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                  <text>��Cliché Giraudon,,

CATHERINE CORNARO, REINE DE CHYPRE
Tableau du TlTIEN. (Galerie des Offices, Florence.}

�TALLANDIER,

JULES

75, rue Dareau,

EDITEUR. -

Sommaire du

1

t

PAQIS

(XIV• arr

1

).

fascicule 1.- ju,11c1 ,9,0.,

PROFILS DE SOUVERAINES
+
Profils de ouveraines : Catherine Cornaro,
reine de Chypre . . . . . . . . . . . . . . . ~IJll
Mada.lne Récami~r . . . . .
. . . . . . . . :?&lt;,li
Portraits français : Le chevalier de s'aint-

JosEPU TmtQWN ,
ED~IO'\O l'IL

Just . . . . . . . .
111·,·1.o• . . • • . •

o· \R1,E-.i r•-..

.\lJK 1.1n

ÜENÉRAL DE: MAR.BOT

T~nnnn nr. \Y,·11:1,,

~,,._,

.',o.,

• Fors I honneur , .
La mort de Murat .
Le Régent

EoOCAlW FOIJRN1f:R
\\ •· jl::AX AKRFfO-:

L'Amie du Roi . . .
Co!"cu!sîon royale .

ERNt'. 51' D 1nn:T • . •

.ÎI~•

1LLUSTRATIONS
D0 APIU!6 LES TAlll.E.AUX, DESSINS ET

, . .lo:
. .i11,

Memo1res . . . . . . .
. ....
Quelque figures de femmes aimantes ou malheuTeuses : ne eau e célèbre anglaise au

,l1 1

Tournée d 'Amérique.
Le Epées de fer . . .

.,i.•

. vm• siècle

·1. li. . .

,'114

. . , . . . . .

. . . .

. . , . . . . . . . . . 3n
.

.,~:

PLA CHE HORS TEXTE

TA.llrES Dl! :

\1.Lll' lll., ll~'flT IIAI LT, ,\ l]R\11 \\1 110-'"t'.. , ,rurr. C11ot, F.T, CL l~R IONT· ' Il 1.1 .·
HA1'n1-:, &lt;:11,11Af1. F11 &lt;10..;,.111 , 1•1L1s. RA110, 1 ;P.l1Ak1J , H11 •P01.,· n.. Li::c ,rrL.
\l.\111..:1
ln\ _·1;1. \, ro~10 IIEu11.1 o. dil l.r; l'minF.'\11. E. i-c:111 LTzE.

CAT HEI INI~ COB. Ail&lt;. REl\"'E

(JE

CIIYPll E

opyright by T&lt;illandier l!JIO .

'' LISEZ=MOI ''

En vente
partout

Paraissant

1

le 10 et le 25

SOM.MAIR.E du NUMÉR.O 117 ( 10 Juillet 1910)

====--

V ~~~:!~,~S
enri LAVEDAN Je 1,\ o:n,lêmal' frnn~nbc.

et

C. LENOTRE

\1 111 ,s, r f&gt;()'l:'&gt;:i\L Ù(' l'Académie fr:1 n~ai I!. Ln Moralistç . -

LECO"\TE DE
1.1 ' LE, La ltui.i,
Lhl111. ,, u Jrt.,.~ 1•i- liO.STOUlt T. Renée Maupe rin.
1 ll"-R1. 1-,; F LEY . l{o e Pompon . - FR.,:o.l_OH, Cfll'P l~E. Pitié des bo e
.\ \ - \ t p11os~1 P 1\ DJ-:T. La l\lni~on d'été . - Go,· nr. MA PA ' A. T, Mont•
Orir,l. - \1 , . U'RLLL. En ména,:e.
F1uxço1, 111:: '- 10~ - Ln ••cille du bon
li eur
,\ 111r1n .\IEll\T. Ln petit r rivl ère. -.)r..,s RICHEPl:"i,de l'Academie
fr:111,nisc. Pri x de ver. latin~. - 'I 11t·o11111i 1,r U.\ VILLE. Diane .
C,1'11LU'.
~l,',llt ' L.\lll. "uit nni re au jn rdln - P.o,n. \HEl'i ,. Domnlne.
·uum
1\ -.;ET, )Ilotes ur l"nr11our. - GYP. Ondoy11nte et di\•ersc .. - J 1 u:;s \',\ LLl:S.
·o uvenl n;. - R11se,10su,; ltü . TANIJ. Vllln.nclle des p etits canards.

LA VIE PRIVÉE DE NAPOLÉON

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HIST ORIA

LE:RlE . Il llE l.A \ l AI IAI ON,

Magai!ne ilhtStré
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Celle ù?U-Jre renferme nombre de
ré-Jéla tio1u piquantes aulhenliques .:1

r, f't le 20 dfo chnc-iue moi"'

inlimes .

HISTOR.IA a la bonne fortune de pouvoir uffrir g racieo em"nt à ~es al&gt;.. nnés
une gravure extrémemeat rare, introuvable dan le comrnerc.:, rer,rodui,aat
un chef•d'œuvre d'un des

plu gr;md

maitre du xv111• siècle :

REduetlon

WATTEAU: lt'Embairquement pour Cythèrie
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J LE!i TALLANDIER, 7~. rue Dareau, PA RIS, rtV'
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Afin d'éyilerdes erreurs,p,·Ure ,!écrire très lisiblement /.oulesles i11dicatio11s.
Ajouter Ofr. 50 pour 1' envol de la prime.

BOURRIENNE
son Secrétaire Inti me.

T ALLAN Dl ER, 75, rue Dareau, PARJS (XI Ve)

Pr·,me Gra.t·u1·te

Quand à la fin du XV" ièclc II anl u1,ï
en Italie son mailr et sei neur Charles YIII,
le bon ah.roniqueur Philippe de Cominin
débarqua dan la ville de do,,c il rut émer,-~ill: de . plendrur r1u'clle
ré,· :JaiL. Vingt•
cinq, ~enl.lL homme Yéniti n , hahill' de oi
l d ecarJatc, ont venus à sa rencontre. Pour
le conduir 11u pala:;zo qu'il doit habiter J)end:1111 la durée de on &lt;!jour,
on ,le fait monter dan un
bateau doré au-de'su du11uel un vélum de oie cramoisie ondule cl froufroute
à la bri de mer. « C'est
proclame-L-il, la plus Lriom•
ph.ante cité que j'aie jamai
,-uc. » Et, san lyrisme à
la Gautier, &amp;"ns émotion
Complexe et raflinée à la
llarr~ , ns colori trucu•
lent à la Ziem, mais a,ec
une nell-elé el w1e Wlnulie
loul
flamande , en une
lamrue drue et . avoureu e
'I ui alla il donner à l'e- '
pèlle de naïf imentair qu'il
drcs ait le relief du grand
st le descriptH, il exprima
~n adm}ralion pour v~
ruse. Il 1ta in devant« le
c-anal grand. la plu. belle
rue que j croi qu'il ait
au monde, cl la mieux m.ai•
onnée ». Pui · il constat.a :
r, Le mai ons sont forl
"randes, haute·et de bonne
pierre, - et celles•ci ont
raite depui cent ans. Toutes ont le devant de marbre
lilanc quilcur vieo t d'I trie
à cent m.illes de là, et en:
core mainte grande pièce
~c porphyre et de serpen•
l.lne .• ., .11
C'C' t qu'en celle cconde
rnoiliédu 1·"si~cle en_j ,
Grawre ae
e:,,Là l'apo"rc de sa. fortun~
de· a pui ance, de a beau~
lu. Et .si , telle rp1e l'a vue
Commines'. ell~ n:~m-ai t pa encore, complet, P.U:fa,t, ddimwf, cet en emble architect~;il m1--occidental L mi-byzantin qui fait
d ell ·• a celle heure, alors qu'elfo i:c vit plu·
i1u~ par . on p:i:. &lt; et dt hOJl pa.~.é, une 11lle
uruque au monde, le .omptu ux tabtcau qu'il

lui

BIBLIOTHÈQUE D'HISTOIRE ANECDOTIQUE

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

j;;; ve.n~d

Catherine Cornaro

d'="

grav...-c

di: l'ouvrairc.

Le Premier conslll
OÊJ A PAl'\U!-

Le Oénêral Bonapane

C'est en queL:iue sorte un Napu•
hfon nou-Jeau, un Napoléon incon nu
que nous p résente cet 1.1u\lrnge rn:i•
gnifiquemenl illustré d 'après les cul.
leotions el lableaU'ls de l'époque, el dü
à la plume d'un homme qui fut le
confident le plus intime du \lainqueur
d'Auslel'lil7. , son ami d'enfance, pui,
son compagnon de jeunesse el 110n
secrétaire pat•liculier.

0,======================
On aime en g,!neral à connaitre Ju ·qu'aus momdr,es habiludc:s de ceux qu'a
immort:ill~e~ la g loire; aussi a ou arrh•e+1l assez ou,·ent, quand nous li ons ln
, •1t pril'ée d'un per onnnge illu lre, de regretter que l'hi toirt ait n~gligé de nou
carier de l'ho uune pour ne s·occuper que du hi!ro -•
A ce p,irnt de vue. tes memo1res de Bourrienne peu\'fml, sans con1redit. passer
pour les meilleur du genre. pul uc ce ont eux qui, de l'a.vis d'un de nos plus
!{rand~ écrivam~. • donnent sur apol~oa le plus de d~tail Intimes ..
on seulement Bourrienne :,, assisté à la co uceptfon, a l'exécution de bien des
projds, mai encore il s"es t trouv" mêle o des llltrigues sans nombre, Politique,
ou intime et a de glorieux fnils d'armes.

0======================0

EN VE

TE PARTOUT

95

cent.
NET

Il. - HmoRIA, - F.a,c.

en traç.1i1 n'en r ·titue que plu - lid~lemcnt le
?é.cor dan lequel se ·élébra, eerLoin jour d,
JU~llct 140 : .une f~t à porti!e politir1ue qui
mil le· Vé111L1ens en li se.
Il s'a"i ·ail des ûançaill , do Catherine
ornaro, jeune palricierrne de la htgune, awc
JaC&lt;1 uc Il, roi d 'Ch :pr d Jérusalem et d' rmi!n ie ou, pour micu dire, arec le repri n-

CA'CllEf&lt;INE COJI.NARO, REINE DL CHYPRE,
CUIILTZE, (faprh1

lt tabkau J'Amomo R.IGIL LO, "" La

(Galtrte Royal~, Dresru.

tan~ de ce roi, son .amba adeur Mi.label, qui
allait, par procuration, e fiancer pou1· lui.
Le Làtard de Jean Il de Lu·i,,nan n'avait
pa ~cule.ment à lullar contre le constantes
cnlrcpri. des Turc.s. 11 avait aussi
se.
•arder contre le menées au. quelles a œur,

l'ex-reine Ch rlollc, ne ces· it de se Ü\•re.r
pour lui reprend re un trône d'où quatre an
pins lùt il l"afail cha sl!e. Dans n esprit
l'union l(UÏI poursuivait avec lJll fille d '
Cornaro d •1·a.it, n cas de besoin, lui as 11rer
le concours de Ta Hotte vénitienne· el du côté
de Vern c elle répondait au pla~
Ion _
temp ~ares.éd' 1tcndre et d'enri bir cnC'ore
par l'adjonction du beau
ru ·aumede · Lusignan, l'immense tlomaine méditerra
n :en de la fiépubliqu .
. Quant 11 la fiancée, gao-e
mr.on ient d'une alliance
dér nsive ou pa if in trumentd'une poliation ·vcn•
tuelle, elle ne pouvait avoir,
à l' rd d11 mariaae pro-jelé aussi bien que do mari,
aucun senLimenl Lien dét~nniné, car c'est à peine
-• elle a,·ait atteint sa quatorzi me année.
Toujo~~ est-il que, par
ce beau Jour d'élé de l'an
146 , quarante dame nobles de Venise réunir nt
en l ur plus beaux atour :
sur une des grandes b&amp;r1Jll8S du doge richemenl
ornée el pavoi éc, et se
rendirent, escortée d'une
joyeu.e flotlill de gond~
le • au palais deUarco Cor•
naro, 1 f11Lur Lcaa•pèrc
du roi de hJpre. Là des
main de es parents eU •
reçurent ]a jolie Catherine,
royalement parée, amsi
C[u'il con enait, puis elle
la condui irent au Palai
de Doges.
Dansl'admirab]esalle du
rand Con il, 1 doge en
cxerciœ, Cristoforo Moro,
POM 'OS&amp;.
et l'amba.ss.,deur cb)priote
attendaieatln jeanefiancée.
Au1ourd'eux ,e pre aient,
avec Jes procurateurs el les
éoateurs, Lou les personna&lt;&gt;e~ d'importance
&lt;lont la pré· nce devait ol nui r celle cérémonie singulière : les fü:,,nçaillès d'une enfant
?e q~,fü.1rze ans a.1· uu prince qu'elle n'avait
Jam:115 YU, qui ue la counaitrait pas de qu Lre
années encore, cl qui, pendant qu'on s'en.

dès

,s
19

�•

•

ms r oR..1.11 ----------------------------------------.1

gageait en1· r elle en son nom, étai! 11 'lueltp1es centaines de lieue. de lit, dan une il
asiatique, aux cilr im
·oulîns oricnlau. de
la lléditcrranée.
Enfin Callicriuc parul, sui,ic de on gracieux corlè 0 c de beUes Yéniti nnes. Ave c·
grands JCU&gt;. noirs a carnation mate. sa
jolie boucb.c ro e et n cbeYclurc blonde au
Lons chaud· , elle amil l'air, dan. a robe de
brocart dont deux Jeunes pages portaient la
traine, d'une exqui c el m.iirnonn infante
que rien ne peul urprcndr', ni cnor 11 ucillir
ui trouhler. En clic "C pr s entait déjà la
majcslô " reine el douce, a.ru; effort ni
apprêt, qu'on relromc d;1n le" portrait. que
les B llini, les \'éron · e, les Pordenonl' el le
Palma nou. ont lai. é~ do Catherine, soil dan
son plein ' panoui cmenl, oit au déclin d
a beauté mûrissante.
Quand le ncdamalions qui a1·aient salué
.on entrée ·e furent éteinte· par d•grés, et
l(UC le . ùo«c Cri loforo Moro cul prononcé
ace ivcm nt à l'adre1-se d 111 liancée el du
roi Jacque · 11, lcl&gt; parole ll uo le circontances cx.ige:i.ient, Mi lalicl , 'inclina devant sa
future ouYeraine, pui , lui pr nant la maiu,
illui prurn au doigt l'anneau qui dcrait sceller
un premier lien entre le. tlcut futur 1pom.
Catherine Cornaro n'était pa encore reine,
ruai Ile avait, faite par un roi devant le·
plus haut rcpré enlants d'une puis. ante
république, la promesse de le devenir hientôl.
li n lui restait plUS{LU 11 alltmd re le moment
où l'cngagemenl pri · par Yeni. e et I roi
Jacque deuail recevoir sa déiinitiYc con L'cralion.

prèl;. l'a pccl 11u'oà lui voit aujounl hui, la
tiU • de Cornar reprit un..: tl l'llÏl•re foi ·
contact avec le peuple de \'cni .e..\ l'e11droit
où la 11iazzelLa ,e confoI)Ù avec la place
f;ai11t-~larc, q11e ne Lordaienl pas encore le
pal:li Je Procura lie , mais où 'fri c:iit
di:J" le Campanile, une fonJe enthou~ia te
'étail ma· éc, Cc peuple ·i fin •. i clairYo~·anl, ·i avi. tl, ue se méprenait pa . ur le
con équence politique. de 1'1mion prJparé •
par se dirig:ca11l . Au i, !or •1ue Catherine
parut. prèle à «agner le mole ùu J{opart, cc
furcnl de cri Je reconnais ante admiration.
de~ , Îl'a L aos fin. ile acclamation {·perdues. Et ces rumeur, jo eu • l·om111e un
étho répercu Lé de plu en plu faiblement
par le gondole~ lancées ,ur le canal 'ainlMa.rc, la pour3ui,·aien l encore au morncul oh,
l, rct:C par I' \driati11uc. la omplucu. c galère
qui l'emport:iil cul lais. li dari.)re elle le·
. :ibles do Lido.
0

i, comme l'a rapporté 1111 de ll'urs Liislorien les \éniticn pouraienL •'cntre-dir ,
en ,,o ·ant Catherine Cornaro quiller 1a ville
des doge. pour 'en aller vers de nou,eaux
deslins : &lt;1 C'est Vénu qui retourne à
Chypre», IM Chypriote ne ,·oyaient pa ~ans
inquiétude une patricieune de la !!l'anùe républic1uc parLarrer le trône de Lu~ignan. Il
;waient la prc ience de · que leur ri! enait
l'aYenir, - et leur appréhen~ion patriotique étaieul dcstinres 11 LrouYer 11lu tard
dan les événement· une complète ju lification. Q11oi qu'il en oil, on nrriv 1e dan l'ifo
el son entrée à ico ·ie forent pour la jeune
soureraine des occasion de nouveaux tdomQuatre ans, ainj que nou l'aYon dit, phes. DepuL le roi lui-même jusqu'au dernier
s'écoulèrent entre le jour de ces fiançailles des Chypriotes, Lou furent séduits, conqui ,
sol':lnnellc et celui du mariage, quatre ans charmés. Et ous cc beau ciel d" rient, en
pendant le quel Catherine vécut, honorée ce pay dont les capitale', aux temp m)thodéjà comme une reine, elle qui n'ét.ail encore 1ogiquci, 'appelaient Paphos et Amathonte,
qu'une demi-reine, au palai de Marco Cor- la reine Catherine semblait 11':ixoir qu'à ~è
naro. En eplembre 1.472 enfin. des galère , lai er 1·iwe indolemment d'une ,ic heureuse,
chypriotes vinrent un jour jeter l'ancre entre dan I s délice et les féerie de l'amour.
ri'le de ._aint-Georac -Majeur cl la Piazzclla.
Ce rè"e de\'ait ètre dtl bien courte durée ....
E cort6es de galères Yéniticnocs puis 'amment Huit moi après la célé!Jralion du maria c,
armée , elles allaient œndoirc li Jacques Il alor, que chez Catherine le SJ mptùm - d"une
l'épou c que la République lui donnail, rl mate.rnit.é prochaine 'étaient déjà manirC11tf!!',
qui, plus tard, dan es d ui petite · 111ains le roi ,lacquc lJ mourut rappé d'un mal
i Jlne et si blanches. rapporterait à Yeni.sc,
-oudain anqucl de bi:torieu. ho lilc à Vecomme la précieuse offrande &lt;l'one 1llc ni e se plurent à attribuer, ans aucune
&lt;lémuée à s:i grandvur le royannrn &lt;(UÎ crail pretl\'C d'ail leur., de cause&amp; crimiuellt• . . El
devenu ien.
poul' la reine Catherint' insoupçonnalJle. inA l'heure de. adieux, l.i • alle du ,r:inJ
oupçonn~c. c'était le deuil c'était l • d ··e Coo.eil \'il de nouveau Catherine salué pat· poir; c' ltaiL 1·:croulm nt de on ùonbeur,
1 bomml?' au pouvoir et par t-0ute la no- l'anéanLi. ·cmenl de Loule ses espérance · ....
bles e. f&gt;uis, la cérémonie achevée, lor qu'cllc Pourtant, en elle sous lu hoc de fa terrible
sortit de ce merveilleux Palais des Doo-es. catastrophe une femme nom·clle se réréla,
qui pré entait dè lor , à quelc1ues détail
une femme de grand courage, de haute rai0

. on, d'inln.sal,le ém roic. n UlC elle .l\'ait été
par Jaciprc. Il, n•inc elle re lerait pour
.Jac11ue Ill, - 1,· li\ :u111uel die derail donner
li! jour le 1 aoûL 1175 - cl reine elle res1l'ra encore, quand, en 111:-,. lie aura ln
uprt1mc douleur do ,oir l'enfont rejoindre lu
p;re dan a tombe.
Cc rè«ue Ill' pr•n&lt;lra lin tiu'rn l4XU. Lt
pendant 1 • ~cizc an i1ui • 'écouleront de la
morl de .Jac4ur~ JI de Lu ·ignan ju qu'à
l'abdication de ba rnu1e, on ne ,·erra plu
qu'une femme. jeune encore, LoUJottr · belle,
·onsacranl tout c' itu'dle a d'intelligence CL
do volonté i, l'at ampli~. omeul de la lrè
lourd' likhc qrr'dlc a délibérément a~sunH:e.
l)c se. luut~. &lt;le ses effort contre I • rmwmi. du. dedans l'l ceux de l'cxtéri ur, 011 ne
trouve plu sui·rc de traces qn · n ~c rcper1:inl aux pièce d'ardül'r.' lra11scritcs rar le
savant p1tl \o"raphe l'rançai Loui- de la Lalric, dan . on fli~tofre de l'i.le de Cl1y7ire
~o,u le· Lu ·ignan. ou r.SsUIDée p:ir M. Allili
Ccnt.clli dans a Cateri@ Cr.,r11aro e il ·,m
,•pgno, puLfüte à_Vcni~e: mais ce que k
do..:unicnt nou.: r 1,-èl 'ni d'~ll prouvent &lt;JUC
celle femme, . 'il lui ai ait rté donné d'c ercer
ur une .cène plus ra· te le:, facultés dont die
était douée eût pu .c das~1:r aupr de
reines 1p1i oJJl, hi~Lorir1ucnwnt, lais. G uu
plus grand nom.

PiRISTYLE DU Ttu:ATRE·FIU,.\Ç \JS EN
•

Ce fol, on Yie.al de le voir, n I i~fl. qne,
,c rendant aux in tances &lt;lonL cni e la pourni 1;1it, Catherine céda, par on abdicaliun.
Chypre à la République. Lor 'qu'elle cul
l[uilté on rol·aume, ne lai aut derri rc elle
que de:. reoret , elle retrouva dans "On pay
natal les acclamation enthousiaste qui
a1·aicnl alué c fiançailles et ,on départ· et
Paul ''éron.è e nou n conscné, sur une
imrnen toile qui c t un chef-d·œuvre, le
,i..-anl souwnir do cet événcn~enl.
Dès lors. l'e. isknce politique de Cathcrin
Cornaro était finie. ~'ét nt retin:e au pied
d Alpes. dan. le up •rbe domaine d',\ olo
quo Venise lni avait donn ·, clic y l'écul "Vill'•t
an encor , et ne devait plu jouer d·, utre
rôle nue celui dr reine d'une cour d'amour,
oü se êisclaient I maJrignux le plu. galant·
el c di ·uLaic,1t le ca les plus , ul1lils de
mét:iphr ique amourcu c.
A c ,; te belle reine, la lérrcude ne pou mil
mam1m't de pr'ter qu elque~ omanls. mai!
dl n'a jamais réus. i lt fortifier d·un nom
précis, d'un l'ait prouYé,
e sai de médi:ance. Et nnll hi loirc ·camlaleu c no Yoltii•e
raillen -em nt aulour du lourd mausolée de
marbre ou lequel, à \'cni c, dan I' · li~e
du an all'atore, Catherine, depuis quatre
cents ans, dort on dernier omrneil.

HE...._IU r ' ORMA D.

g,

i -0, -

CllcM Gtrmuilon.
Desslll J1wnrm,•. (M11see Carna1•Jl;//,)

Madame Récamier
PAR

JOSEPH TURQUAN

CHAPIT~E VIII
Tandi lfll~ se trainait boiteusemeut celle
sin ,ulière idylle, Mme Récamier, comme
Mme de taël, comme ln ducbessed'Abranlès
comme lOut ce qu'il y a.nit de plus hupp~
dans lemoode rO)'aliste, fai ail fète au \Jliés.
Le duc do Weliinglon fut reçu avec honneur
1:hez el.leco~e au ?Jus_pur faubourg ,nint1,erma,_n. On l y a~a1t dilJà accueilli en 1814.
n y a b one défa11l:mcc qui choqua celui-là
même qui en bénéficia}L: \ux femme qui
allèr?nl a_u-devant de lm JU qu'à Saint-Cloud
et lUJ offrirent de fleurs, le nohlc lord aurait
Jit : &lt;i Me dames, i les Français entraieut il
Lon.cire , Ioules le ~glaise prcndraien t Je
deuil. » ilme Récamier a sa part de la honte,
c?mmc le autres royali l - ; mais elle su.t
· en relever par la dignité de son attitude
devant un mot malheureux du duc. Celui-ci
il faut le dire, soit sincèrement, soit par~
que Mme d t.aël, qui 'était cnlichfo de lui
l'a ·ail assurée que le lion ton, à Park, étai~

d_c témoigner it •lme füca.micr 11ne admiration. fortement teintée d'amour, se montrait
pas ionné ~our elle. Il lui avait. l'année préc~den_Le, decocbé. une déelaratiop en règle.
C était là lllle poli tes ·e gue chaque nouveau
Y~nu, .00. peine de P~ :cr pour ne pas savoir
v11·re, eta1t Lenu de lu1 faire comme compli~ nt d'ent_réc. Ime Réc.imicr, IJUe cela ne
dcconcerta1t ~n aucune façon, au contraire,
-: elle en _avrut une telle habitude! _ rcce":Ul la. p~hte·se_ de on sourire le phts gracieux nun~u~u finement, d'un air pénétré
~L vo~ lmsa1 t di crètcment entendre l]ac
,ou él1ez ~n gr?nd homme que jamais per~nne ne 1~ a~·a.it. ~driu;é un compliment j
bien lou.rne, s1 spmluel, qui l'eùl plu profondémenttouchée .... Celan'engageait à. rien•
non. plu que la déclaration. La nouvelle
«. hete » du troupeau taisait sa plus belle
revérence, ou hu faisait son plus beau sourire,
- comme à tout le monde. _ on lui recommand~it la di crétion avec un peùt air de
pudeur ellarouchée el u.n joli gc:.Lc gui con si -

tait,\ mettre l'index de la main droite deva11~
se lè\res, et chacun était content.
Le duc de ' ellington donc, revenant après
,yatcrloo chez Ume flécamier, trouva tout
unple de s'exprimer devant une ennemie de
l'apoléon comme il l'eùt fait de1•ant une An~l~1s~ el ses premiers mot furent : &lt;1 Je
! nt IJJen bauu ! » Il e inottail e.i1 mèrne temp
a gen?ux de,•ant el!e et lui prenait galamment
la m~in pour la bat er. )lme Réc.lmier aurait
P? repondre q~e ~luch~r et Ilùlow J'y avaient
h!en un peu aide, mais ellP e tint, a-t-on
d,i~, _sur u~e fr~idc réserve : la Française
s :tait_ senti~ allemte par des parole qui ne
pec~a1 .nt m par excè de roodcslie ni par
exCl•s de convenance, 'l elle donnait ain i au
nobl~ duc une leçon méritée. Oo l'a heaucou
van tee, cette ~eçon : mais Mme flécamier'
se ooqueltertes enver cet Aoglai . n'aYai!eU: pa mér!L1qu'ill'abordOt sur ce Lon? on
attll~~e _anterJeure ne l'autorisait-elle pas?
e ~ta1l-eUc pa rangée en quelque .orle
par.rru les ennemis de la France en le r ccv:mt

pt
'

�,MJIDJt.ME ](tCJtMl~ _._

_

111S T0'/{1.Jl

un

bùtel de Ja rue Bas e-du-Rempart pour
lui et les autre , en ami·? Elle eût mieux put même a si ter au diner ; mai elle ignoautre avec jardi~ dans la rue d'Aojo~. ~Ile
rait
riu
rheure
fn
lai
était
si
proche.
On
se
fait de ne pa.s lui ouvrir sa porte el de ne
l'achet.a, -Yinl l'habiter el augmenta ru.nst ~e
pas se moquer ensuite dèS quelques fautes ruit à table. Je me trouia.is as is auprès de nombre de ffilll.Dles di tinguées qui habid'orthographe de ses billet : elle en îai aiL Mme Récamit-r. n y ,1 ,·ait douze ans que je taient alor cell rue cl 'occupaien l de littébien elle-même dans le iens I Et de plus, 11e 1'aYai. rencontrée, •t encore ne l'avai -je
rature•.
aurait-elle écrit l'anglai· aus_i bien que lord ap rçu qu'un rnomeut. Je ne la r gardai
Mme L\ét'amiPr a1'ail donc élé fi ré"éléc 11 à
ellington écrivait le français? Elle n'aurait point, elle n me regardait pa ; nou n'~hanhatl'anhriand
auprè d'un cercu il. C'e t dans
pas dû se moquer non plu d'un homme.à qui gion pas une parolè. Lorsque, ver la lm du l'ordre : l.1 morl co••cmdre L'amour, moi11
dîner,
elle
m
adressa
timidement
tJuclque
ellefai~ait mille rnmce en lui envoyant IJ1!ld ,
·ouvcnl cependant que l'amour n'engendre la
livre et invita tion . L". faule d'ortho- paroi ' !-Ur La maladie de Mme de ta•l, je mol'l, Le grand ê rivain alla \'oir Juliclle.
graphe, c'est ellequ.i lus faisait, el non légère , tournai 1111- peu la lètc et je le,·ai les y ux.. Je « Quand on s'esl rejoint à sa destinée, dit-il,
en condwte, et l'on ne peul en \'érilé y onger craindrai de profaner aujourd'h~i, pa.r 1~ on croit ne l'al'oir jamais quiltêe. 1) li mil
san se rappeler ces mols de Chrysale à Ilélibe, lJouche de mt.'s a.nuées, un enument qut cependant un certain temps à r~nnaîtrc ll u_e
con. tirvc dan ma mémoire Loule sa jeunes e,
qui sont le bon sens mèrnc :
el dout le charme 'accroit à mesure que ma Mme Récamier était &lt;1 sa de tméc », et 11
r.,llut san~ doute &lt;JU'elle y mit du ien, omme
Le mo.iudrc uloi~iElllll e11 parlant vous irrÎLc.
,ie e relire '. . . . »
Maiis vous en foilc , vous, c:rétr~nges en conduite l
Mme de ta'•l mourut le H- j11 ilhH, jour aupr..,, de Benjamin Con.Lan! et des autre ,
a6n de lui en faire na.ilrll l'id ~e. Car ce ne fut
Mme flécamier se laissa.il aller à ce cou- qu'elle rèlaU chaque an~ée rommc !"an~iver- qu'après plus d'une année qu'il 'aperçut
rant de vie mondaine qu'elle aimait lant el sairc dei la gloire de eokcr. . lais s1 ell '
rp1'il a1·ail é1é frappé du coup &lt;le foudre.
elle était tout à fait beu.reu ·e, lorsque la santé u·ooLliait pas son p~re, cl! fnl, ell , bien
1itc
oubliée.
&lt;L
11
n'y
a
pa
eu
d·e1primé
un
de Mme de 'taiil, atte.iole dcpui qudque
Pendanl l'~tédecclle aoué!! 1 Il{ Mme lll'cul véritabl rcgrcÏ, )l a écl'il M. Joubert~.
temps, lui donna de inquiétudes. n oir, en
camier
alla pr..!ndre les hain de mrr à
allant à uoe fète chez M. Decaze , minisll'e llenjamin Con tant la veilla cependant ~ne Tiieppt'- Lor.qu'elle l'l'Viut à Paris, on parlait
nuit,
mais
ne
pen.a
plu
à
elle
le
lendemain.
de la police, on amie s'ét.,it trouvée mal dan
beaucoup d'une réunion de sonl'escalier. !\amenée chez elle,
-1 verain qui alJait :n·oir lieu à
elle ne e rcmellait pas : on
Aix.-la-CbapclJc. Con rormémt&gt;nt
parlail d'une bydropi ie vague,
aux dispo ilion de la comcnmai elle semblait plutôt avoir
tion du., no,rmLre i '15, il.
une cooge lion lente du cerdevaient di culer • i l'occupaveau, acœmpagnéc du phénotion par leur troupes d'une
mène ordinaire de la paralysie
partie du territoire françai
de jambes. Elle ne sortait de
pou,•ail cc.Ser ans danger ou
chez elleque poarêtreconduite
inconvénient pour leurs intédans une autre maison, rue
rêt • Tout ce qu'il l' avaiL en
'euve-des-)lalburin . Chaque
Europe de tèles couronnée ,
jour, quand le Lemps le, perde ministre•, d'amha sadeur ,
mettait, 011 la portail au jarde plénipotenùaires, de diplodin; mais rien n'enrayait le
mates, s'était donné rendezmal. Peu d'ami l'entouraient.
vous à Aix-la-Chapelle. Mme
U n'est pas exael, comme on
Hécamier 'avi a alors que Ir
l'a dH, que Benjamin Constant
l,ains de me ne lui avafont
ait ouLlié la malade pour ne
pas fait tout le bien désirable
soigner que Le snccès de s
1it qu'une cure thermale à AuLrochures; il l'allait voir au
la-Chapelle ne pourrait que
contraire Lous le jours. Les
• ron olider les heureux ré ulaulrcs per onncs étaient absentats déjà obtenus. Elle partit
te· de Pari· ou allendaient son
donc pour Aix-la- hapclle. Elle
réLaLlissement pour aller lui
y trouva les plénipotentiaire
demander de ses nournll . 1) '
français, le duc de Richelieu,
même que Benjamin. M. de
qu'elle connaissait, M. de füyDarante, reconnai sanl du.senoenl, M. Mounier etc. Elle y
Liment que lui avait témoigné
trouva aussi quelques diploMme de Staël dix :ms auparamalc.S étrangers qu'elle avait
vant, et aussi des encouragereçus chez elle en 1 14 el en
ments qu't:lle avait donnés à
1 15. Mais elle y trouva surses di position littéraires, avait
tout des princes, entre autres
1a génoreu e attention, bien
le prince Auguste de Prusse
impie el bien naturelle aprè
qui, ainsi qu'on l'a vu plu
tout, d'aller eau er avec elle
baut, allait, en grand appa.ral,
ALBERTL,E DE STAEL, .DUC!l.ESSE DE BROGLIE,
à son cb.êvet. lme nécaroier
passer toutes ses soirée chez
T11blea1' du BuoN GêRARD,
y allait aus i. Elle y renconelle.
tra un homme qu'elle n'était
Rentrée à Pari après les cépa femme à lai ser passer,
rémonies
militaire
et le grandes revues pasChateaubriand, que )!me Récamier, chez
malgré la solennelle grayité du moment,
sées
par
l'empereur
de Ru ie el le roi de
sans lui faire ses annces les plus gra- la mourante; avait invité à la ,•cuir voir, s'y
Prusse
pour
clore
Je
Congrè
, Mme Récamier,
cieu es, Cha:Leallhriaod. (1 ~lme de taë.l, a rendit, el l'un aida l'outre à oublier la morte.
avec
sa
savante
coquetterie
qui
'habillait de
écrit celui-ci, n'était pas dan le .alon et ne C'est ver cc temps que Juli Lte quitta on
L

....--==== ---~-____:_......,,=========;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;;·

1. Ce~T"EAOBRL,~o, /Ulmmres cl'out, e-lombs, t. IV,
p. 46'2.

2. JounE.llt , P~11&amp;éesJ. ma:nrnes, e snu el ~Orres•
po11danct&gt;s, l. Il. fi· 4~1&gt;.
..,. 202 .,.

3. La priM~ssc J.u Belgiojoso Mme de Ludre et
Mm~ d~

Tracy,

pntites mine timiJ ~joua11L la rond ur à ravir,
c·e 411i étaÎl un peu ridicule à son àge, . 'mit
eo tète Je con4uérir définitivement le grand
ei!!Jlear do lellres qu'elle a\'ait rencontré
t·hez Mme de Staël expirante. Elle sa.l'ait :«&gt;s
illu lre· amilié. l't1mininr. : n,·er Mlnt• dtJ
ncaumonl, avec Mme de Cu Line, aYrc la
duchesse de Mouehy, a1·ec la duch · e de
lluras .... fi lui embla &lt;tuïl erail glori ux
pour elle de fi•mrcr sur ~a liste cl de l'in~
.crirc ur la sienne. Lïllnslre auteur du
(.énie 1liL r11l'Î,ilianisme dai!rna accueillir la
cour &lt;1u'elle lui fit. LI l'inL de plu en plu·
fréquemment. La place d'honneur au alon,
à table. ne fut plu que pour M. 1 vicomte
de Cbateaubriand : il prit vile d,\s lors l'habitude de s·y venir faire e11oon_cr. lfailleur ,
un certain air fringant tf11Ïl avail, ton de
dragon eL de mousquetaire, bridé par l"allure
d'un graad igneur, :;édui ail au dernier
poinl Mme Récamier dont la COIJUetterie
jeûnait un p~u depuis quelque temp .
Les premier jour., M. de ~fontmorency rt
~I. llallancbe se moutraicnl heureux et lîer:l
Je l'honneur que Le noble Breton faisait à
leur idole en venant Mpo_er ses hommage.
à es pied . ~[ais quand ils virent cp1 'il a ,•ail
décidém.ent pris goût à la cbose et revenait
chaque jour recevoir sa ration ordinaire
d'encens, ils fu_reDL moias fi rs et snrtou l
moins heureux. M. de Monlmorencs, qui
avait de la dévotion aa delà des besoins de
l'âme la plus chrétil!nne, n'était crpendanl
pas pélri d'une au tre p~le que les autre ·
hommes. Ce dévot aurait pu dire lui aus i :
Ah! pour être d 1rnL je) n'en uis pas moins homme.

Il n'était pas inaccessible aux paE ions et
ne 'accommodait nullement de déchoir. Re.jelant loin de lui les résignai ions d'un liomm
dominé, la jalousie le mordit au cœur . li fut
scandalisé de ce que M. de Chateaubriand,
an doute paree qu'il avait écril le Génie du
d11·i:/icmisme, eml,Jail vouloir lui cnle,·er
le oiu du alul de l'iime de s.'l 1·harmanle
amie. Un orage 'ama aiL en lui cl était
imminent. Dans es boulfêe de dévotion, il
s'était fait le directc,1r, un peu le VaU\·e11argues de Mme Récamier, et, .an trop le
lui al'ouer, mitonnait son salut. Celle-ci,
mal ré sa docilité, en paroles, fo désolait
onl'ent p~r e désobéissance el e imprudenc' . Il las prcn:iil comme mortification~.
en remerciant le ciel, et le recc,·ait en esprit
de paix, - tout en enra eanl au fond oe ,011
Ome. Mais cetl foi , de\'ant le· .as. iduilés de
Chateaubriand, il e rcbiJTa, ,an~ o er cependanl faire éclater l'orage. li insinua à Ballanche, qui s contentai l jusqu'alors d,\
rama erses mielte , que ce lroi ièmc larron
était dPcidément bien dé agréable el qu'il
fallait s'opposer li. l'intronisation de l'intru .
Car quoi'l A.vec ce Breton hargneux el ag.ité,
adieu leur bonne tranquillité, adieu leur
douce entcnle à t:1:ois. Le trouble-fêle suscite~ait ans cesse des orao-es; ces orages
seraicnl détestables pour la nnté de leur
commune amie .... Et puis, par polite &lt;',
celle-{!i ne pourrait se di.penser d 'bonore1· le
0

•

nou\'eau \'enu du soin dei; petites r,ommi·siorl , de . es lellres, etc.-. ce qui. jo qn'iri.
arail été l • monopole du philo. opb .
La p~ûlosophi • du bon Uallaucl1c ne tint
pas dc,•anl celle lerribl p1 r~p1•etivl'. I.e
l1r:i1·c bommr o':w.'.liL jamais 1·es cuti la
moindre jalou ie pour personne. Bien q11'il
f1lt en relations d'amitié a"e • Chateaubriand
depuig douze ou quinze an , lorsque Matbiru
lui euL foil comprendre 11ue . 011 bonheur
était menacé, la ùrainte d • 'en 1·oir Mponiller lui fit trouver m.ille raison p011r 'unfr
au d c(&gt;ndant de croisés conlrè l'ennemi
commun. D'ailleurs, il répondait loujour
Amen à rc que ~ , aint Mathieu ,1 lui fai:;ait
l'hcmnrur d lui d:rr. En èlfot, il n'y avait
pas on"'é. ma:s le caraclrre breton, ïtui
n'est p3 san quelcp1es ai péril· , môme rhez
les homm ~. pourrail heurter de front c&gt;l
Llesser la douce manièr d'être de four
amie; rien ne serait [•lus préjudiciable à :i
santé el il n"était que prudenl d~ la meure it
l'abri de i cmelJes évenLU.1lilés. C'était un
devoir! .... Mai comment faire? Si, pour
l'empêcher de penser au vicomte dont eUo
parai sait i fort entichée, onJ1û parlait piété?
« La piétée t un remède, 1&gt; di ail ju lement
l',rnlre jour f. .Joubert à cc maudit Drclon ....
Mai Ballancl1e hocha la tète à cette idée de
« saint Mathieu )) et propo a autre chose : si
on l't•mliarquait dans tin long travail liltérair 1 ui ·'e t cela; ça lui chano-erait le.
idée . Une traduction en vers de P~trarque,
hein! qu'en diriez-vau. 1. ... Le rejelo11 des
preux opina du bonnet et les deu coJ.Opères,
d venus médecins d'âmes, firent part lt
~lme 11écamier de leur consultation piritucllc ain i r1ue &lt;lu remède 'J.Ue on état méri1ait : rece1·oir Je moin po sible l'encombrant
Breton et traduire Pétrarque en "er franç.'li !
Docile, Mme Récamier promit de suivre 1a
econde partie de l'ordonnance. Aussi, lorsque
M. de Chateaubriand ne "enail point, prenaitelle son Pétrarque el toute pleine de l'aLscnt, ne songeant qu'à l11i, elle piochait sa
traduction. Le ujel fimpirait. Le bon Ballanche, - one t enfant à tout âge surtout
quand oo et poèle et pbilo opbe de proft· sion, - coulent du dérivaùf qu'il avait
lrou\lé au;t iùées de )a jeune femme, veillait
a"Vec sollicitude à l'application de son remède
et ne s'apercevait pas, l"aveugle, qu'avec son
Pétrarque il allait juste à l'encontre du résultat souhaité et donnail des aliments à l'incendie.
3f. de Montmorency, de son côtJ cru L
devoir loucher quelques mots à la belle
.lulielle au ujet des assiùuilés de CbateauLrÎlllld. fais celle-ci 'en formali a et ne
répondit plu à. ses propos ni à ses lellres.
Enfin, elle lui enrnie uo billet et Matbi u lui
répond au ·itôt : &lt;&lt; J'ai ourcrt a\'CC une
grande émotion ce billet qui ,·aut mieu. que
ctt incroyable silence, celle Iroid~ur suLile
que je ne savais ni qualifier ni expli4uer.
Pourquoi vous dire lout ce que j'en ai
éprouvé? li mes mhle C[Ue ce n'était pas un
mauvais sentiment qui me faif;Oit craindre de
pro1•oquer moi-même une explication et me
1

plaindre le premier. Mais 11uel droit n'a\•ni.-jc
pns cependant de déte ler les premiers fruits
d, •e ho es mau,•aisr rrue jr ne veux p:i.
c.1ra léri er,soilcoqucllcrieou cutiment'l.. ..
Pcut-êl re celle allecliou pure et inaltérahl('
w1ul-elle bien toutes ces illusions pa ~:igèrC'~
riui vous fascinent en ce moment.... Oh!
madame, quel rapide progrès a fait en quelques semaine ce mal qui vou f:iit craindre
,·o plu fid1•1e amis! &gt;) Et Mathieu comme
si le ca était Jé~e péré, ronrlul en engage:m1
Ja belle à recourir à Dieu; il y recourt luimème : « .le le npplie, dit-il, de vous soutenir, de ,,ou éclairer, de vous empêcher,
par 1111 .crours puis. anl, d'rnlacer de ,•os
propres main m1 lien malhcurem: rrui rn
ferait d'aulre en ore que vou , »
i Mathieu n'avait eu, pour le pous er à
l".Académie, que celle phrase, elle aussi un
peu« malheureu e » il n'y serait peut-être
pas entré· mais il avait mièux à son actif.
Nous verron. cela on peu plu loin, En allendanl, lroe Rt..fcamier, qui avait soupçonné la
ligue, se sentait froissée de cel&amp;e jalon ie el
de la prétention de Mathieu, secondé pa.r le
bon Ballanche, de la tenir en füière . Elle
leur battit froid el ne mu1ut plus entendre
parler de prendre la moindre do,e de Pélrarque. Pour bien faire voir à es censeur
qu'elle veul être JilJrc, elle 'affiche aYec
~I. cle Chaleaultrhmd et ne prête aucune
attention aux re,,.ards navrés ou courroucés
de Malhicu. C lni-ci a he,m exca er, par
lettres, de son al lit ude; il a Lteau lui adresser
force homélies, elle n'est pas d'humeur à les
écouter el lui en garde rancune.
Quant à Ballanche, il lui écrit aussi : c' e t
d'aLord dan Jïntfrèl de sa cure morale,
pour l'engager à. additionner d'un peu de
mu iquc a dose journalière d Pétrarque;
clic la uppartera mieux avec cet accompagnement, mais il faut aL olumenl vaincre le
tentations pa.r le lrnail : « ne occupation
,·ou fera du bien i votre imagination .ouff'rante et rê\'eu e a besoin d'un aliment. oignez votre santé, méfi.ez-you de ,·o nerf :
wu ète · un :mge qui 'e l 011 peu fourvoyé
en Yenanl sur une terre d'agitation el de
men on°e. 1&gt; Dans une autre lettre, H hü
recommnndc de ne pa négliger PéLrarque;
iJ trutll'C que celle ma.uvai e malade n le
prend pa à do c as ez sérieuse , qu'elle ne
·' :ippfürue pas : « Je mudrai dit-il, que
vous pri siez sur vous de lulkr un peu plus
contre les difficultés de Pétrarque .... &gt;l li lui
parle de la. gloire qu'elle r cueillera do ce
travail, la flatte sur ses talents el fait tout
au monde pour qu'elle ne la' e pa là celle
mJdication. dont, au fond, eUe ne reco11naîl
pa la mice ilé. Craigna11l enfin, à force de
répéter les même choses, qu'elle ne l'accuse
de radoter, il lui dit dans ane lettre, charmante d'ailleur : &lt;( Jè ne ai , mai il me
omble que je dois paraître en ce moment
comme un bomme préoccupé d'un idée fixe:
me lettre \!Ou di eut toujour la même
chose .... 1&gt;
u milieu de ce.t enchc-vêtrement de passions cfüer es, Cbateaulwinnd dresse sa tête

�1f1ST0'/{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
olJmpienne el sourit en voyant le désarroi celle vie et mê.me une néces ité, - l'ennui?
qu'il a j té dans la petite fourmiliôre. Mais le moyen de faire nutremenl?
füihitu; à Lous le uccès, il trouve celui-là
Elle ét.ait à peu prè ruinée, mais c ttc
tout naturel c1 'en ruuu e. Au si a+il garde ruine eOt encore été la rich se pour une
de ne pa · revenir : le spectacle e t trop inté- foule de femmes bien nées, autrement malres. anl. Quant à M. de Montmorency cl à heureuses, et que personne ne ongea jamai
llalla.och , voyaot qu ïl • ont beau dire, la à plaindre. Bref tou. comptes fait , il re tait
belle Juliette ne 1 écoule guère, ils finis- encore à Mme Récamier de quoi vivre à
, enl par e résigner, espérant tout du temp
l'Ahbaye sans aucune privation; elle avait
l de l'incon tance de deux enfants gàtês.
plusieurs domestique et un valet de pied
O'aillcmrs Mme Récamier fait des eilorts pour ouvrir a porte, - le tricl nét·e" aire.
mériloir s pour ati faire chacun· elle ·e EL elle ne connut point celle terrible maladie
dédouW , elle e multiplie : ne donne+clle que Rabelais nomme « faulte d'argent ».
pa sa onfiance 11 tbicu, se commis.ion
Mais lui faudrait-il, dans ce couvent,
, Ilallancbe eL le re te, cœur el àme, au renoncer à ce qui avait faitju que-là le bonnobl ricomto de Chalc.a11l1riand?
beur de sa vie, c'e t-à-dire à son i;:alon, et ferA celle époque, Chateaubriand, - il nou
mer le grand-livre où elle tenait registre de ,e
L'apprend dan srs Mémoires , - était au adorateur'? Cela dépendait moins d'elle que
moment de vendre a propriété de la Vallée- d'eux. Dan le monde, elle 'en doutait . i
a11x-Lo11ps : il s'y voyait obli"é. Mme Réca- elle ne le . avait pn , on n'aime pas les gens
mier l'avait louée de moitié avec [athieu de ruin6s; chacun s'écarte d'eux comme ïl
}lonlmor . ne~, et, à. ce propo , voici une bit&gt;n avaient la peste. Au i ou[rait-eUe a la
jolie lettre que Juliette reçut de la duches e pensée qu'on l'abandonnerait, comme Loo
de Bro..,lie: « l9 juillet i819. - ... Je me ceux: qui ont malheureux ou ruiné . Quand
représente rntre petit ménage du Val-du- on n fait son habitude de 1a \'Îe de société,
Loup comme Je plus !!facieux du monde. quand on a longtemps savouré le plaisir de
Mai , quand on écrira la biographie de Ma- présider un cercle choisi et celui de se voir le
thieu dans 1a Vie des aints, conYenez que centre de hommag d'une foule d'homme
ce têle-à-tèle avec la plus belle et la plus éminent ou simplement di tingués; qu'on e
admirée femme de son temps era ou drôle mèle de juger le œuvre. d'art el l . livre ;
de chapitre .... o
qu'on s'esL même essa ·ée, la plume à la main
Le chapitre cependanLn'eûL été qu'édifiant: à jeter ses souvenirs sur le papier· qu·on e t,
en Loul ca , il ne fat pa bien long. Tandis en somme, p6Lrie de peliles pas.ion factices,
que Chateaubriand, toujour imprévC\pnl, de petite: 1•anilés mondaine , ce qui donne
était réduit à vendre celle petite terre au nom autanl de fiÎlne qu'une grande ambition,
i joliment pittoresque, lme Récamier for- peul-on en , lrité de\"enir propre à la olitud
mail le projet de l'acheter, toujour de moi- el au recueillement, ftH-ce à l'Ahbaye-auxLi I avec Mathieu. Celui-ci, en l' · mc:J.tant ou
Boi 2
clef, aurait trom·é un moyen de calmer pour
Mme Il&amp;:amier ne se propo ail nullement
un temp sa jalousie, mai Julieuc dut renon- d'y ,·ine cloitré ni •n ermit , mai à ln
crr à lui donner celte sati faction : M. R 1ca- façon de Mme de Monte pan quand elle s~
mier ubit une nouvelle faillite el ccnl mille retira ~1 aint-Jo eph, où tonte la cour l'allait
francs de la fortune de a femme y furent voir. On a dit que ce «Jill la priva le plus cc
.englouti •
fut de renoncer à e chevaux, car celle fois
Renonçant aussitôt à tout train de maison, le sacrifice îut définitif. Mais elle en souffrit
elle mil en vente l'hôtel qu'elle llYait acheté moins ccu'on ne 'est pin à le dire : une Fois
depuis si peu de Lemp et, ne voulant ni dan on canooicaL de l'Abbaye, elle sortit
s'nbais er aux. soin domestique et aux mes- beaucoup moins que p:u· le pas é, et le
quineries d'un chétif ménage, ni renoncer à fiacre n'étaient-ils pas là·?
,•oir ses amis, elle se résolut à prendre un
' on appartemenl était fort impie'. Chaappartement à l'Abbaye-aux-Bois. Elle eut teaubriand n'a pas manqué de le décrire :
l'idée de s'1• retirer, nous apprend !fine Le- « ... Un corridor noir, dit-il, séparait deux
normant, p~rce que la mal'quise de Montmi- pelitc pièces. Je prélcndais que ce veslibul ·
rail, belle-mère du duc de Doudeauville, 1' ét.ait éclairé d'un jour doux. La chambre à
habitait un appariement. ul doute que la coucher était omée d'une bibliothèque, d'unl'
p nsée de voir les fontmorency s'arrêler un harpe, d'un piano, du portrait de Mme de
inslant cl1cz elle, q:uand il iraient voir leur
taël el d'une vue de Coppet au clair de lune;
parente, n'ait pesé un peu sur sa détcrminaur le Ienètre étaient des pot de fleurs.
ûon : elle tenait tant 1i ces amilié d haut Quand, tout eg oufllé aprè avoir grimp;
parage!
trni étag s, j'entrai dans la cellule aux
, 'aller enfermer dan une sorte de. cou\'cnt, approches du soir, j'étai ravi : la plonoée
le sacrifitll éla.it !!'rand : n'y aurait-elle pa à de· [enèlres était snr le jardin de l'AbbaJe
redouter le plus grand ennemi des femm
dan · la corbeille ,·erdopnte duquel tour11ui onl élé adul, dans le monde, qui · ont noyaient de reli!!ieu es et couraient de, penl,a"ardé leur Yie, se ont faiL une habitude de sionnaire . La cime d'un acacia arril"ait à la

hauteur de l'œil. Des clocher . pointus coupaient le ciel, el l'on apercevait à l'horizon
le collines de èvres. Le oleil mourant
dorait le tableau et entrait par les fenêtres
ou\'erles.... Quelque oiseaux e venaienl
coucher dao le jalon ie rele\'ées de la
fenêtre : je rejoignai au loin le silence et la
solitude, par-dessus le tumulte et le bruit
d'une grande cité. J&gt;
Voilà un tableau de p0ète et d'amoureux.
Chateaubriand avait l'àme Lrop haute pour
abandonner cclle que la fortune wuait de
maltraiter et qui étaiL réduite à e retirer
dans ce modeste apparlement de couYent. 11
la sui,,it à l' bbaye-aux-Boi.. M. de Montmorency avail trop ù'éducalion pour faire
aulremeol; en continuant se a iduité · auprè d'elle, ce f rvent chrélien avait au ~i
une arriè.re-pen ée : celle que le séjour d'une
abbaye, la proximité de la chapelle, la vue
des nonnes, le son de la cloche les appelaol
aux. exercice pielll'., que tout cet en emblc
d'impressions douces aurait une intluence
déterminante ur l'àme mondaine au alul de
laquelle il prenait un i vif intérêt de cœur,
et l'aiguillerait définitivement vers les pensée religieuses.
M. Ballanche, lui, faisait en quelque orte
partie du mobilier de Mme Récamier : factotum de a maison, il se chargeait de . e~
commissions, écrivaiL ses lettres, ouvrait 1.,
porte lorsque les domestiques n'étaient pn.
là .... Emploi de confiance dans lequel il
était souvent uppléé par le marquis de Ca tellan. 11 ne pouvail donc continuer à hnùiter
rue Laffitte quand a a sainte patronne D
ém.iorait sur la rive gauche . .Au i vint-il
dès qn'il le put 'in, tallerruede Sèvres, n° 21,
presque en fac de l'Abbaye-aux-Boi ·. , on
amour pour Mme Récamier était un vraie
1'oli6, mai une folie douce. Un pouvait dire
quatre mots an parler d'elle, et sn comersaLiou débutait toujours par les litanie de
l'adorée. Dans sa chambre, il y aTait dix ou
douze portrait d'elle : on en vo ait contre
les mur·, ur les tables, sur les chaises, parLoul .... Et il ne quittait se cher portrait
que pour aller continuer avec le cher modèle
h.conver alion qu'il avnit avec eux 1 • 11 e
retrouva vile dans es habitudes et dans on
, ieux fauteuil sans pre que se douter du changemeoL de fortune de celle qu'il avait pour
µre que unique occupation d'adorer bouche
bée. li fallait le voir chaque malin, a,·anL ce
déménagement, « loul de noir habiUé el cra•
raté de blanc &gt;J sortir de son logement de la
rue Laffitte, aller à pied chez Tortoni eL y
déjeuner d·une Ln e de thti dan laquelle il
lrempaiL gravement , ruminant _a Palingitnésie, des rôûe beurrées de fromaae do
Brie. Après son déjeuner, il grimpait ur un
omnibu qui le condui ail rue de èvre', à
!'Abbaye-aux-Bois. li y pii sait la journoo.
bateaubriand arrivait : Mme Récamier
mellait alor en devoir d. a officier o l,

rroide, glat:iole mêm.e. D'ailleurs . eUe ne poul'4Îl pas
i:lre autremenl. n. Jour, Lamarl1me voulul condwre
l\I ichelel a l' Abbaye-aux-Dois, mais Michel el ne se
l,issa pas faire : cette alrnosphi•re fau ,r, dénuée de

s impücitë naturelle el Ioule de con,·entiou, lui répugnul. D'aJ)rtis ce que m·u dit sa veuve, il ne croyait
J1'l'l I!. la légend e immaculée d'un e ver lu nhsolue dwz
la , sainte» de !'Abbaye-aux- Bois.

1. Voir da11s le ·1•• rasc:icule rl 'Riston~ , page 48,
lr. Salon de lll,m lléramier

n l.4bbaye-au.r-8oia.

~- C'est encore à lime . licl,elel que je dois eea
d,·lails. lfüe me di a.il que Jme Recamir r élail tr(•s

�111ST0'/{1.Jf

-----------------------------------------~

), ondée de tleux acolylei ' nnnani·be 'fllÎ
n'était plus jaloux el le ,·icomle d'Arlincourl
le plu souvent, elle récitait ses litanies,
appuyées de force coups d'encensoir, à l'auteur du Génie du c11ristiani me. Celui-d e
lai sait faire. Étendu !-Dr un cnoapé, il continuait à &lt;1 bâiller » a vie el acceptait ce.
hommages sao plus s'étonn&lt;'.r de se le roir
rendre que tle le accueillir dan celle a!litudP et ce dt!tachemenL de tout.
la uile de Chal,:-aubriand, de Malhieu tic
Montmorency, le anciens familiers de Mme llécamier emboîtèrent I pa el allè1·enl à l' Ahbaye-aux-Ilois, les uns par intérêl, le autr
par curiosité ou imple bon Lon, Je troupeau
moutonnier des gens du monde pour faire
comme tout le monde. 011 mil même une
orle d'émulation à se sourenir d'elle, on e
fit u.o point d'honneur de l'aller voir. Mme Récamier savait qu'on l:i pl:iigoail beaucoup d,
sa ruine, qu'on admirait sa grandeur d'âme,
~on courage, son bôroümc, son ahuérration ....
Il n'était pa de terme a cz tlilhyrambiqLLBS pour célébrer celte cho e, cependant si
imple quand on rie peul pa [aire aulremenl,
de reslr iudre on état de mai on. La beU
recluse savait tout cela 1. El, ra rie de voir
que on salon ne dé emplissajL pas, que la
mode s'ét.aiL établie eL demeurait de lui aller
faire vi ile à l'Abbaye, elle prenait, avec plu
d'eocbanlcmrnl encore rio de philo ophie
ré ignée son altitude définiti e devant se
contemporains et devant la postérité.
li avait alors à Pari d'autre alons présidé par de femmes el où l'on , 'otcupait à
peu près exclusÎ\'llment de littéralul'c : celui
de fme ophic Gay, où la maitre. c Je maison commença il à ~Ire jalou e de ucC.:: tle
a fille. 1a racieu c el blonde Delphine qui
a,,ail plu &lt;l'e, prit qu'elle, qui écrivait mieux
qu'elle, maniait les rimes au i habilement
que la prosP, tout cela mieux qu'elle. et qui
poussait l'esp1•il de concurrence, hieo inrnlont:-iircmenl, la pam-re! ju t1u'à 1hre phr
jeune 11ue a mère 1- celui de ~lme Au.-rer,
femme de l'académicien, où le mordant el lr
satirique, doublé de l'e priL le plu fin,
étaient un attrait de haute sal'eur; celui de
la coroles e de Lacretelle, où l'on parlait urlout du pas é el 011 l'on conservait la vénéraLion de Mme de laë1; celui de la comtesse
Barague -d'llilliers, où l'on renco11Lrai1 quelque militaire leJLré .... Dans ces salons,
doat la polilique était à pen prè barulie, on
di culait les lin·es nouveaux el le pièce
nou\elles, on di ait des ver , on li 3it de.
tragédie: qui ne devaient jamai paraitre ni
chez le libraire ni sur 1a scène ; on en
jouait au i. On abol'&lt;laiL même la n-raYe hi loirc, el plus d'une Coi on y fil la lecture de
fragm enls historiques, qu'on appelle aujourd'hui ~ éludes l&gt;, et qu'on imprimait alor
pêle-mtle a,ec d'autre élucubration ou Ir
nom de &lt;&lt; mélanges », - quand on le impriprimàit; mais c'était surtuul le genre cc portrait » qui plaisait, et tout homme de salon
1. DE B4Jl.l.NTE, Soi.venir,, t. n, p. :i94. - « Je

vai.s aus!i, q_uaodje puis, à !'Abbaye, voir cette pauvre
Mme Rècam1er qui a ~ieo de l'ennui, du --·ide el du
malheur de po ilion. Elle supporte tout cela u·ec

:i.rail en porlcfeuille Jem: ou Lroi;; &lt;C porLrails » qu'il était toujours prèl à lire, Chez
Mme l\écamicr aussi on fa,isaiL des lectures,
on di ·ait des çers, mais tont était subordonné
aux dispo ilions de r. de Chateaubriand qui,
capricieux comme IIM fommr, r~gnail là en
despote.
Chaque malin, il envoyait de bonne heure
un billet à Jufülle. Après déjeuner, &lt;c gu Lré,
J1nement astiqué. serré de taille, le jonc à la
main, la tête au vent et la main d.1ns I gilet 1),
- Philar'•te Chast , qui fait ce porlrail,
oublie la ro e à la bouLonniere, car elle y
fLail toujours, -ChaLeau briand, exact comme
une horloge, arrivait à l' bbaye à trois
heure . li venait y prenùrc la do c d'adoration
qui était indi~pen ahle à la anté de a l,rillante fa tuilé: c'étai l mainl&lt;'nnr\L une hal,irudc,
eL celle rnrle de .ieste lui réu ~issait.
Ime Récamier l'allendait a\·ec une impatience d vanité qui lui tai. oit croirü rrue son
cœur était inlére sé à la. chose; elle paraisait remplie de celle joie &lt;lont parle le
Cantique et que ressent l'rpou e, - mais
celle elon la bonne îormul", - lor qu'elle
entend ln voil de l'époux. Elle ne ménageait
point l'encen à on illu Ire ami. Lor 11ue
celui-ci en a\·ail son content, c'est-à-dire au
bout d'une d'heure, il prenait sa canne et ~nn
1·bape:m cl allait suivre même lraitemenl tbPZ
~Ime de Tlûigne donl L'e pril eau tique l'amusait et le cbange.'\Ît de cho.e CJm•eoues du
. al(lu de l'Abbaye, et aus i de celui de la
doches e de Dura dont le ton un peu larmo1aot commençait à l'exeéder.
Chez Mme Récamier, Chateaubriand n'avait
qu'une habitude, pa~ autre cho c; l'affüction
ne se "reO'a que plu tard eulemenl sur celle
habitude. Et l'haLituJe ne 'était greffée ellemème q-uc sur un caprice dont la ati faction.
· ajournée toujours, avait été remise définiLivement aux calendes. li avait bien essal'é
une fois, peul-être plu ieur-s, d'en appeler et
dl! de· ccndre des bau leur éthérées où prétentlai t planer la belle Julil'lle, dans le terre
à t rrc plus poétique de r(&lt;a]i Lés pbisique .
lai il n'a\"ail pas trop in islé. L:n peu emblahle au héros du l'Oman de Mme de Dura ,
Olivier, on a surail que CbateauLriand étail
&lt;&lt; peu capable de tirer parti d&lt;'
îaible es
de femmes'», qu'il élail un&lt;&lt; amoureux au
danger pom la verlu 5 ». LacourlOi-ic œpen&lt;lanl lu.i faisait un de"oir de paraitre a llaclicr
tin grand prix à de faveurs dont il eùt peulêtre été foi·l embarrassé de proG Ler si elles
lui avaienl Hu accordées. Mrue Hécamier ltii
répondit ~an Joule ce qu'écri1•aiL fme du
Dotfand à Horace Walpole : « AL. mon ami,
je vois qne tous les hommes sonl fous el que
l:l'ltti qu'on croit le plu sage a on coin
comme les nutrcs », ce qui ne pouvait que
natter on illustre oupiranL. Eli!.! eut probaJ.ilemenL quelque embarra , et il est difficile
de savuir comment elle se tira de l'arcnlure,
- lui aussi da reste. li esl infiniment probable qu'il n·eul pas plus de succès que es
11Qble se et simplicité, mllis elle le sait bien. ,
~- Duc 01: R•ausE, llUmoire,, t. Vif, p. '.!OS. cr. JOlll"IIOL de Cupiflitr-Fl8w·y. l. 1. JI, 3. P111uRÈT&amp; Cu,,,1.E , ,llé11wfrl!, l. J, p. 182.

ùew.111ciers, niai Mme I\éc:unier eut pour lui
tout cll dont elle était susceptible de passion,
- ce qui é1ait peu de cho e; ello-mème a
a\·oué qu'il lui causait &lt;, un trouble II qu'on
peut, sans trop de 1éméri1~, qualifier de tendance à l'amour, mais tout se bornait à cela.
On se rappelle le déf:rul d'organisation phl'·
ique de Juliette : Gbateauhriaod duL, comme
les aulre, , s'arrêter devant lïorranchissal,Je
barrière qui dé[endaiL la rcrtu d la belle, el
bien osé serait celui qui aîfirmeraiL quelque
chose sur ce poiuL. Ceux qui pouvaient hl
savoir n'ont rien dit el lt•s autres n'ont pu
que se livrer à des conjectures. Mais étant
donné le dl:faul phy ique de l'un el la faiLle e de l'autre, on e rappelle avec un sourire involontaire le quatrain un peu cavalil'r
emoyé par ll. de ainlc--Aulairc , la duches c
du ~laine qui l'engageait à aller à ronfcsse :
~la llergérc, j-'ai henu clierchrr,
Je n'ai rien ur la l'-Onsciencc.
De gr~ee, fnill!5-moi pêcher :
Après je ferai pénitence.

On c rappeUe surlo11t avec quelle gaillardise la priuccssc lui répondit:
Si je cedai 1s Lon insLm~e,

On te verrait hil'n empêché,
~lais plu encor do pèchè
(.lue de la ~nilcnce.

~lalgré ses air de jeune mousquetaire, son
allure conquérante et sa Oeur à sa lloutonnière, Chateaubriand s'ennupil : par goût
peut-être un peu, par po e urtout. ·a+il
pas dit qu'il a « t.àill: &gt;) ·1 vie? li la bàillait
dans le salon de fme Récamier tout comme
ailleurs el celle-ci était suurnnt liien embarra ée pour distraire la .&lt;,mbre humeur de
René. Ca r il n'.Hait pas toujour des plus
Lrailable , le noLlegenlilbomme hreloa. « ous
l'avons , u dans ses jour d'atl rersité l'l de
décadence, a écrit IP. duc Viclor de Droglie,
ro~ue el Mdaibrneux, étalant avec complaisance une per onnaliténaïl'ejusqu'auc •nisme,
une ,·anité envieuse, amère el morose .... 11
Le duc de Broglie interprète bien sév' re.ment
une humeur qui était due urtouL à dt' embarras d'argenr. lais quand ces accès de
mélancolie prenaienl Chateaubriand, Ume n&lt;.
carnier faisait venir chez elle, pour l'ai,Jer à
di traire le gtand eonup5, une jeune fille qui
babilail an c sa mère l'ALbaye-aux-Bois.
C'ètait une .Anglaise, fille naturelle do roi
Gi!orgcs IV, mi llary Clarke. A la fuis bide
et jolie comme la plupart de œs filles qui out
l'air garçon, die était pourt.wt agréable de
,,isage; c'était /1 se demander comment elle
avait pu e lier intimement avec 111. Fauriel,
qui l'~roit si pe11; mais die avait un tel goûL
pour les l1on1mes de scit'nce ou d'esprit qu'on
\ 11pliquait bientôt celui-là. JI y avait en
elle! de l"écureuil pour la gentilles e sautillante, du jeune chat pour l'amu ante gaieté,
du pinson pour fo babil. « La présence de
M.,ry, a écrit son historien, tilait l',111Lidvle
de l'ennui. Elle déridait toul li, mo_ndn; elle
déplai,ait ou cxaspér.iit r1uelquefois, mais
elle n.'ennuyait jamais'! » On prose d,i ~oel
,. K. O'~t.lI!A, U11 salw1 à Pari, : atme Mohl et
ae, i11ii111e8 p. 21.

M .Jt'D.JIMë
secmir- cl le fol arme Récamier pour ch:isscr qui sr ratt..1cha.il ù'aulanl plu. Jt~e plréles papillon noir de son ami. Elle accomplit ment l1 LaLeanbriand qu'elle se sentait néce tour de force, dü encore ~r. O'lléara, avec .,.Jig1e chaque jour davan1a""·
un tel succès, qu'elle devint dl&gt;.s lors la ta\'oToute recluse qu'elle e disnit, Mme Rérite de la maîtresse de 1a maison et fat défi- camier allait que-l11ueîois en soirée et surtout
nitivement adoptée dans ce cercle brillant. au théàtre. Comme elle avait remine pdAprès œ premier triompbe, l'arrivée de mi s
Clarke était attendue h !'Abbaye avec une
impatience plus ou moins grande, suivant le
degr~ d'ennui visible de &amp;!. de Chateaullriand. Lorsque celui-ci caressait le chat de
[me R~camier, tous les yeu:t se tournaient
vers la porte; mais quand c'était la crise, il
jouait avec le cordon de la sonnelle, l'anxiété
devenait angois e, e L l'entrée de la « jeune
Anglaise 11 éLait saluéep:ir on« ab! 1&gt; dt! dtill•nte générale 1 ».
Ce sen li ment s'expl iqae facilement. L' étudié,
!'apprêté, le ton un peu «cérémonie o qui peait sur les e prits dans ce salon où tout paraissait réglé d'avance el prévu, parai)' ail
l'imagination de chacun, aboli sait toute
tendance à l'originalilé el créait une atmosphère tactke : aussi la moindre espièglerie
échappée à la naturelle et prime autime enfant
y faisait-elle un effet magique. Et c'est ce
qui plaisait à Chateaubriand énervé par tout
ce « fardé i&gt;.
Pour en revenir aux relations premières
de Mme Récamier et de Chateaubriand, il es1
PIERRE· tllON BALLANCIIE.
certain que celui-ci lui donna des sujets de
jalon ie, ou que, .an lui en donner, elle en D'apr~sun, dessin a110,iymt d11 C&lt;iN-ntl des Estw,pes.
trouva dans les cane.in de ses nobles a.mis,
ou s'en forgea elle-même. Uuand Chateau- tentions littéraire de salon, c'e Lla Comédicbriand élait ambassadeur à Londres, sur de · ~'rançai e qui avait ses préférences. Elle ne
propos qu'on lui Lint, ~fmeRécamier le bouda. voulut pas laisser passer le. dernières repréli lui oorivilspirituellemenl, le i2 juillet t 822:
sentations d.- Talma san aller applaudir le
1( Allon ! j'aime mieux savoir \'Oire folie que
grand tra~Lldien qu'elle avait souvent reçu
de lire des billets m1stérieux et fâchés. Je chez elle. rn a tre nouveau e levait, qu'on
devine ou je crois deviner maintenant. C'esL annonçait devoir éclipser l'éclat des tragéappArcmment l'i.Lie femme dont I amie de 1a diennes le, plus célèbres : c'était (\ache!.
reine de SuMe vous avait parlé? &amp;laL, dites- Mme Récamier, qui était allée al'ec son ca"amoi, ai•je un. moyen d'empêcher Vernel, lier ordinaire Ballanche pns er une soin~
Mlle Lewrt qui m'écrit des déclarations, el chez Mme Aocelot, l'y rencontra, La jeune
trenle arri les, îemme et hommes, de venir actrice n'était point au fait de la iLuation
en Angleterre pour eherclier à gagner de unique de cette femme en robe blanche, au
l'argent? EL si j'al'ais ôté coupable, crol"e.zourire froid et un peu triste. fme Ancelot
vou que de telles fanlai ies vous fL ent la la prit à parl et lui expliqua Mme Récamier,
moindre injure et vous ôtassent rien de ce dont elle n'avait jamais entendu le nom.
que je ,·ous ai à jamais donné? On vous a . Ille Rachel se montra, de ce moment, au ·j
fait mille men onges; je reconnais là mes respeclueuse et attentionnée que possible
bons amis'; au reste, lranq uillisez-YOLIS : fo pour elle. Le résultat fut une invitation à
dame part el ne reviendra jama.is en A.ngle- l'Abbaye-a1U-Bois. La jeune arthte ne de
~~rre. Mais peul-être allez-vous \"Ouloir que mandnil pas mieux que de e faire entendre
J y reste à eau c de cela'/ ... o
de la « peli te église ». Elle enchanta tout le
Si Mme Récamier était jalouse de Cha- monde par ses ai1-s de cha letu cl de puret~
teaubriand, d'a~Lre femmes ~laient jalouses mystique qui pou11 aienl ri1•aliser avec ceux de
de Mme Hécanner, et le nohle Breton, r1ui se &lt;&lt; l'ange n de I' Abbaye, eL recueillit les plus
savait desser\'i à Pari par Mathieu de Mont- flatleurs applaudis em nLS pour la façon mermorency et on con in Adrien, duc de Laval, veilleu e donl elle dit quelques scènes de
lui écrivait : « Je 1·ous en prie, oyez un peu Racine et de Corneille. Elle achevait ces ver
discrète avec drien : rous n'avez pa. J'idée do rôle de Pauline, dan Polyeucle :
des lettre que m'écrit Mme de Duras. »C'est
Mon jeune épo111 mourant m'a laissê ses lu.rnieres :
qu"Adrieo, en fa.i anL des ~ncans ur Cha- Sou sang, dont les bourream viennentde111e convrir,
lea~hriand ~up,ès de Uwe llécamier, pour M"a rlessilltl les yeui el me les vient d'ouTrir;
exciter sa Jalousie, allaiL ensuite en fairo Je ois, je sais, je crois 1...
d'autres auprès de la duche!lse Je Duras, lorsque le valet de pied annonce l'arché"êque
1. IC o:~u,uu., U-r, 1alo11 cl Parii , p. 13.
2. !Jalhseu d.i Monlmoroncy 11rincipalemenl, tlool

Cl1ateaubriand avait 1·i1c percé à jour la jalousie el leii
msnèges, et qui lui g:ard:ail uni'. dcal )lOUr ll'oÎr pria
... 1 97

-

~tCAJJffER, - - ,

de .... La situation ét:iiL àiflicilc. Mme Récamier a\"ait qu'tm gracieux embarras sur le
visage la tirait facilement d'affaire dans les
cas graves. (&lt; ~fonseigneur, dit-elle en rougissant t.imidemenl comme une pensionnaire,
- c"étail a tactique habituelle, - je ,·ous
pré.ente bnle Rachel qui a bien voulu non
dire une scène de Polyeucle. »
Le prélat aussitôt de la prier de recommencer. Elle le fit avec beaucoup de bonne
grâce, mais ne voulut pa. répéter la scène de
Pauline. Dire devant lni : « Je \'ois, je ais,
je crois! » eût élé dans sa bouche, à elle
i raélile, une . orle de mensonge. Elle eut la
délicatesse de lui substituer une scène d'Esther. Tout le monde fut enchanté d'elle, cl
~[me Récamier urtout du succès de sa
matinée.

Le 1er janvier de l'année 1820, M. AmI&gt;ère, Lyonnais comme Ballanche, son vieil ami
au si, présenta son fils Jean-Jacques à Mme
Récamier.
C'était bien lé plus sympathique jeun!!
homme qu'on pùl voir. Il avait alors vingt el
un ans, la figure un peu poupine el encore
imberbe, un cœur de poète, une à.me d'enfant : les plu heureuses faculté , en omme,
pour jouir &lt;le la vie, el qui ne serl'ent guère,
à ceux qui onl le malheur de les avoir, qu'à
les faire oulJrir. 'on enfance, un peu à
l'abandon, n'avait pas été dirigh_,, A peine
sorti dd berceau, il a,•ait perdu sa mère, une
mère qui, chose rare in6oimem, aurait élé
capable de Je comprend,·e, de l'apprécier ~t
de lui donner une direction à ·on entrée daos
la vie. on pèrè, homme de gJnfa. savant de
premier ordre mais nait de premier ordre
au si, élait comme un enfauL pour toutes les
choses de la vie et échouait là où le premier
imbécile venu se fùL tiré brillamment d'afi'aire.
Jncapahle de donner quel4ues conseils de vie
pratique à Jean-Jacques, il le laissa pousser
à la diable, au petit bonheur .... En dépit du
collège, il pou sa bien ; en dépit de ses professeurs, il priL gofll à l'étude el an travail.
U y a de ces heureuses natures qui résistent
à loul. Mais, ÎJ.nlaisi te et original, répuenanl
à. la discipline bête des collège , il ne &amp;isaiL
rie? avec su~te .. Son père, toul savant qu'il
éta..1l, ne savait r1en de cho es de la jeunesse:
grand observateur de celles de la nature, il
n'avait jamais songé à l'être de son fil , à
développer à leur suprême perfection ses
heureu es di positions, à lui apprendre enfin
la science de la vie, san laquclle on ne peut
èLre que dupe el malheureux, et l'art de la
vie, sans lequel on ne peut goûter Je bonheur
que celte Yie Lient en ré erve pour les âmes
d'élite et qui ne ont en général cueillis que
par les sots.
J.-J. Ampère a\"ait donc à la foi de l'imagination, de l'originalité, beaucoup d'e prit
une tendance à )a rêverie, le goût des pro~
menades champêtres, par con équeot des
dispositions très affectives. Les eOèrvescences
de la viogtièmeanné.e firent croire u.n instant
la première plar:e chez Ume llécamier cl l'avoir lui
rcléguê à La seconde.
'
'
•

�1f1STO]t1.ll _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _.
qu'il était né poète. Il rul le premier à reconnaitre qu'on e trompait el, tout en 'amuanl parfoi , comme on père qui 'en ûraît
mieux que lui, à « faire se becqueter des
rimes au bout des li!!lle l1, il 'apercevait de
lacunes de on in truction, les réparn.il avec
ardeur et devenait rapidement un des homme
le plu érudit de on Lemp .
Cela ne l'empêchait pas d'en füc un Jcs
plus aimables. impie, comme tout tre upéricur, naturel, habitué au monde par sa
»ronde intimité avec la fBmille de Jussieu, il
n'é1ail pa trop gêné par le boulot de la timidité qui relient I' • sor de tant de jeunt'. iren
upéri ur que des lacunes d'éducation lais. ent dnns une dé olanle infériorité. Le contemporains nous l'ont montré tel qu'il êta.il
dans I salon et dans les rapports mood:iin ,
très vif, toujour · empre sé à rendr cnicc,
extr5mrmenL aimahl avec chacun, plein de
aillie originale , ans jam:üs fa moindre
méchnncclé, et revêt ont de formes pittoresque
et colort!es un bon sens toujour éveillé el
pétulant. Il airuail le monde cl y allait. Malgr 1
un certain débrai\11: dan la mise, - d11
moin à se opinions républicaine qu'à a
n~glig nce des détail , qu'il ne poussait cependant pas aussi Join qlle son père, - il y
plai ait, ma.Jgré es qualité cl on espril.
u .Je l'aime b aucoup, écrh•ail plus ta.rd la.
comte
de Boigne à (. Pa rtuier, et je le
r1.,~j toujour. :rve lo plu grand ploisï-r; il
o de soulier· croLLés, mai c· L un causeur
charmant et dooL l'e. prit t plein de variété. )l
!me llécamier no pul guère s'apcrce"oir
&lt;le m&lt;1rite de ce jeune homme le jour qu'on
le ltü pré enta. Le paU\TC ,;irçon en •net ful
• i :i.Joui de l'éclataulc beau lé de celte remme
J.ont il avait 110c la réputotion était unhwell •, il en fut si fortement imprt'~ ionné,
&lt;[a.Ïl n demeura sans ,·oix. A,·cc sa. liicu,..eilLancc habituello pour tout nouve.a.u venu,
Oatt.t'.'f! en outre de l'dfel si \'isibl qu'elit•
proJuisait ur le. jeune homme, Mme Jlfolmicr lui aJre sa quelqnes paroi gracieu. cs
dont le r :aultat fut de l'embarra ser dnYanla0e. Il c remit enfin tant bien qnc&gt; mal,
reprit un peu de an,.-îroid el répondit am.
bienveillantes que tion de l'enchanteres C'.
Pour ache er d ·e donner une contenance, il
pous même la hardie se jusqu'à prendre
ur un uéridon uo couteau de ma.rbr rouge,
bibelot arLisLi11ue de travail italien el de grand
prix, et il le lo11rmenta de e doigts comme
pour échapper à l ero barras qui le tounnentait lui-même. Tout à coup le marbre .c
l.iri a net. Le pau rc Jean-Jacques, regardant

avec dé espoir le morceau qu'il avait dans
chaque main, aurait donné tout au monde
pour que le ol ·'eotr'ouvrit cl l'engloutit,
lui, son embarras et ce couteau de malheur;
mais la nature oc chan«e pa.sl'ordre immuable
de ses loi pour fa.ire plai ir à un timide ou à
un amoureux. 'e L bi n dommar.re, car la
calA trophe qui \'eoait d'arriver parai ail au
Jeu.ne AmpijrC pire tJU 'un nouveau déluge
univer el. Mme llécamicr le calrua d'an sourire aimable .fit di paraitre ous un cou. sin
les débris du précieux couteau cl continua la
con\'ersation aussi paisiblement que 'il ne
s'était rien pa.sé. De fait, i impie cependa.nl, le jeune homme lui ,·ou:i une reconnaissance qui no e. démentit jamais, et il ne
e fit pa prier pour reTenir dan. le sa.Ion de
cette femme qu'il trou\·:til an , i honnc que
belle.
J.-J. Ampère. n'amit p eu d'ange gardien
dans son enfanCé, sa mère étant morte de
très bonne heure. Il en lrom·a un à l'Abbayeau1-Boi . li crut même un inslanl y avoir
trouvé mieux que cela. C'est ainlc-Deu\'e,
grand npprécialeur Je celle nalnro fine cl
origin:tle, qui nou raconte le pelil épi od
que voici, charmant da oah·eté et de gràcc
jurenile. 1 Dan l'élé ou l'automne qui uh·it
celle. présentation dit-il, et qu Mme llécamier pas a à la Vallée-aux-Loups, mpère y
pn. n. également quelque
main en compagnie de on ami de Jus ien, qui y avait un
pied-à-1.Crre. Pendant ce temps d'in·
et de
bonheur, son imagination . e lina à tous le
charmes d'une compagnie d1:Jicate el cboi ir,
qu'un soleil couchant de diüna beau lé cmb ·1lis·ait encor•'/ Ampère ro\'int à P.1ri une
quinzaine em•iron avant Mme l\écamier. Il~ ·
1111'il la ut dt! rclour. et la premirrc l'ui
11u'il !ni refit vi-ilr ~ L\Lha l'-aux-Boi., il la
Lrourn cule. !We Juî pilrla. avec sa gràce 01·t.linaire de· charmante journée , des course el
promenades à Lrnver le vallon, des gais entrL'Licn où la comers.1tion animée du jeune
homme arait mi un aUrail de plu . Pui~
toucbanl avec on art délié la CTbre du cœur,
die indiqua légèrement qu'il y o.vail u lieu
peul-être à des senliments émus; 11ue du
moins elle aurait pu craindre, ,i cela 'éLail
prolongé, un corruncnc menl de romn11 pour
un cœur poéli'lue, car a nièce, alors toute
jeune, était près d'elle. Ampère à ce mot n'y
Lint pas, et tout d'un coup éc1atanl aveu
lrouble et avec ann-lot : « Ab! ce n' t p.
pour elle », 'écria-t-il; el il tomba à genou.,:.
Sa dé laraûon était faite. l'aveu lui avait
lchappé : il avait proflré san le vouloir la

parole sacrée sur laquelle il ne revint pa ....
C'en était fait désormai du de! tin de toute t-a
Yie. !me R&amp;:nmier n'eut plu 11u'à eonlinue1·
de le chitrmer cl à 1 ~lmer peu à peu s:ins
jamai le guérir. »
C'était Iorl bien d'essayer de calmer ce l,on
jeune homme, à qui elle avait fait perdre
l'e prit: car elle dP,·nit reconnaîlr , en \'oy:rnl
l'effet qu'elle a ·ail produit ur lui, là juste , e
de la pensée du poète :
l'11 peu~re amant Jit c qu'il pi!11se
Snns lrup penser 1t en qu'il lliL.
LQ désorctrr ,i 1 !On tlloqumce;
Qu nd le cu•ur Jlllrle, ~di u l'e'l)ril,

lai il aurail fallu commencer par ne pas
rendre cc cœur malade, je veux din· amonrelll. Comme pour Lucien Bonaparte, comme
pour Ballanche, comme pour Benjamin Contant, comme pour Chateaubriand, oommc
pour Lous le autres, Mme Récamior ne s'étaitelle pas amus le, malgré .e qnarante-troi!
an bien sonnés, 11 essa1·er l'effet de
petite
mines, soulign:mt des rou,.,eurs pudique. et
effarouchée , ur la timidité du jeune ad le-cent'! On sait ,r1ùucune femtue n'e. t plu·
ensorcelante, pour l'idéal encore rngue d'une
jeunes e rê,·eu. e, que fa femme Je Lrcol
an ; el, à quarante-trois au , flue Récami&lt;'r
n'en portait pas plus ùe trent •. Jugez un pl'U
de l'incendie allumé par l ' yeux. dort) de
11 la belle ùc belle D qui foi oil les arnnce ,
el de 11uclle façon I à relui r1ui n'aurait pa
encore o é en faire /1 la, la ide d1• laide . Car.
on anra beau dire, jamais ua pclit juw1e
homme de \'ingl nns, comme l'~lait le fils de
)1. Aru père, n·aurait eu l'audace de tombc.r
aux pied dr ~!me n1c.1mier :'il 11· m•ait été
fortement en ·our:i.,é. Les &amp;mes tri-s tcndr~·,
comme la ie1me, ont bc-oin qu'on lt·ur fonet11~
le sang cl qu'on lt·~ (-peronn«&gt; pour ll'ur fairP
rranchir le fus ·é de l.t tiiniùité, le •1 ouffru
d'UJJe premièr déclaration. A plu forte r:lion quand il 'agit d'un/' femme dont ln réputation était uropé nn 1•t b h auté tr'.· impo•
ante. « Qui donc, a dit .'Lendh:tl, 'avi 1•
de dcyenir amoureux d'une reii1e, à moins
qu'elle ne ra se I nvancc '! 11 • 3n, être
rdne, tme ll~camieren faî ailt1 loul homme,
beau ou la.id, jeune ou vieux, afin d·éleud r •
cl d'a seoir de plus eu plus .3 répulation de
fomme aimable. Jean-Jacques Ampère avai1
été. frappé au COltir par me Récamier
comme Jean-Jacques Hous eau l'avait él~ par
Mmo d'lioudetol, qui, par parenthèse, était
loin d'être belle. Et, tout en larme il ,ltail
tombé a.u pied, &lt;le ln coquelle.

1A s11ivre.)

JOSEPH

TlfRQU.\, •.

PO~ Tl{J11TS F]{ANÇA1S

.,,..

Le chevalier de Saint-Just
Par ED.MONO PILON

~om.hrira le rennrd, à peine i 1,- boucb
des chornm: e déra.n,.eronl d'une ligne, . i la.
nrUelé de la cravate
froi .crn d'un pli.
Ju tpJ'. ln fin on bel baLiL bleu rc Lera boutoun; en Li \rem •nt, ans ·ouvrir j:imai - pour
l'amour ni pour la car . , el &lt;.;°c t à peine ·i
dans le tumulte des • s,cmblécs., la froide
!!l'àce Je on visage ':utimera un peu plus
&lt;Jli'à l'ordinaire. Les ourcil, pt'ul-ètre e
nppr ·heronL darnnLa:;r en ign · &lt;le l'impérieuse '"olonlé, en inar11uc Ùll comm::u1de111ent, mais, toujours, il gardera la ·ymétrie
de on co»Lume, le urire Je ~es lhws,
l'aménité Je es m:mi~re .
Ce portrait, le plu, hdèlc qu'on ail de lui,
resseml,I · un 1wu, par le J.es. iu comme par
ln couleur, à ceux que ,renie pcigniL 11•~ la

3

Dè. :,ion arrivée à Paris. le lils J11 cbeva.lier
ùo ai nl...J ru l s 'in ·t.o.lln rue de. ,aillons, à
l'hôtel d · État Unis. L.hôlc · e était une
fcmm Je !,elle' manPrcs d'nn esprit dislimmé et fin, connai sanl le' art· et e;o11tanl
le~ leur . En ·a mai. on logeait h veu ,e d'un
or11eier des garde du coq&gt; , . lme D porte·
Je Doullen . ferume charmant' et douce, d L
voué à l'ancien régime el peu a.vcm111lc au
noul'e..111 qui lui semblait alla.quer trop vivement le r pcct de la rcligiun el &lt;ln roi. C
ùam ", faites am coutume de Paris et fort
avanies en co1Hersation, s'inléres èrent à
c jeune homm • de bonne mine et d'esprit
aimahle qui avait déjà sacrifié oux ruu es el
f:iiL imprimer un petit p0t me plein
de m tbolo~c t'l de fadeurs amourcu e . 1.'bàles e co,wint même de
lracer .on porlr:1il. Et c'e l "rùce
à ce cadre, de i11é d'une main
pieuse par les ·oins d'une amie,
que nou l • relrouYon lei IJ11'il
c1 tail a, ingt-cinq ans, beau commt•
1111 dieu, avec riuel1ple cho e dans
la h1.J,rnll: de cette mélancolie malndir el charmante ()lt'il ten.iil d,
·n m're, Mme de aint-Ju L. Le
voici. m elîet, dans Loule la. graden e én!nllé de son IÎsa c 11n peu
l'l!minin, un p1m grêle, emblable
11 un Anliooüs rè\'Clll' el élégiaque.
L'en ernblc tic la 6guro ·t Lien
proportionné; I.e traits sont rénuliurs t fin ; ·ou l'arc de sourrils qui e rapprochent harmonieuement brillent de !,eaux ycu\
hleus &lt;l'nn regard profond et crutaleur; le nez délicat s'arrête aude .u du 11n dU\·et de~ lèvres non
loin d'une bouche~ molle et chnr11uc, d'une impéricu &amp; en un.liti!,
l.e fronl esl part.a!!é par la li!mc
des ch.cH!UX. qu'il avait a~ondonts
1:L 11ui retombent, de chnque côté,
en se bouclant, avrc une gracieu. e
r cherche. Le meulon, d'un pur
1·1mtour, 'cncadr &lt;lan I hauLcollPl del'habit bleu dccicl 11uïl porlail
urdinaimnenl et dont lu tt.:mp ·
n'a pa. effacé les hou tons d'or ni le
SO)CU d largesrever.. ne cr:irntc
ul11nche qui retombe sur le devant en larges pli neigeu , achèYe de donner
à l'en.semble de la ph) iooomilj celte "r1lce
charmant' et ce maintien uprème qui reslcrnnL toujours 1~. marqu · dl! a persorme el
donl il ne lui armera jamai J~ ·e départir.
A peine ·i, plus lard, un peu ùc duret:

p i!!llil.. l'hôtesse de la rue des Gai1lon , et
~lme Dcsportc de floullens s'en montra i
r:nie ,p1'clle en rnulut le ca1lre Jan. se·
:ipparlt•m nts. Il c t rai que plu· tard elle
ùn scnit pour recouvrir le portrait Je
, larie--Tbérèse pour laquelle clic aYait u11
culte. Tontefoi., son nmitié pour ainl-Ju t
était granJ.e. On ne dit point ce qu'ell devint
p3r la i;uite. Cept•nJ:ml, il est c ·rlain qu'elfo
&lt;lui "Olller micu1 que personne le pdl&gt;me

d'Org111tl :
J,· , rnx holir une helle cliimèr · .
c,,ln m'omus,• el rcniplit mon loi ir ....

« C lie belle chimère n allait se hillir en
•ti'el; la destinée du charmnnt pro, i!IJ ial
n'allail pas larder à se des iner bientôt ,nec
le événemenu ; et, pendant deux:
an· ncor •, il e pr 'parera, dans
l'ombre. à la vivre dans toute son
ampl •ur. 11 e nourrira de lectures.
Cette jPunc tète pa sionnée et Têreuse dont Camille Desmoulin a
écrit 11u'il la port.ait sur se.s épaules
a..v~c le ,8$pecl d'un 'aint- a ·renwot . l'a e pencher sur le ou·mg de philosophie et 1'\ dur
traités de ci1isme. L'éducation ttu'il
ri&gt;çut à Soi.son chez tes raloriens,
celle qui le perfectionna à Reim
Ja1t l't!tuJe du droit, tout r.cfa,
l, arides leçons de maitr • , la
connai nec de science , l'étude
des clo~ iqucs, s'effaça peu à peu
devant la lc-clure de Pbton, d,
li nte quieu et de Jean-Jaci1u ..
nientOt il ~· joignit les di cour. d,,
lloh pierre. Le sl)lc de fa imilien conci., sobre, travaillé dans
le silence des m~dilations, Juj scm.
hlait le modèle du genre oratoire.
ainl-Justs'cn !!l'isail comme d'une
uoi on forte, fétudiaiL minutieuement, devinant à Lrave.rs la pauvreté d phra c , le vide des pt"riodes. l'éner!?ie indomptable, l'amLition démernrJc auxqueUe· il lui
emulail que -a vie étllit liée déormai . l•cu à peu la fiè,ire cinqu ,
le rcn1plit prcs~ue complètement,
Cliché A lilout&lt;t.
SI\INT·JII T.
pénétra tout on être de on ardeur.
Il 011,.,e.ai l J acrifices 11 la naTableau a1tOllF•""· ( l/11set Ct1n11aa~t.
tion. Et, quand il ,int, en 1 i90,
à Jo. tète de h d :pu la lion dr a
fin de sa vie. C'e L la mrme sua1ilé d • Irai
r mma.n pour a ister, ou Champ de !ars,
et de coloris, la m~ll\e recherche de grùee et à la fète de la Fédération, on esprit ne sr
Je rèverio dans la figure av c un peu de po édaiL plus, lirûlait déjà au-deda..n. de lni
1•elte Dl IJa.ncolie des jeune gens de la :;ucié1,: de toute
flamme intérieure. ne animation
n1cyclopéJiste qui avaient lu de trop bon11, «'Xlr:iordinaire a.gitait :i pensk de l'ar~eur
heure Émile 1•t le Con/ml .•ol'inl. Ainsi 1· du moment. Il lui lardait de e jeter dan la
... 299 ....

�H1STO'JflA - - - - - - - - - - - -mè.lée; el, bien qu'on ait écrit ur celle
époque de a vie plus d'une cbo e liccncieu~e, il est certain que son jeune cœur,
gonllé d'un immense désir d'action, battait
plu pour 1a liberté que pour une maitresse.
Le poèLe d'Orga11l, le fade jeune homme d
idylles néo-grecques et des églogues de flernardin, n'atLcndait que l'occa ion de se sii:rnaler. CNte occasion arriva bientôt. l.es
gens de BI 'rancourt apnt étr menacés de
\'Oir leurs marchés lran portés à Coucy, prii.'renl Sain L-Just d'in !en·cnir. Et aint-J us 1
êcrivit à Robespierre cette lettre inouhlinLlc
qui décida de Loule a vie : « Je ne ,1ous conurus pas, disait-il à Maximilien, je ne 011.
connai pas, mais vou êtf'~ un grand homme.
Vous n'ètes pa· seulemeuL tléputé d'une province, vous âtc celui de l'humanité et de l.i
Républi11ue. »
C'en était fait dé8ormai , el cc gracieux
jeune homme, cet harmonieux adolescenl
qw eût été à Rome ln compJgnon d'Adrien,
:; lai , à gagner par la R~volulion. JI en
devint le favori. Elle le prit doucement ur
es vagues sanglanles et le porta ain i au
l'alt de la puissance et de la Rr!publique;
e1le Je porta si haut et i Lien, avec une
précaulion telle, que pas un pan de on babil
cl que pas une boucle de ses cheveux. ne s'en
lrou~èrent froissés, el qu'au-dessus du Lumulte, des cris de mort et d'espoir, sa chas le
et délic.1te tête d'Adonis conlin.ua à sourire,
illuminée du pâle regard de e 'eux Lieu·.

lI
Ci&gt; fui le 1~ novrun~re J 792 que aint-Ju 1
prit, pour la première fois, la parole à. la
Convention. On J pr•éparail lo procès du Roi.
IJe débat élail tum.ullueux. .Billaud-Varenne,,,
téonard Bourdon, Marat, érigeant ous 1
plafond du .Manège des FeuillanLs des faces
tragiques el plébéiennes, m•aient p:irlé, têtes
sombre du peuple demandant la lèle royale.
l~L la Com·enlion hésiLail, ne sachant plu,,
troubl6e par le Girondin.. oudain la faction
de la Montagne s'agita. Oo vit Maximilien
Robe pierre s'écarter de\'anL un jeune homme
au beau vi age, à la mine élégante. C'éiail le
locaLafre de la 1·ue des Gaillons, le rnisin de
)fme Dt&gt; portes rie Doullens, Louis-Anlo~P,
chev~lier de 'ainL-.lu t, le plus jeune cadrt
lie la R ivolulion. a démarche, on bon air,
la beauté de . on vi age lireol sen:,.ation dans
les tribunes. Les femmes e pt&gt;nchèrenl.
Qu'allait dire celte bouche écarlate faite pour
l'amour el 1mur le ~iser7 El cc seux candides, qu!'ll flammes autres qae ·elle. d'm1e
douce .fiè\·re allaient-ils lancer? L'Assemblée,
allenlive, füa le nouveau renu; mais des
lèYres de celui-ci ne tombèrent que de
paroles d'àprelé et de ven"eance, cruelles
implacable , incisi\'es, mordanles, mais en
même temps sobres, pleine· de décision, et
de mépri , gardant de la di tioction et du
charme, au-des us de l'injure et de la mort :
(\ Je di que le roi doit être jugé en ennemi;
que nou avons moins à le juger qu'à le
combattre.... Jugrr un roi comme 11n ci-

toyen! Ce mot étonnrra la postérité froide.
Juger, c'est appliquer la loi. Une loi est un
rapport de jus!icc. Quel r:ipport de ju tict&gt; y
a-t-il donc en Ire l'humanilé et les roi ?...
On ne peul régner innocemment; tout roi e t
un rebelle el un u urpaleur .... fültez-Toru;
de juger le roi, car il n'est pas de citoyen
qui n'ait sur lui le droit qu'avait Brutus sur
César. »
L'accent i!taitcontenu, le isage imp, ihle,
la noble a Lête &lt;le 8aint- acrement &gt;&gt; avail
o cillé à peine ur la mou eline du jabot.
Cette bouche d'amour avait jelé des parole
de mort avec l'aisance magnifique de la plu
froide et tragique crn:iuLé. Ce verbe bref,
lrancbanl, emé d'interrogation~, enlremèlil
de principe , rappelant la vertu, é\'Oquant
J'imaae des Iloma.ins, remua prorondémcnl
la Con1•ention. Le poète ifOrgaul, en un
instant e trouva devenu le poiot dP. mire de
l"Assemblée. Plu beau que Couthon, q\1C
Uanlon, que Marat, que Maximilien, il était
aus i d'une éloquence plus lilléraire. Le
Girondin , effra}'é des proportions du mcurlre
qu'on préparait, en admirèrent l'ounier habile et nouveau. Brissot viol Ter lui, muni
de propositions, désirant l'attacher au groupe
dont Vergniaud, Uarnnve et Barbaroux repréentaient l'élite. g:iinL-J us! refusa. on caraotère., osciUan t Ia veille encore, se des ina
aussitôt avec une énergie faroucbc . on
admiration était pour Robe pit&gt;rre, il le dit
avec nelLcté, le cria trè_ haut, se déclara
l'homme-lige de on parti. Pourtant , an
. ortir d fa séance, l'alleadaient m a modeste Lahle d'hôtel les épreuves de la nouvelle.
édition de son poème: J!te.· pas e-lemps ·ou
le nourel Organl, p1n-1m dép11le rle la Crmioe11tio11 alionate. Et c'est ain i qu 'affirma
1
désormais la douLlc ,•oie de sa vie, d'un
autorilaire, froide, cruelle et implacable, de
l'autre soucieuse de la gràc:e de on esprit,
du charme de son maintien, s'appliquant par
le choix: dr ses paroles et celui de se habit
à atténuer la dure violence de on moi public,
et tâchant de e foire pardonner à force &lt;le
délicatesse, do dandy me et de !!ràce pr sque
cbeva]eresque, on jacobinisme innc~ible cl
exalté.
Il en était de même dans ses discour· c111c
dans ses acles. n sentimentalisme lmmaniLaire en ,,oilait le des ein ecrcl. Et il arrivait
souvent qu'on élaiL tout urpri du 1·ote qu'il
arrachait à ses collègues par de mo ·en;; que
n'avaient pas connu les plu gr:md~ orateurs,
et qui consi laient à demander l'application
du mal sous le fallacieux prétexte d'en combattre les effets chez les autre . ou~enl plu.
inspiré du président de ~fontesquieu que de
Jean-Jacque lui-même, il mêlait se discours
politiques de phrases cr.eu es et élégantes recueillies çà et là au cours de ses Jectures, el
nul ne ' avait mieui que lui envoyer ses ennemis à. la guillotine en parlant des Horaces cl
de la dée. e Raison, en iavoquant les plu
illuslres exemples qui sont dans Plutarque el
en donnant à son crime l'ex.euse même des
plus nobles actions. Combien de per onne il
filmonteràl' échafaud sou prélextededéfcndrc

ooll

"""3oo,.,.,

.

- - -------------•
la libcrlé me11arée el qui n'a\'aient commis
d'autre mal que cehti de ne point partager son
opinion de pcn éc. Les mur seuls du comité
de alut Public en connurent le nombre et il
:irrh•a souvent qu'au ein mème de la Convmlion, plu. d'un, parmi es ad\'er aires, courLa
la lète de1·anl lui de peur d1~ ne plus l'avoir
lon&lt;rlemp à garder ur les épaule !
Collot d'Elerboi , l]lli le craignait tout en le
détesta.ni, lui di ait ouvenL, par haine ùe on
déisme t &lt;le a phraséolo ie pomp u e : « Tu
n'e qu'une boite à apophlegmes. » fais lui
sui nit a destinée, sans hé iler un seul in lanl
devant la trahi on de e. ami ou les coups
de es ennemis, acceplant sans faiblesse la
responsauilité des act où il entraînait ouVènt a\'ec lui la. Comen1ion entière. n ail le
r~quisiloire arbitraire qu'il rédi 0ea pre 11ue
seul contre les Girondins et la part qu'il prit
à In rédaction de la loi cle . u~pccl . Nomm1•
::iu comité de alul Public, il .t·nl sa férocité
grandir a.,.-cc on étoile, CL ce n'c t pas san ·
une sorte de ali raction per.onnelle d"homme
se donnanl le compliment à lui-même qu'il
dil à se· collègues., le jour de l'exécution de
la Reine : o Yotre comité a pen é que la
meilleure l'eprésaillc envers l'Autriche était
de metlre l'échafaud el l'infamie dans sa
famille. 1&gt;
Dès lor on action s'~tcnd aux ,Jacobins,
::m Comité el à la Montagne. Ce jeune homme
de ,•in°t- ix an· entreprend d"actionner plus
vigoureus~ment encore la machine ré-P.&gt;lutiounaire; il pr~pare des loi · dont il a urera loimèmc l'exémtiol! l on ne sait pa très bien
i, en grallanl derrière chaque goutte de sanrr
des papier puhlic.s, on ne retrouvera. pa un
peu la signature de a main élégante; on ne
saiL pa lrè hien non plus 'il n'a.mena poinl,
par le ré 11 ime de terreur qu'il sema dan le
armées sa11 -eulouc , la victoire à se prononcer. Alors il alleint au comble de la puisance. Il esl :ms i haut dans la gloire et le
meurtre qu'un despote de uélone. el q_uand
on admire son Leau visage étincelant de jeunes e et pétillanl d"espoir, on e l prêL à
applaurur en lui le jeune ange de la Jiberté.
Envoyé en Als.'lce avec L lbs, il l.rri e la
révolte militaire par une prompte et rapide
di cipline. Dès brumaire an 11, un colonel,
qui a tenu de propo contre la République,
c t fusillé; un commandant qui, sous l'cmpir
rio Yin, a rrappé un de es h.oromes, est dégradé; le général Eisemberg, qui a reculéde~anl le~ Kai.erlick , est arrêté, jugé ommaircmenl et exécuté. es ordres sool LerriLles,
Il est partout à la foi , ordonnant a11ecàpreté,
ne soulirant pas de retard·, pas d'b.ésitation,
pas de murmure. Il décrète la victoire. Le
rrimaire, Hoche auil. en yain es ayé de
déloger l'ennemi campé ur le hauteurs de
Kaiserlau Lern . Il est repoussé. Alors ainlJu I et Le Bas lui écrivent : a. Tu as pris à
Kai erlautern un nouvel engagement· au lieu
d'une victoire il en faut deux. &gt;&gt; Une a.utr
fois aint-Ju t s'adresse aux. officier municipao.' de Stra bourg : « Dix mille homme.
sont nu-pieds dans l'armée. li faut que ,·ou
déchaussiez tous les ari locrales de la Yillè

.._,

_______________________________

et que demain, à dix heures du matiu, dix
mille paires de ouliers oient liuées au
quartier général. ,,
Il ordonne el les ,•ictoire ont gagnées. Il
pa e el les plus haut dignitaire,; de l'armée
tremblent d~,•anL lui, craintifs comme cleYanL
le maitre . [l revient, et les têtes les plus vaillantes de l'As;:emblée roulent dan le panier
ur le rérpüsitoire implacable qu'il a préparé

LB CJŒ'VAl.1,ë~

milien, la tête haute, d.ominaLrice, et d'une
toujours i pnriaite di tiuction dans la manière de cravater ou col el de boulonner bien
régulièrement les pans de on bel haùil hleu.
Ul
Par œs traits inoubliable , par ce que nous
a\'ons de son épbryne el du rôle qu 'il y joua,

DE

S.1nNr-]us1 - -,

el tendre dan ce cœur ravagé de passion cl
d'orgueil et qui fuL corLaineme1ü l'un de
pin purs qui batlirenl dans une poitrine
répubHcainc. 'il esl vi:ai qu'il commit de
·rimes el répandiL le .ang, il sut montrer par
lui-mi\me 1ru'il n'avaiL pas peur tle la morl el
que 'il avait la donner aux autres il savait
partaitement s'exposer à la recevoir lui-même.
A l'affaire de Landau le 6 nivose an H, en pré-

0

OOÊRIEUR .o't.rN C0:!111'É RÉYOLUTIONNA.IR'E

contre elles, C'en est fait de Danton, c'en est

fait d'Béberl, c'en est fait du paurre et
idyllique Camille, o celte admirable fleur qui
lleuri sait sur Danton t 1&gt;. Le 16 germinal le
venge du sarcasme du Vieux Cordelier'; et,
le 10 0oréal, de retour à l'armée du Nord, il
a sure par a sé\'érité, .es décrets et son commandement le succès de Jourdan à Fleura .
Un retour triomphal l'alle.nd. Un voyage jusq11'à Paris n'est plus qu'une série de fèles. Il
touche au suprême de son orgueil. Il rentre
dans la Convention, entre CouLlion et [nit. füchclet.
2. C'est Camille qni avait dit de aint-JusL : • '.Il
porte aa tête comme un ainl- acrcmenl , el, 1ùisl
'ai~L-Jmt qui anil r~pondu .= « Je lu, ferai porter
la sienne comme nn ~unl Den1a, 1&gt;

sous

LA TERREUR. -

Gra&gt;1ure de B!!RTBAVLT, rfapres FRAGONARD Fll&gt;S,

nous pouvons dire ce que fut oe caractère de
Saint-Just, d'une si déconcertante complication. En vain les biographes tentèrent-ils de
l'exalter ou de l'arilir. Ils n'empêcheront point
celte jeune ttite \·olonlaire de se détacher sur
l'aurore rouge de on temp avec la rigide netteté d'une admirable eau-forle. En vain les
sectaire.s tenteront-ils de nous le représenter,
les uns comme le monstrueux héros d'un
mouvement déplorable, les autres comme le
saint de la reHEfon ci"ique dont Robespierre
se désignait le Mes i '· Aucuns n'entraveront
la miautieuso recherche du ps~•chologue et il
n'en est pa qni p0urraient nous empèchei: de
découuir toul ce qu'il y a d'abominable el de
sublime dallS celle âme tout à la foi halltaine

sence de.Desaix el bien que son grade de commissaire de la Convention l'eùt autorisé e
tenir à l'écart, il se jeta résolllment au milieu
de la mèlée, cc au milieu, dit Baudot, de la mitraille el del' arme blanche, avec l'insouciance
et la fougue d'un jeune hussard 1i. Le même
courage l'accompagnait dans les as 'emblées.
Il y mQntra plus d'une fois une audace périlleuse. El ceci n'est pas d'une àme basse. C'est
au contraire d'une énergie assez noble, si l'on
pense aux exemples qu'il avait sous les l·eux el
-Ï l'on compare la délicatesse de son physique
el l'élé 11ance de a tenue à celle des autres
sans-culottides. D'aucuns lui ont aussi reproché
&lt;le n'être que l'instrument de llaxi.milien. Rien
n'est plu faui:. «Robespierre, écriLLevasseor,

a

�111ST0'/{1A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ .,.
un d leur. contemporain , a toujour ' 1t ·
re rd· comme la L'tc du goU\ern •ment r ',·olulio ire. Pour moi, qui ai n1 de prcs 1 ·
é1· ln .en 'Dh de cette époque, j' o erais pr •sque
affirmer que in1-J11:t euL plu de part que
Ho pierre lui-m,\me. 11 '1 l'on ·u depui
l' mpir 1ue ainL-Ju Lexerçait ur l'idéolo•uc. t ll Lui 1tail d r nu n • s.-iir , dit L,•ms. ur, l il 'en était rail craindre peut-êtr
pin qu'il n':n· it d irç ·en ! ire aim r, et
s'il a f llu quo le · id· p rsonncll.es d l'un
plia.sent deY, ut œfü• d l'aulrP, ile l ccrt.iin
•111e jamai · L :tint-Just n'a c~dé. 11
insi, int-Ju ldnminait a imilhm comme
M. rimilien domiu:tit la onvention, el c't:1:1it
le 1il du bourg oi d B!t:rancourt, le fade
p le de Nout·erw.r 1111 ,e-temv, qui él ,·ait
:iu--dc,, ·us du tumulte forrnid l,l Je la Jt :voluLioo, on :toquence d'uocal e altt' et l'inneil,le ri •ueur de son ~toïcLme d'tt t. on
s.11"-rroiJ indémontal,I calmait .1 imilicn,
naturellement moin bra\ •. Et il étendait a
volon tenace ur Couthon tJui plia plu· d'ull!'
fois deYanl lui. ur Le Da. ur se · ollè!?'l.le5
du Comit • dr ._ alut ublic. La beauté de ·e
m ur qu'il a,a.,t pur , l'attrait de phy ionom.ic, 1 dtki. ion de p role o impo :ùenlà
Lou et forç icnl l'admiration. &lt;( on caracl '.rc
ét:iil u. l'·r , é irit de lui, pllb tard. apr,
Thermidor, . on ennemi Barr~re, , mœurs
politiqu, \'·rc . • li n donna jamai pri. •
, u ' moindre upçon d'immoralit • cl d lias.• L di lincti li d tout on être était ),i
intime, ·i profond,!, qu'elle ut l'élc,·cr à on
in u au-de u de or. 0 • du lemp . u priapi me, à la d 'hauchc, au
dal • que .
colli•ru~s promt'•neal a" · de fiUes dan lo
j3rdin i:;,, lité, il oppose le flc•• m in urmon•
l, hie d .on purisme. On ne le voit pa au cafJ
l'roc:opeba ngucrl foule ou 1 · hu te d, lirah auctde,tucius' evol,: uiaucaféduCom01•r , rucd Blan -Mant ux,a\·ec.Y:uimilicn; ni à celui de int-llonoré où l'oodil 1ue
fürat, alli n, .. erg nt el Pani . 'cuin-ai nt.
L~ emmc· Je touchent pru . Le dcmoi Il·· n «Leaux fourr · ux 1p1i empli~. aient 1
l'ari révolutionnaire du hruilde leur impureté
ne p •uvcnL rien urlui. 'onnomn •parutjamai
quc poliliquem t ou l'ie11.r: CordeJiu, àl' .4 mi
clupeupk, au Pere Duche,1e,ct à fa Ch,·01w1z1e
~rnmlaleu~e. t l'on ait œ qui · pa.. à
l'arm ·e du ord oit il a il l1té cavo : en mi ion Yec Le 8 . Irrités de 13 rte de L:indrecie a il eujoi!:rntrent aux olda.LS et oFlici r de r •n,·oy r inuuédiatem nt, ou · pcio •
de niorL, l fcmm · d mauvai e vie qu 'lis
menaient avec eu • el d étèrenl ro~rn, d
peine ri ourcu e contre I homm au ints
de·,rt.ain mal die .»LcBasn'était dan · t
ordr , qur. le ·ond de aint-Ju ·L. Parloul oi1
il · ;1ll'•rea1 en mble, Le 8 plia d ·\ nt ·on
·oU~gue. Il l'aimait cl l'admirait 'onall.acbewcnl pour aint-Ju t était profond •trou ait
qu'il tenta. de le marier · a œllf', llenri1.: Uc
Le Ila , qui était jolie et di ae de lui. Il y eut
quelqu · rapporl d':unilit!purecntr •l • jeun
" CDs. L' 111e ri!!ide du converuionn ·1 cmhla
'allcndrir un iwtanl u runtacl dé œ llejcunc
6lle qui ne demandait qu 'à l'aimer. Des pro--

j t d'unio11 rur nt conclu . Un se mari r, il
pr la Il1holuûon. l'ajour d'ali ndon, l'ami
tic . la . imilicu, rcpri aux cliarmcs d'un pot:. ie intime Cl puérile, écrh it •1u ïl ne dé ·irait
plu, qu le r po « avec tfu ·lr1u •s nrp nt. ù •
terr' 1 campa"ne, un r1•1nwe aimée ·l cl ·
lilr pouroc!'Uper e· loi ir ». l,oui -Antoi11c
•1ui il I' ,cnir bucolique d · ,·ic. li 11.
lra~it d'avance comm il avait tracé le nom
d '· diO :r ·ni f t · républi · ine : 11 Fète d ,
époux », ,, F le de cmeor · », " l'c~lc de~
moL on· •
d vieillard 1. Il a('et •,. il e&lt;1111mc un t·ouronn(•m nt à tout ·a \'Ïl'
de dé inter . emt·nl cl de h i~m1• · r •tour
tr, uci11ill1! it BJ1:ra11courl, le houh •ur du
Co3'cr, 1. joie lwun1 c: d sa famille. L'horreur du ·an.,. 1 pr ru il. Gin innalu •JUÎ n • it
comhatlu pour la liberlcl cl la mort, il 111• d: ir. it plu,, pour plu· tard, que ·a mai,on i1 1
camp·t"ne. Jean-,l11c11ur , m, d~m • de W:i rcn.,
1·, Chimn llc Erin IOm ill,• 1• rq1r •11 i ni
av •c l'all ndri ·sant rénJiJ de 1·ur poème. Eloinn d J "l"Ïe p11lili11ue. auprd d'U nriellc. il
apprendrait à
caîant la Vie des homme.1
il/u. tr . , le. 1Ja,u111 t. l' Emile. Et cc rait I'
tle douce heure · hi •n "ar;n . Jai ·
n'était ~11c l'o irif. ·n in tant r•pr'
b aut I de champ . d ·
mpaw,, , d
l'amourcouju al, il , r,:l'eîll •.oudain comn1ti
un lion terriLle. 'a oli&gt;re
lraJuiL co impr · ·atiotL froide, et durl! . l.11in d'a,·oir 1 ·
emporlt-rn1:nt · de il.l.Ùnilien, il , • r • ·u ,jllait,
111aU1ît lni•mèmc d'\'ant ·a ,'iolcnr . El
•1uand il 1'3Îl pr,:1u un in l.anl tout cc 11uïl
aYaitd • chim :riquc cl ù'impo · ·ibl • à réa li •r
dan ec projet: d ·un fulur in ,•rtaio, il rcdc"•nnit le commis. aire d la onrnntion, J, ju"
du Comité d • aluL Publit ; sou mNpt • un
inslnntaclouci, 'a .ombri,sait~oudaincommr.
lui du Bru1t1 anlitJU . ,\u lieu Je.s mol ·
J'amourc'étaicntdc~ mol demorlc1ui .-ortaie111
de e. lèvre Ir mLlaol' . u pari ·ment ire
pru,:,.icn ']Ui venait lui demander un armi. tic&lt;·
lor qu'il 1Lait aux armée. du . ord, il fa.i. ait
r 'pondre:, LaH 1publiiJ11C frani;ai cner çoitd
e ennemi etn l ·uremoie qu, du plomb.»
llu hien il monlail' la trilnmede l'a . cmhlé •
cl lisait cc Jé ·rel lcrribl 11u'il a,·ai l compo. é
awe le. 1101 de .fa imilien : • J, ,icn.,
di .,it-il, acquitter le tribut \ère d • l'amour
J 1 patrie et ou ùir , n mén:in ment,
de vérité àprc. .... » .Et c'Hait la tèlt• de Danton •111'on lui ll\rait, cell • de 111:her , celle de
D moulin . Plu la douCl'ur riant• de 011
repo. lui parai . ait fuir, plu ·aoi!!llail d lui
l'image &lt;Jt:iiciew,e d la r trait , plu. il muris it emporté au d là de la raison. L
arm de la lih rté ne doi1·cnt être tou •hfo
qu'a, cr. d ruain pure ·. » s'1·rri:1it-t-il el il
ù ·mondait Je:- ,î ûrn1: · t encore d · ictimc..
I.e méprL CI11'1I :nail d&lt;! aotn.• ' lu pou ~ait
aü , iol ·urc. , l'i lui d'orJinaire i cou tenu, i
corr •et, d'Wle si majc tu •u e él ; ancc,

impurs dan. l
tique. nfin ·
c rowpit. li
fille pri ait.

ur "ie comme dan leur polili i on a, ,r Il nriclle Le Bas
'aperrut un jour rp1e J, j unr
or. œ fnl hni. li ·nt un rir
'(IU:t ln dentelle de
11
iawl pour ·n rha r l'oJ ur rnam·ai ·e •L
Louroa. 1 ulon . Ce fol le t·ommenrem ni
ile c~ malh •ur .

'étrîilil puLli11utrucnt à la ConHmtion :
« rrat·h •i-ruoi Je cœur et mang t-le, vou ,
dcvicndr 1. cc 11ue , ou n' te p:t· : ••rand "! 1)
Kl :,ru1,; douli• il ,l\ait rai on. Il 'él •vaiL
bien au•d · · u. tl ·. a tir . , il 1:lait plu lo· iljUc avec soi-iu1·m · 11 uu lùllS ceux d • la Mon◄

3ol .,..

IV
C' sl Fo11tl!n ·lin 11ui dkait qu'il n'aimaiL
!JU • ·lie S• t:1il l r.om·"r.1l ion . ainl"-Ju. t nr poul'ail point raire lc
m m r ·pr ·h à l:t fürnl11lion. EII OP âL1
ni le qu:i.lit~ · dl· on phJ.iquc ni li clc
• m1 moral, l i clic dé,· •Loppa n lui, au p. rn. y~mc, corlai.i1 app tit d tlominalion, ell •
u'êLoulTa j m:iL 1• ·e111im ni. de 011 co•ur.
Aux jour· 1 plu .ombr il n !Ji . a point
périr en lui, ni 'é1oufii 011 le tumulle d
acliom, 1 p lite ncur de l'idille qu'il avait
toujours oign u~emenL gardée au food de on
i-lre ommc un ·ou cnir de • jeun ~année ·.
L' po'•te médiocre qu'il était J'abord a,nil
bi. é pla à un idé lo•·uc lout impr Inné
encore ùc poé. ie. Le oiJJ de la llépubli,1mi
ne lui firt•nt oublier jamai u de . a r mil!•,
et nou · arnn rn le r~ve d!l rl !raite champêlr qu'il formait pour plu&lt; Lard. n amour
lilial était r prctu ux cl rave, il avait punr
, .œur.s un t.endr
ffectueu c, •l l'un•
d't'll 'étanL mariée, on a con
de belle
1 Ur guïl érrh il à • o épou , p ur l' ua,.cr à prendre place d:in . a famill
« • l t. Yot-re jeune mariée, d' it-il, el urLoul n·illcz à
qu'ell n'épau , aucun chngrio dom ûriue d l II lure de ceu qu'elle
n'o er:tit point YOU confier. L'idée que j'ai
conçue de otr famille me fait roir 11u'il
aimeront lendremeol cett nou ·elle . œur et
cette nouYelle fille. »
n a a au i e fiança.ille arec Il nri Ile
Le Bas; i elles e rornpirenl cen•e.~t point d •
a faute, m i uniqucm nt p.i
qu'il 1tail
rroi ,é dan ln u3ccptibilité I plu· intime
de lui-même I t parce qu ïl oc pou,·ail · uffrir
qu'on ne l'approch~t qu' ,·ec de mains pure •
ttc phra d · « main par · • qu'il
pl i nit à r :péter n'était pa cbcz lui qu'une
imn e. C'était un pen ée Lien nell de
l'a111our-pr pre qu'il exigeait chez lou - r.en
qui apprt,chai nt d on amour. Il voulait
qu'on fùL irr~prochable comm il .e pcn·nit
ètr lui même. a ~llei ·oir Uesmoulin et
dite -lui que j · tiru ,on p lrioli me, mai
'(Ue je fo mépri e, lui, p r i• 11uc j'ai pénétré
,on : me, 1) écri,:iit-il, d . 1rn~. i1 Ull d e·
nmis. c 01épri qu 'il a111it pour Ir · aulr ,
c1pli11ue peut- 1tre I p u de c.1 11uïl fai it
de homme el le peu de prix qu'il ttacbait
~ le lai er ·îne. . on iJl:aJî · me ,i ait plus
haut que les individu , montait quclquefoi ·
u qu'à d · conceptions qui n'ét3ienl pa ' ao
rrrnnd ur. C'l' L à lui cl non à Ilol1t,, pi •rre
qu'on doit I fom cus , lb 'ulo,:i uom •lié :
L • peuple françai reconnait l'Ètrc ·uprème

L'E~C1ŒYALTE1{ DE

S

lNT}USJ - - ,

el lïmrnortalilé d • l'ùmc. , Il •joule. Ji:.
1111'/1 J, lin ·ou allitud • esl ileud u 1•. . a llt·11ve, pour c alter 1•. Girondin ·, le J,:,horëtcs chique au call·ndrÎér dl' ~ al,r d't,nlan- crawal, 111 w • e. l l1ien mise. Il porte uu baliil nor renl m 11uin · cnr, pari, Mit J 'lui ..an
linc . .Ailleur il demande a que le: loi "~n :_ de cout ur 1.h:1moi , un ,.ihit fond l,lanc l!I Il· comprendre. Et c'e t .~lic·h •let p•ul-êlr 11ui
raie· soient olenn •llewent proclamée dan.
UIIC culotte de drap gri Mane. Il c· . t à peine
le pénétra le mien quand il él:rivit dt• lui
le lempl . • Le mot Cœur re, i nl .ouwnl
i un l lger abattement e roan1uc ur on quo c'él il « 1m1• haut el fü•re n, Lure. 11
Jau · ~ discour L c frril . Et le fatal \Ï. an . fi e·t un p •11 plu p~lc, \OiLl, Lonl. Il :.iint-Ju l rut cela en cffi t. on caracl'·r : :1ait
jour du · thermidor, quanù il montera, ~ n • • :, Jléli rl, i1 Dao1on l à Camille 11u'1I p:i · ionn d rigid à la foi.. Il a\'ait l ·
pour ln dcrnièrl! fois, a I tribune ile la a fit condammr. t m1 orgu il • l si, • .-te ,,ualill! dt! r JLin ment de ~on i' ·le, il t•n
Con\'cntiou, c · ra pour ·e c aller 11 ,e., c·t le m1:pri •1uïl a d'eux e I i pui. an! •~u·1t avait 01L i l • défau ,·incc : el l'on prul
roll\!!uc , pour I ur livr •r lïntime :t:er l J
~1,n;::e cnrorc Ir. :urpa_ '-l'r dan l:i. ma mère ùirc san. errcnr qne 'il ·••n inspira hauh•~on êlr,•. Quelqu'un celle nuit a n:tri mon mênu: de ~avoir mourir. Il ne parle p:i: au m nl dan I vertu, il ·••n rccomm nda nu,. i
cœur et je ne pui. p,1rlcr 11u'à rnu .... » J&gt;t?Uple comme Camille, il n . frappe po. le t,i •n dan lé crim • t dan 1• forfaits. ~loinPhra. c tnism tique et ,:igue qui 'interrompit fnmt comm Ch 1nit~r 'll prononçant J ' p • ti.•nanl •Ju plu· d'un . icc-le 'i Lécoul t rlepui
au. itôt sou, la \·oix nccu~atrirc d,i Tallien, role.: fatale·, il ne plcun• pa • · :1111i comme .sa ruorl, uou pou1·on I •jug •r plu ni11cme11L
sou· le· l,la phème el 1._ ri. d · Ftiuché, Je Ir: ,irondin .. , il n'imocp1e point l'u1"1·aliludc et pl~ uhrcmcnl .• ïl e.t rrai qu'il jm1:1
Collot d'lferhoi , de BourJon cl de l\o, r ; humain•. nn lmcba111.1ioc, au•dedan de on ~ou1· nt dan le: tir :ncment · de son 1'WJh
phrn. e doulourt use par laqnelle il allait fürt·r bt' u c,). 111111,·, n déf,1illu point el c·c l ro a- un rôl • t(Ue I rh :1eur. s'appliqueul à lrou,w
peul-être le secret dü tout . a ,i 'i petite lrmf'nl 1p1'il meurt, obr •ment, di·•nemeot, ·riminel, il olfre à c •ux qui ne e ronl point
phra c plaintive d implorante qui c.:.t · ns en Charte. fer p!u. 11u·cn m n:in!, en plûlo- JI! la \'crlu et clu ,·ice ln m me im !:! ''tue 1•
Joule la prcmicrc rl la d rnière d 1faill:met'
opbe plu qu'en an~-cnlollc. EL cc jeun
cominuu. un l,cau porLrJÎI de volonté .
qu'il 11t j~m~i . C r, d · ,1u'il rut que homme d • \'ingt- ept ans, i.. u d • famille
Il y 3 dan 1-. mu écs ù · nomhr •11· : toit ·
1:' 11 il fini, qu'il n' arnil plu d'e~poir po.11:iu,·re. r teju qu'à 1. fin enfoui ,fan . cr:\- tic l'époque de Primitifs et d,· la ncnai~ a.nec
iLle. il nle,·int maitr de loi. ,\lor 11ue , Le d fine mou se.lino avec anlant de cJinnit-.&lt; n•pr~~cnlanl un aùmirahll'. j •une homme nu,
l\ol&gt; ·pierre, Couthon cl le Da· e. sa1ère11l que le roi ù'.\n .. lclerrc dan cet admirable col 1• corp. lraospcre de· lli!th du m.art1re.
d", Lt •nLcr i1 leur jour lui d meura i:almc ùi: dentelle· dont le para Van Dyck!
1.;'c l saint :ba. tien. aint-Ju l me rapp li
ou. l'ora ,, indillërent, son imrnol,ilc oun uppliœ rut lé di •ne couronnement de ccl,e.au aint 'tlba Lien, martyr comme!' utr·
rire d mépri.· po é i-ur le lhrc- . Ju qu'à 1,
i:.1 courte ,ic pa. wnnée. et, 11uani.l tomba ,
d'une nou elle religion, a ·ec celle diflérrnct•
lin, il donna dt oin. à I xfo1ilicn t1 nl on j,•un l te Je ':iin - acrl ment ur llc ria • loulefoi • c1u· ,•ant de c lai· •r percer par le.,
connait 1. lin atroce el l'acciùe11L dont il rut iu~me uù. par c orJtl'., en étaient toml,éc
lkche , il 'en serriL pour fr,1ppcr d'autr ·
,·i,·tim de la parl d'un gendarme ri taire. t,1111 d'autre , on p ul dir, que c·cn ~tait bit ,i ·time . C' • l un h • u pro61 e d1:la h,mt
Jusr1u'à l.t fin il demeura couragcu~, ricidc tk 1 (\ :rnJution.
i-ur une uobl • et • ini tre 1poqu •. Frappé en
,Jans on rJle t·i,·i,1u , froid de,·not la morl
Il •pui. , l . lai ·toricn
nl ,. •n qui ont méJ, ill , il eo montre à la loi la face 'tin•
conun , il l'a,ait été devant le triomphe. Ju - pirll! J • lui a,·ec r ion . L:imartinc, .'1intc- celantc et Je rcvor tragique.

tn,.ue •t son ru ~pri · dé, oail con id 1rahlc •

1· cool mplcr : mal ,. •lu , parlant m 1,

r·t

1

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pa, 1 U('rrc par

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l.:.0.,10:--:0

on Ili toirc dl!- /&lt;'ra11ç11i.-. cc mot: à 1p1i
tout•~ le hi taire 1/e Fra11('c u'ayai ·nt ri :jà
fait Jaire 1111'110 trop I e.1u d, •min. Yo)·on, la
&lt;&lt;
lcllre ,. :ritalJle, t ·Ile 11uc I n ilonné \1. Champulliontl', pr\ u11Jo1ll"rwl manu ·rildu lcmp :
Cl .\fad11w1•, pour ·ou adv &gt;rtir cornweot se
11 On ne relrou1c plu , lit-on dan
1
pur le r ·. ;;orl Je mon infortuuc, clc toute
ét11'1e 1,··1ori'}11e Je M. de Ch traubriaml, cl,o ,., nr. nù·st 1lemo11ré 'I" 1lto1111e111· ,·r
l'orininal tlu t m II l,il) 1: Tou( &lt;' ·/ pert/11 la rie q111 c. l ~,111fre, cl pour , que en nu,(nr, /'lio1111l'11r; mai, la Franc (JUi l'anr:iit lrl' :1d1l'r,it: t"lle llllll\ellc ,·ou" frra 1p1d1pu:
é rit, Je IÎl·nt pour 1111theuli11ue. • ,it; j1• rc, onrorl, j'a prié 11u'11n me lai st \Ous
con,·i •n. 1111 trè Ion lcmp mrm • chez 1
c,crirc · 1 llrc~. re 1111' n tn'a onréahlcpl
·éri •ux hi toril'll. , l'on ajouta foi , la mèul accordé. \'ou ~uppli:ml d · ,olloir prC'11œlèbre p, rol1 ; n rctrom nt pa le hillct ÙI\' l'e trérnit: de vou ru i.me· en u.aoL
dont, en moiu~ d'une lh1e, •lie étniL lout' de ,·o lr a · uLun1tEe prud nœ: car j'ai
la I n ur. on ·eu fiait cl • bonue "r: cc :1 la l'œpoir •n la lin que Di •u ne m'aliandonn •ra
tradition qui il~ d ~darail aulh nti11ue; mai: point: von, l'L"t:omm:md:inl îo~ petit, enfa11l!
lor~11u'a11 lieu J • l"I: bill •t en iuq mol · on et 11• mil'n . HlU :-.uppliant illi fair donner
retrouv:i toute um: lr.llfl' m ,in"'l Ji •n ·: au
cur p ~" ·L le r tour en E~pa n à c •
moin , q11i 1:lait ccrtain1·mc11t la &lt;~pi • ù • porh'ur qui ya '"•rs l'cmp •rcur punr .. ,woir
œll • que FrançoL l r 1: ·ri\Îl à ·a mèr,• I" comme il faudra que je soi trairté, et ur c~
. 11ir ile ). malL •urcu journ I Je P,n ie, l'on très hunihlern ut me recommande a ,·o~tre
11 • fut plu au i 1· 11Ha11l. Eu fa • rit! c,•tte
bonne gr.ic •. i1 L hi. torien , .\we · lle
panr, fo mol fut UCll(lUl'Dl mi l'll doult'. rm11i • de r • umé ·t pour ain~i Jlr · J • ro11C'c,t cc que 1. d Chateaubriand au.rail ùù 1lcns·1tion 11ui ·' ·mpare d' 'U qucl1p1 •foi .• cl
;noir, r la découn:rle était l'aile a\aot qu'il pr~ •1uc toujour, m. l . proJ&gt;os, pen ~ri:rll
publiàt s,•. tt111le lii forig_ue ·; c' l ca 11uc 1p1•cu réduisant à rmq mot.:; bicu frappé.
1. dt: ~i mondi n'auraiL pas dù innorcr. ltù Loule celle leur•, il lui Jonn raient plu de
•1ui, venant opri· 1. d • Chat~ubrianJ cl for c. C' • t donc cc 11uïl firèlll, ct.cda, j'en
t.X:rÎl'anl un livrtJ plu êri1•ux, du moin · par
ui· ûr. a,·ec d'autant plu J' ·mpr•' .elllcnl
l'apparcrn:c, el plu, approfondi, n'auraiL p·t 11uïl: bill.lient ain,i le: 1·t ilL t•ic qui c l
Jù la.L r &lt;.-ourir l!llcorc, ,ou, Ll.l cou,crl Ûl.l sa11lt-e, pclitc cou.:;idération incid ·nle, 4ui

Fors l'honneur»

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+
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PJ LO.'.

e,t i:n ellct 1111 p u moin · h roï11u • 11u • 1·
r • le, mai· qui po11rt. nt parait tout n turelf P, quaml 011 réll,:chil que c'est un lll qui
:cril =
iu~r •. Le roi a,-ait commencé la
phra. ·, 11: füs l'a ndl'vé .
~\ntonio de \' ra, 11ui dcYail connaitre la
l •ttr' par le m:inm ril J , ïc·ai,e Lod:un ou
le· p.1picr de Grnnn·lle, mblc a\'Oir :p I«.&gt;
premi •r qui ·u·i ·:1 rie cet arr ngcnll'nt " la
laco11ie1me. Yoici omm nt il 0011. l'a Ira•
,luit •n on e pa,yn 11: J/atlama. toto e /,r..
JJettlitlo i110 e.J la ho11ra. fli lorien tl•
'bar! ~-CJuinl. Y r n'ai, il P3
n, dout ·
intérêt à cor;igcr la ,érité pour fair• plus
h u le rôle du roi ile ranc(' · 111:w, prt.L
· ut· Je œltc foç.on, ln l&lt;'tlr ,l\'ait je ne ,a·
•1uel a.ir qui de1ail plrure d 1·a11t:irrc à .OIi humeur ca. tillaue. c· ··t pour c •la peul-être
qu ïl uous en :irrt111•r • Cl'll wr ·io11, Li •nt,ît
repri c rb1•z nous, lradtût • popuL1ri. ê•, mai
celte foi pour la rai :on touti: françnisc que
le mol ain:i ùouné •1ait mi u au \olÏncu de
l'avi • et r •le,a1t c111:o·re ,oo caractère ch1:1alerc que. l.or:qu'un n •n on
u· ·~t. ~pr··~
tout, co111111e1·clui-d, ljU·un d :t,ri 111! la, :rilt•
t!l 11u'il , ,on uri ine dan · uue rai on d houneur, il faudrait êtr ' bien \ ·cr pour ne paj
lui lilie qr.l.ce. Dir • c'- qu'il c. t, ne plu
croire, ,oilà, clon moi, 1. ~eulc riguc•ur qu ïl
laill · p rmcllrc à ~üll é •arJ.
EDOCARD

FOUR. ILH.

�LI

La mort de Murat
IV

1.e roi tressaillit, très p~lc; puis il cria, les
peuple. Il e leva, fit sa toilette eL alla 'aseoir, selon son habitude, sur le rebord de la yeux élinœlants dïncfümation :
- Un con eil de guerre ... un conseil de
petite fenêtre ouyerte ur le golfe. C'était une
tiède journée d'automne, dorée et en oleillée. guerre pour moi? Allez dire à ce messieur
Murat, qui Cll~t!rait encore sortir sain et sauf que pour juger le lloi il manque des rois, que
de ce mauvai · pas, ain i que se partisans pour j urrer le maréchal de France il manque
enfer.ru: dans une autre aile du château, d maréchaux .... Allez!
Le sergent, foudroyé par cet aeœnL el par
.Mural contemplait la mer bleue, pc.n.ant peulêtre au jour où, lihre et lr:mquillt1 1 il s'eru- cc regard, orlil à reculon . ~tarai, resté seul.
hanruerail pour reLOurncr anprè de a famille. dumeura immohile comme s'il voyait quelque
Le grincement d• la porte le tira de sa rè:- chose de terrible dans l'ombre. Puis il se
rie. Droit près de l'entrée, la ma.iu au képi, rcmiL cl revint à la fcoètre.
Il était encore Jà r1uand la porle s'ouvrit de
un vieu-.: ergent, qui es ayait deparailre cnlmr,
nouveau el le capitaine larace, en 'rantl uniallendail que lo roi lui adres :i;L la parole.
l'ormc, cnlra dan:' ht chamhre.
- Eh bien ! ser.,.cnt, que ,·oulez-vou ?
Le roi e retourna à moitié :
- Que Youlez-,·ou , capitaine ·1
lui demanda-t-il.
- Je sui désigné pour défendre Voire Maj~t~... fil l'aulr&lt;', en
M iLanl.
Le prisonnier s'approcha de lui,
et appu a.nt sa main sur l'épaule
du capitaine, qui trembla à ce con-

])'abord, Murat fut enfermé dan une pelite
tour aux muraille épaisses et humides, aux
,·oùte bas es, éclairée par une étroite ouverture où. fllLrn.it, mélancolique et faible, la
lumière du jour. Puis, on le transporta dans
une des chambres moin noire et moins
mal aines de la plaLe-forrue. 11 obtint ce chnn&lt;rement gràce à l'interv&amp;ntion d'un "entilhomme, qui 'appelait don Francesco Alcalà
cl.était Espagnol.
Celui-ci était accouru pour offrir e ervices au roi prisonnier; et, le voyant en lrunbeam:, couvert de taches et de poussière, il
fil apprêterun bain parfumé rrui
soulagea l'âme et l'esprü de ce
malbeureu.x, si habitué au luxe el
au., recherche élégantes. U lui
procura aus i un babillemenl neul',
el la chronique ajoute que, cc
soir-là, Murat eut de culottes et
une ,•e te bleu ombre, un giJel
de ca imir gri et une casqnetle
lacl :
de velours noir, brodée d'or. El
- C'e ·t i11uLile, dit-il: je sai:.
quand, ainBi vêtu, il se montra à
ce
qui m'attend. Du reste, je vou
la fenêtre du ebàteau, la foule
remercie
. .Ma défen eestdans mon
variable dans ses affections et
droit. Je ne puis être jugé que
prompte à changer d'humeur,
par un tribwial de rois ou de
l'accueillit par un murmure d'admaréchaux. : Loul autre arrêt est
miration; et plu d'un d'entre ceux
un assa sinat.
qui avaient été féroces dans la
Le capitaine salua san. réponpour uile et dans l'insulte eul
dre
et s'en lut : le roi relourna
tle remords et admira le noble
à
la
croisée et s'accouda sur li:
aspect du prisonnier.
rebord, lais-ant errer on regard
Cependant lo général runzianlc
sur les eaux azurée qui brillaient
était accouru de Tropc.i, une villa
au oleil. Les dernière hirondelles
\·oisine; il prodigua des oins re~pa aient en crian1; le mouelles
pectueux au roi déchu, foquel re(.:()IDillC des éclair hlaocs, rasaient
prit peu à peu, sinon la gaieté,
Le
Oot ; les barqu de pêchcu r
du moin l'insouciante indill'éfùaient
à toutes ,,oile . An loin, la
rence, propre à cet homme, qui
cote 'étendait, bleue arec un
avait si ouvent affronté la mort
ligne d'argent sur ses bords. ·n
et courait au péril, aLLiré comme
silence mélancolique et serein pepar un aimant, rnlime quand son
sait sur le ciel el sur la mer; une
devoir de roi el de capitaine lui
paiJ. très douce descendait sur les
con eillaiL de l'éviter. fais ni l'afmontagnes, enveloppées de nuages
fabilité de se manières et de son
CUe.bé lira.un e.1 c••.
légers
; seule, la petite Yille ét~it
langage, Jli l'oubli généreu.x; des
agitée
par le pas des soldats, le
offenses reçues, ne diminuaient
CAROLINE BONAPARTE, Iu:L"iE DE °NAPLES, "ET SES E."if'ANTS.
piétinement des chevaux, le roul'in olcnce de ses gardiens et des
Tab~a.u du BARON GÉR,\RD,
lement des tambour .
visileurs.
Pers.onne ne saurajamai ce qui
Huit jours se passùrent ainsi ....
e
passa
dans
r àme de oet homme en ce moLe matin du i6 octobre, le roi fut éveillé
- Mai~ ... commença le mili 1aire1 sans poument : quel flot de ~ouyenirs, ~elles vaines
dès la premièrè heure par un bruit in otite, voir continuer, la gorge errée.
e pôranccs, qu~lles llllages .de liberté, quels
par des rumew·s confuses, où son oreiUe (.]t:
- Eh Lien?
miraaes de gloires et de tr10mphes, du preoldat reconnut le piétinement des chevaux,
Le sergent fit un effort et balbutia :
les roues de canon ·, le pas des l'anta sins,
- 011.m'envoie dire que le con eil de guen-e mi.e /de"ré de l'escalier monté par ce soldai
o iusqu"
"
de fortune
a lademrnre
mal'Chd
e, an
les commandements militaires et la voix du u .e réunir et que si Tou voulez-....

l'npothéo.e finale. où roi pui..anl, ,èlu de
pourpre, ~ouro~né de gemme , il s'as eyait
ur un trone d or ... EL lout cc po me d'audace et d~ bravoure de,·ail finir là, dan cc
coin ignoré du monde, dansoeLte pri:;on infecte,
demnt cette mer silencicu e t•t indifférente.
Aprè une heure d cette effraiante méditatiôn, la porte qui s'ounait setoua Jurat; il
tourna la lèle, lout en restant accouJé ~ur le
rebord de la lt"nêtre.
Lc vil'ux er"ent, immobile, le rega.,.dait
en silencr.
- Eh hirn? ...
Le )"eux du oldat .c ,•oilhent de lariu
il murmura de vagues parole,;. 'tonJfant es
sanglot .
Le roi • 'aperçuL de on trouble, de on
émotion, de a douleur ; il • 'approcha de lui,
en sourianl, avec une douceur el une mélancolie infinie..
- Je sai te que c'e t. \'a! ... c·e t la
mort, n'rst-ce pa. '?
- La mort. .. rJpondiL le mililaire, la tète
baissée.
Murat ne parut pas étonné; mai , Louc!Jé
et heurcn de l'émoi de re braçe homme, il
e mil lt le con oler.
- Pourr1uoi pleures--Lut .. Ça n'en vaut
pas la peine .... Tu a él • à la rruerre'!
- ùni, ire, a,·ec ,ou ..
- Tu en a 111 mourir d"au Ires, hein?
l,e sera;ent fü un i«ne 3ffümatif.
- Aloi· , imagine que, loi et woi, non
ntarchon à l'as àUt Cûmmc autrefoi , sou le
sîffiernent de la mitraille cl de boulets de
canon, el tiu'une balte va me frapper ô la
poiu-ine .... Faut-il ,e désespérer pour œla'/
Yà, retourne dire cc. mes îeur que Joachim ~lural n'a jamais c1•;1Înl la mort et 11u'il
c: t prèt à la subir. n'importe comment e-l
n'importe oi1. ...
Il y a,·ait tant de hao1cur, tant de maje lé
dans ce· paroles, r1ue le 1ieux ·oldat. comme
il le racoula en~uile, enlit plier
genura
devant ce roi q11i le rc••ardail awc une Lelle
indulgencC:J.
Il lui rrit la main. qu'il IJaisa plusieur
foi.s, en l.J;tlbulian1 au milieu de ·e$ san,,.101- :
- Pan.Ion, sirP, pardon!
P1ûs il sort.il, d:1aucek111I comm 1,'il étail
ivre.
Mural re ta nn i11 tant pen if; puis il alla
prendre du popirr C'l de l'encre ur une petite
table qoi se lro,naiL dans le coin h: plus
~bscur de la prison; il s'assit pi:è · de la
lenêtre, el. deyantJ'enehanlemenl de la nalu1·e
en fètc. il fil cC'lte lellre à ,.a fomruc. - ee
poème d'all'cclion intense, de douleur profonde
et de noble ré i"naliou. ll écriv~il encore c1uand
entrère11l le ~pitaine 'trntli l'i ull prèlr '· li·
·arrêlèreut, muets. et immobiles. pour ne
pas lrouLler le recucill ment du prisonuier.
Celui-ri, quand iJ eut fiai, ,•itfos deux homme ,
debout, au lond de la ch:mi1m•.
- 'oyez les l icin•enu . (11-JJ, en pliant sa
Lettre.
CcpendanL. es yeux étaient ,·oilé t.l •larmes;
il baisa le papier et s'approcbao I du capilaü1e
lralti :

a

1J. -

.... 304 ...

l11s T0 1&lt; 1A. -

l';tsc.

15,

- Je confie ce pli à 1olre honneul' :jurczmoi qu'après ma morl ,·ou le ferez par1·emr
~ rua lemme.
Le capitaine étendil la main ga.u.cbe, et
d'une \'Oii gra\'e :
- Je le jure, répondi1-il.
Le roi lui remit la mi i\"e, après l'avoir
bai ée de nouveau; l'officier 1a rrç.ut en s'inclinanl avec la respcetueu e soumi sion d'un
ujel, Lan! la ft•rmelé d'ilme el la érénilé de
ce condamné imposaient même à ses juges.
En uile, ,rural ·e tourna ver le prèlre,
&lt;1ui élail le chanoine-doyen don Antonio Masdea, un yieillardde.oixanle--dix an·, d'asp cl

,ioérable, el r~mhras :mt affectueusement,
il ajoula :
- Mon père, ma ,ie a été celle d'un soldaL
qui. par des vicissi1udes Yttriét!S, est arrivé
au trône . .le demande pardon de me faute à
Dieu et aux bomme e~ je Léuis cette épreuve
en t.&gt;-.:pialion de me péchés. Que nieu mc
pardonne mes offenst!S comme je pardonn à
ceux qui m'ont olfen·é ! ...
Et il se prostPma aux pied Ju chanoine,
qui, lel'anl une main au ciel, ùit d'un ton
solennel:
- .\u nom du eigrwur, lt: prèlre L'absout
et le bénit, le vieillarù t'admire el Le pleure . ...
El don Antonio ~fa ùea pencha sa lêle
blanchie ur cel homme encore plein de jeune ·e cl de santé cl, l'e11tnuranl de se· faibles
lm1s. le hai~a ,ur le front. Alor , Murat
rcdres a a haute lai Ile, le visa '"C calme el
tranquille; ,e:o. Ieux lancèrent des é-lair
comme aux JOurs de bataille, et d'une voix dll
eomrnandlc'ment. ~e toum:rnt wr le capitaine,
il ordonna :
- Allons!
El d'un pa::. :wuré il se dirigea ver fa
porte. suivi du chanoine et du capitaine; il
descrndit les dcox marche et se lruma sur
la. platc-forrn •, où dou:r.e soldats étaient
ranrré en file.
Le. fenètre et 1 balcon de la ville, en
face du cbâ1eau, !!laient noir de tètes : un
grand silence régnait dans les rues et dan.
le mai.on·.
Le roi marcha rnr l'escalier rrui descend
dan· la cour intérieure, ol1 il croy:iit être
exécuté: mai. il fut l'Clenu par le capj1aine,
qui, houle,ersé par l'émoliou, ne pouvant
parler. foi monlra d'un "'1' ·te l'extrémité de
fa plate-forme derri~r • laquelle 'élevait, à
quelque mètre . le mur d'enceinte.
'.\fur. ts'yrendit. e!, arriv1'-lh. il e retourna
cl • c troorn en fat~ de· soldats ranaés sur
deux files.
Alors. - je copie te.tl11cllemen1 le manucril, confirmé par le~ mémoire de~fa.dea, « on allilu&lt;le éla.Îl tcllernenl hautaine et
majc tueuse, qu'il inspirail l'admiration et
ci,_citait ln crainte.... » Le~ oldal pre lluc
lr mlilanls el le sergent qui les commanda.il
en,hlaieJ'.lt ne pa aYoir 'il devai,mt rendre
le honneur militaires au roi, ou frapper à
mnrtlc condamné. Le capitaine 11t lechanoine,
à l'écart. .idmiraient, étonné , ccue belle el
màle Û!ro.re qui a,·ait le rt gard d'un !?lil'.!rrier
et d'un ·ouvernin; t leur .u rprjse • 'ac-

MO~T DE .MU~Jf.T

----..

crut qnand )furaL, . 'adre ·int aux soldats ;
~ Alloa , fait
votre dè\'Oir. o vi ez
pas à la tête, frappez au cœur.
Pui d'une voix haute cl ooore, coni111e ·'il
commandait la manœnvre à ses phalanges de
bra,•es, il cria. avec une pause e.nlre chaq11c
parole :
- .\LtenLion ... prépareHou ... leu!
Le soldats, tupêfait · de. ce courage urhumai.n, n'exécuLêrent pas à Lemps les mouvement comrnaad • ; qucll1ues coups de
fa.~il partirent Lrop tôt, et .loachi.m llurat
répét.a au milieu de la fumée, avec la même
,,oj~ éclatante et franche :
-

}'en.!. ..

Dans le olenneJ silence de la ville spectatrice de ce drame san,.,lanl, le coups de feu
l]UÎ fermaient la grande ëpopée de la Ilé\'olution française éclatèrent avèe un sombre
fraca,.
Le roi re ta droit et immobile, dan
un nuage hleu, si hiun que le. as i ·tanls
crurent qu'il n'était pas hle é: pui., il tomha
à la rem·nse, dans les Ilots de soog qui jaill issnienl du a poitrine.
Majs le basa.rd n'arnil pas respcdé ll' dernières volonté du bé.ros : la joue ùroile dn
marlJr était horril,lemcnt aln'métl par une
balle.
es restes furent pieusemrnt dépo és dans
un cercueiJ de -apin pa.r le~ oldats en larmes
cl furent portés à l'égli:e d1in1~George , que
M:urat avait fait réparer et rn,taurer I1 es
frais quand il était pas é ,1 Pino .cinq ans
aupar:want roi triomphant acclamé,
béni ....

La foule muclle et timu ne suL pas rct,enir es pleur el éda ta en • anglols; les
femmes 'arrachaienl le t'heveux. Jes hommes rnontraient une douleur incère et
profondc ....
Et c'étaient le mêmes hommes, les même·
femmes qui, huit jour aH11ll, aYaicnt soufOcté leur ancien roi l't craché au ,1.ao-e de
0
cette llaje té tombée....

Tout ceci a été conté par témoins oculaires
ou recueilli daas les mémoire du tC'mp .
.J'ai tu 1111eJques parlicolarilé q11i ru'ont
semblé ans imporlnnce el trop peu probante ,
el plus 1ru'un récit dramatique, j'ai voulu
faire nne simple et fidèle mirralion historique.
Ici ma t!khe. emit termint&lt;e si je oe croyais
oprorluu ùe redire ce quc -raconte le peuple.
Celui-ci rapporte qu'emiron quarante ans
après la mort du martyr, p-ndant une nuit
ombre, vil ,il une masst: noire avec deux
points lumineux. errer dan le LénèlJre du
crolfe. C'était, assure-t-on, un na,ire de
rruerrc portant le pavillon français qui, depui
le matin. courait dt' ' bordén à la hauteur
&lt;lu Stromboli. Le navire, à la nuit tombée
s'approcha de la rh•e et un point .ornbr~
se détacha de se Hanes ave un bruit de rames
el de sirtlet de commandement.; enfin, quelqu ombres traYcr.èrenL la plage, grimpèrent
la rm:lle carpée conduisant à l'izzo. Elle

�1f1STO'Jt1.ll
marchaient silencieu emenl, el la pâle lumière
des étoiles fa.u ait reluire les canons des fusils
et des pistolet . Elles enlrèrent dans l'église
:tint-George et en ressortirent une heure
après portant une longue cai e. Toujours en
silence elle refJ.rent le chemin et 'embarquèrent. Le vaisseau donna le signal du &lt;lépart, el
seii !anaux rouges, allumés à la proue, fùèrenl
ver · la haute mer, laissant dans l'air léger
une colonne de fumée.

Le peuple dit qu'à la tête de cos ombres e
Lrouvait un survivant de la malbeureu e
expédition de 1815 - le général Franceschi
- el que le lendemain matin le sa.cri Iain d
aint-Georges, un vieux soldat soupçonné d~
« moralisme », Lrouva l'église bouleversée,
le lampes~eintes, la fosse commune ou \'erle...
li y de cendit et, à on grand étonnement, 'aperçut qu'une bière manquait: •lclle qui reufèrmaît le corps de Joachim llurat, roi de Naple .

Légende ou l.1Hoire, fable ou vérité, je la
donne pour ce lfU'elle vaut. lais ~i da.os la
mémoire du peuple le somenir du drame va
en s'allaiblis anL, ur le mur d'enceinte qui
enlour-e la plate-forme du château solitaire et
abandonné, les traces des balles restent ineffaçables : ces marques tragique "onl Là depui
le jour fatal, èt elles I demeureront longtemp encore comme la prem·e vi ible de ce
drame sanglant. ...
Adapté de l'italie,, p~r
JE
C,\RRÈRE .

.\lA.DAMB

Le Régent
Le duc d'Orléan était d'une figureagréalJle,
d'une physionomie ouverte, d'une taille médiocre; mai avec une ai ance et une gràce
qui e faisaient sentir dans toutes ses action ".
Doué d'une pénétration et d'une saaacité rare ,
il s'exprimait avec vivacité et préci ion. Ses
repartie étaient promptes, justes et "aies.
Se premier jugements éCaienL les plus sùrs;
la réflexion le rendait indécis . Des lecture
rapide , aidées d'une mémoire heureuse, lui
tenaient lieu d'une application suivie: il semblait plutôt deviner qu'étudier les matières.
Il avait plus que des demi--connaissances en
peinture, en musique, en chimie et en mécanique. A,·ec une "aleur brmanle, modeste en
parlant de lui et peu indulgent pour ceux
qui lui étaient suspec-t sur le courage, il eùt
été général, ile Roi lui eOL permis de l'être;
mais il fut toujours en sujétion à la cour eten
tutelle à l'armée. ne familiarité no!Jle le
mettait au niveau de tous ceux rp.ü l'approchaient; il sent.ail qu'une supériorité personmille le di. pensait de se prévaloir de son rang.
li ne gardait aucun re sentiment des torts
qu'on avait eus aYeC lui, et en tirait anntage
pour se comparer à lleori l V. on insensibilité
à cet égard lui venait de on mépris pour le
hommes : il supposait que es ser1iLcu.rs les
plu dévoué auraient été es ennemi , pour
peu que leur intérêt les y eût portés. Il outenait que l'honnête homme était celui qui
avait l'art de cacher qu'il ne l'est point : jugement am; i injuste pour l'humanité que
déshonorant pour celui qui fo porte. li teoaiL
cette manièrn de pen er de l'homme le plus
corrompu [l'aubé depuis cardinal Dubois], qui
ne croyail pa à la "erlu ni à la probité, et
n'était pa. fait pour y croire.
Madame lla princesse Palatine] aimait tendrement son fils, quoiqu'elle en blâmât fort
La conduite. Celle prince e, avec un sens

droit, était attachée à la vertu, à l'bon.nenr,
aux bien éances, à l'étiquette de son rail".
Une anté inalttirable, qui l'empêchail de connaitre aucune dtllieate e pour elle, la ffrait
paraitre du.re pour les aulres, en qui elle ne
uppo ail pas plus de besoins. Franche jusqu'à la grossièreté, bienfai ante, capable
d'amitié, elle ne cl1erehaiL point à plaire; elle
ne 1·oulail être aiméu que de ce1.u: qu'elle estimait. Elle aimaiL forl a nation, et il suffi ·ail
d'être Allemand pour en ètre accueilli. Tou
se- parent lui étaient chers, et son inclination se réglait ur la proximité du sang, même
à l'égard de ceux qu'elle n'a,·ait jamais vu .
Elle estimait a belle-fille [Mlle de Bloi , fille
de Louis XLV et de Mme de Montespan], el
l"aurait aimée si elle eill été légitime. a évérité sur les devoir excitait en elle la plu
forte indignation contre la duchesse de Berri,
sa petite-fille. On ne pouvait louer dans celleci que la fi 11ure el le grâœ ; car beaucoup
d'esprit, donl elle aLu a toujour , n'est pa
un SUJet d'éloae. ans avoir toutes les qualité
de ou père, elle en outrait tous les vices. 0
avait été son précepteur à cet égard i elle
devint bienlùL on émule, et le ·urpassa.
Le père el la fille vivaient dans une telle
intimité, quo des bruits qui n'avaient 1M
que de murmures ourds de,inrenl de propos public~, el a)ft-.renljusqu'auduc de Berri.
Sa religion ne lui permettait pas de les croire ;
mai comme il aimait éperdument sa femme,
il élait importuné des assiduités de son beaupère, et ce lier · incommode lui donnait une
humeur qu'il ne contenait pa Loujour • Il
était d'ailleur · efl'rayé des di cour· impies
que lo père et la fille alfectaienl de1•ant lui.
C'était entre eux un assaut dïrréligioo et de
mépris des mœurs. Leur impiété était autant
une manie qu'un vire, La princesse raillait
impitoyablement on mari sur ru1e dévot.ion

qui était pourtant l'unique pré ervallf qu 'il
eùt contre des oupçons qu·cue deYait làcbcr
de détruire. Le père et la fille n'ava,ii:nt, pour
e justifier, que l'exeè d'une folle imprudence; mais la folie de leur conduite et leur
indiDërence sur le propo du publie, n'étaient
pas une preurn d'innocence; cl la cour, qui
n'avait ni la ,·crtu ni la religion du duc d~
Berri, n'était pas si réservée dans es jugements. Le duc d'Orléans en f-ut aYerli, et s'en
indigna d'horreur; sa fille n'en Iut r~Yoltée
que d'orgueil; et ni L'un ni l'autr e ne se contraignirent pa davantage.
i le duc d'Orléan était amoureux de sa
fille, il n'en était pas jaloux, et vit toujours
avec assez d'indifférence le débordement de
a vie. A. peineeut-eUeépousé le duc de Berri,
qu'elle eutdes galanteries où le respect qu·on
demit à on rang l'obfigcail de faire le
avances. Le commerce qu'elle eut avec La
llaye, écuJer de son mari, fut porlé 11 un
degré de trt!nésie incroyable. Non contente de
lais er éclater a pas.ion, elle proposa à son
amant de remmener en Hollande. La }la ·e
frémit à œtle proposition, et ·e vit obligé,
pour ne pas èlre la victime de sa discrétion
ur un pareil délire, d'eo faire part ou due
d'Orléans. IL fallut Lour à tour effrai er et
llatter cet e prit égaré, pour que le projet ne
perçàl pas jusqu'au Roi. Peu à, peu l'accè se
di sipa, cl cette furieuse céda enfin à l'impos ibilité de e salisîaire, ou à la crainte de
rendre a folie funeste à son amant.
Lor que son mari fut attaqué, à Marly, de
la maladie donl il mourut, au lieu de venir
de Y r ailles pour le voir, elle se contenta d'en
demander la permission au Uoi, qui répondit
qu'étant gro se, elle ferait peul-èlre une imprudence; mai qu'dle en était la maitres e.
EUP. ne vint point; et son mari mourut an
l'avoir vue, et san~ en avoir prononcé le nom.
D CLOS.

""3o6 ....

L'amie

du

0

TOl

Par ERNEST DAUDET

Dan les premier· jour de l'année 1800.
la police consulaire était avertie que l'ancien
constituant Omer Talon, ra}'é depuis quelques
années de la liste de~ é'!1igrés, prenait la part
la plu active anx inlrigues nouées par les
royaliste contre la Répuulic1ue. on pa é ne
justifiait que trop celte accusation. Jadi procureur au Châtelet et mèlé, à ce titre, à la
fameuse affaire du marquis de Fawa.s ; compromis ensuite pour s'être entremis à l"elfet
de rapprocher Mirabeau de la cour, il était
parti de France en t 792 et n'y ét.aiL revenu,
sou le Directoire, qu'après un long séjom· à
L'étran«er. a eoodui1e le rPndail donc suspect, el le ministre de la police, sai~i d'une
dénonciation, n'hésita pas à lancer contre lui
un mandat d'arrêt.
L'exécution en fol confiée au magistral ile
sûreté Fal'del et, vu la qualité de I inculpé,
au colonel de gendarmerie Savary. Arraché à SA femme et à
sa fille, qui plaidèrent en vain
sa cause, Talon fut envoyé au
Temple. Il y passa deu.x ans.
En 1805, seulement, sa rigoureu e captivité prenait fin. On
} substilaail un internement
sur parole dans l'ile ainte-Uarguerile. On lit dan un rapport
du \l venlose de l'an XU : a Il
vi,·ifie celle ile depuis qu'il y
esl. TI a îa.it faire de superbes
allées ..• », un vrai bois de Boulogne d'ayaot 17 9. Ce n'est
qu'en t807 qu'il Cut définitivement liMré.
Deux circon lances semblent
avoir urtoul contribue à cc résultat : le incessantes démarches de Mlle Zoé Talon, fille de
l'interné, et la Lienveilla.ncc
toute particulière que téwoigoa
avary à celle belle cl spirituelle personne, dont les vingt
an donnaient tant de pri.t à
ses su pplicalions el à ses larme . Cette bienveillance fut-elle
récompensée , ur-le-champ ou
Sa\·ary dul-il s'en teniralor-aux
espéranees que peul !aiJ'e concevoir à un homme jeune et amoureux l'ardenle
gratitadequïl a su in pirer, par des procédés
générew et délicats, à une femme sen ihle?
1'outes les suppo ition sont permises. Mais,
le fait po itif, c'e t que, quelques années
plus lard, en 18] 2, existait entre Zoé Talon,
devenue, par on mariage, comtesse du CaJla,
el le général avary, duc de Rovigo, ministre

de la police, un lien intime el secret que
dévoila tout n coup le plus vulgaire incidenl.
A la (in d'un ha! donné par avary, ce
haut personna/!e aurait été surpri dans un
salon écnrlé do son hôtel, tenant assi~è ur
ses genoux sa belle maitresse, et on raurait
entendu lui demander de l'accent le plus
tondre :
- E -lu contente, chère Zoé?
Cc piquant épisode mondain e complète
pa.r l'inten•ention inattendue de la ducltesse
de l\ovigo. 'ou avons par les révélation
du grave chancel1er Pa quier qu'èlle était
alors en liai~on réglée avec lt! général lJoraee
Sehastiani et que celte eircon tance lui avait
,·alu de la part de son mari, peu de jour
avant, le plu gros icrs -reproches. Ne rêvant que repré aîJlc3 et prévenue &lt;le ce qui se
passait entre lui et Mme du Cayla, elle se

Louis XVII]

AUX Ti;LLERIE:s

(18141.

erail armée au silôl d'une carafe d'eau et
'approchant traitreusement des deux amants'.
eu aurait vidé sur eux. le contenu.
, Cet~ histoi~e dont il ne emhlc pas que
1 exactitude puisse être conte Lée ne lai erail
pas de ~airti comprendre pourquoi, en 1817, la
ugges~ve per onue, dont nous essayons de
reconstituer la phy ionomic, vhait en Lrè·

mauvaise intelligenec· avec on mari, alors
même que nous ne .aUl'iou pa d'autre parl
que le comte Achille du Caïla, par son caractère capricieux et emporté, es goût de
dépense, sa vie désordonnée, avait créé entre
sa femme et lt.ü une invinc.ilile incompatibilité d'humeur. A celte date, les époux.
étaieol éparés de fait et le. ri,1rlemeut de
Lou.te. les ~es lions sooJe,ées par celle . éparalion resta.il peo1lant, la Femme essayant de
défendre ses enfants et a fortune contre son
conjoint el celui-ci cherchant à ··en emparer.
CP rru'il
a de plu. remarquable dan
l'alfaire, c'csl que la comtes ·e douairière du
Cayla, mère de l'époux, s'était mis du parti
de a belle-fille. Ancienne dame d'honneur
de 1~ ~omless~ de Provence, attachée par son
man a la maison de Condi!, elle avait ton
les droi L pour elle el pour les sien · à la prolection de Louis XVIII. Elle
n'hésita pas à y recourir. Sa laje té répondit à a requête en
accordant une audience à la
belle Zoé et en chargeant Decazes, sou ministre, Je lâcher
àe régler au mieux le diilërend qui s'était éle\'e entre les
deux époux.
ur cette inter\'ention du ministre, qui s'exerça de J J7 à
1819, le apologi lesdeMmedu
Cayla ont gardé le ilence. Elle
crée, en effet, un souvenir gênant pour sa mémoire et faiL
d'elle un-véritable monstre d'ingratitude, lorsque, après la
chute de Decazes, appelée ellemème à le remplacer dans la
fa1·eur do roi, elle déploya, dans
le hul de plaire an parti des
ultras, qui l'avait mi e à ce
poste, les efforts les plus ardents pour effacer dans le cœur
de son royal protecteur le ou,·enir du ministre tom1é. o Lhèoe de la Rochefoucauld, IJlli
fut on ami le plus tendre et le
plus passionnément dévoué, se
garde bien, dan ses mémoires, où il parle d'elle a,·ec un
vilJrant enlhou ia. me, de toute allusion aux
erYice qu'elle demanda à Decazes. 1 'ou les
ignorerion si elle n'en avait lai sé dao les
mains _de celui-ci un éc.lalanl témoinnage, je
rnu.x:. dire ~a correspondance.
En 1817, voulanL remercier Jl, roi pour
l'accueil qu'elle a reçu &lt;le hu c-L , ':is,,11rt1r
qu'il connaitra 1·1.·s remerci~mcnt~, &lt;·'~st à

�______________

~ - 1f1STOR,_1.Jl
lit· z 11u'ell1• ·011rl ('Our lt·, lui foin parwnir : 1t You ll\Cl (IPrmi., mon icur le
c mie, que j' •us l'honn ur Je v1111. adre ·. r
œll • lellre, Jilpo il.air de mn prnfond reconnai ,a.nec. Veuille.e l1i n appr( ier rrll •
qut mï11 pir l'int 1rêl l'JUC \'OU a~ei a ,rdé
à me 1•rûanl , You: rappelant le. cru lie~
ini1uiétud , •JllÎ dilthirai nt li! c ur d leur
ni rc. hariu jour· leur ré\'elt•ra toul ce qu
,ou awz rait pour eu
Jusqu·co I I!}, ., m nife. talion d,: gratitude . ,. pour,,11h nt : a ParJonnc•z-m, i dl'
\'OU
'\'llpt:r ncor de nou., mon i ur le
corule. )J L. ommcnl n pa îou- dire c-0ml,ien je ·11i I rofondl'm nt 1011rlire de lonL re
qu rou. fou• pour nom a, ur •r un peu d
r pos. \'ou nu,·lll'l à Ioulé 1·r.lt('_ alfo1r1· une
pcr. ,~ranc• ljUi u• urrail e compar r
•ru'à rawilié .... En \'OU. parfont d1• IOUI( la
N!l'Onnais ,IOCI' •ttt« me. enfant. entiront
1ou dc,oir un jour. 1:' • t ,·011~ dir1• tout cc
tfUe j't1prom •.... u Cl L1· Mrl d loal
m \'Ïc\ celui d~ m,. eofonL• ,ont ntre ~o
111ai11 , 111011 icur. C li pen.r ~t ·on olante
pour moi. P1:n hé• d · Loule· le, l,onlt1• du
roi, j • n I ux lt: r co11na1lr ljlW par un
t:nlièr • oumi ,ion. li m' ·,-l dou 11uc ·
oriln• m oirnL tràn~mi:· pa.r ,•ou , moni •ur I t ml ; la eonh ne•• la plu hsolu •
•si dan 1111111 cœur. Elit: Ili' p,•ul .e 1·omparl'r qu · oio profonde r •connai ~alll't!. &gt;•
, ces 1•Ur ·, n pourrait n jouter d'anIr •:, r li d • lou I •- J tf •n~ ur, d,• }!me du
Ca,la •. n 1,cll m ".r • ,on onde ,1. dt: Jaucu~1rL1 ln durh,·., de Tunncrr . 1-,ll •~ t1ll wnt Louit·· •1uc Jh.1·nL fol lïn1t-rmédiaire
,J.:,ign,.: par l roi IK&gt;Ur ri!11anJr • H· liont •:. ur l\:puu 1 lhi·ur •u. •1u1 anit n1•our11
:1 .,, proL,•l'lion.
lh~n • d lit Ho1·licl' uc:111ld a, dan.
ro111~11 lor~riu 'il r~c ult• •ruïntroduil•! drjû
au Tuilt'n•·&gt;, pendant l;,
ur d I C.llel •
'Imc du CnJla rt&lt;~bl à la prii-r · du roi 11ui
lui demnwl. il in lamm •ni dt• i,t&gt; rl•n · nlr r
1.hin ~on 1·.il,11wt an'.c ,·on 111i11i. Lrc.
La , :rité, r't. 1 que. · ntraircmcnt à c
11u'il artirme •l ' c· que . uppo c lt1 ehaucdi •r I'. s~ui,•r, ell&lt;' ne prit pi)() aurrè. d ·
Loui .\ 'Ill 11u'apr'. la inorl du duc de
Uerf) 1•1 la diul' d1: Ile ·aze · 'ou. rn avon.
ruai11lt·.' ftrt'n,· . L' l •n màr 1, ~ 1, que le
futur roarù·hal d • Ca 1clla11c, i familier avc
1•- ·uulic&lt;.,I" moud, inr • ru •11tionn dnn on
journ:ll qu'on commt:r1ce à parler de la ra,· ur
Il ·~~ante dt&gt; \lme Ju Ca~I
: (( n lie. ï irituclle, furL iutri•rantc, tn' mani :r :c, t:11,• a
t1,ul · qu'il faut pour dcv •ntr une fa ·orit
:t ·1·omplit&gt;. • Iluil moi plu. lnrd scuh•m •nl,
t•n dt.11 rml, ·• (,.1 llorh foucaulil a\olle à Villèle a 1pù•llc a rt-mpl:i~é Dc1·nLC dan' la
ra,··urd11roiq111 oi"1teforlsa ·inver,aliono.

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l'a,, ,inal du dllc dl! .ll·rry.
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upplicalioo de
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lri JuJ1t·. d'.\11"011lèm •, a,ail ~,i crilier
préPr11 «· 11u·u11 appelait alor
la rour, et I' 11uign •1· 1fo ·a p r-

,.
Il l'a,·11il •r 1 i du• t 11 1111n1: on amba . adt&gt;ur à Londr11 ' . ni ·ht'lieu. t·n prena.ol
1 po1.u· ir, a\'IÎl i •é c~• _a,·rilire. I.e roi n
- ·• était résign • que la ruorl dau }t' œur.
1 'ayant jamaî
u t! pas er d'une fJ,·orile ou
d'uu fa.,ori, a1 nt ru tour à 1our la comt ,
d l\albi, d'.\1 r.n, Ula ·a- t enlin]) ·az • ,
l d :pari de t-elu'i- i lai il dans "a rie 1rn
vid • diffi iJe à ombler. Le om·Citir a d, n
f.aJ et d • .on ami. 11 lui ét.aiL alTr ·u em ut
dou lourt'us.
· llfll',

l)uellfu•·

110111~1

Il felh1l ,lnnc d1 ..rchcr
o!,jl'l qui l'en rM ,lHarhèr,

U11füréc d1·pui· p u pnr un• entcnr- judici ir • du j II conjn ... 1, ,\lmr du Cal·la st.·
lrunva li, 10111 à point pour occuper tian.
l't&gt;ntoura,!e du roi 1. 11lac&lt;' ,-ac.111te. La ll11rbt-f11uc uld . e \'lllte d l'arnir d •pui lon~tlllllps
pr •par·· il cc rrîle, el 1,ientill. l'll 1•11 •l. 1 rt
Ùt! on rlé~:irlf;e, d. Il e ·rriL l'l de • Oil
ch, rm , i prupr · 11 ~ duire le ,icu ~ouwrain. clJe t&gt;tnhl n'a\'oir r rnu~r: . liberté
11ue pour se &lt;' 111, acrer luut entière 11 lui.
Il lui :-uifit d1• 11ucl,1ue •nlrNÎ,•11 - \t!C
Louis X\111 pour le r.aplh r jamai· . .-\. la
lin Je 1 ~ 1. .a fayeur h3llail ,on pic.in.
« J'ai deux rommk inn à ,ou. donner pour
\lm· Ju ,la, frrhail :ilurs l • comte d".\rroi.
à S thène· de la Bochduuc.iuld: fo prerui' r
e,l d, me féliciler rcc ell1• du meilleur éll!l
dti I santé du roi, el la econde, &lt;lit •~lui Je
jouir en pai do n11Llc 1ha;?' 11o'ellc foil de
l'alli et ion l d • la confiance de mnn l'l.f ·lll'ul
fri·re. »
L
LituJe du cornt d'-\rtoi pour ln
'c plrcp1:iit dè c moment d'autant
111it·U qu ltu Ju ri!la était e11 Lrain d
l'OntriLucr at:11\emrnl à la chult• du r 110d
lllitti,lèrc Hirllt'li(•U, qui ;nait(' ~l' de ri ir ••
el à I' r·uenwnt de \'illi•lc au pomoir, ·età-dirl' à une première I d tci -i1,• 1idoir • de
la J&gt;oliLiquc de ullra: .. lair11,,,w1I, :•ràtt• à
rll , i tiendroul le roi 11u1 .i lou••li•mp · I •nr
a r; i-rt: 1·l lui impo t•ronl 1·ur:- volonté . l'n
peu plo lard. lo~qu, \'il] 1 · ra ol,li" · tlu
,e uè[ •nJr l'Onlrc li! l'Ji l'IIC d ~ lm,111111·.
,111i ît:Ul1•nt, apr ~ ra\·oir ehoi. i, 1 rPOl"('r,t&gt;r
011 vt'rra fm ùu C yla a ·ur •• Je s Jumin Lion ·ur I roi s'u11ir · l'lll, cl 11 l'enlt:ndr, 'é ·ricr :
- LI fout ru rel J'c.mporler. J Sl'Courr i
le pclil \iillèle. lt me crnint plu qu'il ne
m'aime; ct:la m·e-1 • al; 1 pctil bo11tm a
peur. Je \ai· continm~r à lui monlrt·r le,
1

dent·.
lai!, à l:i flu d t '~ 1, c di;. enlimcol
o·ool pas •nc-0re édaté; on en e:;t au doue u~ de la lune dtJ mit:l.
' lie t•po,111 ,
~ïl fout l'fl ·roir · I,•~ potin dii la cour, l •
b au ; o Luco ,a d1n.1ue matin porter à \ïlldc I orJr de la fa1·orilc. 1aL il I a
beau· up de rnnlllr&lt;li,c tians ·e ,lir ·,1ui
'ac· rJent mnl a,•ec re qu'on ail &lt;lu ~-:i.rncl'r _i peu oupl • d \ïllNt.
Cc lull · d'inllue11ce nalurdl~nwol amont la lcri, cl dom, ni lit"u nu. rumeu ·
1• plu ltiz:irr ,_. En juin 1 25. l&lt;&gt; hruil
i.:ourl 1111l• 1'1111 J · mj ni Lr . , 1. dl' r•c onnel,
... 3o'3 ...

mPn:i~ dt• perdre . pfocv, •e~L Lirr. 1l'alfairc,
ru d ·1·e11:int l'amant de 1. faTorite. lai
L-C4'
n · '! E t-il \rai 11u'au moi~ de d r111br · de
la 111èm • anué •, ell • 't:ITorce •n ,·ain &lt;l • r ir
nomm r , la marine le duc de IJoud •nu, ille,
p~rt d .on ami .'o.tbene, l célui-ci à la
JiIT Lion ém:ral~ ,le pcl'!e~? E~t-il rrai IJU
rcderenuc · udain fa1orable Il Yillèl cil lui
a. u r iJ bon pri le ooocour Je quntre journau et 11ue c·e t Je roi qui pa e? li fout a.-sur 'ment
d :r.er d · la plupart d •s afflnnalion. émi. r par L l\ochdoucauld tlan. e
mé1110Îl'Cl.
C'est in i 11u'il _ trompe lor~1p1ïl afr.rme
qu'apr· l'e.'&lt;pédilion d'fupa"nc Mm· dn Ca)la
a &lt;Jblenu du rni pour Yillèl I le cordon du
• ainl-E.pril. 1uutt aulr
t l:i ,·érilé. aiu~j
qu 'rn témoi.-..o c billd du ,1mv rain h on
minbln•, écrit le jour m, me oi1 e.st arri\' à
Pari ln 11001 ·li qu · le r .\1,. · ndre ,·icnt
d',rn1.,, r à t:h t aul,ri, nJ le cordor1 de ;unl.\r.dré · · 1 l'ouo ~•t La f Prronna vicnn nl
m~ foir donner par l't•mpt•reu~ lt~1,111rlr
un . oufnet , ur Yolrc jou •. 1 i j ,ais lui
donnn la rh:1.~c 1•l l p:i, r l•n monnai • de
nt ·illeur aloi. Je
uonuue. mon cher
\'ifü•l , cù ,·alier J me ordr . Il ,aient
rujeu · ,,m~ le i •n,. »
IJans
mémoire·. \'illèl • l Lr\ · olir ·
de détails n ce nui tourh lme du a)la. Il
en parle ~an. élo
l' e. -;r,- comme au. i
an raucun . ll dt• même c billet, qu'cl.l
lui :i él·rit apri· 1,• d· ·· du roi : c J'ai la
mort J:u1 le · ur·. • ·oul&gt; a\'on: l'un el
raulr tout (' •ru llOII pcrdon .. Votre mot,
mnn ami. tul! fait du Lli ·11. • ·ou: enlon ·
en, mbl . Cel admirahlc roi cra toojour
1111 lien nlre mu, cl nrni. "
1!. I J'épo11 t·
p,1ss 1 • ur tl ,i •ille, qu •rellcL
\lmi&gt; du
:nait Li ·n raÏ,-.t10 d'app,·l,•r
1 rni * t'P prjnce aJrniral,lt-. J ,\,Jmiraltl,·, il
1,i r,11 pour lie en efl'cl. Il hl J't•ll pe11da111
lroir an la rein Jr }•rance l'l elle eu profila
l.ir"eru 'Ill. f:ll · éLait ruçu • lou 1•s mercredi,
·l 1 , nudien · qu'il lui at·1·orJait durai 1
pJu.._j ur, heur 1 •rtdant lc.,1uell •~ la porlc
du •,1lti11 t ro~nl r ~lait h •rm ;1i11111•1nt-nl d11 e.
Les hui ,io r~ \'aJ •ni ordr · OP 11'enlr1'r ~ 11.
nuru11 pr 11• te. .i r1 our •u_e ·1:1i1 ln conigne qu'aucun J\•ux n'cùl o.é I' nfrei.udrc.
'n jour rpt . lm• Ju iiyla élnit ,1imi en tèu•
têl a\·ec le rui, cdui-ci malatl el d'une
làihl ,, c aU'rru u a~ai•t ,oulu 11uitler . on
fooL nil lon1ù;
la r •mers • ur 1 l pi .
lm du Ca, la qui 1ait •'-al•: Je Il! r'l ·nir
roula par lt'rr • 1r1 lui. Tous d u~ pomai •nt d &lt;·ri , 1p1i arrirafonl ju. qu'à l'antitbambr . lai pcr onne ne , inl à leur . ._
cour .• les eus cro,nnt à une ru,•. Il 11' •nlr~rent 11u~ lor ·qu • l:t fa,·orili•, n~·m1l pu
relewr, 1 int cll ·-m •m ouuir la p rie en
nµp ·lanl.
luJ ip uJ;1mm,•nl UI! Cl's enlrl'lien conli11 •oli •I , l • roi é i ait · on ami tou lt•
jour et ouf •r1l plu i ors foi, p r jour. li
o' ;uiiL pa rar qu' •n entrant chei lui on le
lrom:\l en tr:iin de lui éi·rire ..h c précipitation, il cachait lor la feuiU c11mrne.ncée eu
jrt nt d, ·u- qu 1'111e ·-un, de papi r épar,-,
1

,ou-

0

0

3 lal,II', .\pr~J 1111'il . c lut alité pour Ill·
fllu c relc\·er, ou r troum 1111~ letlrr in:ith ,é' d .tin,:e 11 llmc du C:11la ,1 qui. par
or~rc d~ &lt;:omtc d".\rtoi. • i•ll • fut r ·mi e tell
1111 ellt: ela1t.
C~ n·,, .1 fl•1 . par c ·, _ ·uL . i:.,'Tlt&gt;~ ◄ rue .
ma~1I t3.11 .,·,. il,lement la fa11•ur ro\'ale. Milh·
pellls dct:uJ~ lit trahi ~iet1t
•
· mpl • J • mol d'ordre
' romme [Mr
'l Ill' cl1 'fUC . oir le roi
dunn:iil pour la nuil an
n1pitai11 • d •anlt• .. 11
kmp.- d,· IJP~7.l· , re
mot d'ordre ;tait suu' 'Ill: a .';iint Elie 11 •
'.•1 du C:n l:1 cntr l'~
,,·i•Jl ',
/1
aÏIII füi1·
11 ~,=,h
ainte Zo1: :
11 -• inlc-'tm:..,o,.._.nt-1,,.
flui : ain«--Z,t◄Ll.a-Ho­
cbelfo li, p,1r ;1 ll u~io 11 à
un . lerr · 1111 pu~ ldail
lu rnorite 311 t:ll)'Îrnn
dt: l' •Lt . vill,·, nu 1,i •11
ncr,r : u s,1in1. 'o. thr\m

de brîllnn1 , !'ne autr,· foi , le roi lui olîrl'
nnt~·u •ild · EYan:.:ilt&gt; . nperLcrnent rcli~. ,·mlwlh J11 nonihreu e. gra, nr •. •l où I fcuill •
de ~arde _d ·,dit gr:m1r 1 . • ont remplac'
par de. b1lll'I dt~ liarnpie dt! mille lranc .
i jam:iis ,·ou · to111l&gt;e1. dan l'3dwr iL~.
,lit-il, PU le lui offrant, ,·011 · trouver •z dan~
ce ainl lhT 11n . uula::emenl enicaœ.

,r

ainte Ziw ,, dl:1111milion choi ic,: par Je
r~i . l~i-rnêm et qui
r,·wla, 11l combien Il'
pour. oi1ail le ,ou~enir
d • 1. bt!lle cbarmcu. ,.
IJ'ailleurs, il ue ,., rhnit
uj ,on admiralion ni
l'ir1térêl qu'il lui portait. l1Pre1:1il-il 11u l&lt;rue
étranger d, marque, 1•
Ju J \\ dlin••tou. par
• emple, il nr u1a.nq11. it
I'• · d lïu it,·r i, alln
wir \lrm• du Ca)la.
·I

11

L '.AJK1E

DU ~01

---

~a ré ignation ile dt•Vt&gt;111r propriétair,, du rM1· Il J ,'ainl-1 hwn oir I • rni. en 1. 1 , . ,;iit
~igné ln fameu c d,:dar:ition et qu'il avait rachi'! • •I 1, iI r • t· 11r •r pour ·011 aru,e.
EII • &lt;'n prit po., .ion lt: ï mai f 2:ï 1•1,
par orJr • d,• ~un ,,i rwur cl maitr,•, , donna
à celle o~jon une fèt,, plendul don 1 011
peul lir,• le compte remlu J. ns I&lt;'~ joum u
du ll'mp·. C'c L le ~inIr t aL ) •~ni l'a, il
1,rgani. {, • Le imiU.
élaicol , 11 uoml,r1! d •
QU Ire nnt \Îngl-dnq.
fous l1•s me111br1·s du
l'o I' diplnm 1i,111e
ti::11raient, a11r11n ,l'ru
n', anl 11. tÏ n·fu r de
1·f'oi1· r1•ndr hon11uage
·, l'aini du roi. L .
,1e1111s a\airut arrano4l
1111
ail• Je pc:ct:id •.
I.e· roru it- le plu
r.:pulé~ du I mp~. \(rue.
·"ante, Cinti, Uonlan r.
lli"aud, a,·ec leur l'~maradc. Poli r, llnet el
l'hilipp •, y Jollèr nt un
1auJc\'ill Je rir n.-1 ne t ln l' n,ndit nui le dan, le nnd .n1011 et. landi &lt;fllC Il'.
,·hwur de l'ÜJ•fril rntmmaienl une ni.ateui
l'honneur dn r,,i, onJ _
cumrit un 1ahleau plat·é
au centre d'un ,. ,t
panm•:in en \t lou,·s Lieu
Il, 111J1:Ji.é J'or, 1cint
par Gérord til r&lt;•pré,enLint I donatPur d ,;mt
la LaLlc d · tr:i,ail en boi
lllanr.qu'il a,.iit rapporL' d'llartwdl. La. munifü,cnc•P. ro ale rq,r,~t-1tl ait au 1111:il un toilliun, r• qui ail ,te J.
d, ré &lt;l~ I' , ur a11qu1•l
)lme du CnJln élail pnr0

+
.\ cha11ut• pa 1• d •l\1pul11~i • q11 ïl a cm1sa,•rt:
:1 ~a lwlli• :irniP, Lli Hotb11fo111·a11IJ 11uu. pari
Je on dé, inlérr :,;cment. lai. c• qu'il eu
dit c.,I ,i frt:r111cmnic11t
Clllllro111é ')li 'on IOUch1·ra de plu: prè ;,
la ~érit: 1 o ,uloplant
l'opinion émise 11 t't! uj •l par Villèle. H ,·ouf• . c tout nel « qu'il rroit 11u'ell1• o col1lt!
l~aut-oup_ d'argrnt à la liste cirile . ~ i&gt;xa•~ron, r1e11 · ·p •nJarrt el tl'T1011. pour
1 ~11 1pie. ~t•• liliérntil,: 11u'ellc rt•çut Ju roi,
pr_1ses J 1.ulleur· ~ur la c;1~srtlt•. ne ·at1f'llc11I •Ir• c ,u,pan:e,, ll pro,li~alité. faite
par Loui. . 'I\ el Lou i, XV ~ 1•ur ... maitr •~ c .
••I au détri~ •_nl du lr :,or puMic. Jn pourrait
prc ·q_uc rfunr~r _I total d,, &lt;'ti 110 ïl lui 11
J11 nn •. Quand il JOUail nm frhecs nie• J11,
li• r • · ,·ait i millf! frauc i clic . "11'1Ïl et•
.i cll~• J~rd. il. q11\l1p1e 1· nt f raue:, r11111 ;
~ 1• b, n JOU,. ». \u Jour de l':10 cl
3 tète
dl r •re1·ail un ~~au 1:, d •:111, Je br loipic.'
prél'ieu.es, Je bJJOUJ:. 1111 portrf uill ur111:

,w-

CUcht s,...,,
COl!rl

E ,,

CAYLA.

,\ en. croire La n.,,·bd' ucauld. il n'eut
lcuu 'l~ à cil flll • I don. ropu, fit ent
plu frc11urnls et plu, manuilique . cn~i .1
· Il e refu.;.ail .an· Cl' , .œ 'lUÏ
" ne1
a fli. ~ que
la1SSa1 pa. .Je c'1;inrin1•r le roi. U dédarair
alor 1111'apr·•s lui elle lrou\'rrail. '!l'àcc i1 un
ll'stam .. nl J~;J~ fait. tunl C. •1u',:Ue afîl'Cl;tÎI
d,, ne \Oulu1r pas prendre 1uni11tcnaul. \ ous
d _._,un.- ~uppo,er IJU 'il y a unP ,.,r nJ . part
tl lll\'enho11 d:111 c' prélC'111/us r ,fu Joni
~ou. ~e pournn m.alhcurcu clhcnl control •r
l cx.aclllud • Ce '1.ui ulori,e h le penser' c'e t
&lt;JUt d n une c1rco.nsltl.11t·1• où la génëro it:
r~yalC' Cul soJenncllc cl publi11u • la frtvoritt1
n ·n n·pon,. a pas 1. t•llt·b, et qu' •lit' dut à

...

-

01 I''"

\t•Dut• ..

En re lrmps, du r ,_.,_
.,,. il n' 1 ri,m •1u'ell
n'oLticnn . Elle cxprim
le~ :..jr d'a,11ir ,011 portra I t. I.e roi I command
j G,:r ... rd t'l e 1·
. .i• !Jllmze
.
.
"
n 1. t 1e prix
n111le frnnc . que Cbarle, X pmera en l ~W.
Elle fa,1 :nu1.r à. .on fr r • 1· ir"ofr I T:ilon,
1: c11n1111amlcruenl de la J,ri,.ad de~ lan1 rs et hou. rd
de la n,U'lle. Pour lui
don nt•~ Cl" e11111111a11&lt;lcnt •ni• ,,11 l'enl,'·,·c au duc
de G111dll! r11i'on non11ue.
titre de d ._
donunag~mcut, li u~11~11t-"é11 rai, ,nec ~ _.
dt!UX ancu Il ~m. d .\n1hrun '3(' ( 1 d'E •ar
nr le du. ill!,')Ul!I il n'a 1 ,·ouli
.. ·'
ln d
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cr •
. ~. p~rents ae l:t faroriL • se marie et le
ro, d
vffr1r à la lianctlti un radea
, u parc,.1 .,,.
1 . •. 1 •
Ct: UI ljll l a,·, li ulforl ~
de . l' \
Li' 1
'
:lin t-. 111r o~ . d,· on mari, •e a1· " Dt&gt; ze.,. Elle
r~"lll! ,1•r11alilemcut. r,uranl !'lm •r J... 1 &lt;&gt;~

,m.

Il;

_,,,

�msTO~l.11-----------------------tout Pari' 'émeut d'un aceiùent où tlle a
failli perdre la vie. Elle e promenait a\·ec
o thène de la Rochefoucauld dans un traineau aue.l' de chevaux arabes, lorsqu'au coin
de la rue Dupbot l'équipage a versé. C'e L
miracle qu'elle en ait été quitte pour la peur.
a yie alor est une Jëcrie, grâce à la faveur qui l'auréole et qui lui vaut autant de
oUicitations que d'hommarre . ll existe à fa
Bibliothèque nationale, section de · manuscrits, un vieu, ea.bier échoué là on ne sait
trop comment el ur lequel la dame de compagnie de la fa,·orite a 1kriL sous sa dictée le
ré umé des réponses que né s itaient les
innombrables requêtes dont elle ét.ait l'objet.
Tout le monde s't1dresse à elle : d poètt&gt; ,
d gen en quête d'emploi des fialleurs de
Loule sortes, Fievée, la duche e d'Abrantè ,
le gén1•ral duc d Avaray qui voudrait avoir le
commandement de la 19• dhi ion mililaire.
Elle répond à touL le mond , mai , en fait,
rares sont le circon tances où elle rend .ervice. Il est vrai qu'elle esL d'une habileté sinulière à donner de l'eau bénite de cour. A
on amie Mme de Yibraye qui l'a sollicitée,
elJe répond: « Je dicte, n'ayanl à moi que
mon e prit de libre pour vous roffrir avec le
reste de ma pensée. » A Lanre d'Abranlès :
« Je n·ai à vous offrir, ma chère Laure,
qu'une amitié sincère et une bonne volonté
dont vou [le pouvez douter. » A un courLi an qui ,·oulait écrire ur elle: a Moins on
s'ocoupe de moi et plus je sui beureu el), eL
à un q11émandeur qui avait faiL uivre a
pétition d'un petit cadeau: « Je me sui prescril une loi invariable donl rien ne pourra me
faire départir, celle de ne jamais accepter 1a
moindre baimtelle. &gt;&gt;
Cependant, la tyrannie du maître, quoique
cachée sous les fleurs, ne lais e pa d'être
parfoi lourde el irritante. En 1 2~, étant en
wyage de villégiature, 1a favorite écl"it: « Je

n'ima&lt;1ine pas recc\'oir grand'cl10cC ici; on
est de si méchante humour de mon petit
,·oyage qu'on voudrait m'en punir. Ce serait
par trop fort de me croire à la Lâche. Ainsi,
je ne pourrai plu remuer. » Ce cri de colère, r vélateur de l'impatience avec Laquelle,
à certains jours, elle uhit on jourr, nou
conduit tout naturellerneut à la que Lion
posée depui qualre-vinats :m devant l'hi Loire : De quel prix Mme du Cayla a-t-elle
payé les bienfaits qu'elle recevait du ,,ieux
roi dont elle fut la favorite el la dernière
amie 1
Quand on sait en quel pileux t!Lat phyôiquc
était déjà tombé Louis :&lt;\'Ill lor que commencèrent leurs rapport , il est malaisé de
croire qu'alle ait été eJtectil'emenl a maitre se.

Sans parler de, soixante-cinq an bien
sonné qu'il avait alors, cl bien qu'il eùt
conservé la plénitude de · qualité intellectuelles, on corps n'était plus qu'une plaie :
une suppura Lion aux genoux, une autre
sous les pied , nn eaut re au bras gauche.
Reiset, en racontant dans ses souvenirs
que le malheureux roi a tombait en pourriture l), n'a rien exagéré. Toul au plus donc
pourrait-on supposer que les joies que pouYa.it lui &lt;lonner la favorite consistèrent en
quelques privautés plus ou moins innoc.entes.
J'ai eu dans les mains une lettre écrite,
vers ce temps, par une. jeune remme au sortir d'une audience intime que lui avait accordée a ~faje té. Elle raconte que le roi a
voulu la prendre ur es genoux « pour la
dorloter comme une petite fille », fantahe à
laquelle elle , ·e t dérobée « n'aimant pas ces
manières l). 11 n'est pa invraisemblable d'admellre que c'e là &lt;1 ces manières » que se
réduisit le commerce amoureux du roi et de
Mme du Cayla, bien qu'elle ne lùt plus d'àge
à jouer à la petite fille. On a racon Lé qu'il

aimait à répandre du tabac sur l'tlpaulo nue
de sa belle amie el à le humer à celte place.
Cela e dLait couramment alor , et Ca lellane nous apprend qu'un jour où la favorite,
ortanl ùe chez le roi, traversait le salon des
garde , ceux-ci a1Jectèrent d'éternuer bruyamment ~ur son pa . age. Mais, n'y a-t-il pas
daos ce propos plu de malignif I que de
vérité~
Au urplus, quel qu'ait été le c.iraclère de
celle liai on, Mme du Cayla en tira une inll11ence clonl 1 ultras ne manquèrent pas
de profiter. Le c-0mte d'Artoi el l'au ti're
duchesse d'Angoulème lui f urenl Loujour
reconnaissants de la manière dont elle l'a ait
exercée. Lorsque le roi allait mourir et qu'on
ne avait comment lui apprendre que l'heure
était wnue de reœwir le. dernier sacrements, c'e L 1i elle qu'on recourut pour 1'!
dispo,er.
Elle avait espéré hériter de lui de grandes
rich .e , c'e t La. Rochefoucauld qui le donne
à entendre. En fait, le testament ur lequel
elle comptait ne fut pas retrouvé el, sans
doute, n·avait-il jamais existé. Charles X répara lanl bien que mal la négÜ••ence de son
frère en accordant :.i la favorite une pension
viagère de \'În t-cinq mille francs el en se
chargeant du coûteux entretien du chàleau
de aint-Ouen. Il lui mainlinl, n outre, se
entrée$ &lt;lnn.s la salle du Trône. Mais elle n'en
u a guère. Elle avait quitté la cour et, dès ce
moment, elle voyagea beaucoup. En !827,
elle était à. Londres, habituée du salon de
Wellington; en ·I 3t, à Jersey et en 1 55,
en Hollande. Le lmlÎt courait alors qu'elle
avail été très tendrement liée avec le comte
Lucche i Palli et mêlée aux préliminaires du
mariage de ce gentilhomme al"ec la duchesse
de Berry.
Depuis lon,.temps on ne parlait plus d'elle
lor qu'elle mourut en l 50.
ERNEST

:N°APOLÈON A .\.!ITORG.A. -

L'E\IPEREOR SE FAIT PRtSENTER LES PRISONNlE;RS A~GLA!S 1::T ORDO!'11''E DE LES TIIAITF.R AVF.C DES

Gr-:iv11r-, Je

SAMUEL CilO~I;T,

OINS PARTICULIERS.

tfapres ,~ labletm .1'111PPOLYTE LP.CO)ITE, (M11see de Ver.sailles. )

DAUDET.

Mémoires
Concussion ro:yale
Janvœ1' 1743. - Voilà 11ne. aventure horrible pour la réput.ation du roi [Loui · XV], el
qui doit aflliger tous les citoyens : on l'a
contée de deu:daçons i je me sui attaché à la
meilleure, mais je voi qu'il faut renoncer à
cette meilleure leçon, el oublier la plus mauvai e, i nou:. pouvons.
Il a para un agrémenl ou bon du roi,
igné de sa propre main, pour la place de
Cermier général qui viendrait à vaquer ; cela
a co11ru la place, on a demandé à quatre ou
cinq personnes s'il voulaient l'être: il s'agis-

ait de donner à prèsent 50 000 lil'l'es, cl
autant quand on y erait in tallé. Plusieurs
ages ont refusé de làcber leur argent paur ce
galimatias.
Enfin cela est , •enu aux oreilles du cardinal
[Fleury] ; on Éminence a écrit a11 roi une
longue lettre de réprimande dont Sa Maje té
a été fort piquée. Dès que a ~taje lé eut reçu
celle lettre, elle manda ?!Ill. Orry el Maurepas,
enjoignit à celui-ci d'aller sur-l1rebamp à Paris, ordonner à 1. de Manille de faire loules
le recherches pos. ibles pour punir exemplairement cette insolence. On a arrêté du monde,
des femmes et des avocats, comme s'ils
avaient eu part à la contrefaçon de ce bon :
on l'a cru ainsi. Je l'ai publié de même partout où il en a été que lion ; mai voici qu'on
a relaché les pri onniers el que l'affaire e l

demeurée là, mat·que certaine que le bon e t
Yrai. Peut-êlrc arrive-t-il que le cardinal
et se vrais favoris 1,nt assez ennemis du
roi pour nourrir dan le public les apparences d·uae telle faute. On dit aujou'J'd'hui
que le roi étaiL ine quand on lui fit signer
cela; que a Majesté 'ennuie ouvent, et ne
se couche quo très lard chaque jour, _qu'elle
voit des filles secrètement, et qu'elle ne aurait vivre si cela dure, que es mœur se
corrompe.nt chaque jour. Je détourne de moi
la foi à de tels bruits, je me persuade que la
crainte du vieux précepteur [Fleur J donne à
Sa Majesté one oisiveté et une crainte qoi la
plongent da11s ces apparences, mais qu'elle
va s'en relever sitôt après la mort de ce vieillard si exécrable à la patrie.
MARQUIS

n'ARGE1 SON.

du général baron de Marbot
CHAPITRE VU'. (suite).

Ilien nou en prit d'ètre ur nos "'ardes
car peu dïo tants après, sept ou huil Espa~
rrnols, dont deux montés, firent feu ur nous
d'un buisson derrière lequeJ ils étaient blottis.
Aucun de nous n'étant blessé, no deux housard" riposLèrenL avec leurs carabines et
tuèrent chacun un ennemi. puis, mettant le
sabre à la main, il fondirent rapidement_ ur
les autre . J'aurai bien Youlu Jes suiVJ'e
mais le cbeYal que je montais, s'étant

di

... 310""

ferré sur les caillon:x, boitait si fortement
qu'il 1?30- fut ~Po, sible de le mettre au galop._ J enrageai d autant plus que je crai?11a1s que le_s housards, se. laissant emporter
a la poursuite des ennemtS, n'alla . ent se
taire tuer dam quelque embuscade. Je les
appelai pendant cinq minute ; enfin, j'entendis la voix de l'un d'eux qui disait a,·ec un
accent fortement alsacien: &lt;&lt; Ab I les brigands!. .. Vous ne connai ez pas encore les
hou ar~s de Chamborant l Vous verrez qu'ils
ne plaisantent pas!. .. &gt;&gt; l(es cavalier ,-p.-

na_ienL encore d"ahaure deux Espagnols, sav01r : un capucin, monté SUJ! le cheval du
pauvre Üe11tenanl de cha eurs, dont il s'était
pass~ la giberne autour du cou, el un pay an
place su_r une mule, donL le dos portait au si
~s ?ab1ts des ma]heureux fantassins que
J am u:ouvés ruorts. Il 'tait tlvident que
nou teruons les assassin !. ,. Un ordre de
l'Empcreur prescrivait formellement de fusil!er ~-le-champ tout E pagnol non militaire pris les arme à la main. Que faire
d'ailleurs de ces deux brigands déjà gr1ève-

�H1ST0~1Jl-~----------------------ment bics és et qui ,·en.aient de tuer trois
Françai d'une façon i barbare? ... ,Je pou sai
donc mon heval en avanl, afin de ne pas
ètrc témoin de l' xéculion, el les bou ards
pas èr1•nt le moine el le paysan par le arme ,
en r 'pétant : « lt ! vou 11 connn.i. z pas
le Chamboraol ! u
fo ne pouvai compl'endre comment un oflicier &lt;le cba urs el deux fautas in du corp
du maréehal 1 el· trou,·aient au .i prè de
Tarazone, Lor crue leur régiment n'y étai n.t
point encore pa · • : mai. il e l probable 'lu•
cc malheuretn, pris aiUeur-, étaient diri és
ur rago e lor que les E pagnol qui les
condui:saient, ayant su la défait de leur
compatrioLc· à Tudcla, s'en étaient ,·e11gé. eu
ma. acrant Ir prisonnier .
Jo continuai m, roule dont le début était
fort peu encourageant! Enfin, apt'k qu lqnes
heure de marche, nous aper ùme , •o plein
cl,arup, un feu d.: bil·ouac. 'était ct&gt;lui du
po te déta('hé par l'avanL-!!llrde t'rauç:1i e que
j'aî'a.Î. lai,; L'e à Tarazone. Le ou -lientenant
qui cou1manùail ce dJlacb ment, n'a)'llnl aucune nou,·eUe du mar1:.Chnl Ne· . se disposait
à relomner vers Tarazone a11 point du jour,
a.in i qu'il en avait reçu l'ordre. li :wait que
nou n'éLion qu'à deux petite~ lieue' d'Agreda, mai ignorait i ce bourg était occupé
p:ir de Lroup&gt; de l'une ou de l'aulr nation.
Je me trou1'Ui alor dan u11e bien °rande
p rplexilé, car le détachement d'infanterie
d •rail 'éfoio-ner dan quelque heure , el i
je retournai avec lui, quand je n'avai peutêl.re qu'une lieue à faire pour ren ontrcr la
tète de colonn du maréchal r'ey, c'était
faire prruve de peu d • coura"e el m'expo er
:w. reproch
do rnaré ·hal Lanne . ll'uu
au'tre côté. i le troupe du maréchal 1C)'
e troul'aienL l'ncore à un ou d u.x jour de
marche, il éruil à peu près certain que je
erai · ma ·sacré par lt• pay.m de .. montagne· on par le .oldat qui ·y élaienl réfugiél:, d'autant plus 11m• je ~ rai5 olili é de
voya er seul. En ·lfot, l deu · braves houard · qui aYaienl reçu l'ordre Jl! m'ac ompagne.r ju q11'à ce t}U • nous Lrom•ion · le pdolon
&lt;l'infant rie, J.evaicnl retoura r à Tarazone.
''importe! ... Je me décidni à pou er en
avant : mai . celle délerminatioo prise, il
rt• tail encor&lt;' 11nè grande difficullé à vaincre: t•' :1.:iit de trouver une mouture. li n'y
a,·ait dans celle -olitude ni ferm ni villa 0 ~
où .1 • pus.e me procurer un heval · celui que
je montai b itail horrililem nt; teux de ·
housard. élai1:nl Lr...,, lati!!l1ës; d'ailleurs, au·un de œs homme. u'aurail pu me prêter le
i n, ns èlre ·éyèremenl ptmi par e d1el\
l• rè••I m nts étant formels à œ . ujel: en.fin
le cheval Je J' urficicr de chas eur , aianl
reçu pendant Je
mb, L une balle dao ln
cu.i e, ne poll\'Oil m _en'Ïr. Il ne re lait
donc plu que la mul, du p.1ysan. Elle était
magnifique el appar1cna1l, d'apri le loi de
la mcrr •, au deux housard;, qui comptai ot
bien la -vendre à leur r tour au corp d'armtle; cep ndant, ce deu1. lion oJdat n'bé.itèrcnl pa à me 1a prêter et placèrent ma.
·ell . ur on do . Mai celle maudite bête,

plus habituée à porter le bàt qu'à êLrt' montée, se montra tellement rétive et :i enl.êtée
que, dès que je voulu lui faire quiller 1
groupe d chevau , elle s mit à ruer et ne
,oui ut jamais marcher eule ! ... Je fn oblirré
d'en de cendre, ous peine d'èlrc jeté dan
r1uelque précipice.
Je me décidai dbnc à partir à pied. J'avai
déjà pris congé d J'ollicicr d'infanterie, l r que cet ex.ceUent jeune homme, nommé
lf. ra . in, anci •n él""e de l'École militaire
ile Fontaineblea11. oi't il avait été lié avec mon
malheureux frère Fllix, r,0urul aprè· moi, en
di ant qu'il aYail trop de reorel de me voir
ainsi m' xpo. r tout seul, l que I.Jien qu'il
n'eîJ.l pa J' rdres à cc ujcl, et que se ,oltin-eurs improvi. é fu. nt tou. de con.-cril.s
inhabile~ el fort peu anuerris, il voulait m'en
donner un. afin que j'en · au moio on ru il
el quelr111e cartouche· en cas d'alta4ue. J'acœptai, el il fut convenu qu j renverrais le
l'anta in a,ec I corp · du ,naré ,bal Ne)'·
Je me mis donc en roule avec le ·oldat qui
devait m·aceompagner. C'était un bas 1'ormand, au parler leut, et cachant beaucoup
d malice sou une apparente bonhomie. Le
·orniand · onl généralement braves; j' n ai
eu la preuve lor que je commandai le 25tt de
cha eur , don lequel il )' en arail iJ à 600 ;
ccpcnùanl, pour savoir ju qu'à quel point je
pouvais compter . ur celui qui rue ~ui,·rut, je
(l..'\U ai a:rec lui chemin fa.i ant, et lui demandai 'il tiendrait Ierme dan: le ca oi1 nou
ter1011 attaqués. Mai lui, . ans dire ni oui ni
noo, me répondit :
Dame ... il faudra
vouèr! .. . u D'où je conclu que mon nouveau
oompagnou pourrait hi n, au moment du
dan,,er, aller voir re 1111i e p:i ·sait en arri:-.re.
1,a lune YenaiL d• terminer , on cour ; le
j ur ne parai ail point encore. l'oh curilé
était J venue profonde, el nons trébuchions à
cha.qne pa sur le· o · caiUoux dont le enli rs de ces montannc onl ·ourerl . La itu:itio11 était pénible. mai. j'a,·ai· re pérante
Je LroU\C.r ,ou peu ùe l mp. le troupe du
maréchal 1·e~, e1iéranoo qu·aurrmentait encore la rnncoulre que non ŒOion &lt;le fair
des cadavre- de oJdal appnrl nanl à on
corp· . J"avançai donc r'olumenl, tout en
écoulant. pour charm r mon ennui, le récit
que le (ormand fahul ur on paJ . l~nfin,
l'aube commençant à parailr , j' aperçu· les
premi re:- maison. d·nn gro bourg : c'était
Agr da.
Je fu conslérné de ne pas lrom·c.r de
po,Le nvanœs, car ela dénolait non euleJD.e.lll qu'aucun troupe du maréchal o·occupaiL ce ü u, mai ncore qu on corp d'armée était à une d mi-journée au delll. pui que la carte n'indiquait de Yilla 0 e qu'à tinq
ou ·ix lieue d' ,,,reda., •L il n'était pa po. j .
ble &lt;1u'on eùt ét.abli le. régiments dan l
montagnes, ;loin de toute habitation. J m
lin ùonc r,ur me gard , el a\·anl de pénôtrer plo avant. j'examinai la po ilion.
A reda. itué dan - un ,·allon a· ez Jarr;-e,
e t bàti a11 pied d'une colline éleYée, trè
e carpée de deux côtés. Le r•,·er~ méridio... 312

-

na), qui Louche ,m l,;ourg. sl couv rl de ,ignol.,l · important • la crête P. t h6ri ée de
rocher et le r •vers nord garni de tailli forL
épai , au bas de quels coule 1111 torrent. On
aperçoit au delà de hautes montartne inculte
el inhabitée . À"reda t tr.iver é d:111. toute
~a longueur par une principale rue, à laqu lle
viennent alJouLir de ruelle forL étroi Le. , que
pt·ennent les pa san pour e rendre à leurs
vigne . En eulranl dans le bmuµ-, j lai . ai
ces ruelles et le collines à ma droite. Pénétrez-\'ou, bien de celle po ilion, car c'e L
important pour comprendre mon récil.
Toul dormail dan Agreda; c'était un moment favorable pour le Lra1•erscr; j':nai. d'ailleur · l'espoii·, bien faible il et vrai, qu'arrivé à l'àulrc extrémité j' apercenai p utêtre le. feux de l'a1·ant-"arde du maréchal
ey• .l'avance donc, aprè. avoir mi 1, abre
11 la m:\in et ordonné (Ill fanla _in d'armer
·on ru il. La «rando rue était couverte &lt;l'une
épa.i e couche de feuille mouillée . que les
habitants } pfacenl pour I convertir en fumier; n · pa ne faisaient donc aucun bru il
ce dont j'étai' tr . sali foil.. ..
Je marchais au milieu de la rue, aianl le
:oldat à ma droite· mai celui-ci, se trouvant
an doute trop en évidence, obliqua inscn·iblement ju qu'anx. mai on d nt il ra :ùt
1 mors, afin d'être moin en vue en ca
d':illaque, ou pin à porlée de gagner une
de rtH"lle qui donnent cl.ans la campa"ue.
Cela me prou\'a combien je devai peu compter sur cet homme. ,le ne Jui fi néaomoin
aucune obserl'alion.
L jour commenç, il à poindre. ou parcourùLUes toute lfl grllnde rue san rcn outrer
pcrsonn •.Je m'en réli ilai déjà, !or que,
arrive ux dernière mai. ons du bourg, je
me trome fore à face à ,iugt- ·inq pas de
qu.1tre cnraLioier$ roiaux e pa~ol à chrrnl,
aJant le sabr à la nwin !. .. J'11u1·,ii pu en
toute autre circon. lllllce, prendre l's cavaliers pour d' 0 en&lt;larmt'~ françail', 1 ur uniform élant al,solumt•11t emLlabl ; mais
les g ndJ.l'mr. ne uwrd1 .nt pa à l'extrême
avaut-~ard : c homme ne pou\aicnl donc
apparlenir an eorp du mar 1cl.1al Xe~•• el je
compri toul de uite que c'étaient Jes ennemi . Je fis donc ·ur-le--champ di:lllÏ-lour;
mai au momenL où je le terminai pour
l'aire l'ace au côté p3r lelpiel j'élai venu, je
1is hriller une lame à six pouce· de ma Jinure .... fo portai \ hement la Lèh: en arrièr&lt;•,
c.t•pendant j, reç11 au front un terrible r.oup
de abre, donl je porte encore la cicatrice
au-de. ·u du -ourcil «auche !.. . Celui qui
,•enail de me hies er ètait le hri.,adier des
cara.l1inier~, 11ui a ·ant lai é e quatre eaulier en dohors du bourg, 01•ail été, 'elon les
usage militaire , reconnailrè 'il ne contenail
pas d'ennemi . C l homme, c1ue je n'anis
pa r ncontré, probablement parc• qu'il . e
t.rouvait dan quelque ruelle pendant que je
parcourais la grande rue, venoil de la reprendre pour rejoindre se · cavaliers quand .
m'aperce,·anl, il .'étail approché de moi sans
bruit, ur l'épaL. couche d fouiU mouillé ; il ail.ail me fc.ndr la tèle par derrière.

HI TORIA

CATHERINE COR ARO, REINE DE CHYPRE
Tableau du TITI E• . {Galerie: des Office , Florence.)

�.,,

_______________________
.

lor~que mon demi-tour ni'a)'anl fait lui présenter la ligure, je reçus le coup sur le
front.
.\. l'instant même, les qualre carabiniers.
qui n'arai1•nl pas bougé, par('e qu'ils rnyaient
cc que leur hrigadier ml' préparait, vinrent
le joindre au trot, et tous les cinq fondirent
sur moi! Je rourus machinalement \'Crs les
mai~ons qui étaient à ma droite, afin d,,
m'adosser contre un mur; mais, par 11011hcur, une Je ce~ ruelles étroites el escarpée&lt;i
qui montaient dans les "ignes se trou\'e à
deu\ pas de moi. Le f.mtassin l'a,·ait drjà
gagnée; je m'y t!l:rnce aussi, el les cinq carabiniers m'y suivent; mais, du moins, ils ne
pou,aient m'attaquer tous à la fois. car il n•~
a,·ait place que pour un seul cheval de front.
I.e brigadier marchait en tète; les quatre
autre~ a,·ançaicnl à la lile. Bien que ma position ne fùt pas aussi dél'arnrable qu'elle cùl
pu l'être dans la grandl• rue, où j'eus~e été
entouré, elle demeurait néanmoins terrible.
Le saug abondant qui sortait de ma blessure
u·ait à l'instant même cou,·ert mon œil :,..rauche, dont je ne ,oyais plus du tout, et je
,entais qu'il gagnait l'œil droit; j'étais donc
fcm•é, de crainte d'ètre a\'euglé, de tenir ma
tète penchée sur l'c:paulc gauche. pour entrainer le sang de ce côté; il m'était impossil,lc de l'étancher. étant ol,ligé de me défendre t·ontre le l,rigadier ennemi, qui me portait de grandi; coups de sabre. Jt• les parais
de mon mieul. tout en montant lt reculons,
après m'être débarrassé du fourreau, ainsi
que de mon colhack. dont le poids me gênait.
:rosant tourner la hile, afin de ne pas
perdre de ntl' mon ad\'ersaire a,Pc lequel
j'avais l'arme croisée, je dis au voltigeur, 11ue
je croyais derrière moi. de placn son fusil
i.ur mon épaule, d'aju~lcr le l,rigaJier e!;Jl3gnol el de foire feu ... mais, ne \'Oyant pas
passer le canon. je tourne virnmcnt la tète,
eu rompant d'une semelle, et qu'aperçoi!.je?... )Ion vilain ,ohlat normand 11ui fuyait
11 toutes jambes vers fo haut de la c·olline ! ...
Le brig-.idier espagnol, redoublant alors la
1i;;ucur Je ~~ allaqtw:&lt;. cl rn~a111 11u'il ne
fk'Ul m'atteindre, enlèrn ~on chernl, dont les
pieds de de,ant me frappent plusieurs fois
en pleine poitrine; hl'utcnsrment. c~ oc fut
pas ar&lt;'c fort-c, parce 11m·, Je terrain allant en
montant, le cltrval était mal a,suré sur ses
jamlies de derrière, cl, cbacp1e fois qu'il
rclomLail à terre, jti lui campais un eoup d(•
salire sur le nei, si bien que l':rnimal ne
,oulul hicntùt plus s'cnll•ver conlrt• moi.
Alors Je hri~adier t'xaspéré cria au ca1·alier
tJUÎ marchait apr&lt;", lui : , Prend, la earabinl',
le Lerrain ,·a en montant, jl' rai~ rue lJais~r.
cl tu ajustera~ ec Frnnçais par-des:.us mes
rpaules .... » Je compris que cet ordre 1:tait
le si2oal dt: ma mort! \lai:, comme pour
l'tm:Cutcr il fallait que le caralin mil i.011
sabre au fourreau, décrochât sn t'.uabine, cl
11ne, pendant ce tcmp~, Ill br igadier ne ces~
,Jil de me porter de grands coups de pointe-,
en ,nança.nt le eorps ju~11uc sur l'cnrolnre de
i;n monture, je me déterminai 11 tenter un
artc de désc~poir, qui del'aiL me samer ou

JJ1 ÈMO?JtES

DU GÉJVÉ1(AI. BAJ(ON DE

me perdre! .... .!!anl l'œil fi\é sur l'E.&lt;1pagnol, et lisant dans les sien, •1u'1l allait se
courber encore sur ~on chr,·al pour m'atteindre, je oc hongrai pas. mais à la ~et·on1le
mèmc où le haul de sou corps se bais:-ait
,·ers moi, je fab 1111 pas à droite, el portant
vivement mon buste de ce cùlr, en me penchant, j'c,11uive Ir ronp de UIOll advcrsail't• 1•t
loi plon;:c plus de la moitié de la lame de
mon sahrl' Jans le liane gauche! ... Lt· lirigadier, poussant 1111 cri affreux, tomba à la
renverse sur la croupe de son chr1·al ! 11
allait probahlemenl rouler 11 lcrrt.:, si le ra,alier qui le sui,·ait n'etil poussé en avant pour
le re(!Cvoir dans ses bras....
Le mOU\'ement rapide que je Yenais de
faire en me bai~s.,nl a1aot fait sortir de la
poche de ma pefüse le~ Mpèches que je portais à !'Empereur, je les ramassai proiuplemenl d montai aussitôt au bout de la ruelle
où commençaient les ,·ignes. Là je me
retournai, el vis lrs carabiniers espagnols
s'empresser antour de leur brigadier blessé,
et parais~ant fort 1•mbarras.i1s de lui, ainsi
![UC de leurs cbe\·aux.. dans cet élroil et
rapide défilé.
Ce romhat rut lieu dans bien moins de
temps qu'il n'en faul pour le raconter. ~le
voyant dt:11.,rrassé de mes ennemis, an moins
momrntanémPnt, je lral'ersai les vignes et
izagnai la erèlc de la colline; alors je considérai qu'il me ~erait impossihle de remplir
ma mission el d'aller Joindre !'Empereur à
Aranda..Ir résolus donc de relouroer auprès
du mart:rhal Lannes, en regagnant d'abord
le lieu où j'amis laissé " · Tas;.in cl son
piquet d'infanlPrie. Je n'avais plus l'espoir
de les y retroun:r, mnis enliu c'était la direction dans laquelle était l'armée que j'a"ai,
cpùlt,:t' la ,·eille. Je cherchai \,1inerncnt des
yeux mon l'Olligtmr et ne l'nperçus pas, mais
je l'is quelque eho,c de plus ntile pour moi,
une ~ource fort limpide. Je m'y arretai un
monll'nl, et déchirant nn coin de ma clwmisc,
j'en fis 1111e compresse que je flxai sur ma
l,les!&gt;urc an moJen de mon mouchoir. Le ~an2:
iaillis!&gt;anl de mon front avait Laché lt-s dépêches ipu· je tenail&gt; à la main; je ne m'eu
inquiétai pas, tant j'étais préoccupé de la
fàchcu•c position dans laquelle je me trou,ak
Les émotions Je œtll' nuit agitée. la
marchr il pied qur j'avais l'uilt• au milieu déS
caillom:. a\L-C &lt;lc·~ hottes éperonnt.les, le c·omhat que je ,·enili, de soutenir, les doull'nrs
11ue j'~proU\'ais à la tète, le sang que j'a\'ais
perdu. tout cela avait épui,é mes forces ....
Je n'a,ais pris aucune nourriture depuis mou
départ de Tudela cl je ne trouvais que de
l'eau pour me réconforter!... .l't:n lms à
long!&gt; traits el me serais reposé plus looglempi. auprès de celte charmante fontaine. ~i
je n'eusse aperçu troi:; des carabiniers espagnols qui, sortant ll i·heHl d'Agreda, 5C diri~eaienl wrs moi par les sentiers des ,ignc,-.
Si ces hommes cul:'.sent eu le bon esprit de
wellre pied à terre et d'ôter leur~ bottes
fortes, il c~t prohable qu'ils seraient arrivés
à me joindre; mai~ leu~ chc\'aux, ne pou-

.JJ1JU(BOT

--

,·anl passer au milieu des ceps de ~igne, gravi,saienl très péniblement les sentier, étroits
et rocailleux; ils ne purent même plus
monter, lorsque, arrivés à l'exlrl.!mité ~upérieurc Jes vignoble,,, ils ~e troul'èrent arrêté,
par les é.oormcs rochers sur b11uels je
m'étais réfugié.
.
Les caraliers, longeant alors le bas de ces
l,)oo,; de pierrt•, marchèrent parallèl1•mcnt à
la même direction que moi, à une grande
port4iè Je carabine, eu me crianl de me
rendre: qu'étant mili1aires. ils lllè lraiterait•nt en prisonnier dt· gm•rre, tandis que. si
les paysans me prenaient, je serais infailliblement égori;é. Ce rai~onncmenl ne man1p1ail pas dejustesse;aussi, j'avoue que si,je
n'cui;se pas été chargé de dépêches pour
l'l~mpereur, je me serais peut-èlre rendu,
car j'étais eil~nué !
Cependant, désirant con,cn·er, autant quïl
me sc:rait possible, le précieux dépôt qne le
maréchal avait confié à ma valeur, je continuai à marcher sans répondre; alors lt:s trois
c.n·alicrs, prenant leurs carabiues, firent feu
sur moi. Leurs l,alles frappèrent lrs rochers
à ml'!s pieds, aucune ne m'atteignit, la distance étanl trop grande pour que le tir plll
êlrc juste; je 11'1:11 fus pas ému, mais je
m'effrayai en pensant que le bruit produit
par les détonations des armes ?1 feu allait
attin r les parans, que le soleil lcrnnt appelait d'ailJeurs à leurs tra,·aux. Je m'altendais
dont· à ètre as$ailli par les hordes des féroces
habitants de ces montagnes. Cc triste pressentiment paruL se \·érifier, car j'aperçus, à
une demi-lieue, une quinzaine d'hommes
s'aiaoçanl au pas de cour.se dans la vallée, en
se dirigeant sur moi!.... Ils portaient dans
leur,, mains 'JUelque chose qui hrillaiL au
~olt:'il: je ne doutais pas que œ fusscnt de:;
pn)'sans armés de leurs hècbes dont le fer
rcluisa.il ainsi. Je me considérais déjà comme
perdu, et, dans mon dése~poir. j'.1llais me
bisser glis~cr le long des rochers Ju versant
nord de La colliuc, alln de desce11drc dans le
torrent, le traverser comme je le pourrais Pl
aller 111e cacher dan.s quelque fo11drière de~
grandes montagnes qui s'élè,·cnl au delà de
celle profonde gorge; pub, si je n'élais pas
Mcouvert, je me meltrais en route pendant la
nuit. eo me dirigt!3.Dl vers Tarawnc, ~i j'en
avais la force....
•
Ce projet présentait bien des chances dl•
perlt•. mais enfin c'était mon dernier espoir.
J'allais le mettre à t:xéculiou, lorsque je
m'aperçois que les lrois carabiniers cessent de
tirer sur moi el se porlcnl en al'ant, pour
reconnaitre le groupe que je prcnai~ pour des
pa~s:ms. A leur approd1e, les instrumt:nls de
fer, que je croyais ètre des .bècl1c~ ou d1Is
piothes. s'abaissent, cl j'ai la joie inexprimable de \'Oir uu l'eu de peloton diriJé oonlrc
b c.1rabiniers espagnols, tJUi, tournant bride
aussilol, s'cnl'uireot rapid&lt;'ment l'ers ,\!!l'eda,
bien 1rue deux d'enlrt• em paru:;,eni° ble~,é:, !... Les arri1·ants ~onl donc di~s Français 1
m'écriai-je.....\lions vers eux!. .. El, le bonheur de me voir délivr,s mil rendanl un IJ('U
de force. je descendis rn m'nppuiant sur la

�msron1.J1 - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - , - - - - ~
lame de mon .ahre. Les Françai m'a\·aieul
aperçu; il gra\'irent ln colline, el je me
trouvai dan les Lra du Lrave li utenant 'fassin [... Voici quelle circon. lanci•s
m'avaient ,,alu c secours providentiel.
Le soldal qui m'nvail abandonné pendant
que j'étai aux pri e avec le carabinier
dan les rue d'Agreda, arnil promptement
agné le vignes, d'où, hondifi. anl comme
0

C OMB,\T

oe:

fut ap rçu par .1. Ta . in, qni, étonné de le
,·oir de retour, lui demanda où il avait quitté
l'officier r1u'il t1tait cbar"é d'e corler. « Ma
t'ai ! répondit le ~orm.and, je l'ai lais é dans
1 nro · villa " , la tète à moitié rendue et e
ball:rnl a\'rc de cavaliPr e pagnol qni lui
donnaient de grand C"oup~ de sabre. o A ce
mot , le lieutenant Ta~ in fait prendre le
arme à son détachement, choi,it les q11inze

LA C OROGNE l l6JA:-O'YTER 18og). -

un chevreui I à t ra1•er le cep , les fos és, les
roc et les haies, il avait parcouru en fort
peu de temps les deux lieues qu.i le séparaient du point où nou avions laissé le po te
de M. Tas in. Le détachement allait se mettre
en roule pour 'l'arazooe et mangeait la soupe,
lor que mon voltigeur normand, arrivant
tout essouffié, mnis ne voulanl pas perdre un
coup de dent, s'assoit auprès d'une gamelle
el e met à déjeuner foTt lraoquillement,
san dire un mol de ce qni venait de e
passer à Agreda!.. .. Fort bemeu.sement, il

une petite halte, pendant laquelle vous pcn ei
bien que j'exprimai ma vi\'e reconnais ance
au lieutenant ain i qu 'à se rnltirreurs, donl
la joie é!!UlaiL pre que la mienne. 1 ou regagoàme le bivouac, où )I. Tassin avait lais é
la moitié de on monde i la cantinière de la
compagnie '• trouv::iil: on mulet portait
deux outre~ de vin, du pain, du jambon : je
le. achetai pour le donner aux voltigeur , et

Gr• ~u~t d' Aca&amp;RT, d"af)r~s te t:sNeau d'HrrvOLY1"E LECO:.ITP•• (J.fuS~t dt Venai!lts .)

plus le tes et • 'élance au pas Je cour e ver
Agreda. Cel officier et sa petite tToupe avaient
déjà fait une lieue, lorsque, t·nleud_ant_ d~s
coup de feu, il en conclurent que Je v1Ya1.
encore, mais avai be oin d"un lrè prompt
ccour . timulé par l'espoir de me am·er,
ces braves "ens redoublent la vi Le e d6 leur
marche, et m'aperçofrent enfin sur la crête
dt! la colline, servant de poinL de mire aux
balle de trois cavaliers espagnol !
~I. Tassin et a troupe étaienL baras.és;
moi-même je n'en pou,•ais plus; on fil donc

on fü un déjeuner dont j'avais bien besoin et
auquel partiripèrenl le· deux housards laissés
dan ce po te la nu.il précédente. L'un d'eu:x,
montant la mule du moine, me prêta un
cheval, et nou.s parlimes pour Tarazone. Je
oufl'rais horriblement, parce que le sang
durci formait une croûte sur ma hies ure.
Arrivé à Tarazone, je retrou\lai l'avant-garde
du maréchal Lannes. Le général qui la commandait me fü panser, puis me donna un
cheval et deux hou ards pour m' scorter jusqu à 'l'udela, 011 j'arrivai au milieu Jela nuit.

~---------- -------------Le maréchal, bien que malade, me reçul
au 'Îlôl, cl parul fort touché de ma mé arenlure. ri fallait c~penclant que le lmllclin de la
bataille Je Tudda JiH promptement Lran mis
à l"Empereur, qui devait attendre arec impatience des nournllc. ùu corp d'armée &lt;le
J'Êbrc . .l'aurai · d'autant plu· dé iré I lui
porter que le maréchal, éclairé pa_r ce qui
,·enaiL de m'arri\'er dan le moutague:; de
oria, con entait /1 ce que l'officier charg' ,le
se rendre auprèit do ~apoléon pas àl pur
lliramla et Burgo~, dont les rout cournrtes
dè Lroupe françai. es ne présentaient aucun
danger; mai j' étai tellement souffrant et
hara ·~ 1 qu'il m'eiil été physiquement impossilile de l'Ourir la po Le à l'ranc étrier. Le
maréchal confia donc celle mission au commandanL Guéhéneuc, son JJeau-l'rère. Je lni
remis lei. dépèt·be · : elle étaient rougies
de mon sang. Le commandant , aint-Mar,.
chargé du .11crétarial, voulait le recopier cl
changer l"cn\'eloppe : c1 , on! non! s"l'ria le
maréchal, il est Lon 'JUe J"Emperenr ,·oie
combien le rapitaine llarbot les a défendues
rnillamment!. ... 11 Il expédia donc le pa!]Ul'I
lei quïl c Lromrail, en )' joignant un billel
pour expliquer à. ~a Majesté la cause du
retard, faire mon éloge el demander une
récompeuse pour le lieulenanl Ta in et le
homme 14ui étaient accouru a\'ec tant de
zèle à mon secours, sans calculer le· danger
auxqueL ils ponYaienL s'expo er si les ennemis
eu i::nt élé nombreux.
Etleclirement, !'Empereur accorda quelque
temps aprè ln croix à M. Ta in ainsi qu'à
son ergent. eL une gratification de fO0 francs
à chacun desvolligeurs qui le avaieol accompagné . Quant au soldat normand, LraduiL
.de,·ant un conseil de guerre pour a,oir
abandonné son po te devant l'ennemi, il fut
condamné à tr.1iner le boulet pendant deux
ans el à achever on temp de ,crvice dans
une compagnie de pionnier .

.MiM011(ES DU GÉNËJ(.AL 1J~ON DE

voyage serait tr~ pénible pour moi, car les
aidl' de cawp Joi,·ent suivre à franc étrier
la voiture du maréchal, et je sentai que le
mouvement d'un cheval au galop, que j'allai
ubir plusieurs heures pendant sept à huit
jours, acrnnverait les douleuT"s nJTreuses que
me l'aisait éprOU\'er ma blessure; mai le
maréchal eut la bonté de me donner uue
place dan sa voiture, où l tronl'aient au .i
le généraux Pouzet el Frère, - dt?ux amis.
Ceux-ci aimaient heaucoup à causer, et même
à 'égayeranx dépens du prochain, et, comme
ils ne me connai ai nt que depui quelque
lemp , ma présence l11 embarra. a d'abord;
mais le marécl1al leur ll}Rlll diL : &lt;« C'est un
hrave garçon, ,·ou · poll\'ez parler de\'ant
lui ... » iJ profitèrent largement de cet a,·i ·.
Ce voyarre fut pour moi bien pénible. bien
qu'on e repo'i\L Lou te le nuits . Nou re\imes
Logr01io, Miranda, Onr.,.os, el wonlâmt! à
pied le célèbre défi_!" de Somo- ierra, Polevé
quelque. jours avant ~ou le yeu de l'ErupereuT par les Lancier polonai dt :i garde,
qu.i, ce jour-là, Yirenl le [eu pour la première
fois. Ce combat donna au gclnêral llonthrun
devenu célèbre depuis, I'ocea.ion de se signaleT.
~lonlhrun ui\'ait le quartier général, lorsque
l'Empereur, marchant d'Aranda sur Madrid,
el devançant de quelques heures son infanterie,
arrita au pied de orna-Sierra, n'ayant avec
lui que les lanciers polonais. La !!l'ande roule,
trè escarpée 'Ur ce point, et re serrée entre
dem montagne , e trouvaü l,arrée par un
pelit retranchement de camparrne, défendu
par quelques milliers d'Espagnols. :Napoléon,
c1ui voulait arrjver ce jour-là mème à Buitrago, .c. voyant arrêté dan a marche et
calculant que l'infanterie ne pourrait arriver
de lonntemps, ordonna aux Polonai de forcer
le pas age du défilé.
Les Polonais n'onl qu'une qualité, mais ils
la possèdent au plu haut degré : ils sont
généralement lrè bra,·es. Leurs chefs, n'ayant
aucune connais ance de la guerre qu'il'
CHAPITRE vm
n'avaient jamais faite, ignoraient que pour
pas er un défilé il e L nécessaire de lai. er
Sous rejoignons :apoléon. -:- omo- ierra.
)ta ..th~ •ur le Porlugal. - Echec ,le Benavente. entre le;; cadron un lll'pace vido énal à la
profondeur de chacun d'eux, afin que _i les
- 'tar ·he SUJ A~lorgo.
premiers onl t!'pou és, ils trouvent en arLe marécha l Lannes poussa ses lroup ,- rière un terrain libre pour e reformer el ne
ju,11u'a11J. portes de uagosse; mais comme
e jettent pas sur les escadrons qui ~uivent.
il manquail de gro~.e artillerie pour faire Je Le chef· polonai · lancèrenL donc à !"étourdie
iège de cette ,füe, dan laquelle s'étaient le régiment dans le défi lé san prendre les
renfermés plu do oixante mille militairci., disposition convenable . Mai , accueillis sur
soldats et paysan , il se contenta pour le les deux nancs par une grèle de balles el troumoment d'en faire garder le!- principal
vant la route barrée au sommel, il éprouvèavenues, el remettant le commandement au rtlnt de pertes d'autant plu.s sen ibles, que
maré bal lloncey, il parlil pour aller rejoindre le premier escadron e jeta en désordre sur
l'Empereur, ainsi que le portaient es in- le deu.xième, celui-ci ur le troisième et ain i
lruction . .J"ai dit que le maréchal Lanne
de suite: de orle que le régiment, ne formant
était tombé malade; il ne pouvaü donc plus qu'nne mas e informe sur une roule
VOJ:lger ?1 franc étrier, ainsi qu'il l'avait fait encai séc, ne pouvait Faire dcmi-Lour et se
en Yenant. On trouva une voilure à Tudela el
LrouvaiL îu,illé pre que à bout portant par les
l'on établit ùes relai a,·ec les chenux du Espagnols plaré' ur les rocher voi io !
train de l'armée.
11 était fort dmidle de débrouiller celle
Bien que je us e que le maréchal, ,oula11l cohue. Enfin on y parvinl, el les Polonai·
coucher tous les soirs ne ferait qu ·une ,•ing- allèrent rn reformer dan Ja plaine sous Le
laine de ]jeues pnr jour, je prévoyais que le yeux de l'EmperPm, qui loua leur courage,

.lJfA ~IJOT

---.

en lilùmant le peu de méthode qu'il avaient
mis dans l'attaque. Les chefs en convinrent,
en exprimanl le regret ùe n'avoir pas été
conduits par un irénéra1 expérimenté. A.lo-r
le major général Berthier, Youlant du bien /1
~Jontbmo, en ce moment peu en faveur, mai
qu'il connais ait pour un cxcellenl et très
Lrave officier de cavaleri~, iuiorma Napoléon
de la présence de ce général. L'Empereur le
fil appeler et lui donna le comman&lt;lemenl
des lanciers, n lui ordonnant der commencer
l'auaque.
Montbrun élail un homme uperbc, dan
le genre Je Murat : haute tailltJ, figure balafrée, liarlie,noire, attitude d!'s plu· militaire
et excellent écu)'er. li plul au1 Polonais, et,
ceux-ci ayant promis dti se conformer à se
in truclion ·, ~lontbrun . aprè aroir espacé
leurs e cadrons el pris toute · les di po. ilion.
néce.saires, ·e mel fièrement à leur lèle. 11
'élance dans le défilé .... Quelques C" cadron
ont d'aLorù ébranlés par la fu illade; mais
le cliver ·es par lies de la colonne ayant as~ez
d'e. pace entre elles pour qu'il n'en ré ullàt
aucun dé. ordre grave, on se remet et l'on
parvient enfin au sommet de la montagne.
Le général Montbrun mel pied à lerre et
court le premier aux retranchements pour arracher les palissades sous une gr~ledc balle .
Les Polonai · uiYent on exemple; le rclranchemeots ont enlevés; on remoule à
che,·al, el le régiment fond sur les E pagnols,
dont il fait un ma·sacre d'autant plus grand
que le Lerrain, ·'élargi sant et allanl en desceudant ju qu'à Buitrago, permeuaiL aux
lanciers de joindre les fonla ins ennemi qui
fuJaienl dan le plu. grand désord-re. Le défilé
enlevé, !'Empereur le franchit, el, arrivé au
ommet, non seulement il voil le drapeau
[rançais llottant sur Buitrago, mai aperçoit
à une lieue au delà de celte ville la cavalerie
de Montbrun pow• uivant les E,pamols en
déroute!... Le soir, 'apoléon [élicila les
Polonais, nomma MontLrun oénéral de divi~ion
eL L'cmmenaqnelque mois après en Aulricbe,
où il commanda si Lien une divi ion que
l'Empercur le nomma, en 1 10, général en
cbeî de Loule la cavalerie de son armée de
Portugal el lui confia un corps de La même
arme pendant la campa.,.ne de Rus ie. Il fut
tué à la bataille de la Mo kowa.
Le maréchal Lannes ayant examiné la po ilion dontje viensde pari r, nou de rendimes
le omo-Sierra ctallàmes cou,·ber à Huitrago,
d'où nous gagnàme Madrid le lendemain.
L'Empereur était depuis qut'iqucs jours dan
celle viUe, dont il n'avait pu e rendre maitre
qu·aprè un combat érieux. U y avait établi
son frère, le roi Jo eph. Le maréchal Lanne·
me présenta à Napoléon, qui me r çnt a,•ec
bonté, en me disant que sou peu il récompen erait la conduile que j'avai Lenue a
Agreda. 1 ous trouvâmes M. Guéhéneuc Il
Madrid. (1 portait le iruirrne de colonel
dont !'Empereur lui a,·ail conféré le grade,
en recennt de a main le bulletin de La
bataille de Tudela, teint de mon ang.
Guéhéneuc étai L un brave garçon ; il vint à
moi el me dit : « C'est vous qui arez couru

�r-

1!1ST0'1(1.JI

le danger et reçu le coup de abre, el c'e. L eu!. aupr~ du maréch_al. ' ... me fait igne turban ne me naranli. ail que le haut de la
moi qui ai obtenu I grade; mais j'e·p\re &lt;111'il H·ut me parler el me prtJsente une bou- tête la neige avait pént!Lrô dans I cou el b
que vou ne tarderez pas à être a1·ancé. » Je teille de kir ch. Je le remercie ans accepter, nuque, eL. 'y était fondue; j'avai le corps tout
l'espérais aus_i; cC'pendant j'avouerai frao- mai mon homme embouche le goulot du mouillé, et no équipages n'élaicnl pns arri, és;
cbcm nl 11ue j'en voulais un pea au maréchal flacon dont, en moin· d'un quart d'heure, il je pa ai donc une bien cruelle nnit.
Le joul'S suivant • l'armée continua a
ab orbe toul le cool nu! Toul à coup, il roule
pour l'ob·Lination qu'il avait mi e à me fair
marche
sur Kpinar, \'illaca, lin, Arevalo èl
à
terre
comme
un
calos
e
qu'on
abat!
Le
pa cr par
reda; mai il fallait .e oumar !chal o'ayant pu con tenir -ou indignation, Medina d l Campo. Plu, nou aou éloignion
rnell re à a de tinée !
... lui répondit : o Ce n'e l pa , ma faute, ,le monL ,uadarrama, plus la température
Le maréchal Lannes fut logé à Madrid, dans
'adouci ait. Bientôt de grandes plnic -succécar
il y a du Yerglas entre ma selle cl me
l'hôtel qu'avait occupé Mural. fy trouvai le
bon con eiller flernandei, qui, achanl rnon cru e l 1&gt; Le maréchal trouva l'e,;cu e :.;i dèrent à la gelée, et les chemin· devinrent
arrivée, était rnnu m'offrir d'habiter cliez lui, nou"clle el i bizarr CfDt!. malrrré a mauvai c de bourbier '. 1 ou· pa sàme le 0ouro à Torce que j'acc •plai ,mc d'autant plu · de r - humeur, il ne put s'empèelier d'en rire, pui, de illa , où nou. joignimes et1fin le trainard
de l'armée annfai e qui ~ 'enfuyait à. notr'
conoai ance que ma hie ure . 'élait enve- il me dit : a Fait -le jeter dno · un de me
nim le, el que de hons soin m'étaient 11éces- fourgons. &gt;) J'cxéculai l'ordre, et notre com- approche vers I port do la Corogne. L'Empcpa1r11on -'endormit sur lt• ac de riz, au reur, dl!Sirnnt la joindre avaul qu'elle pût
saire . Ion hôte me le prodi,.ua, et j' :1ai
'embarquer, pr sa la marche des troupes,
en 1·oie de guéri on, lorsque d, noureaux milieu de. jamLons el de cas erolcs.
au.
qnclle il fü faire dix à douze lieue par
Nou,
arrivàm
•~
au
pied
du
Guadarrama
:rénemcnts me forcèrPnl ù rentrer en ca.ropendauL la nuit; nou n'y tromàmes qu'un jour, mal ré le mauvais torop el de routes
pa~ne au milieu de l'hi1·cr.
~n elft!L, nou. étion à peine depuis une trè pauvre village où L'on s'établit comme affreu . Cette précipitation donna lieu à un
semaine à Madrid, lorsque, le 21 décembre, l'on put. Le froiJ alait 11agné ma ble~'ure, échec, qui fat d'autant p]u en ible à. 1 apo!'Empereur, apprt!nanl que l'armée de Portu"a 1 ctje ouffrais beancoup. u point du jour, poléon qu'il fut éprouvé par un corp de rn
o ail marcher contre la capitale del'~ pa~ne, l'armée allait ·e mettre en marche, lon1uc garde.
Voici le fait.
dont elle n'était rlus qu'à qu Igues journée , le bataillon d'annt-gardedéj/t cn 11ag 1 dan
L'armée couchait à Villapa.nda, lor que
L1
montagne
rélrogradùrent,
el
l'on
vinl
préfil à l'in tant mème ballre la générale el or lit
de la \'llle à la Lète de a garde el de plusieurs venir l'Empereur et le maréchal qu'une tour- !'Empereur, furieu,; de courir toujolll'S apr:. ,
corps d'armée, pour .c porter dan la direc- mente aITreu e empêchait d'avancer. La nei&lt;re les Anglais, apprit 11ue leur arri rc-garde était
à quel4ues lieue de nou dan la ,ille de
tion de Valladolid, par où arri,•aient les An- aveuglait homme. el chevaux; un vent de
llcnavcnte, derrière la petite ri,•it•re d'füla. ll
1
plus
imp
tueux
venait
même
d'en
enlever
glai commandés par le "énéral Moore. Le
mar ;d1al LannP , étant retalili, devait ai.ce plusicur - et de 1 jeter dans un pré ipice. fit partir dè le point du jour une colonne
)'Empereur, non plu eu voilure, mai à cheval. To11t autre que r'apoléon . c fùl arrêté: mai , d'infanterie, précédée par le mameluk et le
11 me le fil obaer,·er, en me proposant de "oulaoL joindre le· An,.lai à lOut prix, il chasseur de la 0 arde, ou 1 ordre du
re ter à Madrid just1u'à œ que ma ble sure parla aux oldals cl ordo1ma IJU ceux d'un général Lefobvre-Desnouettc,, orûcier Lrè
fùl oomplèlement tn.u~rie. lai deux motif· même peloton o liendraieol par le bras afiu bra,·e. mai trè imprudent. Ce général, parm'en empêchaient: d'abord, je voulai a ·ist •r de ne pas Hre emporté par le vent. La cava- venu arec a ca,·alerie sur le rires de n:Ja,
en face de Benavente, itué à une demi-lieue
à la bataille qu'on allait livrer aux Aoglai ; lerie, mettant pied à terré, dut marcher dan
en ccond lieu, je savais que !'Empereur ne le même ordre, et, pour donner l'exemple, au delà de ce cour d'eau, n'apercevant aucun
donnail presque jamai d'a,•aneem nl aux !'Empereur forma l'état-major en plu_ieurs ennemi, veut fair.- reconnaitre la ,iillc : c'était
peloton , ~e plaça enlre Lannes et Duroc. militaire; mai un peloton uffi ail pour cela,
ab~t:121~. et je tenais à obtenir le grade de
·ar ,·in11t-cinq homme voicnl tout aussi loin
chef d'c cadron qui m'avait été promis. Je auprès de quels nous nous ranr:reàme en
entrelaçant no bras ; ruis au commnndemenl que deux mille, et, 'ils donnent dans une
fi donc me préparatif de départ.
'ne ,cule cbo·e m'embarrassait : je ne l'ail rar 'apoléon lui-mème, la colonne ·e embu -cade, la perte e l du moin peu unpouvaL, à c: use de ma hie ure au front, port.a en avant, gra~t la montagne, malgrr portanle. Le général D nouctle de ail donc
porter ni chap au ni colback i ma Lète était le venl impéltll'ux 11ui non refoulait, la nei re allendre l'intanlerie 3vant de 'eo"ager à
cnye)oppéc avec des moucl.ioirs blancs, mais qui nou fouettait au vi age el le verglas qui l'étourdie au milieu de l'Kla. C pendant,
an. écouler aucune ob ervation, i1 fait pa).,.er
c'était une coiffure peu militaire pour fiœurer nou · fai:-ait Lrébucher à chaque pa . Je soufla
rivière à gué à toul le régiment ùc cha·fris
cruellemenl
pendant
les
quatre
mortelles
dans un étal-major qui devait marcher cooeur, et \rvance ver la vill , qu'il 1ail
.
tammenL al'ec celui de !'Empereur! Pendant heu re c1ue dura cette ascension.
[ouiller par l&amp;&gt; man1eluk . Ceux-ci n'ayant
Arrivés i.l mi-colt•, le' maréchaux et le
que cette pen,ée me tourmentait, j'aperçu
un mameluk de la garJe coiffé de on turhan à f(énéra.ux 'I ui portaient de grand h lle à mème pa rencontré un cul bauilanl, c'était
ral&lt;1ll rou &lt;&gt;e. ,J'avai. uncharmanl képidecelle l'écuJl!l'C ne purent plu a\'ancer .... 1'apoléon un indic, pr sque c rl:1in 11uc l'ennemi prée fil alors hi ,r ur un canon où il se mit parait une emuu cadll; le irénéral français
couleur Lrodé en or; je lis tortiller et coudre
alentour un joli foulard, ce qui produi'il uoe à califourchon; le marécha.11 et œénéraux aurait dù prudemment rétrograùer, puisqu'il
Cirent de mèmc : nou ootinuà.me, à marcher n'était pa en force pour luller contr' une
c,pètc dé turban, que je plaçai au-de ·u de
nombreuse arrière•"ard enn mie. Au lieu
dan
·e gro1t querr111ip,we, etnoos parvinme
bande el d compre e qui couvraient ma
enfin au coment i1ué sur le oromel d ,la de cela, De ooueltes pou e loujour en avonl;
bics ure.
~fous orûmcs de Madrid à la chute du_ jour montagne. L'Empereur ·1 arr la pour rallier mais, pendanL qu'il traver e la ville, quatre
pour aller coucher au pi d du mont GuaJar- l'arm ·e; on trouva du vin et du bois qu'on à ·im1 mille cavalier anglai la tournent, en
rama, que !'Empereur voulnit lrarcrscr le lit di ·lribuer aux troupe . Le froid était des masquant leur mouvement par les mai ·on
lendemain. Tl gelait trè forl; la roule étail plus vils; tout le monde grelollail: cependant, des faubourg , et tout à coup il fond1mt , ur
comerle de ver 0 la , le. troupes, el f&gt;urlout la au uoul de quelqu heur •s, on e re1Dit en le cba enr de la garde impériale, qui. e
cavalerie, marchaient péniblero(&gt;ul. L ma- route. La desc~nlc , qnoi11ue trè pénibl , le bàtanl de ortir &lt;le la ville, e défondircot . i
,·aillammenl qu'il firent une lar 11e trouée an
fut beaucoup rooin que la montée. Xou
réchal emo}ail fréqucmruenl de officier
pour s'a urcrque le· colonucs étaionlen bon parvînme· à la nuit tombante dans un petite milieu des Anglai , rega;n~renL la ,rivière CLla
ordre pendanl celle marche de oui!· mai , plaine, où se Lrouve le ttro bourg de int- repas -èrent an "randc. pale. ~lai lorsque,
comprenant ce que je devai · ouJfru·, il cul 1'\aphaël, el plu~ieurs villages qui procurè.rcot arrin! sur la ri c gauche, le régiment se
à l'armée de vi1•res. du vin et Je abri . Ma reforma, on 'aperçut que le général Du •
l'attenlion de m'exempter de cour~e·.
Pendant qne Lou me a,maradesétài nt à blessure, cléjà un peu cicatri ée à notre départ nonelle n'était pins présent. L:n parlemende lladrid, s·étail rou"erLC, et, comme mou Laire ennemi .vint annoncer que, le chenl de
porter des ordre , . · ... cl moi n u lrouvàme

~-----------------------Lel'ehn"-De nouelle apnL été tué pC'lldanl
ce comuat, ce général était prisonnit&gt;r de
guerre! ...
L'Empereur arrivait en ce moment. Jllgez
de on courroux, lorsqu'il apprit quo non
eulemcnt son régiment favori venait d'essu~·er un échec, .mai que le chef était re té
au pouvoir des Anglai !. .. Bien que Napoltfon
îùt trè mécontent de l'imprud nec de L~febvre-Demouettes, il fit cependa1Jt propo er
au général en chef ennemi de féchangcr
contre un officier du même grade déttmu en
France. Mai le général Moore était trop fier
de pouvoir montrer au peuple anglai un des
chefs de la garde de rempereur des Françai ,
pri onnier de gut:rre, pour consentir à cel
échange. En con"é4uence, il r fusa. Le général De,,nouetle rut traité avec beaucoup
d'égards, mai on l'envoya à Londres comme
un trophé , ce qui augmenta encore la col re
de Napoléon!
Mal"ré le peût uccè que les Anglai venaient de remporter sur le chas. eur à
cheval de la garde impériale, ils continuèrent
leur retraite. Xou traver âme l'Esla et o~
cupùmes Demrvente. De celle ville à .Aslorga,
la distanc·t est au moin de quinze à seize
lieue. de France, et il îaul Lravcr •r plu 'ieur
cour d'eau. Cependaul, rEmprreur 'tait .i
impatient d'atteindre les ennemis qu'il voulut
que on armée fil ce Lrajet en un eul jour,
uien que le~ jour. fus ent alor" Ir · court :
nous étions au :i I décemhre. J'ai rarement
fait dtJ m.irche aussi péuiLle; une pluie glaciale perçait nos 1·ètement. , le homme cl
les ch vaux enfonçaient dans un terrain marécageux; on u·avançait qu'avec le plus
grands efforts, cl. comme tous l •s ponts
aYaienL été coupés llar le Anglni , no· fanla . in furen l oh 1iués de e déi,habiller cinfJ
ou . ix fois. de placer leurs armes 1•t leur,
elft:l sur leur tète t d'enlrcr tout nus dans
l'e.au glaciale de~ rui • eaux qu'il nou. fallut
lraver cr.
Je le dis à n•œrcl, je vis Lroi · jeux grenadier Je la garde. qui, se trouva11L d.an l'impo~"iùiliLé d continuer cette piSnil,le m1rchc.
t&gt;l ne \'Oulant pas rester en arrière de crainte
d'ètre torturéq et massacrés par le pay an·,
se bri1lèrcnl la cervelle a~cc leur propr
fu ·il !. . . (ne nuit des JJlu · ·ombre ' et 1011jour plmi u.e vint au"menter la fati&lt;&gt;uc
d,.. troupe ; les soldats, exténués, se couchaient dans la boue.... o trè~ grand nombre , 'arrèta au ,·illa e de Ban za; le tètes
de· régiment. . rules arrivèrent à A ·torga, le
urplus resta , ur I d1emiœ;. La 1111it était
déJ11 fort arnncée. !orque !'Empereur el le
maréchal Lannes, n'ayant pour toute ~-eorte
11ue leur· élats-majors cl quelque. centaine
de cal'aliers, entrèrent dan .\ Iorga, qu'on
1 i.itn à pein , tant chacun était hara. é el
désireux de trouver un aLri pour se réchauffer!
i le eon mis, pr 11'enus de cela, rus enl
revenu ur 11:ur pas ils auraient peut-être
enlevé !'Empereur: mai heureu eruenl ils
étaient trop pres és. et nou n'en lrouvàmes
pas un seul dans celle ville. A cha1Jlle in tant,

Ju re te, arrivait une parlle d • ·oldat · françai~ restés en arrière, ce qui a surait la Jéfen e du quarlier impérial.
storga esl une a ez grande ,·Hie : chacun
s'y logea à la hâte. :'\ou· plaç-.lmes le maréchal Lanne dan une maison d'a sez belle
apparence, ,·oi ine de celle où s'établit l'Empereur.
011s étions
tremp 1 ju qu'aux
o , el il faisait très froid, car nou étion:
auprès des montagnes de· .\. turie . • o
domestiques et les bagages n'arri\'ai1•11l pas:
il fallait cependant trouver un molt&gt;n de
e réchaulli::r. Les grauds feux que nou
fimes ne pouvaient suffire· le marécbal grelottail; je l'engan-eai à quitwr tous c vêtements, m me a chemise, à ·e rouler dans
une couverturc d" laine et à se placer en uite
entre deux matela , ce qu'il fil, ainsi que
nous Lou , cru· le mai ons, dont Lou. les
habitants avaient pris la fuite, étaient tr'bien garnie de lits. , ou lerminâme ain i
l'année 1 0
CHAPITRE IX
18011. 811taillc de là Corogne. - Napoléon quitte l'ar·
ml\~. - 1.onnc.• csl dirigé sur arago e - Siège
Cl pri,o ,le ct'lle ville - Jt&gt; sui griérnment
ble.~é.

Le leudemain Jt• janvier 1 09, le mauvais
temp ' continuanl, et !'Empereur entant d'aillenr la neccs·iLé de réunir son armée, on fit
éjour à Astor"a, oit les troupes se !,)'Ollpèrent succes ivemenl. ~~Ile tro1n•'-renl en
ahond&lt;inCll Je vivre , dont die purent dLpo er avec d'aulanl plus de liberté qu'il 11 ·
a1,ait plus un ;;cul habitant dan la ,•ille. L'Empcreur amil ~Lé vivement affeclé en apprenant que troi grenadiers ,le.a 1rarde s'étaient
rnicidé ; au si, malgré la pluie et la houe, il
1isila suce ssivcment toutes les mai ons d~u.
le quelles les oldats s'étaient mis à l'abri·
il leur parla, rele,a leur moral; el l'on s'atlendail à partir le lendemain à la pour uite
des Anglais, lom1ue Napoléon reçut par un
aide de camp du ministre de la guerre de·
lettre qui le déterminèrent à ne pa aller
plus loin en personne&gt;. C'était probablement
l'annonce des moml:mcnts bo !iles que îaiait Mjà l'Autriche pour atlaquer l'Empire
rrançais, pendant que ~apolron el une partie
de la grande armée étaient au fond de 1'E pagne. L'Empereur ré olut doue de retourner
en }'rance a\'ec sa garde, afin de se préparer
à la nouYelle guerre dont lts .\ulrichiens le
menaçait-nt; mai., ne Youlant cependant pa
perdre l'occa ion de punir les Anglai , il les
lit pour uivre par les corps d~s maréchaux
. ey et oult, qui, en parian l, délilèrenl devant lui.
Les troupe anglai e onl excellt&gt;nle ;
mais, commP elle. ne se recrutent que par
de engagPmenL · volontaires qui deviennent
tort difticilcs en tcmp de guerrP, on e t
obligé d'admettre les homme - m11riés, auiquel· on permet de se raire uivre par ]pur
famille ; aussi les régim.,nLs traînent-il à
leur suit· un nombre considJrable de femmes
et d'cnraots. C'e l là un grave inconvénient,

auquel la Grande-Bretagne n'a jamai pu remédier. Or, il advint qu'au momPnt où l'Erupereur !ai ait défiler devant lui les corps de
oult et ey, hors de murs d'A torga, on
entendit des cris dans une immense grange ....
on l'ouvrit... t&gt;lle contenait mille à douze
et•nts femme et t-nfant anglais qui, arrabl~
par la longue marche de jour prftéd nt ,
faite sous une pluie glacial , au milieu de
boucs ci d . torrent débordé , n'anienl pu
suivre l'armée du nénéral Moore U 'éta.it•nl
réfugié dao cette \'aste grange où, depuis
quarante-huit heures, ils vivafont d'orge
cru !. .. Presque Ioules ce femmes el ces
enfant étaient bPaux mnlgré le guenilles
tangea ·es qui le couvraient. Ils entourèrent
hienlôt l'Empereur, qui, tourhé de leur tri Le
po. ilion, le fil loger en vi lie, où. ils reçurent
des \'ivres, el Napoléon envop un parlementaire avertir le général an~lais que, dès que
le temps le permettrait, lt's femmes et le tnîaols de es oldats lui erail•nt rendu .
Le maréchal Soult joignit l'armée ennemie
dan le montaf.?l)es de Léon el batlil son
arrière-garde à )'illafranca, où nous perdîmes
le général Colbert el on aide de camp Latourfaubourg . L'~rmée anglai e gagna en toute
hâte le port de la Coron-ne; mai. , une tempête
horrible rendant son embarquement très
difficile, elle fut daus 1'obliga1ion de livrer
bataille aux troupe' du maréchal Soult qui la
uivaitnl de trè prè . L général en chef sir
Jobn lluore fut tué, et . on armée ne panint
à rta ner se vais eaux 4u'après des pertes
immense . Cependant, cet événement, ttue les
Français considérèrent d·abord comrue un
avantage, leur de"int l,ieu fatal. car le général
loore rut remplacé par Wdlmgton, qui nou.
fil d •puis tant de mal.
Ce fut a tortta que mon frère allaché à
l'étnl-major du prince Bt:rtb.ier, ayant été
cbar"é de pa er des dépêche à Madrid, fut
pri par les •uérilla-, ce dont je ne fu · inform"' 11ue longLemps apr'• . .l'aurai l'occa~ion
de revenir ur cet 1!\-énement.
Pendant lJUe lu maréchal 01111 pour,·uirniL
le e11uemis dans ll'llr retraite ver la Corome,
!'Empereur, accompagné Ju rn:irécbal Lannes,
partit d'Astorga :me ·a gartlc pour rélt'O!!l':tder
sur 'Ynlladolid, afin d. joindre&gt; la roule dt
France. 'apoléon 1:journa dcu~ jour' dan
c •lle ,·ille, où il ordonuu au maréchal Lann
d'aller prendre I • commandcm •nl de dem:
corp d'arm1i qui !ai~aÎl'IIL le il•n-e de arago e, et de 1ooir Je rc&gt;troul'er à Paris après
avoir pri celle place Mais, avant dë ,c tlparcr
de nous, l'Empcr1·11r, ,•oulanl donner à l'étal•
major du mar6chul Lanne un témoîguaoe de
satisfaction, invita cdui-ci à lui remellrc l'état
Je~ propositions d' arnncemcnt qu ïl avait à
faire pour le' oflicier . J' fu compris pour
le grade de ehef d'e cadran, et je me préparai à le recevoir, ·urloul en apprenant que
le marrcl1al. orl,111t du caliinr•t de !'Empereur,
me fai·ait demander; mais mon espoir fut
cruellement déçu! ... Le maréchal me dit avec
bonté 1111' •n demandant un srade pour rnoi
il arail cru &lt;l •voir propo er aussi le ,ienx capitaine Dagu ·an, on anci •n ami; mai que
11

•

�111ST0"/{1.ll

________________________________________.

l'Empereur l'a,•a.it prié de choi ir entre Dagusan et moi. « Je n'ai pu me décider encore, diL le maréchal, car la liles ure que
vous avez reçut1 à .igreda el la conduite que
vous avez tenue dans cette circonstance dil'firile mettent le droit de voire. côté; mais
Dagusan e t ,·iem: et fait sa dernière camparrn •. Cependant, aucune con idération ne me
porterait à commettre 1me inju tiœ; je m'en
rapporte à vou pour indiquer lequel des deux
nom je dois faire inscrire ur le brevet que
l'Empereur va signrr .•.. u ~fo position étail
Lrè embarra · ante ; j'aYa.is le cœur hien
brro · ... . C•pendanl, je répondi · 11uïl fallait
mellre sur le hrevet le nom de ~I. Dagus:m !. ..
Lemnr 1chal. les larrn' aux yeu:x, m'embra sa,
en me promettant qu'apri la siège de ararro se ,je serais certainement nommé chef
d'e caùrou. La boir le maréchal réunit se.
omcier pour annoncer le, promotion . Guéhénenc était confirmé dans le grad • di, coIonel i ainL-11ars, nommé lieut.onant-colonel;
Ongu an, chef de bataillon· d'Albuquerque
WatLe,•illc, lécrionnaires; de Viry el Laùédoyère, capitaine· ... moi, rien!
Noa. quillàm Valladolid I lendemain,
pour nou diriger à petite journée avec nos
cbeyaux ur ara"'O e, où le maréchal Lannes
prit le commandement de Loule les troupes
qui Faisaient le siège et dont le nombre s'éle,,a.it à 30,000 hommes, sa-voir: le 5• corps
de la !!rande armée, venu d'Allemagne, soa
les ordres du maréchal Mortier, et l'ancien
corp du maréchal Moncey, que Junot venait
d~ remplacer. Ce dernières LroupesélaienL de
nom,clle formation ; mais n'a1·ant plus de
longue ' marche à faire, el d"ailleurs aguerries par leur uccès de la bataille de 'fu.
dela. elles combattirent avec beaucoup de
courage.
Avanl la grande in urrection amenér par
la caplivité de Ferdinand VII, la ville de arao--osse n'était pas fortifiée; mai . en apprenant le événements de .Bayonne et les ,•iolences que 'apohion voulait faire à L'Espagne
pour plnct·r on frère Jo. cph ur le trône,
arago se donna le signal de la ré islance. a
nombreu e population se leva comme un seul
homme; le moines, les temme.s cl mèrne les
enfant prirent le armes. Dïmmen el- couvents, au. murailles épai,ses et olide , entouraienl la ville; on les fortifia, el de ca.nons
y furent placés; t.oule le mai on rurenl
arénel tes. les rue barricadé i on f_abriqua
de la. poudre, des boulets des balJes, et l'on
réunit d • très grands approvis ionnements de
houche. Tous les habitants '.enrégimentèrent
Pl prirent pour clief le comte Palafox, l'un
des colonel des gardes du corp et ami dévoué de Ferdinand VU, qu'il avait nivi à
Bayonne, d'où il s'était rendu en.Ararroo après
l'arre~talion de ce roi.
Ce fut pendant l'étc.! de i 808 qne !'Empereur apprit la ré\'Olle et le projets de défense
de arago · e, eL comme il élail encore dan
l'illusion que les dépêches de Jurat avai~nt
fait naitre dan son esprit, il oonsidéra celle
insurrection comme un feu de paille qui
s'ét(lindrait à l'approche de quelques régi-

ment irançai ·. Nêanmoin , ,n·aot d'employer
la force d · armes, il voulut essayer de la

per uasion.11 'adr,cs~a au prince Piguatclli, le
plus grand seigneur de l'Aragon, qui se trouvait alors à Pari , el l'engagea à user de son
inOuence sur les rarronai pour ca.Lmer leur
effenesœnce. Le prince Pignatelli accepta
cetle mis ion pacifiquè et arriva à aragosse.
La population accourl au-devanL de lui, ne
doutant pa qu'à l'exemple de Palafox il
vienne combattre les Françai ; mais, dès que
Pignatelli pa rle de sonmis ion, il se voit a. sailli par la foule. qui allait le. pendre si Pala fox ne l'a"aiL fait conduire dans un cachot
où il passa hu.il à neuf mois.
Cependant, plusit&gt;ur. division françaises,
conduile par le rrt!néral \'erdier, e présentèrent en juin. 180 deva.nt 1-laragossc, donl le
fortifications étaient encore très imparfaite:;,
On ,,ouJut hru quer une attaque; mais à peine
no· colonnes rureol-eJle .dans les rues, qu·an
feu mcu.rlrier parlant des Ienèir , de clocher , des toit~ cl de. oupiranx: de ca,•es,
leur fil ~pro1ner de telles perle" qu'elles furent ol,]igée de ba Ure en relrai te. 1 os Lro1rpes
cernèrent alors la place, &lt;lont elle-~ commencèrenL le sîè"e plu métbodiquement. Il aurait prou'llhlement réu1&gt;si, si la retraite dn roi
Joseph n'eùL contraint le corps français placé
deYanL , arago se à se retirer aussi, en aùandonnan L une partie de soo artillerie.
Ce premier siège fat ainj m:i.nqué ; mais,
nos troupe étant .rentrées ,·kloricuse en
Aragon, le maréchal venait en 1 09 attaqurr
de nouveau ara.go e. Celte ville e trouvait
alors dans de bien meilleures ronditioo de
défense, car s.cs fortifications étaient acheyées, et Loule Ja population Lelliqncuse de
rA.ragoo 'étaiL mi e dan la plnœ, donL la
garni on avait été renToreée par une grande
partie de troupes espagnoles de l"armée de
Castaiio, , hallue par nous à Tadela, de
sorte que le nombre des défen eurs de arago· e s'éle\•ait à plus de 80,000 hommes, le
marécbaJ n'en ayant que 50,000 pour en
faire le siè"e; mai nou avions d'excellent
officiers. L'ordre et la di cipline ré naient
dan · nos rangs, tandis qne dan la viUe tout
était inexpérience el confusion. Le a siégés
n'étaient d'accord que sur un seul point : se
defendre ju (JU'a la mari!... Les paI ans
étaient les plu acharnés! Entrés dans la
,ille avec lears fc.mmes, leurs enfants el
même leur lroup aux, on avait assigné il
cb.aque groupe Je quartier ou 1a maison qu'il
devait habiter, en jurant de le défendre. Là,
les gens ,·ivaicnt entasi-és pêle-mêle avec Jeur
bétail e.t plon"é dan la aleté la plu dégoûtante, car ils ne jelaieol aucuno ordure au
dehors. Les enLraillcs des animaux pourrisnient daos les cour ·1 dims les chambres, et
les assiégés oe prenaient nième pas la peine
d'enli:ver les cadavres des hommes rnorti; par
suite de l'alTreuse épidémie t{U'une telle néglig~nce ne tarda pas à dé,·elopper,
Le fanati me religieux et l'amour sacré de
la patrie eialtant leur courage, il~ s'abandonnèrent aveugl~ment àIa vo/011ti de Dieu ....
Les Espagnols ont beaucoup con ervé du en..., 31 8 -

ractère des Arabes cl sont raU'llisLe ; au si
répétaienl-ils sans cesse : &lt;t Lo r1u.e h::i de er
no puede faJtar .... » (Ce &lt;tui doit èlre ne
peul manquer. ) En conséquence, il ne prenaient aucune précaution.
ALtaC[Uer de pareils hommes de \•ive force,
dan une ville où chaque bahilaLion ~lait une
forlcr(' e, c'e11t éLé renou,·eler la faule cornmi e pendant le premier si!!ge el 'expo er à
de grandes perle , san aucune chance de.
uccès.
Le maréchal Lannes et le "énéral Laco te, chef du génie, nrrirent donc a,,ec une
prudente méthode, qui, malgré .a lenteur,
devait amener la reddition ou la destraetion
dll la ,·ille, On commença, selon l'u arre, à
établir des tranchées pour alle-inJre ltJs premières maisons;arriré li,, ces maisons rurcnt
minées· on les Iai ait saukr av ,c h1r défenseurs; puis on minait les suivante , et
ain. i de uite. Mai ces lral"au,; n'Hail!ul pa
sans de très grand dan,,ers pour Je Français. car, dès que l'un d'eux p:irni.:sait, il
t1laiL en bulle aux coup de fusil tirés par les
E pagnol · caché dans les bât imenls ,·ois in .
Ce fu Lain i que périt le néni:ral Laco le, all
mom.enl où il se plaçait devant une lucarne
pour examiner lïntérieur Je la 1 ille. L'acharne.ment des Espagnols était i grand que
pendant qu'on minait une mai on, et que le
bruit . ourd Je~ coups de marteau le prévenai) dll l'approche de 1a mort, pas un ne
quittait l'habitation qu'il avait jurt! de défendre .... Nous les entendion" chanter 1 " litanies; pui , au "-Ïlôl r1ue les murs, ,,ofant en
l'air, relomùaienl a1·ec fracas, en écrasant la
pluparl d'cn lre eux, tou ceux qui échappaient au dé: a lre e r,ronpaienl sur le dé•
cambres el cherchaient à le défendre en se
retranchant derrière fo moiudr abri, d'où
il reeommença.ienL à tirailler!... Jai nos
oldals, prévenu du moment où la mine
de,·ait joner, e tenaient prê~, el ù~ que
l'e:1:plosion s'était produite, il s'élançaienl
rapidement ur les décombre , tuaie.nL tout
ce qu'il renconLraienL, s'étali li aienL derrière des pans de mur, éleraienl ùes retranchements avec des meubles, des poutres. et
prati4uaienL au milieu de ces décombres des
pa age&amp; pour les sapeurs qui allaient miner
la mai on ,·oisine.. .. n grand lier de la
ville ayant été délruit de la -orte, le communications établie · dans cet am,r de ruioes
formaient un dédale inextrical,Je où l'on ne
pouYait se reconn:iitre qu'à. l'aide de jaloos
placé par les officiers du rréni . Ouu·e la
IIllne, les Français emplolèrent une nombreu e arLilleric el jetèrent j u qo 11 onze mille
bombes dans la ville!...
~lalgré cela, aragosse tenait toujours! ...
.En rain le maréchal, ému de pitié pour ces
héroïques Mfcnseurs, envoya un parlemenLaire pour leur propo er une capilula(ion
honoralJle... Jle11e fut pa acceptée. Le iège
continua. fais. si la mine arrivait à d6tmlfc
le mai ons, il n'en Iut pas de même des
Yasles couvents fortifiés, car cela eùt eùgé
de grands travaux. On se bornait donc à
îaire sauter un pan de leurs épaisses mu1

�. _______________________

111ST01{1.ll
raille., et, dè que la brèche était faiLIJ, on y . lationnée dan le jal'din du co111• nl. Pour croix a,ail été rav,:c ur cha11ue face· enfin,
tic enwilles pratiqu ·es toul autour fai. aient
,. 1rifier le rail, et reconn:ùtre la ('onflguration
lançaiL une colonne à l'a aul. Le as iégé
accouraient à la défen~e : 1111 :1..1it terrible; du terrain ur lequel j'allai 1·omhallre, je rcs cmLler cette balle à la roue d'unemoolre.
au i fut-ce dan œ genre d'allaqite que me bai se ... mai. , à lïn tant, un E·pagnol C'étaient ces es11èce~ de druts qui, 'étant
po. té sur le docber de anta-Eno-racia me prises entre le mmclcs, anlienl renùu l'exnou perdimes le plus de monde.
Les cou\'enls les mieux: fortifié étaient tire un c.oup d'arme à feu, et je tombe sur le Lraction si dirt1cile. La Lalle ainsi écra ée
pré·entanl trop de surface pour entrer dan
ceux de l'Jnqui ilion el d ~auta-Enaracia. pav: !. ..
un
[u il, avait Jû ètr lanctie par un trom1
Je
n'éprouvai
d'aborù
aucune
douleur,
et
No ~apeur·, arriv aupr\ d c derni r,
a,·aienl mint: l'un des mur , lor·que le ma- pen ai que l'adjudant placé aupr ùe moi blon; ·e présenl.aul Je biai , elle a1·ail agi
réchaf, me îai. anl élppeler au milieu de ln m'a1 ait pou.-,s · par inadvertance; mai bientôt comme un in trumcnt Lranchanl, pa 8é entre
ouil, me dit que, pour me faire promptement le sana ortit à gro bouillons; faYais reçu deu cotes, contourné l'intérieur du coffre
avoir le !!rade de chef d'esc.idron, il m'a une haJle &lt;l:ms le &lt;'Ùlé aucbe, à p u de pour ortir de la même façon qu'elle était
nlrlie, en con ervanl beurcu ·ement a ez de
di tance du cœur !... L'adjudant m'aida à me
r; ervé une mi ·ion des plu importante :
n Au point du jour. on mctlra le feu à la rnlever. el nou~ onlr;lme dan. la Ca\'e 011 se force pour traver cr le mu cles el le. chairs
trorJ\'aicnL le voltirreurs. Je perdi Lanl de &lt;lu du .
~ mine de tint1e à OU\rir lP mur de • arttaLe marécb:il, voulant faire ronnailre à
ang que je Cu • ur le point de m'é\·ani,uir.
{( En!!racio; huit compagnies de grenadier" sont prèle pour l'a · aul; j'ai ordonné que Il n'y a1•ait pas de liram::ard-: le oldat.s me l'Empercur avea quel fanatique acbarncrnent
11 tous le
capitain . fu" enl pri parmi t,,,. pa. ~èreul doue un fu il 011 le denx bras, lé habitants de arano se e d '•fendaient, lui
c, moins ancien 4ne ,ous: je rnn donne le un autre ou le jarrets, et m'ernporlèrcnl flL pa cr la balle extraite de mon corp .
apoléon, :iprè l'amir examinée. la fll
ain i à lraver le mille el un pa · age pra1c commandem •nl de cette colonn1J; allez
tiqué, d:ws les décombres de ce va:t.e quar- porter à ma mère, en lui annonçant que
(! enlever le courent, et je ui certain que
11 l'un d
premier · courriers de l'ari m'ap- tier ju qu'au point oi1j'a,·ai· quiLL~lc éuéral j'allai être nommé chef d'e cadron.
Le docteur Assalarru élait un de~ premiers
B:,zout. La, je l'cpris m01 .en . Le général
l( portera \'Oire brevet ùe chd d'e cadron ! ,,
J'acceptai a1•ec rcconnai . anœ, hien que je voulait me Jaire panser, mai· je préf'oraL chirur,,.ien de l'époque, el, grâr à lui, ma
fu ,e, sur le moment, très onfl'ranl clc mnn l'èlre par le dortrur A·salagny. el compri- bic sul'e, q1ii pouv:iil èlre morlellc, fuL une
ancienne bl ~ un'. L• chair al'aient en se mant ma plai, a\'t:C mon m uchoir, je me fh de celles qui e guérirent le plu proruplecicaLri nnL formé un IJourrd 1. qui m·aurait Mnduire au quartier •énéral du maréchal ment
Le maréchal po édail un Lil mécaniempêch(• de porter une coiffure militaire; Lanne., établi à une portée de anon &lt;le la
au .i le &lt;loci •ur .LsalagnJ, chirur•rien-major ville, tlaru; l'immen •bàtirn ntd'une aub rge que qui le uh·aiL partout en l'ampa!!Ile · il
de chasseur· de la arde. les avait-il réduites abandonnée, au lieu dit des &amp;ci,ms du canal cul la bonté de me prètcr un matelas et des
drap· ; mon portemanteau servit d'oreiller,
m•ec la pierre iufornalc. Celle lrès rlonlou- d'A,.a9011.
·Eu me voyanl arriver Luul couvert de . an~, el le mante.iu &lt;le cornerturc; mnlgr: cela,
reu~ opérai.ion ayant été faite la veille ,
j'avai· eu la lièvre Loule la nuit, el me trou- portC-par d olJat' dont l'un me ou Lena il ln j'étais fort mal, car la chambre n'ayanl ni
ti&gt;lt&gt;, le maréchal et me camarades me cru- porte ni îenêtrc., le vent el mèrue la pluie
vai , par ron.équcnl, dan d'as ez mau1•:m,e
alagny ;i, ura le )' pt:Dl:LraienL. Ajoutez à cela que, le rez-decondition. pour monter à l'as~ant. :\'ïmporl.(&gt; ! rent mort. l.e tl111:teur
chaus éc de l'hùtelleric ervant d'ambulance,
il n'y a\'ait pas à hé itcr; du rc.,te, j'a,ouerai contraire et ·'elllpl'l'. a de me panl-er; mai
qne j'étais 10111 fier dn comman&lt;lem,•ol q1rn le on ne sa-.ail 011 me plaœr, car tous le. men- j'avais au-de ~ou d' moi un grand nombre
maréchal me confiai! : huit compagnie· de hie de l'bôLellerie aynnl Jlé brûlé~ pendant de hies és, &lt;lonL les gémis emenl!; aggrarnicnl
grcna,liers, à moi simple capitaine, c'était le si ne, il n'y arnit plu un cul lit: nous ru douleur . L'odeur rrau.éahonde que récouchion . or le~ briques dont le' chanrb1·es pandait cet hôpital péJlétraiL ju qu'à moi ;
magnifü1ue !...
;laient pa1èC!. Le maréchal et tuu mes plu · de d ux cents cantinier. arnienl éLal&gt;li
J cour donc raire mes prt'.•parntiL, el, uu
jour nai. sanl, je me rend à la tranchée, oil camarades donnèrent 11 l'im,lanl I urs man- leurs échoppes autour du ttuartier gJnéral:
je trou,e le gi•néral 113.wul, qui, aprtr ru'avuir tc.1tn, &lt;lout oo forma 11ue pile, 'tU' laquelle u11 camp était auprès de là; c'élaienl donc
remis ll' t·ommandement d" · rrrcna&lt;lier,, me on m coucha. Le doct~m· Yi. ita ma Ille sure de chant , de cri , des roulement de bmrail oh el'vcr que, le [eu ne pc u1ant ètre mis el reconnut que j'.i\ai reçu dans le c.orp· un 1.iour continuels, el pour compléter celte muique infernale, la ba e était faite par un
aux. poudre avant une heure, je forai· bien projectile dont b forme tle\'ail ,èlre plate,
de proliter de ce Lemp pour aller t-xamiuer puLqaïl avait pa ·è entre r1 ·u rotes an les Lri• •!'l'and nombre de bouches à fou, tirant
la muraille que la min doil r mer rr. el \,ri er. ce que n'aurait pu f.tire une balle nuit.el jour contre la ville! ... Je oc pouvai
dormir. Je pas ai quinze jour dan
Ile
calculer fa largeur Je la brèche qui en résul- ordinaire.
Pour ltomer ce projr1:til1•, .As. alaro en- triste position ; enfin, ma forte oonstifu Lion
tera, afin do prrparer mon atta11ue . .Je pars,
..
accompaaru: d'un .idjud:rnl du génie qui fonce une onde dans la plaie ... il ue lrouni prit le de,;$u , ct_.ie pu ' coe lever.
Lè climat de l Aragon étant forL doux, J en
di.nait rne tlrri~er au nrili •u ùr · ruin d'un rÎL'n ! .. . :a Ligure devient (llJCieu e, el
profitai pour faire de petites promeaa&lt;les,
irnmen e t1uarli('r déjà abat lu, el j'arri,e voyant riue je me rlnin d" 1prourE&gt;r le plu
ennu au pied du mur du cou,·ent. Là ter- vivrs douleur. dans le r'in , il me place ·ur ap1,u~·é ur le lira du boa docteur A ~alagny
minait le terrain com1uis par nous. Je me le v1•ntr' el \Ï il mon do .... Mai à pein • ou de J'ami de Viry; mais leur devoir le
trouvai dans une petite cour; un piqncl Je a,ait-il touché le poinl où les cMcs abouti - empèchaient de venir longlemp · arec moi, el
rnllirreur:-, occupant une e pèce de c:,vc ,oi- sent i1 l'èpinc dor~al ·, que je ne pu retenir je m'ennuyai ouvent. Mon dume:.tique rinl
ine, avail dan: celle conr un frtcLionnairc un cri : le proj ctile était là ! A.. alaorny, 'ar- un jour m'annoncer qu'un ,•ieux hou ard,
abritê contre le· coup de ru il par 1111 aruas Dllllll alor~ ,l'urr hi touri, fait une gr.rrule in- haigné de larmes, demandait à rof Yoir;
&lt;le planche· el d(' portes. 1:adj11da11t du ci ion, aperçoit un corps m 1talfüJUC se prc!- von de~iuez que c'était mon ancien menlor,
génie, me montranl alors un gro mur placé . entant e11I 1·' deux cùlcs, et veut l'e. lraire le marée hal de. logis [&gt; rtela l', don l le régiment venait d'arriver en Espagne, et qui, en
en face de 11ou , me dil que c'était celui avec de pinCI' . , lai ne pournnt y parvenir
qu'on allail faire sauter dè que la mine rnal!!l'é de l'iolrnls cfforb qui me oulevnicnl, apprenant que j'étai ble · é, était aocouru
vers moi. Je revi ce ùrave homme m·ec
erail cbargJe. Dau l'un de· coin de la il fair a~ eoir l'un de me caruarod mm
cour, ou l'on a1·aiL arraché une pompe, la épaul ·s un autre sur me jarrets, et réu sil plaisir et le r çus à mavei!le; and v~nai~-il
chute de quelque pierre avait lai ·sé 11n en lin à arracher une halle d, plomh du plw souvent me tenir compagme el me d1slrarre
vide; le facliormaire me îaiL oh errer qu'en forl calibre, à laquell le fanatique cspa- par se interminable histoires el les ~nseil
se bai sanl on aperçoil p:ir celte ouverture •mol avaient donné la forme d'un petil écu, bizarres qu'il croyait encoro pouvoir me
le jambe d'une nombreuse lr?UJJC ennemie en l'aplaLi :ml a coups de marteau. One donner. Ma con\lalescence fol courte, et vers
1

J5 mars je fu. à peu JJrès r :Labli, quoique
bi n faihle enrorc.
La morl faisait des ravage afl'rcux parmi
les habitant et la garnison de 1.:aragosse,
dont le l yphu,, la famine, le Ier et le [ u
avaient fait périr près d'un grand tiers, sans
que les autres pen assent à e rendre, el
r,ependant les forts les plu. importants avaient
été pris, el la mine avait déjà détruit une
partie très c.onsidérable de la ville. Les moine"
ayant per uadé à ce malheureux que les
Français les égorgeraient, aucun n'osait sortir
de la place, lor que le hasard et la clémence
dn maréchal Lannes amenèrent la fin de cc
siège mtimorablo.
Le 20 mar , le J&lt;'rançai ayant pris &lt;l'a.saut un couvent de reli 0 'ieuse~, y trouvèrent
non eulcment les nonne , mai plu de trois
cent femmes de toutei conditions, qui s'é,taienL rél'ugiée:. dan l' J&lt;&gt;li e. Elle furent
lraitées avec beaucoup d'égards et conduite
auprès du maréchal. Ces iniorlunée , s'étant
trouvées cernées de toutes parl pendant
plu~ieur jours, n'açaient pu rece\'oir de.~
vivre de la ville : elle . mouraient de
faim !. . . Le bon maréchal Lannes les condu.i it lui-même au marché du camp, où,
faisant appeler Lous le cantiniers. il ordonna
d'apporter à mnn"er à ces femme , en :ijouLant qu'il se chargerait rlu payement. La
généro'ilé du maréchal ne se borna pas là·
il le liL Loule reconduire à aragos c. A
leur rentrée dans la ,·ille, la population, qui
du haut des toits et des clocher le~ a,,ait
Suil'ie- de yeux, e précipita au-devant
d'elle pour ont ndre le récit de leur a,·enture. Toutes firent l'éloge du manJcbal cl d
soldats frnnçais; aussi, dè ce moment,
l'exaltation de celle malheureuse population
s'apaisa, el il [ut com•enu qu'on se rendrait.
Le soir mème, arago se capitula.
Le maréchal Lanne , craignanl 4u'avanL
de rendre les arme quelques fanatique n'égorgea sent le prince Fuentès Pignatelli, mit
pour première condition qu'on le lui rendrait
vivant.
ous vimes donc arriver ce malheureux,
conduit, pa~ un geoüer à figure atroce qui,
après lavoir très durement maltraité pendant sa longue captivité, eut l'effronterie
de l'escorter, les pistolet à 1a ceinture
jusque dans la chambre du maréchal, vou~
lan_l avoir, d_isait-i~, un reçu de la propre
maID du cheI de 1armée française. Le marécbal le LiL ntetlrc à ln porte; mais cet
homme ne -voulant pos s'en aller an. un
rl'çu_. Labédoyèrc, fort peu endurant, se mit

.Mt.M01'1('ES DU GÉN'E'R,Al. 'B,)fR_OJV DE

lJISTORlA, -

Fasc.

1.s.

--.,.

en l'ureur, el lui fil descendre les e caliers l1 jamai pu me rcndrê cnmpte des motif •1ui
grands coups de pied dans le derrière. Quanl portèrent le maréchal à faire 1111 Lei choix pour
au prince Pignalelli, il rai ail vraiment peine une telle mi sion. D'Albuquerque, forcé d'oà voir. tant il avait souflert pendant son béir, entra plu· mort que vif dans .'arago·..
empri onnement I La fièvre le dévorait, et on
Il se présenta chez Pabfox, qui, en
n'avait pas un eul lit 1l lui otirir; car, ain i lui remettant on épée, dit avec une noble
que je l'ai déjà dit, le maréchal s'étail logé fierté : « 'i YOS aïeux, les illu Lres d'Albudans une mai on entièrement nue, mai qni &lt;1 querque, revenaient au monde. il n'en e~l
avait l'avantage d'être placée auprès du poiat &lt;c pa un qui ne préféràt e lro1mr à la
d'atraque, tandi que le général Junot, bien « place du pri onnier qui rend celte épée
moin consciencieux, s'était établi à une 11 couverte de gloire, plutôt qu'à celle du
grosse lieue de la ville, dan_ un riche cou- « renégat qui vient la prendre au nom des
\'ent. Il y menait Lrès bonne vie et offrit « ennemi· de l'E parne. a patrie! »
l'bo pila.lité au prince, qui l'accepta. Elle lui
Le pau\'re d' \llmqucrc1ue, terrifié. et Rur
devint funeste, car Junot lui fil foire une telle le point de tomber en déf,tillancè, fut o:bli,ré
bombance que son estomac, délahré par le de s'appuier contre nn meuble. La se· n
régime de la pri on, ne put upportcr ce nous fut racontée par 1 ~pit:iine Pascal.
brusque changement, el le prince Piunatclli qui, rhargé par !'Empereur de reccroir Pamourut au moment où son retour :'1 la liberté Jarox après son arre:-tation, as i tait à l'enle reud:üt si hcurl!ux ! TI lai - a plus de trevue do oe "énéral et de d'Alhn11uerquc. Le
900,000 francs de rente à un collaléral qui comte Palafox fut conduit eL demeura en
n'avait presque rien!
France, depuis le moi de mar j 0~ jusLorsqu'une place capitule, il e l d'usa11e qu'en l814.
que les officiers "ardent leurs épées. Il en ful
Bizarrerie des chose humaine ! Palafox
ainsi pour ceux de la garni on de aragos e, ayant élé proclamé gouverneur de .:ara •os. e
excepté pour le gouverneur Palal'ox, à l'égard au moment de L'in urreclion, la renommé,· el
duquel le maréchal avait reçu des instruc- l'histoire lui ont altribué le mérite de l'hétion parlicolière · de l'Empereur : en roici les roïque défen e de cette ville, cl il y a cepenmotifs. Le comte Pal.ifox, colonel dans le
dant fort pc11 contribué, car il tomba gravegardes du corps el ami dévoué de Fer- ment malade dès les premiers jours dn iè" ,
dinand VII, l'a\'ait suivi à Bayonne. L'abdi- el remit le commarr&lt;l~ment au général 'aiuLcation de ce prince el celle de Charles IV
farc, Belge au crvicc de l'Espagne•; ce fuL
ayant jeté clan la con. ternaûon les seigneur_ donc celui-ci qui outint toute nos attaques
espagnol que apoléon avait rtiunis en a em- a,·ec un courage el un tnJent remarquable .
blée nationale, pre. que tou reconnurenlJo eph ~fais, comme il étnil élranye,., l'orgueil e~papour leur roi, parct! 11ue1 se vopnL en France gnol reporta Loute la gloire de la défense sur
au pouvoir de l'Empcreur, ils craianaient Palafox, dont le nom pa sera i'l la po térité,
d'Hre arrêtés. JI parait que le comte Palafox, tandis ([ue celui du l1ra"e el modeste géuél'al
ayant eu les mêmes craintes, avait au si reainL-Marc e Lr slé ignoré, car aucune relttconnu le l'OÎ JosrpL; mai-, à pei11e rentré en tion ne l'a mentionné.
Esparne, il s'empre a de protester coutre la
Le jour qui suivit la capitulation, la gar\'Ïolnnce morale qu'il prétendait I ui avoir élé ni on de arago se, après avoir défilé dmru11
faile, et courut, :e mettre à la tète des in ur- le mar&lt;ichal Lanne , déposa les arme. et l'ut
gés de Saragosse.
dirigée ur la France romm1; prisonnière de
L'Empereur con idêra cetteconduilecomme guerre; mais, comme elle était en('Ore au
une perfidie, el ordonna qu'aprè la prise de nombre de 40,000 homme , l deux Lier·
la ville, le comte Pa.lafox serait. lrailé, non en
'évadèrent pour recommencer à tuer de.
pri ormier de guerre, mais en pri ounicr Fr~nçais, e? .e joignant à diver partisan.
d'État, par conséquent désarmé et conduit qat nous îa1sa1ent une guerre acharnée. Ceau donjon de Vincennes. Le maréchal Lannes pendant, une très grande partie des hommes
se vit donc obligé d'envoye1; un officier pour
orlis_ de Saragosse moururent du L) phus,
arrêter le gouverneur de Sarago · e et lui dont 1I. avaient emporté le germe. Quant ~
de1;1:1ander son épée. ~e ~nl :·1 d'.\llmquerque la ville, e· rnes. pre8q11e entièrement déqu il donna cette mis ton. Elle lui parut lJ.•uites étaient de Yrni charniers remplis di&gt;
d'autanl plu· pénible flll1· non seulement morts el de mourants! La couta••ion 'ékndit
d'Alhuquerque ~tait Kpagnol mai· parenL
"ur le troupe:- trnnçaises qui for. compagnou et ami de P.ilal'ox. Je n'ai' même
a11eten
mèrent la nouvelle "a rnisou.
(A suivre.)

Il. -

JKAT(.BOT

... 321 ...

GÉNERAL D6

MARDOT,

�,
•
, QUELQUES

FIGURES de: FEMMES AIMANTES ou MALHEUREUSES

cf'

Une cause célèbre anglaise au XV/Ir siècle
Par TEODOR DE WYZEWA

tarti~ à se réconcilier après la mort Lragique
ùu capitaine Kr.r, ,·ennil d,lcidtlment de . e
« Le Jur Ju Do11~ln é1ail un pcronnagc brouiller avec cllc.
Ce frère, loi non pins, ne s'était vas marié.
de l'intelligence h pins pauvre, vanitem,
ianoran1, fantnsquc, po.s.ionné, irritable, l'l D'une humeur tle plu en plus sombre èl
111'.\ p:irdonnn11I j:imai . Il pos ·éJaiL, avec cefa, soo11~n11cuse, enfermé dans . 011 cMLCllu .ans
une a"r,~al,lu li;!nrc, cl, Jan" ~a jeune ,e, autmue compagni1: •1ue celle di! . domr 1iavail lit:',iuc·oup rré1p1cnté l:i Cour, où lad y 11uc., il a\'aÎl fini par tomber rntioremenl .ous
Jean, sa sœur, :1,·ail rl: Lrès rn vnc, (:(:rnl uni! la domination de l'un d'entre riu, un l,m;
aéatur d'infinimrnl de boauté el du dout·e11r. 1'111p1in norumtl 'tockbri"g, c1ui, pt·u L-&lt;iLJ-,· à
Ccll lady Jea11 a\'ail di-,jà élérau.(', :iulrefoi:-, l'insLin-alion d'autre parents clù son maill'P,
J'on Juc:I qu':wail eu . on frère :ne,· lttrJ :11:iit a1·h1m: J'indisposer c lni-&lt;"i tonlrc ,:\
llalkci1l1. ... Hudqnt•~ annfrs :1pri'-~, llll Ii~6, , ur. Au~.i l,j •n l• èontrastc complet des
1•1lr c:;oo1111ençn une flirlation ,m.!c un Je sc.&lt;i Jrn.n: 1·:ll':Jl'Lères du rri:!re el de la f.O•ll l' s'agcousin germ:-.ini:, u11 r rtain capitaine K'ri gra,•nit-il t'ncorc de la dillërcucc de 1•urs
l'l le dm·, 1111i était jnlo11t di&gt; ~a sœur commr opinion~ : le rrère 1:Laul zélé preshyl~ricn, l'L
tout dé\·out! lt la mai on dt! llanoue, landis
. j die :nn1L (.1é a r~!Ullll', nu qui pr11t-è1rc
i-'im:i~i11:ii1 qn 'elle alluil Jé bonort&gt;r sa fnmill&lt;', que La sœur, Je plu 1'11 plus. a •ait lai. sé
r6~olntdedesccmlr' jn 11u'au fond dcl'affairP, j&gt;.trnilre .o,: se1llitncnls .1:u.a1hiLu·, cl son pt:u
li épia Jonc lè jeune homme, le soir &lt;l'avanl de go1'Ll pour la froiJe dgucur du culte éco ~on départ du cbàlea11 de Dougla~, •t le ,·it ~ais. Si bieu c1ue lord Doug,la ·, louL en conLienLrer dans le bouJoir Je Indy ,lean pour lui n11aa t à fa lcnir pour « la femme la plu'
dire ndit.:u : ur quoi, !lais.i d'une fureur dia- ,·crtucusc qu'il y cùt ou monde », - comme
il allait le rcconnailr lni-mêmc, l'annfo uiboliqn , il le poi&lt;Tnarda. Il
En 17 ili, Yingt an aprè.~ l':wcnturc &lt;1ue ,·anle. - lui avait supprimé dérnrmais Loule
11ous 1·nco11Le.ain. i lechroniqu.cur C. K. f;harpc, .'111.Jveolion, l':ll'nit form1~llemenl dé.shériléc,
lady Jean Dou..,la, avail tout près de cin11uan1c et '6ta.it déclaré ré-olo à no plus cnLenJre
ans, étant née le 17 mar 1698; mais, par p:irler d'elle.
Force lui l'ut, pourlanl, d'en entendre par11n véritnhl miracle, les nnm~s avaient passé
ur elle . ans lui rien cnle,•rr de sa (1 dou- ler, dan- les ùerniers mois de l'année ·l 71-li ;
ceur » ni de n « beauté 1&gt; . Tou c'UX qui et l'on peul iman-iner rc fJUe dut èlrc sa rage
l'ont connue. à ce moment s'accorde1ll à dire lor (JU'il apprit que lady Jean, à 11ua,raulcrt1ù11lc parai sait :n·oir ,•ingl ans de moins liuit ans pa:::sés, 1·ennil de , • m:iricr. Elle
ciue son :lge. Elle était rc Lée la cha:rmante, :iv:i.il épousé secrèlcment, 1 /4 aoùl, un vieil
La délicieuse femme 1111c nous m ntrent ses officier jacobite, rl-cemrncnl rentré en Éco c
portrait : grande, mince, d'une élégance de après vingt au d'exil, le colonel John lew:irl
fom1e touL 1t fait ro ale, avec un ma,,anifiqne d&gt;J GrnndLully. Le colonel Lewarl éla.iL, en
rt·onl très ouvert sou dti fine hou.;les blonde , ,·érité, d'cxccUenle mai on; et l'on sa1•ait
le souri_re carc ant d'une jolie hou ·be, et aus i 11n'il connai .nit la&lt;ly .lean depui l'endcu_x_ énormes ïeux brun , lumineux et pro- f:rnce et l'iwait toujours adot·ée : mais il était
pour le moin aussi pauwc qu'clfo, el s'était
fonds.
« Vcrlueusc, pieu c, charitable ans oslea- :ici1ui , eu ouLre, durant on exil, une , i
1alion », pcrsoune ne pouvni L la voir ~an. l'àdieu e rôputaûon &lt;le joueur •l d t1uémaul'aimer. El cependant elle n'êLail toujours pas deur que, lo11glerop apr• le mariage, ~a
fcmrue ~'allait point O'er aYOuer 11u'il i!tait
encore mariéi:. ·on ceTl.e' que le occa ion
lui eussent ro:mqué de foire un Leau pat·ti, ·on mari.
Elles 'étai Ltl':ùHeur,' empre sée, silôlmariue,
puisriue nous apprenon qu'elle avait étl dod'émicorer
mr le continent. Le nouvrau couple
mnndée. nolamn1onl, par« les ducs de Uamil:wllil . éjourné J'al&gt;ord à La llnye, 011, rom111e
1011, de Huccleugb, et d'Alhole, par les comles
tle llopeto, n, d' brrdœn el d • Paumure, toujours. nombre de gentilshomrne , jeunes
c11m nmllis aliis »; mai. tanlôl r'étaiL cll - •l viell\, s'cit:iirn L pa sionnémcnl épri de la
même Jtui avait• reru Il. l:mLôl èe ircon- JieUc Écoss.'l.i.\.Ci cl tl parait hicn qnc celle-ci
tam:,-s s'él.:iÏl' Dt pro1luitcs &lt;[UÎ avaieul rcndll sans jamnis leur riun acco_rdrr J'auu·e c1uc
imp&lt;nilile l'union projtil 'c. A. pro:!scnl, laily d'aimable · paroles, ne . 'élait pa . fait foule
de leur emprunter. plu~ ù"unc roi·, l'argent
Je.nu ,ivail ~ul ,, dao une petite maison de.
nviron J'l~diml,ourg. et Lrrs pauvrement : nécc aire à . on Lrain tic vie. Ü&lt;' La Ila1·c, les
ar die 11':n-:1iL jamlis eu d • forl1111e per. on- , lewarl él;iienl alltl~ à UI rechL; pui · ils élail'nt
ncllt', et son l'rèrr, a\'ecqui lie n.'avail point venus 1t Ai-i;:-Ja-Cliapcllc, uù leur ·éjour e

prolongea pc11Jant prt d'un nn. EL ce fui à
Aii 11uc lad· Jran, qui .in qu'alor nvail fait
p:tsscr le colonel , lcwarl pour sou « mailrc
d'hMd 1&gt; se vil ronlrainlc /1 1·eco11tlllilre pulili1p1omc11t 11u'cllc était mari1:è. Le fait hl
IJll'ellc étai1 en •einle. Elle avaiL e. :1y1t, au
début, ùc di ·imulcr 011 él:11. c•n porla11L de
roli lr'&gt; ample cl un "rand ru311tc:1u; mai~
hicutôl Ioules c •~ précaution~ forent inutiles.
la gros cssc a ·anl pris u11 carac:1t,,... pnrlic11lièr •rmml :ipparent. l'resquc à cbntplC rcpa)i,
lady ,ll'tlll t:prou,:til J , 11a11sér~ 11ui l'oliligcaical à 'c le,· r Je t:ihl!!; clll' marcltnil U\'t'C
prhh•, p,lli~s~it &lt;l1• jour c11 jom, Lse rolw~
n'étaient p3 . i l~cbl•s 1p1'elle n'e1)1 n1·nrl'.
sans cesse, 1t lt•s faire éla rg:i r.
Ucvanl l'inqui~laule p~r pcrli1c Je · Jéprn·e oouvdlc•s qui l'aLtemlaicnl, ellr• ~c
ùéei&lt;la ù l 'nlr:r une liuml.Jle déward1e :mpri·s
de son frère, pour oLtcnir de celui-ci c1uïl
lui vînt en ;iido : le &lt;lite, loujoors dominé par
son valet de chambre, rt1poodit simplement
1111c a œur, pour avoir fait un maria~c
comme le ien, ne valnil p:1s mi u tiuc la
dernière des filles, el &lt;1ue, du resle, a pn:_
tendue grosse
ne poun1iL èLre qu'une
com~dic. Alor le Stewart, c lrou\'anl loul
ti fait ~::ms ressources, atrrousemeul endeltê~.
cl do plu en plui incapables de sul,vcnir an\
frnis de leur coûteuse exi ·tence 11 A.i.I-la-Clwpclle, durent prendre le parli de ·e Iran 1&gt;0rLcr dans quclc1ue autre ,irtc, moins éli\it1nlc,
el où la vfo leur ·erail moins chhe. 111•
dame de lems amie,;, à Aix, leur avait parlu
de Reims; ils se rendirent donc à Beims, vers
ln. rm de mai 17.4 , et se logèrent trik; mode lemenl chez 110e ,·icille J::ime, Mme Andrimu,
qui po édait une mai ·on ur la paroi ~&lt;•
.'niat-facqu . li,; y p:'lssùrent un moi d'1111c
tram1uillilé parfaite, el y rraieat rc.:.tés plu.
longtemps encore i, walbeureuscmenl, leur
LùLe e ne 'él:iiL ~ni~ée &lt;le leur dire « 11ue
le. médecin , à llciw.. ~laicnl ig-noranls
comcne des brutes. cl qu'cllc-mèmc, par leur
faute, avait pre riue perdu la saalé après un
accouchement l). Oc L lie ~orte 11 ue, dan. les
premiers jours de juillrl, le terme do la gro~csse 1ila11l proche, cl. l'étal de 1~ mnlaJe
'1:tanl J'nilleurg :;en ihlement amélioré, hi
colonel Slcwart et , a hnmc, malgré leur
rxlrèu e in&lt;ligenrc, rrsolurent d'aller à Jlnris .
Tl"' lai. aient à l\t&gt;im leur. domr Liqnes et ln
plu arande partie de lèur li:'W:lgè, :n'c'C la
promesse de revenir le plu.s I itc po ·sihle.
Pari., ils de. condirtmt d'nhord dans 011
hôtel qne leur a1•ail recommandé un yndic
de f\11ims, l'IJùtcl de Chftlons. au faubourg
SainL-Gcrmain ; mais il , n'y re· tèrent CJUe

______________________

îJN'E CJIUS'E CÉŒB](E JfNGLAlS"B AU XV117e S1ÈClê ~

.&lt;1ncl11ue~ jours, la rhaml,1•f' r1u'on leur avait
ilo1111c~ t'l:rnt i11bnlti1:iltll-'. Il allèrenl r-n:11i1c,
tlcn,curcr t'lmz une ccrt:1imi Mm1• r.cliru11.
snus doute unr sage-l'emmc : et c'e t là 11111',
dans la nuit du 10 au 11 juillet, avec l'aide
d'un méJecin nommil Delamarre, lady Jem1
?ccoucba ~e dcu~ garçon jumenux. Quelque
JOurs aprcs, sa lt•mmc de chambre, qui soule
ar11il accClmpagm: ·a maitresse à l1aris , écri1,1it at1, autre. dome, Li11ues, restés à llcim'-,
11ue 11 fo · dt•ux cnl"ant étaienl devrais amour .•
mais 1111c le plus c-adrl était ,i pelit l'i si faihl1•
que I.· médecin avail ordon,11: qu'il f,il rnvoié
1·n nourrice, à ln campagne, . ans
('l'rd re tlO momen L u.
Ln mois après cnriron. laJi
Jean et on mari J•c,•inrcn l ù Rcim
a\eC 1".i iné de leur ênra11t , Ili; Ir
lirenl liapliscr solenuellt-nm1L, par
un prèlre catholique. à J\.:,&gt;1ise
. ni11t-.lacrpw ; il cul pour patrai11
Pl pour marraine, par proc11ratiou.
d.. ux. rands persoun:i;:;es ~cos :1is,
lurJ Crawforrl et lady tulhian, qui
Jtaic11l resté' loul déroui!s :1 l:t
Ult·n•. F:L &lt;·e l'ut ('1 1cure luru CrawtnrJ •(UÏ • c t'hargca d';11111om·c•r au
duc de Oouglas l.t onisEn11cc Je ses
il,•11, 11eveu\ : 11 11uoi le &lt;lue ne
11111111p1a poiut tl1i r11pondru 11u'il
Len.ait loulc celle bisL01re de rroscs. o pour nnc supC"rcLerie, C'l
que, si ~a stem s'avÎ!i.'.l.il dtl uo111eau tle. 'a.drè8scr à lai, il lui fücrni l ju. qu
t1udqucs cenlàÎnedc li1 re. qu'il lui avait lai sé ltltld1c·1• j11.t1u'alors, Les deMrl, li11étalcme11L, n'araient plus de 11uoi
m:i11gcr il leur faim. ns durent
abréger leur éjour Il Reim~, reprendre au plus vile l'eaîant 1p1ïl
av:'lient en,·o}&lt;Î en nourrice, el repartir pour l'Anglelerre, où des
amis leur promeUaientde s'occuper
0

':n,,

vait don l'él:it le plus misrralile; el pourlnnl
~a modrsLiu ne lui pcrmellai l P' m1~mc J1
par:iître ~·en arniger. l.a nolile femme 11u'cllc
était se rôvélait toujour1,, jusque sous la pression du besoin cl de l'indigence : 11 L!'I point
que je craignais de lui offrir mon aide, par
peur qu'elle eu f11lonil.nsfocommed'un affront.
• acliant mon iulenlion d~ la secourir, deux
fois elle est 1·1•mte (·bez moi sans pouvoir se
résigner à me faire conn:iilre sa situation. )&gt;
Nous avons toutP une • érie de lcLtres qu'elle
écrivait à son lDJri : vraimcol on n'en pourrait irna 0iner de plus nalurellès, ni dt&gt; plus
1

parli t.11! • e rendre eu l~co e, et J.c se pr,:scnter dcH1.11I son frt'•re a\'CC c" enf.:!111.g_ 1111
des sen·ileurs ùu duc, un \i ux brave homme
r1ui l'avai t connuc dans sa jeunesse, nous fait
un émouvant récit ùe son arrivée au &lt;"hûteau :
J'titais m1 lrain ,1 • lr:1,er::&lt;•r la cour, lo1·.,qt1I' jo
l'ai ,·ue p;u· ll'S barreaux de l:1 lltllile roi lt. Elh·
m'a a11Jtt.'I•\; ju m1' uis ;1ppr,,cl11\: cl ellu m'a thL
qn',,IJe i:L1il VCIIIII', :nec t' ~11r.111ls, ('0111' :1lll'mh,•
h• d11c. Alors j1, lui :1i
1l'omrir la pnrlt• 1•1
du l:t rJirc• f'nlrPr: mais elle m'a dit 1p1'dlP 1i'r11trcmil l':,s :wanl •111r Sa :-ic•i:(11c111·i1• rial ill',lruit,•

rrornsu

cle s:i présc·11tc. J':1l~1i 1l11nc lrom·rr 1,. clw, t•l lui
li, parl "" lllrlll IJIC ' !.:!.~•·: il 1'11 11:rrnl
un peu suq,ri~, r110échit 11 uel'( m• lcmps,
t&gt;I pni , ..ons a1mmu oh, rnatim1 ,1t:r:1\'11r~hln contre ,a ~œur, me dit 1111'11
11'av:1il pninl d,• pl,,rc pnur le. 10~1•1·,
l'L

me ,l,·mn11,l.i

,,ù

nn p11111·r.11l I,•~

mcllrè. k r,ipnntlis 11u1• la pl:u-,• u,·
lll:111,1unil 1111,: lllJi, 11 m'unl,urna ù"11h1w1I d'«[ip1•ler Sl1wl.hri"~• puur 1·11
CIIII t•I' :,vc. lui; t•l ,111:11111 :-rocki,, rut
31'ri1·é, ln 11111· ml' tlil 111' 1 l:11:s&lt;•r ,1•111
:rvt•c lrti. Q1ll'l11111~ l1•111p~ apri•s, Slorl.i,•
\ i11L Îl moi ri m,• .-omm:1111111 ;lr ,l irr i1
l.r•I) J,•:111 1111'il lu i l'l.1it ol,',f1 11,h1 ,1'1•11lr"r llll C'l1dleau, .• fü, upri•s q11',,IJ,.
fut rq,a, li1•, le ,lu,· m1· ,l1·11rn111!J ~i
f:11ais \U le. enl'ants . .lt• lui ,li~ 11111• j1•

lc-s r11·ais l&lt;!n11s, lou-. (,, d&lt;'u~, il:w
mes- br:,~: &lt;11w l';,iné ,;tait hrun. l'l l,
plu~ j,•unc, 'holto, :iu~,i re,s.;i111l,l:i111 à
1

lac!) Jt•Jr, 11ue jainai~ aui:u11 enfant rt•~-

,~mliln à s.i m.'.'l•r.

De l'auberge Yoisine, où c•rle /étail r ·fugiéC', laJy Jt.an 1lcri,·il à
• on frère u11e longu" 11.'llrè cJUf'
j'aimerai~ à 11ouvoir lraJuir1• !0111
cnlirru. Il Toul cc l)UC je Jrm:lllde
/t Voire Grr,ce. disnil-cll&lt;-', ~~t de
pou,oir l'eutretcnir queltJUt'S in Lants; cl s;i je ne r,1us is pa,- à
vou convaincre pleinementde mon
innocence, vous pourr z m'inniger
d'eux.
LA1.,Y Jr.A:--. Oou ,LAS
LOulc les punition qu'ihou:; plaira.
Lea rsamisobtinrent en effet pour
n·aprt!s un~ P,,h1t11re a11a11)"1rie.
Je consens à subr.r Ioule votre rilady Jean, enaoùl 1750, unepelile
gueur ~i je ne mu ju tifie pas de
pen ion royale d.e Lroi.s cents Jivres. (C.:lfchd e.,:frafl .111 1•où11ne: (Juelques figures de remmes :iimnntes ou m:,lheu.
reusc,, pul·/it tar M ,lf. l'errin 1·t ('i•.)
toute· les basses calomnie · tlont
EL nom; savon , par de nombreux
on m'a 1·hnrgée. Dans l'e. poÎl.' 11ue
témoigaages, qu'il n'y eut personne
\'Oire honté daih'llCra accueillir
à Londreli qui ne ·'élnûl de pi lié au spectacle touchantes. Le salut de l':\me du colonel
ma supplique, et lJUe vous voudrez l1ien
de b pl'ofoode misère Je cette desccndantede Stewart ne la préoccupe pas moins 1111e la
ni':ippcler :iuprè ùe vous, je reslc1·ai ju ·rois, personne qui ne s\1mùt d'admiration au
anlé de oo corps : elle l'encourage à prend1·e qu '11 demain soir da11s l'auLer"c d'm't je vous
~pectacle de a douceur et de sou courage. La patience. lui e11voie de Lo11s liHcs 11n'nlle l'enét!ri . Le.. 1-'llfant , - pauvres petill' ! pau~re [cmmP. ne vivait plus que pour son "age à lire, se rrjouil jngérmmenl de telle de
n'ont certes eucorc commi aucune l'uult.'.
mari el pour es enfants. Elle les servait clJe- ses phrases où elle croil découvrir 1a lrace
l1crmcllez t11t'ils vous voi'cnt et voos 1ai,;eut
mème, avec une tendres et uue ollicituJe d'un c~poir, d'un reLou r de . on ancienne foi
le·
mains! li Le duc, lfUL dédd,•m&lt;'1ll &lt;t ne
i11;6nies. : instruisant ses ms se privant du dans la Providence.
p:lrJonnait
gui'.•re )&gt;, laissa ulle· lcllre sans
n •ecss:ure _pour leur acheter des jo11el ou
Pendant fos !l'ois mortelles années de son r_époa,e. !Jé.es1&gt;én..~. lady Jean se relira à
des sucreries, el non moins infatignble à !-l1jour à Londres, son unique pensée était
EdimLoorg; et là, qucl![u~ :&lt;'maine · apri•s,
réconl'orlcr en toute manière le vieux colonel
d'asslli'er l'ave11ir de se C'nfaMs, eu décidant un nouveau malheur s':ihattil ur elh•. Son
son mari, qn'elle avait désormais à gronde; son frère à les voir cl à les prolég r. lléla -!
ou :, con olur comme un troisième enfant. Lou tes les lettre· 1ru 'elle écrivait au duc de s~co'.1~ llls, 'hollo! qui avait Lo11jours été p3rAvec cela, pa une plain.le. D:ias Je pire dtl- IJonglas &lt;ilaienl iulerccpl.écs par linalrl locl\- l1cuhercmeal fragile, mourut suLitemenL.
Le cbagriu qu'elle en eut fui i "if el d'une
nucmenl, ticra.ée sous le coups d'une rnal- brigg; et, à Ioules les démarche qu 'ellu !'aisincérité
si m~nifcsle que ses plu. impkidmace tragique, 1.oujours elle gardait la rési- ~ail ~enter par d~ amis, le duc répondait
cahlc.
:tdvcr
:ures ~ont forèés d1• &lt;11mv!-'11Îr
gaalion d'une chrétienne, et la simple dignité 1mnriahlc•menl 1111 die• 'lll à le lai~srr lraud'une prinrcs;;e, 11 Lorsque je l'ai l'Ut&gt;, a quillc. Enfin, dans les premiers jours de l'an- qu'elle avait pour cPl enfant 1111c temlres~e
raconté plus tard lord Mansfield, elle se lrou- née 17i&gt;J, au plu. dur de l'hiver, eUe pril le passionntrt&gt;. En fai1, ce fut ce chagt·in qui la
lua tille-même. Elle moui·ut le 22 uornmLrc

�1f1STOR1.Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - 17!i~, à Édimbourg , (,

tre

émaci~C' et

Lrè affail1lie, - écrit ~on médecin. mai
a~·anl upporté ~a maladie avec uue patience
r.t une ré ignaûon me1•veilleu ·e , comme
an ·si avec le admirables douceur cl aJli bililé
de car11clère qui lui étaient naturcUc Il . 1e

nlia.s tewart, fil minimr &lt;le défunte hù)
Jean Dougla ». in ·i, neuf an apr la mort
de la malheurcu,,c lemme, c trouvait réali é
on u.oiqu ' désir !

li
noll\eau, . ur ce point, lou les témoignages
trouvent d'accord. Jusqu'au bout, .c sachaut condalllJlée, lady Jenn n'a 11 de pensé
On pourrait penser que l'bi loirc finit là :
que pour l'enfant qu'elle avait perdu et pour elle ne fait que commencer. Eu lé ruant sa
cl'lui qui allait lui survivre. a Devant le Dieu fortune et ~on titr au Jil · de lad - Jean, le
lout-pu.i ant à qui j'numi bientôt à répondre ..-ieux ùuc·, par un dernier scrupule, avait
dt• ma vie, di ail-t~Uo, je jure que ce deux déclaré qu'il les lui léiruaiL comino « à. l'hé•nfool! sont bien né de moi! Et
fait, que ritier du sang de on pcre, le marquis de
j • meur pour eux, quelle autre preuve plus Douglas ,. EL à peine lady Hamilton eul-d)'
forœ mon frère pourrait-il demnnder, potll' connaissanœ du testament qui l dé.~héritait,
se t'Oll\laim·rcenfio (tu'ils . onl me enfant· 1 n qu'dle int nta. une action puhlique contr le
Bi1•11 loin de s·effra er de b mort, elle î aspi- jeune .\.rrhibald, se faisant fort d'établir qu'il
rait de toute on àme : mais ravenir de son n'étail point l' 11 héritier du sang des Dourtbil)llld l'inquit!lnit i Jouloureu~ement que glas n.• ia~i 'engagea nn proce~ qu'aujour. on inquiéLude b ce ujet semble avoir encor 'rl'hui encore les Anglais d~ignent du nom
contribuij ~ hâter sa lin.
Je o la Grande Cao e • : une cause qui,
Yoici, maintenant, un iotcrmêde comiqu •, pendant près de di ans, allait pa ionncr
qui mériterait d'être raconti! avec plus de I' ugleterre el l'Eco se, ou plutôt l'Europe
détail ! U a,·ait alors en Eë'o . e une vi ille enli re diviser I famil1C1 leJ plu unie:;,
demoil elle Dougla , cou ine ~e lady .lean, et rompre à jamais le plus olid, àIOÏtié ·, el
wrtainemenl l'un d membres I · plu iu- meure violemment aux prises, jusque dans
•!Uli r de celle famille d'exceutri'luer. 1A rue, les défen eur et le accu ·ateur de
S'étant prise d'une haine profonde pour sa feu lady Jean.
parente lady Hamilton. 11Qicomplail recueillir
1• titre et la fortw1e du ,duc de Douglas, la
i, romme je l'ai dh, n'avait jamai
vidll fille, vers 1758, pour mortifier .on ce é d'affirmer, et ous les serments les plus
unemie, ré olut d'amener lt: duc à reconnailr~ solennels, qu'elle étnit bien ln mèrcdesdenx
l • fil· de lad1 Jean; et, pour l' amener, elle enfaol : maj , quand on lui avail dem.11J1Ji!
r I olul d'abord de se marier avec lui, Rlle d'en fournir la preu\'C, toujour •Ile s'y t1t:lit
,;'in talla, à. son tour, dan une aul,ergt! voi- reru. ée Ir énergiquemenl, en rt1pélant que
·iue du chàteau, sou pl'éle.·le ,d'a\'Oir à cou- c' :tait à es adversairei; d1• prou,·er 1'1mpo.·ulter le duc sur un proc' qu'elle avait; ture dont il l'acon aient. Quant à son mari,
pui 1' relations ainsi engagées e poursui- le colonel tewarl, et à la fidèle femme de
virent régulièrement, ju qu'à ce qu'un jour chambre qui le· a ·ait accompattné à Paris en
le duc, en "age d'amour, e1n·oyàt à sa vieille juillet IH\l, lous leurs récits des circoncou ine a une des plu· belles pièce de 011 ~tance de l'ac ouchenienl n't 1t, ient, .an
argenterie J1 . Dè !or , le mariage l'ut décidé, aucun doute po ible, qu'un ti u de men&lt;( à la !!rande stupeur d, toute l'Eco~e n;
t
nn~e el de contradictions. L colonel, n
ln nouvelle duchesse e mit au~ iLôt en de,•oir particulier, non eulement e reconnai sait
de convertir son ma.ri à la cause de feu lady incapable de donner l'adre. e exacte de la
,Jt•ao.
sage-femme, mais variait même ur le nom
)lais l'cntèlement du Iieillard était plu
de celle personne. Il ne retrounit pas, non
dif ûcile à mi ncre qu'elle l' a_vnil suppo é. Ne plus, le nom ni l'adresse de La nourrice à qui
pouvant pa .e délivrer aulremenl des in- il prétendait avoir confié 1 petit hollo. Tout
t~nces, reproches, et allu. ion de a femme,
au plu avait-on obtenu de lui le nom du
lord Dou las finil mème par se séparer d'elle, m •decin qui a:vail fait l'accouchemcnl, Pierre
malgré l'e lrème re pect 1p1'elle lui i11 pirait; Delamarrc; encore ·oulcn:tit-il qu'il l'avnil
et lorsque la réconciliation e produisit, · ne rencontré aux Tuileries, ' l n'avait jamai. su
fui que ou la condition l'ormelle, el tipuJéc où il demeurait. Toul cefa était, en 1érité,
devant notaire, 11u jamai la. ducbe se n , t xtrêmement snsp cl, eLbllln fait pour encoufcrnil mention, en pré enc • de son mari, du rager le e péran
de lady llamilton; mni
prétendu fil de lnd1 ,lean. Comment ln du- celle dame avait u, en outre, la chan · de
che se 1rnt e conll"nindre à observer ootte découvrir parmi le.- familiers de sa ma.Lon,
condition, on l'ignore. On ail eulemenl que 11n jeune a10cal éco ai , Awlrew Stewart,
I • vieu.x duc, oh tiné dan · on caprice av c qui joignait à des dons précieux. d'activité un
une ténacité inébranlab1e, .c refu a jusqu'au ,t!ritahle énie d'inv tigation policière :
boul à voir on neveu, lOut en manit tant quelque cho e comme le prototype à. la fois
un remords de plus en plu vif de la dur té et l'idéal de ces «détecth amateurs »que
de sa conduite à l'égard de sa sœur. füi-s se plaît 11 créer ioépui abœmenl, de nos
quand il 58 sentit sur le point de mourir, en jours, la fantaisie des romanciers anglni • Ce
176 1 il annula tous es testaments anté- fut cet A.ndrew t.ewart que la duch sed'llarieurs, et nomma pour unique héritier de milton enraya en France, avec mi.sgon de
on titre el de ses biens «Archibald Douglas,
s'informer de ce qu'avaient été, bien au juste,
~l.l

..., 3l4 ,.,.

la gro sessr et l'ac ouchement de I œur d
lord Dou1rJ:i .
Je ne pui ·onger, mnlbeurl'usement, Il
résumer ici les di"er ·es pha es dr 1' enqu 'te
conduite, à Pari Pl à l\eim. , pal' cc préc&gt;nrseur du rameu
herlock Jlolme;:: : enquêt"
OÙ l'ingénieux lewart al intéress ' r des personnag · de tout ordre, dcpui J'arcl1evêqut•
de Pari jusqu'à Hiderol. Il ne rrlus il poinl,
natur llement, 1t relrouv r la a e-femm , ni
la nourrie , ni le médecin Ilelamarre, liien qu'il Iùt oLJi.-ré d con Liter qu'un
1m:d •cin de ce nom avait wécu !1 Pari. e.n
t 7 t . Mai il retrouva, en revanche, une
fonte dP gen qui a aient rencoutr; Ir:
.'t.ewart dan leur ,·oyagc., ou pendant leur
éjour à Pari • et qui étaicn1 prêts à
afllrmer que la gro esse de lady Jean
n•a~-ail été qn'une upereherie. li retrouva
ju qu'à d personne qui tilaienl montée'
dan le mèmes tliligeuccs que lady Jean.
dans ses deux voyage. d'Aix-la-Chapelle à
lleims cl de Reims à Pari , el qui e ouvenaient de l'avoir me en excellente a.nté,
quelques jours a,,at1l la date du prétendu
acrouch ment. Il fit mieux encore : il mjl
la main or deux familles d'artisan de l'atis
qu.i lui ra&lt;'ontèrcnt, avec I détail ]es 1&gt;lus
précis, dans quell • cirt:onst:mcP · die
:l\'aicnt v ndu, chacune, an de I •ur enfant.,
à un élraniter qui n•. ernhlait fort au colon 1
tewart. L'une de ces familles avn.il vendu
· n enfont o j11ill ·t, l'autre en novembre :
d'JJù r · ·ultait la couclu.;ion que lady J •an
n'aYaiL même pa· pri la peine de ·'approvi i nner simulLan ment de , ÙeUJ. &lt;1 j umeaux. o
On peut e figurer l'effet produit, en Éco:se
el ~n A~lel ·rr , p:i.r ce · r :,·élation:, préseoW d'aillenr l mises au point a,ec une
odres e infinie. Eli 11·empt1rh'rent pas, cependant, lady llamilton de pcrdr ~on pr c•è
'D dernière insl.·u1c . Le I r mar 1769. apr~de low•s dt!brus, la Chambre de Lord couacra défuùlivemen l la I'gitimité du jeu ne
Archibald, l'énorme appareil de pn.1ves lahorieu ornent constrniL par Andr w tewart
a nt échoué de.vaot l'liloqucnce pa sionmfo
de certain lords ami d • ladi Jean, ~Jui .
snn pr~ que daigner disc111A'r l ar ummt·
dr
adversnir ·• 'étaient OOTD à raw I r
quelle parfaite el admirable femme elle ;nait
été. , fa.i quand ensuite leur éloqucnre l'ut
ubliée, et 11ue •alfaiblit le . on venir dt
vertus . de la pauvre fcmrue, l'enquête du
1/elective é&lt;:o ab rc ta eule pour in lruirc
el guider l'opinion publit1u • : si Lien 'JUU
celle-ci, malgré le verdict de la ChamLre &lt;les
Lords, en vint de plus en plus à admellrc 1111e
lady Senn afin de capter la fortune de son
frilre, avait fait pas er pour ses fil · deu..t ('nfant achetés par elle ur le pa,é de Paris.
C'e L au i ce qu'ont admi ln plupart Jcs
historien an 11-lais, lor qu'ils ont eu à raconrer
la « Grande Cause u. t:t c'est ce qu'admet
aujourd'hui, avec une a suraoc ab olue,
)1. Percy Fitzgerald, apr · a,·oir pris connaissance de lou les documents, publiés on
inédits, lJUi se rapportent à celte mémorable

,

__________________

U N E CAUS"E CËZ.È'E~ë JUV GLJl1SE AU

a~~1ire. on li1•r ·, à la fois tout rempli de
fa1l. et fort agréahle à Iir •, n·e t, d'un bout à
l'a11tre, qu'un rt:&lt;{ll.ÎBÎloire :antre larly Jt'nn
Hou ,Ja~ 1•
Or, ·j les co11elusions d • ce réqui.itoire
étnient .raie -. si ~lfoctivemcnl le· dPus prélen1I us enfants Je lady Jean eL:tienl .fil J'nn
d:nn pitre de la i111re Saint-Laurent, l'autre,
d on ouHier du foubourg ~nint-,\ nloinc il ,
11111·ait là, pour nou. , un « m · ti•r o p51'.cbo:
lo~i11ncdcsplu. inquiétant.. Car.\1. fit.zrrcr11l,l
l111-rnèmee~1 forré d'avouer(111e non eulrmcnt
l~d? Jean .i toujour u ,c &lt;lunnrr l'appnr &gt;nce
cl aimer ce. enfont qui lui l:taienl !trangns,
mais 11 u'elh• le :i naimenl aimé · de tout :on
~mur, au poir~l de e prher r.lc toul pour 1
ele1er, au pomt de ne pournir pa. ur,i,•re
l. lmfu Jrn,1, ,, i(w{y of 11,r Om,'Jln·• l:au•r,
~r J'-,n:y l_,11 ~rold . 1 ml. in
illuslr,, l.on,lrc
h,h •r lnwrn,
'

à la mort J l'un d'cU.I. or son lil de mort,
l.ln pr ·~en&lt;·e d'un llieu dont Plie ·•tvait qu'elll'
aurait bientôt ;1 1.1ffronlcr fa jn. tirt•, - rl lo
iuc(1rité de ·a foi ne peut pa titr rni 'I' en
do11l1·, - elle a 1i11corc juré 11uc les deux
enfants étaient l.,icn s1• fils, Comm nt expliqu ·r tout L-Cb? Et commtnl expliquer, même,
qu'une femme 1.fo c.etle orle, qui a\11il ,·in"l
fois rel'usé les plus l1canx pat li . se (Jit ahaic. re
à projeter cl ô e,t!ruter une e~croqueric au .. i
mi~éra hie'?
~fais je doi~ 11j1mter que, pour ma part,
:iprè · a,oir lu nwcc grand soin loa · les documents cité· pàr 1. lïtz.,.cralcl, je n'en ai pru;
d 1rouvert un 'eul qui cùt pro11r •menl la
\aleu.r ~•1,rne preu ·e dccisive de l'e~crol[ueric.
l::n reali!~, tou~e 1~Ue a.fJ'airo se résume pour
nou , auJonrd bu1, tian l'nlleruatiw d'un
choix qui nou~ e t offurl !)Dire tl1•ux Lémoi-

xnne

S1'ÈC1.E

-...

gua •es : celui de lad1 Jean el celui d1· J':1vocnl
Audrcw 'Lewart. i ce d.cmicr dit na1, la
culpabilité de lady .Jean est inconw:tahle :
mais nous ne ·omm · p:i · toul 1t înit . ùr ·
11u'il di c ,rai, ou plutôt nous arnn .· irré.i. _
tililcmcnl l'imprrs ' Î1•11 qu'il ~ t trop fin, trop
hahik cl 1111c J't5ùilice de ·on euquêle . t
lroir in3é.oie111, Jh·ec les r .ourc merrl"illèusc · de son esprit, et la gro sr ,omrne
d'ilrgl'l~l don~ ~l di ro ·ait. ~on ·on acon. ,,ue
ce~ anu du frnmm ·t d_e Diderot :wrait 11arra11t•111enl pu. au liesotn, décounir de témoin· pour affirnwr qu'il· a\'ai1•11L \'li . les
, te,H1rt octup' a emporter clJez "Ill J , •
tour;; de, ·olr&lt;'-llrim11,Etain.i, 11011, r:111pelanl
l'homma"l' u_n~nim1· rell&lt;lll à lad) .lcao par
lùu ceux 11u1 1on t connue, nous en ;u•rivo11s
à nous demnn~cr i, au fond de œ &lt;1 ml· tèrC' ,,
com,~P de mamt au tre , il n'y aurait pa.,
toul. tmplement, nue mystification,
TEODOR DE

\VYZEWA.

Tournée d'Amérique· ·~w,
a&gt;:

lluand, en l io, fa dansl'u Fann1 El slcr
1iarlit _rour c.:'tte ré~on ù'oulre-Clcéan qu'on
appcla1l encore le 1Vouveau-llo11rle allo de
foire applaudit· par 1 .\méricain 10n tale.nt
de hallcrine, c'éLail là une aventure inon
complètement inédite, puisque, en 1 27 la
folibran l'a\•ait Lenléc avec succès, du m~ins
lr'• hatiardeusc et lout à fait nléaloirP,
Fanny El~ Ier ét.ait c1èbrc à Yienne il
llcriin
Il ' Londres
cl à Paris · mais le d~el
, •
'1 •
1
·p11.p1e qm rt:11Len.,agé,sur la .eène de notre
Opéra, enlrc clic et la Ta,,lioni, la lutle incessant qu'elle de ait .outcnir contre a rivale.
la portaient à dé·irer des uccè. plu· facil ,
e~ plus pro~acliL . ~le 'emb:m1ua. pour Newl ork ans 1mpre.sano, sans programme, sans
aul_rc recommandarion qlli' on t.11 ni. sa
"lo1re cl . a beauté, et dès la traver,1tc, elli!
p_ul pré,,01r c1ne le uobi.smc de ln jeune _m&amp;r".luc, avide de phénomènes curop~co , aUa.it
1111 :i mrer un lriomph .. ur le GJ'cat-lVeslem. 1~
pa~e~l J • J'épOfjUC, qui
res(a _d ailleurs di -huit Jour· en route. lo
cap1la111e Ilo ken, commandant du na,irc, e
montra d'une galanterie birn supérieure à
celle f~meu ·c pourt,mt, de ir. de Coislin.
Dè · &lt;Ill oo fut dan. l · c:iu t américain, le
b~teau stoppa; l'on fil d · ooda11e· 11ui ra:nc~•cr_e?l du able. Hoskeu en prit une pincée el
ollrll à Fann , afin qu'elle r!'rt la première
u tourlter le sol d' · 111ùùpte.
Le :i mai, on arrivait à cw- )ork. Ln dan-

rio. ooau_

f'Use se rendit dan. un hütel de .Broadwa .
Elle n•~,ait P?s ùté es gant.- 11ne déj/1 on lui
npr~r,lall_ li~ JOUl"lml où ~ou voyage ùl on
ni:,r1~
~t.a1cnt. contés dan le plu.· grnntl
det.111. De cet m tant, un reporttr du Mol'ning Heralrl 'attacha aux pas de la ballerine,
et rbn~ne oir, a puhl~ait. un bulletin rnpporl.'.lnt I heure ou elle " ~lait le, éc, · sortie
se récC'plion • Je m nu de es repa. . .. t lo~
lecteur ·'arrachaient le feuilles contenant
ce pa sionnant écho •.
New-York e.n J 40, était encore un immen~e rillage, Les parienu dt&gt; la lin:mce et
d~ nég~ n·a1•aient pas eu fo tcmp de e
degro . ir. ~a ~orlunc était ,·enu ~i 'l'ile qu ,
per onnc n avrul on"'é encore à l'élé11:mœ ni
mème au confortable. Le mai on de la l'ille
~taicnt has,e, ; u.n badigeon rouge, rert ou
Jaune, 1 ur donnait un air de cott., ..e • le
rues étaienl encomhrées de lroope.,a .-' de
porc , de cbc, aux et de vaeb,~ qui 'en allaient
~u. pàlura e ou en rcvenaicnl. Les hôtel.:
etarenl da ,ul"aires abri · le théâtre du Park
éU1il me ·qnin el sale ; l'ari. tocratic nai · ante
dé_d~ign~t ~e \ montrer, cl :nu plu bellc:s
·ouee la s1~tnoc.e ne .: composait .,.uère que
de Il populaires cn,r1 uettes ),) ou de II vest~·
Jémocrn?quc ·. D. Le:. début Jo FannJ Elssler
firent rrvolu lion. Ponr la Yoir dau cr, les
fem?1e 1 , plu te b.uppé ' o firent peuple
el entas crcn~ aux plus hauts gradins de
second, , galeries; toute les d®arcaûun

sociale furent, pour uu lem p. • aJioli".s . le.
pin ' .. ~vagcs IJésuculcrit&gt;. s 'hnmanihèril'llt.
11
Cc
f )' ctall pa, de J"t!fllhousin~nie
· • c'"•~·
"'"'J 1 1rne
0 le 1J11 e quinze n•prt!sentations ne rJu ~sire11t
pa · 1t calmer• L · autre lbêàtres '5lllicut
d~erLés. et leur dircclenr ' • a~aicnl do
dctour?er. à leur profit un engou rue ni •p1i
les_ ruinait. li in crirnieut Le nom de Fan 11 y
El sl~r . nr leur affiches. Victorien ' nrdou
f!O. cda1~ ~ne de Ct rtltlamc. ingénue.; elle
etait rédigee li peu pr dan celle forme attJrante ;
Comme la

T11eat~e
plu11rl1r

qui {ail co1uir au Purkles amateurs dérire11.r rl'ap-

lrOÇJtte

1011.~

LA IIJU.L~: l•:T c.êu'rn11E

F
V ELS LER
e1oin1w ln foule_ de.~ autres i;pectucles, le~
per.,orwes qm ne il'OUl'eraient plu.· de
plac~ au Park le· jour.~ 111,
DA."i ' li:IU

l'illusll'e ba/lel'ine sont ]Jrié . de vouloir

bien se

1·UJ)jièle1· 'fUC

TOUS u ,::,: SOIRS

1111

specl1tcle inlereS$a111 sera donné
IU'IS • ùTHE 1111hTl1f.,

Cela trompait toujour bien uelques ni·!!l'
ou quelques rnate1ots eu bordée. o--:
,
i.lU 1cur. ,

�.. -

1t1STO"J{l.ll

rt•m à qui I • m:rn1p1c d'argent ne permcllait
pas de oonkmpler l'idulc eu scène c11rc11t de
fréquente ~ occ.a ion de l'ai.:da~cr ~a~s 1~
ru•. Cha11u1• jour. la dan eus élai.L ohh~t•~ de
se rendre à qu1•lr1uc rète. Ou lm fil ,·1s1ler,
1·ommc 11 une . oul'ernine, l •• pri ·on., I •~
ho piœ . 1•· :ir euau · et mème le na,·ire~ tlc
guerre. Ellt! y était rc~iu~ par tous le;
offiriers dn hord, au hrwtdcs fnnfnrt&gt;.
cl de, .ahc•. Vin!-\L-11ualre coups de
canon ~nluaicnl a chaloupe. lm-iléc,
œrl.am jour, à un lum·b ur la_ Bell~/'011/e, la frt!galt! l'rançai c qui aYnll
rapporté Je, :tint •-lléli:rw le. i.:cndrl's
,lu Napol,:ou. cl 1p1i se lrouvail en rade
Je i ew-) ork, !:, jolie Fanny pleura
Ioule · 1~ • larme· quand le oomm:mdnnl du n1mrc lui offrit a\'L'C olcnnitt:
t'l le plu· sclrieu cmcnt du n1onde une
hrancbc ùu saule quj avait orubra"é
la tombe, cl un fra,.ment du ccrcul'il
cle 1'empl'reur.
· 1 \Va hin,..Lon, le deux. Cl1:1mbrc~
.,11111 réuni · t.:n Coosr~·. Fanny e prt!.: ,ulc au CnJJÎLole. f,c, portes -·ouvrcnl,
die pénètre thn la s;1llc Ju. d~lioéruLiu11s, tou · Ic.~ rcprl"' •nt.101. .r lèvent
1'1 t:han111 .ullicile l'honneur de lo sa1,ier i111.füid u!'llcmcol. Le dJfilé termin ,, le pré~idcnl rèdc 10 rauleuil :1
la jolie fille, r1ui 'emm:c de ncpa~ trop
rin•. Le ll•nd •mai11, fo pr1J-iJ •nl dt! la
l\épu~liquc cl le mi11istrc~ vont .ap•
pl.iudir Fann an Llui.ilre cl Ill l'OO\'l~l
à wnir à la Mai on-nla1H'hc. Le prt~
:;iJenl l'y rq~oil, 1•11Luuré d~ memùrt'
du ealiiucl, •iui Lou se déclarent subjugué , 1'11core rp1 ïl ne d~~inmlcol
point qnc la pré$cncc de la danscu c
urrêle les aflui,·N Jlllblique.~. L'honorahle M. \\'ci ·e conslalail à une
éaocc du l'arlemenl que la. plupn.rl d1:r
ièg ,. él~il'nl vid •s et 1111'1111 µrund no111h~1.1
1li.i J{,pu1é.- . ie9eaie,1f au lluùill'e.. 11 oir
rnèmc, h1 séance fui lovée cl r&lt;'n\'Oyell an I nd1•main, l'l il rallul voter 11uc la Chambre ne
SI.' rém1irait plus que les jour · où Fanny ne
dm erail pas!
1. Au,..11:.-1&lt;• Elirbard, 1111i, en un Yolumc
1ri•s amu:;nnt l'L doeu111cnu!a11x Lonne so11r ·~,
1·ontr ccll1• od),· ·ée lriornpbnu1r, snil son
ll('roïnc 11 Lra1• •rs lo11lc l'Au11iric1uc, la lla1•anc,
la ou1·él1L-..OrJéan~. rcmoulr :l.l'CC cllo le ~füsi. ipi cl l'i hio ju qu':1 Cincinnalli. Pend:w_l
près de lroi an-, in[ali!rable, elle dan tl a
lliehmond, 11 Charlestown, à llalûmore, 1,
Bo Lon; oa la ,•oil au bord du lac Pontchar-

tram, au ùaios dl' mer d1 1 l.ong-h-1,rnJ . .'t
Tn.:ulon-Fall, i, L'ara~nw, cl partout l'n~cuc!l
c L le mèm1•, \ la llav~nc, l'u~agc c~ 1••1•:11I
que le jour de :on btméfice, l'éLoile cn rcl!~é·enlalion ~ ·a~~Îl i1 l'entrée du lb11i\l1·e, derrll'rc
une La\Jlt sur laqudlc éLOillrll pn,é •s de ~n le~
~éuiles. Tuu le, spnrlaleur-. dt'lilnienl, JPLanl

P,1 ':'il l!L'&lt;~Ll.R D.l."iS 1.1. U.IIJ.!;T

• L.\ Ctrnn::
/f.ipr,:s

\lf:Tt\lu111•110,1:r. t:-i FE\tlU .• •

lil

lithr1~rafllle ..i',\.tOl'IIE,

lt•ur olfranJc. F:11rny se ·oumit gni •mt·nl à
celle ohligalion. Elle s'nrcoulu~ail à ê~re
iùolitlr(lfo, cl recr,ail aw · un gracieux ~our1rè
les radc.'lU\, &lt;Lucl1p1C singulrcr. ou cmbn~ra. snnts '(Il 'il~ r11s,rnL Les diaJèwes, les coll 1er,-,
h.•, Liraeelcl!(, le brod1e nLondcnl, t·oounl.'
bien on pcn ·c; c·c~L la monnaie courante.
,\fai les admirnleur 'ingéni1.111l à moins de
h&lt;1oaliœ: l'uu QU're un operhc co Lnme &lt;· pa"nol. lo11rd de hrod ries d'or; 1111 aulrr _dl1posc
c:, pit•tls un tableau reprll l'□ Lrnl Clm~t~pbc
Colomb. Voici Jeux chiens dortt le nrc1llcs
sont percJe · cl noué • par m1 ruhan ~e couleur Lcadrc, une volière d 'oi c~u, men ,,JJe_ux;
des g.îtè:iux. de rruits, même de tc~rines
rempli de mcls a,·aul préparés à 011 mien-

à

lion. A U1llimor •, on ,it:tcllc ~ dt \au , el
lc1o spcclalcur:&gt; trainmH a ,·_oilure pour la
reconduire j1m11i:1 l'hiilcl; .a la . omclleOrléans, les rou sins de 1A cnh,cbe 11111 a Iran porté la tlitoine créature ~onl mi. aux en ·hrrcs
1!L payés plus 1·her quo ùe · l:1l1h•au.1 Ù&lt;• He~IJrandt" ù. Philaùdpbil', un p:iste11r ~uppl11•
Î'iJolè J'assi,ter 1fans la cbap•lle qt1·i1
de t•1·L /1 l'oflicc Ju dimanebc. 1'011~
le: fidèles font. d:111s la ocr, lu haii:
!&gt;Ur i;on pa •,n~. d l'oflicianl, du. haut
do la chaire d1 vérité, entame en I honneur &lt;le la l1ollerinc. et prenant pour
thème l'amour tlu ·pl'ochaitl, un h •:111
~crmon bourré d'allo iun~ délicates. li
} eut plus fort encore ; Fa?n~ alfola
les 'luakers. Pcmr cc· pur11a111~: k
1h11,ilr • est r1lpulé li u Je perù111on_.
IWc li'· y attira, mrmr lt Llo ton, ni 1
la .cclc a1ail une rl!putaûon . p~ciale
ù'austcrilé · l'nn ù'cu'î, aprtb l'avoir
vue, rn perdit si hien la rai on. qu'il
courut chez la Femme de chamhre de
1':lnn , afin •1u'cllc lui pro1·ur,il. ii
11'importe quel pri..r, un dl'.S chaussons que l'&lt;'nivraulc él(iilc avait porté.·. Et l'1Jn ,it même, un soir •111c 1:,
Jan CIISI? rentrait a ~Oil hôtel, UIIC
fewme du peuple, îeuJanl la foule cnli1S~c ,, ~ · approcbe1· de h w,ilurc, ··accrocher l1 la porli'•r • l'i dépo cr :,.Ur
1, · "Cuoux dl'.' la Lallèrint· u11 baby de
dcu · moi~ cmiron, 1•n (•t•i:.1111 : 11 l'rt'nez-lc ~ 11 f', nnr, un peu surpri,~ Lonl
de m 'm •, cou1rit l'cnfout de l,atscr~.
et la mi:rc, le rcprc1mnt, le cad~a
ou , a pi·l rine. 11 [•cr ·01111~ n~ dml
plu, le louclwr mamtcn~nl, d,~a.it-dlc,
folle de joie cl d'orbruc1I, p111sque 111
as fl'ÇU la Mnédiclion de cet an"c .. •·
Le malbt•ur, til.1~ormoi:. n'osera plu~
t':ipprocl1er! 11 (L',1e vi~ de 1la11.e1ue, f'an,;f
Els Ler, par .\ugu le Ebrhnrd. 1 vol. 111-L.
avec un po1·LraiL. }
. •
•
Quand l'idole, aprL'.S trente mo1.s d uvatmn~.
quilla l'Amrriqm:, rllc rappnrla1t, onlrc ,~ne
cJroru on de 1.:.idcnu , 742 000 franc.~. Elle
a,·nil don111: cent •111nlre-vin·•L-di -neuf rcprécntalio11s · •t comme l'ile 111nurul seulement
1~n JS 4, je pcruc qu'elle devait lrouwr hicn
J&gt;âl1•s le! rçcils - ft!. ~enL-il même un r::.u
cmbcllis - que Jmhh:ncnl de lem-:,. tou_mt'l
au t ouwa11-Mon1le les camarades qui lm succ~dùrent. llcaucoup y connurent le trio,nphL·;
aucun ne uscila paff•il délire; un srnl mortd
nu rail pu ri,·ali~ •r, là-bà ', Je gloi re• :i1·cc
Fanny El· Ier, c'e t lc général La fayeLle.

T. O.

_,
MAURIC E MONTEGUT

,

Les Epées de fer
LIVR E PREMIER.

c,, .. \Jr~:ioi,•HJ' -.,111L 11at-t1 ..
!'mu· L,

d1:1'--.t' AU\

{H:nfl'i:L

10,,,,,_,,,., de. Otm·,11., ).

F:lfondré sur t111 lm1rù fa11w11il en l1oi de
thèric nuirri cl pi1111é par fo tt-m11 • Alanik
1:y11ou1l'z dormait, lr•s jamLt•s roides, l:1 lèlc
t1•11vcn-éc dans :rs longs cheveux gr1:, la
loout·hc Oll\crlr.; ho11rhc nuire. ltdcutée, d"où
!&gt;.frhappail 1111 soufllc ra1111m·, inlermiltenl.
Sn r:,cc 1nai:zrl'. c;1rr,~&gt;, o~sNt,(', salie 1•t rbar~1111111(,c d'u1it• h;1rlm ile ILUit ja11 r~. rcsl;iit raflllll"Lt•, nJl!me au rc110·. f'oi "11:mt 1,· · liras
tlu . i1"'C, se!&gt; large~ mains tri~péei;, ho -~ué ,.
J,. h•11Jo11s, • illo1111é1'., de cicnlrire~ \ iofollr~,
:srs main· a111 doigts lou;:r~ el nouCLn, maicJs
&lt;l(• 'I'hn.; l:l,.:u1g-leur, ~cmlllaîenl con limll'r en
rè\'c 11uel,1uc lra,,iqne exécution.
,\11lo11r de lui, dis11cri-1:s par la ,·a LI' salle
h;1~sr, le. uo · as b ~ Jcn,i-ccrcle , lrs
aulr,•,, L~lcnùus 'Ur le!&gt; colfrc., , ·éza 1• Illier,
Funch, la pclilc Tina, au~. i bien 11uc Ma:i:c &lt;"I
,lili, ou ll~110, Sico rt ~li"el, Jan une 1·onlrai111e ;;ilencku~e, rcspe1.:lnic111 1• . omme.il
&lt;le l't.if)()UX 1 Liu pèrr, de J"onclc, du mailrc :1
tous.
La wille au . oir. :i.près ln .oupcr, à lu
mèmc bmre, Alanik était pnrli, , uJ, à lravcr· Lt nuil et ln neige, sans avoir wl oi1 il
nllai1, ni 1111:rnd il rc,i~ndrait.
Depuis 1• comml'UC •ment dl'S bat.,illes,
c'6tail dans ses habitudes; ces ropgos mysLérieu{ faisaicnl par!ie de ~Ils fonction • de
rlic/ dl•s 1·0111'1·ie,·,·. fonctions ea,viér. , mai·
dt1n&lt;?crc11 e • donl l\11·ail imc li la confiance
Jo Georges 1 • Il vcuai l de rcnlrer, harassé,
mouillé j11s11u'au ,·entrr, a,nil mangé, cl s'était br11s11uemcnt endormi.
•
Au dehort,;, le rude hi1•er ( 17!1è&gt;) couvraiL
les plaines du Uorbih.an de neiges amoncelées,
durcies· la rivière d'Elel charriait de' banquise au liras de mer où &lt;'lie e pcnl; el,
mème, en ces jours de fin no11 rnbre, on pasi;;iil à pieJ ec, sur la slnce, dr la terre rermc
à Li pres,ru 'ile de Loroal, dc,.ant la maison
d'Alanik Gyuouvez.
L · vent ~·oLslin:ii L à so11fllcr du nord,
1•.

,1.1, f'r.i11~1t1!il';

1U,~r. Oli,u•r, t~n.-1,,

aigui'&gt;1111L le gel, promenant son hurlemenL
lugul,rc dan le ilcnte désespéri1 d!'s hnme.'.1111
qui ,emùlaient ruorls.
C'éJ.nil une lamentai.ile cpo11ue. Ucpnis l'lu
Je r1untrc ans. la Orelagnc fanati ·éc to1nba1lail -ans relticbc pour son J&gt;iru, on roi, st ·
prêtre.; ponr loul ·. Sl'.'s rroya11ce 1·omme
pour toute . es super tition~, contre les armées répn'1litaioe , C-prises d'un idé:il de
lilJ rlé conlradicloirc.
lllusie11rs fois pourtant, de lrèl'es ;11,1ie11l
rlé COD.l'lllics ,,ui. Ioules, l': l!IOll'lll liru •111c..-tllL"Ol rowpucs dan. une rt•pri,L· d'armes, 1111
rcuuun:a,1 de baim•, uue c:i.plosio,, ~nud~inc
d!.'s fureurs mal él.t·intrs. 11&amp;:cnunC'nl encore,
lt• · clicfa des Chouaus, réuni;: 1:n con~dl :iu
commrni~•menl de l'éh\ a\':Ütut accepté la
pacilil'ation oJli!rle, 011 nom de la llépuhli1p1e
par llodw, 1 • grand génfral llku. ~lai~ le
Irait,: en :mit él(. :;;ou,crü dù pari l'l d';mtre
ll\'rt: 111 m:mc d..lûa11cc, le mèrnc.s n\·enl.-s
et. le mtl1ne rmmqoe d• foi.
Les lllL•U n\•o touliuuaicnl pas muin: leurs
t· éculions partiel)•·. isolées; h·nr g11ill11L1t1c:
fonctionnait encore I, Vanne·. 1'.foilrcs ,1u • i
0

des antres ,•illc , Lorient, llimncùonl . Aur&lt;\),
. nrzeau, Quîh •ron, :, près le dé~aFlrc cl la
fnile de flui~:i, •, il: ponssaicnl dr îr1111ur111c,.
incursions d;i;,s lcii carnpagnt?s rl fui.illaicnl
loujour · contre le mur, d • pierre iiJche, au
re\'ers des chemin. crc111, l1•s ~uni\ants ~ignolé des anciennes hntnilles.
Pnr toul lo Morbih::rn, la tcmwr r1:gnait;
le paysans tmdaicnl le dm,, mais i; •rrt1icnl
le poin~, parl.r,;1,:,. •mir la Jas~itud u de la
gut&gt;rrr et ln rage de la pt•rsél'lltion . •\u foud,
lous c li111aicnl la paix Lrompl'use; 1,, 11011,·cau gou\'erMm,•nt 1lu i)ircl'loirt: rw c;1chai1
pas s prt:Lcnlions; il voulait uuc Brl'lagnr.
non scu lcmenl inacti\'C, niai· l'ntii·remeul
:illnntiSli et rendue /1 111crci: liri!'ant . ,,, :irmc ·, t·ha '·anl aeS prèlrc., vcnda11l sei, 110Ll1•':
rL, sw'loul. livranL ses derniers jrunes homme· aux s •r,,cnL~ rccruhmr:. C1·lii. j;m1ab !
, i les •rai-, dcn1i1•11t mourir au feu, e· :taiL
1!1·rrii:ro le lrnisson.s do leur ,lerr1·, en r.111arlbnl les lroi couleurs. El, par aqncc, il~ .1·
f.1isai1•11L lu main. ù 1'ru'.casio11, quand 1111 d,:_
tadl!'mcnl Uil'u ··,:garai I d.w~ la plain,,.
A r.cs lrouiilcs. cc aL'lrmcs, ln mi~ '•rl.l
I

1•1a11•

•:11i,; Tmo, l,nrcntinc; Maœ, ,1i1thi"u: Jili, liillu; ,,.,
cli~l&lt;1~1u breton.
'!. l.:a.!011,hl.

.,, 316 ....

l,~s /Jl.:w conli111nuc11( lt!ttr,î t.~cu/ir,ns {'!1•1/cifr:,, IS/l(en; il~ {'011~~.iiml ,le /,t~1u11tes l11,11r&gt;ln115 d,rn~ /ts
,•ar,1/'Jgltt!s d /uslllJl,•,u l••ufours ,o,,(re les 1111,,-s le flrrrt sèch~, au rci·us des ch1w1/ns ,rcu:r. l,•s $Un•lv,1,il)
s1,r11.iles ,üs :Jt1(11!/111ts f,.:,(11l~s. ll'•l~cJr,.)

�111ST01{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - s'était jointe; depui longlemps, le rér.oltcs .es hl&gt;tc . Quelques coups d'aviron uîG aic_nl
a,•aienl illi': mauvaises; le lour~ chevaux des pour agner au lar •e; les barqu ét.aienl
gendarmes a1•aienl écrasé le hlés, levés ù toujour prêtes; George •':y entait en sécupeine, et -i rar toujours dans c ol sans rité , lfa.is s'jl devail rci-enù· celle !oi , an
honl :; les l.Jras robustes de. beaux fils mor,lS, cœur dn féroce hiver, ce ne ·eraiL pa pour
vivre en laboureur, de Javie qu'il aimait; œ
au i, mnnquaient à la moisson ....
Alor , aprè. la gncrrc qui tuait les hom- serail pour ordoancr la r volte encore, « le
m s, la famine avait tué les enfants. Une ras emhlemenl 1) el crier : a Aux a.rme · ! o
immense plainte 'élevait, continuelle, des · de sa voix formidaLlcqui roulait en tonnerre.
EL les fusil • cachés, enfouis, les sabre
masures aux chaumes ajouré par les balle.;
le p,1in manquait ; le gentilshon1mes du voi- rouillés so1·tiraicnt de terre; et le ruai.beur
reco.wmeneerait, ou, mieux, redoublerait,
inage n'étaient guère plu fortunés que le
pa)1san . Tous ce1u qu'on avait surnommés car il n'awit jamai cessé.
r, ce hraiùe-ba était à préroir; l'époque
les &amp;pies de f'el' parce qu'ils n'étaient pas
assllz riches pour s'offrir des lame d'acier, approchait de.'i réquisition militaires; la meure était coml.Jle d vex.alion upporléc ;
comme le comte de Kerret, le che,·alier de
un signe, au si : .Alamk, sédentalrc depuis
Jol·enne ou le comte Le Glohanic, sou lelll'
toit lJranlants, soufilaienl dan leur doigt , des mois, a,·ait oudain repri es expéditions
erraient leurs ceintures, dansaient sou-ven L mystérieuses , par ordre, a_surément. Les
femme étaient inquiètes.
dewnt le builel vide.
C'était avec des yeru. as omhri.s que la
Enfin, pour pa.racb.ever la souffrance, le
grande éza cowidérait son homme aplaLi
froid !ITandis ail encore, de nuiL en nuit plu
ur son iège par W1 coup de falirne, crevé,
tcrriulc, mcurlrier à . on Lour. Le loups
n'en pouvant plus. Qu'avait-il [ait la nuit
étaient orli d boi:. nofrs ùe Camor ; il
'dernière, el tout cc jour encore? Él.'lil--ce
urraicnt eflla.nqué , le yeux fou , aux entour
chrétien de courir les routes par œs neige ·,
tlc villa.,. i ils hurlaient sini.sLrement dan
l'ombre; et les vieil~ femmes prétendaient sou ce Yent aigu qui brù.lait les. yeux, morq ne s'incarnaient en eux 1• âmes lroi fois dait, coupait la chair? EL puis les Loups? et
maudite de païen trépa sés. lies païen , pujs 1 .Bleu 1 La mort, partout la mort.
Il était Yrai qu'Alanik ne la redoutait
c'étainnl les JUeu . [. le recteur Allano 11'y
guère;
il l'avait taut de fois me en face,
co11trcdi-,,.1iL pa .
l'avait tanL de fois donnée .... A cette heure
l'arfoi on demandaiL :
même, il était probable r1ue q1Lelquc cadavre
- Que fail Georœe 1
Ccrl.:iins nipondaicuL 1ru'il était à Kerléano , i;i ail · ur ki lisiùre d'un champ, la gol'ge
dan la mai·on où il était né; mai Lous 'atlcmlaicnt à le voir reparaitra, à l'i.mprovisle,
un jonr ou l'aulrc ; car. aux cm-irons d'Aura)' il élaiL mal en ùr té. )r nacé, jl ·e réfugicr,lit, comme d'ordinaire, chez G)•nouvez, à
Locoal, sa retraite préférée.
Il y était déjà revenu bien de fois, depuis
le jour où, blessé au combat de Florenge, on
l'. avait porté, à tout ha at·d, pour nettoyer
sa plaie. Cc joru·-là, Alanik et Séza avaient
donné leur liL leur linge; ils eussent donné
leur peau. De ces dêrnués, Cadoudal. 'était
fait dell ami .
llès lors, dans le courlb répits de sa ,,ie
tonrmentée, de Lcmp en temp , il pa sait
quelques jours 11 la ferme. ,inl'\t de la vie
commune; mangeaol la Lonillie noire à la
longue table ma sive, entre le maitre et sa
femme. cnlourés de leur.s fils, leur fille, de
leur neveu , de lellrs bouvier .
Avec les imrs, Georges luttait dans les
cours, terra sanl d'uii tour de bras les plus
robu l ', le slu péfia11l de sa
colossale,
au milieu de éclat~ de rir , dan l'CJPansive
gaiew de , vingl-1p1alrc an . 11 our lui, la
ferme de G ·uou,·ez n'était pa .eulement un (!1111/que c.1da1•re gi$JU. JUr 1~ Usltre d'u·n champ,
te111oiçncml que (;,r11or,vez l'Etra11gleu,· a vall f4SSé
éjour hospitalier 011 l'accucil étaiL cordial,
por i~ .... cPage 3i8.)
c'était au · i un mer,•ciJleUX asile, Ull impénétrable abri.
Au milieu du bras de mer qui l'entoure, broyée, témoignant que Gynouvez 1'8trancelte presqu'Uc, reliée à la torr par un pont gleur avait pas é par là. Oui, mais tout a 11ne
di&gt; boi ur de. sables mouvants, perdue dans limite; d'au i fi.ers que lu.i avaient fini par
un labyrinlb.c d'ilots, ma quci · par le i;inuo- payer leurs déœùt .
C'est pourquoi , ézn n'étaiL jamais Lransité tlc l'e Laaire, dérenduc à ·-0ue l par un
!.Jane de récifs, défiait la ' Urprise et •rardai t quille, même quwd l'homme -était là, au

roree

0

repos, endormi, comme cc soir. On aYait pu
suine sa trace sur la neige de roules · peulètrc, dan , un moment, l'ennemi cernerait-il
la mai.01\ ....
.A cette idée. elle ecouait a tète éncrgi&lt;J_ue
et violente, tendaiL l'oreille du coté de la
porte; mais, au dchor comme au dedan ,
uu ipais silence per istaiL; la nuil était en
torpeur lourde, ~ans un tre aillcmenl; le
froid ·engourdi ·sait ju qu'à l'atmosphère.
Ilan 1a alle obscure, les visage dcmeuraien t inerle , înexpre if , I({ yeux rivés 11
terre; tous les per onnages semblaienl péLrifiés sou un charme ....
Cependant, un grand chien de berger, gr~s
el fauve, quittait le des ous d'un banc où LI
était allongé, s'étirait, la croupe en l'air, les
patte de devant étendues, le,,ait le. mus~au
avec un sourd bàillemenl. La petite Tina
l'empoigna par la Lête, murmurant :
- Tais-loi, nokl
Mais Rok e déga ea doucement, traver a
la aile, s'approcha d'Alanik s'assit à oa
côté; pui , soule-vanl sa gro e patte, la posa
ur la cuisse de on maitre. Celui-ci, en soldat habitué aux rëveils bru ques de l'emhuscade, aux alertes soudaine , tre aillil, c
redrc 'Sa .sur son siège et, machina.lcment, se
mains t·ber.chaieal une arme.
- A bn, Dokt cria Olier.
Mais le fermier, réveillé lout à fait, alûrait
en uî,illanL le grand chien dan ses jambes,
palpait, frouait rudement sa lon~c échi.J~e
de ses doio-ts secs et durs. Ce chien, depuis
àes aas, ne le quittait jamais, lu suivait dai~
.e cour es lointain ; il éYenlait 1, répuhhcains à une lieue, les annonçait sans alJOi,
par un arrêt subit &lt;lu corp, et le hérissement
de on poil fau,·e,
col au do -. on maitre,
arerti, changeait de route.
- Oui, oui, disait Gynouvez, tu n'es même
pas fatigué, Loi ! ça ne te ,,a pas de rester
ttanquille '! allon , c'est bien ... là... t-u es
beau ....
Pui , se lerant d'un élan bru que, il fri sonna largement de épaules.
- On g~le ici!
11 rama a derrière lui un énorme fagot
1.l'ajoncs morts, et, à la volée, f envoya ro~cr
dans le [eu qui tombait. Le boi sec crép1la,
s'embrasa d'un seul ooup, poussant de llammes baul ' , éclairant toute la ·a.Ue.
Alors, la Face du fermier, delJoul devant
l'âtre, 'empourpra, se teignit d'écarlate, s'cnso.nglanta. tragique. Autour de lui, a femme,
se enfanl , Lou les iens, doublés de leurs
ombre mouvante , ecouaient Leur eo,.,ourd.i ernenl, s'évadaient de leur silence et du
leur immobilité; des voix monl.èrenL , taud i ·
que, dan l'élable, uniquement séparée de la
pièce principale par une simple cloison_, où
se découpait le carré noir d'une porte laissée
ou,erte, l - l.,êtes, égayées et surpri es, hennis aient hcun-laient, bêlaient, grognaient,
'
.
pour alucr
lao chaude lumière. Elle dansrul
ur le murailles, réyélaot l • mrtère des
coins, à l'ordinaire obscur ; détachant en relie[ la mas e de !!l'os meubles. Elle la décoaril toute, ln. longue salle l.,a se, tas ée sou

au

les po11Lr s noircies qui ~upporlaient le plar1cber clu grellicr. a,ec se. armoires antiques,
ses lits do ·, rangés le lono- Je mur, 'CS
coffre étroit ervant de bancs, sa la.l.Jle pesante sur laquelle brùlail, dans un lourd
chandelier de for brnL, wie résine, do11nant
. plu. de fwnrc qüe de flamme.
De dt•u~ côlél&gt; de la vaste cheminée - sur
une ·orle d'estrade formée de large pierres
plates irrégulièrement jointe , élcvL&lt;es d\m
pouce au-dcssu du sol en terre battue, on
voJait de bancs encore, au hoi brmant, poli,
usé par le culollcs de ancêtres; bancs d'honn ur réservés au.x vieillards; devant eux, se
dressaient de hnuts cbandeljer·, raits d'nne
tige de saule emmanchée dans une planchette
en manière do pied; mais on n'allumait leur
chandelle de résine qu'anx jours de fète,
dans les grandes veillée , pour les cérémonies.
De cet ensemble, l'idée e dégageait de
choses immuables; des générations avaient
passé sou ce plaîond crevassé; de petits enfants, devenus de aïeux, anient vécu, e péré.
oullert, sou ce toit de chaume écrasé par le
Lemps ; et telle cicatrice de la muraille devait
avo.ir aussi son histoire très ancienne.
Le monde avait mnrchê; la vie.ille masure
accroupie, attachée, cramponnée à on sol,
a\'aÎL subi le glissement de ânes an en être
ébranlée. Elle reslait la même qu'aux jours
du roi Tlernj; un peu plus tas. ée peut-être,
un peu plus enfoncée dans la lerre, an!e de
ofücs plus noire , une façade plus ridée ;
mai_, vaillante encore, elle continuait . a
fonction tutélaire ; abritant tour à tour ces
pa $,trJls successiïs qui 'appclfout Je homme·, •mrdant uu peu de leur. ~rues, accroché
eu ouvenir, comme un oi eau de nuit aux
JJOntre dos toiture ....
- J'ai dormi , dit Manik, combien de
Lemps'/
- Tfoux heures, repartit , éza... Les neuf
coup· ont ' Otlllé au clocher.
- J'en avai ho oin, ayoua le fermier ...
j'ai marché pendant l'auLre nuit!
- Tu vas te reposer à pré enl? interro11eail "éz:t anxieuse.
Ala11ik la regarda une socondo, puis l:wsa
tomber simplement :
- .lo re_par demain.
En silence, la femme joignit ses doigts et
les tordit. Mai les garr.on se groupant autour du chef, avançant leur tètes brunes, le
que tionnafon.t de leut· yeux aigus-. L'aimî de
.es fils, Olier, un homme, déjà, s'éeria hardiment:
- C'e I Ja guerre, alors~
Tous crispaient les poings.
- Ta.is~toi, petit! fit Gynouvez, me set'rets ne sont pas à moi ....
.El il alla -'a. eoir snr un banc, prè du
fou, taciLu.r.ne. Olier eut un geste de dépit; il
était brave, rèvait d'action; puis il était de
ceux c1ue la conscription menaçait el n'entendait pa · servir la Uépubüque; mais il ~lajl
inLPmpéranL de la langne, 'exaltait au premier mol cl livra.il sa pensée; on père ·e
défiait de Iui.
Déçu dans ltiur c poi.r d'1rne annonce tra-

••ique, lès jeune gens .!t'as emLliticnl autour
de la lahle, l'air rrnl'roixné; bit!nt1ÎL Olier,
Fancb, les :fils, ~fazc et JiÙ, les nc,·cui, occupaient leut· doiœls à lrc.scr de chapeau,.: de
paille; tandi que ,·co, ~fücl cl Uano, les
erviteurs, fabriquaient de grossi\res corbeilles m·cc des l.Jrins de Ceurre encerclé de
ronces fondues.
Prè du mailre, Séza garnissait de filas c
a quenouille, cL la petite Tina grillnil dl!s
cb.îtaignc ~ la pierre rouge du fo er.
Toutes ces Lêle , penchées .ur leur besogne, e pré entaient à moitié wiilées par de
lo11mies chevelures de primitifs; celles des
hommes 'embroussaillaient. ineul'.es. ~éza
arnil des mèches &lt;&gt;riscs; Tina, sur ses quinze
ans, était toute blonde. Dan ce calme, la
mère parla d'une voix dolente :
- A.lanik, Alanil,:, si lu ne veux pas répondre, c'est qu'il y a de choses grares ...
béla ! on Jll!Ut le deviner, ans être grand
prophète; si Lu as lant marché la nuit dernière, et aujourd'hui, c'esl que tu a été
avertir les Capitaine de Paroisse, un à un,
chacun chez lui. El Lu llll leur as pas dil do
ccier : « Vi\'e la Rtipubliquel ... »
Le mallre haus a le êpa.ule ·, déùaigoanl
sans nul doute ce \'ains propo de [emmc.
Séza r.onlinuaiL :
- Oui, c'e. t encore el t011jours uo peu
plus de misère pour le monde ... la main de
Dieu pèse sur le pays ... la Bretagne est maudite, comme la France.... ou e~pion la
mort du roi, de la reine et du Dauphin· il
chacune do ces morts le .rualheur a rcdouLlé .... Tenez, vi.n,,.t jour après celle du petit
roi, uous étio11s Laltu à Quib ron ... cl SomJ,reuil el ~es hlancs tomllaient fusillés à Vanues .... E t-ce vrai, cela?
Un l'rémissement, wi murmure ur le
banc &lt;le jeunes hommes accueillit celle
in inuation.
Cinq mois à peine 'étaient écoulP- depui
la défaite de Pui aye; ensuite, pendant Lroi
mois, de part et d'au4·e, on s'était massacré,
e11 chàtiment et en repré ailles, à travers le
)lorhiban, dans les 'Villes ,·ois.ine , los campagne · prochaines. ouvenl de Locoal, on
avail entendu. apporté par le rnnt, le bruit
des feux de pelotons, aba Liant les ~ictimes;
les cœurs saignaient encore de ce- blessures
récent\! .
Gynouvcz rc.lem la tête :
- Oui, femme, c'est ,,rai. Mais si Dieu
est juste , ce soul les assassins qu'il doit
punir .... Et puis, qu'y faire? se soumeltre7
Veux-tu que celle année ton t1Is Olier, l'année
prochaine ton fils Fanch, puis, les fils de ta
sœur morte, Maze, Jill Gesril, à leur tour,
soient a.rracbés d'ici par le officiers 1.He11s cl
forcés de combatlrc coatre nous dans les
rangs de la fl~publiquc '! Le \'èux-lu?
- Borreur ! clama la vieille femme éperdue, tendant es Lras aux garçons désignés.
Du nouveau, ceux-ci étaient debout, pàles
sons leurs chevelures sombres; et chacun
l~moignaif, selon son caractère, son indignallon, a volonté farouche d~ suprême ré is•
tance.

Le père reprit, loujour tourné rnr ·a
femme accablée:
- Veux-tu que, demain peut-être, le recteur Alla.no, q1.1i e l ainl, oit érrorgû sur on
autel et remplacé p::ir un curé jureur, un
prêtre assermenté, un renégnt de Dieu 7 Le
veux-tu1
Séza demeura muetle; mai comme Tiua
anglotaiL dans un ooin, appuyée au mur. la lêtc
dans les bra , elle la dé igna d'un ge le à son
sauvage époux, demandant pjlié pour celle
enfant.
Alanik fronça les sourcil el répliqua durement :
- Qu'elle pleure! de nos jours les filles
sont faites pour pleurer, les homme· pour
ruourir : e'est leur eule facon d'être libres!
Jili, qui étail_un joli gar~n aux yeux clairs,
le plus jeune de tou , cl qu'on aimait pour sa
douceur cl sa gr:lce. ,li]i osa prononcer :
- Oncle, ,,ous en a.vez trop dit. C'est
compris; je vais repas er ma faux .. ..
Le fermier daigna sourire :
- Gamin ... , soit!... Pui que j'ai parlé ....
Eh Lien ! ... oui... j'ai vu Georges.
A. peine avait-il làché cc nom magique,
qu'il éLaiL entouré, pre sé, bousculé presque,
par la famille entière, par le · ~crvitcurs
même.
- Père!
- Oncle!
- Maitre!
- Ab ! eorgcs ! Viendra+il '!
- l.!u'a-t-il dit~
- ,\-t-il de armes 1
Aurons-nous des fusils~
- 11 n·). a plus de poudre.
- Quand marche-L-on?
l;ynouvez se débarras a du rercle étroit de
ces eut.hou ia·tes; il les repoussait violemment el criait, la voix dprc :
- Geor•es a dit qu'il comptait . ur la dis•
créLiun et la Lo)'au!é de ~es hommlls; qu'il eu
avait a ·ez de commander à dl' fous, des
écervelés qu:i n'écoutent pa mèml! les ordres
donné ; qu'il voulait désormais une discipline
dans les rangs .... Souvenez-vous de cela! .\pprenez à ouéir; re 1-ieclez vos chefs, à commencer par moi .... , ·eJ·ez-vons, taisez-von l
Chacun regagna sa place, 1a tète lins c.
Tina, dans son ombre, pleurait toujours, mais
sans bruit.
Le pèro L'appela :
. - Petite, èche les yeux ... n'attriste pa
l b.eure ... el va tirer un piclicL ù'cau-dc-vic...
apporte Jcs la ses ....
A cette injonction, les jeunes gens 'entrcregardèrent. Gynouvez était a.l"are de son C.'IUde-vie; il fallaiL de grandes occasion pour
que le pichet rirculàt.
Ils eonclurent que, ou ces apparence de
brntalit~. coutumière, . le Iermier était plus
ému qu 11 ne le voulait avouer et qu'on était
à la veille de quelque événement.
Tina ser1•ait. velte et souple, déjà consol~e, elle pcnch:1it le pichet avec one précnubon respectueuse (car c'était de la ,•ieille eaudc-tle de cidre, du 91tin-al'l!ant vénérable
♦
qw comptait se vmg! ans de tonneau) el lu
.

•

·•

'

�111ST0'/(1.Jl

---------------------------------- ----------

mince lilel J or l111uiJc coulait, cil ·ci111illant,
dam; h·s la ses de ll•rrc brune. L&lt;' prl'{' hut le
premier, le!&lt; cnfanb l'imitèrent . .A.lor~. une
ilamm • :iux ·cc-s, le cher des Courrier parla,
t:clle foi·, .ans r:liccnœ :
Oui, 'était la guerrr. t:hn11uc jour le·
llleu · manquaicnl à la foi Jurée, violaicol les
traités. U n' a\'1111 qu 'une façon de leur rc..L
pondre : à coups ,le faa. , !1 i·oup · d • fusil .
t:cor .. cs a1·ait Lra1,lillé dan l'ombre ... bien
qu'on ft)l fa de la mort, le village ~vaieoL
ru11omlu à a roix Dau · quatr • jours, avec,;
Mercier, llègrr, r,uillemoL el liit•r d'au Ir . ,
il . erail à l.vc.oal, 11 la ferme, car i.l lui faisait
1'c grnud honneur de la cboi. ir pour Cl'lllrc
du r:1 · ·emhlrmcnL ....
·n cri ctcn lit Jans l:l · lie Ln. ,e :
'\ i1·1• G!1orges !
l:uk aJ,u,a ....
... El ai•rc·, l&gt;icu prolégcrnil. le· ~ieo ..
Ou ,crait douze mille hommes erl\'iron, sclon
le · c:ilculs. lln mar ·herail ·u r le ville.. Ou
acœpl •rait l •s batailles rangt:c ·, Gcor"l' cl
Mercier avaient étudié pour cela .... La premii·r' ,·illc li wend1· élait , arzcau ..\ CC OU·
lhernl•nl du lorùihun lidl'!e, l.oul • la Ur t;igoc, I' .\njou, la ~ormauJit• le laine, C("
alliés, la Vendée, cclh: sœur, rc:pondraicnt à. la
fois var un :1an ~1:tnltl:l.l,le. l•ui nyc, rt.venn
de Londrc , Frotu:, A.ulicbnmp, la Yieuville,
indigné lloi;:goy, Lou~ l • duJs Dfonc., jelLcrai •ni kur · légion: ~ortl • d • lrrrc bUr lc:garoison Ulcue·. Et, 1:Pllc foi~. h run n
sainte lriompher:iil culin, pour la gloire Ju
au,cu r el la joie des Llretoo ·.
Cc!l déclar:ition , lanœc. d'un• 1·oi1 :onrde.
conll'nuc, mai· vibra.nit• ,1uand mèmc, cauèrcnL uu J,enu tumulte dan ' la salle nruméc.
L'eau-dM·i aidail au d :iire.
Seule, Svza, triste, mais ré ·ignée à pré:,,cnl aux rnlontL:. du dùl, c laisaiL cl re~t.iit
immobile.
1.(•~ jeune. ••en , d~iordanl. de "C. l • ~c
1m:uliguaient eu munacr aux ri:puhlic.lin~.
eu prome . e. d'e,11loi~, en ~crmenLi; d'hér111,rn!' . .Xul ne !-Onge.,it ~u · péril~, 3Ux po •
si!Jilités de défaite; tous cscomplaienl le
ru1ur~ combats ci,n1mc auLanl de 1'ictoire ·.
16 :i1:1icnl la foi, foi hrntale, irrai~onrult•,
l'l1cv.U6 , cnratimlc profonde ~1111b leu ri- ,-rilncs
1:11ai · ; les noml.r1·11 ·e.,. leron dn passê ne leur
~\';1h•11L rnèmo pas en, cignû I,i Joule on la
prudcucc. Ils re~t.aienl cc ,,u'a.vaienl été
leur ancètr • : de. hallurinés, des tan:1tiqu~,
étrangers, 110 til ·s plnlùl à toute idé • nou•
,·elle, mai forts de deux ,•crtu : le cou.rage
cl fa fidélité.
- r:-.rc, ùil Olier, qurls onl no rh r ·~
os chef ? 61um6ro. G nomci, Jt.!d&lt;ll'mi.:nL loquace, la deuxième lécioo, celle
d'i ura , la nôtre, " pour colonel, Cadoudal. ...
ive Georg, ! cria de nou,·ea.u anLb,
eu Jl'lant son bonn Len l'air.
Le fermi •r co11tinuô\iL :
- Lieul nant-colonel [lohu.
n hmve! fit Mazl'.
Premier Lalaiilon, chef : Jacque Evenu.
Bon! approuva Ofü!r.

[J.!miènie ba1aillo11 le d1c\alicr lll!rnardin de Joy1•nnc.
- Jl e:t Lri·s joli! prouunç.n 'l'i11a in~énuc.
- Troi ièmc IJala.illon : Je comtu ~11vèro
de I errel.
- C'est un pur, jugra .Jili.
- Oualrièmo l,ntaillou, enliu, le nôtre,
cher: le comtl' Turpin L Globo.nie de Locoalllan:oiit. ...

Tou · •ru 11 '&gt;rè11t.
- Lr ilrmon le tfout, ani.rma :1,a, lu1rë1ll'll~c; c' •~l un lll;tU\aÏ · 1·b ,f.
Geor •1, .:-L l • mn1tr ', r ;pond il pla,·i&lt;le-rne11I GynoU\'CZ, 1•cst lui 11ui l':i nomm :...
.\ cc mow1·11t, Ilol.., Il' 1m111d chil'u 1p1i
dormait courhé 1b·aul l · feu, drc' ·a la Lèlc
el 'ro11d;1 ,111JrJ1•111c11I.
Qu'l•. l-1·c 'I"" 'l''-f, "'arçnu? lui dit
Alan,~, q11l'l1pù111 vient '1
Par cc 1emps-li1, :1 di heure, de nuit,
qui donc se ri qncraiL? oltNl'rva t,auo.
Il 11·~ ,t pa · d'heur• ni Je tcmp~ pour
fo$ UI •w,, répli11110 ècl1&lt;-111rn! i1zn. déjà pcureu~c•. rt•pri. c de on c:l1•r111:IIL· uh c: ion.
- Le:- m,•ns 1 liL ,\1:mik ; non, noll.. r.:ls~uru-loi. , i un Olnu .·c promPO:til culPmcnl
à uuc pcllli' ]il'Ul' d'ici, tu ,errais l\ol. ! . on
poil csl lis~c. l'ennemi e.sl loin.
I.e bien s'{-lai l lu; il rcpo~:i s.:, lèlu cl :-c
rendormi t.
- rn l1111p .. jlNtl-l:lrc. . . souilla Tina
J"uuc \Ui 111111 ,N,Hrl'.·P,
- l::h l)lcn, ;iprt•., '/ tlil Fa111·h; il n'c11Lrcra
pas par le ln a.11 ile l,'l rhl'milll:C, \'3 !
la pctil• lille • mil rire. fürcl. qniélail
balourd ~t de t· ·nl'll • ol1Lu~c, la rcplon"''ll
dans Jt• nnuPII~ · Irat), • .
Il fautornc, plnlliL; lt~ Lèl '. \OÎ ni
pl11~ loin •111 • uou~.
1lh ! 111• pttrlc pa: de ça ! jeta sé..-èr1•m,•11I éza au rnlct di: fernw, t.ai~-ll•Î, imlx.~
0

a

("il(•!

Mi\·cl r(•11lra I;, ltll • d,111. le · t1paulc$ i;t ~ico,
'l''i ,:1ai1 u11 gamin, lui fil la grimace, en
répLtl:u1l :
- Jmbrcilcl
r1t:j;1, le~ jcmlL'S gcn~ on claicnl reH:nus Ù
kur, d1 •rs; il · rapp •laient lt•n r hi ·Lnir •, c •ll1•
de leur 3.IICl:lre , car Lou~ élaieu t des •11fant"
dupa ·s.
Ja qncs 1•:,•cno nrtail 11'u111' famille de lah Ltrcur · , comm,• 1:cor rs lui-même. i cdui-,·i
l'amil instalM à 111 lê!c Ju 1m·mÎl'r halnillon,
c',;Lait 1wol-èlre moiu à can~c de 5 nice·
rcntlu p:ir cc Cl1ounn an parti royaliste, q1w
pour ru.ar 1uer combien l:t n:iis:.. nco rompl.iil
pou !i es yeux; il prenait se. cbcf J:1ns les
ran" du: plus 1Jra\·C$, nobles ou manaal,,
aus :ou&lt;·i de Ji&gt;urs nom . Evcno étail uo
cbré lien diaboliq uc. Il a liait il la bal, illc en
l1anla11l d;• cantique.., l'i, ~ulrt• dmtl roup
Je l'usil, traçai l 1111 !'&gt;igue dt' croix. Cria ne
r •mpèd ail pa, de I rè,id1•r froidement à de,
ma·. acre n mn se. Jes e:1 :rnlion. ommairP~ qui r ~cml,1:i.icnt beaucoup ;1 lies as:;as., i11a~. 11 fusillait rJgulièrcmcnl tous 1,: ·
prètres as erruco lés q n'il lroul',Ùl ~ur s:1
ro11l1'; c\:1ai1 ~a spéc1ali!é. li n'était pa implacahlc &lt;IU p ur l'en11rm.i. • soldat -

.... 330 .....

nu 1·onlrairc• Jl'. :mln· d11wa11.
dh,eiplim;.- 1•l. ouplt•~ dnn~ ~a owin,

,:laient

J,'annc;c prl!1•,:Jrnl(', Janp1r · 'l::\'c1rn, air!'.

' · · homrurs, . 'ét~ il retiré dan~ la forrl cfo
Camors; il leur fit crcu. or mtti orl • d • terriL•r qu'il. rccom rirent ile ft•uillc~ mort •:-,
de mou se. cl d1• rou,.,~rc ·. 'crut l •ur r Irai le.
11~ n'en sortaient r111e pour courre le Bleus.
Cerles l'a\c11lure n'allait pas ans danger; ils
était&gt;t1l lraquJs de tonte· parts '01rn:nt Ir:,
colonne ,olnnte. , lancées à l ·ur rcchert·h1:,
pa. sèrcnl t'L repa ·èrenl sur le plafontl dl'
1•ur :i ile. fü enlcntlaicnl, or l1 11r~ tèlc•, l,•
pa~ lourd cl e.:1tll'ncé dPs lroup1' · en m:irchl';
il leur fallait rc ter immohilc ·• wm·ls, to.nl
11uc ln forl!l élaiL occupù·, p:irfoi~ de~ jo11r •
Lremhlanl: tic. froiù, cre\':wt de f(U]Il. Rn-no
le. foi ,IÎL l'!tllJwlel/er s.am: r1•là ·be p1111r
chas.cr ll'. lfü1U\ai · 1 peu é• • Il d,:rcndaiL,
~Olls peine ù • morl, quon jurùl p:ir J nom
dt• lli,' 11. lm ,oldnl, soit oul,li. soiL hra\ade,
lihq1IH:ma ilr1nnt lui; d'm1 coup de pi~Lolcl,
il l"ahatliL u ,i pied ·. Apr\ rel r.xempl1•, le,
nutrl's ol,éi.rtint. Il était rdirrh&gt;nx I féroce;
inn(' · • il)lt• à la pi lié cl plein d'amour pour
l.i Yii•r"&lt;'i .'imc de moin • lnqui il 11r, réiucnrnéc dan~ un corp~ de pay8a11 apri•• 1rois
œnl ans 1l\·rra11rc, 11 l'e/'c11ail td ')li 'il Hait
jadi~. fanali1111t', ~:111 Jl&lt;.'n~éc, plein de foi, cl
ne rnmptanl pour ri '11 1a ,·i1: humai.oc.
Le r·hen,IÏt•r IJ&lt;'l·uar1li11 d1• .li1y1'nllé arnil
, i11~1-d1•111 ,111,'j 1•'11lai1 l':iµt aur1nd élail
morl, r111 •lr1ucs moÏJ, pin lùt, ;iu 1·oml,~I de
;\'ouailP. Ir r-lwf w11t.lé('11 llPnr · ,1,· l.11 f111rhcjar11uclci11. llan~ k Jeu, c:imps, aui-si hicn
c·lwt le r1•puhlicain 11uc dJI'/ le' roy;ilislc~,
fo~ l,.\tinérmn, eowruc Ilot lw 1,u Cadoudal,
étairnt encore 111 n loi11 de 1,•ur lrrnlièm •
rum ~,.. La j,•un •&lt;:c du clw\':tlit·r de Joiennr
n"ét.ail doue pas 1me C\ceplinn. 'on père,
.-leu ans aup:irav:tnl, avait été gwllotim: 11
\'ann ·.; HcrnarJin \°Îfail, en 1 ·mp- tic trl~l'I',
awc ~a m •r • vem·&lt;', au mnnoir de.! n,•pns.•-i;
11 l•111p · tl • g11crr•, sur le · chl'min·.1111·~1.ail
pa. · riche; moi tout le monde, comme Tinn,
,;';11· ·ordait li le lromar joli. Il a1ail é1,: élc\lt;
an collège de Vanne~. où il ,mùl r ·nliouln:
Ca1luudal. oil ainé Je Ù' IIX :in-i. 011 •1H tlil
'lnïl ~c ballait pour 'amusl'r; au hruil Jes
fu1,,illade., il d rnnail rouge Jp plaisir; lo
1:311011 le rl'ndait Oil d1• joi1•. La pn11J '"' rapp ·lail, il courait droil a rllc. Pour ltü, la
:rucrre n'était qn'unr ~uilc de parlic · de
cba ~c, au gro giliœr, ,oiLi luul. Conm1e l ~
nulr •s, il ~Il jctni I nu &lt;levant d~ lia Iles .an·
.ouci de: peau; pnnrt.,nl, un jour, un le \il
pàlir dt' larme · plei1! le yeux: un coup Je
milraillt• :nail déchiré .on habit ucur, 11ui
n' 11:iil p:u payr; J\: moLioo fot trop forte, il
'en J.&lt;iconccrla .... Au &lt;l m1.mra111. on L, •1
enfant. se prr1m11t nu ;t:rit·ux, t·muball:1111
an rancune cl Cilp:ible à toute h ,u re d,,
~ 'nt!ro ilé. liai il roen~it la guerre pluu11 par
cspriL de en Le el ponr ,cngcr son père c1ul'
par co111•iclion n•elk vl lidêlil é yraÏ!! an r,-..
gimr aboli. E.11 lmup · de p,iix. pcul-èlrc cù t-il
lté frivol1'.,
Le comlc, é\'ht• de l\errct élai.Lun homme
ID) ·Lérieu . li nliordaiL la quaranlaiue, vi~ait
1

1

~11lit11irc ('( ll.lriturnc dan: un mamai: rhàtrau
'l"i re~ l'n,l..lail plutôt mw îet·m,, l'urtifo'.1
li l:L.,it paun,• .. \o ll·ntp ùc· ·a premii•rc j1•1Jnesse, apr'• un ruurl \·opgù a Pari,, il Hait
r '\t:1111 s'pufcrmcr dn11 · ~a lt.!rr • el 11'1·11 tl\ilit
plu_- houi,::é. l.t&gt;s rar" intim1·.s IJIIÏ l"approch1111•11t pr{-tcn&lt;lai .. nl 11uc, jadi,, un jour, ,\
\ Pr:aillc·. il a rait ,u pa,-ser 11ne Lr s ~ndl'
daml' 'L ·1,n étaif follemanl épris, s:ns se
leurrer J'11ul'nn ,•.-poir: mni~, ùc cclk !!r;:n,I,•
Ja111t.•, lrs ruicu\. rc11 ·r.ign6 Î"llOra.icnl la i'rr~011111ili1,:. Il rr•. lait avcré qu'à 11artir de celle
l'fllllJUC, lc ,·orutc , ·•11\re mériln !)lu. l)LII' j:1m111s son 1111111; nul uc ln vil ou rire · il exi,•
rail ~11 .011:.:e et 11s ~eu llx · r•·~rJ~ient ,b
~:111_tom1'~: lie nature ;.;rovc, loul &lt;l'une pit\r,•.
11 clonoa1t par .. es cb&lt;'Vl'UX trè.,. !Jl;111c:. an~
11n.11dre •. •H· ~:, tète tJUt'Orc jeuue, et par ln
1·,1111'·ur Lie . on allure; j1mai · 1111 ccslu
1:d,appt:, j.lmai 1ui mouYemenl liru;qu,•.
'l'oul lui :emhhil inditlërcut. Il vil lurnl.ter fo
r 11~·a11Jé, nailrL• la llt;p11hliriul', , au· un rri-'•'.111~. cmr•.•I; il ne prit point part au'- prPmières
msurrccllnru; Lit• \:, \'cntklt! on de fa flrctarruc;
·1
&lt;l" . .
.
0
1 ~1•,. l'~rntercs;-a~t. La mort du roi ne parut
pn. l 111t.l1gncr rn l afll1,;i•r oulr1.• me 11m. )lai:
cprnml, /1 l11 fin 1lu mois d'ociultrc 17!1:;, l;i
1m111·dlc parviul t•n ~lurliihan ,le 1·,.,,·•cutiou
de 1., reini-, l\crrl'L 1ll'1i111 fou. Ses ncns fe11lc11direnl, pcnd;u11 dr•nx j,J11r: eulicrs, !1.IU~
:,doler et ru.,ir dan~ sa chamlirc 11i1 il ·'él/lil
r, 11'u;.,riû. Pui il 111ait et•iul .~ori epr,• rie (rt',
chnr••é son r11sil. d ôL:tiL parli s'1•11r1ih•r dans
la l,nnilc Je TiuL :niac. Il ·11nh11t /1 cc dernier: &lt;tpri· I' exp 1tlilion c.lo J'.\r1rn:c ftouge,
pnl •cha_ppcr_all\ Bleu,; ctrep1•i1 hc:illlpagul',
cn par11~a11. 1 olt1, s:11_1s ebef el sans c111up:1gnuw. l1 &lt;lPpa~sait pcut-èlrc E~cuo en rureur
impitopLJ •. U luail o.n ml'rci · ccrt.1in.
dî,.aicnt 11u ïl dt&gt;n:bail la murl co;nmc d •r11i1·r rcmrde !, u1w S(lulfran,· • snrhu111:iine '.
c!1 altemfour, il fa prodi•!llail, il bri'1la Jcs
nll~ge: r1_11i ·~toieul rallif: ~, la 1\Jpubliquo;
îns.dla, hu 3US ·1, li&gt; turé. jureur: dans loules
le· parois.,,~ où lmir malhl'ur lit quïl le· rcn~onl~àl. Jnmais il m· prouonçail urw parole
tr111l1lu. Aux l1]1issés, aux femme . aux enfanl·, 11ui lui demandaient gr,'lce, Jci: main
lc,ndu_cs vrr !ui, il répondait par un si"nll
nc.,allf de la letc cl le\. il ,on rpéo pour 1•on1mo.11\lcr lu fen. 'l'nut était énigme dan. ri•l
lwnm1e Jo11l la lumille, dt• m~moirc J'andltrcs. 1:lait ,;itéc aux alentours puur sa grand,
cLaritc!.
Cadoudal, mal ré aj •une .c, da.il lourdemeut réJlédii et pe~ait se. moindre déci ·ion.'&lt;
."il a\'aÎI pl:i.ct! le o.:omte CLarlus-Loni~
Turpin L!! Globauic à la lèle du 4• halaillon
c•e~l l'JllÏI :t\'ilil été JIOus é par de motif;
:al:~bl°'!. Pa· plus q-u·uu autre, ·:iru doute
1111 nrall grande confinr~c~ dan.- cc personnnNe,
t.rop fameux entre Lor1c11L et Vannes· mai
en lui donnant 1.111 comnrnudemeut. il '1e liai;
par. cda rni1me, l'ohlig~ail au de,oir Pl décupl.1~1 ~•_i•ur _lni_ la_gr;rvitê de toul :i1•lu suspecl.
~1 ( urp111 cl~1l demeuré san Jonction~ il
"C ftil certnincmc11l tenu à l',lc:irl dan' ~:i
lour d'Jfar coi.il, lai~ ·anl :iller lc:s ûvt!uem.cnLs
d l'rèt à tendre le · dcu main~ au plmi heu~
1•

r-.• u,. On di~ail 1.:ouramwent qu'il étail capaLlii
de lout, ml1mo J'1111e Lrahi~on, eUil par ra11Unl•, • oil JlOlll' de r argl!n l. La ranwoc·/ die
élail en lui; i.l élait né dis"racié Je corr· et
d'ùme; il haï~ ·ait tout cc r1ui était licau, toul
ce 'lui J1ait Ilien. L'argeur '! :c be.soin· en
étaient c,.mlinucl ·; ilcHail cependant, nn!mèrc
entore, le 11l11s riche seigneur du c:1111;11 • j(
1: t vrai qu,• œla 11e signifiait pas "ra.11J'ch1,~c
mais il o.1·ai1 pri"·s de lui nue .&lt;œur sa cadett;
d 11ucl1111c 1·ingt a1111éc~. •rui 1•nlend.iit bien
vivre: el 1·rmm1c il profci. ail pour elle une
affot:1io11 .uns limil •s, elle était obéie dans sei;
moindres capricei-.
Claudine Le Globanfr, lillc noLle, Glôdina
en LreLon {mai:, elle arnit horreur de cetw

l~an:po ilion_ el t11Hentlail qu'on l'a ppcl;\t
am. 1), Claudine donc, en l 79:&gt;, devait avoir
à. peu pr~ vin"l :ms; 011 lui en eût donné
faci!emc11t cinri do plu~.
Elle élnil nussi droile 11ue son Iri•rc étaiL
Lor,; au :,i soml,re1nent !,rune q11ïl 1ltail fa.
demcnl Llond. fi ~l:IÎI pclil, clic ,:1ail grand(' . •
Elle omrail des ·eux noir. 1normcs; il a1,a il
des yeux glam1ue à demi-[crmê . Un point
uuiquc de re cmhla11cc : la duret' du regard et du geste.
li est 1'rai que, 'il, Jtaicnl enfants du
mt1m • p\r ', ils ne I' élaienL pa de la mè.me
~,·re. Veuf Yer· 1n •oi~antaine, l'ancien comle
Gill!! s'éla.il remarié !Jieolôl a ·cc une Lrti
jeune femme : Anna de l1 én~r\'cl1, 11ui lui

�"'------------------'------------------- L'ES ÉPÉES DE FEJ{

111ST0'1{1..ll
donna, au Lout d'un an, une fille : Cl:'lu&lt;line.
11 lui sourit et trépassa uhikment, le soir
ma.me du Lartl1uel ollbrt pour celle naissance.
'l'orpin ne pleura pas son père; depuis ses
econde noce , il semblait ne le plus connaître.
Celte œur qui survenait pour partager son
hérit.ngc ne pouvait llue lui ètre odieuse. Il ne
la re!mrdo. même pas ; maitre do château
comme du domaine d'Har eoëL, il la confina,
avec a mère qui la nourrissait, sous les toits,
plus haut que llls arbres.
Trois ans pa é , la comtesseAnnas'éteignil,
rongée de con omption, usée d'ennui, dans
sa solitude on mieux sa prison. On trouva
qa 'elle mourait bien vite après son vieilépou;
011 plaignit sa jeunes e, a beauté perdue;
elle devinl peu à peu légendaire et beaucoup
prétendaient avoir vu son fantcime errer le
long des routes, implora.nl, par ses bras levés,
la pitié des chrétiens.
Dès quelle fut en terre, Le Globanie fit
appeler ·za, femmed'Alanik, Gynouve.z, dont
la ferme était proche. Il lui montrn la petite
fille et lui dit :
- Vingt écus par an; débarrassez-moi de
cela .....
éza étaitjeune alorst pitoyable, mère ellemême; elle emporta l'enfaoL sur son épaule.
Pendant de années, Claudine, devenue Glodina, Dina, Glodi, vécut à la Jerme, mêlée à
la marmaiHe; jamai son frère, en pas anl,
n'arrèt.a. son cheval pour la considérer. Il
payait les VÎD"'l écus el e tenait lJIIÏlle.
·
Mai, un jour, comme elle avait douze ans,
le comte Turpin envoya l'ordre que sa sœur
fn.tamenée llu chàtcau. lln'y anitqu'à obéir.
Cependant, à la Corme, Lous avaienL le cœur
lourd, prévoynnL que le bca11:1 jours étaient
finis. Gynouvez lui-même, dur pourtant, étail
:mu. A,·ec .'éza, il conduisit la petite fille à
on grand frère.
- C'est bien, lais ez-la; allez-,·ous-en.
Alanik hésitait, mais Turpin le pous a ver
la porte. Alors Glodina, se jetant dans les
jupes de éza, hurla de désespoir. Son Irère
la prit sous le bras, l'emporta dans nne salle,
oît il l'enforma, et revint congédier l'homme
a,'ec la femme.
Ils s'en forent, tète ha se, ressassant celle
conviction qu'ils ne reverraient jamais la.
petite; l{Ue Turpin lTouverait moyen de la
supprimer en silenec, comme sa mère, comme
son père; il ne doutaient, ni !"un ni l'autre,
qu'il eùt décidé a morl.
Le !'&gt;Oir même, le comLe Le Glohaoic quittait
Ilarscoët, avec sa œar, mademoiselle Claudine. C'était en J787.
Pendant cinq ans, on n•enlendi t plus parler
d'eux.; un bruit vague, pourtant, e-011rait qu'ils
étaient à. Paris ; el, de temps à autre, un
notaire de Vannes, chargé des intérêts du
comte Turpin, mettait en vente un morceau
de terre, un pré, un bois; de la sorte, le
domaine '-en alJait par lambeaux.
Le chàteau., fermé, barricadé, prenait des
aspects de ruine; des bandes d'oiseaux nichaient sous les toits crevassés; des bestioles
habitaient les lezardes des murs. Dans le p:iys,

on commenç.;it à croire que Le Globanic ne
reviendrait jamais; on s'en occupait peu; il
n'intéressait pas; on se ouvennit a peine de
Claudine disparue si jeune. euls, les Gynouvez gardaient dans un coin du cœur la mémoire fidèle de la Glodina d'autrefois; Séza
surtout.
n beau malin, en 92, un pay.an, passant
par la lande, vit avec urprise trois îenêtres
déclose· à la façade d'llarscoët; il s'approcha,
con tala la présence de nlets dans les cour .
M. le comte Turpin et mademoi elle Claudine,
san crier gare, étaient rentré dans leur demeure ance tralc, furtivement, pendant la nui!.
Turpin avait vieilli, ses traits s'etaient
creusés encore; il semblait toujours mnl sati fait du sort Quant à Claudine, nul ne la
reconnut. éza, quant elle la vit passer, car, oublieuse, la jeune fille no 'arrêtait pa~,
- Séza secoua la Lêto en igne do dénégation
énergique, et déclara toul nel :
- Ce n'est pa Glodina !
Celle-ci litait plu brune de peau, de cheveux:, avec d'autres yeux .... Dina a,•ail des
eux i doux ....
Chose bizarre elle ne se souvenait de rien,
ni de la langue bretonne, ni des pajsages
familier , ni des gens qui avaient entouré sou
enfance. CeUl-là, d'ailleur I elle les tenait à
di-tance, car elle était devenue très hautaine.
Turpin expliquait, quand il daignait expliquer, que la jeu.ne fille avait naguère, en
Italie, contracté de mamai.es fièvres qui lui
avn.ienl aboli la mémoire. A cela, éza, butée,
répliquait :
- On a changé l'enfant!
Ce soir mème, tandi qu'AJanik vide, à
pcLits coups, a tas e de guin-ardant, landi
que Tina grille ses châtaigne ~ la pierre
rougie du foyer, tandi 11ue le garçon lresscnt leurs chapeaux de paille ou leurs corbeilles de feurre, tandi que Rok ronne en
travers du grand reu, éza. tout en gnrnissant
a quenouille de fila e blonde. • éza, ,·icillie,
plus entêléeencore s'oL tine à charger d'anal.hèmes c.e Turpin qu'ellcha.it, qui n'a ni Dieu,
ni roi, ni patrie, qu'elle accuse ouvertement
d'avoir a ·sa iné ·on père, le vieux comte
Gille, la femme de son père, Anna de Pénerven, sa œur enfin, la détestée Cll!-udinc ·
d'avoir ub titml ~ i:ette dernière, en e
nom , bien r droit et qualités, uue fille du
diable dont il fait sa compagne. Elle crie:
- Il n') a q11'a le voir a,·ec elle; il la
mange des yeux, celle damnée I E't Glodioa,
la pauvre, il l'abominait ; il l'aurait jetée aux
loups .... Pour celle-ci, il ferait un tapis de
son corps; il lremhle au venL de ses jupes ...
el c'est pour elle qu'il 'esL ruiné. En vérité,
je vous le dis, enteudez-moi : ma Glodi, ma
Dina, la vraie, la notre pourrit dans un u·ou
de quelque terre maudite ... et la demoiselle
Le Glohanic, que vous voJez, est u1Je ,·oleuse
de nom , une coqnfoe de Pnris, une gueuse
d'enfer que le Turpin, en punition de es
crimes, est cQntraint et condamné à servir et
adorer! C'est elle qui vengera le autres, vous
verrez! Ça, ma Dina? jamais!. .. L'aulrejour,
elles 'est égarée au carrefour des Trois Routes ...

une eufant du pays? ... cro ·ez cela, , igneur '.
Elle ne . ait rien du pa - é, rue méprise, ne
me connnit plµ , , moi sa vieille é1.a: ni toi,
le père, qui l'aimais bien; ni \"OU , le ars,
ses amis d'autrefoi . Elle ne ,·a pas à l'égli e...
elle a peur d11 bénitier ... la d.iabk se! El,
c'e t plu fort, elle ne sait même pas le chemin du cimetière!. .. Qui donc l'a vue prier
sur la tombe de celle q11'ello prétend sa mère,
à qui elle re semble si ptm, de notre comtesoe
6,nna, l'âme errante'?
A cette évocation, une inquiétude serra les
cœurs.
Au même inst.ant, Rok se d1·e ail d'un élan
brutal i il renilla l'air et, celte fois, s'en fut
vers la porle, en grondant sur une seule note
lu,.,.ubre.
- Femme, dit Alauik, n'appelle pas les
morts; cela porte malheur .... Qn'esl-ce que
c'est, fiok?
Le chien, le nez sous la porte, continuait 1t
gémir doucement, sans colère. Tous fri sonnaient. n grand ilcnce e fit d'attente angois ée; mais aucun bruit insolile au dehors
ne \'enait expliquer l'agitation du voyant à
quatre palles. 'fina, rejetée sur sa mère, se
cachait le visage dans se jupe .
Alors, comme le vent cognaiL la cheminée
et fuyait en hurlant vers l'étendue glacée,
une peur folle, irraisonnée, cette peur qui
étrangle, étouffe, paralrse, annihile, pétrifie;
celle peur qui dooompo e le faces, égare les
yeux, dre .e les ohev,:ux dans la sueur froide,
fait claquer les dents, flaaeoler les jambe ·,
- cette peur-là 'abattit sur la salle, u pendant le mouvement des cœur ·, coupant les
haleine dans ce groupe éperdu.
Ce hommes, alerte el olide,, qui tous,
les jeunes ou les ,ienx, étaient prêt à donner
leur peau pour la cause sainte, leur caose;
ces hommes, le ventre en déroute à l'idée
ù'un fantôme, fixaient des prunelles dilatées
d'épouvante ur cette porte massive, ,·errouillée, barrée de fer - rcdout:mt, ce ,·rédules, de la voir ubitemenl. 'ouvrir el gli ser
sous la poussée silencieuse de quelque apparilion spectrale. U leur semblait qu'autour de
leur mai on fort clo c, mai.- toujours pénétrable am, suppôt de ..;a Laa, lou les monstres
pa,ens, toutes les chrétienne chimères, les
Enchanteurs, les Fées, les Trépassés sans
prtitrcs, avec les loups-garous, le larnndières
de lune gnômes, fo]letl!, éants farouches,
naios malicieux, en phalanges noires, en
théories blanches, thevauchanL les nuées, les
appelaient d'en haut i.1 des de tin. tragique .
- N'importe, murmura Cynouvez, c'e t
ùrole .... llok ne se trompe jamais; la nuit
est mauvaise .. ,.
Mivel répéta la phrase si mal accueillie un
moment auparavant :
- Le bêtes voieol plus loin que nous.
Celle îois, éza ne la releva pas.
- Ou:i, fit Olier très rave, les bêtes ont
la seconde vue.
- Oh.! dit Jili, qui élait de nature rêveuse,
quoi d'étonnant, par ce temps de mort, que
des âmes voyagent et qu'en passant sur nos
toits elles jellent l'adieu aux choses de la

!erre1 Ce sont des massacré qui regrcllent
Javie ....
li s'arrêta brusquement, la voix coupée am:
lè1Tes; tous sursautaient comme lui : à la
porte, un coup léger, distinct, avail été frappé.
Rok abo1ail; 'l'i.na criait.
- On a frappé ! dit Alauik.
on! cria Tina.
- , i ! confirma Olier.
- "'ouvrez pa ! commanda el supplia
éza.
- Les esprits en maraude? balbutia Fancb.
- Folitll condamnait Olier, moins obtus.
- Les Bleus? interrogeait Maze, ·aisissant
une fourche.
- Non! démentait Alanik; ils îeraicnL un
autre bruit, et Rok serait en rage.
- Georges?chanta Jili, proposant l'espoir.
A ce nom, un pa sage de joie délivrait,
soulageait les poitrines, les élar,.,.issait.
on, réfuta tristement Alanik; il rrapperait plus fort, en maître, en chef, d'un
poing impérieux.
De nouYeau. el l'on eût dit une main Frôleuse ou mortellemcnL lasse, quelqu'un ou
quelque cho e heurta le plein Lois de la porte.
Le silence s'imposa sur-le-champ; haletant ,
ces effarés écoutaient encore.
i pourtant, imagina Séza indécise, un
chrétif'n emourait, it trois pa , da.n · lo. neige'!
- Tant pi ! j'y vai , jeta Jill, que celle
hypolhèse bouleversait.
JI sauta par dessus un banc cl tomba dev;1nl l'entr~e. Dcrrii•re lui, depu.is Alanik jusqu "à Sico, lou. les mâles 'emparaient d'une
arme, couteau, fourche ou bùton; prenaient
des po turcs défensives, couvrant de leur
corps Séza et Tina réfugiées près des lits;
celles-ci multipliaient te, signe de croix.
Jili souleva l.'.I lourde barre de fer rouillée
qui lui glaça Ill.'! doigl , 1tcarla les verrou , el,
d'un grand effort, tira fa porte. Alors une
masse blanche, effondrée contre cette porte,
l'appui manquant, s'abattit comme un las
de neige, au eu.il de la salle, am: pied des
paysans.
[I y eut un tumulte, une m~lée coupée de
cris:(&lt; Uneiemmel &gt;&gt; d'exdamationsraurtues,
ponlanées : (( Grand Dieu! » Tous se précipitaiont; la peur s'était dî~sipéemagiquement
comme une fomée au vent d'orage, puisqu'il
n'était plus question d'rltres surnaturel ,
d'àmes en détressP.
Gynouycz arracha la réûne dn chandelier
de for et la pencha sur le visage de l'intruse.
Elle était jeune, elle semblait morle. Tous la
contemplaient avee des yeux énormes, sous
une pou ée de curiosité tragique. Ilrusquemenl Séza làchaiL une exclamation ·ourde;
Alani~ s'éwut au ·i; il regarda sa fomme cl
lui souiila, pour elle seule :
- La comte se Anna'!. ..
Vigoureusement, la paysanne faisait ci non ! »
Je la têle; mais, nvee un surcroît d'énergie,
elle e courbait sur ce corps inerte, lui frollail
les tempes, loi frappait dans les main , lni
criait dans l'oreille des appels déjà tendres,
comme si, subitement, à première \'Ue, elle
se fùt prise d'afi'ection pour eette morte ou

cette moribonde. Autour de celle-0 la neige
fondait, s'égouttait de ses ,·êteme□ ls ~ur la
terre déla yéc; elle demeurait inunohile.
Alors Séza commanda, la voix brève :
ur le lit!
Olier et Fanch enlevèrent par le· pieds, par
les épaules, cette loque humaine, abandonnée,
l'irntallèrent sur les matelas de paille el de
gol1mon. Ile nouveau ha lançait ses ordres
net :
- Faites chauffer l"eau-de-vie .... En arrière, les hommes. (D'un geste, elle les consignait à l'autre ùoul de la pièce) .... Yicos,
Tina!

AYec ·a fille, elle dé babillait rapidement
l'inconnue: dan son cor age onvert, elle glissa
a main sèche, làla. p;ilpa une gorge froide
el dure, prolongea le contact : le cœur battait.
De l"alcôve, la vieille femme cria :
- Elle Yil.
One rumeur joyeuse accueillit, salua fa
lionne parole. En deux tours de mains, le
corp fut dévèln, éché, frictionné avec des
bouchons de laine, enfoui sous des coueUes
épaisses jusqu·au cou. ~éza respira. E.lle jeta
un regard autour d"elle et reprit :
- Des ajonc an feu!. .. L'eau-d~Yie !...
,\.lanik, Lon couteau.
Le Chouan avait compris; il s'appr~ha du
lit: cl tandis que Tina soutenait la tète livide
de la ressu citée, avec la lame de son couteau
il desserra le. nlàchoir~ oLstinémenL closes;
alor Séza ver-a lentement l'alcool chauffé

--

.

- Rieo ... rien, marmottait la paysanne .. ,
Alleodons... allendons.... Dieu nous voil!
Peu à peu, cependant, une tache rose
pofotail, pui 'élar,,,issait, rouge, sur le
joue blême de la jeune femme encore inerte;
aYidement, éza la considérail, la dévisageait,
épianl le retour b la vie. ur un escabeau en
contre-bas du fü, une résine Hambail, éclairant l'alcôve. Soudain, la quasi revenante
entr'ouvrit ses paupières, Je lemp J'un éclair
au ciel; mai éza, à demi couchée sur elle,
saL~it au vol ce regard qu'elle espérait. Il lu.i
.suffit; elle se dressa, les bras levés, la face
illuminée, triomphante, avec un cri de joie :
s yeu."t ! Ce ont ses yeui !
Tou entouraient :

r

-

~1ère?

- Femme?
ilenœ, dit-elle, un doigt sur la bouche,
aYec un air de folie mystique... laissez-la
dormir. . . car elle dort à présent, ...
Elle tira les rideau.'&lt; du lit; puis alla choir
ur un coffre, la tête penchée, le hra allongés
entre les genoux, les mains jointes; el d'un
ton concentré de récitatif, elle détaillait :
- Oui, lai sez-la dormir. Elle a mérité
son repo .... \"oye.z : es soulier~ ont troués,
déchirés, tachés du sang de ses pied . Elle
vient de loin, de tri~ loin .... D'où vient-cUe'l
Elle a ouffert la faim, le froid, l.a peur des
loup , la peur de· hommes, la mortelle las. itude de. marches saru espoir! Dieu ln guidait pourtant. ... Elle enait vers nous d'instinct, uivant son cœur ... vers nous, ~es
seuls amis, ccllX dout elle se ouvenait. ...
Ah! ah! j'amis raison .... Après tout, c'est
peul-être du tomùeau qu'elle s'échappe ...
qui sait'/ quj peul savoir"/ !fais nul, à prt!$cnt,
nnus vivants. ne louchera le bas de sa robe ....
Dieu nous l'a rendue ....
.\lors, Alanik, fac,ilement relom1é à l'effroi
de prod1ges 1 aux superstitions aux croyances
en tantine:-, Alanik recommençait sa prerui~rc
remarque:
- Elle a les traits de la com t.esse Anna ....
Toi qui sai , réponds, femme : c'est elle?
on, dit Séta, ans relever la tête, c'est
'a fille.

Elle dormit trois jours.

11

Ils t!l3{en/ 1'~/us, ctrmme les f'.Z)"S1ms, Ji: 11uti:s e11 p,:a11

de

mot1t1m,

s,w rmi: sorte Je 11uillot rbnc oil flam-

bai/ le c,eurrtmge ,1e$ Clw11,:rns. (Page33-1,)

entre le lèvres pâles. Dans a besogne active,
elle parlait, elle répétai!, comme un refrain,
sous l'iùtle fixe ;
yenx? je voudrais voir ses yelll !
Alt1nik l'interrogea :
- Pourquoi ses yeux 1 Pourquoi 'l Que
penses-tu?
..., 333 .,...

A la ferme, ce matin-là, il y avnit un mou,•ement inaccoutumé.
Daa la nuil, le vent avait sauté du nord
au ud; sous un pâle soleil d'bil•er, la neige
roodait ur les chemins, découvranL des fondrières. Le cirque des paysages, les plaines
]a mer, se ré1·êlaient peuh peu, dans le lever
snocessif des lourds rideaux de brume.
Gynouvez, Rok sur ses talons, venait encore une fois de renlrer sans encombre,
après une expédition longue et lointaine. li
avait joint, à point nommé, les courriers
ubalterne.s, leur avait di Lribué la course
aux quatre coins de l'horizon, après avoir
reçu de leurs mains des plis mystérieu. ,
adressés par des chefs à leur chef, Cadoudal ;
puis il avait averti lui-même les capitaines

�"1ST01{1.Jl
1ln l' nlonrail.
de: p:1roi r oi ines J':noir lûur hommr. Î;!llOr, tlu ,ill e, , uf 1!1• b.ahit:111I dt• l~
Il était nrand, m. i. -;.'I 1ail11• ·e climînnait
rrrm,•, Lou: J m·ur . nr . •\ prop,1s d'1·1lt.
en mnin pour le premÎ1' r • i •nat.
tll . cor1;uh·nœ. Il 1:1ail Mjà pui-: mmt•nl
.
ur
,on
r.ompt
·,
et'llèotlnul.
li·,
opinion
Il r1•H·11:ail I nl nt J lui, apnl élran~l:
nro,, 111:ilrrré , ,., vÏll!,!HjUlllre an • cc 1111î Ill!
• . Mali m•u . Cil roui·. ' ur 13 porle, il s· :1ait•111 p:irl:t"tt·~. m,\111c ulni n·u -là. :•a.
l'
mp •·bail pn d't'lre étonnommcnt agi!'; •
nl!irrualhe, 'enrolérail au moindre doute•;
:n·ait rrié :
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1
action ('lu
- l'cmnl •! enfant
\Ï nt .. . il a ,\lanil,;, ind ci. , oubnilait la
ron • ~p-Ji , frL 1,, coup·, court .... mlmll&lt;h
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le- midi ... .
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•\u. ,ilùt, lou . • rejoni .. i ni bru ampl ,juc ·, 1t, il plulul mine·, ,~rasii Jan k
mPnl, •e1tortaicnl, chal'11n à .-a fon&gt;II, d' J1· · in ·idcnl , donl une cul• pr-r:-onne au bout; •&lt;' · )CU :,tri , p tit,-, profond,, lui111ood1·,
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,mn·cnir. M:ii~ le 11:i! . ·rn :miit la Ct'rll'llt• dur : sai nt, prmlHt•n ·em,~nl \if el mohilc,: un
l:Z:t di. ·1it :
1·011 dt• laurcau, nn torse J'athlH •; ,1 " hra,,
1... c. plicalion. fournie~ par ln (1 ,. •11. 111
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El ùc uile 1•1le pr 1p:irait unr :oupc :iu J, pa.~,ai1•111 n intdli..,cn ·, ; il :uimcllaÎl vlu.
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- fai -en pour di , oh . •na le fcrmi r : :1,· nlnr • d ,·i\:UII • Il a,:iil tlll" li! 'l'II. a, 'll"lt•' pnu,, 1 , i11con ,ci nie, a 011 hui. :1
ltrci r, Jo lllll', C,uilleruol t•L ,\lli'mn• l'ac- ùïntri ue t'oisonnenl dan· IP, illc ; il r, Juu- . ·, fin~; et, pu11r~a11l, dans cdll• ép:ti• ~ur, 11
comp:igncnl. l,e au Ir ,i1•11dronl plu lard. Lail loul cc ttui ,,·11ai1 &lt;les \ill,· ...• . 'él:111I p:ts
· :i,ail une rut•,
Il a 1·1111HlC:IIÎu11 •~~n'ral\· pour Ù1•11 hl·urc. a Hl. luciJ1• pour di LiU!!lll'r le uai &lt;ln faus.
Jlri•. de lui, Guillrmol, h!'r ·uh:,,n au.si,
cl récipro•1mmn1L. il :'ah h.% il J · co11rlurl',
d • la jnurni:t .
.
r.1111,lnil
en i:,:rc•: I•· · trnis :mir,;.', \llè;:n· 1•l
C1•1•1·udant, le- gnrçon.-, armés J • lit' h ·~. l 'C 1111i C'l •·rn ()fi' . :i;rr •.. • Et pui-. ,lt· l" h,;_ ~lnrii-r, c1ui •1ai1·ul pl11t11l p,•lils, 11:irai .. ni •11I
1111m·nt~
lnnt
d't•nnui,
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...
n•jl'laÏPlll la nei!!e fondanle aux talu ùcs
d11:1if , .loH·m1r, ra ilt• ; l'l ,·q •ntlaul il
d11·m111s, Ji-1,la aient 1 · pprrn· h :i il, fa t:ntin, l'~po 111 hiil l1Î1'n ma\ clmi ii· p11ur
· tnpcr d'antre d1 1. c 11111· d • la pri,c 11':iruw · étail \ i••1111rcu,.
rerru ; Tina. lr1• Dl the. k1la1, il l:i Il ,
li ,11.iicnt 11111. ,·1'111,. 1·01111nc 1 11·' ---:111,,
r . .-upit la 1nhl1•, di. po · il la v:11 •Ile J1• i1wi i11 nt .. . 1 ouln, t r,m. idér.11io11 lui d • n :,l ,_. en p • m; d,• moulttn, .sur uuc . 1rle
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tbcls ùu mrillt•ur rîtlrP. 'I out Ct•la ;;c prati- !,·, . il'l1~, à c, Ile {-1rn11~, hi,111irc.
M:ii , cunmw, apr\... loul. 1 (l moi ·elle J.c Chouan. ; J.e. ltr.1i1·· •11 gru ilr:ip 1111ir,
li11uail ...,i •rucnl; cl nul. œrll1inr111cnl, Il
crré1• 311 !.:1'111111: de ••1111lr ·~ d1• Cuir r:,uw;
t!lrc r1•11sci •nt1, Il' . c . ,•rail dont,\ rJ11r. 1•1·~ JllHllail arnir rni.on, 1111'cll,• éwit mi.cilraLl1•, 1,· n11~me. "r:tlld d1apea11 .sur le cr:inc:, lil 111 ;me
~rn · joicu l'UJl'lll 1·mprt•~ é . ':ipprèla · enl il lni dooruiiL loul ùc mcnw n il• et pour- larg • reiuluron l,lanr, ~ fermoir d1· ruine,
vo ait i c, h s in . ne ·nnt .a rous.cicllCA', il
la ··rrc.
anlour du corp. • uwnrl.int d • pi. Lolcl .• 1111
était
s:m rcprodw.
A la l11m1rnc du srcni •r, une tète pt1lc se
pui"I rJ; m. i le lin~,; d • ':1J11udnl, en luule
Ycr.
midi,
la
o
uvelle
,
il
couru
J,
I'
1 rip •nrba 1111 moment. 1,~nouv,·i l'ap,•rçut, -0111·irco11-1.am·1•, • ,. foi ail rl·mar,1u1•r l'· r ,on
leva ~011 lnr•• l'hap au noir; cl, J'un g,~l' ,&lt;,· immt.ldial • de ch f!; ,·houan ; tnul le al, olnl! lrnkh •ur. Il} Lt-nai1.
tri Jou ·, imita · lie 1ier,..onm· 11nigmati,p1e \ilion Ùt' Locoal ét:iil en émoi: &lt;l •s ;:roui •.
Il 3.\ail t•n rel homme un jn •ulier m 1..
Latio1111:iit·nL au carrdour J,, · Trui -1\uult' ,
a r utr,•r Ù, n ~ou omb . Pui., . 1 uanl la
};111~ •; fil· de lal,011 rcurs, c~ J ot il ,c ,, ul:iil.
J
•,·:111l
le
Cnh·airc
·
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fcmm,i
l'l
l,•s
1•11fo11l~
1,ouc de ~c~ i-onlicr~, il p&lt;-n 1trn dnn · la maiil 11'cn al'aÎl pa. 11fr1in l't'rtnin. 1~111 ltanl.
oo, mont:i Ulh! é,•bcllr de hoi:' , 1a n par l"l, icul · nu:. i a~ih:, qu • h· humru ' ; h·
J'ari tu rat•: il nd11r:iit 1:i. l,ouilli, noire ,·l
jmuw. •1:n , •n a,itnl du pont, Jd1 ·lo1111é
une trappe cl ~:11.1tn Jnn: le greni r.
l'orlail J la lnile fine.
- Pr n 7. paliclll~, mali !moi ·1·1lc. G •or•~c· ,-ur IP. t.alu. , in.-r ·taicrrl le. lui11L'tins l'l
Br11:,41u •mrnl. il 'arr31·h~il au. 11lr •iull'.•,
,.u
11:,icnl
1
•.
tonruanl..
11Ji.•r
le
plu
·
èloi!!né
,·i,•ol aujo11rd'hui · il déciclcro.... Je pt!II.:
;t
r
nlholl ia. Ill,: J la fonJp ,
d1· 1ou , lc,·a H1ud:1i11 les lira. · n· i" n:11 fut
1p1e et! . oir ,·ou: er1·z contente.
u Ïll!-11nl, l,•, r ! ... j':ii 1 ·oin !l'un
- 1 rci, pi-rc .\bnik, dit l • demoi- r •pf.1: u ce. . iî• ml'nl par tout , c . i,1 nli- courrier .. .. Qn •1 e~l I plu. mali11 dt \ou '
ell ,, d • la sort • nv rli •... je vou · ai enu-ndu 11 •lie impro,i. i: ~: il rnul:iil Jirc :
Loue·!
- k v-oilà!
t1111l l'h •ur ! .••• · f. d Joi nnc vi ·ni au i ...
- \toi! r1:pli11un impll'meut Jili ,t&gt;sril,
l'n
•
rumeur
alua
&lt;&lt;'Ile an11011œ; 1111i:,
celui-là II n plu li•- peut pa m m1uer de we
le
ncICll dl• l,111011\n, n ·nrt:t.nl du group,~.
nu ,. ilôl, un canli11ue r •1,•11til.
reeonnailre.
• ul n, rc: 1 ma ; r'ét..1il notoirè.
C
·
Îlll
nu
milieu
dt•
.
•
1C("fll,
r&gt;li"it•u
du
- Oui, M. d Jo ·mne ienl au_,i. Aprè
- 1 oi'! Ili n ! rcpril Gcot"e co ~011ri:111L
Ve ..-ilfa füyi trur Cndoudal, an!C Ier ·icr,
le con. eil, vou cr ,z • oulé •.
'
onle.
l.:i J •une tille tendit la main au formi r. 11 t:uill •11111t, Allt»•r • &lt;l Jol •nn parurent à
111' •mpoi;na u l • lira , l't~olr:iina, I' 1·mh it.1h, ho bail la 1êt , 1 min • sou ie · l'entré1i du hameau.
Alor,, ln pnrlt ù t\:nli. • J, , int-fano porta presque. ù qucltJ li'- p pin loin.
lie •a~ ombril.
- Tu ·a aller :1 fa Gr, le tl · l\endl111e.
\';1dl'z1 ur 1 'ou rit à iL u hauan~: cl le
liuùl., \l:111il..j voi que ,·ous doul 1
- llo11 !
recll'ur llano 'nvnnçn r,~nlLu d1: l'étole, ui,·i
encor•, •. qui' Caul-il don rrraud llieu '?
- Tu ·•rra. , rroi anl au 11his pr~,. nu
du
diacre
el dl'.,. chantre ·, au Jcuml d · · Ùt.'li l.iai , il le t·u , vi . ihlemenl 'mh:lrfcnseurs de Uicu. Le \·oi. rudes de. pahatl , h:'111•au 1111rm. nd.
ra s~.
- Hon!
) ,· rni aigu,·~ dt lilh, rcJonhl'•r •nt de
- on, non, hi •n ,1îr ... , pui. loul la
- ru 1ir •r. un CClup d1· pi 1011"1 ra l', ir ....
ret,•nli ante f •r,· •ur~ Tou· ·:1,, •nouillaimL;
\'3 linir ., .. Geor•" Môd•ra ... il ,oil clair,
- .J • n 'ni pas tir. pi~lolct.
le
prNre
le
·
lu!nil
uu
pa
·~ag1!
1 mai· il s'arrcla
lui ... . R si 1. Li1•11 c:tdtt&gt;C ju 11uc-l:1 ....
- t:u YOÎ i un, dil ' 1louJ. l. "" di'..!:lJ
,,anl
CaJoL1J
I
t l · •~ C'om11.1"non ·• I::t •u f. Turpin ,1 œo,·0t1u1: , lui au.,i ....
1,:
anl
l'arme Je :1 cdnlure · il &lt;",l ch;1r••1:: lu
i, comme les plu: humhlcs, plièrent le
\ '.C noru, elh: • drc:~nil, le · r "'Md
&lt;&gt;cnoux dan la hou ' noiru. l,.1i. ,i,r •nl l:i 1 le 1• 1·111.i'r, ·ra. pour l:l ptinc 1•l 1·11 suu, ~nir
forou l' · . . ..
J moi.
b! .. . poi, apr' " un il •nr : Li nt ,.ous li· den . maio. h•\'tlt• Ju r1•rl1 .ur \11:ino,
Le vi~ag &lt;l • Jili devint radieux: il rn hn h·
,1 ill:ird dt• l Îl;ltl m . liipm et J • foi vhionmi •ux .. . je pr 1[i: rn le\.· ilu:iliom, f'rancb • . J
pi 101 ·l . ~u sa \ li el . r rl'Jre, ·a· il lui
n:Ür••·
l'ann. t•rai far • fo •... il · ra t·oafondu .
lis ~e relt•v'•r •nl; le rn11Liqu • 1·c, --1it ; le. :;uinblni1 qu'on l'arn1;1il dn•,aliL•r.
- Ili •u vou entende! lit Alanil- qui rn· c
,\pr' '! lit•il.
m:iin ,c• lcudir ni :
compru01et1.:ti l p .
,
pr'·,, r,·pril f:l'or~•"'· un h, l'ljll
- Bonjour, les enfants ! clama 1:e r;..:cs,
li alua enrore l rc{ksccndit.
~
1:111111,
,:.,lt,u, t/ttl'rrirr. h:il , litruylr. ,~1pnulugit·
l) pui~ hnil jnur~. r1:1ran"t•r1, h r rrnt•illir. d a rnix formidable.
cdlltu •
1
•.
mt-J
an-\'
1
lrznur,
,3ÎJ1I
J
ein~ll
pli
t,:.
J' un ,1,ir li' gouic, gil:.iil Jau, e '!l'l!llÎ~r,

- 31.i ...

• h11rJrrn 11ui J·, 11 ra un homrn
lerr • il
, •lt'lll1r;i ,; lni I'! ,lir:i : « 'ornrn11Ji1• ». ''l 11
r(:p,m1lr,i,,: llr ltli!II ». li 11jou1t·ra: o Fr 11,, •
'l'_u r lpo11Jr;1" : • C doodal 11 . t:cla foit, il Il'
,lira ·1111 nom : le !'omle A d; el 111 1111:
l'nm~ncra p;1r le plu t·onrl ,·h mi11. \ 11 Tu
doi. l'lrc ici clau. d •u heure .
,·anl, dil I' •nfant, . i le h;itcau crr,
l:1 • L•••..
li loura. J, do: cl parlil en r.ournnt.
- 1:ynonn 1. ! 'l'P •la C. d,111dnl.
A ,ou luur, 1; noun z :':ipprocba.
- r.. . · ·,,urrit•r '!
- l Ull 1 \'()Il' .1L1t-11J ;1 la r.. rllll'. r1:p1mdi 1
\ l.111il, a,·1·c le Ù1'jl!1111rr.
- li :i rai ·on, Jil ,tm~i r il (ail Ji. lilc111 Ill fnim ....
Et oir :ijoul:t Guill mol, r1ui hu,·aiL
Jur h ,110 ,,rJin:11rc •
- Pour Jcu1 J&gt;êlÏlt'~ lie111· • l'air ,1111.
rr1•u -1·, dit ,l11,enn1· irr111Î11'll', fomm1 lNt1·, ! ...
C:adnndal 'm1111, a :
- Cbt&gt;,nli r, 111111 l,· monJ,, n',1 pn 11111
trmp1'.raownl J, fc-r ....
'l'on ri. i1·nl.
- tu a,·anl ~er.- b honillic ! eomma11Ja
mililnir •IDt!lll ,\fü..,r .
Il, 1•111l,11il1'r ·11I Il• pa . 'I 1111
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la r:,:p11hli11110, cl1111t les di'·ri~i,111, fai~ai1·11l l.i
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i111i10:•n•11I. mai .lo~, 11111
11111rnai1 l:i lt~lt•.
.\u cnil J,, r. fcrnw. Shi :Ill nJait. :11\'C
'li11:i p1è, ,J'dl,,.
- lln11j1111r, 111;1 l:tnli• ! l'ria f.C'l1r~c : h(1nj11ur, p•IÎh.i ,wur!
(C'1:1ai1. r' • 1 em·ur la moJc. &lt;'11 \lorl,ilian.
J1• e d111111er, entr,: ami,, d ., 1i1rr tl&lt;J
p:ircnlt:.) Il cml1ra ,.1il lt•-1 J1·ux ft•m1111·s Pl
1 :n,~tr,,iL J:111 l:t ~allc, ·'am~l:1it Jc,,11,1 l:t
1·la•rni11,~c, ,1:~hanl t· · ~oulier ;1 la ll;unnll'.
11111 · 1• :11i v~it•111 : il Jcma11d:1 :
- l.1: l1:llr1• '!
f:tnch 11•, lui :ipportn. lt1piJe111en1 il lit
s:11111•r k r:i l1el J dr1! nn l.'1111,ll mt,
• ,lJ_jri Il , arn111iric~ \'l tlJllfOIIIIC~, J':lr('OflrUI
Je, JlljlÎl•r~ tl'un r1•g:1nl.
Ilien... hi1·11, tous 0111 prt•ts, 1011'
~• nun•nl : 1111\iu, .'ol J 1:ri~ollc . 1omlor,~
,';1Înl-llt-~1·:tnl, Lt• \1 in1 i1•r, lt- · 1lct1\ J1;
Bou:i . ... lli;«&gt;r. J1.1111·1111rr, lt·l,ar, l'ena 11 l,•r .• , , 1,, . huil li1~i111i- q•rnnl rPpr,~"'tlllr:,.,;
11111I ,,1 Jruil ... tJui 1l11w db;1il •tue 1•.
1·:unp3••111•s 111:ii1·11I l 1~ 1• 1
l'inrc 1:uilli·rnol, 1 iule111 11!• n,1lurr, m:d
M:;ru i ,1 ,,Iq,· d J',lmr., r,:plÎIJIW ltr11t.1l1•1111·11I:
\loi! ,i l1• di ai. , et .i e 1,· r,'pi•tc .•. 1, 1
1
p,uparl dl 1,111 l' 1r-1li·.-sus b li'lc .... lis , uutl1.1iml I ulliwr l •ur d.1.1111p l'l 11 u, 11 r
I' 11 rtl I ur · \lt•lt • .. .. li 11111,1 i,•111 lli,•11 .... Il,
ouhlirut la 1,·H:c Pit 111~ ~,· 1p1i Ut l lc 11 11

I,·,

1'11fo111, .... ~foi,., 1111 1 .- r1:IC'ill1·r:i, par 11•
~r:1111) lli,,11 1lu, i1·l '. 1111 1 . ~•·1•11111 r.i. j11-1p1 ' ;,
n •f11'ib rril'11I. j11~1111';1 c·1· ,111·i1s m:irdu•ut ....
1111i 11',1 •I 11:i, • n 1· 111111 ,._l tunlr,• 11v11, • 1,:i,
cl,· pilit: I""'" 1,•. l:11-lu-.. , c', 1 ÙI' la ••taillt' Je
lr;1il1"1-, !...
\ l.oc:o.,I. i't' I' roi . ,:1:iii•111 l,i,•11 n 1·11rilli1•,; nr. \Îl'/111111:111 1• ,ni i11;1q1• cl1: 1.;,,1·l1:a1111,
• uu lïullu 11!1' di, d
ri perm:1111•111!• 11 •
1:,-or••,·~. li:. 1111111111 s ~" 1·n11,i1ft:raic·11I l'lultÏI
1·111111111• ile, sohlal 1•11 1'1111::1: 11111: f•omtm• J,,
l,ll11,11rt·11r. 11 :11111rm: 11 • li•11r,; 1;,nc1i1111 .•
Il · Î'l:1i,·nl tlrl'-'t:~ :1 l'akrl •, 1u11ju11r~ ru
arrèl. . 1 pro irnilt: clt! \':rn111 . J' \ur:i,,
11'lh·1111cho11t 111e1111•, n•nlrt' Je, 1· ét·11110;,
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Il •n fui 'aN:oir . ur 1, laul1•uil J., lioi,.
i1 h1 pl;11·1• nrùinairi• 11' \larn~. au liaul lmul
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�~ - 111ST0~1.Jl - - - · - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
selon l',igc ézo cl Tina, debout derrière le
grand cbef, lançaient des ordres, gourmandaient lt• serran te. . On les \'Oulut assi. e .
Elle~ refusèrent. On les lais a.
Les écuelle de bois furenL deux fois remplies, deux fois vidéei;, san qu'un mot
s'échappàt de ces la1·ges houcbes. occupées h
mieux faire qu'à di courir encore. Chefs el
pa) an , officiers et soldat , mangeaient
puissamment et lcn Letnent, goùtant l'heure.
Pour ces éternels proscrits dont les lendemnins étaient chimériques, une heure de
1· pos, un repas s:noureux arrosé de rieux
cidre, constituaient d'importanteh auba.ines,
de r1;clles joui sance ·, Ils .aYaient ce que
c'était qu'avoir froid, d'auLant plu froid
qu'on a Te Yentre ride; que percher au
ha ard, à J'ayenture, dormir d'un œil sur la
terre monillée, a1·cc la per pecÜYe d'êtr
ll\'eillé par un coup de fusil. Aussi lour haltu
fu•rilire dans celte ferme sûre, au milieu
d'un Yillage ami, d'une contrée tranquille,
leur wéscnce ~ C!etle 1:il)le abondamment
scn·ie pour leur bonheur, marquaient-elles
une accalmie dans leur ,jours d'orag , une
dél •nle très douce à l'élcrncllc crispation de
leur nerfs noué . ·

Comme le soleil lui ail plus fort, comme le
grand fen d'ajoncs morts urc.haull'ail l'almo phère déj!I épai se aulonr de ces homme
robuste·, Fanch, sur l'ordre de on pi&gt;rc,
ouvrit la portcgrandc. Alor , par l'embrasure,
on aperçut la mer wrtc, le colline fuyante
d'est à ouest, cl la masse restée sombre de la
forêt de Camors. J.c ciel devenait bleu, l'air
rest.,it presque doux; sur la place du Yillage,
les vieilles préLCmdaien t :
- C'csL parce que Georges est ici.
Après une ta e de guin-ardant pleine au
ra du bord, il e leva de table, dit à Mercier, Allè.,re, Joycnne et Cuillemol :
- Fumez si vous voulez .... moi, je vais
dclior,1;.
11 avait en horreur la senteur du ta.bac;
elle le rendait mnladc. Ce colosse avait des
susceptibilités de petite fomme.
Il ortit, 'étira au grand vent, faisant
rouler les mu cles de ses ura , ce qui était
un :-ignc qu'il était de belle humeur. Le
gar , re pectueu ~. l'admiraient à di t&lt;'lnce;
mai ce n'était pa le défenseur Je l'Eglise,
ie royaliste forvenl, le chef au geste intrépide
qui 'imposait à eux: mai , lolll simplemcnl,
l'hercnle breton, le compagnon miraculeu c-

(A suÎl're.)

(Illuslr.11io11s de CnsMn.)

LA VIE ET LES MŒURS A.U

ment roliu te qui lordnit dans ses doigts uu
écu d six li1'l'es, comme )1anrice de 'axe;
on bien immobilisait un poulain de trois ans,
en le sai is anl bru quemenl par les jambes
de derrière.
Ce exploits fnmcux comptaient bien plus
r1ue ses Tictoircs aux yeux des narçons de
vingt an •.
.\ \'ec le même pas é Je gloire el d'aventure guerrières, un chef débile le e,ï L lai és
indifférents. Ce. dieu de la force le impre. sionnaiL, corps el âme ; il suscitait la conJiance, et. par suile, le dévouement.
Il s'en fut, nonchalant, roulant a corpnlenœ.
GuiUemol l'avait suivi; il eu était jaloux.
ans amertume pourtant. Mais, i George
n'avait pas exi tt\ le roi de Bignan eùt été
le pins rigollfeu et le plu redoutable des
Chouans. Il se ré i!mail difficilement à la
econde place; omeut encore il défiait on
chef qui était son ami.
C• jour-1/1, il cédait une foi de plus an
,,anue espoir de l'égaler, i cc n'c t [, surpasser, au jeu l'ormidable des muscles; la
cène fut agreste et simple, pourtant stupiL
liante, corumejadis entre.les héros de l'Uindc.

x:vu•

s1tcu:. -

l'N HÔPITAi. P,\RlSl&amp;N

IIIAURICE

.\10~TÉGUT.

sous Lot.as XI! 1. - Gravure d'AllRA!IAM BOSSE, (Cabinet des Estamfe3.)

◄ 336""'

COMTESSE ADÉLAIDE DE ~HJLLEAU {FrLLE IYA J~E-~IARJE DE
Guillotinée le 18 avnl 1794 ur la rlace de la ConcorJc
Tableau de

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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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          <description>Information about who can access the resource or an indication of its security status. Access Rights may include information regarding access or restrictions based on privacy, security, or other policies.</description>
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              <text>Universidad Autónoma de Nuevo León</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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      <name>Edmond Pilon</name>
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