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                  <text>1HSTORJJl

L ES MAITRES DE L'ESTA\IPE AU

X\"III•

SIÈCU.. _

L 'E:-.LÈ\"EM[:(T ',OCTt:R:--E. -

111

Gravu,·t de NICOLAS Po~CE, d'atrès BAUDOUIN. (Cabimt des Esta pes.)

�4efascicule (20 J anvier 19ro.)

Sommaire du

l

MICHELET
~

Marie-Antoinette: La Dauphine; la Reine. 145
Marie-Antoinette : La Mère .
1 18
L'exécution de Lou:s XVI .
, So
Madame. . . . . . . . . . . . . .
. . 151
Quelques f igu res de femmes aimantes ou malheureuses : Les s ix femmes d'He nri VIII. 153
Égoïsme royal. .
156
Mémoires . . . .
157

MrCHEl.ET . . . .
.MADAME C AMPA'/

VICTOR H UGO . .

T. G . . . . . .
T EODOR DE W YZEWA
SAJNT- SIMON. . . .
GÉNÉl!AL DE .M,IRBOT .

Louis XV et Madame de Pompadour.
ALFllED J\Hz1i:RES , . . . Le général Hardy . . . . .
C 111UIFORT. . . . ' .
J\l.l llCE LLE 'flNAYRE . . .

ILLUSTRATIONS

T AULEAU n'È t1s., nErn VI GÉE-LE BRU N. (Musée de Versailles.)

0·1

!f.'2&gt;
d ' un e 1·ale ur au mo ins
ép a le au prix
d e l'Abo n ne me nt

•

~

HISTORIA

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WATTEAU

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P rono ncer le nom de \ Vatteau, ce n'est pas seulement évoquer le souvenir d'un de
nos plus grands peintres. C'est aussi rarpe lcr l'un des maîtres les rl us .:hato,·anls, les
plus éléga nts et les plus g racieux du XYIII" siècle fra nçais, le siècle de l'éle~ance, de la
g râce e t de l'amour. J\la is, parmi les œuvrcs de \ Vattcau, il en est une, l'E111/•a1·q11eme11/
pour l'ile de Cnher e, il la quel'.e il s'est attaqué à deux reprises r our s'y réaliser tout
enlier. Et, d e l'avis unanime des plus fins critiq ues d'art, c'est là que \Vatleau a créé le

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~o

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7

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rcs:,ants t'l ~apti\':tnts au p(J."tsiblc. L es rc1so11naues ont vèt:u dans des milieu~ r rais,
ils 0 111 a ime, ils 0111 souffert. Cc sont leurs sourenirs intimes, leurs mémo ires historiques
que nous re ,·è c HISTORIA ; il nous les monlre en pleine vie et e n 1-lein mouvement,
obéis...ant aux apreli ts et aux r as!)1on:-: ...,ui ont _jadis detcrminé Jeurs actes.
. Cha.rue l'a ,;dcule repro&lt;1uit les œo\'l'c,, es !!'rands ma!lres de la peint ure et de l'estampe,
t1rees ùc nos mus ces nalionau x et de no, bibl;o thi:ques p ubliques.

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•p ar HENRY BORDEAUX

SOMMAIRE du NUMÉRO 106 (25 Janvier 1910)

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GUY DE MAUPASSANT. Les idées du Col•, ne t. - EDM OND HARAUCOU RT . Sa
nuque. - R ENÉ BAZ IN. de l'Académie rrav:aise. I.e blé qu i l ève. - ALBERT
J\IÉ RAT. Vers l e soir. - J\'1 1cnEL CORDA . La Ch a rmille fl eurie. - P,\UL
l&lt;EBOUX. L a maison de danses. - Comtesse M ATHIEll DE NOAI LL ES. La
raillerie . - J\lw.m:L P ROVI ' S. La r etraite. - Josi: MARIA DE HE KEDI/\.
Armor.-H. -G. \Vl.: LLS. La gue rre da ns les airs . - J\'11c uEL ZAJ\I ACO IS.
Il gèle. - J. MARNI. Parce qu'a utrefois .... - ALPHONSE DAUDET. Not~s
sur la vie.- ANDRE R I Vûl RE.L e bon r oiDagobert.

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Pt&lt;ix : 60 Centirnes

1

Afin d'e11ilerdes erreurs, prièr e d'écrire très lisiblement Ioules les indica011s
1. ~
. ·
1

1

1
1

Le couché de la mariée, d'après BEAUD.:JIN.
Le billet doux. d'après LAVEREINCE.
Pour paraître dans le prochain numéro (10 février) :

du ..........'.................................

LA DAUPHINE -

Mesures de police . . . .
184
La vie amoureuse de François Barbazanges. 185

E~ CA .\1AI EU :

A BR \ H AM BOSSE, ÉMI LE B OUT IGNY, CO:'/RAD, COl'DER, CII EVAI.IE R DE t' F:5 PI NASSE 1
BARON G É RA RD, eARON G ROS, A.- F . LE D RU, ANTO i /oiE ~I OllLON. NAT Tll•: n ,
P ERRIN, Q uEVElrno , A UG USTIN DE SAINT-AUBIN, E LISAnETII \' 1GÜ- l.E B RUN-

"LISEZ-MOI"

182

LA REINE

PLANCHE HORS TEXTE

1

~ Prime Gratuite

173

de l'A cadémie f1·.111ç.1isc.

D APRÈS L ES TABLEAU X, DES.S I:\$ ET ESTA~IP f.S Dt :

~

Ma rie,. A nloinelle

Une vieille bourgeoise . . . . . . . . . . . . 165
Napoléon et lesfemmes:MadameWalewska 169

ARVÈDE BARINE . .
F RÉDÉRIC MASSON .
.te l'A cadt!mie f r.:111ç.1ise.
Pt ERllE l&gt;E ' OLIIA'' ,

J- TALLANDJER, 75,

rue Dareau, P ARJ S

(XJV0 )

!

Les deux jeunes époux, la daupl1ine Marie,\11Loinetlc et le dauphin Louis, araicnt cela
de singulier que lui, né à Vc1·sailles, éLai t
tout Allemand comme sa mère. Et elle, au
conlrairc, née à Vienne, était absolument
Française, ou pour mieux dire Lorraine,
comme son père, qui, épousant Marie-Thérèse, dcrcnant empereur, ne
put pourlant jamais apprendre
l'allemand. Il étai t nernu de
notre régent, lui ressemblait au
moins par l'amou r du plaisir,
une légèreté qui passa à sa
fille.
Le Dauphin arait le malheur
d'arnir des deux côtés, paternel, maternel, un fàcheux précédent de lourdew· et d'obésité.
li combattit cela toute sa Yie
par l'exercice, la chasse, la fatigue des métiers manuels, le
marteau et l'enclume. li ne dcrint jamais comme son père
un monstre de graisse.
Sous ses formes un peu
rndes, le fond chez lui éLait la
sensibilité, arnugle, il est nai,
et sang1ùnc, qui lui échappait
par accès. Morne, muet, dur
d'apparence, il n'en arait pas
moins quelquefois des torrents
de larmes. Quand, coup sur
coup, son père, sa mère moururent, il eut cc cri : « Qui
m'aimera? ll Sa tan te Adélaïde
l'aimait assez, mais aigre et
sèche, elle allait peu à sa nature. Cette bonne nature parut
aux tristes fètcs du mariage
où cent personnes furent étouffées ; il en eut un chagrin profond. Elle parut à l'entrée
dans Paris qu'il fit plus lard ;
la joie, la tend resse du peuple,
curent sur lui cet effet qu'i l
parla il mcrreille; son .cœu1·
dénoua son esprit.
Choiseul faisait, in exll'em is, cc mariage
d'Autriche pour remonter, durer encore
(mai 1770). On mariait le Dauphin malgré
lui. La petite fille vint quand personne ne la
désirait. Cc que furent l'arrirée et les premiers
rapports, un témoin nous le dit, un témoin
1. - 1-l!ST0RIA. - Fasc . 4.

oculaire, Vcnnond, le précepteur de )faricAn toincllc. li y eut des deux côtés un froid
mortel, étrange entre si jeunes gens. L'enfant
de quatorze ans laissait son cœur il Yicnne. et
se croyait cnl.J•c des ennemis. Le Dauphin (de
seize ans), bien inslrni t par ses Lanlcs, ne rit
d,an.s , sa petite épouse qu'un agent de Maric1 hcrcsc.
Celle-ci, arnc sa passion, son dfort ord i-

M ARIE-A'ITOl:0-ETTE

Tableau

d'ÉusABETII V 1c1'.:E·LE BRUN,

naire pour peser sm ses filles, ftt pour son
Antoinette cc qu'elle fit aupararant pour sa
&lt;::aroline de Naples . Elle l'endoclri na fortement au _déparl, la fit coucher près d'elle aux
derniers mois, l'entretenant la nuit du terrible
pays de Frnnce, 011 elle allai t, lui rcmplissan t la

tète de toutes sortes de craintes, de précautions qu'il fallait prendre, faisan t enfin tout
cc qui pournit ôter le naturel à celte cufanl,
créer la défiance contre elle.
La petite était fort troublée. Elle arait une
peur extrême du Dauphin, ne permettait pas
que \'ermond la quittât. Cc redouté l}auphi11
arait cependant l'air d'un bon jeune Allemand
encore plus embarrassé qu'elle. Le lendemain
de l'arriréc, il entre, au matin : (1 Avez-vous dormi? »
C'est tout ce qu'il trouva.
« Oui, » dit-elle. \'ermond
était là, un peu éloigné seulement. Le Dauphin brusquement sortit.
Elle montrait beaucoup trop
la prudence qu'on lui avai t
recommandée, ne se fiant à
aucune clef, cachant dans son
lit même les lettres de sa mère,
et par là faisant croire qu'elles
contenaient de grands secrets.
Elle écriYait le jour où ses lettres parlaient, les cachetait au
moment mèmc, les envoyait
tout droit par l'ambassade.
Les innocents cahiers de ses
extrai ts d'histoire (un complément d'éducation), elle n'osait les continuer aYec Vcrmond &lt;1 de peur d'èlre surprise
par M. le Dauphin ».
Sa mère, fort maladroitement, par une exigence raine,
lui ménagea une querelle dès
l'aniYée. Ell e demanda it
Louis XV que mademoiselle
de Lorraine, parente de l'empereur, fùt aux fèles après les
Condé, arant les Bouillon, les
Bohan, et autres familles Lil Lrécs. Vire, lrès vire résistance
de tous ces gens, qui, blessant
lu Daupb.inc, se crurent dès
ClicM Br1un.
lors en guerre arec elle, f ment
ses ennemis.
So11 aimable figure et sa
ri1·acilé d'cnfanl ayaicnt plu
fort au roi. Elle n'a,·ait nullemcnf.,i,déplu ù
~{esdames. Raisonnablement elle inclinait de
cc côté, atlit-ée spécialement par la boulé
de madame \'ictoirc. Elle y allai t trois fois
par jour et clic J , oyait le Dauphin. li était
trop heureux que la jeune. princesse, iso-

�111ST0~1Jl ______________~~--'--'-------------J
léc, d'elle-même préférâ t le seul lien sûr, honorable, de \'crsaillcs . füis Mesdames étaient
suspectes à Marie-Thérèse. Elle eut le tort très
grarc d'en éloigner sa fille, qtti dès lors suiYil
sa nature, alla aux jeunes dames, aux rieuses
étourdies, aux petites moqueuses, dont sa
mère la blàma (trop tard).
La Yieille impératrice, qui , malgré elle cl
en tremblant, entrait dans celle rnaul'aisc
• action, le partage de la Pologne; aurait voulu
que la Dauphine !ni ménageât la Du Barry.
Mais celle fille, si familière, se fùt fa.i l à l'instant amie et camarade. La Dauphine se
serait brouillée aYcc Mesdames, a,·ec son mari
lflèmc.
Cc qui la rapprochait quelque peu du
Dauphin, c'était précisément la haine el le
dégoùl commun qu'ils avaient de la Du Barry.
Autre tort de la mère. N'ayant plus son
Ch_oiscul, Yoyanl branler l'alliance française,
elle cùl roulu à tout prix une grossesse, un
enfant, qui raffermit _ici l'influence autrichienne. Impatience étrange, incorwenantr.
Elle en rougit parfois. Puis elle revient à la
charge, clic inquiète, tourmente sa fille. De
là beaucoup de bavardages, tout le mond.i au
courant de ces secrets du lit. Les courtisans
mor1ucurs, cl les femmes de·chambre, ont fort
indécemment occupé l'histoire de cela, 'cl aux
dépens de Louis XVI, e; c!1sant par sa négligence les échappées dc.!a jeune étourdir.
Le gou rcrneur La Vauguyon eut la première
année un motif spécieux, de les tcni1· à part.
C'étaient de n ais enfant~ cnc.ore, qui scm]Jlùnt fail,les, lymph~tiqucs.- La petite grandit
cnccre pendant deux ans.
. · '
L Dauphin, sans jamais tomber clans les
excès de Louis XV, ni boire beaucoup. mang~a:t il. l'allemande, lourdement, gaU:chcmcnl,
trop r:tc. li aYait des indigeslions.l Elle des
diarrhées, coliques, etc., sourent les yeux
rouges et malades. En deux ans cependant
clic engraissa un peu ; sa peau a!ors fu t
cxlrèmemenl belle; elle eul l'éclat unique, la
sple11Jeur de la beauté rousse. La ])11 Barn·
en plaisantait, et d'autres, pour en éloigne;·
le Dauphin par l'idée du défau t des rousses
q.uc Ferdinand de Naples imputait il la Caroli ne. Antoinette du reste brunit.
Leurs appartements à Versailles étaient fort
séparés. Le Dauphin chassait Lous les jours,
r-:rcnait fatigué, .dormait (cl mèmc à la table
t'. u roi ). Ce n'était pas le compte de MaricThérèse. Le noureau ministère hti était très
contraire. li _croyait (non sans cause) aux
espionnages de l'Autriche. Il n'cnrnyait pl us
même d'ambassadeur à Vienne. Marie-Thérèse
s'en mourait de chagri11, de peur, att partage
de_ la Pologne. La ricille y descend jn qu'i1
tromper sa fille mème, dans ses lctlrcs intimrs
cl secrètes. Le 4 mars, ~Ile signe le pa1'tagc
et le pacte arec la Russie. Le 4 mai, cl!c écrit
i1 sa fille qu'on la calomnie en disant r1 u'ellc
s'allie avec· la Russie.
Quoique M. Arneth, dans la Conespon0

dance de Afarie-Antoinelle avec Alarie-Thé-

1·èié, ne ·donne éridemmenl que des lettres
choisies et triées, ce qui reste est assez honteux, On y roit qu'elle fit de sa fille l'instru-

ment de sa politique. Elle gémit it chaque
lettre de ne pas la saroir 9nccinte. Elle n'ose
écrire tout. Mais clic lui dit : a Croyez Mercy
(l'ambassaucnr), faites cc i1u'il dira. )&gt; Ycrmond sans nul doute agissait, aY&lt;'C un l3cscnYal, un fol très corrompu, que Choiseul avait
mis comme mentor près de la Dauphine.
Stylée par ces honnètcs gcn , celle enfant de
quinte ans joua un triste rùlc. N'ayant nul
goùl pour le Dauphin, plutôt un peu de répugnance, clic fü les arnnces et clic ohtint le
lit commun. On le voit indirectement, mais
claircmcnl, dans une lettre du 21 juin J771 :
« li a pris médecine, mais rn bien, cl m'a
bien promis qu'il ne sera pas si longtemps it
revenir coucher. » Cela gagné, tout fuL gagné.
Le jeune homme,-honnèlc et touché de voir
la peti te (très fière) mcll rc la fierté sous ses
pirds, enlit son dcYoir, fut cxatt et assidu
près d'elle. Le -18 décembre, clic egpèrc èlre
cnccirrlc. « M. Je Dauphin c fortifie. li est
tous les jours plus aimable, cl il ne manque
à mo11 banheu r r1ue d'ètrc dans le cas de ma
sœur (cnceintr); je Cespèl'e bientùt. &gt;&gt;
Les choses étaient précipitées. C'était le
18 décembre. Le partage de la Pologne fut
signé le 4 mars, nié &lt;'nço1·c en mai, aY011é r n
j uillet. La m2•t·c cùt donné toulrs choJcs
pour qu'c!le f'ùt grosse aupararant.
La Dauphine y arnit le mfritc de l'obéissance. Car tous ges goûts l'éloignaient du
Dauphin. li était sérieux et s'appliquait, employait sa forte mémoire. Menacé d'être roi,
il cùt rn ulu entrcrnir ]es affaires, èlrc admis
au cbnseil. Il étudia;[, rn bonne fort une et it
lïnsn de Loui · X\', aYCC un officier instruit
'lui lui parlait de guerre et d'ad nù:slraliorr.
La Dauphine au corrll'airc n'eut aucun
go1h d'ét udes. Sa mère l'aYait fort négligée
jusqu'à treize ans ( 1768). jusqu'i1 l'année oir
la nt0rt di la reine. de France fil croire qu'on
pourrait la faire reine. Elle reçut alor Lous
les mai tres it la fois, mais n"apprit r·icn du
tout. Se. lrllrcs, ses clcss:rrs, que l'on monLra;t. rùlaicnl pas d'elle. .\ Ycrs,1illes, clic
étai t trop distra.ilc 0 11 trop ,·an itcusc pour refaire son L"ducatio:1. Ycrm::n d s'en désohüt.
Sa· mère lui en écrit en Yain . (( La leclnre,
lui dit-cllé~ Yous est pins néœs aire ([n'it une
autre, n'ayant aucun a:·(1uis, ni la musi(1uc,
ni le dessin, ni la danse, peinture et aulres. »
Elle n'arait de goùl que pour les comédies.
Elle en jouail, J remplissait des rùlcs, faisait
~larton, Liscllc. Elle riait élc J'étiquette, cl
s'en allait légère w ·alcadcr arec le frère
Artois, un p~tit fou. Ils font des courses it
ânes, elle tombe cl donne à rire. Ellc-mèmc,
aYcc ses clames, r:t du roi, un peu du Dauphin.
Elle 1:1ait très charmante arnc toa l cela,
point médiante, sensible par moment. A l'entrée da?1s Paris (jLün 75), clic a un joli mou1·cmcnl de cœur pou1· cc bon peu plr ém u cl
tendre, pour son ma,·i aussi qui a 'très bien
parlé. - &lt;( ,\ ux Tuilel'ies, nous ne pourions
ni aYancer ni reculer. Au retour, nous sommes montés sur une terrasse élevée. Je ne
puis dire les transports d'aJTeclion qu'on nous
a témoignés. Nom arnns salué le peuple a\'CC

'------~------------------------------

la main. Hien de si précieux que l'amitié du
peuple; je l'ai senti cl ne l'oublierai jamais. »

imprudence. Elle al'ail le tort graYC d'ac- monde. Nulle n'en serait p'.us digne que
cepter trop le rôle d'épouse négligée, qui les l\laric-A.ntoinelle &gt;&gt; . l\lais celle-ci n'en a pas
enhardissait. Très justement son frère lui emic. Elle dit n'en arnir ni le cœnr, ni la
reproche sa lettre étourdie où, se moquant force. Cc qu'il lui faudrait, c'est l'amour.
du roi \'ulcain, elle dit qu'elle n'a garde Dans cette atmosphère éroticruc, où Lous
d'aller faire Yénus à la forge, etc. Quelle chantaient Éléonore, où clle-mèmc honorait
prise funeste pour la cabale haineuse qui lui Parny, elle eût roulu, cc semble, être amoureuse. Mais ne l'est pas qui veut dans les
supposait vingt amants!
Certes on exagérait. A regarder de près, temps énen'és. On sent celle faiblesse jusque
0:1 est plutùt porté à croire qu'elle n'aima dans Parny mèmc, dans ses chants sans haHaimcnl aucun homme. Elle fut éblouie un leine, élan d'un pulmoniquc qui se Yantc
moment de Lauzun. Elle subit longtemps un d'infinis désirs.

La Reine.
Choiseul était mort dans l'exil ( 1782), cl
arec lui le meilleur espoir de l'Autriche. Il
• était mort au moment où la naissance du
Dauphin ( l 781), doublant l'ascendant de la
reine, lui rendait enrin qt,clr1uc chance. La
reine arait manqué sa rie.
Car pourquoi naquit-elle? pomquoi fut-clic
füYéc, préparée, mariée, dans les plans de
Marie-Thérèse, s:non poar faire ici un ministre autrichien, pour refaire de la France
un fiJf de l'empereur? Ycrgenncs y résistai! ,
et l'honnêteté de Louis XYI.
~faric-Thérèsc mourn t. Et la reine, d'aul:.rnl plus floitantc, rejetée d'un écuc:1 sui·
l'autre, au gré des Polignac, mi t leur homme
au pouYoir, leur Calonne, qui la perdit cl la
roraulé clic-même.
"Tragir1uc destinée ! On la comp,cnJrai l peu
si on ne la suirail dans son dél'cloppemcnt,
dans la série' des fautes cl des entrainements.
drs fatalités · mème, qu i l'ont pous~éc, préeip:Léc.
.
L'eni Hcmpnt' s'cxplir1ue an début de cc
règne. Tous l"éprournicnl. Quelle joie de roir
rnfin s·asscoir sur le trone purifié de Louis XV
l'honnèlc, l'cxccllcnl jeune roi, celle reine
c·harmantc ! Qui n'cùt loul espéré? Un grand
mouYcmcnl d'art décorait cc moment, illuminait la scL"nc. Et la reine r n t11ait le centre.
- Toul gr,wilait ,·ers clic. - Glüek arrirait
pour clic de \ ï~nric, lui appo:'lait lphige11ie.
Il rrrirai t Annidc ( 177fi), pour qui, si ce
n'éta!l pour L\rmide couronnée de \'crsailles?
Pen artiste cl!c-mèmc,' elle sentait du moins
l'art par la passion. Piccini , appelé i1 Ycrsaillcs par la D_u B::trr):, n'en fu t pas moins
accueilli d'ellr, caressé, conso!é des fureurs
de partis. Elle le fit son mait:·e de chant.
Ellr rst touchante cl belle au souper solennel
Ott cll r réuni t les rir.aux: Pierini, Glüc-k, YCul
fi nir cette guc:Tc de L\llcmagnc cl de l'Italie.
·
Co111bat d' art supérieur. Mais la France
pensait à Grétry. Grétry cl Monsigny, le Désel'leur, ln Belle Arsène, surtout Zé,nire et
Az,11· (t:·adnil en Ioules languésj, c'étaient lrs
grands succès populaires et na tionaux, a,·cc
le Barbier de Séville, la Hosinc de llcaumarchais . .\rt tout français, d\t toffe un peu
légi•rc, mais Lou t à fait du temps, d'accord
a,·cc son peintre et son poète, Fragonard,
Parny ( 1775). L:i poésie créole de celui-ci
réµnail. Moins le cœur, moins l'amour, qnc
l'élan du plaisir. Le tout it la surface, en mobile éLincl'll&lt;'. La najr furie des sens n'éclata
qu'it \ïnccnncs, aux délires de deux prisonniers (Ui rabeau... . Faut-il nommer l'au tre?)
Toute image d'amour, Rosine, A.rsèric,
Armidc; faisaient regarder rnrs la reine, en
rérilé éblouissante. Une seule femme semblait
exister. Les fats tournaient autour. Elle s'amusa: t d'eux, de son mari aussi al'ec grande

.M.Jl"J?.,1'E-ANT017\JETTE

--~

lanl de rien, prêle il senir en loul, et même
anx choses les plus dures (voir l'affaire du
collier)! Elle était tout cœur, tout amour,
sans vanité, se lrouYant heureuse cl comblée, toute princesse qu'elle était, des humbles privautés où la dame d'honneur était
moins que sen antc.
Elle avait un attrnit tout singulier d'enfance (elle n'a ]amais eu que quinze ans), une
fraicheur éblouissante, aYCC la candeur de
SaYoie. La reine trouYa délicieux d'abord
d'être en ces douces mains. Sa nature Yi1·c et

'Il

Cliché Girau don.

f Rl.\:S0:-1. -

L E TDIPLE DE L'A ~IOl.:R.

Gravé pa,· DE!&lt;IS_l'\ü, d'atrès le C l!E\"ALIER DE L'E SPINASSE. (CaN11et des Eslamtes.)

grondeur ennuyeux, Coigny, qui se fai sait son
pédagogue. Elle fut sans nul doute reconnaissante pour Fersen, qui prodigua sa Yic aux
jours les plus terribles. En tout cela, je ne
rois rien qui semble naiment de l'amour.
Elle n'eut de passion que pour ses dcm:. amies,
mesdames de Lamballe et de Polignac.
Lauzun, tout fat qu'il est, di t qu'il plut,
mais que ce fut toul. Cc qu'cUc aimait en
lui, c'était le bruit., la mode. Le fou charmant arriYait de Pologne. Ce paJs de roman
lui avait cnleYé le peu qu'il arait de ccrYelle.
li est si fou , qu'il croit conrcrtir Catherine à
la cause polonaise. Puis il lui écririt de Ycrsaillcs que ce serait sa gloire &lt;( de faire qu'après sa mort une femme restât r eine du

Elle quitta Lauzun fort aisément, et cela
au moment où un amour réel se serait attaché, lorsque, étant ruiné, poursuiYi pour ses
dettes, il ne fut plus l'homme à la mode. Je
l'en excuse fort, mais lui pardonne moins son
infidéli té pour la charmante femme qui l'cùt
dù toujours retenir.
C'était alors )a mode des inséparables
amies, dont rit madame de· Genlis. La reine
le fut un moment de madame de Lamballe.
Elle ne pouvait plus la quiller. Elle renr oyait tout le monde. Seule arec clic à Trianon, elle faisait de petits diner~, dï11tcrmi11ablcs promenades. On en riait, on en fil des
chansons. El pourtant quel plus heureux
choix ? quelle amie désintéressée, ne se mè"'' 147 ""'

forte, le riche sang de ~Iaric-Thérèse s'arrangeait à mcrrcille de la faible petite amie.
Mais trop faible peut-être. L'odeur de Yiolettc
la faisait trou rcr mal (dit madame de l3uffon).
Sou médecin Scctzen attribue sa faiblesse,
ses spasmes singuliers, à l'éducation éncrrnnlc, aux habitudes de coUYcnt, dont les
grandes dames, scion lui, ne se corrigeaient
jamais bien.
Cette mollesse plus que féminine n'est pas
sans se marquer dans les arts de l'époque, à
telles délicatesses, telles sensuali tés. Les petits
bains obscurs, les secrets cabinets (corni:uc i1
Fontainebleau) pcurenl en donner l'idée arec
leurs glaces mal placées, leurs ornements de
nacre ; point de peintures obscènes, mais

�111STO'ft1Jl

-----------------------------.,----------~~

l'aihles l'l galantes, comme de main de femme,
cl de femme énervée.
On devina bientôt que la pauHe Lamballe,
si tendre, mais passirc, n'était pas pour répondre aux. l'i l'es énergies de la· reine. En la
nommant surintendante, lui donnant une
place d'affaires qui la faisait le centre de la
cour, elle-même finit le tête-à-tète, la sevra
des soins personnels qu'elle cût·aimés mieux.
Leur amitié languit. Et, juste à cc moment
(aoùt 1776), on imcnta la Polignac.
Combinaison profonde. Le nai chef des
Choiseul, madame de Grammont, lraraillanl
pour son frère, croyant que la Lamballe ni
Laumn 11'intrigucraient pour lui , désirait
donner à la reine ou un amant ou une amie.
Hans son expérience, jugeant par sa Julie,
elle aut qu'une amie aurait bien plus de
prise. Lin jour, dans les salons Lamballe, la
reine, en ses folles plumes, nottant au vent
léger, &lt;tiTètc et fixe son regard sur un objet
charmant, une jeune dame inconnue à la
tour. \'isagc d'ange, de sourire enchanteur,
et &lt;le simplicité tond1ante, sans diamants,
sans parure qu'une rose aux. chercux.. Toujours en robe blanche. Sa pamrcté l'exilait
en province. Quelle douce occasion! La reine
s'attend.rit, l'enrichit sur-le-champ, la garda,
la mena partout. L'infortunée Lamballe Làcha
&lt;le se soumellrc cl de subir cela. Mais è'élait
trop. Elle tomba malade, et cul dès lors des
accè~ de,. catalepsie. Elle quitta Versailles.
Elle alla 11 Plombières. Elle alla en llollandc,
rc,·inl s'enfermer à Paris. Toujours in~onsola.blc, clic pleurait dans les bois de Sceaux.
Toute autre, la nouvelle amie, avec son
abandon apparent, son air de bergère, étai t
très froide au fond. C'est cc qui la fil absolue.
La Lamballe aYail été moins que femme, un
l'nfanl. La Polignac fut un maitre, don;,
mais impérieux, comme un amant, qui maitrisait la reine, par moment la faisait pleurer.
« Plus aYide que tendre, » disait ~Iarie-Thérèse. L'ange a,·ait un nmi, qu'il fallu t f,ùrc
sur-le-champ grand officier de la co1:1ronnc,
en blessant toute la com. L'auge a,·ail un
amant, Yaudreuil, un oflicier, à qui pour
tommcncer on donna trente mille lin-es de
rente. L'ange arnil un ami, LIii certain .\dhémar, qui ne rnulail pas moins que l'ambassade tl'.\ngll'lcrrc. l~l son autre ami, Bcscnral,

eùl voulu seulement l'aire le gomcrn~mcnt,
faire nommc1· les ministres. El pourquoi Lous
ces Polignac n'auraient-ils pas été au moins
ministres adjoints?
En tout cela, la jolie femme était menée
par deux. démons, Diane, sa belle-sœur, bossue
galante, d'esprit malin, pervers, et son ami
Vaudreuil, un riolcnt créole, colère, emporté,
provoquant. Voilà les maîtres de la reine.
Était-elle asservie sans retour? On peut en
douter. Elle restait capable de sentiments
honnêtes. On a ,·u sa paliencc à recevoir les
rudes corrections de son frère (1777). Elle se
réforma, accepta les devoirs, les condition
du mariage, s'accoutuma à son mari. Il avait
vingt-quatre ans, et un éclat de jeunesse. Il
était devenu très fort, par delà le commun
des hommes. Elle fut enceinte coup sur coup.
A peine accouchée (de Madame), elle se trouva
grosse, crut avoir un Dauphin. Elle eut le
malheur d'avorter. Et par-dessus, elle eut un
grave avis du temps : elle perdit presque ses
chel'cux. Il lui fallut baisser, paraître en
coiffure plate, découronnée pour ainsi dire.
Frappée, elle pensa aux prophéties sinistres
de sa mère. Elle pleura, se laissa aller, versa
son cœur sans doute. Le roi pleurait au~si,
plus tendre ,encore pour elle, dès ce jour
l'aimant trop cl faiblissant. de plus en plus.
N'cùt-elle pu alors quiller la Polignac, la
combler el la renvoyer? Elle y songeait peutêtre ( 1779). Elle lui donna presque un million pour sa fille. Elle eùt voulu, dit-on, lui
fai re un duché en Alsace. Mais comment
satisfaire Lou le la bande, les amis de la dame'/
\'audreuil, à cc mo.mclll, voulait faire un
ministre, fair~ SaL!tCr ~ lui di). la guerre,
Monlbarey, qui lui ;·efusait de l'argent. La
reine était embarrassée, craignant la censure
de Coigny, intime ami de Monlbarcy. li lui
semblait dur d'obéir. Poussée par l'insistance
obstinée de la Polignac, elle éclata cl s'emporta. Mais quel coup pou1· la reine! Très
froidement la dame dit qu'elle 111 partir, lui
rendre ses, b:enfai~s. Adoucie lottt à coup, la
r eine vouclrail la ramener . Elle est plus
froide encore, impitoyable. La reine n'en peul
plus, ne peul se contenir, étouffe de sanglots
cl de larmes, clic demande pardon, prie, s'humilie, se jellc à genoux.
Domptée ainsi, elle tomba plus bas dans sà

honteuse obéissance, agit pour son tyran avec
ardeur, cx.igca à tout prix qt1'011 fit ministre
Ségur, l'homme des Polignac. Qu'était Ségur'?
Elle ne le savait même pas. Unjour, elle revient
triomphante, et dit à son amie : « Soyez heureuse enfin! Puységw· est nommé! &gt;&gt; Que
dire -d'une si grande ignorance? Que dire de
Louis XVI, si al'cugle et si dominé, qui pour
elle aujourd'hui prend Piiysé9u1·, Ségul' demain! Tyrannie pitoyable! Ségur passe, et
elle est enceinte (22 janvier 1781 ).
Ce fut un Dauphin celle fuis (22 octobre).
Le roi fut dans le ciel. Mais ce bonheur tant
désiré devint un malheur pour la reine. On
cria que l'enfant ne venait pas du roi. Orléans,
que les Polignac avaient blessé indignement
(disant qu'il se cacha au combat d'Ouessanl),
Orléans, en revanche, lança un trait mortel :
&lt;I Qu'il n'obéirait pas ,à un fils de Coigny. &gt;&gt;
Imputai.ion injuste, selon Ioule apparence. La
reine, à ce moment où l'enfant fut conçu,
chassait un ami de Coigny.
"
La reine, retombée ainsi; assolie de ses Polignac, oubliait tovt et jusqu'à sa famille; ne
répondant plus même à sa sœur, la reine de
Naples: Elle s'oubliait elle-même, elle allait 1
se mêler à la cour de ,la Polignac, qni ne ,
daignait en écarter ceux qui déplaisaient it la !
reine. Le plus dur pour celle-ci, c'était l'insolence de Vaudreuil ; elle le délestait, le
souO't:ait. Mais il ne suffisait pas de l'endurer :
il fallait l'admirer en ses goùts, ses petits
talents. Poitrinaire, disait-il, il avait droit de
ne rien faire, il était l'amateur, le juge en
tout. Sa passion était surtout pour Fragonard,
Parny de la peinture. Vaudreuil, étant créole,
protégeait le créole Parny, bien reçu chez la
reine, exalté, consulté.
Un seul prince, d'Artois, « un polisson, &gt;&gt;
dit la reine ellc-mème, était de celle société.
\'ivant avec les fillrs cl les danseuses, il en
apportait le langage. On ne se gènait nullement devant la reine. Impudemment \"audreuil se moquait dcrnnl elle de \'ermond,
son vieux précepteur. Brutalerncnl, dans un
accès, il cassail au billard un objet d'art,
délicat , précieux , auquel elle tenait. Elle ne
disait rien. li aurait cassé darantagc.
De cc planteur le nègre éLai t la Polignac,
&lt;le qui le nègre était la reine, de qui le nègre
était le roi ....
.MICI I ELET.

La Mère
Peu de Lemps après l'ouverture des Btats
généraux, le premier dauphin mourut. Cc
jeune prince était tombé, en quelques mois,
d'une santé 0orissanle dans un rachitisme
qui lui avait courbé J'échine du dos, allongé
les traits du l'isagc, et rendu les jambes si

faibles qu'on le soutenait comme un vieillard caduc pour le faire marcher. Le jeune
prince témoignait une grande prévention
contre la duchesse de Polignac. Deux fois le
dauphin l'avait fait sortir de sa chambre, en
lui disant, aYcc cet air de matm·iLé que les
maladies de langueur donnent toujours à
l'enfance : « Sor lez, duchesse, vous arnz la
fureur de fai re usage d'odeurs qui m'incommodent toujours! &gt;&gt; Et elle n'en portail
jamais. La reine s'aperçut aussi que les prérnntions contre son amie s'éten~aicnl à clic-

même; son fils ne parlait plus en sa présence. Elle ne pouvait douter que, depuis
assez longtemps, on n'cùl le projet de lui
raYir la Lendresse d'un enfant qu'elle aimait
en bonne et tendre mère el que ses souIfrances
lui rendaient encore plus intéressant.
Un an avant la mor t du dauphin, la
reine avait perdu la princesse Sophie qui
télait encore. Ce premier malh~ur avait été,
selon cc que disait la reine, le début de
tous ceux qui s'étaient succédé depuis ce
moment.
i\lADAME CA~lPAN .

�'-------------------------------- 1..'EX'ÉCUT10N D'E LOUTS XV1

'L'exécution de Louis XVI

Personne n'a donné sur l'exécution de
Louis XYI certain détails minutieux et caractéristiques qu'on ,·a trou1-cr ici pour la première fois, rapportés par un témoin oculaire 1 •
L'échafaud ne fut pas dressé, comme on le
rroil g11néra!t•ment, an rentre mème de la
place, à l'rndroil oi1 rs l aujourdl1ui l'obélisque. mais an lien qur l'arrèté du Conscil
rxfrnlif proYisoire désignr rn ces lt•rmcs pr,:ris : 11 enlrr le pied d\•stal cl IL's ChampsÉk frs. »
·ou 'élail-cr que cc pi11deslal ? Les générations actur llrs qui 011L rn pa~Sl'I' tant dr
1·host's. ~·écroulrr LanL de statues el tomber
tant de piédestaux , ne saw•r\j, plu trop qurl
sens donner aujourd'hui it celle dé~ignalion si
rngur, cl craicnl embarrassées de dire à ffuPI
monument arnil scn-i d1 base la picrrr my~lt:..
riCUSl' que le CQnseil cxrcutif dr la Hérnlution
appelle laconif(urmr nt le pied d'cstal. Ct•IL..:
picrrr aYait porté la statue de Louis .\\'.
Notons en passant que crue plal'C élrangr,
ffUi s'rsl appelée surcrssil'en1eul place
Louis XI'. place rie la /!évolution, place d,:
/Cl Concol'de, 71lace Louis Xl'l , place ,. ,.
Garde-.1/euble et p!Clce des Champ.~-Elyse'es,
el qui n'a pu garder aucun nom, n·a pu gnrder non plus aurun monument. Ellr a eu la
statue de Louis XY, rp1i a disparu ; on y a
projeté une fontaine expiatoire, qni dernit
laYcr le centre ensanglanté de la place el dont
la première pierre n'a même pas été po ée;
on y arnil ébauché un monument à la Charte;
not; n 'arnns jamai n1 r1ue b socle de c·c
monument. .\ u moment où l'on allai t )' érigl'r
unP fl~nrc Ù&lt;' lu·onze r1•présenlanl la CIHll'lt'
de 18 11, la Rérnlution dl' Juillet esl arri11•1•
:Il"('(' la Charte de I s;;o. Le piédestal cl('
Louis X\111 s't•st érn1oui c-01111nc s'est étro11l1•
le pit•dcstal de Louis X\'. )faintcnant, i1 Cl'
mèmc lien 11011 arons mis l'obélisque de
Sésostris. JI ara;t fallu trente siècles au
grand Désert pour l'engloutir 11 moitié; combien faudra-t-il d'années it la place de la
Rérolution pour l'engloutir loul à fait?
En l'an I de la füpublique, ce que le Conseil exécuti f appelait le &lt;&lt; pied d'c tal » n'était
plus qu'un bloc informe et hideux. C'était
une sorte de symbole sinistre Je la royauté
clic-même. Les parements de marbre et de
bronze rn araicnl été arrachés, la pierre mise
i1 nu était partout fendue et crernssée ; de
larges entailles de forme carrée indiquaient
sur les quatre faces la place du bas-relief
_rompu it coups de marteau. L'histoire des
trois races royales arait été brisée cl rnutilét'
de mèmc aux nancs de la rieille monarchie.
1

c~

1.
témoin oeulairo étail un nommé Lebouchr r
qui , 31'1'Ïré de Bourges it Po1·is en décembre 1 79:!,

--~

cr qui lui donnait la forme renversée d'une mier rang drs spectateurs s'ouvrit devant lui que conservent les somnambulrs, il passa la
corne ducale ou d'un bonnet phrygien. Aucune aYec une sorte d'étonnement mêlé de respect ; ri,·ière, prit la rue du Bac, puis la rue du
rapote n'était disposée pour abriter la tête du mais, au bout de quelques pas, l'attention de Regard, et parYint ainsi à gagner la maison
patient royal, el lonl it la. fois 111 masrptr r rl tous était encore tellement conrentrée sur le d&lt;' ~lmc dr lhardihe, pri•s de la harri rre
du Maine.
rn circonscrire la chute.
Arriré là, il quilla ses
Toute cette foule put l'Oir
Yêlemenls souillés, et resta
tomber la tète de Louis .\YI,
plusieurs heures, comme
cl cc fut gr.kc au hasard,
anéanti, sans pouYoir regrâce pcut-ètre à la peticueillir une pensée ni protesse du couteau qui diminoncer une parole.
nua la violence du choc,
qu'elle ne rebondit pas
n~s royali tes qui le re•
hors dn panier jusque sur
joignirent, cl qui arairnl
le paré. Incident lcrrible,
«ssi lé à l'&lt;'xécution, rntouqui se produisit d'ailleurs
ri•r1•nl l'abbé Edgeworth
sourcnl pendant les cxécl lui rappeli'rent l'nd icu
r11lions de la Terreur. On
quïl m 1ait d'adresser an
décapite aujourd'hui les
roi :
assassins el les ernpoison- Fils de saint Lows,
nrurs plus décemment. La
montez au ciel! Toutcl'oi~,
g'uillotine a reçu beauc-Ps paroles si mémorahles
coup de &lt;&lt; perfrctionncn'arnient lai sé aucune tramcnts l&gt; .
ce dans l'esprit de celui
,\ la p!atc oi1 tomba la
qui les arail dites. - 'ons
tète du roi, un long ruisles al'ons entendues, dispau de sang coula Il' long
saient les témoins de la
des plandws de l'frliafauù
catastrophe, encore tout
jusque sur lr paré. Quand
Cllch6 Oiraudon.
émus et tout frémi sants.
l'cxfrution fut trrminéc.
L ES DER,IF.RS ADISCX I)!( Lou1.; \ri ,\ S.\ FA.IIILLE
- C'est possible, réponSamson jrta au p-'uple la
&lt;ir.u·ure .te J.-B. 131~\0tr Lt: JITXF, ,f,1frés Qt'LYl:I co. (Catine/ des E s/.1111tcs,)
dait-il, mai je ne nùn
redi ngote du roi qui était
souviens pas.
en molleton hlanc, el en
L'abbu Edgeworth a vécu une longue ,ie
rrnlrc de la place 0:1 l'én•.1t•mrnl Ycnai t de
1111 instanl cllt'· disparut, détlai rfr par mil!,,
main.
s·accomplir, qu • per!'o111:e ne rc•gardail plus sans pourn:r se rappeler s'il al'ait prononcé
rfrllcmenl ces parole..
l'ahbé Edgrw0rth .
Au moment où la tète de Louis \YI lontl a,
Lt• pa111T&lt;' p1èl 1'l', cnn:loppé de la gro se
)!me de l.ézardière, atteinte d'une gral'C
l'abbé Edgeworth était encore pri•s du roi. Ll' rl•di11gote qu i r:1chait lo sang dont il était maladie dr puis prt'• d'un mois, ne put supsang jaillit jusque sur lui. li l'l•1ètit prfr: pi- c·o1111·1·t, s·l'11l'ui1 loul effaré, marchan t comme porll'r le c-011 p dl' la mort de Louis XYI.
tammcnt une redingote brunr, descend it cl,• 1111 ho_!TlJTI&lt;' qui r_ère cl sachant it peirn• 011 il · Ellr mourut d,111s la nuit mème du 2 1 janl'ét-hafaud ri se pcrdil d~ns la fouir, L1· jll'I:_ :i!l,1:1, Cf'prndant, avec ccuc ~ortr clïn:,,tin('t 1 i(•r ,
1

A peine dislingua:l-on encore au sommet du plus qu'une estrade de sapin el 1111 rercnril
piédestal un reste cl ·entablement, rt sous la d'osier.
cornid1c 1111 cordon d'ores frns'.cs cl rongéR,
surmonté de cc que les nrchitrctrs appellent
Nous ne dirons pas ic·i h•s dt•tails connus.
un chapelet de palenôll'es. Sur la tab\• En l'O:ti qu'on i:,rnorc. l.rs boui'l'C'aux étaient
même du pic•deslal on apel'cerail une rsp,' rr au 11omhrc de quatre; d1•ux sc11!r111cnt .firrn1
de monlirnle formé dP débris de Ioule sort,· l'c•xéc·ution ; le troisièmo resta au pied dl'
r t dans lrqnr l n o:ssaient r:1 et 1;1 quelqu&lt;'~ l'échelle el le quatrième c1ta:t m:inté ~ur la
touffes d'lwrbr. Cet amas de chosrs sans non1 charreLLc qui dcrail transportrr IP corps du
roi au l'imr-Lii're de la )ladclrinc rt qui attcnarait rrmplacé la ro~·ale statue.
L'frhafaud éla:t dre,-,é it qurlqurs pa d • da:t i1 quclqurs pa~ de l'éc!iaf'aud.
Les bourrraux étaient en cu'.ottrs court&lt;'~ .
cettr rn inc, un peu en arrière. Il était rr, êlu
de longut&gt;s planches asseml1!ées transrcrsalP- ,·ètus de lï1aliit it la françaisr Lei que la
ment qui mas'luaienl la eharpcntr . [111 Hérolution l'aYait modifit1, cl coin«.1s de t haéchelle sans rampe ni balustrade était appli- prau\ it tro:s cornes qu.i chargeaient d·énornws
quQJ i1 la partir postfrieurC', cl et' qu'on n'osr cocardes lricolorrs .
lis cxécutrrcnt le roi le chapeau sm la
appeler la tète dt• celle horrible t·onstruction
était tourné 1-ers le Gardc-)feuhlr. l'n pani1r tète, el ce fu L sans oll'I' son chapeau qm•
de forme cylindrique, rceou,·crl de cuir. ilait Samson, saisissant aux rhercux la tète coupl't'
disposl' à l'endroit mèmc ot1 deYait tomber la de Louis X.\'!, la présenta au pr uplc el rn
tète du ro;, pour la rrceYoir : C'l it l'un dt•s laissa, pendant qut•lr1ue iw lants, ruisseler le
a.nglPs dr l\,ntabll'ment, it ùroitl' de l'échelle•, sang sur l'échafaud.
on distinguait une long11e man&lt;'Llr d'osi(•1·
Dans cc même moment, son Yalet ou son
pl'l:pa1·t:c pour lt• corps l'L sur laquelle l'un aide défai sait cc qu ·on appelait les sa119le.c
dr bourreaux, en atlrndanl Ir rni. nrait po~é el, tandis que la foule considérait tour à tour
son chapeau.
le corps du roi entirrcmenl l'êlu de blanr,
comnw nous l'arons dit , cl encore attaché,
Qu 'on se flgurr maintenant an milieu de la mains liée dcrrii·re Ir dos, sur la planchrp!acc ces deux choses lugubres it q11(1'.qurs pas basculc, cl cl.'tl.l' tète do11t le profil doux l'L
l'une de l'autrt•, le piédestal de Louis :X\' el bon se détachait sur Irs arbres hrumeux cl
l'échafaud de Louis .X\'I, c'cst-à-&lt;lirc la ruine sombres de Tuileries, d1ux prètrrs, comrni~de la royauté morte et le ma rtyre de la royau Il: saircs de la Commune, char~és par clic d'as,·iyanle; qu'on dé,·cloppe autour de ces deux sister, comme officier n1 un icipaux, à l'exéchoses quatre lignes formidab!e d'hommes cution du roi, causaient it haute rnix cl riairnt
arml:S, maintenant un grand carré ride au dans la rnilurc du maire. Jacques Roux, l'un
milil'll d'une fou le irnmcnst'; qu'on se rcpré- d'eux, montrait dl't·isoirt•mcrll it l'autre IL-s
i:rntr, it gaudw de l'frhafaud , Irs Champ~- gros mollets r l Il' i:rros rent re de Capl'l.
Él~sécs, it droite 1~- Tuilerit'S, qui, négligét•s
Les hommes armés qui enlo11raic11t l'échaPt lil'l't:cs au c-aprice du passant , n'étai!'nl faud n'araient que drs salJrcs et d l'. pir1ucs;
plus rp1 ·un amas de collines et de terra sr- il y a,·ait fort pt'U de fu sils. l.a plupart pormcnls i11formcs; qu'on pose sur ces mélan- taient de largrs l'hapeaux ronds ou des boncoliques édifices, sur ers arbres noÏl's PL nets rouges. Qucl&lt;jurs pelotons dt' dragons i1
effeuillés, sur celte •morne multitude le ti1•I chernl en uniforme étaient mèlés it cette
sombre et glacial d'une matint•c d'hiYer. on troupe dr di tance en distance. l'n e~cadron
aura une idée dr l'a pecl qu'offrai t la plac,• cntil'r cl&lt;' ces dragon t•tait rangL1 C'n bataille
de la fiérnlu tion au momenl 01.1 Louis X\ï, sous les terrasse:\ des Tuilcrirs. Cr qu'on
trainé dans la rniturc du ma:re de Paris, rètu appela: t le bataillon de Jlarscillc formait une
de blanc, le lirrc des psaumes il la main, y des faces du carré.
arrira pour mourir à dix heures Cl 11uclqurs
La guillotine, - c'est toujours aYcc répuminutes, le 21 janr ier J703.
gnance qu'on écri t cc mot hideux , - semblrÉtrange excès d'abaissement cl &lt;le misère, rait aujourd'hui forl mal con tru ite aux gens
le fils de tant de rois, e1weloppé de bandc- du métier. Le couteau étail tout simplement
lc_Lles et sacré comme les rois d'Égypte, allait suspendu à une poul:e fixée au milieu de la
èlre déroré entre deux couches de chaux Yi1·e, tral"Cl·se . upéricurc. Cette poulie cl une corde
cl à celle royauté française, qui aYait eu il de la grosseur du pouce, Yoilà tout l'appareil.
Yrrsailles un tronc d'or el à Saint-Denis Le couteau, chargé d'un poids médiocre, était
soixante sarcophages de granit, il ne rrstait de petite dimension et à tranchant rccourlié,
1

1

1

nrnil ns,istè de près il l'exécution de Loui, XYI. Il
raconta, en 1840. il Victor ll ugo ln plupnl'l de ers
""1

150

l\.'-

détails, qui araicnl, on le ronçoit, lni»t' tians son
cspril une trace p,·ofonrlc.

\'ICTOR

ITUGO.

Madame
C'est ainsi qu'on désignait, it la rour de
Louis x,111, la duchcssr d'.\ ngoult\mr. Marie-Thérèse-Charlotte , fille &lt;ll Louis \YI:
figure étrange, déconrcrlanlt', rncorc aujourd'hui énigmatir1ue, rnr laqurlle de récr nt Ps
révélations onl ccpend:rnl projl'lé qur lqn&lt;' lumière.
l&lt;illctlc grandie parmi les drames, lrs rancunes, les pleurs ; emprisonnée il quatorze
ans; obligér it prendre une atti tude dès l'ùgc
où les aulrrs ~·éclosent dans l'exubérance cl
l'ardeur de ,iuc: fo:-c1•c it la dissimu!ation. it
la rnrflanre. aux hru res de J'adolrscrnrr 0 11
1

Ir rœur a si grand hrsoin de s'ouHir et de
s '[,1Ïancbcr: Yoyant d isparailrc succcssiYr mcnl
. on père qu·on 111t\11c it l'l•&lt;·hafaud. ~on fri'rr,
sa lllL'rl', sa l:rnl&lt;' dont clic• ignorera longtemps
la d~'stinéc : rrstét· solitnirc au Lemps critique
011 la jcunr fille de, ienl femmr , sans autrr
relation que clrs geoliers qui la rudoient; séquestrée dans le rnulismr, dans l'oisil'l'tC',
dans l'ignoranc~ de loul cc qui croule ou
s'fürn autour de son rachot: priYéc de soleil,
d'exprcicc, d'air, d'espace. d'amusement, de
soins ... quoi d'étonnan t à cc que cetlr âme
n'ait jamai~ 01'uri? Qu!'ls rèn•s 0111 ranr i_dans

cc cœur olJslinémrnl comprimé? On ne l'a
jamais su. Le récit qu'rllc éniYil de sa raplil'ilé n ·est pas une confidcncl' : c'est un memento, une sorte de dcrnir rédigé manifcslt'ment sur les conseils de ~fmc de Chant &lt;'rrnnr.
la compagne letlréc que lui accorda, au Tr mpl&lt;', dès la mort du dauphin, Ir comité de
sùrcté générale.
Ses dcrni/orrs semaines de capliriLé furm t
certainement le Lemps heureux de sa Yic. A
celte époque, par un de ces rel'i rcmcnts qui
lu-i sont familiers, Paris, rrpu de tragédies,
lassé du grandiose, s'attendrit tou t à coup

�.--

1f1STORJ.Jl

'---------,---------------------------------

sur l'auguste orpheline, à laquelle nul n'a"a}l publiées dans son flisto_ire _de l'émig1·~tio'!1' rnlu une charmante page de ses ilfe"moires.
songé depuis quatre ans. En non,mbrc 179.i, ré,·èlen t toute la mcsqu111cr1e de cette rntr1- Le roi était dans une calèche lo11lc oui·el'lr,
les amoureux ne se comptent plus de cette guc, qui a mil pou r enjeu le cœur n:i.ïf d'une Jlfadam.e à ses cotés; sur le demnt le prince
noble fille, recluse dans une « sombre t?ur », rnfant de dix-neuf ans, dont les malhrur~ dr Condé, presque rn enfancr. cl son fi ls le
comme les princesses dl's contes de fees, rl étaient le cauchemar du monde.
duc de Bourbon srmblaicnt ne prrndrr audont on Yantc, par ouï-dirr, les yeux bleus,
Ce qn ·0:1 ne sait pas, mais_ ce '!11 ·on cl~1·inr, cune part à ce qui se passait. ~Ia~a1~1C ?lait
l'air dr candrur hautaine, le teint mcrreilleux c·c~t, le mariage fait, b désdlus1on q111 dans coiffée d'une toque 11 plume et hab1l1ec cl une
cl la &lt;c sensibilité i&gt;, n'rtu tr1•s en rogue.
rcllc ~me hautaine suirit c·e roman frelaté : robe lamée d'argent, confectionnées à Paris
L'cngoucmeut fut tcllcmcnl unanime qu ïl suprèmc déception qui n'cxplir1uc pas pl'ut- mais auxquelles la princesse arail trou ré_ mo~:cn
en souffia r1uclq11c ·griscri~ jusqn'au Templr: ètrr, mai qui rxcusc la surprenante at11tudc de donner un aspect étranger. Le roi, relu
la princesse sentit la lointaine
d'un habit bleu aH't de grosses
caresse de celle adu lation poépaulettes, montrait sa nièce au
_pulairc; clic put c1'~ire qu_c
peuple a rnc un geste a~fe~té et
la rie s'ounait; on lm surpnl
théàtral. Elle ne se mela1t en
mèmc qurlquc coqucllcric; rien à ces démonstrations et
mnis cc ful court. Dès sa prison
restait impassiblt'; toutefois ses
quittée, quel déscnchanlc1~?nl !
)'Cux rouges donnaient l'id~c
A \'icnnc où la pol1llquc
qu'elle pleurait. On _rcspccta,1t
l'amèmc, encore prisonnière, on
son silencieux chagrm, on s y
cherche à l'aulrichienniser.
associait, et si sa froideur n·aOn s'est imaginé là que la
rait duré que ce jour-là, nul
France est bien malade, que
n'aurait pensé à.la lui reprocher.
la loi salique est abrogée, que
On dit qu'en arriranl it Notrc1:i fille de Louis X\'I est un bon
Dame, où se rendit le cortrgr
p:irti : celui qui l'épousera risarnnl de gagner ll's Tuilcrirs,
que de rcceYoir en dot la Lol'Madame &lt;c s'effondra sur son
rainc, les Pays-Bas, la Bl'etagnc
prie-Dieu d·une fa_çon si grapcul-ètre .... Aussitôt les archi. cicusc, si noble et s1 touchante;
ducs sont candidats. Mais de
il y aYail tant de résignation et
loin, l'oncle Ycille, l'oncle rrde reconnaissance à la fois dans
ranl, qui, sans ressources rl
celle action, qu'elle avait fait
sans foyer, se proclame crànecouler de tous les yeux &lt;les
menl Louis X VI 11, roi de
larmesd'allendrissemenl )J . En
Ftance el de Navar1'e. Il supdéban1uant aux Tuileries, &lt;&lt; ellr
pute, lui, que celle enfant est
fut aussi froide, aussi gauchr,
son plus bea u 0cu ron, qu'elle
aussi maussade qu'elle ara it
porte dans IP. plis de. sa rol~c
&lt;:lr belle à l'église )&gt; . l&lt;"i, r ndr deuil toute la tr:ig1quc lecorc, on l'excusa, comprrnant
o-rndc du Trmplc r t qu e c'est
romhicn dr raicnt ètrc déc·hi~n appoint à nr pas bisser
ranls srs sonrrnirs cl violrnt r
frbapprl'.
.
.
son émotion ; mais cc qu 'on
Maric-Tbérèsr denrnL le prix
ne comprit pa., c'est l'accur il
de cr duel politique. L'Autriche
que, dL'S srs prcn_ùres a11dic~la relient captive, humiliée, plus
ccs, clic réscrrn1t aux l'Oyalissurreilléc peut-ètre qu 'au Temles fidèles, aux chouans, aux
ple, dans l'espoir qu'un éreil
amis des maurais joul's, à tous
de ses ringt ans, une rérnlte de
reux qui, ruinés par la nérnlusa jeunesse décide~ont un co~ p
tion avant tout sacrifir, tout
MARIE-T HÉRÈSE-CHARLOTTE, DVCHESSE o':\.)iG'.ll LÉ~I E.
dr tète en fareur d un des brilperdu
serricc de la « bonne
TableJ11 du BARO~ Gnos. (Musée de 1·ers:1Wes. )
lants archiducs· qu'on lui a
cause J&gt;, renaicnt à la fi lle de
fait entrevoir. Louis XVIII lutte
Louis XYI comme à une Pro,·ipied à pied el les fourberies ne lui coùtent qu ·aura désormais la fille de Louis XYI. ,\. dence certains de tl'ourcr là appui, reconnais«uère. C'est, insinue-t-il témérairement, &lt;1 le tout elle paraîtra insensible; pour tous rllc sance 'et consolation. li fallut vite dé~hant~1i.
~œu suprème de Louis X\'[ et de Marie-An- sera dure el revèclie : il semble que l'huma- Tout cc qui rappelait la période ~:~rnlut10nna1re
toinette que leu r fille épouse son cousin le nité entière lui soit odieuse, el la rcrnncbe faisait horreur à Madame. DeJa, lors de so~
duc d'Ano-oulème i&gt; . Comme il connai'l ses viendra trop lard pou r que cc cœur priré passage à Bruns,;ick, (e prince _régn_anl IL_II
auteurs er qu'il sait, pou r r avoir lu dan_s les d'amom puisse encore s'attendrir. A l'épo~uc a mit présenté un Franra1s,. nomme C~lm, c)m,
lincs comment on prend les femmes, il at- de la Rcstalll'ation, la duchesse d'Angouleme étant un jour de gar8c au _1 cn~ple, a~·a1t m'._I octeste la jeune fille que ce pauvre d'Ango11- étai t la seule personne de la famille rO)'al_e casion de rendre un scn1cc a la rc1~c pt 1s~nlème - qui ne s'en d~utc guère - ~ em:t dont le sourenir existàt en France; on samit nière. )Iadaine, à son aspect , s éranou1t ;
d'amour pour elle. Au Jetme homme, 11 re- mal qui était Louis XYl!l et pourquoi il se quand elle revint à elle, elle cxpli(Jua (JUC
rèlc qnc l'orpheline du Te':1ple s'est prise d~ trou mit èlrc roi; mais Madame était l'orphe- « ce Français n'arait pas de perruque el
passion pour lui. Les deux Jeunes g~ns sont a line du 1'emple, populaire d"ayance, d'arance qu"rllc ne pourn it supporter la ,uc drs rlwsix œ nts lieues l'un de l'autre; 1 oncle les acclamée : arec son instinct délicat le peuple ,·enx ras J&gt; .••
j,n·j te à-s.-écrire, cors~ les c1 tendres aveux J&gt;, sentait qu'il a,·ail tant à réparer en~·ers e11e!
Aux Tuileries mème arersion. Mme &lt;lé
échauffe leurs imaginations, excite leurs cu- . C'est elle que tous les yeux chercha_w~L da!1s Boi11ne raconte ' encore le court dialogur
riosités ... non sans peine, car la fille est fière le cortège, lors de la r entrée du roi a Pal"!~. éch~naé entre la duchesse d'A ngoulèmc ri
el le garçon est glacé.... Les précieuses cor- iJme
de Boi«ne
.
" , d"une fenètre de la rur ~lmc Chastenay; :celle-ci a nit joué aYe~ la
respondances intimes qur. M. Ernrst Daudet a Sain t-Denis, assistait au défilé. ri cela nom a princesse lorsrp1 "rllr étajt C'l1fanl rt rlle s al-

;u

à

de

tendait à un accueil des plus affectueux. Ma- rent-il:;, pleins d'espoir. se placer sur le pasdame, aYcc intérèt, s'informa :
sage de la fille de Louis X\"I pou!' ne recevoir
- Votre père est mort jeune?
d'elle qu'un refus bl'utal, moins encore : un
- Oui, Madame.
geste d'horreur, un mourcmcnl non dissi- Où l'awz-Yous perdu?
mulé d'imp:i.til'nce ou d'awrsion ! Lrs pamrrs
- Jlélas ! Madame, il a péri sur l'échafaud gens s·en rr loul'naicnt le cœur gl'Os et les
pendant la Terreur.
larmes aux yeux. Mèmc au cours· des royages
La duchesse d'Angoulème fit un moul'e- d'apparat qu ·elle cnlrcpriL it lrarers la France,
mcnt en arrièl'c, comme si clic arnit marché la duchesse d'Angoulèmc ne panenait pas à
sur un aspic . .\ dater de cc jour elle n'adressa raincrc sa répugnance et à chasser son cauplus la parole it Mme de Chastenay.
chrma r. M. le ricomtc &lt;le Ilrachet a noté
On pourrait citer cent faits de cc genre : qu 'i1 Granrillc, en 1827, la fille d'un capicombien d'anciens officiers de l'armée ,·cn- taine de raisscm1 tué glorieusement au Ferdécnne, combien d'orphelins, combien de rol, ~me Thérèse de Péronne, accompagnée
vrnvrs drs défrnsrurs dr la mona1·cl1ir rin- clr rp1rlqurs j rnnrs prrsonnrs clr ln région,

MAD.JI.ME

pitturcsquemc11t costumées, présenta le bouquet de la ville à la princesse, qui les reçut
avec une extrèmc froideur. Sans écouler le
compliment, elle se contenta de dire aux
j eunes fillrs rmnrs rt drronrrrtrrs : cc ï.'r,I
liicn, mesdemoiselles, je rnus rcmerci&lt;' ; allt'z
rejoindre ros mères ! J
Nul n'expliquera jamais celle implacable
rancune. Celle qu'on aYait dite si bonne, si
française, si pleine de YCl'tus, fut vite réputée
méehantc, hosti le it son pays, ,·indicative.
Quelle my,;térieusc cl inguérissa ble blessure
arait ainsi déchiré le cœur de cette femme
qui aurait dù ètre &lt;&lt; l'idole des Français cl le
pallarli11m dr sa rare Il?
T. G.

Quelques figures de femmes aimantes ou malheureuses
~

Les six femmes d'Henri VIII
Depuis notre Ancelot jusqu'à miss Strick- duit devant nous, concordent, le plus exacteland, auteur d'une copieuse galerie biogra- ment du monde, arec ceux que nous ont génie qui, comme Titien ou comme Rubens,
phique des Reines d'A.nglelen·e, pel'sonnc ne laissés, de chacune de ers rr incs, les peint rcs négligeaient volonticl's certains traits véritables
nous avait encore offe1·t autant de rrnseignr- lt'S plus adroits N lrs pins fidèles du temps, de la figure tic lcm·s modèle~, lorsque ces
mr nts précieux sur lrs six femmrs du Barhr- llolbein, Jost ran Cleef, T,ucas Cornelisz, tons traits risquaient de détruire l'intime harmonie
Rleur anglais que vicnL de le taire le major ecs honnètes portraitistes allemands ou fla- de la Yision poétique qu 'ils a raient rèréc; et
fürtin Hume, dans un livre qui, traduit en mands qu'Jienri VIll entretenait it sa cour le fait est que sa Catherine d'Aragon unit it la
français, lroll\wait chrz nous, j"en suis sùr, àfin qur, gl'àce 11 eux, la poslérité pùt appré- fermeté, toute royale et d'ailleurs parfaitement authentique, de son allitudt•, une gr:lrr
1111 succès égal it celui qn ïl a trouvé aussitot
cier le charme des princesses qu ïl arait daigné
dans son Jlays 1. Précisément parce qu ïl a bonorel' de son allcntion. Pl'esq11c dans tous f't une douceur féminines que nous ne découtoujours érité, arec un soin cxtrèmc, les des- les cas, ces portraits peints rt les témoignages nons guère, par exemple, dans un très _int6criptions pilloresqurs et IC's expansions senti- érrils qu 'a rassemblés M. fltunc se complè- rcssant portrait de celle ptinccsse qui apparmrntalcs, précisément parce qu'il a toujonr,; trnl, J'éciprJquemen t, de la façon la plus sin- tient aujourd'hui à la Galerie nationale de
eu en rne, surtout, Ir rôle historique drs six gulière : et de leur confrontation résulte pour Portraits ·c1e Lonàres. œurre d'un peintre
infortunées créaLnl'es dont il nous raconte n.lus une série d'images si naturelles, si anon]'me de !"école d' llolbein. An lieu dr
J'a,·ènement et la déchéance, ~ùn réci l nous humaines, si pleines de rie et d'expression l'exquise CJ'éa ture qu 'a imaginée Je poète,
amène, si j e puis dire, plus directement en pathétique, que nous arons peine à admetlrr sœur des Cordélia et des Desdémone, nous
face d"elles que les apologies et les réquisi- qu'elles ne ressemblent pas, au moins en apercevons une femme corpulente et massiw•,
toires de leurs précédents biographes, qui, à partie, aux Ol'iginaux q u'clics nous repré- étrangement dépourvue de tout alll'ait féminin, et dont Je dur visage au front trop haut,
fort peu d'exceptions près, n'ont voulu voir sentent.
aux yeux fixes, aux lèvres serrées, annonce
que le coté romanesque de leurs aventures.
une obsLinalion orgueilleuse et hargneuse, un
)/. TTume ne nous parle pas de leurs robes,
Voici d'abord Catherine d'Aragon. De ccllt'que nous a complaisamment détaillées miss Ii,, un maitre plus grand qu'Holbcin, plus esprit sans souplesse et sans pénétra Lion. li
Strickland; el de leur caractère el de leurs habile à déchiffrer le secret des ùmcs, nous a n'y a rien de tout cela qui, en vérité, ne sr
sentiments il se borne à nous transmettre cc laissé un touchant cl magnifü1uc pm·trait : lise clairement dans le portrait de Londres; rl
que lui en ont appris les innombrables papiers car bien que la tragédie d'Henri VIII, que c'est exactement tout cela que nous rctroud'arcbirns qu 'il a consultés : mais il nous les l'on a coutume d'attribuer à Shakspearc, ne rnns dans les p1·emiers chapitres du linc de
pl'ésentc, pour la première fois, dans le milieu soit sans doute pas entièrement de lui, lui M. Martin Hume.
Assurément, la fille d'Isabelle la Catholique
oü elles ont vécu ; il nous rérèle les inll·igues seul a pu écrire les deux scènes fameuses où
a
été
une martyre; mais assurément on sr
dil'erses 011 elles ont pr;s part; il s'efforce de Catherine, en présence du roi, puis des cardiles étudier en historien, al'CC plus de sérieux naux, explique les motifs qui la !ont s'opposc1· tromperait à vou loir la tenir pour une sainLr .
qu·on n'a fait jusc1u'à lui. Et il se trouve, en à l'annulation de son mariage. Emu des souf- On se tromperait mème à supposer qu'elle
outre, que les portraits qu 'il nous trace d'elles, frances de la reine, et de l'incontestable beauté ait toujours eu celle droiture de caractère ~ur
ou plutôt que nous dégageons, nous-mèmes, morale de son caractère, Shakspcare lui a la plupart de ses biographes ont vantée chez
dr l'ensemble des faits historiques qu'il pro- prèté des paroles d'une noblesse si simple el elle; le sang de son père, le contact de son
beau-père et de son mari, l'atmosphère de
si pure que ces deux scènes suffiraient à nous
1, The Wives of Henry VII/, and the Parts they
mensonge et de ruse qu 'elle a respirée dès
played in llislory, _par 11. :Uartin llumr, 1 \'OI. i11-R
la rendre chère immortellcment. Mais le créa- l'enfance, l'ont formée, elle aussi, à ne p:is
Londrrs. Evrlrigh Nash.
trur d"1Jamlel était un de ces peintres de
trop s'embarrasser sur lr choix dt'S moyens,
0,

...., r53 "'

�111S TO'J{1.ll

----------------------------------------~

mour. On lui a sourenl reproché son cxcè dl'
pour parrcnir aux rins qu'elle arnil rn ,uc. toul de • uilc c.apti,é, fasciné une nature au i hâle, en celle circonstance; el lui-mèrne, du
Mais surtout clic a été, Loule sa , ie, inintelli- gros ièrcmcnl sen uelle que celle d'Henri YIII. reste, s'en e l repenti : car, quelques jours
gente, enlèlée, maladroite; cl, si die a eu C'est un de ces Yisagc qu'on n'oublie point, apr~s, apercernnl à sa Cour deux jolie jeune,
bien raison dr dire qu'on lui ayail fait souffrir dès qu'on les a rns, cl dont on a lïmprcs,ion filles qu'il n'y araitencorc jamais renconlrér~.
que leur charme mal~ain est fait surtout de
&lt;&lt; l'Pnfcr sur la terl'l' », clic n'rsl pas ans
la
réunion de Lous Ir Yiccs, fondu cl com- il a a,·oué à srs confülcnls qu 'il rcgrcuait &lt;! de
al'oir, cllP-m~mc, beaucoup contribué 1t s'allin'ayoir pas , u cc jeune lillt's arnnt de st•
rcr on ~orl. Pendant les lon~ucs anné(' de sa binés fa en un mélange de choix. Et une marier arec Jeanne ~csmour ». )lais depuis
pui.sancc, jamais clic n'a t'; Sa)é de dc,iner impression Loule pareille se dégage de l'étude le moment 011, en c eonsliluanl le pape de
le caraclfre de son nuri, ni de pré,·oir h• du caractère d'.\nnc Bolcrn . J'ai vainement son Église, il s'était senti maitre absolu de
danger qu'il y aurait, pour t'll(', à tcsst·r de cherché, dans cc que nous· rérèlcnl ll'S histo- ses actes, aussi bien de, anl J)icu que deranl
lui plaire; plus Lan!. quand s'est pos{-c la riens protestants ur la \Ïc cl le, actions de les hommes, déliYré désormais de tout cruquestion du di,·orcc', cil&lt;• n'a écouté que on celle zélée initiatrice du prolcslantismt•, la pule de eonscicncr, il n'admrllail plus qu'auorgueil, cl, soit par ininll'lligem·(• foncière ou trace d'une s1•ul1' qualité s~ mpath:quc qu'elle (·un oh tacle le gênât dans la satisfaction immé-par awuglrrocnl, rllc ~·esl 1·t•fusfr à com- ail eue, 11 moins qu'on ne rcuillc lui tenir dialt' cl rnmpll'le de ses désirs ropu:.. Et san~
prcndrr lrs suil!'S Msaslrrusrs qu'allait im- compte d'une ccr'lainc hraroure, ou Lémfrité doull' il n'aurait point tardé à congédic•r Jeamw
111anquahle111ent rnlrai,wr, pour .a religion, léminilll', qui d'ailleurs scmhle a\'Oir été bien ~cymou r, si celle-ci, le 12 octobre 1::;;:; 7, rn•
sa rt:sistanec 11 un projt&gt;l où ses plus incèrcs intrrmillcnlc, cl a\'Oir alterné a,t•c drs erist•s lui avait donné un fils, cl n'était morlr, des
ami, lui con,cillaienl de e ré~ii;:ncr 1. Encore d'uuc lùcbrté t:galrmcnl anormale. Toul &lt;c suilr de se· couchr , le 2i octohrr ui,anl.
lui aurait-il été facilr, jusqu'au houl, de ti,w que pe111enl fairt' pour l'ile H'S apologistl•~ c~L
li l'amit crpcndanl ipouséc par amour, elh'
parti du cl(,,•om•mcnt dt• ces amis, de la n•~- dïn~islcr Mir lt' fait qu 'dit• a lon~trmps de- aussi : l'nrorc que, au dire de Chapurs, un
p1•rlut•11sc !-) mp3Lbi&lt;' q1u' lui rrardail la nation meuré en France. cl en a rapporté une ùme des motif8 qui l'a,aienl Mcidé 11 cc mariage
an;daisl', ('L de mainll's chan&lt;•rs fal'orablt•s toute corrompue par les mœurs f'rançai c.,; fùl la connaissance qu'il arnil de plusicur·
quL'. sans cc r. Ir ha~ard ,·cnail lui offrir; mai:. il 1i'e;.l pas ahsolumcnl Cl•rtain que c·c awnlun•s galantes de la jeune fille. &lt;! Car,
mais t•lle n·a rien Ill de ee 11ui se passait ne soil p:is, plulol, une d(' ses œurs 11ui a écrirnil Chapu}s, il ra l'épouser ous la conautour d'cllL', Loule à la con~&lt;·icncc de on fail ce long séjour en France: el, en tout cas, ùiLion de la prrndl'I• \'it'rgc; cl puis, quand il
bon droit, cl prut-ètrc au plaisir dt• son entè- la cour d'llcnri Yll cl d'fü,nri Ylll , au point roudra di,orccr, dt' nornbrcu~ témoins ~e
lcnwnt. A ,w la eonsidérer que comme kmnw, de me de la dépraration morale. aurait t'u lrourcronl pour aftîrmcr qu'l'IIC ne l'était
rommr héroïnr de roman ou de Lra~édic, au- larrrcmcnl tic quoi r11s('igncr 11 la jeune frmmc pas. » Quoi qu'il rn .oit, kannc ,eymour ne
cune de Linée ne nous apparait plus r-,11ou- cr c1uc l'on l'CIIL qu'pllcail appri~ à la eour dt! peul a,oir inspiré au roi qu'un tapricc tout i1
Yanlc, plus dramaliC[UC, que la sil•nm• : sans Frauçois J•·r.
Elle arnil eu déj11 di\'Crsrs aYcnlurcs amnu- fait passager. Dans l'admirable cl lamcux
compter qur, ,ous Lou es défauts, rlle arnil
reusr
. en ,\ nglclcrrc. arnnl d'oser ~e lancrr it portrait d'elle que possMe lt' mu éc de \ïcnnc,
un cœnr d'mw bonté mcrn'illt•u -l', et que sa
toul le génie d'llolhcin n·c,l poinl parl'cnu à
conduite parmi les pcrséc11Lion~, pom dérai- la conquête du roi. Et 11 pc:nc eut-clic réu~,i rclcrcr de la mo:ndre nuance de beauté. ni
sonnahlt• qu'cllt• a:l pu êlrr, alll•,Le 1'11 l'ile dan. rt'llC eonquêlc, qu'elle étala cyniqurmrnt de gentillc'5se, rc ~ro ,·i.age commun. a,cc
une force d\inr, un courag1'. une rési~'l1ation um' inso!cnce, unt' rapac:lr, une cruauté sans son front has, ~on large n&lt;'Z, cl l'rmpàlrnwnl
chrétienne, dont st's pirrs ennemis ont rté limites. , a conduite i1 t\igard de Catlwrine el dl' son donhle menton. En réalité, le mariaµe
touchés. drpuis Cranm1'1' Pl Cromwrll j11srp1 ·à de la jeune prince sr Marie (dont cllt' s°t'sl d' llcnri mec Jeanne Sl'vmour doit s'ètrc fait
llt•nri Yll l. ,\ h considérer con11m• rc•int', puhliquemenl accusLled 'a\'oir souhaité la mort),
urloul 1t l'instigation• d •- C'hefs du parti
l'hi~lorien est tenu de h jugrr plu séy/•re-- se, mi frablc ruses p~ur relardt'r sa di,- catholique, qui c~péraicnt, par l'in0ucnce de
gràcc,
jusqu'à
simuler
une
~rosscssr,
po:,r
mcnl, de rcconnaHre qur on Litre dt&gt; rt'inc
la nou,·cllc reine, obtenir du roi qu'il conlui imposai t d1's dcroirs qu'elle n'a pa rem- qu'llrnri pùl t'sptlrer aroir d'elle un fils, scnlil à renouer dt'S rapporl. a, ec la cour
plis, cl en parliculirr, d'assignc•r 11 celle ar- l'ignominie a,·ec laqurlle, dans sa pri on de la romaine. El il sr peul forl bien qu&lt;' Jrannr
dente catholique unr Lri•s ~randt• parl de 'J'our de Londres, elle s'r t répandur en dé- ail éll: trrs picusr, Lri•s sinci•rt'ment allachfr
responsabilité dans la ron,·cr.-ion de l'.\ nglc•- nonciations co11Lrc se.; plus ridèle.:; parli~ans, i1 la foi catholique; cl il est plus ct:'rlain
tout cela e:.l suf11 ·ammenl connu, cl forme un
Lrrrc au protrslanli~nw.
contra Le bien saisissant a\'CC la noble attitude encore qu'ell&lt;' dcrnil al'oir un cxrcllcnl eœur.
On sait arec qurllc tendre se, Loule materUenri \'Ill n'avait tipousé Catherine, la Ycuvr de la reine catholique qu'.\nne Bolc~n 'est nelle, elle a toujours trailt: la fille d' llenri et
de son lrèrr, que par conl'cnancc politique : acharnée à persécuter. En rérilé, les prolcs- de Catherine, cl comment, lorsque a eu lieu le
c'est p~r amou r qu'il a épou é sa second!' Lanls anglai. d'aujourd'hui ne pcmenl n-uèrc célèbre Pèlerinage de Grâce, elle s'est jclét•
fcmnw; cl cet amour pa, -ionné du gros respecter la mémoire de la première reine qui aux genoux du roi, pour le supplier de rcndrt'
homme s'explique quand on l'l'gardc. /1 la a souhaité el fal'ori é la conrersion de l'.\nglc- aux ordres religieux le courcnls donl CranGalerie Nationale de Porlraits de Londres, le tcrrc; mais, au reste, il ne semble pas que mer cl Cromwell, awc l'aide d'.\ nnc Bole,n.
portrait qu'a peint d'.\nne Bolc~11 un mailr&lt;' le· conriclion protestante d'Anne Holein le a,·aienl dépouillés. füi Henri, en la r&lt;:lrflamand (ou français?) de l'époque, aYcc 1111 aient ja.mai eu d'autre fondement que son vanl, lui défendit de C! se mèlcr de os affaires»:
arl infiniment plus prosaïque que celui d'llol- ambition personnelle; cl nombre de faits cités défcn c c1uc la paune fcmmr, depuis lors, s1'
bcin, mais encore plu préci cl plus minu- par )1. llumc nou prou1·enl qu'elle aurait été garda bien d'enfreindre. on courage était
tieux. Xon pas que le Yisagc d'.\nnc Dolcyn, Loule prèle, pour garder sa couronne, non loin d'égaler a bonté; cl il surfil de jeter 1111
tel que nous le montre cc portrait, ait rien dé seulement à approu\'Cr le retour de son pays regard sur le portrait d'Jlolbcin pour comvraiment beau : un Yisagc trop long, lrop au catholicisme, mais à faire brùlt•r ou déca- prendre qu'une pcr onnc aussi molle, cl proétroit, s'effilant en un menton pointu as cz piter Lous ceux qui, autrefois. arnienl été ses bablement d'un c prit au si borné, n'était
disgracieux. )lais il y a dan le regard carc ... collaboraleurs dans la préparation de la rup- «uère faite pour jouer le rôle aclil, héroïqm',
sanl el troublant des grand yeux noir , dans ture ayec Rome.
oü l'on s'étonne que quelqu'un ail pu al'oir
Anne Bolc~ n lut décapitée le malin du
le sourire pincé de la bouche, et dan tout
l'idée de la de Liner.
l'ensemble de la phr~ionomie, quelque cbo,c 19 mai 1556. Le malin du 20 mai, dan la
a mort fut suil'ir, dans le long dra me
à la foi de la cif cl d&lt;' ,·ipérin, qui doil aYoir chapelle du palais d' llamplon Court, Henri, matrimonial que nous racontr li. llnme, d'un
- dont l'ambas adeur impérial Chapuys
t. Le Vatican lui-mème. - ainsi &lt;Ju'il résulte d'un
intermède comique.
disait que « jamai homme n'avait porté se
entretien du cardinal Sahiati avec le représentant de
ur le con cil de Cromwell, le roi s'était
l'empereur à Rome, - souhaitait ,ivement que Cathe- corne plus allégrement &gt;&gt; . épou ail une
décidé
à épouser, celle lois, une princr~;.1•
rine, pour éviter 1111 schi,me, consentit à l'annulation
jeune mie de vingL--cinq an , lady Jeanne Se1de son mariage.

,

__________

L'ES S1X 'F'E.MM'ES D'lf'ENR,.1

V111 ---.

proLc_sLanlc. Il arait songé à la \'l'Urc du duc poul'Oir pa,ss':'r pour un licau ca,alil'r : tout
d_c )hlan, celle charmante el spirituelle Chris- son corp ?Lait gonflé démesurément, sa large encore que ce(lc d,'-\nnc Boleyn? D'oi, rient
tine d,e. ~ancmark dont Holbein nous a laissé face_pendait rn d'{,norme bajoues, cl il arail q~c, sou la s11nphc1Lé de la mise, cl l'honun d_ehc,eux portrait; mais &lt;:'lie avait refusé. lrs Ja?1brs couvertes d'ulcères purulents qui nete apparrncr bourgeoise de la physionomie
rn aJOU~anl IJUC, " si elle arnil deux Lèlt',, ~cn~all'?l son \'Oi~inagr fort désagréable. Jlais nous s_cnlon~ quelque chose de faux rt d~
rlle__era,t heurcu~c d'en mcllre une 11 la dis- il' n en Jllgl'a_ pas ~1oin~ qu'une femme comme maurn ' qm _nous fait ouhlicr jusqu'à la lai1'.o ilion de S'.1 Majesté d'Angleterre ». .\lors ?dl~ que lm_ arn,L procurée Cromwl'll rlail drur de cc .visage aux lèrrcs lourdes cl aux
Cromwell ~rail fait choix de la fille- cadelle du rnd_,gnc de lu, : et Cromwrll rut la lèlc lran- ?ro rc~x saillants? El d'oü rient que Ja mtimc
duc de Clel'es, dont il aYail affirmé au Boi chec; cl .\ m~c, .P~csque au lendemain de ses u_nprcsswn r&lt;'s orle de Lou les documc•nt
_q_nc &lt;! chacun Yanlail sa hraulé de corp cl d, noces, f~1l tnl'lllll' à signer l'annulation de ~•les par ~r. llu~1c, qui n'a cependant que des
e!ogcs, lm auss,, pour le caractère de Calhe'H,a~"l' ' cl .r111 't•lle c·ta,·
,•
, l aussi· snper,curr
enc son mar,atre
Elle le u"t, d'a,·11curs, 3\'l'C tant r111c Parr? Les lcllre qu't,lle rcrirnil au roi,
0 •
~gremcnl a sa ~œur, la duchesse• de
■iiiiiiiiiiiiii;;;;;;;;;;;;;;;;;;;:;;:;::::====-------~ par cxc'mplc. onl brau être plus ,, plt•iSaxe. qur Ir soleil d'or à la lune d'ar- Ï
ne~ d~ L'l~l » que cdlcs que lui l'l'rigrnt ». ll~nri, pour mieux se rensei,·a,t
~ad,s Catherine d'Aragon : la
gner, a"~•t &lt;•m·oyé à Clè,cs son peinflallcric Y est si constante cl d•
Lrr_ llol~m : cl celui-ci, dans le porh T .. r
'
une
um, ile sr 1o~cée, que nous ne pouLra,t .'lu on prut ,·oir au LouHc, a,·ail
rons nous re~oudrc it la ero:rc sinrPp~escnlé une j~unc lemme qui,
cè~c. Et quand nous d{'C0111Tons i·nsanl; grande hraute de traits cl aYCc
s111:lc que celle princes l', loujour~
i!n~ expression un peu somnolente
p~cl'cn~nl_c cl douce pour lrs c•nfo11Ls
t•La1l as_surémrnl d'un aspt•ct beaucou1;
d
Henri,_ clait d'une dureté léro&lt;'c pour
plus :u~al/lc _qur. Jl'annc Seymour,
se se_rnlct~rs, nous ne sommes plus
telle qu il I arn,t pt'llllt• deux ans aupasurpris qu une tell&lt;' femme ail réussi.
ral'anl. Déci~&lt;\ sans doute, par la m e
tout en se donnant l'air d!' rrstcr l'n
de _cc 1~orlra1t, flenri arail demandé la
dehors
des affai res d'État, i1 jouer le
m:un d.~\n?e d? Clt&gt;1·cs. La jeune pringr~ni rôl~ poliliquc que nous ,ornn:cr~sc s eta,t mise en route pour l'A.nqu c c a JOué. Car non seulcm.cnl
f l!•lcrrc, s'ocrupanl, sur son chemin
par sa famille_ cl par son cnlourai.:r:
a apprendre lt'S jeux de cartes farori~
clic
apparlcna,t au parti catholique.
de son aumslc fiancé; à Dourres, il
n~n seulement elle n'était dcl'enu;
Ca1~lorl~cr~•, à Roc!1ester, le peuple lui
rerne que grùcc à ce parti, cl en lui
a, art fa,t un. accueil enthousiaste; mais
pro_mcllanl de le soulrnir; mais jaq1~and ~enri, avant de ,·enir lui-mèmc
~a,s, depuis lt' dil'OrCt' d&lt;' Catherine
1111 prcsenlcr
ses hornmarrc
.
'o , ,31.a,-L
d Aragon, ce parti n'arnil été aus~i
man dc auprès d'elle un de ses scr1·ifort qu'il l'était à !'{-poque de son' a,·i...
te11rs, celui:i, en lernnt les yeux sur
nem~nl:
Or, clic ne fut pas pluWL inla future ~e111c, arail fait une grimace
slall~e
a
la cour que l'influence du
de mam·a,s augure. Il connaissait les
parl1 catholique commença 11 décroigoûts d~ son mailn', cl préroyail
tre; cl bientôt, quand le conflit ùn([Ill' cc ~•sage-lit ne lt• rmirail gufre.
~agca
OUl'crlcmcnl entre les deux parllolbc111,
al'alll de partir flOur ClèICS,
.
. •
u~,
cc
f~l la protection actirn de la
1
avarl--1 l'l'Çu dl! Cromwell le con5cil
rcrnc
assura le triomphe dt%iitil
de flallcr, au ht'~oin, sac, conlrPfaron JJ
des J_lrOLt•slants, l'll même Lemps qu'elle
d? la ligure de la jt'une princess~'! ou
l'~la,t la n~ort ou la disgràcc aux anhH•n ~es ~-eu~ d'artiste s'étaient-ils
Clicht Giraudon
Cll'l!'
am,s dt• Catherine Parr. llu
lr?mpcs, C'l lm arnicnt-ils fait découCATIIF:Rl',"E 11011',\RIJ
moins, la dernière femme d'Jlcmi a1r1_r, dan? le ri~agc d'.\nnc de Clè1cs,
D'Jf'res ,m /J/oleJ11 JIIQll)'lne ,te l'école ,:l'II
. ,
r 1·
l /
OLBU~.
(1\ J ,011a 'or/rJil GJl/ery, /,011.tres.)
l-elle eu le mérite d'l'Cliappcr, po11r
de_s.;llrails '.lue la nature n'y arait pas
son
propre compte, à Ioule calaslro-mrs. li ya,_ a Oxford, un autre portrait
.
phc
: _elle ~- sunécu au roi, commr
de_ccuc prmccssr, qui doit aYoir été pc-int au de b~nnc gr.ic~ qu'llcnri en lut naimcnt
meme moment que celui d'Jlolbcin, rar .\nnc' !?11cl.w, e_l 11uc Ion af!)rm~ qu'il ongca plu- clic a,ait surw.'Cu dcJà aux deux autres ,iril: l cxaelcmcnl ,·~Luc de la mèmc façon : cldéjh . ,eu, ~o,s, par la su,le, a se remarier awe lard~ 9u 'elle al'ait épousés précédemment. et
1 d~ccon~ por_lrarl nous fait mieux comprendre llll&lt;' prr~cessc aussi complaisante : d'autant :n~~s•Lol vc111·e, clic s'c l rrmariéc en q. ua~
lricme .noce ' a1œ
· 1e ircre
r • cl u rcgent
• ' omer'
a_ eccpl1on d,llenri \'JII, lor de sa rcnconlrr plus q11 .\nnc de Clè,·cs dans r,·ntc . 11
.•
.
, ,
rrn r.
rl.
~fa,s
on
raconte
qu'annl
de
m
.
Il
,,
• ,
our,r, e c
a,cc sa fianrcc : de pclil rcux une orande s etanl 1"rn nourrie, bien rcpo·éc, s'étant faite•
a etc l?ur'.nenlé~ par d'affreux cauchemars;
bouche, ~ou tes (es apparcncL'; d'u;1 anrr pa:1rrc au luxe cl à l'élérrancc de la co111·
.
.
"
ang1a1sr,
~l mal ?111. ~la,s les témoignages écrits nou~ ~va,t changé l'l embelli considérablement. cc que JC l1cndra1s l'Olonlier pour un effet d
l,orcen l a penser que cc second portrait étai l 1oul compte fait, c:csl bien clic qui lut la remords, si les âmes de cc genre n'avaien~
en général, l'cnl'iablc privilèn-c d'êt.
c•:cor~,lrop_Oa~~é. Ils nous apprennent qu'Anne plus h~ure~~c des six femme d'Henri Yll 1. l'.as,
laus
· · · d'elle -mêmes a ·oJ ·
•c
'
se
,·,s-a-ns
d
li SI JICll que
de Cle1cs, a I cpoquc de ses fiançaille a rait
La
c111q111cmc
de
ces
lemmes
fut
Cathc
.
un o"'rand. co~ps _o scux el drsproporlionné,
.
' ' ' l'l 11
es autres, et, jusque dans les pires action'
d 1 · 'è
!'Ill('
•owa'.· ; ~ s1XJ me _cl ~crnièrc fut Catheriuc
&lt;f'.'c son epa,s \'!Sage était, en outre, profon- l arr . et JC \'~udra1s al~rd dire quelques de garder l_a con cie?cc de leur honnètelé. s,
a Calher111c Howard , la e·,cr,
.• 'tc,
éQuant
·
dc~ enl cou~uré des traces d'une petite Yérolc mol de celle-c1. Les 111 Lor,cns s'accordent i1
n~
pr,sanlc
des
historiens
à
son
endroit
n'·t
qu elle
cl .Ycna,t d'aroir. De telle orle qli 'IlClll'I,.
louer son tact, sa réserre, ses manières affaégale
CJUC
leur
complai
ancc
pour
Catberin~
1
:11~an I c lroma de1·anl elle, fut cr si mer- bles, l'habileté a,cc laquelle elle a su, jus~u,'à
arr. Ils . e bornent à dire que celle jeune
,·e1!lcusemenl étonné cl déconfit &gt;&gt; qu'il n'cul 1~ rin, retenir la faycur de son mari. D'oü
pa~. le courage de lui offrir lrs cadeaux qu'il n enl donc que son portrait (par un peintre fe,~mc ara1l e~ des amants arant son mariage
a1a1t ~pporlés, pour elle. Lui-même, ccprn- anonyme, dans la collection de lord Ashburn- quelle ~ continué à en a\'oir aprè~ et q , '
danl' à celle cpoque de sa rie, était loin de ham) nous laisse une impn•~sion plu f:kbeusc a_ fort b_1en _fait de lui couper le co~; sa~r°~
aJouler ,romquemcnl • comme M• p oIlard, que

'I"'

?

t

�v-1f1ST0~1.JI _ _ _ _ _ __ _ _ _ _ _ _ __ _ _ _ _ _ __ __.
« son orthodoxie calholiquc étaiL inconlesLable &gt;J . Ils abandonnent aux aulrurs de
romans rt de mélodrames· le soin d'approfondir le drlail dr son al'rnturP: el l'on sail
(011 p1•11l-1llr•1•, h1•Uf'l'll&gt;i'1t11'nl. 111 • sail-on plu~)
dt' ,p1t"b ('l'inu·s odi1•u, .\ lt•"rndre lh1111as a
« 1:Loflë » le rùlc de Catherine Howard.
L'un!&lt;(IIC qualité qtu• tous les témoignage .
anciens ou récents, rcconnaissenl à la cinquit•mc femme d'lll'nri \'I ll C' l cJ'arnir été
citrêml'nwnl jolie. EL e\•sl aus~i rc que nous
apprend, tout d'abord, 11n porlrait cxcdlcnt
de Catherine Howai·tl, 11 la Galerie Xationale
d1• Portraits de Londrrs : al'CC l'ornlc régulier
cl délicat de son ,·isage, ses fins cl1c,eux cbàtain~, ses 1cux d'un \'Crl profond cl ,·oluplu1•11x, celle exquise figu re se détache en un
relief saisissant, parmi la banalité ou la laideur des tinq aulres 1'1•m1111•s d' Henri ; cl nous
nous imagi nons aisénwnt le bonheur qu'a dû
1:proll\W tclui-ci à pou,oir remplacer la
pitoyable Anne de Clères par une jeune
l'cmnw don{ nous sa,ons, 1•11 outre, qu'elle
étaiL mr rrnillcuscmcnl élégante cl J1;gère, dans
~a pelil1• taille, el toujours souriante, chantante, répandant autour d'elle un adorable
parfum de printemps. En !ail, Catherine
Howard esl seule 11 nous allcsler que le
&lt;1 8arbc-131eue anglais » n't;lail pas incapable
c1·apprécier la beauté féminine; cl de cela,
Loul au moins, les apologi tes du roi pourraient bien Lcnir un peu compte 11 la paunc
femme. )lais le plu curieux csl qur. dan le
portrait de Lon&lt;l res, cc charme pénétrant de
la fi gure dr Catht•rine résulte moins des traits
1•u'\-111tlmes qur de IN1 r e:\pression, el 1111c

ccllt•-ci csl infiniment attachante et sympathique. nous rél'élant un mélange loul parliculirr de courage et dr douceur, de franchise
intr(-pidr ri dr tcndrr hon11:. St' pr111-il q11t&gt;
L11111 1·Pla n'ail ,:11: q11'1111 m:1,q111'. 1·:H"l1~111 11111•
.11111' 101111' noire d1• , i&lt;·1•'!
,h ec la forvenlt• « orthodo:\ie catholique ,,
que lui rrconnail M. Pollard , Cathrrine, 11 sa
dernière heu re, dan sa confession solcn11l'lle
del'ant l'é,·èqur de Lincoln, a juré qu 'die rlait
innocente ile l'ad ulti·n• dont on l'ac('U~ail. Elle
a :l\'oué, au contraire, q11 'al'ant &lt;le dcl'enir la
femme d'Henri. clic ~·était fiancée 11 l'un de
ses cousins, un tertain Thomas Culpepcr, el
qui•, aprè son mariage, clic a,ail continué
d'aimrr cr ,jeune homme, au fond de son
cœur, cl de lui rendre senicr rn toute O('Casion, rl de regrcller qu'il ne lui l'lll pas l;lé
possible &lt;l1• dcl"cnir sa femme. Pendant son
cmpri ·01mrmcnl 11 la Tour, clic n'a poinl
cc~~é d"affirmcr que, sans al'oir mérité la
morl, clic l'attendait a,ec joie, alin de poll\oir
ètre unie à l'homme qu "clic aimait. Et sur
l'échafaud, après al"oir accordé, en souriant,
au bourreau le pardon qu'il lui a rail demandé
11 genoux. elle s'est écriée : « Je mcur reine:
mai combim j"aurais préféré poul'Oir mourir
la femme de Culpepcr ! » .\près quoi, elle a
prié ardemment, et puis, toute souriante, a
posé sa tète sur le billot.
Elle était certainement coupable &lt;le n'a,oir
pas toul &lt;le suill• effacé de son cœur le sou\'Cnir de son ancien fiancé, pour ne plus aimer
cl adorer au monde que le grand roi qui al'ail
daignr l'admettre 11 l'honneur de &lt;lil'crtir sa
, ieilbsc. )lai quand on song1•, &lt;l't11w part, it

ce qu'était alors &lt;lel'enu cc roi, cl quand on
découvre, d'autre pari. dans l'rnquêle officielle instituée el pour,ui,ic par les ennemi,
a('har111;~ dr Ca1lwri1w Howard. Ir~ pirgt&gt;~ dr
101111• ~orl,• qui lui f11r,•11I l1•1ul11~. tli·, 1,· l,·nd1•mai11 d,• son n1:1ria,{1'. pour la mai11lt•11ir t'll
rapporl awc Culpt•per. un ne pr ut , 'empêcher
de n•ssl•ntir pour clll' beaucoup plus de pilir
qrn· dïndignalion. 011 plutôt mênw 011 est
Lcnh: de s'énwrll'iller qm', dans cl'S conditions, elle n'ait pas é11: plus roupahll': car. j1•
le répète, en l'ahsrncl' de Loule pn•u,·e pour
!"accuser, pcrsonnr n'a le droit de metln• rn
doute la sincérité de la conf1•ssion qu'elle a
laite en mourant. Pl'ul-êlrc aurait-elle pu,
il csl nai, refuser de d1•1·cnir la femnw
d'Henri \'li 1; mais c'était là une forme de
résistance que le, ieux roi 1ù&lt;lmNlail gut•re.
et qui n'aurait g11fre été ad mise non plus par
les oncles c:L cou~ins &lt;ll• Catherine, trop heureux de profite, d'un tel mol'en pour assurer
la prépondérance du parti catboliqur . Dans C«'
maria&lt;Te comme dans lt•s précédents, c'c L la
politique qui a joué le rôle principal : clll' l'a
joué aussi dans le dénouement du mariagt•;
el c'est elle encore qui, depuis birntùt quatre
cents ans, contribue, sans qu'on '1•11 doute,
11 noircir la mémoire de Catbcrim' Uo\\ard.
~l puisque la « protestanle » Anne Boleyn a
troul'é de nombreux défenseur , il erail 11
souhaiter qu'un biographe impartial, ne fùl-cc
qu·à l'aide des documents rccm•illis par
)1. )larlin Hume, essai·àl de rr,·iscr h•prod•s dl'
celle seconde des 1t mauvaises ft•mmcs » d' ll1•nri Ylll, cno11blianlqu'cllca eu, parmi s1•s autres Loris. e(•lui d'a,·oir été ulll' t&lt;catholiq111• ».
T1~0DOR

Égoïsme royal
Mme la duchesse de Bourgogne était grosse;
clic était fort incommodée. Le roi YOulait aller
à Fontainebleau , contre sa coutume, dès le
commencement de la belle saison, el l'avait
déclaré. Il voulait ses voj'ages à Marly en altcndanl. "a petite-fille l'amusait fort, il ne
pouvait se passer d"clle, cl tant de mouvements ne s'accommodaient pas avec on état.
Mme de Maintenon en était inquiète, Fagon en
glissait doucement son avis. Cela imporlunail
le roi, accoutumé à ne e contraindre pour
rien, cl gàté pour al'oir vu \'Ol'agcr ses maitresses gro ses ou à peine relel'écs de couche,,
cl toujours alor en grand babil.
... Le samedi suivant, le roi se promenant
après sa messe, cl 'amusanl au bassin des
carpes entre le ch:Ueau cl la Pcrspective, nous
vimes venir à pied la duches·e de Lude toute
seule, sans qu'il y eùt aucune dame a\'Cc le
roi, œ qui arrivait rarement le matin. 11
comprit qu'elle a\'ail quelque chose de pressé

11 lui &lt;lire, il fut au-dc\'ant d'elle, rt quand il
rn fut à peu de distance, on s'arrêta, cl on le
lai sa seul la joindre. Le lélc-à-tèle ne fut
pas long. Elle 'en retourna, el le roi rc1•inl
vers nous el jusque près des carpes sans mol
dire. Chacun vit bien de quoi il était que Lion,
cl personne ne se pressait de parler. A la fin,
le roi, arrirnnl tout auprès du bassin, regarda
ce qui était là de plus principal, cl, ans adresser la parole à personne, dit d'un air de dépit
ces seules paroles : &lt;t La duchesse de Bourgogne esl blessée ». Voilà ~L de la 11ochcfoucauld à s'exclamer, M. de Bouillon, le duc de
Trcsmc cl le maréchal &lt;le Bouf□cr à répéter
la basse note, puis M. de la Ilochefoucauld à
:ic récrier plus forl que c'était le plu grand
malheur du monde, el que, s'étant déjà hie rc d'autres fois, elle 1ùn aurait peul-èlre
plus. «Eh! quand cela serait, interrompit le
roi, tout d'un coup arnc colère, qui jusque-là
n'avait dil mol, qu'est-cc que cela me ferait?
Est-cc qu'elle n'a pas déjà un fils'l El quand
il mourrait, est-cc que le duc de Berry n'est
pas en àge de se marier el d'en arnir? Et que
m'importe qui me succède des uns ou des
autres! Ne sont-ce pas également mes petit fils? 1&gt; Et loul de suite avec impéluo ilt: :

DE

\VYZEWA.

&lt;t Dieu merci! clic csl blessée puisqu'elle
arnit à l'ètrc, cl je ne ~crai plus contrarié.
dan mes voyagr el dans loul cc que ,ïai
envie de faire, par les représentalions de.~
médecins cl les rai onnemcr.ls des matrones .
J'irai cl viendrai à ma fantaisie, el on me
laissera en repos. » Un silence à entendre unr
fourmi marcher succéda à celle espèce de
sortie; on baissait les yeux, à peine osait-on
rc pirer; chacun demeura stnpéfail. ...
Le roi s'en alla quelque temps après. Oès
que nous osàmes nous regarder hors de sa
vue, nos yeux se rencontrant se dirent
tout : Loul cc qui se trouva là de gens l'urent
pour cc moment les confidents le; uns des
au lrcs. On admira, on s'étonna, on s'afnige.1, on haussa le épaules. Quelque éloignée
que soit mainlcnanl celle sct•ne, elle m'usl
toujours également pré ente. )1. de la 11ocbel'oucauld était en furie, cl pour celle fois
n'avait pas tort ; le premier écuyer en p:imail
d'effroi; j'examinais, moi, Lous les personnages, des yeux et des oreille , cl je me sus
gré d'avoir jugé depuis longtemps que le roi
n'aimait el ne complait que lui, et élaità soimême sa fin dcrnirrc.Cet étrange propos reLcnlil birn loin au delà &lt;le Marly.
S.\INT-SL\10~.

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE XIII (suite).

pour qu'on puisse rien ,·ous refuser! ... I&gt; Il encore_ clic _te·:débarrassa de ringL-cinq mille
fut do'.1c co!!"cnu que la garnison ne serait enncnus le J~ur_ &lt;le la bataille de Jlarengo.
Pl'ndanl ~~ue Bonaparte cl )léla faisai1•nl
pas priso~m.L"rc,'. qu'elle garderait ses armes,
Les. ~ulr1ch1en prirent posses.ion. le
dans le P1cmonl et dans le Milanais dt•s
~~ rrndra1L_ a. ;'\1c1•, cl pourrait, le lendemain 16 prall'lal, de la ville de Gèrws do11L I -~
:narchcs :L conl~e-mar~hes, pour c préparer
. d ;
.. ,
C SH~t'
de son ~r~•~·&lt;•e dans celle ville, prendre part ara'.l ure deux mois complets!. ..
•'. la . bata1llc qm dcrnil décider du sort de aux host,htes.
Xolrc ~t;néral en chef allachail tant d'iml ltal1~ el de celui de la Franœ, la garni~on
. ~c. ~~néral Ma~st:na, comprenant combi!'n portance a cc que le premier Consul 1'1il pn:de _Genes se tromail réd uite aux drrniPrs 1
, , cla1l unporlanl que 11• premier Consul ne 1•r nu en tcmp o~_porlun du traité qu ïl renait
al~o'.~· Le _L~1~hus faisait d'affreux raragcs: b
fut pas
a
' a· f:aire
· quelque mouwmenl
' 'meiw
de co~clurc, qu il arait demandé un sauf:.
hop1~a~1x e~a1~•nl &lt;le1enus d'affreux charniers;
ron!promcll~nl, par le 'if désir qu'il devait condmt pour deux aides de camp ~r,
I'
, . "111 qur !-1.
1_a n~1serc el~•l à ~o,n comble. Presque tous h
a101r ~c, \'Clllr ~ecourir Gèm•s, demandait qur
un
des
dc~x,
tombait
malade,
l'autrr p1H
l hc,aux avaient clc manrrc's
cl
b1'c
1
' o ,
n que &gt;on le Lra1lc portàl qu'il serait accordé passarrr
po_rtrr sa d:p~c~e, N comme il poul'ail r lr1•
nombrr de troupes ne reçu .ent dcpui lon1rau ~ra,ws dl' l'armée autrichienne 11 de~•~ utile que I officier charné de celle
•,,·
l1•mps_ qu'une demi-füre &lt;le très mauvai~&lt;'
• , I'
0
IIIISSIOII
of~c11•rs, qu'il se propo,ail d'enroy;r au pn•- par1al
lla
icn,
le
o-én1:ral
~la
Sl;na
la
('
o
, ·,
,
con ,a ·111
nourriture, la distribution du lendemain n'était
nuer Consul, pour l'informer de l'éracuation eomma~&lt;lanl Graziani, Piémontais ou Bo11,;i11
pas assurée: il ne restait absolument rien
d~ ~a place par les troupes françaises. Lt• au scr1·1cc de la France: mai notre 1im:ral
l~rsq_uc, le J;:; prairial, le rrénéral en chl'f
gen~ral ~Il s') opposait, parce qu'il complait &lt;'n chef, le plus soupçonneux de Lous 1
:,,
n•u111l chez lui tous les génér~ux el le colopartir b1rnlol al'cc vingt-cinq mille hommes hommes, craignant qu'un étran"'L'r se 1.'1·1 .• .l
'.1els, pour leur annoncer qu'il était -létcrminé
._
~~.t
du c?rp, de blocus, pour aUer joindre le feld- oagn_c~ par Ies .\utrichiens cl ne t'Ifit pa~
touh·
a le1~t1•r de faire une trouée a,ec cc &lt;tui 1 .
r~s.
''la ' l d'I10~1mcs ralidcs, afin de ,.,aancr
ui marccha_l Métas, c~ qu'il ne roulait pas que la d1ligcnce possible, m'adjoignit it lui, t•11
le o:fic1l'r , f~ança1s, emoyés par le général me rccom~anda,~L, en particulier, de luitl'r
!•11 ?11 rm•_. )~a'.s Lou les ofTlciers lui décl;rè~cnL Masscna,
pr~nnssent le premier Consul de ~a
;'. 1~inan11111Le qt~c les troupe n'étaient lus mar~hc. )lais l'amiral Krilh lcra celle diffi- s~ marc_hc JUSrJU a cc que nous eussions joi11t
~c p~cm1cr Const~I. CL'llc recommandation éL,1it
lll
•
pun,·
. l'lal de souL1•111r un combat
, , 11 •t meme
c~ille. On allait signer le traité, lorsque plu- rnullle. M. G:azmni était un homme l'L'mpli
~11npl: marche, si, aranl le départ, on uc leu r
sicu~s ~up de canon se firent entendre dans
Sl'ntmwnts
don11a1L
pou r reparer
,
1cur · 1~ lo111ta111, au milieu des montagnes!. .. Mas- de
.,.bon d
. . cl qui com1&gt;renail 1··1111. . . .. assez
, &lt;li• nourriture
.
1)01,,..ancc C sa m1ss1on.
11_11 ~t s ... l l l;s. magas111 étaient absolument
cna P0 a la plume l'n s'écriant : « \'oilà le
, ,d_1 s•. :. Le ~encrai Masséna, consi&lt;lrranl alor~
· ,,ou
1 · parlime
·
. le 16 1&gt;rai1·,··1l
' ' dt• G.cm•:-.. &lt;m•
prcm1c.r Consul qui arril'C avec son armée !.. . &gt;J JC
a1ssa1 Cohndo que je comptais , ll'l1:1'
q11 aprcs arn1r exécuté les ord res dt1
.
C 1
· ··
Pl'l' IUJCI'
Les_ gcnéraux étranger restent stupéfaits, prendre sous peu de 1·our c·1r o11 •.• ,:a,·l
. o1_1~u en fac,htanl son entrée en ILar ·1
•
•
' '
on ,
q lll'
mais, aprè~ une longue allcnlc, on reconnut I'armce
_du. premi: r Co_n _ul étail )ll'U éloignée.
~la.•t_dc son _dl'v&lt;&gt;!r d~• sa~rcr les drhri; ~~~n~ que !c bruit provenait du tonnerre, cl Masséna
JI. Grazian, cl moi le JOWninl('s
le lrnd , .
,..a, rmon
a,a,t s1 l'aillammcnt comhalt
0
sr rcsolut à conclure.
soir it Milan.
'
t mam
cl '.tue la patrie al'aiL inLérèL à conserrcr , \
Les
r~grrls
portaient
non
seulement
sur
ta
Le
général
Bonaparte
me
parla
an•c
intéri:t
&lt;'nf111 la ré ·olution de traiter de l'é. ' ~r•
d, t 1
.
1acuat1on P?rle du complément_ de gloire que la gar· cl me promit
.. 1s d,e 1,aire
c '.1 p a~(', c~r il ne ,oulul pas que le mol 111 on el son chef auraient acquis, s'ils eussenl . d1• la perte. 11uc ,1·1, \'Cil"·,
de.me scmr de tli•rc· ·,i J."~ 11,c
. . . 1111•11
.
cap1t11Latwn lùt prononcé.
• condu1,a1s
pt~ conscrwr Gène ju,qu 'à l'arrinie du pre- cl ,1 a tenu_ parole. Il ne pourail se lass(•r d~
O~p'.1is plus &lt;l'tm mois, l'amiral anO'lais cl
1~1: r Consul ; mais Mas éna aurait désiré, en nous quesllonncr, )l. Graziani ,. 1 nlo·
, .
le 7cncra! ~li al'aicnt fait proposer uneoentre· •, ,
~
1, Slll CC
r~s1
slanl
quelques
jours
encore,
retarder
s
cla1l
passé
dans
Gènes,
ainsi
que
SU
I'
la
, uc au gcneral )!asséna qui s\ • c'La1'L to .
. ,f , .
.
' . J '
llJOUrs d ~utan~ le _départ du corps du général Üll. li orcc cl _la marche des corp autrichiens 'Jue
'c
u
c'
mars
enfin
dommé
1
&gt;ar
1
.
,
.
. , •
, c c1rcon- prcl'Oya1l IJ1cn que le général dcl'ait se rendre
nous an_on traversés pour \'Cnir à füla11. li
~1anccs:,1l fil dire a ccsofTlciers qu'il acceptait
"?rs le feld-maréchal Métas, auquel il serait nous rctml auprès de lui el nous fit rèt r
La_conlcrcnce cul lieu dans la petite chapcll .
~ .u~c .· gran_dc . utilité pour la bataille que des, chc,·aux
de se ecur1c
• · , car nous anons
P. e
r1•t111 sctroll\
cau milicuduponldeC
.
·
.
oneg1·ianoe cel~1-c1 allatl lllTr r au premier Consul. Celle
VO)~gc
sur_
d~s
mulets
de
poste.
c qui, par a position, se trouvait cntr~ l·
~ra10Lc, _bien que fondée. ne se réalisa pas,
llll'I'
·t
~
. el cc•ux dps \
:\ou sm'. 1mcs le premier Consul it Monl&lt;•. , 1,·s poses
,rançais
•_,1
duc
J
,
•
- • u1r1
c.:r
1~ genér_al ~ll ne pul rejoi11dre la grande licllo cl pu_,s sur le champ de bataille d1•
ns. , ,c elals-maJOI" f'ra11,.·11·s
a
1
.
1
.
&gt;' , , U rJC IICll
a1m~'C autr1rl11cn11e que le lendemain dt• la .\larengo, ou nous ftimcs rmploYés it porll'r
et anglais occupaient les deux extrémités d
pont.
:.itu b~ta11l: ~e Marengo, donl Ir l'l:su ILaL eùl été ·es ordres., Je n'entrerai dans ;ucun détail
Le .J'assi,tai
. , à ,celle scène si 1ileioc d'int ue.
bien d11lercnl pour nou ' si les Autrichiens sur celle memorablc batai lle oit ,·t uc n . d .
ux clrancrcrs
.
· d P•
•
1 a I tn l
d s gcnera
.
. !' do1111;,' 1.011 t :,1 ,liassena
que nous cùmes tant de peine à vaincre' l'ICn
. e ia~~cux: on sait que nous fùmes sur
_e ma1ques p~rl'.cul_1èrcs de déférence, d'cs~ussenl
eu
,ingl-~in9
mille
hommes
de
plu;
le pornl d elre battus, et nous l'aurions ét.
l11nc cl de cons1dcral1011, el bien qu'il •·m ·'
a nous ~ppo~cr . .\111s1, non seulement la puis- probablement, si les 25 000 hommes d
de'S cond"iltons
·
d,clarorablcs
,
posat
e
pour
eux
1
·
.
I
.
u corps
K ·h 1· ,
, , am1ra
s~nle dn-ers1on que Masséna a\'ail faite en d,'Ott. fussent _arrt\'éS
sur le Lerrain pendant
_cil ur rcpétait à chaque instant : « ' I
~1 ,
t • ,
-' on- defcndant _Gène avait ouvert le passarre des 1acl10n. Aussi le premier Consul
.
.
eur c genera 1' , olrc défense est l1·01&gt;11cro1quc
. ..
Alpes cl lt\'ré le :\tilanai à Bouaparte~ mais gnail de les ,01r
· paraitre
·
' qm
craia.· chaque
instant,
(J

l

.

,,u,

ru

t

�r

"·------------------------

111STOR._1.ll

l'ombraf)'c el me plongeais dans de bien_ tristes
. ·
t · )'avais laissé dans
d
était-il forL soucieux. et ne rcclcYi?t gai ~t~c !Jèrc I Je revenais se11 1, c JC
.· "' 1
Le soir ' J··accompagna1
1 11
·1
rrère
1
1
a
ourc'Il exJOns....
. s d ma
.
lol'Sl ue notre cal'alcric cl 1:infanLenc du gen - un tombeau sur la Lerre e_,rnno . .
I
et
le
Yieux:
chern
1
ier
d deans
la
l csaix,
. . dont il ianora1t
encore la Imort, leur était des plus viyes; J aurais eu. bcsom mère, mon one e
ra1 D
o
I
leur
promenade
habituelle
sur
les
J0r
s &lt;l'
d't111
ami
qui
la
comprit
et
la
partagcal,
La~, 'd, la victoire en enfonçant a cocurent dl'CJ c
. •
d O' · éral d'
' le commandant R*'*, heureux, aprc~ Seine mais je ne prenais que fort ~eu e
des O'renaclicrs autrichiens u oc•1 .
1
is
qud
c
; . t'ons d'avoir enfin relrouYe part leu r comcrsation et leur cachais. mes
onnc
o
J
cval
que
JC
tant c p1 n a J '
'
• •
d'
z I S'apercevant alors que Ie cl , .
l'abondance
et la bonne chère, ela1t \u~c t1'.istcs pensées, qui se reportaient touJ0urs
ac l~·s était lé"èrcmcnt hlcssé à la cuisse, l_c
sur mon m..•Il1c·t11·cux:, père' mourant
, faute~.de
mon
I
. par l'oreille et me dit. rraicté folle qui me pcrç_ait le cœu'.·· _Ans~•
premier
Consulome prit
.
'
Dien
que
mon
état
alarrnaL
ma mc1c,
~ésolus dè partir sans l'.11 p_our Pal'ls' rn~1sc1! soms •.. •
•t
t I bon
. 1l . &lt;&lt; Je te prètcrai mes chcrnux. pouJ
Canrobert
et
M.
d'Eslrcssc,
1
s
euren
c
en na1 •
. .1
I
mmanclant
•ltcndit lorsque je n avais aucun besom
les faire arranger a1ns1. n ,~ co . 1'
1
' t de ne pas l'aoora,
. "" 'crrJar .des obsen'a1
11
espri
d
1
qu'il' était de son devoii· ~e me ;~ .:~
cl
Gt·aziani étant mort en 18 [9., , JC SUIS.,C SC'U
1a c,
lions
ui
ne
font
,p1'irriter
une
amc
ma
dans
ks
bras
de
ma
mère,
cl
JC
fus
o
l
'oe
· assis
. L'e a1l SJeO'
officier français qui· ait
. eC C
'
. ·
'à Pai·i· - où nous mais ifs èhcrchère11t à éloi_gnc~ in_sc~siblcmcn~
Gc'11cs ainsi r1u'11 la bataille de Mar?ngo. . , subir sa compagnie JUS(Jll ' ' :s,
les Lristes souvenirs qm cleclma,cnt moi
• celle mémor~1)·1? an·a1_1·.e' Jc . rcnns ,l. nous rcnd irnes par la mallc-poslc.
A Jrès
. r en taisant avancer le Yacanccs ~c ~nes
li csL des scènes que les gens de cœur com
. 1
J ,, Anlr1ch1ens cracua1ent pat
,. CS f'1•c\1·c qui \ïnrcnl
•
·1 ))l 1i· (·, la'
s ·Ca
Genes, que c~
,
· cl
tre riedeux. JC
Un
'
r L
sui te du traité conclu a la smlc c no
O' ' La présence de ces deux cn1~n s,
campaonc.
b
d1Yer
Loire. J'y rclrou1·a1• Co1·m dO et le comman-. •
.. . ais beaucoup fut une onnc
que J aim,
'
·
· )l'is '1
n ... Je Yisitai la tombe de mon pc~r,
1
L
. : ma douleur par le solll que Je 1 '
can n ·
,
.
brick
s1on ,l
I bic le
puis nous nous cmbarquames sui u11
··ou' r de Cal'l'I'è.re agrea
leur renc1rc 1e SCJ
. M . l' ,
t'ran ais, qui en vingt-quatre heures . no.us
1es cond u·1s1·s ':, Versailles, it Maisons,
• · · a ~rblel'
ç ·t : 'icc \u liouL de quelques JOUI s,
..
,
sat'
1
sfaction
ramma1t
Lranspo1 a ,l . · ' .
la mère de
et 1cur na11 e , '
. , . 111scns1
• . li _un vaisseau l1\'0urn:us amena.
. _
rncnl
mon
âme
qui
venait
d
elre_
s1
~1~1c ~
Colindo qui venait chercher ~011 f'.ls. Cet e~cc1:
ment froissée par la douleur. Qm m _eut ?•l
. llllC hornmc et m01 avions · Lra\CrSc
1L'lll JC
.' t
ces deux enfants, si beaux., si Pcms
a1ors que
. &lt;l' . t 'I
des éprcuYes qw a,aien
].
de vie, auraient bientôt cesse ex.is er .
ensemble dc iicn ru
· nos desticinwnlé notre attachement, mais
é
nées éLanL différentes, il fallut nous s parer,
CHAPITRE XIV
malrrré de vifs regrets.
'li d
J'~ i dit plus haut que, vers _le m1 c~ de~
. .
m à Ill wile ~a l'état1
·-, l'aide de camp Franccscb1, portcu .
Je su_is nomm~ a,dc cc~Él~L-major de Bernadollr.
s1cgr,
.
premier
maJOr de Beinadolle.
. . , d l'armée de
dépèc!lcs du général Masscna au anl la
- Nous formons à Tours la r~sen c e
Consul, élaiL parvenu en Francc_en bass
·t
Portugal.
nuiL au milieu de la llolt~ anglaise. n a:~e
l'année 18~0 apiar lui la morL de mon perc._ Alors, male c ui
La fi1n de l'automne de p
· mes Jeuncs
't.
ma
mère
reYinL
à
ar1s,
t -ait fait nomD1cr un co!1scild de tut;là N\cc
procha1 , ,
Il'
t ·e reçus l'or'avait Cll\'OJ'C. au I.-ICUX., Spire' emeure , ' •
frères rentrèrent au co ege, c J &lt; • 1 en
' la voiture cl 1es equ1pao
• · rrcs de mon
drc d'aller joindre à Rennes le g~nera
.
avec
. , pc1c,
Paris
a1rn
l'ordre de Loul ,·cndrc et dr i:cven_1r a
chrf Dcrnadottc · Il a\'ait été le meilleur
•
s
, qui,. dans
de mon pcre
' bien des c1rconstancc '
lonl de suite, cc qu'il avai Lf'.u t. Rrn , ::~.
lui avait rendu des scrl'ices en. tous ge:r:~
rctcllaiL donc 1ilu sur les n Yes u ' : ' .
• · d re ma 1.onnc
mer~,
•
·
. "'l reconnaissance
. h·',I Le cle reJ0lll
u
l)ot11· en Lcmo1gnc1
·"
.
•·t 'a'
J.. U\'atS
'
ILC
A:&lt;TOl:-SE-Cll.\RLES·L OCJS, CO~ITE DE L A~.\l.LE,
·ara1·t Cert
' t qu 1 m
,mais la chose n'était pas _facile, ~~ a cc
f:
'Il
Bernadotte
m
• 'd
Tatle.111 d11 B,IRO,&lt; GROS, ( •\/ " se·e de l 'e1·sa1lles.)
,1m1 e,
.
\, de lui w1e place d a, c
é o, ue les voitures publiques cla1c11L ~c~1
mit réserYe auprc~
.
lettre Nice en
p 1
• li de Nice i, Lyon ne pat .ait
J' . Lr0U\'C sa
'
11ombreuscs · cc c .
li ·taiL mème
de
cam
p.
aY~1
s
e
ui
m'avait
déterminé
r uc Lou les deux J0Urs, cl c c c ,
revenant de Genes, C.,q I de me prendre
comprenncnl
et
qu
'il
est
impossible_
dde
dé. f _ . J'olfrc de t• assena
.
i~cLcnuc pom· plusieurs semaines par une foule
d'officiers 1Jle sés ou malades, Ycnanl comme crire Je ne chercherai donc pas à pc111 rc cc a rc u~cdr de camlJ titulaire, en m'autonsanl
.. t dn déchirant ma première entrcrne pour a1 c
r
. al'ec ma mère
1 · f·t ci
\·c··
moi de Gènes.
1 1 qu cu v mère Msoléc et mes ceux
à aller passer q~1clqucs ' mod1s 'lt1'1 a· l'armée
:s
.
na
• . 1
auprcs c
clans lcque cc a avec 1
Pour sor tir de l'embarras
. .•rr, uc mon frère
1 _ . . 't aYanl de rern?tr
d t R.... cieux colo- \ous polll'eZ YOUS en faire une icee.
d'Italie. ~[on perc a1·a1L cx.10~ q
.
.
nous J·cLait, le comman an
'
:
ÀdolrJbe ne se trouvait pas à Par•~• _11 cl'la1
. ·' t les études nécessaires po~n. enlrc1
. d'offl cicrs et m01, nous
t
ls une douzamc
fi
r auprcs
, · d c BJ I.nadotte '- o
O'enera en
con mua
.
Ad l be n'ctait donc
.
~~ 'dàmes de former une petite caravane a Ill al: Rennes
: l'~cole polytechrnque; o p
,
1
f
d'
l'armée
de
l'Ouest.
M
a
mcrc
po~séda1L
,l
nous eumcs
c
les
encore m1·1·t
i ai·re quand
'
.
decc1
rrarrncr G.I cnobic à pied ' en tra,·ersant
.
c ~: a;scz .olie maison de cam~agnc a C~r- pas
. erdre notre père; mais en ape'
of
cl
Alpes
par
Grasse,
S1
slcron'
conLrc orls es • •
.
·L u_,
J, d h lorèt de Samt-Gcrma.111. malhcur de P .
,·elle son esprit se
o 1cle dn
.
Ga Des mulets portaient nos pcll _s r1c1·c, auprcs c '
.
· a,•ec elle' mon I • v. prenan t. cette Lr1tc n~\on frère cadet était
Digne et P· . nous permettait de faire hu1L J'y passai deux: mois
anr~bcrt, rcvrnu d'émigration, et u'.1 v1cu~ révolta a. la pen~ c 1udc faire la «uerre, lanbaga?cs'. cc qui . .
Bastide était avec moi
ou d,x. lieues pat Jour. '
., . .
officier ~L, cna1
. 1 b: ncs. ll rc~l~c,·alicr
de Malle, M. d'l~strcssc, a~re~ a1~1 cléjà
. - •1 était encore SUI es '
peu
cl me fu t d'tm grand secours' car J clais
• · d
routes a pic .' de mon père. Mes jeunes frères, . . .lll ' dis qu J • d' cxirrécs pour les armes sahab1.Luc• ,à faire d'aussi longues
. L
·oindre à nous quelquefois, et nonça aux ct~1; ~s as~cr sur-le-champ dans
h
d
'I f ·•ail extrèmcmcn t c au . Aprè&lt;- hui t \'Cnatcn SC J
I L· noi rrna "CS l"antcs et_ prcfeia .Pl . ermet tait de quiller
1al!rré les prévenances et es _ci . o 'o.
?t t. ~ ~,:ne marche très difficile, ~ous parl'infanlen c, cc qm m P.
'offrit à lui. Le
J~lll s i G1·cnoblc o1, nous trournmcs des ~'at~1cbcmcnt que LOUS me !Jrod1w1a1c~~· 1~:
. , 1 U bonne occas10n s
.
nnmcs a
•
à
J
I
Eco
e.
ne
_
.
.
d'ordonner
la création_
tombai
dans
une
sombre
mclancolie,
.
.
r nous transporter , 1 l'on. e
t
.
f
1· t drns
voilures pou_
,.
t l'hôtel où j'al'ais santé n'était plus bon_nc. J'avai,s tant so;~~~~! orrouYCrncmen t ' ena1
, •
l qm &lt;e orma
•
revis avec pcme celte 'J11 e c
lus beu- moralement et phys1qucmcnl. ... Je e ''ai d'un nouYCau rcgnnl cnS .
"Les officiers de
,
t de a crnc.
P
1OO'C. a,,ec mon père dans un temps
le departeme1_1
. . ro osés par le géuéral
.
ble d'aucun travail. La lecture, qu J '
o . Je des1ra1
, . .s et redoutais de me, reLroui·cr rncapa
l' . z yu plus
. .
deYinl insupportable. ce cor1Js deYa1ent el1 c p p
. . • · que ,·ous aie
reux: d ma mère et de mes frercs. I 1 me toujours tanL a1mee, me
. d la J·ournée
Lefebvre, qui, aul1s1,
l père dans le comaupres e
d .
ptc Je nssais une grande parlle e
.
bl 't u'ils allaient me dcman e1 corn
haul, arail r emp ace mm
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lK'É.M07'R,ES DU GÉN'É'R,Al BA'/?._ON DE JKA'R,BOT - -

mandement de la division de Paris. Le génégnc et en Ycndéc. Cc corps d'élite, fort de 7
ral Lefebvre saisit avec empressement l'occaà 8,000 hommes, devait former la réserve de Bemadottc élans celui de l'armée de l'Ouest.
sion d'ètrc utile au fils de l'un de ses anciens
l'armée dite de Portugal, dont Bernadotte En conséquence, l'état-major que mon frère
camai·acles, mort m gcrrant son pays; il
était destiné à avo:r le commandement. Cc et les autres aides de camp venaient de renomma donc mon frère sou -lieutenant clans
général cb-ait porter son &lt;1ua1ticr général à joindre à Tours, rcr ut ordre de retourner en
ce nouveau corps. Jusque-là tout allait bien ;
Tours, où l'on enroya ses cbcraux. et ses Bretagne et de se transporter à Brest, où le
mais, au lieu d'aller joindre sa compagnie,
équi pages, ainsi r1ue Lous ceux destinés aux général en chcl allait se rendre. li y a loin de
et sans mrmc attendre mon retour de Gènes,
officiers attachés à sa personne; mais le gé- Tours à Brest, surtout 1orsqu'on marche par
Adolphe s'empressa de se rendre à Rcnnrs
néral, tant pour prendre les derniers ordrrs journées d'étapes; mais comme on étai t dans
auprès de Ileruadollc, &lt;1ui, san autre considu premier Consul que pour reconduire la belle saison, que nous étions nombreux. et
dération, donna la place il celui des cieux
madame Bema1Hfltc, dcYailsc rendre à Paris, jeunes, le voyage fut fort gai. Ne pourant
frères qui arri ra le premier, comme s'il se
cl comme en pareil cas il est d'usage c1ue, monter it chcral, par sui te d'une blessure
ftit agi d'un JJrix il la course! ... De sorlc
pendant l'absence du général, les officiers de accidentelle reçue à la hanche, je me plaçai
r1uc, en rejoignant à Rennes l'état-major de
son état-major obtiennent la permission d'aller da11s l'une des l'Oitures du général c11 chef'.
l'armée de l'Oues t, j'appris que mon frère
faire leurs adieux it leurs parents, il fut décidé Nous retrouYùmcs celui-ci à Bres t.
arait reçu le Jircret d'aide de camp titulaire
La rade de IlresLcontenait alors non seuleque tous les aides de camp titulaires pourraient
auprès du général en chef, et que je n'étais
ment
un très g1,and nombre de raisscaux. franse rendre à Paris, et que les su1·11umél'aii-es
qu'aide de camp à la suite, c'est-à-dire proçai
,
mais
encore la flotte espagnole, comaccompagneraient les équipages à Tours, afin
Yisoirc. Cela me désappointa beaucoup, car,
mandée
par
l'amiral Gral'ina, qui fut tué plus
de surl'ciller les domestiques, les payer chaque
si j e m 'r fusse attendu, j'aurais accepté la
lard
à
la
bataille
de Trafalgar, où les /lottes
mois, s'entendre arec les commissaires des
proposition du général )Iasséna, mais il n'était
de
France
et
d'Espagne
combinées combattiguerres pour les d:stributions de fou rrages et
plus temps! En min le général Bernadollc
rent
celle
de
l',\nglctcrrc,
commandée par le
la répartition• des logements de cc grand
m'as ura Cflt'il obtiendrait que le nombre de
célèbre Nelson, qui pél'it dans cette jouméc.
nombre d'hommes et de che1•aux. Cette désases aides de camp fùt augmenté, je ne J'esgréable corréc tomba donc sur le lieutenant A l'époque où nous arri1·ùmes à Brest, les
pérais pas et compris que sous peu ou me
deux /lottes alliées étaient destinées il transMauri n cl sur moi, qui n'al'ions pas J'ayanferait aller ailleurs. Jamais je n'ai approul'é
por ter en Irlande le général Bernadotte et de
lagc d'ètrc aides de camp titulaires. Nous
que cieux. frères senissent ensemble dans le
nombreuses troupes de déLarquemcut, tanL
fi mes au plus fort de l'hi rer et à chernl, par
mème état-major ou dans Je même régiment,
françaises qu 'espagnoles; mais en attendant
parce qu 'ils se nuisent toujours l'un à l'au- un temps affreux, les huit longues journées qu'on fi't cette expédition, qui ne se réalisa
tre. Yous rcrrez qne dans le cours de notre d'étape qui séparent Rennes de Tours, 011 pas, la présc·ncc de taRt d'officiers de terre et
nous eùmes tou tes sortes de peines à établir
cari·ièrc il en fut som·ent ainsi.
çle mer rendait la ,,ilJc de Brest fort animée.
le quartier général. On nous al'ail dit c1uïl
L'état-major de Ilemado.ttc était alors comLe général en chef, les amiraux et plnsicurs
n'y resterait tout au plus qu e quinze jours,
posé d'ofûciers qui parvinrent presque Lous il
généraux receraient Lous les jours . Les troumais nous y rcstàmcs six grands mois à nous
des grades élel'éS. Quatre d'entre eux étaient
pes des cieux. nations viraient dans la meilennuyer horriJ)lement, tandis que nos camadéjà colonels, saroir: Gérard, Maison, Yilleure intclligcncc, et je fis connais ance de
rades se cli rerLissaicnt dans la capitale. Cc plusicu rs officiers espagnols.
lallc et Maurin. Le plus rcmarr1uable était
inco11testablemcnt Gérard . li avait beaucoup fn L là un a,ant-go1it des désagrémen ts qw\
Nous nous lrourions fort bien i1 Brest, lorsj'~prouYai à ètre aide de camp surnuméraire-.
de moyens, de la braroure et un grand insque
le général en chef jugea ii propos de
.\insi se termina l'année 1800, pendant
tinct de la guerre. Sc trouranl sous les ordres
laquelle j'arais éprouré lan L de peines mo- rclransporlcr le quartier général à llc11ncs,
du maréchal Grouchy le jour de la bataille de rales et physiques.
l'illc fort triste, mais plus au centre du comWaterloo, il lui donna d'excellents conseils
mandement.
1 peine y fùmcs-nous établis,
La ville de Tours était alors fort bien haqui auraient pu nous assurer la ,·ictoirc. Maique
cc
que
j'ayais
prévu arrira. Le premier
son dcrint maréchal, puis ministre de la bitée; on aimait à s'y diYerlir, et bien que je Consul restreignit le nombre des aides de
reçusse
de
nombreuses
illl'ilalions,
je
n'en
guerre sous les Bourbons. Yillattc fut génécamp que le général en chef dcl'ait conscrrrr.
ral de dil'ision sous la HesLauration; il en acceptai aucune. L'attention que j'apportais à Il ne pomait al'Oir qu'un colonel, cinq offifut de mème de Maurin. Les autres aides de su rveiller la grande quantité d'hommes el de ciers de grade inférieur, et plus d'officiers
camp de Bernaclollc étaient les chefs d'esca- cbe,·aux me donnait heureusement beaucoup provisoires. En conséquence, je fus aYcrti
dron Chalopin, Lué i, Austerli tz, Mrrgcy, qui d'occupation ; sans quoi l'isolement dans que j'allais ètrc placé dans un n:gimcnt de
devin t général de brigade; le capitaine Mau- lequel j e Yirais m'cùt été insupportable. Le cavalerie légère. J'en eusse pris mon parti si
rin, frère du colonel, del'in t lui-mèmc géné- nombre des chcraux du général en chef cl c'cùt été pour retourner au 1er de housards,
ral de brigade, de mèmc que le sous-lieute- des officiers de son état-major s'élevait à plus où j'étais connu, et dont je portais l'uniforme ;
nant Yillalle. Mon frère Adolphe, qui fut de qualre-l'ingts, et tous étaient à ma dispo- mais il y a l'ait plus d'un an que j 'arais quitté
sition. J 'en montais deux ou trois chaque
général de brigade, complétait les aides de
j our, cl je faisais aux cnl'irons de Tours de le corps; le colonel m 'araiL fait remplacer, et
camp titulaires; enfin, Maurin, frère des
le ministre m'enroya une commission pour
deux. premiers, qui deYint colonel, et moi, longues promenades, qui, bien que solitaires, aller scnir clans le 25e de chasseurs à chC1·al,
ayaicnt
un
grand
charme
pour
moi
et me
étions tous deux aides de camp sumuméqui venait d'entrer en Espagne et se rendait
donnaient de douces distractions.
raires. Ainsi, sur onze aides de camp atlasui· les frontières du Portugal, vers Salacl1és à l'état-major de Ber nadotte, deux. parmanque et Zamora ! Je :Sentis alors plus amèYinrcnt au grade de maréchal, trois à celui
CHAPITRE XV
rement le tort que m'arait fait le général Berde lieutenant général, quatre furent marénadotte, car, sans ses promesses trompeuses,
chaux de camp, et un mourut sur le champ Séjour à IJrcsl cl à Rennes. - Je suis nommé au je serais entré comme aide de camp en pied
25• de clrasseurs cl c,n-oyé it l'armée de Portugal.
de bataille.
auprès du maréchal Masséna, en Italie, ou
- Yoyage de Xanlcs à Bordeaux cl i, Salamanque.
Dans l'l1ircr de 1800, le Portugal, soutenu
j'eusse repris ma place au 1er de housards .
- Nous formons arec le. général Leclerc l'aile
tlt•oilc ,te l'armée espagnole. - 1802. - llclou1·
par l'Angleterre, ayant déclaré la guerre à
J'étais donc fort mécontent; mais il fallait
eu France.
l'Espagne, le gournmemcnt français résolut
obéir!... Une fois les premiers mouYemcnts
de soutenir celle-ci. En conséquence, il ende mauraise humeur · passés, - ils passent
Cependant, le premier Consul arait changé
Yoya des troupes à Bayonne, à Bordeaux, et
ses dispositions relativement à l'armée de Yite à cet àge, - il me tardait de me mettre
réunit à Tours les compagnies de grenadiers
Portugal. li en confia le commandement au en route pour m'éloigner du général Bernade nombreux régiments disséminés en Ilretagénéral Leclerc, son beau-frère, et maintint dotte dont je croyais avoir à me plaindre.
J'avais très peu d'argent ; mon père en avait

�r-

.MÉJHOl'J(ES DU GÉNÉ'/(llL B.ll'R,ON DE .M.ll'R,BOT -

1i1STO'J{1Jl

dernière manière de Yoyagcr. Après notre
sou,·cnl prèté à cc général , surtout lorsqu'il gcurs non loin de la frontière. De tout temps,
arrivée
à Bayonne, don Raphaël, étant de\'Cllll
fit l'acquisition de la terre de Lagrange; mèmc avant les guerres de l'Indépcndancc et le directeur de notre YOyagc, me dit que,
les
guerres
civiles,
le
caractère
aventureux
mais bien qu'il sût que le fils de son ami, il
n'étant ni assez grands seigneurs pour louer
peine remis d'une récente blessure, allait cl :paresseux des Espagnols leur a donné un pour nous seuls une voilure avec attelage de
trarerser une grande partie de la France, la goût décidé pour le brigandage, cl cc goût mules, ni assez gueux pour aller avec les
totalité de l'Espagne, et devait en outre re- était entretenu par le morcellement du pays âniers, il nous restait à choisir de courir la
nouveler ses uniformes, il ne m'offrit pas de en plusie?rs royaumes, qui, ayant formé
poste à franc étrier ou de prendre place dans
m'avancer un sou, cl pour rien au monde je jadis des Etals indépendants, ont chacun con- un voiturin. Le franc étrier, dont j'ai depuis
servé
leurs
lois,
leurs
usages
et
leurs
fronne le lui aurais demandé. Mais fort heureusetant fait usage, ne pouvait me convenir par
ment' pour moi, ma mère avait à Rennes un tières respectives. Quelques-uns de ces anl'impossibilité
de pouYoir porter nos cllcts
rieil oncle, M. de Verdal (de Gruniac), ancien ciens Étals sont soumis aux droits de douane, avec nous; il fut donc arrèté que nous irions
tandis
:que
d'autres,
tels
que
la
Biscaye
cl
la
major au régiment de Penthièvre-infanterie.
par le voiturin.
C'était auprès de lui que ma mère avait passé NaYarre, en sont exempts. li en résulte que
Don Raphaël traita arec un indiYidu, qui,
les
habitants
des
provinces
jou.issanl
de
la
les premières années de la Révolution. Cc
moyennant
800 francs par tète, s'engagea à
ricillard était un peu original, mais fort bon : franchise du commerce cherchent constam- nous transporter à Salamanque, en nous loment
à
introduire
des
marchandiscs
prohi11011 seulement il m'arnnça l'argent dont
geant et nourrissant à ses frais. Je tromais
j'ayais grand besoin, mais il m'en donna bées dans celles dont les frontières sont gar- cela bien cher, car c'était le double de cc
dées par des lignes de douaniers bien armés
rnèmc de sa propre bourse.
qu'un pareil voyage eût coûté en Jirance, cl
Bien qu'à cette époque les chasseurs por- cl fort braves. Les contrebandiers, de leur puis je venais de dépenser beaucoup d'argent
tassent le dolman des housards, si cc n'est colé, ont de temps immémorial four1ù des pour me rendre à Bayonne. Mais c'était le
11u'il était rerl, je fus assez peu raisonnable bandes qui agissent au moyen de la fOl'Ce, pi·i:r:, el il n'y avait pas moyen de faire autrepour rcrser quelques larmes, quand il me lorsque la rnse ne suffit pas, et leur métier ment pour rejoindre mon nou,·eau régiment.
fallut quiller l'uniforme de Bercheny cl re- n'a rien de déshonorant ' aux yeux des Espa- J'acceptai donc.
noncer à la dénomination &lt;le housard pour gnols, qui le considèrent comme une guerre
'ous parlimcs dans un immense et vieux
dern1ùr chasseur!... Mes adieux au général juste contre l'abus de~ droits de douane. Pré- carrosse, dont trois places étaicnl occupées
parer
les
expéditions,
aller
à
la
découverte,
Bernadotte furent assez froids. li me donna
par un habitant de Cadix, sa femme et sa
des lettres de recommandation pour Lucien se garder militairement, se cacher dans les fille. Un prieur de Bénédictins de l'Université
Bonaparte, alors ambassadeur de France à montagnes, y coucher, fumer el dormir, telle de Salamanque complétait le chargement.
)ladrid, ainsi que pour le général Leclerc, est la Yie des contrebandiers, que les grands
Tout dm•ait être nouYeau pour moi 'dans
bénéfices d'une seule opération meltent à
commandant de notre armée de Portugal.
cc voyage. D'abord l'allelage, qui m'étonna
même
de
vivre
largement
sans
rien
faire
penLe jour de mon départ, tous les aides de
beaucoup. li se compo5ait de six mules sucamp se réunirent pour me donner à déjeu- dant plusieurs mois. Cependant, lorsque les . perbes, dont, à mon grand étonnement, ks
ner ; puis je me mis en route le cœur fort douaniers espagnols, avec lesquels ils onl de deux du timon étaient les seules qui eussent
gros. J'arrivai à Nantes après deux jours de fréquents engagements, les ont battus et ont des brides et des rênes; les quatre autres
marche, brisé de fatigue, souffrant_ de mon pris leurs co1woi~ de marchandises, les con- allaient en liberté, guidées par la \'oix du
côlé, cl bien persuadé que je ne pourrais ja- trebandiers espagnols, réduits aux abois, r:c Yoiturier cl de son zagal, ou garçon d'attemais supporter le cheral pendant les quatre reculent pas devant la pensée de se w.ir~ lage. Le premier, perché magistralement sur
cent cinquante lieues que j'avais à faire pour rnleurs de grands chemins, profession qu'Ils un énorme siège, donnait gra,·emcnt ses ordn•s
p,al'\'cnir aux frontières du Po1·Lugal. Je trou- exerçaient alors a,·cc une certaine magnani- au zagal, qui, leste comme un écureuil, faisait
mi précisément chez un ancien camarade de milé, car jamais ils n'assa~sinaient les vc~a- C[uelquefois plus d'une lieue à pied en couSorèze, qui habitait Nantes, un officier espa- gem·s, et ils leur laissaient habituellement de rant à côté des mules allant au grand trot ;
gnol nommé don Raphaël, qui rejoignait le quoi poursuivre leur route. C'est ainsi qu'ils puis, en un clin d'œil, il grimpait sur le siège
depôl de son régiment en Estramadurc, rl il venaient d'agir vis-it-vis d'une famille anglaise, à côté de son maître, pour redescendre et
fut convenu que je le guiderais jusqu'aux cl le général Ducos, désirant nous éviter le remonter encore, el cela vingt fois pendant la
Pyrénées, el que fa il prcnd rail la direction clé agrément d'ètre dépouillés, avait résolu de journée, tournant autour de la voilu rc cl de
retarder notre déparl; mais don Raphaël lui
du royagc que nous dcr:ons faire ensemble.
ayant
fait observer qu'il connaissait assez les l'attelage pour s'assurer que rien n'était déNous travcrsàmes en diligence toute la
rangé, cl faisanl cc manège en chantan t con'fondée, dont presque tous les bomgs cl vil- habitudes des Yolcu rs espagnols pour être cer- tinucllcmcnl, afin d'encourager ses mules,
tain
que
le
momenl
le
plus
farn1·ablc
pour
lages portaient encore les traces de l'incendie,
r1u'il appelait chacune par son nom ; mais il
bien que la guerre cil'ilc fûl term.inéc depuis voyager dans une province était celui oit les ne les frappait jamais, sa rnix suffisant pour
deux ans. Ces mines faisaient peine à rnir. bandes YCnaient d'y commcllrc quelque délit, ranimer celle des mules qui ralrntis5ait son
?fous Yisitàmes la Rochelle, Rochefort cl flor- parce qu'elles s'en éloignent momentané- train.
dcaux. Oc Bordcattx à Bayonne, on allai t dans ment, le général autorisa notre départ.
Les manœu\'l'es et surtoul les chants de
A l'époque dont je parle, les chernux de
des espèces de berlines it quatre places qui
cet homme m'amusaient beaucoup. Je pretrait
étaient
inconnus
en
Espagne,
où
toutes
ne marchaient jamais qu'au pas dans les sanais aussi un vif intérèt à ce qui se disait
bles des Landes; aussi mcllions-nous sou rcn t les voitures, même celles du Roi, étaient dans la voiture, car, bien que je 11e parlasse
pied à terre, cl, marchant gaiement, nous trainées par des mules. Les diligences n'exis- pas espagnol, cc que je savais de latin et
allions nous reposer sous quelque groupe de taient pas, cl il n'y avait dans les postes que d'italien me mettait à mème de comprendre
pins; alors, assis 11 !l'ombre, don Raphaël des che,·aux. de selle, de sorte que les plus mes compagnons de voyage, auxquels je rt;_
prenait sa mandoline el chantait. Nous mimes grands seigneurs, ayant des roilures à eux, pondais en français. lis l'entendaient pas,aainsi cinq ou six jours pour gagner Bayonne. étaient forcés. lorsqu'ils ,·oyagcaienl, de louer blement. Les cinq Espagnols, même les deux
Avant de passer les Pyrénées, je devais me des mules de trait el de marcher à petites dames cl le moine, allumèrent bientôt leurs
présenter chez le général commandant à journées. Les voyageurs aisés prenaient des cigares. Quel dommage que je n'eusse pas
Bayonne. li se nommait Ducos. C'était un ,·oitmins qui ne faisaient que dix lieues par encore l'habitude de fumer! Nous étions tous
excellent homme qui avait servi sous mon jour. Les gens du peuple se joignaient à des de belle humeur. Don Raphaël, les dames cl
père. li voulait, par intérèl pour moi, retar- caravanes d'àniers qui transportaient les ba- même le gros Dénédictin chantaient en chœur.
der de quelques jours mon entrée en Espa- gages à l'instar de nos rouliers, mais personne Nous partions ordinairement le matin. On
gne, parce qu'il venail d'apprendre qu'une ne marchait isolément, tant à cause des vo- s'arrètait de. une heure à trois heures pour
bande de voleurs a,·ail détroussé des ,·oya- leurs que par le mépris r1u 'inspirait celle
.., 16o ,,.,.,

din'.•r, faire reposer lrs 111ul(•s et laisser pa~~l'I' d1éc. je le faisais. remplir cl a rais une pail- 1•11 tant de rai,-011, ear, l'année suirantr, le
la forte chaleur, pendant laf)lll'llc 011 dormait. lasse proprt•. )Ion u11·&lt;•11Lion l'ut imitée par du11 g~1_1l'l'al, ayant eu le rommandemc11L de J'expt:c~ que l~s l•:spag11ols appr laiL•11L (ail'e /a lfaphaël.
d1l1un de ~ainl-Homing11c, emmena 1111 lic11•;'e~le. l'111s 011 gag11ail la 1·ouch(:e. Ll's rl'pas
.\'o_us lra n·rs,tlllcs les prnrinrt'S de .\'ararrt•, lena11l qui, sur lllOII ref'u s, était entré it son
el,11e11l asst·z alJ011da11ls, mais la cuisi11e L'spa- de Biscaye_ el d'.\la ra, pays d(• hautes mo11- t:lal-n1ajor, cl Lous ll's ol'licil'rs, ainsi 1p1e le
g11ole nit· parut tout d'abord d'1111 u·o,H atnJt:c : lag-11es: pu ,s nous passùnll's I tlm· el t•11t1·ù- gl'11t'l'al, muur11re11L de la lit•IT(' ,ja11111•.
tl'Pl'lllla11_t, je. finis JI"" m'y haliil~t'r. Mais j~ n,1t•s d~11s les im n1cnst•s plai lies &lt;le Castilie.
,Je trou rai lc 2:&gt;c de chasscms il !'-alamanqm·.
11e. JHts .1ama1s me lüire aux lwrrilill's li ts ,'fo1.1s ,111tt•s Burgos, \'allaclolid, cl a1Ti1·,\rnL•s Lt• tolo11d, .\1. Moreau. étail 1111 1il'il offü:ier
(j 11 011 11uus offrait le soir da11s les 11osrulas 011
(·11/111, après q11i11zp jours de marche, il Salafort 11011. li me reçut trt·s hicn, mes 11oun·a11x
auherg'L's . lis étai1'11l rrai111e11l d(:"'oÙlauts, l'L nianr1lH!. Cl' fu t lit 'lue je me séparai' 11011 ~amar~des aussi, cl au bout de quelques
do11 Baphaël, qui rc11ai L de passe~ un an e11 sans regret, de mon bon compagnon &lt;le royagc JOurs JC fus au mieux al'ec Lous. On m 'iulro-

('liché XcurJcin.

L.1

.1101n

!lra11e'.'• ,:1ail lorré cl 't'11 &lt;·011n:11ir. l'uur ol11 icr
", !'('l lllt'(H·l\·l'tlie11I. le jour dt• n1t111 ('l tlr(:,. 1, 11
llspa,.:nc. Jl' dl'nla1Hlai it cu11dwr SUI' lllll' hull(•
de jl.tllll'. ~lall~t'l'.rt•11st'lll('III. j'appris 'lll.ull!'
liollc dl' l'.a1ll1•_l'la1I rhosl' i11ro1111111: c11cc p,11·s,
l'.''.rct•. q11 au ht'u de lmUre h·s /,!'l' rlic::; u11 ·1l's
!.~il !u11ll'r ~ous les pieds tics nntl,·s. rt· tpii
l'l'duil la paille 1·11 petits liri11s ù pciuc loiws
'.'0'.111111• la !110ilié cl11 doi;:t. )lais j'eus la l10111~c
1dcl' de !.ure re111plir UII wa11cl S il(' de toile
an•&lt;· ('L'llt' pai_llc had1fr: puis, le pl.içanl da11s
1111c gT,rngt·, .Je me !'ouchai dt•ssus, ('Jtrcloppé
dans mu11 111,111tcau, cl él'itai ainsi la rcrmi11c
dont les lits et les chambres étaieut infesté:,.
Le matin,_je Yidai mon :,ac, qni l'ut plat:é
dans la l'Otture, de :,Orle que, il t:haq uc 1:uu1. -

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L1mnc.

du11 llaphai.•1. qut• ji; d1·1ais rctroul'cr plus dui,,it da11,- la sot il"lt; de la ,illc, l'ar alor,- la
lard, dam; rcs 1mlrnes ro11trécs, pe11da11l la pusilio11 de Vr,UH·ais {Lait 1111 11c pt·11I pl11,~m•rn· dt• l'l11d1:pc11&lt;l,111t·c. L(· g01tl'ral Lcclt·ri· :•gTéahll'_ en l~~pag11e. l'I l'III it'l'l'lllClll oppo,fr
~c lrourail ù Sala111,u11p1e: il 111c rerul pa1fai- a l'l' q11 0lle lu t de[Htis. l-:11 l'lll'l cil 1~1)1
, ,
1
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l
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l1·11H·1_1 t l'i 1111· 111:opu~a 1111\lllc de rt'sll'r aupri·s 11ous l'l1u11s
a li1:s au x l·:spa~11ols. \'u11s 1t·11io11,'.11· 1111tu111111c atd(• dt· !'a111p it la s11itt·: 111ais rnn ili,~ltre po111.' eux ro11tr1: les l'ort11g,lis l'l 1,·s
,Il' l't•11ais dl' li,i rc lllle cxpfriclll'C qui n°1'arait .\11gla1s; a11ss1 11011s lrail ai1·11t-ils en amis.
dé~llolllré 'llll''. si le scrricc de l'étal-lllajor J.cs . olïiricrs fra11~;ais dait•11l log0s rhl'Z ll's
ollrl' plus &lt;le ltlierh: et d'agrénw11L ljlll' cel ui ha h1~u1ts les plus riches; c'était il qui l 'll
des lrou p'.'s, ('l' n'est 11ue lorsq u'on s'y tro11,·c aui:,ut ;,, 01~ les ret:crail pa1·Lu11t, 011 l1·s acl'a&lt;·omnw aide de carnp LilulaÎl'c : sans 11uoi
bla1l d 111nlatio11s..\ insi admis fa111ili1·rl'111cnl
l~11ll's les w1•1·l'cs lornlJe11l sur mus, cl rou; dans lï11téri(·ut· des E;;paguols, uous ['lllll('~,
11arez 1p1'u11c po:::ilio11 très précaire. Je rcf'u sai l'II JlCll &lt;le lcntjls, IJcauroup n1icux t·u1wailr&lt;·
do_11c la foreur &lt;1ue le géuéral en chef rnulait l_~u1·s mœur_s tfUC 11e pure11t le l'aire, en plu1~ accorder, cl demandai à aller faire le scrsieurs an11ees, ll's oHiciers qui Ill' rinreul
nœ dans Illon n:gi111l'J1I. Bit•JJ rne prit d'aroir daas la 1'é11i11, ulc , u'il l'éJ1oque dl' la guc:'l'c
1

�r - 111ST0'/{1.ll

-------------------------------------------.#

tl1• lï111l1:pc11tla11cl' ..Je logt'ais dwz 1111 prol'l',,l'ur d1· IT11i1er,ilé. q11i m·a,ail plal'l; dnns
um• lrt·, jolie• 1'hantln·1• tlonna11l ,11r la ht•llc
plal'c lh' Sal:11nanr[111'. Le S('l'l'iC't' q111· jl' fai~ai,
au régiment l:lanl peu fatigant me lai,~ait
1111l'ICJlll'" loi,ir,: j'1•11 profilai polll' l:lucli,•r la
la11guc l'&gt;pag11olc·, qui l',l. it mon aYi~, la plu,
majl'sl111•11~e l'l la plus lll'llc dl' l'E11rop1·. C1•
l'ut it Salama111111e qu,• ,je ,i, pour la premièr1•
foi, le ('l:ièlm• ::ténfral Lasall(•, alors rnlo11l'I
d11 1occl1· ho11,ard,. 111111' \l'llditun dl('1al.
1.l's quinze millt' Franc:ais 1•11H1~t:, clan~ la
P1:nin~11lt· aw&lt;· h· µ1:nl'r,d Ll'l'll•rc l'or111ai1·nl
J'aill' droite dl' la gra111l1• al'llll:l' 1·,pagnolc,
&lt;111e commandait 11• prirll'l' de la P:1ix, l'l ,c
Lro11rnil'nt ain,i so11s ses ordres. li , inl 11011s
pa,,er l'll l'i'\ li('. C1• ra,ori dl' la rcÎlll' d'E,paµne 1:1ail alors Il' roi tll• fait. li 1111• parnl
l'ort ,ati,l'ail de ,a per,011m•, hi,•n q11ïl l'ùt
pt•lil l'i d'un1· fig111·1• sans di,ti1wlio11: 111ai, il
Ill' 111a11111iail 11i cil' gr;k1• 11i lit' 1110~1·11,. li mil
notre 1·0111s d'arn1fr L'n 111011\L'llll'III , L'I 11olr1·
n\:inll'11l alla it Toro. p11i, il Za111or.1. ,Il' rL"l-(l'l'llai d'ahord S:ila111a11que, 11,ais 11~11, lï1111l's
au,,i tri·, hi1•11 dan, l'L'' a11lr1•~ 1ill1•,. ,nrto11l
it Zamora. 011 je logr•ai l'lwz nu 1°il'IH' 111:g-orianl donl la mai,m1 a1.1il 1111 ,rqwrhe jar1li11,
tian, kq11d 1111e no1uhn•11~e soril'lt; Sl' rL"1111is,ait h• ,oir pour foire lit' la m11,iq11c l'l pa,sl'I'
11111• partie tl1• la 1111il it l'a11s1•r ,Ill milil'II dl's
l11N1111•1, d1· gmi:11lier,. dt• 1111 rll's l'l dt• l'ilro1111i1•r,. JI 1•,t dilïil'il,· (ho hi1·11 ap111·t:ricr Il',
li1·a11l1:, dl' la 11al111·1• lor,q11'011 11c l'lt1111ait pas
IL-, MliriL'llst'" 1111ib dt•, pa)s 111éridio11atl\ !...
Il l'allul r,·pemlaul ,·arr:1('h1·r it l'agl'!:alil1•
, ie q111· 11011, 1111•11i11n,-, pour alll'r allaq111•r Il',
Porlu!!ais. ~mis cnlr,\1m·~ do11r s11r 11·111· 11'1'riloirl'. Il ~ 1•11l qrll'lqm·, pl'lib ('1Jllil1ah qui
fur1•ul tous it 11olr1• a1a11tagl'. Le 1·11111~ fra11t·ais Sl' porta ,11r \ïscu. 1wnda11L q111• l'ar111,:,.
1·,pa;,tuul1• d,•,(·1•1111:iit h· Ta;r1· d pé111:lrail d:111~
l'.\lt-nll'jo. ~011, (·111npliou, l'lllrl'r l1ic11tùl 1·11
1ai11qm•urs i1 l,isho1111t·: mais le pri11n· d,· la
Pai,, qui ,11ail appl'lé sans r1:nexio11 b troupt•s dans la P1:11i11,11lc, ,·1·ffra~a a11,si ~.111, r&lt;.:..
ll l'\io11 d1· l&lt;•nr p1ùt·m·1•, l'l, 1wrn r ,·1·11 d1:harra,,1•r, nu 1d11t a11•1· li' Porl11~al, i1 lï11s11 d11
pr1•111i(•r Cousu!, 1111 lraiL{- d1• pai~ q11ïl t•ul
l'adr1•s~c dt• fairl' ralifit•r par l'a111lias,ad1•111·
tl1• Frantl', Lucien Bo11aparl1•. ('C q11i ir'tila
, i11•111e11l le prrn1icr Consul : cl dt• n· jour
data lï11imilié des deu, lrèn•~.
Lt·S ll'OUl'l'S française ' l'l'Slèn•11l l'lll'Ol'l'
&lt;[lll'ltpll'S moi~ t'll Portugal, 0~1 11011, romn1t•11çt'11111•s l'a11111:t&gt; 1XU2; puis uou~ rl'lourrn\1111's l'll E,pagne, l'l r1•1innH's SU('l't•ssi1t•111enl
dans 110s l'harmantc~ garnisons de Zamora,
Toro t'l Salaman11ue, où nous élion toujour·
si bien reçus.
Cette fois, je tra1wsai l'Espagi1t' 11 d1crnl
an•c mon rl"gimcnl, l'l 11 ·eus plus il redou ter
lt•s horrihll's lits dt'S po,ad:ts, p11isque nous
étions logés chaq uc soir chrz les propri1:Lairl's
les plus :tisés. Ll'S marches pa.r {-Laprs, lor~qu 'on les fail an'c un régiml'nl cl par Il' beau
Lemps, ne manqurnl pas d'un ccrt:tin ch:trnll'.
On changr consl:tmnwnt de lieux s:tn, quiller
se camarades: on Yo:l le pais dans ses plus
grands détails ; on cause toul le long de la

roull': 011 dirll' 1•n,1·111bh·. tantùt hil'II, la11tùl
mal, l'i 1'011 1•,I it 1mlnw d'obsl' l'll'r l,•s mœnrs
tb hal1it:111b. ~olrt• plus /!rand plaisir l'lail
dt• roir 11• soir les l•:s pag1111ls, s1• ré1L'illanl dl'
kur lorpt•ur, tla11s1•r Il' fo11da11go t•I k, bolfros
a11•1· u111• aµ-ili11: cl 1111c lfl'iÎt'C part'aill's, qui Sl'
trOlll"l'lll 111è1111• ch1·1. lt•s , illagL•oi,. Sollll'lll Il'
1'olo11cl ll'Ul' offrait ~a lll11 ~iq1H' : mais ils
pr1:1i:r:ii1•11l. :111•&lt;· rai,011. la guitan·. Il', ('a,lag111'll1•, l'I la rnix d'11111• li•1n1111•, ecl accompag111•mL'III lai,,a11l i, h•11r tla1N' lt• rararti·n·
11alio11al. (h liais i111pn11 is,:s 1·11 ph•i11 air par
la da"1' ou11·ii·r1·, La11I da11, 11•~ , ifü·, q111•
da11s l1•, ra111pag11L's. :11aie11l u11 ld eha1·111L'
pour 11011, . hi1•11 11111' simple · ~pL'dalt•ur,, qm•
IIOIIS :trions pL'im• i1 IIOIIS ('li 1:loignl'I', .\pri·s
plus d'un grand 111oi, tl1• r1111h•. non, rqia,s,1n1t•s la llida,soa , l'i. bi1•11 1p11•j1• 11·1•11s~1• q11 'i1
111:• l11111·r d1• 111011 ,,:jour 1·n E,pag1w, jt• r1•1i,
1:i Fra11t·1· :t11·1· pl:ii,ir.
Cll.\l'ITI\E X\ï
AH·11l11;-.• dL rouit1

dt· Ui1,·011rn il Toulotht'. 1

.\11,t1'.'&lt;-tt11 l

,:pi,otlt• · 1lï11-pt'rlio11,

.\ r1· lh· L"poqnl', b r1:1tinw11t, l'ai,ait·11I 1·mn11\n11•, IL"ur, re111011h·s. l'i Il' (·ulom·I arnit 1:11:
a11loris1: 1, :tl'hl'lt•r 1111e~oi\:H1lai111• 1h- d1L•1am,
qu ïl 1•,p,:rail H' pror111·1·r l'II 11t:Lail dan, la
S:11arr1• frant·ais1•, 1·11 c1111tlui,a11I ,011 ré1tinH•11I
i1 Toulo11,1•. oit 11011, d(•1io11s 1t-11ir µar11i,011.
~lais, pour IIIL'S p1:c111:,, 11011s arri1.11111•s i1
!~1~011111• IL' jour 1111\nw d1• la foirt• de l'l'llt'
1ill1•. JI') tro111ail ;..ri·a11d no111hn• d1· maq11i~11011s. l.1· !'olo1td traita aw1· 1'1111 d'1•u,, q11i
111111, li, ra dt• ,uilt• b d1c1"a11, donl le l'Orp.
a1ait he~oin. 011 m· po111ait IL's pa~ t•r an
1·0111pta11I, paret• que lt·, fo1ul, a11110111·é, par
11' 111inistn· 111• dl'rni1•11l arri11·1· 11111• dan, h11it
jour,. Le rnlo111'1 ol'!lo1111a do11r q11'1111 ol'fitil'r
r1•st1•rail it Bayo11lll' pour n•n•1oir l'L'l :1rgl'11L
l'i Il' rl'llll'ttri· au t'our11i,~c11r. J1• f'u d&lt;-,if.,'llé
p:1111· l"l'llt• 111audil1• l'Ol'll'l', q11i 111e rnlut pl11s
Lard 1111e aw11L111·1• f'orl dé,aµ-réahle, 11rai,,
pour Il' 1110mL·11l, j,· 11·~ ,oyai~ rp1c la priratiu11
dl' l'a1tr1:mc11l qt1l' j'aurais t'll l'll 10Ia;rc•a11l
:111•1· llll'S l'amaradl's, C1'[ll'llda11l. 111algl'l: la
1i1c l'Olllrarit;lé 11m· j'épro111ais. il l'allut ohéir.
l'ou r t'al'ilit,•r ma rl'11lr1:c au rorps, Il' l'olotll'I
dfrida qul' 111011 1·hc1al partirait a11•l' li• r1:;ri1111·11t, l'i qu 'apri·s :noir n•111pli 111a rnissim r
j1· prt'11drais la diligt'lll'e dt• Touloust·. JLco111raissais ir lla)on11e 1~u,i1•11rs ,:1i: 1L'~ dl'
Sort·ZL', q11i lllL' firl'11l pa,-st'I' Il' ll'mps agrl'ahlt·mclll. ks !'omis emoy6 par Il' rni11i~tr&lt;'
arrill'lll: je loud1c cl payt•. )le ,oilit d1:µagé
de tout soin, el je Dit' prépare it rcjoi11drc
mon régimr11l.
Je possédais un dolman en nankin, lressé
de mèmr. :tl"CC houtons en argent. J'arnis faiL
f'airr cc co tunw de f'antaisi,• lorsque j'étais it
l'état-major de Bernadotte, où il était dl'
mode d'èt l'l' ainsi rètu lorsqt1'011 YO)agcaiL
p:tr la chall•11r. k résol11s de le prt•ndn• pour
faire le Lrajet de Bayo:1ne ü Touloust', puisque
je ,ù:tais pas a1L'C la troupe. J'c111't•rml' donc
mon uniforme clans ma malle cl la foi porter
à la di ligence. où j'a,ais rl'lcnu, cl malhcurcuscmcnl payé, ma place d',t1ancc. Celle
0

1oil11 rl' parla11I it ri11q IH•ur1·, du 111ati11, je
rhargl'ai 11• /:!arro11 tl1• lï11\1t•I oi1 j1• logl'ais dl'
\"('llil' 1111' ré11·ilh·r il qualn· h1•11r1•~. l'i , I(• droit
111·a~a11I hil'II pro111i, d\ltn· l'\arl, j ,· 111\•11dormi, d:tn~ la ,frnrill' la plus complèll':
111ais il 111'011lilia. L'I, lor~qnl' ,j'm11ris h·s ~eu~.
11• ,ull'il dardait ~L'' rarn11~ dan, ma d1amhrc :
il 1:lail pins tl1• hnil Îll'lll'L'' !. .. ()11el l'Onlrrlt·111ps ! .l'l'n tl1•111c11rai 1x:1rifié! ... Pni,, apri•s
:11oir l1i1•11 pL'slé, 1111 pt'II juré, cl 111a11dit le
garço11 m:glif!1'nl . ,ÏL' 1·ompri, 11'1 ï l !'allait
pr1"11tln• une r1:solu1ion. La dili i!t'nn· 111• partait rp11· l011, li•s 1h•11, jours. pn•n1il'r i11&lt;·0111"1:11i!'11I : mais il 11·1:1ait pas IL• pl11, ;.\r,llt', l'ar
l:i e:iis,1• du ré,rinll'nl a1ait l'")l; 111a pla,·1•,
p11i~1p1l' .Ït'lais n •slt: 1•n nrrii·r1· pour affaire
d1· ,en i1·1•: rnai,,. 1·llc 11 ·1:lait pa, 11•11111· dt•
la pa~l'I' 11111• s1•1·on1li· foi,. 1·t,j'a1ai, 1•111'1:Lo11rd!'rie dl· la ,older ju,1111 'i, Tonlotr-&lt;', tl1· ~orlt·
11111·, ~i jl' prt'nais um• 1101111'll1• plar1•, 1·111·
d1•1ait 1\[r1• it 1111', rrais. Or ks diligt'll('('S
étai1•11l lrt·, !'hère, alor,, l'l j':11:tis lrt•~ p1•11
d':1r~1•nl. Puis, qui• dew11i1· p1•mla11l q11ara11l1·h11il ht·urt•, i1 Ba)OIIIH'. q11and tous m1•s t'lli·b
1:Lail'nl parti,'/ ... J1• résolus d1• faire• h• trajl'l
i1 p:1•d, "', ~orta111 i1 lï11,La11I dl' la 1ill1•, jl'
pri~ fort n:sol11u11•11I Il' drl'111i11 dl' Toulo11sc·.
J'1:t;1is 1rl11 it la 11::,t,·n·, 11 ·aiarrt 1l'a11tr1• rharg1•
q1H' 111011 s:1br1• porll: ,111• l'épa11l1•: j1• lis doll('
:i"l'Z lt•sll'llll'lll la pn•111ièn• 1:lap1·, l'l allai
1·011rh1•r it P1•11·t'horatl1·.
L1· ll'lldl'11;ai11 , jour 111:fosll'. ,Ît' 1h•1ai, alll'I'
i, llrllll'Z, l'i j'a,ai, d(ji, par1·1111r11 la nroilil'
d1• l'élapL', lor, qm· j1• t'n, ,Nailli par 1'1111 th·
1·1•, orag1·~ 1:1u1111a11tahl,·s q11·1111 111· ,oil q111·
d,111s h• )liLli . La plui,· 11H\lfr tlt· gn;k lo111l1ait
, rai1111'11t i, l&lt;H'l'l'lll, l'l 1111· fo11l'llait la li;.,:un·.
La ~ramll' rn11ll', 1h:j:i 111a111aisc, 1h•1i11t 1111
ho11rl1il'I' da11, ll'q111'I j":11ais lo11ll', lt·, pt•i11l',
du mo11d1· it 111art'h1•r a11•1· d1•, holh•s l'p1•ro1111t:l'S. L1· 101rn1•rr1• a ball it 1111 IIO)t'l' prt·, de
moi ... 11ï111porlL', j'ara11rai toujoun, a1cr 11111·
sloÏt[111• l'L"si,r11alio11. ~lais mi lit qu ·au 111ilit·11
dl's {-clair, l'i 1li· la lm1r1111•1111·. j'ap1•rt·oi,
11•1111· a moi d1·11, µl'11tlar1111·, it d11•1al. \'ou,
pou11•z ai,1:111t·11I 1(111, lil!11r1·r q111•lll' 111im·
,j'a1·ai,. apr1·s ,11oir palaugc: p1•11tla11l 1h•11,
h1•11n·, darr, la hotu·. ,11l'L' Illon pa11tal1111 cl
111011 dolnw11 de 11a11ki11 ! ...
l.1•s 1trndarnu·s appark11ai1·11l i, la 1,ri;ratlt·
d1• 1'1•1 rl'horaJt•, oi1 ils n•Lo11rnaie11l: nrais il
parait ·,1uïls arni1•11l hi,•11 d11eum: it Orllll'z.
rar ils paraissail'lll passah!Pllll'lll gris. L,• plu,
Ùf!t; nw dl'n 1amla mes papit•r,. Jl• r&lt;•nwb ma
fr11i lle de l'OIIIC Slll' laquelle j'riais dt:,ig-nl'
comme sous-lieult·11:t11l au 2:!" de d1asH•urs 11
chernl. « Toi, sou -lic11L1•na11l ! 'frric h• gendarme, 111 es trop je1111e pour èlrc clL:jà officier! - )fois lisez do11l' Il• ~ignalcme11l, ('[
yous l"crr1•z 11uïl porte que j1• n'ai pas e11eorc
Yingl an~ ; d'ailleurs. il c,t c,act dL• Lou,
points. - C't·st pos~iblc. 111ais l11 l'as l'ait
fohri11111•r, l'i la prt•UH', c'L•,L CJUl' l'u11ifor1111'
dl's 1:ha~~curs l'sl rl'rl &lt;'l qtw tu as un dolman
jaune! Tu es un conscrit réfractaire, L'L je
t'arrètc ! - Soil: mais qua11&lt;l nous St·ro11s it
Orthez, dC1·a11L ,olrc lieulcna1tl, il me sera
faci le de proul"er que je suis officier, et que
celle feuille de rou ll' a élé fai le pour moi. 1

"'-------------------

.MiMOT'JfES DU GÉNÉ~.J1L B.Jf~ON DE .M.Jf~BOT . _

,fl! 111ï11q11i1:tai, fort p1•11 d1• 111011 arr1•stalio11. par ses habits. 1&gt; Salo111011 1·11l-il 111il'm j 11~t: '! tla11I l1•s q11i11zl' j1111r, q111• j,· p;1ssai dwz l'11'.\ ,
)l,ais 10ilit qut• 11• 1ieu, l-(L'11darn11• dfrlart' &lt;1uïl
Ll' ho11 p~~ ,an JH' se horna pas it c1·la : il .Ï) ru~ traih; pl11t1ll ('Il l'llfalll dt• la 111ai,011
n l'lll~·rHI p:ts rl'1011r11er it Ortlwz, qu'i l l'Sl d1• ro11 l_11l qn l' ,Jt' rt•sl:tssl' ('hez l11i ju,q11'i1 la fin q11·1•11 lot'alair1•.
l11·'.~ad1• d~• P1•~rl'horad1•. l'l qm• (''l'sl lit q111• dt• 1oragt:, 1•1 m·_offrit i, goùt1•r: pni,. 10 11 1 t'n
l.1• l'!:µi11w11l 1:1ait uo111hr1'11\ cl l1i1·11 1110111L:.
J: nus I(• Sllll l'I'. ,)(' dt:('lal'l' que _jp n'en rl'r:1i ca11~a'.1'; 11 nw ~1111p1ïl aYail ,u jadis i, Orth1•z Xous ma11œ111Tio11s lr1•s son11·11l, n· 1111i 111ï11rH'll., qul' &lt;:1:tait ('l' qu 'il [&gt;0111ail 1·,i"l'I' si 1·l' un g1•m·ral q111 ,1· nommait )farhol. ,Ji, l11 i lt:rt's,ait h&lt;':lll('Ollp. hi1•n qui· j'~ gagna"''
• .
1
"
.
n a1a1s pas li' papi1•rs: mais qui', lui :nant n:ponl!is que r'11lait nrou pi·rc et lui donnai q111•lq1wfo1s ll's arrêts du l'lll·I t1·l'sradro11
produit '.''.11• li·'.1 illt• cl(•ronll'. il n'a pas li· &lt;Ïroil so11 s1~11alcnll'nl. .\lor~ l'!' hral!' homnw
lllandw, illt•. t'\l'l'111•111 olïiC'it·r. 1i1•11, Lro11 pier.
de 111~• l:11rl' rl'lrog-rad1•r. c•I qu'il doit, ,l'ion 1'.0111nré l~ord(•11.a11•, l'l'douhlanl de politl',sl': aH'&lt;' l1•q11el j'appris i, s1·n·ir aH'(' ,,,a,·lil 11dl',
!l's l'L'g"ll'rnents, m 'al'l'C1111pagm·r i1 Ortlwz 011 1011l11L foire ~cchcr llll's 1èt1•1111•11ts l'I nw l'l. sous &lt;·r rapport. j1· lui dois h1•anco11p. CL'
Jl' •me, r1•11d~.
L&lt;• moi11s à«é
des f"""l'nd·11·111es ~ rell•1_1ir /1 coudwr: mais ,j,· ]p l'!'llll'1Tiai l'i
•
l""
ro111111a111lanl qui. a1a11t la llt:rnl111ion, arnil
CJI'.' l'latl aussi le moins :11i111:. dit fllll' j ',1i rpprrs la ro11le d'Orthct, 011 ,j'arri,ai i, la nuit éll; aidl'-111ajor da11" ll's gl'11tlarnws d1• l.1n11:r~~s.on: alor, 11111• rm11l•,talio11 des plus 1i1·c, lo111l1:tnlt•, h:tras~t; dl' foti~u1• cl tout 1·our- 1i!l1•, p&lt;Nl1dait 11111• gra nde i11,truC'lio11. Il pors l'lt•1c 1•11lrl' t1•s d1·u, carnlil'rs: ils s'arca- hat111·é.
'
larl 1111 gra11d i11Lt:n\t atl\ jt•11111•s ol'fici1·r~ cahl1•11L dï11jurl',. l'l bi1·nl!ll. a11 111ili1·11 dt• l't'I~
pal,b d'apprl'ndrt•. 1•1 h l'ort;ait, ho11 gré.
lroiahl1• ll'111pèl1• qui nous l't11i1·011nl', ils
111al gr{-, it 1:t11di1·r lt'11r 11u:l il'I'. 011a11l a11,
rnl'llt'~ll 11• ,ahr1• it la mai11 l'l ,c C'haq.:enl
a11lr1•s, 1prïl 1to111mail tête.~ d11r('s.'il ~1• rn11:t1t•&lt;· l111·1•ur. Q11a11t it 111oi, 1-r;1ig11a11t clr l'l'Cet1·11t.1it tlt- hans~t•r lt·s ,:panlt•s lm~qu ïls 111•
~oir qm•lquc bh·,,11n• da11s ('L' ri&lt;Îil'ul1• comhal.
sa1aicnt pa, ll'ur Lhéori1• 011 foi,ail'11I d1·,
Jl' 1ksc&lt;•11dis dans un cl1•s imnwnscs foss1:s
!;111l1•~ i1 la 11r:11111•1111·t•: 111ais il 111• Il', p1111is,ail
1p1i liordt'lll la ro111t•. l'l, bien qur .Ï~ c11,,l' dt•
p111a1s pour ('l'la. \011s 1:1io11, trois so11,1 eau ,Jusq_u :i, la &lt;l'i111ur1•, jl' grimpai da11s Il'
li1•ull'11a11ls qu'il aqil disti11g11{-s : 1'·1:1ai1•111
ch:1111p 1m,rn,_ cl'où je me mis i1 1·oull'111pil'r
ml. Ga,oillt•, lll'nw11b l'l lllOi: i, ('t 11,-lii il Ill'
m'.'s d1•11~ ;.t:trllards qui s·l'stri111ait•11l i1 q11i
passait pas UII ('OllllllalHll'lll('lll illt'\;I(·[ l'I IIOIIS
11111'11 \ 11111'11\,
111\'llait aux arrèl:,, pour 11•, fa111t•, l1•, plu,
ll1•un•u,1•111t•11l, IL', 11w11teaux nwuill1:s l'i
l1:g1•res. Com111e il l'Lail l'orl ho11 1·11 ddrors
lounls qu'ils portait•ul 1•111harrassaicnl l(•ur,
du ,1•r1 it·t•, 11011, no11s has1rdù1111•s it l11i dl'h_r;'': l'i h•s _d1L•1:iu,, effra)t:, par 11• to11111·rn•,
ma11d1•r pour q11L'I 11111til' il n:s1·nait ,a s1:11:rilt:
s l'l111gua11I 1 1111 dL• l'.111[1'(•, lt•s ('Onrhall:111ls Ill'
pour 11011, : ,, ~lt· l'l'O~t·z-1011s ass1·z ,ot, 11011,
t&gt;.&lt;&gt;11_1ail'nl st' porll'r que dl·s ro11p~ mal a:,,urés.
rl'pomlit-il, pour 111·a11111:,1'r il sa1&lt;111111•r la
brlrn, l1• d1c1al du 1i1·11, gt•11darmc ,·1:1anl
lig11n• d'1111 llt'p-1''!... ~l1•s~i1•11 r, l1·ls l'i lt•I,
aha)tu. &lt;·1·1 h11111111t• roula da11s le lit,,-i:, l'i .
sont :1rop ,1g1:, l'l :11 ·0111 pa, a"l'Z dt· 11101t·11s
ap1•1·s t'II 1ltr1• ~orli 1·0111·1•rl d1· l:111f!t', il s·aperpo11r qul' jl' 111'ol'l'11p1• il p1·rliTlio111lt'r lt•ur
1:111 q_m• ,a ,die ,·1:tail hrisfr, l'i qu ïl 111· lui
in~tr11('lio11. Qu;inl ;i \(Jl1', qui a\t'Z l0111 ('('
r1;,1a1L plr~, qu'il eo11ti111H•r ;;a roult• it pil'd, 1,11
q11ïl faut pour panl'11ir, il 11111s faut él11di1•r,
d1•1·lara11l a ,011 l'amaraclc qu ïl le l'l'lldait n·,cl I ULIS L:111di1·r1•z !... Il
po11sal1ll' d1• s1111 priso11n:1·r. llt-slt: si•trl a 11 ,1, lt•
:lt•. 11 'ai ~amais oublié e1·1t1• n:po11si•, qrll' jil'.lu, rai,01111ahl1• des d1•u, g1•11darnll's, jt• !11 i
1111, a profil lor,q111• .Jt' lu, 1·1110111·1. 111·,I d1·
li, 1·11m111·1•11dr1• '. lue, si j'r11ai, qul'lqlll' l'ho,e ir
fait fllll' Il' 1i1·11, Jlla11l'lw1ill1• :11ail l1i1•11 Lir1:
n11• r1•pnwltcr, ri_ n11• M'rail fol'il1• de µa;:u1•r
l'l1oro,eo111· d1•, !roi, ,01h-li1•11lt•11anls, 1·:ir
la ra 111paµ1w. p111sq111• .ï1:1ais ":pari: dl' lui par
11011 s d1•11111111·, : l::11 oi ll1· 1i1•111t•11:111l-l'olt111t•I.
1111 la'.'!!1' li1:,~1: pll'ill d'eau q11e ""' i·lrl'ial Ill'
lh•111011L:-. g1:11fral d1· l,rigadl', l'L moi g1:,11:ral
Ju-..
L.1:0.-..LS
!'.m11 '.11l 1·1•rta1111•1111•11t pas fra11d,ir: mais que
de di1·isio11.
T.:z/-lc.111 ,te l'ERRJ'-, (.li11s~e Je 1·ersJil/c:;.)
.1 allais lt• 1·1•pa"t'r l"I 1111• r1,11 drl' 11,rs 111 i ,11 1
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lJ '.1 ,. ro11H•11aiL q11'011 111· dc·,ail pa, llll' foin•
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':L' 1111 d1:1rnia11I 11;11arrais li· dw,al qul'
r\'lrngrad1·r. ,lt• l'l'pri, do11r ma ro11le. l's&lt;·orlé
l.1· l!'11d1•rnai11. j1• 111· pth q11 'i1 gra1ul'p1•i111· .J:11:11, al'hl'lé 1•11 bpagrll': or. (·0111me li•
l';'r Il' ;.:,•1~dar1111• 1111 i ael11•H1 d1· ,,. d1:gris1•r.
r1•1111'1tr1· 111L', l1oll1•,, la11l i1 raust· d1• l1•111· jll't;li-l ,Il ait org:111is1; des ('Ollf',1•, Ü ro('(·,1,io11
·"1111, l'a11,anH'.~• l'i ~a llla11i1•rr do11t .Ît' Ill 'étais h11111iditi. '!Ill' p:tr1·1• q111• j'a1ai, lt•s pil'ds dt• j1· Ill' sais plus qul'llt• f1\t1•. (::11oilll', tri·,
rl'11d11 11'.r.,1111 ri Ill t•ùt t;lt: si farilc d1• me ;:onlh: -. Jl' 1111· trainai ('l'pL'11tlanl j u,.,qu'i, P:lll, a111a l1•ur d1• co11 rsl'~, 1 arniL l'ail i11sc:ri re mou
~a11l!'r. la,_-ant_ rnn1pre11d1·1• it rl'l lw1111111· '!Ill' 011, 11 °L'II po111a11l plus. j1• fus &lt;·onlrainl dt• ch1•1:tl. 1'11 jour oi1 j'1•nlrainai,, 111011 a11i111al
Jl'. pou!T;11~ l'.11•11 èt rc t'l' q11e j1• disai,, il n~ 'arrèlt•r Lou lt• la jo1u·11t:l'. .J,, 11 ·i tro111ai sur Il' boulingrin, il s'e11,(ag1•a da 11, Il' 1·1•rclt·
n'. '."'.rarl l:11ssc alll'r. 11 'i·ùL t:lt: la n·,p&lt;lllsa- d autre 111oy('11 de lra11,p111·t 11uc la 111alll'- p1·11 déll'lopp,: qui' formait l'l'lll' allfr, 1•1.
!irlrll· _do11t son camarade 1',t1:iil clwrw:. Enlin, po,Lt•, l'i, hil'11 qul' ll's pla1·1•s ) fnssl'lll tri·:: t·o11ranl droit d1·1a11t l11i, a1t•1· la rapiditL; d'111w
1I d1•1111L.. lonl il fait ai·cornnrodanl. l'i rue cl('.... l:h1•r1•,. {1•11 pri, lllll' j11,1p1'i1 1:i11w111. où j1· lli•rl1t·. il alla s1· fr:ippL'I' 11• poitrail 1·011L1·1•
rlara qu il ne me l'o11d11irail p,1s i, Orthl'1., cl lus r1•ru a liras oull'rls p:ir .\1. llorig11ac. 1111 l':111;.;k aigu d'1111 11111r dt• jardi11: il tomba
~~ hor11Pr:1i_l _-, &lt;'OIIM1lter 1(, n1airt' de Pu,oo, a111i tle Illon pt•re. d11•z l1•q11el j'a1ai~ pass1: raidt• 111orl ! ... .\l1•s t':IDlill'adl's 1111• l'l'Ul'&lt;'III
o~, 11011, al_l'.011, pass1·r. )l011 1•11lrfr fut Z.l'll1• pl11siL 11r, n,ois ;'1 ma sortit• de Sori·z&lt;• ..J,, nrL' lm\ ou du moins foril' nwnt hl1•s:,t: : 111ai,, par
l( 1111 rnall:11 l1•111· : lo11s l1·s hahil:111ls I Ill' rl'posai qrll'lq11c~ jours a11pri·s dt• ~a fon1ill1•, 1111 l1011h1•ur 1raim&lt;'11l mira('ult•11,. jl' n':nai,
I_ or'.tgt• a, art ra1111•11t;s a11 , ill:tl-(l' st• 111ir1•111
pui,., Ulll' dili,;1•m·t• 1111• lra11,porla i1 To11l011s('. pa, la plus pt'lill' ,:gralig1111 r('! Lors1Jll 0 ll m1•
lt•r~l'lre,; l'i s'.11' ll'urs porlt-s ponr ,oir le rri- Jarn_i~ d1:1ll'nsé qn:tll'l' foi,- h· pri, d1• la pla1•p l'L l1•1a. l'l que j'apt'l'\'IIS 111011 pau1r1• dlt'1:tl
111111(•/ rn111l111L
par'"' r-"!'lllhrnw 1!' ,111·1rti t1c q1ll' .1 a1ars perdue par la 11t:glig1·11t·1• 1111 gar1·011 S,lllS 111011\t'lll('III, j'11prn111ai llll I il' ('h:1gri11 .. ,,
P
. .
ll)OO l'larl 1111 ho11 ;:ros parsa11 lr1·s s1•11,é
de lï1ùlL•I dt• Ba~o1rn1· !
•
,Je r1·11trai forl lrist1•111t•11L :111 loµi,. 1m.' 1ma11I
qui• 11011, trolllùrnc, dans ,a ~'rall"C o1·r111&gt;é :;
.\ mon arri1t;l, il '1'01111111,t•. j'allai, 111 ·o('- d:11h l'ohligalion d1· 1111• n·111011t1•r cl dt• · dl'battre w11 1,IC:.
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l'np1•1· d1• lro1111•r 1111 log1•111e11I, lorsque Il' '.n:urder pour l'1° la cl1· l'arg!'nl i1 111a 111/•f'L', que
. l!i·s !Jll 'il crrt parl'ourn ma lt•11ill1• dt· ro111t-, 1'0l1:111·1 1111• pl'!:, i11l qu ïl 1·11 :11:iil loué 1111 pour Jt' ,a,ai, ~i,rt gè11fr. L1· 1·011111• J&gt;di·rnro11,
il drl grall'111c11t au gc11clarmc : 11 Hendt•z ~ur- 11101 rhez 1111 rieux 111idl'ci11 de s1•, a mis 110111 nré ministre d'Etat el 1'1111 de 110s lull'lll',, s'était
• l~-dia~1p_ la lihrrlé i'. cc. jeune hon,mc que )1. fü•rlht•,, dont je n'onhlicrai jam:ti~ le nom. oppo~é i, la ,ente des propriété qui 11011;,
' ?"s n a11t•z pa, le drorl d arrèler, car un oJ'ri- car ('CL homme ,énfrablc. ainsi que &amp;a nomrcslar:nt: parcl' que, prérn}anl r1uc la paix
c1cr eu w~agc e,t dé~igné par se~ papil'n cl 110u brcu,c familll', furent parfaits Jlour moi. Pc11- accro1tra1l la 1alcur tb lcrrc~, il pensait ,nec

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1/lSTORJ.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ __.:__ _ _ _ _ __.;__ _ _

rnison 11u'il fallait b COIIS('l'\-et' ;L éLl'i~•c!re
peu à peu les créances au moyen d une sc'.·crc
économie. C'csL u11c tics plus grandes obl1galio11s !luc nous cù mes à cc bon, M. J)cfcrmon,
l'ami le plus sincère de mon perc; aussi a1-J_e
ronscrvé une grande Yénération pour sa memo,re.
Dès que ma clcmanclc d'un 1101111:au ~h~1·al
fol so umise au conseil de lutclk, le gcneral
Bernadotte, qui en faisait partie, _c mit à rire
aux éclats, disant que le lour était exce!lent,
le prétexte bien choisi, _rnfi1~ l)onnanl '.' c'ntrnd rc que ma réclamalion elait ~c qu on a
appelé depuis une carotte!· .. Mais, , hcu~·cu~
scrncnt, ma demande éla1t appuyee cl une
attestation du colonel, et 1\1. Dcfcrmon aJouL.1
riu'il me croyait incapable cl 'artificc_pou r a\'O! r
de l'argent. li arail raison, car,. bien C[UC J C
11·cussc que 000 francs de pension, que_ ma
solde ne fût que de \J:î francs par mois c'l
111011 i11dc111nilé tic lo"e111c11l · de Ig frants,
jan,ais je ne fis 1111 sou" de dcllcs .... ,le les a1.
toujours eues en horreur!
.
,J'arhdai 1111 11011\'cau cheral , 11111 lit: ,,dut
pas le nar;urais; mais les impcl'lions géné~·alcs
n:lal,lil's par le premier Consul apprui:haw11l,
l'l j'l:lais da11s l'obligaliu11 &lt;.l'èlrc mo11t~ pro1~·1plcmc111, d'a11la11L pins q11c 11ous dcn~11s cln:
i11~pcclé~ par le célL·lm· g-1:nfra_l Bou rc1'.·1·: '. 11~•
:11ail 1111c très grandl' répulal1m1 tic sercr1l~.
J(• 1'11s i:o111ma11dv pour aller a11-dl'ra11l de 1111 ,
:nec 1111 pi11ud de lrc11lc hom111c·s. li n'.'.' n•r•it
très lii1·11, cl 111c pa1-la de• 111011 PL'l'C qu il arn1l
lH'alll'Ollp l'UII IIII , ('e qui Il( ' r('lll)lèd1:_1 pa~ ~ ~
Ille rn mp1·r aux arrèls dt·s le le11dc111a111. \ oH:1
ii qul'I s11j(•I ; l'affaire esLplaisa11tc.
.
('11 de 110~ capilainl's, 110111111é B... , lurl
lica11 garçon, a11rail été 1111 tb pins l)('a'.•~
ho1HIIH'' &lt;le l'arm(:c, si sc•s n,ulll'ls eusst'nl clc
(' li har111011ic an·c le reste de sa pcrso111u:;
mais ses ja111bes resscrnl!l;1il'11l it des édiassl's,
rc 1111i étai t f'url 1fograr1e11x aret le y111talo11
él roil. dit ,·1 la hongroise. 1)11(' porla1c•11L alors
ll's rhasscurs. Pu11r pan•r i1 rl'L i11co11\'l'llil'lll ,
le C'apilai1H' B... s't'.-tail fail 1·u11l'eC'li111111('r d'assez f!l'Os c·o11ssi11l'ls en lormc de n~ollcls. &lt;·c
qui l'(JIHJll(:lail sa lielll' lo11r11111'('. \ 011s allez
,oir ro111nH•11l cc•s faux 11 1011\'ls me ral11rc11 L
tics arrèls, mais ils 11·c11 forcnl pas seuls la
ta11se.
Les ri·gl1·mc11ls presrrirail'nl aux ullii:ie1·s
d1• laisser le111·s chc,au). it Lous nius, ('Olllllle
i:cu.\ de la lrnnpe. i\olrc colu11d, ~I. ~~oreau,
élaiLlo11j(J1ll" parlailelll&lt;'IIL lllOlltl': lllal~ lOIIS
•es chcrnux araic11l la quc111· toupec:. cl
comn1c il crai;niait que le gé11fral Bu11rc1cr '.
conserralcur stirèn: des ri·glc111_cnls, ne lu_1
l'CJJl'orli:\L de don11 cr 1111 ma11ra1s exemp,l_e a
ses officiers, il al':1it, pn11r le lcmp, de 1 111spcctio11, fait all:~cl~l'I' i1_Lou;' ,es ~hcrn1'.~ d(~
l'ansscs queues s1bH•11 :IJUStl'l's, IJH il foll,1'.~ le
samit- pour ne pas les croire nalUl'cllcs. Ccsl

it LllL'l'l'l'illc . .\'ous allons il la manœurrc, it
la1111cllc le général Bourcier a_,:"i~ con'.·o!Jll~ h:
,,.(Infra] Sucbcl ins1&gt;cclcur d 111Ja11lcr1&lt;', a11m
e
'
..
&lt;[lie le "l"néral Gudin,
com111a11danl 1a l I'11·1
s1011
l1'1Tilori.1ll', qn 'accompagnait un 11ombrcux cl
b1·illa11t étal-major.
La séante fol lri·s long11e : prcsq uc lo1~s
les 111ourcmc•nls, exécutés au galop, se ler111111èrenl par plusieurs charges des plus ra_p!clcs.
Je commandais un peloton du cc11lrc, Jmsa11L
partie de l'escadron de M. l3 ... ,, aupr~s duquel
le colonel ,·inl se placer. lis se troma1enl clone
à deux pas dcra11L moi, lorsque les gt;néraux
s'ayancèrcut pour complimenter M. Mor~au de
la brllr exc:&lt;'ulion des manœunes. Mais que
rois-je alors L. L'cxlrènie rapicli_té des _mot'.rcmcnts que nous renions de _l'a,rc_,\l'a~t. clcran"l' la srn1élric tic l'acct•sso1rc a.ioule a la
Ll'll~e dn ~apitai11t' el d11 colo11el. La fans~c
q11e11e du chcl'al de celui-ci Ù;lanl en parlie
dl;laeh,:e, le lro11ço11, composv d'u11 la1_11po11
dl' filasM'. tra1'nait presq11c it l&lt;•l'l'C c•n _lormc
de (111e11011ilh·, l:111dis que les laux_ c1·111s ~c
1rourni(•11I i.•11 l'air, i1 quelques pieds plus
hanl, l'l s'étalail'lll c•11 c:rcnlail s111· la c1·011pc
du rh('1al, h:qu,·1 paraissait aroir u11e é11or111c
queue de pau11 ! (}11a11l aux ~aux 111ollels de
M. B... , prcssl'S par les q11arl1crs de ':'. Sl'l_h·,
ils a1aic11l ,!lissé 1·11 arnnl sans q11 11 s 1·11
,qJl'l'~lll l'i se dessinaient: l'II 1·01'.de hossc S'.11'
ll's os d,·s jaml,es, ce q111 prod111sa1I 111_1 \· llt-l
tll's plus liizarres. pc11cla11L !JIil ' le ca p1la1111:,
S(' rl'drt·ssanl lièn:mcnl sur son !'hl'1al, a1a1l
l'air tic dire :
u lli•,!al'dl'z-nwi, ,u~cz co1111111• ,IL' s111s
ll('a11! •&gt;
(lu a lill'I l'('II de ;.:i·a1·iL&lt;: i1 , i11gl a11s ; la
111il'1111c 11(' put rt:sislcr a11 grotesq ue spcrl_,wlc
qlll' ,ïa,ais lii sous les !~11x, , rnalg~·c la
pi·vs('lll'C in1posa11lc d(' lro1s f(('lll'l'illlX, .Je IH'
JHIS l'l'lc11ir 1111 1011 rirl' '.ll's plus ~dala11ls ..I(•
llll' tordais sur ma selle, ,Jt: mordais la rna11cl1c
d(· 11w11 dol111a11, ric11 n'y faisait! ,I(· riais, ,IL'
riais it l'll arnir rnal a11 rÙll:. .\lors lï11s1'.1•tl~·11.r
"i:m:ral, ig11ora11l h• 11101ir de 111011 l11lal'lll',
~H' foil sorli1· des rangs pour me l'l'lldrc aux
arrèls /'orcà . .l'ohvis ; 111ais ol,li;.té de pa~s1·r
('lllre l(•s rhcraux d11 l'Olom·l l'L tl11 ca p1la111c•.
llll'S ,eux si· rqwrlèrt'lll 11 ,algré moi sur cc:lle
mau~lilc q11l'11e, ainsi que sur ces moll&lt;'l. d 1111
IIOIIH·au f(l'lll'e, d me 1Uili1 repri~ d'1111 rn·c
i111•xli11g11ilil(' que l'i('II Ill' J&gt;III a_r_rc~CI' .... Ll's
. . . d111·c•11I •-roi
"l'll('l'allX
' rn 'Jill' ·1c•l,us d1•H·1111
...
fou! \lais d('.s q11ïls 1'11n•11I parl is, b oll1c1l'rs
du n;gi111c11I , s'approchant du c~lo11el _et ,du
capitai ne B... , s11re11I hic1_1I.ÔL •.l q1101 s_ci'.
l&lt;'nir, l'l rin•11t contllll' nw1 , nia,~ du lltullls
pins i1 1('111' aise.
Le con1111a11da11L Bla1ll'hcl'ilk "(' i·t•11tlit le
soir an ccrdc• tic ~hue Cudi11. Lt: gé11t'.-ral
Bourcier, IJlli s'y lrourail, ayanl parlé de_ cc
(1t1ïl appelait 111011 t:quipéc•, ~I. BlanchcY11lc

l'!

.,#

l'xpliqua les motifs de ITIC'S irrésistibles éclats
d(· rire . .\ cc récit, les généraux, les dames el
lont l'élal-m,\jor rirc11l aux larmes, cl lc1~r
n·aielé redoubla en rnpnl c11lrcr le heau cap•:
~1i11c n... , qui, aya11L COll\'('llahlcnwnt repla('l'
~es fau x molll'ls, ,·c1iail se p,wauer tlr\1_,s (',l'll_c
l,rillanlc sociélv, sans se douter '1 11 11 rlail
u11c des causc's de son hilaritC-. Le gt'.-néral
Bourcier comprit que sïl 11·~1rait pu s'r1~1pèchcr de rire aux éd als, au simple cx p?se, d~1
tableau que j'ayais CU SOU7 les yeux, ,11. ela1l
11alurcl qn 'un jeune,. s011s-~1c1'.lc:na1_1L •~ c•nt yn
se contenir, lorsqu il ara1l l'lc lcmo111 d 1111
spectacle aussi ridicule.
li leva doue mes arrèls cl nù11rnya chercher il lïnstanl.
Dès que j'entrai da11 s lt• salon, 1:i11spccl~•ur
"énéral el Loule l'assemblée parllre11I. cl ~•11
~11mensc l'dat de rire, a11q11l'I mes so111·c111rs
du malin me firPnl prendre u11e large parl. 1:t
la «aielé clcrinl frénétique lorsq11 011 \'IL
M. B. ... qui seul l'II ig-11orail la ea11sl'. aller
de !"un it l'autre de111ander de ~1uoi il s';1gis;
sait, taudis ([UC t bacun n•garda1L ses mollet~•
CIIAl'lTBE \\'Il
ConCL'll ll'al i,rn 1•11 Bn·lai:nc de, troupe, drsli11é1·, i,
Sai11t-llu111i11g11,•. - B\'l"IIClllCIII~ "''. B,•11 11 ,·:· - lion
fri•i·c .\dulphc, impliquû da11s l'alfon·e, c;t 111cmn•1·c.
- llorl de mon l'rén.: Thi·odon'.

\lais arriro11s i1 des foil s st'.- ril'U).. Ll' lrnilé de
Lu11t'.-1·illl' ;11aiL L:lé suiri de la pai~ cl'.\miens,
qui 111il 1111 l&lt;•rn1L' ~l l'.1 guerre 11m•_ la l~ra111'('
·t J' \11,rlclt'l'l'C ,c 1';11sa1c11I. L(• pn•111u•r (.011s11l
~ùoÎ ni"dl! prolil('I' d,• la lra11q11illilé de l'l-:11rupe et de la liberlv l'l'lld11e aux llll'l'S, pou~·
('lll·on·r 1111 11u11 ilJt'c11x corps de troupes a
Sai11L-Uu111i11g11(', qu 'il 1u1dait arracher it la
do111i11alio11 d(·s 11oirs, co111111a11d(-s par To11ssai11t-Louwrl11rc. 'l'oussainl, sans èlrc ('Il r&lt;:bcllio11 o111wl1· arl'c la métropole. allel'la1l
,.,,1J('lldanl cl(' "rands airs d'i11d(:l!l'1Idam·('. Le
'
r,
,.
, 1·
u·é11fral Lecl('l'C tle1, 1iL i:on1rna11der cx p1·c irio11: il li(' 111,IIHjllail pas dl' lllOY('l'.S, _,· t a1_a1l
l,i,·11 fait la guerre eu ltalit•, ,1111s1 q_11 en
l~g) pl(': 111ais son lus ln• p1:i11l'ipal prm·(•n,ul dl'
ec qu'il a1,til 1:po11 ·é l'a11l111c B~11,~par1_,·, S(~•ur
du prcmi,·r Consul. Leclerc l'la1l Ids d 1111
111e1111ier d,· Pontoise, si 1'011 peul app(•ll'r
111e1111ier 1111 lrè, riehe propriétairt' d'in1111e11st·~
mou lins, q11i fait 1111 rnm111c1:rc rons}déral'.lc.
Cc 111c1111i(•I' a mil donné 1111c IJl'llla11le educalwn
ü sou fils. ainsi qu 'i1 sa lillc, qui c:pousa le
u·é11fra l l)arnu L.
0
Pendant que le général L(·tkrc faisait. se·~
prvparalifs de départ, le_ jll'l'lllier,.co11su_l ."~";
nis,ail c11 Brcta1.n1e les fortl'S qu il dcsl111,ul. ,t
l\·xpédilio11 , cl tes lro11pcs, ~elo11 l'u~af!'(',. se
tro111,1icn t placées, j11s1p1 'au .1011 r de I ernbar-.
qucnH•nl , sous ll's ordres tlu ~é11éral en chcl
de l'armée de l'Oncsl, Bcrnadollc.
GB:-iBRAL

(A suivre.)

DE

J\lARBOT.

Une vieille bourgeoise
par ARVÈDE BARINE

i\11 romnirn1·rmr nt du xrn'' si,\·lr , Il' mnr
1'1111 d,, rrs rm1p&lt;'-ho11rsrs &lt;fui i11frs lairn1 l'and'r1wrintc dr Paris wir:iil J,, 1r:i&lt;',: cl,, 110s (·irn l'aris N dont la r:irP s'!'sl p1•r1H:1,11:p mnnlra 1·qwndan1 q11r .Iran Pilon am i! r 11 dn
flair. Si ln f:1111illi' s't-11ri1·hi1, si &lt;'llr drrint
;:m111ds boulrrnrds, N c'r1ait ù 1winr h.it i :111 jusqur rrrs Ir milir11 du x1x• sii•cl('.
11111• p11is,a11c1• ;\ la Mn r clr Fra1wl'. si l1's
dr li1. 1l n'y :irnil, dans J'pspa&lt;'r c·on1pris :i11L'un dr mrs pl11s rirm so11rr11irs d'l'nfancP badauds p111·rnt rnir ]p 1·a1·rossr dr Louis XI\'
jo11rtl'lrni rnlrP Jps g-rands l101ilp1·:irds rl b
rsL d'arnir r·ontrmpl(; an'c- &lt;;motion 1111 l:irgl'
li1rtilica1io11s, qu&lt;• d1•s jardins nrnr.1i&lt;·h1•rs &lt;'l &lt;'Oll]l dr C'isr•an r('Ç II la nuit prfr(\drnlr, i1 la an èh: drranl la Jl&lt;'lilP niaison dr la rnr Sainlq1wlq11Ps fa11honrgs, co1111111111ir11wnl :l \'('C' lwulr11r dP la pod1,,, par la rohc dP soi(' p11(•1· J\11(oi1w, C'·rst ù \lnw l'ilon, &lt;'I ,', Pllr sr11IP,
l'intfriP11 r t1,, la ri llP par dPs po1·Lrs fortifirrs d&lt;' ma rnt'•1'P. Xo11s drnl&lt;'11rions au (·a rrrlo11 r q11r I&lt;' durrnl ,Jt•an Pilou r i son fils llol,rrl.
L'rspril &lt;'I Ir lion spn, &lt;l'unr fi•mmr arairnl
rl Ir(\s rspac-érs.
Tiroli, qui !;lait alors Ir ho11l du monel,• N
louL
foil. li faut sr hirn représrnlc•r rrllr
La l'IH' Saint-.\nroinr tl1•1·:iit :'1 c·rs circ·on- . {,par(: par drs champs de hlé d11 ,·illag-r d&lt;'S
sl:111&lt;·('S d'ètrr 1'11111' clc•s pins inlércssanlPs du 11atignollrs. M('S par&lt;'nls rrntrairnl à pi,,d par IÎ'mml' pour l11i rrnd rr la juslic-c qui lui est
Paris d':ilnrs po11r l1•s a111al(•11rs cl&lt;' mn11r('- la 1'11&lt;' dr Londres. Ils arail'nl éll; rnlo11rés r( dur.
Mml' Pilo11 samit lirr , fr rirr, r i ,.-,:,ail
m1•111 Pl d(' pillorrsq11r. ElJ,, ahoutissait, d'un l,011srnlés par 1111r bande dr malandrins.
lout,
srmhlablr en cria ;\ la plupart de S&lt;'.
1·ô1&lt;I :'1 la porl&lt;' Sainl-,\nl oinr, p:ir hlqnrlk• s'étairnt clchapp(:s, f'l l'on avait lrour{- la roh('
s'pngo11ffrail d11 malin au soir unp rnl11u• d,, dP 111a mt&gt;rr (·onpc:e, pas assrz toul&lt;'fois pn11r conLPmporainrs, r compris lrs prinrrsscs dr
('arrossl's, d(• &lt;'harrC'ltrs, d&lt;' rar:ilir rs ('l dt· fJII I' la honrsr f1)[ lo mhrt'. c(, sonl d('S Sflll\'('- la fomillr rn.ra lr, qui S!'rairnl, aujourd'hui,
pi(;lons, q11i sniraicnt miccssairrmr11t la l'IH' nirs d,qicieux pour les r nfonts. On a j&gt;('nr t'n dPrni(\rcs rn orthographe dans une éeolr clP
d'rn focr arnnt dl' s&lt;' clispPrser dans lrs diifi:_ prnsanl qnr s,•s parrnls ont rr nc·onl r&lt;: tl1•s rillagr. Ellr arnil dr pl11s &lt;pH' srs c·ontrmporrnls quarli(' l'S dl' P:iris ; cela seul an rail hrigancls; mais on sprai t hiPn fùl'lu: IJIH' ct'la rainrs l'horrr11r dr la Jpc•lnrP. L('S ·roma11s
.s111'fi pour la l'('llclrP frrtilr rn incidents Pl !'Il Ill' fù Lpas arri\'!;; t'l'sl 1111r nvr nlurr, rl qu&lt;'l t:laiPnl ù la modl': dans lrs ('O médil's d11
l&lt;'mps. lrs jr11nrs fill&lt;'s d1• la pins prl ilt' ho11rl1ag-arrPs, ù 1111P {,poqnr 011 il n'y nrnit po11r rst J'pnfonl qui nr rèrr pas d'ar0nl11rrs '!
gcn1
s1p rn ont la tri,, fo r('it·, ri parfois. :'1
ninsi dirP pas cl&lt;' policr ; mais tl'aulr&lt;'s raisons
Ponr r n rrn•nir !t la rnr Sainl-,\nloinr. l'rnrr rs. )!me Pilou 1rn:prisait l(•S romans:
1·1·nai1'11l Pn1·or&lt;' y c·onlrilmPr.
Plll' n·arait rit'n d'aristocra1iq11r a11 xrn• sii•d1•
La porll' Sain.L-.\ntoi,w (:lait 1'1111 drs rr n- q11r dr•ux on trois IH)trls apparlrna111 à drs rn11l,1nt ll'lli1· dP p1·r mit•rc nrnin sa sri&lt;•1 u·&lt;• d,·s
drz-rn11s làrnris drs pagps 1•1 c!Ps laquais. p&lt;'rsonn('S dP q11,1 li1&lt;:. I.(' r!'~lr 1:1ait O(·c·up(: homnws, rllr la drmanclait nu mondP f'l 11011
IP1T1' 11r d(' l'lialiitant paisihlr. lis parlaient dP par d(•s arlisans. d!'s mar,·hamls, d('S Jll'lits i1111: lin·,•s.
La nat11rr l'arait disgrarifr au pr,i111 d!' 111'
lù rn li:incl('S po11r allPr honspillr r Jps pas- r,·ntirr,, d1•s grns dP loi. Lrs ~nnb~ (lenr
sants, lt•s insullL'r, lrs hallrr, IPs \'Ol('I', ('[ Ir~ rac·(' rst d(• Ions l('S l&lt;'mps) nr 1·P11airnt pas JJassrr 111111P pa1·L innpr rçnc. Ellr arnil pris la
t11rr s'ils ar,1irnt lïmpr rtinr ncr dP sr rrhillÎ'r. s'y logt•r. En rrra nrhr, ])()111' l,•s ho111 l&lt;'S g-t•ns c·hos&lt;' pa,· son hon c·oté. t! CPla nw clon,w.
L(• dimanc-hr, lrs rl udianls r 1 IPs rroelH'- sa ns pr,:lrnlio11s. il y arail :'t Paris pr11 d'rn- disail-&lt;'llc, un million dr commodil(-s : jr f:iis
l&lt;'urs rr11airnt rrnforrc' r l!'S p,l;:{(' S Pl lrs droils a11. si agréal,!Ps i1 hahih' r que cctl&lt;' c'I dis lo11l c·r 1111 'il mr plait. )l La l'Îl'illPss&lt;'
laquais, &lt;'l lnus ens!•ml,IP allrndairnt d(•ranL l.1rgt' Yoic claire &lt;'l pop11lr usr, 011 l('S 111éna- njo111a C'nco rr i1 sa laideur. mir fut hidt•u~r
la porte Saint-.\111oine qur ks prol&lt;'sla111s d(' gi•rrs arnicnt ton trs ]('s ressourcps de la vie N &lt;·onlinua d'rn plaisanter: 11 Quand jl' passr
Paris rerinssrnt dr Charrnton, 011 était l(•11r sons la main, N 011 l'on &lt;;lait i, sa fPnêlrr par lrs rncs, jr vois des laq uais &lt;fui disrnl :
t,•mplr, afin dr tomhrr sur rnx !1 hras rae- 1·011,nw au spc'rladr, lant élail grandr l'ani- &lt;&lt; Bon Dir11 ! la laid(' frm111c ! ,, Jp me rrlo111'11l' :
« \'ois-l u, mon r nfant,jc suis aussi lirllc qut·
co11rcis, d'&lt;'n as~nmm&lt;•r q11rlq11rs-uns p:iur I,• malio11.
j'6Lais /1 &lt;tninzc ans, quoique j'en aie plus
hon &lt;'XŒmpl('. rL dP leur prrndrc lrur ho11rsP
Yc•rs la fin d11 xn• si(\c·le, ers divérs a,·anpar la mèmp occasion. Lr guet n',ltant pas Ù(' lag-rs délrrmin,\rrnl un jeune pror11rl'11r, dr soixante-douze. Il n'y a que moi rn J?ra1wc
forer à rmpPchrr ers Yiolrncrs, le roi com- nommü Jea n Pilon , à aC'helN unr maison dans qui se puisse Yantcr de cela . )l
Elle rn était dcvcn11c légC'ndairc. Lrs chanmanda d&lt;' plantrr unr polr ncr prrs de la la r11P Sainl-.\n loinr. i1 pr n de• distanrr de la
sonnirrs disaient indi lfürcmmrnt, pour pC'ind re
porLP N d'y accrorlwr lr prrmir1· qui ro111- Ba,till&lt;'.
un 111onstrr, &lt;&lt; une gnrnon » ou &lt;1 une darne
111&lt;'nrrrait. On planta dr nx polPncrs a11 lieu
Pilou &gt;), et pas un Parisien n'hésitait. On la
d'nnr rLl'on n'('mpècha rirn.
rncllail dans les gazettes. Un jour qu 'elle
L'nulrc bo11t dt' la rue Saint-.\ ntoinr se
aYail figuré dans une pompe rrligieuse à
prolongeait rn se r!1Lrécissant jusriu'it SaintCc Jean Pilou était originairr de la l3omGt' n•ais, au cœm· des qunrliers Jlopulaircs et gognc, 011 son prrc avait laissé la réputation Saint-Paul, sa paroisse, la Ga~elte de Lorct
commrrçanls, dont l'ancirnnc physionomie d'un hon Yiranl, buveur éméri tr. Lui-rnèmc rrnclitcomplc. de la cérémonir rn.crs Lt•rmrs:
n'a pas complèlt'mrnl dispam depuis la était un bra,·c homme, à moins qu'il ne ftlt
Celle qui porta IC' grnnd cierge
Fronde. fi rxislc encore par là q11rlqurs Lrrs un simple malndroiL - on peu t supposer
l.'i c fust point quclqur hcllC' ,·icrgr,
rit•illrs rues, presque des ruelles, nhscurcs 1'1111 comme l'autre - car il ne fi l jamais
Quelque objet aimable cl rianl,
rt sans lrolloirs, qui clonnr nl l'idée do cc grande fortune dans un métier 011 l'on passnit
Quclqnc visage un peu friant,
Quelque demoiselle proprcllc,
qn 'élail le Paris pa111Te et travailleur d'il y pour al'oir les mains crochues. Il épousa,
Ny mcsmc. une jeune sou brelle;
a drux 011 lrois sièelcs. li ne faut qu 'aimer à wrs l.'i!J5, une jPunc fille qui lui apportait
)lais (ce m'a d it un jeune fou ),
flùncr, rl aroir soin de rboisir la tombée de r n dot une laideur s11rnatnrclle, peu d'nrUne dame qui rime en Lou,
Qui cc jour, jus,1u',\ la chemise,
la nuit, ayant. que lrs hrrs de gaz soirnt
grnt et une fa mille drs plus mocl!'slrs ; 1&lt;'
Estoi l fort leste cl fort bien misr;
allumés. La drmi-ohscurilr rrnd lacilc de 1111 p/•1·e élail procureur comme son g&lt;'ndrc, mais
Aus,y se fisl-ellc louscr (tomfre),
point mir les sil:(nrs dr rir mnclr rnr fjui dé- lrs ondrs, lnnlrs, rousins P.l co11sinrs l;lairnl
llirn cilmrbrr cl bien 1·azrr,
lruimirnl lïllusion, f'l l'imagination fait Ir dPs r11, lrrs, s,•nlanl lrnr ri llagr d'11111' lir11e.
El l'on m'a jnr,l Sainte-Barbe
Qn'rllr n·arnil nul poil tir 1,ad,c.
rrsl r. On Sl'rail :'1 pri111' surpris dl' l'('llCOnlrrr
Toul c·Pla n'a l'ail p,1, l'ai,.- hrillanl . Ln ,nile
Elle arnil , rn lrr auh·r~ hal,i li,

�',,

, - 111STO'J{1.ll
1511c robr dr ,·irux taliis
Qui pcul-cstrc r,toil dt· lonagr,
Vn beuu cotillon it rarnngr,
l'nc pai1·c de gants cirrz,
Drux bas cl'cslamc hicn ti1·ez,
Deux g1·ands patins ho1·drz ,Ir sar;:r.
(.lui n'avairnt qu'un ,·oupon t1,, la,·g-1'.
.\ rrc maint nœud i11ct1r11aili11
Sur suri d1t'I', 1p1i 1ù·st pas hln11,li11.
Pnroissoil lit. romnw f'n ~ou lrosn.--•.
Sa ,..r,111,II' ,·oiffc dr matl'011r.
Et ;111· so11 roi 1111 rn1111!'hoi1· d11i1·.
Qui lais,oit roir 5a l,l'il,, rhair.

ni mèmr sous \lazari11. Ils ne Yinrcnl qu'apri•s la morl de cc dernier,_ et Mme Pilou
arait alors plus de, qn:itrC-\'111gts an~.
qu 'au gouYcrnemcnl personnel de ~ou~s XI\.'
fJU i appela la honrir!'oisie au pouY~tr, il aYa1L
existé 1111 fossr prolond, exclusif dr 1ou1r
intimilr. enlrr unr prlit,· bo11rgf'ois1• de la
r11r Saini-.\n toinr el nnr d11chcssrdr Chaulnes
ou 11n prine•f' dr Condé. Cr fossé ponrn!t_èl rc
fram·hi, p11isq11r no11s 1'11 a1~p_orton~ ":1 1111
rxrmplr. mais c·«;lail ,·1 1·nnd1t1011 d :irn1r 1111
passPporl.

~u~-

Lorrt sr montrr l'n ,·P passagr maurnisr
lnngm' rl m:iurnis ltistorirn. 1·1w lio11rgroi~1•

parisi1•1111r :iyanl pig110n _s_,11:, rnr 111,' lo11~~l
poi111 srs lrnl'llt-s l'hrz la fr1p11'r'': rl Mm_r l 1lou moi ns qm' prrsornw: rllr ara1t lt' goul d'.1
cossu cl dr la proprelé. Sa maison ,;Lait
connue pour l'unr des mit'ux arrangfrs !'L des
mieux tcnurs de Paris.
.\insi faitr rl ainsi apparentée, Mme Pilou
sr trourn rn l'acr d'une société arisloeralique,
011 Jps dassps {,tairnl nrl tt' nwnl déli mMrs,
Jps r:inœs soignrusPmrnl gardés ..\ la rérilt;,
1,·s l&lt;'n\ps élai&lt;'nt prodws où ln_ ho11_rg1•oisi!'
allai! s\:Jerrr :111x plus ha11l1's s1l11at1on°, cl

)!me Pilou en amil un qui mène à lon t dans
notre pays. Son passeport, c'~lail ~on, cspri l,
un esprit naturel el dru, ass~1so11n_c _d un bon
sens arourcux, cl qui melta1l en JOJC la cour
rt la rillr. Dès qu'il arri,·ail quelque cho~c
d'cxlraordinaire, toutPariss'écriait: 11 )ladanw
Pilon sera bonne• sure·cla! l&gt; On sr la disputait
pn11r la l'aire jasc'r et pcrsonnr' ne la quillait
déçu.
)lolit'•rr :iYait d1i en rn lcndrt' pnrlrr. Elle

irnpossihlr, malgré son bon cœ11r, de sïnt~resscr aux parents éloignés qu'on nr connait
pas et qui n'ont rien d'inléressant. ~ous en
sommes tous là; seulement nous ne I arnuons
pas lous. Mme Pilou le disail comme rlle_ le
prnsait : c, tnr l'oi~ qu ·on all rapr, Ir cousmo-crmain, ,.-,,si hirn r:,it d1· se lh•prrndrc. ,i
Éllc :ijo11tait : cc J'arn is jr nt' sais qurl pa~r1~l
qui l'ut 1111 peu prndn ;'i )lr lnn :_ ~~ ~œm ~1~a,1_1
rrn 'il arailt;tl' mal .·1112:r.
- .\-l-11 l'Lcconh'SS!'!
,,
. ·)
lui dis-jt' . .\-t-il l;té enll'rr1\ &lt;'11 lt•rrr sm_nll' .
Oui? ,lt• lt· tirns pour l,irn pen_du,_ ma mu_'- l&gt;
La r\odwl'oucau ld la 1·onna1ssa1t ecrt:11110menl Pl rn :irait l'ait son prorit. 'J'pllc de S&lt;'S
maximrs t'Sl dircelrrnrnl. inspiréP d'un mol
de Mme Pilon. Unr damr arouait 11 el'lle dcrnit'•rr q11 \·llr al':iiL c•u un am:inl. cc Mais, ajo~lait-cllr, jr rous jure (JIil' c'rst 11• srul r!u 1 ail
en quelque chose de moi. - ~~a mir_, lu_i
reparlil Mme Pilon, il y a pins 10111 de m•n a
un qur d'un 11 mille. l&gt;
,
.,
Bonnr catholiqur el pral iq1wntc r1•gulterc,
cllr avait l'Psprit large r l lihrc it une rporp1e
o11 et' n'étaito·urr&lt;'
de ruisr . .\ prt'.•s
les• guerres,
I')
•
dl' l't·ligion, 11· retour dl' la p:11x ara1t lrourn

___________________________________

hau le bourgeoisie quedans la nob!cssc. Mme Pilou fut de l'élite. Elle arait des amis huguenots, et clic détrslniL les petites pratiques.

L .1 l'IF.

Clich~ Gira u&lt;lun

L.i

\ 'IF. OF. P .\RIS AC

XVJI•

SIÎ,CLF.. -

U:..

les Collwrl 011 les Louvois marier leurs fili_i's
it des durs cl pairs; ces trmps, 1011lc~o1s.
n'é1airnl pas encore ,·rn11s, ni sons rlichrl1r11.

)\ARl.\(;E 8O\;RGEOlS : l.F. C O'iTR.IT, -

Dessiné cl g,·.m! f'.1,· A BR.Ill.Ill B OSSE. (CaN11e/ .tes Rstamf'es.)

fait pcnsrr il Mme .Jourdain. _C'était la mèmr
franchise un peu rudr, ln rncmr horrrm drs
simairrfrs .. \insi, il lui :iYait loujo111·s rlr

la soeiélé franraisr dil'is1;r rn bigotes intolér:inlrs 1•t rn libcrtinrs cyniques, it pari unr
élile qui se recrutait plus souYent dans la

or: p

IRIS .Il'

X\'l r• s1i,c1.i:. -

Il en était de sa rcrlu comme de sa religion :
clic n'arnit rien de rcYèchr. Mme Pilou dl'mcura jusqn 'à l'cxlrèmr YicillPssr le boulr-1'11-

Ux )I.\RL\r.F.

\'ornn t son fi ls. fiolirrl Pilou. qui ,:lait 1111
liP11N. St' l'r11d1·t· maladp ,'i fore·!' d1• (·ourir it
toul!'s l1•s « clérntions ,,. 1'1 1,• lui disait :
&lt;1 )Ion llir n! llol,p1•1 . it quoi hon s,• tnul'mrn tPI' lant '! \'PuH 11 :il11•r par dl'l,'t Parndis'/ »
.\nirr originalitv: &lt;'lir l:lnil pour l1's n1:il'ia;:ws dïnc-litrn1io11, si mal rns dPs pc'•l'rs 1·1
d1•s tu 1c11rs. nrant Col'lwil'e• rl sa Chimi•nt•.
qu'il :11Ti1·:1 a.11 Parlement dr ,,:1•11tl'r nwllrl'
pour l'1.11pèd1r1· pMri l scandale. Jlais ,\lmr Pilou tiY:iil tous lrs 1·011ragrs. l\llr faisait prof,,ssion d':iimcr ]ps bons mén:igrs jusq11&lt;' dans
i&lt;'s salons arisloerati&lt;[UPS, 011 J,,s lions mhiagrs
111• s·nvouaiPnl pas, parer q11ïl 1;1:iit alors dn
d1·r11it'I' bourgeois 11'aiuwr son mal'i 011 cl'ètr,,
a111ou1·rnx dt• sa frmnll', rncorr q11r l'rla S&lt;'
fit q11Plq11efois. On la su rprrnait sans 1·1•ssr• ù
prèd1rr !'ellrs d1• ses amit'~ qui prillairnt ii la
m6disani·r. Ct'la 11&lt;' produisait pas grand'..hosr.
il faut l'arnul'r. He g11t•rre lassr. J\11111• Pilon
l1's su ppliait d1· sa11n•r :111 moins li•s :ipp:ir1'111·1•s : " .lt• lr·nr disais : au moins 11'1:!'l.iYrz
pas. - \'oirr ! me l'épond:ii!'llt-cllrs. 11(' point
frrit'l'. c'r:-:t l'a ire l'a111ou1· en cha111hric',rr. JJ

BOl'R(,t:O1S : LE SOIR llF.S XOfE~- -

U11rE VTE11.LE BOU~GE01SE - - .
contemporains qui nr s'l'tairnl assurément
pas rntrud us mw )Il11• dl' Srudfrr. C'rst fa
1rnlmr p!1ysio110111ic; &lt;1m'lt1uefois, Cl' sont

Cliché Girnudon.
/lcssini cf ,!fl',11'&lt;' t,11' AuR,111.\\1 B,is,r. (C.1N11e/ .tes F:s/,111,t,·s.)

Ira in tl rs !'ompagnil's 0/1 1'111• s,, lro11,·,1i1.
Eli,• a,·ait l11•a111·011p aimé la danse• ri l'Onduisait r11eore gaillardrmrnl 1rn 11 hranll' i, it
soixante-dix :ins passés. Son 1·11ré s 't;l:1111 a,·is1;
1111 jour d1' foirr un s!'m1on rnntn• la danse,
&lt;'li,, s'rn l'i11t d1cz lui : 11 i\1011 lion ami, rnus
llt' san'z c·t' qur mus dil rs. \'ous 11·,wrz
j:un:iis étv au liai; c·&lt;'la rsl plus innoecnt qu,,
rn11s nr prnsrz. Jf' suis birn plus scandalisée.
moi. dt· lïJ:J' des prèlrrs qui plaidr·11t lo11tl'
lrur rie les uns C'Ontrr les ant res. &gt;J
l•:llr rrnclail 1111 nomhrr prodigieux de SP1'l'ir-rs. Sa spécialité l'lait de raecornmodrr k-s
grns lu·ouillé$. c, BiPn d,·s lilmillcs, frriYait
'folll'111ant drs Hrnux. lui sont ohlig6t•s de
leur r1'pos. ,, On renait la l'hrrehe1· ponr
mrllre clr l'l111 ilr dans IPs gonds, Cl l'on sr
denwndail rt• qu'on dPrirndrnil C(lrnlld Pllr
11\ ~t•1·ai1 plus.
Ln seule Jlllissancr·dr l't·sprit C'l1 al'ait l'ail
11 nr céléhritt; parisic11nr. i\llln dt• Scudéry l'a
rnisr dans 1111 de srs romans, la C/e/ie. Mnw Pilon ~- fig1m· sons Ir nom d'.\ rricidir, rt y
rrssem ldr point pom point au porlrait qu('
nous arnns rssayé d'l'squissPr d"apr1'S dl'S

prrsrp1t' l1•s mèmrs mols : ,, .\ rriC'idiP. frr i
MIIP d,, ~,·mlfry. PSI 111w pPrsonnr i11in1ilalJle.... s:ins llirl' d'nnr g-randP 11aissanr·t' .
~ans arnir a11cu11P hmult; ('[ sa11s ètrr j&lt;'ll111',
cllr est considéralil1• it 10111 cr qnïl ~- a d1•
gmnd ,'t Capo11r (Pa ri,;) . EIIP t'sl d!' tous il's
plaisirs r t d!' Loutrs lt's fètrs pnhliqurs r l p:u·1iculi1\rrs. l~llr Psi con1in11rllcmrnl rn conYrrsalion aYrc lous b jru nrs grns de quali lt: d
arf'e loulrs lrs bcllrs .... Yo11s me dcmand..r1•z
sans doute par ,p,ds char1JH'S (:\ rricidir) Jll'lll
s·c:1rc lant fo it aimer t•I désirrr? ,,
c, C't•st, pou rsui! \fllP dr Sc11d{,ry, par unr
grandi' honl1; l'l un gra11d l'SpriL nalurrl qui.
étant joinls it 1111t' longur expfrirnrc d11 monde
Pl it 1111c ngrt;nhlc humrlll', l'on t que . sn ns SI'
soueil't' de ric11, r llr din•rlil Ions ee11x qui la
prali1p1cnt. C:ir, comme l'il(' est sans ambition, qu'elle a Ir c·œnr nohJ,, rl grand, rpùllr
ne sail point Jlaller, q11"ellc n'est intérrssét•
dc• nulle manirrr, rp1'1·ll&lt;' mit cl.ii1·&lt;'111N1I ll·s
c·hosrs, r1u 'rll(• les racontr• plaisammrnt r i
rpùll(• sait tout cc qni sr passr clans Capo111',
il n\ a 1wrson1w qui ne la désire, l't, dc'•s
qu ïl nrriw 4twlque arc11lur1' n•m:irq11abli•,

�_ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _;.__ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __.;._ _ _ _ _ _ _ ,#

r-

111STORJ.Jl

cause qu'on :i cru qm•j'étais dt• la maniganc1•.
Leurs gms cropienl qur j'étais d(• l'intrigu(' ;
ils ont srm1: cela parlout; mais Dieu a permis
qnP j'aie• 1•1:1·11 q11:ilr1'-,ingli- an,. :ifin qu'on
1111' lit j11sli1·1•. C1•11x1111i font &lt;"l' t::0111l'-li1 11'os,._
rait'lll Il' faire rn ma présem·t'. ,Jt, . ais loult•s
lt·s iniquités de loult'S les famillrs dl' la Yillc'
t'I dt• la !'Ollr . .Ir C"onnais IPs la,lrrs t'l lt&gt;s fous.
T,•I fait 1'11&lt;11111111' clr honrlt' maison &lt;)111' jt• sais
tl 'oi1 il 1i1•11I: i1 t1·a11trP, j,, l1•11r monlrr r:iis
11111• 11•111· pilrl' 1:iaiL 1111 1· ...... l'i 1111 hanq111•ro11liPr: jt• l,•s dtllic• Ions lnnl qu'ils sonl. »
'1'0111 t'II parian!. )l11w Pilou pronu•nail st•s
11'11\ sur l'as,Plllhlt:t'. Ua11~ I&lt;' t't'rc·ll'. pins
~1'1111 riait ja111w, 1·ar ib t:laiPnl 1011s li,, 11•
la1lrt• t•I I,• fou, lt• li:mq111•ro11lit•r l'i Il' fou'&lt;
1101,11•. 1·1111 prin,·t'. l'a111n• 1i1n:. I,• lroi,i1•111t·
fi ls d'1111 11iart:l'hal d1• Fra,11·1•. ('[ lous :-i· j11rn i1•11l 111• nt• plu, s1• f'rol11•r ir )lnll' Pilou.
,lt• r,•1 it•ns i1 ~,•s d1:11111s dans lt• µ-rand molHIP.
Ct• prm1irr ma11rnis pas Ullt' l'ois f'rarH'hi, 1'111'
l'ut 1ill' lifr mw la l1t'11r dt' la Yill,•. L1·, clifliL
rl'11h•s t·lassc•s dt• la soC"i1:11: Sl' r1•m·on1rai1•11t
am. prom1•nad1•s N :111lr1•s lit•11x p11 hli(',. tin
St' rt•(·onnais,ail ou 1'011 rw st' r1•ron11aissait
pas, ~Pion q111• lt•s sy111pa1hit•s Pl la 1·11riosilé
1•11 dfridai,•nl. ,\[1111' l'ilo11. a11•1· son sat·
d'l1i,toir1•,. {,[ail dt• &lt;·t•lfp~ q11'011 nt' laissait
pas 1lt·happ, ·r.
Sa rt:pu lalion pan i111 pro111plt•111t&gt;Îll it ln
,·011r. montlt• :'1 part Pl li•rmé. )lnw Pilou l'ut
r,·1:111' i1 la t·o11 r. )lnu• Pilou tai lla clt's hawllt•s
aw1· la rt'i111• l'i 11t• par11I 1lt:pl:w1:&lt;' n11ll1• pari.
et&gt;
:,.:r:k1• i1 d1·s r,-.;.rl1•, tlt' 1·ontl11ilt' qui for('aiPnl
1'1•:,li111t•.
.11• mrnlirais rn disnnl 11111' )11111' Pilon 1'111
Ell1• tli, isail 1'1111111:rnilt: 1•11 lroi, 1·lns:-1•, :
i111 ilfr 10111 dt• ;.:o l'ht•z la rt'i11t•, q11and 1·111• St'S inft:ri,•ur,, i1 1p1i 1'111• faisait [0111 Ir hil'II
r1:s11l111 1•11 ,011 1·c1•11r dt• ,oir dt's !,!t'IIS a~anl 1•11 son po11Yoir: St's 1::,.:a11x. al't'&lt;' qui t'III' ,:1ail
pin, dt• 1·011wrs:1tion q11t• ln Lrih11 tir$ Pilon. 1011jo11r,- pr1\1t, 11 ii se• rt:,,on&lt;:ilit'r &gt;&gt;, l'i 11', g-rns
Foi·i·t• lui arnil 1:11:. dans ll's comnirn1·1•nH•11ls. d1• qu:ililt:. ail'&lt;' l1•sq11Pls &lt;&lt; on ne saurait 1\tn•
dt• Ill' point lrop l'air,• la dt%·alt• 1•l la rr11rh1'- lrop fil'r 1&gt; , dt' sorti' q11't•llt• 1011s lt•s ml'llnil
ri1•. EII,• s't•mh:\la ainsi dt' (·onnaissnnrrs (·om- au pas lrl•s rud1•1111•111, rnais ils filni!'nl doux
pron1Plla111&lt;•s, qni gt111i•r1•nl son Ps~or. (Jnantl :11l'!' )lnw Pilon . 1'11 jour qu'l'llt• t:lait &lt;"lll'z la
on l'a1H•rçul dans lt•s carrossPs dt• &lt;wlai1ws duc-hrssr dt' Chnuhws, celle d1•rniilrt' lui dit
li•mml's dt• 11uali11:. tri•, aimahlt•s sans do111t'. quPlquP d1os!' qui lui d1:p1111 : 11 Si ,·ous ni'
mais par lrop f'.\t•m pLt•s dt• prud1•rit', la rut• me Lraikz eommr 1·011s d1•1(•z, dit )lnw Pilou.
Sainl-.\ ntoinP t•L 11• )larais at·&lt;·ust-.rl'III .\lnw Pi- je rw mellrai jamais Ir pird c-1:ans ..Ji, n'ai rp11•
lou d1• complaisan!'t'S 1:1111irnqm•~. Ellt• s'ap1•r- làirt• dl' ,011s ni de pl'rsonne : Hol)('rt Pilou t·t
~·11t lrnp lard de son imprudt•n&lt;'I', q ui lui (·01Ha moi arnns pins dt• him qu'i l np nous 1•11 faut.
!'111•r. lb 11omhr1•11x jalo111: &lt;1111• lui a1:iiPnl ,\ &lt;·ausc (Ill&lt;' 1011s ilh'S dm·ht•ssp, rL 11111' jt• nt•
,alus ses sn(•t·i•s mondains rt'ssassai1•111 Pncor1• ,.11is tjlH' lillt• t•t fpmmc dt• proc11 r1•11r, 1011s
t'l'S 1·0111111fr:igps au hou l tl'un dr111i-,i1\·l1• C'l prll!WZ mr maltrai lt'r! .\diru . madanw. j':ii
da1a111:ig1•.
ma maison dans la ru,• Sni111-.\ nloi11&lt;' qui 111•
1·11 so:r - ,,.rtait aprt•s la Frondt' - son doit riPn ii p1•rso11nc. 1&gt; ~lnw Pilou ,:1ai1 t'Ot'tarri1 é1• dans 1111 salon ari~Lo&lt;"rati,pic arail 1irP1111•nt lrrs à sou aisr, drp11is 1111 hfritag1•
intl'rrom pu 11 nr disC'ussion sur C'&lt;'l ll' virillC' qui lui tllail tombé du c·it'I, rt &lt;"'ilail plus
histoire. L'n}anl su, Mnw Pilou &lt;·ommrnça qu'on rùn pouvait dir1• sous Louis XIII dt' ln
par s'installrr à son aisr dans l'un drs f'au- plupart d1•s ~randrs maisons dt• Fran&lt;·t•. Le
l!'11ils prépm·és pour l1•s grandrs damr$, puis lrnd1,111ain, la duc-hrssr dr Cha11l11Ps frri,it
Pllr pril la parolr en ers Lrrmrs, l'a. sistant·1• une hrllP lctlre 11 ~rmr Pilo11 pour lui drma11l:1isanl &lt;·t•rdt' : 11 ,Ir nr m 'élonnr pas qur &lt;'t's d1•r pardon.
hr11ils ail'nl C"ouru . .J&lt;, mr suis lroun:1• cnga1'11e :i11lrr fois. ay:rnL 1•11 i1 sr plaindrr dl'
:,.:fr a1·N· drs frmmrs &lt;111i onl hil'11 l'ail parll'r Cha, iin~. IP s1'c·r1:1aire tl ~r,la 1, 'I 11i. apri•s l'a\'Oir
d'1%•s: j'ai l'ail &lt;'1' &lt;JI IP j 'ai pu pour IPs r1•- i11rilt~', n'a,·niL pas &lt;:lei aimalilt• pour cll,•,
n1rllrr dan~ lt• 110111·h1'111in : 1' f'sl t'C' qui t•s l )11111• Pilou lui l,allit froid. Il 1"i111 lui fai 1°f'
il 11 ·i a point dl' gens qui ne souhaitenl dt&gt; la
mir pou r sarnir C(' qu 'dl(• en pms1&gt;, cr 11u't-ll&lt;i
rn dit. rr q11'ell1• en sait .... n
Il 11·1:1ai1 pa, la1·ill' dl' fo i1·1• 1·ompr1•ndr1•
a11, l1•1·IP11rs dl' la pr01i111•p 011 dt• 1'111ra111,{t'I'
urw situation mondaine a11ssi particulit\rp qur
('t'llt• dt• ~ln1t• Pilon, hr mlanL aussi dirrclt'nwnl Il'~ idt;t', r1•ç111•s 1•1 IPs hahil11d1•s 1·011ra111t•s. \lllt• dl' S,·mft:n I p,I r1 •11•11111• a11•1·
i11,i,laiH'P l'i lo11;.r11r111t•11I. ~01r,, l'ilt•rorh l'IWOl't'
1·1• pas,a;.:r : 11 EIIP a 1111t• n•rlu solidt•, 1p111iq11'1"ll1• 111• soit pa, s:imn;.w: ,•n l'lli•I. l'llt• dil
dt•, l'ho,1•, 1·1• q11',,lf1• 1•11 pt&gt;II"'· mai, 1'111' Ill'
m11l rai11I p1111rl:111l p1•rso11111•; plfp rnil !l's
foi l,l1•"t'S tll's a111r1•s sans I ri1•11 1·011lrilm1•r.
t•I. sans t11rP jamais la ;·011fidl'11lt• dt• 11111
an1011r. ,•llt• ,ail po11rlanl ll's arno11rs d1• to111t•
l.1 1ill1•. Ei!I' l,l;\111t• b C:)q11rl1t•s. PIII' 111• llallt•
point 11•, ;.!:rlanls .. .. Ellt• l:kht• dt• nwtlrt• la
pai, Plllrt• lt's fo n1 illPs: 1'111• 1•,1 hi1•11 :i11•c· tons
11•, maris l'i a1Pt' lo11lPs l1•s mt•rc•s .... 1111 pc•11t
dirl' q11'.\rri1·i11ir• r,I la moralt' 1i1anlt•, 111:1 is
1111,• 11111ralt• sans c·lw~rin. Pl qui 1-roil q111•
1'1•11jo1wnw11I t'I lïn11oc·1•111t• raillt•rit' Ill' ,0111
p:h i11111il1•s i, la l't:'rl11. 11
c·,:1:iil 11111' lionrw t'I l1r:111' lt•nrmP: mais
Pllt• :wrail p11 illrP ;111,,i ho1111t' l'Plllllll' t'l :rnssi
h1·a11• 1'1•1111111• s:rns q11P la rt'illl' dl' FrarH't'
dPnra11tl:ll :1 1oir .\11111• Pi lou d,• l:1 r111• Sninl_\11 loi1lt'. EIIP l'ut i111ill:t, arr Ln1111·t• p:rrt·t•
q11 ·,•Ill' :11ai1 infi11i1111•111 d',•,pril: il fo111 lu11jn111·, ,•11 r1•wnir l:'1.

0

des excm,es, dan~ une réunion : 11 llonsieur,
répond il-elle, je ne suis qu'une 1wLitr bo11r~eoise el rnus rtrs 1111 grand seigneur ; rous
nr m'aw1. pa, l,i,,n lrail,:t'. 1ous 111' m') r:illrapc•rrz plus. ,Jp 11':1i qut• foirt' dt• 1&lt;H1~ ni
d1• personm'. 1&gt;
Comme ..11t, ~arnit toujours 10111 sur lo11L
1t, mond,•. 11• !'ardinal dl' llidwlil'11 la fil
pril'r dt• 1·r11ir lui rnnli'r tlt's histoirt'~ ,nr 1111
ori:,.:inal d,• IP11r l'onnai~~nnc·P. C'1:1ai1 mal 1·01111ailr1' Mnw l'ilon . Ellr 11·1:1ail pas fi•mnu• i1
risq11rr dt&gt; compronwllrr st•, amis, Pl sa1ai1-on
jamais c·o1111111'11l C't' lt•rril,ll' mi11i,lr&lt;' 1n·t•11drail ll's chosrs? llil'l1rli1•11 appri t 1·1• jo11r-li1
t·r q11t' l' P~I q111• t!'t;ll't' PlllO)t; paill't'.

HISTOR IA

0

La , iPill1•,s1' la 1·0111hla dt' µloirt•..\ plu, dt•
soi,anlP-dix ans, al't't son air d'l1011111u• d,:_
;.:uiM; t•n f,•mnw, llnw Pilou fil 111H' pas,io11.
ru l'OIN'illt•r d'État qui la ranwnail un soir
dans son 1·a1'1'oss1• l:i prit Lo11t i, coup par la
lrlt' Pt la hais:i 11 tout son saoiil ». Pli l11i
jnrnnl ,fri1•11st•nu•nl qu'il l'aimait II plus q11r
sa 1iP ». La Slll'prist• nrnil arn:an ti Mnr,• Pilou .
Ponr la pr1'111i1-.rt• foi,- dt' sa I it• 1'111• n•,1:i ,·oill'.
,ans pc•11,1•r ,t'UIPnH'nl i, dép111rt•r s:i 1t\1t,.
EII&lt;' 11 'p11[ p:1s Ir 1·011ra;,:1• dt• 111• pa~ r:wonll•r
mw nnssi jolit• histoirt•: st•11l1•1111'11I. 1'111' nof'11,ail dl' 1111111m1•r !(, c·o11sPillt•r. (111111•:-ul jamais
q11i r·1:1ait.
l II jonr q11·1•ll1• ,:1:1il l'lwz la rt'in&lt;'. \ln w ifp
C:11t:nw111: dit it .\111w 11'.\ 111ri1·hr :
- 11:Hlamr. l'ailt•s ,·011l1•r il )l1111• Pilou
l'a1 l'11l11rt• du c·1111srillPr tl'Étal.
- ~1• 1C1ili1-l-il pa,! ,'frria ~lnu' l'iln11.
\'011s 1'&lt;'1-(01'1):t'Z d'an1a11ls, 1011s :rnl rPs, Pl, dt'•s
q11r j'1•11 ai 1111 pa111r1• 111:,1:rahlt•. 1011:,. t'II
l'nrng:cz.
1-:llt• :lltPil-(11i1 11• pinnclt' i, soixanlt•-d i~-h11i1
an,, it l'O(·(·a,ion 11'1111&lt;• m:iladil'. La rt·int•
1•mo~ail prt'l1drt' dt• si•s 1101111•ll&lt;•s. Louis XI\'
arrt;Lail r11 passant ri faisait dcmand1•r 1·0111111rnl plfp allait. .h re dt• parrils t'\Pmph, 011
juge s'il fut it la modr de sïn1t:r1•ss1•r il
Mmr Pilou. La c·on r c•nli,'rr sr prr!'ipila r111•
Sainl-,\n toirw, 11• tout-Paris d"alor,.. st' ,11,pt'mlit au mnrll•a u d1• sa porlr. l'I jP 11r do111t•
point qur Ir l'Orps diplon1ali1p1t• n'ai! l'ai l 11111•
d1:mardu•; (·1• ,1•rail pourt:1111 it 11:rifi1•r :Ill\
nr!'hiyes drs :iffairt's 1:1rangt•r!'s.
EIIP gufril. PC'11l-èll'I' 1•1H-il mir nx 1al11
pour rllP s·,•11 :illt'r l'll plPinc apolht:o,t• q11,•
d,, lrai1wr comme t'llt• lit j11~qu'i1 qualrr-1 inl(ldi x ans. l'orri llr dur&lt;• t'I la 111e ohsc•m('i1•.
ff1111 :iulrl' &lt;'till', dit' 1•11t lt• plaisir d'assi,lt•r
:'t 1':il't\1w111rn l de ln ho11rf!t'Oisi1', npprléc au
pournir par Louis XI\'.
La hour~&lt;•oisir l' esl rnrorr : m:iis 1p1i ,ail
pour con1hi1'11 cl&lt;' lrmp, '! Elli• aurai t hil'n
ht'soin Pn Vranc·t', a11jo11rd'h11i , d'u nr Mnw
Pilou pour lui dirl' SC'~ Yérilt:,.,, 1·01111111• fai,a il
l'anC"irnrw. Ct'la prolo11;.!t'rail p1•11t-1\il'P ~1111 hl'
dt• prosp1:ri1,:.
ARVÈDE B.\Rl~E.

lucue

LA REINE MARIE-ANTOINETTE
TAULEAU

n'ÉusAnETH VIGÉE-LE I3RUN. - (.\ luséc de Versailles )

hCl:iUD.

�Napoléon el les Femmes
par

FRÉDÉRIC MASSON, de l'Académie française

Madame Walewska.

g:ira111 tf,, nws l1nn111•, i111t'nlinns. Xons nous
1·1•1t•rrons :'1 \'ar,miP, jP 1"1•sp1•rr, l'l j1• rt:dalll&lt;'rai 1111 11u•1Ti dP 1ol r1• IH'IIP l)(Jtll'hr. n
ll11ro1· a l'l'f&gt;l'is sa pla,·r aupr&lt;'•s d,, n:mJll'r1•11r: la rnit11rp s',:loigiw rapidrnH'III. Pl.
'l""''P"' IP111ps r•ncorl'. par la porli,\r,•. on
,oil s·al(ilrr Pll 111a11i,'.r&lt;' d,• s:11111 11• l'hap,•au
d,• Xap,Mo11.

son hal,il. an\ ~rand, jour,. 11• l'Or,lon l,lru
d,• f'ordrr d1• l'\igl,• l1lanl'. JI P,t Ir c·l1rf'
d'111w d1•, plus ill11,lr1•,- maisons d,• l'olognr,
L1• ,,... jallli1•r 180i. n:mp,·r1•11r, l\'nan,
1111r mai,on qui au1hrnti1pH•nwnl sr rallal'ht•
&lt;l,· P11l,[111'k l'l M' rt'llda111 ;\ rarsm il', s 'arr1ltl'
au\ Colonna d1• Bonw. porlt' l1•s m,:nws arnw,.
1111 i11,ta11L pour 1·ha ng1•r d1• 1·hl'1a11\ i1 l:i port,•
d qui, par s11itP, pass«• 1•11 anrirnnrlt: tou11•s
l1•s familll's d11 Boya11nw l'i dl' la fü:puhli1pl!'.
dl' la pl'lih• 1ilh• d1• llronil'. 1111• fo11IP r :1l11•ml
Il' libfr;1lr11r 111• la Polo:,.,,,,, 1m1• fouit' ·,·n1ho11Co11111w111 )lnw Lac·zinska 1w s·,:pr1•ndrail-t•llt•
pa, d'un lt•l grndr1•'? llari1• ll 1's,-ai1• 1111\1111•
,:ia,1 .. &lt;'I hurlanlt• &lt;flli, dt'•s q111• la 111il11r1•
c,•l h• j1•1111r fi•nI Ill(' S(' 11om m:1i 1 .\la rir \\':1point de• r,:,i,ll'r &lt;'Il fa,·r, car, it la prrmi,\rr
i111pfrial1· 1•,t 1•11 1111•, M' prfripil1•. l.a 1oit11r1•
11'11 ska. ~;1l, 1:1:1iL 11fr Lac1.i11,ka: 1.J'1111p filmill1•
!s ·:,rrt11t•; 1111 ol'fit·i1•r g,:nfral, ll11ro&lt;', l'II d1•sohjt'&lt;'lion 1111'1•1fp a failt•, il a ,:11: r1:pond11
a1wi!'111w. mais lrrs pa111 r1•. dl' plus sing11d'11111• n1anit•rl' frappantt•, mais l'lft' 10111111•
&lt;·1•11d t'I M' fnil plaf't' j11,1111·:'t la maison d,•
lit•rpnwnl 11onilm•11s1• : si, 1•nfo111s..\L L:11'mnl:HIP d'111H' fi1\1 rt' inflamm:itoirr 1111i la lirnt
pn,11, .. \11 nio1111•11l ni, il ~ JH:nt•tr,•, il 1•1111•11d
zin,-ki t:lanl mnrl lorsq111• s:1 fill1• .lfarit• &lt;:lait
1111:1tr,• mois rnt i,•rs 1•111rr la 1ic t'l la mort. .\
d1•, nis J,:,p,pfr,:,. il rnit dl's main, 11°11:Ps
1•111·orP 1•11 1,as :\gr. sa ll'llll', tnut 01·&lt;·t1p(:,, i1 pri111' ,·m11alPs1·1'11h•, on la mt•np i, l'a11IPI.
l(lli lt• s11ppli,·11I, Pl 11111• 1oi1 l11i dil l'll franfoir(• 1aloir 11• lr1'&gt;s (l&lt;'lit do111ai11r qui eonsliTroi~ anlll:1,, s,, pas,1•111. oi1 la j1•11nr
rai, : ,, .lh ! n111n,i1•11r, 1irl'1.-111111s dïri 1•1
lnait l1•11r forlttl1l', a,ail mis sp,- lilf,,, 1•11 fl&lt;'llli•mnw,
so11ffr!'l1'11sr, 1it dans ec• d1.11t•au solilailt•, q11&lt;'j1• p11i,"• 1"1•nlr1•1oir un M•td insl:1111! &gt;J ,io11. l•:11,•s :11ai1·nt appris un p1'11 dt• l'ranrais
lair,• dt• \\ a(p11 i1·1•. p11i,a11t 11niq111•m1•nt s1•s
Il ,-."arr1lll': f'l' ,ont dP111 li•n11111•s du mo11d1•
Pl d'allPmand. 1111 pr11 d,• 111w,i1p11• &lt;'l dl' danH•.
p1·rd11P, 1h1ns 1·1•111• 11111l1i1111l1• if,, pa~sa11s l'i \ 1p1in1.r ans Pl dPmi, )fari,• ,:tait rt'11•n111• :'t l'OU,olaliom, tians lllll' pit:lt: qui s·l'laill' l'lia1p11• jour. En/in, 1•111• dl',il'nl t'lll'Pinll'. 1·11,• a
11'01111·il'r,. f,'11111•, 1·1•1!1• l(lli , il'11I dP l11i
la maison mall'r1wll1•, médi(J(·rt'lllrnl sa,anh•,
adrPssl'r 1:, p.1roll', s1•111lill' 11111• l'ul\1111 : l'if!' mais parfoi11•1111•11l l'haslt• l'i IÙl):1111 1'11 son un fil,-_ Toni ,1• ranim,• pour 1'111' : ,.·,•si son
l'sl 101111' lilo11d1•, aw1· d1•s ;:r:mds 11•11x lilP11s 1·0•111· '(IH' d1•u1 passions : la rl'ligion l'l la pa- fils qui r1•1·ommrnrPra :-a 1i1• nian1p11:1•, 1p1i
lrt'•, naïl~ l'i lr1\s 1,•ndrr,:, 1p1i l11·ilÎ.. n1 1•11 1·1• lri&lt;'. l,':rn1011r qn °l'lll' nrnit pour son l&gt;i,•u :111ra drnil au lionhr11r qt1'l'lf1, n·a point
1111m11•111 1·11nrnw t1·1111 d1:fir1• sa1'1'1:. Sa f&gt;l'.111 11',:1ai1 liala111·1:Pn l'll1• q111· par l'amour q11°1'f11• ol,11•1111 . .\lais 1·1•11•nfan1, f':wdra-L-il dont' q11ïl
ln\, fini'. rns1• 11'11111• f'ra1'l'h1•11r dl' 1·nsl' llu:. proli•ssait po11r son p:,~,. C'1:1ail lit lt•~ mohill', 1i1t', 1·om1111• &lt;'ll1•, sur 1111P 1,•rr,• annrx,:p ,111i
,.,, 111111 &lt;'lllpo111·pr,:l' par la limidi1,:..b ~l'Z 1111i1p1Ps dt• sa , i1•, l'l, pn11r l:i sorlir dt• ,011 11·t•sl plus 11111• palri,,'! famlra-l-il' quïl ,11JH•lil,• dl' laillP, 11iais 1111•rwill1•11s1"1111•111 prisi•. l':tr:tl'l1'rl', d'111u• do11c1•11r ordinairrnll'nl sa11, his,,•, 1·om1111• 1·11", la M'l'I i111dP, &lt;'I ,p1 ïl nwnsi sonplP l'l ,.j ond11lanl1• q11'1•1fp Psi la gr:it-1• n:pliqu&lt;•, il s111H,ait dt• lui dirl' 'I" l'll1• 1:po11- dit• tin 1ain1p1P11r, ,·ommc a foil son pt•rP, ws
1111\1111•, rlll' rsl 1t1 lm• 1n\s simplm11·11 I. 1·oif1i:1. St'rait 1111 llus,P 011 1111 Prnssil'n, un 1•n111•mi lilrr•, (•t sr,- l1i1•ns'! Ellt• ll'III l(llt' ,011 /ils soil
nn Polonais l'I 1111 homnw lihr1', l'i pour &lt;'Pla
d'1111 1·h:1p&lt;'a11 somlir1• it graml ,oill' noir.
dl' sa nation, sd1is111aliq 111• 011 prolt•slanl.
cp11• la l'olog,w ,P r1•l1\ll' &lt;'I ,I' d,:liir!'.
ll11 ro1· a rn tonl d'1111 mup d'œil: il t1,:gag1•
.\ (ll'i11r l'Sl-rfl1• r1•11tr1\• &lt;·ht•z sa nu'.rp q11r.
c,,(ui qui liPnl d'ahallrt' l'.\ nlridw, l'l ((Ili
l1•s d1•111 lt•mnws. ri offrant la mai11 ù la it la !sUilt• d,, l'ir1·onsta11,·1•s singnlit'•rl's, dt•nx
tft:jit
ù .\ 11slpr(i1z s·Psl mP:-.1m: an•,· la B11ssiP,
l,lond1•. il la cond uil i, l.1 J)(lrlii•rp d1• la 10i- gr:1nds partis sr pr,:sl'nl,•nl ,•n m1lnw l1•111p,rn
SI'
lwnrlrr i1 la Pru,st' PL à s1•s :1lli1:s.
l11r1•. " Sirr, 1li1-il i1 .'\apol1:nn. ,·o~Pz t·l'llt• pour rll1', ri .\lnw La1·1,insb l11i signili,•
tJ11i ,1 br,1H: lous ll's dang,•rs dP la fou i,• pour 1[11·,,11l' doil 1·lwisir 1'1111 011 f'autr!' dt' 1·rs pr,:- ,\'apolfon 1•,t l'ndwrsairl' proridc•nliPI dl's
p11issan1·1·s 1·0-partag1•anll•s: dmw il rsL l':imi.
WIii,;. l)
lrndants i1wsp1lr11s : 1'1111 1•sl 11n jr111w hom111p Il' sa111r11 r d1:,igm: dt• ln l'olognc. Il sr llll'l
L'Empr1·,,11r «llr so11 d1ap,•a11. l'i, s,• p1•n- 1·harma111, l(Ui a lo11l pour plain• t'l 1p1i lui
d1a111 ll'l'S la &lt;lamr, &lt;·omm,•11c1• it lui J&gt;arlt•r: agrér au pr1•111il'r co11p 1f'œil. Il &lt;'SI prodigi1•11- ('11 mard1r, il marqnr l'hfü·unc d1• srs élapps
mais &lt;•ll1•. 1·0111nw inspir,:,,, épPrd111• PL alfolfr s1•111!'nl rieh1•. l'orl hirn rn:, mrrn•illcusrmrnt d'un 110m d,, 1i!'loir1•, il dissip1• conrnw unr
par ll's srntimrnls 1111i l'al(ilt•nt. dans u1w hPau, mais il t•sl lluss&lt;•: il c,-L 11• /ils d'u11 dPs fanlasmal-{orir rainr rarméP pr11ssiP11111', il
sorL&lt;• dP lrnnsporl, dil-rll,• &lt;'111'-nu1nw. ur lui l(t:nfraux q11i onl Ir plus durrn1rnL opp rim(, l'ntrt' 11 HPrlin, il apprnel1r dt's frontirrps dl'
lai,sp poinl arlwrrr ;.a phras,•. (( ~0~1•z 1«• la Polognl' ..la111ais 1•1ft' Ill' ronsrnlira i, drn•nir l'anei1·n l'O) 11u111r; alors, I' 't•sl une fü•np qui
:-.'rmpan• cfp to11s. d'rllr surtout, unr fit,, rr
hiP1111•1111, rnillt• fois lt• hirnwnu sur nolr1• sa lt•n I nw.
d'r11t ho11siasmr l'i d'altt•ntr. \\'alr11 il'c' l'sl
lc•rrp ! s •,:1-ri1'-l-&lt;'llr. Bi1•11 dl' Cl' q11e nous fi'.\lors, il fo ui hirn ar1·rplrr l'autrr, Ir 1ipux
rous Ill' rrndra d'un,• fni·nn n;.srz énrrgil(llf' .\naslasr Colonna dr Walrwi1·1'-\ral1•w:-.~i. li a loin dPs nou rrll,•s : 011 rn aura-1-rllt•. 1,inon it
fps Sl'11li11wnh &lt;pH' llOIIS porions :'1 rolrt' p1•r- ,oi,anlr-dix ans, il rsl rrul' ponr la spcondP \'ar,:o,it•'! Son mari. 'l''i est patriotp lui aussi
- qui 11(' l'Psl alors'! - l11i proposr d\ rrnir.
so111w. ni lt• pl:ii,ir l(llf' IIOIIS n,ons il \CHIS fois, rl l'ai111: d,• s,•s 1ir1i1s 1·11fon1s a nr11f' ans
Ils :irrirrnl, ils sïnstallrnl. La maison «'sl
1oir f'u11l1•r li• sol ()(' &lt;'rllr palril' r111 i 11111s d,, plus &lt;jllf' )la rir. ;\'imporlr ! il 1•sl trt•s richr;
monlér sur 1111 pird romrnahlc•, c·ar il faut
all,•nd pour i.r r,•lt•n•r ! 1&gt;
dans rr pays qn'hahilPnl lrs Lal'zinski, il l'Sl IPnir son rang Pl il fo111 r111c la jr11 nr fPn111w
l'rndant rp1'Pl l1• jPllt' rrs mols 11'11nr rni.1 le ,;rignrnr, rPl11i qui lirnl loulrs lrs trrrrs,
f'assl' son rnlré1• dans(,, mondr. Elit' qui srnl
l1:1IPl:tnll'. Xapolt:011 la rrgardr allt'nlill'mrnl. 1111i a /p l'h:llrau. qui donnr la loi . qui srnl
1·r qui lui man11ur. qui l'raint dP foirr dr~
Il pr«•ntl 1111 hnuqnrl qu'il a dans la 111ilur1• "' r1'(,'oi1 IPs 1oisi 11, pa111·rps "' l,•ur ofl'rp i1 di1wr.
fa11ll's 1'11 parl.1n1 fran(·a is. qui c•~I tim idt• "'
li' lui pr1:,!'11lc: " Cardl'1.-l1•, lui dil-il. 1·01111111• fi a 1:1,: ,·hamllt'llan d11 fp11 roi: il porlP sur
11&lt;' '" srnl nul app11i ni dt• famille ni d1• rcla~

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1l1ST0'1{1.ll

_ _ _ _ __ _.;___ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ~ - - - - - - - - - - - J I

tions·, rcdimlc infiniment dr sr montrrr, surtout d'allrr à La BlaC'ha, le palais du JJl'incc
.Joseph Poniatowski, le centre &lt;le la hault'
soeiété. Elle se résout, sur l'ordre· formel de
son mari, mn: Yisilcs d'obligation , mais elle
s'en tient li1. Elle demeure donr prrsr1uc une
inronm1l', Pt malgr11 5a l,ca11L(1 11111 nr s'ol'rupe
d'r lll'.
On annonce la prochaine Yl'llllC dP l'Emperrnr, l'L t"hacun s'agite pour l'acc-neillir, pour
Iain• it Yarso1·ic mieux encore q11·011 n'a f'ail i1
. Posi'II. '1'011t rsl srns drssus tlPssous; il fa111
que ~apol1:on soit satisfait : le ~ort de la
Polognr rn déprnd. l.a _jrunr f"1,mmr rrut
1ltrr la premi1\re il !(' sali u'r, Pl, sans raiso11nrr, sans romprrndrr la port1:n &lt;le sa démard1r, l'llr rngagc unr dP ses rousinrs it l'areompngnrr, monte prfri pilammrut rn roitlll'('
rt c-ourl à trarcrs Lous les obslarlcs j usqu'ü
Bronie.
,\prc'.•s arnir rn s'1:toignrr ln roit11rc impérinlc, elle restr longtemps à la mèmc plate,
regardant encore dans l'c•spacr, comme inLr rditr. Il faut, pnur qu 'clic rrprcnnl' srs
esprits, q 11c sa compagne lui parle et la
pousse. Ellr cnrrloppl' alors soigneusement
dans 1111 mouchoi r clr batiste le IJ011q11N que
l'Em perc•nr lni a offrrl, rrmonle rn rniL11r1'
t'L 111• rc•nlre tl1cz elle q11e lard dans la nuit.
~on dcssrin arrèté rsl dr garder 1111 1·0111pll'L sil('nc·c• sur ec rnyagr, dl' nC' point se rairr
pré,1'ntrr it l' Emprre11r, dr ne se mon trer à
am·unc l'ètr ; mais sa compagne de rouir,
hiru qu'rllc lui ait l'C'l"omman&lt;lé la discrétion.
('S I trop fi ère do l'al'enlurc pour la tairr. l"n
malin, Il' prinrr .loseph Poniatowski lui !'nit
d('manclrr l'lwurr 011 ellP srra l'isihle. li
l'irnl dans l'aprc'•s-n1idi, rl, an':· 1111 gros ri re
q11i n•11l la 111cllrc de rompli1·itr, lïnrilc à un
ha! &lt;p1'il rn donner. Commr. rn rougissant, r llr sr Mfrnd clc comprrnd rr, il lui
rx pliqur q11r, it 1111 d,•s din1'rs qn i on t i1,1
oni:rts it l'E111prn' 11r. 1'fapoléon a 1inru rrmarqnrr 1rnr prin&lt;·rssc Luhomirska : on s·rsl
ingénié dc'•s lors ,·1 la lni monlrr·r ; mais Duro('
1·irnl de rél'élrr qur si son mnilr&lt;' prèlaiL
f[llt'lqnr allrnl ion it la prinrrssr, c·rs t qn'clle
lui rappelait 11111• d(:tic·icusr i1wonnur aprrtu&lt;'
i1 la postr dr Bronic. Qui était crllr inconnue'!
Lrs détails de l'al'enturt', Huroe lrs :nait
tons donnrs : il arait drcriL min111iruscmc11l
lrs traits du risagc C'l 1c, caraclfrr &lt;lr la toi11-Llc; m~is Poniatowski ne clcrinail point, et
il sr drscspfrait, lorsq u· une incl isnétion ra
mis sur la ,·oit', el il est ncrour11.
],'Em1r rr11 r l':i rrmarquét' : il faut qu'elle
l"irnnr au bal. Ellr refuse: il insistr : &lt;c Qui
sait? dit-il, pr11t-èlr(• lr C'icl sr Sl'n·ira-t-i l dr
rn11s pour rélahlir la patrie! ,, Ellr ne cMe
point, ('l il se reti1·e dépit&lt;\ mais ;\ peine estil sorti qu'on annonc·e sm:ressiremrnt les
prinripaux rcprésrntants de la Polognr, « Ir!'.
hommes d'État dont l"autorité rrposr sur la
ronsidrraLion, l'cstimP puhli&lt;[IIC' rt la déf1•rcncr dur, à lem· rond uilr rt.i1 lrurs lumii•rrs)).
Chacun d'eux sait cr dont il s'agit et s'empresse aux mèmes c-omplimr nts, aux mèmcs
insinualions: Cr 1i"rsl point assrz : rni&lt;·i Ir

mari qui arrirc it la 1·rscoussc. Lui seul ignore
l'arcnlurc de Brunie; il 11&lt;' ,·oil dans celle
insistance q uc la reconnaissance par s0s pairs
du rang qu'il orr11pc. qui' l'approbation publique qu'i ls do11nrnt au C"hoix qu'il a fait de
cettr jeune fL'rnmc, qui n'rsl point dr son
mondr, pour sa 1roisi1\111r épo11s1', !'l, pins qui'
lou. lrs autrrs, il imistc, traitan t srs crainlrs
de timidités ridicules cl de défaut d'usage. Cc
n'est pas assez qu'il prir, il ord onnr. Ellr
rl'Clc donc, elle ira au l1al. IWr n'y mrl qu 'une
l'Ondition : c:'l'sl 1111r, toutes les frn 1mes n:aul
ch~it été présentérs, rite nr sct·a point l"ohjl't
d'11nr présrnlntion isol11r qui rrdouhlr rail son
rmharras.
L1' gra nd jour arrire : son mari prrssc sa
toilrttc; il crai nt d'arrircr rn retard, aprt''s Ir
départ de !'Empereur. li fait srs ohjcctions rt
srs critiyues : il aurait roulu une toilette
cxtrèmémrnl éléganlr el riche, tandis qu "elle
a c·hoisi une robe tout unie, dr satin blanc·,
arnc une tunique de gaze, et que, sur ses
c·hcm1x, clic a posé si mplement un diadrmc
de l'cuillagr. Ellr arri,·r. Elle lrarrrsr l('S
salons an milieu d\111 murn1111·r llattcnr. On
l'installe rnl rr clrnx damrs q11 'rllc ne connait
pa~, ri. tont dt' suilr, .losrpb Poniatowski Si'
prfripitr rt rient sr plaerr drrri(\rl' rllr. &lt;( nx
mus a alll'ndur a1w impaLir11C"c. lui dit-il. Ox
mus a me arriw1· a,w joie. Ox s'est foil
r11pétrr rnlrc nom j11squ'1t l":ipprrndrr par
c-œu r. Ox a examiné rnlrr mari ; o~ a li~11ss,:
les cipa11J,,s rn disant: Malhrurmsr ,·i&lt;"linw!
r l l"ox m'a donné l'ordrr de Y011s rnga~rr it
la dansl'.
- .le nr d:rn e pas. répond-rllr . .Ir n"ai
nullr rmir dr danser.
Le prifü•r répond q11r e'csl 11n ord r(', que
J"Emprrrur lrs obscrrn; 11uc si ellt' 11r dansr
p:1s, e·esl lni-rntlmr qui sera l'Omprom is. qm•
. Ir . urct•s du hal dr pencl 11niq11rmr11t d'Pl lr.
llrr11s de plus en pins accrnl11é. Poniatowsk i
n·a q11't111r rrsso11rc·r : aller troul'rr lluro(",
11ui rrç,oil sa l'Onlidrnl"r rt la /qiortr it l'Empr rrur.
.\utour dl' la bPllc inconn11l'. plusirms des
1,rillanls ol'/icirrs dr !'r i.al-major s·approrlwnt
et pnpillonnrnl. CP qui n'est point 1111 s&lt;'&lt;-rrl
pour lrs Polonais rn 1'st un pour IPs Français.
Napoléon, alors, rmploir It,s grands rno:rns
pour frarl1'r rrs rirnux inconscients. C\,sL
Louis de Périgord qui parait d'abord le plus
em pressé : l'Empr rrm· fait signe it Rcrtbirr
nl lui ordon ne d'expédier su r-lr-c-hamp rrl aidt•
dr camp au (je c·orps, sur la Passargc. Puis
c'est Bertrand; noureau signe: Bertrand partira immédiatrment pou r le qnartil'I' général
&lt;lu prince .lrrù111c, dcrant Breslau.
Cependant les danses sont su. pendues i
!'Empereur parcourt lrs salons, semant drs
JJ!1rasrs qu'il rnudrait rrndrr aimables, mais
qui, par l'cffot dr la prioecupat ion 011 il est,
Lomhrnl singuli('rcmcnl it faux.
:\ unl' jeune fille il demande com bien ellr
n d'enfants, it une rieillr drmoisrllc si son
mari est jaloux clr sa bca ull:, it une dame d'un
Pmbonpoint monstrncux si elle aime beaucoup
la danse. li parlr comme sa ns prnscr. sans

entendre IC's noms qu'o11 lui dit, sans que
ers noms rappellen t rien it son esprit de la
leçon apprisl', les yeux cl l'esprit uniqu rnwnt
trnd11s sur 11nc frmmc, la seulr qui i1 cr momr11t existe pour lui.
li arril'c dernnL clic; srs Yoisinrs la pousSt'nl du coud,, pour qu'elle sr li'•rr, et, debout,
les ~-eux haissés, singulièremrnl pùll'. elle
attend : (( Le blanc sur le blanc ne rn pas,
Madamr, " dit-il tout haul, et il ajoute pres&lt;[11&lt;' ha, : (( CP n· rsl pas r accuriI auq 11('1
j'avais droit dr m'allrnd rr :ipl'(\s ... » Ellr ne
répond rirn.
li l'obserl'r un moment rl il passr.
Quclqnrs minutrs aprrs, il quillr le bal.
.\11ssitùL k rrrrlr sr rompt; on s'em pressr it
St' raconter ec que Napoléon a dit à l'une et
it l'anlrr; mais, surloul, que lui a-t-il cliL à
Elle? qu'est-cc que celle phrase 11 ,·oix haute?
qu'est-cc, surtout, que celte phrase à yoix
ha,se dont Jt,s plus prorhrs n'ont entendu que
le dernier mol? Elle s'csqnirc, mais, rn rnilurc, le mari recommence les questions; puis.
sur son silcncr, il l'awrtit qu'il a accepté une
inrilation it 1111 diner où l'lt:mperrur doit se
lro111-rr. Il lui rrcommandr une loi!rllr pins
rechrr&lt;"hfr, N il la quit.te hl"llsqurmrnl it la
porte dr, son appartrmrnl, au momrnL 011
cil(' l'sl tentér de lui arn11rr, a1·rc son i111pr11den1·1' dr Bronir, to11ll•s lrs solli("ilations dont
rllr est l"ohjrL rl toull's lrs inq11i1:1ndrs qu'rllc
ressent .
.\ prinr rst-rllr rrntrér chez Pllr. qur ~a
f"c•mmc dl' eh:1mhre lui renwl cr billet,
qu\,llc déch iffre it gra nd'pcinr :
cc Je n'ai vu que vous, _je n'ai 1ulmi1·é
que 11011s, je ne de"sii·e que vous. l'ne 1·épo11se bien JH'Omple 110111· ca /met /' i mpatiente rmlem· rie

(( J\".))
Elle froissr arrr dégocit 1·1' papiPr, donl 1,,
slrlC' la réroltc: mais, dans la ru&lt;', quelq u'u n
alt rnd, cl c'est [(, prinre .losl'ph Ponialowsk i.
(l li n'y a poinl dr réponse, n dit-r llc, el rllr
rmoir la J'rmnir de ebam brr le signifier; mais
le prince nr se tirnt point pour hallu , il suit la
mrssagfrc, il pénrtrr jusqu'it l'apparlrnwnt.
Ellr n'a r111r Ir Lem ps de s'rnf(•rmer 11 dou hlr
tour. Elle drc-larc, it lral'Crs la porte, qur sa
résol ution est immuable : r llr nr 1·t1ponùra
point, de• mèrnc qu'elle n'a pas dansé. Lr
prinrc prir, supplir, mrnacr, rt. au risqut'
d'un seandalr, s'étcrnisl' u ne clcmi-hcu1'l'
contrr celte po1·1 e dosr. li part cnÎln, f11rirux.
Le lendemain, it prine est-elle rrcillL:c, qnr
sa femme de c-bambrc lui rcmrl un second
billet. El le ne 1'0111Tc point, Je réunit au prl'mil'r, cl ordonnr qu'on les rrndr tous drux
au portr ur. Que peul-elle faire? Elle a dixhnil ans; elle rsl sculr, sans conseil. sans
direction : cllc• se Mf!'lld dr son rnirux, ma is
qnc pc11l~rllc? Dès Il' matin , son salon s'em~
pli!, l"·,,,t. un lonrhillon . li y a tous les perso n11agrs de la nation, les mrn1brrs du gourr r1wmcnt, le grand-maréth3I Duroc. Elle rdusr
de paraitre, prrtcxtr une migraine. se 1·cn-

~---------------------------------- 'N.Jl'PO'LÉON

ET 'LES 'FE.MMES - ~

ftùsccau rrnlional, dont la force ne peul ajoutrr(?)

fl'rmc obstinément dans sa chambre, 011 pJ](,
s'étend SUI' sa chaise longue; mais son mari
se met en fureur, cl, pour prolll'er qu'il n"csl
point, comme on le dit, un jaloux, il introdui t
dr forrr Ir prirwr .losrph C'l lrs Polonais. Drrnnl
eux, il exig&lt;' qu'elle S&lt;' laisse 1m:scn:er, qu'elle
assiste· au dinrr où ellr csl c-onrirr. L('. Polonais font diorns. L'un d'eux, ln pins ùgé, Ir
plus rt'spcdé et le plus frout, 1 drs rhrl"s dn
go111wncmen1, la rrgardr fixcmrnl r l lui di t
d'un ton srrère : &lt;1 Tout doit &lt;·(:dC'r, matlanlt',
rn rnr de eir,·onstan&lt;"rs si hn11Les, si 111aj1•11r1's
pour toute 11nl' nation. Nous rsp1\ons
donc que rotrc nrn l passl'l':l. clïcit,,111
diurr projl'lr, dont ,;011s .11&lt;' J)Oll.~!'Z
rous dispcnsc•r sans paraitrr mam11is1:
Polonais!'. ll
Il faut donc qu"elle sr lr11r, r l,
sm l'ordre de son mari, q11 "rllc se
rende chez Mme de Yauhan, la maitresse du prince .losc15h, pour prendrt'
ses conseils sur la toilelle qu'elle doit
mrllrr rl sur l'étiq netlr des cours. Lit
Psi. le eornhlc de l'babilC'Lé, c-ar la
linrr à Mmr de Yaul,an, c'est la linPr
san$ défense à qui mène "toute l'intrigue. )lmr dP \'auhan, d'ailleurs, n'y
rnit pa, malitc cl joul' son rôle .111
na1111·l•I. :\fr Pugol-Barlwnl.anP, ayant
n:("11 it \"l'rsaillrs, nif"llgi&lt;:&lt;' it \':i rs111·ir
cil-puis 1'6n1igration, l'L l.'t, ri rani p11illiq11m1enl an'&lt;· 1111 anrirn amant l't' lronn\ cllr estime que donner 11nr
maitr1•ssc it 1111 s0111 rrain , qne rr
sn11l'rrai11 sl' 1101111111' Louis X\' 011 Sapol(:on. rsl la mission la pl ns importanll'
quïl soit prrrni~ il 1111 1·0111·1is:111 de
r,•mplir ; quant a11x srrup11 lrs, i1 la
pml1•ur, au deroir, :i la Jidéli té 1·onj11gal,,. r ite n'a jamais pc,m: (1u'1111e
l"cmnH• a11 mon&lt;lP pfil mrllrr rrs prt1jngl:S rn balanre arl't· crrtai ns arnnlagt's. Toull'f"uis, il"i, te ne SOIIL pninl
t·c•s al'antagcs quitpcurcnt ten ter ; die
&lt;'nl qu'i l foui rnanœmTrr, qu 'on
n'a111·a raison dt' &lt;"l'lle wrlu qu·e11
l'mployau t dl'S ressorts qui, 11 Pllr, ne
sonl [13S fomilirr,, et, aprt'•s a mir :l&lt;"cahlé la nourellc 1·cnuc de prolrslations rl de complimrnls, rllc la ronJir i1 unl
jruur femme r1ui i'Sl chez elle un p1•11 eomnrn
dnmr de cornpagnir; qui. dirnrcéc 1't ~ans
l"ortunr, j olit', l'i1·c, étou rdit', spirilucllr, hicn
plus rapproché,, par l",1ge de Jlme \\"alcwskn,
a tonL pour lui plain', jusqu'h î't&gt;xallalion
\Taie ou feinte du patriotisme· le plus ardl'lll.
&lt;( 'l'o 11 1, Lou L pour ccll.c cause sacrér ! ,&gt; rrpt·lc-!-!'lle à thaquc instant 1. Elle sïnsi1111c
dans sa tonfiancc, se gliss1i en &lt;·(' cœur qni
n'a jusque-lit point ronnu d'amitié, qui aspirr
it s'ilpancher cl sr lin c sa ns.le sarnir. Elle
sr ml'L au mic11x arec le mari, clic ne quitte
point la femmr, cl, lorsque, par ;;rs discours,
ses rxda niations, ses d(-ii rrs patrioliqu('S, cil!'
la juge r hran lrr, ellr lui lit cett e lrllrr, {-critc

Et an moment 1111 l"ortîrirusr dame
aehL·l'r c·r hilll'I, le n1ari Pnlrr. Toul
fi ~•r cJc,s succ·t\s ([ Ul' sa femme a ohlrnus r i dont il S&lt;' rrporlt' ;\ lui-mèmr
le 111t:ritc, sans rien comprrndrc. sans
rien s011p{'onnrr dP cc qu'on aLIPnd
&lt;l'rlll' - !"ar il est honnètl' homme,
-il insiste encore pour qu't,)lc rirnnt•
à ec dinrr. La pamT&lt;' rnfant sc•nt
Cliché Giraudon.
l1irn que I&lt;• pnsrstdfrisil' rl quï l l't'lh
L.1 CO)ITESSE
tEll"SIU.
gagr. ~lnis tout Ir mondr Ir 1'('111 : rlle
Riu.fr t,•i11/e .tu ll.\ROx GimARI\. (.\fusée .t~ l'crs.,il/cs.)
ira donc· . .l11sq11'n11 soi r, IP sa.Ion nr
&lt;lt;~1•111pli1 point &lt;le Yisitrurs affairés,
dign,• ri justr causl' dP la Pat ri,•. Frmmr, vous nr apportant de m1wll.rs r1%·itations, el, pom
poun'z la srrrir à rorps Mf1•nd:ml, rnlrr natnr(• qu'Pl ll' ne ricnne pas il changcrd 'aris pc11dant
s\ opposr. )lais aussi, t' n rnanc:ltt', il y a d'a11trrg la n11iL, prrs d'ell r, cl(' planton j usq u'au masacl'iticrs qur rous po111't'Z hi1•n faire rl que 1·ous tin, s'attarde la damr de eon1ia1H·l' de )lme de
dl'r('z Yous imposer, quand mrmc ils rous s,'\"au han.
rairnl péniblrs.
En rnontanl en roiturc pour SP rend re,
Crorrz-rous qu'Esthrr se soit donnt\e à Assufrus
par un srnlinwnt d'amour? L't•ffmi qu'il lui inspi- ainsi C"Ontraintc, ,i t1' dinrr offert it l"Em perait., jusqu'à lornlirr rn défaillance dt•1,ml son l'!'11r, Mme Walewska se reposait sur C'L'tlt'
r,•gard, n'était-il pas la prruvr- qur la l.1'mlrC'SS1' i&lt;lér q111', n'aimant point i'Îapoléon, cllr n'a rait
n'av,1il aucune pal'l ,1 rctlo union. Elle . 'C'sl sacri- riPn ù iTnindrc de lui. A l'arriréc, les cmprrsfü•t' pour s,1un·r sa nation rl elle a eu la gloire srmcnts de c·r,·tains i1wités qni l'allcndairnt
de la samet· !
pour solliC"ilrr Mjit sa prolrrtiou adieraicnL de
Puis.~ions-nous rn dirr nutant pour rolrr gloirr
la
Mgoùl.rr de sa prétendue rietoin•, et elle
el notre bonht'ur !
1
X'èlcs-rous donc p~s fillr, mèrr, sœul', épouse s'était bien affermie dans sa n solulion de
dcmr11r1
•r
impassililr.
lor~quc
1"1~
111prrN11· fit
de zèlés Polonais qui, Lous, formr:~I" :!VC~ nous ln
son entrér. Il étail mieux prt:paJ"é r111c I" soir

1. Les tlorumcnl qur j"ai rus cnl,·e lrs mai11s nr
,tonnent pas cxaclrmcnl 11' nom rlr ccll&lt;' jrunr l'cmmr,
mais j~ suis lrès lr111é dr croire qu'il s"agil iei dt'
)lme Al,1·amowicz, qui, rn 1812. lors&lt;Jur :'iapol,1011 rin t

il \\ïlna, fol par lui d1a1·g:'c dc lui p1"ésr111c1· les
clamps ,le la société.
,\ \":irsovic. ,•n 1807. )lnw Ahramoll'icz, qui élail
furl liée arec J!mc \\"alewska, p!lssail pou!" aroil'

cl siglll;I' par les personnages les plus ronsidérablcs de la nation, les membres mèmes
du gourcrncmenl prorisoire :
Mnclmnr, lrs prtitrs cnnsrs prorluisrnt somrnt
d,, grands rffrts. Lrs frm111t'S, r n loul LPmps, onl
ru unr granclr infü1rnrr sur l,1 poliliqur du monclr.
L'hisloirr drs LPmps lt•s plus rrculés commr r1'lle
rlrs t1•mps modt'l"nrs nous cerliflr crtl(' Yérili·.
Tan t ']Ul' lt'S passions d,1111inrronl lrs homnws,
vous srrrz, nwsrlamrs, 11111' drs p11issancrs lrs plus
rl'dou la bks.
l10111mt•, rn:1s anrirz ah:111,lonné l"Olrr ,·ir i1 la

que par Ir nombre t•l l'union des membres c11ti le
composent. )lais sachez, madame, cc qu'un homme

cèlèbre, un saint cl pieux ccclcsiasLique, Fénelon,
en un mol, a dit : (1 Ll's hommes qui ont Ioule
autorité rn public 111• ]l('nl"rnt par ii'nrs clélihéralions élablir aueun hirn rffrctif" si lrs frmmrs 11('
Irs aid1'nl à l'rxéculrr. 1&gt; Écoulrz rt•llc voix réuni,,
:1 la nôlrr pour jouir du honhrur 111• ,·ingl millions
d'hommrs.
Ainsi. c'est la famil le, c·'rst la palrir. c'est la
r,,ligion qui ordonnrnl dt• n:dt•r, r'est l'.\ncicn
f'L c·C'~I li' Nou11•a11 'l'cstamenl. '1'011l
rsl mis rn œ111Te pour précipiter la
drnt.r d'unr jcunr frmme de dix-huit
ans, lo11l(' simpll', Loule naïrc, qui n·a
ni mari it qui rllc puisse se conlirr, ni
parrnts qui ,cnillrnl la défendre, ni
amis qui clll'rcbcnt à la samcr. Toul
conspire contre clic, cl, pour l'achcrnr,
on lui liL le billet de Napoléon, Cl'luilà mèmc q11'cllc a refusé d'ourrir ri
&lt;1u'ellc a rcnroyé:

(( Vous ai-je rlép/11, madame?
,J'avais cepenrlanl le droit 1l'e1&lt;pàer
le contmfre. Jlfe suis-je /rompe?
Voti·e em7wesseme11/ s·esl mlenli.
la11rlis que le 111-ie11 augme11/e. l"ous
111 'ô/e:, le l'epos ! 0/i ! ilo1111e:: 1111 JJeu
tle _joie, de bonlll'111', à un pa111•1·r
cœm· /out JJrèt à vous arlOJ"el'. Unr
rejionse est-elle si difficile à obte11Î1'Y
1"011.~ m"en derr;; &lt;fp11x.

(( J\'. ))

"".1

rédigé les hillNs 11ur ccllr-ei i•t1·irai1 it 1"f:mpr1·cur.
ri l'tmpcrcur lui atm1il di l it cr s11jrt : « Enirez-moi
commr rons roudrc,, mais jr nr rcu, pas dr tiers
da11s 111rs rclalions m·ec \'OUS. »

�111ST01{1.Jl - - ' - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - du bal cl mieux inspiré pour distribuer au
passage des phrases courtoises; mais lorsque,
nyan t parcouru rapidement le cercle, il arrira à
r llr rt qn 'on ln lui nomma. il dit simplrmrnl :
&lt;c .Ir croyais Madamr in&lt;lispos,1r; rst-rllc tout
it fait remise? ll Celle simple phrase, qui, par
sa banalité roulue, déroulait Irs soupçons,
lui parut 11 clic. par cria mème, singulifrcmrnt délicnlr.
.\ tahlr, r llc se tronra plnrér il elll(; tin
Crand-maréehal , prrsqnr ('Il farr clr l' l◄;mpr­
rrur, qni, di·s qu 'on l'ut assis, rommrnç.1,
am· cr Lon hrrf qui étnil le sien, i1 q11rslionnr r
1111 drs conrires sur l'histoirr tir Pologne. li
paraissnit c:(·011Lrr aflcntircnwnt les réponsrs,
l'n rrprrnait (•haqne trrmr rt le discutait pnr
des q11rslio11s nonrellrs; mais, qn'il parlùt 011
qu'il 1:co11L.\I, srs yp11x nr sr &lt;lrtournaient
gut'•rr de Mmr \\'alrwska r11ie ponr s'adrrssrr
it Duroc', a1-rc- kqnel srmlilait rlnlilie nnc'
sort&lt;' clr mucllc rorrrspond:uwr. On c1ît dil
qnr lrs propos que ll11roc trnait i1 sa rnisinr•
,:Lnirnt &lt;lil'lc:s par ers regard~ rt par rrrlains
g1•strs parfaitrmrnt nntnrrls, rt qnc l ' l◄:mpr­
rr11r rxre11Lait r-ommr mac·hinalement , en
po11rsuinint 1111 discours drs pins grarrs sur
la poliliqur 1•uropfrnnr . •\ 1111 momrnt, il
porlr la main an eùlr gauche dr son habit.
lluroc hrsill• q11r lrp1rs i11s1anls, rcgnrdr nt1c11Lirrm rnt son mailrr, rl, rnfin clrrinanl, pouss('
1111 « .\hl n &lt;l1• salisfarlion. C'rstdn howpwl
qnïl s·ngiL, du houqucl dP Bronir. « (}n'rsL-il
drrrnu '! ll drmandr :Ouroc /1 sa rnisinr.
Elit· ·s'cmprrssc de r,:pondr1· qu'1•1le 1·011srrrr rrligicnsrmcnl pour son fils lrs llrnr,
qur n :mprrrur lui a tlonn,:P~. &lt;( .\hl madamr,
intr rrompt Ir Grand-marfrhal :'t drmi-roix.
prrmrllrz q11·on rous r•11 oll'rt· dr plus tli~nrs
tl1• rous. ll Ellr srnl lit une allusion qui lïndignr, r l riposlr [0111 hanl, rn rougissant &lt;lt'
honte rt dr colère : C( ,11• 1i'ain1r que lrs
llrn rs ! Jl lluroc rcslr nn momrnt inLc•rloqul'.
&lt;( l~h l,irn ! finit-il par clirr, nous ni ions
rnt•illir dt•s lanrirrs sur rolrr sol natal pour
rons les offrir. ll Celle fois. il a ,:1é plus
adroit, il Ir sml hicn i1 son Lrouhle.
l•: t que dPrir nl-cllr lorsque, à la rentrée
dans lrs snlons, au milieu dr la confusion
d'une sorlir de table, l'Emprrcnr s'approche
d't'llt', cl., dard:rnl sur cllr ers rc'gards dont
nu l œil humain n'a pn soulcnir jamais la
mystérieuse' pnissancr, il lui prrnd la main.
q11'il prcssr arec forer, cl lui 1lit tout has :
&lt;1 :Non! non! arec des i•rnx si dom, si Lrndrrs,
arec l"ell.r ex1lrcssion dr honlé, on sr laissr

fléchir, on ne se plai'L pas à torturer, ou l'on
est la plus coquette, la plus cruelle des
femmes. ii
li pnrl ; lnns lrs hommrs Ir s11im1l. rt
rllr SI' bissr Pntrainrr !'hrz Mmr dr Yaul,an.
On l'y allcnd. li n'y a li1 que des initiés . des
comires du tlinr r qui s'rmprcssent autour
d'elle : « Il n·a . nt ((llC' rons, il rous jetait
des llammrs. ll Srnll", rllr peul prt'1s &lt;lr lui
plaidrr la rausr de la nation: sc11lc, Pllr pN1t
l'altrnclrir rl Ir dt:L,•rminrr i1 rrlahlir la Polo~nr. Pru i1 pru, rom me si l'on ohrissait it
1111 mot d'ordrr, on s'frarlc. .\11 momrnl où
lluroc· fait son Pnlrrr dans le salon, r llP s·r
lro11re srulr nH•r cetlr tlamr clr &lt;·onfianf'r q,;i
s·csl fai tr son omhrr. Lrs porlrs fcrmfrs.
lJ11ro(· s'assied prl'S c1·rllr, posr nnc loure sur
srs grnoux, et, prcnanl sa main, l'implorr
al'CC drs do11re11rs dan$ la rnix : C( Po11rriezro11s, tlit-il, rcpoussrr la demande de rrlui
qui n'a jamais essuyé de rrfns '/ .\hl sa gloir('
rst r1wironn,:p &lt;lr tristesse, rt il dl'prn&lt;l dP
rn11s dP ln rcmplaC'er par drs inslanls d1•
lionhrnr. Jl li parle longurmrnt. Ellr nr
1·,:poud rirn. Dégageant sa main, elle rn a
t'a('hé son risagr, r i cllr ph'11 rr, r·om 111r II nr
cnf:rnl, ;'1 gl'O~ snnglols. Mais I'a11LrP ft•mnH'
r,:po11d pom rllr; l'ile ga ranlil qn'rllr ira au
rPndrz-1·011s. Comme Mme Walrwska s'indig11r,
rll r lui l'ait honle tir son n1anq11e dr palrioLisnir, lui &lt;lit q11·l'11,, rsl 1111r 111:rnraisc Polonaise, q11 'on 1w saurait trop fairr pour i\'apn1,:on, r i, co11gédia11L le Grantl-marfrhal a1w·
de- no111·rllrs a~s11ranrrs, rllt' 011nP IP J,illc•t
qu'il a appnr1,: PL lit i1 ha111t• rnix :
&lt;c Il y a des mo111enls oit /!·op d'éle1Ja/ion
11è.~e, el r'p.~/ ce que féJ&gt;1'0111Je. Co111menl
.~atisf'râl'e /p be.~oi11 d'un rœm· ipris qui
·vo11rlmil sëlancPr it 110s 71ieds Pl qui sP
/1·0111JP m'l'êlé 7&gt;m· le poids rle hrwles ron.~itlùntim1.~ 7w1·alysa11L le JJ!Us 1,if' de.~ désirs?
Oh! si vous 1JOttlie::;! ... Il n·y a q11r vous
sr11le qui p11i.~sie.;; IP1Je1· le.~ obslllc/es qui
11011.s sépal'Pnl. Afon n111i D111·or vo11s rn ft1ci/ifrl'(L les moyens.
&lt;( Oh .1 vene.;;! venez.' 1'011s vos rlesir.~ seront nmpfü. Voire pairie me sel'(L plu.~
chh-rr111a1lllvo11.~r1111•r:, JJÎliéde mo11 pa11vl'e
rœ111'.
&lt;c N. &gt;l
Ainsi, le sort dr son pays rsl cnlrc srs
mains. Cc ne sont plus l1•s aulrrs, e'csl luimrmc qui le dil. LïMe q 11r, clrpuis cinq
(A

jours, chacun ressasse autour d'elle s'incruste
dans son cerveau : il déprod cl'clic que sa
p3Lrie remisse, que sa nation mie abolis les
honteux parlagrs, qur les membrrs Mcbirés
sr r,•joignrnl l'i qur l'.\iglr lilanr· rrprrnnr
son l'OI. Qurl rèrr l qurl (-hlouissrmrnl ! )I:1is
qu'rst-rllr, que sait-cllr pour jouer 1111 tri
rùle? On a la réponsr prr ll' : elle 11·aur:1 q11'i1
s11i1T1' lrs consrils dont on ur la laissr1·a pas
manqurr. l•:llr lullr rncorr. Quoi! s,, li1Tl'l'
ainsi l Sa pudr11r ru rsl r,:ro(tfr. On lui r,:pnntl
qu'rllr n'est qu'11nr prOl'in&lt;·i:1lr, qur c·r sont
l;\ d'imln\ci lrs pr(:jugrs, que cela ne complc
pas. Croil-ellr qur d'anlr(•s ne sont pas LoulC's
prèles i1 p1·rndrr la pla(·r qui lui t'SI oflt•rl r'!
Pourquni la lnissrrail-r llc? pour1J uoi dou lt•raiL-rlle du 1,irn qu 'Plll' peul inspir1•r'! Toul
r mprrcur qu'il esl, Napoléon rsl nn honrnw.
rirn &lt;le pins, rl 1111 hommr amourr•m . On lui
arrache rnfin : (( Failrs de. moi ('l' q1w rnus
rn11dn•z l ll
Srulemrnl, Pllr rrfusc à énirr, i1 1·c:pon&lt;l1·P
au 1,illN. Physiq11rmrnl, cllr n'rn a pas la
fore~. On la laisse srulc pour rrnir &lt;lemandrr
eonsril, mais on a soin de l'cnfr rmcr. Si Pllr
allait changrr &lt;l'aris, si rllc allait s'éra&lt;lr r !
Elle n'y songe pas : l'lle réfl é&lt;'hiL. ou pl1111ll,
:ihalluc par to11Lrs ers émolions, r llr r(\l'r.
Ne peut-rllc, sans faillir, conse11Lir i1 u1w
rnlrernr? Ne prut-rllr, t'n in. piranl it l'Emprrcur d,, l'eslimr. de l'amilié 1m\mr, ohtrnir
sa confianrr, lui fairr rntrndrr le. rœux d,,
son pr uplr'l li ne lui fpra pourlanl pas riolrnrr ! Ellr n'a point d'amour /1 lui don nr r.
mais dr l'admiralion, &lt;lr l'rnlhonsiasnw, u1w
pirlc: 1wonnai.sanlr. !.;tir lui dira loul rrla.
l•:t son imagination que rirn n'a dépran:.
snn imagination dr clix-hnil ans, qui ne co11nnit que lc•s caresses presq ue pl:1Loniq11rs i1·1111
,:poux srpluagénairr. s'élnnrr aux pays du
rèn•, aux pays Ott la pudeur drs frmmr. n'a
rirn i1 rrdo11Lrr de la ehasleté &lt;lrs hommrs.
oit, nr comptant plus les srns abolis ri nuL
prisés, les ùmrs se parlenl, s'rnlendent cl sr
eomplèlrnl dans une harmonie presque di1·inr.
On rr nlrc. Tout est réglé : rllc n'érri1·a
pas. rllr ne parlera pas. Srn lemrnt cllr ne
lwngrra pas dn palais. On l'y g:irdera loult' la
jon mfr, rt, le soir, on la remettra il crux
qui doil'ent la rcnir prrnd rr. Et lcnlemr nt h•s
hrnrrs roulent, cl l:i paun-e frmmt\ dans la
trrrrur dr cette allrnlc, regnrdr altrrnalin•nwnl l':iignille f(HÎ courl ~u r la 11rnd11lr rt
rl'llf' porlr fermée et muctlt' pnr oü l'iendra
~on arrèl de supplice.

suivre.)

rnÉDÉRlC i\lASSO.:\''
de rAca.té111ie j,·,111çai.&lt;e.

•

Clkhé Giraudon.
.\l.\lJ.\.111:. IIEXWETl'l UE

Louis

I-'1uxcE,

HLLE IJl

Lons XV. -

T,1l'/e,111 ,le :,,;.,TT lèH- (.1/11séc ,fr ,·ersJitks.)

XV el Madame de Pompadour
PAR

PIERRE DE NOLHAC

CHAPITRE III

La vie à la Cour (~tlile) .
Le l'01age de Choisr a1·ait été si morue cl
Yersaj ll;s demeurait ; i sé1fre, arec ses lcnl11re~ cl son mobilier de deuil cl la tristesse
de la 1''amillc royall', 1p1e Il' l\oi décida de se
distraire et fut passl'r quel'lul'S jours it Crécy.
C'était la prcmièn: fois 11ue la farnrile le rcn:rail chez die. Elle a1,1iL amené la priuecsse
de Con li, nwsdatncs du Houre el d'Eslradcs;
les hommes veuus al'ec le Hoi, en deux berlines allemandes, étaient les familiers in times,
fül. de Hic:hdieu, d".\urnoul, de Yillcroy,

trns1issac. d'.\1 e11. de la \"allii:rc l'L le 1uarq11is de t:011la;1l. Le due de Chartres 1•1 le
pri11cc• de Conti arril'èrcul séparément. ],e J\oi
sÏ11Lércssa it la maison cl aux j:U'{lius, et
:1pprott1,1 lcs lr;naux décidés, pour lcsqucb il
arait &lt;louné lui-mème 11 la n1ar11uis1.: l'archil\'l'le, Lassurauct·, qui se lro111':1il li1 ::tl'l'C le
petit \"andières. Madauw de Purnpadour lit des
poli tesses il tout le monde; le mieux traité
fut le jeu11c prince de Co11li : clic sollicila
pour lui 1111c pale11le de géuéralissime, pat·
latJui:lle il élait assuré, s'il reparaissait aux
armées, que personne ne lui disputerait le
t:ommandemcnt suprèmc.
La mar11uisc, 11'arniL guère pu refuser celle

sal isf'arlio11 au lib dl' la priuœs~e qui ;11ail
cuuse11li it la pl'ése11Lcr. Elle royail, c11 uuln•,
il celle cumlJi11aiso11 , qui pc1·mcllail au princ:c
du salli-( tic se sul,stitucr au Hoi, 1111 aran[a rre
·1 érable puur d lc-111èn11·, œlui de garder
r
coustc
sou am.au!, d'érilcr qu'il s'exposàt aux dangers des camp:igncs, it l'air de ei:Llc petite
rérule Luujours rcdoulée t.:l qui ra1.1gcaiLles
camps, e11li11 de l'a!'l'ac:l1et· i1 œs co111pag11ies
OLL elle ne pouraiL èll'e 1•L 011 die c:raiguait
q11ïl 11'cute11dlt plus parler d'elle. l'uurs11 ira11L les rnèmcs pensées, clic ublcuait rnii:ux
encore; car le Hoi se laissait con1•aincrc de
rinutilité de son retour it l'arméc el le rcnrupil it l'a1111éc suira11le.

�_

1t1ST0'/{1.ll

-------------------------------------------~

Pour proroc1ucr ('e[Lc décision, la mar11uise
fut appuyfr par le maréchal de Saxe luimèmt'. Toujours plus embarrassé que Hallé
d'une pr:- ·1'11rn ro),llc, l'homme de guerre
1ie tcnaiL qu'il demi à la roir se n•nou,·elcr.
lnlcrrogé, i1•1a dc111a11dc de madame de Po111padonr, il s'étaitè mprcs~é d'écrire i1Sa Majesté
qu'aucu11e action importante ne dcrnil lcrmiJHlr la 'campagi1c. •La m,mp)isc se monlrait
raric :tl'unc assurance c1ui concordait si hicn
arnc 1ges désirs : &lt;( Que rons seriez ingrat, mon
chcr ·marécha1, ·écrirniL.:éllc,.. si ·vou~ ne m'aimiez "}Jn:, , c:n- vous ~al'°cz qur je rnus aime
béaucot!_P ! _ Je crois Cl' que rnus me dites,
co111n1i:! ,J'l~rangilc cl, dam; Cl'lle crop nèc.
j'l'spèr1• qn'il; n'y aul·a pins de balaillc, el'&lt;[UC
notre adorab1e mait?c· ne perdra pa., l'oerà'sion
&lt;l'au gmenter sa.gloire. li me semble q11'il fait
assez cc que rous roulez ... Je mcls Lou le m:t
cunliancc •en rnus, mon cher maréchal; r n
l'aisanL la -guerre comme rôlls la faites, je me
flallc d'um• lionne et 'longue paix. .» :\fatiricc
dt• Saxe retira de SO!I intcn·cntion'2 ]c droit de
foire appl'l i1 la reconnaissance de madàmr de
Pon1pado111· cl l'honneur 'de ·gagner louL seul
la ridoirc de• Hocoux.
Lt' ,j1•11n&lt;· colonel de Valfons fu'L èhargé d'c11
p.&gt;rll'r le détail i1 Fonlaineblrau, arec l'étal
des r{-f.(in1e11ts, l'L de ·rrndrc com1ile au !loi de
la Jn·illanlc journée. li a narré lui-mèrnc les
;mdil'nc·l's quïl yt&gt;nl. du, coml1' d'.\rgcnson, sou
mini ' li'(', du Boi ,.dc l:1llt•in1•, cnfi11 de madame
,tic l'ornpadunr. CPllc-ci n\ ' poi11Louhliéî]ti''clle
a suupé un jour arec lui, t:ta11t encore mada111c
tl'!hiol&lt;'S cl 1p1'il l'a contrariée à table 3S"t•z
1·in•n11•11t, de la façon gaie qui csl le Lon
d'alors. li csL tl'ailll'urs j oli homme cl de physionomie lwurcusc. Elle le reçoit it merl'cillc,
le l'ail entrer dans sou cabinet, lui dit de
prendre 1111 fauteui l à cùlé d'elle cl dt• causer
Lranquillernt•nl, le 11oi Ill' 1·c11ant lJllC dans
une heure : &lt;( ,\.h çid dites-moi tout ; .ne 111c
cachez rien, •cl pour rous mettre à Yolrè aist•,
lisez ces deux lcllrcs, clics rou prom eronL
C[lHl je suis instrnil(' ... )) (( J'en reconnus
l'écriture, raconte \'all'ons; l'1111c élail de
11. de Soubise, l'autre de )1. de Luxen1bo11rt!',
Elle me fil mille &lt;111eslio11s, su rtout sur Il' maréchal dr Saxe, qu'elle aimait a11 La11t r1u 'cllc
haïssait M. d'.\.rgcnson. Dans le courant dl'
la co1wersatio11 elle me di t : (( Je sarais qu'il
était arriré un officier de l'armée ; les gens
peu instruits que j 'ai q11estio11nés n'o11t pu
me dire rolre 110 111 ; mais SUI' le portrait, j 'ai
d:t : C'csl mon \'alfons, il a hien ligure il
cela. - Oh l Madame, peul-on parler ligure
derant la rolrc? - Mais j e crois que rnw
nt'l'11 w ntcz'! - ~on, Madame, mais il doi t
m'èlrc perm is, 1·u ms boutés, de di re cc que
tout le 111ondc pc11sc . l&gt; Elle me fi t offre de
scrricc, me demand a si 011 m'arnit accordé
un grade. &lt;1 ~on, Madame. - Oh ! ra ricndra.
Yoilà le temps oi1 le Roi ra des2endrc, venez
delllain i1 ma toileLLe it dix heures; ma porte
ne sera ouYrrlc pou1· le public rp1'i1 onze;
j 'ai encore tou t 1_&gt;ll'ill de questions à rnus
faire. Mon marét bal csl donc b:cn content'!
Uu'il doit ètrc IJcaL1 i1 la tête d'une armée,
sur un champ de ba taille ! - Oui , madame,

il a l'ait l'i mpossible pour se l'l'ndre cncorl'
plus digne de wtrc amili&lt;-. - \'ous puurl'z
lui écrire 1p1c je partage ses sutcès cl 1111c je
l'aime bien. ·&gt;&gt;

réparé sa réputation, qu ïl ero; aiL perd ue.
\'oilil cc ,111ïl pc11s1•, cl ntvi, je erois qnc
c'esl une cbo:;c cml)arrassanle 11our le !loi cL
qui cmpèchrra qu'on ne Sl' serrl' de lui aula11L
q11ïl le croil. En tonL cas, ecla ne fl'rait
rien pour vous, cl l'on rous melIra toujours
it l'ahri de la pat1•11Le. Xe di les mol de cela il
,ùme qui rire . .\.dieu. 111011 cher maréchal, je
rous aime auta11L &lt;1ue je 1·ous admire. C'csl
beaucoup dire. l&gt;
Le billet a beau ètrc ét-r;L ,ur papier s!tliné
i1 bord bleu turquoise, cc n'c1) ·csL pas moins
une pièce diplomatique fort hien dressée, C'L ,
celle qui l'a tomné semble n'aroir plus rirn
i1 apprendre du plus expert des poli1 iqucs. Le
maréchal ne pouvait e montrer froisst:, et,
quoi qu'il en pcns,H, le moment n·e1H pas été
choisi·pour SC ·plaindre, puisqu'un appui sincère ct· solidc lui était promis dans la qul'stion de famille qni lui tenait la11L it cœur.

],'airnabll' amitié de la 111ar,[11isl' pour le
rnin11ncur de Fo11lc11uy cl de Hocoux lrnura
peu de jours après l'occasion de pil )"L:r sa
delle. Elle l'ul appelée it soutenir un grand
projet, né dans la Ct'rrrllc du maréchal e11tre
cle·ux ricloi rcs, rl qui n'était an tre que êlc
donner pour l'cmn1e au Dauphin de France sa
propre nit:cc Marie-Josèphe, fille de l'électeur
de Saxe, roi de Pologne.
Les derniers orne-es 11 'élaic11L pas c•ncorc
c-hantés ponr la '.dauphi11b n1 ortc que 1011L
Je monde se ·de11in ndait par (fui clic allait
èLrc rcmpl:wéc. Le dauphi n 11e se dcrai l poi11t
it sa doult•ur, mais an bien de l'ttat. Prendrait-il ln sœ111· de sa fr mmc, une infante
que les Espagnols tcnail'nLtoute .11rèLe il parCl'Lle affaire marcha i1 souhai t cl. plus ,·ilt'
tir ponr \'('r~aillcs~ Lni choisiraiL-011 IIIIC
fille du roi ctl' Sardaigne, mal gré l'amitit: de · 1111·011 ne l'aurait c-rn. Du cùté saxon, hien
rf'li ti-ei,ponr )laric-Thfrè1&lt;e'! l,'infü1cncr l'crn- cnl cndu , ùucunc dil'fi cullé 11e l'IIL sonlcrée.
·porta de l'admirahlc ma11icur d'arm&lt;-cs qui • ' Ycrsailles, la Heine seule, qni gardait au
:,mit acg nis, par les scrriccs rendus, une fo11d d'cllc-mème &lt;1 Il' petil ', coin de stani~laïsmc l , montra ck la 'Lristess1' it penser q nP
antorili con'sitlérahlc sur Louis .X\'.
En plei ne ca n1 pagnc de Flandre', s'illlpro- ~on fils ,deril'1tdrail le g-1•11drc du pri11ct' qui
risa11t 11{,gocirilcur cl dipl omah•. il s'{,1aiL mis araiLdépossédé sou pL'l'C du trùnc de Polog-nt•.
it prC-parcr dt's deux co tés, par une ad iq• )lais madamt· dl' Po111pado11r s'(- tail don11( 111 iscorrc ·pondancc, IL•s &lt;ptalrc 011 cin11 perso111u•s sion de la eo11rai11crc, cl S1a11islas Lt•1·de qni dépcndaiL le résultat. .\ 11 roi .\.ugustc, zinski, loujour~ ('hrralerl'sq111• , allait ètrl' Il'
'so11 frl•re, quïl arnil 11• prcmil'I' conrai11cu, premier il t;t:rirc au roi .\ ug-u~tt• ses l'élicitail commnniqnaiL une lettre de la lll~r11 uisc, lions. La l\ei11c n'arait (Jll'it i111po~et· il son
amour-propre t·c nou rcan sal'ri licl'' a)ift'.·s lanl
&lt;'Il ajoutant modt'Slr rncnt : &lt;, Je suis as~cz
it n1è111c de sarnir lï11Lri11sè1111e de la Cour d'autres. Que pourniL-011 rl'l'user, du resl1', it
de Frauce, et j1• ne laisse p:is c1uc d'aroir cc maréchal toujours rictorieu x, lJUi Clll'O~aiL
au 11oi ta11t de drapl'anx_ pris aux t•nm·111is
&lt;jitChjlll'S liaisons ... Le Hoi incline pour la
pri11rcssc Josèphe pour des raisons particu- ri rcnourclaiL b exploits du &lt;t tapissier dl'
lières, la sauté cl la fécondilé lui paraissant XoLn•-Damc ,1 ?
J)onzr joms après l\ocoux. l'alllhnssadt•111·
préffrahll'S i1 drs raisons polili&lt;Jncs . Le roi
de Prusse fora lJien Lout cc 1111'il J&gt;UUt'l'a pour d11 roi de Frant·t· i1 la &lt;;011 r dl' llresdl' n•t·1•1·ait
tran•rscr cl'llc affaire ; mais l'on s·e11 méfie l'ordre dt· fo ir&lt;' la dl'nta11dt• : le duc de l\i(·lwici cl il a pl'll cl'aecès dans l'.i11léricm de la lil'n parl:til pour hi ~axe t·o111111t· antl1as~adc11r
Cour. Je prends la lil,crlé d'c11rnycr une l'xlraortli11ain·, et Louis \\' l'II donnai! a,·i~
leltrt' que m'a adress1:c ces jours dcr11iers it son g-{-néral par une lellt·c de sa 111ai11. qm·
madame de Pompadour, l'i qui ponrra faire r·dui-t i anal; sai l pou1· le rni .\ ug-uste : &lt;I Sire.
juger it \'ul re Majesté que je ne suis j&gt;&lt;lS mal j 'ai l'l't'II hier une letlre du lloi Très Chrétic11 ,
dans les Pclils Cabi11cts. &gt;l Il y était si bil'II. par laquelle il me 111ande toull'S les cunlraen ellcL, 11ue celle qui ~ réi(11ait dern11:1it , pl'U dicLio11s r111 'il a essuyées L'L qui lui ont éll:
sugf(frécs par la llci11c sa fent tlll', 1p1'il a l,1ll11
de jours après, sou plus dé1·oué auxiliaire.
La lcUrc qu i assuraiL le maréchal dl' Saxe raincrc; en quoi madame de Pompadour nous
des meilleures disp~sitions de la marq uise fai- a bien srn·is, car elle est au mieux avec irl
sait aussi accepter il l'omhragcusl' snsccpli- 1/eine... Les Pùris 111 'onl cxlrèmcnH' lll aidé
hilité dtt suldal un a('lc réœ11l du Hoi. li t'll Loule celle affaire: ils sont amis de la l'.trns'agissait de la dérision prise en Ja,·eur t!u rile, cl con1111t• ce ·011L t•nx. qui ont foit lt•
prince de Conl i. cl &lt;[Ui dcYaiL é1idc111nw111. mariage de la llci1tl', il, u11l Loul ponrnir ~ur
le cas fr héanl, menacer la prééminence du ellr .... Ccso11l deux perso111ia;.:t•s 1p1i 11e 1·c1de11t
111aréclnl . au profil d' un 1·iral d'ailleurs imli- pui11t paraitre cl 11ui, da11s le fond. so11L \'omigne : &lt;( Yous serez sans doute ét.unnt:, 111011 dfrablcs dans ('l' pa:s-ri, parcl' qu 'ils fo11L
cher maréchal, d'arnir él{, si longll'rnps sa11,; mo11rnir Ioule la 111athi111•. Ce soul lllt'S amis
arnir de 111cs 11011 rcllcs; mais 1·ous 11e sen•z i11limcs d1• tous lt·s ll'mps, et CL' so11t ll's plus
pas fùché q11a11d YOlts saurez que j'ai toujours honnèlcsge11s cl les 111cilleurs ci1oyc11s, 1·c que
attendu u11c répo11sc qu e le roi rnulait faire sont peu de l&lt;'r a11t·ais. &gt;&gt;
Cl'l élogl' de la niarq11ise t· I tk ses :11nis,
;'i la ll'ltre que rous m'éerirez. J"es11ère que
par un hornme aussi 1Jic11 placé que le niaréce que vo 11x &lt;làire~ 1·è11ssi1·a. Le roi mus c11
dira plus long que moi. Yous sarez qu'il a cbal pour juger exactement des hommes , ne
donné au prince de Conti une patente. Soit montre pas sculemenL qu'ils ralcnLmieux que
dit entre nous, celle patente l'a salisfai l et a leur répu tation ; ou y peul roir aussi. ,1uc les

, _______________________
ressorts secrets de l'l;;lal soul dt'~it c111t·e leu rs
ma111s.

La Cou,· était alors ;\ 1"011taiud1leau pou1·
le royagc annuel. La rC'ille du retour il forsai lh·, . le Roi déclara la 11011 relie cl Lout le
mo11clc fut chez Leurs Majestés, thl'z le Dauphin, chez ~lcsdanw~. r hcz la &lt;( petite Madam(• ,1 cllc-mt1ml', lillc de la défunte, pour
faire ll's compliments d'nsage. Le Dauphin
1rs acet•plail sans joie cl répondaiL mal aux
rérért·nc·1•~. Ll' lloi. au co11train•. semblait
transformé, &lt;( s1• portait fort bien, l'ai r gai el
décidé, s ·amusa11L assez, t·c 1p1 'il n'a rail "Uèrc
parn faire, parlant beaucoup. bic11
l'orl
ohligcammcnt 1) . Il s'était montré de plus ml
pl us galant auprès de la marquise. 1111c XatLier était rcnu peindre. sur son ordn•, e11
llia11e d1assl'rl's~e. St•s al tc11lions pour la lll'illc
conti1111aic11t. .\ l'arrèl q11 'on fai~,lÎt il Chuisr.
en rcrenan t dl' Fontaincl,lcau, il s't:tait as;is
i1 sa table de cm,1:.rnole l'l : araiL.joul:, ('e qu'on
11'araiL p;is rn depuis des a1111écs. Lïdél' d11
mariage dt• so11 fils PLde l'arrirée de la joli1•
l)auphine, que lui promellail Maurice de Saxi•,
le rq.!ai llardissait ; b projets de fëll', les préparatil's, ll' céré111011ial l'occupaic11L, le faisail'11t trarnillt'ragréablcnwnlarcc les ministres.
Ccux-ei éLaienl obligés, en mème 1.c ntps,
de l'l't·1•1·oir les a1is de madame de Pompadour, d'atT1•pt1·r pour la première fois l'i11 t&lt;'r1t•:1t io11 de sou autorité, qui s'ex pliquait bien
pour les questions de cc g1•111·e. mais qui peu
it [)l'll allait s'étendre sur tous les domaines.
J;uu d'eux, honuèlc homme cl saus t'1111crnis,
11uoique d'espri t causlique. le marquis d'.\rgcnson, a d1'1 cll"pl,iirc i, la marq uise . Chan111
Jlrét1·11d, d'ailll·ur~, quï l 11·a pas de talents
sulli,ant~ pour les .\lfai n•s élrangèrl's : on
l''.1ppcllc (( ll'.\rg·e11son la bèt&lt;· )) . pour le
d1, t111g11rr du eomtc, son frère, qui co1111ttt'l
si hicu l'arl tic se so111l•nir clans le momie.
.\.11 rommcnecmt•nt de l'a11nfr, il 1•st prié dl'
rcnwtlrl' ses l'o11('tio11s it tif. de Puisieux: il
quille la Cour, furieux c&lt;H1tr1• la farnri t1•.
d&lt;-pité de ne point assister an maria:.re. q11ïl
préll'nd aroir préparé l'l do111 1'11uu11c111· sera
pour d'autre~.
Cc mariaf(c était dcn·11 u l'affai rl' de la
manp1ise. 11011 moins que celle de &lt;c sou ma1-é&lt;:hal ll , ai11si c1u'dle 110111111ait fa111i lièrcmcnl
füuri tc de Sase. Elle paraissait décider sui·
tout. Le duc de Gt•s1Tl'S, Premier genlilhommc de la Chambr1·. wnail prendre dl'S
ordres chez clic. Le Pré1ùl des marchands lui
apportait les dcssius d11 eorLège triomphal r L
d!'s chars 111agnifi1p1es 1111i dcl'aicnt parcourir
Paris, pendant b Jëtes de la \ïllc, srn1 bolisant ~lars, !'Hymen, Cérès, Bacchus· cl le
raisscau de LuLècc. Elle choisissait les coulems, approurait les cost1111rns et les l'lllhlèrnes. "\ ussi ai émcnl que des que~Lions
d'habillement 011 de thé.Hre, elle ré,oll'ait les
épi neuses difficultés dl' l'éLiquclll'. Lr floi
n'aya nt inl'i té pour Chois:, Olt 1'011 dl•rait
recernir la Dauphine, 11u'irn petit uombre de
clames, tou tes femmes, liUcs ou sœurs de personnes en charge, clic clcmandai Lcelte farnu r
pom une madame de Baschi, sœur de sou

et

Louis

XV

ET MAD.li.ME DE Po.MP.llDOlfR. - - - .

mari, qui tenai t 111ai11t1•11an t it sa plaee la 1u:1iso11 de l'o11d1• Tonrnehl'm: com me ce til n·
111• Sl'mblait poi nl s11ffüa111. l'lll· disai l 10111
h,1111 .it ~a loilelt1· : ,1 ,Il' 1rnis t;lrl' r11111ptér
parmi les gra11ds ufficin s : ma belk-srnur
p1•111 donc ètn• mise sur la lisll· ! &gt;&gt; Et 1t, noi
aj outait de sa mai11, cil suu rianl, le nom de
madame d1• Baschi.
Les billets d'i11rilalio11 p:,ur le bal paré
embarrassent M. de Gl's\'J'es . it l'ausc dl' la
quantité d1• sollicitl'urs. Il en parle au lloi .
raco11ll' le d1w de L11y1ws, l'i le Boi lu i dil :
11 \'ous arcz 1111 peu perdu de n ie ll's dames
de Paris; don11t·z-111oi 1·otre liste; 111ada111e dl'
Pompadour Il', cunuail, l'l L'Iie li.:ra l'arra11gcme11L. &gt;&gt; En eflel. c'l'sl madame de Pompadom· qui, arec le !loi, a examim; celle liste,
et eclui-l'i, t':&gt;11seillé par clic scul1•, a 111 is dl'
sa main le 11un1l&gt;rc de places quïl ju:.rt•ail ü
propos d1· faire do11m•r. En rérit{-, la rnarquisc semblait 11ét• pam le rôle : 1, Elle 111l'11&lt;1!L 1,0111 cela, di l 11 11 lt:111oi11 (Cro) ), ;wcc u11c
ga1dc, une légèrl'lé et des gr.tees infi11ics. l&gt;
.\c fallaiL-il pas 1111 tact som erain pour sl'
foire accepter ainsi en des circonst.'lnccs aussi
sfricust•s? Et (Juellc aisance arai t déjit acquise la jeune lemme pour c monrnir dans
tous ers détnils, sans dt011urr pt'l'so11nc! On
trouYc pn'S&lt;Jlll' nalnrcllc la faç·o11 dont l'enrnyt: de Saxi• it Paris, comte Loss, parlait
d'cll(' dans les instructions scrrèlt•s qu'il r11roya it. it nr1•sde pour informer .\Iaric-,losèphe
d&lt;'s diu,es de Frant:\'. Il les répétait, sans
duull•, dt• rire roix, dans le canossc qui aml'nai t la pritH't'Ssc de Strasbourg ù Chois~ :
,1 )ladame de Pompadou r, disai t-il, j onc un
wa11d rdle i1 la Cour. f,'am ilié dont le l\oi
lï1onort•, l'in térèt 1111 'elle a témoig111; pour
l'allia11cc du Oauphi11 an•1· la 111aiso11 de Saxe,
les insi1111atio11s qu'elle a fai tes au Boi pour
fi xer son ehoix, tou L el'la ohligl'ra la Dauphine i1 des altcntions cl i1 de bons procédés.
La 111artjltisl' a 1111 t'xccllent caractère : elll'
s·auaehl'ra il plaire it la nauphinr, qui li.:ra
sa cou r ,tu !loi t'II Lénwigna11 l dl' l'amitié it
1111e darne 1
111c la llei ne comble de ses politesses. &gt;l
La pr:ll('l'SSl', :, qui s'adressaient dl's défi 11itio11s aussi précisl's, aYait qu inze ans ù pei11c
cl lieaucunp d'ingénuité; elle 11e ponrai l t\lrc
renseignée de manière plus avisée et plus
discrète. Lorsr1ue, au milieu de l'élincclanl
défilé des fe mmes parée · cl courcrtes de pit•rrcrics 1111'011 lui présenta, clic entend il le nom
de la marquise de Pompadour, et 1·iL ~·ara11ccr une des plus jolies femmes dt• la Com ,
clic lui donna YOloulicrs un de ces sou rires
qui s'épanouissaient aisément su r son graciwx YÎ~agc d'.\llcmanclc.
Le second mariage du Dauphi n l'u t l'élC-bré
le \) lël'l'icr 17.1,7, presque cxaclcmcnl deux
années après le p remier. Chariuc jouruéc
rcprodnisil, arec peu de cha11gemcnls, la
journée col'J'espontlantl'. On ne sc111hlaiL pas
se douler du chagrin 1p1'apportaic11Lan pri 11cc
des s0111-cnirs rappelés de telle façon après uu
si court rcuragc. Dans la ch:ipelle de Versailles, la 111èmc solenni té splendide se répéta;

l1·s 111èn1es cu rieux s'c11tas~èrc11I daus la Gah·ril' l'l Il', .\.pparl cnwnts, le~ rnè111es dames
l'II wa11d habit for111èrl'11t la haie du prcrnil'r
rang- ponr le rl'lour d11 cortègt'. Le ha l paré
au Manèg(', le banquet royal, la toilette se
lire11L comme la premit'.· n· l'ois.
La (( mise au li t l&gt; eut lieu da11s la mè111c
('ha111hn•, lt• nonvcl apparlcmcnl du Dauphin
u·ayant pu ôtrc prèt i1 tem ps . .\près la bénédiclion du lit, les rideaux. scion l'usage, rcslèrt•11L oun ·rts quclqu('s 111inutcs, toute la
Cour 1·cn1plissant la chaml,r1' . Ll' lloi enrop
amiC'a lcmenl le nwrfrhal de Saxe clans la
rnd lc, pour causer 1111 moment arec sa niè('e
l'L dimi11m'r p:.&gt;11 r elh• la gène de cl'lte ('l'l'é- ·
monic. 1,·e111'ant scmhlai t pt&gt;u embarrassée;
111ais le Ua11phi11 , clerant tous res reg-ards
i11rlist:rels, ~e mil la co11 rcrlurc sur lt· l'isagc.
Ce l'ut moins pa r timidité, 11011s dit-on. que
p:rnr caclwr h·s larme$ qui lui n•11ait•J1I aux
)'('UX. Marie-,Josèphe all.ii t aroi r hcsoi11 de
loul SOII t'llltl'agc JJUUI' supporter ('(' S premières froideurs, et de Ioule sa ll'lldn·sse
pour ronq11fr1r 1111 cœur (Jlli refusera pe11danL des a1111ées de se donner i1 110111·t·a11 .
.\ 11 ha! paré, mad ame dl' Pompadom a dansé
le mc1111ct , une des prcmièrC's après les pri11eess('S, r t a élé forL ad mirée . .\ 11 bal 111asq11é, oi1 to11 L Paris est 1·eml la roir da11s sa
110111·c•lll' fo rtune, el le dédai•rne le domi no et
•
1 011rcrtc111e111. brillante
"
trt0mpw
l'i cnlour&lt;-c ; ,uais. par rnontl'll ls, elle t•sL,rnxieusc et
surrl'ille le Boi. saeha11L quels dangers offrent
pour d ie -ces heun• de foliC', do11L die a su
profi ter un j our. Le prince de Croy, rp1i se
1JJ·oniè11e da11:; le ha] en philosophe, a deriné
t·t•s st·11ti111c11ls : &lt;t Le C'o up d'œil, dit-il, étai t
s11 perhe, s11rlo11t dans la Galerir. Toute .la
ho111w rompag11ic s\ étaiL rél'ugifr. t:&lt;' &lt;pti la
rl'mlait lrès hrlle. J'y cxami11ai le Hui ma:,qué, aux pieds de madame d.e Pompadour, &lt;Jui
: él:iit charmante . Jr ne rcc:onnus le Hoi
q11'i1 l'i1up1iét11dc qu'elle laissa échapper t•11 le
royant passer sur les hanqucllcs . Madame de
Forcalquier y était : je la comparai i1 mada111c
de Pompadour et la Ironmi plus j olie cl moi ns
dl' gr,ke. E11 l'ail de ma1'tn·sSl', le !loi 11c
po11rai l mieux choisir ; aussi en paraissai t-il
épl'rdurnc11l amoureux. &gt;&gt;
Celle petite Forcalquier, qui faisait tre11Jblcr la 111ar11uise, et qni fol plus Lard la (( bcllissinta » prétentieuse du ccrclcdc madame du
llefTand cl de~ Choist•ul, était n•urc en premières not:cs du nrn rquis d'.\ nti n, fils d'un
pr1'micr mariage de la comtesse de Toulouse.
Faite au lo11r, romrnc on disait alors, clic
arnit &lt;l un beau teint , un risagc ro11d, de
grands yeux, uu très ht'an regard, c&gt;Ltous les
mou1·c111ents de ,;on Yisage l'e111bellissaie11l &gt;&gt; .
Conunc la eo4.uettcric s'y joignait, madame de
Forcal11uicr possédtt:L cc 11uïl fallait pour dcrcnir 1111c rirnlc rcdonLahle. J\lais cc n'était pas
la seule lemnll' ,1ui inq11ié1:H madanie de l 1ompaclour. Elle faisait 01Jg1•rrc·r la belle madame
de Périgord, de 1111i d le sarai L le lloi fort
otcupé. Celle-ci résistait i1 œs ardeurs arec
une froideur respectueuse que la farnritc ne
comprenait guère. Cependant la comtesse de
Périgord était naiment rcrtucusc cl le fit

�- - - .111S TORJ.JI

_ _ _ _ _ _ _ _ __

____________________J

Louis XV .ET MADAJJŒ

bien mir, en s·exila11L rolontaircme11t tians
sa terre de Chalais, pour mellre lin aux assiduités rornlcs.
lfautr~s s'i11gé11iaic11t it arrarhcr le lloi il
sa marquise. La princesse de l1oha11 Sl' mu11lrait cncurc; une colorie hardie lui opposai t
la gru ·se comlcssc de la Mark , muside11nc cl
,.,"alante' 11ui lt'nait it mcllre le lloi sur sa
liste. E11fin, plus dén•111111enl i11trodui tc par
so11 père, M. de Luxc111huurg, 0 11 voyait su r
les rangs la prinn·sse de l\obcct[, de l'ill11slre
niaiso11 tle )lm1lmo1·ern;y, j1•u11c, très courtisée, très jolie, qui plaisait l'isible111c111 au
lloi ; elle poul'ait, s'il se laissait prendre dara nlagt', rég11er par l'i11Ll'lli~c11c:c rn111n1t! par

Li;

L:.\L l'.\RÊ. _

taroris, décounil c11fin ce11t ot:casio11s diflërcntcs de faire goùter ses gr.lccs au maitre
l'l de rcnoul'cler le cadre oit ù!pa11ouissait sa
jeu11c beauté.
. . . .
Ll's spectacles d'a111alt•11 rs, q111 fa1sa1l'11t
l'urcur it Paris, cl da11s les chùtcaux tics prnl'i11res, He l'urenl pas introtluits it la Cour
pour la première lois par madame de Pompadou r..\ l'époque Ott elle s'en al'isa, une des
f'c111mes 11ui avaient tll's mes sur le cœur
du lloi. madame de la Mark, c11 arail t·u l'i11iLialil'c cl jouait l'o11éra tians so11 apparlcn1e11l
tl11 Chùleau, al'cc u11c lrou pe formée de ses
amis, sans aucu11 acteur de prnl't•ssio11. Plus
a11cie1111cmenl, seig11eu1·s cl darnes araient

G 1·,ll'/t1'C

.le ,\.-j.

l)UCLOS, ,( ,1prè;; ,\ UGUSTI, Il ~ S .\I H·.\UUI,. (C.l/&gt;il!c/ ,les J;;;/.im p:;;.)

tl o1111t: rég11l ièn·111L·1 1l la co111édie i, ~larl) dt•raul le lloi cl la lll'illl·, l'a1111ée 111è,11e q11i
s11iril celle de lt·u r mariage. La ma r'l11ist'
ra111ena parmi les tlircrlisseme11ls royaux t'l'S
spcl'lades de ~alo11, du11l loutl' la F rant:t' dn
X\'ll lc siècle l' U[ J'l'll,.(OUentc11[. ' .\ p1
•ès j° al'UÎI'
recueilli ses plus lirilla11ts surrès dl' soeiill',
CHAPITRE I V
elll' puurail se t'l'uire assurée de b rl'lrou,·L•r
deranl le Hoi. Suu cœur y élait 1,lus i11lércssé
Le triomphe de la Marquise
que sa ra11i1é 111ème: œ u'élail plus po1u: u11
L'hin•r mèmeott St'S iuquiétudcs furent ll's publie, mais pour u11 Sl' UI spct:latt'll1' qu L'I ie
plus f'u rles, madame de Pompadour i1!re11la, allait s'cfforeèr dt• briller et de plairl'. Il s·asans para1I re y w 11~l!r, u11 cxœlle11l 111slr11- gissait, en prouran l ;\ Lous que s1•s tall'11Ls
me11l de 1léle11sc. Par le Lhéùlre des Cabi11els, ég-alaie11l ses dia rm:.:s, de !aire sentir il Ltmuur
dont elle do1111a l'idée au llui el qui devint le pri x de les posséder.
La troupe fol aisénwnt composée. Les duc~
la .rrande occupation des intérieurs, elle sut
am~ser l'entourage, se rendit agréable à bcau- de Nivernois et de Duras, qui araicnt déjà
i;uup tle gens, se t:réa u11 petit r uyau lllt' de joué al'ccla jeune femme, l'aidèrent il rqireu-

la l1t•,u11é. Pour que 111ada111t' d1• 1'0111pado11 r
~anl;\l, parmi tanl de ru1wu1Te1u:es, la plare
e11Yiél', rc 11'éLail pas Irnp de 10111.cs 1t-s rl'ssourccs de la femme, de toull'S les adresses
de la femme d'esprit.

circ sr~ amusements. Le premier, un des plu~
aimables esprits du Lemps, y gag,.rnil c1·èL~·."
ad111is dans le parl intlirr du HOI, rc qu il
n·a,·ait pu uhll·ni r par d'aul1·t·s ,uie,. Liu truisiè111c dur, )1. d1• la \'allièn•, lrb t·x péri111~11té des rhoses du théùln· cl qu i arait lui111ème une srè11l' it so11 d1;ilt•at1 de Champ,,
dl'renait Il' régisseur de n·ll1· tll's Cal,iul'ts:
l'ahl,é de la Cardl', st·tTl'lai,·e el l,ibliul hfo tirc
de la marquise, élait 1101111111: "oul11cur.
Les slnluts de la ron1pag11ic, discutés en
ron1111u11 l'l adoptés d' un a&lt;.:rurd u11a11i111L', ~tip11laie11l IJIIÏl JallaiL proun:1·, pour ètrc l'l'tll
ro11 1n1e socil"Lairt', 11u'u11 ne jouai!. pas po11r
la première lois el qu'on n'au rait poi11l W
l'

110,·il'iat ;\ lai rl'. l.erhar111a11I l',pri t qui i11"pir1·
n· pl'lil ducu n1e11L t'Sl luul t·11 lit•r. dans_h-s arLirll'~ relati[s aux da111cs : 11 .\ r1 1dc \ Il. l.1·~
arlrin•s ,l'ulcs jv11iro11l du droit de thuisir 1t-s
011\Taµ:1·s q uc la I roll pc doit rqiréscnler. -:.\ ri irl1• YI l l. Elles au ronl pareille111e11l le dru1l
tl'imliqm·r lt- jour de la repréH·11latio11, _d.1·
fi~cl' IL" 11nn1hre des répétitions, cl d'en dl'Sl"nt·r le J.Olll' et l'lie111·t·. - .\rtirle IX. Chaq11t·
"arle11r sl'ra le1111 ck 8e 1,·oul'cr a' 1·11t·111·c 1n·s
'
précisl' dési~m:e pour la l'l;pélition, sous lll'illc
d' uue arnen~le qnc lt-s aclriecs st•ub fixero11I
l'llll't' t•IIL·s. - .\ r tide X. On arcunll' aux aelrice, scul l's la dl'mi-hl' t1l'e de gr,kc, passé
la11uellc l'amende 11u'cllc~ auront. c11w_L'.ru.e
sera décidée par clics beulcs. 1&gt; Hien II ela'.t
plus galant cl plus français qu' une telle n'dactiun, 1111i allrilrnait aux l'eu1111cs n11c clwr-

maule lFa11nie sur les hornrnc~ qu'elles daigna.icnt,admellre il leurs plaisirs.
La première pièce ful répétée à Chois~, o:t
l'on se rendit pour cela en grand mystère, r t
représentée au retour, le ·! 6 jamicr 1747. Le
théàlre était drt&gt;ssé dans la Petite Galerie des
Cabinets, celle qu'arni t décorée Mignard et
qui se dégageait par !'Escalier des Ambassarleurs. On s'habillait dans l'ancien Cabinet
des Médailles du Hoi. Les Premiers gentiJsbommes de la Chambre, qui dirigeaient les
officiers des Menus-Plaisi1·s et qui tenaient
dans leurs allribulions tous les spectacles de
Versailles cl de Paris, n'ayaicnt po:nt eu à se
mèler de celui-ci. Le directeur des füHiments,
~I. de Tournehem, avait tout amé11agéel fourni
les costumes cl les accessoires.
La comédie, choisie dans le thé.ilrc dl'
~foliè.-e, exigeait peu de frais cl parlait il
l'intclligc11cc plus qu'aux yeux. C'était le 1'arluffe. pièce toujours opportune it la Cour el
11ue la marquise dcrait lrourer profit à monlrcr au Hoi. ~ous n'a"ons pas la première
distribution de roles; mais on peut penser
r1ue madame de Pompadour brilla, dans celui
ne Dorine, par la sùreté de ses intonations
1·t les gr,\ces de sa coquetterie. Avec elle
ouaient mesdames de Sassenage cl de Pons,
el la .duchesse de Brancas, douairière. Le
personnage principal était confié au duc de
la Vallière , et les au tres hommes étaient
füJ. de :Xirernois. cL\ien, de Meuse et de
Croissy. Un peti t orchcslre d'amateurs se
composait de Mlf. de Chaul nes cl de Sourchcs, arec quelques-uns de leurs gens, qui
,:1aicnt musiciens, et de M. de Vamp:errc·.
~c111ilhomrne ordinaire des plaisirs du Roi.
Comme on tenait alors à rester en petit
cercle, quato1·ze spectateurs seulement formaient l'auditoire : le Roi, mesdames d'Eslradcs el du ]~o ure, le maréchal de Saxe.
MM. de Tournehem et· de Vandières, Je prèmier rnlet de chambre Champccnetz, son fils.
11 et quelques autres domestiques du Hoi ».
L'entrée fut refusée à beaucoup de personne~.
au prince de Conti, au maréchal de Noailles,
au comte de No:tilles, bien qu'il fût gourerneur de Yersaillcs, cl mème au duc de GC'svres,
Premier gentilhomme en année. l\icn ne
marquait mieux la rnlonté de Louis XV de
séparer entièremc11t de la l'ic royale cc genre
de plaisirs particuliers.
Au!: jours suil'ants, un cul plusieurs comédies de La Chaussée, de Dufresny cl de Dancourt. De noureaux acteurs y parurent : le
duc de Yilleroy, le comte de Maillebois, fils
du maréchal, le marquis de Gontaul, M. d'Argenson le fils, la ma rquise de Livry cl su1·lo111, pour les roles de be1wté, madame de
)larchais, une des plus aimables femmes du
Lemps, parente de la favorite, amie comme
elle des gens de lctlrcs, et qui maiulcnant les
reccrnit cl les réunissait /i sa place. L·orcheslre se renforçait aussi, et le cher 'Jélyoltc
renait y faire, en amateur d'instruments, sa
partie de violoncelle. Le talent plus que la
naissance donnait accès dans la troupe de la
marqui ~c·. Le gros duc de Charlrcs, quoique
1. -

llisT01u.,. - Fa,c I·

fils d11 premier prince du sang, s'estimait
fororisé d'obtenir un bout de rùle.
Au spectacle succédaient quelques contredanses. Bienlol, de courts opéras d'un aclc
y furent ajoutés; enfin les soirées se terminèrent par de petits ballets, la marquise étant
aussi sûre de sa danse que de son jeu. li fallut
augmenter la troupe, et du même coup le Roi
entr'ouvril la porte à des spectateurs plus
nombreux. Le Dauphin fut inrité arec la
Dauphine el dut faire bonne contenance .
malgré le dédain qu'il affectait pour madame dr
Pompadour. Elle emporia, d'ailleurs, ce soirlà, Lous les suffrages, sous l'accoutrement
rillageo ·s de Colclle, dans les Trois Cousines
de Dancourt. Par exception, le Roi pcrmellail
qu'on applaudit, cc qui ne se faisait jamais
au spectacle en sa présence. Les privilégiés.
admis il l'une ou l'autre des représentations,
en faisaient au dehors la chronique bienreillante. Ainsi celte distraction de la marquise et
de ses amis était entrée dans la vie habituelle
de Versailles. On en parlait d'anncc : on sami t que Lous les lundis arait lieu la comédie
des Cabinets; c'était aussi régulier que « !'Appartement » le mardi ou le grand Opéra le
mercredi.
On n'a\'ait point osé, de longtemps, convier
la Heine. Madame de Pompadour en brùlait
d'emie, mais il était difficile d'en amener
l'occas:on. La Reine, par principes religieux,
n'aimait guère le lhéàtre et ne se souciait pas
de rehausser de sa présence les succès de la
marquise. Elle saYait que son lecteur Moncrif
composait les paroles des dircrlissemenls
qu'on mellait en musique pour les Cabinets;
mais elle souffrait avec peine que le trop
aimable académicien, un de ses plus assidus
familiers, fût en liaison aussi intime avec
la femme qui y réglai t Loul. Moncrif arait.
comme auteur, ses enlrées aux représentations, et quelquefois, au sortir de la comédie.
il \'enail, de l'autre coté du Chàteau, chez le
duc de Luynes, où se trouvait presque toujours la Reine. Un soit· qu'il arri,·ait, ayanl
obtenu son petit succès de rimeur, comme le
livret imprimé circulait de mains en mains,
la Heine le prit, le parcourut et , du ton
d'autorité qu'elle avait quelquefois : cc Moncrif, dit-elle, voilà qui est fort bien, mais en
vo:là assez ! » Telle était la prérention il
vaincre; Lou tes les pensées de la marquise ~·
tendirent.
Pour la soirée lJUi devait terminer les spcrtacles de l'hiver, le 18 mars, le Hoi risqua
son invi talion à la Reine. Ce fut en accordant une gràcc qu'il savait devoir lui toucher
le cœur. Elle tenait cxtrèmcmcnl, par espri t
de jus Lice cl de bonté, i1 voir maréchal dl'
France un rieux soldat méritan t et modeste,
4u'elle aimait beaucoup, M: de la Mothe. Elle
osa en parler au Roi, clans une de ces visites
matinales qu'elle lui faisait chaque jour, dès
son réreil, cl oü maintenant elle reccYait
quelquefois une parole affectueuse. Le.Roi,
prévenu du·désir de la.Reine par la marquise,
l'assura qu'il ne serait point fait de promotion
sans que M. de la Mothe y figurà t : &lt;&lt; La
Heinr, raconlr Lu ynes, par111 forl louchée d1•

DE

PoMPADOT.m - - ,

la réponse du Hoi, el ayant YOulu lui baiser
la main, le Hoi.l'cmbrassa, cl il lui dit qu'il
n'ayail pas rnulu lui proposer d'assister au
dernier petit cliYertissement de ses Cabinets,
parce qu'il avait trouvé que la pièce qu'on y
jouait était trop libre cl ne lui conrcnait pas.
mais qu'on en jouerait une autre samedi qui
pourrait l'amuser et qu'elle lui forait plaisir
d'y venir 1&gt;. La Heine trouva le 11oi « charmant Il et vint au petit théàtrc, avec M. de
la Mothe et ses bons amis, le duc et la duchesse de Luynes.
La pièce que le 11oi jugeait faite pour elle
était le Prejuge' à la Alode. La Chaussée ~an it mis eu sc~nc un mari amoureux de sa
femme, mais qui craint de faire paraitre ce
sentiment, l'amour conjugal étant devenu
un ridicule dans le monde. Peu de gens à la
Cour, en effet, acceptaient cc rid cule, car,
dit l'abbé de Bernis, « la foi conjugale n'était
une vcrlu que dans l'cspt·it de la bourgeoisie &gt;&gt;.
)[. de Luynes a noté l'impression des spec~
Lateurs lors d'une autre représentation de celle
comédie à laquelle la Reine assislaitégalcment:
&lt;&lt; Le ridicule que l'on y roit donner à l'amour
conjugal a fait naitre quelques réflex:ons sur
la présence de la Heine à un spectacle où
madame de Pompadour joue aYec toull's les
gràces et l'expression que l'on peut désirer. 1&gt;
Le premier soir, la chronique du duc est plus
brère; il faut lire entre les lignes l'éloge de
madame de Pompadour, qui a parfaitement
tenu un rolc délicat, et de l\I. de Duras, qui a
rempli supérieurement le personnage_du mari ,
1c encore plus difficile à jouer ».
Sur le petit opéra à trois acteurs qui suh·it
la comédie, Bacchus et Él'igone, de Mondonri lle, nous arons des détails moins discrets :
&lt;&lt; M
adame de Pompadour joua tout au mieux :
elle n'a pas un grand corps de ,·oix, mais un
son fort agréable, de l'étendue mème dans la
roix; elle sait bien la musique el chante arec
beaucoup de goùl. Elle fait Érigonc; madame
de Brancas, qui fait Antonoë, joue a·sscz bien ;
elle a une grande rnix, mais elle ne chante
pas arec le mème goùl que mada me de Pompadour .. .. Les danses, t1ui sont faitrs par Deshayes de la Comédie italienne, sont fort jolies;
il n'y a de femme qui danse que madame de
Pompadour. M. de Courlenraux, qui est un
grand musicien, danse avec une légèreté, une
justesse et une précision admirables. Madame
la Dauphine, qui élait enrhumée, ne put pas
l"enir à cc pcLil spectacle; ai nsi il n'r arait
IJUe le Hoi, la Heine, M. le Dauphin et Mesdames, mais sans aucune représentation ; le
Hoi et la Heine sur des chaises à dos, l\I. le
Oauphin et Mesdames SUI' des pliants )) . Il n'\'
arail « derrière » ni officier des gardes, ,,'i
capitaine des gardes, cl l'on roYa: l dans r assistance le mahichal de Noaille; cl le maréchal de Saxe.
Ainsi prcna;L fin, dans un triomphe de la
femme aussi complet que celui de l'actrice et
de la _danseuse, .la première série des représentat10ns orgamsées par madame de Pompadour. Elles n'araicnt été inutiles ni à l'éclat
de son prestige, ni il l'atlcrmisse1nent de ~a
~iluatio11.

�,
'H1STORJJI

------------------------------~--------J

la guerre), l'attendre au retour tlu Conseil ;
D'un hi,·cr à l'autre, de Sérieux théne,ueul:. dans ce moment il rnus écrit. Pour ce qui il me donna une grande audience .... J'allai
me
regarde,
vous
connaitrez
arec
le'
temps
se déroulèrent. Louis XV fit dans les Pays-Bas
chez M. de Puisieux (ministre des affaires
sa quatr:ème campagne, que marquèrent la ma façon de penser pour vous, et peut-ètre étrangères), qui me pria pour le lendemain et .
victoire de Laufrld et la pri~e de Bcrg-op- serez-vous persuadé que je mérite des amis. me promit de parler. J'allai chez madam~
Zoom. Maurice de Saxe y gagna ses derniers Je ne demande l'amilié des gens que j'aime, d'Estrades, la grande amie de la marquise,.
lauriers, et le comte de Lowendal son bàlon que quand ils me connaitront bien; vous et· chez le cardinal de Tencin. Enfin j'allai,
de maréchal de France. L'absence de a Ma- voyez mon équité. Vous voulez, dit-on, aller en vrai courtisan que je de\'enais presque
jesté, qui fut de qualrr mois, et le deuil pour à Rome; cela retardera rotre retour, que je tout de bon, frapper à Loules les portes qui
la mort de la &lt;1 reine de Pologne », mère de verrai arriver avec uai plaisir ». Le Lon est menaient à la fortune de cour, sans négliger
la Heine, firent perdre à la Cour une partie ici d'une femme stlre de sa situation, et qui, toutes les aulres qui y mènent plus nobk'de son éclat. Madame de Pompadour Yop- prrssentanl une contrariété, souhaiterait l'évi- ment.
geait beaucoup. Elle passait son temps, a,cc ter pa1· une alliance d'intérèts.
&lt;&lt; Je ,•is le soir le Roi au grand couvert
deux ou lrois amies, à Crécy, où s'achc\'ait
avec
M. le Dauphin et Madame la Dauphi1w.
Hors de la Cour, cette laveur si complète
son magnifique chàtcau, à Choisy, où son
Madame
de Pompadour y vint, bien jolie cl
appartement était toujours prèt, à )lonlrelout, n'est pas connue de tout le monde. On per- bien parée. La Reine était retournée à Ycrqui était une maison de campagne dominant si Le à croire que le Roi Ya se lasser, si cc sailles, fort incommodée d'une rérolutio11
le coteau de Saint-Cloud, bientôt abandonnée n'est déjà fait. A écouler les ennemis de ordinaire à son àge, et Mesdames J'araic11I
pour La Celle, habitation plus rapprochée de madame de Pompadour, comme le marquis sui,ic. Je reYins chez moi mettre en ordr1•
Versailles et que la marquise achetait à Ba- d'Argenson, qui lui attribue son départ du cl faire copier un mémoire, très fort pour la
chelier. Elle menait partout sa fille, la pelile ministère cl lui a roué une haine féroce, sou grandeur de ma maison, cl arranger encort•
Alexandrine, et voyait sou,·ent )1. Poisson, de créd;t ne tient que par des fils, aisés à tout ce que je pourai mcLt1·e en usage pour
rompre. Chaque semaine il espère, il attend,
11ui clic n'arnit cessé de s'occuper.
il
prédit le rem·oi; du fond de son cabinet, il réussir. Les deux grands coups étant frappé~.
La réhabili talion de ce tendre père, obteje ne cherchai plus qu'à faire dire du bien de
nue régulièrement du Conseil d'Etat l'année en fixe l'époque arnc certitude, il consigne moi el parler en ma fal'cur au Hoi et i1
précédente, était couronnée par une mesure avidement les indices qui l'annoncent ; il madame de Pompadour, pour qu'elle lui
destinée apparemment à lui faire oublier ses accepte comme faits établis des baYardages parle plus fort pour moi, de sorte que je co11vieux déboires. En aoùt l H7, par lettres recueillis par ses gens sur les bancs du Palais- Linuai de me coucher tai·d el peu dormir.
données au camp de la Commanderie, le Hoyal; il Yoit, ainsi que dans une halluci&lt;1 [Le lendemain] je tàchai d'ache,·cr dt'
Roi concédait la noblesse à l'ancien commis na Lion, la favorile maigrir et enlaidir Lous mettre Lout en usage: je remi à )1. d'.\raux ,iucs, I&lt; pour scniccs importants rendus les jours, arec une santé ruinée, crachant le gcnson le mémoire de la naissance qu'il joiil l'État arec autant de désintéressement que ~ang, dégoûtant le Hoi ; il croit « qu'il y a gnit à l'aulrc. Je 1·cstai Loule la toilcllc dP
de zèle » et la marquise s'amusait à choisir huit mois qu'il ne lui a Louché le bout du madame de Pompadour 1, lui faire ma cour.
les armoiries que d 'Hozier réglerait pour le doigt » ; il se persuade de bonne foi qu'elle )f. de Bouillon , inl la remercier de la sur11ourd anobli. Ce fut un « écu de gueules à est abreuvée d'avanies par la Famille royale, , irnnce qu'i l renait d'obtenir de sa cba1·g&lt;·
deux poisson , en forme de barbeaux d'or, cl que le maitre lui-mèmc lui marque dure- pour son fils, et cela le plus bassement du
ado~ és; cet écu timbré d'un casque de profil ment qu'il a as ez de sa pré ence ! Les vrais monde et à impatienter; matière à belle.,
orné de se lambrequins d'or cl de gueule ». témoins de la Cour, Croy el Lu)·ncs, par la réllcüon qui ne m'!.¼:happaient pas, quoiqtu•
Et comme l'arrèt du Conseil prérnyail um• concordance de leurs journaux, démenlent je fusse un peu dao le cas rl bien occupé dt'
indemnité au sieur Poisson, pour les dom- celle chronique extraordinaire.
mon affaire. Le maréchal d'llarcourl ) , int
Le premier notamment, qui, à ce moment
mages qu'il a,·ait subis. ce fut « messire Franrcmc~icr d'tm ton différent. ... »
\'Ois Poisson, écuyer, seigneur de \'andièrcs el mèmc, tient à ètre renseigné a,·ec sùrelé sur
li ;es ·ort assez d'un tel récit que madamr
de Lucy 11 , qui donna au Trésor quillance dl' cc qui se passe, nous assure que le pouroir de Pompadour a plus d'influence qu'aucun
féminin est assis plus solidement que jamais.
cent mille livres accordées par le Hoi.
prince du ::ang et qu'aucun ministre, cl qu'il
Hien n'était refusé à la jeune femme, el Le gendre du maréchal d' llarcourl a l'ambi- est m.¼:essairc de pas er par clic pour Loutt•,
nulle crainte ne la troublait plus. Louis X\' Lion d'ètrc compris dans la prochaine pro- choses. Voici maintenant le tableau des Caallail revenir plus épris que jamais, cl l'oppo- motion des maréchaux de camp ; la façon dont binets où, cinq jours apri•s son arri\'ée à Fon~iLion se tai ait dernnl cette per istan~e de la il s'y prend pour sollicitc1· el le choix de ses Lainebleau, M. de Cro)· a oblenu de souper.
passion royale. ~laurepas gardait, auprès de appuis garanlissent l'impartialité de ses obser- Le jeune colonel a eu, dit-il, la sottise de SL'
la favorite, des dehors irréprochables. Le ,·ations :
« La tèle me tournait d'inquiétude, sen- fàchcr de cc que le Roi n'ait pas daigné lui
eomte d'Argenson, qu'elle arait inquiété l'anadresser la parole, après la campagne asse,
née précédente, jugeait prudent, pour-le mo- tant de quel intérêt il était pour moi d'ètrc dure qu'il Yicnl de faire; mais il sait que S.1
ment, de ne point lier partie avec ses ad,·e1·- de celle promotion ou non. Je vins au lever )lajc Lée l souvent maussade hors de son intisaircs, et de « se l'accrocher avec elle »; il du Roi faire ma ré\'érencc d'arrivant, ensuilt• mité, el la faveur des Cabinets efface Louit·
comblait ses protégés des arantagc dont il il sa messe, el d'abord après je courus chez celle amrrtumc :
dispo ait comme ministre el, durant la cam- madame la marquise de Pompadour, a,anl
« Il )' arnil à Lablc, ainsi que nous éLiou,.
pagne, qui le tenait continuellrment aux cotés qu'elle en fùl de retour. Je lui demandai une prenant par ma gauche : M. de Voyer, d1•
du noi, ne di ail pas une parole dont elle pùt audience, qu'elle me donna dans le moment Pons, de Tingry, de Meuse, madame de Pomdans son cabinet. La tète remplie de ma prolui savoir mam•ais gré.
padour, le Roi, madame d'Estradcs, )1. d1•
Le seul homme qui fùt de force à la com- motion, je lui parlai assez longtemps el for- )laillebois, madame de Brancas la grande.
battre, Richelieu, éLait à guerroyer en Italie tement, la pres anl virnmenl de s'intére5 er M. de Nivernois, le bai·on de Montmorcnci.
pour rentrer maréchal de France. Mais il pour moi, etje lui lus mes motifs, que j'avais de Coigny, maréchal d'llarcourl, de Croissi,
sarail trop bien Ver ailles pour se risquer à rassemblés, de services seulement, n'osant de Sourches, de la \'allièrc et moi. Les soudistance à une lutte inégale. On échanrreait, parler moi-mème de ma naissance. Cela l'en- pers me parurent, tout comme l'année derau contraire, des billets charmants el de petits nuya peut-ètre, ce qui fit qu'elle me reçut nière, fort gais, aimables, libres sans sortir
sen-ices : « J'ai reçu volre lettre, Excellence, assez froidement ; cependant elle me dit de du respect. Le Roi m'y parut de plus en plu~
écrivait la marquise, et j'ai parlé au noi sur- lui laisser mon papier, qu'elle le ferai t lire charmant et ne pou mit èlre mieux là : douL
ie-champ. li est fort content de Yous, ain i au Roi; c'était là cc que je demandais. En- poli, gai, aimable, parlant beaucoup. t1·ès
que tout le public. Je \"OU laisse le plaisir de suite je restai à sa toilelle et, étant Lard. bien, toujours j uste el an'c es prit cl agrément.
l'apprendre dC' lui-mèmP. car jr crois que .j'allai de là chez M. d'Argenson (ministre de

Lo111s
'.&lt; Le~ comédies des Petils Cabinets, que l'on
prep~ra1t, pour_ les reprendre plus fort que
pma1s à. Versailles, fai~aienl une partie des
~m-_ers~llons: Madame de Pompadour, qui
~ br1lla1t extrememenl, a,ant tous les talents
i::h~rchait à am~ser cl à 1~ctenir par là le Roi'.
qm, sans y a\'01r de goùt, y formait les siens
pour ce que l'on appelle agrément el bon ton
(~u, m~ndc: l'l il a\'ait en CL•la i11ti11iment profi le. cla11t alor:. lort aimable dans son parti-

ë7 .M.JIDAJIŒ Dë 'PoMPADou~

qu'il donnait à ces plaisirs, le Roi ne laissait
pas_ que de beaucoup travailler, mais un peu
moms ce rnyage que l'bir('r dernier les
rhasscs_éta?l plus fréquentes à FonLainebÎcau.
li . par_a1ssait que,_ c_1uoiqu 'il fit beaucoup par
lu1-mcm:· _~es numstres pr~n,mt aisément un
?rand crcd1t sur son espriL, il s·en rapportait
a eux sur p_rcsqu~ .tout; ainsi, sans qu'il Y
rùt de premier 1111111strc, chacun l'était dan~
·on dt:partemenl. oi.1 il fai~ait faire pr~squc

BAT.ULLE DE LAt:FELD.

culie~ el cela apnl beaucoup influé sur so11
extéri~ur, de sorte qu'a lors, la LimidiLé étant
,ecouec, ?11 po~vait ~ire qu'il était parfai~emenl bien dcgourd1. Il me pai·aissail touJO~rs qu~ Lous l_es gi;?nds ~t bons principes
lm reSLaienl, mais qu ils étaient (comme c:csl
fort l'usage à la Cour) accommodés cl mitirrés
par l'agrém_ent du bon ton et l'usage le plus
général, qrn tend à ce que l'on se persuade à
la fin le ~-ice permis, pourru que l'on lie s'y
donne &lt;JU arec des sortes de ménagements et
O(' la belle manière• .... )lalgré tout le temp,

XV

ministre; niais, sur les !?l'andes affaires il
.
.
.
e
'
.est mcerlam s1 le Roi lui confiait toul étanl
né : éser\'é sur cet article, et je serais l~nlé de
croire qu'il en était plus amoureux en amant
&lt;ru'en ~mi. ))
· Le Louis XV qui nous est montré ici
dcssioé d'un crayon re~pcctncux, mais sincère:
es_t celui que madame de Pompadour a :,11
d~gag('r de l'élhè ennuyé cl taciturne du card111al de Fleury. Lt• fond demeure obscur l'l

Tablew de CouoeR. (M11séc .te Versai/les.&gt;

tout cc qu 'i_l mulaiL, ccp!)ndanl arec ménagl'mcnt cl cramlc des rapports de leurs ennemi~
au lloi, qui cherchait le bien et aurait désiré
è~e instruit: il se donnait mème quelque~
som~ pour c~I~, mais peut-être pas assez 011
n: s y prena1t-1I pas bien. Comme on gagnait
ais~mcnt sa confiance, ses maitresses la prenaient plus aisément que les aulres el comme
il aima~t beaucoup madame de Po~padour.
-elle avait un très grand crédit. li ne se faisait
prc q~e ~inL_ de gràce sans sa participation,
&lt;'l' qm IU1 al11rait Loule la cour d' un prrmi&lt;'r

inquiétant, mais le, dehors sont tels que lt·
Roi _reut être dit, sans trop de lla~tcric, (1,
gent1lbomm? le \&gt;lus accompli de son royaume.
On en_ devait faire honneur à la femme qui
exerçait sur !ui l'influence de tous le jour~.
et ~u portrait de laquelle le mèmc pt•intrt'
re\'1ent avec complaisance :
«)f~damc la mat4uise de Pompadour était
rengraissée et mièut de firrure que J. amais
~ d'
o
c,e_sl--t1re extrèmement jolie
et pleine de'
grace el de Lalents; elle avait même celui de
son état. parai~sanl être né1· pour remplit·

�c::-

111STO'J{1.Jl

_

_

_ _ _ _ _ _ __ __ _ _ _ _ _ _ _ J

crttc plaw. Elle Sl' môlail Je beaucoup de
rhoses, san~ l'll nroir l'air ni en paraitre occupée; au contrairl', elle alTeclait, soit naturcllrn1enl ou par politique, d'èlre plus occupfo
&lt;le ses prl itcs comédies on d'antres bagatc!les
que du reste. Elle faisait beaucoup de pelltes
a1rncrrics an Roi et employait l'art de la plus
li;1c ~ala11terie ponr 1~ relt•nir. Dans les com111cm·1·n1c11ls. l'llr d1cnhait /, plaire à tout le
rnoudt•, po11r se faire des créalur,•s, cl surl?ul
des grns de n,arqm'; alors, éL:int plus al_h••:mic rl connaissa11l loul son monde, elle cla1t
1111 pcn plus décidée cl moins pnire_1ian~t'.
mais toujours assez pol:c et cherchant a fa~n:
plaisir 011 du moins il le paraitre. 11 JI est ,11se
·de p1·éroir, à ces derniers traits, que le car:1ctèrn de la femme, qui 11c s'impose plus ll's
d forts d'aulreloi~. li•ra dominer bic•ntol l'esprit de coterie..
Cette rie &lt;les intérieurs, il laquelle tfü!
présidP, sr modifü• 1111 peu c:haquc _annéL•.
L'hiw r suirant , it \"ersaillr·s, on se plaml yue
lt•s spL·clad cs prennen t de plus en plus de
plate et qu·on fait moi us d'an;ul'il aux ~o.urtisans rp1i 11c jouent pas dans les comcd1cs.
Cc ne sonl plus les chasses seules qui conrln i~cnl :rn x soupers, cl suurcnl mème IL'S
,·hasscurs soul sacrifiés aux comédiens. Ccrl:1ins soirs, l('s Cabinets semblent emahis par
une &lt;! cohue &gt;&gt; . '\. 1. de Crov lroure inco1wenanl de l'Oir &lt;c les jeunes g~ns s'y fourrer 11 .
cl s'offusque d'y rcncontrf'r « :jusqu'à .th'.s
trente-cinq personnes ! &gt;l )1. de Luynes ccr1t
rp1ïl ~- a, &lt;&lt; clans la pclile galerie, une ta ltl1:
lono-ue wmme relie d'un l'éfortoirc ,, . Parmi
lanf de risagl'S uourcaux, r1uc lni fait accepter
la marquise it l'occasion de son thé.Ure, le
Hui 11\•st it l'aise r1u 'arec ses anciens familiers.
t'&lt;'UX ljlt'il ruit depuis des années autour de
lui. li reslc pour eux le mailrc IJienrcillanL
qu'ils aiment ,·éritablcmcnl cl que le reste cl,·
la f.our ne connait point.
rn après-midi dt' dfrl'mhn• 1748, il a rarnt'né ses chasseurs an Peti L-Chàtcau, c·c~li1-clirc it La Cl'llc, l'aim:1ble maison où plus
d'um• l'ois dt&gt;s fètcs ingt'.nieuscs, des bergeries
dans les jardins, des hallets in1prorisés sous
lts berceaux onl amusé ~a mélancolie. Il y a
lrou ré i1 taLle 111;1dame de Pompadour cl ses
amis, 1·t la surprise qu 'il leur a faite parail
l'aroir mis d\·xrellcnlc hu meur. Jus tement
la lll!H'&lt;JUisl' duit allr r it Pari~ c.:c _jour-là, pour
:1,s:~1er it la première représentation d'une
tra.,édil' dt' CréLillon, Calilina, qu'&lt;&gt;ll«i tie11L
i1 .~pplaudir . .\ trois heures, lt&gt; lloi la ronrluit ù son carrosse et rcnlre it \"cr~aillcs. &lt;1 Il
11·y cul pa~ de li;;tc le soi r, di t M. _dr Croy;
le J\oi me lîL dire par le maréchal d llarr,ourl
de monter i1 cim1 heu res, d nous soupiunC's
tout en haut dans les petits petits (sic) Cabinets du dessus, dans le plus grand intérieur,
rien que six arec le noi, sal'Oir : le Roi, l_c
maréchal d'Hareourl, M. de Flcur.r , m01.
.\l. de Joyeuse, le fils de .\l. de Croissy. cl_ so;•
père. Le noi fu t charmant dans ce peti t mierieur d'une aisance et mèmc d'une politesse
infini~s; il me parla beaucoup ; ensuit:, dans
le cabinet du tour, il lit allumer un lagot cl
11:n1s fi l tous ass1·oir a11lo11 1· rolllnHi lui, sans

la muiudrc distinction, cl nous causàmes arec
la plus grande familiarité, hors que l'on ne
pourait oublier que l'on était ar_cc son m~ilre.
,\ dix heures, nous rimes arrm1r la ru1 lurc
de la rôarquise; il alla la troUl'er, et nous
~orlimes, bien &lt;·onlenls de œ l.le farcur particulière. &gt;&gt;
Celle joul'llée. 011 la marquisL' prolégl'a
u11c tragédie, rapjicllc !t• relie qu 'i, cc momcnl
clic aimait jouer dans la llépubliquc des
lettres. Son &lt;r Méeénat &gt;&gt; féminin, plus lard
loul entier déroué aux arlislcs. l'était alors
aux écrirains ..\in~i l'a~surait-clle au présidcnl
de Malesherbes : « Jaime les talents cl les
lclll'cs, cl cc S&lt;'l'a toujours pour moi un grand
plaisir &lt;JUC de conlrihul'I' au hon henr dl' ceux
r1ui les cullirc11l 1J. l.;!lc faisait pc1:si_o1_lllL'r sur
la casscllL• les soixante ans de Crcli11lon. l'i
obtenai l de l'lmpriilll'ric lloyalu uue édition
,·ompl L·Lc de ses. œmTes. Elle allait act.:uC'i llir
le petit Jlarmontcl, qu 'un lui lbignait rommc
un fu t.ur grand homme, d lui lll'OCUl'l'l' une
place dans les hurcaux tles B.Himcn_ls, pou_r
qu'il cùl du gén:_c loul il loisir. Hcr1ns rt•sla1 I
son co11seillt'r. toujours ohligl'anl pou r ~1·s
eonfrèrcs cl désintéressé pour lui-111ènw : &lt;1 Jl'
n'ai r1u·o1·c pu l'ai re dc1JiC'n it l'abb,:. éC1'\,1itl'llc; c'est le seu l de mes amis qui soit dans
le cas &gt;&gt; . Guidée par le guû L Je ct'l honnèle
homme, l'ile se tenait au courant dPs prod uctions nouwllcs, dissertai t des pivccs de tht:àl rL'.
s ·oc&lt;:upait des élections i1 J'.\cadémic•. .
.
\'oit.aire lui dcrail prcs&lt;JUI' son la11 teuil
parmi les Quarante : s'il arai l lini _par aroi_r
pour lui b Jésuites, it forrc de pol, trssrs, 11
lu i 111anqu:1 longtemps l'agréme11Ld11 lloi. qu e
la marquise seule put obtenir. Le bon Budos.
soutenu par d ie. arnit réussi t:galNnC'11I :
mais die s,•rrait art•c non moi ns dt• zèlP 1,•
médiol're abbé Le fllanc, ami du peintr,·
La Tour el l'l'ilir1ue ordinai re des Salons dans
le Afe;-c111·e. A li. de \"a11dières, qui lui recommandait Gresset. ellr répundai l : « Je rons
assure, mon frère, r1uc j'ai dit à M. Gresst'L
(Jill' je nr dirai pas un mol pou r lui. atll•llllu
que j e m Ïnlércs~c pour l'abbé L,• lfü nc. Je
rrois les plal'cs de l'.\cadémic décidées dar~s le
1110111c11L présent : r1u 'il se tienne Lranqwllr .
et je lui proml'tS •111'it la prc111ièrt• n1cant1•, je
111'L'mplo:crai pnur lui aroir l,•s l'Oix des jlL'l'sunnes Je l'Académie q ue je tonnais. c ·t•sl
un homme sage cl 1·crlucux, mais qui a peu
d'ami · 1&gt; . La marqn ise s'r·xagéraiL sans doull'
l'influL'lll"l' 11u'cllc t royail a\'Oir, car Gr~ssf'I
l'emportait sm l'ahhé, 11ni Il&lt;' dcrnil jamais
ètrc élu .
L'auteu r de Ve1·t- Verl, alors dans $a grandl'
glo:rc de pclil poète, dcr ienl l'obligé de madame de Pompadour pour une de ces fareurs
r1u'clic ·sait distribuer arec r,r.lcc. Lin char:
mant billet lui apprend un JOUr IJUe le Ho,
lui accorde ses entrées aux représentations
des Cabinets. On y prépare sa comédi(J du
Alechanl, ainsi 11uc /"Enfant Prodigue dt•
\"ollaire, cl bien que ces pièces, jouées déjà
sur les théùtres publics, n'exigent point la
préscnC"e &lt;les aùtcurs, madame de :omp~dour
a j ugé équi ta ble de leur procurer I occasion de
r,•t·t•roir un éloµ-t• 0 11 1111 e11c·o11rag1·11H'nl Liu
•\l

l OÜ \.\.,_

Hoi. Grc~scl, discret t'L fi n, fait admirablement profiter des circomla11ccs; i_l plait ~ tous
ses interprètes, el lui-mème admire de s1 bon
cœur le duc de Nirernois, dans le rolc du
~lécbanl, qu'il conseille à Rosclli, l'~cteur_d&lt;'
la Comh lie-Française, de reni1· étudier le JCU
du grand seigneur.
. . . .
C&lt;·s honneurs réussissent nwms a , olta,r&lt;'.
li est déjü insupportable au !loi. par s,•s
empressements, ses familiarité_s. ses l~1çons dt•
prendre la parole cil'ranl. 1111 l't me~1c, 1111
jour. de le lircr par la mandw. li 1émo1f{ne ,;;1
grat itude il sa proleclric-c par 1111&lt;' m_aladrcsse
sin rrulièrc. na1·i de sarni1· t)ll °Cll&lt;' ra JOll&lt;'l' SOII
pc1~onnage de Lise el d"ètrt• com-ié il l'~pplau~
dir, il lui adrc~sc par ar::tn(·c œ cumplnrn'nl •
\insi donc , ous rèunissi z
fo us I,•, a;.ls, ,~us les goûts, Lous les lalc111&gt; tic plain· :
Pompadour, vous embellissez
La &lt;.:om·, le Parnasse et Cythèr,•.
Cha,·mc tic tous les cœurs. h·i•sor rl'un Sl'UI mur(d,
Qu"un sort si Lea u soit i:lc1·11cl !
One rus jours précieux soient marr1uès par tirs_ f,'•le, !
Qui• la paix ,taus 110s chamj&gt;s re1·icnne arec Lou,,!
Soyez tous deux sans en11rr111s.
El ·1ous deux gardez ,·os conquèlrs.
1

I.e 111adri!!al csl tr,1p joli pour rcsll'I' S('&lt;TPI,
l'l la 11ia rtp1i:c. parfai1t•111&lt;•nl llaL1&lt;-r,_ne 111anq_nt·

pas dr le faire lire. li rourl \\•r_,a1lll's, arr11:l'
riiez la llr im·, rhcz I&lt;• Dauphin. chez Mc,damc,, oit l't•lfol c,l bien diffén·nl. (;hacu11
lrourc ,candaiL• nsc• el'lte comparai~o11 de~ eo11quètcs. ('t fort in1perli11cnle la prédictio11 de
leur dun:c. Le lloi marque son méconlcnlt•mcnl. l'L madarnc de Pompadour s'ari~r alors
rp1\•lie a t:Lé louée hors de sai~on . Qnanrl
\"ollairn e11 tre chez die, crnyanl lrournr des
risa.,cs souriants cl les félicitation~ d'usage. !'
s'ap~r~·oil, au silcnrù gt:néral. qu_ïl a l'X~'C!l',
pour la Cour. les liccnct's qu ·au l?r1sc la pol'Sl~L 'iwcnlurc s·,:bl'llilr dans l'ar1s; chacun sait
qun \"ollaire csl en dis~r'.\ce. Son départ pour
Cirer nl de lit pour LmH.:l"lllc. arec mac_lame d11
f.hàtr•lct, rst n•f!ardé t·ommr 11nC' f111tc; ~rs
ennemis répandent qu'il l'SI c~ilé_. 011 ne llll_:'
po~nl fait lanl d'honnt'lll' ; mais il a rompu,
de lui-mèmc tpt'il l'alail mic'.1x_ ne pas. rcparaiL1·c i1 \'crsaillcs. Quelque lro1dcur sen. est
µ- lissée clans S&lt;·s rapports m·cc la marrp1:s1i.
Toujours soull'ranl, souvent en l'0),1ge, 11_;,
d"cxcellenlc~ raisons pou r nt• h'. P1.11 s ,·on·:
sans renonct'r pour rcla i, se Sl'l'\·11• d ('lie cl ;1
crm1pt('r m r son déro11cmc11l.
.
_
La première occasion est l'n,orc a propu,
t!L- ù1éùt re. Le poète Yicnl de faire rcpn:senlt•r
Semimmis , arec un suet.:ès conlcslé, car St'&gt;
adrnrsaircs ont mrné une forte cabale t'II
rappelant. la rieille tragédie de Crébillo,n SL~r
le mèmc sujet. On a compo. é _~cl~n l habitude une parodie, que la troupe 11.."lhcnnc ?011
d'abord donner il la Cour pendant Fonta11wblcau, cl Yoltaire a la faiblesse de s ï1:ritcr
pat· arance des égralig11_111·es d'un ~lonllgni_Ses lell.res sont remplies de dol~anc?s cl
tl ï m ectÏl'cs · il les multipl ie pour fai re rntr rdire ces rep/éscnlalions qui l'ont, dit-il, bafow•,·
derant le Roi un de ses gcntilshonunP~Élanl à Commercy. chez le roi Stanislas. il
le prie d'écrire it ·1a Reine, emoic lui-mènll'
ii la bomw pri nee~sl' 1111t· supplique- rloq1:('11 h·

,

__________________________Lou,s XY

"ET .MADAM"E. DE PoMPADOU'R. - - ~

1•1. JJar 1,• 111è11u• t·ourrit&gt;r, s·adres~c il lnul ct• lt'l'lllinét• sa carrièrl' de puùtr tragique.
qu'il a d'amis i1 la r.our. Son fidèle cl'Ar- ,\ladame de Pompadour l'a mandé chez elle,
gental est chargé d'appuyer celle stratégie à Cboisr , a rnulu entendre la le.cture de cet
épistolaire : « J'écris à madame de Pompa- ounag; e.t l'a encouragé à le fini r. !111 lui
dour, el je lui fais parler par )[. de Mont- pro1nellant une belle représentation à la Cornartel. J'écris it madame d'Aiguillon, et j'offre médie-française. c ·esl une touchante pensée
une chandelle i1 M. de )laurcpas . .J'intéresse la que de procurer une dcrniL·rc joie à un de~
p:é1é de la duchesse de Yillars, la bonté de maitres de sa jeunesse. Elle a su pour cela
mada1nc• de Lurnrs, la f.1rili1é bienfaisante rappeler à Louis XV qu&lt;' i&lt;' Grand Roi donna
du président llé~ault. que jr ,·ous prie d'en- h Corncillr, rieilli cl presque oublié, Ir honcourager. Je presse li. Ir duc de Fleur:; jC' hr ur de se 1·oi1· « ressusciter ,, . rommr il le·
rC'présrnlc foi·lcnwnt. cl sans mC' commcllrl'. disait. sur le thé,Hre de Yr rsailles.
i1 li. lt• duc dt• Gt'sn rs des raisons sans
.lfadanH• dr Pompadour di~ling1w mal Cn:réplique, cl je ne crains pas qu 'il montre sa billon de Corneille, el l'amitié a toujours suffi
lellre, qu'il montrera .... .le suis hicn sûr l]Ul' à l'am 1glcr. Le noi. de son côté, fort indifrous échaufferez ~I. le d11c d'.\umont .. .. \lrs férent au poùtc, prend l'homme en affection.
anges, engagez li. l'abbé de Bernis it ne pas li entre dans les idérs de la marquise. donne
ahandonnr r son eonfrèrt', it ne pas ~onfft-ir l'ord re de jouer Catilina cl décide de rcnou1111 opprobre qui arilit l'.\ cadémic, à écrire 1·elcr al'CC magnificence les décors cl les cosfortcmcnl de son coté il madame de Pornpa- tumes, comme on Yicnt de le fairr pour
&lt;lour ; c'est cc que j'espère de son crcur et de Se'miramis. Jamais le Sénat romain n'aura
son C'S pril, el ma reconnaissanrc ~era aussi 1:Lé plus coquet sur la scène, arec srs toges
longue que ma rie &gt;&gt;.
de toile d'a1·gcnt bordée de pourpr&lt;'. Le sncLa Reine &lt;'L ses pieuses amies se soucient etis semble assuré d"arancc, non sculcmrnl
peu d'épargner quelques lazzis i1 M. de Vol- par lcs admirateurs de Crébillon, mais surLairC'. La duchesse de Luynes lui répouJ qu&lt;' Ioul. par la bruyante cohorte des ennemis dP
les parodies sont d'usage el qu'on a bien \'oit.aire. que Piron conduit m1 combat. I,;\
trarC'sti Yirgilc. Madame de Pompadour seule mode s'en mèlc, les salons s'émcurcnl, Jt,s
se mèle de l'aflairc cl l'arrange. Elle fait dirr. loges soul retenue.~ dcpuis trois mois, cl la
i, Yoltairc par Montmartcl « c1uc le Hoi Psl présence de la Cour. IPs applaudissements dl'
bien éloigné de rouloir lui faire la moindre la farnrilc, achèrcnl de donner à l'auteur
peine. cl que la parodie ne sera point jouée l'illusion d"tm suprèmc triomphe. Le noi lui«'11 sa présene!\ ,&gt;. ~fais !(, poète n'es t pas
mèmc s\ · intéresse, attend le retour de la
satisfait : il rcul qu 'on l'interdis&lt;· aussi i1 marquise" cl lui demande aYcc empressement :
Paris; il recommence ses plaintes. ses pro- 11 F.h hicn ! arons-nous gàgnr nolrr• procès'?
testations. au nom de l'honneur des lettres arnn~-nous réussi'! 1&gt;
blessé rn sa personne. Celte fois. l&lt;'s bonnes
Voltaire, qu ·exaspéraien t tous ces Mtails.
,·olonlés sr lassent ; ml. lc-s Prr mi&lt;'rs gen- s'efforçait en rain de croire il une chute comtilshommes ne s'cngagrnl poin t, cl M. d,, plète : 11 La c., balc rcul bien crier. mais cllr.
\laurC'pas nr scmhlc pas r otiloi,· pril'cr lrs ne rcut pas s'ennu yer, et il n'y a persomw
Parisiens d'un de leurs amusements fal'oris. qu i aille Mil b deux heures pour arnir 11•
La marquise doit inlcn cnir encore, auprès plaisir dC' me rabaisst:'r ,1 . t e pu blic continua.
de tonies l&lt;'s autorit és de cour qui règlent les pendan t une ,·ingtaine de représcnlalions, il
spectacles de la capi talr. Elle obtient C'nlrn porter son argent au guichet de la Comédie.
l'interdiction délinitire. r.l ,·end la paix /1 On gotha avec respect cc patf1étiquc démodé,
l'imagination ~urrxr itrr de snn ami.
qui ne manquait point de grandeur. Helvé-

pan: it Supltnd ti; \'ul Wtire s1•11l garda l'alTaire
sur le cœur et rnulu l à son tour composer un
Catilina, qu'il appela Rome sauve'e, et où il
donna des leçons à son rinl. Il allachail à cet
incident de sa rie une e~1lrème importance;
il en parlait à tout propos, écrivait par exemple
an marquis d',\i-gcnson : « Les personnes qui
,·ous ont olé le ministère protègent Catilina:
cela C'St juste ! &gt;&gt; Les mols qu'on prètait it
Louis XY achcrnienl de le dégoûter de sou
monarc1ue et &lt;le l"achcminrr rcrs Potsdam .
)fais c-'csl surtout contre madame de Pompatlour qu'il s'indignait, sans oser cependant
écrire ou1·crlcmcnt ec qu'il pensait d'elle. Il ni!
pournit excuser cet esprit dr, femme de n'avoir
su préférer srs ourragcs à ceux de Crr billon.
(&lt; les plus impertinents, disait-il. el les plus
harhares rp1 'un ennemi du bon sens ait jamais
pu faire : madame de Pompadou.r me faisait
l'honneur de me mettre immédiatement apri•s
cc grand homme ... ,&gt;.
•
Jamais il ne pardonnera à la marquise d'a,·oir
sonlrnu cc cc Yicux fou lJ. Ilien n'effacera œ
rp1 'il a pris pour 11ne injure pcrsonnrlle. ni les
bontés passées. ni la discrétion sm· les bons
oflicrs rendus, ni ceux qu 'il sollicitera cncorr
el qui ne lui manqueront jamais. Quinze ans
plus lard, quand r lk mourra, il proclamer,1
" son allachcmcnt cl sa rcconnaissanC'c ,, .
rC'ndra un hommage sincè&gt;rc il la lemme philosophe el la louc1·a d'aroir prnsé &lt;c comme il
faut ,1; mais il liu era à sc•s amis le sccrC'I
d'une rancune indéracinablr : &lt;( Quoique madame de Pompadour eùt protégé la délestablr
pii•ce tic Catilina, je l'aimais cependant, tant
j'ai l'ùmc bonne; elle• m'ayait mêmr rendu
quelques prlils srn·icr. ... ,, .

Le duc de Bichcl:cu rrparnl i, Yersaillcs.
au retour &lt;lu si,')gc de Gènes, tout reluisa11L
&lt;le son litre neuf de maréchal de France. Il ,.
eut un instant de joie parmi les ennemis d~
la marquisr. au cléhul de 1749, quand l'habile jouteur, que n'arair nl point désarmé les
prérenanccs épistolaires. ,·int prendre son
année de Premier gentilhomme de la Chambrr.
tius disait que le c.1raclère de Catilina éL.1il rr Toul le parti courtisan, annonçai t d'ArgenQuelques semaines après ces émotions. peul-être le plus beau qu'il y eût au thé:Hre.
\"ollaire s'enflamme de colères noul'ellrs. JI en cl le président de !\lontdsquieu, enthousiasmé son, cra)nl beaucoup son arriréc, cl Yéritarcut, celle fois, à un de ses confrères, i, par la brochure, écrivait que son cœur était blcmcnl il est capable de donner de bons
relui-là mèmc qu'il reproche à la marquise décidément fait pour le dramatique de Crr- coups de collier pour la gloire cl la stîrclé du
tic lui préférrr. Le l'ieux Crébillon j 'csl laiss1: billon. Madame de Pompadour rcc11eilliL donc royaume, pou r chasser la maît1'esse 1·ot11riè1'e
louer outre mcsurr. &lt;1 par la canaille 1J. aux quelques suffrages, cl l'on Lroura natu i·cl qt1t' r i ty J'(tnnique de la Coll!'. &lt;'t pour en clonncl'
11 11c aulr&lt;'. 11 llt~s Ir~ prr miC'rs jours. rn cllel.
d(:pens de l'auteur de la seconde Semii-amis: la dédic.,ce du poète lui rcndi't hommage :
Hichclicu
affichai t son désir de jouer un rolc,
1•11 sa qualité de censeur royal. il a propos,;
« Il y a longtemps, disait-il, que le puhlir· de départager les coteries. de reprendrt•
Lll' retrancher des rcrs admirable~ de ·cellr 1·ous a dédié de lui-même un ou1Tagc rpti lh'
tragédie. ~l il n'a point refusé son approba- doit le jou r qu'à ms bontés : heureux si on l'oreille du Boi et. s'il r avait liru. d'utiliser
tion /1 la farce des Italiens. Ce sont lit des l'eût jugé digne de sa protcclricc! Et qui ne sa connaissance des femmps pour &lt;&lt; crosser
abus intolérables d'un homme r n place, des sai t pas les soins que YOus arnz daigné 1·011s la petite Pompadour comme une fille d'opéra &gt;&gt; .
,, procédés ind igncs 11. Mais le grief le plus donner pour retirer des ténèbres un homme Tanl de prélcnlion en imposait à bea uco up dr
s~ricux r ient de la Cour el rrgardc lrur prn- absolument oublié? Soins généreux qui ont monde; le maréchal aYail un cortège à Ycrsaillcs quand il passait, C'l une grosse audience'
lcctrice commune.
plus louché que surpris : que ne doit-on pas le malin, i, son b w.
Depuis longtemps, Crébillon arail en pré- attendre d'une àme telle que la Y0lre! )J
On a1lcndait la prcmir•rc bataille qt1'il allai t
paration son Catilina, dont ses amis disaient
On !oublia promptement ces engouements liner, cl l'occasion lui fut offerte par la marmerreille, mais qu 'il n'achcrait point, jugeant et ces querelles : Crébillon cessa d'ètrc cornquise elle-mèmc.
P IERRE DE

NOLHAC.

�''

..

'.)

\.Le .géil~a?. _
ly/ardy
.
.
.:.

~

.

impuissants. Ce qu'il, y .a dc''plus merveill_eux.
c~ !1 'esl pas que Jean ~ardy ail pu devenir e11
sept ans _'général de division, c·e~t que cc!
ancien fourrier ait acquis à l'ancien régiment
de Royal-)fonsieur des connaissances aussi
étendues, qu'il se soit troul'é en mesure de
porter si aisément, a\'ec autant d'autorité et
de confiance •en soi, les rèsponsabilit~s du
commandement.
Ses mcmoires militaires sont des modèles
d'observations précises. Au delà de la frontière, sur tous· les territoires occupés d'abord
par l'armée des Ardennes, puis par l'armée
de ambre-et-)leu e, chaque point est releYé.
chaque cours d'eau étudié, char1ue roule el
mème chaque sentier indiqués a,·ec les avantages ou les difficultés qu'ils présentent pour
la marche des troupes; la population et les
foici, par exemple, un fourrier de Royal- ressources en approvisionnements de chaque
)lonsicur qui, à l'àge de trente ans, aurait village sont soigneusement notées. Le général
peul-èlre attendu plusieurs années encore son ne se contente pas de reconnaitre le terrain,
bre\'el de sous-lieutenant. Les \'Olontaircs il se met d'a,,ance en face des éventualités de
d'Épernay le choisissent pour leur chef el, la guerre. Telle position sera bonne pour
au bout de quelques srmaines, la canonnade prendre l'offensi,·c, telle autre pour la résisde Valmy le fait chef çe bataillon. Une fois cc tance ou au ?besoin pour la retraite. Ici on
premier pas franchi, -les a,·ancements se sui- trou1·era un gué, plus lo:n un endroit fayoYenl aYec rapidité, justifiés du reste par de rable pour jeter un pont sur la Moselle, sur la
rudes campagnes el par de brillants états de ~ahe ou sur le Rhin.
serrices. A trente-deux ans, celui quê l'anTemps heureux et glorieux où il s'agissait
cien régime aurait laissé. pour toujours officier non pas, comme aujourd'hui, de reconquérir
subalterne, reçoit le bre\'el de.général de bri- des fragments de la patrie mutilée, mais de
gade. Commandant l'avant-garde de l'armée p_ousser en avant, · toujours plus loin , la
des Ardennes, le gént:ral Jean Hardy suit le marche des armées françaises.
sort de celle-ci lorsqu'elle se fond à Fleµru s
· Toul le travail de Jean Hardy se fait sur la
a\'eC l'armée de ambre~ct-)leuse el passe terre étrangère, sur l'éternel champ de baalors sous le commandement de Marceau. taille -que nous offrent, au dPlà de notre
Avec Marceau il prend part à la conquête de frontière, les territoires allemands. Cc sonl
la Belgique, à la prise de Maeslricbl, au des études d'ensemble sur les positions miliblocus de Mayence . .Marceau mort, c'est lui taires entre 'l'rèves el Coblence, · sur les comqui, à la tète de douze mille hommes, assure munications qu'il est possible d'établir entre
les commun:cations de !"armée de Sambre- la Muselle et le Rhin. Le Rhin lni-mème est
et-)leuse arec l'armée de Rhin-cl-Moselle.
dépassé. L'auteur des mémoires 5C demande
La bravoure explique une partie de ces si, sur· la• riYC droite du fleuve, la France
événements, mais il · y a bien autre chose n'aurait pas un intérèl commercial à favoriser
que la bra\'oure. Les qualités militaires se la navigation de la Lahn. Puis ce ont les
développent avec l'e~ercice du commande- Pays-Bas de Luxembourg 11 Maestrichl, c'est
ment, le coup d'œil s'aiguise, la puissance de le Danube qui aüircnl l'attention du général.
travail s'accroit! C'est comme une ascension
L'irwasion de la France en 1792 a si miséprogressive de toutes les facultés. Aucun de rablement échoué que, quatre ans après, il
res ré ultals n'eût été possible sans une très n'en reste en quelque sorte aucun sou\'enir.
forte préparation anlérirure. L'cxemp!e de Aucune crainte d'un retour oflcnsif de l'enJean llardy nous apprend"une fois de plus nemi ne perce dans les préoccu pations de nos
que ce sont les cadr~s iinférjeurs de l'ancien généraux. Ils ne regardent jamais en arrière
régime qui. ont
1isé Iles armées .de fa pour assurer la défense du sol national. La
Rérnlution, que sans l'instruction militaire, question ne se pose mème· pas à leurs yeux _J
sans la force de résistance des vieux soldats Ils vont devant eux a\'ec une confiance absolue
qui les encadraient, le 4i .''!?!le;n~nj , pat.riO"c ~ dans le succès de leurs armes et la certitude
tique et le courage des volontan-ès eussent été de la victoire. C'est ce qui explique leur inr royable audace. lis ne doutent jamais ni
1. CorrespondanCl' intime, 1 ,·ol. in-12. Paris. Pion.
En lisant la forrespondance intime et les
mémoires milrtaires 1dti général Jean Hardy,
publiés par 8011 pctit--fils le général Hardy de
Périni 1 , on ne peul se défendre d'un sentiment d'orgueil rétrospectif cl en même temps
d'un retour mélancolique sur le passé.
En 1789, quels hommes l'ancien régime léguait au nou\'eau, quelle transformation
opérait en eux la grandeur des événement
auxquels ils étaient mêlés , les perspecti\'es
qui s'o'trraienl à eux pour la première fois, la
possibilité pour les plus humbles cl pour les
plus obscurs d'arriver par leur mérite seul
aux grades les plus éle,·,:s de l'armée. aux
plus hautes dignités de l'État!

or~

J'cux-mèmes, ni de leurs lroupe~. ni du
résultat final.
La correspondance intime de Jean Liard)
respire le plus "if enthousiasme. 11 pens1•
quelquefois à la mort. Comment en serait-il
autrement1 Il a vu tomber à la fleur de l'àgr
deux de ses chefs, deux des généraux les plu,
aimés de l'armée, Marceau et Hoche. Mais il
ne prévoit pas la défaite. Aucune crainte de
ce genre n'effleure mème sa pensée. S'il faut
mourir, il est prêt. « Mon exi lcnce est à la
patrie, écrit-il. C'est sa propriété. Quand le
devoir et l'honneur parlent, les inlérèts particuliers se taisent. » La mort lui apparait
d'ailleurs dans un cadre glorieux, au milieu
du deuil de es compagnons d'armes, a\'CC le
cortège imposant el la pompe grandiose des
funérailles militaires. En prononçant, le
24 septembre 1797, l'éloge funèbre de Marceau, il re\'oit par la pensée tout un ensemble
&lt;le scènes et d'émotions qui exaltent les courages cl transforment la mort en apothéose :
l\larceau, le corps percé d'une balle de
carabine, se faisant drscendre de cheval et
demandant • qu'on cache sa blessure ; ses
soldat , désespéré , l'emportant sur leurs
fusils jusqu'à Altcnkircben ; son élat-majo!'
en larmes au tour de lui ; lui seul, à Lrarers
ses souffrances, conserranl la sérénité ; puis,
le touchant spectacle âes généraux autrichiens
défilant de\'ant son lit, \'oulanl rendre à un si
noble ad,·ersaii·e les derniers devoirs et les
derniers honneurs.

Il
.\ des horftmes de celte trempe, montés à
ce degré d'exaltation el d'enthousiasme, rien
ne parait impôssiblc. Le Directoire n'a plu~
besoin de Jean Hardy sur le Rhin, il Ir
désigne pour une bcs~/1:nc d'une tout aulrr
nature, stir un théâtre tout à fait diflërenl. li
s'agit de débarquer en Irlande et de soulel-er
contre les Anglais la. population de l'ile. {;11
esprit timoré ·se demanderait s'il sera possible d'échapper aux croisières an~laises, et
si, une fois débarqué, on Lromera i1 coup sfü·
en Irlande le concours qu'on espère. Jea11
Hardy n'y rega_rde pas de si près. li sait qu'il
aura sous ses ordres des soldats admirables :
les réfugiés irlandais qui servent dans son
état-major lui assurent que· les habitants de
l'Irlande n'attehdenl que l'arrivée des troupes
françaises pour prendre les armes. Il n'en
demande pas davantage, et avec une foi mer\'eilleuse dans le succès, il écrit à sa femme
qu'il s'agit d'une simple expédition de trois
ou quatre mois.
La réalitP donne 11nr série dr démentis i1

�m sTO'Jt1.ïl

-----------------------------------------.:&gt;

'ces illusions. Dès l'arri1·éll il Brest il fan, ea
rabattre. Les troupes sont dans un état de
nudité qui fait pit:é; pour les rhabil1er il n.i
reste pas une guenille dans les magasins.
Puis c'est la flolle anglaise qui croise deYant
.Brest et qui empèche d'en $ortir, c'est une
tentatire de sortie nocturne qui échoue par
une fausse manœnvre de deux frégates françaises. Enfin en nie des côtes même d"Jrlande,
c'est un combat narnl dans lequel le bàtiment qui porte le commandant en chef est
attaqué par cinq b:Himents anglais. Après une
résistance héroïque, arnc cinq pieds d'eau
dans la cale, arec un poste encombré de
blessés, les manœmres coupées. les Yoiles en
lambeaux, les batteries démontées, le go11Yernail ne fonctionnant plus, il fall11L amener
son paYillon. Le futur conquérant de l'l rlandll
se trouva simplement prisonn:er des Anglais.
Aurait-il réussi dans son entreprise s'il
était parvenu à débarquer? Il est permis d'en
douter. Eon lieutenant, le général Humbert.
parti de 11ocheîort pr~cipitamment cl san~
ordres, avec 1150 hommes cl 5 pièces de
canon, cul la bo:mc fortune cl 'allerrir eu
Irlande cl remporta mème, pendant quelques
jours, des succès éclatants. Mais la !crée en
masse qu'araient annoncée les patrio'.cs irlandais ne se produisit pas, un millier d'insurgés
à peine. mal équipés el mal armés, se joignirent à la petite dil'is:on française, qui.
après une série de combats glorieux, fut
c111·eloppée cl obligée de met! rc bas les armes
devant les quinze mille soldats de lord Cornwallis. Son épopée arnil duré quinze jours.
A la suite de l'expédition d'Irlande, Jean
Hardy éproul'C pour la première fois que!qul'
ùécouragcmc:lt. Jlab:tué à triompher de tous
les obstacles, il vient de rencontrer celte fois
deux l'nncmis plus forts que lui . contre lesquels sa bravoure personnelle el ses talents
militaires ne peurcnl rien, la mer et la !lotie
anglaise. Il en consene un sourenir si désagréable qu'on peut le croire guéri de loulr
velléité maritimr. Sa santé d'ailleurs est fort
éprouréc. Il souffre d'une sciatique ri de douleurs rhumatismales qui pendant des mois
l'empèchenL de monter à che\'al ; il Ya chercher du soulagement à Plombières, à Iladen.
:, Schinznach. Il n'en est pas moins nommé
dirisionnairc à l'àge de trente-sept ans. Peu
de temps après, le poste d'inspecteur général
aux rcrnes, en le fixant à Paris. en lui pcr-

mcllanl de co11nailre enfin les douceurs de la
\'ie de famillt&gt;. semh!c lui promel.Lre 1111 long
repos.
JII

)fais le repos n'est pas fait pour des tempéraments tels que le sien. JI possède tous les
éléments du bonheur, une position brillante
el lucralire, une tcmrnc charmante, deux
beaux enfants. Le traité de Luné,·ille semble
assurer pour longtemps la paix du monde. Un
autre amait joui tranquillement de Lous ces
biens. A peine Jean Hardy en a-t-il eu la
primeur qu'il suffit d'un •appel de clairon
pou r le faire repartir. JI est lié aYcc le ~énéral Leclerc, al'&lt;'C Pauline Donapartc. qu'il a
rencontrée à Plombières. Leur inlluencc décide &lt;le sa destinée. Emoyés par le premier
consul it Saint-Domingue, ils ont besoin d'un
dirisionnai re de choix; ils font signe à Jean
llardy cl celui-ci qui Ile tout pour les sui He.
Comme à la l'cille de l'expédition d'Irlande.
son optimisme naturel, son imperturhahh·
confiance dans le succès des armes françaises
lui dissimulent les difficultés de l'entreprise.
Il est convaincu qu'en un mois l'armée de
Toussaint Lomcrlurc sera am:antic et l'ile
reconquise.
Cc serait 1Tai si l'on 1i'a,·ail que les hommes
it comhallrc. Le débarr1uemenl se fait dcranl
le Cap-Français sans aucune difficulté. Jean
Hardy, qui commande l'al'ant-garde, rcncontrr
peu de résistance. Trois chaloupes ayan t
échoué sur des bancs de sable, près du rivage,
les soldats entrent dans l'eau jusqu·aux aisselles et les nègres, effrayés, prennent la fuite
clans la montagne. Le lendemain, dès 5 heures
du matin, la marche recommence. « J'a,·ais
neuf grandes lieues à faire, écrit le général.
aYCc des soldats qui n'avaient rien à boire ni
i1 manger. Je me suis mis à pied à leur tète:
j'ai causé arec eux pendant tou te. la route, le,
r ncourageant à bien faire et les maintenanl
dans le plus grand ordre. l&gt; .\ttaqué par Tonssaint Lomerture lui-mèmc, il lui suffit d'unr
demi-heure pour meure l'ennemi en déroute.
füilrc des die, de la cote, Lcrlcrc prépara un momcmcnt concentrique pour cnrnlopper les nè~rcs réfugiés dans l'inlfricur d,·
l 'ilc el les forcer à mettre has les armes c11
leur coupant toute ligne de retraite. 111 encorc, la dil'ision Hardy, sous les o~dres directs

du capitai11e gl:1uiral, joue u11 rùlc pr~pond1:ranl. C'est elle qui prend d'assa ut le rnornc•
où le meilleur lieutenant de Toussaint Lou,·crture s'est retranché; c'est eUe qui traYersr
au pas de charge le ra,-in où les noirs essayent
de se rallier ; c'est elle encore qui enlère unr
posit:on défendue par Toussaint Lourertun'
arec ses gard es et l'élite de son armée, et qui
s'empare de leurs approrisionnements. &lt;! La
faim, la soif, les pri,·alions, les marches forcées n'ont pu ralentir l'ardeur de nos soldats.
écrirait le chef d'étal-major au ministre de la
Guerre. La France peul èlrc fière de son
armée de Saint-Domingue. n
Diplomalc autant que brare. Hardy Ill'
compte pas uniqnement sur la force des
armes. Il croit au sncc,~s des bonnes parole~
et surtou t des actes généreux, à la propagand,•
par les idées. li parle biea la langue dr so11
temps, avec nn peu d'emphase et de déclamation, mais al'ec un accent dont la sincérit,:
perce sous des paroles quelquefois trop sonores. Il a 1111 genre d'éloquence à lui. 1111P
parole chaude cl ribrante, b:cn faite pour
enllammer les imaginations el pour cnlra:ner
les foules. li arnit fait pleurer ses soldats en
prononçant l'éloge funèbre de ~[arceau; il
aurait ému les Irlandais si la proclamation
qu'il leur adressait al'ait pn leur parvenir. Il
lrouYc les accents qui doiYen t émomoir les
nègres cl c'est en leur écri vant, en ca usant
aYcc eux. qu'il obtient la soumission dr leurs
principaux chef~.
)falheureusemcnl, tanl de vaillance, tant de
nobles efforts sont inutiles. (.;n ennemi plus
dangereux que les noirs nous guelte : la fièrre
jaune. Hardy est emporlé le premier el. après
lni, Leclerc. füchepansc, plus de la moitié des
ringt-deux mille Français qui aYaicnt débarqu1:
dans l'ile. Pendant plus d'un demi-siècle la
citadelle du Cap-Français, où fut enterré 1.,
vainqueur de Toussaint Lourerture. s'est
11ppclée le fort Hardy. Mais la domination
française ne lui surrécut que quelques mois.
Lt' 28 novembre 1803, Rochambeau, bloqu,:
par les escadres anglaises, étroitement imes ti
.:11 Cap-Français, réduit à trois mille soldab
,:puisés par la fièHC, ne reccrnnt aucun renfort de la mère patrie, se résignait à capituler.
el la France, dont le domaine colonial al'ait
déjà été si appau1Ti au siècle précédent, pe1·clait ce jour-là la plus riche. la plus llorissantc
de ses colonies.
:\LFRED MÉZIÈRES,
:Je l'Académie française.

Mesures de police
Quinze j ours av:rnt l'attentat de Damiens,
un négociant prorençal, passant dans une
petite \'ille à six lieues de Lyon , et étant à
l'auberge, entendit dire, dans une chambre

qui n'était sépa1:ée de la sienne que par unr
cloison, qu'un nommé Damiens devait assassiner lé roi.
Ce négociant Yenait à Paris.; il alla se présenter chez M. Dcrryer, ne le trouva point.
lui ér.rivit ce qu 'il avait entendu, retourna le
voir cl lui dit qui il était. puis repartit pour
sa province.
Comme il était en route, arriva l'attentat
de Damiens. M. Berryer, qui cr.mprit que ce

11égociant conterait son histoire, el que cette
négligence le perdrait, lui, Berryer, emoic
1111 exempt de police et des gardes sur la roule
Je Lyon.
On saisit l'homme, on le bàillonne, on le
m~ne à Paris ; on le met à la Tlastille, où il
est resté pendant dix-huit ans.
M. de ~Jalesherbes, qui en délivra plusieurs
prisonnier s en 1775, conta cette histoire dans
le premier moment de son indignation.

CHAMFORT .

La

Vle• amoureuse
de François Barbazanges

\ri

Dans la biLliothèque tlu'éclairait un seul
!lambeau, François Ilarbazangcs, soo luth posé
sur les genoux. écoutait le récit de Pierre.
- Connais-tu Laguenne, François? ... C'est
,:n bourg. sur la route d'Argcntat, clans la
l'allée de Lhalouzc. JI l a une place plantée
d'ormeaux où l'on danse, les jours de 110/e:
un petit pont sur le torrent et une paun-e
église au clocher carré, coiffé d'un toit pointu.
Les bicoques sont délabrées. L'espace entre les
C'oUines est si étroit que, par les rencllrs. à
l' cxtrémi té de chaque rue, on l'Oi tune muraill1•
de granit bleu cl de sombre rcrdurc, fermant
l'horizon ....
C! Nous enlrùmcs à l'auberge, qui est mw
vieille bàtisse fort accueillante, arec son toil
quadrangulaire, son escalier apparent, ses fcnètres ornées de masques de pierre en manière
de modillons. Le jardin a été coupé sur le
parc d'un petit cbàtea11, dont on del'ine la
façade et les lonrcllPs. L'hôtelier. qui rst
riche, l'acquit naguère du cMtelain, r1ui est
gueux, et ce potager planté de fleurs cl Je
légumes cousene pourtant quelrJllC lracr dl'
sa première splendeur.
!! C'est là ....
Il s'intrrrompil. souriant cl soupirant, !(,s
yeux perclus, comme regardant en lui-rnèmc lt·
tableau qu'il décri,·ait : le jardin campagnard.
divisé en ca rrés, rempli de choux \"ert bleu et
rouge prune, d'aspcrges légères, d'oignons
montés balançant une grosse boule en filirrranc
sur une tige rigide .... Les fleurs qui pous:aienl
là a,·aient déjà les nuances de l'automnr, prcs11uc toutes jaunes ou Yiolelles, ou pourpre, ou
d'un rose fané ; fleurs communes, llenrs naïrrs
dont les noms charmants égaient les refrains
populaires el les très anciennes chansons : l;i
belle-de-nuit, la belle-de-jour, la lleur-de-laPassion·, la marguerite-reine, et le piedd'alouette si rirace, et la &lt;! jalousie », et les
g'rands tournesols d'or qui rayonnent autour
d'un disque en perles brunes .... Puis. une
surpris(', an houl du jardin, quatre beaux if's
centenaires, en forme de pions d'rcbccs.
dcrenus énormes, depuis si longtemps rp1·on
ne les taille plus.... Leurs boules supérieures
se sont rejointes cl cela fait un toit, quatre
portes en arcades, un Yéritable cabinet de Ycrdure. Le jour y pénètre, comme teinté d'émrraudcetglissant 1t tra,·ers des épaisseurs d'eau.
une lumière de grotte au fond ~·un lac, qui

baigne de ,·cris rcllcls el c1·(:trrncllc fr:1id1N1r
une lourde !able de picrrp... .
... - -~c n'y puis songer sans émoi. biPn qut'
J aie I amc dure cl pros:1ïquc.....\11~1111 li1•11 ,w
sembla plus propre i, l"amour . .l'y fis parler 11•
souper, champi.gnons sanlrs. ra/::OÙL. frrel'isses, 1111 p,llé de rolaillr cl de · la tome dt•
Brach. La lillr qui arnit marrpu: 1111P j oie
rxtra\'agantr, C&lt;'penclant que nous ehcminions.
mo1~lr~i1 qurl'.JUC ~rnilancoliL'. t'l je rn'appli•1tia1 a la d1rerl11· par des t hansonnelll's
gaillardes .... J'en connais pl11s d'une! ajouta
Pierre.
·
li somit. Pl fredonna:
Lln doux baiser dessm la bourhr,
~c suffit pas, ma Cli•ri !...
Permets-moi don\".. ..

Oh! oh! dit Frauçois. c'rst 11 11 refrain
qui plait aux Chahrellcs !
- 'l'u peux dire: aux femmes de toulP,
conditions! .. . En même lcmps, je surrrillnis
f,, rerrc de b fillP. cl le remplissais sans cesse
du mcillt'ur \'in cl',\Jlassae. Birnlot l'llt'
,:arn11sa a111an1 que moi-même: &lt;'lie ril. chanta.
b~dina. fil ernl folies. r i. ~t· translil!urant i,

111cs Ieux. mr paru ! la pins aimahle maitres~!'
du mondr.
- Le• .rin cL\llassac la n'ndai1-il pins kil('.
011 loi plus indulgent?
- Jp nr ~ai,1.... La 'gdrr cil' ses gestPs,
Udat dt• sr, pr11nellcs. la dourrur· dl' son
rire. Pnfin c1•11L charmC's imprtin1s me fil'l'nl
ouhlit&gt;r qu"pflp L:tail rnaigrr C'l noi raudr et cl,·
la pins \'Île cxlraclion. Quelqurs 1,aiscrs raris
~'.'c l~iss1\rcnt la lwuchr a11ssi ;ll'(lrnte q11P si
J ara1s m,JJ·du dans nn pi1Î1Cnl. Jt• sentis l:i
l1rùlurc clr cc h:iiser jnsqu'à l'àmr . cl, pot11·
h p1·r.rni,•r1• t'ois dr m:1 ,·il'. jr fus plus faihl1·.
plus bèlP, plus épris qur je nr rn11lais ....
Franp i~ dil. t1·11n ton d':illÏ'rlncusr raill1·riP :
- Et. n ·est-cc pa~. l:i Chahrrtlt&gt; abusa de 1:1
foihll'sse. dC' la bèlisr. Je ton drsir ?... Elle t'a
tl&lt;-l'nlis,:, la l'ilainr !... Toi. l'économr ri le prérnyant !. ..
- \011. Franrois. l.a Clrnbrette aim1! ,.,
pl:iisir ri 111épriM• l'arg1•nl ....
.\I on?
·· l,"hrure al'anrait. La honnr hôh'SS&lt;', fornra!Jl1' nux amants par inelination rt pnr intérêt.
11111 !nul ]p d1·s,r1·1 it la fois sur· la lahlr ri s1·

~,.ig'.mtne ~si un éoru-g, sur la ,·011/e ,t'Arge11tat, ./ans la
'~liee de_ l_Ava/011u. Nous entrâmes à l'autergc, qui est
rme vieille ta/isse fort accucilla11/c, ai·ec so11 toit qr,adt·attgulaire, son esca/.ier apparent, ses fenêtres ornées de masques de•pierre en ma11iè,·e de modillons. (Page 185.)

�.,.

, - 111STOR..1.11
main , après J'Angelus, au lieu nommé le Gouffre
de la Fille....
- Près de l'Estabournie.... Je connais l'endrc;&gt;it.
Les· amours de Margot et de Broussol commençaient d'inquiéter François Barbazanges.
Pierre continua:
- Il y a de cela quinze jours, et, quinze
fois, l'Angelus sonné, je me $Uis esquivé du
logis pour aller tr.om·er cqlle créature! Quinze
l'ois, je t'ai conté des mensonges, mon bon
François.... .J'emmenais Margot hors la rille.
an Riou-Bel, au Puy-Pinson, itla floche-Bailly,
rt jusque derrière le cimetière, partout enfi n
où nous ne risquions pas de rcncon trcr le
Chabrillat ou le Galapian. Ces promenades
nocturnes arrangèrent un peu mes affaires ..Je
compris que la Chabrclte, fille abandonnée à
des malotrus, voulait, une fois dans sa vie,
ètrc conquise. Elle souhaitait qu'un bourgeois,
pour l'obtenir, la priàt comme on prie les
dames, el lui rendit les mèmes soins. Je n'y
avais pas trop de peine, car la compagnie de
celle méchante est des plus agréables, el jamais
une simple a~tisane ne montra tant de verve.
et de gentillesse, et de vivacité. Elle me fait
songer à l'aventure de Riquet à la Houppe,
tellement son esprit peut embellir son visage.
- Et Lon ardeur croissait. ...
- l)e jour en jour.... Bientôt je fu s incapable de penser à autre chose qu'à celte créature dont les moindres caresses m'étaient disputées chèrement. J'en perdis le boire et le
manger. Et je crois, ma parole, que si ce
manège continue, il me faudra rendre l'âme,
ou m'en aller à l'hopital des fous.
- Ah! Pierre, lu es amou reux, toi le friYole el le volage, toi que je nommais « l'inconstant IIylas 1&gt; ! ... Tu aimes cette misérable
Cha brette .... Non point, tu la désires, comme
un iHognc· la bouteille, el lu te veux saoulér
d'une si infàme passion!
.- Gr;rnd merci de la comparaison ! dit
Pierre: urÏpe'u fâché. Cela te sied, de me faire
des re1:noriirances, toi qui es de marbre et de
ghice;•véiitable-Joseph du Limousin, émule de
Scipion,. pci.iî saint .lcan en bois doré! ... Ton
t01h·,,icndra',''mon càmaradc !... Tu feras Ir
sot, ' et.,ld fü1i~oureux. à tôh tour .. .. Assuré1i1ênt,·Ia11éhalm;itte n'est pas une Astrée, et je
iie'·s1'1is' pas'· on Céladon. Je ne la veux point
è1iènùc~ ;_'J'è ,;jte la ,'eux point servir toute ma
,·ic•,·'ëf j":n=oùe même, à parler franc, que je ne
· 11{ ' t· i:u_a1s
'&gt;{ . Je
. 1a Yet)X, ~c
. Ia ~eux .... I,e
.1•:11!11f:.r,O!~
g?~~ m. ~•,i,pa~s~ra qt_1an~ JC I aurai eue._. .. ~I
tanl ~ùe Jè' rn! 1au rai pomt, cette maudite, JI'
serâÎ dè~a1fr~able à tout le monde, importun
à Ïnbl-m1M;1ê èt très malheureux.
·: . .lnEI~bi~n. que faire?
_.'._ •Si .th voulais ....
· - Q.1,rn' p11is-je?
- To\.it, o'ui, tout dépend de toi .. ..
- . J~\puis te donner la Chabrette !
_;_, Écotite. '. .. Je t'ai dit naguère que Margot -étairan;ourr,;se de toi, comme toutes les
llllcs de Tulle.... Mais elle m'a détrompé de
.mon erreur en déclarant. .. tu vas rire!. . quP
• Quinze fois, L'Angelus.so1111e, j(111e.su(s esquivé .t11 logis pour atler trouver c_ette cré.ltrere .... J'cmme11,lis Mat·111 avais la mine hautaine et reYèche .et qnr i11
/lOI hors de la ville. partout où nous.ne risquions pas de re11conlrer le Chab~1llaf Pli 1~ Ga./af&gt;1a11... , Ces .p,ndr1,1is· to11h' la hnnnr gritcr ~ ton habit.
m~nades 11ncturnes arra11gère11/ 1111 peu mes affaires ...: • rPl!ge 186.) • ·

rel ira dans la maison. La salle &lt;le I enl ure
nous dérobait à la vue des indiscrets. L'odeur
du regain venait jusqu'à nous. La lune, haute
dans le ciel, blanchissait la nappe à travers le
feuillage ... .
&lt;&lt; Quel effet n'attendais-je pas de mes discours, du vin, de la sol:tude, de la nuit? Encouragé par la g:airté dé llargot, je l'attirai sur
mr.s genoux, et baisai dcrrchcl' sa bouche.
qu ·elle ne défrndait pas. )lais à pcinr tentai-jr
quelques prirautés que · l'étrange fille. me
repoussant. sr lcra. sr mit i1 l'autre boui dr la
lahlr-. ,ilenciensr et rcga1·dant Ir sol d·11n air
ehagrin. J'atl ribuai cc chai1gcmcn t à la coq uclll'ric plutôt qu'i1 la pudrur, r i je rotilus reprendre l'arantagc .... .\lors r llc me dit. fort

séricuscmc11t, qu·ellc me demandait pardon ;
qu'elle n'aurait pas dû me suine, sachant cc
que j'espérais d'elle; qu'à la vérité, elle ne
croyait pas impossible, un moment plus tôt,
de m'accorder ses faveurs, mais que son humeur arnil changé, et qu'rlle me suppliait de
retourner, seul, à Tulle.... Tout cc que je pus
lui dire, avec bonté, arec aigreur, avec rage.
fut inutile .... Elle n'en démordit point. Jela vis
mème pleurer. Et, la résistance augmentant
mon ~lésir jnsqu ·:1 me faire craindre de deveni1·
rrrit.ablement amourrm. je ne ,·oulus point
l'Omprr tonl nrl. rt je raccompagnai l'ingrat (•
j11,qu 'i1 l'f.nrlo, .... Enfin. je la quittai, cllr
assez trislr. moi furirux et confus. emportant
la promesse d'un rrndrz-rnus pour le lend1•-

1

"" 186 ,.,

_____________________

-

.\ mon habit·!
- &lt;&lt; En vérité, m'a-t-elle dit ce soir mème,
j'admire ce vêtement noir, à peine rehaussé
d'or, que porte toujours M. François Barbazanges.
Certes, si vous faisiez échanlYe
d'ha.
0
1)lts avec votre camarade, vous auriez bien
meilleure façon. Ce drap gris à passements
écarlates me déplait horriblement. ... lJ J'assurai la Cbabrelle que j'allais, de ce pas.
commander chez Lcvi'eaud un habit tout semhlable au Lirn. &lt;l L'aurez-vous demain dimanche? - Oemain, c'est impossible, mais
clans une semaine tout au plus .... - Dans
une semaine!... ~ous pournns trépasser,
vous et moi, et le monde fini r, avant une
semaine!. .. Mon~ienr Broussol, faites comme
il vous plaira. Mais si, demain, pendant les
vêpres, vous venez chez moi avec l'habit de
)[. François Barbazanges, il est possible que
jr ne vous refuse rien .... 1&gt;
- La solle, l'effrontée, l'impudente! s'écria
François.
- Il est nai, le caprice est singulier.
Bicliculr !. ..
Hélas !
Plus qur ridicule : indécent!
- Cela te fc\che.... Et pourtant!... Ah!
François. lu ne sais pas quel souci tu m'ôterais.... Pour ton bonheur, pour ton plaisir.
je ferais des choses plus malaisées que de te
prèter mon habi t. ... li t'en coûterait si peu
de contenter la Chabrette, et moi-même!. ..
Franç,ois avait rougi. Il posa son luth et
commença de serm&lt;lnner Pierre., .. Mais celuiri ne ,·oulut rien entendre.
- Oui, je suis fou, je suis grotesque ....
Ça m'est égal! ... Je wux la Chabrelle ! Il me
fau t la Chabrette !
- Eh bien, déguise-toi. à Ion gré! Tu ne
feras jamais qu'un personnage d'imbécile, di t
François, vaincu et !àché ! Prends ma défror1ue et va rnir la Chabrette!. .. .Je le sou hai te
hiPn de l'agrément .

XYIJ
cc Belle, si lu voulais me faire des promesses....
Prends l'anneau d'or que j'ai au doigt.
La belle, si lu m'aimes. rr srrail pour toi. »
La belle fut pas au lit, Je beau gallanl arril-r :
« Ouvrez la porte à ,·olre amant.

Il vient de faire un tour dedans le rêgimcnl. •
Son père lui répond : « )la fille, clic est lrop jeune.
Trop jeune encor, n'a pas quinze ans.
l'ous pouvez faire un tour dedans Je régiment. »

Près
de la• lucarne
de la chambrette, MartYot
•
•
0
l'Cpr1se un vieuxJupon. A mi-voix, elle chante.
Sur la table, parmi les pelotons de laine, une
tige d'œillets roses trempe dans un verre
ébréché.
Quand l'galant fut parti, son père la marie
Avec un vieillard d. soixante ans.
Et la pauvre filletle, cil' n'avait que quinze ans.
« )la fille, prendrais-lu ce vieillard pour nous plaire?
- lié I oui, papa, je Je prendrai,
Et jamais de la vie mon cœur pourra l'aimer.
)[aman, faites mon lit pour le soir de mes noces,
)lettez-moi z'y des draps bien blancs,
Pour qu'ln première nuit, je dorme doucement. n

0Phor~. le silrnce dominical pè~e sur un

LA 'Y1'E AlKOU~EUS'E DE F"R.ANÇ01S BA'J fBAZANGis

morne paysage, murs cffrités,· toits brnns ·que
domine la tourelle hexagonale du Fort-SainlPierre. Le soleil est si terrible qu'il a dévoré
tout le bleu du ciel. Il brûle, dans une fournaise blanche. Et Margot chante, tristement.
Sa voix, à la fin du vers, traine et prolonge
une lente modulation en mineur, qui imite Ir
gémissement de la "ielle.

1amour. Si le (;alapian est -trop· brutal 011 ·
trop stupide, il y a d'autres garçons dans
!'Enclos!
Et la Chabrette tâche à se consoler... . Pourtant il y a des jours - lorsqu'elle est seule
en sa chambre, penchée sur le métier - il y a
des jours où le passé tombe, détaché d'elle. '
comme un haillon. Son àme semble Ioule
neuYc et nue, dans le grand silence. dans une
Mais, au bout de sept ans, le beau galanl arrirr :
« Ouvrez la porte à votre amant.
pure blancheur. L'im~ge de François lui apIl rient de faire un tour dedans le régiment.
parait alors, si aimable, si touchante, qu'à la
- 11a port' je n'ouwe pas, cas je suis mariée,
contrmpler clic pleure de dérntion. Elle Jp
Mariée depuisllonglemps.
rrmercir d'ètrc lui-mème; elle se tro11Yc assez
11on cœur, il est à plaindre. il loi ficlèlrmr11t.
contrntc. de le chérir humblement. obscuré- Si t'avais allendu sept ans de plus, la brll,·,
ment, pour l'amour de l'amour, et elle 11':1
Nous serions mariés tous deux
pas ,Je moindre remords de ses péchés, parer
Ton cœur serait tranquille et le mien bien heureux! »
&lt;1u'clle n'en a plus souvenance.
&lt;&lt; Voilà une sotte fille! pense Margot. Qur
Ensuite elle se promet d'ètrc sage, de tran 'ouvre-t-elle sa porte, malgré son papa et
vailler, de fréquenter l'église; elle songe à
malgré son mari! ... Comment peul-on, par
obéissance, et quand on est aimée, épouser se rendre sœur comerse dans un couvent.
Un beau soir, la vieiIJe Jfarceline, en servant le
qui l'on n'aime point! ... »
souper,
dirait.à madame Barbazanges: «Yous
Elle pique l'aiguille dans la futaine .... La
sa\'eZ
bien,
éùlte fille au père Chahrillat, celle
roilà donc seule et tranquille pour tout un
Chabrettc
qui
virnit si mal! Le bon Dieu lui
jour. Ce matin, elle a vu, place de la Bride,
a
fait
une
gràce
: il lui a louché le cœur.
M. Pierre Broussol, ,•ètu de drap gris à pasElle
a
pris
le
voile
aux Ursulines. Ces dames
sements rouges, et. cette vue lui a donné un
l'ont
reçue,
parce
qu'elle
brode la dentelle et
sensible plaisir.
que son talent vaut. une dot.... » Commè
Elle murmure :
madame Catherine et François admireraient la
El jamais de la vie, mon cœur pourra l'aimer....
sainte résolution de la Chabrettc !. : . Et rêrant
Et pourtant, depuis la soirée de Laguenne, à ées choses Margot s·attendrit sur elle-mrme.
qu'a-t-elle fait, sinon de s'évertuer. le plus pamrc pénitente. - car elle a beaucoup
consciencieusement du monde, à aimer d'imagination .
)[. Broussol? 11 lui semble que cc jcunr
Pendant quelques semaines, elle ,-iL, eni
homme, mieux qu'un autre, la guérira du pensée, sa future existence de nonne. Mai~
rnal qui la tient.
l'émotion de l'ùme gagne les·scns .... La lanElle tourne la tête vers le fragment de mi- guénr·des jours deviënt la fièvre des nuits :
roir... . li est vrai qu'elle a bien souffert, Margot ne peut doi:mir .... Son cœur lui fait
qu'elle est très changée; ses joues ont pàli: un si grand mal qu'elle porte les mains à sa
sa ceinture est plus fragile; ses yeux cares poitrine, et s'étonne presque de ne pas les
~ont plus grands.... Elle enlaidit, et sa lai- retirer&lt;tout en sang .... C'est comme un cou-'
deur maladive ne l'encourage point à la teau,-fiché en elle, qu'elle ne peut arracher.
vertu ... . Et ~1argot, dans sa mémoire, consi- Chaque mouvement; chaque · soupir lui fait '.
dère la triste vie qu'elle mène depuis un an! sentir la rive pointe.... Quelle détresse!. ..
Que de scandales dans tout !'Enclos ! Mademoi- .Jacque Chabrillat repose dans le galetas mis in .
selle Contrastin ne la wut plus reccYoir. M: le Par la lucarne ouverte, on voit la corne de la
ct~·é la compare à Lou tes les prostituées de lune. Les rats trottent ~dans les greniers ....
!'Ecriture, et parfois à une bète piquée de Que l'aube est lente 11 veni1· !... Sur le mataons. Et certes on pourrait croire que la Lélas, la fille amoureuse se tord aYec des cri~
malheureuse se jette aux déhanches pour fuir muets .... Elle presse ses bras contre sa bouun invisible ennemi.
che, et pleure, pleure, pleure .... Elle a le visage
Parfois elle se rappelle le discours de )1. de el le sein tout mouillés . ... Ah! c'en est trop.
Lagarde, et le feint désespoir d'Alcimèdc. Elle llargot n'en peut plus! ... Demain, oui, derevoit François Barbazanges endormi sur son main, elle s'ira jeter dans la Corrèze. liais Ir
luth. Ce discours ridicule, celle Ylie char- lendemain, sa petite âme violente sïnsurgr
mante l'ont instruite de son état : elle sait furieusement. ... Quoi! mourir en sa vingque l'amour existe, et qu'elle aime, ri qu'rllr tième année, mourir pour cette froide stalur
en meurt.
qu'est François Barbazanges !... Ce serait plus
Aimer François Barbazanges, le plus or- bête encore que de se faire nonne, en un
gueilleux des hommes et le plus froid, l'aimer couvent. Il fa.lll. gi1érir, oublier et vivre....
sans rien attendre de lui, pas mème l'aumône d'une caresse!. .. Une grande sottise,
Ainsi, dans ces alternatives de rage et de
vraiment!... Le &lt;&lt; Tendre » est bon pour les Lendresse, nfargot a ,·écu, sans guérir, san~
couventines, pour les vieiIJes filles précieuses, oublier.
pour les dames mariées à des jaloux. Mais
Elle a pensé, souvent, que sa misère tenait
une fille libre de Tulle-la-Paillarde, une peut-ètre à la grossièreté de ses amoureux, et
fürgot Chabrillat n'a que faire de soupirer! qu ·un cc monsieur l&gt; spirituel et bien fait la
Elle a son orgueil aussi, la Chabrette ! et ellr consolerait incontinent de François Barbasr dit que le plaisir est un hon remède ~ zange$. Crttr irlér lui est revenue, quand rlle

�,,

111'STOR.1A
plt:s lasse•. la souplt' lil-(l' d'1cillè1.s.... La Tou.~sainl, le Couvre-Feu, la Saint-Laud, appf'llent de leurs langues d'airain les chrétiens dr
la paroisse.... Le ciel ardent vibre. Les onde~
du bruit semblent élargir les ondes de la lumière. ~[argot mel srs mains sm· ses orrille~
rn riant.
Et. comme elle se )ère pom fermer la luC'a l'llc. rlle aperçoit au seuil du galetas Picrr1•
llroussol, rn manteau noir, arec lllJ chapeau
noi1· h rrralon d'or et une crara te dr den telle.

\\'Ill

Pierre, blessé au ••if de s.1 v.wirè, el re11d11 â sa brut,i!ité ca111p.1g11ar.te, acc.1Na ta p~uvre fitl;e ,Je 11;/!l•\ i,'{1;r~-'·
La 11écessité de pre11d1·c pour sortir le 111a11teatt et_ le cila.Peau de François,. fil 1(iioubte,_, so11 ep,: 1 ~ • :'•
Jfarl[Of ce.,sa de te s11pplie,·. lm1"orile, les yeux a terre, elle ,,c tar11/ to111/ lenten,t,,. quand ,1 f'a,tit.
(Pag-c

a rr nconlré Pi1•rrc Broussol. 1.r garçon lui
plaisait: franc. joyeux. dc miné rnstiqur.
mais agréablt&lt;. Pourquoi don~. aux premières
approches, éprou1•a-t-ellc rl'llr. alarn1c inconrwr . singulièrr . qui était. oui. de la pudeur? ...
Qucllr répugnance invincible iternis1• sa rési~tance, son innaisemhlahlt&gt; rlw, tr li:? Paun1'
Chabrr t te!
)lo11 rreur, il est à plainrlrr. à toi ftrlèlrmm1t ! ...

Commen t oublier que Picrrr ·est l'ami dr
Frnnçois? Elle s'applique à chérir Brou~sol cl
François s'interpose. et c'rsl à François qur
vont la tendresse et le dé!:ir de ~largo.l. Elle

18().)

rroit Ir St'lllir !out pmdH• d'C'lk. 1•11 la pt','~onnr de Pir rrr ... t'I ('·1•s1 ainsi qur la tollt·
pensrc lui rs l n·nue de recréer l'illusion délicirusr, de goùter jmqu'it la fin suprèrnr 11•
plus mensonger des honhem s. Eli~, a prom is
d'ètre it Rroussol. s'il vient aujomd'hni. ~ous
les habits de Franç.ois Barbazangcs .. ..
- li n'est pas ,·enn . il nr ,·it'ndra pa s!
Elle se réjouit qu'il n'ait pas contenté rr
rapricr .... Soudain le premier coup clr _trois
heures sonne à la c.i.thédralc. Les cloches St'
déchainent. hrusquement. Un ouragan de sons
entre par la lucarne, cogne les murs du g;iletas, fait trembler l'eau du ,·erre où baigne.

- .l'ai heurté /1 l'huis. Jiscrètemcnt. ..
nrais ers maudit es cloche, .... Ah! fermez le
rolct.. Margot! Ou ne s'entend plus parler.
Elle ne bougeait pas. Pierre poussa le vantail de la lucame. Le tonnerrr des clorhr~
parut s'éloignec, s'éteignil.
- Monsieur llroussol !
- Hé! que sais-je? Dans rel attirail, j1•
doute moi-mèmc si je snis Pierre Broussol 0 11
birn François Barbazanges. \'oyez. chère Margot. quPI soin j'ai pris de rous plaire, c•I
di1es-111oi si j'ai meilleure gràce en tout tt·
noir que sous mon habi t rouge et gris ....
Vous aimei le noi r, Margot. C'est un goùl
singulier. li me paraissait, tout it l'hrure. e11
m'hal)illanl , que ma li1Téc d'amour arnit jP
ne sais quoi de funèbre.... Cr noir, qui prêlP
it François Barhazangcs un certain air du fe11
roi Louis :XllI, me donne la minr d'un eorhrau. Enfin, rous l'arcz Yotilu, ri, comnw
,·ous ètrs unr personne très loyale. rous r{,rompensrrrz mon obéissance par un baiser.
li jeta son chapeau sur la table. son ma111ra11 sur la chaise rt s'assit au bord dn li!.
- \'ir ns c1;am !
Il lui trnait les mains. Elle était dcboul,
Irès pâle. li obserrn qu'elle n'avait pas pris b
pr inr de sr bien accommoder, ayant gardé la
l'ornrllr unie, Ir corset bas. Ir cotillon rougi·.
Ir firhu à fleurs des jours de semainr.
Assieds-toi 111. Tu me plais.
li la YoulaiL prendre snr ses genoux. mais
Plie n'obéit point, et s'assit tout contre Pierre.
Flatté par le trouble évident de celle fille, il
parla. parln. pom 1'1:tourclir r t J'npprivoisc1·.
- Regarde-moi .... l'olll'quoi ne reux-t11
pas mr. rrgarder? Allons, lè\'c ces heaux yeux'.
Il ne l'aul pas lrernbll'r ai nsi. Il fauL rir1·.
L'amou r rs t cho.e joycusr entre toutes. Riez.
ma mie !.. .. Pcut-è11·r n'a,·rz-l'OUS connu q111•
rlrs marauds. Yous rcrrcz qu'on a bien plu,
de diver lissemrnt :n·rc un honnète homme ....
llonnrz-n1oi ,·01rc honchr . Quoi?... la jouP
,ru:r nwnt'? ... f ous ètrs nne coqurlll', )!argot:
l'OUS roult'z que je ,·ous aime i1 la fureur ....
Cerlt',. un doux nenni nr dilplail point. mai~
il y faut joindrr nn somirP .... Yoil~t un firh:r
qu e :je hais fort. Le nœud rn rsl bien serrr·.
Souffr'l'Z qur je Il' rel.\clw .....\h ! rnus ètr,
rrnt fois plus charmante. en simple cor~cl.
La chemise de grossr toile écrue. froncfr
par une coulisse, bàillait un peu. Sous lrs
rarcsses du galant, Margot trémissait ;n·rc li'
recnl Pl Ir raidissement inrolontaire de la
rierge qui a peur.

______________________

- .\.yez co11füu1œ eu moi, Cha brelle ! Je
ne suis pas un fàchcux. Vous 11e m'aimerez
'jUê selon rolre enYie, et si, quelque jour, ma
passio;i rous importune, je YOus ferai la ré"érence, sans colère et très poliment. i\:ous
demeurerons les meilleurs amis du monde.
liais, pour l'heure, soyons amants cl rien
qu'amants . Comme dit Horace: Cal'pe diem!
C'est du patois, ma chère, du palois de collège. cl le dernier mot de la philosophie ....
Eh bien?... ch bien?....
li la derinait inquièle et rétive, et songeai!
qu'rlle soutenait mal sa réputation .... Janrloun arnit l'abord moins farouche. llabill'rnenl , il prodigua les madrigaux et les plaisanteries. La Chabr\'lle détoul'llai t ses )è1Tc~.
11nics obstinément.
Pourtant, entre ses cils, cll1· l'Cgardai l
Pien e. li n'était pas beau, cramoisi de chal1'ur sous la perruque, cl ses yeux un pe11
l\~arés arnienl une cxpr&lt;'ssion rien moins l[HC
ltndrc. Margot remarqua que le désir donne
i1 tous les hommes la mème figure bestiale.
I'[ que M. Broussol, 11 celle minute, arnit quclqtH' chose du Galapian .... Une répulsion plus
frirlt' l11i fi t baisser les paupières. Mais, SC'tTét•
dans 1i,s hrns du jeune homme et ne royanl
pins son r isage, elle appuya sa joue au rètement noir, au col de satin, aux manchettes de
d1•11tclb. Elle respira l'indéfini ssable odrur
de l'étoffe, rp1 i 11 'élail pas l'odeunlu bel habit
~ris, et 11ui érn11nà, tout d'un coup, François
Barbaza ngcs .... Sous cc drap ~tricl et sombrl',
li\ cœur de François arail battu .... Cette cra1;1lc Pn point de Tulle, it sl'n1is de llcu r&lt;'lles.
lfargot l';wait brodée de ses mains. cl chal(UC
p:('ol. t haque maille, lui rappelaient une
,:motion d'amour .... Délic,\lcmenl, clic mania
les pans légers; clic en rnila ses yeux, ses
lè1Tes; elle y baisa, elle y mordit le sou\'Cl1ir
rie François... . " François ! ... l&lt;rançois ! » li
l'Sl lit, près d'elle .... Elle le tient embrassé .. ..
Il répond en silrncc it sa folie silencieust· .. ..
llélas ! une voix étrangère rompt le charme.. . .
llargol s'él'eille de son rère, cl co111prcnJ.
Elle se redresse, lutte, cric :
- i'\on ! je ne veux pas !
'l'l'Op Lard! Pierre l'urieux la brise, el elle
le subit. pleurant d'horreur.
Le soleil décline, 111ais les tuiles su rcha11llët·s
brùlcnt i1 tr,wcrs le toit. L'arome des œilll'ls,
ra11illè cl poinl', emplit la chambre clost'.
l'it·1Tc suffoque. li 011\'l'C la lucal'llc, !'c,pire
1111r gorgée d'ai r. el revient rcrs lforg~t.
YraÎllH'lll ! c'était .François r1u'r l vorr,:
l'allaiL! .. . \'ous rne faisiez tenir le rùll' dt·
firançois, cl, pour C'o ntcnter rotn: ('apric&lt;'.
j'avais dù moi bonne bètC', endosser le vèt('.mrn l de ~on a'mi !... \'ous soupiriez le 110111
tic Francois it mon oreille .... Parbleu ! ... j ':1i
1•ntcnuu: .. j'ai compris... et, bon gré mal gré.
la belle, il YOUS a fallu payer les frais de (·1
l'omédie. Picn e Broussol est malcontent, ma,,
il n·est point dupé!... Quoi? que Jites-rnus? ...
t..)uc je rous ai \'Ïolcntée? ... Eh! ne rnérilil'Z\Olls pas un pi n' traitement'! ... Sur cc, pleu rez
loul 1·otre saoul. .le m'en nis . François Barliaza11gPs saura l'horu1(•t11· !JllC ro11s lui l'ail1•s.

LA V 1E .ll.MOU~EUSE DE F~.llNÇOlS BAR,B.llZJINGES - - -.

de l'ailller par prornralio11. Il en sera trè~
llatté, je rnus assure ....
- Oh! monsieur Pierre, ne faites pas
rela !... Je mus demande pardon. monsieur
Pierre! ...
- li le saura, pour l'Olre chàti1uenl. ...
Petite éhontée! ... Vilaine coureuse! ... Pienl'
Rroussol n'était pas un gibier pour rous !
)ladcmoiselle roulait tàter du Barbazangcs! ...
Sachez que François a dédaigné des personnes
parfaitement belles cl nobles, qu'une fille de
France lui semblerait it peine digne de lui, et
qu'il a l'ùrne trop bien placée pour descendre
i, des carognes !elles que rous ! ... Il connait
l'OS déportements. Il \'Ous méprise ! .. . El rotre
perfidie infr',me mr tlra Ir comble à l'horreu r
1fu'il a de vous.
- )lonsieur PiP1Tc, au 110111 du burr
Uieu ! ...
- - Le bou Hieu n'a rien à ,·oir en cette
a,·enturc, entendez-vous, suppôt du diable.
tison d·enfer! Et je vais, de cc pas ....
}iargo t rclel·a les chereux qui courraient sa
fi " Lli'!!. ·
C
•
•
Ses ycm gorrtlés et rougis
n' anucnt
pj us
dl' pleurs.
Prenez gard1• à cc que \'OUS allez f'ain·.
111011sir11r Ilroussol ! dit-elle sourdement.
~lais Pierre, blessé au l'if de sa vanité, et
l'l·nclu à sa brulali té campaguarde, accabla la
pa111Tc fi lle dl' mille injures. La nécessité de
prrndre, pour sortir. le manteau cl le ehapea11 de Franrois, fil redoubler sou dépit.
.\lors, )fargot ces~a de le ~upplirr. lm mobilt-.
l('S yeux it terre. clic li&lt;' parut poi11l l'('rrll'ndrr. quand il pai·til. rouge de l'trrcu r
c11111iquL'. daqua nl la porlt' l'i juranl Dieu.

Quand l'iel'l'c rentra chez les llarbazange8.
il n'i· trom-a point François. Son premier
,nom·ement fut de changer de costume et de
réintégrer, al'ec ses habits. toute sa personnalilé.
Cette opéralion ne Sl' fit pas sans quclqw's
jurons et blasphèm1:s : mais, à peine Brorrssol
fut-il redercn u Broussol, que la bonté de s011·
nalurel emporta la rancune. li songea qu'aya.nL
tenu le personnage d'amant il arnit eu les
bénéfices de la comédie. l'I )!argot la courll·
hontl'.
11 Tout es t pour le mieux. conclut-il. j1,
111 'allais éprendre de la donzelle, cc qui m'eùl
amené, lot ou tard, des embarras. Mon désir
Pst apaisl;, ma passion éteinte, et je verrai
désormais l'i ngrate filll• sans cr&gt;m·oitise el
~ans rcgrel. 11
François parut ~ur ces entrefaites. Il Ill'
demanda pas de confick11ce l't on ne lui en li l
point. Hcdoulanl les Lrocards cl les r&lt;&gt;moutrances, Pierre ne roulait pas donner it SOii
ami l'occasion de s'enorgueillir. Car, pour
méprisahlc l(lle fùt Margo!, il 11c l'anit pu
ohlcnir par son propre mérite, mais seull'menl il titre de fonto rne, de Sosie cl de reflcl .
li y arail, dans sa discrétion, moins de dél:l'alesse que de ;jalousie.
Orr soupa. puis les jeunes g(•ns dcscendirenl
sur la place des Oules pour y chercher la
fraicheu r. L'orage menaçait. On rencontrait.
par les rues, des personnes accablées, danw~
sans fit:bu ni mante. artisa11es en jupon cour!.
hou rgcois qu i s·ahordail'nt d'un air gra,·c t•t

Ues hum mes lev.1ie11t Jes torches. L.1 J1,1111111e resineuse s'él..il.,il, s'enroulait, p.1r111i .tes vapeurs Jcres. La sce11e
sill-istre apparnissait moitié d,111s les té11érres et moili&lt;! d:ws 1111e 1·011ge1tr ,Je sa11g. 011 courait, 011 gémissait.
l 11 lznm,11 e .iemi-1111 ,ri:rH: • - Elle 11·est p;is morte, je vous dis!.... ./',1i saule d.111s l'e:r11 :rt,·ès cite, et ;e r,;
Jirr}e sur le ![r.nicr c:u 1111 momenl. .. IJ (Page 1(1).)

�'---------------------- LI

111STO']t1.ll --- - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - " "
Elle 11 •est" pas morte, je vous dis!. .. J'ai
discouraient, à haute rnix, sur les effets de la pieuses disparaissaient. ... C'était la faute à cet
évêque de cour qui gouvemait Tulle. Où était sauté dâns l'eau après elle', et je l'ai tirée sur
canicule.
Le médecin Jean Baluze, parrain de François, la piété si pure de M. Rechignevoisin de Guron, le gravier en un moment. ... Voyez: la drôlesse
accosta les deux amis devant la cathédrale el de M. de Genouilhac!. .. Celui-ci, comme on m 'a mordu ... Elle voulait mourir .... . Ah!
les emmena chc.z lui pour goù Ler un l'inde gro- redoutait la famine par excès de séc~eresse, fit sacrée Chabrelle !
La civière et les porteurs disparnrenl sous
seille que mademoiselle Louise Baluze faisait faire une très belle procession des reliques de
le
porche de la maison qu'habitait Jacquou
saint
Clai
r
..
..
Et
le
co1'lège
n'était
pas
rentré
parfaitement bien. Chemin faisant, il se plaiChabrillal. Cc tendre père, étant par hasard au
gnit que M. Humbert Ancelin, évèque de Tulle, dans l'église que déjà la pluie tombait!
- )fais elle tombe, la pluie, sans qu'on ail gite, se répandit en lamentations qui allèrenl
ne lui eùt pas rendu visite après le trépas
jusque dans la rue attendrir les commères cl
de madame du Verdier. Il regretta M. )fascaron fait de procession! dit Broussol.
L'ave1·se crépitante battait les vitres. La briser le cœur de Pierre llroussol.
tjUÎ avait un si beau génie et savait si bien
Étranglé par l'angoisse, le pauHe gar~o11
vivre. Pour calmer le bonhomme, François lui foudre roulait continùment par les gorges resserrées de la Corrèze. Et soudain la cloche ouït, comme en rève, François Ilarbazanges
demanda des nouvelles de sa famille.
- Mon gendre du Verdier est toujours tort des orages, la Salveter1'e, lança un appel questionner le saureur de Margot, :Xoël Grarige, « maitre pècheur de la ville de Tulle ll .
triste, et mes sœurs fort accablées. Quant it éclatant. ...
qui,
les joms de marché, Lena11L sou étal sm·
La
pluie
tomba,
drue,
pendant
une
heure,
mon frère Étienne, la mort de sa fillole lui a
percé l'âme. Il va publier celle année son puis cessa brusquement. Quand Pie1Te el la place des Oules, connaissait fort bien la
grand ouvrage de la Vie des Papes d'Avignon François prirent congé de leurs hôtes, le Chabrelle. Il l'avait aperçue, au feu d'un éclair.
tout échevelée et pleurante, courant sur la
et il médite une Histoire de Tulle .... En refroidissement de l'air les saisit.
Ils s'en allèrent par les rues ruisselantes. berge de la Conèze, vers le gou ffrc de la Belleallcndanl, il s'inquiète de l'établissement de
- Aimes-tu les émeraudes, François? Vou- Fille... li l'avait vue faire un saut... quel
Louise, et de la santé de mon petit-fils Mimy,
·aut ! ... un vrai bond cle chèrre au plus proqui est aussi son fillol. Ce qui montre bien drais-Lu voir la pierre verte au doigt de ton
fond de l'eau noire.
comme un parrain peul avoir pour son fils épousée?
- Je l'ai retirée, en moins d'un mome11L,
spirituel une tendresse de père.
-- Pourquoi donc?...
évanouie
et blèmeà faire peur.J'ai crié.... Des
Parlant ainsi, M. Jean Baluze considérait
- Mademoiselle Baluze e11 tient pour toi.
gens
sont
ve11us. lis ont emporté la pauvrelle,
François d'un œil fort doux. Il pensait à
- Qu'en sais-tu?
Louise, sa cadette, el sans doute, il espérait
- Cela se rnit assez! Elle est aimable, sans la dévètir, dans ses habits tout mouilde son cher fillol faire un gendre.
celle . fille ... de bonne famille bourgeoise .... lés .... Et cela, messieurs, est fort mal, car
l'orage a rafraichi la nuit. .. Ah! Chabrclle,
On arrivait à la maison des Baluzc, qui Elle a du bien.
représentait, en raccourci, toute la prol'ince.
- Plus qu'il n'en laut pour un amoureux. triste Chabrcttc!. .. li y a du Galapian dans
avec ses vertus reYèches, sa bonté sans grâce, Mais j'estime mademoi elle Louise et je ne l'histoire, messieurs .... Mal'got s'est noyée par
chagrin, el, pour une fille de sou ùgc, il n'y
ses routines et ses manies. Les ricilles sœurs l'aime point.
a de chagrin que d'amour.
du médecin y régnaient, occupées de dérntion$
- La passion gâte les ménages.
Des commères apitoyées cnlrai'nèrenl ~oël
('L de cancanages, el fort chatouilleuses sur l:i
- Je ne me veux point marier.
G.avige
en lui promellant du vin chaud n1èlé
politesse, craignant toujours qu'on ne leur
- A.lors ne joue plus arec Louise ce joli
manquàt. La bonne grâce de François parut jeu de la bague qui la fait rèver et rougir .. .. avec du bouillon, ce qui est un bon remède
égayer leur deuil. Les chandelles furent .\.h ! François, comment fais-lu pour ensor- conlre le &lt;1 sang glacé l&gt; el les défaillances. La
foule se dispersa. Les torches, écrasées sur Ir
aJlumées en des !lambeaux d'étain, el l'on but celer toutes les femmes?
pavé,
dans les flasq ues bom•uscs, sifllaie11t en
.le Yin de groseille. )1. Baluzc aYail Liré Pierre
- C'est peut-être-que je n·1• pense point.
s'éteignant.
Brous ol à part pour l'entretenir de st•s L'esprit de contradiction!. ..
- ,\lions-nous-en . tlit François. Tu frémis
mécomptes et des inciYiliLés de ses conei- Oui. La fémme csl comme l'oml.u·c :
loycns. Alors mademoiselle Louise, sachan t suil"cz-la. elle Y0us fuit: l'uyez-la, elle vous encore, mon pauvre Pierre! ... ~fais puisque la
que ~L Barbazanges aimait les pierre1·ies. alla suit. .. Étranges animaux que ces femelles ! fille est sauvée? ... Tu l'ira mir &lt;lrmai11 ....
Broussol fit signe qu'il ne roulait point parqucrir u11e bague d'émeraude que son oncle lui
- Tu n'es pas gai, mon camarade!. .. Ta
aYait envoiée de ' Paris. François, qui, par )!argot csl donc bien exigeante?... Ordonnc- ler. lkvenus à la maison, il leur fallul
extraordinaire, était d'humeur joyeuse, mil la t-elle que lu la viennes rnir en habit d'é,·ècruc contenter la curiosité des Barbazangcs, a\'anl
de se retirer dans leur appartement. Li1, Pierre.
bague à son petit doigt, et rrgarda scintiller la ou de président?
pierre verte, l'éloignant tour à tour et la raplis tournaient l'angle de la tour de Maïs~c. it bout de courage, se jeta sur son lit et fit
prochant des flambeaux. Ce jeu ,divertissait la
- .Qu'est cela? dit Pierre. Une rixe? ... cent extravagances de désespoi1·, comme de
s'ai·racher la perruque el de se frapper l'esdemoiselle. Elle dit d'un ton caressant :
Un accident?
Comac. li se prodigu·a les noms de traitre el
- Un malade qu'on porte à l'hospice?
- La voulez-vous garder?
d'infùmc, de brutal et d'assassin .... Ces pa1·olcs,
- Un 'inorl qu'on ramène?
Et François, qui poursuivait le badinage, fil
L'escalier' des Quatre-Vipgts, tout mouillé rntrecoupécs de sanglots. effrayèrent grandrmine. de cac~er le bijou. Mais bientôt, prenant
et
miroitant; était plein •de gens accourus en rncnl François. li ne douta point que &lt;1 lï11la 'main de Louise, il y remit l'anneau, ce qui
1
émut §ingtùièremenl la ~lie, le père, les Mte, s'appelant l'un l'autre arec des cris cl de~ eonstant llylas » n'eùt montré, dans la rirgestes de ·pitié. Ces ombres noires s'agitaient toire amoureuse, quelque dessein de proche
tantes, et mème Pierre füoussol.
L~uise, après un petit soupir, ôta la bague. aux lueurs fumeuses dès falots.Sur les balcons. perfidie. Margot, sincèrement éprise. ,n-ail- Mon deuil, dit-elle, me défend dorures des femmes, en coiffe de nuit, jetaient de ellc p1·éféré la mort à l'abandon?
- .\h ! mon Piei-rc, dit-il arnc douceur.
el pierreries: Je po\'lerai ccl anneau plus tard, grands &lt;1 hélas !... lJ Un homme quasi ou,
quand je serai · mariée, et si mon époux. dégoullant d'eau boueuse, vif comme une tu ne le croyais pas aimé de celle créature, l'i
Lruite de Corrèze et pareil it un démon des voilà qu'elle t'a donné la plus touchante mar! comme moi, aime les pierres d'émeraude.
[ Ce . mol d'époux la 'fil rougir. François 1•aux, gesticulait en parlant très fort. D'autres, que de sa passion!... Mais qu'as-tu fait'?
1
leYant des torches, escorta:enl une civière. La Qu'as-tu dit? ... Hier soir, tu te plaignais d'elle,
changea de discours.
- Ce roulement ... , n·est-ce pas le tonnerre·/ flamme résineuse s'étalait, s'enroulait, parmi de son étrange sévérité. Pierre, Pierre, je n'ai
Aussitôt les sœurs Baluze,jetant un cri, firent des vapeurs âcres. La scène sinistre apparais- -point d'expérience, et cependant je suis :issurJ
un signe de croix. La plus âgée, qui avait des sait moitié dans les ténèbres et moitié dans que la femme la plus facile n'est pas la plus
aimante. Cette résistance de la Cbabretle me
lunettes de corne et un immense bonnet, s'em- une rougeur de sang.
po1'le à croire que l'amour lui est Yenu arec
On
courait
;
on
gémissait.
Et
l'homme
demiporta contre le chapitre de la cathédrale.... La
la pudeur
vraie dévotion était perdue.... Les coutumes nu criait, pour rassurer les gens :

•

Yll: .JI.MO~l:USl: D'E r~ANÇ01S 'BAJfBAZANG'ES -

François resta pensif, son beau visage caché
Hélas! ... il n'est que ll'Dp vrai.
UneChabrelte!. .. Elle a compris qu'elle entre ses mains.
- Et loi, dit-il enfin, tu ne l'aimais pas,
ne pourrait retenir le cœur d'un honnête
homme, et elle a résolu de mourir plutôt la Chabretle?
L'honnête Broussol répondit :
que de retomber au lit d'un Galapian. Par
- Non. Je ne l'aimais pas : je désirais
Dieu! ... Cela me plait .. .. Cela me touche ... .
Cette fille a eu, dans sa bassesse, llll mouve- me divertir avec elle, quclr1ues semaines ou
ment assez beau, et je ne connais point de quelques jours. Rien de plus. Si tu me vois.
dame, à Ttùle, qui soit capable de se noyer ce soir, tout défait, c'est que je n'ai poi11L
par excès de tendresse ou d'amoureuse fierté. l'âme méchante. Le métier de bourreau ne
- François, que dis-tu? ... Si tu savais, comient pas à mon caractère, et je ferais mal
François!... Mais toi-même .. .. Ah! pauvre le Don Juan. L'idée qu'une pauvre fille souffre
Jillc 1.. C'est toi-même qui lui as mis dans el meurt à cause de moi, cette idée m'est
l'ùme celle volonté de mort. ... Oui, mon ami, insupportable et je donnerais mille écus pour
toi-mème !... La Cha brette se fùt bien moquée que la Chabrclle guérit. ... Quant à l'amour,
de ma personne et de mes désirs, voire mèmc François, je l'abandonne aux cheraliers de
de la violence que je lui fis, si la crainte roman. Mon âme est trop enfoncée dans la
matière pour en ètrejamais embrasée.
d'être méprisée de toi ....
Le lendemain, Marceline apprit à ses mai- Hé I que veux-Lu dire? ... Tu rères?.. .
Tu divagues? ... Le chagrin t'a troulJlé l'esprit? tres cc que savait tout !'Enclos : la Chabrellf'
Pierre, se redressant, montra une face était fort malade; elle avait la fièvre cl le
Lou Le meurtrie el larmoyante encore, mais délire, cl ne reconnaissait personne, ni son
qui rede,•enail peu à peu un visage d'homme père, ni le Galapian, ni la barricotièrc, sa
raisonnable. D'un accent fort humble, il nourrice, qui la soignait.
Pierre Broussol courut aux nouvelles. Harraconta l'histoire &lt;le ses amours.
- Assurément, quand j'entendis la Cha- diment, quoique le cœur lui branltit, il
brelle soupire1· ton nom cl baiser ton babil, demanda Jacquou, et se présenta comme le
j'éprouvai une juste colère el mème un désir ministredes charités de madame Barbazanges.
de vengeance .... Lui dire son fait par des mols Une bourse glissée à propos dans la main d11
piquants, el quiller la partie, j'y pensai, un Chabrillat fil l'eJfel d'un tafüman. La porte
u1stant peut-être.... Mais, furieux, moins s'ouvrit dernnt Pierre. li fut admis dans la
tic jalousie que d'orgueil blessé, j.e rnulus chambre Ott séchaient, . sur une corde, les
prendre de force ce qu'on ne me voulait plus vèlemenls de Margot, chemise aux mànchcs
donner de bonne grâce. Au point Olt nous en éplorées, fla qucs jupons, loques lamentables
dions, ce fut aisé.... Ensuite, au lieu de m'en qui semblaient inertes . La Chadcbceh éplualler, demi-content, j'eus la barbarie de chait des oignons pour la soupe. Le Galapian
railler la Chabrellc sur l'illusion qu'elle avait tailladait le dos d'une chaise arec son cou. 011haité caresser en ma personne. Je la me- Lcau._ll fallait s'approcher du li t, tout près.
naçai de te révéler la Yérité.... M:iintenant. je pour roir un pau\TC petit corps grclollanl
me souviens de son regard, de sa pàleur mor- sous les cournrturcs, ' el un visage rouge dltelle el de quelques·phrases qu'elle prono1~ç.1. fièrrc, parmi lcs'cbeveux crespclés.
Pierre, à ce spe~l!lclc, manqua de fond re en
La malheurcus~!~ .. ELie n'a pu souffrir la
pensée c1uc son amour devint un sujet de pleu1·s. Prenant à p·arl Jacquou Chabrjllal, il
moquerie pour Loi, Fr:inçois Barbazangcs, son l'arnrlit que madame Barbazange.s allait enrnyer céans une garde et un médecin ; que
amour qui lui avait rendu la pudeur!
)1.
le curé de. Saint-Pierre ne larderait point
- ~lon Dieu! quelle aventure incroyable !
dit François d'un ton de douleur et d'ennui. à Ycnir voir Margot; · el que les bienséances
J'en suis ému .... J'en suis tâché .... Yraimenl. commandaient de renvoyer l~s barricotiers à
si lu ne t'abuses pas, mon Pierre, si uaiment leurs barriques. M. Chabrillal prQmiL de faire
cette infortunée a conçu pour moi ... de l'a- maison nelle, l'espoir de· nouvelles aumônes
mour ... ma conscience est nette. Quand, 0L1, 0atlant agréablement, sor, esprit.
Pierre fiL tant et tanl que, le soir mème, il
rommenl, aurais-je proroqué, entretenu celle
amenaint.
Baluze et mademoiselle Contrastin.
folie? ... Depuis mon.enfance, j'évite, j'jgnore
La
o-enl
barricotière
arail déguerpi. M.- Baluzc
,
b
,
mèmc ~!argot Chabrilla-t.... Si, par hasard, je
l'apercernis dans la 'rue ou dans la boutique saigna la malade, fit appliqu~r d()s sangsues.
de mademoiselle · Contras tin;., je ,la rcgarddis puis·écril"it une longue o~donnance, très corn." piiqué(l, que Jacquou Chabrillat porta chez
sans la voir...
.
- Pardi! je le sais bien .... Elle aussi le l'apothicaire.
La demoiselle Contrastiu, qui . n'arai t. pas
savai l, la pau rre !. ..
:~ i
l"bUllleur· et -la, pudicité •rancpnière des filles
- Elle m'aimail, dis-tu? .
- ,Elle t'aime. Cette grande tristesse qu~ellc dç~otes, ne marnua point se rappeler les égaarnil, ce._mal_:sec1;et qu'elle appel~il rapeùr el rements de la Chabretlc et la ,·oulut soigner
mélancolie, celle invention saugrenue dë me elle-mème. Jnli~nne Sage, en son absence,
~- faire endosser tes vêtements, ces pleurs, ces conduirait l'atelier. Pierre admira celleeharité
.,
soupirs, ce no~ . balbutié, celle déf~nse éper- vraiment ch.rétienne; et il commença de respirer
un-peu.
~f~is,
au
bas
du
degré,
M.
Baluze
due.~- et' tè.lt~ fin" trâg1qûe dé l_a çc&gt;!fiédic : la
noy:i~c ....~ C'tstl &lt;!_e_: l)_m91.1r,, cel., .... Tqql _il __ lui_. dit ._c\c11x ou, 11:ois p_arolE:§ e1! · boc!iant la
"l'héul'è, tu· l':rdmirais---nii-.rrrêm1:.7::"Som"icns- tète, -et - Braussol- compril: que-sa - maitresse '·
d'une heure - cl sa l"ictime - était fort mal.
Loi!
-

1 .

V

Son cxtrèmc douleur gagna François Barbazanges. Oui, François le chaste, François
l'insensible, montra, en celte arenlure, la
bonté de son naturel. li témoigna prendre un
granJ souci de la Cbabrette el, d'accord a\"ec

Ils etaienl seul$: dli:, dres~Jc sur tes coussins, les cheveux épa1·s, les yeux fixes, les lèi•res ouvertes; lui,
,m ge11011 w /erre, 1111 co11.te sur le li/. L'éclata11t soleil sïrradiail a11/om·d'e11x, da11s la t,111vrecha111bre
(Page 192.)

son ami, il lit dire chaque 111ati11 une messt'
pour la repentance de cette fille etsa guérison.
Pendant trois jours, l'état de la malade ne
laissa point d'espoir. Le quatrième jour, la
fièl'rc tomba. Margot reprit toute sa connaissance. Elle pleura dans les bras de mademoiselle
Conlraslin, apprit a\"CC joie les prétendus bons
offices de madame Barbazangcs, et souhaita
mir Pierre Broussol en particulier. Le paun·c
garçon ne put que s'agenouiller près du lit.
en implorant un pardon qui lui fut accord!,
d'une manière douce et gentille, avec un Lon
de badinage mélancolique où il rell'Oura loul
l'esprit de Margot.
- Eh quoi ! monsieur Broussol, vous pleure·z, et.vous mus.nommez mon assassin! ... Cela
me fàche, je vous assure .... C'est à moi de
vous demander pardon. Ne vous avais-je pas
trompé sur les sentiments secrets de mou
àme? ... Hélas! mes voloJllés et mes désirs
étaient un échereau si embrouillé que le diablr
seul en eùt démèlé les. fils.... Ce qui me lue,
monsieur, ce n'est point ,,ous : c'esl ma
propre folie; el certes il m ·est plus doux de
mourir par elle que de vivre sans elle.... Estil mort plus jolie que i;nort d'amour?... Je
rnus dis qu'on fera une belle cha11Son, e11
patois limousin 1 sur la Chabrelle. Mais non,
non, personne, hormis wus, ne saura la secrète audace de mon cœur .... Et si ~f. François,Barbazanges la connait, il est trop bonnète homme pour rire d'une extraragance
dont je meurs.
- ~on.· Chabreltc, tu ne mourras point,
dil Pierre, en baisant les mains de on amie.

�, - 1f1ST0~1.ll _ ___;__ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
Tn es ,jeune; .\1. Baluzc est sa rani ; 011 le sau- paré, honoraient par des prières cl de, pleurs
Yera. François lui-même fait des 1·œux pour le saint viatique, et recomma11d1ient à Dieu
la guérison. Je lui ai révélé la tendresse, non l'àme pénitente de )largot. C'était un clair
par dépit, mais par remords, et cette ten- matin qui sentait une odeur de messe, odeur
dresse l'a touché jusque dans l'àmc. François, de cire et de roses, d'encens et de pain bénit.
chaq11e jour, prie Dieu cl fait dire une messe, Les balcons araient leurs draps el leurs guirlandes. Le soleil, tout en or, luisait, tel iln
afin que lu guérisses de corps cl de cœur.
- François ! cria la Chabrl'lle. li le ~ail. ostensoir. Et dans le ciel, aux couleurs du
el il ne me raillr point! ....\h! monsieu r manteau de la Vie1·gc, blanc cl bleu, les
sons des clorhes passaient, comnw pes ,·ois
Pierre, est-il possible? ...
m e se piuna. sur l'oreiller: maJL1110isell&lt;: d'anges.
Conlrastin accourut. Le soir mème, la fih re
Dans le galetas paré d'humbles llcurs, la
redoubla.
.\lainlenanl, dans ~on délire, la Chabrelle Chabrcllc, absoute cl communiée. vil'ait dou.-xultail de mvslérieux bonheur. A trarcrs les cement ses dernières heures de vie. Elle avait
flammes cl le; ombres de la fiè1Te, clic gardait demandé qu '011 plaç-àl près d'elle son métier
la demi-conscience d'un bienfait inconnu, le de dcnlclliêre, cl certain rnlanl inachevé de
dcmi-sou,·cnir d'unr joie, la sensation d'une point de Tulle, il Jlcurcttcs cl à fleu rons. Ne
lumineuse présence .. .. Soule1·éc sur les cous- démentant pas son caractère, en cc terrible
~ins, les )"eux dilatés cl brillants, les mains moment, clic badinait encore, pour consoler
tendues, clic soupirait comme une colomlw 11ndcmoiscllr Conlraslin.
- Il faut. madcmo:sellc, que Julienne Sage
amoureuse, arnc des mols si imprérus. si
purs, si tendres, qu'elle semblait parler i1 s'appli11uc fort pour terminer proprement
celle besogne : car, si j'ai commis de grands
lliru.
péchés, j'ai su, mieux que les autres filles.
Le 8 septembre, qui est la fètc de la ,\at:- brodrr la « grossière », la « respectueuse 11
vité de ~olre-Dame, i\I. le curé de Saint-Pierre. et le &lt;&lt; picot ... &gt;&gt;. Dites, je vous prie, à ces
arec les religieuses et les e~fants de chœur demoiselles, qu'elles ont coutume de tenir
portant les cierges, le dais cl la clochclle. leur point trop serré.... Que cc cc rezel ,, est
descendit les Quatre-Vingts. Les bonnes fem- joli! ... Que celle bordure est délicate ! ...
mes de l'Enclos, les . demoiselles dentellières. \'oilà 1111c bien fragile chose cl qui durera
c111rlques bourgeoises mèmc, à genoux sur le plus quP moi .... .\h ! 111,1dcmoiscllc. de f!ràce.
0

(llt11st.-alio11s dt

CONRAD.)

ne giilcz point ros ycu~ .. .. :\e lllC plaignez
pas. Je meurs contente.... li est plus malaisé
de bien rine que de bien mourir.
- Ah! Margot, ma chère fille ....
Quelqu'un frappait' à la porte.
11ademoiselle Contrastin sortit. Il ,. out un
chuchotement de voix sur le palier. •
- Margot, dit la maitresse dentellière e11
rercnanl, il y a là... une personne qui rnu~
veut parler ... une JJcrsonne que mus aurez
plaisir ü reccrnir .... Là... soyez paisible, mignonne.... Je vais le faire entrer ....
- M. Broussol '! ...
- ~on, non .... Cc n'est point ~I. llroussol. ... C'est un autre... un ami ... c·&lt;•st ....
- François ! cria la mourante.
El François Barbazanges entra. li tenait ii
la main son feutre à grandes plumes. Un
manteau gris l'cnreloppail tout entier. li fit
quelques pas, rejeta le manteau, et parut en
merreillcux habit de rclours et de salin couleur de pmne, chargé d'or, de broderies el
de dentelles, comme un fiancé.
- Ah! monsieur, est-cc que je rêve'? ...
Est-ce rnus. ici, dernnt moi? Est-ce bieu
rous?
Ils étaient seuls : elle, dressée sur les coussins, les cheveux épars, les yeux fixes, les
lèHes oul'crtes, les mains jointes; lui, un
genou en terre, 1111 coude sur le lit. L'éclatant
soleil s'irradiait autom d'eux, clans la paunc
d1ambre.

(A sufrre. )

~lAllCELLE

LES BELLES ACTRICES D'AUTREFOIS

TI;-.;A YRE.

Cliché Braun.

MADEMOISELLE GEORGE
D'après le tableau du

BARON

GÉRARD.

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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>Memorias</text>
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              <text>Crónicas</text>
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              <text>Publicaciones periódicas</text>
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          <name>Description</name>
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              <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>Jules Tallandier Editor</text>
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          <name>Identifier</name>
          <description>An unambiguous reference to the resource within a given context</description>
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          <name>Source</name>
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              <text>Fondo Alfonso Reyes</text>
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              <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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      <name>Arvéde Barine</name>
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      <name>Frédéric Masson</name>
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      <name>María Antonieta</name>
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      <name>Michelet</name>
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      <name>Víctor Hugo</name>
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