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                  <text>r -

1t1ST0~1.Jl _ _ _ _ _.:,.__ _ _ __ __ __ _ __ _ _ _ _~

senté à madame du Barry... pauvre femme ..
elle fut gracieuse... à M. de Voltaire... sa
vieillesse manquait de distinction .... Partout.
j'étais bien accueilli, fèté, pour ma jeunesse,
et pareequcj'étais étranger. La France, alor~,
était hospitalière... el galante.... C'était une
l,elle fille r1ui riait et chant.ail. Vous n'an•z
pas connu Trianon et Versaillés; la vie y
était délicieuse ....
- Jlélas. non! soupira piteusement Kerret. .. je n'ai rien connu de cela... j'étais trop
pauvre, de trop pelite noblesse et, quoique
Breton, pas asse:&gt;. étranger... ,·oyeM'ous.
Fersen sourit de son rare et froid sourire:
- C'est une critique; vous êtes subversiJ
à l'ancien régime, au roi lui-même....
- Si ,·ous voulez, comte, dit le Chouan;
ce n'est pas lui que j'aimais....
Fersen baissait la tète el ne répondait pas.
U songeait, évoquait des scènes lointaines.
Après un long silence, il reprit :
- li est pourtant étrange que cette même
soirée au bal de l'Opéra, au début de nos
tleux existences, ait, dela sorLe, inllucnté nos

deux destinées. C'est de cette soirée-là que je
meurs; c'est de cette soirée-là que, depuis
ungt ans, ,•ous ne vivez plus.
Kerret murmuro :
- La vie est une plaisanterie; le plus
souvcnl maul'aisc, \'Olrz-vous. N'est-cc pas
fou de ~ongcr que - réunis, jadis, une
heure par le hasard, dans cette foule en joie,
ces salins, ces ,·clours, ces lumic'ires - nous
nous retrouvons, portant le même deuil au
cœur, après un quart de siècle ou peu s'en
faut, à la tète d'une bande de loups, uniquement voués à la vengeance de nos morts,
de notre morte; et œla à la suite de l'écroulement d'un monde?
- Oui, l'écroulement d'un monde, répéta
le Suédois. llélas ! que rcste+il de la cour
de France?
- Un cimcti~re 1... prononça le IJreton.
N'importe .... Ça passe vite !
Soudain il portait son poing crispé 1t son
front blême el se r1h·oltait :
- Fersen, nous sommes des lâches; nous
d1•1·ions cmpècb,·r œla, nons, les gentils-

hommes! quille à ~ourir en route, et alors
nous n'aurions pas su ! ...
Le comte Axel se pencha vers son ami cl
lui souilla dans l'oreille :
- Trnpo~sil1lt•! tout Il' monde al'ait peur!
li appnra :
- Oui, peur!
Kerret répliqua :
- Je ne c~mprcnds pas.
- Yous n'nrct rien l'U, dit Fcrst•n: il ~
,naiL de '!U6i. ...
El il racQnlaiL Paris, les années tragiques
de f 791-1702-1793; Paris, tenant sou roi
captif', sa reine prisonnii•rc; les trainant à
l'échafaud, au milieu des gaietés faubouriennes.
li était rcnse.igné, loi; connaissait, une à
une, les stations du calvaire; il avait ,,u se
lézarder, fléchir, pencher, crouler enfin la
maison de France; il aYait assisté, témoin
anxieux, à l'agonie de la royauté; savait de
(tutll bruit cl de quel silence sonl faits, après
les catastrophes, les avènements subits sur
les Lraclilion~ mortes ....

(A sufrre.)

(llh1slralio11s .Je C ONRAD.)

1-,i;;s MAITRES OE L' E STANPE AU xvnt• SIÈCLE. -

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LE "Li~EZ-Moi" u1s10R1QuE

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JULES TALLANDŒR, ÈDITEU~. -

1
J

Sommaire du

1

Les Femmes de ta Révolution : Madame
R.oland . . . . . . . .. . . . . . . . . . . . 4
• Mémoires. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . f&gt;S
i;i. La tragédie de Ravaillac . . .
. . . . . .
62
En :A,!sace : Une histoire du temps de Fréderic . . . . . . . . .
67
La Fallary . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 6.'l

i\l1C11ELET • • . . • . .
G ÉNÉRAL DE l\-1.An eoT .
J J'.:Rô ~EET J E..1N 1'f1A R.\
MASSOc'I-F'NŒ. TIFR .

T. G. . • . . . . .

C B AMFORT • • • • .

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MAURLCE ,\foNTF.r.l"T •

Luvov1c H ALÉV\" . . .

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LES FEMMES DE LA RÉVOLUTION

août 1910.)

C o JŒAD

TD&lt;ÉE EN CAMAÎ E U

MADA1rE ROLA

LION E L H OYE R, WA'l'TJI:R.

TABLE.l u or. liE1Nsros

D

(Musêe d e \'crsai lk~').

Cqpyrlgllt by 'l'aHandier 1910.

8:.::::e

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SOM.M.AIR:E du NUMÉR.O du 25 août l910

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111.1 1111: A la fqul.:iin e. - P tERIIE !\Ill. LE. llliddel burg, la vlllc des carillons.
- 1:-F.Rl'AND G KEGU . Nuit d'été. P, u L ET Y1c rnR .\I AR&lt;il' c RlTTE. Le
courrier dt: la. gloire. - ÀLP!IO&gt;'SE OA DET . L"ois cau bleu. - J orns
RE. ARO. Le D.otteur de_ n~,;;e. - R&gt;:."•' i\IAIZE II Y: Flaçrant délit ALBERT '.IIE.ttAT. Les senllers . - HE«R1 LA VE DA , de I A.:adem1e rrnnçaise,
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JEAN ANNY

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de la p:lix, ce lle où ltl France du, c
ré.signer :i cette grande d ulcur q u i
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Madame Roland

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O E:;ano1 N. , DcvÉBtA, D oP LE srB P.!ITl:!:A.C 'I'. , C. -:. GA t:C II EH, L. G.\ ULT I ER, .BARO . Ü é RARD , H..E R~P.. T. EOI\GF.S
IIYo. , .J 11s. ' , L1.ou~r-11m, 1. LE LEBC , H1PPOLY1'E LECO MTE. LEv.-1.i; nEZ,
• MA t: IHN1 P1EflRE M 0Nl~I I&gt;', 8.-A .
ICOJ.LET,
UT TIWAl'T E, E. P EHDO \·n i::,
.ET, GFORf.P-;; r.ArN , G EORr,e

(20

Anecdotes . . . . . . . .. .
Un incident de fro11tiêre en 1781
Madame R.écamier . . . .. .
R.ezonville et Saint-Privat. .
Les Épées de fer . .
Notes et Souvenirs. . . . . .

P. fJE l&gt;.lRUI ELLAN .
j 0 SEPII T L'RQOAN. •

D0 A.PRÊS LE S TABLEAOX1 D€SSINS ET F.STA.MPES bE :

E. Bru

ge fascicule

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Pour vouloir la flépublique, l'in pirer, la
faire, ce n'étail pa a ez d'un noble cœur et
d'un grand f!. prit. Il fallait encore une chose ....
Et quelle? Èlre jeune, avoir celle jeunesse
d'àme, celle chaleur de ang, cet aveuglement
fécond tJui YOit déjà dan le moncle ce qui
n'est oncore qu'en l"àme. el qui, le vopnl,
le rrée .... li fallait arnir la foi.
li fallait une cerlaine humonie, non sPuJrmrnt de ,·olonlé el d'idées, mais d'hahitudt·s
et de mamr-s républicaines; aroir en soi la
république intérieure, la répnLlique monlc, fa ~cule qui légitime
el fonde la répuhliqne politique;
je -veux dire po tidcr lt: goU\'crneuient de . oi-même, a propre démocratie, trouver a liberté dans
l'obéi sance au devoir .... Et il
fallait encore, chose qui semLle
contradictoire, 'lu'une telle âme,
,·erlueuse el forte, ùt un momenl
pa:-sionné r1ui fa fil ~ortir d'.,JlL._
même, ln lanràL dan. l'action.
Dans les maurnis jours d'alI.ais.ement, de fati;;uP. quand la foi
r~volutionnair • d~faillail en eut,
plu ieur~ des Jépu1.:s t:l jouroalisles princip:rnx de )\:poque allaient
prendr' for1:t cl courage dans une
mai on oü ce deux choses ne manquaient jam~is : maison modeslr,
lep lit Miel Uritannir1ue de la. rue
G11énégauJ, pr'· le pont Ncul.
Cette rue, a, n; . ombre, qui mène
à la rue Mazarine, plu ombre
encore, u'11, cou1mc on sa.il, d'auIre vue que le lon•mc muraifü•
Je la loaoaie. Il moulaient au
1roisièrne él.a"e, el là, invarialilcment, lromaienl deu.x. pcrsonm
Lra~aillaol cnsemLle, U. et Madame
Iloland, ,eous récemment de L ·on.
Le peli.L alon n'o1Trailrp1·une tallit:
où hl" deux époux ~criraic11l; la
chambri: à coucher, entr"ouverll',
lai aiL voir deu:t lits. l\olaad avait
prè de soixante an , elle lrenleix, et pnrais ail beaucoup 010.ù1s;
il cmblail le père de a femme .
C'était un homme asset granù et
mai11re, 1',1ir aust~rcet pa ·, iooné. Cet bolllJllc,
11u'on a lrop acrifié afa gloire de sa femme,
:1ait un ardent citoren qui arnil fa France
dan le rœur, un dll ce vieux Français de la
race de Vaul..an e.t des lloi,guilbert, qui,

sous la rO}aulé, n'en poursuiYaienlpas moins,
dans les seules voie ouwrtes alor , la .aintc
idée du lii n public. Inspecteur de manufacLures, il av:iit p3 é Loule ~a vie dans les Iravau , les ,·o a:r , à rechercher le amélioration dont notre indn~trie tft:iit susceptible.
Il a,·ait publié 11Jusic11rs de cc vopges, l'i
ùivers traités ou mémoires refatïrs i, certains
métiers. a belle el courageu~e femme, . an.
se rebuter de l'ariJilé de imjel , copiait, 1raduisail, ·ompi!ail pour lui. L'.fr/ ,lu /011,--

du eul enfant IJU ellc ail eu. Étroitement
associée aux Lravaut, aux idée de son mari,
.-Ile a\'ait pour lui une orle de culte lilial,
ju 'qn'â lui préparer om·cnl '! aliment
elle-même; une pruparation toute spéciale
4!tail nécessaire, l'estomac du ,·ieillard ~lait
délicat, fatigué par le travail.
fioland rédigeait lui~mêrue, el n"employait
nullement ln plume de sa frmme à cette
époque; ce fut plu lard, dc\'eIIU ministre,
au milieu d'embarras, de .oins infini , quïl
cul recour~. Elle n'avait aucune
impatience d'écrire, l!L, si Ja Révolu Lion ne ft)l ,·enue la tirer de sa
retraile, rlle eûl enlerré ce don:.
innliles, le talent, l'éloquencli',
au-si bien que fa h1 aulé.
Quond le politique veanienl.
madame floland ne se mèl:tit 11as
d'1•1le-mrme aux. di ·eu sion~, ellt'
1·ontin11ail :on ouvra/!e ou tfrrirail
1lrs lt:11 r • ; mais ~i, 1·-0mme il arrivai l, on en appelait à die, elle parlait alor n,·cc une ,i,•acité. um~
propri1:1é d'cxprc. ions, nne fort1'
grac.icnsc et pénélranlr. dont 011
elail tout aisi. &lt;1 L'amour-propn~
:rnrail hien ,,oulu lro11 , cr de l'apprêt dau c-c cpùllc di~ail; mai,
il n'y avail po. moyen; c·ctait tout
implcment une nature trop par·
faite. Il
Au premier coup d 1Pil, on étai!
lenté dP croire r1u·on voyait ln
Julie de flou~,c:111; à lori, cc n'rlait ni la Julie, ni la npbie, c'était
madame RolanJ, 1111c llllede Rousseau cerlainemeat, plus légitimt&gt;
encore pent-èlrc que celles qui
sorliren t itnm(;Jiatcmenl de ;a
plume. Celle-ci n'était pa~ comme
le.s deux autre · une noble demoi. elJe; Ma non Phli pon, c' e t son
nom de fille (j"en sui fâché pou,
ceux qui n'airnent pas les aoms
1,li-héien ), eut un gra,•cur pour
père, et ellegravail elhi-même da11 ·
la maison palerntll~. Elle proœd~ iLdu peuple; on le vO}'aÎL ais~me11l à u11 certain éclat de sang et
de c.iroation qu'on a Leaucoup moin dans
le cla~ es élevées; elle avait la main helle,
mais non pa Jl tile, la Louc·he un peu grande,
le menton assei rclron sé, la taille éléS3DIC'. d'une c:imlm,rc marquée forte.meut;
0

0

/Jier, r,Ir/ 1/11 fabrirnnl ,Jl'lai11e r11uel sèche.
le /lictio1111ail'e tll':- 111miufacl11re:-, :t\'llicnt
occupé la belle main de madame Roland,
ab~or~é se meilleures année , sans autre
di traction que la 11ai ancn et l'allaiœmnnt

�111STO'J{1.ll - -

----------------------------------JI

une richesse de hnncb.cs et de seins que les
dame ool raremenl.
Elle différait encore en un poinl des
héroïnes de Rousseau, c'e t q11'cllc n'cul pas
leur faible se. l:ufamc floland fut vcrlucfüc,
11ullement amollie par l'inaclion, la rêrnrie
où Iang11i seul les femmes; elle fut an plus
haul degl'é laboricu e, active, le lrarnil fut
pour elle le gardien de la -vertu. ne idée
sacrée, le dei•oir, plnnc ur œtle l.Jelle ,·ie. de
la nab nrn·e à la mort; clic se rend ce témoi!!"flrl"C au dernier moment, à lï1rnre où l'on
na ment plu : « Personne, dit-elle, moins
que moi n'a connu la YOlopté. i&gt; - t&gt;l ailleur · : cc J'ai commandé à me s&lt;;n . . »
Pure dan . la maison paternelle, au quai de
!"Horloge, comme 1~ uleu profond du ciel,
qu'elle regardait, dil-dle, de 111 ju qu'aux
Cbamp -tl3sé1:s; - puro b la table de son
~éri,•ux 6ponx, tra1aill.ml i11faligaLleml'nl
pour lui; pure au berceau de ~on enfant,
qu'elle s'obstine à allailcr, maloré de vive
douleurs; - elle ne l'est pas moius dans lr~
lettres qu'elle écrit à es amis, aux jeunes
hommes qui l'entouraient d"uoe amitié ]&gt;n. ·ionnéc; •Ile le$ calme el 1.. cousoJe, les
illère att-dt!ssu de leur Î:iîulesse. n lui rcsl~renl fidèles jusqu'à la mort, comme ll la
vertu die-même.
L'un d'eux, ans songer au péril, allait en
pleine Terreur recemir d'elle, à sa pri on, 1 •
l'euille · immortelle où elle a raconté a vie.
Pro criL lui-même et poursuivi, fuyant ur la
neige, an abri que l'arbre charg~ clc gine,
il sauvait ces feuilles acrées; elles le sauvèrenl peuL-èLre, lui gardant ur la poitrine
la chaleur el la force du grand cœur qui les
écrivit.
Les hommes qui ou!Trent à voir une ierlu
trop parfaite ont cherché inquiètemenl s'il
ne trouveraient pa quelque faiLJesse en la
vie de celle femme; et, ans preuve, san le
moindre indice, ils onl imaginé qu'au fort
llu drame où elle devenait acteur, à son moment le plas ,•iril, parmi les danger , les
horreurs (après Septembre npparemmeul? ou
la veille du naufrage qui emporta la Gironde 1)
madame Rofand awut le temp , le cœur
d'écouler les galanteries el de faire l'amour ....
La . eule cho e qui les embarrasse, c'csl de
trouver le nom de l'amant fa,·orisé.
Encore une fois, il n'y a nul fait qui molive
re ' uppo ilion . Madame Roland, tout l'annonce, fut toujours reine d'elle-mwne, mailresse alrolne de ses rnlontés, de . cs ncl ' $.
"eut-elle aucune émotion1 celle âme forte,
mais pns ·ionuée, n'eut-elle pas son oragcL.
Celte 11ue lion est tout autre, el ans bé ilcr
je répondrai : OoL
Qu'onmc permelledïn isler. - Ge fail,
peu remarqué encore, n'e t point un détnil
indifférent, purement anecdotique de la Tic
privée. Il eut sur madame Roland une gra,·e
inOuence en 91, et la puissante acLion qu'elle
exerça dès cette époque erait beaucoup moins
explicable, i l'on ne vosait à nu les eau e
particulière· qui passionnaient alors celte
àmc, ju que-là calme cl for le, mais d'une force
tou l a:si e en . oi et sans ~clion au dehors.

Madamll Roland menaiL sa 11e ob~curc, labori '11 e, en 0, au Lrisle clo de la Plnlière,
près de Villefranche, cl non loin de L)OD.
Glle entend, al'ec Loule la France, le r.anon
lie ]a Rastille : son sein s'émeul el se gonile;
le prodigieux é\·énemenl semble réali el' Lous
"e rhe , tont cc qu'elle a lu de anciens,
ima"iné, e pérê; wilà qu'elle a une pa.lrill.
La füh·olulion s\!panù , ur ln France; l,~·on
~·éieillc, el \ illclranchc, la campagne, Lou
les ,iUagc . La fédération de !10 appelle 11
L ·on une moitié clu royaume, toutes le députa lion de ln ":trdc unlionâle, de la Corse à la
Lorraine. l)I) le mntin, m:ufame l\oland élaiL
c:n cxtn e ur J'admirablc quai &lt;lu Ilhone, el
'cni,-rait de tout cc peuple, de rrlle rralernilt- noure&gt;Ilr, dt' refl • splem.lide aurore. Ella
e&gt;n écri,·iL le ·oir la relation pour son ami
CMmpagneux, jeune }1omme de Lyon, &lt;jOi,
. ans profil el par pur palriotisme, faisait un
jourual. Le rruméro, non sign~. fut vendu il
. oixaote mille. Tou cc gardes r1alionaux,
relonrnanl chez eux, emportt•reol, an le
sa ,·oir, l'àme do madame noland.
Elle aussi elle l'elourna, elle revint pcnsi1 e
d.:ms son désert nu clo de la Plalière, q11i
lui parut, plus qu'i1 l'ordinaire encore, ·Lérilc
ri aride. Peu propr~ alor ' aux tra,·:rnx techniques dont l'occnp;iit son mari, rlle lisail le
Proci's-1·erlml, si inléressanl, de.~ eleclC'u1·s
de !l, la rérnlution du U juillet, la 1,risc de
1a Ba tille. Ln hasard voulut justement cpt'un
de ces électeur~, M. Ilancal des l art ' . l'ù l
adressé aux Tioland pnr leur amis de LJon,
et pa~s;H quelques jours chez eu1. \J. Oancal,
d'une famiUe de fabricant de :\Jontpellier,
mais transplantée à Clermont, y avait été
not:iire; il venait de quitter celle position lucra!iYc pour. e liYrer tout entier aux étudede son choix, aux recherches politiques et
philanthropiques, a1;1x dcroirs du citoyen. li
avait environ quarante an , rien de 1.,rillaol.
mais beaucoup de douceur et de sensibilité,
un cœur bon el charitable. Il avait eu une
éducation fort reli!rieuse, et, après arnir traver é une période philosophique et politiquc-,
la Convention, une longue caplhiLé en Au1riche, il e~t mort dans de grand sentimenL'dc piété, dans fa lecture de la Bible, qu'ils'r~sapit à lire en hébreu.
JI fut amené à la Platière par un jeune médecin, Lanthena , ami des Roland, qui vivait
beaucoup chez eux, y pas aot des semaine.: ,
des moi , travaillant a,·ec eux, pour eux, fai.. anlleurs commis ion·. LadouccurdcLantbcna , la scasi bili Lti de Bancal des lssarts, la
bonté au Lère mais chaleureuse de Roland,
leur amour commun du beau et du bon,
leur atlnchement à celle remme parfaite qui
leur en présentait l'image, cela îorrnail tout
naturellement un groupe, une harmonie complète. li· e convinrent i bien, qu'ils se demandèrent s'ils ne pourrnienl continuer de
viwe ensemble. Auquel des trois vint celle
idée, on ne le ail; mai elle ful saisie par
flolaod a,·cc ,ivacité, soutenue avec chaleur.
Les fiola.nd, en réunissant toul cc qu'il
a,·aienL, pou,•aienl apporter à l'as ocialion
·oixante mille livres; Lanthena. en avait vingt
""5o ...

ou un peu plas, à quoi llancal rn nurait joint
une centaine de mille. Cela faisait une Mmmc
assez ronde, qui leur permettait d'ncheter des
hient1- nationaux, nlol'S à vil prix.
Hien de plu touchant, de plu digne de
plus honnête, que le~ lettres où Robnù parle
dè cc projet à Bancal. Celle noble conllancr,
cctle foi à l'amitié, à la vel'tu, donne el de
Uoland et d'eu.x tou la plu. haute idée :
(1 Ycncz, mon nmi, lui dit-il. Eli ! que lardez•
,·ou ·? ... Vous a,·ez vu notre manière franche
cl ronde: ce u'e l point à mon âge qu'on
changCJ, quand on n·a jamais ,·arié... . ou
prêchons le palrioti me, nous élevons l'Jmc;
le docleur fait son mélier; ma fl'mmc est
l'apothicaire de· malade llu canton. Vons et
moi, nou feron les affaires, 11 etc.
1.a grande amure &lt;le P.oland, c'é1ai l de catt!chiscr les paJsans _ de la contrée. de leur
prêcher le nouvel Evangile . ~forcheur admirable malgré on âore, parfoi ·, le L:Hon à la
main, il s'en allait jusqu'à Ll·ou avec ·on ami
l.ant henas, jetanl fo bonne ·emence de la liucrlé sur lout le chemin. Le dib'ne homme
cropiL lrouYer llan Bancal un auuliaire utile,
un nou,·e:in mis ionnairc, ùont la p;.u-ole doue,·
cl onclneu e forait des miracles. llauilué à
voir l'a iduilli désintéressée du jeune Lanlhena · près de madame Roland, il ne lui ninail pa · même à l'esprit quo Bancal, plus àgé,
plus sérieux, pût apporter dan~ sa mai.on
autre chose que la paix. a femme, qu'il
aimait pourtant si profoodémcnl, il :ivail un
peu oublié qu'elle fût une frmme, n')' YO)ant
que l'immuable compagnon de se lravnu.x.
Laborieuse, sobre, fraiche et 1iure, le teint
lransparonl, l'œil forme et limpide, madame
Roland étail la plu ra~sur:mle image de la
force et de la vertu . Sa grâce était bien d'une
l'emme, mais son ruàle e.pril, son cœur
stoïque, ét.nilmt d'un homme. On dirait plutôt,
i1 regarder ses amis, 11ue, prè d'elle, ce ont
eux qui sont femmes; Bancal, Lanthenas,
Ouse, Champagneux, ont tous de trails assez
lloux. Et le plus femme de tou par le cœur
peut-être, le plu faible, c'e tcelui qu'on croit
le plu ferme, c'e L l'au Lère l\oland, faible
&lt;l'une profonde passion de vieillard, suspendu
à la vie de J' au lre; i I n'y paraitra que trop à
la mort.
La s.iLnaLion efH été, inon périlleu e, dn
moins pleine de combats, d'or3ge . C'était
Volmar appelant ainl-Prt&gt;ux auprès de Julie,
c'élail la Lar4ue en péril aux rochers de la
Meillerie. Il n'y eùt pas eu naufra"e, croyonslc, mais il valait mieux. oc pa s'cn1u:irquer.
c· e. t ce que rnallame Roland écrit à Bancal
dans une lellrc vertucu e, mais en mème
temps trop nahe cl trop émue. Cetle lettre,
adoral1lement impl'ndentc, est restée par ccltl
mèrne un monument iuoppréciable de la JJUreté de madame Roland, de on inexpérknce,
ùe la ,·irginilé de cœur qu'elle conscna
to11jours .... On ne peut lire qu'à genoux.
Rien ne m'a jnmai plus surpri , touché .. ..
Quoi! ce h.Sros fnl donc,·raimentunefemme'?
\'oilà donc un moment (l'unil1uc) où ce grand
courage a fléchi . La cuirn. e du guerric-r ,;\•n;\\A\!AME ROLAND

IUR L'ËCIJAFAUD , -

Tabltau ~ LIO~L

ROYEll.

Clkbt Bnuo •t Ç"

�M.JfD.JIME "R..OLJl'ND

1!1ST01{1.Jl
lr'omre, et c'o. t une femme 1p1'on voit, .e
sein bics é Je Cluriodl'.
Banc.il nrnit écriL a11t Hol.md une !cure
nffl·clucuse, lc11Jrc, oîi il di nit dr• ccll&lt;' unim1
projet~c : " Elle Ît&lt;ra le charme de notre \ÎC,.
et nou ne ·cron: pa iuuLilc à nos cmblahle -. 1&gt; llo!:uuJ, ,1lor · à l.)Orl. emo1a la
lettre 1t ~a femme. 1::11 • était ,cule à ln camp:1!!lle; l'été avail été trl,s sec, la •·haleur étail
IJ•1'.s rol'LC, ,1uoit1u'on Fùl Mjà tll oclc,lm•. Le
lormerre grondait. cl pcntla11l plu ienr. j.our'
il 1rncessa point. Orage au ciPI el sur ln terre,
oragtl de ln pa ·~ion, orn;;r de la Uél'olulion ....
Ile grands trouble , ~an' duule, nllnient
arrirnr, uu flot iuconnu d'~,·tfocm.cnt8 qui
ùevaient bientôt boule,·cl'sor les cœurs el les
destinées; dan· ces grand momenl d'attente, l'homme croit voloutier que c'esl pour
lui Lille Dieu Lmrno.
Madame ~oland lot à peine, cl elle îut
inondée dè lannes. Elle .e mil à table sans
sa,·oir cc qu·elle 11crirai L; elle écri,·il son
trouble mêUle, ne cacha poi111 qu'elle plcurajt. C'iîtait biun plu riu'un :\\·eu lendre.
)fais, en même lcmi1. , rellc cxcelll•nlc el couragcu~e femmt:, Lri'::mt son l.'spoir, se l'ai ait
l'ctfort d'écrire : 11 Non, je ne ~,ù · point
assurée tle \ulr(l bonheur, je ne me pardonnerai~ point de fovolr lrou lM. JI! crois vou
voir l'iittacher à des mOil'O~ que je èrui fan1,
à une e:pér:incc que je Joi$ inll'rJire. » Tout
la re· Le e t un m.;bn 0c J,icn louch~nL de
\Crlu, de pas ion, ù'rnrJn~ê,1uu11cc: de temps
1t autre, un ar,e~nt méla111•uli11 ut\ d je no sai
quelle somùrc prc1,i. ion &lt;lu dc&lt;lin : 11 QtHmd
est-cc 11uc nous nous re,·crro11s·! ... Qne 1io11
1p1e ju mn faIB ~011r,.wt et que je n'ose réuudre. : .. ~lai· po11r,1uoi cl.ti:n.:her à pénctrcr
l'tll'cnir 11uc fa nature a 1uuru oous c.,cher'!
!.ai on.•lt• donc ou. le wilc imposant do11 L
d!c: le co11v1·c, p11i.stp1'1l Ill' nom, e~t ,,,1 ·
Jonné de lt! pénétrer; n,n1s J1°a\uu · sur lui
qu 'une i;orl(• d'iulluenl't', elle ti$t ,;ranJc sans
Juulc : c'e t de prrpnrcr ~on bouheur par l.i
~:Ul't' rmploi ù11 pré·ent .... 11 Et plu loiu :
u II n&lt;l s·e L poiut ticoul{&gt; ri11;;1-,1ualrc h,·ur~ ·
dans la em.1ine yue le tonnerre ne oo soit
lail Pnlcndrc. Il I ic11l encore Je gronder.
.l'aime a. scz la Lcinte qu ïl prèll~ à nos mm.p:igne ·, elle est aug11 . lc t'L somLn·, mai· elle
,eroil h1rrilittl 11u'dle J1'i11~pirer::it pa, plns
d'effroi .. .. 11
Banl'al était age C't bonn~IR. Ilien tris11'!,
malgré l'hi"er, il pas~a co Angleterre, et il ~resta lon°lcmps. O~crai-jc r~ dire? plu · Jon~lt'mp peul- ltrc 1ptc madame Boland nr l'eùl
\'Oulu cllL~mt\nll•. 1'dle c ·L lïuconsé,prcuœ
du cœor, mèmu le pl us , crlueux. Ses 1.-llre. •
lue. ;itrcIIt1r\•nM1I,. 1lrrrnl uur llucluuliun
étr:mgc : die s'éloign1•, ell e 1~ rappro1·he :
par rnom ·uts elle -e dèlie d'ellc-mêml'. d par
momi?nl· e ra me.
Qn.i dira &lt;ru 'c11 février, parlon Lpour Pa.ri ,
oil le aJTaires de la rillc Je Lyon :in1ènnic: nL
Roland, die n'ait pa rruelquc 'joie ~mè(e ile
, e rct.rourer au "rimd centre otr ~ne.il vn
néœ sairemcnt re,1~nir? ~lai c'est jm,Jemenl
l'ari, cru.i bientôt donne :1 es idées un tout
a11trc cour . La pa siou 11 tran forllle, elle

le lonrne enlièremcnt du côlé de: ~nnirt-s
pulili11ucs. Chose hicn inh.lrr!·sante cl Louchante à obscnrr . .\près l,1 "l'and11 émotion
ùc la r1:dêrulion lyonnai~c, eu spccladP al!cndri · auL de l'uriion de Loul un pc1I pl•, die
.,étail Lrot1vl:1• foililc cl ll·ndr&lt;: au ~tntimcol
iufo·i&lt;lucl. El m:1intona11l rc . unti01en1, au
specla.de de Pari', l'.:'Ùeri,,nt touL g~ □èral.
cü,iquc cl palrioti1111l'; rna&lt;lanre fiola□ d se
relrou\·e dlc-mt•mu el n'aime 11lus 11ue la
France.
,''il 'agi ·sait d'une antre femme, je &lt;lirais
11u'clle fuL saun1e d'elle-même par la né,·o•
lulion, par la Rrpublirruc, par le comhnl et
la mort. , on au. t1irc union avec RolanJ l'ut
confirmée par leur parlîcipaJion commune
au ënlnement de l'époque. Cc mariage de
travail devinL un mariaœc de lutles commun•',
de acrifice , d'efforts héroïques. Pré~enêe
ainsi, cl[c arriva, pure el ,·ictoricu c; 11 l'écb.nfaud, l1 lu gloire.
Elle ,iuL à Paris en février H1, à la ,eille
d11 moment si gra\e où de,ait s'agiter la que lion de la T\épubli11uc; die ~- appo1-1ail dl!nx
forces, l:i. verlu à la foi · el la passion. llésenée jusr1ut.!-l:1 daris on dii crL pour les
grands é1•énemeuts, elle o.rrivaiL avec une jeune se d'cspril, une l'raicheur dïdPes, de .enliments, ,l'jmpre sion~, à rajPunir les politiques les plus btigu~.' . Eux, ils étai&lt;•nl déjà
lns: elle, ,Ile naissait ùe cc jour.
i\ulré fot'l'C m~ "téricu.se. Celle personne
très pure, ad111irnbfomcn1 gardée par li:: orl,
arri,,üt pourl:lllL le j1Jur où la fcmnH: C!&gt;t bien
reùoulal,!c, le jour oit le dc\Oir ne . nffira
plu~. le jour où le cœur, lou 0 1emps contenu,
:.-'épandra. Elle arrivait invincible, avec une
force J ïmpul ion inconnut:. ~ ul crupule ne
la rclarJ:aît; le honlwur ,·oulaiL qur, le enli111c11l personnel s'étanl nincu 011 éludé, 1'1ime
hl: tournùl tout enlièrc Ter, uu noble bat.
~raud. ,Prlucu\, 0loril!ux, et, n'y ~elllanl 11ue
lï.1on11Pur. se lnuçâl à pleine voile ur ce
1in1m·l océ,rn de la rérnhtlion et de Ill pall·it'.
Yoilà pour11uoi, l'n co moment, elle était
irré i~til,le. T&lt;•I [uL 1, peu près llous.cau.
lor ·rruc uprès sa pa,sion mal heureuse p11ur
mad~rne d ïloudclol, retoinM ·ur lui-mèmc
cl rentré en lui, il y retrouva un fo)~r
immcn e de celle inextinguible ffamme uir
·'emhra a tout k jèdc: le nùlra, à cenl :ms
de distance, en cnl enr?re l:t chaleur.
m~n du plu sé,èi'c que 11• premier coup
d'œil de madame HolanJ ur PJris. L'J ·sen1l&gt;léc lui fait horrcm, .es ami· lui font pitié.
.\ssise ,fans les tri Lunes de l' b;:cmLl~c 011
1h· JaCttùin .. elle perce &lt;l'un wil p1hié1ran1
luns le carnclèrl'S elle mi Là nu les rau etc ,
h, lkb( tJ , le. ha " ' es, la comédie d('
conslilutiomtel ' , k lcr"i,·cr ·alions, J'indéch,ion dt" amis de la libcrl~. Elle ne ménage
nullemenl ni llrissot, qu'elle aime. mai
qu'elle 1roun: timido el léger, ni Co11dorccl,
qu'elle crnil double, ai Fauchet. dans lcq uel
« elle ,·oil bien qu'il y a un prèlre. n ,\ p,ûn,
[ai l-cllc griit·e à Pélion cl Hob ,-pil' rl't'; encore
on \'OÎI hicn que hm, lrnteurs, lrur::. ménagements, vont pw à on impatience. Jcuut',
ardente, forte, sél'ère, elle leur demande
0

romptc à tous, ne vcu l pa, cnlenùre parler de
J ,\1;1i ", d'obstadc ; elle les ~ornmc d'ètre

homme · cl d'a3ir.
Au tri~l1• ~rect!lclr de la liberté eulre\UC,
•spértle, déjà perdue, ·elon elle, elle 10udrait
retourner à Llon, « elle vet"e des larme de
san" .... Il nous faudra, &lt;liL-r:11 ' ile :ï mai),
un,• nouvdle ius.urreclion. ou nous somme~
perJu puur le bonheur ou la liberté; mai:.
je dout~ •1u'il , ail a sci de vig11eur dan le
peuple. l,a gu~re ci1·ile mème, !out horriLilt:
rp1'dle ~oit, a1·1mceraiL la rég 1nération do
11ulr(• c:iractère el de nos mœurs .... - li
f.tut être prèl a touL, mi•me :\ mourir san5
regret. il
La gënéralion dont madame flola11d désc père si ai t1ml!al aYait Jes dons admirable , la
foi au prog1'è{, le désir sincère dn lionh~ur
Je homme ·, l'amour ardent du l,h:n pul.il1c;
elle a étonné le monde par la grandeur d,..
sacrifice . Cependant, il fa.ut le d re, ù cet.le
~poque où la ~iluation ne commandail pa
encore avec une force impérieu e, ces caractères, formé~ sous rancien 1égime, ne ·n11nonçafonl pas mu 11u a pect m.i.le cl Hh·i•re.
Le courage d'e. pr;L manrtnail. L'initiative du
~énie ne ÎUl a.lur~ chez pers'.'noe; je n'excevte
pa · ~lirabcau, malgré 011 gigante. que L lent.
Les hoaunes d'alor~. il faut le dirti aussi,
a,aient di!jl1 immen éme.n~ écrit, parl~, com1,atlu. Que du Lra,·aux, &lt;le thscus iou~. d'événerucul • en Lassé·! Que de réformes rapides 1
Ouel renou,ellcanenl du monde! ... La vie dt ·
hommes importants de l'A~ emhlée, de la
prcs.rn, avait été si laborieuse qu'elle 11ou
semble un pro!J'.ème; deu,;: s1(am:es Je l'A~semhlée, s:imi rPpo que les ~ancœ d,
,lacul,in el aulre dul,s, ,iu qu·~ 1,nze heures
ou minuit; pui• les di. tour' :1 prépart'r pour
lt: lendemain, lt's artidei:, le · affaire et lts
inl rigucs, fo séances &lt;les t omilé. , les conciliabules puliû11ucs.. .. L'élan immeost&gt; du
prt:1mier moment, l'espoir infini, le: avaient
d'abord mis à même Je 01,portcr touL cela.
Mai· enfin l'effort durait, le travail sans lin
ni Lornes; il· étaieut un peu retumLé ·. Celle
gt'néralion n\ila.il plu entière d'e. pril ni dti
furcc; quelque- irn:ère 11ue fus ent es cnu, ictiom:., elle n'nv~it p,1 ' la jeunesse, la fraid,cur 1J'e~prit, le premiu élan dr la foi.
Le ':!2 jum, :m milieu Je l'hé itatiu11 uniVl•rsellc dr polillqocs, madame lloland n'hJ.
;;ila point. Elle érri~it, el liL écrire en 11ruvince, pour qu'à l'enconlrè de la faiLh1el 1&gt;:ih:
adresse tl1;s Jacobiu les a~.ernli1€es primoirc,dcmanda sentuuecoa,ocalioosén~rale: 11pour
ùélib 'rl!r par u,d el par Jlon '11 com'it•11l th•
conserver au goun•rneruenl la l'ornw monarr·hique ». - Elle prou~e très Lim. lc ~H. 11 qm•
Ioule rég~nce e:.L irnpos ihlc, qu'.il fmt ,,m,pcnùre Louis XVI, &gt;l etc.
Tous ou pre.sque Lou recuhienL, Lé itaient,
lloll:tit!nL encore. Ils hala.nçaicnl le con.idtL
ralions dïnlér~L ', d'opportunité, s'allend~icnl
le uns le aulre , se l'Omplaient. 11 .Nous
n'~Lion. pas douze rép11l,licarns rn !J, 11 dil
Cnm,llc Llesmoulin . lis avaient b.en mulûpliu
c11 \li, nràce au \'O)0" e de Yartmnts, et le

1,omLrc était immense de· républicain 11ui
l'étaient sans le sarnir: il fallail le leur
appreudrc à rnx-mûmes. Ceux-là seuls c.'llculaicnt hirn l'affaire, 11ui rie 1•oulaic11l pa~ calculer. En tête de rel te a,·ant-garde marehait
madame 1\olaod; dlc jrtail le glai1·e d'or dans
la halauce inrl~cise, son courage et l'idée du
droit.

Madame Roland, à celle époque, l1 en jucrer
par ~e lt!llre. , élail Lraucoup plus ,·iolenl
•1u' elle ne le parul plus lard. Elle diL eu
propres termes : &lt;1 La cbule do trône est
am!lêe dans la destinée des empire . .. . 11
faut qu'on juge le Roi .... Cho e cruelle à
peru er, nou ne saurions être régénéré· que
par le sang. »
Le mas'acre clu Champ de ~fars (juillet !l l),
oir ceux l!Ui demandaient la. république ·rurent
ru illé, snr l'autel, lui parut la mort de la
liherlé. Elle monlra le plus louthnul intérêt
pour 11obe~piorre, que l'on croyait ru péril.
Elle alla, à onze heure du oir, rue de Saintonge, au \Jurais, où il demeurnit, po11r lni
offrir un asile. Mai. il étail resté chez le menui icr Duplay, rue Sainl-Honor.:. ne là,
M. el madame fioland allèrent chez fiuzot le
prier de défendre Robe pierre à I' ,\ i'mlMe.
U~1zot reFn~a: m~is Grégoire 11u.i était présent
s engagea a le faire.
li étaient venu à Pari pour les affaire;;
dr la ville de L)on. Ayant oùtenu cc qu'ils
voulaient, ils rolouruèrcut dan leur olituJe.
Immédiatement (27 eptemhre 91 ), madame
Roland t:cfr,it à Roh,·spierre une fort hellc
le Ure, à la fois s parti ale et sen Iimentale,
lettre digne, mai. flatteuse. Celte lettre, un
f!OU tendue, sent peut-être le calcul et l'intention politique. Elle étaiL 'iisihlemenl frappée
de l'éh1sticité prodigieuse a1"ec laquelle la machine jar.obiue, loin d'ètre brLée, e relevait
alor dans toute la France, et du grand rôle
pvlitiquc ile l'homme qui e Lrou1'aiL le centre
de la société. J'~ remarque les pas ages sui"ants :
(C Lors même que ,j'aurais suh•i la marchr
du Corp légblahf d,ms ks papiers publièS.
j'aurais distingué le petit nombre d'hommes
courageus, fidèles aux priucipe , el parmi
,·es homm{!s, celni donl l'énergie n'a cessé
de ... , elè. .J'aurai 1·oué à ces élus r allachemcnt et la recormaissanc.e. - (Sui,;-enl des
d10 es très.hautes : faire le biea C'omme
llieu, sao rouloir de reconoaisi,llnce.) Le peu
d':lm.es élevées qui scrnienL capaWcs de grandes
choses, disprrsées sur la surfare de la lerrr,
cl commandées p:1r les drconslanccs. ne
peU\'cnt jamais e réunir pnur n.gir de conct'rl.. .. (Elle s'ene:tdrc gracîrnsemenl de son
Pnfanl, de la nalurè, nallire triste Loulefoi~.
Elle esquis e le paJsage pierreux, la sécheresse extraordinaire. - Lyon arii:tocrate. A la campagne, on r1"oil 1'oland ari:tocralc ·
on a crié : A la lanterne! elc.) - Vou~ avez
beaucoup fait, mon~ieur, pour d ~montrer et
répandre c~s principes; il est :beau, il c~L
~on. olnnl de pouroir se rendre ce trn1oignagt·,

à ull ùgc où tant d'autrés ne avent point
quelle carrièr.i four e t ré:er\·oe.... ~ i je
n'a l'ais consîdét'é que ce fJUe je pouvai vou'

mander, je me serais abstenue de ,ou.s écrire;
mai. s:m a\oir rien à to11s apprendre, j'ai

Jux-;\I.ARIE. RoL,\ND DE 1,.\ PLAT11::TU=:.

Por1r1,11 !{r:tv.! f:rr

1.,., ncuu.

eu foi à l'intérêt avec lcqu l vou rrcevriez
des nouvelles de deux êtres dont l'âme est
fa ile pour mus sentir, el !{Ili aiment à vous
exprimer une estime quïl accordent à peu
de personnes, un :i Ltac·bcment qu'il· n'onl
v!lué qu'à CCUI qu.i placent au-dessus de toul
ln gloire d'ètre juste et le bonheur d'être
scnsil,les . .Al. Roland vienl de mé rejoindre
fatigué, atlristé .•. " elc.
ous ne vorons pas qu'il ait répondu /1 ces
avances. Du Girondiu au Jacobin il y avait
différence, non fortuite, mai naturelle, innée,
dijft:rence d'espèce, haine io tinctive, comme
dll loup au chien. Madame Roland, en parliculier, par ses qualités brillantes et virile~,
elfarouchait Robe pierre. Tous dc.ux. avaient
ce qui seaÙ&gt;lerail pom•oir rapprocher les
hommes, et qui, au contraire, crée entre eux
1 · plus vives aolipalhies : avoir w1 même
dé(n11l. Sous l'héroïsme de l'une, sous la
per év,:ranoe ~dmîrable Je l'autre, il y avait
un défaul commun, disons.Je, un ridicule.
Tous deux, ils écrhait!nl toujours, ifs élaÎl'/11
nés saibeJ. Préoccupés, on le verra, du strle
autant que des afü,ire~, ils ont écrit la nui l,
le jour, vivant, mourant; dans les plus ter~
rible crises, et presque sous le couteau, fa
plume et le t}le furent pour eux une pen ée
oit linée. \'rai fils du x.1111" iè.clc, du ·ièclo
l!IIIÎnemment liLtérair~ et belle"/1-isle, pour
&lt;lir·.: comme les .Allt:rnands, il· :,ardèrL•ol ce
carai;tèrc d.10s lt• lrogédit•s d'un autre :1ge.
füJame nolaad. d'un rœur tranituillc, éf.ril,
·oigne, cares:e i;es aùmirahles portraits, pendaul que les crieurs puLlics 1u.i chantent sous
se. fenêtres : « La morl de la r"'mmc noland! o Rohe picrr1', la ,·cille du D ù1ermidor,
, 1111' ' la pemél! dé l'a!, ils,-inat cl celle de
l'échafaud, arrondit ,a période, moins soucieux de vivre, cc sC'mLle, rp1e de rr.ster lion
écrivain.

..., 53

i&lt;-

--,

Comme politique· e1 gew de lcllre::,, db
cel le époque, il' s'nimaient peu. Hohespierre,
d'ailleurs, ~vaiL un se □. trop ,jm-tc, une trop
parfaite eutenle de l'unité dl' ,ie néc~s ·aire
aux grands Ir,wailleur., pour ·e rapprocher
ai,êmenl de celle remme, de l'elte reine. l'rè
de madame Ilolanù, fltt'ciH été fa vie d'uu
ami? OU l'ou~i slfl(C, OU l'orage.
~L el madame I\olaod ne revinrent à Paris
qu'en !11, lorsqll.ll la force des choses, la
cbule imminenle du lrônc, porta la Gironde
aux affaires. ~lad.une Rolao&lt;l fuL, dan· les
salow duré; dn mini trre Je l'intérieur ce
qu'elle aYail éhi dans ·a solitude ru Lique.
eulemenl. ce qu'il y a,·ail n~turcllrmcnt en
elle de !'l!rieux. de for L, de viril, de tendu, y
panit souvenl hauteur l'l lui Ill beaucoup
ù'enuemii.. li CSL faux q 11' èllt:! doun:'tt le. plar.c ,
plu vr:ii qu'au contraire elle annoLail h·s pétitions J.lJ mots sévèrr · riui ,1eartaient le· . ollicileurs.
Les deux mi ai stère· de nul and appart icnnen t à l'hi. toire plu. qu'à 1~ hiograpbie. l'n
mot . eulemcnt sttr la fameuse lcure du l'Oi,
à proro · de laquelle on n inculp,:, certP à
Lori, la Joyauté da mini~Lre et de sa femmr.
l{o!aod: ruioi~tr!' républicain d'uo roi, ~c
. enlanl C'haque ,jour plu. déplacé aux Tnilcrie , n'a1,ait mi. le pied dans ce lit n fatal
qu.'à la condition positive qu'un secrétaire,
nommé nd hoc expre émeol, êcriraiL chaiJU0
jour tout au Joug les &lt;lolibcrations, les avi •
pour qu'il ou re·tât témoignage, et qu'en ca:;
de perfidie on pùL, daos chaque mesure. diviser et distinrruer, foire la parl précise de
rc, pon. alliJiLé qui revenait à cbac.uu.
La promes e ne fut pa, tenue; le roi ne le
voulut point. Roland alors adopta deux moieus
qui le counaicnl: Convaiuoa que la publicit.é
e t l'àme d'un Etal lihre, il publia chaque
j1ïllr dans un journal, le Thermomèfre, tool
t:e r_[UÎ pouvait e donner utilement de. dédsiom llu conseil; d'autre part. il miouJa. par
la plume de sa femme, 11ne lellre francJir,
~-ive et forte, pour donner au roi, et plu~ tard
pcuL•êfrc a.u puhlit;, si le roi e moquait
de lui.
Celle leHre 11{,tait point confidentielle; elle
oc promettait nullement le secret, q11oi qu'on
ail Jit. Elle s'adrc.sait visilJlcmcnt 1, la France
autanl qu'au roi, el disait en propres termes
que floland n'arait recouru à ce moyen qu'au
défaut du secrétaire et du regUrc qui eussent
pu témoigner pour lui. Elle Îlll l'('mi,e par
l\oland le 10 juin. le même jolll' où la cour
faisait jouer contre l'Asseml.ilée une nouvelle
mac.bine, une pétition menaçante, où l'on
disait perfidemcnl, au nom ile lmil mille
préleudas gardes n:itionam, r1uc l'apprl des
vingt mille fl'd.!rés des départements était un
outrage à la garde nationale de Paris.
Lé i I ou '12, le roi ne parlant pa de la
leltre, Roland pril le parti de la lire tout haut
en conseil. Celle pièce, vraiment éloquente,
est la suprême protestation d'une loyaul • républicaine, qui pourlaul montre encore au
roi une dernière porte de salut. Il y a des
paroles dure , de nobles cL tendre a m~i.
celle-ci 11ui csl sul1lime : « Non, la patrie

�1flSTO'R.1A
n'est pas un mol; c'e t un êLre auquel on a
~ait des sacrifices. à qui l'on s'attache chaque
JOUr par fos sollicitudes qu'il cause, qu'on a
créé par de "rands efforts, qui s'élève au
milieu dei inquiétude el qu'on aime autant
parce qu'il coûte que parce qu'on espère .... »
uivent de graves a,·erlissement • de trop
véridiques prophétie· ur les chances terrible.
de la résistance, 1Jui Iorccra la Hépublique de
~•achever dao le ang.
Cette lettre eut le mei!Jeur uccès que p1H
espérer rauleur. Elle Ir fil renw cr.
Nous avons noté aiJleur les foute du second ministère de Roland, l'hésitation pour
rester à Paris ou le quiller à l'approche de
l'invasion, la moJadres ·c a\'cc laquelle on fit
attaquer Ruhespierre par un homme au si
léger que Louvet, la sé,·érité impoliûque arec
laquelle on r •pou sa le avances de Danton.
Quant au reproche de n'avoir point accéléré
la vente des biens nationaux, d'avoir lais é fa
France sans argent dans 1m tel péril, l\oland
fit de grands efforts pour ne pa Je mériter;
m~is les admini trations girondine de départements restèrent sourd~ aux injonctions,,
:i.ux ·ommations les plu pressant, .
n~. seplemhrf! 02, r. cl madame H(J!anJ
coururcnLlcs plus grands périls pour la ,ic el
pour l'honneur. On n'osa user du poignard; on
cmplop. les armes plus cruelles &lt;le 1a calomnie. En déœm1re 92, un intrisant. nommé
Viard. nll:I trouver Chabot et Jlarat, e fil fort
de leur faire saisir les fils d'un grand complot girondin; l\oland en était, et a femme.
llarat tomba sur l'hameçon avec l'àprelé du
requin; quand on jelle au pois on ,·orare du
boi·, des pierres ou du rer, il avale indilféremment. Chabot était fort léger, gobe-mouche, s'il en fut a-vec de l'esprit, peu de sen ,
encore moins de délicatesse i H e dépècba de
croire, se garda 1,îen d'examiner. La Convention perdit tout un jour à examiner ellemème, lt e disputer, s'injurier. On fit an
\'iard l'honneur de le faire venir, et l'on enlretit fort bien que le re pectahle lémojn
produit par Chabot el Marat était un e~pion
qui probablement lrav:üJJait pour lous les
partis. On appela, on écout.t madame l\olanJ,
qui Loucha Loule l'!ssemLléc par sa sràre et

sa rai&lt;,on, es parole pleines de erJs, 1h: modestie rt de tact. Chabot ét.AÎl accablé. fü1rat,
Curieux, écrh•il le soir dans a fouille que le
Loul avait élé arrangé par les rolandi tes pour
mystifier les patriotes et le rendre ridicul .
Au ... juin, quand la plupart d~ Girondin·
. 'éloigni'•tcnl ou se cachèrent, les plus bra-ve. ,
s.ins comparai on, œ furent le:; Roland, qui
jamais ne daignèrent découcher ni changer
d'asile. Madame Roland ne craignait ni la
prison ni la mort; elle ne redoutait rim
qu'un oulrage per onnel. el, pour rester toujours mailrc e Je son sort, elle ne s'entlormaü pa ans mettre un pistolet sou~ ,;on
chevet. ur l'a.ri, que là Commune il\'aÎl
lnnœ contre Roland un décret il'o.rreslation.
elle courut aux Tuileries, dans l'idée héroïque
(plu. que raisonnable) d'écraser les accusateurs, de foudroyer 111 )lootagne de on élo11uenœ et de on courage, d'arracher à l'A ·semblée la liberté de son époux. Elle fut ellcmème arrêtée dan~ la nuit. TI faut lire Loule
la seime dans ses Mémoires admirables, qu'on
croirait souvent moins éc.rit d'une plume de
f..lmme que du poignard de Colon. Mais lei
IJ}Ol, arraché d · entrailles maternelle , teUc
allusion touchante à l'irréprochable ami1ié,
lont trop c.ntir, par moment , que c&lt;: grand
homme e. l uue femme, Llue celle âme, pour
êlre si forte, hélas I n'en était pas moins
tendre.
Elle ne fil rien pour se oustraire à !"arrestation, et vint !t son lonr loger à la Conciergerie prè du cachot de la reine, sou œs
,·oille. veuves à peine de Vergniaud, de Ori ~
~ot, el pleines de leurs ombres. EUc y ,·ÎJù
royalement, héroïquement, apnt, oomme
Vergniaud, jet, le poison qu'elle a,·ait, el
YOulul mourir au grand jour. Elle cro)·ail
honorer la République par son r.ourage au
Lribunal et la fermeté de sa mort. Cciu qui
la "irent à la Conciergerie disent qu'elle était
toujours belle, pleine de cliarme, jeune à
trente-neuf ans; une jeune se entière et puissante, un tr&amp;or de ,ie ré ervé jaillis. ait de
ses be.iux. yeux. a forœ parai,sait surtout
dans a douceur raisonneuse, dan l'irréprochable harmonie de sa personne et de sa
parole. Elle s'ét~it amusée eu prison à écrire

à Robespierre, non pour hLi demnnder rien,
mais pour Juj faire la leçoll. EUe la fai ail au
1rib11nnl, lor qu'on lui ferma ln bouche.
Le 8, où elle mourut, ~tait un ,jour froid de
noYembre. La nature dépouillre el morne
exprimait l'étnt des cœnr ; la l\évo\ulion
nus~i 'enfonçait dans son hiver, dan \3 morl
de iUusion . EoLre le deux jardins .au
reuilles, la nuit tomba.nt (cim1 heures et
demie du soir), elle arl'iva au pied de ln
Lfütll'Lé colossale, os ise près de l'échafaud, à
lu place où est l 'ol,élis!]UC, monta légèrement
le degré , et, e tournant vers la statue, lui
dit. aveu une gra,·e douceur, ans reproche :
c1 0 Liberté ! que de crimes tommis en lon
nom!»
Elle a,·ait fait la gloire de son parti, de
on époux, et n'a,·ait pas peu contribué Il les
perdre. Elle a involontairement oh ·curci
Boland dans l'a'l'~nir. ~lais elle lu.i rendait
juslice, elle avait pour rette ùme antique,
cnthou&amp;ia'LC cl austère, une orle de reliaion.
Lor qu'elle eut un moment l'idée de s'«.•mpoi. onner, elle lui écrivit pour s'ctcuser pr~s de
lui de di po er de sa vie :lm 110 :n·cu. Elle
:irait ,yu nofand n'a.,·nil qu'une uni11uo rail.ile c, on viul nt amour pour elle, d'(luln.111
plus profond qu'il le conlcnnil.
Quand on la jugèa, elle dit: .11 Rolo.nd :;e
Luera. » On ne put lui cacher sa mort. lleliré
près dP. Rouen, cliez des dames, amies très
sûres, il se déroba, el, pour faire perdre sa
trace, voulut s'éloigner. Le vieillard, par celte
,li.son, n·auraiL pas été bien loin. Il lrourn
ane mauvaise diligence qui allait au pas; leroules de 93 n'étaient que fondrières. 11
n'arriva que le soir aux conlin · de l'Eure.
Dans l'anéantis emenl de toute police, les
voleur!- couraient les roule , altaquaienl les
ferme, ; des gendarmes les pour uh·aicnt.
Cela inquiéta Roland, il ne remit pas plus
loin ce qu'il avn.it rl!solu. Il descendit, quitta
la route, sui\'Ît une allé.c qui tourne pour
conduire à un cbàtèau; il s'arrêta. an pied d'un
chêne, tira sa canne.à dard el se. perça d'outre
en outre. On trouva sur lui son nom, et cc
mot : a Respecte~ les restes d'un homme 1·ertucux. » L'arcuir ne l'a pas démenti. Il a
emporté avec lui l'esLimo de ~e adversaires.

Mémoires

du général baron de Marbot

~llCHELET.

CHAPITQ,E XV (swfe).
llès le d.;lml de la co.111pas11c dt.) 1 O!l, I..:.,
Anglais arnicnl l'ail !ont ce tJUi ~Lait en leur
pou,·oir pour rnscilcr dl· 00111·caux crme.mL il
·apol,:on, en oulevJ11l les populations allemandes contro lui el es alliés. Ce fuL cJ'nliord
le Tyrol, que les traités de lll.O:i a,aienl
arraché à l'Autriche 11our le donner /1 fa Ba"ièrc, r1u.i ~c ré\'olt:i. pour retourni·r à "on
ancien ·ouvcr~ia. Lrs ll;rrnrui, , commande,
11ar 11• ruarc1cl1al Left•~uc, cnrenl :1 soutenir
plusieurs engagements anglants contre le~
monta~ards tyrolien~, qui arnienl pris pour
chc[ un simple aubergiste, nommé 11oter, rL

qui combat 1ir1•111 t11t•c un cour:1gc h~rOH[Ul';
mais, nprh 11udquu~ IJrilfouls ~uu:'.s, il:furc.nL lmllus p11r les troupe fran{'ai,es ,cnanL d "Italie, cl leur comnrnndanL llofer fa 1
pri et îusill,1•
l,n Primo, humiliée par la 1lêbite. d'léna,
mai• n'o ant, m:ùgré les instances ùe l'Angleterre, courir les chances J'unc nou\'cll •
guerre ou,·crl , tontro Ifopolco11, roulut cependant entr,ncr ses succès; elle prit entre
!a "Uerre el la pai..x. un terme m/JJC!l, répronn:
pa~ le droit des gcn de loules les nations
civili écs. En effet, le major clùll, ·orlanl
eu plein jour di! llerlin, à la tète de son
ré!!ÎID.crlt
de housard , pan:ourul• le nord de
0

l' Allc1u:ig11e. tuant. pill:rnl lus Français, et
:ippelanL les popiù:itions ;t la ré\'ulte. Il
paninl à forme!' ~in~ une Lande de plus de
liOO hommes. à la. Lète de laquelle il euL
l'audace d'allaquer. avec le .oulien de la
llottc angfoisc, h place forte Je tra.lsu.nd,
défendue par le brave général Gratien. On se
l,allil dans les rues, et le major , cbiU fui
1ué. l,'Empcr1'ur lit !ra.du.ire de~ant leb tribunaux les jcunl!s gon de meilleures familles de Pru. se. pri en combanant à la
:.-aile- Je Schill, el ces malheur m, conùamné.
comme t1ole11rs el assr1s;sinsanx lravau. forcé ·
à perpétuité, îurcnl enrnyé5 au barrne du
Brest! La nalio11 prussienne sïndigna de ce

�-

'HlSTO'l{1.Jl

'-------------------------

lrailemenl, mais le "Ou,cracmrnl, eompren:mt le vrai tnract~rc tle pareil: arlt•~ d
lirinanùarrc, n'o a él1,vcr aucune réclaninlion,
rl e born:i 11 JJ a.,.oucr Schill et s::t li:m1lo. li
J,, · eùt récompcMé~ ·i leur entreprise cùl
amené le sonlhement de l'.\llemagnc.
Le prince Je Brun '\\ick-Œls, &lt;Juc le lrail 1
tlc 'fil iLt avait dépo édé ùc .c. J~Lat, quilla
r \n •leterrc, ot1 il . •~tait rffugit•, se r •ndit
,!an la Lusace, rt leva une lr.mdc de
hommes. an•c la&lt;Jucllc il fit la "Ucrrc
&lt;le parû.ans contre lès Fr:in&lt;:a is et les Saxon ,
leur allié·. En Wc Iphalie, le &lt;·olonel [lernebcrg, l'un des c·hds ùc la garde ùu roi
,léràme, r11lraîna qul'lques di ·tricl el marcha
même rnr Ct~sel, dans lï11lrnlio11 d'r-nlcver
.lul'ôme, do11l quelques jour avant il était le
favori !
J'lusieur officier pru~ iem, enlr.i :mire
!\ail, le,l·reol aus. i des bandé· sur clircri;
points, el il fut ptuU1·é depuis t[u'il :lfaicnt
reçu le consentement La,·ite du gouYerncment
prussien. La jonclion de ces ditlérenls corps
1l'in uraés, conduiui par des hef habiles el
cntreprcoanls, pou,·aiL avoir de rrranru et
f:icheux ré ullals eL rnulcver contre 11011: une
parlie de l'.\llemao-ne: mais à la nouvelle de
la bataille d'Eckmühl et de la prise de \'icone,
toul •'évanouit. Le moment de rt:unir toutes
les forces de la G~rmanie contre i\apoléon
n'était pa encore arrivé; il aurait fallu le
concoms de l:i llu-~i •, alor. notre alliée, et
irai uou~ l'uurnissaiL même un corp · de
~n.uoo homme'. l;,is Lronpc.-; agirent trè,;
mollement en (;,dicic, ce qui n'cmpè ·ha pa.
la Russie de réclamer, à la pai~. a pari des
dépouille· aulriehicuncs, &lt;Jll ellu ne rcodiL
jamais. ,rais retournon au1 éf~ncmenl 11ui
• pa saienl près de Vinnn('.

~.ooo

0

CHAPITRE XVI
UctU(lttliJm 1•i aban1lo11 d~ l'ile St:hwarllP-L.•keu. Êtal,li,-,,·mont tlt'S ponts ,.,miro lïl,• de J,oh,111. La lioluille ;'eugngc entre Es,l1111t ,·L A,w•rii.

Napoléon, occupant \riennc, réw1i• ail se
pri11ripales force· autour de cette capitale.
Cepcnt.lanl, moin heureux qn't•n i UJ, il
avait trou~·é les ponts de Spitz rompu el ne
puuvail lcrmi11er la gucrr1•, ni n.llt•iudrc son
,·unetui. rpù•n passant l'imuwn e llcuvc du
llanubc, donL la ri\'c gau.:hc i'.•taiL deknJue
par l'armée du prince Cbarles. A ·elle rpo'loe
du printcmp ·, la ronlll des neige· ë•i111lc
lcllcmenL le lleuvc qu'il cbienl immen c, et
chacun de ses bras e L semblable à unn
••randc ririère; lei passage du lLnuLe préentait, par conséquent, heauc(;np de difJicultés; mais comme il promène es eaux au
miUeu d"trn très grand nombre d'iles, J.oal
quelitues-unes sont fo1•l yasle , on )' lrou\'e
des points d'appui pour l'êtahlis emcnl de!;
ponts. L'Empereur, après avoir ,·isité avec la
plus minutieuse atlenûon les rivages dn
ilcuYe, LanL au-dessus qu'en dessous de
\'ienne, 1·e(onnut deux emplacements f:norablcs pour Je passag • : le premier par l'ile
de Schwartze-Lakcn, siLuée en face de 'us dort', à une &lt;lemi-liene en an1u11l de \ ic11ne ;

le c1:ond, à pareillr. 1li,1anro l'TI aval de celle
,·ille, en face du I i lla,zc de hai cr-ltbersdorf,
au lr.lYcr· de la grande ile d,J Lobau. S:ipoléon ht trav.1illcr aux deux pont à la foi!',
afin Je profiler de celui riui serait prèt le
plu lôl cl de parla,..cr l'allcnlion des euncmi . La comlruction ùu prrmiPr fut ronflée
au maréchal Lannes, celle du second :m
m:m:i:bal Ma séna.
Le mnréclnl L:mnr. ordo1111a nu gént;ral
..::iint-llilai1·e dl' r.,ire porll'r Cil bateau
~01) \'Olligeurs cb11- )'lie de ,'d111arl1.e-Lal..en,
ép:irée tle l::t ri1c gnudic par 1111 perit liras
&lt;ln llfüvc cl loncb:rnL pro, (fUû à la Lètè du
ponl de , pitz. Cel ordre fut r,écuté; mai ,
(Ill lieu d
rormer cc dêtachemrnt de -oldats
pri dans un même corp·, cl d'en confier le
commandement à un colon!'! intelligent, le
~ént!l'al S:iint-Uilaire Il' compo·a d'hommes
au 7'2e el clu J05~ de lignr, conduits par
deux cbeF· de bataillon, 1·c 11ui dc1•ail nuir.i à
l'en_emh!t· de~ opération~ .•\u~si, en n.r1·i1·anL
dnu~ l'ile, ces deu\'. officiel'' n'agir('nl pa dtl
concert cl commirent la faute énorme &lt;le ne
p:u lai Ser de réscrYc dan une. grande m:iison
&lt;fui pouyait protéger de noul'eam débar'luemenl ; pui , 'élanrmt à l't;lourdic, il·
pour ui,ircnt on méthode quelr1m· dctachcmenl ennemis qui défondaicnl ..'chwJrlLeLaken; mais IJientôl ceux-ci rcçunmL de$
renforl con idérablt!! , amenés p:ir de bateaux
de la ri1e gauche. ~(&gt; soldats rcpou-sèrcnl
, igourcu cmrnt les prt•rni ~rc · at1ar1m· ·; il ·
~c formèrenl en carr: et c-0mbalùrenl ,ail•
lammcnt à la l,aïonncttc; mnis enfin, arcal1lé,
par le nombre, plus de la moitié [urrnt lut1·,
tous liJs autre~ blcs~Js rt pri , :l\'ant que le
troupe di~posé pour les outenir pu ·.,·nL
:Iller le · rejoindre. L'Empercur el le maréthal Lanne· arri\'èr nt ur le bord du
UauuLc puur èLrc témoins de celle calasLrophe I Ils aJrc èrenl de rif reproche au
"é11éral :-i:ùnt-llilairc, qui. malgré sa grande
entente de fa guerre, :iYail ea le tort d'eurnyer dans lïle un Mtacbcmcol d'une composiLion vicieu,c, et d · le foire partir a\'anl
1.l'èlrc co ·me ure dtl fo ,outcnir par denrois 1irom pts el su cers ir~ de renfort ·
pllis•aols. , oiot-Jliln.irc al'ait, il est nai, peu
Je kirquc · à a di~positiun, mais ou en amc11aiL llU srnnû nornLr'; if aurait dù l~s
allc.mlrc tl 11c pns précipiter le mom·ement.
Le ' Lrou pe au1rithienne· qui oomhauircul
clan cul Lo afl.iirc l'l:iicn Lcommandée par un
émigré frani; 1i:i, lt.1 génér:ù ~orJmann, qui nu
larJa pn~ à èlrn puui d":woir porté le: armes
conll'C a patrit•, ear il l'ut Lué {lar ,rn bould
à la bataille de Wagram.
L'Empereur et le maréchal Lanaeg, &lt;lë.,,c pârés d'avoir \ u périr in111ilcrntJnL ta11t diJ
braves gens, parcouraient le rhogc dans une
très grr1ndc agilalion, lorsque lt: maréchal,
s'étant embarra.~sé les pieds dans un cùble,
tomba dans le Danube l... 'apoléon, seul Cil
ce moment auprès de lui, s'avança rapidement d, ns l'eau j11 ()U'à la ceinture, ll·Hdit la
main au maréchal cl l'a,,ut déjà rckré,
lorsque nou · accourùmc à son ecours. Cet
.::tc&lt;'ident al'crul lenr mécoalenlcment déjà
..., 56""

µ:ranù, car, après l'échec 1111e nons vcnio11 ·
d"épro,wcr, il ne fallait plu onger à tenter
le' pas. age par l'ile de ..,chwartze-Lab..en, dan
la,1uelle l'ennemi, éclairJ ur no projeu;,
venait d'envoyer plu icurs milliers d'hommes.
li ne re. Lait plus qu'nn senl point ~ur le&lt;Jucl
on ptil traverser le Oanulit:, celui d'Ehersdorf.
Pour so rcrnh·e Je rc village à la rive
gauclw. nou de"ion franchir 1111atr1• Lranch ~ Ju □cure! La premi!!rC a ~:JO toi es de
largc-ur. ,lng&lt;'I de l'immensll longueur du
ponl 11uïl faUail jeter entre la rire 1111c nous
occupions et une pelitc ile . itw1c au miliru
du llemc. Au delà dr1 c·clle îlt·. se lrOn\'c le
rcond hrM, large de L O 1ol~r ; 1,;'e l lr pl11 ·
rapide : cc. &lt;lcnx lira 1,- igucnl un ilut aprl!i
ll'tJlll'l ,icpl une ile mari• ·ag,:u~e et le troi:;i'•mc cour:; d'eau, large d'une ,·in~taine de
lui ·es. Quan&lt;l on a franchi ces di,·er5 obstaclt-s, on n·~~l encore arri1·J quP. dan l'immen~e il" de Lobau, séparée du conlinenl par
le c1ua1rièmé bra , dout la largeur ~ l Ùil
70 toi ·es. ,\in.si, l'ensembletle' q ua.lrc rivières,
pri!scnt.ant une largeur totale de ~'20 toi e ,
nécessitait l'établissement de quatre pont·, co
qui exi,,eait de travaux immc!1sc . Le poi~t
choi. i p:ir !'Empereur dr\':rnl Eher dorf avait
cet orantagc que le. Jeux ilos cl l'ilot crH1ienl ;, appuyer el con olider no ponls, el
t}ue la Lobau rormail une vaste place d'armes,
d'uù l'un poUl'ait arriver a,·ec plu &lt;l'assurance ur la rive gauche. Enfin, celle ile faisant an coude rentrant offrait un débouché
très avantage111 au milieu de la rlaîne q,1i
•'étend cntr les villages de l,ro-~-,\. pern rt
d'B Jing : r'étail ponr le pa, ·age d'1mc armée
la conJiguralion l::t plus désirable.
L'archiduc Charles, arrirnnt en facu du
Yirnne par la rive gauc!Jc du Llanube, tl trouunl 'lapoléon arrêté par celle redoutable
harri~re, ç.péra pouroir !'cmpècher de la
fr~nd1ir en men:içanl ;e. derrières. Il nt donc
a11a1p1cr b Lètc Ju ponl ,1uc nous :ivion à
Liuz et c·ommença même à Krems des préparatifs pour pas.cr le llemc avec toute ~ou
armée tl rcuir nou comLallre . ur la rive
droite. Mai es troupe - furent repoussée·
partout, et il c !,orna à ·oppo er à notre
pa.sage dc\'ant Éhcrsdorf. l,'t!tablissemcnt de
uos ponl · épro11vail dt! très grands O!J~taele ,
car, foule de m:i.tériam, on fol réduit à se
ervir de bateaux de formes el de dimensions
dilfürcntes. Il fallut employer dé cordage ,
de Loi cl d s ÎCI' qui n·~vaicnt pa la solidité néccs air . Lr ancres maaq unient; on y
suppléa n,·ec Jcs caksr· remplies de lioulet.s.
C,.::; Lra,·aut, abrité. par des plantations, étaient
protégés 1m le corps d'arinéi: du maréchal
~Ia,sfoa.
Celui du maréchal Laun · situé Jevn.nl
Nussrlorf, simulait sur ce point des préparaLil'i; de pas~:age, allo de dislruire l'attention
de~ ennemis, qui crurent longtemps que nous
Youlions renouveler l'aunque sur l'ile de
~ c.hwarlte-Lnk.en. Mais comme ce démonstra1ion · n'étaient pas réelles, le maréchal Lau11es
ui\•it de ·a personne l'J~mpcrcur._ lnr. 1p1e
celui-ci se rendit le J9 au oir à l::IJ.:1·~Jort
i pour présider 1, l'éwbli" cmcnl Je · punts .

.MËMOffl_ES DU GÉNÉR,A1. BAJt,ON DE .MAR,BOT

-

l\'apol~on, après avoir examiné dan le plu· parce qu ·on le nllriLuail à la rcine llorlen.e forces considérables de l'ennemi. l'Erupercur
f!rand détail ce qui avait étP préparé, et s'êlre et que les paroi s al'aienL l,cauco11p de rap- Jul r. Lorner pour le moment à la défensirc.
a~suré qu'on avait réuni tout cc que les l'ir- port avec les ein:on tances daos le quelles Pour cela, il appuya nu village d'A~pcrn son
aile gauche, compo·ée de Lroi divi ions Jïnt'.OOSlances permeltaient de se pl'o1·urcr, fit nous nou trou rions; &lt;·'étnit :
t'aoterie sous le. ordre. du maréchal Masséna.
monter une brigade de la di\'Ï ion ,rolitor ur
1'011~ m1! '1uiltc1. pour all~r ,, la irlou·e.
L'aile droite, formée par la Jivi ion Boudet,
qualre-1'ingt~ grande. barque. et dix forts
ll1,n lrrnlre ~w,u- KUÎ\ra purluul n,,; pas ....
'appuïaît au Danube, anprè du grand boi ·
radeaux, qui, 1n.1lgré la diffirnll' qu'oppo(JUi se trouve entre ce fleuve el le village
s:iicut l'extrême lar"enr dn Danuhc el la 1io- EL puis :
r:a•lrc des nuits de son poisiblr ~rl.11
&lt;l'E sling, qu'elle occupait au si. Enfin, l&lt;'s
lencc des v:igues, alleignirenl l'ile de Lobau.
Laurnit des fout •nr l,·s ceok; dl' rr~nc~ !. .
troi di,·isions de cavalerie et une partie de
Les Lroupe~ -·~ établirent san ob~larle, l'enLe capitaine d'Albuquerque 11taiL le plus l'arlilleric [ormaieot I centre. ou les ordre
nemi :iyanl nén-ligé de faire garder (•e poinl.
jo ·eux Je nou tou., et après nnu avoir ùu maréchal Bès ières, el se déployèrent dan'
Lanl il étail préoccup I par la pensée que nn11
voulion~ lravl'rser le tleuvc dc1·aot Nu~sdorf, charmés par a belle voii, il nous faisait rire l'espace rc té Yide entre E liag et Aspern.
au-dt•ssu Je Yicnne. L'Empercur fit occuper aux éclats par le rècil des pllls bouil'ounes .\insi, d'apr' · le etpre,sioru de !'Empereur.
Je même plusieurs ib de moindre impor- aventure de .a vie romane &lt;rue. Le pauvre «[ui comparait sa position à ur1 camp retrantance, et la con truction de pont· &lt;·ommença . ~arçon ne pré,·oyaiL pa crue le oleil rflli allait ché, .\ pcrn el Esslin~ fümraienl de' bastions
Elle dura Lou'tc b nuit, plll' 1111 temp$ m~gni- se 1,c,;er éclairerait :-on dernier ,jour!. .. pas cru·uni sait uoe l:ourtinc formée par la \),'\Vafit1uc, cl fnl terminée le iO lt midi. Toute les plus que nou ne pcn ions que la plainesiluéo lerie el l'a rûlleric.
Jivi ions du corps de lia séna pas tirent im- en face de nous, sur l'autre rive, serait bienLe deux village , bien que n'étant pas remédiatemenl dan l'ile Je Lohau. Il n'i' :i lol arro éc du san 11 de notre bon marfohnl, tranchés, étaient susceptibles d'une bonne
peul-être pas d'clrmple d'au ~i grand tra- ainsi que de celui de presque chacun de nous. défome, car ils sont hàtis en maçonnerie el
Le ~ L au matin, les lignes aulrichienncs entourés de petite-"- leYécs Je terre ip1i les
vaux exécuté en $i peu de temps.
Le 20 mai, à 11uatre heures du soir, \'Em- parurent et \inrenl e ran•~er en face des protè11cnt contre lïnonclalion du Danul,e;
pereur a ·anL fait jeter un pont sur lu 1p1a- niilrcs, en avant d'Essling el d'A pern. Lo l'égli t' el le ciruelitire d\bpcrn pouvaient
Lrième et dernier bras du Danube, les di,;sions maréehal !asséna. qui occupait ce deux ,il- ré::.Ï."-Ler lon"temps; E·sling a,·ait pour citala1,e. drpuis la reille, aurait di'.1 en foire crtl.. delle nu m le enclos et uu immeo e grenier
dïnFanlerîe de ~ra séna, eommandées par le
généraux Legrand, Boudet, Carra , aint-Ci-r nclcr le· maisons et couvrir les approchL·.
d'ahondanca con. lruil eu pierre de taille. Ces
èl Molitor, dé.hourhèrrnl de !',le de Lohau
par 1y11elques travaux d campagne; mais il dernier poirus nou furent très utiles.
pour aller oc ·uper sur la terre ferme les vil- arnit malbcurcu emt•nl négligé de prendre
Quoic1ue le. troupes dont ·e composaient
Lige d'Es lin~ cl d'A.pern. Ce troupe~ celte prudente précauLion. L'Empercur l'en la droite el le centre ne lissenl pas partie du
furent SllÎYie:s par le· d1vi ioos de Cal'aleric blàma; mais comme l'ennemi approchait, et corps de Lanne·, qui e trouvait encore sur
1,igère Lasalle. 1farulaz, ain~i que par les 11u'u11 n'avait plu~ le Lemps de réparer c ltc l'autre rive ùu Danube, l'Empernur avait
cuirassiers du général Espagne; en loul faute, \apolêoo □ e pou,,anl forlifier E: Jing voulu, Jan. tlc circon tances au si diJîkile.,
~5.000 homme~.
ni A peru, y suppl~a. autant que possible, en utifüer le- talents de ce maréchal el lui n
t)ucltfUC escadrons ennemi. pat'urcnt i.euh cournrnl le dernier pool par une tête t[u'il avail confié le commandement supérieur. On
à l'horizon; le gro- de l'armée autrirhienne traça lui-même el à laquelle il fit lranillcr à lui entendit dire au maréchal Bessières :
étail encore à Gérar dorf, mais .illail c mellre l'in lanl. i le corp d'armée du maréchal 11 Yous êtes ·ons les ordres. du maréchal
en marche pour venir ·'oppo cr -à notre t'-la- L:mne , la garde impériale el le. autre trou- Lannes "; ce qui paruL fortement colltrarier
blissement sur la rire gaucbe du Danube. pes que Napoléon allendail, eu sen1 été pr1:- llessières. Je rapporterai tout à l'heure le
L'Emp~reur, dr son
gram conllil auquel
côté, dirigc.,i l de forte
celle JécJaration donna
ma "es ver l'ile de Lolieu, et commentje m'
bau. Lo corps du marétrouvai engagé bin1
chal Lan □ es dut quiller
malgré moi.
les e.uviron d11 Nus~Vers deux heures
dori pou.r se rendre à
après midi, l'armée au.r.hersdorf; mais di vers
trichienne 'avan!:a sur
olistncles embarras ènous, el la bataille 'enrent son passaore dans
gagea Lrès vil"'emenL.
\îenne, et il n'arrirn
La canonnade fu l ter1111c le lcnJumain Iorl
rible! Les forces t.lc ·
Lard. La garde à piuJ
ennemis éraient tcll~·sui,·aiL
mcnl upérienres aux
Dans la soirée du
nôtres, qu'il leur eùl
20 mai)'Empereur et
ét: fa ·ile de nou.s jeter
le maréchal Lannes
clan le Dnnuùe, en
ayant été se loger &lt;lau
rcrÇ,'llll la ligne de cala culemaison qui exis~
rnlerie qui seuleconstitùL dan- l'ile de Lobau,
tuail HOlre centre: et
me camarade et roo1
si l'Empereur elH été /1
Cllcb6 Ne.ur.dein (r6nl~
nous établùne auprb
la plaCI! du prince CharJe là, ur de heau.
LE l.lffO~"AC UE l ),i1,0Ltu:,,; 1·1ti:::s llll ~ 11\1&amp;.\l ' 1,'EuE.LS!il:8.1.i.-li.1.prts le t.:iblau :Je P1ERRE.\loNG1'.
le , il aurait. cert~inegazons qu'éclairait la
ment pris ce parti. alab
lune dans tout on
le généralissime auéclat. La nuit était délicieuse, el dnn~ notre "ml·, il n'aurait ccrt.1inetncnl p.1::. donné au lric!1ien était trop métlwrlique pour agir avec
imoucianre militaire, saru; songer am péril- prince harle~ le lemp~ de déployer son ar- autant de résolution ; aus~i au lieu de mardu lendemain, nous ,·ausion~ gaiomeul cl mée t!cnnt lui et l'nurail at1aq11; sur-le- cher franche men L vers notre Lêlc de pont
chantions des arieue nouveUe , entre autres cbamp; mais n'ajanl que troi division d'in- a,·el} une ma e considérable, il employa
Jeux îorl Il la mode alor, &lt;l.m~ l'armée, fanterie el &lt;Jllalre dn caYn.lcric à oppo c-r aux toute celle pr&lt;!1Ilikre jonrmfo de la bataille à

�, . - 1f1ST0-./{1.ll ----------------------------------------J

'------------------------ .M'E.M011(ES DU G-ÉNEJ(AZ. 13.KR,ON DE .M.JrR,lJOJ

all.:up1cr Aspern cl E sling, quïl enleva el
perdit cim1 ou six fois, après des combats
lTès meurtriers. Ca1• dil.; qu'un de ces Tilla"es
était occupé par l'ennemi, l'Emper •ur le [aisail reprendre par se ré~erves, et. si on nom
l"cnlcwtit de nouveau, il le reprenait encore,
malgré lïncenùie qui le dévorait lou le deux.
Pendant cc allernati,•e' de ucdis et de
revers, la cavalerie aulricbienue menaça pluieur Fois notre cenlrc, mais la nôtre la repoussait el revenait en uite prcudre sa place
entre les deux \illages, malgré le grands raYage · t1ue l'arlillerie enuemie faisait dan sc•s
rangs. L'action se oulinl ainsi ju qu'à dix
heures du soir. Le., Français restèrent maitres
d'E· liug et d'Aspern, landi· que les Autrichiens, faisant rétro ,rader leur •auche et leur
centre, se bornèrènl pendant la nuil à quelque attaque· infructueuse ur \,pern; mai
illi J'ai aient avaucer de nombreux renfort
pour l'acûon dn lendcm:.'lin.
Pendant celle prcrnièt-e journée de la Lnw,ille, l'étal-major du maréchal Lannes loujour ocrupô à porter de ordres ur lr!&gt;
point le, plu expo ·és, a1•aiL co1Lru dt!
lres gr:m.ds dangers, ,an que nous eu jou-.
néanmoins aucun malheur à déplorer, el déjà
nou· uous félicitions, lorsq1ùm soleil coucbant, le ennemi~, voulant couvrir leur retraite par un redoublement de feu d'artillcriC',
lirent pleuvoir ur nous une grèle de projectiles. En ce moment, d',\U,u'luerque, La

les épaules, s'écria : « Vous êtes un cnfaul... cavaltlrie cul li~u, le gilnéral Espagne y fut &lt;t qu'en espionnant et dénonçlnt lèurs camafaite approcher un autre of.licier. » C'était Lué, mais le résultat fut lrè bon, ce qui fil &lt;« rades. Et que reprochez-vous à cet oîficier"!
Labédoyère. Le maréchal, le sacbanL plus dire au maré&lt;;hal Lanne : « Vous vo1cz bien &lt;1 - !fonsieur, dit 13es~i&amp;e , \'Olre aide de
ferme que de Viry, lui donne la même mis- &lt;&lt; que ma évère injonction a produit un « camp est -venu me dire que vous m'ordo11sion, en appuyant fortemenl sur les cxpres- a excellent effd: nns ocla, M. le maréchal « niez de charger à fontl. li me semble qt•e
sions t'OIIS ordom1e el charget· Ù fond; mais h Bcs.ière etît lûlo,rni toute la journée! •)
Labédo)èrc , ne comprpn::mt pas non plus
La nuit vint, el le combat cessa lanl au
l'intcntioo du maréchal Laouei;, n'osa répéter centre que vers notre _d roite, ce qui détermina
mol à mol au maréchal Bessières l'ordre qu'il le maréchal Lannes à se rendro auprès de
avait à lui transmettre, et, de même que de !'Empereur, dont le bivouac se trouvait dans
Viry, il se servit d'une circonlocution. A.ussi, les ouvrages de la tête de pont; mai à peine
à son retour, le maréchal Lannes. lui apnt étions-nous en marche que le maréchal, endemandé cc qu'il avait dit, lui tourna le do • tendant une vil·e fu.silladc dans A pern, où
- Je rentrais à cc moment au galop dans le commandaü Masséna, -roulul alle.r voir ce qui
groupe de l'état-major, et, bien que ce ne
e passait dans ce village. Il ordonna à sou
fi\t pas h moi à marcher, le maréchal m'ap- état-major de se rendre au Livouac impérial .
pela et me diL : a Marbot, le maréclaal Augr- e.t, ne gardanl que ruoi et uno ordonnance. il
« rcau m'a as uré que vous étiez un homme me dît de le conduire dans Aspern, où j'a\·ai ·
« sur letlue.l on pouvait compter; votre ma- été plusieurs fois dans la journée. Je pri ·
11 nlêre de.servir aupr~ do moi m'a confirmé
donc celle direction; la lune el l'incendie qui
t&lt; dans celle pen ée; j'en d~sirc nne nouvelle
dévorait Essling et ,L pern nou' éclairaient
« preuve : allez dire au maréchal De ièrl', parfaitement; cependant, comme les nom&lt;t que je lui ordonne de dwrger à fond;
hreut sentiers qui illonnenl la phline élairut
u ,·ous entendez llim, mon~ieur, l1 {oml! ... &gt;) souvent c.tchés p:ir des hlés d'une Ir~ grarnl 1•
Et en parlant ainsi il me pointait lt's côlcs hauteur, et que j1· craignais de m'y p1mlre,
avec ses doigts. Je compris parfaitement &lt;JUC je mis pied à terre pour mie1n:: le reconlu maréchal Lannes voulait humilier le maré- naître. llienlôt le maréchal, descendant aus~i
l'nal Dcssières, d·abord en lui faisant dure- de cbeYal, se mil à marcher à mes cotés, 1•n
went enlir quo !'Empereur lui avail donné eau ant du oombat du jour cl des chances tlc
pleine autorité sur lui; en second lieu, en celui qui c préparait pour le lendemain. Au
blàmanl la manière dout il dirigeait lo c.aça- bout d'un quart d'houro, nous arri1•ons aulerie. J'étais navré de la néce silé où j'é1;1is près d'A pern, dont les abords étaient cou~1AIŒCUAI.. BEss1i..R.Es, DUC o'lsrmE.
de transmettre au maréchal Bessières de
verts par les feux de bivouac des troupes d..: GramreJe LADU.REI\, d'après le tal-leau de Rmo:lER
expres ions bles.santes, dont il était [acile de Ma éna. Le maréchal Lannes, \'Oulaut parler
prévoir les Iàcheu1 résullats; mais enfin, je à celw..cl, m'ordonne de pn, cr devant pour
devais obéir à moa chef directL..
m'informer du lieu où il était établi. Nous ,c de telles expressions sont incomenanles. Je m'élance donc au galop vers le centret avions à peine fait quelques pas 11ue j'aper- if Elles sont juste·, monsieur, eL c'est moi
en désirant qu'un des nombreux houlels gui çoi , ur le tront de La11diùre du camp, Ma.· « qui les ai dictées!... L'Empereu.r ne YOU
Lomhaient autour de moi, ahallant mon che- séna se promenant a,,ec le maréchal Bes ières. o a-t"il pas diL que \'OUS étiez ons mes orml, me donnât une bonne excuse pour ne La blessure 11ue j'aYais reçue au front en Es- « dres 7 11 Alors .Bessières répondit avec empas remplir la pénible mi siou dont j'élab pagne m'empècbant de porter un colback, barras : « L·Empereur m'a pré"enu que je
tbargé!. .. J'aborde très respectueusement lu j'étais le eul aido de camp des maréchaux de tt devais obtempérer à ,os avis. - Sac)icz,
m.aréchnl Bes ières, auquel j'exprime le désir l'arméequi eùl un chapeau. llé sières, m'ayant a monsieur, s'écria le maréchal, que, dans
de parler en particulier. li me répond fort reconnu à ce délai!, mais n"apercevanl point &lt;&lt; l'état mililaire, on n'obtempère pa , on
sèchement : cc Parlez haut, monsieur! » encore le maréchal Lannes, s'avance Yers m1Ji n obéit à. des ordres! i I' Empereur avait ln
Je fus donc contraint de lui dire en présencu en disant : « Ab t c'est vous, monsieur!. •. , i u pensée de me pktcer sous votre commande son nombreux étal-major et d'u.ne fuulc u ce que vous avez dit tantôt provient de vous ,, demenl, je lui offrirais ma démission·
de généraux et colonels : « U. le ruaréch:11 « seul, je vous apprendr:ii à mieux. choi ir &lt;t mais, tant que vous serez sous le mien, je •
u vous donnerai de ordres, et -vous obéirez;
&lt;&lt; Lannes m'a chargé de dire à Volre Exceltr vos expressions en parlant à YOS supérieurs;
ll lence qu'il lui 01·do1mait de charger à
u et si vous n'avez fait qu'oLéîr à votre rua- « sinon , je Yous retirerai 1a direction des
u fond ..•. » - Alors Bessières, en fureur. 1c réchal, il me rendra raison de cette injure, 11 troupes. Quant à charger à fond, je \'OU
s'écrie: 11 Est-ce ainsi, monsieur, qu'on. parle « el je yous charge de le lui dire l u Le mn- &lt;&lt; l'ai prescriL parce que -..011s ne le [ai!,iet
u à un maréchal?... Quels termes! vous orréchal Lannes, s'élaii9aol a.lor comme un u pas, et que, depuis ce matin, vous paradie:i:
u donne el charger à fond!... Je mus ferai
lion, passe devant moi et, me aisî .anl le 1&lt; devanl l'ennemi sans l'aborder franche,, sé~·èremealpunirdeceLtcinconvenaoce!. .. ,1 bras, s'écrie: d bbrhot, je ,·ous dois une ,, ment 1 - Hais ceci est un outrage I cria
- .Je répondis : « lonsieur le maréchal, « réparalion; cnr, Lien que je crusse êLrc 1&lt; Bessières a,'ee colère; ,·ous m'en remfrez
« plus les expressions dont je me suis sen i « certain de voire dél'Ouemcnl, il m'était 1, raison! - .A. l'instant mèmc si vous Youlez »
répondit Lannes en porta.nt la main à son épée.
u paraissent fortes à Volrc fü:cellcnœ, plu~
11 reslH rruelques doutes sur la manière doat
Pendanl celle discus ion, le ,-ieux Masséna,
11 elle doit être com-aîncue que je ne fais
a vou aviez transmi mes ordres b. mon« qu' ohéir aux ordn•s que j'ai rl)Çus !. .. &gt;1
« ieur; mais je reconnais mes torts à voire s'interposanl entre fo adçer airc5, cherchaiL
Puis je saluai cl revins auprè du ruarédlal c&lt; égard! ... 1, Puis, s'adrcss:ml à Be ièrll.'i : i1 les c.ilmcr; enfin, ne pou\·anl · par\'enir, il
Lannes. « Eh_ Lien I qu'avez-vous dit au rua- 1t Je ,·ou lrom-e bien osé de gronder un de prit à son tour lti haut ton : 1&lt; Jo suis çotrc
11 récbal Bcssières1 Que Yolre Excellence « mes aides de camp! Celui-ci, monté le pre- 1c ancien, mess ieuri; ; vous êles dans mon
,, camp, je ne ouffrirai pas que vous don&lt;• lui ordo11nait cle char9e1· à fond! ... 11 mier à l"assaut de Ilatisbonne, a tra1•ersé
&lt;• C'est cela, voilà au moins un aidti de camp
,c le Oauube en bravant une morl presque t&lt; niez à wes troupes le spectacle candale1.n
,, de \"Oir deux maréchaux mettre l'épée à la
,1 &lt;1ui me comprend!. .. ,,
•,1 11 certaine, el Yienl d'être blessé dellX fois en
Vous scolez que, malgré cc compliment;i:
1 tt E,pagne, tandis qu ïl est de prétendus llll- •• main, cl cela dcvanl l'ennemi! Jo vous
je Jegrettais forL d'arnir été oMigé d'accom- • ''« litaires qui de leur Yie n'ont reçu aucune u somme donc, aunomdel'Empereur.de ,·ous
plir un tel message. Cependant, la charge de 11 égrat1gnme el n'ont fait leur avancement 1i ,éparer sur-le-cba?1p ! 11 1'ui , se radouci -

heureux d'Albuquerque au lia· des reins,
l'enlève, le lance par-dessu la tète de 'On
che1•1ù, et le jette raide morL au pieds du
maréchal qui s'écrie: « Yoilà. la fin du roman de cc pauvre garç.on! ... mai. c'est, du
moins, une beUe morl !. .. 1i
.Un second boulet pa a. entre la stllle el
l'épine dorsale du cbe\'al de La Bourùonnaye,
.an toucher le cavalier ni l'animal!. .. Ce fot
un coup vraiment miraculeux 1 , lais les arcades de l'arçon furent si violemment brisées
entre le· cui es de La Bourdonnaie, que Je
bois et les bandes de for ïncru lèrent dans
les cù.air· de cet orûcier. ll souffrit lrè longtemp de celte blessure e traordinairc.
Placé entre mBB deux camarade , je le vis
Lomùer au même instant. Je me portai alors
rers le peloton d'escorte pour ordonner !, ces
cavalier de venir relever La Ilourdouna)c;
mai à peine avai -je faiL quellJue pas, qu;u11
:tiùe de cawp du 1rém!ral Uoudet, s'étant
a,•ancé pour parler an maréchal, ent la Lèle
emportée d'un coup de canon, sur le terrain
même que je venais de quittrr ! ... Dccidé-mcnl, la place n'ctait plus tenaille: nou!:&gt;
nou Lrouvion justement en race d"unc hal1cric ennurnie; au· i le maréchal, ma1'•ré
loul son coura.;;e, jugea-L-il à propo de se
placer à une cenLaine de toises sur la droite.
Le dernier ordre que le maréchal Lannes
m"a_\'ail ordonné de porter était adressé au
maréchal Bessières, el donna lieu i1 une trls
1·i\'C altercation e111rc ces deux: maréchaux
qui e délestaient cordialement. li e l indi.pensable de connaitre les moûf· de celle
lia.iue pour bien comprendre la scène C[Ue je
,·ais r:ipporLcr.
CHAPITRE XVII
lll\·ttlilé 1lu Lann~ cl de Be i,•ros. - \ïrn hllercolloTI
enlrc rcs maréchaux. -

L'Empel'eur rt'prend

ror-

fons1 re coutre le tl!nlre cunemi.

Lor. que, en l 79G, le général Bona parle
alla prendre le commandement Je l'armée
d'Italie, il emmena comma premier aide de
camp Murat, qu'il venait de fnit·e colonel) el
pour lequel il a,·ait beaucoup d'affeclion;
mais, dè les premit:re· atr:,irct, Bonaparte,
qui avait remarq•té le' lalcuts militaire.t-. le
zèle el le courage de L.1.nne~ cht:f du 4° ùc
ligne, lui accorda une pari non moin. grande
dans sou e lime el dans son amitié· celle faveur excita la jalousie de Mural. Ces deux
colonels étant devenus généraux de Lrigade,
fionaparte, d:ins les moments le plus diffiriles, confia.il à Murat hi direction des t•harges
de cavalerie et faiS:tiL conduire par Lanne la
·réserve des grenadier~. L'un et l'aulre firent
}lARÉCU&gt;.L LA.;NNES, DUC DE ..\lo:HEIJELLO.
merveille; mais hien que l'armée les louât
Gra1•Ul'l d~ DESJARDINS,
tous les deux, il s"établit, entre ces hra,,cs
J'ap,és le tabœau .fa ijARON iliR.ARD,
officiers, une rivalité qui. il faut bien le dire,
ne déplaisait pas au général en chef, parce
11u"elle lui ·ervait à urexciter le11r zêle et
Bnurdonnayc l'l moi, r::mgés en race du ma- leur amour de bien raire. Il vanLait les hauL ·
ri:çl1al, Yenioll' lui 1·endco compte des ordl'e~ faits du général Lannes de,·anl foral el les
11u'il nous avnil r·hargé · de rransmellre, el mérites de celai-ci en pré!tence de Lannes.
nous lourniom,, par mmé1p1cnl, le &lt;los aux lJan ' le aJtercations c1uc no larda pas à. amecanofü ennemis . Un boulet, lrappanl lo mal- ner celle riraliltl, J.lcs~ière~, nlor:. simple ca-

.,., 58 ,,,.

pilaiue des f!Uide~ du général Bonaparte,
aupr~s duquel il était au si en très grande
fa,·eur, prenait con tammenl le parti de Murat, son comp:itriote et ni-îssaiL toules les
occa~ion de déni"tér le maréchal Lannes, ce
que celui-ci n'i aorait pas.
.A près les belles c..impagnes d'Italie. Lannrs
et Uurat, devenus ,.énéraux de foision, suivirent Bonaparte eu Égypte, où leur ho tililé
rédproquc ne fil qu'augmenter. Enfin, cette
inimitié s'accrut encore par le désir ciu'il ·
conçurcut ton deux ù'épon ·cr Caroline Ilonaparte, la œur do leur général en chef. En
relie circonstance, Bessières agit auprès de
Mme Bonaparte •n l'aYeur de Mural, et pour
la i;ogncr à sa cnu e, il saï it l'occ.a.ion qui
•c préscnl::l de porter un coup déci if au rh·al
de son ami. Lannes commandait alor fo
garde consulaire, et ùans son trop grand désir
dehien faire, il availdépa ·sê de 300 000 francs
le crédil alloué pour l'équipemenL de '&lt;' soldat~. Be~ ièrc , membre du con,eil d'admini tratiou, chargé ile la l'éparlition dt~~ fon,L,,
signala à Mural le fait, 11uî ne tarda pa :
:m·i\'cr a11x oreilles du premier Consul. C,:
,ternier, qui erl prenant le rouçoir nv:iit ré olu
dù r:irnener l'ordre dan· l'ndministration,
mulul faire un exemple el relira à Lannes le
commandement de sa garde, en lui ac.cordaul
le délai d'un mnis pour romLler re Mficill ...
Lannes n'aurait pn le faire sans le générènX
concour d'Augcreau. Le premier Consul lui
rendit a!or sa {n,·cur, mai nn coneoit i1ue
Lonnes ait ,·ouu une haine profonde au général Dessières, aussi Lien qu'à Murat, son heureux rinl, qui aYait enfin épousé Caroline
nonaparLc. Telle était l"antipathie qui e-x-i lait
rntrc Lannes el Bessières, lorsqu'ils se lrou\'èrenl en contact sur le champ de bataille
J'Essliug:.
Au moment de la ,·ive canonnade qui n!nai.J.
de tuer le malheureux d'All,nquerque, h·
maréchal Lannes, YOl'ant les Autrichiens exécuter un mouvement rétrograde, voulut les
faire charger par loufe sa CA\'alerie. Il m'ap11ela pour en porter l'ordre au général Iles. ières, CJl.l.i, vou le sa,,ez, veoail d'être placé
~ou son commandement par !'Empereur;
mais, comme j'étais en cour c. l'aide de camp,
le premier à marcher, s'approcha : c'était de
\'iry. Le maréchal Lanoes lui donna l'ordrl!
~ufranl : H Allez dire au maréclial Be .ière~
1111n je lui orclon11e de charger à tond! ,, Or.
vous saurez qnc cc dernier mot signi!ianl
qu'on doit aller ju.,Lu'tt cc riuc les alm
piquent le co1·p des ennemis, il devient 1111
reproche, puis1p1'il semùle dire que jusque-li,
la cavalerie n'a pas agi assez ririoureuseme.nl.
L'expre~sion je foi ordonne ét:iit ~galement
très dure, emploiée par uo maTéchal Yi -à-,,is
d'on autre maréchal; mai c'élaiL précis1.L
me.nt pour cela que le maréchal $C servait des
mots 01·dom1e cl charger li fond,
Le capitaine de \'iry part, remplit sa mission et revient auprè· du maréchal, qui lui
demande: « Qu'a,·cz-Yous dit au maréch~l
Ticssières1 » - « Je l'ai inform6 que Voir'
Escellemc le priait de Faire chnrger toute l:i
cavalerie. l&gt; - Le marécb:il Lmncs, haussant

--~

�----------------------------

111S TORJ.Jl
sanl, il prit le waréobal Lano~ par le Lra
el le conduisit à l'exlrérniltl du bivouai:, pendant que .Bes!&lt;ièr~ retournait au i,:îcn.
,le Yoo laisse à penser cumbien je fus
a!îecté de celle scène déplorahlo! ... EnGn I•
maréchal Lannes, remonl1111t ù l'heral, prit le
chemin do la lèle de pool, el, d~~ que nous
fûmes au bivouac de l'Empcreur, aupri\· duquel me camarades s'élaient établi , il prit
apoléon en particulier et lui raconta ce 1p:1i
venait de se pa scr. Ct?lui-ci en\'Oya au itbl
chercher le maréchal Des~ièrc·, qu'il re ul
forl mal; puis, s'élnignanl avec lui et marchant à grands pa,, a Maje lé parai$Sait fort
:tgitée, croi ail les bm el _emblait lui adr' ser
de ,;r~ r proches. Le m:iûcb:1I Bessiêres aYait
l"air confo11du, et dul l'être darnnta..,e encore
lorsque l'Emp reur, .c mettant li 1ahlc, n
l'iuvita pas à diner, landi. quïl îaLait a seoir
le maréchal Lanne i, sa droite.
Autant mes camarades el moi adons élé
gais Ja nuil précédenlc, autant nou~ f1ime
tristes pendant celle
21 au 2:l. Xuus vroions &lt;le \'Oir périr le malheurcux.d' lbuqu&lt;·rque, nou avions 11 nos côlé La Bourdom,aJe
horriblemenl blessé, dont les gémisseme111
nous déchiraient le cœur i enfin, cle tristes
pres cntiments nou agitaient sur le résultat
de la bataille dont nous venions de \-Oir l'Ulemenl la première partie. Nous fûmes, du
reste, sur pied toute la nuit, pour faire pa .C'r
le Danube au corp &lt;ln maréchal LaonC'~,
composé de trois divisions d,,s grenadiers
d'Oudinot, commandées par le:- généra111 Dttnont, Claparède cl Tharreau, el d~ la divisi, n
Sainl-Hilaire, ainsi que de· cuirassier de
i aruoull- Ces troupe éLaienl ~uirics pnr la
garde impériale.
Cependant le Danube augmenlail à ,·uc
d' œil · hcauconp de gros arLrc.~ 11uc ses Ilots
entrainaient vinrent heurter le ponts de bateaux, qu'ils rompirent plu ieor foi ; mai
on le· réparait promptement, el, malgré ce~
accident , les troupe dont je •yiens de taire
l"énumération auient traversé le fleuve cl .c
trouvaient réunies sur le champ de IJataille,
lorsque, aux premières lueurs de l'aurore du
22 mai, le brwl du canon annonça le · renouvt!llem1ml du combat.
L'Empereur, ayant à sa di position le double
des troupes de la \'Cille, prit de me ure
11out attaquer rennemi. L maréi.:Lial Masst\na
et ses troi première· divisions d'infanterie
rcstèreÎlt dans Aspern; la. qualri~mc, celle du
général Boudet, fut lais ée à Es ling, sou li'
nrdre do maréehal Lann'', dont le œrp,
d'armée \·int occuper l'espace entre ces deU\
village ayanL en cc;onde ligne la cavalerie
du maré hal Be.,ière , l!DCore placil ~ous ll!S
ordres du maréchal Lanne·. La garde impériale formait la ré erve.
La réprimande faite par l'Empcreur au
maréchal Bessières avait été si sévère que,
dès que celui-ci aperçut Lannes, il vint lui
demander comment il déjraiL qu'il pfoçàtseJ
troupes. Le maréchal, vo11lant con taler son
autorité, lui répo11dit : « Je vous ordonne,
11 monsieur, de les placer sur tel point, puis
G vou. allendrez me. ordres. " Ce · exprc~-

gu

&lt;iÎon· ~laient Jure-, mais il ne foui ri, nublier les agis cments de Rn îères il l'éoard Je
Lanne. à l'époque du Con. ulat. Hcssi1\re paruL
fortement blessé, mai, il obéit en ~ilence.
L'arl·hiduc Charles, qui, par une attaque
\ 1Î0 011reu e, aurait pu la veille percer anl re
Îdible ligne entre Es Jing el A~pcm, renouvela es efforts contre ces villarre:&gt;. füi si
nou avions rési'lé le g Là toute on armée,
a,·ce le seul corps de \las éna et une portion
Je noire ca\alcrie, à plus forte raison ~lion.nou en me ure de le foirl'. à préscnl que la
~ardc impériale, le rorps du maréchal Lannes et une dh·isîon de cuira iLr' \'Coaienl de
nous rejoindre. Les Autrichiens furent donc
rcpou sés p:trtout. Une de leur- colonne fut
mèmc coupée cl prise dao A pcrn ; elle ~
compos:iit d'un millier d'hommes commanMs
par le génrral Weber el du i, pièce· de
canon.
Jnsqo'à ce moml?l1l l'F:mprrPur n'arnil foil
que ~e défendre en alltnd:mt lt·s troupes 11ui
lraversaicnl le fleuve, mai le nombre de
celles qui se trou,•aient sur le champ de halaille ayanl été doubl~, et le corp"' du marébal Davout réuni à [ber ·dorf commençant à
'engager .ur k · ponts, Napoléon jugea qu'il
était temp de pa. ser de la défen e à l'allaqur,
el ordonna au maréch:il Lmoe de c mellre
à la tête dt!· Ji1·isioas d'infanterie aint-llilaire, 'fharrr:iu, Clnparède et Dcmoat, uivir.
de deux fo,i ion· de mira siers, et d'aller
l'nfoncer le centre de l'armée ennrmi1· .... Le
man!chal Lann
s':m1nœ alor fi&amp;n:ment
dans la plaine! ... füpn ne lui ré:;i tr ... il
prèml en un inslaul un bataillon, rinq pii'ces
et un drapeau. Le Autrichiens e rclirenl
tl'al,ord avec régularité; mais leur cenlre,
étant obligé de s'élarcir •-ans cesse à mesure
que uous avancions, finit par être per •{· ! Le
dé ordr&lt;' se mcL parmi Je· lroupes ennemie~,
à tel point que nou · voyions lC: officier;. cl les
crgcnt frapper à coup de bàlon leurs soldats, ·ans pou1·oir Je· retenir dan leur·
rang-. Si noire mard1e eût l'Onlinué qnelqats
moment de plu,, c'en élaiL fait de rarmée
du pdnce Charte !

CHAPlTRE XVIII
llnf1111r,• ,lps pont· du Uanu4e. - Nmi,; conSf'rv,111,
,,~ po-itinn . - L~ man-chol Launtis p,l_hlPs,é. :'lous 11~us fvrtifl1;rn daru lïfo ,i., l.ol,nu.

Tout nou" prisage.'liL une victoir1• c·ompl~lc. fü!jà lasséoa et le général Boudet s11
préparaient à déLoucl1er d' \.,pern cl d'Cs ling pour aller assaillir les .\.utl'ichlcns, lor 'que,
à notre tûs ,..rande surprise, un aiJc de camp
d !"Empereur ,int apporter au maré bal
Lanne l'ordre de suspendre on mouvement
d'attaque! ... l.es arbre el autres corps llotlnnl sur le l}anube anient eau é une nou1·elle rupture a.ax pool~, ce qui rel.:lrdail l'arrivée des troupes du maréchal Da\•out ainsj
que des munitions. EIÛ!n, après une heure
d'allente, le pa· age rut rétabli, et Lien que
l'ennemi cilt profilé de ce temps pour renforcer on centre el meure de l'ordre dan
ses \irrncs, nous rccommcnçilme noire allaqu ,

el les ,\utricl.i,ens rcl'ulaienl dl' nou\'r:m, lor~qu'on apprit ttu'une immen e partie du grand
pont ven:int d'être emportée, et. ne ponYanL
è1re réparée:11·antquaraute-l1uit hcnre., rEmpereur ordonnait au marrchal Lann · d'arreter son momremcnt ur le terrain conquis!. ..
Yoici ce qui a1·ait donné lieu à ce conlrctemp ·, qui nous pri\·ail d'une nctoire éclatante. Un offil'ier autrichien, placé en ob erYalion a,ec t1uel,p1e compagnie de cha . eurs
&lt;l:ins 1 île silu1if's au-tle,, u d',Lpern, était
monté ur 110 pt&gt;lil hatr:m, pui s'étail avaaré
vers le milieu du ileure, pour voir de loin
no troupes pas.er les ponts. Il fut ain. i témoin de la prl'mière ruplurc occa:ionnéc par
le· arbres que le ÜllU\'e entrainail, cci qui 1111
in. pira la pensée de renouveler ce,; ar1·ideut~.
11 mcsur' que nous le réparerions. 11 lil dont
pou ser à reau un ttrand uombre de poutre~
cl plusieur barques l'hargées de malièrl',.
enflammé, qui détruisirent quclqut:;.un d,·
nos pontons; mai comme uo pontonniers
le. remplaçaienl au. itôt, l'officier ordo1111a de
mettre le feu 11 un énorme moulin llollanl. le
Ji! conduire au milieu du Ileum et le lan~a
~ur notre grand pont, 1loot il hrisa et enlraina
une forte partie! ... lJès ce momclll. l'Ernpcreur, acquérant la rl'rtitude qu'il fall:til r 11oncer à 1'espoir de rétablir ce jour-là le
pas age et de faire arriH~r k eorp de Davout
snr le champ de balaille, prt&gt;:rrh·il au maréchal Lannes de r:ipprochl'l' peu à peu ses
troupes de leur prt!mière position, entre
IL ling el A.pern, afin que, appuyé 11 ces
,illages, ih. pussent tenir contre les ellort
Je ennemi . e mouwment, 'exécutait dan·
le plus grand ordre, lorsque l'archiduc Cbarle ·, élonnc.l d'abord d!l notre retraite, cl apprenant bientôL la rupture complète dn grand
pont, conçut l'e poir de ,jeter l'armée frauraise dans le Danube. Il r~iL dan· ce bul
~,-anc&amp; la ca,alerfo contre la division • ainlllilaire qui se tromaiL la plu rapprochée de
- ligne ; mai no~ bataillon· apnt repou ,é
toutes le charge de L'ennemi, cdui-ei dirigea
ronlre enx un fru terrible d'artillcric .... Le
m.iréchal Lanne· rue char ea en ce moment
de porter un ordre au général ainl-Hilairr.
A peine étai -je arrivé auprr. de celui-ci,
qu \10e grêle de rnitr,ùllc Lowba ur son étalmajod ... Pin Îl'ltri officier furent tués, le
général '1in1-flilaire eut la jambe Lrisée : il
fallut l'omputcr, el il mourut pendant l'oprralion; enfin je fu. frappé li la cuisse droilr
por un biscaïen qui m'enlern un morceau de
rh:iir gro: comme un œu!. Celle hle,surc
n'étant pa: dangercu ·e, je pus a.lier rendre
compte de ma mission au maréchal. Je le
trou,·ai auprès de l'Empcreur, qui, me rnyanl
marcrt de saao, diL: t&lt; \'otre tour YienL bien
ou vent!. .. u Napoléon et le maréchal, auxquel · ,j'appri la blessure mortelle du brue
général aint-Ililaire, furent très all'eolés de
cette perte.
Le maréchal voyant la di vision , ainL-llilaire
as aillie de toute parts, ,·a. lui-même en
prendre le commandement ~l la ramène lentement, en se retournant :,,ou,·eot· contre l'e1111cmi, j 11qu'à ce 11ue noire droite ~·appuyüt

JJftJKOTl(ES l)U G'ÉN13'1(.Al BAR.ON DE MAI(BOT - ,
1

Essling, que hi fü·i~ion noudl'l occup,,il mais il follJil lIUC chucllll dilplolùL tonie son duire ju:;qu'à no po111 el awener la ,111 lru,:-loujour . Bien 11uc ma hles~urn 11c fùt point Jner!.!Ïe. ,le retournai d,10&lt;· aupr\; du mari'·L"hal lion de l'armr,· fran,_.aisc, le prince Cl,arles
1mcorc pansée. jl! crns dernir accompa1,:ner lt: Lanues. que je Lroul'ai fort inquiet · il \'enail lance sur cc point Ji.;s 111as ·es é11ormcs de camaréchal dan· celle expédi1ioJ1, pcodanl la- d'apprendre que les Autrichiensavaicnl enlcn: ,,alerie. oulcn11e par de profondes colonnes
11ue\le 111011 ami &lt;le \ïry eut l'épaule bri,1:c à )la. séua la 111oi1ié d' \spcro !. .. Cc ,illage fui clïufonlcric. Le maréchal Lannes. ans s'épar une balle. Je le fi· 11 grand'pl'ine Iran por- pris l'l rrpris plusienr&gt; l'ois. Celui J'Es:iling tonner tic ce dllploiement de forer-, urdonr11•
lcr dans les rclranchcnwnts de la têlt· Je pont. étail au. si l'ivement auaqué en cc moment. d • lai ·~t'r approcher les Autrichiens à petite
La po·ition élail forl erili1p1r; !'Empereur, L1•: ré imcnb de la dhhion Boudcl le défen- portée el 1~ reçoit a,ec un feu d'infanterie
réduit 11 la dilren~Ïlt!, donne à son armée la Jaienl c-0ura cuscmenl. Les deux partis elaicnl et de mitraille tellement violent lJU'il . 'arrèforme d'un arr. Jonl le Dauuhe lhurail l:i ,i acharm11&gt; qu'en ,e hallanl au milieu de$ lcnl; ~an que la présence ou les excit-11ions
cordt•. .'olr • d.roitu Louchait an Jh&gt;me, Jcr- mai ·on· emhra ·ées, ils ·c relrancl1aicnt an•&lt;· du prince f.harle · puissent b déterminer à
rière l•, slin;,. i'lotre gauche s'appuyait der- les l'ada\'l'Cs amonctlJs 1p1i ul,~tr,wienl les faire un seul pa de plu ver - nous! ... Il e. t
rière Aspern. Il fallait, '-OUS peine d'être jett• rue:. Le· grenadier hongrui · l'urenl r1•pou ·sés vrai 11u·ils apercernicnt derri1're no. lignes
dan le llanube, culrulcnir le combat pendant cinq foi~; mai. four ~i.xième all.a"(lle aJanl les Loun l.s à poil de la Yieille farde, qui,
le rt·~le de la journée. Il élait neuf l1e11res du réussi, ils parvinrent à ~·emparer &lt;lu üllagc. formée en colonnr.. 'al'an',\llit majeslneusematin, 1.•l nou, dcVJons auenclre lu nnit pour moins le 9rc11ie1· d'abo111lllncr, dan lequel ment l'arme au uras !
L,• maréchal Lann , profilant habilement
now; retirer clnos l'ile de Lol,au par le foible le général BouJet relira ~es Lroupcs comme
pont du petit lira·. Lt&gt; prince Clmll',, rom- dan· nne citadelle. PcnJant cc lerrilile com- &lt;le l'hésilation dt:~ ennemis, les fait tharger
lral, le maréchal m'en,o)a plu!\Î~urs fois par lu maréchal Jles ière , à Ja l~lt\ Je deux
prcn:111L combien uotie itualion élail tlcifarnral1le, reno1wclait con lamm nt ses allnqtte · dans E~ Jing, où je courus de bien grands Ji, ision d,, cal'alerie, qui reu\·erst•rent une
coutre le· dcu , illage et le centre j mai~, daugcrs; mai j'ét.iis i animé t{Ul! .ma bic-- pari ie des bataillons el e cadrons autrichiens.
L'archiduc &lt;:harles, e vovanl
hcurPfül!IIlent pour nous, il ne
oJ,ligé de rt•noncer à nne ;ualui \ i111 pas dan l'esprit de
quc sur noire cenlre, 1euL nu
forcer notre cxlrème droite,
moin profiter de l'a\autage qut&gt;
entre Es lin" el le DanuLe. C't'lui olfre l'occupation d'I~ ling
L.'.1.il le point faible de oolrc po- •
par es troupes; mai l'Emp1.',ilion : une forle &lt;·0l111me, lanreur ordonne en cc moment !1
cée \·igourcusemcnt, (lflu,·aiL
l'intrt!pit!e général Moutou, 011
arriver par 1~, sur notr1~ lêle &lt;le
aide de camp, de reprendrti le
pont. cl dès lor nou. étions
villa 'C arnc la jeune garde, qui
perdus!. .. :ur lous Il!" point.
~e précipite sur le- grenadit!rs
do nolr li:5n ' le carnage fu 1
wrrihle, mais :ibsoluruenl nt'.hongrois, les repous e ~t re te
œs aire pour samer l"honneur
en po. ses ion d'Essling. l.ajcunc
françail' el l:t partie de l'armte
i,:arùe el on cher se courrirent
de loire dau· ce romha1, 1p1i
11ui al'ait pas é le Danul., .
valu! plus lard au général MouP11ur arrèler la \'Î\'acilé de.
ton le li Ire de comte de Lobau.
allaq ue· des ennemi. , le marédial Lalllle· fai ait souvent des
Le suc1,-è qui! nous ,enion~
rtlunrs offi'nsif· ur leur cenlre,
d'oblenir sur le cculrc el clan~
j1uïl refoulait au lc1in; mai~
Es lin g ayant ralenti I' ar1leu 1·
liî •nlôl il - reîinr1•11t a,·er de
de l'ennemi, rarchiduc harle ,
11omu1·cu rcnl'ort:. Dau· u11e
dont les pPrLes étaient énorml".
renoura 11 l'espoir de forcer notre•
de n•s nltac1ue , Lal&gt;édoyère rcçul un IJout de bisr..aîtm dam
po iùon et ne Ut plu:, le rèsle
de lajonrnée, t1u'e11Lrelenir une
le pied, el Walleville eut une
lultc sans r \ uhat. Cette lerriLlc
rpaule luxée, à la uil • &lt;l'1111c
bataillf' de lrcnle heure· cons~chulc occébionnéi.: par la mort
cuth'l' touchait e11üu à on
tle son l'hi:ml aballu p:ir mi
boulet. Aiu.,i, de 10111 l'élallerme !... li était Lemps, car no~
munition~ étaient presque époim:ijor 011 maréchal L:111ne , il
,ées, el nous en aurions totaleuc rc Lait c1uc le _ous-lil'U Lcnaul
ment wanqué, ans l'at·tivilt1 du
Le C.:llulteux el moi. 11 litait iinbra\l.i ruart~cbal JJa1out 1111.i.
11u~.il.tl • que je le lnbsassc seul
uveccèjuune officier, lri&gt;sbra,·e
pendant Ioule la journée, n'a rai 1
cessé de uou · eu emover de fa
~uns donlP, mais incipérirnrnlr.
ri,,e droilc, au moyt•u de ,1u('lLe marécl.tal, dé irant me g-arJer, me dit : (c .\.lkz \'Oil ,;, lr~
t1ueslt'·g~r:,1 l1at.e:111&gt;.. Mabcomm,•
pan·1.:r; et :,i \'uus pou, cz rnelles arri"ail'nt lentemt&gt;ul el e11
CllcM .\. llloct.
tore \OUS soutenic· ù cheral, repet ile qua.ulil:, l'Empcrcu r orA TJUl'io.RS LES l'ORÈTS DE Tul!Rl:-IGI;;. - raNew àt E. P~:1rnornE.
1·enez me joindre. )l Je bagoni la
donna de lesmé1130-cr, cl I feu
prcmiêreambulonœ; l'alllaence
se chan"ea sut· uotre ligne en
de bles·é l' était énorme; 011
un tiraillemcnl auquel 1~ enmamroait de liuge et de charpie .... t:n chi- sure ne me faisait éprouver aucune douleur. nemis rt!Jni ·irenl au .ile leur.
rurgien remplit ma plaie avec de la bros~e
'apercevant enfin que, rcnoun:lant ,a
Pendant que les deux armées en présence
éloupc doutonse.crL pour bourrer le canons. fau le de Ja ,·eillt', il use ses force ,·on Lre s'observaient moluellemenl an' faire aucun
L' introdu Lion de ces filamcn ls dans ma cLÙS ·e E :Jing et A. pern, le deux ha lions de notre mouvement, el que les chefs, se groupanL
me fil beaucoup ouU'rir, eL dans tout autre ligue, tandis qu'il néglige li! ccntTc, où une derrière les bataillon , causaient de é\'éDL'circonsl.:lnce, je me serais retiré du combat; 'l'Ïl'e :tllaque ùo se r~sen•c pouvait le con- ments de la journée, le maré.chal Lanm·s,
~

11

11

..,. 61 ,...

�'-------------------------------

111STO'J{1.JI
fatigué d'être à cheval, a-vait mis pied à terre
et se promenait avec le tréoéral de brigade
Pouzet, lor qu'une balleég:iréefrappa celui-ci
à la tête et l'éteodit raide mort auprès du
maréchnl! ...
Le général Pouzet, ancien sergent du régiment de Champagne, s'était trouvé nu commencement de la flévo!ution au camp du Miral ,
que commandait mon p~re.

Le hntaillon de volontaires du Gers, dans
lequel Lannl!s scr,·ait comme sou -lieutenant,
faisait aussi pilrlie de r.eue dhision. Les ergents de vieux régiment de ligne ayant été
chargés d'instruire les lmtaillon de volontaires, celui du Gers échut à Pouzet, qui reconnut bientôt l'aptitude du jeune sous-lieutenant Lannes, et, ne se bornant pas à lui
montrer Je maniement dru armci:, il lui

apprit aussi les manœuues. Lannes devint
un exœUent tacticien. Or, comme il attribuait
son premier avancemenl aux leçons que lui
a,·ait donnée Pouzol, il lui voua un grand
attachement, cl à me ure qu'il s'élevait en
grade, il se servit de sou crédit pour faire
avancer son ami. La douleur du maréchal
fut donc cxlrème en le voyant Lomber à es
pieds! .. ,
•

(A suÎ••re.)

GÉNtRAL DE

i\\ARBQT.

et

La tragédie de Ravaillac
• Que J~-us en mon cœnr
Sr,il toujonri; le ,-ainqucur.

•

R&lt;waillar.

Dans une vallée de Charente, ,ur un gouffre olilaire se penche un chàteau
ruiné. C'est là que la Légende, qni
aime les romanesques IJerceaux, fait
naîtreJeao-François l\availlac. Unas ·cz
pau,re 1ogi , que on père po séda.il
dans le village Yoi in de Tou1Te, a
fau sement attaché la mémoire du
n1gicide à ce pierres. La véritê c·c~t
'lu'il naquit, à quelques lieues de 11l,
.· ur le rocher d'Angoulème
Celle cité d'Angoulême est une ville
àpre et rude el mal accessible de toutes
parts. Les lourdes masses de ,·erdure
,,ui couvrent, dàs le premier printemps,
les pentes sur lesquelle elle est bâtie,
Ja portent comme une couronne royafo.
Sa calbédrale byzantine lè"e de,•ant un
horizon ans limite une faç1de tranquille, p:ireille à une main de paix.
Ses remparts, bâtis de dil·erscs sortr•~
&lt;le maçonnerie, montrent qu'à maintt,s
reprises elle a été battue en brèche cl
ruinée; ils lui forment aujourd'hui
encore une ceinture continue, mai il
ne sont plus qu'une allée commode
pour l'éltaoger qui la Yi ile ou. le
promenoir mélancolique de l'habilant
qui s'y ennuie. Du h:mt de oo balcon
aérien, qui domine de deu~ cent pied·
1a ,•allée de la Charente, oa voit onduler
autour de soi les i;rande vague d'un
paysage qui, dans la transpnrCJJCC de
l'air, passe du !Mu Le plus léger au
bleu le plus ouir, le plu profond.
La route qui s'en va vers La llochelle et ver
Saintes le Lraverse comme une 0èche, abordant les côtes de front, vraie roule huguenote. Une rivii:re. sinueuse et lente, y coule

J:ins de noliles prairies: elle haigoe un porl
alumloooé, anime quelques écluse , glisse à
tra,·er· les jonc , puis sa nappe éblouis ante
va se ternir et di paraitre ~ous les massifs
ombragés de ce bois de la Poudrerie où Balzac écri1•il les fl/m1iwn; perrl11P-~. Tolll cl!

i1u'dle louche est ria111,_ ainrnl:lc n.1mrnc
l'esprit des Valois; ce qu _elle l:usse sm sa
gauche est morne, désolé, v10liltre; la mous e,
le genêt, le huis jnune el le pauvre genévrier,

tJuelques cyprè' s'y élancent; c'est triste
comme fiavaillac. Ce 1a,le panorama, où l'on
déeou\"re à la fois la ùa.olation de la Judée
el les riches coteau,: qni produisent l'eau-dcvie la plus embaumée du monde, retient
in las •al,lement le Jeux . lJai 11a plu grande
beauté est dan le ciel, si large. si
plein de lumière qu'à C&lt;'rlains jours la
terre ne semble plus qu'un insignifiant
détail, une nuance plus foncée do cette
immen ·e étendue JJleue. Les nuages
venu de la mer toute proche ne s'y
attard.eill guère, mai s'en vont, pou és par le Yenl, crever sur le froid Lirnou.in. Cc climat sec et tempéré con~erve indéfiniment aux pierres leur
lilancheur originclle. Il ne les mois.il
pas, il ll'S dore el donne à celle ville
cle noire ouc t une impré1·ue couleur
J'oricnt.
Au Lemps où naquit füiYaillac, celle
noble cité d'Angoulême, peuplée de
prêtres cl de moines, et ferme sur son
promontoire, levait l'é.tendard catholique au-dessus d'une Cllmpagne ,hugu.enole. Deui: fois, dans les dernières
:innées, les bandes protestantes l'arnientprise el mise au pillage. Les sanctuaire , qui s'accrochent à ses pentes
escarpées, n'offraient iilus que des
décombrr~. El sur le plateau, où étouffaient dan l'étroite enceinte de ses
murs . a calhédralc, sa collégiale, ses
neuf paroisses ses couvents et ses
innomliraliles chapelles tout. attestait
l'injure de!l ~erres. utels, images,
orgues, coffres, pupitres, chapes el
relai.iles donnés par les rois, les comtes,
]es cardinao:x, les é,·êques avaient été
saccagés; le vitraux et les épulcres
rompus; les portes enfoncées; les toits défaits à coups d'arquebuse; lout ce qu'il y
avait de cuivre et de bronze converti en arlilleric, et les chevaux llérétiques avaient mangé

l'a,·oine dans le tomheo.u du comte Jean.
François Ra,·ailfac grandit dans ce nid de
piété romaine.
Sa mère s'apparentoit, dil-on, à ce Poli rot
de ,fèré, sentilhomme protestant qui, par
zèle pour la religion prétendue ri:forroée,
:i vait a assiné François de Guise dans les en' irons d'Ofüet. Elle était Loaoe catholique et
d'e:xcellente bourgeoisie. On .ail peu de cho:.e
sur elle, mais dans l'oLscurilé où le· documents la relèguent, on devine Loule une existence pa 5éc daus la piété el dan les pleur .
Son père, inogne cl brutal, remplissait .iuprè!l
do maire &lt;le la ,i]lc la char••c
de sccré•
0
t:urc ou grer.fier. Une suite de malchanceJ&gt;,
procès pm·dus, héritage manqui: ot plus q11c
tout des mœors déréglées, l'avaient acbemiuo
à la ruine. Un complot malheureux l'y préi·ipita lout à fait. Voici ln chose en peu de mots:
Le maire el quelques bourgeoi · soupçonnaient le duc d'Épcrnou, alors gouYerneur tic
la ville, de vouloir li vrcr la place aux hu!!llcnot de 'ararre. Ils résolurent de s'en° d~faire. Armés de plastrons sous leurs manlealll, d'épées courtes el de pistolets, il
'avancèrent dans le cb:lleau ju que dans la
garde-robe où ils cro1aienl trouYer lu duc.
Celui-ci ''&lt;'nait d'en ortir pour ••aaucr son
cabinet. Il 'y barrir~da arec de O coffres,
qu'il dt!plap par un effort surhumain, car
lnrsqu'il falh1t le.~ remettre, on ne le put
faire qu'avec trois hommes.
Debor , les partisans da maire sonnaient
partout le toc in et répandaient par la ville le
liruil que les huguenots s'étaient emparés
du chàtcau et IJUÏI fall:1it leur courir su . Ils
rnulurenLenfoocer la porte, nrnis ils en furent
emp,kM . Les conjuré se trouv~rent pri
entre les en d'E~rnon el le duc cu personne, &lt;1ui orlil de son cabinet al"ec deux de
es genLilshomme . lJaos la Lagarre, le maire
fut ulessé à mort. es amis réussirent à
gagner l'escalier de la tour en l'emport.nnt
avec eui:. Cet l!sc:ilicr esl fort étroit. Les
hourgcois étaient gcn de cœur. Le duc n'o. a
pa les forcer . Il fit allumer de la paille afin
de les enfumer et de leur barrer le pa, age.
l'ressés du feu, lourm,;,ntés-de la soif et de la
faim, alfaiLlis par leurs Lie ures, leur chef
mourant, et sans espoir, ils tinrent là quarantc-huiL heures. li la iln, un accommodement fut conclu . Mais le maire nv-ait rendu
l'âme.
U n'~• cul pas de repré.,aillt•~- Pourlnnt, on
,·oit par les registres de la ,·ille ~ue le père
de fl:H,tillac ~a)'a pour d ·autres plus bardis,
car le duc d'Eperoon lai fit retirer son emploi.

Ce fut la mi·ère au logis.
Le paun-e Jean-François c-orum t Loule
le tristesses ré ·em!t' · à l'enfance dans les
familles qui tombent. Et par la faim et le
malheur il apprit à &lt;ltltester l'hérétique.
N~l dou~e aussi 4110 se oncles maternels,
me ires 1 1colas et Jean Dubretùl, clianoincs
de la cathédrale, qui lui enseignaient à lire
1·t à écrire, n'aient 1.mcore eollarnmé. on rœur.
Ils !'élcYai~~ aux récit~ des outrages qu'a111il
subi la rel1i1on; ils le promenaient dans le

LA

ruines de couvents et des chapclles; ils lui
montraient le mùrier où les huguenots aYail!nt
pendu de pauvres moines innocent , el le
pont de Saint-Cybard d'où il avaient jet~ ii
la ri\'ii!re le prieur des Jacobins, leur omi.
La misère, ces tristes récits, et tout cc 1p1i
monte de colère et de res. entiments d'un l;1•
de pierres noircies, ce furent là les voix moroses 11u'enlenrut le jeune enfant. Il ne ,il
pas sous les chèoes le vol resplendi. ant des
:-aintes; il n'entendit pa leurs voix dhi.nes
mêlées au frisson des îeuilles. c·~t qu'il ne
pai sait pa de urcLis à la lisière de- hoi
hnbités par les f~cs. La masure qu'il baùitail
111! voyait jnmais le soleil. Encore aujourd'hui
cc quartier re te trisle, mal famé et ses maisons mauVllises conseillère . Quelle poésic
pou,·ait l naître? nu tourment, et pas autre
d10 e. On voit fleurir, en aoùt, ~ur les pentes
J'Ao"ou1ème, une bizarre fleur soufrée, de
lo girofléu ~u mgc. "on air est misérable et
son parfum ,•ioknL. EUe îail &amp;onger à na1omac, lri le fleur de cc rocher calholique.
Quand il fut sorti de l'enfance, maitre Duport des Iloziers1 conseiller au pré idial d'Angoumois, prit François. quelques années,
pour lui serrir de valtJL de cbamhrtJ el de
clerc. Après •ruoi, ayant {,t,1 iuit ié aux pratiques de la procédure, il 'en vinL à Paris,
solliciter des proeè , ü l'àge de dix-huit ans
em·iron.
Comment y Yécut-il 1 on l'ignore. Et il
importe peu de savoir qu'il logea chez un
~avetier, puis près des trois din pelet.~, rue
Calandre, et puis devant le pilier verl, rue
de la Harpe, aux quafre rats. ~fais, dès ce
moment, il éonfesse qu'il s'alla.cbait à la
rontempla tion des secrets de fa Pro"l'idence
éternelle dont il arait de fré,1nentes rtivélations, lanl en dormant l)U 'en ,·eillant.
Ce saulc-ruis5eau de Ja basoche, la seule
chose qni !'intéres ât c'étaient les jugemants
de Dieu. Etait-ce un terme général qui se
pré entait à son esprit par habitude professionnelle, ou faut-il croire qu'il pensait déjà
à quelque i:entence di,•ine portée contre le
roi hérétique? Le œrtaiu, c'est (Jlle cc médilalious s'accompagnaient de migraine cl de
fièvre, car il reçut vers ce t~mp -là de l'abbé
Guillehaud, curé de Saint-André d'Angoulême,
un petit cœor de Cotton, à savoir un paîn
azime, découpé en forme de cœur, où se
lrouvait enfermé un morceau de la Haio
croix, et qui guérissait des fièvrt.'&gt;. li le confia
11 Marie Moizeau, son hôte se, pour qu'dle le
portât hénir aux Capucins, et depuis oc le
◄ 1uitta plu •.
Quel intérêt pouvaient aYoir fa chicane, l •·
procè~, les dc'hal des homme~, pour cette
imagination inquiète qui cherchait à lire dans
le ciel'? li aspirait à rejeter la livrée du procureur pour prendre la robe monacale, à fuir
l'agitation du Palai pour l'ardeut silence de
cloitres. Il voulut entrer am Feuillants.
C'étail le plus rigoureux des ordres. Les
religieux portaieuL la haire et le cilice, marchaient pieds nus, dormaient Lout Yêtus.
mangeaient à genoux, se nourrissaient
..., 63 -

T'l(AG'ÊDTE DE J{AYA1Ll.AC - - . .

d'herbt!s cuites à l'eau et d'un méchant pain
d'orge. fiécemment, quatorze J'entre eux
élanl morts dans l'es11ace d"u11c s,!maine, le
pape leur avait permis de e couvrir la tèle
cL de porter des s:mdalr,s.

llAY,ULUC.

(D'après

11110· ~sta mp~

J~ 1610).

Ran.illac se présenta chez le père Marie.\ladeleine. Celui-ci voulut hien J'ndmellre en
qualité de frère comcrs. Mais, au bout de
six semaines, 11n écrit qu'il compo.a . ur ces
fameux jugements de Dieu dont il a,·ail la
tète pleine, et cp1ïl montra. au supérieur, le
lit tenir pour 1isionnaire. Il rut rcmoyé du
eom-enl.
Le malbeureux, au dé espoir, s'en alla
trouver en pleurant le père d'Auhigny,
jésuite, pour le supplier de llédiir le provincial des Feuillants. Le bon père lui rifpondit
11u'à en juger par sa mine, il avait eu plutôt
ùcs imaginations que des visions, qu'il dev::iit
renoncer li tout cela, dire des chapelets el
prier Dieu.
~ur quoi, le pauvre füivaillac reprit le chemin d'Angoulême.
Sa mère le ,11 rrveoir avec joie. Elle vil'ail
fort malheurense dan le village de Magna&lt;'sur~Tonvre, où la misère l'avait chassée,
entre son triste mari et l'ainé de ses m~,
dont, pour n'y plus rernnir, l'OÎci en liref la
carrière, telle qu'on la suit au. registre d1•s
pfron.~ :
En 160G, il ,·oie de· brchis à son phc; en
1!107, il l'assomme et lui ~rrachc la harbc el
le · chcl'eux; puis il mal mène un icur Boiron
~l le tribunal le condamne pour tentati,·e de
meurtre; l'année suivante, il falsifie un arrêt
du Parlement, et pille André Housseau dit
Pelluchon, marchand; oa l'accuse ensuite
d'avoir étranglé :\liche) , oullel, poissonnier;
en 16 11, il ,·nie, à fartbon, une enclume c t
le soufflet d'un mar 'chal; en 1612, l'amour
lui fait 1:lrangl!'.r près de Noyon, en Périgord,

�111ST01{1.ll

"-------------------------------Ava11L de e meltre en chemin, il li, a
dan. la doublure de sa ,·e te &lt;les slances
r1u'un de ses ,oi in , qui se piquait de poésie,
aTait pli1.et:e. tian la bouche d'un criminel
qu'on mène à la mort. Pui il partit - naie
marcb(: au .upplice. où il n'avait pour loul
,·iatiqae •1 uc ces misérables ven qu'il emportait ur ·ou twur.
11

une musÎtJUC rendant un ~on p:U'l•il à celui ou lit au lil-rc dt' .loh. b liriganu . ne pCll\'el,L
d Lrompetle à la guerre. Le lendemain. rien faire, il 11·cnipèche qu'on doive aller au. 'étant levé a,·ant que 1, jour Mt ,•cou, il fil dc,·ant el leur rornprr la l~tc. El ïl nous l'!-l
a méditation, 'assit deranL k• fo)·l!r, e pa~~a permis Je oou défendre contre le · maladie~
1111 pei 0 uc par la tête, pui , pour ranimer 1•
d fa pe~Le, bien 1111'elles oient, comme touh•
îeu. approcha un sarment &lt;le la liraise et ~' cho e, en,·o)"ées par vou ; 'il nou est permi~
rniL h ·oufner. Il vit alors, incontineoL, a au~ cncorr de nou Jérendrc des tentation~ et de.~
dem. costé de sn face, à destre et à . cne tri•, diables, qui SL! gli scnl dan- le corps dr~
e rillage do M:i~nac- ur-'fou\T&lt;', -01) Jean- 11 la lueur du feu qui eOrtail par le souffle- hommè · p;1r un juste châtiment, lt plus [ortL
Françoi awit re-joint sa m~rl', esl un lien Ill •ni de hosties, et, an-des ous de sa face, rai. on t&gt;st-il permi de lutter 1.:onlrc le plu.riant eolre tous. On y rcncontri, d"1111c même au &lt;lroil de "a liouche, par le costé. 1111 rou • ~rand des maur, 1pii esl l~ doctrwe de
vue ce qu'on ne lroU\'erait ailleur ,pie ·ur lean de la même grandeur que celui que lèv,• l:e11èvc, la ju ·tire d'An~lt!lerre, l'étahli emenldans le royaume de la paillarde Bab ·lone,
un plu· va. te domaitrn, de vallées plcinus d1• le Prèlre à l:i célélmtion du service divin. i&gt;
Sans doute cul-il, en ce temp -là, d'aulre · la pcr écu1i11n ouvi:rteù
eniteu r · üc llieu,
blé, de · rui, seaux et de· fonlain , Jes pré
joignant le rui · eaux, des bois cl des Lailli · ,-Hons : c'e t la seule qu'il ail raconlér. et coutre l'autt:ur &lt;le ces mau-x-, qui esl fo
quel si 0 ne,
au pendanl des terrier , et de ,ignobles au Mais on le \'OÎl déjà, le malheureux frénc'•- prétendu roi de France! Mai
. ommcl ù coteaux. Une ri\•Îère jaillit là de Lique, dans les rues torte d'Angoul~me ou '.'eignt•ur, pourrai-je reconnait rc t1ue vous
deux ftbimes sans fond, l'un tranquille dans la paix des églî es, acitrml le des:ein de m'avez choisi pour êtr&lt;' 1è bra. de \'Oire ventuer le roi. Toul ln ramenait sur celle idée, geance? ouvent le loup e prea&lt;l pour lr
comme un miroir, l'autre toujour arrité, le
tout la jetait dans ce Ycrlige. celle àroc chien, ln cigu- pour le per il. ui -je dupé
Bo11illc11tf el le Dormant. Cc deux ;wutTres
my lérienx sont formé par Jeux rai r.aux qu'e1aspérail à la folie la cule pensée do par queltJUO illu ion, comme on wil les perl'bt:réliqne: les sermons qu'il entendail, 11• ' drix pipées par les appeaux et le. pigeon~
t{UÎ reparai.sent t 'unis.enl nu fonù d'un
,·a. te entounoir rempli de brous aille N propos diis religieux, les bruit· qui 1:ourairnl rbassés par les épouvnntau Je chenevière ?
d'ombre, après s'ètre un moment perdus b partout sur la Causse conversion du roi, el ces ttaient-ils dnpé comme moi tou ceux qui
quelques lieues en amont. Les poètes du cru innombrables libelles, tant latin. l[Ue fran- ont déjà e! ayé de venger d'un eul coup tant
aimaient à dire dan leurs ver~ que le rub - çais, in pirru; du père ~foriana, où l'on traitait d'injures faites à l'Église 1 e Jean CLn tel
·eau Bauùéac, amoureu1 &lt;le la nymphe de avoir s'il étailloi ible ou non de se défaire r1ni, à peine âgé de vingt aru, e Lallé frapper
le trran au milieu de es délice , dnus la
Touvre, 'était gli · é ju que dans son liL, d'un tJran.
Problème lénéùrenx., sujet rempli d'cmhû- chambre de a Yénu·, et lui brisa une denl;
par-dessous la forêt de Braconne, et que les
gros bouillons qui ao-itenL la surface du Bo1âf- clie.s, inextricable dédale où la théologie vient l't le jésuile Gnignatd; et ce vicaire tic a.in licol as qui fut pendu et hrùlé en Grè,·c pour
/a11! étaient le igue de cet amoureux Lran - ,~aarer la raison! ~.an· doute los rois onl les
port. Ensuite, la 1'ouvre apaisée :)·~tend avec repré ·enlants de Dien sur Lem~ ; Jes sacré· avoir dit en public qu'il voulait fair un coup
·oncile • cl le: canow excommunient ceu qui de saint Clément; et Jean Gue don, avocat;
nonchalance à trater de larrre prairies, el
toul de suite ,·a perdre ses eau-,., d'une frai- 111!tdiront mème de prinr.es; l&gt;avid a fait et Pierre Barrière; et Dcuys, chantre à antes;
cheur inguli~rc et pa.rticulièrcment aitmlc mourir celui r1ui \' Ïlil lui annoncer qu'il aiail cl le capucin Lan,.loi : el 1' icofo Mignon: el
portd la main sur .'aiil; mai cst-îJ roi celui deux jacobin~ de Gand; el Davenoe Flamand;
Je. lrnile ·, &lt;lan les jon de la Cbarenlf'.
Pmt-11 tre, 'il étai l demeuré dan ce pai- qui e t un llT311 a.u lieu d'un roi, un u ·urp:1- el ce laquai du pay de Lorraine; tou roué ·,
sihle campa ,ne. , l'irnagînn.tîon de navaillac leur au lieu d'llll légitime seÎ!!llcur, 1111 pro- pendus, réduits en cendres; et le .i~ uill'
ne e [ùL point a~somhrie. Le maJheur voulut l"an:1Lenr Je. chose· sacréê:-, un oppres ·eur dr Varade; et le en.ré de aint-André-des-Arls cl
11uïl quiUa ces lieux et ttuïl revint dan· la la religion, un rclap ·. un hérétique, un sou vicaire, brùlés en effigie; et lo nomm~
Lri lt' .\ngoulème, ~oml&gt;rc ,ille, arcr se. rue.5 ex.eominunié, l:i pierr&amp; dt! scandale qui fait Chàteauforl, yenu de Flandre, qui al'ait UII
torlt! · et •' maison ans air, étouffüc dans chopper ton, les Frnnçai ·, \'écuc.il oi1 il hri- œil éraillé, et tons ces borgnes qu'on arrêta
senl le navire de leur conscience, le levain en ~a place. qui ne voyaient déj~ la lumière
se· muraille · .
a m'.rc I vendit la mJiso11 qu'elle possC'- qui les corrompt, le maléfice qui les cbarme, (lue d'un mil et qui ce èrenl ;1 tout jamaL
dail prè du Cùàlean, s • ré ervant une la pe Le qui les envenime, le poison qni les de la \'Oir ... .
Alors, considérant tous ce Lras levés ur
chaml1re ou deux:, pour y loger arec son fil ·. suffoque, l'anae Je l'ah1me 1ui le infecte, l:t
En souvenir de se oncles D111.&gt;reuH, le cha- monta one pestiférée qui gàle Loule la L_erre ! le tiran el leurs teulatives rc·técs vainc ,
P nt-il :J.\'oir Dieu pour père, celui qui n'a eux. morts hr~lés, jeLés au ,·enl, et le roi tou~
noine de 'ainl-Andrti confièrent à Fran~oi
l\a,·aillac le _oin d'environ quatre-vingts éco- l'Egli e pour a mère? Peut-il ~tre trè cbrti- jour debout, lïnfortuné. se demandait. si
Lil!ll, t fils ainé de l'Égli e, celui c1ui n'est c'ét:tit llieu qui a rail armé leurs hra ou bien
lier , auxquels il enseignait ;1 prier Dieu dan
la religion catholique, apostolique 1~L romaine. pa dan· l'Église? et membre nolile du corps si c'était lui, au contraire, 11ui avait écarl!:
On le payait chichemcllt, en nature, d'un peu mystique, celui qui en esl retranché comme leurs coup .
membre pourri et aride? ... Seigneur! s'écriait
Pendaul cinq ou six an , il se perd au
Je lard, de blé et de vin. Il fit de delles peu de chose en vérilé; quarante-ncuI livre , Ravailiai,;, vom défendu l"homicide et pour- milieu de es scrupules, 'égare ù.ans celle
tant ainl Auf,'11Slin appeUe les hoo · rntb.o- casui tique homicide. li a si te au conseil de
di ois, trois deniers. Ce lut lrop; on le j la
liques des 111assac1·e10-~ ,Le corps, par la rai- l)ieu; il coo Litue la Cour céleste ; il fait comen prion.
son qu'ils exécutent l'héréliqu , el Da,i&lt;l paraitre le roi devant la justice du TrhPour un e prit méditali! la pri on c'e~l le n'a-t-il pa dit : 1&lt; Je l11c.ra.i de bon malin llaut: il entend la condamnation di,·ine ,.,
couvent, la cdlule, le recueillement, le rèvr. tous les p&lt;lcheurs de la terre pour exterminer 'lue Ilicu demande un \"cn,,.ent·. Pui. soudain
1\(1\'aillac y eul de Yi ·ion , des xe11limi&gt;r1!.~ Je la cilé de Dieu tou cem 4ui opèrent lïni- le ciel s0 referme, la sublime ns:cro.bléc
dr. {e1i, cle soufu Pt 11'mice11s.
quité'l » i vous arez renver &lt;1 Goliath, c·~"t s'érnnouit, tout ce lribunal 'effondre. Le
Un soir d'aprè la Xo;J, qu'il priait daus par la main de Da1·id, ~i vou. an•z tué Jlolo- pamre vi ioonaire re:.l, ·cul, rompu. chaoreon cachot, les maints jointe et le pieds pheroe, c·e t par la m;1in d'une l'enune. Tou- lnnt, mouillé d"an;;:oi se. Et le déhal recom•roisés sur a pailla. se, il diL ayoir senti sur jour ,•ous 1·ous êtes ,ervi de mains dt! plus menœ avec on àme.
Tournan l ai1Li dao· ses pensées comme un
es lèvre ' une cho e qu'il ne put discerner, îaibles de ,·o serviteur , et par le· exploits
·hien de coutelier dan sa roue, il alleirrnit
car c'était l'heure de minuit, et l'envie lui .i qu'ils ont faits, vous avez monlri qu'il vou~
vint au .i lôt de chanter le Di.rit Dominu~,,fj~_,taient agréables. Si von parmelkz les mé- sa trente cl unième année.
Celle armée-là, il ré.solaL de s'en aller à
puis le ~tiserere el le De Prof'1m,lis touL a :·chants, les loup , les lions d aulrl hèle
loo~. fi lui scmhlait qu'il avait il la bouch
furicu es; i, iam votre permission, comme Pari..

,m nommé Fonlellcau douL il dé:.ira.il la
femme; enfin, rldnil à quiller le pay., il
s'enr11it en llauphiné, où la liste de se· méfaits ne 'est pa · conscrvét', urnis 011 une
cayerne. dan une pièce de terre qui porlt.! le
nom de champ na\'aillarl, ·'illustre de la
gloire lugubr&lt;' a11ad16e 11 sa mémoire ....

li
Pendnnt que le tri te pèlerin rhl'minail ur

HENRI

Ill. -

HisTORIA. -

Fasc.

18,

Ter. lui on il~r&lt;l, ~l par un o-cste mulin die
emlila l'en vouloir pcr :er. Elle mil à cela
Lant de grâce que le roi fot 1,le sé au cœur.
Tandis que la douleur el J"arnour le tenaient
ainsi ré\'eillé, il songeait aiec chagrin cp.i't·lle
''l!Dail tl' ·tre fiancée à mon ieur de Ba .. ompierre, de Lrcn te ans plus jeune que lui, cl
si îorl dan. l'e:prit de dame que les courti:ane prenaient son nom eomme nom de fortune, et cpte jusqu'aux monlarrnes de , a\'oie
on appelait Ba11 ·0111pie1Te tout ce 11ni e.xccJlai1 en lJonne mine. li e di ail, non san

IV E·r SA t·A \!11.1.E. -

la grand'rouLe qui mène d'Angouléme à
Paris, 'a .\Iajeslé étail au lit, où la r tenait
la goutte. Un °entilhomme de sa chambre
lui donnait lecture de )'Astrlfe, alors dans sa
fureur nouvelle, e l ces brûlantes amours de
berger ramenaient sans trêve à l'esprit du
vieux mon:m1ue amoureux une beauté &lt;le
quinze ans, mademoiselle de ~foutmorency.
Avant que de Lomber malade, il l'a,•ait vue
dans un ballet qu'on répétait chez la reine.
Les dame y parai aient en nymphes, armées
d'une j:ll'eline. Dans une de figures du ballet,
mademoiselle de ~fontmorcnci avait tourné

LA

D':i~r~s

1111e

i elle m'aimait, tu me haïrais. Il ,·aut n1ieux
que celi1 ne oil point cause de rompre uolre
boont· intelligence, car je l'aime d'afTeclion el
Jïnclinalion.
Il poussa un autre soupir, el puis conlînua:
- .]1· ' tlÎ ré ·olu de la marier à mon neveu
le prince de Condé et de la tenir près de moi.
Ce ·era ln ron. olalion el l'entretien de la
vieilles t' oit je vas dé 'Orm.ais entrer. Je donnerai à mon ne"eu, qui c'l jeune el aime la
chas·c mille foi mieux 11ue les dame:;, cent

gr.:tnrc Jt, C12N11o/l des Esta,r.rcs.

dépit. qu'avec un mari par il, jamais il n'.iurail la femme, el que le prince de Condé,
maigre, chétif et grand chassenr, aurait bien
mieux fait l'alfa ire.
Il · Jlt'n ;1 Ioule une nuil, cl dils que le
matin fut venu, il !.'nvoya cb.ercber Bassompierre, le fit mettre à "eooux ur un carreau,
deranl on liL, puis après un grand ~oupir,
iJ lui dit :
- 13:l sompierre, je Yeux le parler en ami.
Je suis devPnu non ~cuJement amoureux,
mais outré de madeinoi elle de Montmorency.
i tu l'épouses el qu'elle t'aime, je te haïrai;
..,,, 65 ...

T1f.JtGiDlë DE ~AVJUI.1.AC - - ,

mille francs par an pour passer son lemp ·, et
je ne ,·enx d'autre .,.ràce d'elle que soo ailection, san, rien prt!tendre davantage
- ire, ltLÏ répondit Bas ompierre,je m'en
désiste pour jam ai et souhaite que cette nouvelle amour vou- apporte autan t de joie que
la perte me causerait de tri~tessc, si la con.idération d ' Votre füje té ne m'empèchait de
la recevoir.
11r ce, le roi l'embras·a, versa des larmes
et l'assura qu'il ferail pour sa fortune autant
que 'il était un de ses enfants naturels.
À quelques ernaine de là, mademoiselle
5

�H1STOR..1.JI
de Montmorency épou nit · Ton ieur le Prince.
IlavaiUac était à Paris. li ne lrouLla pas
cc~ noces. Personne ne remarqua celle ombre
(lllÎ rôdait autour du Lou1Te sans pomoir ·
pénétrer. A la fin, dé c pérant de rencoaLre.r
.'a )lajesté { ecr~lemenL heureux peut-èlre),
il repriL la roule d'Augoulèrne cl r •gagna .on
par, san:, laisser derrière lui J'aulres traec
que celles de ses pas dans la poussière des
chemin .
Yon ieor le Prince fut moin complaisant
'Ille Je Roi l'avait e péré. Pour mellre a
remme à l'aLri dé• as iduilés du barbon, il
l'emmena en oi!'.'onnai~. Le roi en fut au
dé::.espoir. fi resta vingt jours privé d'e.lle.
Quand elle reparut à la Cour, il en entit tant
de plai ir qn'il commit toutes le folies que
pourrait Jarre un jeune homme. On le vit
changer n moim de rien d'habit de Larbe
et de contenance. U courut un jour la bague
aVl'I' llO collet de senteur cl des manches en
atin de la Chine au couleurs de la princesse.
Il \'Oulul avoir son pl)rlrail. Elle ~e fü peindre
en cacbelt par le peintre Ferdinand. Une
foi il obtint d'cllc qu'elle se monlrerail à lui
touk 1cbevdée à on b:1lcon, avec deux fiarnlk.-aux aux cotés. A celle 1·ue, il 'éranouiL
r1ua. i; delle dit: a Jésus! llu'il esl fou!. .. i,
)lonsieur I Prine , son mari, continuait
de faire le jaloux. Le roi lui criait : B,ilard !
L'autre rupondail : T -ran ! n jour, il pril
Sll ÎtilD.rne en croupe et retourna en Sui ounai ·. Promesses, menace , rien n')' fit : il
rcfu ail de re,·enir. A la fin, le roi n'y tinl
plu el quittant le Lom·re en sccrd, ü che1•auchn tonie une nuit avec quelques gentilshomme •t arri,·a près de oi oru. le matin
du la , aim-UnherL.
~lonsieur le Prince était en cba ·i;e. Madame
la prince se a mère et la princesse sa femme
~I' rendaient dans leur carrosse chez la dame
de Tri"ny qui les avait priée à &lt;liner. A la
lisière de la forêt, elle· 1·irent d' li née du
roi el une •ru.a de cp1antité de chien . ladame
la Prince . e mère, qui ~imaiL pas ionnémenL
son fil el qui \'cillait exal'Lement aux action
de la jeune prince se, craignit quel,1ue embù be Jo roi. Elle fil un signe aux veneurs,
el. run d'eux 'élaul approdié, lui dit qu'un
('apîtainc de la véneri , rrui était dan fo voisinage pow· fèter la 'aiut-lJuliert, a,,ail fait
mellrc les relai· qu'elle v,, ail en cet endroit.
1 1 cnda□ L cc teUJps, la prinresse ob.er~ail par
la portière les rnncur · re tés à l'écal't, cl
parmi 'U • elle reconnut hl roi IJlli, pour se
mieux Mgui er, s'élail mi· un empliltrc n
l'œil el menait ùcu · lcvriers ù'allache en
lai , ·e.
Lo11°1emp plus lard, elleayouail que celle
galanterie ne lui avait pa. déplu, mai· sur
1'hn1re elle cacha a urpri c, de peur que la
vieille princesse ne rapportàl la cbo e au
prince.
~lanl arrÎ\'ée à Tri 0 n ', elle
renia rn
cnlranl ur la Leimté du la vue. La darne de
'frign)' dit alor qnc s'il lui plai ail dere arder
par une l'enêlre qu'elle lui monlra, elle en
a.urail encore une plus agrJaLJe. La princes e
11

alla voir; el, de nouveau, elle arcr{~ul le roi,
Il r.:han.,.ea sundain de coaleur, et se
à la renèlre d'un p:1,illon, qui, Loal d'un pcncbaul sur B1 ompierre qui e trouvait
Lemps, porla une maiu à a Louche el l'aulre près de lui :
sur son cœur.
- llassornpierr1i, mon ami, je ui perdu,
- Ab! Dieu, ,,u·est ceci? eria-l-elh:. lui d1L-il; cet homme emmène sa femme dans
Madame! le roi &amp;l céans1
un hui·!
A ce ' mol , la princes e mère, tonie enEt, ce~sanl aussitôt Ie jeu, il e11lra a,·ec
Œammée de courroux, malmena fort la Trigny Delbène dans la chamhre de la reine.
el lit remettre incontinent le· chevaux à on
811~ ompierre l'y rejoi 17nÎL ous préte te de
carrosse. Le roi, accourant au bruit, eut a lui rapporter on argent qu'il aYail lais é ur
part dan . es i11jures. Yainement il emplo~a la table. Il raconte, en se&amp; Jlémoires, qu'il ne
Loul ce que lapa ion peut dicter pour apaiser vit ja111ai, un homme aus i transporté. Le
la princes e et rdarder son départ. li n'en marquis de Cœuvres, le coml~ de Cramai!,
pul rien obtenir fors qu'elle c lairail devant Dclliène et Loménie étaient avec lui, qui lui
·on li! .ur ce qui venait de e pa · er.
donnail'Ol 01ille. expédirnls ridiC'ules. Bientôt
Le ~oir même Condé s.wait Loul.
se· ministres arrivèrent. Chacun d'eux lui
Celle fois il ré olul de Caire un trou à la proposa un plat de son métier ou un trait de
lune et de orlir du royaume. Il \'Oulut aopaon humeur. Le uns &lt;lisaieol qu'il fallait
ravanl meltre ully de son côté; el, s'étant faire de bonnes et fortes dédnraliun. contre
rendu à Paris, il vint Je ,·oir à l'Ar·enal el le prince el contre tous ceux qui lui ollrirai@t
lai ·sa pe.rte.r son projet. Le vieux ministre un a ile. Les autres que , a lajei.,té devait
prote. ta de l'mnO&lt;'ence de soo maître; il fi L dépêcher uu capitaine en Flandre pour làchcr
valoir que Pari était le eul ·éjour conve- de le ramener, et mt•nater de la guerre le
nable au premier prince du .ang l'i qu'il ne E,pagnols . 'ils refu aîe111 de le rendre.
pouvait 'en éloigner sans manquer à a
a Majr té ne voulut rien résoudre qu'elle
lfojeslé.
n'l.'ùlcon ullé ully.
Condé parut en com•enir. l[ai · ully re. ta
Celui-ci parul dans la chambre a cz lard
µersuadé qu~ son di-part était proche, et dan la ·oirée.
racontant le soir mème celle ,·i ite à on
- Eh Lien! luj dit le roi en lui pren:ml
maitre, il lui con eilla vivemeut d'enfermer la main, noire homme 'en ebt allé et a 10111
lu priuce à la Ba. Lille, sioon qu'n:mt huit l'mmené. Qu'en dite -vous?
ire, lu.i répondit le minj tre avec sa
jou.rs il aurait fui.
- Von avez toujonr , dit le roi, le· fan- façon brusque el rude, je ne m'en étonne
lai ies le plus extraordinaires du monde. point. Si ,·ou' a\'Îez cru le con eil que je vou
Quelle apparence y a-l-il qu'il s'en aille, lui dounai il y a huit jour ·, von· l'eu sit"z mi· à
qui ne peut ,,ivre san· mou aide? 11 n'y n pus la Ilaslille où je vous l'aurais bien gardé.
encore une heure qu'il témoi!rllail chez la
- C'est une affaire îaite, dit 1~ roi; il
reine on ùésir de demeurer à la cour malgré n'en faul phi parler. 11.iis que &lt;lois--je faire
les bruits qu'on en pouvait faire.
mai11kua111 '! Uile·-moi votr~ avi .
- Jlard,eu, je ne ais, rilpoodit l'autre;
Troi jour plu t:ird, à l"beorcdu coucbPr,
le prmce, de retour en Picardie, faisait mon- lai ·'e:i:-moi retourner à !'Arsenal, où je . outer la priuces,e dan.s un carrosse, attelé de perai cl me coucherai, et onoerai celle nuil
buiL él.ie,•aux, que suivaient quelque haque- 11 quelque lion conseil que je ,•ous porterai au
nées conduites par des ale! . Le mar&lt;Jui de matin.
nochdorl, madcmoi ·elle de GhàteaU\erl,
- Non, dit le roi; je ,·eux que vous w'cn
dame d'atours de la prince c, el Philipouc, donniez un or l'heure.
une servante, montèrf..'nl au i dans la voi- 11 Î.tUL donc y pen'er, fil le ruiui lrP.
ture. 0o roula huit heure de nuit. Au jour,
Et se lourna.nl nrs fa îenètre, il e mil à
les che,aux él:tÎt&gt;llt fourbu . On lais a là le jouer du Lambou,·in dos us. Puis il revint au
carros e; le princll mil , a femme en crou~ roi, qui lui dit:
de mon ieur de nocbefort: lui et lès autres
- Eb Lien ! avc.:-vous ,,oagé?
enfourchère11l le.s haquenées, el la course
- Oui, dit-il.
recommença -ou l'arnr e, vcr- la frontière
- EL que faut-il raire?
des Flandre .
- Ilien.
Le soir vint. lis s'égarèrent. 11 ne trouva
- Comment, rien'?
dan un moulin 11ue de la paille pour se cou- Oui, rien, répéta ~u.lly.
·ber, et, pour manger, du pain du seigle qull
Mai le roi u'acccpla pas cet avis. 11 dépêcha
la princess~ dévora, san nième enhiver ses moasi ur de Pra-lin, caµitaine des gardes, à
ganu, rp1e la vluie collait i, es doigts.
llrm:elle • auprrs de l'archiduc Afüerl, pour
Le lendemain, la cavalcade arri,•ail à La.:n- réclamer les fu!!itifs. Et le lendemain il d~
d recie.. en territoire espagnol. On °)' reposa clarait tout haut devant l'an1ba.sadeur de
un momenl, pui la princes e fui remi e en \'eni e que si son Altesse l'Archiduc ne remetcroupe el conduite au graud galop à Bru xclles. tait pas Monsieur le Prince, il irait le chercher
lui-même a,·cc cinquante mille bomOJé .
Le roi jouail a1·ec Mll. de Cré11ai, d~ Guise,
d'Épernon el Bassompierre, 11uaud Dell,ène,
Un était aux. approche de No "I. 'esl le
puis le cbe alier du guet vinrent lui porter lemp de l'clfroi el des lon"'uPs veillées. On
tout bas la nouvelle que le prince était en voü sortir le loup des boi el k nouvelle
vrai~s ou fous es courir à travers la campagne.
fuite.
- b6 ,,,

'-------------------------------Ç11 et là, des levées de Lroupes :t\'aient répandu
la rumeur quo le roi préparait pour la Noël
prochaine une S."int-Bartbélemy ùe Lou les
bons catholique·. Avec l'a1idil,; d'un homme
qui cherche pai·tout, nutour de lui, de quoi
s'alfermir dans .sa p:i-sion, Ravaillac rccuri!lil
ce liruit, dè· qu'it tomlia sur Angoulême. 11
parl, arrive à Paris, se rend chei monsieur
d'.\ngoulême, où il pensait trouver quel,1u'un
t1ui l'introduirait près du roi, pui au logi de
mon ieur le cardinal Duperrou, où il ne put
parler qu'aux aumônier, qui l'éconduirt!UI.
Il s'adre sa emuite à uu sieur du Terrail,
écuyer de la reine Marguerite, lequel lui déclara tout net que, pour parler au roi. il f'allail être noble el honnête homme.
- Suis-je pas honnête homme? demandal-il.
On le remit aut mains des gardes qui
l'amenèrent devant monsieur de Ca telnan.
- Monsicul', lui dirent le· archer, ,·oici
un homme qui veut entrer à Loule force dan
la chambre de &amp;l llajel'!té. Il prfünd qu'il a
des choses à dire, el qu'il ne peut conlier qu'à
Elle-même. Nou· l'a"ons fouillé el Yi~ité partout et ne lui arnns rien trouvé.

LA

Sur 11uoi monsieur de Castelnau alla chercher mon ieur de La Force, son père, dans
le cabinet du roi, pour lui montrer le per onnage. La Force lui trouva l'air d'un papaull
et d'un catholique à gros grains, el, comme
il n'en put rien tiret', il reviul demander nu
roi re '[U 'il voulait qu'au en fit.
- Ce sont de métarulatiquei, qui oul l'e prit troublé et s'ima!!Îuenl aroir de visions,
rt&gt;pondit a Majesté. Qu'on lc fasse encore
fouiller et, si on ne lui trouve rien, qu'on le
dia e et qu'on lui défende, sou p ine de
étrivières, d'approcher du LOU\Te, ni de ma
per onne.
ire, répondit La Force, Votre Maje Lé
peul m'ordonner ce qu'elle voudra, mai sur
cela je o' en ferai rien, cl je croi. devoir le
remellre entre le mains de la justi~e.
Mai le roi lui commanda si expre.-.sément
de lai ·ser aller cet homme qu'il fuL cunlrainL
d'obéir.
Il retourna dans la . alle de· gardes, fil
fouiller le prisounier une serondc foi , el
n•a~•ant rien trou,·é 11.r lui, il le rem·oya du
Louvre.
ù s'en ulJa Ravaillac? Que .fit-il? On n'en

T~AGÉDTE DE 1{AYA1LLAC - - - .

~ail rien. Den jours après la ~oël, il -çil le
Roi dans son carrosse, près du cimetière
Saint-Innocent, el courut derrière l'équipage.
- 'ire, cria-t-il en 'approcbanl, au nom
de notr ' igneur Jé us-Christ el de la acrée
Vierge Marie, queje parle à vous!
~(ais le roi le repou. sa de sa baguette.
A pal'tir de ce moment, il erre comme un
chien perdu. Ou le trouve qui mendie sur 1a
route de ai.nt-Denis. On le voit enoore aux
Feuillanl , el pui' à la maison de Jé uiles.
Là, il entendit la messe el pria un des frère
(',0nver· de l'introduire auprès do Père d'Auùigny. On le condlùsil au père auquel il conf~sa ses 1•i ions.
- Otez tout cela de votre esprit, lui rtlpondiL le jésuite, mangez de bons potage rl
retournez dans votre pays.
ur ces mols. il lui donna un ou qu'il emprunta d'un aulre religi.eu:x.
Le pauvre l\avnillac fil comme le j~uil.C
a1·ail dit. Il retourna dans Angoulême, se
ri&gt;11dit chf'Z les Corddins, se conre ·a d'avoir
comm:i un homicide par i11Le111ion; ensuite
il entendit la mc~se et se r~concilia a,·cc
Dieu.

(A suim!.)

EN

ALSACE

.....

Une histoire du temps de Frédéric
... ua histoire du temps de Frédéri ·, que
me r.onlc, à cbœnau, un maitre d'école, un
beau gars à large encolure qui res·eruLle
étonnammcnl à Maupassant.
No pa)sans d'ic.i ·ont un peu lourd~ et
ÎOnl d'aSSl'Z médiocres soldats, surtuol lorsqu'on le dépayse trop. Cependant, comme
ils ont beaux holll.llle , Frédéric Il s'efforçait d'ea enrciler pas mal dan, son armée,
compost!e de gens de tous pa •s. Un jour un
âlsacien mau\'aÏSe têle, méconl,ml de la di ·cipline pru icune. profile de ce que l'armée se
trouve ur la îrontièrc bavaroise pour déserter. TI détermine deu1 soldais originaires de
no· montaf(,lleS à l'arcomp;igne.r. A la brune,
Lous troi s'écbappcnt du camp. Mai , dl1ux
jours plu· Lard. 11s étaient r pincés par la
prévôté royale, qui les ramenait enchainé . On
le conduit devaat l~édéric, qui jelle $Ur eux
un regard sévère : « Qu'on me les pende! 1&gt;
Nos lrois déserleurs sont jetés en prison.
Le deux Scbwamvaldoi pleurent comme

des 1ignes : l'Alsacion, nn vieux oldaL, . 'enàorl paisiblemenl. [e lendemain, d~ l'aube,
un piquet de soldats ,•icnL chercher les condamnés et Je- amène au pied de la potence.
L' Al acien a touj1,urs on air goguenard!
- Voiez-vous, le amis, le derniE!l' mot
n'en e t pa dit. l~c roi n'a pas assez de
heau.'l ·oldats pour upprimer aus i facilement de· gar comme nou·. Patientons.
Vous voieZ bien qu'ou .illend de. ordre .
Le$ ordre· arri\·ent. Le roi a décidé que
les condamnf!s lircroul au sort des trois
l~qud sera pendu. Le- dctL't autres en seront
quilles pour une l1aslounude.
- Tambour, fait un officier, apporlt:l de ·
dé il ct.Js u·oi~ hommes.
Le tambour sort de sa poche quatre dés,
fos dépose sur la peau d'âne de sa cahse.
et ,·oici no gens qui s'approchent. Le~ deux
eliwarzl'alJoi · jouent d'abord: l'un amène
1 el l'autre 2 l. Diable ! I' l·a cien ri. que
lortd'être cravnlé de chanvre!

- A vou. le, dé·, fait l'officier, qui li!
regarde d'on ttir narquois.
L'Alsa.cien, tranquille, l'air détacbr, eeoue
né!!lltivement la tète.
- Eh bien l pourquoi ne faite:H·ous pas
comme vo camarade '?
L'Aisacien semble ·tupéfait de la rrneslion.
A la fin d'un air scandalisé :
- Pourquoi? Parœque a ~fajesté défond
J, j ux de lia ard. Ob! uïn ista pas. mon
liculeuaut! ... fo n'ai jam'lis louch.i de dé ;
je ne commencerai pa' aujourd'hui.
Le cas était embarras a11t. L'officier en
référa an roi.
L'ami de Voltaire eut un lin sonrire, puis,
de sa ,·oi1 d.i boi. :
- Eh Lien! je le racie tou 1 - trois: le.
denli qui ont.joué, parce qu'ils avaient an.
doute ga.,né, el celui '{UÎ n·a pas joué parce
que le "aillard a lrop d'esprit po11r qu'on le
pl'llde. Dommage qu'il ne ·oit pa Prussien;
j'lln ferai 11n officier!
17

i\l o\.SSON-FORESTIER.

�LJt F JU.LJUfY
ro.c : aus i le recrutement était-il malaisé.
A.u oom111encemcnl de no\·ernbrl! 17'!0, une
nourellc, pourtant, fut pré·cnléc : ellu •'appdait ~faric-Tb~rèse (] 'llara11court d'.\11lr;1i!!lles de F'allàl) el était duches,e dr par la
gril.cc du ~aint- 'iègc. C'êt11il une Jeuuc fcmmt:
aus grande beauté, ~emLl&lt;'-t-il, mai!&gt; "ra·iuusr, iutére:-. ante et ~piritucllc, ,n·,·c de·
che,·em: u hlond · 1 1 11n1•P.s, jolie rr11:ilnre &lt;le
Boucher, l11ute . 1·,·lle. luute lég' re J'ironie ri
de c.1rrnin D, ~larnis noie, lc'!3 di!cemhre 17~0.
que &lt;&lt; ~lmc ùe F'allary soutient son poste à
force d'e. prit. LI-' r1&gt;g,mt lui dit q11'ellc n'e l
p,,s belle rt qn ïl ne l'aime p,ls; clic n 1pon1l
qu'elle · l Lien siire 1p1ïl l'aimera an jour;
sur 'luoi elle re. te et 11llc. l'amuse &gt;&gt;
Elle-mème all1rma ph1ç lard, urm par pudl'ur, que ses rapporb a\·ec le dLtc d'Orléans
'éluienL Loujour borm1 à ceux ùc l'arnilié.
Quand il était fatig\lli ou m,;Jancolique, il
moutaiL ·b •,: elle, loul. cul. el lui demandait,
.1111s façon, !t .oup(•r d'un poulet. Elle le
dislrapiL ~i bien r•ar se· coule • r1u'il nu pen-ail qu '!1 rire et 11 folàtrer laD t 1p1 'ib ét.aienl
en tête 11 lt:le. Elle donnait 11 tout œ qu'elle
disait une tournure ~ingulière cl agréable el
persillait les geus à tort el à traver.. Le prince
de lloban, arcbcvèr1ue Je Heiu.r, 1111i n'était
pa d'une aust,lrilé trl!. faroucbc, . e fai. ait
vorter, 11uand il ~ouO'rail de sa goutte, chct
la Juches Il ùe Fallary cl y passaiL une heurll
ou deUJ., duranl br~uelles il oubliait ,l' avo11·
mal, tanl elle. éLaiL aimable el réJouis ante.
Au~si avait-die place à tons les ·ouper du
rég nt. Quand les mù inicrs et le laquais
étaient congédiés, pour plus de liberté, elle y
fah1.il griller des aucisses dans Ulle poèle
d'argent, tandi que Mwe de Para.hère batl~til
I ~ œn[s Je .es maiu'i blanch -, el que le
maitre 'occupaiL à rafraichir le champagne
el à e remûmorer [ •· recettes cnlinaüe
apprise en E pagne.
Philippe d'1Jrléans, à ce réuime. dépéri8sail visil,lemenL : il aniL le cou cnurt, fo
yeux chargés, le visage bouffi; 0u\·enl, le
malîn, on le trouvait La tète ha· e, d·un rouge
1

Ü:-f PETIT S-OUPE.R. DU RiG.EIIT (ljlO). -

D'afl'~S ledtssl11 do \\'ATTIEII. (Cab/ncldes Eslamf~$.)

La Falla,:y

--

coururent, , uivi nn insLant plus Lard par 1.i
fomilit!r": cil a.. bta pendant 110 lqucs midait incapaltle de toute a.pplication. Aux re- aule au soins prodigués au réaeut, et lorsmontrance de s ,- métlecin , il r~ponùail qu\•lle se rt!ndit compte que lout t11rtil fini.
tf1t'il ne craignait 11111! •mcnt une mort ·ubite; elle JJerdit l tète et 'enfuit, fo\li, de terreur.
Elle o'l'll mourut pa cependant, cl ,·~cul
il en acceptai! la tnenn.ce, cl loin d'en détourner Je coup, il s'a!lachait mèml! 1, 1. pr w- au contrair&lt;' forL longtemp,,. c•e~L la ,·ir d •
11uer par un régime ml'nrtrier. Il fut, comntc ,·ellt.&gt; aim~l1lo femme que, d'nprè · de~ do\:11mP11ts i11édiL~, nou · conh•, avec an tant dt&gt;
ou le ait, ·rni à oulu1H.
Le -2 Jécemhre l i~:'i •. e tromaol à Ver- 1·erJ1111r l!'h' d'e,rril, \1. Alfred farquisct (lu
saille , le duc d' rléan · Je~c udil à rnidi oh1'1. IJ11che1ise ile Fallary. 1697-1782, 1 ~ol.,
a f1•mmt~, prendre du Ihocolnl, suivaul son clJe:r. Cba01pio11). Il la .·nit 11 tra1·er · le di,hahiLude, c:ir il ré.enail pour le ~ouper le huiliètne siècle. toujours hadinr, ... ~p,;.gll-',
p u d',,ppétil qui lui re tait. Il ,c ~entait la 1,avar&lt;le el drôle, ... n J,:pit du drame qui
tèlc lourd el I' ~lomac cbar~è; ·ongt'nnt ,111c l':n•ait rcnùue dl1'fae. « ~I. le dne d 'Orléan ·
l'e·pril jo\'ial de 1me d1• t'allary dis i1,erail est mort as-i lé de ~011 ronfe.~e11r onlimomentanément les uua&lt;&gt;es uoir~ qui ob ·cur- 1iair1, .... 11 'e.,;l ainsi qur le Mi:i· &lt;lu régent
l'bsaicnl son c prit, il fit app Ier la jeu11e ,wnit élé noûtié nux t(lu.r étranµ-i&gt;r,, ; cl
comme Ln ociété parisienne .a\iiit 11ud a1·ail
femme, ryui atlt!n&lt;laiL dan,- l'nnlichamhre.
- E:ntrr•i donc, durhr. e, lui &lt;lit-il a,· ·c été cc con/es.wm,· ortli,iafrc, ce mot seul
un sou rire pénible, je :mis tort ai ·c de \'OUS avait valu à fcne de Fallar · uiw réputation.
A mesnt'e que le îcrlc ,i..,illis.ait. dit•
\Oir; rnt1. rn'amu.rrez de ,·os lé!!eudes; j'ai
eml1lail uue orle de phénomène. li, n:sti•
grand mal à la ll!Lc.
Il,. "'':t ircnl, ut .soudain le duc demanda : d'un Ù'"'c disparu; elle sur.,,i,nit d1! l:i r 1g&lt;'nc.:
- Cro)ez-wu naimenL 11u'il y ail nn &lt;&lt; com.ml' un YÎeu,; lu:Lre lont thar, é declio~
quant o. Elle éLail de\'enue hidcnsc; sa peau.
Hieu t'I nn rnier aprru; cette "ic?
füirle el ri&lt;lée. était recouverte d'une ~pai . •
- Oui, mon prince, jr le crois.
couche de hlanc, rehau ·sée ile dl•ox pl;1card ·
- Eo ce cas vous êtes bien malheureus
tl'un grM ronge; une perru,p1e blo11de c-0ude i:onlinue.r la rie que rnus Illt!nez.
- Que \'OUlcz-vou, mon·dgneur,j'e.père vrait mal ~e· ternpE' chau\·es; -on l'appelait
la mère .fé::;ab,•l. Elle avait gardé l'air pétilque Dieu me fera miséricorde.
Le r :,..ent leî'a au ciel de· Jelll inLerrorra- lant de malice. la h,trdiPs e de· mut', l'imteurs, puis, se sentant mal à L'ai~e, prit un pudeur mème; mais elle pa ail pour a,·oir
peu de cinnamune; apr' · qnoi il sai il d'une le ·ecret du ton de la bonne cnmpay,ûe. Je
main di traite l'/Jis{où-e générale de la Danse celle d'anlrdoi , au Lemps ùes roua,, mcisncrée el profa11e qui c trou nùL • ur a table, dèles répntl! ini1nitables. Quand elle mourut
- le I juillet 1782-on admira hcancoup
el ·cnronçanl dans un fauteuil, dit :
- Approchez-Yous ... je vous écoute, du- la tenue de sa femme de cbaml.u·e, qui lui
che,,e.
annonça 1m cc~ termes le prêtre qui apporLa dame allait c-0mmenccr, mai à ce mo- tait les acrement :
- füdame la duche e, le bon Dieu c l
ment le. prince inclina la Lèle : une attac1u,
d'apoplexie venait de le foudroyer. Elfrayéc, là, pcrmcltez-vous qu'il enlr!!? li suuL.aileraiL
avoi.r l'hooncur de 1•ous a.drninislrcr.
comme on pen e, de rnir le &lt;lue in11nimé
n estima que le mot était de h,1ule nlhm:
{me de FaUary appela au ccour; personne
ne lin!. 'élançanl dans la cour el la galeri • eL digue de celle 111l'on a\·aîL appelée la Ninon
bas e, elle rencontra enfin de î'alcts 11ui ac- du di1-huilième ,iècle.

f'OUTl're, a,·ec uu air 111:bélé, p:issaat des
heure· dan un cn~ourdi:semeul qui li! ren-

T. G.

n oup ù'œil indiscrel jeté aux boudoirs
du r~gent.
L'homme n'est pas lr~ séduisant. D'après
le croqui qu'en a tracé la Palatine, bon juge
de on fils, il a\ïlil le teint d'u.n rouge foncé;
il n'était pa grand cl tournait cependant à
I'llb1; ité; il avait les yeux louche el a cUmarche était ul«airc. L'en cmble ne parai:ail pas, pou riant, dtlsagréahle · de caraclèn•,
le prince êta.il aimable el doux; il a1·ait de la
saieté dan l'e:prit et ··exprimait avec •léganCè. Mnis i, par malheur, il ré0rclùs ait,
il tombait en une ind\!Cision dont rien ne le
foi ail sortir.
Le régent cl ses amis mcnaieol. on 1 sait,
une vie qui n'était ni forl rdgulièru ni très

hygiénique; l'irnagina.tion du peuple, irritée
par le my Lère, exag11rait la licence de leurs
orgies : le Palnis-Iloyal, sourd el impénétrable, apparai~sail comme une ile infàme
retranchée au milieu de mi ères publiques.
Presque chaque soir, celle congrégation du
\'Ïce ·'a, •mblait dan· de salons clos: c'était
Braoca , la Caillette gaie, Canillac, la C11illelle frisle, le cardinal Dubois, No:iilles, l océ,
dont le surnom ne peut être répété le beau
Fargis, la Fare, le poup(lrf de la princes. e
de Conti, de BrolYlie, im.iaue, Biron, cl parmi
les femmes, Mme de Parabère, que 1., régent
appelait le l'etit corbeau noir, Mme de
abran, qni répondait au nom poétique de
L'Aioyau, Mrn.e d',\vernc se consolant là de
..., 68 ...

l'épilep, ie de son mari, Mmes de
sac, de
Verrue, du Delfand, de Fla acourl, le sœurs
, oaris 11 la taille svelte, la petite Roi, la sentimentale Émilie, toute les amies présente
el pn ée· groupée autour du duc d' rléaos
comme une famille allentive autour du patriarche. Ce érail mél;rngé, loin d'être gardé
par de neutre œrbères, l'était au contraire
par quell'[UCS mirebrzlai , laquai. \'Îcronrcux
dont le visage rou i.;sait plus ouvenl des
ellels du vin 11ue de la home.
Il fallait là on e prit et un estomac de premi ·r ordre, di ~imuler ·ou une cnreloppe
gracieu e un cotTre de mou.quetaire; el 'entendre à ,ider nne bouteille de champa ne
au si facilement que d'autres re pirenl une

tranl Ueh-Jtius, je ,·ou en fonnerai deu
cents, si rou voulez. venir demain ma,in
chez moi o.,ec rettc fi !!tlre-là. »
~

~

M. Uelvélius, dans a jeun s e, élail ueau
l'amour. lin wirq_uïl é tait as is dan·
le ro er Cl fort tranquille, rruoique aupr~ de
1mdemuisclle Gaussia, un célèbre financier
"inl dire à l'oreille de cette actrice. a sez
haul pour qu'Tfolvétius l'enlcocJil : u Jladcmoh1le, vous serait-il agré.1ble d'ac.œpter
·ii cP.nts loui , eu érhange de queli1ues complnisancc$? - füo·ieul', répondil-t&gt;llc assez
liant pour être entendue aussi, el en rrwn-

comme

ne femme venail de perdre ~on mari.
on confe1;3eur ad ho11ores vinl la voir le
lendemain et la lrou\'a jnu.ml avec un jeune
homme très hit'll mis. a Monsieur, lui dit-elle,
1e myant confondu, i vous fücz wnu un•
dcrni_:-hcure plus lÙl, vou· m'auriez trouvée
lu reux haigné~ ùu larme ; mai j'ai joué ma
douleur t?oatre 1nonsi •ur, l j l'ai perdue. »
~ Quand l'archevêque de Lyon, Moulazel,
alln prendre po~ses ion de son . iè;.:e, uaevieille
uhanoin~ e de.... œur du ·ardinal de Teu-

rin, lui fil compliment de •es sucer, nupri
de.-. femmes, et enLrr aur.rcs de l'Pnfant qu'il
a1·aiL en de madame &lt;le ~fazarin. Le prélat
nia tout, et ajoula : « Madame, -..·ons sa,et
que la calomnie ne vou · a pa ména~ée vo11 même; mon hi loire avec madame d11 \fa1...'l.rin
n'e,l pas plns vraie que celle qu'on 1·011·
pr t • a,•ec Y. le cardinal. - En ce ca , dit
la chanoines,c tranquillemenl, l'enfante L de
,·011 . t&gt;

~ On

de.mandu.iL à uuc duche se d •Rohan ~
&lt;1uelle époq ne ellti corn pi.ait accouch ,r. 11 .le
me Jlalle, diL-cllc, d'avoir cel honneur dnns
dc11.1. tnoî ·, D l.'bonni&gt;ur étail d'accoucher
d·un Hol1an.

eu

'.\lPORT.

�Un incident defrontière en 1781
-.----Le 2fl Mcemhre 178 J, rme él&lt;lg:inte berline
attcl~e à 11uatre cl au fond dl' laqul'lle se prélas ait un voyageur aux allW'e di Linguée.,
Lraver ait afonddelrain t grande rued'Ehrçnhrrit tèin el arri\'ait à l'entrée du pont de
bateaux menant à Cohlen ·e. Après l'a1oir
franchi au pa , die :wail chl 'arrèler, le po·Lillon ayan! à ,w er rnlre le mnius ùu péager le druit de pa sarre. Tandis que ,ue ll'ansnclion a\·ail !fou, non ans éch:m~1• dr paroll's
nu p1•11 ,·i""~ cnlrc l'aulornédnn et le functionnairc préposé à cc r\'il'e par , . A.. ,. le
J)rinc~,èque de 'fr'.1-e , k· ,·o ·n.,cnr, ml'ltont
~ profit cet arrêt i11al1cndu, de cendail da ,oilure. faisait quelques pas dao la direction
d'une !mérilc, 3ppnremmrnt inocrnpée, et
dispa.rai ·ait dc1·rière elle.
Celle édil1sc 3\'!lil élé ùe courte durée.
Aprè a,·oir n11ué à de occupations dans le
menu desquelle il n'y a pas lieu d'entrer, il
~t• disposaiL à rejoind,., . a voilure. mai à ce
moment. la .entincllc, jusqu':ilor prudernm1.ml cach«lc au fnud da a carapace, srrnua
~011 indifférence l'i. prenanl le vo ageur uu
collel, l11i dt:clara qu'elle l'arrèlait II pour
iosullcgrarnà .A.". lrprinœ-érèqt1e)}.
Loin d'être émotionné par l'accusa Lion dont
ilét.aill'oLjet, l'inconnu partit d'm1éclatderire.
- "oil, fit-il aprè - 1111 instant, arrètezmoi, si cela ,·ous muR·.
On l'emmena donc -Ons bonne .cnrle à
ColJlence. où on l'enferma dans la pri on dénommée da
((1,:/,huu. (la geôle) ~L, sans
l'averlir de ce qui e tramait contre lui, les
autorités de la ville coovoquère.nt un conseil
de guerre. Celui-ci entra en éance immédial{'menl el I jugeant que l'outra 11c aùx touJc,,rs da l'él ctorat était a sez manifeste pour
&lt;pm l'on p1lt se di:pensel'dc fair cmnparailr
1'·1rL'u l: 11, tood;imna ce dernier a la peine de
m111 l, toul simplrmeul.
Conséquent a,·ec )ni-même, c·esl-ü-dirc
prompt en ;tlfoires. lc conseil dt1lé,,na an sitol
un d~ ses rnemllres cl le greffier pou.r donner
connaissance .~ l'inculpé du jugPment rendu
contre lui. L'autre éco111a. ' 3.1 ùrontlier, el
quand le greffier eul aooe1•é sa lecture, il e
rontenla. de lui demander:
- VondrieZ-\'OU , je mus prie, me. dire
pourquoi ,·ous we Ii ez Lous •·e papi ers?
- Dame, 11arcequct:'est de vou· 4u'il s'agiL C'c t rnu. qui è.Les condamné.
- lloi ! Pourquoi neme nommez-vou pas
alors']
- \Tolrc oùservalion est fort juslc, remarr111a le grtllûcr. i \'ous le permtllez, j, vais
éa.JlCc tenante réparer celle omission que je

nem'eiplique vraiment pa . i\'ou disons donc
qu . VOU \'OUS appt'lez ....
- Comlc Tcrû de Li. sa, colonel au ·ervice
de l'Autriche ...
- Oh l s'exd:nn~renl le dcu robin .
Je ne vou :Ji pas interrompu tout à
l'heore, m.e:sieur·, lai ei-01oi donc finir. Je
dis.ai : colonl"I, fic., etc .. aide de camp personnel de J'rmpereur Ju-cph IL, el chargé par
a ~fojc~té de remplir une mission diplomatique aux Pays-Bas.
Le con Piller PL le arel'fier, dont l'emhnrras
n'a,·ail ces é de uroiLre à me ure que l'autre
énonçait d~ nouçeaux tifr ·, lltl d~mimdèr •nl
pas leur re·tc eL furenl bien vite c-0nler la
cho.e aux membre du con eil qui aUendaient
fort tranquillement lPm rctou.r.
- .Ah! mon ] ieu ! mon [)ieu ! gémit le
pré.ident. Que va dire mou ei neur? 1 ·ou ne
pou,·on faire e::u!cuter le jugement; cela
nou allircrail des rrpré aill&lt;'s lerrililes de la
pari de l'Autriche. Ah! que ,·a dire mon eigneur1 Nou m•on été bien légers de t0ndamocr CCL iudi1idu ... je ,oulai dire cc
personnage, ans l'enl ndre. ou Mpo11100
lni rendre la lilierté sao nous déjuger. Que
faire, mon Dieu, riue [aire?
Le colonel resta donc en prisort, mai au
régime de la nation la plus fa\·orisée.
Le OUl'enir dr. cel incident commençait à
s'effacer de l'esprit des b.raves juges, qu:md,
un beau jour, ils fu.rent tirés dtdeur t]uiétude
par celle elfrayanLe nouvelle : " . M. Joseph li réclame son en\'OJé. &gt;&gt;
Toul d'abord on tergiversa, l'on iowenta
des prétexte~, mai ce fut en ,ain, car l'empel'eur, a sez peu accommodant de son naturel, menaça de décl11rer la guerre à l'élecLoral etde ,·enger par le- arme · lïn·ultc faite
lt on em·oJé.
Le pl'inœ-évèqne, fort ennuyé, n'avait pas
attendu pour a!!ir lfllC les événcmenl pri8senl
une tournure aus ·i gra1•e. !lès 'fUC l11 réclamaliuu impériale lui était pan-enuc, il a,ail
dépêcbé .1u 1·olonel un négoci3.Leur diargé de
lui olfrir La liberté ans condition M. Terzi
de Li a, trop heureux de jouer un bon tour
à es bo1tl'1'/!U.ll.l'. avait foil la sourde or~in~;
mieux que cela, il a1ail demandé à ètr1J jugé
pu llliquement.
Pendant ce Lemr , le rcpréseulations de
l'empereur .. c uccédaienL, plu pr ' antes
de jour en jour. Les autorités ne sanient
plus à quel saint se vouer, et déjà eerlains
personnage · leur avaient uggéré qu'il serait
opportun de frapper la sentinelle maladroite,
cule coupoule ....

F.n dé espoir de eau e, S. A. . Clément
(un prince de Saie, bea\1-rrère de fou le dauphin de France), eut r rour aux lion offices
d'une de ses t.clle. -sœurs, Cbri tioe de n:xeTeschen, archiduchesse d'Aul.ricbe, qui avail
l'Oonu jadi à la cour dc Vienne le colonel
'l't!tÛ de Li a. La princesse écrivit donc en
ers IPrmes au p:ri onnier :
• lion cher oomt , je vou demande un
de re services 11u'uo bon gentilhomme ne
peut refuser à une dama. Je ne von demande
pn d'exterminer un d1•agou nide 1·ou me. u- •
rer nec un géant. t on, mes exigeuces sont
beaucoup plu· mode le . Je me borne à vou·
prier ùe vous sauver, füule de quoi ,·ou~
metlriez mon trèra (l'empereur d'Autricl,e)
dans la cruelle nëcessité de déclarer la guerre
à mon hea.u-frèr~. \ oycr, déci~,:z cl agisst z
en nai gentilhomme. 1)
Au re~u de celle lt:ttrc, 1e colonel prit la
cule résolution conwoal,le el e dt5c11ra prèl
à partir. Cepl'ndaut iJ ciigea el obtint qu'on
lui dormàl pour rnmpannon de voyage le
cnn ailler et le 0 rd',rr ◄ 1ui lui al'aient noliflt•
l'arrèL du con 1Jil ù·• :?lierre.
Toul étant régi~. un beau oir le gardien
du 'tockn11s oublia de rc:rmer la porte de
l'étaLli semi&gt;nl et le rolonel profila Je celle
négligence pour aDer e promener. n équipage aux arme· du prince-évêque l'allendail
à deux pa de la pri on. li)' woota, non sans
. e faire aider par un valel de pied qui lni
avail ouvert avec empres emenl la portière,
et p.rit place dan le food, ayant \1s-à-vis de
lui le œn eiller et le greffier qui devaient lui
tenir compa 0 nie. La vo:Lu.rc partit à une
allure folle el ne 'arrêUl qu'à Andernarh.
Lu colonel, ne voulant pa abu cr de ses
avantage . prit congé de ,-es deu~ comparrnons el cem-cr, peu ras urés ju qu·ators,
profüèrenl avec cmpres!'-emcnl de la liberté
qui leur était rendue. LtJ nom du comte
Terû de Ll · a n fut plu jamais prononcé
à Co~lcnce. Pourtant il e t avéré r1ue,
mainte. fois enoore p ndmt les années u.ivantcs, le colonel travcl"a la ville, e ren~
dant dti Vimne à Brmelles ou invursemenl.
Le mauvaises huirucs arnrmèreol à ce
propo que l'électeur, in lruil par l't!X'périence el açerti par es espion~, upprimaiL la
sentinelle du pont d~ tiu 'un. lui annonçait
l'arrivée prochaine d'un voragcur dont le
Î!!11..1ll'mcnL res cmblail, Mpeu qnc œ fùt, à
celui du rnlonel-diplomale.
La précaution 1:tail sage et, grâce à elle,
depui là jusqu"à l'entrée des Français à Trève·. l'électoral vécul dan · une p;1ix profonde.
P.

DE

PARDLELLAN.

LA t'A.IIILLE ROYALE E1' 1842. -

f/aprts la lfthog..a,(Jhll! dr: N, .YlAURil'I•

(.\Il pri:m\er rl4n, l guu,he : llallltm• ,\Jdaide. ,ro,nr dU roi, el le petit duc de Clrnr1wi ; prè&amp; '1c Madame A.dclai~.lA rein" Marie-.\m.!1110. .\ l'arritn,.pta.n : Uêl;,,e-Louise-1'.:l,,.,.t.,1.h Je Mct.kl=courgS&lt;hwerin, ,=vc du duc d'Orléans, rlcunint ,ur l'!pnule de l4 prlnces,c Clemcnlinc, el Vktolre Je Sflxè-CoMurr,;-Ootha. doch•sse de Nemours. - .lu mUlw., Louis•Phllipr,e el te conuo Je P•ri• , puis, t:.n ronant du. roi · le duc \le l\on1pcnsier, le prince de Joinville. le duc d Aumale._cl Je duc de Xemours.)

.Madame Récamier
PAR

JO SEP H ,T U R QUAN

CHAPITR.E XI (~uite).

Le mois d'octobre était ,·enu quand Mme
Récamier remoula son escalier de l'Abbayea1u-13oi . L'épidémie de choléra était pa ée;
le nourcau gom•ememenl semblait s'affermir;
la présence du duc de Uroglie et de M. Guizot
aux affaires donnait des garanties aux libéraux. A M. Lcnormant elle donna mieu1 que
ccfa : car c'est bien œrlaiu.enm.nt sur le désir
du gendre Je 1lme de Staël, exprimé à
L I Mm~ X... (li.~~ : Lcnorm3111 1 eL la plupul Je
cenx qui cnlounienl lime fü!enniie.i· 0111 vrofilè d'dlc

)f. Guizot, que M. Lenorrnant oblinL une
place de conservalcur-aùjoint des médailles à
la Bibliothèque nationale . On voit que Mme
RE!camier n'otthliail pa le mari de sa nièce.
Le poste fJU'elle lui fit donner étail d'autant
plus avnntagem: qu'il cntraion.il le logement
daus les Làlimenls de la Bibliothèque. Tirer
son épingle du jeu était ce que Sa\ail le
mieux ce savant de M. LeuormanL ! Et a

femme, donc 1 !
Mme R&amp;:amier venait à peine d'oblenir

cette atisfaction, que Cbitleaubriand débarftua chez tlle. n était parti de Genève, où
~- Berryer lui avait Appris l'arrestation de la
duche se de Berry, et il venait à Parj pour
se mettre aux ordres de la princesse el ollidter l'honneur de la défendre. 11 érri,1L son
Memoire sur la caplir•ité de madame la
duchesse rie Ben•v où se trouve celle phrase
célèbre : Madame, volre fils est mon roi.' et
fut, pour cette phrase jugée sédifüuse, 1raduit devaoL la c-0ur d'm ises. Le jury l'acquhla.

,Lu loull);; los mnuii•rei .... • (M111e Mriltl à J.-J . Ampère. - O'Muni., U11 ta/o11 tlt Paris, Jl· 119.J C'esl

lrès ,rai. mais lime Ri!camicr aimait it oLligt-r: c'êl&amp;iL
un(' rnanih-4! de mai11tc11ir -.ou influence.

�111ST0'1{1.JI

--------------------- -------------------.#

La duchesse de Berry vint pourtant à Ferrare. Elle pada d'affaires ur-le-champ à
haleauhriand et lai déclara qu'elle l'emmenait à Prague. Doo gré mal gré, celui-ci dul
se oumellre. li le manda à Mme Récamier
et continua à lui écrir tout le lona du chemin, de Ferrare le l Oseptembre, de Padoue
fo 20, de Willach en Carinthie le 22, de Prague le :!6, lé 29 .... Oh! il lui dit de bell e

choses Cl! jour-1à t « Dès le 12 du moi
prochain, je serai rendu à notre petite .ocié1c, à no habitude , à no h·a,aux, 1:t
à vou que l'a.b,ence me rend loujonrs plus
cb/·r L plu' impal ienL de relrOu\ r ... . »
llenlré li Parit&gt;, il lui dit de belle rhoses
aussi, mais d'une aulre rnrte. li a ,u de prè
la famille royale exilée ut, ro)afüLe fervent,
il n'en e"Lpa enlhou iasle. ob ! mai p:i.s du
lout. (1 Je ne puis rien puur ce · gen -là. éurilil m·ec un haut-le-cœur l'l ltn amt&gt;r dudain à
rucfü:cawier ... ; l !&gt;jeunes en l~gilimi les
qui 11nl élé pour r·omplimenter Henri' ont 1•té
reçus comme d, cluens. i1 Ah! s'il entrail
plus de Lou sens el muin de candeur - ou
de rouerie - dans le besoin qu'ont certains
homm de dé,ouer toul ce qu'il, peuvent
arorr de bon à des princes inc~pables même
d'apprécier un sentiment ,·enaut du cœur,
com111e en, princes 'craienL vite laissés à 1,ur
otlise, c'esL-à-diro à eu:1.-mêmes !
füJ,,où1é Je e· pl'Înt:es - il ~- avail mi le
IPmp. 1 - ChalPauLrî:md oubliera dans le
travail la perte de • e illusions el ira c repo cr l'èspril dan, la tiédeur olennelle ùn
alor1 de Mme Récamier. L'babitudll maioleoant en e t prise, et. leur journée, à tou le:
deux, -erait perdue 'il ne pa s:aient pa deux
heures 1'un pr• · de l'autre. Mme Ré.:amicr
e~l tout entière ab orbée par son ami : non
pas qu'il la ,·euille sans cesse à son côté
comme un malade égoï te el exiaeanL qui ne
consent pas à rester seul un instant, mais
c'e l qu'elle a maintenant placé ur lui tout
ce dont elle t susceptilile d'allachernenl, de
dé\loneruenl, d'espérance. Chateaubriand, à
présent, c'e, l a \lie, toule sa vie. Le petites
.aniul..s mondaine ootpeu à peu entrainé l' « afIecfüité u àlelll' uiteet une affection l'êrilable,
résultante de l'habitude cl ùe l"éaoî me. est
venue e greffer ur ce vanités. Chez Chateaubriand, pareil travail s'est fait aussi li la
longue et, J'àge aidant, l'inconstant e t enfin
fixé.De deux côtés, on s'e tfail indi pensable
l'un à l'autre. On dirnit un vieux ménage
d'ancien amoureux . Quand le noble vicomte
n'est pa là, ,·oyez comme Mtne Récam ier
s'ennuie à sa place! li y a de la ollicilude eL de
l'affection mais bien de l'égoï,me ausri dans
on dlbir laleol de le voir hàter, ne fùt-œ
que d'une minute . le momen l de on arrivée.
'a présence lui est maintenant néce aire.
Si !!Ile continue à faire accueil aux vieux
attfr, si elle ·herche même à en faire de
nouveaux c'e t assurément pour la gloire de
son alélO, par ronséquent pour la sienni? propre, mai c'est un peu aus i pour quel'allraiL
dti l'babilude ou celui de la nou,·eaulé entretienne chez fiené 1'Ïeilli ,:ant l • d I ir de revenir à l'AbhaJ'e.
Ce dé ir s'est tramlormP pen à peu en
hahitud : c' L maintenant un be oin et
Mm , Récamier n'a rien à craindre sur ce
poiut : Chateaubriand ne manque pa&lt;i un seul
jour de venir prendre chez i:Ue .a la se de

lhJ cl a rati,m d'encen . JI n' · a pa de révolution c:ip:iblc de chanircr cette bahitude.
Du reslu, un lien nou eau est ,·enu rc errer celle habitude. ,hateauliriand a fini
d'€crirc c~ .Mémoire· 1;:I il est con\'e011 qu'il
en donnera lecture ; Mme l\éramier Pl a
quelque ami de choix. L:u .oil' du moi · de
février 1 54, la lecture commenœ. Ce îul un
grand gala, mais gala tout intime, dan~ le
alon de l'Abbaye-aux-Boi . Qut:lll' µfoire
pour ce salon, pour la maitres de c1.fan" !.. .
Comnw pour la lecture Je UOÏ$/'. il ) avait
le des us du pat1ier du faubourg aint-h rmain et du moodc littéraire, mai~ en noruLre
lrè re~treint, une douwiuc enriron. 1 n de
ce' heureux privilégiél, M. Lé11111·c de L:nergne, a lai st'., lt: ré ·il de celle ~virée ; ruai · ·
récit e· t empàlé d'une lclle emphase que je
ne le lui emprunterai pa·. airll\.'-1.leu,c a
r,•ndu dans un 51 le plus . implo cl plu_ aimable l'impres. ion t(UC Jui Jin·n1 les premières 1,ctures de cedlémoires dn.n - le alon
de Mme Récamier. Au i e L-ce il lui qu'il
fout JemanJi:r la mi e en ·cène de celte l'èle
litt~rair . « Dan cc salon t1roit, dit-il, et qni
!!Lait a.. ez peu et ivez. noùle,nent rempli
pour qu'on se enlil fier d'être au cercle des
préférés, il était impos iblc. durant les inlerralles d la I cture. ou même en l'ér utant,
de ne pa 'é"arer aux . ourenir . Cc grand
taùl ,au 11ui éclaire toute la paroi du fond,
·'e L Corinne au cap llisèae; ain.iie omenir
d"une amitié glorieuse remplit, illumme toute
une vie. En face, cette branche lonjonrs \'Crte
de fra,;.inelle on de chêne' qui, au milieu de
,a c · grer.'! cl de brillantes délicale__e • • ur
le mari.ire de l:i cheminée, tenait li u de
l'heure qui fuit, n'était-ce pa comme une
palme de Béatrix rapportée par l'auteur d'Orphée, comme un symbole de je ne sais 11uoi
d'immortel &lt;pli trompe les ans? De coté. ur
ces 1.aLl lie odorantes, l'Oilà l&amp; lirre choi_is, les.maitre es entieL du goùt cl de l'àme,
el quelque
e.".empfair s omptueux 011 se
retrouvent encore tous 1e nom de l'amitié,
les trois ou quatn: grands nom · de cet àge.
Oh l que le admirables confidenr étail:lnl
les bienvenues dan ce cadre orné t!l .impie
où elle 'es a~•aienL • 1. .. »
Cette fois, ce ne fllt poinl comme pour
Moïse, de i ennuyeuse mémoire .. Cruiteaubriand ne s'était pas adressé à onaclenrpour
donner lecture de son manuscrit. Des amis
'en étaie.nt chargés : c'est tantot M. Ampèr ,
l:rntôl M. Lenormant qui li ait; el le ,·ieil
a1hl· te, à sa place ordinaire, dans on fauteuil du coin de la cheminée, foisanl lace à
Mme Récamier ole1mellement souriante,
écoutait la lecture de ces pages a,·cc autant
d'altention cp1e 'il ne Jes connai "'-ait pa et
a'cn était pa l'auteur. Un ouvrage d'au-si
longue baleine que celui-là ne e pou..,ai t lire
en une oirée. ll eu fallut beanconp pour arrirnr au hont. cl elle_ consacrèrent la gloirè
du grand écri1•ain : Lou t le monde 'accordait

ile ln duch~nJ J.e Ucrrr , duc de
llnl'l.i eaul, plus larJ. comte de Ch.a rnhord.
:!. Pu pie nx ;ouvenit san.s Joule }'Our )fm~ ,le Ln;:1,
ciui a1 oit l'hal,irud c illl jouef Lout en 11arln.11l, il an,

son ,;nlou, a tahle ou en voilure, a,·cc une pelile
lira nclt&gt;! garnie de ses Feuilles wrle.~. )lme Bé,~micr ,
()11 le ,·uit. en ~•ail l'Ril plac,• r un e èn la,·e ,lu p1&gt;rt1·ail dQ SOII a.Ulie.

3. r.&lt;TE- B Kllç t, , Po~lro its confempor,ii11s, 1. (.
Portnil de Ch•t eauhriand. - C'e..l en l83i qu~
::..iinlu-lleuvo lll:ri,·il ceUo très aimtililc 110Û1;1:, J ,"1l
il Jonna lecture à l'Abbaye.

En apprenant œ d~foaemeol pour dl1•, la
duchesse de llcrrJ lui ûcrivit pour le prier
ù'allèr à I;rag1m faire connaitre à on heaupère Clmle X \iu'dle 'etail m:iriée ~ecr Lement en Italie avtc le comte lleclor Lucche iPalli. CbatcaubrianJ II demandaiL pa · mieux
que de e charger de celte mi . ion. D'ailleur
on était au mois dt1 mai, et, comme il l'écri·ait de .Bâle à ~[me Récamh:r : &lt;&lt; Les vo ·age$
me rnu] nt toujours force, enliment et
pi:ll 'ée. »
Cnc fuis sa mis ion remplie, il retourne
vite auprP~ de celle qui avait pris une si ""randu
place dans sa vie. Il fui hmreu d'y retrouver
~es hulii111de~ ~ el surlonl la petite ociélû
choisie dP l'Ahliol'e-au -Doi . J) lai son
repo ne rut pas Ion ... La duche se de Berry
lui Ill p:irvenir une uou,.rlle lettre l'appelant
en ltal1e. Quoiqu'il ne r,11 guère d'humeur lt
se remettre en route, il ne voulut pas se
r ruser aux vœox de l:i princ~sc el Ec Janç.1
Jt! nouveau par le 0 rand · l:hemius.
Comme toujour , de chaque relai , presque,
··eo1·olail uae lettre à l'adrcs a de l'ALbayeam-Bois. Quoi qu'on en ait diL, ce ' Jettr
de Chalcaubrim1d sont eharmante • Lisez
plulùl ceUes qui parlent de \ nise et onl
écrite. au milieu d'un enchantement i bien
lran~porté dan· le .1Iémoires ,l'oull·e-tombe:
u Je c,mçoi , dit-il dans l'une d'dlt&gt; , que
lord B) ron ail ,·oulu pa er de longu •~ année
il'i. Moi, j'y finirais volontins ma vie, i ,ou
voulie;: y venir .... Je mets à vos pieds la plus
belle amore &lt;lu monde qui éclaire le papier
sur leqncl je wus écri . , Il aime tant Venhi,
il aime lant son habitude auprès de Mme Récamier que, en tra1·er,ant Ferrare pour aller
au..devant de la duchesse de Berry, qui e$l
déciMrnenl hien e igeante, il krit : &lt;&lt; Priez
pour moi! Peul-être trouverai-je quelque
ligne dtJ , ou.s à Yen ise avant de quiller celte
viJle, où je voudrais que l'on m'cxilil.t avec
HlllS. 11 EL c'e L un cpluigé□aire qui écrivait
ces tendres !!alanteri ~. une sexagénaire!
Pourtant, am: mêmes jours oô il expédiait
lltl jolie cho es à Mme nécamjer, il éurivait,
dans ses notes per onnelle·, en voyant on
Làtimenl en partance : &lt;1 Je ne pui regarder
un ,ais.ean an mo11rir d'tmvie de m'en
aIJer : si j'élais libre, le premier navire cingla.nl am. Indes aurait des chances de m'emporter. 1&gt; li ne songll plus à ~lme .Récamier
en traçant ces ligne : est-ce que ce lle de
tout à l'heure ne eraienL que de v.iines polilt&gt;S es?
a

1. Henri , te f,J

HISTORIA

Clld,é Girau~on .

MADAME ROLAND
'fableau de ll tL ·sms (~l u. ée de Versailles).

�MADJUŒ JtiCA.MIET&lt; - - ~

à trouver que Chateauliriand n':mut jamai
rien ~ ·ril de plu. \·imul, de mieus par coné11uenl. Crs lérnoires onl pa --ahlemcnl délai sês aujourd"hui; une csthéti11ue nouvelle
e l à la mode dan 1 1 ttr ; rnai
o'e l
qu'une modP l't I modt , de lenr nal11l'e,
'Oll t e ·s(•nlilillcment passa •ère· : ell~· · ue
durent pa: plu· ur le chapitr de la lillérature l[U sur le chapitre... d •· chapeau1
L'on ! r vicndri1, comme on rcvirnt Loujour
au ~rai, au pur, au beau.
llm · l\écaruic&gt;r, comme on le ail. n'étail
pas ouhlire dan~ ce, M11moirr , el Cbatcauliria.nd J•ou · la alanl •rie. qui ait 1 peulêtre au .i l'illu ion ju qn'à dire qu' u il ont
gagni· au r{-cit de la ne de Mme llécamir.r 1&gt;.
Au 1!ré de •Ile-ci, il en parlu trop, ou du
rnoin. 'Il il ·s t rrne ttui ~lfarouchèrenl cerLaio· .rrupnlc• rvlro.pe••tif. li lui en coùt:ùt
de demander à l'ault•ur la supprP :ion J ·
pas~:v•e qui l'offusquaient : nn n'était plus
ou· le Oire ·luire el elle• n'était plu jeune. Il
lui en 1·oillail :m. i de sa,·oir ,1ue certain
détails iuliruc:;, qui ne re!!ardnil·nl qu'dle el
qui .unl jnstem ut ceu qui inLt!r • ait&gt;TJI le
pins 1'" autr •.•. erai1•11L liné · à la curiosité
des ,-Jn :ratio11S ~ H'nir; cl, conÎrne elle ara.il
un peu ver·é dan~ la d1!\·otion. ,·ou compré111•z .... Href, elle Jugea à prop(ls de 'entourer
de couscil . u i bien 1pwl1111es amis trop
prompt- à 'effaroucher - •t ~lathieu n'était
plu· là! - lui avaient-ils fait enlendrc que
certain pas·a e la conœrnanl étaienl trop ...
n'étaient pa · a ,,z ... il ne açaicut comment
dire, mai· il· concluaiC11L, avec un peu d'emb rra:, llu'il cr.Ül c nvenahled'en dem uder
la uppr l'sion, - dùl I • cœur de Chateaubriand saiirocr de ces amputai ions.
« Voici, raconte .1. d'llau. on\ille, &lt;·ommcnt 1·. cho ·c · e out pa · ' . Mme n,~mier ltai t li'•e avec 1111 amie de ma m1\re,
Mme LetL~ier, doul Je mari a,·ait été Jépuh:
ou l:i R~tauration el l'un d • plu zéltls
parû au · du mini Lère de M. de \'illèle. Elle
1tait Jll'r onne de mérit et de tact, non dép ur ue de goùl littéraire, r c~'vaul dan , on
salon quclqu . -on ùe· célébrité littérain•
de l'é()O(tue, entre aulrt• · Y. Ballanche. t de
Lamal'tioe. el . , etc. ; mai a,·ant tout îemme
du 111011Je cl de la meilleure rompa!!ni . Ce
fut à Ile que l'amie d • M. de Chate3ubriand
. 'adrc: a pour a,·oir i, dans le· ftuille manu ·cri les qu'il v nait de lui communiqu r, il
n'y a,ail pa quelque pa sage' dont il. erait
à propos de lui demander 1, acrifici•. La
que lion était d 1lieale à lra.ncher; Mme L•li sier consulla le fi}!; d'un député, ami d
son mari, M. de nonchaud, dont je tien ces
détail·, ·ur I le le mème de pa.,sarrc
prim :-, ~ souvenirs ne . ont pa re tê tri!s
précis. Il se rapp Ile eulement 11ue. parlaut
de sa premièr rencontre aYe · lme nlc.11niltl',
U. de Chateaubriand a1ai1 écril celte phra e :
,, Je l'a,,tis lroUlée lao tuiramruent ét •nduc
ur une ·hai c Ion ue, cl je me ui. d ruanJé,
en Ja quitlaut, ·i j' vaî ,•u la , tatuc de la
pudeur, ou bien celle d1• l'amour'/~
u , illcurs il élail que ·Lion Je soirél! pasé à b c:unpague ur la terra: e d'un chà-

leau dont 1 c.scalicr- co11Juisaicut à un bois
plein d'ombre el cle m . 1ère, oit, loin de Lou
le ttgardi;, on s· 't.uit prom •11é bien a\',tnl
dans la nuil avec la dhine ruchanlere !-1!.
Toul loi était n somme as~ •1. innocent,
nullement . cabrelll et n' 'tait point de nature
à beaucoup compl'omellre la lél,lende immaculé' qui e l allachL=e à la mc\moire d l'aimaille bote e de L\bha)e-au. -Huis. C qui
L pl'Ul-èl.re un peu ~în&lt;&gt;ulier, c'ëst qu'elle
ait cru d(•voir prl'ndre l'a~ d'unt' amie sur
l'un de res cas particnlit'•rcmenl r · ern:- où
le f ·mmo_ préfèrent d'urdinair e di-eider
par dit' ~mèmes •. ,
l't"nclant ré11• d 1 :i,i, lm • f\ef':imier alla
à Di,ppr. 1'ouj11ur e1ift.·rmée I l'Abl,n~-e-auxHoi., dnn. de ~a.Ion' ou dr. voiture~, ne
urnrchnnt pa , ne prenant aucun ruOll\ïJtncnt,
il était indi~Jlt'D nble pour :t .nnté •ttt'clle
all, t Ji: lemp · en temps e forliUcr . l'air
vivant ,le plane$. li Je ui · bie11 ai~ë. lui
~ ·rhail Chat~aul,riand, que ,ou, r •ce\·Îl'z ce'
lionne hrï' C! dtJ mer 1111i mu· f. 11l re~pirt"r·
cl comm, je vb de \'Olt Yie, il me t•mhle
qu'elle m font ùu hien à cinquante lieu1'
de Ji:tan . »
En r \'Cnant dl! Dieppe Mme flécamier
. 'arrèta chez .a nii..'Cc à la hapclle-SaiotÉloi; pui , toute la colonie ù • l'Abbay('-au,Bois
rcLrouva an ch1\len11 ile ainll•non,
·bc.z le duc d • :oaillt' , oi1 l'ou ·'était donné
r r1de:t-\"OU '. L '110c pitalité ~- était princière cl
cordinl,. Le noble duc, qui a ail ses projeti·,
comme on l'a ,u un peu plus haut, : ajoula
des ralfinement de courloi ic • qui , hieu
propre à . e on ·ilier à jamai~ la reconnaî~sance J es hût . ~lm Ré·ami r en jouis-ait dan les fibre les plus sccr le dll cltacune de :: \'anilé«. Et, pour rcnou.,elcr de

Mo11tmorcnc) ), qui l',l\'ait plu · &lt;l't111c foi
pri,=c de le ,•eni1· mir. Eli• d '\'tiil hit•n C'Pl:1 à
S(ln pin. , icil allli, : · lui tp.li, ous lt! Directoir •, B\-ail été le premier homme titré qui
a\·ait daigo mettre le. 11icd dll'z dl•. El ce
n'était pa~ alor un mince honneur, 1100!
C't! t lui ,1oi avait form{, l1• nu ·au l,la. 01111 • de
. n sa lun de lk1urgcoi · cl. a,· ·c l'11id1· de
.on con,in Mathieu, amil orient I dé ·id lmenl
i.
indl1cisions politit1uc- ,·ers lt-s i&lt;lë , monarchiqu . Elle fut d'autan! plu ·ontenle
d'aller voir c ieil ami, tJUe ltJ pn111re homme
dt'vail, huit mois apri• , êlre 1&gt;nlr-vé au loii r Je a Lellu retraite par J'êt1·rndle mort.

Parmi h· hnrumcs en vu1· ,,1 l'on ·ait
1p1'1•lh· ,:tait a Sl'Z avisée pour Ile rC!CCYuir 11uo
ceux-là) qui l'urenl pr1::c111t1 · ,,•ri,. rl'II épo•1ue ic )ltue l\t; .tmicr, il faut t·it .. r )1. Ale L
d • T0t·qu1•vinc. 11 Jul c I honneur au uc ·èltlc 011 livre ~ur l,11 démon·atie i&gt;11 1mùi1111e.
dmi.•,in. i dau, le ~a Ion de 1·ellt• i lln tre
femm • il put étudier dtJ prl· , ~au, lrnp de
parti pri; et ~au au1.:unt1 &lt;l · • illu,iun Je
ra.monr, l'amie de .on pamnt Chalcaulirinnd.
~lme \ïr!!inie , ne •loi, qui 1Ntait ·ep nda111
pas ll1l homme, fut imitée au. ~i wr~ t'e
lt·mp. : elle a,·ait fait r •pré~ent.-r à la Comédie-Frunçai,e quclqu •· pièl·c qui lui ilonn ~r nt une eerlainc notoriété; au: i ru pou,,aiHm di ·pen cr de l\=tiqueln, cfü• .ni-:--i.
dan: la collectiou de 1'\hha)'e-a11\.-8ui~. llans
~e Fo!Jer etei11U et dan· Un ulon tle f'1ffis,
•lie consacre 11udclue. pa~e. ii \!me fü:rami r, t'l il faut conv uir qu'on )' lrouYC
moio d mi,·1 11ue Je viuai••r : •JUC rnnlezou~ 1 Mme Ancrlol, ,c d,; .. a..1•anl dt• toul
parti-pri - cl d• tout convenu. ,oil ju~I •, voit
nai I dit uai. e qui lui ,·alnt ce li!:nc· de
~{. d T1 1ucvilh· : « P ·rs,mn • mi1•ux l(Ue
\Ott 11 • pouîaÎL pf,\imlre lmr IVcmnier el
p11nétrcr nus-i profondément dan: le lab)rinthc de es diplomatie . li fallait être fomlllc
ponr i bien comprendr • cc g.:Oiti loul l'êmioin: le plu. habile d' nlrc nou. • l un sol en
parciJI · malièr ; mai· . i je rt&gt;c'.onnai · ll'l 'il y
arnil en lm llécamier un al.nrne de petites
ras.ion el nn arl allanl jn ·1111'à l'artifice,
1·011\"enez qu'il · avait an~-Î uu 01H ré,} pour
1 , cho·e: de l'esprit el une .,rande fidélité à
e· ami· 1. ,&gt;
Je le crois Lien qu'elle étail lid \Je l, es
amis! t:omme elle ne -'entourait tiue de ••en·
dont P ·lal pou,·aiL r jaillir ur die, de gen
dont ell • pomait avoir J.,esoin pou.r . •s prolé;!é.. d'illu ·tr:nions, de sommiu:,i, Ù!l mini&amp;tr , eLt:., il n'! avait pa ,rrau&lt;l m 'rite à
ne pa- 1~ aliarnlonncr. surtoul 11u:ind on
·'étail J nn1: lwauroup de mal pour Je· itllir r chez soi. EL pui , •111i don· ,mrait parlé
d'clk· i elle ne 'était entourée 1111 de •ens
GUZOT.
\1.dgair • , comme la pr 'mi '•re 'Olle ,, nue?
D'Œfri:S I.J lithografhû Je j ~Ltl:ll,
Lt&gt; mt:rite consiutaiL, eh z Ile, à trouv r Je
mo,·en de
cré •r 1111 eu loura'" d'homrn
émin n ou di imrn . Il '·t clommane cesi douce j ui" nce , ell oll, , quand il fut p ndant que l, dignit~ 1ùù1 pn été, comme
temp de qui IL r les . ' aifü , au c·L:h •au de on ,·a 1• voir tn111 à l'h ure, à ln hautrur du
lonli!!TI), chez I du!! de LaH1l (Adrien de
1. C11mlc n'II ussoS\•1u.c. • .\la jeu11r.s "• p, 11l.

'l; l ·llr • J,,

J·

8 dt&lt;ct•rnl,rc l â1 , -

,le loc'•1ue1iltr. à lime ,\nr.èlut,
Un 11dr111 de Paris, l'· 7.

�- - filST01{1.Jf
méril.(&gt;. Alais revenons à M. de 1'ocquevillc. li
était trop galant homme pour ne pas en en. &lt;'r
une femme donL tonl le monde n voulait
dire que du bi n el qui l'avait d'ailleurs
, ccueilli arec di 1inclion: il était en m~me
lemp trop per picace pour n'avoir pa pénétré au i profondt!ment qne lme Ancelot
Il dans le labyrinthe de e diplomaties. 1l
Mai c'était comme un parti pri Je gardi&gt;r à
Mme Rt!camicr le secret de
petits ou
grands manèges· il était de bon oûl de ne
le pas \'Oir, de n'en point parler urloul el
de ·'y lnL cr prendre, -en surface. Mme Aocelol qui n'ei l poinL pri onnière de ce! excè
ùo rr:entilhommerie, de ce Donquiclwllisme.
nou a initiés à une de cei:. diplomaties féminine as ez compliquée . , oil pour amene.r
dans
~ ménageri ll une ~ l,êle Il rare de
plu , soit qu'ell • lrou1àl utile, dan l'intérêt
de la tarrière de ~J. Lenormanl, de raire la
counai · ance d'un homme dé lettre éminent
que les hasard~ de la politique, peut-être
même .e talent·, avaient mew 1 au ministère,
~lme Récamier se mit en lèlc do le foire Yenir
chez elle. ki, il faul reproduire tout au loo
le réciL de Mme \ncclot.
a J'ai longtemps é1ud iê. dil-elle, l'habileté
a,·ec la4uelle lroe l\écamier amenait le
autre à ubir a rnlor1té. C'était une élude
curieuse 11ue celle de celle ,anilé qui ne
s'oubliait pa un mom nt, mru qui ne · e
lh·rait jamai el qui employait le forme le ·
plus gracieuse et le plus sédui.ante' pour
tirer parti de la vanité de œu qui l'approchaienl. Lor ·qu'il comcnait à se projets d'attirer cbez elle un homme distin!n1é, e1le . e
liait avec femmes, enfa111s, amis et connaissances, quille à le. é ·arter ensuite qua.ml le
hut était au.eint · ri II ne lui coûtait pour y
arriver : c'étaient des courses du malin, des
vi. ite., des voyarres ! L'un de ces traraux les
plus miuotieu , le plos per évéranls, eut
lieu sous mes yeux, c•l j'en uivi · Ioules les
péripétie avec inlérèt, ù mon grand amu emeot. Il s'agi·saîL d'en errer dan le cercll!
de on inlimitê un ho111me illu tre don1 la ituation politique élail des plu. éminentes.
Oh! le Lut éltÜl digne de grands sacriti 'l' .
Aussi on ne les éparma poinL; on finit mème
par louer une maison de campagne à A.uteuil,
pour I' 1té, ca.r les l'atigues d_e la vie poliliq11e
y avaient amen; l'homme d'ElaL; il cherchait
là chaque oir un peu d'air pur el de solitude
après 011 · journêe laboricu ·c.
« .[rne Récâmi .r 1011.1 donc, 10111 contre
celle plcnùide ùemcuu, une pelitc et laide
maison .an j~1rrli11. el com me c'était àisailon, pour prendre L'air qu'on ,•enail là, il fnL
demandé une pL•rulis ion d promenade dau
le parc du ministre, clu'on connai sait as,c:z
pour vouloir le t·onnaltr · darnnlage el qui
eût foil 1111 atlrnir::d.1h~ pendanl au fauteuil
occupé pnr Challlaul.iriand à l'un do_ côlés de

s.,

t. llrne ANCl'.WT, f'aya·11 i'tânls. I'· 172 cl l75.
'2. Chateaubriand d 110n yroupr (i(léraire, L. 1,
p. .J.
-170· ll j11utul
'' un 1Il m'l 11,w
. : c'est purrc que Lm'I
leaubriand ne lui a l'0llf3Cré que i:e quel1p1es mol•
dans ,., · .llëmoir,•.i d'ni,/rc-to111bc. el en note ~c11lcmenl: a Je remercie l'in . nccu\ M. Saint~~Llcu,·, des

M JtDJf.JIŒ J ( É ~
la ch •minée du alon de l'.\bb:i t.&gt;-aux-&amp;i~;
une foi la permis.! ion obtenne, on se promena sans ces c, on fèta la b1•llc-sœur qui
tenait la mai on, femme d'e!lprit \JUÏ devina
toul el en rit avec • amie,; on cajola les
jeunes filles, qu'on 11 L d. n.er dans clcs matinée · rl'cnfanls; on a1aü jusqu'à des gimblettt• pour je ne sais quel carlin 1.iieu posé
dans la famille! ~fai cc fui urloul pour cel
illustre mh1i lre qu'on eut recour au· plu
flalleo e émotion , à de lroubl inouï , à
des admirnlion- cxprimce par d'adroite paroles el par de plus ad roi les r6ticence , lorsqu'un ba ard pré"u el cb!lrcbé amena rr1rlque rencontre Jan· le parc. 01.i 1 loutrs le.
ressources furent épuis 1es t l'on joua Je
grand jeu. Mais, héla ! c ttc fois I peine
furent ~ peu prè. inutiles, cl Ioule l'habilrté
&amp;:houa ou dn moin n\..nt pas un succès
('.omplel; l'homme 11'État, :ict·ou !u n1&lt;: aux.
douceurs d'un autre genre que l'oppo ition
lui lançait cha•TUe rMtin, é1ail cnira sé conlre
1 paroles, Le ilalleric, n'atlei•:rnaicnt pa
plas que le injures à ln lin.lftew· tle ses déclains, 11 ful poli, mais rnilà loul. Un' eul
p.i moyen d'amener à des soin a idus
l'homme i111lexihlè dont on eût peul-èlre
vaincu plu facilement la rigidllé, si ane
puissance rivale forL maltraitée depuis dans
les Mémoin de Chateaubriand, comme tout
le p r.onnes 11ui ne se prètèrenl pas aus
projets d Mme fücamier, n'eùt oppo·é son
veto.
,1 On en fnL doue pour t'~ frai~ dans celle
mémoral&gt;lc o ·c.a. ion.
a 11 e~t inuli le de dire que la pelile maison do carnpagne parnl inh.,lntal.Jlc, qu'on
revint bien \ite à !'Abbaye-aux-Bois, m1 tant
de projet mené· 11 bi«n pou vaieuL faire ouLilier un mécompte, el oît des e pérance· de
nouveau:r suce~ ne lai· èrent pas le Lemp
de s'en occuper 1 • »
CHAPITgE XII
La vie 'éconlail calme t paisible pour
Ume Récamier, .ans autre. événements
quel, réunions littéraires qu'elle donnait de
temp en lemp à l'o ca ion d'nn livre qui
faisait r1uclquc bruit, d'une pi•ce qui a1ait
quellJ:Ue 11-ccès: et cela, aulant pour di-traire
son éternel enuu~•é que 110ur maintenir Ja rEipulalion de _on salon. Eli n'étail ra , elle
ne era jamais de l'avi d • ~Ime de Créqui
écnvanl à Sé.uac Je ..\Hihan qu'elle ne se
pl:iisail plus.dan le monùe, qu'idle ne le supportait plu., . tJU.e « Lou les jours elle trouva il hi monde plu~ lièle u. Elle. elle coulinuail à recevoir .) force el à s'entourer de
tout uourn:m venu &lt;l~u - la célébrité. algré
cela, sr soil'ées n'étaient pas des plu amaanle . Le fronl de Chateaubriand, en ,•ieilli .iml, ne e dérida.il pa ; on, bu meur pas
&lt;li&gt;m11rches 11u'il a hièn voulu l'aire J!?Or ru(Ji .... &gt;
EYiilc,omenl, à eôLé do J'cucon~ qn ,1 pro,llguc ii
"me flécarnier, è'esl m;iigre . r.e u'elaiL ce!H'111lànl p:,;,
u11e rai on pour se ,·en~cr, 1'0m11ic i 1 le fil. par le,
rthcl:1Lions, un peu iuciacle cl"aillcur , qui sonl
anne'l'.ées au lnlilc IL Jp son très bel nu.rngesur Cfta.
lPn11brio11d cl so11 groupe litlfraire.

dav:inlage et a it grande a.mie 11 aurait pu
dire comroe Mme de ~laintenon, qui ne pnrvefücit plu , dan IP dernièn; années de
Louis IV, à égayer es sombre moro ilé. :
IL Qorl supplice d'avoir à amuser WJ hoUllJle
qui n'e L plu· amusnble! » J. de Rémusat
aus i, en .a qualité de chambellan de l'empereur a\·ait connu ce supplice d':J\'oir !1
a amuser l'inammaMe », comme di.ail
M. de Talle) ranù. Alai re upplire, en Iré
maintenant dms I bahitudes de .\fme Récamic.r, sali foi ait trop ses ,nnilt1s. tout en
donnant un aliment à ses « aftèclhil~ », à
ses r, maternité J) lalenle el inemployé •s,
pour qu'elle ne s'y rnllacliâl point de tonie
le · forces de on âme: ce supplice était sa
plu haute jouissance. F,t pourtant l'air d'enmu qui e &lt;léga.reait du ,,isage de CbateauLriand gngaail peu 11 peu tout Je salon,
œmmf' une lourùe 1'apeur. Lel-i ourires sLcl.réoL~pé de Mme Réetimier n'y pouvaient plus
rien : c'était du voulu, et uon du naturel ;
d·ailleurs, li ces sortes de choses, il faut Je
la j •11nes e, el celle de ~Ime Ré&lt;:&lt;1mier, dt:jà
vieille en da! , demeurait impui ante, de
même que on éternelle robe blanche.
Cela ne l'empèchail pn d'avoir su r~unir
autour d'elle, don cet automne de a ,,ie, nn
•roupe lilléraire qui dc,·ait compter d,111
l'hisLoire du momement intellt·cluel du
m .e siècle. Ce groupe était formé de pi ws
fües el de pièces rapportée : 1•· amLilion
plu que le analogies avaient mis momeutaoémenl cùle à cille ce hommes qui mérii.eot
d'être ex.aminés un peu en détail.
Sainte-Beu\'e fréquentait d'une façon as ez
a sidue le alon de l'ALbaye-aux-Boi . Il
y a,•ail été présenté par Mérimée et il dil
quelque pa.rl t qu'il craignait en 'y lai sant
conduire, den·a\'oir plus es coudée· franches
comme critique, de lais er dans ce salon sa
liberté de plume. Il déclare mème que, depuis
ce moment, il o·a « jamais été libre en venant
parler en public de ~I. de CllateauLriaud ....
One inlluencc aimable, ajoute-t-il, rn 'a louL à.
rait paralJsé ur ce point el n'a pins lais.é
place sons ma plume au juœement proprement
dit ». ainle-13eu,e se méprend : il a. plus
que libremenl parlé de Chateaubriand contre
lequel il a, on ne sait pour(Juoi 3, une orle
de ran une amère qu'il ne cherche nullement
à réprimer. Et il y a bien uu pl.lu d'hypocrisie
Jan ce lJtlÏI ajoute à propo de Mme Récamier : lt Mai un si doux charme attirail
d'ailleurs Ycr cette remwe gracien ·e qui
s'était con acrêe à René Yieilli. aut, qu'il
fallait Lien céder en définilire cl faire comme
tou ceut qu'ellll a vaincu . » ll n'a pus agi
ainsi : se îai ant l'écho trop comp.Jai:.ant de
ra.ncune el jalousies de Al. M lé, de lime llor~
L,mse Allacrl 1 el des mali,•uilé ùe llrue de
B ignP, il a vilipendé u11 pc11 l'illu Ire auteur
de!! Mm·Ly,·s. Quaul à lme Récamier il l'a
~ Qui, sou~ le l'"rmlomm Je lime ile "nman. a
è,-ril Ull tiue 4U Litre hill1rre. lts e11d,a11/eme111, de
f'r,ulwce. 011 elle rncoutc le ;;i!'ns propres quoutl
elle devint il llornc, en 1 :!O, po11t lr~s peu de wmr,
d'ailleurs, la m&amp;ilr~sse de ClwlCllUbJ'ianJ. - \'uir, il
ce suj l , comle J'U....-,-o ~,·uu:, Jiu ;eu11e1se, p. IOll-

1!12.

encensée, moin!' pe11t-ètre par reconuai~sa11cl",
par bon cœur, que par bon ton : el pourtant,
à Lra1·er la fnroée de l'encen • pour qui ail
lire entre le lignes, oo eo l la rilJ'e du 1·riLiquo ous la palle de velour- dé l'homme du
monde.
~!. Lrnormanl, robinet 11 paroles toujour:; OU\'erl, prort&gt; ·ait dan. le ~alon. dans la salle
à manger. dan l'anlich:irubrr,
dans le tèle-à-Lêlr, comme 'il
élail en chaire; il ne 'apercf'1a.it mème pa 11u'on ne l'&amp;ouLai t point, et collaùorail aclivc..m nt, mais non Lacilf'menl, au
solennel ennui a.saisonné dëtiqurlle et de contrainte qui régnait dnn, l" salon &lt;le lmc Ri:camirr; il lui communiquait
ainsi uo air de haute cuistrerie,
fort mes. éanl, mais donl chacun
pourtant, arnc Lou· les é«ards
qu'on Joil daus le monde aux
oLs, avait .fini par 'acœmmocler. on "isage, banl en rou~
leur, témoi"nait de a atisfarLioa, de a béate jouis ancc à
e voir et à ·entendre aiu. i
parler_ Jam~i, homme ne 'est
monlré si heureux. d'ennu1cr
le. autre ; jamais rcns n'ont
semlilt.i prendre. autant de plai~
ir. à se lais:ser ainsi ennuJcr
fatS , r. Lenormanl était lion
courtisan, par conséquent c'était
uo !!l'a □d homme.
Tranchant sur ce fond de
grisaille~, niais dis ·rèleruent
M. Ampère, par son beureu~;
naLur douœmenl sourianll•, par
sa conn:rs, 1ion1mjouée et spiri
Luclle. t·orri"'eail ceu.e almospbèredtl cuiHrerie latente et de
morld ennui. Tout professeur
c1u'il était, il répandait bien de
l'agrémenL dan- ces réunion
qui, ~an lui, eussentétéÙllenahles; car miss
Mary Clarkli n'étaü plus là pour le- égayt&gt;r de
~s charmanles gamineries. Depui tantèil
vmgt :ms que M. Ampère frécrucolait la maison, sa nature. 'était peu à P'U transform~c.
Corn.nie les c1mleur un peu Yi1•e· u'e taient
pas
de mise au milieu des teillll' na,.,eantei:
. d'.
e
,
in ~c1se, _el mi-1·oilées &lt;le l'.\bbaye-nax-Dois, il
:nrul _dù 1m~o cr une sourdine il sa pétulante
el hr,llaote Jénnes c qui eùl Lrop dêt nné dnfü
1:e. milieu où lu lion go(li.. le bon Lon était
J'allénucr, d't11eindre prestJllC, el on l'on
parlait à mi-voix COlllDlt' dan une calht:Jrali:
ou dan la chamhre d'un mort. Cel air de
tombeau le momifiait 1•i ,·ant. ic C'était, a dit
~ ·rimée, un homme &lt;l'un caractère !rb pa. ·•
SJO~në. lrr5 éapriricu1, tr~ · origiual. Pclit à
peut elle (Ume Récamier) l'n façonné dt! lrlle
manière r1uïl est devenu dùu:i;, poli, Léuin el
médiorre comme tout le inonde ». Pau ne
Ampère! lime Récamier n' lfail pourla.nl ni
a fco1me ni .a mru'tresse pour qu'il 'e lai.sat
ain·i Jèprimer, éteindre et ùome tiquC'r par
11

~

lë philosophe ùe l' Abbaye-am:-13ois poussait
un peu loin les génu0exion el les révérences
pour les drux idole d' céan . Ami e clave
de Chatcauuriand, fidèle Achate de ce wand
homme qui, partais, Il• lrailail d'un pelil air
cavalier, H était le chevalier
d'honneur de Mme llécamier.
nn eût plutôt juré un écuyer,
par exemple, t·ar il y avait du
~ancbo Pança dan· la chc1•aleric
du philosophe. Sorte de fu.1nulus, à la fui intendant, maitre
des cérémonie.. niritable mait1·e-Jac1Jue~ de la mai on. Bal1ancbe éLait beurcm de son
rôle auprès de .n !IT:lcÎèuse paLro1mc. Pénétré dt• J' importance
de e fonction et même, il
en croire ainu:-Bcuve, Je l.1
ienne propre, il était acccpl~
sur ce pied-là rlan la petite
colonie. Il n'in pirait d'omLragc
i.t JICrtiODDe. Aussi l'aimait-on
assez, quille à ~ou rire de hc i
dan l 'escalicr et à l'app!!ler « le
lion Ballanche » partou L He
mème que la reine .\larguerite
&lt;le Na\·arre l'écrivait à sou frère
François l"", il eût volontiers
upplié Mme l\écamier r1u'dle
ne lui reîusàL point &lt;t place de
la11uais aupri•s de ~a litière ».
C:elle plaec, iJ l'avail du reste
011 toute cirton tance. ~lais
ramour était au fond tltJ tout
cela, ce qui donnait son prix h
la chose, cl 011 sait que, de ~u
nature, J',unour est pass;\l1lcmeot l';iler. 1}11 reste, sur ce
point, ~fme Récamier donnait
toute ·ati faction au philo. oCHcbt Bf&amp;Wl tt c:;.u.
phe : elle le rhargeaiL de ses
menues commissions el ùe 1oul
ce qu 'ellt: aurait eu ennui it
faire elle-mème, N'eske pas
principalement pour cela que
après avoir reçu ·a déclaraLion, ne lui avait &amp;11:rncb.C!", arec ·a candide conviction d'amoupas renvoyé la halle· il était de"enu, Iaule Je reu,:, appelait l'lbbaye-aux-Boi ,1 le cenlro
mieux, ,on ami puis ,011 leeleur, un peu son du monde?»
secrétaire, beaucoup a chose.
Ballanche pontifiait au milieu de tout C&lt;Jla.
Ce . alou de l'.A!Jbaye-aur-Ilois es.L en \'érité
On a diL c1uïl a\'ail le style &lt;1 j)Ontifkal n : une curieu e chose da.a r hi~toire liuéraire
c'e l l'rai; il y a du (1 mandement 1&gt;, dti u l'tan- de la première moitié du :me siècle. 0 11 y
cycliqne ~ même là-dedans'; il y en a aussi lruuvu ra semLlés conune à plaisir, duwun
dan es discours bégayé ; mais j 1 } a du venant pa.rad~r par lutérèl del'ant cdle 11ui a
« grand-prèlre &gt;&gt; Jan· ses altitude~ onctueu t.!S. intorèt à les recel'IJir, pres11ue lem · le per'on a11••11sle laideur, à qui un air do comonnages qui s?nl ou aspireul à Jcveuir ,p1elponctiun 1,é..'\te inexprimahlc donna.il une !'.i0l'le t[~e chu ·e, 01 L dans les letlres , ~oit dan
d'aunlok, rayonna.il dan le demi-jour du l'Elal. 'four J l:{l'a1-ite aniour de Mme R~·asalon. On eùL d1 t un vi •u.t serviteur de la mier, ùe cette femme loujour, ,1ilue de
maison qu'on avait fait monter en rrraùo et blanc, toujours souriante, Loujour jeUIJe,
qui étail au alon pour porter les ordre· fo pourrait-on dire, s'il n'était lrop \'i,-il,le
la maitres e. J'ai ouï dire à celle Lonne qu'elle s'accroobait le plus qu'elle pouvait à
Mme ~Jichelet. tian· la dt!rnière année de 'a
es &lt;l6bri de jeunesse . .A part cela, avec on
ifo, cl clle-mème Je tenait de son mari, que patelim1gc rnanîérô incroyaulem~nt elle e~t
loujours la mème. EL comme lout cela lui
1. On a peu le leinp, aujourd'lmi de s'enfoncer
dans les ounn;:es de Ua1krnd1e, mi,is 011 l'l'Ul lil-e lus réus it! Comme cb.acu.n chante ~s louang~s !
c8uscries qutt leur onl CI.Ulsacrf~s S..t,Tl:-D~m·• (Por.Mai 11.ls hommages gu'on rend à cette femme
lrC1il~ co11temprm1i1111, t. Il) cl Emile F.1GcET (Politit111es et 111orulùie&lt;1,.
qui •'é.vcrlue à plaire comme à la Llcb.e vont

elle! Mai il ·"était lai-sê faire, pnr une sorlc
de poinl &lt;l'honneur mal placé cl dt&gt; 1 hevalerie
mal entendue, pour ne point se drjuger et
pour paraitre loujour amoureux de cellt' qui
l'avait provofJné au jea &lt;le l'amour t•I riuj,

'

�msro~1.J1 ____________________.:.____
par-dessus sa têl.e au ,•icomte &lt;le Chateaubriand. Car c'e. L de lui qu'ont besoin tou
ces vi iteurs : ils :'.l.l'enl que c·e l lui l)ui
tient le clcfr dc l'A.cadémie françai e, et
c'e t à lui 11ue 'adre cnL leurs llalterie•.
Courti er )Jme Mcamier esl ln façon la plus
délicate de le courtiser lui-mi'me. Et tous ces
me .iours sont courti ·an-. c·c t Mme R;camier 11ui, depui qu'ellti a réu i à faire de
Mathieu de ~loolmorenc · un académicien,
choi, it les candidat el triture 1 · élections,
- comme le îai ail jadis Mme de Lambert.
CliateaubrianJ n'est l(ilC son porte-parole au
palais Uazarin. Par (;l"ard pour sa gloire, ptir
égard pour so11 â"'e. chacun lui promet sa
,·oix et, hose curicu e il .e trouve assez d~
gens fidèle à leur prome se, pour, le jour
-venu, élire l'élu dc ~rrne Récamier. Ballanche,
après a,·oir échoué en 1 55 conlre O:cribc,
ét:ÜL vcrm le premier eo J842, aprcs le due
de ~loolmorencJ ; Brifaul . uina, pui ·
J.-J . .\..mpi·re en l i-(i. El l'intluence de
TWcamil'r le prolébrcra même après , a
mort, car le due de Noaille remplac ra
Chateaubriand. Pun ard era reçu cinq ans
apr~, en 1 '5j1, el M. de Lom1:!nie seulement
en t H. Il est vrai que ~on ouvrage ~ur
Beaumar,~ha i.~ el :an tcmvs le recommandait plu puissanunent que le souvenir de
l'amie de Cbaleaubri:md. ainte-lkm·e, lui,
'étail présenté plus lôt, en 1 4'I&gt; : il avait
Lous Je- Litres per onnel pour affronter an
appréhension le .cruûn; mais il n'~Lait pa
un na·,r el il sal'ail fort bien que tout cela,
succès liLLéraires. érudition, goût, esprit, délicate se d ' talent ne signifie rien quand on
n'est pas persona grata, auprl's de la coterie
c1ui fait h pluie el le beau Lemps sous la
coupole· el, habile il a,,ait su se faire bien
Yenir de la coterie!.
C'e t ainsi que, n'ayant pas d'enfants,
~fme Récamier e con olail en fai. ant de
ac-adémicien . Elle en a,·ait même fait un de
M. Charles lenormant, le mari de sa nièce,
en cuisinant a candidature aux. In cription
et Hclles-Lctlre . Ob l c'était une fine mouche que Mme Récamier; elle po.sédait, gràce
à son sceplicisme prali11ue, produit d'un
cœur sec, la science et l'art de la vie, el,
.ous on petit air de n'y pas toucher, Ile
sa ,,ail à merveille Lirer son épingle hor du
jeu : ~f. Lenormanl, sa femme aussi, étaient
ses cligne él ~vc .

,rme

Cependant il se produit de temps en lemps
quelque défèction dan les hôtes de l'AlibaJeaux-Oois j la mort frappe aussi parmi eux. Au
far el à mesure que le années s'écoulen1, les
rangs s'éclairci enl, les fronls se remhrunisent et une leinte de mélancolie commence à
percer dans le lettre de Cbaleaubriandt
ju que-là si pleine d'entrain, ,Jans celles de
Ballanche .... Le bataillon sacré, un peu diminué, se ·erre autour de Mme RécalllÏer :
chacun sent la mort planer au-dessus de sa
_1 . c On di l que l' Abboye•au.t-Bois a quclt1ue 1'e l-

lé1 Lè do me JlOII SSCl' :i l'Académie .. .. 1 {Pons:ird à la
duuhe se Decazes, 28 jui11 1S17. - Revur dB Pari8,

l:i m~i 1901 .J

tète, comme elle plane, dans la hataille, ·ur
les soltlat qui forment la oarde du drapeau.
fais, en même Lemps que le alon ·e vid ,
l'intimité se re. erre entre le r1;5laot : le
cœur hat plu fort chez ce mort de demain
qui sa,ourent de leur viv.int le trépas qu'ils
voient venir. qu'il~ attendent, que Chateaubriand a .ure ouhaiter : mais, au fond,
tous redoutent le moment 011 il eotrero11t
dan le m stéricln inconnu d'où l'on ne revient pas. Ne serai nt-ils pa,; bl)mmes ans
cela'? llalbrré tout, on esl aimable, one t "3•
lanl. Chateaubriand écrit 1, ri. vicîlle idolo :
« Le Lemps me ravit chaque jour un œil, une
oreille, une main; si ce n'était votre chère et
ùclle per. onne, je m'en voudrais d'a1 oir traînas é • i loagt.emps ou: le oleil. »
Jlme Hécamicr, de.on cùté, voyait sa santé
'altérer en iblemenl. Elle foi ait de efforts
méritoires pour cacher à se ami une décadence qui Les eût furl aînigP , mai elle ne
pouvait lcnr di simuler q1w :;a vue bai ail :
bientôt il f:ùlul reconnaitre qu'elle était atteinte
de la cataracle. Elle e décida alor' à aller
aux eaux d'Ems. J.-J. Ampère se déroba à
eCS mille occupations pour 1) accompagner,
- car elle ne \·oya eaiL ni ne sortait jamai ,
seule : il lui fallait toujours un chambellan.
Elle allendail beaucoup de bien de celle cure
lhermale, qui u'en amena pourtanl aucun. Et
elle mandait à a njèce: « J'écris comme avec
de l'encre blanche, sans voir ce que j'écris. »
EL Amp re, de son côlé, disait à ~l. Alexis de
Tocqueville : « Mme Récamier est revenue
d'Ems a sez souffrante~. 11
Cependant, Chateaubriand semLle avoir
comme un regain de jeun se et, en 18/43, les
lettres qu'il en\'Oie de 8ourboone sonnent un
peu la gaieté; mais cela ne dure pas, et celles
qu'il écriL de Londres, oti il va la même
année, ne 01meot plus que la mélancolie.
Comme Lous le ,ieillards, ce grand débris
parle de sa jeunesse; c'est mauvais signe : on
n·en parle que lors4. ue l'on ne l'a plus et qu'on
entre dans l'antichambre de la mort.
Ou y en1re si bien que, Lout à coup, voici
des glas [ U onnent pour le prince Auguste
de Prn se. Le malheurew esl mort l il renvoie à Mme Récamier ses lettres et le Leau
portrait d'elle par Gérard qu'elle lui a,•ail
dooué.
Quelques di tractions pourtant au milieu de
ces tristesse et de ce deuil latent que chacun,
daos ce salon, semble porler d',waoce pour le
premier qui disparaitra : ce sont des candiùaturC! à l'Institut. J.-J. Ampère e présente
en avril 1846; il est, depuis le mois de décembre 1 4 , de l'Aoodémie d Inscriptions
cl Belles-Lettres où il a remplacé un ami de
[me fiécaroier, M. de Gérando. M. Vatout,
&lt;( ce gros et pourtant i plat homme», comme
disait M. de Tocque ille, )1. ValouL, le bibliothécaire de Loui -Philippe, esl on concurrent,
et l'on va voir aux prises l'influence dP Tuileries et l'influence de !'Abbaye-aux-Bois.
1

2. « ainle-Bcnve désirait alur entrer à Llc8,lemie
e l Mme RècamiPr él.ail par se intluencc une grnnde
dispéns8lrice des tlocle fn ut,•u ib. ll (Aug. BAKB1H11..
01we11iN7ier~01111els rt silh,.,ueUes t on lemporai11.e8.)

C'e t celle-ci qui triomphera. Voici quelques
détail sur cette séance, donné' par un des
acteurs : « M. de Chateaubriand, a écrit
Alfred de Yign , s'est fait porter à l'Académie.
Hors les jambe!-, qui n'ont plus de mouvement, il est, dit-il, forL content de a anté.
11 est venu exprès pour soutenir Ampère,
qu'il protège. a tôle octorrénaire e t plu
helle que danS' l'àge mùr je ne l'avais
,ue. - .A fln 11u'on ne le vit pas arriver, il
s'est fait apporter avant tou . L'ne sorte de
co!1uetlerie de vieillard foi fait craindre , urtout d'être surpri · eo lla!!rllnt délit d'infirmité. U e t a rz ému du plai.ir de e ,·oir
encore compté parmi les ,•ivanLs et de l'e poir
de l'élection d'Ampère. Le bon Ballanche e l
auprè- de lui et parnîL fier de le voir arrivé b
un econd étage; e· !!rands yeux sont attendris el ~on beau regard devient alors d'une
inexprimable douceur. Celll! gràce lui a sai1s
tloute été donnée cJ'en banL pour Lempérer la
laideur sw-prenante que lui donne la loupe de
sa joue gauche, qui le rend difforme 1 • u
Ampère ful élu. li faut noter que Lamartine ce « grand dadai », comme l'appela un
jour Cbaleaubri,1nd, vota conlre Ampère et
envoya cependant sa femme réiiciler ~lme Ré·
carnier de l'heureux. ucc~s de la candidature
de on ami.
On a vu qu'avec les années Cbaleaubriaud
avail été pris d'une paralysie des jambes.
Mme Récamier était aveugle, ou à peu près.
fü continuaient cependant à e réunir: la ,ie,
pour eux, n'était plus guère que dan leurs
ouvenir , et il e le raconlaienl, quand ils
rompaient un peu le lourd silence qui les enveloppait. Le cœur les consolait de leur misère : &lt;( 1'ous les jours, 1t trois heure , a
écrit Victor llu"o, on portail )1. de baleaubriand près tlu lit de Mme J\écamier. Cela
était Louchant eL tri te. La femme 11ui ne
voyait plus cherchaiL l'homme qui ne sentait plus; leurs deux main se rencontraient.
Que Dieu soit béni! On va cesser de Yivre
qu'on s'aime encore 5. »
Au miü&lt;&gt;u de ces décadence de l'âge, le
bon lhllanebe était toujours le mème. Le
ùra,·e homme, bien touchant dans son culLe
pour ~lme nooamier, était SUT le tard devenu
mondain, et, missionnaire de a douce idole,
il allait dan quelques maisons amies et y
chantait ses litanies. C'était partout la même
an.Uenne: Mme Ilécamier, et toujours Mme Re-carnier. Il e lai .ail dorloter chez )!me de
llauleîeuille. Là, cependant, per onoe ne songeait, comme chez les Noailles, à lui demander
a voix pour l'lnsliLuL. La , ie y était toute
pàtriarcale. Ballanchl:l se ooucbail de boone
heure : a si prè' de on lit, M. el ~[rue de
llautdeuille lui lenaienl compagnie el l'écoutaient rêver Lon! haut el tléaoiser se utopies.
La philo opbie du bonLomme se plaisait à
fralerni . er avec les aristocraûcrucs rnondtini tés qui formaient " la queue » de Mme RlL
camie!'. 11:t c'est ainsi que, pour Lui, les jours,
3. l1)tlré-lforic cl .f •• J. A1n•ùE, Cvrrapo11da11ce et
L. I1 ' P· 100.
't. Alfred ~~ ,•1gny, Jo1m1at d'w1 p oète, 11· 21;;,

..,,

___________________________________

le mois, le années passaient. Le lettres des roir . Je l'ai suil'ie, la ,opgcuse, par le sen- m3ilrr se &gt;l, c'e t-~-dire la mer. Il rut pa. er
membres de la petite colonie de l'ALùaye con- tier qu'elle a . uivi à p1foe; je la devanœrai une emaine à Tlieppe tandi, que Mme l\écaliientdt dans une autre patrie. En se prome- mier allaiL au· i t'n 'ormnnilic chl'z ;a nière.
tinuaient !1 èlre charmante , mai· E&gt;mprcinlè
'ennuyant hien1iît à Oieppe comme partoul
d'une mélancolie de plus en plu_ prono111'!:e : 11:1111 au milieu de ce- ,l/ém.oires, dan les
cela enl un peu le radeau de la Jléiluse; on détours de lo1. Da~ilit1 □ • c1ue j me h:Ue d'a- et L·-0111me 'ennuient toujour le vieillards
nn famille, il rrlourna b Paris.
semble se demander chaque jour qui ~era chever, elle pourra rrncm1I rer la cb:tpelle
La vie } ful plu tri ' le que jamaL. Da11 '
dé1·oré tlemJ.in _par l'ine:rnraLle mort; elle qu'ici je lui dédiej il lui plaira peut-èlre de
l'e..poir de rerouvrer un peu Je ,·ue, ~lmc l\éfrappe à droite, à gauche, elle finira Lien par s'y rcpo er : j'y ai placé on image. 1&gt;
En atleo&lt;laol, presqne 1011,iours accompa- camier con,entit à être opérée une e ·ontlc
forcer le portes du Lerop 1e. La colonie formait une véritable l'amille, u-è; unie, quoi11ue mëe de M. Ampère, elle all.1il chaque jour se foi ùe a cataracte. Mois lé ré ultat fnt à peu
près nul. La pnuvre femme dt:meura pr sque
ses membres . e fussent chai is. !lfme de Chil.- repo. cr nuprr 1fo celui qui arnit ~cril ce
tcauhriand ÜYait en paix a1•ec Mme Récamier lignes. Elle lui n ramageait » une foule d'a- aveugle et entra ain i Loule ,imnle dans
et mème, maintenant, a\'ec ~oo époux.. Elle necdote qu'il savait déjà, elle parlait du pa é, l'éternelle nuit. Tandis que la mouorchie de
aurait as.urément préféré, dan les premier de leur$ amis .... Mais il était hien difficile Juillet 'écroulait et que le ,·ienx roi Loui •
temps, ae pas entrer en ·ou inoge u ·ec celle d'inlére ,t'r fierté qni, en vieillis~ant, se fai- Philippe prenait. c-0mme on cousin Charles X
intrin-nnte bourgeoise; mais il y a,•ait beaux .ail plus • ombre el pins morose que jamais, auquel il a1·aiL si le:temenl escamoté a coujours qu'elle en arnit pri · son parti el c1u'elle el ~lme flécamillr, comme l'a dil )1. Ampère, ronne. 1 chemin de l'exil; tandis que le canon
était devenue l'amie déwuée de celle ttuî lui avait à portrr &lt;1 loul le poids de es abatte- &lt;le terrible-s journée, di! juin. qui ~11i1·ir &gt;nt
avait ua peu ·olé son mari. C'e I à elle que la ments. » lin jour cependant un sourire de de si près la chute de celle monarchie hâtard1',
jeunes e, d'enfauoe plulùt, YÎnt errer ~ur ·es foi ait rrcluUer le vilr, de son ,1ppa.rlcm nt
mort s'adr-e· a la première.
Peu de jours après, Mme nécamier fut lèvres amincie et déjà décolorées par la la ·si- de la ru du Bac, Chal aubria.nd sentait quo
opérée de sa calaracLe, mai ans succè:,:.. Le lude du sang à y circuler. Le paralytique Ja mort, après lui a\'oir pris le· jam.Le~, .illail
bon cœur Je BalJanche, à ce moment, passa offril à l'a\"eugfo de l'épouser avant qu'il ne lui prendre le reste. Il s'eriformail alors dan
par des Iran es terrihle~. el c'est lui 11ui consommàt .on mariage imminent avec la de long ilence, el ne répondait guère, 11ua11J
mourut de l'opération. [1 fut atteint d'une mort. Il Yonlait donner son nom à on amie, on lui parlaiL, que par mono yllabe·. 11 tomflm:ion de poitrine. A son :\ge, avec sa [rèle comme la marque la plu. grande d'une bait "\1Sihlement en rnfance 1 • Un jour, la
con. tilution, affaibli en outre par ses an- a[ectiou qui ne_ 'était pa démenlie un in lanl fièYre le ai il. Mine nécamier ne le voulut
goï ses, il ne pouvait s'en tirer. e, der11it·r · depuis le jour où il J'arnil Lrom·éc à côt~ du plus quiller. Ume )Jobl, qu'elle a,;nil connue
moments rurent adouci par la présence de cercueil de Mme de Staël. Mme Ué!'amier à l'Alibaye~aux-B'lis lor qu'elle était mi
celle à qui il avail consacré cœur, peiuie. , rcfu,a. Devant de nomelle in ta.nec~, elle Mary Clarke. el qui habitait maintenant dan
loul, et il s'èléigoit doucement, heureux de refu,a encore. Elle fit bien : elle comprem1il la même mai·on •1ue ChateauLriand, la pria
conlemplcr ju. qu'à son dernier moment le qu ·elle devail rester madame Bécamicr, celle de venir &lt;-'in taller chez ell': au moin pourvi age de l'amic qui ne le pouvait voir el qu'il femme unique, ni êpon e, ni mère, qui ne rait-elle ain i à toute heure voler auprè de
ne deTait pJ115 rc,·oir.
~'était donnée à personne el donl le nom était
on vieil ami et revenir prendre un peu dé
Cetlo mor1 fut un cruel chagrin pour plus- indissolublement lié à celui de Chateau- repos lor qu'il reposerait lui-même'. Ell •
Mme llécomier. Et puis
accepla el resla Lroi, jours
ellepres:·enlail quefo surchez Cl!Llc aiwaLlc femme.
Chateaubriand eu était à fa
vi,·ant ne pouvaient tardn
beaucoup à faire 1• grand
dernière goutle d'huile : il
.'éwignil le/~ juillet 1 1 .
voragc : bateauhriaud,
elle-mème .... Mme LeoorMme llécamicr tnt au
mant, pour taire diver. ion
dé~e- poir. Elle e jeta . 11r
à sa trislcs,e, l'emmena en
le lit oit ~on ami dormait
Normandie. Ampère les y
son d~rniE!r ~omn1eil, elle
accompagna et écrivit, au1\•nserra dan se, 1ras,
arro a on ,Lage de ,e
prè d'elles, un li1-re pour
perpétuer le souvenir de
pleur .... Heprenanl cnlin
po ses ion d'clle-mëme,
celui qui avait été pendant
près d'un demi-siècle leur
cUe 'assil dans un fau&lt;&lt; bon Ballanche. uCh ,teauleuil et pria le coiffeur de
brinod, lui au~si, avait déjà
C.:bateaulJriand - 11ui était
immortalisé sa &lt;1 grande
venu,commechaque malÎn,
amie 11 dan ~e Mimoire.~
pour le ra er - de cou&lt;l'outre-tom.be. « En ~pper pour elle une mèche
procbant de ma Jiu, )'
des cheveux de son illustre
Lrouve-t-on. il me emble
mort. Toul le lllonde sait
11ue tout ce qui m'a éLé
&lt;JU'il avait e:xpri.mé le désir
cher m'a été cher dair
d'être enterré au oord de
Mme Hécamier el qu'elle
la mer, comme s'il pouvait
Cliché Oiraudoo ,
était la ~ource cachée de
toujour · entendre lu u}lADAME RE:CAl!IER SCR SON t.lT DE MORT. - D'a('rès le dessin ,fo D&amp;v-~:R!A•
mes allections. Mes soublime fracas des lames
venirs de diver' ,iges, ceui:
dont la lourde ·adencc
de mes songes comme ceux
sem11e scander l'éternité,
dt: me réalité , se soot pénétré ·, mêlés, hriand que si elle lr portait de fait pendant et les ,amages harmonirs d~ rent qui
conloodus, pour faire un composé de char- le quelque jours de 1épit que la mort pou- avaient bercé es rê\•eries le long des laumes et de douces souffrances dont elle est vait encore leur accorder.
1. c Nous allons nous retrouvN chur1uc jour ra,• tlu
Chateaubriand l • comprit de son côt~. Il llac, cpianl yuelqucs lueurs ile celle gnndc intellide\•enue la forme vi ilile. Elle règle mes sennlfail,he.... , (J..J . Aropcr • ,1 ~!me Hér~mier,
timents de même que l'aotorilé du ciel a mis voulut CPpeodanL ~e cou oler en ~llanL voir gence
14 juin 1114!1.)
le bonheur, l'ordre et la paix dan mes de- celle qu'il avait toujours appelée ,1 ma vieille
2. K. O'M ~~"l, (;11 ~a/011 à Paria, p. 80.

8r/ 1Wt'Jlll"$,

5, \'ictor lloGo, Cltose11 1•Ul!,8, p. '208.

.MADAME J{ËCA.M11:~ - - - . .

.,., 77 "'

�1t1STOR..1A
de· et des grhos armoric.1ine pendanl les
4uelc1u1•s années de a mélancolic1uc enfonce. Oo lrao parla son corps sur le rocher
du Gran&lt;l-Bé, dl!l'anl aint-Malo. Le onseil
municipal de celle 1ille l'avait olfort de on
1i1•anl au glorieux écrivain, et y aYaiL d'a1•ancc fait creuser a tombe dan le roc.
Ampère représenta l'A.hbale-a11x-8ois à la
cér~01onie lllli se fit à iflt-1lalo.
La mort de Chatenubriand, c'était la morL
à lire[ dt:llai pour Mme fiécamier, i on ne
l'en di ·tra ·ail pa . 'on rôle élait jon •, la
pièce étnit frnic. 'es ami , Ampère. Brifaut,
Tocqueville, a nièce Mme Lenormant ur1oul, ne l'abandonn:iienl pas el par1 enaicut a
donn r un peu d'intérêt à la 1·ie de celle
pauvre aYeugle en cherchant à lui faire oublier
ses douleur . lis y arrivaient. :rràce à la complicité des années qui développent chez le
vieillards les ferments de l'égoïroie. Une
îernme de beaucoup d'esprit, la vicomte se
d'igoult, rrui ,·it Mme Récanùer peu de mois
apr~ &lt;1u'elle eul quitlé es éternels 1·êtem nls
blanc pour porter, en noir, le deuil de Chateaubriand, nou a tracé d'elle à ceue époque
cl dan son cadre de l' Abbaye, un porLrail
qui doit èlre bjen r' emblant : &lt;t C'étail, dilcllc, Vl!rs la fin du moi de mars 1849. Une
après-midi, je montais les degré humides et
ombres de l'escalier en pierre qui condui ail
au premier étage d'un corps de logi' i olé
Jnn. la cour du couvenL de la rue de èue·,
où logPail celle beauté mer,·eilleu e qui a1•ail
ébloui de on éclat plus d'un c1uarl de siècle.
Je la lrom•ai dan uo salon as ez m-and et
d'110 a· pcct vieux, assise à l'angle de la cheminée, ur une causeuse en oie bleue qu'en,·eloppaiL un pam·enl de couleur gl'i e. Elle
e leva pour venir à ma rencontre et s'avança
vers moi avec l'liésiL:ilion d'une personne dont
la vue esl obscurcie. li:lle était svelle encore
el d'une taille élancée. Elle portail une robe
cl un mantelet noirs; son bonuel blanc, orné
de ruban gris, encadrait on visage pàle, des
traits {in , un t-0u1· en iaux ebe1·eux brun ,
IrL é~ à la mode ancienne. a physionomie
~lait douce, sa voix au si :,on accu!!il forL
gracieux, quoique cmliarrassé. En mltrmuraol
i(Uelques paroi • confu es sur le plaisir de
me roir, el lé me faisait asseoir à SèS coté ....
Elll' c plaignit de a vue, lrè affaiblie, el,
carr.s ant Jl' sa p1!lile main eifl.lée mou manchon d'hermine, ùont la blancheur attirait
san doute on regard : «J'ai mi nll.! lunellt's
pour Làcher di! l'OUS voir un peu, D mtl dilelle.... Elle 'informa de ma HIie, obligfo
J'èt,·e une personne dii,tini,'ltée, me tlil-ellc
1

1. ~n mol ml' rc..icnt qnî me J.orm~rail lori.
• \lmc Rècomicr P,t nrri,·èc ~ foirc J.~ ln c~u••llcric
nue ,ertu •, i:.ltl ull jour un humml' 1fcsµrit. c'c là

courtoisement, de mes travaux. La nom de
Lamartine arriva. Elle m'a" ura qu'elle l'aimait bcauroop, qu'elle le dérendait 0011slammenl auprès de ses amis, Lrop sévère à ~on
érral'd. &lt;&lt; c·e t un artiste, » ajouta-l-elle d'un
Lon qui signifiait: &lt;! Il ne faut pa;; trop le
prendre au érirux. &gt;&gt; Quand je pri · congé
d'elle, elle me fit promt!Llre de venir ou1enL
à I' ubaye. Je n'y retournai plu qu'une
foi" .... Elle me laissait un souvenir agréalile.
Pourlant je n'avais pu, en la voyant et en
l'entendanl, m'1•mpêcher de îairi: cette réllexion qui n'êtajl pa loul à on a,·anlage :
c'est qu'il ne fallru.t rien apparemment de
hien e.tlraordiaaire pour avoir le alon le
mieux fréquenté de Paris el pour 1·harmcr
les ,qrands hommes. Non s~ulemenl je ne
lrduYai pas à fme Récamier d'esprit, au
en propre du mot, mais rien de parûculier
à elle ' ni de Lien intére sant. Pour laoaage.
un petit gazouillement· pour rrràees, la cajolerie; rien de nature et rien non plu d'un
art supérieur; rien surlout de la grande dame
a urée en on maintien et qui porte haut son
àire : l'hésitation dans la voix, l'hésitation
dans le geste, et tout un embarras de pensionnairo vieillie•. »
Pen ionnaire vieillie! C'était bien cela, le
moL est très ju te. ''aia11l jamais été femme,
n'ayant pa eu Ja maternité, ai•anl circonscrit
se ambition à de simple vanités el borné
sa Yie à de me.quin man~ges de C0&lt;1uetterie,
Mme Récamier était demeurée pen iom1aire,
avait vécu pen ionnaire el vieilli sait pcn ionnaîre.
Elle devait mourir telle, en proie à de
terreurs folles auxquelle une femme de on
àge aurail dù avoir la dignité dù ne point se
lai ser aller. C'e t le ch.oléra qui lai mellait
ainsi les idées en déroule. L'~pidémill de
i832 avaiL lai sé Jans les esprits un lt:rrible
souvenir de 011 pa sage à Paris. Plus qu'une
aulre Al.me Récamier tremblait à ce seul nom
de choléra. L' éventua li le, toujoar · désagréable
de la mort, la hanta tou.L à coup ans .relàche :
l'êpidémi venait d'éclater!
Dè. qu'elle appril la nouvelle invasion du
Qéau, Mme fücamier vint s'établir chez sa
nièc , qui habitait avec on mari dans les
bàlimeul · de la Bibliothèque naliouale. Ce
quarlier paraissait épargné par l'épidémie,
tandis 11ue clui tle l'Abuaye-aux-Boi · était
très éprouvé; d'ailleurs, dans sa famille, les
.oin. le pins empressé lui seraient imméJialerucnl prodi••u 1 · ~'il eu était be:.;oin.
li en [uL bieolùl 1,e oin. Le crainle contiuudh• 11ui ln Lourruerilail.'nl Hnircul proba-

blement par prédisposer son temp~rament à
la conta~on : elle élait dan un étnL nerveux
qui l'allaiblissaiL en l'cmpècbanl de dormir,
mais cela ne l'empècbait pa. de raire chaque
jour une promenade ro ,mLurn el de recevoir
es amis. Cela la rassurait un peu, et aucun
ne l'aba.ndounait. On a Leaueoup vanté celle
fitlélité : il fnul l'admirer moin quand on se
rappelle q11c chacun rti;ut d'elle plu d'un
service et que, si elle aimait à leur ètre utile,
il caLraiL peut-être dans ce goùl autant de
dé ir de se rnfor des clients, par consé11uent
Je· rrens dévoués, que de faire de. heureux.
Mais ne 1·hic.1non pas ur les mobile de ces
échanges de bon procédé· entre \Jme Rérarnier et le~ membre. de sa « pelite égli e »:
il en résultait toujours un peu de bien et
quoitrue ceux qui en bénéficiaient ne fussent
pa précisément loujour. ceux qui l'auraient
méril: ou qui en auraient eu le plu~ be oin,
il faut aluer en passanl ces bonnes volontés
aimables et agis anLes.
Mme Récamier menait donc sa vir ordinaire el aussi paj5jblc que le lui pormcllaient
ses frayeurs de l'épidémie, lorsque soudain
elle e sent prise de fris ·on ;
lll1lins ,e
reI roiclis enl, es pieds nus -i, on front devient brûlant.... Elle e L nr le point de
défaillir. On la couche dan 11n lit bien
chand : elle s'évanouit. A ·anl reprL es .en ,
elle jugen elle-même son état i grave qtt'ellc
dicta incontinent es dernières ,olonlé à .a
nièce. Elle .fini saü à peine tJUe le cboléra,
car c'était bien lui, reprenait on œuvre de
de-truclion. La pauvre malade, maintenant,
n'avait plus peur· elle lutlait au contraire
avec un l'éritable cour,ige. Toute la nuit, au
milieu de souffrances cruelles, le membres
raidis, la pe.1u marbrée, elle ré_isla de son
mieux aux com-ul ion . Dans les moments de
rélâche, elle demaodail des nouYelle de
quelques ami , d'A.mpère entre autres, qui
pa èrenl celle nuit d ·ancroi. e dans le salon
arnc Mme Lenormaol : elle les fü prier d'entrer dans sa chambre el put leur dire un
derni •r adieu.
Elle acheva, le 11 mai t '10, dans les
souffrances, une vie 1pù eo a1·rut élé romplètemenl exempte et 11ui fut un p1·intemps prolongé pendant un dcmi-,iècle. ~i dle a\'ait pu
connaitre, annt de mourir, le &lt;lutai! que
voici, elle · eûl an tloute lruun! quel11u
consolation : à peine la mort a,·ail-elll.l fait
·on œmre que le traits de la pauYre [cmmt&gt;
e remirent en ordre cummc sou~ l'aclion
d'une llOUl'cllc vie; sa hcaulé reparut aussi
resplendissante qu'aulrC!fui , moi · c:omLM
rnilée d'une douce gravité. 'i elle avaiL pu se
l'Oup &gt;111· une originnlilë curi~use ot 'l'le j'aurais du
voir, elle t!til êhi heureuse : rlle était re lé.:
,.\ludiur o.vèc plus tl~ "oin. , ·11.1e ,le la 1· .., d' Agoult. )
Il. Vic011He e u'AGotn, Jlcs .sou utw t1. p. 3J1-:i02.
jeune et bclleju 4u'auhouleLmèmc par delà.
FlN

jOSEPM

TURQtJA, .

LES GRENAOIERS DE LA Q\RDE, DA',S LA JOURNÉE. DU Ili AOÙT 18;0. -

T-ito/ea/1 .'lt GEORGE~ Hroi-.

Lieutenant-Colonel gOUSSET

Rezonville et Saint~ Privat
meure en. roule, quand tout à coup, l"er~
heures et quarl dn matin, au moment
même où .es ca\alier conduisaient leurs chc1'a11i à l'aùreul'Oir, une grè.le d'obus ,int s'abattre dan~ les rangs. C'étail l'arlillt:rie do la
5• d1Yision de cavalerie allemande (••énéral de
l\heinbab n) qui, palruuillanl depuis le matin
en face de l\ezon\'ille, j11 gcniL le moment
Rezonville.
opportun Je porler le désordre dan nos
L'armée ùu Rbio, maintrnue par . on ·Ler camps.
La première imprcs ·ion de urprise dissidan nne sécurité lrompeuse, se trouvait, le
16 a.u matin, installée au l1ivouac prè de la pée, toul le monde court aux foi sceaux, el les
rand 'route foti-Gravelotte-Rezomille-Viou- 2e et {ie corps prennent leur formation de
ville-llars-la-Tour. Elle a.-air devant elle, ~ur comb:\l. Mais le 6e (maréchal Canrobert),
la route mème, la brigade de dragons prince placé a. ·ez loin en arrière, ne peul arriYer en
Alural de la division de Forton qui, pas plus ligne iinmédialccnent en sorle 11 ue le 2• corp,,
que les antre troupes, ne po éd ail le moin- dont une di\•isi.on (La,aucoupct) a éu! laLo!e
dre renseignernenl sur la l'Ïluation. Celte bri- à Metz aûn de garder la place, e trou 1•e seul,
gadi.: attendait le~ ordres annoncés pour se peudanl plus de deux heure , pour résH.er au

Aw; Sc:int, dl Ëpi,odtt qu~ k Licutcnint-ColQn&lt;I
Rnussu a c,mait, d.. son odmlr.blc 1foloir• de la
Gurrn franc&lt;&gt;-all•mand• il• 18']0-1871, nous emprun•
toM, 1:n ce- quarantiè.mr: ann.1"&lt;rsiaire dt. Ruonvillc. tt
d~ Saint-Privat, 1.. 10.cit dr; eu gB11dcs journéu qu•
lo trahi,on d·un cluf nncli1 rrhtcmcnl déœivu, mii•
qui n"cn TUltTont p.. moins, gril.cc à l'héroïqu~ vaillancf. de l'ann,:r;, à tout ja.mai• glorieu1t• pour 1, pays.

1

.,. 79 ...

choc du IU• corp · all mand. Celui~i mcllanl
à profit le Loi. épais dont ont coun•rles Je~
pentes d1.i-ccndant ver la Mo ·eUc, a bientôt
en effet grafi ces pente et c 1 1'cnu à la rt?scous c Je sa ca,,alerie, qui se relire u11 peu en
arrière, lai sant le champ libre~ 25,000 fantassins. appuyés de l l i, pièces de canon. Vl'rS
11 heure el demie, la Ji~i ion Texier, du
li• corps. peut en lin prolongrr la droite du
2° el awmwnler la pui sanœ cfos feux de 110trc ligne. Malbeureuseooent, le 2• corp
écrasé par l'artillerie allemande, décimé par
de~ pertes énorme , prhé de deux: de ses chef ,
les généraux Bataille el Valazé, gri \1·ement
liles ~s, est obligé de reculer el d'abandonner
à l'ennemi des position précieuses tpti sont
immediatcmcal utilisées contre nou . Oa
appelle pour le renforcer la divi ion de grenadier, de la Garde, que le maréchal a pin-

�ms TO'R.,1A --------------------- -------------------·-cée, avec lout.e la Garde d':dllcurs, ?I on
extrême "auche1, ·ur un poinl où elle n'est
d'aucune utilité.
)(ai avant qu'elle n'arrive, r1ui pourra tenir
tête à l'ollea ive allemand ? Il ne reste pa
ù portée un fanta in disponiblc!Ce sera donc
au tour de la c.walcric, 11ui, avec son bahitudll' abnégaliCtn , ,·a e d · vouer encore une
fois pour sauver ses frères d'armes. Oue premi?-re eharµe esl exécutée an 11ccès par le
o" lancit&gt;rs ; le tiraill •ur ennemis à peine
entamés U\'ancenl toujours 1. .. Que faire l. .
I.e "énéral Fro ard aprrçoit près de llli le
magnifique régim1:nl de cuiras ier de la
Garde, que le colonel Dupre soir, un géant
Lardl; de fer, fait évoluer dans la plaine ...
« Colon ,J ! lui dil-il, faite charger rotre régiment ou nou ' sommes f .. .. s ! o (sic). Le
colonel e1woie immédiatement un officier demander à sou ch •f direct, le général Oesraux,
l'autori.ation nécessaire, puis, celle-ci obteuue, eomma □ de de sa voix de tcnlor, dont
l'?clat . Lridc11l domine le bru.il de la bataille:
&lt;c E cadrons en avant! »

Charge des cufrassiers de Ill Garde. Alor~ lou le capitaines commandant font à
leur tour relcnlir le cri de « abre, main! An
alop, march ! ,,
« Je crois l)Ue je ne crai pa démenti, a
« écrit un temoin oculaire, le capitaine uaiute« Chapelle, alor, fourrier du 4~ e cadron, i
« j'affirme que l mournmenl rapide lit suc« ~der une impr~s ·ion de bien-être el de
11 véritable joie à l'espèce d'énervement moral
« que l'immoLiliLé ou le reu de l'artillerie
u avait engendré el &lt;(Ui e lradui ait par u.n
« .ilence pre que ah olu. Dès 11u'on eut le
n sabre à la main, les langues e délièrent,
&lt;&lt; el d'un Loul à l'autre des escadron s"rchan11 gèrent des interpellation. : u Hein ! il n'est
a que temps! - Ça ,·a birn 1 - Où qa'1'
u sont qu'on 1 ur-z-y eau e deux mots!»
La gaieté îrancaise ne perd jamais , e · droit :
Cependant le cuirassier ont ga,.,né du
Lerrain. Le· voici à 150 ml'lre des Prussien .
« poutauJmenl, el d'un eul mouvement
« dit encore le capitaine ainte-Chopel!c, tou&lt;&lt; te les lames de sabre onL en l'air, le ·
« cris de a Charcrez ! 1&gt; et de « Viye n:mpe« reur ! 1&gt; part nLde Lou côtés, tant l'homme
« a Lcsoin de joindre lïvre e du bruit à celle
&lt;( du mouvcmenL ...
11 Chaque Lemps de galop nous rapproche,
1( nous di tiuguon ' Lous le détail - d'uniforme,
« puis les fio-ure ; ils e forment en un
u groupe compact, s'alignent ur le troi
&lt;&lt; côté d'un triangle, c'est du moins mon
~ impr ·ion vi oclle, et 0011 pré entent un
« front ~cnsiLlement égal à celui de l' escatc dron. li apprètent l'arme au commandet&lt; meot « Debout ! 1&gt; , nou approchons tou« jour , je prends ma direction sur l'angle du
&lt;&lt; groupe que forme la droite de Pru ·siens.
&lt;1
n commandrunenL allemand, et tou le
&lt;c füsils 'auai .' nt; mani ment d'arme très
1. la prèoccupalion con tante de Dai.ai.ne a êli:
pend,,nl loul le combat, da ne p:w se lni~ser coupe;
de ll~t:t. A cell~ date. 011 ne peul e neorr 11lég11 er
qu une fu11csle ,rrésoJulion. ~Tais e,1mmnnl conc,lillr

a correct. Uu léger fri ·. on nous parcourL
« l'échine 1: l'idée de l'inconnu qui rn surgir
« de là! La ah-e attendue 1..'èlate; c'e l un
« oulagement pour nous ; on ne voit pa ·
« ceu qui lombent, no chevaux ne ralenlis&lt;t sent pa , mai les Prus ien ont di paru
« dau la fumée, el leur fou à volonté e ma&lt;i nife le urloul par le carillon des culasses
« mobiles.
« Le" Prus ien non · ont Liré à 50 ou
(C 60 mètre ; aussitôt après leur premier feu,
« je me ui senti rléLordé par mr voi'ins el
(l je criai : « forcbez &lt;joue droit! &gt;&gt; en La« panL m· le cbe\'aux à coupe: de plat de
&lt;&lt; ·abre. J'av:1i
à colé de moi mon ordon« nance, un vieux cuira sier picard nommé
« Pari et, qui :liait élé mon pl'l'mier cama« rade de lit à me débuts el comme lei. me
« Lraitail as ez l'amilièreme11t. Cel Lomme
(l me dit lraniJuillcmc.nl: « 'i vous aviez cc
« que j'ai, ,·ou ne gueule riez pa si fort ! »
cc (Pari el a1·ait une ha1le dan · la jamhc.) Je
a n'cu pa même le lempsdc lui demand •r:
« Qu'e l-cequelu a · ? 11 nous élion déjà _ ur
cc les haionnelles et mon cheval t.omhaiL à
« l'exlrémilé postérieure de la race droite du
« !!l'oupe ennemi. »
'ous avons voulu citer lextucllement el
lai ·er à cc récil mouvementé Loule . a aveur
vt'.-cne et son caract re à la foi i humain el
i vrai. Contînuon par de$ extraits d'un document, l'hi ·toriip1e du régiment, qui Jira
le prodige de valeur déployés d[IJ]s celle
charge mémorable.
« Le premier ét:helon de eu.ira sier de la
Garde est conduit par le lieutenant-colonel
Letourneur el 1 chef d'escadron de Sahuqué ;
le ccond, mortellcmenl atteint, tombe comme
un béro au milieu des rangs ennemi . .Auprès de lui est l'adjudant vaguemc lre Fuclu,
qui a abandonné se voitures pour cbarfl'er
avec ,es cama,;adcs, et e fait tuer à coté de
son oomroaudant.
« ... Tou les oHiciers et sous-officiers du
4• escadron restent sur le terrain ...
« Le maréchal des logis Chabert a pénétré
dans le groupe prus ien, où son cheval renverse quelque hommes, el est tué à coup de
baïonnette. on cavalier va avoir le mème
sort, quand il est auvé par un officier allemand.
(&lt; ... LI reslrut I hommes du fte escadron.
« .. . Le 6" e cad ron n' e l iruère moin
tlprouYé; uue partie des chevaux lomhenl
dans un lar,.,e fo é devant la compagnie de
droite •nnemie, une terrible décharge d~. organise le reste ....
n La seconde ligne a suivi de près la première, entrainée par le chef d'e cadron de
Vergè · h côté de lui est le général de Preu.il 1 •
qui cbar,.,.e la canne à la mnin. Le régiment
était parti an son ordre dirt'cl, et il a couru
après lui pour le rrjoindre et le mener au feu
lui-même". )&gt;
Celle seconde ligne, mitraillée également à
60 mètre, nepeuljetcrqucquelqueshomme
celle crainte avec le proje l de m~rcher sur Verdun ?

1Colo11d C,No~•GE l
12. Comma11,lanl la l,riga,lc tle gro e cav3lcric Je
,~ Garde [cuiraner el carabiniers).

dans 1, rang allcmaruls; il en est de même
de la troi ièmc, condnire p:ir le colonel lluprc oir en personne. Chel'auchanL dan les
cadavres q_ui c.nlrarcnl I ur mari:be, mis on
désordre par lt•~ ·hr\'au"&lt;dt!montés qu'affolent
le feu et la fumée, ces brave e cadrons sont
bientôt hors d"état t.le reiwerscr !'oh. tacle qui
leur esL oµposé.
H lt ne restait plus qu'à
rallier· le
débri de cinq escadron , 200 l1ommc à peine,
arrh·ent ou point de dèpart, harcelé par les
11 • el 17° hussard , pru,s. ieos, t1ui achèvent
les blessé et courent u aux homme démontés; le 77• dP ligne dégage enfin no cuirassier· par une salve qui arrête le· carnliers
allemand .

Le maréchal B&lt;mli11e esl e11/011ré! - A
peine les déLri. de cc 11oblc régimeul avaienlils regagné la grande roule que tleu. réginPnL
de lms ard prussiens .e lancèrent à leur
poursuite. A cc moment, le maréchal, pour
remplir le \·idu lai é par la retraite du
2° cor p. , et permellrc am: grenadier d'arri \·er,
fai ail en per onne placer une batterie à
chel'lll de la Garde en avant de Rezomillc. En
un clin d'œil, les bus ard · allemand ~onL
sur nos pièces. Les ervant · se défenJent Je
leur mieux à coup decro se el d'écouvillons.
lis ne réu i enl point lt arrèler l'élan dei:
cavalicl"S ennemi qui le traver cul hou~culanl leur faible souûcn, cl se rucnl ur l'ét.,tmajor génfo1J lui-mèo.ie. 4ui loul enlier, y
compris le maréchal. mel le abre à la main
el charge intr,:pidcmeul l'ennemi. Une vüitable mêlée s'engage.
&lt;( Le oommandant en chef de L1otre armée,
u la Lête cachée par ua couvre-nuque l&gt;lanc,
&lt;&lt; chevauche un moment cdte lt cèle nvec un
a officier _prussien, qui ne le connml pas;
« finalement, il e.t recueilli par le ::i• bataillon
«de cha ct1r , qui e l arri,·é au pas gymnase&lt; tique 1 • »
Ue on l'Olé, l'escorte du maréchal accourt
au alop. Le deux troupe c heurlenl à
Loule allure, el l'allaque ùe nôtres e l si
vive, ·i rude, .i impré,·ue qne les 1:avalier
ennemi s'arretenl, Lourbillonnenlcts'enfuienl.
Bazaine était sauvé! mais le "'rand ,:tatmajor étaiL dispersé, et ce ne fut qu'au bonl
de plu ieurs heU1·es qu'il lui fut po iule de se
recon tiluer.
li 1 difll ·ile assurément de se rappeler
œt épir.ode sans onger aux. con éqoence
qu'aurait entraînée , pour l'armée cl pour le
pays, la pri e du marécl.ial Bazaine. L~i di·p,\ru, le commandemcut en chef rerenall par
droit d'ancienneté au noble cl illu 'tre Canrobert. au soldat sans peur et sans reproche
dont le nom étaiL déjà ynonyme de loyauté
et d'honneur, el qui devait, deux jour après,
e couvrir à aint-Privat d'une gloire immortelle. El alor c'en eùt été fail des compromi sioo louches, des hé itations îune1le , des
négocintions criminelles, où de,·~it sombrer
la fortune de la France! C' 1tait la lutte dé3. Liculeo,ot R. 1,s !&gt;LACE, Hislorigue du H • ctâ1 a$Bier1.

4. D1r.1 llE L ~UY. /?ra11çait et Alle111a11da.

. _______________________________

'/{_EZONYnl"E ET SA1NT-P'R,TY.IIT ~

gagée de tonle t rrocc11palio11 personnelle ou
ambili •u~e, la lulle franche l'! sno · l'arrii•r&lt;•pen ée fatale de mctlrc entre l'ennemi et ·oi
ks 111urs d'une furlcre e l'L la protecliou
d'un rempart ! Peut-être, ce jom-là même,
eussions-nom jeté l'armée ùc Frédéric-Charles
uan la Moselle, et puni enliu le Allemai1tls
d'1111e témérité que comlamnaieul tons les
principes et toute les lt-çons de !"expérience,
C'était po siblc, el l'inerti • du 1:ommandemeul
fol cule capable de l'empêcher. Peul-être
eu sion -nou à brève échéance donné la main
:1 ~foc-Mahon. cl présenté il l'e.nvahi ·seur une
muraille de poitrine 11uc Loule sa ·eicnce e1h
été impuis ante à remer er .... En tout cas. tl
n'e t pas un soit.lat en France qui hésite ù se
porter na.ranl de i:eti, 11ue le marédllll C:inrobcrl 1ù1urail jamais signé ln c.1pitulation
&lt;le l'armée Je Mt!lz !
l11tlrtillr. - Cepf'ndanl la
Ji"i ion d,, grenadiers Je la GaruP (gJnéral
Picard) esl 1·enue e 1,lac r en a\'ant Je Il •:wnvi Ill• : le li' corp ,, Jciplo) é :1 son lour, prolon•Tc notre li~nc vrrs 1e nord-our l cl s'oppose à tout prour~s de· Allemand·, aux11u ,j ·
tlc renîorls a, ri 1·cnl et•pendant pnr groupes
m·c ·sifs &lt;'l presr1ur ,an interruption. Le
gfni:ral d',\lvem,k•Leu, commandant le Ill•
corps allema.n&lt;l, rn~ant ses troupes à Lout de
forces, dl'manùe à la cavall•rie Je l'appu rr.
La brigade J~ Rrcdow (7•· eu.ira ier el
1fi'• uhlan ) se précipite alors, tnl,er e le
I.Jatleric do Il' i:mp: et anil"e ur l'iI1fanteric
qui la cou ne de projectiles.
«La di\i.ion de Forton, i111patient,•-de saisir
a rcva.oche, e précipita à . on tour . ur e·
cavaliers, le. prit en flanc r•l à re,ers et les
re,jf'la sur Fl:wign} 1 .1&gt;
La lirigaùc Ilrcdo,\ ay11il perdu Jü otûcit:rs cl -iOO chc\•au-x : ce on L l •. chiffre
qui figurc!nl sur le monument éle,é à ·a ruémoire sur le rh.amp ùe bataille ru~me, au
nord de Hezomille. La t-Lnrgc accomplie pal'
die e t rc lé1• doulourcusemenl célôhre c11
Allem3~ne sons le uom ·inistre de Torlle11rilt
{,-hernm·bée de la mort).
Aprè, l'in uccès de la dtar"c de la brigade
Ilredtrn, k momcul "emhlail propiœ pour
de:; iner une oOen ive "igoureuse. Le maréd1al Canrobert voulait foncer de l'avant a,·œ
sou G~ corps et bouscu.ler une bonne foi l'inîaulcrie prus.ieane extrnufe cl haletante.
(( fais un ordre du maréchal Bazaine ,
&lt;&lt; 11ui crai nait toujours pour sa gauche, "int
o. l'en rmpècber. li était :i !mures. La lutte
c1 semblait tourner en notre fa'1enr. L'épui&lt;• ·ement de l'ennemi était manifcsle, partout
,, le. feux diminuaient d'intensité el nolrc
11 droite aaguait du ll:!rrain. Le moment élail
cc ,cnu de marcher en aranl el d'altaqucr à
u nnl rc tour . Hais le maréclrnl Dniaine, con&lt;&lt; sulté à 1·c ·ujct, répondit par un rcfu ..
u ~ou, :illions ain i renoncer aux cbanct&gt;~
11 tJui •'offraiL·nt à nous el cou crvc.r une alLi•
u tudè de défense pas.Ï\'C'. 11
Cependant, des deux côlés les lign .e
ga1•ni --cnt el -'allongrnL par l'arrivée de ren, 11ill' ,le la

1, Colo111!I

llE1111~~Ci6\IJ,

lt1 1:uerrn 11wcler11c ,

forts uw• -~ifs. Pour nous, 1.. :ï• corp ;est dt'.ploy1: à la suit,, du f-i•·: voici nmialcnanl lt• i•
qui t.lt"Uouche, apr;.s une marche lrè rapide
à lraver· rharnp., cl ,i •nl e placer à droile
du~-.
lm les Allcmruid·, trois corp · d"arniée,
Licutôt quatre, et denx division de cavalerie
sont eu ligne. L&lt;: prjnce ~rlidéric-Cbarles
lui-même a fait Il 4 l1c11re~ ~on appariLion ur
le champ de bataille el pri· la direction des
opéi-alions. C'c t une grande bataille qui se
livre, el qui peul-être 1"3 décider du sort d~
la guerre'! .. . Le prince ordonne une attaque
générale, appurée par ùes mas.t• énorme
d'arlillerie. Mai • à •1auchc et a.11 ,·entre, l'ennemi échoue. A ùroiLe, il c. 1 écra é et presque
anéanti par les troupes &lt;lu 4c corp-. Ynici
comment.

Comb"/ rle la t/i11i 'io11 de Cissl'y.
peine a rtl\'ec ur le ('bamp dl' bal aille, la
di\i ion dt• Ci SC), du i,•• corp2, lrome d,,,·ant
elle. marchant à sa rcneontrc, le tèlc de
colonne de la f \)" di,i ion alh•mandc (hrii.radc
Wcdd). Cc troupes, 1p1i Yiennenl de parcourir 'iO b.ilomNrc·, ·ont bara~~ée de fatigue, mais no fanlassill!-', parti' de tell 1,,
malin à 9 heure , et maxch:rnl depuis cc
temps-là Jans les lerrcs 1.3 ltourées, 1w le sonl
guère moin . .
... IJn -'a.l1orde, à tiO pas de dislanc,•, de
chaque côté ù ·un peLÎl ra,·in qui roupe en
L~·ti le champ de bataille; nos soldats, aprils
une décharge qui couche par terre la moitié
des ennemis, descendent dans le ra,fo .i la
ui te des débri - de la brigade prussienne, et
engagent avec eux un combat rurieuL On e
larde à coup!' de baïonneur, on se tne à
coup5 de revoher. L'acharnement est lei, que
pcr onne, à ce momenl, ne serait capable de
rrmcllre un peu d'ordre dans celtC' mas ·e
confuse qui 'agite, !?l'ouille, tourbillonne, cl
ur laquelle semble planer une buée sanglante . .. , EuJ1n, les ..lllcrnnnd , foudroyés,
anéanti , cèdent la place : leurs débris remontent péniblement fo rcl"cr6 du ravin el
'enfui nt dans un inexprimahlt! &lt;l 1sordrc.
La brigade Wedcl, qui i.;omptait 9à oflicicr et 1,546 homme , a perdu 7~ ol"!icicr .
.. ,5 'i.2 hommes el 100 prisonnier non hlessés.
Le di·a Lrc es.ul"é par la brio-ade Wedcl
avait jet6 l'alar111e Jan:- l'étal-major allemand.
foulant à tout pru arrêter no, progrè., le
général de Woigt.s-ficlz, qu.i commandait sur
cc poinl du champ de bataille, appela à lui
le secours de la cavalerie, el lança coutre la
tlivi ion ùe ÜÎ'- ey le 1or régiment Je dragons
de la garde prusl&gt;icnne. En uu clin d'œil,
celui-ci avait perdu 11 officie,-~, 12,;; l'aralicrs
et 250 chevaux !
·
Cependant nos îanta sins, pour taire face
it celte tromhe de ca,•aliers, s'étaient arrêtés un
in laol. L' ennemi s'en aperçoit et lance im1m•diatem nt ur nou la J~ dil'i ion &lt;le c:n·alcrie et la 1'" hrigade de 1a Garde (cuirassier.
el ~3rdrs du corps). 'lais lu général de I,1dmiraulL n'est point de ceux que l'on pr~nJ
saus vnt. Oe1iui quelque tt mps déja il a
2 Colond lli:nni'.ç,.c;i , /11r. cil .

ma é ur la droite la divi iou de cavalerÎr!
L•g r:rnd . mir brigade de la Garde (dra.aon~
d lauciers), et le':?•· cht1 eur d'Afrir1ue. ur
un 111ot, celle ma . 'ébranle et tout au - ilûl
fond n:·olumcnl ·ur l'ennemi. « Le deux lir• gnc- de cnl"alerie s'abordent ur Lout lcnr
&lt;1 l'ront avct: la plu.
i;randc impéluo ité.
(( Vaim1ueurs sur llli point, rompu ur un
« antre, le esc.1d ron. de, Jeux. parû ·'el'&lt;' forcent, chacun pour son compte, Je ga~ gnrr le llànc de l'adver airl'. l'n épais
!4 nuaµe de pou~ ii-re s'élève Lienlôt cl voile
« celle l'uricuse rnêl~c de plw; de ~1.0U0 ca• vaUer \ "
Le géné1·al Lrgra.nd tomue mortellement
frappé; le génural de brigade de Montaigu,
!!rièveml!.Dl hle sé, e I fait pri. onni('r .... Hientôl les deux ligcles 'e éparcnl Pl regagnent •
leur point de départ. \lais 1&lt;· terrain dcrnnl
nous e t li hre ....
li était alors 7 beur1, da. . oir, une ofü•ni;i\'8 \·igoureu r pourrait encor• nou donucr
une Yictoire déci. iv,, ....
L'ordre n'en ful pas donné ....
Quant aux. Allemand·. leur. e1forls pour
nous clm ser de nos posiLion étaient partout
reslt infructueux. Ilien plu , nou a,ions
ga.,né du terrain en avant, puisque notre
ligne borJait ma.inlenanL Ja grande roule que
le. Allemands ,·oulaicnt nous interdire. Vers
8 heures, Frédéric-Charles essa •a un nouvel
as aut de Rezomülc. Il fut repou sé avec ùe
grande. perl par la C::.o-de el rétrograda définitivement.
A t0 heures du oir, après plus ùe douze
heure d'une l11Lte acharnée, le feu ces ait
ur toute la li,,ne el le dcu: armée Livouaquaienl en fac1' l'une de l'autre, .éparées par
quelqu ceutain de mètres à peirn•, el couYaiocue Ioule deux que le comliat recommencerai t 11 l'aube du lendemain.
~ Ln hat:ùlle de Rezonville, diL le colonel
Cannnge, est la plu.· ·anglante de touw la
guerre el une des plus meurlrières du . ircle: de deux côtés on arnit, en rlleL, coruuaLLu avec une rare opiniâtreté. i,
r'ou a,ion perdu 1û,!l:-i9 hommes do11l
8:ï7 ornl'iers; le A.llcmands comptaient
1;J,790 hommes hors de combat dont no officiers : c'éta il donc un total de 5~, 7 i!l hommes rrstés ur le c:u-reau, la population d'une
ville!
Parmi nos morts figuraient les gén&amp;au~
Legrand, Bra1er et ~lar •ucnat; le colonel Cousin, du ;:;• grenadier , el .Amadieu, du
7:&gt;• de ligne, 1 i7 oflicier de toute · armes
et de Lou!. grade. Près d'un tie1·s Ùt'S hie ,1ne devaient pa , mvivrc plu de quelque:
jour !
Eb bien! Lout ce sang gt!ofrcux. avait ét~
rt1pan&lt;lu inulillil1lent. Ce ·ucc~ - si chèr ment
acheté el IJUC le moindre cllort pouvait mainlen:int rendr;e déci~H, non seulement la patrie
ne de l'ail pas eTI profl ter, mai le commandmt en chd allait presqur le r&lt;1nier. Il allait
quitter le po ition. 1·onquiscs, livr r à l'ennemi ur1 terrain sur lequel Cl'lui-ci s'ét.ail
efforcé. an prix de sanglante. hécatombes,
:i. Grant.!. ét11 l-mnjor allrm~ nrl

�,__ 111STO'l{1.Jl
de prendre 11icd, sans pouvoir ) réussir de
toute une journée. Il ollail justifier les fanfaronnades hal,ituclles dl'S Allemands t&gt;l leur
donner le droit de s'auribucr w1c ,,irtoirc
alol's qu'ils a1aient suLi une défaite. Enfin,
el surtout, il all:iit leur al,andonner des lignC'S
de communication avec lïntérieur, de fo posses~ion desqudles, comme l'a dit lrt\~ justement le colonel Canonge, dépendait l&lt;l salol
doJ l'armée! C'est 111·••c une stupeur mêlre de
rag,i rrue l'ormét·. dans celte nuit glacée
qu'elle passa ~ans nourriture, sans eau, sans
abri, sur le plate.,u de Gral'elolle, appril les
in1cntions dn m:u·échal. Ces bommcs, qui
n'a1·aienl pas fait entendre un murrnur,', qui,
le ventre ,•ide t•l le dos à la belle étoile, ne
pl!Jl~aienl qu'à la ricloire éclatante du lendemain, ces ofliciers dtlvoués rt ces soldats
stoitp1es eurent comme:- un frisson de révolte
1J11i passa dans leur chair! ln momcnl il
srml,la que Celle masse d'i1trcs liumain~,
dans l'intuition qu'elle• était conduite ;t sa
perte, allait refuser de lourner honteusement lè !!Os à ceux qu'elle vmait de terrasst'r... m:ii~ la disciJ&gt;lioe, IJIIÏ fuit lu force
,fr~ 11ru1re,;, reprit le dessu~. Tristemc•nl les
r~gimcnts s'~hranlèrent au-x rayon~ du soleil
ll·vaut. Puis, 011 cbncha des excus,•s... Je
mar,ld1al devait a,oir ses raisons.... C'l'tait
pour allirer les Prussiens dans un piège ...
on se retrouverait le lendt·nmin ,•t, celte fois,
ce serait la Lonne !. . . On se retrouva, en
efîet, mais l'C l'ul ponr voir tendre nulour de
l'armr&lt;• de ~ll'tz la deroic're maille d'un filel
dont elle ne devait jnmais sortir.
L&lt;· maréchal, sous prétexte qu'il n':wait
plus Je munitions, ce qui était foui 1 , el
11uïl manquait de ,il,res, ce c1ui Ile l'était
pas moins, abandonna ses 1,lessés, fit lorùlcr
un con\'Oi dl' 'J,0li.\000 rations de ,,ivres de
toute espèce, et se relira arec son armée dans
la din·clion du nord pour venir prendre position, le l î au ;;oir, face à l'ouest, sur une
lign&lt;• de hauteurs silut!cS à S ou 10 kilomètres dt! Mel,: l'i :illaut Je Gran:Jolle à '-:aintPri\,11-la-llootagnl'.
Les raisons cmLarra~sécs &lt;p1'il n Jonnées
plus lard Je &lt;'elle délermiuafiou d~a:;lreuse
n·ont pas lroul'é grâce devant ses juges l'l ne
ri!us,ironl poinl à ~n1n·er sa mémoir!• de la
juste r,:proh:ition rrui la poursuit. Il Jtail lrl'~
évident, dè~ Cl' moment, q1w l'idée mnilressc
de Ibzaior. étail de ne pas abandonner llclz,
de d1:gagel' son sort de celui da sou1crain
Jont le trùne cha11crlant parais~ail près de
s'a.hallre, et 11',1t1eudrt• IL!S événements. Ct•s
tristl'S calculs u'out réussi rpi'à le perdre 1•l
nous aV11c lui.
Donc, le l7 août au soir, l'armée occupait
des positions allant de Gra\'C'lolle à SaintPrivat-la-Uo11tagoe par le l'oint-du-fo\1r.
Montign~'-la-Gran;re el .\mamillcrs, le 2• corps
à gauche, puis les :;", \" el t;c, ce derniér
dans le ,·illagP de Saint-Privat. La Gard1• &lt;-tait
en rt:scne loin derrirre la gauche. Toujours
çctle fatale idée de ne pas se séparer de Metz.
1. Le&gt; 11

au m~tiu,

il rcs1ai1 dtns l~s culTres

16 milliu111 5RU mille carh,ud1es ri ~IJ,500 projcrlilts
J'ortill~r,c.

Le 18, à la pointe da jour, l'arm1;c dt•
frédtlric-Charlcs ayant eu loul le loi~ir dP si•
r1iu11ir el de se renforcer des corps dl' StcinrueL1., t•11mmença un déploiement qni devait
la c011duire fare à nos positions, lui permcltrP
de déborder notre droite, de nous rejett•r
dJfinilivemenl sous les murs de M11tz el de
nous y bloquer élroitcmenl. On la rit défller,
mais on ne lui tira pas un coup de canon.
llazninl', rcnlré à Plappeville, près de Melz,
n'était pnsavec ses lroup~,cten sonalJscuee
aucun commandant rie crut pouvoir prendre
sur Jui d'engager une action.

Sa int-Privat.
Vers 11 heures et demie du matin, l'arlillerie Ju IX• corps allemand, arri1éc en focc
d"Amanvillers, où l'ennemi supposait 11uc se
lrouvait notre exlrèmc droite, omrit le feu.
Le~ troupes du i• wrps, prenant lt!s armes
eu un instant, se d1:ptoienl devant le ,illagc
el riposlf:nl si ,,igoureusement que l1•s ar1illeurs ennemis sont obligtl~ d'al,audonncr
leurs pièces.
Ct·pcndanl le coml,al se développait dt•
pl'ochc en pro~hc, au fur el à mt'sure de
l'entrée en ligne des corps allemand,, saru
11u'une seule de nos po~iLions ail été entamée.
Cela durn jusque n•rs ;Ï heures du soir. A. ce
moment, le ~énérnl de Stcinmet.z, qui command:1il l'aile droite allemande, fil pré1·enir le
roi rrue de rnn côté le succès était prochain.
Guillaume et M. de Moltke arrh·èrent, venant
de Gral'clolle, cl Steinmetz, &lt;·ompt:int sur la
préseuce du souvcr:lin pour électriser ses
troupe~, ordonna oo ai;saut général.
Mais il a\·ail ï1{faire Il forte partie. Les 2• cl
~• r,0rps frança.is, retranchés sur les termes
de Sainl-Hu.ùcrt, du Poinl-du-.lour, de L('ipsik,
couverts par des lrarn•hées-nhris cl décid.&lt;s 1t
se di:rrndre jusqu'à la mort, repouss/lr1•111
toutes les attaques imprudentes de l'ennemi.
Le~ trois corps d'armée allemands, rtlJuits
tle prl,s d'un tiers, désorganisés el rompus,
rurenl obligés de ballrt en rclraitc dans un
affreux désordre el rnlraînèrcot dan~ leur
déroule l't!lat-major du roi. L.i panique
gagna les généraux cl 1~ princes qui éraient
1·cnus là comme à un speclacle, comaiocus
que h•urs troupes n'allaient faire des nôtres
qu·unr l,ouchée.... Guillaume rentra 11 Gra1·elottc la mort ùaus l'àme, el M. de Moltke
lan;a des ordres pour préparer la retraite cl
assurer ?. son aru1ée Lallue h• passage de l:i
Moselle cl les roules de l'arrière.... Mais fo
roi ne pardonna pas à Steinmelz la peur qu'il
lui a1ail camée. Ucu.t jours après, il le ren\'Ofait en ,Ulcmagne cl inoorporail son armée
dans cdle du prince Frrdéric-Charlcs.
Malhcureuscmenl, au moment mème 011 la
I" nrmêe su hissait ce sanglaol l1chcc, la He,
mieul' dirigél.', écr:isaiL la droite française à
Saint-Privat et chnngcnit en une victoire pour
les armées allemande,~ le ré~ullal de celte
journée qui, san~ la crimindlc inertie de
Bazaine, aurai) dti voir leur anéanlis~ement.
"" 8:i ...

f,,, 11111,.,r('/inl C1111mbe1·1 il S"i11t-l•ri1•11t.
- Lr princ,e Frédéric-Charles s"étail aperçu,
,,ers:; heure~. 11ue no~ po~ition~ d,1pas~aieul
\m:imillers cl s't~tcndaient j11~,rn'au 1illag&lt;'
de Saint-Prirnt qu'ocn1pail le 6· corps (Canrohcrl). Il maintint alors la Garde en focc J&lt;'
ces deux positions et ordonnn au XII•· corps
(saxon) de ~e porter plus au nord pour emcloppt•r les Iroupcs dt• Canrobert cl les tournl'r
par leur droitt•, tandis fJUC la Garde les atlaqucrail de rront.
Les Saxons se mirent en route, ruais, impatient d'allenclre, le prince Auguste de
W11rlt•mbcr0, commandant de la g.irde royalt1,
crut poul'oir brusquer le monremcnt, et,
vers 5 henrrs el demie du soir, lança soh
infanterie 11 1'3lla'!ue Je!, 1iltagcs. Il ne sayait
peut-èlre pas que 1le1·an1 lui se trouvait Canroberl, le soldai par excellence, le nohle
héros de Crimée et dï laJie, cl qul' 111 où
commande Canrobl'rl gcrml'lll les hi'•ros ! Il
ne savait pas non pins qu'aux côu:s &lt;le l'illu!&lt;Lre mnrécbal, et prèls à le soutenir jusqu'/1
l\1pui~cment complet, t1taieol Ladrnirault t&gt;l
ses trenœ mille hommes, dignes, le cht&gt;f cl
llls soldats, d'une aussi glorieuse rratcrnité
d'armes I que des troupes cornm:indées par
tles hommes de ccllt' trempe n'ont jamais
reculé, t'l qu'il faut les éera:;t&gt;r cl les an,:antir
pour pournir mettre le pied sur le terrain
1111'elles garden l l
La garde royale prussienne. al'er S('S rêiimenls dl! grenadiers qui portent les noms des
empereurs et des roi,, ~es ru,iliers, ses artilleurs, ses bataillons d'élite où les princes
IH1rilicrs de ln couronne de floben.zollern Ion 1
leur apprentissage du métier mililairc, se
lance à l'assnut des positions françaises a\"eC
llll courage auquel il faut rendre hommage.
~égligcaut de faire appuyer son allaque par
J"arlillerie, clic monte pendant près de j kilomètres en lourdes masses épaisses qui scmhlcnl de loin une fourmilière immeoi;c qui se
déplocerail. Les oflicicr~ d~ploient, pour enlever Jeurs hommes, une incontcst.ible 6Jergie cl une remarquable bravoure. ,\lais nos
soldaL~, cal mes et résolus dc1·ant celle mer qui
monte, allcndenl que les bataillons prussil'ns
soient à bonne portée ; puis, abaissant Jeurs
chassepots, ils dirigent sur eu~ un feu telJement épouvmtable que, eo moins de len1p~
11u 'ü ne faut pour le dire, r1•s magnifiquus
réiiments sont au:1: trois quarts dt:lruils. La
ma:;sc noire s'arrète, lonrhillonne et s'éparpille, tandis que le sol sc jonche ile cada1res,
cl que des d1evau'I: sans ca1Jlicr3 galopent en
tous sens en poussanl d,• lugulirc·s bennisscmcnts. Toujour~ la fourmilière, mais dans
laquelle on aurait plongé un h.iton.
Le hataillon Jcs tirailleurs de la Garde a
dix ofliciers tués cl lll'UI' lilessés, r'l'sl tout
son cadre. li csl commaudé 11:1r un 1w1•/c-,:pé1·
(cenl'Îch (adjudant). Le régiment de grenadiers n• 1 (Empereur-Alexandre) (fUi n'a
engagé que Jcm. balaillom, a lH7 l1ommes
hors de combat, 15 officiers lt111s el 14 blessés. Le régiment n" :; (Reinr-Élisal&gt;ctb) en
compte à peu près autant. Au total,
6500 hommes el 2/iO officiers prussiens sont

�1!1S T0'/{1.ll
par IPrrt&gt;, morts 0·1 mourant~. La cohr ion
c t dl;traiie, J'alla1p1c m:i.n 1u1\e, il font s'arrètl'r .... Cel assaut lim• par ':!:iOOO homm!'s
n tti: repou. épar 18:.iOO h,:,mro&lt;'· qui n'ont
•[Ill! Ju1x hallrrie !

Le lcndr&gt;main, rn 11arcour:rnL au pas de son
cheval la roule qui monle douccmeuL de
Sainte- forie-:1ux-Chcne~ /1 ~ inl-Privat, le
,·icm roi Guillaume ac pul 't•mpè ·hcr de
lai~::-cr couler une l.1rml' sur Lou cc. lira l'es
qui ;.:i ai,•nt !iJ, de cba11uc crilé de l'Cllt' vnie
;;111-rfe. Et plu~ Lard, quanù on Ji$tat.ail les
préliminaire_ Je paix, il cxirrea de la faton la
plus positil"c que le ,illrwe de ,:Ünle-lforieml\-Ch 'ne- ftll liYrétl. l'.Œemrgnc afin que
J,, l&lt;'rrain qu'il appelait &lt;! le lomLeau de .a
Garde » SP trou,·.H loul enlier . ur le lrrrituirc allc·mand !
Ili-aYcs d{-fon eur3 de • aint-Pri\"all Pouvaient-jls se douter que leur Léroi,me scrnil
c•ausc du mari) rc du paurre ,füagc ile 8.1intc~larie-aux-Ch11ue qui 11'u pas C!'~ é de porlt·1·
le J,·uil touchant de L'l patrie l"r:mç.aise, cl
va11r h• ~alol de laquelle il eus.eol Lous
dn1111u volonti1·r · tout lcnr sang!
CPpenda11L la lcrrihlc alt.aque qu'il venait
ile ·ul,ir nvai1 eh,irement promé au maréchal
C:mrobcrt que c'était à ·a po.ilion qu·on m
wulail et qu'rl aurai! Lie11Lril à supporter de
nOUl'e.JU~ assauts. Le mou1cm1?nt d , ~xons
se d ~inail; dans un inst:inL on ~C'raiL tourné
cl les coup . 'i,•uJrJJCUL {le rronl. de füwc,
par dcniÎ!rc même ! Et pas mo~·ci1 de prendre
l'offensive à cc moment suprèrne où •lie
aurait tou l cnlbuhl ! Le maréchal e:..p~Jiait
orficicr i,.u r officier /1 .Bazaine, le bU pplianl
de lui enroyer de· si:co1urs, dt: lui donner l:i
L:ardü qui · e morfondait avec son chef, lu
l,r~\'e llourbaki, Juin do champ dl' bataille 1.'1
sur un puint où elle ne cr1·ail al, olum,:inl à
ri1in! )lais Je comm:mdanlcn ch1-I'. qui n'avait
d ,io·11é m•mlcr it rbe1•al qu'à 3 heu ré , étnil
presque au~ ·itàl renlr~ à rnn quartier grnér:il.
&lt;1 C',·:;I une alfoire d'av~nt-postc ! 11
tli. ait-il nctgligrmm1•11I, cl il rr. lail eOurd
aux appels pre ~nnt~ de on liculcnanl !

C:rnroùerl. réJuiL à c proprc- iorcèl-, à
l.ionl de munition~. olJli~é de tl 111:indcr quel11uc. gargon5 es à on collùgue le géntlral de
l,admi.i-aulL. l:cras1: Jan, Saiul-Pri\·at ous le
r,•u meurtrier d"nne formiJal&gt;lc hallcrie que
103 Pru icus. dc,·cnus prudents, 1·cnaieut de
d1:ma que1·. Cunroherl cependa11t lenail lion!
Seul, à pied, ne voulant pas exposer inuLilcmcnl son étal-major.où . on nidl' de camp, l~
&lt;'.OJmnanJanl Bon· enard, rnnail d'a"oir Ill
hra· cmporte, ses longs chen:ut tombant
sm· 1, cou. de. 11.ll'mcs illonnanl parfoi son
rude YÏ.sa1;e, 1 111ar11cha.l parcoliraiL le rangs

rli•· lroupi,·rs cl llls enconr:ii:1•:til par 1111 mot.
une puig11ée de 111,in, 11:i "C:-h· d'afft:clucu~e
prol•!CIÎ,1n. :
- « Eh !Ji,·n, mon lm11·c ; nou~ ne là.clmron, pas, hcin7
- « Xon. mons.icur le maréchal, so1ez
lran•1uille ! 1&gt;
C'étail un Le.au spectacle 40 ccl homme
ehu-~é cl'honncul', de gloire el de dignilés, ce
ml\ré..:hal rcspm:tc! partout cl \"énfré de ses
sr1lda1 , de1'1'0u impie comliallanl pour do11ncr
du cœur à ~es lrour •., risquant millu foi:;
on '"-i. L, nce et communiquant à Lous un peu
de ses nobles ,·erlu 1rucrri'•re . Je son én"rgic&gt;,
de son indomptable lén:icilé ! C,•rle,, la défcn c de • ainl-Prival •i.l on lait atlmirahlc
rnlrc Lou , une pa"e . uulirue parmi louh's
1 s pa"P de l'h.i toiro:: llincelante de ce pa~- !
1.. marédial C:rnrol,ert en l'ul l'ùmc irrési LiLle el c'e l al'ec un sentiment d'émotinn
rrofonde qu'un so!dat de l" arm &lt;e de Melz
pcnt, rn écrivant œs ra•-.r~. donnrr au doien
de· maréckm1 de l'Europe c foihlc témoignage d • so11 admiration cl Je on rc. petl.
.111 '{U'à 7 ht&gt;ur" du soir, 1 IÎ' corp· :;e
mainliul ous ce lcrrilile feu d' artillcriu anqnel il ne poUl'ait plus répondre. Pui., lou.rné
vers le nord par ks ax011 , atta1p1é de J'root
par la rrarde royale. cril,)é de projcc1iles que
lan~:iil coner&gt;nlri,ptement ·ur lui une hatlt rie
de 210 pièce. de canon, il duL recul r enfin.
Yoic1 en •1ucl 1ermes simple~ Cl émourant.s le
m:1n!cbal Canrol1erl a raconlé sa retraite, dan~
la ~fancc du 21 ocrolire 1 7;;, au 1.'oo cil de

::;uerrc de Tri, non :
e Sainl-Prinl était en fou: cet endroiL éLail
lt&gt; p&lt;•lrll de m:n, cl •toute· les Laiteries qui c(lnwrgea:ent de la gauche, de front et de la droite:
l'armée saxo•,ne nvair l'ait son mou\'emcnl
1;:irs nom•ourt 11ue je n'a\'ais pu fortifier ..•.
&lt;, A cc momPnt arrive ce vaillant offidrr
r1ui a 61é. tuJ &lt;lrp11i drmnt Pari. el 1p1·on
:ippclai.L le g1:u~ral Pé ·hot, et je 'UÎ • lwurcu~
d • profil et de ct•lle drcon_ ta11ce pour rendre
hommage :1 on coura1re cl à son dérouemenl.
Il arrÏ\'&lt;' 1L Saiut-Pri\"al ::iv!!C' le !l• l,atailJon dt•
cha si&gt;ur., le 41• d fo to•· de lig11c. Ils ·o prilcipilenl pour arrêter l't·nnl'mi: 111ni.~ ,-n,1111,e
/"r&gt;1me111i P111•nyuil de$ nws.~es ,Ir {l't' ri nP
1•1'1wil 1111/l l11i-mhn ·, que ,·ëu1fr11l lrs ob11s

il· u purrnl Le11ir.
Péchol m'en avertit. ~011' dùrncs alors
nous retirer : nous elf~ctu:lmt!s noti-c retraite
par él'helon au cenlrd el nou cr~"n,1mes en
bon ordre - je oulignc il' mol - b ltautcuJ". ([UÏ se trouvent du rchi du Loi d 1
Saulo)', où une LaUct'1c de rnoo corp d"arm ·e
commcni;a un rcu oul!' □ U CO s'alimcnlallt dl•
cc qui nous rcs1ait, c'est-à-dire quatre ou
. coup~ par picce ....
cinq

q11i n1·1'iortil'11/,
!i

.

-~

11 .le monl,lÎ loul Jouc~ncnl 1'11 m'arn1 :nut
loull'S 1,. dix minute. ; fespùni.~ tn11j0111·s
/'!'('l'l'()ÏI' t/('~ ,.,,11/nrr.~. Enflu, rnpnl LIUC je
ne rccern.is rie □ , j" envopi un officier de mon
1fü1l-major .rendre c-0mp1e à M. lu marrcbal
cornmnnd.mL eu d1ef de l'oùlî· 1:llion où j'avai
élé de linllre rn retraite·, el fui dr11u11ulr,· 1/r
11011/rJfr biP11 me t!o,111r,• de.~ (Jl·1J,-e:; .•• &gt;)
cc ;\_ ~ heure du soir, dit la lli•lation allemande. le 1·ninq11cur, l'rl)('ll,•menl c•promé
lni-mèmc, so trouvait en po-sc~ ion de celte
clt.f de la po ·il iqn, diilenduc a1·1•c Lanl d'::idmrn ment p:1r l'runcmi. »
De•, de1n I illn,,el- d'.\.m:in,illt:rs cl d' ~:iintPri,·~L il ne re ·Lait qn'un monceau Jr ruiiw·,
ri,• murs ércnlrés cl l'répilants qni i;;'t;croubi1·nl, éri·a anL IC'~ l,le., é ràlant. l.Jnc di,iio'l Je la ,,.a.rJe impériale, cn,·o}ée par llour1.,:il-i 1rui pril or lni Je la nwllrc en ro11t1•,
arrirn à l:1 nuir al'CC l'arlillc.ric de r,: ·cnl' ....
f.lle ne pul que prolt1gcr la retraire de. 1•· cl
G• c-orps, r·ar il était lrPp lard pour 1.li-puler
aux Alkmand- ll'Hr cn1111uèté, 11110 dJJà lc,s
vai1u1u •ur~ fllluaicnl Jè hourra~ triomphant.!. .. L'armt:e l'rançaise étai t enveloppé,•,
ri Oaz;i'.1w, arrivé i, $CS fin,, Jllllll'ait la r1·plier -ons les murs de Metz cl allêguer maintenant, ,ans crai11te d'être démenti, qu'aucun
mouvemrnl ,·cr Mac-~fahon n'élail plus po_,_
·ibk.
Ct&gt;lle b:ilaillc gîrrantesque a,·ait mis en face
ks uns des autres 20U OUO .\.lwmand , . outmn par ï2H pi' c-dl) c.1non, et I W OIIO França.is. ~l:iil', 1llllgrt.i cet te éuorme di. proportion
de force~, les rnin1ueurs laissèrent rn r li'
champ de halaillc ':20 1Ml homnw., tandi
11ue JIOU n'rn a1iun~ perdu q110 1227:-i. La
garJe rople étnit Jn~anlir, ruai· pour .1•
défendre coulr&lt;! es as.auls rurieu\ coml.iinés
areç le~ all3r1nes de. .'a-xorL~ et du IX • Corp~
prmsien, nos 1•· el li'" rorps al'aienl déploié
un hér,,ism!.l &lt;lonl la J,'rance a le droit d'ètre
fü•rc parce qu'il donne à 110· drapcaut une
auréole incffJt• wlc de gloire cl ;à uo~ cœnrs
ce1t.e supr 1me Mnsolation que sou. un autre
i:h, f nous n'eussiun pa. i-té ,1:iiucu. !
Oui, c'e::-t le maréchal Bazaine ·eul lJLIÎ doit
porter dL ,·1111l la pairie el Je,·anL l'hisloirc le
po:d du dt!sn Ire .au 1wm où il II enlr:unu
celle armée m,1gnîû,p1t- .... L'opprôbrc dont il
a ournrl on nom, en abandonnant se. troupes ur Je t·hamp de loalailJe el en lms.anl
ê.. raser sms secours se deuT mcitluu· li •nlc.uants, est éternel rommc sa mémoire. a
répoo c cyni11ue am demandes 11rcs ,mies de
,•cour : 11 Ils onl de helfo po ilion , qu'ils
le~ gardent! ,1 uJlil poar dfacer Je sourcnirS du Lrillaul di1 isionnairi&gt; d1 Crimtle l'l
ù'ltalic, H ôter toule piLié à ceux qui en auraient encore pour le condamné &lt;le Trianon!
LIEUTE~AH-COLO:-.-EL

ROLSSET.

MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de fer
©
1c

LIVRE PR.EMIER

Croyez-von M. de Fer en hors de dan-

ger? l'
Plu Lard encore, le Temple ... le martyre :
Loulcs les mi ~re" de l'àrnc toules les miSûres da corps: le dése poir, la honte, la
!létrissure, enfin la mort.... A l'écouter,
évèro, a.ccrou11i ks genoux au menton,
mordait, pour ne pa crier, la poignée de
son sabre .... Fersi!n concluaiL :
- D'elle, il nous reste on fils, Louis XYIJ. ...
Comprenez-vous, Kcrrel 7 .
. .
Kerret comprenait, oui, cerle ; m.a1s 11
comprenait surtout que la "ramie viclime
n'ill:iil pas ,·engéc: il rèvait d'hécatombes
expiatoires, d'immen es lucries, d'énormes
abals d'hommes, de prodigièux. bolocausles,
offerts aux mânes éplorés d'une re.incd'amour.
Lor·quc f'ersen 'arr~tail, épui é de parole , exténué d'une angoisse de mémoire, le
Bretou lui posaiL n main de fer à J'épaule,
c-t, de sa voix rauque, rouillée de ~ilence,
!-nppliait el commandait à la fui· :
- Encore! parll!z encore d'elle ....
Alor le uédois, haletant, ivre de douleur
cl d'orgueil, reparlait dans ses chevauchée·
de sou,·eui.rs, ses charges au pa é. IJ •boul,
devant son écouteur enragé, le narrateur,
• enragé lui-meme, traçait de grand gestes

l Y (:mite).

Fc,r en racontait L:etle. ociét~, d'auord ::.i l'ulil~ rt lé!!ère, 11ui devait finir a diao ou dan
le· râles, ~alue.r de ,a tôle coupée, à la dernière
paradé; la noble. se joJ·eusc, dansant dans ~a
lumière. comme des moucheron dan. un rais
de soleil, déjà guellée d'en !Jas par Je peuple
accroupi dan. sou ombra, rnùchanl a faim,
trcmlilanl son froid ....
,\h ! ,pl'en ce temps duré:, la l)auphine
étail confiante cl jolie; la foule l'acclamait,
quand es c:irros !' p-r_o°:"enaie~t ~a L~auté
dan le rues .... F,lle ela1l au-s1 lnen l idole
de la ville c1ue de la cour; on ehcrebail ses
reg11rds; un _onrirt' se paiait d'une Yic de
drYOuemenl.
Il rn suait 11nelriue cbose , lui, Fersen.
Oepui · ce soir d'Opéra où la Ilaupbinc l':w:1i1
di tin ué nu milieu de la cohue, inlrigué en
plein bal, dan un de ces ace~ de gaieté
gamiuc qui. plus lard, la pcrd1rcnl; enfin,
s'étaiL démasc1uée pour lui, îai ·:ult rumeur.
eau an! . candalc, oliligée de .e réfu.•TÎl'l" d1tns
une loge, l'lle, la grande prince· e, dool le
front up11ortait deux couronnes cuscmhle,
de la Maison de France el de l'Etnpire d'Autriche; oui, depuis ce soir-là, pas un baLLemcal de on cœur, à lui, n'avait appartenu à
d'au.Ires qu'elle ....
Le comte .:;évèrc, mieux que p&lt;irsonne,
comprcnail t:e cutiment, la lo 0 i11uc inéfutahlo de œ acrifice. Car, cc même oir, il
était. lui au si, pr115enl Il l'Opéra ; il avait
,·u, lui au si. lilaric-li.ntoinèllc: 111nis, hélas!
ingral d, l'i ~g".., sans élégance de corps,
u·arnil pa5 été ,·u.
Ce ·oir-là, K •rrel alaÎL l'llvié Fersen pour
la prumière foi:. ; celte jalousie anil duré
aut,ml IJUC lui-même, jusqu'à œs derniers
tcmp .
Le comte suédoi · glis ail. sur ces ~po1p.1es
heureuses où l.t fa1·eur roiale s· i1ait penchée
ver~ lui: le souvrnh- des joie· défuntes e t.
doublement amer. n en arrivait au1 jours
Lrngiq11es où. chaque heure apportai l son dn1:rrer el ~on humiliation; dépeignait Louis
1
et sa triste famille consi,•nés am Tuileries,
.i.vec des plantons à leurs porte,, première
capli\'ité; la kntalivc d'éva ion du 20 juin,
si bien menée, i bi('n ent.tepri e, écbouagt à
Yarenoes par la fatalité .... EL la reine s'écriant au momenl mème de son arrestation:

dans l'air: el, de Jorn, a :.ilhouclle ooirc,
piquée çà el là d'un ruban r~u, d'un galon
d'or, dominrul, de Loule 'a taille, les p.'1~·-~n.~
vautré:, la pro·Lralion du cnmp. li oubhaLL
sa fatigue en invoriuanl les morts.

Oc l'au Lrc côté do la plan~, le long d'un
mur laléral de l'église, autour d'uu autre fou
très fourni d'ajoncs ecs, des jeunes gcus
'étaient a ~emblés, la plnpart imberbe ,
avec, au repo , de~ figures de .filles.
li y alait là Jili Ge.sril. son [rère Maze, les
noçcux d'A.lanik; el leur cousin , ses lils :
Olier el Fauch : aussi leur sen:ilcurs familiers, Dano et Mil'el, el lie· :imis, cl de~ voiins, ù1• enfants du mèmc clocher. N':t)anl
plus faim, las de boire, ils causaient. dans la
fumée des pipes.
Or, c'était Jill Gesdl l'orateur Jece i:-roupe.
011 l'écollLall volonticr. pour sull. inlellig-ence
el ,es belles paroles. Il profilait de l'attention
qui lui était con entie pour prêcher une fois
de plus la croisade, etlwrler se.~ compagnon
au hon devoir; il excellaiL à cc exercice ,
étanl un peu apôtre, un peu harde encore,
malgré ,on ignorance cl sa au rageric. la:piré,
il laissait couler sa mix, 'élonmml lui-ru ~me
au p.'lssage du sens intelligent que l'ormulaienl

x,

,1 c,-111s /feues ;te Loqueltas, dl!li,1111 Elve11, ,11n ,iel:zclltmtnl répuflicJ.!11 èl:sll camf'è. lly avall dts grcu~s de
sèle.tion, de symf:sl/lle, e,r .lehors du g,·.:id.e, dd l'drmt el Je }1- Jo11clkm; les i•iwx a,•ec les vieux {el ces ,•lm."&gt;•
la n.'a1•11iml pas ,iua.ra111e .i,1s1, les jm11es e11tre ern. (L'age~-)

�1fIST0'/{1.Jl

_____________________________ .,

le on échnppé · de ses li!uc:. prnl-ètrc
inconscicn te •
La face pàle, le yeux di Lat:·, vibrant de
tout l\llre, comme un llO)'au de guÎlilre, à
des sottfllcs ù\•n lmul, - 1111a!IÏ ::u·ré - Jili
Ge ri! rb:mlnit :
- Sou nos pean de mouton, tlr, cœur
de loup l il faut de cœur de loup! ... Ah 1
\:à, rnycz-,·ou· t'.i, 1·ou autre. ·: l'é ,füe san
prêtre., le ,illa"e an.' 11gli e, fa llrela!!ll
an Dieu!. ... i l'un nou prend Di1·u, 1111e
non. n•~lt•-t-il? Répm1dc2-rnoi, le~ ga r · !
fais Uica c~l nw•c 11ous, il \'Clll rcslor :wcc
nous ; uuu von Ions rc,,tcr a1ec Dieu .... Par
la rroi. •l lc co11 1111 clorher, par le (,al mire,
rl'tenei Lien Ct'Ci: J,~ auge· .ont arnr now,
le itnimnux ,ont a1·cc nous, le pi •rrc · sunl
avc,· ,wu ..... L'I f\:puhli,yue rainera, le jour
où le coi[ s'e1Wt1!cr:\ do clocher ... harùi, le
gar f ces Lernp. ne sont p:1 1·em1 · ! Le roq
e t Lien emLrorlié cl ,on d ·rrièrc ni lourd ....
.Ions iyncur 11' Roi ·'approche ~ur se,; ,ai_ cn.u-.:; il dé~arip1cra bil111lôl n grande ft~lr
el nous remerciera de c1os fidéliLé. : ra r nom
aurofü é1é se Ir~ lop.ut ,oldat. .... \lor il
défendra qu'on ail faim n 8reta.,ne; nu·
eufant · ne sauront m~mc plus co que c'ei-t
que l:1 misère. Mais, d'iri là, camarade il
fnnl m1:riLer ce 11uc je vou~ pronwt.. Combattre pour Jv u , la Vier"e ~t le roi clc
France : fusifü•r le llleu , 11uille /1 muurir
au,si; Ctu qui mcurenl pour Ilicu 0111
reçus par lui-mème, en son clair paradi ·...
sainte .\nne les pr1:scnlc aux autre sninl.l; &lt;l11
ciel... el pour eu\. d~sormni~, c' • L Lou Il•~
jour · ,lima,whc ! EL dt· c:1.m -là, le 111auls ~c
souvicnnenL; le cul'é dit leurs nom à la fin
de a me se, fo: jeu,w filles rt n·nL d ,
flanc 1 :emblalilc : le:; mi•rè~ ~ouhailent dt!!i
tlJ p;ir ,ils l Par Jésu ! 11 ui ne voudrait en
ùtre? Frères, ceux fini campent lit-bn~, om
les remp:irl de - riUc: ~out troi foi· nos
t•unemi · !. ,. i nous plions de11~nt eu. , i
nou refu:on. la tulle, ou ·i nous sommes
Yaincu • il non mrolcront, n11u , 1,, j une ,
dao leur raug · détc;M ·, oofü rurc ronl à
marcher, crosse au do·, sou leur di·apcnu
pauaclll:, ron!r1• le l,htnc Ju nôlr1•. 'oll"êZ-) !
C'est l'a,enir Ùt' · c.mlo1L lâche~. de· hau1eaux
indl'.'Ci . En amnl ! Su: au~ Bleus! Demain,
::-ans doute, vu nou · ruell.re en présl•nre ....
l'riez el tuez! ))
l la consÎ"llc; ne
r cult't pas, '!OU Jlortez Di u.
Jili Ge ril gravit lcnlcru •11L ua Lalu · roisin;
uar d ··su lei reux, il cnmidér:'I fo nui l ;
t!lle étincelaiL d' :toile·. [ne immcn- paix,
Jlottaoh' entre ciel el terre, im itnil li- humrues à de~ pen,êc de douceur, de rou[iauce
et d'amour.
Tourn ; rer 1a route do :umc , l'orateur
de · . iniple. insp cLail l'horizon ,u~pect,
l'ombre pleine d · •mbùcl1c: ....
D riere cc ,allonnenien Ls succc:~i r·. i:e
plis de terrain boisé., il d , iurüt, ~vrntait la
ftépuhli11 uc. e soldnts 1•11 marche contre le
droit, ln foi, la lil,ertr de.- :irue~- .Uurs, le
corps penché, 1 poing Léndu dans le · 1énèl.11·es, cl' l enfant Je vingt an~. 1J \Î~a nr d,,
rl•mrne, c·rachil d nmt lui. lauça par l'e µace

c·,.

n haine cl ·011 rn ~pri~ d,10 u11 . eul mol
rl'oulraire :
- B"ndits!
Or, la mènw nuit, h• mè1ue soir, au,
111tim1·s instantij, :1 trois licnr,s de Luer1ucl1a,,
dcranl Eh·en, ·ur la lj_ ièrc d'un I ois, un
détndwrn nL l'ép11l1lic.1in 1:tail eampé.
Le g,:néral Yillrit. rp1i 11. comm:mdail, dormait. tout Lollé, dan uui· 1·oiL11rc à foin.
rcronvertc d'une Lkhc 1·crfc p:1r-d1•ssu~ des
c·en· ·uux dC' l111is, ·c:, pieds ùêp:i,. airnl; nn
rnyait briller · · tperons J.an, b 11aillc. Il
était C'ncore jeune, 1·igo1m-ux el :111nu in: il
ronllail fort, de l:t bouch cl du ucz; à rli.·
pa . on l"cnle11daiL
Alcnlour, édJvlonnv. fo lung Ùl's :1rLr1•s,
les o!fil'icr::, le~ grcnadit•rs, les •~vali(•rs
rnnn c:iîcnt, l,urnicnt, fumairntou dorm:1ic111,
rommc de impl ,~ chouan .. Bleus ou ntanc:,
!c · hiv()uacs SOIIL idt!Btiquw;. Ponrlau! les
foux r 1puhlicain' Lriùaient plu~ nourtis, pin
:icûb Lplu. larJ!f' . La proximité Je la ror:1
permctlait la proùigoJité.
L/1 aus ·i, il y arniL des •~ruupc de l:terlion,
de pnpathic, eu ddmr_· du '!Tadc, Jp J'arme
cl de_ la fo~cli?n: _le. vicu\ a,·ec le, 1ieu.1 (el
!.:CS ,•1 ·ux-la n an11 111t pns r1uarante uns), Jps
jeune: ,•ntre eu ; le · jt·nne jouaient aux.
carte~, o chamaillaient, j uraicn 1, .-aeraienl
11r les cnup. ùout•ux, trop rr6qu uts; le
1icm rarnntaicnl leurs cnmpatrnc~, le pn ·;,;
conquis, les ,ill1'. 11rh.'.s: Jcrruuape::, Bruxcll•s, Liè~c. Lomain, la ùéfoir,. cle Nerwinde,
Je hloc11, d~ Vnlencicnncs; nu se complai~
saicnl ·11 des lli~toir ~ lourJ •·, a;:rérucntL'=c
de pl:u~an tl'ri ~ • tupide -, rabiicl1éc.•, ronnu,• ·
de Lous, et 1p1i, pourfonl, /1 chnquc 11oun·lhi
auilition. caw;aic•nt l:t mèmr t'\ plo ion d ,
joie, oulc,·aicnt Ir: m~rnc.,; trau 11ort _
c~rlnin 'plu. afliné 'plu~ instrnib rct.ir,:s
~ou un chêne J1·11idiquc, écbanbreaicnl dè ·
id :e , formulaient des a~piralion~ valTur-,
s'cxprimnienl libr •manl, elon l'e,prit nou1'eau. n commandant, 11ui n'nrnit pa · lrcnlc
an , Gilbert Boure, I'arLien; un r,1pitai11c
méridional, 'uma J1e~rrl); deux lit•111 .. n,.rnts,
l'ba '6C11r, hu ·ard, Marva, lll•aupoil. nom on
urnom:unrnlontair' d1• \'anne:, an grad1•,
mai· fUimé par son i.:011ta"C, en ~,. l('mp ·
où le (:0urage él, il Yerlu uommune, Jaffrez 1
\reü. , - à cu:c cimy Nprr ·cnlaicol Cl'lle
élite dt' rencontre.
Il· di~cutaicut à \"OJX ha~~c de · chose:
gr:n·es 011 chacun faisail nloir la coulcut· de
:;a philosophi,. Hcaupoil, le bu sard, na liant
d dénallanl une de e- radenclle 011 pendillnit'nl de balk de mousquet, e répandait
eu :iclion do r~1•c,; laï,111 •~ sur l'étrange
splcndtnr de ce eomfar de siùde. li dLail ;
- IJu ,Jle époque ! nou · sommes privil!!giés_. nous autre,, le' bnmmcs d'aujourd'hui! 1111 ile merveillen c a1 nluN 11uc œll~
de la Fr:mce'. .. quwle joi ·, 11uel or ueil d'nssistrr À la chute du ricux. rnondo; à l'arènement du monde nonvl':u1. 'onncz doud
:wanl 110us, jusqu'à nous 110&gt; 11ère 011L •· 'mi,
dos courli \ ous le fouet &lt;le rvi • cl de:;
nohles; pa, nue hetJre, dan · 11.• ur journdc,
l l,1.,olh·uy.

n'était saru Jouleur ni an larmes: au\
c1ua1rc points de l'horizon, Je 11ut:lque côté
11u'ils tournas enl leur· rcg.irdi; d'appel ala
miséricorde, ib apercevaient le Irone, I •
ÙtlllJOn, l'éirli ·r. cl la poh•nce. La .er,itudc,
&lt;:'était leur raison d'êlrc. Il n'in·ni, nL pa le
droit d'agir, ils n'a\'aient pa h: droit de
(1t:• 11ser Le~ . erf. apparlenaièlll , kur ,&lt;·1gncur, a\'Cc lèut~ femme,, leur; t•nfants; il,;
implorai •nt le prûlre; le prèLrc pnssail en
leur montrant le cid : « \ltcndrz un p1•u.
Vou -.CM; hcurl'III là-ha11L ». 11:ri ion! ... i1
qui dt1 1nnndo ln vie, offrir la mort. C'ét:iiL
ainsi.. .. Oui, il y a di 1111&gt;, c'1\Laî1 encore
ain»i. Bru ·11ucni!'11l. un l"l'fll 'ri,,, c, ~ouille
enll •, iusi I.(', el les ch.1traux s"•croul •ni, les
lonr ïncliuent, tombent; le clocher . 'éLrauli•. le• lriine c. 1 1:mporl 1.... El le peuple,
anranchi, hrûfo la poknc• Jan. un feu dl'
joie .... 011 est lt,•ureux J'a,uir vn r,dn !. ..
Gillic.i·t Doure :ipprom-a :
:ms Paris, rien ne . rrail changé! ...
le_ c.unpa"l1l~S rc,laicnl pas. i1cs, elk avail!Ill
à ce point l'hnbitudè de ,oulfrir qu'elles ne
comprenaient poiul qu'il pril en ~Ire .iulrc-ment: L'in •onuu du rlla.nrrcmcnt 1 · 1:pouvaula.11 plus encore ']U • leur milll' an~ Je
fanum: ·t d'a!!,UJÎC scr1·il ·... , Mai· Pnri,, lui,
ét.ail Ill.. .. C'élniL un colo, e en ttni .-'é,eillail
uu ccn·e:m ... : Un jour, il :1 compris rn
force.... C Jour-là, l'anti']ue ,oriété ru L
perdue. D'une chi,1uonaude, pour ·essail'r
la main, il rcny ,r.-a la ll:.-tillc, pui rerrarda
\'ors:iilles, un &lt;lisant : &lt;1 Comment tro~vi:1.vou re la? D l.:i 1·illc de l..oui \1 \' fil la
gr!mac . IJuclquc t:ho. c nais_nit qu'un i:;nora1L encore. Il ~ eul de l1cll1· · fètc.~ a11 harnp
do ,far- .... fü1 la noùle;;se J vint 1p1i n'd:iil
pas imitée : c la fit du "'rahuge... \b ! lcF
fou:. 1 les fous l Arrètei donc l'!Jcéan quanti
c'c t l'heure des mar~cs 1
'um. " e Ire. la ,oi lent , pronouçail
avec l'ace nl de sa Pro1· •rlr', :
- C'~tnit lrè· beau! J'ai l' U naitre ln
[I (pulili11ue .... J'allai , j'rrrai ·, le m'Z au
vent, j'admirai ... oni, l'Jtail lrè l,ca.u !
Man·a appu1nit :
- 011 nous reproche 1'1'..-l1aTouü! ... tous
I ·· tnuycn -Olll bons pour ,aincre, qu;mcl il
s'a,.it du -alul de l'uni-rers, du la lihcrlé ùr
Lomme. . Pui ces cw!Jlant · de mort TIi!
onl nullement la mort, mai· la , ie, toul t1tt
conlr:11rc, le Culur reoomellcment.
li y L'nl un silence; ils ~c regardnienl, nn
peu pàlc~; avec t'l'Lle intuition que dan u11 •
~\pOrflll' f;i!!anle 11uc lou, 1 homme. sool
gràJJds; la splenJcur ùc l •ur rùle 1!1Dpli · ail
four ;illlt' d'une terreur ~acr 11• .
\lor Jaffrez .\rexi , C,? Jll'til \"ulnnlairc &lt;pti
11·a\'ai1 p:t · ,ingt an·, 1111c la gr.le républicaine a1ait toucb1: dan ' 1 ~ ru do Vanne:,,
l:f° m e, par le.~(1uclles "oml,r ·uil •l l • . ien
amient marché au ·upplicc, Jnlfrcz Àr' ·i ·,
bPme J'cnthou ia me cria :
,1, n'ai pa 1u. mai'- je croi ... je
crois! COIIJ llleil l ne ra l'fùÏ r.? la lumii-rc C l
:neugtu1le... ou 1/t!tonnc il pr1lscnl 11ue l'r.
grand jour n'ai! pas lui plu · tùl. En 'JIIUÏ
donc Jlaicnl bi11i,, de •1ucllc p.lL • 1ta1(•uldonc

,

_________________________________

pétri h Yieu., uo père.,, 1 an ·1re ?...
Ils étaient le nombre, il étaient la Tor e, ils
étaient le droit; et il uùi saienl le joug
insolent, inique, féroce, de ce_ huurrcaw;
doré. dont la seule , anction était fo bon
plai.ir .... 0 peuple dupa é, d'hier rn,;me,
quelle t!ni •me lu c.• ! ... on te raisail p iner.
Lu peinai'; on le 'iolaiL Lou pain, tu le portai~ loi-mt!mc à I' •ndroil d: igné; on te volail
la rcmmc, l'l tu lui disais : Va! Un le Concl~iL, lu dbai · ; .\men! On te pendait, tu
r '"ardai · le ciel.. .. !li èr • d, Lemp ! Tu
a,·ais et•pendanl un cœur ... mais il nt~ l,attait
p.1 .... fü1,uf Je labour, uœuf ù'aLattoir.
tcrrihlPmml fort, rlus lerrililemcnl oumi:- L ..
On dirait 11uc c'est hier 11u'esl née- l'ùn1e
humaine .... Hire qu'il s'en est falln d'nn
tour de cadran que oou n'a ·ons. uou · aussi,
ramp,• ju qu'à la fin dan· cette nnit épnlcrale ! J'en tremble 1 Nous .ommes le&gt; prcmicn, ébloui- de soleil cl d'aurore; salut, ù
libcrLé! merci, de:lin san· nom! ...
Boure l'interrompit :
- Bram, petit Breton! i Le compatriote
pen ·aient comme loi nou_ ne -criom; pa ici.
camp l - à la fraicl1 ·, cntuurb d'as assin
caché ous les l.iui son ; la route serait
li11rc de \anne · à Rri!'l, de Lorient à ainl. falo. lai· leur chan on e.l autr •, et uou
n'avon~ p:is fini d'avaler dn plomh sur de
airs de cn11ûque ... ah! le· sale ~c11~; ils
n'ont 11u1• leur !lieu à ln bouc·he l'l sont plus
f&amp;occ · que le nè"rt·: d'Afrique.... Par
Jcl us, je L'élrau"lc ! pnr la Vierge, je L'{,._
tripe par tou' l · sainb, j, l'écor ·be! au
nom du l'ère, du FiL cl du :aint-Espril ! 0
charité chrélienue, 1oilà &lt;lti le coup·! 11 :;ont durs 1
larva dit :
- Vous savez qu1i Plaudren. il· nL empuisonné le puits; quand n11 oldals ont
ntr • · dan le I illa••e désert - apr~s di
lilwes d'~Lapes, il· crcraicnl de .oif; les
premiers qui ont hu sont morts en hurlant .... C'c t lcur façon de rt1ire la rrucrre.
Deaupoil 1mcb11rit:
•
- Ça, cc n'est qu'une plai~:111terh•. Ecoulez inieu · : l'an rll'rnier, dan. la forèl d •
Cnmor · ; c'était la nuit, ù •u. foi noir· ou
le' arlirc~. t ou pour-ni\ ion le guen1 qui
nous avni{'nl enlové nn peloton d't:clnir •u rs ....
Xnu · allions ,·ite, crai-'nanl h tout instant
d'apprendre par de· coup~ de r~u la mort
de camarades. Le!&lt; premier engagé:. dans Je
senlièr, sous boi , se benrtcul ltt tète à
qudque tbo e Je mou; il l'éc· rlcnL el
passent; trois pa. plus loin, ça recommence.
Un grenadier rC\'.DÎL la gifle d'une ma.in
froide ; il l'cmpoi m : t:a flotte et ça vienl
d'en haut; il gu1•ulc. On lial le bricprct, on
allume de::- feuille ~èches. Joli tal.,leau : nos
éclaireur', pendus pnr fo.:; pieds à d s ùrancbes bas. c , barraient la route. IL élail!fll
~ou1.e ... 1 · hra ballanl5, la face ,iolclte,
le 1eu1 hor d1• la tète, la Jan,,uc tinle.
C'Jtail une invention de .lacqnes E,euo. Il
courl &lt;'Il ore. i j :una.i · j • le rencon Lrc, je 1•
terai ruire.
?-iuma Me lre ccoua la tille :
1

- J • connai cenL hi toires .P3rcillëS,
murmura-t-il.. .. l.'cnnul'eux, c'e t qu'il 'en
lron,e quel,tue -une à noLrc actif.. .. \'oycz1·ous, darL tout honuêLe homme, il y a un
criminel aw1uel l'occasion a manqué. 'foire
époqu est fertile en O(,'éaSion . . . . . ''importe!... les Chouan nou · dépas cul, ils
gardent l'a1·antagc... 0011 pom'on. donc )
aller de bon cœnr; il now r • le 1, courir
al'anl de le. raUrapcr.
- li n'y a. ri n qui .:ioule comme l'eau
1Jéuil1·, couclul lleoupoil; plu ils -om pieux,
plus il sont m1: -hant'. li parait 11uc l 'ur
cur: le nb.olvcnt d'avance. Contre cela m1
ne [lèUI latter. Cc sont d hrules dépral'ées,
d,·s idiots pcnerli ·; ICU-r objeclÎ\'it.é e t raucl leur con cience clénal1m1e. TI n'y a pa de
n!mède, à. part le· ,•(lups Je fnsil.
.\!or Jaffra.z, . e ùr ',ml d'uo éfan ou pic.
s'ar:mça de trois pas ver. la li ·ièrc du hoîs,
me:.ura l'étendue ob cure, sonda les pa) a•l's, difforme:. dan 1~ jeux J'omùre j lll)"li(1ue, lui au si, quand m ·me - il 1-lamait :
- u~ sont );\. •. ils . ':ipprodlcnl... ar C
leur fau-.;, leurs fourcbes, leur outils à
fumier, l •ur armes d'csclares mlonl:ures,
de serfs iméLêrés. Il approchenl, ournoimeul, lâchemenl, comme toujour , dan:
1 · L~nèbrcs, ce. fr ai• , CC- chats-lmll.lllS
wnduils par les srands-d11 ..... 1l veulent
du ·anb pour leur:; autd , de· hucalmul.ics
pour four l&gt;ieu. Eh bi.eu, 1111'ib ~icnncnt !
oui, vene;: donc! La Répuhli']_ue, en él ·l"anl
,t lorch•rouge, roo. éblouirn, v011· fascinera,
rnus ùL per cra 1.fan · ie · loincain nodurue.,
d,tns ]es reculs d'erreur! .\veu•'lcs 11ui ne
~oulez pa l'oir, nou · ,·ou · inonderon do
lumière! l"noranl.s ob$tiné · d'ignora11 ·.e, upcr.tilicm: enra"é · ùe up1•rstiliun., on mu
entonnera le Droit, le , r,û, le Ju le! l'iou.
,·ou imposcrou l'obli!!atoirc liaptème dè
l'éterm·llc raÎ!.on !. .. Ou bien, nou · TOus
pou t'ron tous, mort.s ou \"if·, à la mer, la
wer an°foi ·e, votre alliée, b;·i9a11tl~ !
Et lui nu. i, falTrez h •Ùl;, enfant irnl,erbe comme Jili G1nil, ll'ndail on poin"
Fermé ver l"inconn11 des plaine où se mouYaiL l'ennemi d..:viné.
Ja!Jrei et Jfü .. ,. lis avaient la même 5mc.
avec d • passions cant.raùictoire ·• on idéal
oppo.é; fo même cnthousiai,me, l'un pour la
gloire de Dieu, l'au.lrc pour l'affranclù ··cmclll de l'homme. Convaincus el sincères
tau les deus, il figuraient l'irréconciliable;
il· avaient la candeur des e.x.lrème , l'inlrausiseanœ de fa foi sans mélange; et pcut-ètre
tous les dcu sui1·aient-1ls fa Chimère ....
Des êdats de Yoix, trè proche , tronLlèrenl cel entretien; Lou ·e Ie,-~r 'nl, la
m:iin à la poignée de leur sabre : il ~e
Po saiL r1uelqnc chose au avanl-po le . Eu
une mioutc, à l'appel de. chd , l soldats
étaieuL ra· cmblé ; r arme prèle, ils alL ndnienl; Gilbert Boure ··a pprocha de la YOÎ•
ture où Villot per · ta.il à ronfler; il a rait le
.,ommeil dur. Troib ÎIMS le c-0mmandaul l'interpelln :
- Général ! ... général!. .. génér:111
li o'oht~nait f'3s de répuu~e; il allait le
..... 87 ...

l'ES ÉPi'ES DE 'FE~ ~

ccouer par les jambes, quaud un tamulle le
fit re,enir en arrière. Entre ix grenadiers

qui les pous ail!lll à coups de cr05'e au,
rein:, quatre ruisérabl' îai ni ' nl une •ntrée
involouwire et çÏolcnle dan Ir cercle de
lumière projetée par le~ Lra.sicrs.
Déjà .Numa Mestre intcrrogeail 1 · oMats
cl leur:, captifs.
- Qu'e ·L-œ que c'c t? NI \'Oilà un vacarme! 11uel alê gihier non· rabnllez-vou:? ...
qui 1He -\·ou , ous aulr' ?...
\ c queslions ~uccc; irrs, ll'. :oldat ·
d'une pari, les pri.-ouniers de l'autre (mais
rrux-là en patois de la côte) r~pondaicnt lou,
à la foi-. Ce ful un Lroulmha as ·our1füs-a11l
qne pcrçaiuul cl domina.il-nt le· cris d'orfrail'.'
blcs éc d'un vieux vagabond tr:iiné p.ir un
crgeut. Pourlanl, on fi.nit par 'rntcudre.
Le scrgl'nl e pü11uail que, dcpui, un•
heure, le3 11ualrc pri ·onuier ·, !roi. homme- .
une femm ', tournaient autour dn rampement, furrlanl, fouinant, quêtant, comme•
de lion· e pions, quïls de~ai1.•nt ètr ... que
J.,u rs loque~ el leurs haillons étaient sans
doute un déguisement; qu'il fallait \"oir ....
En plu·, ils n'ayai·nl pas oh1:i à l'ortlre de
pa er au large: menacés d'un coup de fu.il,
il s'étaient érart.és, pui étaient rl'\'Cnu ,
faisant toujour. I · même. "CSI , l:i patte
Lcndue, marmollanl ùes mots iucompréhcnsihlcs pour ·c ficher du monde .... E11Jin, ou
leur avnil mi la main Jes u pour aLrégcr
la comédie.
A. fa hi •ur d'un Feu, Gill,erl Boure, '1/uma
M•·tr , ~:U-\'a, Dcaupoil, Jolfrez \rPxi · considéraient le. .iecmés, rhercbaol 1fon, leur
1isage, kur attitude, le ·ccr1 l de leur 11er·onnalil~- Le bornmcs ét:ii •nt ordidl!,, la
femme étail hid 'U~e; lanl de ora ,e étai 1
i111·étér ;e, ne 'impro"i ait po ; ils étaient
bien ualurr&gt;, scnlaieul leurs fruits.
C"était à n'en po~ douter des ,a!!abonds.
des mcmliant prof sionnel ·, de ces 11eu1,
i,icon cienl" de tout, 11ui 11i1•aicnt le· armée;,
l'une ou l'aulrl!, pour ramnssPr les os et le
croirte de pain. Cc gens-là queh1ucfoi· cep •ndant eumulail'lll ; loul en ,il':J11L tle la
charitéd'un pnl'li, il l'espionnait•nt au profit
d'un autre .... Ça . 'était ,u .... l..'a\·aul-po~lc
u·arait iluuc pa eu loul 11 f:iil l.orl cn coufi quant ceux-là.
Le commandant Gilbert, à .on tour, ,·oulul
·oodèr ces épaL c. cenelle-. Mais, à sr.
demande formulées en langue françni e et
mèm rarisicune, le \·agaboud répondaicnL
en roulant des J 111 eO'arés, en ourr;,nL leurs
liras collés au corp ·, comme ltr corhcau
leur ailes, acccnLmmt enrorc l'air idiot qu.',Js
tenaient du ciel.
Gilucrt lJoure. 'impaûcnla :
- J'y renonce! .Ah! c'est exact 1pùls ue
.ont pa Français, &lt;:ell.l.-là ! 11uellc · couche
de stupidité 'OUS ' crâne. Je Lrutc:.! ...
- Alt ndez, dit Arcxis en s'approchanr,
je vai birn le étonner, moi ; il ne pourron
plus e d ~roLcr . .. lais. z faire.
- Tiens, c'e·L uai, murmut·'.renl le
officiers ... va··)!
Jaffrrz se piaula devant les tjuutre gueu

�r-

,

ms T O-R..TA

su pech; et, d'une rnix brève, sonore, c11
idiome celli&lt;jue, il les interpella ; alor lou ·
le. f(Dalre Ire.saillirent, reculèrrnl, stupl.l..
faits. Cela tl6passail leur intellect, ce oldal
hnbillé aux couleurs Je la llépuhliquc qui
parlait leur langue aussi bien el mieux
c1u'em:-m~mcs. ~·orcés de répondre, hongré,
mal gré, il 'cxéculèrent: cl rnici, vérités 011
mcwonges, ce que Jalfrez lira d'eux, Il tradui ·ail. au fur et à me ure :
- Ce ,ieux, qui marche a\'CC deu\ 1,àLon·,
'appelle I os A kourn, ce qui vent dir
&lt;&lt; vieil o »... son nom lui \'a ....
Le officiers se mireut à rire, lonl de uile
amusé , élanl jeune .
- Celte femme 'appelle Ar Merzer, la
~lar1yre .... Elle a d1i en "l"Oir, la pauvre!
Les officier ne riaient plus; la vieille était
couleur de terre et décharnée. Juffrez Arexi
continuait :
- Ce troi i;.me, qui est borgne, ·e nomme,
·parail-il, Falhun, sans sobriquet; mai,, par
couLre, ce q11atrièm n'a qu'un sobriquet el
pas de nom civil, c'e•t Le Cagneu:r ... le !ail
e'l qu'il ne doit pa. èlre le plu Leau danseur de sa paroisse. Lis déclarent tous s'ètre
approchés du birnuae dans l'e poir d'uae
croillc &lt;le pain; il c plaigoenl de n'aroir
reçu qne de · Lalochcs. . . . Il , crèrnn t de Iai m,
J.e froid, Je oi[, de mi ·ère, de maladie, Je
Lou· les agrément humain . Il· roudraienL,
il· implorent, ils mendieut une place au feu,
le fond de gamelles: ta vieille ajou le : uu
coup à la gourde; elle esl gourmande. Yoilà.
- lfo1'1 viennent-il ·1 ditbri•vement.Boure.
Are.: i traduisait la question, 1mi la
ré1,onse :
- Il viennent &lt;l'Anray.
- Ont-ils vu des Illancs en chemin? regarde-le dan le nez en posant la que ûou:
c·~t une race sournoise qui sait mentir.
Le volontaire obtempéra. Ni Ko.: A~kourn,
ui Ar Merzer, ni Falhun, ni Le Cagneux ne
sourcillèrenl. lli n'avaient rien ra. La campagne était tranquille, déserte, il l'affirmaient. ~leslre haus a les épaule :
- ~erments de Juda ! celte vermine ·enl
maurrus de tonte le manière . . . . \'eu -tu
mon avis, commandant?
- Parle répondit Boure.
- Eh bien, au nom de la fraternité, concède uoe place au feu à celle canaille ; fai l11i donner de la nonrrilurc; mais ordonne
11u'on les urveille ... ils pucnl fa Lrabison ....
Marva in i lait :
- Le mendiants Lrelons, en Lemp de
paix, coJ11orte.nl les uou\'e)le · de village en
village; c'est déjà un métier qui Cri c l'e pionnage. 11 e t naturel qu'en lemp, do
«ucrre, il con encnl leurs coutumes, e11
les applic1uant à l'oce:don.
- l&lt;:t il est naturel, quand on sait œfo,
:;'écria lleaupoil, de les pendre à la première
Lranche qu'on lrom-e à bonne portée. Le
diable soit de ,ou .... 1 e vous embarra sez
pas de ce quatre earcas e ·.... Ç.a oull're, ça
lremUe, ça crève lentement· pendez-les par
charüé ... c'est un ervice à leur rendre. Et
apr~, ils ne :erout plus d:wgereux.

Gilherl .Boure ourit.
- Lieutenant, tu vns trop ,ile. On peul
èlre misérable el inoorml. C'est entendu,
capitaine; donne de ordres: qu'ils se chaufIeul, 11uïl manuenl, qu'ils boivent... L
&lt;p1'on les mcllc dan l'impossiliilitd de communiquer avec le dehor · a, ant la lcYéc du
cru.op.
1 'uma Mc lrc s'acquilla de la commi .ion.
Il confia ce qualuor de lolJllClcux à 1111c
escouade de grenadier. qui les reçurenl
moitié bourrus, moitié goguenards . Dcmnt
Ar Merzer, un tambour 'ei,;clamait :
- Voilà qu'on nou offre Je particulières
à préseut ! i 'importe, je l'aurais préférée
plus !raichc !
Quand il virent qu'on leur fai ail place au
feu, les ,·agahoud se rassur~renl ; on leur
lança de trognon &lt;le pain, ils ,c jet -.renl
des u avec une faim qui datait de four nai sanœ: il le. engloutis. aienl pre que sans
m;'îcber, dan une hàte navrante de s'emplir
l'e tomac.
Alors, dc"anl ces manifestation trop
rédie d'une indéniable d~trcssc, les durs
grenadier· s'émurent. Au fond de marmit.e ,
il relrouvcrenl dei os où pundaienl encore
des déch.el de 1iandc et des gr:iLses jann,Hre , ils imilcrent le affamés à les vcuir
prendre. lis accoururent, ·e brillèrent lrs
doigts, pous èrenl des lmrlcmenl~, an•c
d'alfreuse grimaces.
Le , oldal 'esclalfüienl alentour; maid' uue gaieté nervcu~c, OlL il y a,•aiL un chagrin solidaire.
L'élan étail donné; eu dix minutes, le

La lrme rep.,rul. AIJ111k, rccn,qut:'Ville, /111 oWgd Je
s11spe11Jre /'all.zq11e. /,.A u11Untllt dlalt à 1•/n.srt tas,
fJ.lsible, apfu;•ee s11r s011 fusil. !Page&amp;).)

t;hcruinean:&lt; virent tomber deYanl CU.\. toutes
orles de victuailles. Oc sa cantine, Gilbert
Boure leur en\'oya du ,'in; gagné par l'exemple, les sous-orûciers versèrent la goutte,
I' •lixir d'or l'eau-de-,•ie, tant aimée de Lou ,

.., 88 ...

à ces dépenaillé , ces dés.hérités de la \'iC,
trop marmiteu • pensait-on, pour ne pa être
républicain ..
A cœnr Joie, en g-ro 0nanl, . an, . ourucr,
le· Jeux clos, n,•ouranl ces rare daices, ils
mnnf.!èrl'nl. Ils bu.rcnt, 11 loog lra.its, à grand
Lruit. "araouillant du gosier, parfoi interrompu· par une éructation onorc qui rcdouulail la joie des assistants.
Us furent go11lus, gloutons, goinfres,
comme des brules, comme des hèles; ils
'cnhT'•reol s'ivrognèrcnl, se saoulèrent
comme de ~ hommes; il ne c~ sèrent leur
gym na tique de màeboir qne pour 'abatlri.!,
anéanti , étouffés, écra~é par la nourriture
cl l'alcool. li · ronOaic.nt 'Ur place, fa têlc si
pr~s des brai es, qu'il fallut le tirer par li.•
pieds pour IP empècher de rôtir. Un ser 11ent
les pou . a de a bol te, corp, lla. qucs, incrtl' .
- Pa· be.oin de les surn~iller, dit-il; il
ont lcUJ• charge .... Ce n•e~L pa eu~ 1pti sonneront le réveiL
Ce sergent anit tort; sur Je qnalro, llll
demeurait valide cl ru :lÎL, lù reux clo · :
Koz Askoui-a; il était capal,le de boire el de
man,,er lroi. jours Jurant, ·an· èLre ÏllCOmmotlé. LI ne dormait c1uc d'un œil, écoulait,
obser\'ait et songeait à une '\'a.ion.
Peu à peu, les garde· rdevlfo ·, lo camp
tombait dan le ilcnce et glissait nu .omrneil. Alor' , dan · ou immobilité, il emhlait
d •vaneer le lendenu1ins tragiques, fürul'ait
un hamp de Lataille, le oir, avec d corp.
étendu -. 11 seul hruil per ·i tait, Je hruii
régulier, très doUJ, de. cbcvau · au pit1m:I,
liranL l'hcrLe 1migre à la lhière du bois.
Deux heure coulèrent dans one paix crcine .... Mais i 11ueh1ue , oldal cùt été tenn
en 1ll·cil par une wauvai c di,.,.eslion ou dt·~
chagrin d'amour, il aurait pu remarquer un
phénom,ènc étrange. Koz rukourn, san modifier sa posture de crevette bouillie, couché
sur uo côté, le jambe· repliée vers la poitrine; Koz 1\skourn, qui pourtant scmhlail
immobile, 'éloignait in. en il.ilcment &lt;ln foyer.
Cel infirme aYail de mouvcmculs ù lui,
ne m3rchail pa~ comme un homme; il se
traina.il comme un amphibie , rampait
comme un reptile; il ond11lail 1 projetait le
Lor e, le reste uivait; cela, lenlcmenL, imperceptiblement; à cc train-là, H eùl mis
deux heure pour faire ceol Loise , mai le
fourré était distant de ,-ingt-cinq pas.
li en approchait; une branche merle t~ul
d'un arhrc; le mendiant s'arrèla, net. Si
quelqu'un l'avait nrpris en eel in tant, il
c11l paru avoir roulé lrois foi ur lui-même
et voilà touL, ce qui n'c{U pa urpri d'un
gueux triplement ine. Quand il eut reconnu
la nature &lt;lu bruit entendu, constaté la Lorpeur inLrouLlée de l'alentour, il reprit .a
manœuvre cl s'écarta de noul'eau.
ll gagna, de la sorte, le bord d'tm to é
Lrès étroit, mais qui s'étendait en longu ur
ou l'épab.eur du tailli ; an làther ses
hâtons, il 'y laissa couler glis a à plat
veolre ur de mou es. li altcndiL. Rien ne
bougeait; alors, rassuré, triomphant, il partit,
à couvert, dans le creux de la lézarde; el

___________________________________

fila, infirme, disloqué, e deux liât1ms aux
aissell ", se pieds lancJs q thmiquemenl
dans l'espace. De la sorte. on le sait, il
avançait, rapide.
Une heure et demie plu Lard. ~ur la place
de l'Église, à Locqudta , il louchait à l'épaule
le comte 1,e Glohauic roulé dall son maulrnu,
endormi. à côté de Joyennc, près d'nn feu
qui Lomliail. Turpin lrüssanta; il amit le
ré1·eil alarmé comme Loule le· conscience·
lrouLles; d'un lioud il rut dehoul :
- C'est Loi! qu'est-ce que lu vew:'!
- Les Bleus, à une heure d'ici, en marchant vite... deux l&gt;alaillon . . . huit cents
hommes, facile à prendre, bon à pendre!
Koz A kourn riait, il était effroiahle. Lo
comte le repou sa de la m;1in:
- Tu pues l'Pau-de-üe .... Tu es 'aout.. ..
Es-lu bien sûr de cc que tu di '?
nr lu Cbri-t! j'en viens ... il a fallu
!Joire avec eux ....
Le Glohanic avniL conliance dans cc vagaliond qu'il se sa1ail dé\·0111;; jamai il n'en
avait été trompé; il le crut.
- C'est bien, dil-il, allon trouver
George·.
ils enlr rcnt au presLl t&amp;rc, aprè' an1ir
cnjamlié les dormeurs immoMcs. Quel~ues
minutes plus lard, ils en ortaiunt arec
Cadoudal qui bàillail et se frottait le Jeux.
Celni-c~ a\isa s111· le marches do l'égli e un
granù diable touL noir qui ronllait, le rentre
aux étoiles, tenant serrée Jan ses lira· une
de ces t\normes cornes de 1,œuf qui ser,aient
de trompe d'appel attt Chouans in urgé . li
l'é1•eilla d'un coup de pied; l'auLr 'assit,
hagurJ, reconnut l!cor••e et se dressa :
- 'oufJle là-dedans, cl !ort, pour la "ainlc
Vierge ! commanda le gë11cral.
Le Chouan emboucha sa coma; cl soudain,
ur le hameau silencieux. ua mugissement
inislrc retentit. Ce fut un i:Oup ù LhéMre;
en une ccondc, Lou· les paysan a1·aienl sauté
sur lenrs armes, s'étaient levés; les d1cI.
accouraient YCrs l'égJise, rberchanl George·.
Et celui-ci de sa voix d' tonnerre, clamait:
- Alerte, le gars! le Bleus sont à Elren ·
nous allon~. s'il 1·ous plait, le11r sonner la
diane ...
Un hourrah retentit; lt:.&gt; colnnncs e formèrent, déûlèrcnt sileucieuse.~, laissant le hameau
vide. el comme délivr6 d'un caucuemar. Le
Joug du. chemin creux. le· coude~ aux flanc ,
le Cl1ou:in courai•·nt; la lunt! •'était !lrg~rré.e
des nuage~ · clic allumait un rl'llel hleu:llrc
au crois~anl de faux ...
V
Le Chouan couraient. Au pa de charge,
il· conpèrenl le plaine·, au plus droit, à tra•
vers cbampR, à travers prél!; ils autaienl le·
barrière~, Je· murs de pierre. èche, par bonds
silencieux, reparai. ~aient a.u dair de lune,
ponr 'cnroncer ~ou les taillis. ondulaillnl
druL la brou ~nille, comme des chais dan,
l'lmrbt-, 1allaient la route plaie de leur pieds
nus, leurs saliol dan· la main gauche.
li· pa~~èrcut, frôleur , insonpçollllé~,

comme des oi eaux de Lén ;lires, le long des
,illa cs endormi., où l'habitant ne e doutait
gu'•re 11uc la mort men.lt sa ronde si prè de
lui,
Pas on ordre, pa · uu cri, ra~ tUJ mot. Le
11

"il J" :irnil 3.:s m.:11J11:i11I., , il)" a,\ùl aussi du surplus:
les {'riso1111il:r~ , /011, mal •·11 tol1ll, f'Jysans
/:1.1·ouches, li!sarmés, ,mftrmd d.rns "" carni Je

t.i,0~11,/lcs. (f'age ,,1.J

chef~ li laient eu tête; les autre· uivaienl leur
mouvement. Ilrusqucmen(, iJ ·arrèl~rcnl;
comme un troupeau docile, Je colo011es oscillaient, 'écra aienl un peu, de queue en tète,
pui :. 'immobilisaient. lluets, lcrns attendirent.
On êta.il arrh·é. Par-de· u le vall, nnrmcnt,,
une lut!Hr rousse incliriuai I les feux répuL!icai us, Aplati au ras du sol, le pax ans ·crutai •nt la uu1l. ne~ant leur yetu, habitués à
l'ohscurité, lro~ silhouettes, espacées, apparai saieul, plu noire·, sur le fond d'lwrizoa;
trois !)CDLÏucllC!I pcr1lue:-, counant le· a11tnlpostes.
11 I eut un href r•mciliabule entre Gt.10r"e ·
el ~es lieu léll:tn , ; Je· uoms fon~nt pronouc1L, de homme~ Liré Ju rang; cinq minute
plus lard, lroi ombres ~c détal'haient, s'éloignaient, forures, dans la dh·eclion des trois
~ilhouctles · l'une vers la droite, fa seconde
ver~ le centre, la troi.ième ur la i;aurbe. La
~ccou&lt;le, celle qui risquaiL le plu·, c'était
G1nonvcz.
Hampant ur le genoux. gli sanl le long
des talus. ,c collant à la ll&gt;rre oi1 il scmhlait
cnlrcr, il s'en allait, [éroce et joyeu ; car
c'était une besogne bénie et tout à fail chère
11 son cœur que celle dont on l'a"ait chargé.
Il . e entail légèr comme nn passereau ;
tous ses cns, en arrêt, le ernüenl merYeilleusemenl: jamai il n·arait vu plu clair que
celll' nuit, - à pré~ent sans lune, el heurcu·emenl. Jamais e · oreilles n'avaient été plu.
aclil"cs; il lui semblait eu tendre leYer l'm·oine,
comme dans là légende; il reniflait l'air; y
démêlait les senteurs din•r~e de la ,·ie; · tli~-

Linguail l'odeur de la morl qui l'ena.it i il
goùtail daus ou à.cre al1vel'appétildu meurtre; cl, pnr a11anc(', ses mains tremblaient de
,·olupt \ à l'idée du conlacl 11u'il leur prom •ttait.
[I u·a,ail 11u'unc inquiétude: se: deux
compère' dan' l'occa,ion, d11nt il était pt•u
:i'tr .• i, à droite ou à gauche, 1e coup échouait,
l'l!vc.il ét.1il donné èl la surprise mauquéc. Or,
ces dcu, pay ans n'anicnt pa' son S/l\'Oir-fairc
et son tour de main. Quant à lui, il filait sa
scène en arti u•.
D'un l'oup d'œil. an départ, il aYait calculé
les di la11ces, étudié on Lerrain; maintenant,
il ,.'avançait an hésiter. La li~e basse d'une
haie le fa,·ori a; il se cuula tout du Ion&lt;&gt;, pcn•
dant soi,anle toises à peu prè·; mai rnsnile,
le . ol était plan, drgnrni Je !'onces, 1wt1oyé.
A cd in. tant, par makhauce, la lnnc
reparut.
,\u l1ou1 de la baie, Alanik 1 recroquctillé,
en boule. rut obligé Je sa pl•ndre l'allaqur.
La ,cn1inellc était à Yin al pa , pai ·il,le, nppu)'l!e
s111· son l'usil.
C'étail 1111 grenadier rohu tr. r111i eompt.tit
la Lrentainc. li connaissait la g11err1', 11c rm1.ilail pn., ému Je on isolement, de b menace
in~es.ante de la nnit. 2&lt;" J't•ux con idérairut.
. urveillaicul le paysage, mai 1,•nll.'ml•DI, $ans
l1àle, sao · lièvre. Ses deux jambes, gnê1rée
de drap, 11g~rcmcnl arquée~ ses i;ros pied~,
po.é · d'aplomb dan la terre molle, indiq ua.ienl 1111 peu de la,siludc; iJ commençait
à onLir on poids; il dc\"a il être là drpuis
quelque temps, a Faction tirait san~ dout • à
sa fin,
A ces rrmarrp.•c~, à celle idée ,\ Inn ik f1·i~~oonai t d'impalience; i untl ronde venait
rclerer on homme, c'était du temp· perdu,
le suce\ · cowpromi , car la nuil louclrnil à
l'aolic.
Le •rcua&lt;lier commit une f.1ute. Comme un
grand nuage noir, chal.'.é par IQ "enl de mer,
surgi,sail, s'étendait, a aillait la lune, J'allail
engloutir, le répnùlicain sïntérc· a troi ·
seconde /1 cc dramo céle. te. Ces trois secondes le condamnaient 1i morl.
li regarda l'a Ire éprrdn se débatlrc sous
nnc iMlanrbe de lént'!m..-~. fixa le disqnt' d'or
ju·qu'i1 ·on :,uprrme clî.'1Cèmc1,t. ... Ce forenl
de yeux ébloui qu'ensuite il r&lt;'porla ur
terre, 011 toul lui parut plus sombre •ncore
cl urtout 11lus confu . Calant, co é1pwrrr,
on ru il :, on éJ&gt;auJc, d~:. deux main , iJ se
frouait IP p::rnpièrc;;.
Alors, d" un l,ond bru ·11ue, formiù!!iJle, une
,orle de grande araignée ·'élan~.a, s'en\'Ola
presque du comerl, Lomba -ur le oldal.
p1•sanlc el silencieu e; de· pinees le aisireut
au con, l'étra11glilrenl; il n'e111 pa un ouiilc ·
es rcux , ir~rcnt, sa face dll,·inl noire, sa
lang~iejaillit et se d ·mest1ra.
t:ynouvcz làehn s:1 Yiclirne q1ti 'aLaUiL
comme une ma se, le nez en a1•aal; le Breton
ramas-a le fu-il, décrocha la 1 ibcrne el revint
en coul'anl. La roule était liure.
Pendant cc temps-là, au camp de la RépuLlique, 011 conliuuail à ronllcr ; le général

�111S TO'R,.1.Jl
Villot, 1 premior, 1m donnait l'exemple; il
n'aYail pas bougé de sn ch:i.rrclle à foin; el
:es éperons étincclaicnl toujour à ln mèmc
place, allumés de reflets par les rcu,\: d'alcnLour. Ces îeus haissaienl.
Le c1.1pilainc uma Mestre fut \·cillé soudain par une ensalion de froi&lt;l pénétrant.
A11'( appro lie:; du 111ati11, l'air frali hi sait.
uma jura, .c l •va pc\nihlem •nt, en"ourcli,
aakylosé, sccona ses pird au bout &lt;le ses
jamhr· et lit q11elqnrs pa;.. Pnis ramassa11l du
hois à brassée, il le jeta dan · le brasier le
plu· procllt'. ,\vant de t' re1·ouchcr, C!ll bon
chef Yi ilanl, il in pect::i l'alentour. Le~ hr1·:111\: au piqu 'L dornrnit·nl, immobiles, derrière le Jemi-œrdr dt· 1·oiturt• · ftui formnit
uur sorte de rempart ·ombre: rien m· hougr•:lil; au loin, fo campa,,.nc était ,•ide, lugubre, rouelle.
En rc1 •nanl à sa place, marquée par s1
c.,ntinc, l'offtc·icr, serré da11~ ·on manteau,
ohs&lt;ma le groupe ùes m ndia11t~. Emmêlé:;,
confondu., eurhevèLr 1 · le· un aiu: nulrc.,
conlre le froid, ils figuraient un L'l de loc1uc
humaines. 1 1uma haussa le· épaules; tant de
mi ·èr
huinilia.ienl a qualité d'homme :
mai , uùitcmenl, il s'arrèla, rl'"ardn mi1•ux
t•l de plu' près.
- Tilm , tien., murmur:H-il, ils ne ·Qnl
plus q11e lrQi~, h pré cnt. Où donc csl le quatrièuw '!
li :ùlail peul-êlre approfondir celle tpies1inn. il u'rn eut pa le lemp . A d1·oilc.
par-de .. u le grand -1?t1rdes, J,,n · la pl:line,
un (•ri Ler, iblc avnil déchiré le tfoùbre · ; • ar
la gauche', un coup de fusil lui répondait.
Puis une clameur lointaine montait, g:ro . i.anl,•, ,,t 'approd1ait, rapide, comm1• un
chc1·al au "alop, coupée d'appel de trornpl'. ,
du cri tle la chom•tll', el de hurlements i olés.
\11\ arme,! cria "iuma, les Chouans.
Le· Ù('ui- Dreton • rltarnés Je la même
mi. sion qui' Gynou1·cz, y a,·aient l'un cl l'autre échOlll!; le premier avait frappé on
homme de lra\·crs el l', vail fait crier ; le
ccond, ·urpris, •'ûLaiL attiré le salut d'un
coup de feu.
.Alors, le \'Ï n tiré, JlltÎ ·qll'il follail li! boire,
C:Porg s, l'épée h:iule email en avant, ·har~eanl 11 tout ba~ard; Il'~ Chouan· élaieul quatre mille cl les fiépllLlicains huil cents. lais,
chez le· paysan ' , ccrlll.in ne comptaient
guère.
n lau1ùour d • füme l.iallil la générale; le
rnmp, r1freillé d'un ,cul conp :iu cœ11r, s'organisait; le fn. ils arraché nux faisceaux
·'allong,•aic11l derrière b tronc d'arbrei : lei.
soldaL ûpiaient l'11rri1 c de fa trombe pour
la nicc1·oir à point. \'illol, enfin orti lie son
omnwil ctdc a ,oilurc, cunge·Lionné, houl'fi,
le. yeu encore Lroulile , on sabre ou le
ùras, peign:iil ·es favori et sil'llait un e gavot10.

..,ondain, le ·n i tremlab sous un tonnerre
de abot· ferré,,, une fusillade nourri!' crépi La
sur le Ili 1·ouac ; ile fourches l de fau.\ ouùul'•reol, escaladant l'ob tacle dt•s chariot ; el
l'nn entendit, gueulé par mille rnix. le Domi1!{'
8almm /ne 1·1•yc111, muni.Cr cOlllme uu déû .

-------------------------------------VilloL rentra son peigne, a ura ·on ~bre, erc; la haine de l'adversaire, implacaLlu :;url'éleva 9Ur a ~ète, puis l'abai a d'un grand lOul dans les guerres ci I iles.
"C, te.
Cadoudal, à chcral, cou1·crt de · pied~ à la
- Feu! lei. enfonr~ 1 Yive la ftépul,lique 1 l~te d'u11 ra Le mantll.'.l.11 blou, hmç.i e.s l.iatailJ.a ripo te des Bleu élaiL directe cl errée; lon sur les centres ennemis; ,a voi · de tonl'as aut fnl coupé net ; le· colonne in sur ée·
nerre &lt;lomimit par in tant les fraca t•L le·
nottaicnl déjà, l'élan cassé. Les républicains, chocs, exaltait le: cœurs lilanc . llasséc sur
au milieu du \'Ocarme, entonnaient un (:11 ira des monticule. , la ré rrvc p,dmodiail le
farouche. George ~entit l'échcl'; il se r •plia;
l'f1.d//u lkgis; les fanfare républicain~ récule, la mousqueterie co11Lin11ail la bataille, pondirent, :ilcl'tes, aux hanl h'l'Ore : le
à ùi tance. Elle él.ail dnngcreu. c pour 11• cam1l deux idtl : 'artirm::iit111t à leur mauil'.re. el
trop éclairé.
tout Jcrin1 confu .
- Dispërsez le:; feu ! commanda Gilbert
'étaiL la pr •mièrc foi~ rpl les Chou:in de
Boure,
f.('()rg1•s ucceptnicnl la Laatai\lt; rangêc. \ illot
Jlonnnnl l'cxcmpl •, J·un coup de bouc il ,;'ittonna, puis !-'inqoiél:i; les mas.es roplise111·oyaiL roufor au diable il' lwi · incand - les se conlinuait•ot profondes: il :ivail un corp
cen . l.'ob·curih:cnvcloppa btroiscouleurs. d'arméP (levant lui. Atlu :;é au hois, il faisait
La surpri · pa sée, hncun ralliait un tète, mai la Laclic1uci nouvclle lt• &lt;léconrcrtail.
po te du combat. VilloL, sui1·i de ·es oflicicr., Il ''taiL fi,.uré 11ue, clu11 leur coutume, ~
p:iss.,iL 11110 rcrue rapide: il étnil corp1ùcut. bande sans di cipline, nprès qndqu conp
sa ,·oix ulliit forte; il CIi imposait; il tlo&lt;:1:i- de l'cu, allai •nt s'égaillur tians la lande, t•mpornrnit:
lanl leur. bics ·é. . Ilien de ccb; 1· pay a1.
- Camarade·, cc n'' l p:i · toul d':,1·oir ··avançaient, en colonne , en ordre :;Prré,
rejeté lo · hiboux à leurs lt!nèbres, il faut les métho&lt;li11u · , souples ou une main dirccl' . uiHe et leur brillC'r le hec a"ccno torch' . LJ•ice, 11.'s yeux .ur leur drape:111 tout hlanr,
Camarades, la l\épubli1p1e ne doit p~s seulc- lleurdel é.
rnenl . e dél'cndr , elle doit attaquer cl vuinLa p~éscnec de Geor1;es aussi lui donnait
cre: car elle l!Sl le droit, le devoir l!l l:1 rai ·on.
de rennui el lui oufnait de la prudC"occ. LI
'ouLlie;: pa ,1ue 1·ou · arnz dcmul rou ùcs llppcla Bcaupoil, replié aYec ses hu ~ard .,
bète. sauvage·, de. loups enr:igé riui ·uppli- après une t:hargcsans réimltaL.1:i-lui-ci lnurua
cicnl le ll!e ·sés , les 1it:'illard , les enfant et le i·eu . De la poinle de on ~al,re le i('m!ral
l.. s femmes . .\lion leur apprrndre il vi1·rc. lui ùé igrm Cndouda!, 1p1i dominait la plaine,
Gamarad~,, la patrie u le )'CU sur rnus !
colos.al, droit ,ur ses étrier$, la l.,ouch
n hourralt lui ri:pondiL. , ,in· lai cr à ournrtr. dan. un bcuglemvnt continu.
rcnlhousîasme t, temp de c r rroitli1·, il
- Cvrnpris ! ·'exclama le lieuteunnt.
criail:
EL, ralliant . · c.waliers, il p· rlit au nalop.
- Coloon , '" a,·ant l... pour la lh•puLli- pointant 1er le cbef uprc.\mc de lïn urrœ1111e !
lion. u le vi 1 ,·enir.
Alor les ofr.cier , le commandant Boure,
Joyenne, ra. semblant es !:îar . se jel:1 ur
le capitaine Mc trc, le liculeDMb à la ·uilc, sa route; à pil'd, lèle oue, l'~pée de fl'r au
uccessiwment, lonr à tour, répétaient :
poinn, il -8 ruoil nu-devanl &lt;lll l'avalanche,
- Par baL.iillon, 11,1r compaguic, eu arnnt, pris de joie dc1irantc; en courant. il commanmarche!
dait:
Les tambour roulèrent, les clairon on- Le faux! 1~ fourche · ! en a\'anl, nu\
nÎ'renl la charge; l'inf:inlerie fonç., Ùe\anl nase:iux !... pi11u l, piquez! garùe à vou ,
elle, I.JaïormeUe au canon, tête bais és; tandi
01nrez \O rangs ; feu!
11ue le p -loLon de hu ards et Je chasseur ,
T, hussards fonçaient, sabranl, 1·ociMrant:
entrain par Dt!aupoil el Man-:1, e d~pli:ûenl le Chouans, n double baie, :tcorochai ni dt.:
sur le ailes cl parlaicn l en salirau l.
letirs fou· les tbernux am:jambes, cuciJlaicnl
t.:nc , oh!! gri c poio Lait dcrri~rc le· colJi- les t·avnliers i1 ln fourche ; il y tt\aiL p . u de
ncs. n rayait a.sezclairpoor tirer; pcut~trc rusil · dan· la rnrupa!!Die de Jo1rnne; ceux
pn as cz pour ·•viler le · coups.
c1ui en possédaient v:i a.icnl l'c1111 ·mi Il la tète,
l'aveugMtc ! lança. ,Jaffrt•z : t11ron
pour éviter de ."enlre-canarder ; celle al,.aradc
comme d~ sou rd . ...
ru l plu tù l sileneicu C.
Les bouao , reformé~ en arrii'!rc, uLien•
Lais ·:int du monde. lle.1upoil pa•. ait; mrii ·,
daienl, de pied rcrmc. Le choc fut &lt;lur; la en ccondc li!!llc, il lomua sur Kerret et Fcrmêlée aus itôL bouillonna furieuse; Bleus cl :cn, acl'ouru · à lcu.r tour; .tlors, r ,nonç.1n1
Blanc • égalcmcnl acharnés, e doul1lnicnl ll Georg• , trop loin, il ne songea plu qu'à se
chacun d'un asS3 in aux pri ·c , - Cflrp~ à tirer d'a(îaire el lit \'Oltc-foce. ' ur ses treutc
corp~ éperdus.
hommes, il en ramellllil douze. Il rc\•iul tou
D'un côté, on fusillait, pii;LolutaiL abrail, de r::agr.
pointait; ile l':11.1lrc, on fauchait, enfo11rd1a.il,
Yillul ::irrachail es famri ; ça Lou rnait
lnilladait, ru.sornnHul. lei le , a./ce. Uegi11a, ri mal. Le commandant Boure tenait, encore
1!1, la Marxeillaise - partout même cœ11r ou . olidc, son bataillon carré. htlris é d baïonma saeri:, mèmc JOie à la tuerie i lous fils &lt;le nette ·; mai· Mana el se clrn eur , eu\
France, divi ~ par les prèlrcs, enltL'-CIJoqués aussi, s'l'.St:ùcnt fait reconduire; cl r unm llospar lu caprice ambitieu:c de roL; "ardant lrr, ma.l ew•agé ur la !ranche, rccufoil par
pourt.111l des point. ·ommun : la foi dans échelon . en mainlenanl 011 l'cu, mais en
leur eau c respèCÜw j l':\pre volonté &lt;le vain- perdant l'olfcn ·i,c.

(;'élrut grand jour, à pré enl: on poU\·ail
juger dei en cmbl · . Le go.l11éral cou. tata cp1
le force~ ro~aliste étaient, par le uoml&gt;r",
cinq fois omiron snpérienres aux . i&lt;"nne ·. Il
11:m ~a les épaules. C'était bête 11 pleurer. li
s·utaiL lai. ·: surprendre ; il était l'llveloppé,
ser:iit acc.i bll\ i!crn,il; il nr rc tait 11u 'à mourir; il -·,. ré!i&lt;&gt;lut, m:iis 11vi1111 il désiraitqm•l'îllC cho:.e.
Cadowfal l'.igaçail.
.
Ce colosse sur. on puis ,1111 l'hè1·al de labuur,
cc prr·onn11gc gro. ~i,.r d lht:à.lral. ruugis.:rnl
dans la lcmpêlc, à ln façon d'Aj,, Télamon ;
cc l'amtlique, qui d'un regard ou d·un &lt;&gt;cslc
r;inaLi~ait ~es hordes de mérré:rnt~, ùc scél11rat, pouilleux, sans uniform&lt;"s ~ cc m~lre.
. erondé par Je:; chd · ,an· phunels ni galon. ,
lui apparais .. il co111mo 1111c iajurc per::onnclle,
1111 déll ,·i1·ant à l'nrmée ré~ulière ; comme la
111] ..alioniucarnée du faste 111ili1aire1111'il r1 pr :_
·enlail, lui, Villot, a1·ec s •s bolll's /t reverh,
sa t'ointurt' tricolore . . on habit brod :, son
chaptau cmpanacb,:. Cc pay an, qui s'arrorrrait lou, les pouvoirs, méritait 1rne lcçtm.
.\ ~on tour, :on . Ïuquitlter d\1 tre ·uhi, il
poussa .on cht'l'al ùc cc tôlé-là. A.1ksiLùl
Il aopoil cl Mann, reformé , l'un . ur la g.:111d1r, l'autr • sur la droit,·, fai·aicul uLli11ur.menl con\'crg · leur fl'orl pour r1 jui ndre leur
chef et son escorte; t1n mè111r. temp , le capit1inl! ~leslrr. profitant dl!S I iùc laissé par la
ca,nlcrie. l:mçail n lronpe l'II eolonnl' drrrjèrc
cellP-d, el chargrail à .on tour : en d1emin,
il rullmlaît F.1·eno q11i ,·oolait lui l.,arrcr le
pn ·.age; 01, l°lilan reprL•, poussait S.'\ trouée
entre .loyenne cl l\crrcl.
Lïndl;l'Î ion c fil · •nti1· autour du ùrapcrn
l1l.111c ... Le~ chd· i ·olés jugcaicut mal 1 .
c•n. emLle~. Lt• Gloh11nir. engagé sur le~ Danc.
do l~ill1erl Boure tiraut ·ru1~ rehkltc. dan· la
fumée, mpil cepe11daul failalir l\erret ~ans
poU1oir le ~outenir.
Tou , à &lt;'Al momeol, tournèrent lé ~ l'UJ: ver!\
Ca&lt;lo11&lt;l;1I.
Il cowrn1mçait l, prendre du nnc1. Penrhl:
sllr la bataille, il ~ù1ppliquait à ui. lingncr les
molll'cments des ,-icns. qui &lt;levcnaicnl con f'11~ ;
il ~ a,•aiL tlu làcln:r-pieù, dan,- t:es reculs ...
.'undnin il aperçut le gl:u,•ral ré11uhliCJÎn,
ronçanl ver lui, la l~le auréol~o d'éclairs, au
milieu de. mouli1wlti de son grand nhrc
rcconrbé. Il s' mclunla; l',lmc de Du!!llc clin
hunla la Tète-fionde: de Villot, il t! hargcnit
seul; rn, i · il follait couper . a r •trait el
tourner son arril?rc.
Alors, Ceorrres, dl' ~a roix !-urhumainc,
at,1 ·ourdit la Lataillc:
- A 1'011~, les E1K.1e J r r ... !&gt;llr la rorët r
EL d'un gc;.le large. rPjeta 111 l! l lauçau l nn
manteau d:111" !"espace, il parlai[ à ,un Lour,
,aLre co wain, pir1oanl vers Je grand cheI
r :publicain. 11 accepu,il le duel; pourtant, il
mil préréré llochc d •,ant lui : c'ctiL été plus
digne .
Autour ile ~oo manteau tombé à t.erre , rtilique, drap~au, il) col un• lullc enragtie: Jaffrez Arex.i , eouvcrl de aog. rriblé de coups,
·'en empara; li! manteau bleu restaÎL nu
BI •u: ; t'Cci leur l'ul un court triomphe.

11.. crrct, sui,·ant l'orJre, s'étaiLJell: a,·ec ses
Chouan ur le camp abandonni oo pre 1]110:
une bril{ad • de genclarmcric en défendait
l'approch0 • il fa disper a. Cependant, Le
Glohonir 1en:ii1 toujours en échec, immol,ilisait }, bataillon de l,ilb rl Boure, a. ·.11iU1 ur
~rs •111atre côlè·, emiro1111é d'un nllagc de
poudre, êparé du ro', ~ans renseigneml'nls.
Jo1enne el le· sit•ri~. a}ant repris ltall'inr,
décri,•ai •ut un demi-cercle, 1lonn.1icnt la maln
au troupe~ d'E"eno. &lt;'ompl •tairut al'e.c lui
lrur c1cle rcdoulablc, C'nglol,rmL la lwtaillc.
Aux mèmcs minutes \ïllot chel'd1ail Cadoudal, Cadoudal ·herchait Villtil: ils .,gi ai&lt;'nl
~elon kurs kmpéramenl~, leurs 1·aractèrc~,
n , rai sou •licotenanl., ouLlianl ffU&lt;· le
d&lt;!10ir des dtt·f,, c.~l de rester à l' 1car t ,•L d •
se conserrnr à lïnlérèt de tous. li n'écou-

taicnt l"uu et l'autre que four folle audacr.,
luur irrd i tiblc hc~oin de d6pense héroi4ue;
el c&lt;'llc tète l'i~aiL celte nul, e tète.
Mai · le tblin lt•ur était coulrairu; quand
ils se truiaient joindre et . e pl'o1oquaienl
déjà, du rc 0 ard. du gl· te, dt.? la parole, un
Oot de comliall:mts venait les sép11rcr, le
rejeter trè' loin; el c'ctail à rccoruinencer.
Il 1:tai1 ,\i&lt;lenl, indêniuble à pr~ 1•nL 11uc fa
p:irtie 1:lait perdue pour la République. Les
Cl1011an,, 1•1a111:s pur la ,ictoirc, dunnoienl
tuu~ avec ln mémo bra1oure; même le Lrès
viem, mèmc lus très jeune~, les n•crues dr:
hus11rd.
L,,s Bleu·, màchool leur désespoir avec·
leur· carloud,ru, ne pliàient pa., ne rompai,•nt p:1s. mai· twouaient Lou l ùa · leur cJforl
inuLil •. Leur ofrkior,; s'aLallaÎenl le u11 ·

1

• -

CornmtN(c; (',H'tell.1'-Li ..• n~ lrs 1-;1/,:; fJ$. • l1•i llf11nmes /11,-en/ J•&lt;111ss,s

le ft/,1tc111 .i'e.\il,1111,m d.1// fJll,;!i, ...

lfng-e&lt;)3.)

... 91 ...

Nl(•mt'lt,

�1f1ST01{1.ll
aprè. le autres. canard,b de. anrr-fruid parle:,
braconnier· du roi, au coup d'œil . tir.
Il J avail 11D pi1tlinemenl furieux sur lonl
le cl1amp de hataill&lt;'; 11ui tombait 1tail morl.
Le. chevaux, 1hcnlrés par le faux, ruaient
daus leur entrailles ....
li parut, . ous un pàle oleil de trahi on,
1111 · le drapeau tricolore allait •'incliner dcYanl t:eor"c . Entouré de c. lidèl , t·oll: 11
lui, remp:1rl de chair, celui-ci prodiguait sa
tor,·e. C'ét.'lil dan .on rayon, un grand masarrc. Il frappait . ans ··occuper de se dé fondre; d'autre r~vaienl I coup pour lui :
la11ik i;~ nouvcz, ce Yicux loup ~ris cl .a
meute d' louvards : Oli r, Fant'b, ~fozc, ,Jili,
llano cl )füel, tous endentés el mordant
l't•rme. ive Jtl u !
nohu, ,·oiant .on chef e conduire 1•11
rnlonlairc, a. umait le r •·ponsabililé , expc:diait d • courrier , dépêchait de ordre., i1
droite, à "311 be; là-ba ·, dans lt&gt; fond~,
urlout.
Dru qu •ment d. n ces ronds, ju t ·m •ni,
une clameur .'éleYa, lrarersant le lumulrc;
le camp r?pu hfo:ain était enlevé par Joycn11c
11ui 'y étahlissait, prenait de re,·ers le troupe de lirrnl! el le fu illait dan le do..
'ne .tcclamalion joyeuse des royaliste. alua
~lie nournlle. La journée était à CIL~ • • lai.,
oudaiu, - pour prouver une fois de plu
lïaccrlilude des de linécs humaine , sans
ltèrn balancées entre le triomphe et le dé•a. lre, - ·oudain, par-de us le · mllonncmenl., an nord, le canon gronùa; le premiers
b 1ul l • ricothiircnl ur une colonne d Blanc
e.1 marche .... Cc fut une tupcur.
IJui :urrn1ait'7 Villot n·a,ait pas d'artillcri •,
La réponse ne larda guère. Un c cadron de
dra:.,ron, parut dan · le hauteurs, courbé,
pointe en avant, ur le cou dtls chevauI
criant : &lt;I Vile la [\Jpuùlique ! »
L • ,.énéral Jlichaud qui marchait au ,ccou rs de Pontiv , arerli par la fu . itlade, dé' iaiL de ~a ligne •t accourait à la re cous ·e;
il lançait cil avanl ses cfrson cl a cavalerie;
lïufonll'rie ·ui\ctit au pa r •lel'é.
,\lor ·• tout rhnngea; la victoire pas.;ail
d'nn camp à l'autre; les fütp11blicain., agaillarJi par ces renfort inalll'ndu '. rcprireut
l'olfL•n. ire nr Loule l'étendue J, l'action. Le
ï.lob:rnic, rraicrn:mt de ïsoler, e repliait,
lai aut Gilbert Boure libre.
.Joycnne, indéci , CD\'O}.'.\Ït aux ordre , pui ',
n'ol,tcnanL p.1 ùe r 1ponsc, abandonnait le
camp occupé dix minutes, ,e rejetait dans la
mèlt:C, pou anl ver · George·.
L1• haionnettc du général Mi ·ba11J ondulaient à Lrarcr champ; elle approchaient,
épli, e .
Alor.s, désolé, déçu, maudi ant la fortune,
Caùoudal fit un signe; cl les corne de bœuf
mugirent sur la plai11e, ordonnant la retraite
el b di persion.
Ce fut rapide. En une cconde, le Chouans
'enfonçaient dans les tailli·, se coulai nL aux
chemin creux, di parai saient, ou eùl dir, ·
ou· terre, tilaicut, pliJs en deux, le long de
haies ba · • .... Plus personne.

'-----------------------------------Quaud Villot el füchaud c rrrèrenl la
main ur le champ de bataillr, il n'y restait
rien de l'armée nnrmie, que le souvenir.
le rnorls et 1• blcs é. .
- ~forci, dit Ir premier, il éLail t•mp !
- A char"e de revanche l... répond il
l'autre, ave la min• d'un homme qui ne
s'illu ionne guère.
A ce momeut, un per onnagc singulier,
moitié civil, moitié militaire, mai;;rerucol
culotté de peau jaune, t1peroon 1• ballé, empanaché, ceint d'une écharpe, important, mai·
comique, 11111, prnclanl la halaillc, , \\tait 1cnu
oigneu em •nL à l'écarl, en arrière, avrc la
ré ·ene el le bacr.igt•, 'avança d'un pa délihfré vers le· deux génératu:.
li reganlait ûxeml!nt îillot, attendanl on
alut; le grnéral ne e prc .ail pa ·.... Il y
a,·ail. en ce lemp -là, l3nl Je délégué,;, ù •
commissaire:, de chargé~ ile mi . ion, d'cnYO é· cx.lraorùinaires, dd reprbcntants arcrédilé , ahallus sur l'armée comme mouche~
sur ,io.nde, •111'on s'i p •rdail.
Micb:md comprit le malai t'. Il pré enl.t :
- Général \ïllol, le ciLoyen Jérôme Dirol,
commis aire Ju pournir exécutif.
Clllle foi les deux homme· se tendirent la
main.
- Qu• complcz-rnus raire, monsieur1 iu•
lcrrorrca llivot. loul dt! , uilc fonctionnair •.
- llallicr Vanne , co1t,Tir la l'ille, ,. porlt•r
me. 1,le é,,, sourncr un peu, me r •formrr el
prendre ma rcl'anchc; car, :an füchaud,
j'éi.ai- cuit ... ri ·olé t Il· étaient ~i, mille.
Il cxairerait. 1Jicl1aud, d'un rcgnrù allri l :,
parcourut le champ de bataillt!.
- Oui, ça coùle cher; mu:- avez 1!tmx
conls homme par Ll'rrc, mort· ou birn malade~ .. .. Cadoudal était li,.
Villot devint "iolct.
- .le l'ai chrrd1é. ll n'a pa · lrouré à
provo, clc rcnir à ma r('ncontre.
Il meulait; mais. à a place, G·orges en
eùt fait aulanl.
Le lroi · cùd' . i ·olé: sur un mamrlon,
conlinuèrcnl longlemp· leur· propos de circoo lance , lanlùl jwtc· et ,rai:, t1nlôl Pnllammé cl \·aulard,, Loura lour l'ou · el ag •s.
!)ans la plaine, on relevait le~ Llcs ~ ·: il ·
s't~n allaieol, en hingue fi11•, t•mpnrlé ur Jt•,
hrancard '; une ambulance ïn ltllait en hàlc
i, l'entrée du bois, pou1· le: premiers pJnserucnt .
Du haut d'un monlicul&lt;', Gilli rt !loure,
il.1.n,1né de ,·uma )le lre, U·aup 1Jil el Marva,
rc"ardai t pa er le. ci 1·ière :
- Salt: journée [
Tous les qu1trè :laient hara sé coure ris
de ~ucur el de pou sière, aver, ur leurs
ruancbe , des éclaboussures &lt;le ao,,, mai
indemnes cux-m~me , à pari quclt1ull rgra1i.. nure qu'il· ne dtldar:\ienl pa.
Gilbert 'as.il par tcrrr, cédant à. la falig 11e ·
le trois autres l'irnitaienl au ~ilùl. Faalasins ou cavalier , ils araienl lcsjarrèl • rompus.
Porlé par Jeu oltlat., un brancard s'approchait, lais anl dl'rrièrc lui de goutte ùe
sang. Dc~aul les oHicicr , une forme rouge
s'y dressa.
0

,

- Commandant, commandant! cria une
voix . upplianle, dis bien &lt;1u'on me !ni~ le
manteau. J1• wux mourir 11rln: son manteau!
C'était ,Jalfrez Arcxi ·. En Laillé, déchiré,
haché, en conquérant le mantrau bleLL de
,corges, il avait roulé dan ~ •s pli , le nez .à
l ·rre, uccomLant snu, les conp .. On venait
de l'y rama ··cr: dan. son délire, il availpeur
qu'on lui vol.il :a rl'lique.
- Soi~ lrat111uilhi. dit liour • en : • leçanl,
ému devant le lrÏ:,le étal de on jeune camarade, lu le portera· le jour de Les nnœs.
- C,1, [il Jaffrcz, je Yeu:. liien, mais j' n')
troi gui•re ....
.\ Lon à"", nn ruéril de tout, sauf d'un' .
tèlt' coupée ....
- , oil. \'ive la füpubliqu •! 'écria le
rnloulairc dù \'nnne·, tamli. que .es pnrlcur
rt•prcnaienl leur mareh • lente.
Numa Mestre jnra.
- Tonnem• de Ilien! voilà l'i1Ha11l dur;
t:'est 11uand on c refroidi! 'fllC c'e·t dé~a;réahlc. C'est drolc cela; je tue comme Ir.
aulrt•. , je 11c pl'UX p:1, • voir me morts!
- Affaire d'hal,itudt•, n1plir111a Beaupoil.
on . c fait 11 tout ....
Les trompellcs sonnaim1( le ralliL•ml!nl. fi·
Ion lrs point~ de la plaine. on \'il de. eorp
étendu c dr s.er à ilemi. la.ir • de longs
cllbrls pour c remeLLrc .. nr picJ ; ) réu sir,
en titu hanl: • renoncer, en .-,fo1is 'ant : le:;
Lles ·éi, qui rnulnienl r~pondrc à la fanfare,
à l'appel, prouver aux autres, c pr0lll'Cr
surtout à eu -mêmes 'lu'il · comptairnt encore
parmi le ,irnnl .
Bien de nom rurenl crirs lJUÏ r :lèrenl
san répon c; par contre, s'il )' avail des
manquants, il y a va.il ans. i du :.ur[1lu : les
pri onnier., tous mal en poinl, paJ, alls foroudie,, d.'.•~armés, enfermés dans un carré
de baîonncllct. Tèle" hais ée:;, silcn icux, il
attendaient le hon plai ir de leur vai1111ucur~,
,an grand e poir: car, -i quelque coup de
baguette ungique rùl :;oudaio rcnver é le ·
rùle , il - cus·eol été les premier· à rcfu.l'r
merci.
Pn colonel, cnjaml,aol le ' talu , 'arrêta
dc"ant le chef, Villot, lJichaud, Di,oL:
- Cillljl'll: l(t:néraux, t:ÏLoyen commi·sairc,
I •· pri ·oru1i·r ·? Qu'en !ait-Qn1
- Un soul'c11ir, répoadil JJrùmc en ouriant san - 1·olèrc.
- llaltc-là ! fil V1llul. .. il me cmùl,·.
cito ·1'n commis aire, rp1e le· pri onni •rs nous
apparLicnncnl un peu, à )licliauù el à moi ...
11u'cn pcn l'7.•,·ous, Michau,1~
~licltaud [rappa sa Lollc de sa cravache.
- Cela dépend: mais en thè,e ..,énéral,·,
la bataille fi1üc, je n'ai pas do rancune.
Jlivot rou"il; il trouvait que cc· deux. ·oldal" ne rnontraicnl pa vi -à-vi de lui k
égarJs Ju à ·a mi:- ion, à , a fonction et surlool à ~on caractère. li .e fil ,·oir; la ,·oix
Lrè1·e. il prooonça, comme au commandement:
- Offü:ier "';oéraux, je vou, rappelle que
je ui ici pour urvcilllr \'O' actes, cl au
l,c~oi11 en rendre cornple; je vou rappelle
11uc vous n'avez d'opinion qu 'aprè la mienne;

jr. rnus rappelle qu'il 11':ipparlienl 11u'à moi
·rul tir. prendre iei dl•· déci ion ; 11ue votre
11nirp1e dl"voir est d'all1•r 011 je vou t•uvoiP, ile
r.1irc rc 11ne j'ai prese, it. Ces prisonniers sont
des Chouan·, c·esl-à-dir• ,k· bandit·: 'il'
nous tenaicnt, .comme nou J, tenon, nou
·turion déjà du plomb Jan: l:i tète, ou nou
tournerion~. pendu· par les pied·, an-de!- u~
d'un fou Je paille, comme uu ja111l1on 11u'on
fome. Trèl'c au~ pl.ii. ·1olcric· humanitaire.!
Mui non plu. , je n'ai p:i · dl.l rancune; mai·
j'ai le sou(·i Jo l:t llépuliliq111!, 1p1i era d'aulartt plu, l'orhi r1uc 11011
Jiminueron le
nom ure d1! se ennemis. Non a,·ons . oixar,te
pri~onni1•r", c·csl bic-n; je signe 1111 bon pour
rrois eenls cartouclae· .... li ) a dt: ma11x
ru1cc.• aires!
,fübaud mordait ,a mou. tarl1e, Villot lirait
:t · fol'Ori·. Tou· Ùèux &lt;lominaieut de la lèlc,
JL' lenr fore,•, de leur jmmc ~c. re pelil ,ieux
ralaliué, ron;.;é de hilr, m:ilingre, enragé
conlrc tout. .'on ùi~loirc .e li nil dan~ sa fal'e
l':t\':1gé1•.
Cl'rlcs, les deU'I: ·olJal do.! b l\épublit1ue
i;;noraicnt le pas. é &lt;le ce mauvais pcrru11uicr
1111c l'inîortuuc ennjugal~ (\l'ail LransFormé en
p:tlriok, mai' il le fbirai~•nl méprisali 1e. Il
o,ail dire 11u'il n'a,·aiL pa: &lt;le rancune .... Il
o'a"aiL que œla. ~·n était présent, ce jour-là,
dans I emiron~ dt.l Yannrs, c'est &lt;rue, depuis
de mois, il iotri!!11ait, iollicitail san rcl:lch
un po. lc en ~[urhihan, dan le pa du ·omle
Le (;tolianic, 111 llÙ celui-ci a,ail dù se réfugier a\'1:C 1ïno11liliahlc !\ose.
.\rrh·é d~pui · Lroi jour~. il &lt;~La.il déjà rcneigml: .:l\'~it que Le Glubani,· commandait
sou~ Genrrre~. cannai . ait fo numérn d son
bataillon. Qui sail ·i, pmni le- pri ·onni, 1'$,
il n'alla.il p1~ t.iire c1uel,1ue heurt!u·e 1·cn(·on1rc; la ré. i,Lanl'c de \ïllut et de lfirhand
l'exaspérait. li était le maitre.
Ct•peudant reux-ci le fOOsid :raient &lt;l'un
œil .an~ hienvcillanc ·: pui · il: s'cnlrc-1•rgardèr.:11l el .. im11ll~némenl. lui Lournfrt•nt le
ùo', en haussnnt les épanle . Il· s't1loiguairnl
cùtc à dite, at·t·mtuanl leur carrure.
A di, pas, V,llot se retourna.
- Pubq1w ,•ou 3\'C✓, Lou. le$ pou\'oir
dto,eu Lli vol, ,m1 donncn1z vo ordre. , nous
mu~ pas~ons la main.
- Parfaücmt•nl, r'.rana .1(,r(imo ... ça me
t'ormaîll ...
11 gagna le boul du champ oi1 les Chouan.
étaient par,111t!s; en vo ·ant Yenir t•e .inae
l,011i:, lt! · plu obtu. coruprircnl 11ue leur lin
était proche. U était sinistre: ~a laidcnr •rrole. que c:..cluail tuulP id&amp; de gfoéro.iilil.
li e campa &lt;lerant ce groupe de vaincu ,
le· fil ranger en ligne, les pa• a en Mrne,
rnmmc it ln pnr.1de. Puis, il coru1n.1nda :
- Cem du premier bataillon, à droite;
ceux du t.leuxième, à gauche; ceux du troi~ième, en anir&gt;re: ceux &lt;lu quatriè·me, en
av:ull.
Redcl'enus pa if~, ·ul,i· anl I fatalité lèS
paysan obéi aienL Lèle Las c: du moins ëux
qui pouvaient encore marcher. Quand les
qualrc sections fun•nl didséus, fliYol, l'air
guilleret, .'approcha de la dernière, lambeau

LES ÉPÉ'ES D'E 'F'E"I(

u t h.Jin/' J,• t:rl.Ji/1~ resta ;tèstrl. (ne.: se., mm·ls lr.it(î.7ues, rnli'J1tes ç.i eL l~, W. ccmme ,i le del /·/,•11r.1/J rnr

/1/olid $Jll.lf/lln;zire des homm~s. ,me pluie .tl11e. san!~, /al'.J ce,&lt; cll.1/rs Je/1111/es, Jr.'c&lt;•lo~a les fl.xquc~ \·lluteàJres. trm1ill.1 t'llorl:ün. vMt.wt le ,:1·/me... 811r les q11.:z/r,·s heures. ;te lllJm•e.111, des s1l/1011ettes lum,ainu
s·a.~fltn:,rt par le ch:imt m,111.;111 •.•• (P~ge 94.)

de la Lroupe de Turpin. lls étaient ciuq 1'0leurnnt; tou mutilés: parmi ces cinq, deux
jmnc gen, attirèrent l'allenlion du commi aire; l'un, hies é, soutenait l'autre, moribond. C'était Olier el Fanch Gynouvez. Olier.
livide, avait l'épaule entamée d'un furieux
coup de ·abre ; Fauch, une balle dan. le
\'entre.
!foot in11•rrogea Olier ; Fancb râlait :
- Tu •~'lunai le citoyen Le Glohanic?
lier lil un si.,nc de la lèl' : oui.
- Tu ~erl'ais sous lui?
:'!Tème. i~ne.
- Tue~ muelî
Illier regarda fixement Divol qui rernla
malgrtS lui; mai· llier ne des ·erra pas les
deaG. Le fonctionnaire de la füpuLfü1ac joua
la man. uélude :
-- r.roul •, il l va de la vie .... 'i Lu ,·eux
pal'ler, me donner quelques renseignements ....
Les ·eux d'Olicr flambovèrcnt.
· , r·1l
on ·&gt;. tu ne veux pas• ·&gt;.... ,à Lon :use.
,ou , les autre.. Youlcz-rnu 1·épondr' à me,
11ue lion ?
Fanch ne soutnail plus qu'à peine; les
lroi autre ne le"èrent mème pa. la tète:
IJi\'Ol tapa des pied· ; il était pourpre.
- C\~l liien l
li se ronrn, ,cr· les grenadiers qui attenù:1ie11l l'arme au pied.
- Commencez par ccID-là ... ici, dan Ir
to.sé; liculrnaot, prenez ,,ingt hommes. Ne
lrs ratez pas.
l.e liculenant :alua. fil un igne. Le cinq
homme" forent pou é p ~le-mêle: les quatre
plutôt, car ils rrnporlaient Fanrb. Dan le
fo sé, Olil'r lraçJ sur la poitrine de wn frère
un large 'Î"llè de croix, l'embra!l a au front
pui ·e i"na lui-même. En_ breton, il lui dil
tout ba :

- Pelll, now partons ensemble; la mère
pleurera deux fois.
F:rncb ouvrit les yem, ouriL, 1P~ l'derma :
il moUl'ail.
ur le rernrs du fos é, Divol contemplait.
Le pulolon &lt;l\•xécution était rangé; le lienlenanl bai sa on sabre: vingt l'oup de fen
retentirent. Les Cbonans s'aLatlirenl les un
sur le aulr· : Fancl1 en travcr Ju r.orp
d'Olicr. Les Hépubli ·ain venaient de fu iller
quatre hommes et un cada,re.
La détonation fit retourner au loin Yillot et
Michaud.
- ih ! ça y e·t? dit le premier.
Le ·econd regarda, hJva le :ourc·ils en
accent ci rcontlexc:.
- Oui! rt'pliqua-1-il, le comrni .air amu e. Ce· bou"r -là dé.t-ùonorenl la n~publiquc.
- Et puis, gare au\ rt•p1·és:tilb,! ajouta
\'illol. C'1•'L une guerre d'a -a- ·ins.
.\ cc momerll une seconde di!Lonalion les
a om·dit.
- [l fait durer le plaisir, reprit Miehaud.
Deux fois encore l:t maigre fu itladl! lui
coupa la parole, crépita sur la lande, déchira
a toile, dédoubla les écùo rebondis.
- Alloo~-nou"-en, conrlut-il; e'e~t {cœura.nl. Adieu, génrr:il; je marche ~ur l1oati1·),
,·ous, rl'gaguez \'anncs.
- Merci entorc ! prononça Villot, en .errant la m:iin de on égal en rade .... You
m'a,ei auvé .... .\u r ,·uir, cL 110n atlieu.
- Qui ail'! murmura Mirhaud; la moi:t
non rntourc. t "imporle, mon ami, ,oiezvow, la gnrrrc gagnerait il être conduite par
des soldat .
u1· t,elle parole il se éparèrenl. Lr Lrompelles sonnèrent, ralliant cl1acun à son drapeau.
Comme le prisonnier ' bretons étaient tous
1

�r-

mSTO'R.1.ll

lrépa sés par ses soins, Jértime IJivoL fut le
premier à regagner le corp d'armée où il
r1•rrnait, 'ü ne gouvernait pa .
Alors, sur un dernier ·alul des fanions
gr11Praux, les deux troupes . c . tlparèrcnt ; cl.
p:ir file longul' , prirent leur roule, l'une au
nord, l'autre vers l'oue t. Le convoi des
1,lr!s i\s répuhlicains élaiL à l'arricre-garde de
Villot, entour i d'une compngnic de grenadi ers, ll;mquée, elle-mèwe, de lm . ards de
l!cat1poil. lis occupaient ~epL voitures, qui
roulaient lcnlemenl. Dienlùl le champ de
ho taille resta dé,;erl, averses morl tra•!Îque ,
culbuté çà et là. Et, comme ~i le ciel pleurait sur la folie sanguiaaire des hommes, uae
pluie fine, serrée, lava ce rhairs défuntes,
décolora le Daque;; rougeâtre,, brouilla l'horizon, voib.nL le crime .... Dans œrte brume
d'e:tu, tout s'estompa; eha•1ue victime s'isolait; l'illlrnensc drame, morcelé, dcvenail
pcr ·onnel. ...

, ur les quaLre heures, de noureau, de
silhonelle humaine s'agilèrent par le champ
maudit. Elle avança.ienl, cl.icrchcmses, uivanL les ondulations du t1-rrain, courbées au
sol, le fn il à la bretelle. Vers midi, quand
lrs Chouans dispcr és sëlaienl retrou\'OS, après
d1•s llOur·es folles, par vinot chemins divers,
autour de locquell~, point de ralliement
désigné d'a\'ance, à tout ha ard, - Cadoudal
a1·a.it aa_ ilôt ordonné l'appel dans ses compagnies. Les manquants étaient nombreux:;
mais à toul in tant, des retardataires accon~
rairnl à leur tour, le llll ' clopin-clopant, le
autrei parce qu'ils s'étaient t&lt; 0 arés-. On pou•
vaiL espérer encore.
{lllustro1tions Je

NOTES 'ET

Sur le m:irchcs de l't:glise, . on chien entre
k jambes. AJ:mik. Gynouvez, au milieu de
,Jili, Maze, Mivel et D:rno, Afanik, immobile,
blème ous la pou ière, tenait ses seux ob. li•
ni.&lt;ment (hé· sur le carrefour dcsquaLrc roules.
Olier et Fanrb manquaient, ses fils. fi pensait à la vieille, à ha; il avait peur d'elle, si
les pelil ne c retrouv:iicnl pa~.
- Oncle, disaiL Jili ... \·oyons, de L'espoir!
Olier el Fancb connais:ent tous les sentier du
pay , chaque chaume, ch.u1ue pierre... ils
vont nmir ...
vonl venirl
Le ,1ieu1. Chouan n'avait pasl'air d'entendre.
ll ne bronchait pas. ~fazc, les main dans ses
poches, regardait la terre, el les deu-x serviteur , dont l"an saignait au fronl, olîraieut un
,; ·a11e héhétt:.
Alentour, sur des feu,; alluméi- au braises
du mati11, le survi\·ants du comhal, oublieux
déjà, préparaient des nourritures. La vie reprenait ses droit .
Cadoudal passa.
- Gynouvc.&gt;z, qu'e t-ce 11ue tu fais làL.
qu'e t-œ que tu nllend~ 'l
- ~les fiL ! Jil simplement le chef des
courriers.
,eorge.~ tr saillit.
-Tc fils? Olier? Fanch?
Alauik Lai .. a la tète affirmativement.
- Eb Litill, ils seront là tout à l"heure ...
cc ne onl pa des gar à. elai cr urprendl'e.
Gynouvez leva les yeux au ciel; sa mtlchoirc
lremLlail. Georges s'éloigna, ne trouvant rien
à dire; ce pectacle l'altri tait.
L'heure an.noncée pa a... Alanik aLtendait
loujour; ses neveux et ses dome lir1ues
l'entou.raienl encore; tous avaient gardJ leur
1

ns

pose; tous épiaient le carrefour. Ouc de fois
il · avaient sur. aolé, foil lrois pas en axant,
croyant reconnaitre, dan· quelques dernier
survemts, ceux qu'il espéraient de Loulc:lme!...
C~aque foi . , l'erreur, la déct&gt;plioo a mil été
amère.
Quand de-ux heures sonnèrent au clocher d'
Saint-Gildas, Gynouvez broya a main gauche
ùans s:i main droite.
, a face grise se crtusa ous plus d'angoi~se; il prit u.u parti.
- J'y vai · murmura-L-il.
Jili l'arrèta par le bras:
- Où allez-vou ?
- Le chtlrcher.
- Ilien; j'en suis.
- lloi au si. dit lla.ze.
- ~loi aussi! repétèrenl à la foi les dem
scnilenr.

- ~on! dit Gynonvez.
i ! répliqu:i Jili.
Le vieux Cbouan hé ito. une seconde :
- 'oit! lit-il cnfiu; 'il sont morts, ee ne
sera pas trop de bra pour le rueUre en
terre. Oi'1 e L Georges'?
Ils le trou vèrcnt.
- George , prononc.~1 .\laoil,, duvant on
l'hef, je L'ai loujour. sen-i le mieux f[UC j'ai
pu ; ma. maison c t Ja tieune; lu sais qnc nou
t'aimons. Accùrde-mQÎ une grâce.
- Troi ! llt Cadoudal.
- Ptirrncts-nou -, à nou cinq, d'aller
chercher mes fil dans la ,·ie ou dan la morl;
éza t'en prie.
- Alle,:! répondit d'uue YOix rri"te le géneral blanc. , i von mourez, ,·ous serez vengé .

(A suit•re.)

C ONRAD.)

MAURI CE

î\10;-iTÉG UT .

LUDOVIC HALÉVY
~

Notes et Souvenirs
Je 1icns de relire, avec uu inlérêl mêlé de
stupeur, un livre qu'on ne lil plu cl qu'on a
torl de ne plu lire : le âfémorial ,Je 11 in1cllélè,1e.

C'C! t l'œuvr, d'un en\hou.sia le, &lt;l'un faoaLique de la rrloire cl de la grandeur de rapoléon, mais cet enthou ia le e t un parfoiL
honnêlc homme. H recucillaiL el gardait pour
la postérité, lout, exactement tout cr qni tom1.Jail &lt;le lèl'rci- de l'Empercur. Il écrivait loul,
fidèlement, scrupule11 emC'n\, jour par jour
heure par heure, sans jamais foire la part de
œ ([Ili pouvait grandir la m ~moire de l'Empereur ou de ce qui pou vaiL la di1ninuer. Il ne

croyait pas d'ailleurs, que rien la pî1l diminuer.
Eh bien, le Napoléon q1ti se &lt;ltlgage du J/é 111ot·i.al de , /IÎnJl'-IJélê11e 111 arnc un peu
d"aLLention, cc ·apoMon 11 \ •st pl du tonl
celui de la légendr. Le génie éclate à chaque
page du 1'/émn,·ial - et qui pourrail jomai
son"cr ~ contcskr le tténie dl! 'apoléon? mai la folie e t tonjonr · à t1ité du géoir ...
('t quelle foli e! C'e ' I , je rroi~, énèque qn i a
di1: JI n'y a pas tle grand génie sorts une
cel'fai11e dose de démence. 'oil, mai Napo•
léon, rêrilahkm enL. torçail uu peu la do e.
On n 'n p:t été plus granJ rrue Napoléon, c;(']a

est certain; mai on 1ù pl étti plus extrarngant, - cda n'e t pa · moins ccrtaiu. EL
celle autre pbra · ponrraü lui èlre appliqufr
- elle c L de Vollair&lt;', celle-IL - Foull'~-Nll/S
acq111fr ir 1111 gm url 11 0111, &lt;:lre /01tdale111·,
ioye. complè1e1mml {011, mai~ 1/'tme folie
q11i co11vit1111 ci 1•0/rn siècle.
La grande joie de , a1loI~on, .on orgueil, a
consol.itio11, c'c t d'a\•Oir mis le mond1.: 1i l'cn\"Cr .... Et encorcpassul'Gsammcnt à son o-ré ....
,lli ! s'r rie-l-il à chaque in tant, 8i /'011 m'nl'ait lais~e (ail'c ! On l'a\'ail lais é foire pendant quinze an . mai s celn ne lui urtisait
pa . ll continue : ij'a,,ui · pri~ . oint-Jean-

,l"tlf'l'e. j"u/l(lis /1 ContanlinnJllP. _i'11llai.~
tians fr, l,11les ....
Le 2 avril IN Ili. il parle de la camp. &lt;rne
de llussie. Il venait de pas, er le "ihnl'.'n, il
aYaÎI eulbnté les Russ&lt;' , coupé Uagralion;
Alexandre lui fait la proposition sai\·ante':
« l\evenez au Niémen, cl moi je ne passerai
pas la Dwina. &gt;&gt; J't1i 1'e{1m!, dit N:ipoléon.
Ah ! û j'ai•ais accepté. lf i/11a eû/ été neulra1,st, 11011.· 1t0/ls y iierinns 1·e11d11s chacun al•el'

dru.r ou lrois bataillon~ dt' noire ya,.de,
tW/1-li Cll-~sion • Imité Cil f)Cl'.~OIWC . ... Que de
co111binaismi.-fe1~se infrotl11i1es .' il 11'ei11 eu
q11'u clwisii-.
'c.st-ce pa admirahll' 7 N'csl-il pas épique
eel: ll 11 'ei'H r11 q11·;, choisir. La carte de.
l'Europe était pour ·apoléon une sorte de
joujou. ll éta.il habitué à la mauicr et à la
remanier, comme nn enfant 11ui s'amuse à
embrouiller et à déhrouillcr les pièces d'un
jeu ùe patience il diverses com!Jinai. ons. i
r apoléon dl rut au moin. : « Je sal'ai - hien
cc que j'aurai· proPos~ au czar ... » ~fais non,
il :mrait dit à Alexandre:
- Allons, nous \·oilà seuls, tou les deux,
a11ec lnca.rtc de l'Europe .... ,\muson -nous nn
peu avec Lou~ ces pC'11plcs el toute ce province .... MeLLoru; tout cèla dans on sac .... Rrmuons el tirons .... A qui cela ? A. ,m td ...
on, à un lei.. .. 'oit... cela m'est bien égal à
moi.... P,\rlez ... von u'ave1. qu'à choi ir ....
Le loul csl de changer fa face ùu monde.
Cepcnd:mt, à plu ieurs repri es, .'apoléon
ù S:1inte-llélrue csl pris d'une sorte de rèpcnLir cl reconnaît qu'il a été un peu loin dans
. e aYenturc : cc J'aurais été très sage, dit-il,
C&lt; si les alliés m'avn.icot laissé "Ur mon trône.
,, .le n'aurais plu - faiL la guerre. Je me serai
&lt;1 occupé de la prospéri!é inLérieul'e de fa
&lt;( France, etc. o Mai , a.u milieu de ces discours pleins de prudence, u.ncri s'échappe ui'1
rtwmmo se relrourn lout entier.
Le 9 anil i 10, dans un journal anglai$,
La~ Case lrouve el Lraduit à J'fünpercur Jïli. Loire d'un ccrtai11 Portier, chef Je ~nérilleros,
qui Yeuait de se soulever en Espagne conlrc
~·erdinand, et s'était faiL ballre, pr~ndre cl
pendre. Yoilà Napoléon qui s'altcndril ur cc
Porlier el sur ces in urgé, espagnol ·.... ,lh !
s'écrie.L-iJ, .û j'eusse 1•ainc11 à Watel'loo,
j'allrûs le.~ lJeCmuir. Cdn e. l tc.,;[ueL S'il
a mit vaiucu à Waterloo, il recommençait rexpédition d'~spague. YoiH1. co11unenl il aurait
:té l rès sage !
Le 18 mil l8llî, ifapoléou Jil à Las Cases: Si /'un est tranquille e,1 Ew-opc, si
/'01·.fre. i,'él&lt;tblit parlo11l, alor.~ n01t$ ne
1•ai11lt-ons plu,\ /'a,-9enl que ,1011.s coufon.~
il'i. .l!riis les 1·oi.~ pe,wenl ul'Oi1· besoin rle
moi contre le.~ pe11plrs soulevés. el je pui.~
,:1re ruu;.~i nice,ïsail·e 1ui.r peuple.~ so11/e1Je·~,
m1.-i: p1•ises a11ec les J'{)Îs.
..\ in~i il e l h deux fin : despote, sïl plait
aux: rois; ré\'oluLioonau:e, 'il plait aux peu-

plr . Qui reul tlc moi, peuples ou rois? J' ndos erai, suivnnl l'ncca. ion, la c:\snque blanche ou la ca nq11r roug('.
Le 16 juiu 1 16, il reYienl à !-OU thème
fornri. _\ quoi pense l'Europe? Commcnl ne
le reprend-elle pa pour goUl'erncr ln France'?
El li. ez a,· c alleulion les phr.1ses suiî"anle.~.
•Iles sont d'un tour admirablf' :
Qu'aurait-on ù ('l'ainrfre?dit l'Empereur.
,fe suis Il op 1•ie11.r. Que je co11r11~se rncore
apl'ès la filaire? J,. m'en .mi.~ gorgé, fe11
w•aisfnil lititre. et, pour le dire e11 passant.
c'ilail 1111(1·1w$e quejm'llis remlue foui it f(I
/ciis bien commune el bien difficile. Que je
1'ecom,nenras.~e dei; 0011q11êtes? ... Je ,~•en fis
1ms par manie. Elle. étaient le l'l1&gt;11ltal d'un
grantl pltut.
Ainsi, le 16 juin 1816, il parle de son
gr:irnl plan : mais, six .semaine · avant, le
Jrr mai. il di :iit à La Ca es:
J" (I i deSl/()U i lit! fo nél'O[ ution, ennobli le.~
71euples el 1·11ffermi les roi,~.... M'al"ct1ser(ll-011 1/'rœoir t1·011 aimé la guerre? J'ai loujoun l1ff allaqué.
Napoléon loujour · altaqué ! Quant à ~on
sy·tèmc poar le raffe-rmi.~seme11l cle.~ mis,
l'empereur, le 2t aoill I lü, explique à La
Ca::;cs comment il rnlendail 'y prendre polli'
raflcrmir les sou"crains de Hus·ie cl d'Anglcterrr .... Il 11'aw1il plu que deux peup1 s à
,icra er : la llussic et l'.\n"lelerrl'. Cela fail,
tout étaiL hiea. Il avait sous .e~ pieds l'Europe
entière, et l'Europe ùcvenait un vérilahle
paradis.
ELie n'eût f11it de li sorla qu'1111 seul peuple .... l'a1·is e'lil é/ii Tt,. capitale ,lu mo1Hle,
el Ill F'l'arue l'e1wie //es 1111/iofts. J'a$socùLÎ~
m.on fils èi l' fimpil·e. l11a diclatu 1·c tflllil
{,,,ie, el son 1·ègne constilutionnel mmme11ÇC1il. blcs loisfr. el mes 1•ie11:1: jo11r~ ewise1il
été con:acrés, e,i r.ompag1iie de l' impémlrirc, à t1i.,ile1· lenlc111c11l el, en 11rni ('OUple
1•(m211ot11wrd, 01•ec 111es p1·oprc:.s rhr1•au.r,
fous les 1·ecoin~ de /'Empite.
Ne ,•oit-on p:I!i ('apoklon m cabriolet, avec
~Tarie-Louise condui ant lui-mème hourn-eoisement on Yieux. cbrwl ile bnlail!e mis à la
l'OÎLurc, montant 1 · côtes au pn pour ne pa
le f:ttigner'/ Et i\apolé.on ajoolc en tcrllli1tà11I :
Oui, mon. cher, i•oi/lt. ,Je me.~ ,·êve~!
Ile c rèrns ! Le mot csl ju le, co n'élnil
qu.·un rêveur, mai un rè,·eur conduit par ses
chimères à de lra!!iqucs réalités, 11 ùe hou•
cbcl'ies ûo cent ,ingl 1.nillc homme ·, comme
à Leipzig.
Le 2 août l 16, Napoh:oo pa.rlc de s.cs
bata.ille~ comme u11 vande\•illi~Lc parlerait de
sè' vaudevilles. Tèllc 1,alaille a fort i,icn
réu~ .. i; telle autri&gt; n'a ru 11u'ut1 derui-. uc.ci•;:
toile nutrr, enfin, est tomLée à plat. li a une
tendre se p:irliculière pour ·es halaillcs pPr•
duc , loul comme un auteur dramatique pour
ses comrdics sifllées.
Waterloo ùcvail réussir, mai~ "apolcon

Souv1;:,v17ts - -....

af·cu e violemment le, actc&gt;11r , qui onl mal
joué celte bataille 1rè bien combinée. apoléon accu ·e aussi le public. qui s'obstinuit à
ne pas le comprendre. L'Europe ne Yoyail
p~s pnr 11ucl chemin il comptai! la mc1wr à
un bonheur . an. prr •é1le111.... 11 fallait
d'abord 11ue l'Europe fùl 'crasée, fol:1lem nt
écra~ée du nord au midi, ù l'e I à l'oue L.
L' l!:uropti ne saniL pas se résigner à cet écra·rment, prélude indispen~able de ~a félicité.
Napoléon s'en l":.I en Uollandc. Le Dollandais lui parai:sC!nl tri tes, el celle mélrmcolic
le fâche .... Tl la trouve dér:û onnahle. J"n11s
1•om J1lai911e-:. de ~nuffrir, lenr dit-il, mais
eu f'l'auce on soufl're bien rlaNmtnge ... , El
c·~1ait vrai, vainqueurs et vaincus supporlaieul
les mè.mes m.au.t el commençaient i1 rn avoir
as ·e,-;, à èlre aussi la, de la ,•ictoit·1' que de la
défoite. lis ne se pliaient pas h trlle théorie
éJui ·aute da booheur universel par l'~crascm&lt;:nl univer ' el.
Vol"ant que les llollantlais s'ohslinenl à
r&lt;'sler mélancolir1ues, Napoléon prenù 11- ton
de là gnirt~ (je continue 11 copier l1tlèlc111ent)
el leur dit:
J"lli tout (1dl p1&gt;w· vou.~ pfoire l'i 1•011s
a,·commode1·. J'a, e1woyé pour MIis youurrner le bmi cl 1wcifiqur Lebrun .... Vou.,
pleu/'e: avec lui il pleure rll'eç Mus, i•om;
11le1mc:::; e11se111b/e .... Que po111•tii:-je fail'e
lie mieurr
A. ces mols le flegme bolland:iisdisparaîl. ...
Toul l'auditoire sc mcl à rire aux. éclats, cl
l'cmpcreUl' lai ·se le peuple d'Amsterdam
Ù•l'e tle .,11 JH'l',;Oiine (sic). Las Case, , l1·è·
ériensi:menl, nou Jit tp1c relle ùrôlerie a
pleinement -uffi pour réconcilier la llolJande
a1•ec son conquérru.tL
Le jeu, d'ailleurs, amusait tellement N~poléon LfU'il ac comprcnaiL pn &lt;pi'il n'amo.àl
pa se adversaiJ'cs, Lien r1ue cro~
t rossés.
Il ne s'expliquait ]las ht mauvaiHi humeur
ùes son,•crain, qu 'il ch:wait rl ponrrhrmait.
Je 1•ou.i jure, dît-il, que je ne mr sentais
n11rnne haine con/i'e t'l'tt.1· que je 1•e1uLis
1•e,wer ·e1· .... Cillait 1mîquemc-nl pnu.1· moi
ile'" fjltetelle pofitiq11e .... J1• m'e,t élomwi..~
moi-111ème, tant je me f1•011vt1i1; le cœ111·
Jibl'e. aise, même birn1•eillant, je pourmi.~
dit-e ....
On croit rèmr quand on lit de ]lareille
cbo es .... Cette guerre failc pendant •1uinzc
au ' 11 l'Europe entière arer bie1t1•rilla111·1'! ...
EL cette t.irade éton11an te c termine par un
acd':s &lt;le colère, de coli-rc bonroreoise, contre
I' cmpcreuT d'.\.utriche.... Que l'Angleterre,
la llussie, la Prusse aient élé d'accord pour
l'cn"oyer à , aintc-llélène, pos · encore, 11111i~
le d1ei- lieo1t-JJère. ah 1 c'esf l,ien{orl! .. .
Mni, l'épOIIJ' de .~11 fill e chfrie! ... .-l h! oui.
l'·esl bien fort!!!
Toutes ces phra ·c out copiées mol 11 mol
dan le troi ième volume du 1J,,mo1·ial tle

es

S11in{c-lli·lètll',

Pt11·i-~. Bo.~:.a11gP {i'èl'r.~.
LODOVJC

tx~u.

Il A.LÉVY .

�r JicM Girau&lt;1on.

MARIE ST ART
RRIN E DE FRA 'CE ET D'ltco ' E
Tableau anonyme mu~c de Ver.ailles .

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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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