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                  <text>,-

111STOR,.1A

J'ai passé la nuit i, boire,
places revoyaient leurs promeneurs ordinaires,
)13 mail,·essc i, mon côte ....
bourgeois en habit de moire lisse et perruque
0 ma Clèri I je fis un jour
ronde, gentil hommes cérémonieux appuyés
Devant la porte, mille tours.. ..
sur de hautes cannes, le nez barbouillé de
n seul rcgr.et gâtait son plaisir .... Que ne
tabac, militaires retraités, fiers de leurs balapou
rait-il
emmener son cher François à Saintfres et portant la croix de Saint-Louis sur leur
llilaire
d'Obazinc?
Mais le notaire Bronssol
vieil uniforme bleu.
Vers le temps de Pâques, Pierre Broussol · était plus infirme que jamais cl, par discrés'en alla chez son père, à Saint-Hilaire d'Oba- tion, M. Barbazangcs ne le voulut point embarzine. li ne tenait plus en place, le printemps rasser de François.
Les demoiselles dentellières Yirenl reparaître
neuf irritant les &lt;! esprits Yitaux » dans son
jeune · sang.... N'était-ce pas la saison qui Lionassou arec sa mule, etlc lendcmain, elles
ramène la bergère aux champs, avec ses assistèrent au départ du jeune M. Broussol.
ouailles, son chien, sa quenouille L . Déjà, les 'foule la famille Barbazanges, père, mère, fils,
feux des charbonniers s'éteignent dans les serranles, Yint à !'buis pour saluer le Yoyaclairières, laissant monter u!-i long fil de fumée geur. Les voisins étaient aux portes. Marccline
VI
bleuâtre au-dessus des châtaigniers gris. A et Janou, la cuisinière, pleuraient de tendresse.
peine les sureaux ,·erdissenl, mais les Yergers M. le Conseiller et son épouse donnaicnl des
marques d'émulion, et François lui-même
I
L'hiver s'en fut, soufflant le cha/elh des sont tout en fleur, et la tendre pointe des blés
embrassait son cama.rade aYec une chaleur
perce
la
dernière
neige,
celle
&lt;!
nivejade
du
veilhades, emportant sous sa limousine les
d'amitié i grande que ces demoiselles en
boudins noirs cl les marrons dorés. L'aigre coucou » qui commence de fondre quand
conçurent une espèce d'ennui jaloux .. ..
pipeau d'avril éveilla ces petites nymphes l'oi eau fainéant commence à chanter.
Celle petite scène s'acheva par la retraite des
Pierre,
faisant
son
paquet,
et
rèvanl
à
monta,.,nardcs qui, de leurs urnes neigeuses,
Barbazanges. Le vieux Liona sou prit la mule
Janetoun,
(redonnait
:
verscnr les flots clairs des torrents. La Corrèze
par la bride pour la mieux guider dans la roide
enfla. L'eau remplit les cal'es du collège. Au
Là-bas, là-bas dans un jardm,
descente de la rue des Mort , et PierreBrou sol,
(aubour" du Prat, la olane débordée ruina
Je fais l'amour cl bois du vin.
le chapeau à la main, salua fort civilemenl les
quelque~ moulins. Les jours allongeaient. Les
D'une main je tiens mon verre
dentellières ....
El de l'autre ma bien-aimée ....

Est-ce un si grand mal?... Peut-être, s'il
reconnaissait en lui la vocation religieuse,
peut-être composerait-il des oratorios à raYir
les anges, ou des tragédies sacrées bien supérieures aux pièces de ce pauvre M. Racine que
le Port-Royal a gâté.
- J'aimerais mieux qu'il fût procureur,
dit M. Barbazanges. Je me veux voir despetitsenfants.
- Nous sommes tous entre les mains de
Dieu ... Allons, monsieurleConseiller, remettezvous .... Songez que vous remportâtes un prix
aux Jeux de la Vierge et que cela ne vous
empêcha point d'être honnête homme.

1. Lampe romaine encore employée en Limousin.
(JllustraliOIIS Je co~RAD,,

(A suivre.)

M,rncELLE Til Anu:.

SALON DE MADAME R ÉCAMIER A 1.'ABBAYE-AUX- B01s. Peint tar DE JutNNl!S en 1826. - C'est là que ta /'elle amie .te Chateaubriand s11t réunir, dt 1819 à 1849, l'un tûs plus importants et ,us f'lus beau-.: cénacles qu'on ait jamais connus.

LEI DEMEURF.S IIISTORIQUES- -

, ~'IMPÉRATRICE EUG ÉNIE
D APRES W!NTERHAL TER . -

(M usée de Versailles.)

Cliché Draun,

�Sommaire du

2é

fascicule (20 Décembre 1909. )

LES FEMMES DU SECOND EMPIRE
Les Femmes du Second Empire

FRÉDÉRIC L ouÉE .

l'impératrice . . . .
T. G. . . . . . .

Autour de
49
54

GÉNÉRAL DE MARBOT . .
ERNE,T L AVISSE . . • . .

La Merseillaise. . . . . . . . . .
Chambord . . . .
~6
au XVIII• siècle: La Naissance; le Couvent
57
Fin d·Empire . . . . . . . . . .
62

de l'A cadémie j,·J11çaise.

G.

EuouARD FoUR:-SIER. . • Sur une vitre de
Em10:..D ET Jcus DE GoNCOLRT, La Femme
J ULES CLARETIE. • . . •

LEKÔlRE . . . .
PIERR E DE NOLIIAC .
C IIATEAUBRIAND. . .
SAINT-SnION• • .
MARCELLE Ti NAYRE.

de l'Académie f rançaise.

ILLllSTR.ATfONS

Mémoires . . .. . . . . . . . . . .
Louis XIV : L'éducation du roi .

63

Savalette de Langes .
. . . . . .
Louis XV et Madame de Pompadour.
La marquise de Coislin. . . . . . . . .
Une énigme historique . . . . . . . . . . . .
La Vie amoureuse de François Barbazanges.

74
77
87

-

72

Autour de l'impératrice

88

Par Frédéric LOLIÉE

89

PLANCHE HORS TEXTE

n'ArRÈS LES TABLEAUX, PASTELS, DESSll\S ET ESTA \IPF.S DE !

EN CA!\1AIEt: :

Ptt. C Ai\"OT, Co:-snAD, BAno:-1 Gfa1ARD , L A
R. DE ~IOrU I-'E, MonEAU LE JL Ui\"E, PAJOU,

Bouc111c:n,

Toun, LEFÈVRE-DE u MIER,
l'HI LIPPOTEAUX,
PILS, AUG USTIN DE SAINT-A UDIN, VA NDER I\I EULEN1 H ORACE VERNET

'..=====================-=-=-=--=====================:='.!

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Dames, Joutes les figures qui a~partiennent il l'histoire, sont des sujets curieux, inté·
ressants. cl captivants au possib e. Les rersonnages ont vécu dans èles milieux vrais,
ils vi•t aimé. ils ont souffert. Ce sont leurs souvenirs intimes, leurs mémoires historiques
que.nous rel"è e H .ISTORiA ; il nous les .montre en pleine yie et en plein mouvement,
0b~is.;ant aux .arpetllS et a!,x rass1ons !t'ont Jadis ôéterminé leurs actes.
. Chaque fascicule reproduit les œuvres es grands maitres de la peinture et de l'estampe,
tirées de nos musées nationaux et de nos b:blioihèques publiques.

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Femmes

Madame WALEWSKA

WATTEAU

par

O. LENOTRE

z :1&amp;mbarquement pour Cythère
Prononcer le nom de Watteau, ce n'est pas seulement évoquer le souvenir d'un de
nos plus grands peintres. C'est aussi rarpeler l"un des maitres les plus chatoyants, les
plus élégants et les plus gracieux du ~ Ylll' siècle français, le siècle de l'élégance, de la
grace et de l'amour. Mais, parmi les œuvres de \Vatteau, il en est une, l'E111/·.,rq11ement
pour l'i:e de CJ' lhère, à laquel'.e il s'est attaqué à deux reprises pour s'y réaliser tout
entier. Et, de l'avis unanime des plus fins critiques d'art, c'est là que Watteau a créé le

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SOMMAIRE du NUMÉRO du 25 Décembre 1909
REX&gt;; BAZIN. de l'Académie [rançaise. Le blé qui lève, - FRANÇOIS COPPÉE.' Le
louis d'or. - JEAN AICARD, de l"Académie française. Les Berceaux. - Prni,RE
MILLE. Kidi. - PAUL M,\RGUERITTE. Monsieur et Madame Chat. - i'AUL
REBOUX. La maison de dan,es. - PAUL BOURGET. de l'Académie française.
Conte d'hiver. - ANDRÉ TIIEURIET. La vigile de Noël. - H.·G. WELLS.
La Guerre dans les airs. - j AC~ES NORMAND, Décembre. - HUGUES LE
ROUX. Les fugitifs. - JuLES
NARD. Déjeuner de soleil. - SULLY·
PRUDHO.M~IE. Le nom, - OCTAVE FEUILLET. Réveillon. - PmLIPPE
GERFAUT. Les femmes. -ANDRÉ RIVOIRE. Le bon roi Dagobert.

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tient à la Galerie Impériale d'Allemagne et laite d'après l'épreuve unique que possède
la Bibliothèque nationale.
Imprimée en taille·douce, sur très beau papier, genre \Vathmann, avec grandes
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par
Prédéric MASSON
dn l'Académie rra·1c is~.

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. :1C'était
· en .février 1905 · De ph·!1 osop111qucs
d'A d 1 .:
.
'/ Je.uons araient gagné les esprits la suite héros dont les pavsans
. •·
n a 011s,e redisent
1
encore
es
exploits
.
et
G
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au loin_la terre, un mystérieux signe araït
i .u contraste saisissant que préscnt~it en d
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c;rconstances solennelles et tristes le 'rappr: Lel'c
t&gt; •
capitaine, et Antoine de J · d.,
e e &lt;pt I n eta1t pas
Jesom et1·e n6c princesse pour d ,. . 1
c.icrucnt de deux fem mes d't1n o-r',•nd
. ' le plus habile des "Pnérau x de Ch ·l
t&gt;
·
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1
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grand nom.
l outcs deux araient occupé
- -====:.:=:::::=-:~~-:--=:---7:-=:--=--:-:::-::-:--===:-- =::-:-:=l~.;·":n:fo~n~I •ara1·t gr,\n.&lt;l.i,,drpuis que Stendhal
7
snr Ja scène du monde, un rôl~
et , Mer1mce, assidus cbe·z M.,
au plus haut point cnne, surmcre,
, .Mérimée surtout , un am ,•
t~ut celle qui demeurait, surll·rs 1om poussé dans la faveur
;•ffant à se~ deuils de puisde maitresse du logis, char_an~, de gloire, de fortunesoumaient son attention et celle de·
,-cr~me. t·une achcrait de rirre
sa sœur ainée Pacca, une future
sa ~ournée suprême et se nomduchesse d.Alhc , par les rec1ts
, .
mait la_princesse Mathilde; J'au~t le~ co.ntcs où se jouait lern·
l re, qm. se penchait sur Je cbeuna~rnatwn. Elle avait voyagé
1·ct du ltt et prononçait l'adieu
au~s1 et comllJcncé sur divers
sans retour, était lïmpératrier
pomts d·Europe l"épreuve de
Eugénie.
ses armes de conquête.
El ''.oilà que rcflufrcnt les
La famille des Montijo dont
~ourenirs en ahondaJtce autour
la.généalogie i se compliqu~ &lt;l'un
&lt;!e ~ ttc dernière pcrsonnalitu
II:'J!lc Llaso11 cntremèlé sur terrr
ue
. lemme, 0b.Jet de sentiments
tl hspagne, cf"Anglcterre et dt•
St .contraires d'adulation et de
f'rance'. consc•r,,ait à Paris des
haine, ~ant exaltée aux heures
sourC'n11·s
. et &lt;l('S
· 11·cn"'· Un degre.
d.c ses Jeunes triomphes, puis
de tousmage l'alliait à la farnill1•
s1. lo~?temps en,·cJoppée d'oudr~ LC'SSC'ps. On ne l'ignorait
lJJ,,J d rndillërcnce 011 de p·t·,
p11111t dans IC's salons royalistrs
I Je,
~t ont ]'Histoire recommençait
'1.11 ~11(! ~1.1&lt;-s s ïnsta1lèrcnt en ,.;
,l se préoccuper.
cite pans:cnnc. Les habitués du
Yers 1854, Stendhal faisait
d~c de La Boc/1cfoucauld dP~Uuler sur ses genoux nne enra1.~nt se. rappeler long urmenl
fant fort jolie, née sous Je ciel
qu ils ara,cnt vu plusieurs fois
de .?renade, et dont la gràce
la Lcl(e Espagnole aux fètcs
esp1l'glc plaisait à son rco-ard
champet!'C'S,
que donnait cc
Et
O'
.
g rand scwncur
en •son domamc
.
' avec cc pli d·amcrtume qui
O
,
de la Yalléc-anx-Loups.
l?urmenta1t son sourire, le sceplique penseur lui disait :
Mcsd~mcs de Montijo n 'eurt•nt
&lt;&lt;
Vous, qua nd l'Ous serez
pas bcsorn de beaucoupde tl'mps
grande_, vous épouserez Ji. le
P?ur marquc1· dans un monde
~1arqUJs de Santa-Cruz et moi
ou leur qualité d'étran111\rrs
et leurs façons d 'ètre un" .
.J.e ne me soucierai plus de
.
.
j)l'll
IOUS. »
'.o}"antcs .aJOUtaicnt une atl r,ic-11011 de s11wularitt;
"li d, · d
Certainement ellepou mit pri'e c.
"
esu· t'
les connaitre.
~lcl1l1&lt;lre à cc marquisat ciloio-né
,, C Euuc( . d G
o .llJc c uzma11 " se-'
.La corn
,. tcssc • qui· ne trarersa
&lt;·onde fiJJ
'
1
L'
.
pornt age des passions sans Y
e du duc Cr1Jriano
IIIPERA;RIC.E DANS SA TOILETTE nE MARIÉE
c·omte d 'f'b
.
'
produ1recp
daJ'
c e a, marquis tUr(d apres ~1-• LEFÈ\'RE-DEUMIER.)
• ,rnlc1uet11multct'Ca . :t
transm1s a ses deux filles h
e.s, grand d·Espagne, et de
.llar1a Manucla de K. . ..
&lt;le s t . '
0lieauté rro-uliè•re
.0 .
es rails.
romtessc de T 'b
u ~at, ick y Grircgnéc,
Cependant, la scfiorita ne dci·ait pas s'a n la chsa11. attirante et posséda
nt
,1u nalurPI l 'a111llnit é nu1· s· d
J)(.s sourcnirs iJ~u:1,:t p us . ta~d de Montijo.
peler de Sanla-Cruz. Des destinées plt1 ' t p
·1
1e ,mx
c1·où cil , . .
.s glor1/Ja1ent la maison n t J · , •
s r onan es• u1 cta1cnt
réscn
ri's • IJ e JOUr
·
• li
l"alpl be cta1t issue; on lui a mit appris avec
'
•
ou e C
13 et que par 1 ·
entrait dans I humamc existence m 'l 1
•
'
f ·b1
·
,
, e an son
leur fi '
'
I u ses ancetrcs, lcl'èrcnt
ai e ~r1 au tonnerre d'un ca tach-smc
.
ront Alphonse Prrrz, de G,uzman, un
soulcra1t le sol de Grenndr, et faisaï't
l. - HISTORIA. - r-asc. 2.

a

L' IMP ÉRATRICE EUGÉNIE
o'ArRÈS \VIN"fERHALTER (Musée de Versailles.)

11

II·e~IJ~:

�111STOR..1.ll
bien des favorite el reines de la main gauche
furenl plus d'une fois redevables de leur élérnlion aux circonstances propices des parties
de chasse, qui le avaient portées, amazones
légères cl prorncanles, tout à leur a,·antage
sous les yeux du seigneur. Gracieuses apparitions, chevauchées hardies, allées el venues
sous la fcuillfo ... ne sonl-cc pas là autanl de
concours mcrrnilleux à l'impression de la
gràce el de la bcaulé, qui subjuguent?
.\in i Mme de Pompadour s'était j elée victorieuse à la rencontre du roi, dans la forèl
de Sénart. rendcz-\'ous des chas l'S royales,
s'exposanl à sa curiosité, la tentant à Ï'aide
du plus coquet costume, agilanl à ses yeux
cet éventail sur lequel, dit-on, un émule de
Mas é a,·ail peint Henri l\' aux pieds de
Gabrielle. Elle passait cl repassait au milieu
des chevaux, des chiens de l'escorte du roi,
comme une Diane cbarmeresse, tantôl vèlue
d'azur dans un phaéton couleur de ro e,
tantôt \'èlue de rose dans un phaélon couleur
d'azu r. Et, comme elle le prémédita, le roi
l'avai t aperçue, remarquée, puis choisie.
Pour une victoire plus légitime el plus
complète, avec moins d'artifices, Eugénie de
Montijo lira prompt avantage de la mi e en
scène très fa\'orable à sa beauté des grandes
chas es de Fontainebleau el de Compiègne.
!,'Empereur, visiblement, courtisait la brillante amazone. Aulour de lui, parmi les gens
de sa suile, el à travers les caquetages de
salon , la question brûlante était de savoir si
Mlle de Montijo céderait à un caprice amoureux ou si, mieux avertie de ses intérèls à
venir, plus adroitement stylée, elle saurait
opposer une belle résistance, vertueuse el
politique. llarement e pionnage de cour et
jalousie de femmes eurent si belle occasion
de s'exercer.
Louis-Napoléon ne songeait pas à l'épouser.
Les circonstances 1\-·conduisirent 1 .
A plusieurs repri es, il avait caressé l'idée
flatteuse à son amour-propre d'une alliance
roiale. La diplomatie française s'était fort
agitre auprès des chancell&lt;'ries de Vienne, de
atunich et d'aulres lieux, en quèle d'une
princesse du sang. On a\'ait accueilli ses ouvertures froidement, alors mème qu'en dernière chance on s'était rabattu sur un projet
d'union awr la fille d'tm prince sans couronne
cl sans sujets, le prince \\'asa, c'est-à-dire
l'héritier Mpossédé du trùne de Suède, sorte
de monarque en exil erranl par l&lt;'s chrmins
el les hôtdlerics de l'Europe. Oc toute· les
cam pagnes m~·stéricuses Oll l'on s'était a\'cnturé il n'était rel'enu 4ue des excmes polies.
Les familles régnantes semhlairnl s"ètre accorClicht llraun.
dées i1 jclt&gt;r sur le nouvel Empereur une
L 'l!t!PÉRATRICE E:,; COSTmlE ESPAGNOL.
espèce d'interdit matrimonial.
Irrité de ces déd:iins 1•aguemf'nl enveloppés
de
formulri,: de cour cl de ces hostil;ll:, déindiscrétions &lt;l1· 1"11i~to:rl' nous onl appr1:- que

femmes. de son pays 1 • )lais un charme très
personnel avait distingué, de prime abord,
partout oi1 on l'accut•illait el la nommait, Eugénie de Montijo. L&lt;' timbre de ~a voix, ses
façons, son allure particulière ot1 passait un
grain d'étrangett\ tout la dé ignait aux regards. li en fut bruit en haut lieu.
Les yeux connaisseur de Louis-Napoléon
en avaient été frappés, la première fois, dans
une réunion, chez sa belle cousine. « )Jatbilde, qu'est-cc donc? demanda-t-il en apercevant celle inconnul', qu ·entourait un œrcle
i animé. - Une no11\'ellc ,·cnul', une jeune
personne de famille andalouse, )Ille de Montijo. - Mais, comment donc! il faut me la
présenter. J&gt; .\u diner , il s'occupa beaucoup
d'elle, et la chronique insinue que, peu de
temps ensuite, il alla lui rendre visite, en
l'appartement rien moins que luxueux qu'elle
occupait avec sa mère, au n• 12 de la place
Vendôme, qu'il fnljeune el pressant, el qu'on
lui répondit : « Prince, après le mariage. 1&gt;
)lais que valent ces racontars?
Mlle de Montijo, invitée aux chasses de
Fontainebleau, fut l'objet visililc des attentions du prince-prè,ident, bientôt apoléon Ill.
li en devint éperdument amoureux, lorsqu'il
la vil monter à cheval a\'CC toute la gràce
qu'elle y apportait et qu'um• secrète intention
de plaire rendait encore plu sensible. Les

Louis, qui a

rtt' 1':1111;111L dl• sn

më.rt', el &lt;1ui t•:..l n•:,té

son ami 1 ,
1. Le rang so1ner.1i11, aw1u1•! la plu, m,•nrillensc
,les aventures exh:iusst•ra sa !ill,•, u'al?porlera au1•u11
rhnngemcnt dans ~Ps ma11ifr1·s: on lui saura gré de
u·en être ni plus fii:rr ui plus hautain(' .... Qu"elle le
l)réf~ràt ain,,, ou qm· l',,mpcrcur, srir mmt'ul cl à
,lessrin, clit (,loign~ d'rllc l1•s occasions ,l'étendre ~on
inOuenrc ou J e graudir wn 1-ùlc, la 1·omtrssc de

}lontijo 11°0Ct'll(l:t jamais it la Cour la situation à la•
quelle on pomait !'roirt' qu'elle ,•tait en étal de pr~lcndrr .... On ru chrrcha1l la cause dans son inclination rnatrrncllc braucOUI) plus accusée en,·ers la
duchesse d'Albc, sa fille ainér, qu'cn\'r rs lïmpt'•ru·
tricc.
2. Ll diplomatie S('crèle du chef de l'État, qui
n'était r ncore 11uc le prinre-pré,idenl. a\'ail tourné
ses premiers rega rds ,·ers l'Esp:,gne. Le duc de Rian•

guisées, déçu dans ses calculs et, d'ailleurs.
amoureux, Napoléon se décida. Un nom avait
circulé, soudainement, qu"i provoqua fort&lt;'
surprise. Un mariage d'amour, à cet étage de
la puissance ! Cela pouvait donc se voir ailleur~
que dans les fl-:Crics el les contes bleus 1
On avail peine à s'en convaincre, je dirais
presque i1 en prendre son parti. Témoin ci•
fait il(noré, que nous raconterons en pas. anl.
P&lt;'u de jours aYant que le désir de l'Empcrcnr
fùl proclamé hanlemenl, pnbliquemenl, 0 11
arnit prrparè, sn r on ordre, au palais dl'
l'Ély ée, un appartement pour y recevoir le~
dames de Montijo. Les causeries se donnèrc11L
champ là-de. sns. comme on pense ; mais on
restait dans lt• ,·aguc el l'on n'avait que cb
conjectun•s, 011 mordaient à faux les médisants discours. Morny, qui connaissait les
intentions fornu•llt•s de !'Empereur, son frèn'
el maitre, Youlut deYancer les événements e l
fèler, chez lui. dans un diner qu'il donna en
son honneu r, la future souveraine.
Toutes les femme du monde étaient 111.
~lme Walcw~ka, donl le mari, ambas adeur i1
Londres, a\'ait été chargé de pressentir, au
dehors, une alliance princière, que parai~saienl désigner lt• eirconstances, se trouvait
parmi les invit{-s, mais instruite, renscignfr
des premières du prochain coup de théâtre.
On n'en savait pas tant chez la plupart de cc~
belles dames, qui prenaient des airs pincés.
en apprenanl qu'on n'attendait plus qui·
~rue de Montijo et sa mère. En effet, celles-ci
ne tardèrent pas à enlrer dans le salon. ~forny
s'étail porté à leur rencontre avec un erupn·~semcnt dont on s'étonnait sous l'éventail.
Mme Fortoul, entre aulres, la femme du
minislrc de l'lnstruclion publique, en paraissait toute choquée, auprès de Mme Ducos, la
femme du ministre de la Marine, - Ume Duco , qui de\'ail solliciter si instamment plus
tard l'honneur d'être la nourrice du prin&lt;·r
impérial. Mais Eugénie avait fait son apparition, sous une toilette charmante el awt·
une gràcc, un naturel, une aisance irréprochables. Pendant que Mme Walewska, qui
n'était pas en vain la femme d'un diplomalt'.
allait à son approche, lui glissant ces mots i1
l'orrillc : « Je vous félicite, Madame, de la
destiné!- qui rnus attend », d'autres restaienl
immol,ilc.s, dé, isagcanl l'étrangère avec u11
air dl' surprise offusq uée. C'était une jolie
comé&lt;li1' pour rrux qui en avaient le secrPl.
.\ difaut de lïnfanlc, qu'on ne lui avail
pa~ donm\l', Mlle de llontijo fut la jeune fille
qur ~apoléon Ill prit par la main el rc,·èlil
du manteau de pou rpre. Le 50 mai 1855, il
épousait i1 ~olre-l)amc la descendante d,·,
G11zman, a\'ec œ llc pompe religieu e, cc dl;_
plnirmcnl de hannièrç~ el toute cette splc11dcnr, que permet le faste monarchique
éhlouis,ant les Ioules.
zari',, qui rulrclt'nnil dl's relations suivies avec 1,·
nou,·cl hôte ,les l'uilr rics, entreprit de négocier 11•
mariag-e &lt;le Louis-;',opoléon avec l'infante Marit•·
Chrisltnr. si,ii:mc enfant cl quatrième fille d,• 0011
Fran\'ois ,le Poule cl const'.,quemmenl la sœur du mari
de la rrinc Isabelle Il. A peine âgée de di1-Sl'pl an•.
on ln disait JWU jolie t'l mMiocremr nl rirhe. Aucu111•
demande ol1icicllt• ne fut l'uilc et l'Espagn!' n'l'ut l"Wl'
it ~•• pronom·,•r pour ou rontrr.

.t. l.'o,•al&lt;' de la fi r • • .
f~1l cl n'allait pas en~ de n 1;ta1Lpas absolumPut n.1
rlt'ure du .·
. sa ouc1ssant re 1
. ..- rd.:,ir1:. '•s.iii:e ~ u_ne fal'()n au,,· 11. rs a ~art1~ 111f;,.
· 1e_profil dait irr,:pr0chob;/ rc qu on I aurait

'l. (;-,,,t t·e r1ui ·•l'riro
•
('1111iquc ocr,1,ion ,1;1'i l
Sdrnle-llcun•. ,fans
a tètC' a, rc ~;,polilon If 1.
ue e eau-cr ,•11 lt:tc
• Je vous 11s toujours ,1:tns le .l/011iteur • , lt1'1 arr·1rmo

a,·11\t~·

�-

msTORJA

-:---:---___:_----~=·,i
1. onduile de la nrandc maitresse Pl r•:in,\ c d'Esslin:r, renom·cla1
e
·
cesse
e1~L,_a• lou,• dc• role
, .•
leur aimable srrl'icc quo~1d1cn, cil~ a1 a1t,
e nous en ll:moigna1l pcrson11clll'mr1_11
~~:d'l'lles restée lrès alla&lt;·hét• au suu11•n11·

. semlila11t
ra tr1c1•
'
·sortir d'nu
.. ~ongr . .qu·on
, ,
111 ·r~plic111:H pourquoi lorsq11 il plcul , lll kdr, c
a,_
il ,!eut aussi sur mrr · 1&gt; o11 t•ntre-re"ar
•"
1 . 1 I•" sim1&gt;licilé
du propos.
s11rpr1s(C
'
. , füus nous
, ,
1·avo11~ foil olist•rn·r. cc Ill' pourn1t elrc qu unt,

1\
"

, IA L ' LE• 16 )!A RS
S AISSASC E D U PRISCE l~IPER
,te R . DE .MORAINE,)
.

.
1~'11C• se
trourai l en veine ' plust
1. 'I l"IC[IOn
'
lis ,
. uand meilleure~ étaient sa ,·01x e
heureuse,Qq ' d' . ') Il Ill' lui mcssayait poiut
sa S'llllé. UC IS-J e '
• l'
ti'c l;asarder de certains mots alertes, '.1 o-~~~
. J'en rclèn•rai sl'l1lc1111•nt un, q_u, _se1111 ,1
~,on.•
• • tl C tOIi t '•1 l l11•urt•.
' :,1 IÏll"l:lllllle
dt• r1•paratwn
"
. • · ·
11 ,
Lrs façons alliranlrs. la l'iYac1Le_sp1r1 1uc ~-:
rru·ouemrnt aisé du prince llen1:1 de l~c11~:s
~
, toutes les s,·mpatlncs des s,1avaw11L gagne , . , . _J
, 1 Pru~se cl
.
à
cet
('Ol'
O\'l' 111ternnarre de a_
.
.
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,
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&lt;rrand
laYOl'I chez
1·· aient porll' a t '
o
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.'.1v • . 'L l'empereur. l'nc a1&gt;rt•s-nu ,.
1 lllljk'l'all'ICC e
, j ( • ·· ·'t •
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. . ll l1011orc l e l' III '1s1.~
1 . MaJrsk
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""L a·1mahlc rc1&gt;r1•,l'1tl,1n
. h, chancl'llt•r1e
.. 1
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,
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·r,
J•'u"t'II
1, mannes,1a 1e dcs1r &lt;1•
pn1s,s1e11n&lt;'. , " ·
, 1
d
se
. ' te l •s a1&gt;part1•1111•111s. Lam iassa eur .
1·1s1 •r c • '
•· · . •
le·
mit à srs ordres. la ('ond111s1t a t1~1 rrs ~
- 1•. ii1•crs tlécoralil'cs cl ol1ic1dles, l:L
,alons. tS lnl'l'r:nil la chambre à coucher, il
1·omn1t' on l · . ·'
. Il s'arl'èlant t•n
··•r n ti• • mais c c, ,
1
,·ou ut 1&gt;a~st
\1. r :est ici la place d'aria ('l\ d Il (i L : (( ' I ' C
•
-1 nlle a, cc un sourire.
1 d1
11ws. n "" '
.
elle
l,(le avait l'lrnmrul' d1Yers1·, com1~e
'
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•
l'i•ga1.
' ·d des, 1Clllllll'
·11 ail l'esprit l'amlile ..\
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,dt· sa C,ou,•' les .se11ti111enls qu elle 1eproma11
..,
~·,1 n'étaient ,,as c, cmpts le capr1tt
lr
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,
· 1 · forl
et contrad .,c1·1011. Dt•s •ac('cs- de : F' ousJC,
1. l Il cs, d'ailleurs
e,111ca
'
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· brnsquet ·
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!::lie ne poun11l
suppor
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ment son .rnturn
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·
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·.
cc'llt•-F1
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d1:signa
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s,
J
cet• Ile-c1 011
•'
, d I'
,
Jrélën•nc·c
momcnll111t•c
c
t•mpcne
L
I
111e11 L'(I
li
· ,.
..1beancou1i dt•JO
ics f'cm mc·~' C(IIC
rc urrJCC·I lo,Jl
·. 1· 'té des salons rcprésc11ta1L comme
h. ma. ,J&lt;rlll
· dc ,.
dore '
"1 , Mmes tic La &amp;,doyt•re,
u:I
dt•s rl\a e,,, •
, · L ·L : ·
\\'·tlt•wska sur qui 1011s les ) Cll X l'la1cn po, lt~.
'Pot1I'
'
, llO
les' (ll'l'sonnes ljc son c_1
, llra&lt;re
. '? 1ahitiu·I pour les dames du palais ' qm, ous
1. La' cornlcssr cI r I ,.,• Î OUl'- ·)(auboul'g , la \'ICOlllkss,•
l

1856.

• (d' Jf'rès ,me litlrog1·J / h1c
·

.

'

, a1r·1......
M, la comtesse de la Poiize,
dc 1..imper,
d . un
,
t de fra11chisc
&lt;fui leur rru ail ces
•1rrremen
•
.
;.; iporls journaliers faciles . Cropit-clle a~·o,_r
à 'se plaindre d'une ~mission'., ~-~m deta1I
' n lui a,,ait rapporte tic lra1c1s . ,, Vous
Il'11 .auriez
' o . pas dù dire ou faire ,tt•llc• chose1 Il.•
t'~Jrimait-elle. On répondait a . so~ o '.se1 ;;1ton de façon netlc. On s'exphqua1t_. M !a
('hosc éclaircie, il n'en était plt'.s riucsl1~n. ~._n
cela l'impératrice se 111011Lra1t tout . ,1 fa1L
ie de la froide cl un peu rcch1gneusc
I'
oppose
·
· d't 1·11tl •
.
princes
e Clo11'(dn
~. ·si rcnll'l'(TI(•e. ta )1 l . t•..
En pareil cas. celle-ci ,_1e hauss~~t-l'.as 1~ , OI~
d'un quart de ton: mais clic bai~sa1t (e~ pat'.
iièn•s, plissait lt•s li•rrcs el ne parlait plus.
l C fjlll. ,:1a·,1 . me c,:rtifiail l'une .de ses dames
C
bl
d'honneur la chose la plus rnsupporta e
du monde'. EL pendaut tlt•s h?urrs, dl~ Il&lt;' ~
dl'ridait point, mais dl'meura1L rnfonn•_e_da1~:s
&lt;·elll' boutll'l'ic silcneil'u,c. Elle p~111a1t se
rencog1ll'r oh Li1u:mrnl da11s .!'a l'Ollurr'. au
trot lent tic ses chC1aux, l'i n adrc~ser m un
mot ni un regard ü la p1'rsonne qu e,llc hono't Ir sa société. ~!me dt• Clcrmont-fonnerre
ra, l · •
r ·
'
d, la
. 111 orl'ondil plus d'nrn' ,ois anprt•s. e ,
~eau Yrc prineessP. pcncla11L que ce(1l ,_&lt;•1 con~ ·1 a, tl1:,·011ler les- "'·" rains
de son chapekl.
un11a1
, .
•
'
Ire
prier
llll(•r1ru
n•111r11t
' · mais
l-e
sans (W U
,
1
. lo,·r b'1en 'arrèlr de s abstraire
par un 1011
1 ce
s·, compa"nic. 'oil dit en pa sanl, on a &gt;&lt;:3~rep:oché au pri11C'c :'\apoh:On les ll'g~,
d sa concluilc l'l , le .délaisSl'lllC
L
rCCSC,
' (nl Ires
:_
éridenl clans lequel il la1ss;11t langui:, ~ pr m_
• s e Clotildt•. )lais vraiment, la socictc de t.,
cc.
sa"C,
pruu·'enlc , circons1JCclc cl d'dcl'Olc
, It.1t
lic~rnc dcrnil lui sembler pauHc agremcn s

;.;mp

1 la baronne tic 11a131.c1, 11n·1"' d," Sanci·-Par3•
Poczc.

~,'.~~&lt; ts comtesses Lrzay-llari11•sin, de la

en comparaison de ce qu'il tro_uvaiL aupl't'·~ d1·
la charmante comtrsse de Canizy.
.,
(( c·1a,·1 à découraoer
e de la . vertu!
. )) s l'h1storieltes
un!'
Cl:IUI·1, &lt;'O 110us racontant ces
,
•
·
.
dame du palais de lïmpPratr1cc, _qui,. ?'c~
son humeul' l'njouée el son, &lt;:3raclere ~•f, s,
fùt senlil' malheureuse à pcr1r . dans I_ ail~~
sphi•re d&lt;' glace dont ~'c!wrloppa1t la p_rin~ :~'1
f.lotiltlc, si janséniste d atours 'cil ~e d1s?.°111 ~.
~ous parlons de ~·crlu._. .. C e1:31t à ! 1~1~,-~
ralriœ néc&lt;'ssité d'?tal ~ l'_n ~u~vre la 111,11.t
..(1(', 1•c u·'e,·oir 1111 en ct.11L aise, par
r1°1
I naturt
f' ' .
C;mmcnt le savait-on? ~'importe . Le_ ail
i:Lait connu qu 'rlle n·cul jam~s à s~utenir de
hrùlants combats :m'c dlc-meme. ~Jouteronsnous q11 'elle sr voyait trop cx~oscc aux rt•"ards, dans son palais, une mai~on de verre
0
· 1 11 •ec· bappail de ses momdres, mouou• l'ICI
,.cmenLs , de ses plus menues, allent1on~
. t·I
marques de préférenœ, cl qu cl 1e aurait eu
trop à risquer' trop à perdre, en' ne restant
. t ce &lt;iu'elle fut comme I attestèrent
pom
'
, d' Il .
vécurent
aupres
e r•
enslll-1C 1e femmes 11ui
'1
•
• )'
impeccable ? Elle ne donna Jamais. i~u par sa
conduite à une justification ou, s1 1on ~eut.
à une excuse des frrdaines galantes de I cmpercur.
. .
,
Pour ètre imperatr1ce on n en ~s~ _pas
moin femme. Or, Loule créature. fcmmmr,
scion le mol d'un poète, a trouve d~n_s son
lierceau l't:rcntail de Célimènc. Eugeme - nr
pourn1.1 e. 11-e que l'une des plus
. ,.bonnetc•s
"rantles dames de la cour ; mats d etre Ulll'
~b~rmeuse, d'allumer les :im~s au ~assagi•.
c'était un plai ir' une sc•nsatJon, quelle ne
·e défendait point d'interroger. Hasard, ca~pr1cc,
. 'antaisie
d'une heure, elleElien effif'ltra.
i.
,
tout au moins, le léger ri:iss~n. ,e s J avcnlura mème, certaines fo1. '. Jusqu à I imp~udcnce. li se passa à Font.11nebleau, au prmtemp:s·de I SGO , nnea, enlure dont on,.parla
, Loutt•
.
une semaine à mols couverts. L n;11peratr1cc
a,·ail eu l'idée de se rendre dégu1s_ée à un~
fète de ,·illagc: cl des "Cns de s~ sUJte,_ ~n s1
M"uisés, al'aicnl fait un ma11l'a1s p~rll a un
galant trop dém~nstratif au~r~ d_e I ano~f11_c
Maje Lé. On critiqua celle ~q~tpt.'C . Il ~ ~-la11
1i sa"c ni conrcnablc, se d1sa1t-on, que 1''.";1ér~L~ice j ou,'ilau ealifo des Mille .et un_e Nwts.
En son monde, clic n'avait pas a craindre de
·cilles mé ~11·enl11rcs. sous le masque, da_ns
pat bals Lrarestis. Il lm· p1a1·sa1l
· a1~~s. d'ou bit t'r
les
sa couronne, cl les charges de I et1qu~llc c_n
brillantes mèlt.:es, cl d'amuser so~ ,ma? •~:tion aux dt:lira lcs fa'.nil!a~i lés du fli_rt. 1-:ll_r
en rapportait, la j ourn:c. l1n1c, de ces ,mpr~~.
dou'"'S
s10ns
"" cl sans perds auxquelles éon. I•t pense ensuite; c'était une, agréable r m1111scencc, presque un secret a partager ?v~c un
autre, sans qu 'il le stl t pcu_L-ê_trc. Mais il •~e
l'u t narré directement une .101'.e _anecdote l,1dcssus, rrssC'mblanL par les details et la couleur ;11111 épisodr. roma~esqu~.
,.
• .
Le domino ne diss11n11la1t qu ,~p~1 fa11c:
ment aux yeux des habitués des Tmler1es, q_u1
la reconnais aient à la démarche!. à des tr~1ts
. 1·1e1..~, la pcr onnalilé de I impératrice,
parl1cu
.
b
1 1e a1
non plus que celle de l'empereur. ~_ais
n'arnit pas lieu celle fois en la résidence de

' 'c·

"-------------- ---- ---------------

.JIUTOUJ?. DE 1.'1MPÉJ?,AT1(.1CE ,
sou,·crains. Il se donnait chez Je duc de Mornr.
Parmi les im·ilés du président de la Cbamb;e si c·e dc;sir 1'sl raisonnable. - Que puis-Je
ouffrcz que j e ma11111en11c cc 11uc jt•
~c trouvait un gentilhomme, ami particulier souhaiter, si Ct' 11 ·c t pas un rrndcz-rnus? viens
de
dire, et 1·e11iJlez aroir la bo1111: dl'
du duc, et à qui se opinions légilimislcs ne l'n rendez-l'ou ! ,\h ! la chose n'c Lpas simple. présenter it Sa .\lajeslé mes hommage~.
Tu
l'auras,
cependant,
mais
ce
ne
sera
pas
permettaient poi11t de rl'chercher les inrilaLe mar11uis dt•
~a,ail 1111P son an rir•
lions de la Cour. Cc qui ne l'empèchait point chez moi. Yois cc domino, là-bas, qui me fait ~lnw de S:111c)-Parabt'•rc serait de scrl'icc, Il'
au reste d'ètre des meneurs à la mode de la signe d'abn:gcr la com crsatioo ; c·csl mon lendt•main, aux Tuilerie~, comme dame du
fèlc parisicnn(' r t mondaine. Il avait marqué mari. '(Ili s'impalienlc et me presse de rc,·e- palais. li écril'il donc la lellrc annoncée; il la
sa place très eu t;1·idence dans le cercle où nir.. ...\dieu... . Tu pourras me l'Oir, demain, remit cnlrc les mains ilt• .\1111r de Sancy t•11
~·él'ertuait la fine lleur des lions et des l':1près-midi , ü trois heures, au Bois de Bo11- l'a su rant 11u'cllt• était allcnduc. Elle par1in1
fionnPs. Les femme' lui tenaient compte d'un lo~nl', prt\ du lac. Je St'rai dans un landau sans d,;Lour à lïmpératrict•. En sr rcndanl ir
ph}sique heureux, qu 'al'antageait moins la dfrouw rl ; je passt•rai deux fois lt• mou- une im itation aussi st=duisa nh•, t:Crirnit-iJ, il
sur mes li•rrcs, cl tu sauras qne c'est
n:gnlarilé des lrails que le caractère expressif choir
cti t contenté le plu~ cher dc:si,· de st•s yeux:
moi. 1&gt;
de la physionomie; elles lui savaient gré de
.\ l'heure indiqtll:(', le mar,111is de
fon- mais, d'y obéir, c\:tait, eu mèmt• temps.
Sl'S attent'ons opportunémC'nt discrètes, &lt;'mdémfrilcr aupl'('•s d'1%•-111èm&lt;', &lt;''était don11rr
pressécs, galanLPs, de ses manière tour à lail le sable de l'a,·l'nuc, le &lt;'œur 1,allanl un démc11ti au C&lt;1rac1t\1·c i11l'iolable d&lt;'s printour soumi es et dominalrict•s, soit .,11 df'hors, d'espoir. Tandis 11u'il songeait à son inco11nut• cipes qu 'clic lui connai ait. Il la priait d':ulsoit dans l'intime, are(' drs contras tes de dou- cl, dans son illlll', 1;diliai1 1111 roman d'amour, mell re qu ïl en dt:Clinùt Ja Lr11Lalion.... La
ct•ur et dt• brusquerie, de faiblesse aimante et un mo11rcmP11l se produisit. Les promc11cu rs bicnl'eillancc prrsonncllr de l'impéra trice n'c11
'arrèlent. Dt•s piqueurs s,~ ~ont ;11111oncés,
d'audace ou d'emportcmc111. li mfrilait auprè
dcrança
nt l'allcla:rc de la sou1·crai1w des fu t poi11 t suspendue. Elle agréa de rcprendrl'
d't'Jles encore par ·on e. prit alerte, par f't'nl'in time causerie. l'II d'autres occasions di·
lrain, Ja souplesse qu'il dépensait it les dis- Français . .\u sitùl il St' dl:Cou1r(' clel·ant l'im- fètcs. encore chei le 1h1c d,, AJor111'. Elle li l
pfratri(·c,
dcrnnl
la
lt•mmc•
'(Ili
passe
i1
l'allure
traire. Dans les hais, les soirérs. il s'ét.1il
davanla7e. Elle ne C'raignait poin t de• fa l'Oriscr
;1e11uis le renom d'uu entraineur, 1111ali té pré- ralentie dt• st•s ch&lt;'l'aux. liais, où ,a sa pen ·fr'! d'une sorte d'l'nlrclic11 public l'homme du
cieuse et qui ne polll, til que di poser en sa Qurlle surpri~c esl la sienne, en ro~·ant quP, monde, l'homme de soeiélé, qu i avai t s11
f;11·rur aux plus agréables retours. li posst,;_ douccnwnt Pl it deux reprises. Plie a passé le parler, un moment, i, son ,\me ou à son camouchoir sur sa bouchl', comme il arail l:11:
dait en perfection l'art d'intriguer.
price. C'ét.1il aux courses de Fontainebleau.
Donc, il en dt;ploJ·ait, cc oir-J;',. toutes les dit la l'ciJlc! C't:1ai1 donc Jïmpéralricc!
Lai$~ant
sa cour l'II arrière, elle al'ança 11,·
Quelques minutes 'écoul(•nt. Il n'est pas
ressources auprès tf'unc Lrès si:duis:tnle
plusieurs
pas cl dP111eura quelq ues moments
frmme, dout les lign,•s cxr1ui es, les mouye- encore rc1·C'n11 de sa stu péfaction, quand i1 causer ~enlt• à s1•11l arec le Irai l'l intransimcnts pleins de gr:k,· cl de uoblessc araicnt l'{-cu~w de scn·iC(', qui était, ce jour-là, 1(, geant monarchiste. Ct• fu i lllll' ~ortc de scanau plus haut c.1pfin: son attention. JI pn:.. baron dr Bourgoing, ~c détache du corLt\gl' ('[ dale politiq ue dam, le l'Orli•ge impérial. nes1ient :'t lui.
11&gt;yait, à tenter l':11c11Lurc, quelque cho,e
- ,\lon~ieur, prononcc-L-iJ, Sa )J.~1• 1,: w 111;, ccndrc de sa lrihum, pour all,·r prrsr1111·
d'imprévu el de picp1ant où s'obstinai t son
a11-de1anl d'un g1•n1ilho111mP de l1•l1l'(•s, qu '011
ardeur. Il ne roulait plus Sl:parer ses pas des fititdemand1•r qnr l jour il l'Ous serait agn:ahlc ne royai l pas aux Ttûlt•rics, 11'étail-ce pa,
d'ètrc
i111·i1é
aut
Tuil(•rirs.
~iens. On l'écoutait. JI del'enait prcssa11t,
- L'honneur que me fait Sa llajeslé et sa outrepas cr les bornes de la fantaisie? L1•s
jouait du sentiment, de la passion et s'animail
r.rllit:s non plus n'en rc1·c11aicnt pas de suri, un tel point que l'impératrice en 1·011ccraiL µ-ral'icusc in tention mrcomblcnl de grati tude. prise. Pu11r11uoi '! Qu 'était-il? Qu'a l'ait-il foit'?
de la gène, presque de l'inquiétude. ~:Ile Je me pt•rntellrai de l'en remerci,•r par u1w 011 Il&lt;' s't•xpli1piail point b r,1iso11~ d'u n!'
lt•llr1•, 11ui lui par,•icndra d1•main.
l- échappe. li la perd de l'UC; mais aussitot se
~~mpalhit• dont la cause réri lablc ,:chappail il
met à la recherche de la mystérieuse. E11
pénétrant dans un petit salon retiré, il Ja
rC'lrOuYe, assise auprès de la d1ll'lwssc de•
Bassano.

c···

c···

0

li se glisst• l'Crs rlle el lui murmure i,
l'oreille: « Je ne le qui lle plus; s'il ne m'es!
pas permis de connaitre, cc soir, le joli l'isal-(t'
r1ui se dt;robc sous cc ,·clours détesté, je 1·1•11,
~aroir, au moins, Lon nom. 1&gt; Et il ranime le
fou des propos arec plus de l'ivacité que tout
à l'heure. Elle se joue dP sa C'uriosité, élude
,es questions. Qui est-elle? Pourquoi se refuse-t-elle au désir qu'il lui e~primc si ardcmnwnt de savoir 11ui elle e t'!« Tu n'y con~c11s
pas. C'est bien. Je le saurai, cepc11dan1. Bicnlol on appellrra ta roiturc. Je serai là : 1•1 ~i
je n'ai pas entendu le mot que j'csprre, je
1olerai aussi 1·i1c '(lie le cheraux pour èlrc
t'n mème L&lt;'mps i1 la porte. li m• me sera plu~
diflicile, après, de c·o1111aitre Je myslfrieu~
nom. » Mal à l'aise, sous cette insi l:111cr, l'I.
néa~moins, intéressée, l'impératrice réflt:Chir,
1111 instant : " Si L
on cœur n'est pas sincèrt•
L ~ PKO.\IESA UE QCOTIDIEN:O.E DU f'RINC I• I.\IP(RI IL O.IXS LE JAIWl'i DES Tt:ILERI ES.
l'n ses dt:clarations, je n'ai pas à nù n préoct'uper. ~uis ton capri&lt;'c. Si, au conlr.:iire, je
- Ob! les leu rcs ne l'Olll pas si 1·itt• ni
dois croire aux sentiments q11 ïl allrste, jr le
s1
facilement aux mains de l'hnp,:ratric·(•. ('(foi-là mè111c• qui m fol l'ohjel, it pl11sie11rs
demanderai de ne pas chercher à trahir mon
rrprisrs el sous diflërerllt•s f'o rmrs.
&gt;t'Cr~L. En échange de ta parole, je Le promrt, li serait pr1:féra ble que je pusse rapporter
Mais laissons tout Cf'l anrcdotage el rc1c1·otrc• r,:pon,l' l'i la lui transmC'llrt• de 1·i1·1·
dl' rrpondre au désir que tu me manilt•s1t•r:1s. roi
nons
à des consid,:ralions plus sérieuses.
x.
Il y aYait une dizaint• d'ann,:es que brillait

�r -

111STO'J{1.JI

l'astre impérial sans ombres apparentrs.
C'était l'àgr d'or du Second Empire, à l'apogée
de sa prospfr:té, la lune de miel de la spéculation fînancil'r&lt;', le Lemps fortuné par excellence ponr tous ceux cl toutes celles qui

pouvaient jouir de succl's continus, vivre pansienne où Loul paraissait n'ètre que fretranquillemenl el gaiment.
rie, décor, volupté, attirance des yeux el séLes étrangers affinaient, apportant leurs frus &lt;luisants mensonf(es.
en échange de nos jouissances. lis pa saienl
Et l'impératrice était plus que jamais ec,méblouis au travers de cette belle existence blée d'hommages el d'adulations.
(A suivre.)
FRÉDÉRIC LOLIÉE.

·La Marseillaise
cirns de la garde nationale el applaudi par la
Le vcndredi120 avril 1792, le capitaine du lera de la France, de ceux-là, ~ans doute, il foule. Le chant guerrier fut gra,·é el se régénie 11ougt'l dt' Lisle, qui tenait garnison à n~ rcçnt pas de compliments. C'est pcut-èlre pandit par Loule la France. Chacun sait ou
Strasbourg. reçut du général Kellermann le mème 11 cette mauvaise odelelle que nous de- doit savoir comment un étudiant de lfontvons notre chant national.
billet que voici :
Quand, au jour indiqué, c'est-à-dire le pellier, François Mireur, s'en étant procuré
« Cher capitaine, mardi prochain, à l'occaun exrmplaire, chanta le nom·el hymne. le
sion du départ d_es volontaires, il y aura 24 a\'ril, Rouget de Lisle se présenta à la 22 juin, dans un banquet civique que la
soirér place Saint-Etienne. Les Dietrich ont la Chancellerie, place 'aint-Étienne, Ott le maire ville de Marseille olîrait 11 cinq cents Tolonpassion de la p0t;sic. Je verrais avec plaisir Dietrich reccrnit ce soir-là, on lui fit com- taircs qui partaient pour Paris; un musicien,
tiue, nouveau gradé, vous y fussiez. Ne pour- prendre en elîel que Kellermann lui avait de- \'ernade, enthousiasmé comme l"avaient été
riez-vous pas nou faire la surprise d'un mor- mandé non pas un pont-neuf, mais « quel- à lrasbourg les Dietrich, courut à l'hôtel de
ceau inédit comme vous en savez faire? Ré- que chose qui ,·alùl la peine d'ètrc chanté au ville, drclama devant la garde assemblée
ponse sans périphrasl', s'il vous plait. Cor- camp ». Il tallait « un morceau à enflammer l'ode de 11ougel de Lislr, et cela fut estimé si
les cœurs. un lwmnc entrainant, un beau
dialité. KBLL► 1U1A~N. »
poème qui plût a~ parti populaire ». Lr capi- lieau el si entrainant que les Marseillais, se
Le capitaine, dès le lendemain, répondit :
mellanl en roule vers la capitale, n'eurent
« Général, à tout autre qu'à un guerrier de taine s'excusa, alléguant les difficultés lyri- pas d'autre chanson de marche. C'est par eux
marque, j'aurais répondu négativement à la ques el poétiques, le peu de temps dont il que les Parisiens connurent l'hymne strasquestion qm• ,·ou, me faites l'honneur de disposait; mais on insista; il demanda douze bourgeois, auquel ils donnèrent pour celle
m'adrrssl'r. Car« ma surprise », à moi, c'est bcurcs de répit, prit un violon cl s'en alla.
Le lmdemain, à dix. heures du matin, il raison le nom de .11al'seillaise. Mireur, r111i
votre Oalll'U,c supposition. Mais à ,·ous, mon
contribua de la sorte à la propagation du
supfricur, je dois obéis am·e. \'oici quelqurs arrivait au domicile particulier de l)ietricb, chant national, s'engagea peu après; promu
phrasl'S &lt;1 sans périphrases ». Rrspt'clucuse- au n° 4 du cours de Broglie : il avait passé la général lors de la campagne d'~gyple, il fut
mrnt ,ôtrc. Rouc~;r DE L1s1,E. 126, Grande- nuit à écrire el à noter un chant dont il était Lué le \0 juillet 1798 dans une embu~cade
assPz satisfait; il dit le titre : Hymne de
1\ue. 1&gt;
de mamelouks. on corps repose au cimt'A la lcllre était jointe une odclPlle inti- guerl'e dédié au maréchal de Luckner, s·ap- tière du village d'Elgala, non loin de Damanprorha du clal"Ccin cl commença :
tulée Aloi el composée de six couplets :
hour, l'ancienne !lrliopolis. (La Ma1·seillaise
Allons, enfants de la patrie....
et Rouget de Lisle, légende historique mIV
Aux bonnes gens,
ün célèbre Lablrau de Pils a popularisé la contie à mes petits-enfants, par Alfrr d-B.
Parler ,ans art,
Amour
exlrème;
l'eoser sans fard,
scène: l'assistance se composait, croit-on, de Bénard.)
Guerre nux méchants :
Lrs recherches de M. Oénard, qui fut,
Toul a ma gui,e :
dix personnes, le maire Dielrich, sa fl•mme
C'est mon syst~me.
c·esl ma devise.
pour
ainsi dire, un contemporain de 11ouget
et ses deux nit'CCS, le procureur de la comde Lisle, {-claircnl Lous les poinls restés jusIl
mune
et
sa
femme,
le
grelfier
municipal,
le
V
citoyen Gloutier, précepteur des enfants, el qu ïci obscurs dans l'histoire de la bla1·seilAller, venir,
llauvaisr
tèlc,
Rester, courir,
deux étudiants. Tou furrnl mthousiasmés. laise.
Le cœur honnèlc :
Elles élucident notamment une question
\'ciller, dormir.
Dietrich, amateur pas~ionné de musique, reC'est mon del"Uir.
C'est mon plni,1r.
pn•nail, à chaque finale, le refrain: Au.r armes. qui, Loul récemment, donnait lieu à une
Ill
citoyens ! le procurrur pleurait, sans vergo- polémique: quel est l'auteur de la septième
VI
discr~tc
gne, l'un dl's deux. étudiants. agita son cha- stl'ophe du chant national 1
• Fcmm&lt;'
Hougel de Lisle n"avail improvisé que si~
Pour la patrie,
El joli1•llc,
prau en criant: l'ive la F1·a11ce ! - Et /' AlDonner ma ,·ic :
»ais pas coqucllc:
couplets.
Celui des enfanis :
sace, ajouta l'autre, c·est tout un! fiougct de
C'est mon espoir.
c·est mon dêsir.
Lisle restait interdit: il ne s'allt&gt;ndait pas à
Nous entrerons dans la carrii•re
Quand nos ainës n'y seront plus...
Il est bim heureux 4ue pour les poètes pareil succès. On dit que, très ému lui-mèrne,
tomme pour le commun des mortels, les il pressa les mains qui se Ll'lldaicnl vers lui ajouté postérieurement à l'œuvre primitive,
jours d'inspiration se sui\'cnl sans se res- el s'esquiva modt• tcment.
Le dimanche suivant, 29 avril, l'hymne de fut successivement attribué au poète Lebrun,
~embler. Ce sont là, nais&lt;&gt;mblahlcnwnl. lrs
à Louis Dubois (du Calvados) qui, en 1848,
derniers vers qu'écrivit Hougrt de Lisle avanl guerre, dont le mai re avait commandé une s'en déclara l'auteur, sans trop insister, à
de composer la il/arseil/aise; si celle-ci lui orchestration très simple, ful joué sur la Marie-Josrph Chénier, à d'autres encore. Il
,·aut une célébrité qui durera tant qu'on par- place d'armes de Strasbourg par les mnsiichê Rraun. Clément et 0-

�111STO'J{1.ll

-----,------------.#

semble hit•n que le prohlL·me de la paternité
est aujourd'hui rt:solu cl 'I uc le coup~~L des
enfants est dli i, un braH' abbé de \ iennc,
dans l'Jsèrt•.
Lor l(UC, l'II juillet I ït)2, le _br~il se r6.
:a Virnnc r1ue h
)farst•1lla1s . approp.111·•·,t
u
. r •
cbaicnl, se rendant it Paris, la m~111c1pa_1Lc
décida de leur faire accueil ; les habitan ts el_erèrenl à l'entrée de la rillc une porte de_ feutlla"c, on posa dl•S drapeaux, on lcnd1l 1es
~ 1andes, cl le 11, :t' ·srpt heures du
"Utr
. malin,
1
" and les aranl-"ardl's des rolonla1res p_10l(U,
l"'
• 1 ·1 •
céens
furpnl si"nall't'S,
une trip
e uep1ll1l1on
'
cil'ile militaire°et relii;il•use, s'arança à leur
r,•nro,ntre. Les li trseillais s'alignèrr nt, c_l, en
. -. • de. salut , t'nlonnèrent ll•ur 1(lor1eusc
n1a111erc
. .
chanson dt• marclll'. Quand elle fut lerm1.nec,
aux applaudissenll'nls unanimc_s , les cn_lanl~
du collètTc de Yienne, rondu1ls par I abbé
Pessonn~ ux, n•prircnl l'air en chœur ~ur ~~~
paroles qu 'arail com1~o_st:C.' pou~ 1~ cc~L'rnonie, le patriote eccles1ast1t1u~ : i\ ~us enll erons dans la caiTière.... L ahb~. P_cssonncaux, qui, commt• bien d'autres, s ela1l procuré la partition du chant de Rouget de Lisle,
aYait écrit sa strophe en qul'lque hcurcS, cl

croyttil bien aroir rimé seulement u1~ couplet
de circonstance. L'à-propo fut . s1 rcma~~
i1uable, l'elfcl fut si grand de cc Jeunes ':on;
répondant par ces nobles parole , au~. males
accents des llarscillais, flllC de 1_111slanl
mèmc la strophe fut jugée digne de I hymne
,pti ·symbolisait, dans le sc11ti~1ent de l~us'.
les aspirations de la jeune nal1o_n frança1 ~-clic y entra cl fit corps arec lui: l'llc sa111,l
mèmc la rie à son auteur.
.
Le Ier janvier 1791, ou plutùt le J~ 111rùsc de l'an ([, le comité de salu~ public de
Lyou manda par-derant lui le. citoyen A_n.toine-Dol'ollée Pessonnea11.-r, c1-deva,~l p1 e-

aucun rolc politique ni pris parti pour ou
coutre la Révolution.
.
\u moment Olt l'arrèl, non douteux, allait
ètr~ prononcé, une troupe d'écolie'.s passa.ci'.
chantant sou le · fcnèlrc du tribunal : C&lt;
&lt;tu'ils chantaient, c'était la strophe des enj'ants, et le paul're _abbé, en l'?nlendanl '. ~~
mit it pleurer. « ~u~squc ,·?us etes _les. a1 b1.
Ires de ma vie, dit-il aux Juge ' la1sscz-1~m
, dermere,
· • de me
,·ous prier, pour grace
. faire
.
accompagiwr au snpp11.cc par une vmglarnl'.
de ces petits écoliers t hanlanl la stance 1(111
me Ya droit au cœur .... »
. .
Le ci-dc,,ant abhr Pessonncaux f~l a_cq111tte :
po~é à t e.r-paroisse 1/aurice ,~~ ta, vil~e. de il son retour i1 Yicnne, ses paro1ss1ens . lm
Vienne, pour répondre aux _dclils ''. 1111 •m~ firent oration ; il reprit sa cure ~t ne la l(lllll~
pulés par l'accusateur public r l s enlc'.1drc qn 'it l'époque de la Re laurallon, pour ~,
condamner ou absoudre. Le paul'l'C abbc n_c fhcr à Seyssel Olt il s'était rendu a~uéreur
se faisait pas d'illusions; l_a_ Te'.rcur régna~l d'une modes te propriété. C'est là qu il ~oui1 Lyon ; le caracli•rc l.'C ·l~siastu1u~ do~_l. •~ rul en 1833: cl la municipalité de \'1cnne
était rcrèlu n'était pas u11 ut_re à l_u1 co11cil1~1 do,;na à l'une des rues dt' la ville le nom d1·
lïndul rrencc de. juges. li repond1t s:i.w fai- l'auteur dt• l&lt;t septième stroph~.
.
Iliblesse oà l'interrogatoire, déclara loyalcn~cnl
C'est ainsi que la collaboralwn d un o
•,. ·t, l,11 effet • curé of,iciant de• • aml-l
. ' d l'armée roralc cl d. un prèlrc dola la
qu ..J1 Cwl
c1cr e
•
h 1 . l' 'd it
~fauricc cl maitre de rhétorique .. _. . C ~~l ~ou . République du chan t Lriomp a qui a1 a
ce 1111 'il poul'ail dire. n'ayant .1ama1s JOUC conquérir l'Europe•

T. G.

Sur une vitre de Chambord

,. m1,Ls .· To111·ou1·s 1remme
a1a1·1 cc,
'
l vctl'ie. · »
Td lc es t la ,·érilé : l'on peu e~. cro!rc
Cc sont dcu\. ,ws 'lu_i o_n t !Ji~n t'O•u~u. 1~ Br.1ntùmr, le seul qui ail parlé. de I inscr:p~
lion comme l'avant ,ue. Au lieu d~ deux
d d •puis le jour 0 11 1on dit que ~ r.rn
mon
le
I
c • . ;1l s111· u1u• riln' du ch;1ll'a11
l'ers il n'y avait.donc f]U'ttnc simple ligne ~1:
ois er es cCrl\
.
.
,
,
. ' m ol•~. Ile plus· • rit•n ne nous pro111·cd'1c1
1
çde Chamuvr
1.- d 1 , . a-t-il l't'l'lls rcclle1111nt, l l.
rois
· ,c
·
1 rr
q11 'cllr ail t:lé l:Crile s11r la "ilrc avec ~n. ia·t-cc
bien
sur
une
nlrc,
onoclans cc cas, es
.
" I 1..
cherchée, jamais rclrouvct' , _qu • ~~ manl, plu Ldl que sur l'un des larges cot~s de
le
mp avec le diamant
.
dr sa• ba!!'llc
! Je ,a,~ l'cmbra ure de la l'cnètrc, a,·cc de la craie ou
traça
c
..
Brantàmc
rous
répondre
à
ces
quc~- cl charbon : ce qui cùl été plus naturel, s'.n·1a1sser
cl D.
Jv de on tout
u it• celle époque-la.
, 's·1 François
· l"
. ' en efil.'l. '
Lions par un passage u iscours
··t
de
la
1
Joinle
de
a
baorruc,
il
sed'troma
sl' st. . r, 1
. .
1• . • Vie de.~ Dame.~ galantes.
11re li· me SOUl'll'Jll
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1· l h
0 qui l'lail ccan:s, c ,
•·. ncnl ' l)ranlùme
cùl remarque
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&lt;"hambrc du roi. rL' ranço1• s, •11•1" rl'Çlll or
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l'inscription
avait
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tracée
sur
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nlre.
.
·1
.
·t
dès
cc
L
emp
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connu
nèlemen l : car 1 31 ai
·
Le
roi
a,·ail
t;cri
l
t•n
grande.
lellrcs,
d_
~l
1
.
:
1
a
·
cour
,•t
aux
guerres.
cl
UJlcs miens a
• .
.
.
1 l mo11lrcr tout ; cl m aia11 1 loujours Ilrantùme. cl d'une ma111, à c~ qu il
memc me vou u
• ·1 , montra
·irait assez assnrl'C pour que le caraclcre de
du roi, • me 'I'
mcnc. a, la chambre
'
P
•
· '· 1 f'' t rcconmissable
.
.
·
t
:
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femltre
:
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encz,
•
• • ·•Or• comment
•
nn ecril au co c
•
.
s n·a- son ecr1 ure 11
.l
·1
11
·
scz
tt'la
monsic'nr
;
s1
,
ou
cela
serait-il
possible
s'il
avait
ecr1l ~ur ! "''.':
o d 1 -1 ,
~
._ ,
'l
,
:,.r'1t11re clu roi mon mai rc. ï en• des l'ilre étroites dont al~rs .on g~rn1ssa1l '.~.~
" rez ,·u 1,e~
· »"'t
lu' cn orrrandes lettres,• ) l'cnèlrcs, cl 'il se fùl srrv1 cl un diamant a1cc
&lt;« \'Ol·1a.
rJ l'a\"lnt
, .. '
~OU\t'11 l

8ic11 fol

fc mnw ,;,rit'.:
qui ;) hc.

l'Sl

lequl'I on ne peul marq_ucr qui! de~ li?éamenl~
inM('is? Tous ct•ux q111 ont repris I anecdote
après l'auteur des Dames galantes, l'onl_mal
rompri e, et, par suite, l'ont dénalurec en
l'étendant. liais de œ ux-111, quel est le premier ? Je crois bien, sans pouvoir en rtlpond~&lt;'quc c'est l'auteur du roman Les Galanterzei,
des Roys de Fmnce (Bruxelles,_ 1.690) .. Je ne
connais pas de liHe plus ancien qui nou_~
donne le dis tique. \'oici sou. q~~lle for~e il
s'r trouve, laquelle a dcpms ele elle-menu•
a!Î.ért.:C, car le men oncre n'est pas plus rrspr('lé qut' la rérilé :
Sou,·eul femme raric;
11al hahil' qui s'y fic.

Quant au dénouemt'nl de l'histoire ~e . '•'.
fameuse rilrc. soit qu 'on dise qu'elle ~•l eh'
11 vendue aux Anglais, comme tant d autrl's
choses françaises )&gt; , soit qu'on raconte que
1 ouis XI\', 1, alors jeune cl heureux )&gt; , la
s~crifia à madame de La Vallière, c·~sl _'?
di"nc conclusion de Ct' petit roman taille a
pl~isir dans un fait Yéri table.
ÉDOU.\R D

FOUR IER.

La Femme au

XVI/Je siècle

n•pn:,cntcro11l &lt;'dlt• enlaut, la 1x•tilc fille, C('
commenccnwnt
de la femme du l1' mp , la 1p1i e~L1i1.1&lt;·iLé, mou,·emcnl naturel, enfa1we;
La Naissance - Le Couvent
Lèlc chargée d'un ùourrcl&lt;•l tout empanaché die réprime ~on caractè•rc !'ommc l'II&lt;• contient
son corp . Elll' la pouss&lt;• de Lous . es efforts
Quand au dix-huitiènll' sit•tlt• la fomnw de plumes ou courcrlc d'uu petit bonnet orné en awrn t de son ùgc. Enroi&lt;'-l-flll la pC'lilt• fille'
nait, elle n°&lt;'Sl pas reçue dans la l'ie par la d'un ruban, lll'uri d'une fleur sur le cùlt:. prom1•1wr aux Tuileries, on lui rt-commandc,
joie d'une famille. LI' foyer JJ 'est pas en fëte Les pclilt•s filles portent un de ces grand~ 1·omme si son panier ne d1•1ail pa~ empèchcr
à sa venue; sa naissance ne donne point au tabliers de lullt• transparents, il bouquets ~es enfantines folies, dr Ill' pas sa uter, de se
cœur des pan•nls l'i, rcsse d'un lriomph&lt;', dit• brodés, que lra,wsl' le bleu ou le rosi' d'nnl' promPJll•r d'un air grar,•. Est-1•llc marraine,
,•sl une bé11édiclio11 qu'ils acct•pll•nl tommt' rob1• dt' soil•. Elles ont d1•s hoclwts 111ag11i- a-L-1'111• et• bonheur, une &lt;lPs grandes ambiune déception. Cc n't•sl point l'enfa nt désiré ti11ucs, des gn·lots d'argent, d'or, en torail. tions dt' l'enfance du Lcmp~, le prPmi1•r roi(•
par l'orgueil, app1•l1: par ll's csp1:rauccs des 1·11 cristau:1. i1l.iccllm, ; ellrs sont 1'11louré1•s dt• 1111 ·on lui fait jouer dans la socictll:, on la roit
pères et des mèrt•s dans celle ·ociété gou- joujou, fastw·ux, dt• poupfrs dl• bois
nwntcr en ,·oiturc comme um• frmn w, dt's
1ernéc par dt•s lois sali1111l's. ('C n'est point joues fu ri1•us1•mcnl fardét•s , sournnt plu, plumes dans les chel'eux, le fil de perle au
1'11éritirr prédt'sliné /1 loull's le · co11Linuations granclt-s qu 'cll1•s cl r1u 'clb ont peine à lt•nir cou, le bouquet à l'épaule ;auchr . La mi•ncl'I à toutes les surri,·anccs du nom, des char- dan~ lt·urs fll'tils bras!_ Parfois, au milieu 1-on it 1111 hal d'enfants : ('ar il fau t prc ·1111c
~1•s, cfp la fortune d'une maison, le 11ou,·mu-né d'un parc il la française, on le · apcr,;oit s,• dt· le bercea u babituPr la f1•rnmc au monde
11 ·1•sl ri1•n qu 'une fille, _l'l d('ranl ('e berceau lraina11l entre elles sur le ·able d· tuw allée pour lequel clip l'ina, au plaisir &lt;Jui SC'ra sa
où il n) a que l'a,·cnir d'um• fcmnw, le père dans des pl'lil chariots roulants, modelés sur l'ic : on lui place sur la lètc 1111 énorme
r,·stc froid, la mère souffre comme une Beine la roc.1illc des conques de Vénus r1ui passrnt coussin appelé toque·, sur lequel s\:ch:ifoude
/1 tm·ers les t..1bleaux de Iloucbpr •. Elle- ne
1p1i attendait un Dauphin.
St'
font Yoir qu 'cnrubannét•s , pornponué&lt;•s. ii grand renfort d'épingles cl de faux cl1c1·cux
llimtol une nourrice emportait au loin la
1111 monstru1•ux hùisson, couronné d'un lourd
pl'lilc fille, qui• sa n1t•re n'ira guère 1oir chez Ioules d1argt:l, de dcntl'lles d'argt•nl, de bou- chapeau ; on lui met un rorps neuf, un lourd
quets,
de
nœuds
:
leur
toilcllc
est
la
minia,.1 nourrice qu'au temps des tableaux de
panier rl'mpli de crin l't cerclé de fpr : on la
1;rcuze cl d',\ubry. Lor -que la pl'lile fille sor- ture du luxe et dt•s robes superbe de leurs pare d'trn h:ibit tout cou, crl de guirland&lt;•s.
1,tit de nourrice cl n•rcnait à la maison, clic mères ..\. peine leur laissr-L-on, le matin. cc c•t on la conduit au bal en lui disant : &lt;&lt; Pr1•1:tait remise aux mains d'u1w gouvernante l'l petit négligé appelé habit de marmolle ou de nt'z gardr d'ott•r ,·otre rouge, dp l'Ous délogér a,&lt;'c dit• dans les appartement du Sal'oyrmle. et• joli j uste dt• Lallelas hrun arrc· coiffer, dt•rhifionncr 1otrc habit, cl di,crtis e1.l'omble. La gourcrnantc tral'aiflail à faire de 11n jupon court de mème étoile, garni de deux ro11s bit•11 °. »
l',•nfant une pcti le pt•rso11nt', mais doucement, ou trois rangs de rubans couleur de rose
.\.insi s1• forment ces pelilt's llfü•· manifrée~
a1&lt;'C beaucoup de /lallcric l'l de gàh•rie : dans cousus /1 plat, l'l celle jolie coiffu n• si simplt• tp1i ju~cnt d'une mode, dt:ridcnl d'un habit,
fai
L
ed'
un
fichu
de
gaze
noué
ous
le
menton
:
1
t·,•ltc petite fille 'lu'ellc ne corrirrea it guèrt•, l'l
charmantt• toilclle où l'enfance est i it l'ais1&gt;, se mèlent de bon air : enfants jolies à croquer
i1 laqm•llc clic passait it pt•u près toutes se
t'l Lou/ au parfait, ne poU1ant souffrir unl'
1olontés, clic ménageait d( jit um• mai't1·r c 011 sa fraicheur est si hicn accompagnée, 011 dame sans odeurs et sans mouch&lt;'s 7 •
1111i, lors de son mariag-c, devait lui assurt•r sa gràrc a tant de liberté. Mai cc n'rst poinl
Des petit appartements 011 la gouwrnantc
une p!'titr fortun,•. Elit• lui apprenait à lire r t ai11si que lt•s pt•Lilt•s filles plaisent aux parents : gardait la petite lillt•, la pPlilt• fille ne dcsil
les
kur
fau
t
habillées
r
t
gracicusécs
au
.'t t~·rirt•. EIIP pronwnail s1•s yeux sur !(•s fi"ure:,.
l'cndait guère !'hez sa mi•rc 'lu'un n10mcnt, le
111• la llihlc dt• S,tcr. Elle lui mo11trait dans goùLde r.c siècle qui, silot q11 'elles marclwnt, matin it onze lu•un•,, quand 1•nlraic111 dans la
une jolie boill• d'opti1p11• la l{ét&gt;graphic en lui l,•s enli•rnw dans un corps de ball'ine, clans chambre aux rofcls à demi formé· les famifaisant voir 11• mondt•, lïntfricur de Saint- unt' roh1• d'apparat, l'i lt•u r donne un mai'lrc lier· et les chien~. 11 Comme rous cltt•s mist· !
Pi,•rre, la fontai1w de Tréri, le dome de i\lilan :\ danser, un maitre à marcllt'r. Et rnici, dans - disait la mère ,'1 sa lillc qui lui souhaitai!
al'(!C toutes ses pclilt•' Jignn•s. la nou1 ell1• 11m• gra rurc de Canot, la petite pc1"nn11e en le bonjour. - Qu ·a,·ez-rou '? fous a rez bien
,:gli c de Sainlt..~t•n,•rièrc, palronn,• de Paris. po·ition, qui arrondit les bras et pince du mam·ais risagc aujourd'hui. Allez 111cttrc du
l'église Saint-Paul. le nouwau pala is Sans- hout cl1•s doigts les deux cotés dt• sa jupe rouge : non, n °l'II mr llct pas, 1011s ne ortircz
Souci, l'Ermita"c de l'impératrice dt• Russil' 1 • houlfanlt•, d'un air sérieux, d'un air dt• daoll'. pa aujourd 'hui. 1i Puis, se tournant rcrs un&lt;•
Elle lui mettait enlrt• ll's mains quel11uc Avis tandis que le maitre répète : « .\llc•i donc &lt;'n visite qui arri,·ait : 1c Comme je l'aim&lt;', crtLc•
d'un pèl'e ou d'une mère à sa fi,lle, qucl11ue nwsun•.... Soutt•ncz .. .. .\llc•z donc .... To11r- enfant ! \'icns, baist'-moi, ma pclill' . .\fais lu
Traité du vrai mù ile. Elle lui recom- 111•z-la .. .. Trop 1ard .... Ll's bras mnrls.... L,1 es bien salr ; ra Le nctto,w les dents.... ' p
mandait encore d&lt;' se tenir droite, de faire la tètt• droite.... Toumt•z donc, mademoiselle.... me fais donc pas les CJU&lt;'s.lions, it l'ordinaire:
r,:,·ércncc à tout le monde : &lt;'l c'était à peu La tète 1111 peu plus soutenue .. .. Coulez Il' tu c réellement insupportable. - Ah! maprès tout Cl.' qui• la "0JJl't'l'llantc r nsrirrnai t à pas.... Plus de hardiesse dans Je ·regard 5• ,, dam~,. quelle tendre mère, disait la pt·rsonnc
0
l't•nfant.
cF'aire j ouer la dame à la petite fille, la preen ns1tc. - Que roulez-mus ! rt:pondait fa
Lt•s u1blcaux du dix-huiLiL•n1c sièd c nou~ mière éducation du dix-huitième siècl&lt;• ne tend mi&gt;re, j e suis folle de celle enfant 8 .... 11
qu
'à
cela.
Elle
l'O
rrigc
dans
l'enfant
tout
C'l\
1
Point d'aulrc sociélt:, d'autre 1·on1111u11ion
1. :onversa1io11- d'Ênulic. Puris, lilH, 10 1. 2.
3. \'oir le, porlr·ails d'r111:a11ls _du _musée de Ver1 '!.. En,itc, par J.•J. ltou,,cau . Amsle1·d1u11, l 76t,

,lll,

0I. 1. - Au 111oi, de j uillet 17'!.'!.. le Mercure de
Fra11ce annonrc que la dudrrs,r 1f'Orléa11s ,·icnt dr
~onner it _l'l11fa1Hc mie poupée aire gardr;rohc rarir•r
• l unr lorlrllc1ou1011 mu11J11111 iJ 2i.OOU lrn·,.,.

sailles cl la gra\'urc de Joulam,. d apr~ Ch. Coypel :
U moments lrop lumreu.x où 1·eg11e l m11oce11ce.
i. :Uëmoircs de .Ume de Geu lis. Paris, HU:,, \'Of. 1.
:;, Les J!'ux de la pctil!' Tlrnli!', par de )loi1s.,·.
l'ari,. Uaill,,, 1i ti 1. Le Jf,1111et cl t .llle111a11de.

O. Thë.ilre â 1'11,;og,• d1•s jcurrcs pcr.ouucs par·
llm&lt;' de Genl i . Paris. liiO. vol. 2. l tt Colombe
7. Le lin e à la modf'. En Europe. IOOOi00,39. ·
!!. Méla»gf's mililai1·cs, liltér·air,•s cl scnlimen1..tirrs {par le priuœ de Ligne. /Jresde 170;;..1811
101.

20.

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LE MAITRE DE DANSE. -

eutrc la mère et la petite fille que cette e~trevue banale et de convenance, c~mmencee
et finie le plus souvent par un baiser de la
petite fille embrassant sa mère sous le ~enton
pour ne pas déranger son rouge. Lon ne

~~-

LA 'FEJK.JIŒ Al. xrme Sl'ÈCLE -.,.
wnnait point les douceurs familières qui donnent aux enfants une tendresse confiante. Elle répond à lou tes sortes de brsoins sociaux. li tait rien des pensées du monde, ni les ambi"arde une physionomie sévère, dure, gron- garantit les coll\'cnances en beaucoup de cas. tions, ni les insomnies, ni les rèvcs, ni les
deuse, dont elle se montre jalouse; elle croit li n'est pas sculr mrnt la maison du salut : il fièvres d'avenir; elle en cmpèchait à peine
de son rôle et de son del'oir de consener a mille utilités d'un ordre plus humain. li . l'expérience : qu'on se rappelle ces projets de
avec l'enfant la dignité d'un1 sorte dïndiffü- rst, dans un grand nombre de situations, AIile de Nesle, devenue Mme de Vintimille, ce
r,'nce. Aussi la mère apparait-elle à la petite !'bote] garni et l'asile décent de la femme. La plan médité, dessiné, réso!u, d'enlever le Roi
fille comme l'image d'un pouvoir presque l'CUl'e qui veut acquitter les dettes de son à Mme de Mai Il y, toute cette grande intriguc
redoutable, d'une autorité qu'elle craint d'ap- mari s'y retire, comme la duchesse de Choi- imaginée, raisonnée, calculée par une petite
procher. La timidité prend l'enfant; ses lrn- seul5; la mère qui veut refaire la fortune de fille dans une cour de couvent d'où elle jugeait
clresse.,q elfarouchécs rentrent en clle-mème, ses enfants y l'ient6 économiser, comme la la cour, pesait Louis XV, montrait Versailles
son cœur se ferme. La peur rient où ne doit marquise de Créqui • Le coul'cnt est refuge à sa fortune 11 ! Quelle preuve encore du peu
ètre que le respect. Et les symptômes de cette et lieu de dépot. li tient cloitrée la petite d'isolement moral et spirituel de cette vie
la jalousie de .f&lt;'imarcon cnlè1•e de
peur apparaissc11t, à mesure que l'enfant ,, miJie que
7
cloitrée? Une preuve bien singulière : un
!'Opéra
; il tient renfcrmérs les maitresses
avance en àge, si forts et si marqués, que les
livre,
les Confidences d'une j olie femme,
8
parents finissent par s'en apercevoir, par en des princes qui l'ont se maricr • Les femmes qu'une jeune fille pourra écrire au sortir de
soulfrir, par s'en effrayer. Il arrive que la séparées de leurs maris viennent y vil're. Le Pantbémont. Prise en amitié par cette Mlle de
mère, le père lui-mème, étonnés et troublés cou1•ent reçoit les femmes qui veulent, comme Rohan qui fut plus tard la belle comtesse de
de recueillir ce qu'ils ont semé, mandent à Mme du Dclfand et Mme Doublet, un grand Brionne, Mlle d'Albert puisera dans les nouleur fille de travailler à eJfaccr le tremblement appartement, du bon marché et du calme. li velles apportées à la jeune Rohan, dans les
11u 'elle met dans son amour filial. Le « trem- a encore des logements pour des retraites, confidences de sa protectrice, dans tout ce
blement ,, je trouve cc mot terrible sur pour des séjours de dévotion, où s'établissent, qu'elle entendra autour d'elle au couvent,
l'attitude des filles dans une lettre d'un père à certaines époques de l'année, des grandes une connaissance si rraie, si particulière des
dames, des princesses élevées dans la maison;
à sa fille 1.
retour
d'habitude et de recueiUement aux mœu rs de la société, de Versailles et de
La petite fille avait à peu près appris le
Paris, que son livre aura l'air d'avoir été
peu que lui avait montré sa gouvernante. Elle lieux, aux souvenirs, au Dieu de leur jeu- décrit d'après nature; et les gens qu'elle aura
nesse,
qui
inspireront
à
Laclos
la
belle
scène
de
savait bien lire et le catéchisme. Elle avait
peints ne se t.rouveront-ils point assez resreçu les leçons du maitre à danser. Un maitre Mme de Tourvel mourant dans celle chambre semblants pour la faire enfermer quelques
à chanter lui avait rnseigné quelques ron- qui fut la chambre de son enfance.
mois à la Bastille u?
Tout ce monde, toute cette vie du monde,
d~ux. Dès sept ans on lui a1•ait mis les mains
N'y a-t-il point pourtant tout au fond des
sur le clavecin 2 • L'éducation de la maison emabissant le couvent, avaient apporté bien couvents une lamentation sourde de cœurs
était finie : la petite fille était envoyée· au du changement à l'austérité de ses mœurs. brisés, un gémissement d'âmes prisonnières,
La parole inscrite au fronton des Nouvelles
"ou vent.
la torture et le désespoir des cc 1·œux forcés ? »
Le couvent, il ne faut point s'arrèter à ce Catholiques, Vincit mundum fùles nostra, Les romans ont appelé la pitié sur ces jeune~
n'était
plus
guère
qu'une
lettre
morte;
le
mot, ni à l'idée de cc mot, si l'on veut avoir,
filles sacrifiées par une famille à la fortune
de ce que le couvent était réellement au dix- monde avait pris pied dans le cloi'tre. li est de leurs frères, entourées, circonvenues, ashuitième siècle, la notion juste et le sentiment vrai que toutes ces locataires, qui étaient siégées par les sœurs dès l'âge de quatorze
historiyue. Essayons donc, au moment où la comme un abrégé de la société et de ses aven- ans, et contraintes d'entrer en religion à
jeune fille franchit sa porte, de peindre cette tures, habitaient d'ordinaire des corps de l'accomplissement de leurs seize ans. Mais les
école et cette patrie de la jeunesse de la bàtiments séparés du couvent. Mais de leur romans ne sont pas l'histoire, et il faut
femme du temps. Retroul'ons-en, s'il se peut, logis au couvent mème il y arait trop peu de essayer de mettre la vérité où l'on a mis la
le caractère, les habitudes, l'atmosphère, cet distance pour qu'il n'y eùt point d'écho et de passion. Sans doute la constitution de l'anair de cloi'tre travrrsé à tout moment. par le communication. Les sœurs com·ersrs, char- cienne société, pareille à la loi de nature,
vent du monde, le souffle des choses du gées des travaux à lïntéi·ieur et à l'extérieur uniquement intéressée à la conservation de la
temps. Cherchons-en l'àme, comme on cher- de la maison, apportaient les choses du dehors famille, à la continuation de la race, peu
('he le génie d'un lieu, dans ces murs sérères au cou\·ent pénétré par lrs brnits du siècle et soucieuse de l'individu, autorisait de grands
où l'on ouvre des fenètrcs, où l'on pose des les entendant jusque dans cette voix de Sophie abus et de grandes injustices contre les droits,
balcons, où l'on construit des cheminées, où Arnould chantant aux ténèbres de Panthé- contre la personne mèmc de la femme. 11 y
l'on fait des plafonds pour cacher les grosses mont. Les sorties fréquentes des pension- eut, on ne peut le nier, des cas d'oppression
poutres, où l'on place des corniches, des naires ramenaient comme des lueurs et des et des exemples de sacrifice. Des jeunes filles,
chambranles, des portes à deux battants, des éclairs de la société. Le monde entrait encore nées pour une autre vie que la vie de couvent,
lambris bronzés• ; où la sculpture, la dorure au couvent par ces jeunrs pensionnaires ma- appelées hors du cloitre par l'élan de tous
et la serrurerie la plus fine jeltent sur le passé riées à douze ou treize ans, et &lt;Ju'on y remet- leurs goûts et de toute leur àme, des jeunes
les y retenir jusqu'à l'âge de la
le luxe et le goùt du siècle : image du cou- tait pour
9
filles dont le cœur aurait voulu battre dans le
nubilité
• Le parloir mème, où le poète Fuvent mème, de ces retraites religieuses auxcœur d'un mari, dans le cœur d'un enfant,
10 , avait
zrlier
était
admis
à
réciter
ses
vers
quelJcs l'abbaye de Chelles semble avoir laissé
refoulées, rejetées au cloitre par une famille
l'héritage de plaisirs, de musique, de modes perdu de sa dJ/iculté d'abord; il n'étai t plus sans pitié, par une mère sans entrailles, véet cl'arts futiles, de mondanités bruya ntes et 1·i11ourcuscment, religieusement fermé : les curent, pleurant dans une c.:ellule sur leur
charmantes dont l'abbesse avait rempli son niuvelles de la cour et de la ville. y trouvaient rèl'e évanoui. Mais ces vœux forcés sont sinaccès. Ce qui se faisait à Versailles, ce qui se
COUVènl •.
passait
à Paris y a1•aient un contre-coup. Tout gulièrement exceptionnels : ils sont en conLe couvent alors est d'un grand usage. Il
y frappait, tout s·y glissait. La clôture n'arrè- tradiction avec les haLitudcs générales, la
conscience et les mœurs du dix-huitième

~-~~
".':~. ~

, ,~,;\\'\~·

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!J"' '

-

•

.

Grai•ure de LE S.s, ri apres PB

!LIPPE CANOT.

(Cabine/ des Eslampes.)

trouve point trace, pendant de longues anné~s,
d'une éducation maternelle, de ce, premier
·
se melent aux
cnseirrnemcnt ou, 1es ba1sers
leçon~, où les réponses rient aux dem~ndes
qui bégayent. L'àme des enfants ne croit pas
"' 58 ,...

'

,

sur les oenoux des mères. Les meres ignorent
ces lie;s de caresse qui ren~u~nl une secondc. fo1·s l'enfant à celle
. . qm Id'a porté, , et
font grandir pour la v1e1lless~ , u~e mere
l'amitié d'une fille. La malermle d alors ne

1. Lcllres inédites de d 'Aguesseau, publiées par
Hives. /'aris, 1823, vol. 1.
2. L'ai"'!i des lemmes, 1758. - Essai sur l'éducation
des de'!'o1sclles, par )Ille de *· Paris, 1769.
3. !lemo,rc pour messi,·e de Courcelles de Collebonne c~al,·e les supérieurs cl prêtres de l'01·aloi,·c
Je la m,3.1SO!) et séminaire de Sainl-)lagloirc.
_4. llemo1res
1193,
vol. 2. du maréchal duc de lt1chclieu. /&gt;a,.is,
5. Mémoires secrets pour sel'l'ir à l'histoire de

la Hépublique des lcllrcs. Londres, 1784, vol. 29.
6. Lcllres de madame de Créqui. Préface par
M. Sainle-Bcove. Paris, 1856.
7. Jfêmoires du maréchal de Hicheliru. vol. 2.
8. Conespnndance secr ète, poli1iqlr'e et littéraire.
Londres, 1787, vol. 18.
9. Conespondance secrète, _,·ol. 9. - J~umal historiqu,. et anecdo11que du _rcgne de Loms X~, p_ar
Barbier . l'aris, 1840, 1·0 !. .:i. - Les IJ11ou:r wdis- '
crets dispnt que l'usage esl de marier des enl'ants à

qui l'on derrait ciQn11er cles poupées. Cela esl vrai d 'une
foule de mariages, et nous retrou,·ons au com ent la
fille ainée de l\lme de Genlis mariée à dôuze ans avec
~L de la Wœstine, et la mar11wse ,le Mirabeau Yeuve
du marquis de SauYebœuJ' à l'àge de treize ans.
10. Mémoires de lime de Genlis, vol. 1.
1f. Les llailresses de Louis XV, par Edmond et Jules
de Goncourt.
12. Correspondance littéraire, philosophique rt critique de Grimm. Pal'is, 1829, vol. 8.

�1f1S T 0'/{1.ll

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,it'·de . .\"p ,o~·on:,-nou · pa:, da 11, lt'.., .\témoin•, résidt•r au chapilrt• dt•tn ans ~ur trois. la
du temp· des jeunes fille" rési,;ter trè:, nette- jcurw personne, mw foi~ adnrist•. ga"nait des de · p(•nsionrraire~ dt• rn11w111, cl la li te 1/a
ment à l'ordrt• formel de leurs parent qui relations, de protections, des amitiés, un iJIIÇ qucl11ues nom~. Dans cc temp , où la
,f..'ulent impo~cr le roile. l'i triompher de leur patronage: et comme rusagc de chaque tante femme mariée a si peu dt• dt:fi.•nse. la fault•
1·o~onté? !)"ailleurs la dure té de la paternité était de 'appréhender ou de s'a1111iecer une d"unc jeune fill&lt;•. l'i ~ur:oul d'une jeun1• filll'
bi1•11 nl:C, csl d"unc rarclée,lraordinairc: ell1•
l'i de la maternité, dureté d"habitude et d!•
nièce, chalJUC nièce pourait espérer l"héritagc
role plutot 'llll' de fond et d"iime, diminue à des meubles d"une tante, de ses bijoux. de sa n\•$1 pas dans le~ mœur~; Rou ~1•au en fait la
rhaquc jour du siècle. Et 1111and La llarpt• pclile maison. de sa prt:bende 3 • )fmt' de remarque, et il n·c~t pa ~eul à la faire. Pui,
lit dan Lou les salons de Pari sa J/élanie, Gcnli nous a raconté sa récrption au chapitn• l"t•nlèrrmrnt n "était p.'1~ un jeu : loin de là:
inspirée, disent ses amis, par le suieidc d"une noble d'.\lix de L~·on, lor,-11u 'Plie t:lait lout l'I es 1·011sé11ucne&lt;•s araienl de quoi faire pàlir
pensionnaire de J'.\ ssornption 1 , la rcligil'u,t• errfant. Elle se peint en habit blan&lt;'. au milieu et faiblir les plus amoureux, les plus fous, lt•s
par foret.• n'est plus fJU ·un personnage de de toute, bchanoinc,,_e;., habillée · à la façon plu~ bra,·e ·. Yétait-ce pas un épou,·antail pour
lc•s ag,·éab/es les plus décidt; (fUe le tcrribll'
théMrc; les ,ceux forcé,- Ill' sont plus qu ·un
du monde. arL'C des robes de soie noire sur
thème dranntique.
exemple de JI. de la Hoeho-Courbon, condt•s panit•rs. c•t de grande marwhrs d'hprLorsqu ·on étarle les déclama lions philoso- mine. Son Credo récité aux pieds du prètrl', damné à a,·oir la tète tranchée après a,,oir
phiques et le traditions romanesque . le le prèlrt• lui coup&lt;• une m1\·hc de che'"t'UX. l'l enlt•ré en l 75ï ~Ille de Jloras du cou,·enl dt•
.\"otrl'-llame de la Con olation ? • a mère mouC'ourent apparait hicn plutôt comme un a,ile
lui attache u11 fll'tit morceau d"étolle blanc et
'(ue comme une prison. li e t a1ant tout Il' noir, Ion/! comme le doigt. et qu'on appdait rait de chagrin, et lui-mèmc, en fuite, chasst:
rpfugr de Louit•:,_ les existt•uccs bri,t~~- lt• u11 ma,-i. Puis il lui pa se au cou et à la de Sardaigne où il s"était réfugié près de s011
refuge presque obli(-!é des lemmes maltraitt;t'" !aille une croix émaillée pendue à un cordon parent, .\1. de "'cnnecterrc, amba adeur de
France, finis ait mist:rablemcnt •.
par la pt'lile 1·érole. unl' maladie à peu près
rOU"t\ et une ceinture faite d'un large ruhan
Le grand cou1L•11t du dix-huitième sièclt•.
oubliée aujourd"hui, mais r1ui défi.,urait alor~
noir moiré. Et la '"oilà ain i parti•, toute lièn.',
le quart des femme . La so&lt;:i!:lé par tous se, gonflL;_. dan~ sa 1anité de petite fillt• dt• sept aprè,.. le cou,·cnt de Fonterrault 1 • la maisorr
d"L:cfucation ordinain• dl',. Fille de France, Psi
con eib, la famille par toutes se, Pxhorlation,.
an~, 11uand on l'appelle du titre dl'~ chanoile courent de Panlht:monl. le l"Ourc-nt princier
pou sa it rers r ornhre d"un courent la jeurw nes~- : Madame ou Comle.çse l_
de la rue de Grcnl'lle 011 ··élè,·rnt les prinper~onne à laquellt• arri1ait cc malheur. La
On le voit : il faut qu·à chaf1uc pas l'hismère mèmc, par dérnuement, conse11tait à se torien déga;,!e dr · prt;ju!(é , redemande aux CC»l's. 011 la pin~ haute nol,les:,c met ~l'"
fille~. espérant pour elfe,., de la camaradrri1•.
tlétacber dt' celle malheureuse t•nfont r1uc la
fait , rc,tituc à !"histoire l'a~pect 1éritahlt•, le
dt• l'amitié commencée au cou,·cnt arnc urrt•
laideur retranclrait dt• la société el qui finissait
raracll're. la dP~lination. le,- habitudes, Je.,.
altesse, qurl;1ue fa\'Cur. quclqut• gr.lœ, qul'lpar baisser la lèle san, ré,olte ~ou lïmpimœurs des communautés rcli~&gt;ieu&lt;t". Le ro•1uc place de dame auprt'S de la princessl'
toyable prinl'ipc du lemp, : « lne femnw
nran a tout dén~turé, tout t~'ln•sti : après
future. C'e t ainsi que Jlme de Barbantarre
laide e·t un ètrc qui n·a point de rang dan,
a,o;r peuplé par de rœux forcé· le cou,·ent
pla~ait sa fille auprrs dt• .\lrnc la duches e de
la nature. ni de place dan, le mondt•t. 1 Ot•u\
du di\-huitième siècle, cc coU1cnt dont les
Bourbon pour 'Iu·au sortir du cou,ent ell(•
rent millr lriùlero,~. t·omnrt• di! le prince dt'
lran~fuges sont accueillie et gardées par
de1lnldamed·honneur de la dm·brssc'. Aprè
Li~nc, metlaicnt airr~i lt•ur amour-propre i,
rarcherèquc de Pari~ lui-mèmc, le roman lt•
ct• com·cnt, qui c~t le mondt•, la &lt;'Our ,-Ile._
c·ou1'crl, rt consolait•111 leur or/!ueil arec les
remplit de scandale Ct' ne ont qu "hi-toin-,.,
mème en raccourci. et où la jeune fille, avrc·
ambitions de la rie du rnu1ent, a,ec le-:, honee ne sont &lt;pr t'~lampt•;. où l'on ,·oit une chaise
sa gourernantt• l't a lemme de chambrt·,
neur:, et le~ pn:rogatilt'!, d"une auualCde poste en arrèt la nuit au pied d'un jardin mène une ,ir 1•1 rt•çoit une éducation parlirn11 est d"aulr1-,. ,œut plus propres au $it'·de
de courent, ou bil'n une pcn ionnaire dt•s- lières. ,ient un autre cou\"ent alfoctionné par
cl que l"on ~ rencontre plus souwnt, &lt;'11!.rat·t•ndanl une échelle au ba~ de laquelle l'attend
la 11obb.r, et peuplé de pensionnaire à grand
"Cmenll lé!{t'rs. prc. que de modt'. cl qui
l".rma11t. landis flUe la femme de chambre e~I
nom : le cou,·cnt de la Pré~enlation 8 • Autour
~ mblcnl seulement mettre dans la toilette
crrcore là-haut. it chernl sur la crètc du mur.
t'l au-de,-sous de ces deux grandes mairnns se
d'uni femme les couleurs de la ,ie rcligicu,-t•.
lntri/?'Ut'S lilét"- au parloir, amoun•ux déguiSl.~
[n certain nomhre de jeunN personnes de la
ran!(l'nt toutes les autres maison religieuse~
en commi,,ionnairrs, remi es de lcllres en
recerant des pensionnaires, abbayes, communoblNe ~e ratt.1chairnt à des ordre;. (fUi.
&lt;'achctlr. corruptions de sœurs co111wsrs qui nautés, cou\'ents, répandu~ dan· tout Paris.
,-an · c•ti7er d"cllcs la pronorwiation d"aurnns
ou1rent la grille, cnlèrcmcnt de jeune filles
,œll\ olcnncls ou implt-s. leur permettaient au milieu d"une pri~c d"hahit i, tra1er:, une l'i do111 chacun semblt• a1·oir sa spécialirr cl
,a dit&gt;ntèlt•, l"habi111dc• de reccroir les fillt'~
de viHc dans le mondt• cl d"cn porter l'habil,
foule lt•flut• en rcspecl par dt'S pi,tolet•, - t:e
d"un quartier de la cap:talc ou d'un ordre dl•
lt•ur donnaic'nl &lt;jtll'lqucfoi 1111 titrl', loujour,,ont le, coups de théàtre ordinaires, le, serne~
l'État g. Prt•non, l"c•xt'mple des dame.~ de
(fUelr1ue attribut honorifü1ue. Cétaienl b
iflli SC prc ~ent dan Cl'~ pa!!'c à la ca~anora.
Sainte-fürie de la rue. aint-Jacqucs : la haute
c-hanoinesscs, dont le chapitre le plu fameux.
Il ~cmblc 1oir mise en action la morale dt•
ma7is1raturc cl la grande finance scmlilf'nl
tdui de Remiremont en .\lsace, arait pour
llu.,sy disant r&lt; qu'il fallait toujours enlt•1cr;
tkstimlion de recernir le san!!' le plu pur
aro:r fait rlroix pour leur enfants de c&lt;'lt&lt;·
rru ·on a1ait d'abord la fille, pui l"amitié dl's
maison, moin relen:C que Panthémont ou la
des maisons sournr,1ine~, les noms les plus
parcrrb, et 11u'apri.,: ll'lrr mort on a1ait t•neore Pn;~cnlation , mai tc•nut' pourtant par le
illu Ires du monde chrétien. Dans cette asso- lt•11r, birns .
public en grandt• considt;ration et rcnommfr
ciation des chanoinesse,-, di,·i ée:, en dame.~
llic•n de plus tau\. rit•n dt' plus contraire à pou r la supériorité de st•· études 10 •
nièces et en tlames tante,,, c111i arnicnt prola réalité des cho·c que n• point dr nre : on
110:1cé leurs ,·œut et &lt;p1i étaient forcé~ dt•
l)i~ciplinr. forme~ d"éducation, régimr irrcornpLP au dix-huilii•me sifrlt&gt; les sl'arrdab lfril'ur, lo111t• la rt·gle de cc;, couwnts n·t·-1
1. Corrt'spondanrc de forimm. ,·ol. 6.
t Les jeux dr la pl'lite TI11lil'. par de }loi,,i. /,,, c,• COtl\Cnl, la toul&lt;'-pui.sance d,• 1,·urs caprin•,. Le raris; r ll c, ,·0111 de iOO ir 600 li,res. mais il J "'ail
maflrc de danse faisait r(•pêl!'r à lime .ldélai&lt;lr un
prlile ~h·ole.
la femme de chambre à payer, qui était ,Ir trn,s r&lt;'nl~
hallt'I qu·on nommait ballet ro11lrw• de ro,e; la jt'tlll&lt;'
j, llémoirr, S('(..-rl, 111• la Répuhlique des lcllrl'~.
fines, outre le trous&lt;('au, le fil et la commode dans
,ol. t3.
princrssc \"Oulart quïl -"•p(l&lt;'làl le menuet bku cl ne quelques
cou,·enls; l'êclairage cl le clrnulTage o'étaicul
,oulait prendre sa lrçon qui celle 1·onditio11. Le mailrn
t llémoirrs de lime d,• Gc•nlis. ,-ol. 1.
dis1il rose. la printcs,1• en frappant du pied répétait pas compris, cl dans tous, le blanchissage du lingt&gt; fin
5. !-e curé qui a,ail_ cloon~ la f1t:nédiction nuptiale.
èlail à la charge de, parents. Tous a,·aient la pension
1•t qu, un moment au1l cra1111 les p lèrcs, él.111 con- bl&lt;•u : l"alTaire ,lr,enait gra.-e: 011 as.embla la com- ordinaire
el cxtraordmaire; i Panthémont, le plu,
damnù à !"amende honorablt• el au bannissement; la muuautë. qui d"un commun at'Conl ,le-cula qur I&lt;' cher de tous,
la pension ordinaire était de 600 fines.
mrnurl .rra il débaptisé et qu&lt;' Ir meuu&lt;'I ,apprll,,rait
liJle d,· chambre qui nait al'oompagné .lllle dt' .lloras
la pemion extraordinaire de MOO livres. A la fin du
étail condamni•e au fouet, à la heur de lys, il neuf ans lè meuut•t bleu. (lfad~me Campan. ,·ol. 1.
sil..-1&lt;'. Thierry dit que la pt.•nsion ordinaire était ""
î. llëmoirrs dt' }lme de Genli5. rnl. t .
de bannis.cm,•nl. Barbier. ,·ol. t.
SOO li,-re , el de 1.000 lincs pour les pensionnaire~
li. Leurc de la marquise du llelfand. Pa,·i,. 1812.
6..\ propo, de l'édut·alion dr lkidamcs de Fran&lt;·c
admises
Ïl la table de madame !"abbesse.
9. Dan, l"Elal d, la rifle de Pari,, en 175i, nous
il Fontc,-raull. il y a un&lt;' jolie 1nccd,11e qui pt'int. dan,
lrou1011s I,• prit d,•s pt•nsi,11,- dans I&lt;'' Mtl\rnl, de ,·ol.10.2.U'llre, imiditc, dè d".lttucs..&lt;eau. Parù1, 182J.

"------------------------

LA

FE.llf.ME Ali

xvme STÈCLE

0

LES PETITS PARRAINS
Gr.1v11rt ;Je ~IORE.,i; LE

JEO.SB. (C.Jtine/

des Esl:imtts. )

ClicM Giraudon.

-,

�111ST01{1Jt - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -- .i
1p1'une imilalion , parfois un rel.icl1cmcnt de
la règle de Sainl-CF· Partout se retrouve
l'inspiration. l'esprit de celle maison modèle,
la trace de ses divisions en quatre elas es
distinguées, clon les ùges, par &lt;les rubans
bleus, jaunes, n-rls f.'L rouges. Partout c·(•st
une l:ducalion notlanl entre la mondanité el le
rcnonœmenl, entre la retraite el les talents
du sièclt', une éducation qui rn de Dieu à un
maitre d'agrément, de la méditation à une
leçon de rél'ércnce; el ne la dirait-on pas
figurée par cc costume dt•s peu ionn:lircs
montrant 11 moitié une religieuse, à moitié
une femme ? La jupe cl le manteau sont
d'étamine brune &lt;lu )lan~. mais la robe a un
corps de ball'ine; sur la tète. c·csl une toile
hlanche, mais celle toile a de la dentelle. JI
t•st bien commandé 11 la coiffure d'avoir un
air de simplicité cl de mode tic : mais il n'e L
pas défendu de l'arranger à la mode du Lemp 1 •
Douces el heureuses ,:ducal.ions, que ces
éducations de coul'c11L, sans cesse égayées,
affranchies de jour en jour des sél'érités cl
des tristesses du cloitre, tournées peu à peu
presque uniquement vers le monde cl vers
tout cc qui forme les gràces el les charmes
de la femme pour la société ! On voit souvent, dans le dix-huitir me siècle, des femmes
e retourner , rrs cc commencement de leur
l'ie, comme l'ers un souvenir où l'on respire
1111 bonheur d'enfance. La continuation des
étude commencées à la maison, la ,·enuc des
maitres, les leçons de dan c, de chant, de
musique, c'était l'occupation cl le travail de
1. Dictionnaire historique de la ville de Paris cl de
•rs cn,irons, .ra: llurtaul cl llagny. Pai·is, 1ï 79,vul.2.
2. l,&lt;&gt;llrcs médites de d'Aguesseau. Paris, 18~~.
, ol. 2.

à l'étal dr l!'mmr qui doit ètre dans le mondr.
y tenir un étal, fùl-cc même un ménage' n ;
tel sonl b moyens indiqués par Mme dt•
Créqui pour bien élrvcr une fille, cl c'est la
juslification mèmc dl' r éducalion dn couvenl.
de celle L:Cole d ·où . orlironl lanl de femmr,
dont le siè•cl(• dira « qu'rllcs sa\'aienl loul
san al'oir rien appris n.
Lt• , icc de ces éducations comentuellcs
n'était point dans les leçons du couvent. Il
n'était poinl. comme on l'a tant de fois r1:pé11:.
dans l'insuffisance de l'instruction ou dans
l'inaptitude des sœurs à former la fcmnw an'&lt;
deroirs sociaux. li était dans la séparation dl"
la fille cl de la mèr,•, dan celle retraite loin
du monde 011 les bruits du monde apportairnt
leurs tr ntations. La jeunr fille, enlc1éc touk
jemw 11 Cl'llt• l'ie brillanlc de la maison paternelle aperçue comme dans un rèvc d'enfance, emportait au couYenl l'image de et·
salon. dt' ces fètes dont l'éclat lui rcl'enail
dans 1111 songr. Du calme rl du silence qui
l'rntourai(•nl , elle s't:chappail, elle s'élançail
Ycr ses soun•nirs rl ses désirs. on imagination travaillait c•L prenait feu sur tout c&lt;·
qu 'cllr saisissait du dehors, sur tout ce qu'rlli·
de,i nait. Les choses cntrcrnes dans une sortie.
les plaisirs. les hommages des hom[[\Cs au~
ft&gt;mmes, passaient t'l repassaient dans sa tètr.
grandissaient dans sa pensée, irritaient ses
impatiencrs, a~itaicnl ses nuits. rJevéc dans
la maison de ses parents, la facilité de ,·,·~
plai irs, la rnc journa(jèrc el l'habitude du
monde, eussent bien vile apaisé ces curiosités
el ces ardeurs que parmi les jeunes femme.~
du dix-huitième si/;&gt;cle celles-là faisaient écla3. )lémoirr~ dr Ymr de Genlis, vol. 2.
4. Lettres inédites de la 11)3NJUisc de Crëqui à Scnac
ter le pins follcmrnt 11ui sortaient du ro11de !leilhan, publiêcs par E,louard Fournier. Polier,
,·rnt.

ces journées de couvent, dont tant de (èles
interrompaient la monotonie, dont Lanl d'espiègler:cs abrégeaient la longueur. L'on brodai t, l'on tricotait mème: ou bien l'on jouait
i1 quelque ouvrage de ménage, l'on mettait
les mains /1. une friand:se, l'on s'amusait ü
faire qudquc gàLPau de COU\'Cnl pareil 11 ces
pains de citron que les cnlanls enrnyaiml de
certains jours 11 lc•nrs parents 2 • lk temps en
temps arril'aient de lx-lies récompensPs, comme
la pt·rmission d'aller à la me se de minuit,
acrorMc aux peti tes filles bien sages, cl lrur
donnant rang parmi les grandes. ~:t s'il fallait
punir, les œurs inl'entairnl quelqu'une de
ces grandes punitions a,·t-c lesquelles elle
ùtaienl si bir n à Mlle de Halfolcau, lorsqu'elle
tombait en faute, l'cn\'ir d'v retomber. li
s'agissait d'une paralytique q'uc la m1•re &lt;le
celle jeune personne arait recueillie, el dont
rllc a\'ail à sa mort laissé k• soin 11 sa fille;
celle paurre femme était amr néc une fois par
cmainc, en chaise il porteur·, au parloir
extérieur, el la jeune fille se fai sait une joie
de la peigner. de la laYer, de lui couper les
ongle . Les jours où l'on était mécontent de
)1lle de Haffctcau au com cnt, on ne- lui pcrmcllail pas le plai ·r decel acte de charité3 :
on mcllaiL son cœur en pc:nitrnce.
Celte éd ucation des lillrs dans les couYcnts
a été, au dix-huitième siècle mèmc, l'objet de
bien des attaques. Qu 'étai t-elle pourtant en
deux mot '! L'éducation même ainsi résumée
par le bon sens d'une femme du temp : «Ill'
l'instruction religieuse, des talents analogues

18:iO.

EDMON D ET J ULES DE

Fin d'Empire
D'un pelerinage qu'il fil , quelques années
après la gue1·1·e, en Alsace el en Lormine,
M. Ju1,Es Cu.11r.r 1E rapporta tout 1m ensemble
,l'imp,.essio11s aus.~i profondément 1·essenties
qu'eloquemmenl tmduiles, parmi lesquelles
se détachait avec un l'elie{ pal'liculiCI' la
saisissante page cl'hi.~toire que voici :
Nons dinàmes à 1'/lôlel de la Sil'ène [à
Étainl, dans la salle cl à la place mèmc oit
~apoléon Ill, fui·anl )folz, s'arrêta le 16 aoùl
1870, à neuf heures et demie dll matin,
tandis qnc grondait déj11 au loin le canon de
Gra\'Clollr. L'empereur, qui aYail encore
quinze jours il régner, était escorté d'un escadron de chasseurs d'Afrique, d'une compagnie
dt• chas~rurs 11 pied, d'un bataillon de grena-

dicrs de la garde cl des cent-gardes. Le prince
impérial le suivait, l'air soulTrctcux el mélancolique. A,·anl le déjeuner, ~apoléon s'a sil
au cafë de l'hôtel rl, sur un bout de table de
marbre, il écrivit lenleml'nl une dépèchc 11
l'impératrice, puis la relut, ne la trouYa point
satisfaisante cl la dtichira en morceaux. Ces
fragments de papier , recueillis par un bahilant d' ri tain, forment un autographe historique bien curieux et bien triste.
L'empereur se lem ensuite et passa, en
tral'ersanl la cuisine, dans la salle à manger.
li s'assit là, ayant son fils à sa gauche, dcranl
un poèlc de faïence, et tandis qu'on lui servait
un déjeuner impro1isé, - des œufs, du jambon, des morct•aux d'un pùlé apporté à l'bùtclicr. )I. Liél-(eois, par le maire de la l'ille,
- il demeurait silencieux, presque immobile,
les bras appuyés sur la table cl ses yeux bleus
fix.és sur on assiette. L'étal-major ne parlai!
pas non plus. Au dehors la foule attendait,
pressée, anxieuse, et se demandant si déjit
l'on abandonnait llctz comme on a,·ait ahan-

GONCOURT.

donné Strasbourg. Toul il coup, le curé d' unr
petite ville, située entre Étain el Conflans.
accourut 1t cb&lt;•l'al, cl demandant à parlr r i1
l'cmpcrrur.
Il venait annoncer qu'autour de sa paroisse, l1 Parfondrup, sr pressaient déjà
cinq mille Prussiel!_S qui pouvaient rapidement se rc•ndrc à Etain cl attaquer, enlc"er
peut-èlr(', l'cmpcn'ur cl sa suite.
On se hàla de fuir. Le prince impérial
était monlt: au prrmier étage de l'hôtel dl• la
Sirène, chamhr1' nnmfro 3, prendre un moment de repos. &lt;&lt; En voilure, Monseigneur ! 11
lui cria-t-on. Ordre fut donné en hàlc auA
grenadiers de la garde de renverser la soup&lt;·
cl de partir aussiltil. li élail onze heures cl
de mil'. 1,· état-major el les r,•nt-gardcs disparuren l hicntùl par la roule de Verdun. Uni·
heure apri•s, deux uhlans mtraienl à Étai11 .
pistolr Lau poing. cararolanl cl faisant étint·Plcr le paré sous le fer de leurs chevaux .
L' .\Jlr magnc suivait de prt•s r t ,:pcronnait
César t:l sa forlnnr ....
J ULES CLARETIE,
.le l'AcJ.:lèmie française.

Mémoires

du général baron ·de Marbot
CHAPITR.E VII

Comnw il ne se sou('iail pas de faire- sociét&lt;: connais parfaitrmcnl. rar j'ai sl'n·i sous ses
a1ec )1. B'" pendant un lonrr0 \'Orage il l'a\'ail ordre· en ltalir. li loge i1 Lyon, dan tel hùtcl.
11•'parl dr m~n. pêrr. - Rencontre ,le Bonaparte
· de Paris à ~ire
•
'se
cbargc' dc ronclu,re
équ;- Il a ~vcc lui son frèrr Louis. lrs généraux
a L~on. - f,1&gt;1SO&lt;lc de nolrr descenle sur le Ulu\nc.
p_
a
gcs
~l
sr
('hcraux,
aya
nt
sous
ses
ordr('S
lt• Bcrtb1cr. Lannes cl )[urat, ainsi qu'un grand
-. Cc q_u~ coûte un hanquet rêpuhlicain. - Je suis
:·•eux p,qurur Spire, homme clél'oué r i habillll; nombrr d'officiers l'l un mamrluk. ll
prcscnte a mon colonrl.
a commander aux gPns d'écurie. Celle d(• mon
Il éla il di fficile d'ètre plus positif. CepenDepuis que mon prrr arait accrplé un com- père était ~ombreu c: il avait alor. quinze dant la ré1olution al'a; L donné lir u à tant dt•
mandemcnl r n Italie. unc diYi ion étailde,·enuc t hcvaux, qui, ~~cc ceu~ de ses aides de l'amp, supcrrherirs, et les partis s'étaient montrés
"~~nie à _l'armée du Hhin, cl il l'aurait pré-- de s_on_chef d eta t-maJor el des adjoints de si ingénieux à inl'cntcr cc qui poul'ait scr\'ir
force; mais une fatalité inél'ilablc l'entrainait cd~11-c1, ecux des fourgons, ctr .. etr., for- leurs projet , que mon pr rc doutait encore
,·:rs cc pays où il &lt;levait troul'er son tombeau! ~a_,cnt une assez forte cara,·anc donl Il'"
lors1u.e nous cntràmcs à ~yon p?r _le faubourg
l n d_c ses con~patriolrs et amis, )1. Lachèzr, clai t le chef. Il partit plus d'un mois al'anl de \ aise-. Toutrs les maisons elatt'nl illumilfllC Je pourrais appeler son mau1·ais crénie
nous.
nées cl pa\'oisfrs de drapeaux, on tirait des
, · 1ongtemp consul &lt;le France à Lirnurnc
° '
ara,'t etc
Mon père prit dans sa brrline le fatal fuséPs, la foule remplissait les rues au point
1'~~ Gènes, 011 il a\'ait quelques affaires dïn- ~f. Lachèze, le capitaine Gaul t el moi. Le d'empèclwr notre rnitun' d'arnncer ; on danLt•ret pcrso~nel 11 régler. Ce maudit hommr . colo11cl Ménard, chef d'étal-major. suivait s~it _sur les places publiques, el l'air rclrnp~ur_ enlramrr mon pi'• re Ycrs l'Italie, lui aYec un de ses adjoints dans une chai e d(• llssa11 drs ('ris de : c, Vi \'e Bonaparte qui vient
f·11sa1L sans C"essc le tableau le plus exa"ér{, poSlr. Un grand drolc de \'alet de chambre de sa111·1•r la patrie!... ,i li fallut bien alors s,·
'.lt_'s. be~u_Lés de .cc pay·, de l'a'.antagc qu~I y mo11 pèr': remplissait en avant les fonrt ions ~en_d rc à_ l'é\'idcnce et t"onn•nir que Bonapartf'
,11ail d ailleurs a ramener la n ctoirc 011· 1,0 d.c ~ urricr. ;'\ous \'oyagions en uniforme. eta1t vranncnt dan, Lyon. .\Ion prrc s'écria :
1
d'
~ c~
t r~pca:1x _une armée malheurcu c, tandis J a~a•~ un bonnrl ~c police- fort joli. Il mr !&lt; Je p&lt;'ll.ais hicn 1p1'on le ferait l'Cnir. mai~
'Il'. •:' ~ Yav~1L au ru~c gloire il acquérir pour pla1sa1t .tant, que Je v~ulais l'a\'oir toujours JC ne me doutais pas 11ue cc serait siltît : '"
l111 a I armce du llh111, dont la situation était sur la tete, el comme Jt' la pa sais fréquem- coup a été bi(•n mr,nté ! li ,·a se passer dr
h~nnc. Le cœur de mon malheureux père se ment hors _de la portière-, parce 1111e la rniturl' f(rands événemcnls. Cela me confirme dans la
!ana pr~~dre à . ses beaux rai onnemcnts. Il me donnait le mal de mer, il adl'int que
pensée que j'ai biPn fait de m'éloigner dl'
~n~ _qu il y _a\'a1L plu de mérite à se rendre
pcnda,~l la nuit, el lor que mes compagnon; Paris : du moins, à l'armél•, jt&gt; ·crvirai mon
~a ou ,1 y avait_le plus de dangers, cl persista do_rma1enl, cc bonrwl tomba sur la rout1•. La pa~·s sans prendre pari 11 aucun coup d'Êlal
a aller en Italie, malgré le, obserralions dt• vo1lur~ alleléc de ix vigoureux chevaux allait 'JIii, tout nécessairr qu'il paraisse, me ré~na .n~èrc, qu'un presscnlimr nl ccret portail un t~am de cbassr, je n'osai faire arrètcr el je pugne inflnimcnl. » Cela dit, il tomba dans
a dcs1rer que mon père lùl plulol sur le Rhin. pcrd~s r:11011 bonnet. _~fauvais présage ! Mais je une profonde rèveril•, pendant les longs mo1·c pre_ssentimenl ne la trompait point... el!~
devais eproll\:er de b,cn plus grands malbrurs m.-nls q~c _nous mimes il fendre la foui&lt;', pour
11r revit plus son époux !...
dans la l(•mblc campagne que nous allions gag,_1r r I hotcl où notre logement ét.1it pré, A son ancien aide de camp, le capitaine cntrrprcndr~. Celui-ci m'affecta ,·i\'eawnl: parP.
l,'.wl_t, mon père ,·cnaiL d'adjoindre un aut re ccp_endan_l: JC m~ ?ardai bien d't•n p:irlcr, de
. Ph~~ _nous approchions, plus le Oot popuofficier, M. R•" , que lui avait donné son ami cramtr d eln• raille sur le peu de soin qur IP hurc eta,~ compact, ('t en arri \'ant à la porte,
le gén?ral Augereau. M. R" • avait le grad~ de nou,·eau soli/al prr nai t dt' ses effets.
nous la nmrs courcrlc de lampions r l gardée
chef d_escadrons. Il appartenait à une- famille
i~fon, pèn• s·a,:rèta à .M:lron, ehrz un an('il'n par u_n bata~llon de grenadier·. C'était là qu&lt;'
de Marntenon, avait des mo, r ns et de l'édu- a1?•· ~ous passame nngt-qualre heures dwz logea'.t Ir gcnéral Bonaparte, au'11H'l on avait
cation dont il ne se servait q;,c lorl raremr nl, lui el contmu.lmrs notr(• course Yers L
~onnc lrs apparlcmPnls rcknus dcpui huit
i'i
. ..
\011.
car, par un tral'er~ d'esprit alors assez com- t ous ? en elwns plus qu'à quclqurs lieu~s et J~urs pour mon pi·rc•. Ct•lui-t'i, homme fort
mun, il se complaisait à prendre des airs de changions de• rht•1·aux au relais de Limonest
\'JOl.cnl, ?e. dit _11101 .t·rpc1~dant. et lorsque le
~acripanl , toujours jurant , sacrant el ne l?rsque no_ns remar11 mlmrs que tous les pos~ n~aitrc d bote! 11nl d un a,r assl'z cmharrassé
p.1rlanl que de pourfendre les gens a\'Cc son l1~loos a\'aJl'nl orné ll•urs chapeaux de rubans s _rxc'.~s('r aupri•s de lui d'al'oir élé contrai11t
gran~ sabr~. Ce matamore n'avait qu\me seule tr1color:s: cl qu' il i· arniLdes drapr:iux parPils d_ohe1r aux ordrrs dl' la mu11icipaliLt:, mon
qu~lilé, lr~s rare à celle époque : il était ~ux cro_1sees de_toutes les mai ons. ~ous étant p_er(• ;'1'' r_~pondi~ ril''.'· r~ l'aubergistP ayant
LOUJOurs mis. a\'CC la plu-; grandr re&lt;·herclw. informes du SUJCl d&lt;" ccttr démonslral ion on aJOUlc qu il ara1L fa it faire notre lo"cmcnt
lion père, q111 avait arceplé ~L R'** pour aide nous répondi t ([tie lt• général en chef 81:na- dans un hùtl'l fort bon, quoi&lt;[uc de ~ccoud
d~ camp sans le connaitrr. en eut recrrct parlc l'enai_t d'arri,-~r à Lyon! .. . )Ion père, ordrt•, tenu par un dl' srs parrnls, mou pt'• rc
lnentol ; mais il ne pourn il le renrnwr ;.,ns cro)anl arn1r la ecrt1l~dc que IJonaparlP était se contc!1ta de chargpr i\l . Gault d'ordonn,•r
blcss?~ so~1 anC"icn an_1i ~ugereau. ~Ïon p(\rc cnl'orc au fond de n ;~lllt', traita celle nou- aux postillons de 11ous y conduire. :\rrirés 111•
ne I a,~ail pas, mais il pensait, pcut-ètre rellc de rontc absurclt•; mais il resta confondu
nous lrouv:lmcs notre courrier. C'était un
avec raison, qu'un général doit utili er les lor~que'. a~·an.t f;~it appclrr le maitre de posl~ homme très ,·if qui, écbaulfé par la loll!nll'
&lt;tu?lités militaires d'un officier, sans trop s~ 'I~• arrl\'~•~ a l rnslanl de Lyon, relui-ci lui cour,c qu'il l'enait de- faire cl par les n~ nprcocc11p1•r de srs manières personnelles. &lt;lit : &lt;&lt; J 31 vu le génér.11 Bonaparte l[IIC j e hreu t•s rasndl's qu'il aralait à chaque rt•lais

�, - 111ST01{1.ll ___::___:.___ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _
aYa il fait nn tapage du diable, lorsque, arriYé
bien al'anl nous dans le premier hôtel, il y
a,·ait appris que les awarlemenls retenus
pour son maitre avaient été donnés au gén~ral
Bonaparl&lt;'. Les aides de camp de c·c dermcr,
entendant cc vacarme affreux, et en ayant
appris la cause, étaient allés prévenir leu r
patron qu'on avait délogé_ le général ~~ar_hot
pour h11. Dans le mèn~c. instant, le gencral
Bonaparte, dont )ps cro1sccs élaiei~l ouvc~l?s,
aperçut les deux l'Oitures de mon. 1~crc arre,Lces
devant la porte. li ava it ignore Jusque-la le
mauYais procédé de son hôte cm crs mon
père, l'i comme le général Marbol, ('0mma ndant de Paris peu de temps aYanl, cl acluellemenl chef d'une division de l'armée d'Italie,
était un homme trop important pour êtrr
traité sans façon , et que d'ailleurs Bonapa_rl1•
revenait avec l'intention de se me/Ire b1en
avec tout le monde, il ordonna à l'un de ses
officiers de descendre promptement pour offrir
au général Marbol de venir _milit~il'ement
partager son logement aYec lm. Mais, ~-oyant
les voilures repartir avant que son aide de
camp pût parler à mon père; le gén_éral Bonaparte sortit à l'inst_anl m~me à pied po~r
venir en pe1·sonne lm cxpmncr ses reg_rcb.
La foule qui le suivait jetait de grands cns de
joie (JUi, en approch~nl de . notre hùtcl, .auraient dû nous prévemr: mms n~,us en av'.ons
tant entendu depuis que nous ét10ns en nllc,
,1u·aucun de nous 11·_c'.1t la pensée_ de_ regarder
dans la rue. Nous ct10ns tous rcu 111s dans le
salon oi1 mon père se promenait à grands pas,
plongé dans de profondes réflexions, lorsque
tout i1 coup le Yalet de chambrt', oun~n~ la
porte à deux hattanls. annonce : (( Le gc1wral
Bonaparte ! »
Celui-ei cou rut, en cnlr:rnl, embrasser
mon père, q ui le reçut _lrè~ polimen~, mais
froidement. Ils se conna1ssa1cnt depuis longtemps. L'explication relative au logcm_c1~l
deYait f'\tre, entre de tels personnages , Lra1lec
rn peu de mots; il en fut ~insi. Ils . avaic~l
bien d'autres choses à se dire ; aussi passercn t-ils seuls dans la chambre i1 coucht'r, OLI
- ils rcstrrl'nt en conférence pendant plus d'une
heure.
Durant cc temps, les généraux cl officiers
,·cnus d'F:gypte avec le général Bonaparte
("ausaient avec nous dans le salon. Je ne pouYais rne lasser de considérer leur air martial,
leurs figures bronzées par le soleil d'Orient,
leurs costumes bizarres cl leurs sabres turcs
suspendus par des cordons. J'écoutais a~'~l'
attention lems récits sur les campagnes d Egypte et les_c?m!)ats qui s·y ~ta_ïcnt lin és . Je
me compla1sa1s a cnlcndrn rcpclcr ces noms
célèbres : Pyramides, Nil, Grand-Caire, Alexandrie, Saint-Jean d'Acre, le désert, etc. , etc.
Mais cc qui me charmait le pl us était la vue
du jeune mameluk Roustan. Il était resté dans
l'antichambre, OLI j'allai plusieurs lois pour
admirer son costu me qu'il me montrai t aYec
complaisance. li ·parlait déjà passablement
français, et je ne me lassai pas de le &lt;[llt'Stionncr . Le 0&lt;rénéral Lannes se rappela m'avoir
fait tirer ses pistolets, lorsqu'en 1795 il scrYait ~ Toulouse sous les ordres de mon père,

au camp du Miral. li me fit beaucoup d"ami~
Liés, el nous ne nous doutions pas alors . m
l'un ni l'au tre que je serais un jour son a1d~
de camp, et qu ïl mourrait dans mes bras a
Esslincr !
Le ~énéral Mural était né dans la même
con tré~ que nous, cl comme il avait ~té ga'.'Ç??
de boutique ('Irez un mcrcirr de Sam~-Cerc _a
l'époque où ma famille y passait les h11"crs, 11
était venu fréquemment apporter des marchandises chez ma mère. D'ailleurs, mon père
lui arait rendu plusieurs services dont il ful
toujoms re("onnaissant. Il rn'cmbra~sa donc en
me rappelant qu' il m'a,·ait sonrcnl _tenu dans
ses bras dans mon enfance. Je ferai plus Lard
la biographie de cet homme cfübrc, parti de
si bas cl monté si haut.
Le général Bonaparte cl mon père, étant

C UA)IP IO'.\'NET

Gè11éral e11 chef de !"armée de Rome
Tableau Je PAJOu.

rentrés dans le salon, se présentèrent mulucllemcnl les përsonnes de leur suite. Les géné?"aux Lannes el Mural étaient d'anciennes connaissances pour mon père, qui les reçut a,·cc
beaucoup d'alTabililé. Il fut assez froid aY~C ~c
"énérall3crlhicr, qu ï l a,·ail ccpcnd:mt rn pd;s
~ Ycr:saillcs, lorsque mon père était garde du
corps et Berthier ingénieur. Le général Bonaparte, (JUi connaissait ma mèrP, m'en demanda très poliment des nournllcs, me complimenta affectueusement d'arnir, si jeune
encore, adop té la carrière des armes, cl, me
prenant doucement par l'oreille, cc qu!. fu_L
toujours la caresse la plus n~ttc?se_qu_ 11 fil
aux personnes dont il était satisfait, 11_di t, en
s'adressant ,'1 mon père : &lt;I Cc sera un JOUI' un
sPcond génrral Marbot l&gt; . Cel hrn·oscope s't-st
vérifié ; j e n't•n arais point alors l'cspéranc~,
cependant je fus tout fier de ces par?l~•s : 11
faut si peu de chose pour cnorgue1ll1r un
enfant!
La ,·isitc terminée, mon pi-re ne laissa rien
transpirer de cc qui a,·ail été dit entre le
"énéral Bonaparte cl lui ; mais j'ai su plus
fard q11c Bonapa rlr, sans laisser péni:1re1· posi-

.i

tircmenl ses projets, arait cherché, par lrs
cajoleries les pins adroites, à at~ir~r m~n père
dans son parti, mais que cd m-c1 avait constamment éludé la question.
.
Choqué de rnir le peuple de Lxon ~OU'.'11:
au-del'ant de Bonaparte comme s il eut rl1·
déjà Je souwrain de la France, mon p_ère d~clara qu'il désirait partir le lendemam, d~s
l'aube du jour. Mais ses voilures ayant besolll
de réparations, force lui fut de p~sser un!'
journée entière à Lyon. J'l'n profilai pour nw
faire confectionner un nouveau bonn~l dr
police, cl, enchanté dr crttc emple~te, Je 1'.1'
m'occupai nullement des convcrsa~ons politiques que j'entendais autour de moi e~ auxquellrs, à \'rai dire, je ne comprcna1~
&lt;rrand'chosc. Mon père alla rendre au general
Bonaparte la visite qu' il en al'ait reçue. Ils se
promenèrent fort longtemps seuls dans _le
petit jardin de l'hôtel, pend?n~ que leur smt~
se tenait respectueusement a I écart. Nous )~.
voyions tantôt gesticuler avec _chaleur, tantol
parler avec plus de calme, pms Bon_aparle,_ sr
rapprochant de mon père avec un air pate~lll.
passer amicalement son bras s0~5. le s!cn.
probablement pour que les autor1tes qm s~
Lromaienl dans la cour et les nombreux
&lt;'Urieux qui encombraient les croisées du
Yoi.sinarrc, pussent dire que le général Marbol
adhéra~ aux projets du généra~ ~naparle,
car cet homme habile ne néghgca1t aucu11
moyen pour parrnnir à ses fins i il s~duisai ~
les uns et voulait faire croire qu'il avait gagm•
aussi ceux qui lui résistaient par devoir. Cela
lui réussit à merl'cille !
Mon père sortit de celle srconde conversation encore plus pensif qu'il n'était ~orli de la
première, cl, en entran t ~ l'hôte), 11 or~o~na
le départ pour le lcndcmam ; mais le genera 1
Bonaparte dcrnil faire cc jo~~-là une excur:
,ion autour de la ville pour l'IS1tcr les hauteur~
fortifiablcs, et tous les chevaux de poste étaien t
retenus pour lui. Je crus pour le coup qu&lt;•
mon père alla il se fàcher. Il se conte~ta d_e
dire : &lt;( Voilà le commencement de 1ommpotcnce! » cl ordonna qu'on tùchât de se prornrcr des chcYaux de louage, tant il lui tardai l
de s'éloigner de celle l'illc et d'~n spectarlc
qui le choquait. On ne trouva pom~ de chc:
raux disponibles. Alors le colonel M~na~d, qui
rtait né dans le Midi et le conna1ssa1t parfaitement, fit observer que la route de _Lyo~1
étant horriblement défoncee, 11
1 AYianon
0
~tait à craindre que nos voilures ne s'y brisassent, et qu'il serait préférable de les embarquer sur le Rhône, dont la descente n_ou ~
offrirait un spcctaclP enchanteur. Mo~ pcrc.
for t peu amateur de pill?r~squc, au_ra1t da~~
tout autre moment re,J clc cet avis ; ma,~
comme il lui donnait le moyen de qui tte_1: un
jour plus tôt la Yille de_Lyon , dont le seJour
lui déplaisait dans les c1rconst:inccs actuelles.
il consentit à prendre le Rhone. Le colonel
Ménard Joua donc un grand bateau; on conduisit les deux Yoiturcs, et le lendemam, de
grand malin, nous 1'.ous emb~rquà.~es tous.
Celle résolution faillit nous faire per1r.
Nous étions en automne, ~es ea~x étaie~t
très basses, Je bateau touchait et s engra1"a1t

ras

r

'----------------------~--

Jff"ÉJlfOl'J?,ES DU G"ÉN"É'J?,.lll. B.ll"R,ON DE JffA"R,BOT

~

à chaque instant, on craignait qu'il ne se dé- parnrrnt peu proprrs. Les ba teliers cl un
chiràl. Nous couchàmes la prcmifrc nnit à domestique de mon père, r1u 'on arni t laissés ntùlement agréables, refusa d'abord; ruais ces
Sain~-Péray, puis à Tain, cl mi'mcs deux jours de garde près du bateau, vinrent nous pré- citoyens firent tant et tant d'instances, disant
à descendre jusqu'à la hauteur de l'embou- venir au point du jour que le vent était tombé. que tout était déjà ordonné et que les conchure de la Drôme. Là nous troul'àmcs beau- Tous les paysans el matelots prirnnt alors des vives se trouvaient réu nis, qu'il céda enfin, el
coup plus d'eau et marchàmcs rapidèmcnl; pelles et des pioches, et après quelques heures nous nous rend/mes à Cavaillon .
Le plus bel hotcl était orné de guirlandes
mais un de ces coups de vent affreux, qu'on d'un travail fort pénible, il~ remirent la barque
et
garni
de chapeau.x noirs de la ville et de
nomme le mistral, nous ayan t assaillis à un à flot, e_t nous ~ùmes cont!n~er notre voyage
la
banlieue.
Après des compliments infinis, on
quart de lieue au-dessus de Pont-Sain t-Esprit, ve1·s Angnon, ou nous arr1vamcs sans autre
les bateliers ne purent gagner le ri vage. Ils accident. Ceux que nous avions éprolll'és furent prit place autour d'une table immense, couperdirent la tète et se mirent en prières au augmentés par la renommée, de sorte que le verte des mcls les plus recherchés et surlou L
lieu de travailler, pendant que le courant cl bruit courut à Paris que mon père et toute sa d'ortolans, oiseaux qui se plaisent beaucoup
un vent furieux poussaient le bateau vers le suite ayairn t pél'i clans les eaux du Rhône. dans ce pays. On prononça des discours virulents contre les ennemis de la libe1·té; on
pon t! Nous allions heurter contre la pile du
L'entrée cl'.\ rignon, surtout lorsq u'on arrive
pont et èlre engloutis, lorsque mon père et par le Bhône, l Sl tri•s pilloresque; le vieux porta de nombreuses santés, cl le diner ne
nous tous, prenant des perches à crocs et les chàleau papal, IPs remparts dont la ,·ille est fini t qu'à dix heu res du soir. Il était un peu
portant en avant fort à propos, paràmes le entour&amp;-, ses nombreux clochers el le chàteau tard pour retourner à Bompart; d'ailleurs,
choc contre la pile vers laquelle nous étions de Villencu,·e, placé en face d'elle, font un mon père ne po111'ait convenablement se séentrai'nés. Le contre-coup fut si terrible qu'il elfetadmirabk ! Nous trouvàmcs à AYignon ma- parer de ses hôtes à la sortie de table: il e
nous fü tomber sur les bancs; mais la se- dame Ménard et une de ses nièces, cl passâmes détermina donc à coucher à Cavaillon, adsorte
couss~ avait changé Ja direction du bateau, trois jours dans cette ville, dont nous visitâmes · que le reste de la soirée se passa en comersaqui, par un bonheur presque miraculeux, les charmants environs, sans oublier la fon- tions assez bruyantes. Enfin, peu à peu, chaq ue
enfi la le dessous de l'arche. Les mariniers taine de \'aucluse. )Ion père ne se pressait pas invité regagna son logis, et .nous restàmc.s
r,winrent alors un peu de leur terreur et de partir, parce que M. R"* lui avait écrit seuls. Mais, le lendemain, à son réreil, M. Gault
reprirent tant bien que mal la direction de que les chaleurs, encore très fortes dans le ayant demandé à l'aubergiste quelle était la
leur barque ; mais le mistral continuait, et les Midi, l'araicnLforcé de ralenti r sa marche, et quote-part que devait mon père pour l'imdeux voi Lures, offrant une résistance au vent, mon père ne voulait pa- arri ver avant ses mense fes tin de la veille, qu'il croyait ètrc un
pique-nique, où chacun paye son couvert,
rendaient la manœuvre presque impossible. chel'aux. ·
cet
homme lui remit un compte de plus de
Enfin, à six lieues au-dessus d'Arignon, nous
D'Avignon, nous allàrnes à A.ix. Mais arrirés
f'ùmes jr tés sur une très grande ile, où la sur les bords de la Durance, qu'on traversait 1500 francs, les bons patriotes n'ayant pas
pointe du bateau s'cngrava dans le sable, de alors en bac, nous lrouràmes celle rivière payé un traitre sou!. .. On nous di t bien que
manirrc à ne plus pouvoir l'en retirer sans Lcllemenl grossie cl débordée qu'il était im- quelques-uns avaient exprimé le désir de parer
l'assistance de bea ucoup d'ou1Ticrs, et nous possible de passer avant cinq ou six heures. leur part, mais que la très grande majo,:ité
penchions tellement de côté, que nous crai- On délibérait pour saroir si on allait retourner avait répondu que cc serait faire injure au
gnions d'ètre submergés à chaque instant. à Avignon, lorsque le fermier dn bac, espèce général Mar bot!. ..
Le capitaine Gaul t était furieux de ce proOn plaça quelques planches entre le bateau et de monsieur, propriétaire d'un charmant petit
cédé,
mais mon père, qui au premier moment
le rivage; puis, au moyen d'une corde qui cas tel situé sur la hauteur à cinq cents pas
n'en
revenait
pas d'étonnement, se prit ensenait d'appui, nous débarquâmes tous sans du ri vage, vint prier mon père de venir s'y
accident, mais non sans danger. Il étai t im- reposer j usqu"à ce que ses voilures fussent suite à rire aux éclats, el di t à l'aubergiste de
possible de penser à se rembarquer par un embarquées. Il accepta, espérant que ce ne venir chercher son argent à Bompart, où nous
1·enl aussi affreux, quoique sans pluie ; nous serait que pour lJUelques heures; mais il relournàmes sur-.lc-champ, sans faire la moinpénétrùmcs donc dans l'in térieur de l'ile, qui parait que de grands orages avaient eu lieu dre observa tion à notre chàtelain, dont on
était fort grande et que nous crùmcs d'abord dans les Alpes, où la Durance prend sa source, ré~ompensa très largement les serviteurs;
inhabitée; mais enfi n, nous apcrçùmes une car celte ri vière continua de croi'lrc toute la pms nous profitàmçs de la baisse des eaux
espèce de ferme où nous trouvà1;nes des journée. Nous fùmes donc forcés d'accepter pour traverser enfin la Durance et nous rendre
à Aix.
bonnes gens qui nous re~urent très bien. pour la nuit l'hospi talité qu'offrait très corQuoique je ne fusse pas encore en à&lt;re de
Nous mourions de faim , mais il était impos- dialement le maitre du chàtcau, et comme il
sible d'aller chercher des provisions sur le faisait beau, nous nous promenâmes toute la parler poli tique avec mon père, cc que .i c lui
bateau, et nous n'avions que très peu de pain. journée. Cet épisode du voyage ne me déplut avais entend u dire me portait à croire &lt;JUe ses
idées républicaines s'étaitnl rrrandcmenl moIls nous dirent que l'ile étai t remplie de nullcrnenl.
difiées depuis deux ans, et q~e ce qu'il arnil
poules qu'ils y laissaient vivre à l'état sauvage
Le lendemain , les eaux étant encore plus
et qu'ils tuaient à coups de fusil quand ils en furieuses c1ue la veille, notre bote, qui était entendu au diner de Cavaillon avait achevé de
avaient besoin. ~Ion père aimait bea ucoup la un chaud républicain et qui connaissait assez les ébranler ; mais il ne Lémoio-na aucune mauchasse, il avait besoin de faire trère à ses bien la rivière pour j uger qu'il nous serai t v~isc humeur au sujet du ; rétendu piquesoucis, on pri t les fusils des paysans, des impossible de la .tra verser avant vingt-quatre nique. li s'amusait mème de la colère de
fourches, des bàtons, et nous voilà partis en heures, se rendit en toute h.l. tc, et à notre AL Gaul t, qui répétait sans cesse : (1 Je ne
riant pour la chasse aux poules. On en tua insu, dans la petite ville de Cavaillon, qui n'est m'étonne pas que, malgré la cher té des ortoplusieurs, quoiqu'il ne fût pas facile de les qu'à deux lieues de là sur la mème rive que lans, ces drôles en eussent fait venir une si
joindre, car elles volaient comme des faisans. Bompart. 11 alla prévenir tous les pafriotes grande quantité, el demandassent tant de
Nous ramassàmes beaucoup de leurs œufs de la localité et des environs qu'il avait chez bouteilles de vins fins!. .. ll
, Après avoir passé la nuit à Aix, nous pardans les bois, et de retour à la ferme, on lui le général de division 1farbot. Puis ce
alluma en plein champ un grand fou au tour monsieur revint triomphant dans son castel, Li mes pour nous rendre à Nice. C'était notre
duquel nous nous établimes au bivouac, pen- où nous v1mes arriver une heure après une dernière journée de poste; nous trarer:sions la
dant que le valet de chambre, aidé par la ealvacade composée des plus chauds patriotes montagne et la belle forèt de !'Esterel, lorsfermière, accommodait les volailles et les œufs de Ca,•aillon, qui rnnaient supplier mon père que nous rcnconlràmes le chef de brigade (ou
de diverses façons. Nous soupàmcs gaiement de rnuloir bien accepter un banquet qu'ils colonel) du 1°' de housards qui, escor té d'un
et nous couchàmes ensui te sur du foin, per- lui offraient au nom des notables de cette officier et de plusieurs cavalier.s conduisant
sonne n'ayant osé accepter les lits que les ville &lt;1 toujours si éminemment républicaine l&gt; ! des chevaux éclopés, rercnait de l'armée, et se
rendait au dépdt de Puy en Velay. Cc colobons paysans nous offraient, tant ils nous
)Ion père, am1ucl ces ovations n'étaient
nel se nommait Af. Picart ; on lui laissait rnn
,. -

HISTORIA, -

Fasc. 2.

5

�1f1S T O'l{1.ll - - - - - - -- - -- ---::,--- - - -- -- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
n:giment en raison de ses qualités d·adminislratcur, et on l'envoyait souvent au dépot
pour y faire équiper des homme cl des chrmux, qu'il expédiait ensui te aux escadrons
de gurrre, 011 il paraissait très rarement et
restait fort peu. En apercevant M. Picarl, mon
père fit arrèlcr sa voiture. mit pied à tcn e,
el après m'avoir présPnl&lt;: à mon colonel, il le
tira it part pour le pric•r de lui indiquer un
sous-officier sage cl hir n élcYé dont il pû l
fairr mon mentor. Lr rolonrl indiqua le
111an:chal des logi Prrtclay. )Ion père fit
prcmlrc le nom de cr ~ous-officicr, r l nous
conlinuàm&lt;'s noire ro11lc j11squ'it 1icr, où nous
trouvàmes le commandant R"* établi dans un
excellent hotcl avec no~ t'&lt;[11ipages el no
chevaux en lrL'S bo11 état.

CHAPITRE VIII
.l rriYêe a :'iice. - Mon mentor Pertetay. - Comment
je deviens un vrai housard de Bercheny. - J'entre
dans la clique. - Mon premier duel a la ~fodona,
près avone. - Entê.-emenl d"un convoi de bœufs
à Dego.

La ville de ~icr était rl'mplie de troupes.
parmi lesquelles ~e Lro11Yait un escadron du
(er dL· housards, auquel j'apparl!'nais. Cc régiment, en l'abscncl' de ~on colonel, était
commandé par un très hran• chef d'l'scadron
nommé Mullt•r (c'était le père• de cc pauvre
malht&gt;urcux adjudant dn 7• de housards qui
fut blessé d'un coup de canon, auprès de
moi, à Waterloo). En apprenant que le général de division venait d'arrirnr, le commandant )luller se rendit chez mon père, cl il fut
convenu entre eux qu'après quelques jours
de repos je ferais le errice dans la 7• compagnie, commandée par le capitaine Mathis,
homme de mérite, qui plus Lard devint colonel sous l'Empire et maréchal de camp sous
la Rest.aurai.ion.
Quoique mon pi're fùt fort hon pour moi.
il m'en imposait tellement, que j'étais aupr/ls
de lui d'une très grande timidité. timidité
qu'il suppo ait encore plus grande qu'elle ne
l'était réellement; aussi disait-il que j'aurais
d1î ètrc une fille, et il m'appelait souvent
matlemoiselle 1lfarcellin : cela me chagrinait.
beaucoup, suri.out dcpui que j 'étais hou,ard.
C'était donc pour 11aincre cette timidité que
mon père voulait que je flsse le service avec
mes camarades; d'ailleur , ainsi que je l'ai
déjà dit, on ne pouvait r ntrcr dans l'armée
que comme simple soldat. \Jon père aurait
pu , il est vrai , m'alt.acht•r à sa personne,
puisque mon régiment faisait partie de sa
division ; mais outre la pensée indiquée cidcssus, il désirait qu e j'apprisse à seller el
brider mon cheval, soigrwr mes armes, et ne
rnulait pas que son fi ls jouit du moindre privilège, cc qui aurait produit un mauvais effet
parmi les troupes. C'était déjà beaucoup qu'on
m'admi'l à l'escadron sans me faire faire un
long et ennuyeux apprentissage an dépol.
.le passai plusieurs jours it parcourir al'CC
111011 père et son élat-ma,jor les environs de
Nice, qui sont fort he:1ux : mais Ir moment

de mon entrée à l'escadron étant arriré, mon
père demanda au commandan t Muller de lui
envoyrr le maréchal des logis Pcrtelay. Or,
il faut que vous sachiez qu'il existai t au régiment deux fr1'.res de cc nom, Lous deux maréchaux drs logis, mais n'ayant entre eux aucune rl'ssemblancc physique ni morale. On
croirait que l'auteur de la pièce les Deux /&gt;hilibei·t a pris ces deux hommes pour types,
l'ainé des Pertelay étant Philibert. le mauvais
sujet, t•t le jeune· Perlelay, Philibert le bon
sujet. C'était cc dernier que le colonel avait
entendu désigner pour mon mentor; mais
comme, pressé par le peu de temps quP mon
père et lui avaient pas é 1•nsemhlt•, ~I. Picarl
avail oublié en nommant Prrll'lay d'ajouter
le jeune, Pl que, d'ailleurs, celui-ci ne faisait
pas partir de l'e cadron qui ~l' trouvait it
Nice, tandis que l'ainé servait précisérnrnt
dans la 7• compagnie, dans laquelle j'allais
entrer, le commandant Muller crul que c'était
de l'ainé que le colonel avait parlé it mon
père, cl qu'on avait choisi cet enragé pour
deniaiser un jeune homme aussi doux cl au si
timide que jc l"étai . Il nou enroya donc Pertelay ainé. Cc type des anciens housards était
buveur, tapageur, querelleur, bretteur, mais
aussi, brave jusqu'à la témérité; du reste,
compli·tement ignorant de tout cc qui n'aYail
pas rapport à on cbel'al, lt ses armes et à on
service devant l'ennemi. Perlelay jeune, au
contraire, élait doux, poli, très instruit, et
comme il était fort bel homme cl tout aussi
brave que son frère, il PtlL certainement fait
un chemin rapide si. bien jeune encore, il
n'eùt trouvé la mort sur un champ de bataille.
~fais revenons à l'ainé. Il arrive chrz mon
père, cl que rnyons-nous? Un luron, très bien
tenu, il est nai, mais le shako sur l'oreille,
le sabre trainant, la figure enluminée et coupée t'n deux par une immense balafre, des
moustaches J'un demi-pied de long qui, relevées par la cire, allaient se perdre dans les
orcillrs. drux. grosse nattes de cheveux tressés
aux tempes, qui , sortant.de son shako, tombaient 11r la poilri1w. cl al'ee cela, un air!!. ..
un air de cbcnapan, qu'augmentaient encore
des paroles accadées ainsi qu'un baragouin
franco-alsacien des plu barbares. Ce dernier défaut ne surprit pas mon père, car il
savait que le I er de housards était l'ancien
régiment de flcrcheny, dans lequel on ne
rcccvail jadis que les Allemands, et où les
commandements s'étaient faits, jusqu'en J795,
dan la langue allemande, qui élait celle le
plus rn usage parmi les officiers et les housards, presque Lous nés dans les provinces
des bords du Rhin ; mais mon père fut on ne
peul plus surpris de la tournure, des réponses
el de l'air ferrailleur qu'avait mon mentor.
J'ai su plus tard qu'il a\"ail hésité à me
mettre entre les mains de cc gaillard-là, mais
que M. Gault lui ayant fait observer que le
colonel Picart l'avait désigné comme le meillem· ous-officier de l'escadron, mon père
'était déterminé à en essayer. Je suiris donc
Pcrtclay, qui, me prenant sans façon sous le
bras, rint dans ma chambre, me montra à
placer mes effets dans mon portt•manteau cl

me conduisit dans une petite caserne située
dans un ancien couvent el occupée par
l'escadron du trr de housards. Mon mentor
me fit seller et desseller un joli petit cheval
que mon père avait acheté pour moi ; puis il
me montra à placer mon manteau et mes
armes; enfin il me fit une démonstration
complète et songea, lorsqu'il m'eut tout expliqué, qu'il était Lemps d'aller diner, car mon
père, désirant que je mangeasse avec mon
mentor, nous avait affecté une haute paye
pour celle dépense.
Pcrtp]ay me conduisit dans une petite au,hergc dont. la salle était remplie de housards,
de grenadier et de soldats de toutes armes.
On nous sert, et l'on place sur la table une
énorme bouteille d'un gros vin rouge des
plus 1'iolenls, dont Pertr lay me verse une
rasade. Nous trinquons. Mon homme \"ide son
verre et je pose le mien sans le porter à mes
lèvres, car je n'avais jamais bu de vin pur,
el l'odeur de cc liquide m'était désagréable.
J'en fis l'aveu à mon mentor, qui s'écria
alors d'une 1·oix de stentor : « Garçon!. ..
apporte une limonade à ce garçon qui ne boit
jamai de rin ! . . . &gt;&gt; Et de grands éclats de
rire rC'lcnlissl'nl dans toute la salle !. .. Je fus
très mortifié, mais je ne pus me résoudre à
goûter de cc l'in et n'osai crpendant demander
de l'eau : je dinai donc sans boire !
L'apprentissage de la vie de soldai est fort
dur en tout temps. li l'était surtout à l'époque
dont je parle. J'eus donc quelques pénibles
moments à passer. ~lais ce qui me parut intolérable fut l'obligation de coucher avec un
autre housard, car Je règlement n'accordait
alors qu'un lit pour deux soldats. Seuls, lcs
sous-officier couchaient isolément. La pn·mière nuit que je passai à la caserne, jt·
venais de me coucher, lorsqu'un grand estogrilfc de housard qui arrivait une beure après
les aulres s'approche de mon lit, et voyant
qu'il y a,,ait d~jà quelqu'un, décroche la
lampe et la met sous mon nez pour m'examiner de plu·s près, puis il se déshabille. Tout
en le voyant faire, j'étais loin de penser qu'il
avait la prétention de se placrr auprès de
moi ; mais bientôt je fus détrompé, lorsqu'il
me dit durement : « Pous e-toi, conscrit! ))
Puis il entre dans le lit, se couche de manière
à en occuper les Lrois quarts el se met à ronfler sur le plus haut. Lon! li m'était impossible de fermer l'œil, surtout à cause de
l'odeur alfreu c que répandait un gros paquet
placé par mon camarade sous le traversin
pour s'exhausser la tète. Je ne pourais comprendre ce que cc pouvait être. Pour m'en
assurer, je couic tout doucement la main vers
cet objet cl trouve un tablier en cuir, tout
imprégné de la poix dont se servent les cordonniers pour cirer leur fil!. .. Mon aimable
camarade de lit était l'un des garçons du
bottier du régiment! J'éprouvai un tel dégont
que je me levai, m'habillai et allai à l'écurie
me coucher sur une botte de paille. Le lendemain, je fis part de ma mésaventure à Pcrtrlay, qui en rendit compte au sous-lieutenanL
du peloton. Celui-ci était un homme bien
élevé; il se nommai l Leisteinschneider (en

---

JffiJlf01'/?._ES DU GÉNÉ'/?._A1. BA'/?._ON DE JffA'/?._BOT
allemand, lap!daire). Il devint, sous l'Empire,
l'escadron, où je fi emplette d'une fausse
colonel, premrer aide de camp de Bessières
hi!midcs de Ja cire avec laquelle on m'al'ait
queue et de
cadelll'tlcs qu'on attach ,
et fut. tué.
M.
Leistcinscbneidcr
compre
t'
. d .
,
11an
hevcux &lt;1eJ••11 passablement fonn-s a a· mes fait des _m?ustaches, el celle cire en se des éc
mh
co ,en •1 .cva1t ?1 'ètre pénible de coucher
, · 1· ,
" , car JC 1es
a,ars a1sses pousser depuis ,non cnro' ]cment. cbant _Lirait mon épiderme d'une façon très
avec un _botlrcr, prit sur lui de me faire don- C
et accou(rcm~nt m:em~arrassa d'abord ; d.~sa~rcable ! Cependant je ne sourcillais pas 1
ner un. ht dans la chambre des sous-orne·
1 1rrs, ccp_endant Je_n~ y hab1tua1 en peu de ·ours
J cta1s housard ! Ce mot a,•ait pour moi
ce Cf_lll me causa un très grand plaisir.
quplcrue chose de magique; d'ailleurs emet ,.11 me pla1sa1t' pa.
·
J
'
' icc que Je me fi rrurais
Bien que la Révolution etlt introduit un
brassa'.1t la carrière militaire, j'al'ais fo;t bien
gra~~ relà~hement da~s la t: nue de trouprs, qu _il _me, donnait l'air d'un vieu:c hou~m·d
compris
que mon premier drvoir était de me
le I de h lllsards avait louJours conscrré la _ma,~ il n cn_fut pas de mème des moustaches'. conform_er aux règlements.
JC n en a,·a,s pas pl us qu'une jeune fille, el
.\Ion père rt une parti(•
de sa
. (11vrs1
. • •on
'

L E CfaÉRA L BONAPARTE A LA BAT AILL E DE

sienne aussi_exacte que lor quïl était Berc?eny; . aussi, saut les dissemblances phys_iques imposées par la nature, Lous les cavaliers de,,aienl se ressembler par leur tenue
et comme les régiments de housards portaicn~
alors non seulement une queue, mais encore
de longues tresses en cadenettes sur les
tempes, et avaient des mou taches retroussées, on exigeait que tout ce qui appartenait
au corps eût moustaches, queue cl tresses.
Or, comme je n'avais rien de tout cela, mon
mentor me conduisit chez le perruc1uicr de

R1vou

.-

TaNea11 de Pu1L1Pf'OTEAux. (J.f11sée de i·e,·sailles.)

comme une figure imberbe aurait déparé les
'.'an%s de l'escadron, Pertelay, se conforman t
a _I usage de Bercbeny, prit un pot de cire
noire el. me fit avec le pouce deux énormes
crocs qur, couvrant la )èl'rc supérieure, me
~ ontaw~t presque jusqu ·aux yeux. Et comme
a_ ?cttc ~poque les shakos n'avaient pas de
n s1ère, il arrivait que pendant les revues ou
lorsque j 'étais en vedelt.e, positions dans 'icsquclles on doit garder une immobilité complPte, le soleil d'Italie, dardant ses rarons
br1)lanls sur ma figure, pompait les pa~lies

!'liché nraun. Clément et c••.

étaient encore à ice lorsqu ·on apprit les
él'én~ment~ du 18 brumaire, le renversement
du D1r~loire e_t l'établissement du Consulat.
)Ion perc avait lrop mt:lprisé le Directoire
pour le rl'gre~ter, mais il craignait q11'eni1Té
par_ le pouvoir, le général Bonaparte après
avoir rétabli l'ordre en France, ne se 'bornàt
pas ~n modeste titre de Consul , et il nous
p1:édrt q_ue dans peu de temps il voudrait se
{: 1re i:oi. Mon père ne se trompa que de Litre;
Napoleon se fit empereur quatre ans après.
Quelles que fussent ses pré,,isions pour

�, . - 111STORJ.Jl
l'a\'cnir, mon père se félicitait de ne pas
s'ètrc trou\'é à Paris au 18 brumaire, et je
crois que s'il y eùt été, il se serait fortement
opposé à I' cnlrepri e du général Bonaparte.
Mais à l'armée, à la tète d'une division placée
dcrant l'ennemi , il \'oulut se renfermer dans
l'obéissance pa~sive du militairr. li repou sa
donc les propo ilions que lui firent plusieurs
généraux et colorwls de marcher sur Paris à
la tète de leurs troupes : « Qui, leur dit-il,
défe11d ra les frontière si nous les abandonnons, et que de\'iendra la France si à la guerre
contre le étrangers nous joignons les calamité d'une guerre civilr? l&gt; Par ces sages
obst•rrations, il maintint les esprits exaltés;
l'epcndant, il n'en fut pas moins très affecté
du 1·oup d'État qui \'Cnait d'avoir lieu. Il idolàlrail sa patrie, et eùt voulu qu'on pùt la
sauver sans l'asservir au joug d·un maitre.
J'ai dit qu'en me faisant faire le scrl'icc de
simple housard , mon père arait eu pour but
principal de mr faire perdre cet air d'écolier
un peu niais, dont le court st~our que j'a,·ais
fait dans le monde pari icn ne m'a,ait pas
Mharrasstl. Le résultat pa sa ses c pérances,
l'ar ri,anl au milieu de housards laparreur ,
el a~·anl pour mentor une espèce de pandou1'
qu i riait dt&gt;s sottises que je faisais, je me mis
à hurler avec lt'S loups, el de crainte qu'on se
moquàl de ma timidité, je de, ins un vrai
dia hie. Je rw l't:tais cependant pas encore
assez pour ètrc reçu dans une sorlt' dl' confn:ric, qui, sons le nom de clique, a,·ait dt•
ad1•pll'~ dans tous lt•s escadrons du Jer de
housards.
La clique St' composait des plus mauvai~t•s
tètes l'Omme des plus br:wcs soldats du régim&lt;•nl. Les membres de la clique ~e soutt•naicnl entre eux enwrs el contre tous, surtout deYanL l'ennemi. lis se donnaient l'nlrc
eux le nom de louslics cl .c rC'connai.saienl
à une échant·run• pratiquée au mo~cn d'un
couteau dans l'étain du premier bouton de la
rangée de droite de la ptfast' cl du dolman.
Lc•s officiers connaissaient l'existence de la
clir111e; mais l'0lllrm ses plus grands mt:faits
se bornairnt 11 marauder adroitement quelques
poules el moulons, ou à faire qut&gt;lquc nicbc
aux habitants, et c111e d'ailleurs les loustics
étaient toujours lrs premier au feu, le chefs
formaient les 1·c•ux sur la clique.
.rétai si étourneau, que je désirais très
l'i,·emenl faire partie de celle .ociété de lapagctw : il me st•mblail que cela me po erait
d'une faço n convenable parmi mes camarades; mais j' arni!l' beau fréquenter la salle
d"armes, apprendre à tirer la pointe, la
contre-pointe, le sabre. le pistolc•l et le mousqueton, donner en pa sanL des coups de c·oude
à tout cc qui se trouvait sur mon chemin,
laisser trainer mon sabre el placer mon shako
sur l'oreille, le membres de la cliqt1e, me
regardant comme un enfant, refusaient de
m'admettre parmi eux. Une circonstance imprérne m'y fil reccYoir à l'unanimité, cl voici
comment.
L'armrc d"ltalie occupait alors la Ligurie
el . e lrourail étendue sur un long cordon de
plus de soixante lieues de long, dont la droite

.llf'ÉMOl~ES DU G'ÉN'É~.llL B.ll~ON DE .li{.ll~BOT - - était au golfe de la Spezzia, au delà de Gènes,
le rentre à Finale. el la gauche à Nice cl au
\'ar, c'est-à-dire à la frontière de France.
Nous a,·ions ainsi la mer à dos cl faisions
face au Piémont, qu'occupait l'armée autrichienne dont nous étion séparé par la
branche de !'Apennin qui s'étend du Yar
à Gal'i. Dans cette fausse position, l'armée
française était exposée à ètre coupée en dmx,
ainsi q1rn cria advint quelque moi après;
mais n'anticipons pas sur les éréncmenls.
~Ion père ayant reçu l'ordre de réunir sa
division à avonc, petite ,·illc située au bord
de la mer 11 dix lieue en deçà de Gène ,
plaça son quartier général dans l'é\·èché. L'infanterie fut répartie dans les bourgs el villages
l'Oisins, pour observer les vallées par où
débouchent les routes et chemins qui conduisent au Piémont. Le Ier de hou ards, qui
de Nice s'était rendu 11 ,avonr, fut placé au
bil'ouat dans une plaine appelée la Madona.
Les arnnt-postc ennemis étaient à Dcgo, à
quatre ou cinq lieues de nous, sur le rc,er~
opposé de L\pennin , dont les cimrs étaient
cournrtes de neige, tandi qur Sal'Onc el ses
environs jouissaienl de la température la plus
do11l'c. Notre bil'Ouac c•ùt été charmant, si les
, iHes l eussent été plus abondants; mais il
rù&gt;.i tait point encore de grande roule de
~ire• à Gènes: la mer était couYcr'le de croiseurs angbis, l'armée ne l'irnit donc que de
cc que lui portait•nt par la Corni&lt;·he &lt;111clqucs
détachement de mulets, ou de ce qui pron~nail du chargement de petites embarcation
qui se glissaient inaperçues le long drs cùtcs.
Ces rt'Ssourccs précaires suffi aient à peine
pour fournir au jour le jour le grain nécessaire pour soutenir les troupes, mai , heureu emcnl, le pays prod uit ut•aucoup de ,·in,
cc• qui soutenait les soldats el leur foisail
supporter les prirnlions arec plus de résignation. Or donc, un jour que par un trmp,
délil'ieux maitre Pertelav, 111011 mentor, se
promrnail avec moi sur li•s rivage de la mr r,
il apr rçoil un cabaret situé dans un charmant
jardin planté d'orangers et de citronniers,
sou h• quel étaient placées des tables entourt;es de militairrs de toutes arme . cl me
propose d'y c•ntrcr. Bien que je n'eusse pu
rnincre ma n:pugnancc pour le rin, je le sui
par complaisance.
11 c t bon de dire qu'à cette époque, le
ceinturon des cavalier n'était muni d'aucun
crochet, de orle que quand nous allions
à pil'd, il fallait tenir le fourreau du sabre
dan la main gauehc, en laissant le bout trainrr par terre. Cela fai~ail du bruit sur le
paré el donnait un air tapageur. li n'en avait
pas fallu dal'antage pour me faire adopter ce
genre. Mais 1oili1 qu'en entrant dans le jardin
public dont je riens de parler, le bout du
fourreau de mon sabre Louche le pied d'un
énorme canonnier à chcral, qui se prt;Jassail
étendu sur une chaise, le jambes en avant.
L'artillerie à chernl, qu'on nommait alors
al'tillerie volante, avait été formée au commrnccmenl des guerres de la Ré1•olution,
avec des hommes de bonne ,·olonté pris dans
les compagnie de grenadiers, qui al'aient

profité de celle ocl'asion pour se déharra,st•r
des plu turbulent .
Les canonniers volants étaient n•nornmé:;
pour leur courage, mais aussi pour leur amour
des querelles. Celui dont le bout de mon
sabre arail loul'hé le pied me dit d'une ,·oi,
de stentor cl d'un ton fort brutal : « Housard! ... ton sabre traine beaucoup trop!. .. &gt;&gt;
J'allais continuer de marcher sans rien &lt;lin',
lor"que maitre Pcrtelay, me pous anl du
coude, me souflle tout bas : « Réponds-lui :
Viens le rcle,w ! l&gt; t l moi de dire au canonnier : &lt;&lt; Yiens le relcn•r. - Cc era facih•, »
réplique celui-ci. - Et Pertelay de me soul fier
de nom·C'au : « C'est cc qu'il faudra roir ! i&gt;
A ces mols, 11' canonnier, ou plutùt cc
Goliath, car il al'ait prè de six pieds de haut,
se dresse sur son srant d'un air menaçant. ..
mais mon men/or s'élance entre lui et moi.
Tou les canonniers qui se• trouvent dan, lt•
jardin prennent aussitôt parti pour leur ('a maradt•, mais une foule de hou ards l'icnnenl se
ranger auprès de Pcrtelay el de moi. On
s'échauffe, on crie, on parle tous à la foi~, jt•
crus quïl y allait arnir une mèlt:e générait•;
cept' ndant, comme les housards l'laicnl au
moins dcu&gt;. contre un, ils furent plus calmes.
Les artilleurs comprirent que s'ils dégainaient,
ils auraient le dessous, et l'on finit par fain·
comprendre au gt:ant qu'rn frôlant son pied
du bout de mon sabre, je ne l'ami~ nullement in~ult~, cl que l'affaire del'ait en rP~tt•r
là entre nous deux: mai comme, dan, le
tumulte, un trompette d'artillerie d'i111t•
l'ingtaine d'années était ,·enu me dire dt•s
injures, et que dans mon indignation je• lui
avais donné une si rude poussl'c qu'il était
allé tomber la tète la première dans un fo,,.é
plein de bouc, il fut conl'cnu que,' (•e gar('0ll
el moi, nous nous battrions au sabre.
Nou sortons donc du jardin, sui, i~ dt•
tous le a islanls, et nous voilit auprè~ du
rivage de la mer, sur un sable fin l'l solidt•.
dispo é à ferraillt•r. Pcrtclay sal'ait 1111c jP
tirai pas ablcment le sabre, ccpC'ndanl il nit•
donne quelque aris sur la manière dont je
dois attaquer mon adl'ersaire, et allarhc la
poignée de mon sabre 11 ma main aire 1111
gro mouchoir qu'il roule autour de 111011
bras.
C'est ici le moment de ,·ou dire que mon
pi•re arait. le duel en horreur, ce qui. oulrt•
se réflexions sur ce barbare usage, pro1t•nail, je croi , de cc que dans sa jcuncssl',
lorsqu'il était dans les gardes du corp , il
a,·ait ervi de témoin à un camarade qu'il
aimait beaucoup el qui fut Lué dans un combat ingulier dont la cause était des plus
futiles. Quoi qu'il en soit, lorsque mon pi&gt;rl'
prenait un commandement, il prescrivait à 1:1
gendarmerie d'arrèter cl de conduire dernnl
lui tous les militaires qu'elle surprendrait
croisant le fer.
Bien que le trompette d'artillerie et moi
connussions cet ordre, nous n'en avion · pa,
moins mis dolman bas el sabre au poing! .le
tournais le dos à la ville de Savone, 111011
adl'crsaire y faisait face, el nous allion~ commencer à nous escrimer , lorsque je l'ois le

trompette s'élancer de eùlt\ ramas er son dol- q~c j'allais en suhir une autre bien plus ém~_n ~t.? am~r_en courant! .. : c, Ah! làche! rerc de la part dr mon père. Je ne me S!'ntais tr:oupeau sans coup férir. Nou rentrùmes au
bivouac harassé ·, mais ravis d'a"oir fait Ulll'
m _eeriar-Je, tu fuis! ... » Et je 1eux le pour- pas le couraire de la su1iportcr t'l re' ·ol d
•
• •
S US C
bonne_ niche à no. ennemi , et ensuite de
s111l're. lorS&lt;fllC deux mains de for me saisissent m, r s~ustrarrc
. r JC le pou l'ais. Enlln, on nous nous ctrc procuré de vivres.
par dr rrihc au collet!. .. ,le tourne la tète... cor~d~rl _au delà des portes de la citadelle; la
. , Je n'ai cité cc fait que pour fairr l'Onnaitrl'
l'i me tro'.11 e entre huit 011 dix ~Pndarmes !. ..
mrrl etart sombre, ' pire marchait dcrant moi
'.
Clat _de _mis~rc dans lequel se trou l'ail déjil
,le, ! eompris
alors
pourquoi mon &lt;anta,,onistc
.
,
. .
O
...
al'ec une l?nt~rnc. t'l tout en cheminant dans 1arn~ce d lt?lre: et pour montrer 11 quel point
~ ctart sanl'e, arn I que tous les assi tant que
les rue clro1tes el tortueu~es de la ,·ille le
JC ."oyais 'éloigner à toutes jambes. ,, com- ~~nbo1~me_, enchanté de me ranwner, fai;ait de de organrsat1on un tel abandon peul jt•l(•r
p~·~s m:iitre Pcrtclay, car chal'un avait peur l c•nm~eralron d~ tout le confortable qrri m'at- les troupes dont les chefs ont obli~és, non
s?ulemrn~ de tolér:er de s!'mblables ' l'xpédicl etrc arrèté et condu it dcl'ant le «énéral.
tendait.
"1·•,. par t•xcmd' .au. quartier
.
o1rénéral.
• , 111 ,,
llr ,·oilà donc pri~onnier cl désarmé. Je p1_e,. rsa1t-rl, tu dois l°attendn• il unr ~ért·rc trons. mars de profrtt•r dt•s ,il'rcs qu'elles proc'.1renl, sans a,oir l'air de sa,·oir d'où ils propa~sc mor~ dolman el suis d'un air fort prnaud repr1mandc dt&gt; ton J&gt;ère'
Cl'liC dl'l'nll'l'C
.,
J
•···
v1enne11t.
mes gard,cr'.s auxquels je ue dis pas mon P irasc fixa Ill(' irrésolutions et po . 1 ·
·
1
I'
-,
111
arsser
nom,_ et qur me conduisent 1t l'élècht:, où ~ a co cr; _de n~on pèi·c• le lPmps de se calmer,
logeait mon père. Celui-ei était en cc moment Je me dcc1de a ne pas paraitre derant lui
CHAPITR,E IX
~,e_c le l!én~ral Suchet (depuis maréchal), qui a,·ant quelque · jours. et à rctournrr rejoindre
l'~art _,em, a Sal'one pour conférer al'CC lui m?n h'.1:ouac à la. Madona. J"aurais bi&lt;'l1 pu Comment, je _dei in_s d'emblée maréchal des logis. _
d alfarres de SPrl'ice. lis se promenaient dans m ?sq1111cr_ sans farre aucune niche au pau1Tc
J enlc1e dix-sept housards de IJarco.
une galerie qui donne sur la cour. Les n-enP.•~~;: mars, d~ eraintc qt~ïl Il(' me pour_lleurcu~ dans ma carrière militaire, je n'ai
darmc me eonduisent au général Jla;bot ~u111~ a !a clarte de la lumière qrrïl portait,
sans sr douter que je suis son fil . Le brirra- J~ fars d un coup de pied rnlt•r ~a lanlt•rnc il p_ornl passe par le grade de brigadier, car dt•
dirr explique le motif de mon arrestati~rr. dix pa de lui et je 111(' saure t'n courant. pen- srmple housard je de, ins d'emblée maréchal
A_lo: s mon pè~c, prenant un air des plus ?an.l que le, ~or~hommt', cherchant sa lanterne des logis, et ,·oici comment.
A 1~ gauche de la dirision de mon père, se•
se1cres, me fa rt une trè.-, l'i1e rt'monlrancc. ~ _1~1lons? s:crre :. « ,~h ! petit coquin ... jt•
Ct•_tte ?dmoncstation faite, mon père dit au , ars le drrc a ton J&gt;erc. il a ina f'o,· 1. r 't tro11rn1l celle que commandait le général St;d
· •,
, ,rcn 1a1
ras, do~1~ Il' quartier général était à Finalt•.
brrgadrcr : « Conduisez cc housard à la citac te mettre avec ces bandits de housard, de
C~lle .dmsion, qui occupait la partie de fa
delle. » Je me retirai donc sans mol dire l't Bercbeny ! belle école de irarnemt•nt" !. .. »
L'.gurrc, ?ù. les montagnes sont Ir plus escarsar_is q_uc le général , uchet, riui ne me ~nAprrs_ a~oir &lt;'_rré quelque temps dans ll's
narssar~ pa ' _se ftH douté que la scène à la- rues solrtarres, j(' rctrourni enfin le chc•min pccs, •~ etart composée que d'inf'anlc•ric•, la
&lt;[tll'l_le ri rrnarl d'assister se J't)t passée entre de la )ladona c•t j'arrirai au hi,·ouac du ré"i- c~valerrt' ne po11ranLt• mouroir que par pl'lib
le perc et le fi ls. Cc ne fu t que le lendemai n m?nt. Torrs b housards me rrornient ~n delachcme1~ts dans les rart•s pas ages qui sur
que le génfral ' uchet connut la parenté des prison. Dès qu'on me reconnut i1 la ·lueur des ce pornt rpart•nt le littoral de la )léditerP_l'r~onnagcs. cl depuis il Ill ·a somcnt parlé en fell\; on m'cm-ironnc, on mïntl'mwe ('l l'on ri; ranc;e d'al'el' IC' Piémont. Le général , fra~.
~yant reçu du /!t;néral en chl'f Championnc•l
rranl d(• cette s1·ènc...\rrin; à la citadelle rieux
a~x celai (orsq~reje raC'ontPcommc•r~lj&lt;' nw ,uis
m?numcnt génois situé auprès du p~rt on ~eLarra~s~ de l homme dt&gt; confiance diar"é d(• 1ord~e. ~c pous~cr arec la plus forte par tie de
m _l'nft•r!na dans une immt•nst• salle qui r~c(•- me e~ndurrc chl•z Il' gù1éral. Les mt•mb,:,s dt• sa dll'l~rorr lllll' n•co1111aissan!'e 1•11 a,·anl drr
1a11 Ir ,Jour par une lucarne dorrnant sur la la cl'.que,. surtou t, sont l'harrrn:s dt• cc trait mont Santo-Gial'omo, au delà duquel se trounwr: J~ me remis peu i1 pc·11 dt• mon t;moti &gt;n : de_ resolu(ion et décident i1 l'unanimi té que je vent _qtll'lqrrp~ ,allfrs, frri vit à mon père pour
': . r~~r1ma1~d_e ,1 111c je l'enais de subir me pa- suis ~dm,, . d~ns l?ur société, &lt;111i justement lt•, prrer de 1111 prèlt•r pour c·clll' &lt;•xpédition un
detachcmcrrt dt• cinqrranl(' housard . Cela Il('
l ar,~arl nwrrll'c · CC'fl&lt;'nd"rlt ·· it ·
·
• , . .
·
" J t ais moms
se pr_éparar t a farrc CClll' nuit mème une•
a~cl"le d arnrr désobéi au génfral que d'ayoir cxpcdrtron, pour aller jrrsqu·au&gt;. portes dt• pou,·ait St' refuser. )Ion pèrt• aciiuiesça donc
f.ut de la p~•inc à mon père ..Je passai donc le Dego ~111~,·t•r un troapeau de bœufs appartt•- '~ la demand~ d'.r génl"ral Séras rt d(;signa le
1·c,tc de la Journée assez tristc&gt;ment.
lreulC''.iant Ler,lcrnschneidc·r pour commander
nanl a. l armée
· ·
. . autrirl1,·c1111e . L,t:,, /:(l'nt•rau,
ce ?etac~emcnt. dont mon peloton faisait
_Le soir.
un
,·it•il
in
valide
des
troupes
o-éfra 1_1ç~us, arnsr tfuc les chefs d(• corps. t:laient
.
e
nor,t's m apporta une cruche d\•au, un mor- oblrµ-c d? p_araitrc iirnorer les coursl':- (JIil' Il', parlre. ~ous. pa~tr'mes de la )ladona pour
1·t•~11 de parn de munition Pl une bottt• dt· ,oldats farsarcntau_delà d(•S al'a11t-postc•safin dt• 11m1s rt'lrdrc a frnalc. li n'y al'ait alors au
pmfü, ,ur laqut'lle je m·(:fendi sao pou,oir s~ procurer de~ ,-,.~re ' pui qu·on Ill' po11rait hord dl• la nwr qrr'un fort maurai chemin
~~-an~t•r ..Je Ill' pus dormir, d'abord parce que sen pro('urcr rt•gulll'rcment. Dans chaque l'l;"i- n~m!né la_ Comiche. L(• liculcnaot 'étant
J_etar~ trop ému. rnsuite i1 cause de évolu- menL'. les pins brares soldats al'aienl d~~l&lt;' demr- le prcd à la suite d'un(' chute de chct10~1s_q11c fa(saicnt ~u to_ur de moi de gro rats forme des handcs de m,1raudr11r qui saYait•nl, \'al,. le ,~ilitaire le plus élel'é en grade était
~pres h11 lt• maréchal de~ logis Canon, beau
lJ 111 s ~mparercnt hrcntot de mon pain. J'étai
arec un talent meneillcux. connaitre l(•, li ' .
0' 1'
.
. l
' ( IIX J~~111c ho1~me, ayant beaucoup de moyen '
dans I obscurité. lirré à me tristes réflexions
u on prepara1t t's Yinl's pour lt•, t'lllll'lllis
lors11ue. ' 'l'i' dix heure 'j'enlcnd ourrir le; r t employer la ru. c l't l'audact• porr r s·c,; d rnstructron, l'i surtout d'as urance.
Le gé11éral Séra ·. ii la tète de sa dil'is:on
, ~·rrous _de ma prison ..l'aperçois Spire l'an- em parer.
se
porta le lt•ndcmain sur le mont • anto-Gia~
t·'.cn et_ frdè!e s~rviteu r dt• mon père. J';ppris
~n fripon dt• mfü111igno1'1 t;tanl 1'('1111 pré- como, que nous trounhm•s courcrt de neige
p.,r lur qu aprt•s mon cn,oi à la citadelle Je
Yemr la clique du te• de housards i1u\1n et s_ur lequ:I nou bil'ouaquiimcs. On dcYait.
colonel _Ménard. Je capi taine Gault et ;ous
lr?u~u de hœufs quïl a\'ait rrndu aux .\ u- lt' J0ur surrant. marcher l'll a,·ant avec la
les of~crcrs de mon père lui ayant dc•mandé trich_rens parquait dans une prairie il un quart
ma i:r_ace,. le général l'a,·ait accordée rt 1·avai1 de lrcuc de Dcgo. soixante housards, armés prc_ 'JU&lt;' certitude de trOUl'('I' les ennemis:
charge, lm • pire, de renir me d1erchcr l'l de seu lrmt•nt de lcrr~s mous&lt;1uclon , partirc'nl mars ((Ul'I en serait le nombre?... c·estccquc
f!Orle_r au gou, crncur du fort l'ordre dt· mon pour les enlcn•r . .\om, frmes plusieurs lieues le /:(énéral ignorait c·omplètcmcnt, et comme
les ordre du général en chef lui pre cri,·aient
elargis emcnl. On me conduisit dcYan t t·c dans la montagnr. par des chemins détonrm:
de
rc~onnaitre la position des Autrichiens sur
go'.11·ern~ur, le gt:néral Bugct, cxccllcrrl hommp
cl affreux. ~fin d"?1·itcr la ~rancie rouit•. cl
'1 111 a~·art_ perdu un bras à la "ucrrc. Il me nou wrprrmes Clll&lt;J Croates f'om mis i1 la ce pornt de la ligne, mai , awc défen e d'enc~nna,~,,art t·t ~imai~ l~aucou/mon père. li garde du troupeau, endormis sous un hangar. gager le combat s'il trournit les ennemis t·n
rrut _dorrc. apres maY01 r rendu mon sabre. ~1~fir~. , pour qu'ils n'alla~scnl pas donner for~·c. le gé~é:~I Sfr_~s aYait réfléchi qu'l'n
P~1 ~ant sa &lt;lll'lsron d mfonteric en al'ant au
dt:1011· llll' fa_i,·c une longue mor·ale fJU t' j'écou- 1 t•vcrl a la garnirnn de Dcoo nous le~ alla
,
..
..
m1_f,cu des montag-ncs, ot1 sourent on n'aperlai a,scz patremnrt•nl, mais qui me fit penser chamcs, l'l lt•s laissant là, enous
cnlc•rùmcs le çoit lt•s colonnes 'fil!' lorsqu ·on se trou,·c t•n
~

1

l -

�111STO'J{1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _::..__ _ _ _ .,;,
foi:c d'elles au détour d'une gorge, il pourrait
ètrc amené, malgré lui, à un combat sérieux
t·ontrc des force supérieures et obligé de
faire une relraite dangereuse. li avait donc
rrsolu de marcher avec précaution el de lancer
à deux ou lrois lieues en avant de lui un délachement qui pût sonder le pays et surtout
faire quelques prisonniers, dont il espérait
Lirer d'utiles renseignemenls, car les paysans
ne savaient ou ne voulaient rien dire. Mais,
comme le général scnlait aussi qu'un délachement d'infanterie serait compromis s'il
l'envoyait trop loin, et que, d'ailleurs, des
hommes à pied lui apporleraicnt trop lard les
nouvelles qu'il désirait ardemment savoir, ce
fut aux cinquante housards qu 'il donna la
mission d'aller à la découverte et d'explorer
le pays. Or, comme la conlrée est fort entrecoupée, il remit une carte à notre sous-officier, lui donna loules les instructions écrites
et de \'ive voix, en présence du détachement,
cl nous fit partir deux heures avant le jour,
en nous répétant qu'il fallait absolument
marcher jusqu'à cc que nous ayons joint les
avant-postes ennemis, auxquels il dé irait
vivement qu'on pûl enléver quelques prisonniers.
~[. Canon disposa parfaitement son détachement. Il plaça une petite avant-garde, mit
des éclaireurs sur les flancs, cl prit enfin
Ioules les précautions d'usage dans la guerre
de partisans. Arrivés à deux lieues du camp
que nous venons de quitter, nous trouvons
une grande auberge. Notre sous-officier questionne le maitre el apprend qu"à une forte
heure de marche nous rencontrerons un corps
autrichien, dont il ne peut déterminer la force,
mais il sait que le régiment qui est en lèle
est composé de housards très méchants, qui
ont maltraité plusieurs habitants de la contrée.
Ces renseignements pris, nous continuons
notre marche. Mais à peine étions-nous à quelques centaines de pas, que ~L Canon se tord
sur son cheval, en disant qu'il souffre horriblement, cl qu'il lui est impossible d'aller
plus loin, et il remet le commandement du
détachement au sous-officier Pertelay ainé, le
plus ancien après lui. Mais celui-ci fait ob~crrnr qu'étant Alsacien, il ne sait pas lire le
français, cl ne pourra par conséquent rien
connaitre à la carte qu'on lui donne, ni rien
comprendre aux instructions écrites données
par le générnl : il ne ,·cul donc pas du commandement. Tous les autres sous-officiers, anciens
Bcrcheny aussi peu lettrés que Pcrlelay, refuSt!lll pou1· les mèmes motifs ; il en est de
mème des brigadiers. En rain, pour les décide,·, je crus dcl'oir offrir de lire les instructions du général el d'expliquer notre marche
sur la carte à celui des sous-officiers qui roudrail prendre le commandement; ils refusèrent de nou\·eau, el, à ma grande surprise,
toutes ces 1·ieillcs moustaches me répondirent : «Prends-le toi-mèmc, nous le suinons
cl t'obéirons parfaitement. »
Tout le détachement exprimant le mème
désir, je compris que si je refusais, nous
n'irions pas plus loin, el que l'honneur du
•régiment serait l'Ompromis, car enfin il fallait

bien que l'ordre du général Sr.ras hH cxérulé,
surtout lorsqu'il s'agissait pcul-èlre d'é,·iter
une mauraise affaire à sa division. J'ae('eptai
donc le commanclemenl, mais cc nr fut
qu'après a,·oir demandé à JI. Canon s'il se trouvait en étal de le reprendre. Alors il recommence à se plaindre, nous quitte el retourne
à l'aub&lt;'rgc. J'avoue que je le croyais réellement indisposé; mais les hommes du détachement, qui le connaissaient mieux, se liYri·rent
sur son compte à des railleries fort blessantes.
Je crois pouroir dire sans jactance que la
nature m ·a accordé une bonne dose de courage.
J'ajouterai mèmc qu'il fut un temps où je me
complaisais au milieu des dangers. Les treize
blessures que j'ai reçues à la guerre et quelques actions d'éclat en sont, je pense, une
preuve suffisante. Aussi, en prenant le commandement des cinquante hommes qu' une
circonstance aussi ex traordinaire plaçait sous
mes ordres, moi simple housard , àgé de dixseplans, je résolus de prouver à mes camarades
que, si je n'avais encore ni expérience ni talents
militaires, j'avais au moins de la yaJeur. Je
me mis donc résolument à leur tète, cl marchai dans la direction oit je savais que nous
trouverions l'ennemi. Nous cheminions depuis
longtemps, lorsque nos édairenrs aperçoivent
un paysan qui cher!'he à se cacher. Ils courent
itlui, l'arrêtenlctl'amèncnt. Jelc questionnai;
il venait, parait-il, de quatre ou cinq lieues de
là, et prétendait n'avoir rencontré aucune
troupe autrichienne. J'étais certain qu'il mentait, par crainte ou par astuce, car nous devions
ètre très près des cantonnements ennemis.
Je me souvins alors d'avoir lu dans le Pal'fail pal'lisan, dont mon père m'avait donné
un exemplaire, qu e pour faire parler les habitants du pays qu'on parcourt à la guerre, il
faut quelquefois les effrayer. Je grossis donc
ma voix, et tâchant de donner à ma figure
jurénile un air farouche, j e m'écriai : &lt;t Corn« ment, coquin, lu viens de lraver.er un pays
&lt;( occupé par un gros corps d'armée aulriC( chien, el lu prétends n'arnir rien l'U ?...
&lt;t Tu es un espion!. .. Allons, qu'on le fusille
&lt;t à l'instant! »
Je fais mellrc pied à terre à quatre housards, en leur faisant signe de ne faire aueun
mal à cet homme, qui, _se voyant saisi par les
cavaliers dont le carabi nes venaient d'ètre
armées devant lui, fut pris d'une telle fraye ur,
qu'il me jura de dire tout ce qu'il sal'ait. Il
était domestique d'un courent, on l'aYail
chargé de porter une lettre aux parents du
prieur, en lui recommandant, s'il rencon trait
les Français, de ne pas leur dire oit étaient les
Autrichiens; mais puisqu'il était forcé de tout
avouer, il nous déclara qu 'il y avait à une
lieue de nous plusieurs régiments ennemis
cantonnés dans les villages, el qu'une centaine
de housards de Barco se trouvaient dans un
hameau que nous apercevions à une très petite
dis lance.
Questionné sur la manière dont ces housards se gardaient, le paysan répondit qu'ils
avaient en avant des maisons une grand'garde.
composée d'une douzaine d'hommes à pied,

placés dans 1111 jardin entouré de haies, et
qu'au moment où il avait traversé le hamea u.
le res te des housards se préparait à conduire
les cheva ux à l'abrcuvoir, dans un petit étang
situé de l'autre coté des habitations.
Apri:s avoir entendu ces renseignements, jr
pris à l'instant ma rPsolution, qui fut d't;l'ilrr
de passer dr,·ant la grand'gardr, qui , se trouvant retranchée derrière les haies, ne poul'ail
ètre allaquéc par des cavaliers, tandis que le
feu de es carabines me tuerait pcul-èLrr quelques hommes et avertirait de l'approche d!'s
Français. li fallait donc tourner le hameau.
gagner l'abreuvoir el tomber à l'improviste
sur les ennemis. Mais par oit passer pour ne
pas ètre aperçu ? J'ordonnai donc au paysan
de nous conduire, en faisant un détour, cl lui
promis de le laisser aller dès que n~us serions
de l'autre coté du hameau que j'apercevais.
Cependant, comme il ne voulait pas marcher,
je le fis prendre au collet par un hou. ard ,
tand is qu'un autre lui tenait le bout d'un pistolet sur l'oreille. Force lui fut donc d'obéir!
li nous guida fort bien; de grandes haies
masquaient notre mouvement. Nous tournons
complètement le village et ape1·cel'ons, au
bord du petit étang, l'escadron autrichien faisant tranqui1Iemc11l boire ses chevaux . Tous
les cavaliers portaient leurs armrs, scion l'usage
des avant-postes ; mais les chefs des Uarco
aYaient négligé une précaution très essentielle
à la guerre, qui consiste à ne faire boire cl
débrider qu'un certain nombre de chevaux à
la fois, el à ne laisser entrer les pelotons dans
l'eau que les uns après les autres, afin d'en
aYoir toujours la moitié sur le rivage, prèls à
repousser l'ennemi. Se confiant à l'éloignement
des Français el à la sun·eillance du poste placé
en tète du village, le commandant ennemi
avait jugé inutile de prendre celle précaution:
ce fut cc qui le perdit.
Dès que j e fus il cinq cents pas du petit
étang, je fi s làcher notre guide, qui se sauva
à toutes jambes, pendant que, le sabre à la
main, el après avoir défendu à mes camarade~
de crier avant le combat, je me lance au triple
galop sur les housards ennemis, qui ne nous
aperçurent qu'un instant avant que nous fussions sui· la rive de l'étang ! Les berges de
l'étang étaient presque partout trop élevées
pour qtie les cheva ux pussent les gravir, el
il n'exi tait de passage praticable que celui qui
servait d'abrcµl'O ir au village : il est vrai qu'il
était fort large. Mais plus de cent cavaliers
étaient agglomérés sur ce point, ayant tous la
bride au bras el la carabine au crochet, enfin
dans une quiétude si parfaite que plusieurs
chantaient. Qu'on juge de leur surprise! Je
les fais assaillir tout d'abord par un feu de
mousquetons qui en lue quelques-uns, en
blesse beaucoup et met au si une grande quanti lé de leurs chevaux à bas. Le tumulte est
complet ! Néanmoins, le capitaine, ralliant
autour de lui les hommes qui se trouvent le
plus près du ri,·age, veut forcer le passage
pour sortir de l'eau el faire sur nous un feu
qui, bien que mal nourri, blessa cependant
deux hommes. Les ennemis fondent ensuite
sur nous; mais Pertelay ayant tué d'un coup

,,

________________

llfÉ.MOl'f?.ES DU GÉNÊ°J?..AL B.A°J?.ON DE Jlf.A'R,BOT
de sabre leur capitaine, les lh rco sont refoume serait impossible dt' dfo•;rc la joie de
lés dans l'étang. ~lusieurs rrulcnl _'éloigner
li~r: c'é0it celui du 111aréchal des logis Cano11 .
me~
et les félicitation~
, d camarade..~
.
,
. qu··11 s L aubergiste parait, Je général le questionne
de 1~ mousqueterie cl g-agiwnl l'antn' rive;
p!usieurs p&lt;'rclcnt pied, un bon nombre m ~ ressaient pendant le lr11jct; Lous se résu- el apprend (Jlll' lesous-offici&lt;'rde housards n'a
d homme~ et de che,·aux se noient, el Cl'ux maient eu ces mots qui' scion eux' exprimaient p_as dépassé l'auberge, cl qu'il est drpuis plule nec plus ultm des éloges :
des cavahrrs autrichiens qui pal'l'irnncnl de
.« Tu es vraiment cligne de scl'l'ir dans 'J?urs heures dans la salle à manger. Le
l'a_ulre coté de l'éta11g, ne pouvant faire franles housards de Bcrcheny, I&lt;• prrmi!'r rérri- gcnéral Y entre, et que lrouve-t-il?- M. Canon
chir _la berge à lcurschcvaux. lrs abandonnent
0
cnd~rmi au ~oin du feu. cl ayant dc,·ant lui
mPnl du monde! &gt;&gt;
cl, s accrochant aux arbrrs du rivage, se sau~
un enorme Jambon, dt•ux honteilles vidrs Pl
rent &lt;'Il désordre dans la campagne. Les douZP G' Cependant, 'JUe s'ét,1 it-il passt; à Santo- une lasse de_ c.1ft:_1 On rél'eillr IP p,lUITt' marc:.iac~mo p_rndant _que je faisais mon t•xpédihomnws de ln grand'garde acrourenl au hruil:
l1on
. Aprrs plnsH'Urs hrurc8 d'a1tc111e. lt• chal des 10~1~: il l'l•nt rncore s'&lt;'xcust•r l'n
nous les sabron_s, rt, ils fui r nt aussi. Cepen~
parlant dt' son indisposition subiLP ; niais Il•~
danL une trcntame d ennemis restaient t'ncorc
re~~es accusateur~ du formidable déjeunt•r
dans· l'étanrro,· mais
· craignant
·
de poussrr lrn rs
qu _11 venait de faire ne pPrmellaienL pas de
c?cv~ux au large, l'o_yant que la piècl' d'eau
cro_1rc à_ sa maladie ; aussi le général Séras le
n avait pas· d'au_t1·r ·issue
. abordable que celle
lr~1~-l-il fort rudement. Sa colère s·augnwnIJUe nou~ occupions, ils nous crièrent qu'ils
ta1ta _la pensée qu 'un clét:ichcmcnt de cinr1uan1t•
se 'ïrendaient, ce
cavaliPrs, confié à la direction d'un simplt•
. que J··accep• •,· c l &lt;:1 mesure
~11 1s parvenaient au rivage, jr leur faisai
~oldat, _avait probahlrmenL l;lé détrnit par
.Jeter leurs armes à lPrrc. La plupart de ces
I ennt•1111. lors1J11e PPrlclay rL lrs deux houho~mcs et d~, ces che,·aux étaient lilrssés:
sards qui l'at·rompagnaient arrivi rentau galop,
mais ; ommc Je ,·otilais cependant avoir un
an~o1~ç..1nt n~tre triomplw cl la prochaine
lroplwe de. notre victoire• J. 'n fis ChOISlr
· • d•IXarnvee de d1x-sPpl prisonniers. Comme I&lt;'
~Cpl caval~ers l'l autan t de chevaux en hon
"énéral_ Séras, malwé cet heureux résultat,
ctat, que _.Je plac;ai au milieu de mon détaehcaccahl_:11 l_ encore M. Canon dr reproC'hes ' Perlc~1wnt ! pu_1s, a!iandonnant tous les autres Bareo,
lay llll dit avec sa rude franchise : &lt;( Ne Ir•
JC m elo1gna1 au galop, rn contournant de
groncl_~~ pas, ~ on gtin~ral _: il est si poltron
nouveau le village.
q~e: s il no_us cul cond111ts,Jamais l'ex pédition
. B!cn m~ p~il de faire prompte retraite. car.
n eut réussi! » CPlle manièrl' d'arrano-er les
~ms1 que ~e 1~vais prél'u, les fuyards a,aicnl
c~o~es al!'grava naturellmwnt la positiin dl~à
&lt;ouru prcvcn1r les cantonnements l'Oisin
s1 fa~~eusp de M. Cano11. que le général fil
auxquels le bruit de la fusillade ava·t d ,·:'
auss1tol al'l'èlel'.
d
• I' , .
1
eJa
on~e eve1 1. Tous prirent les armes, et une
J'arrivai surcl'senlrl'laites. Le général Séras
demi-heur~ après, il y avait plus de quinze
cassa Il' pauvre JI. Cano,1, el lui fil ôter ses
cent~ cavaliers sur les rires du petit é•· "
galons c~ pré l'll('t' du régiment d 'infantcrit•
1
·11·
.ano, el
p us1eurs. m1 icrs de fantassins suivaient de
et
cmq_ua~Lc housards; puis, venant à
1~rès ; mais n~us étions déjà à deux lieues de
mo&gt; dont il ignorait Il' nom, il me dit :
Clicbê
Braun.
l:1, nos Liesse~ ~pot pu soutenir le galop.
« ~ ous arnz parfaitement rempli une mission
~.ous nou~ arrelames un instant sur le haut
M OREAU
q_u on '.1e confie ordinairement qu'à des offi,
Général en chef de l'a,-mée d11 Rhin. - É tude peinte
1d une colline pour les 1ianscr
· , et no us rimes
ciers; JC. r~~retlc _q~e les pouvoirs d'un gérn_:Je (i,:RARD. (Musée de Versailles.
leauco_up, en l'oyant au loin plusieurs colonnrs
ra_I de dll'ls1on n aillent pas jusqu'à pouvoir
ennemies
se .nwttre sur nos tr•cno
•
" , , , ca1· nous
faire un sous-lieutenant; le général en chd
~1:1ons 1a certitude qu'elles ne pouraient nou
seul a cette faculté; j e lui dcmandr rai er
JOmdre, parce que, craignant de tomber clans généra! Séras, impatient d'avoir des nom·clles, grade pour vo_us, mais en allcndant, j e l'Ous
?P~rço~t,
du
haul
de
la
montagne,
de
la
fumé!'
une embuscade, clics n'avançaient que fort
'.1ommc_ 1na1·echal des logis. &gt;&gt; EL il ordonna
lentement et en tâtonnant. Nous étions donc a I homon; son aide de camp place l'oreille a son aide de camp de me faire reconna1'tre
'
hors de danger. ,le donnai à PPrlelay deux sur. ,un. Jtambour po é à terre, el par ce IDOJCll
devant le détachement. Pour remplir cette
housards des mieux· montés•' et le 11s
" partir
. au us1Le a a guerre, il entend le bruit lointain de formalité, l'aide de camp dut me demander
la
mousqueterie.
Le
général
Séras,
inquiet,
et
/5?lop pour aller prél'enir le génrral Séras d
n'.o~ nom, et cc fut seulement alors que lt•
rcsullatde notre mission; puis, remellanl le di iw _doutan~ plus &lt;Jue le détachement de c·ara- general Séras ~p~rit que j 'étais le fils de son
~acb: menL d~ns l'ordre le plus parfait, nos pri- lcr1c ~11~ so1L aux pri es arec l'enlll'mi, prt\nd eamarade le gencral Marbot. Je fus bien ai~t•
u1'. _rcg111'.?n~ d'infanterie pour se porter al'ec
~onmer~ lou;ours au centre et bien surreillés
~c celte _aventure, puisqu 'elle devait prou,·t•r
Je repris au petit trot le chemin de l'auberge'. lm Jusqu a I auberge. Arrivé là, il ,·oit sous lt• a mon per~ que la faveur n'a rail pas décidé
hangar un cheval de housard allach~ au rMrma promotion.

'!

LU '

?t'S

(A .,ufrre. )

GÉNÉRAL DE

i\1ARBOT.

�HIST ORIA

Cliche Giraudon.

PASSAGE DU R111N, 12 juin 1672 -

Tableau de V AN

DER M EULEN.

(.\fusée du Louvre.)

Louis XIV
La personne. - L'éducation. - Le « moi&gt;&gt; du roi
P.1r Ernest LAVISSE, de l'Académie française.

munion, et, bral'cmcnl : « Yous ètes homme
de résolution, dit-il au cardinal, el le mrilleur
Loui, .\I\' avait été maurnis écolier par la ami que j'aie. C'c l pourquoi jt&gt; vous prie de
ffo~e du cardinal, le moins pédagogue des m'avertir lorsque je serai à l'exlrémilé. » La
hommes. mais aussi par l'efü•L des circon~- concordanec des témoignages ne laisse pas de
doute sur l'endurance et le courage de ce
l,Hl€~. de la gurrrc civile cl de tout le trouble
dps1.6lnrutl' , des fuites, de chevauchées cl jeune homme el a volonté d'apprendre la
de~l1hatailles. li n'al'ait à peu près rirn appris guerre. li assistait aux con eils de guerre,
de t;es m!rjtrcs. A propos de son ignorance de reccYait les leçons de Turenne el celles du
l"hi tui1•f', !iito1disait : &lt;&lt; On ressent un cuisant cardinal. qui se croyait du génie militaire. La
cbhg1!iQd.'ighorer des choses que savrnt tous paix faite, un dP. ses plaisirs est d'exercer ses
troupes, de les faire manœuvrcr et de passer
!(IS out're.JI» Par,conlrc, il n'y a pas de doute
de revues arnc unr exlrème allention, corps
1ru'il reçut uhc 1édnca1ion profr sionnclle.
·, [11n ·1111 la,gilerr~·dt• ses propres yeux, il s'y par corps, compagnie par compagnie, cl, pour
esl•trifa bit&gt;n lf.&lt;11111·.11Cht1qur année, il paraissait ainsi dire, « homme par homme ». li a bien
aux armée : il y montrait une joie sans pareille, appris l'organisation d'une ar mée el la cons'amusant des incommodités el des priralion , duite des opérations dr campagne el surtout
resl.Aill d&lt;?s!J1ï1inzu, h4•uJ?t /J cheval cl se ris- de siège. li a tonte compélrncc pour corresquait gaicmrnl dans des rscarmouchrs. Pcn- pondre al'C'C ses grnéraux. li s'informe aYec
d:rnt le si{•gL' de Dunkt•rquc, en mai 1638, où le plus grand soin, demandant toujours el
il a rnulu rrslrr, malgré la Reine cl le cardi- toujours des détails, dans les charmants hi Ilets
nal qui craiirnaicnl pour lui le séjour en un écrits aux chefs des prcmi1•rrs expéditions
lieu infecté dl' corps morts restés là drs années militaires.
Il connaissait lt•s affaires étrangères. (n
précédenlr , à demi enterrés dans le sahlc, il
Sl' montre aux endroils périlleux, cl donne jour, dans les Lout premiers Lemps, raeo11Lc
des ordrC's pour aYancer les travaux. Le moi~ Colbcrl, il donnait audience à l'ambas adeur
d'apri•s, .,iu sii•gc de Bergue -Saint-Winox, il d'E pagnr. Celui-ci Youlail lui loucher un mot
se s1'11t très maladt•, dissimule aussi longternp, des griefs de sa cour pour en Lrailrr avec les
qu'il pt•ut, aYouc rnfin son étal au cardi_na l, ministres. mais le Roi lui fit 11 un discours
qui. à grand'p&lt;'inr, obtient de lui qu'il se dl'S plaintes r1u'il arnit contre l'Espagne ».
laisse lransportcr it Calais. Là, le mal Pmpirc; L'ambassadeur essaya 11 de profiter de toutes
dans la nuit du 6 an 7 juillet, il reçoit la com- les pauses que fa nianière modérée de parler

II. - L'éducation.

du Roi lui donnait 11; mais les pauses du Roi
n'étaient que pour repassrr la phrase qu' il
allait dire, cl il reprenait le discours. L'ambassadeur fut étonné, lui qui avait vécu quarante
ans dans les emplois, sans jamais voir n de
prince parler que par monosyllabes ».
Ici, sûrement, Mazarin fut le précepteur.
Louis XIV a connu par lui le grand manège
de la politique française, celle activité, celle
habileté si longtemps soutenues cl à la fin
victorieuses. Le cardinal lui a enseigné la
nvcessité de sacrifier tout scrupule, même
d'honneur, à la raison d' Étal. li a obtenu de
lui, qui nalurellemrnt y répugnait, le consentement à l'alliance avec Cromwell le régicide.
Il lui a rél'&lt;Hé les artifices, l'art d'arhclrr des
ministres cl mème drs princes, le prix d'une
voix d'éleclrur du Sainl- En~pirc ou d'une voix
de cardinal de la Sainte Eglise Romaine, el
que l'élection des deux chefa de la chrétienté,
le Pape cl !'Empereur, était un tripotage.
Dans ces enseignements, le Roi ne pouvait
guère ne pa prendre le mépris de l'étranger;
il l'y a pris en cfJct, malheureusement.
Mais, si les alTairrs élrangèrcs rl les affaires
militaires sont d'importantes parties du gou\'erncmcnl, il en est d'autre!- que Mazarin, qui
les ignorai t, ne pou\·ail enseigner. Le cardinal
ne demandait aux finances que de lui fourni r
l'argent nécessaire à sa politique el à ses fanLai irs. Sa philosophie était courte : dans ses
dl'rniers conseils au Roi, il lui a recommandé

L'IMPÉRATRICE EUGENIE
D 'APRÈS

WINTERHALTER.. -

(Musée de Versailles.)

CJicllc Urauo.

�'-·-------------------=------------------------« de soulager le peuple, autant néanmoin que
le pourron t permettre les dép\'nsrs indispensables », de cc maintenir l'Eglise dans ses
droit . immunités cl pri,·ilège , comme en
étant le flls ainé », de 11 faire cas » de la
noblesse. qui est &lt;&lt; son bras droit l&gt;. li aurait
aussi bien fait de 1w rien dire du tout.
)Iazarin traitait le gou\'crncmcnt intérieur
comme une affaire diplomalique. Le premier
principe de sa méthode était la défiance envers
tout le monde : au Roi, tout enfant, il a dit
une parole odieusP: c1 li importe à Sa Maj esté
de considérer quïl ne peul e fiC'r à aucun
Français. » parce que tout Français csl intéressé à diminuer son autorité.
Ce \'ilain précrple l'ut commenté i, Louis XIV
par les leçons de la Fronde.
li a rn de prt&gt;s k trahisons cl le fausses
mines des traitres :
1,

• ) [c, sujet, rebelles, dil-il dans ses llémoires, lors•1uïls onl pris le, armes contre moi, m'on t donné pcul•'tre moins d'indignation que ccu, qui en même tr mps
se lcnaicnl auprès de ma perso1111c et me rendaienl
plus de dcroirs et d'assiduités que tous les autres,
pendant que j'i·tais hien infornui qu'ils me trahissaient ,

li a u le prix des fidélités : « A peine y
ami t-il de fidélité parmi mes sujets qu'achr tée
à prix d'argent 0 11 par des récompenses
d'honneur. » Et puis il a Hé contraint à di imulcr. à nll'nti r. cl il s·c~t montré admirable
comédien en LIIIC' occasion mémorable.
Lr cardinal de llctz, après la rentrée du
lloi à Pari~. ,'t;tait cantonné dans l'archc\'êcbé
cl la cathédrale, où il s'était mis en étal de
oulr nir un ·it·ge. 11 se décidacnlln, le 19 décembre Iti52. it porter ses hommage au LouYrc.
li troul'a le lloi sur le point d'aller à la messe
a\'CC son ronli·~~cur. lt• P . Paulin, el Villequier,
capitaine de :,t':i gardes. La l'isile n'avait pas
été annoncét•. mai~ Louis XIV savait comment
il se condui rai t le jour oü il la rccrrrail, ce
qui ne pou1·ai l manquer d'ani rnr , étant donné
l'état des a0airl'S. ,\ près arnir reçu le salut du
cardinal, il Sl' mit à parler d'une comédie qu'il
al'ail en tètl'. ~·approcha de \ïllcquicr, lui dit
quclqucs mot, it \Oix bassr, quilla l'oreille du
capitaine. et. pour bien marquer qu'en cf.Tet il
'agi ~ail dl' comédil', il donna loul haul cet
ordrè : &lt;&lt; Surlout, qu'il n'y ait personne ur
le théàtre. » Il entra l'll uile dan la chapelle
a,·ec son conli.·ssi· m. Yt•rs le milieu de la me se,
Villcq ui&lt;'r l'it•11t annoncer que la cbo c est
laite. Le Roi ~1· tournl' ,·cr le Phe : 11 C'est
que j'arrête ici 11' card inal de Retz, » lui dit-il.
Le Père croit 11uc le Roi s'excuse de faire allcndre le cardinal. cl répliquc : 1c M. le cardinal
patienlera bil'n. » - &lt;&lt; Cc n'est pas cela, »
reprend le Hoi. Le l\ '.• re se rappellt' alors la
petite ,cèm' de tout à l'heure cl comprend
enhn : cc Ob ! que jt' fus surpris ! 11 écrit-il à
Mazarin. Jusqur-lit, il avait admiré dans le
Roi &lt;&lt; l'àme la pl,us cand ide et la plus sincère
qui oil en son Elal »; c'est, di ail-il, &lt;&lt; un
vrai Dieudonné. tout y esl de Dieu ». Pourtant il s'était :ipcrçu dJjà que l'enfant « était
j 11ditil't1X l'l pré~enl il soi ». Aprt•s l'arrc talion du cardinal. jl appuie sur celle qualité :
11 Il c Ltoujmm préSl'lll à lui el it tout cc qui

se pa se chez lui, quoique souvent cela ne
paraisse pas beaucoup. » Il admire les progrrs
de celle possession de soi-mèmr : 11 Le Roi
croit en sagrssC' l'l en dissimulation. » Et le
bon Père con ·cille à Mazari n de se méfier: cet
enfant prodige pourrait fort bien , un jour
s'émanciper sans crier gare : &lt;&lt; Votre Eminence
permettra à son serritcur dl' lui dire qu'elle ne
doit laisser approcher S. M. que de ses créatures assurées. » Or, ce &lt;&lt; poli tique raffi né »,
qui agit « a\'PC au tant de prudence el de discrétion que s'il a1·ait vécu dans lrs affaires
trente-cinq ans », cl qui a trouvé ce joli mol :
« Qu'il n'y ail personne sur le théëllre 1&gt; , et
abusé à la lois un c-ardinal - cl quel cardinal! - &lt;'L un pi•rl' jésuite, a"ail quinze ans.
L'éducation par la \'ie a donné à Louis XlV
l'babi tude de dissimuler : il sera dissimulé
profondément, mèmc perfide, cl, plus d'une
fois, odieusement. Elle l'a mis pour toujours
à l'étal de méllance. 11 cherche à 1&lt; pénétrer »
à travers les masque &lt;&lt; le plus secrets cntiments », al'ec nnc prédispo ilion à les trouver
médiocre ou maul'ais. Elle a détruit en lui.,
si clic . 'y lrourail, la faculté dr sympathie.
La Rochclourauld rsl devenu. au ~pcctacle de
la Fronde. un jngC' sél'ère de la nature humaine,
mais pPnt-êl re Il&lt;' l'a-t-il pas davantage mépriSt;e l'II St'S &lt;&lt; maximes 1&gt; que Louis XIV en son
for intfricur. Pcut-ètre aussi cc m,1pris a-t-il
persuadé au Roi de ne pa~ St' gèncr al'C'C lrs
hommes.
Enfin la Fronde a laissé à Louis XIV une
inquiétude qui semblerait étrange, si l'on ne
se soul'enail qu'il a \'écu des heures où la
monarchie ~e cru t en danger. li a peur que
la Fronde ne rccommencr. S'il a lai sé gou1·crner ~fazarin, &lt;I dont IPs pensées r l les
manière , dit-il, étaient si dilit;rentrs d&lt;'s
miennC's », c·csLqu'il a craint à d'&lt;'xriter peulêtre de noul'eàu les mêmes orages ». Ju
moment où il fera rédiger ses mémoires, bien
qu'il goul'c1·ne dans l'universelle obéissance
depuis plu it'urs années déjà, il dira encore
qu'il est nécc saire au Roi de s'atlachrr les
prince , parce crue, s'ils ont liés à lui, &lt;&lt; les
mécontents ne pouranl se rallier en aucun
lieu, out contraints de digérer leur chagri n
dan des maisons particulières &gt;l . li brus11ue
la fin d'une campagne pour aller accommoder
à la Cour une affaire sans gra\'ilé :
« li csl bon de pacir.cr les différends qui naissent à
la Cour ; on s·aceoutume à se cantonner , à s'unir, et
la liaison qu'on a faite contre un particulier se trou,·e
Ioule prèle, qu:ind il s'agit de se muliucr conlrc le
souverain. •

l\lème une simple querelle entre deux personnes lui parait dangereuse :
« Les amis prennent par t clans la querelle ; des deux
cotés on tient des conseils; s'il s'éltire quelque mouvement iutcstin, les séditieux trournnl des chefs loul
reconnus . .. cl des lieux d'asscmblcc tout choisis. »

Il fau t donc réuni r sous le regard ella main
du Roi Lous les 11 chefs » possibles de séditions, tous ceux dont lrs chàtcaux pruvent
er\'ir de&lt;&lt; lirux d'as emblée », et ne laisser
aux mécontents que les &lt;&lt; maisons particulières » où ils digéreront leur chagrin inoffcnsif. Le Roi, qui se sou l'icn L des frasques de

son oncle Gaston d'Orléans, prend ses précautions contre son frère. Monsieur lui dr 111a11dc
un gouvernement el des places de sûreté ; il
répond que la meHlcure place de sûreté pour
un fils de }'rance est le cœur du Roi. Les autres
princes, les ducs, tout ce qui fa it ligure, les
factieux repentis, les fils de facl icux , il en
Yeut faire sa compagnie, les occuper, les amuser, les tenir. Il n'y aura plus dans le royaum e
qu 'un lieu d'assemblée. le lieu d'assemblée
du Roi, « la Cour 11 . Celle Cour, modeste au
début, encore un peu librt', elle sera ordonnée par lui jusque dans le dernier détail ,
elle se mou vra selon des rites, sur1•eilléc par
lui qui notera les absences et condamnera un
homme par cc mot : &lt;&lt; C'est un homme que je
ne vois pas. » La Cou r grossira très \'ilr. S'il
avait pu, le Roi yaurailappelé toute sa noblesse
à servir et contempler sa personne. Parmi
ses premier actes, il se loue d'un changement cc où Loule la noblesse de on royaum e
a1·ail intérêt », cl l'on croit qu'il 'agit
d'uuc très grande chose, et il dit seulement
qu'il n'est pas satisfait du recrutement
des pages de on écurie : de gen de qualité
ne prétendaient pl us à ces places, parce
qu'on y arail admis des roturiers cl que le
pag&lt;'s Lroul'aicnl difficilemen t l'occasion de
s'approcher du Roi. li a donc pris la p&lt;·inP
11 de nommer lui-mème Lou les pages li , dont
il a doublé Ir nombre, cl il aura soin qu'ils
aient l'honneur de le Yoir t'l de le ervir.
La distribution des gràccs est un des rnoyrns
de gouvernement qui lui emblenl le plus
efficacrs. Une des premières cbo es qu'il dit
à ses ministres, c'est que 11 tout ce qui était
gràce » dcl'ail lui èlre « demandé dircclcnwnt» .
li C'Sl C&lt; important. pC'nsait-il, d'rn faire la
distribution mûrement el même d'en prrndrc
conseil ». li était un maitre en l'art de donner.
Com111c le comte dt• Béthune cherchai t de
l'argent pour payer la charge de chevalier
d'honneur de la Rrine, il lui envoya&lt;&lt; six mille
louis d'or de sescasst'llcs el lui fitdircqu'ayant
appri qu'il avait recours à se amis, il
s'étonnait qu 'il ne l'eùt pas mi decc nombre» .
Surtout, il veut qu 'on sache bien que c'est lui
qui donne. Aucune occasion ne lui parait petite
de cr&lt;.~r une obligalion enl'cr lui. Pendan t la
guerre de l:loilandc, une taxe sera imposée sur
les maisons des faubourgs, mais il en esl qui
appa rtiennent aux hôpitaux, el le Conseil est
d'aris de les exonérer. Le Roi, consul té,
ordonne la décharge, cl il ajoute : &lt;&lt; Dites-leur
plus tot que plus Lard. de manièrc qu'ilsm'cn
aieul obligation. » li ne dédaigne les hom111ages de personnr. En 1664, il a donné audience
à Fontainebleau aux marchands de Paris.
Apr1~s qu'ils se sont rrtirés, il leur lait dire
pendant qu'ils sont à table, que « s'il ne
s'était pas trouvé mal, il aur ait été boire aYec
eux. » Il lui « plait fort 11, écri t-il, que Colbert ail demandé aux marchands merciers de
« faire des prières dans leurs communauté ·.
pour remercier Dieu de leur aroir donné u 11
si bon maitre 11 .
L'idée d'un Roi uniYerscl bienfaiteur el
patron, est exprimée dan une page préparée
pour les Mémoires :

�111STO'RJ.ll -~__!..--~-_:__-

----------~

rfi
• Tous les yrux sont allaclu's sur lui ~rul ; ,··cs.l .â pciur. C•• qui nous oc,·ur,r c,l.tfuPl•11wfui, moi,~, ,ti\~~
lui •t•ul que s'adrrssPnt Lous lrs ,·œu~ ; lm seul l'C!;O•l ·ï1 que ,·r qui 11011s amusrra,l ,r11lr111r11I.... 1nul
Lou~ l1•s rrspects, lui seul rsl l'objN de tout.rs _lrs ' 11~ ,•si le plus ncressnire 1, cr travail c,l ru mèn~c
cs1iéra11ccs; on nr poursuit. on n'attend' on.ne ra_,1 r1r11 ~m&gt;, agri•ahle; &lt;·ar c'est, en un mot. mon fil-•. arn,r
que par lui seul. 011 rrgarilc srs bonnr, grar~, &lt;.?mm~ tes !-rux oll\ rrls sur touh• la lrrrr, appr1•1111 •·r wces•am~nrut lrs uoul'rllcs de loutr, lrs pro, 111,·es ri dr
la srulc sourco d,- Lous lrs hirns: 011 nr croit s ,•lcvc,
qu'à mesure qu'ou s'approdir t!r. M prr,01111r ou ,t.• ioutr, fr, nation•. fr ,rm•t de toutes lrs cours,
l'l,umrin· ri te faihlr d,• 1011, les princ,•srt ,t,, lo~,s le~
son rstimt' ; loul le restr esl stt•r1lr. •
minislrr, i-traugrrs. Nn, iul'orm~ d'un "°'.n~rc rnfin'.
Lln roi, qui til'nl toul 11' mondt• par l't•spt~ de choS('s qu·on croit que nous ,guorons, ,o,r nutou1
ranci• dans l'ohéissanc1• rl l'adoratwn, el qut de nous-m,' mrs cc r111·on nous cache n."ec le plus de
soin, di-rou,rir tes rnrs lc.s plus èlo,gnérs de ?~.
·1ttacbc toul son rornunw au culte dP sa pcr- iroprr, coui·tisans; je ne sais r,'.fi~ q~rl autre pta,.su
~onm•, n'a plus gt;l•rc dr pcim• il se dom:cr :,011s ue quiurrions pas pour cclu,-la. s1 la sculr rur,opour gou,·ernrr. Louis XI\' croit trop, t'll cflrt, sité nous le dounail. •
qu'il est facilr &lt;'l mèmr amusanl dr gouverner,
Le "o'oun•rn1•mcnl esl donc un pec~a~lr. Et
t'l c'e l 11t une dt• ses rrrcurs l1• plus gr~l'es.
].. s1irctacle élail un des grands pla1~1rs . du
C1•ttc l'rrr ur, il i·o11dra la transnwtlr&lt;· a son
'
t
" ·11• ii&gt;cl('. Les hommrs de C(' temps a11na1cn
fils :
11 ,·oir jouer les passions cl les ridirulcs sur la
•cc-.nc du théàtre par des ai:te11r.s. cl .par euxIl ne faut pus rnus ima~,i11rr que lrs affaires
•
·
·
·
cl
ollscurs
d·État soirnl commr rr r111lro1ts &lt;'pmeu, . . La ~llle·mrs partout où ils s·asscmb1aient, a 1a Cour
des sciences qui ,·ous auront prut-&lt;'lrc f?l•~c.... . ou i1 la \'illr. lis étaienl dPs obsenatcurs, el '
fonction drs rois consiste p1·incipulrment a la,sscr agir
comme on dit aujourd'hui, dl's psycbologucs.
t,• 1,on sen~. qui ugil toujours nalurellrmrnl el san

lis n'a\'ai1•nt :r111•r1• a11tr1' chose 1, faire da11,
1•0·, s·1,•nf,:
' ' d..' le11r t&gt;héissance, &lt;111'11 se _rega.rd Pr.
Lrs mémoires. les corrrspondanet•s lt•mo,gneuL
de l'ao"'rérncnl qu'ils )' trou,·air nl. Ph1s.g;and
1 1
la le du 1101 etanl
étail l1• plaisir ro)·a • t• ~pt•c C .· : .,
plu, ,aste : il l'mhra~sa1t loules 1rs pro\111_u -..
toutes les nations, toutes les cours: tous lis
princ1•s cc toute la trrrl' Il . Louis XIV Ill' SI'
lassa il P'a de rcgardt•r l'l d'écoutrr. Perso'.1111•
d
Il )Cl trs
n·a été plus que lui curi1•11_, ~ nom·~ ~ 1 '. :
el arandes. Or, il rsl vrai qu un roi do1tb(',l'.'.
coip regarder cl s'informe~l!caucoup, ct.qt'. •:
fait bien de préférer le pla1s~r. de sa c·~•_r,os'.~~
à &lt;c je ne sais qur l autre pla1 ,r &gt;&gt;; m~•s paict
que la curio ité de Louis ,XI\' n'a pas dcCOll\~'rl
&lt;iuc les affaires de.' rn.~t ont, comme.. t'.s
sciences des endroits cprnr ux el ob cur "· ,1
faudra, 'au déclin &lt;lu ri•gnc, pleurer tous l1•s
'J .
d grosse
soirs chez madame de ., arntenon,. r .te qm~.
larmes d'hiver' qui sècheront morns v1
cellt•s du printemps.

(A sufrr e.)

E RN EST

LAVISSE,

.te l'Académie / r arrçaise.

Savalette de Langes
par O. LENOTRE

Il
L'homme- femme.

,le terminai • lors de sa prc~ièn• publiCt'.Lion, par ce poinl d'inlcrrogat10~1 la mysleriruse histoirr de crl inconnu. ~•en q~c. plu~i&lt;'urs pcrsonm•s m·cu ·cnt as. ~re q~c I emgn~e
était assez allacbante pour mer, ter d èlr: é~la1r. J··étais, 1iour ma parl,
CIC,
. forl
, .cmpeche de
.
résoudre le problème el JC n avais .aucun r,poir d'y parl'cnir en dépit de c~rla1ne communications, inlérc santc ' mais rc tées, i1 dessein, pcut-èlrc, - as ez vagues, que
m'adressèrent quelques corr~spondants complaisants. Mais le hasard, ce dieu que les ~urr
teurs devraient adorer à genoux, a pri a
icine d'in tervenir cl m'a mi en m~sure ~e
lever le masque que l'étrange ave~t~mer avait
i·ru sceller à loul jamais sur sa vpr1table personnalité.
•
Rien ne m'empèchc de suppo cr, 1amourpropre d'auleur aidant, qu'un l~è grand
nombre de lecteurs allendcnl anxieusement
crltc révélation ; le autres p_rcn~ronl pe~~èlrc plaisir à parcourir ce ccnan o de la ne
de « celte bonne madrmoiselle de .La~ges »'
.
s·, 1i·1en posée dans. la soc1éle. royas,. pieuse,
..
liste de la Restauration, qui , par deux IOJs,
fut demandée en mariage, dont les bans furent
mème annoncés, que ton les gournrncmcnts,
depuis Louis XVIII jusqu'à Napolt:0:1 Ill, p~nsionnèrenl commt' étant la fille d un ancien

banquier du Trésor royal, el qui SC' trouva
ètre un homme lorsqu'd/e dé~ d~ da~ un
taudis dr Versailles, an qu'on ail pm~,s pu,
sur les motifs de ccttr imposture cm,-s.éct~lairt', aventurer même unr hypothèsr q111 ail
le srns commun.
Le malheur e l que l'anecd.ote. chevau~hc
sur la frontit'.•re qui sépare l'h, lOJre dr l m~
discn:1ion cl l'on comprendra la r~s?~'·c q111
m'obli"e à n'indiqur r que par des ,mt1ales la
plupart dr noms qui m'ont été ]il'rés. ~eux
qui savent. - il l'en a. -:- se~onl ~culs Juges
de l'autbmticité du rt'.-c1l; Je rcclamc des
autres un crédit de confiance.
.
Donc, en 1792, l'ivail à Pari un _cer~·un
M. • arnlelle de Lange ' frère ou cousm d. un
banquier du 'l'ré or royal, ~ui, a.u: prem1e.rs
j ours de la Révolulion, avait prele sepl rDlllion aux frères de Louis XVI. Cc ava~el~e
était veuf el a\'ail une fille, Jenny, alors a~ce
de douze à quatorze ans. Rien ne le relcna:l à
Pari ' cl commr, à l'égal de t?us ~eux qu un
nom à tournure nobiliaire dé ,gna1l au~ rancune de la populace, il ne s·y trouvait pas
en ùrcté, il ré olut de lai er passe~ le gro
de l'orage ré\'olulionnaire el se retira, avec
sa fillellc, à Ver ·ailles, en . atlcn~~n~ des
Lemps plus calmes. Ma.is Versai lie~ n ela1l pas
moins agité que Par, ' el, aprcs quelques
emaincs de séjour, M. Sa,·alellc résol~t d~ se
réfugier en Bretagne d'où l'on pourrait, _s,. l_a
prudence l'exigcail, pas er lac,lemcnl a I t,'trangcr.

Le père cl la fifü, se mirenl en rot'.lc i1
petites jourm:l' . A. l'un~ de. leurs p~em1èr.1•s
étapes qui poul'a1l bum elre Orlrnn~, ils
firent,' à l'auberge, rencontre d'un _JCU~C
homme de manière élégantes, d'espr1l vif'
cberchanl fortune el très dé ireux d'aventurPs
lucralil'cs. Nous l'appellr rons B.. :• . ~ur la
facilité du récit, bien que cell~ u11t1ale Ill'
soit pas celle du n?m, au~hcnt1quc ou en1pruntt:, sous lequel il se pre enta.
.
B... ' l'oyant l'embarras où .se lrou,·a,cnt
Sal'alcllc rl sa fille qui ne sava1cnl trop vc~,:
quel but ils c dirigeraient, 'offrit à les guider' se Larguant de connaitre à fon? la BrcLaane d'oi1 il était originaire el se faisant fort
de° conduire les fu 11itifs, sans malc?co~t~e,
jusqu'à aint-?Ialo l'l , de là, si besom. eta1l.
aux iles angla, c . Sa,·alc•tte ~ccepla a1ec rt'connais ancc cl l'on se mil en route. En
quelques jours on atteignit la cote : sur _tout
le parcour , B... al'ail adroitement aplani le
difficultés résultant de l'absence de pass~p?rls
el de la surrnillancc que certaines mu111c1p~li lé excrçaien l sur les voyageurs : son habileté à c lircr des mauvais pas, son aplomb.
sa faconde mème in piraient la co~fian~• .1:'.
pl us grande à al'a lette dont la pusil.lan,m11:l'
s'accommodait fort d'un compagnon s1 dclnrr.
ainl-)lalo étail encombré de nobles br1~
tons cl de prètres réfractaires tout prèt a
passer la mer pour échapper ~u cataclr •~_,,
politique qu'il était, dès lors, facile .~c prcv~11.
Au nombre de cc postulants à I em1grat1011

"-----------------------------=------- 8.JIVALETTE DE LJNGES - -..,.
~1• trouvait ~Ille Jean11c-Fra11~oi~e dc T.. .. ... c,
Le Lcmp pas a pourtan t, &lt;'l les ressource
prr que enfant r ncore, \'Pnue de Bas e-Bre- de ~I. arnlelte 'épui aien! d·autanl plus vite père si quelque hasard l'instruisai t du hontt•u~
tagnt•, sous la conduite d'un l'icux Scrl'ileur que la \'ie commune an·c B... et Jeanne- métier auquel 1•llc étail réduite. Il faut dire
d,• sa famille, nommé Robin. Le marquis de Françoise lui impo ait un surcroit de dl'- que le 110m de 'I' ....... c comptr parmi b
T....... c, père de celle jeune fille, lrès informé pen es qu'il n'al'ail pas préru . 011 sai t com- plu beaux de l'armorial breton; l'un de ceux
dt• l'insurrection qui c préparait en Bretagne, bien devinl tragique la situation des émigrés, qui le portaient, l'oncle de J1•anne-Françoisr ,
avait pris la résolution d·ém'grcr ; mais retenu principalement de ceux réfugiés dan, l'Allc- était au nombre des héros cités de la choua11à son ch:ilt•au de Br.... par la santé de sa rna"ne du ~ord : ils étaient peu sympatbi11111•s neric : clic le connai sai t comme un de cr ·
hommes pour qui l'honneur du nom c t cbose
ft·mmt• qui était sur le poinl d'ètre mère, il à la population, traités souvent en "a11abond
acrée et la malheureuse Il' Yoyait en pensée,
a1ait ordonn6 à Bobin de prendre les derants méprisabb: la loi française leur f(•rmail à
l'n compagnie de Jcanne-Françoi e, el d'aller tout jamais le portes de la patrie l'l les dt:cla- tra\'crsant l'Europe, pour wnir l'immoler . ur
-'t:tahlir à Plnnoulh où il l'iendrail le re- rait Mchus dt• tous leurs droiL~..\prè a\'Oir le corp de son indig1w amant. Mai la Bé, ojoindre av1•c 1~ marquise dL•s que la santé de vécu d'abord as ez largement, Sa"alelle cl lution s'éternisait, le Din•ctoire arail succédé
à la Conl'cntion el la situatio.1 des émi~ré 11c
Cl'llc-ci lui permcllrail de pr1•ndrc la mer.
ses compagnons connurent d'affreuse mi'\ l'hcltel où le hasard lt•o arait réunies, sères : ils habitaient pèlc-mèle une orle de s'améliorait pa~. )Ille de T....... c, aprt'.•s aYoir
gémi de ne pouroir rentrer en France, espt:.Jeanne-Françoise de T....... c l'l Jenny avacave, couchant sur des chiffons entassés; par
ll'lte de Lang&lt;•s se re11c·o11trt'.·n•nt, cl la parité surcroit de malheur, une épidémie se déclara : rait bir n, mainlrnanl, que les circonstall&lt;·c·s
d·àge les lia. H... s'occupait acliH•menl à pré- M. Sal'alettc, allcinl d'une fièl're putride, l'en tiendraient pour toujours éloigné!' el clip
parer le passage dt• ses compagnons cl le mourut, foule de soins, aprè quelques jours s'était résil,(néc il mourir loin de la Brc:agne,
sans qw• l1•s siens entcndissm l jamais prosit•n, car il s'était dt:cidé à les suirrc : il
de maladie. Le · deuxjeune filles ellr -mèmes,
noncer son nom Pl c•usscnl &lt;·onnaissance dr
s'aboucha al'cc le patron d'un nal'ire étranger
seules dé or mais a\'CC B... , fun•nl alh•intes son déshonneur.
qui, moycnnanl 1111 hon priA, s'engageait à
par le mal. Mlle a1•alcllc, hant,;e par le souLr eoup de th1:,\tn• de brumaire vinl Loul
le conduire à Plymouth. Savalclle et sa fille,
venir des sommes énormes que son parc11t, le
cbangcr: b n•lations se renouèrent rapicleJeanne-Françoise Pl Robin, l'mbarquèrenl
garde du Trésor royal, avail prèlées au comte men l entre les émig-rés et la France; on res&lt;lonc cnsembl1•, ainsi que 8... qui 'était
d'Artois , s'indignait dl! l'ingratitude drs
pira, on se recon11ul, on put échanger dt•~
institué le majordome de la petite troupe.
frères de Louis XVI, auxquels son père s\itait nouYellrs : la famille de T....... c, qui n'a l'ait
.\pri•s quarante-huil lwurcs de Lra1·crsér,
adressé maintes foi sans pouvoir en obtenir
comme la &lt;'&lt;ile anglaise n'apparai ail point, un ubsidc. Sur Ir cofüeil de IJ... , elle écririt pas quitté la Bretagne, prit des informations :
on commença à 'inquiéter ; le patron du aux princes, leur peignit son déntwment, im- r lle apprit hientot que Jeanne-Françoise était
il llamhourg. lJnc dame de X... se chargt•.t
halt•au, - un Allemand pa~·{, d'avanre, plora d'eux un srcours d'argent : mais la lettre de ramener à la maison paternelle la jcurn•
avoua a.lors qu'il lui rtail impossible, pour
resta sans réponse; une• ccondc rcquète n'eut fille donl le nom, apri•s quelques dérnarchc•s.
des raisons qu'il exposa, d'allt•rrir en Anglcpas meilleur succè · el la malheureuse orphe- l'Cnait d'ètn• ra~é de la liste de émigrés.
!t•rre ; son port d'attache étail Uambourg, r l line mourut à son tour, ne cessant de répéter
B... avait cru prudent de disparaitre ri
1·'cst vers Hambourg qu'il fai ait ,oile: il
dans son délire à on amie JeannP-Françoise :
assurait d'ailleurs que srs pa sager trouve- &lt;c 'oublie jamai que le comte d'.\rtois m'a Jeanne-Françoise q11illa donc Jlambourg ; ellt•
raient là mainte occasion de gagner Plymouth . laissée périr de mi ·ère et qu'il doit sepl mil- rel'int en Bretagne, et l'on pense bien qu'elle
lit i1 ses parents confidence d'une partie scu)1. de avaleur, que rir n n'auirail en Anglelions à ma famille!. .. »
lr mcnl de es al'entures. Elle s'était condawtPrrc, prit facilt•mrnt son parti de ce retard
Jeanne-Françoi e ne succomba poinl à la
forcé; 8•.. jura qu'il dépo erail, en arrivant maladie, mais elle demeurait ab olument ·née cllc-mèmc il expier a faute dm.; la olilude et dan la retraite; mais les années
i1 Hambourg, une plainte au conseil de la
ans ressources, cl 8 ... , qui étail bom1m, s'écouli·renl, IP eauchemar •rffaça; son
Hanse, et finil par sr résigner à son lour.
d'expédients, peu gèné par les scrupules, ima- temps d'émigration et &lt;le misère lui paraisBobin seul, lrè ému de la responsabilité
gina qu'il lui :.erail possible, bien qm• Jenn) sait si bien condamné à l'éternel oubli que,
r1u'il encourait, terrifié ~l l'idée qu'en arrirnnl n'exi tàt plus, de recouvrer 10111 011 partie des
à Plymouth, M. et Mmr de T....... c n'y trou- sommes dut's par la famillt• royale aux SaYa- cédanl aux prières de a famille, craignant
, eraienl pas leur fille, voulul obligi:r le capi- l&lt;'ltc. Il écrivil lettres ur lcltrrs qu'il signa pcut-ètrc que son obstination à 'isoler n'él'cillaine à tenir e~ engagements ; unr explication du nom de Jenny el qui, pour augmenter les 1:il c1uelque soupçon, elle consentit à se marier:
r llc épou a, en 1810, le comte de ... .. -IL ...
des plus vives s'ensuivit ; le ,·ieux Breton fut chances de succè , élaicnl ccn ées adressée
La nou\'Clle comtesse de S... .. -R ... . était
pris d'un accè de rage qui dégénéra en fièvre aux prince , non plus seulement par 111w
chaude. A peine ful-on débarqué qu'il dul parente, mai par la fillr mème de l'ancien citée comme 1111 modèle achevé de toutes les
s'aliter ; trois jours plus lard il mourait dans garde du Trésor royal. Celle supcrcbc1·ie de- \'ertu . Cc qu'on arnil de ses malheurs passés, sa piété, l'espèce de résignation inquiète
une auberge d'.\ltona.
meura san ellet. Mlle de T....... c, qui n'en qu'elle apportait à la pratique de la vie, sa
.lcanne-françoise de T... .. .. c re la donc al'ail pas été în truite, étail ur Il' point de
st•ule avec 8 ... , :Savalellc et Jennr. Ceux-ci se mourir de bl'soi11 ; lanl de malheur l'al'ai1•nl haute ituation de fortune, lui allirail d'unalrouvaicnt bien 11 Hambourg cl ~ di posaient accablée ; clic se lroul'ail sculr, loin de sie11s, nimes bommagt•s : clic consacrait la plu:i, s'y établir. 8 ... se chargea de faire connaitre dan la dépendance• d ·1111 arcnlu ricr, trop grandc part de s011 temps aux œul'res charii1 M. et Mme de 'l'..... .. c le lieu où était leur indolente pour ne pas nbir son influence : tables, s'intércs anl particulièrement aux fillri.
lillP; mais, soit qu'ils cusseul déjà quillé leur ils vil'aienl ensemble, dans cette promiscuité repmties, el son renom de sainteté grandi sait
chàtcau, soil que la lcltrc ne parvint pas en qu'impose la misère: le dénouement étail chaque jour.
L'Empire tomba ; les Bourbons revinrent et
Bretagne, 011 n'obtint d'eux aucune réponse. fatal: elle devint sa mai'Lrcs c .... Qu'exigea-l-il
la
résurrection de l'ancienne F'rance accr11t
La jeune fi lie e ré igna donc it ri rre arec le
d'elle aprè a chute? Pou sa-t-il l'infamie encore la ituation de lime de S.... .-Il .... :
compagnons que le hasard lui ara il donnés : jusqu'à faire de la pall\ re fille on gagnel'ile élail, il laul le dire, d'une nature indo- pain? La suite du récil emblc répondre 1, ces elle comptait parmi les assidus de la petit!'
lente cl passive, cl B... a surail d'ailleurs que questions, encore qu'aucun témoignage au- cour ultra-blanche du pavillon dP Jlar-a n el
son intimité a\'eC la ducbessr d'Angoulèmc la
t·Pci durerait peu et qu'on ne tarderait pas à
tbctique 11e vienne, on Ir rompr!'nd. confir- classail parmi les haute pcr onnalités de ta
rl'nlrcr en France. C'étail l'illu ion commune mer ces suppo~ition .
société royaliste de Paris oii clic habitait, a,·ec
i1 tous les émigrés dont llamhourg regorgeait
Pourtanl Jeanne-Françoise al'ait conseit•ncc
cl qui s 'allendaienl chaque ma tin e11 ouvrant de sa déchéance : c1 elle n':1bdiquait aucun de son mari el une partie de a fa mille, un v:istt'
les gazettes à apprendre que la Bévol11lio11 se, orgueils de famille ", &lt;'l elle se prrn ,il i1 ho lei itué rue de la P .... , dans le q uartit•r
du Marais.
1:t~it terminée.
trembler en songeant au désespoir de son
Un jour, - c'étail en 1815, - on l'al't•rti l
0

�r-

111STO'l{1.JI

11u'une femme, d'exLéricur modeste, dcmandaiL à lui parler. L'hotel de S..... -R .... étaiL
trnp largcmcnl ouverl aux malheureux pour
que le faiL eùl lieu d'étonner la comtesse qui
donna l'ordre d'introduire la ri ·itcuse. Elle
vit entrer dans son salon une femme cr grnnde
cl sèche, portant un tour de chcl'eux cl des
brides de chapeau très garnies i&gt; qui dissimulaient les contours du l'isage. L'inconnue se pré~enta humblement ; mais dès qu'elle fut .cule
al'cC ~lme de ..... -R .... , elle leva son voile.
- Ne me reconnais-tu pas? dit-elle.
)Ime de ..... -R .... balbutia .... Son mau1ais rève renaissait : le pcr onnagc qui se
troumil dernnl elle était B.... B... travesti en
f1'lllme, 13 .•• arnnl transformé son allure, son
maintien cl ju;qu'à sa voix, devenue cr aigrc1!'1 te el cassée ». B... , méconnaissable pour
tout autn•.... Toul de sui Le il posa son rote :
- Je uis. dit-il, la l'ieille amie d'émigration. Jenny SaYalelle de Langes.... Tc rapp1%•s-tu?
Si )lme de S..... -11 .... cùL trouvé la force
de répondre. elle eût répliqué que .Jenn) t: taiL
morte dans ses bras, il y arait quinze ans
dt;_jà ; mais elle restait muclle de stupeur il la
\LI C du spectre de ses annfrs hon teuses cl ·1•
$Cillait devenir folle d'angoisse it la pe1mie
d1•s menace ous-cntendues dans les quelques
mots que so:i aneil'n am.111L venait de proférer.
B... , tran1p1illt•111enl, exposa sa combinai,on : depuis que Jeanne-Françoise l'arnit
quiLté à Hambourg, il al'ait connu bien des
rt•i·ers, souvent sa pcn Je était allée vers la
j!'une fille à laquelle il al'aiLcru son sorL lié
pour la l'ie ; il était rentré en France et s'était
li xé à Paris dans l'espoir de la reneontrcr. Il
n'arnil pa . oublié non plu' les allusion:, ~i
souvent répétérs par Jenny Sa,·alcllc aux
millions empruntés jadis par le comte d'Artois
t'l il ne dé-espérait pas de tirer parti de celle
vieille histoire. S'étanl assuré, disait-il, que,
de la famille Savalelle, urvivaicnt culs des
parents éloignés ou qui n'avaienl aucun Litre
à la succession de l'ancien garde du Trésor
ro_ral, il arnil imaginé de e présenter aux
princes comme étanl la descendante directe de
leur créancier. Le succès était certain si nnc
pt'rsonnc autorisé(' el bien en Goul', comme
l'était Mme de .....-R .... , con entail à atteslt•r son identité el à l'appuyer de son influence.
li fit comprendre. au reste, qu'il n'avail rien
à ménager el qu'en cas de refus il n'hésiterait
pas à faire naitre un épouvantable scandale
qui poul'aiL lui devenir de plus lucratifs.
La malheureuse femme se sentit perdue :
die courba le front, et. pour sau,·er l'honneur
du nom qu'elle portait, elle promit....
Telles nous onl été ré,·élées les circonstances
qni amcnfrenl l'intrusion de la fausse SarnlcLLc chrz )lmc de S..... -R ... ; de ce jour
commença pour la paul'rc femme un supplice
dont chaque heure avil'aiL la cruauté : elle
était condamnée à l'O ir toujours roder aulour
d'elle le fautomc du passé rru'elle aYait cru
morl depuis tant d'annfr~. Sa faute, si soi-

gneuscmcnl cachée à to.1s, si oubliée d'ellcmème, sa faute prenait corps el se mèlait à sa
,·ic del'cnue un mensonge de tous les instants.
Il lui fallut tromper ceux qu'elle aimail, leur
présenter l'odieux personnage, vanter ses rnrLus, le recommander, faire valoir ses tilres à
la reconnaissance cl à l'alfeclion des siens,
tremblant sans cesse qu'un hasard fatal l'int
dél'Oiler l'imposture dont elle se rendait complice.
L'intrus jouait d'ailleurs son rùle al'eC une
habileté déconcertante : il avail pris de la
femme les allure , les manières. la tournure
l'L aussi les habitudes l'l les occupations : il
façonnait. non sans art, des bonnets de dcntr llc cl des menus ounages de broderie; il
parlait snvamment cuisine el ses recettes d'cnlremets étaient lrè demandées : cha&lt;Jue jour.
il courait les bureaux de placement, cherchant
des bonnes, procuranL aux :personnes pieu es
de ses relations des ser,·antes sùrcs qu'il
dressail au serl'it&lt;'. Il s'était instruit de généalogie el parlait en personne cxprrte cr des
tenants cl de aboutissant des familles nobles
tlwz qui il fré11ucntaiL ». .\[ème il n'était pas
exl'mpl d'un peu de coqul'Llerit• décent&lt;' el
plaisantait r1uclqucs amoureux qui. ,·ers se
S(•ir.l' ans, lui avaient adressé des billets doux.
SOii:(llCUSl'mcnt conscrl'és cl montrés à propos.
1,·&lt;'nlonr,1g-c de )lm~ de S..... -11 .... traitait
Mademoiselle StuJctlelle, - nous lui laissons
te 110111 usur,,t'. - eu parente quelque peu
susceptible, mai~ pétrie d'indulgente. Comme
son risagc piquait un peu. lrs rnfants l'appelaient tante Barbe. EIIP ~11pporlait palirmmcnt toutes les petites :irnnies qu'on m• lui
ménageait pas. Cdce au crédit de .\lmc de
S.... -11 .... , )Ille Sarnlettc obtint successi,·cment, outre une attestation officielle d'identité, une pension du roi Louis XVIII et une
au tre du comte d".\rtois. auxqucl elle n'a1·ait
pas manqué de rappeler ll•s services qu':waicnl
jadis rend us &lt;1 se ancètrc &gt;&gt;; on lui octroya
la gérance du bureau de po te de Yillejuif,
puis un confortable apparlemm1l au château
de \'crsailles. Chacun s'ingéniait. d'ailleurs, à
renir en aide il celle bonne royaliste « qui
avait élé si malheureuse u, cl que chaperonnait la sainte Mme de . . ...-R ... .. A cette
époque, avoir soulfcrl de la Révolution était
un titre qui primait tous les autres el qui
valait les meilleures recommandations.
Mais s'imagine+on les tortures morales
qu'éprom·ait )!me de S.... -R .... , forcée de
trafiquer ainsi de sa con idération. de sa noblesse, de la situation de son mari? Elle se
trouvait en présence de cc dramatique dilemme : 1-él'élcr le secret qui l'étouffait cl
sacrifier, par celle révélation, l'honneur cl le
repos de Lous les siens. ou se dégrader cllcmème. il ses propres yeux, en SCt'ondanl par
son sill'll('C le misérable qui l'exploitait avec
un si audacieux cynimw. Ce supplice fut-il
au-dessus de ses fo rces cl prit-r llc le p:irli de
faire - sinon il son mari. du moin~ à quelque
conseiller moins directe1m 11t intért'ssé - confîdcnce de son martyre? C(•rtains fai ls nous lt•

donnent à penser : un jour vinL, en effet, oil
la façon d'agir de la famille de
-R .... il
l'égard de Sa 1·alctte se modifia très sensiblement. On l'élimine discrètement; peu à peu
les portes se ferment ; les lellre qu'on lui
adresse dcl'ienncnl plus brèrns el plus sèches :
il semble qu'il e L démasqué, qu'on ne le
craint plus. On ne le livre pas à la justice car
c'eût été rendre public le scandale; mais on
le repousse, on l'évite, il est désarmé par la
complicité Lacile de l'entourage de sa victime :
ce pacte de silence et de dévouement conclu
pour saul'er l'honneur de la noble femme est
une chose quasi-sublime el qui montre à quel
point elle était aimée. EL c'est alors que commence pour SavaleLte celte existence d'inquiétudes continuelles, de déménagements h~Lifs :
il quille Paris, se terre à Versailles, ne l'oiL
personne: cl, quand il meurt, quand l'alll'~tation des médecins révèle son véritable sexe,
quand arrive à l'hôtel deS .... -R .... la dépêche
de )1. de 8... annonçanl l'effarante nouvelle :
- Langes était un homme! nul ne s'émeut.
personne ne réclame une encruètc, Lous s'oli~tincnl à se tairr, par rc~pecL pour Mme de
S.... -R ... , qui a l'ail tant cl si i11justcnwnl
souffert.
Cet exposé de faits a un grand défauL :
celui de n· ètre appuyé d'aucune preuvr.
Quelque points de repère permellrnt ccpcndanl d'assurer qu'il s'adapte de façon très
satisfaisante au peu que l'on sait de la vérité.
Du reste, réduite à ces proportions, la
chose n'a plus qu'un assez médiocre inlérèt;
cl l'oilà qui nous ferait tenir ce réciL pour
parfaitement authentique. La légende de
Psvché csl une belle légende; mais bien
qu\ille soit Yieillc comme le monde, elle n'a
jamais servi de leçon à personne : les humains
sont tourmentés du besoin de savoir, encore
qu'ils soient bien a l'ertis que le plaisir ne dure
qu'aulanl que subsiste le mystère cl qu'il se
dissipe arec lui. Cette hi Loire de Savalclle.
telle que nous l'a,·ions contée naguère, sc•mblail si énigmatique, si grosse d'inconnu, si
opiniùtrcmenl impénétrable. que l'imagination
y trouvait ses ai es et pournit y atisfoire
toutes ses fantaisies. Chacun la brodait il sa
guise ; cet homme-femme était pour les uns
Louis XVII, pour les autres un personnage
compromis dans quelque sombre intrigue
politique : on s'accordait à voir en lui une
auguste victime de nos révolutions ou un
grand criminel que, pour des raisons inconnues, tous les goul'erncmcnts ménageaient:
un héros, à coup sûr, un héros lamentable ou
tra!(iqur.
Jlélas ! une lueur brille el le héros s'évanouit : il ne reste plus qu ·un assez banal
gredin tel que les fails divers nous en prrscntent quotidiennement sou les rubrique, :
Un habile escroc, ou : Les e:cploits d' 1111.
avenlul'ier. 1&lt; Qui était-ce? » est un mot
rempli d'aLtraits lll)'Stérieux cl auquel on ne
devrait jamais répondre: somme toute, il l':t11l
mieux ne pas a l'oir : la lampe de Psy('hé
n'éclaire que des déceptions.

s....

G . L E OTRE.

B ATAILLE DE F ONTENOY I bl

'

'

•

a eau d IIORACE V ERNET. - (llfusée de Versatiles.)

Clich~ Braun, CMment et c••.

Louis XV et Madame de Pompadour
PAR

PIERRE DE NOLHAC

CHAPITRE PR.EMIER,
Madame Le Normant d'Étioles.
(Suite.)
_Jladamc d' Étiolcs et sa mère avaient à Versailles un accès singulièrement aisé el qui
leur permellait de se passer de Bachelier et
de ~e~el, les premiers valets de chambre,
aus~• 1~•en que de M. de flichelieu, conseiller
0rd111 a•r~ de Sa Majesté pour les affaires de
s011 caprice. Le sieu1· Binet, premier rnlet de
l'hambrc du Dauphin, qui avait la surl'ivance
de Bachelier, tenait par un tien de famille aux
Le XormanL. Aucune introduction ne valait
C('lle de ces ~ens du service intime, hommes
de confiance, importants et discrets, d'ailleurs
co_11Yena_blcment apparentés el que le Roi finissai t l0UJ0Ur par anoblir.
, ~i•~c~ne semolc pas a,·oir jotll:, de propos
d; l1bere, le role que la chronique attcsLe pour
d autres valets de chambre de Louis X\' et
l'amitië donl l'honorait l'austère "OUl'ern~ur
du Dauphin, le duc de Chàtillo~1, semble
assurer ttu'il n'étaiL point homme à prendre

l'initiative. de certaines com,Jlaisances
. il
(
. .li ais
tend, ajoute-t-il qu'il fut 1·1 ,
app~ocha1L J~ Roi Lr~p sou l'Cnt el de trop prrs ·
.
'
,
' a que1qucs
pou1 n_e pas etrr en elaL de rendre les scn•iccs Jf urs,_ a un bal en mas11ue da~s la ville de
On a mème tenu • à cette occa,1on,
.
que_lu 1, drm~n_dait sa jolie cousine. Et pour- \ rrsaillcs.
t
qu~
qucs
propos,
oupçonnant
qu'il
pourait
r
&lt;1uo1 n ~u_ra1t-il pas favorisé ses ,·ur ? ,llam·o_1r
qu~lqucs
projets
de
oalanterie
et
'1
•
•
damed'E_t1oles n'avait-clic pas à sollicite;· pour cro1L a ·o
,
"'
'
on
. ' , ir remarque c1u 'il da11sa h'1er a,.C'c 1a
s~? ~~r1 une place de fermirr général, et
memc
personne
dont
on
a,·ait
parlé.
Cepenn l'lail~1I pas naturel qu'elle dispos,lt de la
seule 1110~enc_e qu'elle eùt à la Cour pour dant, c est un. oupçoo léger et peu ITaisPm~ssa_ye~ d attemdre le mai'tre? Celle rai on ~!able. L~. Roi p~raissait avoir grand désir
icr · de1· n ctre po111t reconnu · I;,a Remc
. f ut
JUSl11ia1L
les démarches aux J,·eux de l'époux , qUl·
,
.
1
?uss1,
..
ucr,
au
bal
en
masque,
et
y
est
restée
n a ·a1t, au surplus, aucune raison de suspecter
~usqu
à
quatre
heures.
&gt;&gt;
Le
10
mars
di x
la fidélité de sa femme. Ce fut, r n tout cas
Jours
après
la
fètc
de
l'ilote]
de
\''Il
'
:,
par ce~l~. l'oie el pour ces m:itifs que ma~ ([ 1 C •
1 e, a101
ue_ e_ arcme est commencé et yu'on résume
clamp d Etioles pénétra pour la première fois
les
dans les intérieurs de Versailles.
• 1Rc1dents du Carnaval , •'I' • de Luyncs rncnt1onnè
P?ur la première fois le nom d
Dès .a"anL 1~ _mariage du Dauphin, elle y da
(' lè •
e mame
l ,M IO1
es : &lt;1 Tous les bals en m
apparait, myslcrreuse encore, car il semble
Ld
, I'
.
'
asque
bit'n qu'il soit que lion d'elle, à propos du bal on onnp o~1s1on de parler des nouvellrs
amours ~u Roi et principalement d'
~
masqué donné, le 7 février, chez Mesdames
d'E . 1
une ma1
c_amc
.
'
Lio
es,
qui
est
jeune
et
jolie:
sa
mi•re
au rez-de-chaussée où logera pins tard (~
Dauphin. Le duc de Luyne , racontant cc Lai s app_clle madame Poisson. On prétend uc
d?ns son journal du lendemain, diL que le Hoi ~cpu1s quelque temps, elle est p1·esque iou~
n a pas ordonné sans intention cc dircrti •se- 1ou1·s dai~s ce pays-ci et que c'esl le ch . .
ment de carnaral chez ses filles : « On pré- que _le R~1 a fait. ~i le fait était "rai,
scra1Lnarscmblablt•mcnt qu'une rralant .
"'' , cric cl

ce::

�r--

1f1STO'l{1.ll - -- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

non pas une maitresse. )&gt; Le mari de la clame
d'honneur de la Reine est ici l'écho de son
entourage : il constate les bruits qui courent,
mais ne s'inquiète aucunement; à ses yeux,
1111c bourgeoise, quoi qu'il advienne, ne saurait être à craindre pour longtemps.
A la Cour, tout se sait, -ou se devine. Le
rôle de Binet ne tarde pas à être connu. La
femme qui vient cbez lui el qu'il a introduite,
au moins une fois, en solliciteuse, dans les
Petits Appartements, met en train la verl'e des
nouvellistes. Le valet de chambre prétend que
ce sont là des calomi1ics cc affreuses n sur
madame d'Élioles; il assurr à la duchesse de
Luynes qu'il n'y a pas contre sa parente cc le
plus léger fondement .)); qu'elle est venue
uniquement pour celle place de fermier général, qu'elle l'a obtenue et qu'elle ne reparaitra
pins i1 la Cour. Binet est-il complice ou dupe?
Croit-il &lt;[UC les choses en resteront là, ou
veut-il tout simplement se protéger contre
l'orage terrible qu'il sent gronder sur sa
lètc?
Il ne faut point croire que les amours du
Hoi n'intéressent que la chronique de l'Œilde-Bœuf ; de très graves questions s'y rallaC'hent, et' toute la politique de Yersailles commence à s'en préoccuper. Ce qu'on appelle
c1 le parti des dévots &gt;) craint une liaiso n du
Hoi, qui serait pire que les précédentes. Après
1111 éphémère triomphe, ce parti se sent mcnacéchaqucjour davantage auprès de Louis XV,
L'homme qui en a pris la direction, lors de
l'exil dn duc de Cbàtillon, M. Boyer, évèque
de )lirepoix, chargé de la Feuille des bénéfi ces, ne manque ni d'intelligence, ni de
volonté; mais l'intelligence est courte et la
volon lé Lètue. li est un de ceux qui, par leurs
maladresses, réveillent le jansénisme expirant
N jel~ent la France dans la plus fatale des
guerres religieuses. Si l'on s'en tient aux
choses de cour, l'influence de l'évêque de Mirepoix. semble moins funeste el s'exerce mème
d'honorable façon : sa parole, écoulée du Roi
pour les affaires ecclésias tiques, fait autorité
pour taules choses chez la Reine el chez le
llauphin. Il n'aime guère la noblesse, qui
encombre son ordre de cadets ambitieux, et
volontiers il soutient des prèlrcs méritants et
obscurs contre le clergé courtisan.
Les ennemis de l'évèque cherchent depuis
longtemps à le détruire dans l'esprit de
Louis XV . On l'a d'abord attaqué sur les
sentiments de piété outrée qu'il aurait inculqués au Dauphin, et que des gens comme
flichelicu traitent couramment de bigoterie et
cagoterie. Le Roi, qui a de la religion, n'a
pas paru se soucier de ce reproche. On a dit
alors que le parti Boyer se croit assez maitre
du jeune prince pour tenir ouvertement chez
lui des propos contre la conduite de son père.
Si la Dauphine montre au Hoi une indifférence choquante et répond mal à ses attentions paternelles, ce n·est point timidité ou
gaucherie de son âge, comme on le pourrait
croire; c'est répugnance inspirée par ce qu'elle
entend dire chez son époux. Le Hoi lui a proposé à mainte reprise de venir visiter les
cnriosités précieuses accumulées dans ses

Petits Appartements; ce n'est qu'à la troisième fois qu'elle s'est décidée, avec une gêne
visible, à pénétrer dans ces élégants réduits
dont on lui a dit tant d'horreurs. Voilà, diton, l'œuvre de J3oyer et de ses complices. Le
Hoi sera-t-il inscnstblc à la pensée de cette
désunion semée dans sa famille au nom des
principes de la religion?
L'évêque de Mirepoix sent fort bien qu'un
grave péril approche, non seulement pour sa
personne, mais pour les idées qu'il représente
el pour les intérèts du clergé de France, dont
il a la garde. Il a fallu les menaces d'une
mort prochaine pour obtenir du Hoi qu'il
renonçàt à une vie coupable, et encore rappelait-il madame de Chàtea uroux quelques semaines après la guérison. Une lia,ison nou,,elle n'amènerait pas un scandale moindre,
el peut-èlre en préparerait-elle de plus grands.
Celle dont on parle à présent est une femme
qui, selon l'expression de son ami Voltaire,
cc pense philosophiquement &gt;), c'est-à-dire en
dehors de toute croyance religieuse. On la sait
liée arec ce dangereux écrivain et avec d'autres, ses pareils. Il esl sùr qu'elle apporterait chez le Roi les idées d'incrédulité dans
lesquelles elle a été nourrie ; la voix de Dieu
y serait de moins en moins écoutée. Quelles
conséquences, sur l'esprit de Louis XV et sur
l'avenir du royaume, que celle substitution
d'influence !
L'homme d'église a plus de connaissance
du cœur humain que ces gens de cour, infatués de leur naissance, sûrs d'avance qu'on
ne saurait voir à Versailles une favorite roturière. Hien nes'éduque aussi vile qu'une femme
d'esprit, et le Roi, si la roture le gène, dispose de Litres à son gré. L'évèque a donc jugé
qu'il était temps de se défendre. On di t qu'il
a mandé Rinet, rendu responsable de l'intrigue, et qu'il l'a menacé de le faire chasser
de chez M. le Dauphin. « M. de Mirepoix,
écrit Luynes, nie l'un et l'autre de ces faits;
mais il comicnl, et me l'a dit, que Binet
l'étant venu tromer pour lui conter son afaiclion de ce qu'on disait contre lui, il lui a
parlé assez fortement sur les dangers auxquels
il s'exposerait, s'il y avait le moindre fondement aux bruits auxquels il ne voulait point
ajouter foi. n
L'inlervenlion du prélat produit un résultat
tout autre que celui qu'il en attendait. L'honnête Binet, averti de telle façon, comprend
qu'il n'a plus rien à ménager. Inquiet pour
sa place, il se croit en droit de la défendre
par Lous les moyens. Le Roi ne tarde pas à
apprendre qu'on se mèle de traverser ses
amours, qu'on veut soumettre ses inclinations
aux préventions de son fils et des conseillers
de son fi ls. Ilien ne peut davantage l'irriter
el pousser aux extrèmcs résolutions une volonté
qui craint par-dessus tout de paraitre conduite.
Nous entrons ici, il est vrai, dans l'incertitude; mais les dates se précipitent el suffisent
à montrer que bien des choses se sont passées
ces derniers jours du mois de mars, puisque
madam!l &lt;l'Étiolcs, qui ne devait plus reparaitre à Versailles, ne 1!;! quille pas. Binet jure
ses grands dieux que, cette fois, il n'est pour

rien dans ses voyages. Faut-il croire que c'est
par une autre voie, madame de Tencin par
exemple, que l'amour sincère de madame d'Étioles a été confirmé au Hoi? Binet a-t-il
remis lui-mème une lettre de sa jeune parente,
disant au Iloi que sa passion sera la cause &lt;le
sa perte, assurant que la jalousie éveillée d"nn
époux qui"l'idolàtre va lui faire subir les suites
d'un juste ressentiment, en mème temps qu'elle
ne pourra survivre à la perle de l\ ibjel aimé?
D'où que soit venu l'appel, l'auguste objet
a été touché, a consenti à revoir madame
d'Élioles et permis qu"e!Je revint au Château.
En même temps, l'oncle Tournche111, depui~
longtemps dans les vues de sa nièce, est entré
en scène : il a envoyé le jeune d'Étioles en
province pour les affaires des sous-fermes,
où il est intéressé, cl l'y a retenu le plus
possible. Les voyages sont longs à celle époque, cl les affaires se compliq uent aisément.
Madame d' Étioles, à la fin de mars, a Louit'
liberté pom· aller à Versailles, quand il lni
plait, el y demeurer, s'il lui convient.
cc Avant-hier, écrit le duc de Luynes le
29 mars, le Roi fut à la chasse el devait souper dans ses Cabinets; l'ordre en était donné.
Ceux qui ont coutume d'avoir l'honneur de
souper avec le Roi se présenl~renl à l'ordinaire, mais on n'appela personne, et l'on vint
dire que le Roi ne soupait point. M. le duc
d'Ayen s'était trouvé mal à la chasse et était
au lit'; le Roi y descendit et y fit porter son
souper, ou bien chez madame de Lauraguai~:
c'est cc que l'on n'a pas su positivement. )J
Ce mystère n'est-il pas déjà la préscnr1•
de madame d'Étioles? On la trouve, en efft'I.
deux jours après, assistant à la représenlntion d'un_ ballet cornique de Rameau, dan~é
sur la scène du Manège. Tout Versailles a
voulu y èlrc el les places ont été fort dispulfrs.
Madame d°8tioles, sans aucun droit it cetk
faveur, a paru pour la premiPre fois au milil'11
des femmes de la Cour. Elle se savait Pn
mesure d'affronter toutes les comparaisons. Pl
l'occasion était bonne' de les suggérer au Roi .
Le 1er avril, elle est vue à la Comédie
Italienne, au Cbàteau mèmC', où les places
sont encore plus rare&amp;, la salle de spectacle
étant extrèmement resserrée : cc Le Roi y
était dans une petite loge grillée, au-dessous
de celle de la Reine. On continue toujour
à tenir des propos sur madame d'Étioles. On
remarqua que ce jour-là elle était dans une
loge près du théàtre, fort en vue de celle
du Roi, et par conséquent de celle de la
Reine; elle était fort bien mise et fort jolie. ))
Ces indications sont d'importance sous la
plume d'un homme circonspect comme le duc
de Luynes . Le 10 avril, d'ailleurs, notre chroniqueur ne conserve plus le moindre doute :
« Le Roi soupa en particulier, en haul, dans ses
Cabinets ou en quelque autre endroit qu'on
ne sait point, mais il n'y eut personne d'appelé pour souper avec lui. On co~Linue à tenir
les mèmes propos sur madame cl' Etioles. )) Ces
lignes sont écrites le dimanche des Rameaux.
On annonce pour le samedi saint un souper
des Petits Cabinets, où l'on pense qu'il y aura
des dames el qu'on îera médianoche; on

Louis XV ET M.llD.ll.ME DE PO.MP.llDOU'J?..
désigne ~~n:ie madame de Lauraguais a1·pc
mada1!1-e cl Etwles. Les pronostics sont en dé- m~t aussi en gai_-de, non contre son mari, re,ux, de votre figure et de votre esprit 1
qu on P?urra t0UJOurs réduire, mais contre
fa~t; il n'y a qu'un petit souper d'hommes
Lres humble et très obéissant servi teur. )&gt; ' e
&lt;1u1 s'ach~ve ~ans .impré1·u . Quant aux Pàquc~ ~f~ ~1valités, .qu'elle sait nombreuses, el l'bos. Que de cl1oses en cette petite lellre de l'hal1 tte du_ parti dévot. Ce sont là les vrai~ dan~le Sa AfaJ_estc, bien entendu, il n'en saurai t rrers
q
1
'
'
b1lc
h?m~e, . qui prépare, dans la femme
o,
. m a menacent et paraissent devoir 1
etre questwn.
detru1re quand f
·
a enc.cn~ee d aujourd'hui, l'amie utile de de'
a passwn royale arril'era :,
En quel cndro~t du Chàteau le Roi reçoit-il l'i
ieure du déclin. A ce moment l'am,an't ~am, Comme s·y insinuent déjà les es; éalors ma~a~ e. d'Etioles?Nul ne peut le savoir,
n~es que fonde tout un parti sur la nouvelle
heureux ne saurait rien refuser et .'I ~ cl~
car les _rntcrwurs sont la discrétion même.
esprit avisé de saisir I'insta11t . c', Le1He~ , u_n ma1tress.e ! Et quelle meilleure justification
Le prrm1cr souprr oü iJ montre sa nouvelle ~r d L
' ·
01 ecr1t &lt;les cra111tes de l'évèquc de 'ii
. r 0n
l . c uynes, acbrte pour madame c1•1f1· 1
.L 'é . . .
11 repo1x.
maitresse, dans les Cabinets a 11·et1 le . d" le
11
mar
·
l
d
p
•
1
0
es
vo1
s
la
J
ir
ici,
dès
la
première
heure,
ce
99.
·1 · .
•'
Jell 1
. qmsa ,e ompadour, dont elle Jor-~ avr1 . Titchcl1cu se vante d'y avoir été . on
concert
~e
louanges
intéressées
et
récipropeut ! ?Ompter également les familiers' les le,.~ 1\nom ; c est une terre de dix ou d~uze ques, f(lll rendra les philosophes ,·nc1·
d
1spensap!us rnt1mes, le duc de Boufflers le duc m'. e IVl'es de rente. Ce n'esi point le co1;- bl à
es ma .amc cl~ Pompadour et fera d'elle
lrole?'.' _général qui est chargé de faire celle
d A)•en' le marqms
· de ,,'fcuse et.quelques-uns
'
acqu1
s1l10n
· 011 ne 1lll· en a pas seulement la proteclnce, 1'Egérie des pqilosophes . on
,
,
'
des chasseurs de la journée. Luynes dit peu
parle. C e~t M. de Montmartel [garde du Trésor surprend l'éveil des ambitions de ce o- '
de chose de cette réunion •• ,,,, 1'f
.
1 • de J,uxem1
ardent e_t batailleur, qui la pousse au
)Ou!·g f~t admis. Comme madame de Laura- royal] qm. fournit l'argent. '' Ainsi reparait
e~ contnbuera à l'y maintenir. lis com ptent
en
cette
c1rc9nstance
décisive
de
la
.
.
cl
1
'
guais cta1t à Paris, le Roi fit avertir madame
favorite, le nom de ces frères P' . i1e. e a b_ien, par elle, se produire plus hardiment
d
ar1s qui ont
de Bellefonds [dame de Afadame la Dauphine] t
enu ~ant c place dans l'histoire de sa famille dans l_e m~n&lt;le, monter plus haut qu'ils n'ont
po~r ~ soufer. Tout le monde croyait que le
fau-~ Jusqu'à présent cl voir triompher
Roi vien~ra1t au bal de l'ambassadeur /&lt;l'Es- del qm vont èu·c encore longtemps les soutiens
ans l'Etat, gràce à l'heureux choix du moc sa fortune.
pagne]; il y envoya M. de Lujac, exempt des
narque, leurs doctrines et leurs personnes.
gar~es, et M. de Tressan. fi resta dans ses o-'- ~u ~cs~e, ce qu_'on avait cru fantaisie passae, ~vient mamtenant, aux yeux de t
Ca?mels: et_ il _ne s'est couché qu'à cinq hem cs. oct
une Œ
,•
ous,
a. aire scr1eusc · cc Ce qui· pa,1aissa1
• "t clouCHAPITRE II
·\'y~urd hm,. il a encore diné avec madame
1
cl ~lwl~s, mais dans le grand particulier. On ne tux i y a peu de temps,. note le duc de
L'année de Fontenoy
,uynes le 27 ~vril, est presque une vérité
sa1l. pornt précisément oü clic Joae,. mais
. Je
.
0
~o~stante;
on
dit
qu'elle
aime
éperdument
le
crois ccpe~da~t que c'est dans un petit apparLo?is XV eu_t quelque mérite à ne oint
o,,. et que' celle passion est réciproque. ))
tement qu ava,t madame de 11'fa1·11y et q ...
1,
p ·
.
'
lll JOinl
se
retenir par le plaisir d'un p J
li a.1oute qu on &lt;&lt; n'ose en parler publi ue- enO'laisser
a11e
l.
cl
nouve
lS e~1ts Cabrnets. Elle ne demeure point ici
o o me_n ' quan un devoir royal l'a el
ment
&gt;&gt;
.
La
discrétion
de
la
Cour,
faite
~urde smle; elle va et vient it Paris et s' en
aux frontières. li y obéit sans h , .l PP a
la rrènc qu·· ·, 1 h .
.
l'
l • .
es, er, rem,. y , clloutIl de
. , 0
.
~nspn e e c 01x roturier
vretourne
· le soir. )&gt; Tel est le prcm1·er SCJOllr
a
p
issan
a111s1 la promesse qt1'i'l ,ava,'t 1a1te
". à
~1 o,, n est pomt imitée à Paris. Un chroM
·
, ~rsa,lle~ d_c la future madame de Pompadour'
aw·ice
de
Saxe
e_n
lui
confiant
son
armée
n,1qu~ur. bourgeois, comme l'avocat Barbier
~éJour ~m1mulé et presque Îurlif qui ne s
• lier mettre
d ordmaire frondeur el malveillant n. . ' de Flandre. li amt décidé de sa
i·eprodmra plus. Quand elle reviendra à 1~
person.ne à la tète des troupes cl,
1
de~ sentiments inallendus . cc Cette' ..xpdr1me en
.
, es que a
Cour, elfe ~era maitresse déclarée et marquise. d'J? · 1
. .
·
ma ame l ra neh,ee serait
0UYertc
devant
T
et
.\ cc meme moment, JI. d'Étiolcs a fini . _,tw es, d1t-1J, es_t bien faite et extrèmement de mener avec lui le Dauphin. Il ournay,
voulait lui
JOiie,
chante
parfaitement
et
sait
cent
petites
dl' voya_ger. On a retardé son retour à Paris
donner de bonne heure cette initiation directe
chansons amusantes monte a' che,,al ,
'
a mer- aux choses de la guerre
. eue
:enMle faisant
• inviter' pour les fe'tes dc p,aques, ve1·ne e~ a r?çu toute
l'éducation
possible.
&gt;&gt;
l
. ,
' qu ,I.1 n,avaJL
''. . agnanv1lle, près de Mantes chez M de
m-meme
que
l'année
précédente
aux
_de~111~ra1t. presque quelque fier té chez de '1 · d'V
M. de Tournehem )' 'rsl
, . s11··.0rres
·Savalellc.
•d
. venu. ren
emn,
1 pres et de Fribou 1
•rr
~cm arn a voir sa classe sociale représentée
JOlll re son neveu cl, en rerrao-nant Paris
C'était
pour le J·eune prince ,b· 1•eccmment
,
dignement, auprès du maitre, par cette per·,
c?m,~c sa femme ne s'y lroU1~ ~ lus, il lui ~ sonne
accomplie.
marie cl tendrement épris, une séparation
revéle ]~ n?uvelle destinée de la fugitive. Elle
cruelle, et pour
,
~uant
aux
amis
qui
l'ont
connue
avant
ces
. la Reine, pour 1•1
• esdamcs
a. eu, lm dit cet oncle excellent « un rroûl s·
la Daupbme
pour
une
cause
d'
l
ev~nemenls, aux familiers de &lt;&lt; 1 d" .
·
•r,
'
a armes trop'
-~10l~nt qu'elle n'a pu y résister: et, po~r lui i d'E · 1
a 1vme JUSl!uecs,
cc deux boulets' c1·1sa1·t-on, pouvant
LIO
es
&gt;&gt;'
nous
savons
leurs
sentiments
par
.
1
parti à prendre que cl C sonoer'
,i n, a d'autre
,
la lettre de l'un d'eux , égare'e da ns une cor- priver a France de son mai'tre et cle ses espéa s en sepa;~r &gt;&gt; . On prétend qu'à cette n~ur~_nccs ._». Cependant le Dauphin bouillait
velle M. d E~iol~s est tombé évanoui, puis a respo~da1'.ce i_llustre, lettre qu'il faut dater de
i~patience et sentait s'éveiller en 1 . J
ce m~1s cl avnl el qui vaut la peine d'èLI·e lu
.
m?nlré un s1 violent dése~poir qu'il a fallu de
pres :
c 111SLrnc l s m,·1·itaires
de sa race L R . l'UI es
.
lm enlever le.s_ armes; mais, qu'il ait pleuré
trouvé trop jeune l'été de n· . . c oi l' ava'.t
«
Je
suis
persuadé,
Madame,
écrit
Voltaire
fi
cl
'
r
te1,
et
on
avait
de rage ou crie venrreance c1u'il a1·t e'c 't ,
pr_o on ement _humilié en le laissant à Verfcmm
o
'
l'i a sa
ses vers sur César et· Cléo , L
e, pour la rappeler' les prières les plus qenueemoyant
ses prières L
.
.
d t
cl c, · •
pa re, dsailles, rmaigre
, .
· a vraie raison
_u emps e esar il n y avait pas de frontendres ou qu'il ait rèvé la folie cl' If 1
e ce drems eta1t sans doute le de'•1·1· quava1t
, .
rep d • V .
a er a deur Janséniste qui osàt censurer ce . d .
ren re a ersailles, le résultat est inévi- I · 1
qm Oil
aire e char~~ de tous les bonnètes gens, et eu ma ame de Châteauroux de suivre l'arm ,
~ h!e. Il est une volonté it laquelle on ne
Celle année, l'empêchement n'existait pl:::
r?s1ste pas; d'o~dre du Roi, de bon aré ou par ~ue !e_s aumomers de Rome n'étaient pas des aucun prétexte décent n •e, t
, . ,
'
fanatiques. C'est de quoi J·e
-.
u pet mis a une
vw)ence, M. d'Etiolcs devra accepte~ la ~ép'a- 1mbec1les
.
. I'
vou- macl ~me cl'Etwles
de
paraitre
aux
cam
s
d
ra1s avoll' honneur de vous entretcn,·r a t
ralwn.
· '
d' Il , 1
'van
e de~art du Roi et de son fils fut fi~é• a~
a er a a campagne. .Je m'intéresse à votre ~
v ma,.
~e role de mari exalté par la J·alousie les
?onbe~1r
pl~s
que
vous
ne
pensez,
cl
peutcramtcs
· concevoir un lei ' état
.' . que peut faire
L'événement al'ait alliré ~ , ,eisa,
. ·11es beau
&lt;l esprit, tout cela se~·Là merveillcel fort oppor- etr~ n ! ~-t-11 personne à Paris qui y prenne coup cl e monde. Toutes les " dames
titrées cu_n mteretplussensible. Ce n'est point comme
Lunement les desse111s de madame d'r.t· 1
les c?arge~, avaie.nl tenu à s'y montrer, et il ~
El! • d
r, IO es.
vieux
g~lanl
flatteur
de
belles
que
je
rous
e sa resse au cœur du Hoi et à ses scntie~t JU~qu a treize dames ayant le droit }
parle, c est comme bon citoyen . et je vo
~n_~nts de gentilhomme. Elle le supplie de la demande la permission de ,eni;. voiis d_us s asseau· au souper du Jloi L . ·11 cl
1
· ,
· a ,ci e u de-_e
.
, 1re pa1•t, I,oms
e'tal el son nom.
X
V
man11ea
au
Ce endre, de
. chanrrer
.0 son
•
un pc~1t mol a Etioles ou à Brunoi, cc mois
o
oarand couvert et.
es ,précautwns ,lm donnrront pied à la Cour
passa cl ans la chambre de la R .
Ayez la honté de me faire dire qua cl '
d' ·
eme, comme
et I amèneront a ètre cc déclarée »; elle se det mai.
• J
•
dl
a son or. rna1rc. Au petit quart d'l
cl
e ou. e suis avec respect, Madame, de vos co,11·,
l
, ,
Jeure e
( rsa wn generale, rC'mpli des insipidités

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______.!~--.---~~=J

d'usacre, nulle allusion ne fut faite it l'é~oti~n
o 1·ssa1·t
qm. remp
1 , les cœurs. Le lendema111,
1 D a
Beine et Mesdames furent au lerer ; a au~
ihine, tr~p affligée, n'y pul aller. On partait a
~c L heures. c1 La Beine a allcndu M. le Da~~
lorsqu'il a pas~é pour aller chez le ~01'
pll ',t ·t a' la porte du petit passage qm va
e c e a1
I'
b s'
chez elle; elle l'a rappel~, elle a em ras e
vin"t fois, fondant
en larmes. l&gt; M. de
Luynes observe que
le Roi ne s'est couché
qu'à trois heures ~t
demie : &lt;( Il aYa1t
l'air fort sérieux cc
matin· il a dit un
'
mot fort
court a
M. d'Argenson l'ai~é. mais, hors cela,
iÎ ~•a pas dit un mot
à personne, ni à ses
minis tres, ni à aucun des courtisans. ll

in

.

Le Roi gagna Compiècrne aYec des re.
taiso et contrn
ua 1c
voyage en poste. La
couchée du second
jour fut à Doua!.
Le Dauphin dorma~t
encore, quand ~OUI~
X.V quitta la Ydlc a
quatre heures du
matin. La nonl"elle
des mouvements de
l'ennemi l'appelaitcn
hàte de,·ant Tournay. U était temps
qu'ilarrivàt : l'armée
de secours commandée par le duc de
Cumberland, et composée de troupes a~"laises, hollanda1~es, autrichiennes et
hanoniennes , serrait de près les assiégeants, et lcmar~ehal de Saxe croyait
àchaque instant ~tre
attaqué. Le Roi et
le Dauphin allèrent
reconnaitre le terrain, visitèrent les
r edo utes établi es
par le maréchal
et furent acclamés dans les ca~pements.
Louis XV passa la soirée du 10 a deviser,
de ' meilJeure humeur dtl monde. Il rappela
les ,&lt;1tailles oit s'étaient troul"és en person~e
les rois de France: il ohserva qu,e, cc d?pu'.s
la bataille de Poitiers, aucun d eux. n a,a~t
eomballn arnc son fils, cl qu'au~un, _depu~s
saint Louis, n'ayant gagné ~e ?ata11le s1_g~alee
contre les Anglais, il cspc~a1~ _don_c etie le
premier J&gt; . Après cette leçon d h1sto1re, on fit
des bons mots ; on fut gai comme pendant
une nuit de bal ; le Roi chanta une chanson

fort drole à plusieurs couplets, puis _s'en fut, ment de l'infanterie anglaise el hano1-riennl',
q ui force en masses épai,ses, le centr~ des
comme les autres, coucher ~ur la p~1lle..
' .
Le 11 mai, à la petite po111Lc du JOUI', il s: lianes françaises;
eIlc pcrd des ran"S
' o· entiers
~ '
fait éveiller pour aller se rcnd~·c compt~'. .:e 1 i;ais le reste avance et repousse ~e son et'.
de l'ennemi. Le ,1cux ma1ec a rérrulier les régiments qui succcss1remenl se
d1.spos1·t·ons
1
.
L t chez
o
Gendarmes, ca.ra 1·,111·c
I 1..s, :\'orman..
'
p1·ésentenl.
de Noailles et qurlq nes oflie1crs en ren '
.
·u·l an daise,
·
r
en
ne
t
1 . r1uand il achèrn dè se botter : '.&lt; \ ous d"e llainaul brwade
0
1 ,
'
u1 , hien parc,, d"1t-,·1 a, ·1•·essa11
à la marche
de celle co1onnc, d,c' 11lu,'.
1 · ' &lt;1m a un résiste
,·oilà
en plus scrrce, q u.1
répare ses pertes a
mesure cl emblc
manœu1-rcr comme
à l'cxcrciée, a1·ec une
lenteur puissante el
sùre. On aperçoit les
majors anglais ap. puyant leur canne
sur les fusils de leurs
hommes pour abaisser leur tir. Ocrant
l'intrépidité de LitLa'J ue, les ga'.·de~
françaises ont lathe
pied et, malgré leurs
officiers, se débandent. Le Roi ne reçoit que de mauraises nournlles; les
redoutes tiennent encore, mais déjà celle
de Fontenoy manque
de boulets et ne répond plus à I' rnncmi. La retraite peul
ètre coupée, mèmc
au Roi, d'un moment
à l'autre, malgré les
précautions du ma~
réchal de Saxe, qui
a tout prén1, sauf la
déroute.
Sur tout le champ
de bataille, passant
hardiment au front
de la color.ne anglaise, court une h:rr1\rc chaise d'osil'r.
0
alleléc de quatre
cheraux gris: c'est
le fameux. « berceau i&gt; qu i porte le
maréchal. \falade'
affaibli , obligé de
M ARIE L ECZINSKA, rei11e de France.
rester eon&lt;.:hé, il n·a
rien perdu de son
Pastel de L A Toun. (M11sée d11 Louvre.)
beau sang-froid dl'
héros. Le Tioi et son
habit tout neuf de maréch_al de ca1~p- - ~ire, enlouracrc suivent ses n10n1·rmen,ts dans la
. od'o'1L s'efface toute espcran&lt;·e.
U11
dit l'officier, je compte b,en que _ces~ auJour- p1ame,
•
d'hui jout de fète pour Yotre MaJcste et pour . n lant la colon ne formidable demeurt' nrnno1
du.
bile
ne' tirant plus, et parai't maI'tres~c
la nation. l&gt;
.
' . Autour. du 1,,01· se, tient
un
con~cil
On est à peine en selle.que l'cn~1~m1attaque Lerrain
. .
d . I·
au canon. Le Roi, bientôt_ : CJotnt par le assez lumulLucux, où les al"is s agitent, an~ (
Dauphin, va prendre pos:t10n , sur une fi h re. Le Dauphin, très excité, m~t d u'.: J&lt;\1
éminence, à l'entrée du champ pfrc,·u pou~ la &lt;&gt;este l'épée à la main et demande a c_ha1"'c'. _,1
bataille et qui n'a guère que n,eu cent~ to,s~s la tète de la Maison du [loi. Le marcth~ fa1l
rier Sa Majeslt', au nom de la Frantc: e ne
de larocur. Ils assistent de la, e~pos_es eux~
mèmes° aux boulets, à toute_ 1 act10n qui ~as s ·exposer davantage et de repasser I Es,~a~1'.
commence. lis voient le magnifique mouve- pour s'abriter. Le Roi refuse et parle aus~1 c

,

_________________________

Lou1s XV E7 Jlf..11D..11;1m DE Po.MPADou~ ~
se jeter en personne au milieu de l'action. Le
maréchal enrnie le chevalier de Castellane le drapeaux percés de halles. Le Roi remercie
général en survivance de la province de
supplier d'attendre, un quart d'heure seule- commandants et soldats, ne tenant à l'écart
Flandre,
le traita à diner. Le résultat de la
que
les
gardes
françaises,
si
peu
solides
devant
ment, d'autres nomelles.
campagne
était assuré.
En pleine défaite, Maurice de Saxe impro- le feu. II s'intéresse aux blessés et donne des
D'autres succès s'accumulèrent rapidement
ordres
pour
qu'ils
soient
transportés
aux
l"ise Je plan d'une seconde bataille. Il donne
srs ordres suprêmes, parcourt une fois de hopilaux, préparés d'avance avec plus de soin rn six semaines; Gand se laissait surprendre
par M. de J,owendal ; Dl'llges ourrait ses portes
plus les lignes rompues, relève les courages, qu'à l'ordinaire. « Le triomphe est la plus
sans résistance au marquis de Sonné; Oudrllt'llc
chose
du
monde,
écrira
le
marquis
rappelle aux troupes qu'elles combattent sous
n:irde se rendait au roi après quatre jours de
les yem: de leur Roi. II veut ébranler de tous d'.\rgenson à Voltaire; les Vive le Roi! les
tranchée; Dendermonde était pris par le duc
chapeaux
en
l'air
au
bout
des
baïonnettes,
les
côtés la colonne victorieuse, avant que les
d'Harcourt, Ostende, par Lowendal encore. Et
Hollandais, qui_ ont encore peu donné, se compliments du maitre à ses guerriers, la
tandis que de bonnes nouvelles arrfraicnt
visite
des
retranchements,
des
villages.'.
.,
la
décident à l'appuyer. Tandis que l'artillerie.
d'Italie,
où !'Infant don Philippe, gendre du
changeant ses dispositions, concentre son tir joie, la gloire, la tendresse. Mais le plancher
Hoi, combinait ses efforts arnc ceux du maréde
tout
cela
est
du
sang
humain,
des
lambeaux
sur le même point, tous les escadrons de la
chal de Mai!lebois, tandis que le roi de
Maison du Roi, que M.' de Richelieu met en de chair humaine! l&gt; Les terribles pertes de
Prusse, ayant battu les troupes de Mariecette
journée,
meurtrière
entre
toutes,
sont
bataille, Brionne, Aubeterre, Penthièvre, ChaThérèse à Fricdbcrg, écrirait à son allié :
brillant, Drancas, chargent ensemble. Les oubliées dans l'allégresse de la victoire. Ceux
cc J'ai acquillé la lettre de change que Y0us
qui
o·nt
aidé
à
la
gagner
comprennent
la
fierté
régiments déjà décimés secondent le furieux
ariez tirée à FontenOJ', » Louis XV parcourait
royale
:
Fontenoy
a
donné
au
règne
le
prestige
élan. Celui de Noailles, qui charge au centrr,
la Flandre conquise et se faisait acclamer de
y laisse d'abord tout un escadron : mais la éclatant de gloire militaire qui lui manrpiait.
ses nouveaux sujets, au milieu d'une contimasse ennemie, attaquée à la fois de front et
Ces grandes nouvelles arrirnient à Versailles nuité de fortune qui rappelait les plus bclb
par les flancs, commence à s'ouvrir peu à
campagnes de Louis XIV.
peu; en quelques minutes, elle est forcée de laissant une incertitude cruelle sur le sort des
reculer et se retire, sans confusion, cédant le combattants. Le lendemain, le comte d'ArgenPendant que toutes les églises de France
son faisait panenir à la Reine la liste des
terrain et la victoirc.
chantent
le Te Deum pour les victoires de Sa
morts. La noblesse française avait chèrement
Majesté
Très-Chrétienne,
madame d'Étioles est
Il était une heure après-midi, quand le payé la gloire de son roi. On comptait
à la campagne, chez l'oncle Tournehem, point
soixante-treize
officiers
tués
sur
le
champ,
Jeune marquis d'Harcourt accouru( ventre à
gênée par son mari, qu'on fait voyager, toute
terre annoncer que la bataille était gagnée. cinquante-cinq en grand danger, quatre cent
à
ses projets d'avenir et à la réalisation de son
Le maréchal, à bout de forces, arriva peu soixante-quatre blessés, seize cents soldats
rêve.
Les rapports du lieutenant de police
d'instants après, et Youlut embrasser les morts et trois mille blessés; et cette propormontrent que l'opinion, qui s'inquiète d'elle.
tion
indiquait
quelle
part
revenait
au
dévouegenoux du Roi: « Sire, dit-il, j'ai assez récu ;
sait assez mal ce qu'elle devient. Dès le départ
je ne souhaitais de Yivrc aujourd'hui que ment des officiers dans le succès de la
du
Roi, son nom est changé et les Parisiens
pour Yoir Votre Majesté victorieuse. Elle roit journée. On citait le duc de Gramont, atteint
s'amusent
à lui donner par avance le titre
par un des premiers boulets, et roulant de
;'1 quoi tiennent les batailles! » Le Roi le
dont elle n'a point encore le brevet. Les uns
chenil
aux
pieds
du
maréchal
de
Noailles,
son
1·clèrn et l'embrasse._ Le comte d'Argenson
répandent que l'époux indulgent 1·a Ia reprendre
s'occupe des courriers. Le Roi et le Dauphin oncle, qui renait de l'embrasser et l'enroyait
et
mettra ainsi fin à la comédie; d'autres souit son poste. Ln autre lieutenant général.
écrirent sur des tambours.
tiennent
qu'elle rC'r,:oit chaque semaine un
A deux heures et demie, un page part ,U. de Luttcaux, aYait reçu deux coups de billet nwstérieux, sous le courcrt de M. d1'
fusil
dans
le
corps.
Plusieurs
colonels
étaient
pour Versailles, portant à la füinc les bill&lt;'t~
.\fontma1:Lel, it la suscription : Po111' 11/adame
de son mari, de son fils et du ministre. Le tom bés à la tète de leurs tl'Oupes : )f. de Dil- ri' Étioles, à Etioles, et qu 'clic y répond par
premier, qui baptise la victoire, est ainsi lon, M. de Courten, le prince de Craon. Ces la mèmc ,·oie.
conçu :
deuils, qui touchaient tant de familles et frapA la Cour, où l'on est mieux informé, on
paient aussi plus d'un cœur en secret, assomcroit qu'il arrive autant de courriers de
brissaient
la
joie
générale.
Du champ de bataille de Fontenoy,
D'ailleurs, la guerre n'était point finie, et l'armée à ~tioles qu'à Versailles, et que le Roi
ce 11 mai, à deux heures et demie.
même la place' de Tournay tenait toujours. 011 écrit chaque jour une lettre au moins, adrescr Les ennemis nous ont attaqués ce matin it
commença
à se rassurer, le jour où un page sée à ,tfadame la marquise de Pompadoui·,
cinq heures. Ils ont été bien battus . .Je me
de
la
petite
écurie, M. de Lordat, ,·int annoncer et _cachetée d'une devise galante : Discret et
porte bien et mon fils aussi. Je n'ai pas le
fidèle. D'autres lettres viennent de l'entourage
temps de vous en dire davantage, étant bon, que la l"ille était rendue et la garnison retirée du lloi ; et J\1. de Richelieu, l'ami de toutes les
je crois, de rassurer Versailles et Paris. Le dans la citadelle. La prise de cette citadelle maîtresses, a entamé la plus aimable corresn'en fut pas moins d'une difficulté extrème :
plus tôt que je pourrai, je vous enverrai le
les
assiégés, presque chaque nuit, faisaient pondance, montrant assez par là qu'il a condétail. »
jouer des mines meurtrières, et pour calmer staté les signes d'une faveur durable. Celui qui
Le jeune prince écrit avec plus de tenles trop ri,·es inr[Uiétudes, sur le bulletin quo- donne le plus à penser est qu'on rafraichit à
dresse :
tidien enYoyé à la flcine, on réduisait le Yersailles le bel appartement de madame de
(&lt; Ma chère maman, je vous fais de tout
Châteauroux.
nombre des blessés et des morts. Après un
mon cœur mon compliment sur la bataille
Ces satisfactions d'amour el d'amour-propre
mois seulement, la brèche étant faite, la garnique le Roi rient de gagner. Il se porte, Dieu
ont
de quoi dédommager la jeune femme de
son anglo-hollandaise consentit à capituler et
merci, à men eille et moi, qui ai toujours eu
sortit avec les honneurs de la guerre. Louis XV la retraite à laquelle elle est condamnée . Cette
l'honneur de l'~ccom pagner. Je rnus en écrirai
vil défiler ces quatre milles hommes sur les retraite, désirée par le !loi, est absolue. Elle
davantage, ce soir ou demain, el je finis en
ne reçoit qu'un petit nombre d'amis, des plus
rous assurant de mon respect cl de mon glaci&amp; de Tournay; ils passaient entre deux éproul"és ou des plus utiles. Deux surtout
haies lormées par la cavalerie française,
amour. Louis. - Je mus supplie de vouloir
maison du Roi, gendarmerie, carabiniers. s'empressent auprès d'elle, qui joueront dans
hien embrasser ma femme et mes sœurs. li
Quand vint le tour du gouverneur, M. de Drac- sa Yie un rôle important et qui, de ce moment
Les courriers expédiés, Louis XV remonte à
même, dirigent en quelque mesure sa deskel, le Roi le félicita de sa belle défense ; tinée.
cheval avec le Dauphin et parcourt les lignes.
puis il entra solennellement dans la ville ;
De régiment en régiment, ils sont salués par
Voltaire, qui a été le premier courtisan de
l'évêque le reçut à la cathédrale, entouré de
des ?ris d'enthousiasme ; on leur présente les
son clergé, el le prince de Tingry, lieutenant la fortune naissante de madame d'Étioles, est
aussi IC' premier obligé de madame de Pompa1. -

HrsTonu . - Fasc.

2.

6

�1t1STO'RJ.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -~
dour. Il lui doit déjà le don gratuit de la
première charge \'acante de gentilhomme de
la Chambre du Roi, un beau cadeau en vérité,
qui représente cm-iron soixante mille li\'rC :
la charge d.historiographe, dont il a en mèmt'
Lrmps le bre\'el, lui ,·aul, aYec deux mifü,
li, res d·appointement . lt' droit de flatter offit'idlemenl 'a ~laje Lé. Lr prétexte de l'a\'eurs
royales, ,ainC'mcnl sollicitét' jusqu'alors par
l'auteur de la llenrùule, a été le ballet du
mariage, la P,-inccsse de l\'avai-i-e; mais c'est
madame d'Étiolr qui lrs a obtenues pour Ir
p&lt;&gt;t'te, el il a bénéficié de la première prièn'
peut-être qu'elle ail l'aile au Roi.
Il n'aurait garde de m\:lirrer une amitié qui
promet d'ètre a,·antageuse cl peul lui assurer,
par exemple, l'Académie, qui l'a jusqu'à pré,enl écarté. Toul cc printemps, tout cet été,
\'ollaire tourne autour d'Étioles, fort aise
qn'onsachequ'il e tdansle ronfidcncrs. Ilnc
quille le duc el la duchesse de La Vallière, es
protecteurs du momrnl, que pour a.lier chez
,a nom·ellc dérssc : &lt;&lt; Je suis tan lot à Champs,
lanlcll à Étioles,» écrit-il au marquis d',\rgcn,on, qui c. l sous Tournay a\'Cc le Roi cl qui
tloit montrer a lcllrc; au mois d·ao,îl, écri,:inl d·Étioles même, il rend compte gaicmcn't
:111 ministre qu'il se dit de lui infiniment dt'
nrnl chez madame de Pompadour.
Il y donne la premièr1• lecture de cc poème
,nr la Balai/le de Fontenoy, qui rsl pour lui
111w grand&lt;' affaire. 'é courtisan, il a toujours
a~piré l1 d&lt;'renir le Poel&lt;L regius de quclc1ue
monarque, et celle carrière, awc ses honnpurs
lurratil's cl la liberté qu'elle assure. suffit
t•rwore à se ambitions: mais il allcinl la cinquantainr, stins ètre plus tiYancé qu'il y a
1 ingt ans, alors qu'il se figurait a\'oir conquis
IPs bonnes grùces de madame de Prie. L.élérntion d'une autre fa,·orilc el la ,ictoire des arm1&lt;cs françaises lui sl'mblenloccasion farnrablc
pour prendre sa revanche, en la meilleure
aubaine de sa vie. Une Yoix écoutée pourra faire
entendre à Louis XV que, pour être loué
dignement, il doit choisir le plus grand génie
de son règne; et cc génie saura promrllre,
:1\'ec les plus agréables sous-entendus,
Le prix de la Vertu par les mam5 de l'Amour!

Ce n'est point un chef-d'œune qu'inspire
madame de Pompadour; on y \'OÏL reparaitre les
mouvements, les épithète , jusqu'à des hémistiches de l'Ode sw· la prise de Namm· ou de
!'Épitre s1w le passage du Rhin; du même
style, des mêmes mols, de la même mythologie qu'employait Boileau pour flatter le
Grand Roi, Vollaire flagorne le Dien-Aimé.
Toute celle rhétorique, apprise des Jésuites,
cbarrnc, enirre, exalte la petite bourgeoise. Le
poète sait aussi l'intéresser au coté profitable
de son entreprise. Il n·a célébré jusqu'alors
que des hommes de cour aimant les lrllres.
qui donnent à souper cl payent des dédicaces;
d'autres appuis semblent plus sûrs dan un&lt;'
monarchie militaire el auprès d'un roi peu
sensible aux arts el médiocre juge du talent.
li ra poU1'oir multiplier, en cilanl les héros
de FontPnoy, le nombre des gens qui lui reu-

lent du bien, el il persuade madame de Pompadour que ces amis nouYeaux seront également les siens. C'est à Étioles qu'il augmente
cl corrige ses édition, succcssi\'Cs. Comme il
~c croit grand dispensateur de renommée, il
entasse dan ses \'Crs, toujours 11 rimitation d1'
Boileau, lrs noms militaires qu'il \'OUe i1
l'immortalité. li 'en\'oie sl's exemplaires l1
l'armée par ballots, el c·csl un d'Argenson
qu'il charge de les distribuer. L'imprimeur
ne uffil po:nl au:.: tirage , on épuise en di,
jours dix mille exemplaires, cl r engouemenl
du puhlic grise le poi•tc: 11 La tète me tournr,
écrit-il ; j1• ne sais comment faire a\'CC les
dames, qui ,·l'ull'nl que je Jour lr urs cou ins
ou leurs greluC'hon~. On me traitr comme un
ministre : je fais drs méconlrnts ! »
li prir Tressan, un des blessé, dr la journée, de lui mander des rpisodes hrroïqut&gt;s,
pour enrichir les éditions nou\'ell1•s. Crllc donl
le Roi a daigné agréer la dédiraC'e rst aclrrssfr
par l'auteur à sen ami )loncril, pour que Il'
poète des Chais obtienne qu'il soit ln par la
Heine; il lui demande encore de faire rrmarquer, à leur augustl' so1nwainc, lïndignill'
de confrères sans talrnl qui ~c soat prrmi, de
1·élébrrr 11• mrmc sujet, et surtout de 1'1111
tl'eux qui 'est posé en ril'al : &lt;&lt; \'011s èl&lt;'~
l'ngagé d'honneur 11 foire connailrr i1 la Ht•irw
&lt;·e misérahle; si jt• n'étais maladr, j'irai~ rnt•
jrter à ses pieds. Je ,ous supplie insltimmt•nl
de lui faire ma cour. Je n·a\'ais suppliJ ma1lamc de LuynC's de présenter ma rap odic l1 la
llt&gt;ine que parce qu'il paraissait lorl hrutal
d'en laissrr paraitre tant d\iditions sans 111 i rn
foin• un pt'Lil hommage. ~lnis je ,011s prie d1•
lui dire tri• sérieusement que je lui demandl'
pardon d'arnir mis 11 ses pieds ma pannl'
l'Sljllissr, que je n'a,·ais jamais o é donnnr au
Hoi. Enfin Sa Majesté a}anl bien \'Oulu q11 r je
lui dédiasse sa Bataille, j'ai mis mon grain
d'encrns dans un encensoir un peu plus
propre, el le ,·oici que je Yous présente. ~ En
,·érilt\ Yoltaire ne dédaigne aucun appui, puisqu·à l'heure même où il se fait l'hôlr as~idu
dï ~tiolc ·, il tient à s'assurer 13 bicnreillance,
si peu nécessaire aujourd'hui, de &lt;&lt;la homw
firine ».
C-c l pcut-èlrc qu'il commence à sïnquiélrr
el que ses façons « d'adjuger des lauriers •
paraissent indiscrètes dans les cercles de la
Cour. Le duc de Lumes nous donne, aœc sa
bonne grâce habitu~lle, l'opinion des honnèLC's
gens sur l'auteur du fameux poème : « li a
voulu parler de tout le monde, el sans aYoir
eu le Lemps d·ètre assez instruit des particularités; il a mème suppléé par des notes à
ceux qu'il ne pouvait nommer; mais, en voulant contenter tout le monde, il a fait grand
nombre de mécontents. Les uns se sont Lrou\'éS trop confondus dan la foule, les au Ires
ont jugé qu'ils n·étaienl point 11 leur place. li
a fait M. le duc de Gramont maréchal de
France de son autorité ; enfin, il s'est trou\'é
tant de fautes qu'il a été obligé de faire plusieurs corrections. Il y en a de ce moment-ci
cinq éditions, el ce n'est qu'à la cinquième
qu'il a cru son poème en étal d'être présenté
i1 la Reine. Malgré toutes ces critiques, il est
.... 82 ...

pourtant certain qu'il y a de très beaux vers,
el il est vrai qu'on passe moins de fautes à
Yoltaire qu'à un autre, parce qu'on le croit
m:iins capable d'en faire. » L'ayocal Marchand,
qui a rimé lui-même sur Fontenoy, est moins
indulgrnl pour son remuant confrère :
li a loué d~puis ~oaillcs
Jusqu·au moindre pelil morYCUI
Portant talon rouge à \'ersnillrs !
)1. de llichrlieu passr pour a\'oir chargt:
Yoltaire dt• composer, à son profil. un JlOl'lllt'
où lui est allrihué le nai surcès de la balaillr.
Le duc rsl, en cffrl, dtins une période dt•
l!randc amhition cl, depuis qu'il esl entré darb
les, 11es du Hoi :iu sujet de madame dr Po111pado11r, il a repris son crédit des nwillrurs
jours. Les lcltrr é&lt;·riles du camp dernnl
Tournay racontent l'&lt;•xlrèmc familiariL{o q111•
h• fioi lui montre, rn ,·rnanl l'é\'Pillcr ,·haq11t&gt;
malin dans sa &lt;"hamhrr. &lt;"a11srr rl plai~anlt•r
au bord de son lit. ))ans ces con\'rr~alion,
intime , dont madame de Pompadour fait 011, enl les frais, \'oltairr lit•nt i1 èl rr nomm(-. Il
1·orrrspond avrc Rirhrlieu, l1 propo~ des fèll's
du retour que relui-ci doit o~ga11is1•r 1·1:mnu•
prrmier gentilhomme, rt Lrllc de st•s lrllrt•,
pr int plusirurs ùmcs d·un . rul pinre:111 :
« Yoici un petit morc1•au da11s lt'C(llel il i a
d'as,1•z bo11nrs chost'S. li ~ a ,11rlo11l 1111
,ers :

rn roi plus cr~inl qnr Chnrl,• ri plu, nimi• qu'llruri !
Vous dP\'l'it&gt;z liiP11, MonsPignrur, m1'llr&lt;' le
tloi~l lii-dcssus i, 1111in• ad11rahl1• 11ionarq111•.
lie héros 11 hfro~. il 11·) :i &lt;pÎl' la main ....
Ce préaml111lt• 1•,L pour amr,wr une auln•
rr1p1èl1' : 11 En ,,:r,lt:, ,ous dr, rit•z hien
m:1ndrr à madanw dt' Pompadou r aulrt• &lt;"hu,1•
de moi &lt;[ut' tt•s ht'aux mols : 11 Je ne suis pa~
&lt;t lrop content d&lt;• son al'le. ,, faimerais hi1'11
mieux qu·l'llc sùl par rnus eomhicn es bonlt:~
me pénètrent dr reconnais a11ee, el 11 !)Ill'
point je \'Ous fo.i on éloge; car je rous pari,•
d'dle commr je lui parle de ,·ous; el, r11
,·Jrité, je lui suis trè· ll'ndn•mml attachr, t·I
je nois dc,·oir comptrr sur a hien\'cilla11t·1•
:111lant q11r pcr onnc. Quand mes sentimc11I,
pour elle lui seraient re\'Cnus par ,·ons, 1
aurait-il eu si grand mal? lgnorez-rnus 11•
prix de ce que ,ous dites et de cc que rnus
écri\'cz? Adieu, Monseigneur, mon cœur esl
ü \'OUS pour jamais. ,, La reille, Volta.ire en"oyail au duc des essais de la fète, des sujets
-de livret pour Rameau ; le lendemain il en
expédie d'autres; il n'est jamais à court ni
d'idées, ni de compliments.
Celle agitation d'esprit, ce bouillonnement
de projets, celle parole rapide, mordante,
sou\'entsincère, celle Oamme d'éloquence qui
illumine el cc tumulte de mols qui étourdit.
,oilà ce qu'apporte à Mioles la menue el ardente personne de Yoll.3irc. li enlretienl la
fièl're de la future marquise, lui souffle ses
propres ambitions, la mèle à ses grands desseins, l'intéresse à ses petites rancunes, la
consulle, l'encense, l'intimide, lui persuad,·
par instants qu'il n·y a à écouter que lui, &lt;'l
riuïl n'rsl pas auprès de lui d'écri\'ain qui
1)

LE CO UCHER DU SOLEIL
Tableau petnt par BOUCHER pour 1\1 ADA\tE

DE POMPADOUR.

(Collection \Vallace , I,ond res.)

ClfcM Giraudon

�~

-----~---,----~J
111S
TORJ.ll
.
. --

rnmplr. Qni donc aurait pl11s dïnrrntion pon~
sn&lt;mfrer à nnr femme fètr.' ballets &lt;'l operas.
()1Joserai t mirux ap~e 1'. la céléhrrr l'O re~~ o~1
le momlt
1'11 prosr (' 1 ~: la' si'l'l'II' .,' 1.rarers
'
1. r . H
,lt:jà les pl'tils \t'rs dn poète sr mu llp ,_en~.
,·onrcnl Paris. apprenant 1t tous__,•n quel~,• ,:1L1•&lt;'
nwllrr l'l ('&lt;' ,111 al s,• nnrt pcr1111·1 e, ·1
1 ,a •11
a
•
111is d'éc-rirr :
Si,m'rc cl Lemire Pompado,'.r

Car je peux mus donn~r rl a.-nncr
nom qui rime a.-cc I amour
.
. qm. se,..
- birnlt'l· Ir plus beaulinom de t rancr '
F.l
Cc 11,kni clonl foire Ex!'r cure
llans Êlioles one ri•,rala,
Yft-l-il p,,&lt; ,1111,tquc resscml.lanrc
.\ "''' 1,, lloi ,11 ,i k donua?
Il c,t ronnuc lui sans mi'tau,r,• ;
Il unit t·o111mc lui. la forre el la douceur.
'rtnil ""' \'Cil\, cnchantr le ('(l'lll'.
l'Ril ,ln hi~n ,.J j~nrnis 111' rh,111((•··
Ce

lbns n111• h•llr(' an présidt'n l ll( n nait , Y'.1!t:1in• nous introd nil an mi li'.'" des _can,~m•~
ln. oi1 achhr dt• st' lorm~r
dt
l'L't'10,S,'
(J',
. 1&lt;'s pr1t
Ir
la mai!l'l'&gt;&gt;l' 11ni,s:1nh• d(• &lt;lm1a1_n : (1 . _t' pa I·. \1111,iL'llr. il ,. a qrn•l11n1•~ J0Urs. a m 11'11,, c. dt: .Pon1patl,;11 r de iolrr th:irm:rnt. t1,,
1
am inunortPI Abl'eghle /'//1s/011'e
' · ~/~ F,.a11cr :
, oll·l'
Ellt• a pins ln li . on àf(r qu·ancn_n~ 11r1llr ~an,~
, o·11 l'ile· , 'a ré.,ncr
el ou ,I est b1e11 a
l1Il pa1 ~
I"
• •
I
,
tle:ç;,.;,. qu'elle 1·è911r. Elle ar~1l n prc~~u_c
to11s 1l'.S l)o·ts
• • lin,•~
· · hors le io!J·&lt;•: ellr c, :i1-.
~nait 11·,\:n• ohlif!t:t' dr l'app~en~rt' par cœ~::
Jelni di, qu'c!lt• &lt;'Il l'Plit'Jl(lratl h1~•11,d1•\&lt;:h~ .:'
. ·t. rl .&lt;1tl'l1111l 1,·, earal'l('I'('
dt ~ ((Il
Sail. (' IlIll ~.
•
r •Ï. •
de minislrl', l'L tirs ,ièdt•s_: qu n:1_ eonp l n _,'
lui rappcllPrail tout i·e qn elle ~a,t dr no11_1
hi,toi r1•. t'l lui apprrndrail Cl' qu 'elle n.e ~ail
po:nt : ,·Ill' 111·ordon11a_ d1• lui a1~po~ter. a 1110!'.
. 101• ,•1.,l,
t·i· lll l'l' anss,
aimable
!Jne
pr1'11lll'l'
r •
.
.
.
'
·111lr11r. ,ft, m• rnarr·lw pma1s an~ ccl
.011 '
d'
. Paw !'I
oni r,t;!!': jl' li~ s(•111lila11l Plll0~l'r a : s •
aprè, ,ouprr. o:1 lui apporta ,otre hne, c_n
bt•a11 maroquin. ,•t i, la pr1•mièrr p:igt• Pta,l
frrit :
1,1 ,·oi,·i ,·r lin·,, vanll•:
1: (;r{ÎCt':-, ,lai~nl•r('nl l'é,·rirr
Sou~ le, i·,•u, dé 1~ \'éril~,.
El c·~,l au, Gr:iccs de Ir hrc....
11.,

\

•

1;l:piln• u·aurail pas son cnti~rc '.ffeur,_ ~i
1.on ne ,,n rappelait
• commrnl
, . \ ollaire traita
•
ar la suite l'Ab,·~g~ d_u prcs1den~, « comp'.:
i.11.ion informe, d1sait-1l, exéculee par cl, s
donl
merccna·, re 1,, , œlll're d'un homme
,
.
•la
(1 Lite f,mc ne ioulait qu'une rl'pnlallon n ~"~~ »el qui n'était au fond qu 'u'.H' charlatan o.
Il faul songer aussi aux \'l'r~ ignobles cl fadt•
111r m , 1li ·, \'·1nrrnl ornrr un J0nr un chant
.
' pour llétrir Il lï:1•1tr(•11sc gnsctte "•
1.,l J&gt;1icelle
·
.
.
•
,
1, t·harmrs de lal1nelle arn1l tral111uc sa merr.
11
'
•
sr
li ~rsl uai
qu'alors llfoault ara1
t o. é ~d rrs.r
:1 Yoltairr drs critiques su r le Siecle tic
de Pompadou r m•
1•,OtllS. •, . ff t cl qur m:idame
•
C 'b'II
consentait pas à lui sacrifier re I on.

Il élail trop él'i&lt;lcnl que le gentilhomme de
la Chambre du Roi, en affichant so~ enl~ousiasmc pour la mait resse_. ne :ongeai~ qu au~
. tarres qu'il en poura1l rellrcr. Nul souci
a1an o
. ,• d
Lc
chez lui des réritables mlérels e sa pro e ..
par •son zèlP
indiscrt&gt;l el l,ruvanl,
11
Lr1Pf'.
,
·

l'i·1il plntill drssrn ic &lt;•l lui rùl fait a~sez "itr
Ir da11grrt•11x prést•nl de srs propres _cmw•m~.
.\lai, madame dr Pompadour ava rl aupr~s
tl'l'llf' un ami moins &lt;:goï,IC', rt ~!m_t 1i: di·:
rouemenl fnl dt&gt; mrilh•urr r tofft•. C l'la1~ 1~l~lu•
tic Bernis, qui dr, int l:)!al&lt;•mcn.t "." _f,1111,~h1:r
d'Étioles, pui~qm• &lt;'haque st&gt;rn~m: ,1 ~ pa:·~u1\
. ncc
', .\11,,i
une JOUI'
.. 1i:1•n
• Ir Ho, 1a1..:11t. d!'c1dt
,
i, son départ , ponr dl's raisons 'I" al unpor,&lt;'
de connait rc.
Cc n·est poi nt une compagnie. hanalt• cp:P
œllc de l'abbé de Bernis. el plu~ d une g_rancr
dame la pourra il &lt;'nvil'r à la fil Ir des Po'.s. on.
Ce cadet de ririllc famill,•, appar_rn_lt• au~
meilleur$ noms de France. r~t ohhl!&lt;' par l,1
•ènt' à drmandrr sa carrière i, st•s ~ll'nls Pl
~ son mfritr. li esl ardemment clrs1reux dl'
•réms,r,
· . mais
· 11wapa'
·
1le , 1iour rl'la. · d'um•
.
bassrs cou d' mw hypocrisil': il a 1:r1~ le pelll
eollC't. sans ,ou!oir rr&lt;'c\'Oir la prelr1se_, don:
nant la raison lrè !oyait' que la ,·ocallon hu
nunquait. Srs lrt•nlr ~ns son\ ":nus, san .
qu'il ail d'a,·rnir assure dans_ 1 ~-fhse. Fleurj
tl'ahord. puis Boyrr lui ~?~t 1111p1~oyablen~cn~
frrmé la Fcuill&lt;' des hcnrhces. Hirhe de JCU
nr,,1•. ;rndl'ltanl un peu (mai, une br ll_~
prinrrssc qui rrstinll' payrra ses dct~rs). i
,·irnl d'obtenir son prt'micr s1:cc~s :l cl entrr r
: 1· \cadémir moins comme ccrirn111 dr pro'1 • '
t
• d
I tl 'S
ft•ssion. qu'i•n grand . cig_nc~1r _a m, rs_ •e r:t ~
ri dt•s lrllrés . . rs tilrrs '1Urra11·rs au~~•cn_t, ~~
~on poème dr la RelifJÎOll vengé~. &lt;JU al de&lt;la,.,,w d'imprimer. t•lanssices m:1dr1ga11 ~ fa_lant ~,
~11i 11·0:1I "t1t•rr &lt;·oùté i1 sa rcrw mcrulao~all'
:.t qu'on lt;i jo1H'ra lt• ma111ais lourde pnhlil'r,
q11a11&lt;l il ·t•ra drH'llll pr~ln' .. &lt;~ip!on~a'.'.'.Pt ~·'.1'.:l e l""rntil 11oi-:e nad a,lleur~
tlltl
d ·,,•I
1
.,_ .
dont il ait i1 rougir: ~on œ111 rc. c·o111111r . a
1il'. rsl du nlC'i lll'ur to:1.
.
.
L'édncation prcmii•r1• u·a pas. ,~10111&gt; ol'rl'
k•, di~1H1,1l1on~
&lt;lt• ,011
I' a1)b,C u·•c• Bernis.. &lt;Jllr
• . ·.
.
,
·
s :_
heureuse natun•. hars. J01tlll11. p1u1n'.1: . o.
o-né de s;i pr rsonm• ( tt Balwt la holl1)11&lt;'ltl·n• &gt;l .
~omm!' l';ippr llr foliaire. qui IP 1111•,w~t' l'l lt•
. 1011. r.l tl'nnr 1&gt;l11sionomir
;1wna111l•
J:t
.
. &lt;'l ca11.
didr , instruit ~a11s pédanterir , s1:11~1 11
&gt;t' l'i .ga,,
il ,ail lomn&lt;'r i1 1oi:11 k· co:11pl11~e•!I u_,~lho~
lo"iqm• cl parlr nalurcllrmt'nl H 1~;.:lt• l'i a
Sil,it' !(• lan~aµ-r qui lrs carcs,r. Il c,! dan,
l!'urs salons ~ la COIJtH'lnthc ,1 ' at11:_1•_l_t•~
les .co.1,e1ls
('00 fid l'OC('S dC:1,·catrs
· el c'onm•
'
dé~inléressés. Cepen&lt;lanl, il ne rim!l poml pou_r
tot~le lrs belles, el œ risqur pa rnn ha~~L
en tous les lieux: mèmr dans le mon~c qu il
fréquenlr, il faut s· y prendre dr 1?111 p~mr
l'al'oir 11 souper. Si l'on es~ snrprrs c!u un
hommP aussi J·l'1111r l'l anss, rcchrrche ~rs
' · ' c. rsl '1 1I on
&lt;lcux Sl'Xl'S n'ait aucune lalu1I&lt;',
i" no:·r ,p,ïl eache sous C&lt;'S futiles d~bor~ ~11w
lill't IU'l'.t' int!'lligence. On nr saura,t &lt;lt•srrl'r
amilié plus ~tire et plus agréal,ll' riue la
sienne.
.
Madame Poisson cl sa fille, qui rcn~onlraient M. de Bernis chez la comtess? d _Estrades, nièce de M. de Tournehem, 1ava1c1~L
plus d'une foi prié chez _elles. La compagm_e
l u'clles YOiaient ne lm conl'en:rnl pas, _al
;•était poliment dérobé. Si les choses sr, mod1fi èrrnt, re ne fut pas sans quPlquc d1•bal dl!
l-1 •

'

,,~n

.
&lt;'Onscil'llCl', pe11t-rtre
a. l'i wnnrt Ir .de . l'abué
,
n
IC'
cardinal
rnarr1urra
arec 111s1slancr
1
rclans
fJlhsrs )lémoi res : «Je rrçus un JO
· Ur' d't~ -1·1 .
' ·, :llr t de la roml!'sse cl'Estradrs, ~1111 m,•
1111 Il
•
,
d . t•IJ,,
,riait de passer chrz elle_: JC' 111 ,Y _ren •~·. , . . ,
:n'apprit qnr madame dï•:tioll'S eta1l ,~1a1~1'. :~~1
111 Hoi : i1ur. 111algré mes n•fus, r(lt, d1 ~11.11I
l oir rn moi 1111 am,· ••t que 1c• Bo1 1appro11:11
,~ . &lt;
,ail. J'étais pril: il sonprr chez ,mdamc cl ~11olr.
linit jour, après pour convenir de nos faits. Jt&gt;
111:irquai il madame d'Eslrade la plus grandt'
n:pu;.:nanrr à m~ pr~trr. à cel arrangcmen!:
. :, la rérilé Je n avais aucun'll part, mai
Oil,,'
'
•
't;[• 11
qui parais. ail peu con1·enahle a mon r, a, . ?,
insista. j1• demandai Ir temps pour y rrfü•ch11 .
.le co:1~11llai les plus honnèles g?ns ,: Lou~ fn;
renl d'accord que. n'ayant co~lr1buc en.rien.''.
~ssion
du Hoi, J. e ne devais pas
me• cf_usl:Hl'
la'- l)t-'-"'
•
il l'amitié d'une anricnnc connaissance. _m ' '
bien qui pou,·ail résulter de mes _eons~1ls. J~
mr déterminai donc: on me promit et Je P~.o.
mis unr amitié éternelle. On rerra '1 11 &lt;' J ai
tenu parole. Il
•
,\ la distance dl' lanl c1·annl'l'~, al csl ass,•z
nalurel que Bernis s·t•xag~n• un peu son scrnn
D'aulrrs
o111·rnirs confirment
pul~.
•
··1 ·el complrlent les siens. Parmi lrs amies qn ~ rntcrrogra,
madame de la Ferté-Imbault lm donn_a s~i•
aris assez crùmcnl: " Je lni dis que, pmsq11 al
;lassait sa l'ic chrz des femmes ~alantes t'. L
qnïl rtait fort ,:alanl lni-mèmr, 11 aurt
plus 11 ;,:a)!n&lt;'r po ,r lui it èlre le confaJt•nt ''.
Hoi l'l &lt;le ~a ,mit1·1·s,1•, q111• de tous les h~:iux
mr~,icms l'l tonie~ les belles dam~, a l_:1
modr. ,, .\u surplus. une augu le rn~x a,a~l
p·1rlé l'l ll'rnit 10111.t' hésitaiion. Le Hm dr,,~11
_.'éloio-ncr de imdamc dï ::1iob : &lt;1 Il ut
~ ('flll,
"
&lt;l·,1 Jl&gt;t:~1·11i,• • t'I a1111ro:1n: du mailrt'
('Oil\
qm· je la rrrrai~ ~ouH•nl. 11
l.1• jPune ahh,: rw hii,,l pa, 'l,m' de 1rot11r:
(' Il rnn ob(-i sam·t• q111·lq111• agn•mr nt ~: ~ Jt
fn, •ot11cnt ii E1iolrs dan l't:té d(• 1 li,&gt; . .\
r1:,t:r:1tion dn duc a!or, rnarqui,~de Gonl:rnl.
· .. JC
·, fn~• 11'
•1•111,
qui I 1dl'mcura qurlqnrs JOU!~.
••:
hom.nw du mo:11lt• aH'&lt;· q111 la ~narq111~&lt; l:t1
Pompadou r ptH arnir dt•~ l'lllrl'llPn, .. Jalla~,
tnnll'S IPs semaines à Paris. rl jr f':t~sa,s i:alo'.r
sans afl'cclation srs srnt imcnts et ~e3 ,ntrntron~:
Je lui conseillai clr protéger 1,•s gens de lrllrr,.
cc furent eux qui dmrn~renl le nom de _G~an~
:,1 1,OlllS
·, •\l\' • .le n·rus 11oi nt dr Iconseil
I a.,1111
donner po:.ir ch,:rir el r~c!~r rch_1•r l:• iorrn~:t•~
cns . je trou1:1i ('t' pr1ne1pc etahh dans .on
~m~..Je n'aperçus alors dan, l'iimr de m~d.,~H:
de Pompadour &lt;111'un a111·rnr-pr~pre tro1, ai~l'
it Il aller l'L it hbst'r, Pl 1111~• d1:_1ia n~·t• lrop
nérale, q11 ï l était aussi l,11'1!1• d ,•x_c1lt•'.'q11e l.1.
, 1m('r . •'lal"n:
ta
' ,- !'l'i '1' d1:eo111crll'. Jt' rc,olns, dt
lui dire toujours la l'~rilr ,an$ aucun mena"e•nrnl .... Je dois dire à s:1 lou~n rr que,
. ,pcndant plus de douze an ' clic a micm aune ~r~
l'érilés quelquefois dures, qur les llallr rws
des autres. 11
,
Ces deux hommes, M. de Gonlaul et l'abl1C
. qui• ont déià
, rencontré madame
.
de Ilerms,
d'Étioles, lui rendent, à ce moment, un ma_p-.
réciable serl'ice. Ce ont gens de hault' n~,,,~ancl' cl de sérieux caractèrr : le pi·rmi&lt;'I'.
~ 1111e ,.rllr
t·•rri,·rr
dan~ lrs armrs, ,u t
aprt·S
u
•"

r

g:·~

Loms XV ET .MADAME DE POJlf'PADou~ _ _
olitcnir l'amitié de 111ad:i111c de Chàtrauroux
La noblesse particulièremrnl a hérité sur cc
A Étioles, juillet 1745.
el celle du Boi; Ir srrnnd, malgré sajcunes c,
point drs traditions cl(' l'llnciennc chernlerir.
inspire ronfiancc par sa conduite el la ùrclé
JI sait aime,·, il sait combattre :
)f. de llnuis, plus gentilhomme qu'abbé, met
de son esprit. Ils 11·oat pas été cnroyés saus tlllt' parfaite aisance à les pratiqurr. Les l'ers
JI enroie en ce beau séjour
t.:n bre,·el digne d'Henri quatre,
mot if par Louis \ r auprès de madame de Pomqu 'il dédie à madame de Pompadour dillèrent
Signé Louis, .\lars ri l'Amour.
padour.
singulii&gt;remenl par là de crux de \'ollaire. dont
L'un l'L l'autrr sont du monde Pl du plus
.\fois ICJ ennemis ont leur tour;
les madrigaui sentent toujours le placet. Grand
El sn ralrur cl sa prudence
grallll, 1·t•lt1i dans lequel \':l entrer la nourelle
scigucur l'i poète sentimental, Bernis est rérlllonnenl it Gand le même jour
111ar11uist· et qu'ellr ignore entièrement.
lenwnt sous le cltarml' d1• la fcmnw d'rsprit.
LJ11 brevet de \'Îlle de France.
()urique brillante qu'ai t pu être sa rie jusqu'i1
qui u·a pas dédaigné de le conquérir, Pl 1'011
Ces deu.\ bre\'els s, bien \'Cnus
t'l' jour, c·esl la finance et la bourgeoisie q11i
dcrine quïl rime pour cllc-mème. et. noa r 11
\ï .-ronl tous deux dans la mémoire :
l'cnl formée. Tout différent est le milieu où
1ne du crédit qu ·elle pourra posséder un jour.
Chez lui les autels de Yénus
iles &lt;'irconstances inouïes la lransporlcnl. ï
. ont clans le lem pie de ta Gloire!
C'est de celle époque de leurs relations que
h•, mœurs, ni la langue, ni les façons 11·y sont
date le joli conte des c, petits trous &gt;J , un peu
Jps mêmes. Pour él'itrr les faux J&gt;as, i danLouis
Cl le Dauphin rentrèrent à Paris
familier sans doute, puisqu'il s'agit de célébrer
gPrcux en un pays comme la Cour et que lt•
I!'
7
scplt•mbre.
Les rues étaient tendues cl
&lt;les fossclles, mais qui reste de bonne c:&gt;mmaitre ne tolère guère, que de cho l'S it con- pagnic :
parois(-es de la porte Saint-Martin jusqu'au
mùlrc, que d'allusions à dc,iner, que dl'
Carrousel. La Beine, la Dauphine, Mesdames,
Aiusi 11u'lté~, '3 jeunr Pompadour
noms, de généalogies, d'alliances à tenir dans
les Princ1•sses et toute la Cour allendaient au
.\ ,leu, joli, lrous sur sa joue.
sa mémoire ! Il la uL,li oir I t.:Cu toujou rs dans
ehàtrau
drs Tuileries, et s'arnncèrcnt sur le
llcnx ll'ous d1~r111ants où Ir plaisir se jour.
11n monde aussi li•rmé pour en posséder les
haut dr l'l•sralit•r. quand. 1ers tinr1 heures et
(}ni furent fails pnr la maiu de l'.\mour.
lra&lt;litions 1•t rn saroir Il' langagt•. Pnisqur dr~
d,·mi(•. lt•~ &lt;·at'l'OSS&lt;' s1• rangèrt•nt au grand
l,'rnfon1 aili• sous 1111 rideau de gaze
g-rntil,ho111111c, comme Gontaul t•I fürnis parLa ,il dormir c ( la pril pour P,r,·hé....
p1•rro11. La n:union fut érnourantc; le Hoi
lPnl de naissance rc langagr, lrur r,ilt• est
f.,, sont cnrort• lrs ombrag1•s du pari' r111hras$a la fü•inc: le Ilauphin 1•111brassa tout
précisénwnt dc J'apprr•ndrr il la farnrilt•. lnt1·1~1.ioles q11i i11spir1•nl au porte son ;11Jé)!oric Il' mnn&lt;l&lt;'. y compris sa gouvcrna11tc el l'érèqur
l&lt;•llig-,•ntc it la façon dr Paris, cl doufr i1 lll&lt;'rd1• )lirrpoix. Lr Boi &lt;'ausa dans la galr rir.
n·illr de la facililt: qu'ont les fi&gt;mmr~ tir se 'Ill' n :11fo11t &lt;le Cythère. rei·r n11 au jour pour dt•hout . près dl' trois quart~ &lt;lï)(•un•: JJUi~ il
proté;.:rr. non plu~ lïnfidrlilt\ mai, l:1 t·ontran~formrr suiranl les l&lt;'mps cl les lieux, Cil\'
fut sr déshabillt•r. t'L la Beine. ara11t j!ardl;
stant&lt;'. ri &lt;)11·011 aperroil
pr,Jfih• rapidement de te~ leçon~ délicates. li
q11&lt;'lqur Lemps i'hez elle le Dauphi,; et la Dan11 ·y a pa~ seulement pour clic. il frétjurnter
pliinc, re, inl dans la galerie cl tint publiqu&lt;'dans le bois solill\ire
Où ,a rè,cr la jeune Pompadour.
t·cux qui les lui donnent, la ,·auité &lt;le ponrnir
mr nt son cangnolr. Le lloi ne rPparut pas de
la soirér.
uommrr au Jloi des amis qui nr sentent ui 11•
Ces
l'i
itcs
choisies.
ces
causeries,
cette
lilgrimoin', ni la maltt\lc ; il y a surtout le profit.
Le lrndcmain malin, il fit en grande pompr
&lt;1u'cllc sent fort bien, d'). prcndl'(• in e11siblr- tfraturc &lt;le Loudoir charmaient Ir monotone sa ri site il ~otrc-Dame, et, l'après-dinée, reçut
111enl 1111 ,Hltre Lon rl d'y Mcrasscr sa roture. i~olcmcnt de la chàtclainc d'l~liole . Elle était le~ lëlicilations de la \'illc, suivies du comJ)li0&lt;·c11péc au si par le négociations d'un pro&lt;'ès
ment dr haren;.:èrcs. A la tombée de la nuit,
en éparation de Liens, qu'elle intentait à ~on
Bernis remplit anprè de madame de Pomon fut it l'llôtcl de \'ille, en de nombreux carmari, derant le Ch.\telet. et quïl y a\'ail peu
padour une sorte &lt;le « préceptorat ,i (le mot
rosses escortés des régiments de la Maison du
de chances qu 'elle perdit es parents, son
!foi. Cinq appartements dilférents étaient pré&lt;·sl &lt;le Brienne, qui eut plus lard les confifrère, !"oncle Tournehem, Je cousin Ferrand,
parés pour la FamiIIe royale, qui del'ait ètre
dences du prélat), el de ces premières r&lt;'lasecrétaire général du commerce, la jeune coutraitée par la Ville. Le feu d'artifice de la place
tions sort une Yérilable amitié. Cette amitit;
sine d'Estradcs, formaient sa société habituelle,
tient tant de place dans la rie cl&lt;' la faro rite,
de Grèl'e, que Leur Majestés Yirent dr la
oi1 ne para issait point la petite Alexandrine
rroisée du milieu, précéda une dcmi-bcurt' tl1•
l'l une plarr 1-i mal connue, qu ïl est indisrnrorc en nourrice. Les incidents étaient rares
mu iquc des Petits-Yiolons, oi1 fut. exécutt: 1111
lX'nsal,le d'rn bien marquer le caractère. L'abbé
il Étioles. Le 16 juin. le procureur Collin arridircrtis eruent sur le Retour du Roi, tcrmiu,:
de Ht•rnis n'est point si sévère qu'il ne se laissl'
1ail arant dans son sac l'arrèt en bonne formr,
aller au plai ir d'en cultil'er les charmes. riui 'or.donnait la séparation des épon et la par des couplets de circonstance et le rcfraiu :
lïve Louis! lïve son Fils! Le souper, da11~
~·appartenant encore à l'Égli c que par son
restitution de la dot. lin j our du moi suihabit, il est au monde par ses mœurs, cl c'est 1·ant, on était an salon &lt;l'assemblée, quand la grande salle, ne commença guère annt
la morale du monde qu'il pratique, celle de retentit une détonation Yiolcnle, suh·ie d'un dix heures. Le Roi cl la Reine étaient seuls au
bout d'une laLle de cinquante com•erts, ayant,
l'honnétc ll'lm mc, qui diffère un peu de la
mou\'cmcnl du sol qui jeta hors de ses gond
sur l'angle, à droite, M. le Dauphin, à gauche,
morale chrétienne, mais d'après les règles de
la porte de la pièce. Le magasin de poudre
)ladame la Dauphine. Les autres places étaient,
laqud lr il semble éq uitable d'apprécier sa
d'Es onnes renait de sauter, à une lieue de
cond11it,·. Sou exemple aide il fai re comprendn• distance; il y al'ait une trentaine de l'ictime,, selon l'usage; uniquement occupées par des
dames. On pré ente exactement cent plats. n"
lï11d11lgl'11I respctt des ujet;; de Louis \\'
rt Corbeil entier perdait ses ritres. )ladamc
bonnes symphonirs rendirent moins pesault•
p,,nr dt•, faiblesses, qui chez d'autrrs c·:111s1•de Pompadour en parlait plus lard il son frère
la longueur de celle cérémonie, qui dura plu~
r.1it•u1 ,1·andalt' . Ilien 11 'cmpèd11• qur j11,ticc
\'0rao-eant en Italie, i1 propos &lt;l'un tremhlc- de deux heures cl demie.
,11it rendue i, 1p1dqucs-uncs dl's 'lu,tlitt:s de la
111~11~ de terre près du \'é't11 t•. Çarait été pour
Le reste de la Cour était srrvi en d'autre~
la, orilc, mème par des ge11s Je I ic , c1'l11e:1sc
die le présage d'un important 1hénemenl
&lt;'t de ~incèrc piété. Pour le grand nombre des surrenu quelques jours après cl depuis long- salles de l'llùtcl de Yille. On sut que madame
de Pompadour al'ait commandé un fort beau
Français d'alors, les volontés et les caprices
temps allendu dans sa l'ic.
. . •.
souper dans une des chambres du haut, avant
du Roi sont l'hoses qui ne sr di entent ni ne
Le cou.rrier des Flandres apportait a Et10les
se jugent : " En France, t:Crit précisément le brerel de marquise. Par une galanterie auprès d'elle mesdames de assenage et iEstrades, son frère el M. de Tournehem. ~fais
llcrni~. le lloi &lt;'sl non ~eulemenl le maitre de
Loule rorale, Loui X\' l'arait fait partir dl'
drs
honneurs plus significatifs lui sont arcorLien, l'l de la rir. mais ,111ssi de l'esprit dr Gan,I. lt~ 11 juil Id. jour oi, la ri ll1· 1·,·11ait
~es sujet~. Qm•l po11rnir! &lt;·1 1111'il srrait :1 isé d'ètn• pri,p p:ir Il' 1·,1111l1• tir Lmrr11th1f. \'oltairl' ch. LP d11c de Gesnes, goul'crneur &lt;lr Paris,
l'i 31. d1· .\1;1rrillr. lieutr nant général dr police.
&lt;l'en lirer 1111 parti :1ra11laf!l'U\ ! &gt;1
&lt;la tait dl' la uwi,011 dt• 111ada111etlr l1uu1pado11 r
011 ne prul ouhlicr. 1•11 t·t• si(~dl· oi, ri'·µ11r ll'S qu.1lrai11s 'l''t" lui snggfrait cetl.1• coïnl'i- qui allaif•nt d11•1, l'llt•. lrs j ours précédents. la
la frrnm(', &lt;JU(' la galant rric lais,e partout le deul'l'. l'I q11·011 rn11drait an•(' dl' la 111w,iq11c llll'llrl' au rourant tb prvparatifs de la fète,
~out 1111m1i~ d:111,; la soin:r lui rr ndre leurs
~('('plrt' an, mai ns des gràl'es et &lt;le la beauté. de lla111ca11 pour les lrolll-cr ~upportahles :
del'oirs : on y a n, )l. dr fli rheliru cl )1. de

xr

�1f1STO'J{1.Jl _ _ : _ _ _ , ! _ _ ~ - - - - - - - - ' - - - -- -- - -- - &lt;Î
Bouillon ; et le Prévôt des marchands, M. _d? à l'appartement préparé pour elle, dans l'al- el la chambre de parade. La princesse de
Bernage, bien qu'il senit lui-~èmc le Ro, _a Liquc au-dessus des Grands Apparlcmenl~, cl,' Conl(parait la première,_ fend.1~ foule cl entre
table a trouvé le moyen de qmller deux fois dès le lendemain, le Roi y a soupé en lelc a dans le cabinet du Ro,, smne de sa dame
la gr;nde salle, afin d'aller donner à la fa,·o- tète: sans que le chaperonnagc de madame d"honneur cl de trois autres dames en grand
rite des nouvelles du souper royal.
d'Eslradcs ail paru néccssai1:c. La ~ mless~ a habi t élincelanles de diam:rnts; ce sont mcsLe Roi rentra aux Tuileries à deux heures été, d'ailleurs, présentée le JOUI' stuvant, f?r- dam;s de la Chau-)Iontauban, d'Eslradcs et
après minuit, ayant parcouru , scion _la tra- malité aisée à remplir pour une lemme b1c1~ de Pompadour. La princesse dit les _phr~s~s
dition, les rues illuminées de sa capitale. A née et qui n'intéresse que comme prélude a d'usao-c et la marquise fait les trois rcre0 '
rcnccs. Le Roi 11'esl
peine levé, il reçut
le remerciement de
pas sans quclr1uc
la Ville pour r honrrène, et l'embarras
neur qu'il lui arnit
~emb1egranddc l'aufait la mille ; l'aprèstre coté. Après une
diner, il entendit les
Côurle comersation,
harangues des Cours
les dames se retirent
souveraines el celle
pour se rend rc chez
de l'Académie. La
la Reine, puis chez
Heine et Mesdames
le Dauphin cl la Daueurent de la musique
phine.
,
dans la galerie ; la
La duchesse de
Famille royale se
Lu ynes a relardé son
promena au jardin ;
départ pour Damil y eut cavagnolc cl
pierre, afin d'ètrc
crrand couvert. Le
auprès de sa mailendemain, tout le
tresse en celle cirmonde partait pour
constancc pénible cl
Yersailles, et le roi
sinrru)ière. Lisons le
Stanislas arrivait de
récit de son mal'I,
Trianon pour olTrir à
qui nous montre les
son tour des félicitadames, curieuses cl
Lions à son gendre.
médisantes, rasscrnPendant les jourl.,lées dans la chamnées de fètes officielbre de la Reine : &lt;&lt; li
les, toujours prévues
n'y avait pas moin~
et un peu monotones,
de monde à la préles préoccupations de
sentation chez la Reila Cour se rapporne; cl tout Paris éla_it
taient à l'événement
fort occupé de sa\'01r
dont on parlait dece que la Reine dipuis longtemps, la
rait à madame de
présentation de maPompadour. On avait
dame de Pompaconclu qu'elle ne
dour. On la savait
pourrait lui parler
prochaine et qu'il y
que de son_habit, cc
serait donné un cerqui est un sujet de
tain éclat. La vieille
conversation fort orprincesse _de Conti
dinaire aux dames,
quand elles n·ont
crut devoir inlormcr
la Reine, aux Tuilerien à dire. La llciries, que le Iloi lui
ne, instruite que Paris arait déjà arrandemandait de pré.
.
senter celle dame,
gé sa com ersalion,
L A DAllE DU P.ILAIS DE LA REINE, gravure Je MOREAU LE J ErnE. - (Caoinet des Estampes.)
qu'elle ne connaissait
cru l , par celle raisonmème pas de m e.
là mème, devoir lui
Elle désirait, disailparler d'autre chose.
elle, que le Roi voulùt bien changer de senti- la ccrerno11ic plus piquante que l'on aLLend. Elle samit qu"elle connai~sail h&lt;:3u~oup '.11ament. Au fond, elle était moins fùchée de celle
La journée du mardi 14 satisfait la curio- dame de Saissac. La Remo lm dit qu elle
prélë rence qu'elle ne c?nsenlait à le parait1:e, sité générale. Dans l'après-diner, quelques avai t ,·u madame de Saissac à Paris et qu'elle
car elle était sùre de vou· promptement payees personnes ont rencontré la nouYelle rcnuc, arail été for t aise de faire connaissance avec
toutes ses delles, la cassellc royale ayant conduite chez la duchesse de Luynes, dame elle. Je ne · sais si madame de Pompadour
mainte façon de rémunérer les complaisances. d'honneur de la füine, par une madame de entendit ce qu'elle lui disait, car la Reine parle
Le 10 septembre, à l'heure mèmc où la la Chau-~Iontauban, née des Adrets, dont le àssez bas; mais elle profita de ce moment
~Iaison du Roi reconduisait à Versailles la mari est colonel d·un régiment du duc_ d'Or- pour assurer la Reine de son rcspe_ct el du
famille royale, harassée de fètes, 1c ~usiqucs léans. La présentation doit aroir lieu à six désir qu'elle arail de lui plaire. La Rcme parut
et de harangues, un carrosse des Ecuries ame- heures. Toute la Cour est là, malreillante et assez contente du discours de madame de Pomnait au Chàteau, sans allirer la moindre at- moqueuse, pour juger les débuts de celle padour, et le public, attentif j~squ' aux ,mointention, deux femmes qui l'habiteront dés?r- marquise improrisée, qu'on a entrevue ~ux dres circonstances de cet entretien, a pretendu
mais la comtesse d'Estrades et la marqmse fèles de l'hiver sous son nom de bourge01se. qu'il avait été fort lonp et qu'il ~vai~ été de
de r 'ompadom . Celle-ci est montée tout droit On se presse dans la Galerie, l'Œil-dc-fünul douze phrasC's. 1) On na rcmarrp1c rrn nn scnl

"-------------------::-------

LOUTS

XV

ET .MAD.JI.ME DE POJJfP.JlDOU'R_ -

incident : en ôtant son ganl, pour prendre et accompli cl s'inclinent dPrant cellr loi loutrbaiser le bas de la robe de la Reine, la mar- puissantc qu'est la volonté du 11oi. li rst malaiquise, Jort émue, l'a Liré de force et a brisé sément supportable, il coup sùr, de roir une 1·0 son bracelet, qui est tombé sur le lapis.
turièreim-eslie d'un role qui a semblé, jusqueCelle journée difficile passée, les belles là, réscné à des fem mes de haute naissance, el
dédaignées peuvent se moquer à leur aise de que, par un étrange renversement de,s idées
l'intruse et débiter des horreurs sur sa famille: morales, quelques-uns considèrent comme un
0:1assurera tant qu'on le voudra q11 ·elle n'a des privilèges de leur caste. Mais la nouvelle
pas d'esprit, on jouera sur le nom de « la maitresse a désorm.ais son rang, son Litre, ses
d'lhiolcs &gt;&gt; en l'apprlant &lt;&lt; la rlcsliolr 1&gt;; les droits au milieu de l'ancienne noblesse.
1•nrieux en se1·ont pour lrurs plaisanteries : il
Par la pl'l:~entation qui ,"icnt d'an,il' lieu,
laudra que tous cl toutes acreplenl le l'ail loul c l réglé exactement d'une foçon conforme

aux usages de la société d'alors. Les courtisans, quels qu'ils soient, devront des égards
it une personne distinguée par leur maitre, r l
les plus sévères sur le chapitre des mœur~
a~ronl it respecter le mng d'une dame réguEèrcmcnt présentée it Leurs Majestés. ~farquisc authentique de par le Roi, fixée auprès
de lui par le logement accordé dans les ch.tleaux, détachée de ses origines par le hren•l
qui change son nom et modifie sa condition
lrgalc, la pC'tilr bourgeoise de Paris estclcren11c
dame de la Cour de France.

(A sufrre.)

La

PIERRE D E

;'-,;OU IAC.

•
marquise
de Cois/in

t)

t)

!

1

•

J)u temps r1uïl habitait fallique du bel !totel q1li fait a11gle sur la place de la Concorde et la rue Royale, en (ace du 1ni11i~tère tle
la Marine, Chaleaub,·iawl &lt;tvait pour p1·01n-iétaire et voisine la mai·quise de Cois/in. De onze ans plus j eune que la l'o111pado111·, 11wis
deslinee à lui survivre un peu plus d'un demi-siècle, puisqu'elle moui·ut en 1817, Marie-Anne de !,Jailly, veuve de Ceoryes-Reue de
Coislin, él&lt;Lil da111; sa soi.i:a11te-lrei::.iè111e annee quand Chateaubriand la connut. Aux i·elations de voisinage qui 1ù'tablire11t a/01·s entre
la gmnde dame el le gran d éc1'i'.·ai11, 1101_1s devons l'el!1_1ce/ant mecl~illon _que voici, ~~!qu'on I~ t1·ouve au lame fi des ,\lémoircs d"Outl'l'tomiJc, dans /"édition la plus i-ecenle qu. en onl pubhee A/JI!. Garnier (reres avec l mlrod11cl1011, les notes et les appendices de Bire.
llada111c de Coislin était une femme du de porcelai11c comme celle que possédait
Madame de Chù tcauroux cl ses dt'ux sccurs
plus grand air. Agée de près 1c qualrc-ringts madame de Pompadour. &lt;1Ah ! sire, m'écriai-je,
élaient cousines de madame dn Coisli11 :
ans, ses yeux riers cl dominateurs arnienl unr cc serait donc pour me cacher dessous ! »
!'Clic-ci n'aurait pas été d'humeur, ainsi que
expression d'Pspril et dïl'Onic. Madame de
Par un singulier hasard, j'ai rclrouré celle
Coislin n'avait aucunes lettres et s'en faisait loilellc chez la marquise de Coningham, it madame de Mailly, repentante el chrétie111w,
it répondre à un homme qui l'insultait, dans
"loirc · elle al'ait passé it tran•1·s le siècle roi"tairien' sans s'en douter : si clic en avait conçu Londres; elle l'arait reçue de Georges IV, cl l'église Saint-Roch, par un nom grossir r :
me la monlrail avec une amusante simplicité.
(( Mon ami, puis11ue \'O US me connaissez, priez
une idée quelconque, ' c"élail comme d"un
Madame. de Coislin habitait dans son hôtel
lt'mps de bourgeois diserts. Ce n'est pas _qu'ellL· une chambre s'ouvrant sous la colonnade qui Dieu pour moi. &gt;&gt;
Madame de Coislin, aqre de même que
parlàt jamais de sa naissance; elle é~a,_l trop correspond à la colonnade du Garde-Meuble.
.hcaucoup
de gens d'esprit, entassait son argent
supérieure pour lom!Jer dans un r1d1cule : Deux marines de Vernet, que Louis le Bienclic samit très bien mir les petites géns sa11s Aiiiie arait données à la noble dame, étaient dans des armoires. Elle vimi t toute rongée
déroger; mais enfin , elle était née du pœmier accrochées sur une vieille tapisserie de satin d'une rcrmine d"écus qui s'allachait à sa peau:
marquis de !&lt;rance. Si elle renait de Orogon rcrdàtre. Madame de Coislin restait couchée ses gens la soulageaient. Quand je la lrourais
de Nesle, Lué dans la Palestine en 1006 ; de jusqu·à deux heures après midi, dans un grand plongée dans d'inextricables chiffres, elle me
Raoul de Nesle, connétable el armé chevaliel' lit à rideaux également de soie rerte, assise rappelait l'avare lrermocrale, qui , dictant son
par Louis IX ; de Jean Il de Nesle, régent de cl soutenue par des oreillers; une espèce de testament, s'était institué son héritier. Elle
France pendant la dcrni?l'c croisade de saint coiffe de nuit mal allachéc sur sa tète laissait donnait cependant à diner par hasard ; mais
Louis, madame de Coislin arnuait que c'était passer ses chm·eux gris. Des girandoles de elle déblatérait contre le café, que personne
nnc bètise du sort dont on ne de,,ail pas la diamants montés il l';_i.ncicnnc façon descen- n'aimait, suirant elle, el dont on n'usait que
rend rc responsable; elle était nalu rellemeï1l daient sur les épaulettes de son manteau de pour allonger le repas.
Jladame de Chateaubriand fi t un \'Oyagc ir
de la cour, comme d'autres plus heureux sont li t semé de tabac, comme au Lemps des élé\'ichy
avec madame de Coislin et le marq11is
de la rue, comme on est cavale de race ou gantes de la Fronde. Autour d'elle, sur la
haridelle de fiacre : clic ne pouvait rien à cet couverture, gisaient éparpillées des a(fresses de Nesle; le marquis courait en avant et faisait
accident, el force lui était de supporter le mal de lcllres, détachées des lettres mèmes, cl préparer d·excellents dinérs. l\fadame de Coisli n
,·enait à la suite, et ne demandait qu· une
dont il a\'ait plu au ciel de l'affliger.
sur lesquelles adresses madame de Coislin
demi-lirrc
de cerises. Au dépar t, on lui pré~Iadame de Coislin arait-eUe eu des liaisons écrirnit en tous sens ses pensées : elle n'acheavec Louis XV? Elle ne me l'a jamais avoué : tai t point de papier, c'était la poste qu i le lui sentait d'énormes mémoires ..\lors c'élaiL 1111
, elle convenait pourtant qu'elle arai l été fort loumissait. De temps en Lemps, une petite lrain affreux. Elle ne \'Oulait entendre qu'aux
aimée, mais elle prétendait a mir traité le royal chienne appelée Lili mcllait le nez hors de ses cerises; l'hôte \1i soutenait que, soit que l'on
amant avec la dernière rigueur. &lt;1 Je l'ai rn à draps, venait m'aboyer pendant cinq ou six mangeàt, ou que l'on ne mangeàl pas, l'usage,
mes pieds, me disait-elle, il a\'ait des yeux minutes et rentrait en grognant dans le chenil dans une auberge, était de payer le diner .
Madame de Coislin s'était fait un illumicharmants et son langage était séducteur. li de sa maitresse. Ainsi le temps arait arrangé
nisme à sa guise. Crédule ou incrédule, le
me proposa un jour de me donner une toilelle les jeunes amours de Louis XV.
manque de foi la portait à se moquer des

�~ - 111STORJ.Jl ------------------------------------------~
croyances dont la superstition lui faisait peur.
Elle avait rencontré madame de Krüdener; la
myi.léricuse Française n'était illuminée que
sous bénéfice d'inYentaire ; elle ne plut pas à
la fervente Russe, laquelle ne lui agréa pas
non plus. Madame de Krüdener &lt;lil passionnément à madame dr Coislin : « )la&lt;lamc, quel
csl YOtrc confl'sseur intérirur'! - ~ladame.
répliqua madame de Coislin, je ne connai~
poinl mon confesseur intérieur ; je sais seulement que mon confes cur csl dans l'intérirur
de son conf'es~ionl'lal. ,, Sur cc, les deux dames
uc se Yircnl plus.
Madame de Coislin se , anlail d'arnir introduit une nouYeaulé à la cour, la mode des
C'hignons flollants, malgré la reine Marie
Leczinska, fort pieuse, qui s'opposait à celle
dangereuse innorntion. Elle oulenail q11·autrefoi une personne comme il faut ne se st•rait
jamais al'isée de payer son médecin. Sc récriant
contre l'abondance du linge de femme : « Cela
sent la parl'enut•, di~ait-clle; nous autres.
ft•tlllncs de la cour, nous n'avion que deux
l'hemiscs; on les renoul'clail quand cllcsélaicnl
usées; nous étions ,·ètues de robe de oie, cl
nous n'a,ion pa l'air de gri elles comme ces
demoiselles de mainlrnanl. &gt;l
)Jadame Suard, qui demeurait rue Royall'.
al'ail un coq dont le chant, traYer,anl lïntéricurdeHours, importunait madamcdcCoislin.
l-;1l(' 1:,ri1i1 i1 111a~a1111• Suard : 11 )ladam1•, faill'~

couper Ir cou à YOlrc coq. 1&gt; )ladame Suard
renvop le messager al'eC ce billet: « ~ladamc.
j'ai l'honneu r de l'Ous répondre que je ne ferai
pas couper le cou à mon coq. » La correspondance en demeu ra là. Madame de Coislin dit
à madame de Cbaleaubl'iand : « Ah! mon
cœur ! dans quel Lemps nous Yil'ons ! C'rsl
pourtant ccllr fille de Panckoukc, la femme
de cc m~mbrc de 1'1cadémie, rnus sal'cz? &gt;&gt;
M. llennin, ancien commis des affaires
t:lrangères, el ennuyeux comme un protocole,
barbouillait de gro · romans. li lisait un jour
à madame de Coislin une de cription : une
amante en larmes cl abandonnée pècbail mélancoliquement un saumon. ~ladamedcCoi lin,
qui s'impatientait el n"aimait pas le saumon.
interrompit l'auteur, cl lui dil de ccl air sérieux qui la rendait si comique : &lt;! )lonsieur
llcnnin , ne pourriez-vous faire prendre un
autre poisson à celle dame? 1&gt;
Lrs histoire que faisait madame de Coislin
ne pourairnt se retenir, car il n'y al'ail rien
dedans : Loul était dans la pantomime, l'accent
cl l'air de la conteuse : jamais clic ne riait. li
y arail w1 dialogue entre monsieur el madame
Jacqucminot, dont la perfection passait loul.
Lorsque, dans la conl'crsalion entre les deux
époux, madame Jacr1ueminol répliquait :
,( )lai , monsieur Jacqt1eminol ! &gt;l cc nom
était prono11L·é d'un tel Lon qu'un fou rire rnus
~aisis~ait. !ll,lii;fr de lt· lai~~l' I' pasM'I', 111ada11w

dr Coislin allcndail gra,·cmenl, en prenant du
tahac.
Lisant dans un journal la morl de plusieurs
rois, die &lt;ila ses lunclles cl dil en se mouchant : &lt;! li y a une épizootie sur les bêtes à
couronne. 1&gt;
.\u moment où elle élail prèle à passer, on
soutenait au bord de son lit qu'on 11e succomhail que parce qu'on se laissait allrr; que si
l'on élail bien allenlif cl qu'on ne pe1·diljamais
dJ rnc l'ennemi, on ne mourrait point : « Je
lt' crois, dit-elle: mais j'ai peur d'arnir une
distraction. » Elle expira.
Je descendis le lendemain chez clic; je
lrourni monsieur cl madame d"Araray, sa sœur
&lt;'l son beau-frère, assis deranl la cheminée,
une petite table entre eux, cl comptant les
louis d"un sac quïls aYaienl Liré d"une boiserie
creuse.
La pau\'l'e morte était là dans son lit.
lrs rideaux à demi fermés : C'llc n'entendait
plus Ir bruit de l'or qui au rait dù la rt:l'eilkr,
cl que comptaient des mains fraternelles.
Dans les prnsécs écri tes par la délunle suidi marge · dïmprimés el Mir des adresses de
lettres, il y en arnil d'cltrèmemcnl belles.
)lada111e de· Coislin m'a montré ce &lt;1ui restait
de la cour de Louis X\' sou Bonaparte cl apri·s
Louis X\'I , comme madame d'lloudclolm'a,ail
l'ail rni r cc qui trainait em·orc, au m:• ,it&gt;dt',
d1• la rnr:t::1: pliilo,oplii11ur.
Cl 1.\TE.\ Ul31l l.\'.\' D.

,

.

Une en1gme historique
On fut étonné à Foulaineblcau celle annér
16971 qu'it peine la princesse ,fille du duc
de al'oie cl futu re duchesse de llourgogneJ )'
l'ut arri, rt•, c1u(' madame de )(ainlc·non la fil
aller i1 un petit cou,enl horgnr d(' )lorcl. oil
k lieu 11e pou,·ait l'a11111~rr, ni a11cu11r &lt;le~
religic11sr~, dont il n'r en a,ail pas 1111L' de
1·01111uc. Elle i· retourna plu~it•ur foi~ penda11l
le \'Oyagr, l'l cda rél'cilla la cu rio~ité cl les
l,mits. ,\ladamc de )lainlcnon Yallait soul'enl
de Fo11tainc1Jlcau, cl 11 la fi(1 011 s'y était
accoutumé.
Dan~ rc comcnl était profcsst• une ~l0n·,~1·, i111·0111111t• i1 loul le nw11d1• l'l 1111·011
11e 111011lrail i1 pl'rso1111c. Boult•mps. premier ,·alel de chambre cl goul'crncur de \"l'rsailk·s, par qui le1; choses cfn sccrl't domrstique du lloi pa~saicnl de tout temps, l'y

aYail mise lou:e jeune, a, a;t pa~é une dol qui
ne se disait poin t, cl de plus conlinua1Luue
~ro se pension tous les ans. li prenait c-..:al'lt•mcnt soin qu'cllr eùl son n(-cci,;sairc cl tout
ec qui peul p:mcr pour a1Jomla11&lt;·1• i1 une r1·li1,!icu~t•. cl 'Ill&lt;' tuul ce lfll 't•:ll' pou l'ail Msirt•r
de lontc espi·c:e de douceurs lui l',it fourni.
La f't·lll' n·inc ,· alla il sou1·1•11l dt• Fon Laiu rhlcau. l'i pre11ail grand soin du 1Jie11-èlrc du
courent, cl madame de )fainlcnon aprè clic.
\ï l'une ni l'autre ne prenaient pa- un soin
direct de celle )loressc qui pùl se remat·qucr,
mais clics n'y étaient pas moi11s allcnlil'cs.
Elle· ne la 1o~_ai1•nl pas toute les fois qu 'clics
y allai1•nl. mais ~OUl'e11l pourlanl. l'l a11•&lt;· 11111•
grande altenlion à sa santé, à sa co11dui le, et
à celle de la supérieure à son ég-ard. )Ion l'igncur y a été quelquefois, cl le princes ses

enfants 1111c ou dcu~ Jiù, cl tou~011l dl'mamlé
cl rn la Jlore se al'CC bon11:. Elle était lit al'cc
plu~ de c:onsidéra l:on que la personne la plus
connue cl la plus distingm:c, cl se prérnlail
for t dl's ,oins qu'on prenait 11'1•lle et du m~~ti·rc qu'on t•n faisait: l'i 11uoiq 11'dle 1v1·1il
r,:g11lii•n•n1t•11t. on s'apcrrerni l liiPn que la
,ot·alion a"ail vlt: aidl:C. li lui échJppa une
fois. c11kndanl 11011scigneur cl.Jas cr dan la
l'orèt, de dire négligemment : 11 C'est mon
frère qui chasse.» On prétendait qu·ctlc était
fille du Roi el de la Heine, que sa couleur
l'arnil fait cacher cl disparai tre, rl publit•r
que la Rci1w a\'ail fait une faus c couche; l'l
1:caucoup d1• gens dt• la Cour rn t:La;cnl persuadés.
Quoi 'Ill ïl c11 soit, la chose csl demeurée
une énigml·.
S.\t,:,.;T-SI.\10~.

La

vie amoureuse

de Franço~. Barbazanges
VI (suite).

pas métier d'artisanes, el sorton d"aus~i
bon.ne bour~coisic que ce fils de con ciller!
.1~1lc parlait encore que l'on entendit s'ou'",r1r 1~ fenêtre de la maison Ilarbazangcs.
t_ranço1s parut, appuyé au chambranle de
pierre. Les grosses moulures cl les quadruple!colonnctlcs soutenant un fronton en cintrP
surbaissé qui dessinait une accolade l'entouraient d'un cadre de granit tout ~isclé de
ll~urons, de feuillages el d'animaux. Derrièrr
lt11, on apcrcernil le Yolet intérieur i1 demi
rabal~u, le pan du rideau en crépon 1erdàtrc.
li avait la tèl~ incli_née cl le corps penché à
gauche. De Ires petites tresses de soie el d'or
g~lonnaicnl son habit de drap noir, son ample
gilet, le re,·ers de ses manches. Le Ycnl faibl(•
agitait mollement les plis de sa cravate de dcn!dlc- un~ crarnlc qu'on avait pa) ée dix Iirrrs
a ~nademo1selle Conlraslin. - li ne portail
point la perruque, mais es propres chel'cux.
lo~gs, bouclés de mille boucles naturelles el
qu_1, foncés dans l'ombre jusqu'au brun pre11a1cnl au soleil l'ardente couleur el les ;cllets
de la chàtaignc_ mùrc. Ces chc,·eux, plus
souples, plus br1llanls que la soie en échc,~~u, si doux au regard qu·on était tenté
d l'prourer leur douceur par dl's carrsscs.

Jérobaienl à demi un risage pàlc cl délicat.
Le bislre léger des paupières avirnil l'éclat
~es )'eux! pareils, par leur bleu l'if el profond,
a _.1a genllanc sau~·agc; la bouche était pure t'l
11 •~Le, le nez dr?1l, le front san pli. liais rc
qn on remarquait poul-ètre de plus admirable
rn celle rare beauté, c'était un certain air de
calme, de nobles c, d'ennui ouYcrain, comnw
les peintres le \'Oudraicnl donner à l'.\mou r
mélancoliqur.
Du li~u ~ü }I_ e tenait, François pourail
aperccrn1r 1111ter1cur de la boutique: - l'horlo~e au fond, l'armoirr, le christ al'cc son
huis, le cartons pleins de manchellcs corn~L!cs cl fichus brodés, la grande tabic au
nuhru cl le demoi elles dentellières.
.l::ll~s ~laient l~uit, cc jour-lit, huit filles de
~l·1zc a , rng~-tro1s an , )!argot étant la plus
J&lt;•~nc cl Jul1c_nnc la plu. àgéc: huit jolie~
nea_lurcs en simples robes de griscll1' unie N
tablier ~e Lalfota~, bien serrée~ en leur «corps»
de balcrnc, la t~11lc droite cl menue, la gorgp
haute, le col dccoul'crl. Des ruba11s releraicnl
lt•ur fri ures blondes ou brunes, i1 la mode
tle !&gt;aris, car les l'icillcs personnes cl le dames
t•ntetéc dan~ leur prol'inciale routine étaient
presque seub, maintenant, à lai cr pendre

La croi~ée de la boutique était large ourcrh'.
Les demoiselles trarnillaienl autour de la table.
~fargol Chabrillat, assise su r la murcltr, h
1
a111be~ pendant au dehors cl la jupe troussé(•.
arrosait les pots de basilic autour d'elle si
négligem~en_l 911? Loule l'eau se répand~il.
Le _Lemps ela1l Joli. Un soleil raporeux dorait
les1fs sombn's du Puy-Saint-Clai r. Drs enfants,
ur_la rampe de fos és, perchaicnlcommcdes
morneaux .... l!n porc vautré, noir cl rosr.
~rog~ail aux mouches ... Au loin, le colrau d1,
1 E _pma , brun de rigne el rcrl de prairie~,
aY~1~ des places argentées &lt;Jui étaient drs
)lOll'ler en llcur.
.- Bon rnyage ! cria )!argot. ï , ous ,11Jcz
l'01r ,·o• amour à 'aint-Hilairc d'Obazinr,
pr~11cz gard~, qu'il y a lorcc loups dans les
h?1s des c1111ro11s, cl que les plus grasses hrrl,1~ ,ont les premières croquées.
• r d'1I 1)·1errc. Brel,1. grasse ou mai- \'01re.
gre cùah!·eue, pour le loup affamé, c'est tout
un .... El rous, mademoiselle l'insolente
pr~ne~ gard~ qu'il y a des loup ailleurs qu'au:
!,ois d Obazmc .... J'en ai \'li un, l'aulrcmatin.
''. ~ullc même, près de la tour de Maïssc. li
clatl fort saurngc, encore qu'il march,H sur
deux palle cl fùl !rare Li en barricotier
.. Il _avait prc que crié ces derniers m~Ls en
s cl~igna~l. La Chabrcllc ne fil qu'en rire.
. oudam, elle aperçut François Barbazan1rcs
r!u 1 rèrnil derrière la fenêtre clo c, au premier
ctagc de sa maison ... . Une rou1rcur de flamme
courut de s~s chcr:ux à s?n co~1. ... Elle jeta
rudement I arro o1r el lira sa jupe sur ses
rhc"illcs.
- Eb ! mcsdcmoisellc , dit-clic, il me
''.' 111 hlc_ que nou donnons la comédie au brau
J•rançoi_s .... li e _1 d"hu_mcur moins gaie 'lue
s_on anu cl ne daignerait pas badiner a,·cc de~
li~l~ .. · · Pourquoi regarde-l-il ainsi de notre
cote'?
)lademoisclle Julienne Sage, qui était la
doyenne, déclara :
, - C'est Yrai qu'il nous rr11arde
! Yoilà une
0
l'lranae
•
. o ,a1·c11lure.... Tenons-nous coites
el ne
taisons semblant de rien .... Cc serait un honneur pour l'atelier si l'une dr nous foisail son
galant_du beau François cl le menait doucement JUS&lt;JU
·
•.au mai.·•age .... JI est r1cl1c
.
mai
srs _parrnt, l'aiment à l'cxC'ès, cl c~nlrn- L.1 croisée ,fc l.1 to111i.J11e t!l.lil 1.irgc 0111·erle. /,es .kmoisellc 1. , 'Il •,
.
1 111 1110 111
lt'ra1p11t
to11i,,11r·
. . E· Lnous, pour
.1ssist sur l.1 11111rtlle, les j.1ml:es /'CIi f.rnl 111 tl!l,ors ,11/,.,;p.1; 1'.o · "
"
•~e /.i l,iNe• .lfargot ChJl:-rillat
, •
,.
M'~ I·,111 1a1s1(•,.
111 les tots Je b:isllic.,..:... JJo 11
5
voyaze ! cria-1-elle. Si vous aile= voi~ ,.0; a,;1011 ,.s i Sîilll·III; !'_sse~, Jl'l'? ·
111éd1ocrc r1ut• soit notre bien, uou, m• lai~Oll!111 1
/outs .f:ins les bois des t11viro11s et que /es "lus ur;sse~ tre•·s· e ' ,otJ=me, _trene= garJe q11ïly a force
•

""89 ...

,

• •

, .,

s0111 es f're1111eres Cl'Oquees .... • (Page &amp;)

��111STO'R._1A

----------------------------------------.#

d'une étrange haine le palron et protecteur
de Tulle.... &lt;! Est-il bien possible, pensait-elle,
qu'aucun sainl du paradis se soit jamais soucié des Chabrillal? Quel mal saint Clair nous
a-t-il fait dont mon papa le croie punit· par

E11jupon cou ri, en chemise/le, !llarfol se t,na el se p,,r.
/11ma avec 1111 débris de savon a la. rose. U11 petit
miroir reflt!/ait des fragments de sa perso1111e.
(Page 92.)

des blas1ihèmcs? )J Elle ignorai l les raisons de
cette sacrilège rancune et l'influence qu'arait
eue la fêle de saint Clair sur sa propre destinée. Ces raisons, cette influence, M. le curé
de Saint-Pierre el M. Habanide, trésorier du
roi, étaient presque seuls à les connaitre.
Car c'était par une nuit de la Saint-Clair,
après la procession el la foire, c'étail par un
doux minuit du 1er juin, que Jacquou Chabrillat, naguère, avait mené hors des remparls
certaine cuisinière de M. Rabanide. Celle
Marioun, encore sage it ,·ingt ans passés, arnil
le ,·isage rond, les yeux plus vifs que des chandelles, uncgrandebouchequi riail toujours, cl
quelques écus dans un bas de laine. Son
maitre la rnulail marier à un braye garçon.
Mais Jacquou Chabrillal, fainéant, ivrogne,
déjà sur l'âge, vraie figure de Maugrabin,
possédait la plus flatteuse langue el la plus
hardie. Ne sach;rnl a ni b, il parlait de l'amour
el de ses plaisirs comme M. Mascaro!1 du paradis, d'une si Jorle el touchante laçon qu'il
cnlernit l',imc. Le couple s'allarda dans un
Yignoble, sur les pentes du Riou-Bel. La
lune élail ronde cl rouge entre les ceps; la
lleur du pampre cniHail l'ombre amoureuse ...
JaCiJllOU parl~il, ~forioun soupira. - rl de
leur lurtil' baiser naquit Margot la ChaIJ1·clle.

On-peut dire que le malheur de celle fille
précéda sa naissancemème. La Marioun, honteuse de sa lai lie élargie et de son devantau 1
trop court, se mit aux mains d'une femme du
Pré-Gautier qui lui fit boire force tisanes.
Mais le Chabrillat, qui craignait le travail
honnête, était si bon ouvrier d'amour qu'aucunes boissons ou manœmres ne purent
détruire l'oul'ragc qu'il avait fait. Marioun
en pleurs déclara sa grossesse au greffe du
Lribun,al. Alors interl'inl le sage curé de
Saint-Pierre. li avait diné sourentes fois
chez M. Rabanide el goûté la merveilleuse
cuisine de Mariouu. Le souvenir de ces voluptés innocentes cl le sentiment du deYOir pasloral lui donnèrent un extrême
désir de sauver la pauvre créature. li fit
quérir Jacquou, et, d'accord avec les Rabanide, il lui promit quarante écus pour le
jour du mariage s'il voulait rendre l'honneur à Marioun. Cette promesse allendril le
mécréant, ému déjà par le vin de Laguenne.
On fil la noce, el les nouveaux époux s'établirent dans un galetas des Quatre-Vingts.
L'enfant naquit en ce beau séjour, sur
un lit rompu, aux lueurs d'un chalelh de
Ier. Le ronflement de l'ivrogne, le sabbat
des matous sur les cornades du toit, l'aigre musique des girouettes couvrirent son
premier cri. Cette même sorcière du PréGautier, qui ne l'avait pu détruire, le reçut
dans son tablier sale. Jamais on ne Yil si
triste petit corps .... Trois jours après la
fièrre mena Marioun en terre. Le veut
pleura des larmes de vin chez tous les
cabaretiers, puis il se rappela le proverbe :
L'home qu'a sa femm~ mol'ta
A cent escug à la porta.

La liberté reconquise valait bien cenl écus.
Jacquou mil sa petite fille chez Lionardote
Chadebcch, la barricotiè1·c, qui gardait une
chèrre dans son hangar. Puis il reprit sa belle
Yic de gueux, faisant çà el là des corvées de
manœune et buYanL les sous de son salaire
avec les cavaliers de la garnison.
Margot vécut,-la crasse et l'ordure n'ayant
jamais tué personne en Limousip. - Elle grandit dans la cour puante, entre les murs lépreux,
au bruit des m~rteaux sur les futailles, tout
imprégnée d'odeur caprine, sèche, ardente el
vive comme un chevreau noir. Lionardote l'élera
parmi ses cinq garçons, les plus malfaisants
du monde, toute la marmaille mangeant au
même plat cl couchant dans le même lit. l&lt;;n
celte intime compagnie des petits barricotiers,
Margot apprit bien vite Lous les secrets de la
nature. Elle fit le mal, pauvre fille, avant de
connaitre l'existence du mal, el cessa d'être
pure sans cesser d'être innocente.
Cependant le cmé de Saint-Pierre n'arnil pas
oublié la malheureuse )[arioun. JI s'émut de
mir l'enfant quasi abandonnée par Jacqoou
Chabrillat, errant dans les ruelles al'ec les
(( drolcs » du harricolicr, mal lavée, mal mouchée, les pieds nus, le cotillon troué, le bonnet
de travers sur l'effroyable · broussaille &lt;le la
1. Tahli~r.

cherclurc. Par ses soins, la petite fille fut
confiée aux Dames Ursulines, qui lui enseignèrent la lecture, la coulure, un peu d'écriture, des cantiques, quelques fables cl le catéchisme. Margot apprit tout ce qu'on ,·oulut,
hormis la pudeur dont elle n'eut jamais que
l'apparence, car, avec une habileté merveilleuse
à tous les ouvrages, un parler charmant, un
esprit singulier, elle avait l'âme aussi peu
chrétienne qu'une faunesse des bois.
La première communion fai.Le, les Ursulines
l'cnYoyèrent chez mademoiselle Conlrastin pour
y broder le point de Tulle. Mais les exemples
de M. Chabrillat, la passion de Galapian le
barricolier, la première effervescence de j eunesse, anéantirent bientôt les germes de vertu
que la grâce sacramentelle avait pu laisser au
cœur de l'enfant. Elle perdit tout retenue, elle perdit même son nom : cl Marguerite
devint )Iargot, puis, tout crùment, la « Chabrette », comme l'animal de caprice et de
luxure dont elle avait sucé le lait.

IX
Ce jour-là, par bonheur·, le galetas était ùd&lt;'.
Margot tira le verrou sur elle el qui lla ses
Yieux Yèlemenls. En jupon court, en chemisette, elle se lava et se parfuma avec un débris
de savon à la rose, hommage de l'amoureux
barricotier. Un petit miroir reflétait des fragments desa personne: des cheveuxbohémiens,
crépus et doux, des yeux bruns striés d'or, sous
des cils plus sombres ... la ligne un peu camuse
&lt;lu nez, le sourire sensuel, l'épaule maigrelette,
les seins dorés comme des citrons .... Maintenant la Chabrette était une fille très co~v(l1,lablc,
en robe de futaine grenat, fichu d'indienne
ramagé, et petite cornette bien propre. Elle
semblait presque une demoiselle suivante de
bonne maison.
Elle plaça le miroir à mi-hauteur du mur,
s'éloigna et se plia en révérences, comme répétant le menuet. Avec un sourire de cérémonie,
elle figurait son entrée dans le salon de madame Barbazanges el cherchait en son âme un
compliment respectueux. Mais elle n'ap,erceYail
dans la glace que des parties de son tablier cl
de son jupon. Dépitée, elle sortit, donna un
tour de clef à la porte, el descendit l'escalier
en sautant. Sa joie légère la portait comme
une aile ....
- Holà! ... que me voulez-vous? ...
Surla dernière marche, q µelqu' un se dressa,
tel un diable hors d'une trappe, barrant le
passage de ses bras étendus. La Chabrcltc
tomba en plein sur l'estomac de cc personnage.
- 'l'oi, imbécile! reprit-elle en reconnaissant le barricotier. Que fais-tu-là 7 Il est de
trop bonne heure pom: être saoul. .. Au large! .. .
Au large!. .. La Contrastin· m'attend ... Je suis
pressée ....
- La Cunlraslin !... C'est pour broder le
réseau chez la Contras lin que lu as mis la robe
des dimanches et de l'odeur su r ta peau? .. . Je
t'ai me descendre les Quatrc-\ingts, tout i1
l'heure, comme si tu aYais eu le feu it tes cotillons. Ça n'est point naturel. ... Ça ne me convient point. Remoule, &lt;:l plus vite que ça! ...

'--------------------

Ll

VlE A.MOU'R_EUSE DE r'R_ANÇ01S B.1rJrBAZANGES

- fü s'il ne me plait point, à moi, de dcnlcllcs à·raccom111oder cl à blanchir ... C'était
drc sa l'O ix cl mèmc l'apercevoir toulà l'heure,
remonter! Ya-t'en, rilaine face! Ya-t'en rous- l'affaire d'un instant, d'une petite heure....
q~and le ~eau monde s'en irait. .. Cette pensée
1
seau, va-t'en, bobaou ! ... Tu me veux ~altrai- Et, puisqu'elle avait celte chance d'être libre
lut donnait de la peur et du plaisir, une
ter, maintenant L.. Tu me casses les poi- pl~1s_ tôt que de coutume, ne pourrait-elle
angoisse délicieuse qu'elle ne comprenait point,
gnets L.. Au secours, bonnes gens !... On me reJomdre son cher Galapian au bord de la
car, n'ayant ~amais lu de roman, ni fréquenté
tue!... Cn me Yioie!... Accourez!... A Corrèze, près de la Porte-de-Fer?
les compagmcs, la pamrc fille ne raffinait pas
l'aide !... A la garde!... Au feu !. ..
Ces parol~s,, un souris fort éloquent, un sur le tendre et croyait &lt;flic tout l'amour tirnt
Les cris suraigus de la Chabretle intimi- regard d: cote, entre _les paupières brunes, entre deux draps.
dèrent le Galapian : il lâcha prise. Déjà Mar- enfiammerent le Galapian de tous les feux de
L'amour!. .. Ellen'yrnyait qu'un jeu simple
got était dehors.
l'amour. Il rêva d'un petit cabaret de l'Alvero-e rt agréable, auquel on associe rnlontiers les
Les grands auvents de tuile creuse, décou- où quelquefois il avait fait la débauche av~c ~alapians, mais non point des créatures supépant un morceau de ciel d'un bleu cru lais- ses a_mis ~t sa_ maitresse. Il rêva poisson de ncm es et quasi sacrées comme M. François
saient filtrer un rayon oblique sur les f;çades Correze, vm_ d Allassac, baisers gourmands, Ilarbazanges .... Approcher ce jeune homme
armoriées, sur les fenêtres à croisillons, sur chansons ga1llardes, et belle nui Lblanche dans respirer l'air qu'il respirait, effleurer pa;.
les balcons couverts où pendaient des lino-es la soupente qu'il occupait au-dessus du hanO'ar
mégarde son vêtement, Margot, dans ses
éclatants et des loques mullicolores. Quelq~es paternel. Alors, tout miel et tout sucre," il yœux les plus insensés, ne souhaitait pas autre
rieilles, attirées par le bruit, itwectivèrcnt s'excusa de sa brutalité, baisa la bouche dè chose.
rontre les amants.
~Iargot, et s'en fut joyeux, vers la ri\'ièrc, oi1,
Cependant, derrière la porte grise, le
Le garçon dit, tout honteux:
Jusqu'à la nuit close, il devail SC morfondre murmure des conrersations s'apaisait. Un
- Es-lu soue, de brailler comme ça, Cha- d'impatience el cracher dans l'eau pour faire
homme parlait maintenant, seul, à voix ronbr~lle ! Je ne le faisais point de mal.. .. Et des ronds.
llant~ et gémissante, qui parfois s'élançait en
puts ... quand même .... Si tu Yas avec d'ausoupirs. Ce personnage tenait des discours
1res ... des messieurs ... j'ai+y point le droit
X
singuli~rs:
mèlés de prose et de l'ers, qu'il
d'être jaloux?
~embla1t
lire
en un livre et non point imaginrr
- Jaloux!
Votre servante, madame Marccline .... Je de son cbet. Les noms de« Délie)) el d' cc Alci~fargot regarda le Galapian.
riens de la part de mademoiselle Contrastin
mède &gt;&gt; rcrenairnl san cesse en ces discours,
Roux comme un écureuil, le front bas, les et je voudrais voir madame Ilar'
sour~ils_g'.os, les yeux un peu égarés, il n'était bazangcs.
pas JOh, Joli, mais il pouvait être terrible.
L'ancienne berceuse de FranM. Duhamel, le sculpteur, J"avait fait venir en çois écarquilla les yeux.
son atelier, pour y représenter au vif saint
- C'est toi, drôlesse! ... Que
Jean-Baptiste ; et dans les salcm, devant les te voilà propre aujourd'hui !
dames de Tulle, l'artiste ne se pouvait tenir Je ne te reconnaissais point. ...
de vant~r les proportions admirables d1~ gueux. Entre !.. . Monte l'escalier, douCar J~rome Chadebech, laid de visage, avait cement... plus doucement ....
les Jambes longues, les reins étroits les Madame a de la compagnie cl
épaules larges, la poitrine musculeuse ' d'un toute la maison fait silence quand
blanc laiteux sous le hàlc du cou.
'
mons!eur l'abbé de T,agarde N
~esfe~m~s, artisanes cl petites bourgeoises. monsieur Peschadour sonl au
arn1enl aime cc brutal, disait-on. JI vivait salon .... Ils parlent si liicn, ers
d:e!lcs et de leu'. fo~ie, les méprisant tou tes, messieurs! On dirait qu ïls prè•n a11nant
• que, lu1-meme &lt;'l MarO'ol
e, . "'acrtie'
nl 0 1•c ,
chenl. Là ... là .. . boute-Loi dans
11s avaient lelé la même rhè1•re; ils avaient le couloir, sur l'escabeau. ,I&lt;' le
couch~ sur la.même paillasse et ronlé par tous conduirai chez madame quand ln
les com~ d~ 1Enclos. Et, dans crltc passion heau monde sera parti.
du barricol1er pour la dentellière, il r avait
)fargot resta seule sur le palil'r
c~mme une habitude d'enfance, une fra Lernilé du premier étage, qui se prolonb1zar~e'. un_ lien plus strict que le plaisir.
geait à droite el à gauche en un
. 111 _aimait, cl son amour n'allait pas sa ns couloir mi-obscur. Un jour terne
plousie. La Cbabrette demeurait indifférente éclairait les marches de pierre raux triomphes du Galapian, et le Galapian moussée~, la grosse rampe de
souffrait parfois que la Chahretle eùt des chêne luisant, la porte du salon
?onlés pour tel ou tel gueux comme lui. Mais peinte en gris pàlc. Plus loin,
11 ne pouvait se représenter Marcrot dans les dans la pénombre, des lignes de
bras d'un &lt;( monsieur ». La oenf bouro-eoise lumière, au ras du carreau, dc:'
"
ct gent1'Ilatre,
qm· porte perruque,
épée," den- cclaicnt d'autres portes inrisitelles, bas de soie et lin°e fin. excitait ses liles. Drs roix s'élernirnt, dr~
li.i_reurs é_tranges, &lt;fti'il n~anife~tait par des rirrs, l'accord indi~tincl d'nn
cris, des JLll'Cments, des coups de poin" su r 111th. [ne horloge Lattait, arrc
les meubles, et des menaces de tout mass~ctw. des pulsations lentes, lonrdc~,
quelle fem?1e se ferait scrupule de mentir r~·Lhmiqucs comme le cœur • coure-,
- Au secours, bonnes ge11s! ... 011 me tue/... 0 11 me ,,,·ote ,
A
A l' ï ,
.... C·
.. .- ..... a1. e:... A la_g_arde!... An f eu !... , Q11elq1tfS i•ieilles
au Jaloux qm la gène? l;n instinct de pru- rnème de la ricillc maison.
a1t11 ees pa, le bruit, i111•ect,vere11/ contre les amants.... (Page ()3.)
dence retint le nom de Ilarbazanges sur les
Ce jour crépusculaire, ces
lèvres de Margot. Prenant avec o-ràcc le bras bruits vagues, le mystère des
d_e Jérome, elle déplora la sollis; du barrico- portes closes émurent l'irrespectueuse Chaoù il était heaucoup parlé de Vénus et de
ller.... Elle n'allait pas chez un« monsieur&gt;&gt;
brette, et, telle une déYOtc à l'église, elle de- lliane, dn llambeau de l'amour, des lys el des
non certes, mais chez une dame... oui ... chc~ meura bien sage sur son escabeau. Elle' sonroses, de la lune et du soleil, de &lt;c chastes
madame du Verdier .... ponr y chercher des geait que àf. François était au salon, séparé
lc~x
&gt;J allnm~s par des &lt;&lt; yeux inhumai_ns )) et
1. llonstre.
d'elle par la m1millr: 1p1'rllr pourrait &lt;'lllrn- meme de &lt;! t&gt;gr('Sses dlfyrranie &gt;&gt;.
l

0

�r-

111STORJ.JI

,
- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - _ _ _ _J

La Chabretle tomba dans une rêverie proonde en écoutant ces propos.
« Quoi! pensa-t-elle, ne me semble-t-il point
reconnaître l'accent de M. l'abbé de Lagarde,
dont le frrre est drapier, rue de la Barrière'?
Il est &lt;l'Église el il ose parler d'amour! »
Elle quitta son coin cl mit un œil au trou
de la serrure. Alors elle vit le salon de rnadamr
Ba.rbazanges, el les fenêtres en face d'elle, l'l
les rideaux de crépon vert qu·rllc avait si souvent contemplés du dehors. La fleur de la
bourgeoisie tulliste était là : )(' sombrdl. P&lt;', chadour, les aint-Priest, les lhbanidc el Ir
dames assises en cercle, à contre-jour. avec
leurs jupes étalées, leurs prclintailles et leur
falbalas, leurs hautes coiffes de gaze à triple
ruche, montérs sur fil d'archal. L'une agilail
nn é,·entail mignon; l'autre croquait des pastilles; celle-ci caressait lin petit chien; celle-là
buvait une citronnade, el le domestique Jeantou, travesti en laquais pour la circonstance,
!ni présentait le plateau. Il y avait là quantité
de pccques et de pimbèches; des coquettes
plus ressemblantes à la comtesse d'Escarbagnas qu'à Célimènc, et moins de Léandres que
de 'frissotins, - figures, discours el façons
de province.... Mais la Chabrelle, éblouie, se
crut transportée à Versailles, dans le cabinet
du f\oi. Elle chercha du regard le beau Barhazanges et fut bien marrie de ne le poin t dfronHir. En revanche, elle aperçut )1. dr Lagardt•
fort clairement, et ne perdit rien de ses gestl'S
ni de ses paroles.
Ce fameux abbé, grand royageur, bel esprit.
aus i peu clerc que possible, faisait une IerLure de ses lellres à madame de La Calprenède.
A vrai dire, res Jeures n'avaient pas Ir
('harme de la nouveauté. 'fout le monde, it
Tnlle, connaissait l'hi toire de celle Ct Délie &gt;&gt;,
qui entretenait un commrrcc épistolaire avec
lt• plus fameux pédant du Limou in. Leur
lbmme était Loule pure, ne consumant guère
que l'imagination. Madame de La Calpreni!dc,
en ses jeunes ans, avait brùlé de feux plus
, ensiblcs, acc&lt;1rdant fort bien la galanterie aYcc
la préciosité. Elle riait née de ~onancourt.
Folle de romans, tout occupée de vivre ccu\'.
qu'elle aurait voulu écrire, Lenanl, dans un
monde assez médiocre, le personnage Lragi&lt;"Omique de la femme persécutée, elle s·éLait
mariée trois fois - par amour! - cl ses
trois maris l'avaient également déçue, avant
que de la laisser Yeuve. C'est alors qu'ellr
avait souhaité connaître La Calprenède, le plus
lëcond romancier du siècle, auteur d'ouvrages
en quatorze volumes et d'une Cléopâtre qui
ne finisssait pas de paraitre depuis dix ans .. ..
La Yieille beauté se dévoua pour l'honneur des
lettres françaises ... . Elle épousa La Calprenède,
sous l'expresse condition qu'il finirait la Cléopâtre, comme elle fit marquer dans le contrat.
Leur hymen ne fut pas heureux. Séparée, puis
veuve, - à jamais veuYe, - et plus romanesque que jamais, la dame se consola du rôti par la
fumée, el de ses quatre maris par son chaste
serYiteur Lagarde, ayant compris celle parole
profonde de M. Pascal que &lt;&lt; parler d'amom,
c'est faire l'amour ,,.
La pas~ion de l'abbé pour sa « Délir 1&gt; était

donc chose aYrrée, honnête et com-enablcaux
mœurs du temps. Une Chabrette seule, une
misérable artisane pouv:Îits'cnébahir, comme
elle ne manqua point dr le faire.

Je ne puis t•ous dfre, aimable Délie, q11e
vo11s m'avez laissé tout seul à Paris, pui.~que t•ous n·y avez laissé que la moitié rf.\1l'imède. JI est bien e.rlraonlinail'e dëtrn
ainsi sépal'é.de soi-même el je Sil is fOl'l
étonne de me tl'ottver par ici tout e11lie1· et
d·avoir le cœ111· à deux 011 /rois j01m1ées
du ro1·ps ....
Sans mn1t11·, Je ,1e fus ai sw-pl'tS de 11111 1•ie.
Comme 11n triste captif, 111011 rœ111· ro1n 1111111·ie
J:t les esclaves e11cl,ai11é1
Pa1· dt fier, ,·onqub·ant, e11 t riomphe 111r11h,
J;tain1t 1111e fidèle image
D11 cœur qui t•o1u 111ivail durant voire 1·oy117e

Mais, divine Délie, que celle moitié &lt;l'Alcimède que vous avez laissée à Paris est en
ttn deplorable état! JI est certain que si je
pottvais, par quelque apparition, me 111011trer à vous aussi désole que je suis, je 1•011s
loud1t:rais de pitié. Alon chagrin est plu.~
fort que ma raison. Il y a des i11sta11ls oit
toutes mes pensees 1•011l au désespoir, el
quelq11efois je me trouve si faible el si
lang11iss011l que je me sens defaillir el que
je JJ/oye sous le mal que /'absence me fait.
Parlant ain"i, l'abbé tirait des soupirs de
es talons, se lambourinail l'estomac, branlait la tète jusqu'à compromettre le bel arrangrmenL cl&lt;' sn perruque, et. &lt;' haussant sur
la pointe du pied, à chaque fin de vers, scmhlait prèt à ·i:1ancer \"('r « Délie ». llargot
1·rnl frrmrmrnl que le chagrin lui a\'ait Mrangé resprit. Elle s·auendrissait sur rr
paul're homme qui a,·ouail ainsi son c11ravaganœ .... Mais, un murmure naucur s'étant
élevé. le triste Alcimède. d'un Yisage riant cl
d·un port tranquille, fi L la ré,·érrn::c :un
dames, mil se papiers en sa poche cl ·as it
dans un fauteuil. Le pctil valet lui offrit unr
citronnade, et il parut à Margot qu'Alcimèdt•
avait oublié Délie .... Cependant madame dn
\'crdicr, qui é1ait ~rosse pour la première fois
cl fort mélancolique, porta son mouchoir à ses
yeux el déclara que ces lellrcs à macla me de La
Calprenède ne se poul'aicnl ouïr sans larmes.
- \'raimenl, dit-elle, si monsieur mon
mari m'écri,·ail en ce style, je ne résisterais
point à ma tendresse, el je prendrais incontinent le coche de Paris.
- Vous rê,·ez, ma mie Perrine! s'écria madame Barbazanges. Après dix ans de mariage,
cet excès de passion ne se peut concel'oir ....
Allez! rntre époux est fort bien près de )1. Baluze. el il reviendra à l'automne pour votre
accouchement.
- Certes, dit li. Pcsrhadour, ramonr conjugal n'a point, en son langage, ces tours
ingénieux, ces brùlantes pointes que nou
remarquons dans les lettres des amants. Mais,
madame, vos beaux yeux sont les pierres d'aimant el les astres polaires ,·ers qui se tournent, comme fait l'aiguille de la honssole,
Lou tes les pensées de li. du Yerd ier.
Ct• complimrn t rnrnrn11 le . on rire s111· lrs lt•..., 94 ''"

vres de madame Perrine, cl toute la compagnie
se prit à discourir sur l'amour. La Chabrelle,
cependant, se remettait en mémoire les bruits
fJUi couraient la "illc à propos de M. du Verdier. L'aimable a\'ocat n·était point un méchant époux: mais, sur I&lt;• point d'obtenir un
héritirr, il se &lt;li\'crtissait i1 Paris dan la maison de son oncle Ba1uzc. 011 fréquentairnl
beaucoup de damrs rl demoisrllrs ....
- Yoilà d'honnèles grns qui ont un grand
souci de l'amour, pensa la dentellière. Nous
autrrs, personnes du commun, le faisons sans
rn parler cl de tels discours nous semblent
folir. sinon indécence et gaillardise.... Pour11uoi tant dr phrases. lorsqu'un mol suffit? ...
N·c t-il point l'ilain de réunir tant d'hommes
graYe el de damrs l'C'rtucuscs pour les entretenir de... Ah! li donc!... Le Galapian el
moi, qui ne nous piquons pas de délicatesse,
allon au plus court, quand nous sommes ensemble .... Mais peut-être les amants du beau
monde ont-ils l'àmr autrrmenl construite que
nous, puisqu'ils peurrnt tant parler, tant
gémir, tant souffrir, el faire tant d·cmbarras
pour une cho e si simple que de se mellre ou
ne se pas mettre ensemble an lit?... Je serais
pourtant bien curieuse de sa,·oir ce qu'en
pen c M. François, et si le mépris qu'il fait
des lemmes ne l'irnt pas de la crainte d'être
brûlé, percé. déchiré et pre que assassiné par
une carognc de Délie! ... Mais quelle femme
le YoudraiL ainsi persécuter?
M. de L:igardc. ayant bu deux verres de
citronnade cl croqué quelques « cheveux
d'ange ,, . se plaça drrechef au milieu du
salon. Celle fois, l"ennui vainquit la curiosité
de la Chabrelle. Renonçant 11 pénétrer l'étrange
cararti•rc d' (&lt; Alcimèdc &gt;l . elle se remit sur
son rscaheau. Après un quart d'heure, les
pieds lui fourmillèrent. Elle bàilla, tourna ses
pouces cl romptajusqu'à cent pour se dil'ertir.
Le jour déclinait. Le logis semblait Yide ....
I.e son du lulh mourait dans l'épaisseur des
murs. Margot fit quelques pas de ce côté, pour
mieux l'entendre, puis quelques pas encorr.
et. suivant le couloir qui tormail un coude,
elle se trouva dcYant une porte mal jointr.
Les échos du salon n'arrivaient pas jusqu'en
re lieu fort retiré, 011 s·ouvrait peut-être l'appartement particulier de madame Barbazanges.
J,'onde musicale s'rlargissail dans le silence
sonore, dans l"ombre émue qui frémissait.. ..
L'imisible musicien jouait pour lui-même. au
gré de son caprice nonchalant ; il jouait des
airs au rythme lent, régulier, grave, d'allurr
naïYe el majestueuse. el bea ucoup plus anciens que la musique de M. Lulli: des airs 11
danser. chacones, pa,·ancs cl sarabandes, qui
sans doute araient charmé la ,·ieille cour, an
tcmp du premier card:nal. au temps dt•
Jluckingbam et de la re'.ne Annr .... Et soudain une roix. mariée au luth , chanta, loinlaine et pure. comme en songe, la chanson
dC' Louis XIII :
Belle &lt;1ui tiens ma vie....

La Chabrellc ne bougrait pins. Collée à la
muraille, les yrux lcrnu:,;. Il' ::.mg au rœur.
plus piilr que sa chcniisette, elle bmail de

_______________ ___
...:_

LA

Y1E .Jl.MOUR_EUSE DE F R_ANÇ01S B AR.BAZ.ANGES - - ~

ses lèvres ouvertes, cc philtre de l'harmonie
qui semblait descendre en elle a,·ec l'air
qu'el~e respirait. La maison étrangère, le
couloir sombre, un rayon qui traYersait la
serrure, clic ne vopit plus rien .... f\ien n·exisL:iit plus qu'un nuage indistinct autour d'cllr
rt la voix, la roix triste et suave portée su;
les frissons du luth. Et longtemps, elle dc''.'.cura dans cette cxta e, cl le chanteur et
1 '.'!.strn~ent se taisaient depuis longtemps
d(•.1a, quelle croyait les entendre encore. A
la fin, on trouble dissipé, elle s'étonna du sill•nce. Le trou de la serrure hrillait dans le
m:posculc, Lei un œil d'or. Nouvelle' Psyché,
)(argot r~ulut corn 1/tre le musicien mystér1~ux. Mais la porte céda sous sa main, s'ou, r1l en dedans, sans le moindre bruit comme
''.ne porte l~e, l'L, tremblante . ur le' seuil, la
Chabrclle \'Il cc qu"t•llc désirait mir.
.C'était une ,·asle chambre, en façon de bihh~thèque, bois&lt;.:c de chêne et garnie d'ar1no1res où, derrière 1111 grillage 11:ger, de.
lines _à reliure fan,·e s'entassaient jusqu'au
lam_br1s. Sur un dressoir, il y :l\'ait une
,phere, avec 1111 axe rt des mrridicns de cuill'e ; el sur lt•s lablC's, sur les fa11tr11ils, sur le
carreau, quantilé dïnstruments de musiqm•.
drs plus braux cl des plus rares, , iules d'l ta lie
Pl ~nilares d·Espag,w, théorbes t'l mandores,
lnlh, l't haulboi,. llt•nx rid.·aux dt• ras pourprl'. brodés d" un galon étrint, tombaient droit
,ur la fenètre el mas11uaient l'ardente lueur
dn_ ciC'I occi~ental, sauf un grand rayon aigu
11u1 lra,ersa,t la ehamhre obscurt', comme
nnt'ilèche échappé!' à l'arc d'Amour,rtdardait
,.011 exlrèmc poinle s11r le corsage de Margot.
.(.~ heau ra~ o11, lont , ihrant d'atomes dorr,,
rrva11t d'nnt' Yic magir111l'. rencontrait an pa,,age la tète_ appPs:1nlie de François Barl,azanges. I.e JCt1nr hommr dormait, le front
sur son bras, l't le hras sui· son luth. I.e flot
de ~e, rhcma. eronlarit tout d'un coté. c·o:i1ra1L _la tablellt• de cèdre et i1·éc.1ille. Ses cils
hall~r~nt, ~h_atouillés par le rayon . ,a bouche
'~111·1art. 51 !cunC'. i pure qu'l'llc semblait
11&lt;'r~e du ba~ser. Une molle clentellc YOilait à
il&lt;'_m1 s&lt;.&gt;s mams ncrrcuscsel nohlrs, 1111 blf't1is,a,t une , eine c~mmc un filet d'az 11 r pùll'
dans un blanc petalc de fleur .... Suppose,,
au rebours des contes, qu'une paurrc• fille,
1;11~heronne ou bohémiennr, rencontre le
1 r,?ce Charmant endormi dans fa forèt : non
/
m~ms _surprise,. non ~oins émue, )largol La po,-/e céda sous la main de !,largo/ tt lrtmbla t
homme dormait, le front sur son br~s 'et~ bra:s~su; e seuil, elle vit ce qu'elle désirait voir•... Le fe11nt
11
re.,ardarl François, et s,, de loin, &lt;'lie l'arait
elle l'avait tro11vt admirable il lid "ar~issait "lus adrm _onbt1" '· .. • Margo~ regardait François, et si, dt loin,
•
r
r
ira e encore a v01r ck P,-ts. (Page 95.)
trouvé admirable, il lui paraissait plus admirable encore à ,·o·r de près.
A la fin, le jeune homme s'a"ita dans on madame la Conseillère.... Sa requête fut bien
elle ne trouva plusAlcimède si ridicule d'avoir
so~meil, b:ilbutia un mol inint~lligible, et la reçue, elle put examiner les cornettes tout à
le cœur à cent lieue du corps....
c·u~1eus: Chabrette recula dans le corridor. loisir. Complimentée sur son adresse par
a(lai~ penser d'elle M. Barbazanges, sïl madameBarbazangcs, régalée à la cuisine d'un
XI
s eveilla,t tout à coup? Ne la prendrait-il point tour/ou beurré et d'un verre de vin blanc la
pour une voleuse?... Ain i la prudence tirait dentellière s'en alla plus triste à la fois' et
Le premier jour de mai, on vit le bon cha!\lar?ol en arrière et la rolupté de la contem- plus ~cureu e qu'elle n'avait jamais été.
noine
La Poumélyc paraitre chez les Barbaplatron la ramenait en arant.
Jla, , cc soir-là, le Galapian soupa tout seu l zanges, Lou l défait et désolé. M. Antoine
. Les portes du salon étant poussées à grand dans le cabaret de l'Alverge. Au ri que d'être Bro~ssol s'était laissé mourir: malade depuis
fracas, Margot regagna tout doucement son es- bauuc, Margot ne le rejoignit point. Couchée
neuf ans, abandonné des médecins depuis l'au&lt;·abeau. La compagniepritcongé de madame su~. so.n grabat, dès l'Angelus, elle pleura jusLo1m,1,e, il arnil attendu les vacances pour renBa~ba~anges • . La vieille Marccline ne tarda qu a I aubr. Et pressentant les délicatesses indre) ame sans troubler les études de son fris.
pomt 11 la renrr chercher, pour la mener ,·ers connues et les mystères du réritahle amour,
- Le ,ieux Jeantou m'a porté la nouvelle

q~

�, - 111STO'J{1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __ _ _ _ _ _ _ _ _ __ .,,,
awc une lrttre du défunt, dit le chano:nc. Je
suis tuteur de mon pauvre filleul, mais, rn
mes infirmités cl mon grand âge, M. Antoine
Broussol Yous prie, mon cher cousin, de continuer ,·os bontés à notre Pierre et de me
rrmplacrr auprès de lui, plus tard.
M. et madame Barhazangrs rt&gt;pondi m11
qu'ils aimaie_nt le petit flroussol rom mr lrnr
propre enfant.
- Cr garçon me plait fort. s'érria le consrillcr, cl si je n'avais pas eu François, jr
J'aurais sans doute adopté pour mon fils. li a
du sens, du cœur, une rusticité naïre qni
n'exclut point la finesse. Je disais naguère an
recteur du collège que cc Broussol serait la
l(loire de notre présidi:il. ~~l j'ajoutais que ces
bonnes qualités d'un étranger me piquaient à
l'endroit sensible, car mon propre rejeton
~cmble méconnaitre tout à fait la grandr11r de
la magistrature.
Le chanoine répondit :
- Mon cousin, il y a deux hommes en
l'0US : l'astrologue cl le magistral, le personnage qui contemple la lune el celui qui regarde
dans les sacs à procès. \'ous étiez astrologue.
l'l rien qu 'astrologue, le jour où mus files
François. Depuis , vous a,·cz sensiblement
perdu le goût de Yivre dans les céleslrs
~phères, cl YOUS ètes redescendu parmi les
, ivants .. .. Cela c t fort bien; mais il ne laut
pas mus ébahir si rotre garçon demeure un
amant de la lune el s'il n'a, pour la chicane,
ciue du dégoût.

- Hélas! didl. Barbazangcs en soupirant,
je me rappelle les sages discours de leu ma
belle-mère, dont Dieu ail l'àme, et les remontrances que me fit le recteur du collège! ...
J'ai crdé à l'amour paternel et à l'amour
l'onjugal .... Sur la foi d'tm horoscope cl sur
k s instances de ma fcmmr, j'ai roulu écarter
François de tout libertinage et le garder près
dcn:rn~jusqu·au temps de le marier .... Hélas !
le moins que nous puissions craindre, c'était
que mJn fils deYint. un blondin, un damcrel,
un diseur de prlils rers. comme on Yoil les
jeunes gens élevés d:ms les jupons de madame leur mère ! François ne donne pas dans
,·c ridicule. ~on content de fuir Irs dames, il
srmblc les abhorrer.
- Ceci n'est pas un mal, mon cousin, rt,
si \'OUS croyez toujours à l'horoscope ....
- \'ous riez, monsieur le chanoine~--- ~achez donc (el les gros sourcils de M. Barbazanges mont.aient cl descendaicnt.d'unemanièrc
fort. comique), sachez donc que. l'hircr dernier, mon. llls s'a,·isa de composer un otll'rage
de poésie! ....le dois dire qu' il ne l'acheYa
point.. ~lais, tombant d'une folie dans une
autre, il s'est. donné tout entier à la musique,
rl il passe des heures enfermé, jouant du luth
rt de la riolc, cc qui csl nn diYcrtissement de
baladin cl non de magistrat.
- Considérez, mon cousin, que cc dh-ertissrment n·a rirn de coupalilr, que notre
François n'a p:t accompli srs dix-nruf ans, et
qu'il esl lort aYancé dans ses étudrs. Que

diriez-rous, s'il faisait la débauche, s'il courait les filles et les tripots?
- Ce garçon est le plus bizarre du monde,
cl je ne sais à quoi il sera bon. Si je ne
redoutais pour lui le fatal présage des planètes,
ah ! je souhaiterais presque qu' il se dégourdit
comme fera, comme a fait peul-être, notre
Broussol !... Mais c'est une àme de glace dans
un corps nonchalant, insensible à la peine
comme au plaisir ....
- Le fils de l'astrologue!. .. le fils de J'ast.rologuc !...
- L'année procl~aine, je le Yeux faire vopger. Nous dépècherons, de compagnie, Yolre
jeune coq el mon béjaune à Clermont-Ferrand,
chez M. de Tassayrac. li m'a sournntes fois
prié de lui envoyer mon fils, car il n'a point
d'enfant el la solitude lui est pesante .... C'est
un bon homme, et un grand savant, allié aux
Périer el aux Pascal ....
Le chanoine approuva tort la décision de
ll. Barbazangcs, el il s'étendit en considérations judicieuses sur l' &lt;&lt; esprit de clocher », el
sur l'utilité des voyages, plus nécessaires aux
jeunes gens de Tulle qu'à tous les autres, la
rille étant privée de tous rapports aYec le
monde civilisé. Le lendemain, il se mil en
route pour Saint-Hilaire d'Obazine, afin de régler les affaires de Pierre Broussol el de ramener le gar~on a,·ec lui. François se réjouit ext.rèmemcnt de re,·oir son camarade; mais il lui
arrira, dans cc mème trmps, une singulii'rc
aYcnturr, qui changea le cours de ses pcnsrrs.

(A s1mre. )

MARCELLE

TINA YRE.

(l/111.111'3/ÎOIIS ,tt COSR.ID,)

LA VIE DE PARIS Ali XVIII' SIÈC LF., -

LA PROllENADE DES REllPARTS,

grav11re dt P .-F.

C OURTOIS,

d'apres

At: GCSTIS DE SAIST· At:BIX, -

(CaN11tl dts Estampes.)

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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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      <name>Dublin Core</name>
      <description>The Dublin Core metadata element set is common to all Omeka records, including items, files, and collections. For more information see, http://dublincore.org/documents/dces/.</description>
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              <text>Historia Magazine Illustré Bi-mensuel, 1909, Año 1, No 2, Diciembre 20</text>
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              <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>Jules Tallandier Editor</text>
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              <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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      <name>Pierre de Nolhac</name>
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