Aux mèmes heure , Jac{1ues Eveno, le
comte de KerreL, Turpin, Le Globanic ralliaient leur hommtls el marchafont au rendezvous assigné. par C.adoudal. Avec Joyenn , ils
constiluaient la dtluxiome lémon La légion
d' \uray.
.
La reille, ,rercier était é!!lllement parb
orouper ses forces; les autre chefs chouans,
~uillemot, ol de Grisolle , aint-Régeant,
dn Bouay , Diger, Debar, Tréœs on prévenu
par lei courrier · poussaient ur le rout.e ,
à marches forcées, leurs compagnies épais.es.
Le lendemain matin, à L'aube, douze mille
partisans en armes allaient se trouver réuni
aux lande de Plumeruat, et ce serait l'instant d'accorder le violons.

Les liommes partis, les femmes pleurèrent.

dormait ur un lit, ico UI un coll're; et,
derrière la porte close, lt tr:l.l'cr le plaine
glacée , le vent du norù hacb:iit l'air à coups
de sabre, dans des charges réitérées.
.\lor:;, le idée 'Ombre , les noirs prcsentiment , la peur pour le · albcnls, crunpé
on ne avait où par ce. nuits reùoutaùlc , au
pi.re, par monts, au mi ux, ou:; boi'; toute,
le angoi s ùes mères, Loules le transes
de · ferrun ·, assiJcreaient ~ la l'ois la icille
pay anne, droite sur son e r.ali au 1 s bras
croi : en face du fauteuil vide d'.\lanik.
lli étaient parti cinq, combien en rc,·crraiL-elle '? Par moment, elle avani:A il la Lètc,
tendait l'oreille a.IL~ bruits e téricur , croyant
toujours urprendre un roule.ment lointain de
füsillade. Elle tr •s:;aillait; ~t.ait-c • ur l1•s
siens qu'on tirait de la orle?...
Et déjà, elle les perce,·ai l, livide. , le~ Ieux
l'ou , dans une fuite é&lt;:hornlée, Lurlant La
d~fnite, la mort, franchi·. anl d'un l1onù le
ravines, scalndanl le talu , dé,,rinrrolanl les
fondrière , pou és, par un iust.inct &lt;le bêtes
tra4uée , ,·er le gîte, le viUa~e, la maison ....
Elle se lijrnit pour 1 ur ou,rir la porte,
mourir a,ec eux ... ; pui , morne, elle retombait à on siège, reconaai ·anl son illu ion.
Cinq minute après. l'ob ·e sioo rccomm açait.
ou ,·en t, elle priait à voix hau le :
- )!aître de tout, au,e le père et les
enfan! ! laîlre de LOul, écarte do leur chair
le plomb qui lue; maître de tout, ce ont Le
ser,items; il · lutlenl pour la eau e, protègel · parmi Lou ; nnds-moi mon homme, m1:s
fils et les fil de ma sœur qui, mourante, me
les a donné . ,foüre de tout, penche-loi sur
les humbl ; aie pitié de mou cœur qui
tremble, pitié, pitié, cigneur !
El lle e iuoait comul ivolllent à !!rands
tour de Lra , Elle demeurait ain i, trëavanl dau · la nuit, sans s'apercevoir que le

A la ferme des Crnouvez, c'était la solitude
el la dé olalion. Alanik s'était, le premier,
jeté dans la campa!!lle, errant des. deu
main , en tra ·ers de on corp , on fusil LOul
chargé. Olier et Jili le suivaienl de près;
Fanch et Maze arrivaient ensuite. Le chien
Hok les prrcédai t tous: les oreilles droite ,
le nez sous le ,ent, les ,eux fixes, il avançait,
silenci u1., san un aboi; a queue droite
prolon••eait la Ü!!ne de ou do , ce qui indiquait la préoccupation. C't:Lait le meilleur
éclaireur de la colonne en marche.
Derrière eux, la ferme semblait vide; la
grande éza restait enle aveo Tina, et ico,
un gamin de quinze ans, dont elle était peu
ùre, en ce ens quïl louchait ,•ers la porte
et détalerait certainement i l'écho de la fusiJlade arrivait ju qu'à Locoal; per onne ne
pourrait l'empêcher alors de courir aux
Bleus; il n'avait qu'un bàton, mais il le maniait bien el 'exerçait lou le jours.
ur ce· trois délai sé retombait tout l'ouvra•re ; il· ,·aquaient san - goû l; les hèles,
attristée de ne plus voir leur monde, 'agitaient à l'étable qui étnit au si l'écurie. éza
leur parlait de a ,oix. rude :
- Allons, allons, vous autres!... oyez
sage ' ... n'ajoutez pas aux ennuis .... Oui ... ,
le maitre n'esl pas là ... , les gars non plus ... .
Vous les cherche~'! Us reviendront ... peutêtre .... Hevicndront-il , grand Dieu'!
Tina, à ces paroles, Uchait son balai, el
s'ai. e)ait par terre pour pleurer plu.,, à.l'aise.
ico, un doigt dans le nez, re!!ardait la route.
t:t les bêtes, compréhensives, qui sait 1 grognaient el gémissaienl, blàmanl la Jolie d~
hommes.
füi. 1,, veillées étaient lugubres. 1za
reslail de heures, immobile et solitaire à
contempler la da.n c du feu dans l'âtre. Tina

embu cad , 'enlié, rail a,•cc les soldat dan
la charge, -ou0rait cl gémis ait a~ec les
bic ~é , implorait Dieu a,·ce les morilionds.
Ame rude, c.ependant, mai accessilile. cl
ensiüve ur deux point ; sa croi·ani:c au c1d,
,on amour pour 1'bommu el le petits. . . .
La r1bine dans le chandelier de fer s elc1m:iait en crépitan~; alors la ncillc femme,
tournant des Jeux hacrards dans cclt~ ob~ct_1rité soudaine, gagnail à ti1lon on hl el i; Y
jetait tout habillée. ~lais son cauchemar ~ntinuait Jan l'omlire; el le mlme rerc~
pa. ail'-nt et rcpa . aient à lr:ner sa ccncllc
hallucinée! Ah I la uerre !

Le mèm" soirs, au manoir &lt;l · lleposcs,
Jeux aulres fcmrue veillaient, échangeant
elle aus i des propos lamentable:;,: madame
de Jol·enne, Claudiue Le Glohanic. Par les
époques de péril et d'alamlC , l cœu~ e
lient vite, urtoul entre deu.."&lt; ~tre Vl\'anl
étroitement ensemble.
Durant le lmvruc · journée de cet bi,·er
deux l'ois tragique, sn11 res e en tète à tète,
la vieille dame el la jeune fille, c pé~élranl,
réciproquement, en arrhaient l&gt;ien_ \11.e ??
:,uprêmes confidence ; ,imcs ap~ur •:s, rclugitie l'une en l'aulre, ell • e hvraienl sai1s
restriction; cua&lt;..'Une de ces bouches murmura
des a1·eu.."t tri tes.
Cne foi~, entre viogl autre , comme el~e
parlaient de l'ab cnl, l'impiltueuI._ che~al1er
rué vers l'aventure, comme Claudine e ;ilt.a.il à 1anter sa nobl e de cœur el sa plentlide bravoure madame de Joyenne l'iutcrrompit, en lui po'anl douœmcnl sa main
·èchd l'épaule....
.
- ton enfant, mon enfant, J • 1ou en
supplie, pour volr • propre repo , ri'aUcz pas
l'aimer, urlout !...
Claudine rougit \Îolemmenl; elJe cul uu
écart bru IJUe :
- Oh ! madame t
La mère de Bernardin la retint auprès
d'elle.
- , 'e nou elfaroucl1cz pas, Claudine!
Dieu m'est témoin que ce. rait mon vœu le
plu cher ... car you êl~ ditirue d~ lui •t n~
mai.on .e valent ... mai lelle baissa la YOL\
en larmo)'anl) mai .. . Bernardin e _L . déjà.
fiaot:é, héla · !. .. tian ·é 1t la morl. .. om, il esl
vuné à ln mort... je le ai~ ... je l'ai vu !...
A cc phrases qui semblaient insensJes. ln
jeune fille pous.ait ua cri d h\1rr nr, e11 étcuùant lt!- main, pour écarter les pcctrcs.
- .th! po11rq11oi dire œla1 C'e l tenter le
!iOrl, madame ....
- Écoulez, reprit l';1utrr, ~oudaincment
rcli,..ieu e el rtra,e ; reoulez et 1·ou juge1·e-l
apri~s. Uon enfant, est-ce un pririli•ge, e.1-cc
un :surcroît d'épreuve 1 le recteur Allano n'en
€ lts Bleus /es ,nterrogeairol sans ,n~Jiattce, ils ~·empressaient d'iJ!arer !J marche 41:S colo1111es repuNi- a pu dédd r. - mai , depuis des années,
caines tarde Jau,; aris. (Page-1r.)
j'ai ce don m~ t rieux de voi~ pl~s loin et
plus clair que les aulres. 11 ID arrm, à cer'apercevoir
du
froid
tains in. tant, d'a1oir de ,-ïsions surprrteu était mort; an
aigu qui tombait dan la salle et la glaçait nantes qui toutes annoncent l'avenir. C'e t
ain i ; les alhéP en riraient; les crOI~I.$
1:ntière.
Elle n'était plu là, son âme voyageait der- s'inclinent· mus sayez 11ue la paUl'rc reme
le LaqueL de Me mer l'échafaud
rière e aimés ; elle as ·i t~il aux alertes, aux avait YU
0

d;n

'---:------------------------------se cire. er devant elle: rxhnrtatiou du ciel à
purifier son :\me. ~loi, j'ai eu, poUI 111a parl,
d'analogue ré,·élatioo . La première, il ~- a
di\ an ; une nuit, éveillée ou endormit&gt;, je
rH! ais pas, mai~ quïmport.e'? j'ai enten1l11
un tunrnlLe de roix furien~t·; cl j'ai rn pa·t'f, sous un oleil arùeut, dan un Ilot de
11oussière, u"e bande d'hommes hideux, d,L
"UeniUés, coiffé. de liounct rouges el brandis ant de pil1ues; il criaient: « A Yer·aillc ! i, Il m·a scmhl,: qne j'étai au lllilieu
d"eux: jl' rc pirais kur· brucines chaude::-.
char~écs de ,in; je seotai leur forte oJeur
etj'eu, un lcl dégoùt 11uc le cœur me 1e1ai1.
Pui lout '('ffaça, l'appal'i1io11 11·avait duré
1111·une minute. Je n'ai compris 'lue ci11q am
:i11ri•s. IJillas ! me ü~ion. tle1 inrent personnullPs rt &lt;l'autaul plus terrifiant . Au début
de !a campa•'.uc ro ·ali ·Le. 11u:md les pa ·s;ul ·
offrirent à mon mari, Henri de Joycnne. le
1·omruandl:!Dlcnl d'nne lé;ôon, il m'a conultée du regard, n·aynnl de crainte que
pour moi-même. Jr. lui ai dit: &lt;t Y~! Lu 11.l
doi ! o Il est parti. ,Je sarni ecpendant 11uïl
ronrail à la mort; la ,eille, en pl in jour,
rua.rehaut ·ur la route, brusquement, le
paysarrc aYait di paru à mes rcu , et devant
moi, j';n•ai · la place du ma~ché, à Vannes:
un échafaud tires é. dont mon mari ruontaiL
le marches. Cc fut ainsi. Vou: ,·oyez que j'ai
quelque rai ·on de croire à mes pre · ·cutiment .
ClauJine. épouvantée, joignait le, waia ..
OUI-rait de- yeux énorme . La chàlehline continua
l}our 13eruard in ....
La jeune fille cria :
- Uuoi? lui aussi .. .'! mu awz ,u ....
-.l'airn.
ll} eut un ileuce; toute deux e reirardaient très p,'ile , l'une tremblante au rappel
de ses ~ran e sib~ lline ; l'autre eJfa,·ée, perdant pied, sentant sa raison trébucher dans
œ · frér1nentalions d'horreur. )fadame Je
Ju1cune reprit, la roix bri ée de larme· :
.- . Je l'ai vu... Stendu sur la lande' la
pu1lru1e roa 07c; les doi"l cri pé griffa.nt la
terre; morl; el le· :reu ouvert- dan un dernier défi .... En mrme Lemps j'entendais un
bruit de fusillade ....
Cl, udine, les main ur le oreilles, émi .sait ourdement.
- Petite, je ne eiu · pa · folle ... vous voyez
bien qu'il ne faut pas l'aimer .. ,.
Claudine ne répondait pas. 1lor , pour 1a
°:1ieu.\ con1ain re, la mère propbéti,1ue inSl ta:
- ll y a plus de six moi· que j'a.i m cela.
Depui · ce jour, je ne le perd , plus un in tan L
de . yeu1. Songez : mon fils unique, 1euu si
tard, a.près douze ans de maria,.e! je gra\'e
se.s traits dans ma mémoire; je le con ·idèrc
dtJ~à comme hor de terre et j'ai loutes 1•s
pern~ du monde 1t ne pa parler de lui au
pass(•. Il me emble qu'il n'cxisle plus réelJ m ~L; quïl e ·t uniquement dans mon sou,crnr; que e paroles, se , actes, sont actes
et .Par?le de làotôme, on di! rappels de rua
memotre h:.int •e de lui. Et j'en ui à souhai-

ter que ce qui doit arriver arri1•e, pOlIT èlre
défürée de angoi e, de mon appréhension ;
pour ne plu- 1·inc, C0IIlltle ,je ~i , dans l' l!lernelle veur du lendemain, courùée ou cell.e
approche d'un dés.~tre imminent. Tel est

,,1

17

Li:s i11s1Jrgès iev:IIJn1d par les f'lat11es. Au pusagi:,
fis i11ctnifofent les /u1me.:iux soumis à l.&gt; llepr1blfque
ou slmtlmient l111Jiff4re11ts. (Page ~-1·)

mon martyre .... 11 serait celui de qui s'attachera.i t à mou fils ....
El elle répéta :
- Yous ,oyez bien, enfant, qu'il ue faul

pa · l'ainm·.
Claudine releva la têlt'.
- Je l'aime! EL je pub l'aimer .an· que
1ous en preniez ombra"'e: car, dùl-il yivre,
je l'aimerais sans espoir, madatne · je l'aimerais silenciea ement, Loin de lui, sans
jamais amuer; \'OU aurez eule. Oui, fût-il
à mes pied je le repou serai·; car mon
trisle frère n fait mun malheur plus complet
qu'on ne pen e.... li l' a dans mon pa sé
d jom~ affreux. de honte auxquels j'ai survécu par je ne sai qneUe in linctive énrrgie.
Je suis \'ile. troi foi· vile .. . trois foi. indigne
de lui. de vous, de tou c ux qui sont re. té
sain el purs; je suis maudite: je uis perdull !
préscnl, clic clamait, farouche, les yeu '
sec , lasse sans doute de pl •urer sur ellemèmc. }fadame de JoJcnne l'arrêta dan ·a
confos ion.
fou enfant, 1uus ne pouvez pas être
coupabfo. ...
i ·011, je
ui üctime encore, mai~ je
ii'en uis pas moins tlétric.
- Dites ... tout, con eiUa la vieille dame,
en prenant les deux mains de Claudine dans
les siennes. Dites tout. Vous êtes seule an
monde eljc suis votre amie.
A.lor , d'une voix. confose. où se heurtaient
la colère à la honte, la révolte au désespoir
la nohlt~ fille du comte Gille et d'.\.nna de Pcnerven dévoila sa mi ère. Elle racontait l'a aut du comenL du Calvaire; le ma sacre

des Calvairienn . ; l'incendie, l\icroulcment.;
la bru ·que libération pirè que la captivité; la
rhafüon de bandits nccéù:mt ans transition
mu cantiques de la ebapelle, aux silences du
cloitre. Enfin, 1a marche triomphale, à tra\'Cr le~ üllageii, des Mar cillai ivres ramenant à Montpellier les ,iclime éperdues ùes
a11ciennes tyrannies.
Parmi œllcs-d, certaine prenaient gaiement leur sort; d'autre , ùont Clrlll&lt;lfoe,
lrcmbfaicnt ans rieo comprendre ... , ig-noranlc de l'heure qui allait sui He, ne achanl
rien de la ,;e, ·urtoul de c turpitudes.
Claudine a1ait alor dir-neul ans; elle élail
belle; un des chef de la bande fa remarqua,
'clforça de lui plaire par des «alauleries cl
ù '· rrâces de goujat de· fan bourg,; cil le
rcpou sa devant Lou ; il revint 11 la char e,
tncuaçonl. Indignée, elle lui jetait à la fa('e
·c · noms, ses titre:; i-on ch:iteau, es ancèlrcs; une rumeur de haine lui répondit.
Ce qu'elle cro ait une auvcaardo était dt&gt;,. •nu une cause de meurtre ou de pro cription. 11 n'y avait plu.s de Itieu, plu· de roi,
pins de nobl ', plu· d'anc 1tre · il y arait le
peuple; si elle le muait, elle était condamnée.
- Choi i ! lui dit on amoureux, la guillotine ou moi!
Elle répondit :
- Tout, au.f toi!
Il baus a les épaules et la fit emporter. Un
an, il la tint chez lni, e cla,,e et pri ·onnière;
·11e le haïs ait i lui, il l'aimait trop ; puis, un
soir, pl'Ofüanl d'un hasard, eUe lui mla son
ar«ent pour ub ·j Ler en route - el 'enfuit.
De 1ille en ville, Uc arrivait à Paris; et,
de Pari , par petite, journée·, perdant se
forces, épuisant ses re sources marchant le
plu · oment à pied, clle employait six semaine· à gagner Vanne . Lit, pour i:a stupeur, sa colère, on plus grand désespoir,
elle avait appris qu'au château d'IJarscoël H
exi tail une Claudine Le Globanic, que son
frère adorait. Alors clic i:lait partie, à travers la nuit et la neige, revendiquer son uom,
·es Lien , crier à l'infamie el rétlamer ju Lice. C'était tout.
- Concluez ! dit-elle à la fin d11 on triste
récil, en regardant madame de Joycnne :ivec
un sourire navN1nl. Celle-ci mul'mura, le
yeux. bai ·é :
- \'ous êle la plus malùeureu c des
créature ....
- Je n'eu sui pa moins irréparaLlemenL
déchue, répéta Claudine.
Madame d, Joienne ne r~po11dit pas. EL
loules deux demcuraien t la face pâle, en silence, accablée , hébétée· d cc 1:ri'cllc · renaienl de dire et d'enlendrc.
Au dehors, la uCÎ!!e glacée brillait sous la
lune; el les Yallonnemenls, tout blancs dans
la nuit, fuyaient vers l'horizon, comme de.
ilots gelés. Là-bas, derrière lès t'Ollines, les
Chouan ubi saient la desliuéc.
Ainj, d parLoul, de ch.âteaux, des chaumières, la lamenlation -'élevait, wùver ell ;
les église n dése01plis~aient plus d'un peuple de femmes, agenouillées dans les supplications.

�fflST0'/{1.Jl
ttlte (lh,I cl Ilrne, rep1· 1 enlanLS Ju peupll',
E11 ·e joi~nnnt am; troupes d,· lirrue. ,le
!!ardr nnlinn:1lc~ ~taicut 1noro ,• .. lk c côltt, adrl'.S"3ÎL'llt fi •~ c·tmrri,·r. h f\c1111"Q, à •'ante. ,
el Ùl'mandnient d1•s renforts.
i·cntrnin manquait.
Chez le. Illanr , l'or";llli~alion 'était rfn11Ile l'antre, c•ï·La.it plu~ chaud : cl pourtant.
il · avait dt S llollemcnb an~ t • •\ l'appel d • l:iri ·é • Cha1111è p:1roi .... · formait 1111e co~11 1a.r. orgr;', le5 in:urgé~ ·~1:iienl 11111 1s ur guie, CJ.tnduile pnr un 1·apitaini- Lie par11~ 1· _;
une Lautcur. 11• ~[au{,-Corhoanl, c1ui com- le· t:aiHon · comprennicn l chatiuu d1• dn :,
11uin1.1• paroi~ · · l1'11r~ ch,•î, 'ap~1:~~••111
m,111d • la roule Je LanJ1:1a11t !1 .\ura,.
li , 1 reconnurent, reçurent lt&gt; éon. i!!Ilt': ri, ,r · de rani u, 1111 de h:ilaillon. Le,. rln1 1ou
général' : p11Îs, de là. ·n11d,1in furic11x, dérn- 011 l j.,ions compr •nniont de Lroi!&gt; à ,i1.: ca11to11,
,·t tl1~ trente 1t q11aln•-11in;,?:t paroi~ e· - lit-~
lùr 'Ill p3r le, plaines, brandi ,an! l ur · rar'
ru~ik leurs r u nomhrru~, . lr1irs r urchr. colonel , d li ,utcnanls.-coloud~ 1'- n1111habitudle ; fonçant. tèll•s b:ibsn~.;, sur I s maudai1'lll.
1.' ho tilil,:. 'oil\ rirelll -ur-ll•-ruamp 1•1 1r
liour" , le pctilc · .. illes sans protection •.\11
11uc ,.,.:riu J"i·sc:.1rm11u ·h . On
l tait. l.1•,
pa . al?e, il int:endiaic.nl le liarne;iu, ~oumi
à I; f11Jpuli]i1111c ou ,impl ruent imliO" renl!: llan" g;1rJé, par dr nomlirmt, lirailll'ur., la
[usillaienl h• rrnttg;Jl ·; lout cda entre Jeux p •!il, armtle d,, Geor •e '1na1u·ail en lar~l',
·0-upleh du • ·a/l'e Ueyina ou du Yc.dllli colm1111•s. ..\11,~ilùl l!llif,\ éc. l;1 lèk d · la
llegis. Cc n't•tail. J'aillenr , qu'm1e .im11lc colonne Fai :i.it l'lt d ùispat·a1 s,ul ,lan Il''
mise en roule. lu Yin blanc al'a.lll 1.i ~oupc. fo,,ê,, L'll rPcliarge1111l , .. s arrm•·. l•m~"' ~'i11IA·r1•a J1i,. ll•s li r.iill 'Il~ ,uu lenaien I la rcph•p 1
l ls ·péraienl mieux..
Tou. 1 ro)·ali ,~. n•~ndanl, n'allai ·nl e rip&lt;1.sLaic11L l1 leur lour; le rrro · &lt;le la Ln.1111 1 '
H11n1.il cn ma11œ11Ha11I de mèml! •• \\et le
pn· de 1'a,•1111l i'I\CC 1111 égal enlhou·iasrnc;
s1,lè111c
J'arme porl:i!i11•~ &lt;lt· l\1pv1p1 •, 1·.•111
dau leur nrm, c il I arnit de tout : d Lrè 1V
llr:1\e., d 111oin ·11r,nei-, df', moin, tiuc c~ml1ranl mali:riel clc la luu ·Je arûllt•ri,•,
Tou le la cout rée êta il en arum·. L ville·, braY,i5. Geor"e~. cotre autres, d:1111; a lé!!ion, l' •mploi de 1·1, ku\ de ,·hau,. é' pcrmc~la'.l
occupée:. p:ir les Uleus, ·e couwaienl el -.c 1enail ou· 'll main quatre mille bomroe à d'arriwr ·ur l'crnwmi :Hl ptirte, con~1dcfortifiaient. Les campanne· , tenue par le
p•·u prè ; le pr{'Illit•r milL! ~lail cumpo,é de r-al,lc .. George c f1-lil·ita de 011 iu\'rntiou:
rs ,oldats , •nlaicul croît!'· l'I\Cor leur cvnChouan , ne formaienL 1111 qu'une immen e d: ' rl ur" Mcidés au pire, n':iynnl rir11 :,
cml.lu cade, aY, • la urpri c dcrrièr chaque perdre; de Jeune gcn~ rch Ile à 111 rc.lqui ·i- li:mrti.
Ln soir . il, ramp.1i1•11t ;1u harw•au &lt;l • Lol'lmi on. L, l\t!publicaim ne ·y risquaient Liou, Ha~péré · cl ..-iolenl ; enlin de marin
quelti~.
e11lr1• I •· uurc·,•. J,, Jeu\ rhièrpi,
de
C:trnac
a~anl
déjà.
·er1·i,
aimant
hi
poudre·
ctu'en force, rn 1:1lein jonr, pour de expJdice. trois catt!gorics forrnaie11l un cn.emhlc tfü 'r enlC!i : le toê LI' Arz, mm loin d'Eht•11.
tion au 1ml bien arrètê.
ln matin, les m:m·ht:s d'Aura)·, d'llenuc- compa1:t et r •. i ·tant; il. étaient éq1lip 1·, Le. ho.J.ita111. olaienL pau..-res, le chaumière,
1.,ont, de '3nne ét:,icnt re ·té· d • ert ; l - arm de ru il ; leur chef pou..-ait compter rar •~ •1 mi 11rabl "; la plupart de~ Chou un.
forent courber en pl tu air. t·ncore 1111ïl
pa_ san n' · avaient pr,inl paru. n cru.npril, sur u..
fü.i !e · 1roi mille :mires. que l · prc- ,·c11llil frai~, si lu SPI u,ail n:dl'.
cl. tout tle uite, on ïnr1ui~ta. Le r;iiu
l II lion numl1r • n•mpa hml aulour 111:
mirrs ne ufli nient p;1, ù encadrer, pap:111 ·
cliauffaiL.
r,:
.
.1i I'; 1111 r••rl'lP de ~Jntl. r,•11 en •mulaula
L "ttrnison~ Curc11l eon ·ignée,;. le pu. le
mari•;~, père, de 'fa1111lle, jeun'· µm · naïf .
Lou atterré encore pn1· fa d1:foit1 de Qui- 1• \icilles muraille, cle , ni111-i:ilda ; en for·r.,
doublé ; de ·ourrier · c1pé&lt;lië · aut dwr
LL•ron et le ma ,rnrrc. qni r,,rnieul ·11Î\·l1•, ·h•, ma,ure, ,,. lei.,nircnL de pnnr1m:, ell1·~
ruifü.aircs de Jiver canlonnemonl · j olé
011 bien, parlÎs.ao. louche., pa ~a111 du lihuw au, i; et le" omlm• J,:mesur(- ·- 1lè hornm .,.
dan: l " plain'~.
li :Lait 1:,•idc11L 11u'un mou,·cmt'lll se pr :_ all lifou. du l,lcu au !Jlan uhant IP prolil. ,,.'allongPrcnl plu, noiri·, sut· le ~ol ro.e.
Cadnud,1I. t'I Hohu, on lieult·n,,ut-colorwl.
paraiL. 11ar1icl Ut( "'t:nér,111 l.!ueelion. l'ui., ces trui · mille-là, s'ils rcprè,f'nlai •111 le
cul rèrcnl a11 pre li l1·n• uù !,, r1·c-tcur leur
p u à peu, le~ no111·ellcs unie· ou faus_C' · nomb1·c, ne rcpri··~c.nlair11l pa.s l;1 olidité.
llu les "r sou1c11L • \PLandt&gt;r au premil·r ollr,1il la Lai.tic r\ 1111 111ah•la. par lcrr,·, 1 ,,
rommcnœrwt b cin·ule1·: le jour suivo11L",
coup
de f ' 11. fieu à [l\'ll, ccpi:ndanL, il tk~ 1111i 1:1ail roi :11 l'II i: "jo1m-l;1.
dl : :ifnuèrl'HI.
:ur l pla,· •, attlnur dl!S l.tra,io•r~, le,; rhl'Î
l.'in urreclion . ·a1111011çait formidahle. La rni!!nl . ·a1r11errir.
C:idoudal :nait di1 i~ti ·e. for ·es en lnii, ,-ïu,tallèrcul commu ib pnrcul, ronp1:
\ endéc, l'A11jou, ,ou Cbarellc, 'cépe:iux.
~torllet, e dr aient frémi anis ; comme coq&gt;" : .1•rcier marcbail sur llenncbon t t•l .·1•lon lcnrh ,p11pathic • l'i11tl!ri·t com1111rri.
les Côtes-du-1 ord, ou. La. Vieuville, ou la Po11Liv ·, p. y où. !Jieu qa'Anf!c1in, il bahitail le bc~oin · du ·er\'ice. j)'un côlt1, l'on \O)ail
Normandie ' OU.S Louis dè Frollé. La. uerrc depui de ' moi • où il tltail 1·onnn, où. le. I~m1ardi11 de Joyl'rme .l\" -c Turpin Le ,lohapierre d • · chemin devaient ,.. le\'er a rn uii;; de l'aulrci é,èn• Je Ti.crr•L :,,. ·.\ .cl dt·
ci,ile hurlait dan. le yenl d'ouC'. 1.
Ma.i e'êlail le llorhihan qui a1·nîL donne lé ,·oh: Guillemot ·11r S:.arzeau. oi', i.l a1•ail à Fer en; ;t Ji:t pa ·, Ere.no, ·ans or•rucil, p:1rprcnüer itrnal de la ré,·olte, Georae r[Iti ·'en {ltire: Geor" s, ur \'ann en pas anl par 1ageaituo ta . Jo uoëmons a,w \lanik c;inouimpro,isail le grand or!!3.11i.al ur, le ch~I ,\urn , ou •n Louruanl Aura)·, •Ion !t•. t·ir- wt cl d'autres pay•:rn~: plm loin. 1 s j llflf'S
g1•11s, en cercle· !thi•lonnPs, dé1Jordaie11l du
uprème. 'ou e ordr s, le Chouan , rn.- ton~l:mc11 .
,ill:tg1!, par fo ch:1mp. l·I ur les roull•'.
A11r;11·
sf'
rnlll'ril
dl!
lroupl'~.
George·
l't\it.
·crnblés en "rand nomhrc, rcprl'nairnl l'ol'Tous conimcncère11l par mang •r •I l111Îl't',
et Hia ·ur 1.. droite, le. répuLlicain le uifem,ive el mcna~·aienl le. centr .
LJans le ci1é ·, l'rffn,i rut imru ·•Jiat. 1, , · rircnt; d'autre part, le' arnison de Yannc · c..1.r on :\\'ail 111àt• ·hé la journée •nlièrc, l,utlanl
·::mmçai •nt i sa rnc11utrc. Leur elli..&gt;t•Lir ,l' lt• pa~s à droite, à gaucht•: cl il faisait "ramr1,ourgcoi~. indigné · de œ 11011 vcl allentat :l
déJui il ain:;i : dL'II\ l1al:1illo11. d 11 10!1· r :.,i- faim ; qnnnl à la oi[, elle c~lail ilcrndlc.
leur érënil~, maudb ai,•nt IPs pay an~. leur
,.ans réc1ui itiun, lt• hal1i1ant.s mnknl
mcnl
lign .: Jeu Laraillnw du 77' ; 110
génfrnu 11rincipalemenl. On 1 - arniL sa.n
merci. Le temp affreux alJni nt renaître. bata.illou de ..-olonlairc. du ~fo.ine-tlt-Loire; oflcrt leur 1·iJrc ; l\•au-do..'-vie m:mqu:tiL rnri...
Encore wie foi ceu · 11ui se qualiliaieni mu- troi~ brigaJr, · de gcndarmeri ·: un dt.!mÎ-cbc:t- mcnl dnn.· le. gourdt~l&gt;: cela 'nrran,,.e:iil i1
Luellcmenl, e.l nou san qucl11uo raison, de dron de eha srur ·; 11n autre d hu~~orJ~ : mcneille. l n ° ranù liruit ùe 111:\d1qÎr('., r 111« bandits 11 cl &lt;le u l.Jrigantb 1, &lt;lenaicnt se p1u. la garde nalioualc hJ. itanlc. ll!s géné- plit l !:-Îknce uocturm•.
Am alentours. 1111 l'nrdun ile nlindlrs
rclrouvcl' fac à face, uh•ménl épar&gt; par raux Yillot ri )lich:m&lt;l a\ai~111 pri., dc droil.
la dircclion J lro11p · Ji"'l'llflil,h•,, l:t11di. avan 'L: v1,ill~il sur la tru11p:t"Ol'. Elle 11tnit
&lt;l •!, longueur J\½ié ..

lais, dan Uarscoët, la rhawou était
, nlrc; :.,•u]e, pa cctl • ~:,liée de lar111e . no ·
llil'Ol rcslait 1•almc, n'étunt pas 1•Ile-u1 \me
mcrut ée; Turpin éL'\il parti au ha~nr&lt;l de l;i
!!1.rnm·; cela n'avait pa le don de rémo11n11r. 1'anl tJue la ùalaillt&gt; ~c li1r1'raiL :m lui11,
tant que Ir coup. ,fo ru il n'rhrécberaicnl
pa~ lt· corniche du mnnoir, clh· se dé,inléres rrail.
A ('Crlains moments, ·11~ Sl,lll"'"ait n1g11&lt;'menl cJllC ~i Turpin 1toit morl, il lui erail
loisib\ • d'aliéner 1, J,•11,; domllinc de rr~ncn·cn et d" 1-larscoët, h,:rit~· l'un t l'autre
de es a1eux fic tifs; et, riche d'une fortune
n•la1.iYe, m.1i:,, à .e~ \cU\, sali,.foisantc. d
rcnarrner
P;,ris pour y• ~i, re à sa f!UÎ e; L'ari~.•
t&gt; e
cc 1'11ris 11u'1·1le rrgrdh il . an t·e si· ut qui,
lui, 1mrai :1 il •opaiscr. l.1 • Je discorde·
d1ile·. C'ét.iit tcnlaril, en ,tlrité .... Pour
cela, il u.rfi. ail 1p1e Turpin mottrûl.
Et. LouL ha·, lie i;ouhailai l co dt.iooucm nl rapide i, . a déjà lonrruc u,•c11turc.

1

ae

pai. ibh~. a: onpie .ous ln lunt., av. 1m ourne
dou comme un enfont qui dorl. Par inst.1111,
w1111e du large, une haleine puissante, plus
fr,,1de d pin· .irre, ra~sanl ur le' nuqnll..~,
d1· ·,in11i1 uu fris on nu · ôpault:, de nars.
C'dail 1'01•11:111 •1ui ré ·lam:iiL.
Lhrz lo recteur, cnlrt' deux pois de vin
l,lanc hrelon, de,·ant un quarl ier Je porc,
C,1do11dal, Ilohu et leur lultt! ,:cbongeaien
d6 ,11cs, formaient de~ n2u. , portaient de,
lo;ist. ·; dao· l'a lien Lion des dcm: aulr ,,,,
1:1-01-., ·~- la faci• ri rnine, Ji-;ail :
- .lu 11c :&lt;ai: pas e que mt' r 1~crve l'avenir ... je ne . ais même pas si, Jemain, je
coucbcrai sur lerre ou ous terre, moL j'ai
la r, n,iction profond d'avoir fait mon de,·oir ....
li prononc il ces p:iroles, simpl~ent, .an
emphase, le oulign:inl d'un ' le éner!!iquc
Je ~on gro Lra~ court. Le duux. autres nppromnienl d,· la lète: encoura é, il reprenait ;
i la n 1rité, curé, nou somme• plus
d11'l:tiens rp1 royali te .... i on nou~ laissait
noire Ilien, JO crois que l'in. urredion boiterait Yile J... deu-c jamh el que l,t'aucoup,
san. crier gare, rPlonrnf:'raienl il leur charru~', l'âme ·:iûsfaile .... 1'o- nnciens ne Y~nt.l .
r:iicnL pas nL que cehi le roi· de France;
ils nous arnirnl escamoté, ans aucune gène
el pour leur Lon plai.ir, les libertés, les capilnlalion mt!na ée par la reine Anne. Est-ce
t1ue nos père les aimaient, leur l'ame111
"Omwneurs q11i repré entaient le roi'! Les
11 E ~arts'! Le!l d".\iguillon? Tous a,ides
pillard , wl~urs titré;., Lo11rre:nu. de nos proYincc rcro.écs -ous leur loi'! , 1ous uons été
le, premiers à saluer d'un cri de délivrance
le l~tal g :néranL .. Ah I i la Révolution
11':i.vail p:,. 1'•Lé si L'tc ! ... C'e Lpar vous, les
lmiltes, que toul 'c. l rràt t j le jour où un
ncndarme ,ous a Lllis la main sur l'épaule, le
cœur de h lkctagne a ce é d ballr Jons
J':illcnlc. pni il a hondi, indigné, sous la
r,1,·ultc el v •r là ré~i,t:incc .... « Ilon !lieu!
11. cr Loucher ù l'au rel! ... E s:i)eZ donc, d ·
Henne" 11 .'ainl-Dricuc, ou de Brest 1i ."aiu1~fal11 L .. Non, mais cs~iryez donc ! » On di nit
rd.1. [L, oot o é.... Et , ,.iilà la guerre... I.e
roi 1•11 profite, c·esl entendu . ... Il îallait liieo
un ùrapenu pour se rallier .... Mni 11u nou.
fait [&gt;covem e. ou J' \rlois ... ou un autr ,
apr' tou1'/ :ous ne combnllous que pour
[lieu, contre la République, qui reut le ,upprimt&gt;r .... l:'e t leur pensJe. nu fond. Ah! je
rnudrai Li n a1oir ce qu'on rerail d'un
peuple "" cro}ance .... Le gou,·crncr par la
rai on'!... f,1i la rai on e L Ji eu table .•. elle
est humaine, d'al.ior&lt;l .... \'oyons. reclrur, el
Lol, l\ohu, voyez-lous cela, un peuple it qui
l'on dirail : a Souffro ur tarrc, le eicl e l
1iclc! Croyez-mus qu'il 'en conlenterail'! ...
- Général, interrompit le prètre, en m 11:içaot George du Joigl. .. pr nez gnrd !. ..
von· êles sur le ch min de l'béré ic! \'ous
emblez cvn idérer la relin-ion comme un
moyen de gouvcmcmenl; cc r1' t pa J: C'ela
qu'il 'agit. Oicu c t; nou l'adol'ons, ,an ·
but terrestre. !tor~ dl! !!1, pa d • .alnl.

- Je ai • cur~. dil Geor"eS, je sais bien;
mai je ne Yoi pa dt• mal à se .crvir d'une
l'frité pour éelairer ri\pre roule des hommes.
Et je di: que. i l'on {,1eînt la Lordie de l'ange,
ln colonne de feu du prophète, la lrou1&gt;e mortelle en marrhe e heurtera, s'étouffera,
·'écra cra dau- le déniés morne . el finira
par 'nller perdre :m &lt;li\ ·erl Je:- tén \bre_. Il
fout la foi. J'ai la foi, curé, ne l'oul,lîe1. pa .
- Je le sai., moi au i, mon frère, rëpli11ua lc rcc:tr•ur qui étail jeune; vou' êtes l'en'°'é du ciel... vou a,·C'z ,me mi sion ....
·~ Oui, appuyail nohu, l]lli fnl toujours
di-1·oué à 1:corge ; tu n'ai; 11u';1 parailre, cl
no. paysans conçoi11--nt tous le· e~poirs, tous
les orgueils. 'lu leur souFtks au cœur la ccrÛ111de de la vicloire, le dé ir des comb"t
pour la eau c sacrée ... lu 1 · emporter, tu
les soulève., Lu le. rn..-i: hor de terre, plus
haut. vers l'idéal ... po11r11uoi? p;irce quo lu
c leur homme, l'homme du pays ... Lo c. le
)Jorbihan m8me; lu r. le fri-re des caillou
monstrueux dr~s "rtJ\'es. Jes t'hènes tra11us Jr
l.i lande, de· cairns sini. ü'eH de Carnac : Lu
eq. comme e111, en lioi dur, en granit. Et
puis, il y a de l'anti1p1e en toi, du biblique
au:.i: Lu c· !aillé ~ur le patron des ju"CS
dl rllël: lu roppell Aod qui Crappail des
clem: mnim, ou Jéhu, amoureux de la. mort;
tu es né chef l
L coudes sur la table, a gro se Lêle dan.
le main • Cadoudal ne prote lait pa . Lui
aus i croyait en son étoile; il reprit d'une
,·oix lente, a ourdie :
- .le le ré~l e, je ne .ai· pa c-e qu'il
ad,iendra de moi, mai j'ai suhi la roule 11ue
j · 1foyfr suine. .l'étai~ préùestiné. Tenez,
&amp;outcz ceci : un jour, assi e sur le seuil de
• ,1 porte, 111a mère me teuai t dan ses bra ;
j'avai troi: umis à peine: on mendiant passo,

un simple un inspire de Dieu; il pos:i .a
main noire sur ma tête el prononça : u Celui-ci
causer:i de ,~rand malheur aux siens. &gt;I Ma
m&amp;c es L morte dans l prilion · de Ilr' 1,
mun pi-re rsl ruorL nn -~i... où son t me
Ir~re ·? Le mendiant ne 'e t pas trompé ...
mai - péri· enL les hommes si Dieu e I triomphant ; m!!ure r.aJoudal ponr que Bretagne
\ive! je n'en reux pas; 11lus ... .
Lon&lt;&gt;terup,, il p:irla de )a . orle, dan- la
pièt·e ohscure, l'elte salle de pre. h Lère oi,
llnttaient dl! rngue odeur· d'encens .... Parl'oi ·, d'an ~ru! trait. il vidait ·on \Crre, nw.is
an· goùt, di LrnilE'menl.
En l'écoutant, le cnre, les mains joint .
ur on ventre pnintn, ma.rmonnail de gro . es
litanies, el Hohu., fJUÎ élail leUré, prenait de!
notes, enregi trait de! ;omenir~. pour se:
futur mémoire . li . . ont préci i car ils
parurent plu. lard; car il Uf\'é&lt;:'nl, lui ....
ur la place, dr'rnnl les re111, Joyt•nne,
lLeudu dau son manteau, e plais.ut à inquiéter Le Globanic. Depui le déLul de la campa"ne, il _'attachait à lui, e con tiLnaiL . 011
gardien el tenmil de le faire eau. cr. Ce n'etait
pa~ facile. 'l'orpin, dr plus o plus sombre i,
mesure qu'il 'éloi&lt;rnail d'Hu coël, é\ilait les
entretiens, ou ne r :pliquail que par monoS)llabes. T.n présence de Bernardin l'irnporLunail deu: foi ; il ei1t prércr ~ rester ul
arnc ses pensées; et pui·, entre cent compagnons, c'eût été ccrlainerncnt le che,•alier
qu'il eût choi i le dernier apl't! tl)u .. On ~ait
11u'il Je dét~tait, un peu pour eau c. nn pc·u
tl'in Lincl. n a de c pre ~entimeols; 1 ·
eonsciMccs lrouhle au si sont naturellement
porlt: • à la méfiance.
Le jeun· l1omme romprennit parfailemenl
toul l'ennui &lt;Jn'il eau. ail it ·on camarade

• - SI 1'0//S 11 '.1 1•e.:; f.1-! rfr /11sils, j/ /alil les ,ft·ltr JJfS l~ Jc11; s'il Il)

.:Z

p.:J.1,

.
:fr j,m, Il /am lts fendre a coups de hac!tt, les t!/rlft r a cot11&gt;S dt /011rcl1', lt's
l.111/!Jrür a coups 1e Jaux, lts arichi:,11eltr a ,u11('S de coult.w: si ,·ous K'ave.:; 11I fourches, 11i Jaux, 111 cn11_
lta11x, rn11s les assomm~r•.:: a corifs de 1'.'il,&gt;11: si ,011s 11',ll'e::. f'iJS .te 1-.itc&gt;ns, tlranglt:•les a,•rc les Ji.~
Jo1(!1s 4u• Ulm vo11.s ,1 don Ms 1 • l rngc "6,1

�111STO'J{1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - d'adoption et ·'en réjoui. ait fort; il rentourait d'amitil&gt;s perfides avec un malin plaisir;
l'autre se débn.ttail, mais force lui était bien
de supporter les poli te . e et le~ marqu s
d'inlérèt.
Ce oir-là, Bernardin, emprcs é, l'accablait
de bon conseils.
- Turpin, ne vou éc-arlcz pa dn feu!
\·ou allez prendre froid, que diable l Que dirait votre .œur si mu lui reveniez avec un
rhume de cervenu 7. . ~ne en pleurerait, la
pauvre fille, car rou vou adorez ton les
de111, n'e. t-c pa ?
- lion! bon! grognait 1'urpin; .i je n'allrape qu'un rhume cc cra pa .able encore ...
je . uL très bien là... tenez-von donc en
paix.... on ne peul pas dormir ....
- Yon ayez ommeil, vou ? reprenait Il'
che,·alicr ... ce que c'-1 1qued'avoirlecœurpt1r
cl pil de ouci !. .. Vou. ète admirable, Turpin; le vrai goldat chrtltien, 1 vrai bampion
de Dieu loujour · pr~l à lui rendre votre àmc,
aus i blanche qu'il vous l'a donntle .... Et
puis, il faut le Jire, vou mort, wu. ne lais.erei ni mère, ni lemme. ni enfant derrièr
vous ... vous ~t lillr de ,·ou même ... tout
fi fait libre .... Votre sœur ... 'l je sais bien ...
mai ba tel les jeune 1lle e consolent avec
un mari .... Mademoiselle Claudine e t a ,cz
b lie ....
Le comte Le Globanic e retenait pour ne
pa hurler .... TI n·avaiL pas envie de mourir;
il ne cro ·a.it à ri &gt;n; et lïdé ùu mariage de
Ro e, bien qu'impo sible e11 somme, le fai ail
écumer. n ne ,ovait q11e trop qu'elle se consolerait vite, , 'il ne r venait pa · · c'était son
perpétuel tourment; il élaitjaloo d'elle ju qu'aprè: le tombeau. Il répondait, 'efforçant
au calme:
- Bernardin, mon ami, vou lites in upportnhle: pourq11oi Ioule ces faribole '? ,' i
a suré qu'on oit d'aller en paradi , la mort
n'en re te pa moins un vilain pa sage. A
quoi bon remuer des pensé~ qui rendent 1
plu brave un peu làcbe .... Pui lai .ez
donc ma sœur ! Elle est bien où elle e l !
Elle ,•ous intére se lrop, vraiment.
Alors, hardiment, le chevalier ripo tait :
- Peut-être plus 4uc vous ne croJez,
Turpin .... On ne peut la voir une foi an
l'admirer; deux foL sans rêver de se dévouer
pour elle; Lroi fois an ....
Le lohanic, redres é, éclatait à la fin :
- Morbleu . finirez-vous?... C'e t inconreoant toute ce divagation à propos d'une
jeune fille ... ! Occupez-vou de ce qui vou
regarde et lai. ez vo voi.in tranquilles ....
- Eli c1uoi l Vous ,·ous fàchez, remarquait
Jo3•enne, l'air ingénu ; pourquoi cela? Est-ce
que nos deux mai ons ne se valent pas? Ne
ommes-nous pa de bons a.mi '] Alors '/
Quand je pen erais à votre œur, où erait le
crime? Elle pourrait choLir plu mal, en
vérité.
- C'e tune déclaration, monsieur? interrogeait le comte subitement calme en apparence, trop calme même ....
- i vous le voulez bien.... Je trouve
légitime de m'adresser à. vous; ... pourlant si

vous préférez que je la consulte elle-même,
je le ferai certainement dès notre retour, oui,
certa.ioement .... Et j'ai quelq11e rai~on de
croire 11u'clle m'accueillera an, colère el
8ans sérériLé ....
Turpin, devenu livide. :on"eait conru éroent à un as a sioat: mais, l'autre, dc,·ant
lui, souriait, prodiguait .e grâce,: d'oi1 faire
naître la querelle? Il renonça; 'en tira par
de propo religieu et graye :
- Jeune homme, ec n'e. l png le momrnt
de aventure mondaine . Noosn'arnn qn'unr
fiancée à cette beur : la mort probable ....
- Allon , bon! c'e t You qui m'en pariez à présent'!
- nemellon à plu - tard 1 egpoir~ terre tres et le désir hamains ... je reli n
que \'OUS m'aH•z ùit; ·ol·ez-en -,lr. je ne
l'oublierai pa . Et nou en rrparlrrow, en
temps plus opportun.
- • oit! con ·entait Bernardin, toujour
concilianL et cordial; nous en reparlerons ...
je vou en reparlerai m1~m un peu tous le.
jour .. .. Vous savez, il esl de ce ujet~
qu'on ne p ut éviter, r1u'on a besoin de
traiter pour sa propre ,ati faction .... Celui-ci
e t de ce nombre pour moi .... Je finirai hi ·n
par ,·ou convaincre de la incérilt: dl' mP
enlimenls, all z! ... ui, oui, nou
reviendron ....
En effet, pour la fureur croi saule du comte,
tou le jours qui uivirent. Joyenne l'entretint en confidence de • on invincible amour' el
de la belle Claudine. Et, devant on cœur, il
ue mentait pa, ; mai il y a\'ail, dn côté de
Turpin, erreur en la per onnc. Bernardin
évoquai l la vraie Claudine: Turpin comprenait forcément qu'il •'a 0 -i sait de l'autre;
tant el i bien 11u·en jouant la romédie, le
chevalier pomait re Ier vérjdique el charmer
a mtUnoire par s évoc:ition .. Pour l'ombrageu. amant de Ro e lfüol, l'ob e .ion tournait au supplice quotidien. li son"eait toujour à se débarras ·er de Joyennr ... une balle
perdue, ou tirée au hasard, une maladre e,
une erreur ... tant de chose le pouvoient ervir dans e rancune!! .... li y réOéchi ait.

Le roupe lorroé autour d'un haut bùcher
par E"eoo, Gyno1nez, et d'autre pa} an
encore, tous accroupi ou couché ur des la
de paille, de goémon , était farouche el piltore que. C u -là étaient bien prè de ancêtres, les hommes primitifs, - dur de chairs,
robu tes de corps, simples d'c. prit; impulsifs cl de premier mouvement; et ceux-là
n·aYaient pa. d'idéal compliqué.
Pour l'instant, contents de reposer, d'étendre leurs carca e , apr une longue journée
de marches et de conlre-ma.rche., con lents de
manaer, ayant graod'faim, ùe boire, ayant
grand'soif, il . e laissaient aller à une vague
torpeur, un relatif bien-être, dans la chaleur
de ajoncs crépitant ; un demi- ommeil les
engourdis ait en le lai sant lucide ; il
entendaient, comprenaient les voix. autour
d'eux, mai au second degré, pour ainj dire
par répercu sion.
Seul , Ernno, plein d'eau-de-,ie, Gynouvei.

..., 46 .....

demi plein, demeuraient actif dan la pen. ée,
I • lannarre et le rai onnement. Ewoo ine,
prèchait, elon son habitude. Il bredouillait,
d'une ,·oix. rauque, la lan.:,crue épai e, la gorge
brûlée :
- En vérité, je vous le dis leur ang c;l
agréabl' à Dieu! C'est racheter Ir~ péch~ de
son père que d'e1:pédier un républicain ....
Qu 'e l-ce qu'un républicain? c· e l un être
ans Dieu; sa.n foi, ni loi; sans cœur ni
àmc; san feu, ni lieu; ans sou ni maille;
un traitre à :on roi; un enn mi de .on prêtre,
un voleur de grand chemin, un a ,as in de
profes ion! Yon le a\'ez ,·us à l'œuvre. le.
républicain '! (Ju'cs.t-ce qu'ils font dans no
campagne.'/ Il brùlent le égli es, le. maison , les blés, le orges, les foins, li&gt;s bois;
il fu.illeul les hommes, éo-orn-en t le. enfants,
riolent le fil(~, le femme , les él'entreot
aprè .... en criant : t&lt; Libnté ! l) i ce n'c t
pa cela qu'il font, je \'CU. être chan"é e11
loup-"arou. Alors? C'esL bien simple! partout 011 on le r nconlr , il faut tir 'r de.. 11 ;
même 'ils dorm nt, même s'ils . ont hie~ és,
mème s'il .ont ans arme , même s'ils
demandcnLgràce. Si You:11·a,·cz pa de lu il·,
il faut le jeter ilans le feu; • 'il n'y a pa de
feu, il faut le_ fendre à coup de baclre, Jes
étriper à coups de fourche, Ir taillader à
coup dr faux, les déchiqueter à coup de
couteau; i vou. n'avez ni hache , ni Fourche , ni faux, ni c·outeaux, von: le a ommerez à coup de liàlon: si ,ous n'avez pa
de hâtons, étrao«lez-les - n 'e t-œ pa.,
Gynou\'ez~ - av c le cfu. doigts que llieu
rou a donné ! Grilli z avec vos ongle. ! Mordez avec vos dent , rurz de pieds, comez
des poin" ; mai qu'il aignenL, doux Jé u ;
mais qu'il aignent! el qu'il crèvent, Dieu
bon! qu'il• crèl'ent, ea criant: &lt;I Liberté! )&gt;
Gynouvez, oule\'é sur un coude. flatté
d'être mi en cause, appromail de la tête,
largement. Il prononra, la -voix chaude cl
vibrante de guin-ardant :
- C'e t ça I C'esL bien dit comme ça! ...
D'abord la uerre, 'e l la guerre. Quand on
e bat, c'est pour se tuer .... Je ne connais
que ça! Comprend pa les gens cr1i e1weloppent Jeurs balle dans du papier de soie et
retirent leur chapeau pour embrocher quelqu'un. Le loup ,onl les loup .... Fai$On
comme eux.. Quant à faire souffrir a,·ant,
c'e t inutile à moin· qu'on ait de rai on. de
se rcngcr ... auquel ca , c:'est permi., bi•n
ùr! ...

Il se tut un in tant, .ecoua ses grand
cheveux. gri· ur es épaules d'un bru. que
mouvement de la nuque: et profitant de ce
qu'E,eno allumait a pipe, il rcp1·it, l'air
extatique, [!lu s loin :
- Mai l'amu ant, c'est la surpri~e ... oh!
ça, c'est l'amusant! Lnc sentinelle perdue.
le oir, dan . la camparrne ... toute droite,
toute noire.... Ce oldat i olé a peur ... on
le de\'inc. Il tourne sarr res, e, lo ou à
droite, à anche. de tous 1ClS côtés: il écoute.
il regarde, il épie .... U e méfie du 1•cnt, de
l'ombre, du momement des feuille , du cri
du mulot. De loin, caché ou un buL 011, on

...

,

_____________________________________

,;ouit de a peur; on jouit de ~c dire 11u •, de
ci: ,'ÎvanL tout chaud, qui lre, ·aille tout enti1•r,
on \'.I faire un mort froid, raide du banl rn
ha .... C'c. t une cha ~e; il tauL être fol't,
agile, rapide; loot juger d'un coup d'œil: ne
pas perdre une seconde; autl'r ju ·te; tomber
droil ... nl' pa. l'aire de bruit, surtout! ... Le ,
plus simple est de l'étrangler, mais il faut
de. doig olide .•..
Et Gynouvez étalait complaisamment ses
m;iins noueuse', . è ·he-, noire. ; fahail rra·
11ucr, agitait ·e. long doigt·. comme une
arai,roée renverse se. palle ; la mimique 11
•1tail si farouche qu'nn IPger îriHou dans
l'a , istanec, parcourut le écbinr .
Il conlinua :
- Et puis, si habitué qu'on soit à la mauœuvre, il y a un danger, urtonl la nuit;
&lt;' e t de lui fourrer le pouce dans la gueule ...
car il mord ... et d bon cœur, je vous jure.
Moi•même, j'y ai été pris, et pa c111'un(l
foi ... , tenez ....
Alors, approchant a main droite, sa main •
meurtrière, du foyer qui la teignit en écarlate, comme il lui comenait, .\lanik, a,•ec
l'inde. de la gaucbe, dé·igoait le· trou marr1ués dans sa ,-iândc, coup de crocs; le sillons Yiolets zébrant on épiderme, déchirures
d'incisives accrochées an morceau vivant violemment arraché.
- Comllien donc que t'en a" tué, comme
~a? interrogea une voix dan l'oml,rP.
Le fermier hocha. la tête, . ongeur; un sourire sournois de .erra une econde se lèvre
minces· il murmura :
- Peul~lre hien une trentaine! ...
Un !!l'oguement général d'admiration lui
répondit, le louangea. PendanL une minute,
·ilcncicu cmcol, il 'enivra d'orgueil Autour
&lt;le lui, les pay ans, ses rrères, tète basse. •
considéraient leurs main , dan le secret
espoir d') reconnaître le qualités requi e de
l'étrangleur préde liné.
0

Au groupe le plus ,·oisin, la chanson était
autre. Solitairement, dédaigneusement, devant on feu particulier, le comtes de Kerret
cl de Fer en e chauffaient côte à côte, tous
deu. assis, le bu te droit, la mine hautaine.
L'aventure, entre C()S deux hommes, dépa ,ail le bizarre.
Le jour où Cadoudal avait accrédité Fersen
auprcs de Kerret, ce dernier, en ouvrant à
on hôte la porte Je !On lri.Le manoir, ne
avait pas au juste s'il introdui ·ait un îrère
d'armes ou un pri onnier. Il avait mille raisons pour haïr cet homme qu'il ,·oyail pour
la econde fois, à l'ingt an d'inter\'alle, mais
qu'il connais ait trop par sa réputation.
, ou,ent, ,jadis, plu- au courant qu'il ne Il.'
semblait des bruits de la cour, il l'avait envié
férocement, jalousé sans limites, maudit sans
rc.triction; el cela pour la simple raison que
voici : le comte Axel de Fer en figurait, exactement, l'idéal personnage, le eul en ce ha·
monde que le comte de Kerret eùt jamais
oubaité d'incarner. L'un était un rèYe et
l'autrela réalisation de œ rêve; mieux même,
la réalité. Or, seul en face de cet homme, •

Une sentinelle teri11-e, le soir, dans l.;i ca111p3g,ie., .. Ce sol:ûJI isolé a pe11r .... IL laur,re, sans cesse, k- cou â
droiJe, à gauche, 114 lous les c:(it,!s; il ècüUte, il reg:zrae, li /pie .... Il se méfie dt, 1•ent, de l'omtre, drt 111011ve•
ment ,ùs feullles, d11cri ct11 111r1/.ot.... • (Page 46.)

vère, avec stupeur, avait ,11 peu à peu tomber, une à une, ses rancune. injustifiée , se
haines préconçue , son arbitraire malveillance; el, passant .d'un :extrème à l'autre,
subis anl le charme de ce charmeur, nimant
en cet amant un souvenir aimé, senLanl Dotter en lui le· parfums de la morle,il en a,·ait
fait son frère, 'était voué à lui corp' et àme,
ne demandant, en retour, que de récits d'auIr •fois, à l'honneur de leur commune idole.
Fersen, comprenant et plaignant la pa _ion de , évère, en jugeant la profondeur,
acquie çait largement à on continuel désir;
il trouvait d'ailleur lui-même une tragique
joui ance dans cette évocation de beaux
jour· aboli de œs temps de grandeur el de
gràce, avant que la terre eût tremblé.
Et ces deux compagnon ressas aient à plaiir des sujets lamentable. qui leur noyaient
le cœn-r ou leur fai aient voir rouge et désirer
.,.,. 47""'

le meurtre. Réciproquement, par questions
et réponse . ils se dé espéraient. Pourtanl
leur singulière bi toire avait eu, jadis, de
gais commencement .. Ce soir-111, le· mains
tendues nrs le Oammes, ils en parlaient
encore pour la centième fois.
Kerret disait :
- Alors, vous n'aviez pas ,-ingt an , 11
celle époque ... ?
- Dix-huit expliquait Fer en. J'arrfrais
de aède, après ètre passé par Druns\\ick,
par Turin, par Strasbourg, où j'avais étudié,
tour à tour, le armes, la philosophie el la
Jan e ... tenez, mon Dieu, c'était en l 77;;.,,.
- Parfaitement, interrompit , évère, en
J 773 j' ayais vingL ans, moi .... Oh! je m'en
ou,ien bien!
Le comte Ax.el continuait, se laissant aller
à ses réminiscences :
~ C'était un heureux temps! j'ai été pré

�r -

1t1ST0~1.Jl _ _ _ _ _.:,.__ _ _ __ __ __ _ __ _ _ _ _~

senté à madame du Barry... pauvre femme ..
elle fut gracieuse... à M. de Voltaire... sa
vieillesse manquait de distinction .... Partout.
j'étais bien accueilli, fèté, pour ma jeunesse,
et pareequcj'étais étranger. La France, alor~,
était hospitalière... el galante.... C'était une
l,elle fille r1ui riait et chant.ail. Vous n'an•z
pas connu Trianon et Versaillés; la vie y
était délicieuse ....
- Jlélas. non! soupira piteusement Kerret. .. je n'ai rien connu de cela... j'étais trop
pauvre, de trop pelite noblesse et, quoique
Breton, pas asse:&gt;. étranger... ,·oyeM'ous.
Fersen sourit de son rare et froid sourire:
- C'est une critique; vous êtes subversiJ
à l'ancien régime, au roi lui-même....
- Si ,·ous voulez, comte, dit le Chouan;
ce n'est pas lui que j'aimais....
Fersen baissait la tète el ne répondait pas.
U songeait, évoquait des scènes lointaines.
Après un long silence, il reprit :
- li est pourtant étrange que cette même
soirée au bal de l'Opéra, au début de nos
tleux existences, ait, dela sorLe, inllucnté nos

deux destinées. C'est de cette soirée-là que je
meurs; c'est de cette soirée-là que, depuis
ungt ans, ,•ous ne vivez plus.
Kerret murmuro :
- La vie est une plaisanterie; le plus
souvcnl maul'aisc, \'Olrz-vous. N'est-cc pas
fou de ~ongcr que - réunis, jadis, une
heure par le hasard, dans cette foule en joie,
ces salins, ces ,·clours, ces lumic'ires - nous
nous retrouvons, portant le même deuil au
cœur, après un quart de siècle ou peu s'en
faut, à la tète d'une bande de loups, uniquement voués à la vengeance de nos morts,
de notre morte; et œla à la suite de l'écroulement d'un monde?
- Oui, l'écroulement d'un monde, répéta
le Suédois. llélas ! que rcste+il de la cour
de France?
- Un cimcti~re 1... prononça le IJreton.
N'importe .... Ça passe vite !
Soudain il portait son poing crispé 1t son
front blême el se r1h·oltait :
- Fersen, nous sommes des lâches; nous
d1•1·ions cmpècb,·r œla, nons, les gentils-

hommes! quille à ~ourir en route, et alors
nous n'aurions pas su ! ...
Le comte Axel se pencha vers son ami cl
lui souilla dans l'oreille :
- Trnpo~sil1lt•! tout Il' monde al'ait peur!
li appnra :
- Oui, peur!
Kerret répliqua :
- Je ne c~mprcnds pas.
- Yous n'nrct rien l'U, dit Fcrst•n: il ~
,naiL de '!U6i. ...
El il racQnlaiL Paris, les années tragiques
de f 791-1702-1793; Paris, tenant sou roi
captif', sa reine prisonnii•rc; les trainant à
l'échafaud, au milieu des gaietés faubouriennes.
li était rcnse.igné, loi; connaissait, une à
une, les stations du calvaire; il avait ,,u se
lézarder, fléchir, pencher, crouler enfin la
maison de France; il aYait assisté, témoin
anxieux, à l'agonie de la royauté; savait de
(tutll bruit cl de quel silence sonl faits, après
les catastrophes, les avènements subits sur
les Lraclilion~ mortes ....

(A sufrre.)

(llh1slralio11s .Je C ONRAD.)

1-,i;;s MAITRES OE L' E STANPE AU xvnt• SIÈCLE. -

~=======================:: .-:{f ~~~~~====:;;,-;;===:::::.J
LE "Li~EZ-Moi" u1s10R1QuE

L&amp;

RET OrR DU. 1$,\J•• -

Gr ,m1re de CLAtrD,I! IJALLIMAIW, d'Jtyês Cocnrn. (('ab/)le/ ,us t.slamtes)

Cllcb~ Girauoon.

MADAME ROLAND
Tableau J e I fr 1-:-h1Us ~\ usée ùc \ 'ersaillcsJ.

75. ROE DAREAU, 75
PARIS (XJ.Y'

arroud'.)

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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        <name>Arvéde Barine</name>
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        <name>Docteur Cabanés</name>
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        <name>Henry Dordeaux</name>
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        <name>Rousset</name>
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                    <text>~ - 111ST0~1.Jl - - - · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
selon l',igc ézo cl Tina, debout derrière le
grand cbef, lançaient des ordres, gourmandaient lt• serran te. . On les \'Oulut assi. e .
Elle~ refusèrent. On les lais a.
Les écuelle de bois furenL deux fois remplies, deux fois vidéei;, san qu'un mot
s'échappàt de ces la1·ges houcbes. occupées h
mieux faire qu'à di courir encore. Chefs el
pa) an , officiers et soldat , mangeaient
puissamment et lcn Letnent, goùtant l'heure.
Pour ces éternels proscrits dont les lendemnins étaient chimériques, une heure de
1· pos, un repas s:noureux arrosé de rieux
cidre, constituaient d'importanteh auba.ines,
de r1;clles joui sance ·, Ils .aYaient ce que
c'était qu'avoir froid, d'auLant plu froid
qu'on a Te Yentre ride; que percher au
ha ard, à J'ayenture, dormir d'un œil sur la
terre monillée, a1·cc la per pecÜYe d'êtr
ll\'eillé par un coup de fusil. Aussi lour haltu
fu•rilire dans celte ferme sûre, au milieu
d'un Yillage ami, d'une contrée tranquille,
leur wéscnce ~ C!etle 1:il)le abondamment
scn·ie pour leur bonheur, marquaient-elles
une accalmie dans leur ,jours d'orag , une
dél •nle très douce à l'élcrncllc crispation de
leur nerfs noué . ·

Comme le soleil lui ail plus fort, comme le
grand fen d'ajoncs morts urc.haull'ail l'almo phère déj!I épai se aulonr de ces homme
robuste·, Fanch, sur l'ordre de on pi&gt;rc,
ouvrit la portcgrandc. Alor , par l'embrasure,
on aperçut la mer wrtc, le colline fuyante
d'est à ouest, cl la masse restée sombre de la
forêt de Camors. J.c ciel devenait bleu, l'air
rest.,it presque doux; sur la place du Yillage,
les vieilles préLCmdaien t :
- C'csL parce que Georges est ici.
Après une ta e de guin-ardant pleine au
ra du bord, il e leva de table, dit à Mercier, Allè.,re, Joycnne et Cuillemol :
- Fumez si vous voulez .... moi, je vais
dclior,1;.
11 avait en horreur la senteur du ta.bac;
elle le rendait mnladc. Ce colosse avait des
susceptibilités de petite fomme.
Il ortit, 'étira au grand vent, faisant
rouler les mu cles de ses ura , ce qui était
un :-ignc qu'il était de belle humeur. Le
gar , re pectueu ~. l'admiraient à di t&lt;'lnce;
mai ce n'était pa le défenseur Je l'Eglise,
ie royaliste forvenl, le chef au geste intrépide
qui 'imposait à eux: mai , lolll simplemcnl,
l'hercnle breton, le compagnon miraculeu c-

(A suÎl're.)

(Illuslr.11io11s de CnsMn.)

LA VIE ET LES MŒURS A.U

ment roliu te qui lordnit dans ses doigts uu
écu d six li1'l'es, comme )1anrice de 'axe;
on bien immobilisait un poulain de trois ans,
en le sai is anl bru quemenl par les jambes
de derrière.
Ce exploits fnmcux comptaient bien plus
r1ue ses Tictoircs aux yeux des narçons de
vingt an •.
.\ \'ec le même pas é Je gloire el d'aventure guerrières, un chef débile le e,ï L lai és
indifférents. Ce. dieu de la force le impre. sionnaiL, corps el âme ; il suscitait la conJiance, et. par suile, le dévouement.
Il s'en fut, nonchalant, roulant a corpnlenœ.
GuiUemol l'avait suivi; il eu était jaloux.
ans amertume pourtant. Mais, i George
n'avait pas exi tt\ le roi de Bignan eùt été
le pins rigollfeu et le plu redoutable des
Chouans. Il se ré i!mail difficilement à la
econde place; omeut encore il défiait on
chef qui était son ami.
C• jour-1/1, il cédait une foi de plus an
,,anue espoir de l'égaler, i cc n'c t [, surpasser, au jeu l'ormidable des muscles; la
cène fut agreste et simple, pourtant stupiL
liante, corumejadis entre.les héros de l'Uindc.

x:vu•

s1tcu:. -

l'N HÔPITAi. P,\RlSl&amp;N

IIIAURICE

.\10~TÉGUT.

sous Lot.as XI! 1. - Gravure d'AllRA!IAM BOSSE, (Cabinet des Estamfe3.)

◄ 336""'

COMTESSE ADÉLAIDE DE ~HJLLEAU {FrLLE IYA J~E-~IARJE DE
Guillotinée le 18 avnl 1794 ur la rlace de la ConcorJc
Tableau de

0AsLoux

1:1ppartcnant

à M.

le

C'omte

DE

,.
Tmv1:: ).

MORAS)

�Sommaire du

I

6efascicule

[10 juillet 1910.)

BELLES DU VIEUX TEMPS
VJC(ll\TE DE HEL'fî

.

P.

•

lllè PAROlhl,L\'i.

(;tNEIUL DE MARROT
l\til'Hl E lJUMOl.Ll:\' •
.',lARQl:J" 01': L.1 • .\RE .
EMILE ÜJ.1.1\' ltlt ,

, ..

Belles du vieux temps ; Anne de Moras . . 3'3~
Mariages prussiens . . . . . . . . . . . . • • 3,H
Mémoires. . . . . . . . . . . . . . .
. 3 15
La. mort du marquis de Condorcet .
. 353
A la Cour de Louis XIV. . . . . . .
SSS
La dépêche d'Ems. . . . . . . . . .
. 3:6

O• 'f'n MAS\\'. EVANS .
.\l.l ll(!UIS DE .'.L1SSA , .
JOSEP!l TURQUA~ . . . •
'vt""TOR l1 uco .. . . .
T.iLU'. lt.l .IT DES Riüux'
FREDÉRIC ;\l \SSON • . •
de t'.·\ca :Umie fra11 çatse .

Le départ de l'empereur.
Début de campagne ..
Madame Récamier . .. .
En l 42 . . . . . . .. .
Madame de Cavoye . . .
o cousin de apoléon .

La France n'a pas voulu la Ouerre

C IUMPFORT . . . • •

Anecdotes

/r,mçaise.

.t~ l',l ,·aJdmfe

\DOLPTIP °l'IIŒRS

• , ,

. 357

1LLUSTRATI ONS
1) 0 Al&gt;RES

,\ oA~t, Jh : RTIIAl' LT,

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F Dom~inc. - LJ::o:.. ()11,RX Le s germes. - MrcuEL P RO\' l :\'S.
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heureuse. - l:.DlU))&lt;IJ E'r ] lll..ES DP GO:-. 0UHT. Ren ée Mauperi_n. - l~U GIJES
REllEL,L. hants de la pluie et du soleil. - .\l tcllEL CORI)_.\\ . '? s ida • .
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BlBLIOTHÈQ E D' HISTOIRE A

1.25

ECOOTIQUE

La Vie privée de Napoléon
♦

*♦

Révélations Intimes
sur !'Empereur

0

par BOURRIE
E
son Seérétaite lntirr.e
llluslrations d'après les estampes ef /ab/eaux
de l'époque

Prénoms _______ ............. - - - - Rut __ ,...............,. .................................................

il. HISTORIA (Um-Mo, lltstor'4jue).

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Rel ii ) fr.

A l'extrémité de la rue de Varenne, au
Les souvenirs du couvent du Sacré-Cœur ne
n conviendrait de raire appel à tonte le.
milieu d'une vru te cour formée par un poront pa les seuls qui -e rattachent à l'hôtel épithètes dont Mme de Sé,,igné décorait le
tail maje tueux e dre , 1111 des plus beaux de la rue de Varenne .• e vieux mur ont début de sa célèbre lettre pour écrire la vie
hôtels 11ui sub istenl e11coro de nos jour abrit ~ '4 v-io d'hôte. illustres et brillants : d'Anne de Moras. L'ascen ion. sociale si radan le Cauhourg Saint-Germain. Parmi tant Pe)'rene de Mor,1·, la duches e du Maine, la pide de sa ramille, es ucœs prématurés à
de parc détruilq, tan! de ,·ieux arbres abat- marêcbalc de Matignon, le fameux Lauzun,
on enlréc dan~ le monde sont autant ùe
Lu , parmi tant de omptacu es demeure ,
duc de Biron, jusqu'à ce qu'en1i.o, ous la curielll: aperçus ou plutôt de clarté éclalaotes
tombée· peu à peu on la pioche du démo- Terreur, les jardins accagés et l'hôtel mi au jet-ée ~urla société et les salon du v111• .iècle
lisseur et dont on a peine à retrouver trace à pillage de,inssent une suceur ale de la pri on qu'on se figure plus fermés qu'il, ne l'étl1ienl
travers Je oou,·caux lotis cments el les mo- du Luxembo11rg.
en réalité à ceux qui di po aient d'argent nu
dernes bàli.s. es, il e l resté presque intact
Le brillantes a· emblées où la duches e de mérite, oi, à celle qui e réclamaient de
avee se pa,rterres, es avenues et es quin- dn Maine oublià.it sa disgrâce en groupant leur e prit ou de leur beauté!
conces. ~e immen es jardin onl l'étendue autour d'elle le beaux e pril de on temp ,
A coté de ce d1:licates que. lions de·hitl-d'un parc et englobent tout le c:irré do ter- les fêles somptueuses et galante donnée · par rarohie mondaine, la rie de notre héroïne eu
rain bordé par le houlevard de lnvalid Ja Lmzw1 avant de dc,·enir général de armées
oolève une autre non moin importante et
rue Barbet-de-.fouy et la rue de Bah!lonc.
dt: la fiépublique, ses jardïns peuplés de qui n'a pa reçu encore que Fénelon a . udl
Con trait à l'épor[Ue de la Ré 0 ence par les lieurs raris une et d'œillet monstrueux la ré oudre, de olulioo compl't . Il .'aeit
célèbres arthitecle Aubert ot Gabriel pour Je fJ'I ïl uneillaiL d'un œil si jaloux, ' eraient de l'éducation des fille · .
rich financier Pcyreuc de Moras, il prnfûe, au1unt de 1ablea11.I intére anls à retracer.
Comrue on li'.! verra, l'éducalion de Mllu de
entre son imposante cour d'houncur et ses Ma.is parmi tou ces personna!!e célèbre ou Mora. rut aus i parfaite que po sible : loul ce
délicieux jardins, le élé(f:ml reJicls de es puissanLs, qui se succèdent rue de Varenne, 11ui était alors déclaré indispeu. able lui l'ut
avant-corps, le délicates culpturcs de son il e l une figure aux. allures plu modestes enseigné, on ]ui apprit le dernier mot du Lon
fronton où se joùonl des amours et dll ' f(Ui nous apparait in1111lièrcment touchanle ton, et les élérrance du meilleur /fOÙl. C\ilail,
déc se . t le: ligne· trè pures et lrè nohll'$ cl curieuse et qui mérite de retenir notre au ortir de !"enfonce, une petite pcr onne
de $(l deux superbes tar-.ades.
atlention par es étranges arnntures en nou , accomplie ; Lout au moins on pouvait le croire.
t l'anciunne ré idence de · dames du apitoyant par ~e malheur . C'est r.elle de la
el on instruction arait mèm été si cornacré-Cœur que 11 confiscation
.piète, qu'elle fut de taille à orde biens des ugrégations e·t
ganiser avec un art consommé
v('nue chasser de leur cou vent
son
enlèvement do couvent.
et drpouiller de tou Jeurs
Puis
au moment où l'e. ·culion
biens en même temps que de ce
de son plan semblait comprobeau domaine.
mi~e, elle sut l'assurer par un
IJans cette paisil1le demeure,
acte
d'énergie 11ui est peut-être
no filles, no femme el uo
le
fait
le plus surprenant dan
mères ont pa sé tour à tour,
celle
étrange
a"enturc!
etc'eslsou , beaux ombrage
Anne-Marie Peyrenc de Moras
que e sont lcoulées le preétrut née 11 Paris au moi de
mières année de leur jeune e.
juillet 1725 ; elle était fille
Sonl-cece , om-enirs iutimc
d'Abraham Peyrenr. de Mor:is
qui nou li nnenl au cœur ou
el de )larie-Anne Fargè . PcJculement l'intérêt qu'ofTre cet
re.nc élllit un de ces finanrier.
admirable pécimen d'architecintri anl el habile qui firent
ture'/ tonjou.rs e t-il qu'à mainde si_..hrusques el i colo sak
te~ repri ·c on 'e t inquiété
fortune. . ous ln Ré~encc. Cc
C-llehe
l.tvy.
dans le public à l'idée &lt;le voir
Lan!!Uedocicn, fils ù' un barbier
L'IIOl'El. Buio.· DANS SON ÉTAT ACTUEi• • PAÇAD&amp; Sl,'R LE PARC.
disparaitre ce modèle de l'art
de lillage, avail cl~bulé à Paris
charmant du xvm" iècle, el
comme simple garçon perruqu'on cherche un moyen praquier. Amhilieux avisé, détique de le sauver de la de truction, en y fùle du célèbre ûnaocier de la Réi:rence, qui, pourvu de crupule , hanté par l'idée de faire
in talla.nt le il:ge d'un ervicc municipal ou en 17'!. , fil tracer les jardins et éle1·cr l'Lùtel fortune, il abandouna bientôt le ra. oir {&gt;Our
pulilicquire pecteraiL ce majestueux en mblc. où notre héroïne p, a a première enfance. les afTaires et ~ lança dans la finance.

c·

moia

O F F ERTE A T O U S LES ABON N ÉS DU
"LISEZ-MOI"
hlslorlque

Par le Vicomte de REISET

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Llo$ TABLEAUX, DESSINS ET E!.TAllPES Dl!. :

Ll7 nl':_ll DE110n~ENC , , C '. 11EALIER DF 1.'EilPT'XAS:-F., 1-'0'IT,.INE, FO ,\ (';O:'iAHD FIL ' , LLA DE (rAUT IIE~~'f
c;in11no&amp;T, U,rno (;Bo . li\c.1n&gt; • •\L\1.;1m :r. LEL01u, i\lA.um.-., DE li, i\ u :,

1 111Euu, T ut

.f/nne de

50

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E VE TE CHEZ TOUS LES LIBRAIRES

llUJU:11.S ;

Archfres 11ot io1m/e.,. -

Journ(II dr

ltï:J, t. IV, p. 4-17. .1/t'mni~tt tle Luy11es, ton1&lt;• l, r•• 389, S!l4-. 4·H,
4!1U, hune X, p. ':!13. - Joumnl tl,c IJ1m1/. - MéBnrbier, tome Ill. p. 1(l'J

u. -

HtaTORIA. -

Fasc.

16.

11wirt3 tir.. ilfrr(ni1t&gt;t, lonw 1. App,•n,lir&lt;'.
PLoN, 11!74. Chn11li!'r OB )fov111 , Jonmul

I'· 314.
d'A1111eMarie ,fr illt&gt;ra~, romir&amp;lc dr Co11rl,011, ftril par
oll e-mê1nc et atlrc sê '1_..Mlle .,. , 1wmiornmirc uu

ooul'enl du Cl,erclrc-Mitli. L.111 v&amp; ù&amp; IluNDT. 1741
in-12. - A11ciem1es mni.,uni &lt;le Pari~, 1ur Lui:un::
l(!me IV. - Ct qui r,:1/c lf,1 wm., Parù1, p~r 1•
, 1

1&lt;:oml(1 11-r. V1Lurnn~11E.~

�1flSTOR.1.ll
douze printcmp. de ~1111• d,. Moras o pouYaient, en eff•I, mellre ob,t cle , u. proj ·t
'JIii îor111 tirnt ,lt:jà autour d'elle de noml,reu ·
pn1Lcndanl . li u'élail p.1: r:irc. n l'lll'l, J
voir unir par de mari:tgt· de ,,!ritnl1k enf.tnl 11ui, la t:ér,tmonie arh ,éc, rèlllraienl
chacun ch z eut pour un t mp · Jéterminé et
· tlemeuraienl .;~p.-irl' ju•11u'à l't'poqne où
\pur à;;u p rmeltra1l leur 1·0.pprorl1crncnl pour
ln con ommation Jn roarin"e.
Tout c.• que Pari, comptait d' mieux
parmi la j ·une nobles • , vait déjà Je prétculion!- . ur celle j une héritit•rc a~ ez riche
pour rcdor'r 1• hl ,on Je cdui rpii • urait
I', ùr , e tl1• . c fair n;;r ;:r. L'ori •in· nn peu
fl: · •nte. de 1 fortune n't:1ail pninl puur
cfira yer lo cauJidaLs; le., m •, alli:inc •, , quoi
1111'on en Ji r, 1:1.:li nl J1ljà J'no 11 :1.g eourriul, et la .,•i;:1wuri · d \lora · :11·:iit Jéfinithcm al îail ouLli •r 1\·.H ne.
L~ cxcmpl •:, cl'nill :ur,-, ne m,111111:iieul
}Ill : n:,., nuucnl cncorl! Crozat ~·é1ail m1:taroorpbo. 1i en comte du Chatt"! et il 11· y ;l\.1Îl
pi · lon ·•lt&gt;mp, 11u•• I,! m:1rc111i. al de l\uulain\ilhrr~ :1Y:ti1 !lfac11 Ir. :,u,·,mir du n III di:
. , 111111 I Ileru~rd.
,\11110-\l,1rit·. oujel 11 • tant Je convoitise~,
n,ail Jou· J1• lmnne henre él: 1•nLour • •
11'11u111111:1!!C', cl pre~que 1•n ore à l'ù 11 e Ùt'
l'r111'a111·c•, li1liituél! il vuir . c former 11arL11ul.
an1unr i1·ct11•. une cour noml&gt;r II c, allc111il'c
tl " · moindre dê~ir . Parmi li! prclcoilanh
•111i ,emhl:iicnl 1· pin· cmpn·,,: il en étail
Jeu !&lt;Urtoul qui ~·1;tail'nl foiL r •mar11ul·r
Javanla •c : l'un ,:toit l1~ cvmt,· d,• Cr,•vcr&lt;1:ur.
l', ulre, le cütnlè Je la !loch •-Comlion, 11ui
:illait Lre le h,:ro J ccllt: dramatique a,m-

cdlc même clôture, le. élr~c Il lt-,, dam
u11 ha ard ior,p ' rr, le· an·olur', dan
,·i,aienl en p rpétu..t conlnct.
le-.qtwllc il . ri 1p1a lui fur ·nl pin Ï&lt;·ur foi
C:01,fortahlt menl lo,; · • d, os de· dmnhr •.
fafOrilhl1 ~ el le peu 1111'il a\"aÎt «agmi lui
p:irliculii'•re
• :cn·i par leur proprt' femme
permit de nouveau traite,, 11i1 il fut ervi p:ir
d
•
cltamlirc,
accompagnt~es par une· •OU\'llr•
• a l&gt;onn d1aoce. En mèm temp , son manantc,
tonie
r
•·jeune- Illies pournient mener
ria"e a1· la fille d'un fourni,,eur au ,·i1rr· ,
11uïl O\nil u st'.-ùuir1, :nait 11 ~ pour lui un à leur !!Té la tit• la plu. tranqnille t•l la plu
pm saut ppoinl; apr'•. 31'0ir é1·incé :1u dêhut a"réalilc. 'oumi,1• à une r~dc Je. plu
· · piètre pré! ·ndanl. le · p:irenlS n1·ait&gt;nt dû dou • •·• •Ile ~·11ccup:1ic11L nnn ~cul ·nient 11
. p:irfoîr • leur éducation, mai~ urtoul à
t:i.11ler de,•aot les pr u,e, trop vi,ible· d'un
i11dinati110 rr1·ipr,1,1u1•. 1•1 le Jnodc · • tr:1110111 arrtuérir le. 1:il1:nt · d'o!!n:nll'nl qui form nl
,:tnil de\"enu l'll('Ureu épou d'un rirh · le l'ltarme · cl Ir• "ruœ• J • b ft-mrnr.
appel1&lt;e par sa nais ·aucc ;1 bl'ilfor clan~ le
l111ri lJ4'•r
11111111!t• l'l Ù (•JI raire J'or1\t'nt '01.
U'aill •ur • avec h· .-, l~me J · Law et 1.: .
L1• p:irluir, fr :,p1 •nl: !) r la ,oriél; 1 plu
h,1 :mis J • l'a 1i11. on .:· :willnit p;iuHe cl 011
l&gt;rillantc.
:l.:lit 1111 ;a\1111 oi1 plu il'ur foi-:
··,•otlorm, il ricJ1c . . 1 i~. plu~ prnd •nl que
ch:vp1
rmai111'
()li \' •11:iil foire a ·,:1111 d'rl L
1, ,IU('O!IP ill
p r,•ils, le b llljllit.'r, ilôl
11u'il •ut forlllne fait·, mil , é ·11 • , ral,ri, !.r:lllCll •L d ·prit. Uans le. :IJ1ll:lrlc111cnl: J1·
pcn ionnairl' · ~·ori;ani oicnl J · . oup1•r d
c r •tira ,-a;;ewc111 d •· :1m ir · 1 ocrupa d~
Ùc. wllali in oil li"urail·lll parmi le run,·iH
lor1- .::e, loi ir· à :1r11u rir 3\'l'C ·1111 :ir,.enl b
1·m1.1Mr;ition qni arnil m:10110 1 à ~on pr mi ·r d , in\'it ;_ {lr:l.n!! r,. Ilien. pour ain,i dir1•,
a,, .. -;.,u 01110 roluri,.r unnail m, 1. l'achal 111• sèparail ù1in • le. jl'unc. till1• · J.,, t·l'lte
d'un li, r.. cqui • d1• 1 d11..l1t•,~e de llranca,. ~od,:t: s,iduisanl • dont ..Il· · cnl r •vu nil'lll :,
y rorlA un prompt rcmM. tl l'lll \ Île rail rlt;1,1n in ·1a11L :111t1Jnr d' li,·, h- c.1,;J:il ·, •L
oul&gt;lit!r :on ori"inc trop mod ·~le el ,a rorluo,• 1,,, plai. irs, •L I nfin, lnr~11u'clks ne · l' lro11\ai1•1ll 11:i · m(llt! •, dan l~ur, ,·ortie~ Wl'cSl rop rnpidr.. Ü •\(~Oil • cit;neur d~ \lor:i • •11llrie. prc. d ln l rrlt'.-~ous-.louarre, il a1•11uil &lt;1111 .• li•s nomlll'eU vbil •ur: admis 11 , 'otrcloul d' hori.l unP. 1fotr•1 e d • ron~ciller au llaml! d,• la Con,ul lion, .an-' a111·u11 •,li ·tÏJ1 ·lion
,.:rand C nwil l, quel'lu , an11 \,,. pin!&gt; Lard, Jl' xe ni J':i~. lCllr apportait•nl l'i ·ho de
r,tjnois an,·(: cl Jr fèu:•.
il Hail Ùc\' 1111 m:ulrc de. requètc•.
')roi. ann1:r, ~ pa~ ·èreul. ~Ille tic ltora.
C'c'l alor 'Ill il acbda les l!lrraÎn ' ,·a••m·
1ttail
tonjour nu romt"ol, ml'11:1n1 la m~n1t·
\'OÎ ins de l'htitel de l111·alid1: pour ' r. ir,·
1·011 truire une demcur' dil?ll • J • :1. nou1 •lloi vie que e, j •uo . 1· &gt;mpa"flf',, m;1i,,, pour eu
forlunc el de la brillant' ,iui:otion 'l" ïl avait intt:rrompr • la monotonir., 1'ré,1ucn1ail Il!' iùùan nt l'hùt ,} d1• 1. me tli.&gt; Vilr •rmc, oi1 &lt;•lit·
pu aueindr . Lo~rtn' n 17::i:! il nrnurul r!!.,relrournit li- h:1.l1il11J1·, le plu, lu\uru, . cl
p •d ; d honoré de lou , 11 jo1 •Mil à '"
le
Lrain le pins brillant. ~lmc d1• Mora. ,
dh rs · fun lion~ relli! d,· bd du Ctln,,•il dr.
•111:or jeune, tl."-ll't' rraid1 ' c•l agré;1Llc•, H'
la Jurh •s,1• de Ilonrùon. li bi·sail , "~ troi ·
nf:tnh, deux lils cl uu flll •, un Eorluo,• roo,olail de ,nu mi1•11'I: 111' ,110 ve111·a"t! en
tenant ra11ù 1\lal d · maison. Lancée à 1·orps
11 idéraLle 11ui mon lait à plu• dP. 11untre
million lanl en 1•lli!l.' mohilier. 11u'1·n lilr · · p •r,lu Jnn . Ill 1011rhillon 1lt!. 1lin·rlh mrnl:
,·t Je plai,ir ·, clic· · ,,uulail l'réot-.cup,:e :i,aut
de rcol in crile · au grand-li ne. i l'on •
loul Ùl' 01! pas 1wrdrt· un ·,•111 11'• jour &lt;k
r,•purll' à b dillfr('nn! de~ t mp èL '1'1"
l'un tienn • compte de la 1akur de l'ar"t'lll ù répiL que lui l:iis::i.il la quoranrninc apprnclu11tc. llans Cl't hcitel ta tucu ui1 dl• cXPrr.clle l:po&lt;tue, r • quatre million . NI r pr1~
çail l'llll,;pitalilé la plu, lar"1', on \O).tÏl
,mlcr icnl ai,~m ·111 tlouz • J nolr • mo11onit•
arflncr 1,, houlW , Je, pins 1·11 \"lie ;, la Yi lie
d'aujourd'hui.
•t
la cour. l.a m:ulres,e de runi. 1111. grallle de Mora. · \-.IÎ l 31or, nen r nn•, cll
1·i1•11 • :1 1011~ cl .. mpre,, ·e ~ plair1•, n' s •
,euail 11' ·nlrer au to111enl de •'olrc-llamc d •
h (.un~ol, tiou, ru· Ju Ch •rd1 ... \liJi, mai:011 pi,111ail pas Je trop dtJ rd ·nut•; la tait!• était
rr11,,11cnté1• par la meilleur • rtdl,le. :c 1•11 mème Ion jours miw. l. ,·li '.rt• al,ond, nie el délirnle,
lt•mp 1111c rc1101nmfu par la ~11pt1riorité de l!L 1,: j.•u un la ùan. • la 1·omédir 011 la 11111. iquu, au "ré de · 11omùrenx t·omiv "· •~
~l' étude ·. C • qn\:tail•Dl ~s mai 00:i :ou·
,-ut:ec.:Jaient tour à luur. 1, jrnn fl\:n·-io1111airi•
l'ancien r •~ime, t!' • l ce t[U nou poul'ons
diflkil •ment nou lhucr 11 pri,t•nl. l.1: cou- u ·a,·ail encor,• t1u1· tlouze an,-. mai~ runl"r ·
~&lt;m jeune :ig• elle pr •nail Jtljà à dmcun d1•
nrnL de L\ ompliou, cdui de Fon1,•1ra11l cl
~c
~éjour~ à la maison pall•rndle une brgc
[ •u Jt'I l'aatb :mont ou J e la I ré~ •nlnl ion.
parl Ol cc, , mu · ruenl.l&gt; ~an re ,c r,•noutou é":Ùcmcnl céll•br,·•• n'tilaicnt pa: . •uh•mcut, comme on pourrait le croire, de~ rl3.- Yel,:. , cl lo ,1u·c11 rc1p·•na1t le coul'elll de
la ru du• 'hcrche-llidi elle •mporlail ill't'C
bli ,ement d' :Jucalion. i~ r~ponJ:i' nl en
1:llr l'itn:i". d. l'è ·:ilon tOIIJOllr pt!Uplr Je
outre à une foule d • lie:. in.' ·ocitiu : li1•11
t1•s frmm • toujour par• e · •l Je 1· •s foll'S
de r po ou de r fu"c pour le fcmnw~ Ùtl
élJlou.i an
tlonl l'é ·l~l hantait . ·• rè, ~mond c1u·un deuil ou de revcr de for1uoe
JO. doute Il • , remé,uorail dan ,e · heur• '
obligeaient d s· ré[u~1cr momcul:u1:.m,.nl;
de :olilutle I,• pr mi •r, uc,·o\ 11u'tJlle \':JÏl
a,ile discret de frmrut• · 'par : ·' de li•ur
n:n1porllki, les hommages llnllcur 11u·un lui
mari 1111c d a\·ctJLur,·, trvp bru nnle~ ou
nl':Ùl prodigué cl J~ tel pe1bl'.-S J •vaicnl
l' é lol d'un procè. r ll'nfü ·nnl contraillnaicnt
sio!!lllii'rcmcnl troulilcr c •Lle lèle d'cufJut.
~ liir • quelque tcrup' datr une ~orle Je
Un se mnriaiL j •une il Cè l mp ·-là cl le
r •traite. C'était le mond • eu rat:l·our i. ll,m
Par

1

•

0

(•

0

11

... .,38 ...

·-----------

.JINN'E DE

.Mo~Jts - ~

eulion 110 proj tau ,i a ntureu que ltardi.
Ce pl:111, 11laLor I al'!? une audarc cl une
lt:mérité incroyaulc., tnpéfie d'éLonoemenL
lorq1ue l'on son"e qu'il al'ait ,:té conçu cl
m,)ri au fond 1l'un cou ·rnl, et l'on a pein à
t·111!1pr1•ndre 1(11 ·11111• pdil fille. dt• ,noin de
'l'•~nze an,. :iit pu faire prl'uve d'u11c pal' ille
prl'1oya11ce cl d'un .emhl:tblc -.anir-froid!
I.e dirnnnch ~- odohre 1;;;7. apr ;, la
m c•. ~Ille Jt• lora: 1111illaif. r-n ph-in jour,
rt tic I air lt&gt; plu;.; lranrtuillt&gt;, IL• couvrul de la
\'isitation. l'n ordr . uppo~é de M mhr.

1

lur1•.

ornricr Ji

IÎll"llé,

M. de Courbou ~·~tait

fait rcmar1111 r par :1. bra,oun pt'nJaul l.1

mpa.,oe d'ltali' oi, il aYait r,i ou lt•.
or,lr' du m:ir{-rbal J., llro;:lit · p:ir . a famiJI,,
il àppar1e11ail r, la plu. 1i1•illc nol&gt;l~~ • dï•pt1••
,,l ·on fr'.r1· purlnil l ltlre de mar4ui. de
Biénac
fort un , il c,l ,rai. était de. plu.
moJcq ('l ' IK1rnait ·on \in,•, J rente,,
mai . i c c: lifo11s élai,•nt i11îérit&gt;11r:: ' ceux d1:
,1. tle l.r'•wcœnr, il po,.1'·Jait en r,1·nnch un
10111-pni. :111L :tppui 11ui lui ùonnail ur son
rh·al 1111 •r1cu · \ 111t.1g • nnpr ··~ dt ln famille
de ~Ion . Cl• pr'•d1•u ;1ll.liliairc c.ilail le con11 •
1I • ln \lulh(•-lloudancourl dont il étail lt&gt; parent
en même ll:mp. 11uc l'ami I plu intim i. Or,
c' J1•r11it·r, •nncl cÎ:.\n ,ur b ul placé ct
s6111i'ant, pa. ,-ait. ;, lorl ou à iab.011, pour
:mur Lrioinph~ Je la vertu p •u :olid,• d •
llm • de )lura~ cl ~a liaison , 1 •c elle u·é1ait
1111 , •t•r1·l JK1Ur pcr,;0011e. ~ul, le ra. érh,:anl.
n pou1·ail don1. -.c lrounir •rl m1·ill1•11r•• po 1ur1• pour plaid •r la eau
t.l' :on cuu:;in le
jour oii il r,•rnil a demande.
li. dcCourl,on u· :uiil plu unj •un homm •,
il a, 11 alors Lr ni ...!Juil au p., ~t: el n se
targuail poiol ,1 hnbituL•II' façons dt• roué
11 lu m111.le; n luul' 1•irco11. lanre, :.on amabilité comme e · propm, r • tai1,nt •mpri'iut.
d\m c ·rtainc r: cne t,.. cour ntuur ' dti
troid •ur; l'cxœ .. iH• di. rr :1ionde on nhor,l nr
1ui nuc;:iit puurl u1 l l"' • :iuprès de · fcuuut•s :

,l

-

Au

CITATl:.AU DE' ·1·R1\~·o
· ·• ··

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la rue du Cb,•rch1•-~liJi et nue ilc11 r .. l
.
.,
"'" ~
• 1'1113.1111• ' \ 11111"-· l·1r·1
•. c. J1. ,o~:11•1 à ~011 eouwn1.
IJu' ,~ l'."s :i-t-11 à l'bùtPI d,1 lura H , u,·l
dram1•_ rnll111,· ,·î11t-il louL à cour1 ru,:.d/1 ,
li r
C(•II I!• ' ·11 Il~ 1·l0ll 'I• C' l''l 1· 1 lill ..l) t1'[
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pn. . l , I' dl' iltrt•. rar les llll!01111'r • de I' .
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1ni' rllplur • ,•n Ir• ntll' JPrnii·rc cl ,\(. ,!., la
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vi11t-dl1· à t• rr111
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J'.., t·1•'5 Je eu , ·1.trl!II 01. L'Esn.

avaient fon·e d ~oi. ~nn~-'larie ·onipril que
Ioule J •mandc d e.xplu:all(IO ,erait inutile l!L
1111 • tout
in. i~tnure Je :1 J13rl dell!l'Url'I~ il
mprrl.lue. Eli o'ajouln pa· mèmc un,• par~l,·
lor1&gt;11ue ~hne Je )lora.\ coupant ,·ourl h l'enIr lien, }ui lai-~ cnlenJr1. 11u'ell • nait t1· 011_
tr .. · proJet, plu· 3\:intac u~ l10Ur ,on étahli. _
,l'm:nl' r.t qu'elle lui pr. ,mtrrait hil•ntôl li•
111ar1 qu'ell lui n,ail &lt;'hois1.
·
!_lien '!u'ellc n' Ùl quatori an, que d •puis
lro1 _mm~·. \Ille d ,rora a1ail plu~ de rai~11
1am: , rc•11ro111rr à '\Jrnc•• ,J ...' ·
.,s "· prtlj (,
••l_ d ,:périeno.• 1111e . on à e n pou1ai1 le.
1}11 . JU, &lt;pJ1•-!:1 ••lie ·11ail. Î!IOIJ Clll'lllfil"1:,, rlu faire UJ&gt;po~er; accablée par telle doulnumoins tolér • , , , h J•lu · l•r
• dU1 CIIC'I' ,1, reu,u . urpris ' elle donna lout d'aborJ libre
" c Ill
C• .L une h\'polh · '
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s , uon Ilé uuéc J1• 1rai, .. rn- rnur . "OD chanriu, mai elll! Ill! rut pa
~13:•rc: mais t'l' qui r.,t i·rrtain. r ,.. 1 •1111• loul lon~u li . ' rl',-sai Ir cl, apri- .· :noir lon••u1'a coup )[. cfo CourLnn ~1· iil inh•rJir, 11 la llll'lll rélléchi, elle ~e décida li mcllrc 1l ai:-..

,r,ar~ ],,

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F.. (Cal'llltl dtl fülaM[tS , )

a~rivr la will ' la mn111foi1 au chàleau d.,
Livry, pour pn~scr q11t•l11111•. jnuN- ' lit c.impa•:nr. .iupr, il'ellc. Ln je11111! fill nv:,it f4:
pr,•w·u_ue ~',1yoir i, fair• e pr/paratil'· po.ur
ce P?l1l d~plac1•mcnt, et une t·bai: de po t
dc:1~1L H•111r la prc11dre pour li1 mener ;1 ,1, tinalron.
La t·h,1~. , i·mhlait.
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l'iieur, cou renm·. mont· t.lans· ,I· •· l'-,
't
' .
•
d
.
•
w1 ure qw
1111 1e11 ail .t 1a porte · llle c:1a'1L o,cor
- ,.:
..,,., IJar
t goU\en1ante, Mlle Gort) qu·, l'
. J. J' •
,
a coml · g11a11
·
. or ma1rc, l'l. à l·t
' ,0·1r s1· C"l
... me cl
'msouci, nle, nul n'eut JIU i;oupçonner &lt;1u'cll

d,·n· .

r

�1f1S TO'J{1.Jl

---------------------------------------~

tlr• • 'éloi••n, r pour n · plu. re1cnir.
L'ordr ' de déporl l donné, la l,crline
franchit la barri•, et 1 po Lillon • mènent
!!r, nd train. Ill de ,rora., qui c.,u_e 8\'ec
animation 3\' c .a ••onwrna.nte, 'eflhrc
d'o • upcr le plu po .. ihll! . on all.fnûon et l'on
d 1pas e ·ucœ sÏ\·eruenl Bern , puis Longjumeau el Arpajon an que llllc ,orrr .'aJl •rçoil' qu'elle uit la route de Dordeau an
li •u de elle de ~[rlun. .ependanl, ?1 Étréd11,
au moment du relai~ ell • regarde li la porti'•rl'
et '~I nn de ne pa. se reconnattr ; . a
surprise au"menl lorsqu'on nrri,·cà .Etampes
el liientôl elle · montre en proil' à la plu:
\'Î\'e inquiétude. c· t en rain qu • a oompa•rne de 1· yage e- aie d • 1 r11 s11rn r•t
d'attrlhner à un mépri e ou à un accide11t
chan 1emrnt d'itinéraire; la ,mvernanli•,
1JP plu. en plu i1111uiHe. menace de desœndrr•
d veut interpeller le pas~an ·. Oie de ~Iorn
romprcud alor que toute reinte .t dé ormais
int1til •, Au moment 011 Ille Gorn im•cctiw
1• po Lillo11 e.t . 'efforce de fair • arrèter la
rline. elle soulève l'an d('s cous_in de ln
YOÎlure el n Lire un pi lol l qu'elle braque
an· ·ourciJler sur sa compagne, aJJoléc de
terreur.
« ~ucbez. loi diHille, d'un ton î ·rmc,
qu tout CR que \'OU pourriez l nler pour
nlra,·er me proj Ls er:iil folie de voir,
1,:irt: cett • ,·oiture r l à me ordre I lt•
po,lillon. qui la rondui. e11l onL à mou 'nlirr&lt;· di rré1ion. llepni. plu i ·ur ,euuinr•
j'ai lonl prérn et combiné dons Je moiodr,·,
drtail :nec l'aide d'un foqnai qui m'e. t
allaC'l11! d,·pui l'enfatr · 1 dont d' il! 11 • j'ai
pri • oin d' acb terla fidélité :t le d ;,.011 ment.
·ous !1-0mm · mainknanl loin de I ari ·; rieu
ne saurniLm'em(xlcher decontinner ma route;
mon ilinér:lire l fi. é d' 1·ance el tous le:
nh::.tarl . 1•n ont rté oign usement I artés. ,,
Et aprè,. un mom •nt de ilenœ, an.
dt'·pal'lir de on altitude menaçante, rlle
rxplique froidem nt I but de son vopg :
1'111' ·l! rend au château de 1a fioche-Courbon,
011 t lie Ya retrou er ·on fiancé, qui ne lardera pa à devenir on épou .
« \ucunl! force humain ne saur.iît .orma· m'arr Ier dans la réali alion de œ 11uc
j'ai ré olu de faire, aJOute+elle. la moindre
oppo.ition de votr-e part à la plu pcLite
tentative pour me dénoncer ou me trahir,
,otre vie elle-même ne era plus en ûr té, el
pas une secondo. je ou le jure, je n'b · ilerai à foire ui.age de cette arme .... ~i, au
contraire, vou vou oum ,uez à ma. ,·olontt\
·o 1u. cerlaine qu , je vous rendrai justice et
que je aurai, san me montrer inn-rale, récompcns r ,otre dt:Youemenl. Libre à ,ou
de choisir el de décider de votre orl. En
attendant, je ne YOU quitte pa et nou ne
nou .- 'pareron pa une eule minutejo qu'à
c 11ue nou o ·ons r ndu ' a destination i la
cule chose que j ,·ou demande dîci là.
c'e L de garder le ileoce el de me suivre
avec soumis ion. Pour plu de prud nce,
durant tout Je cour de ce voyage, vous me
lrailurez comme \'Orrc ÛllC', ce qui déroutera
1 oupçous. &gt;I
ll'n:til

Épouvantée par ce pi ·tolet fJUC a terrible
él~v • lni a mi. u 1:, rrorrre, la m !beur use
femme la upplie d l'éparmer: &lt;l'une ,·oi
entrecoupée, elle prote.&lt;.te de .on attachement
an bornes el lui JUrc en tremblant d e
conformer ans re lrictions
e moindre
désir·.
Mlle de )foras alor con ent à détourner le
canon de .on arme; mai , pour évilcr Ion te
urprise, elle ne perd pa de vue la compa11ne forcé de ,on ,·oya e el urveill étroitement e ge-~ el s parole , tout en
poursuiya.nt hàtiv ment ~ route.
La oiture continue à hrùler le pa,·é, on
ll'aYcr. e . an · . ·arrêter Orléans, Bloi , Amboi. e el Tour·: le coffre de la berline onl
été garni de nombreu e pro\'lsron do
bouche, el c'e t à Poitier seulement qu' \nneMarie ~on ent à u p ndr on voyaae. Elle
e lime qu'à une pareille di'ta.nce elle t
as ez luin pour a,·oir dépisté toute pour uile
el elle
décide à prendr cJuelque repo . En
m me temp:, dallS l'auberge m~me où elle
·t de œndue, elll' écrit à sa mère une longue
lettre pour expliquer sa conduite et implol'l'r
son p11rdon. Elle le fait av une clarté, une
1o1Juenre dignes, peut~tre, de plu d'indulgence, et durant douze pag · ell plaide a
eau e de b mani re I plu. touchante,. Eli •
énumère !lt'S raison:. en fai,rnnl oppel ?l la
fois la l n&lt;ln·" e mal rncll , a la pitié .t
mème au l,on sem. La pièt·e c I a. se2 curieus pour lr r ppurtée i i au moiu · dan.
s parties e entie□e :

« [aman, pui que je &lt;:ai. qu • 1 sort d'une
jeune fille rie be e l do e marier, j'ai toujour
dé:,iré trom•er dao le mari que je prendrai ·
certain qu lil I el c rlain défaul . Je voulai · trou,· ·r en h1i un fond d'esprit et de raison; pourc-laj le ,;oui.ai d'un à e mùr; l'
voutai. qu'il eùl de la prodi.,alité, de la douceur, de 1a ~érité par con équent ni compliment·ur, ni adulateur. Je lui ,·oulai a ez de
implicité pour ne pa. e faire un mérite du
fa Le et d • fau:x air ; j lui voulai delanai .... nce an . me oucicr que son rang fùl plu
ou moin brilfant, mni je lui ,oulais surtout
de la bouté el de l'humanité ([llÎ lui f'i. sent un
plai ir ré •I du bien qu'il f rait el d pàn
qu'il \iLeraiL aux rren. à rrui il s&lt;.'rnit à porté
d'êtr utile. Je voutai qu'il ne r,u o1 ivrogne,
ui jou •ur, ni lanl de proîc,. ion; point h:iYard, p inl ournoi· i qu'il fùL capable de
w·onnai.! , ace et d'amitié, el qu'il en prit
ponr moi ur la connai sauce qu'il aurait été
à parlée d pr ndre de mou caractère, ·om.Jnll
de mon côté mon proj t 61aiL de n'épou · r
1,er:;onne an:, le connaitre.
(&lt; \foilàcequim'occupaitdepuis longtemps
lorsque j'ai rn ,c. de .ourbon qui logeait
alor ch l ,ou .... You l'avez am oé à mon
parloir, rous l'cnga cà~ à d , i. il - et it
d oin, pour moi, YOu m'a,iez même dit
de lui donner à dîner lor ·qu'il riendrail me
le demander ce dont il n'a pas cru, d'ailleurs, devoir apparemment profiter. Vou
nve.z emblé chal'mée de l'amitié qu'il me
portail; il m'a montré un intérJt ,éritable:
.... 340 ""'

il m'a paru que mon caractère lui plaisait ....
Le. sentiment que j'ai trour~ en lui me
. uflt ent pour lui 'lre ntla('héc ét rndlemr11t ;
j'ai pen.r. qu'il tallait que mon étalili ,cment
pi)t faire en premi r lieu le honhrur &lt;le ma
vie; 'il a peu de bien, j' •n ai a ez pour lui
et pour moi, i c• n'e.l pour virre dans le
fa te au moin Jans l'ai anct et le~ commodi t 1••
c&lt; Ma rai on approm·e mon &lt;l'OÙl et ne me
monlre en celui que j'ai choi i rien qui pui :-c
me faire repentir un jour, ni rien '(UÎ pui. se
déplair à ma famill ...• Cepi'odanl j'ai ail' li•
proj t de
·her me · ntiment: ~ \I. dl'
Courbou ju qu'au jour où \OU auriez pu
ajouter foi à leur ·olidit 1. Je me :erais tontentée d se frit toute l s ~cmain : , mai
·ou· m'arnz cnle~é tout d'un coup le eul
pl.1isir et la seule c.on. lation qui me oulenaittnl, par la(; arion rnLile de c · ,·isit ....
Vou m'a1•ez r !rnrdée comme une 1111fant ~an
force et san i,tabili11:: j'ai vu ~ubitemenl me
c pérance Lrompô •., j'ai ,•u nfin c1ue vou
d ·. pprouveriez me cntiment et qu j • ne
troul' raï- plu en \'OU que des oppo ilions
nu lieu il racîlitésquej'av:ii. lieu d'e.pérer ....
« Je pr ivj, que j 'allaÏJ; être exposée rombattre me. cntimenl ou vo~ rnlonlc:. Tant
qu je n'oi vu l'ora-re r1ue de loin, je n'ai pa~
p ·nsé à l'éviter; mai on m',. sur• que pe.11danl rnlre . 'jour à Lainville ,·ou av z tout
arrèW pour mon établi. etnenl · au si, en
m'arr 1la111 au parû que je prend., j croi.
al'Oir 1h·ité de&gt; grand malheur·.
n fo \ai· donc, je ,·oru le Ji en Lremhlanl,
lromer lf. de Courbon, lui apprendMJ m&lt;'·
. ntiment · cl lui offrir • la ro· mon
ur,
ma main l ma fortune.
a .\y z,maman,jevou cnconjure,quclquc
induJ 1cnce pour une fille qui ,·ou. manque
pour la premièrt' fois et qui ne vou · e1\t jamai.
manqu I ïl n'eùl été que tion dé la hose la
plus intére nle de ' \'ie.
u J'aime, rnilli le ·rim • qu.i vou ollcn e,
mai ne regardez pa mon attachement comme
un enlimcnl frnrrile, il y a dix-huit moi. qnl'
je l'éprouve dan le silence .... »
A celle longue mis ive, Ule de Mora , mu
par un utiment fJIIÎ l'honore, a,ait cru
J •voir ajouter un po t-, criptum pour décharer .a "0uvero3nle eL la .upérieur du couvent d • toute connivence Pt de toute rc ponsabiliLé.
o .le doi à Ill G rry, ma rrouvernanle, lu
ju ·lice dt• vou di 11u'elll• n'a u nulle pa1·t
à mon projet, ni à on écution. J a ni·
c1ue l'on a,-:iil almsé de ma con6ancc · c.e pourail ùtre elle! li oe m' 'Il n pa- fallu darnnta,,o
pour lui cacher me d . iru;. Elle uùllait
néce~ air, pour mon entr pri e et j • \'Oulai
l'emmener av1.-c moi; je l'iù clone lromp i
aiusi que Ille ))a.unay, la upérieur , et Loule
la conununauté, en lui monlraol une lettre de
vou · qu j'avai coulreîaitc, par laquelle ,·ou
me mandiez que vou 1·oulie.z me faire pa er
r1uelques jolll' à la campngoe, c1u'une chaise
à deux, envoy e de Lil•r ·, me ,·iendrait

"------------------------------ .JINN'E D'E .MO~AS

__ ,

p,: ·111lre au coun:nt et que Je n·av.ii. ,111·:1
Fam: me11 prêparatifs pour le l,·11rlrn1ain
rnahn .... l&gt;

oli,'ir : lorsr1m h• jour e lève, .\une-~lari • Je
~loras est nni au comte d1! Courbou par lrs
lien, du maria«,•.
foui. à la joie t.l'ètr1• l'1111 à l'al1lrc, le. deux
l.i! 1 ttrl' l cx~diée el, an. ,·onloir :·ar- jPune · époux ne doutent j1lu du m· 1'.s de
rèl(•r plu longtemp. à Poiliers, Mlle de . foras 1'Ur •utr 'pri c, et 1·'e~t ave1~ une impatience
r~mo~e (~ans. chai. e d,· po te; il lui larde :ms ces c !!l'arnlis. antt' 1111'ih· attcntlent le
&lt;l arriver a la Roche-Courbon, oi1 rllc va rc- cm1rri1•r qui va leur apporlcr leur pardon en
~rouY •r oa fianœ. lai · la di tance esl lonnue, mèm1 temp 11110 1c c;0ru;entemcnt rualernel.
il faut traver er la moilié de la Fran,·,i el le
L ur illu ion ne c prolou,. · &lt;l'U \re, cl l •t1r
voya e :c pour oil durant d'inlcrrrunahl
bonheur :;i 1, l,ori 111·ment acc1ub. dure 11
journ~es.
peinr• 11n .cmaine. L1• nol'Cmlir , une berLe :ïO oelol1r1• nfin, la ,·oitur • 'arr itc line de voya,.e . 'nrrèlt• inopinémrnt au p rron
dan. ln ro11r du château. Dan am·nu ,le
•l deux homme· en descPnd,,nt. .\nnr-Jl.tri •
réci1 de l'~poque on ne nous donne d~ rlêL-i.il
le:- reconn:i.it l pou · ·e un cri rJc j()ie : t~s
.11r ral'(·.ueil que 'M. ,le Courhon fit à la jeun
,leu 1i il ·11r: :ont SI'· oncle . \J. Far"è J1·
1~11 , mai nous po~ don. une curi1•11 e mis- Pui• l el 1. l'e rt!Ilc ile, aint..Cir .• 1111loute
.11e 1111'il ·'emprc ·:t!, &lt;lès on arrivét. cl'adr,·s- t111'il ne ,·i11nr1t•nt en amb:1 . adr•urs porteur,
11 :\f~_c de 1nm , et dans la&lt;1u lie il lui tl'un accomniodt'm1•11L. Tlt:•la. ! di·s les pr &gt;mi •r.
f~it J.. rec,.t plu· ou JUoin fidèle ile. c impre - mol.l, il faut eu rahallre; 111 lic•u t.11 parole!&gt;
don,, Yr31C OU rcinle. :
tic pai , ,1llend11e~ et (li!siré1~s, les ileu~
l1omrues à peinr• J,:h r•Jué, ~ · rèp n&lt;l,•nt en
11 ~Ion élonnemunt a étl: infini.
men:ite cl en violent . Il· ,il'nnenl, dé1·lae11 ll)y;Jlll raroitr ici
fadc-moiM•ll rnlr1• fille, co11clu111•
par n "0t1\·ernan1r, ni:ii. ma
surpri • a hicn au"menté
~uan~ t'll1! m'apprit ')lie ,·ou
l"Otiru:z a lenue! J'ai cm
n dcrnir pa. perdre un moment pour vous inform r d •
cet é1·énemeut; \OU. ronnai~sez
ma probité el mon allachcmenl, je ID fr rai un plai. ir
de 1ou. 1·11 donner de pr •uve
qud11u1• parti que YOII. prl··
nit•L .... \'oilà tout ce &lt;1uc je
~ai., car j 'ignon· ~i j8 uis bien
.'.li~• ou Fàcb6, .i je rèrn ou »i
j ,cille; j';û 1111 brouhah.r dans
!'imagiJJatioo qu'il fout que
Je calme pour biPrr lill timru r
C't! r1uc ,·e i a produit en moi,
et puur m'as urer moi-mème
11111• r · que je ,·oi
e 't bien
vrai ....
_ a La RochL'-Courbon, C&lt;1
..,o octolire 17:; 7, »

oh 1•r ·alion:. Di ntùl, dorant leur colère grantli:sautc et leur langa r imoleut, 1. clc ,ourbon à cOU tour 'irrilt!: il 1•ur d 1darc qu'il
l!'t maitre chez lui cl leur mon!r la portetJJI
leur cnjoi uant d · quiller sans r •tard oo
chàtcau. Puis, ur leur r fu: il appl'll à
l'aide. •I ce ·ont St' laquni et es gardl'.
qui elpul ·ent ces deux visiteur incommod s.
llcrrière eu , à défaut de pnnl-lcYi , 011 îerm
toute le. ,,rille, et on harricad le. U1 indrr.
i ue ·; mai: tant de préc.-i.ution demeurenl
inutile : 11ul.'l&lt;J1Je· b1~11res plu tard, '"· deux
oocl •s reYicnncnl PO force :' tél· de I, marérhnus.éc 11u'il ,ont allé. requérir; il fool
cofoucer le porte cl prnètrent dans la pla ·e .
où •• l'aide d'un ordrt· du roi n:&lt;ligé en bonnu
Corm", il· ·c font rcmettr , lion orr mal
gré, leur malh urcu c nièce, cn &lt;lépil de :c
cri l'l de a ré istance. ri entraincnl la
jeune . fille qui luttti dr•,espérémenl et la
condwt:cn l . ous I,onn
scorte au couPnt
de , &gt;r •. Là. uue étroite surv illanet!\it:11dra dé ormai rl'odr, impo ihlè tout, nouwlle tentative d'éva ion.
l,'nwnh1re, dau le momlt!,
arnit fait grand bruit; le · hérili~rc enrichie. parle . y Lème
de Law 11taicnt fort n \U' cl
fort r cberch ~ s: l'iuteruement de IUP dl' fora Jc,inl
donc en peu de jours le ujct
de tout lC' chronique .. Pt~utèlre, en
rc!?3.l'dant de pr'.·,
se fùl•on ,·ite aperçu que 1
plu prowpts à '1ndi•mW"
él..u~nt des prt1tcndant. é,·ineé
el qu , parmi ceux qui crièrent
lu pl11 ha.ut an ('.tndale, il en
'.t:til œaucoup CJUj • tr11111aic11l déçu, dan~ leur e poir
de ronlradcr une . i riche
alliance.
Quant à la mère. die · •
montrait iull·nilable, et c &lt;lécla.raiL ré:olue à nejamai · ratilier une union contractée dan.
de conditions . i anormale .
L'honorabilité de 1. de Courbon,
la di tinclion de a pet•
Puis rn, uré· !'un el l'autre
onuc, l'ancienneté de sa fr.
par ce. deux I llr empreink
mille, tout pourt.,101 ·cmUait
d'une :i entière soumi sion,
se
réunir pour rendre celle
d'une si ane tu11u e tendresse,
rignenr ine '})licable.
el en mèmu temp d'une .i
Le vieu cardinal de Fleun·
ferme résolution, ils se Mtenl
qui
tenait Jans e main
d'as urer leur bonhenr en le
bile le de lin ' de I France
légitimant par un acte irrévohé ita !p1elqu peu ur le parti
~blr. ne dou1,,nl point un cul
Il
preu&lt;lre; le rôlr de \lme de
m~~nnt que leur suppliantes
Co.11TE nE "ŒRLE, \\!BASS DF.l.R E • PùRT!iG L.
~lorn:.
dè!&gt; le drhut d, J'nITaire,
~\Rl:Cll.U.
Of.5
C,Ulf&gt;S
ET
.,IUIÊ[
DU
Rul,
DÉPl'TÊ
DE.
L~
•
BLE:
E
E:1
71l9,
pr1cre, n' I.Oucht&gt;nl le cœur de
ne lui parai sait point exempt
!!ARJE A As~'E-;\IARIE DF 1\1 R.. LF. r· H.\'.RŒR ljçO,
Mmo de lorn . Dans la nuit
de l1làme, et ln responsaLifüê
Tat-/4.;zu a11My&gt;nt l.-ltt.Jr/lent .i .11. t;, co~•T1 l&gt;E TER~fli.)
mème, l curé de Contré, la
d
faits ac pli!' par .. ue penparoi.se la plu vo1 me e t
dant de Ion" moi lui re,·enait
~andé no château et requis sur-le-champ rrnt-il bien haut. rrprendre 1 ur nirce cl se
pour une large parl. Le plus inlran~iacants
t.l e ?rc~r on mini-tèr . Le paune prèlrc relu cnl a Loul, c plicalion Q\W son ravis. eur.
étaient hienforcé d reconaaîLrf' qu'elle 3\0Ït
. 1ed abord quelrrues ümid, · remonlraucc.
c· 1 en 1ain r1ur lui-l'i lcnr pr,~~l'ntc l'acte clJ,....rnème, non eruemen t pei-mi mai · Fa,·orisé
lllai il u'o ré i ter ouvertement au ordre; de céléhnlion du maria"(', apri• amir Y;tincI · l'lllrl'\UCS J deux jeune nen et qu'elle
drt maitr ; moiti contraint cl moitié con,cn- me111 essayé de fü:rbir 1•ur rigu ·ur par une
UYail ain~i emblé prépar •r •L • pprouver de
lanl, il
la~· conraincr • el s , décide à atûLod \ Ollllli t) Pl par de re r. ·tucusci,
projets d'avenir. C'e t donc à hon droit qu'on

~e:

d~=

0

1

... 3.p ...

�111STO'J{l.Jf - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - : - - - - •
pouvail lui reprocher ou î111prud&lt;•nce. Ccprndonl, maJ!!T,i ·•s sêri ~use · nsidllratiou., Ir
prentit•r minislro e lai sa inllul'Hcer 1i.ir h•.
prolr tations indigné , de la famille d Mora ·
cl il se décida à lai ser l'nO'oirc uivrc on
cour ..
Effrayé de la tournure que prmaienl le·
cho e ·, Cou.rb1m s'était enfui. il a,•ait pu mgn r , • rl't('ment la fronli r el s'élail réfu ié
0

LU

JOUR."1.EES TRAGIQUEB. -

si donc 1p1ïls nbi!lscnl les plus grandes
ri•,ueur de la jw;1ice. n
Le prod•s t:e prése111nit mal pour l'uccu é.
La p •rfoction rntlmc avec lr11p1l'lle !. foit' avait
été combin 1c-, la pl'lh·oru:.1.ci• qu'on ara.il montrée, 1• aug-Iroitl et la réflexion déployés
pour mener à bien une pareille enlr •pri e
l1rc11l suppo er 11ue Courbou :1.\'ail ttJul fait,
LouL or ani ·' cl tout ordonné. EL ce qu'on lui

UN&amp;

a 'l'urio dans ]'bol 1 même de 1'11mba .adc Je
france dont l'amhas.sadcur, M. de , ennc lerrc. e LrouYail èlre on parcnl. Mai. i.:cl
asile mèruc allait bien vile luj ètrc retiré·
l'amba ·sadcur recc1aü l'ordre de co11,r1:dicr
au plu \'Ïlt: cel bùle compromellant, t'l le
malheureux Courùon c a}'ait rainemcnl du
cr 'dit de es ami pour rentrer en "'ràcc.
La plupart de lettre qu'il avait M\'Oy les
reslè:renl sans répon e. Quant à la princes.e
deConti,à Iaquclle il avait adr sé une lomrue
et upplianlc ~pitre, cllu lui répondit ur un
ton qu1 devait lui ôter l'emie d'implore.rjamai
on secour : ~ Pui'&lt;1ue vous ro11 vanlei de
m, connaitr , Mon ieur. lui écrivait-elle, ,ous
dere:t avuir que j · dél • te le crime el cem.
•1ui sor1L capable' d'en commellre; mon a1·i

stM.-ci;:

l&gt;U TH.lljU~ll l&lt;EVOLUTlONNAIIU,;. -

Gravt1re dt

reprocha le p!us, ,··cl,I d'a\'oir rnulu déga i:r
sa rt&gt;,pon~:1l11l1té, 1•n foi;nant !l'J 'lrt• ,1tr,111rur. JI en fut de mêr.nt• pour la ll'llrc aJrc ·~ée
â a mèrt• par anè 111' Mora. au cour,,. de . on
vQyage. On déelar:i ,,ue rt•llc IPllre dr doUJ.c
pa~ •:, d nt clta1111e t.•rmc était mp urt.i, ùunl
chaque mol citaiL oi •11e11 emcnl pe é, m.: pouvaiL avoir été écrite précipitamment . ur une
table d'auber••&lt;.&gt; par une enfant de quatorze
aru, et ce fut le malhcurcu Courhon qu'on
accusa d'en rwoir été l'in:riraleur. On alla
plu · loin, on arrèta lïostitulricc ou le prél • Le qu'eU • n'a mit pu re·Ler éLran ère au
complot, l'l ~r mil d1· Courban, )n mrrc, ~·llenl me, futcléclaréecomplicect jettfoeu pri:-.on.
Avec une pareille mnnièrc ù'cmi ager 1~
faiLs, Ir r: ullat de l'alfaire no 1io111•ait lai · l!r
0

... 3.p ...

d • uoul •, mai,; la l rril&gt;lti sé1•é1•ilé du jug •111rnl
rendu produisit malrrn• toul nn "ra11ù elTt&gt;t
dans le public. ,\ l'heure acttll'lle, où il e~l d"
mode d'éror111er à loul 11ropo ·, pour 'en iudi,ncr, le. ou,·cnir ~alanll de l'ancien ré••inw.
il • L bien peu ùe cw ([Ui
ùouieuL par
quel· . é,·èrc. ch.ilimcn ·. au milieu même du
nm• sii•cle, étai1•nl p1111i1is tl par illcs e cnpade , d cumhien étaieut ri •ourein•s Ir loi

BERTU.\Ut.T,

a'oprts

G!RAfü)L1.

élal,lir' pour 11• · r11priru roule pr :rnnir. llu
rt•_-; [J) ~Lupéfoit eu vupnt, •1ui!l,1ue· auné ~ à
pui11t• :1pri• · la l\égent:e, • une épOt[ll&lt;l où le
rdi11:bcml'11l de~ mœur pa~s • pour arnir •lé
11 sun ~pogéc, commenl on é,•issnil conlrr un
acte 11ue nou lrnilcrions aujonrd',hui de galanl badinage. 'ous Loui. XV, un enlèvement
n'était pa. un jeu, et même après l:i réparation du maria rre, e con~ciquence.~, on m le
voir, a1'aicnl de qu i fnire pi1lir et lremlJler
le plus amoureux, les plu fous el le. plu
l,n1c ·.
L"arrêt rendu porl.ail1prn Jecomledc Cow·bon aur.iiL c,; Liun~ cunliquc.~. l'l I • condamnait pnr C(mlumaèl! à 3\'0Ït· la Lèt • Lranclt«::t!,
la gouvernante au fouet, à la mar11ue de la
Ucur du lis l't it l'exil JI ndant nenr année .

ANN'I; DE

Quant au curé qui avait cimenté cette union
chndrstine, il éta.it r..ondamné au hnnnisse1111:nl perpétuel. auf pour J,, cQmte tle Cour•
Lon, rp1i avait échappé aux recherche de fo
poliœ cl rut e. · :culé . eu.Iemcnt en efligie t•n
J7:&gt;9, tous ces jugements curent leur complet
accomplissement. La malbcorcu~ in litulricc
fut fouclléo en publit·, pui. chassée de France
apr' aroir él: marqUL•e d'un fer rouge ·ur
l'épaule, cl l'infortuné curé fot banni pour
toujour après arnir fail ::imemle houorable.
C'était trop de pan·illcs émoliou pour
Mme de Courbon, fo mère; fa m:.ilheureu e,
alfail.ilie par une longue délention, uccomba
à a douleur san· avoir recouvré la liberl~.
Quant li \!me Je ~Iora:, ell~ était morte
a"ant d'avoir vu la fin du pro~.-. Le 11 fé\Tier J 7;; , dlc ava.il rendu le dernier. oupir
aptè arnir rédisé se:. dernières Yolont,is, cl,
liJèlc ju qu'à la dernière minute à on rc ~i:rllimcnt, elle Jé h lritail entièrement sa
lillt,.
Celle vengeance po Lhume parnL trop dure
11 beaucoup de rrcn., el elle inspira it DarLier,
dan on journal, uno r1!ne.1ion qru scmhle
résumer l'opinion publique : 11 Une fille déLo11rn 1e à r1ualor.w ans, écrh·ait-il forL judiieuscment, n'a point d • comentcment et n'c l
n•elletnenl pa. l,ien coupable.... »
Quant aa héro, de c•Llc tragique nvcnlurc,
jamais .il ne de\•aiL lui ~tr permi:, d. rentrer
en Franco; il mourut peu nprè
c ud:imnation, con~umé par le cba!!l'in el réduit, par
la conlil&gt;c.-\lion dé ~e~ hicn ·, à ln condition ln
plu pr • aire el la plus ru i éral.il .
A11 fond de son couvent de er1n, J1li~u
ous la discipline la plw; rigoureuse, me d
Moras dmait rc~senlir le rontn'-COup de ce.
aJJ're11. malheur:: une fiè ·rc malii;m•, qui
dégénéra ra p11lile ,t1role, la terrible maladi,
du. 1v111• :iètl •, b. mil à dcm doii.:t · dt• .a
perte. On la lrausporta mourante~ PorL-fioyal,
pui dl'u · an. plu· tord au comenl de llcll~'chass,i où ·a clauslralion Ùuîinl moins .é\·èrc.
el où qu lques vi île rt rJuelq1te dislraclinns
plu: mondaine:. ~inrcnl lllmp 1rcr pour elle l · ·
:,é1éril.és du cloitre. Treize an~ s'élaienl é ouJé èl la pauvre recluse scmhlail a,•oir r pris
goût à l'e,i tenœ n.anl des farilité que Iui
offrait la r~,.,.lc adoucie de cc couveut peu
sé" re, pour fréquenter L'elles de ses ornpagn~ qui ·1· :laient formé un ·alon. c· L là..
1. \!, Julc.a Ctm~tic, ,Ir l'Ac;,;1J&amp;ni,- fm,çai. e, n
11uhlié ur le n1,'111e uj l uu,• êh1rl,· inliluléc :
mfr.vt/111!111 1111 .\ l'/11 tr1,cl,• Le r11lumP, pt1.ru d1ez
licm.11! en l~R~, ,. t ~,pui~ l'!"l:l~mp, rpu~.:-.
t J" ne 1 n1 pH c,1,:. p~nn, mes rmrrc.~ "" lêlc de
te chapitre, ll esl que ju u·co a, ç01111u l"txi!tenco que

u,,

0

dans celte demi•r'lraite, qu'elle ,e vit r chcrrbcr par un jeune lieutenant au rérrinwul Je
Conti, dé.ircu\ d'unir . a d tinée à la .i •nntt.
~:ne avait .1t pcine vingl- ept ans, l'e·poir
d'un avenir plus heurcu, ,·enail 'offrir à elle;
elle ne rcpou II point
avances.
Ce nourrall prf-tenJanl était le comte Je
Merle ... a fortune n'était l:,'11Pre plu ronde fJlll'.
celle de JI. de Conrlton, mais il appartenait a
la mai on de Choiseul el s' :1ait particulièrement distingué it la canipagne de 1741-.
Le frère-~ de Mlle de ,tora , qui eussent
prl1fért1 peul-èlre la ,·oir r Ler célil1:ilaire,
• ·a ~renL un in 'Lanl de corn!,attrc ce projol.
déclarant que leur sœur pouvait a mir de plu
hau.te:i ambition -, puisque, main-ré la part que
::;a mère lui avait cnlen:e, sa fortune restait
encore con-.idéral,le; mai nulle ohjection
'~rieuse ne pouvait, omme toute, èlrc fle\'tîe
contr,• cc nouveau pr •Li-ndam. t't fo jeune fille,
que on àge rendait iudJpendante, pul celle
foi itnpo ·er a YtJ}ooLé nn rontcsle.
Le 17 r~vricr 17~0, le m1lri:i"C cul lieu
:.an êrlnt, et sm1.· pre ·que é,•eill~r l"altrntion;
le t('mps avait p:is ·é cr celte rl'lenti ~ante
3~i;Uturll tombait Jéjil dan l'oul,li. A pein •
rappela-Hm cc Yi •ux sou,eoir lors4ue C[ll
an· plus lard b jl'UDl' fomme fut pré-Pnlée il
la cour. En relatant 1• f 1it dan .·c.,, ~(émoire ,
le duc de Lul'ncs lui con acr.iil 11uelqne
lignl.'.! · pour nous tracer le portrait de l11éro111e
tic ce dramatiqn' roman : « Mme Je Merl ,
1p1i fut pré ·ei1Lée hier, nou dil-il, est fort
grn •, "a. ngurc plulùt hii.:n que mal, cl si on
luichercb:iitnnere , mhhnœ, c·c~là Uadmie
Infante, ducbes l' de Parme, qu'on pourrait
l:t comparer. 1 L:i peinture n'e t pas llalleu.~c,
c:ar, à en croiri· le· hiograpbcs, r.elle tille de
Louis XV Il 'étai I ni liclle ai a llrayan L,, bin1
(lu'elle ait eu longLcmp le prtlft:rcnccs du
afanl cardirutl de Bernis. !,rand', forle, hante
en couleur~, elle aYait le teint •r:lt.é par de ·
érnplion · Jlt&gt;rp,:Ludl ,, : « Uu uou :i cnl'U)f:
une g:ilen:,e ! o 11cri1,1it en parlant d'elle. il
·on .irri,·ée en Epagne, a !,elle-mère Y.li·,,.
hctb Farnl~se, qui ne l'apprél·iail guère.
~(me de terle, à celle ép(.HJU&lt;!, a,•uit rail la
p.iix: .IW!C tous lt•' irn · et c'était ·a belleœur, femme de son fr.7irc ainé, intendant
d'Auvergne. qui s'élail char fu de ln présentalion. Aime de fora , née Jléraultde 'échelle ,
apparlcna1l à une famille dtfjà pui sank l'l
lorsque mon lm oil cotï ·CllJenl nrhe1 ,1 étaiL prèt il

tire pul,li~.

Je me fais un !le,·mr ,lo remercier Il. J11lns CIBrl'lio
q11i, •pr{!s noir pri. co1111ms1.11œ ,I~ m n (,turlt•, a
l11cn mulu m·e11 fd1ciler el !l',•tr rnt !&gt;crupulr~ en
111'cni;11irca111 ,·hement à 13 r•îr • pnr-■ i!rc .

JJf 01{.AS

dont la nolori,lté Ùe\'.:Ul nrore croltrc, lorniuc
q1.11•l,1uc , 3r'lnffo plu - lard, elle pul compter
:1 ln foi. parmi s • membre le romcm 1 •rroriste, la duchc se Je Polignac, favorite de la
reine, et celle délicieuse Loui.c de Pola. Lron,
l'amie tlévouée dn comte d'Artois, qui lui Îlll
fidèle ju,qu'it la mort.
Grâce à tant de pui ant appui , le comlc
de ferle de,ail fairu une ma ?11ifü1ue carrièrl!
cl a\-an(W rnpidem 1H.
Après une aml1 · adc en Portuaal en 17!' 7,
il rentra drur l'armée en i 7 0, et reçul le
brcrnt de maréchal de camp. La Rérnlulion
le Lrou,·a dépulé Je la noble se en 17 9 mai
les évfoemouts se précipitaient, . :1 carrière
était finie. et en l 79~ iJ figure avec .a fcmmt
snr la li te des émi r: . La date nacle de ·n
mort nou· e t inconnu , ruais elle• dut suiu,,
Je près celle du roi Loui X I, cl sa frmmc
ne lui urvérul 11ue peu dt: rooiii. /ous 1•n
trouvous la preuve dan l'i1tll'rrogntoÎ.!•t! Je ,1
fille .iiuée, arrèlée comme !&lt;nspeclt!, •1ui compnrul le 19 germinal au Il {18 :i.vril 1704)
de,·ant le: t ribuaal rérnlutionnaire, el dëclara
qu'elle Jl·avait pl11c es p3renls.
o, son mariage :ll't~C ll. de Merle, Annc~Jarie de Moras a,·ait eu Lroi l'nfant. , dont
d11ux pt5rirenl de worl ,·iolenlc. La fille ainée,
marié an comte Pierre Je Voizin , fut la
seule qu'~pargna le bourreau; elle mourut t&gt;n
I 01, aprl&gt; avoir vu guillotiner son mari. Le;;
deux autre ' l'aYaient prtl~Mc dan· la tom lie :
~on frèrl\ \jfricole ddfcrlc. marqui. d".\uh 'ri,
mari(, i, uno Tholozan, rut ru ·illé le 2 juillet 17V8, et .\Mlaidc de Mrl'le, eoml~~se d1
bille.au, rnonta. ur l'échal'aud le 18 auil 17!!1.
Elle avait :ll: comaiorue de oorrespondanrc
a,·ec son mari émi1rrt1, el ce cul faiL avait
. u:tfi pour moli,er son arrèl de morl.
C'col aifüi f')Ul' .omlira Lou! entiêr tlan.s la
lourmcnle n:volutionnairc la de.,eendat1r
tl' \nn&lt;'-~larit• de ~Jorn:. Au rfrit de Lan! de
c:.i l:i trophc~ on f'. L lenlé ,fr. croirl! qur Lon:
le - sicns out élé pour. uil is pnr le ma lh~ur
q1ùlle scmblail porter en elle, •t r1ui 't~tai1
acbar11é • u.r -a personne dès le début de 011
cxi ·tl'nce.
La mort Je ~c deui mari . 1~ hannis. •ment de . e complice , la nrnlédir1ion d,·
e parents, la perte de . :i Liberté, J'arrcstalion de so.s enfant. , rien ne lui n, nil été épargné dt•puis a lra.gifJuC arculurc, cl après
ct&gt;UO louguc frie de calamités iocroiaLlcs,
elle s'en aUa mourir en e il, si oubliée tlc
tous qu'elle di pnrul ans lai. ~er ùe trace , •t
per~onne ne .e rappelle ni le lieu de ·a . épullurc. ui la dal.e dl' son trépa · 1 •
V1cmm: UE

RE[ ET.

�Mariages prussiens
,
Les Pru siens d'aujourd'hui n'ont guère
sujel de regretter le bon ie1u Lemps, . i l'on
'en rapporte aux cJocuments que Je zèle infaligahle de chercheur el de - érudits \'a déni ·her au Cond d'archiv où il demeuraient
ouhlilL
Quoi11uc moins ,iolents que leur successeur, le roi-,ergent, l'aima~!• omcrain à la
canne toujours le,·ée, le EJecleurs de Brandebourg exerçaient un contrôle éYi•re ~ur le
faits et gesle de leurs ujct · eL ré 0 laicnl leur
cxi tencc conformément aux prindpes d'une
discipline quasi militaire.
A voir le prescriptions minutieuses concernant, par exemple, la célébration de. mariage , on ne peut se d1ffendre d'un entimenl
&lt;l'admiration pour les Lravc habitant du
Brand •Lourg qui, ou le règne de Joacbimt'rédéric cl de ses descendants, fondaient,
malgré lout, unr famille.
D'aprc. un • ordonnance dont le texte a été
retrouvé, le ÎUtlli' époux :\\ait à remplir une
interminalill' érie de formalilés, dont Yoici
le principale: :
&lt;t i" Le vendredi pr 'céd:tnl le jour füê pour
la cérémonie, le flanc&lt;l doit se prr:~enter à la
mairie, porrcur d'une liste avec le noms de
toutes le per onnes qu'il a l'iolcntion d'inviter. Le magistrat, tenant compte dl! la iLuation d&lt;, fortune de Ja po ilion ociale et du
nombre des paren~ de l'inléressé, fixe le
chiffre des invitations. e sonl pas compris
dans cc dernier : messieurs les ceclésia tiqu •s, le maitres d'école, les sacristains et les
jeunes fille· 1ù1p.at pas encore douze ans
révolus;
2~ li peut ètre imité du monde en u du
nombre fixé, moyennant une redevance de i
gro che.n par pc1· onne, à acquitter par le
fiancé;
jo

Le invités babila.ol la localité même no

9° Le:- !!lll'Çon t le fül · ne doivent pa
doi"enl être wm·ié que la veille du mariarre.
L'invitation leur c~t LransmLe par deux èLre réuni à table. , ou peine d'une amende
homme , au.,quels il sont tenu de répondre de deux thaler , le · jeunes gen · de chaque
cnlégoriqucmeat oui ou non, d manière à sexe maugeul 11 part;
!O• Le eodrcdi qui suit la cérémonie, le
é\'ilcr des Irai C[J purr p 'rie. Toute c:ontr:1Yeolion à cc qui précrde entraine une amende jeune marié doit, sous peine d'une amemle
de deux llialcr ·, se rendre spontanémruL à
de dcu:x thaler ;
4° 'il c L rail, en ,·ue d'un mariage, une l'hôtel de ,illc, prèler .erment d fidélité
fournée spéciale, il esl défondu, ou peine Son \lte~se ~Jectorale, à . on pays cl aux
d'une amende d'un demi-ù1aler, d"emoyer au autorité municipales ùc la commuuc. ~t' dl._
clarer ferml:!lllcnt décidé à olisener le loi
dehors du pain frais el des gàteaux;
5° I.e mariaae doit e faire le mercredi: la du mariage el à ·e oumellr :m · pcicw
cérémonie religieuse a lieu à dt'U\. heures de lfU'entrain raicnl le infractions donl il se
l'aprè -midi. i le finne,é ou ~a roture u·e t rendrait coupable. u
On voit d'après cela que, pour e marier
pa là à l'heure fixée, les portes de l'égli e
doivent être fermée , elles ne sont ouvcrle~ en ce hon lielll'. temp~, il fallait en avoir
au retardataire que moyennant l'aequillc-- grandement &lt;·m•ie. Mais au moios. était-on
ment d'une amende de deu~ thaler ou lare- quille unciois remplie' toutes ce· formalités?
Que non.
mise d'un a e équi,al &gt;nl. La moitié de cette
L'eJ.i tence ultérieure &lt;les ménarre restait
omme r1nienl à l'église el l'autre au conseil
sou mi. e à 1m contrrîle des plu é,èrcs, ainsi
(à la ommunc):
6° Le sacri tain ne doit pa toucher à l'hor- que le prou\·e le mème document.
« Toul, fomme, y est-il dit, convaincue
loge en YUC de rendre service aux intéres~é ·;
Loule contra,·cntion it celle pr cripûon en- d'avoir frappé son mari est. sui,·aut le cas,
punie d'amende ou de prison. En outre, si
traine une amende d'un thaler ;
7° Après fa cérémonie religirnsc, le jeunes elle a de 1a fortune, elle est condamné&lt;' à
mariés ne doirnnt pas :,'êcarte1·: il fanl qu'ils douncr un hahillement en drap à l'huù,sier
a 'i 'lent au dîner, lequrl t servi au ·orlir du conseil. 'i l'homme est pusillanime au
de l'~li e et se compo c ile quatre plats, non point de ne point o ·cr porter plainte contre
compris les légumes, la garni111re de. rôti.&lt;;, 1a Cemmc qu.i l'a bauu ou maltrailé, il est
le beurre, le fromage, le fruits et les écre- passil.,le d'une double punition : il doit bavisse . Chaque inrractjon à ces prescriptions biller à neuf deux des bub,sicr: du conseil et,
en outre, subir un empri onn ment ou tcllc
est punie d'w1e amende de quatre thaler ;
0
Le le11deruai11. j udi, sou peine d'une autr peine lai ·t-tfo 11 l'apprécia.Lion du m:tamende de quntre thnl&lt;r, le par •n ts, frère , gisLral. 1&gt;
Si les deux épom avaient de Lorls, on les
sœurs el ami - de. jeunes mariés assistent
·euh; au repa de midi. Le même jour, li mettait J' accord en le enfermant en eml,lc
1lnns une cellule et ne leur donnant qu'un
deux heure de l'après-midi, les jeune geu
se réuni sent pour dan er; le autre· \ienncnt
eul lit, une citai ·, uue assidlc, une fourà cinq heures pour le r pas. Il leur est ser\'i chette et un couteau. Le remède, parait-il,
était au · i iufaillible que prompt.
le même nombre de plaLs que la veille ;
P.
.el:
I'!
~

..,

73,,.,

.

.

•\') .....

...

•~;. r"-\--' •
.,. ' .... ~.......
• ..
~ ~

01::

PARDIELLAN.

:N'APOLÉON IIAR.t.~GUE LES TROUPES ll,\\"ARObES ET \\liltTE:oil!ERGEUIBE$ A ,\UE..'l'~llERü (2U A\RlL

llk.&lt;}J.

o,-.1vurt dt! f-ONTAIN~. ,j',,1frès le l.Jtlei.111 Je DEllREI (MllsÜ de l'crsallles.)

M émoires

du général baron de Marbot
.

CHAPITRE X
J'ACCtUnpagno Lmnos Il LoetOUl'I', Bord •aur el Paris,
eu fui;.ant rouclion de collrrier. - Épl-orfe. - lléparl pour Au0,s bourg. - lloulou :i 1,on&lt;hltut.

ara•ro~sc pl'Ï , la mis ion du maréchal
Lannes était accornpliè; il e mit donc en
route pou.r rejoindrr !'Empereur lt Pari, et
l'accompagner en Ail ma!me. où la ouerre
a1er l'A.ulricbe parai sait imminrnl&lt;'. ·ou
parrourÙ1Ilc$ a,·ec no chcvat1 le Lrajcl ~ui
.épare I' ra"on &lt;le la Bida · oa. Le célèbre
parti an lliua ayant allaqué notrè e corte
dan. les Pyrénéc , auprè~ ùu Pampelune, le

domestique du maréchal, qui COUl'ait habituellement dcçanl a voiture, fol lué. Arrhê
à 'a.int-Jean de Luz, le maréchal troma c'3
berliue et y ofiriL une place à 1nr. de aint)!ars, Le Coutculx et moi. ,le fis ,·endre me:
cbcvan.x, et de Viry ramena mon dumc tique.
L'nn des ,·alcts de chambre du maréchal
ayant inlltilement teul~ de faire l'offü-e de
ourrier, cl le, po tillons manquant, aou ·
nou déçouâme . Le Coulcuh, .,ainl-Mar &lt;&gt;L
moi, à fc urnir ·hacun troi relais. J'a,·ouerai
qu'il m'en coùta beaucoup de courir la po te
à franc étri-r. ]or que j' ;tais à peiue guéri
de mes cieux liles~ur •s; mai· je l'Omplai sur
ma jcune--e el ma l'orle con LiLulion . .fe com-

mcnçai mon ser\'ice par une nuit de- plu
noires et sons un or;vre des pins ,,iolents; en
outre, n'étant précédé d'aucun postillon,
comme l'est d'habitude le courrier porteur
de dépêcb ·, je me jetai dans les maUYais
pas et pou. ais mou ehcraJ dan les lrou : la
berline me talonnait; enfin je ne conna.i ai
pas l'cmplaeemcot des maisons de po'le,
difficile à lromel' daw une nuit aus iohscurc
et par un temps pareil. Pour comble de
malheur, je du attendre louglemp le bac
sur les riv de l'Adour, en [ac de PeJ relioradc; aussi je me rel'roidis; je grclollais el je
~ou!Trai - beaucoup de ma blessure, quand je
pris plnce dan, la berline. Youi; vo 1~z par ces

�1l1STO'J{1.ll
dé111ils que tout n·e l pas rv e dans la vie
d'aide de c.1mp. 1ous pa àJnes quarantehuit lumre. ~ Lectoure, où le maréchal po édait les lii'llimont de l'ancien :l'êrhé, qu'il
aYail lran formés en cb.ileau des plu confortable .
Nous repdmes ensuite la roule de Paris on
courant chacnn à notre tour. Comme le marécnal voya«eait jour •t nuil el ne pouvait
supporter l'odeur des mets, nou éûon oùli0é do jeûner à pt.m prè pendant ix. relais et
de ne manrrrr 11u·cn galopant. Je fu donc bien
surpris, lorqu'uu . oir le maréchal me pria de
l'allendro au relai de Pétignac ou du Houlet el
d'annoncer c1u'il s'y arrêterait une heure pour
ouper. Je fus surtout trè· étonné en voyant
que la maison indiquée n'était pas une Mtellcrie. Mais,. à l'annonce do l'arrivée dn maréchal, le habitants font éclater la joie la plus
,·h•c. dre ent la table, la couvrent de mols
ucntlcnl et . 'élancent en pleuraol de joie
au-devant de sa voiture. Le marécha], les
larmes aux yeux, cmbra se tout le monde, y
compris les plu· petits marmot cl coml,le
le maiLrc de poste des man1ue de la plus
rendre amitié. Aprè dîner, il ordonne à SaintMar · de lirer de ·on portefcuilll! une upcrLe
montre n or et une cliaîne de même métal
fermée d'u11 gro · diamaul, offre ces liijom:
au maître el /1 la maitre c de poste, donne
" ou 400 francs am; scr,·aotes, cl 'éloigne
au milieu des plus tendres ernLra scinents.
Je cru que celle famille étail alliée au
maréchal: mai , dtl" que nou fûmes en ,•oiture, il nous dit : « Vous êta san doute
(( é1onné dt• marques d'intérèl que je donne
11 à ces braves gens: mais le mari m'a rendu
11 110 bien grand scnice, far il m'a sauvé la
11 vie en ... yrie ! » Alor le maréchal nou
raconla c1u'étant «énéral de 1fü·i ion, il diri"l!ail un nou~el a. :ml contre ln tour de ainl.Jean-d'Acre, rr11;1nd il reçut une l,alle nu traYCt'. du cou cl Lomha évanoui.
es soldats,
le croyant mari, e retirèrent en désordre
devant des millier de Turcs, qui lès poursuh•aieut en d1.:capiLanl ccu. &lt;iuïl pouvaient
alleindre, et plaçaient leur tèt
snr la
pointe de pali sad ! Un hrav capitaine fait
app l à ses oldal pour ramener le corps de
leur géuéral, l'cnlhe, cL llienlôl, épuisé, le
traine par une jàmlJe ju qu'à fa queue de la.
tranchée. Le sol était sa1lonnc.ux: la. tète dtt
général ne reçuL aucune meurtri . ure, et les
secous c l'apnt ranimé, il fut ojgné par
Ln_rr y, qai le rendit entièrement à la vie. Le
capitaine, a ·aul reçu une hies ure grave,
rentra dans se· ÎO)'Cr , obtint une petite pen·io11 et e maria a,•ec une femme peu aisée;
mai le maréchal devint une seconde providence pour cette famille; il acheta pour lie
un relais de poute, de champs, des chevaux,
une maison, et fai ail élever à se frais le 61s
ainé, en attendant que les autres .fu sent en
âge de quiller leurs parents ; aussi la .reconnaissance de ce braves gen égalait-elle celle
du maréchal pour son libérateur. Cet ancie11
capitaine perdit sans doute beaucoup à la
mort du maréchal Lannes, qu'il vit ce jour-là
pour la dernière fois.

M:é.JKO~'ES DTI GÉJV'ifR,.AL BA'l(ON D'E
Ofü coulinuùrne notre roule par un froid
toujnurs croissant, qui rendit on ne peut plus
pénible le trajet d'Orléans à Pari-, où j'arri•
\"ai enfin le 2 :mil horriblement fatigué eL
très oulTran L.
Je retrouvai ma mère avec un bonheur
mêlé d'amertume, ca.r clic Yenait d'apprendre
que mon frère avait étt1 fait prisonnier par
les guérilla espagnoles, et j'allais partir pour
une nouvelle campagne!
A peine arri\'é à Pari , le maréchal me condui it chez le mini tre de la guerre pour
avoir ce qu'il avait fa.il pour moi. ll oe manquait à. mon brevet de chef d'e cadran que la
anclion impériale· mais comme Napoléon
était alors très occupé des mouvements de
l'armée autriehieone, il ne demanda pas nu
ministre le travail p1·éparé et ne fit aucune
promoûon. Ua mauvais génie me poursuivait!
La capitale 61.ait très agitée;
Anglais,
non voyant eorragé ca E pagne, crurent
l'heure venue de soule\'er contre Napoléon
Loulle nord de l'Europe : ce projet était prématuré, car J'Empereur di posait encore en
Allemagne d'une influence immen e et de
forces considérables. ta Prusse n'osa bourrer·
les princes et rois de la Conîédération germanique m.irenl leurs armées au senice de
1apoléon, auquel la nus ie même envoya un
corp de vingt-cinq mille hommes. Malgré
cela, les AuLrichiens, soldés par l'Angleterre,
venaient de nous déclarer la. m.ierre. Leurs
armée s'aYançaient sur la Bavière notre
alliée, et ]'Empereur e préparait à se. rendre
eu Allcm.i.gne, où le maréchal Lannes devait
le uivre. Toutes le calèches étant retenues
par de centaines d'officiers généraux ou
autres j'étais fort embarrru;sé, car !'Empereur ainsi que le maréchal, devaient quitter
Pari· 11:: 15 avril, et j'avais reçu l'ordre de
partir un jour avant eu:c li fallul donc me
ré igner :1 courir encore un foi la po te à
franc étrier, par un très mauvais lump !. ..
Heureu ement, u.ne semaine de repos 3vail
calmé lïrritalion de ma blessure au coté;
celle du îront était dcatri ée, et j pri la
précaution de remplacer mon lourù coll.Jack
par un chapeau . Mon dome tique Woirla.nd
me uivit. mais, fort roauvai écuyer, il roulait îréqucmmenl à terre cl se bornait à me
dire en se relevant : « Comme ous êtes dur
au mali ... Oh! oui, ,ou êtes dur! ... ~
Je parcourus en quarante-huit htures les
cent douze lieues qui éparent Paris de trashourg, malgré la pluie et la neige. WoirJand
n'en pom·ail plus; il fallait changer notre
manière d'aller. D'ailleurs, je savai f)U en
Allemagne on ne courait pas la po Le à. franc
étrier, et nous n'étion encore qu'à moitié
chemin d'Augsbour"', notre lieu de réunion.
Je pus enfin trouver une calèche, et par la
îorèl oire, je gagnai Augsbour"', où je rejoignis plusieur de mes camarades. L'Empcreur, le maréchal, presque Loule · les Lroupe
étaient déjà en campagne. En courant la ville,
je réu ·si~ à acheter un cheval; je troquai ma
voilure contre une aulre, et nous parlimc sur
nos selles de vo age. Ain i, en queltrucs emaines, nou avions vendu no che,•au, à "il

les

0

prit, fait des débour é consiclérahlcs, et tout
cela p011r courir au-devant des halles et des
boulet qui dc1•aient ôler la vie à plusieurs
d'entre no11s! ... Qu'on nomme amour de la
gloire, ou hien Jolie, le senliment qui nous
excitait, il oou dominait impérieu emenl. et
nous marchions sans regarder derrière nous !...
Nous joignùne l'élnt-major impérial le
20 avril, pendant lo combat d'Abensber,.,, Le
maréchal Lanne , aprii nous nroir complimentés sur notre zèle, nou lança immédiat ment o.u milieu de coup de fusil pour porter es ordre . Les Autrichien , commandés
par le prince Cha.ries, frère de l'Empereur, se
retirèrent derrière le Danube, par Lands1mL,
au delà de la rivière d'lst1r, donl, selon leur
habirude, il négligèrent de détruire I s
ponts. Le lendemain, Napoléon fit atlllquer
Landshut par nolre infanterie, qui traversa
deux fois le pont sous une grêle de halles:
mai arrivée à l'autre exlrémiLé, elle fut arrêtée devant une immense porte, que l'arriùrcgarde ennemie défendail du haut de mur
de la nlle par une \ ive fu illade, el deux foi·
nos colonne~ Curent repoussée avec perle! ..•
Cependant, l'Erupereur, qui tenait infioimc11l
à prendre Land but, afin d'y pas cr l'lsar
avant que le prince Charles pût y préparer de
pin grands mo ·eo· de résistance, venait d'ordonner une lroi ièmc attaque, et ]es troupe
corn.mandée à cet eO'et se préparaient à mnrcher, lorsque Napoléon, apercevant le général
Moulon, on aide de ..:..1mp, ,·cnunl rendre
compte d'une mis ·ion qu'il lui a,•ait donnée
le matin, lui dit : « You · nrriwiz forl à _propo ! ... PlaCèz-vou à la tète de cette colonne
et eu levez la ,•illo de Laodshul ! ))
Une an si pérmeu e mission, donnée à
l'improviste, aurait pu élomier un homme
moin intrépide que le général Mouton. Celuici n'en fol nullement ému ; il abandonne on
cl1e\lal 1 el mettant l.irayemenl l'épée à la main,
il rail battre la charge, el s'élance le premier
sui· le pont à la tête des grenadier !... Mais
se trouvant arrèltl par la porte de Lanshut, il
ln fait enfonœr à coups de hache, pas e au
fil de l'éptfu lout ce qui rési.Le, 'empare de
ln -..•ille, et revient tranquillement rendre
compte à l'Empereur de lo. mi sion dont il
;ivait été chargé le malin !.. . Chose bizarre!
da11s la comersalion qu'ils curenl ensemùlr,
il ne fut pas dit un ~eul mot relatif à la pri e
de Land hut, etjam:iis l'E:mpereur n'en parla
an général Mouton .... Mai , après la campagne, il fil porter chez lui .un remar,ruahlc
lableau d'Hersent dans lequel ce général e t
représenté marchant à la tète de sa colonne !t
l'allaque de LandsbuL. Ce onvcnir de Napoléon valait mieux que les plus grands éloges.
CHAPlTR.E XI
Hemonle impro1,j!!tie. - &amp;pisodes do ln bal.aille d'Eek•
mfi~I. - Crunhnl de eavalerici de\'afll Uatisbo1100. Dé1vnle de L'ennemi.

L'armée îrança.ise, lral'er nnl !'Isar, ·e
dirigea sur Eckmühl qu·occupait le gros des
forces de l'armée aulrichièrme. llEcnperc.nr
et le maréchal Lanne pas èrenl la uuit à

Lunds-l1ul. Uue balaill1· parai~saiL irumi11..,ute
pour le lendemain. La 1·ille f'l '1os e1wirons
étaienr remplis de lroupn· et sillonnés rn
tous sens par d1· officiers d'état-major. alla11L
porter d ordres ou l't?l'enanl il· en porter.
Mes rarnarailes rt moi eùme dr lrê· nomhreuse cours1•s i1 faire. cl comme, par nil.c
de notre r;1piôc rnpge d'E,pagne en AlleJilllgne, nous ne po-sé&lt;lion · que de lr médiocre clieranx achetés nu b11sard, et ~ue ces
animaux se lrouvaient Lr~:. fatigués, W&gt;11s
prévoyions arec peine combien il nou sernil
dil'firilc de faü-c un han sor\ice dans fa bataiUe
du jour 11ha0l.
Je rentrais ,·rr» dix heure· du soir, rnnanL
de remplir une mission à trois ou quatre
lieue de Landshul, lorsque le m:u·écbal
Lannes m'ordonna d'aller porter un ordre au
gtlnérnl Gudfo, dont la diYision ·e trouvait
fort éloignce; jo deYais en. uitc aucnclre prè
de ce général que le maréeh;il arri1·at sur le
champ de bataille. lfon emh:irras fut très
gr:md alor , car le cheval que je verrai de
quill'r élaiL haras li; le maréchal n'avait pa
de cho1·aux ~ me prêter, el il ne e lrou1'ait
pa à Land hut de c.,1·aJcrie îrançai e à laquelle on pùl ordonner de m'en fournir un.
.Te ne pou rais entrer cbcz l' Empereur pour
dit-c au maréchal que j'étais à peu prè démonlé; ccpnndant. san, uo bon cour-ier,
comment porter un orilre dont allait peulêtre dépendre le alut do l'arméc'l -'e me
lirai de cet mbarras par une assrz mauvai e
action, je l'avoue, mai que mit situntion
?Wicile rendait peut-être excusable. Vous eu
Jugerez.
J'appelle Woirlnnd, mon dome-tiquc,
homme de sac el de rorde, r1ui rwnil rail son
apprenti.snge Jan. la 1t:gion noire d'Humberl,
't n'était emharrnss; de rie11. Je lui fois part
de me· perplexité, el le char"c d • se procurer a loul prix un clm·al... enlin il m'en
faut un!... Vons allez l'avoir, me répondit-il,
cl loul de ce pas, Woirland, orhrnl de la ,·ille
qu'entouraient dh·er corp de troupes de la
Confédératiou germani(1ue, entre dans leca.mp
de la caYalerie wurtembergeoisc. Tou· Je,
hommes dormaient, le! factionnaires comme
le antres. Woirland pa se tra11q1ullerneut
l'inspection J:e. cbcraux, en \'oil un qui lui
couvienl, le dtitache, et au ris11ne de e faire
assommer, si qnelqu'un l'.tperce\·nit, il le
conduit hors du camp. jette tout l'équipage à
Las, rentre en Tilli&gt;, place ma ~elle sur Je dos
de l'a1ümôll, et l'ienl me prévenir que tnul e!tt
pnîl! Les chevaux de troupe de la c.w:ilcril:i
wurlemlinrgeoise 11orlenl pour marque un boi ·
de cerf imprim~ snr la cuisse gaucbe; il me
fut donc très facile de rcconoallrc d'où provenait la noul'elle monture qu'amenait mon
Figaro. Il ne s'en défendit pa !. .. Ce cho1•al
1•enaiL d'ètre maraudé, ou, pour pnrler franchement, vole·. liais voJe-t: combien une iLuilLion difficile élar i! la conscience! Pour faire
taire ln mienne, je rno dis: (r i je ne premls
11 pas œl animal qui appartient au roi de
Wurtemlter_g, il me du\'ienl impo ilile ile
11 porter au général Gudiu lœ; ordr
(}UÏl
doit exémter au poiut du jow-, -cc 11ui peut
07

compromcllr · li: gain de la l1alnill c cf. nmcu ncr ln chute de la ronronne du roi ile \\ Ill'•
cc Lc.mbrr[; je lui rend· Jou· un er1·ice
te indirect en me servant d'un cl.Je,al 110 ~011
« armée; d'.iillc•nr~. puisque n:mpereur il
(( donné un royaume a cc prince, r.elui-ci
,1 peul bien lui jll'èle1· 1rn ('beval fille je r ·n(! tlrai aprè m·eo ètre scrYi dan leur inté&lt;1 rfü commun! ,i Je ne
-ai , rue. cher,
cnfa111 ', si un ea -uisle approurorail rc rai~onncmenl, mais, pressé par les circonstances, je
m'~laoçai en selle et parti. :m galop!
Uailre Woirland aYail choisi en connnis'eur; la bête érait excellente. One l'ulc
1•ho.e me contrariait. e\llo.it que le maudit
boi de cerI marqué sur la cuisse du cheval,
indiquant i;a prol'eoance, m'exposait à le 1·oi1·
réclamer par quelque officier wurt&lt;!mbcrgeoi,. J'arrivai enfin au point du jour aoprî-·
du crénéral Gud in, dont les troupes se miren l
en marche. Je le uiris jusqu"à ce 11ue !'Empereur et le maréchal Lnnnes nous eu enl
rt'.ioint, avec le gro, de L"armée. La uataillc
s'engagea, la victoire ne fut point ua moment
douteuse : le maréchal Davout s' · di.Lingua
ce qui lui valut plus lard le Litre de prince
d'Eckmiibl.
Mon cb.cvo.l [aisail merveille; mais son dernier jour élnil arrinl ! ... Au plus fort de l'action, le marl-chal Launes ayanl em·oyé un ,le
es aides de camp les moins expériml'nlés
porter au général aint- ulpicc J'ordre de
charger avec se cuira sier· sur un corp de
cavalerie ennemie, cet aide de camp s'expliqua si mal que le général prenaiL nn , toul
nuire direction que celle indiquée par le
mar~chul, lor que celui-ci, 'en étant aperçu,
m'ordonna &lt;l'aller me placer à la tète de fa
divi ion Saint- 'ulpice, et de la conduire i,
l'ennemi par la grande roule qui forme la
princ1palt&gt; rue! d11 ,•illage dl;:chmübL Pendant que le marichal Lim □es m'&lt;!xpliqoail se
intenrions, en examinant une carte &lt;(Ile le
~énéral Cervoni, lui et moi tenions chacun
&lt;l'un côté, un bonlel la lra\·ersa et étendit le
géné..-al Cervoni raide mort ur l'épaule du
maréchal, qui [ulcouverl du sang de son anû,
arrivé la veille de Corse, tout exprès pour
faire cet le campagne avec lui!. .. Le mar1,L
ebal, pé11étré de do1ùeur, n'en eonLinua pa
moins à me donner des ordres avec clarté, et
je couru vers le général Sainl- ulpice, auprès
duquel je marchai à la tête des cuira ·siers
sur Ecl-mü.hl.
Un régiment de Croates occupait les maisons de cc villarre; mai . au lieu de Lircr sur
nou par les croisées où ils se trom•aienL
hors d'attcinte des abres de noLre cavalerie,
cc hommes, quittant tupidemenl l'excellente position qu'ils occupaient, descendirent
bravement dans la rue, où ils espérai.:nt
arrèler nos escadrons a\:eC leurs baïonnettes,
en se formant en colonne errée. Les cuiras·iersCranç.ais ne leur en donnèrent pas le temps;
H. arrivèrent i rapidement que les Croales,
m·pris en dé ordre, au moment où ils SorLaient des mai:;on , furent enioncu , saLrés,
el jonchèrent bientôt la rue de leurs cadanes !
Néanmoins, il:; ne cédèrenl pas sans se dé11

.M A'(BOT

-,

feudre "aillacrune11l. Un de leurs Lat.iillon"
~urtoul opposa une vigoureuse résisLauce, cl
mon cbc,·al ayant rrru pt&gt;ndant la mèltle un
coup de baïonnette d:uis le cœur, fil q uclqucs
pas el tomba mort c·onLre une lrorne, d I sorte
qu'une de mes jambes re ranl µrise sous le
corp de ce paune animal, tandis que mon
grnou appoi·ait contre la borne, je ne ponvais Faire le moindre mouvement! En par il
cas, m1lhPur au cavalier demonlé I car personne ne 'arrête pour le relever; d'ailleurs,
on ne le pourrait pas. Aussi le premier régiment de nos cuira sicrs, aprè avoir hacbé
Lons le Croates qui ne s'empressaient pa de
jeter leurs armes, continua la charte el Lra\·ersa le villa 11e, suivi de toute la dhri ion au
galop.
li e L fort rare que des chel'aux à moins
qu'ils ne soient trè!&gt; fa.ligué ·, po ent le pieds
ur les corp:1 des hommes étendus par lerre;
aussi Loo le la di vision de cuira ~ier passai-elle ur moi san que je reçusse la moindre
atteinte. Cepeodaul, je ne l)OUYai me dégager, el ma situation ét.1it d'autant plus péni~
ble que, ayant aperçu, avaul la charge, w,
t.rès gros corps de cavalerie ennemie placé au
delà d'Eckmlibl, je prévoy:ù que no cuirassiers seMienl repoussés et ramené à traver ·
ce ,illagc, et je craignai · · que les cavaliers
autrichiens, vvulant Yenger les Croate , ne
me lh c.at un mauvais parti! ... Pendant le
moment de calme f]IIÎ succéda dan~ la rue
au tumulte du conù1at et du passa~e de la
cavalerie de la division -caint-Su1pice, j'aperçu. non loin de moi deux grenadier ennemis,
qui, apnl posé leurs fusil , relevaient lenr
camarade· Ll • ·és..le leur fai signe de ,,enir
à moi cl de m'aider il dé,,.ager ma jan1be; il:,
ohéissenl, soiL par bonté. soit par rrainle que
je ne le fa ·se tuer, quoique je u'eus ·e en cc
moment aucun Français à mes ordres. Leli
deux CroaLes, sachant nos cuirassier en avant,
su considéraient comme prisonniers; d'ailleurs, cette e pèce de soldats ré□échit peu.
Ils Yinrent, et j'avoue qu'en voyant L'un d'cm
tirer de sa poche un grand couteau pour
couper la courroie de l'étrier qui retenait
mon pied sou le cheml, je craignis qu'il ne
lui prit la rantaisie de m·cn plonger la lnme
dan le ventre, ce qu'il cri L pu faire san
danger. ~fois il fu tloyal, et avec l'aide de on
camarade il parvint à me remettre sur pied.
Je leur fis prendre mou équjpagc el je sortis
d'Eckmiihl pour rejoindre notre infanterie
restée en dehor .
Les deux Croales mo uivirent très docilement, . el bien leur en prit; car à peine élion nous hor du village, qu'un bruit affreux
s'éleva de.rrii!re nou . Il était produit par le
retour de nos escadron , &lt;Jui, selon mon
attente, étaienl ramené par les forces supérieures des ennemis, el ceux-ci, à leur tour,
. aLraicot tout cc qui restait en arrière. o·
cuirassiers, furieux. de e voir repous és,
cherchaient, en pa sant au galop auprès de
moi, à pointer les Croates qui portaient ma
elle. Ces dem: soldats m'avaient Seèouru · je
m'opposai donc à ce qu'on les tuùL cl leur' fi
signe de se coucher dans un .foss~, où le

�ff1ST0~1.J!

----------------------------------------·

sahres ne pouvai nt les atteindre. ,le m'y serais placé moi-mtmle i je n'eu. se \'.U Pn tète
du c-0rps autrichien des uhlans dont le
laure~ auraient pu me percer. Hcureu emcnt
pour nou ., la division .Saint-,'ufpin~ 11'a,1ait
que troi ou quatre ,·cols p;i à faire pour
,1Lre secourue; car
•n ln ,oyant r venir,
!'Empereur lan(.'a deux dhi ion de cavalerie
qui accouraient ropidement au-devant de
nous. fois i courte que fl\t la di lance que
j'avai à p rcourir pour 11t.. p:i tomber sous
le lance autrichienne~, elle rta.it immen~e

forl el gro e boite , lellea qu'en porlaicnl et ) , maréd111l I,11nn s, bien certain que
nlor · nos cuirassiers, sont déîa:,·orahles à lo eelui-{'i. nr ,·oubnl pa• se prive1· de me: ~('rguerre. Ln jeune ollicicr de l"escadron qui vicc · lll!n&lt;lant le reste dt• la bataille. me fora il
me sauva, ayant eu on chc,·al tné.. deux df' JH' 1kr un cl1t:',al par uu des rl1&lt;&gt;imenh francuirassier lui tendaient le, main~ pour çais qui o 1roun1ienl ,111pr·· 1fo lui. En clfot,
l'aider à courir ainsi ,rue je le faisai~; mai , il rn donna l'ordre: m:ii.· ('ommc il 11 'y asaiL
bic11 qu'il r,\l gr1ind, mince et infiniment plu" en cc moment que df's ruir:'t ~il'r dan nolr
lc.,le que moi, salourdcol raide chaussure l'em- voi,inagr,, on m'amena un animal éuorm ·,
pêchanl dl' remuera. l'Z ,i,erne11l les jaro.l1c , lourd el iu · pable de porter rapidement nn
il 11 • put ·ui1re le galop de · cb.crnu. ·, fn 1 aide d • · mp d'un point à un autre. Le marécoutraint il'ahandonner l • main seco11ral1l(•s chal en arnnt !ail l'oliscrvation, un colonel
,1ui lui élaienl tendue~. el l1Jn1ue uou re- dl' rbe,·âu-lé"e
wurlemllèr"eOi.' 1111i e

JJf É.M017f.ES DU GÉJ'Jt~AZ. 1JA]f.OJV Dl; .M'A](BOT - - ._

I

rst donc le diable! Ce matin il était !.!l'i , à
présent il c~r noir l. .. »
1,a bataille d'Eckmiih] avait commencé cl
e continua toul.r la jourm1c sur nn terrni11
accidenté, cou,,crl Je monlicull!. et Je bouquets de bois: mai . à mesu~e 1p1 'on a,·:mr •
dans lo directio11 du Danube, le pa}s se
Ù&lt;;cou1•re, s'apl:ttit, cl l'on cnlre Pnfi11 ,lnns
nlle immense r,Inin' 1pti . 'rtend ju qu'à ll:1l1shonne. Ll·~ ,\ttlrii·hit&gt;ns ont une des ml'illcuri• · ~Halerie. dP r Europt', mai, uu: pn:_
tl'xlc 'Jll'il foui la r,:s,•rlf'r jJOur ctrn,rir la
rl lraitc, dans le cas où ib i-!'raicnl l.,alln~,
il ne l'emploient pns, ou du moin · trt" p(\11,
wndaut le combat, t·e tJui amène leur défaite
,,1 néce:,ih' 1111 rc1rair qu'il: aU-raient pu
é\iler: mais alors leur casakriP con\re admiralllemeut bit-11 leur, momtimcnb rétro~radl•,. C'est ce 11u1 eul liru à l~dm111hl: car,
dès que le prince Chnrl 1•i I la hat:tille perdue pour lui, .-t son infanterie, repOu' ée du
pa ·s moulucu-x, exposée à faire une retraile
dillicile en plaine de ant les nombreux estaJrons fra0\'3Î., il fil prendre l'offen. ive à
toute sa carnlcrie, 4ui c pré cola brave~
ment pour nous arrètPr, pendant tflle le
fantassins, l'artillerie et les linl!tl e autrichiens c r •lirai •nt -iir Rali bonne. L'Empereur, de son eiM. fit avancer nos bou.s:trds
et ch.a eurs, outenu. pnr les forte division, de niul-.Sulpir.e cl Nan 0111y, au qneUc.,
le · ennl'tnis oppost·rent deux di,isions de
1111h111:: arme. Le carnlicrs lé!-(er: de~ ùiwr
parlis se j tèrcnl promptern!'nt rur les Uanc·.s.
I' ur é,it-er d' 1lre écrasé pm- ces îorruidahlc.s
ma ·.ses com·er1t1 de for qui, s'avanç;mt rapidement l'unt&gt; sui' l'autre, ·c cbo11m'mml, se
pénetrèrent ('I ne l'orrn/.rent plus qu·u,w
inuuen L' mèlée.
,
Ce combat, à la [oi, lerriLle et wnje lueux,
n'était 1:dairé •tue p:tr un faili]e crepuscule
el la clarté dc la June nais. ante. LeFI rrL
d•· eomhall:inb étaicnL couverts par les . on:
,pie rcfülaicnt plu~ieurs milli r de ca qm!
l'i de cuira.ss · ·, frappés à coups rrdoublés
par des l1r s pe ·;ml , qui en faisaient jaillir
Je 11ombreuses étincelles! ... Autrjch.iens 'l
~'ran\:;ii , chacun Youl.ait rester maitre du
cb3mp de bataille. Des deux côté1&gt;, même
cour:i,.e, mème ténacité, force pareille ,
lll3Î~ non pa égale arme défrnsÎ\'éS; car
ll•· Autrichien n'étant cuira. sé. que par dL',·.mt, leur do· ae se trom·e nullement garanti
tians une mêlée. li recevaient dan · le dos de
gr11uù · eoup de pointe port~- par lei cavalier
fram;ai· qui, aJanl deux cuiras e , et ne c:rai0nant pa, d'être l11csst1 par derrière, ne .'occupaient 11u'à frapper. tuaient un grand
nombre d\mnemi et n'é_prournient que de
li•"ères 11 rte '. Cc combat in : nl dura quelque: minute : enfin le:,, Autrichien., donl le
nombre dc~liles és el de morts 1tait immense.
f'urcnt conlrainls, malgré lenr Lrarnure, de
cé1ler fo lel'r:1.in. Dàs r1u'il' curent fait -volt
fore, il · comprirent encore mieux comljien il
c I défarnrable de ne pas ùtrc cuira sé par
derrière comme par devant, rar le combat ne
ÎUI plus qu'nnr l,ouclierie _t.,. 'o cuira ier
poursuivaient 1&gt; • ennemis en ,leur enfonçant
1

pour un homme à pied 1... Den.1 cuiras icrs
me placèrent alors entre eux, et me tendant
chacun une main, il m"enle,èrenl si bien
que, îai~:int de Lrès rrrande · enjambées, je
pus ·ai rc pendant Jeux minutes le (Talop de
leur · cberaux. C'était tout ce qu'il fallait;
car le ccours envoyé par !'Empereur arrivant
promptement, l • ennemis cessèrent leur
poursuiLe, et furent même rejetb au delà
d'Erkmiihl dont nos troupe reutrèr nt en
Po· c siou.
Il était lemp que ma cour e extragyinna.r
li que eûl un Lerm , ca r j' étai· hor · il'l1alcin"
eL n'aurais pu la continuer. J'eus lieu -de
reconnailr en celle occa i.on combien Je

Ylnrnes ur le terrain parcouru si rapid •ment,
uou trouvâmes le lieutenant tué d'un coup
ùc lance: on vo}ait qu'il arnit cherché à se
Mbarrasser de ses rrrandc bottes, dont l'nn •
!!ln.il à demi lircc. I $ p1•litc holl~ à la hou•
sarde ne m'araicnl oullemcnl 1rèn 1 par · •
qu'elles éf..'.lit~nl l 1rrèrc cl flexibles.
Dam I' !&gt;ipoir de ra\Oir ma clic et ma bride,
je retournai ·ers le fo~s,: où j'avoL cacbé les
deux Croate : je Il' a1wrçu. lranqnillement
couché·. Viu ieur~ cb:lr1•es a1·aicnt eu li •u
au-clessu d leur ,..îll', an, qu'il ciment
r ·n la moindr• ~gratigur ..le leur donnai
une Técompcmc el le~ li marcher deranl moi
ju,qu'au mamelon qu'o1:1:upaient !'Empereur
.,. 348,...

Lrourait d •rrière )'Empereur ·.impr · ·a de
faire a cour en prescri,ant à on ordonnance
de mettre pied à terre &lt;'l me rnilà de nouveau sur un exccllenl chc~,·al marqoé dn boi,
de œrf !...
L'obli •can&lt;:t! de re 1,011 colonel rl·nuu,elnil
un pl'U nie. rcnwrù pour la mauvai,c action
que j'avai c-0mmise le matin, mai · je 11•
faisais t:1ir en r pétant mou raisonnement
un peu jé.~1âfique. Le plaisant de l'a/raire,
c·e l riu·,,n porlanL un ordre à la ré ·ene,
je rencontrai mon dome~ûqne Woirland, qui,
s'éL:ml approch1i ùc moi pour me donner des
,frrcs dont se saco(·be étaieuL toujour~
amplement rrarni , s'écria : «Mais ce cLeval

leur snbr •s dan le. rein , et, sur l'espace
d'une demi-lieue. le Lerrain fut jonché de
cuirassier~ autrichiens morts on hie· és. Il
n'en ser:iil échoppé C[llC fort peu, ile nôlrc.
ne ·e [11 ·sent arrilLils pour charger plusieurs
lt.'.ltaillon · de gren:tdier · b.ongrois qu ïl enfonc reat el prir •nt pr ~'lue en rnli r.
Ce combat dL'l'idn .am:. appel uae ']Ueslion
d,1battue depui · longtemps, celle de l:'1 nécc,.~ité rie ruira:;sc · doubles: rar le nombre Je·
lifo~.'è :c Lrourn dl' /111i1 .\utrid1ien. pour
un Frar,~ais, cl celui des mort. de treizti
ennemis pour un Français!
Après i:etk terriLle charge, les ennemi ,
n'a}anl plu aucun moyen de rltsi ·Lan 'è,
ù 1loîgnèrcol dan 1 pla.s grand désordre,
vht•mrnt 1iour uivi. Ur la cltau, êe, où les
fupr&lt;l.' l'Oltrairnl pèle-mèlean•clL'~ \'ainqneu rs.
I.o mankb.al Lannes proposa i, l'Empereur
de profit~r d la déroulr de· AuLricbiens
pour d ~,ruire coml'lrlemenl leur armée, o
l':iccul:mt nu Dana.be, et en entranl nvec elle
dan Ral.i.sbonnc au milieu de la confusion;
mais les aulr · maréchaux a\ant fait ob·en,ir
que DOU étions encore à trois lieues de cette
pl:tce, que nolrt&gt; infanterie élai l h:ira ~i::c,
c!nlin qu'il I aurait danger à 'exposer aux
hasards d'un combat de nuit contre des
ennemis qui venaient dP faire premc de tant
de résolution, !'Empereur ordoan:1 de faire
ecs,;er la pouruite el l'armée bivouaqua Jan.
la plaine. Le' .\utrk-biens avouèr,•nt a,·oir
perdu cinq mill;• Lur, et quinze mille pri:1111niers. douze drapeam et seize pièce de ,·anon 1
ils ne nou~ prirent que quelques homme. el
nous en tuèrenl &lt;IuiDJ;e cent '. Les ennemi.
. e retirèrent dnn~ 110 tPI dé ordre 11ue, dans
la nuit. un de leur. rérrimcnts de co,alcric
errail autour de nos ramps sans trom·cr
auc·une i ue pour fair retraite, lor ·,,ue le
colonel Guéhénl'llC, allant porter un ordre.
U&gt;mha dtm ce corps, donl le chd, ap~s'ètre emparé Je la pcrso1111e de JI, Guéh,;_
neuc, loi dil : « ous élin mon pri onnier,
à présent je suis le 1•6 trr ! ... &gt;&gt; En clJ: L, aous
, îrnes arrin:'r ,uéhén, uc a\·ec le ré!!Ùncnl
autrichien qui ·'était reudu il lui. Cet épisode
amusa benur.oup l'Empereur.
Vous conce1·ez qu'apri:s un tel succè,- remporté par 1 armée française, les chevaux de
pri ù l!laienl noml1m1x dan. le camp; j'en
ncbel.ai lrois exrellt!n Ls pour 11uelque loui.,
et me trou\'llnl ain-.i parfaitement monté pour
le reste de la campagne, j'aba.ndonn:ü le·
deux ros·es provenant de me~ acquisitions
:mtérieurc · el rc&gt;ffi'O}ai a.lll \\'nrtembergcoi ·
le cbeYal qu'on rn'avail prêté.
CHAPITRE: XJI
l 'fanpcrvnr ,,,t Messé 1fo\lllnl llnti. ,01111,,, - J1•
muolù li; µrauu,•r à I'~ •~ut vcc Lubi•tloyt-rc, rt
nous pém'lruu.,, dam, l ~-illc.

Le prinœ Charles avait pro.filé de la nuiL
pour ga mer füli boun , dont le pont lui
cr,,1t 1t faire pa _er ur la rirn gaucb.e da.
Dnnul,e 'CS ba 11ages, ainsi 'lue la meilleure
p;:irtie de se troupe . Ce fut alors qu'on
reconnul conihien avait été grande la pré-

voyance de )'Empereur, lorsque dè· l'om·crture de la campagne, il a'", il ordonné an
maréchal Da1'out \'enanl de Hambourg et du
Uanorre, pour e réunir à la grande armée
. ur la rive droit· du Hnnube, Hi.r Augs.bour&lt;r,
de . 'a •urcr la possession de na li ·bonne et
de . on pont en y lai , aot nn ré 0 imenL Oa,·out
avait établi dan. celle Yi)I le H5• de Jip11e.
,·ommandé par le colonel CoutarJ, .on parent,
nuqucl il vouJaü donnf-r l'occ;i ion de se d,.tinguer pnr une helle défen:e ; mais Couta rd
ne put tenir et, aprl• · qu lques heure· Je
combat, rendit aux .\ulrichiens la place de
Ratü,honnc, dont le pont assura leur relraite
après ootr ,·icU&gt;ire d'Ec.:krnühl; antrem~nl
il. étaient forl'és de mctlre bas le armes. Le
colonel Con tard ayant Lipulé c1ue lui et l!!s
officier~ du 1\1)'' de ligne seraient seuls ren,·oyés en France. !'Empereur dt:crél:i qu'à
l'nYenir le officiers d'un corp réduit à Cil JlÎtulcr sui\Taienl le sort de leurs .oldals ce
lJUÎ de,·ait porter les cbets à raire une pla.ti ve rési.stnnce.
Cependant, !'Empereur ne pounil se porter
ur Vienne ~ans avoir repri · Ratisbonne i
autrement d · &lt;1u'il · 'en i;erait éloigné, le
prince Charles, lraYer.ant le Danube ·ur le
pont de celle ,·ille, eùt rnmen~ on armée
sur la rive droite el attaqué la mitre prU'
,lerl'ière. Il follait donc à loul prix se rendre
maitre dt la plaœ.
Le maréchal Lannes fol chargé de celle
mis ion diliicilc. Les ennemi avaient si
mille homm dans Ratisbonne et pom·:ûenl,
au mo}en du pont, en augmenter le nombre
à \OÎOrtttl. 11 · l'larèrenl beaucoup d'artilJ,•rie
sur le rempart:;, tandi que le fontas in
g:aroi ·aient les parapets. Le fortifications
&lt;le Ratisbonne étaient îorl ancienne·, mauvai,e , les foss, 1 , à sec et ml thés en IL'!!1.l.lll.es; ccpendanl, l,ien que ce ruoyens de
défon.e fo.senl insuifisanL pour résister à
un siège en règle, l ville él/lit en étal de
repou · er nn coup de main, tl'aut.ant plu~
aisément que la garoi on communiquait a,·ec
une armée de plus de qualre-,·ingt mille
hommes, el que, pour pénétrer dans la
place, il fallait de cendre a,ec des échelles
dans un fossé profond, le passer sous lll feu
des ennemis, escalader enfin le rempart,
dool le angles flmqués de canons ·e commandaient réciproquemeoL
!,'Empereur, ai-ant mi pird à terre, alla
poster sur un monticule Hué à une petite
portée de en.non dé ln ville. Ayant remarqué
pr' de b porte dile de Straubing une maison
q11'on avait eu l'imprudence d'adosser au
mur d11 rempart, il fit :tYanecr les pièr,cs de
do112c, ain i que les 0l&gt;11siers de réserve, et
ordonna Je diriger tous le feu:c. sur eetlé
maison; en 'éboulant dau le fo sé, clle
devait le comLler en partie el former au
pied de la muraille une rampe par laquelle
nos lroup • poarrll.Îè11t monter à l'as.nul.
Pendant que llOlrt• ar~llcm cXécntail CCL
ordre, le marécl)(l.l Lannes Cil approcher la
tfü•i ion )lorand aupr' de la promeo:ide qui
contourne la ville, et pour mettre se· lroup s
à l'abri du feu de l'ennemi jusqu'au momenl
0

�111STORJA

_________________________________________.

de l'aU.aque, il le plaça derri~re une immense
gran e en pierre, 'lu'un ha ard des plus J1eurem: semlilail a,·ou· établie en c lieu pour
fo.,,ori cr noire enl reprise. Des 1·hariots rempli· d'échcll~ prise· dan. les villanes voi in
l'urcnl comluits sur cc point, où l'on ét.iit
parfailcmcnt garanti conlre les projectile
que le~ Aulrichi,ms lançaie11L à profnsion.
l~n nllcndant que tout fùl prèl pour l'a saut, le 1naréehnl Lnnnc., s'étant rendu aupro de !'Empereur pour rece\oir ses derniers
ordre.-;, causait a,·ec lui, lors,1u'nne ball • cnnomie , lanrée probalJlcmenL du haut dr n~mparls p3r l'uuc de t ('arahine à trè:
longue portée dnnl ·c .cri• ni les Tyroliens,
\ 'Î11t !'rappel' t apoléon à la cheville du pied
droit!. .. La douleur fut d'ahord si vive 4ue
l'(~rnpereul', ne pouvant plus sc tenir d~boul,
fui obligé de 'appuyr r ur le maréchal
Lanne·. l.e docl ' Ur Larrey accourut el rcconnul que la ulc·sure était Corl lê;?èrc. , i
elle c11l été a-sez gm·c pour néccssilc·r l'opération, on eût certainement con~idJré cet
événement comme un trù.. grand malbr•ur
pour la France; ecpentlanl. il lui eùL pettlêtrc é\7.lé hitm des calamités! ...
Ct•pen&lt;laul, le bruit e répa11d dans l'armée
que !'Empereur rienl d'être hic . é ; officiers
el soldat accourent de Ioule~ part ; en uu
in tant, des milliers d'homme cntourcnl
•'apoléon, malgré le canons ennemis qui réunissent leur · fimx 1-ur cet immense groupe.
L'gmpereur voulut ou ' trairc e troupe'.' à
cc danger inutile, et tranquilfo,er l'itu1uiétudll d" cor~ éloigné,: qui s'éuranla.ienl déjà
pour venir à lui ; à p,•inr pan,,é, il mool.e à
cb.eval cl parcourt le front de toutes le
lignes, au milieu des ace.la-mations de ce
liraves i.,rucrriers, qu'il a1•ai1 $i souvt~nl conduils à la victoire!
Ce fut dan · celle revue imprm'isée et
pa "ée co pr&amp;;ence rle 1'e11aemi, que 'apoléon
accorda pour fo première foi de tlolafio11 à
d simples soldnts, en les nommant 1'11.eMlic1·.~
,le l'E,,ipire, en ruème tcmp que membres
de la Lé !i.on d'honneur. I.es pr6 enlation
étaient faites par les cbe[' de corp· ; mais
l'l!:mpereur permellait ceprndaol que le
militaire qui se cruya;ent des droits inconlc tables vins col le faire valoir ùevant lui ;
puis il décidait el juueait seul. Or, il advint
,1u'un üeux grenadier,. qui ~vait fait les
campagnes d'ltalie et d'Egypte-, ne ·'entendant pas 11ppelcr, ,inL d'un ton ncgmalique
Jl!mandcr la croil: : &lt;( Mais, lui dit Nnpoléon,
« qu·as-ln fait pour mét·iler celle récoin{&lt; pen e1 C'est moi, ire, qui dan 1e
11 désert dt! Jalla, par une chaleur affreu e,
11 vous présentai ltn melon d'eau . - Je t'en
11 remercie de uouveau, mais Je ùon de l'e
« Croit ne van.t pa la croix de la Légion
« d' honneur. &gt;&gt; Alors le grenadier, ju que-là
froid comme glace , s'exaha.ol jusqu'au paroxysme, s'écrie avec la plu grande ~Qlobiliti : 1&lt; Eh! &lt;'Amptci-Yous donc pour rien
&lt;1 sepL ble· ure reçue· au pont d'Arcole, à
11 Lodi, à Ca Liglione, aux Pyramides. à
11 " aint-Je;UJ d'Acre, à Austerlitz, à Friedu la.ud... onze campagnes eu Italie , en

a Ég)'pte, en AutricJhc, en Pru·. e, en Po(( logne, en .... » Mais l'Empereur l'inL&lt;·rr9-~pant, et contrefaisant en rian t la vivacité
de son lanE,'ll"e, s'étria : 11 Ta, ta, la, comme
&lt;&lt; lu t'emportes, !or que tu arrives aux painl
(( essenLid ! car c•e~t par là que tu aurai
11 dù cu1
111ue1u:er, t·ela 1·aul bien mif'ux ff1IC
&lt;( ton melon! ....1.. te lai cl1r,·alier de l'Em11 pire a"ec 1.200 rrauc
ile dotnlion ....
&lt;I Es-lu rnntrnl 1 3lai , ,. ire, je prél'rre ln
&lt;( ('. roix! ... -Tu as l'un et l'autrl', puisque
,, je te foi &lt;-lwrnlirr. - }lui, j'aimerai·
11 mieux la croÎl !. .. Jl Le 1,ral'e grenadier
ne :;orlaiL pas ~e là, et l'on eut toute orte.
de peines à lui faire comprendre que le Litre
&lt;le ch.e\·alier de n:mpirc enlrainait avec lui
celui do cbcvaliPr de la Léaion d'honneur. li
ne fut 1ram1uilli é à ce si1jet r1ue lor 1111c
l'Emperenr hù eut al Laebé la décoraLion ur
1a poitrine, el il parut inliuimcnl plu · ,on·ilile à cda qu'au &lt;lon de i ,-00 fran de
rente. Par celle familiarité, ['Empereur , c
faisait adorer Ju so:dat; mais ce lllOlen no
[lCUl ètre eomcnahlemenl cmploytl 11ue par
un cbd d'armée rllu lré pàJ' d • nombreuses
,ictoiN". ; il nuirait à touL autre général el le
décon idér •r:iit.
Le maréchal l,annc. ayant été pré1·enn que
tout était prêt pour l'ulta&lt;1ue, nou . re!Ournâme ,·ers fiatisLonnc. !JCnd:mt ~ue l'Empcreur remnnlait sur le monticule d'oi1 il
pouvait être té,uoin dc l'a~.aut. Les diwr.
corp· d'arm~e rangés au1ou1' de lui nuendaient en . ilencc ce qui allait ·e passer ....
1 otrc artillerie ay.111t complètement abauu
la mai on d.u rempart, ses délJri' tomb~s
dan le fossé formaient un talus as ez pruticaùlc, mai · dont le ~ommet était ucore de
huit i1 ùix piCl{ moÎllii élevé 411c le mnl' du
côté de la \'Ïllc : il fo.llail dom· placer des
éd1elles :ur ces dél'omhres pour rr.tgnet· le
J,aul du rcmparl. Elles éLaieut au i n,~ t&gt; aire pour d1•scl'ndre de la promenade clan ·
le fos é, car il u'çxi lait aucunt1 rampe de ce
côté. En arrir:mt li_ la grange dcrri~re laqu&lt;'llc
fo division 31oran , commandée pour l'allaque, était abritée du feu ùe la place, le
maréchal Lannes ~pnl demandé 1'inquantu
hommes de 1,onne volonté pour marcher à la
têlc d • la colonne et planter les échullc~, afin
de monter le preqi.icrs à l'as aul, il s'en
pré enta un nombre; inliniment supérieur
qu'il fallut réJuirc ~ celui prescrit par le
maréchal. Ces braves, condnil • par ùcs oîfici~rs choi~is, parteul 11,cc une ardeur admirable; mai à peine ont-ils dépa:sé les mur
de la grange 'lui li!~ abrilail, ,111 'a,satllis
par une grêl • &lt;le balle~, ils [urenl presque
Lous couchés par Lerre !... Quelques-un s:eulcment parvinrent a de cendre de la promenade dans le fossé, mai le r_,1non les mil
bientôt ltors de combat, et les débris de c11t te
première colonoa vin rent, tout nnglanL , ,
rejoindre la divi ion ùerdè11e la grange proleclrice ....
Cependant, à la ,oix du maréchal Lannes
et Ju général Morand, cinqMnle nouveaux
volontaire e présentent, prenpeut des échelles cl mnrcbenl ver les fossé · ; mais dè

""' 350 ...,

que, arrivés sur la promennde. il sont aperçu par l'ennemi, un feu plus lerriLle encore
qae le premier 11 '-truit presque entièrement
celle eronde colonne l... Ce deu:x écb1&gt;c
con éculifs 3Janl refroid i l'ardeur de troupes, per. nnnc ni! bougea plu lorsque, pour
la rroi ième foi ·. le maréchal demanda dcs
homme. de banne 1·alo1,tr. ! li aurait pu
1·omma11&lt;ler à uni'! ou plusieurs llOmpagnie:
de marcher, et certainement elle en PUL
olJéi; mai il sa,·ail 11ar expérience l'énorme
1lillërence qui exi te enll'«J ce r1ue le . oldat
fa.il par oltri .. anee ri Cl' qu'il fait p:ir élau.
Pour Lra-ver ccl imruen.e péril, des 11olonlaires élairnt intinilJ\ent préférables à une
troupe eommu111lée. Mai - vainement le maréchal rl·nonl'elltl son apJlel aux ph1~ bmves
de la bl'a11e cfüi ·ion Morand; ,·ainemenl il
leur fai t eihsencr que. !'Empereur et Ioule la
grande armé I contcmpl.,nl ; on ne lui
r(.pond que par un morne ~ilence, tant &lt;·hacun avait la con\'ictio11 que dépa. er le mu r
de fa grange, soa - le, feux de l'ennemi.
c'é1a it Murir à une" mort clf'/aine ! ... Alor
l'intrépide LaullL'' 'écriü : « ~:b Ilien! je
" vai ,·ons foir, voir 11u'avnnt d"ètre ma1, rérhal j'ai l!lé "rena&lt;lier f'l le ui ' en" rore !.. . 1J Il ~ai. il une échl'lle, l'rnlève, cl
wul la portrr 1·cr la lm\·hc .... :· 'S aides lie
camp ·hrrcheot à l'l'n empêcher, mai il
ré i:-te el . 'indigne con Ire nim.s !.. . Je mt:
permis :ilor de lui dire : « lfonsieur le ma&lt;c réchal, vous 11e voudriez pas que nou
&lt;&lt; fus -ions dé honorés, el nou le erion si
11 vous rece"ie.-t la plus légl're J&gt;lc sure en
u porlant une échelle contre le rempart ,
&lt;&lt; avant !"file 1011 ,os aid'!s de romp aicnl été
&lt;• tués! ... &gt;&gt; .\lur. , malcrré ses elforts, je lui
arrachai le Loul de rerhelle &lt;J11Ïl tenait et le
pbçai ur mon 1paule, pendant que de Viry
prpnail l'autre extrémité et '}UO no· crunaraÙl:lS, se réuui ant 1&gt;ar 1:oup!cs, prenaient
aussi de érhrlll' .
.\ la vue d'un mar~chal de l'Empire di putant an•c Sl'. aide de c·amp à qui monlt•rail le pr mier b l'a saul, un cri d'enthouia me s'éleva dnus Ioule la division! Officier.
el soldats 1oul11re11L marcher eu tête, el réclamant C.()L bonnem, il · nou pou saienl,
mes camarades et moi, en cherchant à s'emparer de échelle ; mais en les cédant, nous
aurions eu l'ai r d'avoir joué une comédie
pour citer l'élan des troupes : le 11in etait
tiré, il falfoil le boire, quelc1ue amer qu'il
pûl être!. .. Le maréchal le t'Omprit, ,et uou
lai a faire, Lien quïl 'n.ll"ndît à voir exterminer une ;;rande pnrt:ic de son état-major
r1ui dcwüt marclJcr en Lt:le de cette périlleuse
alla que !...
Je Yous ai déjà dil que mes camarade ,
&lt;1noique lou fort Lrave_, manqaaienl d'expérience eLprincipalem.,nldc ce qu'on nomme
l1• laet militafre. Je m'emparai donc sans
façon du commandement de la pPtite colonne : la gra,ilé de: circon tances m'i
autorisait, ül il ne me fut refusé par pc1·sonne. J'orgallisai d1Jrrière la grange le détachement qui d w1i1 uou suivre. J';iYai atlriLul: Ja &lt;le lruclio11 des dt&gt;u:... premières

�r-

111ST01{1Jl

11uerqne nou joinnirenl en un instant, nin.-i pn) nt au: c,il~. de la YOÎllC, la harrai,•nl
r.olonn · · h l'imprudenrc a,1
complètem nt!... Ant cri dl' , urprL · que
itui 1·. condui!'-3.i nt O\'Bicnl :ignlum 'r I lc5 11u' 1 autr,• aiù , d' ·amp .l l ri1111n, nie fil 11, omm nd:ml cnn ,mi, tout -un bataillon
"l'CJ!aJicr
;
enfin,
nn
rlnim
nt
de
la.
ct1'hion
soldat dont clk c compo,ait ni, cir :on~
s&lt;• r tourna, el les drrnH•rc .cclinn ·, d •ve1· fo,sé an pa d
sl:inc 11ui pr~-entait un doubJ.1 in '011\t'llÎl'Ot: \forand ·c diri ..e:iit
nu J., prcmiert•~. nou. couchi•renl rn
d'alturd, elle facilitait le tir de~ ennPuti , tou- t'OUr'e.
j
u 1... "o ~reuadirr le :1ju If' nl :n .i,
Le rhanc1'.~ de 1. !!uerre . onl parfoi~ hien
jour. inhniment plus meur trier ,rnr unu ma ~1•
1·t r.ommc rm n' i13it qu' un pa l · un. dc!hiznrr
,.,
!
...
L
.
Jeu
pn:mièr
,
colonne.
que c;ur de-; homme i olé ; en . 1cond lien.
:iulrc~, ju~ez qnd horribl rna,~n ·re eiH
no !!Tenodil·r char t: d'tkhellesn'a,, nt formé fran i,c&gt;. avail·lll 'té détruit a,:int d'arriver . uhi lt: premier coup de îu" il Liré l ... L
au pi ù de la hrèi·h , ta.ndi. que la lroi Ît•mc
qu'un ·ul roupe, el 'étant mhârrai: é: Je
iluation de;, deux pnrli. était tr ·, peri\l u e;
n'éprou,·n aucune 1 'rie; mon ami J • Yir~
un. 1 • :mir . ll'Ul' inarcb • n'av:tit pu êtr
s •ni fol allc.inr p:ir une h:ille 1~ui enl ,;1 un l'l'l'&lt;'ndanl 1• "rand noml,rl• d \utricliien.
a tZ rapiù • pour lei: ou ·traire l'romptcnwnt
boulon d
pt'fü, •.
ndant. i 1 , l'nne- l ·ur donnait un imm~fü, a vanta e, rar .'i l
nu lèu Je: .\utrichi1•1l:'. En cons: JUl'llCt.', j •
mi. placés sur Je paraprl eus,enl ,·onH•n~ feu \mqaga:iiL à bri\le-pourpoinl, notre
dh·idai que do \'iry et moi. qui portion l:i
JI •Lit· colonnr. ét.ail détruite, ain~i •1uu la
premihe échdle. partirion. d'abord cul: n a:, ·z de pré~cnce d'esprit pour fon&lt;lru b
compa!!OÎ J , nn mi: 110 non~ pnion an
ha1onndle
en
a\·anl
"ur
Lal1~:.lû)'èr
•
rl
ur
courant: 11ne la
ndc h:b1·1l • nou · ui,r. il
llonl d • no· ru ils: mai• le _11rplu: de 1•ur
à ,in pa · d1• distnnc• , ·t ain. i d uilc moi, il e:-l plu 11ue proL.1.blr qu'il 0011
eu wnl acc:il,I ~ ... p:ir leur nomhr • •l lu.:, on hawillon était dr.r,ig~.
pour li· • otr ,, ; 11u·arrhé, ·ur la prome;'.\1.1u_ f1)m1•, donc tri· beur 11 11u no
r •jet I d:111, le fo .. é; rno.i h•. ulri1•hicn.
m1&lt;.le, le. échelb :rraicol placée· à cin11 pil'd!&gt;
ad1er.aire.
ne po -,ml connaitre uotr petit
perdent lr;,, facil •ment 1:1 tètr : notn' audac'
l'une. d l'aulre, , fin d'é,iter lo cnnîu.ion;
nombre,etjem'emprt.
,ai de dire u chd de
cl la IÎr.icité J l'aU:111u 1·, ét nn r· nl tellc11ue, d • r.erulus don· le fos.é, on lai. er:iit
bataillon
11ut,
la
,-ille
étaul pri •· d'a ~ ul •l
menl. 'lu· n nou \'opnl ('ourir _nr la brt'!ch ,
1·• 1chell • numéro ,,air.· d . é , ntru le
ils rahmlirenl J':ihord h-ur f,!u et re:;~èr ni orcupl·.e par no· troupe • il ne lni n· tait phi-.
mur de la prorucn:tJr, pour qn • 1 . troupe~
hi nlol de Ûrllr. ~oo cult·menl pa une de qu'à meure ha. 1 rm : , 'oU · in d'êtrt!
pu. . nl nous uhn~ ~on retard; que te.~
l urs corupa"ni ~ ne m:irclu contre nou,, pa. · • · u fil de l'épêt '.
éch •ll numéro· i mpaÎl's seraient nlevr •:
Le ton d'a ~urance avec lequt·l je p riais
m:ili tout
'éloignèr •nt dan tr, dir t·tion
el l,ortte rapidement ,ur la br'o{'h1 où nou.
intimida
d'outnnt plu ra ilcment cet or6ri ·r
oppagéc au point que nous n·oious d'i•nle po'crion .,·ulcmrnl li un pi d de di tanCP
•ttt'il ntenda1ll tu111ull1• produil]lM l'arriv :e
t•ntr lie. , tant r.:iu.c du n dt: lar 'Ur le,·cr !...
li~ .. :h • d
ldal du re"imeul fr:u1ç.:ii
You . akl que l'att.'l11uc a,ait lieu prè, de
du p; . anc •1ue pour ahordcr 3\CC plu d'eo1 porte de !rani ing. Le ro3rt!t-h I Lann - qui, nou 3}3Dl uhi.s p.ir la hrrchc, accuu~t•mhlc I • b:ml du r,1uparl cl rcpnu •. er le.~
m'a ·:iil orJcmot: de la fair• omrir ou 1·0- raienl • forml'r d1!,·anl fa ~ot)te. Le coma.. Îr"1\ qui ·oudraienl nou prl'ripitèr en
fouccr, alin 11011 pi1l p~n,1trcr Jans la ,ilh1 mantlnnt ennemi h raogua .-on bataillon, el
ha·. C ,, e1plic.-11 ion. l,icn donné· el liien
aprè. lui a1oir espliqu; la ituation dau.
a\'CC h di,i ion . lor. ud; :iu. ,i, d~ ,1u j1• ,is
1
roml'ri ,, lt• m:m',·b:il Lann , 11ui le apsur le rtmparl m . cin11uant · •!l' undier-· lafJU •lie il ~ • trom· il, il ordonna de 11 Po er
prùm·ail, \:cria : « l'arkz, ml' liraw·
li•·
:irines.
Le
l'orup:i
..
nie
pl.1cée,
nu
houl
qu'allait bienlol joindr • l · rt!"iment enrn~é
en l'an ts, cl Rati. lionne e. Lt•nl ~ : ! ...
d1~
110 ru il: ub :ircnt, tnllis celle: qui, rt:upnur nou soutenir, el dont lo tete arrivait
A ee i!!llal, Je \'ir~ l moi uou éfançons,
dëjà dan. fo fo. ë où Je plu~ noml1reui-c· nic pr'· dti la port , rautre e tremiP de
trarcr ou la prom nad en courant, cl plon)(l rnûlc, étai •nt à l'abri de 110- coup , ·e
1·b Il . ;i • uraicnt le pa .. arr , j1• de cendi
"f'OOs notr • é h lit Jan: le [o.-~é. où nou
mirent à rndîérer. rcfu ·,·reot d · c rendre
d:in • la , illc an, plu. attendr . Lt1 momrnt.
d, •1·nd11ns. :No~ camarades et cin11nant
cl
pou -~•rent la ma. e du li. ta.ilion qui faillit
r rn dit.!r noo. _uivcnt. ... En vain le canon 'taic11t pn\ci •u _ ou. man·hon. Jonc ré o- nous renver
C p 'ntl. nt le· oftkier. Ji; r,ituéc à
J, 13 pl ce tonne. ln ru illnde roule, I • Lis- lomeut vers la porte de 'tranLin",
'
in
·nl
à
calm
r
leur troupe, el tout pal' i ·
œnt pru; de la Lr':ch ', et l , mon 1tonncIUent
aïen el le· ball .,, (rappenl 1 arbr • et lei.
~ail
.
'arran''.\il",
!or-que
I • fon!!U fil lté• l grand n wiant un La1aillon autrichien
mur ; comme il l fort dillicilc d'aju Ier
tlofère,
impatienté
de
cette
lenteur, rut ~u r
de infüiùu isol~,. 311ant lri:· · rapidement. ma. sé ou· l'irumPns•· voùle 11ui prét:i-Je 11• po1nl de tout perdre par un ac(;· de coli·re. ·
t e:pacé:· de ,·ingt en vin •l p , nou nrri- celtl' porte "ers la4uelle tou. te~ hommes car ai.i: :ml I comm ndanl utrichi1!n ~ b
faisaient face pour Nrc plu!&gt; ~ m ;me d' la
,·:imt• dnns le f .. :m qu'. ucun d bomJéfendre i le
rançais l'euronçaienl. Uni- gor e, il allail lui plonger on abre dan: le
m de la p •lite colonne fût bl · é !.. . Le.
corp , i m, r.amarad •s et moi n'cu~ ion:
échelle. dé:;i!!ll~
tl'avam:e étanl enleî • , 11uemenl préoccupé de la mis ion qu'on lui Jéloumé le coup. L ,, o\dats ennemi reprinou l porton 3U omm •l de - décombre. , ,·ait confié , le chef de bataillon nncmi. ne t ·nt nlor leurs arme , et uno.J sang! nt'
tcnanl pa compte du bruit qu'o11 eatendrut
de la ruai·on ahallue, et le appuyant corllr •
ur le rempart voi in, n'avait pa . m~me mêl 1 all:iit ·'enna ,er, ion.que u p rt de la
le parnpel, nou OOtL élançon , 'r le rem~
plaré un factionoair' u dl'bo · d 1 mùle, ,;illc rt'leutit extérieurement ou l . ,iolcnts
part! ...
pour l pr :\•enir d1• ce qui e pa .. sait, taul il l'OUp~ d hache que lui portaient le ~ap u n;
J• mont.,is en l ;'Ile d'une d pr 'mÎères
rro ·ail nirlllin 1111 1 f ram;;iis échom- de la dhision lorand, conduite pnr le ma·
t' hell · ; Lah:;do tre, ttui gra.i . ail ·elle
r ii:ut dan leur a11a11uc. ; :111 • i fnl-il . tn- r :chai L:iou • n pcrsonm:. Le soldnt. ennec·1il: de moi,!, ·ntanl que 1:1 l,a e t•n élnil mal
péfait
en nous ,o :int arriver pal' ,Juriète !... mi:, rompri:runt alor qu'il· all:iicnl. e lron:i~suj Ili· . ur le d 1comhr • , me prie de lui
troupe. de nr entre deu Feux, e r uùi r •nt, t nous
donner h main pour l .oulenir, .l 11ou, li 'lait pla,·é à la queue de
orle que, alaul fait d mi-tour en non. Ir · f1mc - tiorlir san rir111e de l rnùtc, rn
parwoon 1•nlin Lou li-s deux , ur le haut du
le. diri e:int \l.r la 1·ill , afin d1' 1lé.,a,1cr fa
r mparl, 11 1:1 , ue de l' mper •ur el de tonie \·oy-mt opproch •r, il ~e LrouYa face à fart? porte, ,pie noll omrim~, au mar ·01. 1. dont
l'armée 11ui nou ,:.llue d·unc Î11UD1:n~e nv . · 1. pt:til colono • françai.c, dont il lui l ·, tro111 · c pr :cipil rcnl comme un tor·
était illl(I ·il,1' d ju cr la force, car je
acclanmtiou !. .. C1• fol un d • pin· be:iu'.I'.
rcnt d;1.11 b plare.
jmm d,i mci ,i,, !... 1. 1. de ir cl d'Alliu- l'av:iis forroét, 1•0 deux pclotun l)UÎ, 'apGé:ï'..n.,1. oE M.\.RBOT.
(.tl s11il•rc.)

MAURJCE DUMOUL)N

,ers

+

La mort du marquis de Condorcet

0

1,

er.

En 1~\1:0 ,Condorr l dei iut ,u,,,(&gt;&lt;'cl.
Il ~1·a11 étc cep ndanL un répulilicain d la
pr~m1ère lwure; le prl'mier' il a-rail J 'monlrc 1~ néce . .ité d'unr. rharle ociale. cl le
prcn~1cr, commr. déput: au haillia e dt• Manre •• 11 a mil rédigJ une Jttelaratinn dt·" droit.
de I homme. L' pr •niirr au .i, il a,ail dv"a"é
du rh:io" d ,, billen::·éc ilcrile ou p:i;léc,
tl:lu la fièi·r' du moment, le prindp~, lo•ri~ue. d · .la démocratie ri de l:i fl{-pu Jilique;
•1 ~-n ;w:i~l ~~ le th :oricicn luriJ~ ri _iucère
cl il I a\'a1t 1!.lt! n,cc une hauteur el une am' pleur. dt,.'",&lt;= 1111! nm,, ~101111 nt t•m·nre au~ou~J bu, .. S lo"IIJUe, dP •agéc de loul prt:Juge, ~n fil tOHJour. un "°'• Leur et ur hic11
Ut·, potnl un pré ur ·cur.
.1 '. . ucc;., dn pbilo;;oph , la cél :urité acad,:m,_riu~ du mathématicieu n'a,·aiim t point
&lt;l • 'l•,·b
. acce. :i. • •. ,,• ca•ur, qu,· rut touJonr;;
ùle 3 la pllll', On le ,it Mf utlr • La 8am.
dr . i•r. J, ~Jan dt• camp:1"11e de réhaliilit.ation
~ll~I \ ~llatr Ill' UI pa. prohler: CO l ï 1
11 mtem11l 11:m~ le procè~ d, bll} ; cinq ;rn
l'Ju_. t.irtl. il ~am·a tl\cc du P,11 b ,·it des
lr•.•1 ro_u. Je Champa •np: au dl:IJut d • la
flc~ol~•.LJ~n, il fut un de fontlakur dé la
a oncle d' a mi des noir. » cl ,·n r{,di..,ea
11•;, ~1... 1111-.

.n

_'était dt!pt&gt;n : en hE'5ll"Ut' de pr ,e:
11. :mut produit a, ·c un ardt•ur tdl1i, que
,m~ l un ,olumcs pul1li1:~ onl lai. -: nt{anmom bl'aucoup de t' iJé inéditr. .
)_lem~r · _d h monfrip:ilittl pari!-icnne, il
a, Il fall lrwmpbl'r la théorie d • l'nutonomic
C?,m01 °;0-3 1e el • ~ uré la ,ic1oire de Pari· il arnit pré\U 1Ïnanitti el :;urt.out le rar:1ctt•r;
ter~poraire de l'œu,r de la on tituanle, il
ai il foudt'.)., aâéti dt: li n, ••I • 'étnil fait
ri•marqn_er par on action répu blir~iul! au
l~1tdc~a111 d~ la f,ùte du roi. Uépulé à la. L :.
gi l~ll\e, pu~ à la Conwntinn. c'e. t lui qui,
d_arll; li&gt; lr ,ail ardu el anonyme ùe. commi~,o~ • débauit la qu • lion con. Lilulionn1•llc
qu, ~c po. a ôtprè le lO aoùt, et la ra, ,
~1ue~t1?~ .de l ,,.~4'rrc: dan· le proœ· du roi,
11 .11 b · Jla pn~ a le ded:irer coupal,le i c'c,l
1~• enfin 11ui rédigea le proj •l de la Conslilul•o~ ~c. 1i!l:i 1•l le fameu plan J'in~Lruclion
&lt;[U 1 la 1mmor1afüô.
. C'ét:ii llàd lÎlr' deci,i~w• Ldecon1ic~
lion _r :publi~ine doul bien peu, en dcbor
de lui, pouv:11ent ·c lanier; cc :ont de. titre~
1JUC M L C· b
1 en un ·ohde
. ou• • ,t '" •c l pu,
~T.l"e, i, e ·po er ec talent et probité 1 • re
urent néanmoio de lit .. in uHi ant 'au
re ard. de intran ineanl..
ia~~ (~1'·"11 &lt;Jorre_l t!I 1" Ril'Dluti1111 (rrwç1tf1&lt;e l ,ol.
•n•, • ·h:r Akan,.
'

... 352 ...

Coodnrt~l'l n'avait pa. renom·é. à ~n indépen~nce, ~l l~· née• . it • de l'heure présent
nt'.. lm r, rais. aient p:t tell IJ.U 'il crùt nécc -a~re d_ •m~o .cr silenc, à l'c,pril critique qui
lm ava1! fml JU •cr a,·e' l.1nl de ju-le&amp;•I' l'um' ~: ~c la Con tituanlt•. 0.Jjii . nux Jacobin., il
_eta1l trouvé en antagoni:..m a1·ec I\ol.,c -p1crr •i se· par li · n · 11 \:•:hoppt!renl J oinl à ~e,
r~prothr,, pa· plu· d'aill urs qu, le, Girondmi-. cl, à l'hem-,Judnnt!er,il ~•trou,a.1•ul.
_ Apr les_jonrn · du :il m3i d du 1 j11111,
,11rl11ut apr • 1 coura•~euse. lt.&gt;tlrt&gt; ;1 e cornmeuant · où il f, il un l, hie.au fidèle d é\'é11ew1.•nts « déJi,ruré;; et exarréré 11, il de\'ÎUl
·.u:pect.' Bi~n que ni Ilobe~pierre 11i 1\lnrat ne
l ai1:mt _m c~•.l ,ur la li-Le d11 proscription , il
l·.o.mpr1l 11u ll était h•mp · dt! ; . f ir" oul,liPr:
l "~e spt~matiqucment pr :p:irt• de ~on
pr11~ct d(• ~ntilulion l'ayail érlair ;_ \ prè:
~,01r. 1·moye a lettre. 11 · l:t~teur. d, l'.\ü.ne.
11 quit~~ la Com·eotion •l r'di~ea, ,1 • concl•rl
a~·ec 1r,è · el Uuhanwl, le .fm11'11al dï11s/;·m·1~0,1 ncillft', qui ne lit pas d'oppo. ition
lrop ,·irf:.
Le ,oie 11&gt;- dél,~1 de la C11nslitut1011 J ,
1~!l:i, ~r: cnt~e par le Coruih~ de , alut public apr~s un~ 10:,nffi aute prépar:ltion, alor,
•1ue I, st ·n n arn11 m~m,, pa été di ·culé lui
fit oul:lier t~ntc prudcnet•. li lança un :1,·i.
au:r. i_ra1~ra1s wr la no111·ell1• Co11~1il11tinn
qm 101 ail . pré,·oir pour le pa,, soumii- à ce
nouveau régime uni' . t:rie de· ·ri e t Jo
mouYcmeuts 11unultucu . Il n·a,·ait pa. i!mé
sa brochure .• c, ennemi. ur •nt p rcc•r ou
anon}ma!. Le juillet l'i!l:ï, Chahot oL1int
contre lui un décret d'a,·cu ·,1 lion.
Condoretl uail •1noore ùc ami , parmi
le qu~L le célèbre C!·wani , ur le point t1
de,tlnir on beau·fr~rc. fi:ibnni. l'a~erlil •
..,ould, ccrélair • du ,omilô de 'ÎJr~t~ {lflL
raie, trouva -ride l;i mai. ou dt b rue de Lille
C~n~orcct était p:irU pour Auteuil. On -c :
pt!d_,a un. nulre ~o_mruis air •. Blancliard; à la
~a1 ·ou d .\ulcu1l 11 n.' rencontra qui lfme de
Condor~et : le pro, rit v 1~ail d partir.
o.!a1a1I ruanqUt! de 1mm pcu,etiln'araiL
dù d ·cbapper &lt;1u'i1 l'amiti' de Cabanis.
Cel~i-ci, uflicit·r municipal d' \nteuil, avi,c
li• .~am!, ~n ami ~" Condorcet, du danger
11u 11 ~ol.ll'all: le m:ure I mporis , rt·nmi , 1.
comm1&gt;_aire ùu Comité de ùreté :oérale :t
on adJOtnl, el lon:que lt.! auloriL :. apparais~.enl ~ t. .lme de Condon-et et lïntcrro ent,
Lah:iru • 1 à s ' cf)(· pour la tirer d'emunrrn : Cabani~ l de même chez Jean Je
Bry oî,. ondorœ~ a été vu; bref grâce à .
at?rm~ncmcnt.. a ' retards, dont le comm1va1re \fercicr ne Fut p tout foil dupe,

Condorcet. uidé par deu. :tmis de ' b.1ni ·,
Pin I et Ou w, put gagn'r l'a ile qu·on lui
a,·ait prépar: chl'l Mme Yerncl, rne " nan-

doni.
Mmo Vernet, à qui il :i,ail uffi de dit'
•1u'il &lt;1 tltni t t rlucu cl pro. crit » pour ac• epler un 11om·el bote. 1l0111 •lie ut.? . ut )t&gt;
nom 1111'apr
on en1r·, d1 i Ile, 1coait
pcn ion J, n~ Ullé nrn érarh'.e cl pllkiLI•. 1 11
lont.!a ,nndorccl dan~ un•~ de·~ ch:imhrc. du
premier étn•c d'un pa,illon donn:inl .ur 111111
ruur, r ndue plu di·cr;t, n•ore par 1111 ridca_o d ~r~nd'&gt; arbre:, t ,,1p ré dn orp~ d •
lom., l!alnl' par 1· pen,io1111nir .. haliilu b.
Un lm donna ln rhamhrc rni. iue de cdl J 11
"t'Omètr 'arr ·L A pe!ne i11 tall :. le pro. cril
eut. une .1lcrte; p.1rm1 le commcn,au de t
m:11,011 r Ir m·ait un député monla uarJ.
~ln~ 'Ol · 'il ,. ·n:iit à le rem·ontn•r. &lt;.:orulorn·t
.. 1.u~ p_crtlu. \(me Yernl'I 'ouuit :i ~farcoi:
celw-c:1 ft ~L' montra di!me d'un si uohle
c_ouliauce 11 , ,i. Îb Condorcet. l':i ura de . 1111
1lrnco, lui procura ùe. lhre llt le tint au
courant d · é1ém•m1•nts politiqm• .
Condorcet était bi,•n loiu ù croir a,uir
~r'JU\'c un a ile dt:fi.uilif: il arnit la .omictino
IDlim~ quï_l serait arrêté ous p u, l'l _00
11r m1 ~ ~u1n fut d'écrir · le plaidu ·er qu'il
compt 11 pr non· r di:1·a11t e,:, jnzes.
C'~ l l:i ,111- fi/ic11tio11 d •pui O Ion tl!.Olp
puh~,(,'; peu 11 peu la confiance rl!nait eu lui,
le~ .1unr passenl ans 1111'ou fo r chercbàt ·
un autre rand r · ·onfort lui ,·int.
En ,17 ~- il avait épou I la niète dt! Ju
Paty,_ oplue ~• Groucb •: dluavnit üngl-troia?"• _11 ·n a,-a1t quar11nte-de11 ; 11uoiqu'on l!ll
~•l iht, le ménage fut parfaitement beur•o .
Jt'U?e cl joli,•, l'Ïrituelt,. 1 °racieu,e, elt'• ,· 11 .été l':im • "' lïdolr du : Ion 11ue la r:.
1&gt;u!~llon .Je_ C_ooJor~·l,. lout autant 1111c c
~l•rll · lillcra1re~. 1a,ait amené à l nir dan
1hùtcl du quai Conti. Comp •me aimante
co!lahoratriœ intclü•• •oie de .
mari, ell~
lm donna un bonh ur an nuai!P •
_llans a r traite Condur ·•·l était prhé Je
,01r ~- femme; il était prhê au:~i J,~ nou,elle:- de : • fille.' ,1u'il adorait: t.or~,iue, ,tJC
le temp ·• 1 oubli sembla . • faire "-Ur le prosl'r'.t • M~c de Condorcet e ri. qua à l'aller
~otr, d ah rd .:011 un_ J~1 i~rm,ut, pni
l1liremeot.
pr,~,en1.e d1 ipa le idées noirb
du , \-. ~I; on intlucnct• lui fil u:pcndr
la ~eda~lt~n de a J11 fi{i.cation : en queliiue.~
moi - _,I i:cr11tt cet admirable Tableau det
progr- de I'" pl'it lw111ai11, oi1 il se urpa . a en lol?i11u rigoureu. e et en claire dialect1que.
Entre lemp ' vec une '.r :nité d'l!lipril

!n

�r-

,,

1i1ST0'/{1Jl

qui ronfonJ, il tra,ailla aux m:ilhérnati,111e .
cher('baun Inn ur.uni er ,1lk,cnlr pritlaconrectioo d • w:inu ·l· J~d "'O"Îque , et dao d ·
,w. émouYankï pnr 1 cqlimenl qui Je in,pir - rt,,ure ,r,111 /1olom1i; c:t.le Co11(i/ à 111" fille - chanta la 11 lo1r d n
femme el ·a tendr ~-e pour sou enfant.
t.'e:t au m11111,~111 où il · r pr uait à l'e ,~tencc qu'un ('01111 ,inl le fr, pp •r en pl •in
cu·ur et lui cnle,· •r lout · · '&lt;'· fore .

.ondorcd eo fnl a,-erti par d • leur navrante • mi - au jour, pour la premi rc fok
par 1. Cabl'n. Eli . onl :in date, mai. nou.·
.arnn,, d'autre p; rt, 'lu'rllc ont élt1 écrill'.'
au ù 1but J I i9i-.
1lu périr d • Faim et d, inisèr nrL prolil
pour Conùorcd ,111 l'almnùonncr lt1,.a1em~111
et opérer Je vropo délihér,: une épa1•at1011
111111 le cceur n·a,. il p:i con.enli: ralkrnatin· était cruell ml'nt tlr:im~tiip1c.

Elle
r ~,out e plic1u r ;1 Condorcet n•
qu 'clic attend de lui.
« ... f, • · loi ne me perrn llPnl p dt•
jouir, ai de di:po &lt;•r mème 11 t· • &lt;JUC 111,1
mi'&gt;r me lai,;.'-'· l Î\ moi· d'ab · rn·c allant
te r, n cr pour toul • propriélt: dan li, da:.~•
d1• émi,,ré,, pour r1ue notre enfant 111• perde
pa lti peu 1111'elle a, ile I nrres~nire &lt;tue)~
fa. ·,• d . rédamatiou.. pour 1 ~•1u Ill' J a,
1)1!5'.JÎII de r:1 ppui 11'1111 no111elle loi,. oil pour

___________________________

LI

À me Y!'Ul &lt;file jamai·. J'o.e &lt;·roir· que lu
c·oonai. assrz mon cœur pour entir IJUC les
liens qui uni ent ta , ie a la mienne ont
noir• molud ltachement. ,,
A I' ine ·'e t-clle r~~olue !i la péaihlc ('On•
fülenl'e, ,pt 'elli, reçoit 1·, 1 rs &lt;Ill· lie et a
fille unl in. pir~~ i! .on m ri: la 1·oilù. toute
r-rainti,e &lt;le la peine 11u'ell a faite l'l elle
a.jouit, d.m une orle 11 po. l- riptum :
a: Je me :Pr1irai 1lt tou 1· d :lai· po,~iltl ·, il n'y aura rien de prononté nrnnl :
moL. peut- •Ir ,li . Ju 'JU -là. r.' l 11J1e
. impl in,cripliou et ,J,,manJ · 11oi 10ml. •r:.tit
d'elle-mème i ell,· n' :tnil ·ui,i ou p:1r L,
prJ· n, . Il
1111 Iles •rue ru~~ nt le. prtcautions &lt;1u· •Ile
et'rt pri •s pour amortir k ,·oup 11o'dlo portait, Cond,,r · •t en nlil , hem nt 1, m urlri · ur,~. 'a n:pon · , dont 1Jou · 11 'a1 ous pa,
1• lext , m i. r1ue
dcl'inon· d:tn, la
·1.llJd.- lellre de
hnrne, fut la rérnlt
d'un m•ur ulcéré. Il •t· plaiznit ffU'&lt;&gt;n n'ait
pa :i. ·u compati à ~ malb~ur , il ,, plaiguil d ah1ir é11: ahandonné, •I rom me for Uéil
mo.rit,11 pr •nait mal~ré tout le de . u , afiu
qu·on ne ptll interprher Fàd1eu ·meut pour
loi la Jétermiualion d ~f ml! d • Condorcet.
il imagina d'écrire un· déclaration ulennl'lle
•jUi lïnnoceolùt.
Ouucrmcnl, a\'ec une infinie palie11ei&gt;, Olèr
le mot dont on u~c pour per ·uadcr un
malade, Mme d Cundorcel reprit ton; le,
arPUffiClll. ,,u·cne avait pr,:crJcm111e11l Mvelopp ·~ : c'c t r.onlrainlt, ··e. l rommandéc
p.u l'impérjcu ' né · i-ilu d au ·er a filll'
t•t de nopa périr dl• 111i ère qu'dle Jc111:u1dl1
1~ Ji" rce; c' l au ,i J, n, on propre i11térê1.
Quant : l'écrit j1t·tilic:-.1lif, die lë r pou,:r.
de lou te. ses force .
1
i à d l II ju.tc .je m :ritai · •1uel11u11
r ·proch . peu. -tu pen_..,, qu'un ~cril de loi
1

lHOJtT DU MA'R,QU1S D'E CoND01f.Cë1 _ ,

me ju 1il1.11'! .elle s ut

pr{\o)an e de ta l'ho pitalité pour 11uelquet jour . Le, . ·uard
part , erail le Ll:ime ladt d, ma conduite, et rcfn,1•r nt de l1i r •cevoir.
je Le ronjurc de I,• ilétruir •. 11 hu111ilie mon
~n. a~iJe, Cundor ·l erra 71
1œur aut.1111 r1u'il le décbird. i tu uccom- on ne a.il où : 1 7 rminal. il
bai~, 11ui ne ,errait d • ooun•:iu 1pie mon Clamart-lc-Vi;,nohl ,, mouranl &lt;l faim, e tr&lt;'' or, 11ue ma \'i • " 1 unie à ton sort. · ta
ou:, ne tenant pin· . ur ·. j mh . Il en Ira
p1•r~orme'? ui. rnon d1cr ami. elle l t' l unie à l'auber e Cr•. pinet ·t d ·m. uda à nrnrnrer.
:, jamaL 1•t je IH' mériL p:i le oin off nsanl Est-œ, c.:ornmc Il' veut la tr.idition, p:ir,·e
11ue lu as pri . T ·, m lheur, J ·rnrl'nl mon qu'il commo.nd un omeletle J'uu lrop grand
c i. lt'nre. Un le lit nutanl :·ur mon ,i..age nomhre d'œuf p1J11r re terop de tli · lie'!
,rue 1'011 n pu ,oir dan. mon immohilih: qo • E t-c parce 1111e a dhnard1 , . 011 1 n "c
j'étai.- pr.u occu · d, la cr inlc d' l'lr
parurent uspect 1 n 11' ·ait: 1' con,oma ·o iée. 11
matcur., tou, n,-culouc , pri dt• m :liaur ,
l.oin d, la ,·a lm••r, c •lit• 1 Ure a péra int "rr g ·renl Il' nourel bute.
u11 imagin.,tiou ,! 'f• ch
ne.
Il ,1; lara
nommer Pi, rre ïmon, natif
li l inr1ui 1 &lt;lt• mille chu es : du dan er de Ili! 1110111. 1alet d • 1·hAml1rl•, ncluellem.-nt
&lt;1ui mena la ftt:pnhli'lUl', d _ dan! ~ 11u" 'an~ cmplui · il n'uait ni certi 1 1if,, chi 1nc,
pcmcnt &lt;"-Ourir s.a t 111111e et a trlk, de. ni cocml1· • 011 pré~inL I comiti Je undlsiro, propn· , clê IJ Famine imminent , cl 1 uce rp1i l'apprJhe11Ja cl le qtH''-lioona. !lu
,nrtout de pen. r qu • 11· dimrrede i:a f ·rume, lui d manda 11u 1 • l 111 domi, ili: à P-iri ·;
;1\·l'r. on 111i"?itli•11r ami Cabani. pour t~moi'1,
il domr:i . a propre adr , c rul' de Lille, et
va ètr cho ,, faite. Pour !nul ,·?s r,1ison . rit a cornm,• r :rir 111· • 011 prnpr ~E'1·rrlairc.
pou, ~ p:ir un énenemtlll ')UÎ lui _·ra fatal, C:ardol. 11r le lilU. où il a · 1 J pui, cp1ïl
il e t:roil obliné de &lt;Juitlcr a rf'lraill!. fi t'II a 11uil16 Pari-, il ne clonm• &lt;1u · d~ r •11 ei •nt.'a1·î.-," lm • J • ConJorr l &lt;1ui. affolét&gt;, lui rn uls incnmplct cl co111radi1 loir ·. 1111 l'arécrit :
rêt. et. \'U on 1tal de r iLb • on l con1 fü,nd -moi le p(•U Je ,ie •l de paix 1111i
duit •~r une charrl'lte r1&lt;1p1i•ilionm:e 1t
me re lent en m jurant de re,h•r oi1 lue , llour~-f.: •alité, apr,~ J',l\·oir mir111tit•u,emcnt
rn m • mandant si on l'i ,oit du rn,~m œil .... fouill: - r •1ui e rlul lOule i1I 11'1•mpoi'.\e ,eu.Hu dom• plus ·,11oir oin de la ,ie?
on11cmcnl - et 1p1'011 eut confi 11ué sa
.\ i du moin · pi lié d,: la rnic1111e. Je t~ m , montre, on port ·-mine, on ç1nif, ~011 ra oir,
en l' n conjurant, contr mon cœur. 11
l'llorar 1ru·i1 a,;iit dan C µor.hl' • Il e l
Mme d Co0Jor1·rl :e beurln à une iJé1• donc [orl imprnlial,le qu'on lui eùt lai... ~,: a
lhe: lè :1 °m11i11al na Il :!5 mar 17!11} il farn •u. e ha oc rcnfrrmant le r doulahle
partit. Vêtu d'une 1~1rmag110J.•, coifl: d'1111 poison de Gah:mi~.
llo1111el de l11ine, il r1ui11n J., mai,011 de
lncar 'r • le 7 "ermiunl, on ~••ôlier, Pierre
\lm~ Y met. Le g1!omètr • · arrct. •111i l a :iil . imon, 1 tro1n:i , mort, le au malin, lorsêt,~ l'on comm ·n al. l'accomp:ii:na jn~11u 'à lô! (!uÏl p 11 ·tra dan 011 ·achot, nai mLlahleliurière de Jfoutrou..,,,, Cooùorl' t _ d1ri ca
mcnl luê p r . e fatigue ph) iqucs, les
\ r runteDJy-au -Ro e-. oi, il comptait dc- 111,inE' moral IJU i ra,aienl a ~.1illi, ·t les
marul r RI!. Sir rJ, qu'il ;nait jadb oliliur. d :boire· politi')ncs de re d •rni rs moi •
1

~ht·1u

)'-[ la cour de Loui X1Y

J..

GWLJEI( li&amp;

(l'lb(•RClT LE TROIVE lùRT O.\ . .S

t • plw clair de la forlun • Je Condorcet
n. i_ llli en kr · 11uc ~a pro cript1on m liait . ou .éque trc l en place 11uc 1:1 l\é1 olution a,·ail !iupprimtl . . l.o. r traite ljUÏl a1·M
lrOU\"éi' chcl ,fme· \ •rnel lui ,au\'ait l'e blenc , ruai le rendait incapabfo de •.;agner
rie.
L • ·ien. connur1ml donc Lientôl touh.-~
le an oi c~ de la mi ;-,r ; Mrnc do Condorcet
end.il S S h1jou , ch rrh. l r. ire de miafalurc ; la dtHre~ e fut bientot telle qu'il ne
re ta plu à sa femm1; d'autre moyen de . e
:,au ver, elle el a fill , &lt;JUe J demander le
dhorœ.

t·

, ïl.lll!&gt;" ·\l. ·· · •
\ l'lll$Q"'. U ! uu GE

Il · _ Gr,u•urt J~

.\u ~i a\:CC ffllCl mJ!lll :emenl. •lie rn!p~r
I • pro nit à eO\i :t"cr rr 1dem!'nt la 1luauon
qui lui C!' t foi te.
. .
, i Lu pomai:-. lui dit-clic \trc
Lratl
ùc t • malheur, par le~ doul •ur: qu 11 me
cau5e11t, je pari •rai de larm dan !' 11uell je p,. e me jour ~l qui me r~ r'.l
moin dé hirante pour mo1-m\m .... P~,·jc èlre a • z beurfü c aujourd'hui pour ne
pa. t"afllirr r n le pari, nt du nouveau malheur oi1 les intérèt de notre enf nt me ,ondnmnent probablement, démarche donl ?1"
main n'écrir pas le nom, won t·œur n en
parta,.cra poml I eu . J)

?'

B&amp;Rt1111.ut r, J'J/'r~, l~ Jessln de FM&lt;.ONAnh v1ts.

con~l'r1·cr q ueh1 u • propriété , ,oil pour
lrbapper à la ri!!lleur de. dllcr t cl&gt;alr · le
km mes dr ah cal- . .D
Tout au · ·i11il elle Il' ra,surl' :
a Celle • :p ration appar Ill , t.1ndi 11ue
rnun allachemenl pour toi, les lien 11u1 11ou•
uni nl sont indi .olubhi.-, e·l pour moi le
r..omhle du m lhcur ...
« J'o. e croire que lu n·:1, pn b ~oin de
lD.l parole pour être certa.i Il que le rcstr ile
m ,·i cn •ipliquert 1 . motif·; que, ra_rpro hé. , rien n ch.'lonera Jans not r • e:&lt;1 •
tence r ciproqu ', el que je porterai ncor•
un nom toujour, plu_ ·her l!t plu bonoraltl

mœor J~ bom111e &lt;!t de· femmr !-OUI cban~é . 1•111ièr 'lllcnl. Quand je di le_, mœurs.

j' eulend · le· fa~ns ''" faire, pui r1ue du rc le
le. mêm pa~,ion. ont dan. tou 1, lemp
rroduit les mè11ws l'lfcts : mat , par c emple, il e t œrt:ain riur. corn1m: le, fl•mm •
La mort J".\nne J'Aulrichc, mère du Roi parai·. :iienl e r ·p1•ctcr plu qn'à pn:Senl,
[ ltilitiJ, 11':ipporta aucun chang ment au
on les re. pectail au.-. i d ~ant.1•:e. Le jeune
aflair · , Joui Il ne ,e mêlait plu ; mai
homme le plu· déliaurhé n bumi1 poinl
11 • •n hl uu rand d.111 la cour, qui di:; cc lou le jours jusqu'à . 'cnh r •r: et 11uanJ
jour-là com111ença à chan cr de forc&gt;. •lie il liait i\'re. il allait ~fi' coucher. On était
princ ·-.e, 'JUi \'ait r.ouuu l0111 le momie, tt plu dc1irat ur le· plai · nleri ·• 'IU 'nn faien. avnit fil be. oin, a\oit parfaitement la sait le. uns de: autr ·' • la bonne compagnie
na, .:inc:c el le mérilt• d d1min, 1 . o plai- éll!it plue; êparé • d' la m~uraLe: l s gcn
ail à 1 di tioguer: lii•re tl polie en mên11
,1ui l'lllraient dan_ 1 monde .uaicnl plu
1 mp , Ile . 3\'aÎl ce qui s'appeJI, ttnir Ullt'
d'êrrard pour CPll. qui :iraient 11uelqne acquis,
cour mieux 1111 p•r. none du rnond . •l quoi- 'l n'étaient pa · ,i aisément admi en tout.es
que Yertueu souffr il nuim ;nec plai ir cet
ort~ de compaguies. Comme il n') ·ut plu.
air de galanteri 11ui doit i è1re pour la de mérit.c q11&gt; et:lui d1 fair L idùm nt s,1
ren,lre agr ;rihle el
maintenir la polite. c cour au Roi, cl que du jour Je la mort rie 1.
Jont en ce t,·nrp ·-là Lout 1 ruor1Jc: faisait ca~, Heine mt·re il pa a prc~C{ue toute ,a ,·ie ù 1
mai qui d •pui e·t devenue inutil ', el peul- camp sue, l'urLanité Cl la polite" e d I ille.
èlre m lme ridicule. n p ut dire que l ~
e relir\renl petit à J&gt;t!IÎl de la cour; ,1uoi

i:

J

'LI,·.

deu rl10: . tontril,11crcnt I.e uooup : l'un
que le noi ne vouluL ni ne .111 faire l., di·tinction 1pùl c-0nüen1 de Iain; d, humme,:
l'autre, qu' yanl un hu111t•ur n.alurelll'meot
p,:dantc et au:ti\r •, il mit in. cn.ihlem •nl h
rl•rurn · ~ur I pied d n'o,er pari r au homm Nl public. ,an: les r ·ndre plu· sages, il
lt• rend il pl us iin polie · : el parce q ne la na1nre ni: pt•rd point · druits, la lin il le ,,
rendue ell'ronté ·. Le. mini trc· •, d'un r.f'lté,
gen ... Je peu de nais. anet. pour élni"n •r tout
1, monde de affaire , lui pcr uaJèn•rtl qu'il
ne pou1·ai1 faire Ji, distintlion r&gt;ntre les courtisan· an' ,'a::ujellir à mille t;"ard~. 1
alTail,lir ,on autorité; 1 1
mlitr~, • , dt!
l'auln, dêd1iri·rcnt toute, le femme pour
1 rnir· valoir,
Lne leur ptrmirent p un
· eul re rJ, nfant '}n'cllè f i aient d ,,
Pnîanl · Lou le jour . Ce dame· a\':iient
pourtant mauvai. Il gr, ce de foire ,·aloir au
lloi 1·ur fidélité: r il l~, trn, il 011, la cl r
et p rsonne n'osait I rcgard1:r.
,\I.\RQUl~ Dt::

... 3.55 ...

DI J,\I

L.\ 1 ARE.

�ÙS DÉBUTS DE LJI G1Œ1fl(E f'~JtNCO-ALL'E.M.AJYDl: ~

BMJLE OLLIVIER- ADOLPHE THIBRS-D' THOMAS W.EVANS-MARQUJS PHILIPPE DE MASSA

Les débuts de la guerre franco-allemande

li y I aujourd'hui q_111r1t11t&lt;. anJ qu'un• c.lkoy ■ blc
gunr•, dont J.,. dn:ts n'ont p,u c.,.,é ~ o&lt;. ftirc.,cn·tlr,
oow; du formc.s dinrsu, à l'intiri&lt;ur du dw1t pays
qui ronl provoqutt ou ,ùbit, mlt lu é111H corüédirù
d'Allun.■gn• ■ u.x pdses avec la fl'lln.ce. A l'ocasion
de ee qmnnti,ê.m, retour d'un lri:s.tit. annive:naire, 1ii1loria croit dcvolr n,unir un cnscntblc de 1émoignagu
po,-ta.nt succf;!.sivcmcnt Htr lu or1gint.s du t:onfli1 cr les
tlrcorul.mcu tr1glquu clonl •'aecomp•g~èrcnt ,., dlfffrcntu ph:ufl. Comme tau• lu témoigrug•s hurru,Jru,
ceux-cl s,:ront plus d'un• fois, sans doute, vi&gt;ibllCJll&lt;.nt
inllucncû par du scntlrn•n.t• préconçus, des parti&amp; pril
d'ordre puticulin. M.a.!• Il &lt;.n Fur toujoun ain.si d&lt;!I
apports cJ.e contcmJ&gt;Oralns sur lu personnes et SI.Il" les
f■lts, cl cepend■nl eu apporl&gt; n'm corutitucntpasmolns
lu sources u,cntidlu où s'■llmcnle l'H i,toirc, quitt&lt;.
1 ux hlstorlens et à l'opinion a lu 11cc&lt;pler, tcctili•r ou
rc.jetu, •pri$ qu'ils ont éti ooumu à l'c.xarnc.11 &lt;agac..
et ,êilichl d'unt. c,-itlque. imputial&lt;.. Il devra donc en
ètro de même pol.ll" lu d&lt;&gt;c:ument&gt; que r&amp;$,cmbl• 11/Jloritr ,ur lu débuts d• la gu•rr• franco-oJl,mande.
li convient d'abord de cittr, pour ouvrir ce.lie Hri&lt;,

""cc page. de M . Emile Ollivier, u,tra!u de. l"Empirt libir&lt;1I, publié par MM. Gamin frens , ~• dan, la-

converti le compte rendu lé\érrraphi1.pie des
eonvcrsa.Lions de Benedt:lli rn?c le Roi. le
13 juillet, en une in ulte à laquelle le peuple
de l'honneur élail contraint de répondre par
un apprl à la bal.aille.
.
Le jl'une empereur de son ctité r~vend1quait fihemcnt pour Lou . le: Prnss_1en ·• le
mérilc ']_ue Bi murck para1ssa1t vouloir s a.tlribuer à hù seul. &lt;&lt; Dans le aan~es I M,
1866. 1870. a-t-il di! dan un de ses di cour (d~ccmbre l 90), quiconque sortait de
l'école pour faire son volontariat ou en_Lnir
d:m la ,·ie aclive était unanime sur ce -pmnt:
l'Empire allemand erail de no~,•eau res,tauré cl l'.\lsace-Lorraine r~conqw e. n
.\ peine q\lelquc -uns de 110s écrivains entendirent-il ce conflùence , le plus grand
nombre n'v prit pa garde .
Mais, aprè sou re1woi, Bi marck eut un
intérèt plu direct à convaincre e eompa-

quclld'anden mini&lt;1t&lt; de Napoléon 111 • nol.è
1., aveu" de BiJmarc.k quant au1 proccdes
employés par lui pour provoquer la dicl•ration
de guerre

La dépêche d'Ems.

Un soir d'automne, lt Varzin, dans
un ,,rand alon orné de la ·ta.tue
de Rauch., la Victoire diitribuanl des
cow·omw$, le prince de Bismarck
était a~si prè d'un poêle dans lequel
il jetail machinalement des po~1f's
de. pin. li lais a échapper_ une pl~mte
mélanc.olique ur a destinée qui parai.sait i ùrillante. LI n'avai~ foil le
bonh.eur depersonn ni de lui-même,
ni dll a ramille, . ni de qui que cc
fùL. li \'ous avez fait le b"nbeur d'une
brr-ande 11ation. lui ripo ta+on •. ~
Oui mai le n1alheur de combien •
rép~ndh•il. ans moi. t~oi grandei
guerres n'auraient pa eu.heu~ quatrcvin&lt;rl mille homme n auraient pa
pért de pères, des mères, de ~ur ·
ne ·eraienl pa plongé dans l~ deu_,l.. ..
)1:J.inlcnanl ,j'ai cela à rêrrlerave~Dieu. »
D'ordinaire, c'e t avec orgueil el non
mélancoliquemenl qu'il revenait sur se •rrandes inîLiath·es. U se e-0mpfai ail à expo er la
tactique générale, d'abord d~latoire tant que
l'armée n'ttait pa prèle, puis prorncante dè$
c1u'clle le fut, par ~aq_uelle il_ nou avai~ co~duit peu à peu à l exa pérat1on. li e~bqu~t
en détail le tour de main par lequel il aYail

PALAIS DE SAl:'iî·CLO0O (~AÇADE PRJXCIPALE).

triote iiuïl élail le vérikwle autcw· de.s événaments .ans lesquel l'unité allemande ne
se fùt pa ' constituée. Il repriL ~l?r l~s confidences de Varzin et les reprodw 1t lui-même,
les aulhenti4unnt ainsi, dan des disconr 011
des conversations répétés aussitôt el commentés par tous les journaux de l'Europe.
.,. 356 ...,

1( Cne de me
t.lcheia, dit-il 1t léna et surtout
à Ki iTI'"en. ét.ait d'aplanir le rhl'min pour le
glaive allemand .... EL cela m'a réu . i. ~f?n
vieux souYernin, àgé de 73 an e.o J 70, nuvail pa grande emic de faire la 1ruerro ù la
France· cependant celte guerre étn.it nécc saire pour créer l'empire a.Uernand. Il fallait
absolument faire la 911erre à la France;
seuleme11l nous devion. allemlre le ,110ment où. les Fr(l.)L('ai' 7Je1·dmient palienre.
C'e t ce que nous avons lai 1. ))
ll expliqua une foi· de plus. el celte foi·
sur la place publique, comment il s'y était
pris pour nou fa.ire perdre patieuce. « U es1
si facile, dit-il à l'un de se· inlerlocuteUl's,
de modifier com11lètement, sans le faVificl',
le ens d'un di cour·, par des omi .ions el
de· ra Lure . Je me sui· e sayé moi-même un
jour dans cetle partie en qualité de rédacteur de la dépècbe d'Ems rrue les ocialisles
me reprochent depuis vingt an . Le
roi me l'emo ·a, avec imtruction de
la publier dans sa teneur intégrale ou
pa.rLiellc, el lor que je J'eus &lt;&lt; compo ·ée », aprè force rature et roupnre , ~loJLke, qui était chez moi, s'écria: 11 Auparavanl 'était une chamade. maintenant c'e tune fan lare! ,,
Le commentaire d Hamburger
lVaclu·ichlen, connues pour reœ1•oir
les conlidence du cél~bre chancclit'r.
ajoutait encore ~ l'importance dn
récit. « Le prince mérita bion de la
patrie allemande en contraignant de
eelte façon la France à prendre lïniLialive et lt e.udo er la respon ab.ililé
de la guerre. i l'on avait a!ri aulrc111ent, la guerre n'aurait pas eu ]il'u,
!'Allt'tn;1gne aur.ut été dan la situnlion bumilianl d'avoir été pro,·oquéc
et in ·ullée pnr la France cl d'a,oir
reculé: cela cùl été un second Olmütz. La guerre lit.ail indispensable
pour fonder ruait~ allC1;11a~dc.
a i l'on avait lai. e échapper
celle occasion, on aurait 'été obliaB
de trouYer un autre prétexte, moin
adroit peut-être qui aurait aliéné à l'Allemagne le sl•mpathies de l'Europe. La
guerre de l 70 fut entreprise pour éviter
l'humilialion d'une pai. imposée el pour
empêcher l'avortcmenl de l'unité alle~ande,
qui" devait être glorieu ement conqU1se par
les comhal de tous les peuples allemands

contre l'ennemi hfréditaire. i M, de Ilismarck avait préféré une pai-x boiteuse lai sant
sub ister la ligne du ·:irein, la lleur de la
confédération d.e l'Allemagne du Nord se
serait probablement lletrie et n'aurait pas
donné comme fruit l'unité impériale. » (19 on
B Nol'embre 1892.)
Cette fois, l'émotion fut i universelle 11u'il
fallut bjea entendre. La clameur françai e
en foveur da bon droit de la Prusse parut
déconcertfo; nos journalll'. de Lou te nu.noce.
modéré et radjcaux, avec eux les jou.rnaux
étranger , s'accordèrent à signnler la portée
déci ive de ce récit et de ces commentaires.
On put croîrü 11ue 1a justice allait enfui prévaloir. Eifel d\m jour! D~s le lend,:,ma.in, la
rérélation était :1 peu prr·s comn1e non avenue; les anciennes injures reprenaient plu
ou moin leur cours; on recommençait à
allribuer la guerre fatale &lt;1 à l'homme au
cœur léger », qui, seul uni\'anl des milli Ires du 2 Janvier, est devenu le Luur· émjs:-aire consacré de la catastrophe.
I~l,HLF. OLL!YrER.
de L-l ~dem,e /ra11ra1se.

te 17 ••pltmbrc r 87,, M.. Thiers f111 •ppcli à dipose:r, d.cva.tu une. commission parle:rne.nta.ire, :SUT Ju cirCOPUlin&lt;U qui avai~nt ameni Ja. révolution du 1 ~pltmbn. Il prononça, ii propo, du voie dt la déclaration
dt guerre, lu parol..s qu'on va lire :

La France n'a pas voulu la guerre.

J'ai tout -vu, et j'affirme, la main sur la
conscience, que la France n'a pa roulu la
!!Derre. Quelques homme.s de cour, et, je
dois ajouter, pour rire complètement vrai,
quelques péculateurs de Bourse, très peu
nombreux du reste. entanL que les fautes de
J 866 pe nienl sur les affaire , el croyant
qu'il suffirait d'une campmme de six semaines pour rendre l'élan aux spétulation.~
dont il \ivaient, disaient : 11 C'est un mau•
-vais JtJOmenl à passer, quelque cinquante
mille hommes à sacrifier, après quoi l'horÏl.on sera éclairci, et les affaw.s reprendront. ,i
Mais c'étaient de rares exception , et, je le
répète, la F1·ance .ne voufa.il pas la guerre.
C'est un parli, aveuglé pal' ori am1üion et
par on ignorance, qui seul l'a voulue, nou~
l'a donnée et nous a perdus.
Deux amba sadcurs des gr:indes puissance~,
tous deux hommes d'e prit et très dirrnes de
Ioi, m'ont assuré que l'empereur le;r avait
di!, ea p.irlrml ùc J'aliandon 1fo la c:uuliJ;itu rt•
lloht:nzollern : 1&lt; C'c t la paix: je le rcgrcu,,
c.1r l'occasion était lionne; mai ·, à tout prendre, la paix est un parti plu 11r. Vous pouvez regarder lïucide11I comme lermiué. )l
Les principaux miuist.res m'av~icnl tenu it
peu près le même langage, et, malgré ces
assurance., dan la nuit tout tourna brusquement à la guerre. Je crois que la cour eL ses
familiers firent un pai ant effort, aidés des
bonapartistes purs, qu'ils int.inudèreot les
ministrc:i el triomphèrent de leur taiblt'n et

de celle de l'empereur, en _e ervant du prétexte d'un outrage fait à la France par le roi
de Prus e, dao son dernier entretien arec
M. Benedetti.
Quel fut le rôle de chacun dans ce triste
drame? Je ne saurais le dire, el je ne vcu:...
avancer ici que ce que j'ai vu. Mais tous ceux
qui ont pris part à celte funeste résolution
dcrraient être à jamais incon olaLle .
Au milieu de l'agitation générale, je n'avai vu o.i le maréchal Lebœut, qui, dan.
celle cri e, ne parut pas à la Chambre, ni
M. de Gramont, qui n· parut que très peu.
Le mnrécbal Lebœuf se croyait prêt: quant ù
M. de Gramont, ministre de affaire~ étraugères, je ue sais ce qu'il croyait, mai c.ertainemeut il ne fit pas prem-e de jugement politique dan une situation où, én manquer,
c'était perdre la France.
Le lenJe,main, arrhé. tous de bonue heurt'
au Corps lé 0 i lntif, nous r11mc. an.~ par
reue nouvelle dPsolante rp1c la guerre t'!ait
ré olue.
Je ne pouvais le croire, et je demandai· 11
lout le monde s'il en ét-ait ainsi, on jaruai~
ob1enfr une répon e tanl soit veu rab.011nable.
On me répondait confusément que le Roi
de Prusse avait l'ait à la .France, dan la pllrsonne de son repré,entanl, un sanglant oulrage . .le dema.odaL~ lequel . et on ae me
répondait que œs mots : r, C'est intolérable!
c·e t intoléi'al1le! »
1·ous avons opprisclepui ce que c'était que
ce prétendu out.rage. :\f. Benedetti l'a dit lujm1\111e, et. à îer ·ailll's, allant négocier 1111e
première fois l'armistice, une seconde fois la
paix, j'ai appri par des témoins oculaire.,
tout à l'a.il digne' de foi, ee tJu'avail été œt
oulragl', et la \·érilé, ln voici, à ce que .1e
eroi .
Mlf. de Bi ma.rck cl &lt;le lJollkc, aœouru
auprès du Roi, le Roi lui-mème, son fils, ln
1·our, Ir. Jlrincipaux mini lrc , les orénéraux
influent, et en!i n J, puMic ùe Oerlin lo111
entier, araicnt reconnu que !''étai~ une faute
que d'avoir palru11né, même d'une façon in i"nifianle, la candidature Hohenzollern, quïl
fafü1il réparer cette fo,Htü en ahauùonnanl Ja
randitfature cause de tant de trouble, mais
que si la France e:dgcait davanta~c. il fallait.
lui tenir !êle el accepter a.rce elle un du •1 JeYenu inéritahlc. C'e;;t, t•n clfet, le parti qu'on
a1·ail pris. liai.- nos l,on~Jmrti Les de Pari
a,·aient demandé cJUe le Roi de Prnsse prit
l'engngemcuL pour l'a,cuir de ac pin laisser
reparaitre ln candidature Uobcnzollern ; à
quoi le CulJinct pr11 sicu araiL r :pondu qu'il
n'était pa l'auteur de rPll e cru1didature, 4.u'il
l'a,ait connue. mai;: it. peine connue, el qu'il
n':mil pas à -'engager à l'égard d'unt.l détcrn1inalion qui .n'al'ail pas dèpendu de lui dan:.
lt• pré ent, et dans l'a1·e11ir en dépendrait eucorc main .
Il tltait éviùenl que celle exigence du gouvernem1.•nt fr:mç,'li. avait pour but de rendre
plus morlifünt la reculade du la Prus e, cl
rru 'en faisant une telle entrept'Îse contre !'orgueil pru ·sien, on .;: 'e\11oser1'it à une rési -

ta.net: qui amènerait la guerre. La faute de e
conduire ain i était d'autant plu· !.!'l'ande, que
ce dont on ne \'Oulait pas se contenter était
cependant un -vrai triomphe, qui serait apprécié comme tel par Ioule l'Euro]l{', el que les

, ·APOLtos
\Ci!llecllcni Je M. le

lII r..: 18:,0.
B.\RON DE BoORGOING. J

mortification de 1 66 nu.raient été presque
entièrement dfacLles sans coup férir !
Or l'outrage fait à I. Benedetti s'était r~duit à ceci : le Roi de Prns.e se trouvait aux
eaux. d'Em , maladif, agité, irrité par la
grande alfa.ire du moment. 11 prenait es eaux
du malin avec son fil , 101-sque f. Benedetti,
ne e contenta.11t pas des demande communi JUée au Cahinel pru sien, èt di:jà. refu ées,
a,·ait voulu rènouveler ses instances auprè~
du Roi dans un moment lout à foit inopportun. Le Roi, snn brusquerie. mai al'ec bri~, eté, lui avait dit qu'il ne pou1•ait rien ajouter
aux: r11pon,~ de :,e • Ministres, c.t l'a\'ail qaiUi}
·ans rien, du r ste, qui rùl le caractère d'une
impolite se. Il faut ajouter loulcfoi qae.
toute L\llema ne étant impatiente de avoil'
ce qui "-e passait, ~I. de l.lismarck lui a,ail
manùé la répon. e du Roi par le télé" raphc.
Tel e t le ~and ou lr~ge pour lequel 011 nous
demanda la rruerrc., et pour lequel il un vrai
triomphe, celui d'avoir fait reculer ln Pru SI.'
Ùcl':l.lll l'Europe, ou s11bstil 11a1I le plus affrcm
d~astre.
Tant 1111c ,je vi1Tai. je me rnppellrrai celle
ll'rriLJejourmlr. Le Corp légi lalif était réuni
d,'.s Je n1:1tin. el on vi11t nou lire la déclaration de "trl'rre fondée sur Ji,,; 1n0Lir que je
\Îco d'exposer. Je .fus saisi; fa Chambre le
fut co1mnl.l mni. On se r~arJait le uns 1 •·
autre~ :11ec une orle de stupeur. Les p1·in •ipaux mcmln:.:~ ùe la gnuche, 8U group:t11l :iuluur de moi. me demandèreot cc r1u'il fallait
faire . Craignaul l~• maurni c. dispn~itiom du

�. ______________________

111STO'J{1Jl

Î.ES DÉBUTS DE LA GUE1f/tE 'F]tANCO-JtU.EM.AND'E

la majorite à l'égard de la gauche, je tli' à
me collègues : u Xe vous l'TI mNez. pa:, el
laLcz-moi faire. 1)
Jp voyai. un or,we prêt à fondre sur no
tète . Mai j'aurais bravé la foudre, arec certitude d'èlrC' l'crasé, plulùt c1ue d'a sistcr impn:.-siblc à la faute qui allait s tommellre.
Jr me l rni brusqutlment, }• j:ülli:;, i je puis
dire. el, de ma pin ·e, je pri, la parole. De
cris furieux. reLeoLirenL aussi[r)l. CiD11uanle
éncrgurnèn • wc montraient le poio", m'injuriaient. cfüai &gt;nt que je déshonorais, que je
~ouillais mes cheveux blancs. Je ne cédai pa '.
l ►c ma plal'e. je courus à la tribune, où je ne
pu faire en\cndr.. que quelqm•s paroles c~trecoupées. Comnincu qu'on nous 1rnmpa1l,
1111'il n'~tail pa pus iblcqueleHoide Pru.sc,
~entant la gra\ilé dl' la po ilion, p11i qu'il
av;;it céJ,t i:nr le fond, cùl voulu nou faire
un oulragr. je demandai ln production de.
pi'•ec. nr le quclll' on !stl fondai! pour se
dire outro:,ré.
.I' étai~ i1r qu e ~i nons ,1gnio11~ , inglqualrP lwures, tout craiL expli11'1é, et 1~
p,ùx au,·ée. On ne ,•ouh1l rien rnte11dre, rien
~ccord,,r. s:rn[ lonl ,fois la réunion d\rne
commis ion, 1· 1union de 11nelqt1e. in~lanls,
où rien ue fnl l:cfairci. La séance cummença;
anJll la séance le L11mulLc. Je ru_ in.sulll- de
Louks part, , •l les dt'-putés tll'. centres, :,,i
pacifiques I jour: précédent , intimides,
entraidés dans le moment. s'c1cusanl de leur
raibles e &lt;le la mille par leur ,iolcnce d'aujourd'hui, "otrrtnl cette !!Uerrc, qai c,t la
plus malheureuse certainement &lt;1ue La France
ail enlr pri.c dan .. a longut• et ora~euse carrière.
ADOLPIIE

corumeuça 1t pt'eadre es me~ures pou1·
11uitter le palai de ~aiut-Cloud afin de se
meure a la tête d(' l'armée; la plus imporlantr, peuL-êlre, de ces me ures l'ut la dé ignaLion, par décrel spé ·ial, de l'lmpéralriœ
romme Régente de l'Empire.
Pendant dix-sept ans, la ouvcraiuc, rpù c
Lrom•aiL ainsi appelée à représenter . on pay~
aa milieu de vicissitude d'une grande lutte,
avait aidé l'Empereur 11 nouvel'ller et avait
parlarrè a pro ·périt.é; ella avait fait par son
intellii;ence, on e prit brillant, ·a gràce el
sa Leaut:, l'ornement de la cour la plus
pkndid'c de l"Europe, el son ardent patriotisme, n ·ymp:Hhie, qui jamais ne se dém niait, ponr le· pnu,•res el le· arili"és, la
rendaient dignr de lu i·onfinnce Pl de L'affection de on peuple.
on noble caracLi\re la quafüiaiL bi1m pour
la position qu· Ile allait occuper, et sa connai· ance de affaires du goU1ernemcnl,
CJU'ellc avail acqui. e n-ràcP t1 lïntér 1L qu'dlr
• avait toujours pris cl !l l'in. lruclion qu'elle
a,ail reç(le, lfl rP11 dail parfaitemenl :tple 1t
gouverner [, p-1~s qu'elle :iimait . i tendrement.
Elle a\'ail oun·nl pri part aux con cils Je
cabinet pendant le · ann(.,. de paix, et !'Empereur lui a~niL c~ pliqué le lllécani ' me des
:iffaire de l'Etat, et l'nvail initille à Lon . ses
·tères, car il voulait que l:'I mÎir Ju
Prince Lmpérial fùl capabl ' , en cas de

mr

THIERS.

;e,,.,.,,

On )f1irnoiru d• D' TMJma, JY,
r«&lt;.mmcnt
publl•• par la libr&gt;iri&lt;. Pion, nous dc11cl,on• le pu.!llg..
lUh••nt, où •• trouve nhué en ditall lc dr'parl de l'cmpenur d de •on fil&gt;, tn juillet 1870, pour le théâtre
dt 1• guerre. Lf. divou•m••• de l'-.utcur d&lt;.s Jlfi.moirn
à Napoléon IIJ ,1 à il famille devait 1rouvu bientôt
l'occuion ,;1,. n rnanlfuttr, puisqu• l'lmpéntrlcc y fü
o.ppd, lorsqu•, chassie du trô~ p•r la défaite des
arm«s impéTl.lu, ..11. eut ri~olu de fuir Paris c1 la
F nmce. Le mbne athlch&lt;mcnt se ra;1 jour daru le: court
urrait que nous npYodulsoru, pu une &lt;0mprihension
,oui• spich,lc, 1out• p•nonncllr., du uspon1ahilltéo du
$ouvnllin. Cct11&lt; p•g.. n'en constituc pas n1oiM, ~u.t
forme de • clloK vue •• un curi&lt;ux documtnl hlst11riqu&lt;.

Le départ de !'Empereur.

Lr 16 juifül, à neuf heures du matin.
u11c graode alliche contenant l'annonce ~uivante fal posée sur le · mur de la gare de
l'Est :
(1 A partir d'aujourd"hui {Hi juillet) le
service des \Oyageur · sur le ré au de la
Compagnie de l'Est era partiellement suspendu. Les YOJageur ~ont priés de ,'adres er
au chef de gare pour tout rense1goemenl
concernant le départ de Lrains. D
C'était là une preuve qu'on avait décidé de
Lr::in porter l'armée à la frontière.
..• Le 26 juillet, l'empereur Napoléon III

LE PRl:SCE IMPLRL\L F.IS 1870.

(Col~cuon dt M . lt BAkON PE 8ol'RGOl!&lt;G,)

ms

besoin' d. élever on
CJI \'UC de
Làchcs
érieu es que l'ayenir pourrait lui imposer.
Tous ceux qui ont étudié l'histoire de la
Oégence reconnaîtront que l'Lmpératrice se
rendait pleineineol compte de a responsa-

"" 358 ,..,.

hilit I el comprenait tout on dmuir ; il } a
peu dP per onne. c1ui lui reprocheraient aucun
de actes de sa courte udminL Lralion si elle
songeaient aux circon. lance difûcil dan
lcsquellc cllr. se c.:onsacra à la conduite de.&lt;.
affaires publir1ue~. Les rare 11ualilé de ~a
11ajesté étaient impuissantes à remrdier au
défaut organique du "Ollvernemenl, défaut
qai con i tait 1·11 l::i limitation du poul'Oir de
la Régente à llll moment où il aurail dû être
concent ré en a perl'.onnc l't oi1 elle n'aurait
Jù ètrc , oumi ·e à aucunt autre rolonté qu'à
celle de !'Empereur el des mini trcs.
En 1 5n, elle avait pu ·ar-quilt.er làcilemcnt et aYec ·uceè de e fonctions de
R~gcnle pnrce que, â celte époque, elle était
libre i tandis qo'en l870, mus « n:mp1rc
libéral », ·on inilintirn était brisée; elle
IÙl~Oil 3U('llllt' lim!rlé d"action, à eau e de
lïmmixt.ion du Corp légi lalir, qui • .iu lieu
de e contenter dr, ,on ràle de pou1'oir roordouné. e ayait d'usurper le. fonctions de
J'Exécutif el enlrarnit a.in i Lous les momi'mrnts de b Tiégenle.
Les république le plu parfaites, les plu
ùirnocraliqucs qui aient jamai. exi té cane ntrairot l'autorité en une cule per onne Pn
temp de gu rre. La Répul,lique romaine,
par c.iemple, rcmctt..,iL fo pomoir uprt\me,
au moment du danger, entre les main. d'un
eul homme - d'un dictateur - tandjs que
la nation françaie, l.iieu &lt;JUe "'Om&gt;ernéc par
un monarque con, Litutionnel, e sap1 de
limiter le pouvoir de la llilgenlr, rn ,:1ahfü!&gt;llnl une oligarchie, qui empiétai t C'on Lamment sur e.- attributions. 'i l'on rélléchil à
ce !'ails, on ne s'étonnera pa de résultat~
quïls ont produits.
L'E:mpereur décida à quiller aint-Cloud
le 2 juillet. J'nllai au pafoL dan la ruatint!e
d~ re jour pour lui dire adieu. l)e nuages
ohscurcis ·aienL le riel et il y avait dan· l'atruo.phère une lourdeur qai semblait pré :t"er
des malheur . La ,·eille au ~oir, l'J.;mpereur.
lïmpératride el l Prince Impérial. à ce que
j'appris, avaient reçu la communion de·
main . de Jgr Darboy, le ,·én 1rable arch.evèque dr Pari~, qui l'ut :issa - inr par le.
communard· rtueh1ucs mois plus tard. Pt'U
apri•s mon arrin:•e, J"Empereur, 11ccompa"11é
de l'lmpéralrice et du Prinre Impérial, sortit
de l'appartement de l'llllf!ératrke pour tmtr•r
dao · le grand salon, où étaient réunie les
per onne. t1ui étaitml l'enues lui dire adie u.
li alla de l'une ;1 l'au.tri', disant un mol
aimable à rharune en lui errant la main.
Lor qu ïl pri L conrr ~ de celle qu'il connais-sait iolimemcnl, de •· ministres el des
mem bre de la lllai ·ou impérial •, qui SI'
trOU\'aient égalemeat dans le gi·and aloo, il
me embla que a YOÎI ai-ail un fü.'Ctml
inaccoutum I de tendre e 'l sa phy ionomfr
une expression de profonde tristes e que jr
n'ya\aisjarnai ,ueencore. Comme quelqu'un
lui disait : &lt;c Oans quinze jours Votr füjc. lé
era :1 Berlin, 1&gt; il lui répondit graw:meul :
« .'on, n·e. pérez pas œia, même -i nolliomrue · heureux. » San doule il croyait
Loujonrs 11 a deslinée, mais certainement il

n'aYait plu:, la mème &lt;:oufiauœ Jafil on
bonheur. Quo1quo parai-saut parfaitement
calme, il était sûrement trè troublé. fo
remarquai quïl fumail un cii;are, ce qu'il ne
l'ai ail presque jamaiS'.
Yers dix heures, il entra dans sa ,•oiture
pour se rendre à la gare où il ueYail prt'nùr,
le train, et 411i C'L iluée au bout tlu parc.
1,'lmpératrire était à son cùlé, nervcu!'e,
s'efforçant de paraitre f.(aie, tenant dans sa
uwin rellj• du jeuue p;ince, dont lw yem

Lùrsqut:J le lraiu .s'ébranla, tontes le Lêlès
se décounirent el des cri de : &lt;c Vil'e !'Empereur! n relL'ntireot, 1tinon trè l'orl, du
moins neltement cl di linetemenl. Quelques
moments après, l'EmpC!reur et le Prince Impérial aYaicnl di paru à nos regards, el l'i mpératrice, ·efforçant de maîlri er se anglots, retournait il ce palai où elle avoil ,•écu
tant de jour~ heureux, où elle avait passé les
p1·emières . emaine · de so11 mariage à cc
palais qai, quelque beau qu 'il fûl, quelque

tai1·c~ de la cour, d'officiers en brillant u11i
formes et de cuira,siers de ln garde, et avaiL
éLé accueilli tout le long du chemin jusqu'à
la gare de Lyon avec un enthousiasme san
égal; loi-même, calme et plein de confiance,
il .aluait l'immen e foule. L'exaltation populair1• élail &lt;'omme un pré age, une assuranre
de victoire, qui donnait à ce &lt;lépMI l'appareore d'un lriomplie. )laintcn:rnL, accompagné
par qmihrues mumbre da son gouvernement,
par ~on état-major particulier el par un petit

Cticht .Br.t.un tl t••

Df:PART llts ll0B!LF..S

'i-t:tienL remplis ùc larmes à la pensée dl'
quiller sa mèrP. La 1·oilure pal'li t irnmédia1,,menl. Aprè~ arnir salué les per~onne réu11iei. dans la cour, l'Emperem· ~è mit :c n.'gorder &lt;lroil Je, anl lui, mais nn· rieu obserwr, à ce qu'il me ernhla.
J'allai a "N '. beaucoup d'autres pcr onnes 1i
la gare, où l'Emp reur nou reçut pour hi
dernière foi el dit adieu Il ceux d'entre nous
à q11i il n 'arnil pa p:irlé précédemment.
(!uand l"heure du départ du train fut arrh'œ,
il ·c lourna ,·ers lïmpéralrice, el l'embrassa
tendrement; pui , après ètre enlré dans le
wagon qui lui était ré-cr,·é .iinsi qu'à .a
uite, il .e tourna encore
et lui fit un si!me
•
0
de ]a main;
quanL iJ nou , nou. rcstion' là,
lthnoin. ·ilencieux et ému, .de celle sépara.lion reellcmenl louchantc &lt;le la famille
imp •rialc.

EN JC:J~LH 18;0. -

Tabltart .:fi\LvRED

DEIIOIU:NCQ.

~olide rp1"il emhlàl :ilors -comme s'i l àvait
rempli le Lut pour lequel il amil éli! crét; el
ét.ail a ·ol'ié dt&gt; quel11ue myslérie11 L' l'açon à
la fortune du gouvernerncnl impérial, - car
r'est 111 11ue fol proclamé, ru 1801, )'l~1IJpire
d' 'apoléon , - ae présentait plus, quelques
mois plus tar&lt;l, r1u'une ma se infomrn de fer
tordu cl de marhre calcine.
Je fu vh•eruent fr~ppé d'une différence
proronde que présentait Ct' ùéparl a,·ec celui
ile 18511. lor ·que Sa )laje té étai! allée rejoindre l'armée d'Italie. J'entends une dilféreoce au point de vue du moral tant de
l'Empereur et de sa suite que de per~oones
qui a sislaient à ~ départ . En 1859, les
me. étaient bondées de monde; il y avait
des drapeaux partout; l'Empereur a1·ait
quillé les Tuileries dans une voiture cmduite
par de· poslillons. entouré des grandli ùigni-

nombre dl' Jll•i·sounes de la maison impé,-iale
élilanl la eapitalc, !'Empereur s'en va silen~
('ieusemetll, pre~quc . e&lt;TÎ'lemenL, au-deva.ut
de sa destinée.
. Dans ces dcrr1ières, armees,' on a 1·a11porté
luen de paroles del Etnpl'reur qui montrenl
que l'i ue ùe la guerre lui scmlilait très
doulease ;_ mais la meilleure preu\'c qu'il
compreuml !Oule la gra,11.é de la iluation
c'e t le soin avec lequclil évita, en se rendan~
au quartier crénéral de son armée, le, dérnonslrali~a ' d 'en~housiasme a1·ec le quelle
la populallon pari 1enne !"aurait accueilli . 'il
a1·ail paru au milieu d'elle, démonstration.
auxquelles i_l en.tait ne pas p~m•oir répondra.
Comme Je men rclournm à Paris, mon
e_sprit était agit~ à ~a fois par_ la crainle el p~r
1e pérance, mais c est la eramtequi dominait
ru moi. L'al'enir de la France ne pom·ail

�,,, __ msTO'R.1.ll
paraître que sombre el incertain à une personne non pré-venue, el je m'attendais toul à
fait à apprendre que l'armée française avail
été repoussée. Mai la campagne fut beaucoup
plus dé a treu e encore que je ne l'avais
prévu, que je ne l'avais même cru po siblc.
Le soir du 28 juillet, L'Empereur, accompagné par le- Prince Lmpérial, arriva à M tz
pour y prendre le commandement en chef. Il
a,·ail quillé aint-Cloud, comme nou l'a on.
dit, l'e prit troublé par des doute eL de
triste pres. entimeots. Cc qui eau ait surtout
.on inqui 'tuùe, c' t qu'il savait que son
armée aurait à lutter contre un ennemi sup;;rieur en nombre et qui, au dfre de per:;;onnes en riui il ayait le plu de confiance,
po édait di: "randei- qualité · militaire . mai:
il sa,·ait aussi qu'il avait fait tout ce qui arnit
dJpcndn de lui pour rendre l'armé de la
France plus parfoiLe, el que, 'il arrivait
malheur à son pa)'~ par i;uile du nombre trop
faible de ses soldats ou de leur préparation
in urtisante ~ la guerre, on ne pourrait pas
s'en prendre à. lui aYec ju tice.
D'

THO.\!AS

\V. 8\' . rs.

Lo. marquis Philippe d• M•""a, anciu, chef d'uc&gt;•
drons, anden icuyer de Napcléon Ill, apparttn&gt;il, &lt;n
, 870, à la ouitc. de l'•m;:&gt;'-TC~T"- Il a noté dàil5 HJ Souvinlrs d 1mpro;don, pumi tant d&lt; pag" taUT ,i. tour
uqui••m•nl ,pidtucllu, dilicat&lt;.mmt émau ou pro•
fondé.mmt allTi,l&lt;CS, ctrt•ins détoib o.uxquels on ne
ma ..quc:ra pas de, trouver un ,id intérêt doc11m,ntairc .

Début de campagne.
Asant en le malheur d~ perdr1.: ma mère,
décédée en Touraine, à la fin du mois de
mai 1 70, je ne m'Îns à Pari què dans l
courant de juillet, au milieu de l'elfer\'esccnoe
caus 'e par la candidature du prince de llohe.nzollero au trône d'Espagne el par la déclaration qu'elle provoqua devant le Chambres. Il
t t1 mit eonnfrsauce 411e, pendant les néaociatiow. poursuivies pour obtenir des garnnlir contre une repri ·e éventuelle de celle
randiùature, déjà su citée en 1 69, M. Thier8,
quoiqu'il con idéràt co111m Au.l1i ant la
renonciation transmi e par le père du préhmdant, d.Esira faire officieu ement ~avoir à
!'Empereur que i, malgré tout, la "Uerre ne
pouvait pas êlre évitée, il appuierait à la tribune la demande de crédit militaire , afin
qu'il fo sent, comme i:l était dé il'ahle, ,·oté
lt l'unanimité.
En remer,·ianl M. Thier de sa communication el &lt;le ses intentions. l'Empcreur lui Ji l
répoDdre quïl n'a l'ait jamo.i~ doute: du patriotisme ùe l'hi Lorien du t:onsulal et d l'Empire. Celui-ci. malgré son exp~rience et a
fine se, ne semblait donc pa · croire toul
d'abord h la. duplicité. haut~meot avo11ée
aujourd'hui, de l'homme d'Etat prussien,
d'autant plu~ décidé ù humilier 1a France,
aJin de rendre la guerre inévitable, que le

armée allemandes étaient plus prêtes et qu'à
sa connaissance la nôtre l'étaiL moins.
Dan on lirre intitalé : /o. Vérité sur la
camJJagne de i 70, M. Fernand Giraudeau
affirme ave raison que, si apoléon Ul,
fidèle aux devoirs de sa nouvelle itnalion,
gouvernait encore, c'était en uivaol en toutes
cho es les résolution de es mini tres; que
son rôle ét.iil d'obéir dé armai arec eux à la
\'olonté du pa-ys, mai que, loin de dé·ircr la
ruerre dans 11n intérêt dyna tiqae, ce fut
bien à contre-cœur qu'il se résigna à. la subir
bOu la pression manifeste de l'opinion publique. Telle fat an i la comi tion tle ceux
qui eurent le douloureux honneur de le UÎ\'re
11 l'armée du Rhin, témoin des souffrance
phy iquc11 et morales dont aucune ne lui fut
épargnée ur ce chemin de la croix_ dont }Ietz
fut la première station, edan, le cah-aire.
Au début de la campagne, la suite de
L'Empereur se composait :
De généraux baron de Uéville, Edgar ey
prince de la Yoskowa, Waubert de r.enlis,
romte fleille, Favé el vicomte Pajol, aides d(•
c,1mp; du commandant llcpp et descapitain~
d'llendecourt, de Morcoart, de Tréce. son,
Gmman, Pierran, de Lauriston, offtrirrs d'ordonnanc-e;
Du "énéral de Cour·on, adjlldanl géné.ral:
Du lieutenanl-colonel Tascher de la Pagerie
rt du vicomte Lepic, maréchaux &lt;le · Jogis:
Du comte Davillicr, premier écuyer, et de
lrois clcu)·ers, savoir : Rainbeaux. le marqui:
de Caoi · et moi, auxquels étaient adjoint
le capitaine Favcrot de Kerbrcch, devenu
général de divi fon, in pecteur 11énéral des
r monte ·
De ~[. Franceschiui Piétri, secrétaire parliculier·, et de M..\miot, chet du er,1œ têlrgrapbique de a lfajeslé;
Du baron Larre-r, médedn en ch f de
l'armée, marchant Susqu'11 nouvel ordre avec
le quartier impérial, ain i que l'abbé Laine,
aumônier en chef;
De docteur~ Connean, Corvisart, médecins
ordinaires de l'Empcreur, el du docteur
Théophile A.nger. son chi 1·ur&lt;riea.
L • Prince T1npéria.l était accomp n-né :
llu commandant Lamel' e~ du capitaine
Clary, e offici r· d'ordonnance·
Ou capita.in~ comte d'Aure, éCU)'er adjoint,
en aueodanL l'arril'ée du titulaire, U. Bacbon.
it qui l'état de sa sanlil ne permit pa dt!
rejoindre.
Le cher d'escadron d'état-major Rouhy,
attaché au hure.au lopographlqu •, et le \icomlti
Pi1Jrre Daru, attaché au ·ecrél!lriat p:irticulicr
de a Uajesté, en 4ualité de courrier diplomatique. fai ·:i.icnl é"alcmenl partie de la
snile .
Le Pl·ince apo1éon ·•tait accompagné d
colonel Ragon et Ferri-Pisaoi, d11 . èapitaine
d' ca val •rie haron Berthier de Lasalle.

Etat des chevaux &lt;le selle el d'allelage, du
personnel el du matériel roulant f oui·ni
pcw le sen,ice iles écuries i111pil'ictle~.

CHEVAUX DE SELLE

L'Empereur. . .
Premier éCllJ•er .
Trois écuyers . .
Capitaine Fallerot.
rooms . . . .
Prince Impérial .
M. Bachon el capitaine d'Aure.
Grooms . . . . . . . . . .
TOTAL

6
5
9
2
5
4
5
5

des cbeYaux de selle.

HISTORIA

59

POSTE

Chevaux d'attelage . . .
TOl'AL r.f, ÉRAI, des chevaux

6~
101

PERSOMiEL

Pour l'Em pe.reur, aux ohevau de elle.
Pour le Prince Impérial. . .
Pour le ervice de la po t . .
1'onL des ,erviteur .

1!)

i1
;i9
6!:i

\'OITl!RE.

Pour le service de !'Empereur el du
Prince Impérial : une calè be, un landau, un char à banc , un wurtz, trois
four on· de baga"'e , ensemble. . .
Pour 1 tran port du secrétaire parti ulier, du ·heî du servire Lé.légraphique,
Je r aumônier et des médecin , deux
darences. . . . • . . . .
Pour les écuyer , 11n fourgon. . . . .
Pour le serYice ùe la bouche : un omuibus, une cara anc, deux pouri:oyeu es.
Pour le· baga es de la _elle et Je la
poste, u11e caravane . . . . . . .
Pour I s bagages des aid, de camp et
officiers d'ordonnance, du secrétariat,
de l'aumônerie et des mJdecin ·, troi.
caravanes. . . . . . . . . . . .
Pour le lentes de oflkie1 et du persoru1eJ1 trois chariots. .
ToTAJ. des voilures.

2

i

1

;-;

·,

22

Ce total général de cent un chenux, viagtdeux ,·oitures cl . oixante-neof erviteur: l'ut
réduit, le. 20 août, à Cbâlon , à oixantequinze che,•au.x quinze Yoiture , cinquanteepl serviteur ·. Quelque jour 11lu tard,
4.L1and le Prince Impérial se sépara de on
père à Tourteron, il re ta : rinquanle-quatrP.
chel'àu:x, di;.. voitures el quarant -cinq · fl'iteur .
En 1 59, pour la campaglle d1!.alic cl
pendanl Loule a cl urée, le ser,icc des écuries
- quoique le Prince Lmpérial ne ÎÙl pas
présent - demeura compo é de cent ,iogt
che,·am:, vin-'t-quatre voitures et oixante-huit
:eniteurs. Per ·onne alors ne on"&amp;\ à criLitJUCr le nombre d'équip,we affccl.é$ à l:t. uitc
de l'Bmpercur Yiclorieux tandis que, dau
l'amertnrue de. la défaite, on aJla ju qu'à. en
ntlribuer la eau. e à l'encombrement Je.
-roules par les ba"age. du souverain infortu11e,
main· l'ordre crui r,1°naiL el bien qu'ils
eus enl été diminués de moitié. ',-u 1 ic!isl
MARQIJlS Pt11LIPPE DE

\\A,._ A.

COMTESSE ADÉLAIDE DE CHILLEA

(FILLE D'.\

'E-MARfE DE

Guillotinée le 1H avril 1794 sur la place de la Concorde
..., 360,,..

Tableau de

DA:-;LoL:x.

appartenant il .\1. le

'omle

011:

TEime:~) .

l RAS)

�Madame Récamier
Pil

JOSEPH TU.~QUA

ft•u I' :pàulc du condamm1• \fai. , P t-re de~
plaie~ ii r ,ictim . que f u ·et a dit :

CHAPITRE VIII (.·11i1,, •

\ ~hnc Bée 111ier tout
arrivait d'aillcur à l'à e a
Jai!!Tl' ucun cl où 1•
victoire ur l1• Lcw1r
·
n'aura pa. perdu • ·
n1mple - on a 'ni
,
J':unour-pr
I
il\
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,ha

1111

t;t phi•

lo p11rJ1• 1•0 i, , hc.t t•I 1·r11t•l upph • •,
il ,. 1 lrap1•:, 111&lt;1in., il t•n ~ •111 ut'rir.

Le jeune .\mp~r n'en \'oulait pa: uérir.
L •· dou pan. mi nl' &lt;p•e l'emorcdante. ir'•ne
:1 pplit1uail sur celt • plai • di :rie &lt;-tni •nt woin
faits puur I cic.1Lri r qui' pour I' •nlrctenir
toujours vh·e el ai •nant . Mme Ré :iruit·r, il
fout Liuo le dir • o rherehait pa éri u1-emcnl à "Uérir le malh~urcux rnfnnt. \ moins
que c II ftîl dao~ celle int ntion - mai· ce
n' d p~ prol hl - 11u'il lui prit la fontai ie
de lui faire l !lucr .1111 nom de J n-Jac,111
coolr c lui d'Édou:trd. Car :c:t un fait, dlr
1 mulot. J n-J· equ , le nom d,· Hou · u,
J, ce ru~tr , Je cc r 1volulioonnir · ,1ui i1ai1
... 361 ...

~i peu comme il faut.... \h ! li!... 'fondi
qn 'Édouard ! . la Lonn • heure ! , oilà un
nom dinnc J'un eotil jeune homm, ! 1.-J.
Hous~e 11. tout rustre qu'il était, !',nait Litn
nti pui,1JUt. dan ... , ·oul'elle lleloïsP,
cillé du dou nom d • Juli (I • i •11). il pfoç3
cclw •. i ai lilrmf'nl row:un qu,• d1. milord
~;dou rJ.
Docilr, le p:1mr amoureux ou· ih)l d . t'
11: hal,ill 1· du 0001 uc lui a\'ail Jonn: ;un
père, d jelH · Llr d~fro1111 au ordur . el
ùc . · fîu.bler du nom d'f.dowrd. , · n pl.
~t"ulèm nl :1 l'u~n e dr Jnlh•lle et de • ul
ioûruil '• in i pour tout on mondr•. lt- fil
du !!Taud Arnp rc n'c. l plu. qu'un •dou, rd
qu •lcou11ue, t•l Ball nche lui !cril : a ou.a\'on~ pris un part infinie, mon dt ,r
td uard .. .. o

�111STO"J{l.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
'élail bien ridicule, moi l'amour donn •
une L•lie colledion &lt;le ridicule. à l'êlrc le
plus intelligent! .. . :ans onger à rh·ali cr
J"mlelligenu a.\'ec l. Ampère, Mme fiéc:1mil'r
ne veul pa demeurer a,·ec lui en re;tc de
ridi1,;ulès. Elle, ·i calme, i mesurJe d'ordinaire, la \·oilà qni ·en adjuge une honm·
part. Et cela, ans circonstances atténuantes.
~ n content d'-0.rnir cbangé l~ prénom du
jeune .\mprre, elle veut ch:rnger son propre
nom à elle. Ob! c'csl l,ien impie : elle n'a
qu'à changer de mari, çoilà tout.
Eli • s'ét:iil en effet tcllemenl édrnulféc sur
ce nom 1.1'1~1louard, encore plu sur celui
qu'elle antiL ain i liapli é, qu'elfo en oublia
hien d · cho·e et finit par act·uei llir avec
fa,•eur les tendres déclarations rtne ·on a.uit11de avail provo1p1ées , Elle PUL la p~n ée de
di,•orcer d'aw!c sou m;iri, ltieJllùL octogénaire,
pour épouser le jouvenceau. l\f;nail• •lie pa.,,
d lt• cpl ans auparava11t. ·on"é au mème
r,!mM' pour se rl•m.ari r avec le prince .\ugusle de l 1rus.c'! Elle était bien un p u mùrc
11our le jeune l~ùouar&lt;l; elle aurait pu êlre ~a
m~re, el inème sa grund'mère. ,lais l'amonr,
on le ·ail, est al'eu,,le, cl Mme do lai!!, c1ui
avait trouvé le bonheur Jan on tlcrnicr es ai
Je vie conjugale, ne lui avait-die pas donné
l'cxr·mpl!! de Cf' li3i on tli propol'lionnéc en
épous:ml à cinqlrante ans passé le jeune lieutenant I\oeca, rp1i en avait vingt-troi ? Et les
·ottises des autres na . oni-tillc pas celh·s
Jonl nou nou aulori 011· hipocrilcmenl pour
fairP le nôtre:. '1

CHAPITRE IX
La mort du duc de erri (1:; ftlvrier 1820)
~eno.il de changer l'orientation de la politique
intérieure de Louis X:Vlll. Il)' eut un remaniement mini.Lériel. tf. Decaze fut renvoyé
et ChatcJAuLriand sembla d,h.,né pour un
portefeuille. lais eomrne !.oui -~HI a,•ail
pour lui une ,·iolcntc nutipnlhic, il fut qu tion de lui donner une amba ade. M. llathieu
de Montmorene ·, lLUi cooli nuaiL a oull'rir
dans ·es sentiments las plus in times de la
prépondéraut:e acquise d'cmhlée auprès de
Mme Récamier par l'illustre nuleur du Gênie
d" cltl'islianisme, accueillit avec enthousiasme un pro,icl kt1danl à éloigner de Paris
pow· bien des moi un ri1•al quïl ne pouvait
~•empêcher Je jalon er.11 employa donc toole
.on inOuenœ à le faire réo ir. Chateaubriand,
lui, ewl1lait s'en détacl1er cornplètemenL.
« Je ne dcmt1nde rien, tforivaît-il avec ulle
orgueilleuse wod Lie à Mme [\~carnier; j ne
olJicite rien; je ne Y ux mellre ni pa sion,
ni orgueil, ni taquinerie à. reI1IBer, mais au i
i e eolirai une nai joie le jour où il sera
arrêté que je ne ui bon à rien el qu'il fattl
me planter là .... » Mais lalhicu, qtû ne
devait enlir WlC vraie joie que le jour oi.t il
serait Jéba.rra é de la pré ence de Chateaubriand à l'A.bbaye-aux-Uois, tra\'aillait avec
acharnement à sa nomination d'ambassadeur.
li écrivait à Mme Récamier : « Je crois être
stlr de notre succès, aimable amie; je dis
1wtre, ca.r vou y avez rnL un enlimeot très

aim:i.Lle donl lt' premie,· intért•ssé Juil êtri'
toue.hé. . &gt;&gt;
L&lt;' 1( premier inl~re é », cc n' élail pn .
r111oi 'l uïl en di e, M. dr Chatc11ul1riand ;
c'étail bel el bien lui, Mathieu. La prem-e,
c'e. t que Cbate.tubriand ne bou[J'eail pa. ,
tandis que L dl' fontmoreucy faisait '1.éœarrhc. sur dcruarches, inl :ressail. M. P:i.sr1uier
l'L lt· duc de Richelieu à -on a[air&lt;'. et, rc
11u'il y amit de joli l'TI loul ccla, c'est qu'il
noyai! ou roulait [aire croire qu'il n'ams ail
111te p1r iuwrèl pour Chaleauùriand, tandi
1p1ïl obfüsait a un ,enlimenl moi11 recommandable, la jalousie. on zèle Pn6n l'em•
p &gt;rla rl Chatr1ubriantl fut nommé amhas•
.i.deu r à Berlin.
Ile Pru si&gt;, il t&gt;crivail fr~11ucmme11t à
:\lrne fiéramier, ~1ui n'avaiL pas le même empre cmenl i1 lui répoudre : pare. peulètre, coquetterie plutôt, oiln de prornqurr
chez lui un rain de jalon ie. ~lais ChaLeauhriand esl au-des u. de 1·ellt• me··cluint·rîc,
ain~i que tic tontes le$ aulrc.. Li~cz -plutàL :
il u'y a pa J~•u, emaines qu'il 1•sl à Il•rliu
et il :cnl: u .... .Au re ·te, je ai. déjà mon
métier et jC' ,·ous assure que c'e l rho c aist.!e.
Jr connai trcolr i111hécilcs qui .eraienL
d'excellent ::unlia .• adeurs. 11 Par a ~ociation
d'idée , san ùoutc. 1(• nom de 1. de! Montmorency \i1.ml .c placer sous a plume! :
&lt;1 Dites ou\'enirut amitiés à llathfou. H.rne de
C.lw.leaubriand ' plainL qu'cll • ne YOil aucun
de nos prite11ilus amis, c'c L son mol. tandis
•111e la petile opposition l:i soi,,nc cl ne la
quitte pas. C'e t une gaucherie et un~ in!!ra•
Lilll&lt;le de no :imls, m(li jcru·)' attendais .... »
Cependant lt• miaislèrc lni fait J s traca serios, ne tient :iucune de ses promesses ....
Cbateaubriand 'en indigne el ocril 1t Mme Récamier : il fulmine contre le "'OU\'ernement.
Mai · Mathieu, qui craint de le voir, comme
on diL, jeter le manche après la cog11ét• cl
revenir à Paris, court au minisLère cl upplie
qu·oo laisse l'amLa sadeur en rrpo .
~!rue Héeamier, qui .e \'Opit la centre de
tout ce cliquetis de grands noms cl de grands
intérèls, de pelile · disputes cl de petites
tr:ica erics, était am anges. Aux aoges au si
&lt;le ce qn'aucnn de se ami ne l'oubliait,. car
- Mnû1icu ne l'cùl peul-ihre pas fait Cl11tleaubriaud lui êcriL de n~rlin : lt J'ai vu
rhei le prince Auguste le de sin d'un' femme
appelée l'E:i:il, d'aprè rntre portrait. Cc
n·est pa vous, mai - il • al'ait a ~ez de vous
pour me faire faire de réflexion · tri le sur
l'exil. » )lathieu, qui en fait de plus tri' Ll's
encore .à la pen. ée que celui de Chateaubriand
pourrait cesser, cherehe à aplanir les dilïiculté qui se ~ont élevées entre L'ambassadeur
et son ministre. fai le Breton ne fait pa •
de concessions : « li est as ez singulier que
lathieu parle de l'humeur que prennent
œrtaine gens quand je leur parle comme je
dois leur parler .... Me eunemi onL bien
ignobles el mes amis bien taihle ·. ll li re,ienl
sur ce poinl dan la lettre suivante : « En
vérité je n'aurais pa cru que mes ami
fussent si sots ou mu cru sent si fou. 11 Et
enfi n, a}anl obtenu un congé, il écrit 11
""' 36J ,..

lrmc Récamier : Il ... Malbieu sera-t-il Lirn
ai c de rue voir'! J'en doute. 11
Il av,1it raison d'en douter, c:ir Mathieu l'nl
lrès mécontent d'apprendre à brùle-pourpoiol
que Chateaubriand venait d'arri\'er à Pari :
il la.i sa percer on humeur auprès de
.\Jmc Récamier. Celle-ci eut bien d rancunes
el de justes colères à apai er chez son illustt·e
ami. A son avis, il ne gardait pa assez cette
mesur de salon qu'elle appréciait plu que
Loul, après les litres eL le c~léLrilé , et elk
lrouvait qu'il a,·a.it Lort de · monlr~r plu.
l.lorume qu'amLa ·sadeur. Elle alfoiL Lien toi,
elle. ·c monlrer plus J'e.mme, mais dans la
plus haute el la plu belle acception de ce
mol, que fomme à la mode.
On sail qu'jl eut de oombreu e · corupir:ition mililaire ·ou · la l\e tauration. Le
complots de aumur, i mal condoits par le
ma.lbeureux géné1·al Berton, forent jugé· en
1 ~2. l)ans la première fournée d'acr:u. é se
lromuient lieux mor&amp;hau ·-de.-lo,.,.L, 'il-ejean, des cha sears à chel'al de I' rii'•gè;
Couder/. dl! cLa 1•ur à d1enl du Var. Crs
jeunes gens étaient digne · d1• tou l iuténH. Le
général Gentil • aint-Alphonse, commandant
l'école de ca\alcric, appeM comme témoin,
déposa en (1n·eur de leur lionne conduite; le
c-ilonel marr1uis dé Gastrie , du régiment où
sen-ait ,irejeau, témoigna de: excellente
(JllaliLé de ce sou -offic ier; on ne trou ra
nu si que de uoni)C notes or Coudert. &amp;lal 0 ré
toul, ils furent condamnés à mort. Comme
il aYait été question entre les conjuré de
renver,cr le:; OourLons, de proclamer le roi
de llome empereur sous le nom de apoléon Il
el d'établir un conseil de régence compo éd
Latayeu.e Benjamin Con tanl el Laîfi lie nvec
la Con lilution de i'i!l l, les jug , 'étaient
tnoulrés impiloyables.
irejean el Couderl e pourvurent en re"ision. Le familles des condamnés flre.nt des
démarche pour e concilier la biem·eillance
du roi el de· pouvoir public . Le frère d
Goude.rt fuL le prt&gt;mier qui songea à recourir
à l'inlerveution de Mme flécamier qui, par
se banles relalions, pouvait avoir la plu
heureuse inlluence. U alla droit à elle, excita
sa più.é el oblinl la pro01essede son concours.
Il faut le proclamer bien haut : Mme fücamit:r, en ccll circon tance, fol digne de Lou
l éloges. Comme pour le pauvre pêcheur
d'Alhano, elle montra qu'elle avait du cœur
el une bonté ,•érit.aLle. Elle , 'adre sa à tou
se amis eL leur demanda de 'intéresser au
condam.oé, Ellf' supplia Mathieu de hfont1110renc • çt lui amena I rrère de Couderl, mai.
Uathieu montra &lt;&lt; Jieaocoup de sécheresse ,, .
A.rnil-il encore de l'humeur contre celle r1ui
avait donné à Cba.tw1briand la première plare
~ans ses affection ? C'est infiniment probablë
et cet homme à l'esprit élroit n'était sans
doute pa [àché de fa.ire sentir à Mme Récamir.r qn'ilnmilassez d'importance pour qu'on
ne lui en préréràl pas impunément a.n autre.
Ce ont là des pauvrel4 d'âme qui ne font
pas honneur à ce Honlmoreocy tant ,·anlé.
« Mme Récamier m'a dit qu'elle avail trouvé
Mathieu bien insensible, a écriL 1c duc de

M ADAJfŒ
Broj;lie; il n'écoute pas les r:iisomu.:menls l'i
repous.e les émotion~. Le mélange de la
ltigi·relé et de la dévotion fait que :es ré-olutions sont !Qul 11 la foi~ étourdies et inéliranlahle .... 1 )1 Mais 1pte fai ail la charité &lt;;hrcLienne à cet homme incapable do la ·om prendre,
qui se croyait plu. chrétien C[UC persoillle l'l
n'était que dévot"? ... \"auée de se: heurter à
une au,si obtuse t·ompréltension de cœu1·,
d'esprit, de polilique. d'am.ilirl, de devoir,
d"bumanité, de LouL, 11he;: 011 hommC' qui
était en situation de tout obtenir, ~lm,, Récamier se rabattit sur le duc de Doudeauvill,·.
Elle y Lro11ra même ent.êlement Lè!i.,. Elle
·em11ressa dïntére ser alors ses autre· ami·
au malheureu.x. Coudert en Je,. rnpplianL dt•
faire ce qu'ils peurraienl chacun de son côté.
Le duc de Ill'oglie écri"iL à ,1me de Duras
11 nne lettre lrè pressantr 1, : on i.ail q1te h.&gt;
duc Je Du.ras, son mari était premier g-entil
homme ù, la ,·hamhre du roi. ,1. ut· Mnrrellus \'OUlut aller trouver
le roi, mai - il y dut renrmcer quand on lui apprit
LJUC Je soU\'ern in
avai L
déjà répondu à des ollicit.1tious « a1·cc une grando
dnret.é. &gt;&gt; .,r. de Ca LeUaue
relança M.alhieu qui l'écouta
&lt;&lt; arec ùi. traction et légèreté. n « lline llécamie-r.
répondit-il, a eu très arand
lort de me foire mir le
frère. C'e t Lrès désagr~able; pourquoi celui-11&gt;. erait-il plusintêre.santqu·un
autre? 1&gt; Cependanl le trèrc
de Coudert alla Irouver
Uenjamin Con tanl qui lui
promit son appui auprè
de Mme HJcamier. dont le
zèle tltait cependant fort
actif. Mais cette Mmarthe
rut connue ctGbaleauhrian&lt;l
ne di ·Jmula pa" à Mwe de
Castellane que le frère de.
ce jeunr homme, en ·adrcs anl Ît Denjamin Conslanl, 'étail. al'Aché comm~
libéral cl avait ainsi gâlé
ses affaires. Quant à Benjamin, ilcn\'OJn à ~lme Récamier, à qui: il n'écri\·ail
plus depuis six ans, une
lellre forL p1:e sanie. ~ Il
me parait, di ait-il, qu'en
en parln.nt â M. d.e Monlmo•
rency, rnus pourrez auver
ce pauuc jeune homme.
M. de :\lonlmorency aus i
a été en danger de la vfo.
quand i I l'ul arrèté. Je
crois que c'étail co Fr:rncbl'Comlé, après la 18 fructidor, eLde · hommes d'une opinion difl11rente de
la sienne ne balancèrent pas à faire tout c qui
dépendail d'eux. pour sa délivrance .... 11 On a
1·11 que lalhieu ne se ouvenn.il pa de œla.
t Duc

VE 1Jn,.1vWI!,

Suu,-euits, 1. Il, p. 271.

1'raduils devant un second c·onscil di:
gnerre, à Triu.rs, le deux jeune" gen forent
de nouveau condamnés, irejea11 à la peim· de
mort, Coudert it ci1111 ans de pri"on. Les démarches de ~lme Htieamier avaienl été l·l"ficaccs pour celui-ci, 11u'on déclara coupable
seulement de non-ré1·élation.
Le malheureux irl'jcan o·nvail plus qu'à
se pounoir rn gràc&lt;·. 1,endant le jugement,
il arail ex.cité touLcs le sympathie·. ~a jeunes e. sa bonne mine, l'éloge que se chers
a\'aicnl fait de lui, la dj,roité de son a!lilodc
émurent Lou· fos rœurs. Les dame de Tours
lui emoyèrent dans ·a prison dl!. gàterje el
&lt;le· lleu.r-. Ré olue· à loul raire pour le
auYer. elle ne trou\''.rent rien de mie\1X
que de s'adresser à lm Récamier doul les
relations d'amitié a1~c li. de .fo.nlmorenc}',
ministre des affaires élrangèrC's. étaient connues, el on la pria d'obteuir tlu 1·oi la grllrl'
du condamné. Ln famille de irl.'juan ,'adre -

'J{iCJl.Mll;~ ---,,

1laigna, t·dte fois, faire une démarche au1)ri- ·
du garde de. team, mais non auprès du toi.
Il faul le lui reprocher ; sa piété anrait bien
dil lui -uggérer que la honne religion, selon
le mol de la marquise de Cré11ui, consislt::
beaucoup moins dan ce qu'on croiL que dan.
re qu'on fail, et que l'humanité e t le premier de.. d voir . Et le lllalbeureux irejean
alla rt'joindre dans la mort le pauvre pêchelll·
d'Alliano, victimes tous deux de ln barbarie
des préjugés, des ministres el des souverains.
JnlieHl:! souffrit, el lonirtemp , de n'a,·oir
pa réussi à sauver retle vie humaine.
Cependant le bruit de sa bil,!llveillante inlen·ention et de se humaines démarcbP
s'était répandu dan· la France entière. L'année ·uivanle, un nouveau complot militaire,
dont les meneurs tombèrent dans une .érie
de guet-apens odieu-x. amena encore une
fou le de mal heureux devan L les ùon eil do
guerrr. Lr lieulcnanl~coloncl en rcl1·aitc
Caron fut fusillé dans le
fossés de trasbourg el un
ancien lieutPn:.1111, nommé
noger. ru l condamné à
mort. Denjamin Cons1an1
~cri\il à )!me Récamiër :
L

(1

.M,WA\IE Rfc.um:R
T.1ô~au ;Ju

B.rnoN G!los.

ait en même temps à elle; une tanle du
malheureux jelllle homme venait implorer sn
pitié et _on ympathique conoour .
Comme pour Coudert, Mme l\éc.anùer fut
parfaite pour Sirejean. M. de lontmorenc1·
..., 363 .,.

.le

ne me pnrdonncrai

pa • madame, de ,·ous importuner an ce e, mai
ce n·e t pas ma faut&lt;' 'il y
o ans ces. e de, condamnai ions à morl. Celle leu re
1ous era remi eparle frère
du malhcurcu. Roger.
tondarnné :Jl'P Caron. C'e L
l'hi loire la plus odieu e et
la plus connue. Le nom
eu] mellra ,,1. dr• f.hatauhriand au fail. lJ est assez
heureux pour être à la foi
le premier talenl du mini Lère el le seul mini. Ire
ùUS lequel le ~:ing n'ait
pas coulé. fo n'ajoute rien.
Je m'en remets à votre
cœur. Il est hirn triste de
n·;woir pr que à ,-ous
éc·rir · que pour des affaires
douloureuses. Mai~ 1ous
me pardonnerez, je le sais;
et je sai .que Yllllll 11joulerez un malheureux de plu.
à la liste de ceux lllle vou
awz O.U\'l"S. 1&gt;
~lme Hécamier associa
Cbaleaubriand à son œuvre
d'humanité el eut l'unmense joie de l'éussir. Le
Cliché Rraun 01 Cie.
roi !ITacia l'ancien Jieutenaol el sa peine fut commuée en celle de l'c•xpo ilion publique, qu'il u.bit
à ~letz, et en vingt an
lie t.raYaux forcés. Be11jamin Con tao L présenta le frère de Hoger à. Mme Récamier.
Chateaubriand fil toul le possible pour éviter que le condamné allàt au bagne de Toulon. où il él:lit envoyé, mais ce n'est qu'apr~s

�111ST01{1.ll _ _ __ _ _ _ _ _ _ _:.__ _ _ _ _ _ _ _ __ _
dell.l an qu'il obtint la remise entière de a tant leur impuissance, ne t ntaienl même pa
peine. JI a krit, dans se ~lémoires, l'épi- ln capture du fuailii. L'illustre Ballanche,
logue de œlte lamentaLle affaire: la note en martyr dé,·oué es aJait mai en ,;ain : il
l gaie. cr Quand le capitaine I fut mi
n lài ait peur 110 rolalile par sa laideur. Comme
liberté, il s"empr
de Mmoigner ~a recon- on dé. ~rail de réu sir, le erin, par un
nni a.nce à se hienfailclU'll. ln après-midi miracle de l'amour, ellfin de\'e,-rn in!lénieu ,
j'étais chez {rue Réœmier comme de coue pril avec l'énergi du désespoir à bw1uctume: tout à coup apparnîl cel orficier. Il Ler le marteau d la porte cochère. ju qu'à
nous dit, avec un accent du ~lidi : (1 "an
œ qu·on vint mmir. Palpitant il rola ,;er:
votre intcrces ion, ma tête roulait ·u.r l'écha- ·a hclle maitres -e et .e réîugia dan on ein
faud. 1&gt; Nous étion ·lupéfaits, car nous virt1inal r. ii
•
a,·ions ouhLié nos méri I.e ; il 'écriait, roune
Cependant le· ami de )Jme Récamit'r
oomme un coq: &lt;1 Vou · ne vous souven 'Z étaicml de plus en plas en f:wcur. La compa~?... ,1 'ou rai ion vainement mille hinaison mini lérielle du 15 décembre l _ l
c cuse de notre peu de mémoire : il partit, avait donné le portufeuille dei; àlfair ~lrauentre-choquant le: éperons de se bottes, fo. &gt;crcs à lathieu de Mo11Lmorency et, lroi~
rieux de ce que nou ne non . om·enions pa. m11i • aprè~, Chatcauhriand était nomm; amde notre Lonne action, comme :.'il eùt I u /1 lm •adeur . Londre . folgré Je plahr que
nou reprocher sa mort. n
lui fil cette nomination. il ne dut pa \·oir
~an. chagrin que ·011 chef immédiat était :-on
L'influenœ de Mm, fié ·a.mier •'tant nu ·i (l111i Mathieu. Enfin il •tait .ati fair de renconnue que son obligeance; on ne venait pa
lrer en aclivilé: J' d6 œun-emcnt, ou plulûl
seulement la olliciter pour au,; r de~ \ÎC:..~
on éloiaaement dl' alfairt· ·. lu.i pc~aiL d •pui
humaine~. mai on lui demandait son appni ttu'il arnil, ranrn1c pr{'Cédente, donné Liruy;1mponr 11ne foule d'inLérêL parliculicrs plu!- ou meot 'a démi..ion de minislre du roi à. Ber•
moin · importanl . EUc se prêlail avec une lin, lor-.'luc Dl. d11 Vifü] 1 et Corbière. t
im!pui able J.,iemeillanœ à tout ce qu'au ,ou- amL, . 'étaient rl'liré~ du mini l.è1·c. 1 (,onlait d'eUe. et il esl curieu de remarquer clr&gt;:. où il :irri\'a ·n a,Ti.1 1 22, il :wait un
que, dao. la ma. se de· solliciteur,, il y 1·ul plu :.rrand lh1::1tre pour foiru parade dt .e
ju·qu'à de membre de ln famille Bono.- talent·, mai ·es petites vauilé J firenl qu11lparle.
11uc tort il . on ju· Le orgudl. Elll's n'en firent
~Ile avait cependru1t queh1u • ennemi , ou lHIÏUt à c, •1mtimeut. pour Y-me Ri!camil!r.
plutôt quel11u.es ennemies, et, .tu premie-r Tl lui écrit souvent t'L ne JI •ut tout tl'aLord
rao de ct&gt;lle -ci la lameu ·e rrn · Hamelin
't&gt;mpech"r de lni l"nir pari de
impr ' .l&lt;qui ne pouvait lui pardonner le goùt qu
sion en ·e "ornn l, a,·cc le Lilre cl le train
M. de Montrond, ·on amant, anil témoigné brillant d'amb~oadeur dans celte ville J
jadi pour elle. USt,i ne perdait-die jamai · Londres où il avait eu Larll de y1ciuo à ne pa.
une occasion, quaad ou parlait de ., fme Héca- mouril' de fairn, mi éralih1 1't iunoré, tre11Lc
mier, de lancer à on adres e quelque mé- au , aupararnnt
chanceté qui n'ét.'ÛI pas, je vous l'O répond·,
L corr · ·pond.ance 'tait Jonc a . 1. acti1t·
trop emeloppée de soie el ile coton. « .\s ist• enlre Londrn · el J'AJ,La)l'•aux-Ooi~, quoique
Ili, ·ur le brn d'un fauLeuil, a raeonlé WJe lfme Bécamicr. comm~ loujour . hl un pt•u
mémoriali le, relevant son ,·oile verl de c.ôté soupirer e lcllre.". Chateaubriand ·en pli!ii1 la Récamier. el nous ruontrant on brun
"□ait plus ou moius doucement. Lais, .'il
n age qui avait !ail dire que, couchée dau · o'c l pa toujours content J'c11e, il est louses drap · IJlan , cl.le semlllait une mouche jnur. content de lui. « Je cnmmunce réu:--dans du fail, ses yeux noir ardents. •n dépit sir. poütiq1wment parlant, dan· ·e pays. J'i
de année. n'ayantrienpertlu de leur accent fo.i beaucoup de bien à no~ amis. Je commt&gt;Dè ·
créole: je la voi encore, sauLant de porte
à r6us ir, e1t politir1uc .... .l'ai donn; à notre
eu g1:néral à ,1. de Cbateaubrinutl en parli-- diplomatie un caract:&gt;.re qui comicnt à Cf'
onlier. Pui . pa sanl d'uu coup d'ail à Lrau nom de Françai~ que je porlr .. .. Le roi
Mme Récamier, lie commenta de la plu
rn'a reçu mer eillcusem nt.... andi~ que
plai ante làçon le droit de cetlc hcauté à j':irrann-e le. aO'air d - roynli 1 , au dchor~.
pr ndre ran_g parmi le po tes. ~ . ·on quu on 1~ défaitau ded:rn .... Je . ui. Ir,.~ bien vu
Jamai. , ajoutait-elle. rcllo merveille ùl com- ici ... . Je voudrais que m, · ami · de Pari eumi un hém.i tiche : j'ianore mêm i cil(' lis cnl un peu le 11ri de me.~ ser1'ÏC ' .... ,1 Il
pouvait écrire e11 prose. Pa d'indi~crétion li y en a omme cela à cb.aqm• lettre, moin p utcraindre qui jam:iis pill faire lir1'. un bill t êlr , par nri11•e hahi tudc diJ rnnité et d'admi ra.d'elle ! ln piranl le "1:11re bumai11 , cllll était lion Ji• soi fille part'e que Chatcauliriand ~ait
la grande-prêtre St' d'Éro . Elle régnait rnr que lt&gt; Femme ue clétè lent pa· ln fatuit~,
toute Ja nature. 1&gt;
même chei le aulres el ne croient au g~nic
cr Pour se .enLir profondément ému. il J 'nu ho.nune que 1orsqu'il I ur dit ~u 'il eu 11.
fallait lui entendre narrer le dés, poir d'un f1il-il le plu· grand ·ol qu la terre ail porté.
ranari qui, par distraction, 'éL'lil envolé. Et Cha.Leaubriand no lui di ~imnle pas qu'il
L'oi ·eau favori, di ait-elle, rnulail re\'enir ou p3. e on temp - à réparer le3 otli.ses du
mourir. Le mo eu? Porte ol fenêtre lcr- gouvernement, que la France ~erail perdue
méL'. ! De Monlmorcnc.l' troi •énération , eu'il n'était pa · là, el il aj oute qnïl a fail . a
t Cl1ale11ul,riand se 1rompe: l\o &lt;lr n'ùlait ou plupaix a\"ec \lnthieu. Il avai pour cela . es r:ii~

c,

I

ol

ri'n,uil l,to, que li,•otcn~nl .

2. So,we11ir$ de .llmt Jaubl'rl, p. I , ~,.

on , mai cette paix ne ful jamais sincère.
Un moi.~ après, en effet, à propos d'un
projet de COitnltJ'è · qu.i se réunir-.i plu tard ~
érone, Chaleaubri:11,d envoie lettr ' ur let1.res à ~hne Récamier pour qu'elle délermin
lathicu, mini tr, ile affaire. élran,.è'r ·, à
l'y CTI\'OJcr. &lt;( Ce Congrè., dit-il gnlammeot,
a l'immca e a"~ntag-c de me ramener à Pari~,
et toute cette politique ne ~ignifie uutrc
cho c, ·înon que je meurs du be oin de vous
voir. ll Mai comme, 'il meurt de tJU lrrnc
cho-e, c· 1 urloul Ju be. oin de. e taire voir,
moi.n~ ei1corci de füne fit!camicr qu tlu Con!!r{ " , i1 est ra.cieux pour . on ami \fatbi u,
•ru'il n'aim qu11 mrdio cmcnl. LL mande à
Mme Récamier: 11 .l '.ii soigné Jt&gt; · hle surës
Je .on arnou.r-proprc comme c lies de , on
a:ur. • Mai il ' l d'autr · llles~urcs d'nmour-propre et de cœnr que Cbateauhriand
nrnit à soi.-rnm-, et chez )hue Rêœmier ell~...
m~m.e. C·lie-ci avait appris - et )fathieu
n'était penl--èlre pa étranger 11 cette malicieuse intli crélion - que Chateaubriand ne
emlilait pn , à Londres, · • là.ire une idé~
liicn 111:Llo UL' la fiMlité 'IU'il de\ait ••artler non pas à ~~ femme, il ne 'a!!is ail paf tl\•lle
- mais ~ el'II' qui :i.vail &lt;l:ugné l'admettre /1
.-011 ami lié, el elle . 'en ploignail _amèrement.
(1 Tandi
11uc ,ou. mo f:tit &gt; une querelle
d' \Il mnnd pour j,, ne ~ai (JUi lui répond
l':unba ~. dcur, ~lmr de D... [de Uura I me
lounuente pour l'.\lihaJc . .,"'.ur c • point, jl'
rue ,-cm, coupable. RJcompen ez-moi doue
par de douce· parole•. et uu awu de vo~
lllJU ·tkes, iles maux que vous me faite.·
soulfrir. 'faut qlJ je viwai, je ,ivrai pour
\OU•.

En disant ccl11. Chatrauhrinnd était incère.
~I. de lnrœllus, alor rctnitll' Tél,Ür · d •
I' mha·:sadc de France li Londres, raconl
qu'il lui fallnt, pour plaire à on ambassad~ur, chercher à Londr une romance de
'triùell intitulée La p(11.· l'ielfe de bdle el
la lui faire entendre ur . on piano pendaol
lciur soirée de olitude. « 1 'était-ce pas dan.
a pensé , dit-ilt un hommage à Mme llé•
caDUer
. ...? 11
Chateaubriand t·ependant taisait faire par
Julie te démarche sur démarche. Jl tenaiL à
èlre envoyé au Congrès et il en \'eut terrible,.
ment à llalhreu qui le traîne d . emaioe en ,
semaine, et cela pendant des mois, sans
pr ndre de déci.ion. Exaspifré, il l'accu t'
d'incapacité, e doutanl bien au fond que la
j a.Jou ic y est aussi pour quelque cho P. Il dit
i1 .!me nécamier rruïl dono ra a Jémi ion :
« \li •u.\ YaUL n'être rien &lt;1u de enir de·
hommes aussi peu capablt&gt; de juger des évéoemt•ul et &lt;l'apprécier de amis. &gt;1 Qudquc~
jour· apr.,s, 011 irritation e t loujour au. i
\'ivo: (( Cc n'est pa un homme comme moi
que l'on ,·eut, écrit-il a,·c•· plu de franchi 'e
el ù • clair\'Oyance que de mode.lie, et UaLhieu t'l Yillèlc m'auront également trompé.
Je J,: plai.us •... Il tomberont , am applaudisments de taules les opinions et de tou le.
parli ·. oil jalou;;ie, soit confiance dans leur
propre force, ils nt maJ compri ce que
j'étai pour eux ... . »

�I

111STO'J{1A _ ___:.._ _ _ _ _ _ ___,.:,..._ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _.
Il le comprenaient au contraire fort bien.
Ils voyaient que Chateaubriand ne serait pa
,ati fait tanl qu'il n'aurait pas la première
place, c'est-à-dire celle de ministre des
Affaires ~lrang•res, et llatbieu n'anit nulle
cmie de la lui céder. \'étailree pa. assez
d'a,,oir ét1i supplanté par lui auprès de
)fme Uécamier'l... uant ~ M. de Vill&amp;le. il
ne tenait aucunement à conser,·er U. de Montmorency dans 1P. cabinet, el Chateaubriand
avait réussi à le comaincre que per onne
JUieux que lui, en rai on de on autorité ~ur
1 royaliste , n'était capable de luller contre
Mathieu et ses pwjet d'intervention en &amp; pagne. Il est bi n proliable que 1. de Villèle
lui promil &lt;lè lors le portefeuille de.s Allaire
étrangère· pour le jour oi1 il p:&gt;U rra.it décemment « débarquer u M. de Monlmorenci .
Enfin. le 3 epLemhr~, l'am ha.~ adeur écrit
11 l'1bbave-:i.u -Boi : (! I,'affa.ire ~ t raite,
mai aye~ quelle mauvai e gràce de la parl
de )lathieu !... &gt;&gt; Malgré son esprit assez peu
ouvert, celui-ci :ivaiL-il vu clair au jeu de son
ubordonné?
Lor ·que Cha Leauhriand arriva i1 P,1ri-, )foLhieu était Mjà. parti pour \ïenne où, plus
déYoL que diplomate, il manqua la ,•isiLe de
M. de Metlernicll pour en être allé fa.ire une à
l'église el à de con vent·. li se rrndail au
Congrès de Vérone el Chateaubriand dr\'ait l'y
venir joindre apr~. un pe!il éjour à Pari~.
Mme Hccamic.i· élail alor en villégiature i1 !.a
Vallée-aux-Loup , avec sa ni,ke el Ballancbr.
Elle 'empre a de venir à Paris voi1· son
illu Lre ami. Celui-ci ne pou\'aÎt, en elM,
daus les termes tr~ tendu où il se trourail
avec ~falhicu, propriétaire actuel de on ancienne terre de la Yalléc-aux.-Loups, se pcl'mellre d\ mettre le pied . li r. t, it parlir
de ce moment, fort piquant de relever, dan
la correspondance de ces deux rhau..x, qui en
sont presque il conleaux tirés malgré leurs
façool&gt; courtoise , la. mmière dont l' un parle
&lt;le l'autre. Mathieu ne dis imule guère son
déJain nou plus qu~ on animo·ité: il n
veut mèm, pa~ prononcet· le nom do l'ami détesté: (( Vous deviez donc revenir (de la Valléeaux-Loup ), écrit-il de Vienne 1t lime Hécamicr, pour \'Oir /'rt1TÏl1m1t .... li sL d:lfls
l'o1·&lt;lre des cbo,e po sible quo j'aille pa er
une cp1inzaine de jow·s avec lui 1t Yéronc,
bien à mon corp· di:tèndanl. je ,·ou ' a ure.
lloi-mèrue je ne ai pa pr :d écnenl ;1 quel
point cela lni plaira .... »
Il savait forl bien r1ue « cela » ne lui plairait que lrè médiocrement. Cependant il lui
écrivit « plusicur:· lettre forl amicales •&gt;
ain.i que le mande Chate.,uLrîand i1 Mme Bécamier. Et, 11 Vérone, ~ le premier aLurd ,
élé fort gracieux » . elou le lémoirrnarre de
~fo.thien en date du i 7 octobre. Celui-ci
etprimo en même temps ;1 !cul' commune
:unie l'e poir c1uc ceb durera, mai il ne
peut 'empêcher d';ijoulcr, en di ant qtie
Chateaubriand e· t singulièrement rcnFroané:
« J'ima"ine qu'il réser\'e tou ses frai· de
coquetterie, en l'ah ence de certaine dame
lllme Récamier), pour les ,ouverain q11i ont
ici nombreu . .... Je ~crais curieux de savoir

cc qu'il mandera d'iri à l'Abba)e-aux-BoL i
mai ·ou ne voudriez pa que je IL e u, a0 e
des privilèges de la diplomatie au point de
sali~faire complètement ma crrrio ité. ,J'ai
toujour ' l'espérance de le lai ser d'ici à une
qninzaine de jour s'.,,erlucr seul, on du
moin av!.'c r deux collègue I et d'aller moimême vou porter de e· nournlle •. Il a l.,ic11
l'allu lui demander de· vôtres, qnoiqn!.' no11~
11oûtion. peu Lou
Ir. deux ce :ujet de couver~ation. 11 - n Toul ce qu'il ,·ou. importe
&lt;le sa.mir, écrit de son ccité Chateauhriand le
1 , c'e t ·omrnènl je ui nnm votre ami :
nou ·omme rort poliment. &gt;) Cc qui ,·eut
dire qu'ils ont l'orL mal. Une .emaine apr,\i,,
la glace commence i1 . e fondr . Mme Réca mier leur a-t-elle donc onv01é l'ordre de ne
p!us se bouder? (&lt; ·ous so~1mes tt•r· bien
Pnscmhle, lui mande Chateanhriand · 11uanJ
on tt ,u quej'étai bonbmnme, on m'a pardonné le reste. » La pai~. donc, rè ne rntrr
cc. deux rivaux, mais pai.~ ar.méC': le mùii tre et son amhassad.:ur ont comm dem d'J~nes qui se re 0 ardenl de Lra,crs en grondant
l't ·ont. à tout moment, prèts n en venir aux
dent .
Jlathi u, le 12 noYcmbre, - ear le Cougr,·• e prolong , - écrit it lime Hécamil'r :
« Mes rapport avec le dernier arriw10t (i l n"
vent pa prononcer le nom de Chateaul,rianù)
~011l toujour~ bons et, dan tout ce 11ui tient
à moi, je ne pui pas m'c.o plaindre. Je· lui ai
montré con Lamment de la confiance et il y a
répondu par dtc mani~re~ eL une comer ·al ion a sei. al1andonnée qui ne nie permellenl
pa d'admellre le oupçon tiu'il pni~sc écrire,
i1 1ou ni à_ per-mme 1 dans un autre ~ens; ce
ser.tit nu acte de fau -~clé dont je le crois ,incapable. Mais je n'aime p.i heaucoup la po~i1ion °énérale où il · ·est placé ici : dt' la roideur cL de la aul'a erie qui mellenl le.~
aulr('s mal i1 l'aise a,·er lui et cornpliquC!lll
des rapport,: qu'il faudrait au contraire ,implifier .... Ou rc'tc, nou:. parlons peu de von :
c· t notre usage, comme ,ou ·arnz. 11
N'y a-t-il pa qu •lque dio e Je puéril a ces
den. hommes, dont l'un e·t ministre de.
.~lia.ires étrangère el l'autre a11\b; adeur.
dont l'un est un lo11tmorrocy •! l'autr Ghaleauhriand, de faire part Je I ur~ démêl ;s i1
la mè.me f~mrne, qui le mène tou · deux par
le bout du nez d lui Mmo11Lrer riu'ils unt
été l1ien sages el cp1'1l · ne se ont pas querellé· parce qu'elle le leur a défendu'! .'e
J,rait-011 pa deu enfant '/ C•l épisode de
jalousie est assurément ce qu'il · eu( Je plu$
piquanL at1 Con!ITès de Yéroue; mais comme
le dram ' 1 ou 11lutot la comédie, se pa ·sait
dan l'ùme de dem a ·leur , pa un de· diplomate$ pré eut n'en perça le m 1ère.
Eulù1, content l'un et L'aotrn de ce quïl'
avaient fait, il revinrcnl à Paris. Mathieu
reçuL le titre de duc en récompense de se
scrl'ice · , el Cbateau briand, crui le sui rit à t roi
emaines dïntcrvnlle, reçut de Mme l\écamier
es pl~s adorables ourires.
Cepet1da.nt ~1. de )!ontmorcncy, e trouvant

en désa 1:ord a"ec la majoritédu conseil, donna
SA démission. M. de Villèle, président du
Conseil, r1ui voulait, pour le remplacer, un
homme con idérable &lt;lu parti royali te, .ongea
au siWt:1 li. de Chateaubriand. A tou égard ,
c"était fort naturel. Au si ravi dan sa rancm1e et dans on orgueil que li. de fontmorcncy l'était peu, Cbateaub!'iand se lais.a prier
longlemp ; il faisait mille façon ..... JI fallu L
presque lui foire ,iolence pour 11uïl acceptât
1:e pou,·oir sur lequel il mourait d'emie ,le se
jeter.
M. de Villèle ne devail pas tarder li rcgreller
de s'Mrc adjoint l'illu~Lre écrivain pour collèll'ue. Quant à ~Jmc• Récamier, elle cul forl
/, raire ponr maintenir une app~rencc Je ·ourtoisio ntrc ~lntbieu el Cbateaulll'iand : il ne
pouvaient 1lfrid 1menl se souffrir, el il fallait
toute la îorce de l'habitude, jointe à une amitié amoureuse et au désir de chacun de l'emporter ur son rival, pour 11u'il ,·onlinuas en!
à endurer le déplai ir de se rencontrer cbcz
~lme l\écami\lr. M. de ~loutmorency étail
même tdlem ni ulcéré cru'il continuait à ne
jamai' pronon!'er le nom de Chateaubriand.
Quand il était forcé de l'écrire, il emplopit one
périphra e peu obli&lt;reante ou implcment le
mot il, qu'il ~onlignait : on ·enl qu'il se tienl
ii 1111atrc et r1u'il a besoin de recourir ~ loutell •i:, sourdines de . a correcte gentilhommerie
pour se conl ntrr de ·c mot il.
Chateaubriand, lui, est exubérant dti bo11hcur : il ne s'occupe pas plus de )lalhieu que
s'il n 'c1istnil pa . et 'il daignail prendre la
peine d'être jaloux de quelqu'un, ce ne _erait
pa de lui. 'es leLLres soul plus "aies, plus
"·11irituelle. el plu amicale que jamai . E11
voici un échantillon, écrit dan · le i:011p de [eu
de ses oceupations: u 6 juin. - Encore Conseil! l.r affair·e · me tueront, surtout i je
sui loo&lt;&gt;temps ans you. \'Oir, mai lundi
sera le jour de ma ùéli1rance. Demain pourtaut, dùL l'Europe aller au fond de l'eau, je
,ous 1·rrrai. ,\ \'ou ! A \'OU ! » li eût été
cependant hi, u enuu ·é 'il n'a\'ait pa · eu à
dire qu'il avail tanL d'affaires sur le bras.
li lui en1oie une ronl11 de petit billet
pour la lcnir /lu couran t des éYén mr-nls
dï.: pa rrne. Il ait 11uïl lui fait ain_i le plu
•n-and plaisir, car elle aime à iltre la premihe
à annoncer les nouYelle à es vi~ileurs · cela
lui donne de lïmporlance, à son saJon aus i,
et l'on '-Îent d,wantao-c. Elle est un peu moinlenant comrue ces coquette ur le retour qui
n'ont plus une bien grande conûanee Jan~ œ
IJUÎ leur re·t d charme· et de heau11: pour
retcuir ou amener Je galant el 'apcrçohenL
qu'il y l'aut suppléer par l'agrément de l'esprit, de la causerie, et par mille artifice . Cc
qui n'empêche pas ryn'elle ait de temps i1
autre bien du fil à rctord_re avec es &lt;1 liètcs 1&gt; ;
ces moulons sont parfoi enragés el il lui faul
alor u er de rigueur.« l.lemain à buitheure ,
lui écrit halcaubriaad, si You con.entez.
j'irai à la pet ile cellule, quoique vous ayez
été bien rude la dernière Fois. l) Que s'était-il
donc passé? Sc grandeurs lui montant à la
Lête, le mini tre au.rail-il eu pour la belle
1. Il. &lt;le Carumnn et Y. de la Ferronan. Chatcaureclu e dru velléité plus amoureuses qu 'amibristul l'l~it, de plus. accompagné de ept allachés,

""'366...,.

.M JIDJUŒ

-

-- .

me donne son bouquet en échan e et ,a
prrndre ma place au bras de l'ambas adeur
&lt;le Loui X'\11 [, tandis que j' occnpe la it.:nnr
~ous la garde de l'ex-roi de We tphalie. Elle
.e vil bientôt entourée de tom le représentant de puis~anccs étrangères, el moi de
lnu. le~ Bonaparte qui se lronvai.enL à Hom .
T.1ndi qu'elle ~·amu:;ail der ~aluts diplomati11m•s que lui allirait la comp~gnie de l';imLa~ adeur, et dont qnelqu -uns sans doute
n'étaient pas nouveaux pour elle, je m'étonnais, :1 mon tour pcul-êlr11, à la révélation de
regret cl J'cspérance fJUP d'ordinaire on ne
ÙL:\'oile cpt&gt; Jc.,:ml le ien5. \\·anl qu'on ne
pùl soupçonner l'échange 11ui aYail eu lieu,
nou reprime no premirrPS places; pui., à
une nou"elle rc.ncoutre. nou: les quittâmes
rncore; enfi n nons répétàmes ce jeu ju qu'l1
ce 11u'1l cùl cessé de nous nmuser, cc qui ne
tal'ùa guère, car tout ce qui amu e c~l de ·a
nature peu durahle. &gt;&gt;
fl fallut bien l' renoncer ù'ailleurs, car la
mèche aYail été ÔYentée el il m étail !'é'alté
une rertainc réserve dans la société ro,afütc
et dans la société honaparli te, ain i quë chez
le inenibre du corp diplomatique.
C11.\l t::AVU!11A:"ID EN l83~.
Après arnir tait a\'ec IJorten e plu· d'une
promenade aux emirons de Roml', lime RéD'après Ill lllhograj)/Jlt! dt ,\IHRI~c.1mier ne put s't:mpêcbcr de dire. avec un
sourire aimablement ironique, qu'elle ne lui
dan leurs excur ions. Dès le lendemain elles 1•onnai 'sait qu'un défaut, celui de ne pas être
se relrou1·aient au Col}·stle : 1~ prince Louis- as cz bonapartiste, - ce qui ne fait pa
~apoléon, fil. d'Uorlen 'C, s promenait a \'CC l'éloge de la belle-fille de .'apoléou, 1p1i, pal'
M. Ampère, tandis qu'elles devisaient toutes parenthè~e, ~nl'ait, comme la chauve-. ouri:e.
deux et se faisaient p,nrt de leur · impre ions. de la fable, èlre à. volonté ce qu'elle ,oulail,
)lme Réc~mier, ne .e déparlant pa &lt;l'une rat on oiseau, honaparti. te ou royaliste. liai ·
certaine froideur, la fille de Jo·épbin • cru! la symp1thie d'llorlen.e pour elle étnit ~indevoir lui donner des explÏl'alions sur .a con- cère: la preuve, c'est qu'cu mourant elle lui
duite eu I t:i. Elle essa ·a de se justifier de· lé!ma comme ourenir le roilc de dentelle
vanl elle, comme !.'11 • l'avait esbaré deYa11t qu'elle portait le jour de leur rencontre à
'apoléon pour • :i tonduiLe en I l ~. - et l'église Saint-Pierre.
l'éponge fuL pLée. ur ces défaillance q11i
Juliclle fll pari de celle al'enturc à el&gt; ami~
ne montraient ni un beau caraclère ni de
de Paris. Mathieu au sitôt d'en profitu pour
principe plus arrêtés sur le chapitre de la lui ad1·es. er u11 $ermon sur son imprudence
reconnai sance, llu'elle n'en avait .ur celui de poli1ique. ChalcauLriand lui écrit aus.i, mai
la fidélité conjugale. On organisa en nile il u'a pa le tnau\ ais goût de faire des ,erd'autres promenades.
mon : il se borne à décocher un hou peti 1
Mrne Récamier, dans un fragmcnl de Me- coup de grilfo à Mathieu et se moque de son
mofre: échappé à la destruction et puLlié pat 11"" deDair politi&lt;111e. Mai · qui donc ne croit
~lmc Lenormant dans es '01t11e11ir~ et Col'- p:is eu a1"0i1· plus lonlT que son voisin?
respondance, raconle un dirnrlis ·cmenl rpii Jl'ailleur ·, tous dcu1 'accordent sur 1111 poin1,
11ëLaiL pa· nouveau pour elle et 11u'elle ne ·e l'espoir de voir rernnir la voyageu e au plus
rd usa pa., bien qu'il fùL un peu enfantin vitt.'.
pour 'es quarante- ept ans, à un Lai ma 1p1é
ll ne faut pas croire pour cela que la pni
chc.z 'l'orlonia, le grand banquier romain. entre eux soit iucère. tt .l'ai cfîné l'autre jour
Elle s'y livra de compte à demi avec Jlortcn·e. chez ce ril'fll. écril Mathieu, à côté de lui. La
« ,!'arrivai au Lai, dit-elle, tonduitc par le conversation a clé facile .... fois il n'y a plus
rluc de Laval-~lonLmorencJ, Au miliea Je ,jamais rien de liion expansif, et le snjet rnr
lïmrnen e el Lrillanle cohue rpu remplissait lequel nou le omme · le moins, c'est peulles salons, je cherchai la reine de yeux el être \'"OU,.... ll Ce qui e comprend à merl'ap rçus enlLn acoompagnée du prince Jérôme vcil1e. El Chateaubriand qui, bon enfan1, ne
Bonaparte. Tout en pa anl cl repas anl l'une craipt pa.s de se brùle.r le doigts en écrivant
prè de l'autre, nous trouvâmes moyen de lo nom de 011 ri,ral, mande le même jour à
nous dire quelqui-s mol Pl nou eûmes bien- Ume llécamier des nouvelle de ce diner :
tôl organi é un petit complot. Dans un mo- tl C'e l ~éjà bien assez que l'on ne me reproment où la Ioule étail exces i1•e, je quitte tout che que ma perfidie emer ~lathieu. Vou
à coup le duc de LavaJ e1, m'éloignant de s::1vez ce qu'il en esL et cc qu'il en pense luiquelques pa ·. je détache à la bille ma "uir- mè.me; il a diné hier chez moi, à mes côtés. 1&gt;
Note.
lande; la reine, attenti"e 11 ce mouvement,
~fme fücâmier était donc ras urée : la

cales? 'ét.a.iL-il élevé quelque dilicullé ô. propos de Mathieu? î avait-il plutôt, comme le
dit ainLe-Bem'c, &lt;( 11ne pelile poinle de jalou ie au sujet d'une t.rè.' ,jolie el très pirituelle dame, }lmc de C... , rrui étai Lalor lr~s
fètée an mini ·tère de~ Affaire. étrangère 1 1,,
11 J al'ail an doul~ un peu de lout cela, mais
la joie d'!!tre rnini-Lre, le besoin qu'il a,ail de
,n-ourer sa gloire et son rang, fail vite oublier
à Chatcanbriand fo ~6'érité de llme Récamier,
itnoir1u 'il lui écrire : &lt;1 J1• nis bien la~ el il
me prend vingl foi par jour en\'ie de planl'r
tout là. n
Cc l'ut lime Récamier qui plmta tout là.
~;lie était très tourmentée de la dii·i 1011 11iguë
qui régnait eutr , ses deux grand ami • surtou l depuis l'al'rivée de Cl1ntcauhria11&lt;l aux
a/faire • llans sa passion pour les célébrités
dé la plume, de la poli1ique et du blason.
tenant 11 garJcr près ,l'ellc les deux homn11• '
ryui ti1aienl la gloire de , on salon, ne \'OulanL
pas non plus voir d1• trop près les infidélilés
du plus fou.,1ieus des deux, clic crut sa"e de
, 'ahslenler pendant quelques rnoL pour donnt!r
à ce_ ri1•alités le temp de s'assoupir. La vie
commcn~ait à de,·enir intenal.ile entre les
petite querelles de cc grands et elle sentait
11u'on 1m l'éconlcrail bienLùL plus. ,\ussi,
comme a ni/&gt;ce avait été alleinte d'une brondûtc qui trainait sous le cirl l;rumcu, de
bords de la eine, elle m prit pr'texte pour
quiller Paris et emmener la jeune fille en
lralic. Elles partirent donc le 2 nommhru
1'2::i, accompagnée. de L Hallancht! cl de
)L J .-J. Ampère.
Toul le long dn chemin, à chaque , ille,
c.ar on allait it petit.e journées, Mme Récamier recevait des lettres de ses amis. Cb.aleaubriand élait le plu a idu à écrire. Ans i
bien a\·ait-il un peu à ·e faire pardonner, car
on lui répond à peine et, dan un billet daté
Je Cbamh~ry on lui dit mo11 ·ie111·. «Lo monsicm· m'a n(acti, ripo, te au~ itôl le ministre;
1·ons reconnaîtrez que je ue l'ai pa mérité. »
11 e l hor de doute c1u'avanL de parlir
~lme llécamier les avait uppliés ù'a,·oir du
ménagement l'un pour l'aul.re tant que durerait sou absence et de la tenir au couranl des
moindres incidenl. qui pourraient sur!.!Ïr
entre eus.
ArriYée vers la lin du mois à Rome elle y
trouva. un ami, Adrien. duc de La\·al, ambassadeur de France, qui la con,ola de l'absence
de e autres ami.. Le noble duc montra pour
efle la plu empressée affection. li l'aida dans
la formation improYisée de son salon . car la
recluse de l'Abbaye-au-Boi n'aimnit pa
plus la soliLudc à Rome t1u'il Paris.
Ver· la fin de février, la duth~se de aintLeu, autrement dit la reintl llorlense, rinl à
Home. Elle y renéontra lime Récamier à
l'érrlise aint-Pjene et celle-ci ne cache pas
que cette relation compromellante l'emllarra ait quelque peu Yis-1Hi de ses amis
royaliste , du duc de Laval particulièrement.
Ne voulaut ni aller chez el!e ni la rece"oir
Mme Récamier avait donc une allilnde asse~
contrainle el très îroide. La belle-fille de Nat. r:a11seriu d,i lundi, 1. 1JV, p. 51"1

}(iCJtM1E~

poléon 'en aperçut cl en comprit le motifs.
Aussi lui demanda-t-ellc a,·ec instance la
fayeur d'un entretien. Mme Récamier aurait eu
mauYaise gràce à le refuser, el il fut convenu
qu'elles ·e rencontreraient comme par ba ard

1

�1f1ST0~1.ll-------------------------~
brouille entre ses deux amis demeurait entière
au fond, mais les debors étaient sauvegardés
et c'est à. quoi elle ten:i.it avant tout. Dans la
lettre de la semaine suivante, Inthieu di ail
en terminanl : « Je suis toujour avec un
homme de votre connaissance SW' le même
pied : obligeance sans intiu.ùté ni confiance
réciproque. 11
Le printemp rc"enu, lmc Mcamier ongea à revenir i\ Paris. Mai elle craignait,
prise entre. ces deux rancune non apaisée ,
de les envenimer in,·olontairement. (&lt; Si je
retournais à présent à Pari , écrivait-elle, je
retrou,,erais les a itations qui m'onl fail partir. i M. de Chateaubriand était mal pour
moi, j'en aurai un vif chagrin; s'il était
bien, un trouble que je uis résolue ù. éviter
désormais. ll
Voilà qui nou donne bien exactement la
nuance de ses -enliments pour Chateaubriand.
Uathieu l'avait sentie. c ttc nuance : c'est
pour cela qu'il ne pardonnait pas à. celui qui
l'avait remplacé au ministère comme auprès
de Ume Récamier, et c'e I pour cette double
rai on qu'il l'appelait « mon successeur. u
Ans i ne peul-on que louer Mme Récamier de
la sage déterminai.ion qu' lie prit de rester
encore six mois en Italie.
Tl y avait du plus, il faut le dire, une aulrc
raison à cette prolongation de séjour en 1talie.
\lme Récamier n'arnit pas échappé à l'influence de l'atmosphère mystir1ue de la ville
~ternelle et e.: enliments se compliquaient à
présent d'Ulle nuance religieuse. Elle en avait
tait part à Mathieu, qui n'était pa, tout à lait
élranger à ce nonvel état d't\me : il y a lonrrLemps qu'il préparait te terrain! Le duc de
Laval, informé, en av-ail touché quelque·
mots aussi à son cousin . .Et celui-ci était dan
la joie de son âme en VO)'ant à Juliette des
di ·po iûons pieuses qui la rapprochaient de
lui et annonçaient on triomphe déftnilif. Il
était aussi r:ni de la voir travailler à son
salut que d'autre l'eus ent été de la voir se
perdre, - à leur profil.
[me "Récamier &lt;1uitta bientôt Rome et,
toujours e.cortée de ses fidèles 13allancbe et
Ampère, alla pas erle re te de l'été à ~a pie .
Elle y arrila au plu Iorl de chaleurs, le
ter juillet 1824.
Mme H.écami r, à. Naples, vivait dan un
cercle assez restreint : l'été n'est pas l'époque
•tui ~,attire les étrangers . Elle faisait fréquem~
ment de e.~cur.sion matinales et des promenades le soir : la pré encc de Oalla.nche el de
U. Ampère donnait à la conversation 1111
intérêt d'érudition historique dont elle ne
lai ait pa que de profiler un peu .an
pre que 'en douter. li faut noter que c'est à
1 aples, durant cet été, qu 'elle fit la connaissance de BI. Charles Lenormant, qui venail

dernières, - et une certaine analogie dans
IP.s positions avec beaucoup de différences,
que le gens fJUi ne l'aiment pas e plai ent
trop à relever. J)
Mme Récamier promit qu'à son retour à
Paris aile leur persuaderait qu'ils s'aim:ticnl,
cl, en attendant. elle alla foire vi ite à l'ancienne reine de Naples, qui e faisail appeler
comtesse de Lipona et habita.il Trieste ous
Ill surveillance du gouvernement autrichien,
i;urvci1fancc lr~ adoucie par M. de M llernicb qui n'avail pas oahlié ses aimables relations avec elle sous l'Ewpire. Elle fuL accompngnée ju·qu'à Veni cpar M. Ch. Lenormanl:
ce jeune homme avi.Ül pas ·é ·omrnc elle l'bi11,r à Rome; il l'a\·ail. fréquentée, avajt J)lu à
Ull11 Cyvocl et avait été agréé pour ou fiancé.
li ·e séparitrent à YenLe : Mme Réc:u:uicr cl
:a nièce allèrent à Trieste taudis L[Ue !f. LenormanL partait pour Pari . Elles ne tardèrc•nl
pa à prendre le même chemin. llme Récamier y arriva au momc~nt où tout ce qu'cll
a1ait d'ami' élait à Heim pour le couronnement du nouveau roi Charles X.
M. de fontmorenc1 se demandai! commenl
st• pa ·serait la premièrecntrerne enlre lime Ré.camier et Chateaubriand. Contrairement à cc
qu'il pens:i.it, à ce qu'il e ·pérail peut-être,
to11l ·e pas a 1,ien et, loin de perdre la pré-rnicre place auprès de Julielle, !'écrivain de
iréuie s'y ancrll plu.. olidcment que ja,uai •.
ne là une recrndescenre d'airrreur chez Mathieu. el il y a un fond, de ·aûsfa.clion maligne dan c· in inualions, 11ropre à ex.citer
la jalnu. ie de Mme fiécamier : l&lt; Il me Clllble que les affaire de Yotre mrlancoliquc
ami n':t\'ancenl pas be(lucoup, peut-être d'apr~ ses dernières rscapa·de qui auron 1
déjoné les démnrcheb d'une autre amie. 11
Quelques mois plu lard, la jalou ie esl nellcmenl manifeste. A propo· de la Vallée-auxLoup dont le nom vient incidemml.'1ll ou~
.a phunc et où il tJSp'•re rcce,·oir on aimable
amie, ~lathieu ,e dépite à la pc,l'ée qu'elle y
S!!!'ail l( peut-èlrc capable de joindre quelquefois une antre pen ëe 4uc la sienne. Il
regrelte d'être éloign: ùe Pilri el ·eut qut:
cela contribm· ù faire lm peu baisser ·œ
a.cûons aupr~ d'elle. &lt;&lt; avez-,ou qu'une de
cho es qui rue déplai eHL de l'aLscnce, c'est
celle perpétuelle assiduité &lt;l.e l'ancien propriëlait'e 1 : et s'il \:l avoir une veine d'indépendance "énéreu e, s'il ,a écrire quelques bell
parres, comm.c il en est capnble el comme on
l'annonce, pour une cm e intéres ante, vou ·
en. erez peul-être prodigieu~emenl Lo•Jchéc l. ..
Ce que je trouve fort br;i.11 sons nn rapporr
grave, mai que jcn'auraisja.mais deviné, c'est
que a femme \'ous plaise. Je lui accorde de
l'e lime, mai je n'en ai jamais reçu une
ne pa5 vouloii· ,:~rire on noru
autre impres ion. »

de Iaireun intdressant ,·oyage dans la GrandeGrèce et qllÎ devait bientôt prendre place dans
ses affections de Camille. li suppléa un peu, en
attendant, M. Ampère, que le mauvais état de
.anté de on véoérable père rappelait en
France.
'111. Cha.ries Lenorma11l était jeune. érudit
eu antiquités grecques el romaines, rhaldaïque el égyptiennes, et il tenait à ce que
nul ne l'ignorât. Bien que tout cela dans~t
dans a tête d'une façon un peu désordonnée,
il savait en tirer bon parti dans le monde et
auprès de ceux qui distriLuent places et
fa\'eurs. Aussi li L-il en sorte de plaire 5
~Ime fléca.mier dont il n'ignorait pas le:i
hautes cl pui santcs relation . li y réus il,
urtout en 'occupant beaucoup de a nièce,
Mlle Cyvoct, donl la sanlé était main tenant
parfaitement rétablie; el lorsque Mme Récamier quitta Naples, elle l'engagea à la Yenir
,oir à Rome.
Elle v arrirn ver. la fin de l'automne. Le
duc de· Laval, donL le congé était &lt;!Xpiré, y
vinl peu de temps après elle. Que de cho:l!s
il a,ail à lui raconter! La mort de Loui XYHI,
l'avè.ucmenl de Cbarle. X, le intrigue d ·
cour. le commérage de alon sui· mil1e
;en qu'elle connaissait, parlicu]ièremcnl sur
Lhaleauhriund que pa~ plu · que Malhieu. il
ne portail d3o~ ·on cœur, m:ti ~rec lequel il
tenait, oc lüt-ce que par érrard pour leur
·ummuue amie, à conser-rer le debor d'uue
irr'procbablt' wurtoisie. Un homme du
monde, un di1ilomalc ne se l',\rhu avec
per. bnuc.
L'hiver. ave · es Cèle,, . amena bientôt une
gr, nde .iftlue11cc d'élran:.:e1• à. îlmne. )lnte Le·
norma.nt e plait à èlaler le nom ari tocrati.que de ceux qui Il liàrenL a\'eC a tanl . li
n' ·n faut relcnir i ·i ![ ue l duc de Noa.ill~ d ·
Mtoc wetchino, à qui elle fil une h.eurew.e
imprcs ion.
Malbicu conti11uail 11 écrire à Juliette : lé
princip:J ujct de se, lt!tlre était. n,\lurellement, l'étal de ses relation avec Cbaleauhriand. ~rme Récamier amil exigé qu'ullcs
fu senl bonne . Ell n'étaient pa · trop maul'ai es; ,'élaittoulce qu'onpouvaitdcmandcr.
1, TI n') a rien dïnlime ni de naimenl
confianl, lui mandait Mathieu le 26 janvier
1 25; el cela nu peut êlrc depuis notre ancieaue riraliLé et d'aprè ce que j'ai élé à
même d'apprécier dl' , ou amitié. même poüti11ue, pour moi. lL rc te la 1•olonté de ne pas
s~ brouiller, la ju lice qu'on c rend mnluel•
lemcnl sur certaines qualiL6., Je tout avec
de~ plm. e plu ou moin obligeantes m1
"racicu es, suivant le. dil'Crse circonstaocui,
- mais cela ·est urtoul refroidi depui · les
i. li s'ob5linc
déteshl!

a

jOSEPil
(A suivre.)

TURQUA

En 1842
llier, l:i juillet, ~[. le du!'. 1l'Orléan· c~l
mort par accident.
A œ suJet, ,pi.and on n,étHte l'hi toire ùe~
cent ri111111anle dernièrl'. année une remnrgne vient /d'esprit. Louis XlY arégué, son
.fil n'a pas ré,,"llé; Louis . V a ré,.né, son fib
n'a pru, régné; Loui XVI a régné, ~on fil n'a
pa régné; apoléon a régné, ,on fil· n'a ,,a~
régné; Charles X a réa-né, son !il n'a pa rémé; I.ouis-Pbilippe règne, son !ils ne rè}gnera pas.
Fait extraordinaire!, i~ foi. de ~uite ln
prérny.inœ humaine clési 1•m1 dan- lout
un peuple une tête qni derra régner,
el c·e~I précisément cell,,_là ffUÏ ne rèb'llc pa, . Six fois de suite la prévoyan&lt;'e
humaine t' t eu défaut. Le foil pe,·si tea"ec une reJoutaLle el rny.sttlrieu,c
ohsl ina lion. ne réfolu Lion ~ur\'ient,
un uniYersel lrumblement d'idées 11ui
cngloulil en quelques années un p,1c é
Je dix siècle. et toute Ja vie sociale
Ù lllle graudu nation; celle commoliun
îorniiù11Lle remerse tant. exceplé le
foit que nou- 1·c noo de signaler· elle
le fait jaiJlir 1111 contraire du milieu de
to11l cc qu'elle fait crouler; uu gr:mtl
empire :;'étaLlit. un Charlemagne apparait, un monde nomeau surgit, le
fait pcrsi te; il emùle être &lt;lu mon&lt;le
nouveau comme il était du monde ancien. L·empire tombe, ltls ,·ieille race
revirunenL, le Charlemilgne e dissout.
l'exil prend le M114u&amp;a.nl et rend 1"
pro ·crits; les rérnl11Liou se reforment
el éclatcol, les dpia ties chang1ml troi.
Foi , ]es é,,é11 1nent.s pa~ ent snr les
én'mcmenf. , le!" ilot.! p,1o enl sur le
nots, - toujours fo hit urnage, tou1
entier, ~'tins Jiscontinuité, sans modification, sans r11ptu1·e. T)epui 11uc les
monarchies e:d lent, le droil dit: le fil.i
alné du mi r.ègne toujours, et voilà
que, dcpui · cent quarante ans, le fait
~épon~ : l~ fili; atn.é d1!' roi ne règ,ie
JflJil.(J ! . :'le - C cnble-t-il pa. rrue c'e t
une loi q11i se r'\'èle· cl qui se révèle,
dans l'ordre inexpliçalile de faits humains, arnc ce d~trré de persîst.anee
e~ d? précision qui jmlfp1Ï1 pn:,l'nt
n a,·a1t :,pparlenu 4u'am. faits mHll:..
riels'! i\e ~_!:l'a it-i I p~ · :ffra~ :in t que
ccrtamc lois de 1hi,torre ~e manif,,slas~ent aux homml!s avec la mè111e ex:wtitudc. la même ri •id1té, et pour ain i ùir"
111 même dun•t~. que le. ,rt•andc · loi , &lt;lr ia
nature'?
0

li. -

""3ô8 ...

llrsronl,\ , -

Fasc.

1( ,.

rourledn · d'Orlé.'Ul mouraul, onjctaenhàte
quelques matela à terre el on fil le chevet J'uue
deille cb.aise-fautt:uil de p,lill •qu'on renyersa.
Un poêle délahré füit derrière la lèle du
prince. Des cas.crole_ el ,Je marmites el des
poteries grossières g-aruissaient quelque
planches le loug du mur. De "randesciAA.ille ,
un fusil de cba se, quelques images coloriee
à deux sous, clou!!c à quatre clou , représentaient Jfazagran, le Juir Errant, e.t l'auenlat

\ll'UX

hahut.s-armoir~. rl..'.lyaicut à gauche le

lit de mort du prince.
Le chapelain d1~ la reine. qm a· i&amp;Lait le

curé de Neuilh· au moment d~ l'c.xtrèmeonclion, e·t u~ fil· naturel de ·apoléon.
l'abbé... qui ressC'mble beaucoup à l'empereur. moins l'air de rr~nic.

Le maré&lt;.:hal Gérard a· ·isLaiL à celle agonie
en uniforme, le maréchal 'oult en
habit noir a\"eC a figure de ,·i il énîquc, M. Guizot en ha Lit noir, le roi
a11'c un pantalon 11oir el un habit
marron. La reine ét.,it en robe de soie
1ioletlè garnie de ~entelle nuirî',.
dp

20 juilfeI.

Dieu a faiL d.-1u don à l'homme :
l' • pt1ran~ et l'ignorance. L'igooran e
csl le meilleur des deux.
Cbaque foi, que ll, le duc d'Orléan ,
prince ro al, allait à \'illier~, ·1111 palai. d'~té. il pa sait devant une maton il'aspect ehéLiI, n'ayant que deux
étages el une seule îenètre à chacun
de es deux étage-, avPC une panvre
l,ot1tique peinttl en vert à son rez-dechaus ée. Celle houtique, .an Frmê1.rc ur la route, n'a1·ait qu'1me parle
11ui lai sail eotre,·oir dans l'ombre un
i,;omptoir, des IJalunces, quelt311e· marchandi$CS vulgaires étalées ~ur le earreau, au-dessus de laquelle était pt&gt;iute
en 1'lires jaune sale t·c!le in ription :
Ccnu1E11c1s o'tp1cERIB. Il n'est pas Lien
.ûr que ~I. le duc d•Orlt!ans, jeune,
insoucianl, joyt!ux, heureux, aüjamais
1·e;111~rq~é celle porte; ou, ,•,1 X a parîo, JeLe le. 1cux rn courant rapide1~1enl sur ce cbemiu &lt;le plai ance, il
I aura regardée comme la porte d'une
Jmutiqu1' miséralile, d'un bouge qud~0nfJUe, d'une marnœ. C'était la porle
de on tombeau.
Clirbè Giraudoa
~ujourd'hui mercredi, j'ai ,·j illl le
FERDL'llA.'il,, LiliC o'OHLi" X~.
1i_e~ où le priucc e · t lombd; il ) a préT3NtJ.Ju ,i'Js1,RE'.~- (Mu,,'t .ù l ' ersalllts.)
c1sement à cette heure une cmainc.
C'est à l't!~droil de la chaussée qui
rsl compri enlrc le viugl-. i\i,\me
de Fieschi. lu porlr11it de ·apolé,Jn et uu et le vingl- epli:'.me arbre à oauche, ,m
porlrail du duc d'Orléans (Louh,-Philipp&lt;·) en co_mplant le~ arbrê. à pal'LÏr de l'nnglc que
colonul-oréuer&lt;1l de bu ards ('Ompl1itai.eot 1, îa1~ le ehcm1n n1,e_c le rond-poiot de la porte
décoraliou de la mur,ülle. Le pav' étnlt un Ma,llot. Le dos t) :uie ùc la chaussée a vingt
carreau de hri,p1cs rouaes non peinlc . DC'u:,: et un pavés de lar()'em·. Le prince s'C'i;I brisé

�1f1ST0'1{1Jl

----------------------------------------~

le frot1L •ur le lroi ièroc cl le 11uatrièrne
patti à ,icaucbc, pr\. du bord. 'il 1•itt été
lancé dit-huil po111·e~ plus loin, 1I • rait
lo111l1 ur I t.errr.
1. roi a foit t.!11lcwr b dcu p:ivé taché,J,~ ~nir, cl l'on di Lin,.uait i:11!'-0re aujourd.hui, ru l;,ré ln lioue d'u111ijn11r11(-e plu,i 'li. c,
Je,- Jeux p ,·é nou \"C3U fraidl('llll'llt po : .
l-:!1 ra . ur lt! mur, 1•11tr1• le - J •111 arbre ,
p:1. :anl. 01Îl tra : ,11r le 11tilrt une noit
ave Ll dnlc: l::ï juillel 1 '1'2; à côtt= el
&amp;rit C(' mot : marlir (.~i,:).
Un lieu où 1• prince c.- t tonil, 1 on npt·rçoit
à droit.c, dan un• ,:clairrie, elllre I •, mai,r1n
cl lt arlire., l'ar · de l' ~lllil •. Du rnêm • t·ùté,
el , une porlce d • pi,told, :ipparail un rand
mur ùlam:. ulnuré de hangar, et dr. :rrarni ,
bordti d'un fo .é cl surmonté d'un ench Yèt.rcmc11l de l!ru1• -• de b ·Lan: el J'éd1 fnuJag • . ,e ,,nt lc.s Corlilil'.'ltion · de Pari .
Penda1tt 11ue je con. iJérais I d •11 p:u ~
cl la croi. truc&amp;. ur le mur, 1111e b nJe d'rcolièr-., Lou~ coiff( Je chapeaux dt• li; illl', m'a
entour: u!Jitcrnenl, el · ·- jcuuc , fr. ichcs
et rirtnlc: 6gur · - se ·ont group ·e ,. • une
curio ilé in oncinnle autour J11 lieu fat,1I. \
1111 ·l11uc pa plu. loin. unr. jeunt' •en-anLC
emhra · il el ear · · ait un tout ptlil enfant
u d, •rauJ- éclats de rire.
l,;1 m· i ·on où 1~ pri11ce a c. pir1i porte le
n° 4 bi cl cü ~ituéc entre une Fabrique de
a,·on cl un rgoli •r-m rd1,111d cl• Yin. La
h-OulÎ(}Ue du rcz~le-chau ,ét~ e l fcrm~ . .\u
mur. à droit.e de h port,•, e l ado-~tS un baoc
Je hoi, gru. i r ur l quel deu ou trois
vir•illl' femme. • r &lt;chauffai •nl u sol •il.
Au-de,. us de leur tète était collée, ur lcfund

Ma dame de Ccn,oye

LI! 15 juillet, qu3ml 1• prin · so1·til il
Tuih!ri pour la d1•r11i1•re roi . il ri·nconlra
ù\ h,&gt;rd I monunwnl humain 11ui ,.,-cille le
pin pui mm,•nl l'idé de la dur1 11•. l'obJli:que de f\hams' , ruai il put ~on"er 1p1'à
rellc même pl, ce n,·ait rit! dr1·,, • l'fr.haf:iud
de Loui · ~ VI. Il r •oconlru en uit . 1 monum~nt qu.i 1:,-eillt: le plu :plenJidcm1ml _l'idée
Je la gloire, l'arc J,, triomph de l~tnile,
mai. il put e 011 wnir 1p1c ou, cclt1• m 'me
,·01) Il• avait pa. ~é Il' t't'rt·.ueil Je ·ap1Moo.
pare,ir.
ho e sin~ulii·rl!; 1• prince est tomué à Cinq rcnh pa plu- loin. il ren,·onlra un
gauche, et l'autup.ir. a 1·11nstal • que l corp!'.i rhe111io ljllÎ doit .on nom -iui,tr 11 lïn urétait contu · Cl le cr,înc brî 11 ,lu côté droil. r,cûon du 6 octol,rc îunlt'ntê,, p3r l'hilippc\I. \'illemain (c' l lni-mème qui m • le É~alilé contre Loni · \ \ 1. Ç • ch •min 'appl!lle
la ru11111 J, la flùo/fe \u mom ni où il. ,.
di.ail ar,rnl-lûcr) c.t nrriHi pr'• du prin
une demi-lieurc
pcir apr s l'acci1lt!nl. •nlr'·rcnl, le cb,!,·au'( 1p1i rond11isai.e11t 1~
Toul: la r mille roi ale y était d 1jit. Ln vopnl petit-fil. d'~,,alité ,,'e111porkrcnl, se ruoleolr&gt;r li. \'illernain, le roi 1i11L lui ,irn- tèrtml, pour ain. i dir •, l'l au d II tiers de
mcnt et lui dit ; 'c l une chute rrucll •; il Ct!ll • roule fat, le, le prince tomba.
l' ·t Cllf'Ore ér· rwui. mai~ il n'a au&lt;110P fracLe duc d' rlénn, ,·app1•laît l'crJinanJ
lul't!, tou le: rnemlJr sonl souph• et en
cominc.
on a"ieul de. '.,pl•-. Philippe comme
bon état. Le roi ,11it rai. on; LOul \,· corp, du
~on
père
Pl son ai •ul d • franc,!, Loui. 0111me
prince 1Lail . ain d intact, excepté la t1•Le.
l,oui,
X\1.
Charl1· Ctm1me Cbarlt•· X. et
laquelle. an: déchlr11r1' ni ! '&lt;.ion cxt 'rieurc,
était bri•-t· • . ou la r•cau comme u11e ru;sietle, Henri i•o111me Henri V. ()an. on ade mortu ir•, on a omis (e t-cc 11 de ~rin1) ~on nom
mt Jit \ïllcmai11.
ici.lien de l\osolino. J'arnue 'lue j'ai re••relté
Quoi &lt;tu'o11 en ail dit, 1 prinœ n'a ni
pleur: ni parl1:. Le cràoe ét.ant frai:. sé cl le ce nom gracieu\ qui Nppèlail Pal,•rmc el
c•rn·au déchiré, ·('la était impo, il.il . Il n'y . amie I\o,nlie. On a craint ,j • ne i quel
a\'aÎl plu~ 11,t'tm rc le J1.1 ,ie or,.aoique. Le ridwuk Ro o\ino e:-.t cb. rmaol pour le. po '•les
mourant n ,-o~ail p.'1 • ne entait pa , ne cl bizarre p1mr le ùour·• oi .
0111Tra1l p, . Y. Villemain l'a ,·u culemenl
omme j m'en rcî"enai ,·er -ix b •ur du
remuer 11 · jambe· deu foi -•
soir,
j'ai rcma.rquu cetw afh he II gro ses
Le cdlé uchc du ch min c l occupJ par
des jardin t de m:ii ons de plai ance; du l •U.l'C! , coll çà el là ur le.! mu.rail! · : Fête
&lt;le Neuilly, le ajuillet.
cùtê droit, il n'y:, 11110 d s ma'lure~.

rnrt du bi\tl' "•'OIi, un • or:1111!1• nflich,: lilan1·he
pt&gt;rlunl ~ mol. : Ea11 mi1ufrnle h E:pril
Putot. Ile. rideaux do ralic11t hlanc à la
îen ·•tre du premi r ,cmhlenl i11Ji11m•r 1111 · la
mai,ou c L ent·or• h~hitét·. Forcn 1Ju1·•ur,,
allnllhl~ d1rii 11 march;111d J • ,·in ,·oi. in,
riaient et eau. nient bruyainm ut. lll'u pork
1111 Jdà, , ur la nlai~on n• Il, prc.qm· 1·i~-1t-1·i
l'endroit 011 le prÎnt.:è '1•st 111é, r. t p1•inte
c •li!'. l llsl'Î"11e eu lettr • noire : Clw1it1rlt!l,

MAURJ CE MONTÉG UT

,

Les Epées de fer

1

•
monter on père cl 1011 es amis 11 ch •val.
On chi&gt;rche partout : on Lrourn ,,ue CaYOJe
a,·ail eu l'aYMt.age. Elle tut i iou bée de ce
lémoignage d'affection qu'elle l'épou n. Jamnis
femme n'a plus aimé ·ou mari. Le cardinal
de Rich•lieu l fit son capiL inc d , ardc .
Quand la cour n'él.ail pa a Paris, elle l\'ail
loujour uo leur dan~ sa pocbt pour on
m:iri; el d qu'elle 1:nlcodail dir' que qu lqu'u n allait à la cour, lie lui donnait n let1.l'C; celle-là partie.elle~~ alla il foire un .autre;
el tel jour elle lui en a n,·o 11 plu de troi ·.
Un jour I • cardinal lui demanda lequel elle
aimait le mieu de lui ou de son mari :
• Ion. •innt ur. répondil--elle. \'otre Éminence
,c oe ni'en voudra poiotde mal, ~'il lui plait;
« mai· je lui avoue-rai l'ranclwmenl 11uej'aimr
11 mh•u. mon mari. \ou· ne me doonei: rp1e
• de l'inquiéludP, je . ui toujours en peilll·
ci pour \'Olr anté, M lui me donne du plai« ~ir. - ~foi lct1uel aimcri,~-rnu. mi•u ,
" ajouta le carùinol, que 1. J Cavoy mou,, rùl ou lout I rt" te du monde? -J'aiml'Q ra·
mit!U:s: q-uc toul le monde mourùt.
11 ~fai, que feri z-1ou Lou -deux Lonl euL 7,~ou ferion ce ,,u• \dnm •t t\'e Cru. aient. :.
Elle dil qu'elle :irnit toul le oin d

ladame de C.,vo1·e ·L fille de ..:érignan,
enlilhomme de qualité de Languedoc, qui
fut maréchal de camp en Calalo,.ne. Elle
épousa en premières noce un gentilhomme,
nommé La Croi 1, qui la lais_ veuve fort jeune
cl an - enlanl · ; elle f:tnil joli , spirituelle el
a ez rich . Cavoye, gentilhomme dt• Picardie,
peu accommodé, mais de beaucoup de cœur,
ét.ait M. de lonlmor ne_ quand il en Je~int
amonr •111. : il n' vail va- grand~ espérance de
rfo ir en a rei:h •rcLc, quand, a - nt été prL
pour · cond par un d es amis, il alla t·he.z
un notaire faire un l lament par lequel il
donnait 11 madame de La roix toul ce qu'il
pournit a\'oir au monde, et après alla dire à
un amie commune qu'il v nail dt• rendre à
madame de La Croix la plu raode marque
d'amour qu'il lui pou,·11il rendre; qu'on trou1· rait son 1 1.am,ml th&lt;'z tel notaire, 11u'il
• 'allail liaure, cl qu'il la uppli.ail d'a:; urer
la bel\ que, s'il mourait, il mourrail son
1. 1..-, chu , i. f""leu : imcnlion •~lai Îm•
rôt ur· l'L, apr'._ cela, 'en"•· Celtefomme
court le dire à m, dame de La Croi. , qui fi L p rtéc p:ir ~1111 arr,,' r&lt;', 1111i l'rxploilo.Ït par prhil'•~'t, 3~0 ,

\'1CTOR

HUGO •

affaire cl du mén.ige : u Qu, nd il re,·enait
• au logi , je le C3r
is; je me fai. ais Loule
u la plu jolie que je J&gt;OllVai. pour loi plaire;
• il n'cnl &gt;ndail parler de rien de fàch ui;
point de plaintes, point de cricrie, poinl
d'a.fl'aire . Enfin, e'éuiil comme.ile cre• ment n' · •th poml pa . é. »
Ce ma.ri mourut aYanl Ir ardioal d Rirhdieu. La pauvre&gt; mad. me de Ca,·oye en [ut
lerrililcmenl affiigé .
domc de Beonellc y
alla comme le autre , el. comm elle prit
con é : • Ilélas I dit l' Oli ê •, que je
i
• beurcu t&gt;, mon eruanl, i j'étais au i
u oi ·on qu Loi! je ne sentirni pa ce 'lue
o je s o .
Quoique chnrg 1e de beaucoup J'co[antc ,
elle fait i bien f\u'ell • ub i te honor blem nt; l!lle a eu la moiti~ du don Je ch i
Je ollicarrièr I d~ le temp · du teu cardinal
et cela lni nul bc:tucoup. Elit• la.il a cuur·
elle e l a.droite •t aimé· de tout le monde ,
pleure encore 'lunod on lui parle de on m:iri.
Elll• a cinquanle an , d, apr'• dou.te os~1.• . • • pour I moins, la
orne nu ~i belle
qu'à cp1inzc ans; elle n'a jamai: eu le visa"e
Fort' heJu, mai n11réabl ; pour le corp·, il
n'y •o aYaiL guère de mieux l'aile.
T LLE.\W .T DES REA

LIVRE PR E UER
Il (suite)
Guillemot, clan~ l'ansll' de Jeu mur,,
aperçut une roue d · cbarrctte, d1:hri. échout:,
.tprè quelque accident. Elle L:t:iil Lir"'e cl
ha~t , .raite d.,• bois durci p. r J, _ ns, le
plcm n,r Pl l 1!.111 du ci&lt;'I, enC11 rc\tie J'uno
ép~i-~ nr de li.·r rouillé. Il . c l,ai. a, la
- a1. 11, dl' ch:iquc ~ain. p~r un r voo du
mol ·u, cl, .an fair&gt; ; « Oun ! » J·un nir
mode. le, l'eoll'va au-de us de a ltlle 1\
maintint un !Jon moment, le jnmbt• · à pein~
ét·arlét&gt; ·, le. Lrn ri,.iJe •
Cadoudal ~ourit; il comprenait le défi
l':u;,·rptnil olonticr~ :
'
- Pounruoi fab-111 la? dit-il il Guillemot.
- Pour di" 1rer.
- Jeux d'i:nfants, répli1p1a le grand chef
dJJ:,ign 'Il\.
0 • ' eu gri•, mobile , il cbercbail
autour de h~i de quoi 1tonner on inonde, h·
pa . n. . homm_ . et f~mmc qui, dijà, ,o
~r~ -~1enl. curwux. , uhiteml'nt, . n face
~,Jaira .. \. cinqoanlc pa
t! dressait un
puit · nllqu~, . an piem· • branlante·: ln
m~r ,•Il~ er'. ela1t_ moitié d · •ell,&lt;c . .\ plein
do1gl~. Il I empoigna, fil un lë cr clîorl cl,
oudam. 1 rehord Ju p11i1. 'l'll'iOl:1i1 au
boat_ Je -,.~ bra ' dan un flot d1: plrilrnillt•.
o~urn_L toujour·. il promena son fardeau:
lrvJ._ f111 •• a11tour Ju Iron héanl Jécouro11 :
{' la
1 • •
'
ue.
•·. n. ·• gena,t pas plus qu'un• bouc Je
,Il . Il ~ ttrrêl:i de,ant Guillemot, lui lt&gt;nclit,
cornrnr
.
. 1111 plall'nll d . fnif'OCe , ln" ron d dc
pierre enormc, en j •tant :
- ,\pr~s loi, a\'anl toi l
L'aulre lit la grim 31,t! el recula.
- Tu · le Ji:'lli!e !
La foule
1l'en1ho11 1·~...·mo"• 1.ua Ila1't
• tréphmail
I ~
de_ m.:un,;
e· homme. a!rita1· l'D t I urs ch afu,. Gco_rgr,, leur Geor;;1·,, êlail foujour
e m~me. Sur le ruil de 1. fornu.: \Jli-,.,e·
-Ier t·1rr • Jo, l'nnc ap11la11di s-1irnl. •"·•-r " •
et
ris •
·' ", 1ou1·ez
1 • .en~b_:mté... ll tenaient le; cùtc• ;
1, \
JOt"naJenl Ir main,, ,·omn1c
d an - emmc
un• ctl:L ..
C.'l~imJ:il reposa. ln margt•lle :1 a pl t !
exacte• a\.''&lt;: un om minuli~•ux. Il riait ·n
dessous. (,mllernot, wxé. bourr;iil sa pipl'
f D~. les !uèru ., minute , une bande d'~nanl • de I autre côté Je la roule .• e hait. reut , cou11 · d,• boul1· .. d1• uei••••.
•
11udain,

1111 d • c •s projectik. Jaur:, an· intrnûon.
~ar une main mala.Jroite, rint fr.ipi r
1, •orge• h l'épo111lc. Jlan~ les !!roup&lt;·s. il )
cul un murmurP. J réprr,bation indig 111~.
~:~101t: ~e,.ant un ~uenl~l. ,le P~e-nrnJtislc•,
l.u • 1111, il {~lal.111 de JOt ; rama nul un
ta de nei"P. au 11:mi- J'un talus, il le p i1ri1
dilll&gt; ,e gro. ~l' · main:: et. , i-on tour,
l~mhard_a I L:nfanl qui. d":ilH&gt;tJ inr]uiet..
~ enhnrd1rrut hu•nliil et lui r •pornlirenL dû la
~èmdi!f.on_. Jo. cnm•n·) put tenir, il ,'l'n mèlr1,
\llll oulcmr ~on chd; d'nulr1• - l'imitèrent·
Lonl l • ,ill:tgc 'a,.:it.1i1: l:i hataillr di:,·cnai;
é_n ~raie; le. ùoul l,lanclll' · \'Olaicnt. se croi, am1l d:m, l':ur, \: ra. :rnl . ur 11• do 1
poitrin··, a~ milieu d~ cris, de. rir,~, dan
un l'Onf'alsJon ile ~a1clé poJ•ufair .
G orge., san: chapeau, en sueur, ,orifêram, mitraillait an répit ,c fut dan œll,
occupation que l urpril 11• 1·omte .\ el ce
per_o~uag • incor~nu au p;iJ- . qu, Jili G:,ril
a,a11, clé rc ~ourmtlre t'L ch1:rd1er ttr la grèl-,
de K rnillmc. Il ne pul l',1cber a surpris.•
11uand -on guirfo lui Jéclar.i qu • le
auJ
ch~f ~ • C~1on?n- ,élnil t·e gro- jeune homm
q111 . e.crnn3.JL la-ba., tète nu • le - niain pleines de nei •c, de la neinc da.os Je chc,eu
el dan sa Ir èrn harb1! rou .. e.

' "11 11 J •!111 •• a• \'lit.',{; •or"e. r,•11011\',tit au
romhat; il . approcha, . 1•ùiuanl ,,:, ltal,it: ,
s'e . uya11l le· main il s,• eulullf' · (1Ui
.
.
'
•
~ou dain "r.l\'I', 11 alun l'étran;er, ;1 troi p .
- Le comte .\. -l '/
- Le t(llllt1! ,hel, r~pliip1:1 )';1111re •. aluanl
à ·011 lour.
, - \'l.'uille.r. m • ui\'rc, mon ·ieur, r prit
1.aduud.il, nou t·aus.·rons .-ur la lande; c• .. t
ru plein air t111'•J11 ri que 11• moins J\~lre
t·nl ·mlu.
L, comlc Ad nccJnie ça 11'1111 i••nr de têl •
el ·ui,·it Ge&lt;,r··1·,.
"'
,\ '.ha cen1: JJ;ts du îilla e. ,ur la l:111dc,
l'llllr :t! de (?1 ntlb. ('Jl(·oM lat•h(,e ® IICÎ"'e
1011:!l•·lllJIS ils n111liuli·rcul ,ûte à col • .t llan~
et ' n:1111. On 1 · Yo~, it dt luin. lai - nul 11
pouvait ~urpr•nclre uu mot dé IN1r 1·ntrelil'n.
Le comte .! cl ét, it un homme de ')Uarantc an peul-ètrc, au vi.·~ge étnnn:unm nl
lr1 te; d'une allirante L auté : • rrait5 fui.-,
r "11hers. d . trait. dr. femme, la bl:inl'h •ur
~••. son leinl, ses ·eu . Lieu - de mer ·orupoa1ent uo t-usemble d une -·rand,· Jouceur ·t
pourlanl d'une grande énergie: .ses alhtte ,
on r~tume, CtJnlrc toute prudence, éla.ieot
reux.tl uo ourfü:m de Ver nilles: c'e L par
cela 4u 'il déplut . ur-le--cbamp · 11x ch fc,
0

�-

H1STO'J(1A
•

---------------------------------------~

comme au~ soldat chouan , tous à demianva"e · el qui, déjà, la ,·eille Je la défaite
d Quiberon, avaieul oui •rteu1enl murmw·c
conl re la pré cnce el le: préro!!a.Li1es des
hcnu eigneur fraichement débarqué. dont
le babil de ,,elour el de soie mépri aienl
leurs pe.1u.x de moaton el leur· guètr · de
cuir: le nou1·cau ,·enu r emblait aux émigrés, - rnauvais!' noie et mauvaise imprc sion. Que venait-il faire? ul n'en . a,ait
rien. Geor"i' devait le pré tmler au con~eil ...
oi1 il l'arlerait. En allendaot, il s'expliquaient
Lou les deux, face 11 lace. A certai us moment..
Cadoudal avançait, reculait, gesticulait. Aux.
premihes parole , il avait drt: é le· bra ,
sou· l'cmpircd'unu tupéfa 'lion an limit ·.
A l'i, trè· calm ·, loujour trè gra\'e,
h•vait cl bni~ ·ail la têl en sig1w d'aflirmalion r~it •réo. 'tendait la main, dan la po c
iln ·eru1 •nt.
C,-pendanl, de tous côté~. par le Lroi ·
roule:,. de· 11uatre point dr l"hori.:011 1 des
va.lier nr de Lidet nHligres, de piéton
en sauots, des hommes n carriole· grinçarllc , tou vûln en pa:. uns, el san armes
apparcnle.s, dtiuoucbaicnl. c pre aient, s'a emblnicnl ur la place, ~•., seyaient sur les
mnrcb de l'éali ·e, 1füc11taieut enlre eux,
le ye11 li és sur George , q11'il auendaienl,
mai: Jont aucun n'aun1il o é troubler la
confërence a1·ec l'élran"er.
En plus des chef arri1és le matin, il y
:nait là : Rohu, 'ol de Gri olles, Penan Ler,
le comle do Kerret, le comte Le l:lohanic, Le
mn1ier, le frère du Bouay , ontdoré, de
'ili, E1·eno, Saint-Béneanl, Biger, Dancourt,
~aint-Loup, et d'autres, tou les chef de
légion· rnorL1hanai ·es répondant à l'appel du
grand chef Cadoudal, de Gcoraes &lt;&lt; la Ti!lcllonde ».
Jadis, quand l'ni,,le dcplo)ée de lh1 Gue clin apparai ail dans le champ de Bretagne, po11r l'émerveillement de sires de
fiocliefort, de ll.ale'troit, de Penhouët Je
Tor -boitcu. , de Raoul de Coëttjllell, de )Jaurice de Trëzi•ruidy, dt! Jean de Baumanoir, de
Jean de Rieu -Al' r·ac, de Ra.oul de Kcr1•ou-1,
d' lirier di! ~fauny, d' Guillaume de 3foatl101Lrcber, cc.,, tomÎ1:icruon hautains du pui,S.'lnl conn :table Lou s·exdamaienl:
- .A Ier le! \'OÏci la Tète-Ronde, ".Ir' 1,
L\n"la1s!
Cinq ièclt' pin. lard, les frères d'arme
de Cadoudal le qualifiaient au~ i d oo surnom que leur" père., donnaient~ Uertrand du
Guesclin. [)an· l'un, c'était la mème nature;
l hez le· autre_, la mt1nw confiance.
- Voici la Tete-Ronde, ".lte au Ill o. !
Enfin, Gcor •es cl l'étranger dest:endaicnt
Je 1:1 lande ·ur là r utc, se &lt;liri&lt;Yeaicnt vers
l'é&lt;Yli~e; le prc111icr répiltail, h,1,·hant la tète :
(;'e l prodir•ieux t
Le econJ rt1pliq ua it :
C'e ·t la rérité, rien 11ue la vérité!
Elle n'e l pa toojours lJonnc à dire
ohsci·vait ,corge:,.
- 'i, mousie1u. ripostai! l'autre, lor;11ue
d'dle Mprnd la jw,licc.
ll :1pprochaic111. Alur · Je marclte· ùe

I'~ •lise, d l,a · mnr:, de pierre èche. de
talus &lt;lu chemin. où il étaient a. i • tous les
partisan· à la fui~ se le1·èrenl, :ms ordre,
an ignal, mns par leur cœur. l)es dellx
côté de la route, il lormaient une baie
tumultueu e; tout1' ce tètes brutale~ .e
Mcou1rircnt · tout ce· bouche noire. s'êlargii·eot dan un cri :
- Vive George !
~t les main· e lendaient, les Lra' · o laient, du rnème élan auva"e; le. bri9an1/
acclamaient leur ch r. Et lui, redre é, tète
haute, il oppo.ail a ma--e formidalile à ce
flot d'entbo11.Siasme, coupait. lenlcmenl, de
.a va le poitrine, la foule f[ui l'enH'loppail,
rilt,ondait à rbac11n en l'appelant par Oil nom.
- Je vou · uicne micu. :iin i !... murmura
l · comte A el. qui marchait à a s1ût .
Cadoudal ' l'elouro:i :
- Il y a Lcmp pour tout mon ienr.
Nou n'a,·on pa · de remords, nou :-a\011
rire.
Dan un cortè e de fnnaû4ues, il revint ~
l:i l~rme. 'ur le euil, il barra l'entrée de a
carrure et dé lnra :
- Ceux que j'ai convoqu ·, ceux-là ~olement. ...
li le Ot pa cr un par un, pui dit à
Gynou1·ez :
- Tire la porle et rc le devant.
l.,e comte Axel 1 par UM me ure spéciale,
ful adnùs au co1uil.
Geor"e s'assiL dan le faut uil d'Alanik,
montra d'un g ·te le uancs aux aulre ; et,
tout de ·uite, prononça :
- Oélibéron. .. . . Me . iew·s, je ,·ou ' préen te, sou ma garantie pl!I':sonnelie, el j'accrédite :1u1irè~ de vou I. le comte Axd de
Fersen ici pré ent; il nous t adre é par
no frères d'arme de . 'ormandie, par l.oui ·
de Frotté, prin ·ipalem.cnl; il l'Otk fera des
révélation grave~. J'ajoute, pour mémoire.
que Je comtl! de Fers •n, uédoi de oaissan )C,
a bi n mérité de la France en faisant él'ader
de Tuil •ries la fam, lleroyalc, le 20 Juin 1791.
~Lon ieur le comte, ,·ou parlerez, ·î ,·ou· le
voulez bien. à la lin du con, cil.
F •nm approma d'un ~i 0rne de tète.
La précaution pri"e par Cadoudal Je précii,er Je rôle du comte de Fer"en dan la chrollÎL[Ue rél'olulionnair~, JLaiL des plu' M"iLimc , des plu néce ·saires mème. l'armi les
a·si tnnls, cfü sur dollzc ignoraient profondémenl toul ce qui , 'élait pa é depu~ cinq
aru, en delwr, Ju district de Vanne . Oa J'a
dil : c'était dl.'. pa ··ans, parrois nobles
homm , m1is, pour la pluparl, san nulle
ouv rlure d',1me. Il- conn;,iissaieot leur l)icu,
lenr prèlr · el leur fomille; cela leur su fllsait.
Le nom de fi't•r ·un ]IJ · a an' e1citer ni
iutérèl nicurio. îté dall cet auditoire Ligarré;
un eul parti anen futému,mai àl'exlrème;
a l'enl ndre, le comte é\èrc de Kerret
s.'êl.til l&gt;rusqucmcnl bé &lt;le on barn:, d~venu
pàlè, les rnains lremblanlc . l't:nché sur
l'épaule d1· l'cnan lrr, il 'cllorçail d ' dé\'i~icr celui 1111e pré. tmtnil George .
"ai~ Fersen c 1•n:1it it contre-jour, la
,:1!11• élail !1 J'orJin:iirc obscur~•, il 11· · pnniul

pas. li r tomba ·ur on liane, •t l!aissa la
lêlt•, l'nir accahlé
Ouranl toul I cou il, il ne fit pas un
monvrnrn11l, ne pronon\:a pas w1e parole; el,
ponrl.inl, on inlluencc é1nil grande; .ouvenl,
il s'était fa.il écouter. li parai~ ail abasourdi,
as~ommé par un roup &lt;le ma . ue.
Nul n' fil allenlion, cor chacun, dan celle
a .cml,lée, renfermait :-ou on crâne de
préoccupation "r;we ; ha lourd:. pour fa plupart, . • xprimanl awc difficulté, ayant mille
peine à trailuire en parol!'s nne pen ée souvent conru.e, il arrirnient al'ec une formule
tonie prèle, appri ·e par cœur, celle qu'ils
croyaient bon11e, qu'il voulaient exprinwr;
el, jn qu'.111 moment 1f L'O fair pari à lou ,
il e ln récilnienl, par 1·i11ut foi , meutalemcnl, de peur de l'ouhli~r. Tou· et&gt;. Yisa •es
renfrogné n ·an,icnt pos d'antre eau.t•; cliacu11 répétait s:t h•çon .
Cependant, dnn. Je nombre. il y a1·ait.
comme partout, si11on drs oraleur', tout au
moins de~ bom1J1cs dnn · de l'Onœpls pon1.;Jn "s c·l de la faculté d'en démontrer la
Jogiriue d l'opportunité. C orge., l\ohu, ~h·rcier maniaient l"apo trophc en lempèk
Géor" · •urlcmt. dans dr·~ ctclat de ,nis. qui
dépa aient les murs. Le comle de Kt!rrct,
serré dan. son di cour comme dan. on
habit. di ·tillait lentem1•nl de' vé.rilé utiles;
Turpin Le Glohnnic, -uhtil, embrouiUait, par
mali~. les fils ,fo l'écheveau; on langaa était
alamhi11ué comme . e. con\'iclion .. Gnillemol
el E1·c110 ·1; dépen ·aient en d'ét,·rnelles me•
nac ; hor de là, il- r . laient mnct. . I.e
rl1c,•alicr tle Jo,·ennc inLrodui,ail la fantaisie
dan le· pin dranrn1ique conférences; certains e limaient qu'il n'était pa. .érieux.
{)'autres ncore po· l'daient de qualité Je
age e, de clairvoyance, ervi
par une
facile éloculion; mai it eux Lou , il formaient nnc infime minorité.... La ma ·.e
était oLln. e.
I.e calrnirti, le cru ifix, le ch,,pelcl, ohjrt
Je foi tangible·, le docher, 1&lt; doigt l •vé ,·ers
le ciel 11, !Pche indicalri , afü i, de Lomhe
anccslr::iJe , groupée. autour d lui, Lul des
pèlerin en route, témoin ur l'horizon, loul
cc 11ui ~mboli ail la reli!!'ion, la ramille, le
coin rie tcrr natal, l.rur entrait au cerveau
par le chemin 1111 cœnr; ne comprènaat 11ue
cela, ih 'y ratla baient avec une avengle énergie. Qui touchait à. leur crO)ances devenail
le pire e1111 mi. Alor il oubliaient la peur
in Linc1i,·e, la prudenœ réOéchie deleur race,
sautaient ·ur leur. fau~, leurs fourch1•s. el
.e riwicnl au combal. ...
r.eorge · continuait ;
)le sieur~, la Rép11l,litJUC, 11or foi~ ile
plu, par ·es chefs de di·lrict .• r commaadaul militaire, dan 110 viUC's COll')UÎS~,
trahit le. pacte· con. l'Î1lls; elle traqllc nai
prèll'cs; fu ilfo, au coin de. boi , coutre lo
droit ,le
n , uo· frères d'arm1• ·, aajnurJ'lrni p:tci/ié· . Encore une Iob. !!il!! m1•nace
sans trl&gt;, e no lemplcs, aos mai ·on , c·c~là-dir · notrè foi, ao· famille ·. r. mois 11rochain, par uile ùe la le1·ée en masse prescrite tll ordonuée, nos C'nfant. eronl incor0

(f,

- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - · LES É'P'EES DE 'FER, - ,
parés dans l'armée Je uandiL . Me ·sieur·, la
HrpuLlique nou accule i\ la oumi sion hidm
Oil à la. r1llnllc légitime. Laquelle chai issczrnus·?
Le plu, j,•uoe·, le plu ardenl~, se dr,rsèrcnt en tumulte, le. mains lcn\ •·. criant :
- La guerre!
.\lai les hommes de quarante ans, .oucieux, tri les même, bai saienl la lèle et ne
répondaient p~ . De ceux-là, le comte Turpin Le Glohanic. réclamant le .iltmce, lrnduisit les impression, ~ecrètc,, eu énonçant
les siennes.
- Ceorae . messieurs, la uerrP est chose
ral'e .... Ou pènl en parler librcmenl ici,
cJr lou , nou l'avons faite el nou la conn11î . ons. Heprcndre la camparrne, soit! ... avec
ttu_elles arme·? Je n doule pa qu'à votre
ion, Geor,.e , le ~lorbihan lollt entier ne se
dre c el réponde. \lais lt·s provinces vou incs
uou sui1·ront-ellc dafü noire in ·urreclion '!
Oien est liien haut el 1 Roi e L hiun loin ....
Le pri111~e , impuissanœ ou molle . c, peutèlre encore sous le toup dïoflucncc. uéfo te ,
nou l.iissent seuil\ à upporler la mi. ère du
lemp . Alors nou. allow recomrueno;{tr cette
guerre de lmisson ·. ù'embusl'ades, dont on
ue peul rien altcndre de ·érieux? ouvenezl"Ou : depuis lroi ans, d,rns no, diverses
rencontres a1'ec le· Bleus, nou · le avon di p:rsl'. , mi en fuiLe, qn:itre fois sur cinq ;
res11llal: nous sommes vaincus, nou avo11
dfposé 1~ arme·. Nous ue possl.'don pa
\'JO"t fo.al par ualailloo; nou:; n'a von· plus
de poudre. A no Ùàlon , à no fourche , le
Bleu oppo ent leur chevaux, leur canon ,
un parfait matériel de œmp11n11e. ~·est-ce
donc p3 aller - inutilement - au-dc,·ant
de_ nourelles_ échaullour~e partielles. qui,
me111e lernunées en nctoirc, nlll'ont de
uile de défaite? Il faul prévoir au i '(De le
sort p~ul nous èlre encore une foL largement
contraire, comme à Quiberon. Enfin, allon. Il?~~ u citer de nouvelle repré~aille qni
lt·g1llmeronl a11x eux il· l,andil de nourelle·
exactions'/ Certc , il e L beau dejeter ha d'un
coup d'épaule le collier de rorce qui nou
t!trao&lt;&gt;le ... ; mai· encore faut-il pouvoir espérer qu'on ne nous le vissera pa · demain sou
la gorn-e av~c un tour de plus .... Pouvon n_ou espérer? Oh! je sai ... je ai:. Lien qu ,
s1 vou ète. al'euglés, rie. t par l'éhloui semenl do vos visions futures, par l'éclat de la
gloire que vous vous promett•z .... Pr nez
•arde au mirage , aux déception ; prenez
garde urtout aux élerntdles ténèbres! Ceci
dit, il e. t compri pourtant que, de corps et
d_'àine. je reste des -vôtres; que si vous déCJdez _la gucrrr, je ~erai ur-le-cbamp votre
premier old11 t i tous le Breton sont solidaires; Le Globnnic ne faillira point !
Le co~p de fanfare de la péroraison adoucit,
su_,11tmdil les murmure oulevé· par le prcm1cres parole du comte Turpin. George se
dressa :
• - !roi mols en répon.e, trois inots
n11eessmres: 'l'urpin, ,·ou ète mal renseigné;
la Normandie, le Maine, le Poitou, la Vendée
allendent un signal et liment leur chaines en
0

. ourdinc. fie armes'! j'en tl.Î 1.. moiu. 11uc je
voudrai~ ... mai· suflisamment ponr fail'e
tète .... Troi · mille fwil 001 élé débarqués,
l'autre lundi, pnr une frtlgnte :tn .. lai e, ·nr la
~rève de Karhouél. De l,t poudn•? ,·oœ en
aurez à ga pilier, à n'en savoir que faire à
tirer aux moinraux. s:i r.ela vous amu~c. c·e~l
la Répuliliquc (fUi ,·ou la fournira .... Comment'? Faites-moi crédit troi ,jour . ,fo n'ai
qu'à l'aller prendre. [,e roi Loub Will ....
En pronon9&lt;llll cc nom, cc Litre, Georgl',
ri•garda Fer,en cl lit un ge ·te de vaguti
excu~e.
Le co111te .\xl'I avait rougi ,iolemmcnt.
m3i il e contint.
Geor es reprit :
- ... Le prinOPs ont le· yrn sur noua,
nous approuvent, Mon.~ieur ... le comte d',\rtois pro111et de nous joindre au . ilôt le mo111·emenl. enaagé .... Voici no chance_, Les ri·ques?, ous risquon~ de mourir pour Dieu. le
~1•i 1:t la Dr~la&lt;rne .... A d cœur inlrl:pid.-~.
11 y a de mow · beaux deslius !. ..
Vne acclamation alua celle tomb1.:0 de
phrases retenti ·ante, . Georges ·exalta ;
- F.t celle foi , nou · marcheron sur le·
,•ifles, car, rien qu'en forbihnn, nou· ~omme
douze mille ·olù.a1.- prêts à toul. :Vou emportcron d'a aut les garni on républicaines,
ce repaires d•oppre·,ioa. de l\'rannie: nou
planteron fo drapeau Liane ·au faite de.
cathédrale,._ reconqui ·es; cl li l.&gt;re . ur notrti
sol, minqueurs, pour le afoires nnie,
de l'hermine et des ly . nou" gloriilrrons
Dieu 1. ..
'ur Lou le J,ancs, les capitaines chouan
ge liculaicnt dan. un coup de folie; tous
parlaient à 1l foi ; les plu· àrrés, ga~nil par
l'e11thousi:1 me. colll'erli à la violence, criaient
comme les autres, les poings tendus. On
entcud,ùt la 1oix dt: Guillemot tJUi dominait
le ,·oix :
.A.S$('Z causé, c'e:st du tcmp· perdu ....
Bassemhlement let dan. troi jours aYann~ 1
On le emliroclicr,1, on le rô1ira, on les
mangera 1.••
- À la sauce blanche! amplifiait Joy rmu,
lapant des piPds pour faire du uruit.
Le Globanic, reculé prè de la l'hcminér.
han sait le épa11l ; il mépri ait ~eue démence, pré\·oyait des lendmnain.s lamentabl · ·
enfin, il 3\'ait es rai ·ons pour qn~ fo !!ller~

111Pner grand lapa:rc, r~juui qu'il étail à la
prr~peclivc de bataille .
Cadoudal lonilrua soudoin :
- Camnradr I que cen.1 qui onl encor
,les 0Lwr1·ations à fournir les fourni .• enl I li
ne laul pas c1u'on puise dire demain que
uou arnns escamoté vo décision , enl •ré
rotre vole en ~toulfanl le re,•endication •.
Le hru i I déc roi sait peu à peu , 'a p:iisa it;
lc:s Chouan. r1•1om1aicnt à foun, ban· , sïnlerrogeanl entre eux du reo-ard. Mais ceux
11ui, dè.~ longtemp , arnienl prép:ir · ou des
q_ue~tions ou des dist·our~, lt&gt;:- arnienl oublié
dau· leur pas.ion montante: ou, s'ils . 'en
,ouç .naiènl eucnrc., b ~itnient à lt&gt; · formuler, Ill-' lt•. jugl'ant plu de ciroon~l:mce.
Pourl:rnt, l'ainé dt!.' du Boua)'s, 1111i élail
oL~ e et de nature prudente, marmotta de ':I
place •ruelqucs mots iurompri'.
- Plu· haut! crièrent Ji ,·oi •
- Jo &lt;·ph Ju B-0uay , interrompit Georrre .
~i tu p:1rle , c\• l pour être entendu .•. lèl-c~
loi et ·oi · clair: on t'en prie.
fin Rouay , l'ainé, pou sé par .on l'rèrc, se
drc!'sa pé11iblemen! Lrommenca :
- Camarades ... LouL cela est liel et. bon,
mai~ 11ui ,·a nourrir le enfants et le. femmes,
p!!ndant qut.&gt; nua scron à la chas,c? Il n'y :i
drjà que trop d':1ffnmés, en t mp. lranqnille~
que :.era-ce tp1a11d 1• oommunications ·ervnt
conpéc a.,ee les marchés dl'~ villes'? ... qu'on
ne vendra plus rien, qu'ou ne pourra plu
rieu achel.('r ... en admellanl qn"on nit de
quoi?
Ce. gro~.e phr:,s ,, pleines de Lon ·ens
~n;t"érée par la ,1ulgair rai on, jetaient un
froid dan l':is i-;tance. Tou-; .e r lonrnère111
ver. Georges, inquiets de sa réponse. ll penchait la tête, semblait réfléchir ... la 11ues1ion
l'embarra~~aiL aussi.
Tl n'hé,itail pa' à prè ·lier aux hommes le
·acrificc d • leur exi ·tencc: mai. il ne pouvait
exi~er d'eux la mort de leur nichée. Comme
rlau: Lou. le mauvais ~a • il ~•en tira par la
violence el la colère . Il frappa la table d'un
coup &lt;le poiog formidab e, sons le&lt;1uel elle
"émil, cl clama, la face rrarfate:
- Dieu y pourmirn! Qn'e~t-ce que l'OUS
avez de plus en trwp ' de paix? Rien! Qu'avez,·oa à 1•endre, par cet hiver sans merci?
RiPn! Qu'achetez-,oa a01 ville., vou qui
n •avez pa le ou? Rirn [ Quel c poir de c:banl'cnnuyi'lt.
gcme11l heureux_ con ·ervei·vou ? Aucun! Eh
Cependant, par mille motifs, il nti voulait bien, avec la guerre uoo couperons le
pa sumblcr ·'y oppo ·er de parti pris. La convoi de raritaillcment de ·tinés aux garni\'Oyant décidée, il l'acceptait, forçant a . ons Lieues; il · aura du blé, du pain. Ce
mine: mai sa face bilieuse grimaçait malnrJ
era pour ,·o enfant ! Nou nlrt'roa ·, le
lui; ses yPux rougis, brûlés par on ne sait wnu:e creux, dan les cité~ reuégatl'S, ce
11uelles fatigues, erraient sur le· µroupes
•remer~ d'abondance; nous en sortiroo avec
turbulent : il s'allurnaienl d'une Uamn1e d s sa .. de vivre :sur nos rpaub. Ce era
oiauvai.e quand il s'arrètaient. ur le che- potrr ,·o enfanl t La c:rn1lerie enuemi silvalier de Jo,enne. A mrérnenl celui-là d' :1ait lonnera no plaines: à cotéd $ hom1ue morts
pas de es •ami ; pourtant, leur derneur1,s il y aura de che1·aux mort., de la viand~
n'étaient pas éloignées l'une de l'aulre; il~ toute abattue, et toujnur fraiche. Ce ~t&gt;ra
nlretenaicnt, en apparence, de relation de pour ,·o enfants 1 Enfin, Jan· cba11ue vilJatre,
bon ,·oisinage; mai~, de Le Glohaoic, qui ton le· moyens de ·ub~i lance ercmt mi· en
pouvait conna.lLre les enliments vrais'?
co~u~. JI y a des gens qui ont plu que de
Le chevalier, sans ·oupçonncr celte baine ra1Son; 11· parta•~eronl avec ccu.x. qui n'ont
111
térieu een arrèl devant lui, cooliuuait à pu à lenr suffi once, l'avenir r :ofora les
IIC

�, - 111STO'J{1A

--------

comptes. Et puis, ~ïl faut, a,·ant de tin·r on
épée, e làlt&gt;r le entra.illes, regarder à colf
&lt;le oi, derrière Mi, c'en e t fait de la IJretagne ! .Allez wm rnndre à la R6publique,
elle 1ou · nourrira 1
·ou la colère de son l'bef, du Bouays
s'était cllon&lt;lré; il e la.sait w· son banc, Mi
d.issimulail dan on groupe . •'e[orçail dè
di paraitre.
Encore uPe foi , un concert frénélique
avait accueilli l'apo ·tropbe de Geor"C : ce
n'était-plu l'heure de la sa.gesse, de la prérnyauce; ces fanatiques. 'entnùnanl le uns
les autre , voulaient la guerre à tout prix.
Georges comprit Ja cau·e ga m:e. Il n'en
avait jamai. &lt;loulé d'ailleur.. li conclut .ur
le vir :
- Camarades! que ceu:c qui ,·eulcnt
courre le llleu 1iiw.mt le. rnains.
Toute les cn.ailli, e lerèrent à l'unanimité.
Le Gloha.nic ot Je · frère du Douays an1icnt
donné l'exemple. Guillemot fouillait l'u , tJml1lée de. ieu1, prêt à tordre le cou au pri:micr
oppo~anl, ou mémé au premier hé itanl. Il
1ù:ut pa. à prouver a ,·igueur el a Ll'olalilé;
tou étaient pris de la même fièvre, cldaienl
au m:i!!Déli me ambiant ou cachaient leur
appréhensions ous de dellor de rureur
commandée.
Alor , George reprit:
- Unanimité! ni opposition, ni ah tention : la 0 uerre !
.'.;a \Dix de ha~ e éclatante couvrit le
applaudi · ment , franrbit le murs, bondit
sur le village. Tou L'entendirent; un fri on
passa. L, rieillards grave . les femme pàles,
les jeunes eu hre , répélaieut lou.s sur
de Looalilé~ difersc , de Lriste e, d'angoi e,
d'enLhou. ia me :
- La m1erre!
Le comte Alel de Fer en, Les bra croi é ,
di:bout contre la fenètre écoulait et conwmplait ces b11mme en délire ... , 'J'oul ce qu'on
lui avail rapporlé, Lout ce qu'il avail imagiué
se troU\'ail démenLi d'une part, dépassé de
l'autre par la réalité. On lui avait, à Loudre~,
représenté Je- Chouan comme des pa)'san ·
obtus, sauvages, au::r band sans di ripliue,
incapable d'un mournnenl d'en emble ou
d'un effort rai onné.
Obtus? san do11Le; auvages? à coup ùr,
elju qu'au paroxysme; san di cipline'l peutètre hier; aojourd'hui, non pas! Il vibraient,
~e pliaient, se dressaieot, à la \!OU d'un cbef
qui le tenait tou dan a forte main. Celuilà les pétris.ail à . a guise, en ferait ce qu'il
voudrait.
Mais à quels actes de !t!rociLé ne fallait-il
pall 'allendre dtl ln part de ces brules exaspérées'? Quels carnages allaient uivre i, en
efl'd, douze mille barbares comme ceux-ci
drvaienl se ruer demain ur le cités ouverte '?
Fersen, un à un, ditaillait ce. visages. Dans
leur folie, ils élail'nl !lfl'royaLles: Jacques
Eveno, sec el velu, en figurait le prototype,
sinistrement caricatural, tragiquement exagéré. 011s le impressions ressen.ûes, 011
masque grimaçait, .e co,wulsail, épileptique;
ses mâ.cboire , trous ées, décomraienl des
1

______________________________

_.

ans aucun acCl'nl, en langage sol,re el
dent jaunes de vieux cheval crevé; se yem:
pli és, bridé.. es )'CU au dur regard, .ous grave, le comte suédoi monolo•rua lon.,temp
d~ paupière an. cils, OambaienL, en rouge dan· la lupeur de homme :
- Me sieurs, je réclame par avance toule
éclair, d'une joie homicide. li se balançait en
avanl, en arrière, sur e deux jamhcsjoinles. \'OLre attention, toute volrll patience aussi;
le poinj! a111 banches, IP tor,e renvenf, car je vais bics (;'r en vou de allachements
comme dans un exercice d'a.souplisseme:nt; i[Ue vous croyez légili1m:s. Je mis ahai ser cc
san doute, il e tillait se préparait déjà pour que ,·ou avez éle,·é \'Ous-mèmes, dao un jour
le bonds formidaLle à Lravers la mêlée. Il d'erreur et de foi malencontreuse. Mais je le
iospirai.L l'idée d'un faurn plus que d'un [a.i au nom de la ju ·Lice el de la vérité, pour
homme. Il .uail la bra oure aveugle, puait le ,ou rendre, par cela mèroe, d'autre amours,
crime joyeu cmenl perpétré. a ,. ·Le, en peau d'autres dcYOÎr • ha és sur les vrais droits.
de mouton, gardait de tache de sang an- Me sieur , ce matin d'été oi1, groupés sur la
1. nde de Camors, devant la mer éternelle, on
ciennes.
Fersen eut un léger haut-le-cœur à penser le ciel, ce témoin, vous avel lei" vo épée ,
q11e c'était ce genre d'individu qu'il allail lui ju ·qu'à ce jour fidèle , en crianl : « Le roi
falloir convaincre et qu'il ollicitail c.omme e L morl, Yire le roi! » où vous a\'et acclamé
allié . il regreua pre ·que d'èLre venu; le Loui XVlll et joré de lui rendre son lrône,
courtisan de Trianon re pirail mal dans cette ce malin-là, .ans qu'aucun s'en doutât, \'Ous
odeur d'étable, ce âcres rcleuls de peaul'. éliez tous, me.sieur ·, de félons et des
d'hommes, de peaux. de bêtes, mêlées et con- trailres ....
Une r111Deur coupa celte accusation étrange;
fondues.
liai la grandeur dt! sa tâche lui in pira le rnmeur d'ahuri ,ement, urtout d'incomcourage nécessair~; il iovo,{ua toul ba la prében ion ab olue.
Fel'sen la laissa tombel' el reprit, la voix
Royale MortP, dont on à.me restait à toul
plus
haute:
jamai éprh.; et ce fut d'une voit ferme,
- Oui, Yons étiez félon et traitres, c.1r
an:c un maintien n uré, qu'il s'exprima
derant é t:hd de loup , quand Cadoudal 1·0\re roi n'était pa mort; car ,•otre nai roi
eut ohleou le ilwce el lui eut donné la pa- n'est pa mort I Le duc de ormandie, le
dauphin, Loui X.VU, que Dieu garde 1 'est
role.
Auloar de lui. le atlilllde., pourtant, n'é- échappé du Temple. Il vit, on l'a sauvé. Qui'?
taienl pas enooura"ea11Les. Les Chouans, ac- Louis de Frotté, ùont le nom , ou est une
croupi· le l,ma des murs, entassé· sur les r,araulie; avec qui? a\.'ec une dame de Beaubancs, accoudé , ur la table, Oairaient d'une harr,ai, , gr;lce eolin au concour' de Barras,
sur le tard apiloyé. Le eul roi, Loui XVII,
fils de Loui X\1 el de Marie-AnloineUe, ces
martyrs, par ma voix crie justice et réclame
le ien· !... oldat du roi, rg:connais ez
,·otre roi légitime; reoiez les u urpaleur ,
l'homme de Vérone, Provence, qui veut la
couronne au prix d'un forfait; d'A.rtoi qui
consent et se faiL complice pour monter d'un
degré ver le 'frone de France, ces deux
Crère an remords, ce oncles an pilié !
- Dei, prémc I cria Rohu, an milieu d'un
désarroi général.
- üe preuve 7 répliqua Fersen, la premi~re, Lui-mème : JL est!
- Où esl-il? demanda Penanster.
- Où est votre roi? répétèrC.DL d'autres
\'OU.

fl

y ::,·ail /011jo11rs .us go:1~/11reaux tte,,;int Je·comploir
dt la,bell., Perruquière, qui, sou, tretexte ;t,'atlen.dre
ltur four de lu~rbe, lui conbltnl dts douceurs.

(Page 3ï8,l

narine mépr' ante cet ancien tol de cour,
fieur11nt la hergam Ile. lis ne reconnaissaient
rien de commun entre eux et h1i ; enfin, ils
e déllaienL d'ins1incl parce qu'il éLail étranger.

- Loui XV!l '? ajoulaie:nl d'autres.
Lo comte de Fersen hésita.
- Je ne le puis dirll ....
- Pourquoi'? Par défiance?
- Folie! jeta Le Minlier.
- Allez le chercher, ricanait Mondor •.
- Ce n'e t pas sérieux, dit Allègre.
~lcrcier bau ait les épaules :
- Il y a procès-verbal de on inbumalion
au .llonilew· du U ,iuin ....
- 'ubslitulion d'cRhnl. .. voulut expliquer Fer en.
Guillemot s'annçail :
- Doit-on croire à la parol • d'wi étranger? Quand on a de nouvelle de ce calibre à
vou ervir, ou se dérange oi-mème ; Frotté
aurait pu se payer le voy:l're; el, ffa-il là
eucore t&gt;l con6rmà.l-il ceUe histoire, que je

douterai de sa rai~on. ~Ion ieur le comte de
S11ède, qne peul \'OU , fa.ire que ll'l ou lel roi
règne en France 'I Oe quoi YOU mèlez-vous'!
Quelle ont vo caution , vos garantie ?
- Monsieur le roi de Bi«nan, j'ai nommé
Frotté qui m'accrédite et riue w,us traitez de
fou ;j'ajouterai : La VicuviUe, i vous voulez,
que von ne re peéterez pas pluq, Mais, j'en
adjure ici l'âme de la reine morte, on fils est
sauf et vous le reniez I Je ne suis pas Fraricai '/ Ah! mes ieurs, mon cœur est enterré
en France ... mais rous ne .a,·ez pas ....
Dao l'olllbre où il était demeuré, le comle
1.:évère de Kerret murmura :
i, je sai·.
- Monsieur, rC'pril Allègre plu calme,
ceci n'est uullèmenl personnel, car je vous
lien pour un loyal genlilhomruc, mais vo11s
trouYerez naturel que notre premier mou,·ement soil un recul de défiant·e. Comùien de
fois lu Hépnblique, par Ùl!s tlmissaire , étonnamment habjle dans leurs rôles diver~.
n'a-HIie pa: lenttS de divi er le parti royaliste? Xou ommes de gen impie , vivant
à_ l'écart, sa_ns nul renseiguemenL; vous jutrer1ei mau"a' vous-même et le premier que
nous acception à prcrnière ,rue, san contrôle,
une révélation de sembla hie importance ....
Lais.ez-nous sourtlcr ... ré1léchir .... Ajoutez
dei; éclairci sement ... et, ·'il y a lieu, nous
seron a\'ec Yous. Mai~, accu er Provence,
d' Ar toi , c'est bie11 gra,•e, surlout à des
heure comme celle-ci , a dl' veilles de pri
d'armei:, quand toute divi ion est un péril,
qua1ld la foi doil demeurer entière. '011gez..y
et pardonnez-nous d'exiger d'autres preu1·es
11ue votre parole., encore qu'elle soit san
prix ....
Cadoudal, ados.é au mur dc.l'étn.Lle, regardant fi.m uent la terre, évit.ait de prendre parli.
- Tu ne dis rien, George·? lui lança Mercier ; que pen es-tu?
Georges rele,·a la tète.
- Je ne ai~ pas. AL de Fersen m'a donué
plus de détails qu'à vous el je reconnais qu'il
y a vraisemblance.... 'imporle ! Alfü!!rc a
raison. Ce n'esl pas l'heure de pareill; 'luerelles. Re tons unis devant les Bleus. C'est
ponr le fioi que nou · comhauons. Quel e Lce
C\~i1 on décidera plus lard, quand la Républi~ue sera renrnrsée; cuci me paraîl le plu
sage.
,Jacque Eveno Louscnla ses voi ins, l'onça
ver· la table el heo la :
- Nou nous haltons pour la royauté,
parœ que la royauté nous rendra notre Dieu
e~ no prêt_res, libérera nos fils de la con cri pt ton .. . mai le nom du roi, ça non· est égal.
Voilà!
- Monsieur, dit Cadoudal à Fersen, cet
homme, an rhétorique, a clit la vérité. Nolre
ca~se est plutôt celle de Dieu que celle du
ro,; n~us somme a \'eC le roi parce qu'il e l
avec Dieu. ans plus.
Fersen, déçu, se mordit les lèvres; l'e poir
lui ~chappait.
oill fü-il; assez pour aujourd'hui;
~ais j'arrherai bien à vous convaincre ... ctir
11 Je faut ainsi.
0

- Alors, ,ou r 'lei des nôtres? dil
Georges t'll le rerrardunt entre los )'eu\..
- J'ai l'honJll~ur de vous demander une
place au premier ran r de YOS soldats ..Je vous
rap1iellcrai que j'ai ùéjit servi, dan J'exp(:dition d'Amériquf', sous le drapeau de h
Francu, et rrue ten : . 31. Loui X\'! m'a\'ait
nommé colonel -propriétaire du régiment
Royal- 11édois.
Le "' age du grand cbd, as.omhri une
seconde, e dérida ;
- Celle place, ,je \'OUS la donne, M. de
Fersen; mais, eu effot, c'est une fanmr.
- c·e~t ain i que je l'entend,, l'l1pli4ua le
conile Axel en :;'inclinant.
- ,oyon· reprit George:. un Joigl .ur
le nez, dan une atLitude réfléchie, quel balaillon choisis ·ez-rno ? Vous ne désirez pas
avoir comme chef ce braye E\'eno 7 rous savez,
le deruier qui a parlé ... tenez ... là-bas.
- J'e.n préférerai un au tri•, répliqua ~im•
plemmt Je tom Le.
Georges repri L :
- Joyenoe e l bien jeune pour vous, hion
étourdi pour \'Olre •ra l'i té .... Mais Kerret. ...
Ab! Ker rel! voilà votre homme, oh! Luul à
foit. Il appela :
- Kerret!
Le comte Sé\'ère 01·tiL de .on ombre. ans
doule, il avail écout(,, entendu; il semblait
hé ilant, en proie à des pcrplexil~ .an
nombre. On eùl dit qu'en ~on e.pril 58 livraienl des combals conlradicloires. 11 s'approtba, raide el guindé e11core plus qu'a
l'ordinaire.
- M11nsie11r le comttJ de. Kerret, cl1ef :iu
3• bataillon dl! fa légion da ~lorbihan, je vous
présente et vous commi-sionne ~I. le comte
Axel de Fersen qui, désormai , ~er"ira sou
votre commandement. Vous l'honorel'ez selon
on mérite. Je v,ms quitte, mes ieurs ....
füGeorges, lai ant les deux aentilshommes
en présence, revint au groupe de ses capitaines.
- )fon ieur de Fer en, dit Kerret, après un
échan°e de salut cérémonieux, 1·ous êlcs
mon soldat; voulez-vou être mon hôte 'l J'habite, à deu1 lieues d'ici, un manoir sans
beaulé. Je suis pamTe; mai , telle qu'elle
esl, ma maison vous e l ouverte.
- De grand cœur. monsieur de Kerret,
,·épondiL Fersen, hcurl'UX de rencontrer un
bomme de son âge, achanl saluer, cl parai :-anl, enfin, à peu près éduqué dan ses façons
de dire.
Cependant, Georges di.loquait le conseil.
- Mc ieurs, je ,·ou rends à vous-même! ;
allez dans 1•os villages, assemblez vo homme ;
dan trois jours, vous aurez des fubils el de
la poudre; je vous l'ai promis. Alors le toc in
sonnera dans tout le ~orbiban. De grands
feux sur les hauteur vous avertiront qu'il
e.l Lemps de prendre la campagne. auf
conlre-ordre, vous vous dirigerez vers Locoal
même; j'y demeure ou j'y serai reYenu. Allez!
Tous sortirent en tumulte, se répandirent
sur Je routes, les uns à pied, en sabots, les
autres sur des bidets maigres, d'aulrei: encore

--

dans d, · carrioles grinçantes; de ces dernier~.
élaicnl le comle de Kerr L el le comte ùe
Fer •a 11u'il emmenait rommc un hôte - 01.1.
comme un prisonnier? - il ne le aYait pa
eueore lui-même.
Allègre, M!'rcier, Joycnnt&gt;, sur l'ordre de
Georges, étaieul resté près de lui. li y avail
beau temps r1ue Turpin Le Globanic aiaiL fil~
dans la nui! tomhante, pres~é de rc 0 abrner le
cbil!A!au décrépit où il vi1•ail a"ec reltc sœur
11u'il cbéri~!'ail avant tout.
Le Yillagc retomba.il nu calme, au ilence.
Dans le~ maisons, par les îcnêtres ou le.
parles ouvertes, on apercevait dè rude têtes
de pay$3n , les cheveux rnhatlu ur le rronl,
penchés ·ur de !atn: qu'ils aigni.aient, puis
1:mmancbaienl à rebour· ....
One hturC plus tard, dan la salle de la
ferme, de nouveau il y avait conseil i ton cil
privé, celui-là.
Ceol'ge et Jo)enne avaiunl été avertis par
Alanik qu'une femme iocounuc réclamait
d'eux j11 Lice et protection. Le chl!f des courriers n'u,·ail pas voulu en dire davantage. Pr&lt;&gt;rnynnL quelr111e lénélireu ~ bi,-toire, Georges
i'éLait adjoint Mercier, son ami, Allègre, ~on
camarade. Lous d~ux anciens pri ouniers de
Lire l romme lui-même, gfilJS de sens et d1i
cœur éprouvés. ,hec le cbevaLiel' Bernardin,
ils allaient con tituer une rnrte de tribunal.
Autour d'eux, l.i long des mm-$, la îamme
Gynom-ez se tenait debout. en ligne, par rang
d'importance. C'éLaienl 1 · témoins.
Dans la cheminée, un beau feu clair dansaiL en ronl1anl.
éza avait allumé les résine des grands
chandelier fait d'une li"e de .aule, de
chandeliers de cérémonie; leur ilnmmc ùrùlail droite et h:mle, comme des cierge devan l
l'autel.
- A1lons, dit Georges à Alanik, il e fait
lard; finisson -en a1•cc Lon hi toire; fai entrc:r
cette femme.
Ce dj aot, il grattait une tache de boue sur
sa guêtre.
Le fermier ouvril une porte :
- Jlademoisélle....
Elle parut. Cou,·ertc, du col aux pied , de
la longue mante armoricaine en drap rougegrenat, la mante de ~éza, la mante de jours
de fête et de proœs ion, elle semblait grande.
Du collet rouge, émer.,eait une rnte très pàle,
trè fine, immcn émeut triste. Ses cheveux
noirs aux rellels l'Oux, coupé court , « à la
victime , lui prètaient à prl'mière vue une
sorte de crànerie ma culine ... mais la fiène
des regard , lirùlés de larmes, contredisait
aussitôt celle irnpre sion trompeu~e. C'était
une créature brisée, exl~nuée, n'en pouvanl
plu~. que les quai rejuges, déjà émus, \'oyaicnr
devant eux. ·•ombrcmenl eL doulourcu emeot
belle, elle se Lonail droile contre la table, la
face éclairée au reflet du foyer. EUc allen~
dail.
- lladame, prononça Geor"es, la gorge
un peu sèche, on nous a dil que vous réclamiei de nou , je ne sois à quel Litre, ju lice
el proLcclion. E l-ce vrai?
Elle rougit, cherclia sa salive et répliqua ;

�--

111ST0~1.ll-------------:----------~

- C'e t \rail GC(lr:;?r , n'tileM·ou pas lé
ch,,r Ju Iod,ihan 1 N'.t\l':M·11u • pa droit de
contrôle el d'intervenLion ·ur tout r..c qui se
pa se rn!re Lorient et Vann .,'/. ..
Iadame, interrompit Cadoudal, il y a
mépri c; ,je ne ·uis qu'un ·oldat. Il existe
&lt;les tribunaux con. litu s dans les Yille que
\'OUS citez: la népublique ....
Ell coupa:
- Je ne reconnais pas la népublique et
n"ai 1p1e foire de se· décision 1... Georrres.
(\coulez-moi. Je ,·ous r~pèlc que c'est de vou.,
Je ,ou cul, que doit, que peut tomlier
l'arrêl qm me samcr:i .... George , vous me
i.:onnai · ez... wus m'avez counuc.... Par
grà.œ! ... au moins, demandez-moi mon nom.
Les chefs chouans 'entre-regardèrent curieux, pr1 d'une angois e à 1:ette requèl ·
·ibran le. Et pui la suppliante. était impiement adora hie....
- • oit, fil Georges., vos nom '!
EH, &amp;e pcnchn Ter~ eux, et, d'une 1oi1
éclat:inte, e1le jela co~e un déJi, comme
nn cri de comùat :
- Marie-Anne-Claudine Le Globanic, d
Locoal IJarsco""l, fille nohlé, née du comte
Gille et de la comLesse nna, demoi-elle de
Penerven; et jP ui ici pour réclamer ju lice
contre mon fr~re, Charles-Loui 'l'ul'pin;
coolrc lui el celle qu'il a in tituée en mon
liéu et place, en me folanl à on profil menoms, me. Lien- et qualité , ma ,ie entière,
pni qu'elle est moi-1në111e et c1ue je ne ,uis
plus rient Je veux mon nom.je Yt'UX \ivre ....
Ju tioo l jusLiœ ! justice l
Les qua'tre chouans, stupéfait.~, remués au
c:œur, s'étaient dre sés.
Il la contemplaient, celle ren:nante, celle
rt&gt;tendicatrica, inattendu per onnage dont
l'autre n'était qu'un double.
- Elle dit vrai! cria &amp;4, en étendant la
m~io.
- Tais-toi, femme! gronda G •nomez, la
repou ant daw l'ombre;· lais e parler le
gens in truits ....
- Cct·i éclaircirait bien des choses, murmura Joyenne, les yeux loujours füé Mu- la
jeune fille.
la journée des impo 'Lures, remarquait .Allègre; aprè · Proveoce, Le Globanîc:
apr~ lt: Dauphin, Claudine.
Mercier parla :
- De Turpin, loul est po sible ... explittuez-von , jeune ûlle. 'ous ne demandons
11u'à êLJ.'C eonvaincu .
- Oui, ré· uma Georges, c'est vrai qu'il y
am~· 1ère dans llarscuét et soupçon tout autour, mai· on ne condamne pa sans preu~es .... Parlez, cherchez; a,,ez-rnus un toit
précis, qucl11ue suuvenir probant 1
- Écoutez Lou ! dit Claudine, celle foi
rn dialecte breton .... Écoute, loi, Georges,
d'abord! ... Te souviens-tu?. .. il y a douze
an · ... ton p~re te menait, d'Auray, au collège de Vannes ... tu n'étai pas gai, dans la
carriole, où ton bagage dansait à l'arrière ....
Cadoudal eut un lé 0 er sursaut du buste et
s'intéressa ....
- Te om-it'ns-tu? ... surla route, un trèl;

- c·~t

,·ieu:.. ho01111c tirait uuc c11fanl par l~ main.
Ton père, r m:u'~uanl lt:iur fatigue. lem· J •manda 'ilf, allai!'nl loin rncore?... et le \"ieux
dil : u A Vanne D Alor . t&lt;m père, arrètaot
la carriole, nou fi L mon Ier à côté de lui, à
coté de toj, le vieu_x Ginouvez, le père d'Alanik. el moi, toute pelite fille. George , Lu
avais ce joW'-là nn pautalo11 Lrèll long, lrèR
1:i.rge; 110 veste de marin 1t col raballu, le
tout en drRp uleu et le bonnet hleu de.
~è\'es .... Tt~ ·ouvie11s-tu, George ? Le père
Gynom-e-.t e L morl un an apr ·.... EL cule,
jl! puis sarnir .... Qu'en di.-Lu, Cadoudan
Un p a blême, le gro homme repartit en
hrl'ton, à .on 1our:
- Je dis t(Ue je commence ~ croire. ...
Turpin e Lun coquin fiefîé.
Claudine repre-nait, toujour en idiome celtique
- Bernardin de Jo1cnne ! tu :nais quatorze aru:, moi, donzc; c' 11nit quelque. moi
a1•anl mon dJpart r Tu e pa sé à che,·al avec
des jeunes gens comme toi, sur la roule où
j'allais, a\'~ d'autres fille· ùe mon â"e; lu
m'a. re,.ardée el lu as bien voulu dire :
11 oyez celle pr1ite; pour une paysanne elle
a vraiment hon air! i&gt; fo t'ai répondu : u Tu
fais ernmr, mon ·icur de Joyrnne; la paysanne
s"appelle Claudine Le Glohanic; uu uom ltUc
lu saï· 11oble depui millè an . » Tu as levé
Lon chapeau a-rec une ré\'ilrenœ d'e:i:cu.e ....
Et nou étion très rouge Lou. les derr:.
Jo\·ennc S.'l.ltta de son hanc :
___: Claudine Le Globani ·• je suis ton che~
valiPr l Par le ·mg du Ch.ri t tu dis vrai!
Ta bouche esl siocère, ton cœur est droit.
]Ions, Ca&lt;loudal, appelle-la par son nom,
car, toi au i, tu es certain qu'elle parle sans
men on,,.c. El ,·ous, Allègre, Mercier, croi· znou ur parole, 1 la r • onnais, ez !
- Claudine Le Glohanic ! crfa Georges. à
rnix µleine, tes Îrères de Bretagne le Ml.uenl 1
Tou;; l'entouraient. lui serraient le mains;
alors, elle fondit en larme , les nerJ.s làchés;
elle s'ahatLît ur un banc. 1:ynouvez s'approcha d'elli:!, plia le genou :
- Pardon, mademoiselle 1
l)e quoi, AlaniJ.? sancrlotaitClaudine.
- o·a\'oÎr doulé.
éz:i. venait à son tour; elle cnvcloppa.it sa
fille de · lm . la berçait comme un enfant,
endormait sa douleur et elle répétait :
- .le n'ai pas douté. moi! Tout de suite,
pàlc cl qua i morte, j•~ t'ai reconnue .... Et
les yeux, tes yeu:l ... jl m'ont crié : 11 C'est
moi t ·za, c'est moi! n Relève la tète, ne
pleure plus; ce messieurs t'ont saluée par
Lou nom; tu e nol,le, sois fière! Tiens, reogard • Tina, Olier, Fanch, Jili, Maze, les
amis d'autrefois; ils s'inclinent, il aLLendent
que Lu leur donne les main . . .. Vois ce
deuxim.hécHe : Oanocl Mivet, el ico, c.e mioche; ils pleurnichent; ça s -permet d'avoir
du cœur .... Tiens, voilà Rok qui le tend la
palle; allons, ne pleure plu , souri ; mieux
que cela ... veux-tu rire! ... pour la vieille ...
à la bonne heure, merci !
- A présent, dit Georg , contez-non~
votre histoire; dépo ez devant notre tribunal,

no11~ sachion~ comment accu ·er et C&lt;Jufondr Le Gloh:111ic.
.'\lor:;. Claudine p:irb; èlle raconta.il a
misère 11' 1i avail duré hui! un née . .
O'al.iord. en quittanl [far colil, le comle
Turpin 'étail dirigé ver Puri.; ru route .
dan~ la succes. ion &lt;les po:-le et de relais,
chn· le· aulier,~cs, pn une fois il n"adrr.sa la
111rolc à cette enfant, cetle sœnr 1p1i semblait
ne point exister~ ses ycu:r.
A Paris, il y avait, à celle époque, rue
Saint-Hm1oré. un monastère &lt;lit de la « ,onrrptioTI 1) dont tes jarùin éLaieul va te , ln
oüt ude r!!cucillie. Mo~·ennant .i"l cent lines,
la l'han&lt;lclJeet le hois payés à pari, l"s dames
de La Conception rece\'a.ient de élève penionnaire .
te Glohnnic condui it Clllutlint&gt; 1t
conff'lll, où, peudonl Jeux an . il l'ouùlia. Ce
rut ponr elle w1e épm1ue rcJatfrement heureuse; elle èlait douce el rési,,.oée, ar.ceptait
l'exil, le cloitre, ayant redouté pire.
Ouellc vie, pendant ce temps-, mena le
comte Turpin? 1.We n'cu pournit rien sa"l'"oir;
il e. l prol.iable r1uïl tenta tl • ~e "li ser à la
oour où sa pelite noblesse, on mince bagage
ne lui permir nt pas de faire figure; d'où il
ful sans doute iicondoit. ProTincial privé de
Lont dan on e.nfanc:e, il dul e jC?ter avec
1,iolenee dan, ce (Jl.i'On appelait le- plaL~irs
de la ca11ilale. l'ari ' éLail moin &lt;-rige.anl
4uc Ver aille el accueillait plu wlonLier
1 a,•enluriers de tout poil qui s'y rnMienl
former aux ùt&gt;lles manières.
Ao commencement de 1789, Turpin arrirait inopinémenL au monastère Je la Cooception, exigeait ,iu'on lui fürùL Claudine .ur
l'b.enre; el, malgré sa rési l:mce éplorée, l'enlevait pour la seconde foi .
Les voy{lges recomml!m·èr.enl et dnrèrcnt
des semaines. L'enfant ne savait plu quels
éLnieot le pay ucœs if qu'ell• trayersail,
ni '1uel était le bul Ùè celle nou\'elle errance.
.\.Ill portes d'une grande ille, qu'elle apprit
plus tard être Montpellier, .'élcvail le cloitre
du Cah-aire, couvent sombre, d'aspect tri le,
toment ù l'csparnole, pluLùt maison de force
tiue retra.ile de Dieu. En effet, on 'enfermait,
rnr la plainte de&amp; ramille~, les filles de noble c, voire de bour!œobie, qui dès leur
jeunes II ou leur enrnnce, avaient commis de
fautes gra\·es ontre la cha.slelé, le hounes
mœurs; en un mot. des enfants vicieu e , ou
des \·ictime d'une haine c:icbée el d'intérèl ·
puissants. Claudine an ment.1 le norubre de
ee dernières. On -racontait 011verlemenl
qu'une fois entré là, on n'en sortait plus
gnère que le pied• en avant, •ntre 1p1atre
planches jointes. Turpin, san un reml de
conscience. an: 1m rrémi ·semen t, livra a
œur aux .alvairienn . religieu. es cloîlrées,
qui dirigeaient celle pri,,on. Que dit-il ,ur
on compte? que puL-il imaginer? cel:i reste
un IDJ~lère. lais Claudine, dtJS son cnLrée .
fnL reléguée en cellule et surveillée étroilcmcul. .Elle avait quatorze ans. Là, elle ouffrit
une inœssanle torture; le silence ét..,il de
règle ; quand elle voulut crier aLt secour:1, on
l'avertit qu'il existait sous wrre des cachot
&lt;(lié

L'ES ÉP"ËES DE FE~
po~ Jes révoltées; die :;e tut par terreur,
su. bit on . or!, cette discipline, comme nnc
fa1bl~. e opprimée p:ir une toroo SllO limite~.
111! an., rllc "'.écut_ li1, lès chm·cnx coup~s,
uoucI1e clo i:. a peme nonuie · réveillée à
lroi' beurt• de nuit par la clo~be des mati1'.es; ~~or:1nL. par contrai nie ce Dieu 1111 i
, 1ouLlJrUt; des heures el des hrnres à geuoux
~ur la pierre, parfois mèrne l, corps étendu.
fnrmnnt la croix avec le.~ bras ,&gt;moerLs; et tout
cela en pnnilion de ses faute. et pour châtier
a cbaîr mupaLlc.
C'e t de ce temps que celle Bretonne oima
moins la Vierge et les anges qui ne venaient
pas à son secours.
Comme elle atteiunail sa dix-neuvième
année, bru 1piement, dans le silence éternel
de cc cloitre sans écho, une clameur de
îurrnr éclata; des cri de lriompbe et des
chansons obs~lme montaient, vociférée par
d bouches ignobles, puant le vin.
C'él.àit une bande- de AfarseiUai , qui. passant par là, avaienl conçu, devant ce mar
éno:mes el ~~tte porle barrée de fer, le joyeux
proiet de Yl 1Ler les nonnes et déli \'rer les
Ù&lt;)!1nes filles qu'elle retena.ienl captives. L'e-sprit du lemp , d'ailleurs, les J encourageait.
A leurs sommations l'éitérées, le silence répondit eul; la porte reslail clo e; aussitdl le
siège Fut décidé; des coups de fu il crevèrent
les ,-iLraux de la chapelle; l'assaut n'allait
pas LarJ, r.
Les Calvairiennes comprirent enfin, m:ii trop lard, fa folie de leur résistance. Il n' ·
:n•ait pas de ecours à espérer, el la porle
lentement gli sa, tourna sur ses gond . vcc
de. huées, des ·lameurs de joie, le llarseilJais se précipitheat; Je mona 1ère !ut en\'abi ·
le religieuses, deYaul l'auLel, forent ma a~
orées en ta , par uo feu de ·alve sommaire ·
el les anciennes prisonnières, déclarée libr!!S:
e relrou\'èrent, au plcin air, ur Ja route au
milie~ d'une ~roupe de bandits qui les ~mport..uent en Lr10mpbe. Derrière elles, le cournnl hrillait.
A cet endroit de son récit, Claudine ne
parlait plus tJu·avec effort. Elle prétt:ndail,
dans . a stupe?r, _être re tée longtemps san •
con.science, n avoir plus de souvenir.. Oe
~ème, ur ce qu'elle ét.iit devenue, pendanl
1année qui s'était écoulée, dcpui sa délivrance jusqu'am jours présent , clle resta.il
muette, évitait de 'expliquer.
Le rôle de ·on frère, le comte Turpin, étnit
Lien délioi; elle avait prouvé, ll'oi fois
prollvé, sa cuJpaLilité, sa forfaiture son
infamie, on crime; cela dovait suffire ceu ·
qui l'écoulaient.
_Ils r pectèreot un secret qu'ils pressentaient_ lamentabl~; le fait étaient patent ;
Claudine conclua1t ur une interrogation :
Eh bien, George ·?
F.b bien, mademoi elle, vou serez
vengée, rétablie dans vos droits, je Je jure!
~n attendant, rnus dm·ez re ter cachée; car
si Turpin soupçonnait votre retour et voire
pcésenœ, si l'au/l'e urtoul en était a,·erlie
il y aurait cc.rtainemeut péril. Celle ferme es~
o~verle et peu sûre ....

à

--...

Q11at1.i Rose Dlvoi tllt devant ellt ces .f!W//lshommes,parte11rs Jes ('lut /;,eau•..,; noms ;u !".-lr,no,·,eUe J11 t .icsap"
J!Ol11lte .... Elle &lt;ll'Jft rii·é Jes nury11ls ('01drés. le /rlcvrne s,,,. l'orellle, l'~ù • en quart di! cfrailêrt ., dt /a
denttlle 1111 col.de 1~ de•tle/le a11.~ milns, fleuranl le b~njolu, t'am/:&gt;re 01• /,J ber-.amote .•.. !Page ~8,.J

- Georges, intèrrompil Bernardin de Joyeune, confiedane, s'il te plail, cetleJetme fille
i• ma mère. Dans nos murs, le dialile n'irait
pas la chercher, il s ·y piquerai l les doigts.
oit l dit CadtJudal aprèg avoir réllécbi.
Et, tout ha , il gli sait au jeun~ homme :
u Oui, à ta mère, mais pas à toi .... D
Joyenne fil une pirouette.
- Et d'abord, acceptez-\'ous ce retuge,
cet asile, Claudine Le Glohanic?
- Oui, répondît-elle an bésiler; je l'a.cœpte avec autant de cœur qu'il m'esl olfert.
Joyenne reprenait :
- 1e m'explique à présent pourquoi Turpin me fait grise mine. Il m'est arrivé d'en... 3:--7 -

voser les rore:l lleur de nos jardin.s à sa
sœnr présumée, ,je crois même lui a voir fait,
parfois, un Lrirt de cour; il fauL Liien s'acrupcr .... lié! li é! il en a pris 001bra21? ...
d'auLaat mieux que.... rarbleu ! le vieux
drùle est ja.lolll !. .
Et re1·enaut à Claudine :
- Mademoiselle, 1a nuit est noire, il est
trop tard pour gagner les Reposes. Demain, si
l' Ous ,•oulez, vo □ s parlirei. avec moi. AJanik
nons mènera da.n sa mcilleure carriole.
Elle acquiesçait de la tête; elle ouriait à
présent.
Elle se sentait reconnue, redevenue légi1ime : elle reprenait sa fierté, en dépit de
on long pas é si troullle ....

�111STO'J{1.JI

"-----------=----------------------- --~--

au avon d'or dans le hnl innocent de e faire d'une substitution poiuta conîusément de.r~
raser. Le diable l' • poussait; œ fut ~a perdi- rière les brouillard de .es perplexil~ . En }
rêvant, il fit prendre sou main des nouvl'llt's
lio11.
li y avait dem an 1p1'il avait quillé la de Claudine, loujour cloilrw ~ la Conception_:
Ilretagnc, six moi qu'il av:IÎt renone · d60ni- il apprit qu'en deux ans la petite fille etaiL
de9~on~ grande, d,m~nue fommP, el que E:'S
ti,ement, aprè~ cenl avanie , à Ggurerjamai
quatorze an- en parai~ aient dix-huiL. li murà la cour de Ver ailles. li trainait dan Pari
une existence oi ive, mnn"eail son argent mal mura:
- L'âge tle Rose.
à propos, ans rande .atisfoction , et sonL'idée se precisait. Elles étaient brunes
geait vaguement au retour vers le clocher de
to11 te les deux; arnient to11Les les deux les
Locoal.
Il approchait la qunrantaine: l'air de la ieux Lres grands et noirs; ceux de Claudio~,
en plu , étaient légèrement triés d'or, mais
c.1pilale Dl'.' l'avait pa embelli.
Malgré cela aYec ~on gilel de satin vert qui avait cela? L'expres_ion des deuxre~ards
d'e:rn, brodé de petite lleur roses, a\·ec es n'était pas la même. as!:urément mai le
lrn. de .oie gri , .es eulotles couleur puce, regard change avec 11'.'s tunes et les àmes
~un habit violet, on lricoroe galonné d'11r, il peuvent elles-rn~mes changer :u1 cours de
fil 'luel111.1e impression en entrant chez Di1·ot, ans, en cour de rouLP. li y a\·ail vingt et
pern111uier de bour..,eois. Ce nonveau venu qudc1ues mùis que Clnntliue avail quitté Losentait son gentilhomme, oo s'empressa. no e, coal; encore un c pace de temps égal, el 11tti
L'u urpatrice d'Uarsc.oët, la voleuse de enfermée dan a cai se, lui dlipêcha de loin diaLle, en Morbihan, erail susceptible ded1.nom , 1.i îaus e Claudine Le C.lohanic, s'ap- . on regard du dimanche, el le pro incial en tinguer madame Divol de mademoisdh: Le
pelait en réalité Ro_e Ifüol, née Taupier. IWe fui comme ébluui. Jamais il n·a,·ail vu deux Glohanic, et réciproquement, f usscnl-elles
était fille d'un écrivain public, tenant 1..:choppr ,eux . i noir., i rempli de la lionne volonté toutes deux en prisence. épreo1·e que Turpin
ne comp1itil pa lenl~1 A plu forte raison,
à Paris, au parvi Notre-Dame, el d'une ra- de mal faire ....
Ce jour même, ayaol confié sa tète à Divol qui émettrait un doute •ur la per onne le
"nudeu e de t11niquc Je . olda1s.
A seize ans, Mjà experte aux cho ·es cle la ra-pcclUCUl, il ne lui carha point qu'il vlail jour où il pré~euterail l'une à la place de
vie, elle avail accepté pou.r époux Jérome cMlela.in en [lretagne, a~·ant titre de comte &lt;'l l'autre, dans l'universelle bonne foi . . sans
Di\'Ot, peri:onnage mùr, établi barbier-perru- Ùl!l! aïeux chez les rois cdte . Il lais aiL en- c.a.use apparente de soupçon ? Les G-y~ouv~z,
quier, rue du Petit-Bourbon, à l't&gt;n eigne du tendre, en même temps, r1ue son bien argent peut-ètre.... éza, . urtout1 on les é,1tenut;
rie.n de plus facile.
ou terre, éla.il co11sidéral1lt•.
Savon-d'Or.
Mais !fUC raire d11 Claudine?
Pas
une
de
ses
parole
ne
fut
perdue
pour
G'e l pour cela q11e 'l'orpin, n'en pouvant
L'interrogation, souvent répétée, domeura
faire sa fomm{', 1&gt;n avait fait a sœur devant no e, qui n'avait pin d'oreilles que ponr c.el
quelque
Lemps sans réponse. Le ha~ard se fit
le~ hommes; an quoi, tant il était féru illustre client. Il rrvinl le lendemain et pui
complict'.'.
d'elle, il l'eùl épousée en plein soleil, en dépit les jour ui'"ant : on en cau,ait; les anciens
Un matin. comme Turpin dJjeunail nu café
des préjn:is brcl011 · et du pa é de la demoi- haùilué ,e dûclaraient jaloux: de ce nouveau
selle. De la .orle, la naie Claudine, peut-èl re, ri,•al · mais il o'a1·ai1 pas la mine à souffrir un de la Yeuve Laurent. en ha de la maison
mèrne où il hnbit:iil, de1•anl le Pont- 'euî, au
n'eût pa été condamnéti, dans la pen,~c ,le affront.
coiu de · rues Chri line et Dauphine, il surprit
,.
'il
srunhbil
assuré
aHr
le
hominc
.
avec
son rrère, au cloître perp:luel; mai il follul
1t ses côtés une conversation qui l'intére,- a
les
femmes
Turpin
bai
·.ait
le
Lon
ets'elTaraiL
pour son m~lh ur, qu'un OiYot exi r:lt.
Celui-ci ',1lait ma,jé par calcnl el san illu- très vile; madame Di\'ol 'en aperçut. Elle e fort.
es voisins parlaient ha ; mai il avait
ion. 1l s'était dit qu'avec une jolie ûlJc à -on dit que, puisqu'il éwil laid el qu'elle était
l'oreille ÛJ1c; et il les écouta san · vergogne,
belle.
pui
qu'il
était
vieux
et
qu'elle
était
comptoir, la clientèle Lriplcrail el resterait
reslé bien provincial, Hai Breton, indiscrel el
fidèle. nose lui. paml née tout exprès pour jeune, elle loi de\·ail de faire les premiers
curieux
.
remplir le ràlc amJllel il la de LioaiL. Il lui pa~. Yingt au.s le sépa.raienl, e~e le [raochiL:
Ce
voisins
étaient deux hommes très môr~;
en fit briller au.x ·eux le a~antage ; séduite, ù pieds joint . en rele\'ant .e- Jupe.. Ce qui
l'un
était
grand
el mairrre, l'autre petit el
,·etü
dirt!
&lt;Lu'el!e
le
rajeunit
en
lui
foisaul
elle consentit; t&gt;l c,•lte union. raiscmnahle au
gros; tous de111appartenaie0Làlacla seaistle.
comprendre
qu'aHe
le
&lt;li.sti11guait,
comme
on
fond, 11uoi11uc folle en apparence, ft•l con aLe grand disait, l'air attristé :
•
,
dil;aiL alor ; que seul, parmi es courti an
crée an, apparat.
- La pauvre fille y e·L morte apres trots
ordinaires,
il
a,•ait
u
trouver
le
chemin
de
Le prévision de Jérùme Oirnt e trou,·èan . li faut un tempérament de fer pour r600 cœur.
rent ju ·te et l'événemenl le proma Lien. La
Elle l'accablait de poli te es i à l'arrivée, sisler à celle di ,:iplino.
boutique du a von d'or d vint fameuse de la
Le petit objeuta :
rue de Canelle à la rne de Fo s ~ -Mon ieur- elle lui livrail . a m:,in 11uïl couvrait de petit
Enfin, était-elle èoupable7
bai
ers.
l}ivot
dt:tournait
la
tête,
ne
achant
le-Prinœ; les désœu\Tés 'y allardaicnt; il l'
Le premier !Jau a les sourcil~, leva le·
pat&gt;
encore
s'il
[alla
il
rire
ou
se
f
:icher.
avait toujour deux ou trois "odclureaux Je-M. le comte, quand il rut certain de ~on doirrts it la hauteur de son nez en rentrant le
''3 nt le comptoir de la belle Pt!rruquière, qui,
empire, n'bésila plu dan se projet. li ré- cou" dans le épaules; mimir1ue qui signifiait,
·ous prétexte d'attendre leur tour de barbe
lui contaient d~ douceurs el l'ac~blaicnl de solut d'enlever Ro e Oivot à a boutique à 11 coup sûr:
- Dieu eul le saül
011 mari, à e adoraleu.rs, de fuir av('C elle
laugouren es i:eillades. Elle y répondait harPois il vida son verre lentement, 1m clidiment, ne d •courageanl per onne 1 liernanl :nt bout du monde. U se cropil assuré de
gnant
des iem. Le econd repril :
~on
consentement.
li
ne
rt&gt;
Lait
qu'à
décider
tout le monde; car, si elle attendait une occaCe COU\'ent est terrible, alor ?
où
il
cacherait
le
bijon
ravi,
car
il
était
proion, elle s'c limait ~·a loir mieux. qtùllle pas1'errible!
Les Cnlvairiennes, dures pour
sade; à pré enl, elle était darne, e rengor- bable que le propriétaire volé pousserait queleHcs-mème
,
ont
impitoyables puur les mique cris au vours de l'aventure. Loco31geai!.
éraules
cn~lures
qui
leur sont livrées· Ioule
llarscoët
eût
été
un
l'efurre
précieux;
nwi
Cc métier durait depui Lroi belles années,
aœusées,
d'ailleur
,
cl
plus ou moin convain0 ré-sous
quel
titre
pré
en
Ler
Ilo
e
Uivot
à
l'a
I\ose en comptait donc dix-neuf, et on mari
cues
de
crimes,
de
vice,
d'inconduite notoire.
menL des grands ou des petits formant on
\ltonnail tous le jours de n'avoir même pa
' un Gouvenl à la mode :rncumne.
.
C'est
Montà teraner les yeux, quand un matin, par ha- eoto1,1rage?
pellier
n'est
pns
loin
de
l'Espagne;
les
l.larbaC'c
t
alors
que,
pour
la
première
[ois,
l'idée
sard, ~I. le comte Turpîn Le Glohanic entra

Cadoudal, ifO:mt un air de chasie, sortil
dans la cour; la journée an,iL é1é remplie; il
en repas.sait dan sa tête I • événements tragiques ou bizarre .... La . \'Ïe élail Laroque,
u1ai inlére _anle, en w;rilé.
Soudain ùan un coin de mur, il aperi;ut
deux oruhre. arrêtée · il 'approcha. C'étaient
deux amourcnrc qui can!;aiént à Yoix basse, en
se tenaul le. mains; ils e croyaienl Lien
euh,... i bien que, dans une ét~L·inte, leurs
lèvre ·unirenl.
- H111le-là ! cria Georges d'une voix trrrible; halte-là I le mangeur de baisers! le
mariag · ont défendus jusqu'à La victoire;
les jeunes mariés font de ma.uva:is soldat !
Épouvantés. le nmoureur. avaient foi dans
les Lénèbr : Georges ri-;vint en ria ni ....

0

ries de l'luquuition y suh i tent encore ... et
tenez ....
'1ai , alors. celui riui parlait se pencha vers
son comp11rrnon; il lui souflla daus l'oreille
quelque énorniité .~n doute, car l'autre en
semblait aba ourdi, rdusaiL de erl)ire.
Turpin n'en put rien sai.ir. 11 n'essaya
même pa , à la vérité. Un grand jour se lcl'ait
dans sou àroe épanouie; il en arait assez entendu; il eu sal'ait assez.
Ces deux é1ranrrer , à propo d'une inconnue, par une incohérence de la destinée. ,enaient de déeider l'avenir de Cloudine.
Rem,er é sur a b11rn1ue1te de maroquin
verL, le do à ln glace eu parlie détamée, le
comte Le Glohanic se répétaiL à lui-même
pour ne pas oublfor :
~ Les Calvairiennes .... Moulpcllier •.. discipline barbare ... la mort en trois ans ....
li se rrolla Je- main el command.1 de la
liqueur des lie • Le prohli•me qui, drpuis i
longtemps, bantair. sam rêsullat, jonr et nuit
sa cervelle, était rnfin ré olu. Il savait à présent que faire de Claudine.
Or, étant, en es actes, d'eiéru1ion rapide,
le jour mème, il l':irracbait ao couvent de la
Conception el, k lendemaia, cou.rait avec elle,
en po te le· roules de France, dans la direction de llonlpellin.
li était d'humeur d'autant plus somlire 4ne
ce voyage devait nécC$sairemeru durer lOuL
prè d'un mois; que c'était autant de jour
ravis à J'amuur de Rose el dépensés loin d'elle.
Il en faisait grief à la victime qu'il emportait
et qui, ans rieu sa,•oir de ce qui l'aUendail,
prévo •ait tou les mau el pleurait en silencP.
Entre cc frère cl cette œur, le tète-à-tète
des coches, ùes tables d'auberr1e, éta.il Lizarre
cl lugubre. Pa uo mol n'y Cul prononcé ....
Cependant, souvent, a\'ec obsLinalion, TuJ'pin
contemplait longuement Claudine; il cherchait
de ress11rnblances, de points d'appui pour se
futurs meHson"l' ; il en trouvait; il s'en réjouissait intimement el ne s'en montrait que
plu farouche.
!rri\'é à non1pellier un malin, il en reparlait le soir. Entre temp , il avait foré ~ux
falvairiennes 8a œur, Marie-Anne-Claudine
Le Glohanic d'Har.coët, fillt! noble, la chargeant de millll vilerue et turpitudes; l'accuant de vice eL de erime, a1·ec une telle énergie. un tel acbaruemenl, lui, .on frère, qu'il
était impossil1le à des i'ime~ .imples de douler
un moment de a véracité.
En courant e. po.tes ,·ers Pari , l'c:-spril
délivré d'un grand poids, il admirait lts pay•a.,.es, e. tlh·erli ,nit aux plai anterie dl·
postillon., renai. ail à la ,ie. à l'espoir·
chaque beure, cha4ue lieue le rapprochail dt!
Rose. li brûla le dernier relais.
En son ali,-e1100, relie-ci avail rêfléchi; elle
aYait ce qu'elle toulait et ne complait pas
marcher à l',l\leuglett,; et, ferme en ses dcsSl'Îns. œtlc bonne intendante de sa beauté
agençait l'avenir avec précision.
AtL"&lt; effusions de TurpiJ1, elle répondit en
grâce; à sa propo ilion tle Fuir la mai on du
~arb_ier, ella fit moin bon acC11eil; et quand
il lut offrit de courir le monde à ses cdté , la

main ùan la main et le yeux dans les yt•us.
elle y alla d'une grimiice. Toul ccla, c'ét;,it
dt&gt; la poésie; ella a,·ail l":ime positire. Ingénument. elll' l'iulerrogea :
- Mai •.. commcnl vivrons-no11 ?
Il ·ourit; cl'un ourire gri , ·ans Jonte,
t'ar il n'était pas Lèle, Jlairait la malic:c dans
la naïveté, voyait Yenir la prose. )lais il était
lrop avancé pour reculer; il aimait trop crue
femme pour ne pas juger beau tout ce qui
venait d'elle: pour ne pas lui pardonner surle-ebamp les 'gratiw1ure Je rellcoutre faite
à son amour-propre. Enfin, il dei-ail bien
'avouer •ru'a,ec :,on nœe, a\·ec a mine, il
étnil difficile qu'on l'aimfü ponr lui-même.
El donc il répondit, calculant . C' clîel :
- En acceptant de parta 11er ma vie, vou
accepl1tz en ruèine terups d 'U:t. fortune , par
Le Glohanic el Penerven.
Elle inùsla, déjà conlenle, mai dé irant v
Yoir plus clair :
·
- Comment 1 cxpljtruez-vou ....
Ce pathétique entretien nait lieu dan la
boutique du arnn él'or, au milieu de dix
per·onn s inlére ée. à .ai ir les parole des
deux conspirateur . Oi,·ot, ra anl de tra,crs
un grerfler du Châtelet, loucbail, dressait
l'oreille; et les client - ordinaires, lei. (olle11111nl épris, les sombremenl jalo1u, pa saienl et repassaient de1·ant la r~issè. tend.ml
le col, roulant tlc yeux; certain' afTL'claient
de parler Lrès haut, très fort, pour empèl'.her
Rose de saisir les propos murmurés du comte
tentateur. Jais celui-ci, s'accoudant sur la
tablette, se pencha ver la jeune femme en
di ant :
- Écoulez!
Alors, ans h,He, occupant ,;es doigts a
jouer a\•ec les llacons de cri tal qu'il voyaiL
d'!!\'ant lui, prenant tlrs altitud' indifférenl.t:s.
s'arrè.lanl par moml!nl pom dé i,,.ner de l'index, comme par moquerie, un pa anl dan·
b. rue, empruntant en un moi le cent ai-pecl

ùivers J'un courtisan ltiger. CJ;empl de ,.ruci
g-ra1·es, il récita on couplet f.ormula ~c.!
dé ir., établit de · chiffres, fil Jcs olîrt•· réelle .
A l"cnlcnJrc, r\o$e ne .onrcilla pa,: de son
côté, elle s'étudiait à la comédie; ouriait,
par de n la têle dl' on interlocuteur, à qnelque a111rc amoureux au fonù de la bouli&lt;]ue;
s'éventait de son mouchoir; se renversait en
arrière, après s'être penchée en a,anl; variant
a po e selon l'intérèl; pou sant l'hyymcri.ic
ju.qu'à Làiller légèrement. derriêre .a main
blanche, au,; dau {', le plu édaisante du
mrn·hé débattu.
Cc•pt"ndant elle &lt;'nrr&lt;&gt;i Lrail pr&lt;'nait honne
noir, calculait el délibér.1it a1·ec elle-même.
,\ la fin, conrnincue. elle acquie çaiC, ~ rendait, consentait~ tôut ... captivé par la per pecti,·e d'une an&gt;nture romanesque, ébloui!:'
par le miroitement d'une de ra~tueu e, L'O
comparaisou de la ienne.
Le hmdemain matin, sao. crit'r gare, elle
11uiltait la mai-on du harbi«r, montait dnn
une voiture tJlLÎ l'all.cnàair :tu coin de la rue
cl où e cachait Turpin; le chev:rnx: pnrlirent
au "rand trot. Madame Divnt, née T,,upier,
était devl'.'nue 11bîtemunl mademoiselle Claudine Le Globanic d'Uarsooël. C'était le 1{:) mars
1ï '9.
Une heure après,Divot, dé~!:' p ·ré, chrrchnil
partôul a remme, l:i réclamait à Lous les pas. anL.~. Un à un. le client · habituel , arrira.nt
Lour à lour, joi!mirent le1w lamentations aux
iennes. 1111·y cul qu'une rnix pm1r arcaliler
le comte.
Son ab encr, à partir de ce jour, confirm:i,
ans 11u'il ea fùl besoin, ct?s accn~alio11s i
Dil"ot continuait à hurler sa douleur ; bien!nt,
il cnnup · el, comme se pr11li11ues n'avaient
pins de raison pour prérérer on ra oir à tout
au Ire, elles l'almndonnèrent à sa destinée.
'
Oem mois plus tard, il fermail l,011tique:
ruiné, re.,rettaot ùe ·a îrmme la prospérité
riu'il lui aYait dne; ouha.ita.nt ,·e11"eanct-,

Ce vieillard, qui semM.:zll ave11gle el se lrai11:ilt srir Jeux ~âtons, 1•cra111oul, entmd.1il /oui, e/1 s'il élait nt!ussaire, 111(1rclraôl ~oris le soleil ou Ca pluie, a co11tre•ve11/ , 4,-,.,rant .ùs Jm,1·nt!es tr1Uères. W~ge 381.)

�111S TO']tl.Jl
mai. n'o ant gu re plu· que des :oulwit·,
car la noblt•,sc, /1 ·es il •ruirr ~ hPur, ·, eu
impos.ail encore li ce- "t'n, du commun.
La prise il!! la Ba Lille, ,mncnanL prc ·11111:
aœ :itôl. clinngl'i.l ses idé . à c
ujcl. Par
raneurw. il Jc,·inl uu nrd •nt pntriote rl s,•
prit à rouler confus~menl dan~ . :1 œrrnlle
inMci · dt• r poirs. dr reianch~, de réprèmille el de nm 0 canœ.
A mesure que gran,lir cl 'l'ufié\ra le cl rame
1·étolulionn11irc. ,o haine ,'affirma, e préci ·••, .c fît Lru~ante. Vil-lime di•,' !!"rand:, il
était M:i;n I a11 rq1ccl •t à l'amour 1lu
peuplu. li en prrilita.
t:,•~ndanl Ho c ~l Turpin n\·aiPnl d'ahord
san 1111pùétudc. ur la \üloulé 1Mdo.réc de lo
jeune fomme qui rnulait corm:lilr• la honnt•
,, i. t1mce. i L Jerueuri·~renl à Pari . Cc fu I l:t
11remirre conccs ·ion de Turpin, 1•11 au ndanl
le~ autre . Ils menaient •rand train.
celle même lportur, le notaire de Vanne ·
ommençait, par de· \·ente. 11cc si\·e~, à
mor,Th·r le lerre. dn pulit dorna.inc d'llar,coél. ce jeu-là, loul l'a,·oir du comte d ,ail
èlr1 di· ipé en 1p1at.rc an . ,tai le,. circon• l.aut:1• • le ~u\'·rent: Jè · le pr mi rc (meule , l'épargni• prit pcnr; l'argent • cachait;
Il' nolair•, mtl111e dan~ a provinr&lt;', n Lro1no.
plu. d'acquéreur · : et, p:ir hi force de.· 1 ho~c.•
Turpin re.~ta propriélairr.
ll folint mesurer le plai ·ir; l'épo!1ue d';1i1leur n'i!tail p ,~ farorable. LI dereua.il tlao,..creu1 de ·'ép,11wher ourcrtcnwnl.
Au délml d' l!•ur tll'l!nlure, les deux complice avaieut réfugié I ur de lin à Chaillol,
Jan. un pa\illon 11011\'i'llf'ment COil lruit au
bord du lleurn. Ils y étaient aussi •loignés de
fo rué du P&lt;.:tit-Bourl,on que . 'il· arnienl
hal,ité Rouen Cil , ormamlitl ou bien Troie en
Champai,rne. Il: 11 • .orlaic:nt 11u'en voitur1•, et
Je oir pour ·ourir le:- ralmret , les biribi ,
ou , monlri-r li la ,omédie. P.ti. un Lour''l·oi' de fo ri \l' ga uch1• ne rrétt lll'll tait eo Cl'
t.•ndroil ; lenr ,êcurill\ pcndanL un an, parut
lcllc que. hi nloi il ae .c cachaient plu ·.
Ucn, ans pa .l!renl an ac iùcnt, au,
alt•rt même. et dan. une e.'l.i. tencc qui r:l\'i ail llo~r. Ave· n soi-disant frère, •lie courail donc le~ bal , 1 s jeux, le - pectadc•.
11\·ait au dt•hor~. toujours mêlëe à la foule
inf.ouciaute; ·elle qui mal"re le coup de
tonnerre au dtl, le rcvolutioos ur l •rre,
pour~uit la ••aieté ,piaml mème; chante ~ou
!'échal'.tnd cl dao e ur fot ruine. ; ro11, ou
~arre; o·e11tend:111L pa · lai ·.. cr dé1 ier ,-a li11nc
pour le bon pliti ir dt! aulrc ; cc autl'c ·-ln
fu:s'nl-il le Nombre, la Forœ, la Mort ...
Entre temps, ·e lrournnl trop loin dn cenlre, du PJlni -fioy:11, de lit&gt;tll de réuniou.
l\o~e i•t 'l urpin dëmén~"l•aicnl. Il · habîtèr-nt
,tlur· me de 'ltlr •, Loujour cont!'nl,. du 'Orl.
Pour la ûll • du peupl • qu'était uiada111c
IJivot, e:s.--demoi elle Taupier, cet éternel
moll\ement, celle clrns.c à la j1Ji', li 1 urail
lïdéa.l de la nolJle vie, lé uprême amu emcol. Ell • s'en donnait. à plein cœur, semant
le é •11- ur a roule; mai" au début. ils
éLaienL de i · livr ; il ~ tombèrcnl à lroi ;
N, même ru.ni, e fi~enl plus rar· ·. On con-

--------------.1
tinuait pourl:1111 à rire, croyant fcrmeml·11t,
mah;ré le· é\iJL•nce~, l!U lou 1 ~ 'arrang •rait
bicullil.
Btus,pmmeut, le cnl tourna· ràcc aux
tran. po ilion.- "ocialt,,, de LrouLI • Lizarre:
·accusaient !1 lrur l'uil • dans 1• ba. -fond. ,
011 rny:iil monter à la ·urfoce tir larv • dti
C.'l\cruc, de · Ires Je ténèbre,; en arrivant à
l;i lumière, il.• e vêlaient de couleur in·oupçonnée • li y eul à celle éporp1e Je urp1·enants al'atar~.
in i, Turpin et Ro,L!, pen à prn rappelé
à lo prudenc;t', Iirenl-ils souV"clll rt;ft lté Jau
le rl'uille. pul,li,1ull. le unm d'un certain J,c
rù111e Oh·ot. Lun citol,m, r;ind patriote, 1p1i
rendait d'importan •l'nicc. li la c.'\u~e r •Hllutionnai.r1J.
Il· nll d,,ulèrent pas 'luïl 'a,.it de leur
borou1e et r1ue l'ab:uulon de sa r~mme l'eût
pou. é dan 1:.-elte voie nouvelle.
Il était à craindre, ('ar, à prh•nt, 11 était
pui. anl. .\!taché au Comité Je '11rveillance
en 411ali1..! d'agent en chef. il c,,mman,lait
11110 h:rnde de uoujats, enrilniml'Ltlé . CHIS le
nom de porteurs d'ordrl·.
Tou C! r b.1lloient du gihier pour la "llil•
lotinc J). Di\'OL œotralisail leur· indil:fltions
ou mieux I urs délations, ca foi. ail des r:1prorl , des mi:rnoiri- au Cnmil~: ceux q11'il
d I ignail montaient à l'ê~hafaud.
Ah! s'il aYnit pu rencontrer :,Ur son diemin I comlo Le lohanic d'Har cciil, ~Lilhntnme lirelon, 11u'tl cùl en plu· La pli é
« Chevalier ~u Poignard 1) pour la circo111n11ce, avec quelle volupté, en :unçenir des
anciennes barh • , ifTciit enl'Oyé au llawinwtional. surnom jo eux donné rar le père 011chc~11c à la •11illotino !. ..
EL qui sait i, dau celle promc11ade, pour
ne point éparèr ce que l'amour n,·nit um, il
ne lui aurait pas adjoint, comrue eompn1rnr,
l'épou coupable •tui, fa premil·.re, l'avait
renié?
A c:elle pensl-e Turpin s·a~~ombris ail;
mai Ruse c enlail défaillir. Elh: l1 Lail là ·llll
el rnluplueu. ,, auorail :o cl1air, cl, pour ecL1,
rrdoutait la mort. l'.:llè c-0mmeni;a donc à
1ro11ver que Pari~, monquant de sécurité,
manquait ti'n,.réml'Dl,
L · 1illl ·acre de eptemhre ad1evèrcnt
de la l•·rrifier: elle supplia Turpin de fuir
avt:1'. dle. Turpin 11e uemandait pa · mieux. li
· aiail cin,1 au quïl a\'~Ït 1111i1h: tucoal; la
tromformation de Clau1linc pouvait "admetLr '· li lui dit :
- C'e·t Li •n, noo. allons partir. Tu ~a
eounailre ceui: Rrelllb'lltt duol lu 1111 youlai'
pa e11le11dr pnrlcr; le laud.c., h•s dunl:ls, le'
,rèr , les égfoes La~-et·· qui ont mille a s;
mais c' t l.à, derrière no llllll' , entouré' de
pay au que nou erons le mi ux en st'1retû.
'l'u eras cl1àldai11e. 'ouvien -toi que lu c ·
rua ·reur ....
Ellt: coupa, riant tout de ttih: :
Oui, mon fr•re !
- Que Lu ne L'appclltl$ plus llose, mai·
Claudine ....
- ,a, jamais de la. l'ie !
Elle interrompait encore, pri e d'indi:.ma.,. 380 ...

lion .• \m, oon, die 11'cnte11tlail pH rt• nonc •r
à son noiu .•.. Claudine! c' 1t.'lil un nom d'
p:t~s:innl', de . nu\·:1ge, •l llo~e 11t:til i joli. ..
un nom dt! llc11r ... et 11111.~. die · avait droit,
à œ 110m. pn r la cou lt~n r Je .•011 tl'Îu l ; cl
11ui·, elle nf' rnuluit pas ro111~m.1 dl la .orle
avec on pa ,é, il IUI somh\Jit qu"cll • ne !-('roil plu elle ... ri puis. 1•111• ui: pourrait. pa ·,
d'11l,ortl; ell • i-tnil i11ca1 :,hic dt• tcuir un Id
rüh:. hllc ne 1011rnerni1 j:1111ais ln tèlt: si l'on
criait : &lt;l Cl.111diue 1 &gt;1 Elle l.t tournernit lroi~
f1w i,.Ï l'on nmrmnr:iil: " llosPI I&gt; Et /!IIÙ•.
elle ne ~0111:til 1t-1s.... no. dlu IÎtail. Il Sil
cil,• r,•.-terai t.
Turpin lai.:
!'r le flot: il conuai-~ it
fa dt1me. Qu;111d ell fut 1.::ilwce, il reprit,
Lr~: doux, tri•~ humlilP, dem:mJanl, par Loule
·on aIli Lude, pa.r on Lon de voi , s yeu ,
~l's g .· 1 •s, nulle e,eu . J'ill'i wr. il reprit:
- C'c I puur1anl ué1·1~:&lt; air1•, Jî,·ine amil1,
ah~olument né ·cs~airr.
Elle r :,,111111a ; •
- Je m'en tid1 !
Il ·'entèta, aPc des amendement.,; :
IJe..-anl li· mondé eule111c1ll, liil'n
Cllll'IIÙU .•• Ù;m 1'intimit11•••.
Elit! chantait :
ll u- l'intimité, ç~ m't,~l 1,icu égnll...
c' st pou.r le, aulr(· 11uïl faut arnir uo joli

ra ...

110111 ....

fais coru111c un bande d'égorgeur~. Tu1&gt;1'D1u rlc Yaillaru ou übr •~ sans-eu lot ' , pa ;..iient ous !t'ur.. tenèlr.t&gt;:. hu.rfont de chanb
d1: morl, elle pillit, rhan eln. Tw·pin dut 111
~outenir. Alor ·, l:i face lilème, les yen~
u1orut&gt;s, éteints, elle lui soufll.t :
- Parton~ toul de ~uih:. ,. •. oir; je ferai
lllu t 't&gt; qu'on toudro.... Clau&lt;line 'il le.
fdul. .. mai - parton. !. ..
En cflèt, il~ partirent l ·oir ru~me; IMnbll'rcnl jusqu'à Chartres, recroqu •\illé dan.
leur berline· et n'en ou,rirenl les pana •air\
411e le Iroisièrne jour.
ux derniers relais, il Lrùl~renl Vanne,, '
par prudeuce, 1•1 aiznèrenl .\ura ·: ce ful d •
cdte drmi""' ,ille qu'il · se rt&gt;nJircnl entin
au chàteau d'llar coët, ancc~Lrnlll demeure
d1) comte~ L Glohnnic.
Il ool l'e riu'cllo appcla ccllè&gt; bioo11u1·.
Bo c Oi1ot ne put cach1•r a déco1J\'enuc. Eli·
croyait entrm· dan quelque autre Yert-aillc~,
ell • pénétr~it Jau- un ch,Heau branlanl, un
nid ùe hibou , une raliilre; elle n °l!ll fuli · :iiL
plu de qualifit!f l'endroit. 'on mépri~ débordait en paroles. awèr .•
Pour on rrlour au pa) -, Turpin pa ~.id,·
m:rnvai c. h •ure . Cela continua plu. LarJ:
r,:pou ·c du lmrLier ne e résignait pas. lm
r .,.r Liait pre~11oe la houtiqu du "n,·01HJ'( r:
ell • r grettait .urtout. parmi le .olitud , 1
bruit, le mou\·cmenl de rues; on Paris
d'nulrcfui , rprnnd il ~tait snns colère.
Cependant, il ne lui déplait-ait pa. d'dlr •
dernuutJ, mèmc par le meoson"'e, fille nul.ile
et re peclée. 'on orrrucil 'en r 1joui ·.nil; elle
l"JJl bienlôl plu entichée de tilr' •t de prérogntive qu'uM duc.li~ ·c auLbcnûque. Elle
traitait les Plll' ans, Ill puuplc, arnc un uprème déJain, d:1.11 un parfait oubli, one

'----------------- ----------------- --incon ci&lt;'nce :1b,ol11c de ce qu'elle était ré .. 1lement, la ci11wen11c lJivot.
Pour e disÏraire, aux jonrs de pai • rlle
courait le rout" ·, 11 cbev:il, beurru~(l de
null cr de la pCtu~ ii-re; die Lravnsai1 le;;
rillag... , lp· :ourl'ih froncés. rt1ir dur, ""~
r(lpondr,: :111 • .alul:. C'était dl•r:111L cctlo noit•
Yelle .!audine qÙe . éza 1}TIOu1ez refü. :iit de
r, connllitr ·a (;Jndina.
Ce nmu aspt1r:1il la nolile pern1q11ii•n': h
I' nlendrl', die érlatnit. Gl:iudine lui I''' ait
d~jà, m!l,i · t:lodin:t l'elllplis · il de rage.
- G-1-o, 10; d-i, di; n-a, na!
Klle épel.iil cc s llab,;:;, lt!S jrtail au nez
ùe Turpin.
- ,Ulnn:, ,a.-), appell,'-moi ta Glo-glo, la
di-di, la nn-na ! C'e l breton, c'c, l délicicllx,
c•e~l idiot!
Turpin tendait le do , courbait lt1 tète. li
1ùm1iL jnmnis osé la contrarier en ricu cl la
m~nagettil d'àulanL plu , à pré ent, 11ue le
1 d liais. aient. L'arePnt l'i! foi. ail rare à
IIarscoët; la vie y était fa;tidie11Se; à quoi
·'occuper'! Seul'", 1,, pris d'nrm ·, de
lemp 1l au Ir • ,ccouaienl le. enuourdi s(,~
m(•nl , crt·ai nl 11ul'lque,. &lt;li Ira ·t1ow.
Mais, du rcité de Locoal, h•s colonnes républicaint&gt; m· 'aventuraient jmnais, a •:101 tout
à) perdr• l rit·n à g.'t~m•r. clon l'i-xprcsion d Tnllil•n ou Ùll Hlad, r1•pr :~entaut.s de
\'onnes. c' ~!ail Pfl!JS 11m11'l'i. li ne m~ritruL
ru~me pas la réprc ,io11; le jeu n'('rt \'al ail
pns la handclle; 011 lai ait lès bame:\Ux di éminé entr ,\uruy et la mer 'en1.ras~cr à
leur gui ·c, ni&gt; leur demandanl que Je. silence
el l'immobilîté.
.\ œ prix, iLi pontaient garder leur l"'ln
dicn, lcnr, curé · cl crier : !f Vh'e le roi! »
la porte clo~e. Cda ne faisait de nrnl à perl'Onne; (")Ur le· r dtür , on eùL u,é d
l,otaillon : CL aprè. la victoire, lout efü été à
n·ommenc r. On lrs MgUge.ail. no. e n':t\'ail
mème pas l'émoLion Je alerte .
Cependant, dan-. le mouvement de 9:i-!I \,
11\'CC son frère, elle e joi,mit 11ux Chouans,
hébergea d ,s capilaine. , pred10. la uerre
:ainte avec une éloquence fauliouricnnr qui
étonna lei pay an • l,.llè étaiL plus ro~àl.istc
1p1e le roi, ne parlait que de droit fü in; elle
invoqnail aint Louis, Henri l\', Louis :!Y,
k ancêtre . adjurait J'hermim• de ccourir
Il' ly .
Ctlll' p rruchc avait é1:out.: Turpin. F.llè
jac:i-sait tl:m r ton: pa.rfoi., pourtant, il y
a,•:iit faus~c note.
~i li, cbc~ chouan· seni Liaient hésilrr
d1•rnnt un p3rli e trème, brus11umn nt, cil
chan,,eait de langa"c, se tlépt'n·aiL en 1n,·ce,.
Ûl'c.~, le, c\1lcul:1il tle lmtl ,n 1,n,., Alor·, sa
wl uhrlit I ra" u • r, ppelait plulol I C, rré
du lelllple que Ir parquet Je \"cr~ail!r•~. , bis
1~. brarc f:!l'OS qui l'entcudnil'nl étail'nl mal

,·olon tier. ur la hrauté de li·ur àme que ur
la grâce de leur l•sprit el l'élégance de leu r
corp~. Il' ét:iient coura"eLU el fidèle a urémCJ1l, mai· ro . ier. el b.alourd ..
Quand Rose Oi"ot eut deY:1111 rllc ce. g&lt;'n-

0

rrn,ei nn; .

IJientdt ce rôl , 1'1 nn11w1
agui r , lor que e· Glohanic lui représentait li,~ chàtel:1in~ de llrt!lagne, il n'en
pr 'ci~ait pa~ la ré lie couleur, couleur hrunr
indécise, co=r c .li de ln lerre r~u'iJ, ,~ultivaient eu -mênu ~- n s"npp&lt;'sanli~ .1il plus

SI c'itlail 1 11dq11e Jélachttnt711 r-r!public,,11 ;u'{I r,:nco11lrall &lt;1.Jns wn ,·oy,&gt;f,!t, ~ur-~•chtJmf le vlirlll.lr 1

alnurdls~ail sa ma.-cht,geign.,11, g!mt55ait, p/e11r;ztt
111L&lt;fr~. (Pll~C JII, }

Lil hommc~. porlrur · de plus hcau"t" noms
de !'Armor, ell écar11uilla I • · )CUI. et ferma
le. narinl1.• Us 1.!tai nt ,·d u~ de peau d.e
mouton., comme leurs o[Jàls, entaient
l'l!taLlc el le lard rancP.
Or, t·llc :irait rênf dt.- mar1pris poudré , li•
lril'.tlrne ur l'orl'ill1.•. l'épilti ~ eu quart de
cj1•adièrc u, de la dcntl'lle au ool, lie la dent Ile aux 1n.1ias, flenran le l~njoin, l'arnLre
ou la bergamolP..... Elle était fort d t-appoinléc. l Il seul, parmi co -ci, la comola
1fo autre et lui fournit de quoi rèver le
oir: ce l11L le cheiali(•r [krnnrdin de Jo1 •noc,
on voi:i11, dont les \În"L ao · lurhuhmts •l
uperbes l'impre ionnèrcnl 1cndreml'nt.
Comme elle. a'al':lit pa l'habitude d1• di:lsirnuler lll'(IUC'Oup sP enlimcnf • le mnlheure1n furpin remar,1ua !Ji ntol cet ,hnoi de
jeune femme en présr.nce d'u11 Jtluue homme:
il s'en a soml.Jril, prlL peur, et fil tuul p()ur
11carler rinlru~.
Une autre peu ·éc le lourrnrotail eucore, et
cdle--1/1 ans relàcbe, jour el nuit. Qu'était
Jernnue l:i. vraie Claudine? 1, couwuts de
, fonlpeUier ,:Laient-il, r ,L t lo.• inacces, ihle« au fnrc•nr~ popnlairr, '/ Ou liien la
foule daw un jour Je i;:aictë, 1:0 arnit-cllc
hri é les portes, ere\·é le. mur , dilli1•ré le~
carliYe. , en criant . );il, •rlé 1
iu uernier c.i ·• il [ llail . 'atknJl'l' à mir
repara1trf', un jo11r ou l'nulrc, en son pays
natal. l'a11th,·nli1Jne demois lie &lt;l'Har-r H. Et
,,ud i:auJalc, et quels dan°er· 1
\ cei. perspcctiw , le Lri ·te comte s'al,reu\·:iil de mélancolie; mai il ne lois â.it rien

... 381 ....

Les ÉPi:es

DE

FER

Iran pirrr de . e inquiétude..~. rcdo11t:in1
a,·ont tout l reproche., lt!~ menace·, l'acrimonie el l'amertume de maJnnrn Ro~e, Joni.
il n' 1tail, dl'pni. loujours, qu lt• lr
lnunblc r~dan•, ré•igntl ~ou. a loi. Pourtant, saus cesse 1•n rvcil. il iUonnnit lr
riinl •s , 'en(Juérait 1fos nouvellè , recueillait
tou · le· l1rui1s.
ltaq11c matin. il :e di ail:
- f.sl~· • 11ujourd'lrni '1
Étai t-eu cc jour-là !]_n'il s'tm allail apprendre la .-urrnnuc J'une étr;rn,,êre, boule\ersant la ccnlr ·e par se r1•vendicnlions,
ameutant la foule, criant à tout ent ·ndeur
s nom , se titr '. riu'on lni arail \'Ol_é ,
imploranl I ri:clarnant j ustic~, a n'f' d •s
preuves, ù l'appui d11 bien fondé de ·c · prét1.&gt;nliofil 1
lors, 11udlc cout ·uance oppo ·er '! Quelles
d :négation yaJables pourrait-il fournir dt!vant
1'11\e11glant éclat d,i l:i grand n!rilé? Et
qu'adviendrait-il donc de lou: ces 1h·énem ·n~ '! Qu :erai1•nt .on dPsti II et •·elui d&lt;'
la l'au e Cl:mtlin •?
•
Le trouble de- lcmp le ra"tmlit un p u:
il u·y a\·ait plus de ju liœ i-n Dretn~n,; nul
ri'êtait plus t•n p11i ·,ance de la di. tritmer;
mai' il crai '!lait 11· conseil dr · Chounn&lt;:, ùonl
l'arrêt était parfoi~ limtal.
Il •ntretrnail une police .pédale, des
espions mrrvci llen. : l.: · mendiants, 1, cbemineaux. qui allaient el Yonaicnt à tra,er ' Je
,·illages, étaienL, de la moindre nom-Pllf', le
premier _a,erli , et . 'en faisaient les colporteur à ,·iu I lien,• à la rondi'.
l.'nn J'eu., .urtour, nomm11 Koz ,\.kou.rn
(\'ieil o ) a cause de a maig~•ur el de son
à e très avancé, vimit à sa dérotion et lui
:-i••nalait tous les II on dit » comme tou Je.
l'ai ·.
,e tieillard, qui ce-mblait aveugle el SC
!rainait sur deux Mlou vopit Loul, cnlendail tout, cl, s'il était m:Crs. aire, marchait
sou le .oli&gt;il ou la pluil•, li contri&gt;-v nt,
dn ranl de journée.~ n1 tière~. · pieds nus,
,emelé d'une orle de corne épais~e, J1ro1:iicnl
le-~ ronces, écra. airnt le 1·aillo11x:;
· bra
~ec ·, nou ·ux, ses srmdes main· noires, crispée•• ur le h:'tton. projetaient son Lor e eu
o,ant, dnn un élan r-0bu. Il'; les jamL1•s uivaient lanl hien r1uc nml; et celle carcasse
Ji[ornte, rt'lte machine désarticulée, drvalaiL
I • pen1t·,. ITa\is. ail le collin •~. d'un mou\l'ment é~i-1 dan son M. or,lre calcul i.
:i qut'l1j11'un ·ur i • ait ù 11iv1•au d'horizon,
lt• mendiaut au sitot .uspemlait ·on allurl',
s'arr~tait au l,ord du 1·bomin, el, dwpt•lu La~.
lu nune confite récitait d~ patunôlres.
Pari'oi ·, le pas aul s~ foi ·a il rccormaîtrc
jet.ut 1111 hr ( m l d'ordre; Roz A.kourn . ;
rcûr • sail nlor, fr:trlai! !ru, lirou aille Je
ses cltel't•u~, L.ii ~ail orill •r la lueur faurc de
: • ·em de vicu. loup et livrail lt&gt;s ,r •ret,,11rpris : J• Bln1s 1:taieu l là ... iroienl 111.. ..
Lenr no111Lre'/ Tant d'hommes .... L ur proj,.t? C&lt;'lui-ci.
1. • cbl!mine.,u . er\·ait la catU,e ~ sa manière; l'e n'ét.aiL p11 le moin utile parmi le,
dévou~. obscurs.

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MADEMOISELLE

PRÉVOST ,

D SEU E DE L'OPÉRA (1723).
Tableau de ,1 E:AN fuoux (:1\usé.e de Tours ).

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1910, Año 1, No 16, Julio 20</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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                    <text>��Cliché Giraudon,,

CATHERINE CORNARO, REINE DE CHYPRE
Tableau du TlTIEN. (Galerie des Offices, Florence.}

�TALLANDIER,

JULES

75, rue Dareau,

EDITEUR. -

Sommaire du

1

t

PAQIS

(XIV• arr

1

).

fascicule 1.- ju,11c1 ,9,0.,

PROFILS DE SOUVERAINES
+
Profils de ouveraines : Catherine Cornaro,
reine de Chypre . . . . . . . . . . . . . . . ~IJll
Mada.lne Récami~r . . . . .
. . . . . . . . :?&lt;,li
Portraits français : Le chevalier de s'aint-

JosEPU TmtQWN ,
ED~IO'\O l'IL

Just . . . . . . . .
111·,·1.o• . . • • . •

o· \R1,E-.i r•-..

.\lJK 1.1n

ÜENÉRAL DE: MAR.BOT

T~nnnn nr. \Y,·11:1,,

~,,._,

.',o.,

• Fors I honneur , .
La mort de Murat .
Le Régent

EoOCAlW FOIJRN1f:R
\\ •· jl::AX AKRFfO-:

L'Amie du Roi . . .
Co!"cu!sîon royale .

ERNt'. 51' D 1nn:T • . •

.ÎI~•

1LLUSTRATIONS
D0 APIU!6 LES TAlll.E.AUX, DESSINS ET

, . .lo:
. .i11,

Memo1res . . . . . . .
. ....
Quelque figures de femmes aimantes ou malheuTeuses : ne eau e célèbre anglaise au

,l1 1

Tournée d 'Amérique.
Le Epées de fer . . .

.,i.•

. vm• siècle

·1. li. . .

,'114

. . , . . . . .

. . . .

. . , . . . . . . . . . 3n
.

.,~:

PLA CHE HORS TEXTE

TA.llrES Dl! :

\1.Lll' lll., ll~'flT IIAI LT, ,\ l]R\11 \\1 110-'"t'.. , ,rurr. C11ot, F.T, CL l~R IONT· ' Il 1.1 .·
HA1'n1-:, &lt;:11,11Af1. F11 &lt;10..;,.111 , 1•1L1s. RA110, 1 ;P.l1Ak1J , H11 •P01.,· n.. Li::c ,rrL.
\l.\111..:1
ln\ _·1;1. \, ro~10 IIEu11.1 o. dil l.r; l'minF.'\11. E. i-c:111 LTzE.

CAT HEI INI~ COB. Ail&lt;. REl\"'E

(JE

CIIYPll E

opyright by T&lt;illandier l!JIO .

'' LISEZ=MOI ''

En vente
partout

Paraissant

1

le 10 et le 25

SOM.MAIR.E du NUMÉR.O 117 ( 10 Juillet 1910)

====--

V ~~~:!~,~S
enri LAVEDAN Je 1,\ o:n,lêmal' frnn~nbc.

et

C. LENOTRE

\1 111 ,s, r f&gt;()'l:'&gt;:i\L Ù(' l'Académie fr:1 n~ai I!. Ln Moralistç . -

LECO"\TE DE
1.1 ' LE, La ltui.i,
Lhl111. ,, u Jrt.,.~ 1•i- liO.STOUlt T. Renée Maupe rin.
1 ll"-R1. 1-,; F LEY . l{o e Pompon . - FR.,:o.l_OH, Cfll'P l~E. Pitié des bo e
.\ \ - \ t p11os~1 P 1\ DJ-:T. La l\lni~on d'été . - Go,· nr. MA PA ' A. T, Mont•
Orir,l. - \1 , . U'RLLL. En ména,:e.
F1uxço1, 111:: '- 10~ - Ln ••cille du bon
li eur
,\ 111r1n .\IEll\T. Ln petit r rivl ère. -.)r..,s RICHEPl:"i,de l'Academie
fr:111,nisc. Pri x de ver. latin~. - 'I 11t·o11111i 1,r U.\ VILLE. Diane .
C,1'11LU'.
~l,',llt ' L.\lll. "uit nni re au jn rdln - P.o,n. \HEl'i ,. Domnlne.
·uum
1\ -.;ET, )Ilotes ur l"nr11our. - GYP. Ondoy11nte et di\•ersc .. - J 1 u:;s \',\ LLl:S.
·o uvenl n;. - R11se,10su,; ltü . TANIJ. Vllln.nclle des p etits canards.

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blstorique

HIST ORIA

LE:RlE . Il llE l.A \ l AI IAI ON,

Magai!ne ilhtStré
bl•meosuel

par ua .. ant 1

Celle ù?U-Jre renferme nombre de
ré-Jéla tio1u piquantes aulhenliques .:1

r, f't le 20 dfo chnc-iue moi"'

inlimes .

HISTOR.IA a la bonne fortune de pouvoir uffrir g racieo em"nt à ~es al&gt;.. nnés
une gravure extrémemeat rare, introuvable dan le comrnerc.:, rer,rodui,aat
un chef•d'œuvre d'un des

plu gr;md

maitre du xv111• siècle :

REduetlon

WATTEAU: lt'Embairquement pour Cythèrie
dç,n• il n'c~bte pas, mi1lh eureus~mcn1 pour le puMk. de copies gra\'~es fadlem~nl
ac,~s-iblc
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BOURRIENNE
son Secrétaire Inti me.

T ALLAN Dl ER, 75, rue Dareau, PARJS (XI Ve)

Pr·,me Gra.t·u1·te

Quand à la fin du XV" ièclc II anl u1,ï
en Italie son mailr et sei neur Charles YIII,
le bon ah.roniqueur Philippe de Cominin
débarqua dan la ville de do,,c il rut émer,-~ill: de . plendrur r1u'clle
ré,· :JaiL. Vingt•
cinq, ~enl.lL homme Yéniti n , hahill' de oi
l d ecarJatc, ont venus à sa rencontre. Pour
le conduir 11u pala:;zo qu'il doit habiter J)end:1111 la durée de on &lt;!jour,
on ,le fait monter dan un
bateau doré au-de'su du11uel un vélum de oie cramoisie ondule cl froufroute
à la bri de mer. « C'est
proclame-L-il, la plus Lriom•
ph.ante cité que j'aie jamai
,-uc. » Et, san lyrisme à
la Gautier, &amp;"ns émotion
Complexe et raflinée à la
llarr~ , ns colori trucu•
lent à la Ziem, mais a,ec
une nell-elé el w1e Wlnulie
loul
flamande , en une
lamrue drue et . avoureu e
'I ui alla il donner à l'e- '
pèlle de naïf imentair qu'il
drcs ait le relief du grand
st le descriptH, il exprima
~n adm}ralion pour v~
ruse. Il 1ta in devant« le
c-anal grand. la plu. belle
rue que j croi qu'il ait
au monde, cl la mieux m.ai•
onnée ». Pui · il constat.a :
r, Le mai ons sont forl
"randes, haute·et de bonne
pierre, - et celles•ci ont
raite depui cent ans. Toutes ont le devant de marbre
lilanc quilcur vieo t d'I trie
à cent m.illes de là, et en:
core mainte grande pièce
~c porphyre et de serpen•
l.lne .• ., .11
C'C' t qu'en celle cconde
rnoiliédu 1·"si~cle en_j ,
Grawre ae
e:,,Là l'apo"rc de sa. fortun~
de· a pui ance, de a beau~
lu. Et .si , telle rp1e l'a vue
Commines'. ell~ n:~m-ai t pa encore, complet, P.U:fa,t, ddimwf, cet en emble architect~;il m1--occidental L mi-byzantin qui fait
d ell ·• a celle heure, alors qu'elfo i:c vit plu·
i1u~ par . on p:i:. &lt; et dt hOJl pa.~.é, une 11lle
uruque au monde, le .omptu ux tabtcau qu'il

lui

BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE ANECDOTIQUE

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

j;;; ve.n~d

Catherine Cornaro

d'="

grav...-c

di: l'ouvrairc.

Le Premier conslll
OÊJ A PAl'\U!-

Le Oénêral Bonapane

C'est en queL:iue sorte un Napu•
hfon nou-Jeau, un Napoléon incon nu
que nous p résente cet 1.1u\lrnge rn:i•
gnifiquemenl illustré d 'après les cul.
leotions el lableaU'ls de l'époque, el dü
à la plume d'un homme qui fut le
confident le plus intime du \lainqueur
d'Auslel'lil7. , son ami d'enfance, pui,
son compagnon de jeunesse el 110n
secrétaire pat•liculier.

0,======================
On aime en g,!neral à connaitre Ju ·qu'aus momdr,es habiludc:s de ceux qu'a
immort:ill~e~ la g loire; aussi a ou arrh•e+1l assez ou,·ent, quand nous li ons ln
, •1t pril'ée d'un per onnnge illu lre, de regretter que l'hi toirt ait n~gligé de nou
carier de l'ho uune pour ne s·occuper que du hi!ro -•
A ce p,irnt de vue. tes memo1res de Bourrienne peu\'fml, sans con1redit. passer
pour les meilleur du genre. pul uc ce ont eux qui, de l'a.vis d'un de nos plus
!{rand~ écrivam~. • donnent sur apol~oa le plus de d~tail Intimes ..
on seulement Bourrienne :,, assisté à la co uceptfon, a l'exécution de bien des
projds, mai encore il s"es t trouv" mêle o des llltrigues sans nombre, Politique,
ou intime et a de glorieux fnils d'armes.

0======================0

EN VE

TE PARTOUT

95

cent.
NET

Il. - HmoRIA, - F.a,c.

en traç.1i1 n'en r ·titue que plu - lid~lemcnt le
?é.cor dan lequel se ·élébra, eerLoin jour d,
JU~llct 140 : .une f~t à porti!e politir1ue qui
mil le· Vé111L1ens en li se.
Il s'a"i ·ail des ûançaill , do Catherine
ornaro, jeune palricierrne de la htgune, awc
JaC&lt;1 uc Il, roi d 'Ch :pr d Jérusalem et d' rmi!n ie ou, pour micu dire, arec le repri n-

CA'CllEf&lt;INE COJI.NARO, REINE DL CHYPRE,
CUIILTZE, (faprh1

lt tabkau J'Amomo R.IGIL LO, "" La

(Galtrte Royal~, Dresru.

tan~ de ce roi, son .amba adeur Mi.label, qui
allait, par procuration, e fiancer pou1· lui.
Le Làtard de Jean Il de Lu·i,,nan n'avait
pa ~cule.ment à lullar contre le constantes
cnlrcpri. des Turc.s. 11 avait aussi
se.
•arder contre le menées au. quelles a œur,

l'ex-reine Ch rlollc, ne ces· it de se Ü\•re.r
pour lui reprend re un trône d'où quatre an
pins lùt il l"afail cha sl!e. Dans n esprit
l'union l(UÏI poursuivait avec lJll fille d '
Cornaro d •1·a.it, n cas de besoin, lui as 11rer
le concours de Ta Hotte vénitienne· el du côté
de Vern c elle répondait au pla~
Ion _
temp ~ares.éd' 1tcndre et d'enri bir cnC'ore
par l'adjonction du beau
ru ·aumede · Lusignan, l'immense tlomaine méditerra
n :en de la fiépubliqu .
. Quant 11 la fiancée, gao-e
mr.on ient d'une alliance
dér nsive ou pa if in trumentd'une poliation ·vcn•
tuelle, elle ne pouvait avoir,
à l' rd d11 mariaae pro-jelé aussi bien que do mari,
aucun senLimenl Lien dét~nniné, car c'est à peine
-• elle a,·ait atteint sa quatorzi me année.
Toujo~~ est-il que, par
ce beau Jour d'élé de l'an
146 , quarante dame nobles de Venise réunir nt
en l ur plus beaux atour :
sur une des grandes b&amp;r1Jll8S du doge richemenl
ornée el pavoi éc, et se
rendirent, escortée d'une
joyeu.e flotlill de gond~
le • au palais deUarco Cor•
naro, 1 f11Lur Lcaa•pèrc
du roi de hJpre. Là des
main de es parents eU •
reçurent ]a jolie Catherine,
royalement parée, amsi
C[u'il con enait, puis elle
la condui irent au Palai
de Doges.
Dansl'admirab]esalle du
rand Con il, 1 doge en
cxerciœ, Cristoforo Moro,
POM 'OS&amp;.
et l'amba.ss.,deur cb)priote
attendaieatln jeanefiancée.
Au1ourd'eux ,e pre aient,
avec Jes procurateurs el les
éoateurs, Lou les personna&lt;&gt;e~ d'importance
&lt;lont la pré· nce devait ol nui r celle cérémonie singulière : les fü:,,nçaillès d'une enfant
?e q~,fü.1rze ans a.1· uu prince qu'elle n'avait
Jam:115 YU, qui ue la counaitrait pas de qu Lre
années encore, cl qui, pendant qu'on s'en.

dès

,s
19

�•

•

ms r oR..1.11 ----------------------------------------.1

gageait en1· r elle en son nom, étai! 11 'lueltp1es centaines de lieue. de lit, dan une il
asiatique, aux cilr im
·oulîns oricnlau. de
la lléditcrranée.
Enfin Callicriuc parul, sui,ic de on gracieux corlè 0 c de beUes Yéniti nnes. Ave c·
grands JCU&gt;. noirs a carnation mate. sa
jolie boucb.c ro e et n cbeYclurc blonde au
Lons chaud· , elle amil l'air, dan. a robe de
brocart dont deux Jeunes pages portaient la
traine, d'une exqui c el m.iirnonn infante
que rien ne peul urprcndr', ni cnor 11 ucillir
ui trouhler. En clic "C pr s entait déjà la
majcslô " reine el douce, a.ru; effort ni
apprêt, qu'on relromc d;1n le" portrait. que
les B llini, les \'éron · e, les Pordenonl' el le
Palma nou. ont lai. é~ do Catherine, soil dan
son plein ' panoui cmenl, oit au déclin d
a beauté mûrissante.
Quand le ncdamalions qui a1·aient salué
.on entrée ·e furent éteinte· par d•grés, et
l(UC le . ùo«c Cri loforo Moro cul prononcé
ace ivcm nt à l'adre1-se d 111 liancée el du
roi Jacque · 11, lcl&gt; parole ll uo le circontances cx.ige:i.ient, Mi lalicl , 'inclina devant sa
future ouYeraine, pui , lui pr nant la maiu,
illui prurn au doigt l'anneau qui dcrait sceller
un premier lien entre le. tlcut futur 1pom.
Catherine Cornaro n'était pa encore reine,
ruai Ile avait, faite par un roi devant le·
plus haut rcpré enlants d'une puis. ante
république, la promesse de le devenir hientôl.
li n lui restait plUS{LU 11 alltmd re le moment
où l'cngagemenl pri · par Yeni. e et I roi
Jacque deuail recevoir sa déiinitiYc con L'cralion.

prèl;. l'a pccl 11u'oà lui voit aujounl hui, la
tiU • de Cornar reprit un..: tl l'llÏl•re foi ·
contact avec le peuple de \'cni .e..\ l'e11droit
où la 11iazzelLa ,e confoI)Ù avec la place
f;ai11t-~larc, q11e ne Lordaienl pas encore le
pal:li Je Procura lie , mais où 'fri c:iit
di:J" le Campanile, une fonJe enthou~ia te
'étail ma· éc, Cc peuple ·i fin •. i clairYo~·anl, ·i avi. tl, ue se méprenait pa . ur le
con équence politique. de 1'1mion prJparé •
par se dirig:ca11l . Au i, !or •1ue Catherine
parut. prèle à «agner le mole ùu J{opart, cc
furcnl de cri Je reconnais ante admiration.
de~ , Îl'a L aos fin. ile acclamation {·perdues. Et ces rumeur, jo eu • l·om111e un
étho répercu Lé de plu en plu faiblement
par le gondole~ lancées ,ur le canal 'ainlMa.rc, la pour3ui,·aien l encore au morncul oh,
l, rct:C par I' \driati11uc. la omplucu. c galère
qui l'emport:iil cul lais. li dari.)re elle le·
. :ibles do Lido.
0

i, comme l'a rapporté 1111 de ll'urs Liislorien les \éniticn pouraienL •'cntre-dir ,
en ,,o ·ant Catherine Cornaro quiller 1a ville
des doge. pour 'en aller vers de nou,eaux
deslins : &lt;1 C'est Vénu qui retourne à
Chypre», IM Chypriote ne ,·oyaient pa ~ans
inquiétude une patricieune de la !!l'anùe républic1uc parLarrer le trône de Lu~ignan. Il
;waient la prc ience de · que leur ri! enait
l'aYenir, - et leur appréhen~ion patriotique étaieul dcstinres 11 LrouYer 11lu tard
dan les événement· une complète ju lification. Q11oi qu'il en oil, on nrriv 1e dan l'ifo
el son entrée à ico ·ie forent pour la jeune
soureraine des occasion de nouveaux tdomQuatre ans, ainj que nou l'aYon dit, phes. DepuL le roi lui-même jusqu'au dernier
s'écoulèrent entre le jour de ces fiançailles des Chypriotes, Lou furent séduits, conqui ,
sol':lnnellc et celui du mariage, quatre ans charmés. Et ous cc beau ciel d" rient, en
pendant le quel Catherine vécut, honorée ce pay dont les capitale', aux temp m)thodéjà comme une reine, elle qui n'ét.ail encore 1ogiquci, 'appelaient Paphos et Amathonte,
qu'une demi-reine, au palai de Marco Cor- la reine Catherine semblait 11':ixoir qu'à ~è
naro. En eplembre 1.472 enfin. des galère , lai er 1·iwe indolemment d'une ,ic heureuse,
chypriotes vinrent un jour jeter l'ancre entre dan I s délice et les féerie de l'amour.
ri'le de ._aint-Georac -Majeur cl la Piazzclla.
Ce rè"e de\'ait ètre dtl bien courte durée ....
E cort6es de galères Yéniticnocs puis 'amment Huit moi après la célé!Jralion du maria c,
armée , elles allaient œndoirc li Jacques Il alor, que chez Catherine le SJ mptùm - d"une
l'épou c que la République lui donnail, rl mate.rnit.é prochaine 'étaient déjà manirC11tf!!',
qui, plus tard, dan es d ui petite · 111ains le roi ,lacquc lJ mourut rappé d'un mal
i Jlne et si blanches. rapporterait à Yeni.sc,
-oudain anqucl de bi:torieu. ho lilc à Vecomme la précieuse offrande &lt;l'one 1llc ni e se plurent à attribuer, ans aucune
&lt;lémuée à s:i grandvur le royannrn &lt;(UÎ crail pretl\'C d'ail leur., de cause&amp; crimiuellt• . . El
devenu ien.
poul' la reine Catherint' insoupçonnalJle. inA l'heure de. adieux, l.i • alle du ,r:inJ
oupçonn~c. c'était le deuil c'était l • d ··e Coo.eil \'il de nouveau Catherine salué pat· poir; c' ltaiL 1·:croulm nt de on ùonbeur,
1 bomml?' au pouvoir et par t-0ute la no- l'anéanLi. ·cmenl de Loule ses espérance · ....
bles e. f&gt;uis, la cérémonie achevée, lor qu'cllc Pourtant, en elle sous lu hoc de fa terrible
sortit de ce merveilleux Palais des Doo-es. catastrophe une femme nom·clle se réréla,
qui pré entait dè lor , à quelc1ues détail
une femme de grand courage, de haute rai0

. on, d'inln.sal,le ém roic. n UlC elle .l\'ait été
par Jaciprc. Il, n•inc elle re lerait pour
.Jac11ue Ill, - 1,· li\ :u111uel die derail donner
li! jour le 1 aoûL 1175 - cl reine elle res1l'ra encore, quand, en 111:-,. lie aura ln
uprt1mc douleur do ,oir l'enfont rejoindre lu
p;re dan a tombe.
Cc rè«ue Ill' pr•n&lt;lra lin tiu'rn l4XU. Lt
pendant 1 • ~cizc an i1ui • 'écouleront de la
morl de .Jac4ur~ JI de Lu ·ignan ju qu'à
l'abdication de ba rnu1e, on ne ,·erra plu
qu'une femme. jeune encore, LoUJottr · belle,
·onsacranl tout c' itu'dle a d'intelligence CL
do volonté i, l'at ampli~. omeul de la lrè
lourd' likhc qrr'dlc a délibérément a~sunH:e.
l)c se. luut~. &lt;le ses effort contre I • rmwmi. du. dedans l'l ceux de l'cxtéri ur, 011 ne
trouve plu sui·rc de traces qn · n ~c rcper1:inl aux pièce d'ardül'r.' lra11scritcs rar le
savant p1tl \o"raphe l'rançai Loui- de la Lalric, dan . on fli~tofre de l'i.le de Cl1y7ire
~o,u le· Lu ·ignan. ou r.SsUIDée p:ir M. Allili
Ccnt.clli dans a Cateri@ Cr.,r11aro e il ·,m
,•pgno, puLfüte à_Vcni~e: mais ce que k
do..:unicnt nou.: r 1,-èl 'ni d'~ll prouvent &lt;JUC
celle femme, . 'il lui ai ait rté donné d'c ercer
ur une .cène plus ra· te le:, facultés dont die
était douée eût pu .c das~1:r aupr de
reines 1p1i oJJl, hi~Lorir1ucnwnt, lais. G uu
plus grand nom.

PiRISTYLE DU Ttu:ATRE·FIU,.\Ç \JS EN
•

Ce fol, on Yie.al de le voir, n I i~fl. qne,
,c rendant aux in tances &lt;lonL cni e la pourni 1;1it, Catherine céda, par on abdicaliun.
Chypre à la République. Lor 'qu'elle cul
l[uilté on rol·aume, ne lai aut derri rc elle
que de:. reoret , elle retrouva dans "On pay
natal les acclamation enthousiaste qui
a1·aicnl alué c fiançailles et ,on départ· et
Paul ''éron.è e nou n conscné, sur une
imrnen toile qui c t un chef-d·œuvre, le
,i..-anl souwnir do cet événcn~enl.
Dès lors. l'e. isknce politique de Cathcrin
Cornaro était finie. ~'ét nt retin:e au pied
d Alpes. dan. le up •rbe domaine d',\ olo
quo Venise lni avait donn ·, clic y l'écul "Vill'•t
an encor , et ne devait plu jouer d·, utre
rôle nue celui dr reine d'une cour d'amour,
oü se êisclaient I maJrignux le plu. galant·
el c di ·uLaic,1t le ca les plus , ul1lils de
mét:iphr ique amourcu c.
A c ,; te belle reine, la lérrcude ne pou mil
mam1m't de pr'ter qu elque~ omanls. mai!
dl n'a jamais réus. i lt fortifier d·un nom
précis, d'un l'ait prouYé,
e sai de médi:ance. Et nnll hi loirc ·camlaleu c no Yoltii•e
raillen -em nt aulour du lourd mausolée de
marbre ou lequel, à \'cni c, dan I' · li~e
du an all'atore, Catherine, depuis quatre
cents ans, dort on dernier omrneil.

HE...._IU r ' ORMA D.

g,

i -0, -

CllcM Gtrmuilon.
Desslll J1wnrm,•. (M11see Carna1•Jl;//,)

Madame Récamier
PAR

JOSEPH TURQUAN

CHAPIT~E VIII
Tandi lfll~ se trainait boiteusemeut celle
sin ,ulière idylle, Mme Récamier, comme
Mme de taël, comme ln ducbessed'Abranlès
comme lOut ce qu'il y a.nit de plus hupp~
dans lemoode rO)'aliste, fai ail fète au \Jliés.
Le duc do Weliinglon fut reçu avec honneur
1:hez el.leco~e au ?Jus_pur faubourg ,nint1,erma,_n. On l y a~a1t dilJà accueilli en 1814.
n y a b one défa11l:mcc qui choqua celui-là
même qui en bénéficia}L: \ux femme qui
allèr?nl a_u-devant de lm JU qu'à Saint-Cloud
et lUJ offrirent de fleurs, le nohlc lord aurait
Jit : &lt;i Me dames, i les Français entraieut il
Lon.cire , Ioules le ~glaise prcndraien t Je
deuil. » ilme Récamier a sa part de la honte,
c?mmc le autres royali l - ; mais elle su.t
· en relever par la dignité de son attitude
devant un mot malheureux du duc. Celui-ci
il faut le dire, soit sincèrement, soit par~
que Mme d t.aël, qui 'était cnlichfo de lui
l'a ·ail assurée que le lion ton, à Park, étai~

d_c témoigner it •lme füca.micr 11ne admiration. fortement teintée d'amour, se montrait
pas ionné ~our elle. Il lui avait. l'année préc~den_Le, decocbé. une déelaratiop en règle.
C était là lllle poli tes ·e gue chaque nouveau
Y~nu, .00. peine de P~ :cr pour ne pas savoir
v11·re, eta1t Lenu de lu1 faire comme compli~ nt d'ent_réc. Ime Réc.imicr, IJUe cela ne
dcconcerta1t ~n aucune façon, au contraire,
-: elle en _avrut une telle habitude! _ rcce":Ul la. p~hte·se_ de on sourire le phts gracieux nun~u~u finement, d'un air pénétré
~L vo~ lmsa1 t di crètcment entendre l]ac
,ou él1ez ~n gr?nd homme que jamais per~nne ne 1~ a~·a.it. ~driu;é un compliment j
bien lou.rne, s1 spmluel, qui l'eùl plu profondémenttouchée .... Celan'engageait à. rien•
non. plu que la déclaration. La nouvelle
«. hete » du troupeau taisait sa plus belle
revérence, ou hu faisait son plus beau sourire,
- comme à tout le monde. _ on lui recommand~it la di crétion avec un peùt air de
pudeur ellarouchée el u.n joli gc:.Lc gui con si -

tait,\ mettre l'index de la main droite deva11~
se lè\res, et chacun était content.
Le duc de ' ellington donc, revenant après
,yatcrloo chez Ume flécamier, trouva tout
unple de s'exprimer devant une ennemie de
l'apoléon comme il l'eùt fait de1•ant une An~l~1s~ el ses premiers mot furent : &lt;1 Je
! nt IJJen bauu ! » Il e inottail e.i1 mèrne temp
a gen?ux de,•ant el!e et lui prenait galamment
la m~in pour la bat er. )lme Réc.lmier aurait
P? repondre q~e ~luch~r et Ilùlow J'y avaient
h!en un peu aide, mais ellP e tint, a-t-on
d,i~, _sur u~e fr~idc réserve : la Française
s :tait_ senti~ allemte par des parole qui ne
pec~a1 .nt m par excè de roodcslie ni par
exCl•s de convenance, 'l elle donnait ain i au
nobl~ duc une leçon méritée. Oo l'a heaucou
van tee, cette ~eçon : mais Mme flécamier'
se ooqueltertes enver cet Aoglai . n'aYai!eU: pa mér!L1qu'ill'abordOt sur ce Lon? on
attll~~e _anterJeure ne l'autorisait-elle pas?
e ~ta1l-eUc pa rangée en quelque .orle
par.rru les ennemis de la France en le r ccv:mt

pt
'

�,MJIDJt.ME ](tCJtMl~ _._

_

111S T0'/{1.Jl

un

bùtel de Ja rue Bas e-du-Rempart pour
lui et les autre , en ami·? Elle eût mieux put même a si ter au diner ; mai elle ignoautre avec jardi~ dans la rue d'Aojo~. ~Ile
rait
riu
rheure
fn
lai
était
si
proche.
On
se
fait de ne pa.s lui ouvrir sa porte el de ne
l'achet.a, -Yinl l'habiter el augmenta ru.nst ~e
pas se moquer ensuite dèS quelques fautes ruit à table. Je me trouia.is as is auprès de nombre de ffilll.Dles di tinguées qui habid'orthographe de ses billet : elle en îai aiL Mme Récamit-r. n y ,1 ,·ait douze ans que je taient alor cell rue cl 'occupaien l de littébien elle-même dans le iens I Et de plus, 11e 1'aYai. rencontrée, •t encore ne l'avai -je
rature•.
aurait-elle écrit l'anglai· aus_i bien que lord ap rçu qu'un rnomeut. Je ne la r gardai
Mme L\ét'amiPr a1'ail donc élé fi ré"éléc 11 à
ellington écrivait le français? Elle n'aurait point, elle n me regardait pa ; nou n'~hanhatl'anhriand
auprè d'un cercu il. C'e t dans
pas dû se moquer non plu d'un homme.à qui gion pas une parolè. Lorsque, ver la lm du l'ordre : l.1 morl co••cmdre L'amour, moi11
dîner,
elle
m
adressa
timidement
tJuclque
ellefai~ait mille rnmce en lui envoyant IJ1!ld ,
·ouvcnl cependant que l'amour n'engendre la
livre et invita tion . L". faule d'ortho- paroi ' !-Ur La maladie de Mme de ta•l, je mol'l, Le grand ê rivain alla \'oir Juliclle.
graphe, c'est ellequ.i lus faisait, el non légère , tournai 1111- peu la lètc et je le,·ai les y ux.. Je « Quand on s'esl rejoint à sa destinée, dit-il,
en condwte, et l'on ne peul en \'érilé y onger craindrai de profaner aujourd'h~i, pa.r 1~ on croit ne l'al'oir jamais quiltêe. 1) li mil
san se rappeler ces mols de Chrysale à Ilélibe, lJouche de mt.'s a.nuées, un enument qut cependant un certain temps à r~nnaîtrc ll u_e
con. tirvc dan ma mémoire Loule sa jeunes e,
qui sont le bon sens mèrnc :
el dout le charme 'accroit à mesure que ma Mme Récamier était &lt;1 sa de tméc », et 11
r.,llut san~ doute &lt;JU'elle y mit du ien, omme
Le mo.iudrc uloi~iElllll e11 parlant vous irrÎLc.
,ie e relire '. . . . »
Maiis vous en foilc , vous, c:rétr~nges en conduite l
Mme de ta'•l mourut le H- j11 ilhH, jour aupr..,, de Benjamin Con.Lan! et des autre ,
a6n de lui en faire na.ilrll l'id ~e. Car ce ne fut
Mme flécamier se laissa.il aller à ce cou- qu'elle rèlaU chaque an~ée rommc !"an~iver- qu'après plus d'une année qu'il 'aperçut
rant de vie mondaine qu'elle aimait lant el sairc dei la gloire de eokcr. . lais s1 ell '
rp1'il a1·ail é1é frappé du coup &lt;le foudre.
elle était tout à fait beu.reu ·e, lorsque la santé u·ooLliait pas son p~re, cl! fnl, ell , bien
1itc
oubliée.
&lt;L
11
n'y
a
pa
eu
d·e1primé
un
de Mme de 'taiil, atte.iole dcpui qudque
Pendanl l'~tédecclle aoué!! 1 Il{ Mme lll'cul véritabl rcgrcÏ, )l a écl'il M. Joubert~.
temps, lui donna de inquiétudes. n oir, en
camier
alla pr..!ndre les hain de mrr à
allant à uoe fète chez M. Decaze , minisll'e llenjamin Con tant la veilla cependant ~ne Tiieppt'- Lor.qu'elle l'l'Viut à Paris, on parlait
nuit,
mais
ne
pen.a
plu
à
elle
le
lendemain.
de la police, on amie s'ét.,it trouvée mal dan
beaucoup d'une réunion de sonl'escalier. !\amenée chez elle,
-1 verain qui alJait :n·oir lieu à
elle ne e rcmellait pas : on
Aix.-la-CbapclJc. Con rormémt&gt;nt
parlail d'une bydropi ie vague,
aux dispo ilion de la comcnmai elle semblait plutôt avoir
tion du., no,rmLre i '15, il.
une cooge lion lente du cerdevaient di culer • i l'occupaveau, acœmpagnéc du phénotion par leur troupes d'une
mène ordinaire de la paralysie
partie du territoire françai
de jambes. Elle ne sortait de
pou,•ail cc.Ser ans danger ou
chez elleque poarêtreconduite
inconvénient pour leurs intédans une autre maison, rue
rêt • Tout ce qu'il l' avaiL en
'euve-des-)lalburin . Chaque
Europe de tèles couronnée ,
jour, quand le Lemps le, perde ministre•, d'amha sadeur ,
mettait, 011 la portail au jarde plénipotenùaires, de diplodin; mais rien n'enrayait le
mates, s'était donné rendezmal. Peu d'ami l'entouraient.
vous à Aix-la-Chapelle. Mme
U n'est pas exael, comme on
Hécamier 'avi a alors que Ir
l'a dH, que Benjamin Constant
l,ains de me ne lui avafont
ait ouLlié la malade pour ne
pas fait tout le bien désirable
soigner que Le snccès de s
1it qu'une cure thermale à AuLrochures; il l'allait voir au
la-Chapelle ne pourrait que
contraire Lous le jours. Les
• ron olider les heureux ré ulaulrcs per onncs étaient absentats déjà obtenus. Elle partit
te· de Pari· ou allendaient son
donc pour Aix-la- hapclle. Elle
réLaLlissement pour aller lui
y trouva les plénipotentiaire
demander de ses nournll . 1) '
français, le duc de Richelieu,
même que Benjamin. M. de
qu'elle connaissait, M. de füyDarante, reconnai sanl du.senoenl, M. Mounier etc. Elle y
Liment que lui avait témoigné
trouva aussi quelques diploMme de Staël dix :ms auparamalc.S étrangers qu'elle avait
vant, et aussi des encouragereçus chez elle en 1 14 el en
ments qu't:lle avait donnés à
1 15. Mais elle y trouva surses di position littéraires, avait
tout des princes, entre autres
1a génoreu e attention, bien
le prince Auguste de Prusse
impie el bien naturelle aprè
qui, ainsi qu'on l'a vu plu
tout, d'aller eau er avec elle
baut, allait, en grand appa.ral,
ALBERTL,E DE STAEL, .DUC!l.ESSE DE BROGLIE,
à son cb.êvet. lme nécaroier
passer toutes ses soirée chez
T11blea1' du BuoN GêRARD,
y allait aus i. Elle y renconelle.
tra un homme qu'elle n'était
Rentrée à Pari après les cépa femme à lai ser passer,
rémonies
militaire
et le grandes revues pasChateaubriand, que )!me Récamier, chez
malgré la solennelle grayité du moment,
sées
par
l'empereur
de Ru ie el le roi de
sans lui faire ses annces les plus gra- la mourante; avait invité à la ,•cuir voir, s'y
Prusse
pour
clore
Je
Congrè
, Mme Récamier,
cieu es, Cha:Leallhriaod. (1 ~lme de taë.l, a rendit, el l'un aida l'outre à oublier la morte.
avec
sa
savante
coquetterie
qui
'habillait de
écrit celui-ci, n'était pas dan le .alon et ne C'est ver cc temps que Juli Lte quitta on
L

....--==== ---~-____:_......,,=========;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;·

1. Ce~T"EAOBRL,~o, /Ulmmres cl'out, e-lombs, t. IV,
p. 46'2.

2. JounE.llt , P~11&amp;éesJ. ma:nrnes, e snu el ~Orres•
po11danct&gt;s, l. Il. fi· 4~1&gt;.
..,. 202 .,.

3. La priM~ssc J.u Belgiojoso Mme de Ludre et
Mm~ d~

Tracy,

pntites mine timiJ ~joua11L la rond ur à ravir,
c·e 411i étaÎl un peu ridicule à son àge, . 'mit
eo tète Je con4uérir définitivement le grand
ei!!Jlear do lellres qu'elle a\'ait rencontré
t·hez Mme de Staël expirante. Elle sa.l'ait :«&gt;s
illu lre· amilié. l't1mininr. : n,·er Mlnt• dtJ
ncaumonl, avec Mme de Cu Line, aYrc la
duchesse de Mouehy, a1·ec la duch · e de
lluras .... fi lui embla &lt;tuïl erail glori ux
pour elle de fi•mrcr sur ~a liste cl de l'in~
.crirc ur la sienne. Lïllnslre auteur du
(.énie 1liL r11l'Î,ilianisme dai!rna accueillir la
cour &lt;1u'elle lui fit. LI l'inL de plu en plu·
fréquemment. La place d'honneur au alon,
à table. ne fut plu que pour M. 1 vicomte
de Cbateaubriand : il prit vile d,\s lors l'habitude de s·y venir faire e11oon_cr. lfailleur ,
un certain air fringant tf11Ïl avail, ton de
dragon eL de mousquetaire, bridé par l"allure
d'un graad igneur, :;édui ail au dernier
poinl Mme Récamier dont la COIJUetterie
jeûnait un p~u depuis quelque temp .
Les premier jour., M. de ~fontmorency rt
~I. llallancbe se moutraicnl heureux et lîer:l
Je l'honneur que Le noble Breton faisait à
leur idole en venant Mpo_er ses hommage.
à es pied . ~[ais quand ils virent cp1 'il a ,•ail
décidém.ent pris goût à la cbose et revenait
chaque jour recevoir sa ration ordinaire
d'encens, ils fu_reDL moias fi rs et snrtou l
moins heureux. M. de Monlmorencs, qui
avait de la dévotion aa delà des besoins de
l'âme la plus chrétil!nne, n'était crpendanl
pas pélri d'une au tre p~le que les autre ·
hommes. Ce dévot aurait pu dire lui aus i :
Ah! pour être d 1rnL je) n'en uis pas moins homme.

Il n'était pas inaccessible aux paE ions et
ne 'accommodait nullement de déchoir. Re.jelant loin de lui les résignai ions d'un liomm
dominé, la jalousie le mordit au cœur . li fut
scandalisé de ce que M. de Chateaubriand,
an doute paree qu'il avait écril le Génie du
d11·i:/icmisme, eml,Jail vouloir lui cnle,·er
le oiu du alul de l'iime de s.'l 1·harmanle
amie. Un orage 'ama aiL en lui cl était
imminent. Dans es boulfêe de dévotion, il
s'était fait le directc,1r, un peu le VaU\·e11argues de Mme Récamier, et, .an trop le
lui al'ouer, mitonnait son salut. Celle-ci,
mal ré sa docilité, en paroles, fo désolait
onl'ent p~r e désobéissance el e imprudenc' . Il las prcn:iil comme mortification~.
en remerciant le ciel, et le recc,·ait en esprit
de paix, - tout en enra eanl au fond oe ,011
Ome. Mais cetl foi , de\'ant le· .as. iduilés de
Chateaubriand, il e rcbiJTa, ,an~ o er cependanl faire éclater l'orage. li insinua à Ballanche, qui s contentai l jusqu'alors d,\
rama erses mielte , que ce lroi ièmc larron
était dPcidément bien dé agréable el qu'il
fallait s'opposer li. l'intronisation de l'intru .
Car quoi'l A.vec ce Breton hargneux el ag.ité,
adieu leur bonne tranquillité, adieu leur
douce entcnle à t:1:ois. Le trouble-fêle suscite~ait ans cesse des orao-es; ces orages
seraicnl détestables pour la nnté de leur
commune amie .... Et puis, par polite &lt;',
celle-{!i ne pourrait se di.penser d 'bonore1· le
0

•

nou\'eau \'enu du soin dei; petites r,ommi·siorl , de . es lellres, etc.-. ce qui. jo qn'iri.
arail été l • monopole du philo. opb .
La p~ûlosophi • du bon Uallaucl1c ne tint
pas dc,•anl celle lerribl p1 r~p1•etivl'. I.e
l1r:i1·c bommr o':w.'.liL jamais 1·es cuti la
moindre jalou ie pour personne. Bien q11'il
f1lt en relations d'amitié a"e • Chateaubriand
depuig douze ou quinze an , lorsque Matbiru
lui euL foil comprendre 11ue . 011 bonheur
était menacé, la ùrainte d • 'en 1·oir Mponiller lui fit trouver m.ille raison p011r 'unfr
au d c(&gt;ndant de croisés conlrè l'ennemi
commun. D'ailleurs, il répondait loujour
Amen à rc que ~ , aint Mathieu ,1 lui fai:;ait
l'hcmnrur d lui d:rr. En èlfot, il n'y avait
pas on"'é. ma:s le caraclrre breton, ïtui
n'est p3 san quelcp1es ai péril· , môme rhez
les homm ~. pourrail heurter de front c&gt;l
Llesser la douce manièr d'être de four
amie; rien ne serait [•lus préjudiciable à :i
santé el il n"était que prudenl d~ la meure it
l'abri de i cmelJes évenLU.1lilés. C'était un
devoir! .... Mai comment faire? Si, pour
l'empêcher de penser au vicomte dont eUo
parai sait i fort entichée, onJ1û parlait piété?
« La piétée t un remède, 1&gt; di ail ju lement
l',rnlre jour f. .Joubert à cc maudit Drclon ....
Mai Ballancl1e hocha la tète à cette idée de
« saint Mathieu )) et propo a autre chose : si
on l't•mliarquait dans tin long travail liltérair 1 ui ·'e t cela; ça lui chano-erait le.
idée . Une traduction en vers de P~trarque,
hein! qu'en diriez-vau. 1. ... Le rejelo11 des
preux opina du bonnet et les deu coJ.Opères,
d venus médecins d'âmes, firent part lt
~lme 11écamier de leur consultation piritucllc ain i r1ue &lt;lu remède 'J.Ue on état méri1ait : rece1·oir Je moin po sible l'encombrant
Breton et traduire Pétrarque en "er franç.'li !
Docile, Mme Récamier promit de suivre 1a
econde partie de l'ordonnance. Aussi, lorsque
M. de Chateaubriand ne "enail point, prenaitelle son Pétrarque el toute pleine de l'aLscnt, ne songeant qu'à l11i, elle piochait sa
traduction. Le ujel fimpirait. Le bon Ballanche, - one t enfant à tout âge surtout
quand oo et poèle et pbilo opbe de proft· sion, - coulent du dérivaùf qu'il avait
lrou\lé au;t iùées de )a jeune femme, veillait
a"Vec sollicitude à l'application de son remède
et ne s'apercevait pas, l"aveugle, qu'avec son
Pétrarque il allait juste à l'encontre du résultat souhaité et donnail des aliments à l'incendie.
3f. de Montmorency, de son côtJ cru L
devoir loucher quelques mots à la belle
.lulielle au ujet des assiùuilés de CbateauLrÎlllld. fais celle-ci 'en formali a et ne
répondit plu à. ses propos ni à ses lellres.
Enfin, elle lui enrnie uo billet et Matbi u lui
répond au ·itôt : &lt;&lt; J'ai ourcrt a\'CC une
grande émotion ce billet qui ,·aut mieu. que
ctt incroyable silence, celle Iroid~ur suLile
que je ne savais ni qualifier ni expli4uer.
Pourquoi vous dire lout ce que j'en ai
éprouvé? li mes mhle C[Ue ce n'était pas un
mauvais sentiment qui me faif;Oit craindre de
pro1•oquer moi-même une explication et me
1

plaindre le premier. Mais 11uel droit n'a\•ni.-jc
pns cependant de déte ler les premiers fruits
d, •e ho es mau,•aisr rrue jr ne veux p:i.
c.1ra léri er,soilcoqucllcrieou cutiment'l.. ..
Pcut-êl re celle allecliou pure et inaltérahl('
w1ul-elle bien toutes ces illusions pa ~:igèrC'~
riui vous fascinent en ce moment.... Oh!
madame, quel rapide progrès a fait en quelques semaine ce mal qui vou f:iit craindre
,·o plu fid1•1e amis! &gt;) Et Mathieu comme
si le ca était Jé~e péré, ronrlul en engage:m1
Ja belle à recourir à Dieu; il y recourt luimème : « .le le npplie, dit-il, de vous soutenir, de ,,ou éclairer, de vous empêcher,
par 1111 .crours puis. anl, d'rnlacer de ,•os
propres main m1 lien malhcurem: rrui rn
ferait d'aulre en ore que vou , »
i Mathieu n'avait eu, pour le pous er à
l".Académie, que celle phrase, elle aussi un
peu« malheureu e » il n'y serait peut-être
pas entré· mais il avait mièux à son actif.
Nous verron. cela on peu plu loin, En allendanl, lroe Rt..fcamier, qui avait soupçonné la
ligue, se sentait froissée de cel&amp;e jalon ie el
de la prétention de Mathieu, secondé pa.r le
bon Ballanche, de la tenir en füière . Elle
leur battit froid el ne mu1ut plus entendre
parler de prendre la moindre do,e de Pélrarque. Pour bien faire voir à es censeur
qu'elle veul être JilJrc, elle 'affiche aYec
~I. cle Chaleaultrhmd et ne prête aucune
attention aux re,,.ards navrés ou courroucés
de Malhicu. C lni-ci a he,m exca er, par
lettres, de son al lit ude; il a Lteau lui adresser
force homélies, elle n'est pas d'humeur à les
écouter el lui en garde rancune.
Quant à Ballanche, il lui écrit aussi : c' e t
d'aLord dan Jïntfrèl de sa cure morale,
pour l'engager à. additionner d'un peu de
mu iquc a dose journalière d Pétrarque;
clic la uppartera mieux avec cet accompagnement, mais il faut aL olumenl vaincre le
tentations pa.r le lrnail : « ne occupation
,·ou fera du bien i votre imagination .ouff'rante et rê\'eu e a besoin d'un aliment. oignez votre santé, méfi.ez-you de ,·o nerf :
wu ète · un :mge qui 'e l 011 peu fourvoyé
en Yenanl sur une terre d'agitation el de
men on°e. 1&gt; Dans une autre lettre, H hü
recommnndc de ne pa négliger PéLrarque;
iJ trutll'C que celle ma.uvai e malade n le
prend pa à do c as ez sérieuse , qu'elle ne
·' :ippfürue pas : « Je mudrai dit-il, que
vous pri siez sur vous de lulkr un peu plus
contre les difficultés de Pétrarque .... &gt;l li lui
parle de la. gloire qu'elle r cueillera do ce
travail, la flatte sur ses talents el fait tout
au monde pour qu'elle ne la' e pa là celle
mJdication. dont, au fond, eUe ne reco11naîl
pa la mice ilé. Craigna11l enfin, à force de
répéter les même choses, qu'elle ne l'accuse
de radoter, il lui dit dans ane lettre, charmante d'ailleur : &lt;( Jè ne ai , mai il me
omble que je dois paraître en ce moment
comme un bomme préoccupé d'un idée fixe:
me lettre \!Ou di eut toujour la même
chose .... 1&gt;
u milieu de ce.t enchc-vêtrement de passions cfüer es, Cbateaulwinnd dresse sa tête

�1f1ST0'/{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
olJmpienne el sourit en voyant le désarroi celle vie et mê.me une néces ité, - l'ennui?
qu'il a j té dans la petite fourmiliôre. Mais le moyen de faire nutremenl?
füihitu; à Lous le uccès, il trouve celui-là
Elle ét.ait à peu prè ruinée, mais c ttc
tout naturel c1 'en ruuu e. Au si a+il garde ruine eOt encore été la rich se pour une
de ne pa · revenir : le spectacle e t trop inté- foule de femmes bien nées, autrement malres. anl. Quant à M. de Montmorency cl à heureuses, et que personne ne ongea jamai
llalla.och , voyaot qu ïl • ont beau dire, la à plaindre. Bref tou. comptes fait , il re tait
belle Juliette ne 1 écoule guère, ils finis- encore à Mme Récamier de quoi vivre à
, enl par e résigner, espérant tout du temp
l'Ahbaye sans aucune privation; elle avait
l de l'incon tance de deux enfants gàtês.
plusieurs domestique et un valet de pied
O'aillcmrs Mme Récamier fait des eilorts pour ouvrir a porte, - le tricl nét·e" aire.
mériloir s pour ati faire chacun· elle ·e EL elle ne connut point celle terrible maladie
dédouW , elle e multiplie : ne donne+clle que Rabelais nomme « faulte d'argent ».
pa sa onfiance 11 tbicu, se commis.ion
Mais lui faudrait-il, dans ce couvent,
, Ilallancbe eL le re te, cœur el àme, au renoncer à ce qui avait faitju que-là le bonnobl ricomto de Chalc.a11l1riand?
beur de sa vie, c'e t-à-dire à son i;:alon, et ferA celle époque, Chateaubriand, - il nou
mer le grand-livre où elle tenait registre de ,e
L'apprend dan srs Mémoires , - était au adorateur'? Cela dépendait moins d'elle que
moment de vendre a propriété de la Vallée- d'eux. Dan le monde, elle 'en doutait . i
a11x-Lo11ps : il s'y voyait obli"é. Mme Réca- elle ne le . avait pn , on n'aime pas les gens
mier l'avait louée de moitié avec [athieu de ruin6s; chacun s'écarte d'eux comme ïl
}lonlmor . ne~, et, à. ce propo , voici une bit&gt;n avaient la peste. Au i ou[rait-eUe a la
jolie lettre que Juliette reçut de la duches e pensée qu'on l'abandonnerait, comme Loo
de Bro..,lie: « l9 juillet i819. - ... Je me ceux: qui ont malheureux ou ruiné . Quand
représente rntre petit ménage du Val-du- on n fait son habitude de 1a \'Îe de société,
Loup comme Je plus !!facieux du monde. quand on a longtemps savouré le plaisir de
Mai , quand on écrira la biographie de Ma- présider un cercle choisi et celui de se voir le
thieu dans 1a Vie des aints, conYenez que centre de hommag d'une foule d'homme
ce têle-à-tèle avec la plus belle et la plus éminent ou simplement di tingués; qu'on e
admirée femme de son temps era ou drôle mèle de juger le œuvre. d'art el l . livre ;
de chapitre .... o
qu'on s'esL même essa ·ée, la plume à la main
Le chapitre cependanLn'eûL été qu'édifiant: à jeter ses souvenirs sur le papier· qu·on e t,
en Loul ca , il ne fat pa bien long. Tandis en somme, p6Lrie de peliles pas.ion factices,
que Chateaubriand, toujour imprévC\pnl, de petite: 1•anilés mondaine , ce qui donne
était réduit à vendre celle petite terre au nom autanl de fiÎlne qu'une grande ambition,
i joliment pittoresque, lme Récamier for- peul-on en , lrité de\"enir propre à la olitud
mail le projet de l'acheter, toujour de moi- el au recueillement, ftH-ce à l'Ahbaye-auxLi I avec Mathieu. Celui-ci, en l' · mc:J.tant ou
Boi 2
clef, aurait trom·é un moyen de calmer pour
Mme Il&amp;:amier ne se propo ail nullement
un temp sa jalousie, mai Julieuc dut renon- d'y ,·ine cloitré ni •n ermit , mai à ln
crr à lui donner celte sati faction : M. R 1ca- façon de Mme de Monte pan quand elle s~
mier ubit une nouvelle faillite el ccnl mille retira ~1 aint-Jo eph, où tonte la cour l'allait
francs de la fortune de a femme y furent voir. On a dit que ce «Jill la priva le plus cc
.englouti •
fut de renoncer à e chevaux, car celle fois
Renonçant aussitôt à tout train de maison, le sacrifice îut définitif. Mais elle en souffrit
elle mil en vente l'hôtel qu'elle llYait acheté moins ccu'on ne 'est pin à le dire : une Fois
depuis si peu de Lemp et, ne voulant ni dan on canooicaL de l'Abbaye, elle sortit
s'nbais er aux. soin domestique et aux mes- beaucoup moins que p:u· le pas é, et le
quineries d'un chétif ménage, ni renoncer à fiacre n'étaient-ils pas là·?
,•oir ses amis, elle se résolut à prendre un
' on appartemenl était fort impie'. Chaappartement à l'Abbaye-aux-Bois. Elle eut teaubriand n'a pas manqué de le décrire :
l'idée de s'1• retirer, nous apprend !fine Le- « ... Un corridor noir, dit-il, séparait deux
normant, p~rce que la mal'quise de Montmi- pelitc pièces. Je prélcndais que ce veslibul ·
rail, belle-mère du duc de Doudeauville, 1' ét.ait éclairé d'un jour doux. La chambre à
habitait un appariement. ul doute que la coucher était omée d'une bibliothèque, d'unl'
p nsée de voir les fontmorency s'arrêler un harpe, d'un piano, du portrait de Mme de
inslant cl1cz elle, q:uand il iraient voir leur
taël el d'une vue de Coppet au clair de lune;
parente, n'ait pesé un peu sur sa détcrminaur le Ienètre étaient des pot de fleurs.
ûon : elle tenait tant 1i ces amilié d haut Quand, tout eg oufllé aprè avoir grimp;
parage!
trni étag s, j'entrai dans la cellule aux
, 'aller enfermer dan une sorte de. cou\'cnt, approches du soir, j'étai ravi : la plonoée
le sacrifitll éla.it !!'rand : n'y aurait-elle pa à de· [enèlres était snr le jardin de l'AbbaJe
redouter le plus grand ennemi des femm
dan · la corbeille ,·erdopnte duquel tour11ui onl élé adul, dans le monde, qui · ont noyaient de reli!!ieu es et couraient de, penl,a"ardé leur Yie, se ont faiL une habitude de sionnaire . La cime d'un acacia arril"ait à la

hauteur de l'œil. Des clocher . pointus coupaient le ciel, el l'on apercevait à l'horizon
le collines de èvres. Le oleil mourant
dorait le tableau et entrait par les fenêtres
ou\'erles.... Quelque oiseaux e venaienl
coucher dao le jalon ie rele\'ées de la
fenêtre : je rejoignai au loin le silence et la
solitude, par-dessus le tumulte et le bruit
d'une grande cité. J&gt;
Voilà un tableau de p0ète et d'amoureux.
Chateaubriand avait l'àme Lrop haute pour
abandonner cclle que la fortune wuait de
maltraiter et qui étaiL réduite à e retirer
dans ce modeste apparlement de couYent. 11
la sui,,it à l' bbaye-aux-Boi.. M. de Montmorency avail trop ù'éducalion pour faire
aulremeol; en continuant se a iduité · auprè d'elle, ce f rvent chrélien avait au ~i
une arriè.re-pen ée : celle que le séjour d'une
abbaye, la proximité de la chapelle, la vue
des nonnes, le son de la cloche les appelaol
aux. exercice pielll'., que tout cet en emblc
d'impressions douces aurait une intluence
déterminante ur l'àme mondaine au alul de
laquelle il prenait un i vif intérêt de cœur,
et l'aiguillerait définitivement vers les pensée religieuses.
M. Ballanche, lui, faisait en quelque orte
partie du mobilier de Mme Récamier : factotum de a maison, il se chargeait de . e~
commissions, écrivaiL ses lettres, ouvrait 1.,
porte lorsque les domestiques n'étaient pn.
là .... Emploi de confiance dans lequel il
était souvent uppléé par le marquis de Ca tellan. 11 ne pouvail donc continuer à hnùiter
rue Laffitte quand a a sainte patronne D
ém.iorait sur la rive gauche . .Au i vint-il
dès qn'il le put 'in, tallerruede Sèvres, n° 21,
presque en fac de l'Abbaye-aux-Boi ·. , on
amour pour Mme Récamier était un vraie
1'oli6, mai une folie douce. Un pouvait dire
quatre mots an parler d'elle, et sn comersaLiou débutait toujours par les litanie de
l'adorée. Dans sa chambre, il y aTait dix ou
douze portrait d'elle : on en vo ait contre
les mur·, ur les tables, sur les chaises, parLoul .... Et il ne quittait se cher portrait
que pour aller continuer avec le cher modèle
h.conver alion qu'il avnit avec eux 1 • 11 e
retrouva vile dans es habitudes et dans on
, ieux fauteuil sans pre que se douter du changemeoL de fortune de celle qu'il avait pour
µre que unique occupation d'adorer bouche
bée. li fallait le voir chaque malin, a,·anL ce
déménagement, « loul de noir habiUé el cra•
raté de blanc &gt;J sortir de son logement de la
rue Laffitte, aller à pied chez Tortoni eL y
déjeuner d·une Ln e de thti dan laquelle il
lrempaiL gravement , ruminant _a Palingitnésie, des rôûe beurrées de fromaae do
Brie. Après son déjeuner, il grimpait ur un
omnibu qui le condui ail rue de èvre', à
!'Abbaye-aux-Bois. li y pii sait la journoo.
bateaubriand arrivait : Mme Récamier
mellait alor en devoir d. a officier o l,

rroide, glat:iole mêm.e. D'ailleurs . eUe ne poul'4Îl pas
i:lre autremenl. n. Jour, Lamarl1me voulul condwre
l\I ichelel a l' Abbaye-aux-Dois, mais Michel el ne se
l,issa pas faire : cette alrnosphi•re fau ,r, dénuée de

s impücitë naturelle el Ioule de con,·entiou, lui répugnul. D'aJ)rtis ce que m·u dit sa veuve, il ne croyait
J1'l'l I!. la légend e immaculée d'un e ver lu nhsolue dwz
la , sainte» de !'Abbaye-aux- Bois.

1. Voir da11s le ·1•• rasc:icule rl 'Riston~ , page 48,
lr. Salon de lll,m lléramier

n l.4bbaye-au.r-8oia.

~- C'est encore à lime . licl,elel que je dois eea
d,·lails. lfüe me di a.il que Jme Recamir r élail tr(•s

�111ST0'/{1.Jf

-----------------------------------------~

), ondée de tleux acolylei ' nnnani·be 'fllÎ
n'était plus jaloux el le ,·icomle d'Arlincourl
le plu souvent, elle récitait ses litanies,
appuyées de force coups d'encensoir, à l'auteur du Génie du c11ristiani me. Celui-d e
lai sait faire. Étendu !-Dr un cnoapé, il continuait à &lt;1 bâiller » a vie el acceptait ce.
hommages sao plus s'étonn&lt;'.r de se le roir
rendre que tle le accueillir dan celle a!litudP et ce dt!tachemenL de tout.
la uile de Chal,:-aubriand, de Malhieu tic
Montmorency, le anciens familiers de Mme llécamier emboîtèrent I pa el allè1·enl à l' Ahbaye-aux-Ilois, les uns par intérêl, le autr
par curiosité ou imple bon Lon, Je troupeau
moutonnier des gens du monde pour faire
comme tout le monde. 011 mil même une
orle d'émulation à se sourenir d'elle, on e
fit u.o point d'honneur de l'aller voir. Mme Récamier savait qu'on l:i pl:iigoail beaucoup d,
sa ruine, qu'on admirait sa grandeur d'âme,
~on courage, son bôroümc, son ahuérration ....
Il n'était pa de terme a cz tlilhyrambiqLLBS pour célébrer celte cho e, cependant si
imple quand on rie peul pa [aire aulremenl,
de reslr iudre on état de mai on. La beU
recluse savait tout cela 1. El, ra rie de voir
que on salon ne dé emplissajL pas, que la
mode s'ét.aiL établie eL demeurait de lui aller
faire vi ile à l'Abbaye, elle prenait, avec plu
d'eocbanlcmrnl encore rio de philo ophie
ré ignée son altitude définiti e devant se
contemporains et devant la postérité.
li avait alors à Pari d'autre alons présidé par de femmes el où l'on , 'otcupait à
peu près exclusÎ\'llment de littéralul'c : celui
de fme ophic Gay, où la maitre. c Je maison commença il à ~Ire jalou e de ucC.:: tle
a fille. 1a racieu c el blonde Delphine qui
a,,ail plu &lt;l'e, prit qu'elle, qui écrivait mieux
qu'elle, maniait les rimes au i habilement
que la prosP, tout cela mieux qu'elle. et qui
poussait l'esp1•il de concurrence, hieo inrnlont:-iircmenl, la pam-re! ju t1u'à 1hre phr
jeune 11ue a mère 1- celui de ~lme Au.-rer,
femme de l'académicien, où le mordant el lr
satirique, doublé de l'e priL le plu fin,
étaient un attrait de haute sal'eur; celui de
la coroles e de Lacretelle, où l'on parlait urlout du pas é el 011 l'on conservait la vénéraLion de Mme de laë1; celui de la comtesse
Barague -d'llilliers, où l'on renco11Lrai1 quelque militaire leJLré .... Dans ces salons,
doat la polilique était à pen prè barulie, on
di culait les lin·es nouveaux el le pièce
nou\elles, on di ait des ver , on li 3it de.
tragédie: qui ne devaient jamai paraitre ni
chez le libraire ni sur 1a scène ; on en
jouait au i. On abol'&lt;laiL même la n-raYe hi loirc, el plus d'une Coi on y fil la lecture de
fragm enls historiques, qu'on appelle aujourd'hui ~ éludes l&gt;, et qu'on imprimait alor
pêle-mtle a,ec d'autre élucubration ou Ir
nom de &lt;&lt; mélanges », - quand on le impriprimàit; mais c'était surtuul le genre cc portrait » qui plaisait, et tout homme de salon
1. DE B4Jl.l.NTE, Soi.venir,, t. n, p. :i94. - « Je

vai.s aus!i, q_uaodje puis, à !'Abbaye, voir cette pauvre
Mme Rècam1er qui a ~ieo de l'ennui, du --·ide el du
malheur de po ilion. Elle supporte tout cela u·ec

:i.rail en porlcfeuille Jem: ou Lroi;; &lt;C porLrails » qu'il était toujours prèl à lire, Chez
Mme l\écamicr aussi on fa,isaiL des lectures,
on di ·ait des çers, mais tont était subordonné
aux dispo ilions de r. de Chateaubriand qui,
capricieux comme IIM fommr, r~gnail là en
despote.
Chaque malin, il envoyait de bonne heure
un billet à Jufülle. Après déjeuner, &lt;c gu Lré,
J1nement astiqué. serré de taille, le jonc à la
main, la tête au vent et la main d.1ns I gilet 1),
- Philar'•te Chast , qui fait ce porlrail,
oublie la ro e à la bouLonniere, car elle y
fLail toujours, -ChaLeau briand, exact comme
une horloge, arrivait à l' bbaye à trois
heure . li venait y prenùrc la do c d'adoration
qui était indi~pen ahle à la anté de a l,rillante fa tuilé: c'étai l mainl&lt;'nnr\L une hal,irudc,
eL celle rnrle de .ieste lui réu ~issait.
Ime Récamier l'allendait a\·ec une impatience d vanité qui lui tai. oit croirü rrue son
cœur était inlére sé à la. chose; elle paraisait remplie de celle joie &lt;lont parle le
Cantique et que ressent l'rpou e, - mais
celle elon la bonne îormul", - lor qu'elle
entend ln voil de l'époux. Elle ne ménageait
point l'encen à on illu Ire ami. Lor 11ue
celui-ci en a\·ail son content, c'est-à-dire au
bout d'une d'heure, il prenait sa canne et ~nn
1·bape:m cl allait suivre même lraitemenl tbPZ
~Ime de Tlûigne donl L'e pril eau tique l'amusait et le cbange.'\Ît de cho.e CJm•eoues du
. al(lu de l'Abbaye, et aus i de celui de la
doches e de Dura dont le ton un peu larmo1aot commençait à l'exeéder.
Chez Mme Récamier, Chateaubriand n'avait
qu'une habitude, pa~ autre cho c; l'affüction
ne se "reO'a que plu tard eulemenl sur celle
habitude. Et l'haLituJe ne 'était greffée ellemème q-uc sur un caprice dont la ati faction.
· ajournée toujours, avait été remise définiLivement aux calendes. li avait bien essal'é
une fois, peul-être plu ieur-s, d'en appeler et
dl! de· ccndre des bau leur éthérées où prétentlai t planer la belle Julil'lle, dans le terre
à t rrc plus poétique de r(&lt;a]i Lés pbisique .
lai il n'a\"ail pas trop in islé. L:n peu emblahle au héros du l'Oman de Mme de Dura ,
Olivier, on a surail que CbateauLriand étail
&lt;&lt; peu capable de tirer parti d&lt;'
îaible es
de femmes'», qu'il élail un&lt;&lt; amoureux au
danger pom la verlu 5 ». LacourlOi-ic œpen&lt;lanl lu.i faisait un de"oir de paraitre a llaclicr
tin grand prix à de faveurs dont il eùt peulêtre été foi·l embarrassé de proG Ler si elles
lui avaienl Hu accordées. Mrue Hécamier ltii
répondit ~an Joule ce qu'écri1•aiL fme du
Dotfand à Horace Walpole : « AL. mon ami,
je vois qne tous les hommes sonl fous el que
l:l'ltti qu'on croit le plu sage a on coin
comme les nutrcs », ce qui ne pouvait que
natter on illustre oupiranL. Eli!.! eut probaJ.ilemenL quelque embarra , et il est difficile
de savuir comment elle se tira de l'arcnlure,
- lui aussi da reste. li esl infiniment probable qu'il n·eul pas plus de succès que es
11Qble se et simplicité, mllis elle le sait bien. ,
~- Duc 01: R•ausE, llUmoire,, t. Vif, p. '.!OS. cr. JOlll"IIOL de Cupiflitr-Fl8w·y. l. 1. JI, 3. P111uRÈT&amp; Cu,,,1.E , ,llé11wfrl!, l. J, p. 182.

ùew.111ciers, niai Mme I\éc:unier eut pour lui
tout cll dont elle était susceptible de passion,
- ce qui é1ait peu de cho e; ello-mème a
a\·oué qu'il lui causait &lt;, un trouble II qu'on
peut, sans trop de 1éméri1~, qualifier de tendance à l'amour, mais tout se bornait à cela.
On se rappelle le déf:rul d'organisation phl'·
ique de Juliette : Gbateauhriaod duL, comme
les aulre, , s'arrêter devant lïorranchissal,Je
barrière qui dé[endaiL la rcrtu d la belle, el
bien osé serait celui qui aîfirmeraiL quelque
chose sur ce poiuL. Ceux qui pouvaient hl
savoir n'ont rien dit el lt•s autres n'ont pu
que se livrer à des conjectures. Mais étant
donné le dl:faul phy ique de l'un el la faiLle e de l'autre, on e rappelle avec un sourire involontaire le quatrain un peu cavalil'r
emoyé par ll. de ainlc--Aulairc , la duches c
du ~laine qui l'engageait à aller à ronfcsse :
~la llergérc, j-'ai henu clierchrr,
Je n'ai rien ur la l'-Onsciencc.
De gr~ee, fnill!5-moi pêcher :
Après je ferai pénitence.

On c rappeUe surlo11t avec quelle gaillardise la priuccssc lui répondit:
Si je cedai 1s Lon insLm~e,

On te verrait hil'n empêché,
~lais plu encor do pèchè
(.lue de la ~nilcnce.

~lalgré ses air de jeune mousquetaire, son
allure conquérante et sa Oeur à sa lloutonnière, Chateaubriand s'ennupil : par goût
peut-être un peu, par po e urtout. ·a+il
pas dit qu'il a « t.àill: &gt;) ·1 vie? li la bàillait
dans le salon de fme Récamier tout comme
ailleurs el celle-ci était suurnnt liien embarra ée pour distraire la .&lt;,mbre humeur de
René. Ca r il n'.Hait pas toujour des plus
Lrailable , le noLlegenlilbomme hreloa. « ous
l'avons , u dans ses jour d'atl rersité l'l de
décadence, a écrit IP. duc Viclor de Droglie,
ro~ue el Mdaibrneux, étalant avec complaisance une per onnaliténaïl'ejusqu'auc •nisme,
une ,·anité envieuse, amère el morose .... 11
Le duc de Broglie interprète bien sév' re.ment
une humeur qui était due urtouL à dt' embarras d'argenr. lais quand ces accès de
mélancolie prenaienl Chateaubriand, Ume n&lt;.
carnier faisait venir chez elle, pour l'ai,Jer à
di traire le gtand eonup5, une jeune fille qui
babilail an c sa mère l'ALbaye-aux-Bois.
C'ètait une .Anglaise, fille naturelle do roi
Gi!orgcs IV, mi llary Clarke. A la fuis bide
et jolie comme la plupart de œs filles qui out
l'air garçon, die était pourt.wt agréable de
,,isage; c'était /1 se demander comment elle
avait pu e lier intimement avec 111. Fauriel,
qui l'~roit si pe11; mais die avait un tel goûL
pour les l1on1mes de scit'nce ou d'esprit qu'on
\ 11pliquait bientôt celui-là. JI y avait en
elle! de l"écureuil pour la gentilles e sautillante, du jeune chat pour l'amu ante gaieté,
du pinson pour fo babil. « La présence de
M.,ry, a écrit son historien, tilait l',111Lidvle
de l'ennui. Elle déridait toul li, mo_ndn; elle
déplai,ait ou cxaspér.iit r1uelquefois, mais
elle n.'ennuyait jamais'! » On prose d,i ~oel
,. K. O'~t.lI!A, U11 salw1 à Pari, : atme Mohl et
ae, i11ii111e8 p. 21.

M .Jt'D.JIMë
secmir- cl le fol arme Récamier pour ch:isscr qui sr ratt..1cha.il ù'aulanl plu. Jt~e plréles papillon noir de son ami. Elle accomplit ment l1 LaLeanbriand qu'elle se sentait néce tour de force, dü encore ~r. O'lléara, avec .,.Jig1e chaque jour davan1a""·
un tel succès, qu'elle devint dl&gt;.s lors la ta\'oToute recluse qu'elle e disnit, Mme Rérite de la maîtresse de 1a maison et fat défi- camier allait que-l11ueîois en soirée et surtout
nitivement adoptée dans ce cercle brillant. au théàtre. Comme elle avait remine pdAprès œ premier triompbe, l'arrivée de mi s
Clarke était attendue h !'Abbaye avec une
impatience plus ou moins grande, suivant le
degr~ d'ennui visible de &amp;!. de Chateaullriand. Lorsque celui-ci caressait le chat de
[me R~camier, tous les yeu:t se tournaient
vers la porte; mais quand c'était la crise, il
jouait avec le cordon de la sonnelle, l'anxiété
devenait angois e, e L l'entrée de la « jeune
Anglaise 11 éLait saluéep:ir on« ab! 1&gt; dt! dtill•nte générale 1 ».
Ce sen li ment s'expl iqae facilement. L' étudié,
!'apprêté, le ton un peu «cérémonie o qui peait sur les e prits dans ce salon où tout paraissait réglé d'avance el prévu, parai)' ail
l'imagination de chacun, aboli sait toute
tendance à l'originalilé el créait une atmosphère tactke : aussi la moindre espièglerie
échappée à la naturelle et prime autime enfant
y faisait-elle un effet magique. Et c'est ce
qui plaisait à Chateaubriand énervé par tout
ce « fardé i&gt;.
Pour en revenir aux relations premières
de Mme Récamier et de Chateaubriand, il es1
PIERRE· tllON BALLANCIIE.
certain que celui-ci lui donna des sujets de
jalon ie, ou que, .an lui en donner, elle en D'apr~sun, dessin a110,iymt d11 C&lt;iN-ntl des Estw,pes.
trouva dans les cane.in de ses nobles a.mis,
ou s'en forgea elle-même. Uuand Chateau- tentions littéraire de salon, c'e Lla Comédicbriand élait ambassadeur à Londres, sur de · ~'rançai e qui avait ses préférences. Elle ne
propos qu'on lui Lint, ~fmeRécamier le bouda. voulut pas laisser passer le. dernières repréli lui oorivilspirituellemenl, le i2 juillet t 822:
sentations d.- Talma san aller applaudir le
1( Allon ! j'aime mieux savoir \'Oire folie que
grand tra~Lldien qu'elle avait souvent reçu
de lire des billets m1stérieux et fâchés. Je chez elle. rn a tre nouveau e levait, qu'on
devine ou je crois deviner maintenant. C'esL annonçait devoir éclipser l'éclat des tragéappArcmment l'i.Lie femme dont I amie de 1a diennes le, plus célèbres : c'était (\ache!.
reine de SuMe vous avait parlé? &amp;laL, dites- Mme Récamier, qui était allée al'ec son ca"amoi, ai•je un. moyen d'empêcher Vernel, lier ordinaire Ballanche pns er une soin~
Mlle Lewrt qui m'écrit des déclarations, el chez Mme Aocelot, l'y rencontra, La jeune
trenle arri les, îemme et hommes, de venir actrice n'était point au fait de la iLuation
en Angleterre pour eherclier à gagner de unique de cette femme en robe blanche, au
l'argent? EL si j'al'ais ôté coupable, crol"e.zourire froid et un peu triste. fme Ancelot
vou que de telles fanlai ies vous fL ent la la prit à parl et lui expliqua Mme Récamier,
moindre injure et vous ôtassent rien de ce dont elle n'avait jamais entendu le nom.
que je ,·ous ai à jamais donné? On vous a . Ille Rachel se montra, de ce moment, au ·j
fait mille men onges; je reconnais là mes respeclueuse et attentionnée que possible
bons amis'; au reste, lranq uillisez-YOLIS : fo pour elle. Le résultat fut une invitation à
dame part el ne reviendra jama.is en A.ngle- l'Abbaye-a1U-Bois. La jeune arthte ne de
~~rre. Mais peul-être allez-vous \"Ouloir que mandnil pas mieux que de e faire entendre
J y reste à eau c de cela'/ ... o
de la « peli te église ». Elle enchanta tout le
Si Mme Récamier était jalouse de Cha- monde par ses ai1-s de cha letu cl de puret~
teaubriand, d'a~Lre femmes ~laient jalouses mystique qui pou11 aienl ri1•aliser avec ceux de
de Mme Hécanner, et le nohle Breton, r1ui se &lt;&lt; l'ange n de I' Abbaye, eL recueillit les plus
savait desser\'i à Pari par Mathieu de Mont- flatleurs applaudis em nLS pour la façon mermorency et on con in Adrien, duc de Laval, veilleu e donl elle dit quelques scènes de
lui écrivait : « Je 1·ous en prie, oyez un peu Racine et de Corneille. Elle achevait ces ver
discrète avec drien : rous n'avez pa. J'idée do rôle de Pauline, dan Polyeucle :
des lettre que m'écrit Mme de Duras. »C'est
Mon jeune épo111 mourant m'a laissê ses lu.rnieres :
qu"Adrieo, en fa.i anL des ~ncans ur Cha- Sou sang, dont les bourream viennentde111e convrir,
lea~hriand ~up,ès de Uwe llécamier, pour M"a rlessilltl les yeui el me les vient d'ouTrir;
exciter sa Jalousie, allaiL ensuite en fairo Je ois, je sais, je crois 1...
d'autres auprès de la duche!lse Je Duras, lorsque le valet de pied annonce l'arché"êque
1. IC o:~u,uu., U-r, 1alo11 cl Parii , p. 13.
2. !Jalhseu d.i Monlmoroncy 11rincipalemenl, tlool

Cl1ateaubriand avait 1·i1c percé à jour la jalousie el leii
msnèges, et qui lui g:ard:ail uni'. dcal )lOUr ll'oÎr pria
... 1 97

-

~tCAJJffER, - - ,

de .... La situation ét:iiL àiflicilc. Mme Récamier a\"ait qu'tm gracieux embarras sur le
visage la tirait facilement d'affaire dans les
cas graves. (&lt; ~fonseigneur, dit-elle en rougissant t.imidemenl comme une pensionnaire,
- c"étail a tactique habituelle, - je ,·ous
pré.ente bnle Rachel qui a bien voulu non
dire une scène de Polyeucle. »
Le prélat aussitôt de la prier de recommencer. Elle le fit avec beaucoup de bonne
grâce, mais ne voulut pa. répéter la scène de
Pauline. Dire devant lni : « Je \'ois, je ais,
je crois! » eût élé dans sa bouche, à elle
i raélile, une . orle de mensonge. Elle eut la
délicatesse de lui substituer une scène d'Esther. Tout le monde fut enchanté d'elle, cl
~[me Récamier urtout du succès de sa
matinée.

Le 1er janvier de l'année 1820, M. AmI&gt;ère, Lyonnais comme Ballanche, son vieil ami
au si, présenta son fils Jean-Jacques à Mme
Récamier.
C'était bien lé plus sympathique jeun!!
homme qu'on pùl voir. Il avait alors vingt el
un ans, la figure un peu poupine el encore
imberbe, un cœur de poète, une à.me d'enfant : les plu heureuses faculté , en omme,
pour jouir &lt;le la vie, el qui ne serl'ent guère,
à ceux qui onl le malheur de les avoir, qu'à
les faire oulJrir. 'on enfance, un peu à
l'abandon, n'avait pas été dirigh_,, A peine
sorti dd berceau, il a,•ait perdu sa mère, une
mère qui, chose rare in6oimem, aurait élé
capable de Je comprend,·e, de l'apprécier ~t
de lui donner une direction à ·on entrée daos
la vie. on pèrè, homme de gJnfa. savant de
premier ordre mais nait de premier ordre
au si, élait comme un enfauL pour toutes les
choses de la vie et échouait là où le premier
imbécile venu se fùL tiré brillamment d'afi'aire.
Jncapahle de donner quel4ues conseils de vie
pratique à Jean-Jacques, il le laissa pousser
à la diable, au petit bonheur .... En dépit du
collège, il pou sa bien ; en dépit de ses professeurs, il priL gofll à l'étude el an travail.
U y a de ces heureuses natures qui résistent
à loul. Mais, ÎJ.nlaisi te et original, répuenanl
à. la discipline bête des collège , il ne &amp;isaiL
rie? avec su~te .. Son père, toul savant qu'il
éta..1l, ne savait r1en de cho es de la jeunesse:
grand observateur de celles de la nature, il
n'avait jamais songé à l'être de son fil , à
développer à leur suprême perfection ses
heureu es di positions, à lui apprendre enfin
la science de la vie, san laquclle on ne peut
èLre que dupe el malheureux, et l'art de la
vie, sans lequel on ne peut goûter Je bonheur
que celte Yie Lient en ré erve pour les âmes
d'élite et qui ne ont en général cueillis que
par les sots.
J.-J. Ampère a\"ait donc à la foi de l'imagination, de l'originalité, beaucoup d'e prit
une tendance à )a rêverie, le goût des pro~
menades champêtres, par con équeot des
dispositions très affectives. Les eOèrvescences
de la viogtièmeanné.e firent croire u.n instant
la première plar:e chez Ume llécamier cl l'avoir lui
rcléguê à La seconde.
'
'
•

�1f1STO]t1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _.
qu'il était né poète. Il rul le premier à reconnaitre qu'on e trompait el, tout en 'amuanl parfoi , comme on père qui 'en ûraît
mieux que lui, à « faire se becqueter des
rimes au bout des li!!lle l1, il 'apercevait de
lacunes de on in truction, les réparn.il avec
ardeur et devenait rapidement un des homme
le plu érudit de on Lemp .
Cela ne l'empêchait pas d'en füc un Jcs
plus aimables. impie, comme tout tre upéricur, naturel, habitué au monde par sa
»ronde intimité avec la fBmille de Jussieu, il
n'é1ail pa trop gêné par le boulot de la timidité qui relient I' • sor de tant de jeunt'. iren
upéri ur que des lacunes d'éducation lais. ent dnns une dé olanle infériorité. Le contemporains nous l'ont montré tel qu'il êta.il
dans I salon et dans les rapports mood:iin ,
très vif, toujour · empre sé à rendr cnicc,
extr5mrmenL aimahl avec chacun, plein de
aillie originale , ans jam:üs fa moindre
méchnncclé, et revêt ont de formes pittoresque
et colort!es un bon sens toujour éveillé el
pétulant. Il airuail le monde cl y allait. Malgr 1
un certain débrai\11: dan la mise, - d11
moin à se opinions républicaine qu'à a
n~glig nce des détail , qu'il ne poussait cependant pas aussi Join qlle son père, - il y
plai ait, ma.Jgré es qualité cl on espril.
u .Je l'aime b aucoup, écrh•ail plus ta.rd la.
comte
de Boigne à (. Pa rtuier, et je le
r1.,~j toujour. :rve lo plu grand ploisï-r; il
o de soulier· croLLés, mai c· L un causeur
charmant et dooL l'e. prit t plein de variété. )l
!me llécamier no pul guère s'apcrce"oir
&lt;le m&lt;1rite de ce jeune homme le jour qu'on
le ltü pré enta. Le paU\TC ,;irçon en •net ful
• i :i.Joui de l'éclataulc beau lé de celte remme
J.ont il avait 110c la réputotion était unhwell •, il en fut si fortement imprt'~ ionné,
&lt;[a.Ïl n demeura sans ,·oix. A,·cc sa. liicu,..eilLancc habituello pour tout nouve.a.u venu,
Oatt.t'.'f! en outre de l'dfel si \'isibl qu'elit•
proJuisait ur le. jeune homme, Mme Jlfolmicr lui aJre sa quelqnes paroi gracieu. cs
dont le r :aultat fut de l'embarra ser dnYanla0e. Il c remit enfin tant bien qnc&gt; mal,
reprit un peu de an,.-îroid el répondit am.
bienveillantes que tion de l'enchanteres C'.
Pour ache er d ·e donner une contenance, il
pous même la hardie se jusqu'à prendre
ur un uéridon uo couteau de ma.rbr rouge,
bibelot arLisLi11ue de travail italien el de grand
prix, et il le lo11rmenta de e doigts comme
pour échapper à l ero barras qui le tounnentait lui-même. Tout à coup le marbre .c
l.iri a net. Le pau rc Jean-Jacques, regardant

avec dé espoir le morceau qu'il avait dans
chaque main, aurait donné tout au monde
pour que le ol ·'eotr'ouvrit cl l'engloutit,
lui, son embarras et ce couteau de malheur;
mais la nature oc chan«e pa.sl'ordre immuable
de ses loi pour fa.ire plai ir à un timide ou à
un amoureux. 'e L bi n dommar.re, car la
calA trophe qui \'eoait d'arriver parai ail au
Jeu.ne AmpijrC pire tJU 'un nouveau déluge
univer el. Mme llécamicr le calrua d'an sourire aimable .fit di paraitre ous un cou. sin
les débris du précieux couteau cl continua la
con\'ersation aussi paisiblement que 'il ne
s'était rien pa.sé. De fait, i impie cependa.nl, le jeune homme lui ,·ou:i une reconnaissance qui no e. démentit jamais, et il ne
e fit pa prier pour reTenir dan. le sa.Ion de
cette femme qu'il trou\·:til an , i honnc que
belle.
J.-J. Ampère. n'amit p eu d'ange gardien
dans son enfanCé, sa mère étant morte de
très bonne heure. Il en lrom·a un à l'Abbayeau1-Boi . li crut même un inslanl y avoir
trouvé mieux que cela. C'est ainlc-Deu\'e,
grand npprécialeur Je celle nalnro fine cl
origin:tle, qui nou raconte le pelil épi od
que voici, charmant da oah·eté et de gràcc
jurenile. 1 Dan l'élé ou l'automne qui uh·it
celle. présentation dit-il, et qu Mme llécamier pas a à la Vallée-aux-Loups, mpère y
pn. n. également quelque
main en compagnie de on ami de Jus ien, qui y avait un
pied-à-1.Crre. Pendant ce temps d'in·
et de
bonheur, son imagination . e lina à tous le
charmes d'une compagnie d1:Jicate el cboi ir,
qu'un soleil couchant de diüna beau lé cmb ·1lis·ait encor•'/ Ampère ro\'int à P.1ri une
quinzaine em•iron avant Mme l\écamier. Il~ ·
1111'il la ut dt! rclour. et la premirrc l'ui
11u'il !ni refit vi-ilr ~ L\Lha l'-aux-Boi., il la
Lrourn cule. !We Juî pilrla. avec sa gràce 01·t.linaire de· charmante journée , des course el
promenades à Lrnver le vallon, des gais entrL'Licn où la comers.1tion animée du jeune
homme arait mi un aUrail de plu . Pui~
toucbanl avec on art délié la CTbre du cœur,
die indiqua légèrement qu'il y o.vail u lieu
peul-être à des senliments émus; 11ue du
moins elle aurait pu craindre, ,i cela 'éLail
prolongé, un corruncnc menl de romn11 pour
un cœur poéli'lue, car a nièce, alors toute
jeune, était près d'elle. Ampère à ce mot n'y
Lint pas, et tout d'un coup éc1atanl aveu
lrouble et avec ann-lot : « Ab! ce n' t p.
pour elle », 'écria-t-il; el il tomba à genou.,:.
Sa dé laraûon était faite. l'aveu lui avait
lchappé : il avait proflré san le vouloir la

parole sacrée sur laquelle il ne revint pa ....
C'en était fait désormai du de! tin de toute t-a
Yie. !me R&amp;:nmier n'eut plu 11u'à eonlinue1·
de le chitrmer cl à 1 ~lmer peu à peu s:ins
jamai le guérir. »
C'était Iorl bien d'essayer de calmer ce l,on
jeune homme, à qui elle avait fait perdre
l'e prit: car elle dP,·nit reconnaîlr , en \'oy:rnl
l'effet qu'elle a ·ail produit ur lui, là juste , e
de la pensée du poète :
l'11 peu~re amant Jit c qu'il pi!11se
Snns lrup penser 1t en qu'il lliL.
LQ désorctrr ,i 1 !On tlloqumce;
Qu nd le cu•ur Jlllrle, ~di u l'e'l)ril,

lai il aurail fallu commencer par ne pas
rendre cc cœur malade, je veux din· amonrelll. Comme pour Lucien Bonaparte, comme
pour Ballanche, comme pour Benjamin Contant, comme pour Chateaubriand, oommc
pour Lous le autres, Mme Récamior ne s'étaitelle pas amus le, malgré .e qnarante-troi!
an bien sonnés, 11 essa1·er l'effet de
petite
mines, soulign:mt des rou,.,eurs pudique. et
effarouchée , ur la timidité du jeune ad le-cent'! On sait ,r1ùucune femtue n'e. t plu·
ensorcelante, pour l'idéal encore rngue d'une
jeunes e rê,·eu. e, que fa femme Je Lrcol
an ; el, à quarante-trois au , flue Récami&lt;'r
n'en portait pas plus ùe trent •. Jugez un pl'U
de l'incendie allumé par l ' yeux. dort) de
11 la belle ùc belle D qui foi oil les arnnce ,
el de 11uclle façon I à relui r1ui n'aurait pa
encore o é en faire /1 la, la ide d1• laide . Car.
on anra beau dire, jamais ua pclit juw1e
homme de \'ingl nns, comme l'~lait le fils de
)1. Aru père, n·aurait eu l'audace de tombc.r
aux pied dr ~!me n1c.1mier :'il 11· m•ait été
fortement en ·our:i.,é. Les &amp;mes tri-s tcndr~·,
comme la ie1me, ont bc-oin qu'on lt·ur fonet11~
le sang cl qu'on lt·~ (-peronn«&gt; pour ll'ur fairP
rranchir le fus ·é de l.t tiiniùité, le •1 ouffru
d'UJJe premièr déclaration. A plu forte r:lion quand il 'agit d'un/' femme dont ln réputation était uropé nn 1•t b h auté tr'.· impo•
ante. « Qui donc, a dit .'Lendh:tl, 'avi 1•
de dcyenir amoureux d'une reii1e, à moins
qu'elle ne ra se I nvancc '! 11 • 3n, être
rdne, tme ll~camieren faî ailt1 loul homme,
beau ou la.id, jeune ou vieux, afin d·éleud r •
cl d'a seoir de plus eu plus .3 répulation de
fomme aimable. Jean-Jacques Ampère avai1
été. frappé au COltir par me Récamier
comme Jean-Jacques Hous eau l'avait él~ par
Mmo d'lioudetol, qui, par parenthèse, était
loin d'être belle. Et, tout en larme il ,ltail
tombé a.u pied, &lt;le ln coquelle.

1A s11ivre.)

JOSEPH

TlfRQU.\, •.

PO~ Tl{J11TS F]{ANÇA1S

.,,..

Le chevalier de Saint-Just
Par ED.MONO PILON

~om.hrira le rennrd, à peine i 1,- boucb
des chornm: e déra.n,.eronl d'une ligne, . i la.
nrUelé de la cravate
froi .crn d'un pli.
Ju tpJ'. ln fin on bel baLiL bleu rc Lera boutoun; en Li \rem •nt, ans ·ouvrir j:imai - pour
l'amour ni pour la car . , el &lt;.;°c t à peine ·i
dans le tumulte des • s,cmblécs., la froide
!!l'àce Je on visage ':utimera un peu plus
&lt;Jli'à l'ordinaire. Les ourcil, pt'ul-ètre e
nppr ·heronL darnnLa:;r en ign · &lt;le l'impérieuse '"olonlé, en inar11uc Ùll comm::u1de111ent, mais, toujours, il gardera la ·ymétrie
de on co»Lume, le urire Je ~es lhws,
l'aménité Je es m:mi~re .
Ce portrait, le plu, hdèlc qu'on ail de lui,
resseml,I · un 1wu, par le J.es. iu comme par
ln couleur, à ceux que ,renie pcigniL 11•~ la

3

Dè. :,ion arrivée à Paris. le lils J11 cbeva.lier
ùo ai nl...J ru l s 'in ·t.o.lln rue de. ,aillons, à
l'hôtel d · État Unis. L.hôlc · e était une
fcmm Je !,elle' manPrcs d'nn esprit dislimmé et fin, connai sanl le' art· et e;o11tanl
le~ leur . En ·a mai. on logeait h veu ,e d'un
or11eier des garde du coq&gt; , . lme D porte·
Je Doullen . ferume charmant' et douce, d L
voué à l'ancien régime el peu a.vcm111lc au
noul'e..111 qui lui semblait alla.quer trop vivement le r pcct de la rcligiun el &lt;ln roi. C
ùam ", faites am coutume de Paris et fort
avanies en co1Hersation, s'inléres èrent à
c jeune homm • de bonne mine et d'esprit
aimahle qui avait déjà sacrifié oux ruu es el
f:iiL imprimer un petit p0t me plein
de m tbolo~c t'l de fadeurs amourcu e . 1.'bàles e co,wint même de
lracer .on porlr:1il. Et c'e l "rùce
à ce cadre, de i11é d'une main
pieuse par les ·oins d'une amie,
que nou l • relrouYon lei IJ11'il
c1 tail a, ingt-cinq ans, beau commt•
1111 dieu, avec riuel1ple cho e dans
la h1.J,rnll: de cette mélancolie malndir el charmante ()lt'il ten.iil d,
·n m're, Mme de aint-Ju L. Le
voici. m elîet, dans Loule la. graden e én!nllé de son IÎsa c 11n peu
l'l!minin, un p1m grêle, emblable
11 un Anliooüs rè\'Clll' el élégiaque.
L'en ernblc tic la 6guro ·t Lien
proportionné; I.e traits sont rénuliurs t fin ; ·ou l'arc de sourrils qui e rapprochent harmonieuement brillent de !,eaux ycu\
hleus &lt;l'nn regard profond et crutaleur; le nez délicat s'arrête aude .u du 11n dU\·et de~ lèvres non
loin d'une bouche~ molle et chnr11uc, d'une impéricu &amp; en un.liti!,
l.e fronl esl part.a!!é par la li!mc
des ch.cH!UX. qu'il avait a~ondonts
1:L 11ui retombent, de chnque côté,
en se bouclant, avrc une gracieu. e
r cherche. Le meulon, d'un pur
1·1mtour, 'cncadr &lt;lan I hauLcollPl del'habit bleu dccicl 11uïl porlail
urdinaimnenl et dont lu tt.:mp ·
n'a pa. effacé les hou tons d'or ni le
SO)CU d largesrever.. ne cr:irntc
ul11nche qui retombe sur le devant en larges pli neigeu , achèYe de donner
à l'en.semble de la ph) iooomilj celte "r1lce
charmant' et ce maintien uprème qui reslcrnnL toujours 1~. marqu · dl! a persorme el
donl il ne lui armera jamai J~ ·e départir.
A peine ·i, plus lard, un peu ùc duret:

p i!!llil.. l'hôtesse de la rue des Gai1lon , et
~lme Dcsportc de floullens s'en montra i
r:nie ,p1'clle en rnulut le ca1lre Jan. se·
:ipparlt•m nts. Il c t rai que plu· tard elle
ùn scnit pour recouvrir le portrait Je
, larie--Tbérèse pour laquelle clic aYait u11
culte. Tontefoi., son nmitié pour ainl-Ju t
était granJ.e. On ne dit point ce qu'ell devint
p3r la i;uite. Cept•nJ:ml, il est c ·rlain qu'elfo
&lt;lui "Olller micu1 que personne le pdl&gt;me

d'Org111tl :
J,· , rnx holir une helle cliimèr · .
c,,ln m'omus,• el rcniplit mon loi ir ....

« C lie belle chimère n allait se hillir en
•ti'el; la destinée du charmnnt pro, i!IJ ial
n'allail pas larder à se des iner bientôt ,nec
le événemenu ; et, pendant deux:
an· ncor •, il e pr 'parera, dans
l'ombre. à la vivre dans toute son
ampl •ur. 11 e nourrira de lectures.
Cette jPunc tète pa sionnée et Têreuse dont Camille Desmoulin a
écrit 11u'il la port.ait sur se.s épaules
a..v~c le ,8$pecl d'un 'aint- a ·renwot . l'a e pencher sur le ou·mg de philosophie et 1'\ dur
traités de ci1isme. L'éducation ttu'il
ri&gt;çut à Soi.son chez tes raloriens,
celle qui le perfectionna à Reim
Ja1t l't!tuJe du droit, tout r.cfa,
l, arides leçons de maitr • , la
connai nec de science , l'étude
des clo~ iqucs, s'effaça peu à peu
devant la lc-clure de Pbton, d,
li nte quieu et de Jean-Jaci1u ..
nientOt il ~· joignit les di cour. d,,
lloh pierre. Le sl)lc de fa imilien conci., sobre, travaillé dans
le silence des m~dilations, Juj scm.
hlait le modèle du genre oratoire.
ainl-Justs'cn !!l'isail comme d'une
uoi on forte, fétudiaiL minutieuement, devinant à Lrave.rs la pauvreté d phra c , le vide des pt"riodes. l'éner!?ie indomptable, l'amLition démernrJc auxqueUe· il lui
emulail que -a vie étllit liée déormai . l•cu à peu la fiè,ire cinqu ,
le rcn1plit prcs~ue complètement,
Cliché A lilout&lt;t.
SI\INT·JII T.
pénétra tout on être de on ardeur.
Il 011,.,e.ai l J acrifices 11 la naTableau a1tOllF•""· ( l/11set Ct1n11aa~t.
tion. Et, quand il ,int, en 1 i90,
à Jo. tète de h d :pu la lion dr a
fin de sa vie. C'e L la mrme sua1ilé d • Irai
r mma.n pour a ister, ou Champ de !ars,
et de coloris, la m~ll\e recherche de grùee et à la fète de la Fédération, on esprit ne sr
Je rèverio dans la figure av c un peu de po édaiL plus, lirûlait déjà au-deda..n. de lni
1•elte Dl IJa.ncolie des jeune gens de la :;ucié1,: de toute
flamme intérieure. ne animation
n1cyclopéJiste qui avaient lu de trop bon11, «'Xlr:iordinaire a.gitait :i pensk de l'ar~eur
heure Émile 1•t le Con/ml .•ol'inl. Ainsi 1· du moment. Il lui lardait de e jeter dan la
... 299 ....

�H1STO'JflA - - - - - - - - - - - -mè.lée; el, bien qu'on ait écrit ur celle
époque de a vie plus d'une cbo e liccncieu~e, il est certain que son jeune cœur,
gonllé d'un immense désir d'action, battait
plu pour 1a liberté que pour une maitresse.
Le poèLe d'Orga11l, le fade jeune homme d
idylles néo-grecques et des églogues de flernardin, n'atLcndait que l'occa ion de se sii:rnaler. CNte occasion arriva bientôt. l.es
gens de BI 'rancourt apnt étr menacés de
\'Oir leurs marchés lran portés à Coucy, prii.'renl Sain L-Just d'in !en·cnir. Et aint-J us 1
êcrivit à Robespierre cette lettre inouhlinLlc
qui décida de Loule a vie : « Je ne ,1ous conurus pas, disait-il à Maximilien, je ne 011.
connai pas, mais vou êtf'~ un grand homme.
Vous n'ètes pa· seulemeuL tléputé d'une province, vous âtc celui de l'humanité et de l.i
Républi11ue. »
C'en était fait dé8ormai , el cc gracieux
jeune homme, cet harmonieux adolescenl
qw eût été à Rome ln compJgnon d'Adrien,
:; lai , à gagner par la R~volulion. JI en
devint le favori. Elle le prit doucement ur
es vagues sanglanles et le porta ain i au
l'alt de la puissance et de la Rr!publique;
e1le Je porta si haut et i Lien, avec une
précaulion telle, que pas un pan de on babil
cl que pas une boucle de ses cheveux. ne s'en
lrou~èrent froissés, el qu'au-dessus du Lumulte, des cris de mort et d'espoir, sa chas le
et délic.1te tête d'Adonis conlin.ua à sourire,
illuminée du pâle regard de e 'eux Lieu·.

lI
Ci&gt; fui le 1~ novrun~re J 792 que aint-Ju 1
prit, pour la première fois, la parole à. la
Convention. On J pr•éparail lo procès du Roi.
IJe débat élail tum.ullueux. .Billaud-Varenne,,,
téonard Bourdon, Marat, érigeant ous 1
plafond du .Manège des FeuillanLs des faces
tragiques el plébéiennes, m•aient p:irlé, têtes
sombre du peuple demandant la lèle royale.
l~L la Com·enlion hésiLail, ne sachant plu,,
troubl6e par le Girondin.. oudain la faction
de la Montagne s'agita. Oo vit Maximilien
Robe pierre s'écarter de\'anL un jeune homme
au beau vi age, à la mine élégante. C'éiail le
locaLafre de la 1·ue des Gaillons, le rnisin de
)fme Dt&gt; portes rie Doullens, Louis-Anlo~P,
chev~lier de 'ainL-.lu t, le plus jeune cadrt
lie la R ivolulion. a démarche, on bon air,
la beauté de . on vi age lireol sen:,.ation dans
les tribunes. Les femmes e pt&gt;nchèrenl.
Qu'allait dire celte bouche écarlate faite pour
l'amour el 1mur le ~iser7 El cc seux candides, qu!'ll flammes autres qae ·elle. d'm1e
douce .fiè\·re allaient-ils lancer? L'Assemblée,
allenlive, füa le nouveau renu; mais des
lèYres de celui-ci ne tombèrent que de
paroles d'àprelé et de ven"eance, cruelles
implacable , incisi\'es, mordanles, mais en
même temps sobres, pleine· de décision, et
de mépri , gardant de la di tioction et du
charme, au-des us de l'injure et de la mort :
(\ Je di que le roi doit être jugé en ennemi;
que nou avons moins à le juger qu'à le
combattre.... Jugrr un roi comme 11n ci-

toyen! Ce mot étonnrra la postérité froide.
Juger, c'est appliquer la loi. Une loi est un
rapport de jus!icc. Quel r:ipport de ju tict&gt; y
a-t-il donc en Ire l'humanilé et les roi ?...
On ne peul régner innocemment; tout roi e t
un rebelle el un u urpaleur .... fültez-Toru;
de juger le roi, car il n'est pas de citoyen
qui n'ait sur lui le droit qu'avait Brutus sur
César. »
L'accent i!taitcontenu, le isage imp, ihle,
la noble a Lête &lt;le 8aint- acrement &gt;&gt; avail
o cillé à peine ur la mou eline du jabot.
Cette bouche d'amour avait jelé des parole
de mort avec l'aisance magnifique de la plu
froide et tragique crn:iuLé. Ce verbe bref,
lrancbanl, emé d'interrogation~, enlremèlil
de principe , rappelant la vertu, é\'Oquant
J'imaae des Iloma.ins, remua prorondémcnl
la Con1•ention. Le poète ifOrgaul, en un
instant e trouva devenu le poiot dP. mire de
l"Assemblée. Plu beau que Couthon, q\1C
Uanlon, que Marat, que Maximilien, il était
aus i d'une éloquence plus lilléraire. Le
Girondin , effra}'é des proportions du mcurlre
qu'on préparait, en admirèrent l'ounier habile et nouveau. Brissot viol Ter lui, muni
de propositions, désirant l'attacher au groupe
dont Vergniaud, Uarnnve et Barbaroux repréentaient l'élite. g:iinL-J us! refusa. on caraotère., osciUan t Ia veille encore, se des ina
aussitôt avec une énergie faroucbc . on
admiration était pour Robe pit&gt;rre, il le dit
avec nelLcté, le cria trè_ haut, se déclara
l'homme-lige de on parti. Pourtant , an
. ortir d fa séance, l'alleadaient m a modeste Lahle d'hôtel les épreuves de la nouvelle.
édition de son poème: J!te.· pas e-lemps ·ou
le nourel Organl, p1n-1m dép11le rle la Crmioe11tio11 alionate. Et c'est ain i qu 'affirma
1
désormais la douLlc ,•oie de sa vie, d'un
autorilaire, froide, cruelle et implacable, de
l'autre soucieuse de la gràc:e de on esprit,
du charme de son maintien, s'appliquant par
le choix: dr ses paroles et celui de se habit
à atténuer la dure violence de on moi public,
et tâchant de e foire pardonner à force &lt;le
délicatesse, do dandy me et de !!ràce pr sque
cbeva]eresque, on jacobinisme innc~ible cl
exalté.
Il en était de même dans ses discour· c111c
dans ses acles. n sentimentalisme lmmaniLaire en ,,oilait le des ein ecrcl. Et il arrivait
souvent qu'on élaiL tout urpri du 1·ote qu'il
arrachait à ses collègues par de mo ·en;; que
n'avaient pas connu les plu gr:md~ orateurs,
et qui consi laient à demander l'application
du mal sous le fallacieux prétexte d'en combattre les effets chez les autre . ou~enl plu.
inspiré du président de ~fontesquieu que de
Jean-Jacque lui-même, il mêlait se discours
politiques de phrases cr.eu es et élégantes recueillies çà et là au cours de ses Jectures, el
nul ne ' avait mieui que lui envoyer ses ennemis à. la guillotine en parlant des Horaces cl
de la dée. e Raison, en iavoquant les plu
illuslres exemples qui sont dans Plutarque el
en donnant à son crime l'ex.euse même des
plus nobles actions. Combien de per onne il
filmonteràl' échafaud sou prélextededéfcndrc

ooll

"""3oo,.,.,

.

- - -------------•
la libcrlé me11arée el qui n'a\'aient commis
d'autre mal que cehti de ne point partager son
opinion de pcn éc. Les mur seuls du comité
de alut Public en connurent le nombre et il
:irrh•a souvent qu'au ein mème de la Convmlion, plu. d'un, parmi es ad\'er aires, courLa
la lète de1·anl lui de peur d1~ ne plus l'avoir
lon&lt;rlemp à garder ur les épaule !
Collot d'Elerboi , l]lli le craignait tout en le
détesta.ni, lui di ait ouvenL, par haine ùe on
déisme t &lt;le a phraséolo ie pomp u e : « Tu
n'e qu'une boite à apophlegmes. » fais lui
sui nit a destinée, sans hé iler un seul in lanl
devant la trahi on de e. ami ou les coups
de es ennemis, acceplant sans faiblesse la
responsauilité des act où il entraînait ouVènt a\'ec lui la. Comen1ion entière. n ail le
r~quisiloire arbitraire qu'il rédi 0ea pre 11ue
seul contre les Girondins et la part qu'il prit
à In rédaction de la loi cle . u~pccl . Nomm1•
::iu comité de alul Public, il .t·nl sa férocité
grandir a.,.-cc on étoile, CL ce n'c t pas san ·
une sorte de ali raction per.onnelle d"homme
se donnanl le compliment à lui-même qu'il
dil à se· collègues., le jour de l'exécution de
la Reine : o Yotre comité a pen é que la
meilleure l'eprésaillc envers l'Autriche était
de metlre l'échafaud el l'infamie dans sa
famille. 1&gt;
Dès lor on action s'~tcnd aux ,Jacobins,
::m Comité el à la Montagne. Ce jeune homme
de ,•in°t- ix an· entreprend d"actionner plus
vigoureus~ment encore la machine ré-P.&gt;lutiounaire; il pr~pare des loi · dont il a urera loimèmc l'exémtiol! l on ne sait pa très bien
i, en grallanl derrière chaque goutte de sanrr
des papier puhlic.s, on ne retrouvera. pa un
peu la signature de a main élégante; on ne
saiL pa lrè hien non plus 'il n'a.mena poinl,
par le ré 11 ime de terreur qu'il sema dan le
armées sa11 -eulouc , la victoire à se prononcer. Alors il alleint au comble de la puisance. Il esl :ms i haut dans la gloire et le
meurtre qu'un despote de uélone. el q_uand
on admire son Leau visage étincelant de jeunes e et pétillanl d"espoir, on e l prêL à
applaurur en lui le jeune ange de la Jiberté.
Envoyé en Als.'lce avec L lbs, il l.rri e la
révolte militaire par une prompte et rapide
di cipline. Dès brumaire an 11, un colonel,
qui a tenu de propo contre la République,
c t fusillé; un commandant qui, sous l'cmpir
rio Yin, a rrappé un de es h.oromes, est dégradé; le général Eisemberg, qui a reculéde~anl le~ Kai.erlick , est arrêté, jugé ommaircmenl et exécuté. es ordres sool LerriLles,
Il est partout à la foi , ordonnant a11ecàpreté,
ne soulirant pas de retard·, pas d'b.ésitation,
pas de murmure. Il décrète la victoire. Le
rrimaire, Hoche auil. en yain es ayé de
déloger l'ennemi campé ur le hauteurs de
Kaiserlau Lern . Il est repoussé. Alors ainlJu I et Le Bas lui écrivent : a. Tu as pris à
Kai erlautern un nouvel engagement· au lieu
d'une victoire il en faut deux. &gt;&gt; Une a.utr
fois aint-Ju t s'adresse aux. officier municipao.' de Stra bourg : « Dix mille homme.
sont nu-pieds dans l'armée. li faut que ,·ou
déchaussiez tous les ari locrales de la Yillè

.._,

_______________________________

et que demain, à dix heures du matiu, dix
mille paires de ouliers oient liuées au
quartier général. ,,
Il ordonne el les ,•ictoire ont gagnées. Il
pa e el les plus haut dignitaire,; de l'armée
tremblent d~,•anL lui, craintifs comme cleYanL
le maitre . [l revient, et les têtes les plus vaillantes de l'As;:emblée roulent dan le panier
ur le rérpüsitoire implacable qu'il a préparé

LB CJŒ'VAl.1,ë~

milien, la tête haute, d.ominaLrice, et d'une
toujours i pnriaite di tiuction dans la manière de cravater ou col el de boulonner bien
régulièrement les pans de on bel haùil hleu.
Ul
Par œs traits inoubliable , par ce que nous
a\'ons de son épbryne el du rôle qu 'il y joua,

DE

S.1nNr-]us1 - -,

el tendre dan ce cœur ravagé de passion cl
d'orgueil et qui fuL corLaineme1ü l'un de
pin purs qui batlirenl dans une poitrine
répubHcainc. 'il esl vi:ai qu'il commit de
·rimes el répandiL le .ang, il sut montrer par
lui-mi\me 1ru'il n'avaiL pas peur tle la morl el
que 'il avait la donner aux autres il savait
partaitement s'exposer à la recevoir lui-même.
A l'affaire de Landau le 6 nivose an H, en pré-

0

OOÊRIEUR .o't.rN C0:!111'É RÉYOLUTIONNA.IR'E

contre elles, C'en est fait de Danton, c'en est

fait d'Béberl, c'en est fait du paurre et
idyllique Camille, o celte admirable fleur qui
lleuri sait sur Danton t 1&gt;. Le 16 germinal le
venge du sarcasme du Vieux Cordelier'; et,
le 10 0oréal, de retour à l'armée du Nord, il
a sure par a sé\'érité, .es décrets et son commandement le succès de Jourdan à Fleura .
Un retour triomphal l'alle.nd. Un voyage jusq11'à Paris n'est plus qu'une série de fèles. Il
touche au suprême de son orgueil. Il rentre
dans la Convention, entre CouLlion et [nit. füchclet.
2. C'est Camille qni avait dit de aint-JusL : • '.Il
porte aa tête comme un ainl- acrcmenl , el, 1ùisl
'ai~L-Jmt qui anil r~pondu .= « Je lu, ferai porter
la sienne comme nn ~unl Den1a, 1&gt;

sous

LA TERREUR. -

Gra&gt;1ure de B!!RTBAVLT, rfapres FRAGONARD Fll&gt;S,

nous pouvons dire ce que fut oe caractère de
Saint-Just, d'une si déconcertante complication. En vain les biographes tentèrent-ils de
l'exalter ou de l'arilir. Ils n'empêcheront point
celte jeune ttite \·olonlaire de se détacher sur
l'aurore rouge de on temp avec la rigide netteté d'une admirable eau-forle. En vain les
sectaire.s tenteront-ils de nous le représenter,
les uns comme le monstrueux héros d'un
mouvement déplorable, les autres comme le
saint de la reHEfon ci"ique dont Robespierre
se désignait le Mes i '· Aucuns n'entraveront
la miautieuso recherche du ps~•chologue et il
n'en est pa qni p0urraient nous empèchei: de
découuir toul ce qu'il y a d'abominable el de
sublime dallS celle âme tout à la foi halltaine

sence de.Desaix el bien que son grade de commissaire de la Convention l'eùt autorisé e
tenir à l'écart, il se jeta résolllment au milieu
de la mèlée, cc au milieu, dit Baudot, de la mitraille el del' arme blanche, avec l'insouciance
et la fougue d'un jeune hussard 1i. Le même
courage l'accompagnait dans les as 'emblées.
Il y mQntra plus d'une fois une audace périlleuse. El ceci n'est pas d'une àme basse. C'est
au contraire d'une énergie assez noble, si l'on
pense aux exemples qu'il avait sous les l·eux el
-Ï l'on compare la délicatesse de son physique
el l'élé 11ance de a tenue à celle des autres
sans-culottides. D'aucuns lui ont aussi reproché
&lt;le n'être que l'instrument de llaxi.milien. Rien
n'est plu faui:. «Robespierre, écriLLevasseor,

a

�111ST0'/{1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ .,.
un d leur. contemporain , a toujour ' 1t ·
re rd· comme la L'tc du goU\ern •ment r ',·olulio ire. Pour moi, qui ai n1 de prcs 1 ·
é1· ln .en 'Dh de cette époque, j' o erais pr •sque
affirmer que in1-J11:t euL plu de part que
Ho pierre lui-m,\me. 11 '1 l'on ·u depui
l' mpir 1ue ainL-Ju Lexerçait ur l'idéolo•uc. t ll Lui 1tail d r nu n • s.-iir , dit L,•ms. ur, l il 'en était rail craindre peut-êtr
pin qu'il n':n· it d irç ·en ! ire aim r, et
s'il a f llu quo le · id· p rsonncll.es d l'un
plia.sent deY, ut œfü• d l'aulrP, ile l ccrt.iin
•111e jamai · L :tint-Just n'a c~dé. 11
insi, int-Ju ldnminait a imilhm comme
M. rimilien domiu:tit la onvention, el c't:1:1it
le 1il du bourg oi d B!t:rancourt, le fade
p le de Nout·erw.r 1111 ,e-temv, qui él ,·ait
:iu--dc,, ·us du tumulte forrnid l,l Je la Jt :voluLioo, on :toquence d'uocal e altt' et l'inneil,le ri •ueur de son ~toïcLme d'tt t. on
s.11"-rroiJ indémontal,I calmait .1 imilicn,
naturellement moin bra\ •. Et il étendait a
volon tenace ur Couthon tJui plia plu· d'ull!'
fois deYanl lui. ur Le Da. ur se · ollè!?'l.le5
du Comit • dr ._ alut ublic. La beauté de ·e
m ur qu'il a,a.,t pur , l'attrait de phy ionom.ic, 1 dtki. ion de p role o impo :ùenlà
Lou et forç icnl l'admiration. &lt;( on caracl '.rc
ét:iil u. l'·r , é irit de lui, pllb tard. apr,
Thermidor, . on ennemi Barr~re, , mœurs
politiqu, \'·rc . • li n donna jamai pri. •
, u ' moindre upçon d'immoralit • cl d lias.• L di lincti li d tout on être était ),i
intime, ·i profond,!, qu'elle ut l'élc,·cr à on
in u au-de u de or. 0 • du lemp . u priapi me, à la d 'hauchc, au
dal • que .
colli•ru~s promt'•neal a" · de fiUes dan lo
j3rdin i:;,, lité, il oppose le flc•• m in urmon•
l, hie d .on purisme. On ne le voit pa au cafJ
l'roc:opeba ngucrl foule ou 1 · hu te d, lirah auctde,tucius' evol,: uiaucaféduCom01•r , rucd Blan -Mant ux,a\·ec.Y:uimilicn; ni à celui de int-llonoré où l'oodil 1ue
fürat, alli n, .. erg nt el Pani . 'cuin-ai nt.
L~ emmc· Je touchent pru . Le dcmoi Il·· n «Leaux fourr · ux 1p1i empli~. aient 1
l'ari révolutionnaire du hruilde leur impureté
ne p •uvcnL rien urlui. 'onnomn •parutjamai
quc poliliquem t ou l'ie11.r: CordeJiu, àl' .4 mi
clupeupk, au Pere Duche,1e,ct à fa Ch,·01w1z1e
~rnmlaleu~e. t l'on ait œ qui · pa.. à
l'arm ·e du ord oit il a il l1té cavo : en mi ion Yec Le 8 . Irrités de 13 rte de L:indrecie a il eujoi!:rntrent aux olda.LS et oFlici r de r •n,·oy r inuuédiatem nt, ou · pcio •
de niorL, l fcmm · d mauvai e vie qu 'lis
menaient avec eu • el d étèrenl ro~rn, d
peine ri ourcu e contre I homm au ints
de·,rt.ain mal die .»LcBasn'était dan · t
ordr , qur. le ·ond de aint-Ju ·L. Parloul oi1
il · ;1ll'•rea1 en mble, Le 8 plia d ·\ nt ·on
·oU~gue. Il l'aimait cl l'admirait 'onall.acbewcnl pour aint-Ju t était profond •trou ait
qu'il tenta. de le marier · a œllf', llenri1.: Uc
Le Ila , qui était jolie et di ae de lui. Il y eut
quelqu · rapporl d':unilit!purecntr •l • jeun
" CDs. L' 111e ri!!ide du converuionn ·1 cmhla
'allcndrir un iwtanl u runtacl dé œ llejcunc
6lle qui ne demandait qu 'à l'aimer. Des pro--

j t d'unio11 rur nt conclu . Un se mari r, il
pr la Il1holuûon. l'ajour d'ali ndon, l'ami
tic . la . imilicu, rcpri aux cliarmcs d'un pot:. ie intime Cl puérile, écrh it •1u ïl ne dé ·irait
plu, qu le r po « avec tfu ·lr1u •s nrp nt. ù •
terr' 1 campa"ne, un r1•1nwe aimée ·l cl ·
lilr pouroc!'Uper e· loi ir ». l,oui -Antoi11c
•1ui il I' ,cnir bucolique d · ,·ic. li 11.
lra~it d'avance comm il avait tracé le nom
d '· diO :r ·ni f t · républi · ine : 11 Fète d ,
époux », ,, F le de cmeor · », " l'c~lc de~
moL on· •
d vieillard 1. Il a('et •,. il e&lt;1111mc un t·ouronn(•m nt à tout ·a \'Ïl'
de dé inter . emt·nl cl de h i~m1• · r •tour
tr, uci11ill1! it BJ1:ra11courl, le houh •ur du
Co3'cr, 1. joie lwun1 c: d sa famille. L'horreur du ·an.,. 1 pr ru il. Gin innalu •JUÎ n • it
comhatlu pour la liberlcl cl la mort, il 111• d: ir. it plu,, pour plu· tard, que ·a mai,on i1 1
camp·t"ne. Jean-,l11c11ur , m, d~m • de W:i rcn.,
1·, Chimn llc Erin IOm ill,• 1• rq1r •11 i ni
av •c l'all ndri ·sant rénJiJ de 1·ur poème. Eloinn d J "l"Ïe p11lili11ue. auprd d'U nriellc. il
apprendrait à
caîant la Vie des homme.1
il/u. tr . , le. 1Ja,u111 t. l' Emile. Et cc rait I'
tle douce heure · hi •n "ar;n . Jai ·
n'était ~11c l'o irif. ·n in tant r•pr'
b aut I de champ . d ·
mpaw,, , d
l'amourcouju al, il , r,:l'eîll •.oudain comn1ti
un lion terriLle. 'a oli&gt;re
lraJuiL co impr · ·atiotL froide, et durl! . l.11in d'a,·oir 1 ·
emporlt-rn1:nt · de il.l.Ùnilien, il , • r • ·u ,jllait,
111aU1ît lni•mèmc d'\'ant ·a ,'iolcnr . El
•1uand il 1'3Îl pr,:1u un in l.anl tout cc 11uïl
aYaitd • chim :riquc cl ù'impo · ·ibl • à réa li •r
dan ec projet: d ·un fulur in ,•rtaio, il rcdc"•nnit le commis. aire d la onrnntion, J, ju"
du Comité d • aluL Publit ; sou mNpt • un
inslnntaclouci, 'a .ombri,sait~oudaincommr.
lui du Bru1t1 anlitJU . ,\u lieu Je.s mol ·
J'amourc'étaicntdc~ mol demorlc1ui .-ortaie111
de e. lèvre Ir mLlaol' . u pari ·ment ire
pru,:,.icn ']Ui venait lui demander un armi. tic&lt;·
lor qu'il 1Lait aux armée. du . ord, il fa.i. ait
r 'pondre:, LaH 1publiiJ11C frani;ai cner çoitd
e ennemi etn l ·uremoie qu, du plomb.»
llu hien il monlail' la trilnmede l'a . cmhlé •
cl lisait cc Jé ·rel lcrribl 11u'il a,·ai l compo. é
awe le. 1101 de .fa imilien : • J, ,icn.,
di .,it-il, acquitter le tribut \ère d • l'amour
J 1 patrie et ou ùir , n mén:in ment,
de vérité àprc. .... » .Et c'Hait la tèlt• de Danton •111'on lui ll\rait, cell • de 111:her , celle de
D moulin . Plu la douCl'ur riant• de 011
repo. lui parai . ait fuir, plu ·aoi!!llail d lui
l'image &lt;Jt:iiciew,e d la r trait , plu. il muris it emporté au d là de la raison. L
arm de la lih rté ne doi1·cnt être tou •hfo
qu'a, cr. d ruain pure ·. » s'1·rri:1it-t-il el il
ù ·mondait Je:- ,î ûrn1: · t encore d · ictimc..
I.e méprL CI11'1I :nail d&lt;! aotn.• ' lu pou ~ait
aü , iol ·urc. , l'i lui d'orJinaire i cou tenu, i
corr •et, d'Wle si majc tu •u e él ; ancc,

impurs dan. l
tique. nfin ·
c rowpit. li
fille pri ait.

ur "ie comme dan leur polili i on a, ,r Il nriclle Le Bas
'aperrut un jour rp1e J, j unr
or. œ fnl hni. li ·nt un rir
'(IU:t ln dentelle de
11
iawl pour ·n rha r l'oJ ur rnam·ai ·e •L
Louroa. 1 ulon . Ce fol le t·ommenrem ni
ile c~ malh •ur .

'étrîilil puLli11utrucnt à la ConHmtion :
« rrat·h •i-ruoi Je cœur et mang t-le, vou ,
dcvicndr 1. cc 11ue , ou n' te p:t· : ••rand "! 1)
Kl :,ru1,; douli• il ,l\ait rai on. Il 'él •vaiL
bien au•d · · u. tl ·. a tir . , il 1:lait plu lo· iljUc avec soi-iu1·m · 11 uu lùllS ceux d • la Mon◄

3ol .,..

IV
C' sl Fo11tl!n ·lin 11ui dkait qu'il n'aimaiL
!JU • ·lie S• t:1il l r.om·"r.1l ion . ainl"-Ju. t nr poul'ail point raire lc
m m r ·pr ·h à l:t fürnl11lion. EII OP âL1
ni le qu:i.lit~ · dl· on phJ.iquc ni li clc
• m1 moral, l i clic dé,· •Loppa n lui, au p. rn. y~mc, corlai.i1 app tit d tlominalion, ell •
u'êLoulTa j m:iL 1• ·e111im ni. de 011 co•ur.
Aux jour· 1 plu .ombr il n !Ji . a point
périr en lui, ni 'é1oufii 011 le tumulle d
acliom, 1 p lite ncur de l'idille qu'il avait
toujours oign u~emenL gardée au food de on
i-lre ommc un ·ou cnir de • jeun ~année ·.
L' po'•te médiocre qu'il était J'abord a,nil
bi. é pla à un idé lo•·uc lout impr Inné
encore ùc poé. ie. Le oiJJ de la llépubli,1mi
ne lui firt•nt oublier jamai u de . a r mil!•,
et nou · arnn rn le r~ve d!l rl !raite champêlr qu'il formait pour plu&lt; Lard. n amour
lilial était r prctu ux cl rave, il avait punr
, .œur.s un t.endr
ffectueu c, •l l'un•
d't'll 'étanL mariée, on a con
de belle
1 Ur guïl érrh il à • o épou , p ur l' ua,.cr à prendre place d:in . a famill
« • l t. Yot-re jeune mariée, d' it-il, el urLoul n·illcz à
qu'ell n'épau , aucun chngrio dom ûriue d l II lure de ceu qu'elle
n'o er:tit point YOU confier. L'idée que j'ai
conçue de otr famille me fait roir 11u'il
aimeront lendremeol cett nou ·elle . œur et
cette nouYelle fille. »
n a a au i e fiança.ille arec Il nri Ile
Le Bas; i elles e rornpirenl cen•e.~t point d •
a faute, m i uniqucm nt p.i
qu'il 1tail
rroi ,é dan ln u3ccptibilité I plu· intime
de lui-même I t parce qu ïl oc pou,·ail · uffrir
qu'on ne l'approch~t qu' ,·ec de mains pure •
ttc phra d · « main par · • qu'il
pl i nit à r :péter n'était pa cbcz lui qu'une
imn e. C'était un pen ée Lien nell de
l'a111our-pr pre qu'il exigeait chez lou - r.en
qui apprt,chai nt d on amour. Il voulait
qu'on fùL irr~prochable comm il .e pcn·nit
ètr lui même. a ~llei ·oir Uesmoulin et
dite -lui que j · tiru ,on p lrioli me, mai
'(Ue je fo mépri e, lui, p r i• 11uc j'ai pénétré
,on : me, 1) écri,:iit-il, d . 1rn~. i1 Ull d e·
nmis. c 01épri qu 'il a111it pour Ir · aulr ,
c1pli11ue peut- 1tre I p u de c.1 11uïl fai it
de homme el le peu de prix qu'il ttacbait
~ le lai er ·îne. . on iJl:aJî · me ,i ait plus
haut que les individu , montait quclquefoi ·
u qu'à d · conceptions qui n'ét3ienl pa ' ao
rrrnnd ur. C'l' L à lui cl non à Ilol1t,, pi •rre
qu'on doit I fom cus , lb 'ulo,:i uom •lié :
L • peuple françai reconnait l'Ètrc ·uprème

L'E~C1ŒYALTE1{ DE

S

lNT}USJ - - ,

el lïmrnortalilé d • l'ùmc. , Il •joule. Ji:.
1111'/1 J, lin ·ou allitud • esl ileud u 1•. . a llt·11ve, pour c alter 1•. Girondin ·, le J,:,horëtcs chique au call·ndrÎér dl' ~ al,r d't,nlan- crawal, 111 w • e. l l1ien mise. Il porte uu baliil nor renl m 11uin · cnr, pari, Mit J 'lui ..an
linc . .Ailleur il demande a que le: loi "~n :_ de cout ur 1.h:1moi , un ,.ihit fond l,lanc l!I Il· comprendre. Et c'e t .~lic·h •let p•ul-êlr 11ui
raie· soient olenn •llewent proclamée dan.
UIIC culotte de drap gri Mane. Il c· . t à peine
le pénétra le mien quand il él:rivit dt• lui
le lempl . • Le mot Cœur re, i nl .ouwnl
i un l lger abattement e roan1uc ur on quo c'él il « 1m1• haut el fü•re n, Lure. 11
Jau · ~ discour L c frril . Et le fatal \Ï. an . fi e·t un p •11 plu p~lc, \OiLl, Lonl. Il :.iint-Ju l rut cela en cffi t. on caracl'·r : :1ait
jour du · thermidor, quanù il montera, ~ n • • :, Jléli rl, i1 Dao1on l à Camille 11u'1I p:i · ionn d rigid à la foi.. Il a\'ait l ·
pour ln dcrnièrl! fois, a I tribune ile la a fit condammr. t m1 orgu il • l si, • .-te ,,ualill! dt! r JLin ment de ~on i' ·le, il t•n
Con\'cntiou, c · ra pour ·e c aller 11 ,e., c·t le m1:pri •1uïl a d'eux e I i pui. an! •~u·1t avait 01L i l • défau ,·incc : el l'on prul
roll\!!uc , pour I ur livr •r lïntime :t:er l J
~1,n;::e cnrorc Ir. :urpa_ '-l'r dan l:i. ma mère ùirc san. errcnr qne 'il ·••n inspira hauh•~on êlr,•. Quelqu'un celle nuit a n:tri mon mênu: de ~avoir mourir. Il ne parle p:i: au m nl dan I vertu, il ·••n rccomm nda nu,. i
cœur et je ne pui. p,1rlcr 11u'à rnu .... » J&gt;t?Uple comme Camille, il n . frappe po. le t,i •n dan lé crim • t dan 1• forfaits. ~loinPhra. c tnism tique et ,:igue qui 'interrompit fnmt comm Ch 1nit~r 'll prononçant J ' p • ti.•nanl •Ju plu· d'un . icc-le 'i Lécoul t rlepui
au. itôt sou, la \·oix nccu~atrirc d,i Tallien, role.: fatale·, il ne plcun• pa • · :1111i comme .sa ruorl, uou pou1·on I •jug •r plu ni11cme11L
sou· le· l,la phème el 1._ ri. d · Ftiuché, Je Ir: ,irondin .. , il n'imocp1e point l'u1"1·aliludc et pl~ uhrcmcnl .• ïl e.t rrai qu'il jm1:1
Collot d'lferhoi , de BourJon cl de l\o, r ; humain•. nn lmcba111.1ioc, au•dedan de on ~ou1· nt dan le: tir :ncment · de son 1'WJh
phrn. e doulourt use par laqnelle il allait fürt·r bt' u c,). 111111,·, n déf,1illu point el c·c l ro a- un rôl • t(Ue I rh :1eur. s'appliqueul à lrou,w
peul-être le secret dü tout . a ,i 'i petite lrmf'nl 1p1'il meurt, obr •ment, di·•nemeot, ·riminel, il olfre à c •ux qui ne e ronl point
phra c plaintive d implorante qui c.:.t · ns en Charte. fer p!u. 11u·cn m n:in!, en plûlo- JI! la \'crlu et clu ,·ice ln m me im !:! ''tue 1•
Joule la prcmicrc rl la d rnière d 1faill:met'
opbe plu qu'en an~-cnlollc. EL cc jeun
cominuu. un l,cau porLrJÎI de volonté .
qu'il 11t j~m~i . C r, d · ,1u'il rut que homme d • \'ingt- ept ans, i.. u d • famille
Il y 3 dan 1-. mu écs ù · nomhr •11· : toit ·
1:' 11 il fini, qu'il n' arnil plu d'e~poir po.11:iu,·re. r teju qu'à 1. fin enfoui ,fan . cr:\- tic l'époque de Primitifs et d,· la ncnai~ a.nec
iLle. il nle,·int maitr de loi. ,\lor 11ue , Le d fine mou se.lino avec anlant de cJinnit-.&lt; n•pr~~cnlanl un aùmirahll'. j •une homme nu,
l\ol&gt; ·pierre, Couthon cl le Da· e. sa1ère11l que le roi ù'.\n .. lclerrc dan cet admirable col 1• corp. lraospcre de· lli!th du m.art1re.
d", Lt •nLcr i1 leur jour lui d meura i:almc ùi: dentelle· dont le para Van Dyck!
1.;'c l saint :ba. tien. aint-Ju l me rapp li
ou. l'ora ,, indillërent, son imrnol,ilc oun uppliœ rut lé di •ne couronnement de ccl,e.au aint 'tlba Lien, martyr comme!' utr·
rire d mépri.· po é i-ur le lhrc- . Ju qu'à 1,
i:.1 courte ,ic pa. wnnée. et, 11uani.l tomba ,
d'une nou elle religion, a ·ec celle diflérrnct•
lin, il donna dt oin. à I xfo1ilicn t1 nl on j,•un l te Je ':iin - acrl ment ur llc ria • loulefoi • c1u· ,•ant de c lai· •r percer par le.,
connait 1. lin atroce el l'acciùe11L dont il rut iu~me uù. par c orJtl'., en étaient toml,éc
lkche , il 'en serriL pour fr,1ppcr d'autr ·
,·i,·tim de la parl d'un gendarme ri taire. t,1111 d'autre , on p ul dir, que c·cn ~tait bit ,i ·time . C' • l un h • u pro61 e d1:la h,mt
Jusr1u'à l.t fin il demeura couragcu~, ricidc tk 1 (\ :rnJution.
i-ur une uobl • et • ini tre 1poqu •. Frappé en
,Jans on rJle t·i,·i,1u , froid de,·not la morl
Il •pui. , l . lai ·toricn
nl ,. •n qui ont méJ, ill , il eo montre à la loi la face 'tin•
conun , il l'a,ait été devant le triomphe. Ju - pirll! J • lui a,·ec r ion . L:imartinc, .'1intc- celantc et Je rcvor tragique.

tn,.ue •t son ru ~pri · dé, oail con id 1rahlc •

1· cool mplcr : mal ,. •lu , parlant m 1,

r·t

1

'-----------------------------

pa, 1 U('rrc par

er,· ·

l.:.0.,10:--:0

on Ili toirc dl!- /&lt;'ra11ç11i.-. cc mot: à 1p1i
tout•~ le hi taire 1/e Fra11('c u'ayai ·nt ri :jà
fait Jaire 1111'110 trop I e.1u d, •min. Yo)·on, la
&lt;&lt;
lcllre ,. :ritalJle, t ·Ile 11uc I n ilonné \1. Champulliontl', pr\ u11Jo1ll"rwl manu ·rildu lcmp :
Cl .\fad11w1•, pour ·ou adv &gt;rtir cornweot se
11 On ne relrou1c plu , lit-on dan
1
pur le r ·. ;;orl Je mon infortuuc, clc toute
ét11'1e 1,··1ori'}11e Je M. de Ch traubriaml, cl,o ,., nr. nù·st 1lemo11ré 'I" 1lto1111e111· ,·r
l'orininal tlu t m II l,il) 1: Tou( &lt;' ·/ pert/11 la rie q111 c. l ~,111fre, cl pour , que en nu,(nr, /'lio1111l'11r; mai, la Franc (JUi l'anr:iit lrl' :1d1l'r,it: t"lle llllll\ellc ,·ou" frra 1p1d1pu:
é rit, Je IÎl·nt pour 1111theuli11ue. • ,it; j1• rc, onrorl, j'a prié 11u'11n me lai st \Ous
con,·i •n. 1111 trè Ion lcmp mrm • chez 1
c,crirc · 1 llrc~. re 1111' n tn'a onréahlcpl
·éri •ux hi toril'll. , l'on ajouta foi , la mèul accordé. \'ou ~uppli:ml d · ,olloir prC'11œlèbre p, rol1 ; n rctrom nt pa le hillct ÙI\' l'e trérnit: de vou ru i.me· en u.aoL
dont, en moiu~ d'une lh1e, •lie étniL lout' de ,·o lr a · uLun1tEe prud nœ: car j'ai
la I n ur. on ·eu fiait cl • bonue "r: cc :1 la l'œpoir •n la lin que Di •u ne m'aliandonn •ra
tradition qui il~ d ~darail aulh nti11ue; mai: point: von, l'L"t:omm:md:inl îo~ petit, enfa11l!
lor~11u'a11 lieu J • l"I: bill •t en iuq mol · on et 11• mil'n . HlU :-.uppliant illi fair donner
retrouv:i toute um: lr.llfl' m ,in"'l Ji •n ·: au
cur p ~" ·L le r tour en E~pa n à c •
moin , q11i 1:lait ccrtain1·mc11t la &lt;~pi • ù • porh'ur qui ya '"•rs l'cmp •rcur punr .. ,woir
œll • que FrançoL l r 1: ·ri\Îl à ·a mèr,• I" comme il faudra que je soi trairté, et ur c~
. 11ir ile ). malL •urcu journ I Je P,n ie, l'on très hunihlern ut me recommande a ,·o~tre
11 • fut plu au i 1· 11Ha11l. Eu fa • rit! c,•tte
bonne gr.ic •. i1 L hi. torien , .\we · lle
panr, fo mol fut UCll(lUl'Dl mi l'll doult'. rm11i • de r • umé ·t pour ain~i Jlr · J • ro11C'c,t cc que 1. d Chateaubriand au.rail ùù 1lcns·1tion 11ui ·' ·mpare d' 'U qucl1p1 •foi .• cl
;noir, r la découn:rle était l'aile a\aot qu'il pr~ •1uc toujour, m. l . proJ&gt;os, pen ~ri:rll
publiàt s,•. tt111le lii forig_ue ·; c' l ca 11uc 1p1•cu réduisant à rmq mot.:; bicu frappé.
1. dt: ~i mondi n'auraiL pas dù innorcr. ltù Loule celle leur•, il lui Jonn raient plu de
•1ui, venant opri· 1. d • Chat~ubrianJ cl for c. C' • t donc cc 11uïl firèlll, ct.cda, j'en
t.X:rÎl'anl un livrtJ plu êri1•ux, du moin · par
ui· ûr. a,·ec d'autant plu J' ·mpr•' .elllcnl
l'apparcrn:c, el plu, approfondi, n'auraiL p·t 11uïl: bill.lient ain,i le: 1·t ilL t•ic qui c l
Jù la.L r &lt;.-ourir l!llcorc, ,ou, Ll.l cou,crl Ûl.l sa11lt-e, pclitc cou.:;idération incid ·nle, 4ui

Fors l'honneur»

L

.

+
. . . , 3o3 """

PJ LO.'.

e,t i:n ellct 1111 p u moin · h roï11u • 11u • 1·
r • le, mai· qui po11rt. nt parait tout n turelf P, quaml 011 réll,:chil que c'est un lll qui
:cril =
iu~r •. Le roi a,-ait commencé la
phra. ·, 11: füs l'a ndl'vé .
~\ntonio de \' ra, 11ui dcYail connaitre la
l •ttr' par le m:inm ril J , ïc·ai,e Lod:un ou
le· p.1picr de Grnnn·lle, mblc a\'Oir :p I«.&gt;
premi •r qui ·u·i ·:1 rie cet arr ngcnll'nt " la
laco11ie1me. Yoici omm nt il 0011. l'a Ira•
,luit •n on e pa,yn 11: J/atlama. toto e /,r..
JJettlitlo i110 e.J la ho11ra. fli lorien tl•
'bar! ~-CJuinl. Y r n'ai, il P3
n, dout ·
intérêt à cor;igcr la ,érité pour fair• plus
h u le rôle du roi ile ranc(' · 111:w, prt.L
· ut· Je œltc foç.on, ln l&lt;'tlr ,l\'ait je ne ,a·
•1uel a.ir qui de1ail plrure d 1·a11t:irrc à .OIi humeur ca. tillaue. c· ··t pour c •la peul-être
qu ïl uous en :irrt111•r • Cl'll wr ·io11, Li •nt,ît
repri c rb1•z nous, lradtût • popuL1ri. ê•, mai
celte foi pour la rai :on touti: françnisc que
le mol ain:i ùouné •1ait mi u au \olÏncu de
l'avi • et r •le,a1t c111:o·re ,oo caractère ch1:1alerc que. l.or:qu'un n •n on
u· ·~t. ~pr··~
tout, co111111e1·clui-d, ljU·un d :t,ri 111! la, :rilt•
t!l 11u'il , ,on uri ine dan · uue rai on d houneur, il faudrait êtr ' bien \ ·cr pour ne paj
lui lilie qr.l.ce. Dir • c'- qu'il c. t, ne plu
croire, ,oilà, clon moi, 1. ~eulc riguc•ur qu ïl
laill · p rmcllrc à ~üll é •arJ.
EDOCARD

FOUR. ILH.

�LI

La mort de Murat
IV

1.e roi tressaillit, très p~lc; puis il cria, les
peuple. Il e leva, fit sa toilette eL alla 'aseoir, selon son habitude, sur le rebord de la yeux élinœlants dïncfümation :
- Un con eil de guerre ... un conseil de
petite fenêtre ouyerte ur le golfe. C'était une
tiède journée d'automne, dorée et en oleillée. guerre pour moi? Allez dire à ce messieur
Murat, qui Cll~t!rait encore sortir sain et sauf que pour juger le lloi il manque des rois, que
de ce mauvai · pas, ain i que se partisans pour j urrer le maréchal de France il manque
enfer.ru: dans une autre aile du château, d maréchaux .... Allez!
Le sergent, foudroyé par cet aeœnL el par
.Mural contemplait la mer bleue, pc.n.ant peulêtre au jour où, lihre et lr:mquillt1 1 il s'eru- cc regard, orlil à reculon . ~tarai, resté seul.
hanruerail pour reLOurncr anprè de a famille. dumeura immohile comme s'il voyait quelque
Le grincement d• la porte le tira de sa rè:- chose de terrible dans l'ombre. Puis il se
rie. Droit près de l'entrée, la ma.iu au képi, rcmiL cl revint à la fcoètre.
Il était encore Jà r1uand la porle s'ouvrit de
un vieu-.: ergent, qui es ayait deparailre cnlmr,
nouveau el le capitaine larace, en 'rantl uniallendail que lo roi lui adres :i;L la parole.
l'ormc, cnlra dan:' ht chamhre.
- Eh bien ! ser.,.cnt, que ,·oulez-vou ?
Le roi e retourna à moitié :
- Que Youlez-,·ou , capitaine ·1
lui demanda-t-il.
- Je sui désigné pour défendre Voire Maj~t~... fil l'aulr&lt;', en
M iLanl.
Le prisonnier s'approcha de lui,
et appu a.nt sa main sur l'épaule
du capitaine, qui trembla à ce con-

])'abord, Murat fut enfermé dan une pelite
tour aux muraille épaisses et humides, aux
,·oùte bas es, éclairée par une étroite ouverture où. fllLrn.it, mélancolique et faible, la
lumière du jour. Puis, on le transporta dans
une des chambres moin noire et moins
mal aines de la plaLe-forrue. 11 obtint ce chnn&lt;rement gràce à l'interv&amp;ntion d'un "entilhomme, qui 'appelait don Francesco Alcalà
cl.était Espagnol.
Celui-ci était accouru pour offrir e ervices au roi prisonnier; et, le voyant en lrunbeam:, couvert de taches et de poussière, il
fil apprêterun bain parfumé rrui
soulagea l'âme et l'esprü de ce
malbeureu.x, si habitué au luxe el
au., recherche élégantes. U lui
procura aus i un babillemenl neul',
el la chronique ajoute que, cc
soir-là, Murat eut de culottes et
une ,•e te bleu ombre, un giJel
de ca imir gri et une casqnetle
lacl :
de velours noir, brodée d'or. El
- C'e ·t i11uLile, dit-il: je sai:.
quand, ainBi vêtu, il se montra à
ce
qui m'attend. Du reste, je vou
la fenêtre du ebàteau, la foule
remercie
. .Ma défen eestdans mon
variable dans ses affections et
droit. Je ne puis être jugé que
prompte à changer d'humeur,
par un tribwial de rois ou de
l'accueillit par un murmure d'admaréchaux. : Loul autre arrêt est
miration; et plu d'un d'entre ceux
un assa sinat.
qui avaient été féroces dans la
Le capitaine salua san. réponpour uile et dans l'insulte eul
dre
et s'en lut : le roi relourna
tle remords et admira le noble
à
la
croisée et s'accouda sur li:
aspect du prisonnier.
rebord, lais-ant errer on regard
Cependant lo général runzianlc
sur les eaux azurée qui brillaient
était accouru de Tropc.i, une villa
au oleil. Les dernière hirondelles
\·oisine; il prodigua des oins re~pa aient en crian1; le mouelles
pectueux au roi déchu, foquel re(.:()IDillC des éclair hlaocs, rasaient
prit peu à peu, sinon la gaieté,
Le
Oot ; les barqu de pêchcu r
du moin l'insouciante indill'éfùaient
à toutes ,,oile . An loin, la
rence, propre à cet homme, qui
cote 'étendait, bleue arec un
avait si ouvent affronté la mort
ligne d'argent sur ses bords. ·n
et courait au péril, aLLiré comme
silence mélancolique et serein pepar un aimant, rnlime quand son
sait sur le ciel el sur la mer; une
devoir de roi el de capitaine lui
paiJ. très douce descendait sur les
con eillaiL de l'éviter. fais ni l'afmontagnes, enveloppées de nuages
fabilité de se manières et de son
CUe.bé lira.un e.1 c••.
légers
; seule, la petite Yille ét~it
langage, Jli l'oubli généreu.x; des
agitée
par le pas des soldats, le
offenses reçues, ne diminuaient
CAROLINE BONAPARTE, Iu:L"iE DE °NAPLES, "ET SES E."if'ANTS.
piétinement des chevaux, le roul'in olcnce de ses gardiens et des
Tab~a.u du BARON GÉR,\RD,
lement des tambour .
visileurs.
Pers.onne ne saurajamai ce qui
Huit jours se passùrent ainsi ....
e
passa
dans
r àme de oet homme en ce moLe matin du i6 octobre, le roi fut éveillé
- Mai~ ... commença le mili 1aire1 sans poument : quel flot de ~ouyenirs, ~elles vaines
dès la premièrè heure par un bruit in otite, voir continuer, la gorge errée.
e pôranccs, qu~lles llllages .de liberté, quels
par des rumew·s confuses, où son oreiUe (.]t:
- Eh Lien?
miraaes de gloires et de tr10mphes, du preoldat reconnut le piétinement des chevaux,
Le sergent fit un effort et balbutia :
les roues de canon ·, le pas des l'anta sins,
- 011.m'envoie dire que le con eil de guen-e mi.e /de"ré de l'escalier monté par ce soldai
o iusqu"
"
de fortune
a lademrnre
mal'Chd
e, an
les commandements militaires et la voix du u .e réunir et que si Tou voulez-....

l'npothéo.e finale. où roi pui..anl, ,èlu de
pourpre, ~ouro~né de gemme , il s'as eyait
ur un trone d or ... EL lout cc po me d'audace et d~ bravoure de,·ail finir là, dan cc
coin ignoré du monde, dansoeLte pri:;on infecte,
demnt cette mer silencicu e t•t indifférente.
Aprè une heure d cette effraiante méditatiôn, la porte qui s'ounait setoua Jurat; il
tourna la lèle, lout en restant accouJé ~ur le
rebord de la lt"nêtre.
Lc vil'ux er"ent, immobile, le rega.,.dait
en silencr.
- Eh hirn? ...
Le )"eux du oldat .c ,•oilhent de lariu
il murmura de vagues parole,;. 'tonJfant es
sanglot .
Le roi • 'aperçuL de on trouble, de on
émotion, de a douleur ; il • 'approcha de lui,
en sourianl, avec une douceur el une mélancolie infinie..
- Je sai te que c'e t. \'a! ... c·e t la
mort, n'rst-ce pa. '?
- La mort. .. rJpondiL le mililaire, la tète
baissée.
Murat ne parut pas étonné; mai , Louc!Jé
et heurcn de l'émoi de re braçe homme, il
e mil lt le con oler.
- Pourr1uoi pleures--Lut .. Ça n'en vaut
pas la peine .... Tu a él • à la rruerre'!
- ùni, ire, a,·ec ,ou ..
- Tu en a 111 mourir d"au Ires, hein?
l,e sera;ent fü un i«ne 3ffümatif.
- Aloi· , imagine que, loi et woi, non
ntarchon à l'as àUt Cûmmc autrefoi , sou le
sîffiernent de la mitraille cl de boulets de
canon, el tiu'une balte va me frapper ô la
poiu-ine .... Faut-il ,e désespérer pour œla'/
Yà, retourne dire cc. mes îeur que Joachim ~lural n'a jamais c1•;1Înl la mort et 11u'il
c: t prèt à la subir. n'importe comment e-l
n'importe oi1. ...
Il y a,·ait tant de hao1cur, tant de maje lé
dans ce· paroles, r1ue le 1ieux ·oldat. comme
il le racoula en~uile, enlit plier
genura
devant ce roi q11i le rc••ardail awc une Lelle
indulgencC:J.
Il lui rrit la main. qu'il IJaisa plusieur
foi.s, en l.J;tlbulian1 au milieu de ·e$ san,,.101- :
- Pan.Ion, sirP, pardon!
P1ûs il sort.il, d:1aucek111I comm 1,'il étail
ivre.
Mural re ta nn i11 tant pen if; puis il alla
prendre du popirr C'l de l'encre ur une petite
table qoi se lro,naiL dans le coin h: plus
~bscur de la prison; il s'assit pi:è · de la
lenêtre, el. deyantJ'enehanlemenl de la nalu1·e
en fètc. il fil cC'lte lellre à ,.a fomruc. - ee
poème d'all'cclion intense, de douleur profonde
et de noble ré i"naliou. ll écriv~il encore c1uand
entrère11l le ~pitaine 'trntli l'i ull prèlr '· li·
·arrêlèreut, muets. et immobiles. pour ne
pas lrouLler le recucill ment du prisonuier.
Celui-ri, quand iJ eut fiai, ,•itfos deux homme ,
debout, au lond de la ch:mi1m•.
- 'oyez les l icin•enu . (11-JJ, en pliant sa
Lettre.
CcpendanL. es yeux étaient ,·oilé t.l •larmes;
il baisa le papier et s'approcbao I du capilaü1e
lralti :

a

1J. -

.... 304 ...

l11s T0 1&lt; 1A. -

l';tsc.

15,

- Je confie ce pli à 1olre honneul' :jurczmoi qu'après ma morl ,·ou le ferez par1·emr
~ rua lemme.
Le capitaine étendil la main ga.u.cbe, et
d'une \'Oii gra\'e :
- Je le jure, répondi1-il.
Le roi lui remit la mi i\"e, après l'avoir
bai ée de nouveau; l'officier 1a rrç.ut en s'inclinanl avec la respcetueu e soumi sion d'un
ujel, Lan! la ft•rmelé d'ilme el la érénilé de
ce condamné imposaient même à ses juges.
En uile, ,rural ·e tourna ver le prèlre,
&lt;1ui élail le chanoine-doyen don Antonio Masdea, un yieillardde.oixanle--dix an·, d'asp cl

,ioérable, el r~mhras :mt affectueusement,
il ajoula :
- Mon père, ma ,ie a été celle d'un soldaL
qui. par des vicissi1udes Yttriét!S, est arrivé
au trône . .le demande pardon de me faute à
Dieu et aux bomme e~ je Léuis cette épreuve
en t.&gt;-.:pialion de me péchés. Que nieu mc
pardonne mes offenst!S comme je pardonn à
ceux qui m'ont olfen·é ! ...
Et il se prostPma aux pied Ju chanoine,
qui, lel'anl une main au ciel, ùit d'un ton
solennel:
- .\u nom du eigrwur, lt: prèlre L'absout
et le bénit, le vieillarù t'admire el Le pleure . ...
El don Antonio ~fa ùea pencha sa lêle
blanchie ur cel homme encore plein de jeune ·e cl de santé cl, l'e11tnuranl de se· faibles
lm1s. le hai~a ,ur le front. Alor , Murat
rcdres a a haute lai Ile, le visa '"C calme el
tranquille; ,e:o. Ieux lancèrent des é-lair
comme aux JOurs de bataille, et d'une voix dll
eomrnandlc'ment. ~e toum:rnt wr le capitaine,
il ordonna :
- Allons!
El d'un pa::. :wuré il se dirigea ver fa
porte. suivi du chanoine et du capitaine; il
descrndit les dcox marche et se lruma sur
la. platc-forrn •, où dou:r.e soldats étaient
ranrré en file.
Le. fenètre et 1 balcon de la ville, en
face du cbâ1eau, !!laient noir de tètes : un
grand silence régnait dans les rues et dan.
le mai.on·.
Le roi marcha rnr l'escalier rrui descend
dan· la cour intérieure, ol1 il croy:iit être
exécuté: mai. il fut l'Clenu par le capj1aine,
qui, houle,ersé par l'émoliou, ne pouvant
parler. foi monlra d'un "'1' ·te l'extrémité de
fa plate-forme derri~r • laquelle 'élevait, à
quelque mètre . le mur d'enceinte.
'.\fur. ts'yrendit. e!, arriv1'-lh. il e retourna
cl • c troorn en fat~ de· soldats ranaés sur
deux files.
Alors. - je copie te.tl11cllemen1 le manucril, confirmé par le~ mémoire de~fa.dea, « on allilu&lt;le éla.Îl tcllernenl hautaine et
majc tueuse, qu'il inspirail l'admiration et
ci,_citait ln crainte.... » Le~ oldal pre lluc
lr mlilanls el le sergent qui les commanda.il
en,hlaieJ'.lt ne pa aYoir 'il devai,mt rendre
le honneur militaires au roi, ou frapper à
mnrtlc condamné. Le capitaine 11t lechanoine,
à l'écart. .idmiraient, étonné , ccue belle el
màle Û!ro.re qui a,·ait le rt gard d'un !?lil'.!rrier
et d'un ·ouvernin; t leur .u rprjse • 'ac-

MO~T DE .MU~Jf.T

----..

crut qnand )furaL, . 'adre ·int aux soldats ;
~ Alloa , fait
votre dè\'Oir. o vi ez
pas à la tête, frappez au cœur.
Pui d'une voix haute cl ooore, coni111e ·'il
commandait la manœnvre à ses phalanges de
bra,•es, il cria. avec une pause e.nlre chaq11c
parole :
- .\LtenLion ... prépareHou ... leu!
Le soldats, tupêfait · de. ce courage urhumai.n, n'exécuLêrent pas à Lemps les mouvement comrnaad • ; qucll1ues coups de
fa.~il partirent Lrop tôt, et .loachi.m llurat
répét.a au milieu de la fumée, avec la même
,,oj~ éclatante et franche :
-

}'en.!. ..

Dans le olenneJ silence de la ville spectatrice de ce drame san,.,lanl, le coups de feu
l]UÎ fermaient la grande ëpopée de la Ilé\'olution française éclatèrent avèe un sombre
fraca,.
Le roi re ta droit et immobile, dan
un nuage hleu, si hiun que le. as i ·tanls
crurent qu'il n'était pas hle é: pui., il tomha
à la rem·nse, dans les Ilots de soog qui jaill issnienl du a poitrine.
Majs le basa.rd n'arnil pas respcdé ll' dernières volonté du bé.ros : la joue ùroile dn
marlJr était horril,lemcnt aln'métl par une
balle.
es restes furent pieusemrnt dépo és dans
un cercueiJ de -apin pa.r le~ oldats en larmes
cl furent portés à l'égli:e d1in1~George , que
M:urat avait fait réparer et rn,taurer I1 es
frais quand il était pas é ,1 Pino .cinq ans
aupar:want roi triomphant acclamé,
béni ....

La foule muclle et timu ne suL pas rct,enir es pleur el éda ta en • anglols; les
femmes 'arrachaienl le t'heveux. Jes hommes rnontraient une douleur incère et
profondc ....
Et c'étaient le mêmes hommes, les même·
femmes qui, huit jour aH11ll, aYaicnt soufOcté leur ancien roi l't craché au ,1.ao-e de
0
cette llaje té tombée....

Tout ceci a été conté par témoins oculaires
ou recueilli daas les mémoire du tC'mp .
.J'ai tu 1111eJques parlicolarilé q11i ru'ont
semblé ans imporlnnce el trop peu probante ,
el plus 1ru'un récit dramatique, j'ai voulu
faire nne simple et fidèle mirralion historique.
Ici ma t!khe. emit termint&lt;e si je oe croyais
oprorluu ùe redire ce quc -raconte le peuple.
Celui-ci rapporte qu'emiron quarante ans
après la mort du martyr, p-ndant une nuit
ombre, vil ,il une masst: noire avec deux
points lumineux. errer dan le LénèlJre du
crolfe. C'était, assure-t-on, un na,ire de
rruerrc portant le pavillon français qui, depui
le matin. courait dt' ' bordén à la hauteur
&lt;lu Stromboli. Le navire, à la nuit tombée
s'approcha de la rh•e et un point .ornbr~
se détacha de se Hanes ave un bruit de rames
el de sirtlet de commandement.; enfin, quelqu ombres traYcr.èrenL la plage, grimpèrent
la rm:lle carpée conduisant à l'izzo. Elle

�1f1STO'Jt1.ll
marchaient silencieu emenl, el la pâle lumière
des étoiles fa.u ait reluire les canons des fusils
et des pistolet . Elles enlrèrent dans l'église
:tint-George et en ressortirent une heure
après portant une longue cai e. Toujours en
silence elle refJ.rent le chemin et 'embarquèrent. Le vaisseau donna le signal du &lt;lépart, el
seii !anaux rouges, allumés à la proue, fùèrenl
ver · la haute mer, laissant dans l'air léger
une colonne de fumée.

Le peuple dit qu'à la tête de cos ombres e
Lrouvait un survivant de la malbeureu e
expédition de 1815 - le général Franceschi
- el que le lendemain matin le sa.cri Iain d
aint-Georges, un vieux soldat soupçonné d~
« moralisme », Lrouva l'église bouleversée,
le lampes~eintes, la fosse commune ou \'erle...
li y de cendit et, à on grand étonnement, 'aperçut qu'une bière manquait: •lclle qui reufèrmaît le corps de Joachim llurat, roi de Naple .

Légende ou l.1Hoire, fable ou vérité, je la
donne pour ce lfU'elle vaut. lais ~i da.os la
mémoire du peuple le somenir du drame va
en s'allaiblis anL, ur le mur d'enceinte qui
enlour-e la plate-forme du château solitaire et
abandonné, les traces des balles restent ineffaçables : ces marques tragique "onl Là depui
le jour fatal, èt elles I demeureront longtemp encore comme la prem·e vi ible de ce
drame sanglant. ...
Adapté de l'italie,, p~r
JE
C,\RRÈRE .

.\lA.DAMB

Le Régent
Le duc d'Orléan était d'une figureagréalJle,
d'une physionomie ouverte, d'une taille médiocre; mai avec une ai ance et une gràce
qui e faisaient sentir dans toutes ses action ".
Doué d'une pénétration et d'une saaacité rare ,
il s'exprimait avec vivacité et préci ion. Ses
repartie étaient promptes, justes et "aies.
Se premier jugements éCaienL les plus sùrs;
la réflexion le rendait indécis . Des lecture
rapide , aidées d'une mémoire heureuse, lui
tenaient lieu d'une application suivie: il semblait plutôt deviner qu'étudier les matières.
Il avait plus que des demi--connaissances en
peinture, en musique, en chimie et en mécanique. A,·ec une "aleur brmanle, modeste en
parlant de lui et peu indulgent pour ceux
qui lui étaient suspec-t sur le courage, il eùt
été général, ile Roi lui eOL permis de l'être;
mais il fut toujours en sujétion à la cour eten
tutelle à l'armée. ne familiarité no!Jle le
mettait au niveau de tous ceux rp.ü l'approchaient; il sent.ail qu'une supériorité personmille le di. pensait de se prévaloir de son rang.
li ne gardait aucun re sentiment des torts
qu'on avait eus aYeC lui, et en tirait anntage
pour se comparer à lleori l V. on insensibilité
à cet égard lui venait de on mépris pour le
hommes : il supposait que es ser1iLcu.rs les
plu dévoué auraient été es ennemi , pour
peu que leur intérêt les y eût portés. Il outenait que l'honnête homme était celui qui
avait l'art de cacher qu'il ne l'est point : jugement am; i injuste pour l'humanité que
déshonorant pour celui qui fo porte. li teoaiL
cette manièrn de pen er de l'homme le plus
corrompu [l'aubé depuis cardinal Dubois], qui
ne croyail pa à la "erlu ni à la probité, et
n'était pa. fait pour y croire.
Madame lla princesse Palatine] aimait tendrement son fils, quoiqu'elle en blâmât fort
La conduite. Celle prince e, avec un sens

droit, était attachée à la vertu, à l'bon.nenr,
aux bien éances, à l'étiquette de son rail".
Une anté inalttirable, qui l'empêchail de connaitre aucune dtllieate e pour elle, la ffrait
paraitre du.re pour les aulres, en qui elle ne
uppo ail pas plus de besoins. Franche jusqu'à la grossièreté, bienfai ante, capable
d'amitié, elle ne cl1erehaiL point à plaire; elle
ne 1·oulail être aiméu que de ce1.u: qu'elle estimait. Elle aimaiL forl a nation, et il suffi ·ail
d'être Allemand pour en ètre accueilli. Tou
se- parent lui étaient chers, et son inclination se réglait ur la proximité du sang, même
à l'égard de ceux qu'elle n'a,·ait jamais vu .
Elle estimait a belle-fille [Mlle de Bloi , fille
de Louis XLV et de Mme de Montespan], el
l"aurait aimée si elle eill été légitime. a évérité sur les devoir excitait en elle la plu
forte indignation contre la duchesse de Berri,
sa petite-fille. On ne pouvait louer dans celleci que la fi 11ure el le grâœ ; car beaucoup
d'esprit, donl elle aLu a toujour , n'est pa
un SUJet d'éloae. ans avoir toutes les qualité
de ou père, elle en outrait tous les vices. 0
avait été son précepteur à cet égard i elle
devint bienlùL on émule, et le ·urpassa.
Le père el la fille vivaient dans une telle
intimité, quo des bruits qui n'avaient 1M
que de murmures ourds de,inrenl de propos public~, el a)ft-.renljusqu'auduc de Berri.
Sa religion ne lui permettait pas de les croire ;
mai comme il aimait éperdument sa femme,
il élait importuné des assiduités de son beaupère, et ce lier · incommode lui donnait une
humeur qu'il ne contenait pa Loujour • Il
était d'ailleur · efl'rayé des di cour· impies
que lo père et la fille alfectaienl de1•ant lui.
C'était entre eux un assaut dïrréligioo et de
mépris des mœurs. Leur impiété était autant
une manie qu'un vire, La princesse raillait
impitoyablement on mari sur ru1e dévot.ion

qui était pourtant l'unique pré ervallf qu 'il
eùt contre des oupçons qu·cue deYait làcbcr
de détruire. Le père et la fille n'ava,ii:nt, pour
e justifier, que l'exeè d'une folle imprudence; mais la folie de leur conduite et leur
indiDërence sur le propo du publie, n'étaient
pas une preurn d'innocence; cl la cour, qui
n'avait ni la ,·crtu ni la religion du duc d~
Berri, n'était pas si réservée dans es jugements. Le duc d'Orléans en f-ut aYerli, et s'en
indigna d'horreur; sa fille n'en Iut r~Yoltée
que d'orgueil; et ni L'un ni l'autr e ne se contraignirent pa davantage.
i le duc d'Orléan était amoureux de sa
fille, il n'en était pas jaloux, et vit toujours
avec assez d'indifférence le débordement de
a vie. A. peineeut-eUeépousé le duc de Berri,
qu'elle eutdes galanteries où le respect qu·on
demit à on rang l'obfigcail de faire le
avances. Le commerce qu'elle eut avec La
llaye, écuJer de son mari, fut porlé 11 un
degré de trt!nésie incroyable. Non contente de
lais er éclater a pas.ion, elle proposa à son
amant de remmener en Hollande. La }la ·e
frémit à œtle proposition, et ·e vit obligé,
pour ne pas èlre la victime de sa discrétion
ur un pareil délire, d'eo faire part ou due
d'Orléans. IL fallut Lour à tour effrai er et
llatter cet e prit égaré, pour que le projet ne
perçàl pas jusqu'au Roi. Peu à, peu l'accè se
di sipa, cl cette furieuse céda enfin à l'impos ibilité de e salisîaire, ou à la crainte de
rendre a folie funeste à son amant.
Lor que son mari fut attaqué, à Marly, de
la maladie donl il mourut, au lieu de venir
de Y r ailles pour le voir, elle se contenta d'en
demander la permission au Uoi, qui répondit
qu'étant gro se, elle ferait peul-èlre une imprudence; mai qu'dle en était la maitres e.
EUP. ne vint point; et son mari mourut an
l'avoir vue, et san~ en avoir prononcé le nom.
D CLOS.

""3o6 ....

L'amie

du

0

TOl

Par ERNEST DAUDET

Dan les premier· jour de l'année 1800.
la police consulaire était avertie que l'ancien
constituant Omer Talon, ra}'é depuis quelques
années de la liste de~ é'!1igrés, prenait la part
la plu active anx inlrigues nouées par les
royaliste contre la Répuulic1ue. on pa é ne
justifiait que trop celte accusation. Jadi procureur au Châtelet et mèlé, à ce titre, à la
fameuse affaire du marquis de Fawa.s ; compromis ensuite pour s'être entremis à l"elfet
de rapprocher Mirabeau de la cour, il était
parti de France en t 792 et n'y ét.aiL revenu,
sou le Directoire, qu'après un long séjom· à
L'étran«er. a eoodui1e le rPndail donc suspect, el le ministre de la police, sai~i d'une
dénonciation, n'hésita pas à lancer contre lui
un mandat d'arrêt.
L'exécution en fol confiée au magistral ile
sûreté Fal'del et, vu la qualité de I inculpé,
au colonel de gendarmerie Savary. Arraché à SA femme et à
sa fille, qui plaidèrent en vain
sa cause, Talon fut envoyé au
Temple. Il y passa deu.x ans.
En 1805, seulement, sa rigoureu e captivité prenait fin. On
} substilaail un internement
sur parole dans l'ile ainte-Uarguerile. On lit dan un rapport
du \l venlose de l'an XU : a Il
vi,·ifie celle ile depuis qu'il y
esl. TI a îa.it faire de superbes
allées ..• », un vrai bois de Boulogne d'ayaot 17 9. Ce n'est
qu'en t807 qu'il Cut définitivement liMré.
Deux circon lances semblent
avoir urtoul contribue à cc résultat : le incessantes démarches de Mlle Zoé Talon, fille de
l'interné, et la Lienveilla.ncc
toute particulière que téwoigoa
avary à celle belle cl spirituelle personne, dont les vingt
an donnaient tant de pri.t à
ses su pplicalions el à ses larme . Cette bienveillance fut-elle
récompensée , ur-le-champ ou
Sa\·ary dul-il s'en teniralor-aux
espéranees que peul !aiJ'e concevoir à un homme jeune et amoureux l'ardenle
gratitadequïl a su in pirer, par des procédés
générew et délicats, à une femme sen ihle?
1'outes les suppo ition sont permises. Mais,
le fait po itif, c'e t que, quelques années
plus lard, en 18] 2, existait entre Zoé Talon,
devenue, par on mariage, comtesse du CaJla,
el le général avary, duc de Rovigo, ministre

de la police, un lien intime el secret que
dévoila tout n coup le plus vulgaire incidenl.
A la (in d'un ha! donné par avary, ce
haut personna/!e aurait été surpri dans un
salon écnrlé do son hôtel, tenant assi~è ur
ses genoux sa belle maitresse, et on raurait
entendu lui demander de l'accent le plus
tondre :
- E -lu contente, chère Zoé?
Cc piquant épisode mondain e complète
pa.r l'inten•ention inattendue de la ducltesse
de l\ovigo. 'ou avons par les révélation
du grave chancel1er Pa quier qu'èlle était
alors en liai~on réglée avec lt! général lJoraee
Sehastiani et que celte eircon tance lui avait
,·alu de la part de son mari, peu de jour
avant, le plu gros icrs -reproches. Ne rêvant que repré aîJlc3 et prévenue &lt;le ce qui se
passait entre lui et Mme du Cayla, elle se

Louis XVII]

AUX Ti;LLERIE:s

(18141.

erail armée au silôl d'une carafe d'eau et
'approchant traitreusement des deux amants'.
eu aurait vidé sur eux. le contenu.
, Cet~ histoi~e dont il ne emhlc pas que
1 exactitude puisse être conte Lée ne lai erail
pas de ~airti comprendre pourquoi, en 1817, la
ugges~ve per onue, dont nous essayons de
reconstituer la phy ionomic, vhait en Lrè·

mauvaise intelligenec· avec on mari, alors
même que nous ne .aUl'iou pa d'autre parl
que le comte Achille du Caïla, par son caractère capricieux et emporté, es goût de
dépense, sa vie désordonnée, avait créé entre
sa femme et lt.ü une invinc.ilile incompatibilité d'humeur. A celte date, les époux.
étaieol éparés de fait et le. ri,1rlemeut de
Lou.te. les ~es lions sooJe,ées par celle . éparalion resta.il peo1lant, la Femme essayant de
défendre ses enfants et a fortune contre son
conjoint el celui-ci cherchant à ··en emparer.
CP rru'il
a de plu. remarquable dan
l'alfaire, c'csl que la comtes ·e douairière du
Cayla, mère de l'époux, s'était mis du parti
de a belle-fille. Ancienne dame d'honneur
de 1~ ~omless~ de Provence, attachée par son
man a la maison de Condi!, elle avait ton
les droi L pour elle el pour les sien · à la prolection de Louis XVIII. Elle
n'hésita pas à y recourir. Sa laje té répondit à a requête en
accordant une audience à la
belle Zoé et en chargeant Decazes, sou ministre, Je lâcher
àe régler au mieux le diilërend qui s'était éle\'e entre les
deux époux.
ur cette inter\'ention du ministre, qui s'exerça de J J7 à
1819, le apologi lesdeMmedu
Cayla ont gardé le ilence. Elle
crée, en effet, un souvenir gênant pour sa mémoire et faiL
d'elle un-véritable monstre d'ingratitude, lorsque, après la
chute de Decazes, appelée ellemème à le remplacer dans la
fa1·eur do roi, elle déploya, dans
le hul de plaire an parti des
ultras, qui l'avait mi e à ce
poste, les efforts les plus ardents pour effacer dans le cœur
de son royal protecteur le ou,·enir du ministre tom1é. o Lhèoe de la Rochefoucauld, IJlli
fut on ami le plus tendre et le
plus passionnément dévoué, se
garde bien, dan ses mémoires, où il parle d'elle a,·ec un
vilJrant enlhou ia. me, de toute allusion aux
erYice qu'elle demanda à Decazes. 1 'ou les
ignorerion si elle n'en avait lai sé dao les
mains _de celui-ci un éc.lalanl témoinnage, je
rnu.x:. dire ~a correspondance.
En 1817, voulanL remercier Jl, roi pour
l'accueil qu'elle a reçu &lt;le hu c-L , ':is,,11rt1r
qu'il connaitra 1·1.·s remerci~mcnt~, &lt;·'~st à

�______________

~ - 1f1STOR,_1.Jl
lit· z 11u'ell1• ·011rl ('Our lt·, lui foin parwnir : 1t You ll\Cl (IPrmi., mon icur le
c mie, que j' •us l'honn ur Je v1111. adre ·. r
œll • lellre, Jilpo il.air de mn prnfond reconnai ,a.nec. Veuille.e l1i n appr( ier rrll •
qut mï11 pir l'int 1rêl l'JUC \'OU a~ei a ,rdé
à me 1•rûanl , You: rappelant le. cru lie~
ini1uiétud , •JllÎ dilthirai nt li! c ur d leur
ni rc. hariu jour· leur ré\'elt•ra toul ce qu
,ou awz rait pour eu
Jusqu·co I I!}, ., m nife. talion d,: gratitude . ,. pour,,11h nt : a ParJonnc•z-m, i dl'
\'OU
'\'llpt:r ncor de nou., mon i ur le
corule. )J L. ommcnl n pa îou- dire c-0ml,ien je ·11i I rofondl'm nt 1011rlire de lonL re
qu rou. fou• pour nom a, ur •r un peu d
r pos. \'ou nu,·lll'l à Ioulé 1·r.lt('_ alfo1r1· une
pcr. ,~ranc• ljUi u• urrail e compar r
•ru'à rawilié .... En \'OU. parfont d1• IOUI( la
N!l'Onnais ,IOCI' •ttt« me. enfant. entiront
1ou dc,oir un jour. 1:' • t ,·011~ dir1• tout cc
tfUe j't1prom •.... u Cl L1· Mrl d loal
m \'Ïc\ celui d~ m,. eofonL• ,ont ntre ~o
111ai11 , 111011 icur. C li pen.r ~t ·on olante
pour moi. P1:n hé• d · Loule· le, l,onlt1• du
roi, j • n I ux lt: r co11na1lr ljlW par un
t:nlièr • oumi ,ion. li m' ·,-l dou 11uc ·
oriln• m oirnL tràn~mi:· pa.r ,•ou , moni •ur I t ml ; la eonh ne•• la plu hsolu •
•si dan 1111111 cœur. Elit: Ili' p,•ul .e 1·omparl'r qu · oio profonde r •connai ~alll't!. &gt;•
, ces 1•Ur ·, n pourrait n jouter d'anIr •:, r li d • lou I •- J tf •n~ ur, d,• }!me du
Ca,la •. n 1,cll m ".r • ,on onde ,1. dt: Jaucu~1rL1 ln durh,·., de Tunncrr . 1-,ll •~ t1ll wnt Louit·· •1uc Jh.1·nL fol lïn1t-rmédiaire
,J.:,ign,.: par l roi IK&gt;Ur ri!11anJr • H· liont •:. ur l\:puu 1 lhi·ur •u. •1u1 anit n1•our11
:1 .,, proL,•l'lion.
lh~n • d lit Ho1·licl' uc:111ld a, dan.
ro111~11 lor~riu 'il r~c ult• •ruïntroduil•! drjû
au Tuilt'n•·&gt;, pendant l;,
ur d I C.llel •
'Imc du CnJla rt&lt;~bl à la prii-r · du roi 11ui
lui demnwl. il in lamm •ni dt• i,t&gt; rl•n · nlr r
1.hin ~on 1·.il,11wt an'.c ,·on 111i11i. Lrc.
La , :rité, r't. 1 que. · ntraircmcnt à c
11u'il artirme •l ' c· que . uppo c lt1 ehaucdi •r I'. s~ui,•r, ell&lt;' ne prit pi)() aurrè. d ·
Loui .\ 'Ill 11u'apr'. la inorl du duc de
Uerf) 1•1 la diul' d1: Ile ·aze · 'ou. rn avon.
ruai11lt·.' ftrt'n,· . L' l •n màr 1, ~ 1, que le
futur roarù·hal d • Ca 1clla11c, i familier avc
1•- ·uulic&lt;.,I" moud, inr • ru •11tionn dnn on
journ:ll qu'on commt:r1ce à parler de la ra,· ur
Il ·~~ante dt&gt; \lme Ju Ca~I
: (( n lie. ï irituclle, furL iutri•rantc, tn' mani :r :c, t:11,• a
t1,ul · qu'il faut pour dcv •ntr une fa ·orit
:t ·1·omplit&gt;. • Iluil moi plu. lnrd scuh•m •nl,
t•n dt.11 rml, ·• (,.1 llorh foucaulil a\olle à Villèle a 1pù•llc a rt-mpl:i~é Dc1·nLC dan' la
ra,··urd11roiq111 oi"1teforlsa ·inver,aliono.

r.nt

1

+
\pr
l'a,, ,inal du dllc dl! .ll·rry.
l.otw XYII I, okéJé p r I
upplicalioo de
i.on frèr •, !, c·omt,~ J' \rloi·. et de , nï ·e,
lri JuJ1t·. d'.\11"011lèm •, a,ail ~,i crilier
préPr11 «· 11u·u11 appelait alor
la rour, et I' 11uign •1· 1fo ·a p r-

,.
Il l'a,·11il •r 1 i du• t 11 1111n1: on amba . adt&gt;ur à Londr11 ' . ni ·ht'lieu. t·n prena.ol
1 po1.u· ir, a\'IÎl i •é c~• _a,·rilire. I.e roi n
- ·• était résign • que la ruorl dau }t' œur.
1 'ayant jamaî
u t! pas er d'une fJ,·orile ou
d'uu fa.,ori, a1 nt ru tour à 1our la comt ,
d l\albi, d'.\1 r.n, Ula ·a- t enlin]) ·az • ,
l d :pari de t-elu'i- i lai il dans "a rie 1rn
vid • diffi iJe à ombler. Le om·Citir a d, n
f.aJ et d • .on ami. 11 lui ét.aiL alTr ·u em ut
dou lourt'us.
· llfll',

l)uellfu•·

110111~1

Il felh1l ,lnnc d1 ..rchcr
o!,jl'l qui l'en rM ,lHarhèr,

U11füréc d1·pui· p u pnr un• entcnr- judici ir • du j II conjn ... 1, ,\lmr du Cal·la st.·
lrunva li, 10111 à point pour occuper tian.
l't&gt;ntoura,!e du roi 1. 11lac&lt;' ,-ac.111te. La ll11rbt-f11uc uld . e \'lllte d l'arnir d •pui lon~tlllllps
pr •par·· il cc rrîle, el 1,ientill. l'll 1•11 •l. 1 rt
Ùt! on rlé~:irlf;e, d. Il e ·rriL l'l de • Oil
ch, rm , i prupr · 11 ~ duire le ,icu ~ouwrain. clJe t&gt;tnhl n'a\'oir r rnu~r: . liberté
11ue pour se &lt;' 111, acrer luut entière 11 lui.
Il lui :-uifit d1• 11ucl,1ue •nlrNÎ,•11 - \t!C
Louis X\111 pour le r.aplh r jamai· . .-\. la
lin Je 1 ~ 1. .a fayeur h3llail ,on pic.in.
« J'ai deux rommk inn à ,ou. donner pour
\lm· Ju ,la, frrhail :ilurs l • comte d".\rroi.
à S thène· de la Bochduuc.iuld: fo prerui' r
e,l d, me féliciler rcc ell1• du meilleur éll!l
dti I santé du roi, el la econde, &lt;lit •~lui Je
jouir en pai do n11Llc 1ha;?' 11o'ellc foil de
l'alli et ion l d • la confiance de mnn l'l.f ·lll'ul
fri·re. »
L
LituJe du cornt d'-\rtoi pour ln
'c plrcp1:iit dè c moment d'autant
111it·U qu ltu Ju ri!la était e11 Lrain d
l'OntriLucr at:11\emrnl à la chult• du r 110d
lllitti,lèrc Hirllt'li(•U, qui ;nait(' ~l' de ri ir ••
el à I' r·uenwnt de \'illi•lc au pomoir, ·età-dirl' à une première I d tci -i1,• 1idoir • de
la J&gt;oliLiquc de ullra: .. lair11,,,w1I, :•ràtt• à
rll , i tiendroul le roi 11u1 .i lou••li•mp · I •nr
a r; i-rt: 1·l lui impo t•ronl 1·ur:- volonté . l'n
peu plo lard. lo~qu, \'il] 1 · ra ol,li" · tlu
,e uè[ •nJr l'Onlrc li! l'Ji l'IIC d ~ lm,111111·.
,111i ît:Ul1•nt, apr ~ ra\·oir ehoi. i, 1 rPOl"('r,t&gt;r
011 vt'rra fm ùu C yla a ·ur •• Je s Jumin Lion ·ur I roi s'u11ir · l'lll, cl 11 l'enlt:ndr, 'é ·ricr :
- LI fout ru rel J'c.mporler. J Sl'Courr i
le pclil \iillèle. lt me crnint plu qu'il ne
m'aime; ct:la m·e-1 • al; 1 pctil bo11tm a
peur. Je \ai· continm~r à lui monlrt·r le,
1

dent·.
lai!, à l:i flu d t '~ 1, c di;. enlimcol
o·ool pas •nc-0re édaté; on en e:;t au doue u~ de la lune dtJ mit:l.
' lie t•po,111 ,
~ïl fout l'fl ·roir · I,•~ potin dii la cour, l •
b au ; o Luco ,a d1n.1ue matin porter à \ïlldc I orJr de la fa1·orilc. 1aL il I a
beau· up de rnnlllr&lt;li,c tians ·e ,lir ·,1ui
'ac· rJent mnl a,•ec re qu'on ail &lt;lu ~-:i.rncl'r _i peu oupl • d \ïllNt.
Cc lull · d'inllue11ce nalurdl~nwol amont la lcri, cl dom, ni lit"u nu. rumeu ·
1• plu ltiz:irr ,_. En juin 1 25. l&lt;&gt; hruil
i.:ourl 1111l• 1'1111 J · mj ni Lr . , 1. dl' r•c onnel,
... 3o'3 ...

mPn:i~ dt• perdre . pfocv, •e~L Lirr. 1l'alfairc,
ru d ·1·e11:int l'amant de 1. faTorite. lai
L-C4'
n · '! E t-il \rai 11u'au moi~ de d r111br · de
la 111èm • anué •, ell • 't:ITorce •n ,·ain &lt;l • r ir
nomm r , la marine le duc de IJoud •nu, ille,
p~rt d .on ami .'o.tbene, l célui-ci à la
JiIT Lion ém:ral~ ,le pcl'!e~? E~t-il rrai IJU
rcderenuc · udain fa1orable Il Yillèl cil lui
a. u r iJ bon pri le ooocour Je quntre journau et 11ue c·e t Je roi qui pa e? li fout a.-sur 'ment
d :r.er d · la plupart d •s afflnnalion. émi. r par L l\ochdoucauld tlan. e
mé1110Îl'Cl.
C'est in i 11u'il _ trompe lor~1p1ïl afr.rme
qu'apr· l'e.'&lt;pédilion d'fupa"nc Mm· dn Ca)la
a &lt;Jblenu du rni pour Yillèl I le cordon du
• ainl-E.pril. 1uutt aulr
t l:i ,·érilé. aiu~j
qu 'rn témoi.-..o c billd du ,1mv rain h on
minbln•, écrit le jour m, me oi1 e.st arri\' à
Pari ln 11001 ·li qu · le r .\1,. · ndre ,·icnt
d',rn1.,, r à t:h t aul,ri, nJ le cordor1 de ;unl.\r.dré · · 1 l'ouo ~•t La f Prronna vicnn nl
m~ foir donner par l't•mpt•reu~ lt~1,111rlr
un . oufnet , ur Yolrc jou •. 1 i j ,ais lui
donnn la rh:1.~c 1•l l p:i, r l•n monnai • de
nt ·illeur aloi. Je
uonuue. mon cher
\'ifü•l , cù ,·alier J me ordr . Il ,aient
rujeu · ,,m~ le i •n,. »
IJans
mémoire·. \'illèl • l Lr\ · olir ·
de détails n ce nui tourh lme du a)la. Il
en parle ~an. élo
l' e. -;r,- comme au. i
an raucun . ll dt• même c billet, qu'cl.l
lui :i él·rit apri· 1,• d· ·· du roi : c J'ai la
mort J:u1 le · ur·. • ·oul&gt; a\'on: l'un el
raulr tout (' •ru llOII pcrdon .. Votre mot,
mnn ami. tul! fait du Lli ·11. • ·ou: enlon ·
en, mbl . Cel admirahlc roi cra toojour
1111 lien nlre mu, cl nrni. "
1!. I J'épo11 t·
p,1ss 1 • ur tl ,i •ille, qu •rellcL
\lmi&gt; du
:nait Li ·n raÏ,-.t10 d'app,·l,•r
1 rni * t'P prjnce aJrniral,lt-. J ,\,Jmiraltl,·, il
1,i r,11 pour lie en efl'cl. Il hl J't•ll pe11da111
lroir an la rein Jr }•rance l'l elle eu profila
l.ir"eru 'Ill. f:ll · éLait ruçu • lou 1•s mercredi,
·l 1 , nudien · qu'il lui at·1·orJait durai 1
pJu.._j ur, heur 1 •rtdant lc.,1uell •~ la porlc
du •,1lti11 t ro~nl r ~lait h •rm ;1i11111•1nt-nl d11 e.
Les hui ,io r~ \'aJ •ni ordr · OP 11'enlr1'r ~ 11.
nuru11 pr 11• te. .i r1 our •u_e ·1:1i1 ln conigne qu'aucun J\•ux n'cùl o.é I' nfrei.udrc.
'n jour rpt . lm• Ju iiyla élnit ,1imi en tèu•
têl a\·ec le rui, cdui-ci malatl el d'une
làihl ,, c aU'rru u a~ai•t ,oulu 11uitler . on
fooL nil lon1ù;
la r •mers • ur 1 l pi .
lm du Ca, la qui 1ait •'-al•: Je Il! r'l ·nir
roula par lt'rr • 1r1 lui. Tous d u~ pomai •nt d &lt;·ri , 1p1i arrirafonl ju. qu'à l'antitbambr . lai pcr onne ne , inl à leur . ._
cour .• les eus cro,nnt à une ru,•. Il 11' •nlr~rent 11u~ lor ·qu • l:t fa,·orili•, n~·m1l pu
relewr, 1 int cll ·-m •m ouuir la p rie en
nµp ·lanl.
luJ ip uJ;1mm,•nl UI! Cl's enlrl'lien conli11 •oli •I , l • roi é i ait · on ami tou lt•
jour et ouf •r1l plu i ors foi, p r jour. li
o' ;uiiL pa rar qu' •n entrant chei lui on le
lrom:\l en tr:iin de lui éi·rire ..h c précipitation, il cachait lor la feuiU c11mrne.ncée eu
jrt nt d, ·u- qu 1'111e ·-un, de papi r épar,-,
1

,ou-

0

0

3 lal,II', .\pr~J 1111'il . c lut alité pour Ill·
fllu c relc\·er, ou r troum 1111~ letlrr in:ith ,é' d .tin,:e 11 llmc du C:11la ,1 qui. par
or~rc d~ &lt;:omtc d".\rtoi. • i•ll • fut r ·mi e tell
1111 ellt: ela1t.
C~ n·,, .1 fl•1 . par c ·, _ ·uL . i:.,'Tlt&gt;~ ◄ rue .
ma~1I t3.11 .,·,. il,lement la fa11•ur ro\'ale. Milh·
pellls dct:uJ~ lit trahi ~iet1t
•
· mpl • J • mol d'ordre
' romme [Mr
'l Ill' cl1 'fUC . oir le roi
dunn:iil pour la nuil an
n1pitai11 • d •anlt• .. 11
kmp.- d,· IJP~7.l· , re
mot d'ordre ;tait suu' 'Ill: a .';iint Elie 11 •
'.•1 du C:n l:1 cntr l'~
,,·i•Jl ',
/1
aÏIII füi1·
11 ~,=,h
ainte Zo1: :
11 -• inlc-'tm:..,o,.._.nt-1,,.
flui : ain«--Z,t◄Ll.a-Ho­
cbelfo li, p,1r ;1 ll u~io 11 à
un . lerr · 1111 pu~ ldail
lu rnorite 311 t:ll)'Îrnn
dt: l' •Lt . vill,·, nu 1,i •11
ncr,r : u s,1in1. 'o. thr\m

de brîllnn1 , !'ne autr,· foi , le roi lui olîrl'
nnt~·u •ild · EYan:.:ilt&gt; . nperLcrnent rcli~. ,·mlwlh J11 nonihreu e. gra, nr •. •l où I fcuill •
de ~arde _d ·,dit gr:m1r 1 . • ont remplac'
par de. b1lll'I dt~ liarnpie dt! mille lranc .
i jam:iis ,·ou · to111l&gt;e1. dan l'3dwr iL~.
,lit-il, PU le lui offrant, ,·011 · trouver •z dan~
ce ainl lhT 11n . uula::emenl enicaœ.

,r

ainte Ziw ,, dl:1111milion choi ic,: par Je
r~i . l~i-rnêm et qui
r,·wla, 11l combien Il'
pour. oi1ail le ,ou~enir
d • 1. bt!lle cbarmcu. ,.
IJ'ailleurs, il ue ,., rhnit
uj ,on admiralion ni
l'ir1térêl qu'il lui portait. l1Pre1:1il-il 11u l&lt;rue
étranger d, marque, 1•
Ju J \\ dlin••tou. par
• emple, il nr u1a.nq11. it
I'• · d lïu it,·r i, alln
wir \lrm• du Ca)la.
·I

11

L '.AJK1E

DU ~01

---

~a ré ignation ile dt•Vt&gt;111r propriétair,, du rM1· Il J ,'ainl-1 hwn oir I • rni. en 1. 1 , . ,;iit
~igné ln fameu c d,:dar:ition et qu'il avait rachi'! • •I 1, iI r • t· 11r •r pour ·011 aru,e.
EII • &lt;'n prit po., .ion lt: ï mai f 2:ï 1•1,
par orJr • d,• ~un ,,i rwur cl maitr,•, , donna
à celle o~jon une fèt,, plendul don 1 011
peul lir,• le compte remlu J. ns I&lt;'~ joum u
du ll'mp·. C'c L le ~inIr t aL ) •~ni l'a, il
1,rgani. {, • Le imiU.
élaicol , 11 uoml,r1! d •
QU Ire nnt \Îngl-dnq.
fous l1•s me111br1·s du
l'o I' diplnm 1i,111e
ti::11raient, a11r11n ,l'ru
n', anl 11. tÏ n·fu r de
1·f'oi1· r1•ndr hon11uage
·, l'aini du roi. L .
,1e1111s a\airut arrano4l
1111
ail• Je pc:ct:id •.
I.e· roru it- le plu
r.:pulé~ du I mp~. \(rue.
·"ante, Cinti, Uonlan r.
lli"aud, a,·ec leur l'~maradc. Poli r, llnet el
l'hilipp •, y Jollèr nt un
1auJc\'ill Je rir n.-1 ne t ln l' n,ndit nui le dan, le nnd .n1011 et. landi &lt;fllC Il'.
,·hwur de l'ÜJ•fril rntmmaienl une ni.ateui
l'honneur dn r,,i, onJ _
cumrit un 1ahleau plat·é
au centre d'un ,. ,t
panm•:in en \t lou,·s Lieu
Il, 111J1:Ji.é J'or, 1cint
par Gérord til r&lt;•pré,enLint I donatPur d ,;mt
la LaLlc d · tr:i,ail en boi
lllanr.qu'il a,.iit rapporL' d'llartwdl. La. munifü,cnc•P. ro ale rq,r,~t-1tl ait au 1111:il un toilliun, r• qui ail ,te J.
d, ré &lt;l~ I' , ur a11qu1•l
)lme du CnJln élail pnr0

+
.\ cha11ut• pa 1• d •l\1pul11~i • q11 ïl a cm1sa,•rt:
:1 ~a lwlli• :irniP, Lli Hotb11fo111·a11IJ 11uu. pari
Je on dé, inlérr :,;cment. lai. c• qu'il eu
dit c.,I ,i frt:r111cmnic11t
Clllllro111é ')li 'on IOUch1·ra de plu: prè ;,
la ~érit: 1 o ,uloplant
l'opinion émise 11 t't! uj •l par Villèle. H ,·ouf• . c tout nel « qu'il rroit 11u'ell1• o col1lt!
l~aut-oup_ d'argrnt à la liste cirile . ~ i&gt;xa•~ron, r1e11 · ·p •nJarrt el tl'T1011. pour
1 ~11 1pie. ~t•• liliérntil,: 11u'ellc rt•çut Ju roi,
pr_1ses J 1.ulleur· ~ur la c;1~srtlt•. ne ·at1f'llc11I •Ir• c ,u,pan:e,, ll pro,li~alité. faite
par Loui. . 'I\ el Lou i, XV ~ 1•ur ... maitr •~ c .
••I au détri~ •_nl du lr :,or puMic. Jn pourrait
prc ·q_uc rfunr~r _I total d,, &lt;'ti 110 ïl lui 11
J11 nn •. Quand il JOUail nm frhecs nie• J11,
li• r • · ,·ait i millf! frauc i clic . "11'1Ïl et•
.i cll~• J~rd. il. q11\l1p1e 1· nt f raue:, r11111 ;
~ 1• b, n JOU,. ». \u Jour de l':10 cl
3 tète
dl r •re1·ail un ~~au 1:, d •:111, Je br loipic.'
prél'ieu.es, Je bJJOUJ:. 1111 portrf uill ur111:

,w-

CUcht s,...,,
COl!rl

E ,,

CAYLA.

,\ en. croire La n.,,·bd' ucauld. il n'eut
lcuu 'l~ à cil flll • I don. ropu, fit ent
plu frc11urnls et plu, manuilique . cn~i .1
· Il e refu.;.ail .an· Cl' , .œ 'lUÏ
" ne1
a fli. ~ que
la1SSa1 pa. .Je c'1;inrin1•r le roi. U dédarair
alor 1111'apr·•s lui elle lrou\'rrail. '!l'àcc i1 un
ll'stam .. nl J~;J~ fait. tunl C. •1u',:Ue afîl'Cl;tÎI
d,, ne \Oulu1r pas prendre 1uni11tcnaul. \ ous
d _._,un.- ~uppo,er IJU 'il y a unP ,.,r nJ . part
tl lll\'enho11 d:111 c' prélC'111/us r ,fu Joni
~ou. ~e pournn m.alhcurcu clhcnl control •r
l cx.aclllud • Ce '1.ui ulori,e h le penser' c'e t
&lt;JUt d n une c1rco.nsltl.11t·1• où la génëro it:
r~yalC' Cul soJenncllc cl publi11u • la frtvoritt1
n ·n n·pon,. a pas 1. t•llt·b, et qu' •lit' dut à

...

-

01 I''"

\t•Dut• ..

En re lrmps, du r ,_.,_
.,,. il n' 1 ri,m •1u'ell
n'oLticnn . Elle cxprim
le~ :..jr d'a,11ir ,011 portra I t. I.e roi I command
j G,:r ... rd t'l e 1·
. .i• !Jllmze
.
.
"
n 1. t 1e prix
n111le frnnc . que Cbarle, X pmera en l ~W.
Elle fa,1 :nu1.r à. .on fr r • 1· ir"ofr I T:ilon,
1: c11n1111amlcruenl de la J,ri,.ad de~ lan1 rs et hou. rd
de la n,U'lle. Pour lui
don nt•~ Cl" e11111111a11&lt;lcnt •ni• ,,11 l'enl,'·,·c au duc
de G111dll! r11i'on non11ue.
titre de d ._
donunag~mcut, li u~11~11t-"é11 rai, ,nec ~ _.
dt!UX ancu Il ~m. d .\n1hrun '3(' ( 1 d'E •ar
nr le du. ill!,')Ul!I il n'a 1 ,·ouli
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r~"lll! ,1•r11alilemcut. r,uranl !'lm •r J... 1 &lt;&gt;~

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Il;

_,,,

�msTO~l.11-----------------------tout Pari' 'émeut d'un aceiùent où tlle a
failli perdre la vie. Elle e promenait a\·ec
o thène de la Rochefoucauld dans un traineau aue.l' de chevaux arabes, lorsqu'au coin
de la rue Dupbot l'équipage a versé. C'e L
miracle qu'elle en ait été quitte pour la peur.
a yie alor est une Jëcrie, grâce à la faveur qui l'auréole et qui lui vaut autant de
oUicitations que d'hommarre . ll existe à fa
Bibliothèque nationale, section de · manuscrits, un vieu, ea.bier échoué là on ne sait
trop comment el ur lequel la dame de compagnie de la fa,·orite a 1kriL sous sa dictée le
ré umé des réponses que né s itaient les
innombrables requêtes dont elle ét.ait l'objet.
Tout le monde s't1dresse à elle : d poètt&gt; ,
d gen en quête d'emploi des fialleurs de
Loule sortes, Fievée, la duche e d'Abrantè ,
le gén1•ral duc d Avaray qui voudrait avoir le
commandement de la 19• dhi ion mililaire.
Elle répond à touL le mond , mai , en fait,
rares sont le circon tances où elle rend .ervice. Il est vrai qu'elle esL d'une habileté sinulière à donner de l'eau bénite de cour. A
on amie Mme de Yibraye qui l'a sollicitée,
elJe répond: « Je dicte, n'ayanl à moi que
mon e prit de libre pour vous roffrir avec le
reste de ma pensée. » A Lanre d'Abranlès :
« Je n·ai à vous offrir, ma chère Laure,
qu'une amitié sincère et une bonne volonté
dont vou [le pouvez douter. » A un courLi an qui ,·oulait écrire ur elle: a Moins on
s'ocoupe de moi et plus je sui beureu el), eL
à un q11émandeur qui avait faiL uivre a
pétition d'un petit cadeau: « Je me sui prescril une loi invariable donl rien ne pourra me
faire départir, celle de ne jamais accepter 1a
moindre baimtelle. &gt;&gt;
Cependant, la tyrannie du maître, quoique
cachée sous les fleurs, ne lais e pa d'être
parfoi lourde el irritante. En 1 2~, étant en
wyage de villégiature, 1a favorite écl"it: « Je

n'ima&lt;1ine pas recc\'oir grand'cl10cC ici; on
est de si méchante humour de mon petit
,·oyage qu'on voudrait m'en punir. Ce serait
par trop fort de me croire à la Lâche. Ainsi,
je ne pourrai plu remuer. » Ce cri de colère, r vélateur de l'impatience avec Laquelle,
à certains jours, elle uhit on jourr, nou
conduit tout naturellerneut à la que Lion
posée depui qualre-vinats :m devant l'hi Loire : De quel prix Mme du Cayla a-t-elle
payé les bienfaits qu'elle recevait du ,,ieux
roi dont elle fut la favorite el la dernière
amie 1
Quand on sait en quel pileux t!Lat phyôiquc
était déjà tombé Louis :&lt;\'Ill lor que commencèrent leurs rapport , il est malaisé de
croire qu'alle ait été eJtectil'emenl a maitre se.

Sans parler de, soixante-cinq an bien
sonné qu'il avait alors, cl bien qu'il eùt
conservé la plénitude de · qualité intellectuelles, on corps n'était plus qu'une plaie :
une suppura Lion aux genoux, une autre
sous les pied , nn eaut re au bras gauche.
Reiset, en racontant dans ses souvenirs
que le malheureux roi a tombait en pourriture l), n'a rien exagéré. Toul au plus donc
pourrait-on supposer que les joies que pouYa.it lui &lt;lonner la favorite consistèrent en
quelques privautés plus ou moins innoc.entes.
J'ai eu dans les mains une lettre écrite,
vers ce temps, par une. jeune remme au sortir d'une audience intime que lui avait accordée a ~faje té. Elle raconte que le roi a
voulu la prendre ur es genoux « pour la
dorloter comme une petite fille », fantahe à
laquelle elle , ·e t dérobée « n'aimant pas ces
manières l). 11 n'est pa invraisemblable d'admellre que c'e là &lt;1 ces manières » que se
réduisit le commerce amoureux du roi et de
Mme du Cayla, bien qu'elle ne lùt plus d'àge
à jouer à la petite fille. On a racon Lé qu'il

aimait à répandre du tabac sur l'tlpaulo nue
de sa belle amie el à le humer à celte place.
Cela e dLait couramment alor , et Ca lellane nous apprend qu'un jour où la favorite,
ortanl ùe chez le roi, traversait le salon des
garde , ceux-ci a1Jectèrent d'éternuer bruyamment ~ur son pa . age. Mais, n'y a-t-il pas
daos ce propos plu de malignif I que de
vérité~
Au urplus, quel qu'ait été le c.iraclère de
celle liai on, Mme du Cayla en tira une inll11ence clonl 1 ultras ne manquèrent pas
de profiter. Le c-0mte d'Artoi el l'au ti're
duchesse d'Angoulème lui f urenl Loujour
reconnaissants de la manière dont elle l'a ait
exercée. Lorsque le roi allait mourir et qu'on
ne avait comment lui apprendre que l'heure
était wnue de reœwir le. dernier sacrements, c'e L 1i elle qu'on recourut pour 1'!
dispo,er.
Elle avait espéré hériter de lui de grandes
rich .e , c'e t La. Rochefoucauld qui le donne
à entendre. En fait, le testament ur lequel
elle comptait ne fut pas retrouvé el, sans
doute, n·avait-il jamais existé. Charles X répara lanl bien que mal la négÜ••ence de son
frère en accordant :.i la favorite une pension
viagère de \'În t-cinq mille francs el en se
chargeant du coûteux entretien du chàleau
de aint-Ouen. Il lui mainlinl, n outre, se
entrée$ &lt;lnn.s la salle du Trône. Mais elle n'en
u a guère. Elle avait quitté la cour et, dès ce
moment, elle voyagea beaucoup. En !827,
elle était à. Londres, habituée du salon de
Wellington; en ·I 3t, à Jersey et en 1 55,
en Hollande. Le lmlÎt courait alors qu'elle
avail été très tendrement liée avec le comte
Lucche i Palli et mêlée aux préliminaires du
mariage de ce gentilhomme al"ec la duchesse
de Berry.
Depuis lon,.temps on ne parlait plus d'elle
lor qu'elle mourut en l 50.
ERNEST

:N°APOLÈON A .\.!ITORG.A. -

L'E\IPEREOR SE FAIT PRtSENTER LES PRISONNlE;RS A~GLA!S 1::T ORDO!'11''E DE LES TIIAITF.R AVF.C DES

Gr-:iv11r-, Je

SAMUEL CilO~I;T,

OINS PARTICULIERS.

tfapres ,~ labletm .1'111PPOLYTE LP.CO)ITE, (M11see de Ver.sailles. )

DAUDET.

Mémoires
Concussion ro:yale
Janvœ1' 1743. - Voilà 11ne. aventure horrible pour la réput.ation du roi [Loui · XV], el
qui doit aflliger tous les citoyens : on l'a
contée de deu:daçons i je me sui attaché à la
meilleure, mais je voi qu'il faut renoncer à
cette meilleure leçon, el oublier la plus mauvai e, i nou:. pouvons.
Il a para un agrémenl ou bon du roi,
igné de sa propre main, pour la place de
Cermier général qui viendrait à vaquer ; cela
a co11ru la place, on a demandé à quatre ou
cinq personnes s'il voulaient l'être: il s'agis-

ait de donner à prèsent 50 000 lil'l'es, cl
autant quand on y erait in tallé. Plusieurs
ages ont refusé de làcber leur argent paur ce
galimatias.
Enfin cela est , •enu aux oreilles du cardinal
[Fleury] ; on Éminence a écrit a11 roi une
longue lettre de réprimande dont Sa Maje té
a été fort piquée. Dès que a ~taje lé eut reçu
celle lettre, elle manda ?!Ill. Orry el Maurepas,
enjoignit à celui-ci d'aller sur-l1rebamp à Paris, ordonner à 1. de Manille de faire loules
le recherches pos. ibles pour punir exemplairement cette insolence. On a arrêté du monde,
des femmes et des avocats, comme s'ils
avaient eu part à la contrefaçon de ce bon :
on l'a cru ainsi. Je l'ai publié de même partout où il en a été que lion ; mai voici qu'on
a relaché les pri onniers el que l'affaire e l

demeurée là, mat·que certaine que le bon e t
Yrai. Peut-êlrc arrive-t-il que le cardinal
et se vrais favoris 1,nt assez ennemis du
roi pour nourrir dan le public les apparences d·uae telle faute. On dit aujou'J'd'hui
que le roi étaiL ine quand on lui fit signer
cela; que a Majesté 'ennuie ouvent, et ne
se couche quo très lard chaque jour, _qu'elle
voit des filles secrètement, et qu'elle ne aurait vivre si cela dure, que es mœur se
corrompe.nt chaque jour. Je détourne de moi
la foi à de tels bruits, je me persuade que la
crainte du vieux précepteur [Fleur J donne à
Sa Majesté one oisiveté et une crainte qoi la
plongent da11s ces apparences, mais qu'elle
va s'en relever sitôt après la mort de ce vieillard si exécrable à la patrie.
MARQUIS

n'ARGE1 SON.

du général baron de Marbot
CHAPITRE VU'. (suite).

Ilien nou en prit d'ètre ur nos "'ardes
car peu dïo tants après, sept ou huil Espa~
rrnols, dont deux montés, firent feu ur nous
d'un buisson derrière lequeJ ils étaient blottis.
Aucun de nous n'étant blessé, no deux housard" riposLèrenL avec leurs carabines et
tuèrent chacun un ennemi. puis, mettant le
sabre à la main, il fondirent rapidement_ ur
les autre . J'aurai bien Youlu Jes suiVJ'e
mais le cbeYal que je montais, s'étant

di

... 310""

ferré sur les caillon:x, boitait si fortement
qu'il 1?30- fut ~Po, sible de le mettre au galop._ J enrageai d autant plus que je crai?11a1s que le_s housards, se. laissant emporter
a la poursuite des ennemtS, n'alla . ent se
taire tuer dam quelque embuscade. Je les
appelai pendant cinq minute ; enfin, j'entendis la voix de l'un d'eux qui disait a,·ec un
accent fortement alsacien: &lt;&lt; Ab I les brigands!. .. Vous ne connai ez pas encore les
hou ar~s de Chamborant l Vous verrez qu'ils
ne plaisantent pas!. .. &gt;&gt; l(es cavalier ,-p.-

na_ienL encore d"ahaure deux Espagnols, sav01r : un capucin, monté SUJ! le cheval du
pauvre Üe11tenanl de cha eurs, dont il s'était
pass~ la giberne autour du cou, el un pay an
place su_r une mule, donL le dos portait au si
~s ?ab1ts des ma]heureux fantassins que
J am u:ouvés ruorts. Il 'tait tlvident que
nou teruons les assassin !. ,. Un ordre de
l'Empcreur prescrivait formellement de fusil!er ~-le-champ tout E pagnol non militaire pris les arme à la main. Que faire
d'ailleurs de ces deux brigands déjà gr1ève-

�H1ST0~1Jl-~----------------------ment bics és et qui ,·en.aient de tuer trois
Françai d'une façon i barbare? ... ,Je pou sai
donc mon heval en avanl, afin de ne pas
ètrc témoin de l' xéculion, el les bou ards
pas èr1•nt le moine el le paysan par le arme ,
en r 'pétant : « lt ! vou 11 connn.i. z pas
le Chamboraol ! u
fo ne pouvai compl'endre comment un oflicier &lt;le cba urs el deux fautas in du corp
du maréehal 1 el· trou,·aient au .i prè de
Tarazone, Lor crue leur régiment n'y étai n.t
point encore pa · • : mai. il e l probable 'lu•
cc malheuretn, pris aiUeur-, étaient diri és
ur rago e lor que les E pagnol qui les
condui:saient, ayant su la défait de leur
compatrioLc· à Tudcla, s'en étaient ,·e11gé. eu
ma. acrant Ir prisonnier .
Jo continuai m, roule dont le début était
fort peu encourageant! Enfin, apt'k qu lqnes
heure de marche, nous aper ùme , •o plein
cl,arup, un feu d.: bil·ouac. 'était ct&gt;lui du
po te déta('hé par l'avanL-!!llrde t'rauç:1i e que
j'aî'a.Î. lai,; L'e à Tarazone. Le ou -lientenant
qui cou1manùail ce dJlacb ment, n'a)'llnl aucune nou,·eUe du mar1:.Chnl Ne· . se disposait
à relomner vers Tarazone a11 point du jour,
a.in i qu'il en avait reçu l'ordre. li :wait que
nou n'éLion qu'à deux petite~ lieue' d'Agreda, mai ignorait i ce bourg était occupé
p:ir de Lroup&gt; de l'une ou de l'aulr nation.
Je me trou1'Ui alor dan u11e bien °rande
p rplexilé, car le détachement d'infanterie
d •rail 'éfoio-ner dan quelque heure , el i
je retournai avec lui, quand je n'avai peutêl.re qu'une lieue à faire pour ren ontrcr la
tète de colonn du maréchal r'ey, c'était
faire prruve de peu d • coura"e el m'expo er
:w. reproch
do rnaré ·hal Lanne . ll'uu
au'tre côté. i le troupe du maréchal 1C)'
e troul'aienL l'ncore à un ou d u.x jour de
marche, il éruil à peu près certain que je
erai · ma ·sacré par lt• pay.m de .. montagne· on par le .oldat qui ·y élaienl réfugiél:, d'autant plus 11m• je ~ rai5 olili é de
voya er seul. En ·lfot, l deu · braves houard · qui aYaienl reçu l'ordre Jl! m'ac ompagne.r ju q11'à ce t}U • nous Lrom•ion · le pdolon
&lt;l'infant rie, J.evaicnl retoura r à Tarazone.
''importe! ... Je me décidni à pou er en
avant : mai . celle délerminatioo prise, il
rt• tail encor&lt;' 11nè grande difficullé à vaincre: t•' :1.:iit de trouver une mouture. li n'y
a,·ait dans celle -olitude ni ferm ni villa 0 ~
où .1 • pus.e me procurer un heval · celui que
je montai b itail horrililem nt; teux de ·
housard. élai1:nl Lr...,, lati!!l1ës; d'ailleurs, au·un de œs homme. u'aurail pu me prêter le
i n, ns èlre ·éyèremenl ptmi par e d1el\
l• rè••I m nts étant formels à œ . ujel: en.fin
le cheval Je J' urficicr de chas eur , aianl
reçu pendant Je
mb, L une balle dao ln
cu.i e, ne poll\'Oil m _en'Ïr. Il ne re lait
donc plu que la mul, du p.1ysan. Elle était
magnifique el appar1cna1l, d'apri le loi de
la mcrr •, au deux housard;, qui comptai ot
bien la -vendre à leur r tour au corp d'armtle; cep ndant, ce deu1. lion oJdat n'bé.itèrcnl pa à me 1a prêter et placèrent ma.
·ell . ur on do . Mai celle maudite bête,

plus habituée à porter le bàt qu'à êLrt' montée, se montra tellement rétive et :i enl.êtée
que, dès que je voulu lui faire quiller 1
groupe d chevau , elle s mit à ruer et ne
,oui ut jamais marcher eule ! ... Je fn oblirré
d'en de cendre, ous peine d'èlrc jeté dan
r1uelque précipice.
Je me décidai dbnc à partir à pied. J'avai
déjà pris congé d J'ollicicr d'infanterie, l r que cet ex.ceUent jeune homme, nommé
lf. ra . in, anci •n él""e de l'École militaire
ile Fontaineblea11. oi't il avait été lié avec mon
malheureux frère Fllix, r,0urul aprè· moi, en
di ant qu'il aYail trop de reorel de me voir
ainsi m' xpo. r tout seul, l que I.Jien qu'il
n'eîJ.l pa J' rdres à cc ujcl, et que se ,oltin-eurs improvi. é fu. nt tou. de con.-cril.s
inhabile~ el fort peu anuerris, il voulait m'en
donner un. afin que j'en · au moio on ru il
el quelr111e cartouche· en cas d'alta4ue. J'acœptai, el il fut convenu qu j renverrais le
l'anta in a,ec I corp · du ,naré ,bal Ne)'·
Je me mis donc en roule avec le ·oldat qui
devait m·aceompagner. C'était un bas 1'ormand, au parler leut, et cachant beaucoup
d malice sou une apparente bonhomie. Le
·orniand · onl généralement braves; j' n ai
eu la preuve lor que je commandai le 25tt de
cha eur , don lequel il )' en arail iJ à 600 ;
ccpcnùanl, pour savoir ju qu'à quel point je
pouvais compter . ur celui qui rue ~ui,·rut, je
(l..'\U ai a:rec lui chemin fa.i ant, et lui demandai 'il tiendrait Ierme dan: le ca oi1 nou
ter1011 attaqués. Mai lui, . ans dire ni oui ni
noo, me répondit :
Dame ... il faudra
vouèr! .. . u D'où je conclu que mon nouveau
oompagnou pourrait hi n, au moment du
dan,,er, aller voir re 1111i e p:i ·sait en arri:-.re.
1,a lune YenaiL d• terminer , on cour ; le
j ur ne parai ail point encore. l'oh curilé
était J venue profonde, el nons trébuchions à
cha.qne pa sur le· o · caiUoux dont le enli rs de ces montannc onl ·ourerl . La itu:itio11 était pénible. mai. j'a,·ai· re pérante
Je LroU\C.r ,ou peu ùe l mp. le troupe du
maréchal 1·e~, e1iéranoo qu·aurrmentait encore la rnncoulre que non ŒOion &lt;le fair
des cadavre- de oJdal appnrl nanl à on
corp· . J"avançai donc r'olumenl, tout en
écoulant. pour charm r mon ennui, le récit
que le (ormand fahul ur on paJ . l~nfin,
l'aube commençant à parailr , j' aperçu· les
premi re:- maison. d·nn gro bourg : c'était
Agr da.
Je fu conslérné de ne pas lrom·c.r de
po,Le nvanœs, car ela dénolait non euleJD.e.lll qu'aucun troupe du maréchal o·occupaiL ce ü u, mai ncore qu on corp d'armée était à une d mi-journée au delll. pui que la carte n'indiquait de Yilla 0 e qu'à tinq
ou ·ix lieue d' ,,,reda., •L il n'était pa po. j .
ble &lt;1u'on eùt ét.abli le. régiments dan l
montagnes, ;loin de toute habitation. J m
lin ùonc r,ur me gard , el a\·anl de pénôtrer plo avant. j'examinai la po ilion.
A reda. itué dan - un ,·allon a· ez Jarr;-e,
e t bàti a11 pied d'une colline éleYée, trè
e carpée de deux côtés. Le r•,·er~ méridio... 312

-

na), qui Louche ,m l,;ourg. sl couv rl de ,ignol.,l · important • la crête P. t h6ri ée de
rocher et le r •vers nord garni de tailli forL
épai , au bas de quels coule 1111 torrent. On
aperçoit au delà de hautes montartne inculte
el inhabitée . À"reda t tr.iver é d:111. toute
~a longueur par une principale rue, à laqu lle
viennent alJouLir de ruelle forL étroi Le. , que
pt·ennent les pa san pour e rendre à leurs
vigne . En eulranl dans le bmuµ-, j lai . ai
ces ruelles et le collines à ma droite. Pénétrez-\'ou, bien de celle po ilion, car c'e L
important pour comprendre mon récil.
Toul dormail dan Agreda; c'était un moment favorable pour le Lra1•erscr; j':nai. d'ailleur · l'espoii·, bien faible il et vrai, qu'arrivé à l'àulrc extrémité j' apercenai p utêtre le. feux de l'a1·ant-"arde du maréchal
ey• .l'avance donc, aprè. avoir mi 1, abre
11 la m:\in et ordonné (Ill fanla _in d'armer
·on ru il. La «rando rue était couverte &lt;l'une
épa.i e couche de feuille mouillée . que les
habitants } pfacenl pour I convertir en fumier; n · pa ne faisaient donc aucun bru il
ce dont j'étai' tr . sali foil.. ..
Je marchais au milieu de la rue, aianl le
:oldat à ma droite· mai celui-ci, se trouvant
an doute trop en évidence, obliqua inscn·iblement ju qu'anx. mai on d nt il ra :ùt
1 mors, afin d'être moin en vue en ca
d':illaque, ou pin à porlée de gagner une
de rtH"lle qui donnent cl.ans la campa"ue.
Cela me prou\'a combien je devai peu compter sur cet homme. ,le ne Jui fi néaomoin
aucune obserl'alion.
L jour commenç, il à poindre. ou parcourùLUes toute lfl grllnde rue san rcn outrer
pcrsonn •.Je m'en réli ilai déjà, !or que,
arrive ux dernière mai. ons du bourg, je
me trome fore à face à ,iugt- ·inq pas de
qu.1tre cnraLioier$ roiaux e pa~ol à chrrnl,
aJant le sabr à la nwin !. .. J'11u1·,ii pu en
toute autre circon. lllllce, prendre l's cavaliers pour d' 0 en&lt;larmt'~ françail', 1 ur uniform élant al,solumt•11t emLlabl ; mais
les g ndJ.l'mr. ne uwrd1 .nt pa à l'extrême
avaut-~ard : c homme ne pou\aicnl donc
apparlenir an eorp du mar 1cl.1al Xe~•• el je
compri toul de uite que c'étaient Jes ennemi . Je fis donc ·ur-le--champ di:lllÏ-lour;
mai au momenL où je le terminai pour
l'aire l'ace au côté p3r lelpiel j'élai venu, je
1is hriller une lame à six pouce· de ma Jinure .... fo portai \ hement la Lèh: en arrièr&lt;•,
c.t•pendant j, reç11 au front un terrible r.oup
de abre, donl je porte encore la cicatrice
au-de. ·u du -ourcil «auche !.. . Celui qui
,•enail de me hies er ètait le hri.,adier des
cara.l1inier~, 11ui a ·ant lai é e quatre eaulier en dohors du bourg, 01•ail été, 'elon les
usage militaire , reconnailrè 'il ne contenail
pas d'ennemi . C l homme, c1ue je n'anis
pa r ncontré, probablement parc• qu'il . e
t.rouvait dan quelque ruelle pendant que je
parcourais la grande rue, venoil de la reprendre pour rejoindre se · cavaliers quand .
m'aperce,·anl, il .'étail approché de moi sans
bruit, ur l'épaL. couche d fouiU mouillé ; il ail.ail me fc.ndr la tèle par derrière.

HI TORIA

CATHERINE COR ARO, REINE DE CHYPRE
Tableau du TITI E• . {Galerie: des Office , Florence.)

�.,,

_______________________
.

lor~que mon demi-tour ni'a)'anl fait lui présenter la ligure, je reçus le coup sur le
front.
.\. l'instant même, les qualre carabiniers.
qui n'arai1•nl pas bougé, par('e qu'ils rnyaient
cc que leur hrigadier ml' préparait, vinrent
le joindre au trot, et tous les cinq fondirent
sur moi! Je rourus machinalement \'Crs les
mai~ons qui étaient à ma droite, afin d,,
m'adosser contre un mur; mais, par 11011hcur, une Je ce~ ruelles étroites el escarpée&lt;i
qui montaient dans les "ignes se trou\'e à
deu\ pas de moi. Le f.mtassin l'a,·ait drjà
gagnée; je m'y t!l:rnce aussi, el les cinq carabiniers m'y suivent; mais, du moins, ils ne
pou,aient m'attaquer tous à la fois. car il n•~
a,·ait place que pour un seul cheval de front.
I.e brigadier marchait en tète; les quatre
autre~ a,·ançaicnl à la lile. Bien que ma position ne fùt pas aussi dél'arnrable qu'elle cùl
pu l'être dans la grandl• rue, où j'eus~e été
entouré, elle demeurait néanmoins terrible.
Le saug abondant qui sortait de ma blessure
u·ait à l'instant même cou,·ert mon œil :,..rauche, dont je ne ,oyais plus du tout, et je
,entais qu'il gagnait l'œil droit; j'étais donc
fcm•é, de crainte d'ètre a\'euglé, de tenir ma
tète penchée sur l'c:paulc gauche. pour entrainer le sang de ce côté; il m'était impossil,lc de l'étancher. étant ol,ligé de me défendre t·ontre le l,rigadier ennemi, qui me portait de grandi; coups de sabre. Jt• les parais
de mon mieul. tout en montant lt reculons,
après m'être débarrassé du fourreau, ainsi
que de mon colhack. dont le poids me gênait.
:rosant tourner la hile, afin de ne pas
perdre de ntl' mon ad\'ersaire a,Pc lequel
j'avais l'arme croisée, je dis au voltigeur, 11ue
je croyais derrière moi. de placn son fusil
i.ur mon épaule, d'aju~lcr le l,rigaJier e!;Jl3gnol el de foire feu ... mais, ne \'Oyant pas
passer le canon. je tourne virnmcnt la tète,
eu rompant d'une semelle, et qu'aperçoi!.je?... )Ion vilain ,ohlat normand 11ui fuyait
11 toutes jambes vers fo haut de la c·olline ! ...
Le brig-.idier espagnol, redoublant alors la
1i;;ucur Je ~~ allaqtw:&lt;. cl rn~a111 11u'il ne
fk'Ul m'atteindre, enlèrn ~on chernl, dont les
pieds de de,ant me frappent plusieurs fois
en pleine poitrine; hl'utcnsrment. c~ oc fut
pas ar&lt;'c fort-c, parce 11m·, Je terrain allant en
montant, le cltrval était mal a,suré sur ses
jamlies de derrière, cl, cbacp1e fois qu'il
rclomLail à terre, jti lui campais un eoup d(•
salire sur le nei, si bien que l':rnimal ne
,oulul hicntùt plus s'cnll•ver conlrt• moi.
Alors Je hri~adier t'xaspéré cria au ca1·alier
tJUÎ marchait apr&lt;", lui : , Prend, la earabinl',
le Lerrain ,·a en montant, jl' rai~ rue lJais~r.
cl tu ajustera~ ec Frnnçais par-des:.us mes
rpaules .... » Je compris que cet ordre 1:tait
le si2oal dt: ma mort! \lai:, comme pour
l'tm:Cutcr il fallait que le caralin mil i.011
sabre au fourreau, décrochât sn t'.uabine, cl
11ne, pendant ce tcmp~, Ill br igadier ne ces~
,Jil de me porter de grands coups de pointe-,
en ,nança.nt le eorps ju~11uc sur l'cnrolnre de
i;n monture, je me déterminai 11 tenter un
artc de désc~poir, qui del'aiL me samer ou

JJ1 ÈMO?JtES

DU GÉJVÉ1(AI. BAJ(ON DE

me perdre! .... .!!anl l'œil fi\é sur l'E.&lt;1pagnol, et lisant dans les sien, •1u'1l allait se
courber encore sur ~on chr,·al pour m'atteindre, je oc hongrai pas. mais à la ~et·on1le
mèmc où le haul de sou corps se bais:-ait
,·ers moi, je fab 1111 pas à droite, el portant
vivement mon buste de ce cùlr, en me penchant, j'c,11uive Ir ronp de UIOll advcrsail't• 1•t
loi plon;:c plus de la moitié de la lame de
mon sahrl' Jans le liane gauche! ... Lt· lirigadier, poussant 1111 cri affreux, tomba à la
renverse sur la croupe de son chr1·al ! 11
allait probahlemenl rouler 11 lcrrt.:, si le ra,alier qui le sui,·ait n'etil poussé en avant pour
le re(!Cvoir dans ses bras....
Le mOU\'ement rapide que je Yenais de
faire en me bai~s.,nl a1aot fait sortir de la
poche de ma pefüse le~ Mpèches que je portais à !'Empereur, je les ramassai proiuplemenl d montai aussitôt au bout de la ruelle
où commençaient les ,·ignes. Là je me
retournai, el vis lrs carabiniers espagnols
s'empresser antour de leur brigadier blessé,
et parais~ant fort 1•mbarras.i1s de lui, ainsi
![UC de leurs cbe\·aux.. dans cet élroil et
rapide défilé.
Ce romhat rut lieu dans bien moins de
temps qu'il n'en faul pour le raconter. ~le
voyant dt:11.,rrassé de mes ennemis, an moins
momrntanémPnt, je lral'ersai les vignes et
izagnai la erèlc de la colline; alors je considérai qu'il me ~erait impossihle de remplir
ma mission el d'aller Joindre !'Empereur à
Aranda..Ir résolus donc de relouroer auprès
du mart:rhal Lannes, en regagnant d'abord
le lieu où j'amis laissé " · Tas;.in cl son
piquet d'infanlPrie. Je n'avais plus l'espoir
de les y retroun:r, mnis enliu c'était la direction dans laquelle était l'armée que j'a"ai,
cpùlt,:t' la ,·eille. Je cherchai \,1inerncnt des
yeux mon l'Olligtmr et ne l'nperçus pas, mais
je l'is quelque eho,c de plus ntile pour moi,
une ~ource fort limpide. Je m'y arretai un
monll'nl, et déchirant nn coin de ma clwmisc,
j'en fis 1111e compresse que je flxai sur ma
l,les!&gt;urc an moJen de mon mouchoir. Le ~an2:
iaillis!&gt;anl de mon front avait Laché lt-s dépêches ipu· je tenail&gt; à la main; je ne m'eu
inquiétai pas, tant j'étais préoccupé de la
fàchcu•c position dans laquelle je me trou,ak
Les émotions Je œtll' nuit agitée. la
marchr il pied qur j'avais l'uilt• au milieu déS
caillom:. a\L-C &lt;lc·~ hottes éperonnt.les, le c·omhat que je ,·enili, de soutenir, les doull'nrs
11ue j'~proU\'ais à la tète, le sang que j'a\'ais
perdu. tout cela avait épui,é mes forces ....
Je n'a,ais pris aucune nourriture depuis mou
départ de Tudela cl je ne trouvais que de
l'eau pour me réconforter!... .l't:n lms à
long!&gt; traits el me serais reposé plus looglempi. auprès de celte charmante fontaine. ~i
je n'eusse aperçu troi:; des carabiniers espagnols qui, sortant ll i·heHl d'Agreda, 5C diri~eaienl wrs moi par les sentiers des ,ignc,-.
Si ces hommes cul:'.sent eu le bon esprit de
wellre pied à terre et d'ôter leur~ bottes
fortes, il c~t prohable qu'ils seraient arrivés
à me joindre; mai~ leu~ chc\'aux, ne pou-

.JJ1JU(BOT

--

,·anl passer au milieu des ceps de ~igne, gravi,saienl très péniblement les sentier, étroits
et rocailleux; ils ne purent même plus
monter, lorsque, arrivés à l'exlrl.!mité ~upérieurc Jes vignoble,,, ils ~e troul'èrent arrêté,
par les é.oormcs rochers sur b11uels je
m'étais réfugié.
.
Les caraliers, longeant alors le bas de ces
l,)oo,; de pierrt•, marchèrent parallèl1•mcnt à
la même direction que moi, à une grande
port4iè Je carabine, eu me crianl de me
rendre: qu'étant mili1aires. ils lllè lraiterait•nt en prisonnier dt· gm•rre, tandis que. si
les paysans me prenaient, je serais infailliblement égori;é. Ce rai~onncmenl ne man1p1ail pas dejustesse;aussi, j'avoue que si,je
n'cui;se pas été chargé de dépêches pour
l'l~mpereur, je me serais peut-èlre rendu,
car j'étais eil~nué !
Cependant, désirant con,cn·er, autant quïl
me sc:rait possible, le précieux dépôt qne le
maréchal avait confié à ma valeur, je continuai à marcher sans répondre; alors lt:s trois
c.n·alicrs, prenant leurs carabiues, firent feu
sur moi. Leurs l,alles frappèrent lrs rochers
à ml'!s pieds, aucune ne m'atteignit, la distance étanl trop grande pour que le tir plll
êlrc juste; je 11'1:11 fus pas ému, mais je
m'effrayai en pensant que le bruit produit
par les détonations des armes ?1 feu allait
attin r les parans, que le soleil lcrnnt appelait d'ailJeurs à leurs tra,·aux. Je m'altendais
dont· à ètre as$ailli par les hordes des féroces
habitants de ces montagnes. Cc triste pressentiment paruL se \·érifier, car j'aperçus, à
une demi-lieue, une quinzaine d'hommes
s'aiaoçanl au pas de cour.se dans la vallée, en
se dirigeant sur moi!.... Ils portaient dans
leur,, mains 'JUelque chose qui hrillaiL au
~olt:'il: je ne doutais pas que œ fusscnt de:;
pn)'sans armés de leurs hècbes dont le fer
rcluisa.il ainsi. Je me considérais déjà comme
perdu, et, dans mon dése~poir. j'.1llais me
bisser glis~cr le long des rochers Ju versant
nord de La colliuc, alln de desce11drc dans le
torrent, le traverser comme je le pourrais Pl
aller 111e cacher dan.s quelque fo11drière de~
grandes montagnes qui s'élè,·cnl au delà de
celle profonde gorge; pub, si je n'élais pas
Mcouvert, je me meltrais en route pendant la
nuit. eo me dirigt!3.Dl vers Tarawnc, ~i j'en
avais la force....
•
Ce projet présentait bien des chances dl•
perlt•. mais enfin c'était mon dernier espoir.
J'allais le mettre à t:xéculiou, lorsque je
m'aperçois que les lrois carabiniers cessent de
tirer sur moi el se porlcnl en al'ant, pour
reconnaitre le groupe que je prcnai~ pour des
pa~s:ms. A leur approd1e, les instrumt:nls de
fer, que je croyais ètre des .bècl1c~ ou d1Is
piothes. s'abaissent, cl j'ai la joie inexprimable de \'Oir uu l'eu de peloton diriJé oonlrc
b c.1rabiniers espagnols, tJUi, tournant bride
aussilol, s'cnl'uireot rapid&lt;'ment l'ers ,\!!l'eda,
bien 1rue deux d'enlrt• em paru:;,eni° ble~,é:, !... Les arri1·ants ~onl donc di~s Français 1
m'écriai-je.....\lions vers eux!. .. El, le bonheur de me voir délivr,s mil rendanl un IJ('U
de force. je descendis rn m'nppuiant sur la

�msron1.J1 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - , - - - - ~
lame de mon .ahre. Les Françai m'a\·aieul
aperçu; il gra\'irent ln colline, el je me
trouvai dan les Lra du Lrave li utenant 'fassin [... Voici quelle circon. lanci•s
m'avaient ,,alu c secours providentiel.
Le soldal qui m'nvail abandonné pendant
que j'étai aux pri e avec le carabinier
dan les rue d'Agreda, arnil promptement
agné le vignes, d'où, hondifi. anl comme
0

C OMB,\T

oe:

fut ap rçu par .1. Ta . in, qni, étonné de le
,·oir de retour, lui demanda où il avait quitté
l'officier r1u'il t1tait cbar"é d'e corler. « Ma
t'ai ! répondit le ~orm.and, je l'ai lais é dans
1 nro · villa " , la tète à moitié rendue et e
ball:rnl a\'rc de cavaliPr e pagnol qni lui
donnaient de grand C"oup~ de sabre. o A ce
mot , le lieutenant Ta~ in fait prendre le
arme à son détachement, choi,it les q11inze

LA C OROGNE l l6JA:-O'YTER 18og). -

un chevreui I à t ra1•er le cep , les fos és, les
roc et les haies, il avait parcouru en fort
peu de temps les deux lieues qu.i le séparaient du point où nou avions laissé le po te
de M. Tas in. Le détachement allait se mettre
en roule pour 'l'arazooe et mangeait la soupe,
lor que mon voltigeur normand, arrivant
tout essouffié, mnis ne voulanl pas perdre un
coup de dent, s'assoit auprès d'une gamelle
el e met à déjeuner foTt lraoquillement,
san dire un mol de ce qni venait de e
passer à Agreda!.. .. Fort bemeu.sement, il

une petite halte, pendant laquelle vous pcn ei
bien que j'exprimai ma vi\'e reconnais ance
au lieutenant ain i qu 'à se rnltirreurs, donl
la joie é!!UlaiL pre que la mienne. 1 ou regagoàme le bivouac, où )I. Tassin avait lais é
la moitié de on monde i la cantinière de la
compagnie '• trouv::iil: on mulet portait
deux outre~ de vin, du pain, du jambon : je
le. achetai pour le donner aux voltigeur , et

Gr• ~u~t d' Aca&amp;RT, d"af)r~s te t:sNeau d'HrrvOLY1"E LECO:.ITP•• (J.fuS~t dt Venai!lts .)

plus le tes et • 'élance au pas Je cour e ver
Agreda. Cel officier et sa petite tToupe avaient
déjà fait une lieue, lorsque, t·nleud_ant_ d~s
coup de feu, il en conclurent que Je v1Ya1.
encore, mais avai be oin d"un lrè prompt
ccour . timulé par l'espoir de me am·er,
ces braves "ens redoublent la vi Le e d6 leur
marche, et m'aperçofrent enfin sur la crête
dt! la colline, servant de poinL de mire aux
balle de trois cavaliers espagnol !
~I. Tassin et a troupe étaienL baras.és;
moi-même je n'en pou,•ais plus; on fil donc

on fü un déjeuner dont j'avais bien besoin et
auquel partiripèrenl le· deux housards laissés
dan ce po te la nu.il précédente. L'un d'eu:x,
montant la mule du moine, me prêta un
cheval, et nou.s parlimes pour Tarazone. Je
oufl'rais horriblement, parce que le sang
durci formait une croûte sur ma hies ure.
Arrivé à Tarazone, je retrou\lai l'avant-garde
du maréchal Lannes. Le général qui la commandait me fü panser, puis me donna un
cheval et deux hou ards pour m' scorter jusqu à 'l'udela, 011 j'arrivai au milieu Jela nuit.

~---------- -------------Le maréchal, bien que malade, me reçul
au 'Îlôl, cl parul fort touché de ma mé arenlure. ri fallait c~penclant que le lmllclin de la
bataille Je Tudda JiH promptement Lran mis
à l"Empereur, qui devait attendre arec impatience des nournllc. ùu corp d'armée &lt;le
J'Êbrc . .l'aurai · d'autant plu· dé iré I lui
porter que le maréchal, éclairé pa_r ce qui
,·enaiL de m'arri\'er dan le moutague:; de
oria, con entait /1 ce que l'officier charg' ,le
se rendre auprèit do ~apoléon pas àl pur
lliramla et Burgo~, dont les rout cournrtes
dè Lroupe françai. es ne présentaient aucun
danger; mai j' étai tellement souffrant et
hara ·~ 1 qu'il m'eiil été physiquement impossilile de l'Ourir la po Le à l'ranc étrier. Le
maréchal confia donc celle mission au commandanL Guéhéneuc, son JJeau-l'rère. Je lni
remis lei. dépèt·be · : elle étaient rougies
de mon sang. Le commandant , aint-Mar,.
chargé du .11crétarial, voulait le recopier cl
changer l"cn\'eloppe : c1 , on! non! s"l'ria le
maréchal, il est Lon 'JUe J"Emperenr ,·oie
combien le rapitaine llarbot les a défendues
rnillamment!. ... 11 Il expédia donc le pa!]Ul'I
lei quïl c Lromrail, en )' joignant un billel
pour expliquer à. ~a Majesté la cause du
retard, faire mon éloge el demander une
récompeuse pour le lieulenanl Ta in et le
homme 14ui étaient accouru a\'ec tant de
zèle à mon secours, sans calculer le· danger
auxqueL ils ponYaienL s'expo er si les ennemis
eu i::nt élé nombreux.
Etleclirement, !'Empereur accorda quelque
temps aprè ln croix à M. Ta in ainsi qu'à
son ergent. eL une gratification de fO0 francs
à chacun desvolligeurs qui le avaieol accompagné . Quant au soldat normand, LraduiL
.de,·ant un conseil de guerre pour a,oir
abandonné son po te devant l'ennemi, il fut
condamné à tr.1iner le boulet pendant deux
ans el à achever on temp de ,crvice dans
une compagnie de pionnier .

.MiM011(ES DU GÉNËJ(.AL 1J~ON DE

voyage serait tr~ pénible pour moi, car les
aidl' de cawp Joi,·ent suivre à franc étrier
la voiture du maréchal, et je sentai que le
mouvement d'un cheval au galop, que j'allai
ubir plusieurs heures pendant sept à huit
jours, acrnnverait les douleuT"s nJTreuses que
me l'aisait éprOU\'er ma blessure; mai le
maréchal eut la bonté de me donner uue
place dan sa voiture, où l tronl'aient au .i
le généraux Pouzet el Frère, - dt?ux amis.
Ceux-ci aimaient heaucoup à causer, et même
à 'égayeranx dépens du prochain, et, comme
ils ne me connai ai nt que depui quelque
lemp , ma présence l11 embarra. a d'abord;
mais le marécl1al leur ll}Rlll diL : &lt;« C'est un
hrave garçon, ,·ou · poll\'ez parler de\'ant
lui ... » iJ profitèrent largement de cet a,·i ·.
Ce voyarre fut pour moi bien pénible. bien
qu'on e repo'i\L Lou te le nuits . Nou re\imes
Logr01io, Miranda, Onr.,.os, el wonlâmt! à
pied le célèbre défi_!" de Somo- ierra, Polevé
quelque. jours avant ~ou le yeu de l'ErupereuT par les Lancier polonai dt :i garde,
qu.i, ce jour-là, Yirenl le [eu pour la première
fois. Ce combat donna au gclnêral llonthrun
devenu célèbre depuis, I'ocea.ion de se signaleT.
~lonlhrun ui\'ait le quartier général, lorsque
l'Empereur, marchant d'Aranda sur Madrid,
el devançant de quelques heures son infanterie,
arrita au pied de orna-Sierra, n'ayant avec
lui que les lanciers polonais. La !!l'ande roule,
trè escarpée 'Ur ce point, et re serrée entre
dem montagne , e trouvaü l,arrée par un
pelit retranchement de camparrne, défendu
par quelques milliers d'Espagnols. :Napoléon,
c1ui voulait arrjver ce jour-là mème à Buitrago, .c. voyant arrêté dan a marche et
calculant que l'infanterie ne pourrait arriver
de lonntemps, ordonna aux Polonai de forcer
le pas age du défilé.
Les Polonais n'onl qu'une qualité, mais ils
la possèdent au plu haut degré : ils sont
généralement lrè bra,·es. Leurs chefs, n'ayant
aucune connais ance de la guerre qu'il'
CHAPITRE vm
n'avaient jamais faite, ignoraient que pour
pas er un défilé il e L nécessaire de lai. er
Sous rejoignons :apoléon. -:- omo- ierra.
)ta ..th~ •ur le Porlugal. - Echec ,le Benavente. entre le;; cadron un lll'pace vido énal à la
profondeur de chacun d'eux, afin que _i les
- 'tar ·he SUJ A~lorgo.
premiers onl t!'pou és, ils trouvent en arLe marécha l Lannes poussa ses lroup ,- rière un terrain libre pour e reformer el ne
ju,11u'a11J. portes de uagosse; mais comme
e jettent pas sur les escadrons qui ~uivent.
il manquail de gro~.e artillerie pour faire Je Le chef· polonai · lancèrenL donc à !"étourdie
iège de cette ,füe, dan laquelle s'étaient le régiment dans le défi lé san prendre les
renfermés plu do oixante mille militairci., disposition convenable . Mai , accueillis sur
soldats et paysan , il se contenta pour le les deux nancs par une grèle de balles el troumoment d'en faire garder le!- principal
vant la route barrée au sommel, il éprouvèavenues, el remettant le commandement au rtlnt de pertes d'autant plu.s sen ibles, que
maré bal lloncey, il parlil pour aller rejoindre le premier escadron e jeta en désordre sur
l'Empereur, ainsi que le portaient es in- le deu.xième, celui-ci ur le troisième et ain i
lruction . .J"ai dit que le maréchal Lanne
de suite: de orle que le régiment, ne formant
était tombé malade; il ne pouvaü donc plus qu'nne mas e informe sur une roule
VOJ:lger ?1 franc étrier, ainsi qu'il l'avait fait encai séc, ne pouvait Faire dcmi-Lour et se
en Yenant. On trouva une voilure à Tudela el
LrouvaiL îu,illé pre que à bout portant par les
l'on établit ùes relai a,·ec les chenux du Espagnols plaré' ur les rocher voi io !
train de l'armée.
11 était fort dmidle de débrouiller celle
Bien que je us e que le maréchal, ,oula11l cohue. Enfin on y parvinl, el les Polonai·
coucher tous les soirs ne ferait qu ·une ,•ing- allèrent rn reformer dan Ja plaine sous Le
laine de ]jeues pnr jour, je prévoyais que le yeux de l'EmperPm, qui loua leur courage,

.lJfA ~IJOT

---.

en lilùmant le peu de méthode qu'il avaient
mis dans l'attaque. Les chefs en convinrent,
en exprimanl le regret ùe n'avoir pas été
conduits par un irénéra1 expérimenté. A.lo-r
le major général Berthier, Youlant du bien /1
~Jontbmo, en ce moment peu en faveur, mai
qu'il connais ait pour un cxcellenl et très
Lrave officier de cavaleri~, iuiorma Napoléon
de la présence de ce général. L'Empereur le
fil appeler et lui donna le comman&lt;lemenl
des lanciers, n lui ordonnant der commencer
l'auaque.
Montbrun élail un homme uperbc, dan
le genre Je Murat : haute tailltJ, figure balafrée, liarlie,noire, attitude d!'s plu· militaire
et excellent écu)'er. li plul au1 Polonais, et,
ceux-ci ayant promis dti se conformer à se
in truclion ·, ~lontbrun . aprè aroir espacé
leurs e cadrons el pris toute · les di po. ilion.
néce.saires, ·e mel fièrement à leur lèle. 11
'élance dans le défilé .... Quelques C" cadron
ont d'aLorù ébranlés par la fu illade; mais
le cliver ·es par lies de la colonne ayant as~ez
d'e. pace entre elles pour qu'il n'en ré ullàt
aucun dé. ordre grave, on se remet et l'on
parvient enfin au sommet de la montagne.
Le général Montbrun mel pied à lerre et
court le premier aux retranchements pour arracher les palissades sous une gr~ledc balle .
Les Polonai · uiYent on exemple; le rclranchemeots ont enlevés; on remoule à
che,·al, el le régiment fond sur les E pagnols,
dont il fait un ma·sacre d'autant plus grand
que le Lerrain, ·'élargi sant et allanl en desceudant ju qu'à Buitrago, permeuaiL aux
lanciers de joindre les fonla ins ennemi qui
fuJaienl dan le plu. grand désord-re. Le défilé
enlevé, !'Empereur le franchit, el, arrivé au
ommet, non seulement il voil le drapeau
[rançais llottant sur Buitrago, mai aperçoit
à une lieue au delà de celte ville la cavalerie
de Montbrun pow• uivant les E,pamols en
déroute!... Le soir, 'apoléon [élicila les
Polonais, nomma MontLrun oénéral de divi~ion
eL L'cmmenaqnelque mois après en Aulricbe,
où il commanda si Lien une divi ion que
l'Empercur le nomma, en 1 10, général en
cbeî de Loule la cavalerie de son armée de
Portugal el lui confia un corps de La même
arme pendant la campa.,.ne de Rus ie. Il fut
tué à la bataille de la Mo kowa.
Le maréchal Lannes ayant examiné la po ilion dontje viensde pari r, nou de rendimes
le omo-Sierra ctallàmes cou,·ber à Huitrago,
d'où nous gagnàme Madrid le lendemain.
L'Empereur était depuis qut'iqucs jours dan
celle viUe, dont il n'avait pu e rendre maitre
qu·aprè un combat érieux. U y avait établi
son frère, le roi Jo eph. Le maréchal Lanne·
me présenta à Napoléon, qui me r çnt a,•ec
bonté, en me disant que sou peu il récompen erait la conduile que j'avai Lenue a
Agreda. 1 ous trouvâmes M. Guéhéneuc Il
Madrid. (1 portait le iruirrne de colonel
dont !'Empereur lui a,·ail conféré le grade,
en recennt de a main le bulletin de La
bataille de Tudela, teint de mon ang.
Guéhéneuc étai L un brave garçon ; il vint à
moi el me dit : « C'est vous qui arez couru

�r-

1!1ST0'1(1.JI

le danger et reçu le coup de abre, el c'e. L eu!. aupr~ du maréch_al. ' ... me fait igne turban ne me naranli. ail que le haut de la
moi qui ai obtenu I grade; mais j'e·p\re &lt;111'il H·ut me parler el me prtJsente une bou- tête la neige avait pént!Lrô dans I cou el b
que vou ne tarderez pas à être a1·ancé. » Je teille de kir ch. Je le remercie ans accepter, nuque, eL. 'y était fondue; j'avai le corps tout
l'espérais aus_i; cC'pendant j'avouerai frao- mai mon homme embouche le goulot du mouillé, et no équipages n'élaicnl pns arri, és;
cbcm nl 11ue j'en voulais un pea au maréchal flacon dont, en moin· d'un quart d'heure, il je pa ai donc une bien cruelle nnit.
Le joul'S suivant • l'armée continua a
ab orbe toul le cool nu! Toul à coup, il roule
pour l'ob·Lination qu'il avait mi e à me fair
marche
sur Kpinar, \'illaca, lin, Arevalo èl
à
terre
comme
un
calos
e
qu'on
abat!
Le
pa cr par
reda; mai il fallait .e oumar !chal o'ayant pu con tenir -ou indignation, Medina d l Campo. Plu, nou aou éloignion
rnell re à a de tinée !
... lui répondit : o Ce n'e l pa , ma faute, ,le monL ,uadarrama, plus la température
Le maréchal Lannes fut logé à Madrid, dans
'adouci ait. Bientôt de grandes plnic -succécar
il y a du Yerglas entre ma selle cl me
l'hôtel qu'avait occupé Mural. fy trouvai le
bon con eiller flernandei, qui, achanl rnon cru e l 1&gt; Le maréchal trouva l'e,;cu e :.;i dèrent à la gelée, et les chemin· devinrent
arrivée, était rnnu m'offrir d'habiter cliez lui, nou"clle el i bizarr CfDt!. malrrré a mauvai c de bourbier '. 1 ou· pa sàme le 0ouro à Torce que j'acc •plai ,mc d'autant plu · de r - humeur, il ne put s'empèelier d'en rire, pui, de illa , où nou. joignimes et1fin le trainard
de l'armée annfai e qui ~ 'enfuyait à. notr'
conoai ance que ma hie ure . 'élait enve- il me dit : a Fait -le jeter dno · un de me
nim le, el que de hons soin m'étaient 11éces- fourgons. &gt;) J'cxéculai l'ordre, et notre com- approche vers I port do la Corogne. L'Empcpa1r11on -'endormit sur lt• ac de riz, au reur, dl!Sirnnt la joindre avaul qu'elle pût
saire . Ion hôte me le prodi,.ua, et j' :1ai
'embarquer, pr sa la marche des troupes,
en 1·oie de guéri on, lorsque d, noureaux milieu de. jamLons el de cas erolcs.
au.
qnclle il fü faire dix à douze lieue par
Nou,
arrivàm
•~
au
pied
du
Guadarrama
:rénemcnts me forcèrPnl ù rentrer en ca.ropendauL la nuit; nou n'y tromàmes qu'un jour, mal ré le mauvais torop el de routes
pa~ne au milieu de l'hi1·cr.
~n elft!L, nou. étion à peine depuis une trè pauvre village où L'on s'établit comme affreu . Cette précipitation donna lieu à un
semaine à Madrid, lorsque, le 21 décembre, l'on put. Le froiJ alait 11agné ma ble~'ure, échec, qui fat d'autant p]u en ible à. 1 apo!'Empereur, apprt!nanl que l'armée de Portu"a 1 ctje ouffrais beancoup. u point du jour, poléon qu'il fut éprouvé par un corp de rn
o ail marcher contre la capitale del'~ pa~ne, l'armée allait ·e mettre en marche, lon1uc garde.
Voici le fait.
dont elle n'était rlus qu'à qu Igues journée , le bataillon d'annt-gardedéj/t cn 11ag 1 dan
L'armée couchait à Villapa.nda, lor que
L1
montagne
rélrogradùrent,
el
l'on
vinl
préfil à l'in tant mème ballre la générale el or lit
de la \'llle à la Lète de a garde el de plusieurs venir l'Empereur et le maréchal qu'une tour- !'Empereur, furieu,; de courir toujolll'S apr:. ,
corps d'armée, pour .c porter dan la direc- mente aITreu e empêchait d'avancer. La nei&lt;re les Anglais, apprit 11ue leur arri rc-garde était
à quel4ues lieue de nou dan la ,ille de
tion de Valladolid, par où arri,•aient les An- aveuglait homme. el chevaux; un vent de
llcnavcnte, derrière la petite ri,•it•re d'füla. ll
1
plus
imp
tueux
venait
même
d'en
enlever
glai commandés par le "énéral Moore. Le
mar ;d1al LannP , étant retalili, devait ai.ce plusicur - et de 1 jeter dans un pré ipice. fit partir dè le point du jour une colonne
)'Empereur, non plu eu voilure, mai à cheval. To11t autre que r'apoléon . c fùl arrêté: mai , d'infanterie, précédée par le mameluk et le
11 me le fil obaer,·er, en me proposant de "oulaoL joindre le· An,.lai à lOut prix, il chasseur de la 0 arde, ou 1 ordre du
re ter à Madrid just1u'à œ que ma ble sure parla aux oldals cl ordo1ma IJU ceux d'un général Lefobvre-Desnouettc,, orûcier Lrè
fùl oomplèlement tn.u~rie. lai deux motif· même peloton o liendraieol par le bras afiu bra,·e. mai trè imprudent. Ce général, parm'en empêchaient: d'abord, je voulai a ·ist •r de ne pas Hre emporté par le vent. La cava- venu arec a ca,·alerie sur le rires de n:Ja,
en face de Benavente, itué à une demi-lieue
à la bataille qu'on allait livrer aux Aoglai ; lerie, mettant pied à terré, dut marcher dan
en ccond lieu, je savais que !'Empereur ne le même ordre, et, pour donner l'exemple, au delà de ce cour d'eau, n'apercevant aucun
donnail presque jamai d'a,•aneem nl aux !'Empereur forma l'état-major en plu_ieurs ennemi, veut fair.- reconnaitre la ,iillc : c'était
peloton , ~e plaça enlre Lannes et Duroc. militaire; mai un peloton uffi ail pour cela,
ab~t:121~. et je tenais à obtenir le grade de
·ar ,·in11t-cinq homme voicnl tout aussi loin
chef d'c cadron qui m'avait été promis. Je auprès de quels nous nous ranr:reàme en
entrelaçant no bras ; ruis au commnndemenl que deux mille, et, 'ils donnent dans une
fi donc me préparatif de départ.
'ne ,cule cbo·e m'embarrassait : je ne l'ail rar 'apoléon lui-mème, la colonne ·e embu -cade, la perte e l du moin peu unpouvaL, à c: use de ma hie ure au front, port.a en avant, gra~t la montagne, malgrr portanle. Le général D nouctle de ail donc
porter ni chap au ni colback i ma Lète était le venl impéltll'ux 11ui non refoulait, la nei re allendre l'intanlerie 3vant de 'eo"ager à
cnye)oppéc avec des moucl.ioirs blancs, mais qui nou fouettait au vi age el le verglas qui l'étourdie au milieu de l'Kla. C pendant,
an. écouler aucune ob ervation, i1 fait pa).,.er
c'était une coiffure peu militaire pour fiœurer nou · fai:-ait Lrébucher à chaque pa . Je soufla
rivière à gué à toul le régiment ùc cha·fris
cruellemenl
pendant
les
quatre
mortelles
dans un étal-major qui devait marcher cooeur, et \rvance ver la vill , qu'il 1ail
.
tammenL al'ec celui de !'Empereur! Pendant heu re c1ue dura cette ascension.
[ouiller par l&amp;&gt; man1eluk . Ceux-ci n'ayant
Arrivés i.l mi-colt•, le' maréchaux et le
que cette pen,ée me tourmentait, j'aperçu
un mameluk de la garJe coiffé de on turhan à f(énéra.ux 'I ui portaient de grand h lle à mème pa rencontré un cul bauilanl, c'était
ral&lt;1ll rou &lt;&gt;e. ,J'avai. uncharmanl képidecelle l'écuJl!l'C ne purent plu a\'ancer .... 1'apoléon un indic, pr sque c rl:1in 11uc l'ennemi prée fil alors hi ,r ur un canon où il se mit parait une emuu cadll; le irénéral français
couleur Lrodé en or; je lis tortiller et coudre
alentour un joli foulard, ce qui produi'il uoe à califourchon; le marécha.11 et œénéraux aurait dù prudemment rétrograùer, puisqu'il
Cirent de mèmc : nou ootinuà.me, à marcher n'était pa en force pour luller contr' une
c,pètc dé turban, que je plaçai au-de ·u de
nombreuse arrière•"ard enn mie. Au lieu
dan
·e gro1t querr111ip,we, etnoos parvinme
bande el d compre e qui couvraient ma
enfin au coment i1ué sur le oromel d ,la de cela, De ooueltes pou e loujour en avonl;
bics ure.
~fous orûmcs de Madrid à la chute du_ jour montagne. L'Empereur ·1 arr la pour rallier mais, pendanL qu'il traver e la ville, quatre
pour aller coucher au pi d du mont GuaJar- l'arm ·e; on trouva du vin et du bois qu'on à ·im1 mille cavalier anglai la tournent, en
rama, que !'Empereur voulnit lrarcrscr le lit di ·lribuer aux troupe . Le froid était des masquant leur mouvement par les mai ·on
lendemain. Tl gelait trè forl; la roule étail plus vils; tout le monde grelollail: cependant, des faubourg , et tout à coup il fond1mt , ur
comerle de ver 0 la , le. troupes, el f&gt;urlout la au uoul de quelqu heur •s, on e re1Dit en le cba enr de la garde impériale, qui. e
cavalerie, marchaient péniblero(&gt;ul. L ma- route. La desc~nlc , qnoi11ue trè pénibl , le bàtanl de ortir &lt;le la ville, e défondircot . i
,·aillammenl qu'il firent une lar 11e trouée an
fut beaucoup rooin que la montée. Xou
réchal emo}ail fréqucmruenl de officier
pour s'a urcrque le· colonucs étaionlen bon parvînme· à la nuit tombante dans un petite milieu des Anglai , rega;n~renL la ,rivière CLla
ordre pendanl celle marche de oui!· mai , plaine, où se Lrouve le ttro bourg de int- repas -èrent an "randc. pale. ~lai lorsque,
comprenant ce que je devai · ouJfru·, il cul 1'\aphaël, el plu~ieurs villages qui procurè.rcot arrin! sur la ri c gauche, le régiment se
à l'armée de vi1•res. du vin et Je abri . Ma reforma, on 'aperçut que le général Du •
l'attenlion de m'exempter de cour~e·.
Pendant qne Lou me a,maradesétài nt à blessure, cléjà un peu cicatri ée à notre départ nonelle n'était pins présent. L:n parlemende lladrid, s·étail rou"erLC, et, comme mou Laire ennemi .vint annoncer que, le chenl de
porter des ordre , . · ... cl moi n u lrouvàme

~-----------------------Lel'ehn"-De nouelle apnL été tué pC'lldanl
ce comuat, ce général était prisonnit&gt;r de
guerre! ...
L'Empereur arrivait en ce moment. Jllgez
de on courroux, lorsqu'il apprit quo non
eulemcnt son régiment favori venait d'essu~·er un échec, .mai que le chef était re té
au pouvoir des Anglai !. .. Bien que Napoltfon
îùt trè mécontent de l'imprud nec de L~febvre-Demouettes, il fit cependa1Jt propo er
au général en chef ennemi de féchangcr
contre un officier du même grade déttmu en
France. Mai le général Moore était trop fier
de pouvoir montrer au peuple anglai un des
chefs de la garde de rempereur des Françai ,
pri onnier de gut:rre, pour consentir à cel
échange. En con"é4uence, il r fusa. Le général De,,nouetle rut traité avec beaucoup
d'égards, mai on l'envoya à Londres comme
un trophé , ce qui augmenta encore la col re
de Napoléon!
Mal"ré le peût uccè que les Anglai venaient de remporter sur le chas. eur à
cheval de la garde impériale, ils continuèrent
leur retraite. Xou traver âme l'Esla et o~
cupùmes Demrvente. De celle ville à .Aslorga,
la distanc·t est au moin de quinze à seize
lieue. de France, et il îaul Lravcr •r plu 'ieur
cour d'eau. Cependaul, rEmprreur 'tait .i
impatient d'atteindre les ennemis qu'il voulut
que on armée fil ce Lrajet en un eul jour,
uien que le~ jour. fus ent alor" Ir · court :
nous étions au :i I décemhre. J'ai rarement
fait dtJ m.irche aussi péuiLle; une pluie glaciale perçait nos 1·ètement. , le homme cl
les ch vaux enfonçaient dans un terrain marécageux; on u·avançait qu'avec le plus
grands efforts, cl. comme tous l •s ponts
aYaienL été coupés llar le Anglni , no· fanla . in furen l oh 1iués de e déi,habiller cinfJ
ou . ix fois. de placer leurs armes 1•t leur,
elft:l sur leur tète t d'enlrcr tout nus dans
l'e.au glaciale de~ rui • eaux qu'il nou. fallut
lraver cr.
Je le dis à n•œrcl, je vis Lroi · jeux grenadier Je la garde. qui, se trouva11L d.an l'impo~"iùiliLé d continuer cette piSnil,le m1rchc.
t&gt;l ne \'Oulant pas rester en arrière de crainte
d'ètre torturéq et massacrés par le pay an·,
se bri1lèrcnl la cervelle a~cc leur propr
fu ·il !. . . (ne nuit des JJlu · ·ombre ' et 1011jour plmi u.e vint au"menter la fati&lt;&gt;uc
d,.. troupe ; les soldats, exténués, se couchaient dans la boue.... o trè~ grand nombre , 'arrèta au ,·illa e de Ban za; le tètes
de· régiment. . rules arrivèrent à A ·torga, le
urplus resta , ur I d1emiœ;. La 1111it était
déJ11 fort arnncée. !orque !'Empereur el le
maréchal Lannes, n'ayant pour toute ~-eorte
11ue leur· élats-majors cl quelque. centaine
de cal'aliers, entrèrent dan .\ Iorga, qu'on
1 i.itn à pein , tant chacun était hara. é el
désireux de trouver un aLri pour se réchauffer!
i le eon mis, pr 11'enus de cela, rus enl
revenu ur 11:ur pas ils auraient peut-être
enlevé !'Empereur: mai heureu eruenl ils
étaient trop pres és. et nou n'en lrouvàmes
pas un seul dans celle ville. A cha1Jlle in tant,

Ju re te, arrivait une parlle d • ·oldat · françai~ restés en arrière, ce qui a surait la Jéfen e du quarlier impérial.
storga esl une a ez grande ,·Hie : chacun
s'y logea à la hâte. :'\ou· plaç-.lmes le maréchal Lanne dan une maison d'a sez belle
apparence, ,·oi ine de celle où s'établit l'Empereur.
011s étions
tremp 1 ju qu'aux
o , el il faisait très froid, car nou étion:
auprès des montagnes de· .\. turie . • o
domestiques et les bagages n'arri\'ai1•11l pas:
il fallait cependant trouver un molt&gt;n de
e réchaulli::r. Les grauds feux que nou
fimes ne pouvaient suffire· le marécbal grelottail; je l'engan-eai à quitwr tous c vêtements, m me a chemise, à ·e rouler dans
une couverturc d" laine et à se placer en uite
entre deux matela , ce qu'il fil, ainsi que
nous Lou , cru· le mai ons, dont Lou. les
habitants avaient pris la fuite, étaient tr'bien garnie de lits. , ou lerminâme ain i
l'année 1 0
CHAPITRE IX
18011. 811taillc de là Corogne. - Napoléon quitte l'ar·
ml\~. - 1.onnc.• csl dirigé sur arago e - Siège
Cl pri,o ,le ct'lle ville - Jt&gt; sui griérnment
ble.~é.

Le leudemain Jt• janvier 1 09, le mauvais
temp ' continuanl, et !'Empereur entant d'aillenr la neccs·iLé de réunir son armée, on fit
éjour à Astor"a, oit les troupes se !,)'Ollpèrent succes ivemenl. ~~Ile tro1n•'-renl en
ahond&lt;inCll Je vivre , dont die purent dLpo er avec d'aulanl plus de liberté qu'il 11 ·
a1,ait plus un ;;cul habitant dan la ,•ille. L'Empcreur amil ~Lé vivement affeclé en apprenant que troi grenadiers ,le.a 1rarde s'étaient
rnicidé ; au si, malgré la pluie et la houe, il
1isila suce ssivcment toutes les mai ons d~u.
le quelles les oldats s'étaient mis à l'abri·
il leur parla, rele,a leur moral; el l'on s'atlendail à partir le lendemain à la pour uite
des Anglais, lom1ue Napoléon reçut par un
aide de camp du ministre de la guerre de·
lettre qui le déterminèrent à ne pa aller
plus loin en personne&gt;. C'était probablement
l'annonce des moml:mcnts bo !iles que îaiait Mjà l'Autriche pour atlaquer l'Empire
rrançais, pendant que ~apolron el une partie
de la grande armée étaient au fond de 1'E pagne. L'Empereur ré olut doue de retourner
en }'rance a\'ec sa garde, afin de se préparer
à la nouYelle guerre dont lts .\ulrichiens le
menaçait-nt; mai., ne Youlant cependant pa
perdre l'occa ion de punir les Anglai , il les
lit pour uivre par les corps d~s maréchaux
. ey et oult, qui, en parian l, délilèrenl devant lui.
Les troupe anglai e onl excellt&gt;nle ;
mais, commP elle. ne se recrutent que par
de engagPmenL · volontaires qui deviennent
tort difticilcs en tcmp de guerrP, on e t
obligé d'admettre les homme - m11riés, auiquel· on permet de se raire uivre par ]pur
famille ; aussi les régim.,nLs traînent-il à
leur suit· un nombre considJrable de femmes
et d'cnraots. C'e l là un grave inconvénient,

auquel la Grande-Bretagne n'a jamai pu remédier. Or, il advint qu'au momPnt où l'Erupereur !ai ait défiler devant lui les corps de
oult et ey, hors de murs d'A torga, on
entendit des cris dans une immense grange ....
on l'ouvrit... t&gt;lle contenait mille à douze
et•nts femme et t-nfant anglais qui, arrabl~
par la longue marche de jour prftéd nt ,
faite sous une pluie glacial , au milieu de
boucs ci d . torrent débordé , n'anienl pu
suivre l'armée du nénéral Moore U 'éta.it•nl
réfugié dao cette \'aste grange où, depuis
quarante-huit heures, ils vivafont d'orge
cru !. .. Presque Ioules ce femmes el ces
enfant étaient bPaux mnlgré le guenilles
tangea ·es qui le couvraient. Ils entourèrent
hienlôt l'Empereur, qui, tourhé de leur tri Le
po. ilion, le fil loger en vi lie, où. ils reçurent
des \'ivres, el Napoléon envop un parlementaire avertir le général an~lais que, dès que
le temps le permettrait, lt's femmes et le tnîaols de es oldats lui erail•nt rendu .
Le maréchal Soult joignit l'armée ennemie
dan le montaf.?l)es de Léon el batlil son
arrière-garde à )'illafranca, où nous perdîmes
le général Colbert el on aide de camp Latourfaubourg . L'~rmée anglai e gagna en toute
hâte le port de la Coron-ne; mai. , une tempête
horrible rendant son embarquement très
difficile, elle fut daus 1'obliga1ion de livrer
bataille aux troupe' du maréchal Soult qui la
uivaitnl de trè prè . L général en chef sir
Jobn lluore fut tué, et . on armée ne panint
à rta ner se vais eaux 4u'après des pertes
immense . Cependant, cet événement, ttue les
Français considérèrent d·abord comrue un
avantage, leur de"int l,ieu fatal. car le général
loore rut remplacé par Wdlmgton, qui nou.
fil d •puis tant de mal.
Ce fut a tortta que mon frère allaché à
l'étnl-major du prince Bt:rtb.ier, ayant été
cbar"é de pa er des dépêche à Madrid, fut
pri par les •uérilla-, ce dont je ne fu · inform"' 11ue longLemps apr'• . .l'aurai l'occa~ion
de revenir ur cet 1!\-énement.
Pendant lJUe lu maréchal 01111 pour,·uirniL
le e11uemis dans ll'llr retraite ver la Corome,
!'Empereur, accompagné Ju rn:irécbal Lannes,
partit d'Astorga :me ·a gartlc pour rélt'O!!l':tder
sur 'Ynlladolid, afin d. joindre&gt; la roule dt
France. 'apoléon 1:journa dcu~ jour' dan
c •lle ,·ille, où il ordonuu au maréchal Lann
d'aller prendre I • commandcm •nl de dem:
corp d'arm1i qui !ai~aÎl'IIL le il•n-e de arago e, et de 1ooir Je rc&gt;troul'er à Paris après
avoir pri celle place Mais, avant dë ,c tlparcr
de nous, l'Empcr1·11r, ,•oulanl donner à l'étal•
major du mar6chul Lanne un témoîguaoe de
satisfaction, invita cdui-ci à lui remellrc l'état
Je~ propositions d' arnncemcnt qu ïl avait à
faire pour le' oflicier . J' fu compris pour
le grade de ehef d'e cadran, et je me préparai à le recevoir, ·urloul en apprenant que
le marrcl1al. orl,111t du caliinr•t de !'Empereur,
me fai·ait demander; mais mon espoir fut
cruellement déçu! ... Le maréchal me dit avec
bonté 1111' •n demandant un srade pour rnoi
il arail cru &lt;l •voir propo er aussi le ,ienx capitaine Dagu ·an, on anci •n ami; mai que
11

•

�111ST0"/{1.ll

________________________________________.

l'Empereur l'a,•a.it prié de choi ir entre Dagusan et moi. « Je n'ai pu me décider encore, diL le maréchal, car la liles ure que
vous avez reçut1 à .igreda el la conduite que
vous avez tenue dans cette circonstance dil'firile mettent le droit de voire. côté; mais
Dagusan e t ,·iem: et fait sa dernière camparrn •. Cependant, aucune con idération ne me
porterait à commettre 1me inju tiœ; je m'en
rapporte à vou pour indiquer lequel des deux
nom je dois faire inscrire ur le brevet que
l'Empereur va signrr .•.. u ~fo position étail
Lrè embarra · ante ; j'aYa.is le cœur hien
brro · ... . C•pendanl, je répondi · 11uïl fallait
mellre sur le hrevet le nom de ~I. Dagus:m !. ..
Lemnr 1chal. les larrn' aux yeu:x, m'embra sa,
en me promettant qu'apri la siège de ararro se ,je serais certainement nommé chef
d'e caùrou. La boir le maréchal réunit se.
omcier pour annoncer le, promotion . Guéhénenc était confirmé dans le grad • di, coIonel i ainL-11ars, nommé lieut.onant-colonel;
Ongu an, chef de bataillon· d'Albuquerque
WatLe,•illc, lécrionnaires; de Viry el Laùédoyère, capitaine· ... moi, rien!
Noa. quillàm Valladolid I lendemain,
pour nou diriger à petite journée avec nos
cbeyaux ur ara"'O e, où le maréchal Lannes
prit le commandement de Loule les troupes
qui Faisaient le siège et dont le nombre s'éle,,a.it à 30,000 hommes, sa-voir: le 5• corps
de la !!rande armée, venu d'Allemagne, soa
les ordres du maréchal Mortier, et l'ancien
corp du maréchal Moncey, que Junot venait
d~ remplacer. Ce dernières LroupesélaienL de
nom,clle formation ; mais n'a1·ant plus de
longue ' marche à faire, el d"ailleurs aguerries par leur uccès de la bataille de 'fu.
dela. elles combattirent avec beaucoup de
courage.
Avanl la grande in urrection amenér par
la caplivité de Ferdinand VII, la ville de arao--osse n'était pas fortifiée; mai . en apprenant le événements de .Bayonne et les ,•iolences que 'apohion voulait faire à L'Espagne
pour plnct·r on frère Jo. cph ur le trône,
arago se donna le signal de la ré islance. a
nombreu e population se leva comme un seul
homme; le moines, les temme.s cl mèrne les
enfant prirent le armes. Dïmmen el- couvents, au. murailles épai,ses et olide , entouraienl la ville; on les fortifia, el de ca.nons
y furent placés; t.oule le mai on rurenl
arénel tes. les rue barricadé i on f_abriqua
de la. poudre, des boulets des balJes, et l'on
réunit d • très grands approvis ionnements de
houche. Tous les habitants '.enrégimentèrent
Pl prirent pour clief le comte Palafox, l'un
des colonel des gardes du corp et ami dévoué de Ferdinand VU, qu'il avait nivi à
Bayonne, d'où il s'était rendu en.Ararroo après
l'arre~talion de ce roi.
Ce fut pendant l'étc.! de i 808 qne !'Empereur apprit la ré\'Olle et le projets de défense
de arago · e, eL comme il élail encore dan
l'illusion que les dépêches de Jurat avai~nt
fait naitre dan son esprit, il oonsidéra celle
insurrection comme un feu de paille qui
s'ét(lindrait à l'approche de quelques régi-

ment irançai ·. Nêanmoin , ,n·aot d'employer
la force d · armes, il voulut essayer de la

per uasion.11 'adr,cs~a au prince Piguatclli, le
plus grand seigneur de l'Aragon, qui se trouvait alors à Pari , el l'engagea à user de son
inOuence sur les rarronai pour ca.Lmer leur
effenesœnce. Le prince Pignatelli accepta
cetle mis ion pacifiquè et arriva à aragosse.
La population accourl au-devanL de lui, ne
doutant pa qu'à l'exemple de Palafox il
vienne combattre les Françai ; mais, dès que
Pignatelli pa rle de sonmis ion, il se voit a. sailli par la foule. qui allait le. pendre si Pala fox ne l'a"aiL fait conduire dans un cachot
où il passa hu.il à neuf mois.
Cependant, plusit&gt;ur. division françaises,
conduile par le rrt!néral \'erdier, e présentèrent en juin. 180 deva.nt 1-laragossc, donl le
fortifications étaient encore très imparfaite:;,
On ,,ouJut hru quer une attaque; mais à peine
no· colonnes rureol-eJle .dans les rues, qu·an
feu mcu.rlrier parlant des Ienèir , de clocher , des toit~ cl de. oupiranx: de ca,•es,
leur fil ~pro1ner de telles perle" qu'elles furent ol,]igée de ba Ure en relrai te. 1 os Lro1rpes
cernèrent alors la place, &lt;lont elle-~ commencèrenL le sîè"e plu métbodiquement. Il aurait prou'llhlement réu1&gt;si, si la retraite dn roi
Joseph n'eùL contraint le corps français placé
deYanL , arago se à se retirer aussi, en aùandonnan L une partie de soo artillerie.
Ce premier siège fat ainj m:i.nqué ; mais,
nos troupe étant .rentrées ,·kloricuse en
Aragon, le maréchal venait en 1 09 attaqurr
de nouveau ara.go e. Celte ville e trouvait
alors dans de bien meilleures ronditioo de
défense, car s.cs fortifications étaient acheyées, et Loule Ja population Lelliqncuse de
rA.ragoo 'étaiL mi e dan la plnœ, donL la
garni on avait été renToreée par une grande
partie de troupes espagnoles de l"armée de
Castaiio, , hallue par nous à Tadela, de
sorte que le nombre des défen eurs de arago· e s'éle\•ait à plus de 80,000 hommes, le
marécbaJ n'en ayant que 50,000 pour en
faire le siè"e; mai nou avions d'excellent
officiers. L'ordre et la di cipline ré naient
dan · nos rangs, tandis qne dan la viUe tout
était inexpérience el confusion. Le a siégés
n'étaient d'accord que sur un seul point : se
defendre ju (JU'a la mari!... Les paI ans
étaient les plu acharnés! Entrés dans la
,ille avec lears fc.mmes, leurs enfants el
même leur lroup aux, on avait assigné il
cb.aque groupe Je quartier ou 1a maison qu'il
devait habiter, en jurant de le défendre. Là,
les gens ,·ivaicnt entasi-és pêle-mêle avec Jeur
bétail e.t plon"é dan la aleté la plu dégoûtante, car ils ne jelaieol aucuno ordure au
dehors. Les enLraillcs des animaux pourrisnient daos les cour ·1 dims les chambres, et
les assiégés oe prenaient nième pas la peine
d'enli:ver les cadavres des hommes rnorti; par
suite de l'alTreuse épidémie t{U'une telle néglig~nce ne tarda pas à dé,·elopper,
Le fanati me religieux et l'amour sacré de
la patrie eialtant leur courage, il~ s'abandonnèrent aveugl~ment àIa vo/011ti de Dieu ....
Les Espagnols ont beaucoup con ervé du en..., 31 8 -

ractère des Arabes cl sont raU'llisLe ; au si
répétaienl-ils sans cesse : &lt;t Lo r1u.e h::i de er
no puede faJtar .... » (Ce &lt;tui doit èlre ne
peul manquer. ) En conséquence, il ne prenaient aucune précaution.
ALtaC[Uer de pareils hommes de \•ive force,
dan une ville où chaque bahilaLion ~lait une
forlcr(' e, c'e11t éLé renou,·eler la faule cornmi e pendant le premier si!!ge el 'expo er à
de grandes perle , san aucune chance de.
uccès.
Le maréchal Lannes et le "énéral Laco te, chef du génie, nrrirent donc a,,ec une
prudente méthode, qui, malgré .a lenteur,
devait amener la reddition ou la destraetion
dll la ,·ille, On commença, selon l'u arre, à
établir des tranchées pour alle-inJre ltJs premières maisons;arriré li,, ces maisons rurcnt
minées· on les Iai ait saukr av ,c h1r défenseurs; puis on minait les suivante , et
ain. i de uite. Mai ces lral"au,; n'Hail!ul pa
sans de très grand dan,,ers pour Je Français. car, dès que l'un d'eux p:irni.:sait, il
t1laiL en bulle aux coup de fusil tirés par les
E pagnol · caché dans les bât imenls ,·ois in .
Ce fu Lain i que périt le néni:ral Laco le, all
mom.enl où il se plaçait devant une lucarne
pour examiner lïntérieur Je la 1 ille. L'acharne.ment des Espagnols était i grand que
pendant qu'on minait une mai on, et que le
bruit . ourd Je~ coups de marteau le prévenai) dll l'approche de 1a mort, pas un ne
quittait l'habitation qu'il avait jurt! de défendre .... Nous les entendion" chanter 1 " litanies; pui , au "-Ïlôl r1ue les murs, ,,ofant en
l'air, relomùaienl a1·ec fracas, en écrasant la
pluparl d'cn lre eux, tou ceux qui échappaient au dé: a lre e r,ronpaienl sur le dé•
cambres el cherchaient à le défendre en se
retranchant derrière fo moiudr abri, d'où
il reeommença.ienL à tirailler!... Jai nos
oldals, prévenu du moment où la mine
de,·ait joner, e tenaient prê~, el ù~ que
l'e:1:plosion s'était produite, il s'élançaienl
rapidement ur les décombre , tuaie.nL tout
ce qu'il renconLraienL, s'étali li aienL derrière des pans de mur, éleraienl ùes retranchements avec des meubles, des poutres. et
prati4uaienL au milieu de ces décombres des
pa age&amp; pour les sapeurs qui allaient miner
la mai on ,·oisine.. .. n grand lier de la
ville ayant été délruit de la -orte, le communications établie · dans cet am,r de ruioes
formaient un dédale inextrical,Je où l'on ne
pouYait se reconn:iitre qu'à. l'aide de jaloos
placé par les officiers du rréni . Ouu·e la
IIllne, les Français emplolèrent une nombreu e arLilleric el jetèrent j u qo 11 onze mille
bombes dans la ville!...
~lalgré cela, aragosse tenait toujours! ...
.En rain le maréchal, ému de pitié pour ces
héroïques Mfcnseurs, envoya un parlemenLaire pour leur propo er une capilula(ion
honoralJle... Jle11e fut pa acceptée. Le iège
continua. fais. si la mine arrivait à d6tmlfc
le mai ons, il n'en Iut pas de même des
Yasles couvents fortifiés, car cela eùt eùgé
de grands travaux. On se bornait donc à
îaire sauter un pan de leurs épaisses mu1

�. _______________________

111ST01{1.ll
raille., et, dè que la brèche était faiLIJ, on y . lationnée dan le jal'din du co111• nl. Pour croix a,ail été rav,:c ur cha11ue face· enfin,
tic enwilles pratiqu ·es toul autour fai. aient
,. 1rifier le rail, et reconn:ùtre la ('onflguration
lançaiL une colonne à l'a aul. Le as iégé
accouraient à la défen~e : 1111 :1..1it terrible; du terrain ur lequel j'allai 1·omhallre, je rcs cmLler cette balle à la roue d'unemoolre.
au i fut-ce dan œ genre d'allaqite que me bai se ... mai. , à lïn tant, un E·pagnol C'étaient ces es11èce~ de druts qui, 'étant
po. té sur le docber de anta-Eno-racia me prises entre le mmclcs, anlienl renùu l'exnou perdimes le plus de monde.
Les cou\'enls les mieux: fortifié étaient tire un c.oup d'arme à feu, et je tombe sur le Lraction si dirt1cile. La Lalle ainsi écra ée
pré·entanl trop de surface pour entrer dan
ceux de l'Jnqui ilion el d ~auta-Enaracia. pav: !. ..
un
[u il, avait Jû ètr lanctie par un trom1
Je
n'éprouvai
d'aborù
aucune
douleur,
et
No ~apeur·, arriv aupr\ d c derni r,
a,·aienl mint: l'un des mur , lor·que le ma- pen ai que l'adjudant placé aupr ùe moi blon; ·e présenl.aul Je biai , elle a1·ail agi
réchaf, me îai. anl élppeler au milieu de ln m'a1 ait pou.-,s · par inadvertance; mai bientôt comme un in trumcnt Lranchanl, pa 8é entre
ouil, me dit que, pour me faire promptement le sana ortit à gro bouillons; faYais reçu deu cotes, contourné l'intérieur du coffre
avoir le !!rade de chef d'esc.idron, il m'a une haJle &lt;l:ms le &lt;'Ùlé aucbe, à p u de pour ortir de la même façon qu'elle était
nlrlie, en con ervanl beurcu ·ement a ez de
di tance du cœur !... L'adjudant m'aida à me
r; ervé une mi ·ion des plu importante :
n Au point du jour. on mctlra le feu à la rnlever. el nou~ onlr;lme dan. la Ca\'e 011 se force pour traver cr le mu cles el le. chairs
trorJ\'aicnL le voltirreurs. Je perdi Lanl de &lt;lu du .
~ mine de tint1e à OU\rir lP mur de • arttaLe marécb:il, voulant faire ronnailre à
ang que je Cu • ur le point de m'é\·ani,uir.
{( En!!racio; huit compagnies de grenadier" sont prèle pour l'a · aul; j'ai ordonné que Il n'y a1•ait pas de liram::ard-: le oldat.s me l'Empercur avea quel fanatique acbarncrnent
11 tous le
capitain . fu" enl pri parmi t,,,. pa. ~èreul doue un fu il 011 le denx bras, lé habitants de arano se e d '•fendaient, lui
c, moins ancien 4ne ,ous: je rnn donne le un autre ou le jarrets, et m'ernporlèrcnl flL pa cr la balle extraite de mon corp .
apoléon, :iprè l'amir examinée. la fll
ain i à lraver le mille el un pa · age pra1c commandem •nl de cette colonn1J; allez
tiqué, d:ws les décombres de ce va:t.e quar- porter à ma mère, en lui annonçant que
(! enlever le courent, et je ui certain que
11 l'un d
premier · courriers de l'ari m'ap- tier ju qu'au point oi1j'a,·ai· quiLL~lc éuéral j'allai être nommé chef d'e cadron.
Le docteur Assalarru élait un de~ premiers
B:,zout. La, je l'cpris m01 .en . Le général
l( portera \'Oire brevet ùe chd d'e cadron ! ,,
J'acceptai a1•ec rcconnai . anœ, hien que je voulait me Jaire panser, mai· je préf'oraL chirur,,.ien de l'époque, el, grâr à lui, ma
fu ,e, sur le moment, très onfl'ranl clc mnn l'èlre par le dortrur A·salagny. el compri- bic sul'e, q1ii pouv:iil èlre morlellc, fuL une
ancienne bl ~ un'. L• chair al'aient en se mant ma plai, a\'t:C mon m uchoir, je me fh de celles qui e guérirent le plu proruplecicaLri nnL formé un IJourrd 1. qui m·aurait Mnduire au quartier •énéral du maréchal ment
Le maréchal po édail un Lil mécaniempêch(• de porter une coiffure militaire; Lanne., établi à une portée de anon &lt;le la
au .i le &lt;loci •ur .LsalagnJ, chirur•rien-major ville, tlaru; l'immen •bàtirn ntd'une aub rge que qui le uh·aiL partout en l'ampa!!Ile · il
de chasseur· de la arde. les avait-il réduites abandonnée, au lieu dit des &amp;ci,ms du canal cul la bonté de me prètcr un matelas et des
drap· ; mon portemanteau servit d'oreiller,
m•ec la pierre iufornalc. Celle lrès rlonlou- d'A,.a9011.
·Eu me voyanl arriver Luul couvert de . an~, el le mante.iu &lt;le cornerturc; mnlgr: cela,
reu~ opérai.ion ayant été faite la veille ,
j'avai· eu la lièvre Loule la nuit, el me trou- portC-par d olJat' dont l'un me ou Lena il ln j'étais fort mal, car la chambre n'ayanl ni
ti&gt;lt&gt;, le maréchal et me camarades me cru- porte ni îenêtrc., le vent el mèrue la pluie
vai , par ron.équcnl, dan d'as ez mau1•:m,e
alagny ;i, ura le )' pt:Dl:LraienL. Ajoutez à cela que, le rez-decondition. pour monter à l'as~ant. :\'ïmporl.(&gt; ! rent mort. l.e tl111:teur
chaus éc de l'hùtelleric ervant d'ambulance,
il n'y a\'ait pas à hé itcr; du rc.,te, j'a,ouerai contraire et ·'elllpl'l'. a de me panl-er; mai
qne j'étais 10111 fier dn comman&lt;lem,•ol q1rn le on ne sa-.ail 011 me plaœr, car tous le. men- j'avais au-de ~ou d' moi un grand nombre
maréchal me confiai! : huit compagnie· de hie de l'bôLellerie aynnl Jlé brûlé~ pendant de hies és, &lt;lonL les gémis emenl!; aggrarnicnl
grcna,liers, à moi simple capitaine, c'était le si ne, il n'y arnit plu un cul lit: nous ru douleur . L'odeur rrau.éahonde que récouchion . or le~ briques dont le' chanrb1·es pandait cet hôpital péJlétraiL ju qu'à moi ;
magnifü1ue !...
;laient pa1èC!. Le maréchal et tuu mes plu · de d ux cents cantinier. arnienl éLal&gt;li
J cour donc raire mes prt'.•parntiL, el, uu
jour nai. sanl, je me rend à la tranchée, oil camarades donnèrent 11 l'im,lanl I urs man- leurs échoppes autour du ttuartier gJnéral:
je trou,e le gi•néral 113.wul, qui, aprtr ru'avuir tc.1tn, &lt;lout oo forma 11ue pile, 'tU' laquelle u11 camp était auprès de là; c'élaienl donc
remis ll' t·ommandement d" · rrrcna&lt;lier,, me on m coucha. Le doct~m· Yi. ita ma Ille sure de chant , de cri , des roulement de bmrail oh el'vcr que, le [eu ne pc u1ant ètre mis el reconnut que j'.i\ai reçu dans le c.orp· un 1.iour continuels, el pour compléter celte muique infernale, la ba e était faite par un
aux. poudre avant une heure, je forai· bien projectile dont b forme tle\'ail ,èlre plate,
de proliter de ce Lemp pour aller t-xamiuer puLqaïl avait pa ·è entre r1 ·u rotes an les Lri• •!'l'and nombre de bouches à fou, tirant
la muraille que la min doil r mer rr. el \,ri er. ce que n'aurait pu f.tire une balle nuit.el jour contre la ville! ... Je oc pouvai
dormir. Je pas ai quinze jour dan
Ile
calculer fa largeur Je la brèche qui en résul- ordinaire.
Pour ltomer ce projr1:til1•, .As. alaro en- triste position ; enfin, ma forte oonstifu Lion
tera, afin do prrparer mon atta11ue . .Je pars,
..
accompaaru: d'un .idjud:rnl du génie qui fonce une onde dans la plaie ... il ue lrouni prit le de,;$u , ct_.ie pu ' coe lever.
Lè climat de l Aragon étant forL doux, J en
di.nait rne tlrri~er au nrili •u ùr · ruin d'un rÎL'n ! .. . :a Ligure devient (llJCieu e, el
profitai pour faire de petites promeaa&lt;les,
irnmen e t1uarli('r déjà abat lu, el j'arri,e voyant riue je me rlnin d" 1prourE&gt;r le plu
ennu au pied du mur du cou,·ent. Là ter- vivrs douleur. dans le r'in , il me place ·ur ap1,u~·é ur le lira du boa docteur A ~alagny
minait le terrain com1uis par nous. Je me le v1•ntr' el \Ï il mon do .... Mai à pein • ou de J'ami de Viry; mais leur devoir le
trouvai dans une petite cour; un piqncl Je a,ait-il touché le poinl où les cMcs abouti - empèchaient de venir longlemp · arec moi, el
rnllirreur:-, occupant une e pèce de c:,vc ,oi- sent i1 l'èpinc dor~al ·, que je ne pu retenir je m'ennuyai ouvent. Mon dume:.tique rinl
ine, avail dan: celle conr un frtcLionnairc un cri : le proj ctile était là ! A.. alaorny, 'ar- un jour m'annoncer qu'un ,•ieux hou ard,
abritê contre le· coup de ru il par 1111 aruas Dllllll alor~ ,l'urr hi touri, fait une gr.rrule in- haigné de larmes, demandait à rof Yoir;
&lt;le planche· el d(' portes. 1:adj11da11t du ci ion, aperçoit un corps m 1talfüJUC se prc!- von de~iuez que c'était mon ancien menlor,
génie, me montranl alors un gro mur placé . entant e11I 1·' deux cùlcs, et veut l'e. lraire le marée hal de. logis [&gt; rtela l', don l le régiment venait d'arriver en Espagne, et qui, en
en face de 11ou , me dil que c'était celui avec de pinCI' . , lai ne pournnt y parvenir
qu'on allail faire sauter dè que la mine rnal!!l'é de l'iolrnls cfforb qui me oulevnicnl, apprenant que j'étai ble · é, était aocouru
vers moi. Je revi ce ùrave homme m·ec
erail cbargJe. Dau l'un de· coin de la il fair a~ eoir l'un de me caruarod mm
cour, ou l'on a1·aiL arraché une pompe, la épaul ·s un autre sur me jarrets, et réu sil plaisir et le r çus à mavei!le; and v~nai~-il
chute de quelque pierre avait lai ·sé 11n en lin à arracher une halle d, plomh du plw souvent me tenir compagme el me d1slrarre
vide; le facliormaire me îaiL oh errer qu'en forl calibre, à laquell le fanatique cspa- par se interminable histoires el les ~nseil
se bai sanl on aperçoil p:ir celte ouverture •mol avaient donné la forme d'un petil écu, bizarres qu'il croyait encoro pouvoir me
le jambe d'une nombreuse lr?UJJC ennemie en l'aplaLi :ml a coups de marteau. One donner. Ma con\lalescence fol courte, et vers
1

J5 mars je fu. à peu JJrès r :Labli, quoique
bi n faihle enrorc.
La morl faisait des ravage afl'rcux parmi
les habitant et la garnison de 1.:aragosse,
dont le l yphu,, la famine, le Ier et le [ u
avaient fait périr près d'un grand tiers, sans
que les autres pen assent à e rendre, el
r,ependant les forts les plu. importants avaient
été pris, el la mine avait déjà détruit une
partie très c.onsidérable de la ville. Les moine"
ayant per uadé à ce malheureux que les
Français les égorgeraient, aucun n'osait sortir
de la place, lor que le hasard et la clémence
dn maréchal Lannes amenèrent la fin de cc
siège mtimorablo.
Le 20 mar , le J&lt;'rançai ayant pris &lt;l'a.saut un couvent de reli 0 'ieuse~, y trouvèrent
non eulcment les nonne , mai plu de trois
cent femmes de toutei conditions, qui s'é,taienL rél'ugiée:. dan l' J&lt;&gt;li e. Elle furent
lraitées avec beaucoup d'égards et conduite
auprès du maréchal. Ces iniorlunée , s'étant
trouvées cernées de toutes parl pendant
plu~ieur jours, n'açaient pu rece\'oir de.~
vivre de la ville : elle . mouraient de
faim !. . . Le bon maréchal Lannes les condu.i it lui-même au marché du camp, où,
faisant appeler Lous le cantiniers. il ordonna
d'apporter à mnn"er à ces femme , en :ijouLant qu'il se chargerait rlu payement. La
généro'ilé du maréchal ne se borna pas là·
il le liL Loule reconduire à aragos c. A
leur rentrée dans la ,·ille, la population, qui
du haut des toits et des clocher le~ a,,ait
Suil'ie- de yeux, e précipita au-devant
d'elle pour ont ndre le récit de leur a,·enture. Toutes firent l'éloge du manJcbal cl d
soldats frnnçais; aussi, dè ce moment,
l'exaltation de celle malheureuse population
s'apaisa, el il [ut com•enu qu'on se rendrait.
Le soir mème, arago se capitula.
Le maréchal Lanne , craignanl 4u'avanL
de rendre les arme quelques fanatique n'égorgea sent le prince Fuentès Pignatelli, mit
pour première condition qu'on le lui rendrait
vivant.
ous vimes donc arriver ce malheureux,
conduit, pa~ un geoüer à figure atroce qui,
après lavoir très durement maltraité pendant sa longue captivité, eut l'effronterie
de l'escorter, les pistolet à 1a ceinture
jusque dans la chambre du maréchal, vou~
lan_l avoir, d_isait-i~, un reçu de la propre
maID du cheI de 1armée française. Le marécbal le LiL ntetlrc à ln porte; mais cet
homme ne -voulant pos s'en aller an. un
rl'çu_. Labédoyèrc, fort peu endurant, se mit

.Mt.M01'1('ES DU GÉN'E'R,Al. 'B,)fR_OJV DE

lJISTORlA, -

Fasc.

1.s.

--.,.

en l'ureur, el lui fil descendre les e caliers l1 jamai pu me rcndrê cnmpte des motif •1ui
grands coups de pied dans le derrière. Quanl portèrent le maréchal à faire 1111 Lei choix pour
au prince Pignalelli, il rai ail vraiment peine une telle mi sion. D'Albuquerque, forcé d'oà voir. tant il avait souflert pendant son béir, entra plu· mort que vif dans .'arago·..
empri onnement I La fièvre le dévorait, et on
Il se présenta chez Pabfox, qui, en
n'avait pas un eul lit 1l lui otirir; car, ain i lui remettant on épée, dit avec une noble
que je l'ai déjà dit, le maréchal s'étail logé fierté : « 'i YOS aïeux, les illu Lres d'Albudans une mai on entièrement nue, mai qni &lt;1 querque, revenaient au monde. il n'en e~l
avait l'avantage d'être placée auprès du poiat &lt;c pa un qui ne préféràt e lro1mr à la
d'atraque, tandi que le général Junot, bien « place du pri onnier qui rend celte épée
moin consciencieux, s'était établi à une 11 couverte de gloire, plutôt qu'à celle du
grosse lieue de la ville, dan_ un riche cou- « renégat qui vient la prendre au nom des
\'ent. Il y menait Lrès bonne vie et offrit « ennemi· de l'E parne. a patrie! »
l'bo pila.lité au prince, qui l'accepta. Elle lui
Le pau\'re d' \llmqucrc1ue, terrifié. et Rur
devint funeste, car Junot lui fil foire une telle le point de tomber en déf,tillancè, fut o:bli,ré
bombance que son estomac, délahré par le de s'appuier contre nn meuble. La se· n
régime de la pri on, ne put upportcr ce nous fut racontée par 1 ~pit:iine Pascal.
brusque changement, el le prince Piunatclli qui, rhargé par !'Empereur de reccroir Pamourut au moment où son retour :'1 la liberté Jarox après son arre:-tation, as i tait à l'enle reud:üt si hcurl!ux ! TI lai - a plus de trevue do oe "énéral et de d'Alhn11uerquc. Le
900,000 francs de rente à un collaléral qui comte Palafox fut conduit eL demeura en
n'avait presque rien!
France, depuis le moi de mar j 0~ jusLorsqu'une place capitule, il e l d'usa11e qu'en l814.
que les officiers "ardent leurs épées. Il en ful
Bizarrerie des chose humaine ! Palafox
ainsi pour ceux de la garni on de aragos e, ayant élé proclamé gouverneur de .:ara •os. e
excepté pour le gouverneur Palal'ox, à l'égard au moment de L'in urreclion, la renommé,· el
duquel le maréchal avait reçu des instruc- l'histoire lui ont altribué le mérite de l'hétion parlicolière · de l'Empereur : en roici les roïque défen e de cette ville, cl il y a cepenmotifs. Le comte Pal.ifox, colonel dans le
dant fort pc11 contribué, car il tomba gravegardes du corps el ami dévoué de Fer- ment malade dès les premiers jours dn iè" ,
dinand VII, l'a\'ait suivi à Bayonne. L'abdi- el remit le commarr&lt;l~ment au général 'aiuLcation de ce prince el celle de Charles IV
farc, Belge au crvicc de l'Espagne•; ce fuL
ayant jeté clan la con. ternaûon les seigneur_ donc celui-ci qui outint toute nos attaques
espagnol que apoléon avait rtiunis en a em- a,·ec un courage el un tnJent remarquable .
blée nationale, pre. que tou reconnurenlJo eph ~fais, comme il étnil élranye,., l'orgueil e~papour leur roi, parct! 11ue1 se vopnL en France gnol reporta Loute la gloire de la défense sur
au pouvoir de l'Empcreur, ils craianaient Palafox, dont le nom pa sera i'l la po térité,
d'Hre arrêtés. JI parait que le comte Palafox, tandis ([ue celui du l1ra"e el modeste géuél'al
ayant eu les mêmes craintes, avait au si reainL-Marc e Lr slé ignoré, car aucune relttconnu le l'OÎ JosrpL; mai-, à pei11e rentré en tion ne l'a mentionné.
Esparne, il s'empre a de protester coutre la
Le jour qui suivit la capitulation, la gar\'Ïolnnce morale qu'il prétendait I ui avoir élé ni on de arago se, après avoir défilé dmru11
faile, et courut, :e mettre à la tète des in ur- le mar&lt;ichal Lanne , déposa les arme. et l'ut
gés de Saragosse.
dirigée ur la France romm1; prisonnière de
L'Empereur con idêra cetteconduilecomme guerre; mais, comme elle était en('Ore au
une perfidie, el ordonna qu'aprè la prise de nombre de 40,000 homme , l deux Lier·
la ville, le comte Pa.lafox serait. lrailé, non en
'évadèrent pour recommencer à tuer de.
pri ormier de guerre, mais en pri ounicr Fr~nçais, e? .e joignant à diver partisan.
d'État, par conséquent désarmé et conduit qat nous îa1sa1ent une guerre acharnée. Ceau donjon de Vincennes. Le maréchal Lannes pendant, une très grande partie des hommes
se vit donc obligé d'envoye1; un officier pour
orlis_ de Saragosse moururent du L) phus,
arrêter le gouverneur de Sarago · e et lui dont 1I. avaient emporté le germe. Quant ~
de1;1:1ander son épée. ~e ~nl :·1 d'.\llmquerque la ville, e· rnes. pre8q11e entièrement déqu il donna cette mis ton. Elle lui parut lJ.•uites étaient de Yrni charniers remplis di&gt;
d'autanl plu· pénible flll1· non seulement morts el de mourants! La couta••ion 'ékndit
d'Alhuquerque ~tait Kpagnol mai· parenL
"ur le troupe:- trnnçaises qui for. compagnou et ami de P.ilal'ox. Je n'ai' même
a11eten
mèrent la nouvelle "a rnisou.
(A suivre.)

Il. -

JKAT(.BOT

... 321 ...

GÉNERAL D6

MARDOT,

�,
•
, QUELQUES

FIGURES de: FEMMES AIMANTES ou MALHEUREUSES

cf'

Une cause célèbre anglaise au XV/Ir siècle
Par TEODOR DE WYZEWA

tarti~ à se réconcilier après la mort Lragique
ùu capitaine Kr.r, ,·ennil d,lcidtlment de . e
« Le Jur Ju Do11~ln é1ail un pcronnagc brouiller avec cllc.
Ce frère, loi non pins, ne s'était vas marié.
de l'intelligence h pins pauvre, vanitem,
ianoran1, fantnsquc, po.s.ionné, irritable, l'l D'une humeur tle plu en plus sombre èl
111'.\ p:irdonnn11I j:imai . Il pos ·éJaiL, avec cefa, soo11~n11cuse, enfermé dans . 011 cMLCllu .ans
une a"r,~al,lu li;!nrc, cl, Jan" ~a jeune ,e, autmue compagni1: •1ue celle di! . domr 1iavail lit:',iuc·oup rré1p1cnté l:i Cour, où lad y 11uc., il a\'aÎl fini par tomber rntioremenl .ous
Jean, sa sœur, :1,·ail rl: Lrès rn vnc, (:(:rnl uni! la domination de l'un d'entre riu, un l,m;
aéatur d'infinimrnl de boauté el du dout·e11r. 1'111p1in norumtl 'tockbri"g, c1ui, pt·u L-&lt;iLJ-,· à
Ccll lady Jea11 a\'ail di-,jà élérau.(', :iulrefoi:-, l'insLin-alion d'autre parents clù son maill'P,
J'on Juc:I qu':wail eu . on frère :ne,· lttrJ :11:iit a1·h1m: J'indisposer c lni-&lt;"i tonlrc ,:\
llalkci1l1. ... Hudqnt•~ annfrs :1pri'-~, llll Ii~6, , ur. Au~.i l,j •n l• èontrastc complet des
1•1lr c:;oo1111ençn une flirlation ,m.!c un Je sc.&lt;i Jrn.n: 1·:ll':Jl'Lères du rri:!re el de la f.O•ll l' s'agcousin germ:-.ini:, u11 r rtain capitaine K'ri gra,•nit-il t'ncorc de la dillërcucc de 1•urs
l'l le dm·, 1111i était jnlo11t di&gt; ~a sœur commr opinion~ : le rrère 1:Laul zélé preshyl~ricn, l'L
tout dé\·out! lt la mai on dt! llanoue, landis
. j die :nn1L (.1é a r~!Ullll', nu qui pr11t-è1rc
i-'im:i~i11:ii1 qn 'elle alluil Jé bonort&gt;r sa fnmill&lt;', que La sœur, Je plu 1'11 plus. a •ait lai. sé
r6~olntdedesccmlr' jn 11u'au fond dcl'affairP, j&gt;.trnilre .o,: se1llitncnls .1:u.a1hiLu·, cl son pt:u
li épia Jonc lè jeune homme, le soir &lt;l'avanl de go1'Ll pour la froiJe dgucur du culte éco ~on départ du cbàlea11 de Dougla~, •t le ,·it ~ais. Si bieu c1ue lord Doug,la ·, louL en conLienLrer dans le bouJoir Je Indy ,lean pour lui n11aa t à fa lcnir pour « la femme la plu'
dire ndit.:u : ur quoi, !lais.i d'une fureur dia- ,·crtucusc qu'il y cùt ou monde », - comme
il allait le rcconnailr lni-mêmc, l'annfo uiboliqn , il le poi&lt;Tnarda. Il
En 17 ili, Yingt an aprè.~ l':wcnturc &lt;1ue ,·anle. - lui avait supprimé dérnrmais Loule
11ous 1·nco11Le.ain. i lechroniqu.cur C. K. f;harpc, .'111.Jveolion, l':ll'nit form1~llemenl dé.shériléc,
lady Jean Dou..,la, avail tout près de cin11uan1c et '6ta.it déclaré ré-olo à no plus cnLenJre
ans, étant née le 17 mar 1698; mais, par p:irler d'elle.
Force lui l'ut, pourlanl, d'en entendre par11n véritnhl miracle, les nnm~s avaient passé
ur elle . ans lui rien cnle,•rr de sa (1 dou- ler, dan- les ùerniers mois de l'année ·l 71-li ;
ceur » ni de n « beauté 1&gt; . Tou c'UX qui et l'on peul iman-iner rc fJUe dut èlrc sa rage
l'ont connue. à ce moment s'accorde1ll à dire lor (JU'il apprit que lady Jean, à 11ua,raulcrt1ù11lc parai sait :n·oir ,•ingl ans de moins liuit ans pa:::sés, 1·ennil de , • m:iricr. Elle
ciue son :lge. Elle était rc Lée la cha:rmante, :iv:i.il épousé secrèlcment, 1 /4 aoùl, un vieil
La délicieuse femme 1111c nous m ntrent ses officier jacobite, rl-cemrncnl rentré en Éco c
portrait : grande, mince, d'une élégance de après vingt au d'exil, le colonel John lew:irl
fom1e touL 1t fait ro ale, avec un ma,,anifiqne d&gt;J GrnndLully. Le colonel Lewarl éla.iL, en
rt·onl très ouvert sou dti fine hou.;les blonde , ,·érité, d'cxccUenle mai on; et l'on sa1•ait
le souri_re carc ant d'une jolie hou ·be, et aus i 11n'il connai .nit la&lt;ly .lean depui l'endcu_x_ énormes ïeux brun , lumineux et pro- f:rnce et l'iwait toujours adot·ée : mais il était
pour le moin aussi pauwc qu'clfo, el s'était
fonds.
« Vcrlueusc, pieu c, charitable ans oslea- :ici1ui , eu ouLre, durant on exil, une , i
1alion », pcrsoune ne pouvni L la voir ~an. l'àdieu e rôputaûon &lt;le joueur •l d t1uémaul'aimer. El cependant elle n'êLail toujours pas deur que, lo11glerop apr• le mariage, ~a
fcmrue ~'allait point O'er aYOuer 11u'il i!tait
encore mariéi:. ·on ceTl.e' que le occa ion
lui eussent ro:mqué de foire un Leau pat·ti, ·on mari.
Elles 'étai Ltl':ùHeur,' empre sée, silôlmariue,
puisriue nous apprenon qu'elle avait étl dod'émicorer
mr le continent. Le nouvrau couple
mnndée. nolamn1onl, par« les ducs de Uamil:wllil . éjourné J'al&gt;ord à La llnye, 011, rom111e
1011, de Huccleugb, et d'Alhole, par les comles
tle llopeto, n, d' brrdœn el d • Paumure, toujours. nombre de gentilshomrne , jeunes
c11m nmllis aliis »; mai. tanlôl r'étaiL cll - •l viell\, s'cit:iirn L pa sionnémcnl épri de la
même Jtui avait• reru Il. l:mLôl èe ircon- JieUc Écoss.'l.i.\.Ci cl tl parait hicn qnc celle-ci
tam:,-s s'él.:iÏl' Dt pro1luitcs &lt;[UÎ avaieul rcndll sans jamnis leur riun acco_rdrr J'auu·e c1uc
imp&lt;nilile l'union projtil 'c. A. pro:!scnl, laily d'aimable · paroles, ne . 'élait pa . fait foule
de leur emprunter. plu~ ù"unc roi·, l'argent
Je.nu ,ivail ~ul ,, dao une petite maison de.
nviron J'l~diml,ourg. et Lrrs pauvrement : nécc aire à . on Lrain tic vie. Ü&lt;' La Ila1·c, les
ar die 11':n-:1iL jamlis eu d • forl1111e per. on- , lewarl él;iienl alltl~ à UI rechL; pui · ils élail'nt
ncllt', et son l'rèrr, a\'ecqui lie n.'avail point venus 1t Ai-i;:-Ja-Cliapcllc, uù leur ·éjour e

prolongea pc11Jant prt d'un nn. EL ce fui à
Aii 11uc lad· Jran, qui .in qu'alor nvail fait
p:tsscr le colonel , lcwarl pour sou « mailrc
d'hMd 1&gt; se vil ronlrainlc /1 1·eco11tlllilre pulili1p1omc11t 11u'cllc était mari1:è. Le fait hl
IJll'ellc étai1 en •einle. Elle avaiL e. :1y1t, au
début, ùc di ·imulcr 011 él:11. c•n porla11L de
roli lr'&gt; ample cl un "rand ru311tc:1u; mai~
hicutôl Ioules c •~ précaution~ forent inutiles.
la gros cssc a ·anl pris u11 carac:1t,,... pnrlic11lièr •rmml :ipparent. l'resquc à cbntplC rcpa)i,
lady ,ll'tlll t:prou,:til J , 11a11sér~ 11ui l'oliligcaical à 'c le,· r Je t:ihl!!; clll' marcltnil U\'t'C
prhh•, p,lli~s~it &lt;l1• jour c11 jom, Lse rolw~
n'étaient p3 . i l~cbl•s 1p1'elle n'e1)1 n1·nrl'.
sans cesse, 1t lt•s faire éla rg:i r.
Ucvanl l'inqui~laule p~r pcrli1c Je · Jéprn·e oouvdlc•s qui l'aLtemlaicnl, ellr• ~c
ùéei&lt;la ù l 'nlr:r une liuml.Jle déward1e :mpri·s
de son frère, pour oLtcnir de celui-ci c1uïl
lui vînt en ;iido : le &lt;lite, loujoors dominé par
son valet de chambre, rt1poodit simplement
1111c a œur, pour avoir fait un maria~c
comme le ien, ne valnil p:1s mi u tiuc la
dernière des filles, el &lt;1ue, du resle, a pn:_
tendue grosse
ne poun1iL èLre qu'une
com~dic. Alor le Stewart, c lrou\'anl loul
ti fait ~::ms ressources, atrrousemeul endeltê~.
cl do plu en plui incapables de sul,vcnir an\
frnis de leur coûteuse exi ·tence 11 A.i.I-la-Clwpclle, durent prendre le parli de ·e Iran 1&gt;0rLcr dans quclc1ue autre ,irtc, moins éli\it1nlc,
el où la vfo leur ·erail moins chhe. 111•
dame de lems amie,;, à Aix, leur avait parlu
de Reims; ils se rendirent donc à Beims, vers
ln. rm de mai 17.4 , et se logèrent trik; mode lemenl chez 110e ,·icille J::ime, Mme Andrimu,
qui po édait une mai ·on ur la paroi ~&lt;•
.'niat-facqu . li,; y p:'lssùrent un moi d'1111c
tram1uillilé parfaite, el y rraieat rc.:.tés plu.
longtemps encore i, walbeureuscmenl, leur
LùLe e ne 'él:iiL ~ni~ée &lt;le leur dire « 11ue
le. médecin , à llciw.. ~laicnl ig-noranls
comcne des brutes. cl qu'cllc-mèmc, par leur
faute, avait pre riue perdu la saalé après un
accouchement l). Oc L lie ~orte 11 ue, dan. les
premiers jours de juillrl, le terme do la gro~csse 1ila11l proche, cl. l'étal de 1~ mnlaJe
'1:tanl J'nilleurg :;en ihlement amélioré, hi
colonel Slcwart et , a hnmc, malgré leur
rxlrèu e in&lt;ligenrc, rrsolurent d'aller à Jlnris .
Tl"' lai. aient à l\t&gt;im leur. domr Liqnes et ln
plu arande partie de lèur li:'W:lgè, :n'c'C la
promesse de revenir le plu.s I itc po ·sihle.
Pari., ils de. condirtmt d'nhord dans 011
hôtel qne leur a1•ail recommandé un yndic
de f\11ims, l'IJùtcl de Chftlons. au faubourg
SainL-Gcrmain ; mais il , n'y re· tèrent CJUe

______________________

îJN'E CJIUS'E CÉŒB](E JfNGLAlS"B AU XV117e S1ÈClê ~

.&lt;1ncl11ue~ jours, la rhaml,1•f' r1u'on leur avait
ilo1111c~ t'l:rnt i11bnlti1:iltll-'. Il allèrenl r-n:11i1c,
tlcn,curcr t'lmz une ccrt:1imi Mm1• r.cliru11.
snus doute unr sage-l'emmc : et c'e t là 11111',
dans la nuit du 10 au 11 juillet, avec l'aide
d'un méJecin nommil Delamarre, lady Jem1
?ccoucba ~e dcu~ garçon jumenux. Quelque
JOurs aprcs, sa lt•mmc de chambre, qui soule
ar11il accClmpagm: ·a maitresse à l1aris , écri1,1it at1, autre. dome, Li11ues, restés à llcim'-,
11ue 11 fo · dt•ux cnl"ant étaienl devrais amour .•
mais 1111c le plus c-adrl était ,i pelit l'i si faihl1•
que I.· médecin avail ordon,11: qu'il f,il rnvoié
1·n nourrice, à ln campagne, . ans
('l'rd re tlO momen L u.
Ln mois après cnriron. laJi
Jean et on mari J•c,•inrcn l ù Rcim
a\eC 1".i iné de leur ênra11t , Ili; Ir
lirenl liapliscr solenuellt-nm1L, par
un prèlre catholique. à J\.:,&gt;1ise
. ni11t-.lacrpw ; il cul pour patrai11
Pl pour marraine, par proc11ratiou.
d.. ux. rands persoun:i;:;es ~cos :1is,
lurJ Crawforrl et lady tulhian, qui
Jtaic11l resté' loul déroui!s :1 l:t
Ult·n•. F:L &lt;·e l'ut ('1 1cure luru CrawtnrJ •(UÏ • c t'hargca d';11111om·c•r au
duc de Oouglas l.t onisEn11cc Je ses
il,•11, 11eveu\ : 11 11uoi le &lt;lue ne
11111111p1a poiut tl1i r11pondru 11u'il
Len.ait loulc celle bisL01re de rroscs. o pour nnc supC"rcLerie, C'l
que, si ~a stem s'avÎ!i.'.l.il dtl uo111eau tle. 'a.drè8scr à lai, il lui fücrni l ju. qu
t1udqucs cenlàÎnedc li1 re. qu'il lui avait lai sé ltltld1c·1• j11.t1u'alors, Les deMrl, li11étalcme11L, n'araient plus de 11uoi
m:i11gcr il leur faim. ns durent
abréger leur éjour Il Reim~, reprendre au plus vile l'eaîant 1p1ïl
av:'lient en,·o}&lt;Î en nourrice, el repartir pour l'Anglelerre, où des
amis leur promeUaientde s'occuper
0

':n,,

vait don l'él:it le plus misrralile; el pourlnnl
~a modrsLiu ne lui pcrmellai l P' m1~mc J1
par:iître ~·en arniger. l.a nolile femme 11u'cllc
était se rôvélait toujour1,, jusque sous la pression du besoin cl de l'indigence : 11 L!'I point
que je craignais de lui offrir mon aide, par
peur qu'elle eu f11lonil.nsfocommed'un affront.
• acliant mon iulenlion d~ la secourir, deux
fois elle est 1·1•mte (·bez moi sans pouvoir se
résigner à me faire conn:iilre sa situation. )&gt;
Nous avons toutP une • érie de lcLtres qu'elle
écrivait à son lDJri : vraimcol on n'en pourrait irna 0iner de plus nalurellès, ni dt&gt; plus
1

parli t.11! • e rendre eu l~co e, et J.c se pr,:scnter dcH1.11I son frt'•re a\'CC c" enf.:!111.g_ 1111
des sen·ileurs ùu duc, un \i ux brave homme
r1ui l'avai t connuc dans sa jeunesse, nous fait
un émouvant récit ùe son arrivée au &lt;"hûteau :
J'titais m1 lrain ,1 • lr:1,er::&lt;•r la cour, lo1·.,qt1I' jo
l'ai ,·ue p;u· ll'S barreaux de l:1 lltllile roi lt. Elh·
m'a a11Jtt.'I•\; ju m1' uis ;1ppr,,cl11\: cl ellu m'a thL
qn',,IJe i:L1il VCIIIII', :nec t' ~11r.111ls, ('0111' :1lll'mh,•
h• d11c. Alors j1, lui :1i
1l'omrir la pnrlt• 1•1
du l:t rJirc• f'nlrPr: mais elle m'a dit 1p1'dlP 1i'r11trcmil l':,s :wanl •111r Sa :-ic•i:(11c111·i1• rial ill',lruit,•

rrornsu

cle s:i présc·11tc. J':1l~1i 1l11nc lrom·rr 1,. clw, t•l lui
li, parl "" lllrlll IJIC ' !.:!.~•·: il 1'11 11:rrnl
un peu suq,ri~, r110échit 11 uel'( m• lcmps,
t&gt;I pni , ..ons a1mmu oh, rnatim1 ,1t:r:1\'11r~hln contre ,a ~œur, me dit 1111'11
11'av:1il pninl d,• pl,,rc pnur le. 10~1•1·,
l'L

me ,l,·mn11,l.i

,,ù

nn p11111·r.11l I,•~

mcllrè. k r,ipnntlis 11u1• la pl:u-,• u,·
lll:111,1unil 1111,: lllJi, 11 m'unl,urna ù"11h1w1I d'«[ip1•ler Sl1wl.hri"~• puur 1·11
CIIII t•I' :,vc. lui; t•l ,111:11111 :-rocki,, rut
31'ri1·é, ln 11111· ml' tlil 111' 1 l:11:s&lt;•r ,1•111
:rvt•c lrti. Q1ll'l11111~ l1•111p~ apri•s, Slorl.i,•
\ i11L Îl moi ri m,• .-omm:1111111 ;lr ,l irr i1
l.r•I) J,•:111 1111'il lu i l'l.1it ol,',f1 11,h1 ,1'1•11lr"r llll C'l1dleau, .• fü, upri•s q11',,IJ,.
fut rq,a, li1•, le ,lu,· m1· ,l1·11rn111!J ~i
f:11ais \U le. enl'ants . .lt• lui ,li~ 11111• j1•

lc-s r11·ais l&lt;!n11s, lou-. (,, d&lt;'u~, il:w
mes- br:,~: &lt;11w l';,iné ,;tait hrun. l'l l,
plu~ j,•unc, 'holto, :iu~,i re,s.;i111l,l:i111 à
1

lac!) Jt•Jr, 11ue jainai~ aui:u11 enfant rt•~-

,~mliln à s.i m.'.'l•r.

De l'auberge Yoisine, où c•rle /étail r ·fugiéC', laJy Jt.an 1lcri,·il à
• on frère u11e longu" 11.'llrè cJUf'
j'aimerai~ à 11ouvoir lraJuir1• !0111
cnlirru. Il Toul cc l)UC je Jrm:lllde
/t Voire Grr,ce. disnil-cll&lt;-', ~~t de
pou,oir l'eutretcnir queltJUt'S in Lants; cl s;i je ne r,1us is pa,- à
vou convaincre pleinementde mon
innocence, vous pourr z m'inniger
d'eux.
LA1.,Y Jr.A:--. Oou ,LAS
LOulc les punition qu'ihou:; plaira.
Lea rsamisobtinrent en effet pour
n·aprt!s un~ P,,h1t11re a11a11)"1rie.
Je consens à subr.r Ioule votre rilady Jean, enaoùl 1750, unepelile
gueur ~i je ne mu ju tifie pas de
pen ion royale d.e Lroi.s cents Jivres. (C.:lfchd e.,:frafl .111 1•où11ne: (Juelques figures de remmes :iimnntes ou m:,lheu.
reusc,, pul·/it tar M ,lf. l'errin 1·t ('i•.)
toute· les basses calomnie · tlont
EL nom; savon , par de nombreux
on m'a 1·hnrgée. Dans l'e. poÎl.' 11ue
témoigaages, qu'il n'y eut personne
\'Oire honté daih'llCra accueillir
à Londreli qui ne ·'élnûl de pi lié au spectacle touchantes. Le salut de l':\me du colonel
ma supplique, et lJUe vous voudrez l1ien
de b pl'ofoode misère Je cette desccndantede Stewart ne la préoccupe pas moins 1111e la
ni':ippcler :iuprè ùe vous, je reslc1·ai ju ·rois, personne qui ne s\1mùt d'admiration au
anlé de oo corps : elle l'encourage à prend1·e qu '11 demain soir da11s l'auLer"c d'm't je vous
~pectacle de a douceur et de sou courage. La patience. lui e11voie de Lo11s liHcs 11n'nlle l'enét!ri . Le.. 1-'llfant , - pauvres petill' ! pau~re [cmmP. ne vivait plus que pour son "age à lire, se rrjouil jngérmmenl de telle de
n'ont certes eucorc commi aucune l'uult.'.
mari el pour es enfants. Elle les servait clJe- ses phrases où elle croil découvrir 1a lrace
l1crmcllez t11t'ils vous voi'cnt et voos 1ai,;eut
mème, avec une tendres et uue ollicituJe d'un c~poir, d'un reLou r de . on ancienne foi
le·
mains! li Le duc, lfUL dédd,•m&lt;'1ll &lt;t ne
i11;6nies. : instruisant ses ms se privant du dans la Providence.
p:lrJonnait
gui'.•re )&gt;, laissa ulle· lcllre sans
n •ecss:ure _pour leur acheter des jo11el ou
Pendant fos !l'ois mortelles années de son r_époa,e. !Jé.es1&gt;én..~. lady Jean se relira à
des sucreries, el non moins infatignble à !-l1jour à Londres, son unique pensée était
EdimLoorg; et là, qucl![u~ :&lt;'maine · apri•s,
réconl'orlcr en toute manière le vieux colonel
d'asslli'er l'ave11ir de se C'nfaMs, eu décidant un nouveau malheur s':ihattil ur elh•. Son
son mari, qn'elle avait désormais à gronde; son frère à les voir cl à les prolég r. lléla -!
ou :, con olur comme un troisième enfant. Lou tes les lettre· 1ru 'elle écrivait au duc de s~co'.1~ llls, 'hollo! qui avait Lo11jours été p3rAvec cela, pa une plain.le. D:ias Je pire dtl- IJonglas &lt;ilaienl iulerccpl.écs par linalrl locl\- l1cuhercmeal fragile, mourut suLitemenL.
Le cbagriu qu'elle en eut fui i "if el d'une
nucmenl, ticra.ée sous le coups d'une rnal- brigg; et, à Ioules les démarche qu 'ellu !'aisincérité
si m~nifcsle que ses plu. impkidmace tragique, 1.oujours elle gardait la rési- ~ail ~enter par d~ amis, le duc répondait
cahlc.
:tdvcr
:ures ~ont forèés d1• &lt;11mv!-'11Îr
gaalion d'une chrétienne, et la simple dignité 1mnriahlc•menl 1111 die• 'lll à le lai~srr lraud'une prinrcs;;e, 11 Lorsque je l'ai l'Ut&gt;, a quillc. Enfin, dans les premiers jours de l'an- qu'elle avait pour cPl enfant 1111c temlres~e
raconté plus tard lord Mansfield, elle se lrou- née 17i&gt;J, au plu. dur de l'hiver, eUe pril le passionntrt&gt;. En fai1, ce fut ce chagt·in qui la
lua tille-même. Elle moui·ut le 22 uornmLrc

�1f1STOR1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 17!i~, à Édimbourg , (,

tre

émaci~C' et

Lrè affail1lie, - écrit ~on médecin. mai
a~·anl upporté ~a maladie avec uue patience
r.t une ré ignaûon me1•veilleu ·e , comme
an ·si avec le admirables douceur cl aJli bililé
de car11clère qui lui étaient naturcUc Il . 1e

nlia.s tewart, fil minimr &lt;le défunte hù)
Jean Dougla ». in ·i, neuf an apr la mort
de la malheurcu,,c lemme, c trouvait réali é
on u.oiqu ' désir !

li
noll\eau, . ur ce point, lou les témoignages
trouvent d'accord. Jusqu'au bout, .c sachaut condalllJlée, lady Jenn n'a 11 de pensé
On pourrait penser que l'bi loirc finit là :
que pour l'enfant qu'elle avait perdu et pour elle ne fait que commencer. Eu lé ruant sa
cl'lui qui allait lui survivre. a Devant le Dieu fortune et ~on titr au Jil · de lad - Jean, le
lout-pu.i ant à qui j'numi bientôt à répondre ..-ieux ùuc·, par un dernier scrupule, avait
dt• ma vie, di ail-t~Uo, je jure que ce deux déclaré qu'il les lui léiruaiL comino « à. l'hé•nfool! sont bien né de moi! Et
fait, que ritier du sang de on pcre, le marquis de
j • meur pour eux, quelle autre preuve plus Douglas ,. EL à peine lady Hamilton eul-d)'
forœ mon frère pourrait-il demnnder, potll' connaissanœ du testament qui l dé.~héritait,
se t'Oll\laim·rcenfio (tu'ils . onl me enfant· 1 n qu'dle int nta. une action puhlique contr le
Bi1•11 loin de s·effra er de b mort, elle î aspi- jeune .\.rrhibald, se faisant fort d'établir qu'il
rait de toute on àme : mais ravenir de son n'étail point l' 11 héritier du sang des Dourtbil)llld l'inquit!lnit i Jouloureu~ement que glas n.• ia~i 'engagea nn proce~ qu'aujour. on inquiéLude b ce ujet semble avoir encor 'rl'hui encore les Anglais d~ignent du nom
contribuij ~ hâter sa lin.
Je o la Grande Cao e • : une cause qui,
Yoici, maintenant, un iotcrmêde comiqu •, pendant près de di ans, allait pa ionncr
qui mériterait d'être raconti! avec plus de I' ugleterre el l'Eco se, ou plutôt l'Europe
détail ! U a,·ait alors en Eë'o . e une vi ille enli re diviser I famil1C1 leJ plu unie:;,
demoil elle Dougla , cou ine ~e lady .lean, et rompre à jamais le plus olid, àIOÏtié ·, el
wrtainemenl l'un d membres I · plu iu- meure violemment aux prises, jusque dans
•!Uli r de celle famille d'exceutri'luer. 1A rue, les défen eur et le accu ·ateur de
S'étant prise d'une haine profonde pour sa feu lady Jean.
parente lady Hamilton. 11Qicomplail recueillir
1• titre et la fortw1e du ,duc de Douglas, la
i, romme je l'ai dh, n'avait jamai
vidll fille, vers 1758, pour mortifier .on ce é d'affirmer, et ous les serments les plus
unemie, ré olut d'amener lt: duc à reconnailr~ solennels, qu'elle étnit bien ln mèrcdesdenx
l • fil· de lad1 Jean; et, pour l' amener, elle enfaol : maj , quand on lui avail dem.11J1Ji!
r I olul d'abord de se marier avec lui, Rlle d'en fournir la preu\'C, toujour •Ile s'y t1t:lit
,;'in talla, à. son tour, dan une aul,ergt! voi- reru. ée Ir énergiquemenl, en rt1pélant que
·iue du chàteau, sou pl'éle.·le ,d'a\'Oir à cou- c' :tait à es adversairei; d1• prou,·er 1'1mpo.·ulter le duc sur un proc' qu'elle avait; ture dont il l'acon aient. Quant à son mari,
pui 1' relations ainsi engagées e poursui- le colonel tewarl, et à la fidèle femme de
virent régulièrement, ju qu'à ce qu'un jour chambre qui le· a ·ait accompattné à Paris en
le duc, en "age d'amour, e1n·oyàt à sa vieille juillet IH\l, lous leurs récits des circoncou ine a une des plu· belles pièce de 011 ~tance de l'ac ouchenienl n't 1t, ient, .an
argenterie J1 . Dè !or , le mariage l'ut décidé, aucun doute po ible, qu'un ti u de men&lt;( à la !!rande stupeur d, toute l'Eco~e n;
t
nn~e el de contradictions. L colonel, n
ln nouvelle duchesse e mit au~ iLôt en de,•oir particulier, non eulement e reconnai sait
de convertir son ma.ri à la cause de feu lady incapable de donner l'adre. e exacte de la
,Jt•ao.
sage-femme, mais variait même ur le nom
)lais l'cntèlement du Iieillard était plu
de celle personne. Il ne retrounit pas, non
dif ûcile à mi ncre qu'elle l' a_vnil suppo é. Ne plus, le nom ni l'adresse de La nourrice à qui
pouvant pa .e délivrer aulremenl des in- il prétendait avoir confié 1 petit hollo. Tout
t~nces, reproches, et allu. ion de a femme,
au plu avait-on obtenu de lui le nom du
lord Dou las finil mème par se séparer d'elle, m •decin qui a:vail fait l'accouchemcnl, Pierre
malgré l'e lrème re pect 1p1'elle lui i11 pirait; Delamarrc; encore ·oulcn:tit-il qu'il l'avnil
et lorsque la réconciliation e produisit, · ne rencontré aux Tuileries, ' l n'avait jamai. su
fui que ou la condition l'ormelle, el tipuJéc où il demeurait. Toul cefa était, en 1érité,
devant notaire, 11u jamai la. ducbe se n , t xtrêmement snsp cl, eLbllln fait pour encoufcrnil mention, en pré enc • de son mari, du rager le e péran
de lady llamilton; mni
prétendu fil de lnd1 ,lean. Comment ln du- celle dame avait u, en outre, la chan · de
che se 1rnt e conll"nindre à observer ootte découvrir parmi le.- familiers de sa ma.Lon,
condition, on l'ignore. On ail eulemenl que 11n jeune a10cal éco ai , Awlrew Stewart,
I • vieu.x duc, oh tiné dan · on caprice av c qui joignait à des dons précieux. d'activité un
une ténacité inébranlab1e, .c refu a jusqu'au ,t!ritahle énie d'inv tigation policière :
boul à voir on neveu, lOut en manit tant quelque cho e comme le prototype à. la fois
un remords de plus en plu vif de la dur té et l'idéal de ces «détecth amateurs »que
de sa conduite à l'égard de sa sœur. füi-s se plaît 11 créer ioépui abœmenl, de nos
quand il 58 sentit sur le point de mourir, en jours, la fantaisie des romanciers anglni • Ce
176 1 il annula tous es testaments anté- fut cet A.ndrew t.ewart que la duch sed'llarieurs, et nomma pour unique héritier de milton enraya en France, avec mi.sgon de
on titre el de ses biens «Archibald Douglas,
s'informer de ce qu'avaient été, bien au juste,
~l.l

..., 3l4 ,.,.

la gro sessr et l'ac ouchement de I œur d
lord Dou1rJ:i .
Je ne pui ·onger, mnlbeurl'usement, Il
résumer ici les di"er ·es pha es dr 1' enqu 'te
conduite, à Pari Pl à l\eim. , pal' cc préc&gt;nrseur du rameu
herlock Jlolme;:: : enquêt"
OÙ l'ingénieux lewart al intéress ' r des personnag · de tout ordre, dcpui J'arcl1evêqut•
de Pari jusqu'à Hiderol. Il ne rrlus il poinl,
natur llement, 1t relrouv r la a e-femm , ni
la nourrie , ni le médecin Ilelamarre, liien qu'il Iùt oLJi.-ré d con Liter qu'un
1m:d •cin de ce nom avait wécu !1 Pari. e.n
t 7 t . Mai il retrouva, en revanche, une
fonte dP gen qui a aient rencoutr; Ir:
.'t.ewart dan leur ,·oyagc., ou pendant leur
éjour à Pari • et qui étaicn1 prêts à
afllrmer que la gro esse de lady Jean
n•a~-ail été qn'une upereherie. li retrouva
ju qu'à d personne qui tilaienl montée'
dan le mèmes tliligeuccs que lady Jean.
dans ses deux voyage. d'Aix-la-Chapelle à
lleims cl de Reims à Pari , el qui e ouvenaient de l'avoir me en excellente a.nté,
quelques jours a,,at1l la date du prétendu
acrouch ment. Il fit mieux encore : il mjl
la main or deux familles d'artisan de l'atis
qu.i lui ra&lt;'ontèrcnt, avec I détail ]es 1&gt;lus
précis, dans quell • cirt:onst:mcP · die
:l\'aicnt v ndu, chacune, an de I •ur enfant.,
à un élraniter qui n•. ernhlait fort au colon 1
tewart. L'une de ces familles avn.il vendu
· n enfont o j11ill ·t, l'autre en novembre :
d'JJù r · ·ultait la couclu.;ion que lady J •an
n'aYaiL même pa· pri la peine de ·'approvi i nner simulLan ment de , ÙeUJ. &lt;1 j umeaux. o
On peut e figurer l'effet produit, en Éco:se
el ~n A~lel ·rr , p:i.r ce · r :,·élation:, préseoW d'aillenr l mises au point a,ec une
odres e infinie. Eli 11·empt1rh'rent pas, cependant, lady llamilton de pcrdr ~on pr c•è
'D dernière insl.·u1c . Le I r mar 1769. apr~de low•s dt!brus, la Chambre de Lord couacra défuùlivemen l la I'gitimité du jeu ne
Archibald, l'énorme appareil de pn.1ves lahorieu ornent constrniL par Andr w tewart
a nt échoué de.vaot l'liloqucnce pa sionmfo
de certain lords ami d • ladi Jean, ~Jui .
snn pr~ que daigner disc111A'r l ar ummt·
dr
adversnir ·• 'étaient OOTD à raw I r
quelle parfaite el admirable femme elle ;nait
été. , fa.i quand ensuite leur éloqucnre l'ut
ubliée, et 11ue •alfaiblit le . on venir dt
vertus . de la pauvre fcmrue, l'enquête du
1/elective é&lt;:o ab rc ta eule pour in lruirc
el guider l'opinion publit1u • : si Lien 'JUU
celle-ci, malgré le verdict de la ChamLre &lt;les
Lords, en vint de plus en plus à admellrc 1111e
lady Senn afin de capter la fortune de son
frilre, avait fait pas er pour ses fil · deu..t ('nfant achetés par elle ur le pa,é de Paris.
C'e L au i ce qu'ont admi ln plupart Jcs
historien an 11-lais, lor qu'ils ont eu à raconrer
la « Grande Cause u. t:t c'est ce qu'admet
aujourd'hui, avec une a suraoc ab olue,
)1. Percy Fitzgerald, apr · a,·oir pris connaissance de lou les documents, publiés on
inédits, lJUi se rapportent à celte mémorable

,

__________________

U N E CAUS"E CËZ.È'E~ë JUV GLJl1SE AU

a~~1ire. on li1•r ·, à la fois tout rempli de
fa1l. et fort agréahle à Iir •, n·e t, d'un bout à
l'a11tre, qu'un rt:&lt;{ll.ÎBÎloire :antre larly Jt'nn
Hou ,Ja~ 1•
Or, ·j les co11elusions d • ce réqui.itoire
étnient .raie -. si ~lfoctivemcnl le· dPus prélen1I us enfants Je lady Jean eL:tienl .fil J'nn
d:nn pitre de la i111re Saint-Laurent, l'autre,
d on ouHier du foubourg ~nint-,\ nloinc il ,
11111·ait là, pour nou. , un « m · ti•r o p51'.cbo:
lo~i11ncdcsplu. inquiétant.. Car.\1. fit.zrrcr11l,l
l111-rnèmee~1 forré d'avouer(111e non eulrmcnt
l~d? Jean .i toujour u ,c &lt;lunnrr l'appnr &gt;nce
cl aimer ce. enfont qui lui l:taienl !trangns,
mais 11 u'elh• le :i naimenl aimé · de tout :on
~mur, au poir~l de e prher r.lc toul pour 1
ele1er, au pomt de ne pournir pa. ur,i,•re
l. lmfu Jrn,1, ,, i(w{y of 11,r Om,'Jln·• l:au•r,
~r J'-,n:y l_,11 ~rold . 1 ml. in
illuslr,, l.on,lrc
h,h •r lnwrn,
'

à la mort J l'un d'cU.I. or son lil de mort,
l.ln pr ·~en&lt;·e d'un llieu dont Plie ·•tvait qu'elll'
aurait bientôt ;1 1.1ffronlcr fa jn. tirt•, - rl lo
iuc(1rité de ·a foi ne peut pa titr rni 'I' en
do11l1·, - elle a 1i11corc juré 11uc les deux
enfants étaient l.,icn s1• fils, Comm nt expliqu ·r tout L-Cb? Et commtnl expliquer, même,
qu'une femme 1.fo c.etle orle, qui a\11il ,·in"l
fois rel'usé les plus l1canx pat li . se (Jit ahaic. re
à projeter cl ô e,t!ruter une e~croqueric au .. i
mi~éra hie'?
~fais je doi~ 11j1mter que, pour ma part,
:iprè · a,oir lu nwcc grand soin loa · les documents cité· pàr 1. lïtz.,.cralcl, je n'en ai pru;
d 1rouvert un 'eul qui cùt pro11r •menl la
\aleu.r ~•1,rne preu ·e dccisive de l'e~crol[ueric.
l::n reali!~, tou~e 1~Ue a.fJ'airo se résume pour
nou , auJonrd bu1, tian l'nlleruatiw d'un
choix qui nou~ e t offurl !)Dire tl1•ux Lémoi-

xnne

S1'ÈC1.E

-...

gua •es : celui de lad1 Jean el celui d1· J':1vocnl
Audrcw 'Lewart. i ce d.cmicr dit na1, la
culpabilité de lady .Jean est inconw:tahle :
mais nous ne ·omm · p:i · toul 1t înit . ùr ·
11u'il di c ,rai, ou plutôt nous arnn .· irré.i. _
tililcmcnl l'imprrs ' Î1•11 qu'il ~ t trop fin, trop
hahik cl 1111c J't5ùilice de ·on euquêle . t
lroir in3é.oie111, Jh·ec les r .ourc merrl"illèusc · de son esprit, et la gro sr ,omrne
d'ilrgl'l~l don~ ~l di ro ·ait. ~on ·on acon. ,,ue
ce~ anu du frnmm ·t d_e Diderot :wrait 11arra11t•111enl pu. au liesotn, décounir de témoin· pour affirnwr qu'il· a\'ai1•11L \'li . les
, te,H1rt octup' a emporter clJez "Ill J , •
tour;; de, ·olr&lt;'-llrim11,Etain.i, 11011, r:111pelanl
l'homma"l' u_n~nim1· rell&lt;lll à lad) .lcao par
lùu ceux 11u1 1on t connue, nous en ;u•rivo11s
à nous demnn~cr i, au fond de œ &lt;1 ml· tèrC' ,,
com,~P de mamt au tre , il n'y aurait pa.,
toul. tmplement, nue mystification,
TEODOR DE

\VYZEWA.

Tournée d'Amérique· ·~w,
a&gt;:

lluand, en l io, fa dansl'u Fann1 El slcr
1iarlit _rour c.:'tte ré~on ù'oulre-Clcéan qu'on
appcla1l encore le 1Vouveau-llo11rle allo de
foire applaudit· par 1 .\méricain 10n tale.nt
de hallcrine, c'éLail là une aventure inon
complètement inédite, puisque, en 1 27 la
folibran l'a\•ait Lenléc avec succès, du m~ins
lr'• hatiardeusc et lout à fait nléaloirP,
Fanny El~ Ier ét.ait c1èbrc à Yienne il
llcriin
Il ' Londres
cl à Paris · mais le d~el
, •
'1 •
1
·p11.p1e qm rt:11Len.,agé,sur la .eène de notre
Opéra, enlrc clic et la Ta,,lioni, la lutle incessant qu'elle de ait .outcnir contre a rivale.
la portaient à dé·irer des uccè. plu· facil ,
e~ plus pro~acliL . ~le 'emb:m1ua. pour Newl ork ans 1mpre.sano, sans programme, sans
aul_rc recommandarion qlli' on t.11 ni. sa
"lo1re cl . a beauté, et dès la traver,1tc, elli!
p_ul pré,,01r c1ne le uobi.smc de ln jeune _m&amp;r".luc, avide de phénomènes curop~co , aUa.it
1111 :i mrer un lriomph .. ur le GJ'cat-lVeslem. 1~
pa~e~l J • J'épOfjUC, qui
res(a _d ailleurs di -huit Jour· en route. lo
cap1la111e Ilo ken, commandant du na,irc, e
montra d'une galanterie birn supérieure à
celle f~meu ·c pourt,mt, de ir. de Coislin.
Dè · &lt;Ill oo fut dan. l · c:iu t américain, le
b~teau stoppa; l'on fil d · ooda11e· 11ui ra:nc~•cr_e?l du able. Hoskeu en prit une pincée el
ollrll à Fann , afin qu'elle r!'rt la première
u tourlter le sol d' · 111ùùpte.
Le :i mai, on arrivait à cw- )ork. Ln dan-

rio. ooau_

f'Use se rendit dan. un hütel de .Broadwa .
Elle n•~,ait P?s ùté es gant.- 11ne déj/1 on lui
npr~r,lall_ li~ JOUl"lml où ~ou voyage ùl on
ni:,r1~
~t.a1cnt. contés dan le plu.· grnntl
det.111. De cet m tant, un reporttr du Mol'ning Heralrl 'attacha aux pas de la ballerine,
et rbn~ne oir, a puhl~ait. un bulletin rnpporl.'.lnt I heure ou elle " ~lait le, éc, · sortie
se récC'plion • Je m nu de es repa. . .. t lo~
lecteur ·'arrachaient le feuilles contenant
ce pa sionnant écho •.
New-York e.n J 40, était encore un immen~e rillage, Les parienu dt&gt; la lin:mce et
d~ nég~ n·a1•aient pas eu fo tcmp de e
degro . ir. ~a ~orlunc était ,·enu ~i 'l'ile qu ,
per onnc n avrul on"'é encore à l'élé11:mœ ni
mème au confortable. Le mai on de la l'ille
~taicnt has,e, ; u.n badigeon rouge, rert ou
Jaune, 1 ur donnait un air de cott., ..e • le
rues étaienl encomhrées de lroope.,a .-' de
porc , de cbc, aux et de vaeb,~ qui 'en allaient
~u. pàlura e ou en rcvenaicnl. Les hôtel.:
etarenl da ,ul"aires abri · le théâtre du Park
éU1il me ·qnin el sale ; l'ari. tocratic nai · ante
dé_d~ign~t ~e \ montrer, cl :nu plu bellc:s
·ouee la s1~tnoc.e ne .: composait .,.uère que
de Il populaires cn,r1 uettes ),) ou de II vest~·
Jémocrn?quc ·. D. Le:. début Jo FannJ Elssler
firent rrvolu lion. Ponr la Yoir dau cr, les
fem?1e 1 , plu te b.uppé ' o firent peuple
el entas crcn~ aux plus hauts gradins de
second, , galeries; toute les d®arcaûun

sociale furent, pour uu lem p. • aJioli".s . le.
pin ' .. ~vagcs IJésuculcrit&gt;. s 'hnmanihèril'llt.
11
Cc
f )' ctall pa, de J"t!fllhousin~nie
· • c'"•~·
"'"'J 1 1rne
0 le 1J11 e quinze n•prt!sentations ne rJu ~sire11t
pa · 1t calmer• L · autre lbêàtres '5lllicut
d~erLés. et leur dircclenr ' • a~aicnl do
dctour?er. à leur profit un engou rue ni •p1i
les_ ruinait. li in crirnieut Le nom de Fan 11 y
El sl~r . nr leur affiches. Victorien ' nrdou
f!O. cda1~ ~ne de Ct rtltlamc. ingénue.; elle
etait rédigee li peu pr dan celle forme attJrante ;
Comme la

T11eat~e
plu11rl1r

qui {ail co1uir au Purkles amateurs dérire11.r rl'ap-

lrOÇJtte

1011.~

LA IIJU.L~: l•:T c.êu'rn11E

F
V ELS LER
e1oin1w ln foule_ de.~ autres i;pectucles, le~
per.,orwes qm ne il'OUl'eraient plu.· de
plac~ au Park le· jour.~ 111,
DA."i ' li:IU

l'illusll'e ba/lel'ine sont ]Jrié . de vouloir

bien se

1·UJ)jièle1· 'fUC

TOUS u ,::,: SOIRS

1111

specl1tcle inlereS$a111 sera donné
IU'IS • ùTHE 1111hTl1f.,

Cela trompait toujour bien uelques ni·!!l'
ou quelques rnate1ots eu bordée. o--:
,
i.lU 1cur. ,

�.. -

1t1STO"J{l.ll

rt•m à qui I • m:rn1p1c d'argent ne permcllait
pas de oonkmpler l'idulc eu scène c11rc11t de
fréquente ~ occ.a ion de l'ai.:da~cr ~a~s 1~
ru•. Cha11u1• jour. la dan eus élai.L ohh~t•~ de
se rendre à qu1•lr1uc rète. Ou lm fil ,·1s1ler,
1·ommc 11 une . oul'ernine, l •• pri ·on., I •~
ho piœ . 1•· :ir euau · et mème le na,·ire~ tlc
guerre. Ellt! y était rc~iu~ par tous le;
offiriers dn hord, au hrwtdcs fnnfnrt&gt;.
cl de, .ahc•. Vin!-\L-11ualre coups de
canon ~nluaicnl a chaloupe. lm-iléc,
œrl.am jour, à un lum·b ur la_ Bell~/'011/e, la frt!galt! l'rançai c qui aYnll
rapporté Je, :tint •-lléli:rw le. i.:cndrl's
,lu Napol,:ou. cl 1p1i se lrouvail en rade
Je i ew-) ork, !:, jolie Fanny pleura
Ioule · 1~ • larme· quand le oomm:mdnnl du n1mrc lui offrit a\'L'C olcnnitt:
t'l le plu· sclrieu cmcnt du n1onde une
hrancbc ùu saule quj avait orubra"é
la tombe, cl un fra,.ment du ccrcul'il
cle 1'empl'reur.
· 1 \Va hin,..Lon, le deux. Cl1:1mbrc~
.,11111 réuni · t.:n Coosr~·. Fanny e prt!.: ,ulc au CnJJÎLole. f,c, portes -·ouvrcnl,
die pénètre thn la s;1llc Ju. d~lioéruLiu11s, tou · Ic.~ rcprl"' •nt.101. .r lèvent
1'1 t:han111 .ullicile l'honneur de lo sa1,ier i111.füid u!'llcmcol. Le dJfilé termin ,, le pré~idcnl rèdc 10 rauleuil :1
la jolie fille, r1ui 'emm:c de ncpa~ trop
rin•. Le ll•nd •mai11, fo pr1J-iJ •nl dt! la
l\épu~liquc cl le mi11istrc~ vont .ap•
pl.iudir Fann an Llui.ilre cl Ill l'OO\'l~l
à wnir à la Mai on-nla1H'hc. Le prt~
:;iJenl l'y rq~oil, 1•11Luuré d~ memùrt'
du ealiiucl, •iui Lou se déclarent subjugué , 1'11core rp1 ïl ne d~~inmlcol
point qnc la pré$cncc de la danscu c
urrêle les aflui,·N Jlllblique.~. L'honorahle M. \\'ci ·e conslalail à une
éaocc du l'arlemenl que la. plupn.rl d1:r
ièg ,. él~il'nl vid •s et 1111'1111 µrund no111h~1.1
1li.i J{,pu1é.- . ie9eaie,1f au lluùill'e.. 11 oir
rnèmc, h1 séance fui lovée cl r&lt;'n\'Oyell an I nd1•main, l'l il rallul voter 11uc la Chambre ne
SI.' rém1irait plus que les jour · où Fanny ne
dm erail pas!
1. Au,..11:.-1&lt;• Elirbard, 1111i, en un Yolumc
1ri•s amu:;nnt l'L doeu111cnu!a11x Lonne so11r ·~,
1·ontr ccll1• od),· ·ée lriornpbnu1r, snil son
ll('roïnc 11 Lra1• •rs lo11lc l'Au11iric1uc, la lla1•anc,
la ou1·él1L-..OrJéan~. rcmoulr :l.l'CC cllo le ~füsi. ipi cl l'i hio ju qu':1 Cincinnalli. Pend:w_l
près de lroi an-, in[ali!rable, elle dan tl a
lliehmond, 11 Charlestown, à llalûmore, 1,
Bo Lon; oa la ,•oil au bord du lac Pontchar-

tram, au ùaios dl' mer d1 1 l.ong-h-1,rnJ . .'t
Tn.:ulon-Fall, i, L'ara~nw, cl partout l'n~cuc!l
c L le mèm1•, \ la llav~nc, l'u~agc c~ 1••1•:11I
que le jour de :on btméfice, l'éLoile cn rcl!~é·enlalion ~ ·a~~Îl i1 l'entrée du lb11i\l1·e, derrll'rc
une La\Jlt sur laqudlc éLOillrll pn,é •s de ~n le~
~éuiles. Tuu le, spnrlaleur-. dt'lilnienl, JPLanl

P,1 ':'il l!L'&lt;~Ll.R D.l."iS 1.1. U.IIJ.!;T

• L.\ Ctrnn::
/f.ipr,:s

\lf:Tt\lu111•110,1:r. t:-i FE\tlU .• •

lil

lithr1~rafllle ..i',\.tOl'IIE,

lt•ur olfranJc. F:11rny se ·oumit gni •mt·nl à
celle ohligalion. Elle s'nrcoulu~ail à ê~re
iùolitlr(lfo, cl recr,ail aw · un gracieux ~our1rè
les radc.'lU\, &lt;Lucl1p1C singulrcr. ou cmbn~ra. snnts '(Il 'il~ r11s,rnL Les diaJèwes, les coll 1er,-,
h.•, Liraeelcl!(, le brod1e nLondcnl, t·oounl.'
bien on pcn ·c; c·c~L la monnaie courante.
,\fai les admirnleur 'ingéni1.111l à moins de
h&lt;1oaliœ: l'uu QU're un operhc co Lnme &lt;· pa"nol. lo11rd de hrod ries d'or; 1111 aulrr _dl1posc
c:, pit•tls un tableau reprll l'□ Lrnl Clm~t~pbc
Colomb. Voici Jeux chiens dortt le nrc1llcs
sont percJe · cl noué • par m1 ruhan ~e couleur Lcadrc, une volière d 'oi c~u, men ,,JJe_ux;
des g.îtè:iux. de rruits, même de tc~rines
rempli de mcls a,·aul préparés à 011 mien-

à

lion. A U1llimor •, on ,it:tcllc ~ dt \au , el
lc1o spcclalcur:&gt; trainmH a ,·_oilure pour la
reconduire j1m11i:1 l'hiilcl; .a la . omclleOrléans, les rou sins de 1A cnh,cbe 11111 a Iran porté la tlitoine créature ~onl mi. aux en ·hrrcs
1!L payés plus 1·her quo ùe · l:1l1h•au.1 Ù&lt;• He~IJrandt" ù. Philaùdpbil', un p:iste11r ~uppl11•
Î'iJolè J'assi,ter 1fans la cbap•lle qt1·i1
de t•1·L /1 l'oflicc Ju dimanebc. 1'011~
le: fidèles font. d:111s la ocr, lu haii:
!&gt;Ur i;on pa •,n~. d l'oflicianl, du. haut
do la chaire d1 vérité, entame en I honneur &lt;le la l1ollerinc. et prenant pour
thème l'amour tlu ·pl'ochaitl, un h •:111
~crmon bourré d'allo iun~ délicates. li
} eut plus fort encore ; Fa?n~ alfola
les 'luakers. Pcmr cc· pur11a111~: k
1h11,ilr • est r1lpulé li u Je perù111on_.
IWc li'· y attira, mrmr lt Llo ton, ni 1
la .cclc a1ail une rl!putaûon . p~ciale
ù'austcrilé · l'nn ù'cu'î, aprtb l'avoir
vue, rn perdit si hien la rai on. qu'il
courut chez la Femme de chamhre de
1':lnn , afin •1u'cllc lui pro1·ur,il. ii
11'importe quel pri..r, un dl'.S chaussons que l'&lt;'nivraulc él(iilc avait porté.·. Et l'1Jn ,it même, un soir •111c 1:,
Jan CIISI? rentrait a ~Oil hôtel, UIIC
fewme du peuple, îeuJanl la foule cnli1S~c ,, ~ · approcbe1· de h w,ilurc, ··accrocher l1 la porli'•r • l'i dépo cr :,.Ur
1, · "Cuoux dl'.' la Lallèrint· u11 baby de
dcu · moi~ cmiron, 1•n (•t•i:.1111 : 11 l'rt'nez-lc ~ 11 f', nnr, un peu surpri,~ Lonl
de m 'm •, cou1rit l'cnfout de l,atscr~.
et la mi:rc, le rcprc1mnt, le cad~a
ou , a pi·l rine. 11 [•cr ·01111~ n~ dml
plu, le louclwr mamtcn~nl, d,~a.it-dlc,
folle de joie cl d'orbruc1I, p111sque 111
as fl'ÇU la Mnédiclion de cet an"c .. •·
Le malbt•ur, til.1~ormoi:. n'osera plu~
t':ipprocl1er! 11 (L',1e vi~ de 1la11.e1ue, f'an,;f
Els Ler, par .\ugu le Ebrhnrd. 1 vol. 111-L.
avec un po1·LraiL. }
. •
•
Quand l'idole, aprL'.S trente mo1.s d uvatmn~.
quilla l'Amrriqm:, rllc rappnrla1t, onlrc ,~ne
cJroru on de 1.:.idcnu , 742 000 franc.~. Elle
a,·nil don111: cent •111nlre-vin·•L-di -neuf rcprécntalio11s · •t comme l'ile 111nurul seulement
1~n JS 4, je pcruc qu'elle devait lrouwr hicn
J&gt;âl1•s le! rçcils - ft!. ~enL-il même un r::.u
cmbcllis - que Jmhh:ncnl de lem-:,. tou_mt'l
au t ouwa11-Mon1le les camarades qui lm succ~dùrent. llcaucoup y connurent le trio,nphL·;
aucun ne uscila paff•il délire; un srnl mortd
nu rail pu ri,·ali~ •r, là-bà ', Je gloi re• :i1·cc
Fanny El· Ier, c'e t lc général La fayeLle.

T. O.

_,
MAURIC E MONTEGUT

,

Les Epées de fer
LIVR E PREMIER.

c,, .. \Jr~:ioi,•HJ' -.,111L 11at-t1 ..
!'mu· L,

d1:1'--.t' AU\

{H:nfl'i:L

10,,,,,_,,,., de. Otm·,11., ).

F:lfondré sur t111 lm1rù fa11w11il en l1oi de
thèric nuirri cl pi1111é par fo tt-m11 • Alanik
1:y11ou1l'z dormait, lr•s jamLt•s roides, l:1 lèlc
t1•11vcn-éc dans :rs longs cheveux gr1:, la
loout·hc Oll\crlr.; ho11rhc nuire. ltdcutée, d"où
!&gt;.frhappail 1111 soufllc ra1111m·, inlermiltenl.
Sn r:,cc 1nai:zrl'. c;1rr,~&gt;, o~sNt,(', salie 1•t rbar~1111111(,c d'u1it• h;1rlm ile ILUit ja11 r~. rcsl;iit raflllll"Lt•, nJl!me au rc110·. f'oi "11:mt 1,· · liras
tlu . i1"'C, se!&gt; large~ mains tri~péei;, ho -~ué ,.
J,. h•11Jo11s, • illo1111é1'., de cicnlrire~ \ iofollr~,
:srs main· a111 doigts lou;:r~ el nouCLn, maicJs
&lt;l(• 'I'hn.; l:l,.:u1g-leur, ~cmlllaîenl con limll'r en
rè\'c 11uel,1uc lra,,iqne exécution.
,\11lo11r de lui, dis11cri-1:s par la ,·a LI' salle
h;1~sr, le. uo · as b ~ Jcn,i-ccrcle , lrs
aulr,•,, L~lcnùus 'Ur le!&gt; colfrc., , ·éza 1• Illier,
Funch, la pclilc Tina, au~. i bien 11uc Ma:i:c &lt;"I
,lili, ou ll~110, Sico rt ~li"el, Jan une 1·onlrai111e ;;ilencku~e, rcspe1.:lnic111 1• . omme.il
&lt;le l't.if)()UX 1 Liu pèrr, de J"onclc, du mailrc :1
tous.
La wille au . oir. :i.près ln .oupcr, à lu
mèmc bmre, Alanik était pnrli, , uJ, à lravcr· Lt nuil et ln neige, sans avoir wl oi1 il
nllai1, ni 1111:rnd il rc,i~ndrait.
Depuis 1• comml'UC •ment dl'S bat.,illes,
c'6tail dans ses habitudes; ces ropgos mysLérieu{ faisaicnl par!ie de ~Ils fonction • de
rlic/ dl•s 1·0111'1·ie,·,·. fonctions ea,viér. , mai·
dt1n&lt;?crc11 e • donl l\11·ail imc li la confiance
Jo Georges 1 • Il vcuai l de rcnlrer, harassé,
mouillé j11s11u'au ,·entrr, a,nil mangé, cl s'était br11s11uemcnt endormi.
•
Au dehort,;, le rude hi1•er ( 17!1è&gt;) couvraiL
les plaines du Uorbih.an de neiges amoncelées,
durcies· la rivière d'Elel charriait de' banquise au liras de mer où &lt;'lie e pcnl; el,
mème, en ces jours de fin no11 rnbre, on pasi;;iil à pieJ ec, sur la slnce, dr la terre rermc
à Li pres,ru 'ile de Loroal, dc,.ant la maison
d'Alanik Gyuouvez.
L · vent ~·oLslin:ii L à so11fllcr du nord,
1•.

,1.1, f'r.i11~1t1!il';

1U,~r. Oli,u•r, t~n.-1,,

aigui'&gt;1111L le gel, promenant son hurlemenL
lugul,rc dan le ilcnte désespéri1 d!'s hnme.'.1111
qui ,emùlaient ruorls.
C'éJ.nil une lamentai.ile cpo11ue. Ucpnis l'lu
Je r1untrc ans. la Orelagnc fanati ·éc to1nba1lail -ans relticbc pour son J&gt;iru, on roi, st ·
prêtre.; ponr loul ·. Sl'.'s rroya11ce 1·omme
pour toute . es super tition~, contre les armées répn'1litaioe , C-prises d'un idé:il de
lilJ rlé conlradicloirc.
lllusie11rs fois pourtant, de lrèl'es ;11,1ie11l
rlé COD.l'lllics ,,ui. Ioules, l': l!IOll'lll liru •111c..-tllL"Ol rowpucs dan. une rt•pri,L· d'armes, 1111
rcuuun:a,1 de baim•, uue c:i.plosio,, ~nud~inc
d!.'s fureurs mal él.t·intrs. 11&amp;:cnunC'nl encore,
lt• · clicfa des Chouaus, réuni;: 1:n con~dl :iu
commrni~•menl de l'éh\ a\':Ütut accepté la
pacilil'ation oJli!rle, 011 nom de la llépuhli1p1e
par llodw, 1 • grand génfral llku. ~lai~ le
Irait,: en :mit él(. :;;ou,crü dù pari l'l d';mtre
ll\'rt: 111 m:mc d..lûa11cc, le mèrnc.s n\·enl.-s
et. le mtl1ne rmmqoe d• foi.
Les lllL•U n\•o touliuuaicnl pas muin: leurs
t· éculions partiel)•·. isolées; h·nr g11ill11L1t1c:
fonctionnait encore I, Vanne·. 1'.foilrcs ,1u • i
0

des antres ,•illc , Lorient, llimncùonl . Aur&lt;\),
. nrzeau, Quîh •ron, :, près le dé~aFlrc cl la
fnile de flui~:i, •, il: ponssaicnl dr îr1111ur111c,.
incursions d;i;,s lcii carnpagnt?s rl fui.illaicnl
loujour · contre le mur, d • pierre iiJche, au
re\'ers des chemin. crc111, l1•s ~uni\ants ~ignolé des anciennes hntnilles.
Pnr toul lo Morbih::rn, la tcmwr r1:gnait;
le paysans tmdaicnl le dm,, mais i; •rrt1icnl
le poin~, parl.r,;1,:,. •mir la Jas~itud u de la
gut&gt;rrr et ln rage de la pt•rsél'lltion . •\u foud,
lous c li111aicnl la paix Lrompl'use; 1,, 11011,·cau gou\'erMm,•nt 1lu i)ircl'loirt: rw c;1chai1
pas s prt:Lcnlions; il voulait uuc Brl'lagnr.
non scu lcmenl inacti\'C, niai· l'ntii·remeul
:illnntiSli et rendue /1 111crci: liri!'ant . ,,, :irmc ·, t·ha '·anl aeS prèlrc., vcnda11l sei, 110Ll1•':
rL, sw'loul. livranL ses derniers jrunes homme· aux s •r,,cnL~ rccruhmr:. C1·lii. j;m1ab !
, i les •rai-, dcn1i1•11t mourir au feu, e· :taiL
1!1·rrii:ro le lrnisson.s do leur ,lerr1·, en r.111arlbnl les lroi couleurs. El, par aqncc, il~ .1·
f.1isai1•11L lu main. ù 1'ru'.casio11, quand 1111 d,:_
tadl!'mcnl Uil'u ··,:garai I d.w~ la plain,,.
A r.cs lrouiilcs. cc aL'lrmcs, ln mi~ '•rl.l
I

1•1a11•

•:11i,; Tmo, l,nrcntinc; Maœ, ,1i1thi"u: Jili, liillu; ,,.,
cli~l&lt;1~1u breton.
'!. l.:a.!011,hl.

.,, 316 ....

l,~s /Jl.:w conli111nuc11( lt!ttr,î t.~cu/ir,ns {'!1•1/cifr:,, IS/l(en; il~ {'011~~.iiml ,le /,t~1u11tes l11,11r&gt;ln115 d,rn~ /ts
,•ar,1/'Jgltt!s d /uslllJl,•,u l••ufours ,o,,(re les 1111,,-s le flrrrt sèch~, au rci·us des ch1w1/ns ,rcu:r. l,•s $Un•lv,1,il)
s1,r11.iles ,üs :Jt1(11!/111ts f,.:,(11l~s. ll'•l~cJr,.)

�111ST01{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - s'était jointe; depui longlemps, le rér.oltcs .es hl&gt;tc . Quelques coups d'aviron uîG aic_nl
a,•aienl illi': mauvaises; le lour~ chevaux des pour agner au lar •e; les barqu ét.aienl
gendarmes a1•aienl écrasé le hlés, levés ù toujour prêtes; George •':y entait en sécupeine, et -i rar toujours dans c ol sans rité , lfa.is s'jl devail rci-enù· celle !oi , an
honl :; les l.Jras robustes de. beaux fils mor,lS, cœur dn féroce hiver, ce ne ·eraiL pa pour
vivre en laboureur, de Javie qu'il aimait; œ
au i, mnnquaient à la moisson ....
Alor , aprè. la gncrrc qui tuait les hom- serail pour ordoancr la r volte encore, « le
m s, la famine avait tué les enfants. Une ras emhlemenl 1) el crier : a Aux a.rme · ! o
immense plainte 'élevait, continuelle, des · de sa voix formidaLlcqui roulait en tonnerre.
EL les fusil • cachés, enfouis, les sabre
masures aux chaumes ajouré par les balle.;
le p,1in manquait ; le gentilshon1mes du voi- rouillés so1·tiraicnt de terre; et le ruai.beur
reco.wmeneerait, ou, mieux, redoublerait,
inage n'étaient guère plu fortunés que le
pa)1san . Tous ce1u qu'on avait surnommés car il n'awit jamai cessé.
r, ce hraiùe-ba était à préroir; l'époque
les &amp;pies de f'el' parce qu'ils n'étaient pas
assllz riches pour s'offrir des lame d'acier, approchait de.'i réquisition militaires; la meure était coml.Jle d vex.alion upporléc ;
comme le comte de Kerret, le che,·alier de
un signe, au si : .Alamk, sédentalrc depuis
Jol·enne ou le comte Le Glohanic, sou lelll'
toit lJranlants, soufilaienl dan leur doigt , des mois, a,·ait oudain repri es expéditions
erraient leurs ceintures, dansaient sou-ven L mystérieuses , par ordre, a_surément. Les
femme étaient inquiètes.
dewnt le builel vide.
C'était avec des yeru. as omhri.s que la
Enfin, pour pa.racb.ever la souffrance, le
grande éza cowidérait son homme aplaLi
froid !ITandis ail encore, de nuiL en nuit plu
ur son iège par W1 coup de falirne, crevé,
tcrriulc, mcurlrier à . on Lour. Le loups
n'en pouvant plus. Qu'avait-il [ait la nuit
étaient orli d boi:. nofrs ùe Camor ; il
'dernière, el tout cc jour encore? Él.'lil--ce
urraicnt eflla.nqué , le yeux fou , aux entour
chrétien de courir les routes par œs neige ·,
tlc villa.,. i ils hurlaient sini.sLrement dan
l'ombre; et les vieil~ femmes prétendaient sou ce Yent aigu qui brù.lait les. yeux, morq ne s'incarnaient en eux 1• âmes lroi fois dait, coupait la chair? EL puis les Loups? et
maudite de païen trépa sés. lies païen , pujs 1 .Bleu 1 La mort, partout la mort.
Il était Yrai qu'Alanik ne la redoutait
c'étainnl les JUeu . [. le recteur Allano 11'y
guère;
il l'avait taut de fois me en face,
co11trcdi-,,.1iL pa .
l'avait tanL de fois donnée .... A cette heure
l'arfoi on demandaiL :
même, il était probable r1ue q1Lelquc cadavre
- Que fail Georœe 1
Ccrl.:iins nipondaicuL 1ru'il était à Kerléano , i;i ail · ur ki lisiùre d'un champ, la gol'ge
dan la mai·on où il était né; mai Lous 'atlcmlaicnt à le voir reparaitra, à l'i.mprovisle,
un jonr ou l'aulrc ; car. aux cm-irons d'Aura)' il élaiL mal en ùr té. )r nacé, jl ·e réfugicr,lit, comme d'ordinaire, chez G)•nouvez, à
Locoal, sa retraite préférée.
Il y était déjà revenu bien de fois, depuis
le jour où, blessé au combat de Florenge, on
l'. avait porté, à tout ha at·d, pour nettoyer
sa plaie. Cc joru·-là, Alanik et Séza avaient
donné leur liL leur linge; ils eussent donné
leur peau. De ces dêrnués, Cadoudal. 'était
fait dell ami .
llès lors, dans le courlb répits de sa ,,ie
tonrmentée, de Lcmp en temp , il pa sait
quelques jours 11 la ferme. ,inl'\t de la vie
commune; mangeaol la Lonillie noire à la
longue table ma sive, entre le maitre et sa
femme. cnlourés de leur.s fils, leur fille, de
leur neveu , de lellrs bouvier .
Avec les imrs, Georges luttait dans les
cours, terra sanl d'uii tour de bras les plus
robu l ', le slu péfia11l de sa
colossale,
au milieu de éclat~ de rir , dan l'CJPansive
gaiew de , vingl-1p1alrc an . 11 our lui, la
ferme de G ·uou,·ez n'était pa .eulement un (!1111/que c.1da1•re gi$JU. JUr 1~ Usltre d'u·n champ,
te111oiçncml que (;,r11or,vez l'Etra11gleu,· a vall f4SSé
éjour hospitalier 011 l'accucil étaiL cordial,
por i~ .... cPage 3i8.)
c'était au · i un mer,•ciJleUX asile, Ull impénétrable abri.
Au milieu du bras de mer qui l'entoure, broyée, témoignant que Gynouvez 1'8trancelte presqu'Uc, reliée à la torr par un pont gleur avait pas é par là. Oui, mais tout a 11ne
di&gt; boi ur de. sables mouvants, perdue dans limite; d'au i fi.ers que lu.i avaient fini par
un labyrinlb.c d'ilots, ma quci · par le i;inuo- payer leurs déœùt .
C'est pourquoi , ézn n'étaiL jamais Lransité tlc l'e Laaire, dérenduc à ·-0ue l par un
!.Jane de récifs, défiait la ' Urprise et •rardai t quille, même quwd l'homme -était là, au

roree

0

repos, endormi, comme cc soir. On aYait pu
suine sa trace sur la neige de roules · peulètrc, dan , un moment, l'ennemi cernerait-il
la mai.01\ ....
.A cette idée. elle ecouait a tète éncrgi&lt;J_ue
et violente, tendaiL l'oreille du coté de la
porte; mais, au dchor comme au dedan ,
uu ipais silence per istaiL; la nuil était en
torpeur lourde, ~ans un tre aillcmenl; le
froid ·engourdi ·sait ju qu'à l'atmosphère.
Ilan 1a alle obscure, les visage dcmeuraien t inerle , înexpre if , I({ yeux rivés 11
terre; tous les per onnages semblaienl péLrifiés sou un charme ....
Cependant, un grand chien de berger, gr~s
el fauve, quittait le des ous d'un banc où LI
était allongé, s'étirait, la croupe en l'air, les
patte de devant étendues, le,,ait le. mus~au
avec un sourd bàillemenl. La petite Tina
l'empoigna par la Lête, murmurant :
- Tais-loi, nokl
Mais Rok e déga ea doucement, traver a
la aile, s'approcha d'Alanik s'assit à oa
côté; pui , soule-vanl sa gro e patte, la posa
ur la cuisse de on maitre. Celui-ci, en soldat habitué aux rëveils bru ques de l'emhuscade, aux alertes soudaine , tre aillil, c
redrc 'Sa .sur son siège et, machina.lcment, se
mains t·ber.chaieal une arme.
- A bn, Dokt cria Olier.
Mais le fermier, réveillé lout à fait, alûrait
en uî,illanL le grand chien dan ses jambes,
palpait, frouait rudement sa lon~c échi.J~e
de ses doio-ts secs et durs. Ce chien, depuis
àes aas, ne le quittait jamais, lu suivait dai~
.e cour es lointain ; il éYenlait 1, répuhhcains à une lieue, les annonçait sans alJOi,
par un arrêt subit &lt;lu corp, et le hérissement
de on poil fau,·e,
col au do -. on maitre,
arerti, changeait de route.
- Oui, oui, disait Gynouvez, tu n'es même
pas fatigué, Loi ! ça ne te ,,a pas de rester
ttanquille '! allon , c'est bien ... là... t-u es
beau ....
Pui , se lerant d'un élan bru que, il fri sonna largement de épaules.
- On g~le ici!
11 rama a derrière lui un énorme fagot
1.l'ajoncs morts, et, à la volée, f envoya ro~cr
dans le [eu qui tombait. Le boi sec crép1la,
s'embrasa d'un seul ooup, poussant de llammes baul ' , éclairant toute la ·a.Ue.
Alors, la Face du fermier, delJoul devant
l'âtre, 'empourpra, se teignit d'écarlate, s'cnso.nglanta. tragique. Autour de lui, a femme,
se enfanl , Lou les iens, doublés de leurs
ombre mouvante , ecouaient Leur eo,.,ourd.i ernenl, s'évadaient de leur silence et du
leur immobilité; des voix monl.èrenL , taud i ·
que, dan l'élable, uniquement séparée de la
pièce principale par une simple cloison_, où
se découpait le carré noir d'une porte laissée
ou,erte, l - l.,êtes, égayées et surpri es, hennis aient hcun-laient, bêlaient, grognaient,
'
.
pour alucr
lao chaude lumière. Elle dansrul
ur le murailles, réyélaot l • mrtère des
coins, à l'ordinaire obscur ; détachant en relie[ la mas e de !!l'os meubles. Elle la décoaril toute, ln. longue salle l.,a se, tas ée sou

au

les po11Lr s noircies qui ~upporlaient le plar1cber clu grellicr. a,ec se. armoires antiques,
ses lits do ·, rangés le lono- Je mur, 'CS
coffre étroit ervant de bancs, sa la.l.Jle pesante sur laquelle brùlail, dans un lourd
chandelier de for brnL, wie résine, do11nant
. plu. de fwnrc qüe de flamme.
De dt•u~ côlél&gt; de la vaste cheminée - sur
une ·orle d'estrade formée de large pierres
plates irrégulièrement jointe , élcvL&lt;es d\m
pouce au-dcssu du sol en terre battue, on
voJait de bancs encore, au hoi brmant, poli,
usé par le culollcs de ancêtres; bancs d'honn ur réservés au.x vieillards; devant eux, se
dressaient de hnuts cbandeljer·, raits d'nne
tige de saule emmanchée dans une planchette
en manière do pied; mais on n'allumait leur
chandelle de résine qu'anx jours de fète,
dans les grandes veillée , pour les cérémonies.
De cet ensemble, l'idée e dégageait de
choses immuables; des générations avaient
passé sou ce plaîond crevassé; de petits enfants, devenus de aïeux, anient vécu, e péré.
oullert, sou ce toit de chaume écrasé par le
Lemps ; et telle cicatrice de la muraille devait
avo.ir aussi son histoire très ancienne.
Le monde avait mnrchê; la vie.ille masure
accroupie, attachée, cramponnée à on sol,
a\'aÎL subi le glissement de ânes an en être
ébranlée. Elle reslait la même qu'aux jours
du roi Tlernj; un peu plus tas. ée peut-être,
un peu plus enfoncée dans la lerre, an!e de
ofücs plus noire , une façade plus ridée ;
mai_, vaillante encore, elle continuait . a
fonction tutélaire ; abritant tour à tour ces
pa $,trJls successiïs qui 'appclfout Je homme·, •mrdant uu peu de leur. ~rues, accroché
eu ouvenir, comme un oi eau de nuit aux
JJOntre dos toiture ....
- J'ai dormi , dit Manik, combien de
Lemps'/
- Tfoux heures, repartit , éza... Les neuf
coup· ont ' Otlllé au clocher.
- J'en avai ho oin, ayoua le fermier ...
j'ai marché pendant l'auLre nuit!
- Tu vas te reposer à pré enl? interro11eail "éz:t anxieuse.
Ala11ik la regarda une socondo, puis l:wsa
tomber simplement :
- .lo re_par demain.
En silence, la femme joignit ses doigts et
les tordit. Mai les garr.on se groupant autour du chef, avançant leur tètes brunes, le
que tionnafon.t de leut· yeux aigus-. L'aimî de
.es fils, Olier, un homme, déjà, s'éeria hardiment:
- C'e I Ja guerre, alors~
Tous crispaient les poings.
- Ta.is~toi, petit! fit Gynouvez, me set'rets ne sont pas à moi ....
.El il alla -'a. eoir snr un banc, prè du
fou, taciLu.r.ne. Olier eut un geste de dépit; il
était brave, rèvait d'action; puis il était de
ceux c1ue la conscription menaçait el n'entendait pa · servir la Uépubüque; mais il ~lajl
inLPmpéranL de la langne, 'exaltait au premier mol cl livra.il sa pensée; on père ·e
défiait de Iui.
Déçu dans ltiur c poi.r d'1rne annonce tra-

••ique, lès jeune gens .!t'as emLliticnl autour
de la lahle, l'air rrnl'roixné; bit!nt1ÎL Olier,
Fancb, les :fils, ~fazc et JiÙ, les nc,·cui, occupaient leut· doiœls à lrc.scr de chapeau,.: de
paille; tandi que ,·co, ~fücl cl Uano, les
erviteurs, fabriquaient de grossi\res corbeilles m·cc des l.Jrins de Ceurre encerclé de
ronces fondues.
Prè du mailre, Séza garnissait de filas c
a quenouille, cL la petite Tina grillnil dl!s
cb.îtaignc ~ la pierre rouge du fo er.
Toutes ces Lêle , penchées .ur leur besogne, e pré entaient à moitié wiilées par de
lo11mies chevelures de primitifs; celles des
hommes 'embroussaillaient. ineul'.es. ~éza
arnil des mèches &lt;&gt;riscs; Tina, sur ses quinze
ans, était toute blonde. Dan ce calme, la
mère parla d'une voix dolente :
- A.lanik, Alanil,:, si lu ne veux pas répondre, c'est qu'il y a de choses grares ...
béla ! on Jll!Ut le deviner, ans être grand
prophète; si Lu as lant marché la nuit dernière, et aujourd'hui, c'esl que tu a été
avertir les Capitaine de Paroisse, un à un,
chacun chez lui. El Lu llll leur as pas dil do
ccier : « Vi\'e la Rtipubliquel ... »
Le mallre haus a le êpa.ule ·, déùaigoanl
sans nul doute ce \'ains propo de [emmc.
Séza r.onlinuaiL :
- Oui, c'e. t encore el t011jours uo peu
plus de misère pour le monde ... la main de
Dieu pèse sur le pays ... la Bretagne est maudite, comme la France.... ou e~pion la
mort du roi, de la reine et du Dauphin· il
chacune do ces morts le .rualheur a rcdouLlé .... Tenez, vi.n,,.t jour après celle du petit
roi, uous étio11s Laltu à Quib ron ... cl SomJ,reuil el ~es hlancs tomllaient fusillés à Vanues .... E t-ce vrai, cela?
Un l'rémissement, wi murmure ur le
banc &lt;le jeunes hommes accueillit celle
in inuation.
Cinq mois à peine 'étaient écoulP- depui
la défaite de Pui aye; ensuite, pendant Lroi
mois, de part et d'au4·e, on s'était massacré,
e11 chàtiment et en repré ailles, à travers le
)lorhiban, dans les 'Villes ,·ois.ine , los campagne · prochaines. ouvenl de Locoal, on
avail entendu. apporté par le rnnt, le bruit
des feux de pelotons, aba Liant les ~ictimes;
les cœurs saignaient encore de ce- blessures
récent\! .
Gynouvcz rc.lem la tête :
- Oui, femme, c'est ,,rai. Mais si Dieu
est juste , ce soul les assassins qu'il doit
punir .... Et puis, qu'y faire? se soumeltre7
Veux-tu que celle année ton t1Is Olier, l'année
prochaine ton fils Fanch, puis, les fils de ta
sœur morte, Maze, Jill Gesril, à leur tour,
soient a.rracbés d'ici par le officiers 1.He11s cl
forcés de combatlrc coatre nous dans les
rangs de la fl~publiquc '! Le \'èux-lu?
- Borreur ! clama la vieille femme éperdue, tendant es Lras aux garçons désignés.
Du nouveau, ceux-ci étaient debout, pàles
sons leurs chevelures sombres; et chacun
l~moignaif, selon son caractère, son indignallon, a volonté farouche d~ suprême ré is•
tance.

Le père reprit, loujour tourné rnr ·a
femme accablée:
- Veux-tu que, demain peut-être, le recteur Alla.no, q1.1i e l ainl, oit érrorgû sur on
autel et remplacé p::ir un curé jureur, un
prêtre assermenté, un renégnt de Dieu 7 Le
veux-tu1
Séza demeura muetle; mai comme Tiua
anglotaiL dans un ooin, appuyée au mur. la lêtc
dans les bra , elle la dé igna d'un ge le à son
sauvage époux, demandant pjlié pour celle
enfant.
Alanik fronça les sourcil el répliqua durement :
- Qu'elle pleure! de nos jours les filles
sont faites pour pleurer, les homme· pour
ruourir : e'est leur eule facon d'être libres!
Jili, qui étail_un joli gar~n aux yeux clairs,
le plus jeune de tou , cl qu'on aimait pour sa
douceur cl sa gr:lce. ,li]i osa prononcer :
- Oncle, ,,ous en a.vez trop dit. C'est
compris; je vais repas er ma faux .. ..
Le fermier daigna sourire :
- Gamin ... , soit!... Pui que j'ai parlé ....
Eh Lien ! ... oui... j'ai vu Georges.
A. peine avait-il làché cc nom magique,
qu'il éLaiL entouré, pre sé, bousculé presque,
par la famille entière, par le · ~crvitcurs
même.
- Père!
- Oncle!
- Maitre!
- Ab ! eorgcs ! Viendra+il '!
- l.!u'a-t-il dit~
- ,\-t-il de armes 1
Aurons-nous des fusils~
- 11 n·). a plus de poudre.
- Quand marche-L-on?
l;ynouvez se débarras a du rercle étroit de
ces eut.hou ia·tes; il les repoussait violemment el criait, la voix dprc :
- Geor•es a dit qu'il comptait . ur la dis•
créLiun et la Lo)'au!é de ~es hommlls; qu'il eu
avait a ·ez de commander à dl' fous, des
écervelés qu:i n'écoutent pa mèml! les ordres
donné ; qu'il voulait désormais une discipline
dans les rangs .... Souvenez-vous de cela! .\pprenez à ouéir; re 1-ieclez vos chefs, à commencer par moi .... , ·eJ·ez-vons, taisez-von l
Chacun regagna sa place, 1a tète lins c.
Tina, dans son ombre, pleurait toujours, mais
sans bruit.
Le pèro L'appela :
. - Petite, èche les yeux ... n'attriste pa
l b.eure ... el va tirer un piclicL ù'cau-dc-vic...
apporte Jcs la ses ....
A cette injonction, les jeunes gens 'entrcregardèrent. Gynouvez était a.l"are de son C.'IUde-vie; il fallaiL de grandes occasion pour
que le pichet rirculàt.
Ils eonclurent que, ou ces apparence de
brntalit~. coutumière, . le Iermier était plus
ému qu 11 ne le voulait avouer et qu'on était
à la veille de quelque événement.
Tina ser1•ait. velte et souple, déjà consol~e, elle pcnch:1it le pichet avec one précnubon respectueuse (car c'était de la ,•ieille eaudc-tle de cidre, du 91tin-al'l!ant vénérable
♦
qw comptait se vmg! ans de tonneau) el lu
.

•

·•

'

�111ST0'/(1.Jl

---------------------------------- ----------

mince lilel J or l111uiJc coulait, cil ·ci111illant,
dam; h·s la ses de ll•rrc brune. L&lt;' prl'{' hut le
premier, le!&lt; cnfanb l'imitèrent . .A.lor~. une
ilamm • :iux ·cc-s, le cher des Courrier parla,
t:clle foi·, .ans r:liccnœ :
Oui, 'était la guerrr. t:hn11uc jour le·
llleu · manquaicnl à la foi Jurée, violaicol les
traités. U n' a\'1111 qu 'une façon de leur rc..L
pondre : à coups ,le faa. , !1 i·oup · d • fusil .
t:cor .. cs a1·ait Lra1,lillé dan l'ombre ... bien
qu'on ft)l fa de la mort, le village ~vaieoL
ru11omlu à a roix Dau · quatr • jours, avec,;
Mercier, llègrr, r,uillemoL el liit•r d'au Ir . ,
il . erail à l.vc.oal, 11 la ferme, car i.l lui faisait
1'c grnud honneur de la cboi. ir pour Cl'lllrc
du r:1 · ·emhlrmcnL ....
·n cri ctcn lit Jans l:l · lie Ln. ,e :
'\ i1·1• G!1orges !
l:uk aJ,u,a ....
... El ai•rc·, l&gt;icu prolégcrnil. le· ~ieo ..
Ou ,crait douze mille hommes erl\'iron, sclon
le · c:ilculs. lln mar ·herail ·u r le ville.. Ou
acœpl •rait l •s batailles rangt:c ·, Gcor"l' cl
Mercier avaient étudié pour cela .... La premii·r' ,·illc li wend1· élait , arzcau ..\ CC OU·
lhernl•nl du lorùihun lidl'!e, l.oul • la Ur t;igoc, I' .\njou, la ~ormauJit• le laine, C("
alliés, la Vendée, cclh: sœur, rc:pondraicnt à. la
fois var un :1an ~1:tnltl:l.l,le. l•ui nyc, rt.venn
de Londrc , Frotu:, A.ulicbnmp, la Yieuville,
indigné lloi;:goy, Lou~ l • duJs Dfonc., jelLcrai •ni kur · légion: ~ortl • d • lrrrc bUr lc:garoison Ulcue·. Et, 1:Pllc foi~. h run n
sainte lriompher:iil culin, pour la gloire Ju
au,cu r el la joie des Llretoo ·.
Cc!l déclar:ition , lanœc. d'un• 1·oi1 :onrde.
conll'nuc, mai· vibra.nit• ,1uand mèmc, cauèrcnL uu J,enu tumulte dan ' la salle nruméc.
L'eau-dM·i aidail au d :iire.
Seule, Svza, triste, mais ré ·ignée à pré:,,cnl aux rnlontL:. du dùl, c laisaiL cl re~t.iit
immobile.
1.(•~ jeune. ••en , d~iordanl. de "C. l • ~c
1m:uliguaient eu munacr aux ri:puhlic.lin~.
eu prome . e. d'e,11loi~, en ~crmenLi; d'hér111,rn!' . .Xul ne !-Onge.,it ~u · péril~, 3Ux po •
si!Jilités de défaite; tous cscomplaienl le
ru1ur~ combats ci,n1mc auLanl de 1'ictoire ·.
16 :i1:1icnl la foi, foi hrntale, irrai~onrult•,
l'l1cv.U6 , cnratimlc profonde ~1111b leu ri- ,-rilncs
1:11ai · ; les noml.r1·11 ·e.,. leron dn passê ne leur
~\';1h•11L rnèmo pas en, cignû I,i Joule on la
prudcucc. Ils re~t.aienl cc ,,u'a.vaienl été
leur ancètr • : de. hallurinés, des tan:1tiqu~,
étrangers, 110 til ·s plnlùl à toute idé • nou•
,·elle, mai forts de deux ,•crtu : le cou.rage
cl fa fidélité.
- r:-.rc, ùil Olier, qurls onl no rh r ·~
os chef ? 61um6ro. G nomci, Jt.!d&lt;ll'mi.:nL loquace, la deuxième lécioo, celle
d'i ura , la nôtre, " pour colonel, Cadoudal. ...
ive Georg, ! cria de nou,·ea.u anLb,
eu Jl'lant son bonn Len l'air.
Le fermi •r co11tinuô\iL :
- Lieul nant-colonel [lohu.
n hmve! fit Mazl'.
Premier Lalaiilon, chef : Jacque Evenu.
Bon! approuva Ofü!r.

[J.!miènie ba1aillo11 le d1c\alicr lll!rnardin de Joy1•nnc.
- Jl e:t Lri·s joli! prouunç.n 'l'i11a in~énuc.
- Troi ièmc IJala.illon : Je comtu ~11vèro
de I errel.
- C'est un pur, jugra .Jili.
- Oualrièmo l,ntaillou, enliu, le nôtre,
cher: le comtl' Turpin L Globo.nie de Locoalllan:oiit. ...

Tou · •ru 11 '&gt;rè11t.
- Lr ilrmon le tfout, ani.rma :1,a, lu1rë1ll'll~c; c' •~l un lll;tU\aÏ · 1·b ,f.
Geor •1, .:-L l • mn1tr ', r ;pond il pla,·i&lt;le-rne11I GynoU\'CZ, 1•cst lui 11ui l':i nomm :...
.\ cc mow1·11t, Ilol.., Il' 1m111d chil'u 1p1i
dormait courhé 1b·aul l · feu, drc' ·a la Lèlc
el 'ro11d;1 ,111JrJ1•111c11I.
Qu'l•. l-1·c 'I"" 'l''-f, "'arçnu? lui dit
Alan,~, q11l'l1pù111 vient '1
Par cc 1emps-li1, :1 di heure, de nuit,
qui donc se ri qncraiL? oltNl'rva t,auo.
Il 11·~ ,t pa · d'heur• ni Je tcmp~ pour
fo$ UI •w,, répli11110 ècl1&lt;-111rn! i1zn. déjà pcureu~c•. rt•pri. c de on c:l1•r111:IIL· uh c: ion.
- Le:- m,•ns 1 liL ,\1:mik ; non, noll.. r.:ls~uru-loi. , i un Olnu .·c promPO:til culPmcnl
à uuc pcllli' ]il'Ul' d'ici, tu ,errais l\ol. ! . on
poil csl lis~c. l'ennemi e.sl loin.
I.e bien s'{-lai l lu; il rcpo~:i s.:, lèlu cl :-c
rendormi t.
- rn l1111p .. jlNtl-l:lrc. . . souilla Tina
J"uuc \Ui 111111 ,N,Hrl'.·P,
- l::h l)lcn, ;iprt•., '/ tlil Fa111·h; il n'c11Lrcra
pas par le ln a.11 ile l,'l rhl'milll:C, \'3 !
la pctil• lille • mil rire. fürcl. qniélail
balourd ~t de t· ·nl'll • ol1Lu~c, la rcplon"''ll
dans Jt• nnuPII~ · Irat), • .
Il fautornc, plnlliL; lt~ Lèl '. \OÎ ni
pl11~ loin •111 • uou~.
1lh ! 111• pttrlc pa: de ça ! jeta sé..-èr1•m,•11I éza au rnlct di: fernw, t.ai~-ll•Î, imlx.~
0

a

("il(•!

Mi\·cl r(•11lra I;, ltll • d,111. le · t1paulc$ i;t ~ico,
'l''i ,:1ai1 u11 gamin, lui fil la grimace, en
répLtl:u1l :
- Jmbrcilcl
r1t:j;1, le~ jcmlL'S gcn~ on claicnl reH:nus Ù
kur, d1 •rs; il · rapp •laient lt•n r hi ·Lnir •, c •ll1•
de leur 3.IICl:lre , car Lou~ élaieu t des •11fant"
dupa ·s.
Ja qncs 1•:,•cno nrtail 11'u111' famille de lah Ltrcur · , comm,• 1:cor rs lui-même. i cdui-,·i
l'amil instalM à 111 lê!c Ju 1m·mÎl'r halnillon,
c',;Lait 1wol-èlre moiu à can~c de 5 nice·
rcntlu p:ir cc Cl1ounn an parti royaliste, q1w
pour ru.ar 1uer combien l:t n:iis:.. nco rompl.iil
pou !i es yeux; il prenait se. cbcf J:1ns les
ran" du: plus 1Jra\·C$, nobles ou manaal,,
aus :ou&lt;·i de Ji&gt;urs nom . Evcno étail uo
cbré lien diaboliq uc. Il a liait il la bal, illc en
l1anla11l d;• cantique.., l'i, ~ulrt• dmtl roup
Je l'usil, traçai l 1111 !'&gt;igue dt' croix. Cria ne
r •mpèd ail pa, de I rè,id1•r froidement à de,
ma·. acre n mn se. Jes e:1 :rnlion. ommairP~ qui r ~cml,1:i.icnt beaucoup ;1 lies as:;as., i11a~. 11 fusillait rJgulièrcmcnl tous 1,: ·
prètres as erruco lés q n'il lroul',Ùl ~ur s:1
ro11l1'; c\:1ai1 ~a spéc1ali!é. li n'était pa implacahlc &lt;IU p ur l'en11rm.i. • soldat -

.... 330 .....

nu 1·onlrairc• Jl'. :mln· d11wa11.
dh,eiplim;.- 1•l. ouplt•~ dnn~ ~a owin,

,:laient

J,'annc;c prl!1•,:Jrnl(', Janp1r · 'l::\'c1rn, air!'.

' · · homrurs, . 'ét~ il retiré dan~ la forrl cfo
Camors; il leur fit crcu. or mtti orl • d • terriL•r qu'il. rccom rirent ile ft•uillc~ mort •:-,
de mou se. cl d1• rou,.,~rc ·. 'crut l •ur r Irai le.
11~ n'en sortaient r111e pour courre le Bleus.
Cerles l'a\c11lure n'allait pas ans danger; ils
était&gt;t1l lraquJs de tonte· parts '01rn:nt Ir:,
colonne ,olnnte. , lancées à l ·ur rcchert·h1:,
pa. sèrcnl t'L repa ·èrenl sur le plafontl dl'
1•ur :i ile. fü enlcntlaicnl, or l1 11r~ tèlc•, l,•
pa~ lourd cl e.:1tll'ncé dPs lroup1' · en m:irchl';
il leur fallait rc ter immohilc ·• wm·ls, to.nl
11uc ln forl!l élaiL occupù·, p:irfoi~ de~ jo11r •
Lremhlanl: tic. froiù, cre\':wt de f(U]Il. Rn-no
le. foi ,IÎL l'!tllJwlel/er s.am: r1•là ·be p1111r
chas.cr ll'. lfü1U\ai · 1 peu é• • Il d,:rcndaiL,
~Olls peine ù • morl, quon jurùl p:ir J nom
dt• lli,' 11. lm ,oldnl, soit oul,li. soiL hra\ade,
lihq1IH:ma ilr1nnt lui; d'm1 coup de pi~Lolcl,
il l"ahatliL u ,i pied ·. Apr\ rel r.xempl1•, le,
nutrl's ol,éi.rtint. Il était rdirrh&gt;nx I féroce;
inn(' · • il)lt• à la pi lié cl plein d'amour pour
l.i Yii•r"&lt;'i .'imc de moin • lnqui il 11r, réiucnrnéc dan~ un corp~ de pay8a11 apri•• 1rois
œnl ans 1l\·rra11rc, 11 l'e/'c11ail td ')li 'il Hait
jadi~. fanali1111t', ~:111 Jl&lt;.'n~éc, plein de foi, cl
ne rnmptanl pour ri '11 1a ,·i1: humai.oc.
Le r·hen,IÏt•r IJ&lt;'l·uar1li11 d1• .li1y1'nllé arnil
, i11~1-d1•111 ,111,'j 1•'11lai1 l':iµt aur1nd élail
morl, r111 •lr1ucs moÏJ, pin lùt, ;iu 1·oml,~I de
;\'ouailP. Ir r-lwf w11t.lé('11 llPnr · ,1,· l.11 f111rhcjar11uclci11. llan~ k Jeu, c:imps, aui-si hicn
c·lwt le r1•puhlicain 11uc dJI'/ le' roy;ilislc~,
fo~ l,.\tinérmn, eowruc Ilot lw 1,u Cadoudal,
étairnt encore 111 n loi11 de 1,•ur lrrnlièm •
rum ~,.. La j,•un •&lt;:c du clw\':tlit·r de Joiennr
n"ét.ail doue pas 1me C\ceplinn. 'on père,
.-leu ans aup:irav:tnl, avait été gwllotim: 11
\'ann ·.; HcrnarJin \°Îfail, en 1 ·mp- tic trl~l'I',
awc ~a m •r • vem·&lt;', au mnnoir de.! n,•pns.•-i;
11 l•111p · tl • g11crr•, sur le · chl'min·.1111·~1.ail
pa. · riche; moi tout le monde, comme Tinn,
,;';11· ·ordait li le lromar joli. Il a1ail é1,: élc\lt;
an collège de Vanne~. où il ,mùl r ·nliouln:
Ca1luudal. oil ainé Je Ù' IIX :in-i. 011 •1H tlil
'lnïl ~c ballait pour 'amusl'r; au hruil Jes
fu1,,illade., il d rnnail rouge Jp plaisir; lo
1:311011 le rl'ndait Oil d1• joi1•. La pn11J '"' rapp ·lail, il courait droil a rllc. Pour ltü, la
:rucrre n'était qn'unr ~uilc de parlic · de
cba ~c, au gro giliœr, ,oiLi luul. Conm1e l ~
nulr •s, il ~Il jctni I nu &lt;levant d~ lia Iles .an·
.ouci de: peau; pnnrt.,nl, un jour, un le \il
pàlir dt' larme · plei1! le yeux: un coup Je
milraillt• :nail déchiré .on habit ucur, 11ui
n' 11:iil p:u payr; J\: moLioo fot trop forte, il
'en J.&lt;iconccrla .... Au &lt;l m1.mra111. on L, •1
enfant. se prr1m11t nu ;t:rit·ux, t·muball:1111
an rancune cl Cilp:ible à toute h ,u re d,,
~ 'nt!ro ilé. liai il roen~it la guerre pluu11 par
cspriL de en Le el ponr ,cngcr son père c1ul'
par co111•iclion n•elk vl lidêlil é yraÏ!! an r,-..
gimr aboli. E.11 lmup · de p,iix. pcul-èlrc cù t-il
lté frivol1'.,
Le comlc, é\'ht• de l\errct élai.Lun homme
ID) ·Lérieu . li nliordaiL la quaranlaiue, vi~ait
1

1

~11lit11irc ('( ll.lriturnc dan: un mamai: rhàtrau
'l"i re~ l'n,l..lail plutôt mw îet·m,, l'urtifo'.1
li l:L.,it paun,• .. \o ll·ntp ùc· ·a premii•rc j1•1Jnesse, apr'• un ruurl \·opgù a Pari,, il Hait
r '\t:1111 s'pufcrmcr dn11 · ~a lt.!rr • el 11'1·11 tl\ilit
plu_- houi,::é. l.t&gt;s rar" intim1·.s IJIIÏ l"approch1111•11t pr{-tcn&lt;lai .. nl 11uc, jadi,, un jour, ,\
\ Pr:aillc·. il a rait ,u pa,-ser 11ne Lr s ~ndl'
daml' 'L ·1,n étaif follemanl épris, s:ns se
leurrer J'11ul'nn ,•.-poir: mni~, ùc cclk !!r;:n,I,•
Ja111t.•, lrs ruicu\. rc11 ·r.ign6 Î"llOra.icnl la i'rr~011111ili1,:. Il rr•. lait avcré qu'à 11artir de celle
l'fllllJUC, lc ,·orutc , ·•11\re mériln !)lu. l)LII' j:1m111s son 1111111; nul uc ln vil ou rire · il exi,•
rail ~11 .011:.:e et 11s ~eu llx · r•·~rJ~ient ,b
~:111_tom1'~: lie nature ;.;rovc, loul &lt;l'une pit\r,•.
11 clonoa1t par .. es cb&lt;'Vl'UX trè.,. !Jl;111c:. an~
11n.11dre •. •H· ~:, tète tJUt'Orc jeuue, et par ln
1·,1111'·ur Lie . on allure; j1mai · 1111 ccslu
1:d,appt:, j.lmai 1ui mouYemenl liru;qu,•.
'l'oul lui :emhhil inditlërcut. Il vil lurnl.ter fo
r 11~·a11Jé, nailrL• la llt;p11hliriul', , au· un rri-'•'.111~. cmr•.•I; il ne prit point part au'- prPmières
msurrccllnru; Lit• \:, \'cntklt! on de fa flrctarruc;
·1
&lt;l" . .
.
0
1 ~1•,. l'~rntercs;-a~t. La mort du roi ne parut
pn. l 111t.l1gncr rn l afll1,;i•r oulr1.• me 11m. )lai:
cprnml, /1 l11 fin 1lu mois d'ociultrc 17!1:;, l;i
1m111·dlc parviul t•n ~lurliihan ,le 1·,.,,·•cutiou
de 1., reini-, l\crrl'L 1ll'1i111 fou. Ses ncns fe11lc11direnl, pcnd;u11 dr•nx j,J11r: eulicrs, !1.IU~
:,doler et ru.,ir dan~ sa chamlirc 11i1 il ·'él/lil
r, 11'u;.,riû. Pui il 111ait et•iul .~ori epr,• rie (rt',
chnr••é son r11sil. d ôL:tiL parli s'1•11r1ih•r dans
la l,nnilc Je TiuL :niac. Il ·11nh11t /1 cc dernier: &lt;tpri· I' exp 1tlilion c.lo J'.\r1rn:c ftouge,
pnl •cha_ppcr_all\ Bleu,; ctrep1•i1 hc:illlpagul',
cn par11~a11. 1 olt1, s:11_1s ebef el sans c111up:1gnuw. l1 &lt;lPpa~sait pcut-èlrc E~cuo en rureur
impitopLJ •. U luail o.n ml'rci · ccrt.1in.
dî,.aicnt 11u ïl dt&gt;n:bail la murl co;nmc d •r11i1·r rcmrde !, u1w S(lulfran,· • snrhu111:iine '.
c!1 altemfour, il fa prodi•!llail, il bri'1la Jcs
nll~ge: r1_11i ·~toieul rallif: ~, la 1\Jpubliquo;
îns.dla, hu 3US ·1, li&gt; turé. jureur: dans loules
le· parois.,,~ où lmir malhl'ur lit quïl le· rcn~onl~àl. Jnmais il m· prouonçail urw parole
tr111l1lu. Aux l1]1issés, aux femme . aux enfanl·, 11ui lui demandaient gr,'lce, Jci: main
lc,ndu_cs vrr !ui, il répondait par un si"nll
nc.,allf de la letc cl le\. il ,on rpéo pour 1•on1mo.11\lcr lu fen. 'l'nut était énigme dan. ri•l
lwnm1e Jo11l la lumille, dt• m~moirc J'andltrcs. 1:lait ,;itéc aux alentours puur sa grand,
cLaritc!.
Cadoudal, mal ré aj •une .c, da.il lourdemeut réJlédii et pe~ait se. moindre déci ·ion.'&lt;
."il a\'aÎI pl:i.ct! le o.:omte CLarlus-Loni~
Turpin L!! Globauic à la lèle du 4• halaillon
c•e~l l'JllÏI :t\'ilil été JIOus é par de motif;
:al:~bl°'!. Pa· plus q-u·uu autre, ·:iru doute
1111 nrall grande confinr~c~ dan.- cc personnnNe,
t.rop fameux entre Lor1c11L et Vannes· mai
en lui donnant 1.111 comnrnudemeut. il '1e liai;
par. cda rni1me, l'ohlig~ail au de,oir Pl décupl.1~1 ~•_i•ur _lni_ la_gr;rvitê de toul :i1•lu suspecl.
~1 ( urp111 cl~1l demeuré san Jonction~ il
"C ftil certnincmc11l tenu à l',lc:irl dan' ~:i
lour d'Jfar coi.il, lai~ ·anl :iller lc:s ûvt!uem.cnLs
d l'rèt à tendre le · dcu main~ au plmi heu~
1•

r-.• u,. On di~ail 1.:ouramwent qu'il étail capaLlii
de lout, ml1mo J'1111e Lrahi~on, eUil par ra11Unl•, • oil JlOlll' de r argl!n l. La ranwoc·/ die
élail en lui; i.l élait né dis"racié Je corr· et
d'ùme; il haï~ ·ait tout cc r1ui était licau, toul
ce 'lui J1ait Ilien. L'argeur '! :c be.soin· en
étaient c,.mlinucl ·; ilcHail cependant, nn!mèrc
entore, le 11l11s riche seigneur du c:1111;11 • j(
1: t vrai qu,• œla 11e signifiait pas "ra.11J'ch1,~c
mais il o.1·ai1 pri"·s de lui nue .&lt;œur sa cadett;
d 11ucl1111c 1·ingt a1111éc~. •rui 1•nlend.iit bien
vivre: el 1·rmm1c il profci. ail pour elle une
affot:1io11 .uns limil •s, elle était obéie dans sei;
moindres capricei-.
Claudine Le Globanfr, lillc noLle, Glôdina
en LreLon {mai:, elle arnit horreur de cetw

l~an:po ilion_ el t11Hentlail qu'on l'a ppcl;\t
am. 1), Claudine donc, en l 79:&gt;, devait avoir
à. peu pr~ vin"l :ms; 011 lui en eût donné
faci!emc11t cinri do plu~.
Elle élnil nussi droile 11ue son Iri•rc étaiL
Lor,; au :,i soml,re1nent !,rune q11ïl 1ltail fa.
demcnl Llond. fi ~l:IÎI pclil, clic ,:1ail grand(' . •
Elle omrail des ·eux noir. 1normcs; il a1,a il
des yeux glam1ue à demi-[crmê . Un point
uuiquc de re cmhla11cc : la duret' du regard et du geste.
li est 1'rai que, 'il, Jtaicnl enfants du
mt1m • p\r ', ils ne I' élaienL pa de la mè.me
~,·re. Veuf Yer· 1n •oi~antaine, l'ancien comle
Gill!! s'éla.il remarié !Jieolôl a ·cc une Lrti
jeune femme : Anna de l1 én~r\'cl1, 11ui lui

�"'------------------'------------------- L'ES ÉPÉES DE FEJ{

111ST0'1{1..ll
donna, au Lout d'un an, une fille : Cl:'lu&lt;line.
11 lui sourit et trépassa uhikment, le soir
ma.me du Lartl1uel ollbrt pour celle naissance.
'l'orpin ne pleura pas son père; depuis ses
econde noce , il semblait ne le plus connaître.
Celte œur qui survenait pour partager son
hérit.ngc ne pouvait llue lui ètre odieuse. Il ne
la re!mrdo. même pas ; maitre do château
comme du domaine d'Har eoëL, il la confina,
avec a mère qui la nourrissait, sous les toits,
plus haut que llls arbres.
Trois ans pa é , la comtesseAnnas'éteignil,
rongée de con omption, usée d'ennui, dans
sa solitude on mieux sa prison. On trouva
qa 'elle mourait bien vite après son vieilépou;
011 plaignit sa jeunes e, a beauté perdue;
elle devinl peu à peu légendaire et beaucoup
prétendaient avoir vu son fantcime errer le
long des routes, implora.nl, par ses bras levés,
la pitié des chrétiens.
Dès quelle fut en terre, Le Globanie fit
appeler ·za, femmed'Alanik, Gynouve.z, dont
la ferme était proche. Il lui montrn la petite
fille et lui dit :
- Vingt écus par an; débarrassez-moi de
cela .....
éza étaitjeune alorst pitoyable, mère ellemême; elle emporta l'enfaoL sur son épaule.
Pendant de années, Claudine, devenue Glodina, Dina, Glodi, vécut à la Jerme, mêlée à
la marmaiHe; jamai son frère, en pas anl,
n'arrèt.a. son cheval pour la considérer. Il
payait les VÎD"'l écus el e tenait lJIIÏlle.
·
Mai, un jour, comme elle avait douze ans,
le comte Turpin envoya l'ordre que sa sœur
fn.tamenée llu chàtcau. lln'y anitqu'à obéir.
Cependant, à la Corme, Lous avaienL le cœur
lourd, prévoynnL que le bca11:1 jours étaient
finis. Gynouvez lui-même, dur pourtant, étail
:mu. A,·ec .'éza, il conduisit la petite fille à
on grand frère.
- C'est bien, lais ez-la; allez-,·ous-en.
Alanik hésitait, mais Turpin le pous a ver
la porte. Alors Glodina, se jetant dans les
jupes de éza, hurla de désespoir. Son Irère
la prit sous le bras, l'emporta dans nne salle,
oît il l'enforma, et revint congédier l'homme
a,'ec la femme.
Ils s'en forent, tète ha se, ressassant celle
conviction qu'ils ne reverraient jamais la.
petite; l{Ue Turpin lTouverait moyen de la
supprimer en silenec, comme sa mère, comme
son père; il ne doutaient, ni !"un ni l'autre,
qu'il eùt décidé a morl.
Le !'&gt;Oir même, le comLe Le Glohaoic quittait
Ilarscoët, avec sa œar, mademoiselle Claudine. C'était en J787.
Pendant cinq ans, on n•enlendi t plus parler
d'eux.; un bruit vague, pourtant, e-011rait qu'ils
étaient à. Paris ; el, de temps à autre, un
notaire de Vannes, chargé des intérêts du
comte Turpin, mettait en vente un morceau
de terre, un pré, un bois; de la sorte, le
domaine '-en alJait par lambeaux.
Le chàteau., fermé, barricadé, prenait des
aspects de ruine; des bandes d'oiseaux nichaient sous les toits crevassés; des bestioles
habitaient les lezardes des murs. Dans le p:iys,

on commenç.;it à croire que Le Globanic ne
reviendrait jamais; on s'en occupait peu; il
n'intéressait pas; on se ouvennit a peine de
Claudine disparue si jeune. euls, les Gynouvez gardaient dans un coin du cœur la mémoire fidèle de la Glodina d'autrefois; Séza
surtout.
n beau malin, en 92, un pay.an, passant
par la lande, vit avec urprise trois îenêtres
déclose· à la façade d'llarscoët; il s'approcha,
con tala la présence de nlets dans les cour .
M. le comte Turpin et mademoi elle Claudine,
san crier gare, étaient rentré dans leur demeure ance tralc, furtivement, pendant la nui!.
Turpin avait vieilli, ses traits s'etaient
creusés encore; il semblait toujours mnl sati fait du sort Quant à Claudine, nul ne la
reconnut. éza, quant elle la vit passer, car, oublieuse, la jeune fille no 'arrêtait pa~,
- Séza secoua la Lêto en igne do dénégation
énergique, et déclara toul nel :
- Ce n'est pa Glodina !
Celle-ci litait plu brune de peau, de cheveux:, avec d'autres yeux .... Dina a,•ail des
eux i doux ....
Chose bizarre elle ne se souvenait de rien,
ni de la langue bretonne, ni des pajsages
familier , ni des gens qui avaient entouré sou
enfance. CeUl-là, d'ailleur I elle les tenait à
di-tance, car elle était devenue très hautaine.
Turpin expliquait, quand il daignait expliquer, que la jeu.ne fille avait naguère, en
Italie, contracté de mamai.es fièvres qui lui
avn.ienl aboli la mémoire. A cela, éza, butée,
répliquait :
- On a changé l'enfant!
Ce soir mème, tandi qu'AJanik vide, à
pcLits coups, a tas e de guin-ardant, landi
que Tina grille ses châtaigne ~ la pierre
rougie du foyer, tandi 11ue le garçon lresscnt leurs chapeaux de paille ou leurs corbeilles de feurre, tandi que Rok ronne en
travers du grand reu, éza. tout en gnrnissant
a quenouille de fila e blonde. • éza, ,·icillie,
plus entêléeencore s'oL tine à charger d'anal.hèmes c.e Turpin qu'ellcha.it, qui n'a ni Dieu,
ni roi, ni patrie, qu'elle accuse ouvertement
d'avoir a ·sa iné ·on père, le vieux comte
Gille, la femme de son père, Anna de Pénerven, sa œur enfin, la détestée Cll!-udinc ·
d'avoir ub titml ~ i:ette dernière, en e
nom , bien r droit et qualités, uue fille du
diable dont il fait sa compagne. Elle crie:
- Il n') a q11'a le voir a,·ec elle; il la
mange des yeux, celle damnée I E't Glodioa,
la pauvre, il l'abominait ; il l'aurait jetée aux
loups .... Pour celle-ci, il ferait un tapis de
son corps; il lremhle au venL de ses jupes ...
el c'est pour elle qu'il 'esL ruiné. En vérité,
je vous le dis, enteudez-moi : ma Glodi, ma
Dina, la vraie, la notre pourrit dans un u·ou
de quelque terre maudite ... et la demoiselle
Le Glohanic, que vous voJez, est u1Je ,·oleuse
de nom , une coqnfoe de Pnris, une gueuse
d'enfer que le Turpin, en punition de es
crimes, est cQntraint et condamné à servir et
adorer! C'est elle qui vengera le autres, vous
verrez! Ça, ma Dina? jamais!. .. L'aulrejour,
elles 'est égarée au carrefour des Trois Routes ...

une eufant du pays? ... cro ·ez cela, , igneur '.
Elle ne . ait rien du pa - é, rue méprise, ne
me connnit plµ , , moi sa vieille é1.a: ni toi,
le père, qui l'aimais bien; ni \"OU , le ars,
ses amis d'autrefoi . Elle ne ,·a pas à l'égli e...
elle a peur d11 bénitier ... la d.iabk se! El,
c'e t plu fort, elle ne sait même pas le chemin du cimetière!. .. Qui donc l'a vue prier
sur la tombe de celle q11'ello prétend sa mère,
à qui elle re semble si ptm, de notre comtesoe
6,nna, l'âme errante'?
A cette évocation, une inquiétude serra les
cœurs.
Au même inst.ant, Rok se d1·e ail d'un élan
brutal i il renilla l'air et, celte fois, s'en fut
vers la porle, en grondant sur une seule note
lu,.,.ubre.
- Femme, dit Alauik, n'appelle pas les
morts; cela porte malheur .... Qn'esl-ce que
c'est, fiok?
Le chien, le nez sous la porte, continuait 1t
gémir doucement, sans colère. Tous fri sonnaient. n grand ilcnce e fit d'attente angois ée; mais aucun bruit insolile au dehors
ne \'enait expliquer l'agitation du voyant à
quatre palles. 'fina, rejetée sur sa mère, se
cachait le visage dans se jupe .
Alors, comme le vent cognaiL la cheminée
et fuyait en hurlant vers l'étendue glacée,
une peur folle, irraisonnée, cette peur qui
étrangle, étouffe, paralrse, annihile, pétrifie;
celle peur qui dooompo e le faces, égare les
yeux, dre .e les ohev,:ux dans la sueur froide,
fait claquer les dents, flaaeoler les jambe ·,
- cette peur-là 'abattit sur la salle, u pendant le mouvement des cœur ·, coupant les
haleine dans ce groupe éperdu.
Ce hommes, alerte el olide,, qui tous,
les jeunes ou les ,ienx, étaient prêt à donner
leur peau pour la cause sainte, leur caose;
ces hommes, le ventre en déroute à l'idée
ù'un fantôme, fixaient des prunelles dilatées
d'épouvante ur cette porte massive, ,·errouillée, barrée de fer - rcdout:mt, ce ,·rédules, de la voir ubitemenl. 'ouvrir el gli ser
sous la poussée silencieuse de quelque apparilion spectrale. U leur semblait qu'autour de
leur mai on fort clo c, mai.- toujours pénétrable am, suppôt de ..;a Laa, lou les monstres
pa,ens, toutes les chrétienne chimères, les
Enchanteurs, les Fées, les Trépassés sans
prtitrcs, avec les loups-garous, le larnndières
de lune gnômes, fo]letl!, éants farouches,
naios malicieux, en phalanges noires, en
théories blanches, thevauchanL les nuées, les
appelaient d'en haut i.1 des de tin. tragique .
- N'importe, murmura Cynouvez, c'e t
ùrole .... llok ne se trompe jamais; la nuit
est mauvaise .. ,.
Mivel répéta la phrase si mal accueillie un
moment auparavant :
- Le bêtes voieol plus loin que nous.
Celle îois, éza ne la releva pas.
- Ou:i, fit Olier très rave, les bêtes ont
la seconde vue.
- Oh.! dit Jili, qui élait de nature rêveuse,
quoi d'étonnant, par ce temps de mort, que
des âmes voyagent et qu'en passant sur nos
toits elles jellent l'adieu aux choses de la

!erre1 Ce sont des massacré qui regrcllent
Javie ....
li s'arrêta brusquement, la voix coupée am:
lè1Tes; tous sursautaient comme lui : à la
porte, un coup léger, distinct, avail été frappé.
Rok abo1ail; 'l'i.na criait.
- On a frappé ! dit Alauik.
on! cria Tina.
- , i ! confirma Olier.
- "'ouvrez pa ! commanda el supplia
éza.
- Les esprits en maraude? balbutia Fancb.
- Folitll condamnait Olier, moins obtus.
- Les Bleus? interrogeait Maze, ·aisissant
une fourche.
- Non! démentait Alanik; ils îeraicnL un
autre bruit, et Rok serait en rage.
- Georges?chanta Jili, proposant l'espoir.
A ce nom, un pa sage de joie délivrait,
soulageait les poitrines, les élar,.,.issait.
on, réfuta tristement Alanik; il rrapperait plus fort, en maître, en chef, d'un
poing impérieux.
De nouYeau. el l'on eût dit une main Frôleuse ou mortellemcnL lasse, quelqu'un ou
quelque cho e heurta le plein Lois de la porte.
Le silence s'imposa sur-le-champ; haletant ,
ces effarés écoutaient encore.
i pourtant, imagina Séza indécise, un
chrétif'n emourait, it trois pa , da.n · lo. neige'!
- Tant pi ! j'y vai , jeta Jill, que celle
hypolhèse bouleversait.
JI sauta par dessus un banc cl tomba dev;1nl l'entr~e. Dcrrii•re lui, depu.is Alanik jusqu "à Sico, lou. les mâles 'emparaient d'une
arme, couteau, fourche ou bùton; prenaient
des po turcs défensives, couvrant de leur
corps Séza et Tina réfugiées près des lits;
celles-ci multipliaient te, signe de croix.
Jili souleva l.'.I lourde barre de fer rouillée
qui lui glaça Ill.'! doigl , 1tcarla les verrou , el,
d'un grand effort, tira fa porte. Alors une
masse blanche, effondrée contre cette porte,
l'appui manquant, s'abattit comme un las
de neige, au eu.il de la salle, am: pied des
paysans.
[I y eut un tumulte, une m~lée coupée de
cris:(&lt; Uneiemmel &gt;&gt; d'exdamationsraurtues,
ponlanées : (( Grand Dieu! » Tous se précipitaiont; la peur s'était dî~sipéemagiquement
comme une fomée au vent d'orage, puisqu'il
n'était plus question d'rltres surnaturel ,
d'àmes en détressP.
Gynouycz arracha la réûne dn chandelier
de for et la pencha sur le visage de l'intruse.
Elle était jeune, elle semblait morle. Tous la
contemplaient avee des yeux énormes, sous
une pou ée de curiosité tragique. Ilrusquemenl Séza làchaiL une exclamation ·ourde;
Alani~ s'éwut au ·i; il regarda sa fomme cl
lui souiila, pour elle seule :
- La comte se Anna'!. ..
Vigoureusement, la paysanne faisait ci non ! »
Je la têle; mais, nvee un surcroît d'énergie,
elle e courbait sur ce corps inerte, lui frollail
les tempes, loi frappait dans les main , lni
criait dans l'oreille des appels déjà tendres,
comme si, subitement, à première \'Ue, elle
se fùt prise d'afi'ection pour eette morte ou

cette moribonde. Autour de celle-0 la neige
fondait, s'égouttait de ses ,·êteme□ ls ~ur la
terre déla yéc; elle demeurait inunohile.
Alors Séza commanda, la voix brève :
ur le lit!
Olier et Fanch enlevèrent par le· pieds, par
les épaules, cette loque humaine, abandonnée,
l'irntallèrent sur les matelas de paille el de
gol1mon. Ile nouveau ha lançait ses ordres
net :
- Faites chauffer l"eau-de-vie .... En arrière, les hommes. (D'un geste, elle les consignait à l'autre ùoul de la pièce) .... Yicos,
Tina!

AYec ·a fille, elle dé babillait rapidement
l'inconnue: dan son cor age onvert, elle glissa
a main sèche, làla. p;ilpa une gorge froide
el dure, prolongea le contact : le cœur battait.
De l"alcôve, la vieille femme cria :
- Elle Yil.
One rumeur joyeuse accueillit, salua fa
lionne parole. En deux tours de mains, le
corp fut dévèln, éché, frictionné avec des
bouchons de laine, enfoui sous des coueUes
épaisses jusqu·au cou. ~éza respira. E.lle jeta
un regard autour d"elle et reprit :
- Des ajonc an feu!. .. L'eau-d~Yie !...
,\.lanik, Lon couteau.
Le Chouan avait compris; il s'appr~ha du
lit: cl tandis que Tina soutenait la tète livide
de la ressu citée, avec la lame de son couteau
il desserra le. nlàchoir~ oLstinémenL closes;
alor Séza ver-a lentement l'alcool chauffé

--

.

- Rieo ... rien, marmottait la paysanne .. ,
Alleodons... allendons.... Dieu nous voil!
Peu à peu, cependant, une tache rose
pofotail, pui 'élar,,,issait, rouge, sur le
joue blême de la jeune femme encore inerte;
aYidement, éza la considérail, la dévisageait,
épianl le retour b la vie. ur un escabeau en
contre-bas du fü, une résine Hambail, éclairant l'alcôve. Soudain, la quasi revenante
entr'ouvrit ses paupières, Je lemp J'un éclair
au ciel; mai éza, à demi couchée sur elle,
saL~it au vol ce regard qu'elle espérait. Il lu.i
.suffit; elle se dressa, les bras levés, la face
illuminée, triomphante, avec un cri de joie :
s yeu."t ! Ce ont ses yeui !
Tou entouraient :

r

-

~1ère?

- Femme?
ilenœ, dit-elle, un doigt sur la bouche,
aYec un air de folie mystique... laissez-la
dormir. . . car elle dort à présent, ...
Elle tira les rideau.'&lt; du lit; puis alla choir
ur un coffre, la tête penchée, le hra allongés
entre les genoux, les mains jointes; el d'un
ton concentré de récitatif, elle détaillait :
- Oui, lai sez-la dormir. Elle a mérité
son repo .... \"oye.z : es soulier~ ont troués,
déchirés, tachés du sang de ses pied . Elle
vient de loin, de tri~ loin .... D'où vient-cUe'l
Elle a ouffert la faim, le froid, l.a peur des
loup , la peur de· hommes, la mortelle las. itude de. marches saru espoir! Dieu ln guidait pourtant. ... Elle enait vers nous d'instinct, uivant son cœur ... vers nous, ~es
seuls amis, ccllX dout elle se ouvenait. ...
Ah! ah! j'amis raison .... Après tout, c'est
peul-être du tomùeau qu'elle s'échappe ...
qui sait'/ quj peul savoir"/ !fais nul, à prt!$cnt,
nnus vivants. ne louchera le bas de sa robe ....
Dieu nous l'a rendue ....
.\lors, Alanik, fac,ilement relom1é à l'effroi
de prod1ges 1 aux superstitions aux croyances
en tantine:-, Alanik recommençait sa prerui~rc
remarque:
- Elle a les traits de la com t.esse Anna ....
Toi qui sai , réponds, femme : c'est elle?
on, dit Séta, ans relever la tête, c'est
'a fille.

Elle dormit trois jours.

11

Ils t!l3{en/ 1'~/us, ctrmme les f'.Z)"S1ms, Ji: 11uti:s e11 p,:a11

de

mot1t1m,

s,w rmi: sorte Je 11uillot rbnc oil flam-

bai/ le c,eurrtmge ,1e$ Clw11,:rns. (Page33-1,)

entre le lèvres pâles. Dans a besogne active,
elle parlait, elle répétai!, comme un refrain,
sous l'iùtle fixe ;
yenx? je voudrais voir ses yelll !
Alt1nik l'interrogea :
- Pourquoi ses yeux 1 Pourquoi 'l Que
penses-tu?
..., 333 .,...

A la ferme, ce matin-là, il y avnit un mou,•ement inaccoutumé.
Daa la nuil, le vent avait sauté du nord
au ud; sous un pâle soleil d'bil•er, la neige
roodait ur les chemins, découvranL des fondrières. Le cirque des paysages, les plaines
]a mer, se ré1·êlaient peuh peu, dans le lever
snocessif des lourds rideaux de brume.
Gynouvez, Rok sur ses talons, venait encore une fois de renlrer sans encombre,
après une expédition longue et lointaine. li
avait joint, à point nommé, les courriers
ubalterne.s, leur avait di Lribué la course
aux quatre coins de l'horizon, après avoir
reçu de leurs mains des plis mystérieu. ,
adressés par des chefs à leur chef, Cadoudal ;
puis il avait averti lui-même les capitaines

�"1ST01{1.Jl
1ln l' nlonrail.
de: p:1roi r oi ines J':noir lûur hommr. Î;!llOr, tlu ,ill e, , uf 1!1• b.ahit:111I dt• l~
Il était nrand, m. i. -;.'I 1ail11• ·e climînnait
rrrm,•, Lou: J m·ur . nr . •\ prop,1s d'1·1lt.
en mnin pour le premÎ1' r • i •nat.
tll . cor1;uh·nœ. Il 1:1ail Mjà pui-: mmt•nl
.
ur
,on
r.ompt
·,
et'llèotlnul.
li·,
opinion
Il r1•H·11:ail I nl nt J lui, apnl élran~l:
nro,, 111:ilrrré , ,., vÏll!,!HjUlllre an • cc 1111î Ill!
• . Mali m•u . Cil roui·. ' ur 13 porle, il s· :1ait•111 p:irl:t"tt·~. m,\111c ulni n·u -là. :•a.
l'
mp •·bail pn d't'lre étonnommcnt agi!'; •
nl!irrualhe, 'enrolérail au moindre doute•;
:n·ait rrié :
t lt 1:tail ~ro, el rondt, . 011 J •~ d \ •u
1
action ('lu
- l'cmnl •! enfant
\Ï nt .. . il a ,\lanil,;, ind ci. , oubnilait la
ron • ~p-Ji , frL 1,, coup·, court .... mlmll&lt;h
haute
du
,
•ul
t·hd
r
•coimu.
rouch ! nux Il po. , il
le- midi ... .
C rte , la j •uni! lill,. ,-ail r. p 1~ J.,.., fait.:-, • ur le l'rontà la Tiln ; l · 111·1, ·11lrc l·, joue.
•\u. ,ilùt, lou . • rejoni .. i ni bru ampl ,juc ·, 1t, il plulul mine·, ,~rasii Jan k
mPnl, •e1tortaicnl, chal'11n à .-a fon&gt;II, d' J1· · in ·idcnl , donl une cul• pr-r:-onne au bout; •&lt;' · )CU :,tri , p tit,-, profond,, lui111ood1·,
en
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f:unillt•,
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1lont1er un air de r,,lt• i1 l'antirtUt' mn. un·.
,mn·cnir. M:ii~ le 11:i! . ·rn :miit la Ct'rll'llt• dur : sai nt, prmlHt•n ·em,~nl \if el mohilc,: un
l:Z:t di. ·1it :
1·011 dt• laurcau, nn torse J'athlH •; ,1 " hra,,
1... c. plicalion. fournie~ par ln (1 ,. •11. 111
- li aur:i r im ....
d ,, ,.ui, ·,, tl j ml é11orm•!s, 3\1 mu clc
1
El ùc uile 1•1le pr 1p:irait unr :oupc :iu J, pa.~,ai1•111 n intdli..,cn ·, ; il :uimcllaÎl vlu.
aill:1111. Il clonn:iit, à pr •mi~re vu•, l'' acte
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ion dt: 1. for· lm11alc, Ù•! la matii•rr
- fai -en pour di , oh . •na le fcrmi r : :1,· nlnr • d ,·i\:UII • Il a,:iil tlll" li! 'l'II. a, 'll"lt•' pnu,, 1 , i11con ,ci nie, a 011 hui. :1
ltrci r, Jo lllll', C,uilleruol t•L ,\lli'mn• l'ac- ùïntri ue t'oisonnenl dan· IP, illc ; il r, Juu- . ·, fin~; et, pu11r~a11l, dans cdll• ép:ti• ~ur, 11
comp:igncnl. l,e au Ir ,i1•11dronl plu lard. Lail loul cc ttui ,,·11ai1 &lt;les \ill,· ...• . 'él:111I p:ts
· :i,ail une rut•,
Il a 1·1111HlC:IIÎu11 •~~n'ral\· pour Ù1•11 hl·urc. a Hl. luciJ1• pour di LiU!!lll'r le uai &lt;ln faus.
Jlri•. de lui, Guillrmol, h!'r ·uh:,,n au.si,
cl récipro•1mmn1L. il :'ah h.% il J · co11rlurl',
d • la jnurni:t .
.
r.1111,lnil
en i:,:rc•: I•· · trnis :mir,;.', \llè;:n· 1•l
C1•1•1·udant, le- gnrçon.-, armés J • lit' h ·~. l 'C 1111i C'l •·rn ()fi' . :i;rr •.. • Et pui-. ,lt· l" h,;_ ~lnrii-r, c1ui •1ai1·ul pl11t11l p,•lils, 11:irai .. ni •11I
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d't•nnui,
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n•jl'laÏPlll la nei!!e fondanle aux talu ùcs
d11:1if , .loH·m1r, ra ilt• ; l'l ,·q •ntlaul il
d11·m111s, Ji-1,la aient 1 · pprrn· h :i il, fa t:ntin, l'~po 111 hiil l1Î1'n ma\ clmi ii· p11ur
· tnpcr d'antre d1 1. c 11111· d • la pri,c 11':iruw · étail \ i••1111rcu,.
rerru ; Tina. lr1• Dl the. k1la1, il l:i Il ,
li ,11.iicnt 11111. ,·1'111,. 1·01111nc 1 11·' ---:111,,
r . .-upit la 1nhl1•, di. po · il la v:11 •Ile J1• i1wi i11 nt .. . 1 ouln, t r,m. idér.11io11 lui d • n :,l ,_. en p • m; d,• moulttn, .sur uuc . 1rle
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ll:rre 1mm , •mpli :iîl 1 · plu, rnnd · pid1• rn~illut lil.1m· 1111 llamh:t.il I,• 1·1t•11r r11u!.(1'
tbcls ùu mrillt•ur rîtlrP. 'I out Ct•la ;;c prati- !,·, . il'l1~, à c, Ile {-1rn11~, hi,111irc.
M:ii , cunmw, apr\... loul. 1 (l moi ·elle J.c Chouan. ; J.e. ltr.1i1·· •11 gru ilr:ip 1111ir,
li11uail ...,i •rucnl; cl nul. œrll1inr111cnl, Il
crré1• 311 !.:1'111111: de ••1111lr ·~ d1• Cuir r:,uw;
t!lrc r1•11sci •nt1, Il' . c . ,•rail dont,\ rJ11r. 1•1·~ JllHllail arnir rni.on, 1111'cll,• éwit mi.cilraLl1•, 1,· n11~me. "r:tlld d1apea11 .sur le cr:inc:, lil 111 ;me
~rn · joicu l'UJl'lll 1·mprt•~ é . ':ipprèla · enl il lni dooruiiL loul ùc mcnw n il• et pour- larg • reiuluron l,lanr, ~ fermoir d1· ruine,
vo ait i c, h s in . ne ·nnt .a rous.cicllCA', il
la ··rrc.
anlour du corp. • uwnrl.int d • pi. Lolcl .• 1111
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pui"I rJ; m. i le lin~,; d • ':1J11udnl, en luule
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leva ~011 lnr•• l'hap au noir; cl, J'un g,~l' ,&lt;,· immt.ldial • de ch f!; ,·houan ; tnul le al, olnl! lrnkh •ur. Il} Lt-nai1.
tri Jou ·, imita · lie 1ier,..onm· 11nigmati,p1e \ilion Ùt' Locoal ét:iil en émoi: &lt;l •s ;:roui •.
Il 3.\ail t•n rel homme un jn •ulier m 1..
Latio1111:iit·nL au carrdour J,, · Trui -1\uult' ,
a r utr,•r Ù, n ~ou omb . Pui., . 1 uanl la
};111~ •; fil· de lal,011 rcurs, c~ J ot il ,c ,, ul:iil.
J
•,·:111l
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fcmm,i
l'l
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1•11fo11l~
1,ouc de ~c~ i-onlicr~, il p&lt;-n 1trn dnn · la maiil 11'cn al'aÎl pa. 11fr1in l't'rtnin. 1~111 ltanl.
oo, mont:i Ulh! é,•bcllr de hoi:' , 1a n par l"l, icul · nu:. i a~ih:, qu • h· humru ' ; h·
J'ari tu rat•: il nd11r:iit 1:i. l,ouilli, noire ,·l
jmuw. •1:n , •n a,itnl du pont, Jd1 ·lo1111é
une trappe cl ~:11.1tn Jnn: le greni r.
l'orlail J la lnile fine.
- Pr n 7. paliclll~, mali !moi ·1·1lc. G •or•~c· ,-ur IP. t.alu. , in.-r ·taicrrl le. lui11L'tins l'l
Br11:,41u •mrnl. il 'arr31·h~il au. 11lr •iull'.•,
,.u
11:,icnl
1
•.
tonruanl..
11Ji.•r
le
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èloi!!né
,·i,•ol aujo11rd'hui · il déciclcro.... Je pt!II.:
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r
nlholl ia. Ill,: J la fonJp ,
d1· 1ou , lc,·a H1ud:1i11 les lira. · n· i" n:11 fut
1p1e et! . oir ,·ou: er1·z contente.
u Ïll!-11nl, l,•, r ! ... j':ii 1 ·oin !l'un
- 1 rci, pi-rc .\bnik, dit l • demoi- r •pf.1: u ce. . iî• ml'nl par tout , c . i,1 nli- courrier .. .. Qn •1 e~l I plu. mali11 dt \ou '
ell ,, d • la sort • nv rli •... je vou · ai enu-ndu 11 •lie impro,i. i: ~: il rnul:iil Jirc :
Loue·!
- k v-oilà!
t1111l l'h •ur ! .••• · f. d Joi nnc vi ·ni au i ...
- \toi! r1:pli11un impll'meut Jili ,t&gt;sril,
l'n
•
rumeur
alua
&lt;&lt;'Ile an11011œ; 1111i:,
celui-là II n plu li•- peut pa m m1uer de we
le
ncICll dl• l,111011\n, n ·nrt:t.nl du group,~.
nu ,. ilôl, un canli11ue r •1,•11til.
reeonnailre.
• ul n, rc: 1 ma ; r'ét..1il notoirè.
C
·
Îlll
nu
milieu
dt•
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1C("fll,
r&gt;li"it•u
du
- Oui, M. d Jo ·mne ienl au_,i. Aprè
- 1 oi'! Ili n ! rcpril Gcot"e co ~011ri:111L
Ve ..-ilfa füyi trur Cndoudal, an!C Ier ·icr,
le con. eil, vou cr ,z • oulé •.
'
onle.
l.:i J •une tille tendit la main au formi r. 11 t:uill •11111t, Allt»•r • &lt;l Jol •nn parurent à
111' •mpoi;na u l • lira , l't~olr:iina, I' 1·mh it.1h, ho bail la 1êt , 1 min • sou ie · l'entré1i du hameau.
Alor,, ln pnrlt ù t\:nli. • J, , int-fano porta presque. ù qucltJ li'- p pin loin.
lie •a~ ombril.
- Tu ·a aller :1 fa Gr, le tl · l\endl111e.
\';1dl'z1 ur 1 'ou rit à iL u hauan~: cl le
liuùl., \l:111il..j voi que ,·ous doul 1
- llo11 !
recll'ur llano 'nvnnçn r,~nlLu d1: l'étole, ui,·i
encor•, •. qui' Caul-il don rrraud llieu '?
- Tu ·•rra. , rroi anl au 11his pr~,. nu
du
diacre
el dl'.,. chantre ·, au Jcuml d · · Ùt.'li l.iai , il le t·u , vi . ihlemenl 'mh:lrfcnseurs de Uicu. Le \·oi. rudes de. pahatl , h:'111•au 1111rm. nd.
ra s~.
- Hon!
) ,· rni aigu,·~ dt lilh, rcJonhl'•r •nt de
- on, non, hi •n ,1îr ... , pui. loul la
- ru 1ir •r. un CClup d1· pi 1011"1 ra l', ir ....
ret,•nli ante f •r,· •ur~ Tou· ·:1,, •nouillaimL;
\'3 linir ., .. Geor•" Môd•ra ... il ,oil clair,
- .J • n 'ni pas tir. pi~lolct.
le
prNre
le
·
lu!nil
uu
pa
·~ag1!
1 mai· il s'arrcla
lui ... . R si 1. Li1•11 c:tdtt&gt;C ju 11uc-l:1 ....
- t:u YOÎ i un, dil ' 1louJ. l. "" di'..!:lJ
,,anl
CaJoL1J
I
t l · •~ C'om11.1"non ·• I::t •u f. Turpin ,1 œo,·0t1u1: , lui au.,i ....
1,:
anl
l'arme Je :1 cdnlure · il &lt;",l ch;1r••1:: lu
i, comme les plu: humhlcs, plièrent le
\ '.C noru, elh: • drc:~nil, le · r "'Md
&lt;&gt;cnoux dan la hou ' noiru. l,.1i. ,i,r •nl l:i 1 le 1• 1·111.i'r, ·ra. pour l:l ptinc 1•l 1·11 suu, ~nir
forou l' · . . ..
J moi.
b! .. . poi, apr' " un il •nr : Li nt ,.ous li· den . maio. h•\'tlt• Ju r1•rl1 .ur \11:ino,
Le vi~ag &lt;l • Jili devint radieux: il rn hn h·
,1 ill:ird dt• l Îl;ltl m . liipm et J • foi vhionmi •ux .. . je pr 1[i: rn le\.· ilu:iliom, f'rancb • . J
pi 101 ·l . ~u sa \ li el . r rl'Jre, ·a· il lui
n:Ür••·
l'ann. t•rai far • fo •... il · ra t·oafondu .
lis ~e relt•v'•r •nl; le rn11Liqu • 1·c, --1it ; le. :;uinblni1 qu'on l'arn1;1il dn•,aliL•r.
- Ili •u vou entende! lit Alanil- qui rn· c
,\pr' '! lit•il.
m:iin ,c• lcudir ni :
compru01et1.:ti l p .
,
pr'·,, r,·pril f:l'or~•"'· un h, l'ljll
- Bonjour, les enfants ! clama 1:e r;..:cs,
li alua enrore l rc{ksccndit.
~
1:111111,
,:.,lt,u, t/ttl'rrirr. h:il , litruylr. ,~1pnulugit·
l) pui~ hnil jnur~. r1:1ran"t•r1, h r rrnt•illir. d a rnix formidable.
cdlltu •
1
•.
mt-J
an-\'
1
lrznur,
,3ÎJ1I
J
ein~ll
pli
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J' un ,1,ir li' gouic, gil:.iil Jau, e '!l'l!llÎ~r,

- 31.i ...

• h11rJrrn 11ui J·, 11 ra un homrn
lerr • il
, •lt'lll1r;i ,; lni I'! ,lir:i : « 'ornrn11Ji1• ». ''l 11
r(:p,m1lr,i,,: llr ltli!II ». li 11jou1t·ra: o Fr 11,, •
'l'_u r lpo11Jr;1" : • C doodal 11 . t:cla foit, il Il'
,lira ·1111 nom : le !'omle A d; el 111 1111:
l'nm~ncra p;1r le plu t·onrl ,·h mi11. \ 11 Tu
doi. l'lrc ici clau. d •u heure .
,·anl, dil I' •nfant, . i le h;itcau crr,
l:1 • L•••..
li loura. J, do: cl parlil en r.ournnt.
- 1:ynonn 1. ! 'l'P •la C. d,111dnl.
A ,ou luur, 1; noun z :':ipprocba.
- r.. . · ·,,urrit•r '!
- l Ull 1 \'()Il' .1L1t-11J ;1 la r.. rllll'. r1:p1mdi 1
\ l.111il, a,·1·c le Ù1'jl!1111rr.
- li :i rai ·on, Jil ,tm~i r il (ail Ji. lilc111 Ill fnim ....
Et oir :ijoul:t Guill mol, r1ui hu,·aiL
Jur h ,110 ,,rJin:11rc •
- Pour Jcu1 J&gt;êlÏlt'~ lie111· • l'air ,1111.
rr1•u -1·, dit ,l11,enn1· irr111Î11'll', fomm1 lNt1·, ! ...
C:adnndal 'm1111, a :
- Cbt&gt;,nli r, 111111 l,· monJ,, n',1 pn 11111
trmp1'.raownl J, fc-r ....
'l'on ri. i1·nl.
- tu a,·anl ~er.- b honillic ! eomma11Ja
mililnir •IDt!lll ,\fü..,r .
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- lln11j1111r, 111;1 l:tnli• ! l'ria f.C'l1r~c : h(1nj11ur, p•IÎh.i ,wur!
(C'1:1ai1. r' • 1 em·ur la moJc. &lt;'11 \lorl,ilian.
J1• e d111111er, entr,: ami,, d ., 1i1rr tl&lt;J
p:ircnlt:.) Il cml1ra ,.1il lt•-1 J1·ux ft•m1111·s Pl
1 :n,~tr,,iL J:111 l:t ~allc, ·'am~l:1it Jc,,11,1 l:t
1·la•rni11,~c, ,1:~hanl t· · ~oulier ;1 la ll;unnll'.
11111 · 1• :11i v~it•111 : il Jcma11d:1 :
- l.1: l1:llr1• '!
f:tnch 11•, lui :ipportn. lt1piJe111en1 il lit
s:11111•r k r:i l1el J dr1! nn l.'1111,ll mt,
• ,lJ_jri Il , arn111iric~ \'l tlJllfOIIIIC~, J':lr('OflrUI
Je, JlljlÎl•r~ tl'un r1•g:1nl.
Ilien... hi1·11, tous 0111 prt•ts, 1011'
~• nun•nl : 1111\iu, .'ol J 1:ri~ollc . 1omlor,~
,';1Înl-llt-~1·:tnl, Lt• \1 in1 i1•r, lt- · 1lct1\ J1;
Bou:i . ... lli;«&gt;r. J1.1111·1111rr, lt·l,ar, l'ena 11 l,•r .• , , 1,, . huil li1~i111i- q•rnnl rPpr,~"'tlllr:,.,;
11111I ,,1 Jruil ... tJui 1l11w db;1il •tue 1•.
1·:unp3••111•s 111:ii1·11I l 1~ 1• 1
l'inrc 1:uilli·rnol, 1 iule111 11!• n,1lurr, m:d
M:;ru i ,1 ,,Iq,· d J',lmr., r,:plÎIJIW ltr11t.1l1•1111·11I:
\loi! ,i l1• di ai. , et .i e 1,· r,'pi•tc .•. 1, 1
1
p,uparl dl 1,111 l' 1r-1li·.-sus b li'lc .... lis , uutl1.1iml I ulliwr l •ur d.1.1111p l'l 11 u, 11 r
I' 11 rtl I ur · \lt•lt • .. .. li 11111,1 i,•111 lli,•11 .... Il,
ouhlirut la 1,·H:c Pit 111~ ~,· 1p1i Ut l lc 11 11

I,·,

1'11fo111, .... ~foi,., 1111 1 .- r1:IC'ill1·r:i, par 11•
~r:1111) lli,,11 1lu, i1·l '. 1111 1 . ~•·1•11111 r.i. j11-1p1 ' ;,
n •f11'ib rril'11I. j11~1111';1 c·1· ,111·i1s m:irdu•ut ....
1111i 11',1 •I 11:i, • n 1· 111111 ,._l tunlr,• 11v11, • 1,:i,
cl,· pilit: I""'" 1,•. l:11-lu-.. , c', 1 ÙI' la ••taillt' Je
lr;1il1"1-, !...
\ l.oc:o.,I. i't' I' roi . ,:1:iii•111 l,i,•11 n 1·11rilli1•,; nr. \Îl'/111111:111 1• ,ni i11;1q1• cl1: 1.;,,1·l1:a1111,
• uu lïullu 11!1' di, d
ri perm:1111•111!• 11 •
1:,-or••,·~. li:. 1111111111 s ~" 1·n11,i1ft:raic·11I l'lultÏI
1·111111111• ile, sohlal 1•11 1'1111::1: 11111: f•omtm• J,,
l,ll11,11rt·11r. 11 :11111rm: 11 • li•11r,; 1;,nc1i1111 .•
Il · Î'l:1i,·nl tlrl'-'t:~ :1 l'akrl •, 1u11ju11r~ ru
arrèl. . 1 pro irnilt: clt! \':rn111 . J' \ur:i,,
11'lh·1111cho11t 111e1111•, n•nlrt' Je, 1· ét·11110;,
111ili1ai · · l'l ch il .. kur d1Ten1hil lï111lill':rt•11rl'.... li.·
1111-mlai•·nl, p:1rfoi • J,. 11':..
rha1·~t· l,,i111~inc, Joni il 1·,m11ai~ ai!'nl la
i~uilie:ilion; lnr. , il ll:1ir:ii,·n1 le wnl, l:t
po111lr1, :irr,~lnir11L 1, ur d1.1rr11 · C'l rt~,:ii,•111
tl,•, rcr:111rl 1•: . foi .• 11:tn, 1,i •n 11 • ha1111• 11x
1:l,,ig1111~ de. 1·illi·,, dan. h· l1&lt;u1rga&lt;l1·, du
lil 1t,r;1I ,urtunl. au, ÎIÙI ;ipri·, la p 1•ilicati1111.
h-, b liil:iut-, l'llllhal ·urs ou JK'tli •ur,.
,11:ii1-11l r •lm11l11:s :iw1· ,lt.:lir":; :t l':mli11m, :ip:i1l,ic 1lt: 1,·ur raL't! r,:,i~m·e. 1-:.•11 ~I:, ;1,ai,·lll
. iu,·1_•r, 111e·11l ,1,:pus,· 1,-ur~ i1m1c • • 1la11 1':il111l11,• wl11111,t J,, nr plu, 1, r,·prl nd r,·.
Il a,ai nl l, •ur rai 1111" 1,1lal1I · , ,i,;1111
loin dt · 111a ·,;tl'r1•,, h•s i 1111ra11I par 11·la
1111:1111•, 111• l' ttoU\:1111 pa .• 11r !,,, r0111,,,. :111
p:i .af,:t' 1.li-s lr1111pc. r11p11l1IÏl'ai111 • • T1•rr,:,
J:111 h·11r Iron, ilnrîi•r1 1111 l111i&lt;, 1].111 1111
c r,-11 ùc. roc·lll'r, il-- 11·!!\Ï. l:1Î1•111 •1uc l'our
, ll\-ni1•111, ; l n'Jlanl pas ilir1·cle11wnl lt&gt;sr:,..,
c-r111. t•n:rnl Ir ur, ,·ur,i . l1•11r~ 1•11fa11ts 1l1•
\Ïll,,I ,1II - 'IIIIIÎll'II', I,•. lllls l'llllllllf' I, •.
utr ·•. ,~:.,al '1111'111 r,1fnr•1:1ir1••. - il 11· :pru1111

,aient Jill. If, 111.' ·11i11 ,Ir· ri. 1111a lrur p •:iu
1111irt• IH•Ur li •111, l'l·llt· J";1111rui: . \-nfl'r111:ii,,111 ~ys1,:111a1i,p1t 111w11t aussi l1i1•t1 il;iukur t~• 111,1111• •1111• ,l,111s 1,·ur arn:i ,)t\ 1 liaumiru . .Ut\ lturi,,111. ltornt'.,,
C •rit•,, 1p1a1ul li: l•ll'~in allai! snnn r Jau
l'1•, par11i~ ,, il ) :rnr:-,il peu 11't•ntpr,·. :1·111 nt
:, r,•p 1111lr1• ;1 sa 11,i, .... Mai, !'i,•rr • 1;11ill ·11111l
,lit l1• roi J1• Ui"nJII, ,111 n III cl a t 1111111111r.
11·,:1,1il p.1 · 11• -..·111 il,· 1111 ,.,p;~·••; 1J'~11tr,· ·
,·lwl'; J1: J' 1rli:-an .• l;1i11t:, . 11r .1111 p.1lr1111.
11 '\,11 ·nl c rit ,r..:cr. 1·omm,, 11,,, .-1 a, •r lui.
111• s1•1•m11 r Li lorp1•11r J1·~ 11llaucs. l'l d1• jl'li·r
par 11• d1 •111i1_c. 1·r1-11,. lu ,1 a 1'1!p:111h• ou
fnurdlll :,u porn~. tout• 1~111aill,: 1·:ili1lc!, I'!
, pal,le, ·L111t Llanrhe. cl't·n nhJlln· um:
ltl1•Ut!.
.cp1•11Ja11l Sc1rn, 11rr:1rl1a11I lil marmill' J,,
f1,u~, ;) 1:, 1:r,•111aillrr , J'cml'orlaiL , ,lt•u
main·; ,. clnil lourd· dun, ~on 1•1l'nr1. 1'11••
11Jr1rJ:1it • li•1rc.. . l),•rriêP dh•, un ru·
hou ilion Je /umi'.,: 1:p:ii,,,., 11111· 1:1p ,, 11
hl, 11rll(: lr:1111.111, fiuttail, tri·s d,-11,.1·, d1an.!,:1•
cl'oJ •ur· ,t,, 1iaml:, Je t 1rutl1•,, 1!1 p1,ir1•m1
1·1 dt: "111111,. \lrn h111alt'lllèrll, luu~ la ,11ho1i,•11l
li l,1 fil,·, 11• )111\ l1rilla111 , J.1 l111111·ht•
1111111illéc•.
- ~bu!.\ ·on J':1l,11ril '. i/~cri:i Catloutlal.
Il •n fui 'aN:oir . ur 1, laul1•uil J., lioi,.
i1 h1 pl;11·1• nrùinairi• 11' \larn~. au liaul lmul
,J,, la l;1hl •: i111li,p1l :-ur 1, l,rn,-, 1.11:r,, 11
a. droilH :1 ~h·rri,.r, . a :.:a11d1,• à d",\11,'.., r,•.
1111,,., il" 111,',m. :, ln uil •• an rhl'1 ,1li, r lkr11;1r1li11 1I • .loy,•1111,• 1•t au riii 1!..: Hi:.:11. 11 , lt•
1li•r'.1i1•r iu,t.all ! 111al::r11 ,;i l'll):1 11 11:.
l :l 111111 f"'-• cl 11 f"'""·,,1,: ,11l1111lair1•, 011H·rai11
:ih1l11p1,111t cl1·\:t11L 1111 autr,•. s'ali!!ll ;IÎL IWl&lt;i,..:.
1 meut apr•: c.•u,-1.·i : pui-, ,,·11:1i1·n1 li&gt;· ".tr~.

�~ - 111ST0~1.Jl - - - · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
selon l',igc ézo cl Tina, debout derrière le
grand cbef, lançaient des ordres, gourmandaient lt• serran te. . On les \'Oulut assi. e .
Elle~ refusèrent. On les lais a.
Les écuelle de bois furenL deux fois remplies, deux fois vidéei;, san qu'un mot
s'échappàt de ces la1·ges houcbes. occupées h
mieux faire qu'à di courir encore. Chefs el
pa) an , officiers et soldat , mangeaient
puissamment et lcn Letnent, goùtant l'heure.
Pour ces éternels proscrits dont les lendemnins étaient chimériques, une heure de
1· pos, un repas s:noureux arrosé de rieux
cidre, constituaient d'importanteh auba.ines,
de r1;clles joui sance ·, Ils .aYaient ce que
c'était qu'avoir froid, d'auLant plu froid
qu'on a Te Yentre ride; que percher au
ha ard, à J'ayenture, dormir d'un œil sur la
terre monillée, a1·cc la per pecÜYe d'êtr
ll\'eillé par un coup de fusil. Aussi lour haltu
fu•rilire dans celte ferme sûre, au milieu
d'un Yillage ami, d'une contrée tranquille,
leur wéscnce ~ C!etle 1:il)le abondamment
scn·ie pour leur bonheur, marquaient-elles
une accalmie dans leur ,jours d'orag , une
dél •nle très douce à l'élcrncllc crispation de
leur nerfs noué . ·

Comme le soleil lui ail plus fort, comme le
grand fen d'ajoncs morts urc.haull'ail l'almo phère déj!I épai se aulonr de ces homme
robuste·, Fanch, sur l'ordre de on pi&gt;rc,
ouvrit la portcgrandc. Alor , par l'embrasure,
on aperçut la mer wrtc, le colline fuyante
d'est à ouest, cl la masse restée sombre de la
forêt de Camors. J.c ciel devenait bleu, l'air
rest.,it presque doux; sur la place du Yillage,
les vieilles préLCmdaien t :
- C'csL parce que Georges est ici.
Après une ta e de guin-ardant pleine au
ra du bord, il e leva de table, dit à Mercier, Allè.,re, Joycnne et Cuillemol :
- Fumez si vous voulez .... moi, je vais
dclior,1;.
11 avait en horreur la senteur du ta.bac;
elle le rendait mnladc. Ce colosse avait des
susceptibilités de petite fomme.
Il ortit, 'étira au grand vent, faisant
rouler les mu cles de ses ura , ce qui était
un :-ignc qu'il était de belle humeur. Le
gar , re pectueu ~. l'admiraient à di t&lt;'lnce;
mai ce n'était pa le défenseur Je l'Eglise,
ie royaliste forvenl, le chef au geste intrépide
qui 'imposait à eux: mai , lolll simplemcnl,
l'hercnle breton, le compagnon miraculeu c-

(A suÎl're.)

(Illuslr.11io11s de CnsMn.)

LA VIE ET LES MŒURS A.U

ment roliu te qui lordnit dans ses doigts uu
écu d six li1'l'es, comme )1anrice de 'axe;
on bien immobilisait un poulain de trois ans,
en le sai is anl bru quemenl par les jambes
de derrière.
Ce exploits fnmcux comptaient bien plus
r1ue ses Tictoircs aux yeux des narçons de
vingt an •.
.\ \'ec le même pas é Je gloire el d'aventure guerrières, un chef débile le e,ï L lai és
indifférents. Ce. dieu de la force le impre. sionnaiL, corps el âme ; il suscitait la conJiance, et. par suile, le dévouement.
Il s'en fut, nonchalant, roulant a corpnlenœ.
GuiUemol l'avait suivi; il eu était jaloux.
ans amertume pourtant. Mais, i George
n'avait pas exi tt\ le roi de Bignan eùt été
le pins rigollfeu et le plu redoutable des
Chouans. Il se ré i!mail difficilement à la
econde place; omeut encore il défiait on
chef qui était son ami.
C• jour-1/1, il cédait une foi de plus an
,,anue espoir de l'égaler, i cc n'c t [, surpasser, au jeu l'ormidable des muscles; la
cène fut agreste et simple, pourtant stupiL
liante, corumejadis entre.les héros de l'Uindc.

x:vu•

s1tcu:. -

l'N HÔPITAi. P,\RlSl&amp;N

IIIAURICE

.\10~TÉGUT.

sous Lot.as XI! 1. - Gravure d'AllRA!IAM BOSSE, (Cabinet des Estamfe3.)

◄ 336""'

COMTESSE ADÉLAIDE DE ~HJLLEAU {FrLLE IYA J~E-~IARJE DE
Guillotinée le 18 avnl 1794 ur la rlace de la ConcorJc
Tableau de

0AsLoux

1:1ppartcnant

à M.

le

C'omte

DE

,.
Tmv1:: ).

MORAS)

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                </elementTextContainer>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>1t1STO'RJ.Jl

---------'---------------------------------~

mid II, est issu d'une kadine française, dont
des pirates barbaresques se seraient emparés.
On ajoute même que celle Française, belle et
intelligente, aurait eu sur son fils Mabmoud
assez d'influence polll' en faire le sultan réformateur que l'histoire connaît.
&lt;( Ce qui est certain, c'est que je tiens dt
llfouratl même qu'il doit ses sympathies françaises, son goût pour notre littérature et notre
langue, au sang français qui coule dans ses
veines. C'est bien à cela que sont dus aussi
les agissements anglais dont il a été ,·ictime,
grâce à la faiblesse et à l'ignorance de notre
diplomatie. »
Cette lettre confirmait ce que nous avions
appris d'autre part : que le su!Lan Mahmoud
fut un réformateur, dont la Turquie pourrait
à bon droit honorer la mémoire. Comme
l'écrivait, dès i846, un historien autorisé1,
1. J/i~toire de la j\[arti11iq11r, par SIDNEY n.~E•,
t. V, p. 236.
.
2. Le sultan Mahmoud aurait eu uo moment l'idée

de se convertir au christianisme. On pressent l'importance qu'aurait eue ce f!rand acte, au point de vue
des relations Je la T.irquie avec les nations chré-

la curiosité de faire contrôler le récit que sa
le sang riui coulait en partie d~ns . les veines
mère lui avait fait de ses aventures. li aurait
de Mabmoud II dut exercer son influence sur
envoyé à la Martinique un drogman, qui en
la direction de ses idées 2, et le porta à tenter
aurait rapporté une note, écrite ou dictée par
des réformes qui rendent son règne célèbre
les frères de Mlle du Buc de Rivery, note
dans l'histoire de l'islamisme. Ce fut sans
confirmant de tout point ce que nous venons
doute aussi à \'aclion -secrète de la sultane
validé que Sebastiani fut redevable de l'as- de relaler.
L'auteur de cette révélation prétend que
cendant qu'il exerça sur le Di1•an en 1807
cette note al'ait été déposée aux archives de
et qui le fit triompher des intrigues et des
l'ambassade de France à Constantinople. li
armP.s anglaises.
affirme l'y avoir vue, de ses yeux vue, ce qui
Malheureusement pour l'avenir de la Turquie, le fils de Mlle du Iluc de Rivery mou- s'appelle vue (sic).
Cette note exi~te-t-elle toujours? C'est un
rait, en juin 1859, de la maladie des inopoint d'histoire qu'il ne nous a pas été posgnes, dans un accès de delfrium tremens",
au moment peut-être où il allait mettre ses si hie d'élucider.
Quoi qu'il en soit, la légende est créée et
vastes projets à exécution.
désormais indestructible : il est établi, et
pour longtemps, que le &lt;( sultan rouge »
IV
est issu d'une Française, qui aurait . pu
chanter, comme Mme Angot, de joyeuse .méOn raconte que le sultan Mahmoud II eut
moire:
tiennes de l'Orient (Cf. un ouvrage 113ru en 1877,
chez Denlu, sous le litre : E11111fre nlloman de 1839
lt 1877, par un ancien diplomate.)
5. V. l'Événemenl (fin fèl'ricr ou premiers jours
de mars '1897).

Le sultan, certain soir,
Brùtant de mille flammes,
Me jeta le mouchoir....
DOCTEUR

CABANÈS .

.,. 240,..

LOUISE-HENRIETTE DE BOURBON-CONTI, DUCHESSE D'ORLÉANS
Tableau Je NATTIEH. (i\lusée Condé, Chantilly.)

�LIBR.AIR.iE ILLUSTR.ÉE. -

JULES

TALLANDIER,

75, rue Dareau,

ÉDITEUR. -

I

Sommaire ·du

4e fascicule

1
(20

juin 1910. )

MÉNAGES DE PRINCES
P.1UL DE i.\lORA. . . ·
GÉNÉRAL DE MARBOT.
i.\l"' DE }lONTPENSJER.
G. LENOTRE . . . . .
i.\l"" DE MOTTE,ILL!l ·
,\l'"' j EAN CAKRÈRE. ·
.\RVÈDE BARINI•: . · ·

MERCIER . . . . . . · ·
Ménages de Princes : Louise-Henriette de
Bourbon-Conti. . . . . . . . . . . . . . • • 2 Il
JOSEPH TURQUAN . . . .
Mémoires . . . . . . . . . . . . . . . . • • 24.)
.EDll, F.T j. IJE GONCOURT.
Madame de La Vallière . . . . . . . . . .
25.3
P.IUL DE SAl1"T-\'ICTOH,
Autour de la Du Barry : La fin de Zamor . 25~
SAINT-SJ.IION. , . . . .
L'évasion du duc de Beaufort . . .
250
ANDRÉ: LICHTENl&lt;!lRGf:R,
La mort de Murat. . . . . . . . . .
257
Histoire d'un cadet de Provence. _·_ _ ___2&lt;_J1_:.___ _ __ _

ILLUSTRATIONS
o•APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS ET ESTAMPES DE :
BLANCHARD, BocOl'l1T, CONSTANT BOURGEOIS, CALLO:r, P111LIP1:E, DE CIIAlll'Al(;NE, Cocn iN, CONRAD, DAYID D'ANGEns, FABRE, l· HILLEY, GERoi1E, GovA,
BAHO:'&gt; \IRO~. l5AllEY, Mo:ŒALDI, MOllEAl' LE J.EUXE, NATTIER, M_.,u1'.1~F.
ÛIIAN&lt;:E, PATA&gt;', llE TRO\". L1 :--A VALLIF.11. VA:-1 SCIIUl'PE1", CARLE \ l•,llX_E_1_·___
Copyright by Tallandier

"LISEZ=MOI ''

En vente
partout

Paraissant

Paris au XVIII• siècle : Chapeaux et panaches. . . . . . .
Madame Récamier. . . .
La Tour . . . . . .
Louis XI . . . . . . . . .
Madame de Maintenon .
Monsieur de Migurac ou le Marquis philosophe . . . . . . . . . . . . . . . . . . • • •

264

265
2;5
2ï8
2;9

PLANCHE HORS TEXTE
TIRi:E EN CAMAÏEU

LOUISE·HENRIETTE DE BOURBO:\'·CONTI
DUCHESSE D'ORLÉANS
TABLEAU DE ;&lt;iATTIER (Musü Cor&lt;ni:, C11ANTII.LY.)
1910.

BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE

ANECDOTIQUE

le 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL
SOMMAIRE du NUMÉRO 116 (25 Juin 1910)

LA VJE PRIVEE

VARENNES
PIECE EN S1-:PT TABL l-: \l"X

enri LAVEDAN de l'Académie française, et G. LENOTRE
par H
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. A • d'
MARNI
Séduction! - JEA1' RICHEPJN, de l'Académie fran~a1se JC~rttr à°
1
J•
mo~ cœur. - GUY DE ~IAUPASSA;'iT. Mnn!•Oriol. ·:- ,IEA:&lt; A ' . . , e
f~cadémie franc:üse. La loi d'or. - l{ENr: HAZIN, de I Acadétle 1.r~/!rn':u·
La bonne nouvelle. - G uSTAl'E DROZ. Un enchanteur. - , :&lt;ORE
a •
RIET. L'oncle Léchaudel. - FE'.&lt;:&lt;ANll 913,EGI}, L•omb~e est bleue .,... .p
ARENE Domnine - Rem: MAJZERO\. Sensations. - ALI IIO~SE
l&gt;AU DET. La' comtesse ·. lrm~, - A:&lt;DRÉ RlVOI ,RE. Départ. - _J\l~r~1c~
BARl{ES de l'Academie lrançaise. Sur la votupte de Co~doue. , 1 IER~L
LOT, de' l'Académie francaise. Rêve. - A~ATOLE FRANCE, de I Acadé1111e
f ,ca'ise Le refus. - 1.0:-101&lt;1&gt; ET JULES DE GO:S:CO UllT. Renée Mauperi~.
~~ p;,,Ll;'rE GERFAl:T. l'e_n~ées .d'un sceptique. - M1c11EL PKOVl:'-S.
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Louise-Henriette de Bourbon-Conti

2~1

Réduction d'une gravure
de l'ouvrage .

Vient de paraitre ·

Le Premier consul
DÉJA PARU

Le Général Bonaparte

Cette œu\lre renferme nombre de
ré\lélations piquantes authentiques el
intimes.
C'est en quelque sorte un Napo·
léon nou\leau, un Napoléon inconnu
que nous présen te cet ou\lrage ma·
gnifiquemenl illustré d'après les coL
leclions el tableau~ de l'époque, et dû
à la plume d'un homme qui fut le
confident le plus intime du \lainqueur
d'Auslerlilz, son ami d'enfance, puis
so·n compagnon de jeunesse el son
secrétaire particulier.

0·========== = ======0
On aime en général à wn naître jusqu'aux moindres habituJes de ce_ux qu'a
immortalisés la gloire; aussi nous arrive+il assez soul'ent, quand nous lisons la
vie privée d'un personnage illustre, de regretter que l'histoire ait négllgé de nous
oarler de l'homme pour ne s·occuper que du héros.
.
·
A ce p.iin t de vue, les mémoires de Boun icone peuvent, sans contredit, passer
pour les meilleurs du genre, puisqLe ce s6nt eux qui_,d.e rav.is d•un de nos plus
grands écrivains • donnent sur Napoléon le plus de deta1ls int11nes •.
.
des
No n seulemc~t Bourrienne a assisté à la conception, à l'exécution de bien
11
projets, mais encore il s·est trouvé mêlé a des intrig-ues sJns nombre, porfques
ou intimes et à de glorieux faits d'armes.

0====== = = ===== ===
EN VENTE PAR.TOUT

95

En f 740, Louis-Philippe, duc de Chartres,
&lt;&lt; - Sire, lui dit-il bien bas, de cheval à
prétend marier Madame à l'empereur [d'Auarrière-petit-neveu de Louis XIV et petit-fils cheval, j'avais une grande espérance, Votre
triche], sitôt que l'impératrice sera morte ;
du Régent, était encore dans sa quinzième Majesté ne l'avait pas ôtée à mon père, c'était
elle est déjà enflée, et on assure qu'elle n'a
année, et déjà l'on se préoccupait de lui faire de trouver en Votre Majesté un père aussi
pas six mois à vivre .... ,,
prendre femme.
bien qu'un maître. Je contribuais au bonheur
En dépit des combinaisons du cardinal
Son père, Louis d'Orléans, avait trois rai- de Madame Henriette, qui serait restée en
Fleury, Madame Seconde ne prendra pas la
sons de l'y pousser. D'une part, obsédé du France avec Sa Majesté. M'est-il permis encore
place de l'impératrice hydropique ; et, quant
désir de se retirer à Sainte-Geneviève, où, d'espérer?
à M. de Chartres, bien qu'on puisse, pendant
douze ans plus tard, il devait mourir à peu
&lt;&lt; Sur cela, le roi se pencha sur ce jeune les trois ans qui vont suivre, conserver pour
près cloîtré, il voulait avant de quitter le prince el lui serra la main tristement par
lui quelque espoir, il ne deviendra jamais le
monde Caire assurer par l'héritier du nom la deux fois, ce qui veut dire un refus net.. .. JJ.
mari de cette fille de roi, pas plus d'aillcu rs
continuation de sa lignée. En second lieu, le
Que s'était-il passé? Et comment une qu'il n'épousera la princesse bavaroise, ou la
mystique gentilhomme qu'il était, s'illusion- transformation si complète avait-elle pu se
princesse d'Autriche, ou bien la princesse de
nant - à la cour de Louis XV et des sœurs produire, sinon dans les sentiments, du moins
Modène que tour à tour on va lui destiner.
de Nesle 1 - sur l'efficacité du sacreMais, dès ce moment, le duc est
ment en matière de fidélité conjugale,
couché
en joue par madame de Conti,
prétendait par là soustraire le jeune
qui voit en lui le mari le plus désiprince aux voluptés illégitimes.
rable pour sa fille Louise-Henriette,
·Enfin, Madame Seconde, dont la sœur
dont les quatorze ans peuvent sans
jumelle avait épous.é l'année précéimpatience attendi'e l'heure où les
dente l'infant de Parme, venait de
diYers projets en train, et dont elle est
prendre ses treize ans, et la mignonne
exclue, au ront successivement échoué.
altesse marquait en toute circonstance
C'est encore cette bonne langue de
au petit duc une sympathie d'enfant,
marquis d'Argenson qui va nous réqui s'épanouirait en amour quand le
véler quelles résistances et quels
cœur de la fillette serait devenu un
concours la noble dame rencontrera
cœur de jeune fille. Elle était pour
dans la maison où elle veut faire
cc prince du sang un parti tout
entrer sa fille :
trouvé.
&lt;&lt; La mère du duc de Chartres, aPressenti, le roi s'était montré fal-il noté dans ses Mémoires, le mavorable à l'idée d'unir ces adolescents,
rierait certainement à mademoiselle
et, par la suite, avait paternellement
de Conti. Madame la princesse de Conti
encouragé M. de Chartres &lt;&lt; à recherrst d'une ardeur et d'un_e intrigue
cher Madame ».
prodigieuses sur cela; elle a circonRien donc ne semblait s'opposer à
venu quantité de gens dans cette vue,
la prompte réalisation des vœux du
et c'rsl là un parti tout prêt, tout à
pieux duc d'Orléans, et déjà la noula main, que M. le duc d'Orléans bâvelle du mariage commençait à couclera dans un instant, sitôt qu'il sera
rir, lorsqu'on put remarquer chez
embarrassé et retardé du côté des
Louis XV un brusque et inexplicable
autres vues. Cependant on a repréchangement d'attitude. Selon sa
senté à M. le duc d'Orléans que, parcoutume chaque fois qu'il se troulant lui-même de ce mariage devant
vait en face d'un cas embarrassant,
son fils, il l'a blâmé et décrié forteil ne répondit plus que par le mument. Il a dit qu'il y avait dans cette
tisme ou des échappatoires à toute
Cliché Neurdein frères.
race des Conti bosse et folie et que
allusion au projet qu'il avait d'abord
FLORE ASON LEVER,
la jeune princesse pourrait s'en ressi bien accueilli.
sentir; que son père était le dernier
LOUISE-HENRIETTE DE BOURBO:,/-CONTI, DUCHESSE o'ÜRLÉANS.
Le duc d'Orléans voulut en avoir
des hommes; que madame sa mère,
Tableau de NATTIER,
le cœur net, et dépêcha son fils, bien
ainsi que ses sœurs, allait partou t. ..
et dùment stylé, vers le souverain.
avec son M. d'Aiguillon; qu'il faudrait
De là cette petite scène qu'on trouve cnyon- dans la manière d'agir du roi ? D'Argenson va vivre sous la tutelle d'une telle belle-mère, ou
née, sous la date de septembre 1740, dans nous le dire :
s'y brouiller, ce qui était encore pis; que pour
les .blémoires du marquis d'Argenson :
&lt;I On a su depuis par des voies sûres,
son frère, M. le prince de Conti, on voyait
&lt;&lt; Le duc de Chartres a parlé au roi, à la ajoute+il, que c'est le cardinal [Fleury] qui quel homme c'était, de quel libertinage et
chasse.
a à cœur de barrer ce mariage. Le cardinal dans quel désordre il vivait; qu'il croyait que
Il. - HISTORIA. - Fasc. 14.

16

�1t1ST0~1.Jl----------------------___,j
M. le duc de Chartres pensait trop bien pour
s'arrêter à quelque bien de plus qu'il y a,ait
dans le parti de mademoiselle de Conti. Après
ce discours, on craint que M. le duc d'Orléans, pressé comme il l'est, ne revienne
encore à ce parti-là. »
Il y revint, en effet, - mais allendil, pour
y revenir, jusqu'en f745 ....

Louise-Jlenrielle de Bourbon-Conti était
alors dans tout l'éclat fringant el capiteux de
ses dix-sept ans émancipés, qui promettaient
ce que les seize ans qu'il lui restait à \ivre
allaient trop libéralement tenir; car, digne
représentante de sa race par sa pétulance et
par son esprit, elle n'était pas moins faite
pour incarner, comme en une figure-type, la
« mondaine» de son temps, de ce temps plus
galant qu'amoureux, plus voluptueux que
passionné, où les fanfreluches du costume et
la papillotante fantaisie du décor entourent
d'un cadre de gràce exquise le libre déchainement des appétits sensuels et le cynisme de~
mœurs. Et ce que devint Louise-llenriette,
ainsi qu'on pourra le voir bientôt d'après les
divers témoignages, en parfaite concordance,
de mémorialistes contemporains, donne toute
Haisemblance au récit suirnnt, dans lequel
est expliqué comment la mère du duc de
Chartres, tJUi avait d'abord appuyé, puis
combattu le projet de mariage, fut ramenée à
le favoriser.
et On redoutait, raconte la baronne de Méré,
que l'humeur légère de madame la princesse
de Conli n'eût influé sur l'éducation qu'elle
avait donnée à sa fille. Celle princesse avait
conservé la galanterie de la cour, el sans aYoir
les mœurs aussi irrégulières que la duchesse
sa mère, elle avait souvent donné lieu à la
médisance de s'égayer à ses dépens. Sa fille
était si fière de sa beauté 11u'elle ne croyait
pas qu'elle eût besoin d'autre moyen pour
enchanter celui qui lui serait uni, el, pour le
prouver d'avance à son Altesse Rople, elle
alla chez elle a,·ec mademoiselle de Conti, au
moment où la négociation éprouvait quelque
difficulté et où l'on parlait même d'une princesse de Savoie. Madame de C.onti, voulant
qu'on s'expliquàt, entra chez Son Altesse
Boyale, la pria de passer chez elle, dans son
cabinet, pour causer sans témoins. Mademoiselle de Conti suivit sa mère. Une robe qu'une
seule agrafe de diamant attachait, tomba 11
l'instant où Madame la duchesse d'Orléans
fermait la porte de son boudoir, et la belle
Henriette n'eut plus d'autres voiles que ceux
de la pudeur. « Croyez-vous, dit la mère,
qu'il y ait en Europe une plus belle personne~
- Non, dit en riant Son Altesse Royale;
voilà de ces arguments auxquels O!} ne peut
pas répondre. » El, embrassant sa jeune
cousine, elle l'assura qu'elle serait sa bru. »
La duchesse d'Orléans Lint parole, et madame de Conti vit aboutir enfin les manœuvres
matrimoniales que, trois années durant, elle
avait poursuivies avec tant d'infatigable
ténacité.

Et s'il appréciait à son prix le don qu'on lui
avait fait en lui livrant à discrétion, au lieu
de quelque princesse revêche ou dépourvue
de charme physique, celle jolie fùle aussi
avenante d'humeur qu'affriolante d'aspect, il
n'apportait dans cette union qu'une médiocre
ardeur amoureuse.
La nouvelle duchesse, au contra.ire, qui ne
pc,lchait nullement, disons-le, par ignorance
des réalités du mariage, attendait du mari ce
qu'elle demanderait plus tard à ses amants,
lorsque sa lune de miel, après avoir brillé
d'un éclat très vif mais trop fugitif, se serait
éteinte en un brusque déclin. Et ce n'est
certes pas elle qui eût fait sienne la plainte
de Marie Leczinska, excédée du devoir conjugal : « Eh! quoi, toujours coucher! » - car
Louise-llenriette, sur ce chapitre-là, ne se
borna pas à étaler un constant bon vouloir :
elle alla jusqu'à déployer plus de fougue el
plus d'initiative que n'en eussent permis les
convenances. On en trouve la preuve dans
Chamfort, quand il dit, parlant d'elle :
« Elle était fort éprise de son mari, dans les
commencements du mariage; il y avait peu
de réduits dans le Palais-Royal qui n'en eussent été témoins, » et quand, après avoir
noté, avec une liberté de langage que nous
n'imiterons pas, un fait dont le duc et LouiseHenriette furent le héros et l'héroïne, cet
t:CriYain répète les mots suivants de la duchesse d'Orléans s'adressant à sa bru : &lt;c li
vous était réservé, madame, de faire rougir
du mariage. »
Par une véritable transposition, non pas
unique sans doute, mais peu normale, ce fut
donc la femme, en ce ménage princier, qui
tint avec entrain, à l'égard du mari, le rôle
que généralement celui-ci s'attribue près de
sa jeune épousée. Et pour que les démonstrations immodérées de Louise-Henriette aient
pu faire scandale, non seulement aux yeux
d'une belle-mère, mais encore - en cc
temps-là! - dans le monde de la ville et de
la cour, il faut en vérité que la nouvelle duehcsse ait montré une ardeur de tempéraSi jamais ménage fut mal assorti, de par ment peu commune.
la di vergence totale des natures el des caractères, ce fut bien, assurément, celui qu'allaient former Louise-Henriette el le jeune duc
Mais cette ardeur allait être bientôt soude Cbartres.
mise à la cruelle épreure d'une séparation
Autant l'épouse était vive, délurée, pimpante el pétillante, riant clair et parlant net, temporaire.
Dès le mois de mai 1744, en effet, c'estprêle à toutes les foucades et à toutes les
à-dire moins de cinq mois après le mariage-,
folies, autant le mari, - qui en tout tenait
nous retrouvons le duc en Flandre, où l'avait
de sa mère, une bonne Allemande, la prinappelé son devoir de soldat, tandis que la du•
cesse de Baden-Badeo, - était pesant de corps
chesse, navrée d'un semi-veuvage si prémaet d'esprit, bien qu'il annonçât dès ce moment,
turé, se morfondait à Paris dans le regret
par la simplicité de son ton el la franchise de
des
joies conjugales.
ses manières, le brave homme généreux el
On ne voit guère, après ce qu'onsaitd'elle,
compatissant dans la peau duquel il devait
Louise-Henriette accepter passivementl'indéfinir.
finie prolongation d'un état si pénible. Aussi
Ce bon gros garçon, tout rose et tout rond,
ne l'acceptera-l-elle pas. Grâce à une cirdont le sang tiède circulait avec la plus tranconstance fortuite, elle va trouver le moyen
quille lenteur et dont le cœur ignorerait toud'y mettre fin, avec l'aide de sa mère. Et
jours les soutresauts violents, s'était laissé
c'est ainsi t[Ue Barbier pourra, en ce même
marier à Louisc-lfonrielte avec une docilité
mois de mai, écrirP dans son journal :
toute pareille à celle qu'on eût trouvée en lui
« On a dit que M. le duc de Cbartres, qui
pour n'importe quel autre mariage de raison.

Peu de temps après, le lundi 17 décembre
1745, à Versailles, dans le cabinet du roi, on
fiançait au duc mademoiselle de BourhonConti, qui lui apportait cinquante mille écus
de rente, et, dès le lendemain, le cardinal de
Rohan, grand aumônier de la cour, les mariait dans la chapelle du château.
Le Joumal de Barbier nous a conservé,
sur les cérémonies dont s'entoura l'union
princière, quelques détails qui, pour très
brève que soit leur notation, n'en présentent
pas moins l'intérêt que pourrait offrir une
suite de tableautins d'histoire où la vie à la
cour, avec ses particularités de cérémonial et
d'étiquette, nous serait montrée par un petit
peintre attentif el très déférent.
« Le roi, dit Barbier, a donné un repas
que l'on a improprement appelé banquet
royal, parce qu'il n'y en a que pour le mariage des princes ayant titre d'altesse royale.
A ce repas étaient le roi, M. le Dauphin, madame la duchesse de Chartres, et les princesses de Condé el de Conti, qui sont tantes
et qui avaient été invitées comme n'y étant
pas de droit.
&lt;t M. le duc d'Orléans el M. le duc de
Chartres, après avoir présenté la serviette au
roi, se retirèrent et allèrent souper dans leur
appartement.
« Le soir, le roi donna la chemise à M. le
duc de Cbarlres, el la reine à madame.
t&lt; Le mercredi, les mariés reçurent la
visite du roi, de la reine el de toute la cour,
et le jeudi ils revinrent au Palais-Royal [où
les attendait, faite en leur honneur, une illumination magnifique dans les cours el jardins, el sur les fenêtres des maisons ayant
,uc sur le palais].
« Le vendredi, madame la duchesse de
Chartres alla à l'opéra de l{olancl dans la
loge du roi. Enfin, le samedi ils allèrent à la
Comédie française, comme cela se fa.il par
usage dans les gros mariages de Paris. ,,

,

_________

LOU1S'E-1t'EN](TETTE D'E B0U](BON-CONT1

~

est,.t l'~;m~:e du roi, était tombé de cheval et
Si "t
l'on entend
.
daines qu'elle_ avait provoquées, mènerait
,
éparfois reprocher à des maris,
qu I s la.il un peu blessé à cause de sa de se
re ever~u s, dans l'ardeur d'un amour da_ns son Pala1S-Ro1al, à Saint-Cloud, à Verpesan~eur. Cela a donné beaucoup d'in uié- sensuel aux eugences multiples et variées, à
s?1lles, à Fontainebleau, à Villers-Cotterets et
tude a ~adame la duchesse de Chartres; ui débaucher el pen·ertir leur femme il
..
d'
,
.
,
se
,01t
ai~e~rs,
la ~ie frénétiquement lascive d'une
est partte de Paris avec madame la p . q
1
~n cas,?u 1a réciproque se produit. On herome du vieux Brantôme ou d'une échappée
de Conti
~
'
rmcesse pus
.
, sa. mcre, pour se rendre à Lille
peut dire qu il en fut ainsi pour la duche
apres en avoir eu la permission du .
, de Chartres, et que, là encore, sous la for:: des contes de Boccace.
Cette
· ·
rot. »
On a donné à Louise-Henriette le peintre
~erm1ss1on royale, notons-le en as- verbale, ~a colJaboration de sa mère ne lui
Boucher pour premier amant. Le récit de
sa~tj/v~t été d'autant plus aisément don~ée
fit p~s dcfa,u t. Le marquis d'Argenson en
qu e e r pondait à une combinaison dont o~ témoigne dune manière précis(', lorsque, cette aventure est é1·idemment arrangé,
comme !e font remarquer les Goncourt en le
,·erra tout à l'heure les effets, for( adroite- dans le courant de )a campagne de Fland
reproduisant, mais, ajoutent aussitôt ces
ment menée par madame de Conti pour la du
en août 1744, il écrit :
re,
maitres écri,ains et ces historiens érudits :
chessede Cbàteauroux, devenue lamai&lt;'. Il y a que!que raison de croire que
t~es_sc de Louis XV après ses deux
l
arrangeur n est que l'écho d'une anecai~ees, la comtesse de Mailly et la mardote de_c~rnr; ,_'.lt, à ce titre, le pas&lt;1u1se de Vintimille, et que suppléait
sage .1?cr1te d elre cité. » Ce passage,
en attendant de faire l'intérim cntr;
le vo1c1 :
c.lle et la marquise de Pompadour
« Henriette n'avait point à se plainson. autre sœur, madame de Laura~
dr~ de son époux; il l'accablait de
guais
s?ms, de tendresse; il cherchait à deBarbier, en homme qui n'est pas
vmer to_ut ce qui pouvait lui plaire; il
dupe _des apparences, formule ainsi les
employait
les P!us habiles artistes pour
réflexions que lui suggère le dé art des
fixer s_ur_ la ~01le de:, traits qu'il ne
deux femmes :
p
trouv~1t. Jamais_ assez multipliés; elle
' « Je ~rois que la chute de chernl
se prctait avec mdolence à leurs soins.
n est -~u un prétexte, et qu'il y a de
Un seu~ l'intéressa : ce fut le peintre
la pohllque dans ce voyage, de la part
des
graces et des amours Boucher
de mad~me _la pri~cesse de Conti qui
enfin; il sut saisir ce dou~ abandon
a tout l esprit possible; premièrement
~ui annone? qu'une ·belle n'attend que
p~u_r r~_Pprocher les deux époux et
1heureux mstant de sa défaite. ~laavoir,. sil _se peut, quelque prince,
dame la duchesse de Chartres avait
~ qui est mtéressant pour la maison
permis
au peintre de terminer d'après
d Orléans et celle de Conti : d'autant
n~ture
le
~ableau qui représentait Hébé
pl~s q~e le duc de Chartres, qui est
f~sant
boire
le nectar à l'aigle de Jutrcs pmssant, ne ,passe pas pour être
piter·
U
ne
guirlande
posée sur une "aze
~and acteur à cc métier-là; en second
lé~ère
était
l~
seule
draperie d~ Ja
heu, madame la princesse de Conti
~eesse de la JCunesse. L'heureux ar~era plus à portée du roi; enfin, peult1~re, ~ui avait eu recours à des modèles
clre pour commencer une cour de
b1~n
mférieurs, pour la beauté, à la
femmes à l'armée du roi. &gt;&gt;
c ;icbt: XeurJein frtrcs.
prmcesse, eut le dano-ereux honneur
~otre avisé mémorialiste avait vu
LA PETITE LOliE A L'ÛPÉRA.
d~s la dern!ère séan~, de placer lui~
cl~1r sur_ tous les points. Dès le mois
meme la guirlande. Sa main était au
Gr.iv11re
de
Pn.,s,
.t'atrès
MonEAU LE JEU·SE· (C••·
/
J
~d11e es Eslamfes. )
sm,·ant il le constate, en enregistrant
moment
de s'égar~_r, un ~egard échappe
le départ de la duchesse de Châteaudes longues pauprnrcs d Henriette, elle
roux' qui a rejoint à Lille son royal
passe un de ses beaux bras autour du
aman~, en compagnie de madame de Lau' cc M. le duc de Chartres, absorbé par
cou
~u
peintr~.... Quel homme eût pu échapraguais.
1~mo~r de sa femme qui le suit, et b con- J?C~ ~ une s1 douce séduction? ... Boucher
• cc Le public, en général, dit à celle occaseils libres de sa belle-mère qui l'obse'd
1
.
e, ne cta1t Jeune, beau, aimait les belle:. femmes
sion Barbier, _n'a pas trom·é ce voyage de son .fa1.·1 pus
que piquer l'antichambre du roi, où comme les beaux tableaux, les statues antigoût. li voutait que le roi se contentât de 1
il_ JOue le plus gros jeu du monde au pass~ qu~s et ?énéral~ment tout ce qui était rare,
~ur de ses officiers. Il est pourtant vrai d: du, _au tr~nte et quarante et au quinze. Il ne
et J_amms un JOli modèle ne sortit de son
:1r?que_les femmes ont accompagné Louis XIV resp1r? q~ à s?n retour à Paris pour y mener a~el1er sans qu'il eût obtenu d'elle les derl armee, et que la reine n'y voulant point une vie libertme, et ne parle plus que de mères faveurs .... &gt;&gt;
aller, cela se passe fort décemment par le so~per aYec des filles de l'Opéra. On corrompt
Dès _lors, la duchesse, obéissant sans nulle
concours de trois princessl?s du sang et de sa Jeunesse.... &gt;&gt;
&lt;'?ntramte à sa nature, Ya passer des bras
:om~re de dames. Celles-ci sont même préAi~si. don~, de ce calme petit duc, sensé et d un amant aux bras d'un autre amant au
/mecs l aller pour faire compagnie à ma- pon~erc, ~u1 semblait taillé pour devenir, la se_u! gré de son infatigable cl changeante fana~e la duchesse de Chartres qui a eu un passion mise à part, ce qu'on est com-enu tame. Et, ces amants, elle les prendra dans
pret~xt~ légitime pour se rendre à l'armée. » d'appeler un mari modèle, l'incandescente tous les mondes. Avec le duc de Richelieu
. Ams1, chacune de son côté, Louise-Hen- d~ches~~ ~t l'intrigante princesse allaient M. _de Lowenthal, le comte de Melforl, le mar~
r,1ette et sa mère avaient atteint leur but : fa1_re d~hbérément un demi-roué, un « mau- tfUIS des lssarts, le prince de Soubise le
un~ en se rapprochant du mari dont elle vai~ SUJet malgré lui », qui ne se ressaisirait chevalier de Polignac, le maréchal de Sa;e et
;a~a•t dégeler la frigidité naturelle. l'autre en vr:nment qu'à partir du jour où il échappe- l'abbé de Bernis alterneront, pour de simpour le bien de son propr~ crédit, en rait à leur double influence.
ples. passades ou des liaisons de plus longue
!n qu~ sorte chaperonner par la jeune femme
Et pendant qu'il jetterait sa gourme à tous haleine, des ?alants d'extraction plus basse
sa et r~rn~ de la main gauche, et en favori- les vents, sans du reste cesser d'éprouver pour d?nt la chromque du temps négligera d'enren ams1. les plaisirs du souverain, qui ne sa femu~e une tendresse qui, pendant quatre gistrer les noms ....
:quera1t assurément pas de lui en savoir ans, _résisterait à bien des assauts, à bien des
Mais on ne peul vraiment, pour bien des raidéboires, celle-ci, comme libérée par les fre- sons, entrer dans le détail de ses aventures.

~:t•

�..
111ST0~1.Jl - ~ - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Mais la mort la guettait. Ce fut une maladie
passe les nuits et les jours avec cette princesse.
Les notes cursives qu'on relève à son.sujet,
de
poitrine qui l'emporta; el cette femme
M. le duc de Chartre, entretient la demoiselle
de-ci, de-là, ·dans les Mémoires du marquis
de
plaisir,
cette femme de trente-deux ans,
Couppé, de l'Opéra. 1&gt; Puis, le 50 du même
d'Argenson, suffiront d'ailleurs à montrer
qui
mieux
que
la marquise de Boufllers eùt
mois : u M. le duc de Chartres a molli ; il
nettement, dans leur bref ·et sec raccourci,
mérité
le
nom
de
cc Dame de volupté n , acrevoit sa femme, il lui parle, ilamêmereçuchez
cueillit
la
noire
visiteuse
avec la tranquille
la physionomie de ce ménage ducal.
lui M. de Mel fort, touchant les affaires de son
En novembre i 7!i8., d'Argenson écrit :
force d'âme d'un stoïcien.
»
« Le duc·de Chartres est en divorce complet, régiment.
A l'heure où les personnes qui la veillaient
En décembre 1751 : Cl M. le duc de Charmais de fait seulement, avec la duchesse sa tres gagne, dit-on, à sa brouillerie avec sa s'attendaient à la voir passer, un grincement
femme. Il la voit aux heures des repas, mais femme et sa belle-mère, que, sevré de cet singulier, agaçant, continu, se fit entendre
il a fait lit à part, et chacun procède à ses empire, il commence à beaucoup mieux au travers du mur contre lequel était dressé
plaisirs particuliers de son côté. »
conduire ses affaires, qu'il ne comprenait pas son lit. La malade voulut savoir d'où venait
En mars i 749 : n M. le duc de Chartres
les folies qu'il avait faites et où le même ce bruit monotone. On lui apprit alors qu'il
était produit par un tourne-broche où rôtisest tout à fait brouillé avec sa femme, et ne empire l'avait porté dans le temps. ,,
la ménage plus que comme honnête homme
En janvier 1752 : Cl La haine des époux sait le poulet qu'un ancien précepteur du
et homme doux. 1&gt; •
est parvenue à l'irrélOnciliation, mais la du- duc, l'abbé Dubuisson, allait manger pour
En juin 1749 : cc La duchesse deChartres,
son diner. « Fort bien, dit avec douceur la
cbesse de Chartres a autant d'esprit et de fervoulant faire ses adieux au petit Melfort, son meté que le duc a peu de l'un et de l'autre, duchesse, je puis mourir tranquille : l'abbé
amant, qui était déjà censé parti pour son de sorte qu'il est facile de prévoir qu'élle va n'en perdra pas un coup de dent. 1&gt;
Elle expira sans que se fût effacé de ses
régiment, lui a donné rendez-vous au bois le rendre souverainement malheureux dans
lèvres l'ironique sourire qui venaitd'y monter,
de Boulogne, d'où elle a renvoyé son carrosse,
son domestique. »
et six jours après, le i5 février 1759, on lui
ses pages, ses valets de pied et ses femmes.
En février 1752, Louis d'Orléans, le« moine
Quand on a vu ce retour à Saint-Cloud, on a de Sainte-Geneviève n, étant mort, son titre faisait, au Val-de-Grâce, où sa sépulture l'atvbulu les faire retourner, mais on ne savait passe au duc de Chartres, et Louise-Henriette tendait, des funérailles d'une pompe extraoù trouver la princesse, ·qui était égarée dans s'appellera désormais la duchesse d'Or- ordinaire.
Le duc, resté veuf, put mener l'existence
le bois, aventure fort ridicule. »
calme pourlaquelle il se sentait né. Plus tard,
En décembre i 749 : « La duchesse a tou- léans.
En avril 1752, d'Argenson reprend : « La
jours le même amant avec beaucoup d'autres. mère et la fille viennent de se brouiller. De il aima, avant del'épouser morganatiquement,
Elle s'est trouvée. grosse. On a engagé son ce moment-là, on a fini l'affaire de M. de Mel- madame de ~fontesson, qui lui fit une matuépoux à couvrir cette œuvre de quelques fort ; son régiment a été donné au fils de rité et une vieillesse heureuses. Et l'on
apprit, lorsqu'il fut disparu, que ses libénuits avec elle pour se croire l'auteur d'un M. d'Armentières, el Melfort va voyager. n
ouvrage déjà très complet. »
En mars J754 : &lt;l La duchesse d'Orléans ralités discrètes auxmalheureux avaient atteint
En février 1750 : « M. le duc de Chartres est absolument guérie de la petite vérole, jusqu'à deux cent quarante mille francs par
et madame donnent de grands spectacles à malgré toutes les apparences qu'elle y suc- an.
Louise-llenriette laissait deux enfants : un
Saint-Cloud et y attirent tout Paris. On y fait comberait. ... Croyant moürir, elle a .demandé
des voyages de six jours où toute la belle à son mari pardon de ses fautes et lui a pro- fils dans sa douzième année et une fille de
jeunesse de l'un et l'autre sexe sont invités mis une reconnais,ance éternelle des soins trois ans plus jeune.
Le premiers' appelaitLouis-Philippe-Josepb,
avec la plus noble dépense, mais qui achève qu'il avait pris d'elle pendant sa maladie;
duc
de Chartres. Ayant, en 1785. succédé à
de les ruiner. »
mais, pendant ce temps-là, elle a toujours eu
En janvier 1751 : « M. le duc et madame au chevet de son lit le chevalier de Polignac, son père dans le titre de duc d'Orléans, il
devait, en 95, mourir sur l'échafaud, après
la duchesse de Chartres tiennent leur cour à
son amant. 1&gt;
avoir été Conventionnel et s'être donné le
Paris présentement, et l'on joue chez eux un
nom de Philippe-Égalité.
jeu épouvantable. »
La seconde, Marie-Tbérèse-Batbilde, deEn novembre i7 51: cc Le duc de Chartres,
viendrait à vingt ans duchesse de Bourbon,
à Fontainebleau, défend à sa femme de voir
Et cela continuera, jusqu'en 1759, dans
davantage le jeune Melfort, son amant; qu'au- d'autres mémoires de gens bien placés pour et le fils qui lui naîtrait, Louis-Anloine-llenri,
trement il la ferait enfermer dans un cou- tout voir et savoir, sans que le nom de Louise- duc d'Enghien, était destiné à tomber, en
vent. ... La princesse est grosse, et cela pourra Henriette cesse d'être accompagné des deux mars 1804, sous les douze balles d'un feu de
donner aux Français des soupçons que l'en- mots « son amant l&gt;, comme d'une formule peloton, au fond d'un fossé du fort de Vinfant ne sera pas Bourbon .... Cependant Melcennes.
fort retourne au Palais-Ro)•al à l'ordinaire et de litanie.
PAUL DE MORA.

NAPOLÉ0'.'1 PRESCRIT AUX DÉPUTÉS DE• L A. VILLE DE MAnRI D DE u ; r APPORTER LA SOUIJISSION Dli p
(,r.iv ure de BÙ'.'ICIIARD d'1pr· 1 I l
EUPLE
.
' ' es e .1~ e;:,11 ,te C.,Rt. E VER&gt;ŒT. (Musée de Versailles.)

(3

.
DECEMBRE

1808.)

Mémoires

du général baron de Marhot
,

DEUXIÈME PARTH?

c~ra!s la. no.~velle_ du combat qui s'y était ~O _douros (100 francs), et que, tout en co11livre, moin~ J aurais ~. cra!ndre l'exaspération s1derant
, perdu
•
. cet ar"ent
" comme a' peu pres
CHAPITRE IV (mile).
des pop?lat10ns que J allais· traverser. Je fus Je croyais ~~endant encore possible que er~
~onflrme ?ans cett~ pensée par l'ignorance oü sonne ne I eut trouvé; qu'il lui fallait Jonc
B~trago est situé au pied d'une des rami- Je tr~u~a1 les hah1t:ints de Buitrago au sujet retourner
sur-le-champ à Bm•trago, et que
'1
fi1callons des mont·~ Gua darrama; 1es officiers
.
d
de~ eveneme°:ts qm avaient eu lieu le matin s i me _rapportait le mouchoir et son contenu
0 drago~s, me voyant prêt à partir à l'enmeme à ~!adr1d, et qu'ils n'apprirent que par au ~ela1~ prochain où j'allais l'attendre, il
' e la nwt pour traverser ces montagnes le~ muletier~ conducteurs des Yoitures des aurait
h cmq douros pour lu1· .... Le post1·11ony
~ engageaient à attendre le jour· mais' pr~nces ; mais comme _le postillon que je ve- en?. anté de ce~te bonne aubaine, tourna brid;
d autre part 'Je
· savais
· que ces dépêches' étaient' nais de p~endre à Bmtrago avait probable- à l 1~stant, et Je continuai jusqu'au proch .
r:ess~es et ne voulais pas que !'Empereur et ment ~pp~·1s la nouvelle de celui qui m'avait relais. On_, _n'r avait encore aucun avis ~:
/r1?ce Murat pussent m'accuser d'avoir condmt, Je résolus de m'en débarrasser par combat;
·
, J eta1s en uniforme , ma·1s, pour
~a ent1 ma course par peur. en second 11·eu
~ne _ru~e. Après avoir parcouru deux lieues, mieux ecarter les soupçons que le maître de
Je
cornprenais
· q~e plus Je
. m'éloignerais
'
dem
rapi-• J~ dis_ a cet homme que j'avais oublié dans poste et ses
. gens pourraient avo·1r en me
ent des environs de la capitale et devan- 1écurie de sa poste un mouchoir contenant voyant arriver seul J·e me ha'ta· d 1 . d'
'
' e eur 1re

tr~: J

�•
r-

MÉJKO~l!S DU GÉ1YÉJtAZ. BA1(01Y Dl! M .A1{BOT

1t1STO'J{1Jl

Normandie. Ce château, ainsi que celui de
que le cheval du postillon qui m'accompagnait faisant de nombreuses questions sur le combat Compiègne, se trouvant alors en réparation,
s'étant abattu et fortement blessé, j'avais en- de Madrid, et il me fut aisé de voir qu'il par- le ,roi Charles IV, la reine d'Espagne, celle
gagé cet homme à le reconduire au pas à tageait l"opinion de Murat, et qu'il considérait d' Etrurie et le prince de la Paix allèrent haBuitrago. Cette explication paraissait fort na- la victoire du 2 mai comme devant éteindre biter provisoirement Fontainebleau, tandis
tu~elle; on me donna un nouveau cheval, un toute résistance en Espagne. Je croyais le con- que Ferdinand, ses deux frères et son oncle
autre postillon, et je repartis au galop, sans traire; et si Napoléon m'eût demandé ma façon furent envosés à Valençay, fort belle terre du
m'inquiéter du désappointement qu'éprouve- de penser, j'aurais cru w~n,:nnr à l'honneur Berry apparteftant à M. de Talleyrand. Ils y
rait le postillon de Buitrago. L'essentiel, e\ist en la dissimulant; mais Je Je1c1.is respectueu- furent bien traités, mais exactement surveillés
que j'étais désormais maitre de mon secret, sement me borner à répondre aux questions par la garnison que commandait le colonel
et en ne m'arrêtant nulle part, j'avais la cer- de !'Empereur, et je ne pouvais lui faire con- Bertemy, ancien officier d'ordonnance de
titude d'arriver à Bayonne avant que la voix naitre mes tristes pressentiments que d'une !'Empereur. Ainsi se trouva consommée la
publique eût fait connaître les événements de manière indirecte. Aussi, en racontant la ré- spoliation la plus inique dont l'histoire movolte de Madrid, je peignis des couleurs les
Madrid.
derne fasse mention.
Je marchai toute la nuit dans les monta- plus vives le désespoir du peuple en appreDe tout temps, la victoire a donné au vaingnes; le chemin y est fort beau, et j'entrai au nant qu'on voulait conduire en France les queur le droit de s'emparer des Étals du
point du jour à l'Herma. Il y avait garnison membres de la famille royale qui se trouvaient vaincu à la suite d'une guerre franche et
française dans cette ville, ainsi que dans toutes encore en Espagne, le courage féroce dont les lo1·ale ; mais disons-le sincèrement, la concelles que j'avais à traverser pour me rendre habitants, et même les femmes, avaient fait duite de Napoléon dans cette scandaleui;e afà Bayonne. Partout nos généraux et nos offi- preuve pendant l'action, l'attitude sombre et faire fut indigne d'un grand homme tel que
ciers m'offraient des rafraichissements, en me menaçante qu'avait conservée la population lui. S'offrir comme médiateur entre le père
demandant ce qu'il y avait de nouveau; mais de Madrid et des environs après notre vic- et le fils pour les attirer dans un piège, les
je tenais bouche close, de crainte qu'un acci- toire .... J'allais peut-être me laisser aller à dépouiller ensuite l'un el l'autre ... ce fut une
dent me forçant à m'arrêter quelque part, je dévoiler toute ma pensée, lorsque Napoléon atrocité, un acte odieux, que l'histoire a Oétri
ne fusse devancé par les noUYelles que j 'au- me coupa la parole en s'écriant : « Bah 1 et que la Providence ne tarda pas à punir, car
rais moi-même répandues, cc qui m'aurait u bah!. .. ils se calmeront et me béniront ce fut la guerre d'Espagne qui prépara et
cc lorsqu'ils verront leur patrie sortir de l'opexposé aux attaques des paysans.
«
probre et du désordre dans lesquels l'avait amena la chute de Napoléon.
Il y a de Madrid à Bayonne la même disIl faut cependant être juste : tout en mantance que de cette dernière ville à Paris, c'est- « jetée l'administration la plus faible et la quant de probité politique, !'Empereur ne se
à-dire deux cent ringt-cinq lieues, trajet bien &lt;I plus corrompue qui ait jamais existé!. .. » faisait pas d'illusions sur ce qu'il y avait de
long, surtout lorsqu'on le parcourt à franc Après cette boutade, prononcée d'un ton sec, répréhensible dans sa conduite, el je tiens de
étrier, sabre au côté, sans prendre un seul Napoléon m'ordonna de retourner au bout du M. le comte Defermon, l'un de ses ministres,
quart d'heure de repos et par une chaleur jardin, afin de prier le roi Charles lV et la qu'il en fit l'aveu en plein conseil; mais il
brûlante.... Aussi étais-je exténué 1... Le be- Reine de venir le joindre, et pendant que ajouta qu'en politique il ne fallait jamais ouje hâtais le pas, il me suivit lentement en
soin de sommeil m'accablait, mais je n'y cédai
blier ce grand axiome : « Le bon résultat et
pas une seule minute, tant je comprenais la relisant les dépêches de Murat.
la nécessité justifient les moyens. 11 Or, à
Les anciens souverains de l'Espagne s'étant
nécessité d'avancer rapidement. Pour me
tort ou à raison, !'Empereur avait la ferme
aYancés
seuls vers !'Empereur, celui-ci leur
tenir é,·eillé, j'augmentais le pourboire des
conviction que, pour contenir le nord, il falpostillons, à condition qu'ils me chanteraient, annonça probablement la révolte et Je combat lait fonder sous la protection de la France un
tout en galopant, ces chansons espagnoles que de Madrid, ca-r Charles IV, s'approchant vive- grand empire dans le midi de l'Europe, ce
j'aime tant, à cause de leur naïveté romanti- ment de son fils Ferdinand, lui dit à haute qu'on ne pouvait exécuter sans posséder l'Esque et du charme de Jeurs airs expressifs, ,·oix aYec l'accent de la plus grande colère : pagne. Napoléon, ainsi mis en mesure de disempruntés aux Arabes .... Enfin je vis la Bi- « Misérable! sois satisfait; Madrid vient d'être poser de ce beau ropume, l'offrit à Joseph,
&lt;I baigné dans le sang de mes sujets, répandu
dassoa et entrai en France! ...
son frère aîné, alors à Naples.
Marac n'est plus qu'à deux relais de Saint- &lt;1 par suite de ta criminelle rébellion contre
Plusieurs historiens ont blâmé !'Empereur
Jean-de-Luz; j'y arrivai tout couvert de pous- « ton père!... Que ce sang retombe sur ta de n'avoir pas mis sur le trône d'Espagne son
sière, le 5 mai, au moment où l'Empereur, &lt;1 tête! ... » La Reine, se joignant au Roi, beau-frère Murat, qui, habitué au commansortant de diner, se promenait dans le parc accabla son fils des plus aigres reproches et dement des troupes, ainsi qu'aux périls de la
en donnant le bras à la reine d'Espagne et leva même la main sur lui 1... Alors les dames guerre, paraissait bien mieux convenir au
ayant à côté de lui Charles IV. L'impératrice et les officiers s'éloignèrent par convenance de gouvernement d'une nation ardente et fière
Joséphine, les princes Ferdinand et don Carlos cette scène dégoûtante, à laquelle Napoléon que le timide et nonchalant Joseph, ami des
les suivaient; le maréchal du palais, Duroc, vint mettre un terme. Ferdinand, qui n'avait arts, totalement étranger aux occupations
pas répondu un seul mol aux remontrances
et plusieurs dames venaient après.
militaires, et récemment amolli par les délices
sévères
de ses parents, résigna le soir même
Dès que l'aide de camp de service eut préde Naples. Il est certain que, dès l'entrée de
venu l'Empereur de l'arrivée d'un officier la couronne à son père; il le fit moins par Murat en Espagne, sa réputation guerrière,
expédié en courrier par le prince Murat, il repentir que par crainte d'être traité comme sa haute stature, sa belle prestance martiale,
s'avança vers moi suivi des membres de la l'auteur de la conspiration qui avait renversé ses manières, tout enfin, jusqu'à son costume
famille royale d'Espagne et me demanda à Charles IV.
bizarre, toujours empanaché et bariolé, partie à
Le lendemain, le vieux roi, cédant à un
haute voix : &lt;I Qu'y a-t-il de nouveau à Mal'espagnole, partie à la française, plurent infinidrid 1 » Embarrassé par la présence des per- ignoble désir de vengeance que fomentaient ment à la nation castillane, et je suis consonnages qui nous écoutaient, et pensant que la Reine et le prince de la Paix, fit à l' Empe- vaincu que si elle eût cru devoir accepter un
Napoléon serait sans doute bien aise d'avoir reur l'abandon de tous ses droits à la cou- roi pris dans la famille de Napoléon, elle aules prémices des nouvelles que j'apportais, ronne d'Espagne, moyennant quelques con- rait à celte époque préféré le chevaleresque
j'eus la prudence de me borner .à présenter ditions, dont la principale lui conférait la pro- Murat au faible Joseph. Mais depuis le combat
mes dépêches à !'Empereur en le regardant priété du château et de la forèt de Compiègne, de Madrid, dont la voix publique avait infinifixement sans répondre à sa question .... Sa ainsi qu'une pension de sept millions et demi ment exagéré les résultats, l'admiration que
Majesté me comprit el s'éloigna de quelques de francs. Ferdinand eut la lâcheté de se dé- le peuple espagnol avait eue d'abord pour
sister aussi de ses droits héréditaires en faveur
pas pour lire ce que Mural lui annonçait.
Murat s'était changée en haine implacable! ...
de
Napoléon, qui lui accorda un million de
Cette lecture terminée, Napoléon, m'appe·
Je crois être certain que l'Empereur anit
lant, se dirigea vers une allée isolée en me traitement et le beau château de Navarre, en

d'~ho
· • les yeux sur Murat pour le faire
d rd Jete
lu! annonçait officielleml'nt son élévation au mel~ant un avancement rapide à ceux qui pas~01 1 es Espa~nols, mais qu'informé plus tard tronc de Naples, car il fut très somb
.
re pene a répulsion que la nat~on avait conçue dan l que1ques Jours' et tomba enfin si grave- seraient à son service. Tous acceptèrent
ex~pté _le c?ef d'escadron Lamothe et moi:
contre
•
.ce prince' il regarda la chose comme ment ~alade ~ue :'\apoléon, prévenu par le
q~1 avais _bien résolu de ne jamais porter
impossible et l'envoya régner à Naples en chef d état-maJor Belliard dut e
,
nvoyer 1e d ~ulre umforme que celui de l'armée fran:mplacem;,; de Joseph, auquel il donna la général Savary pour prendre la directi d .
on es ç~1se. Je laissai mes chevaux en pension à
uronne
spagne. Ce fut un grand mal- mouvemen ts de l'armée, ce qui était au-dessus
Bayonne, et je me rendis à Paris auprès de ma
heur, car. Uurat eût été fort utile our la de ses talents militaires surtout dans
.
1es cir. .
•
guer~e qm écla~ bientôt dans la Pé:nsule constances ~1ffic1les qui allaient se présenter. mè_re et. du maréchal Augereau, où je passai
lro1s mois fort heureux.
tandis que le roi Joseph ne fut qu'un
,
_La m~ad1e dont Murat venait d'être atteint
barras.
emmit sa vie .en ,danger., aussi , dès qu ,.I1f ut conCHAPITR.E V
Pour donner une couleur de légalité à l'avè- va1escent, il s empressa de quitter l'E
, . , .
,
spagne,
nement
de
son
frère
au
trône
d'E
N
1 I espoir de régner, et se fil Capitulation de ~aylcn el s1;s conséquences. _ :Sos
lé
• .
spagne a- oui1 n an1t pus
Po on av.ait mvité toutes les provinces de ce transporter en France. Avant son départ, il
troupes se rchrenl sur l'Ebre. _ Évacuation clu
royaume a nommer des députés qui d .
Po~lugal. - Je suis décoré et attaché à l'Hatme
fit
ap~e~er
dans
son
cabinet
pour
me
dese réunir à Da
eva1ent
maJor du muéchal Lannes.
. .
yonne pour rédiger une Con- mander s1 Je v?ulais rester à Madrid auprès
slitut1on. Beaucoup s'abstinrent
. 1 1
L? combat du 2 mai et l'enlèvement de la
grand nombre se rendit à l'appe'l mlesa1s e p us d,u g~néral Belhard, qui désirait me garder.
• •é
,
uns par J avais prévu. cette question , et comme1·1 oo famille royale avaient exaspéré la nation .
cu~1os1t ' 1es autres par patriotisme, espérant me .convenait nullement, après aYoir seni t?utes les populations se mirent en insurrec~
qu on leur rendrait l'un de leurs deux rois Il
plusieurs maréchaux et un prince, d'aller t10n contre le gouvernement du roi Joseph
s~ formèrent en assemblée, mais bientôt. il: obscurément me confondre dans la foule des
ri! ~ien q~'ar~ivé et proclamé à Madrid
s ape~çurent que leurs délibérations neseraien t nombreu~ officiers de l'état-major général,
Jutllet, n avait aucune autorité sur Je pays.
pas libres.
Cependant
m,idés par 1a pour ! .faire à peu près le métier de courrier
co
· ·
,
' les uns , oL_ ~spagne offr? cela de particulier que Madrid,
nvicllon ~ un frère du puissant empereur au m1heu des coups de fusil sans gl .
. d'
, ,
mre ni. res1de~ce habituelle des souverains, n'a audes Français pouvait seul rendre l'Espa!!lle e~po1r
avancement, je rcpondis que le ma- cune mfluence sur les provinces, dont chaheu:euse, les autres, poussés par le désir°de rec?al Auger~au, dont j'étais l'aide de camp
cune, ayant formé jadis un petit royaume
sorll_r de l~ souricière dans laquelle ils se rait ~nsenll à ce que j"allasse servir auprè; séparé, en a conservé le titre. Chacun de ces
voyaient pr1~, tous reconnurent la royauté de
u pr~nce ~lurat, mais que, du moment qu
~ciens États a ~a. capi~ale, ses usages, ses
Joseph, mais fort peu restèrent avec lui. la ce pr~~ quittait l'Espagne, je considérai! lois et son administration particulières ce
P!upru:t s'empres~èrent de rentrer en Espag~e, ma m1ss1on comme terminée et demandais à qui lui permet de se suffire à lui-même
ou, des leur arrivée, ils protestèrent cont
retourner _auprès du maréchal Augereau.
lorsque Madrid est au pouvoir de l'ennemi.
le vote qu'ils prétendaient leur avoir été a~~
Je partis ~one de Uadrid le 17 juin, avec C'est ce qui arriva en i 808. Chaque province
raché.
Murat. Il étrut porté en litière; ses officiers eut sa Junte, son armée, ses magasins et ses
J'avais quitt? Bayonne le 11 mai pour re- et une nombreuse escorte l'accompagnaient . finances. Cependant la Junte de Séville fut
tourner à Madrid ·auprès de Murat au l .
nous voyagions à petites journées el arrivâme; reconnue comme pouvoir dirigeant central.
portais les dépêches de
' que JC
L'Espagne se levant
l'Empereur. Je trouvai
alors comme un seul
dans toutes les provinhomme contre l'armée
ces que je traversai les
française, celle-ci se fùt
esprits fort agités, car
trouvée dans une posion y connaissait l'abtion critique, lors même
dication forcée de Ferque, dirigée par un gédinand VII, l'idole du
n.é~al habile, sa compope~ple, et l'on compr~
s1t1on eût été aussi forte
nait que Napoléon allait
qu'elle était faible. Nous
s'emparer du trône d'Esessuyâmes des revers
pagne; aussi l'insursur terre comme sur
rection s'organisait-elle
mer, car une escadre
de toutes parts. Heufut forcée de se rendre
reuse~enl, nos troupes
en rade de Cadix, en
occupaient toutes les
même temps que le
villes et bourgs situés
maréchal Moncey dut
entre la France el Mase retirer du royaume
drid, sans quoi j'eusse
de Valence. La Junt&lt;'
été certainement assassouveraine de Séville
siné. On m'escortait
déclara la guerre à Ja
d'un poste à l'autre ce
France au nom de Ferne m'empêcha p~int
dinand VII. Le général
d _etre attaqué plusieurs
Dup?nt,_ que; Savary
'[
G
{;I,ch~ Giraudon.
fois : un cavalier fut
av a 1l imprudemment
"ANUEL ODOY, PRil'iCE DE LA PALX· T aN eau de GOYA. (Académie San Fern,n.to, .\falri.J.)
mè~e tué auprès de
lancé sans soutien en
mm au passage du céAndalousie, au delà
lèbre défilé de Pan.
des montagnes de la
~orbo, et je trouvai deux cadavres de nos l? 5 juillet à Bayonne, où se trouvaient encore S1er~a~,1orena' voyant au commencemen l
l~nta~sins dans la montagne de Somo-Sierra. 1 Empereui:_ et le nouve~u roi d'Espagne.
de JWllet t~ules les populations s'insurger
Cétaient les prémices de ce que les Espa!!llols
Ce _fut la que le prmce Mural prit le titre autour de lm, et apprenant que les dix mille
nous préparaient 1
°
de .roi de Naples. Les officiers de son état- hommes d~ camp Saint-Roch, les seules
Les ~épêches que je portais au prince Murat ~aJor ayant été le compl_imenter à ce sujet, t~oupes de hgne espagnoles qui fussent réucontena1en l la lettre par laquelle !'Empereur il nous proposa de le smvre en Italie, pro- mes en corps d'armée, s'avançaient sous

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111STO'J{1.ll

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seulement ils les déclarèrent prisonnières de
les ordres du .général Castanos, résolut de se ding, ·suisse au service 'dé l'Espagne, la per- guerre, mais, les maltraitant indignem~nt,
retirér ,vers Madrid et envoya à cet effet la mission de· passer avec son armée pour re- laissèrent égorger plusieurs milliers de sol.divisi'ow Vedel ·pour s'emparer de la Sierra- tourner à Madrid!. .. Reding, après y avoir dats.par les paysans !
. Morena ·et rouvrir les êommuriièations. Mais consenti, déclara ne pouvoir rien faire sans
Dupont, Vedel et quelques généraux obtinau lieu de suivre promptement cette avant- l'autorisation du général Castaùos, son supé- rent seuls la permission de retourner en France.
garde, le général Dupont, qui d'excellent divi- rieur, qui se trouvait à plusieurs lieues de là; Les officiers et les soldats furent d'abord
sionnaire était devenu un fort mauvais général celui-ci voulut à son tour en référer à la Junte entassés sur des pontons stationnés sur la
en chef, prit la résolution de comballre oh il supérieure, qui éleva toutes sortes de diffi- rade de Cadix; mais une fièvre épidémique
se trouvait, et donna ordre à la division Vedel, cultés.
fit de tels rava·ges parmi eux, que les autorités
Pendant ce temps-là, les jeunes conscrits
déjà éloignée de plus de dix lieues, de revenir
de Dupont étaient dans la plus pénible posi- espagnoles, craignant que Cadix n'en fût
sur ses pas !... A cette première faute, Doin testé, reléguèrent les survivants dans l'île
tion. Dupont donnait des ordres contradicpont joignit celle d'éparpiller les troup~s.gui
déserte de Cabrera qui ne possède ni eau
toires, ordonnant tour à tour à Vedel d'attarestaient auprès de luîet de perdre un tèmps
ni maisons! Là, nos malheureux Français,
précieux à Andujar, sur les rives du Gu~dal- quer ou de ramener sa division sur Madrid. auxquels on apportait toutes les semaines
Vedel, prenant ce dernier parti, se trouvait
quivir.
, •;.
quelques tonnes d'eau saumâtre, du biscuit
Les Espagnols, renforcés de plusieurs ré- le lendemain 21 juillet au pied de la Sierra- de mer avarié et un peu de viande salée,
giments suisses, profitèrent de ce retard pour Morena, hors de l'atteinte de Castaiios.
vécurent presque en sauvagés, manquant
Mais, malheureusement, le général Dupont
rnvoyer une parlie de leurs forces sur la rive
d'habits, de linge, de médicaments, ne receopposée à celle qu'occupait notre armée, qui s'était décidé à capituler, et, par une faiblesse vant aucune nouvelle de leurs familles el
vraiment inqualifiable, il avait compris dans
se trouva ainsi prise entre deux feux! ... Rien,
mrme de la France, el étant obligés, pour
celle capitulation les troupes du général Vedel ,
cependant, n'était encore· perdu, si l'on eût
s'abriter, de creuser des tanières comme des
auxquelles il donna l'ordre de revenir à bêtes fauves !... Cela dura six ans, jusrp1'à la
combattu courageusement et avec ordre ; mais
Dupont avait si mal organisé ses troupes qur, Baylcn. Ces &lt;lernières, mises désormais en paix de 1814; aussi, presque tous les prisonposition de regagner Madrid, s'y refusèrent niers moururent de misère et de chagrin.
arrivées devarit le défilé de Baylen, la queue
de la colonne se trou vail à trois lieues de la avec tumulte. Leur général, au lieu de pro- M. de Lasalle, qui devint officier d'ordonnance
fiter de cet enthousiasme, leur fit comprendre
du roi Louis-Philippe, était du nomLre de
tête! .. . Alors Je général Dupont, au ·lieu de
à quelles représailles elles exposaient les huit
ces malheureux Français, et lorSl(u'on le
réunir ses forces, engagea successivement
mille hommes de Dupont, ajoutant que la
tous ses régiments, à mesure qu'ils arrivaient.
délivra, il était, comme la plupart de ses
capitulalion n'avait rien de rigoureux, puisIl en fit de même des pièces d'artillerie. Nos
camarades, presque entièrement nu depuis
qu'elle slipulait leur transport en France, plus de six ans!. .. Les· Espagnols, lorsqu'on
jeunes et faibles soldats, exténués par quinze
où leurs armes leur seraient rendues. Les
leur faisait observer que la violation du traité
heures de marche el huit heures de combat,
officiers et soldats déclarèrent que mieux va- de Baylen était contraire au d1·oit des gens,
tombaient de fatigue sous les rayons brûlants
lait alors se retirer immédiatement tout armés admis chez tous les peuples civilisés, répo11du soleil d'Andalousie ; la plupart ne pousur Madrid ; mais à force de prècher l'obéisvaient plus ni marcher ni porter les armes,
daienl que l'arrestation de Ferdinand Vil leur
sance passive, le général Vedel parvint à roi n'avait pas été plus légale, el riu' ils ne
cl se couchaient au lieu de comb'allré encore ....
ramener sa division à Baylen, où elle mit bas faisaient que suivre rexemple que Napoléon
Alors Dupont demanda une suspension d'arleur avait donné !. .. li faut convenir que ce
mes, que les Espagôols acceptèrent arnc les armes.
Le fait d'avoir compris dans la capitulation
d'autant plus' d'empressement qu'ils craireproche ne manquait pas de fondement.
une division déjà hors &lt;l'atteinte de l'ennemi,
Lorsque l'Empereur apprit le désastre de
gnaient un prochain changement à leur désafut de la part du général Dupont un acte des Baylcn, sa colère l'ut d'autant plus terribh•,
vantage.
plus blâmables; mai que penser du général que jusque-là il avait considéré les Espagnols
En effet, la division Vedel, qui la veille m·ait
\'edel, obéissant aux ordres de Dupont qui
reçu l'ordre de joindre le général en chel', n'était plus libre, et remettant aux Espagnols comme aussi lâches que les Italiens, et pensé
arrivait en ce moment derrière le corps es- toute sa division d'un effectif de prè5 de dix. que leur levée de boucliers ne serait qu'une
pagnol qui barrait le passage à Dupont. Le mille hommes? Dupont poussa l'égarement révolte de paysans, que la présence de quelques bataillons français disperserait en peu
général Vedel attaquant les Espagnols avec
jusqu'à comprendre dans son traité toutes les
succès, ceux-ci envoyèrent un parlementaire
de jours; aussi versa-t-il des larmes de sang
troupes de son corps d'armée et même celles
le prévenir qu'ils étaient convenus d' un armis- qui n'avaient pas passé la Sierra-Morena! en voyant ses aigles humiliées et le prestige
d'im•incibles s'éloigner des troupes frantice avec le général Dupont. Vedel u'en tint
Le général Castaiios exigea que ces détaaucun compte et continua vigoureusement le chements feraient vingt-cinq lieues pour venir çaises!... Combien il devait regrcller d'avoir
composé ses armées d'Espagne de jeunes cl
combat. Déjà deux régiments espagnols
rendre les armes! Entraînés par l'exemple,
avaient mis bas les armes, plusieurs autres
inhabiles conscrits, au lieu d'y emoyer les
les commandants des corps isolés se conforfuyaient, et le général Vedel n'était ·plus qu'à
vieilles bandes qu'il avait laissées en Allllmèrent aux ordres du général Dupont. Un magnc! Mais rien ne saurait peindre sa colère
une petite lieue des troupes de Dupont qu'il
seul, il faut le citer, un seul, le brave chef
contre les généraut Dupont et Vedel, qu'il
allait · dégager complètement, lorstiue arrive
de bataillon de Saintc-l&lt;~glise, répondit qu'il
eut le tort d'enfermer pour éviter le scaodale
un aide de camp de ce dernier qui, après
n'avait plus d'ordre à recevoir d'un général
d'une procédure retentissante, et qui furent
avoir traversé l'armée ennemie, apporte à
prisonnier de guerre, et marchant rapidement,
Vedel l'ordre de ne rien entreprendre parce malgré l'attaque des paysans insurgés, il par- désormais considérés comme victimes du
que l'on traite d'un annislice. Le général vin L avec peu de pertes à rejoindre les avanl- pou voir arbitraire. On ne les traduisit en
Vedel, au lieu de persister dans la bonne in- postes du.camp français qui couvrait Madrid. conseil dll guerre que cinq ans après : c'était
spiration qui l'avait porté peu d'instants avant L'Empcreur donna à ce courageux et intelli- trop tard.
11 est facile de concevoir l'effet que la capià refuser de reconnaître l'autorité d'un chef
gent officier le grade de colonel.
entouré d'ennemis, el obligé de _faire passtr _ Al'exception du bataillon de M.. de Sainte- tulation de Baylen produisit sur l'esprit d' un
par leurs mains les ordres qu'il donnait à ses l~glise, toute l'armée du généralDupont, forte peuple orgueilleux et aussi exalté que le
subordonnés, Vedel s'arrête au milieu de sa de 25;000 hommes, se trouva ainsi désarmée. · peuple espagnol!. .. L'insurrection prit un
victoire et ordonne de cesser le feu. Les Es- Alors, les Espagnols, n'ayant plus rien' à immense développ~ment. En vain le maréchal
pagnols n'avaient cependant plus que huit· craindre, refusèrent de tenir les artïcles de la' Bessières avai L-il ~allu l'armée dès Asturies
dans les plaines de Medina de Rio-Scco : rien
cartouches par homme, mais il leur arrivait
capitulation qui stipulaient le retour des
des renforts, ils voulaient gagner du temps.
ne pouvait arrêter l'incendie.
troupes françaises dans leur patrie, et non
Le général Dupont &lt;le1mnùa au général He-

Les

CHASSECRS DE LA GARDE CHARGENT LE PEUPLE DANS LA C ALLE DE ALCALA (RÉVOLT
·
E DE

MADRID1

2 MAI 18o8)
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IIé V izzavona.
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La Junte de Séville correspondit par l'en- puis il se prépara à se rendre lui-même en
tremise de l'Angleterre a,·cc le général La Ro- Espagne à la tète de ces troupes, dont l'efmana, commandant les 25,000 hommes fectif s'élevait à plus de 100,000 hommes,
fournis par l'Espagne à Napoléon en 1.807. sans compter les divisions ~e jeunes soldats
Ce corps, placé maladroitement sur les côtes restés sur la ligne de !'Ebre et dans la
par Bernadotte, fut ramené dans sa patrie Catalogne, ce qui de,·ait porter l'armée à
et augmenta le nombre de nos ennemis. Les 200,000 hommes!
Quelques jours avant sont départ, l'Emplaces fortes encore occupées par les Espapereur,
qui avait l'intention d'emmener Augnols se défendaient avec vigueur, et plusieurs
gereau
avec
lui, si sa blessure reçue à Eylau
villes ouvertes se tranformèrent en places
lui
permettait
d'accepter un commandement,
fortes. Saragosse avait donné l'exemple, et
l'avait
fait
venir
à Saint-Cloud . J'accompagnais
bien qu'attaquée depuis quelque temps, elle
le
maréchal,
auprès
duquel j'étais de service,
se défendait avec un acharnement qui tenait
et me tenais à l'écart aYec les aides de camp
de la rage.
La capitulation de Baylen allait permettre de Napoléon pendant que celui-ci se promeà l'armée espagnole d'Andalousie de marcher nait avec Augereau. Il parait qu'après avoir
sur ~ladrid, ce qui contraignit le roi Joseph traité du sujet qui motivait celle démarche,
à s'éloigner le 51 juillet de sa capitale, dans leur conversation étant tombée sur la bataille
laquelle il n'avait passé que huit jours! Il se d'E)·lau et sur la conduite glorieuse du U• de
retira avec un corps d'armée derrière Miranda ligne, Augereau parla du dévouement avec
del Ebro, où le Oem·e offre une bonne ligne lequel j'avais été porter des ordres à ce régide défense. Nos troupes abandonnèrent le ment, en traversant des milliers de Cosaques,
siège de Saragosse, ainsi que celui de plu- et entra dans les plus grands détails sur les
sieurs places fortes de la Catalogne, et le dangers que j'avais courus en remplissant
rendez-vous général fut sur l'Èbre. Telle était celte périlleuse mission, ainsi que sur la
la position de notre armée en Espagne au manière naimenl miraculeuse dont j'avais
mois d'aoùt. On ne tarda pas à être informé échappé à la mort, après a,·oir été dépouillé
d'un nouveau malheur : le Portugal venait de et laissé tout nu sur la neige. L'Empereur
nous être enlevé!... L'imprudent général lui répondit : a La conduite de Marbot est
Junot avait tellement disséminé ses troupes, fort belle; aussi lui ai-je donné la croix! »
qu'il occupait tout le royaume avec sa petite Le maréchal lui ayant déclaré avec raison que
armée et faisait, par exemple, garder l'im- je n'avais reçu aucune récompense, Napoléon
mrnse province des Algar,es, située à plus de soutint ce qu'il aYait avancé, et pour le prouver,
quatre-vingts lieues de lui, par un simple il fit appelerle major général prince Berthier.
détachement de 800 hommes. li y avait vrai- Celui-ci alla compulser ses registres, et le
résultat de cet examen fut que !'Empereur,
ment folie!
informé
de ce que j'avais fait à Eylau, aYait
Au~si on apprit que les Anglais, après avoir
bien
porté
le nom de Mar bot,· aide de camp du
débarqué un corps nombreux aux portes de
maréchal
Augereau,
parmi les officiers qu'il
Lisbonne, t:t s'ètre donné pour auxiliaire la
voulait
décorer,
mais
sans ajouler mon prépopulation révoltée contre les Français, avaient
nom,
parce
qu'il
ignorait
que mon frère fùt
attaqué Junot avec des forces tellement supéà
la
suite
de
l'état-major
du maréchal; de
rieures que celui-ci, après avoir combattu
sorte
qu'au
moment
de
délivrer
les brevets,
toute une journée, avait été obligé de capituler
à Vimeira, devant le général Arthur Wellesley, le prince Berthier, toujours très occupé, avait
qui fut depuis le célèbre lord Wellington. Ce dit pour tirer son secrélaire d'embarras : &lt;( Il
faut donner la croix à l'aîné. » Mon frère
général, alors le plus jeune de l'armée an
a
mil donc été décoré, bien que ce fût la preglaise, n'eut ce jour-là le commandement que
par suite du retard apporté au débarquement mière alfaire à laquelle il assistât, el que,
de ses chefs. Sa réputation el sa fortune datent récemment arrivé des Indes, par suite d'un
de celle journée. La capitulation portait que cong~ temporaire, il ne fit même pas partie
l'armée française érncuerait le Portugal el orticiellement de la grande armée, son régiserait transportée en France par mer, sans ment étant à l'ile de France. Ainsi se trouva
être prisonnière de guerre ni déposer lts Vl:rifiée la prédiction qu'Augereau avait faite
armes. Les Anglais exécutèrent fidèlell!,ent à Adolphe, lorsqu'illui dit : (( En vous plaçant
ces traités; mais comme ils prévoyaient que . dans le mème état-major que votre frère,
l'Empereur se hâterait d'emurer en Espagne vous ,·ous nuirez mutuellement. ,,
Quoi qu'il en soit, !'Empereur, après avoir
les troupes que Junot ramènerait de Lisbonne,
un
peu grondé Berthier, se dirigea vers moi,
ils les conduisirent à Lorient, à trente jours
me
parla avec bonté, et prenant la croix d'un
de marche de Bayonne, au lieu de les débarde ses officiers d'ordonnance, il la plaça sur
quer à Bordeaux.
En effet, Napoléon dirigeait vers la Pénin- ma poitrine! C'était le '29 octobre 1808. Ce
sule des forces immenses ; mais cette fois ce fut l'un des plus beaux jours de ma ,·ie, car,
n'étaient plus de jeunes et faibles·conscrils à cette époque, la Légion d'honneur n'avait
auxquels les Espegnols allaienl avoir affaire, point encore été prodiguée, et on y attachait
car !'Empereur fit venir d'Allemagne Lrois un prix qu'elle a malheureusement bien
corps d'armée d'infanterie et plusieurs de perdu depuis .... Être décoré à vingt-six ans! .. .
cavalerie, tous composés de vieilles bandes Je ne me sentais pas de joie!. .. La satisfaction
qui avaient comballu à Iéna, Eylau, Friedland, du bon maréchal égalait la mienne, et pour
et il y joignit une grande partie de sa garde, la faire partager à ma mère, il me conduisit

auprès d'elle. Aucun de mes grades ne me
causa un tel bonheur. Mais ce qui mit Je
comble a ma satisfaction, c'est que le maréchal du palais, Duroc, envoya chercher le
chapeau qu'un boulet avait troué sur ma tête
à la bataille d'Eylau. Napoléon voulait le
voir.
Sur le conseil mème de Napoléon, Augegereau ne pouvait faire campagne; il pria
donc le maréchal Lannes, qui anit un commandement en Espagne, de vouloir bien me
prendre avec lui, non plus comme aide de
camp auxiliaire, tel que je l'avais été auprès
du même maréchal pendant la campagne de
Friedland, mais comme aide de camp en pied,
ce qui fut fait. Toutefois je devais retourner
auprès d'Augereau s'il reprenait du service.
Je partis donc en novembre pour Bayonne,
qui, pour la quatrième fois, était mon point
de rendez-vous avec le nouveau chef auprès
duquel je devais servir. Mes équipages, laissés
à Bayonne, se trouvèrent tout préparés, et il
me fut possible de prêter un cheval au maréchal Lannes, les siens n'étant pas encore
arrivés lorsque l'Empereurpassala frontière.
Je connaissais parfaitement le pays que nous
devions parcourir, ses usages et un peu sa
langue; je pus donc rendre quelques services
au maréchal, qui n'était jamais venu dans
cette partie de l'Europe.
Presque tous les officiers que le maréchal
Lannes avait eus près de lui pendant les campagnes précédentes ayant obtenu de l'avancement dans divers régiments à la paix. de
Tilsitt, ce maréchal s'était trouvé en 1808
dans la nécessité de former un nouvel étalmajor pour aller en Espagne, et bien que
Lannes fut un homme des plus fermes, diverses considérations l'avaient déterminé à
prendre des officiers dont les uns, faute de
goût pour le métier, les autres par jeunesse el
inexpérience, n'avaient aucune connaissance
de la guerre. Aussi, quoiqu'à l'exemple du
maréchal chacun fùt tr{•s brave, c'était le
moins militaire des étals-majors dans lesquels
j'ai sm·i.
Le premier aide de camp était le colonel
O'Meara, descendant de l'un de ces Irlandais
ramenés en France par Jacques li. Le général
Clarke, duc de Feltre, son beau-frère, l'avait
fait admettre auprès de Lannes ; il était brave
mais pouvait rendre peu de ~ervices ; il fut
préposé dans la suite au commandement
d'une petite place forte de Belgique, uù il
mourut.
Le second aide de camp était le chef d'escadron Guéhéneuc, beau-frère du maréchal
Lannes, homme fort instruit et aimant l'étude;
devenu colonel du 26• léger, il se fit bravement blesser à la Bérésina. Il commanda en
dernier lieu à Bourges, en qualité de lieutenant général.
Le troisième aide de camp, le chef d'escadron Saint-Mars, excellent homme, ancien
ingénieur auxiliaire, devint colonel du 5• de
chasseurs et fut fait prisonnier en Russie.
Comme général de brigade, il finit par remplir les fonctions de secrétaire général de
l'ordre de la Légion d'honneur.

'-,

_________

.MÉM011(ES DU GÉ7YÉ7f..Jl1. BA1(01Y DE .M.JnUJOT

J'étais le quatrième aide de camp du m - mê~e pend~~t la campagne de Friedland.
comprit,el comme il aimait les hommes d'un
réchal Lannes.
a
« S~ vous n etes pas tué, me dit-il' je vous espr_1t prompt, _loi~ d'être choqué de cette
d'fi~ cinquième était le marquis Seraphino ferai avancer. très
» Le marec
, ha1 or1gmale reparlle, il sourit et dit à l'officier:
. rapidement.
.
. uquerque, grand seigneur espagnol bon ne promettait Jamais en vain et la h l
. . .
,
au e « ~otre colon_el vous propose pour le grade de
vn·ant et fort brave. li avait eu de nombreux faveur dont I.1JOU1ssa1t
auprès
de
l'E
.
.
mpereur « heutenant,Je vous 1accorde., mai·s à l'aremr,
démêlés avec le prince de la Paix el finit ar lut. ren.dait
tout possible. Je me promis donc &lt;1 soyez plus sage, ou je vous casserai· 1
. à B
.... »
entrer dans la compagnie des gendarmes d'~r- de servir avec le courage et Je zèle les lus
Je t rouvm ', urgos _mon frère qui faisait
donnance,
d'où
il
passa
à
l'état
.
d
soutenus.
p
éh
-maJor u mala 1:3mp~gne à 1etat-maJor du prince Berthier,
~ ch al ~~ann~s. Un boulet lui brisa les reins à
En quittant Bayonne, nous marchâmes maJor genéral. Les talents militaires du maa ata1~e d Essling et le jeta raide mort sur avec les colonnes de troupesJ·usque surl'''b
r,échal Lannes . grandissant tous les jours,
'
. • •
r, re,
la poussière!
ou n?us J?•gm~es !e roi Joseph et la jeune 1~mpereur_, qm en avait une très haute opiLe s~xième aide de camp était le capitaine armee qm avait fait la dernière campagne
Waltev11le,
fils du grand landmann de 1a Le repos et_ l'habitude des camps avaien~ mon, ne lut donnait plus de commandement
H . bli
fixe, voulan~ le réserver auprès de sa per. epu _que helvétique et représentant la na- d_onné _à_~ Jeunes conscrits des forces et un sonne pour 1envorer partout où les aœ.;
•
uwres
lion•t smsse
. auprès du maréchal Lannes, qut. air. m1h~1.re qu'ils étaient loin d'avoir au se trouvera1enl
compromises certain
•·1
ava1. 1e litre de colonel des troupes suisses au mots de Jutllet précédent. Mais ce qui relevait 1 , bl" .
'
qu •
es_
rcta
•r~tt
promptement.
Aussi
Napoléon,
service
n · de la France· li fit la campagne de surtout leur moral, c'était de se voir com- pret à conlmuer sa marche sur Madrid
uss1e comme chef d'escadron des lanciers mandés p~r 1:Empereur en personne et d'ap. à sa gauche la' cons,.déran t qu'·1
i avait. laissé
ville
rouges d; la garde, etje le retrouvai un bâton prendre 1armée des anciens corps de 1
de Saragosse occupée par les insurgés d'Araà la m~m a~ p~ssage de la Bérésina. J'eus g~ande armée. Les Espagnols furent saisi: go~ et soutenue par l'armée de Castailos, vicbeau lu~ ofihr 1 un des onze chevaux que je d_ étonnement et de crainte à l'aspect des
torieuse de Dupont, et que le vieux maréch 1
r~mena1s dans cette retraite, je ne pus l'em- vieux grenadiers de la véritable grande
Moncey tâtonnait, Napoléon, dis-je, ordon:a
pecher de succomber au froid et à la fatigue armée, et comprirent que les choses allaient
au maréchal' Lannes
de Èse rendre à L0 "0 ro110
,
en approchant de Vilna.
changer de face.
r.enlre de l armee de l' bre, d'en prendre
Le septième _aide de camp était le célèbre
En elfet, à peine arrivé sur l'Èbre, !'Em- commandement el d'attaquer Castaftos. ~fonLabédoyère, qut sortait des genda.i·mes d'or- pereur lança au delà de ce fleuve de nomcey se trouva ajnsi sous les ordres de Lannes.
d_onnance. Labédoyère était beau, grand, s i- breuses colonnes. Tout ce qui voulut tenir
~ fut_le premier exemple d'un maréchal d;
rtluel, _brave, instruit, parlant bien, quoite devant elles fut exterminé ou ne dut son salut l Empire commandant à son é« 1 L
.. .
oa . anncs
br?dou11lan,t un peu. Devenu aide de camp du qu'à une fuite rapide. Cependant, les Espamer1ta1t cette marque de confiance et d d"
prmce Eugene de Beauharnais, il était colonel ~ol~, éto~nês, mais non découragés, ayant f u·
.
e ismc on.N li parltt
. avec son état- maJ·or scu1ce~ 1814. On sait comment il amena son ré- reum plusieurs de leurs corps d'armée mus
ment. ous •prm~es la poste pour éviter les
giment à !'Empereur au retour de l'ile d'Elb
le~ murs de Burgos, osèrent attendre la ha- lenteurs qu aurait entrainées Je t
é •
ransport
La Resta~~ation le fit juger et fusiller. e. ta1lle. Elle eut lieu le 9 novembre el ne fut d
e nos qu1pages et de nos chevaux dans
. Le hutl!ème aide de camp se nommait de pas l~ngue, car les ennemis, enfoncés dès le l · &lt;l'
.
un
raJet une cmquantaine de lieues, el leur
Y•ry, fil~ du sénateur de ce nom, appartenant pre~11cr choc, s'enfuirent dans toutes les di- retour sur Burgos et Uadrid . l
. .
· e cap1tame
a une _tres ancienne famille de Savoie, alliée recllons, poursuivis par notre cavalerie qui Dagusan rut chargé de les conduire
à1 .
aux rois de Sardaigne. Je ne lui connaissais leur fit ~prouver des pertes immenses.
de Napoléon.
a suite
que des qualités ; aussi m'étais-je lié intiIl a:r•~a pendant celte bataille un fait cxVous savez
qu'à
cette
époque
les
• es.
re1ais
J?~ment avec lui. Je l'aimais comme un frère. ~raordma.ire, et heureusement fort rare. Deux pagnols n,avaient
pas de chevaux de t ·t
Eleve de l'École militaire, il devint capitaine Jeunes sous-lieutenants de l'infanterie du
•
'il
rai
mais, qu s possédaient les meilleurs bidel.;
en Es~agne, en 1808 et fut grièvement blessé maréchal Lannes, s'étant querellés, se batti1~urope .•L~ maréchal et nous, partîmes
à Esshng 1a~née suivante; il mourut dans rent en duel devant le front de leur bataillon de
donc a franc
. etr1er, escortés de poste en poste
mes bras à Vienne.
sous un~ grèle dehoulels ennemis .... L'un d'eu~ par des detachemenls de cavalerie N
,
.
. ..
• ous reOutre les huit aides de camp titulaires le eut la JOUe fendue d'un coup de sabre. Le l rogradames
ams1
Jusqu'à
Miranda
del
El
,
'
,ro,
mar~chal av~t?taché à son état-major d;ux colonel les fit arrêter et conduire devant le d'ou• nous parvmmes
à Longroiio en lonucant
officiers. auxiliaires : le capitaine Dagusan, maréchal, qui les envoya dans la citadelle de
le Oeme. L_e maréchal Moncey se tro~vait
compatriote el ami de Lannes, qui se retira Bur~os_ et en rendit compte à !'Empereur.
dans ce~te ville et parut fort mécontent de
comme chef de bataillon, et le sous-lieutenant Celm-c1 augmenta la punition, en interdisant
ce que l ~mpereur le plaçât sous les ordres
Le Couteub de Canteleu, fils du sénateur de à ces officiers de suivre leur compagnie au du plus Jeun~ des maréchaux, lui qui en éta"t
1
~e n~m, sortant de l'École, très bien élevé, combat avant un mois. Ce laps de temps le doyen; mats force lui fut d'ob ,.
ru~
mtell~gent, brave et actif. Il suivit le prince écoulé~ le _régime?t de ces deux étourdis se
Voyez ce que peut la présence d'un seul
~:rlhie~ en Russie, où il faillit périr pour trouvait a Madrid, lorsque !'Empereur, le homm~ capable et énergique I Cette armée d
5 ~tre velu à la russe. Un grenadier à cheval
passant en revue, ordonna au colonel de lui cons~rzt~, que Moncey n'osait mener à l'en~
lu~ e?fonça la lame de son sabre à travers la prés~nter, selon l'usage, les sujets qu'il pro- nem1, mis~ en mouvement par le maréchal
po_,trme I L'Empereur le ramena dans ses posait_ pour remplacer les officiers tués. Le Lannes le Jour de son arrivée se po ta
·
r avec
voitures. li devint colonel aide de camp du so~s-heulenant qui avait eu la joue fendue ardeur contre 1,ennemi. que nous
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Jo1gn1mes
Dauphin et mourut en me recommandant était un excellent militaire. Son colonel ne e. en emam a, en avant de T d 1 •
,
• h
u e a, ou
son fils.
crut pas de,·?ir l_e priver d'avancement pour apres 1rois cures de combat , les fi1ers vam. ,
une fa~te qm, bien que grave, n'avait cepcn- queurs de Baylen furent enfoncés battus .
. dé
' llllS
CHAPITR.E VI
~a?l rien de dés~onorant; il le proposa donc en p1eme
route, cl s'enfuirent' précipitama I Empereur, qui, en apercevant une balafre ment vers Saragosse, en laissant des m1·1•·
,iers
Mar~he sur l'Èbre. - Bataille de Burgos. _ Le made fraiche date sur la figure du jeune homme
d
d
e.
ca
avres
sur
le
champ
de
bataille!.
..
Nous
rechal Lanne, remplace Moncey dans le commandese rappela le duel de Burgos et demand~ primes un grand nombre d'hommes , p1usieurs
.
ment de l'armée de l"Èbre. - Bataille de Tudela.
d'un ton sévère à cet officier : &lt;c Où avez-vous drapeaux et toute l'artillerie
La . t .
· ···
v1c 01rc
Dès mon arrivée à l'étal-major, le maréchal reçu cette blessure? » Alors le sous-lieute- fut complète!
~nes. me prévint qu'il comptait beaucoup nant, qui ne voulait ni mentir, ni avouer sa
Dans cette
une balle perça ma sa, affaire,
.
ur_ moi, tant à cause de ce qu'Augereau lui faute, tourna fort habilement la difficulté
bret
eu au début de l'aua1re
œ •
. ac1he. J avais
.
une
a~a•t dit su~. m~n co~pte, que pour la ma- car, pla.~nt son doigt sur sa joue, il répondit; vive a tercat10n avec Lahédoyère V .. à
•
C
d
.
.
01c1
quel
ntère dont J avais déJà servi auprès de lui- &lt;( Je lai reçue là, Sire!. .. » L'Empereur suJet. e erruer venait d'acheter un cheval

I;

... 251 ...
... 250 ...

-~

�, - - 111S TO'l{1A
fort jeune et peu dressé, qui, au premier
bruit du canon, se cabra et refusa absolument
d'avancer. Furieux, Labédoyère s'élança à
terr&lt;l, tira son sabre et coupa les jarrets du
malheureux cheval, qui tomba tout sanglant
sur l'herbe, où il se traînait en rampant. Je
ne pus retenir mon indignation et la lui exprimai vivement. Mais LaLédoyère prit très
mal la rhose, et nons Pn srrions venus anx

duire un régiment de cavalerie contre une
batterie espagnole. Labédoyère rejoint le régiment qui allait à la eharge et s'élance un d~s
premiers sur la b11ttrrie, qui fut enlevée, et
·nous vlmes de Viry et Lab~doJère ramenant
un canon qu'ils a,·aicrit pris ensemble!. . .
Aucun d'eux n'était blessé, mais ce dernier
avait reçu un biscaïen dans son colback, à
clrnx doiirls dP la trlP ! Lë marér.hal fut d'an-

CHAPITRE VII
Mission pél'illeuse de Tudela à Aranda. - Inci,lenls
de roule. - fo suis allacrué cl grièvcmeul IJlc,sé
à Agreda. - l\elour à Tutlela.

Nous voici arrivés à l'une des phases les
plus terribles de ma carrière militaire. Le
maréchal Lannes venait de remporter une
grande victoire. et. le lenrlPmain. ~près arnir

'"----------------------- JK"ÉMOffl,,'ES
de Tudela, je pus me liuer à l'espoir d'être
bientôt chef d"escadron; mais, hélas! mon
sang devait encore couler bien des fois avant
que j'obtinsse ce grade!. ..
La grande route de Bayonne à Madrid par
Vitoria, Miranda del Ebro, Burgos et Aranda,
se bifurque à Miranda avec celle qui conduit
à Saragosse par Logrofio et Tudela. Un chemin allant de Tudela à Aranda, au travers
des montagnes de Soria, les unit et détermine
un immense triangle. L'Empereur s'était
avancé de Burgos jusqu'à Aranda, pendant le
temps qu'il avait fallu au maréchal Lannes
pour aller à Tudela et y livrer bataille; il
était donc beaucoup plus court, pour aller le
joindre, de se rendre directement de Tudela
à Aranda que de revenir sur Miranda del
Ebro. Mais celte dernière route avait l'immense avantage d'être couverte par les armées françaises, tandis que l'autre devait être
remplie de fuyards espagnols, qui, échappés
à la déroute de Tudela, pouvaient s'être réfugiés dans les montagnes de Soria.Cependant,
comme 1'Empereur avait prévenu le maréchal
Lannes qu'il dirigeait le corps du maréchal
Ney, d'Aranda sur Tudela par Soria, Lannes,
qui croyait Ney peu éloigné, et avait envoyé
le lendemain de la bataille une avant-garde
à Tarazone,'pour communiquer avec lui, pen~ait que cette réunion me garantirait de toute
attaque jusqu'à Aranda; il m'ordonna donc
de prendre la route la plus courte, celle de
Soria. J'avouerai franchement que si l'on
m'rût laissé le choix, j'aurais préféré faire le
grand détour· par Miranda et Burgos; mais
l'ordre du maréchal étant positif, pouvais-je
exprimer des craintes pour ma personne, devant un homme qui, ne redoutant jamais
rien pour lui, était de même pour les autres?...
Le service des aides de camp des maréchaux fut terrible en Espagne!. .. Jadis, pen-

DU G'É'N'E'J(Al. 'BXR.,O'N D'E JKXR.,'BOT

dant les guerres de la Révolution, les généraux avaient des courriers payés par l'Etat
pour porter leurs dépêches; mais !'Empereur,
trouvant que ces hommes étaient incapables
de donner aucune explication sur ce qu'ils
avaient vu, les réforma, en ordonnant qu'à
l'avenir les dépêches seraient portées par des
aides de camp. Ce fut très bien tant qu'on fit
la guerre au milieu des bons Allemands, qui
n'eurent jamais la pensée d'attaquer un
Français courant la poste; mais les Espagnols
leur firent une guerre acharnée, ce qui fut
très utile aux insurgés, car le contenu de nos
dépêches les instruisaitdu mouvement de nos
armées. Je ne crois pas exagérer en portant à
plus de deux cents le nombre d'officiers d'étatmajor qui furent tués ou pris pendant la
guerre de la Péninsule, depuis 1808 jusqu'en
1814. Si la mort d'un simple courrier était
regrettable, elle devait l'être moins que la
perte d'un officier d'espérance, exposé d'ailleurs aux risques du champ de bataille,
ajoutés à ceux des voyages en poste. Un grand
nombre d'hommes robustes, et sachant bien
leur métier, demandèrent à faire ce service,
mais !'Empereur n'y consentit jamais.
Au moment de mon départ de Tudela, le
bon commandant Saint-Mars ayant hasardé
quelques observations pour détourner le maréchal Lannes de me faire passer par les
montagnes, celui-ci lui répondit : &lt;( Bah!
(( bah I il va rencontrer cette nuit l'avant&lt;1 garde de Ney; dont les troupes sont éche« Ionnées jusqu'au·quartier impérial d'Aran« da!. .. » Je ne pouvais rien opposer à une
telle décision. Je partis donc de Tudela le
24 novembre, à la chute du jour, avec un
peloton de cavalerie, et arrivai sans ericombre jusqu'à Tarazone, à l'entrée des montagnes. Je trouvai dans cette petite ville l'avantgarde du maréchal Lannes, dont le commandant, n'al'ant aucune nouvelle du maréchal
(A

Madame de La Vallière

.·.

CllARLES

IV,

ROI D'ESPAGNE- ET SA FAMILLE, -

mains, si nous n'avions été en présence de
l'ennemi. Le bruit de l'aventure s'étant répandu dans l'état-major, le maréchal Lannes,
indigné, déclara que Labédoyère ne compterait plus au nombre de ses aides de camp.
Désespéré, ce dernier saisissait déjà ses pistolets pour se brûler la cervelle, quand notre
ami de Viry lui fit comprendre qu'.il serait
plus honorable d'aller chercher la mort dans
les rangs ennemis que de se la donner luimême. Précisément, de Viry, qui s'était rapproché du maréchal, reçut l'ordre de con-

Tableau de GOYA, (Musee du Prado, Madrid.)

tant plus touché du trait de courage que venait d'accomplir Labédoyère, que celui-ci,
après lui avoir remis le canon, se préparait à
se précipiter de nouveau sur les baïonnettes
ennemies! Le maréchal le retint, et, lui pardonnant sa faute, il lui rendit sa place dans
son état-major. Le soir même, Labédoyère
vint noblement me serrer la main, et nous
vécûmes depuis en bonne intelligence. Labédoyère et de Viry furent cités dans le bulletin
de la bataille et nommés capitaines quelque
temps après.

rrçu les rapports de tous les généraux, il
dicta le bulletin de la bataille qui devait être
porté à !'Empereur par l'un de ses ol'ficiers.
Or, comme Napoléon accordait habituellement
un grade à l'officier qui venait lui annoncer
un important succès, les maréchaux, de leur
côté donnaient ces missions à celui qu'ils
dési;aient faire avancer promptement. C'était
une sorte de proposition à laquelle Napoléon
ne manquait pas de faire droit. Le maréchal
Lannes m'ayant fait l'honneur de me désigner
pour aller informer l'empereur de la victoire

Depuis qu'elle était revenue à la cour, du
couvent de Chaillot où elle n'était restée que
douze heures, madame de La Vallière avait
mené une vie plus retirée qu'à l'ordinaire ;
elle faisait commeunepersonne qui se voulait
retirer tout à fait : elle s'habillait plus modestement. Elle avait eu deux garçons, dont l'un
était mort de la peur qu'elle avait eue d'un
coup de tonnerre ; cela ne marquait pas qu'il
dût être un grand capitaine, ni qu'il tînt du
Roi. Ainsi je crois que l'on s'en consola, aussi
bien que du dessein que la mère avait pris
de se retirer tout à fait. Elle était bien jolie,
fort aimable de sa figure; quoiqu'elle fût un
peu boiteuse, elle dansait bien, était de fort
bonne grâce à cheval : l'habit lui en seyait

fort bien; les justaucorps lui cachaient la
gorge qu'elle avait fort maigre, et les cravates
la faisaient paraître plus grasse. Elle faisait
des mines fort spirituelles, et les connaisseurs
disaient qu'elle avait peu d'esprit, et même
l'on disait que la lettre qu'elle avait écrite
au Roi, lorsqu'elle s'en alla à Sainte-Marie,
était de la façon de M. de Lauzun, qui la lui
avait faite, et qu'elle croyait rallumer l'amour
du Roi par cette retraite.
Elle jouissait d'un gros bien, avec beaucoup de pierreries et de meubles. Ainsi il se
serait trouvé des gens qui auraient été bien
aises de profiter de l'occasion. Depuis que le
Roi ne l'aimait plus, il avait couru un bruit
que ~r. de Longueville en était amoureux ; on
le fit cesser bientôt ; on dit même qu'elle
s'était mis en tête d'épouser M. de Lauzun.
Je crois que ce sont ses ennemis qui firent
courir ce bruit : il a le cœur trop bien fait
pour vouloir jamais épouser la maîtresse
d'un autre, même du Roi; et, après ce qui

Ney, avait poussé un poste d'infanterie à six
lieues en avant, vers Agreda, par où l'on
attendait ce maréchal. Mais comme ce détachement se trouvait éloigné de tout secours,
il avait reçu l'ordre de se replier et de rentrer
à Tarazone, si la nuit se passait sans qu'il vit
les éclaireurs du maréchal Ney.
A partir de Tarazone, il n'y a plus de
grands chemins; on marche constamment
dans des sentiers montueux, coUYerts de cailJoux et d'éclats de rochers. Le commandant
de notre avant-garde n'avait donc que de
l'infanterie et une vingtaine de housards du
2• régiment (Chamborant). II me fit donner
un cheval de troupe, deux ordonnances, et je
continuai mon chemin par un clair de lune
des plus brillants. J'avais fait deux ou trois
lieues, lorsque nous entendimes plusieurs
coups de fusil dont les balles sifflèrent très
près de nous; nous ne vimes pas ceux qui
Yenaient de tirer; ils étaient cachés dans les
rochers. Un peu plus Join, nous trouvâmes
les cadavres de deux fantassins français nouvellement assassinés; ils étaient entièrément
dif&gt;ouillés, mais leurs .shakos étant auprès
deux, je pus lire les nume~os gravés sur les
plaques et reconnaître que ces infortunés
appartenaient à l'un des régiments du corps
du maréchal Ney. Enfin, à quelque distance
de là, nous aperçûmes, chose horrible à
dire!..'. un jeune officier du 10• de chasseurs
à cheval, encore revêtù de·. spn uniforme,
cloué par les mains et· les ,pie&lt;ls · à la porte
d'une grange!. .. Ce malbqure,u (avait la tête
en bas, et l'on avait allumé un petit feu dessous!... Heureusement pour ··lui, ses tourments avaient cessé; il était .mort!. .. Cependant, comme le sang d~ .ses plaies coulait
encore, il était évident que. ·son supplice était
récent et que les assassins n•étaient pas loin!
Je mis donc le sabre à la main, et mes deux
housards la carabine au poing.

suivre.)

GÉNÉRAL

oe· MARBOT.

lui était arrivé, aurait-on pu dire pis de
lui?
Madame de La Vallière avait encore eu la
pensée de se retirer à Chaillot avec mademoiselle de La Motte, qui est fort son amie.
Son incertitude ne plut pas au Roi, qui voulait que sa retraite fût honorable à ses enfants.
Enfin elle se mit aux Carmélites et s'y retira
un jour que le Roi partait pour un voyage
[f 675]. Elle entendit la messe du Roi, monta
dans son carrosse, alla aux Carmélites :
j'allai lui dire adieu le soir chez madame de
Montespan, où elle soupait. Eile prit l'habit
pendant que la cour était dehors, et au bout
de l'an elle fit profession, où la Reine alla, et
j'eus l'honneur de l'y accompagner. Depuis
ce temps-là on n'a plus parlé d'elle. EIJ.e est
une fort bonne religieuse et passe présentement pour avoir beaucoup d'esprit: la grâce
fait plus que la nature, et les effets de l'une
lui ont été plus avantageux que ceux de
l'autre.

MADEMOISELLE DE MONTPENSIER.

�LA

flN DE ZA.MO~

;;,,'j

AUTOUR DE LA DU BARRY
~

La fin de Zamor
On voit, au Louvre, une aquarelle de Mo- qu'ils onl mise en mouvement leur a échappé
reau représentant la grande salle à manger et ils se terrent, hébétés, mJfiants, déroutés
du pavillon de Louveciennes, un soir de fête. en même temps qu'ils paraissent se désintéLouis XV soupe chez Mme du Barry : au- resser des mesquineries de la vie, comme si
tour de la table circulent les laquais servant l'existence leur avait fourni, en peu d'années,
les convives, grandes dames largement décol- la somme totale d'émotions qu'un être huletées, pimpants gentilshommes en cordon main peut supporter.
bleu; derrière la favorite, un personnage en
Zamor n'échappa point à cette lassitude ;
livrée porte dans ses bras une jolie levrette la Terreur, pourtant, avait fait de lui une
qu'un groupe d'invités admire. C'est la petite manière de personnage : nommé secrétaire
chienne de la comtesse, et son apparition fait du Comité de surveillance du district de Verévénement. Parmi la joie générale, le roi seul sailles, où il s'était fixé dès l'arrestation de
reste impassible el triste : il ne parle à per- Mme du Barry, il fut appelé comme témoin
sonne; son regard est ~ague, sa pose affaissée; quand celle-ci parut devant le tribunal révosa main est appu)•ée nonchalamment sur la lutionnaire. La situation s'était retournée;
table.... Il s'ennuie.
c'était lui, maintenant, qui pouvait, d'un
Au premier plan une belle marquise bourre mot, peut-être, sauver la vie à sa bienfaide pralines un jeune nègre, coiffé d'une Loque trice : il ne l'essaya même pas; restant, deblanche à plumes, vêtu d'un petit habit rose vant les angoisses de la pauvre femme, déet chaussé de hautes bottines noires : c'est daigneux, impassible, sans pitié, il déposa
Zamor, le page favori , amené tout enfant du contre elle, comme il l'eût îail s'il se fût agi
Bengale par un capitaine anglais. Mme du d'un indifférent. Lâcheté ou rancune, celle
Barry ayant jugé que ce moricaud de sept ingratitude le servit mal ; moins d'un mois
ans ferait bonne figure enlre sa chienne, sa plus lard, il était lui-même incarcéré : réperruche couleur d'azur el ses singes blancs, clamé par «les braves patriotes habitués du
l'avait altaché à sa maison; l'enfant parut café Procope où il est estimé de tout ce qu'il
intelligent ; on lui apprit à lire, on le baptisa y a d'estimable» , il est relaxé après six seen grande pompe, et sa belle maîtresse lui maines de prison el il disparait.... On ne le
servit de marraine. Depuis lors il est de retrouve plus que vingt-cinq ans plus tard,
toutes les fêtes; ses habits sont « nombreux triste, pauvre, usé par la vie, tapi dans le
cl magnifiques » ; on le couvre de bazin en taudis de la rue Perdue.
été, de velours en hiver, el le roi, que rien
Il y a peu d'années, les anciens du quarn'amuse, daigne parfois sourire des espiè- tier se souvenaient de ce petit homme à l'air
gleries de Zamor, à qui Loutes les libertés maladif et sombre; l'âge avait pâli son teint ;
sont permises.
sa peau était d'une couleur jaune, désagréable; il avait le nez légèrement épaté, les che1·eux crépus et grisonnants. C'est vers 1815
11u'il vint se loger rue Perdue. Pour un
El maintenant, si ,·ous aimez les contras- homme qui se condamnait à la retraite, l'entes, quillez l'aquarelle de ~loreau, éblouis- droit était bien choisi. La rue Perdue était
sante de lumière, avec ses torchères, ses mar- alors et est encore, sous le nouveau nom
bres, ses baldaquins dorés, el, par les quais, qu'elle porte depuis 1844, une des plus ingagnez ce dédale de vieilles rues qui, là-bas, connues et des moins fréquentées de Paris,
serpentent de la place Maubert à l'ancienne el Zamor fuyait alors le monde. On racontait
Tournelle: l'une d'elles, la rue Maitre-Albert, qu'épris d'une mercière tenant boutique au
de son ancien nom rue Perdue, est plus som- Palais-Royal, il lui avait confié sa petite forbre, plus morne, plus hideuse que les au- tune qui avait été vite dissipée. Ce déboire
tres; arrêtez-vous au n° 15, haute masure avait aigri le pauvre nègre; il vivait seul,
sans volets, aux murs lépreux, au porche n'ouvrant la porle à aucune femme et faisant
humide. ... C'est là, au deuxième étage, sur lui-même son ménage; aussi sa chambre
la cour, que mourut Zamor, le 7 février -1820. n'était que médiocrement propre; il était,
Il n'est guère d'étude plus passionnante d'ailleurs, parfaitement poli et &lt;1 saluait tous
que de suivre dans ce siècle les hommes qui ceux qu'il rencontrait dans l'escalier ».
ont survécu à la Révolution, après y arnir
Une personne qui, dans sa jeunesse, avait
j oué un rôle; ils ont l'air de naufragés jetés habité la maison en même temps que Zamor,
par une tempête sur une côte inconnue; à racontait, il y a quelque vingt ans, qu'il parleur attitude, on sent que leur œuvre les a lait peu du siècle passé; lorsqu'on l'y poussait
déçus ; la conduite de la terrible machine et qu'il ne pouvait s'en défendre, il le faisait

en termes amers, disant que, si la belle
comtesse l'avait recueilli et élevé, c"étail pour
faire de lui son jouet; elle permettait qu'on
l'humiliât chez elle; il y était sans cesse en
bulle aux railleries cl aux insultes des familiers du château.
Chose étrange, Zamor avait de la letture :
déjà, en 1795, on l'avait saUl'é de l'échafaud
en faisant valoir que « l'étude approfondie de
Jean-Jacques et de Mably l'avait soustrait à la
corruption d'une cour infâme » ; et ce n'était
point là une simple formule déclamatoire; le
nègre était lellré et se piquait d'avofr touj ours été philosophe; il gardait intacte la
pure doctrine révolutionnaire; il haïssait
l"ancien régime; aux murs de sa petite chambre, il avait suspendu les portraits de Marat
et de Robespierre ; sur une tablette de bois
blanc étaient rangées, parmi quelques autres
livres, les œunes de Rousseau, son maitre
préféré. Il s'exprimait correctement et donnait, pour vivre, des leçons élémentaires à
quelques enfants du quartier auxquels il enseignait à lire, à écrire, un peu de grammaire
et d'orthographe.
Pourtant l'étude des philosophes n'avait
pas assoupli son caractère. Un témoin de ses
dernières années racontait, soixante ans plus
tard, à Charles Vatel, l'historien passionné
de Mme du Barry, que Monsieur Zamor était
dur et méchan t. Mme Poullain, sa propriétaire, lui avait confié l'éducation d'un de ses
jeunes neveux : les leçons se donnaient au
second étage, chez le nègre, et celui-ci giflait
si rudement son élève que Mme Poullain,
logée au troisième étage, «entendait les soufflets retentir à travers le plafond ». II fallut
lui reprendre l'enfant, 11u'on envoya à l'école ;
mais l'incident, ébruiLé, valut au professeur
un mauvais renom ; il perdit rapidement ses
élèves et tomba dans la misère.

Elle est singulièrement pittoresque et quelque peu sinistre, celle rue Maitre-Albert, qui
semble le dernier refuge des légendaires
truands de la place Maubert, chassés de leurs
anciens repaires par les nouvelles percées ; la
hauteur des maisons la fait paraitre plus longue et plus étroite ; leurs façades irrégulières
s'alignent, se penchent, s'étayent, se soutiennent l'une l'autre, sordides, moisies, avec
leurs rez-de-chaussée badigeonnés de couleurs
criardes ; l'ensemble est inquiétant et louche. J'aime à passer là, pourtant, à cause de
Zamor, non point que le personnage, en luimême, soit bien attirant ; mais son souvenir

Cliché Oiraudon.
FÊTE DONNÉE A LouVECIENNES LE 27 DÉCEllBRE 177 1. -

a l'attrait d'un mystère; cet homme a vu, a
su tant de choses, et il est mort sans rien raconter. L'imagination le montre regagnant, à

Aquarelle de ~IORE.\U LE JEUNE. (Musée du Louvre.)

la brune, son triste logis, l'ètu d'une houppelande rapiécée, chétif, les joues creuses
.
.
'
sa tignasse grise passant sous sa casquette ;
.... 255 ,..

il va rasant les murailles, frissonnant et rève_ur . ... Les rêveries de Zamor vieux, qu'était-ce?

�#'-

111ST0'/{1Jt

--=---------------------------------------~

Il se revoyait, sans nul doute, costumé
d'une veste de hussard en velours rouge
brodé d'argent, un petit sabre au côté, un
colback de fourrure à plume de héron sur la
tête, ouvrant les rideaux de moire verte
brodés de bouquets de roses qui fermaient
l'alcôl'e de sa belle maîtresse et présentant à
ses jolis pieds les mules de satin couleur de
feu.
Ce vieux nègre, dont riaient les gamins
de la rue, avait vu face à face le roi de
France; il avait mangé à sa table; il était
devenu son jouet et le confident de son intimité; il avait eu pour parrain un prince du
sang des Bourbons; il avait reçu les hom-

mages des courtisans obséquieux ; ne devaitil pas avoir aussi ses flatteurs? Plus humbles
que lui en avaient bien, oui, plus humbles,
car le roi de Suède avait obtenu la faveur de
passer un collier de diamants au cou de la
chienne de la favorite !
Zamor avait d'autres pensées encore : il
avait, dit-on, suivi par les rues la charrette
conduisant à la mort celle qu'il avait connue,
presque dée:sse, et peut-être gardait-il au
cœur l'épouvante du rugissement de bête terrifiée qu'elle poussa quand elle sentit son
cou blanc serré dans l'horrible lunette, moite
de sang. 'foutes ces choses devaient le hanter, sur son grabat de la rue Perdue, dans

cette nuit de février où il mourut de froid et
de misère.

La mort de Murat

On trouva 5 francs sur sa table de nuit ;
comme il n'avait aucun ami, nulle parenté,
Mme Poullain prévin t le commissaire de police qui se chargea des préparatifs de l'inhumation: les voisins n'y voulurent point participer, et quand, le lendemain, le cercueil nu
fut exposé sur le seuil, les gens regardaient
sans tristesse, disant : « C'est Zamor, le nègre
qui a trahi la du Barry. »
Personne ne suivit le convoi , qui gagna
directement le cimetière de Vaugirard, sans
passer par l'Église.

l•~ di tails de cette relation ont i ti recueillis dans
Jes memoires du chanoine. M asdu, confesseur de M urat,
d da~s Je manuscrit encore inédit d'un certain CondoJco, tcmoin oculaire. du drame.

G. LENOT RE.

L'évasion du duc de Beauforl
Le jour de la Pentecôte, i •• du mois de
juin [l648], le duc de Beaufort, prisonnier
depuis cinq ans dans le bois de Vinccnnei;,
s'échappa de sa prison environ sur le midi. li
trouva le moyen de rompre ses chaines pnr
l'uabileté de ses amis et de quelques-uns des
siens, qui en cette occasion le servirent fidèlement. li était gardé par un officier de garde
du corps, et par sept ou huit gardes qui couchaient dans sa chambre el qui ne l'abandonnaient point. Il était servi par des officiers du
roi, n'ayant auprès de lui pas un de ses
domestiques ; et, par-dessus tout cela, Chavigny était gouverneur du bois de Vincennes,
qui n'était pas son ami. L'officier qui le gardait, nommé La Ramée, avait pris avec lui, :1
la prière d'un de ses amis, un certain homme
qui, sous prétexte d'un combat qui le mettait en peine, à cause des édits du roi qui
défendaient les duels, avait témoigné désirer
cet asile pour s'en sauver. Il est à croire
néaumoins qu'il était conduit en ce lieu par
les créatures de ce prince, et peut-être du
consentement de l'officier ; mais j'ignore cette
particularité, et n'en suis persuadée que par
les apparences. Cet homme, d'abord, pour
faire le bon valet, et montrer qu'il n'était pas
inutile, s'ingérait plus que tout autre à bien
garder le prisonnier ; et même on dit à la
reine, .en lui contant celle histoire, qu'il allait
jusqu'à la rudesse. Soit qu'il fùt là pour
servir le duc de Beaufort, soit qu'alors il se
laissât gagner par ce prince, il s'en servit
enfin pour communiquer ses pensées à ses
amis, et pour prendre connaissance des desseins qui se faisaient pour sa liberté. Le
temps venu pour l'exécution de toutes leurs
méditations, ils choisirent exprès le jour de

la Pentecôte, parce que la solennité de celle
fète occupait tout le monde au service divin .
A l'heure que les gardes dinaient, le duc de
Beaufort demanda à La Ramée de s'aller
promener en une galerie où il avait obtenu
permission d'aller quelquefois se divertir.
Cette galerie est plus basse que le donjon où
il était logé, mais néanmoins fort haute,
selon la profondeur des fossés, sur quoi elle
regarde des deux côtés. La Ramée le suivit à
celle promenade, et demcu~a seul avec lui
dans la galerie. L'homme gagné par le duc
de Beaufort fit semblant d'aller dîner avec_
les autres; mais, contrefaisant le malade, il
prit seulement un peu de vin, et sortant de
la chambre, ferma la porte sur eux, et quelques portes qui étaient entre la galerie et le
lieu où ils faisaient leurs repas. Il alla enrnile
trouver le prisonnier et celui qui le gardait ;
et entrant dans la galerie, il la ferma aussi,
et prit les clefs de toutes les portes. En
même Lemps le duc de Beaufort, qui était
d'une taille avantageuse, et cet homme qui
était de son secr.et, se jetèrent sur La Ramée
el l'empêchèrent de crier ; et sans le vouloir
tuer, quoiqu'il fût périlleux de ne le pas
faire s'il n'était point gagné, ils le bâillonnèrent, le lièrent par les pieds et par les
mains, et le laissèrent là. Aussitôt ils attachèrent une corde à la fenêtre, et se descendirent l'un après l'autre, le valet le premier,
comme celui qui eût été puni très rigoureusement s'il eût manqué de se sauver . lis
se laissèrent tous deux couler jusque dans le
fossé, dont la profondeur est si grande qu'encore que leur corde fût longue, elle se trouva
trop courte de beaucoup : si bien que se laissant choir de la corde en bas, le prince
dp

s'exposa au hasard de se pouvoir blesser :
ce qui, en effet, lui arriva. La douleur le fil
évanouir, cl il demeura longtemps dans cet
état sans pouvoir reprendre ses esprits. Étant
revenu à lui, quatre ou cinq hommes des
siens qui étaient de l'autre côté du fossé, et
qui l'avaient vu presque mort, avec une terrible inquiétude, lui jetèrent une autre corde
qu'il s'attacha lui-mème autour du corps;
et, de cette sorte, ils le tirèrent à force de
bras jusqu'à eux, le valet qui l'avait assisté
étant toujours servi le premier, selon la
parole que le prince lui en avait donnée, et
qu'il lui garda ponctuellement. Quand il fut
en haut, il se troul'a en mauvais état ; car,
outre qu'il s'était blessé en tombant, la corde
qu'il avait tirée autour de son corps pour
monter lui avait pressé l'estomac, par les
secousses qu'il avait endurées dans cette
occasion ; mais a)'ant repris quelques forces
par la vigueur de son courage el par la peur
&lt;le perdre le fruit de ses peines, il se lem,
et s'en alla hors Ile cc lieu se joindre à cinquante hommes de cheval qui l'attendaient
au bois prochain. Un gentilhomme des siens,
qui était à cette ex pédition, m'a depuis conté
qu·aussitôl après avoir vu cette troupe l'environner de tous côtés, la joie de se voir en
liberté et parmi les siens fut si grande, qu'en
un moment il se trouva guéri de tous ses
maux, et, sautant sur un cheval .qu'on lui
tenait tout préparé, il s'en alla, et disparut
comme un éclair, raYi de respirer l'air sans
contrainte, et de pouvoir dire comme le roi
François l•' , dans le moment qu'il mit le
pied en France en revenant d'Espagne :
« Ah ! je suis libre I n
MADAME DE

MOTTEVILLE.

••• La roche est taillée à pic, dominant la
~ er ; près de la rade, le château et à ses
pieds, des récifs que l'onde care~se doucem~nt ou fouette rageusement, selon son caprice._Ceux-ci opposent leur solidité de grani t
à la v1?len,ce du choc, et les eaux retombent
en plme le_gère, en flocons d'écume argentée.
Le granit reste impassible sous la colère de
la tempête_ marine, qui se déchaîne souvent
quand le ciel est serein, le soleil brillant, la
?ampa~ne verdoyante et silencieuse; il reste
1m_mo~1le sous les câlineries des flots calmés
qm lechent les noirs récifs, au milieu des~
quels le pic se dresse comme un géant veillant
s.u r _ses enfants. Et quand la furie du ciel
s umt à celle de la mer, et que dans la nuée
so~hre luit l'écla_ir et gronde le tonnerre, les
brisants guettent s·ous l'onde les navires pris
par le to~rbillon et les frappent de leurs per~d.es pomtes sous-marines. Mais quand les
elements sont tranquilles, ces rochers bruns
son~ couverts d'une foule haillonneuse de portefaix et de mariniers, attendant le retour des
barques parties à la pêche.
_Le golfe a la forme d'un arc; les deux
pomtes sont le cap Suvero et Briatico. plus au
sud, le Stromboli aux flancs enveldppés de
vapeurs, avec son mince panache de fumée au
~om~et. Le long du rivage, des villas, des
prdms, des ravins, des plages sablonneuses
d~ns lesquelles courent, ici l'Amato, là I'Ang1tol~, qui vont se jeter dans la mer en teignant de rouge les eaux de la grère. Sur le
versant des montagnes, les villaoes blancs et
les_ raies noires des torrents La;henl le vert
uniforme et cru, tandis qu'en haut, sur les
cretes dénudées, s'effrangent des brumes
blanchâtres.
~es deu.~ côtés du pic sur lequel s'érige le
chateau, s etend la plage. Là, ensevelies sous
le. sable, des barques aux coques noires par01s renversées, abritent le sommeil des :Oateots; des squelettes de canots, semblables à
d~s monstres décharnés n'ayant plus que des
cote~, tressaillent sous le marteau du charentier ; des câbles enroulés aut-our des pouies fixées e_ntre des pierres; de larges filets
tendus dessillent des arabesques sur l'or du
s~ble; et, dans l'eau jusqu'à mi-jambes, courb~s sur un? corde, chantant en cadence, des
pccheurs llrent leurs nasses, des mariniers

f

f

11 · -

... 256 ...

HISTORIA, -

Fasc. 14.

ra~ènent leurs barques, des gamins courent pierres; la voûte pesante s'arrondit sur les
et JO~ent. ·: . Près de la berge, ancrés en file murs _rugueux; dans un coin, un tas de paille
serree, bricks et corvettes, tartanes et ché- pourrie, posée sur une planche humide qui
becS, lougres et barques, arrondissent leurs ~r.aq~e sous le pied. En face de la porte, dans
ventres goudronnés, dressent leurs mâls en- 1epa1sseur de la muraille, s'ouvre uu carré
roulés de voiles, dont la pointe s'éuaie
d'une ~vec deux barres en croix. Par là, on voit une
0
flamme colorée.
ligne de mer' un coin de rivacre . sur la lirrne
. Sur !a pente raide de la roche et de la col- d~ mer_ blanchissent des voile~ qui passenf et
lme, P1zzo masse ses maisons, divisées en d1spara1sse.nt, des vapeurs rapides, des barr~elles boueuses et en impasses sordides où q~es de pecheurs; s~~ la plage, un mélange
s ?gglomère la population des pêcheurs et'des d ombre et de lum1ere, taches noires des
debardeu rs; en haut de la côte, au hou t du arbres, taches grises de la rrlaise taches d'or
pays, la grande route se déroule le louer des du _sable. L'hiver, on gèle; l'été ~ ême, il fait
montagnes qui bordent la mer' elle m~nte, froid là-dedans, - le. froid humide des tomelle descend, coupant les champs le~ viones
1e~ pota~ers, les J3rdms,
. .
' -l'erdures
" ' l~eaux,_ a~•ec la puan_Leur âcre de la putréfacdont les
lwn. ~te comme hiver, une nuit profonde,
devaient Jusqu'à la rive.
car le JOUr ne dépasse pas les barres de l'ouUne grande place s'étend à mi-côte, au- verl~re pratiquée dans le mur. Mais pour
de~sous dès quarliers populeux ' dominant le celm qm reste. courbé, songeant et méditant,
chateau, entouré~ de palais et de boutiques, dans cette ~rison noire, dont la voûte écrase
- le centre de P1zzo; à droite, du côté de la et les murailles étouffent, les ténèbres s'éclaimer, à l'endroit où le pic est le plus escarpé, rent. On croit voir un homme beau et fort
~e_dress.e u? mur bas, sur lequel s'asseyent, beau comme un roi, fort comme tm héros'
e~1ant l arrivée des navires, les portefaix, les tour~er ainsi qu'un lion en cage et secoue;
deb~rdeurs et les matelots qui s'épouillent au tanlot la porte ven ouillée, tantôt les barres
soleil. En bas, court une rue qui abouti t au d,e fer~ puis_regarder cette raie d'azur, puis
château.
s ass~01r ', plié en deux, sur la paille pourrie,
Le pont qui le sépare du pays est serré ta~d_1s que dans l'ombre luisent les pierres
entre deux parapets couvert5 d'immondices ~re~1euscs restées 1t la soie et au velours de
dans les9uelles viennent picorer les poules'. l ~m1forme, e! plu~ encore les yeux du prisonLa muraille est sérère et délabrée • la porte 1;1~r. On croit voir se dérouler des armées
basse et étro!te, peinte en vert, fermée par un etm~elanles dan_s _de vastes camps, des cités
ca~enas .rom lié. Le château est désert, en en fete, des palais illuminés, des dames endiarmne, lorn de la vi!le; il semble abandonné à mantées en toilette de cour, des rois et des
ses propres souvenirs.
empe~eurs, ?es princes et des ducs, dans une
A peine le gardien, un vieillard habillé de apotheose d or et de lumière. On croit voir
la capote grise des vétérans, a-t-il fait glisser une charge de cavaliers galopant sur de forts
1~ cadenas da?s ses anneaux. que la porte chevaux, la_lance en avant et le sabre flams ouvre en grmçant, et on entre dans une boyant au soleil, précédée d'un officier' chepetite cour, pratiquée entre le mur d'enceinte ve~x .au vent, bouquet de plumes au chapeau
et le_ bâtiment intérieur. Des pierres tombées umforme couvert d'étoiles et de colliers pas~
du vieux rempart s'amassent dans un coin, et sant comme un éclair de feu dans un ~Ua"e
0
des mares de boue font des trous noirs dans de poussière.. ..
le pa_l'é en mauvais état. De côté, un méchant
Le vieux vétéran vous tire de votre rêverie
escah~r, à moitié détruit; en le gravissant, el vous entraîne plus Join.
·
tant bien que mal, on arrive à la plate-forme
.,- Voilà la chambre où il écrivit sa derentouréa du mur d'enceinte. A droite et
n:ere lettre à sa femme; ici, il prit un bain
gauche, s'allonge une file de chambres basses d eau de Cologne, que l'on fit venir' exprès de
et étroilès, qui conservent les traces d'un M_ont~leone; là_, dans cette petite pièce, se
moderne nettoyage. Par un corridor lon"' rcumt le conseil de guerre. Les soldats s'ali.
'
o
d,u_ne d. ouzame
de mètres, on aperçoit la 9nè~ent sur deux rangées, car le corridor est
pellle ville, accrochée sur sa colline. Au bout etro1t, le dos tourné à la plate-forme. lui
de ce _couloir, s'allonge un étroit passage qui debout à l'extrémité, les épaules app~vée;
aboullt à une porte lézardée et crevassée. Une contre l_e mur _d'enceinte. Voyez le trou "des
légère poussée la fait tourner sur ses cronds balles; il y a_va1t douze soldats : quatre trous
rouillés et montre une pièce sombre. faut en .haut, trois au milieu, un en bas.... Les
entrer à 11uatre pattes pour ne pas se heurter lr~1s . balles qui manq uent le frappèrent à la
la tête ; le sol est glissant, inégal, semé de po1trme; celle-là' au fond, lui blessa le flanc.

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JI

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celle-ci, en haul, lui efllcura le front; une
autre pénétra dans la joue droite .... J'ai su
Cl'la par mon père, qui le Yil mort, dans sa
bière .... Il ressemblait it sainl Georges ....
El pendant que le vétéran baYarde, je
regarde ces chambrrs qui n'ont plus de
portes. Lui, pendant 11uc le conseil de guerre
le condamnait, penché sur l'appui de la
fenêtre, il écrirait cc poème de douleur, de
fierté, de noblesse, de charité chrétienne,
qu'est sa lettre à Caroline. C'était un jour
d'automne, comme aujourd"hui. La brise
apportait le son des cloches de la petite ,illr.
dorée par le soleil, les fenêtres toutes scintillantes; la mer étendait son azur calme, rayé
par le passage de quelques voiles blanches;
le Stromboli fumait, enYoyant vers le ciel pur
son mince panache de fum{&gt;e .... Et le prisonnier traçait, devant celle mer, devant ce
soleil, devanl ce ciel, des paroles d'amour el
de pardon, tandis que. les soldats, à quelques
pas, chargeaient leurs fusils ....
El pendant que le vétéran bavarde, j'examine ces trous noirs dans la blancheur de la
chaux : c'esl là que le drame a laissé sa
marque. La prison, le corridor, les chambres
ont existé avanl el après lui, et ne disent rien
à l'esprit, si on n'y place pas la victime, les
bourreaux el les juges; mais ces lrous onl été
faits ce jour fatal; ils inscriYent sur le mur
la date de la catastrophe; ils sont les témoins
visibles et actuels de cette sanglante histoire.
EL maintenant que vous connaissez le
théâtre, écoutez le drame quis'~ est déroulé....
li

Fn jour d'octobre de l'année 1815, à Pizzo,
sur la grande place située entre le château el
les quartiers populeux, une compagnie de
miliciens faisait l'exercice sous le commandement d'un vieux sergent, attendant l'heure
d'aller à la messe, car c'était un dimanche.
Tandis que les soldats évoluaient sur la
place, les habitants, en habits de fètc, flânaient par peli ts groupes ; des curieux, la
pipe à la bouche cl les mains dans les poches,
examinaient les militaires, et devant les boutiques, ba,ardaienl les commrres; dans les
ruelles sales et puantes du faubourg grouillait Loule une foule, mi-nue, de femmes et
d'enfants, sortis de leurs taudis pour jouir du
soleil automnal, qui brillait dans l'air agité
par de joyeux carillons.
Cependant les mall•lots et les portefaix,
assis ou debout près du mur qui surplombait
la mer, examinaient le golfe, où, depuis le
matin, étaient apparus, l'un derrière l'autre,
deux points noirs qui grandissaient peu à peu.
Ce n'étaient pas des bateaux rerenant de
Naples ou de Messine, car ils seraient renus
par la pointe de Briatiro ou par le cap Rizzuto; ce n'étaient pas non plus des barques
de pêcheurs, car elles n'auraient nsé s'aventurer si·loin en mer un jour d'octobre, quand,
d'un instant à l'autre, le libiccio pouvait
s'élever el sou fller une de ses terri bics tempêtes. Et les mariniers écbangeaient leurs
réOcüon:-, la main sur les yeux : les deux

points prenaient figure et les ,oile~ émergeaient, toutes blanches, sur l'azur clair du
golfe. La première barque, qui remorquait la
seconde, l'ut rcconnur. pour ètre une petite
canonnièr&lt;'; l'au Ire avait la forme d'un bateau
marchand. Il, s'arrêti•renl il deux millc•s de la
côte: puis, aprrs un instant, ils reprirent
leur course, en s·aidant des rames.
Cependant, cbo,e rtrange, ils ne se dirigeaient pas rers le mouillage ordinaire des
na,·ircs, c•l en même temps les mariniers qui
rrgardaicnt du haut de la place ,·irent bisser
sur le grand mât un parillon, dont la bise
agita les trois couleurs.
- Oh! oh! firent les portefaix.
- On dirait quïls se dirigent vers le
l'ieu.t Frll'l ....
- lis ont donc un pont mobile?...
- Allons roi r !
- Faites comme vous Youdrcz, je ne me
dérange pas, déclara le plus âgé.
Pendant ce temps, sur la place, au milieu
des curieux et des habitants, résonnaient les
commandements du sergent et le choc des
fusils sur le pavé.
Bientôt les deux bateaux furent près de la
ril'c. Deboul, à l'ayant, se tenait un homme,
le chapeau empanaché-, l'habit brodé, a,·ec des
épaulettes dorées, des étoiles de diamant sur
la poitrine, une longue épée pendue à un
ceinturon d'or, dans lequel étaient passés
deux pistolets; derrière lui, des soldats et des
officiers, armés de fusils et de sabres. Ils
sautèrent à terre sans se presser et les matelots curent une minule &lt;l'étonnement.
- Ce sont des soldats cl des offici&lt;'rs
royaux, observa l'un d'eux.
- lis auraient dù attendre la risitc de la
Santé cl de la Douane....
- Diable! cela devient sérieux! ... s'écria
un porlefai~ en Yopnl un de, o01ciers déployer
le drapeau tricolore.
El les militaires, sans sr douter de ce qui
se passait sur la plage, continuaient leurs
érnlutions, tandis que des badauds, allirés par
les exclamations des matelots, s'approchaient
d'eux et, à leur tour, restaient stupéfaits.
Le cortège s'était mis en marche, précédé
par l'homme au chapeau empanaché el par
l'officier qui tenait le drapeau. li traversa la
plage C'ncombréc de barques ensablées, de
câbles enroulés, de filets tendus, et il se dirigea Yers les premières maisons, au pied du
pic, là oi1 commence la petite rue taillée dans
le roc qui monte jusqu'à la place. Debout sur
le seuil de leurs portes, les femmes el les fillettes, partagées entre la peur el la surprise,
examinaient ces individus tout brillanls d'or
et de broderies, armés jusqu'aux dents.
Aux fenêtres apparaissaient les têtes briîlécs
des matelots, de pàles visages féminins, avec
le nez long et pointu qui esl la caractéristique
de Pizzo; de rugueuses figures de grand'mères :
chacun se demandait ce que \'oulait cette petite
troupe qui montait à grands pas l"étroit senLier boueux el rempli d'ordures. Quelque
gamin demi-nu, attiré par l'èclal des uniformes, sui\'ait ces gens, curieux et timide;
quelque portefaix, quelque vieux marinier,
.... 258 ....

,.

les accompagnaient de loin, se rappelant
\'aguemenl d'avoir rencontré autrefois ce personnage empanaché à la tète d'une suite de
généraux et de soldats, cl de l'aYoir applaudi.
à Pizzo même, comine il convient à de fidèles
sujets, aimés de leur souverain.
Puis, les portes cl les fenêtres se fermèrent ;
un silence troublé suiYil le passage de ces
hommes qui marchaient en rang, serrés derrière leur seigneur el maître.
Les matelots aYaient quitté leur poste
fayori, sur le mur de la place, et s"étaienl
groupés à l'entrée de la rue, comme pour aller
à leur rencontre. A eux s'étaient joints les
badauds el les curieux qui flânaient au soleil,
et quand la petite troupe parut, ils s'écartèrent devanl elle.
Alors une clameur s'échappa de la poitrine
des nouveaux ,enus, qui se serrèrent autour
de leur chef :
- Vive Sa Majesté le roi Joachim Murat!
Les miliciens, commandés par le vieux sergent, ne bronchèrent pas; ce peuple, qui,
cinq années aupara,·ant, avail réveillé les
échos des vallées de ses cris d'enthousiasme,
resta silencieux et recula, presque épouvanté.
- BabitanlS de Pizzo, s'écria celui qui
portail l'uniforme de général, en 1'1randissant
le drapeau tricolore, voilà votre glorieux roi
Joachim, que ,·ous acclamiez autrefois, heureux de ses bienfait&lt;. Répétez maintenant :
&lt;c Vive notre roi Joachim Murat! l&gt;
Quelques gamins et un ancien soldat reYenu
de la campagne de l\ussic répondirent faiblement; mais les autres se relirèrrnt el all~rent
s'enfermer chez eux.
Alors, le roi se plaça devant les miliciens
et dit :
- Allons, courage, sergent. ...
El se reprenant :
- ~on, capitaine .... Faites ballre les tambours el suiYez-moi !
Le sergent resta interdit, comme foudro1é
par ce regard qu'il a\'ait si souvent vu briller
dans la fumée des champs de bataille el par
celle voix habituée au commandement qui,
aux heures troubles du cnmbat, avail su exciter les forts cl les conduire à la victoire.
Puis, se tournant vers le tambour, il lui
ordonna de ballre l'appel.
Mais le tambour n'obéit pas: Mp, dans les
rangs, on entendait des murmures et on dcYinail une certaine hésitation. L&gt;t ~uite du roi,
à quelques pas en arrière, immobile, épiail
sur le visage des miliciens les divers sentiments qui les agitaient.
Enfin, Joachim Mural, se tournant YCrs
eux, leur dit d«' sa ,·oix impérieuse et insi•
nuante :
- Je suis votre roi, votre général, \'0lre
compagnon d'armes : vous ne me reconnaissez donc pas?
Personne ne répondit, mais les rumeurs
grandirent; puis, en un clin d'œil, les lignes
se brisè•rcnl, et à pas lents, comme honteux,
les militaires s'éloignèrent, les uns 11 la suite
des autres.
Le roi el les siens restèrent seuls. Lrs
portes et les fenêtres claquaient avec un bruit

'-_--------s;r. Dans les faubourgs, au fond des maisons
e dei_ g~lctas, les matelots cl lrs débardeurs
se rcllra1ent, effrayés.
Al
1· ffi · •
,. , , ors,F o !Cler au drapeau , qu·1 e·1a1't le
1
oenrra .. ranc~s~hi, s'approc·ba du roi :
- ~ire, &lt;l1t-1l, allons à Monteleone
.
est la ville de la noblesse et sur IaqueIle,vous
qui
compter : celte canaille est ingrate Cl

rà:~:~z

Le roi consentit sans prononcer un mol cl
accompaiwé
des siens • 1·1 se d'mgea
·
~
,ers 'une'
ruelle, prophétiquement appelée le cl .
de,; Mort.
.
zemm
.
. s, qui monte, traversant le pays
Jusqu au sommet de la colline où se
,
troul'e la grande route. La ruelle est
escarp~~• bordée de palais et de
r(1~um1eres, dans lesquels se réfug1a1ent les g&lt;'ns terrifiés.

Ces paroles trrs habilrs conrainquirent 1
populace, déj~ e~citéc par l'or et les pierrerir:
entrernc:&gt;s,
, d fs1. bien que nombre d'bab'1tants,
armes
e• us1 1s el de pistolets·, sort'1ren t de
1
eurs ma1~ons, qui seuls n'auraient pas eu le
couragr
cette poianée
de braves.
E l ,d .attaquer
d
o
_n rames ~ne par la roix du traitre, le!;
habitants• de .Pino. se décidèrent à 1e sunre.
..
Et
une nnglamc d entre eux descendirent ar
une ruelle de trarerse pour barrer la rout~ à
Murat el à sa suite.
Il y avait p~r hasard à Pizzo un capitaine
de gendarmerie, revenu de Sicile à destination

petits ports. Les uns étaient armés de b:Hons,
les aut~es de pierres, de râteaux ou d'épieux.
Ils _prirent le chemin des M01·ts, chacun
esperant en son for intérieur arriver le prerrue~ po?r remporter la prime espérée.
Btenlol les maisons qui bordaient la rur
f~renl_ dépassées, et la grande route_ œuvrc
b1enfa1sante du règne de Joachim _ se déroula, serpentant sur la cote des mo"ntagnes
et le capitaine cl ses hommes s'arrêtèrent'
étonnés.
'
Au-dessous de la route, dans un jardin,
dont les r~hers_ recouverts de plantes descend_aient Jusqu'à la mer, Mural cl les
siens étaient assis, dans une allilude
de repos ou d'attente. En voyant cette
populace déboucher 11 l'i~pro\'isle
Mural eu~ un mome~l la douce espé~
rance qu en souremr des bienfaits
r_cçus ces gens venaient à lui pour
1acc~amer. Aussi il se le"a, le visage
souriant, et alla à la rencontre du
capit&lt;1ine de gendarmerie.
- Soyez le bienvenu 0"énéral
lit-il en lui tendant la mai~.
'
. Trentac1pilli, confus, hésita un
mstant : la foule des Joquetrux commença à murmurer sourdement•
alors, celui-ci comprit que toutr rC'~
traite était impossible, et quoiqu&lt;:
e~rayé par la suite du roi, !JUi s'ét~it approchée &lt;'ll silrnce, il balbutia:
.
Au nom du roi et &lt;le la loi,
Je vous arrête.
Et il allongea le bras. Mais les
partisans muratistes poussèrcn l un
cri dr colère el de menace, si hien
que les assaillanLs reculèrent épou, anttis. Le général Francescbi, saisissan~ son pistolet, Yisa Je capitaine et
allait le tuer si Murat ne l'et'lt arrèté
en criant :
---:- Xon, général, celui qui fait son
devon· ne mérite pas la mort.
Puis, se tot~rnant vers Je peuple :
•
- Au reY01r, messieurs, fit-il en
olant son chapeau el en se dirigeant Yers la
grande route.
Per~onne _ne bougea; quand, tout à coup,
des baies qm bordent le chemin conduisant à
Mo?teleone, jaillirent des cris et des imprécations suivis de coups de feu . Alors toute
cette pljibe qui était restée indécise, prête à
recul~r el à rentrer tranquillement à Pizzo,
se_ mit à p~usser des hurlements sinistres. Le
roi ne savait que faire ... . Mais les siens allaqués ~ommençaient à se défendre : un soldat
blcss~ au genou était tombé. Le général Francescb1, se tournant vers ~[urat, cria :
- Au bateau, ·sire, au bateau,
_Et il se précipitn vers la mer, ~ntrainant le
roi et les autres; &lt;lei:rière eux éclataient les
coup~ de fusil, siffiaient ·l-es balles, roulaient
les pierres. Les femmes étaient ,·enues grossir
1~ foule, emplissant l'air de Jeurs vociférations et de leurs injures, jetant des cailloux
à ces malheureux, el deux d'entre eux, frappés au\'. épaules, tombèrent, roulèrent el

F,-------:-=--==-----:=--e::----- ---

Ill

La place, restée déserte, se repeuP!a peu ~ peu, d'abord des plus bar~1~,. ensuite des plus timides, qui sa,a,ent
que
·
.
. les partisans frança1s
avaient pris le chemin des Mo1·ts pour
~r ~rnd~c à Montelcone, distante de
,, k1lonwtres cnl'iron.
Alors, ~i1.zo se réveilla; les habitants
, , . sortirent des maisons ou, I.1S
s cta1ent enfermés, se réunirent en
gr~upe~ nombreux, discutant avec
ammallo? l'é\·éncmcnt qui venait de
sr produire.
, - Tu as vu ses diamants?... Et
1or. de S('S
.
, broderieo')
~ · · · • Il do"t
1 avoir
p_lern d ~rgenl dans ses poches !...
~fous au~1ons pu nous en emparer si
n_ous .avions été un peu plus audacieux ....
- Un bon butin à prendre!. .. Et
le gouvernement, au lieu de nous
mettre en _prison, nous remercierait
rt ,nous ~c~mpenserait peut-être ....
f cls cta1ent les propos du bas
peuple: Les bourgeois baYardaient,
1~ca~sa1enl, caquetaient sans aller
s110111. Un d'entre eux, dont la chronique dit
1l' nom
· tais
• par convenance
. ' ma·15 que Je
allai~ de groupe en groupe, échauflant Ir~
esprits
t d contre le roi JoachlDl', aceue1·11·1 a vcc
-~'1,t _e chaleur cinq ans auparavant quand
1 eta1t ,,enu à Pizzo avec un grand dépl~iement de luxe.
L'homme dont je parle, qui avait subi jadis
un~ g~avc offense de la part d'un gouverneur
en,o}~ par ~urat, s'était vengé dès ie retour
du roi Ferdinand de Bour bon,· et crai&lt;rnant
dPS
o il
:·. rcp
. résa,·11es s1· Mural revenait jamais
a1a1t
Juré
avec
q
I
rt·1·,
'
les d
.
ur qucs a i ics de trarerser
ï cs~ems de l'audacirux Français Aussi
:ncoura!t de maisons en boutiques, d~ taudi~
..~al;rs, parlant aux uns de l'allachement
qu i s eva1enl à leur roi légitime parlant aux
autres
'
ca
l de la récompense que rapporterait
la
p udre dou la mort de Murat, - parlant à
lou
· à laisser
.
1 Y aYa1t
fi s u, anrrer
o qu•·1
libre ce
orcene, et aussi de la vengeance que le gouvernement bour bomen
· 1rera1t
. tomber sur eux.

]OACIII\I MURAT.

D".ip,•ès le taNeJI/ du BAl&lt;ON GROS

de_ Corenza. Originaire de Pizzo, où demcura~ent sa femme et ses enfants, il était YCnu
vo1~ les siens ~ ,·anl de partir pour sa nom·elle
rés1~e!1ce: Il s a_ppclai_L Georges Trentacapilli.
L h1sto1re, qm oublie souvent les véritables
héros, écrit en caractères indélébiles certains
n_oms dignes de rester plongés dans l'obscurité. Trentacapilli, qui était chez lui avec sa
famille, apprit l'é, énement par des \'Oisins
qui vinrent lui dire que c'était à lui, capitain~
de gendarmerie, de s'opposer aux menées de
~lle p~ignée de séditieux; qu'il y allait de sa
reputa_tion, de son honneur, de son aYenir et
du pam de ses enfants. Lui, à contre-cœur
se rendit sur la place; mais, en la voyan~
dé_scrte, i_l respi~a, et alors, apprenant que le
roi Joachim était parti depuis une heure il
crut faire du courage à bon marché en p~oposant à la bande de le suivre.
lis partirent, le capitaine marchant à la
tête des portefaix, des débardeurs et de tout
ce qu'il y a &lt;l'infirme etde misérable dans les

�(7

111STŒ{1.Jl ----------------------------------------•.!&gt;

demeurèrent inanimés au fond d'un ravin.
Cependant, des ruelles et des sentiers qui
descendent de Pizzo au port, d'autres gens
armés couraient se porter à l'endroit où le
roi serait obligé de passer pour s'embarquer.
Et lui, sautant de roc en roc, franchissant
les obstacles, tombant pour se relever, glissant sur la pierre, s'accrochant a11X buissons,
laissant à chaque branche des lambeaux de
ses vêtements, courait sous les projectiles. De
la main droite, raconte le manuscrit où je
prends ces détails, il tenait œ l'air un mouchoir blanc, et de la main gauche il agitait
son chapeau, aYCC lequel il détournait les
halles, donnant ainsi raison à sa réputation
d'Achille invulnérable.
La suite du roi s'était dispersée dans la
campagne et dans les ravins. Le général Franceschi el le capitaine Pernice restaient seuls
auprès de lui. Le visage et les mains en sang,
les rètements déchirés, désespéré de la perte
de ses hommes, humilié dans son orgueil,
Joachim Mural, le preux, - sinon sans reproche, du moins sans peur, - le téméraire,
qui chargeait seul, une cravache à la main,
les escadrons ennemis, ce brillant héros se
sauvait devant une populace qui avait le làchc
courage du nombre et qui le poursuivait
comme un sanglier dans les halliers, rendue
cruelle par celte chasse à "l'homme et par
l'appùt du butin; il fuyait dans une descente
vertigineuse, tandis que derrière lui Franceschi criait :
- Sire, prenez garde! ... Songez que vous
nous appartenez!. .. Aux barques, sire, aux
barques! ...
Enfin, le roi, plus agile que les autres,
arriva le premier en bas de la roche, là où
commençait la plage, cultivée de quelques
jardins. A un tournant, éloigné d'une cinquantaine de mètres de l'endroit où devait
passer le fugitif, une poignée d'hommes armés
de carabines s'étaient postés derrière un
groupe de maisons. Murat, dans sa hàte, ne
sut pas éviter un filet que les matelots avaient
tendu au soleil; les l9ngs éperons de ses
bottes s'y embarrassèrent; arrêté dans son
élan, il tomba, et alors il devint le point de
mire de vingt fusils : au milieu des vociférations de la foule, vingt coups de feu éclatèrent; mais, à l'étonnement de tous, qui le
croyaient tué, il se dégagea du filet, se releva
et continua sa course. Enfonçant dans le sable,
haletant, quoique encore plein de force et
d'ardeur, il entra dans l'eau jusqu'à mijambes et se mit à héler les deux barques qui
s'étaient éloignées de la rive et, toutes voiles
dehors, fuyaient vers la pleine mer :
- Barbarà, Barbarà, Barbarà !
Franceschi et le capitaine Pernice, qui
avaient rejoint leur maître, faisant un portevoix de leurs deux mains, appelèrent à leur
tour :
- Barbarà, Barbarà, Barbarà ! ·

Personne ne répondit; les deux bateaux
filaient rapidement, en s'aidant des rames.
Cependant, le peuple continuait à emplir l'air
de ses clameurs et à s'exciter par des cris à
cette abominable chasse.
Peu à peu, comme une avalanche de boue
qui grossit dans sa chute, ces misérables gens,
avides de sang et plus encore d'or, s'unirent
à l'autre bande: femmes en haillons, affreuses
mégères, vieilles mendiantes, toute celte pourriture humaine qui vivait dans la fange cl dans
les immondices.
Franccschi et Pcrnice essayaient, à force de
bras, de soulever une vieille barque ensevelie
sous le sable, pour rejoindre le bateau de
Barbarà, sourd à leurs appels.
- Majesté, Majesté, criait Franceschi,
faisant des elforls surhumains, venez, au
nom du ciel!
Le roi était immobile, les bras croisés, la
tète baissée; il tressaillit, puis il se précipita
vers les deux officiers el les aida à remuer la
bar1ue.
L embarcation restait immobile - retenue
peut-être par la main &lt;le fer de la fatalité.
La foule, descendue sur la plage, s'avançait
à grand bruit; arrivée à quelques pas du roi,
elle s'arrèta, ne cessant de vomir des injures.
Alors, Franceschi, indigné, ne put pas se
contenir et tira un coup de pistolet.
Les assaillants poussèrent des hurlements
de rage, vingt carabines se braquèrent sur
ces trois malheureux, vingt balles sifOèrent,
et le capitaine Pernice roula par terre, foudroyé, le crâne fracassé.
Murat jeta un regard douloureux sur son
fidèle partisan, qui gisait sur le sable, dans
une mare de sang; il se redressa de toute sa
hauteur et, s·appuyant contre la barque, il
toisa la troupe hurlante, dans une posture
agressive.
Ils restèrent un moment à se considérer,
dans un grand silence : la canaille, intimidée
par ce regard hardi, par cette màle altitude;
et lui, les vêtements en lambeaux, le visage
ensanglanté, les cheveux en désordre, beau,
fier, défiant des yeux les làches qui l'entouraient. Ceux-ci , dit le manuscrit déjà cité,
ceux-ci semblaient atterrés par l'aspect léonin
du roi et par sa superbe; puis, honteux de
trembler devant cet homme désarmé, les
agresseurs, qui étaient assez nombreux pour
couvrir toute la plage, avançaient d'un pas et
reculaient à un geste menaçant, tandis que
ceux qui étaient à l'abri, par derrière, cherchaient à exciter les autres et les poussaient à
attaquer cet ennemi isolé. Enfin, le roi appela
le plus proche, un calfat appelé Giorgio Grillo,
et lui dit :
- Je me remets à vous et j'espère que
vous ne m'en ferez pas repentir!
La populace, tremblante devant le roi
menaçant, devint féroce quand elle le vit faire
d'amicales avances. Le cercle se resserra

autour de lui, et il fut surpris par celle
agression imprévue. Ce qui se passa est horrible à raconter. Comme une meute en délire,
les femmes s'élancèrent sur lui, lui donnèrent
des coups, le renversèrent, lui arrachèrent
son uniforme, l'égratignèrent, lui tirèrent les
che1•eux et la barbe. Sous celte horde de bêtes
fauves, qui se disputaient, sur son corps
même, l'or et l'argent de ses rètcments, il ne
remuait pas, il ne cherchait pas à se défendre,
il ne poussait pas un gémissement, si bien
que cette racaille, qui lui crachait au visage,
en vomissant des injures, émut la pitié d'un
certain Pascale Greco, patron de barque, un
homme de force herculéenne et de grande
autorité, qui, à coups de pied et à coups de
poing, réussit à arracher des mains de ces
forcenés le prisonnier, tombé à terre, l'invita
à se relever, l'assurant qu'il ne lui serait fait
aucun mal.
Et le roi se releva: il avait la figure abimée,
égratignée, sanglante, les habits en lambeaux
montrant sa chair. Il avait du sable dans les
yeux, dans la barbe, dans les cheveux, mais
il gardait toute sa majesté et toute sa beauté.
Il s'appuya sur le bras de son sauveur et se
dirigea vers Pizzo.
Les assaillants, quoique frémissants, s"écartèrent : des nouveaux venus cherchaient à se
faire place, pour apporter, eux aussi, leur
tribut &lt;l'outrages et d'olfenses; une vieille
sorcière s'approcha du roi et, le saisissant par
la barbe, lui lança un jet de salive au vi~agr.
Murat, qui était pàle, dit la chronique,
devint livide, mais ne fil ni un geste ni un
mouvement: peut-être, en cet instant suprême
d'atroce martyre, se sentait-il victime de la
réaction qui suivait l'épopée révolutionnaire.
Cette épopée, commencée par le meurtre d'un
roi de droit divin, au nom d'un idéal, devait
s'acheYer par le massacre d'un roi de droit
humain, au nom du vol et de la barbarie. Aux
grands hommes de la République, aux Robespierre, aux Danton, aux Marat, aux SaintJ ust, juges de Lonis XVI, la réaction opposait
les va-nu-pieds de Pizzo, les bourreaux de
Joachim Murat, - le preux des preux, le
meilleur des rois.
J'aurais voulu taire toutes ces infamies,
que j'ai atténuées au lieu de les exagérer, si
l'amour de la vérité ne m'avait forcé à écrire
cc que m'ont appris les témoins oculaires et
les mémoires. Mais dans ce cadre, au milieu
des cruels habitants de Pizzo, la figure de
Joachim Mural, maculée de sang et de boue,
apparait plus belle que sur les champs de
bataille, roi brillant d'or et gue~rier scintillant de pierreries, en tète d'une nuée de
cavaliers, que sa voix puissante conduisait à
la victoire.
Et nous allons le voir se qresser fièrement
devant les fusils de Ferdinand de Bourbon et
finir dignement la Yie d'un héros par la mort
d'un héros.
Adapté de l'i/alim par

(A sui1 re.)

MADAME

JEA

CARRÈRE,

UNE COMPAGNIE D'INFANTERIE

sous Louis Xlll ·

.
Gravure
de CALLOT.

Histoire d'un cadet de ProlJence
PAR

AR.VÈDE BA.R.INE

Il e~t peu de Parisiens qui ne soient allés
au morns une fois dans leur vie à Porl-Royaldcs-Champs.
Que l'on y soit conduit par la curiosité ou
qu~ l'on s'y rende en pèlerin, il est difficile
a~Jourd'hui de s'expliquer l'impression de
tristesse que causait aux visiteurs du dixscp_tième siècle ce petit vallon humide et
frais. Ils s'accordaient Lous à Yoir un cc affreux
désert n dans l'agréable solitude si heureusement décrite ~ar J~lcs Lemaitre : cc Le plus
doux paysage lrança1s, neurs ombraf}'cs eaux
1egcrcs,
, '
'
0
'
courbes du sol et ondulations
caressantes, ciel tendre et souwnt mélancolique,
enveloppe ces souvenirs .... )J
, ~es contemporains de la mère Angélique
ctaien~ fermés au charme unique du «paysage
français &gt;&gt;.
li leur, fallait
arrancrés
où lrs
, des pai·sarres
0
0
'
a1·br~s n avaient point poussé au hasard, où
1~ rwssea~ ne coulait point à l'aventure, où
1intervention de l'homme apparaissait en tout
et partout. Les grâces naturelles du vallon
de Port-Royal étaient trop discrètes pour des
gens accoutumés aux inventions compliquées
et aux cc curiosités JJ bizarres des jardins
dans le goùt italien.
~•e~s~ence, des solitaires de l'abbaye sem~la1t d ailleurs parfaitement assortie à c, l'affreux désert l&gt;. L'un des cc messieurs &gt;&gt; gardait

les bois, un autre fabriquait les souliers, Arnauld d'Andilly défrichait, l'abbé de Pont?hâteau était fossoyeur. Entre ces besorrncs
~n~ratcs et lc~rs aus~érités, le public ne viyait
0 uerc_p~r ou aura1_t ~u se glisser un rayon
de ga1ete, - de gaietc mondaine, s'entend·
car pour la joie spirituelle, on sait si Port~
Royal en regorgeait.
II_ e~t pourtant ce~tain que l'on ne s'y inter~1sa1t pas le sourire. Quelques solitaires
avaient des souvenirs si pittoresques du temps
où ils étaien~ dans le monde, que les autres
ne se refusaient pas le plaisir de leur faire
raconter l~urs aventures. Il arriva ainsi qu'un
beau matm - c'était vers 1657 - Thomas
~u. Fossé,. que l'on occupait d'habitude à
ecrire d~s vies de ~~ints, fut prié par les autres
cc messieurs l&gt; d mterrompre ses pieux travaux pour noter les souvenirs d'un ancien
officier aux gardes, Louis de Pontis, retiré à
Port-Royal après une carrière fort accidentée.
li. arni t semblé à tous que l'on ne devait pas
laisser perdre la mémoire d'aventures aussi
merveilleuses.
L'affaire n'alla pas toute seule. Ou Fossé
emmenait Pontis à la promenade et tâchait de
le faire parler; mais Pontis était très vieux
très sourd et d'une conrcrsation tant soit pe~
déc_ousue .. Cahi,n caha, avec du temps et de la
patience, 11 fiml cependant par se laisser sou... 261 ...

... 26o ...

-

_tirer ce 4u'on .va lire, et beaucoup d'autres
-choses qu'on ne lira point, parce que ce serait
trop long.
L~ père de Louis de Pontis était un bon
genhlhomme provençal qui avait lonotemps
0
scr1•i le roi de France.
Il mourut en 1597 avant d'avoir pu élcrer
les plus jeunes de ses enfants, et sa femme
n~, ~rda pas à le suivre. Le fils aîné, qui
n_ et~1t pas Louis, hérita de la !erre de Pontis,
s1Luec. s~r les confins de la Provence et du
Dauphme; les autres n'eurent rien.
,Louis avait_ alo_rs quatorze ans, et son grand
fr~re ne para1ssa1t pas disposé à s'occuper de
lm. ~n garçon de son âge se trou\'Crait de
nos_ Jours fort en peine daus celte situation.
mais tout était plus simple il y a trois cent;
~ns. : c'. Je sentis, disait-il à du Fossé, une
!ncl1?at10n extraordinaire pour la. guerre, et
Je _r~solus de ~om~encer à en apprendre le
meller. )J Il s enrola dans un réaiment ,
l'
fi
O
ou
on ne 1t aucune difficulté pour l'accepter
et ~• passa une année, pendant laquelle sa vo~
~t1_0~ acheva de se dessiner : il ne rêvait
dec1dement que plaies et bosses.
' La_ premi?re. conditi?n pour réussir était
d av_o1r u? eqmpage digne de sa naissance.
Louis
. d rcvrnt
. au villao-e
o dans l'espoir de 11rer
pic ou aile de son aîné, et n'y gagna que de

�r-

111ST0'/{1A

,

--------------------------------------.#

de,enir le miel de la maison. Son frère l'employail « aux soins du ménage » el paraissait
bien décidé à le confiner dans ces occupations
pacifiques.
Au boul de quelques mois, l'enfant n'y tint
plus : - Je pris résolulion de m'en aller à
Paris et de tra,ailler par moi-même à m'avancer comme je pourrais dans le monde.
li jet:1 sa souquenille aux orlies el s'en alla
crier famine auprès de sa parenté. Une tante
remplit son escarcelle, un oncle lui donna un
petit cheval, et le voilà parti. Son plan était
d'entrer dans les gardes du roi de France.
li J réussit, malgré sa jeunesse, ou plutôt
it cause d'elle. Les officiers s'inléressèrent à
cc petit qui était seul au monde el qui s'annonçait comme singulièrement hardi. Louis
de Pontis entra au régiment des gardes et les
.n·entures ne se firent pas attendre.
La première tourna très heureusement pour
lui. La cour de France se trouvant à Fontainebleau, le bon roi Henri IV fut pris de jalousie contre un inconnu que l'on avait entrevu rôdant la nuit dans les corridors. Il
voulut absolument savoir qui était celle ombre, où elle allait, el ce fut ce morveux de
Pontis, grâce à ses protections, qui reçut la
mission de tirer l'affaire au clair. On lui remil
un passe-partout ouvrant toutes les portes du
chàteau el on lui enjoignit de se cacher la nuit
suivante dans une galerie par laquelle l'inconnu ne manquait jamais de passer. La consigne était de le suivre, sans prononcer un
seul mot, jusqu'à ce qu'il fùt rentré dans sa
chambre.
A onze heures, Ponlis était à son poste. A
minuit, il entendit marcher; mais il faisait
trop sombre pour rien distinguer.
li sorlil de sa cacheltc, fut entendu 11 son
tour, et alors commença une chasse à l'homme
silencieuse.
L'ombre connaissait parfaitement les aitres.
Elle se &lt;&lt; coulait n si doucement el si vite
d'une galerie à l'autre et de salle en salle,
que Pontis, toul leste qu'il fùt, avait fort à
faire pour ne pas la perdre. Ils arrivèrent
ainsi à la galerie des Cerfs, dont la porte se
fermait de chute. L'homme la tira vivement
derrière lui et se crut sauvé. J son grand
étonnement, elle se rouuil, el il se sentit
sui,,i comme auparavant.
Il sortil du château el prt'.•cipita sa fuite à
travers les côurs cl les dépendances. La chasse
continuait toujours. L'inconnu avait beau
ruser, faire cent détours cl cent crochets, les
pas le suivaient. li faisait clair de lune, cl
Pontis aperccvail maintenant son homme à la
traversée des zones lumineuses.
Tout à coup, le fugitif disparait dans un
jardin. Pontis court, fouille, écoule, ne trouve
rien et n'entend plus rien. Il se désolait déjà,
lorsqu'il eut l'idée de regarder dans une ombre que le contraste du clair de lune rendait
profonde. L'homme y était. Se voyant pris,
ce seigneur fonça sur son poursuivant avec
des exclamations el en portant la main à son
épée. Fidèle à sa consigne, Pontis ne dit mot
et se contenta de se mettre en défense. L'inconnu s'arrêta aussi, fit ses réflexions cl rentra

se coucher. Pontis le suivit jusqu'à la porte
de 5a chambre el s'y mil en faction.
li n'y fut pas longtemps seul. Quelqu'un
parut au bout du corridor, en robe de chambre, et une petite lanterne à la main comme
dans les mélodrames. C'était Henri IV qui
venait aux nouvelles. Il se fit tout raconter et
demanda à Pontis ce qu'il aurait fait si le
seigneur l'avait attaqué.
- Je me serais défendu, sire, car Votre
Majesté m'avait bien fait commander de ne
point parler, mais non pas de ne me point
défendre.
Le roi se mit à rire, cl, quelques jours
plus tard, Louis de Pontis recevait une pension de cent écus. C'était un joli début pour
u11 cadet de dix-sept ans. Les circonstances ne
lui permirent malheureusement pas de jouir
en paix de sa brillante fortune.
Par une série de malchances, pour lesquelles
il avait toutes sortes de bonnes explications,
Pontis eut fort à faire, dans les années qui
suivirent, pour s'empêcher d'être pendu ou
fusillé. Son cœur était pur, ses intentions
excellentes, et cela finissait toujours mal. lin
jour, pour avoir pris part à un duel à six,
dans lequel cinq des combattants avaient été
tués ou grièvement blessés, Ponlis était à la
veille d'être exécuté, quand le fameux Crillon,
qui avait du goût pour lui, engagea ses camarades à le faire évader. lis ne se le fircn l
pas dire deux fois. La prison où le coupable
attendait la mort était située à Paris, dans le
faubourg Saint-Jacques. Le jour de la Pentecôte, tandis que le geôlier el sa femme étaient
allés faire leur dé1otions, des soldats grimpèrent sur le toit de la prison et coulèrent une
corde dans la cheminée de Pontis. Celui-ci ne
fut pas long à les rejoindre, mais leur manège
avait été aperçu du dehors cl il fallut jouer
des jambes, sur les toits, dans les rues, à
travers les jardins et les terrains vagues, tanl
cl si bien que le prisonnier gagna la campagne mal famée, pleine de loups-garous el de
revenants, du plateau de Montsouris. On y
perdit sa trace el il alleignil sans encombre
lt• chàteau de Bicêtre, où de· amis le cachèrent dans une cave.
Étant passé de là en Uollande, il y prit du
service, s'en alla quand il en eut assez, el fut
fort étonné d'ètre traité de déserteur et condamné à être pendu en compagnie de plusieurs autres. Ils furent tous sauvés par un
jeune Français fort en thème, qui adressa au
prince d'Orange une supplique en si beau
latin, que ce dernier la paya d'une grâce générale. Pour comble de bonheur, Crillon
n'avait pas oublié le petit cadet de Provence.
li fit aussi gracier Louis de Pontis en France
el obtint sa renlrée dans le régiment des
gardes.
Six mois plus tard, son protégé « faisait la
guerre pour lui-même ,, , à la têle d'une
bande de volontaires, sur les confins de la
Savoie, de la France et de la république de
Genève. On passait d'un pays à l'autre, scion
que l'on était serré de trop près par la force

armée. De nos jours, cela s'appellerait être
cher de brigands, et c'était aussi l'avis des
populations pillées ; mais les officiers du dixseptième siècle, accoutumés à faire vivre leurs
troupes aux dépens du public, même en terre
amie, n'attachaient pas d'importance à cc
genre d'incartade. Quand la situation ne fut
plus tenable, Pontis rentra tranquillement à
Paris cl reprit sa place dans les gardcs 9 où le
mestre de camp, M. de Cré11ui, le rrçul
« avec beaucoup de bonté n el lui donna
presque aussitôt une mission de confiance.
M. de Créqui avait aussi sa petite guerre
privée. Il disputait le château de Sa,ign),
près de Ju, isy, à son beau-frère )1. de ~fonravel, qui venait de le lui enlever par surprise el d'y mettre garnison. A la vérité, celle
garnison n'était que de trois hommes; mais
le château était entouré de fossés pleins d'eau,
avec pont-levis, qui en rendaient les approches difficiles. M. de Créqui chargea Pontis
de le reprendre.
Celui-ci emmena trois soldats de son régiment, qui n'eurent aucune objection à le
suivre (le roi de France était bien gardé), et
se présenta devant Savigny en faisant semblant de chasser. Des trois hommes de la
garnison, l'un était à se promener, le second
fut attiré au dehors par ruse, et le troisième,
se voyant seul contre quatre, s'empressa de
se rendre. Une fois dans la place, Pontis
croyait l'affaire terminée. li a,ail compté
sans Mme de Monravel, qui courut au parlement jeter les hauts cris, se fit donner un
arrèt en forme, un huissier, un commissaire,
un prévôt avec ses archers, cl les expédia tous
ensemble à Sa,•igny, accompagnés d'un bateau
pour traverser le fossé.
L'un drs archers monte à J'escalade, arrive
en haut de l'échelle el reçoit une poussée &lt;1ui
J'envoie dans l'eau. Un second est enlevé par
le collet au moment de toucher le rempart et
disparaît soudain dans l'intérieur du chàleau.
Personne ne se souciait plus de tenter l'aventure. Les assaillants firent demander du rt•nforl à Mme de Monravel. La nuit était tombée
et l'on apercevait sur les murailles plus de
cinquante mèches de mousquels, tout allumées, qui ne pouvaient ètre portées que par
autant de mousquetaires. En réalité, clics
étaient altachées à des perches. « On en mettait à tous les coins, racontait Pontis avec
une joie toujours nouvelle, el on les remuait
de temps en temps pour faire croire qu'on
rele,·ait les sentinelles. »
Mme de Monravel mobilisa la population
de quatre ou cinq villages, demanda du canon
à Paris el prépara un assaut en règle, sur
quoi M. de Créqui, sans barguigner, expédia
une partie de son régiment au secours de
Pontis. Les gardes du roi croyaient n'avoir
qu'à se montrer. Il fallut en rabattre. Mme de
Monravel, seule el à pied, leur barra le chemin du pont-levis. &lt;&lt; Vous ne passerez point,
s'éeria-t-clle, que vous ne me marchiez sur
le ventre. C'est à vous de voir si vous me voulez écraser. n Les soldats se regardèrent.
Écraser une &lt;r dame de qualité ,, , la propre
sœur de leur chef, n'était peut-être pas une

__________

1f1STÔ1'/t._'E D'UN CADET D'E P'ft._Or'ENC'E - - ~

chose à r_aire.
· lis fi renl demi-tour et regagnè- pistol~s qu'il avait dans sa ceinture. Son « arrent
è Paris• sauf deux d'entre eux qui. se glis- deur mcroyable » et son &lt;&lt; merveilleux co s rent dans 1~ château par une poterne.
rage » rempliss_aient ~e respect son jeu;e
L~ur retraite décida les assiégés à s'en aller co°:1pagnon, qm ne s ét_ait attendu à rien
au~s1. ~'obscurité venue et les assaillants moms chez un homme &lt;l'Eglise.
e~ O~IDJs, Pontis traverse le fossé sur une
Le combat durait depuis un bon moment
p ~~c e, se lance avec ses cinq hommes au Voyant que ce~ benêts de voleurs, au lieu d;
m; eu du camp ennemi et fait soudain un les ~narder, sen tenaient à l'arme blanche,
~e. tapage, a~mpagné de tels cris, que tout Pontis fit. un grand effort pour assommer le
ml, tout se disperse devant eux. lis arrirenl plus hardi de la bande. li lui alloncrea un tel
sans ·11
encombre
à Paris • où u•[ • de Créqm. 1es
d
coup de, bàto~, t!u~ !'autre abandonn~ la partie
recue1 e ans son hôtel , cl Pon11·s , en récom- el alla s asseoir a I ecarl, l'air tout affadi. Ses
pense de ses beaux états de service, ne larde
pas à être nommé enseigne.
En cette qualité, il avait été chargé de
porter
h f une lettre de service à l'un de ses
c ~ s: a~ors ~n ~landres. Étant arrivé sur le
soir a _I entrec d une forêt, l'aubergiste chez
l~quel il soupait lui conseilla fort de ne pas
s y engag~r tout seul. Pontis s'associa avec
qui avait reçu le m'm
. et
·1un chanome
•
e e aVIs,
• s .partirent de compa,,nie
.
" , le lendemam
matrn, ~ous la conduite d'un guide que l'hôte
leur avait recommandé.
.S'étant avancés dans la forêt ils rcnconlrerent un individu armé d'un fu~il l b' rcment
, d'
e izar
,
accout~e un haut-de-chausse rou e
etd u~ pourpomt bleu . (Je me suis toujours d~;andepourquoi le~ brigands d'autrefois avaient
e~ cosl~mes s_péc1aux qui les faisaient reconnaitre d une. lieue. Je n'ai pas trouvé la réponse_.) ~O?lls_ ouvrit l'œil; celte mascarade
ne lm d1sa~t rien de bon. Son guide le rassu~a; c'éta~t, disaiHI,_&lt;&lt; -un homme du pays
qm chassait &gt;&gt; • Le bois devenait très épais
Les deux voyageurs durent mettre pied à tcrr;
cl mener leurs chevaux par la bride.
Un peu plus loin, ils aperçurent trois qui~arn_s cou.chés au bord du sentier' des fusils
a coté deux. Ces gens se levèrent à leur
approche, les saluèrent civilement, el tout de
smte le~r cherchèrent querelle. Au bruit, il
en sortit qu~tre autres des fourrés, el tous
ensemble se Jetèrent si brusquement sur les
v_oyageurs, que Pontis n'eut pas le temps de
tir~r s~n épée. li saisit le gourdin du guide,
qui dctala sans demander son reste, et il se
pla~ dos à, dos avec le chanoine. Ce dernier
avait tro~vc le mo)en de tirer son épée. lis
commencerent à s'escrimer de si bon cœur
que les voleurs ne parvenaient pas à les enmer, °:1algré uae grande hallebarde avec
aqucl~e ils essaraicnt de les embrocher, et
maigre leurs fusils, dont il aurait été si simple de se servir et dont il ne fut tiré que
quelq~es coups. L'un de ces coups blessa le
~~anome à la cuisse. Toutefois, le bonhomme
~ut pas seulement l'air de le sentir. JI se battait comme un beau diable, à cause de 500

f

MM~Ù.., Lou:'., il&amp; 1''1ntiJ f "' ap
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compagnon_s làthèrcnt pied aussitôt, les ,·oya~eurs se Jetèrent sous bois, et ain~i finit
1aventure.
Pontis ne ~c,int lieutenant que sous la rég~nce de ~I~rte ~eyédicis. li le resta toute sa
par sm_te d m;ustices, /1 l'en croire. Peul~tre )~ eut-11 d'autrrs raisons. Il était un peu
mqu1etant, al'ant que de devenir un saint.
Tout e? gémissant de ne pas arnir d'avancement,. il continuait ses prouesses. Elles se
prolongerent pendant plus d'un demi-siècle
pour la plus grande joie des faiseurs de ro~
ma?s de cape et d'épée,_ qui ont puisé 11 pleines
mams dans les souvemrs de Pontis. C'était si
tentant! Un jour, dcrant Montauban, il avait
sa~ré l'armée française en opérant une reconnaissance sous le feu de plus de 2,000 hommes.

;ie,

Il _en avait été quille pour deux balles sur sa

cu_1rasse. Louis_ XIII l'avait complimenté puhlt~uement, lm assurant « qu'il s'en souviend~rut dans l'occasion ». S'il s'en souvint il
n, Y paru l pas; mais
· un Pontis &lt;&lt; sert pour
'
1 honneur n.
Une autre fois, un petit corps de troupes
dont il avait le commandement fut entouré
dans la Forèl-Noire par l'armée de l'empereur, ~Ile du duc de Hal'ière el celle de M. de
Lorrame. Sommé de se rendre à discrétion
Pontis le prit de haut avec le parlementaire ;
&lt;&lt; A. discrétion, nous autres ! Que nous nous
rend10ns à discrétion? Non, non! :Xous ne
so~mes _pas nés Français pour nous rendre.
Qu ils r1ennenl avec toute leur armée. lis
pourront bien s'en repentir. ,&gt; Renouvelanl
les exploits de SavignJ, il fit tant et si bien
q_ue les Allemands crurent a,·oir devant eux
cmq ou six mille hqmmes, au lieu de quinze
cents. Il~ rem:oyèrent leur parlementaire offrir
une cap1lulal1on honorable, qui l'ul acceptée
avec empressement.
. Cependant, Pontis approd1ait de soixante~1x ans. Il était loujour~ lic11te11ant el touJOUrs _cer1•eau brûlé. Un accident Je conrertil
soudam à une vie plus sérieuse. li l'enail
de laisser l'un de ses amis occupé à écrire.
Rap~elé ~ar le~ .c~·is d'un petit laquais,
Pontis revmt P:cc1p1tammenl sur ses pas el
trouva son ,?m1 étendu par terre, &lt;&lt; aussi
m~~t que s 1_1 y eût eu vingt-quatre heures
qu 11 fùt expiré n• Cet événement lui fit faire
des réOexions. Il s'étonna de n'al'oir jamais
pensé ~ la _mort, depuis tant d'années qu'il
la voyait s1 souvent face à face et ayant
co,ns~lté. ((, un~ personne de grande piété et
~es ecla!rec ,&gt;, il commença, d'après ses avis,
a. se relire~ du monde et à tourner ses pen~ces vers Dieu. L'année suivante le ,•il installé
a P?rl-Royal-dcs-Champs. Il travaillait aux
d?fr1c?ements sous la direction d'Arnauld
~ And11.1~ ~l Y ?di~ail les cc mc;sieurs O par
-a doc1hte. Il eta1t devenu simple el doux
comme un enfant.
Les pem:cutions le chassèrent de sa retraite
avec les a~tres solitaires. li y revint d~s que
ce fut possible et y véculjusqu'à quatre-1in&lt;&gt;tdou~e ans, malgré ses dix-sept blessures, d;1L
pl~s1eurs très gravrs. On l'enterra de,ant la
~r11l~ du chœur des religieuses, comme il
1 ara1t demandé dans son testament.
L'article qui le conœrne dans le necroloqe
~c. Port-Hopi est de la mère Angélique de
Samt-Jcan.
Que faut-il de plus'! demandait Sainle~eu,~, qui n'aimait pas qu'on attaquât
I onl1s. 11 . ne ~aut, en effet, ri('n de plus.
Ce _nom,_ a _lm seul, fait la meilleure des
oraisons funcbres au vieux cadet de Prorence.
ARVÈDE BARINE.

�PARIS AU XVIll' SIÈCLE

Il ISTORIA

+

Chapeaux et panaches
Le Parisien change avec la mème facilité
de système, de ridicules et de modes. La
ligure de nos chapeaux, comme toutes les
choses humaines, a subi le sort de la variation. Les coiffures, dans les boutiques des
marchands, se succèdent comme les nouv&lt;·lles
méthodes dans l'empire des lettres. Le chapeau haut el pointu a prévalu quelque temps,
ainsi que le style académique, qui tombe
enfin, et que l'on n'imite plus.
Cependant, pour tout ce qui varie, celle
passion qui nous pousse à créer de nouvelles
modes nous fait adopter cc que les princes
imaginent en se jouant, ou par fantaisie;
tantôt c'est l'invention d'une énorme paire de
boucles, tantôt c'est celle d'un frac.
Quelquefois des intérêts particuliers font
naître une mode ; l'origine des paniers fut
inventée pour dérober aux yeux du public
des grossesses illégitimes, et les ma~quer
jusqu'au dernier instant; les grandes manchettes furent introduites par des fripons qui
voulaient filouter au jeu et escamoter des
cartes.
Nous avons rogné insensiblement le haut
bord de nos larges feutres ; nous les avons
ensuite rendus petits; et enfin nous avons
fait disparaitre ces trois cornes si incommodes. Aujourd'hui, nos chapeaux sont ronds;
et voilà les chapeaux à la mode.
On ne les porte plus le matin sous le bras.
Ils couvrent la plus noble partie du corps, et
pour laquelle ils sont faits. A-t-on vu le Turc
mettre le turban sous son bras, les évêques
tenir leurs mitres à la main? Mellons donc
constamment notre chapeau sur notre tête,
pour garantir nos faibles cerveaux des ra)·ons
du soleil, et que ce précieux dôme s'oppose
aux évaporations de notre cervelle. N'était-il
pas ridicule de l'employer incessamment à la
main à des exercices de civilité el de minau-

font les carmes cl les feuillants depuis plus
d'un siècle, et surtout en été; le soleil échauffe
moins la tète. L'œil, qui s'étonne d'abord,
s'accoutume à tout : on porterait des chapeaux rou~es el bleus, vert-pomme et Iila~.
qu'on s'y ferait; chacun arborerait sa couleur
favorite. Ce serait nn nouveau coup .d'œil.
On commence par condamner les nouvelles
modes; chacun se récrie sur la folie changeante : au bqut d'un mois, elle est adoptée
par ses plus violents contradicteurs ; et tel
qui la fronde aujourd'hui, prendra demain
les idées qu'il avait combattues.
Il n'y a pas longtemps que les hautes coiffures, les plumes, panaches, etc., étaient sur
toutes les têtes de femmes. Et au spectacle
une rangée de femmes, placées à l'orchestre,
bouchait la vue à tout un parterre; la même
chose à l'amphithéâtre et dans les loges.
C'était un vrai désespoir pour les spectateurs : on murmurait tout haut ; mais les
femmes en riaient, et la politesse parisienne
se contentait de gronder, mais n'allait point
au delà.
Il n'y eut qu'un seul homme, Suisse de
nation et fort impatienté, qui, tirant une
paire de ciseaux, fit mine, dans une loge, de
vouloir couper l'excédent qui l'empêchait de
voir : alors, pour s'y soustraire, la dame fut
obligée de se mettre derrière et de laisser
J'ai vu Chloris, j'ai vu la jeune Hélène,
passer à sa place l'homme, qui y consentit
De rubans de Beaulard leurs fronts étaient ornés;
Le moule étroit de la baleine
très bien. Cc n'est donc plus le temps où le
Faisait gémir leurs corps emprisonnés.
parterre criait place aux dames! cl où l'on
Leurs cheveux hérissés fuyaient loin de leur tête:
ne pouvait être sûr d' une place au spectacle
Un panache orgueilleux en surmontait le faite.
tant qu'il pouvait y arriver une femme, fùtPrèl de là j'apc,·çus la Vénus Médicis;
Sa taille hbre cl naturelle
elle douairière ou borgne.
Déployait aisément ses contours arrondis.
Autrefois l'on ne pouvait voir, aujourd'hui
Tout en elle était simple et tout charmait en el le.
l'on
ne saurait entendre; le caquet de ces
J'admirai tant de grâce. et tuut bas je mè dis :
femmes
à panache ne discontinue pas penL'art e11seig11e à Cltloris à devenir moins belle.
dant toute la pièce. On entend sortir des
Hommes et femmes se coiffent beaucoup petites loges des voix bruyantes, des éclats de
mieux. Si nous sommes dans une voiture, il rire : c'est un babil qui oblige celui qui veut
nous est permis au moins d'enfoncer la tète entendre d'aller ailleurs. On en fait la redans le coin du carrosse, el nous ne risquons marque tout haut ; les causeuses l'entendent
pas d'éborgner notre voisin avec les pointes très bien; elles se taisent et puis recommende notre ancien triangle.
cent de plus belle trois minutes après. Elles
C'est toujours celui-là qu'on porte sous le sentent que la colère des hommes se bornera
bras lorsqu'on est habillé : mais on ne s'ha- à quelque réflexion maligne et qui tournera
bille plus qu'une ou deux fois la semaine, les même à leur avantage : car, pendant la petite
jours de grande visite. On voit les gens comme diatribe, on les considère, et le grondeur
il faut, à l'heure mème du spectacle, le cha- désarmé finit par rire le premier de son accès
peau sur la tête.
.de mauvaise humeur.
Le dernier caprice, je crois, est le meilleur ;
Oh! les femmes, à Paris, ne redoutent, dans
il a inllué sur la couleur. Les chapeaux ne ancune circonstance, le courroux des hommes!
sont plus noirs; on les porte blancs, comme

qui avaient de très "rands bords; el, quand
ils étaient rabattus, r-ils ressemblaient à des
parapluies; tantôt on releva, tantùt on rabaissa les bords par le moyen des ganses. On
leur a donné, dcpùis, la forme d'un batea11.
Aujourd'hui, la forme ronde et nue paraît la
dominante; car le chapeau est un Protée qui
prend toutes les Ogures qu'on veut lui donner.
Demandez-le à nos femmes, qui. après tant
d'essais multiples, ont définilivement adopté
le chapeau anglais, malgré leur antipa1hie
pour l' Anglelerrc; je leur consPille de s'y
tenir, qu'elles l'ornent de perles, de diamant~,
de plumes, de cordons. de rubans, de houppes, de boutons, de fleurs ; que les poètes .
dans leur langage, y atlachrnt des astres et
des comètes; qu'elles les portent rouges,
ver ts, noirs, 11ris, jaunes, mais qu'tlles gardent constamment le chape~u anglais : les
laides y gagnent el les belles aussi.
Nous n'avons donc plus ni chapeau pygmée,
ni chapeau colossal; les d1mes arnienl élevé
ridiculement leurs coiffures au moment que
les hommes a va ienl arboré les petits chapeaux; aujourd'hui que les hommes en ont
augmenté et arrondi le volume, les coiffures
ont prodigieusement baissé.
Un poète disait alors :

derie?
Je ne ferai point ici l'histoire des chapeaux;
je ne remonterai point aux chapeaux gras de
Louis Xl, qui les portait tels par saleté et par
avarice; je ne parlerai point de la vertu magique concentrée dans tels chapeaux; les uns
font d'un mauvais prêtre un grand seigneur,
et les autres un docteur d'un idiot. On sait
l'effet que produit tel chapeau fourré, mis sur
la tête d'un grenadier ; et le diadème enfin
n'est-il pas un chapeau qui produit une certaine ivresse?
J'ai vu des chapeaux, dans ma jeunesse,

MERCIER.

LOUISE-HENRIETTE DE BOURBON-CONTI, DUCHESSE D'ORLÉANS
Tableau Je NATTI EIL (.\\usée Condé, Chantilly.)

�UNE CHASSE AU RAINCY, CHEZ LES D'ABRANTÈS, -

D'après l'estampe de CONSTANT l:lOURGEOIS ,

Madame Récamier
PAR

JOSEPH TUR.QUAN

perpétuelle crainte d'être dénoncé au ministre
de la police pour w1 propos imprudent, ou
Les guerres sans fin de la Révolution et de de ne plus avoir demain de quoi vivre. La
l'Empire étaient finies, mais elles avaient vieille société française, si longtemps disperlassé tout le monde, même les militaires . On sée, se reforme ; la vie mondaine reprend
avait soif de repos et de plaisirs paisibles. partout. Que de choses l'on a,•ait à se dire,
Aussi, avec la Restauration, le règne des que de malheurs à se raconter! C'est un
salons commence. C'est la revanche de la plaisir que de recommencer cent fois le récit
femme sur l'effacement auquel elle est con- de ses chagrins quand ils sont passés .... Dans
damnée depuis près d'un quart de siècle. les salons qui s'ouvrent de toutes parts, l'aniLes mœurs polies succèdent à la brutalité et mation rst extrême, les commérages vont
au sans-gêne du sabre qu'on avait transportés leur train, mais on n'en fait pas sur Mme Réjusque dans la vie habituellr.. C'est tout un camier : elle est tabou, elle est sacrée. Chacun
réveil de l'esprit français depuis trop long- savait bien pourtant, dans ces salons royatemps comprimé sous les lourds shakos, sous listes, que Mme Récamier avait été mêlée au
les boues éperonnées, sous les deuils et les monde du Directoire; mais il était convenu
angoisses de la guerre. Maintenant que la que personne ne devait s'en souvenir : c'était
fortune publique et que les fortunes particu- comme un parti pris de lui garder le secret
lières vont se remettre de tant de crises, on de ses premières relations mondaines ; et celui
pense, on écrit, on parle librement, sans la qui se fût permis une simple allusion à ce

CHAPITR.E VI (suite) .

... 265 ;..

passé un peu compromcllant de l'amie des
Montmorency eùt été regardé comme dénué
de toute espèce d'éducation.
Les choses de l'esprit avaient remplacé,
dans une certaine mesure, les autres préoccupations des salons. On parlait maintenant
littérature, art, philosophie, poésie.. .. Comme
si elle avait prévu cette volte-face dans les
goûts, Mme Récamier se trouva outillée pour
répondre au goùt nouveau. Pour la· philosophie, elle avait Ballanche ; pour la poésie....
eh ! mon Dieu, n'avait-elle pas le grand
Ampère qui, physicien et mathématicien, se
mettait parfois le dos à la cheminée et récitait
de jolis vers qu'il s'amusait à griffonner à ses
moments perdus~ Et puis, elle verrait ; elle
en ferait venir d'autres . On parlait de quelques jeunes gens qui faisaient les vers royalistes à ravir, M. Victor Hu 0cro, fils d'un o-éné•

t)

�msr0-1{1.ll

M ADA.ME

ce n'est pas là de l'esprit. Personne n'a jamais
rai, M. Alphonse de Lamartine, jeune homme lui montrer qu'elle avait une ctnergie autrepoussé plus loin qu'elle l'art de saroir s'ende honncfamillc.... Oui, elle les inviterait. ... ment trempée. Mais, a ajouté lime de Genlis,
nuyer sans en avoir l'air. Il n'} avait en elle
Elle ne sortait guère de chez elle. Son salon « blasée sur tous les vains amusements,
que du voulu, du convenu, du plaqué. Et tout
ennuyée
de
la
frivolité,
Mme
Récamier
ne
s'y
était son royaume et les reines ncsc déplacent
cela parce que le cœur, source de tous les
pas facilement. Comme elles, elle recevait livre plus que par l'habitude de la paresse, beaux mouvements, des pensées généreuses
beaucoup 1 • Elle fut en relalions très suivies à mais elle prouve que c'est l'état le plus fàchcux comme de l'originalité de l'esprit, était dessécelle époque avec Mme de Genlis. L'intimité où l'on puisse être avec de l'esprit el de la
ché, aboli prc~que, au profit des vanités.
était grande et l'on se prêtait des lines, que
Malgré les adulations qu'elle a,ait pour elle,
d"ailleurs on n'avait pas le Lemps de lire.
celle vieille rouée de Mme de Genlis le sentait
L'ancienne maitresse du duc d'Orléans Plùbien : voyant que Mme Récamier n'aurait
lippe-Égalité, cl de tant d'autres, eut la pensée
jamais le courage de mener à trrmc ses
de foire écrire à « la belle des belles » l'hisMémoires, elle se décida à écrire elle-même
toire de sa vie. La croyait-clic donc aussi
la vie de son amie. « Je la lui ai donnée de
mou,emcntéc que la sienne? En tout cas,
mon écriture, dit-elle, et je n'en ai gardé
cela ressort de la lellre qu'on va lire: « Voilà,
aucune espèce de copie ni de brouillon. &gt;
lui écri,ait-elle, le livre ,1ue j'ai eu l'honneur
C'est évidemment à celle époque. que,
de vous promettre. J'ai marqué les choses
engouée de Mme Récamier, Mme de Genlis
quc je désire que rous lisiez.... Venez,
écrivit un roman sur l'id)lle de celle-ci avec le
madame, pour me conter rotre histoire en
prince Auguste de Prusse. Chateaubriand, qui
ces termes, comme on fait dans les romans.
alla la voir un soir dans son appartement de
Puii ensuite je rnus demanderai de l'écrire
l'Arsenal,la trouva « vêtue d'une robe noire;
en forme de souvenirs qui seront remplis
ses cheveux blancs offusquaient son visage;
d'intérêt, parce que dans la plus grande jeuelle tenait une harpe entre ses genoux et sa
nesse vous avez été jetée, avec une figure
tête était abattue sur sa poitrine. Appendue
ravissante, un esprit plein de finesse et de
aux cordes de l'instrument, elle promenait
pénétration, au milieu de ces tourbillons
ses deux mains pàles et amaigries sur l'autre
d'erreurs el de folies; que ,ous arez tout rn,
côté du réseau sonore, dont elle Lirait des
et qu'ayant conservé durant ces orages des
sons affaiblis, semblables aux voix lointaines
sentiments religieux, une àmc pure, une vie
et indéfinissables de la mort. Que chantait
sans tache, un cœur sensible et fidèle à
Clich~ Braun, Cl C'·
l'antique sybillc? Elle chantait Mme Hécal'amitié; n'ayant ni envie ni passions haiCA.'iO\'A.
micr l »
neuse, vous peindrez tout avec les couleurs
Tat/eau Je F.,nRt:. (.1/usee Fatre, !tfonltellie1·.)
Parmi les ÎD\'ilalions qui assaillaient
les plus vraies. Vous êtes un des phénomènes
Mme Récamier, il en était beaucoup d'intéde cc temps-ci, el certainement le plus
raison. » C'est fort Lien pensé, mais Mme Ré- ressées. Certaines personnes, particulièreaimable.
camier
avait-elle de l'esprit? La question a ment du faubourg Saint-Germain, entrées
« Yous me montrerez vos SouvenÎl;s ; ma
dans le monde impérial parce qu'elles ne prévieille expérience vous offrira quelques con- élé faite plusieurs fois à Saintc-Beme, au
vopient pas la chute de l'Empire, se trouseils, cl vous ferez un ouvrage utile et déli- temps qu'il fréquentait son salon, et il a
vaient maintenant quelque peu embarrassées
cieux. N'allez pas me répondre : Je ne sui~ répondu qu'elle (C avait au plus haut degré de leur zèle bonapartiste d'antan. Cherchant à
pas capable, etc., etc. Je ne vous passerai non cet esprit qui songe à briller pour luie blanchir, elles ne trouvaient rien de mieux
jamais des lieux communs; ils sont indignes même, mais celui qui sent et met en valeur que de se coller aux jupes de la « martyre »
de votre esprit. Vous pouvez jeter sans re- l'esprit des autres. » Mais Sainte-Beuve était du Corse, de la « vierge immaculée ,, , de
mords les yeux sur le passé; c'est en tout un flatteur et ne voulait pa dire que c'était Mme Récamier enfin. La reine Ilorten~e était à
temps le plus beau des droits; dans celui où par la naueric, érigée en système, que
Mme Récamier savait capter chacun el lui la tête de celles-là. Plus Beauharnais que Bonanous sommes, c'est inappréciable. »
parte, gênée par le souvenir de ses relations
Mme Récamier, qui était assez portée à faire dire qu'elle avait de l'esprit. Elle n'avait avec « l'usurpateur &gt;l et les siens, conspirant
croire cc que lui disaient ses adorateurs, que l'espri l de natterie. Elle manquait d'ori- malgré tout dans l'ombre en faveur de 'apon'était pas loin de s'imaginer avoir tous les ginalité, de brillant, de naturel.. .. Non, elle léon, elle voulait se mettre bien avec le goutalents ..\.ussi eut-elle, el à plus d'une reprise, n'a,ait pas d'esprit; elle était trop lerrc-à- vernement de la Restauration. Pour cela, il
la velléité d'écrire. L'exemple de )!me de lcrre. Sans èlre une sotte, elle était loin
lui fallait renier très haut son passé bonaStaël, celui de Mme de Genlis, celui de la d'ètre une femme supérieure, comme a voulu
partiste. Elle mil dans sa poche son litre de
duchesse de l)uras, l'amient piquée d'émula- le faire croire Mme de Staël. Mais comment
reine, quille à le reprendre si l'empereur
tion. Mme de Genlis l'encourageant, elle en aurait-il pu être autrement? Atrophiée par revenait jamais sur le trône, et porta le titre
essaya d'écrire ses Mémoires. Mais, comme le rien (aire, par les petites vanités et les de duchesse de Saint-Leu, sa terre ayant été
le dit fort bien celle-ci dans les siens, « la petites coquetteries de salons qui absorbaient érigée en duché par Louis XVIII. Elle chercha
dissipation dans laquelle elle a vécu lui a ôté le plus clair de son temps et de ses facultés, dès lors à s'afficher auprès des personnes les
Loule capacité d'application pour les occupa- n'ayant jamais « tàché », comme on disait plus en vue de la Restauration. C'est auprès
tions sérieuses. » ~fmc Récamier fut obligée au X\111• siècle, n'ayant aucun intérêt puisdes femmes que celte &lt;( reine en chrysocale »
de le reconnaître, car elle renonça à cc travail sant dans sa vie puisqu'elle n'était« ni épouse
pouvait, sans trop criante inconvenance, se
peu de temps après l'a,oir commencé et, ni mère », elle demeura dans une médiocrité
montrer
avec sa ca aque retournée. Aussi
dans son testament, elle ordonnait de brùler d'ùme que les conversations des hommes
invita-t-elle
un jour à diner Mme de Staël el
ce qu'elle en avait déjà écrit. Elle n'était pas éminents qu'elle attirait chez elle, et qu'elle Mme Récamier, deux victimes de l'empereur,
écoulait
plus
qu'elle
n'y
prenait
part,
qu'elle
capable de tenir son esprit ployé sous sa
de son beau-père et beau-frère, afin de bien
volonté, de prolonger un effort, de le recom- entendait plus c1u'elle ne les écoutait, ne ~ouligner par là qu'elle reniait complètement
mencer chaque jour, de s'imposer une règle purent élever au-dessus d'un certain niveau. celui auquel elle aurait dù ètre liée par une
el de s'y tenir. Sa contemporaine, la duchesse Avec quelques phrases admiratives toutes reconnaissance inviolable. Elle invita égaled'Abrantès, qu'elle connaissait, allait bientôt faites, quelques formules, quelques bribes ment le prince Auguste de Prusse, moins
retenues du théâtre, avec son grand usage du
1. l\lmc Récamier habitait alors un hôtel rue
jargon des salons, elle se tirait d'affaire. Mais peut-èlre pour plaire à Mme Récamier que
Basse-du-Rempart, n• 32.

... 266 ...

}(ÉCAMŒ1( - - ~

pour paraître bon~e Prussienne, par consé- soir, et le prévint qu'on parlerait affaires.
arge?t cl de ma santé.... Je suis peut-être
quent bonne royaliste : elle faisait ainsi sa
' Pe_rsonne plus que Benjamin Constant a~ss1 rnt à prése_nt; mais_ au moins je ne me
cour à ~out le ?1onde, elle à qui tout le n était capable de répondre aux espérances
monde b1~r la faisait. C'est ce qu'on appelle de: s?uv~rains de Naples. D'une intelligence p1qu~ plus de veiller, de Jouer, de me ruiner
el d elrc malade, le jour, des excès de la
du caraclere.
q~1 s_ éla1~ montrée étonnamment précoce et
~lm~ Récamier, qui était bonne, ne ,oulut ~ avait fait que se développer depuis par nuit. 1&gt; Sans se piquer de le faire, il le faisait
1~as pmcr la fille de Joséphine de la satisfac- 1étude, par des VO}ages en Angleterre el en tout de même; il le fit toute sa vie. C'est
tion de la receroir à Saint-Leu. Elle y alla ~llcmagne, par ,la connaissance des langues mème cet abus de ses forces et de son système
donc a,cc ~tme de Staël et toutes deux purent etrangères, 1~ frequcntation de quelques fom- nerveux qui agit sur lui comme le vent desséconslalcr, ~ plu~ d'une reprise, !'insignifiance ~cs_ de mérite el de salons distingués, Ben- chant du désert; lui-même s'avouait flétri cl
blasé. Mais il mellait tant d'esprit, de finesse,
de celte remc s1 vantée.
Jam10 Constant était un grand original. de ho.one humeur mème à le dire, qu'il était
_l'ne autre reine de fabrication impériale, ll~mmc d'un esprit infiniment varié, comrcrne en baudruche, celle-là, plutôt qu'en ph_qué ~l subtil' capable d'aborder tous les ga~nc p~r sa propre éloquence el acceptait
chrysocale,
encore de Napol:con, SUJCls, il les avait en ellet abordés Lous el pas ph1losopb1qucment les conséquences ràchcnscs
. pins proche
.
-:- qu'il n'avait pas prévues - de plus d'une
~1us renegate aus~1 mille fois, la reine Caros~ule?1ent par l'esprit. fülhcureuser:icnt il imprudence qu'il n'avait pas assez de caraclrn~ M~rat, écrivait à Mme Récamier et sem- n, ?v~1t pas eu d'éducation morale. Son père
tère pour ne pas faire.
bla1l egalemmt rechercher sa prolec1·
T
. d I
ion. s c~a1l lro~vé inférieur à sa tâche : [roid et
On peut s'étonner qu'avec &lt;les facuilés si
ro~ m u g?nlc pour elle el pour ses crimes lac1lurne, il n'avait jamais causé une heure
(i_na1s les crimes d'une reine, il faudrait ètre a,~~ son fils : _sa~s passions, il n'avait pas belles, Benjamin Constant n'arriva pas à tout
guère qu'un raté, un n-rand raté
bien mal éle,·é pour ne pas les lrourcr din-nes pr_crn _que celu1-c1 en pourrait aroir, et de et ne fut
•d . . ,
o
,
te c geme, c est vrai, mab un raté tout
un
ra
de_ Lou~ les éloge~)! ~fmc Récamier lui répon- trcs ~-ives. Aussi, lui. é~ait-il ~emcuré à peu
dait a,ec une am1llé apparente, qu·elle n'a rait ~rès clranger et n arn1t-1I donne aucune direc- de _même, -. qui donc ne l'est pas, plus 011
probablement pas au fond, mais qu'elle avait ~10n_ à l'adolescent entrant dans la vie. Ben- morns: - bien qu'il ail fait Adolphe. un
~r_t en, ~c cas de t{-moigner. Si celle amitié J3';'110 _Y éta_il ent~é bel et bien seul. Liué à cher-d œ~vrc. li aurait pu en faire vingt. liais
cta1l ver1ta_hlc, elle avait tort de l'avoir, car lm-mcmc, 11 a_va1t nécessairement éparpillé c?~z. lm, malheureusement, le caraclt!rc
ell~ metlait sur le même pied, dans son ses e~orts, obligé qu'il était d'acquérir une n cta1t pas à la hauteur de l'esprit. Comme
cs11m_c, les honnêtes gens et. .. les autres. Il expérience que si peu de parents songent à ses_ maitres n'avaient pas songé à faire l'édufaut cire plus « Alceste » que cela, arnir le d_onner par avance à leurs enfants. Celle expé- cation de sa volonté, ses maitresses s'en
caracl~:e plus tranché .... Il n'y a que trop de rience, il l'avait naturellement payée cher. chargèrent : dans quel sens, on le devine
.\.ussi fut-il de bonne heure la proie de;
c, Philintes » dans le
fommes qui lui prirent
monde. Quand on a une
le meilleur de ses forces
indifférence pareille
et lui détrempèrent le
pour le mal, on l'a aussi
caractère. Au lieu de
pour le bien; un indil~
produire, il s'éparpilla
lërent n'est autre chose
en oi~ivetés, en discus11u'un égoïste cl l'ésions vaincs, irritantes
g~ïste est un des pin 5
souvent
, stériles ton_
tristes échantillons de
iours, eten sortit amoinnotre pauvre race
dri.
humaine.
En 181 i, il avait
Cn jour, Mme Hécaquarante-sept
ans. Il
mier reçut une lellrc
1
&lt;
lait
dans
toute
la pléde la reine Caroline la
ni Lude de ses belles
priant de lui trouver à
~ac~ltés: car, si le corps
Paris un homme qui
cta1t
un peu anaissé
fùt capable de défendre
~on
c~pr!t
ne, l'ét_ait pas;
ses intérêts au Congrès
1~ma1~ 11 n a1ait paru
de Vienne. Il fallait que
s1 br1llant. Il l'était à
cet homme cùt quelque
ce
point que peu de
autorité en politique,
personnes
pouvaient le
qu'il rCit honorable Cl
comprendre, aucune Jui
qu'il eùt du talent pour
tenir tête al'ce avanprésenter avec avantage
tage. Chateaubriand a
~evanl le Congrès les
dit
qu'après Yoltairc
litres et droits du roi
c'est
Benjamin
Constant
~oacbim (••. Un peu
4ui avait eu Je plus
clonnée d 'ètrc choisie
d'esprit, et Mme de
cllc-mèmc pour choisir
Staël,
bien qu'elle ait
LA
REl~E
llORTE~SE.
un défenseur aux souépuisé
avec
lui tous les
verains de 'aples, Mme
G,·avure de i\lONSALDJ, d'après lsABEY.
sujets, et un peu œ
llécamier les remercia
.
•
pauvre Benjamin aussi,
de celle marque de haute confiance el leur &lt;1 .le me repens fort, écrivait-il plus tard lrouva1l,
meme après leur rupture, pl ais1r.
.. à
.
.
proposa Benjamin Constant. lis acœptèrenl. après un pre_mier séjour à Paris, je me repen~ d1spula111cr avec lui 1 •
La belle Juliette invita donc Benjamin fort, quand J'y pense, d'avoir !"ait un si sot
_Benjamin Constant connaissait Mme RécaConS ta nt à venir s'entretenir a1cc elle, un usage, quand j'y étais, de mon temps, de mon mier depuis dix ans. Cc n'est donc pas lui
1. llenjami11 Conslanl nail l"amour un peu gro!!lion

1
r se
rll'I ne· i,ouva,·l s,•cmpcchcr,
comme une femme 11e
~-r~tr.;l:ln~ c~s.sc avec celle qu"il nimail. Ai~si f1i-

. 1-1 dcJa a ,·mgl ans avec Mme de Charrière qui

c,"- a,·_a,t_quaranle-scpt_: « ... chez

YOUS,

lui écrivait-il

(h fcv r,cr 1788), ou J'11iJ1assû deux mois si paisibles,

'' . he~reux? maigre les eux ou trois pet ils nua es
&lt;1u1 s clcva1cnl et se dissipaient tous les joui·s.. -~ »

Â\"CC )lmc dr SL,ël, les nuages étaient pl
f· ··
•1u~nts. plus sombres....
us •cbr:~ri:~-~l.de ,1mc Hécamicr, cc fut plutôt un long

�111S TO'J{1.JI

'

.,

sereine béatitude. Elle eûl d~l volon~ier~,
qui, avec elle, entama 1es hoslt'l't'
I es, J·e. veux
• pas. A ce soir donc. Mon Dieu, si vous n'è_tes comme M. Jourdain de la physique, qu &lt;1 il
dire l'amour. Ce fut, comme _to~•Jours, pas la plus indifférente des femm_est' combien y a de lrop de ti?tamarre là-dedans &gt;J • ~e
Mme Hécamier. Aussi bien y a_va1l~1l chez vous me ferez souffrir dans ma vie• J&gt;
C'est justement parce qu'elle étail 1~ plus bons petits comphmenls de salon, « doux,
elle quelque dépil de ce que Ilc~pmm Consindifférenle
des femmes, malgré son air de tendres cl langoureux » c1ui ne ~i~nifie~t
tanl n'eùl jamais songé à devenir amou~eux
rien n'enrrarrenl à rien, se font 1t pcl1t bruit
d'elle. Comme il étail très connu, cél~bre s'intéresser tout spéeialemenl à chacun ~l dan; un ioi~, à l'abri d'une tenture el ne
mème, clic rnulul épingler ce beau papillon aux petites affaires de chacun, qu'elle devait rident ni le cœur ni le visage, surtout! C_ela,
dans sa collection el prendre enfin sa revanche faire souffrir Ilcnjamin Constant. Oh! ce à la bonne heure! mais une grande passion,
de son inexplicable indifférence. Ca~ ~ne n'était pas pour le plaisir de saccage~ u_n avec de grands sentiments, de _grands ~ois,
rcmme adulée comme elle rcmarq1'.a1l bien cœur el de le marl1riscr; non; elle n éLa1l de "rands ge~tcs .... Ah! non; il faul la1s~er
plus les hommes qui ne la regarda1enl pas nullement méchante· cl ne faisait là qu~ s~n ce]: à Talma. El puis son mari ' homm~
que ceux qui la mangeaienl des Jeux. ~lie se métier de coquelle; tant pis pour qm s y pratique dont elle rsl la di~ne élève, lm
.
mil donc en tète, plus encore par dép•~ que laissait prendre.
Ceprndanl Benjamin Constant craml que dirail comme jadis pour Lucien Bonaparte:
par ennui de femme_ dés~uv_r~e,_ de faire la
pour le prince Augusle de Prusse : « ·~ quoi
conquête de celui qui ava1l clc s1 longtemps Mme Récamier ne se blesse, dans son amou~- cela vous mènera-t-il? ,1 En femme avisée el
l'amanl de son amie; elle ,oui ut cs~a)Cr d_e propre, d'avoir été disliog~~e. si Lard_ par lm: qui ne veul pas se laisser conduire-par un
fixer l'homme que Mme de Stai!l n appelait li ,a au-deYanl de celle obJCCl1on et s excus.~ : aYeugle ( un amoureux est-il autre chose'. cl
31
plus que &lt;1 l'inconstant J&gt; pour les choses de 11 Toul Je passé, toul votre charme que J
toujours
craint
est
entré
da~s
mon
cœur
....
,, Benjamin n'est-il pas amoure~x ?), ell~ tient
cœur el « ma belle girouelle » _pour, 11:s
- « Mais si l'homme qui, avant de vous à sa,·oir ou elle l'a. Elle esl touJours maitresse
choses de l'esprit. Car !1 _faul savoir ~u elle
d'elle-même el ne se laisse pas « emballer 1&gt;·
lui raisait chanrrer d'opm1on presque a com- aimer uniquement, se senlil toujours .~nlra(né On a failli la compromellre en l 80:5, aYec cc
mandement cl le tenait loujours en ~u-~elle, ,ers vous.... J&gt; ll craint de plus d etre ~n- fat de Montrond dont le Lon a,·antageux ~l
même depuis qu'il av~it brisé. ses lis1eres: discrcl : « J'ai peur que mus ne ,trou11~z les allures conquérantes lui plaisaient infinic'est-11-dire depuis quelle amt refusé de mauvais que je l'OUS écrive tant._» lis apcr?o1l ment plus que l'air béat de profe~seur alleaussi que Mme Récamier le fml. « Je m afl'épouser.
.
mand qui s't!panouit ur le long visage ~uel
Plus en beauté et en coqueltwc que fli e de ce que tanl de gens me trouvent de M. de Constant; les langues ont m~m_e
jamais, Mme Tlécamier « entreprit » donc a:usanl et spirituel et de ce que vous le beaucoup marcbé à ce propos', el elle irait
trouvez si peu, car c'est le trouver_,re~ que
Brnjamin Constant.
.
de
vous en aller loul dtl suile quandJ a~r1v~. J&gt; maintenant. ... ( lb ! non : pour le coup, que
Sa coquetterie était à la fois na~urelle, sane dirait-on pas'? D'ailleurs elle a des amis,
vante et inconsciente; elle en avait une telle .\ussi celle conduite ,·cul-elle une exph~l1on. et ils fonl bonne garde.
Mme
lléeamier
se
rebiff.i,
oh!
toul
genl1_m~nl,
habilude ! Benjamin Con~tanl n·y sut pas ~chapCependanl Benjamin Constanl ne se c~nper. Emoustillé par d~ savantes_ et grac1e~ses el demande où celle passion les condu1ra1l : sidère pas comme ballu. li con~!nue à écrire
llalleries auxquelles il ne VO)ait pas _malice: &lt;1 Celle passion, répond-il, n'est ~as une el lient ainsi la porte entre-ba1llée, prêt_ à
son tort fut de se laisser prendre à~ Jeu, qui passion ordinaire; elle en a,Loule !ardeur, profiler du moindre incidcnlfavorable; mais,
d'ailleurs n'avait rien de bien terrible pour elle n'en a pas les form~s: Elle ~el à voire pour le moment, il croit habile de mettre ~ne
un homme, el de prendre pour argenl comp- disposition un homme spmtuel, dcvoué, cou- sourdine à sa passion, el même d~ la taire.
tant, c'est-à-dire trop à la lettre, l~op ?u
« Je ne viens pas, vous le pensez bien, vous
sérieux el comme un eotrainemc~t 1rrés1s:
parler d'amour. J&gt; Pour achev~r de la ~astiblc de la jeune femme vers lm, ce qm
surer, il ajoute : « Je ne crois pas meme
n'rlail que manège et simagrées pures. 1~
a,oir précisément de l'amour po.ur ~·ous.
crut qu'on lui offrait un cœur et ~oul ce qm
Vous l'avez rejeté si loin que peut-elr~ 11 eSt
s'ensuit : amoureux déjà, _il ~end1~ les b_ras,
détruit .... J&gt; Il sail bien que non, mais tout
pour saisir le bonheur qui s o[ra1_l à lm ....
cela c'est pour èlre admis à ~e~·enir comm,e
llélas ! il allait apprendre une fois de pl_us
autrefois, &lt;&lt; slns prétention, d1t-1l, san~ es~~
que les femmes sont faites pour nous faire
rance au nombre de vos amis, donl Je n a1
souffrir el qu'on ne souffre que par celle
pas le' sentiment d'aroir mérité d'èL~e rayé 11;
qu'on aime....
.
. . ..
lime Récam:er fait longtemps soupirer sa reMme Récamier savait-elle JUsqu a quel
ponse. Elle arrive cnr.n, favorable .. C'e•t,
point elle avait ensorcelé ~enjamin ~onstan_l~
chez le pauvre amoureux, une_joie déh~a~~c.
Oh! que oui. Le grand ra1lleu_r, ~u1 ne rail« Je Yous remercie comme s1 vous m a,1cz
lait plus depuis qu'il se sentait ~• gr~vemenl
saul'é la vie.... Je ne vivais plus .... Je me
allcinl, ne le lui arait pas laissé i_gnorcr:
promenais avec elTorl dans ma chambre, me
11 Je me retiens sur une penle rapide, IUI
cramponnant aux meubles pour m'empècber
écrivait-il dans une lellre datée de s~pde courir chez \'OUS. J) Ce sonl 1~ d?s hrpcrtembre ·1814. Il vous esl si égal de ~aire
boles de langage dont il a pris I bab1lu_dc
souffrir dans cc genre! ... Les anges aussi o~t
auprès de cc « tourbillon ,, de Mn_1e de Sla?l;
leur cruauté.... Savez-vous que Yous a\eZ rois
mais il ) a pris une autre bab11u_de, bic~
quelque volonté à me rendre fou'! Que ferezfàcbeusc, celle dl'S scènes. A peme esL-11
BE:-IJAMl:-1 CONSTANT.
vous si je le suis? J&gt; . . . . .
&gt;
revenu dans la place que les orages recomTaêleau de LISA VALLIER,
Le 5 septembre, il lm d1sa1l . « l renez-y
mencent. Mme nécamier ne les peul c~mgarde : vous pouvez me rendre Lrop ma~prendre, à moins cependant qu'ils ne so1en~
heureux pour n'en être pas malheureuse : Je
la
suprême jouissance de la co9uelle qui
n'ai jamais qu'une pensée. Vous l'avez vo~lu, rageux, désintéressé, sensible,_ do!1I jusqu'à s'amuse à les contempler de loin : suave
celte pensée, c'est vous, P?litique, -société'. ce jour les qualités ont été i~ul1le~, parce mari magna....
,
u'il lui a manqué la raison ncces~a1re pou.r
tout a disparu. Je vous par~s fou peu_l-êlr:,
Benjamin
se
met
dtl
nouYeau
a
~arler
diriger. Eh bien, soyez celle raison supemais je.vois votre regard, JC m~ rép~le ,o~
amour : comme on ne lui en parle poml et
.
.
paroles, je vois cet air de pens10nna1,r~ q~1 rieure. &gt;&gt;
Mme Récamier n'aimail pornl la passion
1. Voir générale Tu1~B&gt;OLT, Mtmofres, l. III,
unit tanl de gràce à tant ~e finesse. J a1, ~a•p. 495-497.
vraie.
cela
aurail
pu
lrouhlcr
sa
douce
et
son d'ètre fou, - je serais fou de ne 1 elre

is

'

.

.MAVJUŒ

'J{tc;un~ - -..

que, si Mme Récamier a un cœur, elle ne après. i&gt; Et comme il l'a laissé entendre, le
veut décidément pas le dépenser, il écrit : voilà qui pro,oque le pro,·ocanl JI. de Forbin. &lt;c Ma foi! j'y renonce. Elle m'a fait passer
« Je crois que vous ne lisez pas mes Jeures .... Un duel csl arrangé pour le lendemain. Sur- une journée diabolique! C'est une linolle, un
Vous ne m'aimez point, je le sais. Vous vient Mme Tlécamier avec un air de narrée nuage, sans mémoire, sans discernement,
étouffez mes paroles; mus ne Youlcz qu'une désolation : elle se lamenle, elle fai Lde 11 lcn- sans prPférence. Sa beauté l'ayant rendue
chose, ne pas voir ma douleur; que j'en dres promesses » à Ilenjamin s'il ne se hat pas; l'ohjel de cootinucls hommages, la langue
meure loin de vous, peu vous importe. Je les témoins se joignent à elle, l'affaire s'ac- romanesque qu'on lui a par~eux Y0U~ délivrer de moi, je vous le promets, commode, « chacun de nous, écril Constant lée l'a dressée à une appa1e le ferai.' Lout est prèl, il y a longtemps que sur son Jounwl intimr, se promellant qu'au rence de sensihilité qui ne
c'est décidé.... 1&gt; Pas si décidé que cela, premier mécontentement on retomberait l'un va que jusqu'à l'épiderme.
Elle n'estjamais le lendemain
puisqu'après a,oir écril ces mots à celle qu'il surl'aulre 1 • n
cc
qu'on l'avait quittée la ~
adore, il griffonne ceux-ci sur son Jounwl
Mme Récamier esl toute heureuse d'avoir veille. Elle n'a pas ass&lt;•z de
intime : « J'ai YU qu'elle del'enait chaque obtenu ce résultai. Cependant des gens qui
jour plus froide et plus raisonnable. Je l'ai en parlent et agissent en hommes et non en en- souvenir pour que le plaisir
qu'elle a pu trouver dans une
horreur. Je ne la reverrais plus si cela pouvait fants ou en mannequins ne peuvent plaire à
conl'ersation intime lui donne
la peiner. Je donnerais dix ans de ma vie celle douce et molle poupée; celle sucrée ne
le mouvement d'en recherpour qu'elle souffrît la moilié de ce que je ,,eut entendre que des paroles édulcorées et
cher une aulrP. Elle est pnur
souffre. 11 Faut-il qu'il l'aime pour lui sou- léniflanles. Il ne lui faut, comme amoureux
tout le monde comme pour
haiter un pareil bonheur!
- et, de ceux-ci, elle ne saurait se passer mo1. n
que des êtres neutres, des émasculés de salon,
Mais Mme Tlécamier CHAPIT~E VII
des hommes empaillés, - pompeusement im- n'aime pas qu'on lui
béciles, cela lui esl égal, pourrn qu'ils soient dise ses vilrités. Celles
Je ne prétends pas faire en 13enjamin Con- pompeusemenl titrés, propres seulement à
que lui décoche HeuD.wr. AU m,·oi:Ac
stant l'histoire de l'amoureux, du \\'erther déhitcr des commérages mondains, dégoiser
jamin Constant sonl DES ALL11;s, 1811.
même, car il fut un peu cela. Je veux sim- des mols à la mode el des fadeurs de conven- cinglantes comme des
plement monlrcr l'homme el son caractère, tion. Adrien de ~lontmorcncy, par exemple,
coups d'étrivières. Et comme c'est la preou plutôt son manque de caractère, aux prises Yoilà un homme! liais Benjamin Constant. ...
mière fois qu'on lui donne les étrivières, cl
avec un amour pour une grande coquelle. Non, décidément, il est trop fougueux. li faut
qu'elle ne trouve pas cette dislraclion de son
Mme Récamier était l'ennemie du bruit arnnt l'éloigner, mais en douceur. N'est-elle pas
go1îl, elle se fàche et se rcnrermc dans une
toul : craignant, d'après ses déclarations, qu'il douce avant tout'?
muette bouderie. Craignant de l'aYoir blessée,
ne se porlàl à un acle de désespoir, elle
Elle a donc la douceur de ne plus répondre l'amoureux lui écrit de plus belle et se met
cherche à le calmer; elle l'assure qu'elle ne aux siennes. Benjamin s'en plaint, - doucede noureau à se~ pieds. C'est une chose intient nullement à êlre &lt;I débarrassée de lui 1&gt;, ment. &lt;1 Je vous écris sans cesse, dil-il, vous
croyable qu'il ait pu Yivre de ce régime de
qu'elle l'accueillera au contraire a,·cc bien- ne me répondez jamais, et je me soumets à
viande creuse pendanl des mois et des mois.
,·cillaace....
,·otrc silence comme à toutes vos volontés. 11 Et cela au point que les plus graves é1rneJI faut savoir que, Iorsqu 'il étail contrarié Mais un amoureux accepte Lout: rebuffades,
ments politiques surgissent sans prr,r1u1' qu'il
dans ses inclinations, Benjamin Constant par- manques d'égards, cela lui semble admirable
en souffle mot à Mme Récamier : iJ a, ma foi,
lait toujours de se Luer. On se rappelle que quand c'est la femme aimée qui l'en régale.
des choses bien aulrement imporlanles à lui
Mme de Stai-1, que ~lme Récamier elle-même l'our elle, il met toute dignité dans ~a poche.
dire! Mais celle-ci, qui ne veut rien faire de
furent, à leur heure, alleinles de la mème Benjamin se lasse cependant de ses capitulace grand amoureux, sinon l'employer à senir
maladie. Benjamin fil donc encore des scènes tions et reprend ses querelles. li n'y a déci- le roi el la reine de Naples, solliciteurs qu'elle
violenlcs à Mme Récamier. Elle les al'ait bien dément pas d'amour sans cet accompagnement;
Lient à obliger, le pousse h terminer son
un peu méritérs, mais, pour les empêcher, c'en esl la musiqueobligi!e. Mais il est amusant
lrarail. li s'y met. ~lurat lui fait proposer par
elle avait soin de garder auprès d'elle sa nièce, de voir que l'amoureux d;l parfois à la coMme Récamier de se rendre à Vienne, mais
la future Mme Lenormant, alors enfant De- quelle de honnrs vérités, dût-il pour cela
sans caractère officiel, pour défendre ses
vanl elle, le paul're amoureux était bien obligé employer les contre-,érilés. « Vous n'ètcs pas intérêts devant le Congrès. Celte mission
de se contraindre un peu, mais il n'y réus- de ces frmmes qui sonl d'autant plus indif- quasi secrète ne convint pas à 13enjamin
sissait guère. El Mme Lcnormant, plus tard, rérentes qu'elles sont plus sûres d'être ai- Constanl el Mme Récamier ful aussi d'avis
a raconté à Sainle-BeuYe qu'elle disait, après mées. » - « Yous faites le charme de tout le qu'il ne la pouvait accepter. li la refusa
le départ de Benjamin Constanl : cc Ob I ma monde, vous ne pouvez l'aire le bonheur de donc. La reine de Naples, pour le remercier
tante, comme cc monsieur-là esl malade au- personne. 11 - « Uicntôl je ne vous écrirai du mémoire qu'il avait rédigé, lui emoya
jourd'hui! »
plus cl volre vie rentrera dans ce repos animé ùngt mille francs et la croix de commandeur
Le cœur un peu en loques, Benjamin élail qui vous comienl et qui rnus trompe sur le de l'ordre des Deux-Siciles. Il )ps refusa :
donc revenu chez .Mme Récamier. Il y trouve mal que vous faites .... D'ailleurs vous avez iJ aurait fallu partir pour ,ïenne, el il ne
en tiers un homme qui lui déplaît soul'erai- voulu êlre bonne quelquefois et je vous re- voulait pas quille1· Paris, c'est-à-dire Julielle.
nement, M. de Forbin, ancien amant de la mercie des clforls inutiles que vous avez li ne s'occupa plus que d'elle.
princesse Pauline. « C'est l'homme le moins faits. » Le lion fait do:.ic parfois sentir la
Il n'était pas très exigeant, à 1rai dire. li
naturel, le plus maniéré, le plus comédien griffe; il n'y met peul-être pas toute la façon ne demandait à )tme Hécamier que« place au
qu'il y ail au monde. 1&gt; Aussi plaît-il fort à désirable, mai~ il y met tanl d'esprit! En feu el à la chandelle n, comme un soldal de
~lme Hécamier qui est, Loule affaire de cbas- vérité, pourrait-on s'en fàcber'?
passage. Il ne serait pas gênant : un peli t
lelé à part, une manière de Forbin en jupons.
Après avoir écril à Mme llécamier. Benjll- coin dans le salon, comme à Ballanclre, sufDespole comme Loule femme qui se senl aimée, min consigne ses impressions sur son Jou mal firait à son bonheur. « Je voudrais Lant savoir
tlle collabore avec lui au désespoir dece pauvre intime : elles sont naturtllemenl plus vives, encore une fois, lui écrivait-il, cc que peul
amoureux sincère qu'est Benjamin. Celui-ci plus hautes en couleur, plus sincères aussi èlre la vie sans douleur! Oh! mon Dieu,
dcvienl jaloux de M. Forbin el ne le cache pas. que celles donl il fait parade devan l l'adorée. pourquoi faut-il vous aimer ainsi? Cela vous
N'a-t-il pas osé écrire à Juliette : « Après le
est si égal 1 »
1 Cc duel finit par avoir lieu. quand tout grief était
bonheur de vous posséder, il en est un que je ouhlié. Benjamin Con,tant, malade, ne pou,anl se tcEt pourtant, rentré chez lui, il rénéchit
ni,· &lt;lehout, se batlll a~sis dans un fauteuil, au pismets presque à côté, ce serait de frapper tolet.
aux sentiments qu'il peut aYoir fait naître chez
Le con,,entionncl Couthon s'i tait jadis hattu
l'homme qui a perdu ma vie cl de mourir ain~i.
Juliette. li ne pense pas qu'il y ait répulsion,

�1f1STO'J{1.Jl
Napoléon approchant dè Paris, il brûle ses
mais seulement crainte de s'engager dans des le tout en tout hicn loul honneur, el comme vaisseaux cl publie, le Hl mars, dans les
liens dont elle ne voit nullement la nécessité. pour s'exercer dans l'art de plairt• el s'entre- Débats, un article qui se termine par celle
ne fil en aiguille, il s'indigne de ne pas être tenir la main. Aussi n'é1ait-ce pas de moi phrase célèbre : « Je n'irai pas, misérable
plus avancé &lt;fU'au premier jour. El il écrit qu ïl s'agissait. En coquellerie flagrante, d'une transfuge, me trainer d'un pouvoir à l'autre,
sur son carnet . « li y a quelque chose de part avec Benjamin Constant, de l'autre ave&lt;' com rir l'infamie par le sophisme et balbutier
niais à ne rien tenter avec une femme dont .\ ugustc de Forbin, j'étais en quelque sorte des mols profanés pour racheter une vie honon est fort amoureux cl al'ec qui on se Lrouvr nn instrument dont clic jouait; elle se diverteuse. »
soul'ent en Lèle à tèle à deux heures du tissait i1 entretenir leur jalousie rrciproque
Mme Lenormand croit devoir déclarer que
en
feignant
de
s'occuper
de
moi;
sous
mon
malin. » Il s'abime dans ses réflexions et clôt
&lt;&lt; le désir de plaire à ~lme Hécamier ne fut
masque,
j'étais
Forbin
pour
Benjamin
Conses incertitude~ en disant : &lt;&lt; Pusévérons. »
pas le seul motif qui fit écrire à Benjamin
Et il persévère. Mme llécamier lui recom- stant, et Benjamin Constant pour Forbin; ce Constant cet article 1&gt; . Les quelques mols de
m·mde deux dames qui ont eu des revers de qui prouvait, du reste, qu'elle se moquait son C.'lrncl qu'on vient de lire : &lt;&lt; Je me jelle
fortune el auxquelles elle s'intéresse : vile également de l'un el de l'autre. Je coupai à corps perdu du côté des Bourbons; ~lmc Réil s'y intéresse aussi el met à leur disposition court à ce charitable passe-temps, qui ne camier m'y pousse 1&gt;, sont crpendant la preuve
ù perpetuité un appartement ,acant dans sa comenait ni à ma position ni à mon caractère, que- ce « désir de plaire • fut l'ingrédient
maison de la rue Neuve-dl'-Btirn : il tient et qui pomait aboutir à me mellre gratuite- essentiel de sa détermination. Chateaubriand,
même à co11trihuer à leur faire u~e pension, ment sur les hras deux soties querelles, en « documenté » à souhait par ~!me ltécamier
- et tout le monde de s'extasier sur la gé- quillanl le bal a,ant minuit; et cc fut en elle-même, dit en toull'S lcllres, après avoir
nérosité dl) füne flécamicr 1... De plus, il sortant, si j'ai bonne mémoire, que j'entendis cité la phrase de l'article des Debats : &lt;&lt; Benenvoie à celle-ci les plus jolies lettres du pour la première fois parler à ,oix basse d11 jamin Constant écrivait à celle qui lui avait
monde, des lettres où il met tout son cœur. déharquemcnl de l'empereur à Cannes .... » inspiré ces nobles sentiments, etc.... » Et l'on
Une l'hose à remarquer avant d'allrr plus
Il a tort. Il n'aurait pas dt1 parler cœur :1
loin,
c'est que l'esprit, chez )!me Hécamicr, sait que les Jll111oil'es 1/'011/re-/0111/Je ont été
celle qui mettait son amour-propre à ce que
lus el commentés devant Mme Récamier, qu'ils
tout le monde lui fit des déclarations, 11 qui ne mûrit pas. Elle n'atteint pas an srrieux ont reçu pour ain~i dire son estampille ornil était indilférent d'être aimée, mais qui de la , ie; elle demeure étrangère 11 son côté ciclle. li est donc hors de doutr qul' c'est clic
tenait i•normémenl à ètrc préférée. Après élevé. Frivole die était sous le Directoire et qui in.~pim cet article à st•nsalion, mais elle
a,oir reconnu qu'il avait affaire 1, une co- sous le Consulat, frivole clic demeurera. Pour ne le dicta point. C'est bien aim,i d'ailleurs
quette, à une &lt;&lt; linotte 1&gt;, comme il dit, après paraitre toujours jeune'! C'est possihle, mais que s'en expliqua Benjamin Constant awc son
a,oir pem: à jour ses manèges, il aurait dù elle ignore qu'on peul le demPur1•r tout en ami M. de Ilaranl1•, un peu plus tard. Il faut
avoir assez de caractères pour renoncer à elle apnl une dignité et une gravité bien autrc- dire aussi que le désir de plaire à Mme fü:cael revenir à sa femme. Mais il est trop faible; ml•nl séduisantes que ces mesquins calculs micr était doublé chez lui d'un sentiment plus
il ne le peul pas, et il est d'autant plus à d'une sotte el enfantine coquellerie. Elle aurai l vif encore, lajalousie. ~I. de Forbin i:tail venu,
plaindre qu'il se rend compte de sa propre pu s'en rendre compte en regardant simple- comme tous les soirs, chez Juliette, et, comme
làcheté et comprend à merveille les froids ment celle charmante duchesse de Broglie, il avait revêtu un uniforme, qu'il « semblait
calculs de celle qu'il ne peut s'empècher Albertine de Staël, qu'elle a,·ail presque ,uc devoir tout pourfendre » cl accaparait ainsi
d'adorer. Sentant donc l'inanité de tout ce naitre, cl elle eùl hicn fait de se modeler tout cc que Juliclle avait de bienveillance
qu'il dira, de tout ce qu'il fera, sa prose sur elle. Mais elle n'est pascapahlc dcs'éber dans l'àme, Benjamin se piqua au jeu et ne
commence à se nuancer d'affaissement, de à celle hauteur de perfection de resprit lm- ,oulul pas demeurer en arrii•rc. Il fil, de sa
découragement : le grand railleur a l'an,our main : elle gardera jusqu'à son dernier jour plume, ce que l'autre, le gascon! prétendait
triste à présent. Ile plus, la jalousie lui te- l'empreinte de ses premières années frivoles . faire de son épée. &lt;&lt; Ce fut, a-t-il déclaré, le
naille le cœur : il en ,eut à ce grand sol de Quant à son indolablc vertu, faut-il lui en grand sabre de M. de Forbin qui me perdit.
~adaillac qui, avec cc grand fat de Forhin, a faire un mérite'? t;nc femme va nous ré- Je voulus aussi faire montre de Mrnuemcnl.
maintenant les préférences de Mme Réca- pondre sur cc point, la margrave de BaFeu th, Je rentrai chez moi cl j'écrivis l'article du
mier : il ne l'Oil pas que c'est pour irriter qui écrivait à son frère le grand Frt'.•déric : Journal des Débats 1 ,, •
sa jalousie el il parle mème de s'unir à Forbin &lt;&lt; Je ne puis tirer grande gloire de ma vertu.
Il reçut beaucoup de compliments au sujet
pour exterminer Nadaillac. Mais celle velléité Je suis d'opinion que celle qualité ne consiste de cet article ; mais Mme llécamier, qui )'
d'alliance ne dure pas. La coquellerie per- qu'à résister aux tentations; comrµe je n'l était cependant pour quelque chose, ne songea
sistante de )lme Récamier Y met fin, les é,é- suis point exposée et que je possède l'attribut point à lui en faire. Aussi lui manda-t-il :
ncments politiques surlo~t. ltcoutons sur &lt;le n'en être point susceptible, je ne puis &lt;&lt; Je suis bien aise que mon article ail paru'.
ce point un épisode auquel rut mèlé le duc tirer vanité d'un mérite inné avec moi. » Voici uri billet que l'on m'écrit après l'avoir
)lais rC\·enons à Benjamin Constant.
de Broglie, celui qui allait ètre bientôt le
lu. Si j'en recevais un pareil d'1111e aul!·e, je
Bonaparte, la nouvelle est certaine, vient
gendre de lime de lai.J el qui, comme tel,
serais gai sur l'échafaud .... ll )lais il n'aura
de,·ait bien connaître Mme Récamier: «J'étais, de débar.quer en Prol'ence. « Je me jette à pas celle joie et ne montera pas sur l'échafaud.
dit-il, au bal chez M. Grelîulbe .... C'était corps perdu du côté des Bourbons, écrit Ben- On lui dit cependant qu'il en est menacé, qu'il
un bal masqué; on n'y était point admis à jamin sur son carnet; Mme Récamier m'y Ya être arrèlé .... li écrit alors à )lme l\éca,i age découvert. J'étais ?1asqué comme tout pousse. l&gt; Mais la société qui gravite autour mier : « Pardon si je profite des circonsle monde. Je ne tardai pas à remarquer de Julicllc est dans le plus admirable désar- tances pour vous importuner, mais l'occasion
qu'une personnne r, moi bien connue, el qui roi. Auguste de Staël engage l'amie de sa est trop belle. Mon sort sera décidé dans quane déguisait point sa voix, prenait mon lms, mère à fuir cl lui offre de l'accompagner en tre ou cinq jours sf1remcnl, car quoique vous
Je quittait, puis revenait à moi, sans avoir Suisse; Mme de Staël vient clic-même lui dire aimiez à ne pas le croire pour diminuer votre
d'ailleurs rien à me dire. C'était Mme Réca- qu'il faut absolument qu'elle parle. Benjamin intérêt, je suis certainement, avec Marmont,
mier. Ce manège me parut d'autant plus sin.: Constant, toujours dévoué, met à sa disposi- Chateaubriand et Lainé, l'un des quatre homgulier que, la connaissant depuis des .années, tion une somme de vingt mille lrancs, dans le mes les plus compromis de France. Il est
ayant souvent passé des jours, voire même cas.où son mari, par ces temps orageux, aurait donc certain que, si nous ne triomphons pas,
des semaines avec elle, à la campagne, je quelque dirflculté à recueillir des fonds : elle je serai dans huit jours ou proscrit ou fu gitif,
n'avais jamais été ni l'admirateur de sa beauté, les lui rendra quand elle pourra. Devant cette
1. Dt 8,R•NTE, Souve11irs, l. 11, p, 128.
ni l'objet de ces préférences banales qu'elle marque de dévouement, la glace se fond, l'en'.!. Mme Ri!ramicr le connnissail Jonc a,·ant son
tente
se
fait,
et
Benjamin,
abdiquant
ses
tenprodiguait à tout venant, grand ou petit,
insertion'!
icune ou vieux, beau ou laid, ~ol ou spirituel, dances libérales, devient fervent royaliste.
... 270 ....

�r-

111STORJA

--------------------------------------~

ou dans un cachot ou fu$illé. Accordez-moi
donc, pendant les deux ou trois jours qui
précéderont la halaillc, le plus que vous pourrrz de voire temps cl de vos heures. Si je
meurs vous serez bil'n aise de nùvoir fait ce
hi&lt;.'n, et vous seriez ràchée de m'avoir arfiigé.
~Ion srntimenl pour vous est ma ,ie; un signe
d'indifférence me fait plus de mal que ne le
pourra faire dans quatre jours mon arrêt de
mort. Et quand je sens que le danger est un
moyen d'obtenir de vous un signe d'inlérêt,
je n'en éprouve que de la joie.
« Avez-vous élé contente de mon article, el
savez-vous ce qu'on en a dit 1 ? »
Assurément, Benjamin était aussi compromis que possible, mais )(me l\écamier lui
savait-clic gré de s'être ainsi jeté, pour lui
faire plaisir, tète baissée contre Napoléon rentré aux Tuileries L. Non, elle n'était pas disposée à lui accorder le « signe d'intérêt ll
qu'il sollicitait. Car, quel profit en retireraitelle s'il devait mourir? Et, s'il devait vivre, à
quoi bon capituler?
Cc n'est pas elle qui capitula. Réfléchissant
que, à tout prendre, il valait mieux conserver sa liberté que la perdre, Benjamin partit
pour 'antes. Il apprit, sur la route, que la
ville était aux bonapartistes et que le préfet,
M. de Ilarante, son ami, était en fuite : il
retourna alors à Paris. Il ne pouvait décidément vivre loin de Mme Récamier; mais le
refus de celle-ci de reconnaitre son dérnuemcnt le jcllc dans une drtcrmination toute
différente de celle 011 l'avait jeté le désir de
lui plaire. Au lieu de policiers, il voit arriver
chez lui des négociateurs : on le sollicite, de
la part de l'empereur, de venir aux Tuileries.
Toul d'abord, il bésilc; il se sent si compromis l Mais on insiste, on lui dit que Larayettc
y est déjà, que tout le parti conslitutionncl l'a
suivi el se prononce pour l'empire. Il cède.
Napoléon l'accueille au mieux, déploie pour
lui d'irrésistihles séductions, lui parle de bien
puhlic, de dévouement au pap ; il l'engage à
s'unir, à lui pour sauver la France; il dit que
le concours de ses talents lui est indispensable .... Bref, il flatte ses sentiments de générosité, de légitime ambition, de vanité aussi,
disons-le, cl, quand Benjamin le quitte, il est
conseiller d'~~lal !
On ne sait comment il annonça la chose à
Mme Récamier : Mme Lcnormant ne l'a pas
dit, et il ne l'a pas raconté non plus. li est
probaLle qu'il y eut de sa part un peu d'embarras. Mais on trouve dans sa lettre LXXIX.,
la première probablement qu'il écrivit à
Juliette après cel événement : « Que maudit
soit le métier de courtisan ou d'homme
d'l~lat ! Je crois que je donnerai ma démission demain, et je suis bien sûr que je le
ferais, si je croyais que vous m'en sussiez
gré. » Et il demande la permission de revenir
la voir. Pour l'obtenir, il flatte sa curiosité:
« J'ai eu les plus curieuses convers:uions .. ..
Je serai donc bon à écouler, si vous êtes
curieuse. ll El comme elle l'était, qu'elle
1. CuuE,OBRIA~o, Mémoires d'outre-tombe, t. IV,
p. 456. (êd00 lliré.)
2. Ce n'ét3iL cependant pas autre chose. \'oir la

Dans un camp violent et enflammé tel
qu'était alors le parti royaliste, mème dans la
fraction de ce parti qui se disait modér«le
parce qu'au lieu de représailles elle se fùt contentée de tracasseries, l'irritation était grande
contre Benjamin Constant. On cherchait à fo
piquer, cl cela jusque dans le salon de
Mme Hécamicr. C'était pourtant un Lerrain
neutre. Juliette avait des amis dans tous les
partis et, &lt;.'Il femme pratique, tenait à les conserver. M. de Montlosier, qui venait de publier
un ouvrage sur la féodalité, discutait un soir
avec Benjamin sur cc livre. Quoiqu'il fût
d'opinion assez libérale, il a,ait un food d'humeur contre les voile-face si promptes du
nou,eau conseiller d'État : il estimait assurément que c'étaient choses permises, mais
qu'il fallait lais~cr le Lemps d'ouhlier la première avant de faire la seconde. Dans la discussion, Benjamin, sans y prendre trop garde,
l'égratigna d'une ces épigrammes à la fois
piquantes et bon enrant qui venaient toutes
seules au bout de sa langue, comme des
papillons sur une fleur : M. de Montlosier,
mal luné ce jour-là, prit de travers la plaisanterie. La finesse, l'esprit, ce n'était pas son
genre, et, au lieu de saisir le trait au vol ctde
le retourner gaiement contre son adversaire,
il se fàcha et lui dit: &lt;! Yous èles un sot! »
Benjamin Constant n'était rien moins que
cela, el il fallait a,oir perdu l'esprit pour
s'aviser de dire à l'homme le plus spirituel de
France qu'il était un sol. Plus disposé à donner qu'à recevoir des leçons, Benjamin releva
Yertement l'insulte el rendez-vous rut pris
pour le lendemain afin de décider, l'épée à la
main, qui des deux était le plus sot.
Mme Récamier en fot au désespoir. Redoutant le mauvais vernis qu'un duel entre deux
hommes comme ceux-là donnerait à son salon,
à elle aussi un peu - et c'est ce qui la touchait au vif - elle fil tout au monde pour
étouffer l'affaire. Mais pour cela, il eût fallu
commencer par étouffer d'abord Benjamin
Constant. Il se refusa à tout arrangement.
L'insulte avait été publique, la vengeance
devait l'être aussi. Il promit cependant de
ménager son adversaire.
Après avoir passé la nuit à arranger ses
affaires tant privées que publiques, il écrivit
à l'empereur cl à Mme Récamier des lellres
qui ne devaient leur êlre remises que dans le
cas où il crait lué; puis il alla 11 son rendezvous d'honneur. Dès les premières passes, il
piqua son adversaire à la main et les témoins
les sépar~rent. Rentré chez lui, il écrivit à
Mme Récamier : !1 L'affaire est terminée, pas
précisément comme vous l'aviez ordonné,
mais à peu près. ~f. de Montlosier a été blessé

à la main de manière à ne plus pomoir tenir
son épée, ce qui a fini la chose. J'étais an
désespoir de ne pas vous ob{•ir en tout, mais
c'était impossible sans me déshonorer; d'ailleurs il y avait eu tant de témoins que la chose
n'en aurait pas moins été redite et j'aurais
seulement passé pour un làche... »
Et il ajoute, soit pour répondre à une
crainte manifestée par Mme Récamier, soit
pour aller au-devant de cette crainte peut-être
demeurée muette, - mais cc n'est pas probable : « Ce qui est important, c'est qu'on
sache bien que ce n'a pas été une dispute de
politique 1, mais sur l'ouvrage de )1. de Montlosier, ce qui met votre salon à l'abri. ll
Allons! Mme Récamier pouvait dormir sur
ses deux oreilles : la répu talion de' son salon
était sauve, on ne dirait pas que, dans cc
temple du goût et des pures traditions de la
vieille société française, il s'était produit des
dissonances; on n'insinuerait pas que le ton
en était douteux puisqu'il en sortait des duels.
La belle Juliette fut donc satis foi te. Une autre
lettre de Benjamin achera de la rasséréner :
c'était celle qu'il avait écr.ite avant d'aller sur
le terrain et qu'il inséra dans le compte rendu
de la rencontre ... « Je tâcherai, disait-il, que
rien de tourmentant ne vous atteigne. Si
M. de Montlosier est tué, je réponds bien que
rien ne vous atteindra; si c'est moi, je laisse
une lcllre pour l'empereur et j'y explique et
j'y démontre que vous n'êtes pour rien dans
celle affaire. Ainsi, quoi qu'il arrive, soyez
tranquille .... 3 »
Tranquille, elle l'était maintenant, mais
elle avait tremblé pour le bon renom de son
salon, et d'elle-même. Remise de celte alerte,
elle ne put s'empêcher dfl trouver que ce Benjamin était bien bruJ•ant, bien tapageur ....
Comment! il ne se laissait insulter ni par te
glorieux de Forbin, ni par ce bilieux de Montlosier ! ll était décidément par trop mal
embouché. Et puis, c(lte idée de lui casser
les oreilles depuis des mois avec son amour
et de prendre cela au sérieux : l'amour, estee que c'est sérieux? Et, dans un salon de
bonne compagnie, est-ce qu'on est amoureux
sérieusement? Ah l fi !
Benjamin Constant, en effet, demeurait
amoureux en dépit Je ms duels, de ses évolutions poli tiques, de ses travaux; il le demeurait en dt-pit de Mme Hécamier, en dépit de
lui-mème. Froide et mesurée plus que jamais,
et comme pour lui donner une kço11 de
maintien, Juliette le désespérait. Il se jurait
le matin de ne plus la re,oir, cl, le soir, il
avait beau se cramponner à ses meubles pour
r~si ter au désir de rnrlir, il y retournait
tout de même. De part et d'autre c'était le
mème jeu qu'avant le retour de l'ile d'Elbe.
On ne dirait pas, en lisant les letlrcs de Benjamin, que la France traverse une épouvnntable crise et qu'il est occupé à la sauver, il
le croit, du moins, en rédigeant !'Acte rulditionnel. Le conserller d'État se fait tout petit
en lui écrivant el cède le pas à l'amoureux

lettre de li. de llontlosicr d3ns le recueil des Lettres
de Be11ja111i1t Consta11t à Mme llécamier, p. 18:i.
:i. Comme la pluparL des autres citalion des lettres

d•e ll&lt;'njamin ConstanL à àlme Rcc~mîcr. cellc-t'i est
empruntée ou recueil qui en o été publié pnr lo librairie Calmann-Lév)'·

tenait plus à ètrc dans le secret de la coulisse
qu'à en manier les ficelles, qu'elle se proposait aussi d'avoir hesoin d'un conseiller d'Ùal
de l'empereur, clic admit de noU\'eau celui
que dans son cercle on n'appelait plus que
« le transfuge n.

... 272 ...

M ADJUŒ

}tiCAMŒ~ ~

qui! de son côté, se fait tout humble et tout i! n~ fait pas fondre pour cela la glace de
Mme de Krüdt•ner était alors dans toute sa
doc1le.
. Je
. n' y l a~htud~ &lt;)c Juliclle: Elle est pour lui cc
• ~ « Jp. ne trouhle point votre vie,
vogue : intérèl et vanité poussaient le troupenctrc pornt malgré vous, je me retire hum- ~u ~ll_e eta1t avant, m plus, ni moins. Aussi
p~u mondain à son prêche, et la mode était
bleme~L dès que je me crois à charge. » Un ecr1t-1l ~~ns son J_~urnal intime : &lt;&lt; 11 y a là
d y aller. La nourelle é~lisc faisait recclle.
autre ~our_ : « Ne ,ous prescrivez pas de un barr,cre que J enlrcvois et qui me para- )lme Uécamier était trop la femme de la mode
dureté ~utile avec une àme soumise, dévouée, lyse. ,,
cl la reine du snobisme pour ne pas aller où
sans e~1gence .... » Mai~ c'est là ce qu'il écrit
. ?n pourrait cro!re qu'il ne songe plus bien tout l? 1!1~nde allait,. el l'?n peul croire que
1~ malm, quand il a l'espérance de la voir. ser1eu~emcnt maintenant à franchir cette la_cur10s1le la poussait morn~ que le désir de
cc qu ··1
, .
1\oulez-vous
•
, sa"oir maint••nant
~
I ccrJt
barrière: li continue cependant à le tenter. fa~rc comme les autres. O'aillcurs elle connaise _soir' ?pres arnir eu cc hnnheur? &lt;&lt; C'est Les am,s de J~l!e~lc le regardent un peu sait lime de Krüdener; die l'a l'ait attirée
fim. Il n y a là derrière que l'indifférence la comme un pest,fere et )I. de Nadaillac se chez elle parce qu'elle était h la mode el surplus complète. Il n'y a rien à faire comme permettant de faire l'insolent avec lui {1 le tout l'amie de l't•mpereur Alexandre. Et puis,
amour!. Et comme am11ié? Cela n'en ,aut re~ct à sa place de telle façon qu'il n'; plus comme celle-ci lui a1ait fait remellre un
guère I? P&lt;'ine avec une âme si sèche! »
envie de recommencer. Toul son désir, à pré- man~sc~it pieux par Benjamin Con,tant, il
Ce n est là qu'un ~h_an~illon de ce que le
falla1l bien lui rendre sa politesse et aller à
pa_uvre amoureux écr1V1t invariablement le
s~n prèc~e. Elle_ y alla donc, non pas en
~oir ~ur so~ carnet. Et cependant il retourne
devo_te qui n•u~ faire son salut, non pas mème
le• lcudemam
,. chez
. cellf\ « âme si sèche n ,. 1·1
e~ s1mp!e curieuse, pour ,oir, mais pour se
n a pas 1ener/;\,e de la rayer de son existence
faire "o_ir : elle était en re,plendissantc toide mettre, comme dit Montaignr,, &lt;1 un clou
ll'tte. S1 son but avait été de distraire les
sa roue »_. On aurait peine à concel'oir une
fidèl~ de lc1_1rs ?raisons, elle avait pleinement
telle ~ers1st~ncc devant des c1 fins de non
réussi ; sa ,·1clo1rc sur Mme de Krüdener rut
re&lt;:8,·o,r » si_ rép~:lées, si l'on ne savait jusé_clatante. Celle-ci avait remarqué combirn
qu ~ quel po1ut I homme dénué de caractère
1entrée à effet deJulietleavaitjcté de désarroi
.denent
•
. . làche deva11t fa rt'mme q u,.I 1 aime.
dans le recueilleml'nt de son troupeau d'âmes.
BenJamin \a donc chez lime Récamier - un
Ell_e 1.1'cn f~I s~tisfaiLc que tout juste, se plai~eu p_a~ dé~œuvrem&lt;.'nl, comme il f;it « de
gmt a BPnJamm Constant, qni n'en é1ait pas
1amlution par désœuvrement l&gt; • Et ces
. Lpar
d,
responsable, el le chargea de supplier son amie
csœuvrPment au~si qu'il est dPvPnu depuis
de meure ~ l'a,~nir, une __robe plus simple
le ~O mar~ l'homme le plus occupé de Paris.
quand elle Y1cndra1t s humilier devant le CrraInvité par Mme Hérnm1er à une d'1s lrac 1·ion,
teur : que diable! une rglise n'est pas un
-. ~n sermon, - il s'excuse on ne peul plus
théùlrc l Et Benjamin, toujours docile a,ec
sp1rituellemcnt de n'y pournir aller : « J'ai,
les femmes, ~•~crire à Mme Récamier la jolie
d11-1J, une foule de petites affaires, toutes
i\IADAAIE RtCAlllER.
lcL~re dont 1·01c1 quelques lignes : « Je m'acplus bêtes les unes. que les autres, &lt;.'l qui me
q_mlle avec un peu d'embarras d'une commisMé.Jatllon de DAVID o'AsGERS (Cliché Giraudon).
rc_ndent comme elles. Je suis fâché de ne pas
sion que ~lme de Krüdener vient de me
faire avec vous ce pas de pl11s d,ins la bonne
donner. Elle vous supplie de venir la moins
rou_te; au reste, _soit dit sans orgueil, jc m'y sent'. se borne au se?l bonheur de contempler l_&gt;elle _que ,ous pourrez. Elle dit que vous
crois plus a1ance que vous el je puis Yous so~ idole. ce qm lui vaut des retours inter- cblowsscz tout le monde et que par là toutes
allendre. Mais je n'en rprrrelle pas moin
m1llents de passion a,ec aet·ompagnemenl de !es àm~s sont troublées et Ioules les attentions
VOU )
o
S,
s ~concevez, une heure passée entre vous la,ri:ues et _de _désespoir. li est heureux ainsi. 1mposs1bles. Vous ne pouvez pas déposer
et le ciel. •
1) ailleurs il vient de rencontrer Mme de Krü- ,o~re charme, mais ne le rehaussez pas .... »
Waterloo arrive =. c'est la chute de l'empe- dener chez la belle indifl'érrnle. Il ne tarde
fout cela n'annnonçait pas une l'crvcur bien
reur, la chute aussi du rallié Benjamin Con- pas à découvrir que cette aimable illuminée exlraordinair&lt;.' chez ccJle que )!me de Krüdestant. Dans ses lettres à Jlme Récamier, Loul P?ur~a plaider_ sa_ cause au près de celle qu'il n?r t~nait à, regard_er comme une néopliite,
cela sem.ble le ~oucher médiocrement: « Victor aune. pour a1gu1llonoer son tèle, il écoule m. meme qu elle prit b(•aucoup au sérieux ses
~c B~ogl_ie_, qm m'a rencontré, me disait que ses sermons : cc Mon cœur et mon esprit &lt;&lt; ~o~gleries célestes ,, . Et pourtant elle écriJ avai_s 1air cond~mné à mort. Il allribuait m~ladcs ont été attirés par les consolations vait a ~ttc époque : &lt;&lt; La Bécamicr est toute
~la a des chagrins politiques. llélas ! mon quelle ~le promet. Qui sait d'ailleurs si, sur con verlJC 1.. • »
01eu, mes chagrins, ma proscription mon ce terra~~• le cœur de Julietle, attaqué par
.~c régime de mysticisme assaisonné de
bourreau, c·~st vous! l&gt; Et une autre 'rois : celle alhec, ne me sera pas plus ouvert? J&gt;
P.r~e~es, de 1:11éditations et d'extases auquel
« Je reconnais que je n'ai ancun droit à mani- . D~ son ~ôté ~Ime de Krüdener, à qui Ben- s cta1t soumis Benjamin Constant, opérait
fester ma ~ouleur; mais elle est dans mon Jamm ava,t fait sa confession de cœur en d?ublemcnt su_r ses nerfs: une détente s'était
cœur depuis un an, depuis le jour fatal où Ioule candeur d'àme, le trou,ail assez mariné ~ ab~rd prodmtc chez lui et avait amené de
vous avez
· queIle impression
·
. vous par_ le chagrin pour mordre aux mystiques 1apa,seml.'nt; mais, par suite de cet apaise. . voul u voir
produmez sur moi. n Et des choses analogues 1ou1ssanecs de la religion qu'elle venait dïn- ment mème,_ son, a'.11our s'épurait, planait
se retrou l'ent sous les formes les plus variées l'C~te~. C'était de plus une recrue propre à dans des spheres etherées et semblait ne pl s
.• 1
u
dans_ cette correspondance qui, au fait, ne lui faire honneur_: _quelle &lt;1 rrclame » pour apparternr
a a terre. Espérant lrourer maind~va1t ,ras amuser plus que cela Mme Réca- elle et ~ur son Eglise que la conver ion de tenant chez ~lme Béc:1mier des dispositions
m1e~. C~la n'amusait sans doute pas davantage ce secpt1que, _de cc roi des railleurs! Et puis, s~~blables, re1•anl ?e JC ne sais quclle union
~n1a~rn Constant, qui al'ait, en cc moment, cette conversion pourrait lui amener aussi dame avec elle, umon va11oreuse comme une
tcn d autres chats à fouetter. Inscrit sur une crlle de Mme f\écamier. Car c'est elle surtout ballade allemande, il allait, les yeux pleins d
de pr~scription, son sort ne touche pas la que lime de Krüdener \'ise au travers du corps rève et l'esprit déjà dans les nuages, porte:
roide Jul1ette, car on lit sur le Carnet . de _Be~jamin Constant. Que de calculs et de son cœur chez sa belle amie. liais aupr'
' 1·ile• avait
· vite .l'hit de crever
'
es
~ Dureté el indifférence de Mme Récamie; pehts intérêts autour de ces trois personnages, d •elie, 1a rea
ur~nl c~lle espèce de persécution. l&gt; Cela e,t -~la so~s &lt;:°ulcur de religion 1... Mme de bal!on _d'illusions et Mme Récamier lui se~~
ni~ 1~?1pccbe pas, pour se réhabiliter de,•ant Krudener rnv,te donc Benjamin à ses « sor- bla1t d autant plus sèche, a \'CC ses attitud
, . d'
es
~I ~•. adresser à Louis XVlll un mémoire où celleries ~lestes », pour employer un mot de manegees,
autant plus dure el cruelle que
' eclare se rallier à son gouvernement. Mais Chateaubriand, el travaille à le conquPrir.
1. J. DE Nonv,ss, Mémorial, t. Ill . p. 277.

à

t'~

11 -

HISTORIA. -

Fasc. q .

18

�, - 1f1ST0'/{1A
lui-mème a,•aiL élé d'une enfantine candeur
dans ses extases mistiqucs. Et, comme un
amoureux qu'il étail, il passail d'une confiance
cxccssiYe à la colère, de la colère à l'allendrissemenl, de J'auendrissemenl aux larmes
el au désespoir. Il prenait alors la plume el
lui faisait part de ses scnlimenls, quels qu'ils
fussent. Mais un jour, la colère le domine :
« Yous l'0US persuadez commodément que je
nc souffre pas pour m'oublier à votre aise.
Eh bien, sachez, quoi que vous prétendiez en
croire, que ma vie e~t un supplice continuel ... ,
que l'0US tuci toutes mes facultés, que vous
me repoussez de la religion, que vous me
faites m,mdire vous, moi, toute la terre.... A
présent, j'ai dit. Failes ce que l'0US voudrez,
comme depuis un an je dépose del'ant Dieu
ma douleur. Dédaignez-la, marchez dessus,
i nvitcz-moi avec dix personnes quand j'ai
besoin de vous voir seule. Le temps passe, la
mort viendra. Vous aurez fait le mal l'Olontairemenl. ... N'a,ais-je donc rien de bon, de
digne de pitié? »
1. C'est Mme llichelet, que j'ai eu l'honneur de
connaitre, qui m'a donné l'opmion de son mari sur
celle inOuence fatale de lime Récamier. D'ailleurs
Michelet n'aimait pas Mme H~camier; il était fort

que, quand je considère le profil qu'ont retiré
plusieurs personnes de m'avoir aimé, je Lrolll'e
que vous avez fort bien fait de n'en pa, vouloir. Je vous en féliciterais davantage si cela
vous avait plus coùté.... .\. présent que la
blessure est guérie, je n'ai plus que de l'affection sans aucune rancune. » Allons! les
voilà bons amis maintenant : c'est bien l'avis
de Mme Récamier, puis,1u'elle ne lui répand
pas.
Mais cet amour, qui ne fut pas seulement
de tête, semble avoir desséché le cerveau de
Benjamin.
Le malheureux ne produit plus rien, il
semble s'ètre figé en plein talent, comme si
la sève chez lui s'était arrêtée net. Elle était
en effet tarie.
Mme Récamier, en provoquant son amour
et en ne ~e donnant point, lui avait enlevé
le peu d'illusions que les autr.-s rcmmei. lui
avaient laissées en se donnant.
De là une aridité el des avortements qui
dénotent une véritable impuissance. Michtlet
n'hésitait pas à attribuer cette impuissance
sceptique à son endroit el n'a"ait jamais voulu aller
chez elle. Son avPrsion pour le convenu cl aussi ce à son amour malheureux pour Mme Récaqu'il a ècrit sur lime de Staël, la grande amie de
mier 1 .
Juliette, expliquent suffisamment celle réserve.
jOSEPll TURQUAN.
(A suivre.)

C'est bien la crise d'où sort la gucr1~on.
Benjamin Constanl en a assez de se ,oir
traiter par la coquette comme une souris par
le chat qui s'en amuse, la tripote, la tue en
douceur el en se jouant. JI se ressaisit el, si
l'on l'Oil bien son étal d'àme dans la Jeure
qu'on ,ient de lire, on le l'Oil plus nettement
encore dans ces lignes de son Journal intime :
« Juliette ne m'a jamais plus indignement
traité; elle m'a donné hier quatre rendezvous qu'elle a manqués. Et le soir je l'ai
troul'ée un chef-d'œuvre de coquetterie, de
perfidie, de mensonge, d'hypocrisie et de
minauderie.... Je nis rederenir un homme
sérieux et reprendre mes forces el ma plume.
Je le sens, je le veux. 11
Enfin, comme tout ici-bas, plus l'ile même,
l'amour passe. Libéré du sien, Benjamin
Constant, pour 0auer Mme Récamier, en
garde encore quelque temps la livrée. JI va
chez elle, dine chez elle; l'esprit prend définitivPment le dessus. Voyez plulôl ce qu'il
lui écrit le 7 décembre 1815 : &lt;&lt; Savez-vous

La Tour
En 1755, La Tour n'exposait qu'un pastel :
le portrait en pieddeMadame de Pompadour,
de 5 pieds 1/2 de haut sur 4 pieds de large.
C'est le pastel qu'on Yoil au Louvre.
Il y a sur ce portrait de la fa\'orile uoe anecdote curieuse, cl qui peint L'I Tour. Mandé à
Versailles pour peindre Madame de Pompadour, il répond : « Dites à madame que je
ne uis pas peindre en ville. 1&gt; Pourtant un
de ses amis le décide. II promet donc de se
rendre à la cour au jour fixé, mais à condition
que la séance ne sera interrompue par personne. Arrivé chez la favorite, il réitère se,
conYentions, et demande la liberté de se
mettre à son aise. On la lui accorde. Tout à
cou p il détache les boucle.~ de ses escarpins,
ses jarretières, son col, ôte sa perruque,
l'accroche à une girandole, tire de sa poche
un petit bonnet de taffetas et le met sur sa
tête. • Dans ce déshabillé pittoresque, notre
génie, ou, si l'on aime mieux, notre original
commença le portrait. li n'y avait pas un
quarl d'heure que noire excellent pejntre était
occupé, lorsque Louis XY entra. La Tour dit,
en ôtant son bonnet : « Vous a\'iez promis,
madame, que votre porte serait fermée. » Le
Roi rit, de bon cœur, du costume et du re-

proche du moderne Apelle, el J'engage à
continuer : « Il ne m'est pas possible d'obéir
à Votre Majesté, réplique le peintre, je reviendrai lorsque madame sera seule. » Aussitôt il se lève, emporle sa perruque, ses
jarretières, et 1a s'habiller dans une autre
pièce en répétant plusieurs fois : « Je n'aime
pas à être interrompu. »
Telles sont les façons de La Tour. Le peintre
à la mode use et abuse de la mode. Nul peintre
n'a imposé comme lui à son siècle la tyrannie
de l'artisle el le bon plaisir du talent. Il faudra
que le lloi, dont il est le locataire et lt: pensionnaire, subisse ses impertinences, pour
avoir son portrait de sa main. Le portraitisl1;
n'achève pas les pastels des 111les du Roi, de
~lesdames de France, pour les punir de rendez-vous manqués. La Dauphine ne peul obtenir le sien, parce qu'elle a eu l'imprudence
de vouloir changer l'endroit des séances, Fontainebleau, dont on était conYenu, pour Versailles. « Mon talent est à moi, 11 disait fièrement La Tour. Avec le, plus grandes dames,
il faisait ses conditions, des espèces de traités;
et manc1uait-on à la plus petite des clauses,
il ne revenait plus; rien ne le ramenait, le
portrait restait là. Consentait-il à les peindre,
dp

... 274 ...

il était le maitre absolu de la po e, des traits,
du teint du modèle, el l'engcait durement les
portraitisles du siècle, du supplice d'obéir à
toutes les exigences contemporaines de le
femme qui se faisait peindre.
Avec la finance, son caprice va ju~qu'à
l'insolence. On connait l'histoire de son por•
trait de la Reynière. Mécontent de son travail
pour lequel il n'a,ait pas été inspiré, le
peintre demande une dernière séance. Le jour
fixé, le financier envoie un domestique dire à
La Tour, dl\jà assis à son chevalet, qu'il n'avait
pas le temps de \'enir. « Mon ami, dit La Tour
au domestique, ton maitre est un imbécile
que jen'aurais jamais dù peindre.... Ta figure
me plait, assieds-lui là, tu as des traits spirituels, je vais faire ton portrait. Je te le
redis, ton maître est un sot. ... - Mais, monsieur, vous n'y pensez pas! Si je ne retourne
pas à l'hôtel, je perds ma place.... Eh bien!
je te placerai ... commençons. » La Tour fait
le portrait, M. de la lleynièrc cha~sc son
domeslique. La Tour enrnie le portrait au
Salon, l'anecdote s'ébruite, on rnut connaitre le spirituel valet d'un sol si riche, el
bientôt il n'a plus que l'embarras du choix
dlune place.
EoxoND ET JuLES DE GONCOURT.

Louis XI
Par P A UL DE SAINT-VI CTOR

De-êtous les. rois dr France, Loms
.. XI est vieux registre. On rogne des liards sans doute
« faire les préparatifs des nopces du aallant
pe~t. tre ~lm qu'a le plus maltraih; la pos- on met à la tirelire dans ce taudis sombre'
avec
une pol~nce. &gt;&gt; Il inventait des su;plices
té~Jt~. Une impopularité diffamante frap e cc Entr_ez-y... l'or l'illumine; il v rerrorae et iÏ
~vec la fa~tmsie méc_hante de ces tyrans itaroi s1 essentiellement populaire. Il n'v pas y ruisselle, il crève les sacs ·.·1 r '?L ,..
· ,
1a1 craquer liens que 1on pourrait appeler les artistes de
seulement dc la haine • il J\' a du mcpr1s
, ·. dans 1
r·
e~ ~alawPs. Le maitre du lieu prodigue les la torl?re. ~es cages de fer qui pesaient sur
image que' 1~ p~uplc a gardée de lui. D'ac- ;1uldliodns dans des spéculations colossales. Du
les prisonniers comme des corniches sur
cord avec I h1~~~1re, la fiction le traite en ion e son co, mp toir,
· 1·11ance des navires sur le~rs cariatides, les chaînes atroces qu'il faipersonnagemo1t1c tragique et moitié "rolesque
les n:1~rs de I Inde el soudoie les rajahs de la sait forg:er en Allemagne et qu'il appelait
Voyez-~c sur la scène el dans les r~mans : iÏ llala1s1e. - Oe même cc ro·
.
.
,
1 accon lre, d' un «_ ses_ fille,lles l&gt; ·. auraient fait honneur à l'imay parait presque toujours méchant cl làchc
tricot de lame el coiffé d'un bonnet crasseux gmat10nd Ezzel~n. Cemèmc livre des Comptes,
c~u?l el avare, composé de Tartuffe et d; fut le plus rude manit&gt;ur d'argent que la
(ue f°usbou1·~1?ns tout à l'heure, étale un
Trbcre, de Malade imarrinaire
et de Patel'
0
H Ya d
m. Franc~ eùl vu jusqu'alors. Aucune économie
?.xc ugu re d ecrous et de fer, des pages en. u vrai· el du faux dans celle légende,
nulle _cpargne. Celle ,·ieille tradition du Tréso; lleres en s_on t surchargées; cela grince et cela
comme il y a, dans une caricature, de la en:?UI et co~vé pa_r un draizon, que la ll1thor~sonnc : il y a là de quoi meubler des Basressemblance et de la chimère Q •·1 fû
Fh
'
I'
. UI
L lo'?ie sem~la1t a1·01r léguée à la royauté il la
lllles.
- « A maistre Laurent Yolme, pour
?c. e,. c est, ~ une calomnie gratuite, que reJet,te el i! la méprise. « li prenait l;ut el
1his_torre scr1euse n'a pas répétée. li se « dependo1t tout, » dit Comines. liais cet or &lt;c un granl fer lrampéz à double ferrure et
batllt brarement à Montlhéry, à Liége el que la Chevalerie, sa rivale, dépensait à « une_ grant_ ch~isne à sonnette au bout, q~ 'il
dans_!a gu~rre de l'Artois. Légèrement blessé m?n,Ler ses t~urnois cl à parer ses armures, &lt; a fa1z el hvres pour enfermer messire Lanau s1ege d Arras, il en plaisante dans une lm I cmplo_ya1t à acheter des villes, à gagner « celoL de Berne, 58 livres. _ Pour deux
&lt;1 f1•rs à grans cbaisnes el boulles, pour enlcLL~e, avec une verve narquoise qui illumine, drs ennemis, à soudoyer des c·onsciences. fe~mer deuz prisonniers d'Aras que garu~ rnst:int, sa sombre figure du clair sourire Dans son vo1age d'Arras, il emprunta d'un
«
doit
Henry dela Chambre, 6 livres. - Pour
d Henri IV. ~ « Monsieur le grand maitre, de ses ~alets la somme de trois ct•nt ,ingt liC&lt; ung fers rivés à crampes, à cbaisnc lonrrue
« mercy à D1e,u et à_ Nostre Dame, j'ai pris vres seize sous Luit deniers a pour l'e 1 •
à
..
,
mp 0Jer c, et une sonnctle au bout, et pour brasselets
&lt;&lt; A~ra~ et m en vais à Nostre Dame de la
' ses
p1amrs
el voluptés », et· il d1'stri'bua « pour aultres pri•onniers, 58 livres. - Pour
•
.
,
« V1et01re; à mon retour, je m'en l'ais en qu_mze m111c cens d'or pour se tirer du mau« Yostre. qu_arlicr, et rnus mencray bonne v~1s pas_ d~ Pér~nne. Ce fut lui, on peul le « un? fers à bouter les deuz bras, les jambes,
« compa1gn1c. Au regard de ma blessure, dire, _q w dec?uvr1l la circulalion de l'argent. « el a bo?ter ~u col et parmi le corps, pour
" ça_ esté le duc~? Bretagne qui me l'a fait Ce roi répute avare est le premier banquier « ung prisonniers, f6 livres. - A maistre
&lt;1 Laurent Volme, cy
devant nommé la
&lt;&lt; faire'. p~rce qu il m'appeloit/e 1·ui couard.
du budget moderne.
«
somme
d?
q,uinze
livres
trois sols tour;ois
« Ausst bien l'OUS sçavez de lougtemps
« pour a1·01r fourni du sien, par l'ordonnanc;
« façon _de faire : vous m'ayez vcu autrefo7s~
9uanl à la cruauté de Louis XI, elle fut
« EL Adieu. ll Les défaillances de son aaonie m~mdre peut-être que celle de bien des « et ~om~andement dudit sPigneur, pour
avoir fa1cl faire au Plessv-du-Parc l .
fu~ent celle~ d'une àmc en peine des co~ptes prrnc~s de son temps, mais à coup sûr elle «
&lt;i fo
• f: .
J
rois
~gcs a aire ~ne caigc de fer que ledit
q~ elle_ alla1l rendre, plutôt que les transes fut pire._ Le ~a?g humain souille davantage
«, s_eig~eur Y al'01t ordonné de faire. ,, _
d un vil_ caractère. Tel court au-devant de la celm qui le d1slllle froidement "0ullc à goutt
mort v10lentc, l'étreint, la prol'oque qui qu~\ celui qui le répand par lo~renls, dans ue~ L ~1stoir;, appliquant à Louis XI la loi du
tremble el tourne le l'i~a~econtre la mu;aille, acccs de colère. li faut sans doule tenir talion, 1a enfermé aussi dans une carre et
lorsque la_ mort naturelle vicnl le chercher compte_ ~u sièc.l_e de fer qu'il eut à forger, elle le promène, à travers les siècles coom,me
ut ne bête féroce d'espèce basse et de p,oil doudans son lit.
de::_ séd1t1?ns q~ _ri eut à vaincre, des trahisons
eux.
. Son av~ric~ se réduisait à sa personne. Qui qu ri eut a chat1er. ~fais, celle part faite au
On lui par?onnerait encore ses noyades
lit _les ~ emorrcs dcs dépenses de sa maison feu. de son temps,. il reste un roi qui par~aturques,
ses etranglements vénitiens el le·
cro!t f~mllcter le linc de comptes du froid ge~1t, s~r !a. quesllon ordinaire et extraordiarbre_s chargés de pendus de son manoir d:
l~g1s d Harpagon. On y trouve une note de naire, 1op101on de Perrin-Dandin :
Pless1s-lcs-Tours. Mais il y a tel fait i no ;
v~n_gt sols «pour deux manches neufves à son
tel!e e~écution secrète, telle victime se:;~
El
cela
fait
toujours
pas,rr
une
heure
ou
d•
cUX,
v1c1! pourpo111l, &gt;&gt; et une autre de « quinze
qui
crie contre lui avec une voix plus pe deniers pour une boite de graisse pour "raisser
Ce qui distingue sa cruauté, c'est son hu- ~nte que les milliers de martyrs du sac :e
ses ~ottcs. ,, Cet étalage de lésine m~squait m~u~ goguenarde. li jouait aYec les têtes qu'il
limant ou du massacre de Lit&lt;rre. Ce Jean B
la depense_ la plus large el la plus prodigur. fa1sall couper. Dans une de ses I tt
" condamné
on,à
e res, 1·1 ra- Par exemp1c, qu "J
• a\'ait d'abord
?n pourrait comparercctte ladrerie apparente con_te, en se.gaussant, comme quoi il a fait déa ~es devantures de boutiques telles qu'on en capiter maitre Ouda_rt de Bussy, un conseil- mort, el au_quel, par grâce spéciale, il se contenta de f~1re crever Jes deux yeux. « Il fut
voit. encore en Hollande. - Le dehors est ler au parlement qui l'avait trahi"
E
« r~ppor~e que ledit Jean Bon voyait encore
« -;
l
sordide : une enseigne de gagne-pelit, rouillée « d',1L-1·1 , ~fin qu'on cogneusl bien· sa- tête,
&lt;&lt; d un œ1l. En conséquence de quo1· G .
t
_la crasse, se balance au vent; un sac « 1ay fa1ct atourner d'un beau ch
d L 'è
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revôt
de
la
maison
du
roi,
~ ep1~s, une ~onne de harengs pourrissent à « ~u~r , ~l-est sur le marché de Hesdin, là
&lt; p_ar ~r dre
u rt seigneur, décerna commis1e~lree; derrière le vitrage trouble aux « ou il _pres1~e. ,,_ Ailleurs, pressé d'expédier
e&lt; s1on a eux archers d'aller visiter Jean B
mailles de plomb, on entrevoit une blême un serviteur mfidele, il recommande . ·a1
« et, s•·1i voyo1l. encore, de lui faire• parache-on,
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JOVJ efigure chaussée de lunettes et allongée sur un ment à son senécbal,
M. de Bressuire, de &lt;&lt; ver, de pocher et estaindre les yeux. » Un

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curée ! la Picardie, la Bourgogne, le Rousempereur du bas-empire, conseillé par un fut un très-grand roi. JI eut la passion de sillon, la Provence, le Maine el l'Anjou! Tous
l'État. La France lui doit ses plus belles proeunuque, n'aurait pas fait pis.
vinces. L'âpreté que le pa)'san apporte à ces rudes batailleurs qu'il avait défaits auraient pu lui dire ce que la tète cou pée du
Je trouve encore, dans Béroalde de Venillr, joindre le sillon au sillon, el à son lopin de Klephte dit, dans le chant grcr, à l'oiseau de
terre
le
morceau
voisin,
il
la
mil
à
compléter
une anecdote qui, naie ou fausse, prouve le
proie qui la ronge : « llange, oiseau! repaisrenom patibulaire qu'avait laissé le ,ieux et à arrondir son ropume. Ce fut l'ardeur el &lt;&lt; toi de ma force! repais-loi de ma bravoure !
Sire. Voici ce conte, atroce au fond, comique le mobile de sa vie, le zNe qui la dévora. li &lt;&lt; ton aile en deviendra plus grande d'une
à la surface, el narré avec l'étrange gaieté que parle, dans ses lettre~, des villes ou des pro- ,, aune, ta serre d'un empan. » Sa sépulture
mettent ces vieux conteurs à &lt;lire les histoires ,·inces qu'il convoite comme IPs amants de qu'il régla lui-même semble être l'erublême
de sang et de corde. Est-cc insouciance? leurs maîtresses. Jamais l"amliilion n'a brûlé de son règne : il voulut être sculpté sur son
d'un feu si acerbe. (Juelle âcre allégresse
est-ce ironie? On ne devine pas.
tombeau en habit de chasse, l'épieu à la cein« Loys XI avoyt donné l'abbaye de Tur- respire celle lettre écrite après la conquête du ture et un lévrier à ses pieds.
Roussillon! « Je m"en vais Mlibéré de faire
&lt;l penay à ung gentilhomme qui, jouissant du
Le droit est de son coté dans la guerre
, revenu, se faisoyt nommer monsieur de « bonne chère el de me récompenser de la admirablement obstinée qu'il soutint contre
&lt;l payne que j'ay eu lotll cet }"·er en ce pays.
,1 Turpenay. Il advint que le roy estant au
« Je m·en va~s mardi, el picquerai bien. Si ces rebelles; la SJmpathie hésite à s'Fanger.
&lt;&lt; Plessis-lez-Tours, le nay abbé, qui esto}t
« vous avez rien de beau à mettre en foire, li lu liait contre des traitres, mais ses trahi&lt;&lt; moyne, ,•int se présenter au roy et lui feit
sons sont plus viles, sa perfidie est plus noire
« sa requeste, lui remonstrant que canonic- « si le déplo~ ez, car je vous assure que je que celle de ses adversaires. Cc n'était pas le
« quementet monasliqucmcnt il esloyt pour- • m'en vais bien bagué... je me semble que masque d'acier poli de la dissimulation ita« veu de l'abbaye, et que le gen tilhomme « je n'ai pas perdu mon estoc. l&gt; On dirait lienne, c"était un masque mobile, grimaçant,
&lt;&lt; usurpateur lui faisoyl
tort contre toute le cri de joie du chasseur qui rentre au don- à l'œil perfide et au faux sourire. li protestait,
c raison, et, partant, qu'il inrncquoit Sa ~la- jon portant un cerf sur ses épaules, la tête il jurait sur des reliquaires, il prenait à tépassée entre les pieds noués de la bête. li faut
&lt;&lt; jcsté pour lui eslre faict droict. En secouanl
l'entendre encore, après la mort du Téméraire, moin son vieux chapeau ourlé d'amulettes;
&lt;&lt; sa perruque, le roy lui promit de le rendre
a,pircr à la Bourgogne avec la flamme du il accolait ceux qu'il aurait voulu étouffer ; il
&lt;&lt; content. Ce moine, importun comme tous
désir. « Je n'av autre paradis en mon imagi- « se ruait à genoux, » comme dit la chro&lt; animaulx portanl cucule, vcnoit souvent
nique, « se signant depuis la tête jusqu'aux
,, aux i!,sues du repas du roy, lequel, ennuié « nation que celui-là. J'ay plus grand faim pieds. » A la perversité de l'hypocrisie il
,, de l'eau benoisle de couvent, appela son « de parler à vous pouq lrOtl\er remède que ajoutait la laideur de sa pantomime. ~ulle
« compère Tristan et lui dit : - Compère, « Je n'eus jamais à nul confesseur pour le àme moins rople que celle de ce roi. Le sens
« salut de mon âme. 1&gt;
&lt;&lt; il y ha ic} un Turpenay qui me faschr,
de l'honneur lui faisait défaut. li y a en Chine
« ostcz le moy du monde. - Tristan, preun proverbe que les mères apprennent à
Celle
grandeur
du
but
allénue
la
fourberie
« nant un froc pour un moine ou un moine
des moyens. A celle époque la patrie est si leurs fils dès le berceau, et auquel ce peuple
&lt;1 pour un froc, vint à ce gentilhomme que
abject doit peut-ètre son incurable bassesse :
« toute la cour nommoyt monsieur de 'fur- étroilt&gt;ment identifiée a1cc le Roi, leurs inté- « Siao-sin: rapetisse ton cœur. » Ce proverbe
rèts
sont
si
mèlés,
leur
avenir
est
si
bien
le
&lt;&lt; penay; et, l'ayam accosté, feit tant qu'il
était le sien; il l'avait traduit en son gaulois:
,, le destourna ; puis, le tenant, lui fait corn- même, qu'il devient ,,uelquefois difficile de « Quand Orgueil che,·auche de,ant, disait-il,
,, prendre que le roy vouloit qu'il mourust. distinguer nettement en Louis XI le mamais Dommage suit derrière. » li répétait ce vil
,, li voulul résister en supplianl et supplier homme du monarque habile. Dans celle lutte dicton, lorsqu'après Péronne, le duc de Bourcontre les grands vassaux qui remplit son
u en résistant: mail: il n'y eut aulcun moJen
règne, le droit est pour lui, sinon la moralité. gogne l'emmena piteust ment à sa suite voir
,1 d'estre ouy. Il feul délicalcrncnl eslranglé
saccager Liégc, la ville qui avail levé son dra« entre la lc.;leet lesespaules, si qu'il expira; li se battit à armes déloples contre une armée peau. Et quand Charles lui demanda ce qu'il
de félons ; il se fit traitre contre les traitres
11 et lrOi$ heures après, le compère dit au
cl
parjure contre les parjures. Le duc de Bour- faUail faire de la cité rebelle, il répondit par
&lt;&lt; roy qu'il estoit distillé. Il advint cinq jours
gogne, le duc de Bretagne, le connétable de ce cruel apologue: « Mon père arnit un grand
,1 après, qui est le terme auquel les àmes
Saint-Pol,
le comte d'Armagnac, son propre « arbre. près de son hôtel, où les corbeaux
&lt;&lt; reviennent, que le moyne vint en la salle
frère le duc de Guienne, braconnaient en &lt;&lt; faisaient leur niJ ; ces corbeaux l'ennuyant,
1, où estoyt le roy, lequel le vopnt, demoura
« il fit ôter les nids, une fois, deux fois ; au
« fort eslonné. Tristan eslo~ t présent. Le roy pleine France et la ra~aient jusqu'au sol. « bout de l'an, les corbeaux recommençaient
C'était la chasse au roi, une chasse féodale,
&lt;&lt; l'appelle et luy sourne en l'aureille : «Vous
violente el sauvage. - « J'aime tant le « toujours. Mon père fit déraciner l'arbre, et
« n'avez pas faicl cc que je vous a~ dict 'l &lt;&lt; depuis il en dormit mieux. ,&gt;
royaume, - disait le duc de Bourgogne, &lt;l Ne vous en desplaise, sire, je l'ay faict.
qu'au lieu d'un roi, j'en voudrais six. 1&gt; 11 Turpenay est mort. - lié! j'enlendO)S de
Sa politique était équil'oque et louche
,1 ce mo~ne. - J'ai entendu du gentil- El le duc de Guienne : - « ~ous lui mettrons comme son caractère, toute de police, d'intant
de
lévriers
à
la
queue
qu'il
ne
saura
où
,, homme! - Quoy I c'est doncques fayct? quisition, d'espionnage. Elle fil horreur à ce
11 Oui, sire. Ores, bien. » Sc tournant fuir. » -li fuyait, cependant, rapide, oblique, que ce siècle avait encore de chevaleresque et
inépuisable en détours, lrompanl les pistes,
&lt;&lt; vers le moyne : • Venez icy, moyne. » Le
brouillant les voies, multipliant sur sa route de seigneurial. On comprend la colère des
,1 mol ne s'approuche. Leroy lui dit : Mettezhommes de force el de violence qui le com« vous à genoilz. » Le paune mo}ne avoil les pièges el les dédall's; el d'année en an- battaient, en se sentant enla&lt;"és par cette dinée,
l'un
des
chasseurs
tombait
pris
dans
une
,1 paour. Mais le roy luy dict : « ficmerciez
embûche, ou désarçonné par derrière ; jusqu'à plomatie hypocrite. On admire le rugisse&lt;&lt; Dieu qui ne ha pas voulu que vous feussiez
ment de lion que poussa Charles le Téméraire
« tué, comme je l'avoys commandé. Celluy ce qu'enfin le grand veneur de cette chasse aux prises avec son inextricable réseau : « Je
civile, Charles de Bour~ogne, roula sous la
&lt;1 qui preno)"t votre bien l'ha esté. Dieu vous
combats, - s'écrie-t-il dans une proclama« ha fait justice! Allez. Priez Dieu pour moy Dèche d'un archer lorrain, dans le fossé de tion, - l'universelle araignée. » li la com1
Nancy.
Alors
l'humble
roi:
si
longtemps
&lt;&lt; el ne bougez de votre couvent • 1&gt;
baltit en vain. C'était l'araignée magique des
Ceci dit, il faut convenir que le renard a traqué, vint visiter ses filets el dépouiller ses légendes, qui enferme un héros dans ses
fait œuvre de lion, et que ce mam•aishomme chasseurs. Ceux qui soufflaient encore, il les toiles aussitôt refaites que rompues: il a beau
mit en cage comme le comte de Perche, ou
les trouer à grands coups d'épée, la prison
t . Le moyen de p11rvenir, chap. uxxvm.Branl.ômc, il les décapita comme le duc de Nemours et
dans son chapilre sur Do11 Jua11 d'Austrie ( Vies de,
le Connétable; puis il mit la main sur leurs subtile se dédouble et se multiplie.
grand, Cap1ta111e1 élro11ger1), rapporte à peu près
Mais, encore une fois, qui sait si cette alseigneuries et les dépeça royalement. Quelle
la même anecdote.
... 276 ...

lurc oblique ne fut pas l'escrime nécessaire
d~s luttes compliquées qu'il eut à subir? Imagm_ez un saint comme Louis IX ou un chevalier c,,mmc François (••, se déballant contre
cette tempête faite homme qui s'appelait
Charles le Téméraire.
Il périssait au premier
choc, et peul-être la
France a,ce lui. L'hl:..
roïsmc n'aurait pas suffi
à vaincre ce Roland furieux en qui le moyen
âge aux abois a,·ait ramassé Loutes ses forces
et toutes ses puissances.
Pour l'abattre, il fallait
le grimoire, le bredouillement, les prestiges,
les changemenls à vue
d'un nécromant politique.

..

Le drame admis, il
n'y a plus qu'à louer
le comédien. Ses ridicules mèmcs ajoutaient
à la perfection de son
jeu. Cc surtout de futaine râpé qu'il ne quitta de sa vie, el qui lui
donnait l'air d'un vit'ux
renard sorti demi-pelé
de maint piège, était le
costume de son rôle. Jl
faisait de lui l'antithè,e
vivante de la Cl1c\"alcrie
dorée et empanachée :
il caractérisait, par un
frappant contraste, son
opposition aux pompes
et aux œnvres du monde
féodal. Roi du' peuple
contre les grands, il
portait la livrée el le
chapeau plébéien. Au
banquet de son sacre
. ,
'
gene par la couronne
trop large pour sa tête il
l"ôta sans façon,el la p~sa
sur la table, comme il
aurait fait d'un bonnet.
Ce gesleannonçaitetmimait son règne. li eut
LA VISITE
toujours des amitiés de
bas étage et des accointances populaires . Le
seigneur du lfaillant raconte, dans sa Chronique, qu"à Paris &lt;&lt; il allait maintes fois de rue
« en ru~, de maison ~n maison' diner et souper
&lt;&lt; chez I un et chez l autre, parlant privément
i&lt; à chacun pour se rendre arrréable au
&lt;&lt; peuple. » Il s"était fait inscrir: « frère et
&lt;&lt; compagnon de la grande confrairie aux
&lt;&lt; Bourgeois de Paris. » Ce qu'il prisait en
ses &lt;&lt; C?mpères », comme il les appelait
~près _bo_ire, c'était justement leur roture. li
! app~•t a ses dépens, ce marchand avec lequel
il a~ail ~ouvent banqueté, et qui, s'ennuyant
des entendre appeler messire Jean, le supplia

~e le faire éculer. Louis xr lui donna ,es
litres de noblesse, mais &lt;lrpuis ne lui souflla
mot, _et, lo,~squ? l'apercernit, il rallongeait
sa mme &lt;lt•Jà s1 longue par elle-même. Le
marchand ,oulut s'en plaindre; alors le roi

Loms Xl - -...

d'affection. Ses registres de comptes, que
nous avons ouverts tout à l'heure aux fcuillc~s s~nglants, sont remplis d'aumônes dist~1bu_ees comme de la main à la main, et
d articles tels que les suivants : 11 Un~ escu
&lt;&lt; pour donnrr à une
« ft•mme, en récom• pense d'une oye que
le chien du Roy, ap&lt;&lt; pelé Muguet, tua au" près de Blois. » &lt;&lt; Ung cscu, pour don&lt;&lt;
ner à ung pomre
« homme, près le Mans,
,1 en récompense de ce
&lt;&lt; que lrs archicrs du
&lt;&lt; roy a,oient gasté son
,1 blé, rn passant par
,1 un champ, pour eulx
&lt;&lt; aller joindre droict
&lt;&lt; au grandt chemin. •
&lt;&lt; Ung escu, pour
« donner à une pouvre
&lt;&lt; femme, en récompen« se de ce que les chiens
&lt;&lt; el levriers du roy luy
&lt;&lt; tuèrent
ung chat,
&lt;1 près Montlo,s à aller
1
&lt;&lt; de Tours à A~boise. »
C'est à croire, par moments, qu'on lit le livre
de ménage d'un Louis
le Débonnaire. - On
est presque louché de
le voir, dans sa dernière maladie, faire venir des bergers du Poitou, qui chantaient devant lui les airs de leur
pays, en s'accompagnant
de &lt;&lt; bas cl doux instruments.,&gt;
Vers le soir de sa
,·ie, lorsqu'il déclinait
et s'assombrissait, il se
plaisait de plus en plus
,, à s'enfoncer dans le
peuple el dans les forèts; écoutant, pendant ses chasses, la doléance du pa,san, l'av_is du bûcheron; questionnant le charbonnier
AUX CAG ES. - Gravure de BocOURT, d'aprt!s le tab/e,:w dE GLROME.
,.
•
sous sa hutte et Je
berger dans sa maison roulante. Plus tard
pri_t sa voix. ro)·ale pour lui dire : &lt;&lt; Quand e~core, quand il se fut cloitré tout à fait der&lt;&lt; JC ,~us fa1s01s asseoir à ma table, je vous
r,e~e les grilles de son donjon de Plessis, et
&lt;&lt; t~no1s comme le premier de ,·ostre condiqu !I ne _chassait plus qu·aux souris avec de
&lt;1 Iton, et ne faisois tort aux gentilshommes
petits ~biens dressés tout exprès à cc jeu de
« de rous honorer pour tel. JJaintenant que chats, il prenait plaisir à descendre dans les
&lt;&lt; \O~s avez roui~ _eslre gentilhomme, et
offi_ces et à causer avec ceux qu'il y rencon~ qu e~ ceste ~u~hte, vous estes précédé de tra, t.
,&lt; plusieurs qui I ont acquis par les espées
Un jour il trouve dans sa cuisine un en&lt;&lt; de .leurs_ de,·anciers
el leurs propres fant ~~i tournait la broche. Il lui demande
« mér1 tes' Je leur ferois tort de vous faire la ~ q~ il gagne. Le marmiton, qui ne l'avait
&lt;' mesme faveur. Allez, monsieur le gentil- Jamais_ vu: répond : « Autant que le roi,
" homme.•
11 car
. 11 na que
. sa vie non plus que mot. 1a
Il eut toujours pour le peuple des w•lléités « mienne. Dieu nourrit le roi et le roi me

�1f1STO'J{1.ll
nourrit. &gt;&gt; Louis XI, ra,i, fil un page de
ce gàte-sauce el assura sa fortune. Ses farnris furent, on le sait, son barbier et son
coupe-tête.
Celle fantaisie de somerain qui va chercher
très bas son confident pour l'élever jusqu'à lui
&lt;1

el lui parler à l'oreille se rencontre ('hez presque tous les rois du caractère de Louis XI. Qui
trouve-t-on le plus souvent, dans l'ancienne
histoire, sur la première marche du trône
des Césars, des czars, des sultans, des rois
absolus el défiants, que préoccupent de som-

bres pensées 1 Un eunuque, un affranchi, un
mougick, un batelier du Bosphore. Le despote ne se fie guère qu'aux petits créés et façonnés par sa main. - Comme le roi de la
Fable antique, il fait un trou dans la terre
pour y déposer ses secrets.
PAUL CE

A

~

SAI;-.T-\ïCTOR.

Madame de Maintenon

XXVI[(

Du retour de M. de Migurac au pays
natal et du bref séjour qu'il y fit.

C'était une femme de beaucoup d'esprit,
que les meilleures compagnies, où elle avait
d'abord été soufferte, el dont bientôt elle fil
le plaisir, avaient fort polie et ornée de la
science du monde, el que la galanterie avait
achevé de tourner au plus agréable. Ses
divers étals l'avaient rendue llatteuse, insinuante, complaisante, cherchant toujours à
plaire. Le besoin de l'intrigue, toutes celles
qu'elle avait vues, en plus d'un genre, el de
beaucoup desquelles elle avait été, tant pour
elle-même que pour en servir d'autres, l'y
avaient formée, el lui en avaient donné le
goût, l'habitude el toutes les adresses. Une
grâce incomparable à tout, un air d'aisance,
et toutefois de retenue el de respect, qui par
sa longue bassesse lui était de,·enu naturel,
aidaient merl'eilleusemenl ses talents, avec
un langage doux, juste, en bons termes, el
naturellement éloquent el court. Son beau
temps, car elle avait trois ou quatre ans
plus quo le roi, avait été celui des belles conversations, de la belle galanterie, en un mol
de ce qu'on appelait les ruelles, lui en avait
tellement donné l'esprit, qu'elle en retint toujours le goùl el la plus forte teinture. Le précieux et le guindé ajouté à l'air de ce tempslà, qui en tenait un peu, s'était augmenté
par le vernis de l'importance, et s'accrut depuis par celui de la dél'otion, qui devint le
caractère principal, et qui fit semblant d'absorber tout le reste. li lui était capital pour
se maintenir où il l'avait portée, et ne le fut
pas moins pour goul'erner. Ce dernier point
était son être; tout le reste y fut sacrifié sans
réserl'e. La droiture el la franchise étaient
trop difficiles à accorder avec une telle vuè,
et avec une telle fortune ensuite, pour imaginer qu'elle en retint plus que la parure. Elle
n'était pas aussi tellement fausse que ce fùt
son véritable goùt, mais la nécessité lui en
avait de longue main donné l'habitude, et sa
légèreté naturelle la faisait parailre au double
de fausseté plus qu'elle n'en avait.

Elle n'avait de suite en rien que par contrainte el par force. Son goût était de voltiger
en connaissance el en amis fidèles de l'ancien
temps dont on a parlé, sur qui elle ne ,aria
point, et quelques nouveaux des derniers
temps qui lui étaient del'enus nécessaires. A
l'égard des amusements, elle ne les put guère
varier depuis qu'elle se vit reine. Son inégalité tomba en plein sur le solide, et fiL par là
de itrands maux. Aisément engouée, elle l'était
à l'excès; aussi facilement déprise, elle se
dégoùtail de même, et l'un el l'autre trè:;
sou,enl sans cause ni raison.
L'abjection et la détresse où elle al'ait si
longtemps vécu lui aYaienl rétréci l'esprit et
avili le cœur et les sentiments . F.lle pensait
et sentait si fort en petit, en toutes choses,
qu'elle était toujour:; en effet moins que
Mme Scarron, el qu'en tout el partout elle se
trouvait telle. flien n'était si rebutant que
celte bassesse jointe à une situation si radieuse;
rien aussi n'était à tout bien empèchement
si dirimant, comme ri('n de si dangereux que
celte facilité à changer d'amitié cl de conliance.
Elle avait 1•ncore un autre appât trompeur.
Pour peu qu'on pût ètrc admis à son audience,
et qu'elle y trouvât quelque chose à son goùt,
elle se répandait a,ec une ouverture qui surprenait, el qui ouvrait les plus grandes espérances; dès la seconde, elle s'importunait, el
de,·enait sèche et laconique. On se creusait la
tète pour démèler el la gràce et la disgrâce,
si subites toutes les deux; on y perdait son
temps. La légèreté en était la seule cause, et
celle légèreté était telle qu'on ne se la pou1·ail imaginer. Ce n'est pas que quelques-uns
n'aient échappé à cette vacillité si ordinaire,
mais ces personnes n'ont été que des exceptions, qui ont d'autant plus confirmé la règle
qu'elles-mêmes ont éproul'é force nuages dans
leur faveur, et que, quelle qu'elle ait été,
c'est-à-dire depuis son dernier mariage, aucune ne l'a approchée qu'avec précaution, el
dans l'incertitude.

E LICHTENBERGER

On peul juger des épines de sa cour, qui
d'ailleurs était presque inaccessible et par sa
volonté el par le goût du roi, et encore par
la mécanique des temps el des heures, d'une
cour qui toutefois opérait une grande et
intime partie de toutes choses, el qui presque
toujours inlluail sur tout le reste.
Elle eul la faiblesse d'ètre gouvernée par la
confiance, plus encore par les espèces de
confessions el d'en èlre la dupe par la clôture où t•lle s'était renfermée. Elle eut aussi
la maladie des directions, qui lui emporta le
peu de liberté dont elle pouvait jouir. Ce que
Saint-Cyr lui lit perdre de temps en ce genre
est incroyable; ce que mille autres cournn1s
lui en coûtèrent ne l'est pas moins. Elle se
croyait l'abbesse uniYerselle, surtout pour le
spirituel, et, de là, entreprit des détails de
diocèses. C'étaient là ses occupations favorites.
Elle se figurait être une mère de l'Église.
Elle en pesait les pasteurs du premier ordre,
les supérieurs de séminaires et de communautés, les monastères el les filles qui les
conduisaient, ou 4 ui y étaient !l'S principales.
De là une mer d'occupations frivoles, illusoires, pénibles, toujours trompeuses, des
lellres el des réponses à l'infini, des directions d'àmes choisies, el toutes sortes de
puérilités qui :iboutissaienl d'ordinaire à d~s
riens, quelquefois aussi à des choses importantes, à de déplorables méprises en décisions,
en é1éocments d'affaires, et en choix.
La dél'otion qui l'avait couronnée, el par
laquelle elle sut se consener, la jeta par art
el par goùt de régenter, qui se joignit à celui
de dominer, dans ces sortes d'occupations;
et l'amour-propre, qui n'y rencontrait jamais
que des adulateurs, s'en nourrissait. Elle
trouva le roi qui se croyait apôtre, pour al'oir
toute sa Yie persécuté le jansénisme, ou Cll
4ui lui était présenté comme tel. Ce champ
parut propre à Mme de Maintenon à repaitre
ce prince de son zèle, el à s'introduire dans
tout.
SAli T-SL\lON.

pour souffler• a_ssis sur un talus au bord de
la route. Enfin il atteignit le haut de la côte
de Castel~oron et il aperçut devant lui à
quelque distance les maisons familières du
bourg_ el plus loin la grande allée d'arbres,
les lmts el les tourelles du cbàteau. Alors il
se ~appe_la ~m~ent, un quart de siècle aupara,anl,_ il s elall ~etourné, au même endroit,
pour dire un adieu suprême au pa,·s abandonné, et soudain son cœur se fo;d1·1 d
ch
.
.
' es
oses lres pwssantes, instinctives, irraisonnées, le bouleYersèrent, el il se jeta à terre
~n sanglotant, pleurant il ne samit quoi au
ius_te, les
lui-même et sa Yie, el ce
. .morts,
,
qut avait etc, el ce qui aurait pu être et le
g_ra~d espace de ces trente années enrrl~uties
s1 vides t't si pleines, qui aYaienl fait de lu'.1
presque un ,·ieillard.
Cependant il saisit son bàton el se redressa. _Après quelques pas, il était au milieu
des maisons du Yillage. L'aspect en était p
cha ,
. ·1
eu
ngc, mais I souffrait de ne reconnaitre
aucu_ne ~gure. A peine nn ou deux vieillards
p~ra1ssa1~nl les caricatures de jeunes hommes
d
ouvraient leu r~,
f autrefois.
•
. Les
. ména«ères
0
~netres el ~el~•enl un regard distrait sur son
visage amaigri el tanné. Les /Jar~ le croi~aient

pour aller à l'ounage sans soulever leur
bonnet._ Peu à peu, son émoi se calmait, mais
une_ tr1ste~~e intime et poignante l'impré~~,t : YOici que, sur la terre mème où il
~lait né: _il se trouvait aussi seul que de
1a_utre cote du monde, et sa solitude l'oppressait davantage.
La gril.le du parc était toujours là. Au
houl de I allée, se dressait le château paternel. Ma_ïs la plupart des miels étaient clos;
les ~auva1ses herbes a raient envahi le perron,
plus!e~rs grands arbres étaient abattus. Toul
respirait un air de deuil et de ruine.
de )ligurac foula le chemin où il arnil
f~•t se~. premiers pas, gravit le seuil d'où
1on al'atl emporté son père pour l'rnsevelir,
et so~na à l_~ porte qu'il avait doucement
fermee. de~r1er1: lui pour s'enruir, en une
aube lo111ta111e.
11 Y cul u~ &lt;:'1rillon fèlé. Après une minute, un pas inegal traina dans le l'estibule
des chaines grincèrent, la porte tourna su;
ses gonds et. d_ans l'cutre-bàillemenl grimaça
un~ face de v1~ille, craintive, coiffée du hoonet
a?l1que, ~l q~• scrutait l'intrus al'eC méfiance.
D une voix eloullëe, le marquis murmura :
- ,raguelonne !

fi M. de )Jigurac descendit, un matin de la
:n de mars, sur les six heures, de la dilioence _d~ Bordeaux, qui le déposa au villaae
d~ Pres1gnan. Tlaidi par le froid et, d'ailleur~,
n _ayant plus que quatre sols en poche il
r~solu~ de faire à pied les trois lieues qui le
separa1enl de Migurac. Un piètre soleil de
prrntemps .rougeoyait à l'horizon, crevait la
brume de I aube et versait une lumière pâle
sur _les champs q_ui commençaient à peine à
verdi~, sur_ le Ieu1llage naissant des arbres et
parr:n1 les v1~nobles encore nus el déserts. Çà
el )~ _monta'.ent _les pépiements des oiseaux
familiers,
1aboi des chiens , les prem1crs
.
be
1
ug cmcnts des trrupeaux à l'éYeil.
) Parcourant,
1·
,. après trente années d'absence,
es p amrs c1u ,_I avait quittées à peine adolescent, M. de M1gu~ac sentait dans son cœur
des m~ul'em~nts nolents et contradictoires et
trou
. 1es
·n l'ail
· un air. de prodige à quelques s1mp
~c ex1011s _qui se présentaient naturellement
a son _esprit. C'étaient ces lieux-là où s'étaient
~u!cs les premiers jours de son enfance,
c ,cta1enl c_~s lie_u\ où il revenait au Lerme
~ une_ carrierc s1 longue cl si tumultueuse où
il_ a;a1t \'U t~nl de choses qui l'avaient fait si
d11Tere~t, ~u1 p~11rtantl'a1aicnl laissé le même.
A œrta~ns detours du chemin, del'inant le
?onl~ur dune_ ferme ou d'une croix de pierre
,1. lui sem~la1t n'être parti que d'hier, et:
d autres fois, mesurant tout à coup la course
effroyable des heures, il se figurait avec épou~a~le toutes les choses qui depuis ce temps
eta1~nl mo~tes, mortes à toute éternité. Et
l_es. impr~ss1ons_ qui se disputaient son àme
etaient
. ~• multiples
. , • . et si opposLes
l:
qu··1
I ne
sav~1t p1us s1 c eta1t de peine ou de joie qu'il
avait les yeux humides; et il se remémorait
1~ retour du vieil Ulysse dans sa terre natale
d ll~aque_, après trente années d'absence, lui
au~s1. Mais Pénélope, tendre et fidèle, attenà son foy·er · · •• Brusquement
1dait le voyageur
. ~
e soul'entr de ses deux épouses lui mordit le
~~r plu~ douloureusement; de celle qu'il
a1~•t, lra_h1e q~and elle l'aimait, et de celle
qui I avait trahi quand il l'aimait.
•
J_Jaletanl _et inondé de sueur malgré la brise
... •
!ra1che q~1 le !aisail tousser plus fort, le M. de llflgurac pleurait Il ne savait quoi ,111 juste
1es morts
et sa vie,
. et ce q11i avait eté, et' ce qui a11rait pu
être
el t ' 1111-mème
J
oyageur a plusieurs reprises dut s'arrêter
' e gran espace de ces trente annt!es engloulies, qu 1 avaient
.
fait de lui presque un vieillard.
... 2 79

...

Y·

(Page 2 ;&lt;J.)

1

�111STO'J{1.ll

1

La vieille tressaillit, le considéra avidemen l,
et toute sa figure ridée trembla et se plissa;
elle joignit ses mains recroquevillées et bégaya
de ses lèvres affaissées sur ses gencives nues :
- Lulu!
Et le marquis de Migurac se jeta dans les
bras de sa nourrice et cacha son visage sur le
sein flétri, comme il faisait un demi-siècle
plus tôt quand, pris de ses terreurs enîan•
tines, il avait peur de la vie ou qu'aya?t
essayé en vain de saisir dans sa petite mam
les rayons du soleil où dansaient les poussières, il apprenait à espérer et à être déç~.
Cependant,'aux appels de la vieille, M. Jo1neau, de son pas alourdi mais encore ferme,
descendait en hàle l'escalier de chêne et
venait à son tour embrasser l'enfant prodigue
avec des exclamations el des larmes. Et tous
trois s'étant assis dans la salle à manger
autour de la table commencèrent une causerie
hachée, à bâtons rompus, où s'entremêlaient
confusément trente années de souvenirs; jusqu'au moment où tout à coup l'on vit le
marquis pàlir et vaciller sur sa chaise.
-Jésus Marie! s'écria la servante en se précipitant, qu'avez-vous, monsieur le marquis?
Mais déjà il souriait pour la rassurer et
murmurait d'un ton affaibli :
- Ce n'est rien. L'émotion du retour et
peut-être aussi un peu de vertige .... Un doigt
de vieux vin et une aile de volaille ... !
M. de Miaurac ne surprit point le coup
d'œil anxieix qu'échangèrent la vieille et
l'abbé. Cinq minutes après, Maguelonne déposait devant lui une écuelle de soupe aux
choux, une petite tranche de porc confit et
un morceau de fromage de chèvre que le
marquis dévorait à belles dents.
Tout en se restaurant et en écoulant les
intarissables propos de Maguelonne et de
l'abbé, M. de Migurac parcourait machinalement des yeux l'antique salle à mang?r : i)
remarquait la disparition de l'argenterie qm
jadis étincelait dans les buffets, le délabrement des meubles, la soulane rapiécée de
l'abbé, les vêlements très modestes de Maguelonne et la maigreur de la chère. Et, profitant
d'un instant de silence, il dit d'un accent
d'amical reproche :
- Monsieur Joineau, permellez à votre
ancien élève de vous gronder. Vous a vais-je
pas recommandé, à mon départ, d'user de
cette maison et de son re,·enu comme de
votre bien? Or, le témoignage de celte soutane - vous ne dédaigniez point les belles
étoffes - et celui de ce frugal repas - vous
ne haïssiez pas les plaisirs de l_a la~!e - me
prouvent assez avec quelle d1screl10n rn_us
avez exécuté mes ordres. Je ne veux pomt
vous blâmer d'un scrupule si touchant, mais
souffrez que, puisque la Providence m'a. ramené en ces lieux, j'y change cette mamère
de vivre. J'entends que dès demain tous mes
paysans assem~lés vien~«:nl ici célébrer dans
un festin rusllque la JOJe de mon retour et
emportent chacun dans leur poche, en souvenir une bonne pièce d'argent.
M.' Joineau et Maguelonne échangèrent encore un regard qui, cette fois, n'échappa

M ONS1'EU~ DE M1GU~Jf.C -

point au marquis. Il s'arrêta ~.ur!, voyant
leurs yeux pleins de larmes, et s ecr1a :
- Mais qu'avez-vous?
Après une pause, l'abbé, avec b~auco~p de
ména.,.ements
et en s'y reprenant a plusieurs
0
fois, aidé par Maguelonne !Jl:1i ~'.un ~~t
complétait à l'occasion son réett, 1 rnstru1S1t
des bouleversements qui étaient survenus
dans le pays. Dès les premiers_ mois de
l'année t 789 il y avait eu parmi les campaanes une ' effervescence extraordinaire.
Qu~lques parleurs de Bordeaux et de Périgueux étaient venus échauffer les ~erveaux
dans le village. Peu de semames avaient suffi
pour mettre les esprits à l'e~ve_rs. ~'abbé et
Maauelonne qui auparavant JOU1Ssa1ent de la
0
'
•
à un
considération
universelle, se heurtaient
silence défiant et hostile quand ils passaient
la grille du ~arc; ayant vou~u rec?uvr?r l~s
redevances d un gros fermier, 1abb~ lmmême avait été poursuivi à coups de pierres.
Deux jours plus Lard, une bande, armée de
bâtons de fourches et de faux, s'était ruée à
travers' Je parc, menaçant de tout incendier
si on ne lui ouvrait aussitôt les portes du
château. Elle ne les avait pas plus tôt franchies qu'elle envahissait le chartri?r, s~ saisissait de tous les papiers de famille, t.Jtres,
registres de comptes, baux, etc., et les
brûlait triomphalement sur la gra~de pelouse.
Elle s'était retirée en laissant derrière elle un
affreux débris. A partir de cet esclandrt:,
aucun fermage n'avait plus été payé. Les bois
étaient tous les jours pillés effrontément. Les
domestiques, cessant de recevoir leurs gages,
avaient donné leur congé : l'un après l'autre,
ils se retiraient, enlevant chacun quelque
objet précieux pour s'inde~niser, jusqu'à ce
que Maguelonne et M. Jomeau fussent de-

Une femme avir.ëe, à la voix de rogomme, P:oposa
qu'à la hure de Capet on joignit celte de la re,ne, en
attendant celles de tous les aristocrates. (Page 282.)

rneurés tout seuls. Ils avaient vécu très modestement en vendant quelques bardes et en
cultivant un carré de légumes. Une paysanne
leur portait de temps en temps en cachette
une poule ou un morceau de cocho~.
Il n'y avait que quelques mois qu'une
... 28o ...

nouvelle invasion s'était abattue sur la maison
délabrée. Des gens de justice, escortés_ de
quelques malandrins en uniforme, étai_ent
venus sommer M. de Migurac de comparaitre
devant la municipalité, et, n_e. l'ayant, pa~
trouvé, ils avaient accablé la vwLlle et l ab_be
sous un interrogatoire minutieux ; à la su1~e
de quoi, ils avaient prononcé q~e le ~arqws
serait réputé émigré et ses biens _mis sous
séquestre. On avait saisi l'argen~erie et une
grande partie des meubles. Dcpms ce te~ps,
c'étaient de continuelles alarmes. Plusieurs
fois on avait menacé l'abbé de le jeter en
prison. Trois châteaux avai~~t été i?c~ndiés
dans les environs. Mme de Bm1a~, ~1 s app«:lait autrefois Aline de Perthu1scau, venait
d'être assassinée. On disait que les geôles de
Bordeaux et de Périgueux débordaient de la
meilleure noblesse du pays.
M. de Migurac, durant ce disco~rs, av~it
plusieurs fois changé de co~le?r. L alte~drissement et la colère se succeda1ent tour a tour
sur son visage. Quand il ouït que sa demeure
par deux fois avait été fo~cé~, ses ye~x lancèrent des éclairs. Enfin il eclata en imprécations contre tant de brigandages et de
forfaits.
,
_ Monsieur, dit l'abbé, ces gens n ont
dans la bouche que les mols d'égalité et de
fraternité, et ils se vantent qu'ils v~ulent
établir le règne de la justice et abolir les
privilèges.
.
Ce disant, l'abbé regarda d'une certarne
façon son seigneur, qui resta coi deux s?condes. Mais il haussa les épaules et reprilviolemmenl :
_ J'irai sur-le-champ dessiller les yeux
aux conducteurs de ces infortunés et je les
forcerai bien de reconnaitre combien ils a~usent des mots sacrés qu'ils usurpent ou bien
de s'avouer franchement détrousseurs de
.,.rand chemin !
0
Les supplications de M. Joi_neau et de
Maguelonne réussirent à convamcre M. de
Mi.,.urac qu'il ferait mieux de prendre patie~ce jusqu'à ce qu'il eùt rcc~uvréses ~orces,
de crainte que, si elles v?naient ~, lm manquer, on ne le taxât de faiblesse d ~e.
,
Au reste il les écouta plus a1sement a
cause de la '1anaueur qui Je consumait. Pen"
. . .
dant la première semaine qui sulVlt s?n
arrivée il s'abstint de remettre son proJet
sur le ~pis. (l tuait les heures à dormir, à
lire les gazelles, dont M. Joineau a':a!t gardé
la collection, et à errer d'un pas d~b1le da~s
le parc, revoyant tour à to?r les sites f~~1liers de son enfance, s'attristant des degats
qu'il remarquait, restant assis de longues
heures devant le tombeau de son père et
celui de madame Isabelle. On eût dit que _des
voix obscures l'interpellaient et trouv~1ent
des réponses dans son cœur; il h~cha1t 1~
tête, se parlait à lui-même _et semblait plonge
dans des méditations laborieuses,
Mais, quelque dix jours après ~on re~our,
au sortir de table, plusieurs coups ebranlerent
le portail d'entrée, et devant Maguelonne
·éperdue se dressèrent deux grand_ d~ôl«:s
vêtus d'une sorte d'uniforme et qm s rn_t1•

J

...

tulaient gardes municipaux Avec force jurons, parole. Et, s'enflammant à mesure qu'il catastrophes inouïes. Les haines des par lis,
ils lui remirent un ordre écrit qui sommait allait, il poursuivait son discours avec une les querelles au sujet des émigrés el du clergé,
M. de Migurac de se présenter à la maison de faconde croissante; les mots dé liberté, le danger de là guerre étrangère, les diffiville afin d'y consigner les motifs de son d'humanité, d'égalité, s'entremêlaient sur ses cultés du roi et de l'Assemblée étaient pour
absence; et ils accompagnèrent leur message lèvres avec ceux de modération, de justice et lui autant de sujets d'insomnie.
de sarcasmes et de réflexions ordurières jusLa journée du 20 juin. où le peuple enl'aqu'à ce que le gentilhomme survint lui-même
hit les Tuileries, accrut son émoi. li rédigea
et leur intimât l'ordre de sortir, sur un ton
à l'adresse de tous les ministres qud4ues feuil•si péremptoire que, malgré leur impudence,
lets de son écriture qu'il intitula Reflexions
ils tournèrent les talons fort lestement.
d'un philosophe. Il indiquait quels moyens
Bien que, dans son premier mouvement
étaient propres à pacifier le royaume, donnait
d'indignation, M. de Migurac eùt envoyé au
le modèle d'une proclamation capable de metdiable le maire et la mairie, il réfléchit que
tre le peuple en garde con Lre les passions et
cette occasion serait bonne pour s'éclairer sur
les flatteurs qui les cxa~péraient, el offrait
les sentiments des villageois. .Mais, avant de
sur l'autel de la patrie tout ce qu'il avait
se rendre à la municipalité, il fit une toilette
d'expérience et de génie, soit afin d'agir sur
inaccoulumée, ayant revêtu d'antiques habits
l'esprit public, soit pour défendre nos fronde cérémonie qu'il eut la chance de déterrer
tières menacées.
au fond d'un coffre et où l'or étincelait sur le
La révolution du 10 Aoùt et les événements
brocart, remettant la perruque poudré~ qu'il
qui suivirent le surexcitèrent à un point
avait cessé de porter et ceignant une épée de
extrême. Il blâma l'attentat contre la royauté
cour à poignée de uacre. Ainsi paré, il apparut
et l'emprisonnement de la famille royale;
à Maguelonne éclatant d'une telle magnificence
mais le massacre des Suisses el peu après les
11u'elle en joignit les mains d'étonnement :
égorgements de septembre le bouleversèrent
- Monsieur, dit-elle, la splendeur de vos
jusqu'aux moelles. Son indignation ne connut
ancêtres reluit sur vous.
plus de bornes quand il lui tomba sous les
- Je J'espère! dit le marquis.
yeux dans une gazelle un article signé de
Il avait étë appréhendé, cond11it à la Conciergerie avec
L'abbé cependant objectait timidement que
force bourrades et ëcro11ë sous te nom de /,ouis-LyM. Mottet et qui approuvait ces hauts faits.
c11rgue, ci-devant marquis de Migurac. (Page 284.)
ce faste ne manquerait pas d'irriter le fanaÉtait-ce donc là le fruit de la philosophie? Ses
tisme de la faction jacobine. Mais M. de Minuits se passaient sans sommeil ; dans les
gurac lui ferma la bouche d'un Lon impérieux.
rares instants où ses yeux se fermaient, des
- Au temps, dit-il, où ces rustres se de vertu, tant et si bien qu'au bout de trente cauchemars l'oppressaient où il se voyait poifussent estimés trop heureux de courir devant minutes, quand il s'arrêta pour soufiller, il gnardant lui-même avec la plume qui avait
mon carrosse, je les ai proclamés mes frères semblait que les rôles fussent intervertis el écrit tant de chefs-d'œuvre la reine Marieet j'ai dépouillé les idées et les privilèges de que ce fùt lui qui morigénât les agents de la Antoinette dont jadis il avait baisé la main.
ma caste. Je n'entends pas aujourd'hui user municipalité. Enfin, se tournant vers la foule
La conclusion de son trouble fut qu'un
de ménagements en face de passions aussi qui, peu à peu, aux foudres de son éloquence, beau matin il annonça à l'abbé el à ~faguelonne
méprisables qu'atroces.
s'était massée devant la porte, il eut cette qu'il allait partir pour Paris.
Il s'éloigna d'un pas assuré, ayant défendu tonnante péroraison :
- Dans de telles occurrences, dit-il, le
qu'on le suivit.
- Mes frères, oublions le passé. Ne son- de,·oir de tout citoyen est de voler au secours
Sur son passage, des têtes curieuses gar- geons qu'à préparer l'avenir. Le soleil de la de la patrie: celui du philosophe est, de plus,
nissaient les fenêtres, et les enfants. attirés fraternité s'est leré. Ne souffrons pas que le d'employer sa peine et tout ce qu'il peut lui
par son habit de soie et d'or, galopaient nuage noir de la discorde l'obscurcisse. Gar- demeurer de crédit à dissiper les voiles de
après lui en criant. Mais tel était son air de dez-vous des instincts jaloux et égoïstes. Que l'erreur et à rallumer le flambeau de la
majesté que nul ne lui fit injure. Il pénétra, la vertu et la raison soient vos seuls guides. justice
chJ.peau en tête, dans la salle basse de la Alors, vous me verrez tonjours au milieu de
En lui-même, il avait déjà préparé son
masure qui était dénommée mairie et avisa vous et nous pourrons crier ensemble : &lt;&lt; Vive plan. A peine arrivé à Paris, il se ferait
trois hommes en blouse, qu'il reconnut pour la nation I vive la liberté! 1&gt;
reconnaître, agirait par la parole et par la
le maire et ses deux acolytes. Ils furent si
Une rumeur d'enthousiasme parcourut la plume, réconcilierait le roi et les jacobins,
saisis de son aspect que machinalement ils foule électrisée, les bonnets volèrent et une les athées et les catholiques, les privilégiés et
ôtèrent leur bonnet el tirèrent leur pipe de la seule clameur remplit les airs :
la plèbe; la nation tout entière ferait face à
bouche. li lorgna aussi dans un coin les deux
- Vive la nation! Vive la liberté! Vive le l'envahisseur, le contraindrait à repasser les
municipaux qui ,tàcbaient de se dissimuler. marquis de Migurac 1
frontières, et, après une paix glorieuse, se
- Uessieurs, dit-il, en promenant autour
Un quart d'heure plus tard, les mêmes livrerait paisiblement au culte de la rertu .
de lui un regard animé, vous voyei devant cris attirèrent à la fenêtre l'abbé Joineau et
111. Joineau et Maguelonne e~sayèrent inuvous Louis-Lycurgue, marquis de Migurac, Maguelonne qui n'en croyaient pas leurs tilement de dissuader M. de Migurac de son
qui, après avoir dévoué sa vie à la philo- yeux, voyant leur maître revenir en triomphe dessein. Peut-être ne le firent-ils pas avec la
sophi?, après avoir propagé les principes de juché sur les épaules des gars du village, qui dernière vivacité, craignant qu'il ne tombât
la raison par sa plume et son exemple, et ne cessaient pas de l'acclamer.
malade de la fièvre qui le travaillait, ou
cherché aux antipodes une contrée où régnàt
Cet événement fut utile pour rasséréner sachant que dans le village sa popularité était
la ."erlu, est rentré sous le toit qui abrita sa M. de Migurac et aider sa santé à se rétablir. déjà ébranlée, el appréhendant qu'il ne fût
naissance, s'y est vu traité en suspect et a Les accès de fièvre se faisaient moins violents prochainement arrêté. Maguelonne lui fit un
trouvé tremblants et misérables les vieux et plus rares. La toux avait disparu. lllais, petit paquet de ses bardes et lui mit dans la
serviteurs de sa maison, opprimés par ceux-là sitôt que son corps se trouva corroboré, son poche, quoi qu'il en eût, quatre pièces d'or
mêmes qui se proclament les champions de esprit se porta avec une ~rdeur nouvelle vers qu'il y avait encore dans la maison.
la rénovation sociale.
le souci des choses de l'Etat. Tous les jours
Du jour où M. de Migurac eut décidé son
Tour à tour, les trois hommes avaient on lui communiquait de la mairie les papiers départ, l'agitation qui était en lui se calma
tenté ?e l'interrompre : M. de Migurac leur publics et il voyait les témoignages de dis- et, sortant de sa mélancolie, il parut recouvrer
fermait la bouche du flux impétueux de sa cordes affreuses et les signes précurseurs de quelque chose de l'humeur alerte de sa jeu-

�JJf ONSl'ElfR. DE JJf lGU~JtC _

1f1ST0'/{1A
1wsse. Lorsque l'hl'ure soana de monter en
voiture, il embrassa forl lendrenwnl Maguelonne Pl M. Joineau, qui pleuraienl Ioules les
larmes de !tmr corps, cl dil à ce dernier :
- L'abbé, si je dois succomber en celle
entreprise, ne me plaigi1el point, car elle
couronnera dignement ma ,ie; et, rendant
gràce à votn• Dieu que nul cœur plus que
celni-ci n'ail chéri la vcrlu, priez-le, s'il vous
plail, qu'il ail en miséricorde l'imperfection
de mes aclcs.

XXIX
De la conduite et des succès de M. de
Migurac à son retour dans la capitale.
M. de Migurac ne fut pas plulôl débarqué
dans Paris qu'il dut vérifier qu'il n'y avait
pas grand'chose de commun entre la ville
riante et polie où il avait séjourné ,ingt années
de sa \'ie el la cité tumultueuse où bouillonnaient maintenant des forces et des fièvres
inconnues.
Au lieu d'un peuple aimable, curieux et
badin, au lieu des carrosses somptueux, des
chaises à porteurs, des demoiselles de modes
accortes et des officiers galants, c'était par
les rues un tourbillon de foule, houleux,
désordonné et irrésistible. Une populace
bruyante assiégeait les portes de l'Assemblée,
des clubs et des journaux, s'écrasait autour
des estrades en plein vent où s'enrôlaient des
volontaires, huait ou acclamait frénétiquement des orateurs qui montaient sur des
tables pour les haranguer aux carrefours. Des
tempêtes d'enthousiasme, de panique ou de
fureur se déchainaient à l'improviste. Des
atrocités et des héroïsmes flollaienl llans l'a.ir.
En un seul jour, râme sensible de ~I. de Migurac tressaillait de mille impressions
contraires, rêvanl tantôt de prendre un fusil
et de courir à la Frontière, el tantôl de
délivrer les prisonniers entassés dans les
geùles où les guettait un prochain massacre.
Ivre de haine el d'amour, de terreur ~l &lt;l'espoir, la nation oscillait entre l'abime et l'empsrée; et une puissance obscure et formidable
l'entrainait , ers des destinées mystérieuses,
peut-ètre glorieuses, ou, qui sait'! sanguinaires
el inexpiables.
Dans ce délire, li. de }ligurac résolul d'agir
et de guider ses compatriotes vers la lumière.
Dominant d'un génie lucide le trouble
elîroyable où s'égaraient les meilleurs esprits,
il tint pour é,ident qu'entre tant de devoirs
contradictoires il en était deux qui tout
d'abord s'imposaient à la conscience publique:
la lutte contre les étrangers et la réconciliation des citoyens.
C'est pourquoi, sous le titre d'Appel aux
Français par l' /Jomme de la Natul'e, il élabora un opuscule où il exprima la substance
de son génie et oü, rappelant les services
qu'il a\'ail rendus à l'humanité, il proposait
une amnist ic générale, la remise en liberté
des prisonniers de tout ordre, un rapprochement de toutes les factions et que le roi luimêmr, Liré du Temple, groupât derrière lui la

Mais il tressaillil quand soudain le président annonça que le vaillant patriote Mottet
allait démontrer que le seul titre de roi,
indépendamment d'un délit quelconque, donnait à tous IC's hommes le droil d(• mPllrc à
mort celui qui l'a\'ait u,urpr M. &lt;le M•gnrac
se pencha et reconnut à la tri hune, plus maigre, plus bili(•ux cl plus jaune que jamais,
l'ancien hôte du Perroquel Gris.
Avec des intonations mielleuses el des
ondulations ,·ipérines, tantùt s 'inc-linant sur
les paperasses accumulées dcvanl lui, tantôl
lernnt au ciel ses longs liras griffus,~{. Mottet
l'Assemblée, - Opinion d'un Philosophe dénonç.a l'infamie de la royauté t•t la présur la Clémence due au Roi, - 0 Peuple, somption scélérate de tout homme .qui préécoute Cassandl'e I etc. li alla lui-même les tend asservir ses égaux. Des grondements de
déposer chez les ministres el chez les mem- haine soulignaienl ses imprécatious. Chanbres des comités. li ne trouva point d'accueil, geant de ton, il rappelait que c'était parmi
mais des paroles vagues cl des rebuffades les suppôts de la lFannie elle-mème que
ironiques ou grossières. Deux ou trois fois, il s'étaient élevées les premii&gt;rcs paroles vengeresses cl libératrices. JI cita les opinions des
faillit être incarcéré comme suspect.
Cependant les événements se précipitaient. docteurs du moyen âge el les prédications des
Tandis que les haines s'ex:1spéraienl dans ligueurs sur le tyrannicide. Mais des penseurs
l'Assemblée, les armées coalisées grossissaient, généreux avaicnl, dès le x\'1• siècle, revenl'Europe élevait la voix el, en réponse, le diqué le même privilège au nom de la dignité
jugement du roi était décrété. Il semblait à humaine : la gloire du siècle présent serait
M. de fügurac, impuissanl et désespéré, qu'il de l'avoir proclamé hautement. Forçant sa
était la proie d'un délire et que les mots voix de fausset el roulant ses petits yeux
magiques qu'il avait chéris eussent pris un verts, M. Mottet clama :
- 0 toi qui démentis par la généro ité de
sens atroce cl sanguinaire. c·était au nom de
la liberté el de la justice que, tous les malins, ton cœur le titre aristocratique et répu~nanl
des gazetiers infàmcs demandaient qu'on abat- dont t'affubla ton origine, compagnon dévoué
de ma j eunesse. toi que révoltèrcnl toujours
lit la lêlc d'un roi qui étail un homme.
l'inégalité
el l'égoïsmr, toi qui allas pourErrant à travers les rues par une froide
soirée de décembre, M. de Migurac, grelot- suivre dans les déserts la ,·ertu proscrite de
tanl el morne, vil à terre un morceau de nos cités, homme incomparable, philosophe,
carton. li le ramassa . C'était une carte &lt;l'en- poète, orateur, toi dont la vie entière fut un
trée pour le fameux club des J:icobins. L'or- défi aux préjugés el à la superstition, un
dre du jour comportait celle délibération : hymne à la raison el à la verlu, d'où que tu
~ De la peine méritée par Louis Capel. » entendes ces accents, ô mon f rèrc, reçois ici
Pour se réchauffer, M. de Migurac anit déjà l'hommage des amis de la liberté qui ont le
assisté à plus d'une réunion publique. Il droit de se déclarer tes disciples ! Oyez,
laissa ses pas l'entrainer vers l'ancien couvent, citoyens, ce que dit dans son livre sublime,
el pénétra dans la salle décorét&gt; d&lt;' drapeaux la Folie d' lléliogabale démasquée, le glorieux marquis de )ligurac, véritahle apôtre
tricolores, de piques et de bonnets rouges.
du
sans-culottisme ....
Une cohue disparate et enfiéHée, où s'agiEt,
de son organe strident, le rhéteur lut
taienl confusément des poings cl des cannes,
avec
emphase
des tirades que M. de Migurac
grouillait dans la vaste pirce. ün brouhaha
de comersations, de cris, de jurements, cou- reconnut avec terreur, qui lui semblaient
nait l'éloquence de l'orateur malgré les autres qu'ils ne les avait écrites, qui pourtant
appels désespérés de la sonnette. Enfin, étaient les mêmes el qui dans la boui;he du
comme le pré-i&lt;lcnt, un gros homme à face misérable apparaissaient sinistres, meurde boucher, menaça il de faire évacuer la trières, effroyables .... Quelque chose d'irrésalle, les braillements se moJérèren 1, et l'un sistible le mil debout sur son banc el il cria :
- Tais-toi, Judas, tais-toi! Et cesse de
put entendre l'orateur, sorte de gnome bossu
cou
fondre par un exécrable sophisme la parole
cl borgne, réclamer qu'une fois Capel décapité, on cbargeàl de sa bure un canon qui la du philosophe avec la h.ache du bourreau!
Escaladant les barrières, envoyant rouler
fil voler dans le camp des Autrichiens, où
sur
le sol deux ou trois hommes qui prélenétait sa \'éritable place. Cette motion souleva
daienl
l'arrèter, M. de Migurac s'élançail à la
des bravos, qui redoublèrent quand une
tribune,
d'où, à son aspect, M. Mollet s'enfemme avinée, à la voix de rogomme, proposa qu'on y joignit celle de la reine, en fuyait précipitamment, el sa voix tonnait auattendanl celles de tous les aristocrates. Une dessus de la clameur populaire :
- Refuserez-vous d'écouter le marquis de
telle mitraille serait le meilleur enseigneMigurac
lui-mème qui vient vous ounir sa
ment aux despotes. M. de Migurac ferma les
yeux : il vit une belle jeune femme, vêtue de conscience?
Le tumulte s'achevait en murmure étonné.
percale et d'un chapeau de paille, qui lui
La
curiosité était plus forte que la fièvre
avait dit de douces pa1·oles cl dont il avait
soupçonneuse.
C'est dans un sileace relatif
baisé la main royale.

France tout entière pour marchl'rcontre l'enrnhisscur. Il obtint non ~ans peine qu'un libraire
dont jadis ses contes éroliqurs avaimt fait la
fortune assumàt la composition de celle brochure el la distribuàl à tous les députés et à
quelques personnages inn uents.Aucune gazelle
n'en fit mention, aucun discours ne s'en
in~pira, une dizaine d'exemplaires à peine
furenl vendus.
Sans se décourager, )1. de ~ligurac consacra ce qu'il avail e11core d'argent cl de crédit
à imprimer cl à répandre trois ou quatre plaquettes du mème genre : ,h•ertissement à

... 282 ...

,

que les paroles de M. de Migurac jaillirent de
)[. de Migurac rccou,•ra ses sens apri•s un de ~olrc arte, je suis \'Oire ol,ligP el souhaite
son âme à ses lhres.
tcm ps assez long. Il se trou ra assis dan~ la avo1~_ le moyen de vou~ témoignn m~ gratitude.
li commença_ par flétrir la royauté, détes- rue, les pieds trempant dans le ruisseau et le
L mconnu le cons1drra qui,lqurs ~econdes
table usurpatrice des droits des hommes derrièr~ dans la neige. Un rérerbcre qui se d'un_ air indécis, t-t pni~ comme prenant son
m&lt;\re crimin~llc des abus les plu; clTroyables'. ba_lança.1_l ~u~d~ssus ~e sa tète lui permit de parh :
Des applaud,~semcnts accueillirent ses ana- voir qu 11 ;lait mon~e de sang et aussi qu'un
~ Monsieur, dit-il, ce DIO)Pll peut-être le
thèmes. Mais il poursuivit. Que l'indianation homme velu de gris, un feutre rabatlu sur po,sed..z-YOus. La ronfianre &lt;1ue j'ai dans la
légitime du peuple fit table rase de l'instilu- les yeux, était agenouillé pri•s de lui et lui noblesse de votre âme m'incite à vous faire
tion infàmc, rien de plus admirable. ~ais humectait les lèHcs avec un peu de olace. Il une confidence. l'ae conspiration se noue
"'
da_ns cel~i. qui la représentait, qu'elle eût lui tendit la ma.in :
pour la délivrance du roi. Voul,..z-vous en être?
soin, ded1slmguer le roi, coupable à coup sûr,
- A~i in~nnu_, lui dit-il, sans doute je Un homme de voire raraclère ~crait une recru;
et I homme, peut-èlre innocent. Nul châti- vous dois la vie. Bren que le présent soit de précieuse, à celte htrnre uù le meilleur sang
ment t~o_P sévère pour le premier; pitié et peu de l'aleur, laissez-moi YOus en remercier. de France a honteusement passé la frontière.
fratermte pour le second. Bravanl les ~rognc. - ~!onsicur, dil le nouveau venu, je vous En ~auvanl le roi, l'Ous attirerez ~ur vous des
ments de la foule irritée, ~I. de lli!!llrac
a1 lanlot entendu parmi ces bandits. Malaré bénéd&lt;ctions infiuies et répar~rez 1out le mal
0
insistait :
la ~rande n~ïveté et les erreurs lamenlabl~s qu'o11t pu faire vos écrits.
- Prenci garde de confondre la vertu qu il y. avait dans vos discours, je n'ai pu
M. de Migurac répondit d'un air à la fois
avec l_a colère el la justice avec la vengeance! vous voir assommer sans tlprouver le besoin grave et fier :
Le roi de France est criminel· Louis Capet
de vous venir en aide.
- &amp;lon~icur, j_e ne ~é~rar_lr aumne ligne
je l'atteste, a le cœur pur. Q~e la hache d~
-Quelque soit, dit}f. deMigurac, le mobile de mon œuvre. .Elle a ete du-lée par le seul
bourreau abaltc sa couronne cl la brise aux
yeux des monarques épouvantés, lellcest la sentence d'un peuple libre. Qu'elle frappe un seul
chc\'eu de sa lèle, la liberté est déshonorée!
Des ?is de fureur montaient de toute part.
Des ~1gn~rd~, des sabres et des piques menaça,_enl 1aristocrate, le traitre, le soudoyé
de Pitt. Indomptable, insoucieux des efforts
d~ président pour lui enlever la parole, M. de
)hgurac continuait, cramponné à la harrc :
- Au philosophe revient la tàche de stigmatiser les ,i~s avec virulence; au politique
cel!c de l_es e~llrper avec douœur. Quiconque
pretcnd etaLlrr la verlu par le glahe est l'ennemi de la vertu.
Parmi des hurlcmcnls de hèles fauves,
le président s'était couvert. Une douzaine de
f~rieux, l'écume à _la bouche, les yeux injectes de sang, se ruerent sur M. de fügurac.
essayèrent de l'arracher de la tribune. Mais il
semblait qu'une force magique eût soudé ses
bras à la barre de bois, il valicinail d'un
accent prophétique :
- Citoyens, ceux qui vous exhortent au
~eurlrc ne sont ni des patriotes, ni des polihq~es. Ce sont les flatteurs du peuple; ils
denendronl ses as~assins. Les qualités ci,iq_ues ne sont point de ces plantes 4ui se nourrissent de sang. Elles ne flcurissrnt que dans
les cœur· purs el succombent au délire des
passions. IJécapilez Louis : c'est sur le roi
martir que \'OUS posez l'auréole arrachtle à la
liberté!
li J cul un craquement sinistre. Tlenonçant
à détacher M. de Migurac de la rampe où il
demeurait miraculeusement attaché, les forcenés l'a"aienl descellée de la tribune. Et
maintenant, à coups de poings, de pieds et
d~ bàtons, aux aboiements frénétiques des
tricoteuses et des sans-culottes on le trainail
à travers la salle, l'escalier, corridor, sanglanl et les membres 11 demi rompus, mais
ne cessant de vociférer :
- A bas la royauté! Pilié pour l'indil'idu
Louis! Vive la République I Virn la vertu!
Vive la clémence!
Il fallut un bon coup de matraque sur la
nuque pour l'étendre par terre cl lui fermer
L~ porle s'ouvril. Pl11sleurs garJes municlp.:wx .temeurèr
·
•
•
,
a la ma111 un papier. Les détenus dont tes noms s t . en t ,mmotlies, latt.t,s que le f(tolier s'avançait, ayant
la bouche.
u va1e111 seraient ame11és deva 11t le t,·itunat.(Page 28S.)

te'

""' 283 ...

�111STO'J{1.ll
culte de la vertu. Quiconque y voit autre chose
est aveu~lé par la passion ou la sollise. Et, de
plus, j'affirme 4ue le roi est coupable. Mais
l'amour que je porte à la liberté me rend
intolhable qu'elle soit souillPe d'un meurtre;
et celui que j'ai de l'humanilr. me pousse à
déplorer le sort d'une famille intéressante
par ses méril• s el par la grandeur de sa
chute. C'est pourquoi, à cause de mon adoration pour la Rclpublique, je vous SPl'onderai, si
vous le voulez, afin de sauver l'individu Louis.
L'inconnu se prit à rire et, a\ant rtmis sur
ses pieds M. de Migurar, il lui dit :
- Par ma foi, monsieur, bien que vos
raisons soient bizarre.~, j'accepte votre offre et
ne pense pas avoir jamais serré main qui soit
davantage d'un homme de bien.
C'est ainsi 11ue )1. de Migurac, ayant consacré sa vie à prêch1:r la guerre contre tous
les préjugés et particulirrem~nt la royauté,
fut embrigadé dans un complot formé pour
faire échapper le roi Louis XVI.
Oès ce moment il parut recouvrer toute
l'assurance et la fermeté d"e,prit qui le distinguaient aux plus beaux jours de sa jeunesse, comme si sa décision arrêtée avait
dissipé le nuage d'angoisse qui de nouveau
pesait sur lui depuis que de retour à l'aris il
avait dû mesurer son impuissance. Dans les
réunions que tinrent les conjurés, nul, plus
que notre b.éros, tout âgé et débile qu'il fùt,
ne montra un gtlnie audacieux d inventif.
C'était un sujet d'émen·eillement parmi ses
compagnons par quelles voies hardies el ingénieuses il proposait de corrompre les gardit&gt;ns
du Temple, dP 5'i11troduire dans la prison,
d'en faire évader le royal prisonnier et sa
famille. Ainsi que l'ont observé deux d'eutre
eux, ~rn. de Creugny et de Hoismarlel, qui
écrivirent leurs mémoires, il est fort pos,ible
que, si l'on eùtadopté ses avis, Louis X\'l eût
été dérol,é au supplice. Mais à cause de l'originalité de sa vie el de l'hostilité qu'il témoignait en cha'(ue occa~ion pour la royauté et
l'ancien ré~ime, son opinion fut moins écoutée
qu'elle n'eût été de la bouche d'un autre; et
les semaines s'écoul~rPnt à discuter des projets et à les abandonnt'r tour à tour. Tant et
si bien que le jour arriva oü rut publié le
jugement de Louis XVl sans que rieu eùt été
entrepris en sa faveur.
Ce soir-là, les conjuré• s'as,emlilèrent
comme de coutume. Dans l'accabltment qui
pesait sur tous, ils res~entaient plus amèrement la honte de s'être attardés à des dissertations stériles, et une aigreur mutuelle les
irritait les uns contre les autres. Au milieu
des récrimination~ superOues cl dt&gt;s vains
reproches, M. de !ligurac prit la parole :
- Messieurs, quel que soit le pa ~é. il est
mort, et notre làcbe Cbl de préparer l'avenir,
qui pour nous se borne à demain. puisque
c·est demain qu'un supplice ignominieux est
réservé à un homme innocent. J'e,time donc
qu'à l'heure actuelle uous ne devons avoir en
vue qu'un objet, qui est le moyen d'agir avant
demain dix heures. Or, voici cc que je propose.
Et, séance tenante, il expliqua comment il

M ONS1'Elffl.
serait aisé d'a,;saillir en un endroit désigné
d'avance la voiture fatale et d'enlever le monarque; tandis que quatre des conjurés s'occuperaient de le l'acher ou de s'enfuir surie-champ avec lui, les autres, afin de gagner
du temps, tiendraient tête aux shires t:t se
reraien l massacrer.
Celte folie ne fit que provo~uer des sourires et dt&gt;s haussements d'épaules. Tous ces
jeunes hommes se trouvaient réunis dans un
dédain commun de cette tête grise aux imaginations chimériques. M. de Clunel exprima
l'avib unanime en dérlarant que œ serait
manquer à leur devoir envers la famille royale
que de sacrifier leur vie dans un coup de
main aussi désespéré. Le roi décapité, la
rolauté subsi~tait. Ils se montreraient mieux
inspirés en se conservant pour son service, au
lieu de s'aller jeter dans un esclandre de pure
démence.
M. de Migurac ouit ce discours sans broncher, bi..n que plusieurs fois il se fùt mordu
les lèvres pour ue point éclater. Puis il se
leva de l'escabeau où il était et dit :
- Messieurs, la seule occasion qui m'ait
joint à vous est le dé,ir qui nous était commun de sauver l'homme innocent que vous
appelez roi. Du moment que vous renoncez à
ce dPssein. j'estime que notre association se
dissout. N'ayant point les mêmes motifs de
ménager mon sang pour la royauté que
j'abhorre, je recouvre le droit d'agir conformément à mes principes. Me voici donc
amené à prendre congé de vous en vous adressant mes vœux de bonne santé.
Ayant salué la société, il se relira. Telle
était l'autorité de son accent que tous en
rurent louchéb et qu'un murmure général de
désapprobation arrêta li. de Clunel quand il
proposa de faire suivre \J. de Migurac, afin
de s•a~surer qu'après avoir abandonné ses
compagnons il ne ~ongeail point à les trahir.
li ue fallut pas à M. de Clunet lui-même
plus de vingt-quatre heures pour faire amende
honorable. Car, parmi les gazelles qui, le
2 1 janvier 1793, contèrent les péripéties de
l'exécution du tyran, il ne s'en trouva guère
pour passer sous silence un fait inattendu
qui eut po11r thflâlre la rue du FaubourgSaint-llonoré au coin de la rue Royale.
Au moment où la berline qui renfermait le
roi tournait à gauche, uu homme sans armes
se jeta tout à coup à la bride des chevaux,
bousculant les soldats de l'escurle, et à grands
cris adjura le peuple de Paris de ne pas laisser
commettre l'iniquité qui se prPparait. Les
journaux rapportrrent différemment ses paroles et le succès qu'elles eurent. Les uns
prétendaient qu'elles firent impression sur la
foule et qu'il y eut un iustant d'anxiété,
tandis que les autres affirmaient qu'elles se
perdirE&gt;nl dans le bruit. Quel,p1es-uns affectèrent de voir dans cet individu un con.pirateur, d'autres simplement un fou. Tous s'accordèrent pour dire qu'il avait été aussitôt
appréhendé, couduit à la Conciergeri1: avec
force bourrades et écroué sous le nom de
Louis-Lycurgue, ci-devant marquis de Migurae, « personnage. disait le Pfre Duchesne,

jadis fameux dans les boudoirs des courtisanes
et les -salons des fermiers généraux ».

XXX
Captivité, jugement et mort
de M. de Migurac.
~I. de Migurac demPura plusieurs semaines
en prison avant d'être mis en jugement. La
raison de ce délai est peut-être qu'on l'y
oublia comme beaucoup d'autres; m1is il est
plus vrai~E'mblable qu'émue de son attentat,
la police jacobine appréhendait qu'il n'eût des
complices et 4ue, malgré les d~négations
dédaigueuses qu'il opposa aux interrogatoires
préliminaires, elle s'obstinait à rechercher les
aboutissants de la conspiration dont il était
l'âmt&gt;.
Ces quelques semaines furent, au terme
de la carrière si remplie de M. de ~ligurac,
une balle suprême d'une douceur infinie. Les
cellules de la prison étant en nombre insuffisant, il fallut bien qu'on lui permît de vivre
parmi les autres captifs. Il eut la joie de s'y
trouver en fort bonne société. Plusieurs hôtes
de ses soupers d'autrefois vinrent à lui au
premier jour et l'embrassèrent avec beaucoup
de sensibilité. La singularité de sa vie le rendait intéressant à tous, et le mérite de sa
dernière tentative l'environnait d'un nimbe
de martyr aux 1eux mèmes de ceux qui n'avaient point partagé ses idées philosophiques.
Aussi se vit-il dévolue dans ce cercle de choix
une royauté plus incontestée qu'au plus beau
temps de sa gloire.
Lorsque, tous les après-midi, on faisait
salon au préau pour se récréer par des conversations piquantes ou sublimes, tandis que
les dames reprisaient les accrocs de leurs
jupes, et les gentilshommt'S leurs bas troués,
un fauteuil d'hon11eur muni de ses quatre
pieds tltait rPservé à M. de Migurac qui, durant des heures entières, tenait l'assemblée
sous le charme de sa parole. Dans le misérable
frac de ratine qu'il porlait au jour de son
arrestation, il apparaissait d'une majesté
incroyable. Ses traits, que n'avait pu déformer
le soleil équatorial, avaient recouvré leur
noblesse et leur régularité; une eertaine maigreur et la matité du teint en faisaient ressortir davantage la finesse. Tout le visage
s'illuminait de l'éclat limpide de ses yeux
bleus. Sur son front pur et élevé, ses cheveux
gris, presque blancs, frisaient en boucles
enfantines. En sorte que sa maturité se parait
d'une beauté noble el candide et que jamais
il n'avait paru plus charmant qu'au déclin
même de ses ans. Ce n'est pas trahir un
secret que de consigner ici que, si son humeur
l'y eùt induit, il aurait pu go1\ter dans les
fers les délices suprêmes de l'amour.
Nous ne saurions, en effet, suspecter le
témoignage de M. de Jal, son compagnon de
captivité, qui a formellement affirmé que
madame Desportes, la geôlière, non contente
d'ajouter de la viande dans sa soupe et de lui
faire accord~r une paillasse double, lui proposa simultanément son cœur et le moyen de

s'évader. Mais M. de ~ficrurac refusa la liberté
parce qu'il n'en avait que faire el la femme
par~ qu'elle était rousse, ce qu'il n'avait
1ama1s pu supporter.
Et plus touchante encore fut son awnture
avec_ la duchesse de Cabry, adorable enfant
mutrne, dont les dix-huit printemps avaient
alar~é la R~publique parce qu'elle avait son
mari à_ Coble~tz et sur son cœur le portrait
d~ \larie-Antomette. Un après-midi, ~L de
)hgu~ac avait Liré des pleurs à toute la compagnie, a1ant conté avec humilité se~ cruautés
envers madame Isabelle, la cruauté de MarieAf1:?ès envers lui-même. C'est à la suite de ce
récit que, profitant d'un instant où ils étaient
se~1ls, ~adame de Cabry s'était avancée vers
lm, avall pressé sa main dans les siennes en
le reg~rdant d'un œil expressif. Et il avait
co~p~1s qu'~lle s'offrait à lui pour lui donner
les Joies qu'il n'avait point eues. Tre.,saillant
malgré !Ps années, son cœur s'était ému· el
peut-être il_ a~rait succombé. si dans un fr'agment de m1ro1r, pendu au mur sale, il n'avait
aperçu ses cheveux blancs auprès du minois
rose. de ma~ame de Cabry. Alors, choqué de
la laideur d un amour sénile, il s'était indiné,
et,. sur s_es doigts fins, la petite duchesse
a~a1~ sent, tomber un baiser et une larme qui
d1sa1en t non ave1: tendresse.
D'aill~urs, quelque charme que trouvât
M. de M,gurac i1 la considération dont il était
en_touré,_ c'était _de sa propre conscience que
venait la meilleure part de sa sérénité. Sa
Jouissance était ineff~ble, au bout du voi age
tumultueux de la vie, de faire à loisir un
retour sur lui-même. Il repassait les u os
après l~s autres le~ événements multiples de
sa carrière : dPpu1s son enfance jusqu'aux
aventures de Nouvelle-Guinée, s'arrêtant de
pr_éférence aux joies lumineuses de son premier âge, à ses Pnt reti&lt;&gt;ns avec son père, aux
ar~eur~ fantasques de sa jeunesse, au mélancolique souvt&gt;nir d'Isabelle, aux péripéties de
ses voyages, à la gràce naïve et rusée de
~farie-Agnès, à tout ce qu'il avait pensé, écrit
et voulu: Les choses bonnes lui apparaissaient
~ro_p éloignées your qu'il les regrettât; trop
elo1gnées aussi les choses mauvaises pour
qu'il en souffrit encore. Certes, dans les résultats de sa conduite, le mal l'avait souwnt
emporlé sur le birn; du livre de sa vie il eût
souhaité arracher liien des paaes.
Mais celte
0
réOexion n'engendrait pour lui aucune dé~espé~ance. Car, regardant en arrière, il se rendait la justice que jamais le vice n'avait
prédominé en lui, qu'il y avait eu un principe
de noblesse dans toutes ses actions. Et, mesurant le peu qu'est un homme. il lui semblait
qu'il avait rempli sa làche d'atome vaillamm~nt; el dt&gt;_ ses erreurs, à tout prendre. son
trepas serait une rançon suffisante. Ainsi
c'ét~it !a perspective même de sa mort qui le
forhfia1t dans sa sérénité.
Ce fut seulement dans la première semaine
du mois de mai, que M. de Migurac fut appelé
à comparoir devant le tribunal révolutionnaire
récemment constitué. Selon 11:ur coutume
les pri_so~niers étaient réunis dans le préa~
et deVIsa1ent avec vivacité sur les affaires

!w

publiques. L'acquilleWt&gt;nt triomphal de Marat
leur arracbait des imprécations et des doléan~. C'est alors que la porte s'ounit.
Plusieurs gardes municipaux demeurèrent
immobiles dans l'embrasure, tandis que le

E-ar les bo11cles blanches. l'homme saisit l.l Me et l.J
m ontr.J .w feupte. (Page =8;-)

geôlier s'avançait, ayant à la main un morceau de papit'r chiffonné. Les détenus dont
les uom, suivait&gt;nt seraient amenés devant le
tribunal. Il en nomma cinq. dont M. de )ligurac et la duche.,~e de Cabry. La petite
duchesse pàlit, s" m irdiL les lèvrPs, sourit et
se leva. ~f. de lli;(nrac qui jouait aux jonchets avec li. de Senarmoot, hocha la tèle
d un air d'ennui et s'excu,a courtoisement de
n~ pouvoir, achever sa partie. Tous les prisonmers, la tete nue, saluèrent avec respect les
appt'lés.
li. de Migur:11: fut introduit le dernier
devant le tribunal qui siégeait dans une salle
basse décorée, selon la coutume, dt' piques,
de drap,.aux et de bonnets rougt's. Un buste
de la Liberté était au-dessus de la porte d'entrée. Les curieux se pressaient en foule sur
les bancs de bois alignés. Au fond, derrière
un burt'au recouvert de toile cirée, étaient
assis une douzain!' d'ho11,mes. L'accmaleur
public se tenait à droite. M. de Migurac qu'on
~t avancer à la bdrre promPna sur ses juges,
a tra,·ers son lorgnon. un rE&gt;g:ird curieux qui
se fit bientôt dégoùté. Leurs mines ,.;taient
sombres, leurs habits ~ 11'S, leurs cheveux
emmêlés, leurs ongles il{nobles. Il !'ut une
moue el cligna vers la salle, où deux ou trois
femmes étaient passablt&gt;s.
. Un co?p de sonnette lit le silence. Lti président. Jeune homme malingre et osseux,
d'une lrt'ntaine d'armées, se leva, toussa et
interrogea M. de )tigurac sur s,-s nom et prénoms. Le marquis sourit et lui dit poliment,
mais avec ironie :
- J'imagine, monsieur, que vous en ètts
instruit. Car, sans cela, 1:'est vous qui devriez
... 285 ..

DE

.iJf1GU~JtC

--,

êlrt• it ma plac.: pour avoir gardé dans les fers
un homme inronnu.
Sur un ;este d'impatience, il reprit avec
condesct&gt;ndan&lt;'e :
- Je veux bien 1ou~ confirmer. néanmoins
que je _m'apprlle Lonis, comme 1«• plus illu~tr~
des rois de France, et Lycurgue, comme Je
plus sage des_ législateurs; et dt'puis quatre
cent qualre-_,ingt-douze ans, mes pères se
s?nt transm1, de mâle ainé en mâle ainé le
t1lre de marquis de Miirnrac, &lt;1ue je porte.
- Votre àge?
- lin âgP où i_l con_vienl d'être guéri des
souffranres de la VI!'. Cinquante-deux ans.
- Yolre domidle?
:-- Hier 1~ nature liure; aujourd'hui \'Oire
grole; dE&gt;mam, sans doute, l'infini.
- Voire profession?
- Martyr. il me semble.
- Mais encore? ...
. - Tu n'étais pas né qu(• j'avais voué ma
vie _à la cause de l'bumanitP : voici l'heure de
temr mon serment.
~u_r !'ordre du président, un greffif'r cran_io1s1 et enrhumé ànonna Je rapport des officiers de police qui a,·aient arrêté lf. de Migurac.
- Avez-vous quel,iue observation à faire?
- Je dé,irerais que si cet homme doit
reprendre la parole. il Cùt invité à se mouche~. Je rerai, s'il le faut, les frais du mouchoir.
D~s rires fusèrent dans rassemblée. Le
président rougit et glapit avec irritation .
- Veuillez ne pas égarer le débat. Je .vous
d«&gt;mande C&lt;' &lt;1ue vous avez à observer au sujet
de celle relation.
- ~lonsieur, ain~i qu'en tout document
hu~ain: il s'y trouve un mélange a~sez singulier d erreur et de 1fri1é.
-: Désirez-vous en discuter le détail? Le
grefhE&gt;r 1·a. en donner une seconde lectur!' ....
)l. de ~hgurac pr?te,ta d'un µeste gracieux:
. .- La1s_sez _en paix c~ monsieur. Celle répélltron serait mseuse et 111supportable.
- Il vous SE'ra loi~ible de &lt;.:0ntredire l&lt;&gt;s
tém,oi~nages. Qu"on fasse avancer les témoins.
1 ro,s gendarmes, deux femmes qui s'étaient
trou,ées dans la foule à coté de M. deMigurac
et quelqu~ badauds déposèrent luur à tour'.
De lt'~rs d1scou~s assez ,·on fus, il résu !tait 4ue
le prerenu ~va1t bl~~é violemment le jugement
• , du• roir et
. exl'1te Je peuple à empêcher
1executton, a1sant le geste de s'élancer 1 ._
• à1
•
UI
~eme a porllère du carrosse. Le président
mtcrrogca:
- Al'ez-l'ous des observations à faire?
. - J'en fais d'assel curieuse~, dit M. de
M,gur~c, sur les bi2_arreries du témoignage
humam, et mon estime pour les historiens
s'en accr_oit. Mais je juge inutile de ,·ous les
communiquer.
- Ainsi, dit le président, ,ous reconnaissez avoir tenté de sou~traire le tyran ·
l'œuvre de la justice nationale?
a
.- \'o,là, sans doute, dit arec calme M. de
M,gurac, un des men&amp;onges Jes plus grossiers
qu_e vous ayez articulés, quoique \'Oire métier
doive vous porler à de vilaines méprises .

�.MONS1Elffl. DE .M1GU7(AC ~

- - - 111ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Le président s'essuya le fronl, harassé.
- Voyon~, dit-il d'un ton conciliant, niezvous aucun des faits qui sont artirnlé~: harangue au peuple et commencement d'attentat?
- Non, dit M. de Migurac, cela est scnsiblemen t exact.
- Alor~. cria le pauvre homme, exaspéré,
comment ose1-vous me contredire quand je
prétends que vous avez voulu soustraire le
t}Tan 11 l'œlllre de la justice nationale?
- C'est (JUe. repartit M. de Mi~urac :H'ec
lamêmequiétude, ainsi que j'ai déjà eu J'honnrnr &lt;le vous le marquer, cela esl entièrement faux . .l'ai seulement essasé de sauver la
ju~licc national&lt;' de J'acte criminel où l'entrainait une folie sanguinaire.
Cn ~rondement de colère passa parmi les
juges. M. de ~ligurac se souvint comment en
~nuvelle-Guinée les chacals le dévoraient des
yeux en retroussant Jeurs babines. li bâilla
et s·amusa à toiser un des hommes sales
jusqu'à ce qu'il bais ,H les paupièrPs.
- L'est donc que vous considérez comme
un crime le meurtre d'un tyran'?
- J'exècre la L}-rannie. Puissent mes livres
avoir plus fait contre elle que ne fait pour
elle votre démence! Toul roi est coupable;
l'individ u Capet est innocent; en le frappant,
vous a1ez couronné martF Loui~ XVI.
Sur un si~ne de d1•ux d1•s juges, le président n'insista µas. li pour,ui1it :
- N'a1ez-rous pas de complices?
Le mar11uis bau ssa lrs épaules :
- \'oilà une sotte question. Vous figurezvous que, si j'en avais, je les nommerais
sous la torture? Or, ,·otrc humanité l'a
abolie, et je veux bien vous en féliciter.
- Citoyens juge,, vous apprécicreL les
sentiments de l'accusé. Je donne la parole à
l'accusateur public pour le réquisitoire.
Le crime était évident. L'accusateur résena
sa rhétorique pour une meilleure occa,ion.
M. de Migurac était manifestement coupable
de ro}alisme, de haute trahison et d'entreprise conlre la \'Olonté nationale. La peine
requise était la mort.
Pendant qu'il le foudroyait de son éloquence, M. de Migurac à travers une fenêtre
du prétoire regardait le ciel bleu : une
branche de marronnier apparaissait déjà
verdoyante.
- \'ous n'avez, interrogea le président,
aucune observation à fairt•?
- Ce pauvre hère, dit )l. de )ligurac
sans détourner les yeux, a fort bien fait son
métier. li a de la gueule et s'en sert µour
mordre et baver.
Ayant résumé les débats, le président posa
aux Juges deut questions :
- Migurac est-il convaincu d'avoir formé
un dessein criminel contre la souveraineté
nationale? est-il convaincu d'en avoir commencé l'exécution?
Le jury se retira. Cinq minutes de délibération surfirent pour obtenir la réponse. A
l'unanimité, M. de Migurac était déclaré coupable sur les deux chefs. En conséquence, la
peine prononcée était la mort avec confiscation des biens.

de )ligurac ouil l'arrèl sans mot dire.
Non seulement nul émoi ne se lisait sur son
Yi,age, mais sa contenance était si aisée
qu'on eùt pu croire qu'il n'avait rien entendu.
li considér,, il toujours d'un air paisible le
rameau de verdure, signe gracieux du
printemps.
- N'avez-vous rien à observer? interrogea
le président pour la dernière fois.
- Elle bourgeonnl'. dit le marquis, ,·isant
la hranrhe du marronnier.
Puis, se reprenant, il ajouta avec calme :
- )lessieurs, je vous accuse réception de
cr que vous nommez sans doute votre justice.
Mais, par pudeur, voilez cette image.
Et du doi~t il désignait le buste de la
Liberté. qui regardait le tribunal de ses ~eux
vides. (lui~ il se lera et ~alua d'un air cour·
Lois les hommes sombres.
- Cela dit, messieur~. je désire prendre
congé de vous au plus tùt. Laissez-moi
m'excu er de quelque, facéties que j'ai laissé
échapper el dont je n'ai pu toujours choisir
attentivement le sel. Il importe qu'en ces
lieux l'accusé fasse preuve d'un peu de liberté
d'esprit. C'est ainsi que les réunions que
Yous organiser ne sont point sans quelque
gt-andeur morale.
Et fai•ant volte-face, )1. de )ligurac se mil
en marche suivi des ruunicipaut. Sur son
passage, le publics'écarta respectueusement.
Plusieurs femmes pleuraient. Il reconnut
dans l'assistance )1. de Clunet et un autre
des conjurés qui cou laient ,·ers lui des
regards suppliants . Il leur pardonna d'un
clin d'œil d'amicale indillërence.
Quand M. de )ligurac rentra Jans la prison, la foule des prisonniers reflua vers lui.
A sa mine souriante, un espoir les saisit. li
passa d'un geste gracieux sa main sur son
col et dit a, ec tranquillité :
- Uemain, vers les neuf heures, si les
valets de la Bépubli11ue sont plus exacts que
n'ét.1ient mes laquai, .... )~ais les autres?
Trois acquitltiments. Seule, madame de
Cabr} était condamnée. Un 1·oile de tristesse
obscurc;t les yeux du marquis. Cependant le
geùlicr l'appelait, car, pour pouvoir se
recueillir, il avait demandé à être mis en
cellule sa dernière nuit. Il se relira, ré,;ervant pour le lendt&gt;main l'adieu suprême.
Enfermé dans son cachot, M. de )ligurac
commença par manger de bon appétit le
r,•pa, ,,ue madame Desportes avait arrosé de
ses larmes. Puis, trempant sa plume dans
l'encre, il écrivit sur une enveloppe lti nom
de )1. Joineau et couvrit plu~ieurs feuillets
blancs de son écriture prompte et régulière.
M. Joineau garda précieusement toute sa vie
ces pages qui constituaient en quelque sorte
le testament de son maitre, el il en a reproduit une partie dans ses mémoires.
M. de Migurac avertissait en termes modérés son ami el précepteur de sa condamnation. li l'établissait, de compte à demi avec
)laguelonne, légataire de tous ses biens et
exprimait le souhait qu'ainsi qu'il arril'ait
fréquemment 111- sentence ne serait point
exécutée en ce qui concernait leur confisca)l.

"" 286 ...

lion. li ne dissimulait poiut un léger regret
que son corps ne dùt pas reposer parmi ceux
de ses parents. Mais sa consolation était
qu'il servirait sans doute à des expériences
médicales capahles de faire a,·ancer la science.
Il se nattait, en particulier, qu~ la dissection
de son ceneau et de son cœur serait merveilleusement profitable. Il demandait pardon
à l'abbé de ses offenses et lui confiait le soin
de protéger sa mémoire contre toute imputation calomnieuse. Et il terminait ainsi :
« 0 mon maitre, ù mon ami, en 1·ous
adressant de3 bords du Stp: cet adieu suprême,
laissez-moi vous jeter le dernier cri de ma
conscience; je meurs plein de tendresse pour
l'humanité, plein de confiance dans le progrès. Et si le chirurgien qui ounira demain
ces viscères n'est point al'eugle, il y vcrra
gravé ce mol : Amour. »
Ensuite, s'étant couché, M. de lligurac
dormit paisiblement une couple d'heures. li
se réYeilla aux premières lueurs d'une aube
blême. Il faisait froid . Le jour était venu où
il allait cesser d'être : celle pensée lui sembla plus grave. on esprit se reporta avec
force vers J'a1·enir obscur qui si souvent
l'avait préoccupé; el le grand repos de la
terre lui parut enviable. Mais tout à coup il
se rappela son enfance et eut peur du diable
et de l'enfer. li se sou1•int que tou tes les
victimes des calamités présentes mouraient
catholiques.
Il se leva el s'habilla en proie à une
grande perplexité. Soudain il trouva dans la
poche de sa culotte une pièce de deux sols
oubliée. li se frappa le front, comme pénétré
d'une lumière soudaine, et résolut d'interroger le ~ort ainsi qu'il avai t coutume dans
les circonstances difficiles de la 1ie. Donc il la
lança en l'air et, quand elle f1Jt retombée sur
le sol, se baissa pour la regarder attentivement. Il se redressa a,·ec sali faction, et,
quand le geôlier entra pour lui porter son
déjeuner, il demanda un confesseur.
Quelques minutes après, un petit prêtre
ensommeillé se présentait. M. de Migurac se
confessa et communia avec simplicité.
Comme la toilette de son corps, celle 'de
son àme était achevée. Dès lors le captif
attendit avec une sorte d'impatience que sonnât l'heure de la fète. li n'y cul point de
retard. A neuf heures moins le quart, la
porte du cachot s'ouvrit. Par une fa,·eur qui,
à ce moment, n'était point rare, il obtint de
n'avoir pas les mains liées.
'fêle nue, le peuple des priFonniers se pressait dans la cour. ~I. de )ligurac la traYersa,
inclinant le chef à droite et à gauche comll'!e
un monarque qui prend congé de ses courtisans. En francbi~sant le seuil du portail, il
s'accrocha le pied el faillit choir.
- Par ma foi, dit-il avec un sourire à
l'officier qui le conduisait, voilà qui est d'un
mauvais présage. li m'arrivera quelque accident avant minuit.
Au moyen d'un escabeau, il monta dans la
charrette découverte qui l'attendait. li ne s'y
trou1·a pas seul. Déjà madame de Cabry y
était debout, el le confesseur à coté d'elle.

Derrière lui un autre homme noir se hissa :
le bourreau. D'apercevoir la jeune femme
déliciensemenl blanche, blond~ et rose sou~
sa coiffe de linon, lui tordit le cœur. )ladame
de Cahry lui tendit la main el perçut son
tremblrmenl.
- Eh bien! dit-elle, nous serons unis dans
la mort!
.L~ charrette s'ébranla. La petite duchesse
~a1lht choir et s'appuya sur ~on épaule. 11
e~r~uva _la c~aleu~ tiède de son corps suave.
Lair ~tait pr111tamer, un soleil follet dansait
au ciel d'azur. Des bouffées odorantes s'exhalaient des jardins.
Dans crlte sérénité de la nature, conlernpla_nt la_je~ne femmP, exq uise neur délicate
9u1 allait el~e fauchée, ~f. de \ligurac, un
111stant, sentit son courage fléchir. li lui sembla tout à coup ré~·oltant de mourir el (Ju'elle
~ourt'll. Il entr~v1t la douceur inexprimable
d une tendre umon où il aurait vécu paisible,
cœur contre cœur, auprès d'une femme telle
que celle-ci. Sa vie, dont hier encore il se
tenait con~ent, presqueorgueilleux, il la jugea
absurde, mcobérenle, ou, (JUi sait? malfai-~n~e: ?c serait au nom des principes qu'il
a,~1t precbés que tout à I heure on lui couperait la tête. Il rit de mépris d'avoir voulu
améliorer les hommes et les faire heureux. Il
pensa que rien n'eùl été pire s'il n'avait pas
&lt;écu, et qu'au contraire, s'il avait vécu autrement, il eùt laissé peul-être des enfants un
so_uvenir cbér_i, des yeux pour pleurer' son
depar~. li lm par_ut affreux de n'ètrc pas
pleure. Et soudam une emic démesurée
le pri L de crier au cocher : « Arrêtez-vous!
Rtilournez ! li s'agit de recommencer ma vie·
j'ai oublié quelque chose; il y a maldonne;
cela ne compte pas! i ce n'est un simple
amour, tout est vanité. 11
La voix suave de madame de Cabry lui
murmura:
- Qu'avez-vous?
li fut tiré de son rève et passa la main sur
les boucles blanches de ses chel'eux :
- Je faisais des projets d'avenir.
F.t, por_lanl ses yeux sur la foule, il soupira.
Un trenlame de femmes en haillons et d'immondes chenapans couraient derrière la voiture rn hurlant. L'inesse était sur leurs
visages, l'écume sur leurs lèHes. Ils étaient
plus hideux que les Papous antbropopha11es.
L'un d'eux leva le poing et lança un trog~on
de_ chou. Machinalement, M. de )Jigurac
baissa le front. L'ordure s'abattit sur la jeune
femme. Le marquis rougit de colère el dit à
l'homme noir :
- On vous fait tort! Vous seul avez droit
sur nous. Défcnde.r1 votre proie.
~t.. contei:riplant la populace en dcmence
qm I msulta1t de ricanements, de menaces et
0

de gestes obscènrs, il pensa que c'était elle
qu'il avait voulu libre et bonne, et soncrea à
ses oiselC'ts qu'il avait affranchis et qui érairnt
morts. Qu'était-cr donc que la liberté? et de
nom·eau une grande angoisse lui serra le
cœur d'avoir vécu inutilement.
. ~l~is il leva les yeux, rencontra le visage
l'.mp1de d.e ma~ame de, Cabry et sa peine
s envola .. ~ ~e cxis~ence d homme était peu de
chose. C cta1t l'amlé de se priser trop haut.
Qu'importait lui! Qu'importait chacun! Il
av~il a?i loyalc~cnt selon son cœur. li pouvait faire face a la mort. Et, s'affermissant
dans celle pensée, il interdit aux fantômes
sombres de venir l'assiéger.
Tous deux demeurèrent immobiles le reste
du trajet,• échangeant des re!!ards
qui se
0
comprenaient et quelques mots d'amical souvenir à l'aspect des rues ou des ma"asins
0
familiers.
~ous le dôme bleu du ciel, la place apparut
no~rc. de peuple. \;ne clameur de vingt mille
p01trmcs salua la charrette. )f. de )ligurac
changea de place pour mas11uer quelque
chose en planches qui se dressait.
- Laissez, dit madame de Cabry, sans
pâlir, je veux voir.
- Peuh! dit le marquis, cela ressemble à
une éC'helle.
- Qui mène au ciel, dit la duchesse.
M. de Migurac le,·a les yeux d'un air
indéci~. Le fi_rmament était si beau qu'il lui
parut 1mposs1ble que Dieu n'existât point; et
dès lors 11 crut fermement en lui jusqu'à la
mort. Et la joie de cette foi inébranlable fut
tell_e q~'il ~ut un peli~ claquement de langue
sat1s~a1t. Lhomme noir le toisa avec stupeur,
apprcbendanl un accès de folie· de la mine
ahurie du tortionnaire, madame de Cabry eut
un sourire qu'elle réprima.
La voiture faisait halte. L'homme noir et
derrière lui le confesseur dt•sccndirent. )1. de
Migurac suivit, puis, les repoussant, il plia
le genou dernnt madame de Cabry, qui s'y
appu)'a et sauta à terre d'un bond d'oiseau.
Elle s'inclina pour le remercier. L'homme
noir eut un momement. ~L de Mi!!llrac
s'a0
vança. Elle l'arrêta.
- Ainsi qu'à Versailles, dit-elle, les dames
passent en premier.
Elle eut une moue qui insistait.
- Puisque vous le voulez! dit lL de Migurac.
- Merci, dit-elle. Embrassez-moi.
Elle pencha son col et, brusquement,
efneura de ses lèvres celles du marquis; el
puis, ramassant sa jupe, elle s'élança sur
l'escalier en bois.
- Vous me le rendrez, cria-t-elle, au
paradis!
li y rut un long grondement de peuple,

quelques pas pesa1_1ts, un hruit sec de 1p1ell1ue
chose qm tombait, et puis un !!'l'ondemcnl
plus fort qui se propagt'ait /1 lïnfi~i.
Le confesseur se dressa devant li. de ~ligurac pour l'embra,ser à son tour.
- Ah non! dit le marquis.
Sans se presser, il gravit l'rscalier, gardant
aux lèvres le parfum des lèvres roses. Une
sorte
de. joie
son cœur,
,,
. légère embaumait
.
s epanou1ssa1t sur son \'1sage, et il surgit aux
yeux de la foule si radieusement hcau et
serein sous le soleil de mai qu'un frémissement. de stupeur la parcourut. Et il jouit
de scnllr sur lui l'admiration des hommes,
un amour de femme et la clémence de Dieu.
~fais le bourreau se précipitait. Il s'accrocha à l'un des montants rt faillit choir. )(. de
Migurac le retint par le bras.
- Heureusement, dit-il, j'étais là. Qu'auriez-vous fait sans moi?
Confus et se raffermissant, l'homme lui
demanda machinalement :
- Vous n'avez plus rien à dire1
M. de Migurac réfléchit une seconde. li lui
s~mbla que non, qu'il n'avait plus rien it
dire, seulement à mourir. Pourtant, d'un
geste su bit, il posa ses deux mains sur ses
lènes, et il étendit les bras dans un baiser
suprême, où sans doute il confondait toute
vie et l'œuvre hénie de toute la nature. Puis
il se lil'fa au bourreau et s'allongea docilement. Le couperet chut avec un bruit sourd.
Il y cul deux jets de sang. Par les boucles
blanches, l'homme saisit la tète et la montra
au peuplP, qui n'applaudit pas. La bouche
était entr'ouverle dans un sourire.
Tel fut le trépas de )f. de Migurac. Et
M. Joineau de conclure :
. « Je ne me permettrai point de porter un
JU~~ment sur cc gentilhomme incomparable.
Q~ il m~ ~uffise de le ranger parmi les premiers gemes de son siècle. Car je n'hési Le
pas_ à dire qu'outre un honnête homme, il y
avait sans doute en lui la matière de plusieurs
d_e _ces êtres exceptionnels que les Grecs quahfierent de héros ou que les papes canonisèrent sous le nom de saints .•\.ucune bassesse
ne ternit son àmc où fleurit le culte de Ja
Yertu. Aussi est-ce pour moi un sujet d'émerveillement el d'éternel regret qu'il soit malaisé, au terme d'une telle vie, d'en extraire
un enseignement durable. Il y a là sans
doute un dessein mystérieux de la Pro1idence
qui l'Ou~ut que le nom du marquis de fügurac
demeurat comme un exemple singulier des
Yertus sublimes et des incroyables Yicissiludes
de son temps. »
li est convenable que nous imitions la discrétion de l'abbé. Ainsi prendrons-nous congé
de nos lecteurs en les remerciant de leur
longue patience.
ANDRÉ

(Illustrations ae CONRAD, l

FIN

LICIITENBERGER.

�•.

111ST0~1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

•

•

•

•

..

Clicht Giraudon.

PLAISIR D'AMOUR

En i1ain je voudrais m'en défendre,
Vous m'apprenez trop, jeune Iris.
Gravure dt~ -

c. COCHIN, d'après le lableall dt DE 1 ROY

Qu'à ce jeu lorsqu'on croit wus prendre
On ne manque pas d'être pris.
(Cabintl

ctes Estain1&gt;es )

�</text>
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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>'--:: :-: :-: :-: . - =-=-=-=-=-=---=-=-=-=-==--==--==-=-="":::ii__,.,;:~~==~===~,?-.-3:LE

"LisEz-Moi'' nisroRIQuE

Clicht A Moulet.

THÉROIGNE DE MÉRICOURT
Tableau anonyme. (Musée Carnav:ilet.)

�LIBl(AfRIE ILLUSTRÉE. -

JULES

TALLANDœR' ÉDITEUR.

75, rue Dareau,

-

I

Sommaire du

PA~IS

(XIVe arr').

3e fascicule ,s juin 1910. )

LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

2:
His toire et légende • · • · ·
2
Daumesnil
.
•
·
•
·
·
·
·
,
T. G . . . . . · · ·
Le cardina l Dubois • • ·
.2 ,
DUCLOS . . · .
l9J
f' RÉDÉRIC L OLIÈL • .
Le mariage de Talley rand . • • · · :
203
ANDRÉ LICHTi:NllERGER. Monsieur de Migurac ou le Marquis P~•~o~
209
sophe . .. • • · · · · · · · · · · · · · . . . 231
3s
de l'A cadémi~ Jr-at1ça,se.
2
CIIAllFORT . . .
Anecdotes
... • • · · · · · · · · · · ·
213
GÉNÉRAL DE MARBOT.
Mémoires . • . • • · · · · · · · · · · · · ·. ·
Les Indiscrétions de l' H,stoire : Une sultane ï}
DOCTEUR CAUME~.
L s M stères de !'Histoire: Sa,nt-ue1·,ua10
ANDREW LANG· · · ·
•
française
. . .. . . • . • • • · · · · . . • • 2J
Î•ImJ;orte l ( Traduction TEODOR D8 ..:.W.:.._vz_E_w_A:...':...
)·_ 2_2_2_ _ _ __ _ _

Les Femmes de la Révolution : Théroigne de
Méricourt . . . . . . . . • • • • • · · · · ·
Madame Récamier • · · · · · · · · · · · · ·
J osEPH T URQUAN . .
Lès _Souve rains intimes : Albert-r.do~a.r~
J.-11. AUBRY . • · ·
Prmce de Galles • · · · · · · .- · · · ·
Grandes Amoureuses: Phry ne . . . • • • · ·
J EAN R!CIIEPIN. · · · ..
MICHELET . • · · · .

;

ÉDOUARlJ FOURNIER •

PLANCHE HORS TEXTE

ILLUST~ATIONS
D.APRES LES TABLEAUX, DESSINS ET ESTAM l•~S DE :
E ANTHONY CARDON, IIENRI CHARTIER, CONRAD, R.-A.
ANGEL), ABRAHAM G
B?SS ' M RIE-ELÉONORE GODEFROY, G RE UZE, II UOT, GASTON
COSWAY, BARON ERARD, A , •
ÎAUNAY N. ÎUOMAS, ÉDOUAR D ZIEl1
MÉLJNGUE, J EANNE RoNGIER, S w EBACH,
'
Copyrigh-t-by--=1""·a-::
ll-andier 1910.

E:a::::e

''

,,
LI SEZ=MOI'

Paraissant

TIRÉE EN CAMAÏEU

THÉROIGNE D E .\1 É RI C OU RT ·
T ABLEAU ANONYME (Mus&gt;:E CARNAVALET.)

BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE ANECDOTIQUE

le 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRE BI-MENSUEL

,

SOM.MAIRE du NUMÉRO 115 ( 10 Juin 1910)

LA

DOMNIN~

Ro m a n par Pau l A RENE
•
·
e - MARCEL PREVOST, de l'Académie française.
IIENRI DE REGN.IER. lnsoucjf°CR; MAZ EL. La ren con tre. - CATULLE .MENDES.
Nou veau pr intemps. EN 0 '·MARIA DE Ht:. REDlA. Chanson de torer~.
Le ramasseur de bonn~tNëb
JiT R.enée Mauperin. - CHARLF..S BAU DE·
1
_ EDMOND ET JULES DE
/ uLES RENARD La lan terne sourde. LAIRE. Boh émJH~ ~ n L:~~~\ le- ros signols _ IIE~RI HEIN E. L'intermezzo.
Ttt&gt;:OPUJLE GA , •. • G é . et Cie _ ] EA'N RAMEAU. Les mains de la
- L to:-; DE TIN::,EAU.U PASSA T. Mont-Oriol. - T11 i:ODORE DE BANVILLE.
nature. - Guv DE ~ tARGUER ITTE . La tan te . - EMILE .POUV ILL,◊, . ·Sér éna de . - PAUL
FOLEY _ La dame aux manages. - EDMOND
La coccinelldè l'AJd;;\:S,rançai~e. ·Déje11;n er de s oleil . - MAURICE DONNA Y,
f e°~I~~~ie fran ~aise Edu cation de Pnn ce.

VlE p R l VEE
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NAPOLÉON

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J. TALLANDJER,

P ar BOURRI E N N E
son secrétaire intime.

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GALANTE~ - PETITS DRAMES DES TUILERIES ET DE LA MALMAISON.
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Cette ozu,Jre renferme nombre de
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oir offrir gracièusemcnt à ses abonnés
a la bonne for~un~e ~.ft~i;vable dans h: commerce, reproduisant
~~\ f~:-~~;u~ ~ê: : :1~s ~~u; grands maitres du xvu1• siècle :

HISTORIA

R éduction d'une gravure
de l'ouvrage.

w A TTEAu : lt'Embattqaement poa11 cythè11e
dont il n'existe pas, malheureusemen t pour le public, de copies g ravées facilement
accessibles.

V ie nt d e p arait re :

Le

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Pnx
pour l' A onée .·

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2O

·

Parl· s .. . , . . . . . . . . . . 2 tr .
4
Province et Colonies. • · · · ·
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22 fr. PARIS. 24 fr. PROVINCE.. - 28 fr.
ETRANGER. Rayer les chiffres mutdes.

. des erreu,s,
. prz·ère d'écrire très lisibleme,it Iou les les indicalto11s.
Afin ,t'éviter
Ajouter Ofr. bo pour l'envoi de la prime.

P ARU

Le Général Bonaparte

Soit pour Paris. • · · · · · . · · ·
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Province et Colonies • 24
Etranger . . . . . . . . 28 fr.

A

Premier COQSUI
DÉJ A

22 fr .

BULLETIN D'ABONNEMENT

Théroigne de Méricourt

93_

C'est en q uelque sorte un Napo·
!éon nou',)eau, un Napoléon inconnu
que nous présente cet ou',)rage mag nifiquement illustré d' après les col:
tections et tableau)( de l'époque, et du
à la plume d·un homme qui fui le
confident te plus intime du ',)ainque~r
d'Austerlitz, son ami d'enfance, puis
son compagnon de jeunesse et son
secrétaire partic ulier .

•= ========~~~::=0
.
.
. •
mo indres hal:ituJes de ceux qu'a
'aux

On aime en genéra l a ':onna11re JUSqt ul assez souvent qua nd nous lisons la
1•
uss I nous arrive- ·I
•
immortalisés la g oire ; a .
d ,
r que l'histoire ait néglig~ de nous
vie privée d·un personnage illustre, e regre11e
r ne s·occuper que du héros.
parler de l'homme pou!
. oires de Bourrienne peuvent, sans contredit, passer
A ce po111t de vue, es mem
ui Je l'avis d·un de nos plus
'li
du genre puisqLc ce sont eux q ,
pour les me1 eurs
' r Na o lèon le plus de details intimes •.
grands écnva111s, • donnent su
p. é . la ~onceplion, a l'c.,écutio n de bien des
Non seulement s .ou~n enne a ass1: ;é : des intriuues saus nombre, politiques
projets, mais encore il s est trouv~ m
,.,

co:u~i~nt~im
:es~e:1~à~de~:gl~o=ri=e=ux==1a=11=s=d=a=rm=e=s=.= = == = = == = = = = = 0
0=

EN VENTE PAR T OUT

95

Par M ICHELET

JI existe un fort bon porlrail gravé de la
leur de fer de Tournai, le ferblantier Mcuris, peut-être celle où la Commune, les adoptant
Lelle, vaillante, infortunée Liégeoise, qui, au
par un dévourment qui rappelle celui de ers solennellement, promena d:ins Paris les ar5 octobre, eut la grande initiative de gagner trois cents, sauva la ville de Nantes, comment
le régiment de Flandre, de briser l'appui de la Vendée s'y brisa pour le salut de la}' rance. chifes de Liége, avant de les recevoir dans
son sein à l'llôtel de Ville.
la royauté, qui, au tO août, parmi les prePour comprendre Théroigne, il faudrait
miers combattants, entra au château l'épée à connaître encore le sort de la ville de Liége,
Théroigne était la fille d'un fermier aisé,
la main, cl reçut une couronne de la main des ce marlyr de la liberté au commencement de
vainqueurs. - Malheureusement, ce portrail, la Révolution. Serve de la pire tyrannie, serre qui lui avait fait donner quelque éducation,
dessiné à la Salpêtrière, quand elle rut devenue de prêtres, elle s'affranchit deux ans, et cc et elle al'ait une grande YÎl'acilé d'esprit,
folle, rappelle bien faiLlcmcnt l'héroïque fut pour retomber sous son él'êque, rétabli beaucoup d'éloquence naturelle : celle race
du Nord lient Leaucoup du ~Jidi. Séduite par
hcauté qui ravit le cœur de nos
p~rcs el leur fit voir dans une
un seigneur allem:ind, abandonnée, fort :idmirée en Angleterre et
fomme l'image même de la liberté.
entourée d'amant~, elle leur préféL:t tète ronde cl forte (,·rai type
rait à tous un chanteur italien, un
liégeois), l'œil noir, un peu gros, un
peu dur, n'a pas perJu sa flammr.
caslr:it, laid cl vieux, qui la pillait,
vendit ses diam:ints. Elle se faisait
La passion y reste encore, et la
alors appeler, en mémoire de son
trace du riolcnt amour dont celle
pays (la C:inipinc), comtesse de
fille vécut et mourut, - amour
Campinados. En France, ses pasd'un homme ? non (quoique la
sions furent de même pour les
chose semble étrange à dire pour
hommes élrangcrs à l'amour. Elle
une telle ,·ic), l'àmour de l'idée,
déd arait détester l'immoralité de
l'amour de la liberté et de la Révolution.
Mirabc:iu ; clic n'aimait que le sec
et froid Sieyès, ennemi né des femL'œil de la pauvre fille n'est
mes. Elle distinguait encore un
pourtant point h:igard ; il est plein
homme austère, l'un de ceux qui
d'amertume, de reproche et de
fondèrent plus tard le culte de la
douleur, plein du sentiment d'une
R:iison, l'auteur du calendrier rési grande ingr:ititude !. .. Du reste,
publicain, le mathématicien Romle temps a frappé, non moins que
me, aussi laid de l'i sage qu'il était
le malheur. Lrs lrails grossis ont
pur el grand de cœur ; il le perça,
pris quelque chose de matériel.
cc cœur, le jour où il crut laJ!épuSauf les chc1·eux noirs serrés d' un
blique morte. Romme, en 89, arfichu, tout est abandonné, le sein
rivait de Russie; il était gouvernu, dernière beauté qui reste, sein
neur du jeune prince Strogonoff,
conservé de formes pures, fermes
et ne se faisait aucun scrupule de
et virginales, comme pour témoimener son élère aux salons de la
gner que l'infortunée, prodiguée
Liégeoise, fréquentés par des homaux passions des autres, elle-même
mes comme Sieyès et Pétion. C'est
usa peu de la vie.
dire assez que Théroigne, quelle
Pour comprendre celle femme,
que fût sa position douteuse, n'éil faudrait.bien connaitre son pays,
tait nullement une fille.
le p:iys wallon, de Tournai jusLes jours entiers, elle les passait
qu'à Liége, conn:iilre surtout Liégc,
à
l'Assemblée,
ne perdait pas un
notre ardente petite France de
Cliché Braun, Citaient et çt•
mot de cc qui s'y disait.
Meuse, avant-garde jetée si loin au
ANNE-J oskPIIE TERWAGNE, dite T11ÉROIGNE DE MÉRICOURT.
Une des plaisanleries les plus ormilieu des populations allemandes
Tat/eau de GREUZE.
dinaires des royalistes qui rédides Pays-Bas. J'ai contésaglorieusc
geaient les Actes des Apôtl-es, c'éhistoire au xv• siècle, quand, brisée
tait de marier 'l'héroigne au député
tant de fois, jamais Vjlincue, celle population par l'Autriche. Réfugiés en foule chez nous,
Populus,
qui
ne la connaissait même pas.
héroïque d'une ville combatti t un empire, les Liégeois brillèrent dans nos armées par
Quand
Théroigne
n'aurait rien fait, elle
11uand trois cents Liégeois, une nuit, forcèrent leur valeur fougueuse, et marquèrent non
un camp de quarante mille hommes pour tuer moins dans nos clubs par leur colérique élo- serait immortelle par un numéro admirable
Charles le Téméraire. Dans nos guerres de 95, quence. C'étaient nos frères ou nos cnfünls. de Camille Desmoulins sur une sé:ince des
j'ai dit comment un ouvrier wallon, un bat- La plus touch:intc fête de la Révolution rsl Cordeliers. Voici l'extrait que j'en ai fait
ailleurs :
li. - HmToRIA - Fasc. 13.

13

�-

1i1Sr0'1{1Jl

cc L'orateur esl interrompu. Un Lruil se
fait à la porte, un murmure llallcur, agréaLlc .... Une jeune femme entre et veut parler ....
Comment! cc n'est pas moins que mademoiselle Théroigne, la belle amazone de Liégc !
Voilà bien sa redingote de soie rouge, son
grand sabre du 5 octobre. L'enlhousiasme est
au comble. Cl C'est la reine de Saba, s'écrie
&lt;l Desmoulins, qui rient visiter le Salomon
« des districts . l&gt;
« Déjà clic a trarnrsé Loule l'AsscmLlée
d'un pas léger Je pan Ibère, clic est montée à
la tribune. Sa jolie tête inspirée, lançant des
éclairs, apparait entre les somùres figures
apocalypti11ues de !Janton cl de Marat.
cc Si vous êtes vraiment des Salomons, dit
Théroigne, ch Lien, vous le prou,·crez, vous
l,;'11 irez le Temple, le temple de la liberté, le
palais de l' Asscmhlée nalionale .. .. f.l Yous le
bfttiruz sur la place où l'ut la Baslil!c.
cc Comment! tandis que le pouvoir exécutif
habite le plus beau palais de l'uni,·crs, le
paYillon de Flore et les colonnades du Louvn·,
le pournir législatif est encore rampé sous
les tente~, au Jeu de pQtime, aux Menus, au
Man~gc .. .. comme la çolombe de Noé, qui
n'a point où poser le pied!
&lt;l Cèla ne peut rester ainsi. li l'aul que k-s
peuples, en regardant les édifices qu'I.Jabitcront les deux pouvoirs, ~pprcnnent, par la
Yuc seule, où réside le uai souverain.
Qu'est-cc qu'un souverain s:ms palais? Un
!lieu sans ·autel. Qui reconnaitra son culte?
Cl Dàtissons-lc, cet autel. Bt que Lous y
conlribucnl, que Lous apportent leur or, leurs
pierreries; moi, Yoici les miennes. Bàtissons
le seul vrai temple. Nul autre n'est digne de
Dieu que celui où fut prononcée la Déclaration
des droits de l'homme. Pari~, gardien de ce
temple, sera moins une cité que la patrie
commune il Ioules, le rendez-rnus des tribus,
leur Jérusalem ! »
Quand Liége, écrasée par l,·s Autrichiens,
fut rendue à son tyran ccclésiaslique, en 1701,
Théroigne ne manqua pas à sa patrie. Mais
elle fut suivie de Paris à Liége, arrêtée en
arrivant, spécialement comme coupable de
l'attentat du 6 octobre contre la raine de
France, sœur de l'empereur Léopold. ~lcnée
à Vienne, et relâchée à la longue, faute de
preuves, elle revint exaspérée, surloul contre
les agents de la reine qui l'auraient suivie,
livrée.
Elle écrivit son al'cnlurc; clic roulait l'im-

primer; elle en avait lu, dit-on, quelqurs
pages aux Jacobins, lorsque éclata le 10 août.
Un des hommes qu'elle haïssait le plus
était le journaliste Sulcau, l'un des plus
furieux agents de la çonlrc-révolution. Elle
lui en voulait, ~on seulement pour les plaisanteries dont il l'avait criblée, mais pour
avoir publié, il Bruxelles chez les AutricbiPns,
un des journaux qui écrasèrent la Ilévolulion
à Lit'•ge, le Tacsin des rois. Sulrau était dangereux, non par sa plume seulement, mais
par son courage, par ses relations infiniment
étendues, dans sa province et aillrnrs. Montlo~ier conte qnc Sulcau, dan, un danger, lui
disait : « J'enverrai, au besoin, toute ma
Picardie à rntrc secours. ll Sulcau, prodigieusement actil', se nmllipliail; on le rencontrait
~ou11•11l déguisé.
L;,l'ayrlle, dès flü, dit qu'on le Lroura
ainsi, sorlanl le soir de l'I.Jôtel del'archerèque
de Ilor&lt;lraux. Déguisé celle fois encore, armé,
le matin même du 10 ao{1I, au moment de la
plus violente fureur populaire, quand la foule,
iue d'avance du combat qu'elle allait fürcr,
ne cberrhail qu'un ennemi, Suleau, pri~, dès
lors l'lail mort. On l'arrèta dans une fausse
patrouille de royalistes, armés d'espingoles,
qui faisail'nl une reconnaissance autour des
Tuileries.

française qui donnait le bras à Théroigne qui
porla le premier coup.

Sa participation au 10 août, la couronne
que lui décernèrent les Marseillais Yainqueurs,
al'aienl resserré ses liens avec les Girondins
amis de ces Marseillais el qui les avaient fait
venir.
Elle s'allacha encore plus à eux par lcnr
horreur commune pour les massacres de
Septembre, &lt;fU'cllc flétrit éncrgique111enl.
Dès avril 02, elle avait violemment ron1ru
avec Ilobespierre, disant fièrement dans un
café que, s'il calomniait sans preuves, « clic
lui rrlirait son estime i&gt;. La &lt;hose, contée le
soir ir,1niquement par Collot-d'llcrbois aux
Jacobins, jeta l'amazone dans un am11s~nt
a.-:rês de l'ureur. Elle était dans une lril,nnr,
au milieu des dévotrs de Hohcspierre. Mal~ré
les efforts qu'on fai~ait pour la retenir, l'ile
sauta par dessus la barrière qui s(-parait les
tribunes de la salle, perça celte foule cnnrmie, demanda en ,ain la parole; on se boucha
les oreilles, craignant d'ouïr quelque 1,lasphème conlre le dieu du temple; Théroi3ne
l'ut chassée sans être l'Olendue.
El!c élait encore fort populaire, aimé&lt;',
aJmirée de la foule pour son courage et sa
beauté.
Oo imagina un moyen de lui ôter cc
prestige,
de l'avilir par une des plus hh hes
Théroigne se promenait arec un garde
franyaisc sur la (errasse des Feuillants quand violences qu'un homme puisse exercer sur ·
on arrêta Sulcau. S'il périssait, cc 11'était pas · une femme. Elle se promenait presque seule
clic dti moins qui pouvait le mettre à mort. sur la terrasse des Tuileries; ils formèrent
Les plaisanteries mêmes qu'il avait lancées un groupe autour d'elle, le fermèrent tout à
contre elle auraient dû le prolégcr. Au point coup sur elle, la saisirent, lui leYrrent les
de vue cheralcresque, clic dcvàit le défendre; jupes, et, nue, sous les risées de la l'oule, la
au point Je me qui domioail alors, l'imitation fouettèrent comme un enfant. Ses prières,
l'arouche des républicains de l'antiquité, die ses cris, ses hurlements de désespoir, PC
dcrnil frapper l'ennemi public, quoiqu'il fût firent qu'augmenter les rires de celle foule
son ennemi. Un commissaire, monts sur un cynique et cruelle. Lâchée enfin, l'infortunée
tréteau, essayait de calmer la foule ; Théroigne continua ses hurlements; tuée par celle injure
le reDl'ersa, le remplaça, par la contre Sulcau. barbare dans sa dignité et dans son courage,
Deux cents hommes de garde nationale défen- elle avait perdu l'esprit. De i 705 jusqu'en
daient les prisonniers ; on obtint de la section i 817, pendant cette longue période de vingtun ordrl) de cesser toute résistance. Appelés quatre années (toute une moitié de sa vie!)
un à un, ils furent égorgés par la foule . elle resta folle furieuse, hurlant C:)mme au
Suleau montra, dit-on, beaucoup de courage, premier jour. C'était un spectacle à briser le
arracha un sabre aux égorgeurs, essaya de se cœur de voir cette femme héroïque et charfaire jour. Pour mieux orner le récit, on mant/&gt;, tombée plus bas que la hèle, heurtant
suppose que la virago (petite et fort délicate, ses barreaux, se déchirant elle-même cl manmalgré son ardente énergie) aurait sabré de geant ses excréments. Les royalistes se sont
sa ruain cet homme de grande taille, d'une complu à voir là une vengeance de Dieu sur
vigueur et d'une force décuplées par le déses- celle dont la beauté fatale enivra la Hérolulion
poir. D'autres disent que cc fut le gardé dans ses premiers jour~.
l\llCIIELET.

,,

UN VOYAGE EN POSTE. -

Tableau de S WEBACJI

Madame Récamier
PAR

JOSEPH TUR.QUAN

CHAPITR.E V (suite. )
C'est pendant ce séjour à Lyon que Camille
Jordan, en la menant visiter, avec la duchesse
de LuJnes, l'imprimerie de mr. Ballanche
père cl fils, lui présenta ce dernier.
)1. Ballanche et non de Ballanche
corru~e l'écrit _Gustave Claudio 1 , qui n'avai~
rcrlarncmcnt pas lu sa Palingénésie ni de
~all~11ge'. &lt;:ommc l'orthographie me de
t;cnhs qui la lu t encore moins, était un être
tout à fait à part dans la création. On a dit
de Pellisson qu'il abusait de la liberté qu'ont
l~~ hom~es, et surtout les hommes d'esprit,
d elrc laids·. Ballanche en abusait davanlagP,,
plus encore que Mme hécamier n'abusai t de
la permission d'être belle. Il était plus laid
q~e ~ocratc, son devancier en philosophie. li
11 avait pas, comme Mirabeau, la cc laideur
1·csplendissante l&gt; ; il l'avait béate, naïve,

~f

i. Gustave C1..,un1N, Quara11te a11s de souvc11ir s,
ou les boulevards de 1850 à •I871.

niaise même. Modeste dans ses goûts, il s'en
contentait. U est vrai qu'il en aYail une dose
capable de satisfaire les plus exicreants. A de
viei~es cicatrices, suite d'acciden~s, qui couturaient son visage, se joignaient quelques
rerrues dont une, énorme, ne contribuait pas
à l'embellir et donnait à sa laideur un cachet
de burlesque qui la faisait presque tomber
dans le domaine du ridicule. Timide aYec
cela comme un enfant pauvre mais intelligenl, qu'un hasard fait tomber tout à coup
au milieu d'une réunion de jeunes femmes
élégantes et moqueuses ; gauche à éborgner
les gens en les saluant, d'une mise plus que
négligée, il avait bien le plus drôle de corps
qu'on pût imaginer. C'était à se demander
comment une âme qui se respecte avait pu se
résoudre, en fait de guenille terrestre, à s'affubler de celle-là. Il fallait assurément qu'elle
ne l'ùl pas difficile ou qu'elle n'eût pas trouvé
mieux. Car en vérité ce n'était pas l'âme de
ce corps-là. lb faisaient cependant bon mé-

n~ge. Peut-êlrc même, à lout prendre, le
pieux Ballanche aurait-il choisi ce corps par
hum!lité ch~élicn~e ou par amour de la philoso~h,e, car 11 samit que Cicéron a &lt;lit : l\'eque
cntm ln es quem fo,-ma ista declaral · secl
mens c~tj.usque, is est quisque, non ea figura
quœ dzgtlo demonst1w·i potesl. (Car tu n'es
pas ce q1:1c celte forme semble indiquer· mais
l'ftme de l'homme, voilà l'homme, c~ 11011
cette figure extérieure qui peut être m:mtrée
au doigt. ) Si la « figure extérieure &gt;&gt; de
Ba~anch_c avait des verrues, ~on âme n'en
a~a1t pornt: elle était. des plus belles qu'on
put trom,!r, et plus fa1 te pour habiter le ciel
que la terre. On a dit que l\L Jouhert, l'ami
d~ Fontanes, de Chateaubriand, de Mme Je
Beaumont, qu'il était &lt;( une, âme qui avait
r_en?ontré par hasard un corps et qui s'en
II.rait co~me elle pouvait ». On aurait pu le
dire aus~1 de son ~1~te~~~rain Ballanche, qui
partageait avec lut I am1L1e de Chateaubriand.
Je ne crois pas qu'on puisse se représenter

�ç,-

111ST01{1.ll

- --------~,#

un ètrc plus pur, plus dévoué, plus généreux. Candide comme per~QJme, n_e croyant
pas au mal, l'ignorant mème, convamcu ~e. la
bonté de tout le monde, il ne se figura1_t Ja_mais ètre lui-même assez bon. Bambm /
barbe grise, il ne se rendait pa_s compte qu il
était en ce monde une exception, une_ sor.~c
d'abbé Con8lanti11, ou plutôt, pmsqu 11
n'avait pu avoir connaissance de celm-là, une
manière de bonhomme Démodocus,- Ne pleurait-il pas au seul nom de Cymodocee, c?mme
ce prètre du divin Homère qui pleurait aux
récits d'Eudore 'I
,.
Le bonhomme n'eùt pas été com~le~ s 11
n'a\'ait pas eu un ,_défau_t de pron~nciauon_:
c'était à croire qu il ava1l voulu sen_ guérir
par le remède de_ Démosthène, car il semblait toujours av01r la bouche encombrée _de
cailloux lorsqu'il voulait vous parler e~ paraissait en a\·aler un ou deux quand on lm adressait la parole.
.
, 1
A toutes les qualités qu'on lm connait, i
. . .t, on l'a \'U , celle de philosophe,
J01gna1
.
•et,
aussi celle de poète : il se croya_1t appe1c a
renouveler dans le monde le senllme~L de_la
philosophie poétique. Avec tout ~ela _1I ét~1t,
nalurcllemcnl, l'homme le plus d1slra1t q~ on
ait jamais vu. Il aurait pu rendre des pom~s
au grand Ampèra, son compatriote e~ ami.
J'ai dit qu'il était plus fait pour ha?.itcr ~e
ciel que la terre : est-ce pour cela qu il ~,tait
toujours dans les nuages ou dans la lu~e. ,L~
grand Arnaud était un peu dans ce gout-la .
trop pénétré, mèmc d?~·an~ ~es d~~es, dc_s
idées très saines de l egalitc chrel1cnnc, il
oubliait que ces idt:es n'ont pas cours chez
les grands et défaisait lo~l do~?°mcnl, le
soir, el rnns y penser, les Jarret1crcs d~ sa
culotte devant la duchesse d~ ~ongucv11le.
Celle-ci avoue qu 'clic C'll soullra1l ?n P?u.
M. Ballanche aurait passé toute sa v1~ à s ~n
demander la.raison sans la trouver Jamais.
Le grand Nicole (bon Dieu! que de rand~
hommes à propos de M. Ballanch~.) q_m
avait plus de monde! n'était_ pas moms d1~trait, cl ses dis lract10us ava1~~l une nu~nce
non moins accentuée de fam1ltcr sans-genc.
Fréquentant lui aussi la mai~on de la sœ_ur
du grand Condé, il posa ·un soir' sans y penser
davantage, son chapeau, rnn manc~on, rn
canne el ses gants sur le lit de I:! prmcc~rc.
Par eEprit de contrition, ~lmc de Longue~;•llr,
qui se préparait à faire son salut, ne ~e 1~cha
point. Et M. Ballanche aurait cherche vaine:
ment matière à f,1cheric en cette . chose s1
simple. Si simple il était l_ui-mêmc que: le
lendemain de sa préscnlal1on à à(me -~eca:
micr, il \·int, comme clic l'en ava1l pne, llll
rendre ses dcYOirs.
.
.
Ah! mais c'est que Mme Récamier, ~llll ne
négligeait aucune conquê~e cl qui avait u~c
si grande habitude de minauder de son a1~
le plus gentil devant chaque hom1:13c à qui
elle parlait, n'arnil pas oublié de mettre_ en
batterie devant le philosophe toutes ses peille~
mines coquettes. Aussi le brave homme, qui
n'a\'aitjamais YU la moindre femme _se m_ctlre
en frais pour son museau, c1·ut-il v01_r le
paradis de Mahomet s'ouvrir devant lm. Il

prit grimaces el simagrées pot~r a~gent
comptant et crut sincèrement avoir fait la
conquèlc de cc la belle des belles ». Et, ce
qu'il y a de bon, c'esl q~'y_ all~nt, _comme on
dit, bon jeu bon ~genl' il I avait faite.

\
CA~IILLE ]ORDA:-;'.

Table.111 de .\L\RIE·ÊLÉONORE GODEFROY-

Le lendemain, il fut lui rendre _visite.
Mme Récamier était seule, cc qui le mil tout
d'abord à l'aise el enhardit sa timidité. La
jeune femme eut d'ailleurs la charité de se
faire pour lui le m~ins i~po_santc _qu'elle put.
Il parlait donc, et 11 allait, 1~ a_lla1t, éloquen!
malgrérnn défaut clc prononc1at10n, ~mban!uc
qu'il était dans je ne sais quelle ~1ssertallon
philosophique ou morale et ~c s apercevant
nullement que )lme Récamier, avec ~ne
petite moue signi~cativc cl des regar_ds _1~quiels jetés de droite el de gauc~c, éla1t,v1S1blcmcnt mal à son aise. Elle firnt par dcc?unir la cause de cc qui la gènait. Le ph1l0sophc qui, naturellement, ne s'apercevait de
rien, avait aux pieds des chauss~rcs_ ne_uvrs,
et c'est l'odeur de cuir qui portait ams1 à la
tète de la jeune femme. Enfin, n'y tenant
plus, elle finit par déclar?r ~ue ce_ parfu~,
auquel elle n'était pas hab1tuce, allait la faire
défaillir.
M. Ballanche présenta hu mble_mcnt ses
regrets d'avoir exposé Mme Réca~1cr à _cette
fâcheuse intoxication et ajouta qu ~l allait réparer sa bévue. Bien gravement 1I s~ lèr~,
sort et revient bientôt en cbausscltcs: •_I avait
olé ses souliers et les avait laissés derrière la
porte!. .. Mme Récamier ne put s'empècher
de sourire el de trournr, à part elle, que
M. de Narbonne, que )l. de Lamoignon, que
~I. de Montrond n'auraient jamais f~it cela.
Et le philosophe, qui se cropit m~mtcnanl
aussi cc mondanisé » que ces messieurs, de
se replonger dans sa ~hilosophic cl cc la belle
des belles » dans la sienne. Là-dessus, quelques üsileurs surviennent. On regarde avec
curiosité les chausscllcs de M. Ballanche s~us
lesquelles se jouaient gentiment ses orteils.

« Vous ètes venu comme cela? demande un
.ind"1scre t. - Oh I• non ·I J··avais
des
'
. chaussures
. .
neuves; il paraît qu'elles sentaient le cuir ,
Mme Récamier n'aime pas les odeurs. _Alors
je les ai ôtées et les ai mises dans le vestibule.
J'espère les retrouver en m'en allant. &gt;&gt;
Certes qu'il les y retrouvera, le brave
homme. mais sa philosophie ne r~Lrom·a
jamais ~n succès pareil à celui que !~1 va~ul
celte explication. Du coup, Mme Reca;~er
était conquise. Quelle bonne recrue à ex i er
dans sa cc ménagerie » que ce grand cnfat
de philosophe I Car' à la façon de Mm_e. c
Tencin, elle aurait pu appeler ses fam1l1ers
cc mes bêtes ».
. ,
,
M. Ballanche se prit tout de su~lc du~, v~·ritahle amour pour Mme Récamier : c ela1l
plus qu'un de ces liens de cœur, purs, ~espectueux, Patients ., c'était de f l'adorallon,
. d
c'était de la folie, mais une , ~1ie o~ce,
~Lalique, quasi religieuse'. éthere? candidement. C'était, - jl aurait ~u I avour et
peut-être le dit-il, - le premier ess?.r une
âme pure, saisie de v~rt!ge de~anl 1\mmenité du sentiment qui 1envahit tout a coup_,
! t qui paraît impossible, ,ridicule mèmc . a
ceux qui n'ont pas connu I amour et ne c,0.1naissent que la galanterie. Tout, ce ~u osa
demander le philosophe à Mme RecaID:1er, ce
fut de lui permettre pour clic les sentiments
d'un frère pour sa sœur. li pleure p_re~qu~_dc
·oie en obtenant celle faveur. Puis il s m~uiètc, il se croit 1~ plu~ ma~heureux ~c~
hommes : ne serait-il qu un gencu~, tolcre
par pure bon te, d'a' me"/· cc ··· li me nenl souvent dans l'idée, lui écrit-il, que _vous ~roycz
a\·oir de l'allachemcnl pour moi, mais qt'.c
vous n'en avez réellement pas. Celle pensce
est un tourment ajouté ~ _t?us mes, aulr:s
tourmen ts.... C'est par pille cl par condc~r· .
ccndance que vous me témoignez de intc_l .. » Mais
Mme Récamier le rassure et il
rel.
•
redevient le plus heureux des 1iommes ..
On peul se demander si c'était vra1m,cnl
ar amour de la philosoph!e ~ue 11me f\~c.~p . . toute pateline, accuc1lla1l M. Ballanche,
m1ei,
d" . 1·
alors bien inconnu, et _do~l !a isllnc '.on
extérieure, qui ne pouvait rivaliser a_v7c ccll~
des Montmorency el des autres familiers de
outre
son sa1on, n'e'ta1't pas pour !latter
.
d me•
sure ses petites vanités de maitresse c ma~C mmc il n'est pas probable que c~ fut
son.
o
ar amour
du philosophc, don L. Ie v1sa"c
. ~
~'était pas préci~émcnt d'un _sédm?ant irre. t"ble
froide de sa
1 . comme elle était· Ires
sis
drc cngoucmcnt
nature cl, incapab!c du mom
, .
il fallait que Mme Récamier eùl, p~ur agrcg~r
cet humble au troupeau, un mollf. très .raisonné. C'est qu'elle craignait, d~pms quelle
et -des
ne frayai·1 plus qu'avec des prrnccs
.
11
1ions
bassadeurs
et
dr,s
•
ustra
d ucs, des am
l'
,t d l :
de toutes sortes, qu'on ne accusa ~ ~1 criser les bourgeois qui, en somme, cta1en_L
p
d La présence de Ballanche cucz
son mon e. ,
li 1· ·1
. ·1 de Lorl à personne;
elie ne ra1sa1
, e e era1
vanter partout sa génére~se Lolerancc et sa~verait la situation en lm donnant une pe~•~e
, 1 de protectrice des lettres. On r1a1l
aureo e
h
•
l d ses
Lien un Peu du Philosop c-pocte c e

,,

__________________________________

.M.JtDA.M'E 'J{iCA.Ml'E~ ~

hévucs d'étiquette, mais il n'y prenait pas dévotion et d'influences religieuses; \lme de
garde, ou plutôt il ne s'en apercevait pas, et Boigne, avec son esprit et son bon sens, trou- des amants de sa jolie sœur, la princesse
il eût été bien surpris, en 1824, lorsqu'il vait ce projet &lt;&lt; tout à fait déraisonnable ». Pauline; M. de Norvins, le futur historien de
accompagna Mme Récamier à Rome et qu'il Et elle en donnait les raisons : « li ne faut Napoléon, qui a laissé de précieux et spiri' rencontra chez elle ce qu'il y avait de plus pas vous tromper, disait-elle; le vrai besoin tuels mémoires et qui était alors préfet de
huppé dans la société cosmopolite de Rome, de votre vie, c'es l la société et 1a conversa- police à Rome. C'est elle qui a dit de lui,
s'il avait lu cette petite réllexion de Mathieu tion. En Italie, l'une el l'autre sont nulle~, dans une lettre à Camille Jordan : &lt;&lt; Ce M. de
1:crivant à Julielle : cc ••• Vous me permet- surtout à présent que les étrangers qui seuls Norvins est certainement un homme d'esprit.
lrrz de rire un peu du bon Ballanche, lancé l'animaient y sont fort rares. Vous aimez les li m'a mise dans la confidence de quelques
écrits qui prouvent du talent; mais il y a en
dans la plus grande société. ll
arts, oui, comme des objets de distraction el lui un mélange de l'ancien cl du nouveau
Cependant Mme Récamier recevait les visiles parce que vous avez un goût sûr el fin que
de ses amis : les duchesses de Luynes et de vous cherchez à exercer. füis je vous le de- régime qui m'étonne toujours. C'est quelqueChevreuse, Camille Jordan, Ballanche, dont mande à vous-même, les arts et même un fois )1. de Narbonne, cl l'instant d'après c'est
l'adoration non dissimulée la flattait non pas beau pays suffiront-ils pour intéresser votre Regnault de Sainl-Jcan-d'Angcly. Du reste il
à l'égal de celle d'un prince de Prusse, mais cœur et votre imagina lion? Non sans doute. est parfaitement soigneux et aimable pour
presque autant que celle des ramoneurs ; Eh Lien, vous ne trouverez que cela en Italie; moi. » Mme Récamier assista aux fêtes de la
Mathieu de Montmorency, Auguste de Staël, d'ailleurs, vous seriez bien vile ennuyée semaine sainte à Rome, mais l'absence du
beau jeune homme qui ressemblait étonnam- d'errer de ville en ville sans but et sans pape, prisonnier de Napoléon à Fontainebleau,
leur enlevait leur splendeur accoutumée. Elle
ment au comte Louis de Narbonne, ce qui projet 1 .... »
ne manqua pas d'aller à l'atelier de Canova et
n'était pas fait pour surprendre quand on se
Comme pour donner un démenti à Ume de naturellement de faire la conquête du grand
rappelait que Mme de Staël avait eu une liai- Boigne qui la croyait si peu réellement artiste
son avec ~f. de Narbonne, alors qu'il était et si prompte à s'ennuyer si elle n'avait pas sculpteur. Comme pour donner encore un
ministre de la guerre du roi Louis XVI, et avec elle un salon de voyage, elle décida qu'elle démenti à Jlme de Boigne, qui ne croyait pas
qu'elle l'avait accompagné dans son inspection irait en Italie, et sans retard. Camille Jordan, à son amour pour les arts, elle retourna souvent à son atelier el manda sans doute à sa
des places frontières du nord.
dont elle subissait sans s'en douter la supéD'ailleurs Mme de Staël l'avait priée de riorité, s'était joint à M. de Montmorency maligne amie qu'elle avait une passion pour
la sculpture.
s'occuper de son fils pendant son absence : pour l'engager à y aller.
M. Ballanche qui, lui, en avait une pour
« Je vous recommande Auguste, lui avait-elle
Elle partit au commencement du printemps ~lme Récamier, ne pouvait se consoler de ne
dit dans son billet d'adieu. Qu'il vous voie .... de 1815, emmenant avec elle la petite Amélie
C'est sur vous que je compte pour adoucir sa Cyvoct, nièce de son mari, et une femme de pins la voir. Il voulait le lui aller dire à Rome.
vie maintenant.. .. » Il paraît que les visites chambre. M. de Montmorency les accompagna Camille Jordan avait beau le détourner de ce
du jeune homme furent fréquentes; elles atti- jusqu'à Chambéry. A partir de Turin, M. Pas- projet, le philosophe ne l'écoutait pas. Enfin
rèrent en tout cas l'attention de la police, quier, frère du préfet de police, l'obligea à Camille Jordan manda les dispositions royacar je Lrouvedans une lettre du f9 février 1815, associer à son voyage un jeune Allemand pour geuses de Ballanche à la « belle des belles ll.
adressée par le baron Capelle, préfet du la protéger: avec le peu de sécurité des roules Celle-ci lui répondit : «Pourquoi mus opposer
au départ de M. Ballanche? Voilà un vrai
Léman, au duc de Rovigo, ministre de la
sujet
de querelle. Savez-vous bien que M. Balpolice : cc Je n'ai point cessé de faire observer
lanche
est, après vous, la personne avec
ici son fils Auguste, et je suis bien instruit
laquelle j'aimerais le mieux voyager? »
de ce qu'il fait et de ce qu'il dit.... Mme néLe temps de prendre son chapeau et son
camier, qui est dans cette ville (LJon), est
parapluie,
et Ballanche partit comme un
non seulement la plus intime amie de Mme de
trait
:
il
ne
s'arrêta ni jour ni nuit, perdit
Staël, mais la maitresse de son fils Auguste.
son
chapeau
à
Alexandrie, son parapluie je ne
Celui-ci y va très souvent faire des courses
sais où, et débarqua tout chaud, tout pousecrètes .... i&gt;
dreux et tête nue au palais Fiano, sur le
Voilà une assertion qu'il est aussi difficile
Corso,
oi1 Mme Récamier avait loué un apparde prouver que de réfuter. Je me borne à la
tement.
Les jours qu'il passa à Rome auprès
reproduire, mais en déclarant qu'on ne doit
d'elle et de Canova furent un enchantement.
accepter que sous les plus expresses réserrns
On en découvre plus d'une trace dans son
les rapports des policiers qui, pour ce qui se
poème
d'Antigone; il en avait lu des fragpassait dans l'appartement de ~fme Récamier
ments
à
Mme Récamier, el quelques imprespendant les visites de M. Auguste de Staël,
sions, écloses sous le doux sourire de Juliette,
n'en pouvaient ètre qu'aux conjectures. Et
se retrouvent dans le portrait qu'il fait de la
les conjectures de ces subalternes ne sont
fille d'Œdipe. Malheureusement l'enchantepas souvent impartiales : ceux-ci ont trop
ment
fut court : rappelé auprès de son père
tendance à plaire à leurs supérieurs pour
malade, Ballanche repartit pour Lyon, tandis
qu'on ne les soupçonne pas d'excès de zèle
quo Mme Récamier acceptait pour clic e~ sa
plutôt que d'excès de délicatesse. Il faut, de
nièce
l'hospitalité que Cano,·a leur offrait à
plus, se rappeler le défaut de conformation
Cliché Giraudoo.
Albano,
pendant la durée des chaleurs.
physique de Ume Récamier: mais était-ce un
.MADAME RtC.DllER.
Mme
Récamier
était charitable. Par bon
obstacle absolu? Le sopmno Crescentini avait
Grai•ure ,fANTHONY CARDON, d'après R.-A. Cosw.w.
cœur? Par bon ton seulement? Ayons la chabien une maîtresse!
(CaNnet des Estampes.)
rité de ne pas trop scruter la sienne sur les
Cependant Mme Récamier avait envie d'aller
mobiles
qui la déterminaient. li en résultait
en Italie : si elle avait été si liée que cela avec italiennes, la protection d'un homme n'était
du
bien,
c'était l'essentiel, et il faut la louer
Al. de Staël, il est probable qu'elle serait pas inutile.
grandement d'en avoir fait. Un jour, à LJon,
restée à Lyon, ou qu'il l'aurait accompagnée
A Rome, Mme Récamier reçut les quelques
en Italie. Avant de partir, elle prenait l'avis Français qui s'y trouvaient : M. de Forbin, c'est une petite Anglaise qu'elle arra?he aux
de ses amis. M. Mathieu de Montmorency exilé plr l'empereur pour avoir été au nombre crrilfes de saltimbanques entre les mams des~uels elle était tombé?, et qu'elle met ?n penl'e_ngageait fort à faire ce voyage, mais il y
Madame Rt!ca111ier et les amis de sa jeunesse, sion, puis en apprentissage ch~z un~ lingère;
va1t dans ce conseil des arrière-pcnsëes de JJ. 1.122.
une. autre fois, ce sont des pr1sonmcrs espa-

,

�111ST0'/{1.Jl

dans le ménage roial une entente parfaitt•
haute idée de la façou dont )lural avait orga- pour la bien rcccYOir, il n·y en a,•ait pas une
gnols, à Lyon, qu'elle visite secrètement r l
nisé les postes de son royaume. Arrivée à aussi remarquable sur l'orientation de sa policonsole ; déjà , dans ses brillantes années de
Terracine, elle venait de terminer sa toilette tique. Elle n'avait encore surpris que drs
jeune femme, sous le Consulat, r lie avait
et allendait i, sa fonêtre le moment du diner, indi:es, mais elle ne fut pas longue à voir
recueilli une petite sourde-rouelle en traverlorsque deux voitures s'arrètenl bruyamment qu'elle était survenue en pleine crise conjusant en voiture un village des environs de
devant la maison et un voyageur en descend
Paris et avait assurJ son éducation à l'institut en jurant non moins brupmment. li entre gale. Il se livrait en )lurat une lutte terrible,
entre le devoir auquel il n'aurait pas voulu
des sourds-muets de l'abbé Sicard. A Albano,
dans l'albe1·go el un instant après )lme Réea- manquer, et l'intérêt, que l'impéri1•11sc volonlr
c'est un malheureux pêcheur accusé de cor- 111icr l'entend, toujours jurant, crier dans
respondre avec les An,{lais et condamné à l'escalier : « 0 11 sont-ils, ces insolents qui &lt;le sa femme voulait le forcer 11 sui, rc unir1ut'mcnt. La reine, en effet, tenant 11 sa couronne
mort, en faveur duriuel on la prie d'int~rvenir.
m'ont pris mt's chevaux'! 011 ~ont-ils, que jl' plus r1u'à son l'rère, qui la lui avait donné,,,
Elle part sur l'heure pour Rome el va trouvrr
plus qu'à la France cl plus qu'à l'honneur,
M. de Norvins. \lais celui-ci, tout spirituel qu'il leur apprenne à vivre ! l&gt;
Mme Récamier, qui avaiti, peu près reconnu ne cessait dti pousser ~lnrat à se séparer dl'
est, n'a pas cette fois l'esprit d'avoir du rœur. de sa fenêtre celui qui était descendu de voiIl refuse. En « terme, durs et presque mena- ture, acheva de le reconnaitre il sa voix. Elle l'empereur. Elle voyait que la coalition était
la plus forte. elle trouvait habile de marcher
çants l&gt;, il déclare à Mme Récamier qu'il ne
ouvrit alors sa porte. &lt;l Mais c'est moi, mon- à son 8ecours et de l'ai&lt;ler à écraser son frère
lui appartient pas, à elle, une exilée, de se
sieur le duc, dit-elle, el me voici. &gt;&gt;
Napoléon. Le prix de sa trahison et de son
mêler d'entraver le cours de la justice impéLe furieux, qui voulait apprendre à vivre ignominie dèvait être la conservation de ~a
riale. Et pourtant, que pouvait avoir fait un
à Mme Récamier, n'était autre que Fouché,
pauvre pêcheur, qui ne sal'ail même pas lire,
couronne.
duc d'Otranle ! Il était chargé d'une mission
Mme Récamir r arrivait donc presque en
contre la puissance de Napoléon? ... Le pèchcur
de l'empereur auprès de Murat, dont la fidélit•S médiatrice dans cet intérieur rol'al, divisé par
l'ut néanmoins exécuté quelques heures avant
dcvenaiLdcjour en jour plus vacillante, comme ll's plus poignantes passions, - excepté relie
le retour de Mme Récamier à .\lbano. A la
le trône impérial, - et c'est Mme Récamier du devoir. La reine ,·cnait de lui faire part
même époque, el presque jour pour jour, les
qui avait bénéficié des chevaux de poste que le des incertitudes de ~lural, des exigencl's de ~a
maré&lt;-haux Ney el Oudinot s'insurgeaient oucourrier de Fouché, galopant en avant, l'aisail politique, des sacrifices il l'aire pour le hi1•11
, crte:nenl contre Napoléon, !'allaient trOU\l'r
préparer pour son maitre. De là, grande co- des peuples, mais clic ne lui disait pas '[Ill\
avec des menaces à la llouche el refusaient de
lère du ministre. La conversation fu t donc )lurat venait de signer (11 janvier 1814) un
lui obéir : à eux , pas une punition ; au panne
d'abord un peu vive; elle se radoucit bicnlol traité avec la cour de Vienne, el qu'il s'engapêcheur d'Alllano qui ne pouvait èlre coupable
el on se sépara bons amis. Les beaux yeux de geait par cc traité, non seulement it se détade rien, la mort! Oh! l'admirable justice
Mme Récamier y étaient sans doute pour cher de Napoléon, mais à fournir un corps
humaine! Et quand on pense qu'elle n'a pas
quelque chose, mais la chute imminente de de ;;o 000 hommes conlre lui. )loyennanl
changé depuis un siècle, el qu'elle ne g:trde
Napoléon y Nait peut-être encore moins étran- celle trahison, sa couronne de Naples lni éta.l
ses sévérités que ponr les humbles, dans ll's
garantie, on lui permettait de conquérir lrs
petites choses comme dans les grandes !. .. gère.
Est-ce en celle prévision que, plus habile Marches pontificales pour l'élargir un peu ; )lais c'est là un des terril.ile, exemples du
politique que sœur reconnaissante cl fidèle à
mal que l'ont certains fonctionnaires trop zélés
t'l elle était contente.
son frère, la reine de Naples envoya à ~lmc Héi\u moment où la reine ex posait ces bel!Ps
- zélés à faux la plupart du temps - et qui
camier, dès son arrivér à l'hôtel de l' Europe, choses i, Mme Récamier, Murat suni ut. li
11r se rroienl vraiment utiles, ou plutôt imporsur le quai &lt;le Chiaja, une magnillquc corbeille riait pâle et défait ; ses cheveux , ordinairetants, que lorsqu'ils font le mal. Cela leur
de lleurs et de fruils'! li y a\'ail sûrement un ment si soignés, étaient en désord re; ses
prouve à eux-mèmcs leur puissance, el c'esl
peu de cela sous une amitié r1ui se montrait yeux, trop ronds, lui sortaient de la tète. li
par vanité ou servilité que ces misérahlcs,
si gracieusement accueillante; il y en al'ail paraissait e n proie 1, un affreux cauchemar.
ministrtis ou subalterne,, r rapp~nt ces inforaussi un peu sous les compliments qui accom- La reine pâli t un peu en le vopnt entrer,
tunés.
pagnaient ces 0eurs portées par un page; mais elle sr ·ressaisit et, honteuse de cc que
Pour sauver la vie &lt;lu pt\chcur d'Albano,
mais il y avait aussi un peu des usages du son mari n'était pas maitre de lui devant une
füne Récamier a"ail fait tout ce qu'il était
pays. C'est en effet une des aimables hahitudrs étrangère. elle lui adressa qucl!1ues observahumainement possible &lt;le l'aire : VO)'age imde celle heureuse Italie que de faire porter tions hautaines . Craignant de les f(l~ner ,
médiat à Home, i, travers un pays inresté de
des fleurs et des frui ts, pour leur souhaiter )1 me Récamier se leva pour se retirer . La
la malaria el de bandits; démarches, pénibles
la bienrenuc, aux amis qui viennent vous voir reine la retint, elle retint aussi son mari.
pour une e:r:ilée de l'empereur, auprès du
loin.
- .\u nom de vous-même et de votrr
général Miollis, gouverneur de Rome, el de de Le
]i,ndemain, Mme Hécamicr ne manquait gloire, lui dit-elle, restez ici et ne vous monM. de Norvins, préfet de police, tous deux
pas de se rendre au palais pour remercier le trez pas dans cet étal. .. . Un ,·oi qui ne sait
fonctionnaires du souveraiu qui l'avait l'raproi el la reine d'un accueil si particulièrement
pée. Cti l'ait seul s11rfirait à honorer toute une
!
biemeillant. Elle y l'ut l'objet de tous les pasEtl'ètre
elle disait ces mols avec un haussement
t'xistence.
empressements imaginaùles. Les deux sou,·cd'épaules el un ricanement satauique.
Au m1Jis &lt;le décembre de celle annéd815,
rains la rrrurcnl en amie, en égale presque.
- D..:meurez, je ,·ous en conjure ! conclulMme Hécamier se détermina il pousser jusqu'à
On Yoyait qu'ils ,·onlaicnl plaire. On l'engagea cllc en frappant de son petit poing hlanc snr
Naples. Le prince ,le Rohan- ChaLol, le futur
à déjeuner, on mit it sa disposition la loge un guéridon, comme pour intimer un ordre.
cardinal, mais qui n'était pas encore entré
royale i, tous les théàlres, on l'invita à une
Puis elle se leva en disanl qu'elle avait des
dans les ordres, lui avait écrit de Naples que
ascension au Vésu\'C qu'elle fi t avec de nobles ordres à donner cl qu'l'llc reviendrait lout
(t, roi el la reine oc l'avaient nullement ouAnglais, à une fouille à Pompéi.... Et pour
bliée el qu'ils seraient heureux de la voir
suite.
donner plus d'apparat à celle l'èle improl'isée de A
peine eut-elle disparu que Mural rut :1
venir dans leur capitale. C'étai t une véritabh·
en son honneur, le roi el la reine y invitèrent Mme Récamier cl, prenant ses dcm mains,
invitation, avec des formes toutes ~iplomales ambassadeurs, le prince de Hoban cl queltiques. 11 me f\éramicr partit donc. Comme
avec émotion :
ques étrangers de distinction. On déjeuna lui-ditDites-moi,
dites-moi la vérité! \'ous
les routes étaient peu sùres, elle al'ait accepté
dans les ruines, on les visita sous la direction pensez beaucoup de mal de moi, n'est-ce pas?
de vôyager avec un Anglais : chacun était dans
de M. Mazois, l'érudit architecte, el l'on oll'rit
sa voiture avec ses gens; on voyageait en
....
à la belle Française quelques objets trouvés Dites
Et ses mains trcm\Jlaicnt, ses yeux étaient
poste. A_chaque relais, on trouvait les chevam
de rechange tout prêts, on ne perdait pas une dans les fouilles.
Mme Récamier s'aperçut que, s'il y avait égarés.
minute, ce qui donnait à Mme Récamier une

�.MADJtJJŒ }tiCJl)J(lë~ ~

111STO'l{.1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
semaine sainte. Canova fut aussi empressé,
- Calmez-vous, répondit Mme Récamier; au palais. Elle trouvait la reine généralement aussi enthousiaste pour clic que la première
occupée à paresser dans son lit ou, en sa
pourquoi ce trouble? Qu'est-il donc arri\'é?
fois, et il l'invita, arec une insistance tout
- On va m'appeler Murat le traître, Murat qualité de régente, à s'amuser à régner. Un aimable, nuancée d'un petit air de mystère,
matin
donc,
pendant
que
ces
deux
femmes
le transfuge! soupira le malheureux en se
11 venir à son atelier. Il voulait son avis sur
tenant les tempes à deux mains el se laissant causaient, on apporte, en même temps qu'un des œuvres nouvelles, exécutées pendant
énorme paquet de lettres et de journaux, la
tomber dans un fauteuil. Là, il pleura ....
qu'elle était à Naples. Mme Récamierne se fit
Mme Récamier pensa qu'il était encore nouvelle de l'entrée des troupes alliées à pas prier pour y aller. Après avoir examiné
dans l'indécision, qu'il n'avait rien signé, Paris. La reine ne sourcille pas pour si peu. différents morceaux, elle parvint devant un
rien promis. Elle lui demanda si c'était un Paris ?)fais cela ne la regarde pas : n'est-elle grand rideau ,ert qui masquait quclqur
pas reine de Naples? El, pour conserver sa
ronseil qu'il sollicitait d'elle.
couronne
son mari ne fait-il pas la guerrr chose. Aux pétillements de joie qu"elle ,opit
- Oh! oui, dit-il: lirrz-moi dr l"aliîme
contre les Français'! .. . Elle dépouille donc dans lrs yeux de Canova, elle devina qu'il y
oi1 je tombe!
son
courrier, pontifiant, po.~ant vaniteuse- avait là une surprise et que c'était unique- Eh bien, répliqua Julielle, écoulez-moi.
ment pour cela que l'artiste l'avait conviée 11
Vous savez que je n'aime pas l'empereur : il ment comme une sotte parvenue devant la venir. Canova tira un coi'don, le rideau s'efm'a exilée, il persécute mes amis, il n'y a pas Française qui la regarde et l'écoute. Elle faça et Mme Récamier put v.oir deux bustes
de liberté ... . Eh bien! n'abandonnez pas ouvre une brochure : « Ah ! roilà un ouvrage d'elle, l'un en cheveux, l'autre avec un lég('r
l'empereur! Vous êtes Français, il faut de- de M. de Chateaubriand : De Buonapm·te el
voile se jouant sur la tète.
meurer Français el se serrer pour la défemr des Bourbons. Nous le lirons ensemble, vou- Voyez si j'ai pensé 11 vous! s'écria le
lez-vous?
»
Et
elle
continue
avec
une
jouisdr la patrie.
sculpteur
débordant de bonheur.
Murat l'écoutait, tout pàfo, les }"eux à terre, sance béate à décacheter lettres et journaux,
Mais
ce
bonheur retombe soudain comme
muet. ... li se leva tout à coup, prit Mme Réca- sans plus songer à la prise de Paris que s'il un ballon qui se crève el s'affaisse. Mme Rése
fût
agi
de
celle
d'un
fourgon
d'avoine.
mier par la main, l'entraîna devant une fenêtre
« Mme Récamier prit la brochure, a t:crit camier ne disait rien, son visage pas davan&lt;1n 'il ouvrit violemment et, lui montrant de
tage. Elle ne paraissait pas contente. Pourla main le goUe de Naples dans lequel les Chateaubriand, et après y avoir jeté les yeux quoi? Elle n'aurait sans doute pu le dire.
au hasard, elle la remit sur le lit et dit à la
vaisseaux entraient à pleines voiles :
reine : « Madame, vous la lirez seule, je suis Peut-être ne se trouvait-elle pas assez belle
...!- Tenez! dit-il, regardez! C'est une flotte
dans ces bustes en terre glaise? Peut-être
anglaise .... Et maintenant. ... maintenant, je obligée de rentrer chez moi. » Elle ne put, aussi était-elle trop « bourgeoise » pour
suis donc un traître? ... Qu'y faire? ... li est cette fois, supporter une telle indifférence apprécier autre chose que le bronze ou le
pour les malheurs de la patrie el aussi pour
trop tard!
marbre? En tout cas, la femme du monde
Frappée d'étonnement, Mme Récamier ne ceux d'un frère à qui la reine devait tout. Et disparut momentanément en elle, et elle depourtant
Mme
Récamier
était
dotée
d'une
disait pas un mot; Murat était retombé sur
meurait là sans songer à remercier par le
un fauteuil, comme s'il n'avait pas le courage bien la~ge tolérance, surtout quand il s'agis- plus petit mot le grand artiste de sa charde support('r la honte de sa trahison. Caroline sait de têtes couronnées !
Un autre matin, elle trouve la reine au lit mante attention. Elle n'était décidément pas
rentra à ce moment et, voyant que son mari
et
son ministre de la justice, debout auprès capable d'apprécier son talent. Le pauvre Can'avait pas repris son sang-froid, elle lui
d'elle,
lui faisant signer des papiers. Caroline nova était mortifié de voir que sa surprise ne
adressa d'énergiques objurgations qui étonfaisait aucun plaisir, qu'on ne lui savait nul
naient un peu la douce et mesurée bienveil- est ravie de se montrer dans l'exercice de ses gré de sa très aimable idée, nul de sa très
lance de Mme Récamier. Celle-ci rentra chez fonctions de régente. Avant de donner sa gracieuse exécution.
elle, fatiguée d'une scène orageuse à laquelle signature, elle demande des explications, elle
L'éducation a été inventée pour donner les
elle n'avait pris part cependant que comme discute, elle tranche... Bref, elle est aux apparences du cœur et de l'esprit à ceux qui
témoin, el livrée à ses réflexions sur le,. anges. Elle l'est d'autant plus que voilà une n'ont rien de cela: les gens les mieux vus,
ingrédients si disparates dont est fait ce qu'on condamnation à mort sur laquelle on la prie dans le monde, sont ceux qui savent le mieux
appelle le bonheur chez les tètes couronnées. de mettre son paraphe. Elle regarde en sou- jouer de ces apparences : c'e:-t ce qu'on
Quant au roi Joachim, aussi oublieux de riant sa belle amie, jouissantjusqu'àla racine appelle être« correct». Mme Récamier, qui
celte scène qu'il l'était du devoir el de la des cheveux de lui montrer qu'elle a droitde se croyait un prodige de &lt;I correction », se
patrie, il alla par les rues de Naples recevoir vie et de mort et que l'existence d'un homme trouva prise de court. Elle ne sut pas dire
les acclamations de son peuple tandis que la dépend de son bon plaisir : « Vous seriez sur-le-champ ce qu'il y avait 11 dire. C'étai L
reine allait recevoir les caresses de son amant. bien malheureuse 11 ma place, dit enfin cette pourlan~ bien simple : quelques mots de
En passant devant l'hôtel de Mme Récamier, heureuse, car je vais signer un arrêt de remerciement, quelques autres de compliMurat l'aperçut à son balcon et la salua avec mort.»
Mme Récamier se le,·a aussitôt : « Ab ! ments, mais venant du cœur, el dits avec
une extrême grâce. Elle y répondit de même:
madame,
ne le signez pas, s'écria-t-elle ks naturel et effusion.... Faule d'avoir ri('n
elle aussi oubliait tout devant ce traitre, parce
mains
jointes,
et croyez Lien que si la Pro\"Î- senti, rien apprécié, Mme Récamier demeura
qu'il était roi. Elle lui avait, c'est vrai, donné
romme une sotte. Elle n'était donc pas nnr
dans son palais une leçon de patriotisme. dencc m'a conduite auprès de vous ce matin, femme du monde aussi accomplie qu'on se
Elle aurait dù, celle fois, la souligner en ne c'est qu'elle veut sauver cc malheureux. »
Sati~faite dans sa vanité, la reine ,:tait plaisait à Ir dire et qu'elle sr. plaisait cliclui rendant pas son salut.
facile
à 0échir. Elle voulut se donner le mé- même à le croire? Non : dans srs paroCependant Mme Récamier continuait à aller
les, dans sa tenue, dans ses actions, elle
chez la reine. Il eût é1é mieux de ne pas le rite - tout de vanité - de paraitre clé- n'arait pas toujours cette parfaite justesse
faire. Tout d'abord la dignité, ce semble, eût mente. Elle discuta un peu - pour la forme d'un esprit précis cl sûr de lui, soit
consis~é à ne pas mettre les pieds chez la - avec son ministre, et la grâce fut accordée. que cela lui vinl de distraction, de négliMais que peut-on penser d'un gouvernesœur du despote qui l'avait exilée, qui avait
ment
où la vie des citoyens dépend du gence ou d'insuffisance. Si elle avait parfois
exilé son amie Mme de Staël et son ami
un certain art de l'à-propos, elle en manquait
Mathieu, qui faisait le malheur de la France, caprice ou de l'humeur d'une femme? plus souvent encore, el il arrivait à cette meet pour la conduite de laquelle, tant privée Mme Récamier prit ainsi une revanche de son surée de manquer de mesure. C'est que tout,
que politique, elle ne pouvait avoir grande échec d'Albano, et ces deux bonnes actions dans une conversation, doit jaillir spontanéestime. Mais c'était une reine, et selon les sont autrement belles auprès de la postérité ment du cœur ou du cerveau, tandis que
lâches condescendances du monde, tout cela que les petites simagrées au mo1en desquelles chez e11e tout était réduit en formules étielle engluait princes, ducs et marquis.
dès lors devenait admirable.
Elle revint à Rome pour les fêtes de la quetées au fond de sa mémoirr, et que ces
C'est le matin qu'elle allait de pr~férence
"'' 200 ...

r~rmul~ ne répondaient pas toujours sur
1h~ure a son appel. Cette méthode détestable
d'ailleurs, lui jouera plus d'une fois le même
m~urnis tour, mais on troul'era toujours un
prctexte pour le lui pardonner : on l'aime,
par ~nséc1uent on lui passera tout.
S apercevant enfin de son « incorrection »
Plie se r_cs~aisit_ et essaya de la réparer ; mai;
le• mal etait ~ait : l'amour-propre du grand
srulpteur avait été louché au vif, son cœur
surtout. Il faut le dire, il y avait de quoi. Le
pau,·~e homme, en poète cl artiste qu'il étai!,
croyait retrouver en Mme Récamier la femme
idéale, divine, que son imaaination avait créoo
d'après s~s t~ails ?l qui favait inspiré dans
son travail : il avait extrait l'idéal de la vraie
~fme Récamier, et avait ,·écu deux mois en
tète à tête avec cet idéal. Hélas ! l'idéal n'était
q_u'~n lui : e~ elle, il ne retrouvait que la
v1lame prose, 11 ne retrouvait qu'une fomme
La désillusion fut grande. La plus cruell~
souffrance du cœur n·est-elle pas de constater
le manque de cœur de ceux qu'on aime?
Avant de quitter Rome, Mme Récamier
assista_ à la rentrée solennelle du pape dans
sa capitale et au Te Deum qui se
célébra dans l'église Saint-Pierre.
Elle eut aussi l'attention, - tenant
à être « correcte », - de faire une
visite au général Miollis, qui n'était
plus commandant de la ville, mais
qui continuait à l'habiter. Elle
n'avait eu qu'à se louer de lui et
fidèle à son système de se fair~
partout des amis, - système auquel elle ,·enait pourtant de manquer avec un ami, avec Canova!
- elle avait voulu l'en venir remercier.

CHAPITRE VI

vous à Coppel 011 je vais rester quatre mois?
Après t~nt ~e souffrances, ma plus douce
perspecllve c est vous, el mon cœur vous est
à jamais dévoué. Un mot sur rntre départ et
votre_ arriv~. J'attends ce mot pour savoir cc
que Je ferai. Je vous écris 11 Rome, à -Xaples, etc. 1&gt;
~me_ R_écamier lui répondit que son seul
proJet ~·tait de rega_gnrr Paris rt d'i retrourrr
ses am•~- EII~ y rennt effcctivrment le 1!'juin.
Il y avait trois ans qu'elle en avaitt•lé bannie.
~lie }' rentrait aussi jeune et aussi belle que
Jamais, et, comme le dit justement Mme Le~or~ant, &lt;I e!le joignait à ce prestige toujours
s1.pmssant, 1auréole de la persécution et du
devouemenl ». Elle y joignait aussi celle du
bo_nheur, de ce bonheur complet qui donnerait de la beauté à une femme laide, et qui,
chez elle, était maintenant sans mélanae.
Comme elle aimait à dire qu'elle était surt~ut
heureuse du bonheur de ses amis, elle avait
sur ce point tout sujet de se féliciter. Murat
et sa femme voyaient leurs ignominies el
leurs trahisons récompensées par le main~en

en France_ da~s l_cs fourgons de cc prince:
~loreau ... 11 n al'a1t pas eu de chance, celui-lii ;
mais, en compensation de sa mort et en récompense de son déshonneur, le roi avait
nommé sa veuYe « maréchale » ; la reine
llortc_nse, ~n ~eu hon~euse de son titre qui
ne lm para1ssa1t plus d assez bonne compagnie
dans le monde d'émigrés qui s'abattait sur le
pou,·oir, l'échangeait contre celui plus modeste, qu'elle croyait de meilleur aloi el plu~
solide, de duchesse de Saint-Leu : elle donnait des gages aux royalistes en demandant à
Mme llécamier, l'exilée de Napoléon, de lui
présenter Wellington ; le duc·de Rohan-Chabot
ce bellàtre en dentelles q~i, après avoir éti
chambellan de l'empereur el ami de la reine
de Naples, faisait spn apprentissage de cardinal comme officier dans les mousquetaires de
la maison du roi; M. Alexis de Noailles était
commissaire royal à Lyon ; le marquis d'Osmond, père de Mme de Boigne, était nommé
ambassadeur à Turin; M. Mathieu de ~fontmorency était devenu chevalier d'honneur de
la duchesse d'Angoulême; Adrien de Montmorencl· étail, lui, del'enu plus fat et plus fier
que jamais, ce qui lui était assez
utile pour cacher le vide de l'homme
et cc qui allait lui valoir bientô~
une ambassade. En attendant, il
présenta son fils à ~fme Récamier·
et comme le jeune homme mani~
fcsta pour elle une admiration sans
bornes, son père dit le seul bon
mot qu'il ait jamais fait, - si tant
est qu'une citation soit un bon mol
- et que pour cela peut-être on a
beaucoup cité :
lis n'en mouraient pas Lous,
mais tous étaient frapptls.

Il faisait ainsi allusion, en
comparant Mme Récamier à la
peste, ce qui n'était pas très galant
aux trois générations de Montru;
rency-Laval, son père, lui-même
et son fil s, deYcnus tous trois amoureux de la même femme.

C'est avec une grande joie que
Mme Récamier s'était mise en
roule pour regagner, cette fois, le
« royaume &gt;&gt; de France. Elle allait
y retrouver ses amis qui, loind"ètre
en suspicion ou persécutés seLe monde royaliste, dont on ne
.
'
raient
tout-puissants; clic-même,
P,eu~ c!ter ici que quelques noms,
par eux, ne serait-elle pas toute~
s ag1ta1t beaucoup et donnait à
puissante? Aussi est-cc arec un
P_aris une grande animation. La
bonheur qui aurait débordé, si sa
ne de salon arnit repris avec une
nature c1 correcte » n'avail été
intensité qu'on ne connaissait plus
rebelle à des dt'•monstrations extédans les dernières années de l'Emrieures non mesurées, qu'elle fil
~i~e. Il y av~t bien les troupes alla route jusqu'à Lyon. Là, elle se
hecs à Paris, mais elles étaient
reposa quelques jours: elle vit Ilalaussi les alliées du roi et, comme
Clicb~ Neurdein fr~res
lanche, Camille Jordan, Alexis de
telles, on invitait Ie:irs officiers
MADAME DE STAEL.
Noailles, fil avec eux mille projets,
~ans les.salons royalistes. Le patrioou plutcit écouta les leurs, et s'enTab/e.111 de MARIE•ÊLi:ONORE GODEFROY, (,\Jusée de Versailles. )
tisme s accommodait alors de ces
dor~il le soir en rêvant qu'elle
choses-là: On voit que l'internatioavait aux Tuileries un tabouret de
nalisme n'est pas d'invention nouduchesse. Elle reçut ce billet deHme de Staël : sur leur têl? de _la ~ uronne de Naples; Ber- velle el que cette fleurs'épanouissait, il y aura
nadotte, qui avait pomté les canons prussiens tantôt un siècle, dans les salons et dans les
« Paris, 20 mai f8i4.
sur les Français, à Leipzig, était prince royal fètes de la haute aristocratie, avant d'ilcJore
« Je suis honteuse d'être à Paris sans vous, de Suède en attendant qu'il en devînt Je sou- dans certains milieux de la basse démocratie.
che~ ange de ma vie : je vous demande vos verain; &amp;njamin Constant, qui avait été son
Mme Récamier, dans ce monde de la ResproJets. Voulez-vous que j'aille au-devant de secrétaire pendant la campagne, était rentré tauration, rnguait dans le rè\'e : n'ayant pu

�1f1ST0'1{1A
être princesse, son bonheur était de se !'roller
11 des princesses, de fraier d'égale 11 égale
arec des duchesses, non pas seulement des
duchesses de fabrication impériale, comme la
duchesse de Hagusc, née Pcrrcgaux et Olle
d'un simple banquier, tout comme M. Hécamier; comme la duchesse d1• Montebello, nt'•c
l:uéhcnneuc, comme la duchesse de Dantzig,
née... ah! fi!. .. Mais à des vraies : la duchesse
de Ouras, la duchesse de Luynes, la· duchesse
de Laval. ... Elle les connaissait toutes. Si clic
ava:Leu une fille, elle l'clll, comme Mme Gcorfrin , maril;e à un M. de La Fcrlé-lmhaull
quelconque : n'est-cc pas le rôle de la bourgeoisie riche que de fournir des dols aux a,·idiLé$ aristocratiques? Aussi, dans cc cliquelis
de Litres et de particules, Mme Récamier nage:üt en plein bonheur, en pleines duchesses !
Et ce n'était pas alors un mince honneur,
pour une simple bourgeoise, que d'être admise
dans les salons de celte haute noblesse si
cxclusi,·e! On ·ne peul aujourd'hui se faire
une îdéc de la ligne de dém,l!'cation ffUi existait, nranl i850, entre le grand mond c cl. . .
le peti t. C'était pis qu'avant 1780. Rien, aux
i•eux de celle hautaine noblesse, ne complait
qu'elle. Une bourgeoise, une« espèce», n'aurait pas plus obtenu d'elle un regard de
morgue qu'un regard de pilié : pour clic,
ceh n'cxisla.it pas. A plus forte raison ne
l'aurait-on pas admise. On ne s'installait au
faubour;; Saint-Germain que par droit &lt;le
naissance : ce n'est qu'après 1S::iO qu·on s'y
installa aussi par droit de conquête. Cc droit,
Balzac l'obtint par l'esprit, quelques autres
hommes aussi. Les femmes ne l'acquirent
que par leurs écus, quand on daignait J'aire
à ceux-ci l'bonncur de les épouser : on ne les
:wccptail, clics, que par-dessus le marché.
Il n'était question ni d'écus ni de mariage
qnan&lt;l on invitait Mme Hécamier dans une
maison &lt;lu faubourg Saint-Germain . On connaisslÎL son intimité avec les Montmorency.
Ceux-ci avaient parlé d'elle comme de leur
amie. On crut rnns doute qu'elle était plus que
cela : par conséquent, la tcmme qui a,·ait cet
honneur pouvait être reçue dans les salons lrs
plus aristocratiques. Et c'est ce qui explique
la considération a\'Cc laquelle cc monde royaliste, qui en était toujours aux mœurs du
xm1e siècle, accueillit œ tte bourgeoise.
Heureuse de frayer a,·ec des gens r1ui ne
1. Lellres de la duchesse de 11rog'ie, l. 1, p. 2.
Alhcrline de Staël à llllc de Baranle, 13 juillet 1-H t1.
2. Joumal intime de Benjamin Constant : « Pen-

respectaient en clic que cc qn 'ils croyaient y
roir de méprisable, Mme Hécamier pourait se
livrer, dans la complication de sa simplicité
factice et apprêtée, à tous les petits manèges,
il tontes les petites. intrigues, à tous les petits
commérages de salons qui faisaient le plus
clair de sa rie et dont clic n'aurait pu se ·
passer.
Il n'y avait guère plus d'un mois qu'elle
1;Lait à Paris, cl déjà la fille de Mme de
Staël, de sa plus grande amie, avait percé à
jour le voulu de ce factice, que les autres
prenaient pour &lt;lu naturel ; et, avec un esprit
et une profondeur qui annonçaient la l'emmc
supérieure qu'elle serait bientôt, elle écrivait :
« Mme Récamier est jolie el bonne, mais une
vie de petites coquetteries n'élhe pas l'.\me;
elle vaudrait beaucoup mieux si elle n'avait
pas dépensé son Lemps el son cœur de tous
les côtés; mais elle est généreuse et séduisante 1. l&gt;
La remarque de celte jeune fille, à qui Benjamin Constant venait prob1blcmcnt de confier
l'amour qu'il al'ai t pour Mme l"\écamicr, sans
lui en dire le 110111 ! , est trrs j uste, mais clic
manrruc peut-èlrc J 'i11dulgcncc : a- t-elle vu
beaucoup de l'cm:11es songean t à aulrc chose
qu'à de&lt;( petites coqucllcrics » quand ce n'est
pas à des grandes? l..:n a-t-elle rencontré beaucoup qui pensassent à mener une Yie qni
&lt;( éli!,·c l'àme l&gt; '? Devenue un peu plus tard
duchesse de 13ro3lic, femme d' un doctrinaire,
Albertine de Staël se ~era certainement. convaincue de celle Lrislr l'érilé, et sera devenue
plus indulgente.
On a voulu rnir dans )!me füc:tmicr nnr
l'cmmc qui, en donnant le ton :tux salons, a
eu sur eux et, par ricochet, sur son Lemps,
une inll ucncc marquée. C'est. inliniment trop
dire, cl Mme Héc.. micr a liil'n pl111ùt sui vi lt-s
dil'ers monvemcnts, non de l'L'sprit., mais de
la mode, qu'elle ne les a dirigés. Avec un pen
de complaisance, et pour plaire à une femme
qui plait, il est si facile d'accommoJcr les
choses à sa satisfaction plus qu'à celle &lt;le la
,·érité !. .. Pour se rendre com pte de la rrputalion ou plulol du mérite d' un personnage
qui a l'ail quelque brnil en son lc111ps, il fou t
regarder te qu'il laisse derrière lui . Et l'on
ne peul se dissimuler que, comme les comédi.cnncs, Mme Uécamicr ne lais~a pas grand'sant mr, ,lélachcr de .lulicllc pw 1111 r.-oi,I rnisonnrmcnl, j'ui rac:111lé tout mon r.,1 a111onr il Albcrtiuc
sa11s 1101nmc1· prrsru1111;. »

chose. Les actes et les exemples pour lesq1v•ls •
elle a été si l'antéc sont bien inférieurs à la
gloire qu'ils lui onl Yaluc. )lais c'est que lès
contemporains, dans les salons surtout, cl
particulièremcn l dans une (( peti te église l&gt;
as~ct cxclusi\'C et assez formfr, s'atta1:henl
bien moins aux œuvrcs et aux talents qn'à la
pcr3onne. Ils ne sont guère sensibles, d'ailleurs, qu'à la forme, aux apparences. Encore
îant-il remar,1uer que cc ne sont pas soul'r nl
lc3 &lt;[!ialités de la l'cmme - tjuand elle en a
- qui séduisent, mais ses défauts. Auprès do
tout le monde, cl cela depuis le temps d11
UirccLoirc oit sa beauté, dans h rue, faisait
allroupcment, Mme Récamier ét~il personn
grata : elle n'excitait pas la jalousie de b
noblesse, car qn'y a-t-il au monde de plus
roturier qu'une Bcrnard-Hécamicr ? Et, de
plus, on se don11ai t les apparences de la plus
libérale tolérance en accueillant celle bourgeoise sur le pied d'une égalité parf'aile. Dans
la société noul'elle, on ne la jalousait pas
dal'antagc : tous ces bourgeois, Lous c·cs parYenus et enrichis de la Hévolution et &lt;le l'Empire étaient fiers de voir une l'cmme sortie de
leurs rang,, une femme de la finance, noblesse d'argent, - l'raye r d'{-galc i1 égale
arec les membres les plus titrés &lt;l'une aristocratie que la bourgeoisie a de tout temps fait
protession de mépriser, jusqu'au jour où die
lui donne ses filles et, ce qu'elle a de plus
cher au monde, ses écus. ])c li1le grand sucC'ès de celle grande comédienne - car Mme flécamier ne l'ut pas autre chose et passa sa v:c
à jouer un rôle, Lous les jours le même, à
p:1rader avec un câbotinisme savant. et mL•suré
dans les salons de gens distingués, c·est-i1-dirc
de désœuHJs pour la plup1rt. Ces hommes,
ces ~l,111t111orcncy, ces Laval, ces Noailles, rcs
L'.lmoig 10n, ~s Nadaillac - je ne parle pas
tics artistes cl des hommes de lcllrcs étaient. le rcOt!l exact, la r111inlesscncc de la
so(·iété de leur temps (p1i, d'ailleurs, se modelait sur eux. lis avaient leurs préj ugés,
leurs mauies, leurs altitudes, leurs l'açons,
leur3 tics, leurs dadas, comme nous avons
les nôtres. Ce n'étaient pas les mêmes, YQilà
Lou t. lis ont trouvé leur La füuyèrc dans
notre grand Ilalzac, et celui qui veut bien
connaitre la so:·iété de la Restauration, cet.le
soeiélé dont Mme nécamier fut une des reines.
et se documenter sur elle, n'a qu'11 lire son
œuv1-.). Toutes ces choses mondaines, essentiellement passagères de leur nature, se trouvent li1, gravées pour l'éternité.

Josm1 TURQUJ\N.
(A

"' 202 ,,,_

suivre.)

LES SOUVERAINS INTIMES

Albert~Édouard, Prince de Galles
Par J.-H. AUBRY

_A la nais~an~ de son premier enfant (la
prmccsse V1ct.or1a, crui devint la mère de
1:u_illaume li), la reine Victoria, s'adressant au
prmcc cons.ort ~ qui _on venait de présenter le
no~veau-nc, llll avait demandé tendrement •
(( Etes-vous content de moi? - Oui, » avai~
répondu l'heureux père ; (( je crains seulement.
r1uc la nation n'éproure du désappointement
lorsqu'elle apprendra que ce n'est pas m;
garçon. - Le prochain sera un garçon, je
vous le . prom_cls, » a mit repris la reine avec
un sourire enJoué, et sur celle assurance elle
s'étai t assoupie.
~e roi Édouard VII était ainsi promis à la
nation avant d'ètrc conçu. La reine tint parole
cl, moins d'un an après, le 9 norernbre 1841
le jour du lord-mayor's show, c'est-à-dire );
j~u.r où tous les nouv~aux maires du Royaumcl 111 ent~ent ,en fonctions pour un an, ce qui
donne heu, a Londres, à une exhibition carnaval?5quc, clic donnait _le jour, au palais de
l~uckmgham, 11 Albert-Edouard, son premier
ftls. La couronne d'An,,leL
errc avait dès lors
0
un héritier.
L'événement, quoique attendu avec anxiété
dans tout. le royam~e, fut une surprise pour
Lou t l?monde; la r~me ~lle-mème ne le croyait
pas s1 proche et, s1 le Jeune prince cùt ét.é le
premier enl'ant issu de l'union d'Albert et de
Victoria, il e1it fait, comme on dit vul.,aircment, honte il sa mère. L'accoucheme;t fu t
Lrès laborieux, l'enl'ant étant d'one belle venue
Aussi, au milieu de l'émoi général, oublia-L~
on d? l'aire prévenir, selon la tradition, l'arch~veque de Cantorbéry et. les ministres qui
do_ivent les premiers constater le sexe des
re~ctons du souverain. Seuls, l'époux de la
rcme, les médecins de la Cour, la nourrice
füs Brougb, que la reine a\'ail eue comme
femme d? chambre, à _Claremont, et quelques
dames d honneur cta1ent présentes. li était
onze heures du matin. La reine attendait
anxieusement. la nouvelle du sexe de son
cnl'ant. - &lt;( Eh bien? » dcmanda-t.-clle en
voyant :cnir à elle le prince consort radieux.
-: (( _C_cst un g?rçon, chère pet.i le femme l&gt;,
l111 d1t-1I. - &lt;( Elcs-\'ous heureux'/ En cc cas
embrassez-moi, je l'ai bien mérité. l&gt;
. Après quelques instants de sommeil, elle
•~llerrogea à nouveau : &lt;( A-t.- on l'ait prévenir
1archevêque et les ministres?» Tout le monde
se ~egarda étonné de n'y avoir pas pensé. ;1 Non ,_ Majesté », dit la nourrice. _ « Mais
a q1101 pensez-vous donc? Vite, qu'on les

appelle! » Et la reine se rendormit. Quand
elle se rél'Cilla, on lui annonça Wellinrrton.
On a,·ait prél'Cnu le duc comme il était e;core
au lit. Malgré son grand ârre et la ri!rlleur de
la saiso;1, il était accouru°au palais~ habillé

.\ LRF:RT-Énm;.\RD A SIX AXS.
I

sommairement, et demandait à tous, sans
qu'on ptH !ui répondre, si c'était un garçon.
Sur le sellll de la cha mbre de la reine, il
:tperçnt enfin le bébé sur les bras de sa nourrice : (( Enfin, dit-il, \'ais-je saYOir si c'est un
garçon? - C'est m1 prince, Votre Grâce &gt;&gt;
répondit. avec un air de reproche Mrs Brou~h
positivement choquée qu'on parlât si com~u~
némcnt de son royal et impérial nourrisson.
Le duc ne se sentit plus de joie. Les ministres
et l'archeYèque arrivèrent. successivement, et,
tandis qu'ils allaient. saluer la reine et s'informer oflicicllcmcnldu sexe de l'enl'ant, des canons élaient amenés dans Saint-James's Park.
Sur un signe du premier ministre une salrc
de cent un cou ps annonça à la Nation qu'elle
possédait un héritier.
Contre l'attente générale, la reine se rétablit t.rès promptement et, pour célébrer ses

,

relevailles, elle créa_ son fils, qui n'avait pas
encore quatre semarnes révolues, prince &lt;le
Galles et comte de Chester par Jeures patentes
scel_lé;s du gr?nd sceau de l'État. Il avait déjà
hérite en naissant de celui de duc de Cornouaill~s ainsi que de l'apanage de cc duché.
Il dernt garder ces ti tres ainsi que ceux de
du~ de Rothesay, titre des fils ainés des rois
d'Ecosse, comte de Carrik, baron flenfrew
lord des Ile~, grand chancelier d'Écosse, pcn~
danL les s01xante ans que la reine mi t à lui
céde_r le trône. Ce n'est que plus tard que
cclm de comte de Dublin lui l'ut conféré, et à
la mort de son père il hérita de ceux de duc de
Sax~-Cobourg-Gotha cl de prince de Saxe.
C est une erreur généralement répandue
9ue !e Litre de pri~ce de Galles est héréditaire;
11 doit, au contraire, donner lieu à une nouYcll~ création , chaque fois que le possesseur
du L•l~e meurt ~u le quille pour prendre celui
de roi. Ce q111 a donné naissance à cet.le
c~oyancc, c'est que les fils ainés des rois
d Angleterre l'ont porté depuis des siècles
pour cet_le ~·aison que l~ pays de G;, lies est 1~
seule prm~1pauté, du royaume~l que son apnnag~ est digne cl uo fils de r oi. Au eonlrai rc,
le t_itrc de, duc de _Cornouailles appartient de
droit et_ de~ sa naissance au premier fils du
souYeram d Aoglclcrre, ainsi que l'apanarre de
ce duché qui est de 60 000 à 80 000 TI\'l'cs
sterling ( l'r. 1 .:;oo000 à fr. 2 000 000 ),
par an.
C'est cc q~i explir1uc pourquoi le prince
George~ [le roi actuel] n'était que duc d'York
~Yant l avènement de son père, qui, outre son
t1lre ?c pri_nce de Galles et quelques autres,
portait ccl~1 de duc de Cornou~illes. Le prince
de Galles clan t dernnu le roi Edouard VII 1,
duc d'York prit aussil!Jt le Litre de duc' d~
Cornou~illes jusqu'au retour de son voyage en
Austrah~, dans le sud de l'Afrique et au
Cana~a a b?rd ~c l'Ophii', époque à laquelle
le 1·01 le crca prmcc de Galles.

Victoria régla ensuite Ja cérémonie d
• d
'
Il
1Japlc~
~ u prince. D'accord avec son époux'
elle des1_ra rompre avec Ja tradi tion qui était
de ba~llser les_ ~nfanls des souverains dans
le palais_ et cho1SJt un lieu consacré, la chapelle Samt-Georges du château de Windsor
Elle YouluL qu'il
' portât les noms des deux:
hommcs dont I un lui aYait été et l'autre lui

�Al.B'E~T-EDOUA~D, P~1NC'E DE GAI.1.ES

111S TO'J{1.Jl
était le plus cher : son père Édouard de Kent prince dans sa famille, n'avait pas ~ncore un
mois que la reine faisait ma~dcr sir Hobc~l
l'l son époux Albert" de Saxe-Cobourg-Gotha,
tout en donnant la préséance au père de l'en- Peel pour lui demander conseil sur les armoifant. Elle commanda 'lu'on lui envoyât, pour ries du prince, afin que les armes ~e Saxe
la cérémonie, de l'eau du Jourdain en sou- firrurassent à côté des armes royales d Angle1·cnir du baptême de Jésus ; on emprunta il la te~re; pour obténir de lui que la ~iturgie
Tour de Londres les fonts baptismaux en or inscrivit dans les prières le nom du prmce de
massif qui servirent au baptême de_ toute la Galles après le sien et le fil précéder des mols
progéniture de la reine,- Enfin elle lm chci:cha &lt;I Altesse Royale » que l'archevêque de Canun parrain digne de lm el cc fut sur le _roi de torbéry avait refusé de pronon~er lors de son
Prusse Frédéric-Guillaume IV, le roi pro- mariage, al'ant le nom de son cpoux . .
Son fils sevré, la reine confia le som de sa
testant' le plus puissant, que son choix s'arpremière
éducation à ~ady Lyllle(on, s~u;,de
rêta. On fil donc pressentir le roi de Prusse
qui accepta. En France, en Russie, en Alle- madame Gladstone, qm le garda JUsqu à I age
magne et en Angleterre même, on cher~ha de six ans. Peut-être ce choix fut-t-il pour
des raisons politiques au choix de ce p~rram. quelque chose dans la SJmpathie que témoiLa Cour crut mettre fin aux commentaires en gnèrent to~jours l'un po~r l'a_utre le grand
faisant proclamer que, dans cette affai~e ~eli- homme d'Etat libéral et l ex-prmce de Galles.
gieuse, la reine et son épo~x n~ s étaient Chaque fois que la nation s'irrita des scanlaissé guider que par des cons1déraho~s p~re- dales auxquels le nom du prince fut mêlé,
ment religieuses. Ce fut assez pour dechamer Gladstone sut toujours lui trouver une excuse
des polémiques religieuses en lre ngleterre et lui ramener l'indulgence de ses futurs
protestante el l'Alle1:13agne lu~hér1en?e : la sujets, et le prince lui en garda une secrète
reine voulait germamser la foi anglaise, cla- reconnaissance.
maient les Anglais; les Allemands prétendirent qu'elle essayait d'anglic~~ser le p~otestantisme allemand. En réalite, la nat10n
Lorsque le prince eut sept ans_, la reine et
anglaise qui avait déjà vu d'un ma?vais œil
la reine prendre pour époux .un prm~ alle- le prince consort songèrent à lm donner un
mand, son cousin (la reme Victoria était fille précepteur. Depuis plusieurs années, ~a quesde la princesse Louisa-V)ctoria de S~xe: tion du choix de l'éducateur du prmce de
Cobourg), - déplorait quelle donnât ams1 Galles était débattue publiquement dans les
un libre cours à des sympathies allemandes journaux et do?nait lieu ~ une polémique éledésapprouvées généra!ement. N'empêch_e que vée, que suivaient attentivement l~ par~nls
Victoria préparait déJà ses futures alhan~es du prince, espérant y lrou~er u?e _md1cat~on.
et que, sans cette invitation, la princes~e V1~- &lt;I Conseillez-moi, mon ami, écr1va1t le prmce
toria n'aurait sans doute pas épousé d1x-hmt Albert au vieux _médecin Stockmar, car de
ans plus tard le kronprinz Frédéric, ni l'éducation ùes princes et surtout de ceux
appelés à régner, dépend souvent ~e bonheur
donné le jour à Guillaume JI•
de tout un peuple cl de ~o?t un regn~. ~ I,a
reine consultait ses m1mstres et l éveque
+
d'Oxford le docteur Wilberforce.
Ce fui. M. Ilenri Birch, ancien . élève d~
Le 5 février, la reine s'il rendit au Parlecollèue
aristocratique d'Elon, qm y avait
ment pour lire le discour~ du Trône an~onçant officiellement la naissance du prrnce marqué son passage, ,éLa!t a_llé :~suite conquérir les honneurs a I Umver1te de Camhéritier.
Le prince et la reine s'occupèrent beaucoup brido-e et était rel'enu enfin comme professeur
de leur fils. Dans la correspondance qu'elle à E~n, qui fut l'élu. Le pri~ce_ consort eut
échancrca toujours avec Léopold fer de Bel- une entrevue avec lui et le depemt dans ses
gique~ à qui ?lie est rc~onnai_ssan!e d'?1·oir Jeures comme un jeune homme &lt;1 aimable
trouvé un mari de son gout, V1ctor1a fait de et marquant bien ». M. Birch, a_ya?t confréquentes allusions au jeune prince : &lt;t Je science de l'importance de sa m1ss1on, se
me demande, écrit-elle un jour, ce que sera donna tout entier à sa tâche ingrate. Malgré
mon fils. Vous comprendrez combien Ît!nentes trois ans d•efforts et l'aIT&lt;!clion réelle_ que le
sont les prières que j'adresse à Di~u pour prince avait pour _lui, il ~e put atlemdre_ le
qu'il ressemble en _co;ps _et en es~r1t à son résultat qu'il s'était promis el fut le premier
père. » Léopold, qui s e_lait entrem1~ pou~ le à conseiller au prince consort d'cs_sayer
mariarre de la reine, était natté de I admira- d'un autre précepteur. Lorsqu'il apprit que
tion q~e celle-ci avait pou! s?n époux. De son M. Birch allait le quiller, Bertie épr~uva du
côté Je prince conso;t écrivait des pages en- chagrin et l'accabla de petites le~Lre~ aimables
tières sur le prince a son fidèle ami le baron qu'il plaçait délicatement lu1-meme sous
Stockmar. C'était le plus beau nourrisson du l'oreiller de son maître. Mais rien ne put
monde et, s'il avait failli faire honte à sa ébranler la résolution de celui-ci : il qui_ua
mère il faisait honneur à Mrs Brough sa la famille royale. Sur la reco~manda_t10n
nour;ice. La nursery se composait de de Sir James Stephen, M. Frédénc W_. Gibbs
MrsBrough et de Miss llull, cette dernière nour- fut alors nommé précepteur du P:rnce. et
rice sèche. La première touchait fOOO livres, occupa ce poste pendant sept an~ JU~qu en
1858 c'est-à-dire jusqu'à l'émanc1pallon de
25.000 francs, par an.
Bertie, comme on appelait familièrement le son éiève. Dans cc long intervalle, s'il n'en

I'f

. al'ait pas fait un écolier émér!Le, il avail du
moins réussi à le préparer surf1sammenl à u~
enseirrnemenl supérieur. La reine se consolall
du p;u de goût que son fils avait pour l'étude
en disant que dans sa famille on ne se dévclo ppa il que
lard.

Cependant
Bertie avait fait
de grands progrès dans la
menuiserie et
dans l'art de
construire des
forteresses,
distraction qui
était fort en
honneur dans
la famille royale au château
d'Osborne. Il
LE PRINCE DE GALLES,
avait voyagé à SOCS-GRADUÉ DE L'UNinRSITÊ.
l'époque des
vacances avec
~
ses parents. li était venu avec e~x en 1
à !'Exposition Universelle de Pa~1s ~ur lmvitation de Napoléon Ill, et avait eté pendant quelques jours ~•enfant gât~ de la C?ur
des Tuileries et la gaieté du Palais de SamtCloud. Tout le monde l'admirait dans son
costume écossais, avec ses longues boucles
blondes sous son bonnet à plumes, costume qui devint à la mode pour les, en fan~.
Il avait même ~ris un _tel,_goût aux_ fetes J~r!siennesqu'ilarntsuppbé l impératrice Euo.~me
de tâcher d'obtenir de ses parents qu !l y
restât avec son profes~eur _qu~lq~_es s?mai_nes
de plus._« Mais, lm avait d1l l miperalr1ce,
vos parents ne pou~ront_ jamais se passe~ d_e
vous. - Ne vous imagmez pas _cela: ava1t-1l
répondu, ils ont là~bas r.our _les ~•str~1re a~sez
d'enfants sans mo1. » L 1mper~tr1ce s a~mll~t-elle de ~a commission? ÎOUJOUrs est-1! qu il
fallut partir. Le prince dut se promettre alors
de revenir plus tard, lorsqu'il serait ~rand et
il a fait plus que de tenir parole, car il a vécu
presque autant à Paris qu'en Angleterre, el la
rumeur prétend qu'il IH~ s'y est pas _trop ennuyé. Quoi qu'il en soit, le soul'emr de sa
visite de 1855, qui donna lieu. à de grandes
fètes d'où semblait dernir sortir, au l~ndcmain de la rruerre de Crimée, une alliance
rranco-anglai~e, l'a rendu fidèle à la ramil(e
de Napoléon Ill. L'cx-empercu~ des ~ran~·a1s
n'a pas eu de visiteur plus régulier qu AlbertÉdouard dans son exil de Chislehurst.

~?.J

et&gt;

En Angleterre, le prince avait, pendant
ces quelques années, trouvé m~ye11_ ~e préluder à ses fonctions multiples d hér1 lier de la
couronne en présidant, dès 1849, l'ouverture
de la Bourse du charbon, jour où il fit sa
première apparition publique, et où ~n le
salua comme &lt;I le dernier de toute une lignée

de rois »; en assistant à l'inauguration de
!'Exposition de Londres de 1851. Il al'ait
accompagné sa mère à la Chambre des Lords
el s'était assis sur le trône à côté d'elle; il
avait visité l'Ouest de l'Angleterre en compagnie de son précepteur M. Gibbs et du colonel
Cavendish, ainsi que l'Allemagne où il avait
fait un assei long séjour à Kœnigawinler, sur
les bords du Rhin. Il alleignit ainsi l'àge de
dix-huit ans.
C'est alors que, par une lettre qui n'a pas
été publiée, mais qu'on dit être un chefd'œuvre d'élévation d'esprit, la reine annonça
à son fils qu'elle l'émancipait du contrôle de
ses parents, qu'à partir de ce jour il ne leur
devait plus aucun compte de ses actes, mais
qu'elle et son père seraient toujours flattés
qu'il voulût bien les consulter dans les circonstances graves de sa vie et heureux de
l'aider de leur expérience. Cette lettre _lui fit,
dit-on, couler des larmes.
A partir de ce moment, on assignait au
prince, placé sous la direction du Dr Tarver,
la petite résidence de White Lodge, gentille
maison blanche isolée au milieu du beau parc
séculaire de Richmond en Surrey qui domine
si pittoresquement la vallée de la Tamise, où
Shakespeare composa, dit-on, le Songe d'une
.\'11il d'été, et d'où l'on aperçoit, de l'autre
côté du neuve, le vieux palais d'Hampton
Court, bâti par l'opulent cardinal de Wolseley.
White Lodge était habitée par la famille de
Teck, quand le prince Georges [le roi actuel]
y vint demander la main de la jolie princesse
lfoy, la future reine d'Angleterre.

est d'une force ordinaire, il excelle du moins
dans les langues 1ivantes, l'allemand, l'italien et le français. Il suit régulièrement le
cours des études, mais il s'est épris tout à
coup de Walter Scott et c'est .à le lire qu'il
passe la plus grande partie de son temps.
Aussi saura-t-il gré un jour à l'illustre écrivain des jouissances qu'il lui aura procurées,
en souscrivant un des premiers à sa statue
qui orne aujourd'hui une des places de la
capitale écossaise.
Détail curieux, comme s'il al'ait prérn que
le prince héritier ne laisserait pas une trace
brillante de soq passage, le recteur du collège oublia d'immatriculer le prince, ouLli
qui ne fut réparé que lorsque celui-ci conduisit son fils, le duc de Clarence et d'Avondale, au mème collège, en 1885. Trois fois
par semaine, le prince se rend chez Charles
Kingsley, pour prendre sa leçon d'histoire.
S'il s'entraine au canotage sur le Cam, le
prince ne semble pas goûter autant qu'à
Oxford les plaisirs purs des élèves de l'université. Londres l'attire; il rêve d'y aller avec
quelques amis faire ses fredaines et, comme
le colonel Bruce, son gouverneur, a ordre,
sans le perdre de 1·ue, de lui laisser la bride
un peu Bche, il en profite pour tramer des
aventures qui ne réussissent pas toujours à
son gré.
On raconte qu'ayant quitté Madingly Hall à
l'improriste, il prit incognito un billet pour
Londres à Paddington. Il se promettait de
passer une bonne soirée en joyeuse compa-

+
Nous sommes en 1860, le prince entre
dans sa dix-neuvième année. c·~st alors que
la reine va lui faire jouer son rôle de commis,·oyageur en loyalisme, - le mot est de
l'époque - rôle qui sera dorénavant départi
aux princes de Galles. Elle l'envoie faire au
Canada une visite promise depuis la guerre
de Crimée, visite triomphale qui, sur l'invitation du président Buchanan s'étend à la
république des États-Unis. Si la première
resserre les liens qui unissaient la grande
colonie à la mère-patrie, la seconde aura des
conséquences non moins importantes, en ce
qu'elle renouera entre l'Angleterre et sa colonie perdue des relations depuis longtemps
suspendues. Le prince rentre en Angleterre
pour célébrer son 19e anniversaire. C'est
grande fète à la Cour, car Bertie est désormais devenu un personnage important. La
princesse Victoria et son époux, le kronprinz
Frédéric, sont venus de Berlin pour lui faire
honneur.
L'année 1861 se passe à l'université de
CamLridgc où le prince est admis, après
examen, il Trinity Collcge. Par faveur spéciale, il est autorisé à habiter Madingly Hall,
:, trois milles de la rillc. Là, il ne tarde pas
à constater sa supériorité sur ses condisciples. Il a, en effet, sm· eux l'avantage d'avoi1·
p_u acquérir des connaissances plus étendues :
s1, en grec, en latin et en mathématiques, il

son Altesse !loyale désire être conduite l&gt;. JI
fit naturellement bonne contenance et, s'étant
rappelé à propos qu'il y al'ait une réunion il

Exeter Hall, il s'y fit conduire dans la voiture
de la Cour en\'oyée par son père. Après avoir
digéré de longs et cnnu}eux discours, il
n'eut d'autre ressource que de retourner le
cœur gros à Cambridge, ùÙ l'attenqait son
gouverncu r.
Il passe toutes les vacances de l'université
au camp de Curragh, en Irlande, où le prince
consort et la reine viennent le visiter. La
reine a consigné dans ses mémoires le « gai
déjeuner qu'ils ont fait dans sa charmante
petite salle à manger de garçon ».
Invité à assister aux manœuvres allemandes sur le Rhin, il s'y rend, visite sa
sœur à Worms et rencontre pour la première
fois dans celte ville, en train d'admirer
comme lui les fresques de la cathédral~, la
future princesse de Galles. Il s'en éprend
aussitôt et se promet de l'épouser.
li revient à Cambridge tout transformé par
son amour, dont les études ne réussissent pas
à le distraire. Il atteint ainsi son 20• anniversaire. Plus qu'un an et il sera m:ijeur.
Le 28 novembre, il reçoit à Madingly Hall la
visite du prince Albert qui s'ennuyait de lui.
Il faisait ce jour-là un Lemps froid et humide;
le prince prit froid. Joyeux d'avoir trouvé
son fils en bonne santé d'esprit et de corps,
le pauvre père rentre à Windsor dans la"
mème journée, mais c'est pour s'aliler el
mourir. Quelques jours seulement après
l'avoir vu, Bertie reçoit une dépèche de la
princesse Alice, qui, malgré la reine et malgré tout le monde, arail pris sur elle de le
prévenir; il accourt aussitôt et arrirc juste il
temps pour recernir le dernier soupir de son
père bien-aimé.
et&gt;

LE

PRIXCE DE GALLES

(Co//eclio 11 de M.

J.-L.

EN

1861,

CROZE)

gnic cl d'ètre de retour dans la ville universitaire le lendemain matin. Quelle ne fut pas
sa surprise, en descendant du train, de l"Oir,
debout dernnl la portière du wagon, un valet
de pied de la livrée royale lui demander &lt;1 où

Sa vingt et unième année esL rérolue. A
cette occasion, il vient prendre place à la
Chambre des Lords en uniforme de général
recouvert de la robe écarlate bordée d'hermine
des ducs, en sa qualité de duc de Cornouailles.
Lorsqu'il prèle serment, il frappe déjà l'assemblée par sa ressemblance avec Henri \'Ill.
A partir de ce moment, il fait de droit partie
du Conseil privé de la reine. Il cesse d'ètrc
surveillé. Il se gouverne lui-même et a la
libre disposition de ses biens. Il passe son
lemps en visites sur le continent et à surveiller
l'aménagement de Marlborough et de Sandringham dont celle qu'il a choisie et que sa
mère lui a enfin accordée, va bienlôt venir
prendre possession. La nouvelle .de son mariage, tenue' jusque-là secrète, ne tarde pas à
être publiée dans la Gazelle Officielle; elle
est accueillie de la nation avec un enthousiasme d'autant plus spontané que les Anglais
a1·aient redouté une nouvelle alliance allemande pour l'héritier du trône.

Le long règne de Victoria, l'empressement

�,

______________________

1f1STOR._1Jl
trente-sept fois, dix-neuf fois à des princes
indépendants de 810 à 1285, date de la soumission des Gallois par Édouard ]er, et dixhuit fois à des princes anglais. Édouard VI[
a donc été le trente-sixième prince de Galles
et le dix-septième prince anglais qui a porté
ce titre. C'est à partir de 1556, sous
Henri Vlll, date 11 laquelle la principauté de
Galles fil définitivement partie intégrante de
l'Angleterre, qu'il fut exclusivement réservé
aux héritiers du trône d'Angleterre. Les
princes de Galles qui onl régné s-ont au
nombre de onze : Édouard li, llichard li,
Henri V, tdouard V, Henri VIII, Charles Jer,
Cha_rles II, Georges 11, Ceorgès llT, Georges IV
el Edouard Vil.
La plupart des princes de Galles ont laissé
une réputation de viveurs el en cela Édouard VII
n'aura pas fait exception. Au xvlll0 siècle, ils
se rendirent impopulaires à force de scandales. On raconte que Georges Jer, outré de
la conduite à la cour du prince et de la princesse de Galles, son fils cl sa bru, les fit
chasser du palais avec leurs domestiques par
son chambellan. Georges II prit en; dégoùt
son fils Frédéric, prince de Galles, dont sa
mère elle-même disait qu'il était « le plus
grand âne, le plus grand menteur, la plus
grande canaille et la plus grande bête du
monde entier ll. Elle Youlut inspirer son épitaphe qui se terminait par ces deux vers :

de celle-ci à conférer à son fils aîné, dès le
berceau, lo Litre de prince de Galles, le rôle
effacé dont elle s'est con tentée dans son dégoût du pouvoir, la place laissée de bonne
heure vacante par le prince consort, la part
dominante prise dans les affaires de la nation,
en dehors de la politique, par Albert-Édouard,
onl donné une importance inattendue au rôle
de prince de Galles. Jusqu'alors ceux qui
avaient porté ce Litre s'étaient contentés de
jouir de la situation privilégiée du plus haut
personnage du royaume après le souverain et
avaient allendu, dans l'oisiveté et souvent
dans la dissipation, leur tour de régner.
Albert-Édouard a compris son rôle autrement,
comme le lui avait tracé son père, et, s'il ne
s'est pas davantage consacré aux intérêts du
pays, c'est que les ministres de Victoria se
~ont appliqués à le tenir le plus possible
éloigné des conseils de la reine, afin de garder
celle-ci souple et obéissante à leur direction.
C'était assez que le prince consort, qu'ils ont
réussi à retenir sur les degrés d'un trône où
la reine aurait voulu le voir assis à son côlé,
&lt;'ÙL gardé de l'ascendant sur l'esprit de sa
Îl•mme par l'étalage de ses qualités d'homme
d'l~Lat ; il fallait à tout prix tenir 11 l'écart le
fils qui n'eût demandé qu'à marcher sur les
traces de son père.
Confiné dans ses allribulions mondaines,
le prince de Galles n'en a pas moins su conserver son inlluence en se posant en arbitre
de la rnciété anglaise, en guidant celle-ci, en
lui faisant perdre une parlie de ses préjugés
d'un autre àge, en la façonnant en un mot
mieux qu'il n'eût pu le faire s'il eût régné
plus tôt.
La reine \ïctoria a une place à part dans
l'histoire par le caractère constitutionnel de
son long règne. Édouard VII, aura été beaucoup plus longtemps prince de Galles que roi
et restera le type moderne de l'héritier du
trône, qui entend la voix graYc du devoir,
même au sein de ses plaisirs les plus bruyants,
quille ceux-ci sans hésiter chaque fois que le
pays a besoin de lui et sait rester le premier
sujet de la reine pour mieux donner l'exemple
du vrai loyalisme. En cela il a été fidèle à la
maxime inscrite dans ses armes : !ch dien, je
sers.
On pourra dire de lui qu'il n'a pas été
. un modèle de sobriété el de continence, mais
on ne dira pas qu'il s'est dérobé une seule
fuis devant l'appel de la moindre fraction de
la nation, lorsque celle-ci a eu recours à son
palronage ou à son appui, et Gladstone n'a
fail que lui rendre justice, lorsque, fermant
a vcc indulgence les yeux sur ses fautes, il a
proclamé que le prince avait rendu de réels
secvices à son pays.
Sans ses fautes qui, aux yeux d'une société
moins puritaine et moins hypocrite que la
société anglaise, auraient passé pour de simples frasques, il détonnerait dans la longue
lignée des princes de Galles.

Le titre de prince de Galles a été conféré

dans la peinture du pri11ce l&lt;'lorizcl, dont le
plus beau Litre de gloire avait été d'inventer
une nouvelle boucle à soulier. Georges IV
avait la prétention d'être le premier gentilhomme du royaume cl, oc pouvant l'être
autrement, s'était efforcé de l'être par sa
mise efféminée.
On conçoit qu'après de tels exemples la
nation soit devenue méfiante à l'égard des
princes de Galles et l'on s'explique l'explosion
d'indignation qui se répercuta dans tout le
Tloyaume-Uni, chaque fois que le nom du
fils aîné de Victoria se trouva mêlé 11 un
s_candale. Il est certain que, par nature ,
Edouard VII n'aurait été que trop enclin à
suivre l'exemple de ses prédécesseurs, si le
prince consort n'avait eu le soin de lui faire
donner, autant que possible , l'éducation
sévère qu'il avait reçue lui-même et que
reçoivent tous les princes allemands de ces
dernières générations.

En épousant la princesse Alexandra de
Danemark, Aluert-Édoua-rd avait suivi l'inclination de son cœur. Aussi les premières
années de leur union furent-clics parfaitement
heureuses, les goûts du prince cadrant merveilleusrment avec ceux dt' sa femme. Celle-ci,
tout à son amour, à l'enchantement de sa
nouvelle situation, se sentant populaire, sincèrement aimée de la reine, adulée de la
Ci gil Fred
Qui a élè vivant cl qui est morl.
cour, pouvant dépenser chaque année pour
ses toilettes plus du double du produit de la
Avant de monter sur le trône, Georges lV,
fütc civile du roi Chrislian son père, paraissait n'avoir rien à désirer. Le prince, plein
d'attentions pour elle, fier de ses succès dans
le monde, s'ingéniait à faire son bonheur et
prenait un tif plaisir à l'associer rétrospectivement à la période de sa vie qu'elle n'avait
pas partagée, en lui faisant visiter les universités d'Oxford, de Cambridge, d'J~dimbourg. Les idées du prince prenaient, sans
qu'il en eût conscience, un nouveau cours :
il ne croyait plus que dans la vie de famille.
Pour guérir la princesse de la mélancolie qui
s'était emparée d'elle à son arrivée en Angleterre, il savait à temps la dérober à sa vie
habituelle par des excursions, des voyages à ,
CopenhaguP, ou ailleurs sur le continent, en
Angleterre, en Écosse ou en Irlande .
L'heureux él"énement qu'est toujours la
naissance d'un enfant el, pour une famille
royale, celle d'un fils, ne devait pas tarder à
res~errer encore les liens d'affoction qui
unissaient les deux époux. En février 18(;/I,
la reine les ayant invités à venir attendre
auprès d'elle le retour du printemps, le
prince el la princesse se trou vaienl à Frogmore-House, dans le parc de Windsor.
Alexandra se croyait enceinte de huit mois.
Un jour, comme elle rentrait après une
LE PRINCE ET t; A PRINCESSE DE GALLES EN 1863.
après-midi passée à patiner à Virginia-Water,
Colletl io11 de Jf. J.-L. Cnow.
elle sentit les premières douleurs de l'enfantement. Une seule dame d'honneur, la corn·
le prédéccssem de Victoria, avait, en qualité
tesse Macclesfield se trouvait là, ainsi qu'un
de prince de Galles, mené une vie oisive et
des ministres de la reine. Le prince, inquiet,
frivole qui l'avait fait détester de la nation.
envoya quérir un médecin au château; mais
C'est lui qui servit de modèle à Thackeray

•

quelque diligence que fit celui-ci, il n'arriva
que P?ur constater qu'on avait pu se passer
de_ lm. Lady Maccbfield, qui, pour avoir
mis au monde un grand noruùre d'enfants
connai,sait lP.s soins à donner, aYait habi~
lement , aidée du prince, servi de
s1ge-J'emme et obliO'('ammcnt
0
prêté un de ses jupons pour envelopper le nouveau-né dont la
~iche layette était Ioule prèle
a MarlLorough-llouse. L' ru r~n t
• était d'une belle venue l'i, comme
l'avait pu constater le minislre
présent, un héritier pos,il,le de
la couronne. Oa l'appela AlbertVictor, des noms de son prre I t
~c la reine. Comme son JJère, le
1eune prince avait devancé l'heure
de son entrée dans le ruond,i.
'foute aux joies de la maternité, Alexandra, que la ,ociété
de Londres avait peu rne depuis
le drawing-ruom duns lequel elle
lui avait été présentée au retour
de son court sPjour à Osborne,
où elle était allée passer sa Iuue
de miel, parut, sans se s.iqui:strer rigoureusement comme la
reine sa belle-mèr", vouluir vine
autant que possil,lc en dehors du
monde. D'ailleurs, la rapidité
a\'ec laquelle s'accrut la ÎJmille
du prince ne lui laissa pas le
ll'mps de vivre en mondaine.
Seize mois après son premier fill',
elle en mit au ·mon de un second
le prioce Georges, en juin 1865;
pui_s ses trois fil!es, Louise, \ïctoria et Maud, vmrent au monde
à un an de distance, en 1867,
18G8 et 18G9, el enfin un dernier fils en 1872.
Les couches de la princesse ne
furent pas toujours heureu,c s. A
la naissance de sa première fille
Louise, elle resta confinée à la
chambre pendant six longs mois.
Jamais le prince ne fut plus allentionoé pour
elle : pour être plus souvent à son chevet il
avait fait transporter son bureau dans ~on
L??doir,_ et lui donnait lui-même des soins.
L ed~°:1t!oo de leurs enfants, à qui le prince
tenait a mculquer des idées modernes faisait
souYenl l'objet dt! leurs conversations intimes
el rien n'était f,üt sans qu'ils se fussent longuement consultés. Lorsque la princesse fut
complètement remise de sa crise et qu'elle
eut do~_né 1~ jour à une seconde fille, la princesse , 1c~oria, le P:ince l'emmena en ÉgJpte,
en Palestme, en Grece et en Turquie, et c'est
au retour. d_~ ce -merveilleux voyage qu'elle
eut sa lr01s1eme fille, la populaire princesse
M~ud. , La répu talion frivole que se fit le
pri?ce a cette époque de sa vie a pu faire
cr.o~re qu'i! s'était détaché de sa femme el
de~~nléresse de sa progéniture. La vérité est
'I u ~! resta attaché à la princesse et qu'il a
touJours veillé avec la plus tendre sollicitude
sur le bonheur de ses enfants.

Le prince George n'avait que deux mois
lorsque
le feu prit à Marlboroucrh-llouse
u~
.
~
0
'
malm, comme Albert-l~douard venait de se
lever. Sans allendre des secours, il se met
résolument à la tàche, arrête un plan, com-

LE

PRINCE DE

WLLES EN 187~.

D'après le tableau d'ANGÜI,

maud~ à sa livrée comme un bon capitaine de
po~piers, et après s'être assuré par luimeme que tout son monde est en sûreté, se
déshabille jusqu'à la ceinture et s'élance au
feu. Lorsque la brigade de pompiers arrive,
tout danger est conjuré, le feu est circonscrit
de façon à faire le minimum de décrâts. L'officier _qui commande la brigade n'a°plus qu'à
survmller l'exécution des ordres qu'il a donnés, et quand, un à un, les ministres accourent, ils le trouvent noir de fumée mais aussi
calme que si rien ne s'était passé.
A Sandringham, le prince Georges _est pris
de la fièvre typhoïde, tandis que la princesse
est en ,Danemark; le prince l'enveloppe, l'em:
porte a ~larlborough-Ilouse, el ne le quille
pa~ d'une seconde jusqu'à cc que la princesse,
prevenue par télégramme, soit de retour auprès de lui.
, Lorsqu'il présen~e ses fils, à leur majorité,
a la Chambre des Lords, sa joie éclate sur
son visage.

Plus lard, il perd son fils aîné à l'àcre de
vingt-huit ans, à Sandringham, et il ist le
plus désolé des pè1·es. li fait peine à voir der.,
.
'
riere son cercuml, de Sandringham à Windsor
où la reine exige qu'il soit enterré. Arec ses
fille~, il est d'une tendl'essc cxqu!sc .. Il ~c pl,aît en leur compagmc; il aime a recevoir leurs petites confidences. Lorsque l'heure
est venue pour elles d'aller fondrr
d'autres foyers, il les laisse suivre leur inclination, et ne craint
pas les mésalliances. De Fife se
présente, il plaît à la princesse,
le prince l'accueille el lui fait
do_ooer par la reine les titres qui
lm manquent. Maud, sa fille de
prédilection, éprouve une vil'e
sympathie pour le prince Charles
de Danemark, qui n'est que le scc_ond fils du kronprinz; AlbertEdouard le lui donne pour époux,
sans rcgreller pour elle les couro~ncs auxquelles clic aurait pu
pretcndrc. Au dire mème de ses
enfan ts, il est l'idéal des pères.
En 1871, le prince contracte
la fièvre typhoïde dans une partie
de . chasse et est plusieurs s(mames entre la vie et la mort.
Le valet de chambre qui le soi,,.nc
gagne la maladie et ne larde ~as
à succomber. La princesse le soigne ell~-même à rnn tour, comme
une simple bourgeoise, et ne
quille pas son chevet. Grâce à
ces soins assidus cl intellio-cnts
.
0
'
1e prmce entre en convalescence.
Dans une lettre touchante la
.
prmcesse
fait part à la nation' de
son bonheur et assiste, heureuse
à côté de son époux, au Te Deu11;
d'actions de grâces à la cathédrale de Saint-Paul.
Le ménage du prince est des
plus unis. Si l'entrainement les
occasions faciles qui s'offre;1t si
n?mbreuses au prince dans sa position élcne _le tr_ouvcnt pas toujours d'une vertu
r1g1de, 11 sait du moins respecter son foyer.

v:~•

Une histoire intime d'Édouard VII ne sau~ait ~c passer d'un chapitre consacré à ses
îredallles amoureuses; c'est même leur faire
une place bi~n étroite, hors de proportion
avec celle qu'il leur a faite dans sa vie. Pendant un quart de siècle, le prince de Galles a
défrayé pr~sque à l_ui seul la chronique égrillar~e des cmq parlrns du monde.
Edou~;d VII c_st éclectique et cosmopolite
en mat1ere de lemmes; mais ce sont les
hcautés françaises et américaines qui ont le
plus souvent trouvé le chemin de son cœur.
Jeune homme, il aimait rivre de la vie de
Paris, 9ui av~it fait une si grande impression
s?~ l~1, à l age de quinze ans, lors de sa
v1s1tc a la cour des Tuileries en 1855. A celle

�msro1{1.J1
sitent les coJlisscs des thé.Ures londoniens,
époque, il eùt voulu obtenir de ~es parents la jour qu'il :isait fait venir )lmc Judie dans s1 en particulier celles de Gaiety 'l'heater, renompermission de prolonger son séjour cl avait loge, celle-ci lui dit qu'un prétendant qui lui mées pour la collection de jolies filles qu'on
inutilement chargé l'impératrice Eugénie de ressemblerait aurait de grandes chances de Y rencontre.
la demander pour lui. La reine et le prince rétablir la monarchie en France. - &lt;! Merci -· Lorsqu'il éprouve le besoin de faire diverbien, lui répondit Albert-Édouard, mais vous
Albert la refusèrent, mais cet. échec ne fit
sion, le prince va promener ses fantaisies au
usez
trop vite vos rois dans ce pays. l&gt;
qu'augmenter chez le prince le désir de conlarge,
à l'abri des indiscrétions de la foule. li
Pendant les entr'actes, il fouille les loges
naitre la vie parisienne. En quittant Paris, il
embarque
sur la cùte française de la Manche
se promit alors d'y revenir. II s'est largement de sa lorgnette jusqu'à l'indiscrétion.
de
jolies
recrues
de chignons d'or arril'és de
En Angleterre la cour de Marlborough est
tenu parole. On ne compte plus en effet, tant
Paris,
qu'il
dépose
sur la Côte d'Azur après
pleine de jolies femmes, surtout d'Amérielles ont été nombreuses, les visites qu'il fit
une
joyeuse
traversée
pendant laquelle on a
caines. Le prince P-St libre avec elles et leur
soit ouvertement, soit dans le plus strict incosablé
tout
le
champagne
qui garnissait au dépermet toutes les familiarités. C'est Miss
gnito, à la capitale des plaisirs, où, pendant
part
les
soutes
du
yacht
de son Altesse.
Emily X... , qui s'est fait une spécialité du réprès de vingt ans, il eut toujours quelque
Un volume ne suffirait pas à retracer les
pertoire grivois de Judie, Thérésa, Théo et
intrigue en train.
Jeanne.Granier,
et qui, en chantant, bat la prouesses galantes du royal fètard qui repaSes amours n'ont pas toujours été sans
mesure sur l'épaule du prince; puis Miss raissait dans l'ex-prince de Galles chaque fois
risques. Un jour qu'il dînait en tète à tète
Cunninghs, qui gagne à son tour les faveurs qu'il pouvait s'arracher aux obligations de sa
dans un restaurant des quais alors à la mode
du prince. C'est ensuite Mistress Langtry, une dignité.
avec une certaine Mme S... , petite bourgeoise
S'il a joui pendant un quart de siècle de
fille de clergyman, unie à un mari complaimariée qui lui accordait ses faveurs, on vint
l:i,
réputation d'un libertin, on ne saurait
sant, que le prince a découverte dans l'île de
le prévenir que le mari de sa belle était dedire
qu'elle est usurpée. D'ailleurs, le prince
Jersey et qu'il produit dans la société anglaise.
vant la porte du restaurant à guetter la sortie Du jour au lendemain, Londres est aux pieds ne paraît nullement gèné de sa réputation el
de sa femme. Il n'y avait pas une minute à
de cette jolie poupée qui goûte son triomphe. il ne lui déplait pas de passer pour irrésistible.
perdre, il fallait éviter l'esclandre à tout prix. D'elle le prince tolère tout, ,même qu'elle lui Il a, en matière de femmes, les idées les plus
Le prince, plein de ressources, proposa de verse une glace dans le cou en public; il sait larges et pense que ce qu'on a dit de lui on
déguiser l\lme S... en pàtissier et de la faire d'ailleurs supporter tout sans être ridicule. pourrait le dire de beaucoup d'autres princes,
sortir avec un panier sur la tète. Le strataC'est pour Mistress Langtry que les reporters s'ils avaient été aussi en vue et sur.tout s'ils
gème réussit à merveille. Affublée du tablier, mondains ont créé l'euphémisme de c1 profcs- s'étaient montrés aussi ennemis de la disside la colle et de la toque blanche du gàte- sionnal beauly ll. Recherchée, adulée, comblée mulation.
sauccs, la femme infidèle put sortir de l'éta- par le high-life, Mistress Langtry dégénère
J.H. AUBRY.
blissement sans être reconnue par son mari bientôt en vulgaire courtisane et voit peu à
jaloux, qui continua de faire les cent pas dans peu les salons se fermer devant elle. Elle suit
Au lendemain de la mort du roi
la rue.
alors un impresario américain qui a entrepris
Mais cc ne fut là qu' une amourette de ren- de l'exhibe1· sur la scène, pensant que toute la Édouard Vll, dont la disparition soucontre sans aucune conséquence. Une liaison société américaine voudra voir l'ex-favorite du daine a provoqué partout des regrets
de plusieurs années commença peu après prince que sa réputation a précédée, et l' événe- si profonds, Historia a cru devoir emavec une princesse qui avait pour ainsi dire ment lui donne raison, car l'impresario fait prunter à J.-H. Aubry, l'un des écritenu le prince enfant sur ses genoux, quel- d'excellentes affaires. Le bruit de la réception
ques années auparavant, à la cour de Napo- enthousiaste qui a élé faite en .\mérique à sa vains français d'aujourd'hui qui connaisléon m. Celle fois le prince fut véritablement pensionnaire donne à l'impresario l'idée de sent le mieux la cour d'Angleterre, l'éamoureux, et traversa la mer plusieurs fois l'exhiber sur une scène anglaise. Il la ramène tude biographique et anecdotîque qu'on
par semaine pour rejoindre la dame de ses donc en Angleterre où elle joue à Londres vient d~ lire. Mais on a entendu se borpensées à Pa1·is en hiver ou à Trouville en l'Ecole du Scandale de Sheridan. Une telle ner ici à retracer, sans rien souligner ni
été. Pendant plusieurs saisons, on vit régu- pièce jouée par une telle femme, c'en est rien atténuer, la vie cl'Albert-Édouard
lièrement le 1•acht du prince franchir la jetée assez pour que tout Londres accourre aux gui- jusqu'au :2 2 janvier 1901, date de son avèdu pelit port à la mode, el cette liaison servit chets du théâtre, et en effet, Mistress Langtry nement comme souverain du Royaumependant des mois de thème aux potins de la obtient un regain de succès.
Cour. Le jeune prince était dans son élérnenl , Les Américaines sont plus en vogue que Uni.
A partir de ce jour-là, le joyeux
au milieu des grandes coquetles de l'aristo- jamais. Miss Anderson, Miss Fortescue se parprince de Galles n'est plus. JI cède la
cratie parisienne qui, selon lui, n'avaient tagent successivement les bonnes grâces du nounulle part leurs égales. li pensait qu'un 'prince veau Vert Galant, puis vient Miss Chamberlain place à Édouard Vl J, qui va, pendant
ne doit s'afficher qu'avec des femmes d'une qui les éclipse et auprès de laquelle le prince neuf ans, dans le rôle nouveau qu'il
suprême élégance. Un jour qu'il faisait son se montre si assidu que, pour la première saura tenir avec tant de dignité, faire
persil au bois autour du grand lac, vint à fois, la princesse de Galles devient excessive- preuve des plus rares qualités d'homme
passer en voiture son oncle Ernest, le duc ment jalouse. Le prince emmène sa nouvelle d'État.
rci"nant de Saxe-Cobourg-Gotha : « Tiens, dit favorite à Hombourg et la promène sur le
L ' Histoire, la « grande Histoire i&gt;,
0
le princc, voilà mon oncle Ernest; je regarde continent; Miss Winsloe, une intime de la a, désormais, seule des droits sur lui;
d'un autre côlu, car il a toujours des femmes précédente, que celle-ci à l'imprudence de pourtant dès maintenant il est permis
impossibles . ll
présenter au prince, la supplante aussitôt, ce de dire que, ratifiant le jugement sponLe soir, le prince fréquente dans nos Lhéà- qui lui vaut le surnom de c1 vicc-chambcltané des contemporains, elle lui réserlrcs el ne manque jamais de faire son tour
lane
ll,
vera la place qui lui est due et mettra
dans les coulisses ou de se l'aire présenter les
Entre temps, le prince et ses intimes, notam- Édouard VJ 1 au nombre des grands rois.
actrices en renom auxquelles il offre souvent ment Sir Christopher Sykes et Mr Wilson, vià souper. Peu après la chute de l'~mpire, un

GRANDES

AMOUREUSES
&lt;:9c&gt;

Phr)Jné
Par JEAN RICHEPIN, de Académie française

0
A la même époque que Laïs, plus belle en- et vigoureuse sève d'amour, ni leurs boucore ~t plus renommée que celle-ci, llorissait qu_ets,. ni leu~s sourires, et qui, lorsqu'elle
la re~ne des courtisanes grecques, le plus daignait ouvrir la bouche, se gaussait d'eux
parfait modèle de la beauté féminine chez amèrement:
les anciens, la courtisane Phryné.
- Que venez-vous mendier ici? disait:elle
- Phryné la Thespienne, disaient ses ~oilà de bea_ux q~émandeurs d'amour, qui
amies les hétaïres.
viennent o~r1r la Jeunesse à Phryné, !'éter~ Phryné l'_a~are, glapissaient les poètes
nellement Jeune. Qu'ai-je besoin de vos roses
co_m1que~, Postdippeus dans !'Ephésienne, e~ de vos lys? Mon corps est un parterre plus
Tirnoclee dans Nérée.
riche q~e vos petits jardins des faubourgs.
- ~hryné !'Aphrodite, Phryné la Kypris, que m unportent vos violettes pâles et chéchantait l'l peuple.
tives? De plus vives et plus chaudes brillent
Phryné d~ Thespie, en effet, passait pour dans !'Avril de mes yeux. Allez! allez! rela plus cupide des courtisanes. Elle n'était t~urnez aux comptoirs de vos pères, apprenez
qu'au plus offrant. Les riches nécrociants d eu~ que toute marchandise a son prix, que
d'Athènes, les métèques opulents, le; colons le m1~l, et le blé, et l'i voire, et la pourpre,
revenus d'Asie ou de Sicile, les étrancrers de ne se Jettent pas en paiement d'une chanson
passage, n'avaient droit à ses faveur: qu'en d'amour, que rien ne se donne, et que tout
les p~yant. On ne lui connut pas un amour se vend. Vendez aussi, comme ils ont fait
grat~1~, aucun~ de ces passions légères et travaillez sur le Pirée, courez les mers, e~
capricieuses qui renoncent à l'or d'un vieil- quand vous serez devenus riches en vendant
l_ard pour les roses fleuries aux joues d'un venez m'acheter, car je suis à vendre.
'
ephè~e pauvre. Ce n'est pas elle qui aurait eu
Et ils partaient, la trouvant plus belle enles faiblesses de Laïs, de Laïs rcrrorgeant de core, et tout altérés de l'âpre soif du 0rrain
'hesses et offrant à sa satiété leo réerai d'un désireux ~e travailler pour acquérir le pri~
rie
amant simplemen_t ai°:1able., Elle n'é°tait pas de ses baisers délicieux. Et ainsi l'honnête
fe_mme à poursmvre Jusqu en Thessalie un courtisane, que les poètes envieux appelaient
Ili~pol?chos. Il lui fallait l'amant qui pouvait avare et mauvaise, faisait en conscience son
sat1sfa1re à tous ses caprices de luxe, l'homme m?ti~r, et, par_ le goût du négoce qu'elle
dont le cœur pleurait des larmes d'or dont av1va1t chez les Jeunes gens oisifs, contribuait
la main en pressant )a sienne y mettait ie prix à la prospérité du travail et au bonheur de la
de la. caresse promise. Et plus d'un jeune République.
N'était-il pas juste, après tout, qu'elle fit
~thémen, plus d'un bel Asiatique, coureurs
d aventures, perdirent leur temps à venir payer son corps aux marchands, elle à qui
a~tendre à s~ P?rt~ un sourire et un espoir. les marchands faisaient payer son palais, ses
L esclave qm ve1lla1t au seuil regardait sous tentures, ses fêtes, son luxe? Et n'aurait-elle
leur manteau, et n'y voyant qu'un beau pas été plus coupable en cédant aux désirs
corps, leur demandait ce qu'ils apportaient. des jeunes gens, de leur donner ainsi l'amour
- Des fleurs, répondaient-ils, des roses, de la paresse et des plaisirs acquis sans peine?
Elle ne faisait rien d'ailleurs pour exciter
~es ly~, des violeltes, et aussi nos vingt ans
les désirs, et n'était pas de celles qui attirent
epanoms, et nos baisers amoureux.
- T?ut, cela ne vaut pas des drachmes, les chalands par l'appât des nudités entrevues.
répondait l esclave. Vos présents de jeunesse -Elle méprisait l'ostentation, la parade, la
sont monnaie de pauvre et vos dons de fleurs montre extérieure, tout ce manège habituel
des courtisanes qui se font voir pour se faire
sont offrandes de jardinier.
Et il leur fermait brutalement au nez la souhaiter. Elle estimait que la beauté n'a
porte cruelle.
point besoin de tant d'artifice. Elle allait
Que s'ils pouvaient arriver jusqu'à la même plus loin dans son égoïsme de comDéesse, comptant sur la gentillesse de leurs °:1erc~ amoureux, et aurait cru prostituer à
cadeau~, et s~r le b~u feu d'amour qui leur vil prix la splendeur de sa divinité en l'étalant
O_ambait au visage, ils trouvaient une impas- chaque jour aux yeux du vulgaire.
. Aussi vivait-elle comme une matrone pus~le femme à l'air moqueur, qui ne regardait
m leurs beaux cheveux calamistrés ni leurs dique, plus close dans son palais d'amour que
membres assouplis et parfumiîs, ni ieur verte les mères de famille dans leurs gynécées, sorII. -

HISTORIA,

-Fasc. 13,

... 209 ...

t3J;1t à de rares intervalles, fuyant les assembl~es nombreuses, le théâtre, les places pu-,
bhques, tous les lieux où il aurait fallu se
l~isser voir. Quand elle sortait, elle était
velue de robes amples qui dérobaient ses
formes, et couverte d'un voile qui cachait sa
f~ce .. Elle considérait comme un trésor qu'il
n était pas bon de prodiguer, cette beauté
merveilleuse qui faisait sa fortune, sa gloire
et son orgueil. C'est en cela surtout, bien
plus que par sa cupidité, qu'elle se montrait
avare.
Oh! bien avare en effet, puisqu'elle privait
le monde de sa vue, puisqu'elle était chiche
d'elle-même, puisqu'elle faisait comme ces
thésauriseurs farouches à qui l'or semble mal
gardé_ pour peu qu'i_l soit seulement regardé.
Mais élalt-elle réellement avare de ses
richesses, celle qui, sur ses propres deniers
décora C_orinthe de ses plus beaux monu~
m~nts l Etait-elle avare, celle qui, après la
rume ~e Thèb~s par Alexandre, proposa aux
Thébams de fal.l'e reconstruire leur ville à ses

1

frais? C'était le sacrifice de toute sa fortune
qu'elle proposait. Les Thébains refusèrent,
p~r~e que la courtisane voulait que l'on inscrmt sur les portes de la ville :
14

�_ _ _ _ _ _ _ _ _: _ __ _ _ _ J

111STO'R..1.ll
Oui, des artistes. Elle_ aima Praxitèle le !'Olympe celle-ci devait paraître d'autant
plus cha;mante qu'elle révélait tout un monde
sculpteur et Apelles le pemlre.
.
nouveau
de grâce et de voluptueus;s cares~;s.
L'art grec, à cette époque, ne semblait _Pas
Ce
n'était
pas seulement une deesse qu on
pouvoir dépasser les magnificences au~t~res
voyait
en
elle,
la mère des dé~irs, !~,rêve des
de Phidias. S'inspirant des hautes tradil1?~s
cœurs,
c'était
la femme tout enll~re, une
éginétiques, et y ajoutant la vi~ et la vé1:_1te,
déesse qu'on admirait en ayant soif de la
Phidias et son école avaient auemt la s~preme
. .
.
expression du beau divin. Les types immor- posséder.
La statue fut achetée par les G01d1ens, qui
tels de !'Olympe étaient réalisés, dans _leur
calme et grandiose majesté. Une seule d~esse la placèrent au haut d'une colline, dans un
restait encore à l'état de rêve non exprimé. temple ouvert de toutes parts. De qu~lque
C'était Aphrodite, la beauté de la fem'.11~• le côté qu'on vînt, on voyait entre _les po~llq~cs
de marbre se dessiner sur le ciel la K~pr1s,
sourire de la nature, la grâce de la c;eat10n.
aussi
belle de tous les côtés; et il n'étail pa~
Zeus dans sa terrible noblesse; Phoibos, le
besoin de la reaarder en face pour tomber a
roi du jour' dans sa splen~eur de rayons;
genoux devant l; divine et impériss~bl~ be_auté.
Arlemis, tranquille et hautame dans sa _r~de
La renommée de Gnide fut fondee ains1, Les
chasteté; Athènè, roide dans sa vertu vml~;
Gnidiens
le comprirent, puisque, plus tard,
Lous les olympiens, sereins et farouches, habialors
que
leur ville était accablée d'un? d?tte
taient les temple~. On voyait se d~esser sur
énorme ils refusèrent de vendre au r01 Nicoles Acropoles' au fond des sanctuaires' leu~s
orandes iman-es aux gestes sobres, aux pli_s mède 1:ur statue pour le prix de_ leur d~tte. Ils
préférèrent tout, même la rume, memc ~a
;raves. Ceux~là viv~ient. ~lais qui ~one allait
vente de leurs maisons, à la douleur de v01r
faire vivre Aphrodite pleme de ~~a~. Pourpartir celle qui faisait leur gloire. lis consenrait-on assouplir le marbre et l a1ram _à se~
poses nonchalantes, au globe de ses sems, a taient à travailler sans relâche, à donner leurs
la lin-ne onduleuse dtl ses reins et de ses vaisseaux, à demeurer sans asile ~~s, leur
propre pays, à vivre pauvres et. me~r1ses de
hanches, à la voluptueuse rondeur de ~es
leurs
voisins puissants, pourvu qu on le~r
bras,- de son col, de son ventre? Quelle te~e
laissât la consolation de contempler la Kypr1s
oserait imaginer dtl tels contours, 9uelle ma~n
de Praxitèle, l'image de Phryné. Quels ~1.ens
les traduire? Ou plutôt_ qud mod?le hu1;1:l3l,n
pourrait jamais four01r aux artistes l idee terrestres, quelles rich~s~es' quelles 301es,
valaient la richesse prod1g1euse d~ ~tte pos;
d'une pareille perfection?
session, la joie sublime de celt~ JOmssance .
Ce modèle humain fut Phryné.
. .
Praxitèle, comme tous les arlistes.amant~,
Elle alla trouver Praxitèle, et, sans lm rie_n
avait
immortalisé sa maîtresse. Mai~, cr~demander que la gloire de poser devan~ 1~1,
gnant avec raison qu'à la longue on n oubhat
elle se montra nue à ses yeux émerveille~.
le modèle en admirant la déesse'. et voulant
Elle quitta son palais, ~es _amants, ses rique Phryné en personne vécût aussi longtemps
chesses, pour vivre dans l ~teher d~ sculpteur'
que Kypris, il ne se contenta pas de cet~e
toute à lui, rien qu'à lm. Et g;ace à ce~te
statue
et fit le portrait même de la courtiunion du génie et de la beaute, Aphrodite
sane. Deux figures reproduisirent exactement
prit enfin naissance.
, . .
Celte statue, qui devint dans l h1_st01re la les proportions exquises de son co~ps et le
Vénus de Gnide, est le type parfait de la charme enivrant de ses postures. L u~e f~t
envoyée à Thespie, dans le pars qu'. avait
déesse, gracieuse et puissante, naïve et co- donné naissance ·à celle merveille. L autre,
quette, ayant pour ~arac~ère ~e sorte de
statue dorée, fut consacrée dans le t~~ple d~
volupté chaste 1mposs1ble a défimr •
La Déesse est représentée debout et nue, Delphes, rendez-vous de la Grèce entiere'. qm
le buste légèrement incl!né en avant, et la put lire, dans la demeure mêm~ ,des dieux,
celte inscription gravée par Prax1tele sur un
tête penchée vers la droite. Elle semble. r~garder la draperi? qui_ tout à l'heure voilait socle de marbre pentélique :
son corps, et qm marntenant, retenue graCELL_E.-CI EST P1rnYl'iÉ LA TuESPIE~NE.
cieusement par la main pendante, repose en
plis lourds sur un grand vase à parfums. La
Comme la Vénus de Gnide fut le cbefmain gauche, dans un mouvement de pudeur
d'œuvre de Praxitèle, ainsi la Vénus Anadyoirritant cache la secrète partie du corps que
mène fut le chef-d'œuvre d'Apelles. C'est ~ue
les ho~mes ne doivent point profane:. ,de
le grand peintre, lui aussi, fut ad,mis à s'mleurs regards. Il avait été donné à Prax1tele
spirer du corps parfait de Phr~e. Elle voude la contempler' et il semble que son a~our
jaloux ait voulu en défendre la vue aux siecles lut être sa maîtresse, et celle fois encore ne
demanda en payement de sa beauté que la
à venir.
Cette statue, dit Pline, est la plus bel~e non gloire.
.
d'A li .
li ne subsiste rien des œuvres
pe es'
seulement de Praxitèle, mais de la Grece et
pas -plus que de toute la peinture g:ecque.
du monde entier. Cette opinion n; sem~le p~s
Mais on peut juger, d'apr~s les témmgnages
exagérée, si on pense qu~ ju~qu alo~s ~ama1s de l'antiquité, que les pemtres grecs ne l_e
le ciseau des sculpteurs n avait exprime, dans
cédaient pas aux sculpteurs, et on_ sait
des lignes plus harmonieuses et dans une
qu'Apelles est le plus grand des pemtres
Phryné la cruelle, ouvrit un jour son cœur et inspiration si ardent~, la plus b.el!e et la plus grecs. Heureusement, si le ta_bl~u même e~t
aimée des Déltés antiques. A cote des, autres
détruit, il en reste des descript10ns ; on croit
aima.
figures trop imposantes et trop aus teres de
Elle aima qui? Des dieux?

Thèbe..s, détruite par Alexandre, rebâtie
par Phryné. »
.
Certes, une avare n'eût pas ainsi offert
d'échanger ses tas de richesses contre une
ligne de gloire.
.
La gloire! Tel fut le constant obJet de ses
plu_s chers vœux.
. .
.
.
Etre riche! Que lm 1mporta1t? EUe savait
bien qu'avec sa beauté elle ne serait jamais
pauvre. Pour_une fortune de per?u~, dix d_e
retrouvées! Etre aimée! Que lm IIDporta1t
encore? Elle l'avait tant été qu'elle en était
lasse. D'ailleurs, aimée de qui? De négociants
enrichis de libertins vaniteux, d'étrangers
curieux.' Que lui faisait tout ce monde d'ad°:
rateurs? Pouvait-elle aimer elle-même? Parmi
tant d'appelés, choisirait-elle un élu? Fi donc:
Elle savait trop bien l'excellence ?e sa beaute
pour s'abaisser à ~mer. Une r~me ne peut
point aimer un suJet_. Pour_ faire battr~ le
cœur de cette déesse, 11 aurail fallu un Dieu.
Donc, qu'étaient pour elle la ric?esse, le l~xe,
le plaisir, l'amour même? Moms q~e rien.
Mais la gloire! Ah! cela seul pouvait payer
son amour! Être Phryné, _non pas po~r di~
ans, pour vingt ans, ma,~ .pour_ touJ~ur~.
Être admirée par la posterité.1 Etre a1mee
après sa mort! Senti: qu'on _dominera de, sa
beauté toute une smte de siècles, et qu on
aura dans l'avenir une cour de peuples prosternés devant soi! Cesser d'être une femme
pour s'incarner dans un type, pour devenir la
vivante imaae
de la grâce et de la perfection!
0
Être Kypris Aphrodite ! Voilà ce qu:elle ~oulait la divine courtisane. A défaut d un Dieu,
elle' aimerait l'homme qui la pourrait faire
déesse.
Et Phryné l'insensible, Phryné l'avare,
&lt;(

'----------------------------------------même pouvoir affirmer que certains camées
antiques sont la reproduction en gravure de
ce chef-d'œuvre. Apelles avait représenté
Kypris naissant de l'écume des Ilots. La
déesse a tout le haut du corps nu et frissonnant à l'air, tandis que le bas se dessine
vaguement sous la molle étreinte et les transparentes caresses de la vague. Une écume
floconneuse et légère fait à ses flancs une
ceinture de baisers humides. Les deux bras
arrondis mollement portent en haut
les mains qui pressent la chevelure
séparée en deux masses inégales,
la gauche tenant seulement quelques
boucles, la droite se perdant dans
les torsades épaisses d'où · l'eau
pleure. Le visage exprime une sorte
d'étonnement naïf et heureux, la
surprise et la joie de vivre. A l'horizon s'étend la mer qui palpite d'amour sous la radieuse apparition.
Si l'on en croit quelques historiens, Phryné s'habitua bientôt au
plaisir d'être déifiée, et c'est elle
qui servit de modèle à toutes les
Vénus peintes ou sculptées qu'on
fit de son temps. Toul artiste qui
avait sérieux renom d'habileté, put
ainsi posséder pour rien la courtisane avare qui faisait payer si cher
aux autres la moindre de ses caresses. On ne saurait trop admirer
cette femme, qui, insensible à la
jeunesse ou à l'affection de ses adorateurs, se laissait toucher par le
génie et le talent, cette hétaïre qui
semblait mépriser l'amour, et qui
ne consentait à devenir amoureusll
que des hommes capables de comprendre sa beauté. Cette complaisance pour les artistes et ce désir de
la postérité ne sont point d'un esprit vulgaire. C'est grâce à ce sentiment délicat que Phryné a vu son
image devenir celle d'une déesse,
et qu'elle a laissé la mémoire de
la plus belle el de la plus parfaite
des femmes.
Il n'est pas toujours bon d'arnir,
de son vivant, une telle renommée, et Phryné l'éprouva.
L'envie s'attacha à elle qui n'avait rien à envier, et la haine s'amassa contre cette vendeuse d'amour qui ne
haïssait personne.
· L'attaque ne vint pas, comme on pourrait
le croire, de ses compagnes les hétaïres, qui,
elles du moins, auraient eu quelque excuse en
se montrant jalouses de sa beauté et de sa
fortune. L'attaque vint des femmes mariées,
qu'elle ne pouvait cependant scandaliser,
grâce à la modestie de sa vie extérieure. Sans
doute il y avait au fond de cette inimitié des
histoires de maris ruinés, d'amants détournés, de fils perdus, et en cela on peut comprendre l'irritation de quelques mères de
famille. Mais de telle causes ne suffisent pas
à expliquer la coalition générale qui se forma
contre elle dans les gynécées. Il faut chercher

d'autres motifs. Le plus puissant fut peut-être
cette modestie même dont nous parlions tout
à l'heure. Les femmces vertueuses en voulaient à celle courtisane, qui, tout en jouissant de la vie, tout en amassant des richesses,
tout en ~e livrant à ses libres caprices de
plaisir et de !luxe, trouvait moyen de rester
discrète et presque pudique, el d'êlre respectée comme une matrone. Prendre aux
mères leurs fils, aux femmes leurs maris ou

Au TEMPLE.
Dessin d'ÉDOUARD ZtER,

leurs amants, cela se pouvait pardonner, car
cela se voyait tous les jours. Mais qu'une
hétaïre prît aux femmes légitimes le respect
qu'on doit à elles seules, voilà ce qu'elles ne
purent souffrir, et ce qui leur fit décider la
perte de Phryné.
Elles s'allièrent aux hommes qui, éconduits
par la courtisane, lui avaient gardé rancune
de les avoir trouvés trop pauvres ou trop
déplaisants. Quelques amants qui avaient eu
accès dans la maison et qui en avaient été
renvoyés une fois ruinés, s'unirent à cette
petite armée, . et lui fournirent des armes en
dévoilant des secrets d'alcôve ou d'orgie qui
contrastaient singulièrement avec la réserve
apparente de l'hétaïre. On sut qu'elle se
~

◄

210

wi-

2Il ,..

piquait d'être aussi belle que les Déesses,
qu'elle poussait l'orgueil jusqu'à se faire
quelquefois adorer comme elles, et que dans
plusieurs fètes intimes, elle avait, moitié
riant, moitié sérieuse, institué des sortes de
mystères religieux où elle jouait le rôle de
divinité. On raconta qu'elle prêchait à ses
amants l'oubli des vertus et l'amour des
plaisirs. On lui prèta des propos condamnables, entre autres celui-ci, que si le peuple
était un seul homme et qu'elle
voulût lui acheter Athènes, le peuple lui vendraitla cité pour une nuit
d'amour. Et de tous ces bruits, de
toutes ces paroles, de toutes ces actions, vraies ou fausses, on eut
bientôt fait un véritable réquisitoire très menaçant pour Phryné.
Un certain Euthias, sorte de sophiste bavard et fielleux, qui avait
aspiré aux faveurs de la belle et qui
avait été plusieurs fois repoussé avec
mépris,. se chargea de la vengeance
commune en assurant la sienne
propre. Il rédigea un acte d'accusation en règle, et fit traduire Phryné
devant le tribunal des Héliastes,
comme ayant détourné la jeunesse
de ses devoirs, insulté la République, blasphémé les Dieux, et profané par des simulacres impies les
mystères sacrés de la Religion. Il
y allait de la vie, si l'accusée était
condamnée.
Ici se place un trait de mœurs
bien curieux, et qui nous étonne au
premier abord. Il semble naturel à
l'égoïsme humain que la nouvelle
d'un tel danger ait comblé de joie
les autres hétaïres qui devaient profiter de la ruine de celle-ci. On allait
faire disparaitre celle dont la beauté
les écrasait, celle à qui les plus
riches amants portaient leurs ofrandes, celle qui leur enlevait ainsi
les plus splendides occasions de
fortune. Le malheur d'une rivale
est toujours doux, et les hétaïres
devaient être satisfaites. Eh bien!
non. Par admiration pour leur reine
incontestée, par colère contre les
femmes vertueuses, par esprit de
corps, elles formèrent en faveur de
Phryné une contre-ligue, et mirent tout en
œuvre, auprès des citoyens influents qu'elles
pouvaient connaître et dominer, pour faire
avorter l'accusation.
La conspiration de la haine fvt la plus forte,
et Phryné dut venir se défendre devant les
Héliastes. Alors une de ses compagnes, Myrrhine, lui offrit pour avocat son propre amant,
un des premiers orateurs de l'époque, l'illustre Hypéride.
Phryné vint au jour fixé, toujours aussi
chaste dans son maintien, le corps entièrement drapé dans une longue robe qui la
cachait à tous les yeux, la face voilée, la
démarche grave. Une foule immense l'attendait sur l'agora où allait se juger le procès,

�,___ msro~1Jl----------------------~
tait guère de chez elle que pour assister aux tant les louanges de la Beauté, prêt à vendre
el il 1 cul un long frémissement lorsqu'elle
cérémonies religieuses, pûl dans l'intimité se ses droits de citoien pour un sourire de la
parut, accompagnée d'llypéride, escortée de
livrer aux ridicules parodies qu'on lui impu- courtisane, escortait triomphalement llypétoutes les hétaïres ses compagnes, et trainant
tait. Peut-ètre avait-elle dil, par manière de ride. Car, celui-ci, vainqueur des ennemis, el
derrière elle, comme un bataillon de défen• vaincu lui-même par la splendeur de son
seurs, la troupe de ceux qui l'avaient aimée. plaisanterie, qu'elle était déesse, voulant en dernier argument, emportait chez lui, nue et
Elle semblail venir non à un jugement, mais cela signifier que de grands artistes l'avaient frissonnanle dans ses bras amoureux, celle
prise pour modèle de Kypris Aphrodite. Mais
à un triomphe.
elle
n'avait point eu la prétention de se faire qu'il venail de sauver, et qui allait lui prou.Elle écouta sans peur l'énumération des
rendre
les honneurs divins, el se contentait ver sa reconnaissance en devenant sa maîtresse.
terribles charges qui pesaient sur elle, et ne
Dans cel acquittement célèbre de Phriné,
répondit que par un silencieux dédain au dis- d'être adorée plus qu'aucune autre femme au il faut voir autre chose et plus que ce qu'on
cours venimeux d'Euthias. Elle se contenta monde ne l'avait jamais été. Et certes elle veut y voir d'ordinaire. Il n'y a pas là seulede tourner ses beaux yeux vers Hypéride, en était digne, et tous ceux qui avaient eu le ment une sorte d'éréthisme sénile des juges,
quand l'orateur se leva pour parler à son tour. bonheur de la voir étaient prêts à l'affirmer à un délire érotique du peuple. li y a l'admiraJamais il n'avait fait un plus habile plai- la face du ciel. Oui, d'ailleurs, si le peuple tion et le respect d'une race artistique,
doyer. Il montrait par suite de quelles maployant les genoux devanl l'apparition inatchinations s'était ourdi le complot; combien
tendue et souveraine de la Beauté. On comil fallait avoir peu de foi aux calomnies
pril qu'il étail impossible de condamner cette
d'amants évincés comme Euthias, qui avaient
femme, que les dieux semblaient avoir faite
toujours sur le cœur la honte de leur amour
pour incarner la perfection de la femme. On
méprisé, et qui, d'ailleurs, ne parlaient que
sentil qu'en supprimant ce type merveilleux,
par ouï-dire d'une maison où ils n'avaient
on enlevait aux peintres el aux sculpteurs un
jamais été admis; que si l'on avait le témoiidéal vivant. Et le sentiment qui dicta à Hypégnage plus sérieux d'anciens amants qui pouride son audace, aux juges leur clémence, à
vaient connaitre la vie de l'accusée, il était
la foule son enthousiasme, est une des
bon de se souvenir que ces hommes avaient
inspirations qui honorent le plus le peuple
le regret de leur fortune perdue ou de leur
athénien.
pas~ion mal satisfaite, et que le cœur d'un
Ce spectacle étonnant de Pbryné nue, otlerle
amant chassé après un instant de bonheur
à la contemplalion de Lous, frappa tellemenl
est plus ulcéré encore que le cœur d'un
ces hommes intelligents et épris du beau, que
homme entièrement éconduit; donc il était
les magistrats rendirent peu de temps après
aisé de voir que l'accusation reposait seuleun des plus singuliers décrets qu'il soil
ment sur des fables inventées par des mépossible d'imaginer.
chants et colportées par des crédules. On
Considérant que les riches seuls pomaient
pouvait appeler en témoignage toutes les
avoir la joie de voir Phryné ainsi, 11u'il étail
hétaïres, tous les jeunes hommes ici présents,
néanmoins bon et salutaire de montrer de
tous ceux qui avaient assisté aux fètes de
temps en ttimps au peuple ce qu'était une
Phryné, tous ceux qui avaient eu part à sa
belle fcmm~, que les dieux seraienl honorés
vie; on verrait alors de combien les louanges
par la présence de ce corps mer\'eilleux qu'ils
l'emporteraient sur les reproches, on compaavaient bien voulu créer pour les hommes, il
rerait le nombre des défenseurs au nombre
fut décidé qu'à certaines fètes on renouvelledes accusateurs, et ce simple calcul suffirait
rait ce qui s'était passé devant le tribunal
à faire absoudre Phryné. Que signifiait d'ail- d'Athènes était un seul homme, il vendrait des ll~liastes.
leurs cette accusation de corrompre la jeu- peut-être sa ville pour un baiser de Phryné!
Et ainsi, une fois par an, devant le peuple
A ce propos, qu'llypéride ne récusait pas,
nesse et de la pousser à l'amour du plaisir?
entier
assemblé sur le rivage, Phryné dut
X'était-ce pas son métier d'hétaïre, que d'être mais qu'il répétail comme un titre de gloire, venir se baigner dans la mer. Elle entrait dans
aimée? Pourquoi lui faire un crime, à elle, le tribunal, bienveillant jusqu'alors, sembla l'eau couverte d'une draperie, et elle en sorde cette profession que la République avait prendre une figure irritée. Le peuple lui- tail aux applaudissements frénétiques des
autorisée par des lois? En quoi manquait-elle même, qu'on semblait ainsi vouloir avilir, Athéniens, sans doute dans la pose que Praà ses devoirs, elle qui n'avait jamais essayé murmura.
Alors, sans ajouter un mot, sans prévenir xilèle avail donnée à sa statue, mais toute
de capter par ruse le cœur d'un adolescent,
nue, élincelante, vêtue des perles de la vague,
elle qui ne se montrait même pas, elle qui, personne, dans un mouvementd'enthousiasme, épanouie dans la chaude caresse du soleil.
Hypéride
arracha
la
draperie
qui
couvrait
loin de rechercher les amants, semblail vouEt le peuple, riches et pauvres, jeunr.s et
loir les écarter d'elle par la pudeur de ses Phryné, el la courtisane apparut nue sur ces vieux, s'en allait charmé et heureux, el chanallures et par le prix excessif de ses faveurs? flots de têtes humaines, comme Kypris Ana- tait à la courtisane un hymne d'admiration
Quant au reproche d'impiété, il était plus dyomène sur les vagues de !'Océan.
li n'y eul qu'un cri d'admiration dans la que nous pouvons répéter encore :
mal fondé encore que les autres. Tout le
&lt;&lt; Bénie soit Phryné la divine, parce qu'elle
foule
et parmi les juges. La cause était gagnée.
monde en effel connaissait la conduite pres«
a
donné aux yeux et aux cœurs des hommes
que austère de la courtisane, el il était dérai- Et, tandis que les héwres chassaient Euthias « l'éblouissement de la Beautél »
sonnable de croire qu'une femme qui ne sor- à coups de pierres, le peuple en délire, chanJEAN RICHEPIN,
dt l'Académie française.

Cliché \'iu.a•ona.

L'EIIBUSCADE : SOU\'ENIR D'ESPAGNE (18o8)' -

7·,k•tea11 d'if ENRI CHARTIER,

Mémoires

du général baron de Marbot
DEUXl~ME PA~TIB

CHAPITRE PREMIER
Élal du Port~gal. - ararche de Junot sur Lisbonne.
La famille roya_le d'Espagne. - Toute-puissance
e Godoy. - Intrigue de Napoléon.

d

P~ur l'i?te~gence de ce que je vais raconter,_ il est md1spensabledejeterun coupd'œil
rapide sur la position dans laquelle se trouva1?nt le Portugal et l'Espagne à l'époque du
lraité de Tilsitt.
La couronne de Portugal était, en 1807'
sur la tête de Dona Maria, veuve de Pierre Ill·

'

mais comme cette princesse était en démence
son fllS, qui régna depuis el porta le nom d~
Jean VI, gouvernait pour elle avec le titre de
régent.
Le Portugal, pays généralement rocailleux
aya~t fort peu de grandes routes, est sépar6
de 1 Espagne par des montagnes stériles, habitées par des pâtres à demi sauvages. Ce n'est
qu'au revers méridional, sur les rivages de la
mer, dans les vallées du Tage, du Mondego,
du Douro et du Minho, que l'on trom·e un
t~rrain _ferlile et des populations civilisées.
'I outef?1s, celle région, riche en produits du
sol, n ayant pas une seule fabrique, était
devenue un vaste champ ouvert au commerce

el à l'industrie des Anglais. Ils en faisaienl
u_ne sorte de colonie et en exploitaieol les
richesses, sans_ av~ir les charges du gouvernement : d~ {atl, smon de droit, ce pays leur
apparlena1t.
•
. Napoléon attendait depuis longtemps l'occas1on de les en chasser. et d'y ruiner leur
commerce. Il crut l'avoir trouvée après la
~aix de Tilsitt. Pour compléter le blocus contmental, il enjoignit au Portugal d'interdire
ses ports aux Anglais. L'exécution de celle
mesure était très difficile, car la nation portugais~ ne vivait que de l'échange de ses
prodmts naturels avec ceux de l'industrie
anglaise. Vous verrez, par la suite de ces

�111ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - sur une flotte considérable, emportant avec
l'ordre d'avancer promptement. Junot abusa
eux d'immenses richesses, el, le 28 novembre,
Mémoires, que je suis loin d'approuver ~n
de ses injonctions, et son armé_e, °?mp_os~e
tout la politique de Napoléon; cependant, Je
firent voile vers le Brésil.
de soldats enfants, se trouva b1entot disseCe même jour, Junot attaquait Santarem;
dois dire que la mesure était politiquement
minée par petits détachements sur un espace
excusable, parce qu'elle devait contraindre
mais la petite colonne ayant dû traverse_r la
de plus de deux cents lieues de route, entre
l'Angleterre d'adhérer à la paix générale.
plaine de Golegan couverte de deux pieds
13ayonne et Salamanque. Heureusement que d'eau, un si grand nombre de soldats furent
L'Empereur réunit donc à Bayonn~, au
les Espagnols n'étaient pas encore en guer~e pris de fièvre, qu'il ne se trouva plus ~e lenmois de septembre 1807, une armee de
avec la France; cependant, pour s_'ent1'ele~i,·
vingt-cinq mille hommes, destinée à envahir
demain que quinze cents hommes en e!at de
la main, ils assassinèrent une cmquantame suivre Junot, qui n'en continua pas moms sa
le Portugal. Mais il commit alors deux fautes
marche avec celle faible escorte, et fit au d~graves : la première, de former le corps de nos soldats.
Arrivé à Ciudad-Rodrigo, une des dernières cieusement son entrée à Lisbonne. On doit
expéditionnaire avec des régiments nouvellement organisés; la seconde, de donner au villes d'Espagne, Junot fit fair? à sa tête d_e rendre à Junot la justice de convenir qu'après
rrénéral Junot le commandement de cette colonne une halte de quelques Jours. Il avait avoir rallié ses troupes, il pourvut avec zèle
laissé plus de quinze mille_ h?m°:1es en arrière. à tous leurs besoins; aussi, dans le coura~t
armée.
Dès qu'un tiers l'eut reJotnt, 11 traversa les
Napoléon tomba dans plus d'une erreur sur
de décembre, l'armée présentait un effectif
montacrnes de Penba-Parda, qui le séparaient
le choix des personnes, parce qu'il écoulait
de vingt-trois mille hommes en assez bon
de la ;allée du Tage, en n'emportant qu'une
plutôt -ses affection, que la voix publique.
état. Junot, embarrassé des troupes portuL'armée voyait en Junot un homme très demi-ration de pain par homme! .. : Ces mon- gaises, licencia les soldats indigènes qui voubrave, plutôt qu'un véritable capitaine. La tagnes, que j'ai travers~es, sont mcultes et lurent rentrer dans leurs foyers et forma des
habitées par des populat10ns pauvres et bar- autres une division qu'il envoya en France.
première fois que je l'aperçus, je fus _fra~pé
et inquiété par ses yeux hagards; sa fin JUSllfia bares. Les troupes les franchirent à travers Elle servit assez bien, et fit la campagne de
mes appréhensions. On connaît l'origine de toutes les difficultés, au prix des plus grande~ Russie.
sa fortune, alors que, simple fourrier du fatigues, sans logements et sans vivres, ce qm
Laissons Junot s'organiser en Portugal, :t
bataillon de la Côte-d'Or, il gagna par un bon les força de s'emparer de quelques troup?aux jetons un coup d'œil sur l'étal où se tr?~vatt
mot l'affection du capitaine d'artillerie Bona- appartenant aux habi~nts, _et ce~x-c1 en la cour de Madrid à l'époque du traite de
parte dans la tranchée de Toulon. Il le suivit tirèrent vengeance par 1assassmat d une cen- Tilsitt.
.
Le roi Charles IV, prince nul, enneIDI des
en Égypte, commanda à Paris, et devint a':'1- taine de traînards français. Enfin, l'armée
atteianit
la
ville
d'
Alcantara,
et
fit
son
entrée
bassadeur à Lisbonne. Sa gaieté, sa franclnse
affaires, n'ayant de passion que po~r l_a
militaire, sa réputation de bravoure, enfin sa en Porturral par la ville de Castello-Branco. Chasse réanait alors sur l'Espagne el la1ssatt
qu'après beaucoup d'efforts, et en à la Reine
' " le soin de gouverner. La reme
.
prodigalité, lui conquirent l'amitié des grands Ce ne
souffrant
de
toutes
les
intempéries,
qu'on
et la sympathie populaire. Ses succès en PorMarie-Charlotte, princesse de Parme, cousine
tugal déterminèrent sans doute !'Empereur parvint à Abrantès avec cinq ou six mille du Roi femme de moyens et aimant le pou'
,
à le choisir pour commander l'armée d'occu- hommes exténués de fatigue et presque tous voir dominait
complètement son epoux.
nu-pieds.
C'est
à
Ab~antès,
que
comme~ce
la
pation et c'eût été en effet un avantage, si
Ver; 1. 788, un très pauvre gentiUâtre, nommé
Junot se fùt montré moins imprévoyant belle partie de la vallec du fage. Les trarnards Emmanuel Godoy, entré nouvellement aux
et les malades, encore engagés dans les mon- gardes du corps, s'étant fait remarquer dans
comme général.
informés du bien-être qui les atten- la société de Madrid par son talent sur la
L'Espagne, alors notre alliée, devait fournir ta«nes
" à ' Abrantès, s'empressèrent d'arriver,
.
dait
et guitare, la' Reine voulut l'enten~re. C'.étai~ un
à nos troupes sur leur passage le logement
l'armée
se
rallia
peu
à
peu.
et les vivres. Le devoir d'un général en chef
homme de petite taille, très b1~n fait,, d u~e
Un général prévoyant lui eùt donné le temps
était de s'assurer de l'exécu lion de cette proayant de l'esprit, de I amb1fi aure aoréablc
0
"
·
messe; mais Junot, négligeant cette précau- de se réunir· mais Junot, sous prétexte que tion
et beaucoup' d'audace. ll plut a' lanerne,
tion, fit entrer son armée en Espagne le !'Empereur iui avait ordonné de saisir t?utes qui en fit son favori . Telle fut la cau_se pre~
1. 7 octobre, et lança ses colonnes sur les les marchandises appartenant aux Anglais, et mière des malheurs de l'Espagne, qm ont s1
routes, où rien n'était prêt pour les recevoir. pour les empêcher de les enlever en arriv~nt grandement contribué à ceux de la France.
Nos troupes couchèrent à la belle étoile et ne promptement à Lisbonne, réunit quatre mille
Les courtisans pen~èrent que la faveur do~t
hommes des moins fatirrués, et se porta sur
reçurent qu'une demi-ration de vivres.
jouissait Godoy ne serait que p_assagère ;_ ~ms
On était à la fin de l'automne; l'armée . la capitale avec cette faible colonne, laissant celui-ci, prenant pour modele le celebre
traversait les contreforts des Pyrénées dont à ses "énéraux le soin de ramasser le surplus Potemkin, qui, de simple garde de Cathele climat était très rude, et nos malheureux de so~ armée et de venir le joindre. Cette rine II, était devenu son amant et son presoldats couvrirent bientôt la route de malades audacieuse entreprise pouvait perdre son niier ministre, sut si bien gagner la conet de traînards. Quel spectacle pour les popu- armée, car Lisbonne contenait une garnison fiance de la Reine, que celle-ci le fit nommer
lations espagnoles qui accouraient de toutes de douze à quinze mille hommes, et une par le Roi commandant en chef des gardes,
parts pour contempler les vainqueurs de flotte anolaise stationnait à l'embouchure membre du conseil, officier général, et enfin
Marengo, d'Austerlitz et de Friedland, et ne du Tage ~ c'était plus qu'il n'en fallait pour premier ministre!
voyaient que de chétifs conscrits, pouvant repousser les quatre mi~le ~ommes d: troupes
La Révolution française ayant amené la
à peine porter leurs sacs et leurs armes, et conduits par Junot. ~lais 1 elfet,mag1que ~u: guerre entre la France et l'Esp~gne, nos
dont la réunion resserohl;tit plutôt à l'évacua- produisaient les victoires de Napoléon était s1 troupes s'étaient empar~es, de plus1e~rs P;Otion d'un hôpital qu'à une armée marchant orand que le rrouvernement portugais, accé- vinces au delà des Pyrenees, lorsqu en 1 195
0
'
"
d l'E
à la conquête d'un royaume!... Ce triste dant à toutes les demandes e mpereur, Godoy obtint de la France un traité des plus
s'empressa
de
déclarer
la
guerre_
aux Anglais, honorables, par lequel les conquêtes fai_tes
spectacle donna aux Espagnols une fort m~udans
l'espoir
que
Junot
arrêterait
sa. march: · sur l'Espagne lui étaient rendues .. La_ nation
vaise impression de nos troupes, et entraina
Mais
l'avant-garde
du
général
français,
conti- lui en fat reconnaissante, et le Roi lm donna
l'année suivante des effets désastreux.
nuant
d'avancer,
jeta
dans
la
capitale
une d'immenses dotations avec le titre de prince
Napoléon méprisa trop les nations de la
Péninsule et crut qu'il suffirait de montrer confusion inexprimable. Le régent, ne sachant de la Paix · enfin la Reine lui fit épouser une
,
'
des troup~s françaises pour obtenir d'elles d'abord quel parti prendre, finit par se déci- princesse du sang royal! ... Des ce mowenl,
tout ce qu'on voudrait. Ce fut une grande der à transporter au Brésil le siège du gou- la puissance de Godoy ne connut rlus, de
erreur! Il faut dire aussi que, n'étant pas vernement. La reine folle, le régent, la bornes et le nouveau prince de la Paix regna
mis au courant des difficultés qui s'opposaient famille royale, les grandes familles, en tout tranquillement sur la monarchie espagnole.
à la marche des troupes, !'Empereur réitérait neuf à dix mille individus, s'embarquèrent
t)

rur

... 214 ...

'·-----------------------Mais à l'époque de la bataille d'Iéna, Godoy
ayant imprudemment publié un manifeste
qui pouvait être considéré comme unr. menace
à l'adresse de Napoléon, celui-ci lui demanda
des explications et exigea l'envoi en Allemagne d'un corps d'armée de vingt-cinq
mille hommes, sous les ordres du général
marquis de La Romana. Plus encore, Godoy
dut bientôt fournir un corps de même importance pour soutenir Junot en Portugal; il est
vrai que, par le traité secret de Fontainebleau,
!'Empereur lui assurait le titre de prince des
Algarves et donnait à la reine d'Étrurie, fille
de Charles IV, la province de Beira.
L'insolence dont Godoy avait toujours fait
preuve à l'égard de Ferdinand, prince des
Asturies, ne fit alors qu'augmenter. Ferdinand avait vingt-trois ans; il était veuf et
sans enfauts, et, naturellement grave, il avait
contracté, au milieu d'une situation de famille
des plus pénibles, l'habitude de la solitude.
Mais la nation espagnole, généralement hostile au prince de la Paix, semblait vouloir
protester par son affection pour Ferdinand
contre la haine dont il était l'objet : fondant
sur lui toutes ses espérances, elle attendait
impatiemment son arrivée au trône comme
un véritable soulagement et y voyait la fin de
toutes ses misères.
Une cause imprévue précipita les événements. Vers la fin de 1807, à l'époque où
Junot se dirigeait vers le Portugal à la tête
d'une armée française, le roi d'Espagne tomba
très gravement malade. Le prince des Asturies, croyant ".Oir dans les manœuvres de la
Reine l'intention de l'éloigner du trône, consulta trois personnes sur lesquelles il pouvait compter; et d'après le conseil des ducs
de l'lnfantado, de San Carlos, et du chanoine
Escoïquiz, son ancien précepteur, il recourut
à Napoléon, en lui demandant la main d'une
princesse de sa famille. La lettre fut remise
à notre ambassadeur à Madrid, le comte de
Beauharnais. Mais le brouillon en ayant été
indignement soustrait et porté à la lleine,
celle-ci poussa Charles IV à agir avec la dernière violence. Ferdinand fut arrêté, privé de
son épée et mis en accusation pour avoir
voulu attenter à la vie du Roi 1• •• Ses conseillers furent également s~isis et mis en juge!Dent comme complices. Cependant, il faut
reconnaître que si Ferdinand avait eu des
torts, le besoin de défendre ses droits à la
couronne, et même peut-être sa vie, les
atténua bien grandement.
Ces faits étaient trop graves pour que le
roi d'Espagne n'en informât pas les souverains et surtout l'empereur des Français, son
puissant voisin. On a dit, et malheureusement avec raison, que l'ambition de Napoléon
l'avait perdu. Mais on a généralement mal
compris cette ambition, qui se rapportait
surtout à la France. Napoléon voulait la voir
si grande et si puissante de iiOn vivant qu'elle
fût inattaquable après lui : d'abord, en abaiss_ant la puissance de l'Angleterre; en second
heu en ne laissant subsister dans l'Europe
centrale et méridionale que des Étals ayant
les mêmes intérêts que la France, la considé-

MtJK01'/fES DU GÉJVÉ~AZ. B.Jl~ON D'E MA~BOT _ _..,

ranl comme leur appui, et toujours prêt~ à
la soutenir. Ce projet gigantesque elÎt exigé
le travail lent et méthodique de deux règnes
et de deux souverains comme Napoléon. La
précipitation le perdit, et ses premiers succès
l'aveuglèrent. 11 crut ne pas trouver plus de
résistance en Espagne qu'il n'en avait éprouvé
en Hollande, en Westphalie, à Naples, où il
avait établi ses frères, non plus que dans le
Portugal, si facilement COllltuis.
En apprenant les scènes de l'Escurial,
!'Empereur crut le moment favorable et voulut profiter de l'occasion. Il espérait que la
nation espagnole, lasse de tant de turpitudes,
se jetterait dans ses bras. ll ne connaissait
pas ce peuple qui pousse jusqu'à la frénésie
la haine de l'étranger. Mais en admettant,
ce qui est vrai, que beaucoup d'Espagnols
éclairés portassent leurs yeux sur Napoléon
pour régénérer leur pays, il faut convenir
que sa conduite fut bien faite pour détruire
leurs illusions.
En effet, sous prétexte qu'il fallait garantir les côtes de la Péninsule d'une invasion
anglaise, !'Empereur, au lieu de rendre à
l'Espagne l'armée du marquis de La Romana
qui lui avait été prêtée pour la guerre du
Nord, et dont il n'avait plus besoin depuis la
paix de Tilsitt, fit entrer en Espagne un corps
de vingt-cinq mille hommes commandé par
Dupont, qui fut bientôt suivi de trentequatre mille soldats conduits par le maréchal
Moncey. L'arrivée de ce grand nombre de
troupes étrangères fut considérée comme une
réponse à la demande de secours adressée
par. le prince des Asturies. Napoléon pouvait
en ce moment s'attacher pour toujours la nation espagnole, en donnant à ce dernier la
fille de son frère Lucien, qui fût devenue un
trait d'union entre les deux peuples. Malheureusement, !'Empereur ne crut pas ce moyen
d'une efficacité suffisante.
L'arrestation et la mise en jugement de
Ferdinand avaient prod1ùt dans toutes les
parties du royaume une telle irritation et
soulevé à un si haut degré l'indignation publique contre la Reine et Godoy, que celui-ci,
n'osant poursuivre ses projets, se décida à
jouer le rôle de médiateur entre le Roi et
son fils; toutefois personne n'en fut dupe.
Bientôt survint une préoccupation plus
grave. Un agent, M. Yzquierdo, que le prince
de la Paix entretenait à Paris, arriva à conclure du silence de !'Empereur et de la marche constante des troupes vers la Péninsule,
que le vrai projet de Napoléon n'était pas de
rétablir le bon accord entre Charles IV et son
fils, mais bien de profiter de leurs dissensions pour les chasser l'un et l'autre du
trône afin d'y placer un prince de la famille
impériale. L'avis qu'il donna à ce sujet jeta
la Reine dans la consternation, et elle résolut
de suivre l'exemple de la famille royale de
Portugal, en transportant le siège du gouvernement en Amérique.
Ce fut un grand malheur pour la France
que ce projet n'ait pas été exécuté; car la
nation espagnole, abandonnée par ses prince~,
aurait accepté, faute de mieux, un roi de la
... 215 ...

main de Napoléon, ou du moins eût oppo8é
à ses armées une moins vive résistance. Le
Roi se refusa à prendre le parti de fuir, et
se décidant à demander à Napoléon la main
d'une princesse de sa famille, il en écrivit
directement à !'Empereur. Cependant, voulant gagner du temps, et poussé par son
mauvais génie, Napoléon faisait avancer de
nouvelles troupes sur l'Espagne, dans l'espoir, sans dou te, d'effrayer la famille royale
et de la décider à lui abandonner la Péninsule.
Pendant que ce royaume était ainsi agité,
je continuais à vivre paisiblement auprès de
ma mère, à Paris, où je passai une partie de
l'hiver et assistai aux fêtes nombreuses qui
s'y donnèrent. La plus belle fut celle offtJrle
par la ville, à l'occasion du retour de la garde
impériale.
Ainsi se termina pour moi l'année 1807,
pendant laquelle j'avais couru de si grands
dangers et éprouvé tant de vicissitudes. Je
ne me doutais point que, dans le cours de
l'année que nous commencions, je verrais
encore la mort de bien près I Mais revenons
aux affaires de la Péninsule, dont l'historique
se trouve lié à ce qui m'advint en 1.808 et
dans les années suivantes.
CHAPITRE II
1808. Je suis nommé aide de camp de Mural. - ~ouvellcs intrigues de Napoléon. - Révolution d'Aranjuez. - Abdication de Charles IV. - Je sauve
Godoy du massacre. - Entrée de Ferrlinand Vil à
Madrid el départ pour Bayonne.

Dans le courant de janvier, Napoléon répondit enfin au roi d'Espagne, mais d'une
façon évasive; car, sans refuser positivement
de donner au prince des Asturies la main
d'une de ses nièces, il ajournait indéfiniment
l'époque de ce mariage. La réception de cette
réponse augmenta d'autant plus les craintes
de la cour de Madrid, qu'elle apprit la marche de nouvelles troupes françaises vers la
Catalogne et !'Aragon, ce qui, en comptant
l'armée de Portugal, porterait à cent vingtcinq mille hommes les forces que !'Empereur
allait avoir dans la Péninsule.
Enfin, Napoléon souleva une grande partie
du voile ,qui avait caché ses projets. Sous
prétexte d'envoyer des troupes sur la Hotte
française stationnée à Cadix, il fit avancer, en
février, un nombreux corps d'armée vers
Madrid, par où passe la route qui conduit de
Bayonne à Cadix, et nomma le prince Murat
généralissime de toutes les forces françaises
qui se trouvaient en Espagne.
Je venais de passer plus de six mois à
Paris, et bien que le maréchal Augereau,
dont j'étais toujours aide de camp, fût loin
de prévoir la guerre qui allait éclater dans la
Péninsule, il ne jugea pas convenable, ni favorable à mon avancement, que je restasse à
Paris, du moment qu'une nombreuse armée
se réunissait au delà des Pyrénées. Se voyant
retenu en France par les suites de sa blessure, il me conduisit chez le prince Murat,
pour le prier de m'attacher provisoirement à

�msT0~1A - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
gner au Roi un décret par lequel le prince de
son état-major. J'ai Mjà dit que mon père, qu'on leur permît d'installer leurs malades et la Paix était déchu de tous ses titres, grades
leurs
magasins
dans
les
citadelles,
ce
qui
compatriote de Murat, lui avait rendu pluet dignités. Cette nouvelle remplit la foule
sieurs services. Murat, qui s'en était toujours leur fut accordé. Ils firent alors déguiser
d'une joie délirante, à laquelle Ferdinand eut
montré reconnaissant, consentit de fort bonne leurs grenadiers en malades et cacher des
l'inconvenance de s'associer.
armes
dans
les
sacs
de
distribution
de
plugrâce à me prendre auprès ~e lui, jusqu'au
Godoy, qu'on avait inutilement cherché
sieurs·
compagnies
qui,
sous
prétexte
d'aller
moment où le maréchal Augereau aurait un
dans les réduits les plus obscurs de son pachercher
du
pain
dans
les
magasins,
pénécommandement. Je fus très satisfait de cette
lais, n'en était cependant pas sorti, car, dès
décision, malgré les désagréments attachés à trèrent dans la place et désarmèrent les Espales premiers moments de l'émeute, il était
gnols.
C'est
ainsi
que
le
général
Duhesme,
la position d'of6cier iL la suite : mais je
monté dans un grenier rempli d'un grand
qui
n'avait
que
cinq
mille
hommes,
s'empara
tenais à faire preuve de zèle, je comptais sur
nombre de nattes de jonc. Elles étaient toutes
de
la
citadelle
de
Barcelone
et
du
fort
Montla bienveillance de !'Empereur, et j'étais aussi
roulées : il en déploya une, s'y roula luiJouy.
La
citadelle
de
Pampelune
et
presque
bien aise de rernir l'Espagne cl d'ètre témoin
même, et la laissa ensuite tomber au milieu
toutes
celles
.
de
la
Catalogne
eurent
le
même
des grands événements qui s'y préparaient. Il
des autres, dont elle avait à peu près la dimPnfallait faire des dépenses considérables pour sort.
sion. Aucun des assassins, entrés dans le greCette
conduite
produisit
un
très
fàcheux
paraitre convenablement à l'état-major de
nier, n'avait découvert le prince, qui passa
Murat, alors le plus brillant de l'armée; ces effet et remplit d'effroi la Reine et le prince
péniblement quarante-huit heures dans cette
dépenses me furent farj}jtées par ce qui me de la Paix, qui se trouvaient déjà à Aranjuez.
retraite. Enfin, vaincu par la faim et la soif,
Comprenant
les
intentions
de
Napoléon,
ils
restait des splendides frais de poste touchés
il en sortit; mais en voulant gagner la rue, il
résolurent
de
se
retirer
d'abord
en
Andapendant el après la campagne de Friedland.
fut arrêté par un factionnaire, qui eut l'indiJ'achetai donc trois bons chevaux, avec les- lousie et de gagner ensuite Càdix et l'Amégnité de le livrer à la populace, laquelle, se
rique,
si
les
circonstances
s'aggravaient.
Cequels mon domestique Worland alla m'attenruant sur Godoy, lui fit de nombreuses blespendant,
Ferdinand,
entretenu
par
le
comte
dre à Bayonne, où je me rendis après avoir
de Beauharnais, notre ambassadeur, dans sures.
renouvelé mes uniformes.
Déjà ce malheureux avait la cuisse percée
C'était la troisième fois qu'en changeant de l'espoir d'obtenir la main d'une nièce de
par une broche de cuisine, un œil presque
Napoléon,
ne
voyait
en
nous
que
des
libéraposition je me trouvais à Bayonne. Le prince
crevé, la tête fendue, et allait être assommé,
Mural m'y reçut parfaitement bien; ses aides teurs. Appu~·é par les membres de la famille
lorsqu'un piquet de gardes du corps, comroyale,
par.
les
grands,
par
plusieurs
ministres
de camp firent de même. Je fus bientôt au
mandé par un estimable officier et composé
et
surtout
par
le
Conseil
des
Indes,
Ferdinand
mieux avec tous, bien que je résistasse aux
d'hommes moins crûels que la majorité de
refusa
de
suivre
la
Reine
et
Godoy
en
Améinstances qu'ils ne cessaient de me faire pour
leurs camarades, arracha le prince de la Paix
que je jouasse avec eux. Ces messieurs avaient rique. Ceux-ci prétextèrent d'une visite au
à ses bourreaux et parvint, non sans peine, à
port
de
Cadix
et
aux
troupes
du
camp
de
toute la journée les cartes ou les dés en main,
le jeter dans la caserne, sur le fumier d'une
gagnant ou perdant plusieurs milliers de Saint-Roch, près de Gibraltar, et ordonnèrent
écurie !. .. Chose remarquable, c'était dans
de
commencer
les
préparatifs
de
voyage.
En
francs avec la plus grande indifférence. Mais,
cette même caserne d'Aranjuez qu'Emmavoyant
charger
sur
les
voitures
et
fourgons
outre que j'ai toujours détesté le jeu, je comnuel Godoy avait été reçu simple garde du
de
la
Cour
les
caisses
\lu
trésor,
l'argenterie
prenais que je devais conserver ce que j'avais
corps vingt ans avant, en 1788.
et
les
meubles
les
plus
riches,
les
nobles,
le
pour subvenir au renouvellement de mes
En apprenant l'arrestation de leur favori,
équipages en cas d'accidents, et que l'hon- peuple et la garnison d'Aranjuez comprirent
le Roi et la Reine, craignant pour sa vie,
la
vérité!
L'indignation
fut
générale
et
s
'étenneur m'imposait de ne pas risquer ce que je
firent appel à la générosité du prince des
dit à Madrid.
ne pourrais peut-être pas payer.
Asturies et le supplièrent d'user de son inMalgré
tout,
le
Roi
allait
partir
le
16
mars
Une partie des troupes que Murat devait
fluence pour aller arracher Godoy des mains
au
matin,
lorsqu'une
émeute
populaire,
soucommander se trouvant déjà en Castille, ce
des révoltés. Ferdinand arriva à la caserne
tenue
par
les
troupes,
et
surtout
par
les
gardes
prince entra en Espagne le 10 mars 1808, et
au moment où la populace en enfonçait les
nous fûmes en cinq jours à Burgos, où le du corps, ennemis de Godoy et dévoués au
portes. A la voix du prince des Asturies, la
prince
des
Asturies,
vint
s'opposer
au
départ
quartier général fut établi. Murat, réglant
foule, à laquelle il promit la mise en jugede
la
famille
royale.
Charles
IV,
comprenant
ensuite sa marche sur celle des colonnes, se
ment de Godoy, s'écarta respectueusement.
transporta successivement à Valladolid. et à la vérité, déclare alors qu'il ne partira pas.
Celui-ci attendait courageusement la mort,
Une
proclamation,
publiée
dans
ce
sens,
paSécrovie. Les Espagnols, se flattant toujours
lorsque dans l'écurie où il gisait tout sanglant
qu~ les Français venaient pour protéger le rut calmer la multitude ; mais, pendant la
il vit entrer l'héritier du trône ... . A l'aspect
nuit,
la
garnison
et
une
partie
de
la
populaprince des Asturies, reçurent fort bien nos
de son ennemi personnel, il retrouva toute
tion
de
Madrid
s'étant
rendues
à
Aranjuez,
troupes, dont l'extrême jeunesse et la faison énergie, et Ferdinand lui ayant dit, avec
qui
n'est
qu'à
huit
lieues
de
la
capitale,
s'y
blesse renouvelèrent chez eux l'étonnement
une véritable ou feinte générosité : « Je te
qu'ils avaient éprouvé en voyant l'armée de réunirent à l'émeute, qu'augmentait une foule
fais grâce!. .. ,&gt; Godoy lui répondit, avec une
de
paysans
accourus
des
environs,
et,
tous
Junot · car, par suite d'une aberration incomfierté toute castillane, dont sa triste position
prébe~sible, Napoléon s'était obstiné à n'en- ensemble, ils se portèrent au palais en criant:
rehaussait encore la valeur : « Il n'y a que le
«
Vive
le
Roi!
Mort
à
Godoy!
l&gt; Le torrent
voyer dans la Péninsule que des régiments
populaire, se dirigeant ensuite vers l'hôtel du Roi qui ait le droit de faire grâce, et tu ne
de nouvelle formation.
l'es pas encore l » On prétend que Ferdinand
Nous n'occupions en Espagne que des villes prince de la Paix, l'enfonce, le saccage et,
aurait répondu : « Cela ne tardera pas !.. . l&gt;
pénétrant
jusqu'à
l'appartement
de
sa
femme,
ouvertes, et seulement deux · places fortes,
Mais le fait n'est pas prouvé. Quoi qu'il en
princesse
de
sang
royal,
l'environne
de
resBarcelone et Pampelune; mais, comme les
soit, la couronne était, une demi-heure après,
pect
et
la
reconduit
au
palais
du
Roi..
Les
citadelles el les forts étaient entre les mains
sur la tête du prince des Asturies.
housards
dont
se
composait
la
garde
récemdes troupes espagnoles, !'Empereur prescrivit
En effet, Ferdinand retournait au palais au
aux généraux de tâcher de _s'en emparer. On ment donnée au prince de la Paix, s'étant
milieu des acclamations de la populace et des
présentés
devant
son
hôtel,
pour
favoriser
au
employa, à cet effet, une ruse vraiment inditroupes, lorsque le Roi et la Reine, entendant
gne. Le gouvernement espagnol, tôut en dé- moins son évasion, les gardes du corps du
ces cris, et tremblant pour la vie de leur
Roi
les
attaquèrent,
et
les
ayant
dispersés
à
fendant à ses généraux de laisser occuper les
favori
et peut-être aussi pour la leur, cédècitadelles et les forts, avait prescrit de rece- coups de sabre, autorisèrent la foule à cherrent
à
la terreur et aux mauvais conseils de
voir les troupes françaises en amies et de tout cher Godoy, dont chacun demandait la mort.
quelques âmes timorées. Pensant que le
.
Les
ministres,
pour
sauver
la
vie
du
favori,
faire pour contribuer à leur bien-être. Les
meilleur moyen de calmer la multitude était
commandants de nos corps demandèrent en donnant satisfaction au peuple, firent si..,. 216 ....

[
HISTORIA

Clichê A .\l o utct.

THÉROIGNE DE MÉRICOURT
Tableau anonyme. (Musée Carnavalet. )

�MËM011f,ES DU GÉN~Al. BAJ(ON DE M Alf.BOT

-- ..

de déposer l'autorité royale entre les mains Aussi Murat, se fondant sur cc 11u'il n'avait
de leur fils, ils signèrent l'acte de leur abdi- pas d'ordre de l'Empereur pour reconnaître les gardes du corps qui l'escortaient a,·aicnt
eu la cruauté de lui mettre des fers aux pied~
cation!
la royauté de Ferdinand VII, continua à lui
Dès que cet acte fut publié, une joie fré- donner dans ses lettres le titre de prince des et aux mains et de l'attacher par le corps
nétique s'empara de la population d'Aranjuez Asturies, et fil conseiller à Charles IV de sur une mauvaise charrette découverte, oii il
et gagna bientôt Madrid, ainsi que toute l'Es- protester contre une abdication qui lui avait était exposé aux brûlants rayons du soleil et
à des milliers de mouches qu'attirait le sang
pagne, sans qu'il vint à personne la pensée été arrachée par la révolte et la menace.
de ses plaies à peine recouvertes de lambeaux
que l'arrivée des Français pourrait venir
Le vieux Hoi et la Reine, qui regrettaient le
troubler ce bonheur, tant on était a\'euglé pouvoir, écrivirent à Napoléon pour se plaindre de toile grossière!... Ce spectacle m'indigna,
sur les projets de !'Empereur. Cependant, amèrement de leur fils, dont ils représen- et je vis avec plaisir qu'il produisait le même
ses troupes descendaient en ce moment les tèrent la conduite à Aranjuez comme une effet sur l'escadron français qui m'accomhauteurs de Somo-Sierra et du Guadarrama, sorte de pa1.,-icitle, ce qui n'était pas dénué pagnait.
Les gardes du corps chargés de conduire
marchant sur deux colonnes, dont l'une était de fondement. Le 2;;, Murat fit son entrée à
le
prince
de la Paix étaient au nombre d'une
à Buitrago et l'autre auprès de l'Escurial, Madrid à la tête du corps d'armée du mac'est-à-dire à une journée de Madrid, où le réchal Moncey. Le nouveau roi avait invité la centaine et soutenus par un demi-bataillon
prince Murat pouvait entrer le lendemain population à bien recevoir les troupes de son d'infanterie. J'expliquai poliment au chef des
avec trente mille hommes que suivaient de ami Napoléon. li fut obéi ponctuellement, gardes quel était le but de ma mission; mais
cet officier m'ayant répondu, avec une arrotrès nombreux renforts!
car nous ne ,·îmes que des figures bicmeil- gance extrême, qu'il n'a,·ait pas d'ordre à
Le prince des Asturies, que je nommerai lantes, au milieu de cette Coule immense et
désormais Ferdinand VII, n'était cependant curieuse; mais il était facile de reconnaitre recevoir du commandant de l'armée franpas sans inquiétudes sur l'effet que son avè- combien leur étonnement était grand à l'as- çaise, et qu'il allait continuer sa marche sur
la ville, je lui dis sur le même ton que, moi,
nemt&gt;nt illicite à la couronne produirait sur pect de nos jeunes soldats d'infanterie.
qui
devais exécuter les ordres de mon chef,
l'esprit de Napoléon et de Jfurat. Il s'emL'effet moral fut tout à notre désavantage;
pressa donc d'envoyer plusieurs grands sei- aussi, en comparant les larges poitrines et le prince Murat, j'allais m'opposer par tous
gneurs vers !'Empereur pour lui demander les membres robustes des Espagnols qui les moyens à ce que le prisonnier aUàt plus
derechef son amitié et la main d'une de ses nous entouraient à ceux de nos faibles et loin!...
Mes dragons n'étaient pas des conscrits,
nièces, et dépêcba le duc del Parque vers chétifs fantassins, mon amour-propre naMurat pour lui expliquer, à sa manière, les tional fut-il humilié, et, sans prévoir les mais de vieux et braves soldats d'Austerfaits importants qui ,·enaient de s'accomplir malheurs qu'amènerait la mauvaise opinion litz, dont les mâles figures annonçaient la
à Aranjuez. Ces premières dispositions prises, que les Espagnols allaient concevoir de nos résolution. Je les plaçai en bataille, de manière
Ferdinand \'fi organisa son ministère, rap- troupes, je regrettai vivement que !'Empereur à barrer le passage de la charrette, et dis au
pela ses amis, les ducs de San Carlos, de n'eût pas envoyé dans la Péninsule quelques- cher des gardes du corps que j'attendais qu'il
l'fnfa11tado et le chanoine Escoïquiz, et les uns des vieux corps de l'armée d'Allemagne. fit tirer le premier coup de feu, mais qu'aussitôt je fondrais sur sa troupe et sur lui,
combla tous trois de faveurs.
Cependant, noire cavalerie, surtout les cui- suivi de tout mon escadron; j'étais bien
Ce fut le i9 mars, au moment où l'état- rassiers, arme inconnue des modernes Espamajor de Afurat traversait les monts de gnols, excita enfin leur admiration. Il en fut résolu à le faire, certain d'être approuvé par
Guadarrama, que nous eûmes les premières de même de l'artillerie. Mais un cri d'enthou- le prince Murat.
Les officiers de mes dragons leur avaient
nouvelles du soulèvement d'Aranjuez. Le siasme s'éle,•a à l'arrivée de plusieurs régidéjà
fait mettre le sabre hors du fourreau,
20 mars, nous apprimes l'abdication de ments de cavalerie et d'infanterie de la garde
ce
qui
paraissait calmer un peu l'ardeur des
Charles IV et l'avènement de Ferdinand Vif. impériale qui fermaient la marche. La vue
Murat hâta sa marche, et le 2t son quartier des mameluks étonna beaucoup les Espa- gardes do corps, lorsque le commandant du
général fut établi au bourg d'El Molar, à gnols, qui ne concevaient pas que des Français demi-bataillon qui se trouvait derrière eux
ayant gagné la tête de leur colonne pour
quelques lieues de Madrid.
chrétiens eussent admis des Turcs dans savoir quel était le sujet de ce tumulte, je
Un tumulte affreux régnait dans cette ville, leurs rangs, car, depuis l'invasion des Maures,
dont la population, dans sa joie féroce, brûla les peuples de la Péninsule exècrent les mu- reconnus en lui don ~figue! Rafaël Cœli, ce
et pilla les hôtels du prince de la Paix, celui sulmans, tout en redoutant d'avoir à combattre jovial officier avec lequel j'avais voyagé de
de sa mère, de sa Camille el de ses amis ; on contre eux; quatre mameluks feraient fuir Nantes à Salamanque en 1802, lors de ma
les eût même massacrés, sans l'énergie du vingt Castillans. Nous ne tardâmes pas à en première entrée en Espagne. C'était un homme
modéré ; il comprit les raisons qui portaient
comte de Beauharnais, qui leur offrit à l'am- avoir la preuve.
le maréchal Murat à s'opposer à ce qu'on fit
bassade de France un asile que personne
Afurat alla s'établir dans un des palais du entrer dans Madrid le prince de la Paix, dont
n'osa violer.
prince de la Paix, le seul que la populace eût le massacre certain couvrirait d'opprobre
En apprenant la révolution d'Aranjuez, le épargné, croyant qu'il appartenait encore à
prince Murat, ordinairement si expansif, la couronne. On me logea près de ce palais, l'armée française si elle ne l'empêchait pas,
devint sombre, préoccupé, et fut plusieurs chez un respectable conseiller de la Cour des et amènerait une collision sanglante si elle
voulait repousser les assassins. Don Rafaël
jours sans adresser la parole à aucun de Indes.
Cœli,
en sa qualité de commandant en second
nous; il est certain qu'à sa place, au milieu
J'avais à peine mis pied à terre, que de l'escorte, avait le droit d'émettre son avis;
d'un pays bouleversé, tout autre maréchal le prince Murat, apprenant que les ennemis
eût trouvé la tâche fort difficile. Mais la posi- de Godoy l'envoyaient dans les prisons de il parla dans le même sens que moi au chef
tion personnelle de Murat la compliquait Madrid, sans doute pour l'y faire massacrer, des gardes du corps, et il fut convenu que
encore, car en voyant trois des frères de et que ce malheureux était déjà aux portes Godoy serait provisoirement détenu dans la
!'Empereur déjà pourvus de couronnes et le de la ville, m'ordonna de partir avec un prison du bourg de Pinto. Ce pauvre malquatrième, Lucien, ayant refusé d'en accepter escadron de dragons et d'empêcher à tout heureux, témoin de ce qui venait de se
une, Murat pouvait se flatter que l'intention prix l'entrée du prince de la Paix dans la passer, était resté impassible, et lorsqu'il fut
de Napoléon fût de lui donner le trône d'Es- capitale, en signifiant aux chefs de ceux qui dans la prison où je l'accompagnai, il m'apagne, si la famille royale, abandonnant la le conduisaient que lui, Murat, les rendait dressa des remerciements en très bon français, en me chargeant d'exprimer sa reconpartie, s'enfuyait en Amérique. Il apprenait ,·esponsables de la vie du prisonnier.
naissance au prince Jfurat.
donc à très grand regret l'avènement de
Je rencontrai Godoy à deux lieues du fauJe me permis alors de faire observer aux
Ferdinand, autour duquel la nation espa- bourg de Madrid. Bien que cet infortuné fût
gardes
du corps ce qu'il y avait d'atroccment
gnole, dont il était adoré, allait se presser. horriblement blessé et tout couvert de sang,
barbare dans la manière dont ils taaitaient
... 217 ...

�111STO'J{1.Jl

-__,;.._-----------~
reconnaissante dont le prisonnier recevait
leurs offrandes.
Ilien que je comptasse_ sur la loya_uté d~
commandant de l'infanterie, don Rafael Cœli'.
j'étais néanmoins peu rassur~ s~r ce q~1
arriverait au prince de la Paix des que Je

milieu du corps. Je ne pus gag~er qu'on_ le
leur prisonnier; qu'il était honteux p~~r
l'uniforme espagnol que quatre cents mili- laissât libre dans sa prison, mats du moms
taires armés jusqu'aux dents ne se crussent il pouvait se mouvoir un peu, et couc~er ~ur
pas assez forts pour garder un homme dé- des matelasqueje lui fis donner. Depms, cm~
sarmé et eussent recours à des chaînes pour jours que Godoy avait été blessé, on ne I avait
s'assurer de lui!. .. Le bon Rafaël Cœli, qui même pas pansé!. .. Sa chemise, imbibée de

...

MiMO~"ES DU G:ÉJVÉ](.Jfl 13A1(07V DE MA1(130T - - - .

Je retournai ensuite à Madrid. Non seulement
le prince Murat approuva tout ce que j'avais
fait, mais pour assurer plus efficacement
encore la vie de Godoy, il envoya sur-le-champ
un bataillon cantonner à Pinto, en lui donnant
l'ordre de veiller à ce que les gardes du corps
n'entreprissent rien contre le prince de la
Paix. Au surplus, Ferdinand VII étant passé
le lendemain par le bourg de Pinto, en se
rendant à Madrid, et le chef des gardes du
corps lui ayant rendu compte de la scène de
la veille, le nouveau roi et ses ministres, qui
redoutaient par-dessus tout de se compromettre avec les Français, le louèrent fort
d'avoir évité d'en venir aux mains avec nos
dragons et ordonnèrent de laisser Godoy dans
la prison de Pinto, d'où, quelques jours
après, ils le firent transporter dans celle du
vieux château fort de Villaviciosa , qui se
trouve plus éloigné de la capitale.
Le 24 mars, Ferdinand VII fit son entrée
royale dans Madrid, sans autre escorte que
ses gardes du corps. Il y fut reçu aux acclamations de tout le peuple : ce fut une joie
délirante, dont aucune description ne pourrait donner une idée!... Les rues, les balcons, les fenêtres, les toits même, étaient
garnis d'une foule immense, accueillant par
de nombreux vivats le nouveau souverain dont
elle avait si impatiemment attendu l'avènement!. .. Les femmes jonchaient de fleurs
le passage du Roi, et les hommes étendaient
leurs manteaux sous les pieds de son che-

val!. ..

.,..

PASSAGE DU GUADARRAMA. -

n'eût certainement pas pris de tel!es mesures
s'il eût été commandant supérieur de l'escorte, ayant appuyé ce que. je dis~is, nous
obtînmes qu'on débarrasserait le prmce de la
Paix de son collier de fer, ainsi que de ses
menottes et des entraves qu'il avait aux
pieds : il ne fut plus attaché que par le

'
. l e t a bleau de
G1·av11re de II UOT, dapres

TAUNAY

• Musée de Versailles.)

sano- coa!!Ulé, était collée à sa peau; il n'avait
qu'~n so~lier, pas de mouchoir, était_ à de_mi
nu et la fièvre le dévorait!. .. Le chirurgien
de 'nos drao-ons visita ses plaies ; des officiers,
des sous-officiers et jusqu'à de simples cavaliers français apportèrent du linge et furent
touchés de la manière digne et cependant

l'aurais quitté, en le laissant aux mains ~e
ses cruels ennemis les gardes du corps ; Je
pris donc sur moi de faire loge~ l'escadron
français dans le bourg et convms avec le
capitaine qu'il aurait constamment un P?ste
dans l'intérieur de la prison, pour surve11ler
celui que les gardes du corps y avaient placé.

Un grand nombre de Français assistèrent comme · curieux à cette cérémonie,
mais aucune de nos troupes n'y parut officiellement; le prince Murat n'alla même pas
rendre visite à Ferdinand, et véritablement il
ne le devait pas, avant que !'Empereur se fût
prononcé, en faisant savoir lequel, du père
ou du fils, il reconnaissait pour souverain des
Espagnes. Il était probable que si Napoléon
avait l'intention de s'emparer de la couronne,
il préférerait qu'elle fût momentanément restituée au faible et vieux Charles l V, plutôt
que de la laisser à Ferdinand VII, entre les
mains duquel l'amour de la nation la rendrait
beaucoup plus difficile à prendre. Murat ne
mit donc pas en doute que !'Empereur ne se
refusât à reconnaître le nouveau roi.
Cependant, Ferdinand, inquiet sur la manière dont Napoléon apprécierait son avènement, ayant fait part de ses craintes à M. de
Beauharnais, qui lui avait toujours témoigné
beaucoup d'attachement, ce dernier, dont
l'honnêteté était incapable de s'arrêter à la
pensée que Napoléon pùt attenter à la liberté
d'un prince qui venait réclamer son arbitrage, conseilla à Ferdinand VII de se rendre
auprès de !'Empereur, dont on annonçait
l'arrivée prochaine à Bayonne. Les amis du
nouveau roi, consultés par lui, hésitaient,
lorsque le général Savary, premier aide de
camp et confident de Napoléon, arrivant inopinément à Madrid, remit à Ferdinand VII
des lettres de !'Empereur qui déterminèrent
d'autant plus facilement ce roi à se rendre à
Bayonne, qu'ayant appris que son père et sa

mère allaient plaider leur cause auprès de
Napoléon, il croyait utile de les devancer.
Le prince Murat et le général Savary,
connaissant la confiance que Ferdinand avait
en M. de Beauharnais, soufflèrent à cet ambassadeur les conseils qù'il devait donner au
nouveau roi, et celui-ci, résolu à faire le
voyage, envoya l'infant don Carlos, son frère,
au-devant de Napoléon. L'Empereur avait
quitté Paris le 2 avril pour se rendre à
Bayonne, mais il marchait lentement, afin de
donner aux événements le temps de se dessiner.

CHAPITRE III
Ferdinand au pouvoir de Napoléon. - Charles IV et
Godoy à Bayonne. - Émeute et bataille dans les
rues de Madrid.

Ferdinand VII partit de Madrid le f O avril,
allant à la rencontre de !'Empereur, que le
général Savary annonçait devoir être déjà à
Bayonne. Le peuple de la capitale, quoiqu'il
ne soupçonnât point encore le sort qu'on
réservait à son souverain, mais guidé par une
sorte d'instinct, le vit avec regret s'éloigner.
Ferdinand VII, toujours accompagné du général Savary, s'avança jusqu'à Burgos au
milieu des acclamations des populations accourues sur son passage. Toutefois, ne trouvant
pas Napoléon, qu'on leur avait dit être à
Burgos, et voyant les nombreuses colonnes
de troupes françaises dont les routes étaient
couvertes, le nouveau roi et ses confidents
commencèrent à craindre quelque guet-apens
et refusèrent d'aller plus loin. Le général
Savary calma leurs appréhensions par l'assurance que Napoléon était à Vitoria. Ferdinand
se rendit dans cette ville, où il apprit avec
une surprise mêlée d'un mécontentement
qu'il ne put cacher, que non seulement
!'Empereur n'avait pas encore passé la frontière, mais qu'il n'était même pas arrivé à
Bayonne!... L'orgueil espagnol se trouva
blessé; les conseillers de Ferdinand VII pensèrent que la dignité de leur roi ne permettait
pas qu'il allât plus loin au.devant d'un souverain étranger si peu empressé à le voir.
Il fut donc résolu qu'on resterait à Vitoria,
malgré les instances de Savary, qui, furieux
de voir sa proie sur le point de lui échapper,
se rendit à franc étrier à Bayonne, où !'Empereur venait enfin d'arriver le f4 avril.
Le lendemain de ce jour, Ferdinand, qui
se croyait encore libre, ne l'était déjà plus,
car le maréchal Bessières, commandant un
corps d'armée établi dans Vitoria, avait reçu
l'ordre secret d'arrêter le nouveau roi, dans
le cas où il voudrait rétrograder vers le centre
de l'Espagne, et le vigilant Savary, qui avait
arraché cet ordre à !'Empereur, arrivait pour
en assurer l'exécution. Mais il ne fut pas
besoin d'employer la violence. En effet, pendant la courte absence de Savary, Ferdinand
apprit que sa sœur, l'ancienne reine d'Étrurie, avec laquelle il était au plus mal, avait
déterminé son père et sa mère à aller sans
retard implorer l"appui de Napoléon, et que
les vieux souverains, auxquels !'Empereur
"" 219 ...

.... 218 ""

avait donné des escortes et des relais avec des
chevaux de trait des équipages français, avaient
déjà quitté Madrid et s'avançaient à très
grandes journées vers Bayonne. A cette nouvelle, Ferdinand et ses conseillers éperdus,
craignant de trouver l' Ero pereur prévenu contre
eux s'ils se laissaient devancer par Charles IV
et la Reine mère, demandèrent à partir surie-champ, malgré les protestations du peuple
et les sages avis d'un vieux ministre, M. d'Urquijo, qui prédisait tout ce qui se vérifia
depuis.
Le 20 avril, Ferdinand traversa la .Bidassoa.
Il s'attendait à y être reçu en souverain, mais
il ne trouva pas au delà du pont un seul
piquet d'infanterie française pour lui rendre
les honneurs, ni un cavalier pour l'escorter....
Enfin, les officiers de la maison de !'Empereur qui vinrent à sa rencontre, à quelques
lieues de Bayonne, ne lui donnèrent que le
titre de prince des Asturies!. .. Le voile était
déchiré et les prédictions d'Urquijo accomplies!. .. Mais il était trop tard, Ferdinand se
trouvait en France au pouvoir de Napoléon.
Celui-ci occupait aux portes de Bayonne le
fameux château de Marac, dans lequel j'avais
logé en f805 avec le maréchal Augereau.
L'Empereur se rendit en ville, fit une première visite à Ferdinand, le combla de politesses, l'emmena diner avec lui, mais sans
lui donner le titre de roi .... Le lendemain,
sans plus attendre, Napoléon, se démasquant
complètement, annonça à Ferdinand et à ses
ministres que, chargé par la Providence de
créer un grand Empire, en abaissant la puissance de l'Angleterre, et le passé lui ayant
démontré qu'il ne pouvait compter sur l'Espagne tant que la famille de Bourbon gouvernerait ce pays, il avait pris la ferme résolution
de n'en rendre la couronne ni à Ferdinand ni
à Charles IV, mais de la placer sur la tête
d'un membre de sa famille; que, du reste, il
assurerait au Roi ainsi qu'aux princes d'Espagne une existence des plus honorables,
conforme au rang qu'ils avaient occupé. Ferdinand VII et ses conseillers, atterrés par
celte déclaration, refusèrent d'abord d'y adhérer, répondant avec raison que dans Lous les
cas, aucun membre de la famille impériale de
France n'avait droit à la couronne d'Espagne.
Bientôt la présence du vieux fioi et de la
Reine vint apporter un nouvel intérêt à celle
scène mémorable.
Avant de quitter Madrid, Charles IV et la
Reine ayant eu une entrevue avec Murat, qui
les reçut comme s'ils n'eussent jamais cessé
de régner, réclamèrent son intervention pour
mettre en liberté le prince de la Paix, au sort
duquel ils portaient toujours le plus vif intérêt.
Les instructions données par !'Empereur à
son beau-frère portant qu'il fallait à tout prix
saul'er la vie de Godoy, le prince Murat s'adressa d'abord à la Junte, ou gouvernement
provisoire, à qui Ferdinand avait confié le
gouvernement des affaires pendant son absence.
Mais cette Junte, présidée par l'infant don
Antonio, oncle de Ferdinand et ennemi du
prince de la Paix, ayant répondu qu'elle n'avait pas le pouvoir de relâcher un prisonnier

�..-

msro1{1.J1

de celte importance, Mural, agissant militairement, fit cerner pendant la nuit le château
de Villa,,iciosa par une brigade française, dont
le général avait l'ordre de ramener le prince
de la Paix, de gré ou de force. Mais comme
on savait que les gardes du corps préposés à
sa garde avaient déclaré qu'ils le poigna1·de1·aient plutôt que de le rendre vivant, et que
le marquis de Chaslelcr, Belge au service de
l'Espagne, commandant de Villaviciosa, avait
exprimé la même intention, Murat fit prévenir
ces forcenés que, s'ils exécutaient leur horrible
projet, ils seraient tous fusillés sans aucune
rémission, sur le cadavre du prince de la
Paix!. .. Celle menace les fit réOécbir; ils en
référèrent à la Junte, qui, apprenant la résolution de Murat, donna enfin l'ordre de lui
remettre le prince de la Paix. Ce malheureux
nous arriva au camp sous Madrid, malade,
sans habit, ayant une longue barbe, enfin dans
un état pitoyable, mais enchanté de se lrom·er
au milieu des Français et loin de ses implacables ennemis.
Le maréchal Murat lui fit l'accueil que réclamait son infortune, et, après l'avoir généreusement pourvu de tout ce dont il avait
besoin, il Je fit monter en voiture avec un de
ses aides de camp, qui reçut l'ordre de le
faire constamment escorter par des piquets de
cavalerie française, en marchant jour et nuit
jusqu'à ce qu'il fùt à Bayonne, tant il craignait que la populace ne se portât aux derniers excès contre Godoy! Celui-ci, m'ayant
reconnu au milieu de l'état-major, vint me
serrer la main, en me remerciant affectueusement de ce que j'avais fait pour lui au bourg
de Pinto. Il aurait bien désiré être conduit
par moi jusqu'à Bayonne, et j'aurais reçu
celte mission avec plaisir; mais, ainsi que je
l'ai déjà dit, les aides de camp auxiliaires
n'ont jamais que les mauvaises missions; ce
fut donc à un des aides de camp en pied que
le prince Murat confia celle-ci, et je ne tardai
pas à en avoir une fort dangereuse.
Cependant les vieux souverains approchaient
de Bayonne. Ils y entrèrent le 20 avril. Napoléon leur fit une réception royale, envoya sa
garde et sa cour au-devant d'eux : les troupes
se formèrent en baie, l'artillerie fit les saluts
d'usage; !'Empereur se rendit avec le Roi et
la Reine à l'hôtel préparé pour ces anciens
souverains de l'Espagne et les conduisit dîner
au château de Marac, où ils trouvèrent leur
cher Emmaduel Godoy, dont ils étaient séparés
depuis la révolution d'Aranjuez. Pendant cette
touchante entrevue, Ferdinand VU s'étant
présenté pour rendre ses devoirs à son père,
Charles IV le reçut avec indignation, et l'aurait
chassé de sa présence s'il n'eût été dans le
palais de \'Empereur.
Dès le lendemain de son arrivée à Bayonne,
Charles IV, informé des projets de Napoléon,
ne parut y mettre aucune opposition, la Reine
et le prince de la Paix lui ayant persuadé que,
puisqu'il lui était désormais impossible de
régner sur l'Espagne, il fallait qu'il acceptât
la position que l'Empereur lui offrait en France
et qui lui procurerait le double avantage d'assurer le repos de ses vieux jours et de punir

JKÉ.MOffl.ES DU GÉNÉ~Al. BA~ON D'E JK.lf..~BOT - - . . ,

l'odieuse conduite de Ferdinand. Ce raisonnement d'une mauvaise mère était faux, en cc
qu'il privait tous ses enfants de leurs droits 1t
la couronne pour les faire passer dans la
famille de Napoléon.
Tandis que de grands événements se préparaient à Bayonne, le prince Murat, resll:
provisoirement maître du gouvernement à
Madrid, avait fait publier la protestation de
Charles IV, et supprimer sur tous les actes
publics le nom de Ferdinand VII. Ces mesures
mécontentèrent infiniment le peuple et les
grands, dont l'agitation s'accrut par l'arrivée
des nouvelles de Bayonne, qu'apportaient des
émissaires secrets déguisés en pa}sans et enYoyés par les amis de Ferdinand Vil.
L'orage grondait autour de nous: il ne
tarda pas à éclater à ~ladrid ; voici à quelle
occasion.
Charles IV, la Reine, Ferdinand et son frère
don Carlos se trom•ant à Bayonne, il ne restait
plus en Espagne des membres de la famille
royale que l'ex-reine d'Étrurie, son fils, le
vieil infant don Antonio et le plus jeune des
fils du roi Charles IV, don Francisco de Paolo.
qui n'ayait alors que douze à treize ans. Mural
ayant reçu l'ordre d'envoyer à Bayonne ces
membres de la famille de Bourbon, la reine
d'Étrurie et l'infant don Antonio déclarèrent
qu'ils étaient prêts à s'éloigner de l'Espagne;
le jeune don Francisco, qui n'était pas majeur,
se trouvait sous la tutelle de la Junte, qui,
alarmée de voir enlever successivement tous
les princes de la maison royale, s'opposa formellement au départ de cet enfant. L'agitation
populaire devint alors extrême, et, dans la
journée du fer mai, des rassemblements nombreux se formèrent dans les principales rues
de Madrid et surtout à la Puerta del Sol,
immense place située au centre de Madrid.
Quelques-uns de nos escadrons parvinrent
cependant à les dissiper; mais le 2 au matin,
au moment où les princes allaient monter en
voiture, quelques domestiques de la maison
du Roi sortent du palais en s'écriant que le
jeune don Francisco pleure à chaudes larmes
et se cramponne aux meubles, déclarant qu'étant né en Espagne, il ne veut pas quiller ce
pays ....
Il est facile de comprendre l'effet que
produisirent sur l'esprit d'un peuple fier et
libre des sentiments aussi généreux, exprimés
par un enfant royal, que l'absence de ses deux
frères rendait l'espoir de la na lion! ...
En un instant, la foule court aux armes et
massacre impitoyablement tous les Français
qui se trouvent isolés dans la ville! Presque
toutes nos troupes étant campées hors de
Madrid, il fallait les prévenir, et cela n'était
pas facile.
Dès que j'entendis les premiers coups de
fusil, je voulus me rendre à mon poste auprès
du maréchal Murat, dont l'hôtel était voisin
de mon logement. Je montai donc précipitamment à cheval et j'allais sortir, lorsque mon
hôte, le vénérable conseiller à la Cour des
Indes, s'y opposa, en me montrant la rue
oocupée .par une trentaine d'insurgés armés,
auxquels je ne pouvais évidemment pas échap◄

220,..

per; et comme je faisais observer à ce digne
homme que l'honneur exigeait que je bravasse-tous les périls pour me rendre auprès
de mon général, il me conseilla de sortir lt
pied, me mena au bout de son jardin, ouvrit
une petite porte et eut l'extrême obligeance
de me conduire lui-même, par des ruelles
détournées, jusque sur les derrières de l'hôtel
du prince Murat, où je trouvai un poste français.
Ce respectable conseiller, auquel je dus
probablement la vie, se nommait don Antonio
Hernandès; je ne l'oublierai jamais....
Je trouvai le quartier général dans une agitation extrême, car, bien que Murat n'ei1t
encore auprès de lui que deux bataillons t•l
quelques escadrons, il se préparait à marcher
résolument au-devant de l'émeute; chacun
montait à cheval, el j'étais à pied! ... Je mf'
désolais .... Mais bientôt le général Belliard,
chef d'état-major, apnt ordonné d' cmoycr d&lt;'lpiquets de grenadiers pour repousser les
tiraillf'urs ennemis qui occupaient déjà les
abords du palais, je m'offris pour en dirigf'r
un à travers la rue dans laquelle se trouvait
l'hôtel de don Ilcrnandès, et dès que la porlc
fut dégagée, je pris mon cheval el me joignis
au prince Murat qui sortait en ce moment.
II n'y a pas de fonctions militaires plus
dangereuses que celles d'un officier d'étalmajor dans un pays et surtout dans une ville
en insurrection, parce que, marchant presque
toujours seul au milieu des ennemis pour
porter des ordres aux troupes, il est exposé à
être assassiné sans pouvoir se défendre. A
peine en dehors de son palais, Murat expédia
des officiers vers tous les camps dont Madrid
était entouré, avec ordre de prévenir et d'amener les troupes par toutes les portes à la fois.
La cavalerie de la garde impériale, ainsi qu'une
division de dragons, étaient établies au Buen
Retiro; c'était un des camps les plus voisins
du quartier général, mais aussi le trajet était ,
des plus périlleux, car, pour s'y rendre, il
fallait traverser les deux plus grandes rues de
la ville, celles d'Alcala et de San Geronimo,
dont presque toutes les croisées étaient garnies de tireurs espagnols. II va sans dire que
rette mission étant celle qui présentait le plus
de difficultés, le général en chef ne la donna
pas à l'un de ses aides de camp titulaires; ce
fut à moi qu'elle fut dévolue, el je partis au
grand trot sur un pavé que le soleil rendait
fort glissant.
A peine étais-je à cent toises de l'état-major,
que je fus accueilli par de nombreux coups de
fusil; mais l'émeute ne faisant que commencer, le feu était tolérable, d'autant plus que
les hommes placés aux fenêtres étaient des
marchands et des ouvriers de la ville, peu
habitués à manier le fusil; cependant, le
cheval d'un de mes dragons ayant été abattu
par une balle, la populace sortit des maisons
pour égorger le pauvre soldat; mais ses camarades el moi fondîmes à grands coups de
sabre sur le groupe d'émeutiers, et, en ayant
couché au moins une douzaine sur le carreau,
tous les autres s'enfuirent, et le dragon, donnant la main à l'un de ses camarades, pot

suiv_re ~n courant, jusqu'au moment où nous
atteigmmcs enfin les a,ant-postes du camp de
notre cavalerie.
En défendant le dragon démonté, j'a,ais
reçu un coup de stylet dans la manche de mon
d?l~an, et deux de mes cavaliers avaient été
legcr?~~nt blessés. J'avais ordre de conduire
les dms10ns sur la place de la Puerta del Sol
centre de l'insurrection. Elles se mirent e~
mouvement au galop. Les escadrons de la
garde, commandés par le célèbre et brave
Daumesnil, marc.baient en tête_, précédés par
les m_ameluks. L émeute avait eu le Lemps de
grossi~; on nous fusillait de presque toutes
les maisons, surto~t de l'hôtel du duc de Hijar,
d_ont toutes_ les croisées étaient garnies de plusieurs adroits tireurs; aussi perdîmes-nous là
plusieurs hommes, entre autres le terrible
~ustap~, ce brave mamrlnck qui, à Austerlitz, avait été ~ur le poi~t d'atteindre le grandduc Constantm de Russie. Ses camarades jurèrent de le venger; mais il n'était pas possible
pou~ le moment de s'arrêter; la cavalerie
contmua donc de défiler rapidement 1 sous une
grêle de balles, jusqu'à la Pue1'ta del Sol.
Nous y trouvàmes le prince Murat aux prises
avec _une foul_e immense et compacte d'hommes
ar~~s, parmi lesquels on remarquait quelques
1?1lliers de_ sol_dats espagnols avec des canons
llrant à m1lra1lle sur les Français.
En. voyant arriver les mameluks qu ïls red~ula1e~l heau~up, les Espagnols essayèrent
nc~nmoms de faire résistance ; mais leur résolulion ne fut pas de longue durée, tant l'aspect
des Turcs elfra.yait les plus braves!... Les
mameluks, s'élançant le cimeterre à la main
sur celle masse compacte, firent en un instant
voler une centaine de tètes, et ouvrirent pas~~e _au:x chasseurs de la garde, ainsi qu'à la
d1v~s1on de dragons, qui se mil à sabrer avec
furie. Les Espagnols, refoulés de la place
espéraient échapper par les grandes et nom~
bre~ses rues qui y aboutissent de toutes les
p~rl!es de la ville; mais ils furent arrêtés par
d a~tr.es ?olonnes fr~nçaises, auxquelles Murat
avai~ md1qué, ce pomt de réunion. JI y eut
aussi da~s d autres quartiers plusieurs combats parlle!s, mai~ celui-ci fut le plus impor~nt et décida la victoire en notre faveur. Les
insurgés eurent douze à quinze cents hommes
~ués_ et ~eaucoup de blessés, et leur perte eût
eté mfinunent plus considérable si le prince
Murat n'etît fait cesser le feu. '

Comme militaire, j'avais dû combattre des
ho1?m_es qui attaquaient l'armée française;
m~s Je ne pouvais m'empêcher de reconnaitre, , d~ns mon_ for intérieur, que notre
cau~c eta1~ mauvaise, et que les Espagnols
~va1ent ra1s~n de chercher à repousser des
etrangers qm, après s'être présentés chez eux
en amis, voulaient détrôner leur souverain et
s'emparer du royaume par la force! Cette
guerre me paraiss~t donc impie, mais j'étais
soldat et ne pouvais refuser de marcher sans
être, taxé de lâch~té !. .. La plus grande partie
de I armée pensait comme moi et cependant
obéissait de même !. . .
'
Les _hostilités ayant cessé presque partout,
el la ~11le étant ~upée par nos troupes d'infanterie, la cavalerie qui encombrait les rues
~eçut l'ordre de rentrer dans ses camps. Les
msurgés qui, du haut de l'hôtel du duc de
!lijar,. avaient tiré si vivement sur la garde
1mpértale à son premier passarrc avaient eu
l'imprudente audace de rester l~ur poste et
de recommencer le feu au retour de nos escadrons; mais ceux-ci, indignés à la vue des
cad~vres de leurs camarades, que les habitants
avaient eu la barbarie de hacher en petits
morceaux, firent mettre pied à terre à un bon
nombre de cavaliers, qui, après avoir escaladé
les fenêtres du rez-de-chaussée pénétrèrent
dans l'hôtel et coururent à la ~engeance! ...
Elle fut terrible!. .. Les mameluks, sur lesquels avait porté la plus grande perte, entrèrent dans les appartements, le cimeterre el le
tromblon à la main, el massacrèrent impito~·ablement tous les réroltés qui s'y trouvaient; la plupart étaient des domestiques du
duc de Hijar.
. ~as un seul n'échappa, et leurs cadavres,
JCtes par-dessus les balcons, mêlèrent leur sanrr
à celu( des mameluks qu'ils avaient égorgé~
le matm.

à

CHAPIT~E IV
lli~on à Bayonne auprcs de l'llmpereur. - Abdication de Charles IV. - Joseph est nommé roi. _
Soulèvement général de l'Espagne:.

Le combat ainsi terminé et la victoire
assurée, Murat s'occupa de deux choses importa~tes : ~endre compte à !'Empereur de
ce qui venait de se passer à Madrid et faire
partir la reine d'Étrurie, le vieux prince

Antonio el surtout le jeune infant don Francisco, qui, effrayé par le bruit du canon et de
la fusillade, consentait à présent à suine sa
sœur et .son o~clc._ Mais _cc convoi ne pouvait
aller _qu à peilles JOurnees, tandis qu'il était
fort important que les dépêches de Mural
parvinssent au plus tôt à !'Empereur.
Vous prévoyez ce qui advint. Tant que
l'E~pagne avait été_ paisible, le prince Murat
avait confié à ses aides de camp litulafres les
nombreux. rappo_rls qu'il envoyait à !'Empereur; mais mamtenant qu'il s'agissait de
tr~~erser une grande partie du royaume, au
milieu des populations que la nouvelle du
combat. de Madrid dernit porter à assassiner
les officiers français, ce fut le rôle d'un aide
de camp au:ciliafre, et l'on me confia cette
périlleuse mission.
J~ m'y attendais, et, bien qu'en suil'ant
la ~1ste des tours de scn·icc, ce ne fû l pas à
moi à marcher, je ne fis aucune observation.
Murat, appréciant fort mal le caractère de
la nation castillane, s'imaginait que tcrrifirc
par la répression de la réYolle de Madrid elle
n'oserait plus prendre les armes et se' soumettrait entièrement. Comme il se flattait
que Napoléon lui destinait Je trône de
Charles IV, il était radieux, cl me dit plusieu~s fois_ e? me remettant ses dépêches :
« Repélez a I Empereur ce que je lui mande
dans cette lettre : la victoire que je viens de
remporter sur les . ~é1•oltés de la capitale
nous ~ssure la pa1s1ble possession de rn~pagne .... »
Je n'en cropis rien, mais me «ardai bien
de le dire, et me bornai à demande~ au prince
Mu_ral la pe~mission de profiter, jusqu'à
Buitrago, de l escorte qui devait accompagner
la ;oiture des princes espagnols, car je savais
qu un grand nombre de paysans des environs
de Madrid, étant Yenus prendre part à l'insurrection, s'étaient, après leur défaite dispersés et ca_c~és dan,s les villages et 'campagnes _d~ ~01S1nage, d où ils pouvaient fondre
sur moi s1 Je sortais de la ville.
Murat ayant reconnu la justesse de mon
observation, je pris un cheval de poste et
marchan~. av~c _le régiment qui escortai~ le~
lnfan~s, J arr1va1 Je soir même à Buitrago, où
les pr~nces espagnols devaient coucher; ainsi,
~yart!r d~ ce bourg, plus d'escorte pour moi,
J allais m élancer dans l'inconnu 1...
GÉNÉRAL DE

(A

suivre.)

MARBOT.

�SA17VT-GET{MJt1N 1..'1.M.MO'R._TEl..

DE L'HJSTOlRE

Saint-Germain l'immortel

?e

A quelle date précise Saint-Germain a été
Bulwer Lytton et Thackeray nous ont tous une · lettre d'Horace Walpole, du 9 décem- admis dans l'ifltimité de Louis XV, de Choideux: présenté, dans un de leurs contes, bre 1745:
seul, et de Mme de Pompadour, c'est ce que
l'étrange et mystérieuse figure d'un homme
On commence, ici, à arrêter des gens (soupçon- l'on ne saurait établir avec certitude. Les
qui passe à travers les âges, riche, puissant, nés de connivences avec Charles Stuart, qui é(ait auteurs de mémoires sont d'ordinaire, en
toujours assistant aux événements les plus alors en marche vers le comté de Derby) .... Ainsi, matière de dates, les plus vagues des hommes;
graves sans jamais sortir des coulisses, venu l'autre jour, on a empoigné un homme singulier, et leurs récits nous permettent seulement de
on ne sait d'où, et mourant si obscurément qui se fait appeler le comte Saint-Germain. Il est discerner que c'est pendant la première partie
depuis deux ans, et ne veut pas dire qui
qu'il ne laisse aucune preuve authentique de ilà Londres
est, ni d'où il vient, mais reconnaîl seulement de la guerre de Sept Ans (jusque vers t 760)
son décès; et puis, plus tard, dans d'autres que le nom qu'il se donne n'est pas son vrai nom. que Saint-Germain a beaucoup fréquenté la
cours, on voit reparaître un homme tout li chante, joue merveilleusement du violon, com- cour de France, et paru posséder à un haut
pareil à celui-là, et poursuivant la même pose, esl fou, el déraisonne. Il passe pour être un degré la faveur du roi.
carrière de luxe, de prodiges, de puissance Italien. un Espagnol, un Polonais; quelqu'un qui
Notre source principale est le recueil célèbre
a épousé une grande fortune à Mexico et s'est des Souvenirs de Mme du Hausset, la [emme
secrète.
Je ne puis m'empêcher de croire que les enfui à Constantinople avec les bijoux de sa de chambre de la marquise de Pompadour.
deux créateurs de ce personnage romanti- femme; un prèlre, un charlatan, un gros person- Nous y lisons que Louis XV et Mme de Pomque se sont inspirés, l'un et l'autre, pour le nage. Le Prince de Galles a eu une énorme curio- padour, tous les deux, traitaient Saint-Gerde se renseigner sur lui : mais en vain. Ceconcevoir, de la sing1.dière légende du comte sité
pendant, on n'a rien pu découvrir contre lui: si main comme un personnage important, et
de Saint-Germain, - que, tout d'abord, on bien qu'il a été relâché, et, - ce qui achève de cela en dépit de la méfiance de leurs familiers.
doit se garder de confondre avec son homo- me convaincre qu'il n'est pas un gP.ntleman, il &lt;( Cet homme doit être un charlatan, puisnyme contemporain, le militaire et ministre reste ici, et dit, lui-même, (( qu'on le prend pour qu'il prétend avoir un élixir ! » affirmait le
français, mort en 1778, et qui paraît n'a- un e.spion 1&gt;.
médecin Quesnay, avec un scepticisme bien
voir jamais rien eu d'anormal dans sa desTelle est la première mention authentique médical. Mais le roi, suivantMme du Hausset,
tinée.
persistait dans son opinion ; et il lui arrivait
Quant à l'autre Saint-Germain, le mystérieux que nous ayons de Saint-Germain. Et je parfois &lt;( de parler de Saint-Germain comme
et l'immortel, je n'ai malheureusement aucune m'étonne qu'elle ait échappé aux biographes d'une personne d'illustre naissance ».
lumière nouvelle à projeter sur ses aventures : français de cet homme mystérieux. Nous
On se trouvait alors dans une époque de
et ma seule excuse, pour parler de lui à cette voyons donc qu'il a habité Londres de t 745 scepticisme universel, et aussi, par contreplace, est l'ignorance et l'oubli à peu près à 17 45, et sous un nom qu'il reconnaissait coup, d'universelle crédulité. Trente ans
universels où je crains que ne soit tombé ce n'être pas le sien, mais qui était déjà celui auparavant, déjà, tandis que les philosophes
curieux personnage. L'omniscient Diction- qu'il allait porter ensuite à la cour de France. commençaient à dénoncer librement ce qu'un
naire Larousse, par exemple, ne nous donne L'allusion de Walpole à ses bijoux (qu'il aurait Américain a nommé depuis &lt;( les erreurs de
de lui qu'une biographie fort incomplète, volés à sa femme, une riche Mexicaine) nous Moïse », le Régent avait mis à la mode la
omettant des faits qui, cependant, se trouvent permet de penser que, dès ce moment, il pratique de lire l'avenir dans le cristal, et,
mentionnés dans des sources d'un accès bien était déjà riche de ces inexplicables trésors dans toutes 'les hautes classes de la société,
qui allaient faire l'émerveillement de ses amis
facile.
on s'était mis à parler d'histoires de reveNous lisons dans Larousse : &lt;( On n'a- français. Et quant à ce que dit Walpole de sa nants et de cas de seconde vue. Vers 1750,
vait pas entendu parler de Saint-Germain « folie», peut-être cela signifie-t-il que Saint- au moment de la venue à Paris de Saint-Geren France jusqu'en 1750, où il s'établit à Germain laissait déjà à entendre qu'il avait main, Mesmer n'était pas encore apparu,
Paris. Aucune a, enture n'avait attiré l'atten- vécu dans des âges lointains, et connu les pour rendre un nouvel élan à l'antique coution sur son existence; on savait seulement personnages illustres du passé?
tume de l'hypnotisme, familière dès les preLe passage de la lettre de Walpole aurait
qu'il avait parcouru l'Europe, vécu en Italie,
miers âges de la civilisation; Cagliostro n'était
en Hollande, et en Angleterre, et porté les pu nous faire espérer la découverte de quel- pas encore entré en scène, avec ses mystères
noms de marquis de Montferrat et de comte 'que document officiel se rattachant à cette ar- de l'ancienne franc-maçonnerie des Coptes.
de Bellamye, ce dernier à Venise. l&gt; De son restation de Saint-Germain, en décembre 1747, · Mais déjà tout le monde était partagé entre
côté, Lascelles Wraxall, dans ses Aventures et aux interrogatoires qu'il a dùsubir. En fait, les deux extrêmes du doute et de la croyance.
Remarquables (1865), écrit : « Quoi qu'il les Archives anglaises sont remplies de docu- Tout le monde était prêt à admettre qu'il y
puisse y avoir de vrai dans les prétendus ments de ce genre, contenant les questions avait peut-être quelque chose dans l'élixir de
voyages de Saint-Germain en Angleterre et posées à des personnes suspectes de toute vie et dans la pierre philosophale; que peutaux Indes, nous savons, sans aucun doute qualité, ainsi que les réponses faites à œ~ être il n'était pas impossible de faire chimipossible, que, en 1745 et 1755, il demeurait questions. Mais j'ai vainement exploré toutes quement des pierres précieuses ; et que Saintà Vienne, et y occupait une haute position. » les_ collections publiques et privées de papiers Germain, surtout s'il avait vraiment plus
Et Wraxall ajoute que Saint-Germain n'est d'Etat, en quête d'une trace de l'arrestation d'un· siècle d'âge, comme il le disait, pouvait
apparu à Paris qu'en t 757, y ayant été amené, ou de l'interrogatoire de Saint-Germain. fort bien connaître ces secrets-là et bien
d'Allemagne, par le maréchal de Belle-Isle. Celui-ci, décidément, ne me paraît pas avoir d'autres.
Or, un document d'une authenticité sûre nous laissé un seul vestige de son existence dans
Mme du !fausset ajoute que Saint-Germain,
apprend que, à cette même date, et sous ce aucun document officiel; il ne vit absolument à ce moment, semblait avoir environ cinmême nom, Saint-Germain résidait à Londres, pour nous que dans des mémoires, et d'une quante ans, qu'il n'était ni gras ni maigre, et
et non pas à Vienne. Nous lisons en effet dans autorité plus ou moins douteuse.
1

-.. 222 ,..

~

s'habillait
simplement, en règle ge'n,era1e, doig_ts, la mont~e, la tabatière, les boucles de
.
Hausset, - pour un bâtard d'un roi de
ma~s ~vec bon goût. Admettons donc qu'il souliers et de Jarretières du « comte ,
Portugal.
•
d
.
.
&gt;,,
aux
avait _cmquante ans vers 1760 ; mais quelle Jours e cerémome, resplendissaient de diaDe _toutes les. hypothèses sur la naissance
s~rpr~se il devait inspirer à Mme de Gergy mant~ et de ru?_is; et nous savons aussi que
de.
Samt~Germam, la plus ingénieuse est celle
s1
celle-ci ' à Venise , en 1710 , l' ava1.'t !es pierres qu Il portait sur lui furent un
d ,.vraiment
à
q~1
ferait de lui le fils naturel, non pas d'un
CJ , rencontré paraissant avoir le même àge ! Jour, re?&lt;&gt;nnues comme valant plu; de
roi de Portugal, mais d'une reine d'Espao-ne
Et l on c~mp~end qu'un tel homme ait fait 200000 _hv:es. ~ussi comprend-on que &lt;;elle
une certame impression sur Mme de Pom- e~traordma1re r1~hesse en pierres précieuses Cette hypothèse même, du reste, n'a pas pou;
elle un seul argument sérieux, et ne repose
padour.
ait enc?re_ ~ontr1bué à intriguer profondé- que sur une série
conjectures. J'y crois,
II prétendait en outre avoir le secret d'ef- me~t l opm1on publique. D'où pouvait lui
pour
ma
part,
tout
JUste
autant que je crois
facer les t~ches des diamants. Le roi lui mon- v~mr une telle richesse, se demandait-on
q_u~
le
Rév?rend
M. Douglas, un bruyant et
tra une pierre éva!ué? 6000 livres, et qui, smon. de quelque, science mystérieuse, o~
nd1cule precheur du Covenant, a été mis au
sans une tache qui s y trouvait en aurait peut-etre encore d une naissance illustre et
mon_d~ par la reine Marie Stuart, durant sa
. v~u. 10000. Saint-Germain décl;ra qu'il se également mystérieuse? Sa richesse ne, lui
captmté
à Loch Levcn. Mais l'excellent
fa1s_a11 fort d'enlever cette tache en un
archéologue
champenois Grosley dans
mo,_s; et, un mois après, il rapportait
ses
Mémoires,
nous affirme' que
ledia?Jant, - sans la moindre tache.
durant
son
séjour
en Hollande il ~
Le roi envo~a a_ussitôt la pierre, sans
e~,
d'un
homme
de
ce pays, de; renaucune explical!on' à son joaillier' qui
seigne~ents
autorisés
sur la naissance
en donna 9600 livres: mais le roi
d_e
Samt-Germain
et
la
source de sa
rendit l'ar~e1~t et garda la pierre,
r:c_he~se
i, et l? fa(t est que, comme je
?&lt;&gt;mme_ cur10s1té. u fait, il n'est pas
l a1 dit, l exphcat10n donnée par Grosimpossible que Samt-Germain se soit
ley
es~ la seule qui, tout au moins,
b?rné à remettre au roi une autre
ne
.soit
pas absolument impossible.
pierre, ~illé~ de la même façon que
_D après cette explication, donc,
c~lle q~ av~it la tache : la mystificaSamt-Germain
aurait été le fils d' une
.
1.J.on _lm aurait coùLé quelques milliers
prmcesse qui se serait enfuie (évide_ hvr?s, mais peut-être avait-il l'esd?llll1;1e?t d'Espagne) à Bayonne, et
P?1r. d Y ~etro~ver son compte? II
d un JUif portugais demeurant à Bordisait aussi qu il pouvait accroitre la
deaux.
grosseur des perles : et sans doute il
. 9uelle _peut ~tre cette princesse fuaurait pu prouver cela aussi, assez aiség1t1ve qm aurait consenti à couronner
~ent, - de la même manière. Mais
les feux de l'ardent israélite? C'était
il ne voulut absolument pas malrrré
~e n: pouvait être, - comme déjà
les prières Mm_e de Pompad;ur, d~nl
~:vait compris Grosley, _ que l'héner au roi un élixir de vie. « Il faurome d~ Ruy-Blas. L'infortuné Chardrait que je fusse fou pour donner
les d,Espagne, - type parfait du
une d~ogue à Sa lllajesté ! »
dégenére, - ayant perdu sa première
Un JOur, le mystérieux personnao-e
femme après quelques années d'un
mo~tra à Mme de Pompadour u~e
~ariage s~rile, avait épousé, en mai
petite boîte toute couverte de rubis,
fa~O, la prmcesse Marie de Neubourg,
de topazes, et de diamants. Mme de
qm, elle aussi, échoua à empêcher la
. Pompadour appela llfme du Hausset,
Guerre de la Succession d'Espagne en
sa femme de chambré, pour regardonnant ~n héritier à la couronne.
LE COMTE DE SAINT-GEIUIAIN, CÉLÈBRE ALCHIMISTE.
~er 1~ boîte merveilleuse ; elle était
Les chromques scandaleuses insinuent
•
Ainsi_
que
Prométhée,
il
déroba
le
feu
eblome,_ mais, au fond, méfiante, et
Par qui le ~onde existe et par qui tout respire.
même que Marie fut choisie préciséfit un signe à sa femme de chambre
La Nature a sa voix obéit et se meut .
'
ment
pour la légèreté de son caractère
S'il n'est pas Dieu lui-même, un dieu p11tssa11t l'inspire. •
P?ur lui expliquer qu'elle croyait
avec l'espoir qu'elle saurait s'arrano-er'
bien que toutes ces pierres n'étaient
d'u~e iaçon
r
"
'
Gravure de N. THOMAS.
ou d'une autre, pour
(Cabi11et des Estampes.)
que_ du faux. Alors le &lt;( comte »
avoir un fils. Elle n'eut point de fils
~xhib~ un superbe rubis, tandis qu'il
cependant, - du moins que l'on sache'
ecar(a1t avec mépris un autre objet qu'il vena~t p~s, e~ tout cas, du jeu ni de l'escro- - pend~nt son règne, mais elle eut un favori'.
venait de tirer de sa poche, une croix: cou- querie: Jamru~ auc~ne accusation de ce genre un certam comte Andanero, qu'elle fit minisverte d? Pie:reries.
·
·
&lt;( Mais cette croix n'est
ne semble avoir éte soulevée contre lui. A la tre, des finances. Ce favori était un comte de
~s déjà si méprisable! » dit Mme du dilférenc~ d'un Mesmer ou d'un Cagliostro, il frru.c~e _dat~, _et nous savons qu'avant d'être
ausset, en suspendant la croix à son cou. n~ ~e~d~1t pas d'élixirs, ni de prophéties, ni anobli il eta1t financier. En 1706 s1·x
, l
,
ans
Le (( comte » la pria de o-arder le biJ'ou · d m1tiat10ns à des sociétés secrètes. Sa ma- ~pres
a mort de Charles II, la reine se retira
elle refusa, et sa maitresse
• o approuva son•
nière de vi_vre était, d'ailleurs, assez modeste; a ~ayonne. Et ainsi l'hypothèse serait que
;;fus. Mais comme Saint-Germain insistait, et on aurait pu le prendre simplement pour Sarnt-Germain aurait été le fi·ls de
Il
. d'
ce e
~e de _Pompadour, s'imaginant que la un « excentrique» inoffensif, peut-être le fils ex-reme
Espagne et de l'ex-financier Anda~;oix valait à peine 40 livres, fit signe à natu:el ~e quelque grand seigneur, et qui ner?, homme &lt;( qui n'était pas né dans la
~u, Hausset qu'elle pouvait l'accepter. a~ra1t mis _tout s~n capital en pierres pré- sphere des cours )), et que la tradition n'a
~-c'. I_accepta donc, et le bijou, montré à cieuses. Mais Loms XV le traitait avec des p~s eu de peine à transformer en un banquier
un_Joadher, fut estimé 1500 livres: _ ce ~gard~ que cette hypothèse n'aurait pas suffi JUIÎ de Bordeaux.
qui, d'ailleurs, ne nous prouve nullement a expliquer, et, sans vouloir préciser, laissait
Nolon~ e~ pas~ant,_ à ce propos, que Choiqu~ les autres bijoux exhibés par Saint-Ger- entendre qu'il connaissait le secret de sa nais- seul, ~m detesta_it Samt-Germain et était fort
mam
·
, , (et soigneusement
repris par lui) aient sance. De telle sorte que la cour lui attribuait ennuye. de_ le vo1'. reçu dans l'intimité de la
ete authentiques.
·
toute . sorte de hautes origines, et qu'on le
11 n'en reSle pas moins certain que les prenait notamment, - nous dit Mme du ~o~r, d1sa1t à Gle1chen que le soi-disant comte
eta1t &lt;( le fils d'un juif portugais, et trompait

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C~~r

... 223 ...

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1l1ST0'1{1A
que la demande d'extradition fut dûment
précieuse, je vous défends d'imiter le régime
présentée à La Haye. Mais les Ilollandais
la cour ». Le ministre de Louis XV, comme
d'un homme dont le caractère est aussi doun'aimaient guère à livrer les hommes accusés
on voit, était tout prêt à accepter le père
teux! » Et celle antipathie de Choiseul allait
de crimes politiques. lis firent signe à Saintisraélite; mais, sans doute, il pensait que
avoir une influence îuneste sur la carrière de
Germain, qui s'enfuit à Londres. Et le fait
c'était au sujet de la royale mère que SaintSaint-Germain:
est qu'un journal de Londres, en juin 1760,
Germain « trompait la cour 1&gt;.
On sait que Louis XV s'amusait à entreUne reine d'Espagne peut fort bien avoir
a publié une sorte d'interview voilée avec lui.
tenir une diplomatie secrète, au moyen d'aNous y apprenons que son nom, quand il
emporté une grande quantité de diamants du
gents inférieurs, derrière le dos de ses
Brésil. Il se peut que de nombreux écrins de
sera révélé après sa mort, étonnera le monde
ministres et à leur insu. Le duc de Choiseul,
diamants aient figuré parmi les très rares
p'.us C'ncorc que tous les prodil?es de sa vie.
ministre des Affaires étrangères. le maréchal
a,·antages de sa situation , dans une cour
Saint-Germain est un grand inconnu. Perde Belle-Isle, ministre de la Guerre, ignoattristée par les excès de J'étiquette. De plus,
sonne ne peut l'accuser de rien de malhonraient entièrement ces négociations du roi,
Saint-Germain, en le supposant né à Bayonne
nête, ni de contraire à l'honneur. Il a vécu
comme les ignorait aussi Mme de Pompadour.
vers i 706, aurait pu, tout naturellement,
déjà précédemment en Angleterre. C'était en
Or, Gleichen nous apprend que Belle-Isle
paraitre âgé d'environ cinquante ans en 1760.
un temps où le royaume entier raffolait de
a,·ait imaginé d'instituer encore une nouvelle
La pureté a,·ec laquelle il parlait allemand et
musique ; et ainsi Saint-Germain a enchanté
diplomatie secrète, au ministère de la Guerre,
sa familiarité avec des cours princières alleLondres avec son ,iolon. Mais l'Italie le conavec la connh·ence du roi et de Mme de Pommandes s'expliqueraient aisément si nous
naitcomme expert dans les arts, et l' Allemairne
padour, mais à l'insu de Choiseul. Le projet
admettions qu'il avait eu pour mère une reine
admire en lui un maître de la science chide Belle-Isle était de négocit!r secrètement la
mique. En France, où le bruit courait qu'il
d'origine allemande : mais, hélas! s'il était
paix, grâce à une médiation, plus ou moins
simplement le lils d'un financier juif, - juiî
possédait le secret de la transmutation des
directe, de la Hollande. Cela devait se passer
portugais, ou, comme d'aucuns l'arfirment,
métaux, la police, pendant deux ans, s'est
avant 1761, date de la mort du maréchal de
juif alsacien, - il se trouvait également en
vainement efforcée de découvrir une source
Belle-Isle ; et il est probable que Broglie,
situation, qu'elle qu'ait été sa mère, de savoir
naturelle à son opulence. Un jour, une dame
qui dirigeait l'ancienne politique secrète de
l'allemand, el d'avoir du goftl pour les
de quarante-cinq ans a avalé toute une bouLouis XV, ne savait rien de celte nouvelle
teille de son élixir : el personne ne l'a plus
pierres précieuses.
aventure clandestine, puisque son descendant,
Autre problème : les amours de Sainlreconnue, car elle était devenue une jeune
le feu duc de Broglie, n'en fait aucune men- fùle de seize ans, sans s'apercevoir, elleGermain. Grosley nous parle de lui comme
ayant eu des rapports avec une dame aussi tion dans son livre sur le « secret du roi ».
même, de la transformation.
Poursuivons maintenant le récit de Gleichen.
mystérieuse que lui-même, et qui demeurait,
Le séjour de Saint-Germain à Londres dut,
elle aussi, en llollande, vivant de richesses D'après lui, Saint-Germain, dont nous connais- celle fois, être de courte durée; cl probadont on ignorait la source. D'autre parl sons déjà les rapports avec Belle-Isle, se blement notre comte n'aura plus fréquenté le
serait offert pour conduire l'intrigue 11 La
Gleichcn nous montre le comte faisant la
monde, comme à son prrrédcnl séjour, car
cour à une fille de .Mme Lambert, et demeu- Haye. Et comme Louis XV avait certainement Horace Walpole ne nous dit plus un mot de
confié le soin de sa poliliquc secrète en Anglerant dans la maison de la mère. C'est là, à
lui. Le fait est c1ue, depuis lors, notre inforterre à un capitaine de dragons qui passait la
l'Jlcitel Lambert, que Glcichcn a rencontré
mation, presque uniquement tir{c des soumoitié de sa vie déguisé en femme, le fameux
rénigmatique personnage el s'est lié avec lui.
venirs de Gleichen, devient conîusc, brumeuse,
Il le supposait beaucoup plus vieux qu'il chevalier d'Éon, il n'y a rien de trop impro- toute de conjectures et, en somme, sans
bable à admettre qu'il ait chargé de cette valeur. On prête à Saint-Germain une grande
n'avait l'air de l'être; mais, avec cela, il ne
nouvelle cabale en Hollande le mystérieux part dans les conspirations du palais de
croyait pas à son élixir.
En tout cas, Saint-Germain ne faisait de Saint-Germain, qu'il aimait à recevoir dans Pétersbourg; on affirme qu'il a demeuré à
mal à personne. Parfois il passait la soirée son intimité. Le comte se serait donc rendu à Berlin, et, sous le nom de Tzarogy, à la cour
La Haye, avec ses diamants, ses rubis, et son du margrave d'Anspach; après quoi il serait
presque en tète à tête avec Louis XV, qui, du
moins en fait d'hommes, aimait que ses com- « thé de séné »; at, là, il aurait commencé à allé en Italie, puis serait revenu se fixer en
négocier avec la Hollande. Mais l'envo)·é Allemagne, auprès du landgrave Charles de
pagnons îussent de bonne famille; car on
orficicl français à La Haye, d'Affry, aurait liesse, qui se piquait d'alchimie. C'est là
sait que, pour l'autre sexe, il était beaucoup
découvert ce qui se tramait derrière son dos, qu'on dit qu'il est mort, entre 1780 et 1785,
moins exclusiî. Notre comte avait de grandes
et en aurait prévenu Choiseul. Il l'aurait
léguant tous ses papiers au landgrave; mais,
manières; et il lui arrivait même de traiter
averti qu'un personnage immortel, mais dou- en vérité, tout ce que nous savons sur lui est
cavalièrement de hauts personnages, comme
teux, s'occupait à traiter de la paix, dans extrêmement rare, après sa disparition de
s'il avait été au moins leur égal. S'ù n'était
l'intérêt de la France, tandis que c'était à lui,
pas réellement un fils de princesse, peut-être
en 1760.
d'AITry, que revenait de s'en occuper. A quoi Paris
Une fois encore, cependant, nous renconavait-il trouvé un moyen de faire croire à
Choiseul, furieux, aurait répondu, par le trons Saint-Germain. De nouveau, il est à
Louis XV qu'il en était un.
Le duc de Choiseul, lui, n'aimait pas même courrier, que Saint-Germain eùt à être Paris ; de nouveau , il étale une richesse
l'aristocratique Saint-Germain. li le considérait extradé, ligollé, et envoyé à la Bastille. Puis mystérieuse ; de nouveau, il disparaît plutcit
il serait allé trouver le roi, lui aurait fait qu'il ne meurt. Mais, cette fois, il s'appelle
comme un charlatan, et s'offensait de ses
part des ordres qu'il venait de donner à le major Fraser, el la date se trouve être une
actes même les plus inoffensifs. Par exemple,
d'Afl'ry, el aurait ajouté que, naturellement, des dernières années du règne de Louisla fameuse recette de santé de Saint-Germain
dans une affaire de cc genre, il était superflu Philippe. Après cela, je reconnais que le
consistaità avaler un horrible mélange nommé
lui de s'enquérir du bon plaisir royal. renseignement me vient d'une source qui ne
« ùié de séné » - que l'on avait coutume pour
Pris en faute, Louis XV, plutôt que d'avouer
laisse pas d'être quelque peu sujette à caud'administrer aux petits garçons, dans mon
sa responsabilité dans les démarches de tion. Il me vient de mon ingénieux confrère
cnîancc, - et à ne rien boire aux repas,
Saint-Germain, aurait rougi el se serait tu ; feu M. Vandam, qui, dans ses Souvenir,
procédé employé aujourd'hui encore par les
et di: même aurait fait le maréchal de Belle- &lt;l'un Anglais à Paris, a consacré quelques
personnes qui redoutent l'embonpoint. Or,
lignes au major Fraser. Je constate, du
un jour, en présence de Gleichcn, Choiseul lsle.
Ce récit n'a pu venir à Gleichen que de moins, quel\L Yandam ne fait aucune mention
fit une scène à sa femme . S'aperccrnnl qu'elle
Choiseul, dont il se vante d'avoir été l'ami. de Saint-Germain, et ne semble pas avoir
ne buvait pas de \in à diner, il lui dit qu'elle
Ni le roi, ni Belle-Isle ne doivent s'être amuavait appris celle habitude de Saint-Germain.
jamais entendu parfer de ce personnage. .
Il nous dit que le major Fraser « n'était
« Lui, ajouta-t-il, qu'il fasse ce qu'il vondra ; sés à raconter l'histoire de leur propre déconfiture. Quoi qu'il en soit, Gleichen ajoute
mais pour vous, madame, dont la santé m'est
... 224 ...

___________
f

pas nglai~! malgré l'apparence de son nom,
et bien qu il p~rlàt parfaitement l'anglais &gt;&gt; .
Tout comme Saint-Germain, &lt;1 il était un des
hommes les ?1ieux ,ètus de Paris. Il 'ivait
seul_, et ne faisait jamais aucune allusion à sa
famille. Avec cela toujours prodigue de son
argent, encore que les sources de sa fortune
fus~cnl un mystère pour tout le monde ». Il
am1t une ,connaissance merveilleuse de tous
les pap d E~ropc,_ dans ~ous les temps. &lt;I Sa
n_iémo~~e était \'ra1ment incroyable; el, chose
smguh~re, ~oul'ent il donnait à entendre qu'il
en a~a1t pris !es élé~ents ailleurs que dans
les !1vr~. Jl~mtes fois il m'a dit, avec un
s~ur1:esmguher, qu'il était presque convaincu
d avoir connu Néron, de s'être entretenu avec

SA1NT-G'E~.MA1N

Ne crorrz ~as, de grâce, à ce compliment
que l ~ms. XIV aurait adressé à Boileau
quand il lm. présenta son épitre sur le passage ~u Rhm : « Cela est beau et je vous
lou~ra1s davantage si vous m'aviez loué
moins. » Celui qui s'avisa le premier de
celle bc!le phrase, dont Boileau ne parle pas
(et e~t-11 manqué de le faire si elle lui eût
été_ dite 7) l'avait pillée mot pour mol dans la
preface des .1/émoires de la reine Mar"'uerilc
On s_ait q~e c'est une sorte de dédi~ce qu~
la re~ne fait à Brantcime pour le remercier du
i·hap1tre élogieux qu'il lui avait &lt;:onsacré
da_ns ses Dames illusl1·es, oubliant que la
reme Margot ne devait avoir place que parmi
~es Dames galan_les: &lt;I Je louerois davantage
' ?slre œuvre, lm dit-elle se rendant justice
s1 elle me louoit moins. »
'
_.. A ~ro~os d~ ce pass~ge du Rhin, Louis XIV,
s 1_1 eut eté sincère, n eùt pas eu tant à complm~cn~er Boi~eau de son éloge. Il savait à
qu_o1 s en tenir sur cet exploit. Bien que
lml_lanle, la réalité, mise auprès du pané1qr1que, de~ait a1·oir un peu pour lui l'air
d une parodie.
Une armée passant à gué un fleuve dans
~a plus petite largeur, sous le feu d'un~ masure à moitié _désemparée ; un chef, le prince
de Condé, qui, à cause de sa goutte craint
de s~ mouiller les pieds, et passe en 'barque
au ~icu de se lancer à cheval; un roi qui fait
moms encore que le prince goutteux, et que
sa grandeur attache au 1·ivage, pour employer la formule de poétique politesse consacrée par Boileau, tout cela méritait-il tant
et de s1 beaux vers 7
On alîaiblit toujours tout cc qu'on exagère,

dit La Harpe, et Boileau, en voulant renchérir

A:.DREW

Fasc.

13 •

LANG.

sur l? rrcsti_ge _de ce fait d'armes, a nui ('Il mémomble, sui1•ant l'expression d'Allent
effet al adm1rat1on qu'il pouvait mériter. on pour qu'on n'ait pas besoin de le célébre;
a_ cherché l"histoire sous son épopée d. on pom~~sement. Les dédamations en vers ne
la _trou~ée d'au~ant plus nue qu·a' l'avait fo~t 1~ 1• comme ~ou~ le passage du Rhin,
plu~ ~aree. « Quoi! ce n'est que cela? l&gt; s'est- qu exciter la taquinerie des railleurs, el les
on fil_s a' d'ire, et dès lors les rieurs 'ont eu pousser à chercher si tout ce faste ampoulé
beau Jeu.
n,.. cache pas quelque détail Lien ridicule
.« Que i? _vous demande pardon, écrit Vol- agréable pâture pour leur mali11nité Or 1',
-~ d N
o
.
' e
~tre ~u ~rcs1d,ent Hénault, le 1•r février 1752, ~te~c
e amur leur prête le flanc pour cela;
d al'OJr dit qu il y avait quarante à cinquante il_ n y en eut pas de plus crotté. Lisez Saintpas à nager au p~ssage du Rhin! li n'y en a S1mon, ~l vous verrez quel bel exploit, sous
que douze, Pelhsson même le dit. J'ai vu l~s ~usp1ces de saint Médard, quelle belle
une femme qui a passé vingt fois le Rhin ncto1r~ embourbée ce fut là. Louis XIV y
sur son cheval en cet endroit, pour frauder Iut pris de la goutte à son tour, et l'on ne
la douane de cet épouvantable fort du Tho- s_~vail comment s'en tirer. ~fadamc Deshoulu~ .... Le fameux fort_de Schenk, dont parle hercs ne fut pas empêchée pour si peu. elle
Bo~leau, ~st une ancienne gentilhommière trourn moyen de dire à la prosaïque ma'ladic
q~• pouvait se défendre du temps du duc ~ue la goutte du roi _était _un bit nfait pour
d Albe.. , Croyez-moi encore une fois , J·•aime
·
1armée, que sans cela 11 aurait me11ée trop vitl':
1a vérite el ma patrie. »
Tout cc qu'alîrontoit son coura~~
C'est l'absence de tout danger réel dans ce
En forçan_t de_~amur les orgueillPux ~~~pari~,
passage d_u Ilhin. qui fit blàmcr, même par
• P~•gno,t l'elfroy sur le ,·isngc
ses plus vifs admirateurs, le roi de ne l'avoir
Des gcn~rcux guerriers dont cc héros J)llrtagc
Les pémhlcs travaux, ll•s glorieux hazuds.
pas . tenté de sa per5onne. Selon l'abLé de
, D~ns la cr,,inte tic luy déplaire
Chmsy, c~ fu_t _une de ses fautes irréparables.
On
·, ·
. n oso1t
• condamner son ardeur lémcra1re,
11, ne la JUShhc pas, mais il l'explique. Le
8icn q1~ e1le plit nous mettre au comble ,lu malheur.
A force ,de respect on dcvenoit coupable :
hc~os J perd, !_'homme y gagne; car' ainsi
\ ous •cule, Goutte secourable
quo~ va,_ le vo,_r, ce fut par déférence et
Avez osé donner un frein à sa valeu:.
honte qu il _nég_hg~a .celle occasion de gloire.
&lt;1 Il_ y avait, ecr1l l abbé, peu de danger à
Est-ce charmant !
courir et une gloire infinie à acquérir.
Pcnd~?t que Boileau daas son ode, madame
Al~xandre et son Granique n'auraient eu Desho?heres dans son épitre, prenaient tant
qu à se_cacher. Il est vrai qu'il faut lui de P;t~e p_ou~ mentir en maul'ais vers, les
re~dre Justice; il le voulait, mais M. le comcd1ens italiens y mettaient moins de Ia
., d
çon
~rmce, qui n'osait pas mettre le pied dans al'cc_ ce s1ege e ~amur. Ils se donnaient bel
l eau à cause de sa goutte, s'y opposa. Com- el bien là-dessus leur franc-parler :
ment eùt-il osé pa~ser e~ ba~eau_, le roi pasc1 IsADELLE. Vous estiez donc à Namur 7
sa~t à la nage? J en sms tcmom, j'y étais
~ ~RLEQU~~ · j' Yestois ! Ouy, par la sampresent. 1&gt;
blcu . J y esto1s ; J en suis encore tout crotté.
Pou_r le siège de Namur, la fameuse ode
- lsABE'.,LE. En quelle qualité servietd_e 801leau est une autre mystification. Là, vous, monsieur, dans l'armée?
rien ne manque, pas même des vers ridi- ÀRLEQUI~. Moy servir ! Eh! pour qui me
c?le~; c·~st une parodie complète. Ce siège, prenez-vous donc 7 Je commandois ea chef le
ou I on vit en présence les deux grands ingé- détachement des brouettes qui enlevoient les
nieurs du siècle, Vauban el Cohorn, est assez boucs du camp. »

~!

~

li, - HISTORIA, -

- -...

Dante,
et ainsi
,
la fiél'oluti?n, _dans_ la prison française où
,
h de .suite ll A sa mort , on na
d~Oul'crl c C'l. lm aucune somme d'ar0"en t, Gros~ey croit bren I avoir rn? A-t-il reparu
m ~u~un papier_ qui pùt renseigner sur ses en~mte_ sous les espèces du major Fraser?
anteccdents. ~lais, au reste, est-il mort 7 Qm sait? Cet homme est le feu follet des
M. , Vandam
,
. ne cite point de date , pas p1us auteurs de ~1émoircs. Chaque fois que nous
qu on n en cite pour la mort de Saint-Germain. croyons avoir enfin une chance de découvrir
Et _nous appre~ons enfin que l'énigmatique sa trace_ dans. de bons papiers d'État bien
maJor « pass~it pour ètre le fils illégitime authentiques, il nous glisse entre les mains.
de quelque prince ~e la cour d"Espagne ». De et, si, son existence ne nous était pas allesté;
telle sorte
.
par I homme de solide bon sens qu'était
F
, que, si celle histoire d u maJOr
raser n est pas un pur roman, sans aucun llorace Walpole, j'inclinerais à considérer
dou~e ~ous retrournns là l'immortel ami de son_ existence même comme une fable, à le
Lom~ XV et de_ Mme de Pompadour.
temr pour un être fictif du genre de cette
Saml-~ermam est-il vraiment mort dans r~meu~e Mme Harris, que cite toujours, à
un palais du princ.e Charles de liesse
1appm de ses affirmations, ta non moins
entre 1780 cl 1785? Se trouvait-il, pendan~ fameuse Sara Gamp, de Jfarlin Chuzz/ewil.

( Traduit de l'anxtats far TEODOR DE WYZEWA,)

Histoire et Légende

1.. '1.M.MO~T'EL

ÉDOUARO FOURNI ER.

,s

�DAWJŒSN1L

Daumesnil

..

le jour cet énorme butin à l'abri des antiques
reines, et toutes leurs cours . ... Eh bien! la
L'immense majorité des Parisiens ne se plus épique, peut-être, de ces belles histoires, murailles de Charles V.
Cet invraisemblable coup d'audace exaspéra
doute certainement pas qu'à moins d'une est l'une des plus récentes : celle de Daules
étrangers, et dans la journée, Daumesnil
lieue de la ville est l'une des merveilles de la mesnil, le général à la jambe de bois.
fut
sommé de livrer la place sans conditions.
France. On va s'extasier à Pierrefonds, à
C'était un rude homme, celui-là. Grand,
Le
colonel
autrichien chargé de cette mission
Aigues-Mortes, à Coucy ou à Carcassonne ; il robuste; le teint bronzé, les cheveux noirs ;
ne ,iendrait à personne l'idée de prendre le spirituel, séduisant, héroïque; à trente-trois tut mal reçu. &lt;&lt; Rendez-moi ·ma jambe,' je
vous rendrai Vincennes, »répondit Daumesnil.
tramway et d'aller admirer Vincennes.
ans, en 1809, il complait à son actif 22 cam- Coi:nme l'autre insistait, ·menaçant d'un bomSi Vincennes se trouvait situé à trois cents pagnes, 25 blessures, huit drapeaux pris à
lieues de chez notis, ses aspects seraient l'ennemi, quatre généraux faits prisonniers. bardement : ci Venez, fit le général, voilà un
exposés dans toutes les gares sous forme A Wagram, un boulet emporte sa jambe gau- magasin qui conlient dix-huit cents milliers
d'affiches illustrées; les compagnies de trans- che; il faut renoncer au métier des armes ; de poudre; nous allons sauter ensemble;
port en feraient la perle de leurs itinéraires Daumesnil vient à Paris en convalescence, mais si je vous rencontre en l'air, je ne vous
et les agences y placeraient un centre d'excur- désœuvré, ne sachant que faire; il traîne sa réponds pas de passer près de vous sans vous
sions, avec cicerones, splendides hôtels et jambe de bois par les rues, le cœur gros de égratigner .... l&gt; L'Au·trichien se retira. Les
jours passèrent ; puis les semaines; puis les
feux de Bengale le soir sur les vieilles mu- rage et désespéré.
mois .... Le roi, depuis bien longtemps, était
railles ; mais à deux kilomètres de la barrière,
C'est alors qu'il rencontra une· enfant de
un endroit où l'on va pour trois sous .... il y dix-sept ans, fille de M. Garat, le directeur remonté sur le trône; Daumesnil tenait toujours Vincennes. Le gouvernement faisait
a bien peu d'espoir de le lancer.
de la Banque de France; elle était jolie, ~isUne colossale enceinte féodale d'une demi- tinguée, intelligente, courageuse, et . D~u- mi!}e de ne pas s'inquiéter de lui, crainte
lie~e d~ tour, un incomparable donjon resté mesnil en devint éperdument amoureux. Mais d'av,oir à enfreprcndre un sjège; on: ~ttendai~
intact depui~ Charles V, deux somptueux timide comme tous les héros, il n'osait ris- qu'il voulût bien s'en all~r. L'idée ne· lui ·en
palais qu'habita le Roi-Soleil dans tout l'éclat quer un aveu, ayant honte de sa maudite vin't que ne~f ~ois apr~s la capitulal~on , d~
de son aube, ~ne église égalé en beauté à la quill.e. L'empereur apprit les choses et se Paris; le roi, po1;1-r ama~ouer ce terril?!~
Sainte-Chapelle du · Palais; des tours, des chargea de· la déclaration, d'autant mieux homme, lui décerna la croix de Saint-Louis!
ponts, des. fossés, des salles dont les pitto- accueillie, comme l'on pense, que les senti- Daumesnil la refusà. .
Il fut remplacé dan~ le gouvernemen~ du
resques aspects évoquent Lou te notre histoire, ments secrets de Mlle Garat répondaient à
château
par le marquis de Puivert, gentil·
depuis Philippe-Auguste jusqu'à Napoléon, il ceux du glorieux amputé. Le mariàge fui béni
y a pourtant là de quoi ne point passer sans en f812, et Napoléon, comme cadeau de bomllle de haute mine, aussi fougueux royatourner la tête. Hélas! le pauvre Vinc_ennes noces, donnait à son compagnon d'armes le liste qu,e l'homme à la jambe de bois l'était
n'a même pas d'amis comme le Louvre, gouvernement de Vincennes, 25 000 francs peu. Puivert n~ connaissait Vincennes que
pour y avoir été longtemps détenu sous
Versailles ou Fontainebleau.
de traitement, 5000 francs de rente sur sa
En revanche il a un amoureux passionné cassette, f6 000 francs de rente sur les l'Empire, en8ualité de conspiratel!r; m~is il
en la personne de M. le capitaine Fossa·, qui, Petites affiches, 4000 sur l'Illvrie et 2000 sur ne doutait pas maintenant d'y fi!]ir tranquilledepuis plus de douze ans, a fouillé la grande le Mont de Milan. C'était le temps des· contes ment ses jours. Sa séc_urité dura q~atre.mois.
Le 20 mars 1.815, Paris retombant au pouruine dans ses moindres recoins, élargissant de fées .
·
chaque joui ses ·investigations, recueillant les
Et aussi celui des brusques revirements ; voir de Nâpoléon, Puivert? qui n'ignorait pas
plans et les dessins, compulsant les in\'en- car deux ans plus tard, en mars 1.814, les les prouesses de soi:i prédéc~seur, v.ou.!ut, eu
taires, les livres d'écrou et les comptes, dé- ennemis assiègent Paris. Daumesnil se barri- homme d'~onneur, se. signaler par quelque
chiffrant les. vieilles chartes, reconstituant la cade dans sa vieille fortere~se, - celte exploit similaire: Il ré~nit les qua\re cents
vie de tant d'époques disparues. De ces douze bicoque, disait dédaigneuseme~t Blücher. Il invalides de sa gai:nison, les harangua, les
années de travail opiniàtre est résulté un très n'a pour armée que trois cents invàlides; exhorta à mourir pour le service du roi: Les
important ouvrage aujourd·hui terminé et Paris vient d'ouvrir ses portes,; la. capitale invalides crièrent : « Vive i'empereur ! ;&gt;
qui, peut'...être, assurera le salut de Vincennes avec tout son matériel de guerre sera livrée Puivert convoqua son conseil, rendit la forteen attirant l'attention sur c~ jo1•au dédaigné. aux alliés. Daumesnil en est informé. Dans la resse à l'us_urpateur et disparut.
Huit jours p~us tard, Daum~snil p~enait sa
(Le Château historique de Vincennes à tra- nuit qui suit 1a capitulation, ·1e pont-levis de
vers les âges, ·par F. de Fossa, capitaine Vincennes s'abaisse lentement; sans ·bruit; place. Il met aussitôt le fort en état de
d'artillerie.. 2 vol. in-4°, contenant près de sous la voûte gothique se silhouett~ la haute déf_ense; aux derniers jqurs de j~n, )es
deux cents reproductions de gravures anciennes stature du général à la ja'mbe de bois; il Prussiens reparaissent. Blücher, qu'excite ur:ie
vieille rancune, ~loqué Vincenn~s ave~ un
et de plans originaux.)
avance, monté sur un cheval de brasseur; çorps d'armée·; une première ~omma~on · est
derrière lui marchent en colonne deux cent
Parmi toutes ces aventures qui nous sont cinquante invalides, et cette troupe de fan- faite, puis une seconde. D~umesnil se déclare
contées, comment choisir? Si nombreux sont \ômes, s~ glissant à trave~s l'_armétl prus--; résolu à ne point même pi:end~e. conl)3:Ï~sance.
les vaillants preux, les souverains, les aven- sienne endormie, va jusque sur les hauteurs des injonctions_de l'ennemi_. Bllic~er coupe
turiers, les amoureuses, les prisonniers de Montmartre, raflant sur son passagë tout les conduites d·eau· qui alimentent la fôrted'État rencontrés par M. de Fossa au cours le matériel qu'elle rencontre, armes, muni- resse; Daumesnil sort avec ses invalides,
de son étude! Mazarin, Cromwell, Mlle de La tions, chevaux, canons, voitures, el sans avoir - son jeu de quil/.es; - et les rànge en ha•
Vallière, Enguerrand de Marigny, Agnès Sorel, tiré un coup de fusil, tant esl lourd le som- taille, face aux Prussiens. Le soir mêmr., les
Mirabeau, Colbert, le duc d'Eoghien, Cré- meil au bivouac des vainqueurs, ramène avant conduites sont rétablies et le jeu de quilles
billon, Latude, et tous nos rois, et toutes nos
... 226 ...

Cliché Braun, Clément et

LE GÉNÉRAL DAUMESNIL. - VlNCENXES,

18 14.

' JE VOUS RENDRAI LA PLACE LORSQUE VOUS M'AUREZ RENDU MA

T ableau (U

GASTON ll1ËLTNGUE-

.... 227 ...

JAMBE.

c••

�- - 1f1ST0'}{1Jl.
rl!nlre, en ricanant, dans ~es casemate~.
Louis X\'lll régnait aux Tuileries; la paix
était faite; la France reprenait baleine .... et
le blocus de Vincennes se prolongeait encore ;
Daumesnil voulait bien céder à un ordre du
roi; mais les alliés s'entètaient à se faire
obéir, et il s'obstina : il s'obstina pendant
trois mois. Un éwissaire parl'int à se glisser
dans le fort et offrit au général, 'lu'on savait
pauvre depuis la chute de l'empereur, un
million s'il consentait à capituler.« Mon refus
sera la dot de mes enfants, » répondit-il.
Devant ce mol à la Corneille, les Prussiens,
lassés enfin, levèrent le si~ge le 27 aoùl, et

18:'iO. Le drapeau blanc qui flotte sur le
les Russes occupèrent leurs cantonnements.
donjon cède sa hampe au drapeau tricolore;
Daumesnil ne céda pas. Le t 5 nol'emhre seuPuivert plie de nouveau bagages; Daumesnil
lement il s'aperçut, en faisant 53 ronde, que
rentre à Vincennes, dont il esl pour la troitout ennemi avait di~paru. Son but était
sième fois nommé le gouverneur. Afin que
atteint; l'immense matériel dont il avait la
l'histoire fût complète, le hasard voulut que
garde rcst:iil à la France; il pouvait rendre
ces deux hommes, ces deux rivaux &lt;&lt; que les
au roi la place telle qu'il l'avait reçue de
immenses remparts du chàteau ne pou,aienl
l'empereur : il fit baisser les ponts el decontenir ensemble », mourussent, à quelques
manda aussitôt sa retraite.
Le marquis de Puivert, nommé gouverneur mois de distance, en 1852. Ils sont inhumés
l'un près de l'autre, dans le cimetière de la
de Vincennes, se réinstalla au château : ce
, ille, el c'est peut-ètre là une de ces leçons
chassé-croisé amusait les sceptiques, encore
qu'on commençàt à se blaser sur ce genre de dont Bossuet aurait tiré quelque sublime morceau d'éloquence.
distraction.
T. G.
dp

FRÉDÉRIC LOUÉE
dp

Le mariage de Talle))ra~d
0

Le cardinal Dubois
Le cardinal Dubois avait certainement de
l'esprit, mais il était fort inférieur à sa place.
Plus propre à l'intrigue qu'à l'administration,
il sui, ait un objet al'ec activité, sans en embrasser tous les rapports. L'affaire qui l'intéressait dans le moment le rendait incapable
d'attention pour Loule autre. li n'avait ni cette
étendue ni cette flexibilité d'esprit nécessaires
à un ministre chargé d'opérations différentes,
et qui doivent souvent concourir ensemble.
Voulant que rien ne lui écbappàl, el ne pouvant suffire à tout, on l'a vu queh1udois jeter
au feu un monceau de lettres toutes cachetées, pour se remettre, disait-il, au courant.
Ce qui nuisait le plus à son administration
était la déflanre qu'il inspirait, l'opiuion qu'on
avait de son àme. li méprisait au si ingénument la ,·ertu qu'il dédaignait rhipocrisic,
quoiqu'il fût plein de faussetr. li avait plus
de vices que de défauts : assez exempt de
petitesses, il ne l'était pas de folie. li n·a
jamais rougi &lt;le sa naissance, et ne choisit pas
l'habit ecclésiastique comme un voile qui
couvre toute origine, mais comme le premier
moyen d'élévation pour un ambitieux sans
naissance. S'il se faisait rendre tous les honneurs d'étiquette, une vanité puérile n'y avait
aucune part : c'était persuasion que les honneurs dus aux places et aux dignités appartiennent également, sans distinction &lt;le nais~ance, à tous ceux qui s'en emparent, el que
c'est autant un devoir qu'un droit de les
exiger. En se faisant rendre ce qui lui était
dù, il n'en gardail pas plus de dignité. On
n'éprouvait de sa part aucune hauteur, mais
beaucoup de dureté grossière: La moindre
contradiction le mettait en fureur; et, dans
sa fougue, on l'a vu courir sur les fauteuils
el les tables autour de son appartement.
LP. jC1ur de Pàques qui suivit sa promotion

au cardinalat, s'étant érnillé un peu plus tard
qu'à son ordinaire, il s'emporta en jurements
contre tous ses valets, sur ce qu'ils l'avaient
laissé dormir si tard un jour où ils devaient
savoir qu'il voulait dire la messe. On se pressa
de l'habiller, lui jurant toujours. 11 se souvint
d'une affaire, fit appeler un secrétaire, oublia
d'aller dire la messe, rnème de l'entendre.
li ne se contraignait pour per onne. La princesse &lt;le Montauban-Bcaulru l'apnl impatienté, ce qui n'était pas difficile, il l'envoya
promcne1· en termes énergiqurs. Elle alla s'en
plaindre au l\égenl, dont elle n'eut d'autre
réponse, sinon que le cardinal était un peu
üF, mais d'ailleurs de bon conseil. Ouboi~
n'en usa pas autrement avec le cardinal de
Gesvre , homme gram et de mœurs sévères.
Les réparations du Régent étant de même
espèce 11ue les offenses du ministre, on s'accoutuma à regarder ses propos comme étant
sans conséquence.
li n'était pas nécessaire de l'impatienter
pour en éprouver des incartades. La marquise
de Confians, gouvernante du Régent, étant
allée uniquement pour faire une visite au
cardinal, dont elle n'était pas connue, et l'ayant
pris dans un moment d·humeur, à peine lui
eut-elle dit : « Monseigneur .. .. - Oh! monseigneur! ... dit le cardinal en lui coupant la
parole; cela ne se peul pas. - Mais, monseigneur .... - Mais, mais, il n'y a point de
mais : quand je vous dis que cela ne se peul
pas! i&gt; La marquise voulut inutilement le
dissuader qu'elle eût rien à lui demander :
le cardinal, sans lui donner le temps de s'expliquer, la prit par les épaules, et la retourna
pour la faire sortir. La marquise effrayée le
crut dans un accès de folie, ne se trompait
pas trop, et s'enfuit en criant qu'il fallait
l'enfermer.
... 228 ...

Quelquefois 011 lt? calmait en le prenant
a,·ec lui sur son Lon. Il avait, parmi ses secrétaires de confiance, un bénc-dictin défroqué,
nommé Venier, homme &lt;l'un caractère btr.
Le cardinal, en le faisant travailler avec lui,
eut besoin d'un papier qu'il ne tro11\a pa•
sous sa main à point nommé : le voilà •1ui
s'emporte, jure, cric qu'avec trente commis
il n'est pas seni ; qu'il en veut prendre cent,
cl qu'il ne le sera pas mieux. Venier le regarde tranquillement, le regarde sans lui répondre, le laisse s'exhaler. Le flegme et le
silence du secrétaire augmentent la fureur du
cardinal, qui, le prenant par le liras, le secoue
et lui crie : « ~ais réponds-moi donc, bourreau: cela n'est-il pas \rai1 - llonseigneur,
dit Venier sans s'émomoir, prenez un seul
commi~ de plus, chargé de jurer pour vous :
vous aurez du temps de reste, el tout ira
bien. » Le cardinal se calma, el finit par rire.
Le Régent îut charmé de la mort de son
ministre. Le jour de l'opération (qu'on lui fil
le 10 aoùt 1723, pour un abcès à la vessie],
l'air, extrèmement chaud, tourna à l'orage :
aux premiers coups de tonnerre, le prince ne
put s'empêcher de dire : « J'espère que ce
temps-là fera partir mon drôle. » li n'avait
pas en effet plus d'égards pour son ancien
maitre que pour tout autre : le Régent osait
à peine lui faire une recommandation. Ce
prince s'était réservé la feuille des bénéfices
el des gràces, pour son travail avec le Roi;
mais il s'était laissé assujettir à communiquer
auparavant la liste au cardinal, qui ra)'ail
insolemment les noms de ceux qui ne lui
convenaient pas. Jamais servitude ne fut plus
honteuse que celle où cc prince s'était mis,
qu'il sentait douloureusement, qu'il avait
honte d"avouer, et dont il n'avait pas la force
de s'affranchir.
DUCLOS.
... 229 ...

�-

_________________________
___:~-------------,_)
fflSTORJ.Jl

riera à l'un de ses cousins, baron de ,Talleyde biblioLhèque un peu confuse et dépareillée, lion muette du voisinage : &lt;I Je suis d'Inde. Jl rand.
mais qui découvrait, tout de même, de la cu- Le poète anglais Thomas Moore, cet aimable
Mais une autre personne, dans l'avenir, et
riosité. Elle se ressenLait de sa première édu- inventeur au talent cosmopolite, qui s'était tenant celle-ci beaucoup plus de place en la
cation sommaire à Calcutta; el sa mémoire assis à la table de Mme de Talleyrand, se fil maison, prendra l'habitude de loger sous son
était indigente des nolions exactes d'histoire l'écho du calembour involontaire, échappé, toit, de penser, d'écrire, de vivre très près de
et de géographie. Transplantée dans la vie disait-on, à celle princesse d'Inde; mais il en lui, dans le partage quotidien de ses idées el
européenne, elle avait gardé des inconsciences rachetait le détail en témoignant, d'autre de ses sentiments, et ce sera sa nièce biend'Orientale. La pensée, chez elle, avait l'indo- part, qu'elle avait eu assez de finesse pour lui aimée Dorothée de Courlande, comtesse Edlence du geste, elle était lente à se former. Ses adresser un compliment sur la beauté de mond de Périgord, puis duchesse de Talleyimpressions, malgré cela, n'étaient pas si mal Bessy, sa femme, dont elle le savait très épris, rand-Périgord, princesse de Sagan, duchesse
rendues, lorsqu'il lui convenait de les tourner el qu'elle montrai l d'habitude as~ez de tact, de Dino. De ce jour-là, la vie de l'épouse sera
en matière de lettres comme en témoigne- pour recevoir à ses soirées des hommes de finie. Il n'y aura plus de Mme Grand, prinraiPnt ses correspondances al'ec ~lillin el Louis lellres et prèter un air d'allention au't lec- cesse de Bénévent.
de Beer, dont nous connaissons des fragments, tures qu'ils voulaient bien raire à sa société,
Jusqu'en i814, Mme de Talleyrand conliou celles que nous lui supposons avoir tenues l'Oire mème s'il s'agissait d'une tragédie clas- nuera de faire les honneurs du salon où le
1 • Hasard d'origine, elle pét;hail surtout
sique
avec M. de San-Carlos; ses billets n'étaient
soir, après minuit, se presseront les représenpas émaillés de plus de fautes d'ortographe par ignorance. Elle avait, sur beaucoup de tants les plus qualifiés de l'Europe entière.
que les effusions épistolaires de bien des choses qui lui étaient étrangères, la naïve Assise au fond de deux rangées de fauteuils,
grandes dames, publiées ensuite religieuse- confiance de la beauté, qui se suffit à elle- elle y recevra en véritable grande dame el
ment, comme celles de la comtesse de Polas- même. Illettrée, elle l'était profondément. En avec un calme sûr, empreint d'une certaine
tron, la tendre et souriante amie du comte cela, ressemblait-elle, avec moins de vivacité dignité. Les envahissements de l'embonpoint
d'Artois. Était-elle vraiment si insignifiante, parisienne, moins de souplesse et d'aplomb, auront épaissi les restes de sa beauté d'autresi nulle, la femme qui avait eu pour premier à maintes femmes du meilleur monde qui ne fois; mais elle aura pris l'air el contracté le
adorateur l'un des hommes les plus spiri- savaient rien de plu~ que ce qu'elles s'entre- ton, la réserve, qui conviennent à son rang.
tuels de l'Angleterre, sir Philip Francis? De- disaienl toutes sur les toilettes, les modes, Mais ce ne sera plus pour en user longuement
vait-elle, en réalité, moul'oir ce qu'elle avait les théàtres el les commérages de la société. dans la maison -de son mari. Elle-mème en
En résumé, ce mariage était aussi peu glod'intelligence dans un cercle si borné, celle à
aura la prévision très claire, le jour du départ
rieux
qu'il paraissait peu canonique à des
&lt;rui le sort malicieux réserva d'épouser le plus
de Talleyrand, se rendant au Congrès de
fin des diplomates modernes? Elle-même ne consciences austères. Talleyrand en éprouvait Vienne, non seul rl sui,·i de ses secrétaires,
se jugeait pas si sotte, elle qui se croyait en un secret ennui. Mais il n'en trahissait aucun mais accompagné de la comtesse Edmond de
droit de railler le grand homme et qui, dans signe et ne s'ounail là-dessus à personne. Il Périgord, dont il se montrera follement épris.
certaines Jeures à des amis d'autrefois, se n'entrait pas dans ces détails domestiques.
On lui aura révéU, par hasard, le secret de
moquait doucement de son adorateur l'abbé L'air de hauteur qu'il savait prendre écartait celle entente de loin préparée et pour laquelle
Pie'bot, par une allusion facile à saisir, el qui les questions indiscrètes ou les affectations un rendez-vous avait été pris dans une maison
n'était pas, d'ailleurs, un trait d'esprit. Pour déplacées d'intérêt. li restait fermé sur ce de campagne, aux environs de Paris. Elle
le plaisir d'accentuer l'opposition entre deux chapitre, n'étant pas un homme qui acceptàt aura si bien compris la gravité d'une parrille
êtres vivant cote à cote, et qui se ressem- d'être plaint.
nouvelle qu'un grand trouble se saisira d'elle
De la monotonie gagnait son intérieur.
blaient si peu, par les facultés de l'esprit, ne
et qu'elle sera longtemps à s'rn remettre. Elle
fut-on pas trop disposé à prendre comme Pour y remédier, il fera venir plus tard, de ne reverra plus Talleyrand, mais s'effacera de
bêtise innée ce qui n'était qu'ignorance ingé- Londres, la fille d'une de ses amies, qui la sa vie, parce qu'il lui en transmettra la ,·onue, une naïveté d'éducation, dont les lapsus, lui avait recommandée en mourant. Elle se lonté, el cela presque sans résistance, sans
les étourderies bizarres se trouvaient très nommait Charlotte. Elle ne lui était d'aucune trop de démonstrations jalouses, sans récriévidemment. soulig_nées dans une telle compa- attache personnelle autre que celle d'un sen- minations d'intérêt. Avec un sens du monde
gnie, chez un Talle1rand? Et comme si celle timent généreux, bien qu'on y ait supposé qu'on n'aurait pas attendu d'elle, elle jugera
réputation de simplicité n'était pas assez éta- sans que la chose fùl impossible - de l'in- i&gt;raucoup plus sage de n'amuser point le publie, on faisait courir, à son sujet, d'autres clination paternelle. On le verra mettre tous blic de l'éclat de ses dissensions conjugales;
histoires, imaginées à peu de frais. Celle-ci, ses soins à ce qu'elle reçoive une éducation arnc une douceur inespérée (qu'influencerait
par exemple, dont nous n'aurons pas l'au- soignée, s'intéresser aux gràces de son en- peut-être la crainte de mettre en péril les
baine. Quelqu'un lui ayant dt&gt;mandé de quelle fance, en attendant qu'il J'adopte el lui donne compensations promises: un domaine el trente
partie du monde elle était originaire, elle son nom, quand elle aura dix-sept ans. mille livres de revenu), elle consentira à s'étaaurait répondu tout uniment, avec l'approba- li n'arrêtera pas là ses bontés et la ma- blir, pour l'été, dans une terre en Belgique, à
je n'ai pas voulu en être témoin. Cette susceptibilité Pont-de-Sains, ·que lui concédera le prince
1. A cc prop"s une anecdote. Sur la fin de l'Em·
m'a empêchée d'aller le rejoindre, comme je l'aurais
pire, Viennet, un disciple àtlar.-lé des ,-icux genres, dl\, lorsque le retour de l'ile d'Elbe m'a forcée de son époux, el à passer ses hivers à Bruxelles.
lisait chc, Mme de Tallryrancl sa tragédie d'AchillL. quiller Paris. Si j'avais ètè à Vienne, au lieu de veoir
On la re,,erra, plusieurs années après, à
Un incident ri,ihlc se prorlui•it. au lwau milieu d·uoe
Lon,lres, M. de Talleyrand aurait élé forcé de me
tirade à effet. Comme il .-léclamail le rleu11ème acte ârecevoir.
Paris',
attristée de son abandon, morose,
Et je lè counais bien. il m'aurait parraiteavec l'empha,e de la ,-oix et du gcstr, tout à coup, menl occueillm.
Plus cela l'aurait contr,,rié, moins il y malade, mais aussi calme, aussi discrète el
l'un dfs feuillels de son manu~rit venant à lui man- aurait paru. Au contraire, il aurait êlé charmaol pour
quer, il s'écr,a du m~me Ion, lragiquemenl, solen- moi. Je le savais bien, mais j'ai cette remmc en hor- conciliante, et l'on n'entendra plus parler
nellement : c Grand Dieu ! &lt;ju·cst-ce que c'est que reur. J'ai cédé i ma répugnance, j'ai eu lori. Où je d'elle, rue Saint-Florentin ou à Valençay.sinon
cela 7 • On éclata. li dul rcmcllre à une au Ire fois la me
suis lrompèe, c'est que je le croyais tror faible pour y apprendre la nouvelle de sa mort. On
suite de sa leclure.
pour O!'er me chasser. Je n'a, pas assez calculé le cou2. Mme de Tallevrand , ropporle la comtesse de rage des poltrons dans l'absence. J'ai rail une faute, accueillera cette nouvelle sans douleur, et l'on
Boigne, l'ut très rais,mnable cl pas lrop avide dans il faut en subir les cooséquenccs et oe point aggraver
Ioule celte transaclion. Elle dit à ma mère ces varolcs la position en sr raidissant contre. Je me soumets, et n'aura, pour sa mémoire, que celle courte
remarquables :
àt. de Tallevrand me verra lrès di,poséc à é1•iter tout oraison funèbre : &lt;1 Ce fut un grand soula• Je porlc la peine d'avoir cédé à Dl!. fau, mouve- cc qui ~uri·ait ~v_enter le scandale. • (Mémoires,
gement dans la maison. »
ment d'amour-propre. Je $a,ais l'allitudc de Mme Edmond de Périgord, chet li. de Talleyrand, à Vienne,

1, p. 2-6-227.)

FRÉDÉRIC

LOLIÈE.

Monsieur de Migurac
ou le Marquis philosophe
XXIV

avec le mèmc scrupule à l'ordonnance des re- bergi•re, escortée du pâtre Beaumanel et &lt;lu
pas qui, moins fastueux qu'en l'hôtel de Mi- jardinierCadriot, tenant en laisse des agneaux
De la vie de communauté philosophi- gurac, ne laissaient pas d'ètre assez satisfai- parfumés, il se représentait avec altendriss1r
que et de l'événement qui termina sants. Les plats d'argent débordaient de lai- ment les paisibles Arca&lt;liens ou l'innocence
cette période.
tages, de volailles, de légumes nouveaux et des Indiens du Pérou arnnl la conquète espade fruits appétissants, que rendait plus gnole. ~a plume, toujours enthousiaste el
Deux mois_ après cet entretien, le marquis exquis l'air_ vivifiant de la campagne.
féconde, proposait à l'admiration des hommes
el la marqmse de Migurac, l'abbé Joineau,
M. de M,gurac présidait la communauté la vie vertueuse el rustique de la maisonnette
M. Bcaumanet et M. de Cadriot avaient élu avec so~ aménit.~ ordinaire el il ne se passait d'Auteuil. Une foule de badauds venaient de
P?ur &lt;lo_rnicile un~ maisonnelle assez propre pas de JOUr qu 11 ne bénit la Providence et Paris en carrosse ou par la galiote de SaintCloud pour la visiter et se reliraient émerd Au~~1l, ~nslr~1le_ da~s le genre anglais, l'erreur de l'abbé Joineau. Car li. Beaumanel
au m1lteu d un prdm bien dessiné où l'on qu'il avait chargé de la liquidation de se~ veillés. El le projet se formait d'offrir à M. de
trouvait des bosquets, une casc~de une biens, .Y avai~ apporté tant de soin que la ~~igurac une houlette d'argent où des inscrippièce d'eau, deux rochers ornés d'une figure marquise avait pu consen·er de ses bibelots ltons en lettres d'émail et de pierres précieuses
de nymphe, un bois, des gazons el des par- et de ses meubles tout ce qui lui arrréait, el le ~ongratulcraienl d'avoir, aux portes &lt;le
terres de fleurs. Des moutons fort bien lavés que la maison d'Auteuil ne sentait°point du Paris, reslaurJ la félicité de l'àgc d'or.
li nous plairait de nous arrèter davanta"e
paré_s de colliers bleus el de clochettes, ; tout le dénuement, mais faisait seulement
er~aienl en bèla~l; des poules cochinchi- apprécier à ses hôtes d'avoir renoncé aux sur ces descriptions riantes où M. Joinea~
dans ses mémoires, s'est attardé avec u11~
no1ses y caquetaient cl des canards indiens tracas de la cité.
complai~ance
manifeste. &amp;fais les jours heuM.
de
Migurac
se
pensait
revenu
aux
temps
ba~bot?ie~t dans le bassin. Le domestique
était redmt à une demi-douzaine de femmes heureux où les hommes virnienl unis sous reux qui valent la peine d'ètre ,écus ne valent
et quatre hommes ; la carrosserie, à la calèche l'œil biem-eillant de la nature. Quand il voyait pas celle d'ètre contés. Au tournant du chemin
passer dans le jardin madame de ~ligurac en tourmenté de son existence, M. de Migurac
anglaise et à une vinaigrette.
Madame de Migurac, ,·ètue en bergère d'un
corsage de surah rose, sur une guimpe ouverte en carré, avec une fanchon de dentelle, la jupe bleue courte laissant voir
le_ mollet, un tablier de linon ajusté à la
taHle, dans la main une houlette enrubannée, distribuait du grain el des biscuits à
tout ce gentil troupeau. Elle était aidée
en cel)e tàch~ par M. Beaumanet qui,
maigre ses cmquante ans el son rrros
rnntre, ne la quillait pas d'une scm~lle
habillé pareillement en berger, avec eu~
lotte de soie rose, sabots claquant contre
le sol, chapeau de paille blanche et veste
sur l'épaule. Deux laquais les suivaient,
portant la corbeille à grains, les comertures et des sièges afin qu'ils pussent
~nfortablement s'asseoir sur les gazons
bien peignés.
M._de Cadriot aYail reçu le titre de
chef Jardinier. Un arrosoir el une bèche à
la main, vêtu de bouracan à cotes et d'un
gr~nd tablier serré à la taille, il s'acquütai~ avec zèle de son office, et son bonheur
était d'offrir à la marquise des bouquets
de roses cueillis de ses propres mains.
L'abbé Joineau avait gardé l'intendance
de la maison. Afin de sacrifier à la mode
.
Dts mouto11s Jort N.en lavés, parts de
.
colliers bleus , t de clochettes, erraient en bilant
du jour, il avait repris ses habits de camdans le JarJw. /lfadame de Mif(urac, vêtue e11 t-trf(ère d'1m corsa t d
pagne, non sans avoir fait élargir la ceinsurah ,·ose, $Ur 1me gui,npe ouverte en carr é, avec une Janchon de denÎtlle la jupe blette ,o 11 rle laissant v~ir
mollet, dans la main u11e hOule/te enruran11ée, distribuai/ du f{rain et Je~ N;c111/s au gentit troupe.lu, (Page 23i.)
ture de sa soutane. Mais il veillait toujours

1:

... 231 ...

�1-/1ST0~1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Lrouva vérilablcment une oasis paisible et
balsamique, et les semaines se succédaient
sans qu'il eût d'aulre souci que de jouir de
son bonheur et de le présenter en modèle à
ses frères, sans qu'il prêtât attention au
désastre qui allait s'abattre et que peut-être
une àme moins candide aurait pu prévenir.
En vain le front de l'abbé se faisait plus
sombre, plus irritée la mine de M. de Cadriot
et plus fréquents les entretiens à mi-voix de
M. Beaumanet el de la marquise, d'où elle
sortait rèveuse, les joues roses et les yeux
étincelants. M. de Migurac demeurait serein
et insoucieux, aveuglé par ce mirage dont la
destinée flalle ceux qu'elle veut perdre.
Ayant pris de grand malin le coche d'eau,
il revenait un après-midi à Auteuil, après
a,·oir passé sa journée à Paris, pour diverses
affaires.
L'àme encore troublée de l'agitation médiocre de la ville, il goùtail d'avance la sérénité de la campagne et se réjouissait de couler
la soirée sous la lonnclle ruslit1ue où grimpaient le lierre el la clématite et d'admirer
allernalivement les éloiles et les yeux de MarieAgnès, en devisant de choses élevées au milieu
de ses amis réunis ....
Mais, ayant ouvert la porte de bois du jardin qui avertit de son entrée par une sonnaille
joyeuse, il fut brusquement Liré de son rêve
par l'apparition de M. de Cadriot, toujours
l'êlu en jardinier, mais sans perruque, le~
chel'eux emmêlés, le tcinl échauffé et les
sourcils froncés, qui lui cria du plus loin
qu'il l'aperçut :
- M'expliquerez-vous, monsieur, où sont
passés la marquise et monsieur Beaumanet?
Et comme M. de Migurac le considérait
avec des yeux étonnés, il répéta sa question
d'une voix glapissante.
AYec calme, le marquis lui dit qu'éLant
parli à l'aube, il serait embarrassé de le renseigner, mais que si l\f. Bcaumanet et la marquise n'étaient poinl à la maison, c'était sans
doute qu'ils étaient allés faire quelque promenade en calèche du côlé de Billancourt ou
de Boulogne; et avisant précisément ~f. Joineau, il l'appela et l'interrogea. L'abbé répondit brièvement conlre son habitude. )ladamr. la marquise élaiL sortie Yers neuf heures
avec le financier et n'avait point fixé le momenl
de son retour. Le visage de M. JoinPan ~~ail
fort sérieux et il soupirail profon~é J2nt.
Malgré le riant de son naturel, M. ut! \. •,;ura::
senlit l'inquiétude le gagner, et il se Lourna
vers ~r. de Cadriot en disant :
- Je crains qu'il ne leur soit arrivé quelque
accident.
Mais celui-ci, qui était devenu écarlate,
rnciféra d'un ton furieux :
- L'accident!. .. l'accidenl ! Mais ne voyezvous pas, monsieur, que vous êLes ....
La plume réservée de M. Joineau ~•est refusée à transcrire le dissyllabe aigu et moliéresque dont se servit M. de Cadriot et q1!Î
désigne les maris trompés.
A celle ouïe, M. de Migurac pensa qu'il
del'enait fou. Une chaleur soudaine monta de
son cœur à ses joues. Il porta la main sur son

épée, et peut-être le sou venir de deux douzaines
de brochures où il avait flétri le duel et l'effusion du sang humain eût été impuissant à le
retenir si l'abbé, l'empoignant par le bras,
n'eût dit précipitamment :
- · Madame de .Migurac, avant qu'elle nous
quiLtàt, laissa pour vous un mot écrit sur la
table de son boudoir. Peut-être y trouverezvous ....
Proférant des sons inintelligibles, M. de
Migurac s'élança à travers le jardin, à la terreur des moulons parfumés qui s'enfuirent,
ouvrit les portes en les arrachant à demi, et
saisit le billet qu'il défit d'une main tremblante. Il était ainsi conçu :

« Monsieur,
Un serment de pure forme ne saurait
engager toute une vie. Les grandes verLus de
M. Beaumanel n'ont pu me laisser le cœur
insensible. Volre philosophie est trop sublime
pour que vous me blàmiez d'obéir à une
inclination naturelle et de suivre cel homme
magnanime et généreux qui désire m'assurer
un sort digne de ma naissance.
&lt;! En vous remerciant de vos bontés, dont
je garderai une sincère reconnaissance, je
vous prie de me croire, monsieur, votre très
humble et Lrès obéissante servante,
« MARtE-AG:-.Ès. ll
&lt;!

M. de Migurac lisait et relisait ces lignes,
croyant mal comprendre. Il se leva, éLouJfant
de colère, les yeux Loujours sur le papier. La
signature était au bas d'une page. Il tourna
le feuillet el aperçut quelques mots tracés
d'une plume plus incertaine, comme si au
dernier moment quelque chose avait fait
trembler la jolie main aux ongles roses, ca-

!,1. de Cadriot apparut, to11jours vétu en jardinier,
mais sa11s perruque, les cheveux emmêlés, le teint
échauffé et les sourcils froncés .... (Page 232.)

pable de déchirer un cœur d'homme.... Et
il lut :
&lt;! Je voudrais penser que vous ne souffrirez
pas à cause de moi et vous prier de me pardonner. »
... 232 ...

Brusquemenl il s'affaissa dans son fauteuil,
et une à une de grosses larmes jaillirent de
ses yeux et ruisselèrent sur ses joues. Une
douleur physique tordait son cœur. Le soleil
se couchait, et ses derniers rayons s'éteignaient
sur les objels familiers du boudoir où elle ne
viendrait.plus s'asseoir. Il entendiL tinter les
clocheLLes des moulons enrubannés, qui renLraien t à l'étable.
La porte s'ouvrit. Le visage anxieux de
l'abbé apparut dans l'embrasure. li regarda
son élève avec de bons yeux câlins, et vinL
prendre siège près de lui. M. de Migurac lui
lendit la main. Il la serra plusieurs fois,
ouvrit la bouche pour parler, puis la referma.
L'ombre descendait. Enfin, après avoir Lousse:,
l'abbé murmura d'une voix compatissante :
• - Ne voulez-vous point souper?
M. de Migurac se mit à Lable et demeura
immobile devant son assiette sans manger.
Après quelques minutes, il leva les yeux el
interrogea :
- L'abbé, vous saviezL.
L'abbé haussa les épaules d'un air qui
n'acquiesçait pas, mais qui niait moins encore.
Un floL de questions se pressait dans l'espril
de M. de Migurac : pourquoi l'avait-elle trahi
et depuis quand? De menus souvenirs lui
reYenaient, qu'il aurail eu besoin de préciser,
d'interpréLer. Une pudeur le retenait. Il se
Lut. Tout à coup il remarqua que M. de Cadriot était absent et s'en éLonna pour rompre
le silence.
- Bien que monsieur de Cadriot, diL-il,
m'ait brusquement annoncé mon malheur,
il ne faut pas qu'il jeûne.
L'abbé hocha la tête, et diL en affeclanl de
gratter une tache sur la nappe :
- Monsieur de Cadriot a quillé la maison.
Des valets viendronl demain y quérir ses
hardes.
Deux heures auparavanl, une détermination
de celle sorte eût plongé dans la stupeur
M. de Migurac, qui en eûl vainement cherché
l'origine .... Mais, au moment de s'écrier, il
se ressouvint de la manière furibonde dont
M. de Cadriot l'aYait abordé et de la chaleur
singulière avec laquelle" il avail embrassé sa
cause; et tout à coup la notion qu'il venaiL
d'acquérir de la fragiliLé humaine lui inspira
un soupçon a[reux. Il s'efforça aussitôt de le
chasser .... Mais l'abbé jouail négligemmenl
du clavecin sur la table avec ses doigts, les
paupières à demi baissées.
- L'abbé, balbulia le marquis, regardezmoi. Est-ce que par hasard monsieur de Cadriot ?...
L'abbé poussa un gros soupir :
- La sagacilé féminine est infinie. Et je
mentirais d'affirmer que c'est vous seul que
frustre l'action criminelle de monsieur Beaumanet.
Accablé, M. de Migurac se laissa aller contre
le dossier de son siège, et il resta, les denls
serrées, perdu dans un tourbillon de réflexions
disparates, tour à tour furieuses, désolées et
attendries. Tantôt il lui semblait qu'il n'avail
qu'un parti à prendre, qui était de se jeter à
la poursuite des fuyards, d'immoler M. Beau-

"·-------------------

.JKONS1EU"/?._ DE .JK1G11"/?._JtC ~

m~et à son courroux, de ramener de force l'ètre; la faute n'en est poinL à son
. , l' b'
cœur, d'autant ce~Le ruse est plus révoltanle, d'auMarie-Agnès à la maiso11 el ensuite de ,•ider m~1s,
a exu eran~ ?e sa jeunesse qui appe- tant son crime en est diminué, puisqu'elle n'a
sa querelle a,·ec M. de Cadriot. Mais une lait I amour et qui I a contrainte à enfreindre
pu, succomber que par suite de manœuvres
hont! lui ven~it ens~ile d'obéir à l'impulsion un ~e:ment dont elle n'avait point pesé la mfames.
a~euole sa Jalousie Lyrannique; il se rappe- gral'lte. Le malheur dont elle esl l'héroïne se
_M. de ~~igurac s'informa ensuite quand il
lai~ la }e~nesse souriante de Marie-Agnès,
lU1 faudra1L évacuer les lieux. M. Joineau lui
q~ elle ela1~ une enfant quand il l'avait épouapnt ~il _qu~ le lorer était payé d'avance pour
see, que lm-même à côté d'elle était un vieilsix
mois, il r~~olut ~e pr~~onger encore quelque
lard_ et que maintenant il n'avait même plus
tem~s son SeJour, Jusqu a ce qu'il eût pris un
la ~iches~e à lui o_lfri~. Et peu à peu un poids
parl1.
am eux I oppressait, l écrasait, le rendaiL inca- , Puisque M. Beaumanet, diL-il, m'a ra l'i
pable d'agir, même de penser, comme si
mm'. epouse, j~ ne sa_urais être blàmé de proque~que ch~se de plus fort que lui détruisaiL
fi_Le1 de sa maison, bien cent fois moins pré~a. ':1e en ~u1-1~ème._Il e~tendit tout à coup la
cieux.
,oix de 1~bbe, qm lm parut lointaine, lui
. EL, ayanl donné l'ordre à l'abbé de congépro~oser d aller respirer la fraicheur dans le
dier tout le domestique, sinon une Yieille
rd
J3 m ·. Il voulut dire oui et se lever. Mais il
femm_e qui serl'iraiL de cuisinière, il se rense senllt très faible, le sang ballit avec force
dormit.
à ses tempes, un brouillard l'enveloppa et il
Les fonctions d'intendant dévolues à M. Jois'abima sur le parquet.
neau _furent donc fort simplifiées. Pendant les
Quand ~l rouvriL les yeux, M. de Migurac
sema1,nes qui_ suivirent, les moutons enruse trouva etendu sur son lit dans sa chambre,
ba~m:s four111rent le rôti' les canards cochinet, à 1~lueur d'une lampe de nuil, il vil l'abbé
?hm_o1s et les poulets indiens la volaille, et le
assoupi à son chevet. Aussitôt le souvenir de
prdm les légumes el les fruits.
~on malheur lui revint, el il souhaita ne s'èlre
, Cepe_nJant le malheur de M. de Migurac se
Jamais réveillé. Pendant plusieurs heures, i 1
r •pandit par la ville et jusqu'à Versailles et
tourna et relourna dans sa tête les mèmes
r~mena. sur sa personne un redoublemenl
'.luestions; mais son exaltation était tombée;
d allentJOn. Le public se rappela non seuleil conl~mplait toutes choses sans colère, et
ment le i:ublime de ses Lhéories, mais son
une tristesse plus profonde peuL-êtrr;, mais
humeur ardente, ses duels et sa carrière oraplus calme, s'établissait, en lui.
geus_e, et il y eut une grande curiosi lé de
Enfin, aux premières lueurs de l'aube
savo1~
comm_ent il prendrait son infortune, si
l'abbé bàilla' se froua les yeux el les fixa su; L~ voyare de M. de .llig11rac à borJ de la Reluisante
la _phdoso~h1e le hausserait jusqu'à la méura ~inq mo,s. Il les employa à cOnl'ertir les offison maitre avec l'expression d'un inLérêt
c,ers a la philosophie. (Page 23S.J
pnser_ ou s1, au contraire, il ne céderait pas
affectueux. M. de Migurac lui dit en ricananl:
a la vwlence de son ressentiment.
. ---: L'abbé, voilà une demi-heure que je
Aussi la mullitud~ d~s carrosses, calèches,
,ous contemple et vous admire car bien doit interpréter non poinL comme une action pols _de chambre, w1skis, cabriolets, diables
qu'~yant vécu longlemps sous mo; Loit,' je ne scélérate dont elle serait responsable, mais et voilures de toute taille et de Loule forme
croi~ pas que jamais vous ayez soncré
à me c_omme le signe le plus manifeste que dans se reporta l'ers Auteuil et y déposa force
0
trahir.
1ordre a~luel du monde la vertu est imprati- nobles dames, comédiennes, poètes, gentilsCelt~ amertume si peu ordinaire chez le cable, pmsque la plus charmante des femmes hom~es, etc., ~ans oublier loul Je frdin des
marqms Loucha péniblemenl l'abbé, qui ré- elle-ruème a pu sembler s'en éloioner.
gazel!~rs. M. Jomeau, dont l'âme était pleine
pond1L :
Celte déclaration ferma la bouihe à M. Joi- de pillé, eût voulu fermer Ja porle à celle
-:-- )fon cher enfant, si vous voulez m'en neau., Il se frott~ les deux mains, à cause de engeance, afin d"éviter à son maitre l'olîense
croire, chassez de volre esprit l'événement la fraicheur malmale, et reprit après quelques d'une telle indi~crétion. ~fais M. de Mi&lt;1urac
0
regrcllable qui a lroublé ,·otre vie. Cessez de secondes :
lui défendit d'en rien faire.
v~us concentrer dans la mémoire d'une femme
- que comptez-vous faire pour le présent?
:-- Le bonheur, dit-il, est mort pour moi.
frivole et perfide ....
~onlrnuant son discours, il expliqua que la Mais le malheur du philosophe peut èlre pl
.h
.
~
' ~fa!gr? sa lassi~ude, M. de Migurac arrêta maisonnette d'Auteuil aYaiL élé louée au nom r1?
e :n ense!gnemenls que sa prospérité.
1abbe d.un geste energique :
de M. Beaumanet, qui seul en avait faiL toute N e~p~_chez ~omt ces gens de me voir souffrir.
-:-- Monsieur Joineau, vous avez raison. li la dépense. La liquidation des biens de M. de
S1 1111_tent10n de M. Joineau partait d'un
ne s~ed pas que mon âme se confine dans le M!gurac s'était t_rouvée,, en cllet, des plus bon senlnnent, ?n ne peul m&lt;iconnailre que
se_nl1ment que Yous dites. Mais nonobstant desaslr_euses; mais, sur I ordre du financier, celle de M. de ~Itgurac ne fût d'une àme peu
la1sse1.-_moi Yous déclarer que je ne tolérerai cet ~cc1d~nt_ ava!L été. dissimulé au marquis, co1~1nune. Com?1e nous l'avons Mjà remara~cun Jugement défavorable sur madame de et c est arns1 qu 11 avait pu, sans arrière-pen- que, el comme 11 faul le répéter, pour l'éton~hgurac, qui est la plus noble des femmes .... ~ée, jouir des délices de la campagne, croyant nemen_t d_e ceux qui n'ont pas éprouvé toute
b, Co~me )'abbé restait interdit et bouche elre pour sa part dans les frais de la commu- la malignité de la gent humaine, M. de Mio-u0
ce, il reprit avec une chaleur croissante :
nauté, tandis que tout l'ordinaire était réglé rac, dont toute Ja vie avait été .consacrée au
- Une passion égoïste a pu me livrer pen- sur la cassette de M. Beaumauet, si ce n'est ?ulte de la fralernilé, avait soulevé un nombre
d~ot quelques instants à une fureur illé«itime. une _pelite portion par les soins de M. de 1~croyable de haines et de jalousies. De tous
C eSt à 10:t que j'ai prélendu associer la jeu- CadrJOt.
ceu_x __qu,i v!nr~nt ~;apper à sa porte, une
nesse florissante de Marie-Agnès au déclin de
M. de Migu1·ac, à ce surcroit d'affliction
moitie n asp1ra1t qua se réjouir de sa misère
mon
foe mur.
"'
une teIle prétention ne com·e- poussa un nouveau soupir et dit d'un to~ et
. a".
qu'à le décrier. Or, il n'en est aucun qui
na_1t pomt à un homme d'expérience et j'au- doux:
ne se retirât pénétré de respect à cause de la
ra1_s dû' p~évoir le malheur qui U:e frappe
- Une telle découverte ajoute à ma souf- noblesse avec laquelle il supportait son mal
~UJou rd hm. Il n'a rien qui contrevienne à fra_n?e. Jadis je n'eusse vu dans cet acte qu'un r~pondant aux questions les plus indiscrètes'.
1ordre essentiel des choses. Madame de Ui- prec1eux raffinement d'amitié; il doit m'appa- s abstenant de toute parole amère ou violente•
gurac_ a été p_our moi pendant de longs mois raitre aujourd'hui comme un strata11ème des- et pourlanl il n'en était aucun non plus qui
une epouse rncomparable. Elle a cessé de tiné à capter le cœur de Marie-Ag~ès. Mais ne reconnùt à son seul aspect la profondeur

?e

..,,,, 233 ""'

,

�111STO'J{1JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - L'abbé, à qui ajouter foi de préférence,
femmes, il a pNjeté d"allcr chercher la pai~
à ,otre raison, qui est une émanation de la
ef la w.rtu sous d"autres cieux, dans des
régions inexplorées où la nature plus proche raison universelle, ou bien à des récits altérés
peut-ètre par l'erreur ou le mensonge? Yotrc
ne cesse _pas d'exercer son inOuence salutaire
raison ne Yous dit-elle point ce que confirme
sur les cœurs humains .... i&gt;
la
parole divine, que l'homme est né bon cl
Par hasard, la nouvelle était exacte de tout
sociable? Croyez-moi, les missionnaires et les
point. Ainsi que nous l'avons dit, son malheur
navigateurs n'ont enduré de mauvais procédés
avait plus lourdement appesanti sur M. de Mides
sauvages que parce quïls ont cntrepri~
gurac celle tristesse dont à plusieurs reprises
sur
leur
liberté. Or je ne viendrai point leur
il arait déjà ressenti les atteintes. Il se trouimposer une doctrine ou des Yètcments, mais,
vait vieilli, brisé cl abattu, comme si d'un
au contraire, en toute humilité, me mettre
seul coup la laideur de l'àme humaine et les
sévices de l"àge se fussent réunis pour le ter- moi-mème à l'école de leurs vertus.
C'est pourquoi M. de Migurac écrivit le soir
rasser. Peut-ètre, dans son humeur noire, il
même à plusieurs capitaines de vaisseau qui
se fùt laissé entrainer à quelque extrémité fuétaient de ses amis et les pria de l'aviser it
neste, et, ainsi que plusieurs fois la tentation lui
quel moment un bateau mettrait 11 la \'Oilc
était venue, il eût mis fin à son existence de
pour les antipodes. Car il jugeait, par un raisa propre main, dédaigneux des vœux de la
sonnement spécieux, que, selon Loule logique,
nature, qui règle clle-mème le cours de notre
ce serait de l'autre côté de la terre que les
destinée, si, à la lrcture d'un Jil-re de
M. Bouillé d'Orfeuil, intitulé l'Alambic des mœurs des indigènes se trouveraient le plus
Lois, une idée inattendue n'était venue directement opposées aux nôtres. Et peu
après, afin de soulager son cœur, il publia ce
réchauffer et illuminer son àme endolorie.
Ayant dé,·oué tous les jours qu'il avait vécus qu'il pensait èlrc la dernière production de sa
au sen ice de ses semblables, laissant derrière plume, à savoir: les Adieux d'un Philosophe
à l'Europe corrompue, où il exposait en
lui les preuves impérissables de son acfüité,
toute simplicité son malheur, le dégoùt qui
n'avait-il pas maintenant, au seuil prochain
l'avait envahi et la volonté qui lui était venue
de la Yicillesse, le droit de songer à son repos
el de se réfugier, pour le goùlcr, dans une d'aller poursuivre au delà des mers la paix et
la sérénité qui lui étaient désormais interdites
de ces contrées admirables où rien ne Yicnl
obscurcir à leurs sensibles habitants les claires dans le vieux monde.
Le succès de cet opuscule fut énorme el,
leçons de la nature? Oui, les sociétés sont
quelque
détaché que fùt M. de ~ligurac de
corrompues, mais il existe sur la terre toutes les vanités de la civilisation, il est à
~l. Rouillé d'Orfeuil le montrait d'une façon
surprenante - des lieux que la civilisation présumer qu'il ne put rester indifférent à un
n'a point infectés de son Ycnin, où les hommes tel triomphe. Ni la représentation du Mariage
vivent conformément à leurs instincts primi- de Figaro, de M. Caron de Beaumarchais, ni
tifs, heureux parce qu'ils n·ont pas raffiné les débats de la reine et de ~I. de Rohan
XXV
quant à l'affaire du collier ne suscitèrent
leurs besoins, et ,erlueux parce que rien ne
plus d'émoi. lin instant, le départ du marleur a donné l'idée du vice. Oui, ces hommes,
De la décision que prit M. de Migurac que les na,igateurs appellent sau,ages, sont quis philosophe disputa l'attcnlion publique
de se retirer du monde civilisé et les vrais civilisés, tandis que les vrais sau- à la prochaine réunion des notables et aux
de la manière dont il l'exécuta.
difllcu.ltés financières du royaume. Des files
vages sont les Européens. A imaginer leur
de carrosses déposèrent à sa porte un peuple
Un mari trompé n·c~l pas un objet si rare voisinage bienfaisant, la candeur de Jeurs de visiteurs el de ,isiteuses. li lui eût fallu
qu'il doi'"c retenir la foule autour de lui. mœurs, les magnifiques spectacles de la ,ie plusieurs secrétaires pour répondre à toutes
Quand on eut vu la figure de M. de Migurac agreste, la majesté des forèts vierges, des les lettres qu'il recevait et une foule d'estoet la décence avec laquelle il portail son jungles, de la pampa ou de la savane, M. de macs pour digérer tous les soupers où il fut
infortune, il y eut un désappointement chez Migurac sentit son cœur se dilater, cl une prié. L'abbéJoineau s'est plu à faire le compte
les be1les dames el les écril'aillons qui espé- brise légère rafraichit les plaies saignantes de de ceux qui, à sa connaissance, sollicitèrent
raient de lui quelque folie, el sans doute on son âme. Là était la vévité, là était Je salut. l'honneur de l'accompagner dans son expédiEstimant que tout retard entre la décision
eût désappris le chemin de l'ermitage d'Aution, el il n'a pas dénombré moins de deux
el
l'acte est temps perdu, M. de Migurac,
teuil si le blercu1·e de F1·ance n'eùt publié
duchesses à tabouret, sept gentilshommes de
dans son cahier de mai 1787 une note d'allure qui avait achevé dans l'après-midi le Jil-re de la meilleure noblesse, dix-huit dames à quarmystérieuse et qui excita l'attention univer- M. Rouillé d'Orfeuil, et médité une couple tiers et demoiselles de la bourgeoisie, six écrid'heures les conclusions qu'il convenait d'en
selle. Sous la rubrique Nouvelles de la Coui·
vains réputés, Yingt-ncuf filles galantes et
tirer, annonça à M. Joincau, pendant le souet de la Ville, on Iisai t en effet :
quarante-quatre autres personnes de métiers
« Le malheur, scion les anciens, est le per, que sa Yolonté était d'aller passer parmi différents, dont le bourreau de la yiJle de
meilleur maitre de sagesse., Les perfidies de les sauYages le reste des jours qu'il lui serait Soissons. M. de Migurac accueillait de telles
Cupido ont ouYcrt plus d'un cœur déçu aux odieux de trainer au milieu des peuples demandes avec courtoisie, mais il opposait à
abâtardis.
sévères leçons de Minerrn. li nous revient toutes Je même refus inébranlable : il avait
D'abord ahuri cl puis épouvanté, l'abbé
el ce n'est pas là un vain bruit- que le marrésolu de rompre tout lien a\'CC le monde
quis de X.• ., fameux autant par la noblesse essaya de l'en dissuader de mille manières el civilisé el l'attrait d'aucune compagnie n'était
et l'originalité de son caractère q,ue par les principalement en lui remontrant combien capable de le faire manquer à son serment.
son espoir était inconsidéré el quels maux il
productions de sa plume, a pris, à la suite
Mais le plus éclatant témoignage de J'end'une mésaventure conjugale, une résolution ne manquerait pas de souffrir de la part des thousiasme que souleva son sublime dessein
- qui, si elle était imitée par tous nos maris indigènes : qu'il se remémorât les supplices fut la ,isite qu'il eut de M. de CourLanvault!
trompés, peuplerait rapidement les déserts de qu'ils inOigenl aux missionnaires et les récits grand maitre de la maison de la reine, qUJ
l'Afrique et des deux Amériques. On dit que, terrifiants des navigateurs. Mais M. de Migu- Yint l'informer que Marie-Antoinette elledégoùté des hommes et plus encore des rac sourit aYcc compassion el répondit :

de sa blessure. Quelques semaines avaient
suffi pour changer sensiblement sa personne
physique. Lui qui, avant celle catastrophe.
Fdait la jeuaeise et b. '\Îgaear capparente
d'nn homme de trente ans, semblait maintenant en avoir passé cinquante, le poil blanchi,
J'œil terne et la peau plissée. liais son énergie
&lt;lemeurait intacte; et il ne blasphémait point
contre la destinée : pour quelle raison n'aurait-il point eu à endurer ce qu'avait enduré
de son fait madame Isabelle, première marquise de Migurac?
En dépit de son abattement, il n'était pas
possible it la longue qu'il persistàt &lt;lans celle
inaction el &lt;lans celle solitude, d'autant que
de jour en jour sa tristesse s'aggravait : tant
parce qu'il éprouvait davantage le vide qui
était désormai~ dans sa vie, que par l'amertume de deviner chez ses visiteurs plus de
curiosité malveillante que de sympathie. M. de
~ligurac, après tant d'expériences fàcheuscs,
avait gar&lt;lé haute opinion de l'humanité. ~lais,
en ce temps, on eùl dit que son propre malheur avait dessillé ses yeux. li discernait avec
une clain•opncc impit~yable les replis obscurs
des consciences; sa douleur s'exaspérait du
contact des vices el des dépra,·ations auquel
s'ajoutait le spectacle des choses publiques,
dont le désordre s'aggra,•ait de jour en jour
el remettait à des temps indéterminés le
retour d~ l'âge d'or.
C'est alors que, se sentant étouffer dans
une atmosphère aussi chargée de corruption,
M. de )ligurac conçut l'idée incomparable qui
aboutit à l'entreprise la plus célèbre de sa ,ie,
capable à elle seule de l'immortaliser.

M ONSl~
mlime
désirait
entretenir l'homme cmment
, .
.
. .
qm 'I
réahsa1t
le
rèl'e
de
tant
de
·an-,
,,.
d .
s 0 ts. 01en
qu~ n. c,M,gurar: cùt de tout temps dédaigne ~e_s frcqu~nlat10ns royales, il ne crut pas
pom_o•,r ~c derobcr au désir d"unc personne
au_ss1 emm_ente et qui était femme; cl, ayant
pris date, il se rendit à Versailles.
, Il fut_ condui_t au hameau du Petit-Trianon,
ou la reine, assistée de madame Campan et de
deux autres sui,·antcs, Je reçut dans un bosq?el ehampètre. Elle élail simplement vêtue
d, une robe de percale, d'un fichu de linon et
d ~n chapeau de paille . .\uprès d'elle gambadaient d~ux agnelets blancs qui rappelèrent à
M. ~c Migurac ceux qui jouaient avec MarieAg~es. Et, sans doute, ce souvenir plus que la
maJesté royale remplit son cœur d"atLcndrissemcnt.
L? rei~e' l'i~terrogea longuement sur les
mot1~s qm I avaient décidé à concevoir un tel
d~s.sem et m?nlra une parfaite sensiLilité au
reci~ de ses ,mfort~ne~. Lorsque après une
dem1:heure d entretien il se leva pour prendre
~nge, elle dit d·un ton qui mar11uait rombien elle était touchée :
- Monsieur, Yeuillez emporter a,ec ,ous
tous lcs_vœux, non pas d'une reine, puisque
rnu_s f~1tes profession de haïr la royauté,
m~1s d une femme au cœur meurtri qui, au
~e1~ du bonh,eur a1'.parcnt dont elle jouit,
cn~1:ra plus d une fois le charme innocent et
pa1S1ble de rnlre retraite.
El ~le offrit sa main à M. de )ligurac, qui
1~ b~1sa avec dévotion. En se retirant, il
ter_nmg_na quelque surprise de ne point rnir le
~o! c_rm ' s,elon les paroles de la reine• a rait
ete lrappe de _son ~ntrcprise. Il lui fut répondu
&lt;,ue Sa MaJesle gardait une impression
h!cheuse du pamphlet où il a1ait flétri son
3 '.e~l, cc qu'il lro~va assez étonnant, et que
d rull?urs, Elle était fort occupée d"un "rand
trarnl de serrurerie, excuse qui lui s~mhla
de beaucoup préférable.
Cependant M. Jean-Horace de Yielcot11·erl
co1?mandant la frégate la Reluisa11le, et qui
é~1t_dcs pers~nnes_ auxquelles )1. de )figurac
s cta1l adres_se,_ lm fil savoir que, par une
heureuse co10c1dence, il prendrait le Jarn-c à
Cher~urg dans ~eux semaines afin d"opérrr
dans ~ océa~ P~cifique une exploration d'un
c:i.ractere_sc1~nllfique et commercial, et que,
sil ~·oula1t s ?mbarquer an•c lui. il le déposerait fort bien sur quelque côte suffisamment sauvage à son gré.
M. de ~ligurac accepta sans barguigner. Il
fit s:s ~dieux à quelques amis, chargea l'abbé
d_e liquider ses dettes el l'en,.agea à retourner
v1v_re ensuite au château de 1tigurac, reliquat
umque de tous ses biens; puis, l'ayant
:mb!assé fott tendrement et non sans larmes,
1~_lu1 donna rendez-vous dans l'autre monde,
s il _en étai l un' et alla prendre la poste à
Nemllv.
Q~;(qu'il fùt de bonne heure, une foule
cons1derablc se pressait autour de la mai~on de poste el s•écarla respectueusement •
a son abord . Quand il fut monté en voitu re
une
·
.
musique,
se démasquant tout à coup '
Joua une marche de Grétry, et une jeune fill~

DE .M1GUT(A.C

vètue de blanc s'aninça vers lui et lui pré- avait n:cu à 'Mai&amp;o~r .et deux «JUaru·
.
.
.
•
er~senta un bouquet. Il l'embrassa paternellr- ma1lres, qm avaient été c.iptifs cl&gt;cz les :...1·
,
d
.
1m.umenl ?l comma~da !e départ. Lorsque la voi- gen_es e 8ornco, essayaient en vain de lui
tures
.,
temr tête. A la fin de la traversée, ils aYaient
t · ébranla, 11 mil. le visan-e
- o à 1a porllere
e agita son m?ucho1r. Sur son passage, les perdu toute créance auprès de leurs compafe~mes pleuraient, lui jetaient des fleurs et gnons de route, et, si M. de Migurac eüt
lm tendaient leurs enfants pour qu ïl les bénit. voulu l'emmener, une bonne moitié de l',;q •_
• . ..
" Ui
page I aura1t-sum les yeux fermés.
Le_ Yoyage de M. de Migurac à bord de la . On admirait surtout a,ec quelle in,.éniosité
Relutsante dura cinq mois. Il les emplo ·a à il s'était p~épa_ré. ~ comprendre ·1e olangagc
conver~ir les officiers à la philosophie et )à se des hommes pmn1hfs, qm seul aurait pu lui
perfechonner dans la connaissance des mœurs &lt;;a~ser quelque difficulté. Cherchant quel,
des sauYages,
.
., émer1·eiJlant tout l',cquipage
etaicnt scion toute vraisemblance les èlrt•s le,
par 1a _m?mcr: dont il en était instruit sans ~~us proches de la nature, il étudia particules avoir pma1s fréquentés. L'aumônier, qui hcrt&gt;mcnt les façons et le, cri~ dt• cinq ou si,

,-

... 2 .&gt;.) ...

�r -

111STOR..1.Jl

hies qui déchirèrent les villes et les camsinges captifs qui servaient à diYerlir les
pagnes, aux travaux innombrables de l'AsDu séjour que fit M. de Migurac en
quartiers-maîtres et de deux jeunes enfants
semblée Pl à lant d'autres matières que sont
Nouvelle-Guinée, de son retour en
dont l'un était àgé de huit mois et l'autre
loin d'avoir épuisées les doctes labeurs de
France a insi que des événements
naquit aux premières semaines du voyage. A
force d'application, il arriva à grogner, piailler quelques milliers d'historiens.
subséquents
.
Faisant ressortir les relations de ces évéet vagir d'une manière si parfaite que nul ne
nements avec les maximes familières de la Extrait du journal de bord de Jean-bfai·ius
mit en doute qu'il ne sût au débar4ué haranphilosophie de M. de Migurac, nous pourrions
Carrelade, capitaine au long cours, comguer toute une tribu d'indigènes.
célrbrer en lui un prrcurscur éminent de
mandant la Belle-Bordelaise, à la date du
Cependant on approchait du terme, et le
l'âme moderne, voire contemporaine.
25 novembre 1791.
capitaine interrogea M. de Migurac sur la
Ou bien, préférant l'artifice littéraire qui
C( ••• A la suite de ce coup de vent, nous
région où il désirait atterrir. li se fit apporter
consiste à faire ressortir plus violemment en nous trouvâmes entraînés fort en dehors de
une carie marine el, ayant demandé qu'on
les rapprochant l'opposition de deux tableaux, la route suiYie habi tuellemenl par les vaislui indiqut1t les parages les moins fréquentés
nous tirerions un développement philosodes navigateurs, il posa son doigt sur un phique de haut goût d'une comparaison entre seaux, el notre inquiétude fut grande, ces
parages étant mal connus des navigateurs et
point de la côte occidentale de la .Nouvcllcl'effroyable tumulte de l'unil'ers et le calme célèbres par de nombreux naufrages. En conGuinée.
que goùtait notre héros au sein de la nature. séquence, les vigies furent doublées, la YoiSes volontés furent ponctuellement exéA moins que, feignant de pours~ivre notre lure rédu_ite au minimum, et l'on jeta )_a
cutées et quelques jours plus lard, la frérécit et affectant de nous en tenir à la vie sonde tous les quarts d"heure afin que la
gate jetait l'ancre en vue de ce rivage.
même de M. de Migurac, nous ne suppléioqs diminution du fond nous avertit de la proxiM. de Migurac donna l'accolade aux officiers
par des recherches diligentes aux documents
mité des récifs.
en les remerciant de leur courtoisie, et desauthentiques qui nous font délaut et esquis« Dans la nuit dn 25 au 24 novembre,
cendit dans un canot monté par seize hommes
sions une description brillante des régions où nous ne trouvâmes plus que 60 brasses de
qui vint accoster après quelques minutes de
il vécut el des mœurs pittoresques des sau- profondeur, el puis 50, et puis 40. Après
nage dans une anse sablonneuse, au milieu
plusieurs tentatives, nousréussimes à mouiller
d'un paysage sinistre et étrange. M. de Mi- vages.
li nous suffirait de recourir à deux. ou
gurac sauta à terre d'un bond, souffrit diffi- trois relations de voyage, au traité de géogra- l'ancre sur un fond de coraux. Au matin,
nous aperçûmes la côte à quelques encâcilement qu'on lui laissât un petit baril d'eau
phie de M. Reclus et à quelque manuel blures. Comme plusieurs tonnes d'eau avaient
et quelques vivres, et reçut avec une sérénité
d'histoire naturelle, pour donner une peinture
merl'eilleuse les adieux des matelots qui mirifique de la Nouvelle-Guinée, -de ses indi- été arrachées par la tempête, je résolus de
saisir la première occasion de rPfaire notre
pouvaient à peine contenir leurs larmes.
gènes tatoués et sanguinaires, de la végétation
Debout sur la grève, il les regarda se rem- tropicale, des bufOes, des tigres et des élé- provision. Nous naviguàmes pendant quelques
heures, cherchant uo endroit propice au débarquer, reprendre leurs avirons el s'éloigner
phants. Et peut-ètre, à l'imitation de Pindare, barquement. Après avoir constaté en faisant
en frappant l'eau en cadence. Puis, soulevant
arriverions-nous par la splendeur de la forme
gravement son chapeau à trois cornes sur sa à voiler l'ignorance réelle où nous sommes de le point que nous nous trouvions sur la côte
de la Nouvelle-Guinée par 7°29'i4" de latitude
tête poudrée, il leur fit un salut suprême;
la vie de notre héros.
sud et 157°17'20" de longitude est, nous
après quoi, il le replaça sur sa lète, tourna
Mais, nous étant fait la règle de nous en atteignîmes l'embouchure d'une petite rivière
le dos à eux et à la civilisation et, se mettant tenir, dans cette histoire véridique, aux faits
où il nous parut qu'il serait aisé d'accoster.
en marche, s'avança d'un air délibéré vers la
strictement établis, nous nous contenterons
&lt;( Ayant laissé le gouvernement du bateau
forêt qui commençait à quelques centaines
de dire brièvement qu'après le départ de au subrécargue, Jean Linoudé, de Pauillac,
de toises de la côte et d'où partaient des cris
M. de Migurac, son nom s'effaça assez promp- je fis meltre à l'eau la baleinière et y desinconnus d'oiseaux et de quadrupèdes.
tement de la mémoire de ses contemporains cendis moi-même avec une douzaine d'homou n'y reparut qu'à de rares intervalles, mes. Nous étions bien armés, par crainte des
XXVI
éveillant chez quelques-uns un sourire de sauvages qui, sur ces côtes, sont très féroces
curiosité, chez d'autres un soupir d'emie. el mème anthropophages. Après une demiQui est de transition.
Car les questions financières et politiques se heure de navigation, nous accostâmes sans
posèrent dans le royaume a,·ec une gravité difficulté, el, tandis que six d'entre nous
En ce point de notre narration, si nous
demeuraient dans la baleinière, je m'avançai
nous conformions aux coutumes de maints particulière et abolirent tout autre souci.
On perdit de vue M. de Migurac d'autant avec précaution, accompagné des six autres,
conteurs, habiles à ménager leurs effets, cc
plus aisément que pendant quatre années afin de reconnaître Je pays el dans l'espoir
serait le lieu d'introduire quelque horsaucun
signe ne vint rappeler au monde qu'il
d'œuvre d'imagination ou de métaphysique,
de découvrir quelque source.
fût encore au nombre des ,i1•ants. Ce n'est
« Nous n'avions pas fait une demi-lieue
digression, dissertation ou anecdote, capable
qu'au printemps de l'année 1792, au moment qu'un spectacle révoltant s'offrit à nos regards
d'imposer au lecteur et de donner à cette
où la chute du ministère feuillant et l'avè- et nous remplit d'horreur. Débouchant dans
modeste relation l'air de piquantet de variété
nement du ministère girondin, les désordres une espèce de clairière ménagée au milieu de
qui est propre à la lielion ou à la solennité
de Marseille, l'affaire des Suisses de Château- la forêt tropicale, nous vimes le sol jonché de
qui convient à J"histoire.
Il nous serait loisible, par cxt-mple, tandis vieux et les premiers revers des armées corps humains entièrement dépouillés. Notre
françaises en Belgique se disputaient l'atten- premier mouvement fut d'épauler nos mousque M. de Migurac goûtait la paix dans
tion universelle, qu'une gazette de Bordeaux quets de crainte d'une attaque. Mais il ne
l'autre hémisphère, de retracer quels événementionna incidemment le retour de M. de nous fallut que peu d'instants pour mesurer
ments considérables se pa~saient dans le
Migurac, qui passa fort inaperçu. Un heureux notre erreur et nous convaincre que nous
notre, de le parcourir depuis les plaines de
hasard nous a fait retrouver la relation de
la Pologne, où agonisait une nation, jusqu'aux
avions sous les yeux les restes d'une troupe
Marius Carcelade, commandant le trois-mâts de sauvages qui, sans doute, avait été surcités de l' Amérique, où achevait de s.'élaborer
la Belle-Bordelaise, qui faisait la contrebande prise et massacrée par une tribu ennemie.
un peuple li~re. Nous pourrions nous attacher
des épices entre Bordeaux et Batavia et à qui Les cadavres étaient percés de flèches, et la
particulièrement aux changements imprévus
échut la gloire de ramener à la France un de mort ne semblait pas remonter à plus. de
dont le ropume de France fut le théàtre,
ses enfants les plus illustres. Cette narration
vingt-quatre heures. Nous prîmes à peine le
aux agitations qui précédèrent la réunion des
commencera heureusement le chapitre sui- temps de les envisager et, saisis de crainlt",
États-Généraux, aux péripéties célèbres qui
se succédèrent dès leur ouverture, aux trou- vant.

MoNsrEU"R.
nous
à poursmvre
•
1 1renonçâmes
.
noire marche
p ns om, et tournâmes les talons remettant
au lemp
·
, , s du Jusant
de remplir nos' tonneaux
en penetrant dans la rivière
alors que derr1·è·re nous a, notre
. C( C'est
.
mexpr1mabl
• vivrais ' cent
.
e stupeur - Je
•
· ·
ans
que Jamais
Je ne me figurerai cette minute
::us_ un f~isson - du sein de cette forêt
. op1cale ou nous ne pensions trou ver que des
t~~lres, ou des hommes plus cruels qu'eux
s e everPnt en fra nçais
· ces paroles inatten-•
dues :
&lt;( -:-- Messieurs, permettez-moi de vous
souh~1te_~ la bienvenue sur cette terre
hosp1tahere.
peu
.
d' cc Le son .de ces mots était a[a"bl"
1 1, mais
un accent
. crus.
. .. irréprocbable, où me· me Je
percevoir. 1mtonation
de ma provmce.
.
Je me
,
retournai d un bond et demeurai pétrifié en
vorant un des corps humains que nous avions
pris pour d~s cadavres de sauvages se re~
dresser et faire deux ou trois pas a, ma ren~ontre; et, ~algré l'aspect de ce corps tou l
u, boucane par le soleil et les 1 .
couvert d · •
P mes et
ta .
e_ c1catr1ces, je reconnus sans hésid' lton possible un compatriote qui nous saluait
, u_n ges~e de bienvenue. Mais sa faiblesse
eta1t extrcmc. Il chancelait. Je le reçus dans
t~es bras, et nous nous hàtàmes de lui rod1guer _tous les soins ' bandant avec pnos
mouchoirs
une. plaie qu'il avait a' I"epau1e et
·
qui tmmençrut à saigner' et lui introduisant
~ue q?es gouttes de cordial entre les dents
on etat de maigreur et de d , , .
.
était tel u 'il
. . epertssement
• q . nous semblait impossible qu'il
ne passai pomt entre nos mains •t .
not e li
· u ais, eontre
r a rnte, I1 n'eut pas plutôt a I '
aoraée d h
va e une
o .~
e r um et une bouchée de biscuit
qu il se redressa, promena sur nous
gard très vivace et dit du ton dont
un _rede ma·
· un maitre
ison cm1accueille un hôt .
&lt;c Oserai-je• vous demandeer., messieurs
.
'
J h
a\'isite?
que asard '1e dois l'honneur de votre'
&lt;c Je _balbutiai que nous étions débar ués
pour faire de l'eau. Aussitôt il
I q
~ans 't
• ,
se eva et
,, e re gene par son état d
d" é ' .'
à nous "d
e nu il , s 01Tr1t
15?1 er vers une source voisine Tout
e.n , chemm an t ' Iï me posa au sujet de· notre
IOJage •quelques
ques t·ions qm• marquaient
.
un
_esprit
cultivé
et
me donna des renseigne.
m t
d'un air
. s1. aise
. , et en
te en s sur
• le . pays
.
_rmes s1 cho1S1s que j'étais oblitré d
pmcer pour m'assurer que J·e ne rê o. c _me
« Enfi
vais poml.
. 1
i_n, ~e pouvant contenir ma curiosité
&lt;:°nJurai de ~e dire qui il était et corn~
.) il' se t~ouva1t en ces lieux. C'est alors
~ ~ apprit de fort bonne grâce ce
e
~:i:;ars pu _sourçonner si l'excès du saisi:t ne m avaJt enlevé toute faculté de rairsonner ·. c'est
. que J.,avais. devant moi ce
dame~x gentilhomme du Périaord le mar .
e ~i1gurac, dont il avait é~é fait tanrd:
bru1t trois ou
t
avait quitté l Jua rc ans plus tôt, lorsqu'il
les s
a rance afin d'aller vivre parmi
auvages.
«
1 ne paraissait pas
qu'il Je •lui fis obser~er qu •·1
résol ~ut grand SUJet de se féliciter de sa
u rnn, et aussitôt je vis son visage se

:e~

D"E

Mmuwr.c ---..

• Nous nav'.g11âmes penda11t quelques heures chercha
.
.
talé en (a1sa11t le point q11e nous nous trouvions su:'(:/ endroit propice au débarquement. Après avoir conschure dune petite rivière où il nous parnt qu'il serait az's~ted~e la /Nouvelle-Guinée, 11011s alleignîtnes l'embouaccos er.... • {Page 236.)

rem?ru~ir ~l un,. soupir gonner sa poitrine.
.Je_ n ~sa1 pom_l 1mterroger davantage, mais
1~1 ?1s que Je m'estimais fort heureux. de
1avoir rencontré afin de pouroir le ramener
dans son pays. C'est alors qu'il se redressa
a;ec un_ a1'. de dignité auquel son costume
n enlevait rien, el me dit d'un ton courroucé:
. c1 - Et. d'
. o~' cr,oy~z-vous, monsieur, que
,1e ~nsent1ra1s a delaisser ces lieux et à re~emr sur un dessein auquel je me suis arrêté
librement?
cc _Je lui répo~dis avec fermeté que mon
~evo1r de chrétten m'obligeait à ne point
1 ~~an_donner en pareil état, et que j'étais
dec1d_e_ à l'embarquer sur mon vaisseau,
~usse-Je. em~loyer la violence; mais que
J _augurais mieux de son heureux naturel
aJoutant _que, si l'humanité sauvage n'étai~
pas aussi vertueuse qu'il s'était imaain~
l'humanité civilisée, en revanche, était e~
passe de se régénérer selon ses propres maxime~ et ~ell,es, d~ quelques autres philosophes.
Et ~e lm revelar quels événements prodio-ieux
avaient succédé à la réunion des Etats-Généraux el c~mment la France s'était affranchie
du despotisme.
&lt;1• Il m'écou_ta avec une extrême ferveur. A
plusieurs repmes, je vis ses yeux se mouiller
de _larmes. Quand je me tus, il me prit la
mai~ ~~ me dit avec l'accent d'une rrrande
sens1b1lité :
b
_« - Ami, ne m'en veuille point du prem~er mouvement qui tout à l'heure m'a fait
reJeler ton offre généreuse. Je suis désormais
prêt à t'obéir. Aussi bien la ruine de mon
corps ~•est un avertissement que tu dis vrai
~t que J~_ne prolongerais guère ma vie en ces
heux. Sil m'~st donné de revoir mon pays
tel que tu le dis et de clore mes paupières à
la douce lumière du soleil levant de la liberté

'

je n'aurai point perdu ma peine, et mes
derniers instants seront collsacrés à bénir
!'Être suprême.
&lt;c Dès lors, il nous suivit très docilement
entra a,•~c nous dans la baleinière et grimp~
sur 1~ vaisseau' oü nous f ùmes salués avec la
surprise ~e l'on peut imaginer. Je fis donner
au ~arqms de Migurac la cabine qui me
s~rva1t de salon ainsi qu'une partie de mes
ve~ements et nous mîmes à la voile le soir
meme, ayant J l'mpli nos barils et subi l'a \'enture. la . plus merveilleuse de ma ca rr1ere
., de
nav1gat10n .. .. )&gt;
C'est en ces termes que le capitaine Marius
Carcclade_ a conté' la rencontre qu'il fit de
M. de' M_igurac. Nous n'avons que peu de
chos; a aJouter à son récit en ce 4ui concerne
le SCJOUr de notr~ héros en Nouvelle-Guinée.
Il est patent q~'1l n'aimait pas à s'étendre
sur cette mat1ere : ni les officiers de la
Belle-Bordelai!e, ni l'abbé Joincau lui-même
~e pu;enl savoir le détail de la manière dont
1I y vecut.
n'est ?°ère qu'à quelques réflex.ions qui
lm _ct:happerent par accident qu'il peut être
con.1ecture sans témérité que l'accueil qu'il
~e~ut _des hommes de la nature fut assez
el~1gne de celui qu'il en attendait. L'abbé
Jomeau a _cru pouvoir affirmer que, peu de
temps apres son débarquement, il fut capturé
par u?e bande de sauvages qui sans doute le
tro~ve'.ent trop maigre pour le manger ou
cra1gmre?t, vu la couleur insolite de sa peau
de ne ~01nt le digérer commodément. Ils s;
content~rent donc de le réduire en esclavage.
Entrave
• . qu,en
é • .comme un. àne. au pre' , ams1
t 1!101gnaient les c1catr1ces qu'il portait aux
P?1gnets et aux chevilles, il fut emplové à
piler le ~rain_ et à nettoyer la hutte du•chef
sous la d1rect10n de ses femmes; et les mar-

.c~

�- - · HlSTO'R..1.JI
ques d'ongles dont son corps était couvert
donnent à penser que ces jeunes personnes
lui furent moins clémentes que n'avaient été
les beautés de plusieurs cours d'Europe. Il
~emble qu'il parvint pourtant à s'échapper,
erra quelque temps dans les bois et puis fut
capturé par une autre tribu qui lui fit subir
un traitement analogue. C'est au moment où
il venait d'ètre laissé pour mort avec ses
maitres par une troisième horde qu'il eut la
chance d'ètre recueilli par le capitaine Marius.
.hsurément son énergie ne îut pas médiocre
de prétendre demeurer en un tel pays ; mais
l'on ne s'étonnera pas qu'il n'ail pas persévéré
dans celle résolution.
C'est toutefois un fait remarquable que,
malgré la compagnie de ses semblables et le
soulagement &lt;1u'il éprouvait d'ètre soustrait
aux tortures des anthropophages, M. de Migurac ne retrouva point aussitôt la sérénité
qu'il arait connue &lt;1uelques années auparavanl. Est-ce que la dure expérience qu'il
venait de faire lui avait causé une déception
trop forte? Son humeur partageait-elle l'ailération de sa santé"? Ou la vue des ,isages
européens lui rappelait-elle trop cruellement
ses malheurs d'autrefois? Toujours est-il que,
sans se départir d'une courtoisie el d'une
• biemeillance irréprochables avec les officiers
de la Belle-Bordelaise, les édifiant par ses
récits et la profondeur de ses apophtegmes,
il ne laissait point paraitre l'abandon ni la
gaieté qui eussent été de circonstance.
Chose singulière entre toutes, l'étude qu'il
fit des événements survenus en France pendant son absence, et qu'il puisa dans divers
journaux et gazettes conservés à bord, Je
remplit de plus de trouble que de joie. Tout
en se montrant fort touché des doctrines
énoncées par l'Assembl(-e el des réformes
qu'elle avait accomplies, il était surpris qu'un
grand nombre d'abus manifestes, tels que la
propriété privée, l'inégalité des richesses et
le mariage, par exemple, eussent été respectés, el il s'ailligeait que les législateurs
{Jllustralions dt

n'eussent point achevé leur tàche; ce qui
leur aurait été aisé si, s'inspirant des füres
de ~I. de Migurac et de quelques autres, ils
eussent clairement fait briller aux yeux du
peuple avec quelle évidence les mesures préconi~ées par ces écrivains devaient pr0&lt;;urer le
bonheur universel.
Car, outre l'insuffisance des réformes opérées, il avait un deuxième grief qui était la
manière défectueuse dont elles avaient été
obtenues, a1ant été souvent provoquées par
des passions égoïstes el réalisées par la menace; au lieu que, rappelée au-c sentiments
naturels, éclairée par les penseurs qui eussent
affranchi sa raison, la totalité de la nation
aurait spontanément embrassé les principes
évidents de la sagesse universelle et établi
sans effort, du jour au lendemain, une constitution parfaite el le règne de la vertu.
Mettant en regard la mesquinerie des progrès effectués avec le désordre et les effusions
de sang qui les avaient accompagnés, M. de
Migurac ne pouvait éprouver que de la tristesse; et des actes glorieux, tels que la chute
de la Bastille elle-mème, citadelle du despotisme, lui apparaissaient entachés de telles
hideurs qu'il en venait à ne les considérer
qu'a,·ec une sorte de répulsion.
Comment les hommes avaient-ils pu oublier
que la vérité et la raison s'imposent par leur
seul ascendant et non par la force, et que
toute cause qui se réclame de la violence
soulève légitimement la violence contre elle?
Par quelle folie, d'ailleurs, avait--0n cru pou,oir abattre d'un seul coup d'antiques préjugés sans préparer les esprits des hommes
et leurs mœurs à subir de tels changements?
Telle est la faiblesse de l'homme civilisé que,
libéré du despotisme, il en conserve l'empreinte et les vices et qu'il est capable de
méconnaitre la vertu elle-même si l'on n'arrache lentement les voiles que des siècles
d'oppression ont appesantis sur ses paupières.
Ce n'est que par la patience, par des ménagements savants, en ouvrant graduellement

les yeux des peuples aux vérités supérieures
que les ages acheminent l'humanité vers les
destinées incomparables qui lui sont réservées, mais que ni la loi, ni le glaive ne
peuvent imposer, si lPs cœurs mêmes des
hommes n'y sont inclinés auparavant.
C'est dans de telles réOcxions que )l. de
Migurac consuma les longues heures de son
vopge. Et souvent, à les agiter, il sentait
renaitre son ancienne ardeur, le désir d'instruire ses semblables, de leur remontrer
leurs erreurs et leur indiquer le chemin à
suivre. Et il se réjouissait d'ètre appelé à
rendre à l'humanité un si grand service.
Mais, à d'autres instants, sa mélancolie le
ressaisissait. Les difficultés lui paraissaient
insurmontables, il mesurait davantage son
épuisement physique et aspirait seulement au
repos final.
Quand il eut débarqué à Bordeaux, M. ~e
~Iigurac, par suite du changement de climat,
ioutfrit davantage de toutes ses misères. Une
toux opiniàtre le secouait et la fièvre rongeait
ses nuits. Par ailleurs, il fut ahuri du mouvement des gens, de l'animation des quais
et des rues; et il se crut perdu dans le tumulte de cette ville quittée depuis de longues
années, où aucun visage ami ne venait à lui,
où son nom même était oublié. Aussi fut-il
envahi d'un sentiment inconnu d'impuissance,
d'isolement el de détresse, et une hâte le
pressa de fuir celle cité où il était étranger.
Mais, dans le désarroi de son àme et le
délabrement de son corps, il s'effrayait de
l'éloignement de Paris qui, sans doute, lui
offrirait un spectacle analogue el où il serait
sans ressource. Et tout à coup un besoin
inexprimable le saisit de revoir les lieux où
il était né. Il lui semblait que là le calme
se ferait en lui et qu'il pourrait se reprendre
à la vie; nulle part elle ne lui serait plus
douce et plus hospitalière. li gagna donc la
maison de poste et y loua une place dans la
diligence qui fait te service d Bordeaux à
Périgueux.
0

(A suivre. )

ANDRÉ

LICHTENBERGER.

CONRAD.)

vail lent el lourd, que tous les autres méprisent, qu'ils ne veulent plus voir à cause
d'un ridicule mariage: c'est M. de Vergennes;
et il devient ministre des affaires étrangères.
Convenez que j'ai des raisons de dire que
mon étoile est aussi extraordinaire en mal
~ Le duc de Choiseul, à qui l'on parlait qu'en bien. ll
de son étoile, qu'on regardait comme sans
exemple, répondit : « Elle l'est pour le mal ~ C'est un fait certain cl connu des amis de
autant que pour le bien. - Comment?- Le M. d'Aiguillon, que Je roi ne l'a jamais nommé
voici : j'ai toujours très bien traité les filles; ministre des affaires étrangères; ce fut madame
il y en a une que je néglige; elle devient du Barry qui lui dit : &lt;&lt; Il faut que tout ceci
reine de France, ou à peu près. J'ai traité à finisse, et je veux que vous alliez demain
merveille tous les inspecteurs, je leur ai pro- remercier le roi de vous avoir nommé à la
digué l'or et les honneurs; il y en a un extrê- place. &gt;&gt; Elle dit au roi : « M. d'Aiguillon ira
mement méprisé, que je traite légèrement : demain vous remercier de sa nomination à la
il devient ministre de la guerre, c'est M. de place de secrétaire d'Étal des affaires étran)fonteynard. Les ambassadeurs, on sait ce gères. ,i Le roi ne dit mot. M. d'Aiguillon
ce que j'ai fait pour eux sans exception, hor- n'osait pas y aller, madame du Barry le lui
mis un seul : mais il y en a un qui a le tra- ordonna; il y alla. Le roi ne lui dit rien, et

Anecdotes

M. d'Aiguillon entra en fonction sur-le-champ.
~ Mademoiselle Duthé, ayant perdu un de

ses amants et cette aventure ayant fait du
bruit, un homme qui alla la voir la trouva
jouant de la harpe, et lui dit avec surprise :
« Eh ! mon Dieu ! je m'allendais à vous
trouver dans la désolation. - Ah ! dit-elle
d'un ton pathétique, c'était hier qu'il fallait
me voir. »
~ Dans une société où se trouvait M. de
~chwalow, ancien amant de l'impératrice
Elisabeth, on voulait savoir quelque fait relatif à la Russie. Le bailli de Chabrillant dit :
« Monsieur de Schwalow, dites-nous cette
histoire; vous devez la savoir, vous qui étiez
le Pompadour de ce pays-là. »

CHAMFORT.

LES JNDJSCRETJONS DE L'HJSTOJRE

""°
Une sultane Jrancaise
Par le Docteur CABANÈS

'

créole de ce nom alors à Paris. Mais Maria de
la ~ageri~ était atteinte d'une grave maladie,
qm ne lm permettait pas de s'éloigner de sa
mère. Ce fut donc Joséphine qui, selon les
v~ux de sa parente, vint sceller les liens si
vivement désirés entre les deux familles 1 .

1

fille dut être envo1ée en France, pour y
achever son éducation. Elle partit pour
Nantes, .~~ c'~st dans le couvent des Dames
de la 'ISJtahon de celte ville qu'elle fut
placée.
Une tradition s'est conservée à ce coul'Cnt, qu'à une époque « qui est comprise
enlre 1750_et 1780 », Mlle du Buc,« alors
à?ée de qumze ou seize ans, quitta le penSio~nat p~ur retoùrner dans sa famille,. »
partir de ce momPnl les faits son l
~nnus. Rappelée par sa famille en 1784 la
Jeune fille s'embarque pqur retourner d~ns
s?n pays_. ~ navire qui la portait, atteint
d une voie d eau et près de s'enoloutir dans
les ilots.' fut ren_contré par un bâtiment espagno_l ~a1~~nt. voile pour Majorque, qui recueil~L I equ1page el les passagPrs du na,ire
na~ta1s. Au moment d'attPindre sa destination,. le b.itimenl espagnol fut attaqué et
capt~re_ par un corsaire algérien.
' Aime~ ?u Buc de Rivery ' accompagnée
dune vieille gouvernante' fut conduite à
Alger. L~ dey d~ cette régence fut frappé de
sa beauté et, smvant les mœurs orientales et
barbaresques de cette nation, voulant faire
la ~~r a~ Grand Turc, son maitre, lui
expe_d_1a la Jeune fille en présent.
Selim, qui régna quelques années après
sur la Sublime Porte, ne fut pas insensible
~ux charmes de la jeune Martiniquaise. La
Jeu?e fille ' subissant son étrange destin,
devmt la sultane préférée du Grand Seigneur; ~l, en _1808, s~n fils, né en 1785,
ayant pris les renes de I empire turc, sous le
non_i ~e Mahmoud Il, elle se trouva sultane
vahde 5 •
Alais, dira-t-~n! d7 quelle importance est
tou l cela pou~ 1 b1sto1re générale? La réponse
à celte quesllon, un médecin, doublé d'un
homme de lettres, va nous la fournir.

li y a une dizaine d'années eul'iron, au
cours de recherches sur Napoléon, nous étions
amené à cette découverte qui fut pour beaucoup _une révélation, qu'il coulait du sang
français dans les veines du sultan.
1(
Abd-ul-llamid 11 se trouvait être, disionsnous, l'arrière-petit-fils d'une Nantaise
Mlle _du Buc de Rivery, devenue, à la suit;
N~poléon II~ connaissait l'histoire de celte
d~ circonstances que nous rappellerons plus cou~me germa.me d~ sa grand'mère, l'impéloin,_ sultane validé. Mlle du Buc étant la ratrice Joséphine, bien qu'il n'en fùt jamais
cousine germaine de l'impératrice Joséphine parlé dans son entourage.
Na~léon Il I et le Commandeur des croyant~
La première fois que le secret en transpira
am~nt,
ce fait, des liens de parenté assez ce fu~ lors du rnyage du sultan Abd-ul-Azi;
étroits : ils étaient, tous deux, pelit-fils d'une à Paris, pendant !'Exposition de 1867.
créole de la Martinique.
Parla~t de ce voyage, le journal officiel de
~oïncid~nce étrange ' l'impératrice José- Constantmople, La 1'ulYJuie, prit occasion de
p~me serait née la même année que Mlle de la p~renté de Napoléon Ill avec la sultane
lhvery, en 1 i66.
favorite, pour célébrer les liens qui unissaient
li paraît qu'au moment où Mme de la les deux d1naslies, el faire remonter à la
Pagerie sentit les duuleurs de l'enfantement c?usi~e des Tascher de la Pagerie l'honneur
l'habitation de son mari venait d'ètre ravarré; d avoir lancé la Sublime Porte dans la voie
par un coup de vent qui avait détruit la i:ai- des réformes.
son principale; la pauvre mère fut réduite à
« Certes - disait la T11rquie - J'inaccoucher dans un coin intact d'un des bâti- fiu~c~ de Mlle de Rivery, del'enue sultane
ments d'exploitation, désigné aux colonies valuLe, a dù dél't!iopper l'esprit réformateur
sous 1~ nom de purgerie. C'est en cet endroit de_ son fils ,Mabmoud. C'est donc à une Franque _vmt au monde l'enfant à qui l'on avait çaise que I empire oltoman est redevable de
prédit qu'elle serait un jour plus que reine. ses premie~s.pas dans la voie du progrès. »
li demeure donc étaLli que Mlle du Buc et
~n réalite, &amp;Iahmoud n'était pas le fils,
Mlle ~e la Pagerie, destinées toutes deux à mais le neveu de Sélim III, auquPl il avait
une s1 haute fortune et à préparer l'accès de succédé'.
deux trônes, l'un à l'orient, l'autre à l'occi, Quand fut livré à la publicité, prématudent de !'_Europe, à leur petit-fils, étaient remenl et un peu à notre insu le résultat
nées la meme année, dans la même colonie ?'un~ enquête à peine comm~ncée, nous
une ile française que, par un autre rappr; 1gnor1ons que celte histoire, qui ressemble
che_ment étrange, Christophe Colomb décou- par tant de côtés à un conte, était depuis
vrait le même jour qu'un navirrateur
esparrnol
longtemps connue.
0
0
découvrait Sainte-Hélène.
Elle avait d'abord paru, sotu forme romaCe n'est p~s tout. Il a fallu, pour que les nesque, vers f820 (le 10 septembre 1821
se~rets dessems de la Providence s'accom- exactement), dans un des ouvra"es de cc
ph~sent, pour et par ces deux femmes
co?teur fécond qui signait ses œu;res l'HerIII
quelles quittassent la Martinique et vinssen~ nule de La Chaussée d'Antin, et qu'on sait
en France, contre toutes les habitudes du être l'académicien Jom·. On la retrouve sous
Le 18 décembre f896, notre confrère
pays et même les pré,isions de leurs familles. (01:me d:hist_oit:e vmiè, _dans un journ~I qui Paul de Régla, pour qui Constantinople et
. Mlle du Buc de Rivery était au nombre des puise d ordma1re ses mformations à cles ses mystères n'ont depuis lon&lt;&gt;temps plus d
Jeunes filles qui, par exception allaient a' sources sérieusPs •.
secrets, nous écrivait la lettre ~ui suit :
e
cette
. leur
' éducation
'
Voici en substance quel était le récit de
. époque surtout, recevoir
1om
· paternel. D'un autre côté, ce notre confrère.
(1 Mo:-. CIIER CO:IFRÈRE,
,, .du ~oit
En 1766, naissailà laMartiniqueMlleAimée
~ e\a1t pom_l Mlle Joséphine, mais Mlle Maria
&lt;1 Il e_st de tradition dans le harem de
e a Pagerie, sa sœur, qui était destinée par (et non Aline, comme il était dit dans le Constanllnople que le sultan Mahmoud ,
~ne. de ses parentes, intimement liée à Ja roman) Dubuc de Rivery.
d',\bd-ul-llcdjid et grand-père du sultan'
Vers l'âge de neuf ou dix ans, la jeune rad V, frère du sultan régnant Abd-ul-Haam11le de Beauharnais, à épouser le jeune

?e

~f: ~

1. cr
Histoire
·
I!.
1, p de. /a 'If~1••111- 11q11e,
par S1DSEY D.L~E\.
0 J,•nvi~r ~SOU~III Parmeii des 22 octobre 1805 et

du t1 février t85i.
4·. L'lllt1alrat~o11
Le Pop11laire de Nantes, du 25 lénicr 1807.

:). cr. 1/islofre de la Ma1·li11iq11e par Sm,EY
füsn, l. IV, p. 235.
'
.
. ~jou!ons, pour élre .C&lt;!mplct, que celle ,,e,...ion de
1h1stor1cn de la Mart,_nique a êlé combaUuc par 1
docteur du Rurz de Lav1son (El11de liialoriq11e rur

1!

.... 239 ...

Jfarlù,ique), qui s'e;l appuyf sur un ouvr
M. Adrien Dcssal11s ( Histoire de&amp; A11t"lle
1 8 age de

P· 385), où .ont produils des lémoi na
' 1. Il,
concluants
selon nc.,us• de 1•rn i-ra,scm
g bges,
·
,lancenullemeut
d l'i ·
l01re rapporléc par Sidney IJaney.
e us-

�1t1STO'RJ.Jl

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mid II, est issu d'une kadine française, dont
des pirates barbaresques se seraient emparés.
On ajoute même que celle Française, belle et
intelligente, aurait eu sur son fils Mabmoud
assez d'influence polll' en faire le sultan réformateur que l'histoire connaît.
&lt;( Ce qui est certain, c'est que je tiens dt
llfouratl même qu'il doit ses sympathies françaises, son goût pour notre littérature et notre
langue, au sang français qui coule dans ses
veines. C'est bien à cela que sont dus aussi
les agissements anglais dont il a été ,·ictime,
grâce à la faiblesse et à l'ignorance de notre
diplomatie. »
Cette lettre confirmait ce que nous avions
appris d'autre part : que le su!Lan Mahmoud
fut un réformateur, dont la Turquie pourrait
à bon droit honorer la mémoire. Comme
l'écrivait, dès i846, un historien autorisé1,
1. J/i~toire de la j\[arti11iq11r, par SIDNEY n.~E•,
t. V, p. 236.
.
2. Le sultan Mahmoud aurait eu uo moment l'idée

de se convertir au christianisme. On pressent l'importance qu'aurait eue ce f!rand acte, au point de vue
des relations Je la T.irquie avec les nations chré-

la curiosité de faire contrôler le récit que sa
le sang riui coulait en partie d~ns . les veines
mère lui avait fait de ses aventures. li aurait
de Mabmoud II dut exercer son influence sur
envoyé à la Martinique un drogman, qui en
la direction de ses idées 2, et le porta à tenter
aurait rapporté une note, écrite ou dictée par
des réformes qui rendent son règne célèbre
les frères de Mlle du Buc de Rivery, note
dans l'histoire de l'islamisme. Ce fut sans
confirmant de tout point ce que nous venons
doute aussi à \'aclion -secrète de la sultane
validé que Sebastiani fut redevable de l'as- de relaler.
L'auteur de cette révélation prétend que
cendant qu'il exerça sur le Di1•an en 1807
cette note al'ait été déposée aux archives de
et qui le fit triompher des intrigues et des
l'ambassade de France à Constantinople. li
armP.s anglaises.
affirme l'y avoir vue, de ses yeux vue, ce qui
Malheureusement pour l'avenir de la Turquie, le fils de Mlle du Iluc de Rivery mou- s'appelle vue (sic).
Cette note exi~te-t-elle toujours? C'est un
rait, en juin 1859, de la maladie des inopoint d'histoire qu'il ne nous a pas été posgnes, dans un accès de delfrium tremens",
au moment peut-être où il allait mettre ses si hie d'élucider.
Quoi qu'il en soit, la légende est créée et
vastes projets à exécution.
désormais indestructible : il est établi, et
pour longtemps, que le &lt;( sultan rouge »
IV
est issu d'une Française, qui aurait . pu
chanter, comme Mme Angot, de joyeuse .méOn raconte que le sultan Mahmoud II eut
moire:
tiennes de l'Orient (Cf. un ouvrage 113ru en 1877,
chez Denlu, sous le litre : E11111fre nlloman de 1839
lt 1877, par un ancien diplomate.)
5. V. l'Événemenl (fin fèl'ricr ou premiers jours
de mars '1897).

Le sultan, certain soir,
Brùtant de mille flammes,
Me jeta le mouchoir....
DOCTEUR

CABANÈS .

.,. 240,..

LOUISE-HENRIETTE DE BOURBON-CONTI, DUCHESSE D'ORLÉANS
Tableau Je NATTIEH. (i\lusée Condé, Chantilly.)

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>__ 1 l 1 S T 0 ~ 1 . l l - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - dépenser des millions! Toutes ces lignes
détruites, tous ces ponts à rebâtir .... Et les
obligations de la ville de Paris? Qu'est-ce que
va devenir le crédit de la ville de Paris?
J'essaye de remonter un peu ce pauvre
monsieur. Nous sommes en pleine forêt. A
chaque instant, il nous faut escalader des
arbres abattus et jetés au hasard en travers
de la route.
- Que de ruines, s'écrie le vieux monsieur, et c'est une forêt de l'f:tat! C'en est
fait de la fortune publique, et les fortunes
particulières, monsieur, dépendent de la fprtune publique.
li porte une valise, toute petite, mais qui
paraît extrêmement lourde. Tous les cent pas,
il la change de main. Un de nous dit au vieux.
monsieur:
- 'Voulez-vous que je vous la porte un
peu, votre valise?
- Non, non! s'écrie le vieux monsieur
avec•terreur.
Et ses doigts crispés serrent très fortement
la poignée de la valise.
Un autre vieux monsieur, doux, aimable,
souriant; il a sous le bras deux boites, longues et plate,, recouvertes de maroquin noir.
Et saisissant le moment où mes regards rencontraient ces deux boites :

LA VIE D11. PARIS

sous

cés, silencieux, absolument silencieux; et,
enfin, la petite voyageuse, marchant d'un pas
alerte et résolu, mais fort préoccupée de
cette question :
- Où est le 42• de ligne? à Versailles ou
à Sceaux?
Tout à coup l'un des officiers s'arrête,
prête l'oreille :
- Écoutez, nous dit-il. C'est le canon, le
canon du côté de Paris!
Oui, c'est bien le canon. Nous nous remettons en route. Nous marchons au canon. Nous
arrivons à Saint-Germain. Notre petite troupe
se disperse au coin de la rue de Paris et de
la rue au Pain.
Je m'en vais seul tout droit .à la terrasse
qui est déserte, absolument déserte. La rivière
à mes pieds est toute fumante du brouillard
du matin. La grande masse du .Mont-Valérien
fait, seule, tache sous un soleil radieux. Les
canons du fo~t tirent, à intervalles réguliers,
sur Paris. A chaque coup, un léger nuage de
fumée monte vers le ciel. Je m'accoude sur la
balustrade de la terrasse, je reste là, contemplant ce spei.:tacle : Paris bombardé par la
France.
Et c'est M. Thiers qui donne en ce moment
l'assaut à ces fortifications de Paris, conrie ....
Trois personnages quelconques, nuls, ell'a- ~, rnites par liti.
Luoo\'Jc IIALE\'Y.

- Ce sont mes flùtes, me dit-il, mes deux
flûtes, monsieur .... Il y en a une en argent.
Voilà mon Oùtiste lancé. Il me raconte sa
vie. Il faisait, avant la guerre, partie de l'orchestre d'un théâtre des boulevards. Il a
quitté Paris pendant le siège. Il s'en est allé
retrouver son frère qui est bonnetier. à Alençon; il est resté là très tranqui)le pendant la
RlJerre; il a même trouvé quelques leçons de
flûte. Voici la fin de la Commune. ll pense
bien que son théâtre va rouvrir, et il se rapproche de Paris, lui et ses flûtes.
Un jeune homme étrangement accoutré :
un veston d'étoffe verdâtre, une cravate rouge,
un képi de fantaisie e.t de grandes bottes
jaunes, ornées de gigantesques éperons. 11
parle beaucoup, il parle trop. Il était officier
dti francs-tireurs pendant la guerre. Il a servi
dans le corps de Garibaldi, puis dans l'armée
de Bourbaki. Et il disait à Garibaldi .... Et il
disait à Bourbaki.... Et il disait à Cambriels ....
11 est allé à Bordeaux soumettre un plan de
campagne à Gambetta. Et il disait à Gambetta .... li était intimement îié avec Gambetta.... Ah! si on l'avait écoulé!... !fais
nous-mêmts nous ne l'écoulons pas .... Ses
discours ont un air de vantardise et de hâLlc-

L' EllPIRE, -

JEUX DE SOCIÉTÉ : LE COLIN·MAILLARI) ASSIS, -

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lJ'apres L'estampe de Sc:HEN l( El&lt;,

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Maitresses de Princes : La Comte s se de
Genlis . . . . . . . . . .
145
GÉNÉRAL DE MARno.T. . Mémoires . . . . . . .
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149
P,, uL Hrnvrnu. . . . . Deux fillettes historiques.
154

F oNTE:&lt;tLLES. . . . . .

de l'A cadèmie J 1·a11p ise.
G. LENOTRE . . . . . . Le roman de Camille Desmoulins .
TALLE~IANT DES RÉA1;x .. Champagne . . . . . . . . .
FRÉDÉRIC L ouÉE. • . . Lè Mariage de Talleyrand .

156

16o
161

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Le sacre de Charles X . . . . .
Souvenirs du sacre . . . . . . . . . . . . . .
Monsieur de Migurac ou le Marquis philos ophe . . . . . . .
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Notes et Souvenirs . . . . . . . . . . . . .

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D'HISTOIRE

ANECDOTIQUE

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LA VlE PRlVEE

RENÉE MAUPERIN
Edmond et Jules de

183
190

le 10 et le 25

SOMMAIRE du NUMÉRO 114 (25 Mai 1910)

par

18 1

TABLEAU DE l'IIAUZAtSrn (JII USÉE DE \'ERSAtLu:s).

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dem oiselle. - Co;tHSSE "IATIIIEU DE NOAILLES. Le calme des jardins. llucue:s R E BELL Pensées de plein air. - - J\11C11F.L CU RDA Y. Pourquoi vou s
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gnifiquemenl illustré d'après les col_
\eclions el tableaux de \' époque, et dû

à la plume d'un h o mme qui fu t le
confident le p lus intime du vainq ueur
d ' Auslerlilz, son ami d'enfan ce, puis
son comp agnon de jeunesse el son
s ecrétaire parlicul iei-.

0·======== ==== === = ====0
On aime en général à connaitre jusqu'aux mo indres habitudes de ceux qu'a
immo rtalisé s la gloire; aussi nous arrive-t-il a ssez sou\'ent, quar.d nous lisons la
\'ie privée d'un pers onnage illustre, de regretter que l'histoire ait négligé de nous
parler de l'homme p o ur ne &amp;"occuper que du hé ros.
A c e point de vue, les mémoires de Bo u rrienne peu,·ent, sans contredit, passer
pour les me illeurs du genre, puisq~e ce sont eux q ui , de l'avis ct·un de n os plus
grands écri\'ains, • donnent sur Napoléon le plus de détails intimes •.
Non seulement Bourrienne a assisté à l:i conception, à l'exéc ution de bien des
projets, mais enco re il s'est trou\'é mêlé à des intrigues sans nombre, politique;
ou intimes et à de glorieux faits d 'armes.

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La Comtesse de Genlis

176
178

PAMÉ LA, l\IADEMOl SELLE ADÉLAIDE ET LA COMTESSE
DE GENLIS.

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

R oman,

166

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G OSSE,

i\lERCtrn . . .
j OSEPII T URQUA'I.

(20

PLANCHE HORS TEXTE

ILLUSTRATIONS

CARLE \'ER~ET1

fascicule

I 2è

Sommair e du

,\ladame de Genlis a \'écu qualre-l'ingl-qua- i.11!t•rmi11ah.lc tic n1iroir, da11~ lesquels die se l'unl' des premières, le rnfril c d·appli,[ltCr.
Lrc ans. Ile la dernière période dn rt•«nc de J,ut de, m1111's eu ~·cxtasia11l sur sa jolicssl',
Mais pour la li•n11lJe &lt;le lclln•s il e11 ,a de
Louis X\' à l'expirai ion des prrmicr· si~ mois ~a 011csst•, sou heureuse humeur, ses 1uulti- t1111lc au tre sorte. La « postérité ,, , que maqui ~uivircnl l'al'i.·ncrncnl de Louis-Philippe, Jlics talents - cl s011 impcrcahle vertu.
dame &lt;le 1:cnlis croyait cnlrcvoir, dans les
ell e a, mèléc it 1\•xislencc des priueipaux perLa plupart de œs points ~cmbli.•rcnl lon"lir11111es de l'avc11ir, lrcssanl it s011 in tention
sonnages de su11 Lemps, été it 1m\me de ,oir tcmps bors de conteste, cl l'on ne tl isru~c drs couro1111cs, a rcl'isé sa11s ménarrcmt•nl le
. • 1
0
de près, ~l'oliserl'cr cl de juger les gens cl les pas plus aujounl" bui qu'au lrl'l'ois Je charme 11·n.11rt
111&lt; 11lge11I de ses ro11tcmporai11~. Sinchos!'s. l,Lles nwiens clr nous co11sen cr sur ph_)si,_llle d~ la bloudr joucu,c de harpcq 11 ·011 rlmr 011 la Victi111e c/es lellrci; el ries arts
crllrs-ri cl &lt;·t·ux-1:t so11 l&lt;:moirrna"P (Jrfris cl 101L a drottl' du grand lah!cau p&lt;'inl p~r '/'ltr'rei;i11e 011 l'lin/iml ill' la l'ro1•iilc11ce'.
• , 111· 1111. unl pas lait dt:faul,
" " pui~C(IIL',
111olll&lt;'
~laur.ai~,c d'apri.·s 1:irousl. He mùm·, 1111 Al1dw11se el /Joli11de 011 ln l·'c'eril' rie Carl l'i
dès su11 adolescc11n· prfron· cl
ile la f\'ul11re, l1111w 011 la
~a11s interruption jusqu'it se~
IJ~c?11_i•erll' &lt;111 r111i11q11i11a ont
derniers jours, elle a laissé
n..1 01nl dans l'oubli de~ gn·courir sur k papier sa plume
1ur r~ cl dan~ lrs boites de rcfaci le cl légère d'êcri,·ain d·unc
lml dt·~ h11uq11i11r ries relll' hfécond ité inlassa ble.
ri1•lle de roma11s, rle pron•rbc~,
Ur, si l"on met. 11 part, dans
tll' rou.1idie~, d'ou1r&lt;1gcs demyl'al'cum11lalio11 111011umr11Lalc
lholog1C' 011 de piété, d·entrcdes soi\,lltte-dix it q11alrc-ringls
1ie11s sur la politique, la hola1ulum cs 11u'ellc publia. ses ftle'uique ou la médei:i11c que le
111où-es cl S011t•e11irs, oit · ,,c
prolifiqur au teur rr,nsidérait
lroll\ent, parmi beaucoup de
rom111c de~li11é~ it assurer ~a
fat ras, bien d1•s &lt;&lt; l'hoses , m·s u
gloire.
uotécs ,nec a:,irémC'lll cl ju,IJuaul it la 1erlu de madame
h•ssP, 011 e,l antt'll&lt;: it ru11,Lal1•r
dr Ge11li~ el à se~ défaillances
la qua,i 1111lliLé de sou apport
r'e~l 1111 sujet quïl , aurai~
hislnrirp11·. No11 pas, évidL•t11sans doute 1JUch1uc biè11séa11ce
1tte11l, qnc l'hi~Loirc a11ccdot1·&lt;:vilt•1·, si, d"11ne part, relie
tiqt11· 11c l'ail jamais tentée : la
fomu1c Ill' s·étail complu, da11s
romtcsse de Genlis, qui cultiva
ses Souvenirs l'l ses ftle111 oire.~,
Lous les genres littéraires, ne
à se 111011trl'r sa11s peur et sans
pou rait guère se Lfüpcnser d'areproche après de gala11tcs athorder eclui-1,'t ; mais clic se
la&lt;1ucs qu'à plus d'une rcpri~e
laissa trop visililcrncnl iullucnl'ile eut it subir, cl si, d'autre
rl'r par ses alltitiés cl par ses
P?rt, . Louis - l'.hi lippe-Joseph
r~ttrn11es pour que ses apprécl Or~cat~s, cclw-là rnèmc qui
n~t~toJts ne soient pas suspcdcs.
devait Jouer pendan L la l\éIl ai lleurs, d ie 11c se charge que
volution, sous le 110111 de Phitrop sourenl de les mo11Lrcr
lippe- l~gali té , le role que
telles, eu se déj ugean Lsans la
1'011 ~a il , n'arait tenu, quoi
moindn: 1crgog11c 1111a11d l'a111i
qu 'ou C'II ail dit, u11e place très
d'autrefois est devenu un 1.: 11large tians sa 1ic sculimcuucmi ou que l"c1wemi d'hier
lalc.. ..
est re11tré en grt1cc.
lllais, a, ant d'ap(Jorler ici
li 11·csl, en réalité, q11'1111c
' L1&lt;'S lémoignagf's im-'
d' ap'.·t•s
personne sur le complr de lal''.1ss1lil~s it. rt"l'u tcr , la preul'c
L A CoMTESSI:. !JE lit::NLIS.
11ucllc madame de Genlis n'a
d 1111c 111lrig11e d'a111our loiw.jamais 1,11·ii et ü qui, dans les
lemps niée, il cuui·icut de
Grav ure de J uu;, i' ORRU~, d 'af•ri:s 1111 t,1ble.~1t du .l/11,i!c ifr l"cn,iilles,
11 mombrables in-octal'O donl
rappeler, ~J1·iè1 ~umtl cc ,111 ·aelle a si copieusement jalonné
va1rut cle la .1 euue~sc cl le
sa longue existence, elle ne cessa de mani- cunlinue rélruspectirement d'apprécier ma- mariage de madame de Genlis.
lester ingénument, sous la forme directe ou dame de Genlis en tant qu·éducatrice. et
par ricochet, la plus fenentc admiration · el si
certains
procédés de sa pédaaorrie
prètcnl
. ~ée en 1746 dans la région d'Autun, Féli,
.
0 0
cette personne-là, c'est elle-mème. Toutes 'ses ? ~om:1re:. on, 1~'en r~nd pa.s moins pleine c1Le du Crest arait reçu en famille au cbàp.i.roles, Lous ses écrits sont comme UJte suite J usl1ee a cl mgemeuses 111110, allons qu'clle eut, lcau de Saint-,\ ubin, une éducation 'première
Il. - ll1br o1-.u. ..'.... Faoc. ,~.

"'' q S .,,.

10

�r-

LA

1l1STORJ.ll

d'en venir au personnage devant qui néchirent
singulièrement bigarrée. Sa m1\re, férue de ncra plus lard, arec un zèle parfois immo- ses rigueurs, et de qui, dans ses écrits pulilics
poésie et de musique, organisait des repré- déré, à des enfants de maison roj'alc. Pour- dn moins, elle eut gra nd soin de ne pas célésentations d'opéra où, dès l'àgc de cin11 ans, tant, grùce à son invraisemblable faculté de brer la victoire.
la filleLLe figurait Lrarestie en Amour, avec s'assimiler les connaissances les plus diverses,
un haliit rose cl des ailes bleues. El ce cos- le travail énorme auquel se livre la jeune
Loui~-Philippe-Jn&lt;rph, alurs duc de Chartume lui seyait si bien, parait-il, r1u 'on le lui femme resle compatible pour elle avec les tres, al'ait, en ·l 7G!), épou~é ~llle de Penthièmaintint quelque temps comme rèlemenl distractions de tout ordre et de nombreux vre. On ne possède pas d'indices rcrtains sur
habituel. Elle arail, nous dit un de ses bio- voyages de plaisir.
la nature exacte des rapports qui pouvaient
graphes, un costume &lt;l'Amour &lt;t des dimandès ce moment exister cntre la comtesse de
A
celle
époque
011
les
grands
seigneurs,
ches 1&gt; cl un autre costume d'Amour pour
Genlis, très séduisante jeune femme de vingt11 les jours ourriers ». Si bien qu'on la vo~·ait comme le prince de Conti à l'Isle-Adam, le trois ans, rt le duc, son cadet d'une année.
se promener à tral'ers champs un carquois prince de Condé à Chantilly, multiplaient les Toull foi,, il e~t bim avéré qu'elle exerçait
dans le dos, un arc à la main, au grand éba- réceptions princières et les réunions de déj~ sur son P~prit l'i1,nuence qui devait conhissement des paysans de cc coin de Bourgo- chasse, on Yoit la comtesse de Genlis vivre tribuer, en 1789, à jeter l'arrière-petit-fils
gne. Mais le déguisement mythologique allait avec un infatigable entrain de la vie de châ- d11 Régent dans le parti de la Bévolution. Et
bientôt faire place à un travestissement en- teau.
C'est même un de ses séjours dans l'un ùst grâce à cette influence qu'à la vive rnrcore plus impréru. A l'àge de sept ans, en
de
ces meneilleux domaines qui lui fournil prise du monde de la cour elle s'impo~a
elîct, Félicité rut reçue chanoinesse du chacomme dame de la duchPssP. Mais la fidèle
pitre noble d'Alix., près de Lyon, cl dcrint, à une occasion tout particulièrement brillante épouse que toujours elle ~•c~t targuée d'ètrP,
ce titre. comtesse de Lancr. On la ramena de nous prouver, tout ù la fois, el la fermeté mit à son &lt;&lt; acceptation l&gt; d'un emploi qu'elle
ensuite au chàteau paternei, où l'institutrice de sa vertu, el la sagacité profor.dc de son avait convoité &lt;"t s'était •fait donner , celle
c1ui lui fut donnée lui apprit 11 lire dans esprit.
11 A Chantilli•, dit-elle, M. le prince de condition formelle que le comte serait nommé
Clelie, le fameux. et insipide roman de Madecapitaine des gardes du duc. Elle obtint surleine de Scudéry, el lui incu!qua les pre- Condé se meltait toujours à table à côté de ie-champ !!ain de cause (on verra tout à
moi, el me demandait ce que je voulais qu'on
mières notions de la musique.
l'heure quel 1',1l le , éritable motif de sa reTrès heureusement douée, l'enfant se dé- lit le lendemain, si je désirais que l'on quête, aiosi que de son facile succès), et,
soupàl
à
l'lle
de
Syhie
ou
à
!'lie
&lt;l'Amour,
1•eloppa avec une précocité éto:manle en tout
en 1770, le ménage s'in~talla au Palais-Ropl,
ce qui arait trait aux arts d'agrément. Si où je l'oulais que fù Lle rcndez-rnus de la dans les petits appartements du Régent. Ce
bien que cinq ans plus tard, quand des re- chasse du cerf, etc. Toute celle galanterie dont, soit dit aussi par parenthèse, les purcrs de fortune curent contraint sa mère de n'avai-L rien de bien fiallcur; c'était un essai deurs intimes de la jeune comtesse furent
quiller Saint-Aubin pour venir à Paris cher- que M. le prince de Condé faisait toujours d'aborù froissées, car, dit-elle, « ces appartecher des protections, Félicité du Crest, com- aYcc les lemmes qui avaient quelque agré- ments aYaieut encore la même décoration;
tesse de Lancy, émervci lia par la rnriété de ment. Un prétendait que c'était un système tous les panneaux et l'alcôve de la chambre à
ses talents la société oh elle l'ut introduite. d'ambition. li disait qu'une jolie fommc coucher étaient en glaces .... Celle maguifi!&lt;:Ile brillait dans la comédie de salon, com- est toujours utile à quelque intrigue cl qu'il cence de boudoir me déplut à l'excès : je
posait des prol'crbes, dansait, chantait, jouait n'y a qu'une seule manière de s'assurer d'elle. pensai que dans ce lieu s'étaient passées les
de la guitare, de la mandoline, de la harpe Comme celle manière ne me convint pas, orgies de la Régence .... ,, Il ne fut pas d'ailcl du clavecin. L'enfant prodige faisait Jureur. quand j'en connus le dessein je fis perdre à leurs, cc lieu qui al'ait vu jadis tant de fêtes
On se l'arrachail. Et le vieux La Popclinière, M. le prince de Condé l'idée qu'elle pourrait ultra-galantes, longtemps témoin des honqui avait recueilli la mère et la fille dans son réussir. l&gt;
La fermeté montrée à Chantilli· par ma- nêtes ëpanchemenls et des cffusions conjuhotel de fermier général, soupirait mélancogales du comte de Genlis. Le pauvre mari ne
li11uement, en la couvant de regards admira- dame de Genlis cul à se manifester en d'au- tarda guère, en effet, à se voir séparé de sa
tifs : «. Quel malheur qu'elle n'ait que treize tres circonstances, comme celles où le l'icomle femme, son maitre l'asanl expéd;é en mission
de Custine persécuta la jeune comtesse en la
ans! »
secrète à Charleville, afin de I ournir pendant
P,mdant qu'à Paris Félicité grandissait et poursuivant de ses déclarations, en se dégui- ce temps-là, sans doute, en cc vieux logis
devenait jeune fille, son père tentait à Saint- sant tour à tour en mendiant pour la suin e, hanté d'ombres légères, évoqm r librement
lJominguc de rccoas tilucr sa l'orlunc. P1·is en coilîeusc pour avoir de ms cheveux, puis, pour madame de Genlis maint somenir du
par les Anglais et tr ..111sporté à Londres, il y sur un seul mot d'elle, s'en allant faire la
passé.
connut le comte d:i Genlis. Cc très aimable guerre en Corse, et, au retour, jouant la
Et cc n'est point ici une supposition toute
comédie
du
suicide
sans
réussir
à
trouver
gcntiihomme de vingt-cinq ans s'éprit de la
gratuite,
aventurée pour l'odieux plaisir dti
lllle de son nouvel ami, rien que pour avoir le joint d'une aussi rigide cuirasse de vertu. ternir le bon renom d'une frmme qui, trop
li
y
eut
aussi
l'abbé
Mariotini_
&lt;1 Un jour,
vu so:1 portrait et lu ses lettres. Il la Youlut
souvent dépourvue de bienveillance pour la
pour femme, l'obtint, et, à seize ans, Félicité · nous confi e madame de Genlis, l'abbé resta plupart de ses contemporaines el de ses conseul
arec
moi.
Sui
rant
ma
coutume,
j'écrivais;
devint comtesse de Genlis.
te:nporains, se donna comme un ange de
On la voit alors se livrer à mille fantaisie~, il s'approcha de ma table. Je lui demande ce vertu el prétendit à la vertu dtis anges. La
innocentr.s en elles-mêmes, comme, par qu'il veut, el sans nulle préparation, il se preuve de celle liaison de madame de Genlis
cx.emple, de re,·ètir des vêtements d'homme jellll à mes genoux cl me fait la déclaration el du duc de Chartres e~ t consignée, de la
pour courir à franc étrier après son mari. d'amour la plus formelle et la plus ridicule.... » propre main des deux amants, dans des letli y cul La Uar pc. &lt;1 Un jour , dit-elle, ce
Mais, en mèmc temps, cl d'ailleurs avec la
petit
homme s'enharditjm4u'à del'cnir entre- tres appartenant aux archives des Affaires
plus liclle cl la plus complète absence de
étrangères et qu'a reproduites intégralement
méthode, clic se met en devoir de comlilcr, prenant ; mais je sus le remet Lre à sa place.... » M. Gaston Maugras, dans une curieuse broli
i·
eut
ll'
peintre
M
ér
ys,
quoique
celui-l:1
par des lectures in ftnimenl rariécs, les lachure de la librairie Pion : L' Jclylle d'un
cunes de son instruelion , si négligée _s ur nous semble appartenir 11 la catégorie des &lt;&lt; gouverne111' »; - la comtesse cle Genlis et
nombre de points. La pédagogue qu'elle doit amoureux transis.
JI y en cul d'autres encore, mais l'énumé- le cluc de Chartres. C'est à cette source que
devenir - et dont la vocation se manifestait
ration
deYiendrait fastidieuse, de tous ces nous emprunterons les probants extraits
chez clic dès ses prcmi~'l'es années, lorsc1ue,
qu'on va lire plus loin.
par jeu, elle se faisait l'éducatrice des petits soupirants ou de ces assaillants déconfits dont
madame
de
G
enlis
enregistre
avec
tant
de
paysans de Saint-Aubin - s'approvisionne
Au début de juillet f772, un séjour aux
insco:isciemmcnt pour les leçons qu'elle don- fierté les échecs . Et peul-être est-il temps

eaux de Forges fut ordonné à la duchesse de
~hartr~s. ~la~a~e de Genlis, dti par sa fvnct10n memr, cta1t lo~te désignée pour l'y ac~ompagner. Le duc, Jouant auprès de sa jeune
le~mc le rôle de mari empressé, mais plus
Ha1semblablcment dominé par le dé~ir de ue
pas s~ voir séparé de sa maîtresse, fi t avec
celle-ci et celle-là Je voyage de ~ormandie.
Par malheur, celle villégiature devait se lrournr pour lui écourtée, car il était bientôt

dt!. notre bo~heur est passé sans retour ....
Mais vo_us-~eme, mon amour, dans quel état
vous ~liez hier; en vérité j'en ai été effrayée.
Eh, h!en, '.no!, J'avais alors plus de force
qu auJ?urd h_w ; Je vous voyais, mus étirz là,
'?u; n y revwndrez plus. Je n'y ~erai plus à
cote de Yous, dans \'OS bras mon cher a .
b'
'
llll.
Cctte J'd,ce esl
wn
.
. cruelle. A quel poin t nui·
l ~
som~cs nec?ss_a1r:s l'un à l'autre. Non! je
ne vis pas, clo1gnce de ,·ous. Oh! mon en-

RENDEZ-VOUS DE CllAëSE DANS
' DE L Ï SLE-AD,A.I!, .. LA F ORET

tou t le _monel~ dans le salon. Toul i1 coup,
c.omm~ JC tenais celle lettre Loule grande ouve!·t_c, Je sens denière moi deux bras qui me
sa1~1ss_ent. Je retourne la tète et je vois le
chevalier de Durfort. Sans le rouloir sans eu
avoi,r le dess_ein, il est presque iU-:possiblc,
pose c?m.me 11 l'était, qu'il n'ait pas reconnu
votre
ecr1lurc.
Cela est affreux ! Juocz
donc t
• , \
, •
0
s1 c eut ele un autre! Cela fait frémir. Quelle
leçon! A présent vous êtes bien Eûr que je ne

.
. PAR LE PRINCE DE CONTI AU PRIXCE llF.RÉDITAIRE DE BRUNSl\'ICK-LUNEBOURG
FETE
DON:-EE

D :Jf'l'CS le t:Jl'leatt d'OLIVIER, I j\fusée de Versailles.)

contraint de regagner Paris et le Palais-Ropl
afin de se tenir à portée de Cbantilly,.où l'ac~
coucb;'~ent de sa sœur, la duchesse de Ilourbo?, cta,t attendu d'un moment à l'autre. li
&lt;1u1lla d?nc Forges, et, le 10 ju:llel, dès le'
lc?d,cn~ai~ de son départ, madame de Genlis
l 111 ecnva1l :
,. &lt;t. Qu~llc triste journée, mon enfant! Je ne
e1~x. pomt vous en parler ; je vous aflli oerais
et J~ ne vous apprendrais rien que rnus ~'ayez
senlI
, d'1t cc m1tm
. que
., . . ou imae:iné
o ... • On ma
.ld,mais .les yeux.· rou,,es
O
.
.
. au
o .. .. m, Je suis
. esespo1r. _li me 5emhle que c'est pour louJours que JC
· · que nous ne nous
. vous ai· qmtte,
reverrons Ja mais
· ou que du moms
. la temps

COMTESSE DE GENL1S

fant! moa cœur ! pour s'aimer avec un tel
excès, pour s'y livrer si entièrement, il faudrait ~tre sûr de ne jamais se quiller plus de
deux_ Jours .... Je mis me coucher. J'ai grand
besorn de repos. J'ai un mal de tète alfrcux..
Madame de Chartres se lave la bouche avec
d? l'éther, le_salon _est empoisonné: j'y meurs.
S1 cela conlrnur, Je resterai, d111s ma chambre. ll
Le 2::i j uillct, clic écrit :
&lt;&lt; ••• Il faut que je vous conte une chose
qui a pensé me faire mourir d'effroi. lmaoinez-rnus que par prudence je suis desccnd:e
pour lire votre lellrc. J'étais au bas de l'escalier, fort tranquille, fort heureuse, cro1ant
... 147

...

,

lirai plus mes lettres que bien enfermée dans
~a ,cba~bre.... ~ou_r en_ revenir au chevalier,
il ~ a n en témoigne fJUI doive me donner le
mo111~re s?up?on ; mais je n'en suis pas moins
corlarne d avoir vu ses yeux sur votre ·lettre
cl de très près, car sa tète était fort avancé~
sur mon épaule ... . Que di tes-vous de celle
arc11lurc? Vous n'imaginez pas le saisisscm~11t ~c frayeur qu 'clic m'a causé, cl tout ce
'.\u_, ma_ passé par la Lèlc, dans l'instant où
J a'. senti ses d~ux bras. En vérité je n'en suis
pa, ei~core remise, et ce tremblement que vous
connaissez me durera Loule la journée... - ll
De nomeau, dans sa lettre du lendemain
madame de Genlis parle au duc du chevalie;

�________________________________________
...
1i1STO'J{1J!
de 111oi au poi11 L de me dulllll'I' &lt;le la rn11&lt;le llurl'urt, i, propos &lt;le l'inridc11l qni l'ara il 1 ètrc aussi '1 .l'ai le cœur liic11 oppressé cl je somplio11 011 l.iic11 de 111c rendre imliérik,
tan l troultléc, el 'lui scmhlc d'aille urs 11'a1Uir mis clair dans l'al'c11ir. Le temps tic 111011 ehusc dont je ne suis pas fort. éloignée. Quanti
l,011bc11r est passé. li m'énil comme s'il
pas eu de , uilcs :
je suis gaie. c'est loul comme une co11vul« .. . li m'esl impossililc ile Mmèlcr rc n'a,·ail jamais cessé de m'aimer, mais j'ai siu11 : cela vient cl cela s'en va sans a11cu11c
qu'il 111·11sc .. .. Toul œla 111e donne de l'in- trou\'é mon sort tracé dans celle phrase de raisOII ; et puis cc sont des dislractiuns
'luiétmlc, cl j'ai liie11 envie &lt;le savoir l'.C que sa lellrc que je copie mol i, mol : « ,le pars a!J~olumcnl qu'on prendrait pour une prnw us 1·11 penserez. Vous me trouverez légère, « autant pour soulag&lt;'r vos in•1uiétudes que fondc rè,·cric; cl point. dt1 loul, c'est que je
imprmlente.. . ear enfi n si un aulre arnil rn « les miennes, car je ne puis douter qu e suis dans l'anc:anlisscmcnl cl que je ne pense
1·e qu'il a pu ,oir .. .. Je n'ai pas fermé l'œil « ,·ous n'aimiez passionnéme1H vos cnl'a11ls i, rien.. .. Adieu, cher cnl'a nl, 111011 chl'r
d(· la nuit, j'ai dans Il' sang une agitation in- &lt;( cl qu'il n'y a poi1Ù de sacrifice que vous amour ; crO)'CZ que l'l'Lélal l'àchcux ne m'emconr1•,ahlP. Lln m'a faiL un compliment au- « ne l'ussicz prèle à leur l'aire. » De quel pèchc'.pas tic mus aimer au delii de l'e\prcsjourd'l111i sur mon bon visage, el li1-dess11s sacrilice veut-il parler ? Ab ! sans doute le sion. »
j'ai répond u spi1·ilucllcnw11L: &lt;&lt; li c,;l rrai plus alfreu,; serait &lt;le vil'l'c al'ec lui cl ~ùrcllu duc de Chartres, le t aoùl :
que ma santé l'SLlr~s bo11nl', niais je 11e m ·(•II mcnl c'csl celui-là qu'il espère cl qu' il allentl .
&lt;C ,le 11c complais pas ,·ous ét'l'ire aujourporte pas 111icux. 1&gt; La moqm•ric a ét,: gé11é- S'il l'aut s'1 résoudre, ,·ous savez cc qu'il d'l111i, mon cher e11l'a11l ; mais j'ai rcç,u u11c
rale. .le m 'rnlcndais, je répondais i1 ma pen- nù n coùlcrail .. .. Qu'il l'au l de raison, de si charmante lcllrc de 1·011s qu'il fau l absosée. )les idé&lt;'s me lou rmcnlcnl, m'agilc11I , courage, pour cnvisager sa 11s désespoir la lumcnl que je m us dise co111liie11 jl' suis
m'ùt1•11I le son11ncil cl le repus .....le rous perle d't111 bonheur tel que c.:dui dont nous heureux à prést'lll. \'uns vous portez liic11,
jouissions. Plus j'ai été heureuse, plus je serai
aime il la l'ulit•. ,,
, ous êlc~ gaie cl co11 k 11lc: je le suis done
Le ~i j uillet, le duc &lt;le Cliarl l'l'S n:puutlail 11 plaindre. ,\h ! mo11 an1011r, je JH' puis ;111ssi. !l'ailleurs la vie 'lu'u11 rnène iei I il
aimer Yérilab!cmcnl qu e vous! \'ous rh•s
i1 r urn· des lelln·s de sa mailrc~se :
Cha11till) l est hcaucunp plus ilgréahle, depuis
1&lt; l)ue mus èks Lemire, ain1ahll', cha1·- l'o!Jjel nniq m.: de luus mes Sl'lllimcnls, de que ma sœ11r rsl accouchée, qu'elle nt· l'était
111anl1·, 111011 c11l'm1l. .. ..le ,·ous c11 l'rie, 111a [oulcs IIIC5 (lt'll~l:('~ . .Ill IIH' suis ilCl'.OII I Ullll:è auparara11t. 011 n'csl puinl ohli gé de ~e. prochère amie, ne ,uu~d1:~ulcz pas, 11c l'ail&lt;'~ l'"s i, pas~cr la moitié de ma ,:c 11 1ous rnir cl le mc11cr ; 011 l'ait cc qu'o11 rcul , cln· (juujc
de 11oir, pensez que ,ous me l'criez un rhagriu n·slc d11 te111ps à \'!llts atlcndrc, l'O US C$pércr w ux . mrii, csl d'ètrc sou1ent dans ma rhammortel. Pour moi, je ne me d(:sulc pas i, ou ,ous dt;~ircr.... Oh! 111011 cher amour. hrc, de pen~cr i1 rnus 11 tous 1110111enls ..Je
pr6c11t ; je cu111ple les heures, cl !jua11d je 111011 cher cnl'aul, ja111ais l'oll 11 'a aimé rommc 111 'en vais l' pc11scr avec hicn du plai~ir i,
me couche j'ai hie11 tin plaisir 11 pe11~cr (111c je ,uus ainw, pas mèruC' vuu~!
présenl q1u• je sais que ,·ous ~les contente. .le
« ... Uui , 111011 cher ami , je IIH' suis
c·elil une juurm:c de pass1:c .... )1. de 1'011~ ,a
11·aurai pl us d'idées 11oirrs .... Adieu. 111011
à Forges. ,le l'ai prié clc l'aire 1111•s t:ornpli- lill'él', donnée it vous ,ner tran~purl ; ja111ai~ anrnur, 111:1 ,iC' . .le ,nus ai1m· rn 1érilé i, la
menb ü Loule~ rcs &lt;larw.:~..r csp~rc bien que ami. jamais ('11\'anl, jamais amant 11 'a l'lé l'u!i&lt;' : quel plai,ir !ptaml je ,uus cmhra~,ou~ Ir~ prcmlrct pour IUUS Loule seule, mv11 aimé comme 1uus l'èlc~ .... ,\dieu, 111011 rhcr ~erai ! li
amour .... lJuoiquc 1v11~ me 111a11diez 'lue petit amou r. /~11rorc 11 11 1110111enl. Q11e/lc
lware est-if~ \'ous ru1111aissi•1. n·la'! tJucb
rolrc mal ticnl 11 d \'UX de11ls qui scru11 l hie11lÙL
t:cl11· rnrn•,p1J11Ja11cl' pa,,iunmie sii p1111rarrachées, t:cpe11da11til ICII a u11c qui 11·e~l pas lt'mps, qur ls 1110111t•11 I, cela rapp1•llc! ... 1&gt;
su:1il j u~qu'a u I::! aoti l. fin de la cure therLe lc11dc111ai11 "lie .ijuul!'. parl~gea nl arl'r
dans 1olre chère huuchc, bil'n a11 co11lrain·,
111alc de madame de Cha rtres. Elle constititc
son
a111a11l, au dt;liul de relie lcllrc, des
elle [elle, e ·est la duches~c de Cbarlres J pourle ,t'ul c11semblc de duc11rue11.ts uaimeul
rail bien la garder toujours contre m u~, cl je priorrupatious d'ordre !&lt; littéraire 1&gt; q11'011 a Mci~il's qu&lt;' 1'011 rn1111ai,sr, quant it présrnt ,
crois 'lu·à la lo11guc celle odeur-là ,ou~ l'r rait le droit de lrournr q11elq11e peu puériles :
&lt;( Oui, je , ous 1,, pro111cts, 111011 1•111'a11l, ~ur les amour~ de mada111c d(' l:c11lis. Mais
vrairne11l rnal. - .le voudrais hit•n !JllC le
il~ sulïiscul, C'II rérih:, à dé11wntrcr 1111c la
d1cvalier 111',1ppril 1lt'mai11 q11·u11 lu i aarrarlté q11a11d je l'crai imprimer vos lr llres, .i' eu re- rn111tes~c al'ail mauvaise grùcc it l'aire étalage
Ioule la 1JJàt:boirc [i1 la ducr.csse.J ..le ne serais trancherai Lous les pd i ls détails ; je 11c lais- d'1111c rnrlu si arrogamment s1'1rc tl'rllc111è111c pas l'àd1é que la lauguc l'ùl partie serai que les choses lcndrèS cl char111:inlcs mè111c. Et quand un songe que celle mèmc
a, cr .. .. - Atlicn, 111a chère a111ic..h.: m'en que ,·ous me tlites, cl si les lecteurs en so11l l'cmmc était appclt:c i1 dcn·11ir, par la :;uite.
, ais me cour ber cl penser toujours ü vous aussi cunlcnls que moi, vulre répulaliou sous le Litre de« goul'erncur ,,, l'instilulrirc
just1u·1, ce !IUC je dorme; je suis liicn sùr effacera celle de madame de Sél'igné... . des e11l'an ls de son ama11l (\1. de \'alois - le
qu'en me révcillanl demai n ,·ous lierez 111a Tout e.; réllcxions l'aitcs, je 11c crois pas rp1'il l'ulnr l.011is-Philippe, - M. &lt;le ~lonlpc11,icr,
première pensée .. .. Adieu, je 1ous aime de [M. de Ccnfü] vienne ici, il craindra il l'c11- M. de Lleaujolais !'l la princc1&gt;sc Adélaïde) , 011
n11i ; vuilit pcul-èlrc la pensée la pl us raitoute mon ,h ue en vérité. 1&gt;
se dil qu'en dépil de tous se:; ;;rands pri11r ip1·~
su1111alilc;
par 1mlhcur cc n'est pas celle &lt;(Ui
Cc mèrnc jour, :H j uillet , mada111c tic
arti chés, elle ignorait ass11réme11l rrrlai1u.:s
me Yienl le plus souvent. Cc qui Ill&lt;' parait
l:cnlis écri vait au duc :
déli catc~scs du :sens mural.
« ... Ab! je suis récllcmcnl i1 plai11tlrc 1... presque sùr cl cc qui récllcmcut me désesl-:11 uc pr&lt;&gt;na11l pas, aupri·~ d(•, trois prl',le vc11ais de cadwlcr cl &lt;le 111ellre i1 la pus Ic père, c'est rpte jl' le truurcrni il l'aris. El mier:;, la plan: d'u11 prfrq 1lcur, elle e1H
la lcllrc qu e je vous écrivais cc malin , lors- Cl'S hni l jours ! ,\h ! n toll cnl'anl , qu elle peine éparg11é it M. tic \'a lois (devenu i1 ~011 lunr
11u'o11 m:en a apporté une de Charleville 11ui me l'ai l celle itlér. \'uus rnc di tes : nous ne duc &lt;le Chart res en 17~;,) de lo111bcr amu11·
m'a l'ail une cruelle peine. l111agi11cz-rous serons ,jamais bien malheureux la11 l 11uc nous rcux. d'u11c a11cien11&lt;' 1uailrCStiC de ~ou père,
qu'il [M. dc Genlis] 111c 111a11dc qu'il csl i11quicl nous ai1uero11s cowmc cela. Uic11 m,1lbcurcux ! . -- yo111mc elle ctil l;1ilé d'ex poser le jeune
dc la sanlé&lt;lc sesc11l'a 11ls .... Li1-tbs11s il écrit 11011 sans donle, mais nous a vous t:lé si par- pri11re i, s'éprentl rc tle Paméla, la jolie (t ,\npour demander un co11gé q11'011 11c lui rcl'u~cra l'ai Ll'nll' nl heureux! 1&gt;
~lai~c 11 ~or lie un 11c sait tl'o11, puis tl cH'IIIIC ,a
Le ':l\J juillet, croi·a11l que le duc ne pourra
ccrtaincu1e11( pas cl il part pour Pari:;; il ua'a&lt;·0111pag11c tl'étude~, cl '(Ili - peut-èlrc joule tptïl 1·iendra pt·ul-èlrcici, s'il lui reste du quit Ler Cha11tilly tic tout 1111 mois, elle lui était sa :;œur ....
Lemps après avoir étaLli se, c111',u1t~ il la l'au1- énil:
Une telle eo11slalatio11, l'aile:, propos de la
(&lt; Q11ui, cui:ore 1111 111ois ! Ah ! mu11 1:œur,
pagne, cc 11ui 11c peul èlre bien long.... Ain~i
femme r1ui l'rofessa si doctoralement la ~10 comment ferai-je pour supporter une absence
l'OUS rolez !(UC ces huit jours rttte nous
rale, sera la (l moralité 1&gt; de celle esqmssc
si
longue! je ne le sais en Yérilé pas, mou
dm·ions passer cusemble Lèle à tète ne sont
Lrop sommaire d'un moment de sa rie amou•
plus a présent qu'une chimère, el d'ailleurs cher enfant. Je suis persuadée que l'ennui, reusc.
puis-je désirer que rous re,eniez ici, s'il doit le découragement, le chagrin, s'empareront
FONTENILLES.

.. q 8 ...

CJidté YiZZ:J\'OR3.

l.r. fiÉ:-iÉRAL LASALLE

(1::l,17). -

T,1Neat1.te L orrs :\l ,u;smu,

Memoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XXXVI (~uite. )
. \'r r~ llllC' henrc de l'aprt'•s-midi, les vino-1c·111q canons plac1:s /1 Poslhcncn ayan t li ré l~ts
r~i,cml,'c par ordrr d!' l'Empcrcur, la li:11aillc
s l'llgag&lt;'a s111· Loule la lin-ne. mais not re
µ-~uebc Pl notre centre m~rch't'·renl d'abord
tr,·s l&lt;•ntement. afi n tic donner à la droi lr
1·nmmand(;(,
, . 1e lcmps &lt;l 'en1c·,·er la'
., .p·ir
· i\'•),
}le.f.c marc•cb~l ,sorlan ldu liois de SortlaC'k,
s t mpara, dn v1lla•oYC de cr 110111 , l 1·Oll. J·1 ~('
porta Ires ra pidement sur FriC'cl land' rcn1·&lt;·r~a11\ lo_ut sur son passage; mais dans le tra jet
l 11 • ioas c~ du village de Sortlack aux l;'C'mtt·rrs maisons de Friedland les L· . 1 1
N,·r m . h
, ,
,
10upcs &lt; c
. ' , ai r an t a decotl\'C'rl. se lronYèrenl
"'JIOS
c • i•es· ',au terr1' l&gt;l n f'PU l1es 1,a li 1°rirs russes,
(lll, placces en arrière de la r illc sur les

l'.a~1tc11rs d&lt;' la _rive opposfr, l:ur fi ,·rnl (;prou1e1 des pNlcs immenses. Cc h•u ,\tait d'a utant
p~us ~langPrem que les canonniers rnncmis,
sty ar~·s_ de nous par la ri\'ii•rr, aj 11staienl a,·re
~(•cnr1l(', r n roya nl que nos fantassins élaÎt'nl
dans
lïm
possihilité dP les allar111cr. Cc 0rrrarc
•
, •
mem,11:cnicnl potn:3il faire manquer la prise
~c fr~c&lt;lland, ma ts t'iapoléon y reméd ia par
1?1wo1 de cmq ua nl.c houchC's i1 feu qui, plaeccs par le général Sénarmonl sur la rive
g_at!~hc de L\llc, liri•ren l par-dessns C'e ltc
m·1(•rc_ contre les bal tC'ries russes, cl fi rent
plcurn,r s111·_C'llcs une grèle de houlels, qui
les enrcnl lucntôl démon tés. D1~s que le f('t1
des canons ennemis ful éteint, Ney, eontinua nl sa marche audacirusc, rrfon!c lc'S
ll ussPs tia ns Friedland e1 pi:ni•lrr pêlr-mrlt'
avec eux dans les rues de celle malheureuse
t

villr. o1~ lrs o~us i·rnairn l d.'allmmr un immensr mcend1e! .. . Il l' r11l là nn tcrriblr
comhal
, , rnl . ;\ la haïnnnrtlC' , o/1 IC'~I'
. n1ssr~,
a~ses 1('S uns s1!r k~ a11lr('S l'i pouranl i1
~c,nc se monro1r, &lt;'pro11 1·i•r1'11I. de~ pertr,
l'llOrm~s! ... Enfin, ils furrnl ronlrainl,.
malgrl' fpur ron rag!l, dr se rctir('r rn d,:sordr(', pour chercher un refuo-c
,.·1\.l'
e
'~u,· '"
u
opposéc•, en repassant les ponts. Mais iri nn
nouvrau danger les allcndait., l'ar tillr1·1·'C l111
", , j S,
~~nl'l'a 'c,~armonl' s'éL1nl rapprochér de la
''.llr, .rrcna,_l en flanc IPs ponts, qu'elle hrisa
h1cnlol. aprrs ~voir Lué un lr!'s grand nom hrr
~e Bus~cs, q111 s'ern prcssaienl d'y passer ('Il
(11 yan1_. fout cc qui rcslail rnrorr dans F1·ircllantl Ili L pris, 1ur ou noyr' rn rnnlanl 1. vrrst&gt;r la ri 1·it&gt;re.
ta
Jusque-là, Napoléon avait pour ainsi dire

• l

�_ _ _ _ _ _ _ _J

msTO']t1A
fait marquer le pas à son centre el à son aile
gauche; il les porta rapidement en avant. Le
général russe Gortschakoff, qui commandait
le centre et l'aile droite ennemie, n'écoutant
que son courage, \'Cut reprendre la ville (ce
qui ne lui eût été d'aucune utilité, puisque
les ponts étaient brisés; mais il l'ignorait). Il
s'élança donc à la tète de ses troupes dans
Friedland embrasé; mais, repoussé de front
par les troupes du maréchal Ney qui occupaient celle l'ille, el contraint de regagner
la campagne, le général ennemi se rnit bientôt
entouré par notre centre, qui l'accule à l'Allc
rn face de Kloschencn. Les !lusses, furieux,
se défendent héroïquement, cl, Lien qu'enfoncés de toutes parts, ils refusent de se
rendre. Une grande partie meurt sous nos
baïonnettes, et le reste se laisse rouler du
haut des berges da_ns la rivière, où presque
Lous se noyèrent. ...
l.'extrèmc droite des ennemis, composée
en grande partie de cavalerie, avait essayé
pcnd·ml la bataille d'enlcl'er ou de tourner le
l'illage d'Ilcinrichsdorf; mais, vivement repoussée par nos troupes, clic avait regagné
les rives de l'Alle sous les ordres du général
Lambert. Celui-ci, Yoyanl Friedland occupé
par les Français, la gauche el le centre russes
détruits, réunit loul ce qu'il put de régiments
de l'aile droite, et s'éloigna du champ de
bataille en descendant !'Alle. La nuit cmpècba les Français de les poursuivre; aussi fut-ce
le seul corps ennemi qui échappa au désastre.
Notre victoire fut des plus complètes : toute
l'artillerie des· Russes tomba en notre pouvoir.
Nous avions fait peu de prisonniers pendant
l'action, mais le nombre des ennl'mis tués ou
blessés était immense et s'élevait à plus de
vingt-six mille. Notre perte n'allait qu'à trois
mille morts et à quatre à cinq mille blessés.
De toutes les batailles livrées par !'Empereur,
ce fut la seule où le nombre de ses troupes
fut supérieur à celui des ennemis; les Français avaient quatre-vingt mille combattants,
les Russes seulement soixante-quinze mille.
Les débris de l'armée ennemfe marchèrent en
désordre toute la nuit, el se retirèrent derrière le Prégel, dont ils coupèrent les pouls.
Les maréchaux Soult. Davout et Murat
n'avaient pu ass:sler à la bataille de Friedland, mais leur présence avait déterminé les
Prussiens à a~andonner Kœnigsberg, dont
nos troupes s'emparèrent. On trouva dans
cette ville d'immenses approvisionnements de
toute espèce.
Je n'éprouvai aucun accident fàchcux pendant la bataille de Friedland, bien que j'y
eusse été exposé aux plus graves dangers;
voici comment :
Vous m'avez vu partant le matin de Posthenen par ordre du maréchal Lannes, pour
aller à toute bride préYenir !'Empereur que,
l'ennemi passant !'Alle à Friedland, une bataille paraissait imminente. Napoléon était à
Eylau. J'avais donc près de six lieues à faire
pour le joindre, ce qui eùt été peu de chose
pour mon excellente jument si j'eusse trouvé
les routes libres; mais, comme elles étaient
encomhrécs par les troupes des di\·ers corps

se portant en toute bâte au secours du maréchal Lannes, devant Friedland, il m'était
absolument impossible de galoper en suivant
le chemin; je me jetai donc à travers champs,
de sorte que Lisetlc ayant eu à franchir des
barrières, des haies et des ruisseaux, était
déjà très fatiguée lorsque je joignis l'Ernpcreur, au moment oi1 il sortait d'Eylau. Cependant, je dus, sans prendre une· minute de
repos, retourner avec lui à Friedland, cl bien
que celle fois les trou pcs se rangeassent pour
nous laisser pisser, ma pau1Te jument ayant
fait tout d'une traite douze lieues au galop,
dont six à travers champs et par une très
forte chaleur, se trouvait vraiment harassée,
lorsque, arrivé sur le champ de bataille, je
rejoignis le maréchal Lannes. Je compris que
Lisetlc ne pourait faire un lion service pendant l'action; je profitai donc du moment de
repos que !'Empereur accorda aux troupes
pour chercher mon domestique et changer
ma monture; mais au milieu d'une armée
aussi considérable comment trouver mes équipages? ... Cela me fut impossible. Je revins
donc à l'etat-major, toujours monté sur Lisctte
hors d'haleine.
Le maréchal Lannes et mes camarades,
témoins de mon embarras, m'engagèrent à
mettre pied à terre pour faire reposer ma jument pendant quelques heures, lorsque j'aperçus un de nos housards conduisant en main un
cheval qu'il a mit pris sur l'ennemi. J'en fis l'acquisition, et confiant Lisette à l'un des caYaliers de l'escorte du maréchal, afin qu'il passùt
derrière les lignes pour la faire manger et la
remettre à mon domestique dès qu'il l'apercevrait, je montai mon nouveau cheval, repris
mon rang parmi les aides de camp, et ris
les courses à mon tour . .Je fus d'abord très
satisfait de ma monture, jusqu'au moment où
le maréchal Ney étant entré dans Friedland,
le maréchal Lannes me chargea de me rendre
auprès de lui, pour le prévenir d'un mouvement que faisait l'ennemi. A peine fus-je dans
cette ville, que mon diable de cheval, qui
avait été si bien en rase campagne, se trouvant sur une petite place dont toutes les maisons étaient en feu, et dont le paYé était couvert de meubles et de poutres enflammés au
milieu desquels grillaient un grand nombre
de cadavres, la vue des Gammes et l'odeur
des chairs calcinées l'effrayèrent tellement,
qu'il ne roulut plus avancer ni reculer, et
joignant les quatre pieds, il restait immobile
et renâclait fortement, sans que les nombreux
coups d'éperon que je lui donnais parvinssent
à l'émouvoir. Cependant, les Russes, reprenant momentanément l'avantage dans une rue
voisine, repoussent nos troupes jusqu'au point
où j'étais, et du haut d'une église et des maisons environnantes, font pleuvoir une grèle de
balles autour de moi, pendant que deux
çanons, conduits à bras par les ennemis,
tiraient à mitraille sur les bataillons au milieu desquels je me trouvais. Beaucoup
d'hommes furent tués autour de moi, ce qui
me rappela la position dans laquelle je me
trouvais à Eylau, au milieu du U •. Comme
je n'étais nullement curieux de recevoir de
... J.)0 ...

nouvelles blessures, et que d'ailleurs, en restant là, je n'accomplissais pas ma mission, je
mis tout simplement pied à terre, cl abandonnant mon satané cheval, je me glissai le long
des maisons pour aller joindre le maréchal
Ney sur une autre place que des ofriciers
m'indiquèrent.
Je passai un quart d'heure auprès de lui;
il y tombait des balles, mais pas, à beaucoup près, autant qu'au lieu où j'avais laissé
ma monture. Enfin les Russes, repoussés à la
baïonnette, ayant été forcés de reculer · de
toutes parts yers les ponts, le marél:hal Ney
m'engagea à aller donner cette ho rnc nourclle au maréchal Lannes. Je repris pour sortir de la rillc le chemin par lequel j'étais
venu et repassai sur la petite place sur laquelle j'avais laissé mon cheval. Elle avait été
le théâtre d'un combat des plus sanglants;
on n'y voyait que morts et mourants, au milieu desquels j'aperçus mon cheval enlèté, les
reins brisés par un boulet et le corps criblé
de balles!. .. Je gagnai donc à pied l'extrémité
dn faubourg en hâtant le pas, car de tous
côtés les maisons embrasées s'écroulaient, et
me faisaient craindre d'ètrc englouti sous
leurs décombres. Je parvins enfin à sortir de
la ville et à gagner les bords de l'étang.
La chaleur du jour, jointe à celle répandue
par le feu qui dévorait les rues que je venais
de traverser, m'a1•ail mis en nage . .J'étouffais,
el tombais de fatigue et de besoin, car j'avais
passé la nuit à cheval pour \'t1nir d'Eylau à
Friedland; j'étais ensuite retourné au galop
à Friedland et je n'avais pas mangé depuis la
veille. Je me voyais donc avec déplaisir obligé
de traverser à pied, sous un soleil brùlanl, et
au milieu de blés très élerés, l'immense
plaine qui me séparait de Posthencn, où
j'arais laissé le maréchal Lannes; mais un
heureux hasard vint encore à mon secours.
La division de dragons du général Grouchy,
ayant eu non loin de là un vif engagement
avec l'ennemi, avait, quoique victorieuse,
perdu un certain nombre d'hommes, et les
colonels, selon l'usage, avaient fait réunir les
chevaux des cavaliers tués, menés en main
par un détachement qui s'était mis à l'écart.
J'aperçus cc piquet, dont chaque dragon conduisait quatre ou cinq chevaux, se diriger
vers l'étang pour les faire boire. Je m'adressai à l'omcier, qui, embarrassé par tanl de
chevaux de main, ne demanda pas mieux que
de m'en laisser prendre un, que je promis de
renvoyer le soir à son régiment. li me désigna
même une excellente bêle que montait un
sous-officier tué pendant la charge. J'enfourchai donc ce cheval et revins rapide.ment vers
Posthencn. J'avais à peine quitté lès rives de
l'étang qu'il devint le théâtre d'un combat des
plus sanglants, auquel donna lieu l'attaque
désespérée que fit le général Gortschakoff
pour se rouvrir le chemin de la retraite en
reprenant la route de Friedland occupée par
le maréchal Ney. Pris entre les troupes de ce
maréchal et celles de notre centre qui se portèrent en avant, les Russes de Gortscbakoff se
défendirent vaillamment dans les maisons
qui avoisinaient l'étang, de sorte c1ue si je

"-----------------f~sse resté en ce lieu, où j'avais eu 1'intention _de me reposer quelques instants, je me
serais troul'é au milieu d'une terrible mèlée
.Je rejoignis le maréchal Lannes au momen~
où i(.se portait sur l'étang pour attaquer par
derr1ere _le corps de Cortscbakoff, que Ney
repo~ssa1t de. front de la ville, et je pus par
consequcnt lm donner de bons renscirrnements
sur la configuration du terrain sir lequel
nous comballions.
Si_l'arméc française avait fait peu de prisonmers sm· le champ de bataille de Friedland
il ?'en fut pas ainsi le lend~main et les jour;
s1ma~ts, car _les Russes, poussés l'épée dans
les ,rm~s, mis d_ans une déroute complète,
cxtenues de fatigue, abandonnaient leurs
rangs et se _couchaient dans les champs, où
nous en primes un très grand nombre. On
ramassa aussi beaucoup d'artillerie. Tout ce
r1ui put échapper de l'armée de Bennino-st'n
se bâta d~ re~asser le Niémen, derrière Ie~uel
se trouvait l empereur de Russie, qui, se
~appe_la~t yrobablement les dangers auxquels
11 ara1t etc exposé à Austerlitz, n'avait point
ju_gé à prop_os d'assister en personne à la bataille de _Friedland et_ s'é!ait empressé, Je surlendemam de notre ncto1re, de demander un
armistice que Napoléon lui accorda.
Ce fut trois jours après la mémorable
bataille de Friedland que l'armée française
aperçut enfin la ville de Tilsitt et le Niémen
qui, s?r ce point, n'est éloigné que de quelques lieues des frontières de l'empire russe.
Après une bataille, tout est douleur sur les
derrières d'une armée vrctorieuse dont la
marche est jalonnée de cadavres, de moura~ts et de blessés, tandis que les guerriers
qm ont survécu, oubliant bientôt ceux de
leurs camarades qui sont tombés dans les
combats, se réjouissent de leurs succès el
ma~c?ent gaiement à de nouvelles aventures.
La J?le de nos soldat~ fut immense en voyant
le Niémen,, d~nt la me opposée était occupée
par les debr1s de cette armée russe qu'ils
venaient de battre dans tant de rencontres •
aussi n~s troupes ~hantaient, tandis qu 'u~
n!orne silence régnait dans le camp ennemi.
L empereur Napoléon s'établit à Tilsit!· ses
troupes campèrent autour de la ville. '
Le ~iémen séparait les deux armér.s, les
Fran_ça1s occupant la rive gauche, les Russes
la_ rive droite. L'empereur Alexandre ayant
fait ~emande~ _u~e entrevue à Napoléon, elle
eut lteu le 2o JUID, dans un pavillon construit
sur un radeau ancré au milieu du fleuve, à la
\'.ue des deux armées qui en bordaient les
l'IVes. Ce fut un spectacle des plus imposants.
Les deux empereurs arrivèrent chacun de
l':ur côté, suivis seulement de cinq des principaux personnages de leur armée. Le maréchal Lannes, qui, à ce titre, s'était flatté
d'ac~ompagner_l'Empereur, se vit préférer le
marecbal Bessières, ami intime du prince
~lurat, et ne pardonna pas à ces maréchaux
ce qu'il considérait comme un passe-droit.
Le maréchal Lannes resta donc avec nous
sur le quai de Tilsitt, d'où nous vimes les
deux empereurs s'embrasser en s'abordant
ce qui excita de nombreux virals dans le~

.Mt.JKomEs DU G'É'JV'É'l(JU. BA~ON DE MAR.BOT - - ~

deux camps. Le lendemain 26, dans une
sec~nde entrevue, qui eut lieu encore au
pavillon sur le Niémen, l'empereur de nussie
pr~senta à Napoléon son malheureux ami le
roi de Prusse. Ce prince, auquel les él'éncments de la guerre avaient fait perdre un
vaste _roy~ume, dont il ne lui restait plus que
1~ petite v1llc de Memel el quelques misérables
\ïllages, conserva une altitude digne du d('scendant _du Grand Frédéric. Napoléon le reçut
al'cc politc~se.' mais _froidement, parce qu'il
crolail avoir a se plamdre de lui et projetait
~e confüqucr une grande partie de ses
F,tals.
Pour fa~ilitcr les entretiens des 4eux empereurs,, la nlle de Tilsitt fut déclarée neutre , cL
Napo_1eon e_n ~da, la moitié à l'empereur de
Russie, qui vmt s y établir a1·ec sa garde. Ces
deux souverains passèrent ensemble une
vi_ngtaine de jours, pendant lesquels ils
reglèrent le sort de l'Europe. Le roi de
Prusse, pendant ces conférences était relérrué
sur la rive droite el n'avait ~as même"'de
logement dans Tilsitt, où il ne venait que
f~r_t ra,re~ent. Napoléon alla un jour rendre
v1s1te a I mfortunée reine de Prusse, dont la
douleur était, disait-on, fort grande. Il in-vita
celte princesse à diner pour le lendemain cc
qu'elle accepta sans doute à contre-cœ~r ·
~ais au momen_t de conclure la paix, il fallai(
bien chercher à adoucir la colère du vainqueur. Napoléon et la reine de Prusse se
détestaient cordialement : elle l'avait outrarré
dan_s plusieurs proclamations, cl il Je J~i
aYait rendu dans ses bulletins. Leur entrC1·ue
ne se ressentit cependant pas de leur haine
mutuelle. Napoléon fut respectueux et empressé, la Tieine gracieuse et cherchant à
c~ptiver son ancien ennemi, dont elle avait
d autant pl~s bes_oin qu'elle n'ignorait pas
que le traite de paix créait, sous la dénomi~ation de royaume de Westphalie, un nouvel
l~tat ~on~ la Hesse électorale et la Prusse
fourmssa1ent le territoire.
L~ Reine s~ résignai_t bien à Ja perte de
plus!e~rs provrnces, mais elle ne pouvait consentir a celle de Ia_place _forte de ~fagdcbourg,
dont la conservation fait la sécui·ité de la
1
m~s~. De son côté, Napoléon, dont le proJet cta1t ~e nommer ~on frère Jérôme roi de
Wcstpha}1e, roulait ajouter Magdebouro- à ce
nouvel _Etat_. Il parait que, pour con~cn-er
cette v1~e importante, la reine de Prusse
employai l pendant le diner tous les efforts de
son amabilité, l?rsque Napoléon, pour changer la conversat10n' avant
fait l'élorre
,
o d'une
s?pe~be ro_se ~ue la Reine avait au côté, celleci lm aurait dit : « Votre Majesté veut-elle
cette rose en échange de Ja place de ~fao-deb?urg? .. · ll Pe?t-~tre eùt-il été chevalere:que
d accepte~,.ma1s l Empereur était un homme
~r~p poszti( pour se laisser gagnêr par de
~ohs propos, et on assure qu'il s'était borné
a l~uer 1~ beauté de la rose, ainsi que de la
mam qm l'offrait, mais qu'il n'avait pas pris
la fleur, ce qui amena des larmes dans les
b~aux yeux, ~e la Reine! Mais le vainqueur
n eut pas I ail' de s'en apercevoir. II rrarda
Magdebourg, et conduisit poliment la Reine

!

... 151 w

jusqu'au bateau qui devait la porter sur
l'autre rive.
Pendant notre séjour à Tilsilt, N1poléon
passa en revue sa garde et son armée en présence d'Alcxanctre, qui fut frappé de l'air marli?! ainsi que de la tenue de rcs troupes.
L empereur de nussic fit paraitre à son tour
quelques beaux bataillons de ses gardes,
mais il n'osa montrer ses troupes de lirrnc
0
'
tant le nombre en avait été réduit à llcilsberrr
et à Friedland. Quant au roi de Prusse:
auquel il ne restait plus que de faibles débris
de régiments, il ne les fit pas paraître.
Napoléon conclut avec la llussie et la
Pr~sse un traité de paix, dont les principaux
articles furent la création du royaume de
' :~stpbalic au profit de Jérôme Bonaparte.
L elecleur de Saxe, del'enu l'allié et l'ami de
la France, fut élevé à la dignité de roi et
reçut en outre le grand-duché de Yarsovie
composé d'une vaste province de l'ancicnn;
Pologne qu'on reprenait aux Prussiens. Je
passe sous _si!ence les articles moins importants du traite, dont le résultat fut de réta~lir la paix entre les grandes puissances de
1Europe conlfoentale.
En élevant son frère Jérôme sur le trône
de Westphalie, Napoléon ajoutait aux fautes
qu'il, avait déjà commises, lorsqu'il al'ait
don~e le royaume de Naples à .Joseph et
celu'. de Hollande à Louis. Les populations se
sentirent humiliées d'ètre forcées d'obéir à des
étrang:rs qui: n_'ayant rien fait de grand par
eux-memes, eta1ent au contraire assez. nuls
et n'avaient d'autre mérite que d'ètre frère~
d,e ~apoléon. La haine et le mépris que
s attirèrent ces nouveaux rois contribuèrent
inJiniment à la chute de !'Empereur. Le roi
de Westphalie fut surtout celui dont les ao-isseme~ts firent le plus d'ennemis 11 Napolé~n.
La paix conclue, les deux empereurs se séparèrent avec les assurances mutuelles d'un
altacbement qui, alors, p1raissait sincère.

CHAPITRE XXXVII
Mission i, Dresde. - Conlrehande involonlairc. _
lnc,denl. - Mayence. - Séjou,· it Paris cl à la
Houssaye.

L'~rmée '.rançaise fut répartie dans dil'erses
provmces d Allemagne et de Poloo-ne sous le
commande~ent de cinq marécb~ux, dont
Lannes avait d~mandé à ne pas faire partie,
parce que _le _som de sa santé le rappelait en
Fran~e. Ams1, quand bien même j'aurais été
son aide de camp titulaire, j'aurais dû retourne~ à Paris; à plus forte raison devais-je
qmtter l'armée pour rejoindre le maréchal
Aug~rea,u, à l'é~at-major duquel je n'avais
cess~ d appartemr,, ~a mission auprès du
marechal Lannes n etant que temporaire. Je
me préparai donc à retourner à Paris. Je
vendis tant bien que mal mes deux chevaux
et envoyai Lisette au régisseur aénérai'
M., de_Lau?_ay, qui, l'ayant prise en affection'.
m a\'a1t ~rrn ~e la rem~ttre en dépôt chez lui,
lorsque Je n en aurais plus besoin. Je lui
prê_tai indéfiniment cette bète, calmée désorm3IS par ses blessures et ses fatigues. II la

�'------------------------- Jff É.M01'lfES DU GÉNÉ~.JtL 13.AT(ON

DE

Jl1.Jt~BOT

_ _ ""

faisait monter à sa femme et la garda sept ou
J'arrira.i ams1 a Francforl-sur-lfein. Un résolu, si la contrebande étail saisie, à déclar c
huit ans, jusqu'à ce qu'elle mourût de lieutenanl-colonel de la garde impériale, comment elle arait été mise dans ma calèche,
, irillesse.
nommé M. de L... , y commandait. L'Empe- el par qui le cachet du 7• léger arait été
Prndanl les vingt jours crur !'Empereur reu r m·arait donné II ne lettre pour cet offi- apposé sur l'enreloppe, car je roulais me
1·rnail de passer à 'J'ilsill, il avail expédié une cier, auquel il demandait, je pr nsP, dC's rrn- préscr,·rr de la colère de Iï.:mpereur. Cepentrès grande cruantilé d'officiers lanl 11 Paris seigncmcnls particuliers, car M. de L... était dant, comme ce moyen de défense aurait
que sur les divers points de l'Empire ; aussi ru rapporl avec M. Sarary, chargé de la police rompromis l'lmpératricc, je pensai quïl n'rn
le nomhre des disponiblrs pour rr scrricC' spc1·i•te. Cr colonel, après m'avoir fait déjeuner lallail ns~r qu'à la dernièrr extrém ité rl lairr
était presque complètement ép11isr Napo- :11w lui, ,·oulul me r1'ronduire jusqu'à ma roui l'e qui dépcndrail de moi pour que ma
léon, rw rou lant pas q11·011 prit des ofliciers &lt;'a lc'•che; mais rn y montant, j'aperçus un calèchr ne f1H pas risitér: Le hasard el un
dans les ré~nienls. ordonna qu ïl serait dresstl assPz gros paquet qui ne faisait pas partie d,· pelil subtcrfu gr ml' tirc'·rPnl de rc&gt; maurais
11111• lislt' dt' tous e·eux qui , lï'lla111 de lairr mes dépêches. J'allais appeler mon domes- pas; l'oici comment.
, olontairemenl la campagne, n'appartenaie111 tique pour a,·oir des explications à ce sujet,
J'arrivais loul soucieux au pont du P.hin
à :iuc1111 des corps de l'armée. ni à l'étal- lorsque le colonel de L... m'en empêcha en qui sépare l'Allemagne de Mayence, et mon
major des cinq maréchaux qui devaient Irs me disanl à ,·oix basse que ce paquet conte- inquiétude étail augmentée par une grandr
commander. .le l'us donc inscrit sur &lt;·rlle• nait des robes de fricot de Rerlin et autres réunion de chefs de la douane, d'officiers el
liste. certain d'al'ance qur l'Empereur, donl étoffes prohibées rn France, destinées à l'im- de troupes en grande tenue qui allendaient à
j'al'ais porté les dépêches, me désignC'rail de' pùatriCP Joséphine, qui me saurait un gré ce poste avancé, lorsque le factionnaire ayanl,
prélërence ù des ofticiers inconnus. En enet, infini &lt;li' les lui apporter! ... Je me souvenais selon l'usage, arrèté ma voilure, deux hommes
Je !) juillN, !'Empereur me fil appeler, el, trop bien des cruelles anxiétés que j 'ayais se pré entent simullanémenl aux deux pormr remeltanl dr volnmine11x portefeuille.~. éprolll'ées, par suite du rapport de complai- tières, savoir, un douanier pour procéder à la
ainsi qur des dépêches pour le roi de Saxe, il sancf' qui· j'arais en la faiblesse &lt;lP faire /t Yisitc, cl un aide de camp du maréchal KPlm'ordonna dr me rendre à Dresde el de l' y !'Empereur, au sujet des chasseurs 11 cheval lermann, commandant à Mayence, pour s'inallt'ndre. L'Empcrenr devail quiller Tilsitl ce de sa garde présents à la bataille d'Austerlitz. former si f'Empereur arrirerail bientôl. jour-là, mais faire nn très long détour pou r pour consentir à m·engager Pncore dans une \'oilà qui est parfait, me dis-je à part moi , Pl
vi~iler Kœnigsberg, Marienwerder et la Silésir. mauvaise affaire; aussi je refusai très posi- leignanl de ne pas mir le douanier inquisiteur,
.l'a l'ais donc plusieurs jours d'avance sur lni . Lil'emenl. J'aurais été désireux. sans donte. je réponds à l'aide de camp : « !,'Empereur
.fp Lral'ersai de noll\'ean la Prusse, revis plu- de complaire à l'impératrice, mais je connais- me suil ! ... &gt;&gt; Je ne mentais point, il me suisieurs de nos champs de bataille, gagnai sais l'inflexible sél'érité de Napoléon enrers 1•ail, mais i1 deux jours dr distanre ... rr qur
llt!rlin Pl arril'ai à Dresde deux jours aranl les personnes qui faisaient la contrebande, je jugeai inutile d'ajouter!. ..
!'Empereur. La e·o11r de Saxe sal'ail déjà qut• el. après arnir courn lanl dr dangers Pl arnir
Mes paroles ayant étr entendues de tous
la paix était raite, qu'elle élevait son pJecteu r répandu une aussi grande quanlilé de mon lrs assistants, les jetèrent dans un lorl grand
au rang de roi cl lui concédait le grand dnch1\ sang dans les combats, je ne roulais pas per- émoi . L'aide de camp s'élance à cheval. lradt' Varsovir; mais on ignorait encore qur dre le bénéfice d11 mérite qnP cria m'aya il 1·ersr le ponl au galop, au risque de se prét'il' Emperr ur dùl passer à Dres_de en se rendant donné am yem dr !'Empereur en lransgre's- piler dans Ir Rhin, r l court prérenir le mar,:i1 l'aris, f'l r·r l'ul moi qui rn portai l'al'is an sanl srs lois pour obtenir un sourirr dt• chal Kellermann. La gardr prrnd les armes;
nouvea u roi.
1·e merC'icmenl de I' lmpéralriee. Lr colonel dr les douaniers rl lrurs rhel's cherchent à se
,lugez dt&gt; l'1•ffcl q11r rrla produisit! En 1111 L...• afin de l'::tinrrr ma résistanrr, me fil plarer le&gt; plus militairrmenl possiblr pour
instant, la ronr. la ville Pl l'armh 1 furent rn ohserrer qur Ir paquet était sons plusieurs paraitre conl'rnabf Pmf'nl drl'::tnl l'Empereur.
e:moi pour se préparPr à faire une magnifiquP Pnrrloppes, dont l'rxtérirure. adressrr au et, romme ma ,·oiLure les gênait, ils disent au
l'l;&lt;'eption au grand Pmpereur. qui, apre\s minislrl' dP la guc&gt;rrr. portail le rachPI du postillon dr tllrr ... r i mr Yoilà hors des grilli•,
avoir ~i l{Pnfrr usemPnl rendu la liht!rlr aux 7•· lége'r. ainsi q111• la désignation : &lt;1 Pie\i·ps dr rrs messieur-d ... Jr gal{ne la postt• ri fai~
lroup,'s saxonnes prisrs i1 Iéna. comblait son tir c-omplabililé. &gt;&gt; If t' n ronc-luait ((tif' les promplemrnl changrr dr chr1·a11x ; mais penso111·r rai11 dt&gt; bienfaits!. .. .11• fus 1w11 à mel'- douanir rs n'osrraienl onrrir re paquN, dont dant qu'on l' prorèdr, • 1111 oragr Hai mrnl
willc; on me logpa au rh:Hrau: dans un .ïarrarhrrais la prPmirre rmrloppe en arri- épouvantahlr rrlate sur ~faycnre : la pluie tomc-l1armant .1pparremcnl, oi, _;·,;tais ser,·i magni- ranl à Paris. et porterais les étoffrs il l'lmpé- hait à Lorrrnls ! ... li r tair rinq heurrs du soir ;
liquPmenl. Lt&gt;s aides dr camp du Hoi nH' ratrirr sans arnir r ré rompromis; mais. mal- ,.-était Jt, mom rnl dr dinrr; mai, à la noumunlrrrrnl 10111 &lt;'I' qu e le palais el la , ill,• ~r,• tous l'e'S heall\ raisonnr111r n1s, je ri•l'nsai l'e'IIP de l'arrirér pror-hai1w d,, f'Empt' r1·11r, la
avaie•111 d.. rt•n1arq11alilt•. Enfin n :mp1'rc&gt;11r posili1t·mr11L dt• 111'c&gt;11 l'harg('r C'I ordonnai an 1-(e1nfralt&gt; hal dans 101111' la l'ill,•. A re' signal.
.1rriva, et. selon l'usage q111' jt- ,·onnais ais pnstillon tl,· mardl!'r.
marrr·hal, ~rnéranx, prr ft'l. mairt&gt;. :1111ori1,:s
d(ji1, jf' n,'cmpressai 111• renwllrr (ps po1·1i•Arrin; au rf'lais silm1 i1 moitié c-hrn1i11 de' r-irile•s t'I milit:iire•s, chacun , jrlanl la ~l'l'r,•11ille•s à M. dt' füne ral. et fis dm1ander le•s Franrforl ù May&lt;'nrc. m',:ranlarise• de grondrr riP Ile. s'r mprrssl' d'endMsrr son plus hra11
ordrt'S dt• l'Empr renr. lis l'urrnl. conforn1rs 111011 do111c,liq11e' p1111r arnir re'{'II un paqul'I c·osl11mr rl dt• sr rendrr /1 son posLP sous unP
;'r nws désirs, car jP l'ns chargt1 dr porter de
dans 111a C'alr·rht', il m,• r&lt;-pondir qur. pr11- pluie ballanlt•, r i à lrarrrs lPs r11issra11x qui
IIOUl'raux po1·lt&gt;f'1•11ille'S il Paris. ri n :mperr11r tl:1111 Il' J,:jeum•r, M. dt' L... ayanl plan• drbordai,•nl tians lontPs le'S r11t•~. randi, que&gt;
111c confia une lellrc que je dt'rais rP11wttn' l11i-111ê111r r.1-:s 71aq11ets dans la l'alrrhr, il moi, eanst' dt&gt; cl'l im111PnSe' hn111·N11·i. jr
moi-même i1 l'impfratricc Joséphine. Lr ma- :irait pr nsé q111• c·e•Lail nn s11rr roî1 de dé- riais comnw un fon t'n m"t:ioigna111 (au g-alop
r{-chal du palais Jl11 roc me lil toucher 8,000 pêches, cl 11 ·a rait pas cru pomoi1· (,,s rr- t1,, trois hons che,·anx dl' poste!. .. Mais auss i,
franc.~ pour frais de poste de• Tilsill 11 Dresde 1'11srr de la mnin du comma11dan1. de plac-r. pourquoi l'lmprr:itricr, de:sobéissanr i1 sou a1t '.
e•L dp Dresde à Paris. Je me mis gairmcnl. en - " Comment! as paquets; il y en a donr· gusle époux, roula it.-rllr porlrr drs rohrs d't•route.Je vrnais de faire trois belles campagnC's, plusieurs'/ nù:criai-jl', cl il 11'en a 1•ppris !ofh• pre~hibée'/ Ponrquoi nn colo~el glissait-il.
prndant lesquelles j'aYais ohlt&gt;nu le grade dt' qu 'un srul !... »
a mon msn. de la con! rebande tlans ma cali•1·api1ainr et m'étais fail rcmarqurr par l'EmEn r ll'cl, en rcmuanl les porlrfeuillcs de l'he'/ La rust' donl je me servis me paraitdonr
(lc•relll' ; nous. allions jouir des dc&gt;licrs de la l'fünpercur, j 'aperçus 1111 second ballot cf,, excusable. Nons étions. d11 reste, au mois dr
paix, cc qni me permellrail de rrslC'r long- rontrPbande que le colonel al'ail laissé dans juin, de sorte que le bain que je fis prendrf'
temps aupri•s de ma mhe; j'étais hir n ma malle i1 mon insu .... .Je fus aller'l'é de à Lous les fonctionnaires de l\fayencr nr fur
r~tabli ; je n'a l'ais jamais possédé a111anl crlle s11pC'rclierie et délibérai si je ne jellrrais nuisible qu'il leurs habits! .Ir me trou l'ais à
d argent : 10111 nw conl'iail donc à êtl'Cjoyet1x, pas ces rohcs snr la gra ndr roule. Cr1wndanl, plus dHdenx lieues de Mayrnce, que ,i'«'nl,'ne;je l'étais beau10L1p,
je_ne l' osai, et continuai mon chemin, _bien dais encore le bruit des tambours, et je sus
..,, 153 '"

�r-

depuis que les autorités étaient restées ~~u~e
la nuit sur pied, et que l'Empere_ur n eta1t
arrivé que deux jours ~près!: .. Ma_is_, comme
il était surrnnu un accident a sa ,01ture, les
bons Mayençais purent allribuer .à. ~ la le
retard dont leurs beaux babils furent v1ct1mes.
J'avançais rapidement et joyeusement Yers
Paris, lorsqu'un é1·énement très désagréaLlc
Yint interrompre ma course el changer ma
. . en mécontentement · Vous savez que
JOle
.
lorsqu'un souverain voyage, on ~e P?~rr~1t
atteler les nombreuses voitures qui pr~crdent
. ent la s1·cnne' si on ne renforçait
leurs
OU SU IV
.
,
relais par des chevaux dits de tonrnee,, qu on
fait venir des postes établies sur d autres
routes. Or, comme je sortais de Dombasl~,
petit bourg en deça de. Yerd~n; un ~aud'.t
postillon de tournée qm, arr~ve la nmt prccédenlc, n'avait pas remarqu~ une forte d~scente qu'on rencontre en qmttant l_e rela_i_s,
n'ayant pu maîtriser ~es chevaux des qu ils

furent dans la descente, versa rua ~l?c~e,
dont les ressorts et la caisse furent ~rISes •.. ·
Pour comLle de malheur. c'était un d ,~anc~c,
et toute la population s'était rcndu_c a la '.etc
d'un village voisin. Il me fut donc ~mposs1lilc
de trouver un ouvrier. Ceux que Je m_e procurai le lendemain étaient fort maladrmt~, de
sorte que je dus passer deux mor,tclle_s JOUrnées dans ce misérable bourg. J allais enfin
me remettre en route, lorsqu'un ayant-courrier ayant annoncé l'arrivée de l'~mpereur,
je me permis de faire arrêter sa v~llurc pour
l'informer de l'accident qui m'était ~urren_u.
li en rit, reprit la lettre qu'il m'avait rc~1~c
pour l 'impératrice et repartit. Je le. smns
.
jusqu'à Saint-Cloud, d'où, après avoir re°:1-1s
les portefeuilles entre les_ mams du secrétair~
du cabinet, je me rendis chez ma mère a
Paris.
Je repris mon service d'aide de camp du
maréchal Augereau, service des plus doux,
(A

car il consistait à aller passer chaque mois
une ou deux semaines au châtea~ de 1~ Houssaie, où l'on menait tous les JO~~s, JOy~usc
vie. Ainsi s'écoulèrent la fin de I el~ ?t I automne. Pendant cc temps-là, la p_ol'.l1quc de
!'Empereur préparait de nom-eaux e~·rneme1~s
el de nouveaux orages, dont les tcr_r1bles co .motions faillirent m'engloutir: moi,_ fort ~et1t
personnage, qui dans mon" m_sou_ciantc Jet~nesse ne pensais alors qu a ,1omr de la vie
après al'oir rn la mor_l de s! prè~ !..,'
On l'a dit avec raison, Jamais 1, Empcrc~r
ne fut si giand , si puissant, qu en_ l~Oi,
lorsque, après al'oir l'aincu les _Autr1c~wns,
les Prussiens et les Russes, il Yena1l de
conclure une paix si glorieuse pour la ~rance
et pour lui. Mais à peine Napoléon cut-1\ terminé la rrucrre aYCC les puissances du Nord,
que son ~naurnis génie le p~rta à en ~n_t reprendre une bien plus ter~1~l~ au rn1d1 de
l'Europe, dans la péninsule 1ber1quc.

suivre.)

GÉ:11ÉRAL DE

i\lARBOT.

~
PAUL HERVIEU, de l'Académie française
clp

Deux fillettes historiques
portail la croix de chevalier de. Saint-~ouis.
La mère supérieure préféra faire 1~ sile?ce
sur cette circonstance, qui ne pouv~it qu attirer du scandale à la communaute, ~t dont
elle n'avisa que la famille de Marguerite. Le
beau-frère de celle-ci, M. de la Co~_dr~, ac:
courut dès le lendemain, el on I mnta a
reprendre l'enfant.
Cependant la chose transpira au dehors.
Huit jours après' M. le procureu_r ~énéral_ de
la Cour des Aydes, dont la fille eta1t pen~10nnaire de la mème maison, ~inl aux rense1g~cments pour faire du zèle el sans ê~re co~m1ssionné à cet effet. Il voulut YOJr la Je~ne
d'Escoullets; et, ne la trouvan_t plus au gite,
il demanda si l'on pouvait lui sign_ale_r qu_elquc
petite demoiselle qui eût été en mt1m1te ~~r~
ticulière avec l'absente. Aussitôt, la_ nol?nelc
lui désigna Marie Geofi'r?Y• une g~mm? etourdie, délurée, à peu pres du meme ag~ que
Maro-uerile, avec laquelle on la savait en
elfu~ion de cœur, de câlineries et de confidences.
.
,
Pressée de questions, ~fa~1e d~clar~ que
son am:e l'avait avertie de 1 horr1?le ?'·éne:
ment - non pas seulement le 6 Ja?v1er; ~1
au
moment où la petite bavarde _sen etail
.
om·erlc aux autres camarades, i_na1s l~ m?rcredi 5, vers trois heure_s et demie de l apresmidi, c'est-à-dire au moms deux heures_ avant
chose. 11
•
,. 'd
qu'il
fùt commis à Versailles. Marguerite re1
EL comme la sœur montrait de mcre uvenait
alors de diner chez ses parents. Elle
lité: '1a fillette ajouta qu'il s'agissait d'u~
avait
rejoint
Marie dans la Salle des Ouvrages,
{)'rand monsieur noir, et - à preuve - il

Le 5 janvier 1757' vers cinq h?urcs c~
demie du soir, le roi Louis XV était _frappe
d'un coup de couteau au côté droit,. par
Robert Damiens, sous la_ YOÛl~ d_u palais _de
Versailles qui conduit_ auJo~rd h~1 au musee.
Le lendemain matin, des hml heures cl
demie, la nouvelle se répandant mi~ en ém~i
le couvent de Saint-Joseph, rue Sa,mt-00~1nique-Saint-Gcrmain, co_nsacré. à 1 éducallon
dc3 orphelines cl converti, depms, en bureaux
du Ministère de la guerre.
Une jolie petite personne de treize ans environ, Marguerite d'Escou!lets_, brune, _o_rd~~
naircment vive dans ses affcc_t10ns et dec1~ec
dans ses mouvements, enlend_1t parler del a~lentat commis la veille au soir contre le r01,
tandis que, rcrcnanl de h messe ~ous son
voile elle montait l'escalier des dortoirs.
« 'ravais déjà appris cela hier, » déclara-lelle avec importance.
.
La sœur Becker, maîtresse des petites pensionnaires, se retourna précipitamment et,
jnterpellant l'imprudente :
« Comment cela, puisque vous êtes rentrée
ici avant quatre heures?.. . Est-ce chez vos
parents, à !'Hôtel des Invalides? .
,
_ Non, c'est dans une maison ou _ma
sœur m'a menée en visite. C'est u~ monsieur
com:ne il faut (sic) qui en a dit quelque

"

D'EUX 'FTL'L'ETT'ES HTST0~1QU'ES ~

111ST0~1.ll-------------------J

où l'on faisait lecture de \'Histoire_ de ~rance,
l'avait accostée près du poêle et lm avait murmuré à demi-voix :
« Voulez-vous que je vous dise une nou. é •1•••
wlle : le roi est assassm
. , .
- Taisez-vous! prétendait avoir rcpli_qué
~farie on ne doit pas raconter de pareilles
chose~ quand on n'en est pas s~re.. )) .
Sur celle objurgation, paraissa1t-1l, MarlTUeritc était devenue un peu confuse, et dao~
la crainte d'être réprimandée par sa sœur s1
cette dernirre était mise au fait de ces prop?s,
elle aurait supplié son amie de n'en rien
répéter. .
. ,
. ,
_
Devant la "rante cons1deraLlc de cette se
conde révélation, les Dames de Saint~Joseph
se résirrnèrenl à laisser informer les magistrats.
A L;ès peu de temps d? là, au cours d'une
récréation, voici que Mane Geoffroy est ma~dée dans le grand salon de la co~m_un~ut~.
Elle accourt, essoufilée et rose d a\'01r JOUe,
toute perlée au front par' la .sueu_r de _ses
·cunes plaisirs. Mais elle s arrete, i~lerd!te,
!ur le seuil de la pièce austère et froide, a la
vue de celle sombre figure par laquelle e!lc
est attendue, qui est celle de M. le Commissaire Enquêteur et Examinateur. au Châtelet
de Paris. Il lui faut pourtant bien ava~ce~,
retrouver la parole et renou vc!er son tem01g acre dont on lui donne ensmtc lecture, en
lan io~maot de répéter si 'elle y persiste, _rt
de sio-ner avec la grosse écriture de sa pel1le
0
main.

i

Pendant qu'il est là, M. le Commissaire
questionne aussi Françoise d'Ivry, celle-là,
une grande de quinze ans, fille d'tm gentilhomme et d'une mère dont - scion les termes
du procès-verbal - elle ignore les nom, prénom 011 surnom. Mais la jeune fille s'est bornée à se quereller, pendant la messe des
Bois, avec son amie particulière, Mlle de
Lillleton, parce qu'elle voulait l'entretenir du
crime contre Louis le Bien-Aimé, et que celle-ci
a refusé de causer « sur des inrcnlions pareilles » dans une église.
Ensuite de quoi l'Enquèteur et Examinateur
se transporte à l'Hôiel Royal des Invalides, où
M. de la Coudre, aide-major, s'empresse de
faire comparaitre sa petite belle-sœur. L'infortunée Marguerite se présente tout éperdue
de peur, de larmes et de honte. Elle ne nie
pas son intempérance de langue; mais clic
déclare avoir sottement menti.
« J'ai cédé, gémit-elle, à un sentiment de
nnité pour avoir l'air d'ètrc plus instruite
que mes compagnes. J'en demande pardon à
tous. Ma sœur a bien fait d'ètre aussi sévère
qu'elle l'a été envers mon mensonge qui me
coûte tant à présent! »
A travers les sanglots dont elle entrecoupe
ses réponses, on devine que, dans le 11ombre
des admonestations qu'elle a encourues, n'ont
pas manqué celles dont la nature est la plus
cuisante, afin de lui faire réréler le secret que
peut-être, malgré tout, à l'insu de Mme de la
Coudre, elle aurait pu avoir.
&lt;( Pour m'arracher toute la vérité, el il n'y
en a point d'autre que celle ·que je jure être
la vraie, ma sœur m'a tournée et retournée
de la pire façon. Elle m'a aussi menée à
confesse; mai, je n'ai · cessé de persévérer
dans mon aveu. J'ai commis la faute de mensonge, et ce n'est que par un vilain orgueil
que j'ai péché. Je m'en repentirai toute ma
vie. &gt;J
Hélas! ces explications ne sont pas jugées
suffisantes. Et bientôt après, la petite ~farguerite d'Escoullets est assignée à paraître devant
MM. les conseillers Maupeou, Molé, Pasquier
et d'autres, en la Chambre de la Tournelle.
Elle a juste l'exiguïté de taille qu'il faut pour
y paraître bien assise, si on lui offre la sellette, presque toute chaude encore, que Damiens vient de quiller pour descendre dans
la chambre de la torture et s'allcr, de là ,
faire tenailler, brùler de soufre et de poix-

résine, amputer du poignet et démembrer à
quatre chevaux en place de Grève.
Interrogée par ces vieux spécialistes ~t
tourmentée de mille questions, l'enfant ne
peut que renourelr.r ses a1•cux, ses humilités
cl ses pleurs.
Quand elle sort de là, le cœur encore bien
gros, mais cependant soulagé de l'espoir
qu'elle en a fini de celle solennelle a,·enture,
pour la faire changer d'air el d'idées, elle est
conduite par sa sœur et confiée aux soins
scolaires des Ursulines de Saint-Germain-enL::iye.
~ntrc temps, son amie, Marie Geoffroy, a
été pareillement convoquée en la Chambre de
la Tournelle.
Elle aussi, toute émue, toute frissonnante,
Loule petite, a répété ses dires qui, on s'en
souvient, sont très compromettants pour Marguerite.
Alors Yoilà que, tout d'un coup, les deux
enfants sont l'objet d'un ordre &lt;1 pour être
appréhendées au corps et amenées prisonnières ès prisons de la Conciergerie d LI Palais )) .
On tient Marie Geoffroy à disposition; mais,
pour l\larguerite d'Escoullets, il faut l'aller
quérir à la campagne de Saint-Germain. L'hui~sier Griveau s'en charge, accompagné de deux
assistants, et suivi d'une voiture dans laquelle
sont des officiers et archers pour prêter mainforte en cas de besoin.
On juge quelles transes nouvelles ce furent
pour&lt;( ladite demoiselle d'Escoullets)) quand,
appelée par la tourière, devant la Supérieure,
cc petit bout de corps s'entendit décréter de
prise, selon les termes d'un grand diable qui
se disait &lt;( parlant à sa personne &gt;J et qui
c1 lui signifiait et déclarait qu'il l'arrêtait cl
lui faisait commandement, de par le Roi cl la
Cour, de venir aYec lui ». L'enfant, dans son
mince et triste costume de pensionnaire, prit
une place, qu'il ne lui fallait pas largè, au
fond d'un carrosse à quatre, du Bureau des
voitures de Saint-Germain à Paris. A côté,
s'assit l'huissier Gri,·eau, et les deux recors
en face. On del'ine ce que put être cc long
trajet en semblable équipage, pour l'àme
d'oiseau aimi encagé, à qui l'air libre des
champs que l'on traversait ne représrntait,
sans plus d'espérance, qu'un mondti inconnu
et de terreur. Et l'arrivée dans cette prison de
Paris, la plus vieille de toutes, avec ses tours
saillantes, sa dure mine féodale, ses voùtes

basses el noires au bout desquelles s'ouvrait,
comme une gueule de monstre, le registre
d'écrou!
Par bonheur, le séjour à la Conciergerie
n'était pas non plus sans exercer une impression violente et salutaire sur la conscience de
la petite Marie Geoffroy.
Au cours d'un des premiers interrogatoires
qui suil'irent son incarcération, elle Yaria
subitement d::ins sa déposition. A son tour,
elle reconnut a,·oir menti, par vanité aussi,
afin de paraitre avoir reçu, avant toutes leurs
compagnes, la confidence de l'amie de son
cœur. Tandis qu'elle n'en avait rien appris
d'avance, pour parler enfin sincèrement. Et
elle termina en disant qu'elle demandait, du
fond de son âme, le plus humble pardon, à
)fargucrite, d'une telle fausseté.
Du coup, il y eut chez les magis trats autant
d'irritation que de désappointement. Ils n'en
continuèrent pas moins, pendant plusieurs
sé~nccs encore, à vouloir lire un mystère
d'Etat dans cette petite tête, dans ces yeux
dont le bleu doux avait cessé d'être imposteur.
Mais il o'y eut pas moyen de faire revenir
Marie sur ses allégations dernières et évidemment de bonne foi.
En conséquence, la Cour - et seulement
au mois de mars - ordonna la mise en liber! é
des détenues, a\'ec l'assistance des princes cl
pairs réunis, parmi lesq11els figuraient les
ducs d'Ozès, de Luynes, de Brissac, de la
Force, de Rohan, de Fitz-James, de Noailles,
de Mortemart, etc. L'arrêt e~oignait aux
petites d'être &lt;( plus circonspectes à l'avenir
dans leurs discours » et leur faisait défense
&lt;( de récidil'er, sous telles peines qu'il appartiendrait ».
L'histoire ne dit pas si l\larguerite et Marie
furent obéissantes, si jamais elles ne troublèrent, par quelque légèrèté on quelque commérage, la paix des intérieurs qu'elles se
firent, ni celle de leur entourage.
On ignore aussi cc qu'il advint de cette juYénile affection entre deux fraîches créatures,
où l'une avait eu la coquellcric de vouloir
sembler à l'autre la grande amie plus sa,·antc
que personne, - où la seconde arnit cru
dcl'oir s'octroyer le senti mental apanage d'ètre,
en apparence, la ;première à cueillir les confidences, toutes pures de nouYeaulé, sur la
bouche de son amie.
PAUL

HERVIEU,

de l'A camédie fran çaise.

.... 155 ...

�l.'E R,0.iJ(JtN D'E CA.iJfll.1.'E DES.MOUI.TNS - -...

1 EUR f! LS JI ORACF. C,rnll.LE D ES)IO!Jl.1:--S, LUCILE D UPLESSIS, S.I n:mlE, FT •

T,1Ne11 t1 de /'ate/ie,- de D A\"10, ( ' l/11st!e de i·e,-s,ille~.

Le roman de Camille Desmoulins
PAR

G. LENOTRE

un appartr rncnl. Camille Ir choisit ~11 ~.nar1ier qn 'il aimait, dans ccllr rne d11 ~~ealrr..l'imagine fJUr, si c'rsl une salisfocLion de Français, enf'ore incomplètcmc~1l hall,•. ou
monter son mrnage, personne ne du_L rn nr s·rtel'aicnl qtw di• helles maisons n~•n;r~.1
sl'ntir Ir prix autant qur ce hohi•mc de !1om·- Mais qur l l'lail son rm placemrnl e~ac~ • C
l:i nn prtil prohl/&gt;rne cl~ topog~aph1e pat,nalislr, drpuis six ans l'hôl ~ des_ garnis _d,'.
sienne
qu'il n'était pas fi1t·ile de resoudrc.
pays l:itin. rl qui, n'apnL ~ama1s_ posse~t• .
Vers 1850, alors qu 'il n'était pas rnrorn
."
de
dnux
louis
à
la
fois.
al'a1L
depuis
p1lb , •· ·
,
longtemps renoncé à son 1'èl'e dr rn creer ~n l'auteur applaudi . drs Pattes _de mo11~l,.e,
intérieur. li se trou,·ail tout à coup _à la tr t_c \'ictorien ~ardou, ;, peine sorti du co~l~ge,
Lucile arnil s't'·Lail lié d'amiti6 mw un vir11~ P:i1·1~1L'll,
c1.une fortune mrtholorriquc;
.,
o
. . d .
, , ,
100 oon l'rancs de dol! ... QuellPJOI P e JOUer qu'on appelait Ir 71rtil pfre Lrnn1I' .
Le chercheur• chrz Sardou , a precetle
rrreois
d'acheter
des
meubles,
de
louer
au bou o
,

li

l'aulcnr dram:itiqnr r i' il rrllr &lt;:poq11r. o_,,
personnn 1w songeai· L a· ·ll1 t; 1·rocrer
o. lrs·. ·~ll!'lï..
"anls, Mji, rar&lt;'s, de la l\evol11t1on. 11 s 111 ,.,.h,i:iil 1, (('s rct ronrrr, i, causrr a1·e1• ru": _&lt;' 1
notait leurs ri'·cils. Les sot111'nirs d_r~ '. IL'illards. a-t-on dit, rnnt. nnr part d he~11a;;e
qu'ils Joivenl :icq11illrr &lt;l~ lrur '11·~nt.
Sardou ne l'ignorait pas, et ,1 :i s1~ ama~,r~
ainsi des trrsors c1,, ces me1ms faits PL d,
res rhosrs rnes ff IIQ lrs lil'l'CS nP rarontrnt
point.
.
. .
;
1
Le p1•rr Lenmr hab1La1t le rrz- cle-na11ss1
r
d'une ancienne maison de la rue du Paon,

e:~ il

•

disparue lur~ du pcrccmcnl &lt;lu IJoubanl
Saint-Gcrwain; élra11gc logis, Lei qu'on u'en
rc11rnntre guère aujourd'hui, arec une wur
1·11 héwic)cle, i, l'angle de laquelle se dressai!, derrière dt's 1,;onstructions parasites,
1111c Jes tours su1Jsisla11Lcs de la 111uraillc de
l'hilippc-Aug11stc. Lenoir était, it cclleépoqul',
un rieillard fi11, jovial, causeur aimable, auditeur a~sidu des cours de la SorlJoune cl du
Collège de France ; il avait une IJihliothèque
considérable, el \'icloricn Sardou furetait
it la l'ois dans les Ii,rcs el dans k s souvenirs
du bo11ho11rn1c. li sorlail sou1 c11L avec lui, cl,
par le quarticr , 'I uc de 11ou,·eaux Lra,és
n'araieul pas cucorc modifié, Lenoir allait,
conlanl le passé : pour lui, dans cc I icu,
district des Cordeliers qu ïl habitait depuis
soi~anlc ans, chaL1uc maison :11aiL son hi~-.
Loire : il n'a,aiL pas quitté Paris pendant la
Hérnlution ; curieux des choses cl des gens,
il arail tout 1u el bien 1u , en badaud que
les calachsmcs distraient· mème il araiL
aperçu n;bespierre, co1111u' Uauton el causé
arec de Bat1..
ln jour qu·a, ec ~ou jcuue a111i, Lenoir
passait de,·anl'l'Odéon, il désigna les fenètre~
du deuxième étage au-dessus de l'entresol,
it 1'angle de la place el de la rue Crébillon.
- \'oyct, dit-il, c'est là 11u'habitait Camille l!esmoulins.
Depuis lc1r~ ~ardou 11c tra1 crsait j a1nab
la place saus lerrr les )CUX rers ces l'cnèlrcs
cl :,ans cn1oier LIii SOtLYenir au paUl'l'C
Camille. Ur, il l a qucl&lt;1ue 1·i11gl an:,. 011
apposa uue plaque commérnoraliYc du séjour
de Camille Uesmoulius; mais, au lien de la
placer à l'angle de la rue Crébillon, cm la
fixa sur la maisou d'en l'ace, au-desws du
café \'ollaire. Perso1111e, comme liicu 1ous
pensez, 11'dcra uni' objection : une plaque
c,L uuc chose ol'ficicllc cl grarc; c'est, en
&lt;1uelr1uc sorte, la Légion d'honneur des maisons, cl il faut ètre bien sùr de soi pour
réclamcr contre une si flatteuse promotion ....
l'ourlant Sardou gardait u11 doute.
Je suis loin dïucrimiucr la Conuuissiuu
de:, Inscriptions parisic1111es, 1111i s'esl chargée
de 11 décorer )J œ llc maison ; j e sais quelle
science, c1uelles précautious cl quels soius
die apporte à ses tra,·aux cl, cuire les deux
maisons, le doute était permis: 0 11 ue sal'ait,
t'II effot, offit:icllemeul qu'uue chose, d'après
le procès-1·crbal d'arrestatiou de Lucile :
r·c~t 11ue le ménage Hesmouli11s habitait le
se('Ollrl i tuyc au-r/essu.~ de l'e11lre.~o/ de la
111ai~o11 du cilo!Jell labrelinièrc, place dn
'/'/1eâll'e-Fra11çais. Cc Lalirctinièrc possédait-il l'immeuble de droite ou l'in1111eulJlc
de gauche'! Toute la question dail li1. La
Coum1i~sio11 culama uuc e1111uèle, compulsa
les titres de propriété cl arril'a i, rc ré~ultat :
Labrclinièrc était propriétaire des deu.r maisons! Un opla pour l'une d'elles, LlUe semblait
plus spécialement désigner la tradition, el la
plaque fut posée; on ne pourail faire mieux
ni plus.
C'est toujours le hasard qui apporte la
~olution de ces petits problèmes de topo0rapbic parisicmw : µu fcuilletanl récenuncut

u11 lot d'autographes dout Georges Cai11,
l'aimable conscrl'aleur du 111us~c Carnavalet,
1c11ail d'enrichir ses colleclio11s, je tombai
L'll arrèt sur un petit cahier de 110Les signées
du 110m de lle1isf'. Cc llerisc, étudiant it
Paris rers 1i(i2, s'était lié ,11 cc 1111 de ses
eompalriotcs de L\isuc, M. Mallou, qui,
rédacteur il la 1'rib1111c cl au National,
avait, l'll sa 11uali1é de paru11L de Dcsmoulin$,
chcri;hé cl retrouvé dans Paris Mme Larido11l!uplcssis, belle-1111.,rc de Camille, cl s'était
pris pour elle d'une I ire affection. ,\ la fi 11
de 18:;4, Mme l!uplcssis, sa fi lie Adèle cl
~I. Matton hal,itaienl cnse111hlc 1111 appartement au rez-de-t:hausséc, aH?c jardin, dans
une petite rue de la Mo11tag11c-Sai11lc-l:encl'iè1c.
llcrisc fréquentait chez so11 ami, cl il re~:ul
snurcnt. de la houchc mèmc de )lme Uup!cssis, des t:0nfidenccs intéressantes; après
quarante années de deuil, le ~ouYenir de la
paurrc femme s'allardail it ~es jours heu1·cux; sans ccs:,c elle parlait de sa Lucile :
cc Elle n'arail pas, disait-elle, les yeux bleus,
mais noirs, semblables :'i ceux de ~011 pèrl'.
C'est n~oi qui, quelques ,iours arnnl leur
mariage. conduisis dans ma roiture Camille
cl Lucile aux Cordeliers, où un père les conl'cssa l'un après l'autre, Camille d'abord ,
puis Lurile, qui attendait son tour de l'autre
roté du conl'essionnaJ. lis se confessèrent
,11 et tau l de ro11fü111cc cl d'ingénuité que je
pouYais Loul eutendre .... n
Et plus loin :
cc Calllillc habitait w•ec Lucile r11c r/11
'/'heâll'e-Fra11çai~. n" 1, a11jo11 rrl'lwi r11c de
f'Oclc'uu. 11° :i8. lis logeaient au Lroi~ièmc
éfagr, cl leurs f'euèlres araie11l rne ~ur la rue
Crébillon. ,hant son mariage, Lucile demeurait prcsq uc en face arec son père, sa mère
cl sa sœur .\dèlc, rue de Condé, aujourd'hui
11° 2':!, au deuxième étage. Camille pou,·ait
parfaitement la 1·oir de ses J'cnèlrcs. On a,
depuis ttuelquc Lemps, bùli, rue Crébillou,
une maison c11 face de celle qu 'habitait Camille, &lt;JUi empêche actucllcme11l d'apcrcel'oir
celle 01.1 demeuraient .\1. cl fünc Uuplcssis. »
C'est là encore uu lémoig11agc irréfutable :
le 11° l de la rue du Théülre-Français était
dcrcnu, c11 1~::; i, le n" :itl de la rue de
l'Odéon ; c'en es t acluellemcut le n" 't't; la
couslalatio11 • rsl des plus simples. Sardou
arail raisou, cl le petit père Leuoi r ne l'a vait
pas lrorupé ; par conln', la plaque a tort;
111ais c'est la une erreur aussi e.,cusa ble que
l'arile a réparer.
C'est donc au troisi~me étage 1, sur la rue
Crébil1011, à l'auglc de la place, que se trourc
l'appartement qui serl'il de_décor aux amours
de Camille.
~;l i;omnw relie idylle reste ril'aute dans
c:w ruin tranquille el resté i11t.acl ! \'oici, rue
de Condé, le balcon de l'ieux fer d'où Lui:i]e
enroyail des baisers à son roisin d'e11 face;
des fenêtres de son logement Camille guettait
l'aimable fille que, depuis si longtemps, il
aimait.
1. En tenant compte de l'entresol; le procè,-vcrbal
tl'arre,taliuu c,t lrès précis sm· ce poi11l.

Le jour où Mlle Duplessis épousa le journaliste, le quartier était en émoi; les roisins,
sur les portes, regardaient les fiacres amenant
les témoius, qu'on se montrait curieusement :
e'csl Pétion ; c'esl ::iillery; c'est Mercier,
l'auteur du '/'ab/eau de /'ari8 ; c'csl lloLeopierre. Ces deux. derniers, pendant l'offîce,
ti11re11l le poète sur la Lèlc des BOUi eaux
époux; cl l'on a gardé sourcnir de l'cffarcmenl du vicaire Gueudcrillc eu voya11l Lous
ces noms, déjit l'amcu~ t•L redoutés, s'aligner
snr le registre de la paroisse 11 uand, 1a bénéJktio11 nuptiale terminée, 011 rinl signer les
actes daus celle admirahlc sacristie de Sai11lSulpicc cucorc aujourd'hui lambris~éc des
hoiserirs ,1ue la robe blauche de Lucile a
J'rolées.
Puis, par la rue de Coudé, 011 remoule
rcrs la plaœ du Théàlre-Fra11çais. C'c:,l cbez
Camille qu ·a lieu le diner de noces. 011 a
dressé u11c grande table ro11dc 011 pre1111enl
place b &lt;1ualre Lémoim, Camille et Lurile,
les parents de relie-ci, ., a sœur Adèle do11l
Hobespierrc a demandé la mai11, l'L l'abhé
Bérardier , le ,·iell''( maitre du rnllègc Louisle-G rand, pour le11uel Camille ronscrrc nne
affectueuse rcconnais~ancc : au total, di\
cou rerls.
Celle laLie, épa, e de~ jour~ heureux,
existe cucore dans un greuier de Yrnins,
Loule 1crmouluc aujourd'hui, cl ~e soutenaul
il peiue sur ses '1ualre pieds, tournés «'li
arajou massif'. ,\ Laon ~out couserrée~ d'autres reliques : legilcl blauc il Heurs hrochét'S,
11ue portail rc jour-la Camille; le , oilc de
mariage de Lucile, s,m i:orsage c11 salin ro,,c
avec de~ petites hasques et des rnanchc:,
élroilcs, des jarretières de soie, brodées de
mi·osotis cl de cœurs ai:couplés, Mir lcsqucb
dc's colombes déposent une couro1111c porlaul
celle dcrisc :
Li ui,s011(~ic)-1ious-pour-la-r1c.

()uc ces choses soul émo uva11tcs a1cc leur
air de gaieté vicillollc cl le t:harmc allcndri
&lt;les sourenirs &lt;l'amour qu 'elles é roqu enl....
fü q ucllcs douces soirées Camille passa là
arec sa Lucile! (Judie aimable intimité avec
sa nouvelle l'a111illc ! La jeunesse faisait dans
~on àmc u11e entrée lardil'e et triomphale;
tel esl so11 élonuemeul d'ètre heureux, d'aimer, d'arnir un chet, soi, de croire en l'ave11ir, que sa l'en·c déjà en est moins cinglante;
~011 journal parait encore; il raille toujours;
mab il semble 4uc la ~incérité rageuse des
premiers uuméros n'est plus déji, que du
procédé. - 1l Tu dors, Camille, el Paris e~I
csdare ! !J éc riL1111 faiseur de couplets. Camille
11c dorl pa~, il aime cl, quelque brillante.
que soit sa répulatiou cl'écril'ain en cette
année 179 1. qui ou1Te deYant lui un horiwn
de joms heureux, son ambitio11 a changé
d'orientation. li l'a dit lui-même, d'ailleurs :
11 f.e n'est pa5 la girouette, c'est le renl qui
tourne !! ; et le renl âpre qui Jusqu'alors
a rail soufflé sur lui en tempête s'était changé
en un calme zéphir chargé de senteurs amoureuses.
Dès les premiers hcaux jours, on reprit le

�_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

'-- - - - - - - - - - -

_ _ _ _ _ _ _ _ ,Jt

111STO'J{1Jt
de fortune inespéré fait revivre en lui le
favorites : Qu' esl-ce que ça me {ail? C'est
Camille des anciens jours; il rayonne, il
chemin des champs ; celle maison, que posclai1· comme le jour! jusqu'à ce que,
exulte. &lt;( Me voilà , écrit-il à son père, logé.
sédait Duplessis, i1 Ilourg-la-Reine, scène des
exaspérée, elle accourt el leur jctlc à la tète
au palais des Maupeou el des Lamoignon.
plus tendres chapitres du roman de Camille,
Loule sa provision de thym et de serpolet
Malgré toutes vos promesses que je ne ferai
les historiens, dédaigneux: de ces minces
dont, pour les faire Laire, elle leur emplit la
jamais rien, je me vois élevé à cc qui était
détails, la croyaient si bien perdue, oubliée,
bouche &lt;( de ms mains à petites fossellcs ll .
le dernier échelon de l'élévation d'un homme
introuvable, qu'aucun n'a pris la peine d'en
&lt;( Tiens, mange, Bouli-Iloula, mange
de notre robe ... . Le vésicule de vos, gens de
signaler l'emplacement. Celle recherche nous
Guise, si pleins d'envie, de haines, de petites
tentait, cl quoique Mme Duplessis, après llon-llon. ll
Bouli-Boula, c'est F1·éron, lion-lion, ç'est
passions, va bien se gonller aujourd'hui! ll
l'effondrement de l 794, eùt décidé la ,·ente
Camille, qu'elle a ainsi surnommé à cause de
Ce mouvement d'orgueil dura 1rop pour
de sa propriété, nous acquimes la certitude
son bégaiement. lis ont tous des surnoms,
sa gloire : en excusant lès massacres de
qu'à l'époque de la Reslauration elle n'avai t
ces grand,; enfants rieur, qui s'ébaudissent
septembre, en votant la mort du roi, en se
pas encore trouvé un acheteur. li ne nous
en pleine nature: MmeDupkssisc,t Daronne';
rangeant parmi les adversaires des Girondins,
fallut donc qu'un peu de patience pour déLucile est devenue Loulou ou encore la Poule
il croyait payer sa popularité. Ce n'est qu'au
couvrir, dans les documenls administratifs
èt Cachan, en sou\'enir d'une poule qu'en
tribunal, en entendant prononcer la condamde celle époque, la description de &lt;( la maison,
traversant le village de Cachan, Camille et nation de Brissot el de ses amis, qu'il trouva
forme, vigne, prés, culture et jardin, d'une
Lucile ont rne se défendant contre un coq.
son chemin de Damas : « C'est moi qui k s
contenance de vingt et un hectares, apparComme toutes ces choses, dont la miè,·rerie
tue, s'écria-t-il ; je ne me le pardonnrrai
tenant à Mme l'euve Duplessis ll , Les plans
s'efface devant le tragique dénouement de
jamais l l) Cette partie de sa vie appartient
communaux annexés au rôle nous fournil'idylle, comme toutes CfS choses sonnent
aux historiens de sa carrière politique, qu'à
rent une topographie très complète du dogaiement l'amôur, la jeunesse, la joie de vivre,
maine, qui se trouva ainsi recon•li tué sur le
dessein nous passons sous silence. Aussi bien
l'e;rnbérance et le bonheur !
son roman touche au dénouement , et Chapapier. Qu'en restait-il, en réalité ? Une YÎsile
Une double allée de tilleuls taillés longeait,
à Bourg-la-Reine nous réservait-elle une - et longe encorr, - le jardin planté de teaubriand en a résum~ en quelques mots la
déception '! La ferme de Lucile avait-elle fait
suprême et grandiose péripétie : &lt;( Une
grands arbres qu'aucune barrière ne séparait
jeune el charmante femme, en le rendant
place à quelqu'une de ces horrililcs bitlisses
du reste de l'enclos. A l'angle nord de la
capable d'amour, le rendit capable de vertu
de plâtre dont notre banlieue semble avoir la
propriété, ~[. Duplcs~is arnil fait élever une
et de sacrifice. l&gt; Oui, ce gamin terrible, cc
spécialité? Non. La propriété a été dil'isé1•,
petite, mais confortable maison : c'est là
&lt;( garnement de lettres », ce folliculaire
m'lis peu défi gu rée 1 ; elle se trou ve presque
que logeait le jeune ménage; el, quoique la
bohème, devait mourir victime de celle
telle f(LI'cllc était il y a cent ans, en bordure
banalité de l'élégance moderne aü mis sa Ilévolution qu'il avait déchainée : une derel à droilc de la roule qui l'ient de Paris,
marque sur cc gracieux pa,·illoo, le souvenir
nière fois il se jela dans la mèléc, mais pour
tout à l'entrée du village.
de Camille et de Lucile semble s'y rencontrer prendre la Terreur corps à corps, pour
C'est, à l'c:ltrémité d' un long mur, la
à chaque pls. On les voit, marchant côte à braver l' écbafauJ , pour clouer Robespierre
ferme, pittoresque cl champêlre, aYec sa
cote, sous l'allée de tilleuls, dans les gaies au pilori de son Vieux Cordelie1·. Et, cc
porte charretière, ses deux piliers à boules
ténèbres de la verdure; ils se sont assis rnr faisant, il savail qu'il donnait sa vie. Un jour,
de pierre, la cour rustique où le vieux puits
ces bancs de pierre, aujourd'hui verdis cl
comme ils déjeunaient ensemble, Brune, son
à chaine montre sa margelle usée, l'écurir,
moussus; par cc sentier, ils gagnaient la ami, ne lui a pas caché ses appréhensions ;
vacherie, tout cela de proportions resferme, à l'heure du souper, tandis que le mais Lucile est fi ère de son mari : &lt;1 Laissetreintes, ressemblant plus aux bergeries de
soir tombait, que les liserons et les chèvre- le faire, Brune, dit-elle, laisse-le remplir sa
Trianon qu'à des Làtiments d'exploitation.
feuillrs dégageaient leurs parfums eni,Tanls
mission ; il doit sauver son pays. l&gt; El
La grange ouvre sur l'enclos encore entourJ
et subtils, que les oiseaux clianlaient dans Camille, étreignant à la fois sa femme, tendu vieux mur d'autrefois, à peine entamé
le, profondeurs des marronniers.
drement courbée sur lui , et son fils Horace,
par le tracé du chemin de fer. Des poules
Pendant toute cette année -1. 79 l, Camille assis sur ses genoux, ajoute philosophipicorent sous une herse appu)"ée au tronc
fut heureux. « Je ne dirai qu'un mot de ma 'luement : Edamus et bibamus, cras enim
d'un noyer, une le~sivc sèche sur la baie, les
femme, écrira-t-il plus tard ; j'avais toujours
chemins creusés d'ornières par les chariots
cru à l'immortalité de l'àme ; mais mon mé- moriemur.
Par moments, elle a peur aussi, la pauue
s'écartent dans les avoines; mèmc, dans un
nage est si heureux que j'ai craint d'avoir
Lucile ; elle voudrait voir son Camille entouré.
coin, une antique baraq~1e à lapins, faite de
reçu ma récompense sur la terre, et j'avais
d'amis. Fréron esl depuis huit mois devant
planches moussues, semble être oubliée là
perdu ma démonstration de l'immortalité ! ll
Jcpuis les jours heureux oü Lucile, portant
Toulon as~iégé; clic l'appelle, elle crie au
l~t YOyez comme le bonheur rend l'homme secours : &lt;( Revenez, Fréron, revenez bien
. une charge (le luzerne, donnait ç:ra"cmenl à
indulgent. Voilà que, dans l'été de -1.79 1, il vite; am~nez avec rnus tous les vieux Cordem:rnger à srs bêles. Yuici la chamlire !Jasse
cesse la publication de rnn journal ; depuis
liers qu ~ rnus pourre z rencontrer ; nous en
où couchait Fréron ; sur le reborJ de celte
qu'il vil dans l'aisance, il estiwc la I"hho- avons le plus grand besoin ... le serpolet est
fenêtre vena;t, aux matins ensoleillés, s'aplulion terminée; il annonce sa résolu Lion de tout prêt ; c'est à tra\'ers mille soucis que je
puyH Camille, tandis que sa l"emmc trottait
rentrer au barreau . Il lui e;l né un m~•, d
l'ai cueilli. Je ne ris plus, je ne fais plus le
par la r~rmc, prr p1rant le café, appelant les
il voudrait l'avrnir calme, assuré, pacifit1ur.
chat, je ne touche plus à mon piano, je ne
poules, accablée de travaux dont l'ile ne terPourtant, quand la fiépublique est proclamée, rêve p)us, je ne suis plus r1u'une machine...
minait pas un , « se démenant comme un
quand Danton, ministre, l'appelle au x fonclutin, montrant les dents comme un chat l&gt;,
revenez, re\'cnez hien vite.. .. ll
tions de secrétaire général de la Chancellerir,
Maintenant, c'est fini, les heures sinistre;
all'Jirée, prenant au sérieux ms devoirs de
lorsqu'il entre, au bras de sa Lucile, dans le vont sonner ; sur cet intérieur heureux, le
fermière, dédaignant les douces railleries de
solennel hôtel de la place Vendôme, ce coup
Camille, de Fréron qui imite ses lœutions

1;

1. Cependant, tlcpuis quelques mois, une rue a étë
11·acèc à travers l'endos et sépare maintenant la l'crmc
du pavillon d'habitalion.
•
2. Daronne est un mol d'argot ciui signifie Pttlro1111e,
5. « .. . Et moi aussi, fat un enl'anl ! Et tout cc
que je souhaite, c·c,t qu'il m'aime un jour autant que
j'aime mon µè 1·e. » Lellre de Camille à son père,
Il juillet 1702,
_
, .
.
. . .
Horace Desmoulins eta1t ne le 6 JUtllet, it neuf
heures du matin. li fut inscrit le z1remier sur le

registre de l'état ci,·il J e Paris qui succé,lail aux
rcgislrcs paroissiaux. Cornille fil inscrire s111· l'acte,
à la suite de la déclaration de naissance. ces considérants
ou se rctrou\'e le pamphlétaire frondeur de la Frn11ce
libre : « .. . Que la liberté des cullcs étant décrétée
par ln constitution et que, par un décret dè l'As•
i~~hlée léi;-islali,·c rclal1f au molle de const?lcr l'étal
c,v1I des citoyens aut1·cmcnt que par ,les ccrémo111es
religieuses, il doit être élevé, dans chaque muuici•
palité, un autel sur lequel le père, assisté tic deux

... 158 ...

témoim, présentera à la pairie ses cnfanls; le corn·
parant voulant user Jcs dispositions de la loi cl
\'OU!an't s'épargner un jour, de la pa1·t Je son !ils, le
reproche de l'avoir liu par serment il des opinions
religieuses qui !'c _11ouv_aicnt pas Pncorc être les
siennes cl dii l'a\'011' lait dcbulcr ilans te monde par li!'
choix inconséquent entre neuf cents et tant tic rch·
gions qui Jlartagent les l(omm~s,. dans un temps 0 (1 11
11c poul'a1t pas sculcrncnt d1st111g~1cr _sa merc. en
conséquence ... , etc. • (Joul'lial de ~ervms, 1884. )

l

LE 'R,O.MAJ\J DE CA.M1LLE DES.MOUL1J\JS

~

�msTO'J{1A

~-------------J

mallicur va s'abattre. Le 20 mars (17\H),
Camille reçoit de Gui~c une lettre bordée d_c
11 oi r ... il l'ouvre : JI. llesmoulins a11 0011ra1l
que sa l"emmc 1cnait de ,m~u.rir : &lt;! Ta 1.11è1:c
u·esl plus, elle est d~c~dc~ auJourd hlll,
heu re de midi· &lt;•lie La1ma1l lendremc11l.
.l'e111l.,rassc bien '.,tfoctueu~emc11l cl liie11 tristement La l'cmmr, 1m chère bclle-lillc, cl le
petit lloracc. » El l'oilà 11uc C_amille pl~ure:
Sur le bord de la table, le l ronl daus ses
111ai11s, il sang'olc longtemps, rcvoya1'.l dans
sm1 rnnYcnir la calme 111ai~u11 de Guise aujourd"hui en ,lcuil; pe11d~nt .des heures . 1\
reste lit, perdu dans sa rcvem. li es_L ta1d.
Dans la chambre 1oisi11c, Lucile est ctenduc
sur son lit. prrs du berceau de ~?u e~l'a11l :
la fatigue ra vaincue, elle do1:1. !out a coup
le pas cadencé d'une patrouille l_roub)c le
~ilence de la ru,·. Camille tressaille, 11 $C
lr1c, ouvre la l'enètre, se penrhc... ,, les
soldats sont arrêté~ à sa porte. Il cot11_·L a ~a
femme : 11 On ,·icnl m'arrêter! 1&gt; rr1e-t-1l_.
Lucile, brusquement réveillée. comprend a
peine : elle l'étreint da1.1s ses_ 1,ras .. le serre
contre elle pour le protegcr ; il se degage de
cc suprême baiser, s'incline ~ur le berceau
d'Horace, embrasse son enfant, et desct&gt;ud
lui-même ouHir la I orl e aux agent.s d_,'.
Comité. Eu un instanl il est cnlonrc, lie
romme un malfaiteur, co11duil il la prison du
l~uxembourg.
..
Jamais _je n&lt;' passe 11 ccl a11glt· d_u pen:,lJle
de l'Odéon sans songer au du·mer rega rd
que, de cel endroit, Carn_ille, e'.11_rainé rar _les
policiers, jeta rnr la ma1~011 0~1 il a"_a•l 1Tru
h~ureux · en 1111 instant d angu1~~r po•gna11lc,
il rel'éc:,t là tout ~011 passé: it la l'c11èlre
ouverte, se détachant sur le l'o11d lumi11~11x
de la chambre, il l'it la silhouclle de Lucile,
demi-nue, secouée etc ~anglots, le~ bras lt'nd11s l"Crs lui , l'appelant, lui criant : &lt;! Ad~cu ! 1&gt;
E11 tournant le coin de la rue de Vaugirard,
il l'enlc11dail encore, puis la voix se perdit
dan, le lointain ... la mort cornme11çai1.

La fonêtrc de son cachot dominait cc jardi'.1
du Luxembourg où, di x ans aupara,anl,. 11
avait vu jouer Lucile enfant. (~~elles pensc~s
lni déchiraient le cœur. lorsqu 11 se rappel.u t
ces joies passées! Qui n'a l'.1 le~ l_cll~cs, suhlinws que de sa prison il l'Cr1va1t. a sa
l\:mme'! ()11el poème conli~nl un cr1 plus
11arra11t de désespoir cl d'amour '! « Le s~11 1meil a suspc1_1du mes maux .. ~).n c~l l~bre
&lt;1uand 011 dorl. .. le cic! a eu p1l~e de moi. li
n'y a qu·un moment, JC te voyais ~n songe,
je vous embr~s:ai~ ~our il t_our ,. LOJ,. llora~~
cl IJaronne qui cla1t a la ma1so11 . mais ndlH_
pelil avait perdu un œil par une humeur qui
,·enait de -se jetr.r dessus, cl la ~oulcu r d~
cd accident m'a ré1eillr. ,le me s111s r?Lrouve
dans mon cachot. li l"ai5ait un p_eu Jour ....
Je me suis levé pour t'écrire. )lais. ouHanl
mes l'enêlreS, la solilude, les affreux. _!Jarr 'aux les ,·crrous •1ui me ~éparcnl de· tu1 ont
1,~in~t; toute ma fermeté d'.'unc. J'ai l"u~idu
, larmes , ou plulot J·'ai . sanglolé. en
en
, 1 criant
,
•
daiis mon tombeau! Luc1lt• 1 Luc•1c • u 111 ·~
chère Lucile, uù es- tu ·1... Je ,ois le sort 4u1
m'allcnd; adieu, ma Lolollc, mon bon Lo~1p,
dis adieu à mon pi:re .... (l ma rhère ~uc1le,
"'étais né pour l'aire des ,ers, pour dcleudre
·les malheureux, pour te rendre hcur?use .. ••
Pardon chère amie, ma ,éritable ,1e, que
j'ai pe;due du moment qu'on nous a sép,1,...
,e~ .... 'la
11 (. I..) ucill' , mon hon Loulou, ma• Poul e
i1 Cachan, je l'en roujurt, uc rc~le po111l ~111·
la branche. uc m'appelle poinl par tes ,-ris :
ils me déchireraient au !"und de mou lombea11.
Va uraltcr puur to11 pctil' , is pour rnon
llor;c~·c, parle-lui de moi. Tu lui. dir~s, c:c
qu'il ne peut pas entendre, qu? JC _I aura~s
bien aimé ! ~Jalgré mon rnppl11·~• JC crois
qu'il y a mi Dieu. J\lon . san;; ,,_fl:1ccra 111es
l"aules, les l'aihlesscs de l huma111tc; et 1011t
,·c que j'ai en de bo1_1, mes ~·crlus, 111~11
amour de la liberté, Dieu le recorn pc11se1a.
Je le rel'crrai 1111 jour; alii&lt;'u, Loulou, 111a
rie, mon âme, 111 a di l'i1tilé sur la terre.

\ llieu 1 Lucile ' ma Lucile, ma chère Lucile.•••
• 1
Adieu, mon p~re. Je sens fuir dcva1~L 111~1 c
riva"e
de la vie . .le vois encore Lucile! ,1 e• la
0
vois, ma bien-aimée, ma Lucile ! Mes ma111s
liées L'embrassc·11t, cl ma tête séparée repose
encore sur toi ses yeux mourants ! 1&gt;
Le à avril 17!)1., Camille mourait, aux
accla111ations joyeuses de ce peuple qui 1:avail
Lanl adulé. lluit jours plus lard, ce lut
tour de Lucile : clic alla al'ec courage ~
l'échafaud 1· au moment même o1t on h11
coupa les chel'cux, avant qu'on lui liùt les
111ai11s, clic. rcri,il it sa mère cc mol louchant : « Bonsoir, ma ,hère 111a111a11 ; une
\arme ~•échappe de mes yeux; elle csl pour
toi; je vais m'endormir dans le cal ml'. de
l'inuoce11cc. 11 De doull'ur, le père de Camille
mourut à Guise; M. lluples$iS ne survéc-_ul
que peu de jours il sa li lie; ~a w~11·c . 1ul
condamnée i1 pleurer toute seule, a v_11•rc
pour sou pl'lit-lil,, qui n'aqil plus 'I" ~lie
snr la tt'.rrc: elle 1;lcl'a llorare llc,mouhn_s
qui , en IXl7, s'c111l,~rqua pour ll~ïli, oit ~I
mourut en IX~3 , l:ussa11l den.\ ftllrs ~111,
tout réœmmcnl, vivaient cm·orc : l'une s appelait Camille, l'autr&lt;' Lucil~.. Yeul'C~ toutrs
deux elles éta:cnt dans la 1111scre; une tr11lati1·e i-nt l'aile, il y a quelques années, pour
intéresser à leur sort le (;lJUl'CJ'llemenl l'l le~
Chambres : la Mmarehc resta san~ rés_ulta l
cl 11011s rrol'ons que l'une d'elles csl auJOttrd"hui décédée ....
Mais rc1c111111s it la place ,le l'Odéo11 :
lorsque Ir 111arhrc rommémoratil" l!~c•~~ra,
~ut· la maison de Camille, sa place deh01t11-r.
ne pourrait-on, cnlrc t·1•s l"enèlres de la_ rue
de Condé, d'où Lurilc cnrn)a tant de l1a1scr~
it sou fianc·&lt;-. appo~rr &lt;\:alemcnl unr rnurtr
i11s1'fiptio11 '! L1 mémo,irr .~c la charm~nlr
l'cmme donl le roman lut 11dsllc dll la ~c111:
lut ion ne ,aut-clle pas d'èl rr rappelec, a
den~ pa~ tic cc Luxcrnliouqr, oi1 ~ou ,·œur
s'ulll rit à l'a1110lll' cl d'uü elle parl1l pour la
lllOl'l?

l

1:

li. LE:'\OTHE.

Champagne
Champagne le coilleur contait, il ) ~ longtemps, un e chose de n~ada_m~ de ??01sy que
personne n'a crnc : 1\ d1sa1t (tl_' cl~n~ une
l'ois allé trouver la princesse ~lme a NotrcUamc-des-\"crtus, oü elle prenait l'air cbt&gt;z
Montclo11, son avocat, il étai~ entré. dan~ l_a
chambre de madame de Chmsy, qui y cla1l
aussi, et que, l'aianl rencontrée au _lit, il
arnit été assez heureux pour tromer I heure
du bergcr."Un des_ pare~_ls de la dame, qui
m'a conté cela, dit qu 11 chercha quelque

temps Champagne puur le rouer de. ruup~,
,nais que le coq11i11 se radrn . .le IIC sais _commenl. après une chose cum111e ccllc-h1, la
reine de l'olognc a pu c1111nr11er Champagne
a1·ec elle.
Cc faquin , par son adresse à coiffer cl 11 se
faire ,aloir, se faisait rechercher cl carcssc_r
de toutes les l'cmmes. Le111· faiblesse le rendit
si insupportable 4 u'il leur disa!L _Lous le~
jours cent insolences : il c11 •~ la1ss~ t_el_lcs a
demi coiffées; à iJ'aulres, ,1prcs arn1r l_a,t un
coté il disait qu'il 11 ·achèl'erait pas s1 _elles
iw l~ baisaient ; quelquefoi s il s'c11 ail~•~• ~l
disait qu'il ne l'el'ien?rai~ pa_s ~i un uc l~1sa1t
retirer un tel qui IUL depla1~a1t, c~ fil'. 1_l ne
poumil rien faire dernnl ce m~ge-1~. J 31 OUI
dire qu'il dit à une femme, qm aYa1l un ~ros

net : 11 \'ois-lu, de qudquc l"a\·0 11 '1 11 " je le
roiffc, tu ne seras jamais l1icn Lanl que tu
auras cc ucz-là. ll Avcr. luut cela cllPs le cvuraienl, cl il a gagné du bic11 passablc11w11l: rar,
ro111111c il u'cstpas ~ot, il n'a pas _rnu lu pr~ntlrc ,d'argent, de sorlc que les prcse11t~_qu '.''.•
lui faisait lui ,·alaienthcaucoup. Lorsqu •1c0tl~
l'ail une dame, il disait cc que telle cl le~lc 1_11 1
al'aienl donné, cl quand il n'était pas sat,s!a!I,
il ,,joutait : « Elle a beau '.'.1':11voyer. qucr1r,
elle ne m'y ticnl plus. ll L id•~~e, qui _e11tc11_dail cela, tremblait de peur qu il ne llll e1.1 fil
·1uta11l el lui donuail deux l'ois plus ']Il elle
;,\:ùt fait. Jvec cela il était médisant co1~•~w
le diable : il n'y al'ail personne il sa fan_ta1s1_e:
De Pologne
alla en Suède, el revml ICI
ayec la reine Chrisline.

a

T ALLE~lANT DES REAUX.

"' JhO ""

FRÉDÉRJC LOUÉE

Le mariage de Talle)}rand
0
M. Frédéric Loli(e., à qui su travaux déjà très nombrf.ux ont assuré, parmi les historiens contemporains,
une place tout particulièrement brillante._, fait paraître
un nouveau volume : I.e prince de Talleyrand et la

,ociité françai,e d1pui, la fin du règne de 1.oui, XY
ju•qu'aux approche, du iecond 'Empire, que publie l'idite.u·r Emi)e..Paul « H istoria I e.st heureux de. pouvoir
offrir à su Jcctcurs un passage importa.nt de ce. très intéressant ouvrage, où se. rctrouvcnt toutes les qualités
qui ont vaJu aux œuvru précédentes de. M . Frédéric
Loliic un succès si gt"and et si mirité.

Le 5 mai de l'année 1802, Mme de Staël
contait, la plume en main, à son amie,
Juliette Récamier, des événements de société : &lt;1 Duroc se marie avec MUe d'Hervaz;
Mme Grand, dit-011, avec M. de Talleyrand.
Bonaparte veut que tout le monde se marie,
évêques, cardinaux, etc. » Ce dernier dJLail
appartenait au domaine de la fantaisie ; mais
le resle était la vérité même. Bonaparte
n'avait si bien servi les désirs de sécularisation entière de son ministre que pour l'obliger à conclure un mariage effectif, imposé
par les convenances de son rang, avec la
femme qui lui tenait lieu d'épouse non seulement dans SPS réceplious privées, mais dans
les réceptions d'apparat. C'esl tout un épisode
que celui-lit. Le mariage de Talleyrand a provoqué plus d'un récit; mais l'histoire en est
touj ours intéressante, et vaut que uous 1~
reprenions à ses origines.
La question de mariage, où la liberté des
sentiments devrait être supposée plus qu'en
nul autre accord, fut justement une de celles
ot, Napoléon, surtout quand il fut empereur
el niaitre, insista davantage it faire sentir son
vou!.,ir tyrannique. On sait à combien de
fois il arrangea, rompit et reprit les contrats
matrimoniaux des siens, frères ou sœurs.
Des mariages contractés par son ordre, il en
foisonnait à la cour. C'était sa particulière
satisfaction, sa manie d'y intervenir en
maitre; les sympathies éprouvées, les vœux
échangés, les relations de famille établies,
tout devait se courber sous la loi de sa politique, ou simplement de son caprice arbitraire.
A titre d'exemple et puisque le sujet en
est venu sous notre plume, nous en rapporterons un trait inconnu, recueilli dans les souvenirs intimes d'une illustre maison. Les exigences impériales (il était alors empereur)
y éclatent dans toute leur beauté.
Un moment, Napoléon avait eu l'idée de
li. -

HISTORIA -

Faaç,

ta,

fondre les petites principautés du Rhin en un
seul archiduché; et le prince d'Arenberg,
dont la personne et le nom se trouvaient en
faveur auprès de lui, aurait élé cet archiduc.
Il l'avait donc mandé, pour l'assurer de sa
protection, et lui ayanl fait cette promesse, il
ajouta :
« - Vous vous marierez demain.
&lt;1 - Mais, Sire, avait répliqué d'Arenberg,
je dois vous confesser que mon cœur n'est
pas libre, que la fiancée de mon choix compte
sur ma parole et que nous sommes, elle et
moi, engagés pour la vie.
« - Eh bien! désengagez-vous. Vous
vous marierez demain, avec celle que je vous
destine. Si vous élevez des objections, nous
vous em·errons à Yincennes. 1&gt;
Il fallut obéir. Le bal était commandé. Le
mariage eut lieu, le soir même de ce bal,
dans l'hôtel de Luynes-d'Arenberg. Or, la
jeune femme, dont on avait disposé sans lui
en demander avis, elle aussi, avait donné sa
foi à un autre gentilhomme, M. de Chaumoot-Quilry, el depuis deux années déjà. On
s'élail promis, réciproquement, d'observer
malgré l'empereur le respect des serments
jurés. Mais, la cérémonie avait pris fin. A
minuit, on se sépara. Les deux époux s'adressèrent un beau salut, et chacun se retira,
de son côté. Le prince d'Arenberg lit plusieurs campagnes, en qualité d'aide de camp
de J"empereur, songeant, pendant qu'il chevauchait à ses côtés, que par son ordre, il se
trouvait marié sans l'ètre. Cette étrange situation ne devait se dénouer qu'après la chu te
de l'empire, au lendemain de laquelle la
dissolution obtenue du mariage (conclu seulement sur le papier) permit de rattacher, de
part et d'autre, les liens brisés.
C'est en vertu des mêmes procédés despotiques, qu'il convint à Napolélln. un certain
jour, d'atlribuer à M. de ~larbeuf une riche
héritière de Lyon, qni d'abord promise au
comte Alexis de Noailles, allait marcher à
l'autel avec foies de Polignac. D'une manière
collective lui était entrée en fantaisie l'idée
qu'il marierait, à sa guise, toutes les filles
dont la dot dépasserait cinquante mille francs!
Sans se soucier le moins du monde des affinités de sentiments, il étendait où et comme
il lui plaisait cette inquisition de famille, qui
· le rendit si impopulaire.
Talleyrand fut un des premiers à essuyer la
manie matrimoniale de Bonaparte, qui n'était
... 161 ...

que Premier Consul, lorsqu'il lui imposa ou
de légitimer une liaison trop affichée ou de
la rompre.
L'ancien évèque d'Autun, bien indifférent
au récri des toutes-puissances ecclésiastiques
avant le Concordat, avait manifesté, en diverses occasions, des velléités de mariage. Ainsi
rechercha-t-il, pour la faire duchesse et peutêtre princesse, Mme de Buffon, une ancienne
amie du duc d'Orléans. Mais celle-ci avait
décliné l'honneur d'une telle alliance, ne pouvant, disait-elle, vaincre sa répugnance à
devenir la femme d'un évêque, fùt-il sécularisé. Il aurait eu le choix facile. Par nonchalance, il se laissa forcer la main, en faveur
de qui?... d'une madame Grand.
A quelle date précise s'était-elle rencontrée
sur le chemin de sa destinée? Où, dans
quelles circonstances, cet accident vint-il se
fixer dans sa vie, après s'y être glissé sous des
apparences trop séduisantes. Beauly is &lt;t witch,
a dit Shakespeare. Talleyrand, après tant
d'autres, allait prouver la Yérilé de cet adage
que la beauté est une magicienne. N'était-ce
pas son point faible, ce côté de nature, qu'on
retrouve chez ceux de sa suite, de Talleyrand
en Flahaut, de Flahaut en MornI? U11 minois
alléchant jetait toujours quelque désordre
dans le sérieux de sa pensée, pour peu qu'il
s'attardât à le considérer. D'ordinaire, c'était
un genre de distraction qu'il n'agréait que
par inlermi llence. li s'en dégageait avec assez
de souplesse pour ne laisser point aux regrets
le Lemps de se former. Avec Mme Grand sa
prudence fut mise en défaut.
Ses origines? Elles n'avaient rien de particulièrement brillant. Ses commencements?
On osa dire qu'au début de son aimable carrière elle avait honnêtement vécu du produit
de ses charmes. Une calomnie, nous voulons
le croire.
Elle était née, le 2J novembre 1762, dans
les Indes, à Tranquebar, un port de corn. merce alors eu la main du Danemark, dépen~
dant, aujourd'hui, de la présidence de Madras.
Mais, pour s'être éveillée à la vie sous le ciel
de l'Indoustan, elle n'en eut pas moins une
autre patrie. Quoiqu'elle efit revendiqué en
des circonstances difficiles de son premier
séjour, à Paris, la nationalité danoise, elle
n'était ni Scandinave ni Anglaise. Son père
était bel et bien un fonclionnaire du roi de
France, attaché, à ce titre, au port de Pondichéry en attendant qu'il le fût à ChanderI1

�111ST01{1Jl

•

----------------------------------------~

hommes de finances s'offrirent à lui faciliter
nagor. Elle avait reçu de lui les noms de car il en obtint assez vite la récompense les moyens de vivre. Les premières traces de
Catherine-Noël Worlée 1 • Son enfance ne passa entière. Il essaiera bien de faire croire à sa son passage ont été relevées sur la facture
pas inaperçue, parce qu'on lisait dans ses propre femme, trop candide, puis au vertueux d'un marchand de bijoux du Palais-Royal, en
yeux et sur les attraits naissants de son visage public anglais, lorsqu'il écrira ses mémoires, avril 1782. La commande en était appr4ciable·
qu'elle aurait de quoi plaire aux regards des qu'il s'en était tenu sur ce chapitre au plato- et montait à plusieurs milliers de francs.
hommes. Dès lors, aurait-elle pu se dire : nisme. Mais de certaines inscriptions victo- Abonnée aux ltaliens, à la Comédie-Française,
rieµses, qu'il consigna dans son journal, ne à l'Opéra, s'habillant chez la bonne faiseuse,
&lt;( Mon Dieu! comme je suis belle pour être
laissent
pas de doute sur ce qu'il en fut, au elle ne languissai l pas dans la mélancolie.
aimée déjà! l&gt; Elle eut l'épaqouissement
réel.
Quand
on a lu la petite note joyeuse du En 1787, on la voit occupant un hôtel de la
rapide que favorisent les climats orientaux.
8
décembre
1778 : (( Cette nuit, le diable à rue du Sentier, où logeait porte à porte le
Avant la floraison de sa seizième année, jarn
quatre est dans la maison de J.-F. Grand », futur ministre de l'Assemblée législative,
matura vfro, elle se vit désirée en mariage.
Un expatrié, Anglais de naissance, mais par on n'a pas besoin d'en rechercher davantage. Valdec de Sessart, qui s'était épris d'elle
ses ascendances paternelles et materne!Jes li y était venu, en effet, à l~ faveur d'une ardemment. On vantait partout son teint de
tenant doublement aux origines françaises, heureuse oocasion, le mari ayant eu l'idée, nacre el de rose, sa démarche voluptueuse,
Georges François Grand, employé de l'Jndian ce soir-là, d'aller Jiner dehors. Mais sir Philip ses yeux bleus abrités sous de noirs sourcils,
Civil Service, avait mis beaucoup de chaleur Francis avait commis l'imprudenr,c de laisser la nappe opulente de sa chevelure blonde!.
à demander sa main. Le 9 juillet 1777, ses dans le jardin, appuyée contre les barreaux
Songeait-elle encore à son mari, à ses
vœux ayant été agréés, fut dressé le contrat de la fenêtre, l'échelle dénonciatrice de son amours de Calcutta? D'autres pas, non moins
qui les unissait. Et le 10, à tour de rôle, audace. L'ayant vue, la gent curieuse des empressés, s'attachaient aux siens. La vie lui
deux ministres, l'un de la religion catholique, domesLiques s'était mise en mouvement. On était aussi coulante que possible, quand les
l'autre de la religion protestante, le premier avait gardé les issues de la mai~on. On s'em- tumultes de la Révolution dérangèrent tout à
à 1 heure du malin, Je second à 8 heures, para du coupable. Des mains énergiques le coup celle belle tranquillité. Elle prit peur et
bénirent et rebénirent leur mariage. li n'en forcèrent à demeurer assis sur une chaise de s'enfuit en Angleterre, dépourvue d'argent,
supplice, pendant qu'on allait prévenir de son mais sans trop d'inquiétude, parce qu'elle se
l'ut pas plus heureux pour cela.
Catherine Worlée avait apporté en dot infortune le mari trop confiant. Quelle nou- savait attrayante et complait sur l'imprévu. Un
quelques bijoux, seulement rares par le nom- velle imprévue! Quelle émotion pénible! li jeune aspirant de marine, du nom deNathaniel
bre, et une somme de douze mille roupies versa d'abondantes larmes, courut chez un Belchier, n'avait eu qu'à la voir, une fois,
sicca. Ce n'était pas l'opulence. Pour y sup- ami pour lui conter sa peine, vola chez un pour s'enflammer de zèle et lui vouet ses
pléer dans la mesure du possible, elle se autre pour lui emprunter une épée dont il services. Qu 'allaient devenir erÏ son absence,
fondait sur le négoce de son mari, qui avait devait transpercer le sein du séducteur, et avait-elle dit en soupirant, la vaisselle d'or el
établi ses bureaux à Calcutta cl n'y perdait enfin arriva chez lui, quand sir Phiüp n'y d'argent, les bijoux, les valeurs, qu'elle avait
point le temps. Pareille à beaucoup de femmes était plus. De ses compagnons étaient accourus laissés à la merci du pillage par son départ
dont"la nature a fait des êtres de grâce égoïste à sa délivrance, laissant à sa place l'un des précipité? Elle venait seulement d'en expriel de frivolité, elle _montrait assez, dans leurs, el qui n'était pas l'auteur du délit. mer le regret, et le chevaleresque Nathaniel,
ses inclinations, qu'elle aurait le goût vif Grand pensa de se venger en provoquant bravant mille périls, n'avait pas craint de se
pour la saLisfaction prompte de tous ses Francis en duel; celui-ci ne jugea pas à lancer dans cette atmosphère de fièvre et de
désirs. Le caractère de son compagnon d'exis- propos de croiser le fer ; mais joignant la crime, qu'était le Paris d'alors, pour en tirer
tence, positif el sérieux (il lui paraissait raillerie à l'outrage, il avait répondu à l'envoi el lui rapporter tout ce qu'il put sauver de ses
Lerne el froid), sans doute, était-tout l'opposé du cartel qu'en vérité il ne connaissait rien biens. Peu de jours après, un comité de
du sien. El les contrastes de leurs différentes de celte affaire et ne savait pas ce qu'on patriotes faisait perquisitionner au domicile
complexions ne se fondaicnl pas en harmonie, voulait. N'ayan_l plus que ce se!Jl recours de l'absente et dresser des inventaires. Les
comme il arrive souvent, parce que l'amour contre le 1roubleur de ses joies domestiques, instants qu'elle vécut à Londres ne se passèrent
éLail absent du cœur de la légère Catherine. Grand lui intenta un procès en conversation pas sans quelque aventure. Elle avait trop
Celle belle Orientale, toute indolente qu'elle criminelle, qui coûta cher à notre amoureux. de séJuction naturelle et trop de disposition à
fût, avait sans doute des raisons à elle de Le 6 mars 1779 la suprême Cour de Calcutta, se servir de ses avantages pour qu'il en pùl
juger monotone son existence conjugale. De présidée par sir Elijah Impey, le condamna à être dilîéremmenl. Cependant, elle regrettait
la variété s'y mèla, venant du dehors, dont une forte amende. Grand encaissa cinquante Paris. La bonne compagnie londonienne ne se
une aventure qui fit grand bruit dans le mille roupies, et dut se déclarer, selon la montrait pas des plus accueillanLes à son
vieux Calcutta. Le polémiste cl fonctionnaire formule, satisfait, content et payé. Durant égard, bien qu'elle eût essayé de s'y introduire
anglais, sir Philip Francis, dans l'intervalle toute une année de liaison active, Francis sous l'étiquette de dame royaliste et émigrée.
de ses démêlés retentissants avec le gou- s'appliqua à prendre une revanche aussi En vérité, trop de rigorisme sévissait dans ce
verneur général \Varen Hasling, s'était rendu complète de sa mésaventure pécuniaire sur le monde-là: Elle eut hâle de chercher ailleurs
le tributaire des charrues de Mme Grand. li compte et aux dépens de l'époux, &lt;( un vilain, plus de tolérance. Aussitôt qu'eut fait relâche
avait de l'esprit, de la distinction dans les vieux el sordide Français n, à ce qu'il en dans le Paris révolutionnaire le spectacle du
manières, el payait dl! mine. Il s'empressa publiait. Toul bonheur s'épuise et cesse. Au sang, elle se hâta de repasser la Manche.
Elle était accompagnée d'un ûiplomate de
autour d'elle, l'invita à des fèles et soirées, mois de novembre 1780, désireuse de changer
qu'il lui disait être organisées en son honneur, encore ses impressions, Mme Grand avait la république de Gênes, Christoforo Spinola,
ménagea des succès à sa beauté, lui prodigua quitté le delta du Gange et faisait voile vers marié à une fille du maréchal de Lévis, et que
les attentions, les compliments, et autres l'Europe. Londres ne la garda pas ·lung- conduisait à Paris le désir de rentrer en la
denrées d'amour, et n'eut point à les regretter; Lemps. Elle préféra s'installer à Paris, où des les recherches du metier que faisait Mme Grand (le
1. On trouverait aux Archives nationales (F. 75.946)
l' acte de baptême de Catherine Worléc. )1. de Lacombe I signale une erreur de transcription, le chilli'e
de 176;, y ayant été porté comme ctatc de sa nais-·
sance, au lieu de 1762.
2 . 11 fut rappo1-té des détails bien indiscrets à propos
de cc superbe manteau capillaire. Mais nous cédons
à la comtesse de Boigne le plaisir de raconter ce
qu'ell e en savait de son oncle, Je bel Edouard Dillon.
C'était en 1787.
« Etlouard Dillon, connu dans sa Jeunesse sous le·
nom du « beau Dillon », avait eu , en grand nui;nbrc,

les succès que ce litre pouvait promellre. Mme de
Talleyrancl, alors Mme Grand, avait jeté les yeux sur
lui. Mais, occupé ailleurs, il y avait fait pe11 d'attention. La rupture d'une liaison à laquelle il tenait le
décida à s'éloigner de Paris pour entreprendre un
voyage dans le Levant; c'était un événement alors,
cl le projet seul ajoutait un intérêt de curiosité à ses
autres avantages.
« Mme Grand redoubla ses agaceries. Enfin, la
veille de son départ, Edouard consentit à aller souper
chez elle au sortir de !'Opéra. lis trouvèrem un appartement charmant , un couvert mis pour deu:\, toute~

métier ... ces mots sont assez perfides). Elle avait _l es
plus beaux cheveux du monde. Edouard les adnura.
Elle lui assura qu' il n'en connaissait pas encore tout
le mérite. Elle passa dans un cabinet de toilette et
revint, les cheveux détaches el tombant d_e façon il
en être complètement voilée. Mais c'était Eve, avant
qu'aucun tissu n'eùt èté inventé , et avec moins d'innocence, 11aked and 11ot ashamed. Le soupe1· s'acheva
dans ce costume primiliL
« Edouard partit le lendemain pour l'Egypte. »
( Mém. de la comtesse de Boigne, t. l" , p. 4J~-455.)

L'E JKA1î,7AGE DE

possession des biens de son beau-père l'
des nobles victimes aristocratiques de 1~ ;e:~
n'éta·t
. ,
drenr.• Le couple
. . voyao-eur
o
I arrive que
eputs trois Jours. Comme souhait de b.
v~nue, _un arrêté d'expulsion prononcé
D1reclo1re les. atteicrnit
qui les me tta,t
~ en
0
d
'
emeure, Spmola et Mme Grand, de uilter
la
. n,eut
q pas
be France
, , sur-le-champ · Le premICr
som d une nouvelle sommation pour
prendre la chaise de poste et le bateau. ~;
seconde resta, a,·ant
su déià
se découvnr
. ou
J
•
retrouver
des
protecteurs
To
l
f
.
,.
t li .
..
. u e ois' sa rems a ~llon ~ar1s1enoe devait souffrir des difficultes. Avait-elle commis l'imprudence d'emport;~ d_e Londres des papiers compromettants
et s eta1t-elle
chargée• à la Mere'
. '
.
·o re , dc f aire
panemr à leur adresse des
lettreS, des communications
suspectes d'émigrés? On l'en
accusa. Elle fut dénonrée et
eut_maille à partir avec la
police. La situation se f disait embarrassante pour elle
et• l'eùt été davantarre
si
0 '
1une de ses connaissanc&lt;'s
ou amies, la marquise dt!
Sainte-Croix, sœur de l'avocat général Talon et parenle
de ~hue du Cayla, ne l'eût
3 PPUiée d'une recommandation écrite au près de Talleyrand. Mais elle n'en avait
pas fini avec ces tracassante&lt;
histoires. Enveloppée dan;
~e vagues suspicions poJittques' arrêtée, emprisonnée
même, le minis1re dut intervenir en sa faveur.
Le 25 mars 1798 il sollicitait sa mise en' liberté
par une lellre au directeur
~a~ras. Cette lettre est bonne
a hre; on y rnrra que Talleyrand lui était attaché
dès ce moment' par un;
f?rce de sylilf!albie très voisine de l'amour.

d' Bar~~s.;-a pas voulu prendre sur lui seul avoir, au moins, la décence de sa
· •·1
pos1·t·10n
en ec1 er. La question sera tra·t,
co ·1
1 ee en
Putsqu I ne peut en avoir la di"nité S' .
nse1 ' comme une m1lière ·de con ,
tant à mesure qu'il entend le son" d . ex_c1&lt;( No
d
··
sequence
l
d.
e sa voix
us essa1s1rons-nous de notr
. ·
niè ? L
•
e prison- no re uecteur redouble d'animosité. No~
re. » a question est posée entre les cin
s_l:ulement on ne saurait donner satisfaction ~
personnages, toutes portes closes Malh
q I imprudente requête de Tallevrand
. a
sement on est ~o~t mal füposé .pour
devrait · · l'
.
J
, mats ou
sa1SJr occas10n de dE:barrasse 1
rand
vernement d
.
,.
r e gou· dans le milieu director1·a1 • D'es les prey
él
e ses services. \ wlemment il
m1ers ~ots de Barras, Rewbell a pris feu . iÏ
r came que la nomination de cet homme sans
est parti
'
la
'f • en guerre contre l''n
1 convenance de
honneur et sans mœurs soit révo é .
·
qu e, smon
pe l~JOn; et! avec . cette haine particulière le D'irecto1re,
assure-t-il, s'exposerait à . '
qm lut metta1~ contmuellement l'in·ure à 1 mer toute I d'
.d, .
assu?louche quand il parlait de ce citoyen ~inist a d ,.à l', , a econ~1 eralion dont jouissait
eJ. e,·e~ue sous l'Ancien régime et u'il
I se lance daas un 1
.
re,
sitoire Q li
d
ong et v10lent réqui- cr?1~ devoir perfectionner depuis qu'ilq est
d 1 .rb ue · e au ace nouveIle et quel trait ~mstre de la République. Après Rewbell se
c v1 i ertmage ! Voilà bien le prêtre! Il fait entendre Merlin, l'innocent Merlin d
,
, uq11eI
c est I_c ridicule de pavaner
en I?amt s et maints lieux la
gloriole de ses bonnes for_tune~ prélcndue~. li se pose
a pre~ent en ami de ]a- vert~ : c'est un Caton ressuscité. Le comble, en la circon~tanc·e, est l'e~pèce de
raftmcm_cnt qui a poussé,
selon lur, ce Talleyrand à
chercher une mait rcsse hors
~e France, jusque dans
1Inde, comme s'il n'était
p_as assez de femmes, à Paris, en supposant, glisse-t-il
que la passion en donne~
rait le Jiesom,
· et dc char~antes, et d'excellentes? A
~ ~n pas douter, c'est une
l'.a1son politique quïl entretient el qu'il dissimule sous
les apparences d'une liaison
galante. De là i1 supposer
que T~füv~nd est uu homme vendu à I'Anrrle1crrc
un
O
'. blc agent de la na1ion
'
vcr1ta
ennemie dont i'tfmc CranJ
~e scr~it_q_uc « le paquebot
mter1;11cdia1re i&gt; • Ja distance
est vite frani;uic. François
de Neufcbàtea11. dont les
P;nchanls ,intimt'S ont plus
dune re~scmulance an•c la
mol'c ~mmorJli té de TallC'y1and, ou 1re qu'il Loite un
peu commo lui, iuelinerait
a plus d'ir,Julgcnet'.
&lt;( On u'a pas /1 Yioler
déclare-t-il, le sanctoair~
de la vie priv{e. » Mais 011
co•-1pe la parole à cc pal'ifique. L',mpéluéux l1c11 bell
est ~e~enu à la charge. La
T ALI.EYRAND, PRINCESSE DE BÉNÉVENT
DANS SO
~éve11lere-Lepeaux int&lt;'r' '
N BOUDOIR ( 18o8)
D'après le tablea11 d11 BARON G É RARD.
•
vient à son tour. Le déLa l
s'échaufle, et chacun découvre son caractère Un mo
cr~!t que la France est toujours en monarchie
ment, Rewbell el La RéveiUère . '
, qu un mot
qu il e_st_agent du clergé, qu'il tient la feuill; lâch'~• par ave_nture, sur la théophilanlhropie
des benefices et qu'il peut « faire les cent a mis aux prise,
., d
,, von t se porter aux pires•
co~ps &gt;~ à. sa fantaisie! Oublie-t-il qu'il vit,
i:~;s e p~roles l'un_ contre l'autre. Alors
auJourd hm, sous la République, qu'il est loœé
as se leve, et quoique scandalisé lui 1
dans un de ses ministères et qu'il devr;it pur' le chaste Barras il met fin • 1 'd.
'
a a ISCUS-e

a1:~;

Citoyen directeur.
On vient d·arrèler Mme
~;3nd comme conspiratrice.
Cest _la personne d. Eurove la
P!us rncapable de se rnèler
d_aucune affaire. C'est une Indienne bien belle, bien paresseuse, la plus désoccupée de
tou_tes les femmes que j'aie jamais rencontrées. Jo vous d~m:'.ude intérèl pour elle. Je
suis sûr qu'on ne lui 1rouvera
pas l'ombre de prétexte pour
'1; _pas terminer celle ve11·le
MADAME DE
auatre
• serais bien
,, h, a' Jaquelle Je
,ac
e
qu'
•
I' .
_on mil de. l'éclat. Je
aime cl Je ,•ous alieste à vou~
d'h
omme il homme . d ., .
mêlée et n'est en ·1 l,dque e sa vie elle ne s'est
C'est une véritablee Indi
a e se mêle r d'aucune affaire.
·
grécetleespèc d t enne,el vous savez àquel deSalut el attae I e emme est loin de Ioule inlri«ue
, c 1ement.
" ·
Ch.-Maur.

TAr,LEYRAND,

TJr.1-1..EYJî.AND - -....

i~1~:u:

... 163 ...

�,

..

mstoRJ.Jl

-----------------------------------------.#

geait de la philosophique Mme de Staël. Il la
les seuls vrais moyens de conversation étaient regardait en amant, et, sous ce rapport, il
sion en proposant de renvoi-er l'affaire au mi- l'éclat de ses yeux couleur du ciel et la beauté
avait lieu de sourire. « Avec sa robe de venistre &lt;le la Police, lequel se rendra sans de son corps. Il s'attachait, se rendait presque
difficulté au désir de son collègue des Affaires fidèle. De belles amies d'autrefois lui repro- lours échancrée sur sa poitrine de marbre et
ses tresses incomparables disposées par Charétrangères, le citoyen TalleyranJ.
chaient de les négliger un peu beaucoup, de- bonnier, Catherine était bien l'incarnation de
Aussitôt échappée du séjour incommode, puis qu'il s'était laissé prendre, comme elles
ou seulement de la crainte qu'on l'y retint, qisaient, par les « colonies hollanJaises &gt;&gt; . la fraicheur et de la beauté. &gt;&gt; Doucement,
Mme Grand sollicite de son protecteur une, Car on n'était pas très exactement renseigné sans impatience, il entrevoyait l'heure où
cette aimable vision aurait à s'éclipser de rnn
audience nouvelle.
sur la personnalité danoise, française, indienne existence.
Elle avait pris, ce malin-là, sa physionomie ou batave de cette intéressante personne. A
Comme il songeait au moyen le plus élasla plus touchante. L'homme d'État ne tarda peine s'était-il permis, de-ci, de-là, quelque
tique
de desserrer des liens qui lui devienpas à s'apercevoir que le charme opérait. diversion brèl'e, comme celle qui le conduidraient
une gêne, tardant seulement à prendre
L'animation de ses yeux bleus, miroir trom- sait, après une lon_gue espérance et pour son
peur d'une intelligence beaucoup moins vjve, bonheur, cette fois, chez une Élise ~1oranges, une résolution, remettant au lendemain la
le ton chaud de ses magnifiques chev·eux déjà nommée, et devenue la l'emme d'un finan- chose 11 faire, pour n'en avoir pas l'ennui préblonds, la souplesse de sa taille, l'ondulation cier ruineur Dorinville. On en avait parlé, le sent, un incident se produisit, dont les suites
naturellement gracieuse de sa démarche d'o- mari s'étant avisé de le trouver mauvais, jus- dérangèrent ses idées.
ll venait d'être question de présenter les
rientale, ' l'avaient aussitôt séduit, captivé. qu'à ce que de nouveaux griefs nmenaJsent la
ambassadrices
chez le ministre des Affaires
Elle n'avait dit en entrant que peu de paroles,
séparation des époux.
étrangères.
Mais,
quelle maîtresse de maison
et, pour cela, n'avait pas couru le risque dil
Mme Grand ne sortait plus de l'hôtel Gal- digne de les recevoir les attendrait, ces nobles
se faire tort par quelque imperfection de lan- lilîet. Talleyrand était allé jusqu'au bout des
gage. Simplement elle était venue, désireuse choses en grand seigneur qu'il était. Pom dames, au seuil des salons de Talleyrand?
d'augmenter sa reconnaissance en demandant al'oir le droit de garder Catherine sans être Elles s'étaient toutes révoltées à la pensée
1t M. de Talleyrand un nouveau service, c'est- exposé à des réclamations pseudo-conjugales qu'elles auraient à faire la révérence à
à-dire la délivrance d'un passeport afin de se et vaguement légitimes, il s'était bâté de fer- Mme Grand, une femme mariée sans l'être et
rendre en Angleterre. Ce passeport, elle ne mer la bouche au citoyen Grand, qui était vivant publiquement sous le toit d'un prélat
le souhaita plus aussitôt que le ministr.e lui venü faire un tour à Paris•, par un bâillon conculiinaire ! Les propos s'étaient échauffés.
ent îait comprendre qu'elle n'al'ait pas besoin doré, je veux dire au moyen de la forte Des criailleries en étaient montées aux oreilles
de retraverser la Manche et qu'elle serait· beau- somme. La « belle Indienne &gt;&gt; était, doréna- de Bonaparte, qui, pour les faire cesser, avait
coup mieux 11 Paris, sous son aile tutélaire. vant, reconnue la maîtresse en titre du mi- nettement enjoint à Talleyrand d'avoir à bannir
Elle ne résista point à la force de ces raisons. nistre. Cc qu'on eût accepté, sans y faire trop sa maitresse de la:résidence officielle. Il s'y fùt
ll l'irn•ita à fréquenter l'hôtel des Relations de façons, si l'on n'avait pas eu la déplaisance résolu sans trop de peine, en ce qui le concernait ; mais il n'était pas seul en la cause.
extérieures. Elle ne s'y refusa pas, mais "S de constater qu'à tant de charmes physiques
montra tant d'empressement qu'il l'engagea manquait l'accompagnement d'une éducation Si elle eut de la résignation plus tard, elle
n'était pas une personne, alors, à en prendre
à y rester.
soignée. L'opinion du monde s'était fixée là- si aisément son parti. Aux premiers mots
L'incident eut des échos dans une certaine dessus très vite, plutôt encline à en exagérer
presse babillarde. Des journaux s'en occupè- l'insuffisance, de même que Talleyrand avait qu'il lui en toucha. comme d'une nécessité
rent, tenant à paraitre renseignés, relatant pu, dans l'intime, s'édifier sur les variations de circonstance douloureuse, mais inévitable,
elle avait jeté les hauts cris. Aussitôt de voler
des détails et prenant de loin l'avance sur ce
de
son
caractère.
chez Joséphine, sensible aux larm~s, parce
qui pourrait advenir, en annonçant, d'ores et
U avait le goût le plus sensible qui pût être qu'elle avait l'habitude d'en verser, et d'obdéjà, le mariage du ministre des Affaires aux froissements de l'incorrection dans les
étrangères. Avant toutes choses et ne fût- façons de dire. Elle lui faisait souffrir mille tenir de son cœur pitoyable qu'elle lui procurerait la faveur d'une entre\'Ueavec le Premier
ce que pour garantir sa propre sécurité,
morts, à c.e qu'on assurait, malgré qu'il n'en
Mme Grand avait à régulariser sa situation. témoignât rien, par ses péd.1és d'ignorance. 11 Consul. Admise à lui exprimer sa tristesse,
Son divorce n'avait pas été prononcé. Impa- n'estimait rien au-dessus du repos intérieur. pathétique, éplorée, elle tomba à ses genoux,
tiente de l'obtenir, elle fil valoir aux yeux des Elle en troublait la sérénité par les incartades le suppliant de reveuir sur une résolution qui
magistrats de la République que, depuis plus de son humeur fantasque. Il s'exhortait à la la mettait au désespoir. La douleur allait bien
de cinq années, son ci-devant époux n'avait pas patience en môrdant au fruit savoureux et se à son visage. Bonaparte daigna la consoler, et
donné sig~e de vie. La loi républicaine était ac- disant que, polir le reste, l'àilache n'était •pas l'ayant vue plus calme :
&lt;&lt; Je ne sais qu'un moyen, lui dit-il.
commodante sur ce chapi tre. Le 7 avril 1798, indissolub)e et qu'il pourrait s'en dégager
Que
Talleyrand
vous épouse, el tout sera
en la mairie du H• arrondissement de Paris. c1uand il lui conviendrait. Il n'avait pas. prévu
arrangé;
mais
il
faut que vous portiez son
fut annulé le contrat qu'elle avait conclu, le qu'un scrupule d'orthodoxie morale, imposé
nom
ou
que
vous
ne
paraissiez plus chez lui. D
9 juillet 1777, à Calcutta. Elle était libérée par Napoléon, l'y riverait pour un long temps.
L'espérance
refleurit
dans son âme. Elle
de son ancienne chaîne et pouvait caresser Momentanément, il passait ave&amp; indulgence
s'en
revint,
bien
résolue
à dis pu ter de toutes
l'espoir d'une union autrement brillante. Les sur les parties incomplètes de sa formation
ses
forces
une
situation
que
lui avaient concéautorités pubfo111es n'arrêtèrent point là les intellectuelle, estimant la compensation assez
dée
l'habitude
et
lïndulgence.
Presque au
marques de leur bienveillance particulière. appréciable, puisqu'elle possédait, en somme,
mème
instant,
Talleyrand
avait
appris
qu'on
Elle [ut rayée de la liste dlls émigrést. Ou la les trois qualité3 qui, selon son opinion, doilui
donnait
vingt-quatre
heures
pour
se
déciremit en possession de ceux de ses biens qui vent compléter une femme : la peau douce,
der.
Napoléon,
tout
en
prétendant
sauvegarder
n'avaient pas été aliénés. Elle fut laissée libre l'haleine douce et l'humeur douce, sauf de
de changer de nationalité, à sa guise, étant, légères irrégularités sur ce dernier point. 11 le respect dù aux convenances, dans son
selon les cas, Danoise 1 ou Française. Tout s'était amusé et comme reposé dans la com- propre entourage, n'était pas îàcbé de lui
jouer ce mauvais tour.
allait excellemment pour elle.
pagnie passagère (n'était-ce pas son illusion?)
S'il est vrai que, dans l'union de deux
Dans les premiers moments, Talleyrand d'une admirable créature sans cervelle et sans
désirs, il n'est pas d'amour-propre en amour,
avait jugé sans conséqucnc,:;s durables des raisonnement. Cela le changeait et le soulale point de vue change quand il se complique
entretiens rapprochés arc-: une femme dont
des obligations et de la durée du mariage.
rine-Noël Werlé, f~mme Grand, native de Danemark.
3. Il s'était installé rue de Richelieu, à l'hôtel du
1 2 floréal an Vlll.
Livré aux troubles de sa situation, intérieure2. Dans les _procè.;-ve:baux des dè!ibérations des
Cercle, sous prétexte de visiter la capitale cl ses moment révolté contre le~ exigences du maître,
Consuls (A1·c/uves nationales. , A. t. IV, 4) et à
numents publics. li y prenait son temps et ne se
son dossier individuel des Archives nationales, F.
75.946, son élat civil est inscrit de la sorte : Cathe-

décidai! pas à s'en aller.

___

_ __:___ _

__,;,___

m~is ayant gardé un reste d'aO'eclion el d'apit~~en_~en,ver~ celle qu'il avait appelée auprès
ed1;11• I ~ a~a1 t pas encore fixé les termes de
~a et~rmmat10n, qu'il eut à supporter l'assaut
protesta ' s~pm,
1·
. es p'àeurs. Elle larmo"a
J'
Jus9u ce que Talleyrand' étourdi de ses
plamtes et de ses .cris ' laissât tomber un consentement de lassllude.
fut un grand jour pour Mme Grand que
~ m_ du 9 septembre 1802. Talleyrand avait
freum
· dans sa belle villa de Neu1·11 y ses deux
re:es, Archambaud et Boson de Périrrord les
trois consuls Bonaparte, Cambacérè~ et' Lebrun
' hine de Beauharnais, le secrétairl'
d'Éta't J~~sep
aret et deux notaires, pour la signature ~u contrat de mariage reconnaissant à la
fiancee
• un état. de fortune , dont 1·1 l'avantagea~t en 1_a maJeure partie. Et ces personnarres
avaient aJouté leurs paraphes à leurs sig~a~u;·cs. L: l_endemain, tous deux se présentaie~l
~ mame du X• arrondissement accom agncs de !eurs témoins : Rœderer'. présid~nt
de l_a Sccll?n de l'Intérieur du Conseil d'État et
; v1ce-an:1ral Bruix , pour l'époux; le général
de Sainte-F01x,
. , pour
l',eurnonv1lle et Radvx
J
-;ouse; et, comme ami de l'un et de l'autre,
s1~na, en outre, sur le registre municipal le
prmce de Nassau-Siegen.
'
' Q~ant à l'ultime cérémonie reli(Tieuse on
lavait ac~omplie d'une manière au-~i disc~ète
que possible. On partit pour la cam arrne
Da~1s_ un village de la vallée de Montmdre~cy.
à Ep'.n~y'. î~t découvert un prêtre qui donn;
la bened1ct10,n_ nuptiale: Tout était en ordre
par devers l Etat et l'Eglise. La nouvelle en
fut proclamé~, de retour. Le_s ambassadrices,
sans p~rd_re ~ habitude d'en médire, n'eurent
p~us d_ obJec~10ns de principes à soulever. Les
r~cept1ons diplomatiques ne souffrirent plus
d aucun embarras de forme. Talleyrand eut à
garder Mme Grand, relevée par son étal nouv~u et tous ses prochains titres. Sur ce mar~age conclu si hàlivemcnt, après avoir eu de
SI lonrr
. .
os pre_Timma1res,
on eût pu rappeler le
~ot de Lo_u1s ~V, à propos d'un de ses court1sa_ns, qui, lm disait-on, venait d'épouser sa
maitresse : « On ne peut pas finir plus décemment. »
De derniers ennuis avaient traîné, dans le
1.
Suivant uneà cctt'
autre vc1.s10n,
· c~ s_era1t
. clle-mèm1,
qui, répondant

t

d

hlier par la conduite
~ccodmT.nlllat1on de J'aire oune• lé èr p d
e · me P. a _lcyrand les anciPnlidèle~en~ e:n ~e~l~ Grandi, adura1t p1:omis de suivre
excmp e c la c1loyenne Dona-

1..E JHA~1AGE DE

TALLEY~AND

-

secret. L'ancien
, cela m'an lor,.se ·1.
. . dmari, celui de Calcutta , n''t
c a1·1 pas end vain sur Yotre amitié ' ~l
vo_us
e~a_nder
un
nouveau
service.
C'est celui d~
pas
aussi
1
om
e
Paris
qu'on
l'e.
t
dé
.
é
'
. .
u sir , et
faire enJOtndre à M. Grane! de s'cmbar
qu'il ne redevint, a' l'occas10n,
.
l on cra1gna1t
..
déla· ét l
,• .
• qucr sans
i, . an. tout à ,,11l mcom·enanl qu'il prolon(Te
un solimt:ur e~ba:rassant. Le crédit de Talson
séJour
a
Amsterdam'
où
il
est
dé'à
d . "
leyrand
lm
avait, fait obtenir du min1·~tre
des mois fort mal à propos.
J cpms un
rt"
,
de la Républ"1que batave
A11aires elranrrercs
o
_Je _vous serai~ donc très obligée de vouloir bien
un poste de conseiller de régence au ca d
B
E ,
.
•
P e lmfaire parve111r le plus lot possible, chez Ml!. R. el
onn~- sper~nc~. Mais il tardait à prendre le Th. de Smcth ' à Ams terdam, l'ordre 11our son
chemm
. . em
·
A de l Afnque
, australe., 1·1 ,s'éterrnsa1t
d' b'arquemen t , vous priant,
monsieur, de recevoir
en msterdam, d où les distances avec la
.~:~1~c: L_~us mes remerc1emenL~, à cet égard, et
France et Paris n'étaient que trop faciles à d ,101cc1 l ,issurance cl~ ma parfaite considération.
rapprocher.
ÎALLErnANo-Pémco11o, née WonLÉE.
pas
qu'un m·eme
clinIl n'y avait
•
. si loncrlemps
o
er avait réum chez la future Mme de TalLa ~equète, prét:isée en ces termes, ne
leyrand, en la • villa de New"lly, des convives
.
~0~1Ira1t pas _de lenteur. Prompte salisfaction
comme ceux-ci, pleins de complaisance muUt' fut do~nee. Elle apprit avec soulagement
. en quo~ _avait embarqué enfin M. Grand. Elle
ltuelle
· : M. et Mme Fox, ' simples té'moms,
a_c1rconstance, sir E. Impey, le président du ressaJSJL la plnme, afin de remercier cbaleutri~~nal de _C~lcutta! qui avait condamné sir r,eus~ment, à la date du 15 nivôse an XI
P!1ïhp Francis a une mdemnité de 50 000 rou- 1obligeant homme d'État néerlandais : ' '
pies pour la comersation criminelle susdite .
M.•Gran~, en . ~ersonne, et désormais san;
)1.J,cle Tallci-rand, aussi sensible que J·e le ,u,·s '1
.
'
colcre; s_1r Philip, le premier amant à côté \'t\S Oil5' pr?ce'd'es, me charge clc vous réitérer
d,u prem~er mari, et Talleyrand enfin: qui ne l?ul ce que JC vous ai mandé cléJ"it de ses dis1ios1· · · de vous donner des premcs
'
s. attend~It pas à l~s remplacer lrgitimemenl dIrons et de son des1r
c son attachement cl de sa considération.
1 un e~ l autre. Mà1s les circonstances avaient
change et ne supportaient plus de tels voisi~ière à_bon droit deju~tificr de sa rl'(Téné0
nage~. _Par un acte de sa diplomatie spéciale
ra110n
sociale :
li mm1stre de la République française avai~
o tenn de_ s~n collègue des Pays-Bas que
yous observerez, monsic111·, au nom que mon
M. Grand_ ,rail et demeurerait au Cap, avec
union avec M. &lt;!e Talleyrancl me donne le droit
un~ fonction officielle et deux mille llorins de :c porle_r' combten la tendre cl sincère affection
tra1lem~nt. Or' le titulaire, comme·nous venons
c cet aunable ami m'a rendue la 1 1
• P us 1eureuse
de le dU'e, ne se pressait pas d'effectuer le des femmes.
voyage . ~t~e ,?c Talleyrand ne le voyait pas
avec pla1s1r. s immobiliser en Hollande . D'e sa
étaient comhle'e~- li oen
'
tSes aspirations
·
propre mam, elle écrivit la lettre suivante à ~e ourna1t pas aussi flatteusement pour l'ilM. van der Goes, - lettre fort bien tournée ustr~ personnage qui l'avait associée à son
P?~r.une pe~sonne dont les ressources d'esprit tort, a ~es charges éminentes, à ses pri\'ilèrres
n etaien~ pomt ce qu'on prisait davanta(Te
en
orsqu'1l présenta sa femme à la cour, nina~
0
elle (mais on la lui dicta peut-être) :
partl', a~·cc ,on ordinaire brusquerie, fit ent~ndre a la noUl'clle duchesse qu'il es érait
l.ue,1_1 que sa condui h', à l'avenir, sera} telle
Monsieur,
qu il com·tna,t à son rang. Étourdie du !\hoc,
. Je ne veux pas t;1rdcr davan Lage 11 vous remere,lle
?emeura bouche close. Mais celui ui
cier de_ votre obligeance el de tout cc que ,
1vc
•
,ou•
1avait amenée répondit pour clic 1. Et cc tut
' z bien i•oulu 1.,11re
pom· !l Grand '1
d
mande.
··
' • ma e- arec une malignité rroide. mais polie
.
er li 't .
' qm ne
.
_Ucmpressement et la gr.ice que vous Y avez P me ai poml qu'on scfàcbàt de la '
repnnse.
mis me proul'enl, monsieur, i1ue !"on ne ~omptc « :~[me de 'l'ali eyrand, insinua+il , s'efforccr.~1 t en lo~t dtl régler sa conduite sur celle de
~arte. Eut-clle_r~aimenl rel •-propo5 hardi ? )lais •l
,appt aux an1ecedcnts de ,losêpl11ne de Bcauhar~~-~1 l 1mpératr1cc Joséphine. »
sur _esqucls Barras et le n-énéral Hoche · ,t
·, '
, lis étaient à deux de jeu, l'un et l'autre
&lt;le s1 vasles coufidcnces ( Vo~r les ftlémoiresedce1aBng~~eut
tome II).
(111 as,
epoux, Napoléon et le winistre.
(A

..., 165 ""'

suivre.)

F RÉDÉRIC

LOUÉE.

�PARJS AU XVJ]J· SJÈCLE
~

Marchandes de Modes
Elle n'est plus assujettie au comptoir; elle jeu d'un pli heureux. Les grâces, ajoutant
Assises dans un comptoir, à la file l'une
aux dons de la nature, embellissent la made l'autre, vous les voyez à traYers les ,•i- jouit de tous les dons du bel âge. Elle ne jesté. Mais qui mérite d'obtenir la gloire, ou
couche
plus
au
sixième
étage
dans
un
lit
tres. Elles arrangent ces pompons, ces colide la main qui dessine ces ajustements, ou
fichets, ces galants trophées que la mode en- sans rideaux, réduite à attraper en passant de celle qui les exécute? Problème difficile à
fante et varie. Vous les regardez librement, le stérile hommage d'un maigre clerc de pro- résoudre. Peut-on dire ici : Invente, lu
cureur. Elle roule avec le plaisir dans un
et elles vous regardent de même.
vivras? Qui sait de quelle tête féminine part
Ces boutiques se trouvent dans toutes les leste équipage; et d'après cet exemple, toutes la féconde idée qui va changer Lous les bonrues. A côté d'un armurier qui n'offre que les filles, regardant tour à tour leur miroir nets de l'Europe et soumettre encore des
des cuirasses et des épées, ,·ous ne voyez que et leur triste couchette, attendent du &lt;festin portions de l'Amérique el de l'Asie à nos
touffes de gaze, des plumes, .des rubans, des le moment de jeter l'aiguille et de sortir collets montés?
d'esclavage.
fleurs et des bonnets de femme.
La rivalité entre deux marchandes de
En passant devant ces boutiques, un abbé,
Ces tilles enchaînées au comptoir, l'aiguille
modes
a éclaté dernièrement, comme entre
à la main, jellent incessamment l'œil dans un militaire, un jeune sénateur y entrent deux grands poètes. Mais l'on a reconnu
la rue. Aucun passant ne leur échappe. La pour considérer les belles. Les emplettes ne que le génie ne dépendait pas des longues
place du comptoir voisine de la rue est tou- sont qu'un prétexte; on regarde la vendeuse études faites chez Mlle Alexandre ou chez
jours recherchée comme la plus favorable, et non la marchandise. Un jeune sénateur M. fiaulard. Une petite marchande de modes
parce que les brigades d'hommes qui pas- achète une bouffante ; un abbé sémillant de l'humble quai de Gesvres, bravant toutes
sent offrent toujours le coup d'œil d"un hom- demande de la blonde; il tient l'aune à l'ap- les poétiques antécédentes, rejetant les docuprentie qui mesure : on lui sourit et la cumage.
ments des vieilles boutiques, s'élance, prend
La fille se réjouit de tous les regards qu'on riosité rend le passant de tout état acheteur un coup d'œil supérieur, renverse tout l'élui lance, et s'imagine voir autant d'amants. de chiffons.
Quelques boutiques de marchandes de mo- difice de la sr.ience de ses rivales. Elle fait
La multitude des passants varie et augrévolution, rnn génie brillant domine, et la
mente son plaisir et sa curiosité. Ainsi, ce des sont montées sur un ton sévère, comme voilà admise auprès du trône,
métier sédentaire devient supportable quand pour contraster fortement avec les autres.
Aussi, qtiand le cortège ro}'al s'avance
il s'y joint l'agrément de voir et d'être vue; Là toutes les filles sont recluses ; c'est la dans la capitale, que le pavé étincelle sous
mais la plus jolie du comptoir devrait occu- main de la chasleté contrainte qui arrange le fer des coursiers que monte une noble
ces ajustements voluptueux dont se parent
per constamment la place fayorable.
élite de guerriers, que tout le monde est aux
On aperçoit dans ces boutiques des minois les courtisanes. Là on les habille, mais on fenêtres, que tous les regards plongent au
ne
les
imite
pas
;
on
ne
garde
rien
pour
soi
charmants à côté de laides figures. L'idée
fond du char étincelant, la reine, en passant,
d'un sérail saisit involontairement l'imagi- des ornements séducteurs que. l'on prodigue lève les yeux et honore d'un sourire sa marnation ; les unes seraient au rang des sul- aux filles d'opéra. On travaille bien pour chande de modes. Sa rivale en sèche de
tanes favorites, et les autres en seraient les elles; mais il n'est pas même permis de les jalousie, murmure de ses succès, cherche à
voir. Imaginez des cuisiniers qui ne goûtegardiennes.
les rabaisser, ainsi que fait un journaliste
Plusieurs vont le matin aux toilettes avec raient jamais à la sauce : tel est l'état de ces dans ses feuilles contre un auteur applaudi.
des pompons dans. leurs corbeilles. Il faut filles gardées et travaillant sous l' œil de la Mais la reine est l'arbitre des modes; son
parer le front des belles, leurs rivales; il sévérité aux attributs de la licence.
Mais la maîtresse du magasin est si éton- goût fait loi, et sa loi est toujours gracieuse.
faut qu'elles fassent taire la secrète jalousie
Les marchandes de modes ont couvert de
de leur sexe, et que, par état, elles embel- née elle-même de l'ordre miraculeux qu'elle leurs industrieux chiffons la France entière
lissent toutes celles qui les traitent avec a établi et qu'elle maintient, qu'elle le, ra- et les nations voisines. Tout ce qui concerne
hauteur. Quelquefois le minois est si joli que conte à tout venant, comme un prodige con- la parure a été adopté avec une espèce de
le front altier de la riche dame en est effacé. tinuel. On dirait que c'est une gageure fureur par toutes les femmes de l'Eurôpe.
La petite marchande en robe simple se qu'elle a faite à la face de l'univers, et qu'elle C'est une contrefaçon universelle; mais ces
trouve à une toilette dont elle n'a pas be- veut faire dire à l'histoire : Dans Paris est robes, ces garnitures, ces rubans, ces gazes,
soin; ses appas triomphent et effacent tout une boutique de marchande de modes où tou- ces bonnets, ces plumes, ces blondes, r,es
l'art d'une coquette. Le courtisan de la tes les filles sont chastes ; et ce phénomène chapeaux font aujourd'hui que quinze cent
grande dame devient tout à coup infidèle; il est dû à l'exemple de ma vertu el à ma mille demoiselles nubiles ne se marieront
ne lorgne plus dans le coin du miroir que la vigilance.
•
Mais j'oubliais que le travail des modes est pas.
bouche fraîche et les joues vermeilles de la
Tout
mari
a peur de la marchande de
un art : art chéri, triomphant, qui dans ce
petite qui n'a ni suisse ni aïeux.
modes, et ne l'envisage qu'avec effroi. Le
siècle
a
reçu
des
honneurs,
des
distinctions.
Plus d'une aussi ne fait qu'un saut du macélibataire, dès qu'il voit ces coiffures, ces
gasin an fond d'une berline anglaise. Elle Cet art entre dans le palais des rois, y reçoit ajustements, ces panaches dont les femmes
était fille de boutique; elle revient un mois un accueil flatteur. La marchande de modes
sont idolâtres, réfléchit, calcule et reste
après y faire ses emplettes, la tête haute, passe au milieu des gardes, pénètre l'appar- garçon. Mais les demoiselles vous diront
l'air triomphant, et le tout pour faire sécher tement où la haute noblesse n'entre pas
qu'elles aiment autant des poufs et des bond'envie son ancienne maîtresse et ses chères· encore. Là on décide sur une robe, on prononce sur une coiffure, on examine tout le nets historiés que des maris. Soit.
compagnes.

MERCIER.

... 166 ...

COURSE DE CHARS
RO~IAlNS AU CH~IIP DE MARS • •

D'apr's
c CARLE \' ERNET,

Madame Récamier
PAR

JOSEPH TURQUAN

CHAPITRE IV (suite).

elle l'avait fait au sujet de l'amour de Lucien
avait été laissée libre par lui d'a!1'ir comm;
. Le lendemain, Mme Récamier recevait un elle l'entendrait. Mais Mathieu d~ MontmobI!l~t de la prinhesse mettant sa lo"e à son '.ency, en lui disant que l'empereur était une
ent1ere disposition. Cette loae
était enoface de msulte a~ droit, un outrage à la liberté, et
0
cclldl'
e e empereur• Mme Récamier en profila ne durerait pas, l'avait déterminée à refuser.
dhe?:'&lt;: fois ; chaque fois l'empereur vint au Et la jeune femme qui, jadis, avait tout fait
r·t eatre
. ' et l'on ne f ut pas sans remarquer sans réussir, pour approcher du Premie;
fi msistance avec laquelle il lorgna la jeune Consul, refusa - à regret peut-être - de
cemme. Cela suffit pour donner à jaser. Mais devenir l'amie de l'empereur.
el~ ne suffit point pour contenter Fouché li
Fouché ne cacha pas sa déconvenue, non
renn\ une fois encore à la charge, décl~ra plus que sa colère, et ne remit plus les pieds
! .empereur lui-même lui offrait une place chez elle.
e d_a'?e du palais.... Vains efforts ! Mme RéAussi bien une fâcheuse disg-râce atteianit
camier, qui avait consulté son mari comme bientôt la jeune femme. Sa ~ièce dit que

te

... 167 _,,.

&lt;1 jamais les affaires de M. Récamier n'avaient
~aru plus prospères et n'avaient été plus
etendues .... » A en croire l'empereur a
. l
' u
cont~air~,. a banqu~~écamier, à cette époque,
aurait ete. « en fa1lhle depuis longtemps l/'
et cela gi:acc aux dépenses de c1 la belle des
be_lles ll' qui vivait sur un pied de six cent
m1l~e francs par an: Il est certain que les
a~a1res d~ ~1: R~ca!Iller ne devaient pas être
d une _sohd1te_ hie~ re~arquable puisque le
ban1mer avait dit lm-même à sa femme .
- a propos de la passion de Lucien Bona~
parte pour elle, et c'est Mme Lenormant qui
le rapporte - que cc rompre ouvertement
avec un homme si haut placé, ce serait gra-

�H1STO'f{1.Jl _ _ __ __ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __ _ __ _ _
roir la nrnnœu1Tc du ponl de batraux sur la
Seinr rt lr passage d'un n.wirc, remonte auss:lot en carrosse et arrirc au Harre, à six
heures du soir, au bruit des canons du port
"' nr la ritadrlle.
Sa Jfojl'sl!: P~I dPs&lt;·Pnd11r, aw" sa sui lr. il
1'111\ fl•I th• \Ïll l', où l'ilr rsl d'ai lleurs ass1·z
nial log-re. Ll' duc de P1'nlhihn•. lrs ministres
de la 111ari11(• rt de la a;urrrr, )Dl. Rouillt:
l'l tl'Arg-cnson, sont pré~cnls . Le lendemain.
ap1·ès l'audirncc du Parlcmrnt de Rouen rt
dP la Chambre drs Comptes, Ir Roi Ya au
liassiu intrrieur, 1p1'il roil &lt;l'abord i1 src·, puis
r1'111pli: on lait manrou1-rc1· dcrant lui um'
fü)tc de Ln' ntc-six canons, nou,·ellrmenl construite, et lrois vaisseaux sont lancés i, la llll'I'.
En sortant du porl, sur la rade, Olt l'on a pn
rrnnir pi'l'S dr dcnx t ents bàlimcnls, le Boi
assislc à un combat de trois frégates, et, :,
l'l'S dircrs spcclaclcs, il doil prendre une idée
dr la marine marchande et militaire tic son
royaume . .\_u relour, ayan t repassé par sa
lJ011111: l'i lie de Rouen, il ,·a coucher à Ilizy,
ehùleau du maréchal de Bl'ilc-lslr, dont k s
honneur sonl fails, Pli son absence, par le
duc &lt;le Lu xembourg, cl le lcndr mai11 soi r on
Pst i1 Yrrsai lles.
Cc voyage ne s'csl pas accompli sans prornqnrr &lt;les murmures. Crllc pronll'nadt' al'lic!Jtlr dt' la maitresse à tra1ws la Franc(• a
rausé quelque scandale; au surplus, la charge
s'rst tromrc lourde pour les Yillrs r t la prorincr. aussi birn que pour k Trrsor, cl chaC'un dil que le Roi a dépensé liraucoup lrop.
dans l'étal pr,:senl des finaners, pour fai re
mir la mf'r it la rnarqnise rl mangrr an•c
t•llr du poisson frais.
Ile pins f!randrs plainlt•s . e font cnlrndrc
it l'haquc ronstruC'lion 011 création de pur
agn:mrnl que 111111l iplir le caprice de madamr
de Pom padour. Le pruplr lni rcprorlll' unr
dilapidation ronlinucllt· ri nn cffronlé mépris
d1' sa détresse. li esl wai &lt;1uc la farnriLL' a
hraucoup de maisons, cl l'on peut lrouwr
qn'rlle jellc trop aisément l'argent du n oi aux
m;1rons, nux ·1ardinit·r~. aux décorall'nrs. On

.'

a le total dr cc genre de déprnses : elles
rnonleronl. pour ringt années, i1 6 millions
j 10 362 lirres, on, sui,·ant un aulrc étal, à
7 millions 443 725 lines : c'est l'impardonnable fantaisie qn r la France appanHic a dù
paH•r it la marquis1•. Mais rn l'a111-il c·rngérer
l.1 ·rulir? Ct•s prodigalités, dont profil1,nl ,l'aillrurs l'arl cl les artistes. Ill' sont point un don
pu1· rt simple fait;', nnr nwîlrcsse al'idt' . Il ne
l'aul pas oublier qu'elle bùtil prcsr1uc toujours
sur des lorrains apparlcnanl au 11oi cl que ers
hr llrs habilalions, rn fin de complc, doi1·ent
reslrr it la Conronnr.
La 111a:son dt· l'Ern1ilagc de Ycrs1lillcs, par
cxrmpl&lt;', 1[11'on a heaucoup blùmée l'i qui a
coùté trois t:enl mille li1Tcs, s'élèrn sur une
partie du pare dont la jnnissancc seule est
accordée it la marquise, (l sa l'it' duranl 1&gt;, rt
qui fait, après cllr, rclour au Roi. Elle étlifit,ra de 111ème façon ses antres &lt;t ermitages )) ,
dans les deux. grandes 1·ésidcnces de la Cour,
il Fontainebleau et i1 Compirgnc, ainsi que
son hùtcl de Yersaillcs, Mli atqirès dtt Chii.lcau, tout contre le mur des réserroirs du
jardin, cl qu·un co1Tidor con trui t exprès met
en communicalion al'cc l'aile dn :\'ord. Cc
n'csl 1)as madame de Pompadour r1ui csl tlwz
clic en tous c·cs logis, r'rst le Roi.
Plus impot·Lanlc sera l'acquisition qu 'elle
ra fairr it Paris, en [753, du magnifir[tll'
h&lt;ltPI d'l~l'rcux, dans 1t,s Cham ps-Ély~écs, pay,:
st•pt ecnL tren te mille li1Tcs. li sera agrandi
et refait presque entièrement, splendidement
nacublé r l tendu de gobelins au chiffre royal,
Lran formé enfin en habitation princière, pour
la raison que la marquise peut y reccroir Ir
Hoi; cl bicnlot, par un article de son teslamrnt écrit en 175 7, elle le supplicra cl 'accepter
Ir don de crL hôlt' I, (l snsccptihle de fairr le
palais d'un de ses petits-fils &gt;&gt; . Cc sera lit sa
rrritablr maison, et on comprmd rp1'clle
l'Cuillc une fois s'installPr 1Taimenl chrz cll r .
)fais Ir srjour q1t'clle aménage al'ce le f!;Ot'it le
plus passionrn:, celui 011 tout rsl son œ111T1' (•t
l[Ui sorl de son imagination-de fc&gt;mmr. eom_nH'
un palais d'cnchanlement naît d'une fanl:us1e
dl' r&lt;-e. (''('S[ Br llcrnc: l'i Belli•l'llf'. dans sa

AMOUREUSES

pr nsér, csl drsliné aussi /t drrneurr r au Hoi
comme un sourenir d'elle.
l:nc me rnagnifir1uc sur le coms de la
Srine, les rolra nx de SainL-Cloud rl la plaine
dt• Paris, a rlfridt; la niarq11ise it li.Hir sur I&lt;'
rt'rsanl de ~fl'11don qui 1·Pgardt• Srrrrs. L1'
trLTain ro:al , qui desc:Pnrl jusq11'i1 la ririi·rl',
~e prèle 1t 1111 beau tracé de pcnlL'S t'l it un
heureux arrangement cil' la pcrspectirr. l'n
dessin de Portail nous montre le premier étal
des jardins de BPllernr, alors qur ni les arl111slcs ni le l,uis ne garnissent le rrmblai des
allées, q11'auc1111 hos1p1el n'.i pris forme. et
que le PcLiL-ChùLeau, it ne11f fenêtres de
façade, domine, de l'élégante architecture d,,
Lassurance, des terrasses sans marbres l'l
sans charm illt' s : auprès de l'arbre unique du
paysagt', au miEcu d'un groupe de Yisilcurs,
on cherche la marcruisc, s'abritant sous son
parasol de dcnlellcs dont un barornèlrc d'arrrcnt incruste le manchr , cl faisant à quelques
~mis les honneurs de sa créalion. JI a fallu
plus de deux ans cl demi pour tout finir. Les
Lrarnux énormes de lcrrassemcnt, la profondeur des fondations dans un sol sablonneux
et o-lissanl, ont multiplié les difficultés rt le.
dr1~enscs. La méchanceté publique )' a lromr
ample malihc. On l'('nail rnir &lt;le Paris lt'S
h11;t ccnls ouHicrs qu'rmployait maclamc dr
Pompr1dour, cl l'on savail trop qu'elle· ne 1t:s
payait point (&lt; sur ses épargnes )) . On par_lail
de sept gros millions, qui drrnicnl se rrdrnrr,
tout compte régi,\ 11 2 millions 58H 7 14 lin•ps
11 sols 10 denirrs. L\:tal qur Lrnait la marquise lui permettail d'aroir une maison, d_1·
campagne df' cc prix ; le rnnmcnl seul Plait
mal ehoisi pou r la ronstruirc.
Les artistes n'ont qu 'il . e réjouir de profusions dont les autres médisent aYrc juslict'.
llelh-vuc leur a élé lil'ré comme leur demeure,
cl, si nulle magnificrnrc snpcrOuc ne s' y
1:1,ale. 011 y mit para1Lrc, sons Loulcs ses
formes, l'a;., h• pins Mli t'al, le pins raflin(,,
celu i 1p1r madan n' d,, Pompadour ~oùle mi(•ux
qu'aucune femme de son temps et qu'elle se
plaît à inspirer.
PIERRE DE

(A suivre.)

A,·mo i,-ies d'ABEL Po1ssoN, M,,RQnS DE .ll.1R1m,Y,
,/e~i11ées el grcivées par Cocmx.
(Cabi11et des Estampes.)

j

NOLHAC.

~

l'hôtel de Ferriol
Par Henry BOR.DEAUX
,0,

~fous sommes mieux parlagés au xv111° siècle
c1u'au xrn• 1 • Xous y poul'Ons récollet' une
ample moisson de lettres d'amour, el faire
dans une si Yolumincuse correspondance un
choix intéressant. Il nous suffit de pénétrer
dans l'hôtel de Ferriol, rue 1'ieuvc-SainlAugustin, pour nous lrou1·cr mêlés it toute
l'histoire des mœurs durant la première moitié
du siècle. Il s'y découvre tous les élémenls
d'nn roman historique, dont l'O ici les person11agcs :
1° Le romte de Ferriol, ambassadeu r de
France à Constantinople. Diplomate un pcn
l'iolcnt, mondain, délicat, el Yivcur aux fanLaisies équi,·oques;
2° Le président de Ferriol, frère du précédcnl, financier maladroit et mari Lrompé,
d'ailleurs bonhomme;
:i0 La présiden te, femme du précédenl,
plus jeune que lui de vingt-quatre ans, cc
qui est une excuse, sœur ai'n.Sc de Mme cl1'
Tencin de galante mémoire, rommc elle
portée sur la hagalelle; de plus, avare et
rognanl sans cesse sur les frais de table sans
souci cl 'affamer son monde;
4° Ponl-dc-\'cYlr, filsa,né de M. et Mmc dc
Ferriol (né en i697), j eune homme froid,
éléganl, genre anglais, se plaisant clans la
société et y plaisant par sa réserrn cl sa
distinction ;
5° D'Argenlal, son frère ( né en 1700), le
plus joli garçon du monde avanl d'aroir eu la
petite Yérolc, un peu gàté dans la suite p,ir
les traces de crtte maladie, gourmand et sc11Limental, parf'ail galant homme, d'un commet·cc lrès sùr en amitié et d'un goùt cxccllen l dans les choses de l'cspri t, grand ami de
Voltaire;
6° Mlle Aïssé (née en ltîU5), jeu ne Tu1'C1ue
achetée par l'ambassadeur sur le marché de
Constantinople pour 1,,00 lil'res, et élcl-ée
clans l'hôtel Ferri ol comme un enfant de la
maison.
l'n diplomate, un financier, une inlriga nle,
deux jeunes gens et une Turque, on croirail
une troupe de comédie. Chacun de ces personnages a son aventure : j e ne parle pas du
financier qui est dépourrn de tout in térêt, et
qui se contente de perdre de l'argent.
l O Mme de Ferriol, bien que tracassière el
désagréable, es t l'amie du maréchal dTx clles;
2° L'ambassadeur rcl'ienl d'Orient en 1711.
li a acheté Aïssé ou Haydée dans le bu t de sù
préparer une future maitresse. Heureusement
il a soixante-quatre ans, et il est malade :
&lt;1 Ce sont des garanties, » comme dit SainteBeuve qui se porte caution de la l'ertu de la
belle Circassicnne vis-à-ris de son prolerleur ;
'I . Voir Ilisto1·ia, n• :; : l'Amom· au XVJ/• sirrle

5° PonL-de-\'eylc est l'amant passager de
Mme du Dcffanl;
4° O'Argental est amoureux d'.\.driennc
Lecouueur, la célèbre tragédienne, qui ai me
le comte de Saxe, lcc1ucl, toujours aimé ,
aime à la foi s la duchcs c de Bouillon et la
petite Carlon de !'Opéra ;
;-;o Mlle Aïssé résiste au Hégcnt 11uc subjuguent ses charmes cl aime pour la l'ic le
chel'alier d'Aydie.
Ainsi l'hôlcl de Ferriol abrite de forlcs
agilalions de crrur. ,le retiens trois noms de
femmes dont les lettres nous ral'ironl : A'issé,
Adrienne et ~[me du Deffant.
Une ,'truc tendre, sincère cl douce, oublieuse
d'elle-même, un peu passil'e, soumise à la
Yir, un esprit délicat, timoré el pratique, suffisamment curieux pou r saisir le trait intéressant des hommes et du monde ~ c'esl
Mlle Aïssé 1 •
Elle étai l faite pou r la 1·ic moyenne : ses
quali lt:s sont bourgeoises et conjugales. La
des tinée, qui se dircrLit aux conlrastcs, imagine autour d'elle les circo1slanccs les plus
romanesque,. Elle nail en Circassie, pays de
la Lcrre 0:1 la ract' humaine a conscrl'é sa
purclé primitirc (je ne la crois pas fille d'un
chef comme on le donne it entendre : ce ful
un propos de marchand habile 11 ~I. de Ferriol ) : clic est l'Cnduc sur un m::irché d'esclal'es. puis amenée en France dans une
société légèrr. li semi.ile que ces péripétie,
dussent former une arcnturièrc. Or, la jeune
Turq uc étonne le mond e par sa re tenue cl sa
modes lie, et demeure le type dl' l'ama nlc
loyale, fidèle cl dé,·ouéc . .\u fond clic est une
petite affranchie qui ne prend que la libcr lt:
d'aimer de tout son crour : de l'esclaYe elle
garde l'espri t de soumis,ion, et Ll'nd ses
minces poignets aux chaînettes que la société
nous fo1;gc, cl qui son t formées de préjugés
et de conventions.
Elle n'a donc r1u·un unique amour, don t
l'objet csl cc ~harmant chcrnlier qui fut un
roué de la Régence el qu'elle transforma en
parfait amant par la l'erlu de sa tendresse.
Heureuse d'aimer et d'èlrc aimée, elle n'.a pas
de plaintes contre la vie qui les sépare. Et
mèmc elle se cramponne à celle séparation
par goût du sacrifice. Le chernlier la voulait
épouser : elle refusa constamment, pour ne
pas entrarcr sa gloi re, et ne pas l'embarrasser
de sa propre gêne en lui faisa nt perdre les
beaux bénéfices que lui valait son litre de
chcralier de ~[allo. Mais, dans sa •situalion
irrégulière, elle apporte une dignité d'honnête
1. Les lclln'; ,k )lift' .\ï;sê soul adrc,sêcs it
11mc Cnlandrini. sa picu,c ,unie. Il y csl sourcnt
qurslio11 clr son amour.

tcmml' pon1· qui l'amou r ne ra pas sans l'estime. Elle oublie son bonheur pour mit' ux
édifier celui de son amant : c1 .le ne connais,
écrit-clic, que l'art de rendre la vie si douce
à cc que j'aime cru'il ne lrourc rien de préférable .... ,&gt; On ne peul s'empêcher de reconnaître qu'elle emploie mal un grand déroucment. La gloi re fort ordinaire de M. d'.\ydic
ne demandait pas Laot de soins. C'est ~an
arrière-pensée qu 'il lui offrait le mariage. 11
avait besoi n de sa. présence, cl souffrait de
leurs cnlrCl'UCS furtircs, Lous les lrois mois.
Tons deux se fussent contentés d'un· sorl
médiocre à condilion de le parlagcr. Que
n'ont-ils sauté à pieds joinls par-dcsws les
ranilés et le sentiment du monde! lis eussenl
fait le plus délicieux ménage, cl leur fi llcllt•,
née à la dérobée, eût préféré leurs baisers
quotidiens cl son enfance récbauOëe à la dol
lju'on lui ménagea par ce détour.
Mais Aïssé tenait à se dé1·oucr. On u·,u•nlft•
pas une femme qui a soif de sacrifices. CcllL'
Turque est une chrétienne qui souffre de rnn
péché, et se le reproche sans prendre les
moyens de le légitimer. Car les préjugés du
monde et la l'Ïe pratique l'emportent sur le
sacrement. Près de mourir, elle se livre toute
au remords. Mme du Deffanl, chcuonnéc
d'al'cntures galantes, Mme de Parabèrr, qu i
aimait toujours également et sans arrèt,
malgré la dircrsilé de ses amants, l'encouragent dans sa conrcrsion. Son chcralicr lui
écrit qu'il l'aimera aussi purement qu'elle le
désire. Ainsi elle goùtc la joie &lt;l'avoir aimé
Ioule sa Yir , cl de présen ter néanmoins 1t
Dieu une à.me rachclée, une j olie àme scrupuleuse el tendre. Pour sa douceur dans la passion, pour sa crainte du péché et sa faiblesse
de décision, pour tout ce qu'il y a en clic de
féminin cl de gracieux, louons Mlle .\ïssé qui
vint de si loin orner notre France amoureuse
de sa cbarmanle figure.
Mlle Lecouvreur, parnre du Théàlrc-Fr.1nçais de 17 J 7 à J750, était pcli lc, un pt·u
maigre, et trrs bien faite, gracieuse comme
une miniature, et fragile comme un Sèl-re~.
Elle répandai L sur tous ses rùles un air de
noblesse ·el d' élégance, comme fait auJourd'hui Mme Barlet.
On lui connut quelques amanls. Maurice
de Saxe ful le dernier, et le demeura dix aos,
jusqu'à la mort d'Adrienne. C'e,l une grande
faveur d'èlre le dernier amant d'une femme
jeune, adulée, et qui l'Ous sail infidèle . .\ u
comte de Saxe, héroïque dès sa plus Lendrr
jeunesse, et futur Yainqucur de Fontenoy,
11 les cœurs ne résislaient pas plus que les
rilles I ll . li donna trois années de bonheur ù
J. l),,s llo11lrni,,,.,.

�' - --------------------------------- - fond du fossé. Enfin un peu d'ordre s'établit :
le postillon, blessé, s'occupa de tirer les voyageurs de leur boite roulante qui gisait sur le
Jlane, parmi les chevaux à demi pris sous clic.
Le domestique, qui avait eu la présence
d'esprit de sauter de son siège sur la route
au moment de l'accident, vint à son aide. On
constata que les voyageurs n'avaient pas trop
souffert : M. de Sabran el la femme de
chambre étaient plus ou moins contusionnés;
quant à Mme Récamier, elle s'en tirait avec
un pied foulé. Les chevaux ne furent pas si
heureux : deux sur quatre laissèrent la vie
au fond du ravin.
On alla chercher du secours au village le
plus voisin, et, tout s'étant à peu près arrangé,
on se remit en route. L'on arriva sans nouvel
encombre à Coppet.
Le château de Coppet s'élève sur le côté
suisse du Léman, dans un paysage plus
sévère que riant. De grands nrbres le masquent de tous les côtés. C'est plutôt une vaste
maison qu'un chàleau. L'ensemble est très
simple, les murs sont unis, sans architecture,
sans style.... On dirait une caserne ou un
hospice. La façade ne donne point s~r le lac,
ce qui ne fait pas concevoir une haute idée
du goût de ceux qui ont construit l'habitation.
Mais comme elle est entourée de paysages
merveilleux, elle peut se consoler d'ètre
laide : on ne la regarde pas. L'œil est tellement ravi des magiques beautés qui s'étendent ou s'échelonnent devant lui de toutes
parts, qu'on en est accablé, soûl. ... La tête
en tourne et, en rentrant, on ne regarde qu'à
ses pieds.
Mme de Staël reçut son amie avec l'affectueux empressement de sa nature ubéreuse
et tout en dehors. Elle aimait à avoir auprès
d'elle une amie qui ne dissimulait pas son
admiration pour ses hautes supériorités.
Mme Récamier de son côté n'était pas fàchée
de se voir à Coppet, où il y avait toujours
nombreuse compagnie, aussi distinguée que
lellrée, frondeuse pour Napoléon, enthousiaste
pour elle.
Parmi les hôtes de marque de Coppet se
trouvait cette année le prince. Auguste de
Prusse. Il était fils du prince Ferdinand,
neveu du Grand Frédéric, et avait été fait
prisonnier au combat de Saalfeld, le premier
de la camp?gne de 1806. Le prince Louis,
qui a rait trouvé la mort en cette affaire, était
son frère.
On nous saura gré peul-être de reproduire
le récit même de l'officier qui fit prisonnier le
prince Auguste.
« ... Je résolus, a écrit M. de Reiset, de
ne plus chercher à entourer l'ennemi, et nous
l'acculâmes à un marais dont il lui fut impossible de se tirer; hommes et chevaux s'embourbaient, s'enfonçaient dans une vase noire
et épaisse, et tous leurs efforts pour en sortir
ne faisaient que les enlizer davantage. Le
désordre fut bientôt dans leurs rangs ; je fus
alors avec un trompette leur crier de se
rendre et ils mirent bas les armes. Ils eurent
1. LieulenauL-général vicomlc
nir,, l. I, p. 225.

DE REISET,

Souve-

à faire de grands efforts pour arriver jusqu'à
nous, et presque tous l~s officiers durent
abandonner leurs chevaux qui restèrent dans
le marais. Ma joie fut grande en VO)'ant quel
était leur chef el de quelle importance était
ma prise. J'avais fait prisonnier le prince
Auguste de Prusse lui-même et les cinq cents
fantassins avec lesquels il se retirait 1 .... »
Le prince fut envoyé à Dijon, puis à Paris,
ensuite à Nancy, et enfin à Soissons où il
resta jusqu'à l'automne de 1807. Il eut alors
la liberté de retourner dans son pays. Il partit,
s'arrêta à Genève, vit Mme de Staël à Coppet
et accepta son hospitalité.
Mme de Staël avait été liée avec son malheureux frère : on parla de lui, de son pays,
des calamités que l'empereur attirait sur la
maison royale de Prusse, sur l'Europe, sur
Mme de Staël elle-même .... On oublia bientôt
tout cela pour ne parler que de la belle
voyageuse qui allait arriver de Paris.
Mme de Genlis, qui a écrit un livre, plus
roman qu'histoire, sur l'idylle qu'entamèrent
le prince Auguste el Mme Récamier, a raconté ainsi leur première rencontre : elle
donne it ~(me Récamier le nom d'Athénaïs :
&lt;( Le prince, dit-elle, entra dans le salon,
conduit par Mme de Staël. Tout it coup la
porte s'entr'ouvre, Athénaïs s'avance. A l'élégance de sa taille, à l'éclat éblouissant de sa
figure, le prince ne peut la méconnaître,
mais il s'était fait d'elle une idée toute diffé-

.MADAJIŒ

](ÉCA.MŒ]( - - ~

rente : il s'était représenté cette femme, si
célèbre par sa beauté, fière de ses succès,
avec un maintien assuré et cette espèce de
confiance que ne donne que trop souvent ce

t:genre de célébrité ; el il voyait une jeune
~personne timide s'avancer avec embarras et
rougir en paraissant. Le plus doux sentiment
se mêla à sa surprise.
" « Après diner on ne sortit point à cause
"de la chaleur excessive; on descendit dans la
· galerie pour faire de la musique jusqu'à
l'heure de la promenade. Après quelques
accords brillants et des sons harmoniques
d'une douceur enchanteresse, Athénaïs chanta
en s'accompagnant sur la harpe. Le prince
l'écouta avec ravissement, et lorsqu'elle eut
fini, il la regarda avec un trouble inexprirpable en s'écriant : « Et des talents 11 »
Ce récit n'est pointdelafantaisiede roman,
du moins chez Mme de Genlis: c'est Mme Récamier elle-même qui le lui dicta sous la
llestauration.
Le prince Auguste, qui n'avait accepté que
pour quelques jours l'hospitalité de Mme de
Staël, ne parlait plus de s'en aller : il semblait avoir oublié tout à fait qu'il n'avait pas
vu sa famille depuis un an et que, pendant
ce temps, de grands malheurs s'étaient abattus sur elle et sur son pays. Mais c'est l'amour,
l'amour seul qui était assez puissant pour lui
faire oublier les plus douloureux deuils.
Comme Renaud devant Arro.ide, le pauvre
prince était devenu amoureux fou de Mme
Récamier.
C'était &lt;( un homme superbe, d'une prestance fort noble 3 », dans la pleine fleur de ses
vingt-sept ans. Mais le général de Reiset, qui
le juge ainsi, ne peut s'empêcher de voir en
beau un prince qu'il a fait prisonnier de
guerre. Mme Lenormant, de son côté, dit
qu'il était &lt;( remarquablement beau ». Mais
comment trouverait-elle autrement un prince
qui fit à sa tante l'honneur d'être amoureux
d'elle? Elle en est, ma parole, presque aussi
entichée qu'elle. Benjamin Constant, lui, est
moins enthousiaste : « Le prince, dit-il, est
ce qu'il a toujours été quand l'amour ne le
rendait pas pareil aux autres, commun, fier;
gauche et bavard, les coudes en dehors et
le nez en l'air. l&gt; Mais lorsque Benjamin
Constantcrayonnait cette jolie petite esquisse,
il était à son tour amoureux de Mme . Récamier, par conséquent jaloux du prince. Il
ne pouvait donc le voir qu'avec dépit et n'était
guère porté, en parlant de lui dans une lettre
à celle qu'il aimait, à célébrer ses mérites.
La vérité est que le prince Auguste était
grand et bien fait, qu'il avait les cheveux
blonds, les yeux bleus, la physionomie un peu
poupine, qu'il avait de l'arrogance, de la raideur, de ces choses enfin qu'on nomme distinction chez les puissants, et dont les femmes
raffolent : il pouvait passer pour le patron .
sur lequel on a de lout temps ,taillé les officiers allemands. Quand il était dans le salon,
après déjeuner, ce n'était assurément pas le
buste de M. Necker, sur la cheminée, dont la
vue le faisait rougir comme une jeune fille :
non, c'était le visage enfantin de Mme Récamier. L'émotion que lui causait la jeune
femme était parfois si intense qu'il n'y pou-

2. Mme DE GENLIS, Athénafs ou le Glui/eau de
Coppet en 1807.

L.

CJiché Giraudon.
MADAME RÉCAMIER.

Buste de

CHJNARD.

(Musée de Lyo11. )

... 169 ...

!

3. Lieutenant-général vicomte DE REIS ET, Sqpvenirs,
I, p. 225.

�MA.DA.ME '/(iCA..M1E~ - -._

111S TORJ.Jl
adhésion à la rupture d'un lien_ qui n'e:~;
abîmé par le chagrin? Elle y réfléch!t quelque
vait tenir : il se levait alors et allait fa~re un
tait d'ailleurs que sur le pap1er et p.
temps. Enfin, poussée par le~ se_nt1ments !e~
1 n'avait demandé aucune sanct10n
tour dans le parc pour se remettre._
,
lus violents du cœur, c'est-a-d'.re la vamte leq_u~l o1 C
. ût été d'ailleurs bien inuMme de Staël, à qui ce petit maneg:
re!Jcr1euse.
e qui e .
.
.
~t
l'ambition
elle
se
rendit
aux
mstances_dt
n'échappait pas et qui était trop experte ~an
tile o uisqu'il n'y avait Jamais eu (( h~n J&gt;.
prince et rés~lut de demander à son mari a
Récamier était certes le man le pàus
les choses de l'amour pour n'en ~oint de~nl~r
.
la cause Je faisait remarquer a sa « e _e permission de l'épouser.
acco~modant qui fùt. Il tomba cependant es
Ce projet était des plus simples, mais des
amie » ::Omme elle l'appelait, - et celle-ci,
nues en lisant celle requête. I_l recon~ut avc~
\us sensés, non!
.
f
.
'
·t
de
son
mieux
pour
être
modeste,
qm a1sa1
.
· l t p Mme de Staël, qui n'était pas plus s~rup:~ douleur que celle à qui il avait ~onne une s~
.
rourrissait alors gentiment, levait un !ns an
brillante existence
ne 1m· gardatt . pas,. une. s1
leuse pour les autres que pour ell~-mem~ • t
.
· é' 11 s, 1macrrna
les ~eux et lui enrnyait, pour tout~ :~po;t•
brillante reconnaissance. I',um
. t: , .
.
t
aer
sa. med10cr1
un sourire additionné de douce pille. ais qui ne se refusait guère ses caprices, n eu
qu'elle
né
voulait
pas
par
ao,
.
,1 le,n
as compris que la « Lelle ami~ » p~t s~
uand le prince rentrait, ses grands yeux
roturier,
il
crut
qu'elle
n
asp~ralt
_q~;
ut
~eîuser les siens. Elle ne fut pas_etrangere a
qre'veurs faisaient rêver l'exquise créature._
titre fùt-ce au prix de sa nat.10naltte. ou
la détermination de Ume Récamier. La quaI f'ul , Je prmce
'porta une lumière tristement fut_guQuelque amoureux qu•·1
cc1a
. , · d meme
Aurruste n'avait pu s'empêcher de remarque~
rante dans son âme, mais cc1air~ u
lérrep trouble que sa présence donnait a
l'àme le cœur et le caractere de celle
coup
,
.
1 prétexte de
~~me°Récamier. Il s'établit vile entre eux_une
.
dont il avait pris la vie sous e
.
E
•
de
conversation
sans
paroles
et
s1\en~
t
lui donner la sienne. 't ces t après avoir
ll
sor
. e un échancre de regards.... Encourage
.
réfléchi sous l'accablante d~ul,eur de :ire
c1euse,
o
·
Ile 1\
ar les sentiments qu'il découvr_ait_ en ·e '
double vision et avoir ressenl.I, a en mo .'
~e hasarda un jour, mais bie_n t1~mdemen~ et
les humiliantes vérités et les cruelles certires ue en tremblant, à lm faire part es
tudes de sa vie que, se ressaisi_ssa_n~ et repreP.siens.
q Sa bouche fut éloquente, ses yeux le
nant une haute et affectueuse d1gmtc, ex?m_~l?
R,
·
e
furent aussi, car ceux de Mme ecamie~ s
d'amertume, il répondit &lt;1 qu'il_ conscn~ir~1 a
. e'rent medestement, et elle écouta JUSl'annulation de leur mariage s1 telle eta1t ~a
ba1ss
, ·
· f 't e
. faisant
.
'
bout elle qui n'avait Jamais a1 qu
volonté, •mais
appe1 à .tous
' dles sent1·t 1
qu au
,
d, J t' n
ments
du
noble
eœur
auquel
il
s_
a res~a1 '_1
sourire de discours analogues, la_ ed~ aral1?t
·1 l'affection qu'il lui avait portee des
doucement en nammée qu 'on. lm .erou a1 ..
rappela1
. .
,
1 recrret
. aussi,
. c'e'tait le premier prince
qui
son enfance\ il expr1mtut ~elll:e e o s
Mais
.
d
s'attaquait à elle. Il y avait de quoi en p~r re
d'avoir respecté des suscepubil1tés_ el ~e
la tête et il semble bien qu'elle la p~rd1t un
répucrnances sans lesquelles un hcn
us
ment
Je
prince
aussi.
Tous
.
.
ot
'eût
pas
permis
cette
pensée
de
s
pamo
le
peu sur
,
,
etro1 n
.
t c de
deux étaient même si &lt;( e~~alles '.&gt; que
. . enfin il demandait que cette rup ur
rat10n,
.
·
t
·
t dans
.
Récamier pers1s a1
le rince, oubliant qu'elle etall mariée, la
11
Clicht Giraudon.
leur l1en,
s1. 'froc
•
•
tel
rojet
n'eût
pas
lieu
à
Paris,
mais
de!anda en mariage, séance te~ante, \~Ile~ r.lATlllEU DE MONTMORENCY.
,
D'après
la
lilho)
'me De son côté Mme RécaIIller' ou an
~~rs de PFran;e où il se rendrait pour~~~~ncergraphie de CAMINADE, ( Cabinet des Estamtes.
me • . en ce moment d''ivresse ou' elle
ter avec elle ll. Il ajoutait q~e la i ~r~nce
son mari
, 1·
t
o ait toutes ses ambitions se rea iser e au
d eli ion était un obstacle bien plu~ serieux
lité de prince chez le soupirant y était de~core
e r g_
uand il s'acrit d'un prrnce que
~elà, était obligée de se te~ir à q~atre your
moins étrancrère. D'ailleurs, dans son esœu- au m:~~ag:e qs'agit que d'un simple part~cu·r
d'une
attitude
reservee
et
t
ne pas sor 1
vrement de bcœur, aussi accidentel que ,moet qu'il serait bien étonné que le r01 ?e
répondre out sur l'heure.
.
vec
, ~[me de Staël n'était pas fàchee de
mentane, a
b I
s sa i '
Elle remercia cependant le prince a
Prusse consen tï't à cette union bourgeoise
1 b
voir d'autres cœurs entrer en ran e so; d
bonne
grâce
de
l'honneur
our un rince de sà maison. En~n, e ra~e
beaucoup de
. .
direction.
Tout
en
suivant,
de
son
œ1
e
.
qu'il voulait bien lm faJre et, se resp
p . décidément ' y voyait plus
· lom
1mmense
. d l ·J·
le psychologue à la fois intéressé_ et ?m~s\les homme qm,
.
.
t
un
peu
elle
le
pria
e
m
a1sser
1
belle
Juliette,
lui
demanda
s1,
tous
sa1s1ssan
'
.
1
' li
péripéties du roman, elle est1ma1t sm;. retemps de la. re'flexion ' lm rappe a qu e e ment 'un prince était un morceau _1gne ~~:tajes surmontés, sa po:ition ~ 1~ c~~rà ~:
rai
n'était pas hbre ... •
.
.
de sor amie : n'était-elle pas elle~meme, Prusse serait bien celle qm convien
· so~ amour- Mais le divorce? ... répondit le pri~ce q Ul,
femme
du
prince
Auguste,;
s1.
.
comme on disaît avant la Révo~_ut1on, . un
sat1sfa1ts
appartenant à la religion protesl.:!nte qui_ admt
1·gnitéy seraient aussi
d
t
.
?
Aussi
Mme
de
Stael
favorisapropre
e
sa
.
,
d·que
it
de rm •
.
le divorce, ne voyait p~s dans. le ~ar1?~e e morceau
son
ambition,
et
si
le
jeune
prmce
qu
_onD
isa
t-elle de son mieux la petite_ mamgance.
•
pelait le pi·ince on
Mme Récamier un obstacle . bien mq~1etant:
Ile la fidélité.
Mme Récamier, de son côté, allait toutebs~~le fort volage et qu on dap_
lle
des
belles
l&gt;
était
toute
reveuse
.
arLa (( be .
., d
dans le sens de ses conseils, et c'est pro a e- Juan à Berlin appren rait pour e ,
elle pensait de son côté q~e, non, mar1~e . ~- ment pour les suivre que, me!tant del p~rt et
C'étaitlà enquelquesorte, unefleche de p
,E~ 1· e toute catholique qu elle eta1t '
vant 1 g JS '
d'
rten d'autre la raison de côté, le prmce et a Jefiune the Elle ;rta. Mme Récamier' tout~ à ses e!1·1
.
t
a·
1
se'
d'obtenir
la
rupture
un
1 serai
.
JI t f
e échangèrent une promesse. Ces an- cha~tem!nts, n'avait pas songé à ?°sd1ffi~ultesd
ui, d'ailleurs, n'existait pas entre e e e
Elle n'avait pas assez mesure tout d a~or'
emm
Il
t t par une
ql .
'elle avait accepté pour époux, cet çailles furent solenne es, sur ou
l'étendue
du sacrifice qu'elle demla~da_1t a
ce ui qu
li
,
pointe d'originalité qui leur donna un asp;c:
ne.
é oux n'a1ant jamais eu avec e e qu une
M
Récamier.
En 1m• répondant' . ce m-c1
'
romanesque peu banal. On assure en ~ e
.
pas non plus assez celui quelle_ lm
c~nduite toute paternelle. _C~pen_dant une
'après avoir échangé des anneaux, le prmce mesura
u Ré
ier exprime
, 'ble l'obsédait .· serait-il
biend à elle,
idée pem
.
icrivit de son sang une promesse d'amour et f . 't Un point à noter: iu. cam
ui avait reçu de M. Récamier t~11t e mar1:1sr~o~et d'avoir respecté les répugnances de
de fidélité éternels. Une telle marque de p~s\es d'affection, à qui elle ~evatt quato~ze
. 'tait bien faite pour achever la conquete celle ;ue la loi lui avait donnée po~r femm:,
q , de v1·e paisible et brillante, passees s10n e
et de n'avoir pas passé outre. ~eci ~our e d ·
"
donner
~ • 1 rand luxe et dans le P1us grand· d'un cœur qui ne deman ait ~u. a se . r~
sayer sans doute de faire revemr Juliette
. sur.
dansdle p ursa?t-il bien à elle de l'abandonner' Mais revenant un peu à la r éah te, et tOUJOU_l
. .
· I' ppui des bruits qm
mon e, se
• · , · 'Il' t sans' doute sur le conseil de Mme de Sta~ ,
'2 . Voilà qui vient1 encore
. tenant surtout qu'il était rume, v1e1
arenléa naalure Ile de M. Récamarn
. J .e
aYaienl cours s_ur a !0uits
u'il faut se garder de
rand-prêtre
de
ce
mariage,
Mme
Réc;im1er
1
·! Les mariages civils contractés sous la l~evolu1Joan1·
q
amen bien que
gécrivit à son man• et 1e pria,
· au nom de I affec- micr et dde' d Juhcltc,
·
·d , és comme re 1g1eux P
·
sement et sans ex
,
rejeter e a(gneu
bl les détruire.
furent cepend_ant con_s\i~~ compte de l'impossibilité
la
phrase
smvanle
sem
e
l'Eglise catho11g_ue, gu_,
tion qu'il avait pour elle, de donner son

~l

r

~?;:q

..

son projet en lui montrant quel esprit de . refus, ni passer outre aux avis de M. Récasacrifice avait été le sien en ne voulant froisser mier qui, elle le sentait, lui parlait le langage rait déjà, entre autres malheurs, la mort du
aucune de ses susceptibilités. Il faut remar- de la raison, elle ne vit de solution à cette prince Louis, son frère? Voulait-elle donc enquer aussi que, d'après cette phrase, la &lt;! belle singulière situation que dans la mort. Lucien courir la malédiction de cette auguste et infordes belles &gt;l n'aurait eu aucune imperfection Bonaparte ne lui avait-il pas parlé jadis de ce tunée famille?... Et ses amis, y avait-elle
physique. Quoi qu'il en soit, cette lettre la dernier refuge à l'usage des amoureux, - où pensé? Avait-elle songé à tous ces malheureux
jeta dans une grande incertitude. Ce que il s'était pourtant bien gardé d'aller? Elle qui, si elle venait à disparaître, ne sauraient
voyant, Mme de Staël vint à la rescousse. 1 ferait comme Lucien. Sans réfléchir davantage, plus où aller passer leurs soirées? Oh! non,
Pour lui ôter tout scrupule, peut-être crut- elle se mit à sa table et écrivit à son mari la elle ne pouvait pas, elle n'avait pas le droit
de se détruire. Et, ton t en lui donnant ces
elle devoir lui parler des bruits qui couraient lettre que voici :
bons
conseils, Mme de Staël l'observait du
dans le monde sur les liens de parenté natucc Résolue à quitter la vie, je viens vous
coin
de
l'œil, cherchait à lire en cette pauvre
relle existant entre elle et M. Récamier. Loin dire que je conserverai jusqu'au dernier batâme
et
scrutait en même temps ses propres
de lever ses appréhénsions, une telle révéla- tement de mon cœur le sou venir de vos bontés
tion, si elle fut faite, dut bouleverser la jeune et le regret de n'avoir pas été pour vous tout sentiments : n'avait-elle pas, peu auparavant,
femme. Il n'y avait pas si longtemps qu'elle ce que je devais. Je compte sur cet (sic) scruté aussi attentivement ceux de Benjamin
avait enterré sa mère et, s'exagérant, selon amitié dont vous m'avez donné tant de preuve Constant, qui la menaçait de se brûler la cerl'usage, les vertus de celle qui n'était plu_s, (sic) pour accomplir mes derniers vœux. Je velle parce qu'elle le contrariait dans le désir
elle ne pouvait s'habituer à l'idée de savoir .... désire que ma mort ne rompe pas les liens qu'il lui exprimait de l'épouser? C'était déciNon, apprendre ainsi, à brûle-pourpoint, des qui vous allachaient à mes parents et que dément la mode, dans cette Académie de
choses pareilles!... Et M. Récamier, quel vous leur soyez util (sic) autant que vous le Coppet, de se tuer les uns par amour des
égoïsme avait été le sien en la prenant pour pourcz (sic) . Je vous recommande Delphine; autres. Heureusement que ces velléités les
compagne de sa vie? ... Son imperfection j'ai pro.mis à sa mère de veiller sur son bon- laissaient tous en excellente santé. Mais, écriphysique secrète, c'est vrai .... Mais si elle heur; en vous la confiant, elle n'aura rien vain avant tout, Mme de Staël se documentait
était vraiment impropre à la maternité, par perdu. Quelques amis ont contribué avec moi sur le vif pour un Essai sur le suicide que
conséquent au mariage, elle ne pouvait, loya- à mon établissement d'orphelins; je désire cette conversalion lui donna l'idée d'écrire,
lement, épouser le prince Auguste. La plus que vous fassiez autant que vous le pourés qu'elle termina en 18 JO etnepubliaqu'en 1812.
Ne pouvant mourir, son amie le lui avait
élémentaire honnêteté lui faisait un devoir (sic) pour cet établissement. Je vous recomde le prévenir. Mais comment lui en parler? mande les personnes qui m'ont été attachés prouvé par a plus b, i\Ime Récamier était
Aborder ce sujet, ne serait-ce point de sa part (sic) , Je vous laisse la pensée constante que donc condamnée à vivre. Mais son attitude
de l'effronterie? Faire parler Mme dti Staël?.. .. je vous ai dû tout le bonheur que j'ai trouvé devant le prince Auguste serait délicate. Il fut
convenu entre les deux femmes que Juliette
Il était bien tard. La loyauté n'aurait-elle pas dans celle vie.
ne le découragerait point d'une façon définidû lui commander de ne pas provofJuer par
JULIETTE fiÉCAM ....
tive,
mais qu'elle ferait en sorte dé gagner
ses petites mines effarouchées, indigm·s après
1 J&gt;
du
temps,
de répondre évasivement quand
!&lt;
A
Monsieur
Récamier.
tout d'une femme de trente ans, les avances
ses questions se foraient trop précises, qu'elle
du jeune prince et de ne pas se prèter à une
En écrivant cette lettre, Mme Récamier
idylle qui, malgré ses honnêtes aspirations, avait-elle vraiment l'idée de se tuer avec l'in- chercherait en somme à maintenir un doux
état d'intimité tout en battant insensiblement
ne pouvait décidément avoir dti solution?
tention d'en mourir? Si calculée dans sa
en
retraite jusqu'à ce qu'un incident quelToutes ces « songeailles l), d'autres encore, conduite, si empressée à examiner ses impulla jetaient dans un trouble inexprimable. Elle sions avant de les suivre - ou de les rejeter, conque, le rappel du prince à Berlin ou son
sentait, en bloc, que M. Récamier avait raison - il fallait que sa situation fût bien inextri- propre départ pour Paris, vînt mettre un
sur tous les points; elle comprenait que le roi cable pour qu'elle n'ait vu de moyen d'en terme à une situation qui ne pouvait se déde Prusse, chef de sa maison, ne consentirait sortir que par la mort. Mais elle allait bientôt nouer qu'avec « patience et longueur de
jamais, et pour bien des motifs (roturière, éprouver par elle-même qu'il y a de ces temps. l&gt; L'absence fait naitre l'oubli, et l'oubli
divorcée, Française, catholique ... ) au mariage choses dont on doit mourir et qui nous lais- n'est-il pas le remède à tous les maux, à ceux
du prince Auguste avec elle. En conséquence, sent très vivants. àfme de Staël, &lt;! qui ne d'amour surtout? En attendant, l'animation du
et sans parler d'autres obstacles non moins s'amusait que de ce qui la faisait pleurer ,&gt;, château, oùil y avait souventj usqu'à trente persérieux pour l'avenir, elle comprenait-qu'il fut probablement consultée dans ce cas in sonnes à la fois, les parties à cheval qu'on faiserait habile à elle de prendre les devants et extremis. Son amie ne pouvait décemment sait le jour, les promenades à pied dans le
de renoncer à un projet qui ne pourrait jamais prendre congé de ce monde sans prendre parc le long des belles eaux bordées de vers'accomplir. Mais toutes ces idées étaient d'abord congé d'elle : n'était-elle pas sous dure, les causeries littéraires de la table, les
encore vagues dans sa pauvre tête, elles y son toit? N'était-il pas séant de lui demander pièces qu'on répétait pour les jouer le soir,
tourbillonnaient saris qu'elle pût se rattacher pardon &lt;le tous les tracas que sa mort allait tout cela ne serait-il pas un dérivatif pour les
à aucune. Et puis elle ne pouvait se faire à lui donner?... Mme de Staël, qui ne songeait deux amoureux et ne les aiderait-il pas à
cette pensée de renoncer à devenir princesse, pas encore à se tuer, comme elle essaya de le attendre sans trop de douleur que le temps
à ce rêve de conte de fées! Et cela au moment faire un peu plus tard, parce que M. de Ba- et l'oubli leur apportassent la guérison?
C'était le parti de la raison. Mme Récamier
où elle, qui était si bien faite pour l'être, rante ne semblait pas avoir pour elle une
le
prit
après avoir adopté définitivement pour
allait voir ce rêve se réaliser?
passion aussi vive que celle qu'elle avait pour quelques heures celui de la déraison. Elle
Affolée, ne trouvant aucun moyen de lui, Mme de Staël n'eut pas de peine à lui
sortir de cette impasse, au lieu de demander persuader qu'en effet cela lui en donnerait donna contre-ordre à M. Récamier par un
conseil à son amie - bien qu'elle ne lui en beaucoup; elle ajouta que le prince Auguste exprès que dépêcha Mme de Staël et fit dès
eùt donné que de mauvais, et que, malgré serait au désespoir d'une telle détermination lors en sorte, non pas d'éviter le prince, mais
tout son génie, elle eût eu besoin d'un peu de et qu'il ne manquerait pas de l'imiter. Vou- d'avoir toujours entre elle et lui quelque
sens commun - elle n'en prit que de son lait-elle donc la mort de cet excellent jeune personne en tiers. Mme de Staël la secondait
désespoir. Ne voulant ni renoncer à son amour , homme? Voulait-elle frapper d'un éternel de son mieux et semblait maintenant prêcher
pour le prince, ni désespérer celui-ci par un chagrin la maison royale de Prusse qui pleu- au prince de Prusse le contraire de ce qu'elle
lui disait précédemment. Benjamin Constant,

1. Je dois la communication de cette lettre inédite, bien curieuse pour la psychologie de Mme Récamier et bien importaute pour son histoire, à la
bienveillance de M. Gaston La Caille, ancien juge
d'instruction au tribunal de la Seine, et dont tous les

érudirs connaissent le riche cabinet d'autographes. Je
suis heureux de le remercier de nouveau ici de sa
gracieuse amabilité. Cette lettre n'est pas datée, mais
elle ne peut se rapporter à aucune autre époque de
la vie de Mme Récamier. Je ne sais qui est cette Del-

d'une c~rèmome religieuse.

... 171 ...

phine que la jeu De femme recommande à son mari ;
~on « établisse~ cnt d'or{lbelins ~ était une école de
Jeunes filles qu elle a va1t fond ce dans le quartier
Saint-Sulpice et qui était entretenue par les souscriptions qu'elle arrachait à ses amis,

�M.1{.D.1{.)JfE

, . - 111STO'J{1.J!

les appétits, les vanités, les espérances qui
Le prince fut désespéré de cet arrêt. ll couvaient au fond de tout cela; le souci de la
qui venait d'arriver à Coppet, était entré dans essaya de faire revenir J ulietle sur sa décision,
leur jeu. Le prince ne s'apercevait point de et, finalement, déclara qu'il se contenterait fortune, qui dominait toutes ces misères mocelte pclile conspiration et s'impatientait par- de l'autorisation de la revoir. Celle-là, on la rales; toutes ces éner.zies rilunics avaient pour
ois de ne pouvoir trouver quelques moments lui accorda, mais les circonstances firent qu'un résultante une aversion colossale, bien natupour le tète-à-tête avec Mme Récamier. D'ha- rendez-vous ne put Atre pris qu'en 1811. Des relle et bien légitime d'ailleurs, contre l'intolérable lyrannic de l'empereur. Mais, ccllP,
bitude assez brusque, il le devenait mainte- obstacles sur lesquels on ne comptait pas, nant davantage. &lt;&lt; Un jour qu'il voulait dire toujours la politique, - ne permirent pas à tyrannie, il ne fallait pas la confondre avec le
un mot à Mme Récamier dans une promenade Mme Récamier de s'y rendre. Le prince, déçu pays qui la subissait trop docilement, et c'est
à cheval, il se retourna vers Benjamin Constant dans son attente, furieux aussi de s•être dé- sans doute pour excuser cet état d'âme, fort
qui était de la partie : &lt;&lt; lfonsieur de Constant, rangé inutilement, lui écrivit quelques duretés. peu estiopble, qui était celui de Mme de
Staël, de Mme Récamier et de leurs entours,
&lt;&lt; lui dit-il, si vous faisiez un petit temps de
Il se radoucit lorsqu'il apprit que Mme Réca- que Chateaubriand a écrit : &lt;&lt; Quand la liberté
&lt;&lt; galop? ll Et celui-ci de rire de la finesse
mier avait été l'objet d'une mesure de police
allemande 1 . l&gt; Mais la finesse allemande eut lui interdisant d'approcher de Paris à qua- a disparu, il reste un pays, mais il n'y a plus
de patrie. l&gt; Est-ce par un sophisme analogue
beau s'évertuer, elle ne parvint pas à son but.
rante
lieues.
que Mme Récamier fit d'abord si bon marché
Mme Récamier parla bientôt de retourner à
En dépit des événements et des guerres, la de sa qualité de Française quand elle s'était
Paris. Après un échange de promesses de correspondance continuait entre le prince et
fidélité à des fiançailles que la jeune femme Juliette. Pendant l'été de 1812, tandis que mis en tête de divorcer pour épouser le prince
était maintenant déterminée à ne pas pousser celle-ci était à Lyon, Camille Jordan, lui écri- prussien? D'ailleurs, son amitié va rnuvenl à
plus loin, elle partit, bien décidée à lai~ser vant pour lui demander un rendez-vous chez des étrangers, à des hommes qui n'aiment·
au temps le soin de la faire oublier de son elle, lui dit que, si elle avait des affa;res à pas la France, à, des traitres en herbe : Mofiancé. Celui-ci, de son côté, se mit en route traiter avant de s'occuper de lui, il attendrait reau? Un traitre; Bernadotte? Un traitre;
Murat? Un traître; la reine de Naples, Caropour Berlin.
qu'elle eût fini; seulement, pour passer le line Bonaparte? Une traitresse à tous les
On s'écrivit. Les malheurs de la maison temps, ajoutait-il avec une petite pointP. de
royale de Prusse, la tristesse qui y régnait, malice, &lt;&lt; vous me donneriez à lire quelque degrés! ... Mme Récamier accueillera le roi dcempèchèrent le prince de faire part tout de partie curieuse de votre immense collection Prusse, le prince de Prusse, Wellington, etc.,
à Paris : mais cc sont de si hauts personsuite à sa famille de son projet de mariage et
de lellres du prince de Prusse 1 1&gt;.
nages!. .. Devant ces vanités enivrantes, il n'y
de ses fiançailles avec une Française, de son
Les malheurs de nos armes amenèrent à a plus de patrie pour la pauvre femme. Son
amour pour elle .... M:ais à Berlin, il ne s'agis- leur suite les armées ennemies. Le prince
sait pas d'amour. li le comprit el n'en parla Auguste commandait l'artillerie prussienne. amie Mme de Staël, une demi-étrangère, à
pas non plus. Il se répandit en récriminalions Mêlant une galanterie intempestive aux opéra- qui tout son génie ne fera pardonner qu'à
sur ceux qu'il accusait des malheurs de son tions militaires, il trouvait de haut goût de moitié d'avoir fait des vœux pour la défaite
pays et se consolait de ne pouvoir parler à ses faire hommage à la Française qu'il n'avait des Français pendant la campagne de Maparents de Mme Récamier, en lui adressant cessé d'aimer, de ses succès militaires; il lui rengo; Mme de Staël, qui lui dictait sa manière de penser, était un peu responsable de
force lettres.
mandait les places et forteresses qu'il assiéCependant, par un scrupule qui l'honore- geait, le nombre de jours dans lesquels il ces indignes défaillances; ses a.mis royalistes
rait s'il ne se compliquait pas d'une certaine espérait s'en rendre maitre. Avec. notre pa- faisaient le reste. Malheureusement, dans
dose de vanité, Mme Récamier, d'après ce triotisme actuel nous avons peine à concevoir celte atmosphère de salon plus imprégnée
principe que les pelits présents entretiennent que Mme Récamier ait continué à corres- d'intérêts de castes que de patriotisme, le ~ens
du vrai et du devoir était étrangement oblil'amitié, voulut offrir au prince une compen- pondre avec cet étranger devenu ennemi de
sation à la déception qu •elle lui donnait. Elle la France, faisant chaque jour couler le sang téré : pour combattre le tyran qui était
devenu le fléau de la France el de l'Europe,
avait, à Coppet, encouragé son amour : ne français, et n'ait pas eu honte de lire les
lui devait-elle pas, maintenant qu'elle faisait lettres de cet ennemi lui racontant ses succès on ne regardait pas à d~s compromissions el
retraite, un dédommagement? Et c'est dans et ses espérances, c'est-à-dire les d~failes de à des alliances criminelles, 011 u'étail pas
celle pensée qu'elle fit faire son portrait par l'armée française el l'écrasement de la France. scrupuleux sur un état moral où le sens de
l'honneur et de la dignité était abuli pour oc
Gérard et qu'elle l'envoya au jeune prince.
Le prince lui en parlait comme il en eût parlé plus laisser place qu'à des passions politiques,
Celui-ci le reçut avec des transports de joie à une Prussienne. Mais, au fait, pour dc,'lner
el exprima sa reconnaissance en termes fort ainsi devant elle libre cours à ses expansions c'est-à-dire à des iotérêls où ceux de la pauvre
patrie étaient singulièrement oubliés. Les
touchants.
patriotiques tout allemandes, il y était évi- émigrés avaient jadis trouvé tout cela légi« Pendant des heures entières, disait-il, je demment autorisé : Mme Récamier ne lui
time, mais les tristes exemples qu'ils avaient
regarde ce portrait enchanteur et je rèvc 1111 avait pas iruposé le sil~nce comme elle aurait
donnés auraient dû en proscrire à tout jamais
bonheur 11ui doit surpasser tout cc que l'imadù.
gi~iation peut offrir de plus délicieux. Quel
Et )fme Lenormant trouve tout naturel le retour.
Le prince Auguste revit donc Mme Récasort pourrait être comparé à celui de l'homme de dire : &lt;&lt; Sur sa route militaire, tout en
mier à Paris, à Paris où il était entré en
que vous aimerez? ... i&gt;
faisant successivement le siège de Maubeuge, vainqueur. Il la revit aussi à Aix-la-Chapelle,
Devant celle naïveté d'amour, :Mme Réca- de Landrecies, de Philippeville, de Givet et de
en i8i8, pendant le Congrès qui se tint en
mier sentit que le temps de la franchise était Longwy, il ne manquait pas de lui écrire, au
cette ville. Toutes ses journées, il les passait
venu. 11 n'était plus question de donner suite, pied de chacune de ces places et de son quarchez elle, et la population regardait avec étonet pour mainte raison, à une passion qu'elle tier-général, des billets tout remplis de pasnement, le soir, un peloton de cavaliers poravait étourdiment provoquée; il ne lui restait sion et de patriotisme prussien. D
teurs de torches qui illumioaieol _toute la
donc qu'à l'aire compr~ndre au prince qu'elle
Mme Récamier ne semble pas avoir 1été fort route. C'était l'escorte d'honneur du prince et
ne pouvait pas y répondre. La tâche était chatouilleuse sur le chapitre du patriotisme
elle stationnait devant la maison de Mme Répénible. Il fallut cependant s'y résoudre. Elle français. Dans son entourage le plus intime
camier pendant toute la durée de l'auguste
lui envoya donc un refus, mais le plus agréa- on ne l'était pas davantage. Les rancunes et
blement tourné, et lui déclara qu'il lui fallait; les jalousies qu'on habillait, par des sophismes visite.
C'est en cette même année 18 l 8 que le
à son très cruel regret1 renoncer à des espé- dont personne n'était dupe, des couleut;, de
fidèle amoureux commanda au baron Gérard
rances qu'elle avait tout d'abord si follement l'intérêt de la France; les haines de castes
caressées. Et elle lui exposa ses raisons prin- qu'on prenait pour des convictions politiques; le tableau de l'Jmprovisation de Corinne au
cap llfisène, sujet emprunté au célèbre roman
cipales.
2. Madame Récamie1· et les amis de sa jeunesse.
1.

SAtNTE-IlEUVE,

Causeries du Lundi, t. I, p. 131.

?e ~lm~ de Staël. Une fois le tableau terminé,
il I offrit
à Mme Récamier · C'éta1·t, dans sa
,
pens?e, non seulement un cadeau qu'il lui
de~a1t en échange de son beau portrait par le
meme pein!re, mais aussi un souvenir éternel
de leur amie commune Mme de Staël, enlevée
un an auparavant à leur affection.

Le prince ~ard~ jusqu'à sa mort le portrait
de ~elle qm a dit: « C'est le seul homme i
a fait
. prequ
. battre. mon cœur · l&gt; Mme Re'carnier
nait-elle vrauneot ses vanités et ses éblouissem~nts de bourgeoise devant un prince pour
d? l amour? Ou voulait-elle simplement, ar
bienséance, habiller d'une façon décente ~es

'/{:ÉC.1{..M1E~

CHAPITRE V

Il faut maintenant revenir sur nos pas
Mme Récamier était rentrée à Paris à la fi .
du m~is d'octobre f807. Tout en pensant~
so~ prmce et en échangeant force lettres avec
lm, tout en songeant qu'il lui faudrait bientôt

Clich~ J. E. Bulloz.
CORINNE A U CAP MISÈNE . _

Chateau_briand, dans ses iJ[ànoires d'outreom~e, glisse très rapidement sur l'épisode
f1~eam~ur ~u prince Auguste de Prusse pour
.
Recamier' sans doute parce que cette
idy~e ?e l~i plaît pas beaucoup : il voulait
qu'il n y ait eu dans la vie de cette femme
qu_ un hom~e, lui! Aussi n'accorde-t-il au
a~,~~e que du ou douze lignes, dans lesquelles
a1 eu~s se trouvent deux inexactitudes.
Termmons le récit de cette longue idylle.
l

T a blea11 du

BARON Gf:RARD. (.Mttsée de Lyon.)

pauvretés qui, toutes nues, ne sont pas
belles? ...
• Après la mort du prince et en exécution
dune clause_de son testament, le portrait de
~lme Récamier fut renvoyé à celle-ci ; mais
l anneau ~e fi~nçailles que ' la belle des
belles l&gt; lm avait donné, un peu inconsidérémen~, à Coppet, ne quitta pas son doigt desséche par la mort : il l'a toujours au fond de
son tombeau, il l'a pour l'éternité.

quitte~ son hôtel de la rue du Mont-Blanc
restremdre son état de maison li
~t
·t
d'" f
,e ene négligeai pas rn ormer de son retour ses
.
elle s'en crea1t
· · de nouveaux et se faisaitamis,'
senter toutes les personnes de d" t. . pre:
venaient à p · c·
IS mct10n qm
arts. est dans une soirée intime
ch~z ?~e te Benjamin Constant, fraîchement
arrive ;. oppet, donna lecture de son beau
roman Adolphe, seul livre qui restera d
cet homme de génie, dont le caractère n'étai~

�ç--

111STO'RJ.Jl - - - - - - - - - = - - - - - - - - - - - - - · ~ - - - - - - - - - - . ! J

pas malheureusement à la hauteur du génie :
il le lut plus tard dans quelques autres salons,
chez la reine Hortense particulièrement, avant
de le livrer à l'impression. Mme Récamier ne
l'apprécia point : apprêtée comme elle l'était
en tout et n'atteignant le naturel - quand
elle l'atteignait - qu'à force de recherches,
comment eût-elle pu goùter ce chef-d'œuvre
où tout est force, même et surtout l'exposé
de cette incurable et désolante faiblesse qui
est le cachet du caraclère d'Adolphe, héros
qui n'est autre que l'auteur lui-même? D'ailleurs, dans ses dispositions d'esprit, depuis la
velléité qu'elle avait eue de mettre fin à ses
jours, Mme Récamier ne pouvait se plaire à
un livre où un caractère de coquelfe é1ait si
bien étudié el si bien rendu, où la mort
d'Éléonore lui rappelait son projet de suicide.
Non, et pour d'autres motifs encore que l'on
verra plus loin, Adolphe ne pouvait devenir
le livre dd chevet de cette entrepreneuse de
coquetterie. Et quand, en rentrant chez lui
après celte soirée, Benjamin Constant écrivait
su son carnet : « Le caractère du héros les
révolte. Décidément on ne s~it pas me comprendre, ,, il aurait dû penser que, moins que
personne, Mme Récamier était capable d'a~précier Adolphe. Lui-même comprend-il
Mme Récamier? Non, puisqu'il s'étonn,! de ce
que son livre lui déplait. Au reste, il allait
bientôt être fixé sur cette nature facti ce de
Mme Récamier: l'amour devait lui faire faire
cette étude et lui ouvri r finalement les yeux,
mais, comme toujours, après les lui avoir
fermés tout d'abord.
En allendant, Mme Réc1mier allait aux
bals masqués de !'Opéra et s'y amusait à une
intrigue avec M. de )lctternich. Celui-ci entretenait alors la belle Mlle Georges el songeait
à. courtiser la princesse Caroline, sœur de
l'empereur, et au~~i la charmante fem~e d11
o-énéral Junot; diplomate avant tout, il ne
~raignail pas de se mettre une nou vellc intrigue sur les bras. ~Jais ~[me Récamier n'en
faisait-elle pas un peu autant? Car c'est pendant cd hiver que li.: comte Tolstoï, aml,assadeur de Russie, s'était départi de ses morosités
ordmaires pour lui faire ouvertement la cour,
ce qui amena l'empereur à déclarer 'lu'il
regarderait comme son ennemi pi::rsonnfl tout
étran o-n l(UÎ fréquenterait le salon de Mme Ré-'
o
. h
carnier.
Mais comme M. de ~leltermc
et
M. Tolstoï avaient sans doute un inlêr~1 , reh-vant plus de la politique que du cœur, à
courtiser la LeUe Juliette, ils continuèrcut à y
aller. 011 comprend de quelle importance il
était pour eux de savoir ce qui se disait dans
le principal salon de l'opposition. Pour ne pas
trop heurter de front les ordres du despote,
ils faisaient leurs visites le matin, à l'heure
où l'on ne trouvait que les intimes.
Dans le cou.ant de l'année 1808, Mme Récamier quitta l'hôtel de la rue du Mont-Blanc
pour s'établir dans une maison plus petite,
rue Basse-du-Rempart n° 52, avec son mari,
son père et le vieil ami de son père, M. Simonard. Sa vie n'offre rien de particulièrement
intéressant à ce moment : elle fréquenta surtonl la marquise de Catellan, qui était un

peu, par sa nature fantaisiste el primesautière, l'antithèse de ce qu'elle était elle-même.
&lt;&lt; Mme de Catellan, a écrit une de ses amies,
poussait jusqu'à la manie l'horreur pour toute
contrainte; elle ne voulait pas s'asseoir deux
jours à la même place, de peur que son salon
ne prît un air de régularité et d'apprêt qui en
eût donné aux esprits, disait-elle 1 • &gt;&gt; Mme Récamier sympathisait cependant beaucoup avec
elle. Elle retourna en Suisse dans l'automne
de 1809; elle joua sur le théàtre de Coppet,
à la demande de Mme de Staël. L'été suivant,
les dtJux amies se retrouvèrent au château de
Chaumont, près de Blois. Mme de Staël, à qui
il était interdit d'approcher de PJris à quarante lieues, surveillait de là l'impres~ion de
son grand ouvrage sur l'Allemagne.
L'empereur l'avait vue avec dépit rentrer
en France. li savait pourquoi elle élait
reYcnue et il se doutait bien qnc, dans un
livre traitant de l'Allemagne, les occasions
n'auraient pas manrrué à la malignité de
l'auteur, pour le critiquer plus ou moins
ouvertement. !'t lui allonger quel4ues bons
coups de griffe. li ne Youlait, dans son
Empire, qu'une littérature pour ainsi dire
officielle, incolore, passée au crible de la
censure d'Esménard, cl où l'on n'eût admis
que les éloges du soul'erain et de son gouvernement, des fadaises, plalitudes e t choses
convenues, dans le genre de celles que l'Académie aimait à couronner. Aussi ne pouvaitil souffrir les hommes qui, comme Benjamin Constant, comme Sismondi, comme
M. de Ilarante, gravitaient autour de Mme de
Staël, voulaient la liberté de penser et d'écrire
el formaient, à Coppet, unesorle d'Académie
d'opposition qui l ui donnait bien de l'om1,rage.
Tandis, donc, que Aime de Staël mctlait la
dernière main à son ouvrage, l'empereur lui
préparait un tour de sa façon, e~ ?'était un
bien vilain tour. Mais avant di.: le dire, écoutons-la : elle va nous exposer la Yie qu 'clic
menait à Ch:wmont-sur-Loire, ou plutôt à
Fossé, où Mme Récamier était venue la
rrjoi11dre :
cc Ne pourant plus rester dans le rli.Heau
de Chaumont dont les maitres étaieut revenus d'Amériqu e, j'allai m'étal,lir dans une
terre appelée Fo~sé, qu'un ami gé111ircux t
me prèta. Cette terre était l'haliitalion d'un
militaire vendéen, qui ne soignait pas lien ucoup sa demeure; mais dont b loyale lio11lé
rendait tout fa cile, et l'esprit original tout
amusant. A peinearril'és, nn musicien ita lien
que j'avais avec moi pou r donner des lt•çons
à ma fille, se--mit à jouer de la gui tare : ma
fille accompagnait sur la harpe la douce
voix de ma l,cllc amie, Mme Récamier ; les
paysans se rassemblaient autour des fenêtres,
étonnés de voir cette colonie de trollbadours
qui venait animer la solitude de leur maître.
C'est là que j'ai passé mes derniers jours de
France avec quelques amis dont le soul'enir
vit dans mon cœur.... Après diner, nous
avions imaginé de nous placer tous autour
1. Comtesse de SAINTE-AuumE. Souvenirs, p. 177.
2. ill. de Salabcrry.

"'" 174 ,..

d'une table verte, et de nous écrire au lieu
de causer ensemble. Ces tête-à-tête variés et
multipliés nous amusaient tellement que
nous étions impatients de sortir de table,
où nous parlions, pour venir nous écrire.
Quand il arrivait par hasard des étrangers,
nous ne pouvions supporter d'interrompre
nos habitudes; et notre petite poste - c'est
ainsi que nous l'appelions - allait toujours
son train. Les habitants de la ville voisine
s'étonnaient un peu de ces manières nouvelles et les prenaient pour de la pédanterie,
tandis qu'il n'y avait dans ce jeu qu'une ressource contre la monotonie de la solitude.
Un jour, un gentilhomme des environs, 9ui
n'avait pensé de sa vie qu'à la chasse, vrnt
pour emmener mes fils dans ses bois; il
resta quelque temps assis à notre table
active el silencieuse; Mme Récamier écrivit
de sa jolie main un petit billet à cc gros
chasseur, pour qu'il ne fùt pas trop étranger
au cercle dans lequel il se Lrournit. 11
s'excusa (le le recevoir, en assurant qu'à la
lumirre il ·ne pouvait pas lire l'écriture :
nous rimes un peu &lt;lu revers 4u'éproul'ait la
bienfaisante coquelleric de notre l,elle amie,
et nous pensâmes qu'un billet de sa main
n'aurait pas toujours eu le mème sort.. .. ,i
Quand les trois Yolumes de lime de Staël
furent tirés à dix mille exemplaires et empilés en magasin, l'empereur les fil saisir et
mettre au pilon. Ce fut un grand éréncmcnl
dans le pelit cercle de l'auteur. C'était en
effet une mesure odieuse. Mme de Slaël
protesta arec une réserl'e commandée par les
temps de tyrannie qu'on traversait, mais
qui conservait un ton de fièrr. dignité._Dc1•ant
une réponse ironique du duc de Rovigo, clic
se décida à regagner Coppet.
Au mois d'août de l'année suivante ( 1811 ),
M. Mathieu de ~lontmorency l'y alla mir. Il
reçut, au retour du courrier qui annonçait à
Paris son arriréc en Suisse, la &lt;lél"cnsc de se
rappro(·her à plus de cruaranl~ lieues ~e la
capil :ile. )f me de Staël, se la1ssan t t~UJOU rs
emporter par son tempérament, a écrit, arrc
celle exagération d'expressions par bquelle
elle rend ses exagérations d'i111prcssions :
« .le poussai des eris de douleur e11 apprenant
l'infortune que j'arais allin:c sur la lèlc &lt;le
mon générf\ux ami; cl jamais mon cœur, si
c\proul'é depuis tant d'années, ne fut plus
près &lt;lu désespoir. Je ne ~avais comment
1•tourdir les peusœs déchirantrs qui se s11c1:é- ·
daic11t en moi, et je recourus à l"opium pot~r
s11spe11d, e 11uel'lues hc.tres l'angoisse ,_1ue Je
ressenlais .... l&gt; C'esl là un Leau ,·erLiage :
une femme comme Mm&lt;.! de Staël eût bien
fait d'ètre plus maitresse J'cllc-mêmc, de ne
pas se répandre ainsi en paroles vaincs,
d'avoir, en un mot, de la fermeté : surtout
qu'il ne .s'agissait, au demeurant, que d'un_e
simple vexation, odieuse par~ qu'ell~ était
une atteinte à la liberté, mais anodme au
fond puisqu'elle ne frappait qu'une 1~illi~nnaire qui pouvait vivre partout aussi bien
qu'à Paris. Alais poursuivons: &lt;&lt; . . . Dans_cet
état, il m'arrive une lettre de Mme Récamier,
de cette belle personne qui a reçu les hom-

l

mages de l'Europe entière, et qui n'a jamais et les dispositions contraires; et ensui te pour château et où les Montmorency allaient chaque
délaissé un ami malheureux.
les progrès et carrières diverses de chacun été. En arrivant, elle descendit, comme une
cc Elle m'annonçait qu'en se rendant aux des individus de la famille, s'il devait arriver simple voyageuse, à une auberge, celle de la
eaux d'Aix, en Savoie, elle avait l'intention que l'empereur prît notre nom et celui de Pomme d'Vi·. On lui trouva bientôt un petit
de s'arrêter chez moi, et qu'elle y serait dans ton papa en aversion et dégoùt .... l&gt; Ah! ce appartement, rue du Cloître, et elle s'y
deux jours. Je frémis que le sort de M. de n'était pas un combatif que M. Récamier, et installa. Son amie, la marquise de Catellan,
Montmorency ne l'atteignît. Quelque invrai- comme on retrouve en lui, à dix-huit ans malgré son &lt;C énorme grosseur &gt;&gt; 1 , n'hésita
semblable que cela fùt, il m'était ordonné d'interrnlle, l'homme qui allait assister aux pas à se mettre en roule pour l'aller voir et
de tout craindre d'une haine si barbare et si guillotinades pour &lt;&lt; appeler sur lui les pré- lui apporter dans le calme et le silence de
minutieuse tout ensemble el j'envoyai un ventions favorables &gt;l de~ Napoléon d'alors!
cette provinciale demeure l'enjouement de sa
courrier au-devant de Mme Récamier pour la
DaRs l'espoir d'arranger les choses, Mme Ré- gaieté. Elle s'entendit avec elle pour re cevoir
supplier de ne pas venir à Coppet. li fallait camier revint précipitamment à Paris. Sa à sa place, à Paris, toutes les communila savoir à quelques lieues, elle qui m'avait présence y fut immédiatement signalée et le cations et lettres qu'on lui adresserait, et
constamment consolée par les soins les plus préfet de police, M. Pasquier, prit des me- trouva un moyen sûr de les lui faire paraimables; il fallait la savoir là, si près de ma sures pour assurer l' cxécu lion de l'ordre de venir. Dès ce moment, Mme Récamier vécut
demeure, et qu'il ne me fût pas permis de la l' em pcreu r. Dès Ie !en demain de son arrivée surtout par sa correspondance avec ses amis.
voir encore, peut-être pour la dernière fois! à Paris, Mme Récamier en repartait, se diri- Car, comme l'a écrit Chateaubriand, &lt;&lt; mille
Je la conjurai de ne pas s'arrêter à Coppet; geant sur Châlons.
détails de l'oppression de Bona parte se sont
elle ne voulut pas œder à ma prière : cl le ne
Le duc de Rovigo, dans ses Mémoii·es, perdus dans la tyrannie générale : les perséput passer sous mes fenêtres sans rester réduit à rien la mesure d'exclusion de Paris cutés redoutaient de voir leurs amis, de
quelques heures avec moi, et c'est avec des prise contre ~lmc Récamier, cl il en plai- crainte de les compromettre; leurs amis
convulsions de larmes que je la vis entrer sante; Mme Lenormant, dans ses ouvrages n'osaient les visiter, crain te de leur allirer
dans ce château où son arrivée était toujours sur sa tante, en exagère les tristesses et les quelque accroissement de rigueur. Le malune fète. Elle partit le lendemain, et se douleurs. Mme de Staël, toujours &lt;c emheureux proscrit, devenu un pestiféré, sérendit à l'instant chez une de ses parentes, ballée ,i, déclare, devant oet événement, questré du genre humain , demeurait en
à cinquante lieues de la Suisse. Ce fut en qu'elle n'a pas sa tête à elle. Cc sont là des
quarantaine dans la haine du despote. Bien
vain, le funeste exil la frappa; elle avait eu exagérations, d'un côté comme de l'autre.
reçu tant qu'on ignorait votre indépendance
l'intention de me voir, c'était assez; une
Après avoir condamné comme elle le mérite d'opinion, sitôt qu'elle était connue, tout se
généreuse pitié l'avait inspirée, il fallait la mesure arbitraire qui la frappait, il est relirait; il ne restait autour de vous que des
qu'elle en fùt punie. Les revers de fortune prrmis de reconnaitre que, dans la ville de autorités épiant vos liaisons, vos sentiments,
qu'elle avait éprouvés lui rendaient très Châlons, qu'e!le choisit d'abord pour rési- vos correspondances, vos démarches : tels
sensible la destruction de son établissement dence, les distractions, puisqu'elle ne pouvait étaient ces temps de bonheur et de liberté. JJ
naturel. Séparée de tous ses amis, elle a se passer de ces choses-là, ne lui manquaient Indépendamment, bien entendu, des guerres
passé des mois entiers dans une petite ville pas. Elle y reçut d'abord les - j'allais dire entreprises sous le seul bon plaisir de l'emde province, livrée à tout ce que la solitude félicitations - les condoléances de Lous ou pereur.
peut avoir de plus monotone et de plus triste. de presq ue tous ses amis, et, scion le mot
A Châlons, Mme Récamier voyait les pasVoilà le sort que j'ai valu à la personne la de M. de Montlosier, elle était de ceux qui sages continuels de troupes allant en Allevlus brillante de son temps ; et le chef des pouvaient dire cc cinq cents de mes amis &gt;J . magne pour s'engouffrer dans la mystérieuse
Français, si fameux par leur galanterie, s'est Cê lui fut donc une douce occupation pendant Russie, et une morne tristesse, comme un
montré sans égard pour la plus
deuil anlicipé, pesait déjà sur
joliefemmedc Paris. Le même
la ville silencieuse et déscrlc.
jour il a frappé la naissance
Pour se distraire et s'occuper,
et la vertu dans M. de Montla jeune femme avait auprès
morency, la beauté dans Mme
d'elle la fille d'une sœur de
~-====~¼-~
Récamier, et, si j'ose ledire,
)-==~~~=+a.~~~M. Récamier, la petite Amélie
en moi quelque réputation de
Cyvoct, âgée de cinq à six ani;,
talent. &gt;&gt;
qui devait plus tard devenir
Mme Récamier était donc
Mme Lenormant. De plus, elle
elle aussi, comme Mme de
recevait parfois la visite de
Staël et comme M. de Montquelque habitant du château
morency, condamnée à ne plus
de Montmirail, M. Soslhène de
revoir Paris! Son mari, à ce
La Rochefoucauld, gendre de
moment, lui écrivait pour l'inM. Mathieu de ~1onlmorency
former qu'il avait été mandé
qui, lui, de peur de la comà la ·préfecture de police où
promettre, n'osa, de trois
cet ordre lui avait été signimois, demander au préfet,
fié. Fidèle à ses habitudes
qu'on savait très bienveillant
d'extrême prudence, il ajoupourtant, l'autorisation de l'altait : cc li serait inutile de
ler voir! Quelle agréable épos'appesantir sur des regrets
que!. .. M. Bernard, M. Récagratuits et superflus dans la
UN BAL EN PRÉSENCE DE L' EMPEREUR. - D'après le dessin de Z1x.
mier et son ami Simonard
c~rconstan?(l; il n'est quesvinrent aussi. Auguste de
tion que de chercher à adouStaël, qui avait pour elle une
cir ta situation et surtout à ne pas l'ag- quelque temps que de recevoir ces compli- admiration toute particulière, vint deux fois .
gr~vcr par_ de nouvelles légèretés qui pour- ments et ensuite d'y répondre.
Mme Récamier désirait aller auprès de son
raient avoir les conséquences les plus fuEn se retirant à Châlons-sur-Marne, amie, à Coppet; mais celle-ci lui demandait
nes~c.s po~r moy d'abord, qui dans ma Mme Récamier avait cédé à l'attrait du toujours d'ajourner son voyage, de crainte,
P?s1t1on a1 plus besoin de bienveillance et voisinage de Montmirail, où les La Roche1. Duchesse cl'AenANTÈS, Mémoires, l. li, p. 32
d appeler sur moy les préventions favorables foucauld-Doudeauville avaient un magnifique
(Édition Garnier. )

�.,________________:__:_____
r--

111STO'RJJt

----~-----------------------------------~

disait-elllh 1des persécutions. Elle l'engageait
seulement à quitter Châlons, « où tout est
remarqué parce qu'il n'y a personne n, et à
venir à Lyon. Mais, pour Coppet, elle l'en
détournait avec une obstination d'énergie à
laquelle « la belle amie &gt;&gt; ne comprenait
rien.
Juliettese blessa même de cette insistance à
la prier de ne pas venir. Mais elle ne savait
pas que son amie tenait à ne recevoir personne en ce moment à Coppet. Elle avait
auprès d'elle un jeune officier de hussards
qu'elle aimait, M. de Rocca. Elle entendait
bien que personne ne vînt troubler une
amoureuse intimité dont elle était jalouse.
Pensez donc, M. de Rocca avait vingt et un
ans de moins qu'elle! Et &lt;&lt; la belle des
belles &gt;&gt; avec ses petites mines attirantes et
sa coquetterie perpétuelle lui pourrait, oh!
bien involontairement, faire une concurrence
désastreuse. Et cela, Corinne ne le voulait à
aucun prix.
Pour mieux garder son hussard, Mme de
Staël devait, plus tard, faire sanctionner sa
·l. Voici ce que je trouve dans une lettre confidentielle du baron Cappelle, préreL du Léman, nu duc
de Rovigo, ministre de la police, à la date du '19 février 1813 : « La mère (d'Albert de Staël), JlOUI'
laquelle sa vénération a diminué depuis les dernières
couches Je la dame, sa fuite avec le sous-lieutenant
clc hussnrds Rocca et surtout les bruits qu'on répand
de son mariage secret arec r.clui-ci dès leur arrivée
en Suède.... »
Son mariage secret n'avait pas encore eu lieu, si

liaison par le mariage, mais ce mariage, on
ne sait pourquoi, fut longtemps tenu secret.
Cependant Mme Récamier, ne comprenant
rien à une attitude si nouvelle, manda à
Mme de Staël qu'elle viendrait bientôt à
Coppet.
Elle reçut lettres sur lettres la priant de
n'en rien faire. Intriguée de plus en plus,
elle se mit en route quand même; moins
peut-être pour le plaisir de voir son amie que
pour celui. d'éclaircir ce mystère. Un billet
qu'elle reçut d'elle à Dijon ne fit que l'obscurcir davantage. &lt;&lt; Je vous dis adieu, cher
ange de ma vie, avec toute la t~dresse de
mon âme. Je vous recommande Auguste :
qu'il vous voie et qu'il me revoie. Vous êtes
une créature céleste. Si j'avais vécu près de
vous, j'aurais été trop heureuse. Le sort
m'entraine. Adieu. n
Mme de Staël était donc partie, moins
pour mettre en sûreté sa personne que ses
amours, - et aussi sa réputation. Car il y
a_vait une raison secrète à ce départ. Elle était
enceinte! Tenant à ne pas divulguer le secret
l'on en croit un passage des llUmoires du prince
de Metternich. En '1812, Mme de Staël, à Vienne
avec son amant, avait demandé au directeur de
la police, M. Jlager, de le présenter dans les salons de Vienne. Le fonctionnaire avait refusé. Sur
son insistance : « Mais, madame, faut-il que nous
fassions la gue,·re pour l'amour de M. Rocca 7 » à
quoi Mme de Staël répliqua : « Pourquoi pas? M. Rocca
est mon umi et sera mon époux. » {METTE11~1c 11,
ll[émofres, t. III, p. 477 .)

(A

de sa grossesse, il lui fallait absolument
quitter Coppet. Si près de Genève, une pareille nouvelle eût fait scandale, ses couches
1
auraient eu un trop grand retentissement •
Ce n'était pas logique de sa part, car, disciple
de Zacharias 'Werner, son ami, qui prêchait
la &lt;( religion du très saint amour n, à laquelle
elle était d'ailleurs toute convertie avant que
d'avoir connu cet apôtre et sa doctrine, elle
aurait dû être conséquente à ses actes et se
mettre au-dessus de ce qu'elle regardait
comme préjugés. Quant à Mme Récamier,
comprenant de moins en moins une situation
que le billet de son amie ne faisait qu'embrouiller davantage, ne soupçonnant aucun
des dessous de ce mystère, elle fit taire sa
légitime rancune pour les défiances dont elle
était l'objet et continua sa route jusqu'à
Lyon.
Elle avait décidé de s'y fixer. Plus d'une
raison d'ailleurs l'y engageait : le peu de distance de Coppet, d'abord, puis la présence à
Lyon, et dans le même hôtel qu'elle, de la
duchesse de Chevreuse exilée comme elle de
Paris, de la duchesse de Luynes sa belle-mère,
belle-mère aussi de M. Mathieu de Montmorency, la présence de Camille Jordan ... ; enfin
la nombreuse parenté de M. Bernard et &lt;le
M. Récamier dans cette même ville de Lyon.
qui ne pouvait manquer d'accueillir une parente dont les relations distinguées lui avaient
valu l'honneur de la disgrâce impériale.
JOSEPH

sitiyre .)

TURQUAN

Comptes de ménage
On connaît ce journal de Louis XVI où,
sous forme de memento, le roi notait le fait
marquant de chaque jour. Quand il ne chassait pas, il écrivait· Rien; c'est-à-dire, ni
chevreuil, ni cerf, ni loup; le reste ne l'intéressait pas. Au 5 octobre 1789, quand le
peuple de Paris vint donner l'assaut au châtea.u de Versailles, Louis XVI consigne placidement: Lundi 5, tiré à la p01·le de Châtillon, tué 21 pièces ; interrompu par les
événements. Plus tard, en 1792, quinze
jours avant l'insurrec\ion qui renversera la
monarchie, alors que tout annonce la catastrophe imminente, il écrit encore, le27juillet:
Rien; pourtant il ajoute : Alerte toute la
jom·née. C'est le dernier mot de cet étrange
mémoire.
Ces Rien répétés ont fait rire; quelques-'llns se sont indignés de celle extraordir.aire insouciance. Mais sait-on jamais?
Ne pourrait-on pas admirer au contraire ce

sang-froid et cette résignation? N'est-ce point
là l'indifférence d'un homme qui dédaigne
les événements dDnt il sait que sa tête est
l'enjeu, et qui, d'avance, a fait le sacrifice
de tou~e ei.pérance? Ce rien qui sonne comme
un glas de :lécouragement et de mortel ennui
n'est pas, en somme, très ridicule ; il est
navrant.
Voici qui est plus singulier : M. le comle
de Beauchamp vient de publier, en un
luxueux volume, -les comptes du même
Louis XVI; il y a.là ses dépenses particulières
depuis 1772 jusqu'à 1784, les poosions et
les gratifications accordées, de 1776 à 1702,
les comptes des petits appartements, d'autres
encore; le tout rédigé, aligné, collectionné,
additionné, balancé et tenu à jour par le roi
lui-même - et qu'on ne s'y trompe pas, de
sa propre main.
Pour goûter l'étonnante saveur de ce travail de bon employé, il faut imaginer ce

qu'était la maison du roide France avant 1789.
Un monde de fonctionnaires était attaché à la
personne du monarque; il n'est pas ici
question de la cour, ni des hauts personnages qui la composaient : ,grand-aumônier,
grand-chambellan, grand-maitre et autres,
en charges héréditaires qui avaient, à cetitre, l'honneur de figurer à l'almanach
royal; je parle simplement des domestiques,
des serviteurs, de ceux don t l'emploi était
d'assurer quotidiennement la vie matérielle
du roi, sa nourriture et son habillement.
Rien que pour cet article, qui, chez un particulier aisé, nécessite un valet de chambre
et une cuisinière, Versailles comptait plus de
six cents personnes, et certainement toutes
n'étaient pas écrasées de besogne. Encore ne
comprend-on dans la liste ni ceux qui approchaient le roi, ni la valetaille intime et
innombrable confinée dans les cuisines et
dans les communs. li y avait douze servants

pannetiers, douze échansons, douze tranchants, quatre potagers, quatre pâtissiers,
des porte-tables, des verduriers des fruitiers
des aides pour aller cherche~ le fruit e~
Pr~vence, quarante ou cinquante sommeliers
as_s,stés d'une vingtaine d'aides et de hou~
te,llers, quatre garde-vaisselle, un portemant~u ord!nairc!, douze porle-manteau par
quarller' hwt cordonniers, six cha ussetiers
neuÏ barbi,er_s .... ~erlaines fonctions parais~
sent assez enigmaltques : qu'étaient l&lt;'s cou1·eurs de vin, les hcîleurs' qui étaient assez
nombreux? Les avertisseurs ne devaient pas
ma?quer d'ouvralle parmi une telle cohue;
mais _à quel~e _besogne astreignait-on le.s
qa_lo~ms ordinaires et les galopins sans
epilhete. · ·? Galopin ordinafre du rui c'était
un titre, et envié, sans doute.
'
Il est bien probable que Loujs XVI ignorait
l~s noms, et peut-être l'existence de ces serviteurs subalt~rnes ; leurs appointements,
leurs gages étaient payés par l'administration
de la maison du roi, laquelle soldait égal~ment les ~chats de denrées, de viandes, de
v~s nécessités par l'entretien de cette populatton ....
Et notons que la maison de la reine était
sur le même pied; ce!IP. de chacun des
princes, frères du roi, ne différait pas sensiblement. Ce n'est donc point là les dépenses
relevées ~ans l~s comptes de Louis XVI. Cc
q~e le roi notall chaque soir et récapitulait
s~1gneusemcnt à la fin du mois, c'était sa
depense de poche; l'élat quotidien de sa
b?u.rse: « J'ai gagné à la loterie 90 z. _
~ ai donné à l~ i_·eine pom· Al. d' Esterhazy
l ~,000 l. ;-. J ai 1!e~·du au jeu 12.874 L.
L s. ;- J ai_donne a la reine 12,000 l. l&gt;
Cet article revient fréquemment.
Le relevé des pensions et gratifications est
également très net. Louis XVI était charitable, ~t. presque toutes les mentions témoii:ment 1c1 de son bon oœur : &lt;&lt; A la nommée
Fol/eau, paralytique, 72 L. _ Au père By
~gé de quatre-vingt-deux ans, 200 l. _ À
la fille Fournet, qui se marie, 200 l. _ A
un cent-suisse à qui on a f ail La cataracte
200 l. - A Meroux, garde-chasse pou;
perte &lt;~e va~hes, 200 l. - Aux enfdnts de
Gammzn (sic) 240 l. Bien probablement les
en[a?ts du serrurier Gamain, qui plus tard
trahira son bienfaiteur. Une seule indication
s~mble tenir à la . politique, c'est en janvier i 792 : A M. Ac~oq_ue' pour le fauxbourg'
1,800 l. Acloque eta1t ce royaliste dévoué
brasseur au faubourg Saint-Antoine, et corn~
~and~t de la garde nationale, qui lors de
1envahissement des Tuileries, au 20 juin, fit
de so? corps un rempart à Louis XVI, rep?usse p~r la populace dans l'embrasure
d une fenetre.

J_usqu'ici, tout est très net; le roi tenait
r~g1:,tre de ses dépenses; rien de mieux. Là
ou J avoue ne pas comprendre, c'est quand
commencent les comptes des petits appartements; ces comptes datés des années où la
cour de Versailles était encore dans sa splendeur, bien avant le compte rendu de Necker
et. le~ économies nécessitées par r~trrcux
defi.cit, sont écrits entièrement de la main du
roi; en voici un échantillon : cc Pour une
liv~·e de poivi·~• 4 l. - Brosses pour /a
vaisse~I:, une livre de savon, 71ourboire d'un
menu1S1er el avoir fait porter la vaisselle
2 l. '10 s. - De l'eau pour des bains 5 1'.
- Au fripier, 80 l. - Po11r des bottines
56 l.... l&gt; Mais si le roi de France achetai~
et _payait lui-même sPs bottines, à quoi servaient les huit cordonniers fiaurant
à l'état
0
de sa maison?
Poursuivons : « Pour des pieds de mouton,
_1 l. 18 s. Une ~outeill~ de vin rouge,
15 s. - Poui· un pain de nue el deux pains
de potage, 1 /. 12 s. - Une bouteille devin
rouge pour une malelolle. 12 s. - Des écumoires pour la cuisine, 8 l. - Douze harengs frais , 3 /. - Une souriciè1·e .... &gt;&gt;
Expli,ruera-t-on comment, tandis que dans
les antichambres, les rez-de-chaussée et les
sous-sol,; du palais, grouille cette armée de
rôti_sseurs, de pannetiers, de potagers, de
cavistes et de bouteillers, Louis XVI achète et
paye de sa poche une bouteille cle vin rouge
pour la matelotte :-- douze sols? A quoi
servent donc les cmquante sommeliers et
coureu1·s de vins? J'imagine que les « aides
pour aller chercher les fruits en Provence &gt;&gt;
ne se mobilisent pas souvent, car je vois,
dans les comptes du roi, des mentions comme
celle-ci : « 100 abricots pour de la mai·melade, 12 l. &gt;&gt;
L~ pauvre homme s'applique à ne rien
ouliher, en bon bourgeois qui veille à tout et
se Lient informé du moindre détail du ménag~; on ~roi.rait lire les comptes d'un petit
rentier qui na pas de domestique ot va luimême aux _provisions : Pour avofr fait renti·er le bois et les margotins, 1 1. 10 s. Une coi·de au tournebroche de Fontainebleau, 2 l. 5 s. - Six livres de ce1·ises et
deux paniers de framboises, 5 l. - Pour
des ~eurs nalu1·elles, 5_4 l. A ce prince qui
possede un parc de vrngt lieues de tour,
comprenant• les forêts de Satory, de Marly,
de Fausses-Reposes, dn Saint-Germain d~s
potagers célèbres dans le monde entier'. cent
fermes, des_ milliers d'arpents de prés et de!
vergers, Trianon avec ses fleuristes fameux
et ses ser~es _modèles, il se trouve des gens
assez hardis pour vendre six livres de cerises
et des fleurs naturelles !Et le brave Louis XVI
paye, et il porte la chose en compte, et il

COJHPTES DE .Mi.NAGE ~

s'effraye de! tant dJpenscr, et il vérifie ses
additions. « ~e ne s~is, écrit-il en septembre 1782, Je ne sais quelle erreur s'est
fourrée dans mon compte depuis quelque
temps, mais le neuf de ce mois, j'ai retrouvé
dans le fond de ma cassette de l'argent qu'il
y avait plusieurs années que j'avais oublié, et
par conséquent, je recommence l'état général
au premier du mois. &gt;&gt; Et il recommence en
effet : Poui· deux plais d'haricols verts,
6 l. - Des pieds de mouton et du gmsdouble, 4 l. 12 s. - 1~ maquereaux, 5 /.
18 s. - Poul' le.~ œufs frais clu mois, 9 l.. .
(Comptes de Louis X VI, publiés par le corole
de Beauchamp, d'après le manuscrit autographe du roi, conservé aux Archives nationales. Préface de Gaston Schéfer.)
li n'est pas besoin d'insister sur l'intérêt
d~ curiosité que présente cette publication.
Peu _de documents sont aussi éloquents que
~lm-l_à, encore que bien des points restent
mexphqués. L'historien qui tentera de reconstituer la vie économique et journalière
de la cour de Versailles, dont en vérité on ne
nous a décrit que les côtés d'apparat, trouvera là des matériaux de premier ordre.
Vous le représentez-vous, ce Versailles superbe, avec ses trois cours qui se suivent,
ses deux grilles dorées, ses façades brodées
de marbre, chargées de statues figurant
quelques-unes des vertus de Sa Alnjesté, la
F?rce, la Prudence, la Magnanimité? .. . Imagmez~vous ces escaliers de porphyre, ces
ga)er1es de bronze et de glaces, ces salons
pernts en olympe dont les merveilles hantent
l'imaginalion jalouse de tous les rois du
monde? Un régiment de gardes suisses, cinquante gardes de la porte, trente-deux valets
de chambre, et des écuyers, et des aardes
du corps, des huissiers, des paaes
de~ genO
'
tt·1shommes, des maîtres de cérémonie,
cou~erts, de broderies et de plaques, défendent
I acccs de l'appartement privé où vit retiré le
roi, pour qui et par qui toutes ces choses et
tous .ces gens existent. Chut! Sa Majesté
travaille. A quoi peut s'occuper l'idole, au
fond de son tabernacle? Le destin du monde
e~t en jeu, sans doute. Eh ! non, le roi écrit.
Bien posément, suivant du doiot le brouillon
les lunettes ~ur le nez, il recopi~ ses comptes ;
« Pour un Jambon nouveau, 20 l. - Pour
le mois du laveur et du petit garçon, 18 /.
- Pour avoir fail ranger la cuisine, 5 l. &gt;&gt;
Et tandis qu'il recommence ses additions
son ministre des finances , dans l'autre ail;
du château, recommence aussi la sienne ·
c'est six cent cinquante millions cinq cen~
mille livres qu'il faut emprunter pour boucher
le trou creusé par les gaspiUarres de la cour.
. XVI0 en était -donc
Ah .1 que 1··111 fortuné Louis
innocent!
T. G.

Il. - H!sTORIA. - Fasc. 12.

12

�Le sacre de Charles X
Ce fut le 24 mai 18'25 que Charles X quitta
Paris avec le Dauphin. Avant d'aller à Reims,
il s'arrêta au château de Compiègne, où il
resta jusqu'au 27, au milieu des réceptions,
des chasses el des fètes.
M. de Chateaubriand était
déjà à Reims. li y écrivait le
26 mai:
« Le roi arrive après-demain : il sera sacré le dimanche 29; je lui verrai
mettre sur la tête une couronne à laquelle personne ne
pensait en 1814 quand j'élevai la \'oix .... J'écris celle
page de mes mémoires dans
la chambre où je suis oublié
au milieu du bruit. J'ai visité ce matin Saint-Remi et
la cathédrale décorée de papier peint. Je n'aurai eu une
HÉRAUT,
idée claire de ce dernier édifice que par 1..s décorations
de la Jeanne &lt;l' A1·c de Schiller, jouée devant moi à Berlin. Des machines d'opéra m'ont fait voir au bord de la
Sprée ce que des machines d'opéra me cachent au bord de la Vesle. Du reste, j'ai pris
mon divertissement parmi les vieilles races,
depuis Clo,is a"ec ses Francs el son pigeon
descendu du ciel, jusqu'à Charles Vil avec
Jeanne-d'Arc.

« Sous quels heureux au~pices Louis XVI
ne montait-il pas sur le trône? Comme il
était populaire en succédant à Louis XV!
Et pourtant qu'est-il devenu? Le sacre actuel
sera la représentation d'un sacre, non un
sacre : nous verrotls le maréchal Moncey,
acteur au sacre de Napoléon, ce maréchal
qui jadis célrbra dans son armée la mort du
t1ran Louis XVI, nous le verrons brandir
l'épée royale à lleims, en qualité de comte de
Flandre ou de duc d'Aquitaine. A qui celte
parade pourrait-elle faire illusion? Je n'aurais
voulu aujourd'hui aucune pompe : le roi à
cheval, l'église nue, ornée seulement de ses
vieilles voûtes et de ses vieux tombeaux ; les
deux Chambres présentes, le serment de
fidélité à la Charte prononcé à haute voix sur
l'Évangile. C'était ici le renouvellement de la
monarchie; on la pouvait recommencer avec
la liberté cl la religion ; malheureusement on
aimait peu la liberté; encore si l'on avait eu
du goùt pour la gloire.... ,

, Je suis venu de mon poys
Pas plus haut qu·une botte,
Avecque mi, avecqm· mi,
Avccque ma marmotte ....

« ..• Un pe~it sou, monsieur, s'il vous
plait!
« Voilà ce qui m'enchante au retour de
ma course : un petit Savoyard arri\'é tout
juste à Reims. - Et qu'es-tu venu faire ici?
lui ai-je dit. - Je suis venu au sacre, monsieur. - A1·ec ta marmotte? - Oui, monsieur, avee&lt;1ue mi, avecque mi, avecque ma
marmotte, m'a-t-il répondu en dansant el en
tournant. - Eh bien, c'est comme moi, mon
garçon.
« Cela n'ét:i.it pas exact; j'étais venu au
sacre sans marmotte, et une marmotte est
une grande ressource; je n'avais dans mon
coffret que quelque Yieille songerie qui ne
m'aurait pas fait donner un pelit sou pour la
voir grimper autour d'un bâton. »
Et voici comment !'écrivain qui, quelques
semaines auparavant, s'était exprimé en termes dithyrambiques au sujet du sacre, parlait
maintenant de cette solennité religieuse et
monarchique :

des acclamations; le cortège s'avançait au
son de toutes les cloches de la ville el au
bruit d'une salve d'artillerie de cent un coups
de canon.
Le roi fut reçu sous le dais à la porte
de l'église métropolitaine par l'arche,èque
de Reims vètu pontificalemenl et accompagné de ses suffragants les é1èques de
Soissons, de Beauvais, de Châlons el d'Amiens. L'archevêque présenta l'eau bénite el
l'encens au souverain, qui s'agenouilla sur
un carreau, baisa le livre des Évangiles, puis
fut conduit processionnellement dans le
sanctuaire. Son prie-Dieu était placé à quinze
pieds de l'autel, sur une estrade que recouvrait un dais magnifique suspendu à la voûte
de la cathédrale.
L'archevêquP, entonna les vêpres, el, après
le sermon, le Te Deum, que Charles X entendit debout. Puis, le souverain se rendit à
ses appartements, dans le palais archiépiscopal.
Ainsi se passa la veille du sacre. Le même
jour, M. de Chateaubriand écrivait :

Charles X partit de Compiègne le 27 mai,
« Reims, samedi, veille du sacre. J'ai ,·u
au matin, el alla coucher à Fismes. Le lenentrer
le roi; j'ai vu passer les carrosses
demain 28, il venait de quitter celle ville et
dorés
du
monarque qui naguère n'avait pas
descendait une côte rapide, quand plusieurs
une
monture;
· j'ai \'U rouler ces voitures
batteries de la garde ro)·ale firent feu pour
pleines
de
courtisans
qui n'ont pas su désaluer son départ; les chevaux, effrayés,
prirent le mors aux dents. Gràce à l'adresse fendre leur maître. Celle tourbe est allée à
du postillon, il n'y eut pas d'accident pour le l'église chanter le Te Deum, el moi, je suis
roi; mais une voiture de sa suite, où se trou- allé voir une ruine romaine et me promener
vaient le duc d'Aumont, le comte de Cossé, seul dans un bois d'ormeaux, appelé le Bois
le duc de Damas et le comte Curial, fut ren- d'Amom·.,l'cntendais de loin
versée et se brisa, et les deux derniers furent la jubilation des cloches; je
regardais les tours de la cablessés.
thédrale, témoins séculaires
A. midi, Charles X arrivait à une lieue de celte cérémonie, toujours
de Reims, au village de Tinqueux, où l'allen- la même et pourtant si
daienl les ducs d'Orléans el de Bourbon, les diverse par l'histoire, le
officiers de sa maison civile et militaire, les temps, les idées, les mœurs,
autorités de Reims, la légion de la garde les usages et les coutumes.
nationale à che, al de Paris, etc. Il monta La monarchie a péri, et la
dans la voiture de gala, dite voiture du sacre, cathédrale a été pendant
où le dauphin el les ducs d'Orléans et de quelque temps changée en
Bourbon prirent place à côté de lui. Le cor- écurie. Charles X, qui la
tège se mit ensuite en marche. De Tinqueux revoit aujourd'hui, se souà Reims, le carrosse royal, tout élincclanl de vient-il qu'il a vu Louis XVI
dorures, passa sous une longue voûte d'arcs recevoir l'onction aux mêde triomphe ornés de banderoles et de feuil- mes lieux où il va la recevoir à son tour? CroiraOFFICIER
lage.
t-il qu'un sacre met à l'a- DE u MAISON DU Ro,.
Depuis la porte de la ville jusqu'à la
cathédrale, des fleurs jonchaient le sable qui bri du malheur ? Il n'y
recouvrai l le sol ; toutes les maisons étaient a plus de main assez vertueuse pour guétendues de tapis et de guirlandes ; à toutes rir les écrouelles, plus de sainte ampoule
les fenêtres, à tous les balcons, sur tous les assez salutaire pour rendre les rois inviolatoits, d'innombrables spectateurs poussaient bles. »
◄

•

178 ...

'!I

�t
1{1STO'J{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - Le Veni Creator une fois chanté, l'archede velours fleurdelisé, les autres attributs vêque prend Je livre des Evangiles, sur lequel
Le sacre.
royaux; sur le devant de l'autel, le manteau il po,c un morceau de la Yraie croix, et le
royal, ouvert, n'ai·ant pas moins de vingtLe dimanche 29 mai 1825, la ville dtl quatre pieds de longueur; sur l'autel, en tient ouvert devant le monarque. Charles X,
Reims présentait, mème avant l'aurore, une marbre vert veiné, des candélabres d'or su- assis, la tète cou verte, la main
animation extraordinaire. Dès quatre heures perbes; au milieu de la ·croix de l'église, posée sur le liHe des Évandu matin, les équipages circulaient dans les suspendu à la voûte, au-dessus du fauteuil et giles, prononce d'une voix forte
rues, et, une heure après, les personnes du prie-Dieu du roi, un dais immense en le serment du sacre.
Le roi prèle ensuite deux
munies de billets se dirigeaient vers la cathé- velours cramoisi semé de fleurs de lis d'or;
drale, les hommes en uniforme ou en habit dans le fond du chœur, du côté de la nef, à autres serments, le premier
de cour, les femmes en grande toilette. Le cent cinquante pieds environ du portail, le comme chPf souverain el grandmaitre de l' orJre du Saint-Esciel était pur el Je temps frais.
jubé gigantesque, avec son escalier de trente
Écoutons un témoin oculaire, le comte marches; sur ce jubé, le trône; tout autour, prit, le second comme i;hef soud'llaussonville, le futur membre de l'Aca- une foule d'étendards, ceux des cinq com- verain et grand maitre de l'ordre royal et militaire de Saintdémie française :
pagnies des gardes du corps du roi et le Louis et de l'ordre royal de la
« Est-il hesoin de dire que la compétition drapeau de la compagnie de ses gardes à pied,
avait été ardente, parmi les _femmes du plus portés par des officiers supérieurs; des deux Légion d'honneur. Il jure de
haut rang, pour obtenir accès dans les tri- côtés de l'escalier du jubé, rangés en éche- maintenir ces ordres, sans les
bunes de la cathédrale qui, n'ayant pas été lons, les drapeaux et les étendards des régi- laisser déchoir d~ leurs gloréservées pour les dignitaires en exercice, ments de la garde et de la ligne campés rieuses préro~atives. Puis, sa •
pourraient recevoir un petit nombrtl d'heu- actuellement sous les murs de Reims; un robe lui est ôtée par le prePAGE,
reuses privilégiées? Tel était l'empressement éclairage splendide, ne faisant pas regretter mier gentilhomme de la chamde ce bataillon féminin pour monter à l'assaut Je soleil : candélabres à l'entrée du chœur, bre, et il donne sa toque au
des places d'où elles pourraient voir et ètre grands lustres à bougies suspendus à la premier chambellan. Il n'est plus revêtu que
vues, que, dès six heures du matin, lorsque voûte, lustres dans les tribunes, luminaires de la camisole de satin rouge avec des galons
d'or sur les coutures. Il s'assied. Le marquis
je me présentai sous le porche gothique qu'on aux piliers. un immense éblouissement.
de Dreux-Brézé, grand maitre des cérémonies,
avait bâti en planches peintes devant la ca~ .
va prendre sur l'autel les bottines de velours
thédrale, je les tromai déjà arrivées et sous
violet semées de fleurs de lis d'or, et Je prince
les armes. Elles étaient en robe de cour, à
Voici Charles X dans cette basilique dti TalleiTand, grand chambellan, en chausse
queue, portant toutes, selon l'étiquette, pour où, cinquante ans auparavant, le dimanche
•
coiffures uniformes, des touffes de dentelles 11 juin 1775, il assistait au sacre de son les pieds du roi.
Alors J'archevè!Jue bénit l'épée de Charlepassées dans leurs cheveux (ce qu'on appelait frère Louis XVI. ... Le souverain apparaissait
des barbes), et qui retombaient de là sur dans son premier costume : une camisole de magne, la tire du fourreau et la remet nue
leurs gorges et leurs épaules consciencieu- satin blanc, avec une toque enrichie de dia- entre les mains du roi, qui, après l'avoir insement décolletées. Pour une fraiche matinée mants, surmontée de plumes blanches et clinée, l'offre à Dieu, et la replace sur l'autel.
A la cérémonie de l'épée succède la prépade mai, c'était un costume un peu léger; noires. Malgré ses soixante-sept ans, Charles X
ration
du saint chrême. L'archevêque fait
clics tremblaient de froid. En vain mon- avait une belle prestance, une taille élancée,
ouvrir
le
reliquaire renfermant la sainte amtraient-elles leurs billets et déclinaient-elles, une démarche presque juvénile. Les costumes
pour entrer, leurs titres et qualités; le gre- d'apparat lui allaient à merveille. Il les por- poule, qui est retirée d'un petit coffre d'or; il
nadier de la garde royale, chargé de maintenir tait avec l'élégance des hommes de l'ancienne en retire avec la pointe d'une aiguille d'or
la consigne jusqu'à l'heure de l'ouverture des cour. S'il avait conservé des goùts de galan- une parcelle,qu'il mêle avec du saint cbrème
portes, se promenait impassible devant tant terie, il eût très aisément fait des conquêtes, sur la patène. Puis les deux cardinaux assisde jolies solliciteuses, parmi lesquelles je me avec ses vêtements magnifiques, au milieu du tants défont les deux ouvertures faites à l'habillement du roi pour les onctions, et consouviens d'avoir remarqué la comtesse de
royal appareil. Écoutons encore le comte duisent Sa Majesté à l'autel. Un gr.rnd tapis
Choiseul, sa sœur la marquise de Crillon, la
de velours fleurdelisé est étendu rnr le devant,
comtessl' de Bourbon Busset, etc., etc.... d•Haussonville :
&lt;&lt; A l'instant où Charles X traverse la nef,
et l'on place dessus deux carreaux de velours
li avait ordre de ses chefs
revètu d'une robe de chambre de satin blanc, l'un sur l'autre. Le roi se prosterne ayant la
de ne laisser pénétrer
entr'ouverte par-dessus un pourpoint de mème face contre les carreaux. L'archevêque, tenant
personne, et personne ne
couleur et de même étoffe, un frémissement la patène d'or du calice de saint Remi, sur
pénétrerait. l&gt;
Enfin, les portes s'ou- général arracha mille petits cris d'extase à laquelle est l'onction sacrée, en prend avec le
mes voisines. Avec ce sentiment de bonne pouce, el sacre le roi, qui est à genoux.
vrirent. A six heures un .
grâce,
inné chez les femmes, el qui ne manque
L'archevêque procède ensuite aux sept oncquart, toutes les tribujamais de les ravir, comm'3nl n'auraient-elles tions : sur le sommet de la tète, sur la poines étaient remplies ....
pas applaudi à la façon royale et souveraine- trine, entre les deux épaules, sur l'épaule
On admirait les riches
ment élégante dont Charles X portait, malgré droite, sur l'épaule gauche, au pli du bras
toilettes el les bijoux
son grand âge, ce costume assez étrange et droit, au pli du bras gauche, faisant, à chaque
éblouissants des dames
quelque peu théâtral? Personne n'était mieux onction, le signe de la croix, et rrpétant chaque
de la cour. Tous les yeux
fait que lui, à défaut de qualités plus solides, fois : Ungo te in 1·egem de oleo sanclificato,
se fixaient sur la tribune
pour donner bon air aux représentations exté- in nomine Palris et Filii et Spfrilus Sancti.
où se trouvaient la Daurieures d'une royauté à la fois ~igne et ai- Aidé des cardinaux assistants, il ferme ensuite
phine, la duchesse de Berry,
mable.
J&gt;
les ouvertures de l'habillement du roi.
la duchesse et Mademoiselle
Il est sept heures et demie du matin. La
Le grand chambellan s'avance, et met à Sa
d'Orléans, toutes quatre rescérémonie commence. Conduit par ses deux Majesté la tunique et la dalmatique de satin
GARDE-MANCHE.
plcndissanles de diamants. cardinaux assistants, le roi arrive au pied de
violet. semées de fleurs de lis d'or, que le
Le spectacle était magnifil'autel et s'y agenouille. Il est ensuite conduit maitre et un aide des cérémonies ont été
que. Une foule de merveilles
au siège qui lui est préparé. A ~a droite se
attiraient l'attention : derrière l'autel, les tiennent le Dauphin, le duc d'Orléans et le prendre sur l'autel. Le grand chambellan
vases saorés en or, de forme antique, la duc de Bourbon, ~ant leurs couronnes ducales place par-dessus le manteau royal de velours
violet semé de fleurs de lis d'or, doublé et
couronne en diamants surmontée de la fameuse pierrerie le Régent; sur un carreau sur la tête.
.... 180 ...

LE SAC~E DE CHA~LES

bordé d'hrrmine. Charles X. revêtu des habit&lt;
royaux,_se met à. geno~x. L'archevêque, assi;
et la mitre en t~te, lm fait les onctions aux
paumrs des mams . Le roi reçoit ensuite les
~ants aspergés d'eau bénite,
1anneau, le sceptre la main
de justice.
'
Le Dauphin, le duc
d'Orléans et le duc de
Bourbon
s'avancent.
L'archevêque, la mitre
en tête, prend à deux
mains sur l'autel Ja
couronne de Charlemagne et la lient au-dessus
de la tête du roi, sans
qu'elle touche. Aussitôt
les trois princes y portent la main pour Ja
soutenir. L'archevèque,
ne la tenant plus que
de la main gauche, ',dit
PAI R DE FKAXCE.
en faisant la bénédiction de la main droite :

Cor~~at te Deus corona gloriœ a/que
1ustzt1œ. Après quoi, il pose la couronne sur
la tète du roi, en disant : Acciµe coronam
regni in nomine Put1·is et Filii et Spiritus
Sancli.
. ~fai~tenant que le souverain est couronné,
11 gravit les marches du jubé et s'asseoit sur
~on tr,ôae. Le re)igieux silence qui a été gardé
Jusqu alors _~si mt~rrompu par les cris de :
« Vive le_r_o1. l&gt; qm partent de tous les points
de_ la basilique. Les dàmes, dans les tribunes,
a?1tent leurs mouchoirs. L'enthousiasme arrive au paroxysme. Les fanfares retentissent.
Le peuple entre dans la cathédrale au milil'H
des acclamations. Trois salves de mousqueterie
s.ont_ tiré~s par l'infanterie de la garde royale;
1arl1ller1e y répond des remparts de la ville.
L~i cloches sonnent. Les hérauts d'armes distribuent des ~ é~ailles frappées pour le sacre.
Le peuple, qm vient de pénétrer dans la nef
se précipite pour les saisir. Les oiseleur;
lâchent des oiseaux qui volti"ent çà et là sous
les voùtes, éblouis, effrayé~ par l'éclat des
lustres....
Rentré dans ses appartements, Charles X
re~et !e sceptre au maréchal Soult, la main
de Justice au maréchal Mortier. La chemise el
les. gants qui ont Louché à la sain te onction
doivent être brûlés. Les grands officiers de la
cou'.onne conduisent ensuite Je monarque au
~~sil~ royal, dans la grande salle de l'archee~hc. U Ymange sous un dais al'ec le Dauph~n, le duc d'Orléans et le duc de Bourbon,
qm gardent pendant le repas leur couronne
d~cale en or' tandis que Jui-même a sur la
tete la couronne de diamants.
Les insignes royaux ont été déposés sur la
tabl~, CJUi est servie par les grands officiers et
ofû~1er, de l'hôtel. Les maréchaux de France
se tiennent debout devant Je souverain prêts
à reprendre les insignes déposés sur table
royale. Autour sont cinq a4tres tables où

I;

pre~nent place _les membres du corps diplomat1_quc, les pairs de France, les députés, les
cardmaux, archevêques et évêques. Le festin
roya( dure -~n~ demi-heure, au son de la
mus1q~e mil1ta1re. Le soir la ville de Reims
est entièrement illuminée.
L\lBERT DE SAINT-Al\lA 1D.

X --~

- Combien me demanderez-vous?
- Trente mille francs.
, Ce gentleman était l'intendant de lord
Nor,thumberland en quête d'un gite pour son
m~1l;e penda?t lc sacre. Le propriétaire a,•ait
flaire !'Anglais el deviné l'intendant. La maison convenait, le propriétaire tint bon; devan t
un Cbam~enois, l'Auglais, n'étant qu'un Normand, ceda; le duc paya les trente mille
!ranc_s, et pa1sa trois jours dans cette maison,
a raison de quatre cents francs l'heure.

Penda~t les trois jours du sacre, la foule
s~ pr;ssa1t dans les rues de Reims, à l'areheSouvenirs du sacre.
ve?he, aux promenades sur la Vesle, pour
vmr pass~r Charles X; je disais à Nodier : _
. La légende c~t si n,aturelle à cc pays, et en Allon~ voir sa majesté la cathédrale.
s1 bonn~. terre la, qu elle germait déjà sur le
~e~ms fait proverbe dans l'art gothique
sacre meme de Charles X. Le duc de Nortbum- chret1en. On dit : nef d'Amiens, clocher de
ber)and, ambassadeur d'AnglPterre au sacre, Chartres, façade de Reims. Un mois aYant
a_va1t celte renommée d'ètre fabuleusement 1~, cour~nne°:1ent de Charles X, une fourmiriche. Cela, et Anglais, comment ne pas être 1,iere d ouvners maçons, grimpée à des
à l_a mode? Les Anglais, à cette époque, eehelles et à ~es cordes à nœuds, employa
avaient en
. France toute la popularité qu'on toute une semame à brisl'r à coups de marteau
peut avoir. en. dehors du peuple. Certains su_r ?elle façade toutes les sculplures faisant
salons_ les a1ma1ent à cause de Waterloo, dont sa1~1e, de peur qu'il ne se détachât de ces
on étrut encore assez près, et c'était une recom- reliefs quelque pierre sur la tète du roi. Ces
mandation dans le monde ultra que d,ano-Jaiser décombres coul'rirent Je pavé et on le
la langu_e française. Lord Northumberla~d fut balay~. J'ai lon~temps eu en U:a posscssio~
d~nc, bien longtemps avant sa venue popu- une ~ele d_e Christ tombée de cette façon. On
laire et légendaire à Reims.
'
me I a volee en 1851. Cette tète n'a pas eu de
Un sacre pour Reims était une aubaine. Un bonheur; ,cass.ée par un roi, elle a été perdue
fl?t ~e fou~~ op~lente ~enait inonder la ville. par un proscrit.
C était le Nil qut passait. Les propriétaires se
Nodier é~ait un admirable antiquaire, et
fro ttaient les mains.
nous explorions la cathédrale du haut en bas,
li y avait à Reims en ce temps-là, et il y a tout encombrée qu'elle était d'échafauda"es
probablement encore aujourd'hui à J'an rrle de châss,is peints et de portants de couli~se'.
de la rue débouchant sur la place ' une as;ez La nef n étant que de pierre, on l'avait remgrande maison à porte cochère e~ à balcon
placée à l'intérieur par un édifice de carton
bàtie~n P!erre dans le style royal de Louis XIV: pour plus de ressemblance probablement ave~
et qm f~ll face à la cathédrale. Au sujet de la monarchie d'alors ; on avait, pour le coucelte _ma1s?n et de lord Northumberland, on ronne~~n~ du ro! de France, inséré un théâtre
contait ceci :
dans l eghsc ~ ~1 bien qu'on a pu raconter
En janvier 1825, le balcon de cette maison avec une exactttude parfaite qu'en a• ril'an t
portait l'écriteau : Jlfaison à vendre. Tout à au portailj 'avais demandé au
coup leMo~ilem· annonc.c le sacre de Charles X garde du corps de faction :
P?ur le prrntemps. Rumeur joyeuse dans la Où est ma loge?
ville. On affiche immédiatement toutes les
Cette cathédrale de
chamb~es à louer. La moindre devait rapporter Reims est belle enlre
pour vmgt-quatre heures au moins soixante toutes. Sur la façade,
francs. Un matin, un homme en habit noir
les rois; à l'abside, les
~n ,cravate blanche, Anglais, baragouinant'. énervés : les bourreaux
1rreprochable, se prést'Ilte à la maison à ayantderrièreeux le supplice.
vc_ndre s~r la place. Il s'adresse au proprié- Sacre des rois avec accompataire, qm le considère allentivement.
gnement de victimes. La fa- Vous voulez vendre votre maison ? de- ça~e est une des plus mamande !'Anglais.
gmfiques symphonies qu'ait
- Oui.
ch~ntées cette musiCJUe, l'ar- Combien?
ch1tecture. On rêre lon"o
· - Dix mille francs.
temps devant cet oratorio. De
- Mais je ne veux pas l'acheter.
la place, en levant la tète
- Que voulez-vous?
on Yoit à une hauteur de
l'ertige, à la base des d~ux
DéPUTÊ.
- La louer, seulement.
clochers, une rangée de colos- C'est différent. Pour une année?
ses, qui sont les rois de
- Non.
France.
- Pour six mois ?
. dIls . ont. au poinao le sceptre, l'e'p:cc,
- Non. Je voudrais la louer pour trois 1~ mam e Jt1Sl1ce, le globe, et sur Ja tète l'antique couronne pharamonde, non fermée, 11
JOUfS.
fleurons évasés. Cela est superbe et farouch&lt;'.
- Ah!

�.--- 1f1STORJA
On pousse la porte du sonneur, on gravit la
vis de Saint-Gilles, onmonte dans les tours,
on arrive dans la haule région de la prière,
on baisse les yeux, et on a au-dessous de
soi les colosses. La ran~ée des rois s'enfonce
dans l'abi'me. On entend, aux vibrations des
vagues souflles du ciel, le chuchotement des
cloches énormes.
Un jour, j'étais accoudé sur un auvent du
clocher, je fixais mes yeux en bas par une
embrasure. Toute la façade se dérobait à pic
sous moi. J'aperçus dans cette profondeur.
pas très loin de mon regard, tout au sommet
d'un support de pierre long et debout adossé
à la muraille, et dont la forme fuyait, raccourcie par l' escarpemcn t, une sorte de
cuvelle ronde. L'eau des pluies s'y était
amassée et faisait un étroit miroir au fond,
une touffe d'herbes mêlée de fleurs y aYait
pomsé et remuait au vent, une hirondelle s'y
était nichée. C'était, dans moins de deux
pieds de diamètre, un lac, un jardin et une
habitation, un paradis d'oiseaux. Au moment
où je regardais, l'hirondelle faisait boire sa
couYéc. La cU\'ette avait, tout autour de son
bord supérieur, des cspèl'es de créneaux entre
lc.squels l'hirondelle avait fait son nid. J'examinai ces créneaux; ils avaient la figure
d'une fleur de lys. Le support était une statue.
Ce petit monde heureux était la couronne de
pierre d'un vieux roi.
Et si l'on demandait à Dieu : A quoi donc
a seni ce Lothaire, ce Philippe, ce Charles,
ce Louis, cet empereur, ce roi? Dieu répondrait peut-être : A faire faire cette statue, et
à loger celle hirondelle.

Treize ans après.
Treize ans après, un hasard me ramena à
Reims.
C'était le 28 août 1858. On verra plus loin
pourquoi celle date s'est précisée dans mon
esprit.
.le revenais de Youziers. Les deux tours de
Reims m'étaient apparues à l'horizon, et
l'envie m'avait pris de revoir la cathédrale. ,Je
m'étais dirigé vers Reims.
En arrivant sur la place de la cathédrale,
j'aperçus une pièce de canon braquée près du
portail. avec les canonniers mèche allumée.
Comme j'avais vu de l'artillerie là le 27 mai
1825, je crus que c'était l'habitude de celle

place d'avoir du canon,etj'y fis à peine attention.
Je passai outre, et j'entrai dans l'église.
Un bedeau à manches violettes, espèce de
demi-abbé, s'empara de moi et me conduisit.
Je revis toute l'église. Elle était solitaire. Les
pierres étaient noires, lés statues tristes,
l'autel mystérieux. Aucune lampe ne faisait
concurrence au soleil. Il allongeait sur les
JJierres sépulcrales du paYé les longues silhouettes blanches des fenêtres, et, à travers
l'obscurité mélancolique du reste de l'église,
on eùt dit des fantômes couchés sur ces tombes. Personne dans l'église. Pas une voix ne
chuchotait, aucun pas ne marchait.
Cette solitude serrait le cœur et ravissait
l'àme. Il y avait là de l'abandon, du délaissement, de l'oubli, de l'exil, de la sublimité.
Ce n'était plus le tourbillon de i825. L'église
avait repris sa dignité et son calme. Aucune
parure, aucun Yètement, rien. Elle était toute
nue, et belle. La haute voûte n'avait plus de
dais à porter. Les cérémonies de palais ne
vont pnint à ces demeures sévères; un sacre
est une complaisance ; ces masures augustes
ne sont pas faites pour être courtisanes; il y
a accroissement de majesté pour un temple à
le débarrasser du trône et à retirer le roi de
devant Dieu. Louis XlV masque Jéhovah.
... Tout en cheminant dans la ,cathédrale,
j'étais monté dans les travées, puis sous les
arcs-boutants, puis dans les combles. Il y a
là sous le haut toit aigu une admirable charpente d'essence de châtaignier, moins extraordinaire pourtant que la &lt;&lt; forêt» d'Amiens.
Ces greniers de cathédrales sont farouches.
li ~• a presque de quoi s'égarer. Ce sont des
labyrinthes de chevrons, d'équerres, de potences, des superpositions de solives, des
étages d'architraves et d'étraves, des enchevêtrements de lignes et de courbes, toute une
ossature de poutres et de madriers; on dirait
le dedans du squelelte de Babel, C'est démeublé comme un galetas et sauvage comme
une caverne. Le vent fait un bruit lugubre.
Les rats sont chez eux. Les araignées, chassées de la charpente par l'odeur du chàtaignier, se réfugient dans la pierre du soubassement où l'église finit el où le toit commence, et font très bas dans l'obscurité leur
toile où vous vous prenez le visage. On respire on ne sait quelle poudre sombre, il
semble qu'on ait les siècles mêlés à son
haleine. La poussière des églises est plus

sévère que celle des maisons; elle rappelle la
tombe, elle est cendre.
Le plancher de ces mansardes colossales a
des crevasses par où l'on voit en bas au-dessous de soi l'église, l'abime. Il y a, dans des
angles où l'on ne pénètre point, des espèces
d'étan~s de ténèbres. Les oiseaux de proie
entrent par une lucarne et sortent par l'autre.
Le tonnerre vient aussi là familièrement;
quelquefois trop près; et cela· fait l'incendie
de Rouen, de Chartres ou de Saint-Paul de
Londres.
Mon guide, le bedeau, me précédait. Il
regardait les fientes sur le plancher, et hochait
la tête. A l'ordure il reconnaissait la bête. Il
grommelait dans ses dents : Ceci est un

corbeau. Ceci est un épervier. Ceci est une
chouette. Je lui disais : Vous devriez étudier
le cœur humain.
Une chauve-souris effarée voletait devant
nous.
En marchant presque au hasard, en suivant
celte chauve-souris, en regardant ces fumiers
d'oiseaux, en respirant cette poussière dans
cette obscurité, parmi ces toiles d'araignées,
parmi ces rats en fuite, nous arrivâmes à un
recoin noir, où je distinguai confusément,
sur une grande brouette, une sorte de long
paquet qui était lié d'une corde et qui ressemblait à une étoffe roulée.
·
- Qu'est-ce que cela? demandai-je au
bedeau.
li me répondit :
- C'est le tapis du sacré de Charles X.
Je regardai cette chose. En ce moment,
- je n'arrange rien, je raconte, - il y eut
tout à coup sous la voûte une sorte de coup
de foudre. Seulement cela venait d'en bas.
Toute la charpente remua, les profonds échos
de l'église multiplièrent le roulement. Un
second coup éclata, puis un troisième, à
intervalles égaux. Je reconnus le canon. Je
songeai 11 la pièce que j'avais vue en batterie
sur la place.
Je me tournai vers mon guide.
- Qu'est-ce que c'est quece bruit?
- C'est le télégraphe qui \'ient de jouer,
et c'est le canon qu'on tire.
Je repris :
- Qu'est-ce que cela veut dire?
- Cela veut dire, répondit le bedeau, qu'il
vient de naitre un petit-fils à Louis-Philippe.
C'était en effet le canon qui annonçait la
naissance du comte de Paris.
VICTOR

... 182 ...

HUGO.

LJCHTENBER

"""

Monsieur de Migurac
ou
XX
Modèle d'une vie philosophique
et millionnaire.
. Nous somm:s arrivés à l'époque la plus
illustre de la vie de M. de Migurac. Il ne fallut
que peu de mois pour que le bruit de sa
métamorphose se répandit et qu'il devint un
des hommes à la mode que l'on s'arrachait
da~s les meilleures compagnies et dont les
mom~r~s par?l~s, étaient scrupuleusement
rncue1lhes et repetees. De lon(l'ue date il était
réputé pour l'originalité de sin humc~r et de
ses aventures, pour le charme de ses manières
?t pour les productions de sa plume : quand
a tous_ .ces mérites il joignit celui de l'opulence, il fut tenu pour irrésistible.
, C'es_t une chose que l'on ne peut se lasser
d admirer, à quel point, ayant été ballotté
par tant de vents contraires, il s'accommoda
d~ la splendeur soudaine qui J' environnait et
demo~lra sans effort par toute sa conduite
comb1e.n la philosophie avait effectivement
perfectwnné en lui l'œuvre de la nature
L'ordonnance de ses journées était à 1~ fois
~égul_ière ?t d'_uneactivité non pareille. N'ayant
Jamais éte avide de sommeil' il se levait de
b~nne heure afin de consacrer à l'étude le
debut de ~a ~atinée. Selon la matière qu'il
se prop~sa,t d aborder, il revêtait tel ou tel
des habits que ses valets lui présentaient .
s·~abillant d'étoffes co_mmunes quand il médi~
tait une narration ordinaire, préférant les
velours somptueux et les soies éclatantes si
s~n génie l'entrainait vers des sujets grandioses!. s'~pr~na~t de tons nuancés et vaporeu~ sil s,_ag1ssa_1t de subtilités philosophiques.
Apres q~ ri a va1t versé sur ses mains et son
moucho,~ un p~rfum approprié aux circonstances, il passait dans l'un de ses trois cabine~s, tendus de bleu, d'or ou de noir et meubles à l' unisson.
·
Il Y demeurait plusieurs
heur,es .dans le_ feu de la composition, et deux
seereta1rcs avaient fort à faire pour mettre au
net les _feuilles noircies de ses hiéroglyphes.
~nsmte ses valets le chancreaient d'habi ts
et ,1 donnait audience à la foule des sollici~
leurs. On croira difficilement combien sa
prospérité avait accru le mérite de ses ouvrages e~ répandu sa gloire. Deux heures
~vant q~'.11 permit d'ouvrir sa porte, un peuple
e fam~hq~es se pressait dans ses antichambres : md,gents sollicitant un secours, écri-

Marquis philosophe
:ains désireux de faire imprimer leurs œuvres
etrangers amenés par la badauderie,
. mven.
'
teurs de toutes les merveilles capables de
soulager l'humanité.
M. de Migurac accueillait les uns et les
autres. , avec
une
é
. eg'o-ale aménité. Il e'ta1't de
notor_ret publiqu_e que jamais un pauvre ne
sortait de chez lm sans avoir reçu une bonne
parole et _quelque aumône par l'intermédiaire
de M: Jomcau : à tel point que la rue était
parfo1_s ene&lt;:mb~ée de loqueteux et de pouilleux Jusqu à cinquante toises et davantage.
Les po~te,s ~n gestation et les prosateurs inco11;1pris e~a1e~t ouïs avec la même patience,
m~ms fa?!les a ?ontenter' malheureusement,
pa1ce qu ils avaient soif de renommée plu
que ?'argent; mais M. de Migurac promettai~
de bre !eurs œuvres et les assurait de sa
srmpathie. _Il avait ~n mot affable pour les
s1mpl~s ~ur1eux, ~ais les renvoyait promptement~ 1 ~bbé, qm les instruisait de sa biographie. L office de M. Joineau était également
de t~ncer, e~ ~eur glissant quelque secours,
les filles de JOJe ou actrices qui, à cause du

cr,édit que ses ounages avaient valu à notre
~eros dans le monde galant, venaient volontiers se plai~dre à lui de leurs mécomptes.
M: de ~~1gurac écoutait avec une faveur
spéc,_ale les mventeurs. Ses lectures lui avaient
appns que bea~coup de leurs pareils étaient
m,orts sans avoir pu p~od_uire au jour leurs
de?ouve~te~ : aussi tenait-il pour un des devoir~ principaux du riche de les rechercher,
fort1~er el ?ncouragcr par des paroles et des
subs1~cs. C est pourquoi les constructeurs de
machmes à_ :oler ou à nager' les entrepreneu~s de spmtisme et de magnétisme animal,
les inventeurs de pàte à rajeunir et d'élixirs
pour tous les maux, les alchimistes les astrol~gues'. les ~écromanciens, et tous l~s faiseurs
d u_lop1~s s écrasaient autour des pilastres
c~rmthiens. Malgré sa bonne volonté, M. de
M1gurac dut renoncer à donner audience '
to~s ~t se faire aider de ses secrétaires, ~
qm lm fut reproché.
M. Join':3u a gardé le registre des nouv:~utés qm furent proposées au marquis et
n evalue pas à moins de deux cent mille écus

.
JI!. de ,\t ig11rai écoutait avec une fave111· s e .
.
sans avoir fnt produire a .
•
lectures ltti avaient a ppris ue
P ciale les inventeurs. Ses
01
les 1·echercher, f ortifier e:' ; leurs decom•ertes : aussi tenait-il pour u i de:e;uc~u p de~ k urs étaient morts
n e urager par des pa,·oles et des subsides • ( P age 183evo,rs
principaux du riche de
.)

1

..., 183 ...

�M ONSrEU'R_ DE M1GU'R_AC - -..

- - - 1f1STORJ.Jl

appartement, se faisait porter quelques reliefs
cinq inventeurs de machines à roler s'étaient
l'argent qu'il éparpilla entre ces assembleurs rompu les os, que deux alchimistes s'étaient du souper de la veille. Car c'était une maxime
de nuées. Le résultat fut au-dessous de ce fait sauter, arnc leurs cornues, et que la mer familière à M. de )Jigurac que trop manger
qu'il espérait. A part une huile purgative avait englouti deux autres songe-creux qui alourdit lïntelligcnce et qu'un seul repas bien
assez efficace, une machine à couper les têtes s'étaient prétendus capables de marcher sur servi par jour suffit i1 l'homme. Aussi le plus
instantanément et sans souffrance que lui les Ilots. Ces déboires ralentirent pour un peu souvent les vaisselles d'or et d'argent ne rensoumit un jeune médecin nommé M. Guillotin, le zèle philanthropique de M. de Migurac. fermaient qu'un peu de fèves cuites à l'eau
et un appareil à voter fort ingénieux qui de- Mais, remarque mélancoliquement l'abbé, il ou autres friandises du même genre. M. de
vait ètrc utilisé dans les temps de la commu- était dans sa nature d'entreprendre; cl il Migurac tenait pour nécessaire que le philosophe fût indépendant de ses besoin~ physinauté des biens el du suffrage universel,
retomba plus d'une fois dans ce genre d'éga- ques : non seulement il touchait à peine à ce
aucune invention remarquable ne résulta de
plat unique et exigeait de ses hôtes la mème
ses largesses; cl M. de Migurac eut le regret rement.
Ayant pris congé de ses fàcheux, M. de sobriété, mais d'autres fois, afin de les encruel de ne poinl voir tranchée à sa ~atisfacMigurac allait s'inscrire aux portes des mai- durcir, il faisait couHir la table d'entrées de
tion la question principale qu'il mil au consons où il était prié, el donnait généralement toutes so:'Les et de rôts abondants, faisans en
cours entre les esprits les plus distingués, à ·
une couple de minutes au petit lcrer de salmis, poulardes trullëes ou carpes du Rhin,
savoir celle de l'existence de Dieu.
quelque femme à la mode, la comtesse de et, tandis que les crampes leur tiraient la
M. de Migurac, en effet, étant indisposé, un
Pontruan, la présidente de Vergnes, ou made- salive de la bouche el leur tordaient les boyaux,
beau matin, conçut fortement que, de tous
moiselle Lorigny, danseuse à !'Opéra. Ces il les exhortait en termes fort nobles à faroules problèmes qui se posent à l'esprit humain,
trois dames el bien d'autres avaient coutume rer la succulence de ces mets seulement par
il n'en est point• de plus considérable. Luide recevoir autour de leurs pots à oille el de la vue el par le nez, et non autrement.
m_ème ne pouvait nier que, plein de foi dans
leur coiffure ce qu'il y avait de mieux dans la
- Ainsi, disait-il, vous pratiquerez au
l'Etre suprème aux moments où son àme
société el le monde des lettres. M. de Migurac mieux sur vous-mêmes cet art de dompter
était ensoleillée, il glissait au scepticisme à
ne manquait pas de s'y présenter dans le les passions, qui est proprement, ainsi que l'a
d'autres où il était plus frappé de tont le mal
plus galant des habits de matin, adonisé, écrit M. de )Iably, l'art de l'éducation el du
qui foisonne sur la terre; il y avait mème des
frisé, et parfumé comme le plus mignon des gouvernement; et aux souffrances de Yotrc
jours où, malgré la sérénité habituelle de son
petits-maitres; non qu'il rersàt dans les fri- convoitise déçue, 1·ous mesurerez la misère de
âme, une sorte de détresse le prenait de cette
volités de la mode, mais il pensait nuisible ceux qui meurent de faim et apprendrez à y
difficulté el lui rendait le doute intolérable.
d'infliger à la vertu un aspect déplaisant ou
Aussi fut-il déçu de ne relever dans le millier
compatir.
ridicule ; et pourquoi la philosophie refuseUn jour, un des petits secrétaires, qui crc-de mémoires qui lui parvinrent que de vagues
rait-elle l'appoint de l'élégance et du bon vait de fringale et sentait de détresse l'eau lui
déclamations, des disputes logomachiques et
couler des yeux, profita sournoisement de
goût?
des enchaînements de sophismes.
Rien n'était plus édifiant que de l'en- l'inattention de M. de Migurac, qui s'entreteUne dissertation anonyme le captiva quelque
tendre disserter sur l'égalilé sociale, caressant nait avec l'abbé, pour dérober une aile de
temps. Remarquant que seule la douleur physur ses genoux le carlin d'une vestale de la volaille el la dévorer à belles dents. Mais, par
sique dépouille l'homme de sa faculté de disComédie, ou exposer les vices des États mo- l'effet de sa hàte, il s'étouffa si Yiolemmcnt
simulation et fai L sortir de sa bouche la voix
dernes dans un cercle d'élégant~ qui n'osaient avec un os qu'il pensa rendre l'àme cl le
de la nature, l'auteur proposait de soumetLre
l'interrompre.
reste. Ce qui fournit à M. de Migurac l'occaun individu de génie moyen à une torture
sion
de déplorer à quel excès de sévérité étai l
prolongée et d'accepter pottr véridique l' opipoussé la législation sur le vol.
nion qu'il émettrait dans cet état sur le pro- Car, dit-il, si l'elîet de sa gourmandise
blème de l'existence divine : car, précisait-il,
a
conduit
monsieur Berlurin à enfrt•indre celle
si Dieu existe, il n'a pu manquer d'en avertir
règle
de
jeûne
que nous nous sommes imposée
sa créature, et celle-ci ne faillira pas à le
et à pécher contre la civilité, concevez comproclamer du jour où la douleur à la fois
bien est irrésistible l'impulsion qui jette un
abolira les artifices de sa conscience et dissiaffamé sur un pain, et quelle est l'atrocité des
pera les ténèbres qui obscurcissent sa vue.
gouvernements qui ont puni de mort une
Une théorie si originale toucha vivement M. de
action légitime selon la nature, et dont l'indiMigurac, el, bien que son humanité naturelle
vidu ne saurait être réputé responsable dans
y répugnàt quelque peu, il avait déjà fait
la société.
choix d'un de ses secrétaires pour l'expéC'est ainsi que les accidents les plus minces
rience, résolu d'ailleurs à l'indemni~er ensuite
donnaient
prétexte à M. de Migurac pour en
très largement, quand M. Joineau, à qui il
dégager des opinions curieuses ou édifiantes.
s'ouvrit de ce dessein, J'en dissuada avec une
Le repas fini , il avait coutume de s'adonner
énergie dont l'inquiétude personnelle ne dimià
la
lecture des gazettes afm d'embrasser tout
nuait pas l'éloquence et lui représenta qu'il
ce
qui
intéresse l'ensemble de l'humanité. Il
ne ferait par de telles praliques que ressusfrémissait aux guerres, aux iniquités, aux
citerl'inquisition, œuvrc peu digne d'un phiattentats sanguinaires, s'enthousiasmait aux
losophe.
initiatires généreuses, prenait noie de tout cc
Ayant renoncé à celle manigance, M. de
qui lui semblait annoncer un progrès, cl
M.
de
Migttrac,
dans
le
pt11s
galant
des
habits
de
Migurac se dégoùta quelque peu des faiseurs
matin, adonisé, frisé, el parfttmé 'comme 1111 petitadressait
des épitres enflammées aux hommes
de projets; à quoi l'abbé, 'lui royait avec
111aitre, ne manquait pas de se prt!senter a11 petit lede bien de tous les pays. Jusque dans les
ver de quelque femme à ta mode. (Page 18.j.)
ennui tous ces songe-creux abimer les pardeux Amériques, il n'était guère de ministre
quets de l'hôtel, ne l'incita pas médiocrement.
à
qui il n'eùt communiqué ses idées de régéIl fit observer à son noble maitre qu'en llâtnération universelle. Et il entreprit successitant les chimères de ces sortes de toqués et
M. de Migurac, quand il n'allait point en
les détournant de gagner honnêtement leur ville, dinait sur les deux heures, en compa- vement tous les rois de l'Europe, les exhorvie, il leur rendait de fort mauvais services. gnie de M. Joineau et de ses secrétaires. La tant à accorder des libertés à leurs sujets, à
Il lui remontra notamment que quatre de ses chère était d'ordinaire fort simple, à tel point confisquer les fortunes usuraires des financiers
visiteurs étaient aux Petites-Maisons, que trois que l'abbé, parfois, en rentrant dans son et à établir l'égalité des biens avant d'abdiquer
avaient mis fin eux-mêmes à leurs jours, crue

eux-_mèmes dans les mains des peuples souvcrams.
Afin de se délasser ensuite de cette activité
h~ra~sante, il montait dans son carrosrn et se
fa1sa1t
Él
, mener ''ers les boulevard••, les Champsysees, la barrière de !'Etoile ou les allées de
Lo~gchamp, se délectant à respirer librement
et_ a regarder l~~ passants. Lorsqu'il dc1ait
fa1~e quelque v1s1te, il était ri1·ht-ment p:irr,
estimant cette politesse due à ses ho' tes •r· .
'il all .
. 11 ais
s
ait seulement à la promenade, il portail
~er_ru~JC r~nde et chapeau à la Pensylvanie,
eta1t vet_u d un petit ha bit de droguet noir el
sans épce, ne trouvant pas mauvais d'étonner
par son aspect la troupe dorée des gens du
monde_et que l'on remarquât que la modestie
du philosophe n'était pas déplacée dans un
car:osse de gala. Et il mettait un soin particulie~ à ce 4ue l'allure des chevaux fût
moderée, pour ne point écraser les gens dans
les rues étroites et dépourvues de trottoir
D~ s~s soirées, l'emploi était variabl; :
t,an_tot ~I poursuivait ses travaux, tantôt il
~tait _pr1~ en quelque maison amie, ou bien
il ~ss1s!_a1t en p~tite lol!e à quelque spectacle .
Ma_,~ 1•~m~rah~é qu'il constatait dans le
t~ea~re 1a_ffl1~ealt et il le voyait avec reorpt
negliger runs1 son but principal, qui est de
répa~d~e dan_s ~e peuple le culte de la vertu.
Aussi_ n y alla1t-1l que pour y conduire des amis,
tém01gn~nt par ses froncements de sourcils,
se~ sou_p1rs et ses hochements de tête à quel
pom~ _,I répro~_vait l'inanité pompeuse des
trag~d1es el I rnconvenance des spectacles
comiques.
.
Mais ses journées se terminaient ordinaire~ent par l~s s?upers qu'il donnait en son
hote_l et qm lu_, ~nquirent la plus grande
partie de sa célebr1lé, non point tant par leur
~as.te, _enco~e qu'il fût incroyable, que par le
i,out srnguher se)on lequel ils étaient réglés.
To~s, les chromqueurs du temps les ont
prones ou déeriés à l'envi, el il ne sera pas
hor,_ de _propos de leur consacrer un chapitre
parl1cul1er.

XXI
Des so~pers de M. de Migurac.
Considérant que l'acte de donner à manoer Le marquis ~uvrit_ le bal !io11na11t ta mai11 à la marchan.te de .
..
parue . le vin plus que l'eloque11ce avait rappelé les I ma, :~"s' a _ce n~ome11t toute contrainte était dis1omme, a leur egalllé premièt·e.. .. (Page 186.)
e~t un des devo!rs les plus incontestables odu
riche, M.. de. ~!1g~rac tenait à s'en acquitter
av~c. ~r?d1gal1lé : a la fois pour que ceux des
. pr1v1leg1és qui ~eraient de ses fètes reconnus- ~uatre coins de la salle, il faisait précipiter à
Au soup: r de la Pureté, les convivPs ne
se~t que la p_h1losophie n'enlevait rien à son rnlerval_les réguliers des vapeurs parfumées furcn~ a_dm1s que vêtus de blanc. Toute la
gout_ et aussi pour que les estomacs mal de pl~_sieurs so~Les, destinées àchasser l'odeur ~alle eta1t ti&gt;ndue de soie blanche et le . ,
d ,
s sJeges
garn_1s fus~ent à mème de se rassasier pour grossiere de~ viande~ el à incliner les Psprits
~apes de ~elo1:~s bl~nc. ~ur la ta l,le dépourrne
f1l~s1eurs Jours d'une nourriture succulente. vers des preoccupat10ns su Llime~. Enfin des d argenterie,.~ etala1ent a profu~ion des 'lilas,
.
spectacles variés venaient récréer lPs ,·eu . des
des 11·s el dt'S roses
deais, aün de
• ne pas faire de l'acte vu1ga1re
O
bl fleurs d oran&lt;rers
'
l''
.
J
X a
·11 se nourri~ 1e ~ut principal de ces réunions
1mp~ov1ste ~ar le ~oyen d'une cloison qui se . a~ches; des ~merls d'ivoire étaient pofés
' es enoobbssa1t d'intnmèdes.
' relevait
et dccouvrait une scène . La' se don- a &lt;'Oté des assiettes de faïence Des la .
.
d
·
D~ commencement à la fin du re as une na1ent des danses d'un caractère historique 1ba b'll'
I es e blanc offraient des plats
.quais
· ou, 10utes
:~!1qu~ invisib!e de plusieurs ofch;stres ou des . ballets allégoriques composés par es s?rtes de mets étaient blancs également
le ~•t les oreilles. Lui-même déterminait M. de M1gurac lui-même.
consistant en potage à la reine, soles, turbot~
c ou ét l'ordre des morceaux de mê
,. ~lais ~- qui fit la gloire de ses festins fut et barbues _dépouillés de leur peau, purées à
que la plac d
..
,
me
fùt en
c ?s mus1C1ens, afin que le tout l ~dée qu il eut_ de consacrer chacun d'eux à la crème, riz, longe de veau, volaiUes glacées
Au harmome avec la marche des services. celébrer, un ~rrncipe de philosophie ou une sorbets à la neige, etc. Sur la table
b·
·
,
, nu11 e'
moyen de soufflets puissants disposés aux vertu determmée.
msson, s1 cc n est le lait, premier nectar de
... 185 ...

�,
111S TORJ.Jl
d'un conseiller au parlement el d'une harengère.
Mais des clameurs épouvantables vinrent
soudain troubler cette fète et prouver d'une
manière évidente que, pour supporter le vin
au moins, l'aristocratie était fort supérieure à
la plèbe. Dans l'ivresse du champagne, maître
Charlot, garçon tailleur, oublia entièrement que
son égalité reconquise l'autorisait seulement
à danser avec madame de Cressange, et il prétendit pousser plus loin ses avantages d'une
manière qu'il ne nous parait pas opportun de
spécifier. Sur quoi, la dame se répandit en
cris aigus, peut-être mal proportionnés avec
le danger qu'elle courait, et le prince, dégainant son épée, voulut en percer le malotru.
Mais il fut incontinent à demi assommé par
un portefaix, ce qui rendit la bataille générale. Les tabourets, flambeaux, chaises, vases
précieux et objets de toute espèce volèrent à
travers le salon transformé en champ de carnage, tandis que M. de Migurac, empochant
les coups des deux partis, s'efforçait en vain
de leur remettre en mémoire la fraternité.
Plus prudent, heureusement, M. Joineau,
sitôt qu'il eut: reçu deux assiettes et un
compotier sur le chef, envoya c1uerir la maréchaussée, qui intervint fort à propos pour
séparer les combattants. Les gentilshommes
et les bourgeois en furent quittes pour leurs
habits déchirés et pour quelques égratignures.
Quant aux gens de rien, ils passèrent la nuit
au violon, et plusieurs y restèrent le lendemain, étant encore trop ivres pour se souvenir de leur demeure.
•
Ainsi se termina la fête de \'Égalité, qui,
bien que quelques esprits chagrins eussent
voulu y jeter une sorte de ridicule et d'odieux,
porta au pinacle le nom de M. de Migurac el
le consacra comme un des lions du jour.

irrand seigneur ful fort aise de pouvoir ainsi,
l'innocence, el quelques vins du Rhin et de
sans
entremetteur, s'abou;)her avec quelque
Sauterne fort clairs. Comme divertissement,
petite fille, de même que telle noble dame
il y eut des chœurs, d'abord d'enfants en bas
âge qui se livrèrent à des simulacres de jeux était fort aise de frôler de près les jambes
puérils, puis de jeunes vierges en longues d'un danseur de l'Opéra.
Satisfait de ces résultats, mais désireux
robes de lin, enfin d'anges aux ailes de cy~ne,
d'aller plus loin dans celle voie, M. de Miguà peine voilés de gazes transparentes et sym-·
rac convoqua un soir la plus illustre compabolisant les délices candides de la vie céleste.
gnie.
Le prince et la prince~se de Cressange,
Par contra~te, M. de Migurac donna égaleM. Thomas de rAcadémie, mesdames de
ment un souper en l'honneur de la Volupté.
Berck et de Vergnes, prirent place avec pluAux timides objections de M. Joineau, il
sieurs autres autour de sa table. Leur surrépondit avec fermetn que l'homme, n'étant
prise ne fut pas médiocre de trouver des
pas un esprit pur, agit sagement en sacrifiant
sièges vides, alternant avec ceux qui leur
parfois à ses sens et que d'ailleurs la volupté
étaient assignés, et de n'apercevoir, au lieu de
est l'agent dont use la nature pour arriver à
la profusion de fleurs, d'argenterie et de
ses fins. Il fit donc peindre aux murs de
cristaux qui était coutumière, que du pain
la salle une profusion de scènes lubriques
noir, un potage maigre de piètre mine et de
empruntées aux descriptions de !'Arétin ou
l'eau claire. Au milieu de l'étonnement généau Saty1·icon de Pétrone. Les pièces de
ral, M. de Migurac se leva et entama un disfaïence et d'argenterie, ainsi que les vases
cours magnanime où il rappela à ses hôtes
divers qui jonchaient la nappe, et les pains et
l'effroyable distance que les fantaisies du sort
les pièces d'ornement offraient les formes
avaient établie entre les hommes, nés pour
obscènes des objets retrouvés en certaines
être égaux, et comment, sans le labeur assidu
ruines antiques. Derrière les chaises des
de leurs frères, les riches mêmes se trouveconvives se tenaient debout, pour le service
raient réduits aux privations et obligés de se
de la table, de jeunes beautés prises parmi
nourrir d'un pain noir tel que celui qu'ils
les impures les plus illustres de Paris, la
gorge et les bras nus, et la jupe courte lais- voyaient :
- Mes frères , conclut-il, j'ai souhaité
sant voir la jambe. Tandis que les ventilaqu'au moins un soir l'iniquité du destin fùt
teurs pulvérisaient dans la salle des parfums
réparée, et j'ai voulu réjouir vos cœurs du
aphrodisiaques, les mets se succédaient choisis
parmi les plus propres à exciter la fièvre des spectade de l'égalité rétablie.
A un signal, les portes s'ouvrirent, et laissens : poissons aromatisés de toutPs les
sèrent entrer une troupe d'hommes et de
épices, homards, gibiers noirs, vins chaleufemmes du peuple, vêtus de leurs habits de
reux et sauces cantharidées. Une musique
travail ou de leurs haillons, qui vinrent garnir
langoureuse imprégnait les oreilles échauffées
les sièges vides, en sorte que la princesse
des convives de la lasciveté orientale, cepende Cressange se trouva encadrée d'un garçon
dant que sous Jeurs yeux se déroulaient des
vidangeur el de J'invalide du pont des Arts,
tableaux vivants qui figuraient les scènes les
tandis que madame Mercuit , crieuse à la
plu, célèbres de la vie amoureuse: l'aventure
fraiche, était assise entre le prince et
de Jupiter et de Léda, celle de Vénus et de
Mars, de Ruth et de Booz, de Julie et de M. Thomas.
Comme l'inattendu de cet assemblage metSaint-Preux el les galanteries contemporaines,
tait un peu de gêne dans la compagnie, M. de
telles que les redisaient les gazetiers des bouMigurac reprit son discours avec plus de
doirs. Les costumes étaient reproduits avec
rhaleur. Il adjura l'abbé de confirmer que
une si scrupuleuse exactitude que les perl'~glise avait prôné la même doctrine, et,
sonnages qui devaient être nus l'étaient effecaprès avoir fait appel à la piété autant qu'à
tivement. L'impression de ce spectacle fut si
la raison naturelle de chacun, il s'inclina le
pui;sante que, au témoignage de M. JoinPau,
plus ~alammenl du monde vers sa voisine,
qui crut devoir à son caractère sacré de quitter
qui vendait des châtaignes, et la baisa sur la
la table dès le quatrième service, la fète se
joue,
engageant ses hôtes à en user de même
termina par une orgie digne d' Héliogabale,
aveè
les
leurs.
sur laquelle notre modestie nous engage à
Dès l'instant où les convives populaires
jeter un voile. Il est fort probable que M. de
étaient entrés, les vins généreux et les plats
Migurac aurait eu à s'en expliquer avec la
succulents avaient circulé, et bien que certains
justice s'il n'eût pris soin d'avoir parmi ses
difficiles fissent la petite bouche, on s'accola
hôtes le lieutenant criminel lui-même et l'une
d'assez bonne grâce, et une acclamation unades maitresses de l'archevêque de Laon.
nime salua au dessert l'invitation du marquis
Mais, de toutes les fètes qu'il donna, la
philosophe de boire à la santé de l'humaplus célèbre [ut sans contredit celle de !'Égalité. M. de Migurac, ayant commencé par nité.
Lui-même ouvrit le bal donnant la main à
traiter séparément les personnes de qualité
la marchande de marrons ; à ce moment,
et lt&gt;s gens du commun, s'était appliqué
toute contrainte était disparue : le vin plus
ensuite à les réunir, et il se plaisait 'à voir
que l'éloquence avait rappelé les hommes à
assise une duchesse auprès d'un porteur d'eau
leur égalité première; et, les yeux humides,
ou de lanterne, et un prince du sang à côté
M. de Migurac, essoufflé, se pàmait de joie à
d'une demoiselle de modes. Après avoir quelvoir une présidente à mortier et un ramoneur
que peu déconcerté, le piquant de ces renallobroge s'avancer en cadence à la rencontre
contres était devenu un attrait; plus d'un
" 186 ...

XXII
D'une détermination que prit
M. de Migurac.
On penserait difficilement qu'au milieu
d'une vie aussi judicieusement distribuée et
où il avait si admirablement concilié les
devoirs du monde et ceux de la philosophie,
M. de Migurac, vertueux et opulent tout à la
fois, ne goûtât pas dans leur plénitude toutes
les délices du cœur et de l'esprit. C'est
cependant un fait que l'abbé note dans son
journal avec clairvoyance, qu'au bout de
quelques mois, son humeur, d'affable et de
riante qu'elle était, sembla se teindre de
mélancolie.
Autant qu'il nous est permis de le conjecturer, des causes diverses l'y induisirent, dont
la moindre ne fut pas la malignité publique.
C'est une chose qui atterre qu'un homme tel
que M. de Migurac, dont la vie tout entière
n'était dévouée qu'au bonheur universel, n'ait
pu échapper àla malveillance de la critique. On
est confondu de voir quelle quantité de pamphlétaires, de cuistres, de mauvais écrivailleurs s'appliquèrent à dénaturer ses moindres
actions. Il n'était pour ainsi dire point de

__________- - - - - - - - - -

.MONS1'E11~ DE .MlG~JtC

~

semaine _que quelque faquin ne tentàt, par sé,:~rité_de ses amis. M. Joineau lui répondit des revers des jeunes armées américaines et
un plat libelle dont les louanges étaien l aussi qu_1l p~1Lgarde que ce n'était point son génie méditant de faire le coup de feu dans leurs
per,fide,s, que les calomnies, de tirer une poi- qm était cbang~, mais bien la condition de sa rangs. Le lendemain c'était pour les derniers
gn_ee d ecus à la curiosité publique, toujours f~rtune; ce qm pPut- être donnait la clef de des Polonais que saignait son cœur : il sera°t
avide de ce qui touchait au marquis philo- bien des_choses. ~o~mé de s'expliquer par beau d'expirer parmi eux sur un champ Je
sophe.
~1.. de M1~rar. qm n entendait goutte à ces ba~aille e~ co~battanl les monarques avides.
. Un surcroît de chagrin venait à ~[. de emgmes, 1abb? lui. déclara sans ambages Mai_s e~~-u1te il se rap pelait combien son bras
M1gurac
. de ce que parmi ces malheureux se qu_e seule la Ja_lous1e inspirait ses anciens avait de.1a versé de sang et que toute violence
l~ouva1ent des hommes qu'il faisait état d'es- compagnons_, qui se réputaient également même _légitime dans son motif, est haïssable'.
t111;1er, dont plusieurs familiers du Perroquet offensés, soit de son opulence s'il les p . ·t ~lors 11 se tournait vers les moyens d'amé. d
r1a1
Gris. I!s étaient les plus enragés à le taxer ch?z Im,. soit
e son mépris s'il ne les priait liorer 1~ condition des peuples et multipliait
de fatmté ou de folie, et à divufouer en les poml.
l~s _proJ_ets et les pétitions en faveur de la
dénatura?t à leur manière, for~ an'ecdotes
. U~e idée aussi atroce révolta la maana- d1mmut1?n des impôts, de leur répartition
l!ropr1:_s a le mettre en posture déplaisan te. mm1té de M. de Migurac : d'un 0"est; il pl?s _équi table et de la réforme de Ja justice
En meme temps que le renom de ses omra- arrêta l'abbé et s'écria :
'
?rimmelle: E_t dan_~ sa tendresse inépuisable
ges se_ répandait et que les écrivains qu'il
- N'outragez pas le cœur humain et 11 _englobait Jusqu a nos frères inférieurs les
r~ceva1t à. sa table les vantaient avec plus croyez que la déception de mon amour-propre ammaux, combinant une maison de retraite
d arde~r, il_ se formait contre eux une sorte ~.st P?U de chose à côté de l'horreur que pour ces vieux serviteurs de l'homme el des
de conJur~t101;1 de mépris et de dénigrement J aurais de soupçonner pareille perfidie.
m~rens adoucis pour donner la mort'à ceux
dont on eut dit que le chef était M. Mottet en
Cep~ndant le trait empoisonné, innocem- qu 1~mole notre ROurmandise insaliable.
personne.
ment Jeté par ~f. Joineau, ne fut pas entiè' M~1s ~on àme gonflée de tant d'amour
, De tels jug~ments contristaient profon- re~ en_t perdu, et désormais, au chagrin de s a~fügea1t de co~stater chaque jour son imdeme?t M. de M1gurac. Connaissant la loyauté rn1r _declmer son talent, ~[. de Migurac ajouta puissance. Car il ne pourait se dissimuler
et _la J_uslesse_ d'esprit des hôtes du Perroquet ce_lm de se d~fier parfois de ceux qui s'appe- que le succès couronnait-Tarement ses elforts
Gris'. il n? ~~t pas en doute que leur verdict laient ses amis.
que si:s initiatives les plus louables ne ren~
ne fut_I?enle et que, par un hasard funeste
Sa sensibilité fut douloureusement froissée contr~ient q_ue l'indifférence et l'ironie, et,
~on_gcme n'eût a_bandonné la bonne voie· e~ par cette ,découverte. _Il est à remarquer d'ail- pa:~01s, a mien~ des effets opposés à ceux
il resolut d'aller s'ouvrir à se5 confrères et' de leurs qu elle semblait se faire plus aiguë à qu il en attendait. Alors il déplora son isoleleur demander leurs conseils.
m~sure que'. sans déchoir de son enthousiasme men~ et que nul cœur ne battit à l'unisson
C'est pourquoi, un soir, la rue de la philanthrop1que, _le marquis s'éloignait ce- d~ sien. Sa clairvoyance le forçait à se conlluche_tte, peu habituée à pareil honneur, pendant du premier feu de la jeunesse et que ;a~cre que de ses hôtes et ses amis, il n'en
retentit du. r~ulement d'un carrosse à quatre s? calmait en Iui le volcan de toutes les pas- eta1l auc.un qui s'associât aux pensées intimes
chevaux qm s arrèta devant la porte du célèbre sions. T~ut égoïsme personnel dépouillé ' d~ s~n. etre ;_ et l'abbé Joincau, lui-mème,
cabaret ; et les badauds apparus aux fenêtres M. de M1gurac, à l'empyrée des faveurs de lui _?lait um par une affection d'habitude
de tous ~té~ en virent descendre M. de )Ii- Plutus, éprouvait avec une véhémence gran- P!~t?l que par une véritable communion
gu_rac qm, l!rant le loqùet, se présenta souid~es: S~ns doute, bien qu'après réfiex.ion
dam devant la compagnie, réunie comme de
11 eut Juge que la chasteté était plus convécoutume autour des pots et des bouteilles .
nable au sage, il n'avait pu se défendre de
11 sembla que ce fût la statue du Commannouer _quelqu~s intrigues soit parmi les beaudeur qui fascinât les doctes buveurs. Tous
tés facile~, soll ~arm~ quelques dames éprises
demeurèrent immobiles et comme pétrifiés
?e la philosophie. Sen reconnaissant fautif
M. ,?e Mig~rac, d'un ton pénétré, leur expos~
il ~'absolvait néanmoins par celte considé~
qu il ,venait les .remercier de leurs critiques,
r~t10n qu? l'homme a des sens et ne saurait
et, s adressant ~ ~L ~Jouet qui essayait vais affran~h1r de ~e?rs exigences. Mais ces pas~ement ?1: se d1ss1muler derrière un buffet,
sa?es ou le pla1S1r de la chair tenait la pre!! le solh~1La de lui indiquer par quel moyen
rruère place ne lui procuraient que des jouisil pourrait recouvrer la force de son génie.
san?s éphémères, auxquelles même il prenait
M: . Mo_ttet, plus maigre que jamais et qui
moms de goût, plaçant ses préoccupations
palissait et rougissait tour à tour protesta
mor~les. avant les passe-temps qui jadis lui
en _queJ~ues paroles vagues que son
' illustre
para1ssa1ent les plus doux. C'est ainsi qu'ayant
ami avait mal entendu ses réflexions et s'ex~ongtemps serré de près madame deChàtelys
c~sa de se retirer précipitamment à cause
il re~on~. à elle le jour où elle s'en remit ~
du~ ~endez-vous qui l'appelait. En quoi il
sa d1sc~ellon, parce qu'il ne s'estima point
fut 1~Ité par tous les autres qui, après avoir
susceptible de lui vouer un attachement
assure à M. de Migurac que son talent n'avait
durable; le monde l'en plaisanta et elle-même
nullement diminué, se hâtèrent de l'emse fit peu a~rès enlever par un capitaine aux
brasser el de s'enfuir.
gardes, ; mais l'approbation de sa conscience
Le marquis philosophe regaona
ses pénates
suffit_ a ~e rassurer, si elle ne lui rendit pas
0
un peu rasser
, é né ; mais
• quelle ne fut pas sa
la ga1ete.
M. Je llfigurac ne sav3il qu•imaginer pour tla. ,
Af._arie· A
· I ln'était pas de brocarts assez riches
irea
douleur quand, parcourant deux jours plus
Sans
_gnes.
. . doute, l'amoindrissement phys:
.ique
n, de soies assez reluisantes pour les robes de ta
ta~d la Gazelle des Lettres, où M. Mottet écriqm SUJt la quarantaine était l'origine véri11011ve/le marquise. (Page ,88.)
::t sous le ps,eu?o~y~e de Juvénal, il y lut
table de cetl? mé~amorphose sentimentale.
l' Œapolo~ue ou etait v10lemment stiomatisée ·
Le lecteur en elant mstruit sera moins surpris
e ro?le:1e de l'ancien berger Alcidas: égoïste
que
. ne furent , les badauds lorsque , vers 1e
et enr1ch1, heureux d'humilier ses camarades diss_ante toutes les souffrances des créatures, prmtemps del ~nnée 1785, peu après la paix
}'?clat de ses livrées et de son carrosse! subissant en quelque sor te la répercussion conclue avec 1 Angleterre ' le ll!ercure de
. om?au trouva son maître en larmes el de chacune, souhaitant d'avoir une multitude France
annonça en
.
cl'
. termes voilés le marrnge
de têtes et de bras pour porter secours à
Migurac lui fit le détail de son déboire
un d_e nos gentilshommes philosophes les
ep orant à la fois sa propre déchéance et 1~ tous les misérables. Un jour le voyait accablé plus reputés, nouvelle qui souleva d'abord

?

ft
:: te

�M ONS1E11~ DE M1Gwt_AC - -..

_ _ 111STO'J{1.Jf
Grâces, à Vénus. à la Vierge Marie, à Chloé,
plaisir d'apprendre que, lor~que mademoiselle
l'incrédulité el provoqua ensuite torce com- de Villecroix avait été informée du choix de à Égérie, à Jeanne d'Arc, à Béatrice, à Ninon,
et à une foule d'autres femmes célèbres par
mentaires.
ses parents, elle n'en avait conçu aucun leurs appas ou leur caractère. Toutefois elle
Mademoiselle Marie-Agnès de Villecroix
ennui, mais au contraire, avait sauté de joie
apparut pour la première fois à M. de Mi- et jeté par la fenêtre sa dernière poupée, al'ail une nature fort simple, encore qu'elle
fût trop compliquée pour toute la philogurac au grand lJal travesti que donna madisant qu'elle était bien heureuse d'avoir un sophie de M. de Migurac; n'étant, à tout
dame sa mère, en l'honneur de sa sortie du
beau mari, un carrosse el des diamant~. Et prendre, qu'une pensionnaire fraîchement
couvent, dans le carnaval de cette même
lorsque M. de Migurac fut admis à lui baiser émoulue du couvent, impatiente de changer
année 1785. Elle était vêtue en naïade, d'une
la main cl qu'ils restèrent seuls en présence, de poupées et de remplacer les jeux de l'enrobe bien échancrée de taffetas blanc peinle
elle se précipita à son cou a,•ec un tel abandon
en roseaux, coquillages et jets d'eau, drapée qu'il en eut Je cœur chaviré et les larmes fance et les austérités du cloitre par toutes
les merveilles et joyeusetés du monde qu'elle
de gaie d'eau argent et vert. M. de Migurac,
aux yeux. Et, pour la première fois de sa vie, imaginait de loin sans en avoir une idée
qui n'était pas moins galamment costumé en
il mesura que les poètes n'ont rien exagéré nette. Elle se fùt estimée bien heureuse,
roi :.\'uma, l'ut désigné pour lui faire vis-à-Yis
en célébrant les délices de l'amour, origine aimant très fort son mari, parce qu'il était
dans un menuet. Dès l'abord, un trouble
le premier qui eût parlé à son cœur, s'il l'eût
inconnu L'envahit en face de cette jeune et fin sublime de la création.
emmenée à !'Opéra une fois la ~emaine, et
beauté, rendue plus allrayante par la fantous les mois à la Comédie; pareillement,
taisie du costume. Des yeux de turquoise
deux petites pierres aux oreilles el quelques
reluisaient dans un teint de lis et de rose;
Quelles furent les suites du deuxième mètres de marli auraient suffi à l'emplir de
un sourire mutin découvrait des dents semmariage de M. de Migurac.
reconnaissance. Mais, parce qu'il ne trouvait
blables à des pfrles. La main des Amours
rien d'assez beau, d'assez exquis, d'assez
guidée par Vénus avait sculpté les grâces
Les débuts de son mariage furent, sans divertissant pour elle, elle se haussa tout
naissantes de la gorge et des épaules. Une
contredit, pour ~I. de Migurac, les jours les naturellement à la sublimité de sa passion;
délicieuse espièglerie, corrigée par la moplus fortunés qu'il eûl vécu sur cette terre. el, après quelques semaines, elle se fût jugée
destie et la naïveté du maintien, pétillait
Il avait cessé d'envier la félicité du sauvage bien à plaindre de rester un soir sans souper
dans le regard. M. de Migurac fut saisi de
sous sa bulle, aussi \lien que celle de l'àge en musique, de rendre moins de douze visites
cette apparilion. li jugea qu'une si charmante
d'or et du jardin Éden. li n'y avait rien de en son après-diner, ou d'être empêchée de
personne lui offrait exactement l'image de la
plus délicieux que Marie-Agnès , de plus cbangrr chaque matin sa coiffure, passant de
femme telle qu'elle est formée par la nature
jeune, de plus suave, de meilleur, de plus la ,Junon à la Harpie, sans oublier la Laideur,
au moment où ~on cœur s'ouvre à la vertu
joli. C'était un ravissement de chaque heure la Sl·lpbide, !'Économie du Siècle et le Désir
et à la volupté. Chaque foi, qu'il lui donnait
de voir briller ses prunelles de turquoise el
la main pour une des figures, il frémissait,
de Plaire.
onduler sa taille fine, d'ouïr son rire perlé et
On estimera peut-être que toutes ces fanet quand il pressa la taille Sl'elle entre ses
ses reparties argentines, de la sentir viYre taisies d'amour et de luxe ne s'accordaient
doigts, des feux divins embrasèrent ses
près de soi. M. de Migurac ne comprenait guère avec Je sérieux de la philosophie. Pour
moelles.
plus comment il avait pu respirer sans elle. être sincères, il nous faul avouer que, durant
Il fallut bien qu'un sentiment si violent
Loin d'elle, toute vie était insipide. Elle était les premiers mois de son mariage, M. de
dessillât ses paupières et qu'il reconnût
la beauté, la parure, la raison de toute Migurac prit peu de soin de régler sa conl'amour, puissan t dominateur des hommes.
chose. Le marquis l'aimait, non seulement duite sur ses principes, ceux-ci ne s'étant
Son premier mouvement fut de révolte. Eh
comme sa femme, mais comme son amante, que rarement présentés à son esprit tont
quoi! une inclination aussi exclusive sauraitcomme sa fille, comme tout le horlbeur qui plein de Marie-Agnès. Mais quand, par suite
elle asseryir ce cœur ? Mais déjà il était incalui était réservé en ce monde. Et qu'elle des longues heures que la jeun~ épouse conpable de lutter, l'l une lum:ère soudaine lui
daignât se laisser adorer était le prodige des sacrait à ses femmes, à ses to1le1Les, ~ ses
décounit l'intention de la Providence.
prodiges, la gràce suprême qu'il fût donné à visites et à ses fournisseurs, le loisir lui vint
Oui, si le destin avait permis qu'il renl'homme
de rê1•er.
de soumettre ses propres actes au contrôle
contrât celle adorable créature, c'était afin
Aussi, dans l'ivresse de sa graliLude, M. de de son jugement, il ne put en méconnaitre
qu'il cessât d'éparpiller sur trop d'objets la
Migurac ne samit qu'imaginer pour lui plaire.
tendresse qui emplissait son âme. Si la naNon seulemenl il avait répandu à ses pieds la sagesse.
En effet, le mariage, institution révoltante
ture commande à l'homme de chérir tous ses
Ioules les pierreries de madame sa mère et et absurde, n'est compatible avec l'amour
semblables, elle n'a proposé aux forces de
de madame Isabelle, mais lui-mème était allé que si, renonçant à se prévaloir de son tilr_e~
chacun de faire le bonheur que d'un petit
commander chez les meilleurs joailliers une Je mari se montre plus prévenant et plus zele
nombre. 11 lui parut qu'en se consacrant à
profusion de bijoux : ca1'cans de diamants el que Je plus épris des amants et fait ainsi luicelui de mademoiselle de Villccroix, il accomde perles, bracelets, bagues, et mille · coli- même la conquête du cœur qu'un serment
plirait la tâche la plus glorieuse de sa vie, el
fichets qu'il avait entassés sans compter. li de pure forme n'a pu lui ~ncha!ner: Cette
qu'en mème Lemps, réconforté par cetamour,
n'était pas de brocar ls assez riches ni de soies tâche, qui était celle que lm as.signaient la
il y puiserait une ardeur nou1•elle pour se
assez reluisantes pour les robes de la nouvelle raison el la nature, il venait de s'en acquitter.
dévouer à l'humanité.
marquise; madame de Pigly était di gne à Maintenant que l'âme de Marie-Agnès était
C'est pourquoi, tremblant et craintif comme
peine de les tailler, el madame Pajelle d'y sienne, rien sans doute ne lui serait plus aisé
un jouvenceau, M. de Migurac se présenta en
ajuster les fanfioles de la mode : blondes que de 1'ouvri1· aux lumières de la philogrande cérémonie chez la comtesse de Villed'argent, barrières de chicorées, petits bou- sophie el d'en faire la confiden te de ses descroix et lui révéla le vœu de son cœur. La
quets, nœuds et glands, dentelles à cent écus
comtesse lui marqua quelque étonnement de
seins humanitaire-s.
l'aune. ~falgré les prolestalions de M. Joineau,
Ce ne fut pas toutefois sans une certaine
celle démarche et lui fit observer que sa fille
le mobilier tout entier de l'hôtel avait été timidité que M. de Migurac osa communiquer
était encore très jeune, n'ayant que seize ans,
renouv!\lé de la cave au gre11ier , doublés à son épouse les grandes p~nsées q~i lui étaient
tandis que lui en avait passé quarante-deux.
l'écurie
et le domestique.
familières. Sachant combien la Jeunesse est
Mais M. de Migurac exhala sa Gamme" avec
Marie-Agnès acceptait avec une satisfaction prompte à s'effarer, il sraignail qu'elle n'eût
une telle chaleur, et la renommée de sa perpétulante et Jégère toutes les prévenances de quelque terreur de ces mols solennels, ou
sonne el de sa fortune ajoutèrent tant à son
son époux qui ne se lassait pas, dans des que peut-être les préjugés du _couv~nl ne la
éloquence que madame de Villecroix, après
pièces de vers conçues en mètres variés, de la retinssent en défiance. Il est a croire que,
en avoir conféré avec son époux, daigna donner
comparer aux n1mphes, aux naïades, aux
une réponse favorable. Et il eut le surcroit de

xxm

""' 188 ""

s'il eùt été °:1al accueilli, il eùt remis à plus
tard de parfaire son enseignement
~lais,, contr.e son allenle, la pr~mière fois
qu au ~1?er, a propos de la triste destinée de
deux v1e1llards morts de faim dans une man~arde,_~~-_de ~ligurac décocha quelques pointes
a la cmhsalion, il entendit son épouse l'appr~u;~r hau~e~ent et !ui poser des questions
qm l ~merve1llerent. Il ignorait que justement,
la veille, dans le salon de la princesse de
Cressange, plusieurs dames entre deux âges
eu~sent ~lai_sa?té la pelite marquise du tort
qu ell_e fa1sa1l a la philosophie en lui dérobant
son ~p?ux. Madame de Migurac avait été
mort,fiee de ce que son mari, étant philosophe, ne se fùt pas encore révélé à elle sous
cet aspect, et une curiosité la déman()'eait
surt?ul _de ces fameux soupers dont on disait
à m1:vo1x ~onls et merveille avec un air de
myster~ qm en augmentait le piquant.
fuss, ~es prônes de M. de Migurac, bien
quel!~ ~ y comprit pas beaucoup plus qu'à
du c?mo1s, la trouvèrent toute oreille~, el il
ché~1l d,av~ntage la philosophie de ce qu'elle
paru~ _s y, mtéresser. Elle lui demanda d'un
ton s1 mgenu de former son âme selon le vœu
de la nature que les larmes lui en Yinrent
aux yeux.
1 iu t.out de peu de temps, si admirable est
a ac1 ,té des femmes de s'accommoder aux
modes nouvelles, qu'elle discourait comme
un
. po1·1. docteur, , sur la .propriété, l'e'conomie
l1q~e el I etat social; le faisant avec modéra~1on pour ne point être indiscrète, et para1s~ant plus érudite Cl).core de toutes les
sothses_ de~ autres. Et, ravie de son succès,
?li~ _est1ma1t les philosophes el la philosophie
a I egal des petites loges, des bals parés el
du cavagnole.
' ~ussi est~ce peut-être en ces jours que
1hotel ~e M1gur_ac brilla de son plus vif éclat.
te ~at1~, t~nd1s que le, solliciteurs encomra~e?t I antichambre du maltre, des visiteurs
~t~1~1s se pressaient à la toilette de madame :
es , g~lants et damerets, jeunes officiers
~:utr~s ~ la maréchale, chevaliers ou vicomtes
. e _air, poèlPs dramatiques et lyriques
etonom1~tes et métaphysiciens . pour tous'
e1~ _avait une œillade avenante, el c'étai~
~ a1s~r bde réformer le royaume en lorgnant
. e si_ elle~ épaules. Le diner ne comptait
Jamais' moms d'une vmgtame
•
. de convives ·
tdou. t l ap ~es-mi
• ·di , 1es carrossPs se succé-,
/1ent, deposant ce qu'il y avait de mieux
ans lie monde des lettres, ou de la noblesse
dae ro Je et d'épée,· et Ja 1r,ele recommençait
n~ -~o~~er pour ne finir q1ie fort tard dans la
~se. anle~e, rose et blonde, la petite marqul
· permettait
. avec bonne
grâce par' ait 'peu , ~ais
lèvres qu on I ad?ral. Une syllabe de ses jolies
'. und sourire de sa bouche mio-nonne
0
Un adieu e ses d · l fi , •
luels .
mg s ms eta1ent plus spiri-'
1 qu un poulet de M. de Beaumarchais
pmus prolfonds qu'une dissertation de •r Tho'
as p us , .
1, .
Delill
poet1ques qu'un sonnet de l'abbé
e.
Au milieu de 80
d
était fort cho , h n m?n e, M. de Migurac
jalousé à . ye, onoré ~ cause de lui-même,
cause de son epouse, et goùtait une

Délicateme11t,
fin, •laa"petite,marquise
cueillait
à
.
.
ail co111 de l ~e.
œll,son
la •doigt
galante
milieu de la .011
e• e11atour
. to,~r le_s 111011~hes et p1,11art ta « passionnée ,
• wnos,te
• a la naissance de la gorge. (Page ,B9.)
1

félicit~ qui rayonnait autour de lui. En vain
M. Jomeau lui reprochait de temps à autre
que ses d~pen_s~s excédaient de beaucoup ses
re~enus; _11. nait au nez du fàcbeux et pass~it :? était-Il fermier général pour Lhésau. riser : Qua?d mada_me sa belle-mère représe_n~a1 t qu une existence si galante était
perill~use pour une jeune femme, il rompait
les chiens par un éclat de rire et des complime~ts sur sa b?nne mine. Et, lorsqu'un soir
~!ar1e:Agnès lm_ p~rut rèveuse et que, quest10nnee, elle lm dit avec une moue d'enfant
qu'elle avait peur de l'aimer moins et lui
proposa de partir tous -deux pour la camP,a_gn~, ce fut lui-même qui la rassura en
s ecriant :
- ~on, candide créalurc,je connais mieux
q_ue toi 1~ purelé de Lon âme; ne t'afflige pas
s1 mon image n'y est point unique comme
au temps où l'humanité en était bannie ; la
place que tiennent mes semblables dans ton
cœur ne m'est pas dérobée, et tu m'aimes
davantage en les aimant tous avec moi.
La petite marquise le considé~a d' un air
très particulier et hocha Ja tête.
. Ce~endant M. de Migurac dut éprouver
bientot que la continuité paisible du bonheur
n'est pas donnée à l'homme. Un beau malin
M. Joineau s'introduisit dans son cabinet e~
lui dit d'un ~on for_l grave que, pour le repos
de_ sa consetence, 11 était nécessaire qu'il le
mit au courant de ses affaires; et l'avant
obligé de l'entendre, il lui démontra p~rli~emmen! que, quelque abondantes qu'eussent
?lé ,les pistoles de M. Moriceau, elles étaient
a I heure présente croquées, ou peu s'en
fallait.
Cet entretien rappela au marquis d'une
manière fâcheuse celui qu'il avait eu avec

madame sa mère et d'où étail résulté son
premier mariage. Pour endurci qu'il fût aux
co~ps_ du_ sort et par accoutumance et par
prmmpe, il ne put retenir un soupir el cligna
d~ reg'.et vers les tableaux et porcelaines qui
decora1ent son cabinet. Mais il déclara en
redressant le front :
'
. - L'abbé, après avoir été pauvre, je fus
r.1~he : pauvre Je serai de nouveau el saurai
1elre. Le sage est au-dessus des caprices de
la fortune!
. 1 d'it •ni. Jomeau,
·
- Vmre,les yeux sur son
v~ntre; m~1s pensez-vous que madame de
M1gurac smt de cet avis ?
!•e. marquis le foudroya d'un regard de
me~r1s, se leva de son fauteuil et dit avec
maJesté :
- Je vais m'en assurer dès maintenant.
Et, tout d'une traite, il s'en alla coo-ner à
]! porte d,e l'appartement de son é;ouse.
Semblable a un petit nuage de gaze, de tulle,
de den1elle et de fine toile de Hollande d'o'
. I
'
u
~onla1enl es r.arfums de la jeunesse, de la
vwlette et de la verl'cine, elle était aux mains
de ses femmes qui l'habillai,mt. En face d'elle
s~r un gué:idon incrusté de nacre, un amou;
d arge?t Im _tendait une glace; une multitude
~e. br1mbor1ons de toilette, cristal, argent,
iv01re et or, peignes et brosses, boîtes à
~o~dre, pots à oille, flacons, savonnettes,
epmgles de toute taille, adorablement tordus
mo~elés ou ciselés, étaient épars. Made~
m01selle Henriette lui présentait sa boîte à
m~ucbes en vermeil. Délicatement, de son
d01gt fin, la petite marquise les cueillait tour
à l~u~ et piquait la « passionnée » au coin
de I œil, la_ cc _g~lan.te » au milieu de la joue,
et la &lt;'. cur1,os1te &gt;&gt; a la naissance de la gorge.
A l enlree de M. de Migurac, elle leva les

�NOTES ET 80WEN1'R_S

111S TOR._1.Jl
yeux et inlerrocrea d'où ]ni venait l'honneur
de celle visite. Îlais devant sa beauté, l'éclat
des choses précieuses qui l' ento~raient. et
tout le luxe de ce jeune corps fait pour le
luxe, M. de Migurac se sentit moins d'assurance. Pourtant, ayant donné l'ordr~ aux
filles de quitter la chambre, il _raffer~1~ son
accent et lui expliqua qu'ils étaient rumes ..
Marie-Agnès ne comprit point. E~le prit
un air boudeur, déclara que son ve_temcnt
était très modeste, qu'elle ne saurait renvoyer une de ses femmes, et que tou~ ce
· qu'elle pouvait faire était de renoncer a la
chaise à porteurs en bois de. rose dont elle
comptait faire l'emple~te. Mais qua~d M: de
Migurac, en qui revivait plus q_ue. pma'.s 1~
souvenir de madame Olympe, lui eut exphq~e
qu'il ne s'agissait point de tout cela, mais
qu'ils seraient contraints s?us peu de ven~re
l'hôtel lui-même, elle l'envisagea forteffrayee,
comme si elle appréhendait que sa tête ne se
perdit, et finit par balb~tier :
- Mais enfin, monsieur, que prétendezvous? et devrai-je aller nu-pieds dans les
rues et chanter aux carrefours pour gagner
mon pain?
.. ,
\f de Micrurac fut saisi d un grand rem~rds et se ~eprocha cruellement d~ n'~vo~r
pas eu l'âme d'un capitalist~. Mais 1~ n était
pas dans son caractère de _s a~pe_sant1r sur le
passé. Aussi, d'un ton enJoue, il exposa le
plan qui venait de naitre dans sa cerve!le
fertile. Avec le peu de bien qui leur _resterait,
ne pouvaient-ils louer quelque ma~son rustique à Auteuil ou à Suresnes et Y_ v1v~e da~~
les douceurs de l'existence champetre Jusqu a
ce qu'il eût avisé au moyen de rétablir_ l_eu~s
affaires? N'était-ce pas elle-même qm pd1s
avait souhaité habiter la campagne?
.
Marie-Agnès toisa de nouveau son_man.
Un nuage de mélancolie voila son œ1l. Elle
murmura:
- Sans doute!. .. mais maintenant tout
est changé ....
Et aussitôt elle continua :

(A suivre.)

(Wustratlons tù CONRAD,)

Noies et Souvenir::,

- Il faut bien' monsieur' que nous voyions
à ne pas mourir de faim. Mais la vie des_~hamps
sera austère, au sortir de tant de soCJeté.
Soulagé de Ja trouver si raisonnab~e, M_. de
Micrurac ajouta biP-n \'Île' avec ammallon,
qu~, certainement, ils ne seraie~t p~s ahan~
donnés de leurs amis. M. l'abbe Jome_au, _a
coup sûr, leur resterait attaché. Et qui sait
si d'autres encore, lassés du tumulte des
villes, ne viendraient pas les rejoindre dans
leur retraite? Il se frappa le front.
.
_ Monsieur de Cadriot assurément sera!l
des nôtres.
_ Monsieur de Cadriot? dit Marie-Agnès
avec un sourire ambigu. .
M. de Cadriot était un Jeune homme de
quelque vingt-quatre ans qui:, p~u ~près le
mariage de M. de Migurac, s etait vi~ement
converti à la philosophie. ~l y P?rta1t · une
ardeur extrême el ne quittait la to1_lette de la
marquise, le matin, que pour faire figure
dans son salon l'après-midi et prendre place
le soir au souper. Il avait la peau blanche,
la taille bien prise et un air très mélangé de
douceur el d'audace.
.
M. de Migurac continuait, poursmvant sa
pensée:
. .
.
.
_ Il y aurait aussi, Je crois, monsieur
Beaumanet.
.
_ Monsieur Beaumanet? dit la marqmse
en souriant de même.
.
M. Beaumanet était un homme opulent qm
avait passé la cinq~an~aine. li s'?tait puissamment enrichi par I a!:,11otage e~ 1accapar??1ent
des grains, fréquentait la meilleure s?c1et,é ~t
donnait des festins très courus. Sa mrne eta1t
épaisse et rougeaude et il était connu pour
aimer le plaisir. De la noblesse de son caractère, un seul fait témoignera suffisammen_t;
ayant jadis_ ét~ écon~uit par madam? de Villecroix qm lm avait _refusé la m~'.n _de sa
fille il était néanmoms devenu l md1spensabl~ de la petite marquise et l'a~i d'élection
de son mari, qui, ~ar co~pa~~10n de son
échec, l'avait en estime parbcuhere.

Enchanté de son idée, M. de Migurac la
développait abondamment à sa femme. A
défaut d'autres amis, la présence de ces deux
fidèles suffirait pour donner à leur exode un
autre aspect que celui d'une_ fuite par défaut
d'argent. Renonça?l à la _ville et à sa corruption, n'allaient-1ls pas v1~re dans une.sorte
de communauté philosophique et gouter '
outre les joies précieuses de l'étude et de
leur amour, tous les plaisirs s!mples et
suaves de la campagne, tant vantes dans les
meilleurs romans!
_ .J'aurai des moutons! dit Marie-Agnès,
troussant ses lèvres roses.
M. de Miaurac promit des moutons. Son
âme s' enfla:mait. Maintenant il lui eût semblé fâcheux mème au prix de sa fortune
recouvrée, de renoncer à un projet si merveilleux. Il insista :
_ Vous aurez soin d'interroger MM. de
Cadriot et Beaumanet s'ils veulent être de
notre compagnie?
,
.
Madame de Migurac repond1t, les cils
baissés :
. .
Puisque c'est votre volonté, ams1
ferai-je.
.
La bonne gràce de sa femme m_etta1t aux
anges le marquis. Il se leva, mais au moment de prendre congé, un dernier remords
l'arrêta :
•- Lors, vous ne m'en voulez pas de vous
avoir ruinée?
Marie-Agnès le regarda, câline et rusée à
la fois :
- Vous êtes un enfant.. ..
Et en même temps, d'un geste ~uti~,
elle découvrit sous la dentelle du pe1gno1r
son bras blanc et rond et l'approcha des
lèvres de son époux. Il le baisa avec transport. Et tandis qu'il se retirait le plus he~reux des hommes, la petite marquiserappela~t
ses femmes mouillait son doigt, le plongeait
dans la bo/te de vermeil, y cueillait encore
une mouche el, sous le nez, un peu à gauche,
plantait la dernière, « l'effrontée ».

1

Versailles, vendredi 26 ~ai 1871. J'avais, ce soir, déjà fait dix pa~ dans la
arande salle à mancrer des Réservoirs, chero
o
.
d'
chant une place pour di!1er' m~1s, tout . un
coup, j'ai entendu de v10lents eclats d~ rire.
C'étaient deux jeunes femmes et deux Je~nes
messieurs qui se pâmaient; vérit~blement, en
de pareils jours, on ~ine trop ga1e~ent _dans
cette maison. Je sms encore aile auJourd'hui voir brûler Paris. J'ai le cœur serré.
Je sors et me mets en quête d'un petit ~estaurant où je puisse diner, seul, tranquille,

dans mon coin, sans éclats de rire autour de
moi.
J'avise, rue Duplessis, en face de la gare
de la rive droite, une maison de modeste
apparence. Je m'assieds à une tab~e, da?s un
petit jardinet. ... Peu de mon~e;_ ces~ bien la
solitude que je cherchais. Mais Je vois ?ntrer
un officier de marine; il ,,ienl à m01, me
tend la main. C'est M. Trève, le capitaine de
frécrate qui dimanche dernier, a eu l'hono
'
'
.
.
neur
d'entrer,
le premier,
dans paris.
J'avais déjà renco~tré le , c?mman?ant
Trève, il y a six semarnes. Il ela1t au dese~po~r ; on ne .voula_it pas l'employer; on . avait
déjà trop de marins; cela mécontentait les
officiers de l'armée de terre. Le commandant
Trève dut se résigner à faire la campagne en
amateur. li avait loué un cheval dans un

ANDRÉ LICHTENBERGER.

manège, et tous les matins, en uniforme, il
s'en allait roder du côté des' avant-postes,
cherchant à se rapprocher le plus possible de
Paris.
Or dimanche dernier, vers deux heures
de l';près-midi, Je général Douay recevait une
dtpêche ainsi conçue :
. , .
,
Je suÏ$ entré dans ParLS. J ai plante le
dmpeau ti·icolore sui' le bastion 85:
.
C'était signé : Commandant ~reve. N1 le
général Douay ni a~cun_ des officiers de son
état-major ne connaissaient ".8 noin:· On, ?r~t
tout d'abord à une mystificat10n. Rien n eta1t
plus sérieux. Ce petit Breton héroïque et
obstiné avait trouvé une fissure dans les fortifications; il s'y ~t~it _glissé, e!, du haut de
ce bastion 85, criait a M. Thiers, . au maréchal de Mac-Mahon et aux cent cmquante

1

mille hommes de l'armée de Versailles :
- Venez donc... venez tout de suite ...
l'ous voyez bien ... on peut entrer!
~lais alors la dépêche officielle du 21 mai:
La po1'le de Saint-Cloud s'aballant sous le
feu de nos canons, le général s'y précipitant ets'apercevant quelabrècheétait abordable, etc., etc. Pure invention! C'était le
commandant Trève qui avait fait cette découverte, et, tout à l'heure, dans ce petit resraurant, il m'a appris la vérité sur l'entrée des
troupes dans Paris. Le commandant parlait
bas, très bas, tantôt très vite, et tantôt très
lentement ; à deux ou trois reprises même,
il s'est complètement arrêté, laissant tomber
sa tête dans ses mains, ouùliant que j'étais là,
ne paraissant plus me voir, comme perdu
dans le souvenir de cette extraordinaire aventure. J'étais obligé, au bout de quelques
instants, de l'arracher à sa rêverie. Vous me
disie~ que.... Alors il revenait à lui et reprenait son récit, péniblement, avec effort.
Ce récit, cette nuit même, quelques heures
après avoir entendu le commandant Trève,
je l'ai noté sur mon carnet, et le voici reproduit,je crois, avec une parfaite fidélité.
~

« Dimanche dernier, à huit heures et demie
du matin, j'étais au Point-du-Jour, dans les
cheminements, en face du pont-levis près du
bastion 85; ce pont-levis, à moitié ruiné, était
abattu. Depuis trois jours, tous les matins,
je venais là; quelque chose m·attirait de ce
côté, semblait me désigner ce point. Je suis
Breton, croyant, supersti~ieux; je me disais :
« Voilà le bon endroit... on peut entrer par
là. » La nuit, j'en rêvais; je revoyais ce pontlevis. La veille, on avait établi là une batterie
nouvelle qui devait battre en brèche le rempart et la porte. La distance était de onze
cents mètres! Je vais visiter les batteries ....
On tirait, mais sans résultat. La plupart des
projectiles allaient frapper au-dessus de l'escarpe et se perdaient.
« - C'est un" expérience, me dit le com~andant de la batterie; elle ne réussit pas,
Je m'y attendais; on m'a ordonné de tirer, je
tire; il faut bien obéir. l&gt;
« Une expérience l On en était à faire dc,s
expériences, ruand chaque minute comptait,
quand Paris pouvait ètre pillé, incendié, détruit.
,.« Je quitte cette batterie, et je m'en vais
deJeuner, seul, dans un petit cabaret, sur
la route de Sèvres . ... Puis je reviPns à mon
cheminement. La batterie ne tirait plus. Je
~egarde mon pont-levis, et, en le regardant,
Je_ m~ disais : &lt;&lt; Mais ce point est abandonné,
«11 n ya personne là. ,&gt; Et la curiosité me prend
d'y aller voi1'. Des soldats de ligne gardaient
la tranchée avec deux sergents. Pour le moment, pas un officier. Je dis aux soldats :
&lt;&lt; - Je ne suis pas un traitre, je ne passe
« pas aux insurgés, ne tirez doncpassurmoi,

quand je vais sortir de la tranchée. Je veux
aller jusqu'au bord du fossé pour mir de
« plus près ce pont-levis. Si du rempart on
,1 tire sur moi, répondez au feu. Si je tombe
11 et si je ne peux pas revenir, vous irez me
u ramasser, ce soir, à la nuit, pour ne pas
« vous expos&lt;'r inutilement. )&gt;
« J~ pars, j'avance, me voilà à découvert,
on va tirer sur moi. Rien ... . J'avance encore,
je suis sur le bord du fossé. Je louche le pontlevi~ .... Rien encore. Il est en ruines, mais il
·me semble qu'avec un peu d'audace et d'agilité on pourrait s'y risquer. J'examine le rempart .... Toujours rien. Pas un coup de feu.
Pas un être vivant. Je suis là en pleine évidence, en pleine lumière. Les soldats de
ligne, dans la lranchee, la tète hors du fossé,
mr regardent. Je fais deux ou trois cents pas
le long du fossé. Je reste là au moins un
quart d'heure, et rien ne bouge du côté de
Paris.
&lt;! Je reviens lentement, très lentement. Je
1rouve les soldats dans un véritable enthou-.
siasme. Ils m'entourent : « Mon colonel! mon
colonel! )l Ils voyaient mes cinq galons, et
cinq galons, pour eux, c'est un colonel. Ce
que je viens de faire leur paraît très hardi, et
tous veulent le refaire avec moi. C! On peut
« passer, mon colonel. .. emmenez-nous, mon
!! colonel.» On peul passer, c'est bien mon avis,
mais les emmener, c'est une autre affaire.
&lt;! Je leur réponds que je suis là sans commandement, en curieux, en amateur, que
j'avais le droit de faire ce que j'ai fait, mais qne
je n'avais pas le droit de le leur faire fairP ....
Et cependant, il n'y a personne, personne sur
ce rempart!
C! Je m'assieds dans la tranchée, au milieu
de ces braves gens, et là, je réfléchis .... Entrer dans Paris, le premier, c'était bien tentant! Toul d'un coup, du côté de Paris, un
homme parait sur le parapet, agitant un mouchoir blanc et criant des mols qui ne pouvaient
venir jusqu'à nous. Tous, nous prcitions l'oreille, tâchant d'entendre, n'entendant pas ....
Mais voici que l'homme disparait au milieu
de la fumée et de la poussière soulevée par
un obus qui vient d'éclater à vingt pas de là.
Est-il mort? Est-il vivant? Il s'était jeté à
terre, il se relève, il agite de nouveau son
mouchoir blanc, il crie de toutes ses forces.
Et nous entendons distinctement ces mots :
&lt;! Venez! venez! ,,
&lt;! J'ai là une demi-minute d'hésitation.
Était-ce une ruse? voulait-on m'attirer là, et
ensuite nous massacrer, moi et les hommes
qui m'auraient suivi? Peut-être .... Mais, peutêtre aussi, était-ce un homme qui voulait et
pouvait nous ouvrir Paris. La délibération ne
fut pas longue.
C! Je dis aux soldats qui m'entouraient :·
C! Mes enfants, cet homme nou~ appelle, il
cc faut aller là, el j'y vais. l&gt; Tous veulent
m'accompagner. Je leur répète que je ne suis
pas leur chef, que Je puis risquer ma peau,
1,
11

pas la leur, Pt que j'ir:ii" seul. Cependant l'un
des sergents me dit : cc - Ah! moi, mon
« colonel, je suis le plus ancien sergent de
« la compagnie, je veux aller, et j'irai avec
(( vous. ))
&lt;! Cela est dit d'un ton si ferme. si net, si
simple, que je lui réponds : « Eh hien ! venez,
c! vous, mars vous tout seul. 1&gt; Nous partons
tous les deux. Nous arrivons au pont-levis.
Une seule poutre pour passer, et pas large, et
bien avariée, et bien chancelante. Je la tâte
du pied. Elle vacille, mais on peut garder son
équilibre. Je passe, le premier; le sergent,
aprè~ moi; nous traversons le fossé, nous
sommes dans la place, et nous nous mettons
à courir pour escalader le para pet. Nous
arrivons à l'homme au mouchoir blanc. Il
nous dit:
c! Regardez! Personne! absolument
·c, personne! Faites entrer les troupes! 1&gt;
c! Mais à ce moment, un nouvel obus vient
tomber à dix mètres de nous. Jamais la batterie de Montretout n'avait tiré avec autant
d'abondance et de préci~ion. De là-bas, avec
leurs lorgnettes, ils nous voyaient, et, de leur
mieux, tiraient sur nous. Pendant quelques
instants, noos nous trouvons, tous les trois,
le sergent, l'inconnu et moi, dans un tourbillon de fumée, de poussière èt de cailloux .
Enfin, nous sortons de là, intacts, tous les
trois, et l'homme au mouchoir me dit :
&lt;! - Je m'appelle Ducatel, j'habite Pas~y.
&lt;1 Je suis conducteur des ponts et chaussées.
&lt;! Voyez, rien devant vous, rien! Vous pouvez
C! aller jusqu'à la Muette, sans rencontrer de
&lt;! résistance, mais vite, vite, faites entrer les
c! troupes. »
!f Il en parlait bien à son aise. Elles n'étaient pas à mes ordres, les troupes. Enfin,
nous repassons, tous les trois, le pont-levis.
Des officiers étaient accourus. Les hommes se
rassemblaient de toutes parts. Moi j'étais le
seul à avoir cinq galons sur ma manche; on
me laisse rédiger et signer la dépêche suivante :
C! Faites ent1'er les troupes. Nous sommes
!&lt; dans Pa1'is. ,,
&lt;! Le général Douay ne me connaissait pas,
ne comprend rien à ma dépêche, télégraphie
au maréchal, qui télégraphie à M. Thiers,
qui, lui, me connaissait. Bref, ce n'est qu'au
bout de cinq quarts d'heure que l'ordre d'entrer arrive et que la batterie d~ Monlretout,
- elle avait continué de tirer avec acharnement, - cesse de cribler de projectiles notre
malheureux pont-levis.
&lt;! On jette à la hâte quelques planches sur
le pont. Les deux bataillons de tranchée se
préparent à entrer, et encore, à ce moment,
s'élève-t-il entre les deux chefs de batàillon
une querelle sérieuse sur une question de
préséance: Moi, je n'étais plus rien. Mon rôle
était fini. Deux heures après, le général Douay
arrivait et les troupes entraient à grands flots,
par quatre portes, dans Paris. »
LUDOVIC HALÉVY.

�'--:: :-: :-: :-: . - =-=-=-=-=-=---=-=-=-=-==--==--==-=-="":::ii__,.,;:~~==~===~,?-.-3:LE

"LisEz-Moi'' nisroRIQuE

Clicht A Moulet.

THÉROIGNE DE MÉRICOURT
Tableau anonyme. (Musée Carnav:ilet.)

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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                    <text>----

_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ «!)

111STO'R.1A
un verre de vin de France. Puis il pense que
ses chernux, soigneusement bouch:s cl parfumés, vont ùicn gêner le bourreau, et il
emporte, en préYision, le petit bonnet de soie
dont il se coiffe ordinairement pendant la nuil.
Quand se présente le chef des hallebardiers
annonçant, très ému, que l'heure a sonné de
se rendre à Wbite-Jlall : (( Ilien, monsieur,
fait Charles; je ,·ais vou5 rejoindre. l&gt; Il serre
la main de l'él'èquc, et dit : &lt;( Parlons! » Ce
geste et cc mol furent ceux de Louis XYI
quillanl la tour du Temple.
Entre deux ha:cs de troupes alignée, depuis
les jardins de Saint-James jusqu'au p:irc de
White-Hall, le condamné marche d'un pas de
promenade, escorté de hallebardiers. Il gravit
le grand escalier du palais, pénètre dans son
ancienne chambre à coucher. Et là, nomelle
pause. Il est dix heures cl quelques minutes;
l'exécution aura lieu à midi. Le roi s'assied
dans un fauteuil cl attend sans manifester
d'impatience. Enfin, on vint le pré1•enir que
tout était prêl; il se leva, traversa, la tète
haute et la démarche légère, une galerie el la
salle des banquets; une des fenêtres de celle
pièce, percée en porte pour la circonstance,
donnait de plain-pied sur un énorme échafaud,

entièrement tendu de drap noir; sur un Lapis
noir également, le billot aw1u'l était appu~·éc
la hache, cl tout à côté, debout, le bourreau,
masqué d'un loup de velours. Ce devait être
terrifiant el un mouvement de recul eùl été
excusable. Point. Le roi s'avança, superbe
d'élégance el de fierté; il regarda la foule, les
régiments de cavalerie et d'infanterie qui la
maintenaient 1\ distance, et d'un ton courtois,
d'une voix ferme, s'adressant aux plus proches,
il commença un discours, expli.quànt sa conduite, au temps où il était roi, disant cc qu'il
arail essayé, sans succès, assurant qu'il n'avait
pas de rancune, s'excusant sur la brièveté
forcée de sa h:iranguc, toul cela en termes de
causerie, graves, mais très simples. Tandis
qu'il parlait, un officier, pour le mieux entendre, s'approchant d'tm pas, Charles se
tourna Yers lui, el poliment : &lt;( Prenez garde
11 la hache; ne la frôlez pas. Elle serait moins
1ranchantc el me ferait plus de mal. n Il
acheva son discours et s'approcha de l'exécuteur. « Je ferai une courte prière, dit-il, cl
qu:ind j'étendrai les mains .... Mais pas avant!»
Le bourreau, sans répondre, indiqua d"un
signe qu'il avait compris.
Alors le condamné dégrafa son manteau,
~

ôta son collier de Saint-Georges. Tout en se
préparant, il causait avec l'évêque Juxon qui
ne l'avait pas quitlé. JI prit son petit bonnet
de soie, y enferma soigneusement ses cheveux
parfumé,, l'assujettit avec précaution, cl permit à l'exécuteur de l'aider à cette opération.
li revint encore à l'é,èque, causa avec lui un
instant; enfin, il s'approcha du billot. « Est-il
ùicn ferme? demanda-t-il. - Oui, sin', répondit l'homme masqué. - Quand j'étendrai
les mains, n'est-cc pas? reprit le roi, en
esquissant le gesle qu'il allait faire tout à
l'heure. On eùt dit qu'il voulait sarnurrr ces
atroces minules. - Quand j'l'lendrai les
mains . .\lors .. .. i&gt;
Il s· agenouilla, posa la tète sur le rouge
bloc, allongeant le cou. Il priait dé1·otemmt.
Le bourreau, se penchant, rentra sous le bonnet quelques cheveux qui s'en échappaient et
qui dernicnt le gèncr; à œ contact, le roi sans
changer de posture, dit précipitamment :
« Attends le signal! - J'allendrai, sire. »
li y eut encore une attente, en effet, terrible; une de ces minutes qui semblent durer
une heure. Charles continuait à prier, le cou
bien tendu. li écarta les mains, la hache
s'abattit.
T. G.

r

Cliché Giraudon

LA \'IE ET LES MŒ URS

sous

LA RESTAURATIO:-.. -

L E MARIAGE A L ÉGLISE ; LA SACRISTIE. 0

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Sommaire du

JosEPII T u RQi;.1'1 . .
CO.llTE F LEURY . . .
i\l.\ D,BIE IJ E lir:XLIS.

T . G. . . . . . . .

El))toi-o J•u.ox . . . .

'1 8

G ÉNÉRA L DE MARIJOT.
LOUIS BATWFOL. . . .

1: 1

112

116
1 17

:

13.5
143

L L'C ILE DESMO[Ll~S
T.\BLEAU

1

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GRANDES AMOUREUSES

BELLES DU VIEUX TEMPS

PHRYNt

ANNE DE MORAS

par Jean RICHEPIN
de r. \cadémic française

te Vicomte de REISET

WATTEAU

par

z~&amp;mba~quement pour Cythère
Prononcer le nom de \ Vat1eau, cc n·cst pas seulement é\'oqucr le SOln·cnir d'un de
110s plus g-rands peintres. (;'est aussi rappeler l'un des maitres les plus chatoyan ts, les
plus élégants et les plus gracieux du x1 111• ,i&lt;!clC français. le siècle de l'clègance, de la
µràce cl de l'amour. Mais, parmi les œuncs de \Vatlcau, ri en c,t une, 1'E111é.1r.711c111c11t
. / pour l'ile de Cx1/1èrc, à laquelle il s·c,t attaqué à deux reprises rour s'y réaliser toul
entrer. Et, de l'dvis unanime des plus fins critiques d·art, c·csl là que \Yatteau a créé le
1 Chef-d'œ uvre de ses Chefs-d'œuvre
Il n'en existe pas, malheureu,ement pour le public, de copies gravées 1ac1leme11t
accessibles. En .3\)hors de quelques eprcu1·es des grandes collections publiques et priYées, on en cherahcrait ,aincmcnt dans le commerce. Cette rareté mèmc d'une œuvre
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particulièrement réservée à ses abo'lnés.
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tient à la Galerie il mpériale d'Allemagne, et laite d'après l'épreU\'C unique que possède
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,\ IE,\'OÈS. Imitation à la promennde. - füm.E POliVILLO:'\. Clair de lu~e
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C'est mnn cousin. - ALBEHT TO liRNIER . L'amour et les femmes. - P.)CL
BILIIAUD. Ça! - MArnrcE DON:-IAY, de l'Académie fran,aise Education
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Aji11 d'eviter des er reurs, prière d'écrire t1·ès lisible111e11t toutes les i11dicatio11s.__,
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Roman, par Guy de MAUPASSANT

La l'rime gratuite me sera envoyée de lJèp,irlemeul .......................................... .............
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r nme ra UI e

SOMMAIR.E du NUMÉR.O du 10 Mai 1910

BULLETIN D'ABONNEMENT

à IIISTORIA (Cise:•Mo1 historiq11e).

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p nx
po ur !'Année :

roman de Camille Desmoulins

129

Lln fouillis de loils d·ardoiscs, de chemint:cs fuma11lcs, de j ardinets, cl, Loul en hauL,
la robuste lour du ricux ch,'tlca u, coiffée d' un
comble pointu ... 1oilà Guise.
Depuis quelque cinquante ans, la
petite r iLé s'est l'ai le laborieuse :
clk a des fon derit's , des lilalures,
de~ b:iuts fourneaux, des raflincries; mais celle Lransform alion ne
donne pas le change : Guise csl
,·cslée le Iypc de ces honnèlcs
hourgadcs de pro,incc, oü la rie,
j acli,, se passai t sans ér énemculs
c l , a n~ se&lt;·ousscs; endroits pai, iblcs cl charmauls qui n'étaicul
sur la roule de rien cl oit 1'0 11 1·irnil il bon marché de celle I ic pa) sannc si abondante cl si facile. La
r ifle a gardé, m dép:l de l'utilita risme, b calmes aspccls · de cet
heure ux lcmp~; 011 ) rclroure 110111lm· de ces deme ures Lourgcoises
tlu siècle de rnier , rcconnais~abl!'s
;'1 leur grand air, it leur~ balcons
de l'cr Lordu cl il ces fougues l'c11ètres qui do11nc11l il un immcubll'
jt• ne sais quelle allure a ccueillante
l'i de bon Lon .
lJans l'une de &lt;·es mai~ons r i1ai 1, au !'ommcuccmcnl du règ11P
tic Louis :X\'I, M. le lieutenant fi·
ufral ciril , criminel et de police
au hailli:igc de Vermandois. ll'u11c
honnête famille de bourgeois qui ,
ile père en fils, s'élaienl amas,é
u11 peu d 'aisance e t be4'tucoup de
l'onsidéra tion , il ser rait son r oi
sans bruit ; f'aYcnir n'oul'rai l de, anl le m odeste magistral quc des
horizons bornés, m ais surfisa11l it
~es vues; car dans son am bi Liou sereine il ne l'ormail d 'autres rèl'es que de n •111plir arec co11scicncc ses honorable~ fonctions,
d'élcl'cr ses enfants dans le r espect des lratli-

autres fils I cl &lt;leux autres fi lles étaien t 1·e11 ue,
compléter la l'amille el en alourdir les chargl's.
Afi11 de soulager q uelque pe u l'é lroil budget
de sa maison, le père sollicita cl obtin t pour
son ainé une bourse au collège Louis-le-G rand ,
el, un malin d'octobre, le coche
de :Noyon cha rgea le léger bagage
tic l'en fo ut qui partai t pour Paris' ...
C'était Cam ille Desmoulins.
li s'Jtai t opéré à Louis- lc-Gra11d ,
depuis la suppressio11 tic l'ord re
des Jésuites, une ,i11gul ièrc mod ifica tion dans l'esprit des éludes.
Sous leu r direction, les classique,
grecs cl romains n'étaient offer ts
comme modèles q u'au point de ,•uc,
pu rement esthétiq ue, de l'expressio n et de la forme; la part faite
daus l 'éducaLion au resp ccl de fo
1raditin11 catboliq uclcmpé rait,d·aillcurs, l'cxallalion rru c 1ieu l faire
naitre dans dc j cuncscsprils la l'r(oquentalion journa lière des hé ros de
l'a ntiq uilê. En succc:d anl it la célèbre Compagnie dans la régence
du collège, l'IJ11irersité ne su t pas
éviter l'écueil. 'l'rop cxcl usircmcnl
pr ùnécs, Sparte cl llomc, dans l'amour des élè, cs, prirl' nl le pa,
su r la France. Camille l'a dil lu imè mc : « On nous é le,ait &lt;laos la
licr lé tic la république pour 1irrc
dans l'abjection tic la mouarchie
et sous le règne des Cla ude el dr:Vitcllius ! Gourer 11em cn l i nscm é
q ui cropil q ue nous pouvions nou~
en thousiasmer pour les Pères de
la Pairie, du Capito:c, sa11s pr endre
Cllcbt Giraudon.
en hol'l'eur les mangeurs d'hommes
CA)IILLE DESllOULl:-iS.
de \'ersailles cl admirer le passé
TJtleau .111u11y111e. (M11séc C.inr,mzlcl.)
ans condamner le présen t. »
Pourra - L-011jamais dircla part de
responsabilité qui , dans la psychololui a1ail appor té une pdite dol. Le 2 111ars gie &lt;les hommes :de la Rérol111ion, rerienl à
1760, un fils étail né, 11u'on avai t bap tisé celle ad miration inconsidérée de l'antiquité!
Lucie-Simpliœ-Camill c-Bcnoisl ; puis deux Ces législateurs, nourris de 'l'i le- Live el de T,i-

. 1.. Extrait ,l'une lcllre de li. Dcsmoul111s père it
Camille ( 1702) : • l'ous me tlemaudcz, mon fils, le
'~~m de rntrc frère Du Ilucc1uoy, ainsi que ceux de
Scmcry ' l'aul ,·c l'rére de Camille . Le pr·cmicr S&lt;'
11ommc .\ rma,ul-Jcan-Louis-Domitillc. ni· le ;; mai
176,) ; il scrl depuis scpl ans ,!ans le 1·rgimc11t ci&lt;l!'\·a~t roy~I lloussillon-Ca.-aler·ie, ou le J I• r·égi111e111,
•1u~ Je crois, de J·arméc du ~Jidi, ou dans l'intérieur
;o Saumur, ou â Sainl•Jcan-d'.lngély, car je u•ai pas
de nour~llcs de lui depuis un an. Le second se nomme
Lazorc-;'i,~~las-Norbcrt-Félicilé, né Je 6 j uin 1769,
sert dcpu,s dcur ans au 10• bataillon des clmscurs

ci-tlc,aul de Gérnudau, à l'armêe du ;'ion! où il 111011lre beaucoup de zèle. li me mande pa1· sa dernière
lelll'C 11u'il es! eu sc111i11clle perdue dans un bois cl
1•011s l'élicil&lt;' cle la naissance d'un fils. « Pour moi,
,lit-il, je suis rnarié; ma femme s·appcllc mon fusil;
j'ai plus de soin de lui r1ue &lt;le moi. • Lcllre publiëe
'par le ·Jourltal de l'ervius, '188{.
_
Desmoulins-Du Ilucquoy (ainsi suruummè d'u11 lie!'
,is ru la commune d'Aubig-ny 1 fu t luti eu \'cndée, c11
1793. Desmouli11s-Sêmcry (Sémrry êlail le nom d'uu
petit fief, au lerriloire du Puiseux, apparlenanl à
)1. Desmoulins) ful fait prisonnier au si~gc de llaës-

T I Rl~E EN CA ~I AIEU

IlACIIE REAU, 8 EHTII AULT . BOILLY, CoxSTA:'.\T llOURGEO IS . CONl1AD. U .1\' 11),
D E BliCOUHT , i\l.\RGliER ITE G ÉR AllD, L EC LERC, i\l AU RI CE L E LOlll, l\lA RTl:S I.
~II GEH, )IOREAU L E J EUN E, i\l ULARD, FRA NS P ORUUS LE ,JE!::SE. Pnmun,
H .1vEn .1T, Sc11Ex1mn, F. Sc110)I11 r-:n. li on.1er. Vcn:-.1-:r.

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G. LENOTRE

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Le salon de M:idame Geoffrin .
Mémoires . . . . . . . . . . . . .
Henri IY et Marie de Médicis : Le ménage
royal .. . . . . . . . . . . . . . . . .
AX P RI( LJCIITC:l'OERGER.
Monsieur de Migurac ou le Marquis philosophe . . . . . . .
LLDonc H.1u.n.
Notes et Souvenirs . . . . .

&lt;j~

101
101
w3

ILLUSTRATIONS
D'APRÈS LES TABLEAUX, DESsi.s

1910.\

=---------vJ.

Le roman de Camille Desmoulins
Éloquence royale .
Ninon de Lenclos . .. .
Madame Récamier . . .
Le premier amour de Lauzun.
La mort de Louis X V .
La folie de Junot . . . . . . .

li . LEXOTHE. . . . .
J~uoi;.IIW Fot.:Jt:Sll, I{ .
S.11xT-Srnox . . . . .

l5 JJ;i

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1

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P.t&lt;ix : 60 Centimes

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Il • - llrsr oRIA . -

Fasc.

11.

Lio11s de la vieille Fra11cc el &lt;le~ pieu.\ soureni rs
de l'amillc, cl de leur préparer une cxislcuce
au ·si placide et aus i douce que la sien11e. li
arai l épousé, r crs la fin de 1758, une jeune
rillc de Wiège, i1 deux lieues de Guise, qui

lriclrt. Sa famille ne rccc\'ant plus tic ses noU\·clle,,
l',n·ail cm tué il l'ennemi. li ,·n•ait encol'c en 1807.
Les deux sœurs de Camille se nomuwicnl l'une :
11arie-Emilie-Toussainl l)csmoulins, née en 1i(i2; clic
de,·int en 111·cmièrcs noces lime Morey et, par s11ilc
t1·u11 second mariage, Mme L11grangc; rlle \'ivnil
cnco1·c en 1837. L'aull·e. A11ne-Clotilole-Pélagic-Ma,.ic
Uesrnoulins, née c11 17()7, êponsa un M. Lcmoinc.
2. Camille a,ail aupara,-anl passé quelques mois
,ln ns une pension religieuse au t.:aleau-Cambrësis, ou
il avail pour condisciple Marie•Joscph-llenoil Godard,
fils de GoclarJ-Uriseux, frère de )lme Dc~moulins.

�, - H1STO'J{1A ------------------------------------------J
vrenait-il la ro11lc de Guise où il trouvait du
par lie; mais du cùté ùe l'étroit jardinet, rien
cilu, cc n'est pas Louis ~ Vl, c'est Tarquin
moins, sous le toit l'ami'.ial, le vivre cl le
u'a changé; ce sonl les mêmes murailles, les
qu'ils jugeront. Cc qu'ils croiront imiter, ce
couvert. Pui~, au bout de quelques semaines,
mèmcs toits, si hauts c1 uc trois rangs de
un peu (( rel'ail », lassé des exhortations de
sont'!es vertus sauniges de HrulusetdeCalon;
lucarnes y pcmcnt Lt·ournr place; c'est le
son père, remis it neuf par sa bonne mère, il
la vie humaine ne comptera pas pour ces classinième silence, le même rccueillemcnl, favoques 1accoulumés aux héi:alombes païennes;
reprenait la ruulc de Paris. Telle est, du
rables à la vie monotone cl proùc d'honnêtes
Charlolle Corday, elle-même, se réclamera de
moin,, l'indication quïl nous est permis de
bourgeois attachés au régulier labeur de
Lirer de ses lellres : ainsi, lorsqu ïl rend
Cinna, et soyez conYaincus que, lorsque le
chaque jour; cl lïmprcssion est si intense
eomptc 11 son pè1·e de la cérémonie d'oul'erconventionnel Ja1oguc se promènera nu dans
qu'en songeant à l'exubérance du fougueux
les rues de Feurs, il se prendra naïl'cmcnt
Lurc des États généraux. il écrit : &lt;( Quaml je
adolescent qui y a vécu, celle calme demeure
ne ~erais venu à Pari~ que pour 1•oii· celle
pour un antique.
semble la cage désertée &lt;le quelq uc ardent
C'est donc un jeune l\omain I que le codlC
p1·oce~sio11, je n'aurais pas regret de ce pèlelionceau, pris de la nostalgie de- l'arène.
de i\oyon déposa aux vacances, dcYanl la porte
rinage. » C'est donc que la fète coïnciJaiL avec
J,'arènc, c'était Paris: Paris qu'il aimait
d•~ ~l. Desmoulins. Camille avait largement
la fin d'une de ses fugues au pays natal. Un
déjà cl qu'il ,oulail conquérir. Une fois en
peu plus Lard il manil'estera sa déterminaLion
prolilé de sa première année d'études : il
possession de son dip1ùroc d'avocat, il se fit
cle renoncer définitivement it Guise, preuve
parlait beaucoup de Cicéron, s'attendrissait à
inscrire au Parlement el se lança à l'assaut
que ses séjours à Paris n'étaient pas encore
la mort des Gracques, cl maudissait la méde la vie. Le combat fut rude; si rude que
admis par sa famille comme une installation
moire du tyran de Syracuse. C'était Hi un
jamais Camille, dans la suite, ne se laissa
résultat llalleur pour un père soucieux. des
surprendre aucune confidence sur les péripé- déOniLivc.
Où logeait-il, lorsqu'il s'y LrouvaiL'! Ceci
succès scolaires de son fils. Néanmoins ce fétities de ces années d'apprentissage, cl l'on esl
est u·n point dil'ficile à élucider : A l'llùtel de
chisme détonnait un peu à Guise.
réel ui L, pour reconstituer les débu ls de sa
Pologne, vis-à-vi.~ l'llàtel de Ni11emais, dit
L"année suivante, la lièHc du collégien
carrière, à glaner quelques brèves indications
un de ses biographes. Soit ; mais les anciens
n·arait fait qu'augmenter : il avait reçu en
dans des Jeures de lui, rclrourées chez son
alma11achs de Paris mentionnent trois hôtels
prix les Hévolulions 1·011wines de Ycrlol, et il
père. Ses biographes sont muets sur la 11érioùc
se nourrissait de celle lecture, vantant bien
de Pologne, situés rue de l'llirondellc, rue
qui s'écou la de 178'1\ datcclcson inscription
haul le bonheur de la liberll\ faisant litière du
Saint-André- des-Arcs, rue des Orlies-duau barreau, à l 78tl, époque oü le hasard de
Louvre, el un seul bote! de Nivernais, rue
despotirn1e, calécbisanl ~es l'rèrescl ses sœurs,
la politique le créa journaliste; aucun 111èmc
menant un tel bruit dans la maison de son
Saint-Jacques. L'indication est donc peu con11 \1 su dire ~i Camille h.tbitail d'une façon
duantc; el, s'il faut loger Camille à l'enseigue
pi·rc lluc le prince de Condé, 1cnu un jour
de Pologuc, c'est dans l'hùtcl de la rue ~ainlpour cau~cr affaires. pril le ga111i11 par l'oreille rrgulièrc Guise 011 Paris.
l'our nous, qui tentons d'écrire la chroni.\11dré-dcs-Arcs que 11ous lui choisirions une
el le ronduisil dans la rue.
L,· père Ucs111oulins s"étonnait.de ces dé1Jor- que rél"Olutionnaire, t'll prcna11L pour ha~e chambre : là, du moins, il serait voisin de la
dïnl'ormation l'étude des clfrors où les ho111111cnts d'enthousiasme cl rnmmcnraiL it
maison d'un riche bourgeois, M. Duplessis;
111es ont joué leur rùlc, la topographie des
trouYer que les études classiqu,·s a1·aicnl bien
c·etlc proximité expliquerait comment, de sa
endroilso11 les faits se sont passés, cc silence
ma11sarde, son regard peut plonger dans le
•1uelc1ues incoménicnls.
- JJah ! se disait-il philosophiqucmcnl, t;a des biographes ne laisse pas de nous embar- conl'ortable intérieur où rit cl joue une aimable
rasser fort, d'autaut que nos recherches peret blonde eol'ant de treize ans ~. Chaque Jour
passera.
sonnelles ne nous ont pas amené à découvrir qu'il l'ail boou temps, il la voit parlir pour le
~:a ne passa point. Jl'a1111éc en année, le
oü logeait it Paris Camille pcodanl celle jardin du Luxembourg; instinctivement il la
jeune homme re1cnail plus l'érn d'Athènes cl
de Sparte, cl jugeait Cuise hicn inférieur it période &lt;le sa vie. Néanmoins cc mystère suit de loin; cette innocence met un rayon
mèmc nous parait êlrc un précieux. indice de
ces modèles. ,\vcc ccdéùai11 que les Parisiens
dans son ombre à lui, bohème, sceptique,
l'cx.islcncc qu'il mena antérieurement à J 78\l .
apportent en proYincc, il tournai t en ridicule •
sans but dans la vie, sans espoir de jours
li est lo1Ll d'abord un l'ait avéré,- c·esl q11'il meilleurs, déjà l'ieux, malgré ses vingt-cinq
les mœurs simples des Gnisct1'&lt;l.,, il alfoclail
plaida peu, cl ceci n'étonnera personne. Sans ans, se sentan t laid, se sachant pauvre, rùpé,
de les slu péftcr par un sans-gène débraillé cl
relation,, d'un extérieur déplaisant, aLLeinL
l,ruyant ; ccrtai11 jour même, conrié par un
besogneux, ayant amassé sur les bancs du
d"une dil'fit:ulté d'élocution qui le faisait
des amis de .son père qui réunissait it sa table
collège un formidable bagage d'érudition inubégayer cl commencer toutes ses phrases par
les notabilités du pays, il s'échauffa si bien
tile cl ne connaissant pas un métier qui lui
des ho1t-l1011 peu oratoires, il dut fatalement
au cours du repas que, les yeux en feu, Lremassurerait
du pain.
rester clans la foule anonyme des avocats
Et, sous les allées vertes du Luxembourg,
1,lanl de colère, il hondiL sur la table, écrasans cause•. U'aulrc part, son père lui
sant vaisselle el cristaux, cl, du haut de celle
il regarde la petite Lucile courant al'CC sa
tribune impro,·iséc, il clama un chaleureux. envoyait peu &lt;l'argent, étanl chargé de famille sœur, leur mère les surveille et sourit ; Caet n'approuYant point, scmble-t-il, l'esprit mille rève. Il rêve à cc calme bonheur qui ne
appel aux armes, incitant 1t la rél'ollc ses
d'iudépendance qui poussait son fils à vivre sera jamais le sien, à ces joies tranquilles qui
auditeurs consternés.
IJc telles scènes lui rcndaienl impossible le oisif i1 Paris. On en a conclu que, pour ne lui sonl interdites. A ces hcurcs-Ht, il donneséjour de Guise. D'ailleurs, il se tro uvait à pas mourir &lt;le faim, Camille Iul réduit :1 rait Loule sa science pour être beau, noble,
l'étroit clans la maison palcrncllc, dans cc copier des rcquèles pour les procureurs, Lra- riche; il prend en haine l'ordre social, l'indilionuel métier de tous les bacheliers c1ui surgé en lui s·éveille; le réfractaire s'indigne
Yicu.\ logis aux murs humides cl Yerdis, gardant, sous les lézardes et la moi~issure, un n'en ont pas d"autre. Quand la copù.J oc de la senitude où le Lient sa m_isère, cl il
donnait pas, quand le jeune homme, à boul rentre dans sa mansarde, les poings crispés,
rertaiu air de fierté rechignée.
Elle exislc encore cette maison ; la façade de ressources, ne savait plus à quelle porte la rage au cœur, cette rage terri bic des dél'rappcr ni de 11ucl expédient vivre, sans doute
l'll bordure de la rue a été reconstrnitc c11
miui, térc public (i11fraclio11 à la loi sui· les jeux, t,·i1. « l)e1iuic1.-1uus (JUC je ~crais u.11 romain &lt;1ua11d

,ous me baptisiez l.,ucius, Sulpicius. Camillus, cl
p1·ophélisicz-1·ous? » (Lcltre de Camille à son [!èl'C,
t décembre ,1789).
2. Voici les 1:enseigne~ents que donne, sur celle
période de la vie de Cam11lc, le Joumal de Vervws
qui , en 1884, publia une série d'articles du plus
haul inlérêl, dus très probnblernenl à la plume ,le
~!. Mollon, qui aniil, avec sou frerc , hérité ·des
papiers de Ullc Uuplcssis, décédée à \"en ·ins en 1863.
- « Camille oblient, le 4 septembre 1784, le tliplùmc
de bachelier ; le 3 mars l 783 , celui de licencié; le

7 Jn mê11.1c mui;, il c,t rc~n arocat 1111 Parlc111c11l
de l'al'is; cl, sui· la préscnlaliou ,le M. Uardouiu.
adm.is au stage dans l'assemblée du 4 juin suivant.
llll. Perdry, de Denisard, Perrin rt Forget lui donnèl'ent quelques affaires à traiter; mais il fit SUl'lout des rer1uè les po1tr les procurcul's à sept sous du

r//le. "

~- Ou a cepeutlaul J'i11tlicatio11 ,le deux a[ail'cs
~lai1lèes par Camille : 1• La Société des amis de la
Con&gt;titutiondc Marseille, défenderesse, conh'e d'André,
demandeur, en réparation de calomnie (Mcemhre
1761 ) ; ~• Dilhurb,de cl la darne Belfroi coutre le

1,unal de police corl'cctionncl).
4. Camille semble avoir été amoureux Je )lme lluplessis avanl de l'être tlc sa fille Lucile. Il fout lire
les Lrè.~ cul'ieux &lt;locumenls ·que ill. J. Claretie a publiés
dans le Jounwl officiel du 26 avril '1879. Il y a lit
une lellrc de Camille à illmr Duplessis cl uue autre
i, )[. Duplessis, remplies des détails les plus précieux,
tant pour n0!-15 aider à ,reconstituer la vie du jcun_c
homme antëneurcment a 1789 que pour nous rense1!(IICI' sur ses sentiments intimes à l'égurd de Lucile el
de sa mère.

, ________________
elmés q~c l'inslrnction a !'ails aptes à Lous
l?s. cn1plo1s cl que l'orgueil empêche d'e11 solhnler aucun.
Cami~~ a volonlaircmcnl [ail le silence sur
t:cl,(C pe~1~dc de sa vie : les t1uel11ucs satires
tJU
alors contre la cour , •·l les a 1c.
. , il ccm1t
d
rnees, c même IJU'il renia rnn existence de
balleur de ~a1·és, _lorsc1u'cn l 7\JO, dans son
acte de manage, il prétendit hahiler depuù

réussit, i1 se l'aire porter au nombre des lrois
~nls clccleurs du IJailli:igc de Verrnan&lt;loi -.
il ~oussc son père it l,rigucr également I~~
sullrages cl~ ses concitoyens. Doulilc échec.
M. Desmoulrns, que la fièvre ne dévore . l
,r . cl
•
..
porn '
rt
, hu~c lic se meler de polil1c1uc, el Cami·11c
cc . ouc.
rentre
1
,
.
. it Paris ' Je cœur navre' ' pus
an1m_e que proa1s contre ces odieux Guisa1·ds,
&lt;( 4u1 sont aux antipodes de la philosophie el

CAJLILLE D ë:SJIOlJLl:-1S .W PALAIS-R O YAL, LE 12 J t;II . LET 1 .-&amp;)·

·~i.x wi:, la l'lle du. 1'/ie'ûl re-/1' ra ll!'llÎs ( actucl1cwenl .me de J'Odeon
, ) • "'
d
nous ne connaitrons
oni; pomt ses goùts, ses iuœurs sa vie inli111c
·
' A en croire'
.ses- hab"t
i udes dc JeutJc
homme.
:ol de Chateaubriand, il n'y eut là rien
c~i ~en, honorable i mais quel esl le révolté
1 '. JCtc _dans celle fournaise de Paris en est
sorl1 purifié ?
'
Dès
la
c
·
d
.
onvocat100 es Etats Ooénéraux
,Cam11lccomprend que son rôle va commencer.,
1
,_ue
&lt;lanl1 sera-L-11?
.. · Il 1•·.ignore : 1·1 pressent ccpen. que l muoval10n qui se prépai·c lui ré~er,e une cornpensahon
· et que son heure csl
1 enue. Il accourt ' G ·
. •
a u1se; 1·1 pense à se mcllrc
Su 1 1Cs l'"" n"S' a' preparer
•
son élcclio11 · il
0

t

'

LE l(O.lffA.N DE CA.iJJl'LLE DESMOULINS

-

G,-avu,-e Je B EIIT IIACL, ,

du pall'Îolismc .. • 11, l'l qui auraienl été lcfi
plu~ ~rauds ciloicns du monde s'ils J"eusseul
cho1s1 t:?llll!lC député. c&lt;Ln &lt;le mes camarades
(de Lou1s-lc-Crand), écriL-il il son père, a été
pl.us h~u1;cux que moi; c'est de Hobcspicrre,
dc~ulc d Arras. li a eu le bon esprit de
plaider ~ans sa province. J'ai vu nos députés ...
~omme 11s se rengorgeaienl ! lis avaient capul
inle1· nubes, et avec raison .... Je vous en ai
~oulu b~auc~up, à vo~s. et à votre gravelle.
1 ourc1uo1 a~·o1r m~ntrc s1 peu d'empressement
pou1· obtenlf un s1 grand honneur '! &gt;&gt;
Ces lellres à son père soul élom1aules &lt;le
nai,·eté. Il y wn~e le mal incroyable qu'il ~e
&lt;lounc pour se faire rcmarq uer ; il court chez
... ',9 ,..

l:Jil!y, il court chez Mirabeau, (( pour le prier
~le I admcllrc au nombre dl's rédacteurs de la
la~c~sc gaz~Ll? de toul cc qui va se passer
aux_ 1-,tals gcneraux ,1. Il al'oue foui haut sa
varnlé el sa gourmandise ... car il ai mail les
b?ns _repas, cc pauvre garçon qui, ju:;que-lit,
n ava1l m~ngé que de la vaclic enragée &lt;laus
les bon~ Jours cl qui, dans les mauvais, ne
mangeail pas. A ces diners Oll on l'invite, il

a·.1_p,-ês PRIEUI(.

pari: avec _esprit ; ou )t, railll', ou l'écouf1•
a~ss1 : &lt;(. ~1e11 des· ;;cns t1ui m'c11le11deul it i
p~rorc_r s clon~cul ljll'011 lie Ill 'ail pa~ IIOlllllll:
dcpule, w 1n~lime11l i1ui me llallc au delà de
Loule cx_press101;. ,, Le voilà logé à Versailles,
chez M1 ral~eau. « Nous sonune:; devcuus
grands ~mis ; du moins m'appellc-L-il son
che_r a~1. A chaque instant, il me prend lcEma!ns, 11 !11e donne des coups de poing... , il
rev1cn~ _dmcr avec une excellente comparrnie
et parlo1s_sa maitresse el nous buvons d\x~~llcr'.ls :·ms. Je s~ns que sa lablc trop déliale cl tt up chargee me corrompra. Ses vim;
de H?rdeaux et de_ Marasquin onl leur pri,\'
c1uc JC cherche l'a111cmc11L ü me dissimuler

'

�, . - 111STOR..1Jl.
et j'ai toutes les peines du monde à reprendre
ensuite mon austérité républicaine et à délcsler les aristocrates dont le crime est de
tenir à ces excellents diners. 1&gt;
Cc qui lui valait ces aubaines, c'était sa
célébrité naissante. La scène si connue du
Palais-Royal, cette poétique inspiration de
distribuer, en manière de cocardes, les feuilles
vertes des arbres du jardin, celle promenade
qu'il fil dans Paris, suivi d'une foule qu'il
venait d'enthousiasmer et qui l'accompagnait
avec des cris de triomphe, l'avaient placé au
premier rang des ennemis de la Cour. Dans
cc grand mouvement qui soulève la France,
Camille n'est pas avec les penseurs, il joue
les Gavroche; mais il a, comme Gavroche,
l'instinct de ce qui plail aux Parisiens : le
génie du coup de théàlre, l'audace gouailleuse
et l'éloc1uence à l'emporte-pièce qui enlyainent
les foules. Au cœur de cc Palais-Royal turbulent, il monte sur une table, il annonce aux
oisifs le renvoi de Necker, il tire de sa poche
un pistolet dont il menace des espions imaginaires, il parle du tocsin de la Saint-Ilarthélemy, toutes choses dont l'e/Tet est immanquable. Et voilà comment Paris s'endormit,
cc soir-là, au vacarme de l'émeute ... qui, de
dix ans, ne s'apaisera plus!
Cc bruit fait autour de lui enivrait Camille,
11ui voyait poindre l'aurore du succès. II lança
La Fmnce libre et, presque aussilùt, le Discours de la lanterne aux Pa1'isiens. L'analyse de ces deux pamphlets n'est pas, comme
bien on pense, de notre ressort. Leur publication ne douna point, du reste, à ltur auteur,
une place parmi les hommes politiques. On
applaudit s:1 ,·erre, on s'amusa de ses l'acéties;
mais il ne _[ut p:1s pris au sérieux. Ce DiscOtt1's
de la /anteme n'est pas, il faut le dire, i1 la
glo;rc de Camille. Dans le seul but d'accroitre
sa popularité, il y chatouille, pour la fai rc
rire, la populace déjà grisée de son succès.
Et, pour celle Lr·islc besogne, 11uellc dépense
Je taleut ! « Sa ll~chc part quand il veut, va
J'rapp~r oii il veut. li tire aux nobles, il tire
aux prèlr·es, il tire aux vaincus, aux blessés,
au~ morts. 1&gt; Peu lui importe la diguilé de sa
plume, pourvu qu'on parle de lui.
Et son IJUL est alleinl. Bientôt il peut écrire
à son père : « Je me suis l'ait un nom ; je
commence il entendre dire : ll !J a une brochm·e de Desmoulins ; on ne dit plus : il' un
aulell1' appelé Desmoulins 1&gt;; et il enroic au
vicilla.rd « deux journaux, dit-il, où l'on m'a
beaucoup loué 1&gt;. Mais la gloire ne l'a pas
enrichi : &lt;! Vous m'obligerez de m'envoyer
des chemises et deux paires de drap, ; j'ai
pensé que vous ne refuseriez pas de m'aider
de cinq à six louis, cl que vous prendriez en
considération les friponneries que j'ai éprouvées de mes libraires. »
M. Desmoulins jugeait froidement , du fond

LE 'R_OJHAN
de son austère province, les brochures de son
fils: loin du bouillonnement de Paris, elles
semblaient d'épouvantables appels au massacre. A Guise, l'opinion était générale :
Camille avait mal tou1'né; et les gens plaignaient ses pauvres parents, de cc ton de
compassion ravie particulier aux petites villes.
Quoi qu'il en soit, le père ne répondit pas.
Camille, aux abois, adressa une nouvelle
J'C(JUèle, pressante, celle-ci : « Tous les journaux m'ont donné un coup .d'encensoir ....
Celte célébrité ajoute encore à ma honte
n:iturellc d'exposer mes besoins. Je n'ose
mèmc les découvrir à M. Mirabeau. En l'érilt\
vous èles, i1 mon égard, d'une injustice
extrême; \'OUS voyez que, malgré mes ennemis cl mes calomniateurs, j'ai su me mettre
à ma place parmi les écrivains, les patriotes
et les hommes à caractère ..... Le bruit qu'ont
l'ait mes ounages m'a attiré sur le corps mes
créanciers qui nc m'out rien laissé .... Je \'OUS
en supplie, puisque voifa le moment de toucher vos rentes, cmoyez-moi six louis..Je
veux profiler de cc moment de réputation
pom me mellre dans mes meubles, ;pour
rnïmmalriculer dans un district; aurez-vous
la cruauté de me refuser un lit, une paire de
draps? Suis-je sans a,·oir, sans famille? Est-il
\'l'ai que je n'ai ni père ni mère? Depuis six
ans, je n'ai pas eu le nécessaire. Dites n-ai,
m'avez-rnus mis jamais en état de n'avoir
point it pa)'er le loyer cxorbilant des chambres garnies'? 0 la mauraisc politique que la
HJlrc de nr'a,·oir c111ové deux louis à deux
louis, avec- lesquels je ;,'ai jamais pu trouver
le secret d'arnir des mculJles et u11 domicile.
El r1uand je pc11sc que ma l'orlune a tenu à
mon domicile! qu'avec un domici le, j'aurais
été président, commandant de district, représentant de la Commune de Paris, au lieu que
je ne suis qu ·un éci·ivain distingué.. . il m·a
été plus facile Je faire u:tc rérohttion, Je
bouleverser la France, que d'obleuir de rno11
père, une fois pour loulcs, une cinquantaine
de louis. Quel homme mus èles !... Vous
11 ·a rez mèmc pas su me co1111aitrc; ,·ous
m·arcz élcrncllemcul c:ilournié, vous n1'are1.
appelé éternellement uu prodigue, un dissipateur, cl je n'étais rien moins 1111c tout cela.
'foule ma Yic je n'ai soupiré qu'après un
domicile, un étalilisscmrnt, cl après al'oir
quillé Guise et la maison paternelle, ,·ous
u'arez pas voulu qu'à Paris j'eusse un autre
gilc qu'une hôtellerie, et Yoilà que j'ai trente
ans. Yous m'ayez Loujour, dit que J'avais
d'autres frères. Oui, mais il l' a celle diflërcncc que la nalm·c m'avait donné des ailes,
et que mes frères ne pouvaient sentir, comme
moi, la chaine des besoins qui me retenaient
i1 la terre .... Envoyez-moi un lit, si Yous ne
pouvez m·cn acheter un ici. Est-ce que vous
pouvez me refuser un li t? ... J'ai à Paris une

Godard (1732-1806i cl tic Marie-Bosc Uriscux (17:ilJ. Camille arail na 0uè1·c manil'cslé l'i11lc11~on
1807). Elle élait née à \\ïège (Aisne), le 23 jand'êrnusc,·, &lt;1uaml clic aurait l'à;,e de se ma1·icr, sa
l'Ïcr 'l 760. Elle s'y maria, le '1« aoûl ·ti02, avec
cousine gcrm:unc Flore Godard, de neuf ans plus
Charles-Anne Tarrit!ux de Taillan, cl devint \'Cuve, le
jeune que lui. Cc projet &lt;l'avenir avait élé 1·cpoussé it
5 srptcmbrc 1830. Elle mourut le 2 révricr ·1842.
plusieurs reprises par la famille Godard. « il cause ries
Lucile n'ignorait pas &lt;JUC C~millc nvail aimé sa
opinions politiques de Camille et des dangers r1u'clles
permellaienl d.e prérnir pour la durée Cl le bonh~ur • cousine Flore Godard, el clic en était jalouse.
\;uc lcllrc de Camille à son pfrc, du O,iuillcl 170:\,
dq celle union ».
contie11l ces lignes. « Vous ,·ous plaignez de rc que je
llosè-Florc-Amdic (.;odad élail lillc ,le Joseph

réputation; on me consulte sur les grandes
affaires, on m'inYite à diner .... li ne me
manque qu'un domicile. Je vous en supplie,
aidez-moi, emoyez-rnoi six louis ou un lit! l&gt;
Le père Desmoulins se laissa enfin conYaincrc; il adressa l'argent à son fils, &lt;1ui
loua une chambre clans la rue du Théàlrc]1'rançais et l'onda sonjournal des Hévolulions
tle France el de Brabant. A1·ec son esprit
endiablé, son style de ,·aude,·illistc érudit, sa
joyeuseté de gamin lcllré, il y Lrai le les pl us
graYes sujets en une langue ri,c, pimpante,
pleine de surprises cl de rencontres amusantes. [;itlérairement, cc recueil est un chefJ'œmrc; mais quelle terrible responsabilité
n'encourt-il pas? Sa fougue griYoisc s'attaque
11 tout, son impitoyable ironie sape, bouscule,
renverse, détruit, s'acharne.... Aprt·s Camille,
la Terreur peut ,·cnir. J)'avancc il a tant ri
des · Yictimcs qu'elles n'inspireront plus de
pi Lié!
Quelle rcYanchc se préparait l'immancnle
· justice qui préside aux él'éncmenls humaim,!
Cc pamphlétaire, si fier &lt;lè son éclatant succè~,
cet enfant terril.ile de la Révolution, dont le
rire a· fait crouler la Bastille et chanceler la
royauté, Ya trou\'Cr sur sa roule une puissance contre laquelle il n'est pas de l'orcc it
luller : l'enfant Llondc que jadis, rèl'Cur
Jésœurn:, il suil'ait des yeux sous les arbres
du Luxembourg.
Le hasard les arait quclqucîois rapprocl1t:s;
présenté dans la famille l)uplcssis par son ami
Fréron, Camille a"ail d'abord l'réqucnlé, it
&lt;l'assez grands i11Lcnallcs, Jans celle maison
où il se plaisait pourlaul. M. JJuplessis, fils
d'ou1Tier, s'était élcré par son trarail jusqu'aux fonctions de premier commis du
contrôle des finances : c'était un bourgeois
tenant à l'argent, mais sans morgue et
d'accueil facile; sa l'cmrnc était encore jeune,
jolie, &lt;l'agréable humeur, peu cérémonieuse;
les deux enfants, Annelle cl Lucile, paraissaient i11Lclligcnlcs cl alleclucuses. J&gt;ans la
belle saison, toute la l'amillc allait passer le
dimanche à Dourg-la-Beinc, 011. les lJuplcssis
possédaienL un bien assez important. Fréro11
et Camille étaicnl parl'ois illl'ilés; on déjeunait
sous les arbres, o:i courait dans les grande~
herbes, 011 allait boire du lait à la l'crmc:
c'élaient des orgies de plciu air, des liesses
de liberté, Lcllcs que les comprennent les
seuls Parisiens. On revenait en charrette, lard
dans la nuit.
A l'une de ces rcun10ns, Camille, sans
méfiance jusque-lit, s'aperçut que Lucile était
subitement deYenuc jeune fille ; « il l'arnit
laissée enfant, il la retrourait i11t1uiéta11lc. »
Cc jour-là, l'entrain fit défaut à Bourg-lallcinc, et à cet indice, Camille découvrit qu'il
était amoureux 1 •
ne vous écris point .... Lucile a si granù'pcur qu'il__ nc
me prenne c1wic d'allcl' vous embrasser qu'elle .s 111·
'juiélcrail si elle me voyait vous écrire1 cl JC p1:oftl?::·
1 u cabinet que mr. procure le Com1lc d~ la Gue11c_,
do11l on m'a l'ail sccrJ tail'c, pour l'Ousétrn·e en ld.&gt;~r!e
sans qu'elle vienne lire derrière mon épaul_e s1 JC
u'écris point à Guise. J'imagine que cc qui IUl donne
celle sollicitude, c·csL le souve11i1· de qttetque w11s111c
,lo11L u:i lui aura parlé. »

La sil,uati?n . élail tragique : le. paurre
gai:çon n arntl rien, et Lucile était riche ; clic
é~a_it adorablement jolie; lui ami! le teint
bilieux, les trails irrérrulicrs et durs 10
t.
.
'
"
uottchc gnmaçanlc
cl, osur le risa"e cett
marque indélébile que pose la misire. E~
J'.ourlant il l'a!m~!t ! ~'isolement, les décepllon~, la fiertc,_ 1rndrpC'ndancc arnient pl'l;parc son cœur l'ldc à quclrruc Yiolcnte passion.
11 ess.,ya de luller, mais s:111s conviction· il
s'C'nhardit, fit it Lueile J'ai'eu de son amo~l 1..
elle
, , haissa les yeux et rou1rit
O ·tri•s fort , rc q1/ 1
Pl:tr t 1mr 1\loquentc réponse.
E_IIP él:iit quelque pen romanesque, celle
Lurrle
étranrres
des
. ; ond a d'elle des parres
o
o ,
rr1atro~s. e ,c-~audrs rêreries, des appels
lr~ubl1•s a '.( l ~Arc des êtres » ; car clic écrimr l, le sou·, quand clic était couchée, en
cachcllc de ses parents : &lt;( Une lumière rl
~'.n t;leignoir sont sur mon lit; je .l'éteins si
J t'nlends du bruit. &gt;J Et 11uelles singulières

c?nfidcnccs ne fait-cl~c pas it cc petit cahier
ou _clic note ses pensecs? &lt;( Je n'aime point,
~01 ! ,9u,1nd donc est-cc que j'aimerai? On
ù1L qu 11 faut que tout le monde aime. Est-cc
~o~c qu_and j'a_urai qualrc-l'ingts :ins riue
.1_~tmcra1? Je s111s de marbre. Ah! la singt:lrere clrosc que la vie. )&gt;
L'arcu de Camille alluma ce feu si Lien
préparé : cc fut un incendie. « Je n'ose m'al'oucr à moi-mème cc que je sens pour Loi·
'
ne m 'oc&lt;"upc qu "a 1c déo-uiser. Tu sonlTrrs
.s-tu. 011.1 JC
•
"
cl 1
souffre dal'anlage;
ton image'
rsl sar~s cc~sc p_rés?nlc à ma pensée; clic ne
~ne quille pm:us,_ JC le cherche des dvfauts,
Je les trourn cl JC les aime. Ois-moi donc
pou:~uoi tous ces combats'! ponrquoi j'aime
en larr~ un _mistère, même à ma mère : je
rnu_dr_a1s quelle
sùl, qu'elle le dcrinàl;
mais Jl' ne Youd ra1s pas le lni dire. l&gt;
Mme Duplessis, cependant, devint hicnlot
la confidente des amourrux; son mari, d'un

J\

!e

tempérament peu poétique, mis au courant à
son tour, refusa net son consentement en
vé_rilab)c père noblr du répertoire; il ne ~-oulatl pomt pour gendrr d'un gazetier sans
a1·cn11· et sans argcnl. Sa résistance dura
longtemps; enfin, - tradilionnel dénouement de toutes les comédies, - il se laissa
arracher le oui tant désiré.
C'était le 11 décembre 1790. La bonne
Mme Duplessis apprit en pleurant la nom·elle
i1 Camille; celui-ci s'approcha de Lucilr rJtii,
tout émue, s'enfuit dans sa cliambrr. Il l'i'
~.u'.l, se jette à _ses genoux, lni répète qu'il
1arme .... Surprts dP l'entendre rire, il ]ère
les i·cux vers clic... clic pleur:1il ahond~mmcnl it gros sanglots, r t ria it encore, cl ses
larmes conlaient., ..
,\lor_s, sentant son cœur l'ondre, prenant
l~s marns de sa fiancée, Camille y cache son
l'lsagc et p!cure, comme Lucile' de bonheur
et d'amour.
'
(A

suivre.)

Ci. LE\TOTRE.

,

Eloquence royale
Louis XVI, pas plus que son prédécesseur,
ne possédait le don de la présencr d'esprit rt
le secret de l'à-propos· mais lui du moins
'
1·1 avait conscience de son1 infériorill\,
et comme'
il samit aussi de quelle imporlancr lui eussent
1;\é les qualMs qui lui manquaient, il L:îrhait
d y supplrer.
~cndant quelque Lemps, il cul sous la
marn une sorti• de bel-esprit en titre d'office
u~ j~ré, f~isem ~e mols, un homme qui'.
~ aprcs I air des c1rconslanccs 011 le roi aurait
a_ sr montrer, devinait ce qu'on pourrait lui
drrc, et improvisait ce qu'il aurait à répondre. Cet homme, c'était le marquis de
1:ezay, 911i rcccrnit pour cela une pension de
1,,000 l_mes. Louis XVI, aux grands jours,
complait sur lui, absolument comme le co~édicn sur son souffleur. Le prince de Lierne
JCne sa_is, il est vrai, d'après quelles don~éc;
auLbentiqucs, nous fait connaître une des
lettres-leçons que Pezay écrivait ainsi au roi
lettres dialoguées d'avance, contenant l;
demande et la réponse.
,,. &lt;( Vous ne pouvez pas régner par la rrrâce
-'~rre. ' 1ut· d'll-t·1 ; - l'OUS voyez
v
o
qu'il parle
en,
.nat
• mai'Lrc, - la ·nature vous en a refusé•
~nposez par une grande sévérité de principes'.
otrc ~fa.1esté va tantôt à une course de chevau~; rllc trouvera un notaire &lt;Jni écrira les
parrs Je M· le comte d'Artois et de M Je
du,· d'O1·Irans. o·rlrs, Srrc.
· en le rnyant. :

« Pourquoi cet homme? faut-il rcrirc
rnlre grnlilshommcs '! la p:trolr suffit. 1&gt;
« Cela arrim, dit le prince dr Li~nr..l'v
1:Lais. On s'écria : « Quelle jus,Lrssr. rt qurl
&lt;1 grand mot du roi! Voilà son genre. »
A une époque 011 l'esprit était tout, le bon
sens presque rien; où un mol spirituel sauvait la sollisc d'un f'ait; 011 l'on était charmé
d'un e rél'olution, pourrn qu'elle lït dire de
jolis mots, la précaution n'était pas mauvaise
it prendre. Un roi de France pouYait tout sr
~c~meltre, exc~plé. d; rester court. L'esprit
eta1t une des nccess1tes de son état · il lui en
fallait q~and mèmc. Louis XV av~it perdu
une ~artre ,&lt;le sa p_opularilé en ne prenant pas
la pernc den avoir 011 de s'en faire fouruir ·
L?ui_s XVI pourait risquer la sienne par un~
~eghgencc semblable. L'expédient du marquis
Jnt donc, à tout considérer, un moyen de
bonne administration.
Cc n'était d'ailleurs pas la première fuis
qu'on y recourait pour nos princes. Nous
allons voir, avec Chamfort, Louis XV, lui
aussi, malgré sa paresse, acceptant d'étudier
un rôle et de l'apprendre, gestes et paroles :
« ?u temps de lll. de füchaut, on présenta au
roi le pr(lJel d'une cour plénière, tel qu'on a
l'Oul~ l'exé0utcr depuis. Tout fut réglé entre
le roi, Mme de Pompadour et les minislres.
On dicta au roi les rJponses qu'il ferait au
premier président, tout l'ut expliqué dans un

mém_oire, dans h'q~cl on di~ail : &lt;( Ici, le
&lt;! ro~ prendra un au· sévère; ici, le l'ront du
« 1~1 s'adoucira; ici, le roi fera tel oeste
rtr ll
0
Le mémoire cxistr. »
'
•
Q,~c de choses perdues fJutc d'un mot &lt;lit
à pornt! 11uc dïn'miti{s l'autc d'une bonnû
parole! La duchesse d'.\ngoulèmc n'a mit pas
plus que son père (L'luis XVI) le don de l'àp~opos. Elle n'aurait pJs, elle non plu:-, pu
rcgner par_ la grùce, comme disait Jle7.ay.
Elle le smul, et de peur de ne pas bien dire
elle ~e disait rien. l'ar malheur, son silence'
mal mler~rété, faisait des mécontents. l\l. d;
Chateaubriand fut de reux-1:i. ,\près la rampagne _d'Espagrie, les ministrrs élaicnt venus
comphm~nter la duchesse ï rlle eut pour tous
un mot aimable; pour le mini,Lrc des affaires
élra~gères, ,Chatea~b~iand, elle n'eu, qu'un
sourire. Il sen plargml, et ses plaintes, bien
naturelles, transmi~es par Mme Récamier au
du_c de Montmorency, parrinrent jusqu'à · la
prmcesse, dont le duc était le chevalier d'honneu r. E.lle avoua son tort. &lt;! Mais que voulezvous, d1t-clle, ~I. de Chateaubriand 1ùst pas
comme un autre. Un complimen t Lana! ne lui
su_ffit Jl,a~. I l f,1ut lui par)er sa langue ou se
taire. J a1 d1ercl11i pour lui un mot heureux
que je n'ai pas lroun\ et je me suis contentér
d'un sourire, cr~yanl qu'il lui exprimerait
assez ma reconnarss~n ce. »
ÈDOUARD

... JO! ....

"" 100 ,..

DE CAJH1UE DESJHOUL1NS - - - .

FOURNIER.

�Ninon de Lenclos
i11timr. tle )!me dr ~lainl.r non loul le it'mps
Ninon, courli~ane fJmcusc, el depuis que sortes, el c11 L tant d'espril qn·(•lJp sr lrs q11e celle-ci dr111r11ra /1 Paris; Mmr de ~lai111';1ge lui cul l'ail quiller le métier, connue conserva t.o11s, t·L q11\:IIL• les ·linl unis entre L\'11on 11'aimait pas q11·on lui parhH d'elle.
sons le nom de ~Ille d1• Lenclos, l'ul un eux, 011 pour h• mnins sans Ir 111oindl'c bruit. 111ais elle n'osai L la d,:savonrr: rlle lui a écril
t:x:emple nouveau du triomphe du l'i&lt;'P con- To11l St' passait chez rllc arc!' 011 respect el &lt;ltl tr~ps en l.r.mps, j11squ'i1 sa morl , avec
d 11 il avec espril el n:paré dt• quelque vertu. une décenrc 1•xtérir11rt• &lt;]lit' les pl11s haul es amitié. Lenclos n'y était pas si réservét' avec·
Le hruil qu'elle fit, el plus encore le désordre princPsses soutiennent rarr mcnL a,·ec des ses amis intimL'' , et &lt;Ju:md il lui est arrirc;
pour :uni~ ton L
qu'elle causa parmi la plus haute el h plus \"Jiblt's~c,. Elle eut de la sorte
de s'inlfrcsser l"ortement pour qm'lqu'un 011
1 et de plus éle1·é
cc
qu'il
y
avait
de
plus
Lrayc
brillante jcuncss~, força l'extrême indulgence
pour quelque chose, ce qu'elle savait rendr,·
que, non sans cause, la neinc mère avail 11 la cour, tcllemcnl qu'il devint à la mode rare cl bien ménager, elle en écrivait il
pour les personnes galantes, et plus que d'èlrc reçu chez elle, el r1u'on avait rais/Jn
Mme de Maintenon, qui la sergalantes, de lui envoyer un ordre
vait erficacemcnt cl avec promptide ·se rC'Lirer dans un couvent. Un
tude: mais depuis sa grandeur,
de ces exempts de Paris lui po~ta
elles ne se sont vues que deux ou
la lettre de cachet; elle la lut, et
trois fois, et bien en secret.
remarquant qu'il n'y avait poinl de
Lenclos avait des réparties adcouvent désigné en parliculier :
mirables: il y en a deux entre au&lt;&lt; ~fonsieur, dit-elle à l'exempt sans
tr.. s au dernier maréchal de Choise déconcerter, puisque la Reine a
seul qui ne s'oublient point: l'une
tanl de bonté pour moi que me
est d'une correction excellente,
laisser le choix du couvent où elle
!"autre un tableau l'if d'après naveut que je me retire, je vous prie
ture. Choiseul, qui était de ses ande lui dire que je choisis celui des
ciens amis, avait été galant et bien
grands Cordeliers de Paris », et
faiL. li était mal avec M. de Loului rendit la lellre de cachet avec
vois, et il déplorait sa l"ortunc,
une belle révérence. L'exempt, stulorsque le !loi le mil, mall(fé Jt,
péfait dr. celle effronterie sans paministre, de la promotion de l'ordrC'
reille, n'cùt pas un mol à réplid.i 1688. li ne s'y allrndait rn
&lt;iucr, et la Reine la trouva si plail'açon du monde, quoique de la presante qu'clb la laissa en repos.
mière naissance et drs plus anciens
Jamais Ninon n'avait qu'un
et meilleurs lieutenants géuéraux.
aman! à la l'ois, mais des· adorali l"ut donc ral'i de j,,ie, el se
l&lt;'urs en l'oule, et quand elle se lasr~gardaiLpec pins que de la comsait dn lrnant, ell&lt;' le lui disait
plai~ance paré de son cordon !,leu.
l'ranchemcnl cl rn prenait un auLenclos l"y snrprit deux ou trois
tre : i&lt;' délaissr avait bra n gérn ir &lt;'L
rois; à la tin, impatientée :« Monparler, c'était un arrêt; cl celle
sieur lë comtr, lui dit-C'lle devant
crt:alurc :waiL usmpé nn tel emtoutC' la compagnie, si jr vous I
pire, &lt;)11'il n'ei'1t osé se prendrr à
prends encore, je vous nommerai
crlui qui le supplantait, trop heurns camarades. &gt;&gt; li y en avait en,
reux encore d'être admis sur le pied
en effet, plusieurs i1 faire pleurer.
d'ami de la maison. Elle a q11clq11&lt;'mais quels et combien en compaCliché Braun. Clètncnt et ci•.
fois gardé 11 son tenant, quand il
raison de ceux de 1724, el de quels
lui plaisait l'orL, · fidélité entière
ques autres encare depuis! Le hon
:'\1:-(0N OF. LEXC" LOS.
pendant tonte une campagne. La
maréchal était toutes los vertus
T aNea11 a11011.r111 e ./11 .\Til· siècle.
Ch;\lrc, &amp;urlc poinL de partir, prémême.,, mais peu rrjouissantrs
trndit être de ces heureux distinet avec peu d'esprit. Après une
gués. Apparemment que Ninon ne
longue risiLe, Lenclos Mille, le rC'gardc, puis
le lui promit pas bien ncLLemcnt. Il l'ut assez de le désirer par les liaisons qui s y for- s'écrie:
sol, el il l'Jtait beaucoup, el présompLneux à maient. Elle savait toutes les intrigues de
l'ancienne cl de. la nourclle cour, sérieusrs
S1'ig11rur, que de 1·Prt11s 1"011~ me foilrs h:iïd
l'avenant, pour lui en d~m1nder un billet ;
elle le lui fil : il l'emporta et s'en vanta fort. et autres; sa conversation était charmante; qui c,t · un vers de je ne sais plus quelle
Le hillcL fut mal tenu, et à chaque fois désintéressée, fidèle, secrèlr, sùre au dernier pièce de théùtre. On peut juger de la risée cl
qu'elle y manquait : &lt;&lt; Oh! le bon billet, point; et, à la l'aiblcssc près, on pouvait dire du scandale. Celle saillit1 pourtant ne les
qu'elle était vertueuse et pleine de probité.
s'écriait-clic, qu'a là la Chùtre ! &gt;&gt; Son fortuné
Elle
a souvent secouru des amis d'argen t cl brouilla point.
à la fin lui demanda ce que cela voulait
Lenclos passa de beaucoup quatre-vingts
de
crédit,
esL entrée pour eux. daes des choses
dire; elle le lui expliqua ; il le conta, cl
ans,
toujours saine, visitée, considérée. Elle
importantes, et a gardé très fidèlement des
accabla la Châtre d'un ridicule qui gagna
dépôts d'argent et des secrets considérables donna à Dieu ses dernil&gt;res années et sa mort
jusqu'à l'armé.i où il était.
qui lui élaienL confiés. Elle avait été amie fil une nouvelle'.
Ninon cul des amis illustres de louLes les
S.\l ~T-SIMON .

•
LES \"ISITFS TIU ~L\Tl'i (Q1•("l!
. l'-.llEl"RS
•
. ET
' 'IRTJS-rrs
·. ,\ 1..1 P ORTE li°l ' 'i RIC IIE) . -

Rsl,111,pe .te 0EP.UCOl' RT .

Madame Récamier
PAR

JOSEPII TUR.QUAN

CHAPIT~E III (suite). .

L,ms le~ hommrs an lieu de 1'1ltrc al'&lt;'&lt;' 1111 011
dr11x . . i( est facile de rnir d"nbord que sa
ll?s rC'lations existaient Jonc entre .\lmc né- ll'l~lle lais~r passahlemcnl it désirer, cnsuiti:
cm~1cr et_Ln~ien Bonaparte aranL le Consulat. quelle fait ];'1 un métie1·, afin d"rn Lirrr les
~1a1s cc n étaient encore qnc de simples rela- l~énéficcs _&lt;1ui ne sont pas ceux que les autre~
tions, mo~daines, entamées probablement à lc~mes t1~ent en général de la coquetterie :
un d1n; r -~ Bagatelle, chez ~r. Sappey, tripo- mais celal ~mpèchc-t-cllc d"ètrc une coquette?
teur d ~flaires a1·ec qui Lucien semble avoir Pas le moms du monde : elle devient, de
ru ~es mlérèts. Mme Récamier l'a,•ait invité à plus: une sorte d'industrielle en coqucllerie
i•c1~1r ?h';z elle cl n"àrait pas eu besoin de pratique, et cela est plus vilain encore car il
r?cour1r_ a tout son sal'oir-faire pour l'y dé- est tr~s répugnant de voir des inLérè,ts Lout
~•der : il est si ll~Ltcur ponr la vanité d'un matériels se cacher hypocritement sous des
. ommc de rcccrn1r des avances d'une jolie amabilités que l'on donne comme l'expression
:~~une, mê~c d_'une laide, pour les naïfs! .. . de ses sentiments el de son cœnr. JI est vrai
. ' Mme Recam1cr fut coupalilc comme lo11- que Mme Hécamicr se livrait arec nnc telle
·.1011rs
d" ·' cl' un peu dc coquetterie.' Et pourtant
l~cilité i1 celle industrie - elle en avait une
~ .,t unr de ses meilleures amies Mme d~ s1 gr_andc babiLude! - sa mignonne figure
dmgne, &lt;&lt; l'épithète de coqueLLe n; sied pas d~ c~:e, dans la fieu r alors épanouie de sa
r: tout _à Mme Récamier; elle exerçait la rmgt1emc année, accmait une telle candeur
d quelterrn trop en grand pour être qualifiée d'innocence, qu'on aurait, je crois, mamaisc
_c coquette l&gt; . Voilà une raison qui ne vau L gd cc à lui trop reprocher les irnprndenCPs
r1Pn · Onand
r
·
unr. iPmmr
esl rocp1rllc nrer dr lennr qni arcrompagncnt somrnl les prewt

1()3 \.'-""

micrs pas ~·1111&lt;' Ion ie jrune fr•rnrnc dans J,,
monde.
,
, ~lais
. il Il&lt;' 1:-:tuL {las l"Pn l011rr .i ,,
, ,3 1. 1·1
n .I' avait nen qup d'appr1ll(: en elle: l'espril
d? ron~ena~cc aYail tué !out na ln rel : le 'rai
d1spara1ssm1
sous l'art, et tout ce qu'e1'1c pou.
.
vait al'o1r d~ talent était employé à atteindre
une perfection de manières qui n'est que du
«_ convenu l&gt;. Et qu'est-ce que le conrenu
s1_non un moyen, pour les gens sans ressori
rn talent, d~ se mettre à la hauteur apparen te
de ceux qm en onL?
Aussi, comme le monde, 1'1lnie n,
.
ccam1er
se contente-t-cllc des apparences : elle n
de_mandc pas qu'on ait du cœu r, mais qu'o~
sOJL
l&gt; •' clic ne demande p•s
. &lt;&lt; correct
.
" qn .on .
ail esprit on originalité, mais qu'on soit
connu .. ..
Distin,guéc, mais non supérieure, très mai~resse cl_ elle-même parce qu'elle n'avait point
a surveiller
. Urr
. un cœur incapable de 1Ul. JO
dc maura1
s
tours
fort
ralmc
du
c·
t
•
. ,
•
o c sen!.1menL pmsqu elle nr, poursuivait jamais qtw

�111STORJJ/

---------------~

plies de déclaratio~s brûlantes et d,"" pl~inlc~
des intérêts matériels dans ses coquetteries retraite devant ses allaques parfois un peu réitérées sur la froideur de Mme Recam1er. 1
les plus éthérées, elle nr perdait jamais dr Yi\'CS.
(Jn ressent unr rrrtainc déplaisancr 11 Mme Lenormant, après Benjamin Constant cl
rne Ir hut pour lequPI elle rtail rn représenChatrauhriand, a publié quelques-unes &lt;le ers
Lalion : rl celui-ci n'étail autre ,-hosr qur reronnaîtrr qu 'ellr les lolfr:iil, qu'elle lrs lcLtres en y faisan! des coupmes . .le ne_ les
l'élar&lt;&gt;isseme11I t&gt;L J'alTt'l'lllissrmrnL &lt;le son r nronra 0rreai t même , alors r1nr la dignilé CÎIL reproduirai pas. Mai~ en rnici ,~~c, &lt;JU el!~
innnincc sur le beau monde parisil'n. C'éLaiL
n'a pas insérée, et qrn donne le rl'CII de leurs
là sa grande alîaire. Par des fin_es~_e~ aimapremières relations.
hlrs, par dr petits manèges art1fie1cux, de
cc Rappclcz-,•ous. dit Lurien. ce jou r 0:1
gracieuses simagrées, cllr élail arri\'éc à
pour la première f'ois je \'OUS fus présent&lt;'.
prendre une place brillanle, que la beaulr ri
"'ous célébrions dans un banquet nombrcnx
l'intelligence, simplemr nl appuyées 5.ur la
la réconciliaLion de nos pères. Je revenai~ dn
dirrnité. sont incapnl,lcs dr donner a u1:P
Srnat où les troubles susciLés à la Répul1hquP
te~11TIC' dans noire sociélé, qui n'rsl peu diffial'aicnt produit une vive impression ..
cile que pour les heureux cl les elîronlrs. Elle
« Yous arrivî,tes : tous alors s rmpre,avaiL une grande intelligence du monde, de
saienl. Qu'elle est belle! s'écriait-on.
.
l'e~pril de suite, peu d'e~pril d'à-propos .... li
« La foule remplit dans la soirée les prne fallaiL pas non plus lui demander de vues
dins de Bcdmar.' Les importuns, qui sont
s'élevanl au-dessus du petit terre-à-terre des
partout, s'emparèrent de moi. Cett_e_ ~ois _je
salons, el son caractère si vanté se bornait à
n'eus avec eux ni patience ni a1Tab1hte : ils
ne pas céder - el pour cause peuL-ètre --:
me tenaient éloigné de vous! ... Je l'oulus mr
drvant les aHaques bien naturelles que 1111
rendre comple du trouble qui s'emparai~ ~c
poussaient plus ou m?ins Yi\'emenl. les Yicmoi. Je connus l'am&amp;ur cl l'Oulus le mailr1times de ses coquetteries.
scr. ... Je fus entrainé et je qui liai avec vous
Elle &lt;&lt; enlrepriL &gt;&gt; donc Lucien llonaparte,
cc lieu de fètcs.
comme elle « enLreprenaiL &gt;&gt; tout homme
&lt;&lt; Je Yons ai revue depuis; l'amour m'a
distingué qui faisait parler de lui : elle ne
semblé me sourire. Un jour, assise au ~o.rd
s'auaquait jamais, il faut le répéter, qu'aux
de l'Pau immobile et rèl'eusc, Yous cffemll1e1.
sommités sociales les plus escarpées el les
une ros~; seul avec rnus, j'ai parlé .... J'ai
Cliché Rraun. Clément et C
plus inabordables. Les hommes d'ailleurs,
entendu un soupir .... Vaine illusion! Hevenu
flARÈRE.
ceux-là comme les autres. sonl si enfants!
de mon erreur, j'ai vu 1'indifférence au front
Tarle.111 de TlA\'ID, (Musée .tt' 1·e1·s.1illes.)
Ils ont Loujours le besoin de se confesser li
1ranquille assise entre nous ~eu~ .... La pasune femme et de subir le joug d'un jupon.
sion qui me mallrise s'expr!ma•t . ~ans mes
La belle Julirlte le sal'ait hien, cl, cc c1u'clle
discours, el les \'Ôlres porta1enl I aimable ~I
~avai t encore mirux, c'éLait tirer parti de 1:Ll: d'y meure immédiatement un Lrrmr. rruelle cmprrintr dr l'enl'anre et dr ln pla1relte faihlessr. Son hui à C'e moment parait Ainsi tout en ne se compromellanl que pru- santeric .... &gt;&gt;
avoir été dr circom cnir de Lous les cùtrs la dernr:ient, elle permettait que Lucien l'appclà t
Cette lettrr esl datée du 2!1 juilleL. Ellr
famille el les cnLours du général Bonaparle, de son prénom, qu'il lui écrivit SUJ. un ton doit être une des prcmirres de ce roman par
afin de conquérir le conquérant de l'ftalir rt dépassant celui de la simple am1t1é. Ccl_a lellrcs né sur une tombe. Mais, pour se
l'amusait peut-être, mais cet amusement csl-11 ménacrcr une porte de sortie, une retraite en
de l'Égypte en personne.
)lme LenormanL, qui n'expose p:is de cellr bien celui d'une femme s,érieuse? Comme clic cas lécbec, Lucien, pour écrire à Julielle.
l'açon l'origine des relations de sa Lanle aver ne l'oulaiL pas devenir la maîtresse de Lnrien , s'avise de prendre le pscudonJ•me tout n~~ure~
.
Lucien, reronnail que ('elui-ci allait chez ellr pourquoi provoquer son amour'(
de Roméo. C'est du Plessis-Chamant qu 11 lui
Au mois de mai 1800, Lucien perdit sa enrnie sa prose ennammée. Devant l'inanitr
cl qu'elle ne dédaignait pas d'aller à ses
fèles. Mais ses soul'enirs la trompent quand l'cmme, Christine Boyer, sœur de l'a~bergistc du résultat, il j cllc tout à coup le masque :
elle dit que cette liaison eut lieu sous le de Saint-~faximin, qu'il al'aiL séduite pou_r C( Julielle, ce n'est plus Roméo, c'est 1:1101 qm
Dirccloirc. Elle ne fut \'raimenl sérieuse que reconnaître la bonté de celui à qui il ne payaIL écris.... 1&gt; Et il lui adresse une kyrielle d?
sous le Consulat. Pourquoi? Toul simplement pas ce qu'il devait comme frais _de log~~en,t déclamations emphatiques, de ces choses a
parce que la jeune femme voulait ètrc en et de nourriture. ~fme Récamier écnv1t a l'usage des amoureux, et q~i sont si ridicules
bons termes a\'ec le frère du Premier Consul, Lucien une lettre de condoléances, ce qui quand on les lit de sang:fr01d. Il_ y ~êl? beaucomme elle l'était al'CC ses sœurs Élisa et montre qu'elle attachait un certain prix à_ son coup de vanité, défaut b1en_pa_rt1cul1er a notre
Caroline, avec son beau-fils Eugène.... On a amitié. Lucien lui répond. Il l'appelle &lt;C Julie», nalanteric française et qrn lient somcnt la
rn que c'est eller1ui fait Loujours les avances: ce qui prouve que la connaissance n'est pas place du véritable amour; il y ajoute une
de fraiche• date : on ne se met pas à appeler
sa di"nité de fe mme s'en accommode.
bonne dose de pédantisme, une autre de dogyoyant provoqué, l'amour latent qui une femme par son petit nom dès les pr~m_ïer_s matisme, une autre de suffisance .. •• Il _e:t
sommeille plus ou moins au fond de tout cœur jours qu'on lui a ,ét~ pré~enté. Il lm ec~1 t bien surprenant qu'a,·c~ L~utes ces__quahtcs
humain, s'éveille soudain chez Lucien Bona- donc : « Si vous I aviez bien connue, Juhc, Lucien n'ait pas eu la ncL01re défimt1rn. Une
parte. L'espoir. de crocheter un cœur fer~é à celle qui repose à Plessis 1, vous l'auriez aimée lettre non datée, que Benjamin Constan_t placr
triple serrure comme le coffre-fort du mari de comme une sœur: elle était sans défaut; tout au moment du retour de Bonaparlc d'Egypte,
la belle, fit entrer en danse toutes les vanité~, mon bonheur d'homme pril'é a, je crois, dis- c'est-à-dire à la fin de l'an VII, ne peut appartoutes les illusions folles, tous les rêl'es em- paru al'CC elle : j'ai été trop aimé pour pou- tenir à cette époque. On Y liL : &lt;&lt; Apr~s la
l'rants auxquels un homme de son âge est voir l' ètre encore. 1&gt;
réception de votre_ ,bi_llct, j'en ai reçu plusieurs
Cette lettre est la première d'une série de
toujours prêt à lâcher la bonde lorsque !:ocdiplomatiques : J a1 appris une noul'elle 9ue
casion s'en pr~senle. Quoi de plus naturel, trente-trois, comprenant ensemble cent quatre le bruit public vous aura sans, doute ?pprise.
surtout del'ant le petit excitement, comme parres, qui ont figuré dans une vente d'auto- Les félicitations m'entourent, m étourdissent. ..
disent les Anglais, auquel le soumettait la gr~phes, le 27 mai 1895_, à l'hôtel_ de la rue on me parle de ce qui n'est pas vous_! .. : &gt;&gt;
Drouot. &lt;&lt; Les lettres smvantes, dit M. Chacapiteuse Juliette?
Ces lignes ont tra!t _rrobablemcnt à l:i, v1ct~1re
Lucien prenait donc goût à cc flii·t auquel raray qui en a dressé le catalogue, sont rem- de Marengo (14 JUm 1800) don~ la noU1ell.:
le conviait une jeune femme dont la beauté
1. I,r Plessis-Chamanl, proprièlé de Lncicn, près de
parvint à Paris w rs Ir 2f\, rnv1ron un mot.
était renommrc et qui ne faisait nullement Srnlis.
1
•.

se°

.MJtDJtJJŒ ~ÉCA.M1E~ - - ,
après le \'Cuvage de Luc;en. II prenait d'aille~rs le Y~Ul'agc aussi gaiement qu'il avait
pris le mariage. Sr croya nt quille de ce côté,
:iprès al'oir, à la mode corse, fait cntcrrrr
clans son parc celle qu'il ne pleure pas, et
après aYoir commandt: pour clic un superbe
mausolée de marbre Liane, il a auprès de lui ,
pour le distraire, sa sœnr J~lisa et sa mère,
pour qui ce deuil est une occasion de l'illèrriao
lure. Il a surlout son amour pour ~lme Récamier, mais il enrage plus qu'il ne se d11scspt'·rc, de roir que ccl amour n'est paspartag1:.
(l S'il esL Jécid1: sans retour qur vous nr
&lt;lercz. jamais être à l'amour, écrit-il, je
souhaite qu~ rous jouissiez toujours de C1'
ralme r1ui parai'[ satisfaire tous vos rnmx. &gt;&gt;
11 ne se fait pas d'illusions sur le fond de
l\)me de celle qui l'a provoqué au jen dr
l'amour pour se dérober ensuite : an PlessisChamanL, il a tout loisir pour se rendre compte
du manège de la coquette et le percer à jour:
« J'ai soif de sentiment, lui mande-t-il, je ne
lroul'c que de l'amabilité; - je me plains,
r lle ril; - je suis br1îlé des feux qu'elle a
impunémen t allumé (sic). » Devant tant de
froideur, il ne reste à Lucien qu'à tirer sa
révérence el n'y plus penser. C'rst cc qu'il va
faire, mais il \'CUI al'iser Juliclle de celle
grande détermination. JI se met à écrire,
déchire sa lellrr et, au lieu d'une déclaration
dr rupture, cnrnie une noul'clle Mclaration
d'amour. Que c'est bien là un amoureux!
(( 0 Juliell1', dit-il, jamais Yous ne frites,
vous ne serez jamais aimée comme vous
l'êtes. » Mais il nr se contenlc pas de 11' lui
{ocrire : il l'&lt;'UL le lui dire de vil'e YOix, dans
la pens1:e que sa personne el son éloquence
auront plus de succès que sa prose. Il accourt
donc à Paris et LouL son t'cu vient échouer
contre la glace souriante de la coquette qui
prétend jouer à l'amour avec tous les hommes
rl ne se donner à aucun. RcnLré au Plessis
Lucien ne peul rilsister au plaisir de lui écrir;
qu'il ne la rel'erra plus. &lt;&lt; Jouissez toujours
de ce calme, diL-il, puisqu'il fait l'Otrc bonheur, mais laissez votre malhrureux ami
s'éloigner et affaiblir, s'il est possible, par
l'alisencc, le poul'oir de vos charmes. 1&gt; Mais,
si elle est cruelle, Mme Récamier n'es t pas
m;chanle. Elle ne Ycut pas la mort de ceux
qui l 'aimcnt, encore moins leur exil. Elle
écriL tout cela à Lucien et lui dit qu'elle a
pour lui beaucoup d'amitié. Mon Dieu, ne
peul'ent-ils donc pas vivre heureux, chacun
de son coté, en ayant l'un pour l'autre des
sentiments de frère et de sœur?... Lucien
alors de la prendre au mot et de lui écrire :
&lt;&lt; Ma chère sœur .... » Mais il y a de l'ironie
dans ce mot ; il y en a aussi sans doule dans
cette demande indiscrète qu'il croit deroir
lui faire : M. Récamier est-il au courant de
la petite intrigue?
Oui, certes, qu'il était au courant. : sa
fi~~lr épouse, Yoyant que des intérêts pécu111a1rcs poul'aicnt y être attachés, ne la lui
a l'ait pas laissé ignorer. Mais aussi le cas était
gral'c. Refuser le frrre du Premier Consul le
ministre &lt;li' l'Intérieur .... Cela n'aurait-il ~as
un conlrr-roup fâcheux sur lrs alîairrs dr la

banque Récamier? Car enfin on se ferait en
lui un ennemi, on s'aliénerait du même coup
Ioule la famille Bonaparte. C'étaiL bien grave ....
Mme Récamier consulta donc son mari. (( Celui-ci, dit sa nièce, loua la vertu de sa jeune
frmme, la remercia de la confiance qu'elle lui
Lémoignait, l'engagea à continu er d'agir a\'CC
la prudence et la sagesse dont elle Yenait de
faire preu 1·c; mais il lui rcpréscnla que fermrr
sa porte a11 frère du général Bonaparte, romprr
0U\'erlcmrnt arrc un homme si haut placé, re
scraiL gravement compromettre rl pcuL-èLrr
ruiner sa maison de banque : il conclut qu'il
fallait ne poin t le drsesprrcr et ne lui rien
accorder. l&gt;
C'esl admirable. cl on se demande commcnL
Mme Lcnormant, qui avait du bon sens, a pu
répéter un pareil &lt;( bourgeoisismc &gt;&gt;. Voilà
donc Mme Mcamier qui de,·ienl une beauté
de comptoir; qui vend ses sourires, sous l'œil
complaisant de son mari qui aime mieux la
voir se compromeLLre que de voir com promellre sa maison de banque. Juliette est un
capital dont il lui faut tirer de beaux intérêts
et qu'il escompte comme de simples clîets de
commerce. Il y a là, chez cette jeune femme
qui se prête à de pareilles manigances, plus
de jeu que de représentation, plus de représrntation que de fond : courtière de banque ...
marchande de sourires .... Non, cela sent trop
la boutique cl on aurait pu en délincr patente
i1 la coquette. Toul cela n'est pas bien poc\tiqur. Mais c'esl ce rôLé rnlgairc, terre à terre,
mercantilr, Lrompeur aussi sm· la marchandise que Yend ce courtier en jupons sans
jamais la lil'rer, qui rsl déplaisant chez

Cliché Giraudon.
LEMO:-ITE\'.

f)essi11 de JlloRF.AU

L E JEllNF..

(.lfusée rania1-.1/et. )

Mme nécamier. Cette femme, qui exerce le
« métier » de coquellerie pour en tirer un
bénrfirc plus 011 moins immédiat, cri te femme
1. Ars1'ne HoussHE, !,es Femmes du temps passé.
2. Cr6 rsl cnnfirrné par i'iapolénn, rlans ,~ Afrmo,.. 105 ...

commerçante ne peut exciter ma sympathie ;
en elle, tout est mesuré, compassé .... Rien
de naturel, aucun moul'ement spontané, aucune passion surlout.... Non, une fi.,mme
comme cela n'est pas intéressante.
Lucien commence à s'en apercevoir. Il ,·cul
cependant, comme artiste, donner un petiL
air de Werther à sa passion cl, pour sa propre
satisfaelion plutôt que pour la sienne, il lui
c;criL : &lt;C Je ne puis pas vous haïr, mais jr
puis me tuer. Cc mol l'OUS fait sourire, et si
votre miroir est là, la glace répète rntrr sourire cannibale; ch bien, riez, riez, l'ous êtes
belle, mais vous ne pouvez même pas mesurer
de la pensée la forer de mon amour. de ma
f'rénésic, de mon m1I. ll
Son mal, il le prenaiL main tenant en palienrc. Las drs roueries commerciales de la
C( banquière &gt;&gt; , Lucirn te l'emoya promener li .
Il fit bien : elle ne méritait que cela. JI y mit
toutes les formes de la courtoisie, relevé!' par
de tendres et désespérés propos, et réclama
ses lellrcs. Il n'acceptait pas l'amitié telle
qu'on la lui proposait el déclarait ne poul'oir
s'accommoder de cc sentiment après ceux
qu'on avait fait naitre et excités en lui jusqu'it
l'exaspération. &lt;&lt; L'obligation que vous avez
prise de ne jamais écouter une déclaration
d'amour de \'OS amis Yous rcndra-t-cllc heureuse? J'en doute. Vous rnus faites une cliimère cl \'OUS rous prosternez del'ant un (sic)
idole que l'Ous avrz créé, et mus sarrifirz à
rel (sir) idole 1·otre honhcur cl rrlui dr. \'OS
amis. n
On en rrsta là. La correspondance n'all:i
pas plus loin. Lucien insista pour qu ·on lui
rendit ses lellres. Mme Récamier ne rnulut
pas s'en dessaisir et c1 à mon tour, dit Mme Lcnormanl, je les garde comme l'irrécusablr
Lrmoignagc de sa l'Crtu. n Arsène Houssaye a
di L, à re propos : &lt;c La vraie vertu ne prend
pas tant de soucis 1 • 11 Il a bien raison.
Mme Récamier, il faut le reconnaître, étail
une femme hcauroup plus positive qu'on 1ù
voulu Ir dire. Pratique, sèchr de cœur sous
des apparences de bonté rt de doucrur qm'
sa beauté rendait enchanteresses, il es t fatilc
de découl'rir sous chacune de ses actions 1111
intérêt personnel plus ou moins immédiat. Je
sais que cc n'est pas ainsi que le monde aime
11 se la représenter, et le monde, comme les
gens pris indil'idurllcmcnL, ne ,·cul pas qu'on
renl'crse ses idoles. Les études publiées jusqu'à pré.sent su r celte illustre femme ne sont
guère que des amplifications de rhétoriqur
sur sa beauté, sa bonlé, sa grâce .... Ce sont
les litanies de Mme Récamier, cen•c~t pas son
histoire.
li y a un point il retenir dans l'aveu de
Mme Lenormant qu'on vienl de lire, c'est r1uc
les affaires de M. Récamier n'étaient déjà plus
bien prospères dès l'année 1800 ', puisque le
fait si insignifiant et si anodin en lui-même
de repousser l'amour de Lucien Ilonapartr
&lt;&lt; serai t gravement compromettre et peut-être
ruiner sa maison dr banque. 11
L'idylle entre la belle J ulielte et Lucien
1·ial, qunnd il dit que, en 1806. il ~arnil M. Récnmi~r
«

en faillitr rlPpuis longlcmps ».

.

�.. -

.M.JfDJUŒ

~ÉC.Jl.M1E'R,

111STO'R._1A.

clic l'était physiquement, Mme Récamier
nanl pins qur jamais ~a houcbr en cronr.
recevait cl flattait ces aimables familiers.
Pnl un épilogur cl, pour 1ous les deux , il PÎ1l
- Nommons donc ccl te plus belle des
C'était toul simplement parce qu'ils pouvaient
élé désirable qu'il n'y en eût point. JI rsl fèmmes, disaient Lous les con\'ives.
la servir. Voilà à quoi se réduit, au vrai, ce
1msihle que Lucien, dans le dépit de n'avoir
Eh bien, messieurs, c'est la Pai:d ...
pas réussi, furieux aussi de ce qu'on ne lui la paix rruc nous dé,irons lous, n'est-cc qu'on a appelé son élévation de sentiments.
son dJsir patrioli que de ra pproehcr et réconail pas rendu ses lettres, ait trailé sél'èremcnl
cilier les partis. li faul reconnaitre qu'elle
dcrnnl ses amis les manèges de Mme Héca- pas'?»
Lucien, qui a écrit l11i-mèmc celle petite
mit'r. li est probable qnr celle-ci eut \'Cnl de histoire, l't qui dit que beaucoup d'autres avait un tact Loul parliculicr pour faire vivre
,t&gt;s propos. '1'011jo11rs csl-il que, par repré- anecdotes coururent dans ce tr mps, pins i1 c·hez elle en unr bonne intclligencr apparente
sailles sans donlr, Julicllc conla à ses fami- l'honneur dr Roméo qu'à relui de Julicllc, des hommes de tendancrs plus que con traires:
liers la passion qui ~·é1ail allumilr dans le ajonl1' que li' to:i.st fui accneilli Lr1•s gaiement la société n'était alors composée que clc
e::eur du minis! rr ile l'i ntfrirnr. Elle les r l très sincèremenl, exccplt; pe11L-êlre par pièces et de morreaux rapportés qui ne brilamusa &lt;le srs fautes de goûl cl, pour les \1 me n~camier. Il s'amusa à jouir de sa laient pas précisément par une bienveillance
amu srr aussi de ses f:rnlrs dr français el décon1·ennr el il ajoulr, en guisr d'excuse, excessive les uns envers les autres. Mais,
d'orthoµ;raplic, elle lrur montra ses lcU.rcs. qu'il cropil arnir cc jour-là le droit d'humi- chez lfmc l\écamier, chacun mrllait du sien
Ses amis ne se &lt;'rurent pas lenns à plus de lier sa coquetterie 1 • Ce n'csl pas moi qui pour faire régner unr bonne harmonie, toudiscrétion qu'elle et racontèrcnL partout !l's dirai le contraire. Mais Mme Hécamier pnl. jours ~i désirahlt&gt; dans Loule réunion, et c'est
épisodes amoroso-liltéraires de celle corrcs- se rendre complc qur le métirr qu'rllc fai~ail bicn _plul!IL ces hommes qui méritrnl d'èlrc
pondanre. La chost' vinl aux orrillcs de Lucirn d'(\trc la plus belle frmmc dr Paris n'allait loués que cPlle chrz qui ils ,c rencontraienl.
lln se rappelle que IJarèrc était lié avec ~l. et
dont l'amour-propre l'ul piqur au l'if' : il pas sans quelques incorl\'t'-nirnls.
)lme Bernard . Ils lui avaient de grandes oblicondamnait l'orl les indiscrt' Lions quand cc
gations. Mroc ntka miL•r était avec lui, comme1
11·,:Laicnl pas les siennes el qu'elles se faisaient
On a di t de fünc l\!:camier qu'elle omrit
h son préjudice. Aussi, la C'olère r ffaç,ant son salon &lt;( 11 toutes les opinions et à loules avec tout le monde, en l,ons termes d'amilié
tonlc trace de sympathie, Lucien se promil les classes de la sociélé, avec celle dilférencr cl il ,·cnail quelquefois lui demander à diner.
Un jour qu' il s'était trouvé 11 table à côté de
de prendre sa rel'anche.
que, n'cnlrnd:mt rirn à la politique. rlle ne
La Jlarpe, cdui-ci qui, malgré son caractère
L'occasion ne larda pas 11 s'en pr,:senter.
cherchait qu'à rapprocher les partis!. l&gt;
épinen
x, n'appréciait rien tant que les bonnes
Le fameux Ouvrard, grand brasseur d'alTaires
c·esl infiniment trop dire. Mme Récamier
dont la maison était aulremrnl importante ou,-ri Lson hùtel it tous ceux dont la préscnre manières depuis qu'il avait mis son bonnet
que la maison Uécamicr, donnaiL un jour une pouvait llaller sa ,,anilé, dont l'inllucnce pou- rouge dans sa poche, alla, après le diner,
ft!tc, comme il en donnait souvent, à sa vail l'aider 11 établir la sirnne. Son salon arnil s'asseoir à côté de Mme Récamier. &lt;( Di les-moi
somptueuse demeure dn 11aincy, ancienne élt'·, pour commencer, plus mondain cl fri- don&lt;', chère madame, auprès de qni \'Ons
habitation du duc d'Orléans, qu'il avail ache- vole que politique, malgré la signification m'avrz placé à table : il csl impossible de ne
t&lt;-c comme lJicn national. li y avail ce jour-lü qu'aurait pu lui donner cl que lui donna un pas voir au Lon, aux manirrcs distinguées de
nombreuse compagnie. Une rinquanlaine de pc11 plu s tard la prt'.·scncc d'hommes comme cc monsieur, qu'il est un homme de l'anciPn
conl'ivcs était•nt assis anlour d'une lahlc mer- )lorcan, comme les drnx Montmorency , régime.... l&gt; La jeune lemme se contenta de
vcille11semcnl srrric : c'étaienl, pour la plu- comme Bernadolle.... Si elle n'entendait rien répondre, avrc un gracieux sourire : u .Il' ne
pari, des ,:pa,·es de la société directoriale, le à la poliLiqne proprcmenl dilr, elle cnlen- ~ais p:is.. . e'rsl un correspondant de mon
monde finances, le monde de Mme 11écamicr. dail à meneillc celle petite politique de salon mari .... Il rn vicnl Lanl que je ne puis nw
Ccllr-ci, plus en heaul r que jamais, trônait it au moyen de laquelle une femme bcllr, on rappeler le nom de chacun". » 11. de La
la droite dn maitre de la maison, qni avait à réputée telle, avec un peu d'inlrigne, avce llarpc ne pou1·ait s'imaginer qu'on p11t êlrr
sa gauchc.Mmr 'l'allicn, sa maitresse. Lucien pins d'ambition que d'cspril , plus de snn- r1\publi&lt;·ain, el a\'Oir bonne éducation rl
llonaparlc étail assis juste en face de cc joli plrsse que &lt;le dignilé, sait ,ital,lir son r mpirc lionnes manières. llcauco11p de gens en ,:taienl
~roupc. Lr repas a,•ail ét1; forl gai. Chacun
(•J1C0l'C li1.
snr les hommes de son tl'mps.
Est-il besoin de dire qur. si la plus grande
avail l'ail honneur de son mieux à l'hospi\'ile lassée dn go1H de la parure, tic cr
1.alité de l'opulent fournisseur, qui savai t go1'il exrlusif qui réduit tant de !'cmmcs h liberté régnait alors c·ht'Z )(me T\écamicr, le
1·erc,•oir en vérilalilc grand srigncur. Toulrs l'état peu enviable pourtant de mannequins à meilleur ton y régnait encorr plus? Son salon
IPs langues se déliaicnl grâce aux vins géné- 1oilcttcs, Mme Hrcamier a"ail com pris que ce peut même être considéré comme le premier
rr ux drs cavrs du Haincy. Un des convi\'es, goù t ne prut convenir r1u 'aux sottes. Et elle d'oit l'urenl bannis, en rnèmc Lemps ~1ue les
11uc les hcaux yeux n'enivraient pas moins avait la prétention, assez jnstifiéc d'ailleurs, gens à grosse joie, ces vieux mots à la gauque Ir ,·in d1) Cham pagnr, proposa de boire de ne pas êlrc dn lroupcau. Elle cnlrel'il. loise qui, avec leur allure librement rabei1 toutes les jolies femmes pré,cnles. On but vaguement d'abord, que sa hcanté, que sa laisienne, avaient encore cours dans le monde;
donr. lln antre s'al'isa qu'il ne serait pas fortune pomaicnt lui faire jouer nn rùlr. il fut le premier salon comme il fan!, ainsi
galanl d'oublier les jolies lrmmes absentes Celte pensée tint son intelligence en é1·eil. qu'on l'entend aujourd'hui, et les conversacl, parmi celles-là, celles qu'on aimait. On
Elle devint une habile, attend il les l\vénements tions n'y rappelail'nl nullement celles des
rit, el on but aux ab~cnles. Lucien Bona- cl ne négligea rien pour asseoir sa puissance diners de )Ille Quinault; si l'on y discutait
les pièees. nouvelles cl les actrices, comme
parte, qui ne perdait jamais pied dans son
11ais,anlr.
admiration ponr les frmmes, - il n'ypcrdait
Évidemment, dans les temps incrrtains du l'on discutait sous Louis XlY les sermons cl
guère que la tête, - ne la perdit pas cette Dirrctoirc cl du Consulal, où ron ne sa,·ail les prédicateurs, on n'y parlail guère de polil'ois. li se leva à son tour. Ne buvant jamais quel serait le gouvernement de demain, il tique : on était trop près encore drs éréneque de l'eau, il avait 1011l son sang-froid. Il élait adroit à Mme J\écamier de r('unir chez ments brûlants de la J\érnlution ! Toutes les
porta sa coupe it hauteur de ses yeux : 11 Je clic les hommes les plus en vue de tous les femmes, même celles de plus d"esprit que de
rn11s propose, moi. dit-il, de boire à la plus partis. On l'a heaucimp louée à ce propos. On vertu , comme Mme llamelin , semblaient subir, chez Mme Héramicr, l'inlluence de c,ellc
belle des femmes! l)
a eu Lori. A y regarder de près, elle ne
Mme fücamier rut aussitôt le imt de Lous mérite pas d'ètre si vantée. Cc n'était nulle- atmosphère discrète, anglisée, mais pas lrrs
les regards. Raric de ces sufTragcs muets qui menl par largeur d'idées cl bicnwillanlc amusante, que créait sa manière de parler, 11
faisaient triompher sa branlé de crlle de tolérance qur, neutre en opinions comme voix basse et derrière l'érentail : clic avait
Mme Tallien sa voisine, ravie aussi de voir
2. Louis L,coun, G1·a11rl mn11de cl .,o/m1.ç politiq ne le frère du Premier Consul ne lui lenail
1 . .lu~r., J,wien Bo11aporle rl srs mémofre.,, 1. T.
que.• r/P l'ari., , p. 76.
pas rigueur de sa propre rigueur, rllc &lt;! haissa p. 2Rll. - /lnnapal'lf' el s011 trmp.~, t. Ill , p. ~2ï.
~- füRi:Ri:, Mrmnire.,. t. 1, l'· 1:-.!'I.
mod rstrment les yr1n rn rougissan t ri tom- 11ntr.
..,

t(X) ...

MAllAME Jlf.&lt;'AMIER F.T Al.~OA\IF. TAI l IE'i _

.. , .

T II

/ J\

rncllé Panajo11 frt rcs. Bordeau,

a . enu , " hRGrr:nrm GimARP el BorLt.Y. (Jfusee de l?o r ,lcaux .)

~~u1ours ,1'~ir de vous l'aire des confidences el Mme Récamier a voulu se donner l'honneur
Il n a_rt eta1t de vous faire faire les ,·âtres
de restaurer dans son salon les traditions
~pms que des royalistes de roarrrue fréquen~ et la conversai ion des. salons d'ancien récrirne
latent son hi\tel, il rst' hors de doute que dont elle avail 1•u un rcfirt chrz sn mi-;e, d;

.

1789 à 1792: C'était d'autant mieux imao-iné

~u~ les royalistes, émigrés rentrés et aut~es

cta,cnl
en grande partie ruinés ct ne pou-'
.
nient songrr à avoir de ·salons• • C"t
e /li·1 sur-

�1f1STOT{1A

_ _ _ _ _ _ _ __;__ __;__ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,J

tout une excellente manière de régner. Et en
ne recevant que les hommes les plus connus
ou portant les plus \·ieux noms, son règne
devenait clTt!ctif en toul : elle n'avait qu'à
dem:mdcr une chose à quelqu'un temnt de
près au gournrncment; pour que celle chose
fùt faite à l'instant; si elle recommandait un
homl]le pour un emploi, il l'obtenait aussitôt.
Elle n'était pourtant la maîtresse de personne.
~lais, par ses savants man;•gcs, elle devenait
,me puissance, nullement occulte, formée
r·cpcndanl. de mille liens iuvisibles, insaisissables, qui n'en existaient pas moins et n'rn
élairnl que plus forls.

li serait presque impossihlr, toul au moins
l'orl dirficilc, dr faire le tahlcau exart dn
salon de Mme Héramicr sous le Consulat. Cc
l'ut 1111 hrillanl cl interminable défilé, sn
1·1'noul'clant sans cesse, de tonl c&lt;' qu 'il y
arniL alors d,, plus distingué dans la société
nomrllc en travail de reconstitulion. ])ans
crtte l'o11lc oit elle accueille chacun an'c un
cmprrssemrnl llallcur qui a fait dire un peu
jalousement 11 11,1 de ses admirateurs qu'elle
1 &lt;&lt; a pour tous une égale préférencc '• n, foule
at1 recrutement dr laquelle elle ne prend pins
qn 'un inté-rrL dr curiosité 011 d'amour-propre,
elle ne l'Oit guère que ses amis, ceux qu 'clic
appelle de cc nom ; mais rllc a pour tout le
monde les amabilités mulues cl de rigueur,
,.11r lrs acrenlur même afin que chacun, en la
q11illant, soit enthousiasmé d'elle et chante
parto11t ses louanges clans ce Paris qui ne
peul radmirrr r1nc dans sa roitnrc. Car sa
111odcslic n·esl. satisfail c qnc lorsc1ur tout
l'aris la ('rlèhre el rllr \'Cutqu'on sache qù-llc
P~t aussi modestr que hclle.
Si Mmr fü1ramicr &lt;'St dillicilr dans 1r, rhoix
ill·s hommes qn'rllr admet chez rllr, - r l
l'IIC' a hien raison : po11rquoi s'cmharrassrr
de gens Ynlgaires alors r1u'on prnl s'cnlonrrr
d'r sprits distingués ? - ellr l'est moins pour
les femmes. Ellr sr rrssrnl encorr drs libertés
de la société clc l'ancien régimr. de cellrs dL'
la HéYol nLion, d&lt;' cellrs du salon de llarrns.
1C ne lui
l)p plus, rlle est si jeun!' que lïdL
l'icnt pJ, enc01·r dt• lialayrr de chez cllP rcrlaines l'cmmPs dP la finance qni ont trop
l'ITrontémcnL Ycrsé dans la gala11tcrie. Et sa
réputation de hicnYcillancc liénéficio encore
de sa trop grande indulgence. Les intérêts de
son mari l'empêcheraient aussi de procéder à
des exécutions qu e le général Bonaparte, lui,
n'hésita pas à Jaire dans les relations cle sa
l"emme lorsqu'il del'int Premier Consul de la
Hépublique française. L'épuration se fera un
peu plus tard, mais en douceur. En allendant,
)fme Récamier a le pied dans les diverses
sociétés, assez mêlées, de Paris : mais elle ne
fait que les traverser en y laissant un fin et
Jiscret parfum de distinction, de comme il
faut , qui la fait prendre si rolontiers pour
11110 femme supérieure. Ellr a été liée aY('c les
fr mmcs les plus fril'olcs, les plus corrompues
du celle époque de transition . ~'laintcnant que
l"ord,·r ro:nmrncr i1 s'asseoir, rllc ,·a les lenir
1. r,,,néral IIE
el militaii-es.

•

'1'11111, n ,

Smwr11ir.~ di1ilm11r1tiq11eil

un peu à dislancc. Cc n'est qu'une nuance,
mais on la sent. Elle a décidément du flair,
elle se montre prudente cl parait deviner le
goût de demain. Si clic a des amis qu'elle
n'aime pas, amis d'alTaircs, de nécessité 011
.simplcmcnl d'utilité, comme le ful un instant
Lucien Ilonapartc, clic a aussi ses amis d'afÎlnité, à la fois amis de réclame et amis d'ambition : c'est naturellement ccux-111 r1ui sont
ses amis de cœur, si tant est que ,\hnc Récamier mit un peu de cc ,·isrfrc dans un scn1iment qui. rn: de l'instinct cl\1tililr, se fera
de plus r n plus en vieillissant le sec instrnmr.nt de ses ambilions et d.e ses vanités.
Comme si ses triomphes de Paris, où cllr
laisait, dans les salon~. sa campagne d'Italil'.
ne lui suffisaient pas, )lmë Récamier, pour
foire ra1onner sa gloire s11r l'Europe entière,
rN·hercha les étranger, (le marque qui l'inrent,
si nombreux, Yisiler le Paris du Consulat.
_,1: de Lucchcsini. ministre de Prusse, vcnai t
la voir tous les jo,urs. Les Busses, les Anglais,
étaient invités chez clic dès leur arri\'éc et lui
amena:cnl leurs amis, cc qui fit que l'hôte)
de la rue du Mont-Blanc eut bientôt à subir
une invasion, c'est le mol, de ces brillants
&lt;:Lrangcrs. A chacun des anil'ants, ~lmc Hécarnier disait : « Youlcz-rous voir ma chamhrc? » Et, lui passant aimablement le bras
sous le sien, rllc l'y"cnlraînait: tout cc qu 'il y
a\'aiL d'hommes présents suirait le mourement.
Ilien établie clans son règne de femme à la
mode, clic élimina_peu 11 peu de ses lundis
nnc grande partie de ses relations premières :
son influence fut dès lors assméc, puisque
les in\'itations étaient plus difficiles à obtenir.
Un bon noyau de familiers, amis s1'rs, mais
rhoisis de plus en plus parmi lrs royalistes,
Yoili1 quel fut son cnlonrage drs Ir milirn du
Consulat.
Comme elle n'al'aiL pu parrnnir it entrer rn
relatiorn, arec le Premier Consul, qu'elle r lail
hrouilléc avec Lueicn, clic voyait moins
Mme Bacciochi el n'était plus si empressée i1
inviter les généraux de la petite cour des Tuileries. Ellr se liait dal'antagc a\'cc Morrau cl
nernadollc, cc qui mettait son salon en élat
dï10stilité latcntr, presque affichée, contre le
gouvernement consulaire. Le corps diplomatique allait aux soirées de Mme Bécamier : le
Premier Consul en prit à cc point ombrage
que, sur un. avis officieux , la j eune reine de
la finance fut obligée de renoncer à ses
(( assemblées » du lundi. L'opposition n'y
perdit rien : clic se réunit chez le général
Moreau qui, nouvellement 1uarié, désirait,
al'ec sa femme, faire de son salon un cen tre
politique. Mais la brusque arrestation du
général ferma sa maison à peine ouverte.
Mme Hécamier se répandait en lamentations
sur les abus d'autorité du gouvernement qui
poussait ses inquisitions policièr es jusque
- ans les salons des plus paisibles particuliers,
et clic profita de ces incidents pour se reposer
un peu de celle l'ic loul en l'air rp1i , à la
longur, la fatiguait. C'rsl ainsi que la lyrannic consulaire lui donn a nn peu dr lihcrté.

Elle l'employa le mieux du monde. Amie dn
Yieux peintre Ilubcrt-Hobcrt, comme elle
avait su le devenir de tous les hommes remarquables, elle alla crayonner des paysages il
son atelier. « Drapée dans son égyptiennr
garnie de fourrures, a écri t un étranger qui
l'y rencontra, ses belles boucles négligemment rejetées en arrière, sa taille Ocxiblc
inclinée vers le carton que sa main charmante
cflleurait, son re;arù humide allant et renanl
dtidcssinà son humble admiratem , Mmcfücamier était assurément un joyau rxquis clnns
l'alclier du vieil arlistc!. Il
Elle ,c prit mème subitement d'11n tel goùl
pou r le dessin, qu 'elle dcman~a. à llubertHobert de lui céder une pièce attenant à son
atelier , où elle passerait la -journée entière.
Le ,·ieil artiste était lrop enchanté de son
élève pour ne pas lui accorder lout ce qu'elle
désirait, et celle;ri eut l'ile fai t de transl'ormr r
la pièce qui lui était cédée : des tentures gentiment cbilTonnécs, quelques petits meubles,
des plantes vertes et des livres, un cc lit de
repos » et un piano, Yoilà l~s outils a,·ec
lesquels Mme l'écamicr faisait sa peintur~.
C'est vers ce temps que David entreprit de
faire son portrait•. Ce portrait, qu'on a dit.
en cc temps, C( ètre resté an-dessous de son
charmant modèle l&gt;, esl au musée du Lom-rr .
La jeune femme l' est représentée étendue
sur un lil de repos, avec un délicieux ondoiement de corps et des souplesses exquises; on
ne peul s'empêcher d'admirer les voluptueuses
rondeurs ainsi mises en relief. et pourtant
cet ensemble est froid. Les pieds, quP Mme Récamier croyait a,·oir beaux et que Mérimée
traite irré,·rrencieusement de&lt;( vilains pieds ll .
y sont nus. Cc n·est pas là du bon goût, mais
cc n'est pas à Dal'id quïl s'en faut prendre.
Mme Hécamicr, qui ne marchait jamais el ne
sortait qu'en l'Oiturc, &lt;&lt; posait ll pour Ir
pied : et c'est pom cela qu'elle se fil peindre
les pieds nus par l)al'id , comme plus lard
par t:érard, - cc qui fit dire nux maurnis
plaisants que c'élaicnt des porlrails rn JJÎl'tfa .
On en parla bcaucpup. )lais on parlait
beaucoup d'elle aussi. Allait-clic il un diner. il
un bal, et elle y allait chaque jour : on se
racontait le lèndcmain, dans lous les salons,
comment était sa Loilcltc. Comme on samit
qu'elle ne s'habillait jamais qu·cn blanc, on
était très empres~é de connaitre la l'::lçon
nouvélle qu 'elle a,,ait . fait donner 11 sa robe,
i1 son corsage, à sa coi(fore .... Une de ses plus
triomphantes Loilcllcs, au dire des contemporains, fut une robe en satin blanc· relel'éc
de garnitures d'or, qui mettait admirablement
en ,·aleur son genre de beauté. On en parla
longlemps, de celle merveille, et plus d'une
jeune femme essaya de la copier. Ce fu t même
au point que ceux qui l'avaient nie en étaient
très fi ers et en Liraient al'antagc sur le paulTC
rnlgairc qui n'al'ait pas élé admis à parril
honneur.
Arce Loulcs les &lt;, assemblées » qui, chez
elle ou ailleurs, lui prenaient ses soirées el
ses nui ts, cl aYant qu e la ~uspicion dl' la

2. l\i-:11·1111:oT, Un l1il'e1· 11 l'm·i.• s011.• Ir tmi.,11/11 /.

~,. Hrproduit par l/1.•/11ria 11'l11s so11 foscil'IIIP !I.
pagr 1.

p. 2 17.

" - - - - - " - - - - - - - - ~ - - - - - - - - - - M ADA.ME
P.0Iic~ ne lui ait fait mettre un frein à une pach.. .. Chaleaubria11d, dans ses AJémoires
l'JC si. en l'ai~·• il fallait bien, sous peine de
s'éle.nd ?vec complaisance sur la prodigieus;
mounr de fatigue à bref' délai dormir toute adm1ral!on ~l les hommages qui accueillirent
la j o~rnéc, puisqu'on_ était debo1l[, qu'on Mme Recam1cr à Londres, et il est de fait
dansait et qu on causait toute la nuit. Aussi, qu'elle en recueillit encore plus que la com~~m~c les autres femmes, Mme Hécamicr tesse de Boufllers. Mme Lenormant n'a rrardc
la1sa1t-clle du jour la nuit. Les lendemains d'on_blie.~ un seul de ces hommages de ma~que,
de ~ètc, ?'est-à-dire chaque jour, elle ne se particuhcremcnt celui du prince de Galles
Ici-ait. qu à quatre heures de l'après-midi, et il parait bien, comme elle le dit, qu;
prenait son bain, se faisait habiller et si
&lt;( les gazettes .anglaises ne furent, pendant
quelque Yisiteur, irrnorant de cet usarrc se' quelq_ucs semames, occupées qu'à cm·egislrer
'~
.
.o
O '
prcsenta1l arant cmq heures à son hùtel le les faits et gestes de l'élrangère il la mode. »
suisse répondait : « li ne fait pas encore j~ur Tout cela est attesté par un témoin oculaire
chez )~~dame. » C'était l'expression consacrée l•'ranç?is ém_igré à Londres : « Pour qu'm;
pour !aire ~ntcndrc poliment aux gens qu 'ils Anglais convienne qu'une Française est belle
se prcscnta1cut trop tùt.
a-t-il écrit, il faut qu'elle le soit au moins ~
l'ég~l_dc ce que Praxitèle, Apelles, Raphaël et
Lorsque le Premier Consul préparait Je le T1L1en o~t créé de plus séduisant et de plus
Conc~rdat, sa!1~ doute pour tùtcr l'opinion beau. Eh bien, pour Mme Hécamicr, le peupll'
sur l opportumlc du rétablissement des cultes
de Londres dcnnt fou et c11thousiastc. Dans
il a l'ait décidé que les fètcs de Pâques &lt;le 180 j les salles de spectacle, dès qu'il la savait
se célébrerai~nl à l'église Sainl-Hoch. Le curé, dans une logc,dc cc moment il ne fixait plus
en les orga111sanl, n'cul rrardc d'oublier la les yeux sur le théàtrc, et tous ses rerrards
t1uêtc de rigueur. Mais qui choisir pour què- tous ses applaudisscmc11ts étaient p;ur 1~
tcusc? Quelle femme, par ses hautes relations belle !&lt;'rançaisc.
et son sa_"oir-fairc, amènerait le plus d'or . &lt;&lt; Le premier dimanche du mois de mai,
~ans_ la p1ens~ escarcelle'/ Quelle, par ses JOUr où l?ut~ la .capitale des Trois-Boyau mes
sourires, saurait le mieux faire desserrer les se porte a l,ensrngton-Gardcn, pour l'ourercordons de toutes les bourses'! ... On dit au turc de la lëtc du printemps, Mme Hécamier
curé que .\lmc llécamicr semblait toute dési- parut au milieu de &lt;:elle foule. Suil'ant la
gnée pour cc rùle, qu"cllc al'ait 11uêté pour mode fran~:aisc d'alors, elle a,·ait sur son
les 1~aur:·cs le ':W plul'iùse précédent, chez le ch~peau. un ,·o~e ~c dentelle i1 l"Jphigénie,
~!acier. (,archy;. cl. qu'elle al'ait rct:ucilli sept ,·?il: riu1 lombait JUsrp1'à terre, cnYcloppant
tents francs. \ 1lc d. alla prier Mme Hécamier a111s1 la femme qui le portail d'une cspèi.:c de
de _'Juètcr i1 son église. Elle accepta. Un émi- l'apeur blam:hc, légL·rc et diaphane. John
g_re rcn~~é,_ )1. de Thiard, fut son cavalier. La l.lull, peu courtois cl galant d'habitude se
t:1~h? n ~lait pas petite. La promenade dans mellait à genoux 1:L soulerait respei.:tuc~se1?gh~c, a lrarcrs. la foule pressée, dura plus mcnt les bords du 1011g roilc qui dérobait il
d un? heure, et 11 fallut plus d'une heure
a~ss1 po~r compter la rccellc, qui s'éleva ~1
1
111gt mdl?, f'~ancs. Mais cc qu'on ne put
~?'.n~t~r, i.: eta1cnt les cris d'admiration qui
~ clcla1cnt sur les pas de la mcrreilleusc
J~~nc f~mme et qui se lracluisircnl par des
picces d or pour les paurrcs cl des pièces de
1 crs pour la quèteusc.
La paix d'Amiens, qui fu t de ~i i.:ourtc
durée, arail été signée. Les Anglais l'inrent
alor~ en foule it Paris, et l"on a rn que Mme fléc.am1er leur faisait bo11 accueil. Quand ils
1ct'.rcnt. as~ uréc qu 'elle serait reçue non
moms bu?1 a_Londr:s, elle se déi.:ida 11 y aller
comme I araient fait Mme de Uoul'flcrs et le
beau mo:1dc parisien après la paix de J76;;.
Le nom de son mari y était connu dans le
n:iondc des affaires cl un Angl~is assure que
&lt;&lt; ses lettres y avaient le plus grand crédit
partout 0 11 elles étaient présentées ' ». 1lais
co~me cc n"étai t pas le mondé des affaires
qu e.llc se proposait de fréquenter, Mme IML UCIEN B011.\P.\RTE.
c~micr se munit de lelJrcs de recommandaLion du Yi eux duc de Guignes, qui avait été
(D'Jprès un document a llcien).
~mba~sa~eur à _Londres trente ans aupararant ,
et qm 1111 ournt la maison de la duchesse de
Derons_hirc, celles de lady Melbourne, de la ses regards la beauté de la jeune étrangère.
marqmsc de Salisbury, dc la margraYe d'.Ans- Arec une douce grâœ qui n'appartenait qu'à
1 J. ~11· Joh11 C,nn, Les Anglais en France apri's
ci JiCltJ; d'Amiens, p. 11 7.

'l. \ïcomtc ll'Atsu, Souvenirs de cinquante ans au
hu1·cau tic la ,IJode, rue du lleldcr, 2;,, il Paris, 1845.

'J{ËCA.Ml'E~ -

elle, .\lmc llécamicr se sauvait de l'cxa"éra. d
o
lion .c ces hommages, et le t:harmc 1iu'ellc \'
mettait augmentait le délire populaire•. )) •
He,·enuc à Paris aprL·s aroir passé par 1;1
Hollande,_ Mme Bécamier rendit aux Anglais
le~r~ politesses en les recevant, l'bircr 1111 i
~111Y1~, avec un empressement plus grand qu e
pma1s. Cet hiYer de J 802 i, 180;; fut cl 'ailleurs exceptionnellement mouvementé et la
sot:iété étrangère contribua, pour une laruc
part, 11 l'éclat et 11 l'animation de toutes l~s
fètcs.
Cc _Lemps l'u~ le plus hrillanl pcul-èlrc de
la lmllantc cx1slence de Mme flét:amicr cl
elle voyait affluer chez elle, outre les plus
grands noms de l'époque, les ministres de
Bonap~rle, cc qui, parait-il, fit dire un jour
arnc hn.meur au Premier Consul : &lt;c JJepuis
lJ~an~ le conseil se tient-il chez Mme Hécam1er•? )l
CHAPITRE IV

. Che_;,; les rép~1blicains rurnruc rhcz les ropltslcs, _011 rnya1t que Bonaparlr marchait au
pou,·ou· absolu : la suppressio11 du lrilrn11al
l_cs_mes~res r&lt;'stri~tivc_s de Ioule liberlé 11uïi
cd1cta ~es sa 11om111al1011 de consul ;1 Yic, le
montra1c.11t 1•11 Loule él'idcm:c. Et pourtant 1"011
ne p~11sa1t pas cc go11 l'l:rncmc11L durable. L&lt;·,
royalistes surtout, qui se rallii·rent loul d'alJord moi1_1s facilcme11L que Irs républicains ii
la .~r rau111c de B~11aparte, saus doute pari.:c
11u ils ne la crop1c11t pas riablc, arnie11t fait
partage r leurs cspéraurcs ù Mme Héi.:amicr.
Le moyeu de 11u pas croire des ~lo11lmoreur1
quand ils rous n;p~lc11I. rhar/11 e j1111r : &lt;&lt; Cl'I;,
1w durera pas ! ))
.. La i.:_onvictio11 '.IIIC &lt;t cela &gt;&gt; 11e durl'rait I'"~,
J0111lc a sa l,romllc al'l'C Lut:icn :1 f'e, 1·1 ( [Ill·
r_c11a1t de f'rappcr Mme de Staël, ù l'anc~taLIOII de M. Bernard, arail 1111 peu éloi"lll;
~In~c _H~camicr de la f'arnille HonaparLC'. Son
111t1n11tc avec les plus l'ieux noms de la I ieill ·
Fr~ut·c, i11timit~ qui la flattait au delà de r~
'Il'. 011 P.cul ero11·c, i1 si pcti le dista11cc de la
llcrnlut1011
d.C
,
. et dans
. . u11 .lemps où uuc Ji.,ue
r,
dcmarcatwn cx1sta1L, si r,"i'all{lc, cnt,·e l·i• 110 IJ1esse el la Lourgcoisic, tendait aussi à l"éloi~n,er _de ce parl'rnu de la rictoirc i1u'cllc aurait
c~c s1 h_curcuse, il 1_1·y arail que peu de moi ~.
d embrigader parmi ses adorateurs. jussi son
état d'hostilité latente del'ait-il s'accentuer
c~1. 1804, 9uand Bonaparte, tranchant dans Je
~-1! , s uppm~a œ qui pouvait rucltrc obstacle
a sa volontc cl se fit cmpercm.
Mme Récamier , avant ce moment, se mèlait
~111 y eu d~ po!itique. « M. de ~foutnioreucy, a
cc1·1t Bc11Ja1~111 Co11slanl, imagina de lui t:011ficr ses csper:111ces, lui peignit le rétablisse~ncnt .des Bourbons sous des couleurs propres
a excller son enthousiasme cl la charrrea de
r~pprochcr deux hommes imporlants alors c11
l&lt;ranc~, Bcrnadollc et Moreau, pour voir s'ils
poura_1eut se réunir contre Bonapal'tc .... Tout
ce qu~ offre il une femme le moyen d'exercer
sa puissance lui est touj ours agréable. Il y
•

'

.

A

3~ C11~TEAt~m,~o, .llé111oires d'outre-tombe 1 !Y
p. .,99 (cd. Oiré).
' '
'

�,
r-

111S TO'J{lA

----------------------------------------.#

Lous les jou1·s. luLriguéc par ces sorties joura rail d'ailleurs, dans l'idée de soulever conlrc accoutumés. Les yeux levés au ciel al'ec u11 11alièr1Js 11 heure iixc, Mme Hamelin voulut c11
le dcspolismc de llonaparlc des hommes air indélinissable de pitié qui la rendait bien saroir le poun1uoi. Si clic ne s'abaissa pas
imporlanls pa1' leurs dignités cl leur gloire, plus jolie, 1111 geste d'impuissance navrée, jusqu'à suirrc ou faire suivre son amanl, t·c
quelque chose de géuércux cl de noble qui Lellc éLaiL sa réponse aux. allusions l'Oilécs n'est assU1·émenl pas par délicatesse; 111ais
dc,ail tenter Mme l\écamier l&gt; . Il y arniL sur- qu·on se permellaiL d·y l'aire. Et la couvcrsa- clic imagina un moyen l'o1·L 01:iginal de lixcr
loul sa ranrnnc de 11 ·al'o;r pas réussi i1 cir- Lion rep1·cuait sur les menus !'ails, moins ses inccrLiludcs. Elle pria Montrond de lui
conrcni1· le Premier Consul : les propos de compromellanls, du jour. Un ltti disait que prèLcr un jour son phaéton cl ses chevaux.
MM. Adrien cl Mathieu de Mo11lmorc11cy flrenl son portrait se LrourniL chez les marchands « C'est un caprice, dit-clic, mais je Liens
d'estampes, le visage à demi voilé, à côLé de
le reste.
celui
du Premier Consul. Elle so11riaiL cl ré- ahsolumcnl 11 le satisfaire, - comme les
L'arrcslalion inopinée de Mornau l'inl jeter
autres. - )lais, mon amie, rnus n'y pensez
la terreur parmi les familiers de Mme Héca- pondait ingénument &lt;1u'cllc l'avait d,:jà 111. pas: cc n'est pas possible, j'ai hcsoin de mes
micr. On craignit que llernadolle, tJ 1LÎ avail M. Mathieu de MonLmorc11cy parlait alors du chel'aux. - El moi aussi! ... &gt;&gt; Urcl', clic l'ul
eu, dans le salon mème de la belle Juliellc, porLraiL de Bonaparte qu'on YOpiL partoul, si insinuanlc, si impérieuse plutùL, qu'elle
des entretiens où Lous deux conspiraient contre l'épée dans une main, plantant une croix de oblint gain de cause.
le Premier Consul, ne fùt également arrèlé. l'autre main, cl la Foi lui préscnlanL une
)[me llameti,1 monle donc dans le phaéton,
011 ne savail pas que le msé gascon avait, au palme. Et cc dérnt n'admellait pas que la Foi prend les rèncs, fouette higèrcmcnt les chcdernier momenl, pris ses arrangements arec pùL présenter de palmes à d'autres qu'à des 1•aux. el les laisse aller où ils veulent. Ccux-ti,
Bonaparte. Mme Hécamier c1·ul même (p1'elle llourbous, oublia11L que le comle de Prol'cncc habitués à faire chaque jour le Lrajel de la
serait iuquiétéc. li n'en fuL rien. Elle reprit rt le comlc d'Artois avaient scandalisé la rue Blanche i1 la rue du Monl-lllanc, le l'ont
alors courage et ne craignit point de s'aîûcher. France par le délJordcmcnL de leurs vices et rnmmci1 l'ordinaire cl s'arrèlcnL d'cux-mèmcs
Elle p1ssait ses journées chez )lmc Moreau; de leur irréligion. li concluait en demandant devant la porle 11° 7. C'était, com111c on le
clic alla au procès du général: celui-ci, l'apcr- it )lmc J\écamicr si clic conlinuaiL it aller it sait, 1'11ùlel Récamier. « Ah! ah! · dit-elle,
ccra11l, se lcra, la salua, cl clic lui rendit so11 l'église et elle répondait qu'elle allait Lous les c'est donc ici : je ne suis pas l'.\cbéc de le
salut. Lorsqu'il sortit de l'audience, il put matins ü la messe. li lui adressait malgré cela s:irnir. l&gt; Celle aventure, racunléc par le géu11c pclilc inslruclion édi{ianlc. l'n Allemand
111è01c lui dire quelques mols.
néral de llonncval dans ses Alémoires, est
récenrnrcnL
anil'é it l&gt;.1ris, distingué par son
Le Premier Consul c11 fut a, is1:. li c11 Lérnoirapportée par le général Thiébault dans les
g11a de l'humeur et Cambacérès c11l'oya i1 la esprit cl par ses écrits, )1. de Kotzebue, rc- siens, mais al'eC quelques variantes. Les deux
jeune femme un lJillcl l'c11gageanl it 11c pas nourclail 11 la jeune femme l'assurance de récits prournnl donc que les visites de M. de
retoumcr 11 l'audienre. Elle s'c11 consola en son amour; il la priait de lui pcrmcllrc de )lonLrond i1 )lmc Hécamicr donnèrc11l tout au
l'accompagner dans des excursions idylliques
allant consoler Mme llorcau.
moins i1 jaser. Mais poun1uoi l'illuslre paC'était fort bien. En faisant abstraction des it la campag11c, cl l'on décidait une visilc aux tronne de toules les coquettes passées, prémobiles intéressés dus it l'inllue11cc des )lo11L- Lomucaux de Sainl-Ucnis, oi1 il aurait Loul seules cl [ulurcs accucilliL-ellc )[. de ~lontrond,
morcncy qni l'araient comcrlic aux espérances loisir de continuer sa déclaralion. Benjamin l'ancien mari de Mlle Aimée de Coigny, h·
royalistes, en l'aisanL également absLraclion Constant, nouvcllcmenl présenté dans la mai- l'ulut· amant de la p1·inecsse Pauline? Eb !
des rancunes toulcs personnelles d'arnour- son, railleur cl amer parfois, mais spirituel mon l&gt;icu, tonl simplement parce qu'il éLaiL
pl'oprc qu'elle pouvait avoir contre Je Pre- toujours, excepté e11 conduite; le général le mauvais sujet le plus estimé de son Lemps,
mier Cow,ul, il faul louer Mme Hécamicr de Sebastiani, donL tout l'esprit se uomaiL i1 qu'il prol'cssait 1111 profond mépris pour les
11'arnir point abandonné ses amis dans l'ad- paraitre en al'Oir, cl dont les cfforls ne mon- femmes, crue les femmes adorent les mauvais
versité. li y a1 aiL alors courage it le l'aire, cl traicn t que le vide cl la fatuité; quelques sujets cl ont une prédilccLion pour qui les
la làchelé csL Lrop la règle du monde cl des jeunes gens, qui ril'alisaicnL arec le général méprise.
heureux. pour qu'on ne signale pas baule- sur cc poinL cl que Benjamin Constant trouQuoi qu'on ail pu dire des relations de
menl la belle conduite de la f)cllc Julicllc en rail &lt;! par trop ricaucurs et l'l'aimcnl bêles l&gt; .•.• M. de )lontrond et de Mme l\écamicr, la répuCc cercle étaiL cepcmlanl fort agréalile.
celle circonstance.
laLiou de celle-ci n·cu l'uL poinl endommagée:
Le Lemps n'avait pas encore amcué l'apai- )[me llamdi11 s'y ruontraiL plus rarcrncnL, se il est des situations dans le rnoudc (1uc ric11
scmenL chez Mme Récamier cl chez ses amis scnlanl mal I uc dans la maison depuis que ne peul aLLcindrc; il csl aussi des gcus qui
à la suite des condam11atio11s qui furent l'épi- Mme llécamier semblait ne \'ouloir plus ou Hir peul'enl Loul se pcrmcltt·c el i1 qui l'011 pcr mel
logue du procès de Moreau, ttuc l'cxéculio11 sa porte 11u'à des personnes pas lwp tarées, Loul.
du &lt;lue d'Eughicn 1i11L raviver les rcssculi- depuis surtout &lt;1'1 'elle a l'ail pris pour direcEl cela ne l'ait pas grand honneur à l'iurmcnls de la jeune femme. Ces ressentiments teur de conscience celui ttue, dans sou cercle, partialitt'• des j ugemmlls 11i à la droiture de
étaient toujours affaiblis par la sourdine du on commençait à appeler, mais à voix basse, caradèrc des gens du monde.
comme il faut, qui ne lui permellait pas de sainL )laLhicu. Aus,i )hue llaruclin, dcl'anl la
s'indigner au defa d'une certaine 111csurc rcligio11 de fraiche date dont 011 paraissait l'aire
Ccpcmla11L l'Bmpil'C arniL élé proclamé IL'
p~rmisc par l'éliq11ctlc cl k code des salons. parade 111ainlcna11l i1 l'hùtcl de la rnc dn ,~ Ill,IÎ L80 'L Le coul'Ullllemcul devait a l'oir
Des seuLimculs cutiers, bien tranchés, ne so11L )lont-l31anc, ~011gca it tirer l'engcancl' d1•~ lieu le ~ déccrnlirc de la mèmc année. Sans
pas de mise dans le monde ; les haines y petites rno1·Liliratio11s que rl'ltc l'a11taisic lui alleu&lt;lre celle l:érérnouic, l'empereur al'ail.
cloi1cnl èlrc édulcorées, comme les ,tuiours, l'ai sa.il ess uyer.
t-réé sa rnaiso11, celle de lïrnpéralricc, celles
fünc llarucli11 rr'élaiL pas nue p~rso1111c i1
cl Loul Cl' qui s'élèrcrait. au-dessus d'une
de sa mère cl des v1·i11ccsscs ses soiu rs. 'l'ont
lllédiocrité ru111·c111tc cl de lJOII ton, scrnil mal ,1dmcllrc chez soi : le scaudalc de ses liaisons cela arnit jclé une graude émoLion da11s le
rn. De lit le nnnquc d'origi nalité de cc peuple c11 a1·ail l'ail 1111e nranière de fcu11nc g-alanle. monde des salons. Chez Mme Bécamicr comme
mondain, où chacun prend modèle ~111· la con- M. &lt;le )lonlrond n'aurait pas &lt;lù non plus èLrc ailleurs, on commentait, après les couséduite du rnisin el dcl'icnL la banale copie d'un accueilli par d'honnètes gens. Ces &lt;lcux èlrcs &lt;'1uences c1uc pourrait a,·oir la rupture de la
ètre neutre, faclice, dénué de Loule personna- Yiraienl ensemble, rue Blanche, de ressources paix. d'Amiens, les nominations !'ailes aux.
lité, de Loule l'igucur, de Loule pass:on, - dé inarnuablcs. Lassé sans doute de Mme Hame- Tuileries. On s'étonnait de quelques-unes
celle du Lral'ai1 surtout, - dénué en somme lin , M. de Montrond, 11ui del'ait plus Lard se d'culre clics. Mme Récamier l'ut bic11 plus
de touL cc qui est l'houucur ul la grau&lt;leur de faire rcmcLLre si jolimc11l it sa place par la étonnée, uu jour, lorsqu'elle culcndit Fouché,
duchesse d'.\urantès, s'al'isa de courti~er ministre &lt;le la police, qui était de plus eu plu~
l'homme.
Malgré les él'(;11emc11ls voliLiques trui ,e- )lme Récamier. Arec ;.a bienveillance habi- assidu chez elle el lui rendait mille service~
naient de s'accomplir, Mme Hécamier conli- tuelle, celle-ci se laissait faire et, insensible- vour ses amis, lui demander une audience.
nuail à recevoir al'CC sa gràcc et ses sourires wc11l, le faL avait pris l'hauiLude de venir
.,. 110 "'

____________

M ADA..ME

](ÉCA..MJER,

E~\c répondit, eu rianl, par une i111ilaLio11 it t:~alcmeul. Celle chulc n'était donc l{UC l'al'Cc n'e~l pas possible, 'il y aurait scandale.
deJeuncr pour le lendemain.
la1rc de quelqu_es m_ois. Co peu de patience
, - Et_pourquoi me faiLes-rnus la grùce de
l•'
uh'f
·
. . 0 c c . ut cxact.,.U c~mmcnça par dire it encore cl le ro, reviendrait. Arec des amis Ill en Cl'Oll'C exemple'/
l,t Jeune lemme qu il deplornil siucèrcmeirt tel_s que ~eux qu'elll' arniL, b Monlmorcucy,
. - C'est fo1t di1Iëre11L. Vous èles aussi
el'llc apparcHcc cl'oppoûLion donnée i1 8011 1c~ (,amo1~nun, cli; ... ' r1uclle haute situation
1~u.11c l{UC L~l~les ces jeunes femmes, mais
salon par les _anciens émigrés qui en étaient Sl'ratl la SIClllll', à la corr r du roi léniti111c 1
" . [Ml , olm posll1011 ~ans lr monde depttis rotre
le ~oyau. _li aJouta que, si clic
m~riage, votre réputation t•st
a,·ait ,ra1mcnL un sentimcnl
~aile,_ et elle csL parfaitement
d'hoslili_Lé ~onlrc l'empereur,
l',Lablie, et pure, cl intacte ....
clic scra1L bren ingrate : 11 ·a, ous pourez donc èlrc l'amie
vait-il pas rendu ~[. Bernard
de l'empereur, car c'est une
son père, ü la libcrtt·,? S'il aYai~
amie
qu'il lui faut, el non une
1·oulu laisser la juslice suiYrc
maîtresse.
so11 _cou rs, qui sait cc qu'il l'n
r&lt; EL en parlant ainsi, l'homme
sc1:aiL ad1·cm1? De plus, celle
pcrrcrs aLLachail sur clic dcu 1
atllludc était peu habile car
pcliLs yeux qu'il diminuait enl' c1:1perc~11· ~taiL LouL-puissant
'
corn
en les clignaut pour mieux
cl 11 ne lalla1t pas l'indisposer.
contempler les formes el le vili conclu.t en recommandant la
sage de l'.t Psyché, avec sa puprudence.
deur _naln·c el sa ra,issanlc exMme llécamier, qui ne s'atpression.
tcmlaiL ni it celle mercuriale ni
- Je connais les besoins d11
it c_e~ ~onscils, protes La CJU ·on
c~~r de l'empereur, pourwine la1sa1L pas de politique chc1,
YJL-il. Je sais qu ïl csl malclic, mais pom,1il-cllc cmpècber
l~cureux _de n'èirc pas compris.
ses amis de porter des rionrs de
::iouvcnt rl don11l'rnil te~ hcurl's
T 0.1113EAU ~.LEl' I; 1•,11( L t;CIE:-1 B 0NAPAR1E •I SI
rarn:ien régi111c '! On a l'ait tort
' • fElll!E
• •
, Ut\"S
.,
LL. l'ARC lJ(;
de ses I icloircs, de cC's l,rnYraimcnL de l'Oir lit des intenPLESS1s-C11A.l(Aè,T. U,1près le Jcssi11 \ le Co ~·sT.\NT l )ÙUl(Gl::01~.
'
yantc~ acclamations qui 11 'étions sédiûeu~cs.
luurd1sse11l que roreillc ,ans
. Quclt1ues jour~ aprt'·,, le 111i.
. atteindre l'iuue, pour &lt;Juclqncs
ruslrc de la police rel'inl it Clichy et, se pro- Elle y au rail ccrlai11c11rn11L u11 lahourcl co111111c 111111 ulcs d une conl'ersaLion
. · l e, pour
·,
,1m1ca
m~uanL, dans le parc arec la jeune l'cmmc, il les d ucbcsses !. .. »
'
&lt;(Il?lqucs paroles d'une douce confiance. EL
lui _confia iiuc l'empereur lui aYait parlé d'elle
Ces ,d.iscour$, d'autres a11~si, déterminaient pws il esL las de ne pournir passer un jour
c~ il ~a nut pour ainsi dire en demeure de )lmc hcc..11nic1· à la prudencl', mais pas daus sans des scènes d'une odieuse jalousie. T~ur_s c?hqucr sui· les sèn~imcnls cru 'elle pouvail le sc_ns où l'culemlait Fouché, et elle rejeta mc11Ls qu'_il n'aurait pas dans une liaiso11
,11011 pour l~ souvcram. Sans trop écouler ccrlai_nes pensées ambitieuses sur Jesqu~llcs 1:u.rc ~~ sa1_nle comme telle 'l ne je , oudrais
cc i1u clic llll racontait de l'impression fc\- sa d lo~lc du logis ll s'éLaiL déjà rl'posée a1Cc IOH' s clablrr entre vous.
chcusc que lui al'aienl causés l'exécution du complaisance.
- )fais, oLjectait )!me Récamier , ui
duc d'Enghicn, r cxil de sa chère amie Mme
.:\ qurlr1ues ,jours de li1, l'ile l'ut iuvilée i1 du rcs,c,
' 11 ·clarL
· · pas tu
1 loul convaincu!'
1 '
~~ Staël , ~clui du général Moreau, Fouché ~cJcu11cr chez la pri11ccs_sc Caroli11c, sœur de co111,1_11cnt, _po1'.l'ez:10us m'assurer que ce),;
l 111terromp1L brusquement :
l,cmpcreur, it Xcuilly. Elle y lroura Fouché. co1111endia1t
. t,.,_
.
•
•
. a l t'lll Jicrcur , :,1 1,-1mpcra
- Cc sont lit des bètiscs, dit-il. fous avez hn sorlanL &lt;le labll', 011 alla se promener dans cc 1.. ·: L~t puis, mus le dirai-je'! j'aime ma litort de prendre celle allitudc hostile. Yencz le parc.
Lertc.
~ra11chc~ent à nous cl demandez it l'cmpc. ~Ja_is _écottlons là-dessus u11e eliro11itp1cusc
~ - Mo11 Uit:u, vous l'auriez! Oui ious pari&lt;'
1,~ur (Jll ri vous nomme dame du palais de IJ1c11 rnlorméc 1 :
de !.ure ccL
cnnu,·cux
scrr1·cc ·1• Vot1s Sel'ICZ
. I'a
•
J
1~mpéraLricc. c·~sl lit ,·olrc place. Pensez-y
« Le ministre de la volicc, collln1c par corn.me Jamie de l'impératrice, niais su1·to11L
lncu, dans_ voll'C inlérèt comme dans l'inLé1·èL ha_sard, re1i11L sur l'idée 11u'il lui avaiL sou- ~c I empereur ..\m ie de Napoléon! Amie de
de \Os a!111s. D'ailleurs, rcndcz-rous COUlplc
mise et répéta cruïl voulait la voir dame &lt;le ~ cmpcrc~l' ! Mais songez donc... rélléchissci
ious qui èLes rharitablc, de louL le bien q11~ l'impératrice.
a ce IJHCJC rnus propose.... &gt;&gt;
ious pourriez faire dans celle haute silualio11
- Mais m?i je ue le rcu:-. pas, répondaiL- , _L~-dcssus .~a princesse Caroline, qui étai l
ll s'é
' et. cll~ de sa rn1x douce cl suave, cl connue
. Len d.it 11uclque temps sut· cc point
icsle~ en arr1erc, se rapprocha. Fouché la mil
Sc l'Cllra
'J
• · surprise
• au crn,gnaut de lJless?r par un l'efus celle puis- au fa1L de la co111·crsalion.
1' me J'1ecamrnr
•
' laissant
'
'
po_ssi)il~ de cc qu·cnc venait d'entendre. Le sance occu Ile q u1 se mon Lrai l it clic dans
- Ob! ~1uellebonncidéc! Comruejc scrais
~Oil' lllClllC C •JI
. ' t parL a• ses amis de l'ombr?, car clic _ne pensait pas tJ UC l'empela
.
'. c c-ci. t·~1~ai
ro.11lenlc, d1~-cllc, de vous l'élir l'amie de 111011
. pioposllion du mm,slrc. C1·ai«nant
de h reur fut pour l'ICll da11s Loule t--Cllc intri- frcrc ••.. Il fo ul accepter.
0
1011· passe1· a' l'ennemi,
· tous se récrièrenl ': gue.
.EL .?~c plaid,~ cha~eur~usewcnt pour la
~&lt; Comment! mais il serait de la dernière
- \'ous répoudcz co11111w 1111 c11faut lui p10po~1lJ01~ de l•ouchc. Err terminant, elle
m1prudencc de s'aller inféoder it un homme 1\isaiL Fo~ché. Soug~z d~nc que dans ia iiosi- dc?~anda a ~lmc Hécamicr quel daiL sou
'llll n' c'La'it memc
.
pas chef de llarli r1ui éla1·t llon de 1crupcreu1· 1l lui faut 1rn Oo-uidc une iheatrc farnn. Sur sa ré1Jonsc qt1c c'c't·1·l I·
Jl11'1'Cll
'
. o·u \'Ou lcz-vous t[u'il la lro11vc '! EsL-cc
'
C 'd. l '
·
.i ,,
a nue.
~'
u_ par {a rnsc, la Lcn cur cl l'assassinal
orne IC- ' rança1sc : « Eh bien! dit-elle, rnus
,l ~s~crrn· _la France, mais donL la chute serail
donc parmi les femmes de ses généraux '! me permellrez de 1·011s Clll'oyer ma loo-c cl
aussi_ rapide que l'élé,·ation : L\no-leterrc
Yous en profilerez, n'est-cc pas? Vousom'c le
u',\uu•~n::s, .lli!moires l. \'li, p. 422
arma1l ' l'A uti:ichcarmait,
. la Hussie, laoPrnssc ( è&lt;ll. Duchesse
Garnier).
'
promclLez ?... »
00

] OSEPII

"'' J 11

..,_

TURQUAi\.

�,

•
amour de
premzer
Par le Comte FLEUR.Y

- Que. ,·ous im po1·le cc 11uc je Jcvic1111c,
que vous importe qu'une autre l'cmme mell11
élé pour mon bonheur, si je l'a,·ais nu~ da,~s
d11 prix i1 un cœur que vous al'cz méprisé?
vos mains cl si vos promesses de ne Jamais
Sous prJLextc, certain jour, tJu\,nc violente
N'avez-vous pas un amant cl m'avez-vous
s
chanrrer m'arnicnl persuadée, m'c Ltrop souéparrrné aucun des lonrincnls que Yolrc goül
111 i(l'rainc l'cmpèchaiL d'aller diner chez le duc
rcnl ~·ereuuc à la mémoire, pour ne pas en
t:&gt;
'
• 'I
&lt;le Choiseul Mme tic Slainrillc fit dire 1t La_upour M. de Jauco'.11·t _m a rat~s7s .
parler
presque
inrn_lonlai1:emenl.
.
.
- Je n'ai pas a nier ma ha1son avec M. _de
mn qu'elle ~craiL chez elle ?L _désirait le 1·~1'.· •.
_ li est assez plaisant, rntcrromp_il Lauzuu,
Par pure politesse, croya1L-1l, cl. sans a,011_
Jaucourl, monsieur de Biron. li n'csl plus r1c11
.
.
a
le'
"e·
reté
·
mus
, uc rnus me rcprocb1cz m, o
,
le dessein d'entrer, Lauzun se prcsenta dans 1
pour moi ; il a_ trop p~rdu ~l. \"OUS èlr~ com·
• C1• cl
111 ' ~,m
avez
oublié
fJUC
vous
croytez
:
.
la soirée it son hotcl pour sarnir de ses nouparé. Je Yous a, plus cl une f0ts regrette ..
uùYCz &lt;lédaigncuscmcnt abandonne. MOI, JC
rnllcs. On lui dit qu"elle recevait et on le fit
- Vous cxagét'cz, dit Lauzun en sour1anl.
ne me L1·ompais nullement ~ur _m~s _rro~t:cs
\'ous ariez fort peu le temps de YOUS oecupcr
entrer.
.
sentiments el je voyais comhten il clail cltlfiMme tic Stainl'illc l'accueillit il mcrl'e1llc.
de moi.
.
D'abord ils causèrent de choses indifférentes, cilc de cesser de mus adorer.
- C'est parfaitcrnenl exact, reprit _Mme tic
- Je l'avoue, j'ai eu des l~rls a votre
Cboiscul. Souvc11l j'ai voulu rnus le dire: \"Os
puis la question « femmes &gt;l fnt,~_bordéc.
égard .... Je pourrais alléguc1: ma .1eu11essc, les
.\près un mol sur Mme d: 1rngry cl la ·
diJiërcnlcs bonnes fortunes m'onl anèlée ....
préjugés de mon àgc, la cra111le des obs~a~lcs
l'ourlant, comme je ne mus voyais.pas d'~Uapublicité de son go~)l p~ur !111, l_a co1~t~ss~
j pouvaient s'élercr conlrc nou~ ... - J a,~c
dit d'un Lon dl'gage et ,romque a la fois ,t 1111
chcment sérieux, j'espérais reprendre un JOUI'
mieux conl'euir en bo1111e foi que .J~ me sms
snr vous mes anciens droits perdus par ma faute:
Lauzun:
.
mal conduite, que je ne \'OUS ~-oral~ pas des
- Vous allez jo11c1· un gran&lt;l rùlc cl r,.cn
mêmes yeux. Je ,ous cons,_derai~ cn~orc mais, je l'a,·ouc, ma belle-s~ur m'inquiète cl
au ,nonde n·cst glorieux comme la conquelc
('omme un c11t'anl cl Yous crOJ&lt;llS mo111s d1g11c m'effraie. Faut-il rnus en dire plus? Voyez
l'opinion que j'ai Je rous _par ma franchise,
de Mme de Gramont.
_ Je 11csais cc que rnus ,oulcz dire, dit de 111011 allacbcmc11l.
ayez-en
aulanl al'CC moi. Elcs-rous amoureux
Cc langage Loul uou,cau u·étail pas. sa11s
Lauzu11 assez embarrassé. \"ous sarnz que ded~ Mme tic Gramont ou le soi11 de votre forétun11cr Lauzun. No11 pas que de son ,~nc1cnn_L'
puis lo11rrlemps ~[me de Grarnoul i~c marque
passionuclle, il ne reslàl un som·~mr, ~l __il tune seule Y0US attacbt'-L-il 11 elle?
de l'amitié cl rous uc pourcz lui supposer s'en fallait bien que Mme de Stainville lut lut
Si franche était sa dét"laratio11 nuancée tic
jalousie, que Lauzu11 ne d?u~a plus de lavétl".llllres sc11timents.
. .
_ Je ,·ous demande pardon Je mon rndis- iiclcnnc tout à l'ait i11dillërcnlc.
racité Je Mme de Sta11mllc. A.vanl de
répondre - la qucstio~ cn_valail la peine iI pri l le Lemps de la rcfiexwn.
.
'
•
li
passait
en
lui
c
)"étrang_cs
all?_r11at1v~~·
I
'
l
lfun cùlé il ne po11ra1l se mer t[ll il ne l_uL
1,'
\ ~ 1 1/ . 1 {I;
Hallé de plaire 11 Mme de ~ramonl cl de ~1~5
)h.,1 , . . '
.i
~
poscr d'une personne aussi en ,·u~, aux p1c&lt;l~
1
'-·,\
de
qui était Loule la Cour. _IJau.tre pari'.
'
~
·amais Mme de SLaimille ne lu, avait parn 111
~i jolie ni si ai mable. C'~la}L ~-h~isir 11u~ de
répondre. Après arnir rc_llc1:b1, il romp1L le
silence cl ex posa son choix.
_ Je vous ai trop aimé, dit-il, pour 11c
pas lrou,·cr du plaisir à ,ous faire lire da11s
mon àme. Mme de Gramont a les plus granc.6
droits it ma rcconnaissa11cc; clic a guidé mes
débuts et m'a favorisé de sa proleclion. Aucune preuve pour témoigner ma _gr~Litudc ne
rn·cùt coûté il v a une heure, mais Je ne sens
que trop qu'~mc ~ncicn~1e plaie u'cst ya,s
encore fermée cl qu clic nenl de se _roull'II.
·,le roudrais n'être pas ingrat et pourn,r cependant \'OUS prou\'er qnc rien ne m'est cher
comme YOus.
- Je ne veux pas, répondit la comtesse
en lui tendant sa jolie rnuin, que \'0US vous
montriez ingrat, mais je rnux me charger du
LE TÈTE-A-TÊTE. - Dessin de MA~RlCB Lt::LOlRsoin de modérer les preures de rntre rec?i~naissance. De l'ami Lié, des égards, de la defc'a 1lll' j'air~
.
1a c'O1Il' ·I
U
c
là
it
recommencer
rence, voilà cc que je permets pour ma bclle·
J'cmme. J'a·1 Lo1·t sa11s
crélion, dit la Jeune
U'ailleu rs était-elle sincère ou . ')s,mplcmcnl sœur, tout le reste m'appartient.
.
doute d'aborder ce sujet, mais .. ••
coquelte pour tromper son enn~u ·
.
Lauzun s'était rapproché cL un baiser
- Mais?
Lauzun le pril de haut en repond:rnl .
- L'idée des drngrins que m'aurait causés

Il

( l' /' 1

.Cel él'é11cme11l cl Je l'importan~c ~luul. il cùt

1

- ~~

.

-.

"" li '.? w

\

___________________________

srt'llail les premières dausrs cln lrail11•
~lnw dr Stainville continua :
- Jr srrai disrrrlr el pr11de11tc. .f,. ,·.,11x
alisolumenL sarnir, sans rxceplion, tout ce
qu'elle rous dira et lire absolument toul ce
qu ·elle \'Ous écrï'ra. Je ne serais pas si curieuse
cl si exigeante si j'étais moins tendre.
'
Lauzun n·eut pas de peine à souscrire à
lout ce qu'on lui demandait. Tout ce que la
jeunesse peut r,:unir de gràces el de charmes,
les yeux &lt;le Mme de Stainville le lui offrait.
Mme de Gramont fut aisément sacrifiée.
Les deux amoureux se croyaient difficiles à
pénétrer el à l'abri des soupç.ons. La clairl'Oyance él·eillée de la duchesse ne fut pas
longue au conlrairc à deviner cc qui se passait.
Elle avaiL trop d'esprit pour en rien montrer
omertrment; elle se contenta de traiter Lauzun très froidement et de prendre sa paurrc
peLile belle-sœur dans une aversion dont elle
lui donna jusqu'au dernier instant de sanglantes marqurs.
Mme de Gramont n'était pas la seule à pàlir de dépit; un jour, à Paris, Mme de Stainville annonça à Lauzun la pouveUe compétiLion qui Yenait de se déclarer de son côté.
- Nous sommes quittes, mon ami, lui
dit-elle. Vous avez un ril'al loul-puissanl. ...
Lauzun, qui aimait sincèrement, fit un
soubresaut.
- Pas assez cependant pour vous être
préféré, continua la jeune femme en souriant.
M. le duc de Cho:scul est Yentr mettre ce matin à mes pieds son ho_mmagc et son crédit.
Malgré mes réponses froides et sé,·ères, il a
été pressant. J'ai fait cc qu'il fallait pour lui
,,lrr toute espérance, Pl j"esprrc en èlrc débarrassfr.
Ceci étail une illusion, car loin de se
rebuter, Choiseul, dont nons avons déjà n1 les
premières lcntati,·es, se montrait plus ardent.
Sc croyant comme d'ordinaire irrésislil)IC
malgré ses quarante-six ans, il persécnlail
littéralement la jeune lemme.
N'obtenant rien, il l'Oulail chasser les
autres.
- Ce petit Iliron YOus compromet terriblement. Je ne pense pas qu'il soit Yotrc
amant, insinuait le duc de Choiseul pour
saYOir la vérité, mais celle silualion ne peut
durer. ,Je ne vous parle plus en amoureux,
mais en beau-frère : méfiez-vous de mire
mari, il n'a rien dit jusqu'à présent, mais il
est très jaloux cl le jour où il sera au fait, gare
les amours!
- Si mon mari a quelque remontrance à
m'adresser, je pense qu'il le feradireetement,
répondit la comtesse.
·
La remontrance di rccte ne larda pas i1
venir.
En fait, M. de Stainville, que nous avons
rn reprendre son indépendance, s'était rapproché de sa femme et en ce moment même
habitait arnc elle. Il se piqua d'ètrcjaloux, son frère ayant éveillé ses soupçons, - fit
une scène à sa femme el lui défendit absolument de rnir Lauzun, qui fut consigné à la
porte de son hotcl.
La situation devenait difficile. Lauzun,
Il. -

lltSTORIA. -

Fasc.

Il.

L"E P1t,"EM11::~. A.MOUlt, D"E 1..AuzuN ~

habitant officicllcmcnl chez son pèrr, ne ponrni Lrecernir sa maitresse, el elle SP rrl'11sail it
l'asile pPu sûr d'une petite maison.
Une petite loge qu'avaient les deux amants
à la Comédie italienne était le seul lieu où ils
pouraient se rencontrer. Encore n'était-ce pas
sans danger.
Une idée leur fnl suggérée par quelqu'un
de la domesticité. Tous les gens de Mme de
Stajnville l'adoraient; ils aimaient aussi beaucoup Lauzun qui s'était toujours montré
grand seigneur. Le suisse dit à la lemme de
chambre de la comtesse qu'il ferail enlrer
M. de Biron la nuit, si elle le désirait, par
une peli te porle de l'écurie, sans que personne pùt rien savoir.
La proposition, on se l'imagine, fut acceptée aYec joie el n'eut il plusieurs reprises
aucune conséquence f:icbeusc.
Une fois cependant les deux amants pensèrent être surpris et voici comment :
Mme de Stainville était parlie le soir pour
Yersailles en disant qu'elle y resterait deux
ou trois jours. Averti sur-le-champ, Lauzun
était arrivé dès qu'il avait cru loul le monde
couché.
En quelques instants il était dans les bras
de sa maîtresse el tous deux s'abandonnaient
an plaisir dans la plus parfaite sécurité, lorsqu'on frappa fortement à la porte de la rue.
La femme de chambre entra tout effarée :
- Tout est perdu, monsieur le comte, il
n'y a plus moyen de traverser la com; descendez vite dans le jardin; on 1·ous en fera
sortir comme on pourra.
Lauzun sauta à bas du lit en chemise el
descendit l'escalier qui donnait dans la garderobe cl menait aux jardins. Dans le mèmc
inslanl il cnlcn&lt;lil un hnmm\! monter l'escalier.
·
Xe doutant pas que cc füt M. de SLaimille
lui-mème, L:rnznn t1L&lt;'ignil la seule lumière
qui pùl l't:clairer. Il 1ùuL que le temps de
se coller a11 mur; l'hahil brodé du comte
frôla sa chemise.
Le fu rritif a gagné le jardin sans autre incident. P:rsonne n étanL rnnu le déliuer, il y
resta Loule la nuit dans son accoutrement
primitif, se morfondant cl gelant.
Au point du jour, ne recevant aucun secours, il prit son parti, enjamba le mur du
jardin, bien qu'il flit fort élevé; mais en descendant dans la rue, il fut arrèté par le guet
à cheval qui le prit pour un voleur.
Avec le guet. habitué à de semblables
équipées, il était heureusement des accommodements. Cent louis que promit Lauzun ét
qu'il enrnya chercher chez lui lui procurèrent
la liberté et la promesse que le secret serait
rrardé, - ce qui fut en effet.
0
Une lumière éteinte à propos avait empêché
M. de Stainville de le reconnaître; l'irréfutable argument lui avait ouvert la porte du
violon, mais Lauzun, rentrant à son domicile,
gelé, transi, courbaturé el obligé de garde1·
la chambre plusieurs jours, put faire des
réflexions sur les inconvénients du métier des
hommes il bonnes fortunes.
Comme le dit spirituellement le prince de

Ligne : « On se tnc, on passe dl's nuils
on atteud sous une fenêlre, on
~rimpe sur une grill&lt;'; 011 a à craindrP d'1~lrr
pris pour un voleur par les ho11nètes gens, ou par un voleur
comme les bonnètes gens. On
arrive gelé, on est mal à
son aise, on n'y est qu'un
moment, on n'aime point:
cela n'est bon qu':t raconter. Si on racon le, on
est un homme perdu;
les Yieillcs femmes se
déchainent contre lrs
Yanteurs, comme si elles
a,·aicnt encore quelque
chose à risquer; les jeunes ne disenL rien mais
en !ont' leur profit. ))
Pn tières,

Entre Lemps l'époque fixée pour le mariage de Lauzun élaiL
arrivée. TI se fit le 4 février 1766 et loul le
monde en semblait joyeux, excepté les
conjoints.
Mlle de Boufflers, timide et gênée, ne
témoignait aucune confiance envers le duc
(c'est à l'occasion de son mariage qu'il reçul
un brevet); Lauzun ne cachait pas sa répugnance à épou_ser une femme qui ne l'aimait
pas et ne lui conYenait guère.
Aussi.tôt après la messe, le jeune ménage
esl allé diner chez la duchesse de Choiseul.
Mme de Stainville y vint et les deux ama11ls,
qui s'étaient juré de se revoir, chercbt'•renL
,·ainemcnt à cacher leur tristesse.
Elle se relira de bonne he11rl'; Lauzun lni
donna la main pour monler Jans sa &lt;"hai,t•,
cc qni n'était pas lrop prudent, mais tou,
deux forL émotionnés avai1•nt l,e~oin de ~c
parll'r.
- Mon ami, dil Mme &lt;le Stainville en s'1•n
allant, je n'ai pu supporter plus longtemps
l'insultante joie de M. de Choiseul. li espère
que "ous allez vous allacher it la maussade
enfant qu'on Yous fait épouser et que je serai
lrop heureuse de lui re1cnir; mais j'aimerais
mieux la morl. Dites-moi que rnus ne changerez pas, car il m'a effrayée.'
- En pouvez-vous douter? dit Lauzun
aYec un regard où il livrait tout son cœur.
Et en effet il étail sincèremen l épris de
Mme. de Stainville et ne songeait uniquement
qu'à concilier son amour avec les devoirs apparents de son nouvel étal.
L'attitude de Aime de Lauzun rendait plus
facile sa politique conjugale; tout se passait
en attentions extérieures, car sa femme lui
témoignait un éloignement dont son amourpropre aurait pu se choquer.
Du moins sentant que les torts viennent de
son côté, il a le bon esprit de ne s'en pas trop
plaindre, ajoutant « qu'il était trop juste pour
exiger du goùl d'une femme qui ne lui en
inspirait pas ll .
Le plus difficile était de se rencontrer régulièrement avedfme de Stainville, car Lauzun
très épris était « occupé d'elle uniquement »,
8

�, . - 111S T0'/{1A

---------------------------------------~

mais en même temps voulait vivre cc honnêtement l&gt; avec sa femme, c'est-à-dire ne pas
déserter le foyer conjugal et sauver les apparences.
li voyait donc sa maîtresse à la dérobée et
rarement.
Un jour, elle lui fait dire de se rendre chez
elle sur l'heure. Le motif devait être grave,
puisque Mme de Stainville oubliait son ordinaire prudence.
· Dès que Lauzun fut arrivé, elle lui dit :
- M. le duc de Choiseul m'a fait demander
un rendez-vous; je veux que vous entendiez
notre conversation et que Yous puissiez juger
par vous-même de la manière dont nous sommes ensemble: cachez-vous dans celle armoire
grillée où sont mes robes, et ne bougez pas.
A peine Lauzun était-il blotti dans sa cachette que le duc de Choiseul entra.
- J'avais grande envie, grand besoin de
vous voir seule, ma chère petite sœur 1 .J'ai
bien des choses intéressantes à vous dire, cl
importantes pour Yous et pour moi.
- Je vous écoütc, ni.on frère, dit Mme de
Stainville d'un ton calme, jetant un cc hum n
significatif du coté de l'armoire mystérieuse.
Le duc continua :
- Personne ne vous aime comme moi, ma
chère enfant, cl ne désire plus vous le prouver ;
jugez donc combien je dois êlre affligé et
choqué de la manière indifférente dof)t ,·ous
me traitez cl combien elle doit me donner à
penser.
- Je ne sais, mon frère, répondit la comtesse, de quoi vous vous plaignez; je serais
très fâchée que ;na conduite vous déplût, mais
je n'ai pas à me reprocher de ne pas avoir pour
vous tous les sentiments que je vous dois.
- Pour cela, non! reprit-il avec ardeur,
car je sui, fort amoureux de vous et rien ne
manquerait à votre bonheur el au nôtre si
vous vouliez ....
·-Que dirait monsieur volrè frère, s'il vous
entendait? interrompit Mme de Stainville en
souriant.
- Je s:ris parfaitement que ce n'est pas
mon frère qui vous arrête .... Je vous aime à
la folie .... Je vous veux et ferai votre fortune.
Si vous n'avez pas d'amant, chère petite sœur,
,•ous coucherez avec moi.
Choiseul s'était levé brusquement. Saisissant la jeune femme à Ja taille, il faisait mine
de l'embrasser.
Mme de Stainville lui échappa et recula de
quelques pas :
· - Je n'ai point d'amant, monsieur, et n'en
veux pas avoir.
- Vous reviendrez, ma belle enfant, de
cette résolution, dit Choiseul. Et se rapprochant de nouveau, •il lui mit la main sur la
gorge.
- La plaisanterie est au comble, fit la
comtesse d'un ton .irrité. Je vous prie de croire
que si je me donnais à un homme, au moins
je aimerais.
- Ne faites donc pas plus longtemps la
vertueuse, madame. Voùs ·avez eu M. de Jaucourt et vous avez présentement M. de Biron;
prenez garde au dernier avis que je veux bien

r

vous donner, car je ne souffrirai pas paliemment que Yous vous moquiez toujours ainsi
de moi. Yotre petit amant est un insolent et
un fat. Yous vous souviendrez de ce jour et
,·ous vous en repentirez tous les deux!
- Un moment de réflexion, mon frère,
vous ramènera à la raison, dit Mme de Stainville très froidement, et je ne puis avoir certai~ement rien de malhonnête ·à craindre de
vous.
- ~e vousfaites pas un ennemi implacable
d'un homme qui vous aime à la folie, s'écria
Choiseul. Il peut faire tout ce qdi vous plaira,
si vous le voulez. Il peut aussi et bien aisément perdre U!l rival aussi peu digne de lui.
Et en même temps il voulut oser plus qu'il
n'avait fait encore.
La comtesse se leva en colère.
- La passion vous égare, monsieur. Vous
êtes tout-puissant, je le sais, mais je ne Yous
aime et ne puis vous aimer. M. de Biron est
mon amant ....
- Ah! enfin ; vous en convenez?
- Oui, puisque vous m'y forcez. Il m'aime,
il est aimé de moi. li m'esl plus cher que tout
et ni \'Oire pouvoir lJrannique, ni tout le mal
que vous pouvez nous faire ne nous fera renoncer l'un à l'autre.
Choiseul arpentait la pièce avec fureur.
- Songez, madame, que rien ne vous présenera de ma vengeance, si cette comersation
n'est point ensevelie dans le plus profond
silence!
Et il sortit.
Mme de Stainville tira Lauzun de sa prison
et l'embrassa avec transport.
- Quelle fureur chez lui! quel courage
chez toi, amie! murmura Lauzun entre deux
baisers.
- Nous en voilà débarrassés pour le momenl, répondit-elle, et c'ett toujours un
bonheur. Quelles seronl les suites de tout cela,
je l'ignore. AYec de l'amour et du courage,
on peul toujours se moquer de tout.
- Je ne crains pas mon oncle pour moi,
mais Dieu veuille qu'il n'ameute pas toute la
famille contre loi! Moi, je m'en tirerai; mais
toi?
Lauzun avait raison. Choiseul était homme
à se venger de lui d'abord, mais surlout de
sa belle-sœur en faisant interrnnir le mari à
jalousie intermillenle.
Comment le &lt;lue apprit-il que son neveu
avait été témoin de sa déconYenue? li l'apprit,
mais dévora sa rage pour en rendre les effets
plus terril.iles. Il ne craignit pas d'avoir, contre
Lauzun, recours à un moyen indigne de son
nom.
Une nuit, comme Lauzun sortait de chez
~lme de Staimille, un homme c;iché derrière
une pierre, près du Palais-Bourbon, se leva
et lui donna un furieux coup de bâton, qui
heureusement fut en partie paré par la corne
de son chapeau et tomba sur l'épaule du duc.
Lauzun mit l'épée à la main et porta il
l'assassin un coup qui entra assez avant.
L'homme tomba. ~fais deux autres sortirent
de derrière les pierres et vinrent au secours
du premier. Ils ne furent mis-en fuite que
... 114

1M

par l'arriYée d'un carrosse que sniYaient plusieurs laquais.
Lauzun ainsi sauvé suivit le carrosse jusque
de l'autre coté du Pont-Royal. Le lendemain
il allait conter son aventure à M. de Sartines,
lieutenant général de police.
Celui-ci fut prudent et, mettant cette attaque sur le compte d'ivrognes, il engagea
Lauzun à n'en point parler,
Les agressions en restèrent là et Choiseul,
estimant qu'il avait joué un triste rôle àl'égard
de sa belle-sœur, ne crut pas utile alors de
faire intervenir le mari.
Mme de Stainville pendant quelque temps
ne fut pas persécutée, mais le malencontreux
coup de bâton deYait avoir un fàcheux résultat.
Elle ne voulut plus exposer son amant à des
dangers perpétuels et, par prudence d'abord,
par refroidissement ensuile, elle s'habitua à
ne plus le ,·oir aussi fréquemment.
Son goût pour Lauzun peu à peu diminua
el, au bout de quelques mois, il n'était plus
guère que son ami.
Attristé d'abord, Lauzun prit son parti. Il
y a\'ail été trop habitué par degrés pour que
cette perle lui fût longtemps sensible, et il
se consola. Du moins, de celte passion qui
avait été si exaltée de part et d'aull·e, il resta
une solide affection el une amitié sincère.
li retrouva Eugénie, son ancienne quasimai'lresse de Versailles.
Pat égard pour sa femme - Lauzun prétend qu'à ce moment il chercha très inutilement à lui plaire - il avait d'abord hésité à
reprendre Eugénie; puis, rebuté par les manières froides el dédaigneuses de la duchesse,
il fit de la petite comédienne sa maitresse de
quelques mois, l'installant d'abord à fiouen
où il allait la voir deux fois par semaine, pui~,
l'hiver étant venu, dans une petite maison de
Passy.
Ces amours durèrent jusqu'au moment où
la Yicomtesse de Cambis d'abord, puis lady
Sarah Bunbury, sœur du duc de Richmond,
enchainèrent pour un Lemps Lauzun a leur
char.
Il nous reste à dire ce que devint la comtesse de Stainville qui a fait l'objet principal
de ce récit.
Lauzun n'avait pas cessé de la voir, et, a
son retour de Lorraine oi1 elle a\'ait accompa(Tné
son mari dans son commandement et
0
où elle était accouchée d'une seconde fille, il
fut admis plus facilement auprès d'elle.
La jalousie de M. de Stainville semblait
guérie et les empressements de Lauzun
n'avaient du reste plus rien de suspect.
Si l'amour n'avait plus de droits, l'amitié
du duc allait être mise par Mme de Stainvillt·
à une fort rude épreuve
Son ancienne maitresse ne s'avisa-t-clle pas
de tomber amoureuse de l'acteur Clairl'al, de
la Comfdie italienne, qui alors était la coqueluche de tôutes les femmes?
Un-jour Lauzun la trouYa baignée de larmes
et dans un état si déplorable qu'il la pressa
de lui dire la cause de ses peines.
En sanglotant, elle avoua qu'elle aimait
Clairval et qu'elle en était adorée.

L'E P'J?,'E.MT'E'J?. Jf..MOU'J?. D'E LAU2UN

Cliché Giraudon.

LES PRÉCAUTIONS
G1·av11re de MARTINI, d'ap1·ès MOREAU

LE

J r;;uNE .

.., II5""

..

�1f1STORJ1l - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
f.on trr crllc aberration Lauzun lu lla de
Loules ses forces, mais elle s'était dit millr
fois re qu'il pouvait lui dire et n' eri avait pas
moins succombé. Le' mal éLaiL f'ailelpeut-ètre
irréparable, car nu lle raison ne pournit la
convaincre.
- Vous èlcs perdnc, YOlrc mari ne vous
pardonnera jamais, lui répétait-il.
- li ne sait rien ....
- Il saura tout. Esl-ce qu'un comédien a
une discrétion?
Le fait est que Clairval était moins que
discret, el ses vantardises couraient les salons.
Pourquoi épargnerait-il Mme de Stainville
plus que les aulres?
La comtesse feignait de se rendre aux
conseils de Lauzun, promettait d'éconduire
l'amant, mais elle ne tenait pas sa parole.
Dans son affliction de ,·oir une femme qui
lui avait été si chère oublier son rang et se
condamner à la réprobation universelle, Lauzun
tcnla un effort qui pomait coûter à son orgueil.
Il alla trouver Clairval et lui parla ouvertement. Il lui fit sentir tous les dangers qu'il
courait, surtout ceux qu'il faisait courir à
Mme de Stainville.
Les réponses de Clairl'al, Lauzun l'affirme,
furent nobles et« sensibles l&gt;. Il semblait faire
la distinction entre Mme de Stainville qui
s'était donnée par amour et d'autres femmes
de la société qui, en prenant un comédien,
avaient cédé à un raffinement de libertinage.
- Monsieur, dit-il à Lauzun, d'un Lon majestueux, si je courais seul des risques, un
regard de Mme de Stainville paierait ma vie;
je me sens capable de tout supporter pour elle
sans me plaindre; mais s'il s·agit de son bon1. )(me de Choiseul-Stainville laissa deux filles.
La première épousa son cousin, Je duc de ChoiseulStain\'ille, dont un fils. qui devint aide de caIDJl du
maréchal Derlhier, l'ut tué dans la campa!(ne de 1807.
cl une fille qui l'ut la . marquise, puis durl1esse de

M. Je Staim-ille Lenait avant tout à se venger
de Clainal, non pas c·omme amant di' ~;1
femme, mais parce qu'il l'avait trouvé aux
genoux dr 1:t Rranmesnil, sn propre maîtresse?
Que la cause en soil nalnrellc ou étrangl',
le chùliment fut cruel.
Slainl'illc obtint de son frère une lellrc de
cachet. Au retour d'un souper chez Mme de
Valentinois 011 la malheureuse comtesse répétait en costume une &lt;( entrée l&gt; pour un bal
chez la maréchale de Mirepoix, souper où elle
s'était montrée fort triste, il fit entrer sa
femme avec lui dans une chaise de poste pour
la mener à Nancy et la confiner dans le couvent des Filles de Sainte-Murir.
. « Yous comiendrez, écrit Mme du Deffand,
qu'on ne pouvait choisir un moment plus
convenable pour faire un scandale public. ll
Les parents firent tout ce qu'ils purent pour
le détourner de son hideux projet, M. de Stainville tint bon, et, ce qui parait invraisemblable,
c'est que ce châtiment digne du moyen ,)gc
fut exécuté jusqu'au bout.
Le mari impitO)'able ne fit jamais gràre.
Seize ans plus tard, quand il s'agit de marier
la seconde fille dt! Mme de Stainville, la jeune
fille déclara qu'elle n'y consentirait que si sa
mère assistait à la cérémonie. Il fallut accepter,
et Mme de Stainville quitta le couvent de
Nancy pour assister au mariage de sa fille.
La duchesse de Choiseul intervint et obtint
que sa belle-sœur rentrerait dans sa famille.
Ce fut elle qui s'y ·opposa. Elle était tombée
dans la plus grande dévotion et refusa de
quitter le couvent.
Peu d'années après, bien jeune encore, elle
y mourait dans les sentiments de la plus haute
1
Marmier. La seconde épousa le prince Joseph de ~lo- pirté •
'!'elle
est l'hisloire de la première maitresse
naco cl mourut héroïquement sur l'échafaud en l 79i,
laissanl deux filles, la marquise de LouYois et la de L~uzun.
marr1uise Remi rie la Tour-du-Pin.
COMTE FLEURY.

beur et de sa tranquillité, diles-moi le plau
de conduite que je dois suivrr el soyez sùr
que je ne m'en écarterai pas.
Le plan de conduite élail simple : ne pas
afÎlcher Mme de SLaim·ille par srs altitudes,
feindre de l'ignorer. ne plus la voir cl... l'oublier. Clairnl promit, mais ne tint pas ses
promesses.
Celle liaison déraisonnable commença
bientôt à ètre soupçonnée. Les Choiseul s'en
émurent; la duchesse de Gramont essaya de
faire parler Lauzun. Celui-ci tint bon el
n'ayoua pas un ~ecret qui n'était pas le sien.
En attendant, Mme de Stainville ne changeait pas de conduite, el, malgré Lauzun qui
avait essa)'é de détourner l'orage, donnait
toutes les armes contre elle. Pressentant une
catastrophe, elle remit toutes ses lettres et
papiers 11 son ami : dangereux dépôt qu'il
aura de la peine à défendre contre une perquisition de nuit.
Le mari, prévenu, revint de :\'ancy et fil une
scène violente à sa femme. li fit menacer
Clairval de coups de bàton. Celui-ci, d'après
Bachaumont, consulte un de ses camarades,
Caillaud.
- M. de Stainville, lui dit-il, me menace
de cent coups de bâton si je ,•ais chez sa femme.
Madame m'en offre deux cents, si je ne me
rends pas à ses ordres. Que faire?
- Obéir à la femme, répondit Caillaud, il
y a cent pour cent à gagner.
On s'étonna, à l'époque, de la colère de
M. de Stainville, car ce n'était pas dans les
habitudes des maris de la Cour de se montrer
jaloux. On s'en étonna d'autant plus que celle
colère dégénéra en vengeance.
Est-il vrai, comme on l'a prétendu, que

tacle curieux. Le rnile de bienséance qui
couvre les visages leur donne à tous, au premier coup d'œil, à peu près la mème physioLa mort de Louis XV
nomie; mais, quand on les examine avec
· attention, que de nuances dilfJrentes on découvre! Les gens en place et en faveur sont
bien véritablement affligés; ils cherchent à
~ Le roi est à toute extrémité. Outre la
dissimuler leur inquiétude, comme pour propetite vérole, il a le pourpre; on ne peut entrer
longer un peu leur Empire. D'ailleurs leur
sans danger dans sa chambre : M. de Leto~
chagrin ressemble à l'humiliation; ils ont un
rière est mort pour avoir entr'ouvert sa porte
air abattu, et surtout désœuvré, qui me
afin de le regarder deux minutes. Les médefrappe; ils sont déjà déchus et beaucoup plus
cins eux-mêmes prennent toutes sortes de
polis. Ceux auxquels cel événement donne de
précautions pour se préserver de la contagion
grandes espérances ont un assez bon mainde ce mal affreux, et Mesdames, qui n'ont
tien; mais ils ont quelque chose de si animé
jamais eu la petite vérole, qui ne sont plus
dans le regard, ils traversent les galeries avec
jeunes, et dont la santé est naturellement
une mine si affairée, d'un pas si ferme, ils
mauvaise, sont toutes trois dans sa chambre,
sont si préoccupés, si distraits!. -. Le vulgaire
assises près de son lit et sous les rideaux;
des courtisans se rapproi;he déjà d'eux; les
elles passent là le jour et les nuits. Tout le
monde leur a fait à ce sujet les plus fortes re- uns les accueillent avec une maladresse grosprésentations ; on leur a dit que c'était plus que sière el comique, les autres leur font mille
d'exposer leur vie, que c'était la sacrifier; rien petites a\'ances délicates. Quand on ne prétend
à rien, il est trcls amusant d'observer tout
n'a pu les empêcher de remplir ce pieux devoir.
Versailles offre dans ce moment un spec- cela. Personne sûrement, dans ce vaste palais,
""116 ...

ne dormira cette nuit! ... Mais il est affiigeanl
de penser que le ressentiment et la haine y
veilleront avec l'ambition, et que bien des
noirceurs se trament en secret, que des ,·engeances éclatantes se préparent ....
~ Le fou roi était dans un tel étal de
corl'll ption&lt;[ ue les chirurgiens déclarèrent qu'il
était impossible de faire l'ouverture de son
corps. M. le duc '*•, qui est d'année, s'est
écrié qu'il serait inouï que le roi ne fùt pas
embaumé. &lt;c Eh bien, monsieur le duc, lui a
dit La Martinière, comme premier chirurgien
du feu roi, c'est à moi de faire l'ouverture du
corps; mais vous, comme premier gentilhomme de la chambre, vous devez vous trou,·er
à cette opération, et rt!cevoir dans une boite
d'or le cœur du roi que je vous présenterai;
et j'ai l'honneur de vous prévenir que ni
vous, ni moi, ni aucun de ceux qui assiste•
ront ·à cette cérémonie ne seront vivants huit
jours après. ll M. le dur) ... n'a pas insisté.
MADAME DE

GEN LIS.

La Jolie de Junot
~aitre
paunes , e'Lrc commis
.
saul, i~ se cr?yait noble à dix quartiers,
. . ded' pa,sans
J
au distnct. une petite ville, b1'cn reso
, lu a. ~t p~rla1t des d Abrantès comme d'une vieille
passer la ne d~ns un bureau, s'engager sans l1gnce de gentilshommes. Très beau cavalit?r
grand _enlhousrnsme dans un bataillon &lt;le très fat, il vivait en rrrand seiO'neur. son ho'tel'
0
,
rnlonta1res, et douze ans plus tard se Yoir cla'.t ~uss1 ~uxu?usement meublé que les
g?m'erncur d~ Paris, grand~officicr de l'Em- 'l'uil~r•~s. Il Jouait, donnait des fètes, se papire,
d'honneur et vanait msolemmenl, el il se mellait à pleurer
, grand-a1olc
o de h' Le'r,ion
0
depenser
par
an
un
million
et
dcm1,
• 1.1 }, a comm~ un en~·anl à l'idée seule que rempereur
,
&lt;l
peul-elr~ 1à e quoi perdre la tête.
pourr?1t se de~acber de lui. De fait, il poussait
Cc qm su~preml, c'est que de tant d'hom- Jus_qu au fanatisme ~on dévouement au maitre,
mes e°;lporles P?r le prodigieux tourbillon de qm cependant ne lm ménagea point les admonoir; ~popée, s1 peu furent pris de vcrti e
~cstat10ns. Les prodigalités de Junot, ses
lis e~a1ent partis de la chaumière paternjl~ imprudences, ses airs arrorrants sa liaison
'
0
'
les pieds nus, le sac au dos, et sans avoir eu avec.Car~Ime
Murat, tout blessait l'empereur.
le
temps
de
se
reconnaître
car
l'
.
t
, .
,
eXJs ence
IU1 r~t1ra le titre de premier aide de camp,
ct~1t turh~lente; ils se retrouvaient comtes
1expédia en Espagne, le mit sous les ordres
prmce~, rois mème, riches, chamarrés d'or' de_ Lan.~es; et Junot, qui s'était cru sur Je
ms~lles en ?1aîtres dans les plus somptueu~ pomt d etre nomméroi, comme tant d'autres,
palais ,.de l Eu~ope. Les fanfares sonnaient ct_de ceindre la couronne de Portugal, obéislorsqu ils passaient ; ils avaient contribué à sait, le cœur déchiré, aigri, s'acheminant lenr~nverser tout ce que depuis des siècles le tement rers le désespoir.
v1~ux ~o?de te~ait en vénération; ils avaient . ~u. cou;s de la campagne de nussic, déjà
dcpossede les rois e~ h~~spillé le pape; jamais 11 eta1t mcconnaissable. Cet homme, naguère
romans de ?hevaler1e, Jamais contes des mill
c~. une nmts, n'égalèrent leurs aventures~
s ils araieén~ pris le temps de réfléchir' il~
eussent . lé_ eux-mêmes incrédules à leur
ropr~. h1sl~1re; et tout cela, tant ils viraient
ans l mvra1s?mblablc, leur semblait lorrique
c~. n?rmal; ils _ne- s'étonnaient même° pas.
C eta1ent des gaillards b1'en e'q 111·t·b
, dont
1
1 res,
,c ~erveau étai l à l'épreul'e et dont les
f,
eta1ent solides.
ner ~
,

•

•

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Lcpauvre_Junot,fu(uneexception. M. A. Chuquet, a:·cc la magistrale précision qui est
sa manière, étudie en quelques parres les
causes de la folie qui frappa le corno aonon
longte~1ps préféré de Napoléon. L?a;cien
~om,m1s au district de Semur-en-Auxois, en~a?e ~u fer bataillon de la Côte-d'Or ava't
1
eteIl de~
b
,' sa ?rem1·ère campagne frappé , d'une
b~ese a la tete; quatre ans plus tard, nouvelJe
sure sur le haut du cràne. en 1811 a
cours de 1a campagne d'Espacrne
,
, u
une balle
encore le toucha, très léO'èrem~nl' a' I• '.
sancc du nez. c'
: o .
_ ,
" nais'['
' , eSl la inter duo super
c·t· ta - qu 'Empédocle plaçait le sièrre
d~
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l ame. Ce sont l
·
t d'
es causes phys1ques.
li y en
eu
audtres. Dès son élévation au "'Om·ernement e Par·
tr·
. is, J unot se montra o excend:r~h li allaÉlt jouer ~u billard dans un café
1
amps- lysées ; il se chamaillait avec
es garçons r ·
•
vanité t . , . 1u1 un soir le rossèrent. Sa
!éon 1~ sa J~ctance prètaient à rire. Napo· .
niarquis.
.appela1t iron iquement
monsieu,·
, le
Créé duc d'Ab
.,
.
,
ville d P
rantcs, du nom d une petite
e ortugal dont il avait commandé l'as-

JUNOT,

D'après le tableau de RAVERAT, (Musée de Versailles.)

superbe, élincelanl, admiré pour sa tenue et
sa pr~slancc, était dcrnnu lourd et gros. Il
passait, le dos voûté, couvert d'une mauvaise
redingote; ses [raits étaient épaissis, il avait

l'air hébété. Ses hésitations faillirc11l compromettre le succès de la marche sur Moscou et
l'empereur, en février 1815, accordait ' en
manière de retraite à son ancien compagnon
d_u sièg~ de_ Toulon le gouvernement des provmces 1llyr1ennes. (La Folie de Junot, documents inédits, par Arthur Chuquet de
l'Institut.)
'
Junot. s',éta~lit à Trieste. Peu de jours après
son ar~1vee, il fut frappé d'une attaque. Il
se re~1t po_urtant, mais devenait de plus en
plus 1mpat1ent el. irritable. Suivi de deux
~ecrétaires et de plusieurs laquais, il alla un
Jour assommer à coups de bâton un avocat
de la ville qu'il avait fait mettre au cachot
parce que ce pauvre homme refusait de payer
a la femme ù_ont il vivait séparé la pension à
la11uellc les tribunaux l'avaient astreint. Quel~ues s_em~ines plus tard, comme Junot reçoit
a Gor1lz, 11 commande au sortir de table sa
Yoiturc, se met sur le siège, un fouet à la
main, lance l'attelage à travers la ville, appelant les dames, les poursuivant, leur offrant
une place dans son carrosse; et comme Lou tes
se sauvent, prises de peur, il revient à son
palais, bousculant, fouettant son postillon
les chasseurs de son escorte et les soldat;
croates q\li se trouvent sur son pas5agc. Tous
ses serviteurs ont disparu sauf un seul, et
Junot en profite pour s'auablrrjusqu'à quatre
heures du matin.
Deux jours plus tard, nou\'cl accès. Dans
un cabaret de faubourg où sa démence l'a
conduit, il fait dresser une table de douze
courerls; il a froid : il commande qu'on lui
enveloppe les jambes de paille et de foin· il
ôte son habit et ses bottes, parle de ~es
e~ploiLs_, de ses chevaux, de sa beauté physique; 11 se met à chanter. Puis il fait venir
le lieutenant de la gendarmerie, ordonne de
les arrêter tous partout où on les trou1·era.
Le lieutenant fit mine d'obéir· mais de cc
.
'
JOt~r la folie du gom·crncur ne fut plus à
Trieste pour personne un mystère.
La crise s_uprêmc eut lieu le 6 juillet 18 J5,
sur le chemm de Venise, où Junot screndait.
A l'amiral anglais dont l'escadre croisait dans
l'Adriatique, il écrivit une lettre incohérente
et amicale, lui annonçant son désir de la paix
~t la conception d'un grand projet qui doit
etonner le monde. Ce grand, cet immense
projet, il l'exposa au prince Euo-ène,
alors
O
encore vice-roi d'Italie. Rève de fou? Oui
certes; mais quoi donc distino-uait alors u~
r~v~ de fou d'une conception°politique? Le
geme de Napoléon n'avait-il pas conçu d'aussi
fantasti~u_es imaginations qui s'étaient cependant réaltsées? Le monde n'avait-il point,

�-

111ST01{1A

--------------------------------------~

depuis dix ans, été réparti el façonné, au gré
d_u grand empereur, de façon ·aussi capricieuse? Qu'on en juge : « Je vous fais de
mon autorité privée, écrivait Junot au prince
Eugène, roi depuis l'Adige jusqu'à Cattaro.
Je vous donne tout ce que les Turcs possèdent
en Bosnie, en ... en ... jusqu'au ,Bosphore de
Thrace. Je vous donne une île dans l'Adriatique, une dans la mer Noire, une dans la
mer Rouge, une dans la Méditerranée, une
dans l'Océan, une dans !'[ode. Seize portions
des mines d'or, d'argent et de diamant sont
distribuées de la manière suivante : à S. M.
le grand Napoléon, quatre, - à S. A. l.
le vice-roi, que je fais empereur ou comme
Napoléon voudra, deux, - au prince de
Neufchâtel que je fais empereur d'Autriche,
une demi, - aux rois de la Confédération
que Napoléon fera, comme il voudra, empe-

LE

reur d'Espagne, ou roi, au roi de Naples, au versations avec Bonaparle au temps de l'Égypte
roi de Hollande, au roi de Westphalie, au el de la Syrie. Au nai, il n'était plus temps
roi (sic) et à tous les rois que l'empereur de s'illusionner : le gouverneur des provinces
fera encore, quatre, - aux Anglais, une illyriennes était atteint de la folie des grandemie, et à moi une demie, pour gouverner le deurs. Confié .aux soins d'un officier et de
Brésil, le Portugal, la moitié de l'Amérique trois gendarmes, il fut ramené incognito en
septentrionale dont les Anglais auront I' aulre sept jours, à grands renforts de relais, jusmoitié, les îles de la mer du Sud, les grandes qu'à Montbard, où le 22 juillet 1815, il était
Indes et la Chine, si l'empereur le veut. Nous · consigné chez son père. Sept jours plus tard,
nous emparerons de tout et nous nous ferons il mourait.
On dit qu'à son dernier jour, le pauvre
couronner, au milieu de dix millions de solJunot,
qui s'était cru roi de la moitié du
dats, tous amis, au milieu de Pékin, et dans
monde,
eut quelques heures de lucidité;
dix ans, tout cela sera exécuté. Je vous dirai
ses yeux étonnés retrouvèrent la pauvre
tous les détails des détails d~ viYe voix. l&gt;
Après ce qu'on avait vu, ce projet insensé chambre où il avait vécu enfant. Peut-être
pouvait passer pour une satire. Qui sait si crut-il qu'il s'éveillait d'un songe et ne sut-il
Napoléon n'avait pas rêvé tout cela? Et pas discerner ce qu'il avait rêvé de ce qu'il
M. Chuqu&lt;'l n'est pas loin de voir dans l'inco- a\·ait vécu, tant ces deux parts de son exishérence de Junot un tardif écho de ses con- tence se confondaient dans l'ill\'raisemblance.
T. G.

EDMOND PILON
~

Le salon de Madame
Il y a au Musée Carnarnlet un portrait d~
Mme Geoffrin, par Chardin.
C'est une œuvre admirable d'intimité, de
recueillement el de finesse, dans le genre profondément simple el pénétrant où réussissait
cet excellent maitre. Mme Geoffrin y est représentée de face, occupée aux travaux de l'aiguille; le visage, animé d'un imperceptible el
discret sourire, semble porter encore, après
plus d'un siècle, l'indilfinissable nuance de
malice, de bonté el de charme qui était le
cachet même de son esprit. Quant au costume,
il est bien tel que nous le dépeint Diderot :
&lt;! une coiffe simple, d'une couleur austère, des
1uanches larges, le linge le plus uni et le plus
fin, et puis la netteté la plus recherchée de
tout côté. l&gt; L'ampleur de la taille, la blancheur argentée des cheveux, l'épaisseur un
peu ronde du menton, rehaussé de l'éclat
d'une admirable dentelle, trahissent l'âge déjà
mûr où la peignit Chardin. Mais ce portrait
est fidèle, d'un coloris que le temps n'a pas
atténué, d'une grâce particulière el vieillotte
qui nous permettent de pénétrer et de comprendre davantage la physionomie inoubliable
de cette dame, de discerner avec plus de justesse les traits de son caractère et les raisons
de sa vie.
Telle qu'elle est, un peu bonne vieille, un
peu maman, avec son expression si indÙlgente, un peu moqueuse et si douce, nous
apparaît-elle comme une confidente d'un
passé qui eut bien de l'esprit et de la séduction et dont elle est restée l'un des types les
plus intelligents et les plus aimables.

dans la manière et d"élevé dans les convenances venait suppléer à tout cela avec une
aisance si parfaite qu'on ne sait ce qu'on
doit admirer le plus en elle, des façons qu'elle
acquit dans le commerce de ses illustres amis
ou de celles qui lui étaient naturelles.
Le goût qu'elle apporta à composer son
salon, le choix judicieux des personnes qui y
furent admises, les jours spéciaux qu'elle
réserva à la réception des philosophes et des
artistes prouvent qu'elle avait une entente du
monde plus familière que la plupart des autres
dames ses rivales. Chez Mme d' Ëpinay. Mme du
Defîant ou Mme du Chàtelet, les Encyclopédistes fréquentaient avec autant de maniérisme et d'affectation que d'amitié réelle.
Mmes du Delfant et du Châtelet étaient mar'
Son caractère semble résulter de ces senLi- quises. Mme Geoffrin, au contraire, était du
ments d'affectueuse douceur et de pénétrante dernier commun. Son père avait été valet de
sagesse dont ses amis reconnaissaient qu'elle' chambre de la Dauphine et son mari, le rotufut douée et dont elle,• usait · avec un tact si rier Geoffrin, était un bon brave homme de
extraordinaire et une entente-si minutieuse à• commerçant tout à fait incapable de briller
l'égard des personnes qui"fréquentaient chez par la conversation ou par la mise. Mme Geofelle. Mme Geoffrin était ,•raiment la bourgeoise frin ne devait donc la séduction de son esprit
lettrée en qui l'éducation du cœur avait su qu'à elle-même. Ses illustres amis le savaient
conserver toujours autant de tenue et d'at- bien, et c'est ainsi qu'ils l'ont dépeinte, Chartrait, que celle de l'esprit d'intuitive noblesse din avec son pinceau, d'Alembert, Diderot et
et de compréhension fine. Il manquait de Grimm avec le brillant d'un style souple,
passion dans sa vie comme d'orthographe affectueux et simple.
Le seul usage du monde qu'elle ait reçu
dans son style; ce n'était pas une précieuse
du savoir comme les autres dames de son d'autrui lui venait de cette belle Mme de Tentemps et personne n'a jamais pu dire qu'elle cin, si licencieuse et si évaporée, qui coucha
ait aimé quelqu'un davantage que ce pauvre plus d'une nuit à la Bastille et eut pour
M. Geoffrin, qui était si nul. Mais quelque amants des philosophes et des maréchaux
chose de raffiné dans le langage, d'exquis d'armées. Seulement Mme Geoffrin sut prendre

J'ai été élevée par une vieille grand'mère
qui avait beaucoup d'esprit et une tête bien
faite, l&gt; écrivait-elle un jour à Catherine de
Russie, et elle ajoute, un peu plus loin : &lt;! elle
m'apprenait à penser et me faisait raisonner ».
Une impression de maternité aussi attendrissante et aussi spirituelle se dégage du portrait
que Chardin a laissé d'elle. La voici bien en
effet, Mme Geoffrin, à son tour comme une
aïeule qui aurait &lt;! beaucoup d'esprit et une
tête bien faite l&gt;; sans doute, suffit-il de la
contempler, de relire sa vie et de parler un
peu d'elle « pour apprendre à penser et à raisonner ll .
&lt;!

... 118 ...

+
L_a ~aison,de la rue Saint-Honoré où elle
ta.bitait ne tarda point à acquérir cette célérité dont a~ait joui, un siècle plus tôt, l'Mtel
de la marquise de Ilamhouillet. àlme Geoffrin
... 119 ...

SALON DE

M ADAJKE

GEO"F"F~JN - - - .

�1l1STO'RJ.ll - -- - - - - - - -- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
d"apoplexie, qui arriva en i 776, vinl allrislcr
cnlrc eux les habilués de l'hôtel Saint-Honoré. &lt;1 Allons, voilà qui est bien. » Les habitués ses derniers jours. Sa fille, la marquise de La
,h cc un tact délical el une enlcnle des esprits eonnaissaienl celle phrase cl quand ils se Ferlé-Imbault; acari,Hrc el sot.Le, dont on
qui n'apparlenaienl qu'à elle, Mme Geoffrin l'entendaient adresser ils ne doutaient point disait « qu'elle ressemhlail à une oie qui cùl
,avail éveiller les discours, les faire s'opposer, qu'ils eussent passé la limite des conve- été couvée par une cane n, en profita pour
se dél'eloppcr el se combaltrc, appuyanl l'tm, nances. 'J'oul aussitôt ils reprenaient celle rrprcndrc tout ascendant sur son esprit.
une autre fois morigénanl l'autre, excitanl la modération polie qui con\'icol aux discus- D',\lemberl, Morellcl cl )larmonlel, mis à la
riposte cl le dé,·eloppement, se jetant au besoin sions de choses aussi élevées que celles des porte, J'urenl remplacés auprès de la dame
clic-même an milieu des périodes sans autres lellres ou &lt;le la philosophie cl la conversalion par un capucin 'lui l,\chail de ramener au x
reprenait en suivant le dé,·cloppcrnenl agréaressources que celles de son iMpirat.ion cl de
ble qui est de mise en de tels sujets, cl bonnes grùccs de Dieu un cspril qu'avail em~on nalurel.
comme si rien d'anormal ne se rù l passé poisonné le , cnin encyclopédique.
On ne causail Haim,inl que chez Mme Geoffrin ; mais il csl vrai qur, nulle parl ailleurs, avant.
Cc : « Allons, 1•oilà qui e.~t bien 1&gt; étai t
aucune in,piratricc ne présidail aussi bien à
comme
le point de repère oit se ralliaient les
ces jeux philosopbittncs {'l oratoires . Dans
Avant de mourir, clic cul cucorc queh1ucs
causeurs
emportés trop avant par la discuscelle maison, M. Geo[rin élail sans doute le
lueurs.
L'une ful pour se souvenir de ses amis
st•ul qui éprounH de la gêne. La simplicité de sion. Les égarés y rct.ro1n·aicnl le bon ordre cl ·les nommer sur son t.eslamenl; l'autre
rel homme était proverbiale cl cc qu·on rap- de leur pe11~éc cl ceux qui mettaient trop de pour pardonner à sa fi lie dont clic dit : 11Elle
porte dl' lui, bien r1u·ayanl élé raconté IJ'.l{linles Yéhémcncc à narrer leurs sujets rencontraient csl comme Godefroi de Bouillon ; elle protège
lois, mérite d'être toujours redi t. c·esl ainsi H1 l'obstacle 1, leur imprudence.
Ainsi Mme Geoffrin, selon le mol de l'abbé mon tombeau contre les infi.clèle.~. » Les infi11'1· un de ces messieurs lui donnait toujours :1
dèles c'étaient ces Enc1clopédislcs qu'elle avait
relire le mèmc tome der Histoire des I'oyages de Saint-Pierre, samit jouer comme d'un ins- tant aimés . Cc fut le dernier mol d'esprit
~ans qu'il s'en aperçût autrement que pour trumcnl de ceux qui approchaient d'dle. Elle qu'elle prononça et bientôt elle s'éteignit très
dire« que l'auteur se répétait un peu 1&gt; . line le faisait sans morgue ni recherche. Et ceux doucement, presque octogénaire, en laissant
autre fois, comme il prétendait que les ou- mème « dont rllc jouait » J tronl'aicnt leur ses atnis dans le deuil, peu de temps après
,-rages de l' Encyclopùlie étaient &lt;I un peu profit. Car clic él'Cillail en eux certaines pen- Mlle de Lespinasse qui étail son amie. D'Alemobscurs », on s'aperçut que le brave homme sées quïls n'eussent jamais osé avoir sans le bert fré4uentaiLchez celle dernière le matin
avait coulume de les lire par lignes totales secours de celle excellente dame.
Ainsi s'explique la popularité 'lui répandi-t, et passait ses soirées, au contraire, chez
alors quïls étaient.imprimés en deux colonnes.
Mme Geoffrin. On dil que celle double perle
~I. Geoffrin lui aussi était un des meubles de de son \'iYant mèmc, son nom à tra,·crs l'Eu- l'affligea beaucoup cl qu'il s'écria douloureula maison de sa fl'mmc el, s'il faut en croire rope el qui donna tant de relief au ro)age en sement : &lt;1 Maintenant. il n'y a plus pour moi
plusieurs éérivains, celle-ci ne le considérait Pologne qu'elle entrrpril, à l'àgc de soixante- ni soir ni malin. 1&gt;
pas plus. Quelqu'un lui ayant demandé un sept ans, en 1766. li arri1·a une chose extraLe mol était triste et j uslc. Ces dames
jour : « Qu'avez-vous fait, madame, de ce ordinaire. Celle bourgeoise modeste, que la étaient les ~!uses véritnbles du Décaméron
pauvre bonhomme que je rnyais toujours ici cour de \'crsaillcs dédaignait pcul-itre parce philosophique. Mme Geoffrin surloul, toute sa
que son père y a.mit été valet de chambre,
l'L qui ne disait jamais rien? » clic répondil :
. c Yil aecul'illir dans les enpi tales oil clic \'ic duranl, avail été un modèle d'amitié, de
« C'était mon mari ; il csl morl. »
bienfaisance cl de sagesse. On peul dire qu ·auMais il ne faut pas oublier que )lmc Gco[rin, passa rommc une sou,·crainc Yéritablc. :--on- t·unc au Ire ne se dél'oua plus qu'elle aux idées
~i prompte à l'épigramme pour les antres, 1crainc, clic l"étail l'n cflcl, cl par ~es ma- de son temps. Oublic-t-on qu'oulrc son inarail aussi qudqucs ennemis; qu'on alla nières autant qnc par les amitiés illustres &lt;les lluL•ncc clic dépensa la· somme considérable de
(Palis~ol entre autres) jusqu'i, la mellrc sur le grands de J'c,pril ,1uc p3r l'alfoc liun des pui~- t'Clll mille écus en faveur de !'Encyclopédie'!
théi,trc cl que Montesquieu, le gran&lt;l Mon- sanls de la terre. L'Empercur l'l l'impératrice C'esl une action i11oubliablc cl unique. Qui
Lt•squicu lui-mèmc, s·oublia jus11u'i, plaisanll'r &lt;l'Autriche la conYièrcnl à la cour de \ï r11nc, sait si, par ses libéralités aussi bien que par
l't'ltc femme si patll rc par la naissance mais si la Czarinc lï 111 ila 1, l'étcrsbouri:. Mais le lien q11 "clic établil entre tanl d'esprit~émirirhc de senlirncnl el si grande par la délica- Mme Geoffrin a,·ail l1ùle d\\trc 11 \'ar;;oYiL·, ncnls, Mme Geoffrin ne prépara, ne h;Ha pas
auprès de son (t cher fi 1s », le roi Stanislaslc~se de son cœur cl de sa pensée.
bien des ('hoses? Mais ~ans doute, fut-cc i1son
,\ ugu~lc. L1,, die l'ut l'ètéc cl reçue comme ~i
in~u ! En la rcvoya11L aujourd'hui, parmi nous,
elle cùl été la mère rédie du sou\'C rain. Celuirajeunie cl souria11lc, telle que Chardin l'a
\
ci, raconlc-L-on, avait poussé la préHnancc au
peinlc dans le moment de sa gloire, avec
Sïl arrivail q11cl,1ucfois que des &lt;lissenli- point qu'un apparlcmcnl avait été préparé toute sa bonté de maman affcclucusc, il est. en
mcnts éclatassent parmi les co1wil'eS de ces pour Mme Geoffrin , identiquement pareil à effet impossible de croire que fünc Geoffrin
repas philosophiques, de ces banqucls renou- celui qu'elle occupai t à Paris, rue Saint.- pré,·il le colossal mouYemcnl révolutionnaire
,·clés de Platon el où la nourriture de l'espril Honoré.
qui fut déchainé, dix ans après sa mort, a,·cc
Ses amis seuls manquaient, cl le « bon
accompagnail ~ommunéménl celle des mets,
les mêmes phrases cl les mêmes mols que
Mme Geoffrin sarail les faire cesser aussitôl. voisin » Marmontel, qui lui écrirnil de France prononçaient ses amis, qu'elle prononçait cllcPour un instant sa physionomie douce cl des lellres désolées cl à qui clic répondait en mèmc, dans le tranquille salon litLérairc
sérieuse se couvrait d'un nuage de sévérité; manière de · consolation : cc Vous rctroure- de la rue Saint-Honoré. Et pourt.anl c'est ce
l'inllcxion de la rnix prenait le Lon du com- rcz bientùl mon cœur tel 11~e \'OU S le connais- qui arriva. Ce fut la revanche de c1 la Geofmandemenl cl c'étail de l'air le plus péremp- sez, lrès sensible à l'amitié. »
Mais un accident malheureux, une allaqur. frin &gt;&gt; .
toire qu'elle' rétabfüsail l'ordre en disant :

HI ST ORIA

Chcbé: G iraudon.

LUCILE DESMOULINS
Tableau de BOlLLY. (Musée Carnavalet.)

.., 120 ..,.

�Cliche Neurdein frères.
CHARGE DE GRENADIERS OE LA GARDE, A EYLAU, -

Tableau de F. Sc110MMER•

Mémoires

du général baron de Marbot •
CHAPITRE XXXIII (suite.)
Co11for111é111ent au plan que je me suis
!racé en écrivant ces Mémoires, je ne fatiguerai pas rnlre attention par le récit trop
circonstancié des diverses phases de celte terrible bataille d'Eylau, dont je me bornerai à
raconter les faits principaux.
Le 8 février, au matin, la position des
deux armées élait celle-ci : les Russes avaien t
leur gauche à Serpallcn, leur centre en a,·ant
d'.\uklapen, leur droite it Schmoditten, et ils
allendaicnt hui t mille Prussiens· qui dernient
déboucher par AlthoO' c~ former leur extrême
droite. Le front de la ligne ennemie était cou1·crt par cinq cents pièces d'artillerie, dont un
tiers au moins de gros calil)rc . La situation

des Français était bien moins frll'orahlc,
puisque leurs deux ailes n'étant pas encore
arrivées, !'Empereur n'avait, au commencement de l'action, qu'une partie des troupes
sur lesquelles il avait compté . pour liner
bataille. Le corps du maréchal Soult fut placé
à droite el à gauche d'Eylau, la garde dans
celle ville, le corps d'Augereau entre Rothenen et Eylau, faisant face· à Serpallen.
Vous rnyez que l'ennemi formait un demicercle autour de nous, et que les deux armées
occupaient un lenain sur lequel se lrouvenl
de nombreux étangs; mais la neige les coun-ait.
Aucun des partis ne s'en aperçut, ni :ne lira
de bowets à ricochets pour briser la glace, cc
qui aurait amené une catastrophe pareille à
..,. 121 ,..

cdle qui cul lieu sur le lac Satschan, à la fin
de la bataille d'Austerlitz.
Le maréchal Davout, que l'on atlendail snr
notre droite, rnrs Molwitten, et le maréchal
Ney, qui devait former notre gauche, du rôti.i
d'Altholf, n'avaient pas encore paru, lorsque,
au point du jour, -vers huit heures em-i"ron,
les Ilusses commencèrent l'attaque par une
canonnade des plus violentes, à laquelle notre
artillerie, quoique moins nombreuse, répondit avec d'autant plus d'avantage que nos
canonniers, bien plus instruits que ceux des
ennemis, pointaient sur des masses d'hommes
que rien n'abri tait, tandis que la plupart des
boulets russes frappaie.nt contre les murs de
Rothcnen et cl'l.:ylau. Une forte colonne ennemie s'a,·ança bientôt pour enlernr cette der-

�.M'É.MOffl.ES DU G'ÉN'Élf.Al. 'BA~OJY DE .MAl(,'BOT - - - .

, - 111ST01{1A

,,

nière ville : elle fut vivement repoussée par la
garde et par les troupes du maréchal Soult.
L'Empereur apprit en ce moment avec
bonheur que du haut du clocher on apercevait le corps de Davout, arrivant par Molwitten et marchant sur Serpallen, dont il
chassa la gauche des Russes, qu'il refoula
jusqu'à K.lein-Sausgarten.
Le maréchal russe Benningsen, voyant sa
gauche battue el ses derrières menacés par
l'audacieux Davout, résolut de l'écraser en
portant une grande partie de ses troupes
contre lui. Ce fut alors que Napoléon, voulan~
empêcher ce mouvement en faisant une diversion sur le centre des ennemis, prescrivit au
maréchal Augereau d'aller l'attaquer, bien
qu'il prévit la difficulté de cette opération.
Mais il y a sur les champs de bataille des circonstances dans lesquelles il faut savoir sacrifier quelques troupes pour sauver le plus
grand nombre et s'assurer la victoire. Le général Corbineau, aide de camp de !'Empereur,
fut tué auprès de nous d'un coup de canon,
au moment où il portait au maréchal Augereau l'ordre de marcher. Ce maréchal, passant avec ses deux divisions entre Eylau el
Rothenen, s'avança fièrement contre le centre
des ennemis, et déjà le 14• de ligne, qui formait notre avant-garde, s'était emparé de la
position que !'Empereur avait ordonné d'enlever et de garder à tout prix, lorsque les nombreuses pièces de gros calibre qui formaient
un demi-cercle autour d'Augereau lancèrent
une grêle de boulets et de mitraille telle que
de mémoire d'homme on n'en avait vu de
pâr!!iile! ...
En un im tant, nos deux divisions furent
broyées sow; cette pluie de fer! Le général
Desjardins fut tué, le général Heudelet grièvement blessé. Cependant on tint ferme, jusqu'à ce que le corps d'armée étant presque
complètement détruit, force fut d'en ramener
les débris auprès du cimetière d'Eylau, sauf
toutefois le 14• de ligne qui, totalement envir~nné par les ennemis, resta sur le monticule qu'il occupait. Notre situation était
d'autant plus fàcheuse qu'un vent des plus
violents nous lançait à la figure une neige
fort épaisse qui empêchait de voir à plus de
quinze pas, de sorte que plusieurs batteries
françaises tirèrent sur nous en même temps
que celles des ennemis. Le maréchal Augereau fut blessé par un biscaïen.
Cependant, le dévouement du 7• corps
venait de produire un bon résultat, car non
seulement le maréchal Davout, dégagé par
notre attaque, avait pu se maintenir dans ses
positions, mais il s'était emparé de KleinSausgarten et avait même poussé son avant•
garde jusqu'à Kuschitten, sur les derrières de
l'ennemi. Ce fut alors que !'Empereur, voulant porter le grand coup, fit passer entre
Eylau et Rothenen quatre-vingt-dix escadrons
commandés par Murat. Ces terribles masses,
fondant sur le centre des Russes, l'enfoncent,
le sabrent et le jettent dans le plus grand
désordre. Le vaillant général d'Hautpoul fut
tué dans la mêlée à la tête de ses cuirassiers,
ainsi que le général Dahlmann, qui avait suc-

cédé au général Morland dans le commandement des chasseurs de la garde. Le succès de
notre cavalerie assurait le gain de la bataille.
En vain huit mille Prussiens, échappés aux
poursuites du maréchal Ney, débouchant par
Althoff, essayèrent-ils une nouvelle attaque en
se portant, on ne sait trop pourquoi, sur
Kuschitten, au lieu de marcher sur Eylau; le
maréchal Davout les repoussa, et l'arrivée du
corps de Ney, qui parut vers la êhute du jour
à Sclunoditten, faisant craindre à Denningsen
de voir ses communications coupées, il
ordonna de faire la retraite sur Kœnigsberg
et de laisser les Français maîtres de cet horrible champ de bataille, couvert de cadavres
et de mourants! ... Depuis l'invention de la
poudre, on n'en avait pas vu d'aussi terribles
effets, car, eu égard au nombre de troupes
qui combattaient à Eylau, c'est de toutes les
batailles anciennes ou modernes celle où les
perles furent relativement les plus grandes.
Les Russes eurent vingt-cinq mille hommes
hors de combat, el bien qu'on n'ait porté qu'à
dix mille le nombre des Français atteints par
le fer ou le feu, je l'évalue au moins à vingt
mille hommes. Le total pour les deux armées
fut donc de quarante-cinq mille hommes,
dont plus de la moitié moururent!
Le corps d'Augereau était presque entièrement détruit, puisque, de quinze mille combattants présents sous les armes au commencement de l'action, il n'en restait le soir que
trois mille, commandés par le lieutenrol_colonel Massy : le maréchal, tous les généraux et tous les colonels avaient été blessés
ou tués.
On a peine à comprendre pourquoi Benningsen, ~achant que Davout et Ney étaient
encore en arrière, ne profita point de leur
absence pour attaquer au point du jour la
ville d'Eylau, avec les très nombreuses troupes
du centre de son armée, au lieu de perdre un
temps précieux à nous canonner ; car la supériorité de ses forces • l'aurait certainem!'nt
rendu maître de la ville avant l'arrivée de
Davout, et !'Empereur aurait alors regretté
de s'être tant avancé, au lieu de se fortifier ·
sur le plateau de Ziegelhof et d'y attendre ses
ailes, ainsi qu'il en avait eu le projet la veille.
Le lendemain de la bataille, !'Empereur fit
poursuivre les !lusses jusqu'aux portes de
Kœnigsberg; mais cette ville ayant quelques
fortifications, on ne jugea pas prudent de
l'attaquer avec des troupes affaiblies par de
sanglants combats, d'autant plus que presque
toute l'armée russe était dans Kœnigsberg ou
autour.
Napoléon passa plusieurs jours à Eylau,
tant pour relever les blessés que pour réorganiser ses armées. Le corps du maréchal Augereau étant presque détruit,. ses débris en
furent répartis entre les autres corps, et le
maréchal reçut la permission de retourner en
France, afin de se guérir de sa blessure.
L'Empereur, voyant le gros de l'armée russe
éloigné, établit ses troupes en cantonnement
dans les villes, bourgs et Yillages, en avant de
la basse Vistule. Il n'y eut, pendant la fin de
l'hiver, de fait remarquable que la prise de la

place forte de Danzig par les Français. Les
hostilités en rase campagne ne recommencèrent qu'au mois de juin, ainsi que nous le
verrons plus loin.

CHAPITR,E XXXIV
Épisodes de la bataille d 'Eylau. - Ma jument Lisette.
- Je cours les plus grands dangers en joignant te
14• de ligne. - J'échappe à la morl par miracle. Je regagne Varsovie el Paris .

Je n'ai pas voulu interrompre la narration
de la bataille d'Eylau, pour vous dire ce qui
m'advint dans ce terrible conflit; mais pour
vous mettre à même de bien comprendre cc
triste récit, il faut que je remonte à l'automne
de 1805, au moment où les officiers de la
grande armée, faisant leurs préparatifs pour
la bataille d'Austerlitz, complétaient leurs
équipages. J'avais deux bons chevaux, j'en
cherchais un troisième meilleur, un cheval de
bataille. La chose était difficile à trouver,
car bien que les chevaux fussent infiniment
moins chers qu'aujourd'hui, leur prix était
encore fort élevé, et j'avais peu d'argent;
mais le hasard me servit merveilleusement.
Je rencontrai un savant allemand, M. d'Aister,
que j'avais connu lorsqu'il professait à Sorèze ; il était devenu précepteur des enfants
d'un riche banquier suisse, M. Schérer, établi
11 Paris et associé de ~J. Finguerlin. M. d 'Aister m'apprit que M. Finguerlin, alors fort
opulent et menant grand train, avait une
nombreuse écurie dans laquelle figurait at1
premier rang une charmante jument appelée
Lisette, excellente bête du Mecklembourg,
aux allures douces, légère comme une biche
et si bien dressée qu'un enfant pouvait la conduire. Mais cette jument, lorsqu'on la montait, avait un défaut terrible et heureusement
fort rare : elle mordait comme un bouledogue
et se jetait avec furie sur les personnes qui
lui déplaisaient, ce qui détermina M. Finguerlin à la vendre. Elle fut achetée pour le
compte de Mme de Lauriston, dont le mari,
aide de camp de !'Empereur, avait écrit de
lui préparer un équipage de guerre. M. Finguerlin, en vendant la jument, ayant omis de
prévenir de son défaut, on trouva le soir
même sous ses pieds un palefrenier auquel
elle avait arraché les entrailles à belles
dents! ... Mme de Lauriston, justement alarmée, demanda la rupture du marché. Non
seulement elle fut prononcée, mais, pour
prévenir de nouveaux malheurs, la police
ordonna qu'un écriteau, placé dans la crèche
de Lisette, informerait les acheteurs de sa
férocité, el que tout marché concernant celle
bête serait nul, si l'acquéreur ne déclarait par
écrit avoir pris connaissance de l'avertisse•
ment.
Vous concevez qu'avec une pareille recommandation, la jument était très difficile à
placer; aussi M. d'Aister me prévint-il que
son propriétaire était décidé à la céder pour
ce qu'on voudrait lui en donner. J'en offris
mille francs, et M. Finguerlin n'le livra
Lisette, bien qu'elle lui en eût coûté cinq mille.
Pendant plusieurs mois, cette bète me donna

beaucoup de peine; il fallait quatre ou cinq
ho~es po~r la s~ller, et l'on ne parvenait à
la hr1der qu en lm couvrant les yeux et en lui
attachant les quatre jambes· mais une fois
qu'on était placé sur son los, on trouvait
une monture vraiment incomparable ....
C:pendant, comme, depuis qu'elle m'appartenait, elle avait déjà mordu plusieurs per~onn?s et ne ~•avait point épargné, je pensais
a °1: en défair~, lorsque, ayant pris à mon
servie~ François Woirland, homme c1ui ne
d?uta1t de rien, celui-ci, avant d'approcher
L1sette, dont on lui
avait sicrnalé
le mauvais
•
C
caractère, se mumt d'un gigot rôti bien chaud,
el lorsque la bête se jeta sur lui pour le
mordre, il lui présenta le gigot qu'elle saisit
entre ses dents; mais s'étant brûlé les rrencives,_ le palais èl la langue, la jument po~ssa
un cri, laJSSa tomber le gigot, el dès ce moment
fut soumise à Woirland qu'elle n'osa plus
~ttacpier. J'empl_oyai le même moyen el
J obt.ms un pareil résultat. Liselte, docile
comme un chien, se laissa très facilement
approc~er pa: moi et par mon domestique;
elle devmt meme un peu plus traitable pour
les palefr~niers de !'état-major, qu'elle voyait
tous
les JOurs;
mais malheur aux étranrrers
•
•
C
q_m passaient auprès d'elle! ... Je pourrais citer
vmgt exemples de sa férocité, je me bornerai
à un seul.
Pendant le séjour que le maréchal Aurre~cau fit au château de Bellevue, près de B~rlm, les domestiques de l'état-major, s'étant
ap?rçus q~e, lorsqu'!ls allaient dîner, quelqu un venait prendre lés sacs d'avoine laissés
dans l'écurie, enga 0 èrent Woirland à laisser
près de la porte Li~ette détachée. Le voleur
arrive, ~e glisse dans l'écurie, et déjà. il
e~porta1t un sac, lorsque la jument, le saisissant par la nuque, le traine au milieu de
la cour, où elle lui brise deux côtes en le foulant aux pieds. On accourt aux cris affreux
poussés par le voleur, que Lisctte ne voulut
!~cher qu_e l?rsque mon domestique et moi
1y contra1g_rumes, car, dans sa fureur, elle se
serait ruée sur tout autre. La méchanceté de
cet animal s'était accrue depuis qu'un offil!ier
de_ hou_sards saxons, dont je vous ai parlé,
lm avait traitreusement fendu l'épaule d'un
coup de sabre sur le champ de bataille d'Iéna.
Telle était la jument que je montais à
E!lau,, au moment où les débris du corps
d armee du maréchal Augereau, écrasés par
une_ grêle de mitraille et de boulets, cberc~aient à se réunir auprès du grand cimet~ere. yo~s dev~z vous souvenir que le 14• de
ligne eta1t reste seul sur un monticule qu'il
ne dev?it quitter que par ordre de !'Empereur.
La neige ayant cessé momentanément on
aperçut cet intrépide régiment qui, en[ouré
· · so_n aigle
·
Par l'enne~,· agit?1t
en l'air pour
prouver qu il tenait t0UJOurs et demandait du
~e,cours. L'Empereur, touché du magnanime
?vouement de ces braves gens résolut
d ess_ayer dc 1es sauver, en ordonnant
'
au
mar~chal Augereau d'envoyer vers eux un
o_ffi~ier chargé de leur dire de quitter le monlieu e, de former un petit carré et de se diriger vers nous, tandis qu'une brigade de

cavalerie marcherait à leur rencontre pour
seconder leurs efforts.
C'étai_t ~v~nt la grande charge faite par
Murat; il etall presque impossible d'exécuter
la volonté de !'Empereur, parce qu'une nuée
de Cosaques nous séparant du 14• de füme il
dercnait évident que l'officier qu'on° allait
cn:·oyer ,·cr~ cc malheureux régiment serait
Luc on pris avant d'arriver jusqu'à lui.
Cependant l'ordre étant positif le maréchal
&lt;lut s'y conformer.
'
Il était d'usage, dans l'armée impériale
que les aides de camp se plaçassent en file
qu~lqucs pas_ de leur général, et que celui
qu~ se,trouvall en ~ète marchftt le premier,
puis vmt se placer a la queue lorsqu'il aYail
rempli sa mission, afin que, chacun portant
un ordre à son tour, les dangers fussent érralement partagés. Un brave capitaine du rrénic
.
d, qui, bien que n'étant
C
n_omme' Fro1ssar
pas'
aide de camp, était attaché au maréchal, se
l~ouvant plus près de lui, fut chargé de porter
1ordre au 14•. M. Froissard partit au galop :
nous le perdùnes de vue au milieu des Cosaques, et jamais nous ne le revîmes ni sûmes
ce qu~il étai~ devenu. Le maréchal, voyant qqe
le 1~ de ligne ne bougeait pas, envoya un
officier nommé David : il eut le même sort
que Froissard, nous n'entendimes plus parler
de lui !... Il est probablEt que tous les deux
ayant été tués et dépouillés, ne purent êtr~
reconnus au milieu des nombreux cadavres
dont le sol était couvert. Pour la troisième fois
le maréchal appelle: « l'officier à marcher! l&gt;
- C'était mon tour! ...
En voyant approcher le fils de son ancien
ami, et, j'ose le dire, son aide de camp de prédilection, la figure du bon maréchal fut émue,
ses yeux se remplirent de larmes, car il ne
pouvait se dissimuler qu'il m'envoyait à une
mort presque certaine; mais il fallait obéir à
!'Empereur; j'étais soldat, on ne pouvait faire
marcher un de mes camarades à ma place et
je ne l'eusse pas souffert : c'eût été me déshonorer. Je m'élançai donc! Mais tout en
faisant le sacrifice de ma vie, je c:us dc\'oir
prendre l?s fécautions nécessaires pour la
saurnr. J avais. remarqué que les deux officiers partis a1·ant moi avaient mis le sabre à
la ~ain. ce CJ?i me portait à croire qu'ils
ament le proJet de se défendre contre les
~osaques qui les attaqueraient pendant le traJet, déf?nse ir:éflécb:e selon moi, puisqu'elle
les avait forces à s arrêter- pour combattre
une multitude d'ennemis qui avaient fini par
les accabler. Je m'y pris donc autrement et
la!ss~nt mon sabre au fourreau, je me co~sidera1 comme un cavalier qui, voulant gacrner
un prix de course, se dirige le plus ra~dement possible et par la ligne la plus courte
vers le but indiqué, sans se préoccuper de cc
qu'il y a, ni à droite, ni à gauche, sur son
chemin. Or, mon but étant le monticule
occupé par le 14• de ligne, je résolus de' m'y
rendre sans faire attention aux Cosaques, que
j'annulai par la pensée.
Ce système me réussit parfaitement. Liselle,
plus légère qu'une hirondelle, et volant plus
qu'elle ne courait, dévorait l'espace, franchis-

à

.., 123 ...
..., 122 ,..

sant les monceaux de cadavres d'hommes el
de chevaux, les fossés, les affùts brisés, ainsi
que les feux mal éteints des bivouacs. Des
mil_liers de Cosaques éparpillés couvraient la
plame. Les premiers qui m'aperçurent firent
comme des chasseurs dans une traque, lorsque, voyant un lièvre, ils s'annoncent mutuellement sa présence par les cris : « A vous!
à vous !... » Mais aucun de ces Cosaques n'essaya de m'arrêter, d'abord à cause del'extrème
rapidité de ma course, el probablement aussi
parce qu'étant en très grand nombre chacun
d'eux pensait que je ne pourrais éviter ses
~.a.marade_s placés plus loin. Si bien que
J echappai à tous
et parrins au 14• de 1i&lt;1nc
. .
e
sans_ que m01 nt mon excellente jument
euss10ns reç~ la moindre égratignure!
Je trouvai le 14• formé en carré sur le
haut _du m?nticule; mais comme les pentes de
terram étaient fort douces, la cavalerie ennemie av~it pu exécuter plusieurs charges contre
le régiment français, qui, les ayant vigoureusement repoussées, était entouré par un
cercle de cadavres de chevaux et de dracrons
0
.russe~, formant _une espèce de rempart, qui
ren~a1t ,désormais la position presque inaccessible a la cavalerie, car, mal"ré l'aide de nos
fantassins, j'eus beaucoup de peine à passer par·
d,ess~s ce sanglant et affreux retranchement.
J étais enfin dans le carré! - Depuis la mort
du colonel Savary, tué au passarre de l'Ukra •
le 14• était commandé par un chef de bataillo~'.
Lorsqu~, au mili~u. d'.une ,grêle de boulets, jl!
transmis à ce m1hta1re 1ordre de quitter sa
P?s1tion ~our tàcher de rejoindre le corps
d armée, 11 me fit observer que l'artillerie
ennemie, tirant depuis une heure sur le 14• ·
lui_ av~t fait éprouve~ d~ telles pertes que )~
~01gnee de soldats qui lm restait serait infailliblement exterminée si elle descendait en
plaine ;_ qu'il n,'aurait_ d'ailleurs pas le temps
de preparer I exécut.Ion de ce mou,·ement
p~isqu'une colonne d'infanterie russe, mar~
chant sur lui, n'était plus qu'à cent pas de
nous.
CC, J_e ne vo!s aucun moyen de saurnr Je
(( reg1ment, dit le chef de bataillon · retour&lt;( nez vers !'Empereur, faites-lui le~ adieux
(( du U • de ligne, qui a fidèlement exécuté
&lt;( ses ordres, et portez-lui l'airrle qu ïl nous
C( a~ait donn~c et ~ue nous ne° pouvons plus
&lt;( defendre; il serait trop pénible en mourant
&lt;( de la voir tomber aux mains des ennemis ! J l
Le commandant me remit alors son aicrle
que les soldats, glorieux débris de cet in~ré~
pide régiment, saluèrent pour la d~rnière fois
des cris de Vive l'Empenul'f... eux qui
allaient mourir pour lui! C'était le Cœsai·
1;1-o_ri~u.ri te s~lutant! de Tacite; mais ce cri
eta1t 1c1 pousse par des héros!
Les aigles d'infanterie étaient fort lourdes
et leur poids se trouvait augmenté d'un~
grande et forte hampe en bois de chêne, au
sommet de laquelle on la fixait. La longueur
de cette ham.pe m'e~arrassait beaucoup, et
co~e ce b~ton, depourvu de son aigle, ne
po_uva~t co,nslltuer un trophée pour les ennemis, Je resolus, avec l'assentiment du commandant, de la briser pour n'emporter que

�111STO'J{1.Jl _ __:___ _ _ _ _ _ ___,__ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _.
l'aigle; mais au moment où, du haut de ma
selle, je me penchais le corps en avant pour
avoir plus de (orce pour arriver 11 séparer
l'aigle de la hampe, un des nombreux boulets que nous lançaient les Russes traversa la
corne de derrière tic mon chapeau à quelques
lignes de ma tête! ... La commotion fut d'autant plus terrible que mon chapeau, étant

0

mitres. Ces hommes, gorgés d'eau-de-vie, en
nombre infiniment supérieur, se jetèrent avec
furie sur les faibles débris de l'infortuné 14°,
dont le~ solqats ne vivàien t, depuis quelques
jours, que de pommes de terre el de neige
fondue; encor~, ce jour-là, n'avaient-ils pas
eu le temps de préparer ce misérable repas !.. .
Néanmoins nos braves Français se défendirent

NAPOLÉON REÇOIT A FINKENSTEIN L A~IBASSADEUR DE PERS!,; (27 AVRJL 18o7). -

..

que je l'ai déjà dit, j'aYais conservé la faculté
de voir et de penser .... Non seulement on se
battait autour de moi, ce qui m'exposait
aux coups de baïonnette, mais un officier
russe, à la figure atroce, faisait de constants
efforts pour me percer de son épée, el comme
la foule des combattants l'empêchait de me
joindre, il me désignait du geste aux soldats

Gravu,·e de LECLERC, d'aprês le lableatl de MULARD, (Musée de Versailles.)

retenu par une lortc courroie de cuir fixée vaillamment avec leurs baïonnettes, et lol'SCJUC
sous le menton, offrait plus de' ré~istance au le carré eut été enfoncé, ils se groupèrent en
coup. Je fus comme ané~uti, mais ne tombai plusîeurs pelotons et soutinrent fort longpas de cheval. Le sang me coulait par le .nez, temps ce combat disproportionné.
Durant celle affreuse mêlée, plusieurs des
les oreilles et même par les yeux; néanmoins
nôtres,
afin de n'ètre pas frappés par derrière,
j'entendais encore, je voyais, je comprenais el
conservais toutes mes facultés· intellectuelles, s'adossèrent aux flancs de ma jument, qui,
bien que mes memLres fussent paralysés au · contrairement à ses habitudes, restait fort
point qu'il m'était impossible de remuer un impassible. Si j'eusse pu remuer, je l'aurais
portée en avant pour l'éloigner de ce champ
seul doigt!. ..
de
carnage; mai's il m'était absolument
Cependant, la colonne d'infanterie rusrn
que nous venions d'apercevoir abordait le impossible de serrer les jambes pour faire
monticule; c'étaient des grenadiers, dont les comprendre ma volonté à ma mon Lure! ... Ma
bonnéls garnis de métal avaient la forme de position était d'autant plus affreuse que, ainsi

qui l'environnaient el qui, me prenant pour
le chef des Franç,ais parce que j 'élais seul à
cheval, tiraient sur moi par-dessus la tête de
leurs camarades, de sorte que de très nombreuses balles ~ifflaient constamment à mes
oreilles. L'une d'elles m'eùt certainement ôté
le peu de vie qui me restait, lorsqu'un incidenl terrible vint m'éloigner de cette affreuse
mêlée.
Parmi les Français qui s'étaient adossés au
flanc gauche de ma jument, se tromait un
fourrier que je connaissais pour l'avoir vu
souvent chez le maréchal, dont il copiait les
étals de situation. Cel homme, attaqué el

.MiM01'/f.'ES DU G'ÉN'É'Jf,Al. BA'/f.ON DE .M.Jt'lfBOT - - ,

blessé par plusieurs grenadiers ennemis, tomba
~ous le ventre de Lisetle el saisissait majamLe
pour tàchrr de se relever, lorsqu'un grenadier russe, dont l'ivresse rendait les pas fort
incertains, ayant voulu l'arhevcr en lui perçant la poitrine, perdit l'équilibre, et la pointe
de sa baïonnette mal dirigée vint s'égarer
dans mon manteau gonflé par le vent. Le
Russe, voyant que je ne tombais pas, laissa
le fourrier pour me porter une infinité de
coups d'abord inutiles, mais dont l'un, m'atteignant enfin, traversa _mon bras gauche, dont
je sentis avec un plaisir affreux couler le sang
tout chaud .... Le grenadier russe, redoublant
de fureur, me portait encore un coup, lorsque
la force qu'il y mit le faisant trébucher, sa
baïonnette s'enfonça dans la cuisse de ma
jument, qui, rendue par la douleur à ses
instincts féroces, se précipita sur le Russe el
d'une seule bouchée lui arracha avec ses dents
le nez, les lèvres, les paupières, ainsi que
Loule la peau du visage, et en fit une tête de
mol'l vivante et toute rouge' ... C'était horrible à voir! Puis, se jetant avec furie au
milieu des combattants, Liselle, ruant et
mordant, renverse tout ce qu'elle rencontre
sur son passage!... L'officier ennemi qui
avait si souvent essayé de me frapper. ayant
voulu l'arrêter par la bride, clic le saisit par
le ventre, el l'enlevant avec facilité, elle l'emporta hors de la mèlée, au bas du monticule,
011, après lui avo:r arraché les entrailles à
coups de dents et broyé le corps sous ses pieds,
elle le laissa mourant.sur la neige!. .. Heprenanl ensuite le chemin par lequel elle était
venue, elle se dirigea au triple _galop vers le
cimetière d'Evlau. Grâce à la selle à la housarde dans laTielle j'étais assis, je me maintins à chel'al, mais un nouveau danger m'attendait.
La neige venait de recommencer à lomber,
et de gros flocons obscurcissaient le jour,
lorsque, arril'é près d'Eylau, je me trouvai en
face d'un bataillon de la vieille garde, qui, ne
poul'ant distinguer au loin, me prit pour un
officier ennemi conduisant une charge de
cavalerie. Aussitôt le bataillon entier fit feu
sur moi .... Mon manteau et nu selle furent
criblés de balles; mais je ne fus point blessé,
non plus que ma jument, qui, continuant sa
. course rapide, traversa les trois rangs du
bataillon avec la mème facililé qu'une couleuvre traverse une baie.... Mais ce dernier
élan apnt épuisé les forces de Lisctte, qui
perdait beaucoup de sang, car une des grosses
reines de sa cuisse avait été coupée, celle
pauvre bête s'affaissa tout à coup et tomba .
d'un côté en me faisant rouler de l'autre!
Étendu sur la neige parmi des tas de morts
et de mourants, ne pouvant me mouYOir
d'aucune façon, je perdis insensiblement et
sans douleur le sentiment de moi-même. li
me sembla qu·on me berçait doucement. ...
Enfin, je m'évanouis complètemcnl sans être
ranimé par le grand fracas que les qualre,ingt-dix escadrons de Murat allant à la charge
firent en passant auprès de moi et peut-ètre
sm· moi! J'estime que mon évanouissement
dura quatre heures, el lorsque je repris mes

sens, voici l'horrible position dans laquelle je
me trouvais: j'étais complètement nu, n'ayant
plu~ que mon chapeau et ma botte droitr.
Un soldat du train, me croyant mort, m'avait
dépouillt:• selon l'usage, et voulant m'arracher
la seule bouc qui me restât, me tirait par
une jambe, en m'appuyant un de ses pieds
sur le ventre! Les fortes secousses que cet
homme me donnait m'ayant sans doute r.It
nimé, je parrins à soulever le haut du corps
et à rendre des caillots de sang qui obstruaient
mon gosi~r. La commotion produite par le
vent du boulet avait amené une ecchymose si
considérable que j'avais la figure, les épaules
et la poilrine noires, tandis que le sang sorti
de ma blessure au bras rougissait les aulres
parties de mon corps.... Mon chapeau et mes
cheveux étaient remplis d'une. neige ensanglantée; je roulais des yeux hagards et devais
être horrible à voir. Aussi le soldat du train
détourna la tête cl s'éloigna avec mes effets,
sans qu'il me fùt possible de lui adresser
une seule parole, tant mon étal de prostration
était grand!. .. Mais j'avais repris mE&gt;s facultés
mentales, et mes pens.ées se portèrent vers
Dieu el vers ma mère!. ..
Le soleil, en se couchant, jeta quelques
faibles rayons à travers les nuages; je lui fis
des adieux que je crus bien être les derniers .... cc Si du moins, me disais-je, on ne
m'cùt pas dépouillé, quelqu'un des nombreux
individus qui passent auprès de moi, remarquant les tresses d'or dont ma pelisse est
couverte, reconnaitrait que je suis aide de
camp d'un maréchal et me ferait peut-être
transporter à l'ambulance; mais en me \'Oyant
nu, on me confond a1·ec les nombreux cadavres dont je suis entouré; bientôt, en effet, il
n'y aura plus aucune différence entre eux et
moi. Je ne puis appeler à mon aide, et la
nuit qui s'approche ra m'ôter tout espoir
d'être secouru; le froid augmente, pourrai-je
le supporter jusqu'à demain, quand déjà je
sens se raidir mes membre! nus? » Je m'attendais donc à mourir, car si un miracle
m'avait sauvé au milieu de l'affreuse mêlée
des Russes et du f4e, pouvais-je espérer
qu'un autre miracle me tirerait de l'horrible
position dans laquelle je me trou vais ?... Ce
second miracle eut lieu, et voici comment.
Le maréchal Augereau avait un valet de
chambre nommé Pierre Danne!, garçon très
intelligent, très dévoué, mais un peu raisonneur. Or, il était arrivé, pend:i.nt notre séjour
à la Houssaye, que Danne! ayant mal répondu
à son maitre, celui-ci le renvoya. Danne],
désolé, me supplia d'intercéder pour lui. Je
le fis avec tant de zèle que je parvins à le
faire rentrer en grâce auprès du maréchal.
Depuis ce moment, le Yalet de chambre
m'avait voué un grand attachement. Cel
homme, qui avait laissé à Landsberg tous les
équipages, en était parti de son chef, le jour
de la bataille, pour apporter à son maitre des
vivres qu'il avait placés dans un fourgon très
léger, passant partout, et contenant les objets
dont le maréchal se servait le plus souvent.
Ce petit fourgon était conJuit par un soldat
ayant servi dans la compagnie du train à

laquelle appartenait le soldat qui rnnail de
me dépouiller. Celui-ci, muni de mes elle!~.
passait auprès du fourgon slalionné à c,îté tl11
cimetière, lorsque, ayant reconnu le postillon,
son ancien camarade, il l'accosta pour lui
montrer le brillant butin qu'il venait de recueillir sur un mort.
Or, il faut que vous sachiez que pendant
notre séjour dans les cantonnements de la
Vistule, le maréchal ayant envoyé Danne!
chercher des provisions à Yarsovie, je l'avais
chargé de faire ôter de ma pelisse la fourrure
d'astrakan noir dont elle était garnie, pour la
faire remplacer par de l'astrakan gris, nouvellement adopté par les aides de camp du
prince Berthier, 1ui donnaient la mode dans
l'armée. J'étais encore le seul officier du
maréchal Augereau qui eût de l'astrakan gris.
Uanncl, présent 1, l'étalage rrue faisait le
soldat du train, reconnut facilemenl ma pelisse, ce qui l'engagea à regarder plus attentivement les autres effets du prétendu mort,
parmi lesquels il trouva ma montre, marquée
au chiffre de mon père, à qui elle avait appartenu . Le valet de chambre ne doula plus 11ue
je ne fusse tué, cl tout en déplorant rua
perle, il voulut me voir pour la dernière fois,
el se faisant conduire par le soldat du train,
il me trouva vivant!. ..
La joie de ce brave homme, auquel je dus
certainement la vie, fut extrême : il s'empressa de faire venir mon domestique, quelques ordonnances, et de me faire transporter
dans une grange, où il me frotta le corps
avec du rhum, pendant qu'on cherchait le
docteur Raymond, qui arriva enfin, pansa ma
blessure du bras, et déclara que l'expansion
du sang qu'elle a,·ail 1iroduite me sauverait.
Bientol, je fus entouré par mon frère et
mes camarades. On donna quelque chose au
soldat du train qui avait pris mes habits,
qu'il rendit de fort bonne gràr.e; mais comme
ils étaient imprégnés d'eau el de sang, le
maréchal Augereau me t] t envelopper dans
des effets i1 lui. L'Empcreur avait a,ttorisé le
maréchal à se rendre à Landsberg; mais sa
blessure l'empêchant de monter à chernl,
ses aides de camp s'étaient procuré un traineau sur lequel était placée une caisse de
cabriolet. Le maréchal, qui ne pouYait se
résoudre à m'abandonner, m'y fit attacher
auprès de lui, .car j'étais trop faible pour me
tenir assis!
·
Avant qu'on me releYùl du champ de
bataille, j'avais vu ma pauvre Lisette auprès
de moi. Le froid, en coagulant le sang de sa
plaie, en avait arrêté la trop grande émission ;
la bête s'était remise sur ses jambes ·et mangeait la paille dont les soldats s'étaient scrYis
pour leurs bivouacs la nuit précédente. Mon
domestique, qui aimait beaucoup Liselle,
l'ayant aperçue lorsqu'il aidait à me transporter, retourna la chercher, et découpant en
bandes la chemise et la capote d'un soldat
mort, il s'en servit pour emelopper la cuisse
de la pauvre jument, qu'il mit ainsi en état
de marcher jusqu'à Landsberg. Le commandant de la petite garnison de celle place ayant
eu l'attention de faire préparer des logemonts

�,,
r-

111ST0~1.Jl----------------------~

Aujourd'hui, où l'on est si prodigue
pour les lilessés, l'étal-major fut placé dans
d'avancement
et de décorations, on accorune grande et bonne auberge, de sorte qu'au
derait
certainement
une récompense à un
lieu de passer la nuit sans secours, étendu
officier
qui
braverait
les
dangers que je courus
tout nu sur la neige, je fus couché sur un
bon lit et environné des soins de mon frère, en me rendant vers le 14e de ligne ; mais,
de mes camarades et du bon docteur naymond. sous l'Empire, on considéra ce trait de dévoueCelui-ci avait rté obligé de couper la botte ment comme si naturel qu'on ne me donna
que le soldat du train n'aYait pu m'ôter, et pas la croix, et qu'il ne me vint même pas à
c1u 'il fut encore difficile de me retirer tant la pensée de la demander.
Un long repos ayant été jugé nécessaire
mon pied était gonflé. Yous verrez plus loin
pour
la guérison de la blessure du maréchal
que cela faillit me coûter une jambe et peutAugereau, !'Empereur lui écrivit pour l'enêtre la vie.
Nous passàmes trente-six heures à Lands- gager à se faire traiter en France, et fit venir
berg. Ce repos, les bons soins qu'on prit de d'Italie le maréchal Masséna, auprès duquel
moi, me rendirent l'usage de la parole et des mon frère, Bro et plusieurs de mes camarades
membres, et lorsque le surlendemain de la furent placés. Le maréchal Augereau me prit
bataille le maréchal Augereau se mil en roule avec lui, ainsi que le docteur Raymond et son
pour Varsovie, je pus, quoique bien faible, secrétaire. On était obligé de me porter pour
monter et descendre de voiture; je sentais,
ètre transporté dans le traineau. Notre voyage
du reste, que ma santé se raffermissait à
dura huit jours, parce que l'état-major allait
mesure que je m'éloignais des ré~ions glaà peliles journées avec ses cheYaux. Je repreciales pour marcher vers un climat plus doux.
nais peu à peu mes forces; mais, 11 mesure
Ma jument passa son hiver dans les écuries
qu'elles revenaient, je sentais un froid glacial
de M. de Launay, administrateur des four~ mon pied droit. Arrivé à Varsovie, _je fus
rages de l'armée. Lll maréchal se dirigea de
logé dans l'hôtel réservé pour le maréchal, ce
Varsovie sur la Silésie, par Rawa. Tant que
qui me fut d'autant plus favorable que je ne
nous fùmes dans l'affreuse Pologne, où il
pouvais quitter le lit. Cependant la blessure
n'existait aucune route ferrée, il fallut douze
de mon bras allait bien, le sang extravasé
et jusql).'à seize chevaux pour tirer la voilure
sur mon corps par suite de la commotion
des fondrières et des marécages au milieu
du boulet commençait à se résoudre, ma peau
desquels nous marchions; encore n'allait-elle
reprenait sa couleur naturelle; le docteur ne
qu'au pas, et ce ne fut qu'en arrivant en
savait à quoi attribuer l'impossibilité dans
Allemagne que nous trouvàmes enfin un pa~·s
laquelle j'étais de me lever, et m'entendant
civilisé et de véritables routes.
me plaindre de ma jambe, il voulut la visiter,
Nous nous arrètàmes à Dresde, et paset qu'aperçut-il ?... Mon pied était gan- s,'imes dix à douze jours it Francl'ort-sur-~lein,
grené! ... Un accident remontant à mes pred'où nous étions parlis au mois d'octoLrn
mières années était la cause du nomcau
précédent pour marcher contre la Prusse.
malheur qui me frappait. J'avais eu, à SoEnfin nous arril'àmes à Paris vers le
ri·ze, le pied droit per1:é par le fleuret démou15 mars. Je marchais al'ec beaucoup de
cheté d'un camarade avec lequel je faisais
peine, j'avais un bras en écharpe el me resdes armes. Il paraitrait que les musdes,
sentais encore du terrible ébranlement prodevenus sensibles, avaient beaucoup souffert
duit par la commotion du vent du boulet ;
du froid pendant que je gisais évanoui sur le
mais le bouheu' de revoir ma mère et les
champ de bataille d'Eylau; il en était résulté
bons soins qu'elle me donna, joints à la douce
un gon{lement qui explique la difficulté
influence du printemps, achevèrent ma guéqu'avait,eue le soldat du train à m'arradier
rison.
la bolle droite. Le pied était gelé, et n'ayant
Avant de quiller Varsovie, j'avais voulu
pas été soigné à temps, la ga,ogrène s'était
jeter le chapeau que le boulet avait percé;
déclarée sur l'ancienne blessure provenant du
mais le maréchal, l'ayant fait garder comme
coup de fie,iret; elle était couverte d'une
objet de curiosité, le donna à ma mère. Il
escarre large comme une pièce de cinq
existe encore aujourd'hui entre mes mains, et
fram:s... . Le docteur pâlit en voyant mon
c'est un monument de famille qu'il faudra
pied ; puis, me faisant tenir par quatre domestiques et s'armant d'un bistouri, il enleva conserver.
l'escarre et creusa dans mon pied pour extirCHAPITR.E XXXV
per les chairs mortes, absolument comme on
cure les parties gâtées d'une pomme.
llissions auprès de !'Empereur. - Je rejoins le maJe souffris beaucoup, cependant ce fut sans
réchal Lannes. - Reprise des hostilités le 11 juin.
me plaindre; mais il n'en fut pas de même
- Les armées se joignent sur !'Alle, à Friedland.
lorsque le bistouri, arrivé à la chair vive, eut
Je passai à Paris la fin du mois de mars,
mis à décomert les muscles el les os dont on
tout
avril et la première semaine de mai. Ce
apercevait les mouvements! Le docteur, mon- _
fut
pendant
ce séjour que je connus la famille
tant sur une chaise, trempa une éponge dans
du vin chaud sucré, qu'il lit tomber goutte à Desbrières, dans laquell~ mon mariage devait
goutte dans le trou qu'il venait de creuser me faire prochainement entrer. Ma santé
dans mon pied. La douleur devint intolé- étant rétablie, je compris que je ne pouvais
rable!. .. Je dus néanmoins, pendant huit rester à Paris. Le maréchal Augereau m'adressa
jours, subir soir et malin cet affreux supplice, au maréchal Lannes, qui me reçut de fort
bonne grâce dans son état-major.
mais ma jambe fut sauvée....

L'Empereur, pour être à même de surveiller les mouvements que les ennemis seraient tentés de faire pendant l'hiver, s'était
établi au milieu des cantonnements de ses
troupes, d'abord à Osterode, puis au château
de Finkenstein, d'où, en préparant une nouvelle campagne, il gouvernait la France et
dirigeait ses ministres, qui lui adressaient
chaque semaine leurs rapport~. Les portefeuilles ~ntenanl les documents divers fournis
par chaque ministre étaient réµ_nis tous les
mercredis so!r chez M. Denniée père, soussecrétaire d'Etat à la guerre, qui les expédiait
tous les j_eudis matin par un auditeur au
conseil d'Etat chargé de les remellre à l'Empereiir. Mais ce service se faisait fort mal,
parce que la plupart des auditeurs n'étant
jamais sortis de France, rte sacjiant pas un
mot d'allemand, ne connaissant ni les monnaies ni les règlements de poste des pays
étrangers, ne savaient plus comment se conduire dès qu'ils avaient passé le Rhin. D'ailleurs, ces messieurs, n'étant pas habitués à
la fatigue, se trouvaient bientôt accablés par
celle d'un voyage de plus de trois cents lieues,
qui exigeait une marche continuelle de dix
jours el dix nuits. L'un d'eux poussa même
l'incurie jusqu'à laisser voler ses dépêches.
Napoléon, furieux de celle aventure,
adressa une cstafelle à Paris pour ordonner
à M. Denniée de ne confier à l'avenir les portefeuilles qu'à des officiers connaissant l'Allemagne et qui, haliitués aux fatigues et aux
privations, rempliraient celle mission avec
plus d'exactitude. M. Denniée était fort embarrassé d'en troul'er un, quand je me présentai arec la lettre du maréchal Lannes, me
demandant auprès de lui. Enchanté d'assurer
le prochain départ des porteft:uilles, il me
prévint de me tenir prèt pour le jeudi suil'anl
et me remit cinq mille francs pour les frais
de poste et pour l'achat d'une calèche, cc
c1ui venait fort 11 propos pour moi, qui avais
peu d'argent pour ri&gt;joindre l'armée au fond
tle la Pologne.
Nous partimes de Paris vers le 10 mai.
Alon domestique et moi étions bien armés, et
lorsque l'un de nous était forcé de quitter
momentanément la voiture, l'autre la surveillait. Nous savions assez d'allemand pour
presser les postillons, qui, me voyant en
uniforme, obéissaient infiniment mieux à un
officier qu'à des auditeurs; aussi, au lieu
d'être, comme ces messieurs, neuf jours et
demi, et mème dix jours, pour faire le trajet
de Paris à Finkenstein, j'y arrivai en huit
jours et demi.
L'Empereur, enchanté d'avoir ses dépèches
vingt-quatre heures plus tôt, loua d'abord
mon zèle, qui m'avait fait demander à revenir
à l'armée malgré mes récentes blessures, et
ajouta que puisque je courais si bien la pos~e,
j'allais repartir la nuit même pour Paris,
J'où je rapporterais d'autres portefeuilles, cc
qui ne m'empêcherait pas d':.ssist~r à )a
reprise des hoslilités, qui ne pouva1t avoir
lieu que dans les commencements de juin.
Ilien que je n'eusse pas, à beaucoup pr~s,
&lt;lépensé les cinq mille francs que M. Denmée

_______________

m'avait remis, le maréchal du palais m'en fit
donner ~utant pour_ retourner à Paris, oil je
me rendis au plus vite. Je ne restai que vingt~
quatre heures dans cette ville, et je repartis
pour la Pologne. Le ministre de la guerre me
r~_mit encore cinq mille francs pour ce trois1eme Yoyage; c'était beaucoup plus qu'il ne

Sicard, aide .de camp d'Aucrereau
o
, qm. ava1't
eu 1a complaisance
de
ramener
mes
che vaux.
.
Je. revis avec. grand .plaisir ma ch'ere J•umeot
L1se~te, CJ UI pouva1 t encore faire un bon
service.
_La place de Danzig, assiégée par les Français pendant l'hiver, était tombée en leur

:'\APOLÉON A LA BATAILLE DE FRJEDLAXD.
.

fallait, mais l' Empereur le voulait ainsi Il
est vrai que ces voyages· étaient
•
·
très faticrants
~~ sur.tout fort enn~yeux, bien que le t;mps
. t tres b~au, car Je roulai près d'un mois
J?ur et nmt, en tète à tète avec mon domesJe ~elrouvai _l'E~pereur au château de
. enS tern. Je craigua1s de continuer à posl i 11onner au 111
•
.
ornent ou, on allait
se battre
mais
heure
.
• ,
usement on avait trouvé des offi-'
c1er:s dpour
. , hes, et ce service
étù
,., porter 1es depec
m I e~a organisé. L'Empereur m'autorisa à
etren r? auprès du maréchal Lannes qui
Se rouvait ' M · b
·o· .
a arien ourg lorsque ie le' re. avec lui leJ colonel
1e 95
J 1rn1s
0
'
•
ma1.• Il avait

~!;,.°"

.Mt.MOrJfES DU GÉNÉ~..llL B..ll~ON DE JffA~'BOT

rerenait, à peine guéri, prendre part à de
noureaux combats. Le bon colonel Sicard
ar~nt d'expirer, me chargea de faire se;
a~1eux au maréchal Augereau et me remit un
b1llet pour sa femme. Cette pénible scène
m'affligea beaucoup.
L'armée s'étant mise à la poursu\te des

Tableau d•HORACE VER:-IET. (M usée Je Versailles.)

pouvo_ir. Le retour de la belle saison fit bientôt
roumr la campagne. Les Russes attaquèrent
nos cantonnements le 5 juin, et furen t vivement repoussés sur tous les points. li y eut
le 1,0, à Heilshe:g, un ?ombat telleJilent sanglant, q~e plusieurs historiens l'ont qualifié
de bataille. Les ennemis y furent encore
battus. Je n'eritrei·ai dans aucun détail sur
cette affaire, parce que le corps du maréchal
La~~s n) prit g_ue fort peu de part, n·étant
arnve qua la nUJt tombante. Nous reçûmes
cependant une assez grande quantité de boul~ts, dont l'un blessa mortellement le colonel
S1card, qui, déjà frappé d'une balle à Eylau,
""' I:l7 ...,

---.

Cliché ü iraudon.

Russes,.nous .·passâmes par Eylau • Ces champs,
que trois ~ois avant nous avions laissés couverts de neige et de cadavres, offraient alors
de cb~rmants Lapis de verdure émaillés de
fleurs.... . Quel contraster
.
.... Comb1·en de braves
guerriers ~eposa_1ent sous ces vertes prairies! ...
Je fus m asseoir à la mème place où .,,1 .
to bé , ., . .
Je ais
m • , ou J. avais
.
. eté dépouillé , où J·e devais
aus_s1 mourir,~• un _concours de circonstances
vraiment prov1dentiellas ne m'eût
é1
L
é b IL
sauv ....
~ mar c a annes voulut voir le montic 1
ou le 14e de ligne s'était si vaillamment ~é~
fendu: Je l'y co~duisis. Les ennemis avaient
QCCupe ce terram depuis l'époque de la ha-

�_

111STORJA

__.c.---------'-------------------------------~

part &lt;lu champ de Latailll'. Mon réeiL acher,:,
proposait élaiL hil•n facile 11 c:&gt;mpren&lt;lrr, : Jt, s
!aille; &lt;'l'lll'ndant, nous rclrouY:inws &lt;'llt'or('
!'Empereur me dit l'll souriant : &lt;1 .\~-lu
Busses Yeu lent traverser l'Alle pour se rendre
i11lacl 11• monuml'lll qul' lou~ les corps de
,1 bonnr mémoirl''! - Passahlr, Siri•. - Eh
11 Kœnigsberg; les Français veulent les en
l'armée française al'aicnl élevé à leurs infor&lt;&lt; bien, quel anniversaire est-ce a11jourd'hni,
empêcher el les refouler de l'autre coté de la
tunés camarades du l 0 , &lt;lonl trente-six offi11 14 juin? - Celui de fürengo. -Oui, oui,
ciers a,,aicnl été enterrés dans la même fosse! rivière, dont les bords sont très escarpés. Il 1, reprit !'Empereur, celui de Marengo, et je
n'y a que le pont de Friedland. Les Russes
Ce rcspecl pour la gloire des morls honore
&lt;&lt; vais ballre les Russes comme je battis les
les Busses. Je m'arrèlai quelques inslanls sur éprouvaient d'autant plus de peine à débouAutrichiens! 1&gt;
cher de celle rille dans la plaine de la rive
l'emplacemrnL où j'avais reçu le boulel et le
Napoléon avait une telle conviction à cc
coup de baïonnette, et pensai aux braves qui gauche, que la sorlie de Frièdland est res- sujet qu'en longeant les colonnes dont lès
serrée sur ce p1int par un vaste étang, ainsi
gisaient dans la poussière el dopl j'avais été si
soldais le saluaient par de nombreux vivats,
que p1r le ruisseau dit du Moulin, qui coule
il ne cessait de leur dire : &lt;&lt; C'est aujourd-'1:mi.
près de partager le sort.
Les Busses, battus le 10 juin à lleil..berg, dans un ravin fort encaissé. Les ennemis, &lt;1 un jour heureux, l'annil'ersairc &lt;le Mafirent une relrailc précipitée et gagnèrent une pour protéger leur passage, avaient établi &lt;&lt; rengo ! ... 1&gt;
journée d'avance sur les Français, qui se deux fortes b1lleries sur la rive droite, d'où
trouvaient le 1::i au soir réunis en avant ils dominaicnl la ville el une plrlie de la
CHAPITRE XXXVI
plaine entre Posthenen et Heinrichsdorf. Les
&lt;lï~yiau, sur la rive gauche de l'Alle.
Les ennemis occupaienl IlarLenstein, sur la projets el les positions respectives des d,·ux Balaillc do F1·ie&lt;lland. - Oangr rs auxqurls je suis
armées étan l ainsi connus, je vais vous expliexposé. - Enlre,·ue t L lrailè clo Tilsill.
ri vc droite de cette même ri vièrc que les
quer succinctement les principau~ é,•énements
deux armées descendaient parallèlement. BenIl était plus de onze heures, lorsque l'Erunin3sen, apnt ses mJgasins de vivres el de de cette bataille décisive, qui amena la paix. pereur arriva sur le cliamp de bataille, où
L'Empercur élait encore à Eylau : Ier, plusieurs corps d'armée étaient déjà venus se
munitions à Kœnigsberg, où se LrouYaiL le
divers
corps d'armée se dirigeaient sur Fried- joindre à Lannes cl à Mortier. Les autres,
corps prussien, désirait se porter sur cette
land,
dont
ils se trouvaient à plusieurs lieues. ainsi que la garde, arrivaient successivement.
ville avant l'arrirée des Français; mais, pour
lorsque
le
maréchal Lannes, ayant marché Napoléon rectifia les lignes : Ney forma la
cela, il devait repasser sur la rive gauche de
toute
la
nui
t,
arrivait devant celle ville. Si le droite p!acéc dans le bois de Sorl Jack; Lannes ·
!'Alle, sur laquelle se trouvaient les troupes
de Napoléon Yenanl d'~ylau. Le général russe maréchal n'eût écoulé que son impatience, il el Mortier, le centre entre Posthcnen el lleinespéra les devancer à Friedland, assez à eût attaqué les ennemis sur-le-champ; mais ricbsdorf; la gauche se prolongeait au delà de
temps pour franchir la rivière avant qu'elles déjà ceux-ci avaient trente mille hommes ce dernier ,·illage.
pussent s'y opposer. Les motifs qui portaient formés dans la plaine en avant de Friedland,
La chaleur étail accab'anle. L'Empercur
.Ilenningsen à conserver Kœnigsberg faisant cl leurs lignes, dont la droite était en face de accorda aux troupes une heure de rrpos, el
désirer à !'Empereur de s'en emparer, il avait lleinrichsdorf, le centre au ruisseau du Moulin décida qu'au signal donné par vingt-cinq
conslammenL manœuYré depuis plu~ieur~ cl la gauche au village de Sorllack, se ren- pièces tirant à la fois, on ferait une attaque
jours pour déborder la gauche des ennemis, forçaien l sans cesse, land is que le maréchal générale, ce qui fut exécuté.
allo de les éloigner de celle place vers laquelle Lannes n'avait que dix mille hommes; mais
Le corps du maréchal Ney avait la plus rudl'
il avail détaché ~luraL, Soult el Da1·out, pour il les plaça fort habilement dans le \'illage de mission, car, caché dans le bois de Sortlack,
s'opposer aux 11usses s'ils y arrivaient aranl Posthenen cl dans le bois de Sortlack , d'où il il devait en sortir cl prnétrer dans Friedland.
menaçait le llanc gauche des Russes, pendant où se trouvaient agglomérèes les principaks
nous.
liais l'Empcreur ne s'en tint pas à celle qu'avec deux diYisions de cavalerie, il tàchail forces el les réserves ënnemics, s'emparer des
précaution, el prévoyant que pour gagner d'arrêter leur marche sur Heinricbsdorf', vil- ponls el couper ainsi toute retraite aux Russes.
K,enigsberg les Russes chercheraient à passer lage situé sur la route de Friedland à Kœnigs- On comprend difllcilemenl comment Ilrn!'Alle à Friedland, il voulut occuper avant eux berg. Le f1,u s'engagea \'iYemenl, mais le corps ningsen arnit pu se résoudre à placer son
celle ville, sur laquelle il dirigea, dans la du maréchal Mortier ne tarda pas à paraitre, armée en face du d~lilé de Friedland, 011 clli·
nuit du 1::i au 14 juin, les corps des maré- et pour disputer aux Tlusscs la roule cle avail à dos l'Alle a,·cc ses bords escarpés, et
chaux L:rnnes et Mor lier, ainsi que trois di\'i- Kœnigshrrg, en attendant de nouvraux ren- se trouvait en présence des Français, maitres
sions de cavalerie. Le surplus de l'armée l'orls, il occupa lleinrichsdorf el l'espace de la plaine. Le général russe, pour ex pliq m'r
situé entre ce village el celui de Postbenen. sa conduite, a répondu, plus tard, qu'apnl
devait suivre.
Le maréchal Lannes, qui faisait l'avanl- Cependant, il n'était pas possible que Mortier une journée d'avance sur Napoléon, el Ill'
garde avec les grenadiers d'Oudinot el une et Lannes pussent résister aYec vingt-cinq pouvant admetlre que le, Français fissent en
brigade de cavalerie, arrivant it Posthenen, mille hommes aux soixante-dix mille I\usses douze heures un trajet égal à celui que ses
une lieue en deçà de Friedland, à deux heures qui allaient liientot se Lrournr en face d'eux. troupes avaient mis vingt-quatre heures il
du maliu, fil reconnaitre celle dernière ville Le moment devenait donc très critique .... Le parcourir, il avait pensé que le corps de
par le 9e de housards, qui fut repoussé a\'ec maréchal Lannes expédiait à tout instaot des Lannes, qu'il trouvait à Friedland, était une
pertes, el le soleil levant nous permit de voir officiers pour prévenir \'Empereur de bâter avant-garde isolée de l'armée française, el
une grande parlie de l'armée russe massée de l'arrivée des corps d'armée qu'il sarait en qu'il lui serait facile d'écraser; quand son
l'autre côté &lt;le l'Allc, sur les plateaux élevés marche derrière lui. Monté sur la rapide illusion s'était dissipée, il était trop tard pour
entre Allenau et Friedland. L'ennemi com- Lisellc el envoyé le premier ,·ers !'Empereur, reporter son armée de l'autre côté de l' Ali~,
mençait -à passer sur l'ancien pont de la ville, que je ne rejoignis qu'à sa sortie d'F,ylau, je parce que le défilé de Friedland lui eùt fait
auprès duriuel il en construisait deux nou- le trouvai rayonnant de joie!... Il me lit placer éprouver une perle certaine, et qu' il avait
•
11 côlé de lui, cl tont en galopant, je dus lui
préféré combattre avec énergie.
veaux .
Le but que chacune &lt;les deux armées se expliquer cc qui s'était passé avant mon dé-

Henri IV et Marie de Médicis

'i

(A suivre.)

Par LOUIS BATIFFOL

Le ménage royal.

11

. :\ ~ec l'esprit mordant d'Henrielle, sa caus~1c~l~ et les sentiments qu'elle devait nourrir
a I egard de Marie de Médicis, on juge de ce
que purent être les conversations des
deux amoureux lorsqu'il fut question
de la nouvelle reine. Les lettres
d'Henri lV à la marquise dans les11uelles il est fait des allusions rliscrèLcs et moqueuses à ces conversations
sont suffisamment explicites. Orgueilleuse, passionnée el âme commune
ll_cnrieltc poursuivit Marie de Médici~
d une haine implacalilé ·: ,1 un odio e
una ra~bia _domestica », écrit l'enrnyé
tlorentm G10~amlÎni. Elle ne manqua
aucune occas10n de s'exprimer sur Je
compte de la jeune soul'eraine en 1ermes dépassant Loule mesure : &lt;I C'est
u.~e ~oncubine, que votre Florentine,
~ ecna-t-elle; je suis, moi, votre vraie
lemme »; le dauphin n'était qu'un
enfant naturel; son fils à clic était IP
dauphin; et le jour où Henri IV lui
proposait de faire élever ses enfants à
Saint-Germain avec le futur Louis Xlll
elle _répliquait furieuse : ,, Que la Flo~
:entme. garde son bâtard, et moi je
"ardera1 mon dauphin; je ne veux pas
&lt;1ue mon fils soi L élevé avec des bâtards ! » D'ailleurs est-ce que le fils
de_ « la Florentine » ressemblait au
roi'! N'avait-il pas au contraire tous
le~ ~~ils &lt;&lt; de celle mauvaise race des
~[edicis i&gt;? el elle accablait de termes
de m~~rtS
· · celie qu'elle appelait &lt;I la
ba?_qmere ! » &lt;&lt; Yotre grosse banqmere! »
.
_
D'ab?rd Henri IV rit de ces sottises.
~orsqu on lui parlait des écarts de
angage de la marquise, écarts connus d. e l' entourage, 1\• cherchait à
a~oumr les choses et à excuser l'imp~lueuse jeune femme. Puis, impatienté il
•
'
•riposta · '' Quand viendra
votre banquière?
rnterro"eait
He
·
lt
A
.
•
.,
,0
nrie e. uss1tot que J aurai:
hasse
cdait
de
ma
c
t
l
,
bru
our oul~s es p ...... » reponsquement le roi. A la longue, il finit
-

HISTORIA. -

Fasc.

11.

par s'ir~iter. ~es scènes se produisirent. qu'il vous plaira! Cinq années m'ont comme
'.' Elle ma parle de la reine, mandait-il outré, pa,r. force, imprimé la créance que'vous ne
a Sul_Iy, et ell: me l'a nommée d'un tel nom m aimez pas. Votre ingratitude a accablé ma
que Je ~ne sms pensé échapper à lui donner pas~ion ! '» Elle _alla jusqu'à faire courir le
su~ la JOUe ! » Henriette ne gardait plus de brmt quelle avait eu des complaisances enmenagement même à l'égard du roi : &lt;&lt; A vers les uns et envers les autres, M. de Bellemes~re que vous vieillissez, disait-elle à garde, le duc de Guise. Henry IV exaspéré
1_1enr1 IV, v?_us ~e1·enez si défiant el si soup- lui fit notifier par Sully la forzi'iule :
{onneux qu il n y a plus moyen de vivre avec Cœsar, ~ut nihil. li fut question de séparation· Elle réclama 'l 00 000 livres de
rente &lt;1 en fonds de terre assurés &gt;J
afin_d'être indépendante ; le qroit d~
sortir de France quand elle le voudrait
avec se~ revenus, parce qu'elle n'avait
pas envie &lt;&lt;d'aller mourir de faim ailleurs e~ qu'elle savoit bien que la roine
une fois maîtresse la détruiroit elle
et les siens ». Elle demanda Metz
comme place de sùreté; mille objets.
Hélas! la passion d'Henri IV était trop
forte! &lt;&lt; Je ne puis perdre bataille
soupirait-il, ni contre les hommes ni
contre, les f~m~es ! &gt;J et Sully était
charge de negocier les réconciliations ·
on les payait : argent, légitimatio~
de~ enfants, promesses; le roi revenait _plus amoureux, plus humble; et
la vie reprenait avec &lt;I ses picotements )) , de chaque jour, &lt;&lt; ses brus&lt;1uette~ », ainsi qu'_Henri IV appelait
les ac:ces de mauvais caractère de la
marquise; les grands airs réservés et
froids ?e la jeune femme : &lt;&lt;grimaces, simagrées, bigotteries, toutes
pu_res hypocrisies »' répétait le
prmce.
Les c~oses en vinrent à un tel poin l
que, touJours pour assurer la mlidité
de ses prétendus droits et de ceux de
son fils, Henriette osa aller jusqu'à
c?tr~r dans ce qu'on a appelé la consp1ral10n d'Entraigues, où il n'était
question rien de moins que d~ tuer
Cliché Braun, Clément et c••.
Henry IV et le dauphin, pour faire
HE1-m rv.
proclamer roi ensuite, avec le conTableau de FRANS PORBUS LE J EU1'E, [Musée du L o11vre.)
cours de l'Angleterre et de l'Espagne, le fils de madame de Verneuil
Le roi d'Angleterre, indigné mi~
vous! 1&gt; el elle l'accusait d'horreurs, lui re- au courant le roi de France. Il fallu; faire
prochant d'être le père du prince de Condé. arrêter la ' famille d'Henriette, ainsi que
&lt;&lt; Vou~ êtes une moqueuse, ripostait le roi hors le com~e d Auvergne, mêlé à l'histoire. Le
.de hu; Yous voulez me menez à la baguette; chancelier de Bellièvre était d'avis de &lt;&lt; tran, ous me m~nacez de Yous en aller : .faites cc cher la tète i&gt; à tout ce monde. llenri IV fut

aut

.,., 129 ....

9

�111S TORJ.ll

----------------------------------------~

Lrès faible. Placée sous la surveillance du parùl pas au Louvre. Le lendemain il ne penchevalier du guel dans un hôtel du fau- sait plus à ce qu'il avait dit. Les sentiments
bou~g Saint-Germain pendanl que son père de moins en moins dissimulés d'llenrielle à
éLait à la Conciergerie, madame de Verneuil l'égard de la souveraine, ses façon~ grosse vanta de tenir le roi &lt;1 au poing Il. On obtinL sières de la désigner, les menaces qu'elle
d'Henri IV qu'il exigeâl la restitution solen- proférait sur le comple du dauphin jetèrent
nelle de la promesse de mariage el, après la malheureuse reine dans une fièvre de doud'infinies hésitations et des atermoiements, leur et de colère. &lt;I Je n'ai ici de trouble cl
ayant laissé poursuivre le procès à l'issue . d'inquiétude que par la marquise! » écriduquel le Parlement prononça que la inar- vait-elle au grand-duc son oncle, el, désolée,
11uise de Verneuil demeurerait détenue jus- chercbanl refuge auprès de lui : &lt;1 Je n'ai
qu'à p.lus ample informé et condamna le d'autres recours qu'auprès de Votre Allesse!
reste à la mort, llenri IV gracia tous les cou- Je me recommande à elle dans toutes mes
pables el retomba plus épris que jamais de douleurs présentes avec des larmes dans les
yeux! 1&gt; Mais Italienne et Médicis, Marie n'ét.aiL
la dangereuse créature.
Près de neuf ans, de 1599 à 1608, celle pas femme à souffrir indéfiniment en silence.
passion l'éti:eignil. Puis peu à peu les Elle finit par se révolter : 1&lt; Cette créature
brouilles et les disputes renouvelées en n'a pas d'autre fin que de me torlurer et de
eurent raison, surtout l'amour violent et m'accabler de tribulations! s'écria-t-elle; qui
soudain qu'excita en lui la petite Charlotte se déclarera pour elle se déclarera mon
de Montmorency. A la fin, il voyait encore la ennemi, et là où je pourrai, à mon temps, je
marquise, mais ses sentiments étaient dé- me vengerai! » Elle répétait à son oncle :
daigneux; il la traitait de « celte dame jaune &lt;I Je me vengerai cruellement dès que je le
el maigre l » il écrivait aimablament à Marie pourrai! n Au dire de Richelieu l'avis vint
de Médicis, en parlant d'elle : &lt;I Ce n'est plus même au roi qu'Hemiette d'Entraigues demarchandise pour ma boutique, car je ne vait sérieusement craindre pour ses jours, et
me fournis que de blanc et de gras l 1&gt; Le Henri IV, inquiet, se crut obligé de faire
lendemain de la mort d'Henri IV, madame sorlir immédiatement sa maîtresse de Paris,
de Verneuil, un peu terrifiée, devait venir se avec une escorte suffisante afin de la soujeter aux pieds de Marie de Médicis. straire à la vengeance menaçante : « Cc
Louis XIII, ému de pitié, lui accorda une n 'é1-"it qu'une feinte, ajoute le cardinal, étant
pension viagère de dix milles livres ; et certain que la reine n'avoit dessein, celle ocelle vieillit doucement, devenanl &lt;I grosse, casion, que de faire peur à la marquise. 11
A partir de ce momenl, la vie du ménage
monstrueuse 1&gt;, ne pensant &lt;1 qu'à la manroyal
ne fuL plus qu'une suilc ininterrompue
geaille 1&gt;, mais ayanL toujours cet esprit
de
récriminations,
de colères et de scènes.
mordant el endiablé c1ui avait fait une partie
Incapable
de
défendre
sa passion par des
de son succès!
Arrivant en France Loule fière d'ètre reine, molifs acceptables, Henri IV se fit agressif :
~Jarie dé Médicis savait suffisamment ce c'était, après tout, la faute de Marie de Méqu'était madame de Verneuil pour n'avoir dicis, ce qui se passait, déclara-t-il; elle
pas pris son parti d'avance de beaucoup de était trop froide, trop sèche, sans gaieté;
choses et ne s'èLre pas résolue à faire preuve &lt;1 il juroit à ses familiers et confidens servid'une patience stoïque. Elle chercha à plaire teurs que si la reine l'eût recherché, caressé
au roi. Elle l'aima. Dès que celui-ci s'absen- et entretenu de discours agréables témoiLaiL, elle lui écrivait des lellres attristées : gnant une grande amour, il n'eût jamais vu
« Je n'ai point de regret, lui disait-elle, des d'autras femmes! 1&gt; Il crut devoir, moiLié
larmes que j'ai répandues; je suis à Loule sincère, moitié exagération voulue, reprocl1er
heure prête d'en répandre encore autanl à la princesse des préférences dont il parla à
quand je me représente votre éloignement. » mots couverts : le duc de Bellegarde, Gondi,
Le roi se blessait-il en tombant de cheval, Concini - insinuations fausses. - Il était
elle envoyait des exprès pour avoir de ses plus exact en faisanL grief à la reine de
nouvelles. Elle lui adressait des leltres n'écouter que quelques personnes de sa suite
humbles et touchanles : « Monseigneur, je r1ui avaient toute sa confiance, une confiance
vous baise humblement les mains, vous sup- aveugle, et d'être soumise inintelligemment
pliant me conserver en vos bonnes grâces l I&gt; à leurs fantaisies : la dame d'atour, Léonora
A l'égard d'Henriette d'Entraigues, toul Galigaï, la femme de chambre, Catherine
en étant froide, elle n'avait d'abord mani- Salvagia. De son coté Marie de Médicis tenfesté aucune animosité parliculière. Les pro- tait. &lt;1 d'émouvoir le roi par la considération
pos de la marquise sur son compte - aus- de sa santé, qu'il r.uinoit, par celle de sa résitôt rapportés, - la façon insouciante sur- putaLion, par celle enfin de sa conscience, lui
Lout dont Henri IV les prenait furent les représentant qu'elle soutiriroit volontiers ce
premiers nuages qui vinrent assombrir l'bo- qui le conlenLoit, .s'il ne désagréoit à Dieu.
•rizon. Peu à peu l'bumiliaLion et la douleur Mais Loutes ces raisons, si puissantes qu'il
meurtrirent son àme ulcérée. Elle s'enferma n'y en a point au monde qui le puissent être
dans ses appartements, ne voulant Yoir per- davantage, étoient trop faibles pour retirer
sonne, pleurant, refusant de manger, « dé- ce prince! 11 Alors, emportée par l'irritation,
cidée à mourir i&gt;, disait-elle. Henri IV était elle disait qu'elle finiraiL par inlliger un putrès ennuyé. li proposa des palliatifs, par blic affront à l'indigne maîtresse, et s'exalexemple que mademoiselle d'~ntraigucs ne tant, qu'elle lui «ôteroit la vie &gt;Il Elle écrivil
... 130

1M

au roi des lellres d'une vivacité exlrème.
&lt;I Mon ami, mandail Henri IV à Sully, j'ai
reçu une lettre de ma femme, la plus imperLinente -qu'il soit possible mais je ne m'en
offense pas tant contre elle que conlrc celui
qui l'a dictée. 1&gt;
li y eut un éclat public en 1604 101:sque
Henri IV manifesta l'inlenLion de réunir ses
enfants légitimes cl naturels pour les faire
élever ensemble. La Cour éLaiL à Fontainebleau, le dauphin à Saint-Germain. Marie de
Médicis donna l'ordre de garder le petit prince
et sa sœur Elisabeth où ils étaient, sous prétexte de refroidissement, el elle notifia au
roi, par l'intermédiaire de M. de Sillery, que
jamais elle ne subirait « pareille honte, sa
fiêrLé de princesse lui défendant de subir un
Lei opprobre 11 l Henri IV répliqua sèchement
&lt;1 qu'il éLoit le mallre et qu'il vouloit êLrc
obéi Il . Madame de Verneuil devait venir le
rejoindre à Fontainebleau; il pria Sully
d'aller décider la reine à accepter ce qu'il
avait résolu, puis, partant à cheval pour aller
au-devanl de la marquise jusqu'à la Mivoie,
altendit la réponse de Marie de Médicis. La
réponse ne vint pas. Brusquemenl alors,
quittant la cour el sa famille, le prince s'en
alla avec madame de Verneuil. Ce fut 110
gros scandale. Sulll' lui écrivit pour lui faire
respeclueusemenL des re.montrances, lui disant qu'il était heureux d'avoir une épouse
&lt;1 bonne et prndente », que toul le monde,
d'ailleurs, se prononçait pour elle. llcnri I\"
o"rommela, adressa quclq ues lettres affcc.
tueuses it ~tarie comme si rien ne s'était
passé, puis rcvinL, aimable, ayanl oublié,
faisant des caresses 11 la reine el avouanl à
Sully qu'il avait eu tort.
Il chargea son ministre de proyoquer une
explication décist1 e. Causanl avec Marie, Sully
devrait, comme si l'initiative venait de lui,
dire à la reine les griefs que le roi avait conlre
elle : &lt;I Le roi ne pouvoit souffrir que sa
femme lui grognlt el rechignât quasi toujours
lorsque, revenanl de la ville, il la rouloil
baiser, caresser, rire et s'esjouir a vcc elle. 1&gt;
Elle avait ensuite un caractère difficile au
point que si elle venait à se piquer c1 clic
prenait sa quinte Il et tout suivait de traver~.
Henri IV était excédé encore cc qu'elle témoignât d'extrêmes animosités contre ses enfanls
naturels, quelques-uns nés longtemps avant
qu'il eùt ouï parlé d'elle 1&gt;. Il s'élevait contre
l'excessive faveur de ce Concini et de sa femme,
la façon dont la reine leur donnait tout son
argent au point qu'elle était toujours « pr~s
de ses pièces 1&gt;, la manière dont elle écoutai~
leurs propos méprisants sur le compte du roi
qu'ils faisaient espionner : 4es gens de rien,
des menteurs capables de brouiller le ménage,
c1 des garnements qu'il eût dû renvoyer en
leur pays dès leur arrivée en France! 11 Quant
à Henrielte d'Entraigues, &lt;I e}ie étoit d'agréab~c
compagnie, de plaisante rencontre et aro1t
touJours quelque bon mot pour le faire rire,
ce qu'il ne trouvoit pas chez lui, ne recevant
de sa femme ni compagnie, ni réjouissance,
ni consolation; et elle ne poul'anl ou ne l'OUlant se rendre complaisante et de douce con1

1fEN1(1

versation, ni s'accommoder en aucune façon

encore que jê fusse assez assurée, néanmoins
j'ai eu plaisir d'en recevoir ce témoio-nao-e.
. me J'era 1a gracc
' de recognoistre0 ceux
0
Dieu
qui, comme rous, m'aiment et désirent ma
prospérité! 1&gt; La duplicité de madame de
Ve~neuil, son espr~t mordant, moqueur,
hameux, el la pass10n d'Henri IV eurent
tôt faiL de faire cesser ces bonnes disposi-

1V

ET MA1(1E DE MiD1C1S

par ses récriminalions contre les Concini
ajoutant au nombre des al))is de la reine don~
~ si froide et_ si dédaigneuse, lorsqu'il
il jugeait à propos de se plaindre, et les ducs
venoit pllW' la baiser, caresser et rire avce
de Florence et de Mantoue, et le cousin Virelle, qu:il êtoî~ cœlrainL de la quitter de dépit
gilio Ursino, et Trainel, cl Vinta, et Ciovane~ de s en aller c ~ quelque récréation
ni~1i_! &lt;1 Tricoteries et fadèses ! !&gt; répondait le
ailleurs! &gt;J Sully profita d'wie demande de
m1mstre. Ayez au moins de la générosité!
fonds que venait lui faire la .-eine pour s 'ac« Que ces affaires n'aillent pas plus loin que
quitter de la peu agréable commissiQl'1
!'buis de rntrc chambre l 1&gt; Henri IV
donl il étaiL chargé. Certainement,
reprenait que cela ne dépendait pas
insinua-t-il à la princesse &lt;1 Votre
de lui, mais des « opiniàtretés 1&gt; de
lfajesté a des déplaisirs, ~ais je ne
la reine. D'ailleurs que résoudre? Sull y
désespère pas que vous ne reçussiez
conseillait, si on voulait en finir, &lt;1 de
quelque assaisonnement à ces défaire passer la mer à quatre ou cinq
plaisirs, .i vous saviez bien considérer
personnes et les monts à qua.tre ou
quelle est l'humeur du roi et ce qu'il
cinq autres 1&gt;, chasser les d'Entraio-ues
0
est besoin que vous fassiez pour vous
et les Concini. Le roi ne demandait
y accommoder Il. Pourquoi le recevaiLpas mieux, mais le moyen? Ces Itaellc toujours c1 arnc une mine froide
liens étaient si solidement ancrés dans
comme si c'étoit un ambassadeur, au
l'intimité de la reine c1u'Henri IV luilieu de venir au devant de lui, le baimême ne se sentaiL pas de force à
ser, l'embrasser, le louer et l'entreexiger ou à obtenir leur renvoi. Quant
tenir gaiement! &gt;1 Marie riposta viveà madame de Verneuil, que devienment. La faute de tout, s'écria-t-ellc,
drait-il sans elle?
était &lt;c les amourettes du roy ». Elle
Loin de s'atténuer, les disputes
ne se sentait, elle, ni assez &lt;1 de couentre époux devinrent de plus en plus
rage», ni assez « d'esprit» pour supâpres, de plus en plus violentes. « Le
porter davantage madame de Verneuil
duc de Sully m'a dit plusieurs fois,
et toutes ses insolences. Y avait-il
écrivait plus Lard Richelieu, qu'il ne
remme au monde qui pût admettre
les avait jamais rns huit jours sans
&lt;c que cette poutane (car ainsi l'apcp1erelle. n Après les scènes, la malpeloit-elle) parlàt de ses enfants »
heureuse reine s'enfermait dans son
comme elle en parlait? Sully chercha
cabinet, pour y pleurer, et, le roi vei1 calmer la princesse,. lui donnant
nant, elle refusait d'ouvrir. L'exaspéquelques espérances, tàchant de lui
ration finiL par faire perdre à Marie
faire accepter surtout l'inévitable. Que
toute mesure. L"n jour que, en préENRIETTE,DE BALSAC, DEh'TR.AGVE:S.E\iTDE HE"IRV 1\1.
faire contre l'impossible? &lt;I Il est nésence de Sully, le ménage échangeaiL
HENRY,EVESQVE
OE r.tlITS,P\lfS ove D~ VEIH~EVtL.{;T CABRIE
œ&amp;Saire, disait-il, que le plus faible
les récriminations ordinaires du ton
ANGELIQVE,DVGHE~,OE L,\ ·VALLETTE
et le plus obligé ne forge pas des oJ'...
&lt;le la dérnièrc violence, la reine anoli•!1scs de gaieté de cœur &gt;J; el il parléc se précipita sur Henri IV le poiug
la1L• des, &lt;I; infirmités 1&gt; dont &lt;1 le roi J
~evé. Sully n'eul que le temps de se
IIENHIETTE o'E:nRAIG vES, MARQUISE DE VERNEUIL.
qm a ete nommé le plus sage des
.]Cler
entre eux et de lui rabattre le
D",ifrès 1111 l,1blea11 du le;,ips. (MusJe de Versailles. )
hommès », ne pouvait se "Uérir : il
IJras avec une rudesse si brutale qu ·elle
s'étendait sur la bonté du r~ qui, au
p~t croi~e un instant avoir été frapfond, aimaiL la reine, sur la nécessité
pec : « Eles-vous folle? Madame, lui
d~ rev~ni; aux conseils de paliencc qui avaicnL Lions el de brouiller à nouveau le ménage. criait-il en jurant; il peut vous faire trandu lm etre prodigués avant sa venue en
Dans sa douleur, Marie de Médicis s'en prit cher la tête en une demi-heure! Avez-vous
France. Il promettait de dire au prince tout alors à Lout le monde. Elle accusa les ministres
perdu le sens en ne considérant pas ce que
ce qu'il pourrait afin de lui faire amender cl particulièremenl Sully, de fausseté. « JI~ peut le roi? ,1 Henri IV, tremblant de colère
ses habitudes, et la reine, fondant en larmes, sonl dissimulateurs, disaiL-ellc au représen- sorLiL. Marie de l\Iédicis, la figure baigné~
consentait à céder.
LanL du grand-duc de Florence à Paris, Gio- de larmes, convulsée, se tenait le bras, ri:U_n temps les apparences furent meilleures. vannini, et vendus au roi; il faut que je sois JJéLanL au ministre qu'il al'ait porté la maiu
~lar1c voulut bien même recevoir madame de avec eux réservée et muette. 1&gt; De colère, elle sur elle.
Verneuil. Un soir que celle-ci causait avec la écrivit au grand-duc que tous les J&lt;'ran~ais
Cette lois Le roi en avaiL assez ; son parti
s?u1erai~e, elle se hasarda à lui avouer que n'étaienL que des &lt;I Lt·aîtres 1&gt; et le g1·and-duc éLait pris; il fallaiL &lt;1uc Marie de Médicis s'en
:1 Sa M~Jesté n'avaiL pas paru si mal disposée indigné lui répondail qu'elle manquaiL de allù.L. Un instant il songea à l'envoyer vivre
a s?n egard, elle fùt venue lui dire qu'il y mesure, qu·cue ne savait pas se conduire· dans quelque château éloigné, en province,
ar~tt lon~t?mps qu'elle n'avait pas vu le roi, qu'au lieu de s'attacher la nalion dont
seule. Puis, l'irritation l'emportant, il se -réqu a~ec laide de Dieu elle entendait ne plus était souveraine, elle &lt;1 l'insultoit 1&gt;. Il s'était solut à la faire simplement reconduire en
le ~01r et que par là elle espé1·ait rentrer en efforcé, dans tous les différends d'Henri IV et Italie &lt;I avec tout ce qu'elle avoit emmené de
gr'.1cc auprès de la reine. Marie émue répon- de Marie, de calmer celle-ci, multipliant les Florence ,,. Il manda Sully et lui communiqua
dait : « Si vous le faites, je vous aimerai conseils et les remontrances; il trouvait main- sa décision : « Il ne voulait plus souffrir cette
corn.me ma_ propre sœur ! 1&gt; A quelque Lemps tenant « que la reine n'avoit pas de juge- femme; il ,,oulait la chasser et la renvoyer
de la, Henriette ayant écrit à la princesse pour ment 1&gt;.
dans son pays! 11 Sully, très ému, tàcha de le
1a fi'li
· au sujet d'un accident grave dans
e citer
Vingt J'ois Sully remit la paix dans le mé- raiso~ner : « Cela seroit bon, expliquait-il, si
lequel les jours de celle-ci s'étaient trouvés en nage, recommandant la douceur et la patience, elle n avoit pas d'enfants; mais puisque Dieu
da,nger, Marie de Médicis lui disait : « Vous allant au Louvre d'une chambre à l'autre, lui en avoit donné, il se falloit Lien 0aarder de
m avez voulu faire connaitre par votre lettre tandis que la reine reprenait ses plaintes contre commettre une telle faute! C'était à lui à être
quelle est votre alTcction en mon endroit donl madame de Vcmcuil cl qu"llcnri IV répliquaiL le plus sage; il dcvoit p1·éfércr son Étal it sou

à. &amp;es humeurs et complexions; faisant une

0

cil;

�, . - 111STO'f{1Jt

----------------------------------------~

paresse, soit qu'elle ne prévit pas qu'Henri IV
.ntérêt particulier, dissimuler ses sentiments, vindicative », Marie ne se sentait pas capable pût mourir el qu'elle fùt exposée à prendre
et puisqu'il estait bien venu à bout de tant de haïr profondément Henri IV. Comme chez brusquement la responsabilité du gournrned'ennemis par sa valeur, il pourrait bien, toutes les personnt&gt;s de tempérament sanguin ment du royaume.
avec le temps, avoir raison de sa femme et nerveux, les haines invétérées ou implaSully raconte qu'Henri IV étant tombé mates tue et acariâtre! » Longtemps il tourna et ca blcs, propres principalement aux bilieux, lade à Fontainebleau de cette rétention d'urine
retourna les mêmes arguments. Henri IV se n'étaient point dans sa nature. A bien consi- à laquelle nous avons fait allusion, et qui
calmait. La question des enfants l'avait frappé. dérer les choses, d'autre part, il lui était effraya tellement la Cour qu'on le crut perdu,
Plus tard il avouait que c'était le motif qui impossible d'en vouloir indéfiniment à un fit appeler son fidèle ministre. Admis dans la
l'avait arrêté. Avec peine, une fois de plus, la royal époux, qui, la tourmentè passée, quelque chambre à coucher royale, Sully trou va le roi
colère qu'il y eût manifestée, ou quelque sujet
paix fut rétablie « tellement quellement l&gt;.
d'irritation
qu'il en gardât, oubliait et rede- dans son lit, un peu mieux, d'ailleurs, déjà
Au milieu de cette existence de colères et
dégagé même et souriant. Marie de Médicis
de douleurs, le caractère de Marie de Médicis venait charmant pour sa femme. &lt;I Nos petits était seule avec lui, assise au chevet du
s'aigrissait. Elle devenait difficile. L'entourage dépits, répétait Henri IV à Sully, ne doivent malade et tenant la main de celui-ci entre les
remarquait que son esprit d'obstination s'ac- jamais passer les vingt-quatre heures! l&gt; et deux siennes : &lt;( Venez m'embrasser, mon
sans se rebuter, il multipliait les avances.
centuait chaque jour et qu'un rien la mettait
ami, dit Henri IV à Sully en lui tendant sa
&lt;( L'orage n'étoit pas plutôt cessé, écrira
hors d'elle : &lt;1 La natura sua e non poco
main libre, je suis merveilleusement aise de
ombrosa e collerica lJ, mandait l'envoyé du Richelieu, qne le roi, jouissant du beau vous Yoir. Mamie, fit-il en se tournant vers
duc de Florence, Guidi, à son maître. Elle ne temps, vivoit avec tant de douceur avec la ga femme, qu'il regarda affeotueusement,
manifestait plus, à l'égard du roi, sinon reine, que je l'ai vue souvent ()farie de Médi- voilà celui de mes serviteurs qui a le plus de
publiquement encore, au moins devant ses cis), depuis la mort de ce grand prince, se soin et d'intelligence des alTaires du dedans
familiers, « ni obéissance, ni crainte ll, effet louer du temps qu'elle a passé avec lui et de mon ro~aume. » Ce petit tableau éclaire
relever la bonté dont il usoit en son endroit,
&lt;1 de la connoissance qu'elle avoit acqui~e de
mieux que d'autres traits les sentiments réels
la faiblesse de ce prince dans sa vie privée, autant qu'il lui étoit possible. l&gt; Maitre, qu'au fond les deux époux éprouvaient l'un
et de l'habitude des chagrins et des contra- comme il savait l'être, en l'art de plaire, avec pour l'autre.
riétés ll. Henriette d'Entraigues, causant avec d'autant plus d'efficacité qu'il était roi volonLes marques de cet attachement du roi
Henri IV , l'entretenait, non sans quelque taire, Henri I\' ne pouvait guère avoir de percent à chaque pas dans sa corresponappréhension, du « sang florentin et vindi- peine à vaincre l'hostilité de cette nature dance: c1 Je ne saurois dormir, mande-t-il à
catif » de Marie. La reine faisait espionner la mobile qu'était Marie de Médicis.
)Iarie, un soir, avant de se· coucher, que je
Très sincèrement, Henri IV, au fond, ainu
maîtresse. Lorsque madame de Verneuil avait
ne vous aie écrit. Si je vous tenois entre mes
reçu la permission d'aller à Saint-Germain sa femme. li éprouva pour elle un sentiment bras, je vous chérirais de bon cœur. » Puis
affectueux fait d'attachement, de devoir et
voir ses enfants, Marie de Médicis interdisait
s·abandonnanl aux familiarités qu'il ne se
expressément qu·on lui laissât voir le dauphin d'attrait d'habitude: elle était la reine, l'épouse permettait que dans la plus stricte intimité,
et les .autres enfants légitimes. Henriette légitime, la mère du dauphin . Pourquoi, comme contraire à la dignité royale, il ajoudevait éviter de rencontrer la souveraine à la lorsquïl entrait dans le cabinet de la prin- tait ,·ivemenl : &lt;1 Je te donne le bonsoir et
cour si elle ne voulait pas s'exposer à quelque cesse, la présence seule de Marie &lt;I awit-ellc mille baisers! » Ces formules reviennent fréle pouvoir d'adoucir ses ennuis et de dissiper
quemment : « Bonjour, mon cœur, disait-il
affront public.
Même à l'égard d'Henri IV l'attitude de la les nuées de son cœur ? » et pourquoi «comme dans une autre circon&amp;tance, je te baise cent
s'il n'eùt plus ressenli de tristesse, éproureine devenait provocante. Semblant envisager
voit-il un suprême contentement d'esprit près mille fois. &gt;&gt;
l'éventualité d'une disparition possible et proli semble qu'à mesure l'affection pour sa
d'elle »? Priuli avait bien observé que le roi
chaine du roi, elle parlait ouvertement avec
femme
ait été grandissant. La passion i,
était réellement attaché &lt;( con istraordinario
les dames de son entourage, notamment la
l'égard
de
madame de Vèrncuil s'atténuant
aO'etto » à la reine, au point que celle-ci
vieille comtesse de Sault, des régences des
de
plus
en
plus, vers la fin du règne du
devait se dire (( la piu felice donna del monreines-mères. Elle fit demander une fois à
prince,
les
querelles
s'étaient faites rar~s ou
do »! Marie de Médicis étant belle femme, ses
M. du Tillet, maître des requêtes. les registres
disparaissaient.
Henri
IY se montrait tendre
qualités extérieures, disait-on, n'étaient pas
de son grand-père, ancien greffier du Parleet
allentif.
L'entourage
remarquait que le roi
étrangères à l'allrait qu'elle finissait par
ment, « pour voir comment on en avoit usé exercer sur son mari ; et des confidents avaienl venait davantage dans l'appartement de la
du temps de Catherine de Médicis et des
surpris sur les lèvres d'Henri IV l'aveu bizarre reine el demeurait de longues heures près
autres reines précédentes ».
que Marie était &lt;1 tellement à son gré que si d'elle. Il ne sortait plus maintenant du palais
Heureusement que le couple royal s'arranelle n'a voit point été sa femme, il auroit donné sans aller embrasser Marie: c1 La maréchale
geait de manière à ce que le- bruit de ses
de la Châtre voyant ses caresses lui disoit
tout son bien afin de l'avoir pour maitresse! ,i
disputes intimes ne se répandit pas trop au
qu'il
devenoit tous les jours plus amoureux;
L'appréhension de l'avenir, une vague condehors. A certaines heures, Marie de Médicis
que ses bons serviteurs en recevoient beaufiance en elle résultant de ce 4ue, à tort ou à
outrée pouvait, devant quelques amies, tenir
coup de contentement et en espéroient encore
raison, · il la croyait capable de garder des
des propos imprudents, ou laisser deviner
davantage, mais qu'il se gardât de les tromsecrets ; la considération longuement mûrie
des préoccupations inattendues; revenue à
per! » Était-ce que la beauté de Marie de
qu'étant beaucoup plus jeune que lui, elle lui
eUe el calmée, elle s'appliquait, même en cc
survivrait à un moment où le dauphin, n'étant llédicis semblait plus éclatante que j~mai~?
qui concernait des membres de la famille
pas en âge de gouverner, elle devrait conduire Peut-èlre; car Henri IV avouait n'avoir Ja111ais
royale, ·à nier toute mésintelligence. Une les affaires; et la perspective de l'a,·oir prati- vu sa femme plus belle que le jour d~ son
princesse lui ayant un jour écrit, faisant allucouronnement à Saint-Denis, quelques Jours
quement pour successeur, avaient plus que
sion dans sa lettre-à ces querelles de ménage,
avant le crime de Ravaillac. N'était-ce pas
tout le reste déterminé son penchant pour
elle protestait vivement : &lt;I Cela est du tout
plutôt l'cfiet de ces pressentiments qui l'a5:
elle. Lorsqu'il éprouvait quelque contrariété
faux l&gt; ; de tels racontars ne pouvaient _venir
saillirent les ·derniers temps de sa vie et'. lUI
provenant des affaires, quelque aftliclion, il
que de ceux « c1ui estant jaloux de · l'amitié
faisant envisager chaque jour sa fin prochaine,
venait les lui confier &lt;1 quoiqu'il ne trouvât
particulière et bonne intelligence qui est enlre
le
rattachaient davantage à cc qui était ses
pas près d'elle toute la consolation qu'il eùt
nous, voudroient bien y semer quelque diviaffections les plu:., vraies et les plus sûres?
pu recevoir d'un esprit qui ei1t eu de la comCes pressentiments, bien qu'il affectât de
sion »; et elle ajoutait bravement : « Il n'y a
point eu de mauvais ménage entre le roi, plaisance et de l'expérience! » Il ~herchait n'y pas croire, le préoccupaient à mesure
souvent à l'initier aux questions d'Etat, à la davantage. Cinq fois on avait déjà cherché à
mondit seigneur, et moi, comme ils disent. »
mettre au courant; elle ne s'y prêtait pas, soit
C'èst qu'en réalité, quoique « Florentine et
... 132 ,.,.

�, , _ 1!1STO'RJ.Jl
le tuer. Il y avait comme une obscure certitude planant dans l'esprit de tous qu'il mourrait de mort ,·iolente. Lorsque assis sur une
chaise basse, Henri IV demeurait longuement
pensif, battant des doigts l'étui de ses lunettes,
puis frappait de ses deux mains sur le~
"enoux, se relevait brusquement el s'écriait :
; Par Dieu! j&lt;• mourrai dans celle ville l'L
n'en sortirai jamais! Ils me tueront!. .. i&gt; il
trahissait suffisamment les inquiétudes de sa
pensée. Tantôt il restait à demi accabl~,
silencieux; tantôt, reprenant le dessus, &lt;l 11
se résignoit à la volonté de Dieu, croyant que
tout ce que Dieu avoit ordonné estoit inévitable, que l'homme devoit suivre gaiement sa
destinée sans se faire traîner » ! Ces préoccupations avaient fini par affecter son entourage.
Pas assez douée de sensibilité affective pour être
touchée profondément, Marie de Médicis était
1•ependant émue d'une vague appréhension.
Le jour où il fut assassiné, après avoir
passé l'après-midi avec la reine, au moment
de partir, vers quatre heures, pour aller voir
Sully à !'Arsenal, Henri IV semblait ne pas
pouvoir se décider. Trois fois il dit adieu à
~farie et l'embrassa; trois fois il rentra,
troublé. La reine alarmée lui répétait :
l&lt; Vous ne pouvez pas sortir d'ici de la sorte;
demeurez, je vous supplie, vous parlerez
demain à M. de Sully! » Mais il répondait
que cela n'était pas possible, Il qu'il ne dormiroit point en repos s'il ne lui avoit parlé et
ne s'étoit aéchargé de tout plein de choses
qu'il avoit sur le cœur ». Il partit : au coin
de la rue de la Ferronnerie et de la rue SaintHonoré, Ravaillac accomplissait son œuvre !...
On a voulu laisser entendre que Marie de
Médicis ne fut pas étrangère à la mort
d'Henri IV. Cette insinuation, impossible à
étayer sur un commencement de preuve, est
contredite par les réalités et les vraisemblances. La reine a conté elle-même au Florentin Cioli la façon dont elle apprit le tragique
événement et, Cioli ayant le soir même transmis au grand-duc de Florence le récit de la
souveraine, nous avons ainsi le témoignage
le plus précis et le plus immédiat du saisissement qui surprit ~larie bouleversée et assurément non prévenue.
Vers quatre heures et demie, du carr~sse,
ramené précipitamment au Louvre, on avait
monté le corps d'Henri IV assassiné dans sa
petite chambre à coucher, au premier. Cette
chambre communiquait par une double porte
avec le petit cabinet de la reine, le cabinet
cntresolé où la souveraine aimait à se tenir.
Souffrant de la migraine, Marie de Médicis
s'était, ce jour-là, renfermée, défendant qu'on
laissàtentrer personne et ne s'étant ni babillée,
ni coiffée, était demeurée dan~ celte pièce où,

après le départ du roi, étendue sur « un lit
d'été», manière de chaise longue, elle causait avec son amie madame de Montpensier.
Tout à coup un bruit insolite de pas pressés,
nombreux, multipliés, se fit entendre dans la
chambre du roi. Marie, surprise. pria madame
de Montpensier d'aller voir ce qur c'était.
~ladamr Je ,\lonlpensier cnlr'ouvril les deux
portes, cl, devinant, les referma violemment,
devenue pâle et tout interdite. La reine comprit qu'il y avait un malheur : Il Mon fils ! »
s'écria-t-clle d'une voix angoissée - s'imaginant quïl s'agissait du dauphin, - et elle se
précipita vers la porte que cherchait à lui
barrer madame de Montpensier. (C Votre fils
n'est pas mort! » répétait machinalement
celle-ci en tâchant de la retenir. Mais déjà la
reine la repoussant avait précipitamment
ouvert. Devant elle, dans l'encadrement, se
tenait M. de Praslin, capitaine des gardes,
l'air consterné, qui lui disait: C( Madame, nous
sommes perdus! l&gt; Elle l'écarta violemment
et aperçut de\'ant elle, là-bas, dans l'alcôve,
couché sur le lit cl éclairé directement par la
fenêtre, Henri IV, dont le visage, d'un blanc
de cire, déjà presque jaunissant, lui révélait
l'étendue de la catastrophe. Elle chancela,
s'appuya sur la muraille; madame de Montpensier la prit entre ses bras à demi évanouie;
une femme de chambre, Catherine, qui entrait,
accourut; à elles deux elles transportèrent
Marie de Médicis sur le petit lit. Le duc
d'Épernon, ayant vu la scène, pénétrait dans
la pièce, et s'agenouillait auprès de la reine,
répétant que peut-être le roi n'était pas
mort, qu'il ne fallait pas désespérer. Catherine alla chercher de l'aide dans la chambre
du roi pleine de monde : Bassompierre, ~[. de
Guise, M. le Grand suivirent. (( Nous nous
mimes tous trois à genoux, écrit le premier dans ses Afémofres, et lui baisâmes l'un
après l'autre la main. » Le chancelier et M. de
Yilleroy arrivaient. Lorsque )tarie de )tédicis
revint à elle, elle éclata en sanglots convulsifs.
&lt;( Son cœur étoit percé de douleur, elle fondoit en larmes et rieu ne la soulageoit et ne
la pou voit consoler! » On sait comment le
chancelier, Villeroy et Jeannin parvinrent,
ensuit!!, à lui faire comprendre, le premier
moment donné à la douleur, que res plus
graves intérêts étaient en jeu, qu'il fallait
s'occuper sans retard de l'ordre public, parer
aux nécessités urgentes et reprendre son
sang-froid afin de faire face aux complications
que la disparition du roi allait provoquer.
Elle se surmonta assez elle-même pour décider, de concert avec eux, des dépêches à
envoyer et des mesures à prendre.
Neuf jours consécutifs, elle ne put dormir,
en proie à une émotion et it une peine indi-

cibles. Lorsque le lendemain de la mort du
roi elle eut à se rendre au Parlement pour
les constatations et les décisions commandées
par les circonstances, tout le monde remarqua
son trouble à peine contenu, et la difficulté
qu'elle eut à prononcer les quelques mols
qu'elle avait /1 dire et que des ~anglots entrecoupaient. Elle se soumit à toutes les obligations que la tradition imposait aux reines de
France le lendemain de la mort de leur époux.
Elle se condamna à demeurer quarante jours
au Louvre, sans sortir, et sans voir autres
personnes que celles que l'administration de
l'État l'obligeait à recevoir quotidiennement.
Ifüe ordonna deux années de grand deuil,
pendant lesquelles il u'y aurait ni fêtes, ni
réceptions, ni divertissements d'aucune sorte.
Elle se couvrit de crêpes. Elle fit tendre son
appartement de noir, lugubre usage en vertu
duquel tout.es les pièces, el dans ebaqut•
pièce, murs, plafonds, parquets étaient recouverts durant des mois et des mois d'étoOc
noire lamée d'argent, avec, en guise d'ornements, des larmes et des crânes d'argent
semés, &lt;l parement de deuil, couvrant et traînant de tous côtés tant contre les murailles
que sur les planchers et meubles i&gt; . Delongues semaines elle dut écrire partout, eu
France, à l'étranger, pour annoncer la mort
du roi, renouvelant chaque jour son chagrin
par l'expression qu'elle en formulait quotidiennement : &lt;l Ma douleur et désolation sont
telles, mandait-clic à la duchesse de Mantoue,
que je ne puis encore recevoir aucune consolation ! !l et à la duchesse de Bouillon : 1( Je
me trouve tellement outrée de douleur qu'en
celle extrême affliction j'ai tout besoin de la
consolation de mes bons amis. Vous participerez avec moi à cette désolation! i&gt; En dehors
des prières dites régulièrement dans le
royaume entier et au moment des obsèques
du prince, elle fil dire Lous les ans, pour
l'anniversaire de sa mort, des messes nombreuses des années durant et distribua des
aumônes.
On l'a accusée de froideur. L'Estoile conte
un récit tout à fait différent de celui que
nous a laissé le Florentin Cioli. Saint-Simon
va même plus loin et affirme que &lt;l personne
n'ignore a,•cc quelle présence d'esprit, avec
quel dégagement, avec quelle inMccnrc la
r1Jine reçut une nouvelle si funeste et qui
&lt;le\'ait la surprendre et l'accabler ». Après lui.
'1icbelet, on ne sait d'après quelle source, a
écrit que Marie apprit la mort d.'Ilcnri J\' par
un mol de Concini joyeusement jeLé à lra\'ers
la porte de la chambre de la reine : « E
ammazzato ! l&gt; « li est assassiné! » Ces
affirmations ne tiennent pas devant des 11:moignages plus sûrs.
Louis 13ATIPf.OL.

Monsieur de Migurac
ou le
XV
De la vie que mena M. de Migurac
à son retour des pays étrangers.
M. de Migurac fil sa rentrée à Paris fort
différent de cc qu'il était quelque douze ans
auparavant. Car, au lieu d'un jeune gentilhomme de pro,Tince, orné d'inclinations généreuses mais dénué d'expérience et de jugement, il arrivait maintenant homme fait,
rompu par une \'ie aventureuse à toutes les
traverses du sort, el dont la raison s'appuyait
sur les principes philosophiques les plus
incontestables. En un point seulement il y
arnit ressemblance : par le défaut d'argent.
Mais si jadis le jeune Louis-Lycurgue avait pu
,oir dans sa pénurie Yolonlaire le moyen
d'expier ses méfaits, M. de Migurac, mieux
instruit, y discernait maintenant la condition
première de toute existence vraiment morale,
sociale et philosophique. Aussi le même luxe
qui avait paré jadis son installation dans la
rue Trousse-Vache se retrouva dans celle qu'il
fit rue du Pet-au-Diable, oii son ermi Lage se
borna à deux pièces obscures qui s'ouvraient
sur une courette assï?z malpropre. Son mobilier se composa d'un lit passable, de deux
chaises, d'une table de bois blanc bien affermie, et de deux coffres très vastes, dont le
moindre contenait ses hardes et le plus spacieux ses papiers. Le tout se complétait par
une étagère rustique en bois de sapin où
erraient quelques livres et par une estampe oü
était figurée Minerve dictant à Thésée la constitution primitive d'Athènes.
Dans ce galetas, M. de Migurac se fût estimé
le plus heureux des hommes s'il avait eu le
moyen de contenter l'instinct de société qui
lui était naturel et que son s~jour en prison
a\'ait infiniment accru. Aussi, après avoir
passé quelques jours à se promener dans la
capitale, à en admirer les embellissements et
à savourer la joie de sa liberté recouvrée, il
songea à conquérir ses entrres dans la compagnie à laquelle ses goûts le destinaient é,·idemment, à savoir celle de ces hommes
savants, sensibles et incomparables, qui, par
leur plume ou par leur pinceau, en vers, en
prose ou en couleurs, enseignent à leurs scmhlables le culte de la vertu et de la beauté.
M. de Migurac éprouva moins de difficultés
à s'introduire auprès des beaux esprits qu'il
n'en avait eu jadis à forcer l'antichambre des

philosophe

ministères. Car il est plus aisé de fréquenter
les gueux que les puissants de ce monde.
S'étant renseigné, il apprit que plusieurs
jeunes hommes de grand talent avaient
l'habitude de se réunir chaque soir au café du
Perroquet Gris, rue de la lluchetle, et que là,
tout en buvant de la bière ou de l'orgeat, ils
traitaient nonchalamment des plus haute~
questions de la morale et de la politique.
M. de Migurac se rendit donc rue de la
llucbettc; il reconnut de loin un perroquet de
métal découpé qui se balançait à l'auvent
d'un :issez méchant cabaret, fort noir d'aspect,
et où des morceaux de papier malpropre remplaçaient plus d'un carreau brisé. Ce ne fut
pas néanmoins sans une timidité qui lui était
peu ordinaire que M. de Migurac franchit le
seuil de cet antre d'Apollon. Quand il se fut
accoutumé à l'obscurité du lieu, et à la fumée
de tabac qui l'emplissait, il aperçut dans le
fonù de la salle une troupe de gens vêtus de
noir qui s'agitaient et discouraient à grand
bruit. S'étant installé à une table voisine, il
les observa plus attentivement et n'eut pas de
peine à se convaincre qu'en effet il se trouvait

parmi des gens de lettres. Car non seulement
leurs mines étaient besogneuses, leurs vêlements râpés, leurs manchettes effilochées, cl
il y avait plus de poudre sur le collet de leur
habit que sur leur perruque, mais un air
d'orgueil illuminait leurs visages; ils affectaient de traiter avec dédain les autres habitués et de rire bruyamment entre eux, avec
des clins d'œil méprisants, comme s'ils
eussent été les maîtres de céans.
Tout cela charma M. de i\figurac au plus
haut point, et sa félicité ne connut point de
borne quand l'un d'eux, maigre, sec et jaune,
se mit debout, obtint le silence en frappant /1
plusieurs reprises la table de son pot et, la
lèvre superbe, l'œil inspiré, récita d'une voix
de fausset un poème qui avait pour titre
Epitre à La vertu, et qui parut à notre marquis le fin du fin en matière de sublime: non
qu'il en comprit parfaitement tous les vers,
mais il attribuait ce défaut à sa propre stupidité, et, quand l'auteur se rassit au milieu
des applaudissements, il y joignit les siens
avec une chaleur qui attira un sourire sur les
lèvres minces du héros et tourna vers lui-

S'é/:wl renseig11é, .\!. de Mig111·ac àpprit que plusieurs
jeunes hommes de gra11.:t talent avaie11t l'habitude de se
réunir chaque soir au café dtt Perroq11et Grts, rue de la
Httchetle, et qt1e là, toril enl buvant de ta bière ou de l'orgeat, ils tratlaie11t des plus liautes questions de la
morale et de la pollttq11e. M. de Migurac se rendit donc rne de ta H11chel/e .... {Page r35.)

... r35 ...

�.JJfONS1EU~

1f1STOR..1.ll
~ême l'attention générale. Alors M. de Migurac pensa venu l'instant de se produire. Il se
leva, fit quelques pas vers les hommes ~êtu~
de noir et, s'inclinant avec la grâce qm lm
était habituelle, il demanda s'il serait indiscret à un gentilhomme de province de solliciter l'honneur d'être présenté à de tels génies.
La belle mine de M. de Migurac eût en tout
lieu pr&amp;venu en sa faveur; ~ais son titr_e_ de
marquis fut le sésame magique en ce m1hen
de cuistres et de grimauds. Ayant dès longtemps fait profession de décrier tout pri vilègc
de naissance, ils en étaient singulièrement
férus; et tous s'empressèrent 11 lui faire place,
se sentant plus grands d'être assis à la même
table qu'un marquis. M. Mottet, qui étai~ le
poète jaune dont il avait ~pplaudi les poésies'.
lui rnrsa de sa propre mam une rasade en lut
souhaitant la bienvenue. M. de Migurac y fit
honneur : comme il avait encore quelque
monnaie en poche, il commanda à la · fille
d'apporter une demi-douzaine de bouteilles,
ce qui fit ouvrir de grands yeux à l'assemblée
el augurer très favorablement de son ~érite.
Le vin déliant les langues, M. de M1gurac
fut prié de raconter ses aventures, dont il
avait laissé entrevoir quelques détails. Il en
fit le récit avec simplicité, et sa conclusion fut
qu'ayant vécu d'une manière si .peu philos~
phique, il souhaitait dévouer à la philosop?1e
et aux lettres le restant de ses Jours. Bien
que certains eussent mieux aimé trouver en
lui un Mécène qu'un confrère, il fut vivement
félicité el prié de dire de ses vers. Il récita
donc les Stances it ma Afère, non sans
s'excuser plusieurs fois, car il eût été moins
troublé devant une horde de 'l'artares. De
bruyants applaudissements saluèrent le trait
final. M. Mollet embrassa très tendr~ment le
débutant, lui déclara que désormais il était
des leurs et l'assura qu'il avait non seulement
de la sensibilité, mais une sorte de génie qui
rappelait à la fois la grâce badine de Piron et
la profondeur du président de Montesquieu.
Et l'on but de nouveau à ses succès.
C'est ainsi que M. de Migurac fut admis
dans une société littéraire. Encore que ses
compao-nons fussent plutôt des barbouilleurs
de papier qu'autre chose, et qu'il n'y eût
parmi eux ni le citoyen de Genève ni Dide'.ot
ainsi qu'il l'avait espéré, il n'en fut pas morns
honoré de leur accueil, et de ce jour mena la
vie comenable à un philosophe. C'est-à-dire
que, sortant du lit fort tard et pas~ant sa
matinée à écrire, il dinait d'un mauvais morceau et d'un verre de vin à quelque gargote,
tuait une couple d'heures à feuilleter les nouveautés dans les boutiques des libraires, faisait un tour de promenade sur les boulevards,
ou bien, moyennant vingt sols, assistait au
parterre à quelque spectacle, soupait au cab~rel et, rentrant chez lui, se livrait à l'inspiration jusqu'à ce que la fatigue l'endormit .sur
son papier.
Afin que ses vœux fussent couronn~s e~
qu'il fût consacré homme de lettres, 11 lm
manquait toutefois une chose, qui était d'avoir
été imprimé. Les feuillets noircis s'accumulaient sur sa table et de là dans son coffre,

sans que pendant longtemps il osât les soumettre à un libraire, confirmé dans sa modestie par M. Mottet qui, lorsqu'il l'avait
interrogé à ce sujet, lui avait très cbaleurl!~semenl conseillé de ne rien donner au public
avant qu'il fùt arrivé à la perfection, ce qui
était l'alfaire de peu d'années.

XVI
De l'œuvre littéraire, morale et philosophique de M. de Migurac.

douceur lui parut capable d'attendrir l'âme
d'un commerçant, il passa le seuil de M. Pommelard, qui le reçut avec un sourire empressé_;
mais son visaae se rembrunit quand M. de M1o-urac au lieu" de lui faire quelque arha t, 1u1.
~xpliciua qu'il se sentait le devoi: d_'oll'rir à
l'humanité le fruit de ses méditations et,
développant un paquet volumineux, qu'il portait sous son bras, lui posa sur les genuux
quatre manuscrits, chacun de trois cents pa~Ps
environ et qui s'intitulaient : De la Atoralr.

- Art!tise ou la Courtisane vertueuse, Dissertation sur la légitimité de l'anthi·opo7,hayie, - Pensées d'un Cosmopolit~. A .1·d
Cependant, comme le dénuement de M. de aspec+, M. PommelarJ joignit les mams d u~1
Migur~c et sa vocation littéraire all~ient crois~ air accablé et :illégua que son commerce était
sant de conserve, il fut doublement détourne trop chargé pour qu'il pût entreprendre des
d'obéir très exactement aux çonseils de )f. Mot- publications d'une telle importance; cependant'.
tet et il se résolut de tenter la fortune auprès sur les prières de madame Pommelard 90 1
d'~n libraire de la rue des Prouvères, maitre surgit de son comptoir au b9n moment el v11'.L
Pommelard, dont la mine était accueillante; en aide :iu gentilhomme déconfit,_ il consen_tit
en plus, le.bonhomme possédait une femme it y jeter un coup d'œil. M. _de M1_ ura~ ba1~a
9
assez accorte, dont les }eux, si M. de àligurac les mains de la dame, se retira plern
d espoir
rûl daigné y regarder, lui ens~rnt semhlé. el rcl'Ïnl au bout de deux semaines.
Mais il eut le cb,.«rin de constater que si
l\f. Pommelard aimaif sa femme et la philosophie, il leur préférait sa bourse: car ce li~raire'.
inaccessible aux séductions de la pensee, lui
remit très ci,·ilemcnt ses quatre manuscrits
en le priant de les garder
jusqu'à des temps moins·
durs. l\f. de ~figurac allait
s'en retourner tout penaud quand le bonhomme
le rappela. Son· épouse
venait de lni donner à
penser que, ~i notre gentilhomme voulait s'en
cbarrrcr, une besogne s'of.
!'rait" qui pouvait le r1a1rr
connaitr e avantageusement et lui rapporter
quelque argent.
Mademoiselle Clorinde,
nymphe illustre de !'Opéra, s'estimait offensée par
mesdemoiselles Elvire el
Aglaé, courtisanes non
moins fameuses. En conséquence, elle désirait les
déchirer dans un libelle;
mais, ayant négligé d'apprendre à écrire, elle se trouvait forcée de recourir à un
homme du métier.
Le premier mouvement de M. d~
Mi«urac fut de refuser une tâche s1
peu digne de son talent. Mais les
beaux yeux déçus de madame Pommelard semèrent l'hésitation dans son â~e.
Ouand M. Pommelard eut ajouté que le salaire
Les amours honteuses de la 111ime Cl .... val1we11t 1111~
f orte a111e11de au libraire, et a M . !j.e M,gurac u11 se- s~rait de cinquante écus, il se représenta av~c
jour de trois se111ai11es au For -l'Evéque. (Page 137.)
une force singulière qu'il ne lui en restait
pas. trois en poche cl ac~epta. .
,
Son libelle parut trms semames plus tard
c:rros de promesses. Mais depuis qu'il faisait
~rofession de philosophie, les femmes clics- sous le titre : Les Nymphes de Babylo!ie,
mêmes ne le touchaient plus que par inter- histoil'e traduite de l'assy1'ien. Peut-:etre
fût-il resté inaperçu si mademoiselle Clorm~c
mittence.
Ayant fait choix d'un après-midi dont la n'avait eu la précaution de le faire parvemr
""'1 36 ...

'

DE

.JJfJGUJ(JtC

~

elle-même à ses rivales. Mademoiselle Aglaé,
qui était entretenue par le lieutenant de police,
se hâta aussitôt de prier ce dernier de le saisir comme attentatoire aux bonnes mœurs.
De fait, M. de Migurac, ayant vécu dans le
monde, avait jugé superflu d'en gazer les turpitudes, et c'est ainsi que son omrage, quoiqu'il en eût, était d'un ragoût assez piquant,
d'autant que le libraire y avait joint quelques
gravures propres à en rehausser la hardiesse.
Le livre fut donc saisi chez l\L Pommelard et
mis au pilon. Même on en rechercha l'écrivain
pour l'envoyer réfléchir à la Bastille. Toutefois, le lieutenant de police, qui était fatigué
des exigences de mademoiselle Aglaé, ne mit
pas à la poursuite de son détracteur une telle
passion que M. de Migurac ne p1ît s'y soustraire. Quelques exemplaires du libelle continuèrent de circuler sous le manteau et se rendirent fort chér. On se répéta le nom de l'auteur dans plusieurs ruelles el il ne Larda pas
à jouir d'une certaine renommée d'écrivain
licencieux. Tel fut le début livresque de M. de
ll[igurac dans la carrière de la philosophie.
Mais cc serait gravement calomnier notre
héros que de croire que, perverti par ce premier succbs, il ait convoité la célébrité par le
moyen du scandale. Bien au contraire, ce fut
aux combats les plus nobles de la science
morale et politique qu'il voua la meilleure
ge11s de qualité 1·oy~ie11t· ai•ec satisfactio11 1111 des leurs parmi les lions d11 jour et lui savaient g rë de
partie de cette ardeur qui jadis s'était dépen- !,es
11'a1•oir 11i l'aspect 11i la 1/'l'Ossièreté des n1stres de gt!11ie. Les dames faisaient vol.011/iers cercle a11to11r de
M. J~ .\Jif!tll'a c pour l'enlendre dbelopper ses théories 011 déclamer ses i•ers apres soupe,·. (Page 13&lt;).J
sée sur les champs de bataille. Pendant les
&lt;lix ou douze années quj suivirent celle de son
retour à Paris, sa plume fut une des plus celles-ci obtinrent la plus grande célébri!I:; voises. )lais l'effet de ses louaLles intentions
arti ves de l'époque, comparable à celle de telle fit fureur plusieurs mois dans les Lou- fut autre qu'il n'avait imaginé. Car non seuleM. Rétif de la Bretonne ou de M. Sébastirn doirs et les cercles littéraires. l\L de Migurac ment, leurs prix s'étant fort élevés, ceux qui
Mercier; il laissa derrière lui les plus proli- ne faisait pas difficulté de le reconnaitre; mais, font profession de Ycndre des ouvrages obscènrs
liqucs des physiocrates.
bien loin de contenter sa vanité, ce sucer, en tirèrent de gros bénéfices; mais la cnpidi hi
Chose incroyable, la bibliographie &lt;le ces l'affectait péniblement, et, comme un censeur de quelques mauvais libraires se trouva extiom•rages si dignes d'être conservés à la posté- respectable lui reprochait plus tard avec Yéhé- tt5c, et ils en donnèrent des éditions clande,rité n'a pas été c.lressée d'unemanièrecomplètc. mence &lt;l'avoir flatté le maurnis goùt du sièclr, lines asse:.1 nombreuses, en sorte que ses ouli. Joincau lui-même n'en donne qu'un cata- il ne s'en défendit' n111leme11l, ruais d,111s sa Hages licencieux ne furent jamais plus répanlogue fort insuffisant. Autant que l'on peut brochure: lléponse tl'un homme de cœui· à dus que du jour 011 il essaya d'en arrêter le
en juger, ils furent de plusieurs espèces.
M. l'abbé ,1!iollens, exposa ses principes dans cours.
Un certain nombre - M. de Migurac en toute leur limpidité.
Insistons, au Lerme de ces remarques que
faisait l'aveu avec tristesse - n'eurent pour
Repoussant avec l'accent de l'innocence les notre exactilude d'historien nous a prescrites,
but que d1 subvenir aux nécessités de ·sa vie accusations d'immoralité dont on s'l'fforçait insistons derechef sur ce fait que de telles
matérielle, cl le caractère moral en est absenl. de le noircir, il protestait n'avoir portraituré pro&lt;luctions n'eurent jamais pour M. de l\IiguL_'expéricnce qu'avait acquise le marquis de la le vice que pour le rendre plus hideux.
rac que l'intérèt d'un gagne-pain et que c'est ·
v_1c galante en Franceet à l'étranger, les mul&lt;&lt; Mais, ajoutait-il, si parfois ma plume a
Jans une voie toute opposée que l'entraînait
tiples aventures amoureuses qu'il avait ren- semblé en décrire les horreurs avec quelque l'élan de son àme généreuse. Mais, de la plucontrées sous diverses latitudes lui fournirent complaisance, qu'on n'en accuse point mon part des ouvrages qu'il rédigea sur les quesla matière d'une foule de, contes, nomelles, cœur, mais l'infamie de notre siècle. Toul tions de morale et &lt;le politique, qui lui teapologues, romans, entretiens et morceaux homme a le droit de subsister : or, la corrup- naient surtout à cœur, les éditions, d'ailleurs
de tout genre qui, publiés sans nom d'auteur, tion universelle est parvenue à ce degré qu'un ~ssez restreintes, ont, hélas! disparu sous le
ou sous des pseudonymes, parfois sio-nés de homme sensible n'arrive à vivre qu'en exploi- pilon. C'est un fait notable, et déplorable m
ses initiales, firent maintes fois la j~ie des tant les vices mêmes qu'elle a engendrés. même temps, que M. de Migurac, do'nt la
gazetiers, toujours à l'affùt de ce rrenre Achetez les livres vertueux de l'auteur philo- plume était fort leste et expressive dans le
&lt;l'écrits_. On. y remarquait un choix de ~1jets sophe, lecteurs : il n'en écrira point d'autres. genre grivois, semble avoir été moins heureux
asse~ licencieux, une franchise de peinture Mais si vous les laissez &lt;lédaigoeusement s'en- dans le domaine de la haute spéculation phiadmirable et une connaissance parfaite de fouir dans la poussière, alors donnez-lui du losophique.
toutes les dépravations.
pain, ou du moins ne protestez pas si à votre
Autant ses dialogues galants, illustrés d'esLe Guide du Cosmopolite à Cylhèi'e fut lubricité il offre la pâture qu'elle réclame et tampes polissonues, foisonnaient dans les
dé_truit comme outrageant l'honnêteté pu- qui l'empêche de mourir de faim. »
alcoves des courtisanes, autant les traités inblique. Les amours honteuses de la mime
li n'est que juste de noter que lorsque octavo où il 0étrissait les vices de la société
Cl.. • valurent une forte amende au liLraÎrè
M. de Migurac, par le revirement de sa for- moderne demeurèrent pour la plupart ignorés.
et à M. d~ Migurac un.séjour de trois seu{aine~ tune, fut porté au pinacle de l'opulence, il fit Aussi subit-il plusieurs fois cette mortification
au For-rnvèque. Il ne peut ètre contesté que soigneusement rechercher, afin de les brùler, d'ètre réputé auteur licencieux au lieu de mo&lt;le toutes les œuvres sorties de sa plume, les exemplaires de ses œu vres les plus gri- raliste, ce qui l'affecta douloureusement; mais

�.JJfONSl'EU'R,

, . - 1!1STORJ.Jl --------------------------------------J
Il est vrai que le même le présenta comme touchant avec quelle générosité il s'appliquait
il se consolait, avant en son cœur l'assurance
à faire profiter ses contemporains de ses
l'apologiste de l'inceste, parce que, en droit
de sa vertu.
•
primitif, il avait admis comme légitimes les erreurs elles-mêmes, mettant bien au-desAu reste, ce n'est point que. l'indifférence
sus des suggestions de son amour-propre sa
unions entre fils et mère ou père et fille. A
ait accueilli tous ses ouvrages de cet ordre.
volonté de les guider dans les voies du proquoi M. de Migurac n'eut pas de peine à r~Quelques-uns furent signalés dans les recueils
grès. Rien n'est plus saisissant, dans cet
pondre. l'envoyant regarder comment en usent
les plus estimés de l'époque, tels que les Letordre, que l'imagination qui s'empara de lui
les bêtes, lesquelles, à tout piendre, ne diftres de Bachaumont, le Journal de Métra ou la
un soir qu'ayant bu plus que de raison il
fèrent qu'iroperceptiblement de l'homme préCorrespondance de Grimm. La haine vigouchancelait à chaque pas au sortir du cabaret
historique. Le grimaud riposta que, si telles
reuse dont s'était enflammée l'âme de M. de
et s'en allait donner de l'épaule contre les
étaient les pratiques de l'état de nature, il
Migurac contre les despotes et la manière dont
murs. En vain ses amis voulurent l'entraîner
n'était point de condition plus atroce; et il
ils pervertissent leurs sujets pour les asservir
au logis et le faire coucher. Il se cramponna
eut des sarcasmes grossiers contre les faiseurs
lui inspira, à la mort de Louis XV, une satire
avec une énergie invincible à un arbre qui
de paradoxes qui s'en servaient pour flétrir
vengeresse à laquelle nous avons déjà fait
se dressait en face du seuil maudit, et d'une
celui de ,société. Mais M. de Migurac ne pourallusion. Il invitait les peuples à se saisir de
voix de stentor, il avertit les passants de consuivit point la controverse, sans doute parce
leurs tyrans et à les clouer au seuil de leurs
sidérer en quelle abjection l'excès de boisson
que son esprit était tourné vers d'autres sujets.
palais comme les paysans font des chauvespeut réduire le sage; et il continua de se
A ceux qui, faisant argument de sa brosouris. Il ftit fort près d'aller à la Bastille pour
couvrir d'anathèmes jusqu'à une heure assez
chure, le Cosmopolitisme justifié, prétenavancée de la nuit, ne se lassant pas de
ce pamphlet qu'il dut désavouer.
Ayant eu dans sa vie soixante-sept duels daient dénoncer en lui un ennemi du roi, il remontrer à la foule assemblée la pauvreté
opposait triomphalement ses campagnes dans de la condition humaine, imparfaite jusque
dont quatorze meurtriers, M. de Migurac
la guerre de Sept Ans et comment il avait
mieux que personne pouvait apprécier tout ce
défendu_le nom français en plusieurs cours chez le philosophe.
que cet usage a de barbare. Aussi voulut-il le
M. de Migurac mit en pratique la même
étrangères; et ce lui fut une occasion de battre
franchise pour livrer en enseignement à ses
flétrir dans une méditation de magnifique
en brèche une fois pour toutes cet éternel
contemporains l'histoire de sa vie et particuenvergure qui lui attira des éloges de l'archereproche de contradiction dont on s'appliquait
lièrement celle de ses amours. Il y porta
vêque de Paris et une affaire avec un mauvais
il le noircir. Il ne fit pas de difficulté d'avouer
même tant de complaisance que d'aucuns
hretteur. Celui-ci, ayant taxé d'hypocrisie son
que l'état social crée des devoirs et des droits
s'en sont indignés, jugeant qu'auprès de ses
changement d'idées, reçut de lui un coup
nouveaux auxquels l'homme ne saurait sr écrits les Confessions de Rousseau ellesd'épée qui l'envoya aux Innocents. Sommé de
soustraire sans scandale, tarit les préjugés ont mêmes sont dissimulées, et mettant sur le
se justifier de n'avoir pas agi selon ses maximes,
pris racine parmi nous, ni même sans incon- compte de la vanité ou du désir du lucre le
)l. de Migurac le fit aisément dans son Traité
vénient : car nous en sommes it cc point de récit circonstancié qu'il a laissé de sa biogrades contradictions apparentes : « Ce n'est
corruption que nos plus grands maux ne peu- phie. Imputation contre laquelle il convient
pas, expliqua-t-il, l'individu faible et sensible
de s'inscrire en faux en rendant hommage au
qu'il sied d'incriminer quand ses actions ne vent se guérir que par d'autres maux.
C'e~t ainsi que, si l'on veut prendre un souci qui lui fit entreprendre cette tâche toute
sont point d'accord avec ses principes, mais
exemple, l'aumône est une pratique à la fois d'édification. Lui-même a exprimé avec beaubien l'état social qui corrompt les mœurs et
humiliante pour la dignité de l'homme et con- coup de préclsion son dessein dans plusieurs
les esprits à ce point que, concevant la justice
traire à la bonne ordonnance d'un État. Le passages de ses œuvres, et notamment dans
naturelle, il serait honni d'y conformer sa
sage, cependant, s'y livrera en gémissant, les dernières pages de son roman : Zelmis Ott
conduite : en sorte que l'homme le plus verafin que ses semblables ne soient pas dans le les Confessions d'un philosophe. Ayant
tueux ne diffère souvent du criminel qu'en
cas de mourir de faim par sa faute et pour achevé les récits de ses av,mtures, le héros
ceci que, commettant les mêmes actes, il a la
ne point étouffer la meilleure partie de son terminait en adressant au lecteur cette adjusupériorité de les haïr. l&gt;
D'ailleurs, rien n'est [plus affiigeant que âme, qui est la sensibilité.
ration pathétique :
C'est cette sensibilité naturelle que M. de
« Homme sensible, j'ai écrit ce livre pour
d'observer combien des critiques malveillants
Migurac proposait à ses frères comme le guide que tu fusses instruit à quel excès est suss'acharnèrent à mettre en opposition la façon
de.leur conduite, les mettant, au contraire, ceptible de se porter une âme née pour la
dont il parlait et celle dont il agit, où à tirer
en garde contre les impulsions aveugles des vertu. Si les peintures du vice y sont frédes conséquences révoltantes de ses principes.
passions. Quant à celles-ci, il les dénonçait quentes, c'est pour t'en inspirer une horreur
Un misérable gazetier affecta de pousser des
avec autant de constance que M. l'abbé de fortifiée; si je n'en ai point dissimulé les
cris et tenta d'exciter contre lui l'animosité
Mably lui-même, et ici les censeurs les plus séductions, c'est pour mieux t'armer contre
publique parce que, dans sa Disse1·tation sur
malveillants n'eussent point trouvé contradic- lui. Qu'il succombe sous sa propre honte,
la légitimité de l'anthropophagie, il avait
tion entre ses principes et sa conduite. C'est quiconque soupçonnerait d'un autre calcul
déclaré qu'en cas dç famine un fils aurait
au moment où ses poches étaient le moins l'auteur de ces lignes. C'est avec ses larmes
strictement le droit de tuer son père lui- garnies qu'il faisait l'aumône plus largement ;
et son sang que Zelmis a tracé ces tableaux,
mème et de se repaître de ses membres. Pour
jamais il ne s'appliquait davantage à la fru- insoucieux de paraitre débauché, monstrueux,
réfuter l'accusation d'immoralité scandaleuse
galité qu'aux jours où il se sentait grand vaniteux, téméraire, indiscret, mais pensant
qui lui fut infligée, il suffira de rappeler qu'en
appétit. Et plus tard, ce fut trois jours après
écrivant cette proposition M. de Migurac se son deuxième mariage qu'il fit une infidélité n'avoir point perdu sa peine si le- spectacle
plaçait dans l'hypothèse de l'état de nature, à son épouse adorée, seulement pour n'être de se~ erreurs peut en épargner une à quelqu'un de ses frères. l&gt;
qui n'a nul rapport avec celui de société. Et
point l'esclave d'un sentiment égoïste. Car,
Nous grossirions sans peine ce chapitre.
il ne sera pas superflu d'ajouter que, depuis disait-il, autant l'homme doit obéir aux vœux
son retour d'Allemagne, il évitait générale- légitimes de la nature, autant doit-il tenir Mais, à coup sùr, nous avons assez dit com·
ment de manger la chair des animaux, pour pour suspectes toutes les inclinations exclu- ment M. de Migurac entendit son rôle
~e conformer au vœu de la nature qui n'a sives. Le sage se reconnaît à ce qu'il domine d'homme social et moral pour que le lecteur
donné à l'homme que quatre dents canines, la fortune et les événements, et sait repous- puisse faire justice des calomnies intéressées
et obéissant également à la tendresse de son ser loin de lui tout avantage auquel ses sem- de ses ennemis. Notre volonté n'est point de
nous instituer l'apologiste de tous ses actes,
cœur qui lui faisait voir des frères dans les
_blables n'ont point part.
ni de nous associer à toutes ses théories, la
créatures innocentes qu'une barbarie séculaire
M. de Migurac prouva donc par des actes perfection absolue n'étant point de ce monde,
nous fait immoler à notre gourmandise. Et de haute vertu que sa philosophie n'était pas
voilà l'homme dont la malignité d'un faquin uniquement théorique. Il n'est pas moins Il nous suffit d'avoir établi avec quelle ardeur
voulut faire l'apôtre du cannibalisme.

i~ se voua_ à sa tâche, avec quelle fécondité il
sen acqwtta, avec quel zèle il voulut faire
profiter
et l'h umamte
. , ent''
d ses contemporains
,.
iere e ce qu d y avait en lui-mème de louable ou ~e répréhensible. C'est en ce sens qu'il
~ ~u dire, non sans raison, que nul n'avait
ete plus, vertueux que lui, car nul n'aima la
vert~ d un cœur plus sincère el avec une
pass10n plus absolue.

D'E

.JJf1GU'R_JtC

~

~orme en f?t variable, le sens en était tou- profo?de; Par_courant les gazettes, il lui était
JOU~s le meme .. De son écriture haute et arrive d y vo1 r le nom de '1
•1·1gurac et
11 • de 11
la marqmse douairière mandait à son quelques ~unes de ses aventures; et elle se
s etat de sa santé, l'entretenait du rcndP- deman~a1t pourquoi de toutes les femmes
~ent _des.terres et exprimait le souhait u'il e~e était_ la se~le qu'il ne pût aimer. Plueut• hientot
('t Ieur me
J 1·1- sieurs fois elle fut sur le point de partir de
d achevé son vovaO'r
J b
'I uat 1a ate de son retour.
t~nter de le _rejoindre pour se précipiter à' ses
Les lettres de la J·eune marq .
lier
d
d
mse, aux pieds. Il lm semblait qu'elle aurait eu des
ones escen antes, aux caractères inérrau·x accents pour le convaincre. Mais sa timidité
etl penchés,
d"e la nature!le et la crainte de le contrarier la
,, •comme jetés au hasard
,
XVII
P urne, n ~latent que de longues supplications retena1en t.
au• marquis ·· ah I qu•·1
• reprendre au
I vmt
Elle demeu:"ait enfouie dl\ns son château,
ch~teau la ~lace qui était la sienne I elle- a?qu~l, depms la fuite de rnn mari, elle
Qui ramène le lecteur en d'autres
meme s~u:a•_t s'effacer, se retirer si sa ré- ~ avrutyas souffert qu'on fît aucune réparalieux.
sence lm eta1t odieuse : elle assumait t~ute tI~n: L empre~sement des gentilshommes du
M. de Migu~ac ne tarda pas à s'acquérir la_ faute _de leur désunion, l'adjurait au moins
~01.Si~age ne la touchait point; et cependant
quelque notoriété dans les cafés littéraires et
~ntmuait de lui tenir rigueur et préférai~ il eta,~ nota~le, non seulement à cause de ~a
dans deux ou trois salons. Non qu'il fût de le ~f-ourd_es pays étrangers, d'accepter qu'elle beaute, mais parce que, M. Moriceau étant
ces auteurs dont les libraires sollicitent les
m Il tem: ~~e partie de ses revenus.
mort en 1~7?, elle possédait la plus grosse
La sens1b1hté_ exceptionnelle de M. de Mi- fortune qm fut à trente lieues à la ronde.
œuvres et qu'ils contrefont quand ils ne
p~uvent ~es publier, ou que les dames du bel gurac ne pouvait manquer d'être ém d
Son opulence la laissait indifférente. Les
O'
Qu01que,
•
ue e
dans ses années
a'.r se d1sp~l~nt comme un carlin à la der- tels messabes.
~e~les compagnies qu'elle eùt pour agréables
mère fantame. Mais le tour inattendu de tumultueuses, il eût rarement trouvé le temps eta1~nt celles de Maguelonne, qui avait nourri
'l~elques-unes d~ ses brochures les rendait de donner de ses nouvelles, il avait bien écrit Lou~-Lycurgue, du vieux Pierre-Antoine et
quatre
lettres à la marqu,·se douam
. 'ère pour de G1lles, qui l'avaient servi, et de M. Joid• une lecture facile ., la manière dont les cr1.
l'
de son
t1q~es_ s'.3 gaussèrent de plusieurs y attira la fi assurn ..
, respect , et cinq ou s,· x a, sa neau, dont les leçons lui avaient été si peu
cu~10s1te; enfin un certain bruit d'originalité emme, ou I1 temoignait combien il appréciait profita?les. Son plaisir unique était de visiter
des sentiments qu'elle 1m. mam.
~m se fit autour de sa personne fut fa;orable la
fi noblesse
.
les maisons des paysans et d'y distribuer de
1a comparait à Ariane et à d' t
a son renom d'écrivain.
esta1t,
hé ..
d ,
au res lar?e~ aumônes au nom du marquis, ce qui
romes e 1antiquité, s'accusait très hum- ~thra1t sur lui_ de grandes bénédictions dont
Au cabaret du Perroquet Gris, il partageait
ave~ M. Mottet la royauté de la comp rr •
bleme~t de s?n aversion pour la vie conju- Il ne_ se.doutrut pas. Quelquefois aussi elle
I
l . l'
abmc.
•~ Ja ous,e épargnait à cause de la bonbo- ga_le, s exc~sa1t de l'av,oir fait souffrir' refu- réums~a, t dans d'apétissanles collations tous
mi? de sa nature, capable de désarmer jus- sait ~vec rigueur son argent, l'exhortait à les petits enfants du village et, avec un émoi
qu à de~ gens ~e lettrès. On lui reconnaissait banmr de son cœur un malheureux et à a~er et doJJx pourtant, elle retrouvait sur le
un esprit particulier et de la sensibilité. Et
"'.sage de_ quelque Louiset ou Henricou,
les grimauds ne se trouvaient pas offensés des
dune Mar,chette ou d'une Théréson la courb
· et le pli hautain 'de la lèvree
su~s d'un marquis, les attribuant à sa
du nez'. l' œ1·1 clair
naissance et à ses relations.
~e Lows-Lycurgue. Alors un tumulte de senPlusieurs dames de la meilleure société
tu~ents contraires se déchaînait dans son
telles que la présidente de Vergne et la corn~
sem : elle p~nsait_ à l'enfant qu'elle n'avait
tesse ~e Pontruan se piquaient de l'avoir à
pas eu et qm aurait pu retenir son m . ·
è d' li
an aule~r to'.lette. En ce temps-là, la mode s'était
pr s e e ou rendre moins cruelle son
de_tachce des calembours pour aller aux écri~bsence; et elle concevait pour ces petits
~atn~ avant qu'elle se tournât vers les courses
etres mnocents une haine et une tendre
. bl
h.
sse
e c ev~ux. ~ussi les gens de qualité voyaient
i~expr!Illa es, ame parce qu'ils étaient
avec_ sat1sfact10? un d~s leurs parmi les lions
d, autres
et tendresse parce
,. 1
. d femmes
l.
,
quis
~u JOur et_ lm savaient gré de n'avoir ni
et~1ent e u1. Et finalement elle les embras1~spect, m la grossièreté des rustres de
sait en pleurant et en leur disant de revenir
gcme. Les ~ames faisaient volontiers cercle
Cependant,_Peuà peu, elle s'étiolait comm;
;~!ou_r de lm pour l'entendre développer ses
u~e plante privée de soleil. Elle déclina plus
.&amp;I c~1s, ou dé~la?1er ses vers après souper.
vite quand madame Olympe fut mortE: d'une
. di er_ot, qm drna une fois avec lui chez
goutte remontée_ au cœur. Il n'y avait jamais
ma_ emo1selle Lespinasse, l'assura de son
, eu .grande• affect10n
l r . entre les deux femmes,.
csltme. Son nom volait de lèvres en lèvres
mais, apres a utte de Louis-Lycurgue, leur
duand on. le Yoyait apparaître dans son moa~our commun les avait rapprochées : sans
e~te habit de ratine noire, avec veste blanche
quelles. se fussent
n . ouvert leur cœur ' lem•eme·
cu~otte pareille, bas chinés et petits sousouv~mr y ~tta1t, et madame Isabelle ne se
1ers a boucles d'aro-ent
l~ssa1t pas d entendre avec extase et désolab he· imprévue
·
un~lais
t . une catast,rop
bouleversa
tion mad~e Olympe lui redire quelque anec~e ois d_e plus 1ordonnance de sa vie.
dote de_la Jeunesse de Louis-Lycurgue.
dé s~a1t ~rreur de croire que depuis son Accep/a11t la rt!a lité po,w ce qu'elle élail N d If"
,Aussi
h , la
. mort de madame Olvm
J
pe, mort
m e conçut qu'il
· e'
,gu. n'avait "r lus· q11·a· ,ne'd·t'
' er com
ment
il
part e M1gurac, un bon nombre d'années
trcs c retienne et suiv]e, selon le vœu secret de
accomm oderait pour le mieux philosophieet opulence.
aaup~radvant, le marquis fût resté sans rien
(Page 142.)
la
.
fi noble dame,
, d'une pompe funèbre magn1S
· laissés.
•
savmrè e ceux qu ··1
• y avait
Madame
que, porta a madame Isabelle un coup doum re et madame Isabelle n'avaient eu de
lou_reu;, comme si avec la défunte se fût
cesse qu'ell
él01gne
davantage
. ,
arnit
été sa es . n ,eussent découvert quelle tourner sa passion vers un objet plus digne
L ·
, .le sou venir du b1·en-aime.
chan
destmé:,. et, malgré ses fréquents
De t;lles épîtres, encore que la marquis;
a Jeune dame eta1t fort aimée à cause de la
de gem:nts de rcs1dence, il lui était arrivé les reçut avec transport, ne laissaient pas que douceur de sa nature : on s'inquiéta d
· é•
e son
recevoir de leurs missives. Encore c1ue la de la plonger ensuite dans une détresse plus dep
r1ssement, et M. Joineau crut de son

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�.MONSl"EU~ D'E .MTGU~AC _ _

111STO'R._1Jl
femme depuis tantôt une vingtaine d'années,
devoir de prévenir le marquis de la triste Porcherons où mesdemoiselles Lange, Parrat sa sensibilité était telle qu'il ne put lire cette
condition de son épouse. Il lui écrivit donc et Sainte-Omphale, nymphes renommées du épître sans en être attendri, et les larmes
une ou deux lettres qui sans doute furent Colysée, avaient émerveillé les convives par ruisselèrent sur ses joues et jusque sur le
perdues ou que peut-être, par distraction, il leur détachement des préjugés et la lubricité papier. Quelle était l'origine exacte de cet
de leur faconde. Avant allumé rn chandelle
oublia d'ouvrir.
au
moyen d'un b~iquet, il aperçut sur sa émoi, c'est ce qu'il serait malaisé de discerner.
Les médecins, appelés malgré la volonté
table une large enveloppe munie &lt;le plusieurs Car la douleur de ce deuil ne pouvait l'oppresde la délaissée, ne furent pas satisfaits, et
ser gravement, puisque, de son plein gré, il
une fois qu'ils surent le chemin de la maison, cachets. Mais, parce qu'il avait la tête rompue avait renoncé à revoir son épouse sur cette
par le vin de Champagne qu'il avait bu, il ne
elle dépérit davantage. Tant et si bien qu'à
terre. Sans doute, il fut surpris de la soumisforce de purges, de saignées, d'huile~, de l'ouvrit point et dormit d'une traite jusqu'au sion dont ces lignes étaient empreintes; un
coup de onze 1,eures où la femme qui avait
tisanes et de pilules de toute sorte, elle put
soin de son ménage lui porta sa pitance fru- regret le saisit que celle existence n'eût pa~
prévoir le jour de sa mort. Elle l'envisagea
gale. Ce fut peu après qu'ayant achevé de été plus heureuse et il déplora les caprices du
avec calme, manda un notaire de Bordeaux,
déjeuner il jeta de nouveau les yeux sur cette sort-el ses rigueurs.
et, avec l'aide de rnn ministère et celle
Mesurant la grande noblesse de cette femme
enveloppe et l'attira par devers lui d'un geste
de M. Joineau, rédigea scrupuleusement son
qui venait de mourir, au moins avait-il la
nonchalant. li lui sembla vaguement en recontestament. Elle employa la dernière semaine
naître l'écriture. Il la déchira : une lettre s'en consolalion d'avoir fait preurn d'une. noblesse
de sa vie, comme avait fait le marquis Henri,
échappa ainsi qu'une deuxième enveloppe close. pareille. Certes, leur séparation avait coûté
à répandre de bons avis et quelques libéraLa lettre était de M. l'abbé Joineau qui lui bien des sanglots à la marquise; mais au
lités parmi le domestique du chàteau et les
annonçait en termes convenables le trépas de moins avait-elle pu juger à son prix celui
rustres du village. lis demeuraient devant
son épouse, lui donnait quelques détails sur qu'elle avait épousé et qui, susceptible de
elle -tordant leurs bonnets dans leurs gro~
les derniers temps de son existence et sur sa faillir, avait l'àme trop haute pour ne pas haïr
doigts et s'en retournaient chez eux les yeux
mort très chrétienne et ajoutait que, par son péché et s'en infliger le châtiment. Oui,
troubles, pensant avoir vu un ange.
testament rédigé devant maître Guichetcau, peut-être la marquise eût versé moins de
Quand elle comprit que sa fin approchait,
notaire, elle le faisait héritier de tous ses pleurs s'il eùt accepté de finir ses jours auprès
elle se confessa et re1:ut très dévotement la
biens, laissant à lui, abbé Joineau, la charge d'elle; mais fallait-il que l'indépendance dC'
communion des mains de M. Joineau. Puis,
de l'en prévenir et d'exécuter ses instructions. l'àme de Louis Lycurgue fùt humiliée et pouayant fait entrer ses gens, elle demanda parM. de Migurac rompit ensuite le cachet de vait-il priver l'humanité dei- lumières de son
don à tous de ses offenses, leur dit adieu et
l'autre pli. Il ne contenait que ces lignes génie? Maintenant encore la générosité de la
eut un signe de tête et une pression de main
défunte lui marquait clairement son devoir.
d'une rcriture fort trc:mbléc :
plus familière à l'abbé, comme si elle lui
Baisant avec transport le papier maculé de
rappelait une promesse; et elle demanda
ses larmes, il s'écria :
« Monsieur,
qu'on la lais1àt seule avec Maguelonne.
- Femme incomparable, créature inf,Jr&lt;&lt; Je veux que les signes suprêmes de cc! Le
Alors la vieille lui posa entre ses doigts
tunéc dont la vertu a égalé les malbeurs, que
comme
maigres une petite miniature bien exacte 4ui vie qui s'éteint vous soient consacrés
1
tes mânes ne soient point courroucés si je
elle l'a été tout entière du jour où je vous ai
avait été faite jadis de Louis-Lycurgue. Eli&lt;· y
n'accède point à ton suprême désir. La conconnu. Je veux vous dire merci du bonheur
fixa son regard et dit doucement :
stance de ton amour t:a fait une loi de m'ofque vous m'avez accordé et ,,ous demander
- Raconte-moi, Maguelonne.
frir la fortune. La. constance de mon honneur
Et tandis que, de sa voix un peu éraillée, pardon des peines que vous avez pu encourir m'oblige à la refuser. C'est à force de te
de mon fait. Il ne vous a pas plu cUaccéJer à
la bonne femme ressassait les histoires cent
résister, même au delà de la mort, que je me
mes vœux en me permellant de vivre auprès
fois entendues, toujours neuves, de l'enfance
montre digne de toi qui es di:;ne de moi-même.
de vous. C'est sans doute que j'étais indigne
de Louis-Lycurgue, de ses malaises et de ses
Et, réllél:hissant sur celte contradiction
de partager votre dtstinée et qu'une àmc
gentillesses, comment il avait appris à rire
cruelle qui s'était trouvée entre leurs destiet du soleil qu'il voûlait saisir, madame ba- aussi faible que la mienne n'était pas capable nées, M. de Migurac se promit de metlrc une
belle contemplait avidement le visage du bien- de s'élever à la hauteur de la vôtre. Au moins matière si délicate en stances alternées.
ai-je eu la satisfaction d'obéir scrupuleuseaimé et repassait un à un tous les traits de sa
Au milieu de telles pensées, tour à tour
ment à votre volonté et d'ouïr de loin quelpersonne adorée: ces yeux qui n'avaienl plus
douces, graves et douloureuses, l'après-midi
ques rumeurs de ,•otre admirable carrière.
voulu la voir, celle main qui avait fui la sienne,
s'écoula et M. de ~ligurac s'aperçut tout à
Maintenant que je n'y suis plus, rien ne vous
ces lèvres qui avaient refusé ses baisPrs ...
coup, à la chute du jour, qu'il avait oulilié de
empêcbera de revenir à Migurac, ou, si vous
Et tout à coup la vieille tressaillit et eut un
manger. Donc il s'baLilla, sortit sur le coup
le préférez, de mener à Paris une vie plus
petit cri : le portrait s'était échappé des doigts
de six beures et se dirigea vers le cabaret du
conforme à la splendeur de votre race. Car
de madame de Migurac et, glissant à terre,
Perroquet Gris, sachant y rejoindre ses comj'ose espérer que vous ne refuserez pas à une
venait de ~e briser. Maguelonne le ramassa et
pagnons el ayant grand soif de société après
morte ce que l'incomparable délicatesse de
voulut le tendre à la marquise; mais, Louvotre âme vous a jusqu'ici fait décliner : je une si émouvante solitude.
chant ses paumes, elle les lrouva froides.
Son attente ne fut pas trompée: la taverne
veux dire la possession de mes biens, qui ont
Ainsi elle connut que sa mailresse avait
regorgeait de monde et de bruit. Il s'assit à
passé, sans doute déjà depuis quelque temps. toujours été vôtres.
sa place accoutumée, se fit servir un pot de
&lt;l Laissez-moi, monsieur, vous baiser la
Selon le vœu de madame Isabelle, on mit le
bière avec de la choucroute de Strasbourg el
main, car les ombres de la mort obscurcissent
portrait brisé dans son cercueil ,et ses funérailse mit à manger sans mot dire, en partit'
ces tristes yeux. Ah! que n'~tcs-vous ici! Que
les furent très modestes. Les gens du château
parce qu'il mourait de faim et aussi parce
la mort serait belle! Mais non, je n'aurais
et du village furent seuls à yassister et à l'enseque ses pensées ne se détachaient pas des évéplus le courage de mourir, car la vie me
velir, en pleurant, dans le caveau de famille.
nements dont il venait d'être informé. Penserait trop douce, et il est mieux que je
dant ce temps, autour de lui, l'entretien
meure. Adieu, monsieur, tout ce que j'ai eu
s'échauffait parmi la fumée des pipes et dans
de bonheur vient de vous. Recevez les bénéle fracas des pots e\ des verres bruyamment
Comment M. de Migurac de pauvre dictions reconnaissantes de votre très humble déposés sur les tables. Soudain, remarquant
et très fidèle épouse et servante
devint riche.
son silence, un de ses commensaux lui frappa
(( ISABEt.l.E. J)
sur l'épaule et s'etonna qu'il ne tînt JJ?int
Peu de jours après, M. de Migurac rentrait
comme d'habitude le dé de la conversat1on•
Bien que M. de Migurac n'efü point revu sa
fort tard chez lui, au sortir d'un souper aux

°'

li s'excusa briè~ement_et ~ontinua de manger.
, Comme plusieurs ms1staient, il finit par
decl~rer,avec un froncement de sourcils qu'il
ven3.1t d ap~rendre la mort de sa femme et
en ressentait_ beaucoup d'afOicLion, malcrré le
pl'u
rela~rnns qu'il Y avait eu enlr: eux
depms ~lus1curs lustres. Un murmure de
sy~pathie parcourut l'assistance; toutes les
~ams s~ tendirent vers le veuf el plusieurs
illuSlrattons du Parnasse le vinrent embrasser
et serrer sur leur sein .
Flatté_ ~ans sa douleur, M. de Migurac se
crut oblige à plus d'expansion et il énuméra
~ve_c chaleur toutes les vertus de la défunte,
rns1stant sur les torts qu'il avait eus envers
ell_e et _sur l'inébranlable attachement qu'elll!'
lm avait conservé : ·
-: A telle enseigne, conclut-il, que sa
dermèrc pensée a été de me vouloir enrichir
par sa mort i me léguant tous ses biens el
ceux qu 'e~le avait hérités de son père; oubliant
que _le meme scrupule qui m'avait interdit,
sa v~e ~uraot, de profiter de son opulence,
subs1st~1l après son trépas, quand bien même
toute _richesse ne serait pas scandaleuse chez
le philosophe amant de la natme et disciple
de l'égalité.
En achevant cette phrase, M. de Migurac
promena machinalement son reO'ard sur la
compagnie ~fin d'~n recueillir !'~)probation.
11 fut surpris de n Y rencontrer que le silence
e_t _des ,paupières baissées. M. Camus, dialecllc1en emérite, marmonna :
- Sans doute, san~ doute ....
)lais M. Leborgne, poète élérria&lt;1ue inlrr. détacbé :
"
'
rogea d'un air
. - _La fortune de madame de Migurac élail,
Je crois, considérable?
Du fond du pot qu'il vidait, le marquis
souffla :
-:- Son père, à ce que me dit M. Joincau,
ara~t amassé des trésors. On n'estime pas 1t
moms de deux ou trois millions d'écus le
total de son bien.
, li )' eut une sorte de frémissement. Les
ligures étaient solennelles dans la fumée du
tabac. MaisM..~e ~ligurac, qui avait repris dela
cboucroute, s ecria, un sourire sur les lèvres :
-: Heureux l'homme intègre, sans autres
Lcsoms que ceux de la nature! Les millions
du publicain ne sauraient le tenter.
- Sans doute... , réitéra J\J. Camus d'un
accent moins affermi.
'
Mais, presque aussitùt, M. Mottet se leva
posa son verre sur la LaL!e et dit ave~
emphase:
- Que nol~e célèbre ami me pardonne si
c~i celte. occaswn mon sentiment diffère du
sien et s1, tout au contraire, je soutiens qu'il
est d~ son devoir d'accepter le lerrs qui lui
est fait.
e
d' cette déclarat!on, M. de Migurac pensa,
'l etonnement, choir de son siège, et derechef
;e regar?a ses voisins, s'attendant à lire sur
trs visages la même slupéfaction. l\fais la
fè~a~t se_ taisaient. Plusieurs hochaient la
d un air hésitant, voire approbateur
• So~é de s'expliquer, M. Mottet le fit. avec
energ1e et onction. L'aveu de leur noble

?e

f

En pett de_ s~111.:ii11~s; avec l'azs,lltce_ qui lui etait prof re, ,1/. de .lligur,:,, a,•Jit ,,d, , ;
.
.
p:rnvrete ,1 celm d opulence q 11as, mit'arnleuse qui lui était ; .1
,
. e, &lt; son f'ass,:,ge de l etal de
velours cramoisi lraî11ait dans l es antichambres. Il t ir"' 111 .... _l Il d o mesl1q11e m11o mbrable e11 li1•r t!e de
111
présente,· so11 dt!je11ner du malin. (Page
.)
· ' · 'c' ,g umc ,, .iv.,l pas
oins de qu.1/re 1·alels pour liti
142

confrère l'autorisait à penser que, du vivant
~êm? de sa vert~euse épouse, M. de Migurac
n avait pas remph toutes ses obligations emcrs
elle;_ il n'était qu'un moyen de réparer en
partie ses torts : à savoir, d'exécuter scru~ul_euse~en_t _les dernièr~s volontés qui lui
eta1ent s1gmfiees. Autant il y avait grandeur
d'âme à refuser les bienfaits d'une vivante
antant il y aurait d'obstination· aveuale e~
barbare à enfreindre les désirs ultimes d'une
morte. L'effort même que M. de Mirurac
aurait à s'imposer, le sacrifice qu'il for~it de
son propre orgueil serait l'abjuration la plus
touchante de ses fautes.

, Il Yeu~, i1 ce discours, une telle explosion
fut

~ cnth?usiasmo que notre gentilhomme en

~tourd1 cl, un instant, comme ébran'lé. Mais
il se ressaisit et ri~_osta, en donnant du poing
sur ~a table, qu il pourrait sous couleur
d'~x~1ation s'immoler lui-mème; mais convena1t-1l ~e traiter pareillement la philosophie'!
Quel Lr10mphe pou1· ses détracteurs si l'un de
s~s adeptes le~ plus avé~és abjurait la glorieuse P.au~rcte pour sacrifier à l'idole infàme
de nos sociétés !
_En_coura_gé par son premier succès, M. Mottet
lu: repond1t vic~orieusement au milieu de la
meme approbat10n.

�-

111ST0'1{1.JI

----------------------------------------#

formée d'un marbre différent et, sur le socle,
Sans doute, aux yeux de la natu1·e, la l'invitait à lui faire tenir vilement quelques des inscriptions, également en or, diraient
milliers
d'écus
afin
qu'il
pût
régler
sans
délai
richesse est un crime. Mais s'ensuit-il de là
de quelle manière chacune de ces figures se
que,· dans l'état actuel des choses, le sage son train de vie sur le pied c1ui était conve- reliait à celle de la marquise. Enfin une
doive la fuir aussi scrupuleusement? Dans cc nable.
Ayant cacheté son message, M. de Migurac deuxième grille, de fer forgé, dont les angles
soin exclusif n'y a-t-il pas quelque làcheté,
seraient soutenus par des sphinx adossés 1t
une sorte d'aveu humiliant que sa vertu serait alla le porter à la poste et, sur le chemin, il des trépieds fumants, maintiendrait à discapable de iléchir dans les liens dorés de se surprit à regarder les carrosses, les livrées, tance la foule des curieux.
Plutus? Que le sage n'aspire point à la for- les robes des femmes et les étalages des bouLa dépense d'un tel édifice ne fut pas érntune, qu'il réprouve celle dont l'origine est tiques avec des yeux fort changés : il s'émer- luée à moins de cenL mille livres. Mais M. de
impure, rien de mieux; mais renoncer à un veilla que la perspective d'un peu d'or sufüt Migurac déclara que cela était peu de chose
bien honnêtement acquis n'est pas raison, à réveiller chez lui-même quelque chose de pour1·u que l'exécution en fût prompte, cl
c·est folie ou pusillanimité. Puisque notre la frivolité des privilégiés. Cc lui fut occa- ~m. Germain Pilon, Ballcrie et leurs confrères
société est ainsi faite que l'inégalité y règne, sion d'admirer la sagesse de 1\1. Mottet et furent avisés de se mettre à l'œuvre sans
le plus bel exemple que puisse fournir le phi- d'imaginer combien en effet il donnerait au retard, tandis que M. de Migurac s'occupait
losophe n'est-il pas de montrer que l'or lui- monde un spectacle édifiant en lui présentant de rédiger les inscriptions. Il parait qu'elles
même est incapable de le corrompre? Ce une vertu que toutes les vanités seraient étaient fort belles; mais le public n'eut pas le
n'est pas en y renonçant, mais en en faisant le incapables d'altérer.
Par un rel'iremcnt naturel de son esprit, bonheur d'en juger, parce qu'elles ne furent
plus magnifique usage qu'il se trouvera véripoint gravées. Au risque d'anticiper sur la
tablement à la hauteur de son devoir. Per- sa pensée se tourna vers la créature sensible suite de ce récit, voici, en effet, quelle fut
dont
la
libéralité
et
l'amour
lui
rendaient
possister dans son refus ne serait de la part de
l'issue de ce dessein si digne de l'âme généM. de Migurac qu'une action vulgaire et sible une conduite si sublime et il décida que reuse qui le forma.
mesquine. Consacrer ses millions au service son premier soin serait de célébrer magnifiLes marbres d'Italie arrivèrent rapidement,
de la philosophie, des arts et de leurs" adeptes, quement sa mémoire. Aussi, au lieu de gagner et le piédestal du buste ainsi que le socle des
le faubourg Saint-Honoré, comme il en avait
telle était la tâche digne de lui.
quatre statues furent bientôt mis en place.
Des tonnerres d'applaudissements accueil- eu l'idée, pour y louer quelque hôtel digne De mème la grille forgée qui fut exécutée à
lirent celle péroraison. M. de Migurac essaya d'abriter un millionnaire philosophe, il se miracle ne tarda pas à les enclore. ~lais par
vainement de se défendre. Il ne rencontrait dirigea vers le cimetière des Innocents.
L'abbé Joineau lui avait fait part de la un accident funeste les travaux ne furent
que des contradicteurs. Sur le coup de minuit,
point poussés davantage. L'attention de M. de
il fut à bout d'arguments. Alors, sentant sa décision de la marquise d'ètre inhumée dans Migurac, sollicitée par mille soucis dil'ers, ne
raison impuissante à résoudre la difficulté où le careau des Migurac : ce ne serait donc put demeurer concentrée sur cet objet unique,
il se débattait,~il résolut de s'en fier au hasard point la dépouille mortelle d'Isabelle qui embrassé dans un premier élan du cœur. Le
et lança en l'air un écu de trois francs : si en reposerait dans le monument qu'il projetait. marbrier, n'ayant pas reçu d'autre paiement
retombant le profil royal demeurait à décou- Mais, au moins, en ce lieu où se presse sous qu'un acompte de deux mille livres pour les
vert, il se rendrait au vœu de madame Isabelle. terre le peuple des morts el que foulent les fournitures qu'il avait faites, refusa de se des\'ingt paires d'yeux s'abaissèrent en hâle cl pieds innombrables des vil'ants affligés, un saisir des figures allégoriques, qu'il céda à
vingt bouches l'acclamèrent : visible à tous, cénotaphe somptueux dirait aux visiteurs res- un financier : accrues de quelques attributs
l'effigie de Louis XV lui indiquait son devoir; il pectueux le nom de madame de Migurac el nouveaux, elles devinrent, aux coins d'une
perpétuerait le souvenir de ses mérites.
serait riche.
M. de Migurac fit donc choix d'un Lerrain salle à manger, le Plaisir, la Volupté, la Gràcc
M. de Migurac se résigna donc à sa dcsti- '
cl le Désir. Quant au buste, il ne fut jamais
née. Il n'en eût pas cru ses sens si, avant de spacieux, à l'étonnement du bedeau qui ne ébauché. La g1·ille d'argent avait été livrée par
sortir, il eût remarqué les clins d'œil mo- trouvait pas qu'il ei1L la mine d'un capitaliste, M. Germain Pilon en temps voulu et soldée à
queurs et les haussements d'épaules qu'é- et, rentré chez lui, il écrivit plusieurs billets deniers comptants. Mais, comme il cùt été
changeaient plusieurs de ses confrères, le à ceux qu'il entendait choisir comme collabo- inutile de la poser tant que le socle était vide,
traitant à demi-voix d'hypocrite et de comédien. rateurs de son dessein, à savoir maitre B~l: elle fut reléguée en un grenier de l'hôtel, où
lerie, architecte, qu'il avait connu au Perroelle demeura jusqu'au jour oit M. deMigurac,
quet Gris, M. Germain Pilon, orfèvre, et deux
XIX
n'ayant point sous la main les mille écus
ou trois autres négociants en marbre et sculpnécessaires pour offrir à mademoiselle Fanteurs de réputation.
chon,
du Théàtre Italien, le griffon noir
De l'emploi que M. de Migurac fit ·de
Les ayant convoqués, il leur communiqua
qu'elle
lui demandait, ordonna qu'on en fit
sa fortune.
son dessein dont la sublimité dépassait infmiment le goùt ordinaire. Sur un piédestal de argent chez quelque revendeur. Son intention
Le lendemain à son réveil, 1\1. de Migurac
marbre de Carrare s'élèverait en dimensions était d'ailleurs d'en commander une autre,
se représenta qu'il allait passer de la pauvreté
colossales le buste d'albàtre de madame de d'un plus riche modèle, mais qu'il oublia par
philosophique au degré extrème de l'opulence.
~[igurac, coiffée à la grecque et le sein légère- la suite.
Mais il n'avait pas accoutumé de s'étonner
C'est ainsi que le monument de la marment découl'ert, drapé à l'antique. Sur chalonguement ni de s'attarder à des rêveries
quise
Isabelle ne se composa que d'une tercune des faces de ce piédestal se grouperaient
rétrospectives. Aussi, acceptant la réalité pour
rasse de marbre irréprochable où se drescc qu'elle était, il conçut qu'il n'avait plus artistement les motifs de décoration les plus saient un piédestal et quatre socles vides; et
touchants, guirlandes de roses, cœurs percés
qu'à méditer comment il accommoderait pour
de Oèchcs, torches allumées, etc., encerclant son nom n'y fut point gm"é. Mais, tel quel,
le mieux philosophie et opulence. Le résultat
un médaillon où seraient gravées en lettres il attirait la curiosité et fut pendant de londe ses méditations fui qu'il rédigea pour
d'or des inscriptions élégiaques rédigées par gues années un sujet d'étonnement pour les
M. Joineau une lettre assez longue. En résumé,
M. de Migurac lui-mème et qui célébreraient visiteurs des morts.
il lui mandait de confier ,à Gilles l'intendance
Cependant, en peu de semaines, avec l'ailes mérites de la défunte. Une grille d'argent
du chàteau, de faire remise aux paysans
sance
qui lui était propre, M. de Migurac
où des amours et des génies se j oueraienl end'une année de leurs redevances el de dimiavait
achevé
son passage de l'état de pauvreté
tre des palmiers enlacés de festons de fleurs
nuer celle-ci de moilié pour l'avenir.jusqu'à
à celui d'opufonce quasi miraculeuse qui lui
entourerait l'édifice, que complèteraient aux
ce qu'il eût le loisir de venir lui même établir
quatre coins quatre statues qui représente- était échu. Lorsque, ayant suivi les ordres de
entre eux la communauté des biens; enfin,
son ancien élève, M. Joineau débarqua du
en attendant que l'abbé le rejoignit à Pari;., raient allégoriquement l'Amour, la Philoso- coche 1t Paris, deux mois plus tard, il le
phie, la Vertu cl la Nature; chacune serait
oit il aurait le gouvernement de sa maison, il

)1f ONSŒU~ D'E ;Jf1GUT{,AC - - ,

re_trouv~ somptueusement installé dans un
bote! sis au coin de la rue Saint-Honoré
cl de !a rue de. !'Arbre-Sec, qu'il venait de
loue,r a un ferm1er général. Le luxe et le rrmît
de l ameublement allaient infiniment au delà
de tout ce que l'abbé avait jamais admiré au
chàteau de Migurac.
. D'un vest!bul~ décoré de mosaïques, de
~tlastres c~rmthiens et d'armures anciennes,
1, abbé fut mtroduit dans une série de salons
ec~atanls de blancheur' dont le plus vaste
pcmt ..en vert d'eau, avait le plafond revêtu d;
c~maieux de Boucher, parmi les hauts reliefs
d or marqués de l'écusson de Micrw•ac. Des
dessus de porte signés de Watteau ~e faisaient
pendant_ aux ~eu~ bouts de la pièce, dont les
murs d1spara1ssa1ent sous les chefs-d'œuvre
de ~reuze, de Fragonard et de Largillière,
tandis que sur la cheminée de marbre, les
co_nsoles et les meubles de laque, s'éparpilla1cnt !es plus belles porcelaines de Sèvres el
verrerrns de Venise. M. de ~fi,.,ura~ vint à sa
~encontre, l'êlu de soie et de b~ocartd'argent,
1
l'embrassa
,
. fort affectueusement comme S•·1
1
avait _qmtté l~ veille et aussitôt lui montra
le pala_1s dont il lui confiait l'intendance. La
P'.'ofus10n des cuivres el des ors, des tentures
d Aubusson et des Gobelins, des meubles
~h_antournés, dorés, vernis ou plaqués, des ,
la1~nces, des cabinets d'Allemagne et de
fhrnc, des lustre~, de ~ohême, des pendules
'.t ~lonnes, des pieccs d orfèvrerie, Oambcaux
a girandoles, surtouts de table, vases de toutes
(Jll11sJraliu11s

sol'tes, corbeilles ~t services variés, le jeta dans
~n~, sor~e de vertige. Douze chevaux piaffaient
a I ecurie. Quatre voitures dont un carrosse à
sept glac~s et un wiski genre anglais étaient
~ux remises. Un domestique innombrable en
ltvr_ée de velours cramoisi trainait dans les
antt~hambres : le lecteur s'en fera une idée
con_s1déranl que M. de Migurac n'avait pas
m?ms de quatre v~lets pour lui présenter son
~éJeuner du matm. L'un tenait la chocolatière, le deuxième faisait mousser le hreuvarrc
avec 1~ trémoussoir; les mains d'un aut~c
étendaient la serviette, et le maitre d'h't 1
. 1 , h
oe
avait a tac e de verser. M. Joineau lui-même
do?t la chambre était crème et or' reçut c1~
pre_sent de ~on maître, pour son service particulier, un Jeune nègre nommé Zamore hab'.llé d'un turban à plume et d'une vc;le el
d ,u_n_e cul?tte d~ satin rose; il ne put s'en
de!a1re qu en alleguant son effroi de ce visaoe
1101: pareil à celui du diable.
"'
Eblo~i de tant de magnificence, l'abbé ne
se contmt pas de témoil)'ner à son maitre
combie_n il s'émel'l'eillait" qu'un philosophe
cnlcnd1 t le luxe el le confortable de l'existence
tout aussi bien qu'un financier. Il n'étaiJ. pas
dans le caractère de M. de Migurac de rcmarq~1cr l'ironie. Ce fut en toute simplicité qu'il
demontra à son ancîen précepteur comment,
da?s le c?angement de sa condition, il prétendait appliquer ses principes.
- Du moment, dit-il, que s'est allermie
la propriété privéc, origine de tous les vices,

le philosophe a le devoir de l'accepter. Car du
partage de ses biens entre tous les misérables
ne résullerait aucun avantage pour eux, la
part de chacun del'ant être ridiculement infim~; leur partage entre quelques-uns ne
fei:3~t q~'accroitre injustement le nombre des
pr1V1lég1és_. Le rôle du philosophe sera donc,
non de reJeLcr la fortune, mais d'en faire le
plu, noble usage. Loin de thésauriser, il dépensera la:gcment. Afin de manifester que sa
~ertu CSt maccessible à toutes les séductions
11 aura la pompe extérieure d'un fermier rré~
néral ~t fréquentera le monde. Il encourarr~ra
le~ arllstes et fora vivre les ou l'riers en m~ILipl1a_nL _autour de lui les objets de prix : car
le~ JO_u~ssances du luxe, blàmables selon l'ordre
prn111t1f des choses, sont aujourd'hui le seul
moyen par lequel le riche puisse faire part au
pauHe de ses trésors. Il favorisera selon ses
m~yen~ ,le règne d~ la vertu el de la philosophie, n epargnant rien pour guider l'humanité
r~r~ le progrès, portant un œil attentif sur le
gcrn~ malhe~reux, corrigeant les caprices du
dcstm, se faisant le collaborateur de la ProYidence.
, Le plan que M. de Migurac continua de
&lt;lcvclopper avec une 13loquente abondance
par~1t à l'abbé à la fois sublime cl commode,
el il. assu~a sans déplaisir ses nou l'ellcs
fonctions qm, encore qu'elles n'eussent point
~n cara_ctèrc. particulièrement ecclésiastique,
comena1ent a sa nature confortable et soigneuse.
ANonÉ LlCllTE:'\BERGER.
(A suivre.)

,te CONRAD.)

LUDOVIC HALÉVY
~

Notes et Souvenirs
M_ai 187 1. - A trois hc11res et demie du
matm, nous arrivons à Poissy, qui est maintenant tè~e d~ ligne. Les conducteurs crient :
- Poissy· tout le monde descend.
Et tout le monde descend. Nous sortons de
1
; gare. Pas un omnibus, pas une voilure.
~~s sommes là, sur le trottoir, aux pre;1er~s clartés du jour, encore à moitié enorm1s, consternés, navrés charaés
de valises
0
et .de paque ts. Nous formons
'
un lamentable
rht groupe de onze voyageurs, au nombre
esquels. se trouve une voyageuse très élégante et très gentille. Le malheur nous rapp:oche, et _la délibération commence. II n'y a
q e ~ept kilomètres de la gare de Poissv à la
bharrière de am t- Germam.
. Le tempsJ est
;a armant. La petite voyageuse, pleine de coug~, ~e recule pas devant cette promenade
ma ma e. Notre caravane se met en mouvem~nt et suit d'abord la grande rue de Poissy
puis cette admirable route qui traverse la forèt '.

s·

La marche et l'air vif du matin nous tirent deux .... M. Thiers est le souverain maitre de
bien v!te de notre somnolence, et nous n'avons la France. Il organise l'armée. il la
d, T
,
,
cornpas fail cent pas que la conversation s'encrage
man c. out s efface et disparaît devant lui.
0
facile, animée, confiante.
'
~n gros m~rchand de bœufs qui s'en va
On ne rencontre, en ce moment, dans les traiter à Versailles- touJ·ours avec M Th' ,
'
. .
. 1er:s
gares, dans l_es voitures publiques, sur les -. pour l approv1s10nnement de l'armée et
grands chemms, que des gens expansifs, qm ne cesse de répéter :
'
ayant comme une rage de parler, de raconter
~. O~t-ils dû _en _gagner de l'argent, ces
leurs aventures, leurs malheurs. Personne Ver8a1llais,
depms six mois .• l'armee
, prus•
,
n'a échappé à ces tragiques événements. Cha- s1e~ne ~ nourrir_, pendant le premier siège;
?u~ a eu son histoire qui lui paraît la plus et l armee française, et les Parisiens réfugiés
rnteressante du monde.
pendant le second !
'
Voici, de notre caravane, un très fidèle
, ~n vieux monsieur qui m'adresse avec un
· croquis, et, de notre causerie, un très exact veritable anxiété la question suivante .
e
procès-verbal.
- Je sais qu'on paye à Versailles ies couDans de vieux uniformes usés rapiécés
pons de rentes 5 ¼ et 5 ¼, mais peut-on
raccommodés sur toutes les cout~res deu~ to~cher les coupons des obligations de ch officiers de l'armée de Metz, arrivant d'Alle- mms de fer?
e
magne après sept mois de captivité et allant " Je ne sui~ ~as en état de donner le renseise mettre à la disposition de M. Thiers. onement désire. Alors ce sont des lamentations:
C'est l'expression dont ils se servent tous
- Les grandes compagnies vont avoir à

�__ 1 l 1 S T 0 ~ 1 . l l - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - dépenser des millions! Toutes ces lignes
détruites, tous ces ponts à rebâtir .... Et les
obligations de la ville de Paris? Qu'est-ce que
va devenir le crédit de la ville de Paris?
J'essaye de remonter un peu ce pauvre
monsieur. Nous sommes en pleine forêt. A
chaque instant, il nous faut escalader des
arbres abattus et jetés au hasard en travers
de la route.
- Que de ruines, s'écrie le vieux monsieur, et c'est une forêt de l'f:tat! C'en est
fait de la fortune publique, et les fortunes
particulières, monsieur, dépendent de la fprtune publique.
li porte une valise, toute petite, mais qui
paraît extrêmement lourde. Tous les cent pas,
il la change de main. Un de nous dit au vieux.
monsieur:
- 'Voulez-vous que je vous la porte un
peu, votre valise?
- Non, non! s'écrie le vieux monsieur
avec•terreur.
Et ses doigts crispés serrent très fortement
la poignée de la valise.
Un autre vieux monsieur, doux, aimable,
souriant; il a sous le bras deux boites, longues et plate,, recouvertes de maroquin noir.
Et saisissant le moment où mes regards rencontraient ces deux boites :

LA VIE D11. PARIS

sous

cés, silencieux, absolument silencieux; et,
enfin, la petite voyageuse, marchant d'un pas
alerte et résolu, mais fort préoccupée de
cette question :
- Où est le 42• de ligne? à Versailles ou
à Sceaux?
Tout à coup l'un des officiers s'arrête,
prête l'oreille :
- Écoutez, nous dit-il. C'est le canon, le
canon du côté de Paris!
Oui, c'est bien le canon. Nous nous remettons en route. Nous marchons au canon. Nous
arrivons à Saint-Germain. Notre petite troupe
se disperse au coin de la rue de Paris et de
la rue au Pain.
Je m'en vais seul tout droit .à la terrasse
qui est déserte, absolument déserte. La rivière
à mes pieds est toute fumante du brouillard
du matin. La grande masse du .Mont-Valérien
fait, seule, tache sous un soleil radieux. Les
canons du fo~t tirent, à intervalles réguliers,
sur Paris. A chaque coup, un léger nuage de
fumée monte vers le ciel. Je m'accoude sur la
balustrade de la terrasse, je reste là, contemplant ce spei.:tacle : Paris bombardé par la
France.
Et c'est M. Thiers qui donne en ce moment
l'assaut à ces fortifications de Paris, conrie ....
Trois personnages quelconques, nuls, ell'a- ~, rnites par liti.
Luoo\'Jc IIALE\'Y.

- Ce sont mes flùtes, me dit-il, mes deux
flûtes, monsieur .... Il y en a une en argent.
Voilà mon Oùtiste lancé. Il me raconte sa
vie. Il faisait, avant la guerre, partie de l'orchestre d'un théâtre des boulevards. Il a
quitté Paris pendant le siège. Il s'en est allé
retrouver son frère qui est bonnetier. à Alençon; il est resté là très tranqui)le pendant la
RlJerre; il a même trouvé quelques leçons de
flûte. Voici la fin de la Commune. ll pense
bien que son théâtre va rouvrir, et il se rapproche de Paris, lui et ses flûtes.
Un jeune homme étrangement accoutré :
un veston d'étoffe verdâtre, une cravate rouge,
un képi de fantaisie e.t de grandes bottes
jaunes, ornées de gigantesques éperons. 11
parle beaucoup, il parle trop. Il était officier
dti francs-tireurs pendant la guerre. Il a servi
dans le corps de Garibaldi, puis dans l'armée
de Bourbaki. Et il disait à Garibaldi .... Et il
disait à Bourbaki.... Et il disait à Cambriels ....
11 est allé à Bordeaux soumettre un plan de
campagne à Gambetta. Et il disait à Gambetta .... li était intimement îié avec Gambetta.... Ah! si on l'avait écoulé!... !fais
nous-mêmts nous ne l'écoulons pas .... Ses
discours ont un air de vantardise et de hâLlc-

L' EllPIRE, -

JEUX DE SOCIÉTÉ : LE COLIN·MAILLARI) ASSIS, -

"

lJ'apres L'estampe de Sc:HEN l( El&lt;,

•
J. îALLANDIER
1-IBRAmrn

I Ll.ëSTRl·.E

Cliché. Neurdein frères

PAMÉLA

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•

•

MADEMOISELLE ADÉLAÏDE ET LA COMTESSE DE GENLIS. 7.5, RUE DAREAU, 75
Ta bleau de ,\lAUZAISSE. (,\ lusée de \ 'ersail les.)

PARIS 'XIV' arrond' •.'

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                  <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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