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                  <text>r JicM Girau&lt;1on.

MARIE ST ART
RRIN E DE FRA 'CE ET D'ltco ' E
Tableau anonyme mu~c de Ver.ailles .

�LlBWRIE lLLUSTR ·~a.

-

TALLANDIER, ÉDITEUR. -

JULES

75, rue Dareau, PARIS (XIV• arrt).

1

Sommaire du

1 g' fascicule 1.1 "'''"''''' '•"·' [

~---------~
P.11JL TIF

A~T-YI C'ToR.

·Rtotmc Loutt:.. .

too, ARD

FûURl&gt;'lER. •
\"1CTORIE:-i' • AROOU. • •
J-1cQ11,_;; o' \RCY • • . •
J ütù,1 n JE.1-;T11~R.1L1J.

Élisabeth et Marie Stuart .
Les Femmes du Second Empire
gende de la htarqui e de Paiva.
Mo historiques . . . .
Comment j'ai pris les Tuilerie
Ne toucl_ie~ pas à la ~eine.
La tragédie de Ra atllac.

q:

La 1 •

1()1

104
lltl

11 ~
113

La, prl.ncesse des Ursins . . . . . . . . . .
Memo1res . . . . . . . . . . . .
ne aventure d'Armande 8 · art . . . .
Marie-Antoinette Jugée par Loois XVIII.
Bataille de dame
Les Ép es de fer.
L'Aiglon en cage .

SA l~·. lM •• • • . . •
l.JF:NtRAL DE MARBOT.
F: ._,-; POUJO\.t \ r. . ,
.\IAtKICF. Du.llOl Lli-, .
\1.iRQ lS If \Rt,I'\ '\,
fihumcr. , l o.-.ri::.,rT .

J

T. G. . . . . . .

ILLUSTRATIO S

PLANCHE HORS TEXTE

ll 0 APRÈS L.ES Tt,11Ll!,\Dl 1 DESSIXS 'ET El,TA"PES DE ;

Tll&lt;FB EN CAMAIJ;:O

Ho11 '-"· i.\m.r BOUTIGNY. BRL''ŒLLIÎ.RE. t].OR(;f; ~ co~tlAD Et:Gi:.-i: ÜELACl101'1,
PAl 'L Du 11or.11E,
f'" H l!.R.E-~T. lll r1•01.\"Tt: l.F.cO.iTE, Hon10.1., E1 ,,f.:T
• 'lllF.llD1, A. TArrnn:1 1, M- V1M:E:-LE; BRUI\.

M;\RIE ' Tll.\lff, REl~E I E FR

1

E ET

ot:c

S.'E

Copyright by Tallandjer 1910.

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Parai.ssant

MÉDAILLE DU QUARANTENAIRE
1870-1910

le 10 et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-IVIENSUEL
,---- SOMM.Al~ du NUMÉ~O du 10 eptembre 1910 ~

1

L'OMBRE DE L'AMOUR

1

MADAME ANDRE

1

RO~IA"

ROll ,l'&lt;

Pa.r J ean Rl 'llEPI~
li&lt;• l'.\ cm.kmie lrnnçai,c.

Pat l\brcellc TINAYR.E

L(lTl del •.\~dcmie rrani;ai!o&lt;!. Azlyadé. - PAl'L li t' IU,ET, de I" ca•
dèm1e rr:ui,a,,~. Nuit d'~té. - .\suou FR\\'( E, de L \ cadcmîc 1rnn,;:\J,c,
l,c jardin d'Epicurc. - \11,. CF.l. PRE\"() T, d~ J"Académ1e rran~ruse. lion
ca:ur - l.t:0. · ne Tt:-- E. l'. La peTlc ooirc .
RE."i· .\IAIZEROY. olell
d"u.utom ne. - JEA..,
1 ,\HD, dt 1'.\c11dc1111.i françal e. La ro e jalouse. c:YP.
110
phrases! - (.juy Ill'. MAl:I'~\ A:\T, Au bols. ATULLE
\\f;'.\O '. eptcmbre . - (icsn~E FLA BEHT. Dans les ruines de Tiffauges. - llt:&lt;llit&gt;E RF.(.'.\11::R. Heu res marine . - \ '1etOR IARGl t:.HITTE.
'répu çulc. - 1-h,.,,u .LAVEDA , ', de l'Act1d1:mie fran~i e. • n dit que
!'Empereur l II couché •· - ED'IO"D llO8T,\N0. de l'J\cn&lt;lemi~ frnn~m~c.
ûs papillon . - .\LFRW 'APUb. La b:l.teJa.inc. crimcd1.i.

l'!PRIH

Il

0, vo frappe r inces. amment WlC médaill e en brorue argenté , gro.nd module
(0,050 -1• de diamètre), composée 1:t grnvéc spécia lement par Georges Lemaire,
l'auteur de médaille ortlclcllc du laroc, de Chine et de ln. Méd.a.lllc Coloniale.
~ttc médaille est de tlnée
commémorer 1'.Edltion dEfloltlve de l'Histolre
9En6ra/c do la Quarre J'r1tnco-11/lomttndc, par le li eutenan t-colonel Roussel,
mu t:réc pnr 150 artiste., a,•ec planches en noir et e n couleur!I et publiée a
l'occ11slon du quarontenolre des t:vènement d: 1 70-71.
Tou ceux qui, un titre quclconq11c, s'lnt fressc nt a ln guerre de 1 ?0-71 ou
qui ont tté mêlés à ses é\'t.n emcnts sont priés d 'envoyer leur nom et adresse à
lu Librairie J. TA Ll.A Dl eR, 11, rue Dnreau, Pori, (XfV•).

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Marie Stuart

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ÉkaLctb fait une tr'. fï·re figure da1r
l'hi toire. Jamais r ine plu. m~1le ne nl,Tna
sur des homme . L'Angleterre lui doit. en
partie, ,nu a1èneme11l parmi le nation,;. Mai ·
.a "randcur e ·t tout polilique, et. ïl faut
admirrr la rein•, il ~l permi dtJ haïr la
femme. no ri:a"e, on caral'lère,
mœur·,
~CS amours, tout, en i•lle, c l antipalhi4ue.
o couscne, à la Tour de Londre , .ou cifigi de ·ire, montée ur un mule. Cetl ligure, aigr el bar•meu e, au llilZ ·rochu, au
111. -

Il, ·10111•.

-

Fa.,c. 1tJ.

lèrni · rcolrantci·, a,· •c . petits leux dur · el
pàlcs, que urmonte une mouta"'n, de rro~
·hewu1 rou , produit une impre$SÏon r...:pulsi,•e. a taille plate pl1111gt· dan · un v1irlugadi11 char •é de ro elle cl de pas c-quille .
Le mauv;ii goùt de ln ,ieill 1ille percll, ÎI
Lramrs la magnifiœncc dt la reiœ. l\icn de
plus laiJ et de plu baroque.
L , rndiens se figuraient b Compa 1111ic d.·s
Inde comme un• ,·ieille Jawe trè richo el
lr a,·are, qui le,; gonwrnail, d Londr ·,
par
oldats. et s · employé . Dc•ant cc
mannequin grim ç:ml, m lé de clinquant
... &lt;;7 ....

ori niai el de raideur Lritaa11Î1J1ie, on se ·ouvienl de la ,ic1lle dame de. ludi n ·, et on
croi l la mir paréti &lt;lu co.lum• d'une de~ pagode du pa3 . Tous ~es porlraill; du. l ·mp
ont lt! nième a pé l dl.! c...rirature rabuleu e.
La. tète pri e dans un· coll •r •lle igantc.,quc,
eml,oittbl dan un cur. a~ raidt: de perle et
dt: pierreric , anic on air dur t a moue
mtichnute, clle res·enil,lt: à ce monslrue e
idole indil'nnc . 4ui ne ont que grint! et
colliers.
pt!inlurl!S, qu ·on pourrait croire
aliri,1u~, oal d"une lidélit officielle. On
ait &lt;Ju'cn 156:i IW•abeLb défendit aux ar7

�111ST0~1A
li te· médiocres de foire . on portrait, une
pareille occupalion ne devant appartenir
qu'au· peintre· le. pin di tinirués. Dans une
aulre pro ·lama Lion, elle annonçait à son peuple « qu'aucun des portraits qu'on ll\'ait fait
de ·a pe1"onne n n·nd:mt ju tir,e à l'original,
elle avait w.olu, à la demande de on Con. •il, de se procurer son &lt;&gt;xacte res.emblance
d11 pinceau d'Wl artiste habile; qu'il crail
bientôt exposé en puLlic. pour la ~ali faction
de es amé · ujt.'ls, et que, pour celte rai on,
elle défemlail e. pre- émenl, à quclque indilÎdu que Cf' fùt, de p1:!indre ou de gra\'er
aucun nom-eau porlrait de sa personne sans
~a perrni.sion, ou de montrer el d'exposer en
pttl.tlic aucun de. anciens portraits, ju, c1u'à
ce qu'il eus enl été refaits, d'apr~s la copie
que l'antorilé allait faire parailre o.
~ i l'art n'a jamai pu ennoLlir les traits
d'Eli:.alietb, la poési et le théâtre ne sauraient no!1 plu idéali er a personne. Elle parait d'une grandeur tragique sur la va, te
·cène de l'hi.loire, l!lllre le naurrage de l'Armada el l'échafaud cle ~farie tuart. Rentrée
dans le couliss de Wiod:;or el de ~ ·e tminsler, ce n'est plu qu'une viraoo acariâtre,
la Louche pleine de juron , la main pleine do
ouillets, qui tyrannise brulalement sa cour
et donne des coups de poi11" à se fille d'honneur, 11 d~ telle façon, - dit un chroniqueur,
- qu'on entendoil auvent ces belles filles
crier et e lamcnlcr d'une pileu e manière Il.
Les homme d'État n'étaient mème pas à
\'abri de es algarade . Le grand chancelier
Burleigh pleurait souvent, tant il était malmené et rudoyé par la reine. Un jour, elle
cracha sur l'habit de ,ir Malhew. ne autre
fois, elle prit llallon au collet. Le comte
d'E·sex, qu'elle morigénait selon sa coutume,
lui ayant tourné le do , elle « l'cmop au
diable t) el lui donna un ,'iolent oufflet.
Ce trivialité de mégère s'alliaiimt, en
elle, à un orgueil de ultane. ne éliquelle à
plat ventre régis ait sa cour; Ir plus grands
eiggears étaient forcés de se plier, devant
elle, à de. r:,rénullciions orient.ale . Tous ceu.1.
auxqocl· die adres.ait la parole, ou ur qui
elle laissait tomber un regard, devaient, à
l'instant même. se précipiter à genoux. L.e
geotil:;homrnc qui la serrnicnL pendant e
repas n'approcbaienl ou ne s'éloignaient de
la table c1u'aprè 'être agenouillés par trois
foi .
.'a coquetterie frisait la folie : après sa
mort, on trouva trois mille habillements dans
sa 0 arde-robe. Une bas e jalou i.e de femme
envenima a haine contre Marie tuart. ·elvil, 1'eovo1é de la reine d'Écosse à Landre ,
rapporte, cc sujet, dan es Afémoires, une
curieu e entrevue 11u'il eut m·ec elle. &lt;( Elle
me demanda ([Uelle étail la couleur qu'on
jugeait la plus hello dao le- cheveux, et
laquelle, de ma reine ou d'elle, avait les plus
beaux cbereux .... Je lui répondis que es
chm•ctu el ceux de ma souveraine étaient
également beau.x. Celle répon e ne rayant
pas satisFaite, je lui dis qu'elle était la plu
belle en Angleterre, el que ma ouyeraine
était 1a plu belle en Éco se; et, comme elle

ÉL1S.AB'ETH 'ET

in. i Lait encore pour une répon e caté 0 orique,
j'ajoutru qu'elle a\'ait la peau plu hlanch ,
moi. que ma sou,~raine était très belle. D
L'~"'c ne fil qu'aggrav r cette vanité ridicule: à soixanlc.-neuf an , eUe dan ait encore
la courante el 'habillait en bergère. Ju~qu'à
la fin, les courtisan qui Youlaient lui plaire
de,aient paraitre éblouis par le rayonnement
de son vieux vi.age. L'encens qu'on lui fai-ail
re, pirer ~urail asphpié une reine asiatique.
Ce qu'il ~· a ùe plu laid dan a ,ie prmie,
c ,ont encore es amours. L'hypocri ie donl
elle le drapait leur donne quelque cho·e de
honteux et de clandestin, ,\ucun éclat, de·
indices; de la fumée, pas de Îtu. En approchant de son alcùl'e, on sent je ne saÎ$ quelle
odeur de halai roti. Ce n'était point la fière
o tentation d'une czarine àîllclianl . e fa,ori
1:omme des dignitaires; c'était le lil,crtinage
obscur d'une faus e prude qui p:'•che à bni
clos, cl rn de sa ruelle à _011 oratoire. Toute
:.a vie elle sino-ea la ,·ierge el porta, avec une
emphru e risil.tle, le li fané de on œlibal.
Cette « ye tale de l'Occident u, comme l'appelaient ·es poète , aurait, dan· la Rome
antique, mérité ,ingl foi d'être ont.errée
vive. De DudleJ au 0 éant irlandais qui réchauffa sa décrépitude on ne compte plus
e caprice .
Dès H&gt;65, ~farie ~tuart, dan· une lellre
s_pirituellement perfide, au ha de laquelle
Élisal,eth dut é rire le brouillon de son arrêt
de mort, dénonçait, sous prétexte de lui rapporter les calomnies qui couraient sur elle,
ses rendez-,·ous oocLurnes, ~es bai ers donnés
el reçus auprès ùe porte., « ses privautés
d1Lhonnète ». Elle la prévenait que on éloignement pour le mariage pas ail pour « proYenir de ce 1rue rnu ae ,·oulez perdre liLerté
de vou faye fayre l'amour. et aroir votre
plai ir toujour a,·ec noun&gt;aux amoureux •.
Elle l'accu e, en faisant parler la rumeur publique, « de ne pas se eontenler de deux ou
Lrois, de se donner à des étrangers, de leur
lhTer les secrets d'État, de courir à force
Uallon, el de l'aller lroul'er la nuit ».
La tragédie a vainement es, ayé de pa ·ionner ses amour· caduc avec le r.omtc d'Essex;
Leur dénouement .an&lt;Tlanl ne p ut même les
faire accepter. Une reine septuagénaire épri~e
el jalou e d'un homme de trente ans, se précipite, du haut de on trône, dan· le ridicule.
La couronne tombe, les ride, restent; cr,
n'e t plus qu'une duègne en ardeur, boone à
fourrer dan uue comédie.

li
ans Marie Luart, Bli ·abeth n ·esl pas un
personnage dramatique, il Jui faut celte "reine
à ball', à martyriser, à tuer. Ce n'est qu'à
son contact qu'elle reçoit et qu'elle dégage la
passion. Opposée l'une à l'autre, leur lulle
est pathétique, parce qu'elle est naturelle, et
parce qu'elle mel aux prise le instincts
les plu ho ·tiles du cœur de la Ît!mme. D'un
côté, uoe prudt', hypocrite eL envieu e, iucarnaul, dans sa ~èche per:onnc, toute les
qualité négatives du proteslanli me, une

virago d'État . achanl prévoir et ;achant altmdre, armée de ttiu1e.! li•· forces de la ,·olonté
el Ju carac;trr ; de l'autre, nne enfanl &lt;le la
l\enai sancc catholique, une jeune · reiue,
romanesque et a,·enturcu$t', e da\'c de e
passions, jouet de se ca pricci , légère el violente, impétueuse et faiLle, mt:llanL à .c
perdre un étourdis l.'mcnt qui tient du
l'erlige.
Je ais Lien que sa mémofre, qui, pendant
deux siècle , n'avait eu que tlcs ama111:, a
troul'é récemment de, juge . Chaque époque,
avant de mourir, unfonil ou Lrûle une par1i1i
de . es .ecrel . Mai un jour arri\'c 1.iù ly~
crim~ ca.d1és e déterrent, où le - respon·ahilité se déJIL'l, qnent, où le sang e ,u}é reparait a1u mains qui l'ont répandu, où le
papier d'État, ce, muet· du . érail de la politique, bri enl le sctaw qui les bâillonnaient, parlent, dénoncent, proment et
accusent. Tôt ou tard, l'ombre coupable,
Ûl'Oquée p.ir la science, vient, comme làdy
~lacbeth, laYer es main · , an°lante · devant
la postérité, en murmurant les vers du poète :
« Qui aurait cru que cet homme avait en lui
tant de san,.,? 'e pourrai-je donc jamais nettoyer ce mains'? To11jours l'odeur du sang!
Quelque petite que , oil i;clle main, Lou le
parfum de l' \rabie ne sauraient la désinfecter! n Toutes blanches qu'étaient le1; mains
de Marie Luart, el« cr beaux doi~ts si Lien
façonnez qui, - JiL Brantôme, - ne devoient rien à ceulx de l'.\urore u, il ne pourront jamais se laver du sang de Darnley, cet
enfant sen ·ucl et déhile qu 'clic épousa par
caprice, el qu'elle tua par aliétê. dès qu'elle
fut dégoùtée de on fade amour.
on mariage avec Bothwell, l'assassin de
Darnley, é!!llle, en horreur tragique, celui de
la mère d'lfamlet avecClaudiu . Il n encore
une tête coupée •JUi la rr"'ardl', dan l'histoire, avec de:; yeux dt! martir : c~Ue de ce
jeune Chastelard, qui expia de. a ,·ie le cri rue
de l'avoir aimée. Par deux foi , on le trouva
caché ou le lit de la reioc. La première fois,
Marie lui fit b'ràcc; m1is, à ln ·ecoude, elle
livra ce Cherubino d'amore au BriJ'oi ·oa
puritains d'Édimhourg, ra,·i de poul'oir
trancher, avet leur lourde hache bil,liqur,
œtte t 1te élégante. a Adieu! - dit-il, en !iC
tournant ,·er Roi rood, du haut de on échafaud, - adieu! la plus belle prinœ·se Ju
monde, qui me Lue, el que je ne puis cc· er
d"aimer! 1)
Quelle fi!!llre admirablement fnile pour
charmer el pour attendrir que Marie Luart,
la plu
édui·ame de~ grandes dames du
mari Ire el de l'échafaud I C'est Ja tète de Mé~
cluse de la sympalhie que celle tète coupée,
i hcBe et si poétique, dans sa frai ·e de point
de Br:ibant; elle trouble la rai on, elle fascine
la con cience, elle arrache des larmes de
pitié, d'eullalion, Je tendres e. L'hi Loire a
beau l'accuser, l'incriminer, la com-aincrc,
l'imaginalion se bouche le oreille el la lai se
crier. Ellti ne se ouvient que dti la heaut~
de Marie, de
malheurs et de ·on supplice; elle toinhc, el se laisse tomber,
dans le épulcre tragique que l'enchanter se

JI,( A~Œ

8IU.A1(T - - ~

�H1STO'J{1A
lui leud, romme nn piè"c•, Ju fond du pa.st1•
Quc:Je rn! ne racbèlc1·ait pa uoc Ldlc
mort! l'lu •né, accusfo de sacrilège devant
l'aréopage d"ALhène ·, u'cut, pour ~c foirll
aL ouJ.re, qu'à d~d1irersa rulie et à dl)comrir
aux ju"t'S sou sein nu, ce cin parfait sur IL...
quel le · sculpteur grecs YenaiPnl prendre
t't!mpreiute d~ coupes ùe l'autel; de même
~hlrie Stuart n'a, puur gagner sa c;,u e, qu'à
nou· montrer. du haut de l'échafaud de
Forlu.ingrrai, se ch,m·ux. Llan.-l.11~ annl
1';1,.;e, u ces beaux chevrn , - Jit Bra111ôme,
- 4u't:lle n craignoit pa · Je faire mir, ni
se les lorJrc l'i friser, comme quaud ellt• le·
avait ·i Llo11Js et œmlrés ».
&lt;l Jll \·it'ns de \OÎr le cr.inc de Raphaël. à
l'académie de la Sapienza, - écrira.L le préident de Bro~ses, - el je ne ais pourquoi
Jai trou1é Celle L~te dP. mort plu jolie que
les autres ». l,a po ·1ériLtl, elle aus,1, a .es
tètes du nrnrl d: pr1fdile ·Liun, et ello les erre
1•011Lrc 1111 cœur, avec le ge Le passioané dt!
la Jfudelei11e ùu Corrègt•. N'essayez pn:,. du
lui arracher cc· pathéti11ue • amult•ttc , rc-cuuillic, au 11icd dt!, i;iLcts cl di:s i- ·hafaud ·;
dlc le défoudra, contre ,·oru;, an·c fa colère
d,· l'amour. 011 ! que le sang rn Lien à la
l~mmc, à la jeunes e. aux èLres déchus, cnlrainés. l"ra,...iles ! Quel pa rfum lustral 1 4udle
pur écarlate! nappdl'Z-\'011!:&gt; D,mte, rencontrant. dm· son Ptll'9atoire, l'ombr, hahfrt1e
du jcum• \la11rr ·d :
Hiu11,t~rn r br/ln, r di 1r111ill' 1UJ&gt;ello;
lin f1111 di ,·i!Jli 1111 r,olpn ltnl'eU divi111 .

cr lL élaiL Lloud et Leau el de gradeu, a pt!1'I · ruai un coup .,,·ait rendu eu deuÀ l'un
de seJ ourcil!1. » fü, à la ,uc de celle lète
Llonde el meurtrie, lù poèl oul.Jlic cc qn'il
appellu ailll'.Ur~ ,1 se borri!Jll!s crirnrs 11, et ..il
jette, ur die. les lauriers, le Léoédiçtion ,
les larruesl
Le roman, la légcnùe, l'histoire ellc-mème
ont fait comme Dante : il· ont uuLlié le sacrifice du Cha tclard, l rncurlrn de 0arnlcy. le
uocc; saw•la111es de Bothw~ll tou tes le chult·
et tous le~ forfaits de Jlarie, pour ne se rappeler lp1e son héroïsme, 1's captivités, es
épreure , .es dix-lmil :irt tle langueur et dtJ
bè1·re, traî11é à lra\'er · les station Ju supplice ju qu·à. l't'chafauù sublime de fortltingeray.
EL pui., celle chë,·e crilni11el/e, pour
parler la lang-ue de Corneille, a eu la rare
fortune d'avoir pour advnsnir~ de homme ,
w1c reine. u11 pa} · frappés de disgn\ce el
d'a11tipnlbie. ()ni ne plaindrait la fille Jcs
Guise, l'eufant dt.1 la fü•nais ance, la jeu110
reine de Francr, lrJ11.portée, presqull subilemcut, du la cour idulàlre de FontaineLleau
dans la ombr • el rroide Écu ~ cilvi.niste.
C'est la galère de ChfopàLrt:i jetée sur les côLes
de la Tauride.
Là régnait ce füeu abstrait cl konocla te
de Calvin, qui ne veut être adoré que ou~ ln

forme du triangle. Là .!vis~nit, dans loulc sa
rigueur, ce culle né dans la ville des horloger , et qui n'était, lui-même, alor·, qu'une
horloge théologit1u .. au1:.ruuage ecs cLcriarùs,
qui avaiL le dia l1l1• pour jaqut&gt;marL, et la tlam11a1ioo pour mécaui,mu. Là nai,illail d,•s anathèmes opocar~ptique$ ce péJanl Knox. 411i
'C donna il des air d' baie, en se drapant dan~
on manteau rogné de presbytérien. Figun·z•
vou Marie régentée par la fé1•olc de ce inLtre cafard. flaun&lt;: 11osine couronnée. tombée
sous la IUlelle d'un llar1hol11 puritain! Il la
Lance, il ln rudoie, il lïuvedi1e, il lui jelle
à tuul pro1l0•, à la tète, sa gro~se Bible en mlglaotéu sur lra11che; il lui reproche ses danse., e parures, .es médianoi:h,, , ses joue1irs
J,, luth, ~es ballad1· à la Irançai!&gt;e, .es ·onnets à l'italienne, touws le \Oluptés el 1P
rlégaoces au milieu de quelles n, ait fleuri a
jellnesse; il arra,·he, de ~e ,ilaincs mains
tachées d'encre, 1,·s dt'ntellt· CL ]0$ joyaux tl
se rem me . (t Ah ! lielles da rues I Ldlc ·
dame ! - li:ur niait-il de .a ,·oix enrouée
1•ar la 1·hairc. - ,om u11e vie charmante; si
,t&gt;ulcnicnL elle pou rait durer, el si uou
allions au ciel avec du velours el des perle,; !
Mai colle gra ndc co11uine, la Mort, esl 111 qui
wus ai ira, lion gré mal gré; l·t celle petite
à1uc faible el trcmLlanle, comment pourrailcllc emporter :n·ec die perle~ el or, g,,rniturc
et dentelles. b•oderies et fermoirs? » _\insi
hurlail cet l1Dt•rgu mèuc, ouLfrml qne Luther
lui-même a1•ait rcrit sur le marge ile la
llihle ce joyeux d1sli11ue: « Celui ryni n'aime
11 ni le femmes, ni le ,·in, oi le d1ant 1 e l
« un ol el le sera a vie dura11L. ~
lf'cr 11iL'III liebl Jl'rÎfl, Wei/,u, 1111d r.eaa11y,
Ver bkibl ein ·arr sci,1 l,rbm1(a11g.

Et l'Êcos e entière a1 a.iL l'à.me, la bile, la
jauni se amère du ,icux Knox; elle haï· ail.
autanl que lui, le hais, les concerts, les
,·iules d'amnur . le tableau1, les canzones 1•t
le ma raradc!:'. Maric, t•n tl.~~ayanl d'a,· limater les art et les 11l11isir ù~ns celte Judée du
nord, ne réu. sit qu'à effaroucher son peuple
d' a. cèles cuirai,é·. Autant aura il valu offrir
aux peupl:idcs souterraine qui 1•iyenl prè du
pole b ora.nnes el les orliets de: pa)· c~aud .
_,a Leauté ,·uluplueu c s ·audalisaiL le chefs
de clan saurnges di! la Réforme. " Cc n'est
pas une chrétienne. "rommelaicnL-ils ous
leur casques, c'estlli::me, c'e l queh111e dirinité païenne! ~ lis exécraient, en elle., l'Armide c:atholi11ue, la wagicieuue du papi me;
il· accalilnicn L de ces durs •crsels do11l l' Arrcien Te -ta.ment lapide les femmes idolâtres.
celle tète charmante, inclinée ·ur les pied·
des crucifix d'or ou de1•anl 1.. mudonc du
Primatice. Les chic11 qu.i léchèrent 1, ~ang de
Jézabel aboya:enl i:OnLre elle, du même iiboi,
clan la boucht.1 des prédicants ameulé ' .
Aio i rt'pOusséc par celle terri:! l1ostilc,
élrangùre à son Dieu, extlom.11:moié~ de se
lcm1-1les, antipathique à se mœurs el à se
1

croyances, comment s'élonocrque cette jeune
femme se soit cnLèlée dan sa l'ui el dan a
nature, 11u'au fanatisme de la l,i 17otcrie et de
la Lri tesse elle ail opposé le brillant fanatisme
du 11lai ir, et que, d'coou.i du spleen IDl'"lique
qui désol:iil son Toyaume, elle se soit jetée,
pour s'étourdir, dans de tragiques imbro,,lio
d'amour. Tou~ ceux qui sen lent, tou ceux
1p1i rèrent, tous ceux que l'élégance charme,
que la gràce captÎ\'C, que la poé ie enhre, el
cp1i re,onnaissenL &lt;1nx èlres fragiles le droit
de tomber el de e ùriscr, se rangt.1ront, d'à:re
en âge, ·ou l'écharpe de 1ournoi qui lui er\1t de drape:iu. a cause e.st celle de l',·ntùousia me, de la pa ion, de l'in ·lintt; Il' parli
qui l'a ·oruliallue, liuéc cl luée, e LC'!ui de
l'hypurontlrie, du ralcul, uu phari,abm~. (.!ui
aime la sui,·e ! - 11 la :,uit, il la suhrn.
Armée idéale qui combat pour elle, en,·cr.sanl
de larme , el lui gagne ainsi de p 1slhumc
\·ictoir~. Eh 1 qui pourrait IL Hier cnlri• Marit• cl
Eli a.be1h? Qui ot préf.-rerail la fleur froissée, donl la Oélrissure r-a,il'e le parl'um, à la
YÏr"iniLé guindée el dessél'héc ur ~a tige; la
L,mdre récheresse à la prude raide el Jure,
juthée s.ur on vertugadin de pudeur?
Et puis, pour qui sai Lpercer el démêler le
fond de choses, l.a lutte de. dellX reines se
réduit à la rirn.lité de dl'ux femmes, l'l la
victoire d'Éli ubetb n 'e l plu que la \'e11geauce
d'un laideron, torturant et Luant une b •lie
jeune femme lomltée en tri! ·es main èche .
Cette momie anglicane, allant au prèchc ur
. a mule té.rilc, rnus en dit plus sur le martyre de Marie tuart que tou Les les révélation·
de l'histoire. Vous comprenez ju qu'où p~ul
nller la haine de la laideur coulre la Limrnlé,
ù11 la disgràœ contre la grà.ce, &lt;l'une ,ie
maussadù contrti une Jeslinée romane que;
rnus lisez, ur cellll face Lilieusc, l'ai"re res•
scutimenl d'un envieux el rancunier célilial.
Ali ! tu e jeune I ah! Lu es belle! ab! le
poètes papi.sl1.1s le comparent au. dil·i11i1éo de
!'Olympe! ah! Lu a' desamant lJUÎ sont fier
de mourir pour Loi, el qui, sur l'échafaud
m~mc où lu les envoie , emLra r.nl Lon 1-1ortrait el le proclamenl la plus aimaLle princesse du monde! Eh bien, je vais blan ·liir ces
chc,eux. blonds qui e moqucnL de me cheveux roux; je mis couper t·elll-' tète tharmanle
dont le sourire •n ·orccJle !
El la vestale assi o sur te trône de l'Occident, comme l'appelle hakespeare, fil signe
aux traitres, aux gnôliers, au Lourreau. A.insi
lu Ye tale païenne, sép:1rre du monde llori~'ant c1u'end1aotail Véuus. l'Jr l'horrihle l'o e
on l'on enterrait vi1·anle la 1•iel'ge inlidèlc a
se ,·œux Je fct·, del'ait bais l'i' le pouce, :n-ec
une joie Mroce. ((llllild une jclllle captive était
oondaruuc'.,e au cirque. Fille avait aimé peuLêtre, elle avait connu le joies el le délices
de la vie; et peut-èlrc regrettait-elle « 011
lit d'i\·oire », comme la C~•moducée Ùe .llm·-

tyrs.
PAUL DE

SAINT-VICTOR.

LES FEMMES DU SECOND EMPIRE

La légende de la Marquise de Paï'lJa
Par Frédéric LO U ÉE.

Aux environs tle 1850, d'aimal.iles seigneur
de lellres, parfois, lorsqu ïl avaient posé la
plume sur le manu crit ache\•é, e demandaient: 1, Où irons-nous, œ soir? » Au divon
de là rue Le Peletier, le parangon des cafés
acaMmi11ues 'I ,\ u Cbàteau--&lt;les-FleuTs? Ch~
les princesses voilée· de ce porti11uenocturne?
Dans le monde, le Yrai monda7 Chez une
grauùe dame anlhenlique? m,, dans quel lieu
de repos ou de délice ?
l;n Léon Gozlan ou un Ar~iloe Hou ·SJJye
n'avaient pas à réllé1·hir loni!temps .i l'interrogation se po~ait à leur espriljustemenl le jour
011 reet'vait Mme de P:iï1·a, e11 oo hôtel de la
place Saint-George~, en factl de la célèbre
mai on de Tbicr, rel,ùtie arec les millions de
l'Assemblée natioualc, ou bien, lor 11ue, plus
Lard, ayant, à coups de millions au~ i, fait
sortir de terre sou merveilleux hôtel des
Champ.s-.Êlysées, elle y donnait à diner princièrement. Il· sa,•aienl la date, l'endroit el
!'heurt!. lis n'ignoraient non plus que dans
celle mai ou cou.laient le meilleurs vins de
Frauce. Il n'avaicul rien de mieux à faire que
de 'babiller pour 'y rendre.
Quelle éLail donc, d'où venaitcetleforlunée
marqui;;e qui, presque seule, alors, avec la
prince se ~fatbilde et la baronne de Poilly-,
ouvrait u11c demeure bospilalière aux lettres
et aux art.' '1 Yoici de quelle manière on expliquai! la chose.
l'n i;uir de l'année ·1863, ainle-Beuve donnait à diner en sa cassine dtl 1a rue Montparnasse. Les propos, qui ciTCulaient d'ua llout
à l'aulrc de la lahle, avaient pour thème le
.alon, , qualifiés en petit nombre,où fréquentaient les écrivains en passe de céléhrilé. On
parla naturellement de .llme de Païva, de sa
lastucme exi teoce, de oo loxe aTdanapale:-qu~ el de ses réceptions. Théophile Gautier,
grand électeur en ce domaine, tenait le discours el détaillait alJoodamment les phases
ù'une d~ tinée pl •ioe de surprises. li y mèluit
I.Jien, &lt;le-ci, de-là, quelquPs ampliûcat.ioos
romane ques, ayant l'imaginaûon trop riebe
pour se refuser le plaisir d'oroer la vérité, si
extraor~inaire qu'elle fùt d~jà. Le fond de
l'hî Loire, _dégagée de broderies qu'il y ajouta,
se résumait à raconter ceci.
"ur les confins de la Prusi&gt;e el de la Ru~sie
nvaiL vu le jour une Juive polomri e Lrop belle,
à son avis, ~t t~op a~bitieuse pour lnngnir
dao la méd1ocr1té, ou le hasard l'avait fait
naitre. Elle vojagea du .nord au centre de

l'Europe, Len la même uoe pointe vers Con tantinople, passa ignorée en Allemagne, alla
con'luérir sa place à Paris, faillit y périT de
dénûment el de faim; cl, après d'invraisemLlal.Jlcs vicissitude., !out à coup se lrouva
n'être rien moins 'JUC la lionne des célébrités
du demi-monde, la reine de~ femmes entretenues; puis, grande dame, marquise, en
allendonl qu'elle devint plus encore : ln comtesse, tout à l'heure princesse de Henckel.
'Elle-même en portait lémoignage; car elle se
laissait inle-rroger volontiers sur les vertiginPo es métamorphoses de sa destinée. li ne
lui d~plai.aiL point de remémorer le phases
de . on roman miracnleu .. et en parlant du
plu has. Oui, elle avait IJien été celle Thérèse
Lachmanu poussée dan quelque coin vague de
la Rus ie polonaise, contrainte d'épouser, en
1836, parce qu'il fallait vhre, un petit 1ailIeur à façon, établi 11 lJoscou, d'origine rran-

ClicM 8fa11n et

çaiseelduaom deFrançois-llyaciolhe Yilloing,
el qui s'étailenîuie, une année après, lai anl
derrière soi un homme et on enfant el faisant
route vers les féeriques horizons 011 se découvrent de ces nol)le iocoonu~. qui ver. ent aux
-

.,. 100 .,.

c•·.

HENRI HERz.

101 -

femmes de beauté un million ou d.. ux, à
l'année, pour Jeurs menus plaisirs.
On commença à la connaître, dao, P.irb,
sous les au ·picPs du compositeur Héllri lh-rz,
qui lui donna des leçons de piano, pas a de
l'utile à l'agréable et, l'annonçant comml! .a
femme, l'imposa comme telle dan les milieux
arti. liljUl'S, lin :-piritucl rnonùain, ùo11L la
n~ige des ans ent le temp de Llancbir les
tempes, depuis lor;;, me la dépeignait de mémoire, telle qu'il l'a~ait entrevue, par bruarJ;
en la chaude saison &lt;le la rie. C'étniL :1 une
réunion du soir, rhei lllle Doze, devenue
Mme floger de Beauvoir. li n'y avait 111 de
femme invitée que Thérèse Lachmano présentée, reçue ou l'élifJUcUe pscuJo--conjuna)e,
au Lra. de Ilerz. Elle apparai ·ait orgucilleusemenl !Jelle, de ('orp sinon de vis:ine, en la
plendeur de ses lignes, 1m peu opulente de
formes, avec 1a gorge pleine. des seins modelé en caupe elfe montrant plus qu'à demi,
la lèvre rouge el charnue; d'ailleurs, len.wt
à ètre entendue aulanl qu'à être me, mais
,o\ontaire en son ge·le, impérieuse en ses
façons, ne plai anl pa à tous el jctaol dans
la &lt;'onversaûon de mot qui ressemblaient à
de défi.s, tant elle afail l'air assurée de son
pouvoir sur la cnsuali té des homme .
li y eut un point d'arrèt et une hé iLalion
critique dans celte rnarrhc de conquête.
Herz, un malin, s'&lt;ilail réveillé ruiné, ce
donl était respon,al,le pour une honoe part
celle qu'il avait chargoo d'emlmllir son exislenœ. Le célèbre pianiste, qui a,nil la Ca.utaisio dn pilloresque, s'était dit «j11'il aunit
chance de refoire ·a fortune en _\mérique et
tiue ce ne serait pas une mauvai~c iJéed'all,•r
donner de· concert:; aux demi-sauvages de
'an-Francisco - le 'an-Francisco d'alors quanù le monde enlier s'élançait l'ers la Californie à la recherche &lt;lti l'or. Il partit sans se
préoccuper de Tliéri&gt;se Lachmann (dle-mèrne
ne t•nnit 1n'à lui fou·scr compai?uie, 1lepuis
11u'tlle Il! savait au bout descspicces). Cependant, elle n'avait pas eu le loisir Je réafüeT
des économies sur les lib~ralités intermittentes
d'un arli Le. La gène ne tarda pa à descendre
chez elle, el li,ie11tù1 ensuite, une pire ,i iteuse:
la mi ère. Elle tomba gravement malade, à
l'hotel de ''aloi , aux. Champ -c.lrée ·. Théophile Gautier ra,onlail que ce fut rn cette
heure d'angoisse 11u'il reçut une lei tre ù'elle,
le priant de Yenir la Yoir. ll se renJit à son
appd, dan la chambre ùénudéer1u'cllcoceu-

�1llSTO~l.JI-----------------------•
pait. Et celte femme, 11 demi morte, qui cl par quelle circoo tnnce fut dénouée leur
n'aia.Îl plus ni sou ni maillt', lui tiol le lan- union pre.que an. itôt qu'elleeutétélorméc:
gage suiYant :
• on n'eut jamai de pleine; clarté là-dc:;su .
u Tu ,·ois où j'l'n ·ui.... Il se peul qne je Il erait 1.iien ha ardeux de prendre à la lettre
n'en reviendrai pa. Alor~, loul e,I dit. '1.aL
l'explication qu'en a donnée cr1ime11t l)j• lerrisi j'en re\iens, je ue ui p femme à g:1~11,·r Lle lonoard de \ïel-Ca. tel. A l't:n croire, dès
ma vie avec dcla ç(lulcction, eljc veu a,oir, l.i première nuit écoulée, lmc de l'uha aurniL
un jour, ?! d •u'I'. pa d'ici, le plus bel hi\Lel de tenu à , on époux Je vin,,1-qu.alrc lwores le
plu· sin"utier des &lt;liscours. Leur mari ge,
Pari • llawellc-loi ça. Il
La chance, l'o('ca~ion lihi•rotrirc ;offrit ~ célébre à la mairie du 2 , rrondi . •ment de
elle ou · les lrail~ d'une touturièr • nu tténic Paris cl consacré religieu~emt&gt;.nl, 1• 5 juiu
per pii:.i ·e. Ce fut Ca.mille, une émule de Pal- 1 31 1 • à la Chapelle des r~re· de Ecole
m, rc. Elle n'a\·ail eu 11u'à enveloppt&gt;r d'un cbrétÎ('nnes, à Pa, . y, n'avait pa été un vain
regard connai~scur Thérè. c Lachmann pour mot. En lui donnnnl son nom, il lui avait
augurer du lendemain san · inquit1ludn. Elfo apporté Ct' qu'elle dt!sirnit : le., com-cnnnce
lui ouvriL un laq:e crédit, l'habilla di; piedt&gt;n el les do!hors d'une situation mondaine. D•
cap et, quand Thérè_c ortil de es main en retour, clic lui :m1it procuré I in Lnnls de
une loilelle en~orcel:inte : n You. n'a\'ei plus bonheur qu'il availcom·oité ·d'elle: il (&gt;laient
qu'à taire le rl!..,te,
lui dit-die. Tbérè. e quill ,1"1menve l'antre .. lai ponrcoutinuer
parti L pour Londr . n oir, l'' -madame d. agir rn u honnête remm , , elle le prJveoai l
·incèr ment, 0U\'Crlemcnl, qu'elle n'était point
Jlerl apparaissait dao~ une loge décomctte,
au C0Œnl-Gardl'!1,provoquantdan l':i .sÎl-lanre la di_!!oe épou e l]u'il pourra il pré.,entcr, en
fashiouable la l!Usation prérne, c•t!.~l-à-dire- tous lieux, .an hé,ilation. que. la a• · e lui
e c-0mptêe; el, cn quillnnl la ·alle, dlr a_\'aÎl comm'.mdail de s'e11 tenir là, rur ce lendemain
de po . es ion, de r1'lourner .eul en l'ortngal
enle\'é le cœur dtl l'upulent lord -.t...•rnleJ.
l'Ammt&gt;nl Théri~~e Lad1mann, aprè. a,•oir el de la lai. er ponr-uivr , \ aris, a \'ie
inspiré d se11liu1cn1 varié :1u piani le Henri d'iml •pendant .
Plein ùe co11fw;io11, à cet aveu dilµouillé
lle_rz, au duc de ,niches, pui duc de Gramont, à J'outre· rloul les uom.s nous échap- d'artifice, il aurait ko,;lê le coo ·cil de 1hérèse
pent, sut faire pas· 'r dan l'âme d'un entil- Lachmann. Abandonnanl, comme elle le
hommc lusitanien, pourrn de litres plus que demaitdaiL, à a ,le tjnée depéchercs e impéd'argent, un peu im~nturicr et qu'on aurait nitente relie qui portait, maintenant, le nom
grand tort dt,, confondre avec l'~o, ~-~ Ju Por- de mar11ui, d JJaiYa, il c crail remi en
tugal porUnl l • mèJlle noni. comment amena- route au~ itôl pnur aller ensevelir d.rn la
qua j. olitode d'un château porlugais le souHmir d'u11 e a\-enturc entremêlée de phù ir et
de regret.
A la vérité, après a,•oir 11uittti Li ruP l\ossini
pour 'in. tall •r plus au lar:•e, rue • t- orge
loul aupri:s de l'hôtel de Thiers, qu·jntriruail
ce Yohna"e, cl avoir mené côte 1i cote on as ·ez
,,-rand train de mai~on. il y ul épiralion de
corps et de bien .. et la ·hronique de lrihunau.t nl' se gèna poinl de le,·cr J' voile sur
le rails qui avaient prêc 'de el uivi la
rupture. Les cbo. c. sepa .. èrentd'uuemanière
tltran"C et rom1rne.,11ue à faire pàlir les imagi ua Iions fouilletonc qu les moin · ,-rai emblaLl : qu'on ail inventé ~ur le plornreon
d'uu homme du mood.i on lactùhule suprèmc
d'un ,·h·eur.
Cet raujo d Pc1ïva, qui n'avait rien de
commun. Mil' le repélons, avec le mini lrc
du Portugal à Pari , élail un sei 0 oeurde belle
mine, joignant. la fuouuc méridionale, qu'il
Lrahb ail dand'1•xce · d • . rs passion pour le
,il.lu el l'amour, la di~ité froid' et contenue
parliculiète à l'ari tocralir ao,.laisr, cl qu'il
açait r~o&lt;lue iennc, lors11u'i\ étudiait à Oxford.
li a\·ail ton les goùls de la fa~hion pour 1 •
Cltciu, Draua ot C".
. ports, le cbe\·al cl le ~rmes. cultivail le'
LES L'i\1T~:s DE Mm Ul:. P... Ju.
leur•· n dtMtante, rréquent::tit le. tbé!ltr ,
autant pour le' log · des actrices tptc pour
AIN TE -Bi:l n :.
le piè · • reprt •ulées, el Lrou.,,ail encore le
L-elJe ce marquis &lt;le Prura Araujo 1i. lui offrir
~on nom (c'est à peu prè tout ce qu 'il po sédait ), comment 'alluma el •'éteignit, lei un
feudehrindille èche ,ce llclélrilimtdlammr,

1. ,\ux termes ,lu roulral, lou .Jeux ,:111i,•nl 1lnmi•
cilié AU 11• 2 dr la rut· 11\1 •inî, rt'où œ ll i11duction
o. él~ tm,., GUC leur m.irt~"e n'anil :té 11uc la régul_•·
1·1sal11111 d rnpports nnl,•rJl'urt•III •ni dahir . On ,, ,·01!
e.u Oulrèl ttUI! Thfrè;r Lachmotlll . 'allrilim,il lu lol~lité
«lu mol,illl'r ga.rms nl 1"aJ11&gt;artemcnl ~ommunrt qu' t!H~
.,. 102""

LA

lt•mp - re qui n'ét...'lil point le meilleur de
a vie - de ',attarder aux tal,les de jeu.
Il étaiL de abonnes de l'Opéra que reconnai saienl, ::rn premier coup d'œil, l s demoi~clles du corp d, hu0et, • \·et a b:iute taille,
on teint mat, le pli. sement énigmali11ue de
se. lèvrei; dêgui~é en ~uurirc. el 1;1 coupe
irréprochable de on habit ~e détachant entre
les frai corsa"''· el le~ jupes de r;uc qui
vire1·oltaient autour de lui. Il pas ·ail 11our
être fobuleusem nl ricbr. On çon lalail es
dépense : on ignor(lit -.e ju:t . re ources.
Au tapi vert de l'lmpt•ri;,\ il a1·ait 11, geste
large. la forme impa. ~il.ile cl;, n le ,,.ain l'omme
dan, la perte, el, rnlontiers, taillait à han1Jue
om·erle.

De vrai, le mar']uis porlugai n'était plus,
depui CJllelque tewp , en Lrillnnle po ture:
les cercle el lrs femmr. l'avaient neltové
ju, qu·au moelle . Et c'esl ici que se pl~ce
l'épisode final, dont le secret 'envola, certain ·oir, de ln plume d'un « rienx Pariien •• qui n'avait point Jit son nom el que
aou pou1·00s, on toute cùrtitude, appeler
BcrnarJ Bauer.
..lranjo Je Paï,·a iwait pour ami un impériali te intrnnsigeaul, fém de .on zèle dyna.. tique jus1u'à sri rendre oompromcllant.
hrellrur enra,,.ê, couspiraleur d'in tinct el
duelli te par lie oio, Lmtn que nn~c ce),,
e:rne if en toutes ses impnl ions et n'éprou•
vaut rien à demi : confiance, amiû~. colère
ou haine. Or, cc personn~&lt;re sin!!ltlier ne
pouvait sc pas er de ln compngnii: de Païva.
JI le ,·onlait avoir. incessamment, entre ·
fomme el lui. En maiul lillux ..:e revoyait
l&lt;Jujour uni celle orle de ménag à trois.
A.près la rf\'oluLioa du 4 • plemhrl', on était
re\·enu d'Ecosse à Paris. K.•. (no11. 1,, d · igneron par celle initiale; n'était plu consul.
1,e nppointemenl qu'il tenait de la caisse
imphiale n'exilaient plu · . La fortune de
Paifa ·en ét.,i t ~llêe dan_ le air, en fumée.
Cependaul. le trio n'avait pas modifié son
ordinaire, dépensait sans compter c•l vivait
largement. li ne pouvait âtre qnc · lion de
fond· . •crets. ina,ouable~. avec l'oncien
fonctionnaire, que ses bitarreries n'empêchai('nl point d',:tr un parfail homme d'hon•
ncur. Quelle était la ourc tlu ractole?
'autori~a.nt de droits d'une vieille crun.ara1lerie Rnuer se propo a d'L~laircir nn tel
doute. n jour, il demanda au sc:r,ileur de
l'empir1• dépo édé de ses anriennc. fonction ,
si le Ciel l'aYaiL favori é d'un béritng•.
11 Pa. dn tout, répondit-il. Au contraire,
Pa1Ya el moi, non a\"ons mannê peu li peu
ma mode ·te fortnne. De cent cinquante mille
fran ~, pas d:ivanta,,e, dont Plie e composait,
il reste à. la cai. se commune trois mille
huit cenl quaranl franc· et quelques centime . Le compte e·l exact .... »
a inlcrloculéur l'e1amiuait. lllpêfié :
« You me cro)'CZ fou. Eh bien! éooulei
ou appllrl • un millir,u en din•nir~ ..a leur,,
•t argenl. Pour soli cnmplr, l • t·o11j11in1 ,·lll'-

) ~v■lunil

ar lio11

tronil un Ilien h, pnltw1iq11P•, ,hl • Ir majorat L&lt;,
la profinre ,le ~hnl10, l! n Pnrlugol 11.

•

j!re,·é

,1,.,

d Ôs

•r.e bi~n 11'~tail /1lu~ •tu'uno! llct,nu, é lan!

t._()0 .000 frane, , 'hwulh '•~ur .

la suite. Mais, avant loul, jur z-moi de garder ju.i1u'à nmm-l ordre le silence du tombeau sur c' que rous allez apprendre de m:i
houcb .
u - .'oit, commr. je ne ·upposc point
cpiïl i.'a.gi . d'un trime commi.i ou à commellre. JC vous t·o donni! rn:i parole.
« - achez donc lflll', dcpuis de.-. :mnéC!,
Païva a dù me foire de emprunt. succt!~sifl.
.,. OJ:mt pas à se fonder, d,rns le prP.sen 1, : ur
le. rich c d'u11c milrP ordidPmer1t avc1re,
it qui p0tm1it-il . 'adr • cr mieux qnït moimème? .\lai, ocln n·e. 1 qn'nne harratcllc.
, ou~ Pn erons Mdommanés amplement. El
·01c1 de 11uelle mnnière. P,1ha, rnu, le ,a-.e.z
saru doute, :iutrt'foi!; a con tilué à ·:i fomme
un douaire de huit renl mille fran '. L'union
fut cuurtt•. Il )' eut séparation, el l.t fommr
. éparé1· n'y perdit rien. élaut de,·e.11ue, par la
suite, el de la façon la plu aisée, archimillionnairr• . .\lors, I,• mar1111i lni inlmla un
proc'• en rcstilulion de celle dot fi tirn . .:a
eau.&lt;\ il l'a gagnée banl la main, en prcmièrP
iru;tance. en appel et en ca ·salion. Pour garantie de paicnwnl. a été pri, ·• p:1r autorité
de ju. lict&gt;, une hnothèiptc ~ur ttllll propriéL,:
de ~fmc de Pahn : la terre de !}uutcbarlrain,
,alanl au bas mol 1111alre millions, 1,e lribunal a arcorclé, il,• pin ·• le intérêts de retard.
, ·ous tm1cberon uu million c,-nt milk frnnc .
lin joli denier! Mai.-, com1T1l' nous dcl'On.
cent mille f1'1111c"' à Julc, fa,re. pour ,1 s
bonol'llir li d'arn,~al. nuus ne réalisc!rtllls, en
chiffrp, ni·I., 1111·1111 million. ~li~ c11 ,iagt-r nu
dernier ~lir"ivaul, cela 11011. ,•audra ju te
,oixante-quinw rnill • li\'J'' de r'nh•. 1\011
en arnn. ré ..lé l'emploi. ~·ou, irons Yi ·rp
dans le lork.hirt•. où les chcrnux ali11ndrnt,
à des prix très al111rdable:-. ,'ou- :non- déjà
lnué un colla !!e; il J au 1'11 uDl! chambre pour
\'Ous; et ceUe chnml,re. je pui, ..-on~ la montrer. car voiri 1~ photo"raphic du t·aslel.
L s écurie ·• que ,·ou · ne rn ·ez pa ·• ,ont derrièrn. 11 y :tura l'iacr. ponr ix chernm; mais,
eomme il ·~t sage dt! .e horner en cnmmen•
,;.inl, nou · t1n :111rnn: euletnenl rJUatre. J'ai
dit. Qu'c11 pPit~el-rnfü'l
11 Mnis Je pense que nous na,i nous
en plei11 roman, en plein coole de fc:es ou
de Mille et 11111• ,Yuils, &lt;&gt;t c111e ce ~èrail wamiilique, admtr,1ble autant qu'e:draordinnire,
s'il r a mil des raranli~. de~~ JlrCUl'C .•
« - llt• premc 1 Vous &lt;lem.amie;, d~s
prcuYc ? ,le ,.aj · vou en fournir. Venez. »
Et il (•ntrainn, au pas de cour ·e, J'auûiteur
incrédule, rue Caumartin, à l'hcfü:1 oil demeuraient l'ancÏl'TI consul et ~a femme, tri&gt;.
près du logi · de l'aha, qui, pntir li; momcn L,
avait r lr&lt;&gt;iol on nrubiliou à n'occuper
qn'une cbamLrett~ . i e rue. 'cu·,..è-dt• -~lalhur-ins et donnant ·ur la cour. Qn'irnporlait
l'heure pré~enlc1 'allait-il pa en sorlir,
demain, milliouuairc?
On m,)nt.a l'e calier. on p~m;tra da.ru uuu
pièce e,igui:.
1 Tenez, dit-il •n tendant à 8.,uer une
ser1·ieltc hourr,:u de papier~. Le lrti,or t
là-dedans. Emporlet. el Ji -ez. o
Celai-ci, llue Lalonuail la cvrio.-ité, se hâ l.a
1

'LÉGENDE DE LJl M.JU(QUISE DE

d'arri,·er l'hez lui; et, · ·cnfcrmanl !t lriplc
tour, .::e jet., !He bai·,-é dans le d,:pouillemenl de ces acte~, de ce IPllrc~, de c, jugements, de ce e:xtr:1i1 d'hl p11tl1i•que , dt&gt; ·c
!!Timoir1' juridique portant bien de caractèr,•..
d'autbeulic.ité. ~éanmoim, ~on incrédulité
p,•rsî tait ou· la forme du doute lra\'èr \ de
Jé.liancc. Le lendem~ill, il de.mand:1 .à celui
qui lui ll\'ait confi{, le dos ier l'antoris:alion
de le sournullre à l'un Je membres 1,·s plu.
e. pert du notariat parisien.
L'r,. · men ne comporta pa d'hésitation.
a Oui, oe: pièce', fol-il répondu, ont
aulhenti1p1e.. Il est vrai 1111e je n':1i j:tmais
entendu parler di: cr procès. Mai- on ne peul
pas tout a,·oir. »
Une r1uintaine s'écoula. Bauer, i:011 ami
et le marquis de Païva .e retrom11ient CJJ·
· mhl , causant dans la sallr à mau•&gt;cr d'w1
coquet pa"illon, qui avait é1é loué, pour r
terminer la ~aiso11, près de la forèL de Fon1aincblea11. K... Ta)Ollnail de coofia11ce, l1aï\·a
para.i sait plu excilé, plu fiévreux qu'à
l'ordinaite: Baucr regardaiL. écout.,it. et e
ilemandail, par in. Lants. ~'il ne rê1ai1 point.
, ur re entrefaites, arri,a 1•t'ltrt) de l'ernlroil.
Il venait . ollicirer cfu riche gcnlilhomml',
dont la légende, aux alentour , :Ï\·ait déji1 triple t]UC dis-j ! dkuplé le million, qu'il
daigoùt. en ·a muni!iœm·I', accorder un
vitrail à l'érrlise.
« Combien 1• 1-i1rnil? d~ma11da n,; .. Ji ..emruent Paha.
11 - Oh l une mis ro pour vnns : cpl
1·P11L cinquante fran,:.,,.
H Commandet-le. »
Et le \lelll prèlre ~•était rdiré, en le couHant de béu 1diclioos. Quclqul's minute
plu tard, Paha prenait le lr;1in du ~oir pour
Pari~. JI aurait ln oin d • 1•oir Jules favre,
lcdendemnin. et de très Lonne heul'e, dis.iit-il.
Cewi: qui reslaienl à la mai ..·on allumèr •nt
leur 11011 reoir:; pour ga 0 ncr leur clnmbre
et leur lit.
Eu sl'rrnnt la main &lt;le on hùle el lni
souhaitant le rrpo' de la nuit, K... ajouta
ces parole.~ :
« 11 l grand temp que nom louchion ·
notre million ..!e ri n- &lt;le cJonnn à Pa1va
dcu1 mille deux cunt~ (r:tnr . •1u'il doit ver:;er demain an grclle de ln C.11ur de t·!I ·snlionil mer le purement cl s11upl,•:1wl'' i.lit louis'.
Rab! pourtr-0i jo,w,c'c I plu· a•t ,1ffisant. D
Cette ~"'réaLle fll'Usée lien: l ,: sommeil.
Le lentfomain, ltiu~ rentrh1•11l .. l'aris. Le
surlcnd1•mriin, Ba.uer, en p.,1·eour.1nt le· jonrnam:, d'un œil di~Lrait, fut arrJlé par CP.
titre, à la manchl'tl(' des l'ails tlirnrs : IIIC.IIJE
,,r 'Tt;RLH. DU CO TrDE p· .. ' lllùl ,, PunnGAIS.
Il oc fil qu'un liood et e prérîpila rue Caumartin. [l n'eut J)ns à qu •·tionner s~ ami .
C'était sur leur ,·isage el dan leur· paroles
un rnélan"e de confu ·ion, do colère, &lt;le désespoir inde criptilil ', à Im·ers lesquels e faisail passage, par boqucls l par accadc.&gt;s
le r«'.-cit tragique de ce qui ïait :irri,,é. ~
hmdi oir, lc.s premiers mol de Pairn, en
rcvo}ant K... el a femme, av.1ie111 été pour

leur dire :
-

ro3 -

PATYA ---.

et le~ ami , depuis de,; année , \'Ous O\'ei
été avec moi au acrifice, à la peine; je \eux
'(lie, d1H111in, vn11 • soye~ , la Îèle. A mid
. onuanl rand d •jmner ll la laison d'Or. J

Li.,;

l"\"YIT ,5 DE ,

1-

OF. PAil'A.

TIIEOPHllr. C.hllTIF.11.

\0US l'offr'. Aprt:~. et• sn.i la forte somm ....
Oo la louchera, le m,\me jour, a\'ant la rerme!ur Je I cai. 1ie, à la l~1rn1ue. 11
En cffr.:I, il ÎLJL uperbc. r' déjcnner. On
était dcmturé dem heure·~ Lahle, 'ouliliant,
nareant dan~ le l,onhcur. f'aïva buvait, ri.ait,
p~ai ?~lait : « ~ •e~l 111011 dernier ,iljnmer,
dis:ut-11, en 3J011t· Ill a.nssÎlol : r/'1iomml'
pmwrl'. "n Enfin, il e le\'a : « J"ai lai: é les
pi~œs à. ln mai on, par prudt'nce : je cour.
les chrrchcr, auendez-moi. , ll crr • le
main , qui lui ont tendue:, ri' un(' rapide cl
fiéH 11~ pressio:1.0nl.i .eol é1nn! L'éLloui.
·cmenl Liu million.
L~' minul - parurf'nl lon;r111.• . Elles tomL~ient avec lenteur. Achaque pas. dans le coulo1r, on prè!ail l'oreille; on ':itlendait à Ir,
voi~ ~pparnitre, tenant le:, fame11s1• · pièce_.
~lais il n ~c montrait toujours poiul. Deux
heure· et d,•mie. Deu heure, !rois r1uarts ...

per

OllflP.

!

~ L'inqui~tud~· nous pril à la gnrg,c. U11

acc1dcnl avait du se pr !luire. II tallair :ill{'r,
rhedui, s'iniorm1•r, .an · perdre un mome.nl.
'ous étion · arti\': d,:jà, lor,-c111c, au roi11 de
la rue, dcranl a d1•meure, nou apercevoo
uo énormP ra ·mblement. Que '•hail---il
pa.,é? i'ou. fend&lt;,n la foui•, •l, a\'ec milli:
peines, nous par,·enons à franchir le pa di•
la maison. , ou c11trons dan· la chambre.
lia femme to~~ comme foudroyée. Quel
speela_cl11 ! li gis:11t ur sou lit. défiguré, méconnaissal,le. Il ral:iil horribl •ment. Païva
s'était ûré un coup d • rcv&lt;Jh·er dans la bouche .

�,

111S TOR..1.Jl
,·i~a e était cou\'erl de ·an . Il n'avait
1,lu, c111e 11uehp1c momrnt. ii Yi ire.
c&lt; Malhcurew, qu 'J a-t-il? ,1 Il fil signe
qu'il rnulail écrire. On lni LcadiL lll1 crayon.
Il traça pénil,I •m nL · ~ mot : • C'étaiL
faui ... . l'ardon ....
- ,lai · le procès, rtiwotMque, le million'?
- ~li•nsoo"c .... Pardon .... ij
Toul ~· :1.1it ~croulé ... , On lran~porta Paîl'a
:1 Beaujon. li mnnntl pt.·ndant la uuil. On
ppril, pu de lcmp~ aprê,. que .a mère,
clont il l:1issail rnlre~oir la sucn•ssion gro sic
par d longue~ annéP d'é(IUJ'guc 11nu·i ·ieu ·e.
ét.ail morte. rlllli\'. par l . rrodi" lil~ . dt•

du oomLê Uenekcl en allend:ml d'ètre n maiIre se lêiiîtime el sa femme.
Il èlail lilré, en faveur :iuprè de prince
de la Confédération, accrédité à Paris, el, ce
qui 11'ê1ait point d?drugnalilc, il pô~srdait en

Un rt'•putation de l '•rrpnJe • 'érail formét•,
dan~ Pnri , ur I luxe iut \rieur du I mp!c
qu'elle avail voulu, pour ain;.i dire, se con• acrcr, rt dont 11• arli. tes le plu habiles,
ÎŒpiré d'elle, ùc ~e- oûl. cberchcur ·, de
e. r, ni.ai ies 11npfrieuse. , avaient parfait
l\•.xécution. Car t&gt;lle rn al'ait elle-même conduit, sur,'t!illé cl puu.sé l • 1ravau1 arec
ardeur. et li fau1 bien, di.11il-elle, amu rr
Heni-kel. ,&gt;
Cel hôtel ôe Mme de Paï,,1 était au plein
·œur de Pari~. 011 le recmumi . ail &lt;lu Jehor
à ~l' large bai vitrées. 11c porte de hronze
·culpté, lonrdc, rnaje. lucu l', 'uuvrnil . nr le
\'eslihule orné de rno.-aïque. cl où . 'alloo·on fil ·.
peait un h:mc de marbre rouge, au-dl',sou
L'rffor1dreme111 &lt;l Paï,·a dan la honte et
d'une @luce miroitanl dans son c,,drc d'or.
la morl n'arrêta pa: l'iiscen ·ion heureuse dt•
Quatre port · C1l indiquaieul le. dr"a!.!cmenl.,
la marrp1i. e dan: le luxe el l;1 ,·oluplt.
Cl. pour peu que IP )l'lll 'arrèla. ~enl à
« L1· hu~ard e l le plu: grand ro111ancicr
examiner le· mali~· de Lroutc décorant ce
du monde, » a di1 Dnl,ac. Ct&lt;lte furl'I.' m . 1~
portes, il ,zoùlaienl le ch;1rme de fine ci erieuse aida -i111,ruJièremcnl à contenter 1-e.
• lt.irc • où Pic.1ud arnil gr:m: pli1.-itlur de
appêtits de lu~e ri de domim.lliM pnr l'arall~rrorie. de. La Fontaine. Toul en fac&lt;', \'OU.
genl, lor. qn'tllc mil ur 011 chemin le corole,
ÎO\Ïlait à pénétrer plus avant un petit .alon
l'ular prince lit m·kcl de Uonners11 llfl' k. El
d'appar1•ncrs fort !,jldui~nle!'o avec es peiat'ollcml•nt c:ct homme 'cta1t épris de celle
llLres de Thirion lit~ura11L, ,•ntre quatre mél'emmr. El rnici comment - le ùélnils m'rn
daillon~ gardés par des grillons symboliques,
l'ur ·ni rapportés d'une ·ource très sûre le Génie lray1&gt;r anl les air~. tandi · que . ,.
eUe ·ut l'allacbl•r à elle el le , rJ1•r.
Jécouuait, au-&lt;lc us de la &lt;·hcminiie de m rToul cl'ahord c\lf' · •!ail mo111r ·e pre fJU&lt;'
lJre noir, un, femme demi-nue a i e ur unt!
Cll&lt;hé llta un cl C",
dédaigueu. e, indill'êrente, . e refo .anl à faire
ùrancbc morte, une .Ariane en pleur &lt;p1'on
La IX\'ITÊS DE :it"'• DE PAh .\ .
le si•m1• 1111 ïl avait d~sirë d'rJle, en tichruinc
aurait rnulu eon ·oler. une amante trahie ·e
AR b,;; Hot,SSAn:,
de lib~ralit~ prinl'ière~. Il arail perdu pacachant k yeu Je d • espoir, parce qu'elle
tience. li n'était plu" à ParL. C ful elle,
ne peul attendrir lt.J dieu perfide prêt à s'en,·oler.
alor ·. 11ui ï1h-il le &lt;e mortel préde· tiné »; elle
enlrt&gt;pril dr le relrom-er hi •nlùl et d · l'assu- ~ilêsi,~ de' mine &lt;l zinc d'une extraordinaire
On sarail, en •ntranl, dision -nou. loul à
riches. e. Elle n'~Lait plu de la première jeu- l'heure, qu'on a\'ait pa. ,é le ,euil d'un temple
jetir &lt;lëridémcut ù sou pouvoir, Lt' Lemp
prt&gt; .·ail. Elle partit pour Bt&gt;rliu. tr ronsti- nrs e 1 ; le jeu rompli1p1és des îard ne profane ,·011é à l'cx:iltation de la lèm1u, el tic
•merncnl dou l clh• 'étnil munie tombaient Mgui ient qu'irnp~rfail1:ment la réalité. "'011 la mluplé. Lïmpre sion en lttnit rrn&lt;lue plu
ju te; car, le lendemain de . on .irrin1e dans prince allemand arnil plusieurs années de (',omplllle dans le 'alon immense, dont ll's
la capitale Je lu Pru ~r, JciJà 1· • yeux amient woiru; ◄ 1u'elle cl, an doulc, il ne l'ignorait cinq hautes fenfües, abritée contre Il!
rencontré b HmX de llench·l. Toule I', n- point. Il avaü pri la · uile d'amitié plutôt clartd: trop Yi,• ' ùu jour p:lr de: riJeaux
cicnnc ar,lcur du ,-tl'nlilhomme . ilé· ien 'rlml nombrcu es. foi elle avait 1• tti.li ·ma.11 parli- !-Omptuem Lomltanl lt pli. éptli , ·'alignuienl
ravivée. li UJUlliplia se,; 1i:-ilcs au « , 'tfla1lt- rnlier, le cbarm(' ec:ret, on l'imagine; car il sur la fn çaùe entière. Ici, l'allenlion se perlio11Ie n, oî1 elle ét:1it de. œndne, 1111 hôtel ne ces. ail point de la coml.ller. lu jour de dait, éhlonie p:1.ruii (ant de déra.il&lt;i d'él '•gance
de tllO) CII ordre j non loin de la cèl'·bre pro- mai, comme il enlrail dans ~à chaml,rc, il et de beauté jetés à profusion; elle errait
nlt'naJc herlittai e « 'nier dl:'n Linden 11 . avail dit Lramp1illrruenl: 11 J'ai acheté pour des guirlande cl de ro ·ace , ·eutrcloçanl
,·ou. la L'rre et le châte..1u &lt;le Pontchartrain. ,, comme des clmin de lieur, et qu'une maiJ1
. avante en l'arl d • limuler le d 1,ir an
le· cunt.cnlrr, elle h: lail', ait roujour ·. au Il "ennit d'en donner d •nx million :uu habile a,aiL cL ,!él' dan le. lamhri de
terme de i:e entrevues, in ·atisfoil d plein d'O ·mont'. La pluie d'or coufait dans le
diène, nux pann aux dont les peintures
mains de llanaé ouvertes pour la rec \loir. étaient s t1parées par des colonnes incrustées
d'amour.
[ne après-midi qu'il l'o,ail quill~e. dtic;u. L'hôtel que )fou.,.uin avait commencé et qu
de lapis. Elle , e r1·port.ail aux consoles à
pre. quc irrité. parlanl de rumJJTC, mai~ trop Lefuel a\'ait ache\·é de con lruire pour •Ile t.alile d'on)X supporraot de fi 11ure de bronze,
possêdé Ùt: pa Jou pour 'y Iésoudre, t!lh' aruChamp ·-EI)' é1•sétait e timéraloir,décoré, sorties du ciseau de llalou, ou ~e Ji ail li rona,-ait o. é une danger11use partie. On n'eût pa. meublé, urichi de men eille.s d'an, trois
idéri&gt; r, ur la cheminée de marbre rouge,
tromé chez elle un 1.l. fu \·aillant. Lr _- rt' pa de milhorL ocl . .\joutez à c1•la deux millio~- de le vase antique ontre l Oan duquel 'aptonte . a journre ~•étaient réduils à une Lranchc rente cm,iroo "-llr les fonds puLlics. C'est fo puyaient deu..'I'. frmmes de marbre blanc,
de p:cin an•&lt;· 1111e la~~e dt• 1lié. Elle alll'ndail. sort qui lui ét.ail fair. Et. 11uand elle n'eut dévè1ues jusqu 'i1 la ceinture ; la Ju iquc cl
Il r -.:1i111. On repi1rla d'amour el d'afl'aircs. 1l plu rien à onhail.t!r J e ~e ricl.ies. es, le l'llnrmooie , dont un.o gl, cc énorme r ·llétait
atrape ilé ien lui offiit .on nom .
lui représrnta, en de. termes pre~sanl ', qu 'nn
duus la lmnière les formes Yellt•. • Elle royaLa petite JuivP d'a111r1 fois •n était arrinie geail1 dû place en place, el quand elle avait
million ou dtux par anné • ne seraient pas à
méprÎSl' r au prix d' une compl:iisanœ. î facile. à ce poinL d'opulence d d force ociale défi- rapidement dlleuré les tahlraux de D•Jaunay,
Elle en riait Li II romai111·ue d'1min ce, ·lie nitive. ,hec a c,mrianre l'O soi mèl 1e d'or- de Boulanger, de Lé,·y, de ,1rome, elle nr
eut l'air de céder à la persua ion cl se déclara gueil, elle eu nllribuail le résultats moins pou":ul plu se détacher du plofond de Baudry.
vain.eue rnfin, dans 1111 Lrau ge~tc la de dé- ~ lo façeur de circon. tance · qn 'à l'énergie t&gt;l de l'admirable frestpie où le pciolre vendéen
faillanc •. Elle était devenue l'amie pa, . iooué • à l'empire de .a volonté.
avail [ail p11lpi1cr le visiou · lumincu!ll!s du
.:Oil

1. r'è il Bre,ltiU 1•11 l~::ïO, 111 rnmle !l1•rll'kPl ile
()011 nerbman·k a•·a il •1nelque 111m1rs rle lllJli111 qu'elle.

'.l . Ara111 ùe pa•'&lt;!r &lt;l u ma11111is •l'O!lllt&gt; nl o la pu.-

session ,J~ P1i,•a, te d omai M nnit ippar1Pnu ~u
·hnol;l"lier Philippenm: el il son pe tit- ,h, le ,i.,mt c de
'l aurepa . mini 1re de Loui.5 ). Vet dr l ouis '.'iH.
..., 104 ..

Elle po. l!tl,it, ~.n ,miro, eu Uois de, Boulogne,

le

pivi11011 qui fut 11chèlc en dernier lieu par t hauchard.
llcnckel y mc:&gt; lllil clu!vaux.

_________________________

Jour cbas,ant la :Suit. Ce chcf-d'œnne, à lui
!'cul, n1lail ton: le. Lrésor, de celle demeure
lrop Lellc. Pui-, c\\taient le . alon de mu·ique, dont le principal ornement élaiL Je
charme radieu de \énus orlanl de l'onde,
one sla!uo de Pirou; le salon de jeu, qu'éclairaient d'en lm1t quatre pam1eau1 do verre
gravé el (tu'avhaienl, au. muri1illcs, le~ fraiche' J1{'Întnre de Ori-.Pt, une trilogie de
grâce, d'ing{,uuité, d'amour. sous I •~ a pe ·L
de ln fomme-enfanl, jeune fille et [rmme ; rt
enfin 1{· lien du r1•s1iu, la s~lle 1i manger -p3dense cl superbe, a,·eo . es lampadair de
haut styh!, es quatre double, port.es df'coréc
&lt;le~ pcinhire' dll flou,rre, ·ujcts dl' cha.. e el
de vie c:hampêtre, que dominait, au plafond,
la Ire 'lJUe de lJalnu : Dialll' ro11chee .,mr 1111
rel'/. c·1it.1it la rt&gt;producti11n lar~e d'un des
émau.· les plu fameu\ de Bernard de
Palis ·.
La dt:scriplion est lon •ur dt1jà, l'l nou
n'a,·on rien dit du )é,,end;iire e·cali!'r où tout
étail d'on x : b dc"ré , la rampe. les ba!uslres et jm11u':111 revèlemenl mural; ni du
palier du premit.'r étage, oi, l'on 'm'èlail
irrési tiblemenl à en1·elopp r du regard comme
d'une care se, dan la paroj marmor~ennc, le
médaillon d'A1uphilrite, uonchalammcnl a~sise ·ur un dauphin et commnndanl .aux Ilot
qui berrenl sa lteau té; ni de la salle de bain.
une mrr,· •ille où l'imaginolion la plu raffioéo
n'ayail pu se satisfaire qu'en relc\"anl d'une
somptuo ilé inome le ·er,·ice d'une femme
amrmrcu. e de on corps, parce c1u'elle lui
ùe,·ait la po e . ion des bien. le plus envié
de la terre 1 ; ni de la cli:unbre à coucher, le
a.nrluaire, avec son faste intime elle triomphe
insolenl du lil lout incru lé de boi~ rnres et
d'irnir préciru emrot ouna"é-, 1 lil po û
comme u11 aulcl ~ dans une niche de repo ll.
au-de sou· d·une .\urol'e plnnanldans l'azur ... ,
\lai la plume . c fa se à dûpcindr • ces recherches infinies el tout ce luxe di:ployé, où
l'on senLOit la pré.&lt;;.cnce d'une idée unique d
glorilicalion per. oonelle, pareille à un défi, et
c1ui linissait par LICS'-ct le Jeux el la pensée.
Mme de Païva pouvail ~e déclarer ro11tente
d'ell -mème et ùc la ,ie. Elle avait la waison
la plu· dégante de Paris. es diner. étaient
exquiscrni•nl renomm~. Chez elle si? réuni,~
'aient la flt•ur de. arli tes el des écrirnin ; el,
comme elle ,wail beaucoup appri. , au cours
de son t.'ti Lcnr.l' ·osmopolite, elle a,·aiL la
répulalion de ::1\'C1tr eau er. Parfui~, se~ arLislei-, 1.-cs ;;eŒ dl? lelll'~ cédaien L lo. place à
des 0 t&gt;n: de ftnanres, à de hauts bonquier..
Alors füue du P.iïva ne se m31aiL que fort peu
à la comersalio!I, mai· n' n perdail pas nn
dé.ta il el en fohiit ecrèt~menl son profil. (n
moment l'énorme forlunc du comle de llenàcl :ll'aÎl paru \'aciller ~ur .a ba-e. Elle y mil
la m~in : et, J'aprl'!s des induction adroite1. f:PIIC! salle 1t~ hnin ~Ulit l'une ,1,,1 pi••ccs ile
l'li,t~I 11!&lt; plus hnbitées pnr lmc de l'ai••· Elle rr ,enlail, r,011 a-t-0n ,lit , un c,intjnurl l,c t1111 dl.' rolralcllir 1, coun de .un •"'!! bouill,11111a111. En \1lci1t l1i,rr

elle

• t!

1,l1111g e."1il

gtncè et me liait
propl'I' . p ;dn 1.

11111,

à c1•s

reau

frni,te, . 'hnhi loil à. l'uir
l!auitmlt" unr .nrl1• ol 'aniour-

L.P.

1.'f.G'ENDE D'E LJI

meut a1s1c el utilLée , elle y avait ramené
l'ordre, l'ét1uililire.
En terup · ortlinairP,

$
tonl'iv l'taienl
des intellectuel de premier choix.
Quelques-un de ceux-1' . •~1ipclaicnt Théo-c
pbile Ganlirr, Panl de • aint-\ ÎClnr, Eu,,ène
Delacroix, Bamlry, ~:mil• de Girardin. i l'on
j~nail l.;.ozlan· el llous,.iJe, on a,niL à peu
près nommé lei. in,ilés de fondation, le élu,;.
il' pouvoienl amen •r aYec eus d'antres botes,
de leurs amis, pounu que les 0011\'eau 1·cnu,
rrpondb. rnt au !"Onditiuns d'élé:.:ance pirituelle de la réunion. On y procédail aux ,·oix.
afin de tomber d'a cord ur le choix. des per·oon •~ el de maintrnir sau 1e tlle hdle harmonie dïntelligenœ, en Mle ~uupauL rhez
A·pasic . Une st•ule femme avait eu le· honneur du 1·ole, à eau e de sa beauté parée
tl'esprit: la émillanle ·l 1cri1·ant&lt;' ~lrnelloger
de Beam·oir, qui, de lemp · L'O temp~, foi ail
fooe à l'amphilr ·onne.
Dol fnçon co11raate ,·enail'IIL 11ualre dineurs
aUilrl' · a}alll c.bacu11, aupr de lime d' Pa.ha,
.on rôle caractéri ·lique !!l dillPrminé : r..mile
de Girardin, de l\l,eim;, \ri-ac Hom a1e el
Dnmonl, I' oh cnr llumonl.
De f\beims, un conseiller ~age cl pratique,
s'occupait des intérêts Je la maitres e du
lo"Î . li était on cbar!re d'all:tir · officieux.
Émile de Girardin Jeyail IJ leoir au courant
de fiuctna1ion~ &lt;le la polîlique. Le bel el
rianl Ar èoe avait pour mission partirnlière

Clt&lt;b~ (llraudon.

LES 1x,·1T1' , nt .\l ··

DE

P AlY .

fü·GUiE DEI. ACROTX.

D'.Ji'l'~S SOII f'Dt-/YJII fJr lui-1nt 111e. 1,1111sèr "" lOUl'TC .)

A l\1nil rle se roli-1•111iun . , rlll' lardail ii se mo11lnll' . . ,, in,·i1 •, •ltcn,lniPnl. ild,oul 011 • i ·111 ~Illon,
t111u 1·oulù1 hie n lr ~lilln ,t~ a pré!-l!IICP. la m«e•ll'll tf1 r 1ur~. lien l'ijlrr ,te 11 d1cmin~r très llaulc
ne llarnhnil , ne ,·r èp1tai1 ni l,oi ni charbon, mfti~
unt lrmp,1r~l11rc lièilP 1&lt;ll,il 011tr1'lu11u,• par ll's bou-

che inn il,I,•, du calorifère.
◄ 10.'i -

M Jt1(QU1SE

Dë

'PATY)( -

d'amuser ,a curio ité: il lui délllillniL en connaisseur la chronique de la galanterie co·mopolitc. ~r se croyait-il pn à cela mieux !ondé
que personne? A l'entendr,~ il revenait san
c sse d'une excur iun 11ou1·1•llc dan. les LouJoirs du meilleur momltt. Il t&gt;n C,'l.u ait d'abondance ... et dïmagiuation. 11r, nous le remarqueron en pa . ant, Ar~ène Hou. aye ne fut
pas, quoi'lu'il ) prétendit, 1111 rrai mondain.
li était prié au réception du duc de lorn ,
Ju prinet' 'apolfon, dt! la prince'. c lfothildt:;
il av.iil ~on tour aux ~érie de Compiègne:
mai. il n'allait 1111c r11rt p Il d3n., 1.. CPrcle
arislocraliqucs, dool il a Laul parlé, Lanl
llCriL IL 'était éll!bli d'aut,,ritê le Branlùme
de dame· galanl,c;, dt: ·on temp~. C'c l qu't-n
1éri1é il ne connai~!;aiL hieu ciue le d,•mimondaine , les coco11es. k lillL'!i dl! l':iir. A
s reduutes, de. r,•mme de la O(·i'•t~ ·'avenlnraient, :iimant à îriser li· pC::ril ~on~ l'~rmure
légère d'un capm:hon de .atin, 011 curieme.
d'appro,her, à l':ihri du nias11ue, ce nrolée1ùe la famille, qui ne ~e ma quait!nl point,
elles, e1 Ji\'raienl nux regard~ furetl'urs de
corsagl!S très onwrb .... llou. aye se lhttaii
d'ètrt· un des rè,,utier- de .\hne de Paîva. Il
était là comme chi"z oi.
Quantau qualrième, M. llumont, il tenait.
aux r pa~ de la m:irqui-· , l'office spécial de
dégm;1aL •11r. Qui connut c lui-ci? Il 11n rut
parlé, de on temps, en des œrdes dinatoires.
Il n'eut jamais, que je sach , les honneur~ de
la chronique. pas mème du moindre bout de
feuiJleton. Le plu· mince per onnage du
groupe, il avait ·on originalité, pourtanL. On
l'ob eNÙl auc quelque , nrpri.c . ié eant.
légiférant à table. Et pui ·que nou. l'amn
cité, pru- occa ion, entre le lia Litués d., &lt;t la
marqui c des Champ -ÊlyséP n, nnu pou,oos au-.si bien nous arrèl 'r un momenl à
tiSqui scr la silhouellc &lt;le ce héros effacé, qui
prétendit à faire JIOLoll' ligure dan. le. ra I.e.
Ka lrouomique ·. Guy tic Charnac~, :mquel il
ad~int de cotoyer le per.ounuge. chl'z Bignon
el ailleurs, plu ouvenl 11u'b • on tour, m'en
n:traç.ai1, un .oir, - cotnme il égrcnail un
chap,•lel de souvenir , el hicn finement IOUll~ une série d'anecdorcs.
Les ,léjl'Ulll!I'" cle Big,1ou l Aurélien eboll
en a.saLonnail le menu du ~el 11, ~on arlicll!
du jour ou du !end ·main. EL l'esprit. de. causeurs dén!r,ail . ur cette u:1ppr. faml.'n , eL
aliolie des {•pin•, de haut ~oùl.
Ch.1r11acé ) pren:ut plare, l'heure sonnante,
rhaque jour, awr .\dolphc: Gai Ile, l'lwmmc le
pins ~pi rituel de Fr.inœ. a11e1· Scholl, l'improü leur toujour · eu halein,• tlu d •rnier é&lt;.·ho
pari. iea, Édouard de Hhcims, uu dilettante,
le rnarqui · de Tbolozon. nn original, el ce
Dumvnt, r1ui n'érait rien I qui de ce rim
arnil su e faire un habit ~i Yoyanl qu'on li·
retrouvait parloul. Quoi de plu bizarre que
l'impor1.aoc.c dont s'élail gonll :, en low; lieux
Enlin, t ll tlai;:n• ,·cnir. Ellé apparut, con,me n• •

rerLs ,le l'()céan, ""l'l' luules c.
èwc r1 u.ll·, rui "=''"'.c sur lo nu de &amp;t"• ~paule N
1
de e 1,ra•. • Ah ,ht-rlle, n aulrc J}rt'ambule , j~
i;ws encore 110 p •u 1,Lru~; c'l!i;l 'JII ja \Îens ,le me
f1ire cniffcr pu 1111 fc,11111 ,le d111111l1rl', les fen ~Ire.
Ioules gran1le~ ou,t rlrs. •
wlu11p,lp 11 s Hnl

�---------------------------·

111STO'J{1A

où l'ou dioail bi1'f1. c• llru, 1 1 Il J 1 ~a tro,,
n ,mi: 1111
luail l'inltml! me urt• a p:irt
,l'esprit 11 de rult11r1•. Eu rcr:111rlw. quelle
1, lie cl . a,antc four-11 lh• ! Il n·e. i~1ail 11uc
par s • e.t ntridté de ;;ourmd. Il n' ,ail
point, hormi cda, J' eu. à pari r. el d1. i
haut! 011 n,i lui connai., ait point J'aulr(• itu. Lion. lai. lle-1' lui ufh~ait :impl,•menl. Il
·n lr n ·hait uel 1 1m rl.
Lor:;.1uïl arait à ~olùt r Je,- denitr de a
liour. 1• : • Mj 1111&lt;:r b liilu l , ch z I re;l:iuralcur Ui"non. ~on ordinaire ét it frll'•aJ, I.e
menu n'allait gu·•re :m ,lelà d, la 1r-idltionnell côt l Ile. en r..,nt 11uc morce.'lu d. r :..il {" •, ·l d
œuf ur le plat en 11i,e
d'entrée.
Pour c •lie rabon d'c lrèmt\ implicité,
o'all .,. pa, aoir 11ue 1. Dumont ·11 monlràl moin. dirlirile, el 1p1'on pùl ètre arnc
lui moiu ~ a· . li! 1111 llllll pr,inl ! 11 conce~llÎl un d •r~ de pcrftction dan. la préparation
d • res m l.s, ulumier" au11nel on n'aud ..nait
jamai ù son ••rJ. Cne . cene J lltlTn {die
t'DOU\ !. it lré1p1cmm ut. On apporlait ru
•,:rém11ni1• 1~ œuf de "· Humont. bi · il
n' vail u c1u·
j1 l r un r •ard, un cuup
J'œil r:ipiJt1. JI lait lm~. C'é1:11l dét table
i1um1n1r:1l,I • ll11 11' \'3ÎI pa~ id: d'une t
Il ;.,li ('ll~t• '.
- l ilrt. J'hôl ·1. clam:üt-il, foi · venir
\1. Bi••non.
El h• cl, ·f ,1 l'établi ·emenl
oLlempérait à on appél. Il leÎ"ll il tl'écout r
\e un· irco11 p lion p~rfaih• le gri ,r d •
•on lient .

li:

Jaru ·, mi ·un. Ill ne p.,~ r rler., 1. dc"r; d.
rui ·: uu n'.nail pa · 'tJ cou forme a1n r g!ti
J 1 rl! l'our un ttmnle d • llrillat- ·a, rin. il
était loin dt&gt; po,s,:dl'r la honh11mit· 1•'{11ui c, le
. aroîr-duc et le lion lo:l Ju 1n:1rri Ir I rt1,:r11rien rp1'il avait pri,; l'Ommc mod?-lc. ll,1ns
une tl,·rni' rn -.ir,·011 1 11c , ·t.t bomm •, . i
bi ·11 inform1: Je l'rlal J1• cui i111:~ el ,1 ,
t• v . ,fo -~ ami , faL il oh t!r\ r II mailr•
d.c la !niilinn l(UC l'hrirmu111r. parfoiw. le m ria~' idéal d'un rnl in nwt~ raflin I t ù'un
lilialion d choi . nrnit c i : un Lar1111,
J'nn · anné • aat 'rienre. cl J,• lui-m~m • il
inJit1u:1it ccll ann pn'. i •, dont l'amphitryon Jr. ail arni.r encore 1111c p ·lilt• ré en·.
- •Ion dur ami. je ·roi. •1u'il n w· n
rc le l(UC 1[11 lre ou ci1111 uoulcill.. '" - ,\lion-.
u on l'un de
111mtr ou l'ÎnfJ ltouteill ·~.
011111w 1p1el11u'u11 li. Je Cltarna1·é
11 ~wnne,
r(.l'riail qu'on étail arri1i•
prei que au de sert cl qu'il ét.iil inulilc d'cnlam r de nouveau ,in, J,-. "én n•n Lùle ne
,oulanl rien rcru e'r aux rantai. i •s J \I. 'uumonl, .i • ~. ·,e_ 11u'ell • p ru t&gt;nl, donna
l'ordr · d'11p1 orter le préci u flac.ou. EL tlumonL fut l'un J ,- rar · couvh· • •1ui • l'c1•pta
d' recourir. On ail it c hcr de lahl •. L •
Prr de lluruonl r 1.1it plein. On ait ·uJ it
ru nt l'awz-rnu tm'l
- 1 i ·, c·e,l Cm illier 1111 néno iant 1.:11 qu'il eût ach v: n L:ifJitt •• a C' l fait, »
vin ri nom, é tlu jour) ,1ui 111 • l'a lourni. » ,lit-il. Il av. il Ier 1 1111 i;nre ,a1L • Lreml' ·r
.• l l'autr · d r 1plio1u r d'un ton p rcmp- 1 l'·,·re, "t, le p:i anl plu i1 ur r pri ....
. ous , n, rin entl 1c d'une npparentc :.-ali.to1r • :
« Il n'en a pa,!
hction ; « forveillcu I mcndllenx ! • Il
li . ,ail ou plutùl tc11:til à fuir(: accroire n'en lml pa une "oulle. on •lît&gt;I él il proqu'il .·nait, à un• 11 r nn pr'&gt; • quel
duit. li n' n demaml il I'·'- J:i,anta .
étai •ol h•. aen , à Pari , 11ui a,aicnl ou
C'étnil. ~n om111 •, un p1•r-cim1a"c ridicule.
mm il fahil l d1os , ;rieu cm nt.
u·a\·aienl pa &lt;lu hàt au-L. roxe. Il afhr- \f ai
111.iit oin i d,•s cho,t• l' trn.ortlinnirc a,cc il en imp&lt;&gt;~i l de m rne; il jn !'nit, prom111J' niant plu~ d' ,. uram 1111'011 m• pou,aiL çait avt..-c l':iutorilé d'un or;1d • Il ~tait à lui
pas le conlrolcr. llcnckd rc t:i ,an vei , ~eul la loi el li! propb~tc eu m.1für,'. rnliL, 1 menti clul-il on "r li p rl i, moi. nair . n ,i.: ft\l hic11 p:i ,é Jt• ou npi.nion:
1•nlilhomm • n.:. .ien, \ C ,ua fortun , mais il IÎ it panenu à faire roirc, en qu ·l1111 lionn , mai ·on. , ce dthu l, t •ur consomin •c I re · our
Ub limil • dont je di mé,c1 piqu1i-a ·. i1:ll émérltc,1111 •, ·w1 ,a pré}'O.l' pour coulent r mes dé in., j'offre ~
Jin •r à 1111 ,:, nLilhomm pari,ien. Je croi
mcc, le meilleur de r p:i u'ci)L rnlu rien.
n'y al"oir rien 11~gli 1• El t(UanJ je lui offr
on. dit J
ur ; on ne ronnai, d'un rrù d~ · plus rare
1 11u"' j'ai lieu J
de vi il
hez \lm d• Pa1va.
nppo, r tl plu. :mlh 11Lique , c'e l pour ·
T
nd1!. d
fUSl l'nl co1werl le
m'cnlenJrn dir • : « li n \·n a pai. ! 11
in doubl
dïndi u:11i,,n el de
I.e même Dumont. e lro11,a11l à (i , pr~ ,i
en: 1c à l'iJt
ule qu'ell s pus rnt
j •tlu d'alll'r urpremlre l'un de
awL, à p
tapi: de II la
·ourtisan ».
l'h.ure du souper. 11 a pri. n anmoin, la f
pr tl'aulio11 d • lui lélt:grnpltitr, le matin. ~ou P
c, le homme
eu.t 411nlilié ·
• rri,é. 1 mailr·. d •la m:1i on. fort trou- en talent, en rou. id 1rat
·aic11l n
Liée de rt..'t'('\'Oir à J'imprrni~t un tel el 'i lui compo er 1111 cercle.
·:iit, pre~quc
difhcil' , ,n ·Ï\ ', mai tout dl:,ircu d'an,ir cl1aqu
· 1 a ail
jour r • crà lui pr I rnt •r, • défaut d'ortolan , une pP ·e vé. p
in
'"en&lt;lrcdi, où elle n'av· il
de r(. i. 1 nœ, court chu .e f1111rni .. ,~ur,. qut• d
h·
dimanche, où il étaient
i·
ch n"eaicnl poinl, tout
Dé~olaliou ! il n'y avait plu· d • filet Je Lœuf. vingl.
1t
omhin, i on vari ·. _ . Ln
U u r ·,terait l,i •n no, le uJ et uni,pu', cn
mai. on l'a promi i un riche élrang •r. Elle tahlc était magnifique. (),s m L. Jn dernier
iniste.11 l• lui faut. EU l'e111'•\ • i1 pri1J'or. rafûn m nl ac:comp:i"naicnl le· primeur
On a dù lripler la ,,ûeur &lt;lu m11rce1111, l'em- lei plus rar . , ..:uait-elfo pa.· le don ma •iporter de haut· lulle .. tai , Ui u oil loué! la 11ue qui perml'l qu'on soit toujour en
Îlualiou e... tsam~. Le repa terminé, &lt;.Olllille aY~n
k tr:iin
· · d · · d10. ' ,
po, Me, 1
oui.~ a,nnl
on rcntr11il au .11lon, ell, · xcu ~il aup~ Je &lt;JII 'o
i l nl prc
a"VaiL donné
M. Uumont d la ml-dioi:·rit: Ju ùincr qu'elle qu't!
pour q11
,itrine d • ·
wnnil J · lui offrir. - \u moin., njoul -L- , ''
·erre rh3ud •s de Puntcbarlr:JÎ.ll. l fruits
dle, rnu · aur z eu ce fil,•t. - !lu filet, ma-

r nt, f!UÎ connai, iL I fori ml,• cl ll('nd il
l'ordr,• ;
- Enl 'WZ tout ,fo ~nit •• œur ! O
Et cinq minute. apr··· on rapport, il le.·
m~m • l uu~ au rhau,J. ,\ lnr · nolrr hornmt!
l'OnJl!,ccndaiL à r •ronnailr 1p1':irnr un peu
dt, boun,• ,olontê et 11'. llrntiou ou arrimil à
pré,L·lllt!r i:onwnat.1,•mcnt le
hos1•s. :on
aplo'.ul, e.l .-a d'.:111 ,naiPnl rnulu 1p1'il ne
ful pm:u ouLh 1 sur le, c:trl , ùï1nitJlio11
de fme de I'. ,n. n•\'l'Oll llll(P.,,-c Je llend,cl, cllti :n. il •ard. ,. li hil11:. 1 n ir .i
l'un d C(' Jrner- d1,n1 1 ei"rh·ur J'out; •
Rhin faisait lar êlll\~111 lt&gt;s r..7iï,, le m:iitre
d'bôt I ch, r t du ·pnic,.• 1.h ,·in. offraiL un
~hàlc..111-L roze dr. je n ·ais plu quelle a11l1que et v111 1r:1blc annét-. Ou mont, 1111rp1el on
pr ·1•nte la Lout ill • . 11 lour, non . Il'
énoncer, comm il con~Ït:nl, la date et la
qualité du 1.:rai. indique ,ii: la main ,1u'il n'en
dé ire pas. lfonckcl, •tui . 'e·l apcr~n de ce
e te n ~ atir. 'étonuc el.
tourmul · r,
on htik :
• Pour,1uoi n' n· ·pl .Mon point Je ce
Larme l
- \Ion I ur le · mie, permell ,-moi J,
,011
lire, er , u, ~ i 1111 · rim· lion : corn•

rr ·

LE ISriTJ'.:
PAl'L l•t:

li

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AllfT

Di::

f' n·

\"I« TOII,

« - .\h ! mon&lt;:ieur Ou mont, rJpondait-il
cn. levant 1 ·ux au ·ici, i vou. ba, it•z quell
peine nous 3\'0R. à nou fair crvir ! »
Pui., e tournant ,e~ J • arçon Je rc tau-

LA ŒGENDE DE LA MAR.QUISE DB PAirA ~
. e
- tirait J a pr rr
·e liai- t•ul prel à l · eu ilfü n toul
1
pr 1sentail aux (r ·
:ni nn I qu'il ! eut Hl d, rrai. 1•s ~unrme .. 1
•
fait
c3r téri:liq11c
en pl in liher. &lt;l t(U i LI t'r la nurm ndi ,,
ni, pour 11b1t•nir ur
dt• ·r~ hiit1•,. t.a m:1r1p1i.c mettait l•· prix ft•mme d
toilait pa r
•, .,'ét:JÎI
·l n'était pa, r:rhée •111·011 n't·n ignor;H JHlÎlll, 1.al llout
rt.:1ra11
•
nd
nt
autour d't•lle. Pn1 arri&gt; -Ulidi, tlt• familier·,
11111111ni
Je rf' palai ali1,al,c,,1ut&gt;. cotnm Ji,ait Her- ~ilalll
ntra,
p
0crat, Emile J,• Ciranlin l llou a~e. e pro- cho.
s,·: ,
, unit[U
1
mrnaient Jan· )l' j r,li11 :
plan I
mi · Je
e
11 • uellc peut hien ~lre la forllrn 1!1•
que
out.-.
Ha1:1111lant
cela,
die
n\.iil
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di •lle lam('.nl,1hle. On . ra r'Juil bi ntiil, d coloration ro
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mai •re. , D • \;·rie Paul tle .'aint-\ïdor, qui
11 tour. i
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or dl', rbi•w1u.
érouler tme J • l'a1,a, quanù il lui pr o.iil \"erl ondo ·an
11i.;a11t toult' lt•
fontni·i' Je rapp••lcr de,- détail d i;a ,ic. de _ur 1 5 épanl
n11tc·
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e ri.' :our ·11ir :, haut voix. C'ét,iil uuc élr:ill!!C
leçon qun de l'enteoJrc po.cr en priucip~. cl h11is,a111 por dire 1111 1 !'lu Le.111 ton de
.upt rbcnH!nl,. a théorie J la "olonlé,nffirm ·r la pal •ILt• c l •nron! l.1 c.oulcur d, chair. El,
,·oisin~ "n 'ticou•111 lou I arrirn par t••lte forc.e imfo idurlle el p,•nJnul &lt;JU'il rharmail
inair, ,le ,-{111,1:uir,
sup, ri •ur • qu'il n'. a ra~ 1fo rir ·trn~tanrr el l, ni lui-m me. Gauli •r
qu'on e crée • ~oi-m~me l'occa:ion d par- la ligure 111m de 1:~dali. . une maître . c ro11~ ahon
H•nir an bul. li ad1cn:1it •J11'un philo opbc m:111tiq11c a
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p-Orll' ()Il entrain hal1ilm 1. l'an! Je nint'it-tor, ce eolori~lt· de la l'lnme, rhrrchail
de, efJj•t ,1 lr111wail . cul •mt nt 11(' phrn. ~.
Le~ Gonrourl, •1u'on :mit am nt là liien
iroprud('mn1t11l pour la f:!loir~ d,, c Il • qui
leur- Jonn, il i, Jinr.r, iaminai('11t &lt;l'1111 œil
.an. romplai.aru" la ùhiuit 1 du li1•11· el l'aspect de ·nn l"Îs:i . ,i,·il li, peiut l plàtt· :, a,·ec
de fou . . ir_ d' ctriœ_dé pnl\Îll • ur le retour, romme il, l rt'pri-,,•utaieut, 111• r ndail
q111• plu ruau. 1d leur humeur Ji-ni rante .
ParH•n11 • un de-;ri&lt; dl• pui:-:mc par l'argent. qu · n'aur:iicnl o. é •~ne •\I\Î r le. nmLition. le· plu hardi,·,, lime de Paha n' ,·ait
jamai~ liproU\&lt;! la :en alion du l1011l1eur rompld. Ell ne p(lll\:iil in pirer anlnur J'l'lle,
la .1ilé 11ui n ré«idail 1•a ,ur ~,· leu,, el
n'habitait point au Fond il' . on am11. :c. arli Il!• Pl ~t.: pot !1•« n',naic ut p • se I • ilissi111ulcr: il. ·enn111aient . ouwnt rh 1 die
au 111ili1•u Je l0Ul1·: 1•1•, ma:.:nifi · ·n • . 0~
tli.. it 1111' ell rép;ind Îl autour d'dl { lte
irupr --~ion indéhni !-alilc ()11' tr.1io1· awc soi
la ·olupl • îroiJ,.
{) o le: tlrr11icr temp. dl! ou ,éjour pari,it•n, la cilIDI •- d Il n1.k l, ci-tl .rnnl marqui dt Païrn, a,·ail lH· uc.uup perJu de l'indule or,• 11ui fit ·1dm Ur d'a\i.1rd nu moin ·
p3r111i 1 ' hommf',, . on 1\tonna11lc a... r~n.-ion
, u plus lmul du 1,11c ···, •t d la furluuc. c.
ro1l\Îve, cut-mèmP , • c,1mm n aui ù'ba1

1

�ITTSTO'J{1.JI
hilude, e:tacts • es diners comme le prolèt
chez le débiteur, 'il professaient em-er elle
la rcconnai ance de l'estomac. a('Cu aient
moin celle du cœur. A l'heure J nuit où
ces terrible causeur sortaient de sa tabl et
prolongeaient sur le boulevard leur com·ersaLion e cit~e, ils arnienl encore, el à se. frais,
la denl cruelle. Théophile Gautier, qui l'avait
uivie de prè , par les alternatives d'une vie
cahoLée enlre Je souci de la gène la plus
pénible et le~ triomphe de la pro-périté la
plus in olente, ne la ménageait ouère en ses
boutades. A l'époque 011 l'architecte füuguin
pous.aiL avec activiti la con truction ùe l'holel
de- Champ -Ély 1e., un ami demanda au
poète d"Albcrtus trè. au courant: a - Où en
sont le travam '? - Ça "a bien, répondit-il.
On a déjà posé le trotloir. 1, I'ne autre rois,
c'était Viel-Ca tel, !fui, fai.ant le cent pas
sou, hr ombra!!'~ de l'aYenue en compa~ie
d'un des inûmrs de la marrrui e, 'en donnait
à cœur joie den médire, ~·oquanl des bisLoires, contant de, détnil , filant des anecdotes. Et quelles anecdoles I L'uoc de celleslà lui parut .i intéres ant, qu'il ne ,·oulnl
pa la laisrer perdre et qu'il en con igna le
u,·enir dan ~c- n rahier noir ~. La redirons-non ~ E.Uo est i franchemenl licencieuse
qu'on hésite à deux !ois. La voici, cependant, - pour ne pas lai ser de regret aux
plus curieux de ceux qui nous lisent, et ous
cette réserl'~ l)Ue nou en lai sons pe cr la
respon abilité loul entière sar la mémoire
déjà i chargée de \'lei-Castel.
Elle avait eu l'occasion, assez dans sa vie,
d'évaluer à leur différent prix les mériles
comparés de amis et de amanLs.
Elle goûtait moin. ceux-ci que ceux-là, par
froideur de complex.ion ou par satiété.
Dcpui~ de mois l'un de se assidus la
pour uirniL de , protestations d'amour 1~
plus formelle -; il en était arrivé à ce point de
déclarations rralantes, &lt;l'o11 les périphrases
sont b:umie.s. Pour quel jour enfin? li lui en
po ·ait la question . an ce· e et, ne .e contentant point de le dire, H écrirait qu'il n'aurait
jamais la cervelle en repos tant qu'il n'aurait
pa - obknu d'elle ce qu'elJP sa,•ait bien. De
~orle qu'elle en ful excédée et qu'elle se
décida à bru quer la conclu ion, afin d'arnir
la paix. Une a-pr~ :-midi qu'il se montrait plu
pre ·sant el, pour elle, plu fâcheux encore
que d'ordinaire, elle le prit à pari et lui dit :
« - Vous y lenei donc lieaucoup? C'e t
votr idée fixe'/ ll faut en finir là-de u , i
l'on veut ,in·e tranquillement arec vous.
Alors, pa·rlei. Que potnez-you m'ofüir?
Vou· ètes pn.m•rc Vou avez !renie mille
francs Qu'e t-œ cela'/ Je sui riche, j'aime
l'argent, la Mpen:;,e . .Tc n'1·n .ii jamais a st·z.
1::Les-,·ou~ en étal &lt;l'acbelcr au prix d'un acriûcc ln faveur que ,·ous ollicitez? Dix mille
rrancs? Le a, ez.voa ?
- !';on, madame.
- Vous nez :i "emen t ré pondu ; car, si
,·ou m'aviez dit : o ,le le · ai.» je ,·ous en aurais demandé le double. Eh bien I pnisqae vou
n'a\'ei pa dix mille rrancs, trouvez-les. Apportez.les-moi. Nous les brûlcron , el je crai

LJ,. 1.'ÉGENDI; DE LJI M.A~Qll1S'E DE PAWA - -..
à vou au i longtemps que durera le fou de
di. mille rranc , éparpillé en billets de
banque.
- J'accepte, et ,·ou remercie. A demain,
marquise. »
l,'uu et l'autre poinL étant convenu . tout
rut prépnré pour la doulJle con omm.ilion.
Dun le boudoir délicieu emenl clo , elle
attend, demi-couchée ur le mol ~ofa. L'air
e. L embaumé d'un parfum eiqui . Dan le
demi•jour, on aperçoit un gmfridou de marhr1•
placé prè du dh•nn, avec des apparence..~
d'autel. La prètres-e de volupté a rel'ètu,
pour la cin-on tance. :&gt;CS plus vaporeux atours.
A demi rell\'er êe, elle balance coquettement
on pied chaussé de soie ro e. L'heure e l
propice. LI e , entré dan la cbambr ; et,
!&gt;'inclinant d·un ge.te ai é, le jeune homme a
tiré de On portefeuille non pas dix, mais
douze billet' de mille franc . ◄ lie le a p1,.
dan ses mains, en tàtele filigrane, le fi·oi e
doucement entre se doigts, et enfin le. di pose m· la lable de marbre, en les étalant
de façon qu'ils ne pui eut e consumer que
les uns après les autres. La flamme a déjit
louché le bord du premier de ces l,illels. On
n'a pas une econd à perdl'e .... Les billels
.ont brûlé . C'en e~t rail. LI a contenlé sa
pa ion. ouriante el moqueu, e, elle le regarde. Ces instants de bonheur furent court ;
mainknant qae la rai on a repri possession
de son cerveau, comme il doil regrelkr
l'inutile sacri1lœ [ Et ceue pen ée rend plu~
ironique encore l'expre ion du regard de. l:i
marquise. llais lui la narguant 11 on tour :
&lt;1 Ma pauvre eorant ne te réjoui pas
lrop ~-ite ; je me suis fichu de loi. Les billets
étaient faux. Mon ami Aguadoles avait i bien
photographiés que tu n'y as vu que du bleu. n

gères; on inscrivit à son artif de avenlnrt
de Loule sortes, naisemhlahle inoo vraies,
mai. toujour rai onnées et 011 le sen des
inlfrèt bien compris réf rénail les abandons
raciles des sen .
Ar è11e Ilou . aie h1i disait de sa voix raresante: « C'est l'amour, madame, qui vou a
appris le français. i Elit.' répondait: « 'on,
c'est le Franr.ais qui m'a appris l'amour.» En
,-.!rité, elle ne enlil jamais au fooù &lt;les moelles la douceur et la pui sance de re . entiment,
dont elle prononçaît le nom et qui ré urne
Loule idée de passion enlit'!re san ré erve et
sans calcul. Généreuse il sa manil're, Jans
l'étalage d'un fa te domesti11ue, qui était sa
gloire et sa rtwaocbe, elle s'entendait moin
à gagner I
ympalhie el n' dépcns.iit que
le moindre effort.
Cependant, chez celle Impéria régénérée
deux foi par la consécration du maria 11e, continuaient à fréquenter d hôte iUu, tre . On
)' voyait à .oupcr, maintes foi , le priore de
Ifob.enlobe, amba adeur d'Allemagne , Paris
et qui recueillait là, comme partout où il pa sait, des mielles pour ses Mémoires, appeli:
à un retenti$ emenl .i extraordinaire. Il maniait la langue françai e à la perfection ; le:;
raî6nés lui Lrou\'aienl de air- dr parenlé
spiriLue.lle avec !'Allemand pari ianisé que fut
Henri lleine . C'était son malin plai ir de hercer le oreilles française d"espoir vague., de
prome ses enveloppées d'une ru. lilulion possible el qu'ilderait 'eOorcer de Loul. on pouvoir à rendre chimérique , lorsqu'il fut appelé,
après le comlc de Jlentkel, mari de )Jme de
Païrn, au gomernPment d'Alsace-Lorraine.
Gambetta prit aussi le chemin de cet le &lt;1 m:iiao du péché ». JI ne lui déplaisait poinL
d'en gra\ir les degrés do m:irhre. Le Lribun
a a!!'Î agrénblemenl envisa 11cait, dans ce décor
de magnificence el d'art, des per pectii-c
douces à son imagination de république athénienne. li n'y wnail pas seulement par dilettantisme. li pen a Lrourer là des aides secrètes à de rombinaison · d'entente internationale, dont il e pérail étager es dessein
de politique extérieure.
De projets 'étaient levé , de grand projet ,
à la uile de ces vis.iles rréqucnte. du cb1:f de
la gauche républicaine. Ilenckel espéra négocier un rapprocbcmenl entre la France el
l'Allemarrn ', au mO)en d'une rencontre de
Gambella a1'ec le prin(lll de Bismarck. C'était
un point arrêté, une affaire presque entendue.
Les dépèthe· 'éraient succédu entre Pari et
Berüu. Le 12 a1 ril 1 7 , llenckel de Uo1U1ersmarck :tvait télégraphié au chancelier de l'empire allemand c1ue GamLella était, pour le
moment, ialrourahle el ne pourrait arriver
avant huitaine. Dit jonrs plus lard l'bommc
d'Etat rrançais demandait an comte un rendez-vou entre une heure et deux heure , afin
de eau cr érieusemenl. Et le lendemain,
Uenckcl trè ardent à a lâche, envop une
nou\'elle dépêche à Bi marck. lui annonçant
que Gambetta partirait le dimanche rnivant
el erail, le lundi 29. à Berlin. L'objet enlrevu
était de né 0 ocier au ujet de la Lorraine. Mais,
dan l'intervalle, Gambetta s'étail dési té. Il
1

LE

11\'YITÉS DE

J\l••

DE

P.ll\'\,

Lfo:-i Goii.A.N.

A ces ·mols, une namme de colère monte
à e joue ; elle ·e dresse furieuse, elle voudrait lacérer de c ongles le vi. age de l'insolent. Mai il échappe à la furi-ur d'llermione,
el e met à descendre l'escalier avec autant
d.i promptilude, au moins, qu'il en avait eu
tout à l'heure à le monter.
On en contait d"aulre , peut-être menson-

.... ,oa . . .

écriüt an comte Jlenr·kel les li ne. uil'atllc~,
dont lïnlérèl " t hi torique:
&lt;1 Quand j'ai accepté, hier, avec empres~cmenl, je n'arni pa. compté ,nec l'imprérn,
&lt;[ui 11ous tient en él'hec. Les question relaLirc an ministère de la Guerr · unt pris de.
déveJoppc•ments con idérahles. On ml! prévient
qu'un grand déhal sera ou1ert ~ur le ministère Je la Guerre, dès la réunion des Chamhre~, et j,· me trolll·e donc dan~ la néccs.s11é
d'ajnurn1·r, tout au moins apri•s la essiou, qui
~Pra probablement tri&gt; courte, l'exécution
d'un projc'.l 11 la réalisation duquPI "ous al'cz
prêté un concom · i efficace el i sympalhi&lt;Juc. 1&gt;
En réalité, après ruùre rt'tlexion, il n'arail
pa voulu se rendre à Berlin pour J prononcer, en vaiu, le nom de no pro\'Încl'S perdues;
rt il donna comme prételte de son chaogt'mrul de dc~seit1 la renLrée &lt;lr Chambre ·t la
di:;cu sion d'une loi militairt' donl il ;tait
l'auteur.
\.prt!S la guerre, des ambitiot1s agrandies
'étaient formées dan le cerveau de,Mmc de
Païva, apte à écrire rl à parlt!!' en plusieurs
langues. Elle a. piraiL à prendre ran" parmi
re orfrcieu es de la &lt;liplcJmalie. Telles Mme
de Castiglione el de Yercy-..irgenteau, dont
les mauPe,,~ et les l'Îsi'•e~. sur la fin de l'Empire, occ~1pèrenl toutes le. chanci•Uerie - de
l'Europe.
~\[ai· 1Jllc 11~ pul s'y lenir longueruenl. A,·ec
e alliance· étrangère , ·ou parenta,.,.e g1•rmanique, elle se rendit suspecte à q_ueh1ucs-un .
Elle ~veilla des soupçon·. Il ful dit que le
gouvernement français, r111i ne partageait pa
les illu~ion complai ant s de GamLella, lui
ialima ecr~lcment l'ordre de pas er ln frontière. On e so11venait avec une impre' ion
mèlée de doute el de méfiance que, rendant
l'inva.ion, aux plu· maU\ai jour , et par un
0

1. 11 hu un éL11il rè,lt• ,IM trores, némunuin~. A
&lt;'OÎ~ante an,, elle eut enL'Orl! ,le. 3,hnirnleurs. • J'ai
,.,,,mu 1'011 clu l'&lt;'Ut-lû. m'étri-rail Au é Ju Lassu~. 11ui

ordre 1·('nu de lrè,; haul, sa Lerre Je Pontchartrain cnmm~ toul cc qui étail de on 1·oisina)!e, cbo-e el~eng, avaient 1:1é lrès wénagé:i.
On la jugeait à craiudre. Ellc quilla Pari el
la Frunce. emportant. d,trb l'un de ses nombreux ilcrins, le rollier uperhe dont l'impérarricr. En,.,.énie parait sa beaulé du ~oir, aux
Tuilerie., el ryui ét;,it allé entre 1~ mains de
la comte -~c de Ilenckel, aim:i 1p1'une dépouille
de luxe impérial, aprè. l,1 révolution tlu Quatre-. eplcmbrc. LI lui re~lail un regrd: c'était &lt;le u·arnir pas à es ordre:-, comme dans
les coule arahe , un ench:inll'Ur qui aurait
eu le pou,·oir de trnn ·port 1·r in,t:mtanément
ou· un aT1Lrc ciel l"babitacle ,omptuenx. &amp;li~
fié pour elle et décort: pnur elle, dans cc Paris
d'où elle étail bannie. On al'ail appri 11 connaitre . e ré olution · brnsquti et violt&gt;nlel' :
on n'é1:1it pas an~ craindre, l'll ·011 :incicn
entourage. qu'il ne lui pas,àl par la tête de
faire jeter à bas l'liôLèl et es marbre,, on de
faire grallPr la frrsquc ml'nPiJleuse de Baudry, afin que nul rr 11ard etranger n'en cùtla
joui .. ance aprtis elle. C\HaiL l'effroi conLinuel
&lt;le l'artiste auquel clic avail dit, une fois,
sau- ména 11 ement:
n Je vea:x avoir élé seule à jouir sur la
terre de vos tk:Jicieusc décoralio,r . .J'en ai le
droit, je peu e, le ayaot palées ce que vous
avez voulu. Priez Dieu que je vil•e ! »
Le changement de résidence avait M1 s'accomplir, pour el'e, sans dédtiremcnt de cœur.
Le palai que Lefuel lui construisit ù eudek,
s'il n'était pa rehau é d'tm arlau,sidélicat,
n'était pas moins opulent que l'bôtel des
Champs-Élysée . A ~on regard élait oflert, en
l'absence de la fresque de Bandry, le pl.1fo11d
spnl,olique dont un peintre d'Allemagne a mil
enritbi son nou,·eau alun, en e souvt'nant à
propos qu'elle 3\':l.it remplacé le nom trop
plébéien de Thérè.:e. qui lai rappelait lrop
ln 1·oir passer alors, ,•ha-serc~,e inlrilpirle
en coslnm~ presque masculio, l!L le lus1l à la

'ell•;iail à
cl alrrll•.

uUtin. -

,es origine , par le nom mylhologi11tlt.' et
11uasi virginal de Diane. n y voyait Vulcain
(c'était une nllu ion in~énue aux mine et
forges où 'était enrichi le comte de lle.ockel_,
Vulcain ordonnant à ses cyclope' de forger
J,, llèche de Linéc5 à la d~es c; cl l'Amour,
enle\'anl se Oèches de l'enclume encore embrasée, les portail à la diüne cha seresse, qui
daignait, du baul de se onagrs Yaporeu '.
les ag..-éer d'un sourire.
Malgré Ct-"la, de vague· appnlhension!l pc,•isl.tienl dans le mondti artiste pnrÎSÎfill sur
les détermination;; rm1a que qu\·1H éLé .a ccptible dti prendre, par caprice ou par irritation, celle qui a,ail 11uitté la capitale fran~·ai e pour n' plus re,·enir. Elk n'eut pa le
temp d'en décider. Elle avail quitlé Paris,
dt:jà très malade. l.a mort la surprit, à ce
point culminaul dt: s1 fortune, qui a,ait fait
de Thérè..e Lachmann. ci-dc\·ant murquL e de
Païva, une princesse alliée aui première
famille" allemande· et la remllle du gou,·cruenr de deux pro1•inces arrachées au p:11~
voisin. Dc•pui qud11ues années, die assistait
d'heure en heure à la llt:lri. are de es
charme" 1 el à la disparition &lt;le .ses force-.
pbysi1lues. Une mélancoJil:l, Jont elle faisa il
parade, rempli .ait la -olitude de on àmt&gt;,
au ein de cl'lte fortune menteuse qu'elle a111iL
exigée cl dont elle usait a\'ei; une sali~faclion
l,autainl!. mai san joie. Elle di ·parut, laissant derrière elle llllè 1é11ende inouiu d'étrangeté.
Ainsi vécut et pa ·sa celle fomme d'aventure, à la volonté :ipre cl tenace, qui e l:&gt;Otail que tous se· dé,ir · [usrenl venus à es
pied·, comme des chien couchant ..\. défont
de se.aliment, di, tendres·e, de généro ité
1éritablt!, qui sonl le luxe de l'àme, clic avait
eu l'inlelli..,ence du rôle à jouer. en-ie justJu'au bout par on concours de circonst.inces
ex.cepLionndlès, die fut, en -omme, bîe11 de
on temp : l'épo1p1e dt:S parvenue~ ous le
règne d'un plnenu.
FRÉDÉRIC

Mots historiques
1erba volanl, dit le pro1crhc, el ceux 11ui
~'enrnlenl le mieux ont le molg histori&lt;1ues.
~-il rc lent, œ n'e l jamais tout entiers, touJOur~ qucl11ue chose en échappe. e ouvienton du texte, on oul,lie par qui il fut formai 1,
~L à quel moment.
D'où vie11t : &lt;&lt; ~oblesse oblige i&gt;'? Bien peu
,ous diront : de M. de Lévi .
Cherchez qui a dit le lameu"&lt; : « Où est la
femme? » ce moL si vrai sur l'action COlk
lante de femme dans toul ce que tente
l'homme; le. un· Yous répondront : c'est
)1. de "'artine; d'autres : c'e t un procureur

d1.1 roi ou un juge dïnstruclion ; ou Lien :
c'e,,L le fameux J~ckal de· '1ohican~ de Par-is.
Personne ne vou dira : ce n· l qu'un proverbe esp~gool, arrangti et purifié par li, roi
Cllarles 111, qui, vers la fin, elon Ch. Didier,
se contenluil mèwe de dire : « Comment
.".1pp~llc-t-clle ? »
&lt;1 ',] vient chez oou , tout ira bien; s'il
vient chez lui, tout ira mal v, a-l-on bien des
fois répété qu3nd Loui XVIII rentra en
France. Qui arnit dit le ntol le premier'!
Fournier-Verneuil le journaliste.
« Le Congrès ne mardie pa , mais il
danse; o trè joli mot encore, le meilleur
roème qu'on ail l'd.it sur les joyeuses ltmteurs
du Congrès de Vienne; qui l'a dit? Le vieux
prince de Ligoe, « quo le Congrès enterra
san cesser de dansi-r 11.
-0 11 r a de l'écho en France quand on

~

109 ...

LOUÉE.

prononce ici le· mols &lt;l'honneur el de palrie. •&gt;
De qui celle phrase'? Da général Pol à la
Chambre, le 30 décembre t 20.
« .M:ilhcurea -e France! malheurt'UI roi! 1&gt;
Qui a écrit cela deux jour aprè' la nomination du mi11i.lère Polignal''? Étienne Bél1uet,
dan le Journal de..~ Débat. .
o Le roi règne cl né gouverne pa,.
De
qui celle forruuk·'! Où el quaod f'uL-elle
écrilc? Elle e l de 1. Thier · jouruafüte:
c't' t dans un dt:s premier numéros du l\nLional. fond: hi l••· janvier i8JO, qu'elltl parut. Ainsi l'expres iun la plu- net.le du gouvernement con~titutionuel IuL formulée ous
l'œil même du plus inron titutioanel de
pou,·oirs, déjà prêt à violer la Con.stilulion,
el à en mourir.
ÈDOUARD

FOUR 1IER.

�'------------------------- -----

LE PALAIS DES HlU.RU.S J.:~ 1870 ; F IÇ.\DE SIJR LE JAR[l].'.'i.

VlCTORIE

SARDOU

+

Comment j'ai pris les Tuileries
1..e jour ou. avi&lt;c l'aid• d' Arm•nd Gouzic1', li&lt; cri•
tique. mu•ical, morl il y a qu«Jquu annècs, S:0&lt;rdou
~ prit lc.s Tullulu • , il aV11lt trutlt.-n•uf ans. Mai, le.

gamin de P-,,Ti1 qu 11 ■voit r.ti o.ux al,ntoun d• 1 l4S
viY:ait coujoUT:S '" h,ri. Curieux, fure-tr.:u:r, aJute., primc,-autju, iJ ittît 1~ ~pr:ct■tc.ur ni id~ comëdiu dE. la rut-,
et de .se, 1ragtdiu au..sl. Oone. Il &lt;.lall fatal, •n qu, ·q11c. iortc, qu'il se rrouvit à la Conc.o,de. 1.1 aux Ïui1c: ...
,;,.s 1, + 1&lt;pt&lt;.mbrc 1870.• l'hi&lt;ur• ou 11 y o.v•it quelque. ,ho-.c à y voir et un roi&lt;. i. y jouu. 1.'aut,ur de
Theratid&lt;Jr, avec son optiqu• propre, • ml• "" -«ne •1
dllllçguo: comme. une d• !U plu.s vivante.s comédl&lt;.s eu
éphod• d'un&lt;. grande journec, &lt;.I et.la, nou• a valu lc.s
i.-i:s curit.u•u pag,.s qu• voici.

Je suivais le couranl qui par la. rue Ro ,aJe,
porlrut les curieux. à la Chambre dt IJépulés.
11 se bri.a contre un courant con.traire, qui,
de la place de la CoIJcorde, refluait tout li
coup sur le boulevard , propageant les nouvelles. « La Chambre n'existait plus. - La
déchéance de l'Empire était prœlam~e. - Le
général Trochu constituait un Gouyerocment
provisoire à !'Hôtel de Ville! » - Tous cc

uruils, jetu à la foule, JIC provoquaient ni lint prudemmeol ur la place. Ceux roê1Ul
joie ni colère. JI· étaient accueillls par celle qui avaient [ranchi la g1·iUc se group~renl
orlè d'béhétemenl qui, depuis 1a vciUe, élail entre le deux. trrra se , ans oser s'a,•f:lulurcr
ur tous les ri ag et sigrti6ait clairernenl ; jus11u·au bassin.
Colle timidité uLitc a,•ail a cause. Au
&lt;1 Qu'importe~ Après edan, on peut
moment même où ln grille étail forcée, un
'attendre à loul. ~
urla place de la Concorde, peu de monde, détachement de la Garde impériale se ma sait
1~ gros des curi '!IX ~•étant écoulé vers l'Hôtol devant la grande porte du pdlais, puis, immoJe Ville, par les 11uais et la rue de Rivoli. Le bile, attendait Jà, solldcmenl, l'arme au pied.
Gouzien me Jit à l'oreille, en me scrraut
groupe le plus inquiétant làlionnait devant
la grille du pont Tournant, qu'il 'efforçait le bras:
&lt;! Que ~a-L-il se passer '1 Il
d'ou\·rir, toutes les sentinelle ayant di paru,
&lt;1 Bou, lni dis-je. C'est fatal!
a coup
- Je ,,is là .Armand Gouzieo, fo ne.: en l'air,
cur1Lemplant 1111 indiviJu qui, perdié sur l' uu de fou éclatera quelque part. La Gard~ rides pilastre , frappait a grands Cùups de po t~ra et couchera sur le sol deux ou trois
maillet l'aigle doré du couroonemenl. L'aigle morls que l'on promènera par le rues. Le
il ~orliroot de Lous côté . On assiégl'ra
lomba, uli:ssant au froot l'un &lt;les curieux
4.ui applaudi saient à a chult!, Au mème los Tuileries. La Garde se îera Luer jusqu'au
inslant, la grille étant forcée, Lrois cents per- dernier homme; mais le palais sera pris,
sonnes au plu·, dont nous étions, GmIZien. et Jêvasté, brùlé. J'ai vu le ac des Tuileries
moi, pénfüèrlln L dans le jardin. Le reste se en 48. - Un. .bea.Ü_ pectacle~,et qui faitllon-

ru

...,. 110 -

l

neur au peuple français!... 'il tant revoir
de telle chosr ! » - « El notei, me dit
Gonzien, que le drapeau flotte lo11jours làhaut, el que rJmpératrice esl encore aux Tuileries. »
Cependant l'agitation autour de nous ·accenLnait Je plu en plu . Revenu de leur
premier effroi. les envahi seurs semblaient
•'exciter à l'attaque, et leur nombre gro·sissait lt me d'œil.
« Cela ·e gàte, murmura Gouzien. eL
commence à entir la poudre. 11 - &lt;c Vonlezvou~. lui dis-je, &lt;1ue uou· tàcbiuns Je nui·er
les Tuileries à no11s deux? &gt;&gt; - &lt;l Certe !
Mais comment'? o - u Allon trouver celui
qu.i le commande. 011'il fa ·e rentrer la
Garde et la remplace par de gardes nationaux ou de mobiles. Jamais la foule ne
tirera ur eu ; el c'est Iait. » - « Vous avez
robon; mais il faut que ces gen -là nous
lai sent le temp d'agir. » - « Parlez-leur
en conséquenct&gt;. » - &lt;C Pourquoi pa vou même? - « • on! Vou.-: plutôt! Vou. ête
grand. de belle mine; vous leur impo erez
plu que moi. liai ne manquez pas de le
appeler : a Ci Loyens ! o
Gouzien, s'adressant à la roule, Ûl appel
au~ plw belles note lie sa voix, el lança un :
« Citoyen !.. . » qui tourna toute. les têtes
de notre coté.
" Cito}ens, repl'it-il, vous ête justement surpri. 41te le jardin ne soit pas libre,
el que la force armée nous eo interdise l'entrée. - {3lurmure d"assentimenl.) - La
Hévolation c L faite, el. par conséquent le
peuple a le d roil d'entrer dans les Tuilerie·,
puisq_ue les Tuileri1: sont à lui. - (Vive
approbation.) - La Garde impériale n'a plus
de raison d'être, car il n'y a plus d•Empire.
- (Bra,10! bra\'o!)- 8n con é(Jucnce, nous
mu proposon., le citoyen ardou et moi,
d'aller réclamer la retraite de ce soldols. (l!:fîeL prodigieux.) - 'culemenl, il faul que
vous nous prom.ellicz de ne pa faire un pa
avant noLre retour. Pen ez qu'un .eul coup
Je feu, parLi au hasard, peul entrainer de
désastres. 1 e donnez le prételtle à aucun
malentendu; el alleodez-nou ici lranquillernent. J)
La propo ilion e l acclamée. - , Oui, oui,
altczl :1lle1! - 'ons vous a11endroos! &gt;&gt; li Allons ,&gt;, di -je à Gouzien !
El, sui,•i par les regards curie11x de tout
ce monde, nou~ entrons dans la grande
avenue, nous dirigeant vers le ralai .
La chose est si noU1'ellc et i imprévue,
que nous faisons le , premiers pas en silence,
toul à l'émoLion de l'anmture. - La grand
allée s'ouvre devant nuus, déserte, eu plein
soleil. Et le soldat c1ui, de loin, dans ce
large espace vide et nu, voieot ce deu
pauvres petile ombre, marcher sur lt: palais,
comme deux fourmi à l'assaut d'une borne,
se demandent as urémenl quelle farce nou
jouons là. - La peu ée qu'ils potlrraient
bien prendrn la cho e de LravPrs nous frappe
lou. deux au même in laul. ln. ensibkmcnt
nous avons déserté le milieu dé l'allée, inclinant ver la droite, cl tout prèl à nous réfu-

CoMJHJ;NT ]'.Jl1 'P~rs LES Tr.rnE'R.1ES _ _ ,

icr derrière un lronc d'arhre, au pn,mier
symptôme inquiétant. Un mouvement très
marqué, qui se produit sur le [ronl de
bataille, 11011. décide /1 éclairer ln garni-on
ur uo intention paciflqucs. ir Peut-èlre, dit
GouziPn, . rirait-il hon de leur faire entendre
que non· sommes ici ru parle.mrntajres ! u
- « .l'y pen.ai , » lui dis-je.
Et llranl mon mouchoir, jïmprovise ayec
ma canne un pt'tit drapeau. Gouzien fait de
même et, un peu ra~suré·, nou rt&gt;g11rr11oru; le
milieu de l'aYenue.
C'i•st alors que n,,n,. orume rejoints par
un lieutcuaut de la garde mobile, 1pu,
ju que-là, DOll' a ;;uins prndemment à r~bri
de arhrP!"I, et qni ,•ienl, dit-il, 'a o('ier à
notre géuéreu ·c mi ion. li 1· L asSPt. mal
rt&gt;çu, la présence de son uniforme altérant un
peu le caracli-re &lt;le noire amba sadc.
Entin Toici l'avenue franchie, puis les parterre ; - cl nou tournon. le ba,sin qui
précède le jardin ni ervé. - U, je regarde
loul au loiu, \'Cr. la place de la Concorde, cl
je vois nos gems groupés autour d11 grand
bas iu. 1h ont tenu parole. - Nou- ne
sommes plus qu'11 qu •lque:; pas de la grille
réservée. Elle est fermée. - Oe,,ant nou·, la
Garde e t immobile. - Seul , le officiers
vont et ,iennent : puis den-x. hahit noir
apparai . ent ubitcment .... Un vieux gardien
à moustaches gri~es se dé.tache en avant,
suivi de deux autres plus jeune , el se lrourn
à la grille en même temps qee nous.
(! Une ,,oulez.-vou ? » dit-il bru quemenl.
L·accueil est déplaisant, el ce bra:ve homme
fait dn zèle mal à propos. Nous lui répondons
tranqoillemcnl que nou n'uvon' pas affaire à
lui, mais an commandant du palais.
&lt;(
u général )lellinel? &gt;&gt;
- &lt;t Ah! s'écrie Gouzien, e·e l le gfnçral
Me.llinet 1 Tanl mieut, je suis connu ùe lui.
Allez lui dire, je vous prie, que deux. perso11nPs ollicitenl l'honneur de lui parler :
Ml!. Victorien Sardou et Armand Gouzien;
voiui no,; cartes. »
r otre homme, à qni ces deux noms ne
~ont pas lo11t à fuit inconnus, sans qu'il
sache pr1•cisément 'il ne ont pas ceu:s; de
deux malfaiteur~. prend no c,rtes pai se
retourne:
(( Voici le g,-t néral ! 1&gt;
Enelfel, le général vient à nou, suivi d'un
officier et d'1rn personnage en redingote.
Celte redingote, je ne l'ai 11 que plus lard,
csL à M. de Less~p , que je ne conn:1is pas,
chose curieuse, cl que je \·ois là pour la première foi .
Quant au général. il semhle fort fill.lU cl eu
proie à une sourde colère.
cr Que \'oulez-vou de moi, mes ieurs?
s'éerie+il après un coup d'œiJ rapide ~ no
carte~ .... J'ai fait uu ermcnt el je le Lil'lldrai, - 1101 ! n
La colère a sa r.iison d ètrc N le MOI est
irrnifti:atif. Le brave général est ou le coup
d; celle nouvdle que le géufral Trodm,
attendu au· Tuilerie·, esL eo ce momenl à
rHôtel de \ïlle.
11 Général, lui dit Gouzicn, il n'est pa·

11

rine tion de lrabir votre crment. Loin de là.
Votre de oir e l de prot~ger le Tuileries ... 11
HOui, mon ienr et je le ferai!. .. 1&gt;
Ici , le mohile \'eut plac•nonmol l!l 'é,·rie
riue les Tuileries étant au peuple, le peuple ...
C'est la phr 1 e même de Gouzicn ; mais
honne i, une C\lrémité des Tuilerie.. elle est.
détestalile ~ l'autre. i 'on lui coupons vh'omenl la parole. Il va tout ràleret je m·écrie:
rr Que vou auriez le pnlai., général, c'est
préci émcnl nolre dé.ir. liais ~i vous le fa.iles
an mort d'homme, vou n'en erez pas
fàché, n·est-cc pa. '/ i&gt; - f&lt; Non, ccrtc . &gt;i • Eh bien, reprend Go11zir11. p rmelln-nous de
vou en inJic1uer If! mopm; mai , :1vant lout,
l'impératrice e l-ellt:! encore an château'? » n 1'oil; elle vient de partir. )&gt; - « lors,
11énéral, amen ri le drapeau. Pui remplacc.1 la Garde irnp~nale par des ~ardcs
nationaux et de, mohiles. - El sopizsùr que
le palai · ·er:t respecté. ,1
Le gémirai n%ichit. Ceu. c1tti l'entourent
emLfont approuver rio· tnn~eil·.
a Je ne voi. rien, dit-il, C[Ui s'oppose li cc
que vous dites. foi là. sous la main, des
gardes nationaux à la place Vendôme, et des
mohiles a11 Carrousel. Je prHùre le moliiles. »
- « D'àtttant, diL Gouzien. l]U'il onl plus
ra11pro ·hé el qu, le temp pre. SE'. »
Eu effet, pendant cet eulrcticn, les rho e ,
derril&gt;re non , ont déjà chan"é d'aspect.
'fa11di · que aous montion · la grande aUée,
lion nombre d'impatients nou&amp; onl suivis de
loin pa.r une marche de liane, e faufilan t ~
l'abri de grands arbre~. Arrêté à la lisière
des qu.i.oconccs ponr ) attendre l'eHel de notre
démarche, dè. qu'ils nou. ont vu conférer
avec des uniformes, il onl eompri ,1ue loul
péril de fu illade était écarté; el, se ri,;quant
en plein oleil, ils viennent it nous d'un p:is
rapide. na uré par ce mOUYcmenl, J,. ms
d s envahi seurs. resl~ au pont Tournant,
s'est mis eo mnrcbe à son tC1ur. Dnn, quelr1ue minutes, la foule non aura rejoints. Le
général a donné rapide.ment es ordre ; il
ue s'aail pl11s que de i:avoir qui sera première
à la !!l'illc : ile fa garde mobile ou de la fonle.
« Dao· re &lt;"a -~là, général, dis-je, il n'y a
qu'nne res$Ource : le discours. - llarangue2
loal C&lt;' monde-là eL am usez le tapi., pour
donn.,r aux mobiles le Lemps d'arri,·cr, »
,1
110 chaise! u crie le "énéral.
\.n "tirdien avise une chaise dans un
massif, s°(:Janœ et l'apporte. Il e, I tt•mp . Un
premier groupe d'une l'inglaioe de pcr onnes
nous coudoie. An même in tant le drapeau
e t amcnc.
« Mcss.ieurs., dit le général dl'hout ur s.1
chaisi!, le palais esl vide; L'lmpéralrice n'est
plu là. liai j'ai po11.r de,·oir ùe foire re~pecler lr-s Tuileries el je compt,e pour cela ~ur
votre ciri ·me la -age e du peuple, etc. etc., »
i?t aulres rengaines que le général débile fort
habilement, du reslt'. et auH1uelles il ne eroit
pas plus que ceux qui l'écouw11t. Pour moi,
,ie n'écoult! guère. U11e eule pen,ée me préoccupe : les mobiles lardent bien!... Déjà ]a
barangoe lire e11 longueur quand la Garde
i mpé.riale s'ébranle tout à coup et rentre dans

�.--- 111STO'J{l.ll
l · palili ·. Son départ e t salué par une immen e clameur. C'est la foule qui vient de
tonrner le has in et qui arrive an pa. de
cnurse, ~e croyant &lt;léjà maitres. c de Tuileries, Au même inslant, le u1nl,ilt•s ùlibouchenl
du V (' tibule. courant, eux aus. i, la baïonnette
en :nant et s\:cb lonnanl sur dl'tu rang ,
entre le palai~ et la grille. comme s'ils
n'avaicnl pour hot ,,ue d't:mpêcber l'em•abissernent de jardins. Le général autc ha de
,a chai ~ et ,-'éloigne avec Griuzicn. La grille

e t Ou\·erte, le Oot des Pnvaltis eur court au
palai , 1p1'00 setnble lui ouvrir. e calade le,
marches, s'élance dans le ve libule avec de
cris de
joie; ffilÎ ~ B, parlout. e prolu1J1Te
•
I"!
~ns mlcrruption la double baie de garde
mobiles, 11ui ne lai,. e de libre 11u'un lar,re
couloir entre de11 rang de fo ·il ·. Emporté ·
par leur élan cl rorcJ. d'oller droit devant
eux jusqu'à la sortie. uos braillards se
rdrouvent ~ur l'autre fore du pa 1ai ·, dans la
cour du Carrou d, Loul ·urpris de s')' voir;

·l, déçus, aLuri , compren:mL qu 'il ~011t
joué , 'en vont piteu emenl, les mains dan
leurs poche . L'affaire tU manquée.
A.lors, constatant que nous n'ayons pas
perdu notre temp • Gouzien et moi. j' aUumo
une tîgareu .. et fais voile-face pour m'en
aller par où je sui venu.
Et je me beurre à uo ignoble ,·oyou qui me
dü an,'&lt;! un ma mai regard:
« - Ah! malheur, val Vou ariez bien
ùe~oin de mu mêler de ça, 1·011,; ! »
0
\

Ne touchez pas
Celle locution, prn1ue familièr1• , el que
non ernployon i facilement avec une léère iroui ', nous "; nt loul droit d'F.~pagne,
pay~ du monde où 1'1W11nt-ll royale fut la
plu sév~rc, la plu ' éLroi1e; el ,l'une intoléra nec frisan l la cru au lti.
liais i celte éliqnelle cspa!!nole 1ltaiL pour
k rois au ·i é1t"re que r1die'tll,·, elle n'était
pa moin arbitrai re el ou\'enl poi &lt;roante
vm1r le. ou1·eraines.
l'ne loi puni ' aÎL de morl 11uiconque tou'Ùerait au pied de la reine.
li 'élaiL, on li: \·oil,. introduit d"é1ra.n"es
chan"cmenls à fa cour d'E panne depuis le règne d'lsabellt: de Castille. el le temps n'était
plu où un Gonzahe de Cordoue prenait la
reine en1re ses hra~ pour lui éviter de e
mouiller les pied .. Ce que Ferdinand d'Aragon
regarda comme une respecllH'u e galanterie
eût été, par Philippe IV et Cbadcs Il, jt1gê
de tonie autre foçon; el le grand i.:apitaine
eOt couru le ri·que de paJer de a \Ïe . on
audacieu.e urh:wilé.
Lorsque la jeunu et belle ÉLi al.,eth de
Bourbon, fille d~ Oenri lV el de Marie de
Médici. , épousa Philippe IY d'E pogne, elle
fut, dè son :rrrivée, en bulle à la maln•il lance el à la jalousie du duc d'Olivarès, fa,·ori
du roi, avec lequel Ile fut continuellement
1)0 lutte; et de · uiLe au si, elle in pira un
amour pa ' ionné au comte de Villa-Médiaoa,
sans que cel amour portât jamais aLt~iote à
. a haute répulation de ,·ertu .
Jeune, Leau, galant, le &lt;·omte de YillaMédiana parut un jour dan- un carrousel, à
MadriJ, ,êtu d"un habit tout IJrodé de pièce
d'araent neuYèS el qu l'on appelait réales.
Il portait comme de\·isc: u Mi amorr~ on
réales. u Cil qui veul dire: 11 Mes amours
sonl royales. »
Pcut...itre l'audace de ce . ujet, qui osait

1CTOR1E!li

Lor ·que la jeun prineci se qui lia, 1~ cœur
vlein de larmes cl d'an&lt;roisse, la cour de
Fr:mœ, Ver ·~ille el 'aint-Cloud, où ·'était
écoulée son enfance. où elle avait rn naitre
e~ mourir se. plu chère espérance ' el ~es
µlu IJelles ambilions, pour venir rérner sur
l'E pagne, elle y l'ut, pendant le premiers
Lemp , en bulle à de vt!ritables persécutions
de l'éliquellc; mai., lorsqu'e!Je fut enfin parvrnue à e débarras er d~ acamarera-mayor,
la duches e de Terra-No"a, el que celle-ci
eul élé remplacée par la duches e d'Albu9uerque, Marie-Louise eut q11e.lques douceur·; elle puL e coucher à dix heures, rel!'arder aux fenèlres et monter à che\'al dans
la cour du palais, ce qu'elle ne manqua pas
de faire presque chaque jour, étant très
boi:rne écuyère et aimant follement l'équital100.
(n malin, le che,·al que montait la reine,
elfrayé par au LruiL &lt;1uelconqne, parlil alor
que Marie-Loui~ avail ·eulement un pied à
l'étrier; la malheureuse souveraine, traînée
ur les dalles de la cour, a."a.it déjà perdu
connaissance sans que nul osùt lui porter
ecours; et le roi, de on balcon. pou ail des
dàmeurs douloureuses, quand enlio, bravant
les loi , deux g ntil hommes s'élancèrent,
l'un arrêtant le cheval, l'autre dégageant le
pied de la reine.
Quand, revenue à elle, Marie--Loui e de-manda à voir es ~auveur , on lui répondit
qu'il al'aienl été jeté en prison pôur avoir
o é toucher sa per-onoe a.crée. Et il fallut
qu'elle-mème suppliât le roi d'épargner la vie
de ses libérateur .
Les ans ont éclairé le rois et ]es nations ;
le temps a eu rai on dtt ce lois et de ces
préjugés barbare , qui IaisaienL, d
ouveraioe de la cathoLique E pagne, dos mart1•re
de J'étiquelle.
j.\CQU Es

,,. 112 ..

La tragédie de Ravaillac
11 (1111ife).

SARDOU.

à la Reine

ainsi proclamer alL~ yem. Je to11s ,oo amt1ur
pour la reine, n'eai.L-elle pa été oopendanl
rem:m1uée par le roi, .ile duc d'Olivarè' n•~
cùt appelé l'allt'ution de l1hilippc IV, qni en
con\'u t un 1folenl dépit.
llue antre circonstance acl:te1•a de perdre le
comte Jan · l'e prit dn monarque ; ce fol
lor,qu'il composa a.ne pièt·e de com~die c1ue
la reine admira si fort, qu • ,]le y voulut apprendrt&gt; un rolo et le jo11er le jour de la noi sanoo du roi.
La repré:.ent..1Lion eut lieu chez le comte
de Vi ll.a-~tédiaaa, qui fit lllonler la piè,·e :l\'t'C
la vlu grande magnificence; pour les machine et 1~ L'O turnes il dépensa plus de
30000 écn .
Dan&lt; l'une des scènes, on ,·oyait une nué.!
cni·eloppanl la rl'ine c:,cbée dans une machine: le jour Je la rcpr~-ent;ilioo, le comte,
qui c Lenait aupr ·, 6t mellr le feu à la
toile de la nuée par un homme à . es gage ;
le Lhéâtre enlier s'eotlamma. et le palais,
dont la valt:ur élail considéralile, fut entièrement brûlé; mais le comte de \'illa-llédiana,
emportant la reine dan c· hra pour la
auver, pul de la sorte lui avouer ~a pas.ion.
li fut trahi par un de es paae , qui raconta toutes les circon tance, de la cala tropbe au duc d' livarè ; œlni-d en profita
pour exciter el mon1er de plus en plus l't:sprit du roi, qui oalurelleru.enl était doux et
bon ; mai dévoré de jalou ic, il résolul la
perle du comle, pow- arnir osè porter la
main sur la personne de la rein . 1'e poU1·anL
faire in truire ·on prOCè ' , il le fil làrhcruent
a $3 siuer, un soir qu'il descendait de carro e avec son ami, don Lui de Haro.
Ceue d ;ft'n.e : Ne louchez pas à Ja Reine,
faillit coûter la vie à la pins aimable et séduisante de toutes, à Marie-Louise d'Orléans,
femme de Charles IL

THARAUD

n'ARCY,

~JonsiPnr de Pl'u lin re,int au Loune sa11s
ram~n;r le. fugitifs. Le roi en l'ut au dé~e. poir.
Cu v1e1I homme, cc cœur l.1r1'1lant, cc \'Ïl'ux
muguet amoureux lomLaiL dan ln me1ancolie. Le ~·cnt de l'adver ité a,·ail pu Llancbir
ses cbereux el le riC'illir avant le Lemps, il
n'a,•a.it pas retroidi a pa. ·sion pour la l'Olopté
el, comme il arrive ù. l'orJina.irc, tout on
c. prit ne lui ,crvail de rien pour lui foire voir
le rid:cule qu'il y .:ivai1 d'aimer à on à&gt;Te une
&lt;'nfanl de seize ans à peine.
"
Annil,al d'Estrées, marquis de CœU1res 1le
frhe de celle Gabrielle qu'il aniit jadis tant
aimL'.'&lt;' ). ,iura (fo lui ra,·oir la prince. se. 11 .e
rendit à Ilrn\:elle5. Lorquïl entra d.m la
ville, :Monsieur le Prince ~Lait sur fbeurc d'en
.or1ir pour aller cherchPr un rrîu"e dan un
cbtHeau du lil:mai ·. Emmener sa femme :J\'ec
lui, il u'y fallait pn sou&lt;rer, car on étall au
fort de l'bi1·cr. La lai· er ·cule à Rrmelle.'
dan l'h6(el de 'as.au oùellei!laitdc cendue'
c'était .1:a li,•rür . ans défense aux cnlrepri
du roi. Tl alJa lroll\u l'lntnnle et lui
omfi, on embm,, , Elle ét&gt;il ,;.
gide et d1hote. rl obLiot d'tllle et
de son frère qu'ils donneraient
asile à .a femme, el qu'il · la
IÎcudrait•nt sous leur garde
jns!fu'à ce riu'1I \Înl la réclamer.
D~s 11ue la porle de ce
palais .i.paguol aurait
éli:l fermée sur elle, la
prince e erail prisonniffe, et, de l'nrracher
à &lt;·e ID nrailles, il ne faudrai L plus parler. Annih:il jeta le haut cris .
llrrny, l'oml,as adeur ordinaire,joignit. a. voix à la
sienne pour foire entendre
à l'archiduc que si AfaJame
la Prioces,c ne .e trourail pa
en slirelé à l'botel ùe ~as au, on
1levait la rcmellre entre se main ,
ou chez le nonce ou d:in un com·ent,
Cependant qu ' il - criaient ainsi, lu rusée
ma.darne de Ocrn1, de ronct•rl :a,·ec l'bilippot c
CL maJemoi;ella de Chàlcnun,rt, oli . ait à la
IJcllc cnnuyre I l,ilJets rnllamm :S du roi. fi
lui d1 1pl'ignnil son amour sous des couleurs
{'OCilllnlrrl!.Scs ; il faisait briller ù se ·eu~ le
f,ite:, le pfoi~irs du Louvre, èL que, si elle
plrai ·saiL à la cour, elle serait la reine de
t'ran1·e.
lin 'est pas Lien ma lai é de trouhlèr na cœur

e;

de seize ans. Oo convint avec la priocessl'
qu'elle arc.('pferoil . :in Mgoùl ridée de vivre
chez l'lnfanlc, pui:-, la nuit même du jour oi,
&lt;'lie J,_,vrait quitter son logîs, et à ln fa rcur du
dé ordre qui ne manquerruère d'accompagnC'r
un changement de ré~idcnœ. elle descendrait
Jan les jardin" de 'N:a au, la tète ou une
coiffe 11.lm:m&lt;le. Elle ,,.a,$neraiL de là Ir remparts q11i s'étendaient en bordure des jardins,
, c coulerait dan le (o sé tlar une l&gt;rècl1·1 de
la muraille, et rrjoindrait fa contresC'arpr.
Philippe Lon~eval de Manicamp l'allrndrail
à cc-L endroit :wec YÎll"l-cinq bon c:n·alicr . .
L'un d'eux la prC'ndr11it en croupe et 1'011
r.Ierait à la frontière. Toul cela par trois pied ·
de neige.
Quand le roi fonnul re dessein, il en fut
transporté d'aï ·c. li dit Il tou' le' rcho. qu'on
allail rc,·oir la prince se. Il le dit mèmc à la
reine. Celle-ci ne l)alunça point. Ellt! fit parlir
un courrier pour a vcrlir ~loosieur le Princr.
[l élail onze heures du marin qnand le

0

l' •~
I

111. -

H C&gt;TORIA, -

F asc.

h/,

tiL,hommes et des soldai. C$pagnols. Cn:U\Tes
.ippril dau le f'irnrtière, t1ù il 111lt&gt;11ddit 111.
nuuvelle. , l'édtcc p1lci1 de l'l·nln'prb&lt;'. Li·
lenrfomain, la priocrs.c cuirait :m ralai~ cle
lïnfonte.
Plus d'amis, plui de Prançais. La rive
prisonnière 'cnnulait à mourir dan cc tri IP
palais dès Flandre . On l'àvail reléguée lr1:s
haul, dans un g-renier, 'Ota. k toil~. Un
aYail éloi~né cl'l'IJe s1 dame J'alours Ch:Hcauvert el l'&lt;'ffronttie Philippole. Elle ne ,oyait
plu' qnc le .i'udi, et l'c:-pare d'un momenl,
~on a.mi • mad:io1e de Uerny, &lt;1ui continu:.ail Je
lui r:k ('t le billcl hr11la11ts du roi. Dan;,
celte fro:do! olilude elle .r pr nail (l'amour
ro111ane-c1ue ponr le ,·icillard amou r,•n'I'. &lt;1u 'rlle
ne rnyail plus maintenant qu'à lra\·crs l'ardeur
de . e · lC'llrN-. "F.lle lui r~punùaiL à on tour:
elle l'appclai.t sou cœur. son chel"nlicr, son
tou1. IWe lui raconlaÎL e · rha!!Tin .. , .. c lri ·Les-c 1fl'nfan1 pri,onnièrc. l~llernupirail opn\
le Loul'rc; elle voulait qu'on b délintit.
Ces rapports et ce mcssa es, que .'a ~fajesté rooevail ·ous le cooverl de l'aml1a . a&lt;lP,
la jetaient ùan. un tourment incroyable. a pa.sion crois ait à mr ure
que la. pru1ces e lui échappait
dH·aotagr. Il pres ail fo ronnéLable qu '11 écrivît à l 'archiùuc
afin qu'on lui rendit st
lilfo; il dépecbait ln tan le à
Bruxelles, cl déc Lo rait que,
si elle revenait :am sa
nièce, il irait la cbercber
lui-même à la Lêle de
se nrnuh:o ·.
Tout ce monde était
bien rroid au gré de ce
vif-argent. Il les IJru.~quail, il les secouait, il
les dégelah à sa llamme.
Il devenait d'accL difficile,
même pour es intimes amis.
on humeur el sa . an lé en
étaient tout altérées. « Je décboi:i fort de me mérangeoi es, :c.rivaiL le pauvre galanl, 11ue je n'ai plu . que la peau ur lrs os. Tout me déplait ;
Je fui Je, comp:i0rn:cs, et si. pour obser\'er
le droit des gen.;, je me l.ii e mener en
quelque as emblée, au lieu de me con ole:r,
elles achè\'enl de me tu r... &gt;&gt;
Il avait Jes bl.lmems noires et de sQmbres
prcs enliment~. n 1·oyail Il3rloul la morL Un
jour, il dit Il. lbs ompicrre : (1 Je ne sais ce
que c'est, mon ami, mai je ne puis me per. aader que faille bicalôL en Afümagnc. Le
c, r ur ne me dit point 11011 plu que 111 aille

•.

Î!lit~

IY:Jf,1

LASSASSIN'.AT
DE

JI ENRT

nr.

toorricr :arriva. L'cnlè,·emcot de,·ail se faire
le ~oir mêmr. "a venue conôrma le soupçon
qu'av:tit fail milr1' la prJsence dans les
auberg-e · &lt;le bruJant cavalie.rs l'ran~·ai . Toni e
la nuit llonsieur lé Prince cavalcada sou le
balcon de ..a f~mmC' a,·cc de nomùreux gcn-

�, - - 1f1ST0~1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
en It.aJie. n El plusieurs fois il dit encore :
a Je crois mourir hien1ôl. »
Pourtant, à J'approche de Pàques, un peu
di! calme emLla rentrer dans son cœur. On
le vil, Ioule un" f'mainr, dP ireux de faire

qu'on allait parlir ra gue:re. Un aulrc que
l'ambas adeur du p:ipe menacait de l'excommunier s'il îai ail la guerre au , ainl-Père. A
quoi le roi avait rt:pondu que es pré.décc eur
avaient mis les pape en leur trùne cl que s'il
l'excommuniait, il l'en dépo éder:,il.
Ravaillac entendît cela. Le mol frappa sur
son âme. ll en fil éclater du feu. Dm celle
cervelle échauffée, dans cet obscur ~enier
d"idée,, 101.it était s.i Vli'ux, i pauvre! 'l'ont
flamba en un instant. Il se jura de tuer le roi,
de lui mellre le poignard au cœur. EL pour
garder un témoignage de celle résolution soprème, il griffonna ur un papier:
Ne oufTre pas •1u'on soulfrp en t.., prêsi&gt;treè
Au num tic lli\'U aucune irrévëreuce.

PLATRE PRIS SUR LE

VISAGE

DE

llt;;:;m IV.

F:1'1 1 793-

son ::aJut. li communia le jour de Pâques,
avec plu de dé\'oûon qu'il n'était accoutumé.
Une piété inhabituelle l'occupa durant qudques jours. Même il parut au père Collon si
plein de bonne ,·olonté 'lu'on put e pérer un
moment tp1'il allnil enfin ouhlier toule atrcctioo pour la princesse.

Ill
Cc même j9ur de Pâques, llav:iillac reprit
le chemin de Paris. Toul ce carême, il l'avait
pas é dans la prière et dans le jcùne, - longue
pénitence, longue slalion de piété et de misère_ U en ortait tout chancelant. Les fa.
Ligues, les austérités, la faim même, rien
n'avait de prise sur ce corps vigoureux, dur
et pui sammenl :assemLlé, mais la cer\·ellc
était moin forlc: elle pa ·ait pour loul k
reste. U éprouvait, uhissait jusqu'au délire
cc qui, dans Je cérémouies eatlrnliques, ern1tc
et anéantit à la fois; il 'élançait bor de fa
Coule ::ivec la flamme des bougies, la mu.ique,
l'odeur de l'encens i son âme se lai sait port.cr
sur tout ce qui flotte d'inquiétanL dans les
ténèbres d'une église; il s'élc\•ail dans les
profondeur du ciel, il assistait au Con cil
di\rin .... Que \oyait-il, qu'entendait-il'? Ilien
1._Jue la Lrisle se dti Dieu et es jngemenl terribles.
La ,,cille du jour de Pàques, iJ se rend.il,

après souper, chez un certain Ilèlliard, on
parent. Oe voi in causaient entre eux. Quelqu'un dit que :Sa Majestd avait oiforl a pro-tection au1 princes huguenots d'iUlemagne et

Cela se fil -ans qu'il dil rien, dans le silence
de son âme. 11ersonne n'en eut le oupçoo
dan la pelile as emblée. Les propo suivirent
leur train. Il regagna son logi .
D~ la ouil il ne put dormir. Il ne e demandait plu. 'il devait ou non tuer le roi. a
résolution était prise. Le souci qui le tourn:iit
et le relournait sur a paillasse était d'un
ord.re plus intime; il n'inlC:re sait que son
nme. Communierait-il demain, jour de Pàque.,
le jour le plus glorieux de l'année? li brûl~it
de participer aux mériles de N. S. Jé us-Christ.
li avait faim de l'ho lie. Mai pouvait-il confe scr sa volonté de tuer le roi? ·on directeur
comprendrait-il le caractère de a mis~ion?
N'y avait-il pas quelque apparence qu'il
e aieraiL de l'en détouraer? El , i le prêtre
,·iohit son secret! s'il tuait le poussin dans
l'œuf, le .fait dan 011 intention! !.'il allait
arrêter son bra· avanl qu'il eùl rien entrepris?
'il le dénonçait au supplice avant qu'il n'ait
purgé l'Egli e de !'.exécrable Holopherne'?
J.ocfüb e conua-l-elle à per-onne? Et récem ment, quand .Jean Cliàtel délibéra de tuer
l'llérodl!, il communia aussi paisili]ement
qu'il avait accoutumé de le faire .... Ah 1 'eigneur, s'écriait le malheureux dans les Léuèbrcs,
con eillez-moi ! armez moncœurde votreforce !
Permettez que je me confesse à ,·ous, seul à
seul, dans le eorel de mon cœur ! Daignez
entendre ma ,·oix., comme il vou a plu de me
faire enlendre la vôlre. Failes-moi ~avoir, par
'JUe}quc signe, si je puis, sans conîes ion,
m'approeher de voire taLle ....
CepenJanl le heure~ passaient. .Aucune
lueur dans .a nuit, aucune voix qui lui répo11d1L
d'en haut po1u apaiser on tourment. A.lor~,
·euJ, aband1mné à Jui-mème, il lui vint une
in, pi ration, où se découvre b délicalc. e de
son àme. C'c l par elle que le malbeureu ·
rrénéLique mérile de retenir un moment la
pitié or son Lri le vi age. U connut, dan rn
pauvre vie, ce qu'on ne l'Oit briller ttu'unc
fois dans la ,ie de millions d'hommes: une
minute sublime.
Quand le lll.'.lLÏD ful 1·cnu, il e rendil, en
comp:ignie de ~n. mère, dan l'égli e ainLPaul où il avait été bapti é. Il enlendiL La
messe. Pui , au moment de communier, il
accompagna la vieille femme dans la petite
proce ion qui se dirigeait vers l'au[el. Lor-l[U 'elle se fut agenouillée devant la sainte
.... 114 ...

n:ippc, il e mit debout tlcrri1•rc elle, el il
resta là, le. main jointe , lan&lt;lis qu'&lt;•llc
recevait l'ho lie, avec l'espoir qu'un peu de
celle rosée &lt;le gr:icP, c1ui alfait de cendre sur
elle, retomberait peut-êlrc ur lui.
Ensuite iJ r1uit1a la \'illc accomp:ignédu on
des cloches.
Bien de Pùques onl sonné ur ce rochc·r
d'Angoulème, et chaque année r:imène la
même féerie sur se pente . Dès rrue le printemp · a Louclié cc rocher ensoleillé, il en
fail jaillir de· lieur . li l'enrruirlande d'une
0ore sauvage; :..1 le charge à profu ion du
violet des lilas et du vif corail de arbre de
Jud~e. Cela ne dure qu'un jour. Toul e t ·vite
flétri. Mai le OU\·cnir el Je parfum en
étendent sur I.Qute l'année. naraillac fut-il
sen ible à celle poé ie '? .'e relourna-l-il vers
ces pentes cmLaumées? Yit-il seufoment qo.ïl
y avait là. des lleursL. Ou ne ait rien de son
voyage ino11 4u'il mettait à l'ordinaire deux
sc1Mines pour faire le chemin; celle fois, en
lmil jours, il fut i, Paris.
Tl e logea au faubourg aint-Jacques,
chez un nommé Darhier, à l'auberge d~
Cinq Crois$a.11t1;. Beaucoup àe o!Jat rcnaienl
y boire. Il les éconlail eau 'er. On faisait alor
de Ier~ d'hommPs 'ur Lou~ le points du
ropumc. Le but de ces apprêt· belliqueux
éLail de ~ccourir en Allemagne les allié protcstanl du roi, mais le peuple, IJUi e Lromanesque t:L ne regarde pas i avant, ne l'Oynit
dans ces préparatifs •1ue l'elîel d'uue pique
d'amour, et l'on chantait par tout Pari que
le roi a.vait ré~olu, pour ·onquérir on Hélène, d'épouser d'abord la cuiras e. Le nn
disaient que 'i le roi soutenait les Huguenot d..Allemagne, ceux qui l'as i teraient en
mourrairnt. Un sienr aint-George, déclara
que s'il fai ait la guerre au Pape, il lui
obéirait pui go 'il y tll.aiJ. tenu, mai que s'il
la faisait mal à propo , la faute en retomberait ur lui. U'autre pàrlaienl de celle
course que Sa. Majc 1~ aYait faite, dégui éc en
valet de chiens, pour surprendre sa princes e,
et racontaient qu'au bac &lt;le Saint-Leu on
l'avail pris pour un voleur. l'n prètrc, qui e
trouvait 1/i, rappela fJu'on arnit vu autrefois
de empereurs et de nos roi même e ma quer el c dégni·«Ir, mais non, comme ceux
d'au,jou-rd'ha.i, pour aller mir leurs maitresses, mais pour apprendre du petit peuple
etducommuncequ'ondî aild'eux, 'amender
et so réformer.
Ces propos, où le roi apparais ait tour à
tour comme ennemi du pape ou paillard,
en0ammaieol l'imaginalion du taciturne
voyageur. Il ne connut plus de repos. on
mi éraLle corp ~gilé ne e oulfrait nulle
part. li quille un jour les Cinq Crois~ant.s, en
quèLe d'u11c auLre MleJleri , et s'en va demander un gite dan une auberge prè des
Quinze-vingts. Lui lrou~a-l-on mauvaise mine
oul'aubergcétaît-ellc pleine? Il o'ycut pa de
place pour lui. Pourl:mt il restait là, dan la
,aile, en homme qui ne sa.i t où aller, q11and
il aperçut un couteau Lou~ grand ou1·ert ur
la table. Cel bomme, qui trois foi déjà éU!il
venu aPari. et, tout incline à le croire, ave&lt;:

LA

rn,AGÉDT'E Dë 1{ArJULLJtC - - ,

�________________________ .

111S T0-1{ l.ll
l'int ·nt ion de lucr le roi, il n'a\· il ,1r lui
nu,•une arme pour a,·romrlir ~on de. cin. Cc
courcau, sur c· Ile toLlt', dJns cetl aile 011
personne ne prèfait t.l':ittcntion à lui, n'é1:i.itce 1m la ,·olonlé céli:stc 1pù ·r. maniblaiL
clairement 1 IJica lui mèrn · 1p1i lui nrpor111i1
l'ir.-Lrumcnt t.le sa vcng&lt;':incc? li étend il la
main, le prit. El pour Lt prnnièrc foi~, il
orlit nrm&lt;l d,m · f&gt;aris.
Qnrlorgucil, 11uel nou1·eau couran-e, c1w111d
il sc11til dans sa poche ce coutrau lombé du
ciel! La lame brtln\ail dan le m:mcbe. Il lé
porta chei ,lcan fürbicr, frère tic l'bôle de
Cinq Cl'oi·~a11t.· el tourneur 311 Fauùour..,
'aint-Jacques, pour qu ïl 1erumancuJl de
ncur. Pui' il finit p:ir e log~r dans lJ rue
gai11t-llonor~, CO race l\l~)i e , niul-flo,h, à
1'111,ldlerie tic~ fr()i~ l'1g1•01,~. r1r:\ du LOUH!'.
."enlir le roi i prè · de lui, ·e fol ~an~
tlouh• in ou11,11allle. A Lrois jour Je là il
dt:lug el. 't·n retourne aux CilllJ C1·ni,;.~a,1l~.
fois à lonte le. heure du Jour, peJ1da11t ufü:
11uinz:iine r11\irou, il I i11t rùdcr autour Ju
l.ouHe, porla11t 3H'r lui on ('oule:iu Lien cmm:rnd1ti, dans sa poch,•. P;1rfoi.' il ·ortail J1•
f'aris pour tlrh:ippet :1 l'oli, , ion. l,'idt'.-e lixc
n · I,• l:îchait point. Il ramènt' t.lo Uourg-l:tTI1-inc un cor&lt;ll'lier d'Angoumui. , l'ia\·itti i1
~on hütC'llt-ril.', lïnterro 1: inlas,:il,lt-rnenl . ur
la 1111c ·lion r1ui l • banw : 'il fout ·oojt.lérr r
comme pét·hi· la ll'nlalioa de tuer le roi el ~i
l'nn t.loit 'en confe cr. Il aiguise :on couteau, rumine ron projel ~an. trèv •. EL pui
oudain, loul edAfaiL, lrJnl~ed11(:hiredansson
Ûllll'. Quelrepo ! Qoebpai ·emenl ! li rrnalt, il
.e dtki le de ~a olonlt! homicide. Il prend
1· L·'!llll &lt;ln ,oyagc, cp1ille l'auherge dl•.
Ci111f f'l'ois. 011/s, 'l! remcl ur le ch1•min
d' \ogoulème.
11,1 l:laiL aux premier jour de mai, le
lrmps ui1 la cnmpagne Vl•rdoie. fin canli1111r,
un1. tll:lion de !Tràcr. montail de . oo cœur
dJlhré. Il rt•mercfoil h· di1in ju.gc Je 1'3\'0ir
Mdiargé de :a mis ·io11 et de 't•n r!'mC'llre
. :i11~ Joule à {1ud,1uc plu, illu Ir' HTI[:.Pnr.
llJn~ rprinze jour. il a 1wrc('\Tail 1 . murailles
&lt;l'.\11"011lèrnc; il irait rhct le. cordeliers e
coufes er de on homicide par d :sir; il t·ornmunit•rait J:in · là 1·:ithéd n1le ,'ainl-Pierr ou
dan l'égli P '-,,int-.\nJrL .. ~hi ltieu orJonnait-il vr.iimcnl r1u'il rclournùt dans .Angou1.!me1 . \. fuyait-il point par timidité Je
cœurL. Tnol de médilttlion,, tant de \'Cille~.
111111 t.l'urdres ret·u d' •n h:ml, tout r&lt;·nié, tout
mé1•()11 nu, tout oul,lié rn un monu.•nt! Qu,~
n:soudr,•'! Quel rhcmin uh-re'!... RL·igneur!
.'eign •ur! en •ore nn . igne pour me rruit!L'r
da rH ces ténèhr, ....
Le t•ontt•au ,pt'il cutnil eontre ,a cui :·e
irrita il encor •on dé ·ir t.l~ retourner ,u r t'
p:i., d trouver e111i11 le roi, de lui rncllre Il!
p11igaar&lt;l :1u cœur. )1Jis il voinit l'àlfrcu.'I:
~upplic~, il ioulait con. ~rq~r la ,ie, el toutes
les forces de son ètri: ,·e rérnl l~it'lll coulre la
morl.
11 allail, 311ait loujo1m . La ll'mpète fai~ail
rag' dan sa mhéral;]u cor1dlt! 011\'t rie a•i
ve111 du d,h•, poir. 'i ~eult•mcnt il U\':lÜ pu ,c
ddaire dt! te coot,•au ! Il lu tot1rnai1, Il· rdour0

nail dan~ :a 111ain ! Oc\·a nl le j:irJin ile Cbn11tefo11 iI fil un ""l'rème rfforl. li lt• •orlÎI ,le
~11 poche; il n ébrécli:1 la pointe, dr ln longueur d'cmiron un pnucr, ur le for d'une
cb:ir_rellc. Pui,- rompu, soula né pourl:1111, il
contrnua ou chemin i1 travcr la triste
fleauce, monotone, inlerminaLI,•, :..i mal foile
po11r distrair une ;lmc qni . c noie dan· ~ .
pen. écs.
Il ' ful :;urpri · par fo soir . .Aux prcmit\rcs
m;ü ons J'Etampcs, il élail tout à fait nuit.
L , sur une pl:1,· • dé crlc, un f,'i't'I' lI01110
.olilaire_ Larra la ro1,1lc au 1opgour. Que e
pa.s -t-11 dan
on ,'ime·i Q111•1lc prit•re
adre a-L-il à c •crucilié Je pierre'! Qurl orJrc
cr11L-il en rrce,·nir? ... Il r•pril la route de
Pari~.
La hdle lranquillilé cl'hum ur 11u'on an1it
vue ·hez h, roi duranl les filles tle P,lrpw~,
n'eut 11uc '3 Jurée t1·11n mom 111. Tout on
feu . 'érnit rallumé ni, lellrc d • la jeune
c.tpli,•c. Loin d'ell1•, 11 élon lfoit dans i:011
L?u, :c; il ,w lenail p~u t·n pl,m•, il rcn~oit
n arn,r tic rl'po: 'JUI! lnrs•p1ïJ .l'rail hor~ J
J1rari .• à cl1 •101, au milieu dt•.s romps. Ponr
partir, il n 'allc•11ùait plus qu • l1• :acre de la
rl'rne.
~' . acre avait loujour· été diliéré depuis
e~~1r~n dn: ans que le roi !':\l'ail ,~pousic.
Cl'l:ut une C'royancc ·ommune 11m· la prcmit'.•rc
Itite 11uïl dounerait dP1oil lui être rune le;
au si n'avait-on jamais vu dt? gr:tnd dh·c•rti scmcnl ou. ou r~goc. Mai. la lleinc r"3iL
forl cnhitée de œ cnuronnc·ment, el comow,
au &lt;lire de Ha ompiem•, a Majesté él:tit le
meillt•ur mari t.lu monde, cil y :ivait 1•1:fin
con ·cnli.
f:1ail-cc d'arnir senti la mort rod1•r autour
dè ,on Carro ~c'! Le noi \'hait dau. l'inqnit!l11d1•, li allait pleur!'r rhez Sully, sa~ c ail
dan ln chai~e ba:.c r1ue le 111i11Î5lre av:1il
commandé• pour lui, •l rèn1nl ri liallanl ,1,•.
d1&gt;ig1. ut· l'hui de ~~~ luneltcs. if disaiL :
a lli1 ! mon ami, que co sacre rul' déplait! Je
ne . ai cc que c'est, mais le cœur me clil
&lt;jir'il ,n'arrhcra malbrnr. 11 Pui· se relevant
tour lt oup l'l frappant d , dent mains ~es
l'UÏ •• es : 11 Pardieu! jn monrrai Jan · celle
,•i lle ft n'en .orlirai jaruai ·' c~r. pour ne
nru'l rien cél~r, l'on m'a ùil que je devrais
ètre tné ii ln première grande ma"nilîc •ure
que je ferai~ . el 11ue JC mourrai, dan un carro '. Et c'c I cc qni me rend si Jlc·ureu . »
Parfoi pourL,nl il r •lromilil .:i "airlé, ~a
lirawmre gaH'.onnc. n jour quïl r '\1.'0ail Jt, ..
Tuil1•ricll, :i ppuyé _ur M. de Gui.t' et i:-ur
)1. rie füi: ,om11it•rre (il r llail toujours 111ù11
marchant il . 'appui:it p:ir alli·ction · ·ur
fJU'.•l1J1i' un). il le.i 1111•1 L:1. Jaw 1a grandi! :.:~lerrt!: « Ne ,·011 c11 :111,,t, poi11t, 1rur dit-il;
je nùn mh h:il1 r ma femme de 1.1:1L:l1t-r
afîu 11u 'elle n nou; fas c pas attendre à
dint'r. » f.l il eulrn chez la reine.
A cc moment, un mai. 11ui c dr~ ~ail au
mili •u do la cour du Lou1r , lnmha ~:in. èlr,•
a i1• du 1·rn1, du ttîl ( du flt'lil J,,gr: &lt;pri
mon le ü !J. d1amhrc du roi. M. de Il;uompirrrl' Jit alor. :
0

.., 116 ....

LA
.lprès l'oflke, Ha\'aillac rPl!:tt?l'la le, Cinq
n,i,, ·rrnt.,. li y tlèj,:nna a11.c l'Lôlt: el un
nommé. Colletet, 1nnr1·hanJ. Il• son cirlé,
aprv · ln m c. a l;tje. té remonta d1111s sou
ca rra ~e, el rcocontr:\nt en rhcmin 11\1. Je
Cuise el llassrunpierre. il lit d1• cemlre uttt•
dame t}UÎ c lrOUl"llÎl dnn I&lt;' berce:iu pour
prendre 111cc lui ,es gentil homme .
L;i con,·er· lion ~•enga ea ~11r un ujt•l
a~~l'i plaisant, pui.
011dain 1,! roi c:cprima
celle pen,ée ·inoutière :
11 \'ou, ne me connai.s ·ez pa.~ maintenaul;
rrwis je mrmrrai un de ce jour~, el rinand
rnus m';rnrt·z perdu, rnu rcconua1tr z la
dillërenrc 1p1'il l a du moi au. autre·
lwmmc:: . ~
M. de Ha:sompit'rro dil alor:.. .
11
ire, 11 cesscrl'l-\'Olls Jonc jamai de
non lroohlcr en nou· ùi:nnl 11uc \OU.
n1ourrf'J: biculot '! \ on. ,inez, 'il plait à
llicu, Lono•:; cl longue. année.. Vous n'èlr
r1u'en la lleur de ,·olrc ,lgc, eu nne parfaite
srinl.é c force de corps, plein d'honneur
plus qu'nurnn mortel, joui :mt en Loule
Lranquillité du plu~ Oori · ,rol ro.nume du
monde&gt; aimé cl adoré de vo . ujel •. Helle
r1•mm ·, bel), maitres e., beaux enfant· qui
de\'ienuent grand;., que von~ Fant-il de plu~
Cl 11u'avt•z-rnus à tlé irer damutà&lt;&gt;c'! ,,
L roisemil à oupirl'r cl répondit : implcment:
&lt;1 Mon 11111i, il fout 11uillcr tout cel•.... 1)
Il'•· qu'il fut Ji.; retour au I.ou\t,', il dt'pèd1a La \'ar 'Oncà l' \r~enal. pour Blkr cutirt:bcr
ull). La Yarcone rn1-int lui tliro que le
mi111slrc était au bain. a fojei: l; en fut
in&lt;priète. ' n L3in. c'11tail pi· l(U'unc purge.
li fallait rrardcr la chambre. Le roi r1111voya
La Yareune pour ,11:fcndrc au mini lrc de
~ortir el le prier Je l'allemlre demain, avcc
·a robe d nuit, on bonnet et ses pnn1oulle·,
Jlsant 'lu'il ~e (àcLerait 'il le tramail lwhillé.
En.uite il c rad~:.i, et décida de J'allrr
\oir le oir mèm&lt;'.
,\pd~ quïl cul déj •untl, il entra J.111- son
r.ahinel arn,· M. ùc la Force. li lui ,licta une
l ·ttr~~. et portant lri main à on rrout : n Mon
!lieu, fit-il, j':ii quelque cho_·e là-dcdan: l(Ui
me lroulifo fort. o Puis il nlla cLcz 1a ficine
el dit : 1( Je ne ~ai· ce que f ai,ma mie, mai,jc ne puis orlir d'ici. u Elle voulut le rel •uir.
Il .e laim1 pn:.quc comainae, et par lroi~
foi:. rtlp~ta : « ~la mie. ma mie, irai-je eneore'! 1&gt; Enfin, sur IC"s lroi heure. cl Jcmic
il monta dan son tarro~ r., qu'il arail fait
d~ronuir, parcL~ riue le lt'lllfl était 111:au el
qu'il \'Oulait regarder •o passant la décoration

~ \'oilà un lrè· mnu,,li. pr 1.age. Je 1·011-

f

dr:11s 111i'il m't.·tll ·otllli qucllJue cho. e dt!
Lon el 'JUC Ci'l I ne rùt point arri\'é. Di,~u
,. uille garder le roi qui I le mai du Lon Hl'. 11
~ur quoi 1. de GuLe reprit :
« Que rnu êlc fou de songer ~ loul cela.
- Mon :imi. lui répliqua Oa ·sompierre,
on ferait, cn Italie el n Jllrma;:ne, ùien
rlu: de cas d'un lei pré.a e q11t&gt; 11011s i;n foi.
sons ici . 1&gt;
Le roi, l(UÏ n'n,·ait foit qu'entrer cl sorlir
du cnLmet, était mou lonl doucement frmllr.r
es • ntilsbomme , imagin:mt qu'il · c·nusaicnl tic quelil'1c hi loire de femrne. Il urrrit le propu~ de lia ompierrr., el cha .anl
unr perufo qui pourtant .cml,1:tiL l'ob~,:Jcr :
11 \'ou· êtes des foU!l, Jrur dit-il, t.le mus
amu · r à Ions ce~ pronu tics. li I a lrl'nlc
iln' 11ue Lou· le- n lr logu , Ill charlalan . .
&lt;Jui feignent de l'èll'I!, me prédi~e,11, diaque année, 11ue je rours forhmt' de ruouri,·. Et c11 l'année où je mourrai, nn r m:irquera lou les prt!~ages qui m'ont a1'erli
en icelle, cl on ne parlt'ra plu· dt• cNI'&lt; 'llli
nnl ndvrnu~ k :innée: précéJl'nltl.. 11
Cl' n'élaicnt 1~ que &lt;l,•~ l'dair,. L'i11cp11,:Ludè le reprr.11:iil ~iln. Il rrd Vf'lt:tit tacituru,i,
et il •'aLandunnait nux lourm,•nl. de $a m1~lancolie amourcrr-,e.

0

On_ ne mp.il dans toute le~ rue qu':ire~
lnomphe, rucher· rlifi ·iel., portnnt de
lhê;itrc, de, i es el in c:ripLion d'honneur
tir,:,, de la llibl ou tl fable , qui célt'•hraicnt à l'l'mi les méri le de la reine. C'c. t
dan ce décor di.: fJ!e que, pendant pr,'• d'uniJ
emn_ine, quand il fol rl?''C'nu d'Étampes,
R:mull.,c promena sa rrén,; ie.
Le ru ·rcrl!d1, doutième de mai. il put voir
pa. ·cr la rdne •111i s'en allait 11 SainL-lleni.·,
nccompag-néc dn dtmphin el de pin. ieur~
priur · cl dnme, Dn1t lwur • plus tard, il
vil le roi qui ~·y Mltlail ù rnn lr111r, m:1i · 11
rc~la paisililmuent dan, la rllule des ruricux,
el n' Lira poinl son coull'au. ri1i,. . ouù:iine.
peur ou r~mortls '/ lt mu lait. n,·anl de rrappcr,
11uc la reine ftH couronn~e. cslimn11t 11u'il y
:nirtiit ain i moin, de co11ru.fo11 dans lt!
no\aume.
Le .t1cr1' PUL li,•u, hi lcntlemoin, ùnns la
!Jasiliquc c.lr• ~;1int-lleni. ::nec fo plus grautlt!
p_mnpe. Le roi . ·} montra très &lt;&gt;ai, cl il p~rul
. amu. er fort, an•c 11uclr111es sek11eurs de
se arnis, à jeter par une fenillrc Ju l'eau ur
1 reine cl ur
dame et , !t•~ ..,..,rirJer
'enfuir .... Lti soir, l&lt;ml re\inL à Pari ..
Ci-la :c pn ait un jl'uJi •t I, roi tle\'ait
partir le luudi arC'c l'ariw:e.
Le 1cndl'main, wndrcdi. Ral·aiUae cl • ~
fü1jc ·lti entcnt.lircnt ton. duux la me. e, 1"1111
dan l'égli ·e :iinl-llc.noil, el l'nutrl! chez les
~'euillan~. Qud poi•t retromera les •ntiru ni l.'l l pensél', qui a :i.ill,rcnt, à celle
heure sup rême, la I iclime cl son liourre11u?
Le men~ furent hian différC'nlt· 11u'il· . ui,ircnl, cc matin-1!1. l • n,:arnai~ inl'rédulë l'l
r1h11nl de a ruaiLre se, t'l l'hurnuw du roc·brr
&lt;l',\ngonttime 11ui r'cc1·ail darH l'c.llnsP. 1(1 ·
dt•rnicr~ orJrès Je Oi •11 !
ÙI!

dl'/\

l.1 l'uilc, cl le coule:iu à la ruai11. Un écu11•r
le dé m.n1; un aulr• a,ail dtljà Liré l'épPc
pour le luer, lorsqu I duc d'Epernon cri.i
qu'il r allait de a vie s'il louchait à cc mi~érahl ,. En mèmc l1&gt;rup: on dL~:iil au peuple
que le roi n'était que hl' , l: et qu'on apporliil du vin. Puis, lnndi que lout le monde
'1·mprcs.ail d'aller l'll c·hcrch r, 011 lmi~ a I •
mantelet du carros ·e. ou fou!!lla le ch •vaux,
l'l la ,·oiture partil grand train t•ntpurt,ull le
roi au Lomrc.
m. ÙI' Guise d &lt;l'Ept•fllOII monlt'~rcut au.;ÏlÙl à cheval pour rrpandre parlonl le IJruil
cpl«' ln Llr. . ure n \:tait de ri1 n. li· pcn~ai~•nl
apai:,er aiu ·i toute émotion populairn; mais
la légcnd courait déjit 1p1 '1:u -m~mt•:; ·t
lrurs amis hl. jé uilc~ pr ;pnraicnl un Saintli 1rtlirlem} Ill IJUC I,• roi lita il leur prrmirrc
11elime. li!- a,·aif'nt l,cau h.1tt-r ll'II rs hèb• ·, le
liruit all11it pins vite qu'cu , w•nail J,,s
tJuartier comme ltnc llammc. li arrêta Sul!~
en chemin.
üilui-ci .-~lait 1J1i · •n roule a,·c · cin1pianle
ou cent cbe1·:nu:, dès 1yu'il niait !iU la nouvt'llc. llu • de la Pourpoinlcrir, un carnlier
inconou jeta Jans ~a petite lroup • un billet
avec cc$ mol:. : • li1 allez-rnus, mon icur 7
C'en e t fail. Si rou · cn lrei tlnns le L11UHl',
rou n',•n réchapp •rC!t pa..s. ,i ; la fontaine
de lnnocenls, p11i ;, la croix du îrahoir, on
jC!ta Je l,illct pnrcils. .Au uarrcîour de
Quatre-CoiJlS, .1. de \Ïlry 1i11L lui dire: O c·c l
fait de la Franct•, il faut mourir! )liiÎ où
allez-von, ;:i1· •c ce monde? 011 ne ,·ous lni rra
enlr •r au Lourre qu ·a,·e · dt•u ou lrois de
rns gen., cl je ne 1ou le con cille poinr. »
1

ru1J~.

Le doc Je lontl,uon 11• mnribal de I.a1ar&lt;l.in, Mll. l\0i1uclrrnr ', La force t t ilirahl.'au l prircnl place, cl a1cc eux ce famcu
dï~pm1011, qui :1,niL rail jaJi · lu mallll'ur de
lla,aillar. I.e roi donna rordre it \ ilr}. qui
J'escortail i1 l'ordinaire, dll · rendre au Parlement afin d'y porter un me ·sage, cl tj l
re ter ~a gartlc au LouH •, en .orle qu'il n'
fut sui1i que de quchp1e · écuyer_,
Ba,,aillnc le vit ortir. Il courut nprès la
,·oitnrc, Jan~ b rue ,aint-llonoré, cl s'trnga-

.

gca derrièrH die rrH! de la Ferronnerie. LI'~
hontiqnc · nccoléc ir la mur:1illc &lt;lu chrnricr
Soiol-lnnocenl rendaient cdlc rue forL
éh'oile. Quelque cim1uanle ans pins l1il, le
feu roi Cbarle~ l'\ :n·:iil fait parait r un édit
pour c1u'on aliall1t ces é ·hoppr . L'éJit était
t·csLt1 lettre morte. line charrellc chargél! de
foin cl le harpwl d'u11 porteur &lt;le l'Ïn 'élaol
accroché c.n ·emlilc, •ml,arras.. aîcnt encore le
pa~saae. Le carro "C Jut s'arrèl •d la lL'lulèur
d'nnc bou1i1p1e, la1p1ellc portait pour ensei;;n,• : .\.11 cœur C'ouronn: perré J'unc fü:chc.
C' oLaiL à pt'II prh le lieu OLI lla1,üllac, /1 fa
Noël, :11ail &lt;lJjà rcnrnnt1·é lu roi.
Le ,alcl~ .-aul~ri•nt à b:1. rlu carrossr; ils
lrawr~èrl'nt le ·hnrnÎl!r pour rallrnpn au
l)out dt• l.1 rue 1'1:'luipngc, et des d!'u la1111:iî,-, «tni ~culs étaient dcmc•urés prc · du
roi. l'un . ·11,ança pour 1!é•1 agcr J, charr lie. ,
I' nu lre se 11:iis~J pour rauachcr . a jarr •fü•re.
:a füjesté, pcncbfr sur M. d'Epernon, lui
li!iiiil un Lill ·l qn 'elle al'ail à la main droite,
et pour lire plu· commod :ment elle lcnail
son hra lev·,
l\al'aillar fui prompt. Un pied ur la roue
du carro.~'. l'aulr- .ur un borne qui 1•r,·ait de montoir aux c.ivaliers du Cœnr courrnmé, il rrappa le roi de ·on couteau . un
peu au-clc~. u du cœur. Le roi crio : ft Je
. ui 1,lcs~c. » Au~~ilôl un second coup lui
perçait la winc aorlt•ct trancbaiL la ,eine ca,e.
Le Hoi dit alor : ,, Cc u·e~I rien. " ln not
de an,. sorlit de a !,ouche. , ,\b ! ~ ire, fit
l. de La Force tn lui porlnnL a médaille
.iux lèm• , :..;omene:t-\'Ous &lt;le Dieu! Mai- il
éLaiL déjà mort.

TJ(AGÉDlE Dt; J{AYA1UJIC - - ~

Yi:E. u'U,' it: PARTlE. Oll LOUVRE, A!; 80(10 DE W St1:;E, DANS LE• PREl1U:llES A:oi:;!:ES DIJ .YYU" s1b;u;.

Toul cela fut ,i rapiùe el ui\i d'uue lellc
conf1t ion, que pcr onnc n'cùL r.econnu lu
meurtrier s'il a rait pu !.\cher prise. lai~ il
rt.l Lait là, immoLile, ans son«er à prendre
.... 117 ....

Lii-de · 11 le mini tre tourna ltride, cl après
a\'oir rJllu tout le pain qu'il pul trouver aux
h:iUc eL chez I • boulanger , il alla s'enfermer à la Uas Lille.

�LA ~AaiDre

111S TO'RJ.Jl
Pt'ndnnt cc Lttmp , le chancelier illcry se
rendait auprès de la reine, qu'il trouva ur
un liL dëté, dans son pclil cahineL, en toilell.c
de rrpo . «Jlélas ! dil-elle 1 le roi e-1 mort l ~
Et elle e mi L à faire des cri . Mais lui, haLiLué par métier à ne point perdre l' prit
dan le. circon lances où il en faul, lui repartit tout d'un trait :
,, Yulrc ,Jaj lé m' •xcuscra. L~ rois ne
meurmL poinl en France. u
Puis écartaul son manteau r1ui tenait
cachJ le Dauphin :
« Voici le roi vinmt, madame. u
On a~ail conduit llavaillac à l'hdt I d •
prodrn da lieu où il avoit t'rr1ppé le
roi. On le fouilla. Ou trouw.1 ·ur lui son ch:tp,·lel, le p~11icr llu'il 3\ ail griffonné chei
fü·llîard, les stances à dire par un criminel
que l'on mènll à la mort et le cœur de Cotton
qui lui avait été donné, quelque dir ans auparavML, par le chanoineGuillebaud. Humbles
oujets ! Pau,·re lrtisor ! Avoir mystique CL Laroque, muet" témoins de se médilalion
solitaires! ... M. le président ,Jeannin et )I. de
BuUion, délégués pour l'interroger, le quesLionn:-.r,:nl ur ce reliques. Il dit en toute
,•i\rité ce qu'elle étaient, d'où elles ,enaieul.
C'était livrer tout on ccrel. a vie, Loule
son âme élaient là. fai · c'était i peu de
chose, et surtout pom des robins 1... ils
coururent e plaindre au Louvre qu'on n'en
pou,·aÎL rien tirer.
M. de La Force leur dit : u C'e t cpre vou
ne s:l\·ez pa , mc.!stcur , comment il faut
lrailcr ce grn.-là. Allons c11semLle ! El je
aur,1i bien le faire parler. 11
li rcvinr •nl à l'hôtel de Relz. L11 Force
pril deux c11rabines. Il 011 enleva li! silex,
inlroùui il à leur place le pouce du meurLrir.r, pui il serra les écrou , Toul cc qu'il
ohlinl, cc rut des cri .
_\. cc moment ·c pr&amp;;entèrcnt les archc\·èque: d'Aix cl d'Embrun pour confe er le
régicide el lui foire a\·ouer ~· complices. li
ne 'intimida point. IJue lui îai 'ai nl ces
arcbcvèques, à lui 11ni avait eu audience
dc,·anl le lril,unal de üicu ! Il e conlcnla de
leur dire que ni loi, ni le siens u·avaient
jamais reçu aucun oulra«e de a MajestJ,
qu'il o'avait été induit par pcr onne à eotrcpr\!ndre ccl allenlal, mai que ce de ~ein élnit
da11s son pril comme uoe tentation diljt1
an ·icnne, à bqucllc lanlôt il adhérait, lantùl
non.
L'hôtel était si mal rrardé que tout Paris
courait
voir. Le jésuites l' Yenaicnl en
nomùrc, pou és par le désir de connaitre si,
dans le discours d!! col homme, ils ne décou\'riraient rien qui inquidI.U leur comp:1crnic. A le - rnir aussi empressés, il sourit,
eut une malice qui perça.il leur pensée ecrètr
~ ionoœnle raillerie qui dénote _on courage,
i l'on ongc combien il ouffrail des meurtris ·ures de c pouce : &lt;c Vou
riez Lien
étonn 1s, dit-il, si je outenais que ce fût vous
qui m'avez conduil ici. »
Toul alarmé de cc propo , le père Cotton
acrourut. Lui au si il étail jésuite, el de plus

n tz,

r}

préteudue relique '{UÏl port:uL à son cou ....
li r~pondit à ces iujures avec on bon en
ordinaire que si le cœur était ,ide, il ne fallait pas s'en prendre à lui, mai à ceut qui lo
lui avaient donné.
Dan. la liance 11ui suh·it comparut le père
d' ubigny. L pêre oulint qu'il ne l'avait
jamais vu. A ce coup, c'en était trop. I\availlnc
fut indigné : « Aux enseignes, s'écria-1-il,
que ,·ou me donmHos un sou, que Yous aYez
emprunté à un père qui était là! » Mai
l'autre ~e dJilla dextremenl : • Cela est raux.
répoudit-il, comment un jé uite pourrait-il
donner de l'argent puisqu'il n'en porte jamais1 1) R:ivaillac ne ut rien répondre. li
leva les yeui au ciel.
Lo roi ,.i~ail sur l'm lit, la face décou\·erle,
Vainement on le lonrment:i pour lui faire
,·êtu d'un pourpoint de satin blanc, avec ua arnu11r ses complice . Plu il di. ait la ,·érilé,
bonnet de velours rouge chamarré de pa ~- plu on refu ail de le croire. la fin le prémcnl d'or. On lui fit son autop~ie, el les ~idcnl 'avisa de lui annoncer qu ·on avait
mr.d cins reconnurent quïl était d'unCl étoffe dépêché un e. près à Angoulême, pour rameà durer longtemps encort'. on cœur îul mis ner on pùre, a mère el es autre parent:,,
dan - un pot eu allenJanl que les j6suiles, 1l et que, 'il rdusaîl de dire autre cbo ·e que
qui a Maj ·té l'avait promi , l'emportassent ce qu'il avait déjà dit, la cour était ré:oluc à
à leur maison de La lèche où il Le avait les faire périr cruellement, ainsi que l'y autoiu ·t.allés. Le coll1'thn le bai ·aient il l'em·i; ri ·aient les loi · divines cl profan · en un
el u tél, nou rapporte L'Estoile, qui en avait crime i énorme el d'au ~i grande con équence
les moustaches sai!!Ilcu es e l'e Limait b que le ien.
« Le loi· dirinc~ ni h,-:,, humaine n'auto!!l'aode Joire. »
risent une cruauté si grande, i&gt; répliqua le
Pourtant le roi n'éLail pas mort. Dans l
cérémonial de France, un roi ne mcurL que malheureux.
lni le prJsidenL allégua le lexle de quelquarante jour~ aprè .n morl vériL1ble. Durant
ces quarante jours, l'image eu cire de a. que c:oncil ·. Alor il bais a la tète. On ,,il
Maje lé e dressa Jan le fauleujl ou lêquel des larmes dans ,e eux.
oo avait couché .a Lièrc. Pr\ de lui es offiQuand le moment rut arrivé de le mettre à
cier:. 'emprcssaienL en mantc:iux de gala, le la que ·lion, le Parlement délibéra ·'ü ne
chaperon sur l'épaule el le honnet en tèle, convenait pas d'employer de.a procJdés extrne.:rncts li. remplir leur office comme ~•jJ cùt été ord inaires et mème de recourir à ceux des
virnnt. Toul s'agita il dans le palai autour de pa s voi in·, et par exemple à la baralle, fort
celle majc té immobile. On a~si·tait à on en u·age à Genèl'e. On 'accorda pour reconle\'er, à son coucher; on lui pré entait la naître que la bm•atle 'lil'rait de grands aYanchemi e. "a table étaiL ervie et desservie tage. , mais ulle était d'invenliou buguenotl',
tour à tour. Les mcls int.ncl allaient aux et pour ccln ful ~cnrtéc. Bref, on comint
qu'on s'en tiendrait aux moyen accoutumés
pau\•res.
L petit dauphin, mourant de peur à la san · mendier à l"étranger cc dont, gràce à
peo·ée d'èLre tué comme on père, uppliait Dieu, nous élion, sums.~mmenL pourvw.
On le üvra au bourreau. Il l uî erra le.
qu'on ne le fit poinl roi eL qn'on ne le laissât
pas coucher cul. La reine jetait de rands brodequins. A.u premier coin, le m3lheureux
~·écria : « Que Dieu ail pitié de mon ùme,
cris pour qu'on crût mieux à sa douleur.
Pendant cc temps 011 e1pédi11il le procès du lui fos e pardon de ma faute Ill non pa. d'avoir
criminel. 'fout de suite le malhcnrcux reçut recélé per onne! » On glb~ Je deuxième
dans l'àmc un coup terrible. Le pré idenl luj coin. Il pouss de grandes plainte , au milieu
remontra qu'il ail1chaiL la religion pour faire desquelles il di tût ; « Je sui. pécheur et ue
ai- autre cbo. e. » On enfonça le coin davancroire à quelque mi sion divine, et là-dessu ,
on ouvrit, de\·anl lui le polit cœur &lt;l Collon tage. 11 Mon Dieu! se prit-il à gémir, acceptez
11uc le chuuoinc Guillebaod lui a,·ail donné celle pénitence pour le grande fanles que
autrefois el qui devail contenir un morcea11 j'ai la.iles eo ce monde; recevez celte peine
de la \Taie croix. Le cœur ouvert se Lroova pour la salisfaction de mes péché$. Par la foi
vide. ~ou l'émotion il chancela. Cc cœur qu je doi à Il ien, je ne ais autre cho·e . e
qu'il "portail depui dix an , Cr0)'anl porter me faites pa dé: e pt&gt;rer de moo jme. ,1 Au
troisième coin il demeura comme pùmé, on
aYCC lui un débris inestimable, ce n'était
qu'un morceau de cire! .A quoi se ûer désor- lui porta du vin à fa bouche ; es dents élaienl
mais'? Toul, dan sa ,ie, n'étaiL-il pas illu- si serrées qu'il ne pùt le recevoir. On relâcha
ion, duperie, mensonge, un rêve creux le brodequins; on jeta sur lui de reau; on
lui tlL prendre du 1·in; on l'é(endlt ur un
comme ce cœur?
Les rohins 'acharnaient ur lui et son matela , où il dümeura ju qu'à midi.
Quand la îorco l'eut un peu repris, l'c1écumi 'éraùlc cœur de cire. Cc zèle pour la religion, dont il faisait tant d'élal el dont il cou- teu.r le condui it à la ainle-Chape11c. Il y fol
vrait son forfait, élajL au 'i fallacieux que la lié à un pilier, pui on lui porta son diner, el

confüs i;ur du roi. Il pensa confondre on
homme en le trailant de huguenot, et, oubliant son Jean Cbùtcl, il lui dit qn'un Lon
catholique n'eût jrunai perpétré no i méchant
crime qull le sien. Mai l'autre se moqua de
lui, ans lui répéter Loute!oi la plai ante.rie
qu'il avait faite au:-.: j: uite de moindre importance, car on l'eùl prise à bon escient.
ne paisible assurance, une orle dehonhomie, l'orrucil de la l,csogne faite, vc,,il/1 ce
qu'il montra tout lu jour. Pui , quand la nuit
fut -venue el qu'il fut !!ul aVL'C on âme, il
n'eut pas d'autre mou\'ement que d'él1.wer
son cœur à Dieu, comme autrefois, sur sa
p:iilla~ e, dan le cachot d' ,\n&lt;1oulème.

tandis qu'il se réconfortait d'un peu de \lando
Lde pain, le greffier l'odmone. Lait encore, a~
nom de on . alut éternel, de révéler qw
l'a'lait poussê.
A cc moment les docteurs en orhonoe
commandés pour l'a i ter, ~ •: Garnache ~l
de filsac, arriv 1 rcnt. Il leur réitéra ce qu il
aYait toujours Jit, qu'il ava.it été ~eul à Faire
on de cio et à le p:i.rfaire el dem11nda que
le greHiC'r prit par écrit sa confession. _Les
docteur l' con enlirrmt. Alors celte prière
louchante sortit comme un :-onpir dt: es
lènc : 11 Je peo e a1oir fait une grande

ur les Lrois heure , on le Lira de la cbapelle pour le conduire a11 .supp~ce. A la porte
attendait le tombereau q111 devait le mener en
grère. A peine fut-il placé que la f~ule, ~ùi
e pres ail aux abord de la Concrerger1e,
voulut le prendre d'assaut. &lt;1 Paix, là! »
criaient les archers. El par Lrois fois il proclam~reot : (&lt; Or, écoutez, de par le roi! »
,e qui calma un peu l'el~ervescen~e du pop~:
lilire qui se llll pour ecouler Larrêt. Mai~
quand le greffier ,,int !i ces mol - : « ... tuo
le roi par deui coup de cou Leau ... » les
injures el les cris recommen~reul.

DE ]{.AV.,uttAC ~

1, cbeYaux pour l'écarleh:r. a llélas! dit-il.à
leur ,uc, on m'a ùien lrompé r1uan~ ou m_a
rnnlu per uadcJr que le coup que JC ferll~s
erait bien reçu du peuple, pui qu"!l ~ournll
lui-même les chcvaUJ pour m det'h1rer. _,►
PuÎ$, il se tourna \'Cr le Lourreau et lo prrn
de demander à la foule de cha?ter, le al~e
Regina. Toute la Grève r~pond1L dune \IO~
quïl était damné, comme Juda., et qo li
fallait le foire languir.
Repou sé rejeté des homme , il eut recours au co~FC! seur el demando l'ahsolulion.
Le prêtre au ~i se déroùa. M. Je Fil. ac lui

1

... 118 ...

LE SIIT'l'Ll(;E DE JUVAILI.A.C. -

faute, dont je demande pudon à Di 11, à la
reine à mon- ienr le dauplrin ;\ la cou r el à
tout ie monde qui peut en av~ir r~~ p~éjudico; mais, j'es.père que le Dieu 1m. cr~cordieu1 me fera pardon de mes fautes, etanl
plus puî sant pour di s,oudre 17péché, rnoJcnnant la cou[~ :;ioa el l absolution sacerlloLale.
que les hommes pour l'off!n.c.r. _Je p~ie la
sacrcc Vierge larie, )te sire a111t-P1~rre,
)le sir aint-Paul, )[es ire ainl-franço1s en
pleurant, ~fo ire :ùnt-Bernard et Loule la
oour céleste au Paradis d'être me nvocats el
int('rce eurs envers la acréc lajeslé afin
qu'Elie impo~e a croix enlrc .ma mort, le
jugemcnl da mor1 ùrne cl l'enfer, _e péranl,
par ain i, ilre parlidpnnt des mér1tc_s de la
passion de otre , eigneur Jésus-Ch.rist. ... »

D .Jfrt's 11n&lt;" 1!.&lt;la11,p1! dt 1010.
0

La charrellc se miL en marche au tnilil.!u
de clameur îurhmsc~. EUc pa sa devant
olr&lt;&gt;-Dame, tourna sur la place de Grève,
arriva au lieu du supplice. Uebo~l dans. lo
Lomhercan, Ravaillac adjura le roi, la reine
cl tout le monde du lui pardonner ln grande
faule qu'ü avait fa.ile el qu'on pi·iât Dieu ~our
lui. Pui il monta sur l'échafaud. li tc1mt, à
la main droite, le cout u donl il avail frappé
le r i.
A pelitfcu l'e1éculew-.lui.~r~la d'ohor?_ le
brns droit. On l'entendtl ecr1cr : . cc Jesu
Maria! Jé u [aria!. .. ~ Quand le bras fut
carbonisé, on Je tenailla au Fer rouge, el l'on
versa dan · les plaies du plomb fondu et de
l'buile houillaôte, en l'exhortant à confesser
la v~rité toute nue. Oo lit ensuite approcher

... 119""

répondit qu'il éLaiL en péché m.~rtc~ et_qu'il
ne pon.rraiL lo. lui donner que sil hnait "e
complices.
.
..
u Donnez-la-moi, au moms à cond1hon,
s'écria l'infortuné, au cas que ce t[UC je dis
soit vrai. C'e l une chose que ni oos, ni
personne de votre profession ac peul me
refuser.
- J'y con!-e0 , répondit l'aulre, mai à
celte condition qu'au cas qu'il n'en serait pa~
ain i ,·oLrc ri.me, au sortir de celle vie que
\'OU 'allez perdre, s•~o aille tout d~it en
enfer el à tous les drnbk. Ce que Je vous
dJoonce de la parl de Dieu co mme certain el
infaillible.
- Je l'accepte el la reçois, dil-il, à celle
condition. li

�~ - 111STORJJl
L · docteur· . J' lU\rÎr •nt el lui JounèIJ communion a,1 le. pri'
act utum • . 1 ui , il rnlonnèrcnt l • · lut. ~lai 1
foule 1• mil à nier 11u'il n • fait Îl p • d
prière 11our un p. r'Îl mi.érable, •1 le lloctcu l'ahandonn rl'11 l.
J. · r •ffier cnror um· fois lui dernanJa
ïl 1:tail hien Hai tJUe per onn • n' ùt pri. de
pari à .on crime. 111lc Fois t:'11corc il rrpondit : o Il n'J ;1 qu moi 11ui l'ai ÎJÎt. D
,\lors, dit le proe1\.-,ctlinl, le U/lfllico

hJ(r .. L'nu J ·· ·hc,aux :lait fourbu. un "entilliomme offrit s:i ffil)'llure. L liè:c était
VÎ" 1ltlreust!. Elle rmporla d'un coup uuc
cui ..\ la lroisièmc r •rri ·e, 11:Haill:ic l\'ndit
l'e prit.
IA" liourr •au aehc,a de le démcmlir1•r à
roup· d~ hach p ur cnjotcr le. 11u:1rlicr au
feu. \IJ1 le p •uple u rua Je ·:11 .• Il n' · cul
fil. de honne m1'.r 11ui n'en rnulùl avnir .a
pi'·, c. l.1• cufants 111-mèm . en hr ni ile
r u dll joie au coin Jl·~ ru1 ; el 1111 1{U
· mmen a.
\'ill.lac11i J'. nl .. nrour. de !',tri.·,:\ anl lrt)U\ 1
Il fut l'mldu\ ~ur un' clail' attel :l' 11u:1lt • mo)1•n d'a1oir •1ud,1u lnpio d1• .c ntrJilk.
rh ,·au1. P •nilant une demi-heure- cmiron, 1 , tra,n'•r,•nl, pour le lm11 ·r,ju~11uc dans
l'c~fruleur lit tirer I • l,êtc !,(lJ) pnrvcnir à leur, , illa e~.
di joindr ce m 1111,rc · pui ·. ;unm nt a •mLe lcndem:iin, ,a· 1·, 11ualre heur . du
rt•nl

0

0

matin, d ·arr • ,. de 1, m 1i on du roi t
une troupe d1• cav,1lier ail nJaient · la porte
de r.:.,Ji-o •. aint-Loui.- du COU\ cnl d .... jé.,uik..
0.in le no111hrc de ,·arro·.c· c trou1ait
cclui-1 m&lt;lmc ù le rui a1·ai1 été rrnpp11. l,o
p '.r .\rmand ) monta ,. ~tu du urpli cl de
r,:101 Cl 11ort:1nl, · ur uo
rrt!:l.U dt! 1·cl1111r,;
noir, 11' cc.cur royal comerl J'un cr pc. Pui ·
toul 1:c mond partit au •'rand trul, ·c diriant 1er Ltt f'lèd1c. li. de La"ard ', 1p1i leur
:1. it 111111 d :,oué, prolc:,.cail le 10 ·age de·
j,:,uit , t 1• p uple d' Pari. Ji. ait en 1
'"!ant p~ •cr :
Il Le r,•u rui 1•ur n duoné La r•T·cl1~,
pour le n:compcn.~r. ils la lui uni mi,c dan~
le cu:ur. l!
Ji'.:1 IÎII.E H Ji.:.\.'

lll ''JORI\

Tll.\R \UD.

La princesse des Ursins
1.. princes. e d , Ur,:;;u était lil11• du m:irqui, de . uirmoulicr.• «J11i lil llnl ,lïntri;:u,•
dau· les trouLlc. dt• la miuoril'- clc Lnuis \IV,
,t 11ui en lira nn lm-,·ct ù dm 1 1· ou,erne,m·nt ilt: Charle,illc l'i 1lu lonl-Oh mp1•. a
m'.r i•tait une \ulir,. d'un· fomill ril'hc de
P. rb. •1111cpou ·n r1; lti.10 ,\drit•n Blai~n d1:
1 ll, 1 ranJ. 11111 ·r- f.ii . il · pp ,J ·r le prin · • d ·
l.balai.' mai. ·, n . ran° Ili prrl ~oliun 11ur 1' llll]lll:. • 1111 foin u
Jud a,·ec un c:td l d,•
;\oirmoulit•r,. Flum:\rl'II d Je rrrre ain,1 dl'
\f. d~ lu111e.r,in contre \r· •nlicn. t~, dt:u
Ln l'rellc d h· chevalier de .'aiut-.\i •nan,
fri'-rc Ju Jm: de llèamillièr' . ohli,;ca 'b, l.ii
au.silt 1 •pri• , l't t•'(,tait 1•11 IHH:i, J • . urtir
du ru1aum,'" ·I ~ fcmm~ le uhit .. n E. Jl.1"11 • •I de lit par mer en Italit•, ui1 il mourut an caf:tnl II li•, ricr 1'70aurrt', Ùt• \\.'ni. e, en allant lrouier .-a femme. 1111i l'ail ·nJail à llome. fün, • d: !l,trc, le. cardinnux
de llouillou cl d'&amp;tr :, 11rirenl o:n d' ·Ili: .
l,'a t' l'l la ~au Lli conn•uaicnl, l'i la figur •
au· i. · ··rait un fomm • plu tut ,.rnrult.: 111111
pt:Lil •, Lrun • a1oc d1· )l'U bleu · 1111i di~, icnt
:Ill Cl' .
luu t C 11ui 1111 plai,ail, a, • UII •
taille parfaite, tut L ·Ile "Or •r, cl un vi. a"1:
qui, ,, o J,,autJ, était charmant; l'air lrèm •mimi uohlL•, 1p1d11ue cho. " de rnaj lucu
en I ut : n maiutien, 1 Je r cc ,i n. lurellr_ et i n1ntinuell 1•11 tout, ju qu • dans
1 cbo. · 1 plu. petite el 1 . plu inJilîér •nt ~. 11ue je n'ai jamai ,·u per orme en approdicr oil .Jan · le corp ·, , it dan l'cs11ril,
do11t l'ile :11 it infiniment cl de tout•. lè ·

orll',: ll;11le11 •. car•· ·:une, iujuuantc, mesur :1·, voulant J1l:1ir p ,ur plaire), et :1\ c d1•,
,barmc, dont il n'èt.1il ra po ·ihl • ù
Jéli:ndn-, 1111:iml fü, 1u11lait g:i;;orr cl '«luire;
:nec c •la 1111 air 1111i nwc de la !!l'arnl,·ur altirail au lrcu d',,IJ: rou ·ber, un• cou, •r ·atioo
délicic1i,;t•, inl, rissalil,, d d'aillcu fort lllUU•
;nntcpnr tvul c 1p1\fü• a,ail ,11 Lconnu J ·
pn cl Je p •r onnc,, un ,·oi. 1•1 un (13 rlfr
•xlrèmcmcnl :i réahlc • ,·cc 1111 air de dont ur; lie, \'JÏl au,-. i 11 aucoup lu, et •lit• •t.,il
pt:r. onn1:
Lèaucoup de rt'•Oc ion. ln "rand
·boi ile· meilleur . comp:i •ni· • un grmul
u;;;i de llls Leuir, cl m\rue lllll' co11r, une
"r:md • politt· ,c, mai. .11· une •rand1• distir1clion, et urluut une rrra111l · .tll •ution i, n
,'a\'an· ·r 11u·a,cr di!'.I1ité et di. aêtiC1n.
lf:iill •ur: la I)('r ·orlllc du lllonde b plu,
propr i, l'intri::!u • cl qui y lll"ait pM, •. a ,ic
i', llom • par on i;oM: li•, ucoup J'ambition,
m i~ d • cc· ambition· ,a l '•• forl au-d · lb
dr. ·on , e, cl dt• r.,m~it ion ordin. ir • dt•:.
homme., el un dc.l~ir rardl d' Ir . ~t d ~OU·
\'ern ·r. C'était encor • l:.i p r.i,nnc cln mondl'
11ui a,· il le plu d • fin ~c dm J'('~prir. lillns
11ue eel.i pariH janiai , l'i tle 1-oini,inahon
dan. la tète, et q11i nuit le plu. d • llllunt.
pour connaître on moud• ·t ,,n·o·r p; r 0(1 I •
prcmftc •l lt• men r.
La al nt •rie cl r nlêkm nl de a pcr. onne
fut ,n elle la faible c dominante cl urna' • ule Lont jru,1uc dans ~- dernier· 1icillc ·e; par rons 'qucnt, de. parure 11ui n • lui
allai •ni plu eL qu d'à •• n âne elle pou~.a
1

tonjour- fort :111 d •hi du ~i 11: dan· li! fonJ.
hault•, licre. :illaul à • fin~ ,in' trop ~·«•mL:irr.i. ,er de ffill)~n • 111ai. tant qu',·11 • po111nil sou· UIH' •· or, ho1111,~lc; nal11rdlcm1•111
.le , l!i: L&lt;11111 • et oLligèant • l'll gt:néral. mai.
•tui n rnulail ri1•11 d mi, et que ~t ami'
ru :rul :, die an. r 1,crw: au ,i i-lait-dlt•
ard ·ntc 1 1 c rdlculc amie, ·1 d'une amili1'•
&lt;1uc 1· IPlup, ni 1 ~ al,. nrc. n'afüibh aie,11
poinl, et con ..équemmPlll crul'llc: d impbc,1hl1• ennemie, Cl ui\·aut .,, h3inc j1ul'1', nt
cnf,•r. : rnliu, un l1111r uni'lllC dan s1 r-,11·c,
~ou artel aju,IP , el um· :1oq11 ne:,•. impie
et 11:1lur&lt;!llc en tout ce 11u' •lie Ji il. «Jui ~a:.:11 il au lieu Je r •l1111c:- par on arrang&gt;ml'III,
tcllem1.•nt 'elle di ail tout œ 11u'dl1• \'ou lait
Cl cnmmedl• lc ,uulaitdire,ctja111ai mol ni
~i,.ne 1 plus !!"cr &lt;l1• r 11u'cll ne ,onl, il
pa ; fort · •cr~te pour ell ,•t fort ,-ùrc pour
·c ami,, a,cc uoc :t"rê:il,J • gni&lt;'t1: •111i u·a,ait
rien 11ue de comcuahlt&gt;, une c· Lr1•111c d :, •nec
en tout l'e\l 1ricur, cl ju 11uc dan le inléri ur m~mc 1111i •n comportent le muin.
:wc une 1;rali1,: d'hunwur 1p1i en lonl t •mp,
t•l rn Ioule alfoir1• 1 l.iL il loujour m 1ilr ·, ·c J'1•Uc-m nw.
'fcll · était ell fcmm • 1·~1;.brt! 1111i a _i
louµtemp ·l i publi-111cm 11l goun•rné la
cour el Ioule la monarchie d· 'P.l"II , t qui
a r il tant llt: bruit ùa11 I • monde p.ir on
r gn ri par :i chute, 1111e j'ai cru m • dcrnir
ét •ndrc p ur la r. ire connaitre 'I en donner
l'idée 1111'00 •n doit ,oir pour 'en former
uo1• qui ~oil I lrital,I •.

'I''

' .\1 ' T- L\10,

MARIE

T

IL\, ' CE

RT
I::T l&gt;'E '

Ta lcau anon,mc \1u~ê · de \'ers:\ill~s)

�BATAllll DE

RAAB (q JUIN

18o\;). -

Grav1lf'e dt BRèNELLŒR.&amp;, d'apres le Jable,111 d'HtvrOLYTE

LECOM1E.

plt&lt;sea de Versailles.,

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE X V Ill (suite.)

Nous étions en ce moment uu peu en avaul
dù la tuilerie située à gauche en arrière cl'Essling; le maréchnl forL ému, voulant s'éloigner du cadami, fit une containc de pas dans
la direction de Stadt-Enzersdorf, et s'assit
toul pen,if sur le rcl'ers d'un fossé d'ot1 il
ohserrniL les troupes. Au bout d'im quarl
d'heure, quatre soldats, portant péniblement
dans un manteau un oflicier mort, dont on
n'apercevait pas la figure, s'arrètenl pour se
reposer en face du maréchal. Le manteau
s'entr'ouvrc, et Lannes reconnaît Pouzet! « Ah! s'écric-t-il, cet alîreu.x. spectacle me
poursuivra donc partout! ... » li se lève et va
s'asseoir sur le bord d'un autre fossé, la main
sur le.s l·eux, el les jambes croisées l'une sur
l'au lre. li étail là, plongé dans de sombres

réllexions, lorsqu'un petit Loulel de lrois,
lancé par le canon d' Enzersdorf, arri l'C en ricochant el ,·a frapper le maréi-hal au poinr
où ses deu\ jaJ.llbes se croisaient! ... La rotule
de l'une fut brisée, et le jarret de l'aulre Jé.cbiré 1
Je me précipite à)'instant ,•ers le maréchal,
Lfui me dit : « Je suis blessé... c'est peu de
chose ... donnCù-moi la main pour m'aider à
me relever.... » Il essaya, mais cela lui fut
impossiLle! Les régiments d'iufanlerie placés
devant nous envoyèrent promptement c1uelques bommes pour transporter Je maréchal
\'Crs une ambulance, mais nous n'avions ni
brancard, ni manteau : nous primes donc le
Llessé dans nos bras. Celle position le faisait
horriblemenl sou.ffrir. Alors, un sergent, aperce,,ant au loin fos soldats qni portaiunt le cada1TC du gitoéral Pouzet, courut lcurdemander
.,. IZI ..,.

le manteau dam le11ncl il était cn"doppé. On
allait poser le maréchal dessus, cc qui eftl
rendu sou transport moios douloureux.; mais
il reconnut le manteau et me dit : &lt;&lt; C'est
celui de mon paune a.mi; il esl couv('rl de
son sang; je ne ,·elLx pas m't'u senir, faitesmoi plutôt traîner comme vous pourrez! »
J'aperçus alors un bouquet de bois non loin
de nous; j'y emoyai M. Le Coulteux et quelques grenadiers, qui revinrent uieulM avec
un brancard couvert de branchages. Nous
transporlàmes le maréchal à la tête de ponl,
où les chirurgiens en chef procédèrent à son
pansement. Ces messieurs tinrent nu préalal1le
un conciliabule secret daus lequel ils furent
en dissidence sur ce qu'il fall.t.it faire. Le dotleur Larrey df'.mandait l'amputation de la
jambe dont la rotule était brisée; un autre,
donL j'ai oul,lié le nom, voulail qu'on les

�H1ST0~1Jf, - - - - - - - - - - - coupâl Loutes les deux; enfin, le docLeur Y\'an,
de qui je liens cc détails, 'opposail à ce qu'il
fût fait aucune amputation. Ce chirurgien,
connai ant depui longtemps le maréchal,
ns urail que la fermeté de son moral donnait
11uelques chances de guérison, tandis qu'une
oprration pratiquée par un ternp au si chaud
conduirait infailliblement le hies é dan la
tombe. Larrey était le chef du ervice de anté
des armée ; on nvi l'emporta donc : une
des jambes du maréchal ful amputée! ...
Il supporta l'opération avec un grand coura c. Elle était à peine terminée lorsque
!'Empereur ·ur,·inl. L'cnLrevue fut des plu
touchante . L'Empcreur, à genoux au pied du
brancard, pleuraiL en embra a.nt le marécl1al,
dont le ang Lcignit hienûil on gilet de caimir blanc.
Quelque per onnes malintentionnées ont
écrit que le maréchal Lannes, adrcs ant de
reproches à l'Empcrour, le conjura de ne
plu faire la guerre; mai moi, qui ou tenais
en ce moment le haut du corp. du maréchal
el entendais tout ce qu' il disait, je déclare
que le fail e l ine.act. Le maréchal fut, au
contraire, tr~ en ible au marque d'intérèt
qu'il re~ul de l'Empereur, etlor que celui-ci,
forcé d'aller donner des ordre pour le salut
de l'armée, s'éloigna en lui disant: « Vou
vivrl'Z, mon ami, wns vinez!.. . » le maré-chal lui répondit en lui pressant le mains:
&lt;1 Je 1c désire, si je puis encore être utile à
la Franœ et à Votre Majesté 1 11
Le cruelle oull'rance · du maréchal ne
lui firent poinl ouMier la po ilion des troupes
donL il fallait à chaque in tant lui donner des
nouvcl1e·. Il apprit avec plai ir 11uc l'ennemi
n'o ant les poursujvre, elle prolitaient de 1a
chute du jour pour rentrer dan nie de _Lohau. a oUic.itudc s'éLendit sur es aide de
camp frappé auprès de lui; il 'informa de
leur état. et .acbant que j'avais été pansé
a,·ec &lt;le gros ières éto.upes, il iDl'iLa le docteur Larrey à vi ilcr ma blessure . .J'aurais
rnulu fair Lran, porter le maréchal à Ebcr &lt;lorr, sur la rirn droite du DanuLc; mais la
rupture du pont 'y opposait, cl nous n"osions
l'embarquer sur une l'rèle nacelle. li fut donc
forcé de passer la nuit dans l'ile, où, faute
de matela , j'empruntai une douzaine dè
manteau de cavalerie pour luj faire un lit.
~ou · manquion de loul el o'avion même
pa do bonne eau à donner au maréchal,
11u'une :oif ardente dél'OraiL. Oo Juj olTriL de
celle du Danube; mais la. crue dn fleure
l'a,·ail rendue tellcmcnl ùourhcllSe qu'il ne
pul en boire et dit avec résignation : « ous
voilà comme ce· marin qui meurent do soif,
bien qu·emironné par 1~ Jlot ! n Le vif déir quej'avai de calmer ses ouffranœs me
ÛL employer un ûllrc d"un nou1•cau genre.
n de valet - que le maréchal al'ait laissé
dans l'île, en allanL au combat, portail con tamroent un petit portemanteau contenant
du linge ..J'y û prendre une chemi e du mar ;chal; elle était très fine; on ferma av'!c de
la ficelle tonte les ouverture , Il l'exception
d'une, et, plongeant cette espèce d"outre dans
le Danube, on la retira pleine, puis on la us-

pendit ur des piquet au-dessous de quels
on plaça un gros bidon pour recevoir reau,
qui, ûllrant à tral"er la toile, e dôharras a
do pre~que Ioules les parties terreu es. Le
pau1·re maréchal, fJUÎ avait uivi Loule mon
opération avec des yeux avides, put enûn
avoir une boi on, sinon parfaite, au moin
fraîche et limpide : il me sut Lrès bon gré de
celle invention. Les oin. que je donnai à
mon illustre malade ne pouvaient éloigner
les craintes que j'avais sur le orl qui lui
sera.il r&lt;bervé si les Autrichien , lr:wer anl le
pclit bra du fleuve, nou ett sent attaqué:;
dan l'i1e de Lohau : qu'aurai -je alors pn
foire pour le maréchal? Je crus un momcnL
que ce crainte allaient se réali er, car une
balLcrie ennemi , établie pr s d'Enzcr dorf,
uou · emoya plu ieur boulets; mai· le feu
ne dura pa longLemps.
Dan· Ja po ilion qu'occupait le prince
Charles, il avait deux cbo es à faire : attaquer a,·e · furie le dernièrru; division français restée· sur le champ de bataille, ou
bien, sïl n'osait prendre celle résolution. il
pouvait du moin , ans compromellro es
troupes, placer on arLillerie ur la berge du
petit bra , depui Enzersdorf ju qu'à A pern,
et C-Ouvrir de boulets lïle de Lobau, dans
laquelle e trouvaient entas és ,10,000 Fran•
çai , qu'il eùl exterminé ! ~ai , heureu emcnt pour nous, le générali simc eunemi ne
prit aucun de ces partis, de orle que le
maréchal Ma séna, auquel Napok:On avait
con.fié le commandement de la partie de l'armée qui se trou"ait encore sur la rirn gauche, put san ,~Ire inquiété, évacuer pendant
1a nuit le villagr · d 'Es Jing et d".\ pern,
ain i que le chawp de batttillc, faire passer
le · lilc-sés, toutes les troupes, ain i que l'artillc.ric, daus l'ile de Lobau, puis enl l'er le
ront jeté or le petit bras du Danube de
orle que le 25, au point du jour, tou ceux
de no régiments t[Ui avaient comballu le
2 l cl 22 élaient rentrés dan l'ile, oi1 les
ennemi ne lancèrent plus aucun lioulct, pendant les quarante-cinq jour que dnr.1 l'occupation de )fass :na.
Le 23 au maûn, l'un des premier · soins
de l'Empercur fut d'emoyer ver· l'ile di: Lobau une barque d, moyenne grandeur, afin
de tran porter le maréchal Lanne sur la ri1·e
droile. Je l'y fis placer, ainj que no camarades Llessé ; pui , en arrivant à Eber,dorf
je dirigeai ces dernier ur Vienne. sou la
surveillance de M. Le Coulteux, qui le condui it à rMtel du prince Albert, où se trouvaient les colonel aint-Mars et o·~foara; je
re tai donc cul mec le maréchal, qui l'ut
conduiL dan une de meilleur mai on
d'f:bersdorf, où je fi ordonner à tou c
gen de venir le joindre.
Cependant no Lroupe accumulf!c dan
lïle de Lobau, manquant de -vi\fres, de muni lion , réduite à manger du che,·al, el éparées de la rhe droite par l'immensité du
Jleuve, étaient dans une posiLion des plus
critiques. On craignait que l'inaction du
prince Charles ne fùt simulée, el l'on s'.a tlendait d'un instant à l"autre à ce que, re-

______________

_,.

montant le Danube jo tJU 'au-de su de Vienne,
il le pas âl pour venir nou attaquer à rever
sur la rire droite el faire révolter la capitale
contre nous. Dans cc cas, le corp de l'intrépide maréchal Davout, qui gardait Vienne et
Éher dorf, eût certainement oppo é une très
viYe ré i tance. lai aurait-il pu vaincre
loute l'armée ennemie, et que eraienL devenues pendant cc temps Ioules le troupes
françaises enfermée dans l'ilt.1 de Lobau 1
L'empereur Napoléon profita très habilem nt du temps c1ue le AuLrichien lui bisaient, et jamais a prodigieuse activité ue
fut mieux employée. , econdé par l'infatigable maréchal D:,.vout el les divi ion de on
corp d'armée, il fil dan la seule journée du
2:ï ce qu'un •énéra.l ordinaire n'aura.il pu
obtenir en une emaine. Un ervice de bateaux. bien organi é approvisionna de ,,ivre
cL de munition' le dil'i ion enfermée· dans
l'ile de Lobau; on ramena tous le bles és à
Yienne; des hôpitaux furent créés, de matériaux immen e forent réunis pour rép3rcr
le pont , en faire d • oomeaut et le· garantir par une c t.,cade; cent pièce d'artillerie
du plus fort calilire, prises _dans l'arsenal de
Vicn11e, furenl condniLe à Ebersdorf.
Le ~4, la communication ayant été rétablie a\'ec l'ile, l'Empereur fil repa ·er ur la
riYe droite les troupes du maréehal Laon ,
la garde cL toute la cavalerie, ne lai anl
dan l'ile de Lobau que le corps de Masséna
chargé de la Jorli~er, de la défondre et de
mettre en batteri les gro canons qn 'on y
avait amené .
Ra, uré sur cc point !'Empereur lit approch r de Yiennc le corps d'armJc du maréchal Bernadolle et les nomhreu es di1·iion de lroupcs de la Confédéral.Ï!)n germanique cc qui le mettait en élat de rcpous cr
le prince Charles, dans le cas où il o craiL
lrarer cr le Oeu1•e pour ,·enir nou auaquer.
Peu de jours après, nous reçùmcs un puisant renfort. Une armée françai e arrivant
d'Italie, .ou les ordres du ,·icc-roi Eugène
de lleauharnai , vint ·e ranger à noire droite.
Au commen cmenl de la campagne, celle
armée, donl je n'ai point encore parlé, arnil
éprouvé un échec en combattant à , acilc;
mai · le Françai , a ·ant rcnoul'clé leurs alla·
qu et ballu le ennemis, les avaient non
seulement cba és dïtalie, mais pou és an
delà des Alpe . Il Ycnaient enfin de rejeter
le prince Jean derrière le Danuùe, en llongrie,
ce qui meLlail le l'ice-roi en communicaLion
avec la grande armée de l'empereur ~apoléon,
dont les troupes formèrent dé ormai l'aile
droite, en face de Presbourg.

CHAPITR.E XIX
Con,îdérnlîous .ur la balaillu ,l'E . lin![. - La1111e5
mcurl enlrll m r.s bra·. - : •jour • \ïennc.

Je ,·ou ai pron1i &lt;le oc pas vous fatiguer
par des détail stratégiques; cependant, la
bataille d'E sling et ks é1éneml'nls imprévus
qui nous privèrent d'une victoire éclatante
ayant eu un retentissement immense, je crois

Mi.JKOffl,ES DU G13NÉ1(AI. JJ.AR_OJY DE MAR.JJOT - - ,

dernir faire quelques observations sur les
eau es qui amenèrent ce résultai, d'autant
qu'elles ont été d~naturée par un Fran~ai ,
qui a imputé à !'Empereur des fautes qu'il
n'a pas commises. )L le général Rogniat,
dans son ouvrage intitulé : Considérations
~11r l'art tle la g11erre, prétend « qu'!t Es ling
a Napoléon donna an réllexion dans un pi•ge
« que lui tendit l'archiduc harles, en prc &lt;1 criYant au centre de son armée de recule1·,
(( afin d'atlirc( les .Françai pendant qu'il fai&lt;1 ~ait couper le pont·, dont la de Lruction
« était préparée d'avance par le général aulri« chien. » Non seulement celle assertiou est
contraire à la ,•érilé, mai elle est ab urde,
ainsi que je crois l'a\'oir démontré dans la
réponse critique adres,ée par moi au général
Ilognint, en 1 20.
En effd, si le prince Char le· amit qu'il
avait en on pouvoir le mo1cn de détruire les
ponts, pourquoi ne les a-t-il pas foit briser
le 'l l au soir, lors1ue le nomLre des troupes
française passées sur la ri"e gaucbo n'élanl
encor.! que de Yingt-ciaq mille homme , il
aurait eu la certitude de le écraser ou de lc!faire pri onnicri-, pui qu'il di posait de plus
de cent ,ingt mille olda t.. Cela ne valaiLil pa mieux que de laisser pendant Loule la
nuit le pa :ige du fleuve à la di position de
~apoléon, qui en profita pour fairo arriver
sur la rive gauche sa gard ', le corp du maréchal Lannes, ain,i qne les cuirassiers do
N:msouly, cc qui douhlait les forces que nous
pouvion. opposer aux enncmis7 i le prince
Charles avait préparé la rupture de · pont ,
pourquoi, dans l'aprh-midi du 21, fil-il allaquer Je villag d' Es ling el d'Aspcrn, 011
il perdit quatre à cinq mille hommr 'I. .. Il
élail bien plus sage d'attendre que le îail,le
corp de Ma. séna, n'ayant plus aucun moJen
de retraite, fùt réduit à capiLuler. Enfin,
pourquoi, le 22 au matin, le prince Charle
renouvela-L-il avec furie e- attaques contre
E· liog et Aspcrn, au lieu d'aUendre que les
ponts rossent brisés?... C'est él'idemment
parce que le générali imc autrichien lgoorait
qu'il fùl en son pouvoir de les déLruirc, et
que le hasard seul, et la crue du lleu"e,
amrnèrcnl contre les ponton de arLres Ootlanls qui causèrent le premières ruptures
partielle , et que, plus tard, l'inLelligence
d'un ofllcicr autrichien prépara la destruction
du o-ran&lt;l pont, en linant au courant plu. ieu~s Larqnc chargées de bois enflammés,
et surloul en Jançaot un immense moulin
llottant qui entraina presque tout ce ponl.
Mais rien n'arait été 1n·éparé tl'avwice, ain.i
que nous l'ont avoué depu,i p1u~ieur . généraux ennemis, que nou e11mes I occa 1011 de
voir après l'armistice de Znaïm.
. .
'il t·e~tait quel,1ue doute à cc SUJet, ils
eraienl entièrement déLruiL par l'argumcuL
irrésistible que voici. De Lou Les les décoration militaires de l'empire d'A.ulri •he, la
plus difficile à oLtenir étaiL celle de MaricTbérèse, car elle n'était arcordée qu'à l'officier qui pouvait prouver qu'il al'a.iL l'ait plus
que 8011 devoir. Il devait sollici_ter_ cel~e d~coration lui-même cl s'il échouait, 11 lw était

interdit à tout jamais de reproduire a demande. Or, malgré la évérité de cc r\glemenl, le commandant des chas.eur autrichiens obLint la crou: do Ua,·ie-'fhùèse, ce
qui prou,·c incontestablement qu'il avait ogi
d'apr\s es propre in pfralion , et non par
ordre du prince Charle . Ce rai,onnement,
que j'ai d6veloppé dans ml.' Ren1111•1j11es rrifiqnes ur l'ouvrage du général flo,,niat. ei;t
un do ceux r1ue Napoléon approuva lo plus,
for CfUe, penda.nl a captivité à Sainte-Hélène,
il lut mon livre et celui de J\o!!Iliat, et ce ful
san doute afin de punir ce gé.néral de a partialité pour no ennemis f]UC lïi:mpereur, en
me faisant un legs ae cent mille franc ,
ajouta dans on testament : &lt;&lt; J'engage le co« lonel Marbot à continu r à é ·rire pour la
« défen e dt! la gloire des armée françai e ,
&lt;! cL à en confondre le calomniateurs el le
« apo lat 1... »
Dè que les troupes, dont la vaillance avait
i noblement éclaté à la bataille d'E s]ing,
curenl opéré leur retraite dans l'ile de Lobau et sur la rire droite du Danuhe, 'apoléon
'établit à Ébersdorf, afin de urvciller les
préparatil's d'un nou\'eau pa age, pour lequel
il fallait con truirc non plus un seul pont,
mais /l'oi:, ayant tous en amont une !orle
e·tacadc en pilotis, destinée à détourner le
corp 0ottants que l'ennemi pourrait lancer
C-Onlre eux.
Malgré le soins &lt;fll'il donnait aux travaux
néccs aire pour ces importantes construction , l' mpereur, accompagné du prince
Berthier, venait soir Cl matin vi iter le maréchal Lanne , dont la situation fat au ~i

Ukl:ClUL BERTmER.

TaNt,w a11n11ymt. (.llf11/stére rit Ill G11tne.)

bonne que possible pendant les quatre premier jours qui uivirent .a ble sure. Il conervait Loule a pré ence d'esprit et c:iusail
avec beaucoup de calrne. Il était i loin de
renoncer à servir on pay , ain i 1ue l'ont
annoncé quelques écrivains, que faisant des

projets pour l'avenir, cl acbanl que le célèLre mécanicien Yicnnoi Mcsler a,·ait fait
pour le général autrichien, comte de Palfi,
une jambe artificielle, a,·ec laquelle celui-ci
marchait et montait ù cbe,·al comme s'il n'elll
éprouvé aucun accident, le mar~chal me chargea d'écrire à cet arListe pour l'inviLcr ~ l'cnir
lui prendre la me ure d'une jambe. )lai I •
fortes chaleurs qui nou accablaient depuis
quelque temps redoublèrent d'inten itu, et
léur effet produi_it un bien l'àcheux ri! ·ultat
sur le Lies é. l!nt.1 fihre ardente s·empara de
lui, et bienLôt sun-int un délire affreux. Le
maréchal, toujours préoccupé de la ilualion
crili11ue dans laquelle il avait lais é l'armée,
·e cropit encore sur le champ de hJtnillc; il
appelait il baule voix ·es aides de camp, ordonnant à l'un de faire rharger les cuirasier·, à l'autre de conduire l'artillerie sur tel
point, elc., clc .... En vain le docteur \ van l'l
moi cherchions-nous à le calmer, il ne nou
comprenait plus; sa surexcitation allait toujours croi aut ; il ne rcconnai sait même
plu !'Empereur!. .. Cel étal dura plu icur
jours san · que le maréchal dormît un cul
instant, ou ces.àt de comballre imaninaireruenl !... Enfin, dan la nuit du 29 au :30, il
s'ab Lint de donner de ordres de combal; un
grand alîai. sement uccéda au délire; i1 reprit Ioules .es facultés mentale , me reconnut, me erra la main, parla de a femme el
de es cinq enfants, de son prre ... et, com010
j'étais trè prè· cle son chevet, il appuya 8a
tête sur mon épaule, parut ~ommeillcr, ol
rendit le dernier oupir !. . . 'était le 30 mai
au point du jour.
Peu d'instant aprè co fatal événement,
l'Emp reur arrh•ant pour .:i ,isîte du malin,
j~ crus de,·oir aller au..Jevnnl de a Maj té,
pour lui annoncerla maU1eureu e cala trophc,
et l'cnrrager b. ne pas ntrer dan. l'appartement infecté de miasmes putride ; mai · apoléon, m'écartant de la main, 'avança yer le
corp du maréchal, qu'il cmLrassa en le bairnanL de larme , disant à plu ienr repri e• :
«Quelle perle pour la France el pour moi !... i&gt;
En vain le prince Berthier voulait éloigner
!'Empereur de ce triste pectacle ; il r1Usta
pendant plu d'une heure l ne céda que lor que Berthier lui fit oLsen-er que le général
Bertrand cl les officier du génie l'altendaiPnt
pour l'cxtlcution d'un tra,·ail imporLant, dont
il aYait lui-même füé le moment. ;'\apoléoo,
en s'éloignant, m'exprima sa sati faction pour
les soin que je n'avai œ sé cle donner à mnn
maréchal ; il me chargea de lo faire embaumer el de Lonl préparer pour l'envoi du corp
en France.
J'éta.i n:mtS de douleur!. .. lia désolation
accrut encore par la nécessité où je me trouYai d'assister à l'embaumement foi L par le docteur' Larrt'y •t Yl'an, afin d"en dre, cr
procè -l'erhal. Puis il me fallut pré ider au
déparl du corp. qui, placé dans une voiture,
fut tran porté à Ira bourg ous la conduile
d'un officier et de deux s-errrenls de la garde
impériale. Celle journée fut bien pénible pour
moi! ... Que de tristes réfloxion je fi sur la
destinée de cet homme, qui, orti des derniè-

•

�r-

111ST0'/{1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - -

rcs classes de la société, mais doué d'une
hante intelligence et d'un co111age it toulo
ésrcuve, s'était illc1·é par son propre mérite
au premier rang, el qui, au moment où il
jouissait de tant d'honneurs cl d'une fortune
immense, venait de terminer sa carrière en
pais étranger, loin de sa famille, entre les
bras d'un simple aide de camp!
fi(' terribles secousses morales el pb~·sic1ues
arnient ébranll! ma santé; ma hles11ure, fort
simple d'abord cl facile à guérir, si, après
l'aYoir reçue, j'eusse pu jouir de quelque
repos de corps el d'esprit, s'{otait horriblement
enllnmmêe, pendant lesdixjours qnejc venais
de passer dans de terribles angoisses et des
fatigues continuelles; car personne ne m'm·ail
secondé dans les soins qu'exigeait l'affreuse
position du maréchal, pas même ses deux ,,all!ts de chambre. L'un d'eux, espèce ùe 111irli/lor, avail abandonné son maitr&lt;' dès les premiers ,jours, sous prétexte C[ne la mauvaise
odeur des plaies lui soule,,ail le cœur. Le secoud \'alet de chambre montra plus de zèle,
mais les émanalionspntrides, riu'1111c chal,•ur
do 50 degrés rendait encore plus dangereuses,
le forcèrent à garder le lit, et je fus obligé de
laire V&lt;'nir un infirmier militaire, homme
rempli de bonne volonté, mais dont la ligure
inconnue, el surtout Je costume, paraissaient
déplaire au maréchal, qui ne voulait rien prendre que de ma main. Je le veillai donc joui'
el nuit; aussi la fatigue a~anl aggravé ma
hlessurc, j'avais la cuisse infinimeut gonOée
el poul'ais à peine roc tenir dl!bout, lorsque,
après le départ du corps du maréchal, je me
déterminai à me rendre à Yienne pour m'l
faire soigner.
Je trouvai dans l'hotel du prince Albert tous
mes camaràdcs Llessés. I,'Empereur ne les
a, ail pas perdus de 1'tle, car le chirurgien en
chef do la cour d'Autriche, logé au palais de
Schœnlrrünn, lui ayanlofferl ses services pour
les l,les~és français, Napoléon l'avait chargé
de soigner les aides de carup du maréchal
Lannes, cl le Lon doclcur Franck venait doox
fois par jour au palais du prince .\lhert. Dès
qu'il cul examiué ma blessure, qui lui parut
être en très mam·ais état, il me prescrivit un
repos absolu. Cependant, malgré ses avis, je
traversais soul'cnl les corridors pour me rendre au11rès de mon ami &lt;le \ïry, qu'une LlcssurtJ llien plus grJrn que la mienne retenait
au lit. J'eus bient&lt;ll le malheur de perdre cel
excellent camarade, que je rl·grctlai infirùrncnt, el comme j'éatis le seul aide de camp
qui coanùl son père, je fus daas la lrisle
obligation d'annoncer celle fatale noul'el.le au
malheureux vieillard, riui, déchiré par la douleur, survécut peu do Lemps à son lils bil!naimé !
Mdnil à l'immobiliLé, je lisais beaucoup el
consignais par écril les faits les plus saillants
de la campagne c1ue nous venions de faire,
ainsi que 4uelques anecdotes que j'avais
recueillies à ce sujet. Voici la plus intéressante.
Oeux ans avant l'élaLlissemeul de n:wpire, il n'ex.istail dans les r~giments français
aucun grade intermédiaire entre celui de colo-

Ml et ccloi do! chef de halaillon ou d'escadron.
llonaparle, alor:; premit'r Consul, Youlanl combler celle lacune, gu·a1·aitcréée dans la hiérarchie militaire un décrcl de la Co111mlion,
consulla le Conseil dïitat. On reconnut la
nécessité de rétablir dans cbaquc corps dr
l'armée 1111 oflicier dout Je grade (•t lcs allri•
butions fussent analogues à ceux des a11cie.ns
lie11temw1~-rolo11ek r.e point arrêté, le premier Cousu! dcmauda qu'il fùt délibfré sur le
litre que porterait rel ofliciC'r. Le gé11éral
Berthier cl quelriucs conseillers d'Etat répo11ùirr11l r1ur, puiscp1'1l de,·ail r..:mplir les fonc•
lions de liculc11a11t-colonel, il paraissait tout
naturel de lui en donner Il! titre ; mais 8011ap;1rle s'y opposa formellement. Il fit obsener
t111c, sous l'ancien régime. les colonels êlanl
de grands seigneurs 11ui passaieul lenr vie h
la cour cl ne parais~aicnt r111e fort rarement
à leur régiment, l'adminislralion et l'inslrnctiou en élaienl confiées à des orGciers rcmplatants, toujours présents au corps; c1u'il
avait donc paru juste de donner à ceux-ci un
encouragement cl une importance nt'.&gt;eessaircs
à 1a dignité du comm3nd&lt;.'lllent, en Jcur
accordant le Litre de /ie11te11&lt;111t-colo11el, puisqu'en réalité ils étaient les chefs des r~gimc11ts dont les colonels étaient titulaires. ~foi~,
depuis. les choses étaient Lien changées; les
colone1s étant devenus les commandauls réels
de leur corp•, il ne Ubit pas créer une rivalité entre eux et l'officier dont on venail de
rétal.,lir le grade. Que si l'on donnait à celnici le tilrc de lieutenant-colonel, on le rappr,1chcrail beaucoup Lrop de son chef, parccqu·~n
lui parlant, les inférieur:; le nommeraient par
abréviation 11um ro/onel; or, il n'était pas
conrenaule qur, lorsriu'un soldat dirait qu'il
va chez so1t colonel,on pùl luiùcmaoderd11&gt;~
leq1ll'I, - En consé&lt;1ucncc, le premier Consul proposa de donn· r au second oflkiQr de
tha1111e régiment le tilrcdcmr,jm·. Cttle ~age
opinion prérnlut, et, on rétahlissanl le grade,
011 ne reprit pas la dénomi11alion Je lie11/,:11r111l-t·olone/. Ct'llC déiiib'Il;il,on ri ui, au premier aLor&lt;l, par:ù a\•oir Îùrl peu d'importance, rn a cependant une lrès grande, ainsi
tiue le prouve le fait que voici.
I.e 21 mai, premier jour Je fa ualaille
d'Essling, les Autrichiens s'ét;mt emparés du
village de cc nom, le régiment français cru'on
)' a,·ait placé se retirait atcc quel11uu désordre
devant des ÎOrC('s lrès supérieures, lorsque
le maréd1al Larmes, auprès doqnrlétail l'Empercur, m'ayant envoyé sur ce point. ,ïappris
en arrivant que le wlond rnnail d'ètre tué.
JtJ lrouvai ks offici~r,; cl les soldats bien résolu,; à le 1·rng&lt;.'r et ir rcpreudrè Essling, car,
sous les ordres du major, ils reformnient
promptement leurs raugs à peu de ùisL:mcc
des premières Ulabons, bien riu'ils fusscol
exposés au feu de l'ennemi.
Je courus informer lemaré.:hal dé l'étal des
choses ; mais dès que j'eus dit à voix basse :
11 T.o colonel est mort! ... » Napoléon, fronçant
le sourcil, prononça un Chut! qui m'imposa
sikncc, cl, sans me rendre compte Ju parti
c1ue Sa Majesté voulait lirer de ceL él'érrcment,
je compris· que, pour le moment, Elle ne 11011..,. 124 ,..

l«it pas sn1•oir que le colonel eût ét11 tué!
L'Empereur, que ses calomniateurs ont
accusé de mnoqul!r de courage personnel,
s'éhinçanl an galop malgré les halles riui sirnaient autour de nous. arri\'c au centre ù11
régiment el demand,• où est Je colonel. Perl!Onnc ne dit mot. Na1)oléon ayant Nnom·cl•:
sa 11uestion, 11uclques soldats répondent: 11 Il
« vient J'ètre Lué! - ,Je ne demande pas :-'il
« est mort, mai~ oir il est. i1 Alors une rnix
timide annonce qu'il c~l resté dans le ,illagc.
« Comment, soldats! dit Napoléon, YOUs an!z
&lt;1 ahandonné le corps Je 1·otrecolonel au pou&lt;1 voir Je l'ennemi! Sachez qu'un l,r.1vc n:gic1 ment doit être toujours en mesnrl! &lt;le rnonn trer son aiglt' 1•t son colonel. morl ou vi r!. ..
11 \'ous arnz laissé \olrc colonel Jans ce, illagc,
« allez le chc·uh&lt;.'r ! o
Le major, snisis!'ant la pen~éede Napoléon,
s'tfrria: « Oui, nous sommes dl!sbonorés si
« nous ne rapporlons noire colonel! ... ~ Et
il s'élance au pas de course. Le régiment le
suit au cri de: « Vivcl'Em1wrcur! » s'élaill'I!
dans E,sling, extermine queh1ucs centaines
d' Anlriclricns. reste maitre de la po~ilion et
reprend le cadane de ~on colonel, qu'une
compa~nie dr grC'nadirrs ,icnt dé1&gt;oscr
au.~ pii:ùs de !'Empereur. Yous comprcuez
parfailcmcnl que ~apoléon ne lcnail nullement ll aYoir le eorps de ce rnalbrurrux oflicier; mais il avait voulu audndrc le doulile
1ml &lt;le reprendre le villnge el dïncnl•1uer dans
l'esprit des lroupl'~ que le colond est 1111
sero»d 1frapea11, 11u'11n unn régiment ne doit
jamais al,andonnrr. Celle comirtion. dans les
momt•11ls difliciJcs, exahc le couroge des soldats el les porle à soutenir le combat anic
acharnement autour dl! leur chef, mort ou
,·if. Aussi, se tournanl Ycrs le prince Berthier,
l'Eropcreur, en lui rappelant la discussion du
Conseil tl'Étal, ajouta: « Si, lorsque j'ai de&lt;&lt; mandé le colonel, il -y eùt eu id un lieute&lt;&lt; 11c111t-co/o,1el au lieu du 11111jur, on m'au&lt;&lt; rait répondu: Le voilà! L'effet que je \'OIi« lais obtenir aurait été bien moins grand ;
« car, aux veux du soldat. les lilrcs de
« lieu(ma111:Colo11e/ et de colo11cl sonl à peu
&lt;&lt; près synonymes. J&gt; Cet incident terminé,
l'Emphcur fitdire au major, qui venait d'enlevt-r si Lral'cmcnt le régiment, qu'il le 00111mait c.olonel.
Yous pourci juger, par ce que je 1'ie11s dt.1
TOllS raconter, du pouvoir magique que Napo•
léon cxer('ait sur ses troupes, puisque ~a présence el 1p1el(Jues mol;; sutfisaie.nl pour le~
précipiter au milieu des plus grands dangers.
et avec quelle présPnce tl'e~pril il sa13it mettre à profü Lous les incidents dn rhamp de
bataille. Col épisode ru •a part1 d'autant plus
ulile li rapporter 4uc, sous la l\cslauration,
on rétablit fort m:i.l à propos le litre de lieulcnant•coloncl.
Voici une autre anecdote, qui n·a d'intérêt
que parce qu'elle doana lieu à une réOexion
fort sage faite par le maréchal Lannes.
Pendant que l'infanlerie de notre corp~
d'armûe déûl,ail sur 1.es pouls cl que la cavale·
rie attendait son tour, uo chcî d'csc;i.dron du
7" de chasseurs, beau-frère du général ~Ioreau,

�111ST0'1{1.ll

----------------------------------------·

nommé lf. llulol d"llozery, a11jo11rd'bui généul (que nou vùne en l li dans l'étalmajor Je \'empereur le;i;andre, lors de l'eulrée de · arm~e étrnng~r,·s à Pari.) , M. lfulot, di -je, homme très hra,·e, pous 6 par la
curio.~ili de ·avoir cc qui e pa ·ail snr le
di.amp do bataille, quitta sou régiment à Éber ·dorf, prit une nacelle el alla ur la rive gauthe. Là, il monte à cheval el ·ient auprè
rl'lliJing caracoler en amale111· aulour de notre état-major; mais en ce moment-là mèmc,
un hou let lui emporte le bras! ()è IJUC cet
officier eut été conduit II l'ambulanc pour
être amputé, Il' marérhal Lannes nous dit:
« uvencz-,·on., me ·sieurs, qu 'li la guerre
(( le: fanfaronnade soul toujour d 1placoes,
(( cl que le vrai coor:ige consiste à braver le
c&lt; péril aoxqucl on esl e.,;po é en re. tant à
« son po le, et non à aller parader au milieu
« des combat san y avoir été appelé par le
&lt;&lt; devoir l »

CHAPl1RE XX
Iliograpl,ie du niar,1cll.'II L,nn(',s, - (; Erupmiur me
nomU1e c:hcf tl\•Sl:l1Jro11 el d,e~ali,•r JI' l'Empir\l.
- J ·culJ·e tlaus l'.:ut-major 110 \fo"·~na.

Bien que je vou ' aie déjà fail connaitre
plusieurs pnrlicularilés de la vie du maréchal
Lannes, je croh devoir ,;ous dunner plu
complètemcnl sa biographie.
Lannes na.quiL en 1. 769 à Lectoure, petite
,·ille de la Gasco!!lle. Lon père êta.il simple
ouvrier teinturier, a,·anl trois fil et une fillo.
Lectoure pos·édait ltlor un évêché, dont un
des grand vicaires, ayant eu l'occasion de
remarituer l'intelligence el la bonne conduite
du fil aîné du teinturier, le fit instruire el
IP plaça au ·i'.:minairc, où il devint prêtre.
Cel aîné, IJUÎ devint lui-m!!me arand vicaire
sou l'Empire, était un homme de Leaucoup do mérite, qui, rempli de olli.citnde
pour a famille, e fit l'ia ·tilutcor de es
jeunes frères. Le second, celui qui fut maréchal, profila de ses leçon·, autant que I • lui
permeltail le peu de Lemps dont jj pou,·ail
dispo er, aprè avoir aidé son père dans les
Lravaux manuel de on petit commerce; et
lorsque la Révolution éclata. son iostruction
e bornait à ~avoir lire, écrire corrcclemcnl,
el à ronnailre le · quatre règles de l'ariLhmétir1ne.
Le dernier garçon avait fort peu de moyens.
Le maréchal avait voulu le pousser dan l'ëlal
militaire; mois, reconnaissant sa médiocrilé,
il lui fit 11uiller le senice, le maria ricbemenl pour sa province, el le confina dans sa
, 1 il!c natale. Quant à la fille, comme elle ~tail
encore enfant lor que le second de ses frères
parvint au grade de général, il la mil dao
une 1Jonne pension, la dota et lui fit foire
un Lrès bon mariarre.
Lann s él.1il de taille moyenne, mais très
Lien proportionné; a physionomie éLaü
agréable el très expresjvc; e yeux peli ls,
mais annonçant un esprit des plu vifs; son
caract;!re très bon, mais emporté, jusqu'à
l'époque où il parvint à le dominer; son
ambition étail immense, on activité prodi-

gieuse cl on courage à loule t-preu,c. Après con · tamn1ent penchée ur l'épaule gauche et
aroir pa J sa jeunes e dan l'étal d'apprenti contcrv:i loujours certain emhnrras dans le
teinturier, Lannes vit 'omrir deYant lui la Jarl nx. A pein rér.auli de celle cruelle ble.carrière de arme dans laquelle il c:tait su.n•, le géni&lt;ral Lannes Fut accablé d'une
app&lt;ilé à marcher à pas de géant. Entrainé douleur morale des plu poignante ; il apprit
par l'cnlhou.siasmc qui, en 1791, détermina qui' sa femme auprè de laquelle il ne s'éta.iL
la plupart de homme · de son â"e à Yolcr à pas lrou,·é depuis prè de deu. an·, Yeoail
la défense du pal· inju t-emcnl attaqué, il d'accoucher d'un garçon, dont elle préLendait
. 'enrôla dan le Jer hataiUon de \'Oloataires lui allribucr la paternité. Il s'ensuivit un produ Ger , cl ser,il comme simple grenadier . cès, cl le divorce fut prononcé.
ju ·qu'au niomenl Oll ses camarade , séduits
Le général Lannes qui Lla l'Égypte en mt'me
par a bonne tenue, on zèle et la vh·acité de temps que Donaparle el le uivit 4 Paris : il
on esprit, le nommèrent sOU"-lieutenant. A l'accompagna à S:iint-Cloud !or du 1 uru•
compter de ce moment, il e livra ans relà- maire. Lannes lit brillamment la campagne
che à l'étudé, cl alor5 même ttu'il était de Maren"O et sauva l'armée, en repoussant
m:irécbnl, il pas ail une partie de se nuit· au combat de ,rontchello le col'ps autrià lravaillt'r; au i devint-il nn homme con,·c- cbiefü qui accouraient pour 'oppo cr aux
naLlemeol in truil. [l fit es premières armes troupes françai e • t:ne ra.nde partie de
ous mon père, au camp de lliral, prè de notre armée, engagée dao · les d~filés des
Toulou e, puis à l'armée des Puénécs-Orien- Alpes, n'aura.il pu déboucher dans les plaine
talcs, où son intrépidité et si rare intelli- du Milanai , si le courage cl le ' bonne. di. pogence l'ébèrenl rapidement au grade de sitions du géoéral Launes n'cusseot éloigné
chef de bataillon, qu'il occupait lorsque la les ennemi . ..,a conJuileen celle circonstance
division de mon pllrc pa sa sous les ordre
lui vah1L plu tard le tilre do duc de Montedu général .\ngereau. Celu.i.-ci, à la uite bello. Ce rut au retour de celle campagne
d'un combat sanglml dans lelJUl.'l Lanne
1111e, déol'3gé de lien de son màriage a,,ec
s'était couvert de gloire, le fit nommer chef Mlle Méric. le général Lannes conç.ut l'espoir
de Lrigade (colonel). Lannes, ayant été hles$é d'épouser Caroline Bonaparte. Vous avez \Il
dans celle affaire, fut obligé d'aller pa ser comment les intrigues de llessii!re füenl
quelques moi à Perpignan, où il fut logé pencher fa 1.ialance en Fa,·clll' de turat.
chez un riche hanquicr, M. Jléric. L\:sprit
' ommé ambas aJeur à Lisbonne, le général
et le bonnes manières du jeune officier le Lannes épou a :\Ille CroêbJn ue, fille du sénafirent apprécier de toute la famille, particu- teur dti ce nom, qoi lui apporta une forl bellè
lièrement de )fUe Méric, qu'il épousa. Ce dol, à laquelle, outre les grands émolruuent
mariage était alors infiniment au-dessus de de a place, le général ajoula une Loooe auCt\ qu'il pouvait espérer.
baine qui rétablit complètement s , affaires.
La paix opnt été conclue entre la France
Un ri'rrlemeot forl ancien donnait à J'amet l'i•' pagne, en 170.5, Lannes sui1·it en Ita- ba · adeur frança.i: arri\lant pour la première
lie la divi ion d'Au{Jereau et l'ul placé à hi .fois à Lisbonne le droit de faire entrer, avec
suite, à la 4e- demi-brigade de liane, qui e franchi e de l'impùt des douanes, toutes le~
trouvait réellement sous ses ordres, en l'ab- marchandi e placées sur le navire qui l'ames011ce du cheI titulaire-, (l l'époque 011 Bona.- nait. Le général L·mne , ui,,ant l'usage étaparle vint prendre le commandement de bli, céda ce pri\lilège à des négociants moyenl'armée. Cdui-ei ne tarda pa à reconnaitre nant 300,000 francs. Ouelqu c temp après,
le mérite de Lannes; aus i, lorsqu'un arrêlé Mme Lanne' élnnL accouchée à Lisbonne d'un
du llirectoire pre criYit à lou le ofllcier · à fils (qui rut de.puis ministre de la marine
la suite de rentrer dans leur foyer , Ilonaou Louis-Philippe!), le prince régrnl de Porpnrte prit sur lui de le relenit en Italie, où LugaJ voulut être parrain de l'enfant, et le
il fut hic sé deux foi pendnnL les célèbre
jom· du baptâme, sou prétexte de ,,isiterune
campaancs de 17!:JO et 17!)7, an foire offi- des ·alles du palai contenant des curio ·ité
ciellement partie de l'armée. aas la perspi- envoyées du Brésil, il conduisit le général
cacill' du général en chef, Lannes, éloigné Lanne dans la pièce où se tromaientles cai ·ses
mal gré hù du ser,•ice, erail allé enfouir es renfermant le pierrerie . Il en fit om•rir une,
talenL · milita.ire dans le bureaux de son et prenant avec ses dcul mains troi forte ·
heao-pèrc, et la France n'aurait pu complt' r jointé• de diamant bruis, il les versa dans
un grand cnpilaine de plu . Lorsque, en 179 ', le chapeau du général, en di anl : u La prcDonaparle condui ·it uoe armée en Égypte, il « mière e t pou.r mon filleul, la econde , t
y prit avec lui Lannes, devenu général de bri- « pour )!me l'arolia adrice a mère, et la
"ade, et par con éc1uent rendu officiellcmenl 11 troi ième pour M. l'ambassadeur. » Dès cc
à l'acli\'ité.
moment, le maréch:i.1, de qui je Lien ce
Le nouveau général e d.i lingua partout détail , fut vraiment riche.
et fut i grièvement hlessé à l'as aul de aintLe de tin. ne borna pa là se raveurs enJean d · cre que es troupes le crurent morl ! ver lui. Le premier Con ol. monté ur le
,le vou ai raconté comment il !ut miraculeu- Lrone impérial, ayant établi en 1804 la dignité
sement sauvé par un capitaine de grenadiers de maréi:bal de France, un éuéral du IDtlrite
qui , au péril de sa vie, le traîna jusqu'au de Lannes devait nécessairement faire partie
bout de la tranch "e&lt;Lc général Lann , , ayant de la première promotion. Le bnton Je èomeu d:in cette affaire Je cou traversé d'une mandemcnt lui ful donc envoyé, et jl reçut
halle, portait depui celle époque la tète en même tcmp le titre de duc &lt;lè ~foull'kllo .
11

"------- ---------------Le nouveau maréchal alla pr~ndre au camp
de Boulo«nc le commandCJ1.1enl dn 58 corp '
de la grande armée, qu'il condui ·it l'annéù
·uirnnl en Autriche. Il 'y dislÎDgua. parLiculi.èrement à Au tcrlil7, où il commanda.il
l'aile rrauchll.
ll se fil au si rcmarquc&gt;r en 1800 el
en 1807, tant en Prusse qu'en Pologne, ,Ul'lout à aalJeld, it Iéna, li Pultu k et à Friedland. II en l'ut de même en :f 0 et 1809.
en E pagne, où non . eulemenl il seconda
vaillamment !'Empereur à la bataille de
Burgo . mais gagna lui-même celle de Tudeb
et soumit la 1-ille de arago . e ju. que-là
réputé imprenaL!e. Enfin, san · se donner
aucun repos. il courut d'E pa!?De cm llllmagnc, el je ,•ien de raconter e exploits, lnnt
à la bataille d'lsckmiihl f[U'à Hati bonne et à
Es ling, où ~ nouveau l.laj'ard termina sa
glorieuse carrière.
Pour vou · mettre plu à même d'apprécier
le maréchal Lanne , je croi dc,·oir rapporter
un fa.il qui donne une hnule opinion de on
caractère el de l'empire qu'il a1·aiL prendre
sur lui-mème
llans les relation ordinaires. le maréchal
était calme et doux:. mai ur les champ &lt;le
bataille il ·'emportait ju qu'à la îu.renr, dès
qu es orùres n'étaient pa bien exécutés.
Or, il arriva pendant la b:itaille de Burgos
qu'au moment Jc:cisil', un capitaine d'artillerie, apnt mal compri \:J manœu\"'1" indi11uée, ondu.isil sa batterie Jans une direcûon
oppo ée à celle pre crile, lorsque le maréchal,
·'en étant aperçu, s'élance au r1alop, et.
pous·é par 1a colère, va lui-même réprimander
sévèrement cet officier en pré cnce de !'Empereur. Mais comme, en 'éloilTnaul rap.idement, il avait entendu 1apoléon commcncel'
une phrase dont il n'avait pu sai ir que ce
mots : « Ce diable de Lanoes ... n. il revinl
touL pensif, cl me tirant à part, dès qnc ce
ful po sible, il exigea, au nom de la onfiancc
qu'il aYait en moi el du dévoucmcnl que jè
h1i port.ai , de lui faire connaitre entièrement
l'ob ervalion de \'Emp r ur. Je répondis a\CC
franchi e : (1 a Maje té a dit : Cc diable de
11 Lannes po èàe Loule les qualité qui font
&lt;1 le~ grands capiLainc ; mais il ne I
era
c1 jamais, parce qu'il ne mailri e pas sa co~ 1ère el s'emporte même contre les officier
a d'un grade subalterne, ce qui est u11 des
plus grave défauts que poi . e avoir un
~ chef d'armée . 11 Le maréchal arnit tellement à camr de devenir un grand capiLaine,
qu'il ré ·olutprobaLlernenL d'acquérir fa seule
•1ualité qui foi waniru:lt, au dire d'un au si
honjugequel'Empcreur car, d œmoment,
jamais je ne le vis plus en colère, bien que
souvent se ordres l'u cnt mal exécutés, surtout au iège de ara"'o St!. Lorsqu'il 'apercc1•aiL d'une fanle essentielle, on nalurel
bouillant le poussait d'abord ,·er~ l'emportement, mais à l'instant a ferme volonté prenait le des u ; il devenait très pâle, se ·
ma.in se cri paient, mai · il faisait e ohser,·aLion avec Lout le calme d' un homme
llcgmatique. J'en citerai un exemple.
Pour peu qu'on ail rait la guerre, on sait

.... 126 ...

&gt;

.i'KÉM011(ES DU GÉ1\IÉ7'.,llL BA](OJ\I DE .iJfAJf,lJ OT - - ~

qu'au lieu d' i-O S('rvir de tirr-boune pour
rotirer le balll's de leur fusils, lursc1u'ils
doi1•(•nl les laver, l old.1t ont la mauvai ·e
habitude de les décliargcr, en fai anL feu en
l'air. ce ']UÎ e t Ires d:mgC'reu · dan une
réunion do lronpes. Or, malgré les défen~es
faite à ce sujet, il arrh·a peudanl le siège Je
Sart1 ..o·.e quo des fantassins apnl tiril leurs
Cu.il' de la orte, au momenL où le mar;chal
pa. ·.ail auprès de leur camp, une balle, décrivant une p:irabole, vint tomber or la bride
de son cheval, don[ elle coupa le rênes prè ·
de a main. Lesoldatcoupabledeootleinfraction aux règlement axant été arrèlê, le maréchal, contenant on premie1· mouvement de
,ivacité, e borna à lui dire : « \'ois à quoi
lu 1'cxposcs. el quelle .erail la douleur ~i lu
m'en ses tué! ,1 Pui. il fit relàcber ceL
homme. Quelle force d'âme il îaul pour
dompter ain i .on caractère!
En apprcnaUlfJUC le maréchal Yenait d·ltre
grièvement blcs.é. Mme la maréchale partit
aussitôt avec on f'r~re, le colonel Guéhéneuc,
qui veoait d'annoncer à Pari la c;ipilulalion
de Vienne. Tais une dépêche l'ayant informfr,
à ~lunieb, de fa mort du maréchal, elle rerraana Pari dans un protond dt!se. poir car elle
aimait Leancoup son mari. Nommée l'année
ui\·a11fc dame d'honncu.r de la nouvelle irnpérat.ricc, l'archiduclmsse }forie-L ui ·e, elle
allait larcrevoir a Braunau, 8ur les frontières de
Bavière, quand, en passant à Lra bourcr, elle
rnulut mîr le corp· de on mari dépo.é dans
une église de celte \ille : ·pectacle au-de. us
de se forœ ·, car, dès qu'on ouvril ki bièrt•,
la maréchale fut aisie d'une 1·iolcnlc attaque
de nerfs qui mit a \·ic en danger pendant
plu ieors jourQ.
Pui que j'écris l'histoire de ma vie, je u.i
dans la néce ilé de revenir con tamment sur
C&lt;' lfui m'est per onnel. Je ,·ous rappellerai
donc qu'aprè le déc:ès du maréchal Laune' ,
j'étais al1é rt&gt;joindre me camarades à Vienne
pour soigner ma !Jlcssure. Je gisais ur mon
liL de douleur, plongé dans de tri le réflexions, car non seulement je rcnrettni pom·
foi-même le maréchal qui avait été si bon
pour moi, mai je ne pouvais me di imoler
que fa perle d'un tel appui changeait iu!inimcnl mn position. Eo effet, !'Empereur
m'avait bien dit au couvent de Iolk qu'il me
fai ait chrf ,l'escnilron, et. de même que le
maréchal Berthier, il m'en donnait le nom ;
ccpendanJ, comme les préoccupations de la
guerre le empêchaient d'c. perlier ~es brevet~,
je n'étais encore par le fc11_l que simple capitaine. Un heureu.., hasard ,·ml mettre un terme
am craintes que j'éprouvais pour mon avenir.
~Ion camarade La Bourdouna e, bien plus
gravement bles é que_ moi, occupoil la c_h~mbre voisine de la mienne; nou · en fa1 mns
souvent onHÎr la parle afin de eau er enem.b!e. M. ~lounier, secrétaire de l'Empcreur, et depuis pair de France,. ven~ L ouvent vi-iter La Bourdom1a e, son ami· nous
fimc connai ancc, et comme il aYait beaucoup entendu parler au quartier général de
mes actions de guerre et de me blessure ,
el qu'il me voyait encore frappé par le feu de

l'eonemi, il me demanda qnelle récompense
j'a,·ai reçue. 11 Hien, loi di -je. - Cc uc
&lt;&lt; peut êLrr que Jlal' uil d'un ouLli, réponcc dit M. !founfor, car je suis certain d'a,·oir
&lt;&lt; \'li YOLre nom sur u.n des brevet dépo. és
« dans le portef·uille de l'F:mpereur. &gt;&gt; Le
lendemain, j'appri par M. Mounier que,
ayanl mis ce breYct sou le yeux de l'Empercur, celui-ri, au lieu de le signer, a"a.it écrit
en marge : « Cet ol'ficier •era, par exception,
« placé comme chef d'escadron dan le
&lt;&lt; cha· eurs 11 chcYal de ma garde. » L'Empcrear m'accordait ain i une îa\·eur immense
el ~(IIIS e:i·emple, car les oHicier de la garde
ayant le grade upéricur à celui qu'il occupaient réellement dan cc corps d'élilc, apoléon, en m'y admettant comme chef d'e cadron, me f~i ail franchir deux échelon tt la
foi el rne donnait le !!rade de major (ou lieutenant-colonel} de la ligne : c'était magnifique!. ..
Cependant, cet a1•antage ne m'éhlou.il pa ·,
bien qu'il s'y joignit celui de voir plu. souvent
ma mère à Paris, 011 la garde tenait gtll'nisoo.
Mai , outre que le maréchal Be . ière , commandant 1mpérieur de la &lt;&gt;arde, N œ, ail l'orL
mal les officier qu'il n'ar:üt pa proposé,.
j'avais à craindre sa rancune au sujet &lt;le l'incident d'E~ ·liug.
J'étai . dan · une cruelle incerLilud1•, torque
le prince Eugène, ,·ict•-roi d'Italie, arri,•a à
Vienne et fut logé dans l'hotel du prince
AllJcrt. li recul la ,i itede tous le marécha11t
pré ents, et enlre autre. de )Jas t!na, 11oi
chertha à témoigner qnelr1ue bienveillanC\'
aux aide d' camp du maréchal 1,anne:,
au-xr1nel 'apoMon portait lui-même intérêt.
lia, éna monta dans nos appartement et s'arrêta quel&lt;Jue lcmp pr~· de moi, qu'il conna.i a.it depui le siège de Gêne ·. Je lui fi·
part de mon embarra -; il me répondit: &lt;&lt; Ce
u serait ans doute fort avantageux pour Loi
o d't.mlrcr dans la 0 ardc, mai· tu t'exposerais
« à la vengeance du maréchal Be sière . .
« Vien avec moi, tl qualité d'aide de c:imp.
~ lu era reçu comme l'enfant de la mai 011
a comme le fil. d'un bon généra.! qui c~t
a mort en comhattant sou mes ordre , et
&lt;t j'aurai soin de ton a1·anccmcn 1. n ~éduil
par ce prom~sses, j'acceptai. Ma éon Sl'.
rendit au silôl aupr~ - dll !'Empereur. qui finil
par con enLir à _a demande, el m'ru.pJdia un
brc\'Ct de chel' d'escadron, aide de camp de
Ma,séna : ce fut le t juiu.
~lal•rré fa joie que j'éprouvais d'ètrc C'nfln
o(firier $Upr1~ieur. je ne Lardai pa à me repenlir d'a,oîr acc&lt;'plé les offrr de la Pna.
[ne heure après a1·oir reçu ma c·.ommis,ion
d'aide de camp, je vi. arriver le maréclrnl
Be ·ière m'apportant lui-ml!me mo nomination dan la garde ; il m'a sur a fo plaisir
qu'il ai1rail à me rece,·oir dan cc corps,
sachant do rcsle, que je n'avais !ait qu'ol,éir
aux in lruclions du maréchal Lanne en lui
lransmcllant de ordres sur le champ de bataille d'E lin". Je fu péuélré de rccounai ·sance po11r celle J émarcbe loyale et rt'!ITcLlai
vivement de m'être i promptement en oagé
avec fa séna; mais il n'était plu Lemp de
1

�r-

ll1ST0'1{1.JI - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~

revenir sur ma décision. Je crai nai~ alor.
que mon av:mcemenl en ~ouffrit; mai heur usemcnt il n'en fut rirn, car~[. llounier,
nommé à m:i place aux chasseurs de la garde,
,:tait encore ch f d'e. c.idron lors•p1e j'étais
déjà colonel. Il l'l&gt;t vrai qu'il re. ta les deu
aunéc" iUÏl'anles à P:iris, tamli · 411 je Ir
passai au milieu des coup de fa-il el rt&gt;ças
deu~ nou,elle ble,~ure , ain. i que j le dirai
plu loin.
\apolC.:on t•omhla ùe ré •omp n e l'étatmajor du mart&gt;chal Lanne . l colonel Guéhrneuc de,inl aide de camp &lt;le l"Empereur,
c1ui prit Wauc,ille cl La Bourclonnaye pour
officiers d'orJonnancr.. ainl-'ltlrs fut nommé
colond du '"e d cba seur cl Lahédoyère aide
de camp du prince Eugène. Quant à moi, qui
H•nni· d'ètr nommé ch f d'c adro'l, dè que
je pu" me rendre à d:hœnbriinn pour rcmerch•r I' mpereur, .'a Majesté me fit l'honneur
de me dire : « Je rnulai vou. plat r d.in.
a ma sarde; cependan1, puiSfiue le maréch::il
(&lt; ~la .éna dé ire vou
avoir pour ::iidc de
« c:imp, cl rp1 cel.i ou convient, j' • con&lt;1 ,NlS: mai pour rnus Lémoi"ncr d'une
« manière toute spérinle comhien je ~ni
(&lt; contcnl de vou , je ,·ou nomme chc\•alier
11 dcl"Empire, a,cc unedotalion&lt;lc2000 franc
&lt;1 d ' renle. ~
i j'eu ·e osé, j'aurais prié l'Emper ur de
rcrN1ir à ·a première pmsée, el de m'admeLLre &lt;l.111s . a garde; mai. pouvai -je lui dire
quelle av:,iL c11é fa c.iuse Je mon refu ? C'était
impo $iule. Je me bornai donc à remercier,
main j' arai le tœur fül\ré !... Ccpe11dan 1,
forcé J, me ré,;iguer à la posi1ion da11 laf]Uellc je m'élai. placé p.ir mon étourderie,
jr cbcn·hai 1, ëluigncr dïnutile regrets et
.-oigm1i plus atlrnlil'cmcnt ma hies ·ure, afin
d'êlrc en étal u·accompagner mon nou,eau
mnr:chal, dans les coruhat auxqut'l~J,,,nit
donner lien Il' nou,eau pa sage du Danube.
11

CHAPITR_E XXI
ÜAI 111ojor tle "a-~1•,1a. - )1. d&lt;• Saiult'-C:roii.
Fn,cur mfritée ,!out 1I jouit ftupri!s ,J,. '.\npol (•on.

Ver~ la fln de juin, me lrouvanl a scz hicn
ri•talili, j'allai rejoindre le quartier général
de Ma. éua ùans l'ile de Loba a. Le. aide d'
ramp, donl j · dcvcmis le camarad , me rcçurenl trè Lien. Cet état-m~jor était l'orl
nomlirèux l'i comptaiL plu ieur::; o!ficicr · di LinoUt; mah, il ' lrouvail nm i iiuclque
1fü•diocrités. Je ne 1eu:\ cependant inlerrompre momentauém nt le récil de la rarupatrntJ Je 1 0\1 llUL' pour mm faire connaitre
le pr mier aide de camp, t'oloncl dt• aiul ...
Croi.\, 11nrre 11u'il joua un forL grand rôle
dans 11•· f!n\11emcnts qui pr(,cédèrenl la bataille de Wagram .
Charle d "Eseorthrs clc • ainte-Croix, GL
du marfJUi · de ce nom. ancien ambassadeur
de Loui \VI à C n. Lantinopl •, 6tail sou,
tous le. r::ipporl un homme 1•rnime11t uprrieur . ._'a carrière militaire ful ùi u courte,
mni d'une rapidité cl d'un éclat c traordinairl's. 1 o, deu \'. famille étanl liée;;, ln plu
1cndre amiti · m'uni .sait 1t cet officier· au ·,i

le dé ir de . er1·ir auprè · ,le lui a1·ait beaucoup contribué à me faire accepter le propo ilions du maré1·hal ~las~éna. Bien tJue
Sainlc-Croix 1'Ûl un 01H inné pour lt. arme ,
il ne put -'I Jirrer fJUC lrè tard, parce que
a famille, le dcstin:ml à la diplomatie, ravail
placé au .ccréltlriat du minHèrc de' atToire
élran"èr ·, auprès de ~I. de Talle1rand, a1•cc
lequel elle était en relation intime. Tnnl que
dur.i la pai con"lue à Amit n~. 1inte-Croix
. upporla pa1icmmcnl la po,-ilion 1ltlcnLtlire
11u'on lui a1ai1 faite, mni. l'ou1erture de la
r::impa!!llc de 1 o., ré,eilla ,"O il ardrur •11errièrc. Cependant, comml' il était ;l;;-é d
,in"l-trois ans, l'l avait par conséquent pa é
1':l e fixé pour entrer à l'École militaire, il
e·L probaltlc qu'il n'aurait jamai fait partie
de l'armé , si une circoo ·tance fovoral,lc n'ui,t
.ccondê c désir .
L'Empcrcurvoulait utili erungrand nomhre
d'émigré· cl de jeunes noble. qui, bien que
soubailanl c i-Jll:icher à sou gouvernement,
ne pou1·aienl néanmoins. e résoudre à prendre
du sen-icc comme impie soldats; il lit don·
rhoi ·ir, parmi le prisonniers fait· à Au terlitz, le six mille plus beaux bQmmes, dont il
ordonna de for mer deux ré~ment à la old e
de 13 France. Crs nouveaux corp n'étanl pa
a sujetti aux mème. rl'gll' de formation r1uc
les régiment, Mlionaux, apolfon donna tous
1 emplois d'officiers selon on ùon plai.ir.
Il n'étail donc pa nfoe~saire d'a\'Oir élé militaire pour ohlenir d'l'mLléc même un grade
d'ofl1cier upérieur; il urfi.ait d"app.irtenir
à une famille a}ant une bo:mc po ilion et de
montrer du zèle pourlcserlice de l"Einpcrcur.
Cc. promotion étaicnl . ans doute contraires
aux u age ~ta.l,lî·, mai opoléo11 ) lrouvoil
l'avantage de rattacher 1t lui plus de cenl cinquante jeunes gens bien élevé· et riches, c1uïl
nrrachait ;\ l'oisiveté el à la COl'ruption de
Pari.~. Le neveu du célèbre La Tourd' mergne
fut nommé colonel du I•• régim nl étranger,
el un grand .eigneur allemand, le prince
d'I ernLourg, oLtinl Je econd. Ces corp
fureol Jé ·i,,né~ par les nom · de leur chef.
L'Empereur voulut que leur adminislralion
et leur organi.alion fu cnt calquét' ur 11.!:s
capit11latio11s des ancien rérrirnent. élran"l'r '
au _ervice J.le France avant la fit!volution, el
comme, de Lemps immémorial, le mini·tre
dei a!Taire élrano-ère a,·ait éLé &lt;'hargé de la
\c\'ée de ce. Lroup • , 1 :ipolëon ordonna à
~I. de TalleHand du faire faire dans · arcl1ircs de rechl•rches à t•e ujel.
Le mini lre connai s.int Je goùt militaire·
&lt;lu jc•unc Sai11tt~Croi;t el le désir qu'il al'ail
d'enlrcr dan l'armée, le cha rge~ de ce tra,ail. Le diplomate ne se borna pa, à tracer
l'hii;torique de ancien régimeul · étranger.,
mai il propo ·a d~s modificali•m néccs,airc .
L'Emp rcur, îrapp{, Ju lion sen qui avait
pré,idé à la r( dari ion d l"C projcl cl ac ban 1
le dé:;ir de' l'nuleur d'ètre compri parmi le&gt;~
oîfici r· d'un de corp en nonl'dlc formation.
le nomma d'abord d1ef de Lataillun, tl,
qnd,1ur- mois après, major th r,:.,.imcot dt·
La Tour d"Auvcr•me. Celle r. . ,·cur ~;lait &lt;l ':iuL.1111 plus 0 1·and •que I' Emperrur n'availjamai,
,.._L'.!8 ,..

ainlc-Croh, mais elle faillit au,·i le pcrJ,·e
oo entrée dans ln rarrière.
n M. &lt;le ~f..., ro11,in de lïmpérttlrice
.lo· lpbine, 'était bercé de l'espoir d"ol,tenir
d'emblée le grade de lieutenanl-coloncl: il n'eul
que celui de chef de bataillon. on amourpropre en fut hic .é; il prit dè lors Sain1rCroi1: en awdon cl le prornqua n duel
·ous un pr.1teilc des plus frivol ~- )1. de )I...
était d · premit!re fore&lt;' dan_s I • tir ,le. armes
d • lout ~cor ; e nomlireux amis, certain dt•
a ,·ictoirr, formèrenl une carnkadc pour l'acrompagrwr au !mis Je Boulogne, mai un
seul entra avec lui Jan 1 mas if. oi1 son
:td\er·aire el un témoin l'allrndaient. l.1•
comhal eut liN1 au l'i Lui el: ~r. dl' t...
reçul dan la poitrine une balle c1ui l'élendi1
raide mort 1... A cette vue, le ltlmoin, Joot 1•
Jernir était d'aller chercher du ecours, .e
lroulilc en pensant aux coo équeore que
peul avoir pour lui la fin tragique d'un parent
de l'lmpéralrice, el, ans reprendre son cheva l, ni préycnir le ami de JI. de ~r. ... il
. 't!loionc à tr::in•rs boi el va
réfu• ier loin
de Paris! ... De leur c«&gt;lé, ainle-Croix et ses
ami étaient r •nlré 1'0 nlle, de sorte que le
corp rt' ·ta cul ur le Lerrain.
Cepcnd::inl, le personne. qui allendaienl
dan. l'allée le retour de .1. de lf ... , ne le rnyant
pas reYenir apr~ la d 'tonation de r.oup ùc
pi tolet, pénétrèrent dan l · mas. if et trouvi•rcnllcradaYre du ma.lheurem. jeune homme.
Or, il était arri,·l1 qu'en tombant d ·on haut,
frappé à morl, ~I. d • , 1... "él ail déFonré le
crâne ut· un chicot rorl dur . ..,c · ami , après
a,·oirexaminéla blessurequ'iln,ailà la poitrine,
en aper evaut une :cconde à la tète. p n èrcnl
11ue ainle- roix. après a,·oir hie é mnrh•llement on adversaire avec la halle de son
pistoll't, l'aHit achc,·é en lui r11fo111:anl le
crâne avec la cro (' &lt;le celle arme, CP qui
cxplicruait. elon eux, la di paritioo dt1 témoin
ùu morl, qui 1ùrnit 1as en la forci' ou l •
courage de 'opposer à cel a , as inat.
Dominés par cetl prévenl ion, ce me.;; ieur~
court?nt à aint-Cloud el la font partager à
l'lmpératricc, 1111i va demnnder juslicr à
!'Empereur!... L'ordre c t donné &lt;l metlrc
'aint•-Croi enju 11emenl. llue . 'ét::iilnullrmeul
i:::ic.hé; on l'arrètc el on l'enformc. Il nu rail
.an doute langui en pri on pendant 1111
fongue i.nsLructio11, i Fouché, mini lre dl" la
ju ' licc t ami de sa famille, bien per:n:idé
que ainlt-Croi étai l incapal)le d'nvoircommis
le crime dont on l'accu. ait, n'eùt fait sur-1echamp le · recliercltc lrs plu. aclif ..• pour
décourrir I lieu où ·'était réfu•rié le l~moin
de M. de ~l.... elui-ci, ramené à Pari , tléclara que tout s'ét.iit passé loyalement; d'ailleur , 1 ma!?i lrat cliaro-~s de: l'cnc1uêtr
découçrirenL, auprè du cada\'re, un !'bi ·ol
&lt;le racine imprt1!!Ilé de an,.,. el auquel ttaient
coll~ qucliJ ue cheveu dn défonl. Dè! lot'"
l'innocence de , aintc-Croix: fut rr onnuc; il
fnl mi~ en liberté et s'empre sa d"aller rejoindre on régiment qui c formnil eu llalil'.
M. de la Tour d' \u\'Cr!!'lle, bnmmc de plu·
"ümable. . manquait &lt;l'aptiluclc pour le.
cbo_e. militaires: c fut dooc le maj,11· . ~intt:-

"-----------------------

.MiJKOffl_ES DU GÉJV15~Al. BA1(0N DE .MA~BOT - ~

Croi qui~or"anisa le nouveau régiment, dont mai cc qui acheva de détruire le préve:n- journée rutière à c am_incr le Ira.vau '. cl
il 'ocrnpa avec tant de z'le qu'il en fit un de
tion que !"Empereur a,•ait onçuc · contre montait ouv ol avec IUI au haut ù une 1m•
meilleur· cl uo dM plus beaux corp de Sainlc-Croix, depuis son duel a,·cc M. de M... , men e éehellc dotlùl, que le colonel avail eu
ce furent l • ervices important., 11u'll rend,L l'heureu,e idée de faire établir en forme
l'armre. Enl'03é dan le rO)'aumc de aples
ul chargé de réprimer l'in urrcclion de Ca- au corps de ~lis éna, placé en avanl-"a.rde d"ob~enaloirc. De là, la vue domin.iit le
nrhrcs le. plus :1evé el J 'couvrait au loin
labre,, il se di tingu.i dans plu ieurs com- dan l'ile de Lohau, pendanl le lap de Lemp
bat . Le maréchal fa · éna, qui commandait qui 'écoula cnlrc la bataille d'Es'lin"' el c •ltc I • campagne de la rive gnucbe, occt~pt;~
alor d.in la La, se Halie, a1anl reconnu l • de \\agrarn. l)Empcr •ur, 11ui faisait élevt'r par les troupe ennemi , &lt;lonl on ~omuu_ ail
aimi lou le' mouvemcnL~. Le soir, , aintcmérilc d ainle-Croix, le pril en gr.inde dan. celle ,le d'immeu.e forti.fication
ntîecûon. \ppelé en Pologne, nprè la bataille l'arma de plu· de cenl canon~ de gros c::ilibrc. Croix rcconduis:iit !'Empereur à chœnhruun,
d'E)lau, ce maréchal tinl à · nunencr aintc- li allait îi iter Lous les jour~ le. tra,::iux, el retournait d.in l'ile, 011, après quelctue· insCroix, liicn qu'il ne fùt pa encore on :iidc voulant lout ,·oir par lui-môme, il m.irchail à tant· de r •po ·, il pa ·&lt;ait toute la 111.ût à ,i~itPr
de camp et que les r~ 6lemcnt 'opposassent pied peu&lt;lanl . epl el huil beur• . C• longue· les po tes, el rccow1uen~·ait le lcndeumin le. ·
à ce 11ue personne pùl retirc'r un ollicier, cour-e faliguaieul le marC:C·bal lla éna, déj11 course. de la veille.
Pendant 1111arante-qualre jours, et par une
urtout uu major, d, on r,himenl. En arri- un peu r.t ·é, el le général Tlecker, cbt'r
chaleur
l'Xcessivc, ainte-Grnit 11pporta ce
d'étal-major,
ne
po111ait
la
plupart
du
temps
rnnl à Var~ovie. Ma.séna afanl pré ·cnté ainlefatigue ·ans en être accablé el san que , on
Croix à l'gmpl'reur, œlui-ci . c rappl'la lu répondre aux questions de !'Empereur, Landi
ru &gt;rl dé ~I. de M... , reçut lemajorfroidement que le colonel ainlL--Croi . , donl l'actÎI ilé zèli: cl on activité c ralentissent un .cul
cl exprima mème au maréchal on mécon- était infati.,abl' el l'intcllibrence prodi"iru ·c, iusl:int. Il [ai ait en mêm lernp prctt\'e
lentemenl de ce cru'il eût éloigné cet officier aYail Loul rn avant l'arriYée de )'Empereur, d'une telle inte.lli"cncc sur le. plu houles
saYait tonl, préroyait tout cl donnait sur toul quc:-tions mililair~, que ,,puléon l'appelait
du corp auquel il appartenait.
A celle pr mièrc eau o du mamai accueil les ren eigncments le. plu. exacts. Napoléon conslanuuenl auprès de lui, lor.quïl confé110c !'Empereur fit d'abord à ainte-Croix, prit donc l'hahilude de s':idrc ,cr à lui, el rail avec le mar\chau ~la ,é na el Berthier
'en joigrul une aulrc. 1 apoléon, hien que de peu à peu aintc-Croix de\'Îllt. ·inon de droit. r •lathemeol au mo~en de rair,' déh1&gt;uchc•r
petite taille avait uoe grande prédilection du moiir de fait, le chef d'état-major du l'armée ur l'l ri1e g.iuche. li ·'agis ail de
pour le · homm grand~. forts, à la fi ure corp d"arméc 'JUi ùéfcndail l'ile de Lo- lrav •r er le petit bras du Danube ur uu
nuire point que celui rini a~oit scni de pusmâle ; or, ainle-Croix étail petit, mince, bau.
. age lor · de la bala.illc d'P.s lin g, p::irc&lt;&gt; qn'oo
Il
eùt
élr
i
facile
aux
AuLrichiens
de
uou
blondin, el av.iil une charmanle fi"urc li!miavait quu le prince Chttrle avait fait tle,er
nine, mai , dans ce corp qui, au premier chasser cle celle ile, ou d'eücrminer par une
de
nombreux rclrancllcmenll en ce lien.
abord, parai. ait faible el peu propr aux vive canonnade les quatr di1isions que nous
,
ainle-Croit proposa de to11rner h•s forliliy
a\°Îons,
que
l"Empcrrur
ne
s'
n
éloign.iil
rudes travaux de la guerre, se Lron..,aient une
:\me di fer, un courage Haimenl héroïque el 11u'à regret chaqu1~ soir, pour retourner à cation · de l'ennemi, en exécnlanl le pa •age
une aclÎ\ilé dévoranle. L'Empcrcar ne tarda Lcbœnbrïrnn. li pa ail alors les nuit' dans devaut 't.idt-Enier dorr, cc qui fut adopté.
pas à rcconnailre ce qualill1 ·; cependant, de cruelles inquiétudes; am~i voubiL-i1 aYoir, Enlin, i apoléon conçut une si gr.inde piuion
comme il pen~a que te grade de major, donn; d ~ on r •,eil des nouYelles du corps d'armée du mérile de c rolonel, qu'il dil 1111 jnur i1
de prime abord à .. aintc-Croix, dllnil ulfüe de }la éoa: il avait donc ordonné à ainl&lt;? M. de zcrnitclu:IT, em-oyé ùc l't•mper •ur d
Il'· arpour l1'1elque Lemp-, il ne lit rien ponr lui Croix de se trou\"Cir Lou les matin dan son nu ie : 11 Depui · qae je commande
I d'officier plus
«
mécs,
je
n'ai
pa
rencoulr
appartement,
au
lever
Je
J"aurore,
afin
de
lui
prndaol celle campagne, el aprè la pai..: de
Tilsill, ccl officier retourna à 'aples a\"ec rendre compte de l'étal d •· cbo es. Pour t{UC &lt;&lt; ca11aLle, riui comprît mieux mes pensée.
'Ma éna. )lais quand, en t 09. le maréchal ses rapports fussent plu- exacl , le colonel « cl les flt mieux exécuter; il me rappelle le
11 marécli.il Lannes et le
énér::il Desai~:
fut appelé au commandemenl d'un des corps Caisail 11 pied, toutes le · ouiL , le tour de
(t aussi, à moins r1ue la foudre ne l'emp11rlt&gt;,
l'immeuse
ile
de
Loùm,
vi
itant
le
po
le
,
dr l'armée destinée à m::irchcr contre l'.AuLrii:be, il se rappela le· rcpr(lcbes que l"Em- examinanl ccu de l'ennemi; pui~, mon1ant &lt;1 la France et l'Europe . cronl étonné du
à cheval, il parcourait rapidement k deux « chemin qne je lui ferai faire! D Les papl'reur lui av::iit adrcs.é , pour arnir, _an
roles , rapportées par li. de &lt;.:zcrnitcbetf.
autorisation, ::ittaché ainte-Croi à rnn état- lieues qui le séparttienl du palai de , chœnfur nt bic11tôl connues de to11., cl l'on pr ;\'il
urünn,
où
le
aides
de
camp
avaient
ordre
de
major; il le demanda dune pour ~de de camp,
l'inlroduire à l'in tant dan la chambre à que ..,ainle-Croix. erait rapidemeul marc!&lt;-hal :
ce &lt;[UÎ fuL accordé.
malheurcuseme11L, la foudre remporta I U ful
Dans un des combat qui précédèrent nolre coucher &lt;le !'Empereur, qui, tout en ·'ba.hilLué, l'anlléc suil,aute, d'uu coup de canon,
lanl
dcvanl
lui
cau~ait
&lt;le
la
po
ilion
rc
pec1
entrée dan ,ïenne, inlc-Croix prit un draur les rÎ\•es du 'l'age, aux porte Je Lisbonne,
tivc
de
deux
armée
.
On
partaü
ensaîte
au
pr.au ennemi, cl !'Empereur le nomma colo;1io
i &lt;rueje le dirai en racontant la campagne
nel. li fil des prodige de \'aleur l montra ,.a\op pour l'ile, où l"Empercur, toujour~
que je lis, en l LO, en Portugal.
:ccompaooè
de
M.
de
ainlc-Croix,
p::issait
la
une rare intelligence à la bataille d'E-sling:;
0

(A suivre.)

m. -

HœroRJA. - Fa.se. 19.

GÉNÉRAL DE

MARBOT.

�UNE AYEN~E D'JtR.MAND:S 'B'ÉJA'l(T ~

Une a:venlure d'Armande Béjart
On él.1it au mois de mai 11175; l'événement

Il faut, pour excuser l'accueil enthousiaste Elle aJl'ecte un~ noncbafaoœ dan son pader
f~L par le public parisien à de pareilles pln- el dans ses action . - U e l ,rai, mai. eUe a
ltlude ·, av?.ir qu'elles étaient débitées par gràce à Lout ~la, et ~es manière onL engaArmande JleJarl, « Mademoi elle ~folièrc » geant.es. ont Je ne ~a1s quel charme à .'insicomme on disait alor ·, uivant la coulume nuer dan. les cœur., ! »
qui refm,niL le nom de « .\ladame » aux
Ce charme &lt;1 à 'insinuer dan le cœurs /J
comédienne .
a1ait fait d'Armande l'enfant gâtée de la
Armande, \'Cuve depuis deux ans '\.rrin Cour el &lt;le 1a \iJle; on lui pa.sail tout, et le
.
' 'o"'d'env11·on
trente, n',wait rien perdu de ce manque de comeuances qu'elle a1•ait artiché
charme que son mari dép&lt;'iguait si gracieu- ~n remontant ur les planche. quelques
s~mcnt dan un dialogue du Bourgeois gcn- J0ur apr~s la mort de son mari, el Je scanl1lhom111c :
dale de ses liaLon,, dJjà connues du vivant
« Elle a le yeux petit ... - Cela est vrai de Molièrè. étalées plus lihremenL encore
mais plein de feu, k·s plus brillants, Je; &lt;lepuis la mort de ce dernier.
plu Louchant 1ue l'on puisse \'oir. - EIJe
Au commencement de celle même ana la houe.be "raude l - Oui. mais on y mit née 1675, clle venait de quitter, après l'nvoir
des gràce~ 'Ju'on ne rnit point aux aulrcs à demi ruiné, un riche financier nomn1é
bouches; elle inspire dl' désirs, ell est la Du Boulloy; et, si ell~ raraissail de1mis !or
illu ~ue Ha.ni pom vQu 11n mnl coula •ieux,
plu attrayante, la plus amoureuse du mon&lt;I('. épri e du comédien Guérin d'E !rit hé, c'ét.1il
r,011r 1légag'r le cœur, ~urnm1,ucei: p r le:. y,u~,
~ U)'l'l. ,1~ Ill~• I' ganls la lrqp llnllcuse 111non•1•,
- Pour. sa taille, elle n'c:,·t pas grande. à ce que l'on racontait dan le cou~isse '.
Plu nms l1;1s suutll'irez, pl.us ils nurunl de foroe.
on, niais elle est aisée et bien prise. mo?15 l'effet d'un srntimenl tendre que Je
dé 1r de tourmenter une autre actrice
llile Gul'ol, qui voulait épou~er Guérin.
'
Deux comédie au lieu d'une se donnaient
donc chaque soir à l'hôtel Guéné&lt;raud où
Guérin, Ja Guyot el la Molière ligur~ient enemble dans Circé, mai un certain . oir de
la fin de mai, ceui des spectateur dont
l'allenlion n',était pa · enLièrement captivée
par les beautt!S du tyJe de Thomas Corneille,
purenl s'ap rcevoir qu'à ces deux comJdies
il s'en joignail par exceplion une troisième.
En effet, au premier ran"' des chai es
"
qu 'à Ia grande incommodité des
pcctaleurs'
ou di po ah autrefois sur la scène même.
était venu se placer un homme d'àgc mû;
d_onl les vêlements noirs, d'une coupe pro''lnciale, Lram:haient d'une façon singulière
parmi les couleurs brillantes, les dentelles,
les Ilots de rul1ans, les passementeries d'or
arborés par les marquis auxquels les siè"es
sur le théâtre élaienl d'habitude réser\'é . 0
L'inconnu paraissait agité inquiet et
d'ailleur , v· iblementindiffér;nt aux ~autls
do la pièce qll'il écoula même avec des
signes d'impatience ju qu'au moment où
.Armande entra en cène.
. Alors ce fut bien autre cho e : le my térteux. personnage sembla par d11S gcslt&gt;s, des
bochemeot.s de tête, des manières de se soulever à demi sur sa chaise, chercher 1t attirer
l'aLLenûon de la com~d:ennc; puis, comme
celle-ci .re~tait îro}de, , oil c1u 'elle ne vit pas
celle m.1uuque, soit qu cil la c:·ùt ad!'e séc
~quelque ~utrn personne, l'individu en que .
t1on se la.1s a retomber avec découragement
ur o.n siège el, jo qu'à la fin de la repréPAC-SLIULÉ D'UNE PAGE I&gt;t: REGISTRE DE LA GRA-NGE (10 -1 ~ f't.l'RlER 16f3) .
sentat1on, ne ces: a de jeter tl Armande des
CONSElff.Ê AU.I'. ARCIIJVES DE 1-.1 ÜOYÉDIE-FRANÇAT$J:!,
regards chargé d'amertume el d'indignation.

alor pa sionnait le plu· le Parisiens
n'étaiL ui le retour triomphal de Turenne
apr~s la campagne d'Alsace, ni le départ de
Louis XI\' conduisant en pcr 01me l'armée
qui allait mettre le sièrre &lt;levant Liniliourrr:
cc n'était pas les séditions de Brelarrne el{' ·
représailles dont elles avaient
suivies.
Rien de touL cela n·oœupait le public autant
que J rcprés •nltltioo de la Cim' de Thomas Corneille donnl:e ;i l'hôtel Gué.négaud
par les comédiens ordinaire du Lloi.
Le uccès était immen c, dépa sant de
beaucoup cehti remporté l'année précédente
par l'/pliigénir de llacine; tout Paris avait
,·oulu applaudir le vers du econd Corneille·
il est vrai qu'il en valaient la peine :
'
l{Ui

~té

Après que des salves d"applaudisseroenLs
eurent solué les derniers ,ers et tandis que
les valets du théàlre se mettaient en de,•oir
de soufller les chandelles, l'homme noir, au
lieu de se retirer comme le reste du public,
-'élançadansles con.lisses à la suite ddUJeMolière qu'il joignit au moment où elle reo:agnait a loge. TI y pénétra derrière elle et,
sans lui donner le temps de s'étonner de
cette intru ion :
(( Pourquoi, demanda-t-il d'un Loa
irrité, avez-vous feint de ne pa me
voir pendant la représentation 7
Pourquoi n'avoir pas daigné répondre par un seul regard à tous
les igne que je vous ai adressés? 11
Armande n'était point d\m carnctèrc forouche, aucun de ses biographes ne l'a taxée de pruderie;
mai ceue foi l'entrée en matière
lui sembla trop an façon. Elle
ordonna à l'inconnu de sortir.
Celui-ci, loin de se rendre à l'inlimaûon, éclata en reproches de
plus en plus violents, trail.fl.nl l'actrice d'inrrrate qui l'ahreuvail de
chagrin-, manquait aux rendez,·ous qu'elle lui assigaait el mettait le comble à s~ mau,·ais procédé envers lui par L'accueil qu'elle
lui fai ait à présent!
La jeune femme, commençant
à croire q1i'elle avait affaire à un
fou, s"ell'rap tout de bon; elle appela si haut et si rort : (( AU secours 1 » que l'alarme e répandit
d'un bout à l'autre du théâtre.
Le personnel entier do l'hôtel Guénég~md,
actrices, acteur , figurants, habilleuses, allumeurs de chandelles, accourut de tous côtés;
mais ce déploiement de force ne décida pas
l'homme noir à. battre en rclraiLe. Devant les
t~moins a emhlés, il continua à soutenir
que depuis deux mois il était l'amant de la
Molière et qu'elle lui avait eoftlé assez cher
pour ne pas lui refu er le droit de la "enir
voir dans sa loge.
Cependant Armande se récrinit avec indignation, prenant Je ciel à témoin qu'elle
,•oyait pour la première fois cet amant prétendu et suppliant les au lres acteurs de le
jeter à la porte. De part et d'autre c'était un
tcl accent de sincérité que les assistants se
ùivisèrent, les uns ajoutant foi aux affirmations de l'inconnu, les autre aux dénégations
de l'actrice.
Tout à coup. l'homme noir, arriré à un
paroxy me de rage, s'élança sur ~Ille Molit'lre
et essaya de lui arracher le collier de diamants qu·eue portail au cou.
« Puis&lt;Lue nolrc liaiso,1 est rompue,
cria-L-il, rendez-moi au moins mes présents !... 1&gt;
Celle dernière violence décida les lémoins
à intervenir; on s'empara du forcené qui,
entraîné hors de l'hôtel Guénégaud, fuL livré
à la maréchaussée.
Le lendemain, Paris apprit en même temps,

el l'agre sion dont sll comédienne fnvorile
arnit été l'objet, el le nom de l'agresseur :
Messire François Le col, conseiller du Roi,
président au parlemenl de Grenoble.
0 semblait si étrange qu'un bommc in-

LE

GRAND CHATELET AU

xvn•

lkssi11 dt RonrnA.

vesLi de ce graves fonctions fù.L le fauteur
d'une scène candaleuse, survenue dans les
coulisses d'un théâtre, que l'oo crut d'abord
à un accès de folie.
Mai , dès les premiers interrogatoires, il
fallut abandonner cette version. Le président
Lescot n'était pas fou; il donnait sur a liaison avec ~Ille Molière des détails aussi multiples que faciles à 1·ériûer.
Arrivé de GrenoLle depuis un peu plus de
dem mois, il s'était, dès le début de son
séjour à Puris, épri d'Armande pour l'avoil'
me au théâtre. Bien qu'il ne fùl plus jeune,
ou peut-être parce qu'il ne l'était plu il
s'était senti trop de timidité pour adresser
dircclemcul ses \'œux /1 l'objet de sou amour.
Il choisit pour intermédiaire une per onne
dolll le !.,on vouloir et l'intelligence en pareille
matière étaient fort connus à Paris : la
femme Ledou,t. Celle-ci avait à merveille
rempli son office, moyennant, bien entendu,
une large rétribution. A.près un délai nécessaire pour le négociations Mlle MoJière
avait daigné accorder une audience lt. son
oupiranL dans la propre mai,on de la
Ledoux.
Oelati\'cmenL t• cc premier rende-M·ous,
Lescot donna les détails les pins précis.
Armande y était venue dan une toilette un
peu négligée; tout en causant, elle aO'eetait
une petite loui et se plaignait que la longueur

du rôle de Circé lui faûruait la voix. Elle
avait in isté 1,eaucoup sur la condescendance
dont elle l'aisail preuve en acceptant de se
rendre dan un lieu mal famé pour y onffrir
l'entretien d'un homme f(u'ellene connaissait
pas encore, mais qui lui emblait di!mc d'intérêt par la peinture qu'on lui avait faite de
ses sentiments.
Le l'résidrnt, ravi de lant de hiemreillante,
s'était empressé de supplier Armande
d'en fuer elle-même le tarir. La
jeune femme, après de nomellcs
minauderie , a\!ail consenti à se
lais er conduire cliez un joaillier
du quai de Orf~~res; là, elle avail
fait chou d'un collier de diawanls
de huit mille deux ce11ls livres;
c'était, att dire du PrJsid1.ml, ce
mème collier dont elle élait parée
au moment de l'esclandre.
De nombreux. rendez-vous avaient
. uivi le premier; puis, la lune de
miel ét:inl passëe, la comédienne
e montra de moin en moins ex~ etc.
La veille enfin, Lescot l'avait atlrnduc ,·aioemenl une Journée entière chez 1a Ledoux. C'r l ::ilor
qu'il s'était décidé à l'nller relancer au théâtre, liirn qu'elle lui c:ùl
formellement interdit une pareille
démarche, en prétextant la crainte
de prêter aux propos m;ilveillan'ts
des autres comédiens. )[ai la jalou ie et 1e dépit donnant au pauvre Présidenl l'audace de dé obéir,
SJÊl:L.E ,
il s'était, ma.lgré les inslances de
la Ledonx qui l'exhortait à patienter, rendu à l'hôtel Guénégaud;
le reste de son a1·eulltre à déjà été raconté.
Mlle Uolière oppo$a à cc récit les plus fébémente déné_gation ; et, à la plainte formée
par elle contre Lescot pour injures et mies
de [ail, elle joignit une plainte en diffamation.
L~affaire d ,·enait d'autant plus difficile à
éclaircir que le principal témoin avait disparu;
la Ledoux s'était enfuie aux premiers bruits
de l'arrestation du Président.
Armande demanda alors à êlre confrontée
avec le joaillier Monnot, chez lequel avait élu
faile l'acquisition du collier. Lescot, mis en
lilierté sons caution, faisait la même demande.
La confrontntion eut lieu cl Lourna à la
confusion de la comédienne. .Monnot la reconnut à première vue pour la femme qui
était l'enue accompagnée du Présideul Lescot
dan a boutique du quai de· Ortè\!res, choisir un colli r de diamants. lL est uai qn'il
ne reconnut pas pour la parure ,enduc par
lui oeHe que le Pré ident am.il essayé d'arracher à Armande lors de la scène du théâtre;
mais c'était là un détail le collier Yérilable
pom•anl avoir été écb.angé ou revendu pal' 1~
jeune femme.
Eu somme la véracité du récit de Le cot
semblait élahlie; il ne re tait plus qu'à débouler de sa plainte Mlle folière, eo11yaincuc
d'avoir voulu e d~faire brutalement d'un

�111S T O'Jt 1.JI
homme qu'elle avail exploilê et que, par
coml.Jle d'inJ.é]jcatesse, elle voulait 11 présent
troîner en j Il Lice.
A l'Mlel Guéoégalld, le parti an · de
Mlle Guyot triomphaient, œux. d'Armaudu
élairnl dà.ns la consternalion, quand soudain
un coup de théâtre se produisît. On apprit que
la policeYenait demellre.lamain. ur la Ledoux.
Celle-ci, dès ~on arrestation, avait fait de
avcu."I complets, C'l ces aveux concluaient à la
parfaite innocence de Mlle aJolière.
La ,·érité étaü que la jeune femme ne connaissait ni de prè ni ùe loin Mme Ledoux·
mais œue dernière, quand le Pré ideat était
venu la trouver pour lui demander de le
mclLrc en rapporL avec l'objet de c rêres,
n'a\'ait pas. ,·ouJu laisser échapper une occasion de profil.
Elle comptait parmi ses clientes une lille
nommée l\Jade imonnet, soi-disant mari6e à
W1 ,ieur Uené de la Tourelle, dont l'existence rc ta, d'après les pièces dn procè,,
e."'lrèmemenl prohlémalique.
M~riela l'ourelle (c'est sous ce nom qu'elle
était connue) ressem.li1ait d'une manière
fra ppantc à Armande Déjarl; l:i Ledoux imagina de lirer parti de celle res emhl:mce ponr
dupar le Président.
C'était donc tarie la Tourelle, dûment
sLJ•lée par la Ledoux, qui avait joué le_personnage de la lolière, et a,·ec lanL d'exactitude que Lescot s'y était laissé prendre, comme
un plus grand per ounagc que lui devait, en, iron un iède plus lard, se lais er prtmdre
dans de pareilles circon ta1ices aux ruses de
deux aventurière , plus hardies encore que
Mme Ledoux et Marie la Tourelle.
Le fait est que les héros du procès de 1675
~:~mboitcnt si exactement dans les rôles des
hfros du procès de J786 que, si une comédie eût été Li.rée de l'aventure de .Mlle 11ulière
eL qu'il eùt pris fantai ie à la reine Maricnloinelle de monter la pièce à Tria.non, elle
aurait pu distribuer ainsi les personnage :
I.E l'•Ésmr. ,T l.v,sçor . L(' Canli11ol th Ro/11111.
fü.u: llowi aE. • . • • Ui Reine.
M~• Li,.00111. • • • • • (:0m(e$Se de ln Mollie.
)L,ms u rom.eu.~. . .Ulk d"Ofii-a.

La fille la Tourelle, arrêtée sur la dénonciaûon de la Ledoux, tul, comme celle-ci,
incarcérée au Chàlelet, d'où, une nuiL, au
courant de l'instrucLion, elle parvint à s'évader par la fenêtre.

Un de ses geôliers, Jacques Marest pa~~a
pour complice de l'évasion, el uLil de ce fait
un courL emprisonnement; on dut le relà ·ber
Caule de preuves.
Que œ soit Jacques .farest ou un autre qui
ait procuré à la captive « les cordes et instruments d'évasion II menlionnés au procès-verbal, il est évident que la complicîLé du gardien dut être achetée par un ami de la
prisonnière. Il n'est même pa impossiLle
que ce généreux protecteur t1il le président
Lescot, lequel, n'c péranl plus rien de la
vérital.JleA.rmande, dé irait aumoins conserver
la Causse. Toulcs dcu..""t représentaient le même
type defemmë; or, à tout prendre, une femme
en vaut une autre, ... et vaul même mieux!
ajoute le dicton irlandais.
Gien en prit à Marie la Tourelle de s'èlre
mise à l'abri dn chàtiment, car, si la Ledoux
subît le orl de .Jeanne de Valoi , ~a complice
fut traitée a,•cc moins d'indulgence par la
Chambre criminelle du. CbâLelet que la d'Olh·a
ne le devait êLre par le Parlement en t 7 (i.
''oici le te.\le de la senfeoce:
11 A la requête de damoiselle Glaire-Armande-G.résinde-Ëlisabcth Béjart, veuve de
Jcall Poquelin, sieur de Molière, demanderesse
accusatrice, contre Messire Franç()is Lescot,
conseiller du Roi, président aa Parlement de
Grenoble; Jeanne Ledoux, veITTe de Pierre
Ledoux, et ~forie Simonnet, se disant femme
d'llené de la Tourulle, défendeurs el accu és.
La Ledoux, dùmeot alleinte et convaincue
d'avoir produit sous le nom do ladite llolière
la diLe Simoane!, et ladile Simonuel d'm•oir
pri fo nom de la dite Molière pour rai oo de
pro Litulian, pour n1paralion de quoi condamnées d'ètro fusligées, nue~, d~ verge·, audevant de la principale porie dn Châtelet et
devant la maison de fa&lt;lite Molièro. Ce rail.
ll:rnuies pou!' lrui ans de la ville, prévoté et
vicomlé de P:iris; enjoint à elles de gard1-r
leur ban, à peine de la hart, et solidaircme11t
en vingt li"res d'amende enver- le I\oi, cent
livres de réparalion ch·ile, dommage et intérèls envers ladite Jlolière, el aux dépen ; et
à J'én-ard du sieur Lescot, condamné de faire
la déclaration au grefl'l?, en prfscncc de la
.\lolîère et de qualr~ pet"onnes, lelles rpù:Uc
voudra choi ir, que par prémi_ses et ioadl'el·l:rnce, il aurait usti d.e voies de fait contre
elle et tenu lr.s di cours injurieux mentionnés

a11 procè., l'ayaot prise pour une autre personne; de laquelle déclar.1.1ion e1•a d0li vr:
acte A ladite Molière, cl icelui sieur Le co!
condamné en .es dommages Cl intfo!t liquidt13 à l, omme de deux cenls livres et aux
dépen à son égard. »
Ladite Ledoux en apnl appdé de ladite
sentence, ladite sentence lut conlirm&amp; par
un arrêt du 17 octobœ lli7~.
c·~tail un triomphe pour Armande dont la
réputation gagna au lieu de perdre à l'avenlure; c.:ir le bon public, dans son e11thousia me pour l'innocente victime, ne fut pa
loin de croire également faux el men ongers
tous les bruits scandaleux répandus précédemment ur Je compte de celle-ci.
Thomas Corneille exploita l'intfaèl excit ·
par ces é,,énements en iinirant une scène
d'actualité ùa11 sa pièce de l'focom1u, repréentée quelques moi, plus tard.
Une Bohémienne, disant la lionne aventure
à la Comtesse, dool le rôle étaiL tenu par
Mlle )folièrc, lai récitait les v .rs suh·ants :
.ell~ ligne qui croise aYec cell~ cl,• vie
llari1ue pour votre gloire 110 momo11t Lrès fol1il.
. ur dèô lrpits rcsscmblanls 011 en pnl'lcrn mal,

Et ,·oil:! aurci: une c,1pic.
·•en pre1101; pas Irop de cbsgri,1

ï votre gaillnr1le

figure

f.ontrr. w,u, quelque L&lt;!mp eau c un fâcheu, murOi1 Lonr dQ ,·illc y ui~llrr, lin ,
[muré'.
El ,·oos rir.:i de l'a1cuturf'.

Pour rompr,•ndre le ens de cr derniers
mol , il faut .tvo r que le peuple appelait
« lour de \"ille » le lraj •t d.c condamm;s que
l'on menait îouetler en place publique.
Le r.eJouhlemenl de popularité d1• la Molière eut un effet illalleodu : le comédien
Guérin, flatté d'èlrc remarqué par 1rne rem me
qu'un anêt ùu Parlement venait de proclamer
vertueuse, n'h'•~ilà plus à lui sacrifier sa
rivafo, Mlle Gu ·ot; Armande snl reconnaitre
le ~acrilicc ; die le reconnut même si génércu eincnt qu'elle ne larda pas à e lrounr
dans une siluaûon lrès crit..iquc pour llllll
wu,·e. Pour se tirer d 'emLarra,, die prit le
parti d't.111ou l'r Guérin.
Aiusi se Lermina par un mariage à la man 'rre des andcn vaudevilles, cctle tragicomt:die donl la e.:ond.e représentation dm•ail
servir de lever d1• rideau au drame de la Révolutiou française.
jEAx P0UJOULAT.

MAUR.ICE DUMOULIN
~

Marie-Antoinette jugée par Louis XVIII
M. Erne t Daudet a dé&lt;·onvert, écrit en novemhre 1798, un mémoire de Loui XYUf,
son forme de n lellre à un ami&gt;&gt;, contenant.
prêtes à être puhliér les Jl é{lei·io111; hist!ll'i'flle~ SIJJ' ata1·îe-Anloi11elle, Ct;~~sœs p~r I.e
îutur roi de Frnnce, dans Ir lo1s1rs de 1 exil
de Mill.:m.
M. Daudet, 'lui a l'U eommuai.cntion Je
tou s les papiers du frère_ de Lo11is XVl., a
trou,·é clllte pièce de premier ordre dao~ 1 enveloppe où un des ccré~air~s
du comte de Pro\'cncc I arntl
insérée, il } a pins de cent ans.
Le jll'..ement d'un pr!nco du
,ang ur une des .reine de
France les plu rnaqnées et les
plus math ureu .es. donl 1.a po térilé s'attache, comme 11 y a
un siècle cl demi, oil à revisl'r
a\'CC pa,don l'acte d'nccllsalion ·
tendnncieuses qn'on dres l conLre eUc, oi Là grossir a \'CC a~~arnement on do sier de p1eces
accahlanles et de témoignages à
charge, c'est chose préc:ieu e.
Le mémoire de Louts XVIII
est adrn;ê à uo ami, resté inconnu au comte ... ; c'est un
~cnti.~cnl de t·éparation qui l'a
poussé à le rédiger·. .
&lt;1
Je souffre, d1t-1l, d'entendre toujour joindre au nlimenL de pitié qu'on ne ~cul
refuser à la. malheureuse r-eme,
e.c terrible mai~· qui détruiL tout
intérêt· c'est cc mais r1uè j' allaque parce que je le trouve inju te.»
Avant d'écrire il fait on nll'a
culpa et reconnaît que, plus
qu'un aulre, ayanL ftémal aYec
elle il dùiL apporter on concou;s à l"œuvre de Lnrdi\'c ju Lice.
&lt;&lt; Longtemps assez mal ~YeC
elle, son ami dans les derniers
temps ... elle me disait beaucoup
de cbo·es, presque Loul, el ne
me consullah jo.mais. l)e celle
m~ni~re, j'ai pu l'examiner aycc
soia, mai$ avec impartiali:é,
parce que je n'ai eu ni /t rouglr,
.
ni 1i. rue "lori fier d'aucune des choses qu elle a
faites, et je puis en parler sans pré,•ention. l)
~fal!rré tout, il garde l'anonymo el ne dévoile, ~n aucun poinl de son récit, a royale
per onnalilé.
Cnmmentt après avoir élé fêlée et :idulée

comme le fut Marie.-Antoinetlc dauphine, l'aYersion na11uil-elle contre elle à la co?r ains i
qu'à fa ville? C'est ln principale IJl~e~t100 qu.e
Louis XVlfl .e po e cl, pour ~. ~epondre,_ il
expose les rai on qu'on eut d aimer )la,r1cA.ntoin.eL1e .
D'abord sa fiaure et ·on caractère.
&lt;i ... "a fi!!ll;e, qui, an,; êlre précisément
jolie, était cependant une di:s plu, agréa~~es
que l'on p1'tl voir, e· gràces, une a1fal11hlé

attira la haine dn duc d'Aiguillon qui 'oublia ju~qu'à la lrailer de c1 coquelle », el celle
du cardinal de llohan qni avait eu le tort de
la peindre au oalur~l dans une dépêt~be diplomatique 'lu'oo ne unl pas M. cz ecrele.
Dès qu'elle le pnL, elle e vengea de sc,s
ennem· ; et c'e t de lit qu'c t née s.a répulaLion (C de méchante el d'implacable 1i.
L-cc juste? demande Louis XYI_H. Les
motifs d'excuse qll'il donne sont as ez m~1le~dus. an don te, elle a fait euIer J, du• d'Aiguillon à A.ii:uillon très lo'o, alor. qu'il dési,
'
rail èt1·c à Vérel, plus pres :
mais après la mort de sa fille,
lime. de Chabrillan, on lui pe.rmit d'aller pari ont, ~:iul' à la
cou r. San doute, encore, elle
empêd1a qu'on le comprit dans
la promolio~ des marfr~1:nn: de
France; m:us elle ne 1111 ,nJt,a
point sa barge de eolonel gfoéral Je Sui ~es el la démarche,
iofructueu e d'ailleurs, q-ue fil
auprès d'elle ]e comte de l'royence pour qu'on clonn:il le bàton à son rrolégé, devint le
point de départ de leur solide
amitié.
Quant a.u cardinal de 11ohan:
ci .•. Je demanderai à ses
ennemis, dit Louis :XYIII, quelle
est la ft&gt;mme qui, dans relie
occa ion, aurait impo é • ilence
à son bonn nr ans icrucllcruent
outrané et quf'I C'st le mari qui
souffrirait aupr~ dt! lui un
homme qui non seulement aurail ,·oulu ul,lcnir les fa1eurs
de sa femme, mais qui se sr.rait , 1anté de les :l.\'oi r obtenues.

dont elle aYail pri l'exemple de sa mère et
qui contrastait avantageusement a~ec l'otifJUelle sérieuse, même un peu tnstc, qui
régnait à la cour. &gt;&gt;
.
011 éloignement pour la Du Ilarry lm fut
compté pour yerlu par le public, mais lui

Il

Non, elle n'était pas mécbanle, t~moin sa conduiLc dans
cetlechassed'octobre 177::ï, où
elle fit placer dans sa calèche
un pau\re homme bles é p:ir
un cerf et le fil conduire dans
sa chaumière, où elle le oigna:
témoin son intervention pour
·a.uver la vie du général anglais
A~!!il, condamné à mort par
le éoat améric.ain.
Pourquoi donc la haine qui la poursuivit?
Ici Loui .XVI Il l'ait preuve d'une pénétraLion upé:rieure.
« - Quel fardeau, 'écria Louis Vr en
apprenant la mort de Louis 'V et en se jetant

�~ - 111STO'J{1.Jl

-----------------------_.j

dans le bra de a femme. ~fais vous m'aiderez à le • upporler. »
Tarie-Antoinette donna à celle phrase, qui
n'était que l'effusion d'une ensibiHlé, on
. ens compleL.
L'iM d'une (emme-roi n'était pas pour
l'effra:er; elle vouluL imiter a mère, et en
régnant effecû,·ement, el en s'affranchis ant de
la tyrannie de coutume~,; L'infortunée e trompait: le caractère
rénéclti de Allemand le · empêchait d'abuser
de la Iamiliarilé que Jarie-Thfrèsc avait subsûtué1• au ct'.-rémoniaL
«Les Françai , au contraire, ne lardèrent
pa ' à voir leur é ale dan celle qui, rejetant
les formalités auxquelles il étaient haliitués
sons l'an ienne cour, Yenait sans appareil se
mêler à leurs jeux, à leurs société , et bien.tôt
ils en ,forl!Ill à regarJl'r la reine à peu pri.-s
du même œil ~u'il avaient vu le maitres e
du îen roi.
« )lai un roi change de maitres c, un roi
comme Louis X\'l ne change pa de femme.
&lt;t La ,·erlu connue d Louis XVI était un
arant de la durée du crédit de Marie-Anloinette, el lorsqne le premier enthou iasme fut
pa é ... ce peuple ... commença à se peniader
4.uc la reine étniLfa eau e du poid des impôts,
f'l hienLÔL l'omour fit place au cntimenL
opposé. ll
1l y enl d"autres raison. : es amitiés, surtout i;on intimité avec la comtes e Jule, do
Poliguac, gui fut telle qu'au lieù u que la comtesse fùt admise dans l'intimité de la reine ...
cr fut la reine qui fol attirée dans la société
·de la comtesse l&gt;. L'àpre recherche de gai us
et de plac~ (JUe montrèrent le Polignac à
qui furent dispensé &lt;( en peu d'années les
titres, les di.,nité. , , les grâ~ pécuniaires,
celles de la Cour » acheva d'indisposer conlre
la reine. Tl faut ajouter qu' o e11e avait élé
accoutumée, ain i que tout le monde alors, à
rerrarrlcr les ressources de la France comme
inépuisable:;» el qu'on ne peut &lt;da défendre&gt;&gt;
0

». ments ur -un des points les plu ignoré de
La calomnie e déchaina et s'attaqua sur- la ,,ie publique de la reine.
tout aux mœur de la reine. Sur ce point, le
Tl n'en cite. en dehors du cas de Loménie,
Lémoign~ge de Loui XVTII est catégorique.
que deux autres exemple qui soal à on hon« Pour l'article des mœurs, je n'entrepren- neur : son intervention en t 788, lorsque
drai pas de nier que es manières lrop libres Joseph li, son père, réclama l'aide de la
n'aient prêté à la cen ure .... fürie-Anloinette France en vertu do traité de 1750, contre la
[ul imprudenle san doute i mais il y a bien Turquie, avec qui il était en guerre, intervenloin de là à èlre criminelle, el je ne croi pas tion qui fut décisive pour empècher la France
que pei- onne au monde puisse prou\'er qu'elle de commettre une gram faute diplomatique ;
l'ail élé. »
et on altitude vis-à-vis de recker.
La haine se préci. a lorsque Marie-Antoi« La reine, dit Louis XVIII, qui savait bien
nette prit le pouvoir; car, un des points les que M. ecker pourrail à p ine souffrir d'aplus curieux du Mémoire de Loui
C!&gt;l
voir le roi lui-même pour upérieur el qui
l'aveu du gouvernement personnel de la reine ne voulait pa avilir sa propre dignité, e retira
pendant une certaine période.
alors des affaires. &gt;&gt;
Elle préféra s"éloigner plulol que d'entrer
« on crédit ne fut entier, ùit-il, que bien
longtemps apri- la morl du comte de Maure- en conflit avec un mini Ire qu'elle n'aimait
pa et, je a"hésite pas à le dire, il eÎIL été pa et qu'à la ujte de la chute de Loménie,
heurCUl pour la France qu'il le I1\l devenu les exigences de la. iluation politique a,•aient
plus lot. »
forcé de rappeler au pouvoir.
Dès )or la reine &lt;&lt; n'assi la plus, comme
Celle allu ion vise la guerre d'Amérique à
laquelle la France n'aurait pris aucune part si par le pas é, aux con[érenoos drs ministres »
llarie-Anto.i.neuc ci,t été Ioule-puissante. 'Elle et (&lt; ne 'occupa plus que de se soin materf11L une ad,·ersaire déterminée de l'iutcrven- nels».
lion française.
Et Loui XYIJJ termine ainsi son jugement
« Les r;eize mois qlli su.i,·irent le mois sur Marie-Antoinette:
&lt;1 Je n'ai ,·oulu que payer ma delle emers
d'aHil 17 ?, avoue Loui
furent Yéritahlemeot lll tè!Dp- du grand crédit de la la po~lérilé, en lui fai ant voir l'infortunée
Marie-Anloinelle telle qu"elle élait. J'aideîendu
reioe. 1&gt;
Celle phrase constiLuo une preuve qui n'a- .on caractère que l'on peint méchant cl qui
mil pas encore élé fournie du pouvoir person- étnit bon, générem:, bienfaisant. Je n'ai point
nel de farie-.Antoinetle. Ce pon\'Oir. elle Oallé ses fautes, mais f ai fait voir que le
l'exerça en imposanl le choix: de Loménie de unes ne sont pas prouvJe l'L que les autres
Brienne comme premier mindre, en le sou- sont excusables. »
C'est, en résumé, le jugement d'tm emblo
tenant contre les coalition qu'avaient fait
naitre on outrecuidance et son iocnpacité, et auquel e_t arrinie la jeune école hi torique à
en le consolant de a chute par l'octroi du force de méthode el de l'ecberches, et il n·cst
pas sans intérêt de voir la S}'nllièse d'hi lochapeau.
11 1 fàcheu1 que Louis XVIll n"ail pas ricns comme ~m. de Nolhac et Ilontn confirexamia~ avoc autant de détail les actes de mée par Loui XYlH lui-même sur qÜi Marieces eize moi de pouvoir qui nou mèneraient Antoioelle porta cc terrible ju&lt;rement: « li a
jusrpùux dace critiques de mai- ·eptem- le caractère taiLle, joint i, une marche sou1.,re 17 9; nou aurions ainsi de éclairci se- tC'rraine cl quelquefois Lrès Lasse. »
ur (( le luxe personnel qu'on loi a impulé

MAURICE MONTÉGUT

,

Les Epées de fer
0

-xvm

xvrn.

MAU~lCE

DUMO LI .

quilles, elle a ttpris ce fou de Courlanvam:, lettre ~ igncr dan le salon de Uarly avant
et elle a actuellement le grand Pri nr 1 pour que le jeu commençât. Elle était en termes
ju qu'à on prochain départ pour les gn- trè svéciriqne ; on soutenait à la _prince e
que personne de œs me sieurs ne ongeaiL
lères.
Il e t arrivé que, d'un aulre côté, ma- à coucher avec elle. La lelù·e e t parvenue à
dame 1o prince e de Rohan se pique de une prince se du sang qui s"est trouvée a. ~ez
Il a été questio11 ce jours-ci [février 17::ii) grande sagesse, malgré son extrême beauté. décente pour la supprimer en la jetant au
de faire enfermer madame la marqui e de lme s'est v:u:ilée à on mari d'avoir refu é f..:u; mai on a loul n, et il court dl'S copies
llulTec, fille et unique héritière de 1. d'An- jusqu'à sept amants tout de suite qui la per- de la requête. On a été bien informé que le
gervilliers, mini tre el secrétaire d'11,lal de la s&amp;eutaienl, le tout pour le benlll ·elll du lieu de la rédaction n été la garde-robe de
guerre. Elle :nail épousé en première noces prince. Cclui-ci 'e:,it vanté de on eôté; cette madame de fluffec, que le graoJ Prieur tele pré idenl de faisons. Elle est petite et très ja tance du mari cl de la Femme esL par1·enue nait la plume, ce q11'il était à madame de
ept Ruffec, ce que d'autre lui étaient on a su
laide. mais joliment fnile; et, à cause de son aux oreilles des nmîtr~ e · de ce
peu de beauté, elle 'est adonnée à attaquer amant . On a projeté Je s'inscrire en fanx sa maligne ,•olonté contre la maison de
lou:' les hommes ~•elle rencontre, el 1:t n'en contre la même jactance; on a adrc, é une Rohan, te.; el sur cela, il ::i éP "'randc
1·efu er ancu.o. on mari. urnommé Bnssel, lt!Ltre ,-ignée de ce sept amanls, comme s rait qucsli(1n de l'eurermer. Mon icur ,on père l'a
avait compté la füer; ces ùcux mag(,ls 'ai- une requête d·un cOrp. ou une nombreuse juré ain i; mais il a_ trop d'alfaÏJ't'S pour luimeraient Lanl, di ait-ôn, que ce serait un consultation d'avocats. On a apporté ladite mème. Pour le marqni de fiufft•c, oo ne ait
ménage exem11laire. Mais depui sun mariage • 1. Jean-Philippe, dil le rhcvalicr d'Orl,{an , OI§ ce qu'il médite: mai depuis cria il a l'air
elle a marché sur des pieds ù gens Iran- naturel rlu P.égenl. fi rlait commandrn1 iles ~,a,lèrcs. som ùre el ténéhreux.

Bataille de dames

-,.
..., J3.j w

MARQIJIS

D'ARGENSON.

- Par le eul Dieu, par Marie, par Jésus,
cable, Gynouvez l'étrangleur, dont le mains
formidables avaient prodigué la mort, Gynou- je le jure! je n'entrerai pa dan. ma mai on
je ne reparaitrai pas devant la femme, devant
Vel 'écroula, tomba sur le genoux. Penché
Y ( 11Île).
sur es !ils, il criait son dé espoir comme un La mère dont les enfanls soul morts, avant de
Cadoudal fit remettre des fusils à Dono et enfant qu'on tue. Il avait alliré les deux corps lui pouvoir dire: chacun de tes enfant est
Mivel qui n'avaient que desfourehe , dislriLua conlre lui, le cœur au si crampo'.loé par l'un dix fois vengé: ,-ingt .Bleu leur font escorte
de cartouches à tous, leur donna l'accolade et qu par l'autre; il cherchait un sourtle ... Ce là-haut, dans le.' champ élerneL. ,Je tuerai
ans lrève, sans repos, sans pitié. Je tortufut bref ... U aperçut, dan ces deux têtes i
leur monLra la route.
11s partirent, à une allure de cheval au chères, la même all'oco ùles ure, toutes deu.'{ rerai, je supplicierai tout ce qui touche à la
lroL, droit devant eux tirant au plus court, à fracas ées du cot1p de grùce ... Il comprit. Il République, ,·ieiUards, femmes, enfants, mame
e rcleYa, ubHement oolme; à ses en•iteur~. maladc·,même moribonds. Entends-tu. Olier?
1ra,·ers le fourrés, les pierrières, les étang·,
ourbtis autour de lui, il jet.a d'une voidroide, Entends-lu, Faneb? me fils, mes l'cux, mon
de l'e.au au ventre, sans autre ~ouci que leur
cœur ! Votre père a juré, voire père tiendra!. ..
Lut, rongés d'angois e, torturés à l'idée de ce me urée, cette phra ·e courte :
Je croxais hnir, je n'étais 1ru'un enfant 1
- On le a fusillés ... blessés ...
qu'ils allaient rencontrer, 'ils rencontraient
Jili tendit le main ur e cousin rigiùe :
Quatre excùunalion~ de douleur el de rage
quelque cho e. Hok, le lll'l dans le vent, les
- Dormez, mes frères! dormei eu Dieu ....
précédait. Par instant, Gynom•ez lui parlait : lui répondirenl. )lais tous furent convaincu-;
d'ailleurs lout corroborait cette assertion tra- Vous êtes martyr ; à , 1ous le ciel bleu! Quant
lier, f"anch? 011 ont-il '? cherche!
Le chien, intelligent, regard:i.it son maitre, gique; les cadarrcs environnants portaient à nous, comme Je prre, nous juron · ,·engeance
poussait un court aboi el filait plu ,·ile, la aus.i le trou noir dans l'oreille, le cou JI clu iofi.nie, inœssantes représailles aux: hnndils
queue droite. Dans l'oc.ca ion, c'était bien lui $etgc11l comme on disait; el des entailles tic riui vous ont assas inés. Jure, )laze ! jure,
abres, des trou de baïonnettes, indiquaient Dano ! jore, Mivel 1
le personnage utile. Tous le sentaieut, compLes trois Chouans rèpélèrenl le ge te el le
taient sur lui . .\u ·sitôt sur le champ de ba- clairement qu·avant le peloton d'exécution ils
serment.
avaient déjà snigné dans la bataille.
taille, il se mit à quêter.
ou la pluie grise, dans cette atmo.pltère
AlaniJ.., debou l devant 'es enfants a sa in · ,
:'.\lai la lulle, ùao es ,•ariation'!i el ses
opaque,
cette brume, leurs alti Ludes. leurs
leva
es
deux
grands
hra
au
ciel
qu'il
prenait
péripéties, avail com-erl un large espace ; les
corps étaient nom breux ; longtemps ln recherche à témoin; pui , comme une rormule apprise, mouvement , se découpaient, 'exagéraient
avec la Lrutnlilé. l'importance lourde de
fut vaine. Les cinq désespérés lrélmchaient (dnn quel grimoire de haine?) il récita.:
sur des grena~iers, rigides sous leur bonnet
à poil, des hu sard chamarrés, des chasseur
étinoelanLs, bru·quement arrêté dans l'or11ueil de la charge, le front troué, la poitrine
"défoncée, le ventre ou,•ert. pantins
. cas es;
'
sur de Ilretons boueux:, loqueteux, restés
misérable dans leurs fins héroïques, dont
certains tenaient, roulé dan leurs doigts
J'agonie, le cliapelel rédempteur.
iles yeux fermés, si tri te i des )'WX ouvert plu horribles, et des plaie béantes, à
faire fuir le hourreau; l'odeur ùcre el fade
du sang llollail dao le hronillard.
Us avaient dévî a"é, un par u_n, des -vingtaine de morts san décomrir le deux aim~s
qu'ils dé.:iiraicnt. Un vague espoir renaissait
dans leurs cœurs. )fais, soudain, comme il.
arriva.icnt à l'exlrémilé du terrain de combat,
près du lioi , P.ok, le nez dans la boue, poussa
un itémi sement sourd, pui., la queue basse,
e jeta dans un fossé. lis l'J' virent di paraitre
el, tout de suite, un hurlement monl3, hurlement à la morl. En troi, bonds, ils le joignirent. dévalèrent au creux.
... ur deux corp superposé , le chien pleu- /,a lu/te, JJ ns us v~.-iaJions el ses ffriNlies. ,avail c011}'.etl 1111 larJ!';_ tsp:ict: le5 corf'S dl2lenl 11ombre11x '.
/o~irte 111 ts la recilercht/ut ,aine. La dcs~sp&amp;es lrel'u cllaie11f 1mrdes(!1 en:,dws, .ùs 1111ssarJs. Jas chMs~urs.
rait. Alor ·, Alanil- Gsnomez, soldat de Casur dfs nreJons t&gt;011eux, foq11e/eu.,;, resté.1 miserai-les d;ms _rwrs fins lu!rofgues ••.• Des )'e:x fermés, si lns/es;
des
yeu.T om•u-/s pius horf'iNfs, et Jts tlal&lt;!s bea11les a Ja,re f"{r k 0011rreari. (Pag-c 13 •. 1
doudal, G) uouvu, le vieux Choua"Il impla-

LIVRE PR.EMfER.

... 135 ....

�1f7STOR._1Jf,
~ilhoueLLes noire . ur un écran lransltwide.
Gynouvez reprit :
- Emporlon -le jusqu'au prochain ,-illage; on nous pr 'ltera des bêches; le recteur
les Lénira.
n moment aprè~ le com-oi fun{•hrc e
mettait en marthe.
Olier 'en allait, porté par Jili et Dano:
Fanch ,·eruiit ensuite cntrc I mains de Maze
cl ùe livel. Le pi!re uivail.

Au même momenl. dan œ même décor,
deux autres drame , un peu burlesques,
ceu -1/1, se jouaîent à quelque pas. Le~ eorbP.aux commençaÎenl à tourner au ciel, c'tl!ait
l'heure de pillards et de maraudeurs; du
Lois profond, écartant les Lrou aille , quntre
èlre ignoble - ur,.,ircnt avec précaution. Ilien
ne hourr1Jait; en silence, ils s'a,,entnrèrenl sur
la plaine.
C'ctail Koz A kourn, Ar Mcr1.er, le borgoe
Falhun l:'L le Cogncux. Le prcmi r, dè le
délml de l'acliou, avait u rctrou1•cr las !roi
autre : el. tous rfonjs nu cœo.r &lt;le la fotaie,
il ~,ai,mL allC'nJu que la placa fOL lil,re el la
table ~•ni . Elle · l'étaient.
l' gr&lt;wnaieut de joie, ourdemcnt, à lïd«!e
du lmlin.
.\r ~lcrter wurruurail:
- Bonne journ~e ! ùo11ne jou rnéc 1
\ccroupis suri cadavr&lt;'s, il· le fouillaienl,
fos Jépouillairnl. La femPlle é1:iil la plu ·
aclir&lt;'. c m:i.ins crochue retonrnaieul Je.
poche.. débouclaicul le ceinture . Qo:i.nd elle
en lhlsail tomber dr ou , rlleglou a.il; pour
dt:· J ièce: hland1e ' . elle entonoaill'Aœ JJ/aria.
1'ou- le qualre s'avançaient nr la mê!me ligne,
à dri.- inler-.allt•~ régufürs de Ire-nie mètres;
il s-e partageaient le ba arJ .
Koz ,\ lwurn arail un nair infaillible;
d'après l 'u pect gfotclral de ~on mort, il annonçait d'a1·ancè, à deu. sou prè ·. ce fJU'il av:,it
dan se porh ' . "il 'attaquait principul ment
aur cadavre rc1p11Llirai1 , cc u'étaiL cerle
pas par cru pu le, mais parce que les Bretons,
tout :m moins neuf sur dii:, n'étaient que
mi t-re en gu nillr . .
La récollc l'ut foborieu eeL longue; il y eul
des incidents.
llan- la teinlure d'un orncier 1,J 'll, roulo
daus uoc fondri~rc, le ,3"neui trouva de
l'or. .. )falgré hti, fou de joie, imprudemment,
il ·exclama. Lts lroi aulr(' a,·uicnl dres é
l'oreille. ils dCCOururml. Ce ful une batailll',
1·omme d1 _ dti 11 ur un os. Le C3"neux.
a5,ommé par Koz \ kourn, étranglé par
F:ilhun griffé par Ar Merzer, le theveln'.
arraché!&gt;- par le!. lrois, vaincu ous le nc,rnhrc,
dut parta0 cr sa trouvaille. Il eu pleurait. La
vieille avait rallé la bourse de l'oflkicr ... elle
la oupesait ; elle comptait le~ loui en bavanl
de convoiti e:
- Elle e l Jourde! il J en a L.îen vingt. ...
.Jésus! En ,·oilà un qui ne 'e t pas fait tuer
pour a solde ....
Koz A kourn lout en urreillant les doigts
de la ,ieille, abondait dans son sens :
- L'imbécile! ... êlre riche et ri.quer a
peau! Il ne mérilail pas d'être riche . ... Est-ce

qu'on c t républicain quand on est riche'?
C'est Ilien fait qu'il oiL mort 1
H C-Onlinuaieul lc•ur maraude; ils b.éritaienl dn champ de bataille. Tout à coup la
Yieille . e rele,·a, inquiète et montrant sur la
droite l'horizon violet où, dans le crépuscule,
des lueur rou es montaient; elle interrogea :
- Qu'est-ce donc, là-bas?
.Koz A kourn rerrardn, puis reprit on Lra,·ail en murmurant négligemment :
- C'est Eh·en qui brûle.
.Àr Merzer, lournée ,·ers la 1rauche, demanda de nouveau :
- Et là-ba '!
Celte foi·, ce fut Falhun qui répooùil:
- C'e. t Plaudren qui Oamhe.
Divol s'amusait &lt;'11 chemin.
Ilrn quemcnl le Cagneux, l)ui boudait depui. le partage forcé, se rapprocha des autres.
Il onflla :
- 1'ai ez-vo1t _! j'ai entendu des ,·ou ....
Gare à non !... 'il ·est un hie é par ici,
oou pourrions recevoir un pruneau comme
adieu.
Au .ittlt, la vieille, facilement a.peu.rée,
amplifiait:
- Et i des soldat nou surprenaient ...
voilà de arbres superbes... des branches
qu'on dirait faitcs pour y accrocher les uen .....
,le détc lerili être pffidac .. , urloat mainlcnanL que je ui riche, ril:bP !.. . (Elle secouail a Le~ace où tintait de l'argent ur du

• - l)Qrme::, mes frb-es I dorme:: tll Dieu .. ,. VQ11s
éles martyrs; à vo us le ci.:/ Nt11 / Qua111 à nous,
11011s j111·ons 1·engea11ce Ir. finie, 1neess3nles rej,ri!sallles e111x t-a"ilits qui vol/s nnl ass.JSsfnis.... »

(Page 135.)

cuivre el la voix claire de l'or.) Gare la corde!
Koz Askoum s'irrita :
- Tu p::irles comme un lêle de mort !
'fais-toi, cbouellc l
fais la Martyre, effarée, plus hideuse dans

"-----------------------------la crainte, retroussait se Jope" en haillons
pour courir :
- Oui, oui. j' nLcnd du bruit. .. une
Lroupe approche .... Détaton , hop! bop t oou
r~,iendron , bop! hop!
E.lle Iilait déjà, rapide, malgré ses vieux
ans, légère oro.me un .queleLLe - à grandes
enjambées - terrifiante sorcière; et, comme
la peur est contagieu e, derrière elle Falbun
'élançait, les main tendue I ou,nnl démeur 1menl on œil unique pour scruter les
ténèbre naissantes; Koz A kourn, dopiuclopant, CJbin-c3ha, faisant à tour de bras
fonctionner es bàton -Mquilles, suivait, grotesque, horrible, monstre .an nom, apparition de cauc:hemar: tandis quo le Cagneu.x,
ur es jambes torse , ,e lamentant de re t r
en arrière, s'efforçait de courir, trébuchait
dan le genêt , gü ait sur les bo11c , s'enfonçait dan les ables. e voyant abanclonné,
il se croyait déjà pr.is, déjà pendu, el récitait,
tout La , les lilan.ies de oLrc-Dame.
Or, œtL" qui mettaient a.in i ce hf'nes c.n
déroule, étaient deu:1 soldats de parlis düTérents, un Blanc, un Ulcu. Il est probable
que, dè. ll!S premiers coup· de feu, peu dé ircu de gloire, préférant le rùle de speclateur à celci d'acteurs, emblablr en cela
l'w1 à l'autre, il 'étaient, tous les deux,
chacun de son côté, tenu sagement à l'écart:
le républicain, ao doule 011s bois, le royali le peul-èlre a.u f nd d'une pierrière; mais
il est évident que ces deux comballaol porta.ient dan la. poitrine un cœur ans grande
haine el plutôt débonnaire; cl que, 'ils figuraient dans les rangs d'une armée, ce n'était
ru par cnlhousiasm&lt;', ni par vocation, mais
par la rorce du destin.
Ces deux héros, perdus dan le premières
ombre , tcrriGé par l'ambiance tragique,
Lutant ur des corps, redo1Ha11L l'ennetru,
évitant les amis, venaient de se lrom·cr face
à face au milieu de la plaine · alors Lous les
deux aYaient à la loi reculé, éperdus de1·ant
une pr~sence humaine.
Pourt.ant le Bleu, tirant son ahre, brave à
force de peur, ayail crié:
- · Qui VÎYC7
L'autre avait, en rclpon e, gémi
- A.mil i lu veux .. .. Q11i que lu soi !
Et le premier. rengainant aussitôt, déclarait noblement :
- Je ne demande pas mieux.
Il ajoutait :
- 'l'u e Chouan '/
EL le Chouan de répliquer :
- Tu es répnh1icain ... j'entrevois ta cocarde.
- Oui, n'importe! la main ... j'ai assez
Lué.

Il se 1·anlail · wai le Breton n'en sav.iiL
rien.
Cclui-oi contemplait l'alentour ; les masse
confuses de cadavres qu'une charge avait
laissés pêle-mêle; il noua :
- Le sang m'écœure. Mort~! Mort ... et
tou Françai 1
A.ssurémeul c'était un hourgcoi des villes,
enrôlé par force ou par intérêl; il avait

--.

11uelq11cs iJéel' du L1•mp . L dial gur conlimrn; le répnblicain disait :

- \'ois: 11011 sommes deux hommes
ici, seul . Mc hai -lu 1
- 1 on; p_o111''JUOÏ te haîrais-je/
- El, ccpcndanl, lnnlôl, i nou nuus
~lions rcnconlr6 ur h· champ de bata.iJle, lu
m'aurais lu~, ou je L'auraù; Lué.
Le royaliste soupira :
- lléla ! c'est un l'arnagè l
Le Ill u le i&lt;nisit par le liras :
- Vi1m ,-tu'!
ti d,mc?
- N'im1&gt;urte 1Loin d'id, Li n loin, 1icn
Tu me protègeras contre te frères: ,ie Le f:IU1·erai de miens. Je VCUl._ ,·iuc, moi!
Le Blanc 'encban'a :
- EL moi je ne veux pa mourir I Tous
ces gens-là l'ont nne trop Yilaine grimace
pour qu'on drsiro leur rc.sc·mlilcr .. .. Oui,
parton. ; el ·'il faul al1jurt'r. j'a.Ljura. llépllhlicain, royalisl1•, fliLIUl•lle pour étiqucUe,
pt'U ru'iruporte. c·e~L ln ,ie qui scnle est
,craie.
L · Uleu devinl jorialemcnl l)riquo :
- Je d,aogcrai d'opinion Lou. les jours,
'il le faut: mais ja veux voir longtcmp le
~olcil sur ma [!\te .... Il hrillc pour Loule les
croyances .... Allon !
- ,\lion t
EL ces dcu'I: hommes raisonnaLles, appuyr
l'un à l'autre, e perdirent dan la nui/. A
présent, elle. était profonde. IL y a,ail longLemps que le corbeaux 'étaient abauu sur
la proie offerte; le loup -C hasardaient.
L'horreur augmentait dans le myst'·re.

LlVRE DEUXIÈME

Une nuil de messidor, ni1il rhauùe, sans un
. ouflle, de coup vio!cnts forc11t frappé..~ à la
porte des nepo . CL une ,·oix jeune O!L forte
cri~ dan le ·ileace endormi des rampagnes :
- Ouvrez! c'c,I moi!
De son lit à Lalda11uin, la vieille dame de
Juycnnc reconnut telle voix, bondit à [erre,
pâle d"rmolion; cl, e.oiJfée de nuil, en japon
court, fit retentir les corridors de ses appel·
aigu à 'csgcn quiroulfaient.
En une minute, le manoir fui é1·eillé; lt:'s
fenêtre s'omrirenl. Claudine ~orlit dè a
ch:unbre « dan un dé-ordre heureux qui la
p:iralt encore IL
CtpcndanL, le portier, d'un pa lourd,
cntr'ou1Tail un guichet et reconnaissaü l'arrirn.nt. .\ la clarl~ d"unc lune ronde, on y voi-ail
comme en plein jour. Eùl-il Jou lé que le compliment qui le salua l'eùl ra uré.
- i.\b çà! lll dor-, Alain? l'em-lu Le dépêcher. ,•ieille tortue 1
- Voilll, monsieur le chevalier. Par rcs
lemp -ci, le précautions ont Lonne .
U Lirait le vcrrom, oui •vait des barre d'
fer, décrochait des chnîuc , à grand fraca .
Enfin, sous une pou séo ex.térieure de Ber-

o::irdin lui-même, l'bui séculaire œda molle- elle cent Cois elle l'avait cru mort et l'am.il,
menl devaot lc maitre, revenant de la ~err~. selo'n sa manie et a tournure d'àme, sacrifié
Lejeune bommee.ntra dan la cou~_; 11 était par anticipation, pour n'avoir plu qu'à le
seul, couvert de sueur et de pou s'.cre; so~1 reareller dans une Lri les e munotone exemple
cheval, qu'il tenait par la tête, avmt le poil d'accident~. Et voici quïl rerarai sait, aprè
mouillé et souillait fort; la cour e du retour trente corn bals, indemne, sans ulessure,, .• Elle
n'en croyait pa ses -yellX.
•
a,·ait dù être rapide, pcul-êlre périlleuse, s3;11
li ,·inl à elle, la reçut, convuls1\"e, ur sa
&lt;1\oire assurément; rar la figure du 'hevalier
~e se déridait pas, même eu apercewi.nL, ur poitrine, la serra conlra lui, rcpri~ d'immcn e
hi perron à côlé de Claudine, ~a vici_lle mère amour pour œlle chère lèle gt1 ·e, un peu
tr~pignaul d'impatience. un ~eu ~onuqu~ ous oubliée dan les camp ; pui tendit largement
on co~11une de chambre, 4u1 lai tendait les les deux ma.in. à Claudine. Elle lu:i livr::i les
ienncs, étonnée el 1remLlante, et toujours
brai, cl pleurait de bonheur.
Ce fus, qu'elle revoyait bien vivant devanL bant te de eetle tri Lesse des imposuhilités.

�Ji7STŒl(1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~lb !tm, 1..mterro, épau1es, réponàit fo·i ~,e-

Bignan, manœnvrait Lien souvent sui:..sa pronJ iuitiative. li :wail perdu des point à ce

jeu-là.
EL mâmc entre le ou -ordres, le cher- de
l' ommenœr!
bataillon, j11 que dans la légion d'Auray, c Il
ur ce mol ils entrèrent dans la mai- de Georges, il y avait di corde et ziz:inie. Kerson.
ret, con eillé par Fersen, on âme damnée,
- As-tu faim? dit la mère.
prétendait guerroyer au nom de Loni~ .'\11
- J'en meur ! dé lara le chevalier; rien qu'il proclamait ,i,·ant pour la forraiture de
dan le "entre depui ce malin huit heurei:, Provence. Eveno, farouche, mal dan· la main,
el ce n'était pa lourd!
se déclarait in piré du ciel, n'acceptait pas les
- Ylen vite!
consirrnes, s'êca.rt.ail de Georges à loul propos:
Cn inslant plu tard, Bernardin était a.si , el, sl'ul avec sa troupr, qui lui était dévouée
dan une grande aile aux murailles revêtues !ête et cœur, 'J.U'il avait éduquée au meurtre,
de bai cri san ~ge. décorée de trophée , ,\ l'incendie, il dé ,bonoraiL son parti par des
devant la lourde laùle familiale · sa mère el crime .ans nom, d(: massacres odieux. gnfin,
Claudùie le ervaient : l'une h1i apportait des entre le comLc Turpin et 1o narrateur même,
viandes, lni coupait des tranches de pain noir;
ous de apparences de cordialité, des démon l'aulre lui ver air du ,•in; ce vin dont il buvait lralions ironiques, la haine était latente.
seul, donl le tonneau demeurait intact en son
Ce disant. le chevalier se tournait vers
ab ence. Une cire, dan an chandelier, éclai- Claudine:
rait e-0nru-émcnt fa cène; les pcr onnage. ,
ui, mademoi elle, monsieur votre frère
rapeti.sés par la lt:i.ateur de murs, se per- m'a joué d'a sezvifain lours ... on dirail qu'il
daient, falot , dan. une buée rou se, per is- devine en moi quelque ennemi caché. C'esl
Lantc sous t·e plafonds moi is même nu cœur ainsi. Tenez plus d'une foi , mon La1aillon,
de l'été.
cngarré un peu à l'a olure, je l'avoue, "C
Quand 13ernardia ,·ida ~On dernier verre, tJ'Ouia. en mauvaise posture, vans que 'l'urp.in,
repou sa on as ielle, ses deux ervantes par qui venail derrière uous, voulût 'en aperccamour s'a. iront li a droite et à a gauche, et roir el nou · venir en uide. An contraire, il
madame de Joycnoc lui murmura :
1:haogea.il de chemin ou faillait halle, J'arme
- A présent, p3rle. Ott en ommes-nous '! au pied, . an d~latber un homme - dans le
Il étouna un juron, tapa du poing sur la secret e poir, j'en uis rertain. qu'il rn'nrrivùl
table, les yem bais és.
malheur, à moi, personnellcmcnl. Je ne lui ai
- Pa · gai ! annonça-t-il.
jamais rien reproché, car j'ai mes idée pour
·
Pui il racontait, pour ces deux femmes plus Lard.
ignorante de tout, ayanlvécu i mois reclu.e
Claudine ne s'étonna pas; elle connaissait
dao un manoir isolé sans communication , l'àme de on frôre.
mal rr,n eignée · par de courriers équfroques,
Beruardin continuait:
trompées par des chemineaux men Leur , qui
- Mai le réel désa tre, la fin de !out, a.lors
chantaient la victoire pour êlre mieux accucil- que Georges soutenait à grand'peine sa forlis, il raconlait le premiers fai.t d'armes, les Lune, cc fut l'annonce suLilc de la mort de
enrragemenl heureux du début de la guerre. Charette, pri par les Dleus el fusillé à antes:
En vingt rencontre , aîfirmaiL-il, le.s Olancs de la mort de Lofüet, fa illé à Anger ; pui
avaient cha é devant eux les Bleus sai i de la red düiou d•armes de , épcaux et des autres
panique ; mais le lendemain, les Bleus reve- chef endéen . Toul était remis en question;
naient en nombre et reprenaient L'offensive. la urpri e fut douloureuse.
N'importe, toul allait bien, quand la di,·i ion
George eut un in tant de défaillance. Au.
'élait mi e enLre les grand cher chouan ·.
poinL de n1 tratégiquc, le Morhihn.n figurait
Puisaye cL l"rollé différaient de vues avec Ca- une sorte de réserve de forces rO)'ali les,
doudal; se montraient jaloux de son inn uence appuyant la. Vendée et l'Anjou, dchoul cl en
grandissante, de a faveur auprès du roi, armes. Ce p1·01·inces soumises el capilulaalcs,
nuprès de; princes.
les eules rcssource du pay de Vannes, ét.nient
Stonll'L cl Cbaretle en Vendée lenaient cam- trop failJles contre les force. oppo é .
pagne à leur guise, san concorde et sans plan
Ct! désarmement Ül'rail donc George à
général. cép~am: les imilail. Le concert for- toutes le entrepri e de la l\évoluliou triommidable de provinces oule écs, marchant , la phante, La loi du plL1S fort, qui déjà écrasaiL
main dans la main, confre la Répnhliqne,
ln Vendée ,allaitoppritner aussi le droiL breton.
n'avait été qu'un beau rêve. Chaque corps
De plu , Uocbo, qui occupait Rennes, appred'armée royali te agi ail pour son compte, nant que le canton de Vannes tenait toujours
c l'ai ait Laitre i olément.
ul peut-êlre campagne, ét.,.1.it parti au ilôt pour les points
George conservait-il l'am.ntage, ou Loo! ao menacé . a présence valait une armée, tanl,
main l'égalilé dans la luLLe, à traver son aux oldats de la Hépublique, le nom de leur
MorLihan Canalisé, croyant en lui, bondis ant grand chef parais ail )'Doni·me de ,•ictoire,
à sa ,·oix, comme un cheval de siierre. •
Le gfoéral Quentin Iut chargé par lui d'anPourtant, entre e diyer capitaine , l'en- nonce r nu-x rosaliste le condition de la pacitente, non plu , n'é tait pas admirable, el ce r- fication. Les réfractaire étaient amnistiés; les
tain , à certaines heures, n'attendaient pas jeunes geu de la réquisition dm•aient re ter
ses ordre . i Mercier, dcloin commed près, chez u:&lt; pour la culture d terre . En oulr ,
rcsuiit loujour - fidèle, Guillemot, fo roi de la pleine liberté du culte était accordée pour

:ruent :

6ni ; tout esLà

.., 138

►

tous les prêtres qui n'a\·aient pas quillé le
tcnitofre.
Cadoudal communi'J.U:I ces offres au con dl
du Morbihan qui le pria de e metlre en rapport
:wcc le général Boche; il lai écrivit. llocbe
répondit quinze jours plus tard, dictant es
volonlé . Sn lellre ~tait hautai110; c'étail celle
d'un vainqueur, sùr de sa force, qui n'admel
pas fa résistance el repou e la discussion. 11
refusait tout d'abord la u pen ion d'armes
réclamée par George , - lui répliquant qne,
lor qu'il s'ngissaiL de former un rassemblement, il aYaiL facilement correspondre avec
ses chefs. Pourquoi ne pou rraiL-il pas les
grouper au milieu des hostilités mêmes 1 Il
ajoutait : (&lt; l\éunis ez-ll's dans ln commune
que vou dé igncra l'officier porteur de la
pré ente. Je vou répond de sa lol·outé et
qu'aucuao troupe n'y entrera le jour de votre
réunion. Fn.ites rendre les armes; faites ,otre
onmission aux lois de ltt République, el, nu
même moment, les marches cosseront. .. )&gt;
Cerle , le · contliûoas stipulée par llocLc
orrraicnL quelque. avaat::ure ; elle n'étaient
pa cependant suffisantes, puisCJoe le roi qui
a,ait reçu le erment des in.urgé· ne devait
pa remonter -ur son Lrùnc.
Aussi, concluait Joycnnc, ln oumission ne
pom•ail-elle être que simulée; la paix élait
mal a i e; la feinte rc taiL dans tous le
cœurs. Il éti.il à prévoir que les Hépuhlicains,
une fois de plus, ne tiendraient pas leurs
cn"agcmcnls cl que les Chouan, , pour la
troi ième fois, se r~vollera.ienl un .jour ou
l'aulre.
Pour sauver les apparenœs, Gco:rge anil
fail livrer quelques pièce de canon lior d'usage, des Iu ils de chas e en mauvais état,
des barils de poudre avariée. L'artillerie, les
munilions el les armes propres au service,
jalousement enfouies dans dus oulcrr,ÜnE,
dans des granges, sous des amas de fa•YotJ; ou
de jon~, re laient à la dispo ilion de · insur••é
ju qu'au lever dos jour meilleur .
En al Lcndanl le signal de nou,·eaux combats,
les Chouans retournaienl1tleurschamp mai
avec armes el baganes; le feu allait COU\'er
sou la cendre; il y a rait trop de morts 11
venger, de vexation. à subir. Et comme il
l'avait dit au début de son re!cil, Joycnne répétait :
- Toul est à recommencer! Aujourd'hui
nos paysans rentrent chez eux, demain le en
fera sortir.
Pendant ce long récil, coupé par fos ex.clamaLion , le interrogation de &lt;lent femme . .
la nuil élnil pa sée; le jour matinal de celte
fin de juin pénétrait dans la salle 4uand le
che,•alit!r 'arrèta, n'ayant plus rien à dire.
Alor , sa Gène tombée, sa y;1ncœur exprimée,
il se som·int qu 'il crm·aiL de faligue cl ne
'él.ait pas étendu depui deuI nuit . JI gagna
on lil, dont les matela d r;uech, les oreillers de plume, hû parurent trop mou_s, après
tant do courts sommeils sui· la durr. 1 au plein
air du bivounc, et, (Jllelquc lcmp. , l't•mpè,c·hèrent de s'endormir ...
Le mèmo jour, quand la cloche sonnn le
repa de midi, Bernardin &lt;le cendil, mélii-

____________________________________

...,

morphos 1 ; ix, heure de repos en avaienl l'ait
un autre homme, La\'t:, rasd, peigné, débarra é de se haillons de guerre, il apparut jeune
cL charmant, comme il l'était e.n réaliLé. Il ne
restait plus rien du farouche partisan de la
veille ; le .joli chevalier de .lo~·cnnc était
relrouYé.
a mère l'admira, les deu mains jointes;
car elle a1ait, çà el là, des gesticulations paysannes; elle l'admira, criwt tout baul son
admiration, s'extasiant dc,aQt la beauté de
son gars - une minule heureuse- puis toul
de suilc assombrie, au retour des prophéties
funèbres.
Claudine, elle au~ i, fut émue à coruidérer
cet étrange chef de bandits, qui, comme 1
malheureux prince de Talmont, portait, sui·
des épaule d'homme, une tête de fille; mais,
chez la pauHc déclassée, h.aliiLuée aux dis imulations, l'émoi fut ilencieux. EUe ;1imait
sims espoir, elle souffrait ans cri.
Le che,alit·r ·ourit largement à a mère,
disc:rèlemenl à Claudine i le ,ilence de l'une
lui en di ail aus i long que le prote Lations de
l'autr~; et, dan cette douce iluation d'un
homme qui se sent aùoré à droite, itlu!dlrè à
b,auche, il oublia le camp, lu défaite, lu soumis ion : ne fol plu « Épée de fer », mai
.impleruent, tout simplement, le jeune Ilcrnardin 1UT1oureux de Clau&lt;line. El ce jouT-là
pour em fut la première idylle.
ou l - ·oleil torride du Morbihan, s~chant
sur pied les moissons maigres. fendant la
terre, rou ' i sanl la lande, inccndianL ln dune,
miroitant . m- la gl'è\'e dan l'a,·euglantebbnoheur des sable , il" allèrent côte à côte, catlsanl enfin d'eu-x-m&lt;'lmes.
Certe. , la triste enfanl ù'llarscoët se défendait d'aimor, se refusai! aux stériles espoirs
mais elle ne pomait empècher lejolichernlicr
de murmurer à son oreille (l'oreille toujours
ouverte des filles) ses confidences chantante
dè longtemp préparée au oirs d~ olilude.
EL quel courage fout-il pour ne pas écouler
ce qu'ou est obligé d'entendre? Pui il étnit
perfide, le joli chcmlicr; il ne ri quait pa
des al'eux clair . ni de conie ions franche ;
il mêhiil seulemenl ù c propos en l'air de
sonrdes allu ions, de phrases ambiguë e1
cepcudanl LroulilanLc . Il procédait par hyperboles, , nn s'en donler peut-1itrc; maniait les
l'éLiccnce el le ,sons-entendus, si à la mode
ilan · le lnn"a~·e lleuri du dix-l.111il ièine siècle.
.A lors, e11e tres,aillait, rougi sait, pâli sait,
inquièle ou confu e, landi,; ,1u·unc vague
béatil11cle engourdis ail sou drne et que le
sang lamultueux de sa belle jeunesse lui
l1allait duo. le cœur des ,liane. Lriooophal •.
A l'ombre d"un bloc mégalithique, il · s'asirenl, trè seuls.
Il di.sait :
- A présent que la guerre politique est
terminée pu force, nou · allons commencer la
guerre des 1:hàtcaux. Gare. à Turpin! ... et
,·ous avez, non vou ne avez pa , vou ne
de.vei pas satoir .... c'e t aujourd'hui que
j'cnlrcencampagnc.Ohlj'y prends un intérèt
passionné, romme à tout cc qui vo11.s touche.
Je me uis entendu avec George pas plus

lard qu'hier même.... Il viendra, sitôt la
dislocation accomplie: il viendra aiu: I\cpo" :
el Turpin sera cité de\'anl le conseil des seuls
cbef reconnu , de ses chefs militaires. 11
faudra qu'il réponde. Mai , d'avance, je me
charge de lui Caire tout avouer dan une
explo ion de fureur. Pendant la campagne,
j'ai eu quelques loisirs, la nuit, par c:remple,
quand les autres dorm.iient, le front aux
étoiles; moi, je suivais la mienne et je r1hais
de vous ... de voru, l'oppriruée, la persécutée
- deux fois, en cela, llreton11!'; el, alors, peu
à peu, l'idée pou sa dans ma cervelle d'une
petite comédie .... ,f'ai déjà arrêté le plan,
écrit le prologu". C'e là mourir de rire, vous
,·errez! Oui~ oui, j'ai déjà inquiété ,•otre frère
par mille a,·eux Lrûlants qui concernaient sa
sœur .... Ob! ne vou troublez pa ... sa iau se
sœur .... A propo , vous ne l'avez jamais
aperçue, mème de loin 'l.,. Jadis elle passait
assez volonlier à cheral sur nos routes.
Non? ... tant mieux ... cela vous eûl cbagrinée .... Eh bien, dans une heure, je vai la
voir, soas couleur, cela "a de soi, de lai
porter des nouvelles toutes chaudes de monsieur son bon frère ... car le Turpin est retenu
encore un jour ou dem: par 011 commandement. C'.e t 'OU bataillon qui se disperse 1e
dernier. 'otez qu'il m'a prié sèchement ùe
n'en rien foire, car je lui ai témoiroé
mes
•
0
mtentions... et comme j'insistais, il me l'a
interdit tout net. J'ai ri, j'ai ri ... en déclarant que ma pa. sion ne connaissait pas
d'ob tacles. Jl e t parli, pour ne pas éclater,
la main sur la poignée Ùt.: son sabre, en proférant dans sa cravate des imprécat.ioas el
de menaces .... Je me mourais de joie .... Et
je vais donc allc&gt;r la voir, la belle voleuse; et
m'efforcer de lui faire jouer. au naturel, son
joli rôle de complice involontaire .... Si elle

~,,.,,s

s'l' prête, ce sera m
oo.1
en .ai . trop dit. .. je voulai
surpr!Se.
11 avail récité son couplet d'une haleine:
Claudine, la tète bas e, l'avait lai.sd parler
sans l'interrompre, san, placer un mot, sans
risquer un ge te. Elle songeait, mais au.t
de.roières phrases, s'il l'eût reccrardée, il l'aurait vue pâlir.
Quand il e tut, Ile fil un effort, et, la
voix ombre, elle prononça :
- Prenez garde, Bernardin !
- A quoi? interrogea le chevalier urpri..
Claudine continuait, découvrait sa pen ée :
- Celle femme c t dangereu e... elle est
helle, dit-on; il le faut bien, pour que mon
frère en soil devenu fou, criminel.
Ber.nard.in coupa :
- li a YaÎL des di posi lion .

Elle ourit :
oit! mais, n'importe: prenez garde!. ..
si o'iltaiL elle qui e jouait de yous?
C'est nlors qu'il l'enguirlanda :
- Me prenez-vous pour un enfant, Claudine? El puis, je vais vous confier un secret,
à vous! Mon cœur est pris .... Ah! voiln qui
vous étoaoe, n'esl-cc pas'! cela ,•ous élonne-t-il
,•raiment, aprus tout? (lui, mon cœur est pris,
donné, pour la vie; et il est bien heureux de
sa capfüilé, cel esclave enthon ia te. Je ne
vous dirai pas qui j'ose aimer ... mai je ons
dirai que c'csl par l'admiralion, d'abord, que
j'ai élé conduit à ces donx senliments ... que
c'est la compassion profonde pour une injustice imméritée qui m'a confmné ensuite dans
mes premières émotion· .... Celle que j'ai
choisie est-elle ren eignée, Claudine? Peulèlre; en tont ca ·, moi, je n'ai rien avouê. Je
n'en suis donc encore qu'aux ,·agues espérance ... mais si je n'é1ai pa. accueilli dans

Ces deux /lt r ? s, ,Perdus
les f/r_emlèr a . ombres, terrifiés par. l'aml'ianee tragique , btttJnt s11r .tes car('s,
r eJoula n! 1 en_
neml , ~}·ilanl les 11n11s. ven.11tnt ile $droui·er f ar:eù Ja.:e &lt;11111,ilie" de ta ('lai11e; alors to r,s /es
~etuavamu ~ 1,:,. / IJ•s rec11U, éperdus deila11/ rm e tresl 11ce ht1111al11e. r-011rla11t, le 11leu, tiranl s,:m sa ~re, travt
,. f orce dt reur, a,a,1 crié ; , - Qui vivt ?" (Page 136. )

""' 139 ,..

�111STO"J{1Jl - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - ~
mrs \'Cl?U'î, pai on guemi. j'a11aqnerai · loul
H1mcoël e dessinait ur la hauteur cl ne
seul, e.n plaine rase, un bataillon rrpublkain faisait «uère meillenre Û!!l.ire qw• )cg l\epo~cs,
et j mourrai aiusi, n'a ant ri •n d'aulr à bien que, j:1di , il ·Ot ét..î, rertainemenl, plu ~
faire. Voilà l
on idéralile; mais l'aile droite avait Oêchi,
Elle l'entendait; ei tous les désespoirs, jon1·bant, à grande di tances, le ol di· Mmille fois re ass.é dP.s hontes uLic., de l-e
combres ouhli(.{ . A pre enl, lt· Ct'nlrr . ~ ul
llétrissure , de son indignité, une fois de étairul baLités; l'aile gaurhe, li.r~e ?i Il plu , lui d~chiraienL Ir cœur, l'élouR'ai nl même, menaçait de uhre l'cxempl de l'autre.
d'angois e. Elle était haletante, comme une
n corp de forme alt nail au derrière liète forcée.
d s bàlimenl ; là, seulement, la vi e manili pril ou il&lt;'nce pour une alarme de f tail; elle gro1tWail même· un ptmple de
farouche pudeur, mai , certe non, pour un volailles mullioolores vaguait en lib rlé; des
refu d'en comuîlre davanta&lt;re; cependanl, veatu hruglaicnt aux rtaLle , appel:mL lt!u
ûmida lui•mèm11, putsqu'il ·1ai1 Ir' jeune, il mère aux prt: ; el d'Jnormes cochons grouin'os.i pa: · :cplic1uer toul à f.iil el, ce jour.là, nai1•n.t dan; des mares a11:x reO t. d'or, .rcl'ln'en dit pa plu long .... Elle s'était 1 vée. tu' noblement d,: purin ju qu'au ventre. Ol·s
mad1inale; il l'imii.rut; il repartir nt, côL à chien pai,ible Uoug r au oleil, dormaienl
côte, tout pctils .ous Je grand ciel; leur· d'un œil ou un illaicnt 1, • '-ne. Il y arnil
omhres Ir escorlnicnt.
une grande pai drin ce coin campagnard ;
,\ un tourna.ni du chemin Claudine s'ar- Jo)·enne la troubla,
rtlla, pen. iv&lt;?.
Au hruil de son chm•al, h-s dii ns e 1 ,·,_
- C' , tici dit•elle,11ueno11 ' nous somme
rcnl en :ihoy:inl, et la ha· c-conr prit la rnilr.
n•rwonlr 1 , il y a huit ann:' • lvrst1uc j'élài
li 11Lrail dm l:i tt,ur; un ,,a]et J'écurie le
u11e pelilc r.Jlc cl vou un enf:ml ....
regrirda. niai. cmenl, mais ne 'npproch:i. p:i. ;
- Oui! s',:cria Joyennl', en dTcl, c'est ici. ,. enfin, à une r n 1Lrl', une ~cnanle e inoutra
cl, m:i. fui, je croi qn'à partir de ce jour puis !-e r1~•·ula vivlimcnl el di .parnl. Dernardin
voir image m'est Loujour r~ 1:e présenlt&gt; .... p.•n. a 11u'clle allait au orùres.
Yon. per,.i.lic·i dan mon :-om-enir ....
ail 'imJu:élur :iulrement de l'effet proli r •vf'n:iicnl rnrs le manoir de I\rpo.
Juil, il mil pied à terr allaclia sa monture
Il leur ap11arol. du lu1ul d'une •minonce, nu Lra de fer d'un puil · et con idéra la
ptlniLle l l délabré. maladl' &lt;l'avoir t:ml Iécu, foçaJe du m:muir.
nrec es lourd les d ;coilfües, .e nargouillrs.,
Alors, une porte de ci'il 1 ~•ou1·rit et la ·crhantées de fré. :iie.s la nuil. de corneilles le Yanle, stylL1e à pn;~ent, demanJ:1 au ,·isitcur
jour; es muraille lépreuse , 1lcaillées, se ce qu'il d ;sirait :
cachant par ver 0 ogne, ous de lierres épai
- A1&gt;porter li Mad~moi Ile des nouvelles
el now! ' : . r \'ilre Lr~ée~ aux croisillon d1•
de on rr~re.
lf'nètrcs: lcve.rrcco1llailebcr,ence terups-1~;
ur ces mol , il ful accueilli, iolroduit
l'l le Yenl, enlré par Loos les trou~, mème dans uoc aile du rez.de-chau, rc. [l n':n·ail
aus bonnes ai 011 , promellait a plainte tri- pu ~e déeidC'r à prononcer mademoi.clle Claudente Jan l •· corridors tri ·tes. Pauvre cba- dine; ce ITI('IISOP"e lui aurnil hrOlti Ja bouche;
~eau, pauvr
eigncur , nourri , comme les il lui seml,J.iit, aussi. sacril~ge.
pay an·, J, .arralin et d'or e, d~ ·hillaign
li regarJa autour de lui; les fonèLres ao
liouillies, de galettes mas ive , de rain dur. rideaux. le~ , ·olrl ouwrt · lai .aieol péntllrcr
de cel borl'iLle fnr , digeste uniquement aux un jour l1 rulal dans l'inltlricur et ocuc clarté
e:-lomacs breton . Et ceux-l?i se ballaient pour fâcheu c accusait la pauuetr du li lL Quella cour de Yer-aille , les f~us ! contre la népu- 11ucs siè~ es dépareillé ·, une lahle hoiteo e un
lilique qui leur cri:1il: « Egalité! ... 11
grand air d'abandon. Ln cl1rminée, ans l'hcoe heure apr·•~. Ikrolrdin courail ur 1 nt'l" ét:iil noire de fou llum autrefoi·
route d'Uar coel; on cheval, repo é, trouait par ll'S ancêtre. ; le. cendrC' en étaient emohaut, dans la pous ière. Le pa ·sage se dérou• lées. La pièce, Lr • luute, Lrès va te, à Jl('U
lait très gai sou le ciel lrès Lieu ; lrè gai, pr~ vide, était .onore; lo Lruit de se· pa
de la gaieté de l'élé même; car le chauml's ré~onna sur les dalle comme mus deS\'oùlu
nlr rn conscnaient leur mi.ère, el la h rre de cathédrale; il n'eut pas le lemp de pous er
délai,sée .c déroulait au loin, inféconde et plu~ loin on examen, ln fou se Claudine était
mau sade.
d '"anl lui
lai sou l'or du soleil ccl en emùle se
Elle lui teodail la main, la face épanouie;
transposai!, e re\'l!tait un heure de factice d,-puis longtemps clic nourris.~il en ccri:1 un
opulenoo, n•Oi1ail la -pl n&lt;leur de l'a Lre sur doux p nchant pour cc jeune homme él~gnnl
l'horizon; 1 conlra Le imposaient les valeur.;
&lt;l rol,osle; chaque nou elle r, nconlre nvirnit
le- bois violillre s'appesanlîs nient sur les
e sentimenl. liai loi, somlainrment, il hé.•ifond d'or: la mer, crflmenl bleue, C'iolil• lail dans ~on pcrsonDa"e, ,aisi J.'un mupule
fait, éclata.il dans la blancheur rebaus étl de impréro. C'élail vrai, à la Lien &lt;létaiJJer, que
grhc ; Landi. que fos lourds rocher , cournrls celle femme rappelait \':Jguemcnt Claudine;
de goémon Yi ·queux, pourpres ou rou •es même laillc, même allure; en moins fin, en
de cuiue, ou violet. dJ.Jls le coin d'ombre, moin fier, rnilà tou L.
appàlis aient encore la maladive verdure des
Et le chevalier s'allrhlait à l'idée &lt;le se
dunes, enjolfrée, 11uelqoe!ois par de toulfes moquer cruellement d'un, femme 11ui resscmde chardons ùleu ·, ou uo firmament de blail, même de loin, à ceUe qu'il aimait. Il
métal, balafré de cinabre.
avait heau se répéter tout bas que o'étailju .,. 140,..

men! ceue re: c&gt;mblance la eau e prîncip:ile
d1•~ malheur de Ja Yl'Aie Claudine qucli1ue
cho.e grio~•ait dan: les ro11ages de son imagination.
llo e parlait :
- -.alut, Leau cl1ernlh!r! ... j suis Lcureose de \'OUS voir sain el sauf, oprès tant de
lia•rarres oll YOU rnte ,·aiUanL, nul n'en ,aurait douter; que venez-\'ous m'nnnoncer de
mou bicn•airni.\ frère; il c l en ,·ie, je pense?
Elle souriait. 11 lui eût répondu :
a Noo, il est mort. .. ,, qu'ellt• n'eût pas
peut-être eJlacé on ourire. li .e reprenait :
- Bonjour, Lelle dam ! Turpin esl fort
gaillard cl vous envoie e- ' 'ŒUX. Il sern près
de vou' d'ici deUI ou Lrois jours ... Là, t'·les,·ou · contente?
- Oh! tout à foi l, enclrnnlé , rJ\'Ïe ! déci arail madame Dil'ot. au· 1&gt;ourl:u1t mitrquer
d'enlhou ia me; puis, sautanl d'une idée .\
l':iulre :
- Alor . • c't-st Gui, la guerre?
- Pour le moment, oui.
- Bon; alor la pèlilc e i ·teoce va reoommrncer? on va bâiller dennuvean 1·ingt-r1mtlre
heure.~ urvingl-1:ptalre: car ici, ;1 force d11:i.biLude, on bàill même en dormant. Ce n',, l
p:i.s loujour àrùle, aw:z-vou ? El Turpiu'! ..
il e 1 °ai comme une polcr.ce .... Ah! mon
Dieu!
lie oupirait profondément. Joyenne prit
l'nir le plu indiOi!renl du monde el lui
ouf1Ia :
- Yous von_ plaiJncz? Je ne ,·ou comprends gnère .... Pourquoi re lez-vous arc~
Turpin'? ce n'e l pas la coutumo que les
;1 urs. \i\enl étcrn('lli.'mcnt al'ec 1(,. Iri~rt•~.
fa riez-, ou, !
EUe Lres aillil, de,i11L1ombre. li conl inuail :
- Je pense que ~i ,ou. rnuliez faire un
signe, les prétendants ne manqueraient pas à
fa petite main que rnici .... (En parlant, il lui
prenait la main, la gardait dans ln ~iennc
g11e rougiL un Jlell; ses yeux brillcrcnl.) Pour ma part, je connai quelqu'un ... oui
quelqu'un qoi, d,·pui dè longs moi , n·a d •
anicté dans l'ùmo que les jours où il vous a
rcnconlrtle; quelqu 'on qui e chargerait voJonlier:i de voire bonheur, car, du mème coup,
il ferait le sien ... qu l11u·un dont l'unique
pen ée ~t l'amour de Claudine (c lle foi , il
dit le nom et Lrè: haul, car il ne mentait
pas devant lui-mème); cl qui se serait déjà
mille rois déclaré, ~i certain frère griocheu'I:
comme un gcùJier farom be ne seruLlnit pas
mon Ier la garde nu tour de 1ou ....
Elle tl~gagea .a main, ne sa&lt;"h..tnl 11ue dire.
Certes l'a,enluro avec lkroardin la Luot.ai Let
la .olli ·ilnit, mais LOute Lrulale à sa manière, el , an con éeratinn impo sible pour
lrop de motif.. En le Yopnl s'égarer d.1ns le
rêYe des unfons légitime. , elle s'effarait.: 1'1 1
malgré son aplomb de ftlle parisienne, cherchait a réponse.
lie 'en lira pourtant :
- Pa i griricheux, p:is si ~ ûliel', pui qu ïl vous envoie à m i.
Bernardin écl:tln d'un beau rire rranqnillc :
- Vou l'avez cm 'l 'on! c'était une façon
1

1

~-----------------------------------de ména,,.er mon entrée dnn vos murs. Il dant ob curcissait .:1 joie. .. li :lfllil été Lien
m'a ~i peu envoyti 1111'il m' même interdit pri•s de c 1d&lt;'r au diable ... el, hirn 11uïl fiil
ùe vou ,•oir ... )fab rnus a'"ez t}llC je ne 'Orli rninqnrur de la tentation, il arnil d1·.
ui.- pa homme à me soucil!l' de celn.
remords de ·on courl rnrlige.
- Vo}oll , dit I\ose, je ne comprends plu
bicu. Turpin ne rous a pa. aJressé à moi, il
on rclonr aux Repose , il trouva a mère
,011s a défendu de me \'OÎ.r .•. poun1uoi cela 'l
Parce que. dans uo longs L'tc-à-lèle,
je lui ai dédarû cent foi que fnimai .a
œur, made.moi élle Clau~ioe Le Glohani ·
d'Uar · oêl, L que je fo!'lli tout pour m'en
faire aimer à mon tour.
Ho e, celle Coi , devint p5lr. Elle ne ,c
doutait guère qu'en parlant de la sorte, le
cbcmlier di ait vrai ponr lui-même, pour
d'antres encor ; mais qu'il mentait elfronté,..
meut pour elle et qu'il e jouait d'cUe. Elle
comprit que Turpin devait être exaspéré,
Furieux et qu'11n drame e préparai!.
foi qu · rtlpondre 11 ce gentilhomme qui
lui offr:iil on cœur, .son nom. l qui é1J1il
charmant el loul à fait aimable, et qu'elle eflt
\Olontier c,1chédan · 011 alcôve'/ Elle songea:
u Ga,,uou · du temps 1 11 C'c l la Lactirrue ù~.
l,h:hes.
F.t alor~, doucement, dé•Tuisant son caraclèr,•, a nalun•, elle in inuait qu'il fallait
alll'ndre le retour de Turpin; elle lui parle-rail, auraiL g:iin de eau e, rai•on ùc lui ... et
lout irait :iu mieux. Elle en était , cc point
persuadée 11u'elle srmblail di•po ée à donner
de &lt;&gt;age à ·oo futur épow .... Elle ·'élail r.:111: 1111U Jt nri:ssiJor, MS cout.~ 1•iok11Js /111"cnt fr.1p,
f'.!$ .i la porlt Je., n({'Ose:i, d 11ne 1•1JLr 1~11nt tl
rapprochée, lui parlait presque bouche à
/orlt crl.J J.ms le slknce en.Jor,nl rùs c.Jm /Ja!(11es ·
• - IJtll'n': ! .. •es/ moi! • {Page 137.)
houche, le· \ell.l dan les ·eui, car elle était
grande; et
COrS3ge frôlait la poitrine du
jeune h1Jmmc.
rl Clauùinc. as~isc
ur 1111 mur de pierre
1,e contact était p'rilleu ... d'autant Jllu
,,uc B, r11ardi11 sarnit à qnoi s'eu tenir ur l~ch ·, dcvanl lé manoir. Elles l'allendaient.
i l'une ni l'autre n'é[ait au courant do ses
son compte; cl, Lien •ruï! ne comlùt ni son
vrai nom, ni rien de ·on pa sé, la j uge.1il ce mac hi nation · ; Lou les 183 deu redou laicn l $3
LJU\ille é1:1it : une barL'&gt;tcu e de Pari . Habi- ,i ito au rh1ll.c:rn d'llars oët; Claudine 11rtuée ao1 a1·enlures, elle eu d1crchail une de loul. Elle le regarda dans les îeux, de plu
plus, par cunui, par las,itude. par rantaisie loin que l'autre, mais arnc des pruncUe iupüuL-èlrc; il restait éviJcnl qu 'clic s'oiîrai 1. gulièrement aiguc ; l'interrogation éi.rut OaEL cc rut le tour de Jo ·enne de se sentir granle . JI bai a la lèle, repris de ,on
einb.,rra sé. Le an•• lui monlruL à Ja face, l:i rcmnrJ·.
Eli• sïn•JUÏ~t..'lil au ilôl; &lt;l'urdin:1ire, il la
tète lui lOomait. Elle était b •Ile, malgré lollt.,
celle fomme. li forma le yeux, appela Clau- con iùérDil m face.
Ame élran 0c, incertaine, irr6.ignée, elle
dine i1 son_ ccour.s, et repou ,a ln lcnlalricc.
Elle s'è.:arta, deçue, si ratigu~c d'êlro hon• sa,,aiL qu'elle c'.tail indignt•; n'aurait pas
nète ... el le reste de leur cnlrcticn fut bau al accrpté la pili{-, mè,ne ollurte; o rt'fusail à
tout espoir J'accomo1odornent ou de comprutl roula ur la guerre.
En prenant cong :, llcruarJin réchauO'a n mi ,ion; lie se défendait d'atmer Bernardin
de Jo}ennc, était bien résolue à tour faire afm
lOÎ\, 00 :illilude; Ho.c ru, vite rrprise. Elit!
esûma 4uc cellreton, parl:ducaûon parpri11- de Mcouragerl'amour1111'ila,·ouait pour elle;
1·ipcs, par religion, •1 par respect pour la no• elle se roulait ind.11Tcrcnlc lt lui, le Youloil
hll' ùcmoi elle r1u'il \O)ailen elle, ·.:1ail mou- étranger à elle; éparnil par de barrières
infrannfü)c,· , d oh lac) · in urmonla.ble ,
lr~ un p 11 nigaud, mais ne ùoula p..'\li de on
profond amour. lWe c promit dr triompher leur deux incompalihlcs exislrnccs; clic l' :_
des - ·crupules, el, puisqu'elle ne pou,·ail en cariait rêsolumcnl do sa roule; le cbas~ait de
on nseni r; pui , au Jtôt près de lui, elle
fairè un mari 1 d'i:11 1-ùrc tout au moiru; un
d1crebnit t-a pen'éc dans ses leu , 'clfra)'ait
amant.
EUc l'i111ita donc lendremenl ù ren~nir Je le trom·rr moin5 rlairs et ne pouvait s'eml)ien 1ile ; et, dans le cas oi1 Turpin reparai- pêcher, ù pau,r àme ! d'être troi foi
trait à l'improvi l •, lui marqua d rendcz- jalou.e.
Pendant les _ix mois qu ·
a1·ait pas és
,·ou , à de. point désigné,, eu dehors du
cloitrée dan les füposes, ule a\'CC madame
cbàteau.
Il partit enchanté Ju~ucch de a comédie; de Josenne et quelques domc tique l,11Iourd.,
le premier acte ét:.ii I joué; une ombre cepi&gt;n- isolé· du monde par forcct:t panolonté pui~-

.on

,ne

"" 1.µ ...

quP 1 c.ampagn · tftaicnt tlJ·crlr. .ous la
peur, Ul qu'en plu elle dnail ~ cndwr à tous
les ·eux humains, elle avait eu le tcmp Jïmaginer ·ans ces e; e•, Je la sorte, avait,
4 peu près, perdu le sen c.xacl d la r(~1lilé.
11~ .ont dangereux, 1 on°e , même quand
ccui qui 'y complai ent I dérlmmt. par
a1·ance rhimliric[ue:- et fou~.
C'élail lo cru;. Claudine pari.ail de cc point,
loojo1trs If! même; si son passé était snns
tache, quel .erait l'awuir1 ,h·cc rc po~lulal,
elle ail ail loin.
n jonr, rlle unii; ait, ronfoudnit, san
bornes ni barrière., le domaine d'l!ar.c&lt;l"l au
dumnine Jcs Repose·, parcourait, sous un
oleil très doll, au bra Je I' 'poux choisi, lrs
ch:unp · qui n'élai 111 plu · . llrilc~. les pr ~
quise couvraicnLd'hl•rb gril es, le· bame.aul
où il n'y arail plu de mi·~rc ; réwnciJilc
avec Dieu, elle entrait au. é•Tli, .
Un aul.rc jour, fillu de raco dem fuis gucrri re, en légitime ~pou , lie uil'ait un
theralier , Lra,ers les bataille. ; cocarde hlanchr al1 cb:ipeau, ell~ t•hevau,·bait à :;on cù11t,
ralliant à 'On gc"lc les lmtloun• lté~rtantr:;
glorieuse, elle au~ i; alurfo par les theF , le
soir J rrrand comhal.ll.
Parfois, die rêvait d ·, .c'•ne. di tinctes,
ren oi 0 née par le dr, me de sa vie; et, de ce.
folies nocturn • , Ile r Lait lilème, épui éo,
un cerne forge sous le!- }eux.
Au si quand reparaissait celui dont le fanLtime amit élJ le compa.,.non fidèle de !!s
mille démenœ. improvisée na!!U~re, elle ne
pouvait s·empèchcr de le con idérer comml'
un peu si ni il lui emùlait qu'un pa1:1c élni1,
entre eux dcm::, cnnsenli; 1111'un li n, 'l'i'u11
ch.trme le rappro ·li:iit ; cl comme il •'r prrLail, lui-même, d'une pa. siou :ilr:ik il érait
diflidlc de s 1parl'rt par la froide mi on, cc
que loul 'l'llor~.,it fiction· ou vérit •,, Je
courornlrc cL d'unir.
'O'où le ,.irialion· Jet.:laudine,sc· al1cma•
th e. de tlou cur et de na\·ranct•. ltc \'Ï1ai1
en parlie doul,le: heurcu , hallm·in 'e; dëst!pi.lr: ·, ILU311Ù •lie élail lucide.
Elle conrcs nit son lroulil • à sa IÏl·ille amie•,
la ~cule 11ui la com11ll er11ièrl', madame de
Joiennc ; l'l 1·.cllc-ci. ü~ionnairc au~!:&gt;i, non
dan la , i~, mai dans la mort, lui répli!Juail
l.Ji ·n ,ite, lii,•n L,L:
- Ne lui fais pa de cltagrin, p lite .... li
doil mourir . i tôl !
Alors, pour ne pas ca11Scr de peine au cb •
·alit!r, Claudine 'en lni.- aîLaimer, cl l'aimait
elle-même, un peu plu · lou le jour~. Pui ,
à force de conlacl · journaliers, Je rapport.
&lt;le tous les in lanls une iùée de dérnu~mcnl
~n ·uel germa, pou sa, ·épanouit dan rel
arJ ·Hl cer1· ·au, v·ut-être J :pra~é par 1c malheur injuste el la tri ·te avenlure.
Elle c &lt;lit que !-Î, réellrment, Je jour· de
Bernardin el3ienl com plé . llr 1•rre, il lui
fallait les nchauler; 11ue sïl pom·, il trou,cr
des joie en elle, par die, il ët:rit de on devoir de le lui prodigurr; qu· d~faul d'épou e,
cUP erait :tmantc; que . i, quclr1uti soir J11venl mou, il lui ouHail lé Lra , elle • '}

�111S T 0-1{1.JI
laisserait aller, les yeux fermés, se livrant
toute.
Cette résolu Lion la rendit plus vaillante ... ,
elle s'y complut; il lui semblait même qu'à
se donner ainsi, elle laverait, avec de l'amour,
les anciennes souillures, et que, coupable, elle
se réhabiliterait, au moins devant elle- même,
dès hontes involontaires, des violences subies.
C'était subtil, mais consolant.
Elle n'al'ait guère plus qu'une croyance:
l'amour; et qu'un dieu: Joyenne. Elle avait
laissé dans les ruines du couvent du Calvaire
son aveugle confiance, sa foi enfantine dans
le Seigneur, la Vierge et Jésus-Christ. Elle
s'était insurgée contre son infortune, avait
dénié la clémence du ciel ; et, de ce cloître,
était sortie presque athée. Quand on explique
tout par le hasard, le triomphe du mal parait
moins révoltant. . .. C'est ce qu'elle pensait.
De ces décisions, sa jalousie augmenla.
C'était naturel. Elle n'entendait pas qu'on lui
prit celui auquel elle allait se donner. Elle
haïssait déjà l'aventurière qui occupait sa
place, sa haine redoubla. Elle souhaita sa
mort, en chercha les moyens.
Celle-ci, le soir même du jour où Bernardin
était venu lui présenter ses grâces, éprouvait
une désagréable surprise; brusquement, son
seigneur et maitre, le comte Turpin, rentrait
chez lui, sans tambour ni trompette.
N'y tenant plus, prévoyant ce qui se passait, que Joyenne courtisait dame Rose, il
avait planté là son bataillon, deux jours avant
la dislocation, et s'était enfui à toute bride
vers Harscoël.
Il y entra, très sombre; fut accueilli fraîchement.
- Vous, déjà?
- Pourquoi déjà? Comment savez-vous
que j'ai devancé les dates?
- Ah! voilà. Je le sais, ça me suffit ... et
ça doit vous suffire.
Cela débutait mal. Turpin ne put contenir
sa colère, son indignation, son chagrin. Il
éclata:
- Alors, c'est ainsi qne vous me recevez?
Depuis six mois, vous ne savez si je vis ou je
meurs que par les rapports de courriers suspects, de chemineaux sans foi. Je ne vous ai
pas écrit une seule fois dans la peur qu'une
lettre interceptée pùt vous compromettre,
mais, à toutes les heures, toutes les minutes,
toutes les secondes, je n'ai pensé qu'à vous;
je n'ai eu que vous devant les yeux, et quand
j'accours, heureux de vous revoir, de retrouver tout ce que j'aime en vous seule, vous
m'offrez un visage de glace et des yeux ennemis.
Elle minauda:
- Vous exagérez. Vous entrez en coup de
vent, sans crier gare, et vous voulez qu'on ne
s'étonne pas? Oh! je suis très heureuse de
vous revoir, très heureuse... . Oh! oui, oui !
très heureuse.
Il la regarda; elle se moquait de lui; ne le
dissimulait même pas. Il eut la tentation de
la cravacher en plein visage, il n'osa. Compritelle sa pensée? Peut-êlre. Les bras croisés,
Lapant du pied sur les dalles, les yeux inso-

lents, elle le bravait. Ne pouvant être énergique, il fut lâche. Il larmoya.
- Rose, tu as bon cœur pourtant. Quoi !
pas un mot, pas un geste? Tu n'as donc pas
d'affection pour moi?
Elle eut envie de rire ; mais ce fut bref;
l'ennui du personnage la ressaisissait de la tête
aux pieds. Absent, elle l'avait un peu oublié;
il n'avait qu'à reparaître pour qu'à l'instant
elle fût reprise de ses dégoûts. Voyant tout
effort à l'attendrir inutile, dangereux même,
il tomba dans les banalités :
- La guerre est finie.
- Je le sais.
Ces trois mots rallumèrent sa rage :
- Par M. de Joyennc sans doute?
- Par M. de Joyenne, en effet.
Il écuma.
- Alors, il est venu ici ?
- Préféreriez-vous que j'eusse été chez
lui ?
Il trépigna.
- Ça finira mal 1
Elle sourit :
- C'est à peine commencé.
Sa colère, cette fois, l'emporta sur sa soumission ordinaire ; et puis, il revenait tout
chaud de la bataille, avait repris l'habitude
du commandement, s'était montré dur avec
ses hommes, implacable pour ses adversaires.
Il lui en restait une certaine trempe d'àme,
un penchant à l'autorité.
Menaçant, il cria.
- Où voulez-vous en venir ? . .. Prenez
garde I il faut que tout cela finisse ; on se
lasse à 1a fin. Votre Joyenne, je le tuerai, s'il
me gêne; c'est facile, en ce Lemps-ci. Les
Bleus ont bon dos pour la mort d'un Chouan;
il y a un assassin derrière chaque buisson. Et
vous-même, je le répète, prenez garde! Qui
s'aviserait de venir me demander des comptes,
si vous disparaissiez un malin comme une
pierre dans l'eau?
Il était effrayant, livide, tremblait de tous
ses membres; avait bien l'aspect d'un pire
bandit. Rose, qui n'était pas de cœur intrépide,
pour la première fois de leur vie commune
sentit qu'elle avait élé trop loin et s'alarma.
Mais, entêtée dans sa vanité de maîtresse
absolue, elle recula sans se rendre.
D'un ton subitement changé, elle murmura,
perfide:
- Ab! YOUS ne m'aimez plus!
Cette simple phrase suffit à déconcerter,
désarmer Turpin; sa fureur creva, s'évanouit,
comme une bulle de savon ; ce fut d'une voix
déjà pardonnante qu'il répliqua :
- Pourquoi me pousses-tu à bout? Tu
sais bien, au contraire, que je n'aime que toi
et que je défendrai ta personne, la possession
contre un monde ligué ! Ce Joyenne est un fat,
un écenelé, incapable d'une tendresse sincère .... N'y pense plus ... va! et tu verras que
je saurai te faire une existence heureuse. L'étal présent ne saurait durer ... d'une façon
ou d'une autre, le calme viendra; il le faut
bien ainsi ; la tempête n'est pas éternelle,
c'est une loi de la nature. Quand tout s'apaisera, nous retournerons à Paris ; et, dussé-je

cas de ces deux personnages, la présence de
son frère à Harscoët la rassurait un peu.
Mais, de nouveau, elle dut rester enfermée
dans les murs des Reposes, renoncer même
aux courtes excursions dans la campagne voisine qu'elle s'était permises quand l'absence
des hommes, partis en guerre, avait fait du

vendte Harseoët et ses terres, nous rirons
encore; c'est U\QÎ qui te le dis !
- Dieu t'entende! fit-elle, il ne sera que
temps; car je me meurs d'ennui, et, sans la
peur qui rne retient, il -y aurait beaux jours
que j'aurais été revoir les ruines de la Bastille.
- Patience l conclut-il, heureux de voir
finir une querelle où toutes les blessures
étaient pour lui.
Sous son apparence bénévole, Rose Divol
n'en persistait pas moins dans ses petits projets. Elle savait où retrouver le chevalier et
comptait bien ne pas manquer aux rendezvous. Mais, le lendemain et les jours qui suivirent, Le Glohanic ne la quittait pas plus que
son ombre, se collait à elle, la suivait pas à
pas dans ses allées et venues.
Elle enragea,; pourtant, décidément intimidée par cet homme, naguère à chaque instant
bafoué, mais qui, pour le présent, se révélait
redoutable; qui se plaisait à lui détailler, une
à une, les cent atrocités par lui commises au
cours de la campagne, elle se résigna, renonça
à Joyenne, pour le moment, et n'en détesta
qu'un peu plus le geôlier d'llarscoët.
Elle se promit une revanche; des vengeances délicieuses; et, ainsi consolée, faute d'autre chose, accepta la situation.
Bernardin fut, du reste, informé du retour
impromptu de Turpin dans ses terres. « Tant
mieux! »pensa-t-il; cela brusquait les événements.
Avant huit jours, Cadoudal, mal en sûreté,
malgré les traités, dans son village de Kerléano, ouvert à Lou tes les surprises et trop
proche des garnisons d'Auray, serait de retour
à Locoal.
Il était décidé qu'à cette époque, Claudine
serait reconnue solennellement par lui, devant
les châtelains, les paysans assemblés; et que
le comte Le Glohanic comparaîtrait devant son
tribunal. D'ici là, Joyenne, pour son plaisir
personnel, par rancune, et comme prologue
au drame, était bien résolu à provoquer l'éclat,
à confondre les usurpateurs. Il ne réfléchissait pas qu'il était peut-être dangereux de devancer l'heure et d'agir seul; son cœur fougueux, son désir de servir Claudine, le poussait aux interventions isolées et personnelles.
Il entendait se créer des droits inoubliables
à sa reconnaissance.
Et ce fut dans ce but, ce qui n'allait pas _
sans paradoxe, qu'il se rendit, un matin, au
rendez-vous fixé par son intime ennemie, la
maîtresse anonyme du château d'llarscoëL.
Pour son grand désappointement, après
l'avoir attendue deux heures, il ne la vit point
paraître. Il ne sut que penser. Elle menait
Turpin à la baguette; il n'imagina pas que
celui-ci fùt çapable d'une velléité d'énergie
effective ; alors que se passait-il?
Il revint déconfit ; subit l'interrogatoire
anxieux des yeux de Claudine, les questions
directes de sa mère et, à l'une comme aux
autres, répondit sans franchise par des propos
inconsistants .
Claudine devenait de plus en plus sombre;
et, cependant, car tout était bizarre dans.. le

(Illustrations de

pays une vaste solitude. Bernardin demeurait
près d'elle, toute la journée; ils se frôlaient,
se coudoyaient, respiraient le même air ; les
sensations se multiplièrent; le sang aux joues,
ils baissaient les 1eux, l'un devant l'autre,
craignant l'ardente indiscrétion de leurs regards trou blés.

Madame de Joyenne, entre eux, figurait la
sauvegarde; elle était nécessaire. Bernardin
considérait Claudine comme son épouse du
lendemain; Claudine, avec des idées différentes, n'était pas mieux défendue contre les
tentations dont elle acceptait d'avance et délibérément la conséquence extrême .. ..

(A suivre.)

CoNRAn.)

MAURICE MONTÉGUT.

L'Aiglon en cage
C'est par la femme du concierge de l'ambassade de France que Vienne apprit, le
25 mars 1811, la naissance du roi de Rome,
fils de l'empereur Napoléon. La bonne femme
connut la nouvelle avant l'ambassadeur;
dans sa joie, elle ouvrit sa fenêtre et cria :
&lt;( Un petit prince l l&gt; En quelques instants,
toute la ville en fut instruite; le peuple était
satisfait. &lt;( Quel bonheur pour notre cher
empereur l l&gt; disaient les braves Viennois.
Seuls quelques salons aristocratiques, où naguère on n'avait pas sans dépit vu la petitefille de Marie-Thérèse épouser l'ogre sansculotte, déplorèrent la venue de cet encombrant
rejeton de la Révolution, insolemment greffé
sur le vieil arbre des Césars. Au grand cercle
tenu à la cour, le 26 mars, on répétait volontiers cette boutade d'une femme d'esprit :
&lt;( Bah! cc petit roi de Rome viendra peutêtre ici, dans quelques années, se faire
élever par charité. »
Trois ans plus tard, la prophétie se réalisait; le bambin impérial arrivait à Schœnbrünn, le 21 mai 1814, le jour même où
son père, à l'ile d'Elbe, prenait possession de
son nouveau palais - de sa prison - des
Mulini. La réception, à Schœnbrürm, fut
chaleureuse; les dames, debout aux deux
côtés de l'escalier, montraient tant d'empressement à baiser les petites mains de l'enfant,
que le comte Kinsky, chargé du précieux
fardeau, eut grand'peine à parvenir jusqu'au
haut des marches. Dans les cours, la foule
criait: C( Vive le prince de Parme! &gt;l Car il
était entendu que Marie-Louise, reniant son
titre de souveraine, prendrait celui de duchesse
de Parme, Plaisance et Guastalla. Et tout de
suite, Metlernicli se mit en devoir de déraciner dans l'esprit de la mère et &lt;lu fils tout
souvenir de leur grandeur passée et de leur
séjour en France.
·
Pour Marie-Louise, la tâche fut trop facile.
L'enfant, bien qu'il n'eût que trois ans, résista héroïquement.
Les historiens ont traité de légende l'obsti-

..

nation des éducateurs autrichiens à étouffer
l'intelligence du roi de Rome et à lui cacher
son origine. Le poète de !'Aiglon, reprenant
celle légende, l'a splendidement imposée; et
il se trouve que le poète avait raison contre
les historiens. Dans un recueil dr. récits aussi
charmants que documentés, notre confrère
Teodor -0.e Wyzewa nous conte, d'après un
livre allemand, les tragiques années d'apprentissage du fils de Napoléon (Excentriques et
aventuriers de divers pays; essais biogmphiques d'après des document$ nouveaux).

Toutes les études que conlient le volume de
M. de \Yyzewa sont extrêmement attrayantes
et pittoresques; toules sont singulièrement
nouvelles pour nous, si mal renseignés, d'ordinaire, sur les étrangers qui en adversaires
ou en amis d'occasion ont joué un rôle dans
le drame de notre histoire; mais le chapitre
consacré au pauvre aiglon encagé domine,
semble-t-il, les autres par l'atroce cruauté
du sujet; on se prend, en le lisant, à envier,
pour le petit roi qu'écrase le nom de son
père, le sort d'un autre roi, enfant comme
lui, né, comme lui, aux Tuileries maudites,
mais qui du moins n'eut pour geôlier qu'un
savetier de Paris .... Ilélas ! Schœnhrïmn fait
regretter la tour du Temple.
C'est un tendre et délicat enfant, ce petit
Napoléon. Il donne aux pauvres ses plus
beaux jouets; tout son argent passe en aumônes; il se désole à la pensée que d'autres
enfants mangent du pain noir pendant qu'on
lui sert des gâteaux. De tout son cœur, il aspire à aimer; il est bon, généreux, franc,
ouvert; mais toutes ces qualités sont trop
françaises, et il l'en faut exorciser soigneusement. Dietrichstein, son gouverneur, s'y applique, par ordre, avec opiniâtreté; en vain,
le petit prince lève vers son bourreau ses
beaux yeux bleus pleins de tendresse et d'ingénuité; !'Allemand, parce qu'il aime son
élève, ne s'en efforce que mieux d'extirper de
cette petite âme l'élément diabolique.
.
Il y emploie six ans. Six ans, il travaille à

la lente et incessante perversion de cette délicieuse nature d'enfant; peu à peu la gaieté
s'en va, le rire devient plus rare; quand ses
maîtres lui parlt:nl, le prince détourne la tête
et baisse les yeux. Il apprend à se méfier, à
craindre, à haïr : de l'enfant expansif el doux
que la France lui a livré, Dietrichstein a fait un
élève « sournois, entêté, méchant 1&gt;. . •• II se
trouve même que le pédagogue a dépassé le
but et il note, dans son journal, que &lt;( le
manque de franchise du prince à son égard
lui ulcère le cœur ll .
Car on possède maintenant le journal de ce
tortionnaire, les notes prises au jour le jour
par lui et par Obenaus, son aide, ainsi que
leurs lettres et leurs rapports quotidiens; ils
ont été publiés par M. Ed. Wertheimer.
Quelle tristesse ! Un matin de juillet 1816,
l'enfant - il a cinq ans - se promène avec
l'un de ses précepteurs, Foresti. Foresli était
un noble cœur qui déplorait la cruelle consigne qu'on lui avait imposée; l'élève le devinait el osait, avec lui, parler de ces choses
dont ses rêves étaient encore troublés. Cc
jour-là il s'enhardit jusqu'à demander qui
régnait sur la France. « Un roi, répond
Foresti. - Mais je sais, dit le prince, qu'avant
ce roi il y a eu un empereur. Qui était-ce?C'était votre père; mais un amour immodéré
de la gqerre lui a fait perdre sa couronne. »
L'enfant alors avoua que dans un livre dont
on lui interdisait la lecture, les Fastes de la
France, il avait lu le récit de toutes les batailles de Napoléon; puis il dit : &lt;( Mais si
mon cher père a causé autant de maux, il est
donc un criminel? - Ce n'est pas à nous
qu'il appartient de le juger, répliqua Forcsti.
Continuez toujours à aimer votre père et à
prier pour lui l&gt; . Ce n'était, en effet, qu'après
de longues hésitations, et avec la conscience
d'accomplir un acte téméraire de générosité
que Dietrichstein avait autorisé le prince à
mentionner le nom de Napoléon dans ses
prières du matin et du soir! Aussi, après cet
entretien, l'enfant eut-il visiblemènt ·,( le

�-

1flSTO'J{1JI

----------------------------------------~

rœur plu léger ». Duraal Loul le re le de sa
promenade. il sauta cl riL comme il n'avait
jamais fait : il n:mail d'apprendre que on
papa n'était peul-èlre pas un mon trn. EL ù ·
rclour au château, il dit fièrenient à Collin,
un aulrc de ses mealors : « Ohl si YOUS
sa\iez ! .L Forcsli et moi, no11s avons lony11emenl 11a1·lé de la Fl'ance ! ~
Le grand souci de llielricbslein él.ai.L d'halJiluer son éPYe à penser cl à s'e-xprimcr en
allern:md. On l'appelait, d'ailleurs, Fran:..
« Jè ne ,·eu:x pas être Allemand, criait le
pelil pos édé .... J'aimerais micu,c ... je n'o.c
pa diN quoi!. .. Je veux rc ler Français! ))
lai- le moyen ùe luller conLre 1anl de pMagoguc acharnés à s1 germanisa.lion I La joie
du gouYcrneur e l grande, quand, le i 8 noVllmLre i&amp;J 7, n con talc que le prince Franz
parle couramment l'allemand; dix an plus
tanl. ré ultat magnillque, (« il est tout à fait
iac.1paùle d'écrire correctement u.nc lettre en
fr:mçai ». lais quellll peiae oa s'est donné,
pour en arriver là ! Il .t fallu coufisqacr tous
les objets, livres, effet clo toilelle où se
lrou\'cnt gravé.es te :iigles irupériales; il a
fallu rcnYoyer d'Autriche tous les ser..iLeu.rs
français, el même le pclil Emile Gohereau,

un gnmin de :.ix ou sept ans, fils ùu Yalet de
chambre de l'ex-impératrice. Alors on vil
celle cho~c sublime : pour entendre quelquefois parler ùc ce pa arloré sur lequel son
père avaiL régné, Fram1 écoutait aux portes;
quanù Dietrich tcia eau ail a\'cc les domc ti(jUCS ou avec des étrangers, Je fil, de 'apoléon
se cach:iit sous un mcuLle, espérant que par
surprise il allait entendre prononcer le nom
de son père; il lisait en sec.rel, s'iastrui rut
e11l; mai ceque e ma1Lrc lui easciguaient,
il 'efforçait de ne pas l'écouter. Parfois, à
bout d'amieu e curio ilé, éLouffaal de ne pas
savoir, il questionnait avidement : &lt;&lt; Dil.es•
moi, de1mmda-t-il un jour à Collin. dilesmoi. s'il ,·ou · pla.ll, po11rquoi on m'app lie le
roi de Rome. - Cela se pa • ail encore au
temps où 1otre père arail un 1:,rrand royaume.
- EsL-œ r1ue Rome a apparlenu i1 mon
p~e1- 1011, Home appartenait uu paJie. Et où est à présent celui--ci1 - Le pape?
Toujours à Rome. - EL mon père il est aux
Indes. je croi ? - ~foi · non; pa du 1oul.
- E t-ce qu'il est en Amérique? - Pourq11oi serait-il en Amfrique1 - M:ii · enfin. où
est-il, vrai.ment? - J ne puis pas vous le
dire. -Onm'a dit un joarqu'il avait été eu

ngleterre el qu'on l'en nvaiL chas é. - C'est
là wre erreur. Vous savc~ bien, mon prince,
combien ouvenl il vou arrirn de mnl comprendre cc que vou cnlcndc.1 dire. - Oui,
c'esl nai, excu ez-moi. - Je puis vous li su.rer que momieur , 1olre père n'a jainai · élé
eu Angleterre. - J'ai entendu dire aus i
qu' il était dan la misère. - Comment. dans
la misère1 - Oui. - Comment cela seraitil po ible 011 mÈme vraisemblable? » _\ ces
mots le 1·isage de l'eufanl s'illluuiaa de
bonheur : « C'cs1 1·rai, dit-il, c'e L Li ·n cc
que je pensai . 1&gt; Et il pru;sa aus·ilcil à un
autre sujet. Il en av, il pour hien longlcmps
à méditer, et j:imai ne Juj en a,·aiL-on, ur
11l011 iew· son père, lanl appris.
Oe lou les traits touclinnls ou lrairiqucs
c111 ·a recueillis 1. de WyzC!wa en fcnill •taul lll
journal des préœplcurs du prince, cclu.i-là,
.aas doute, est le plu. m1,•ranL : l'cufanl du
ma.ilre du monde rayonnail de joie à la révêlalion que &lt;&lt; s011 père o'ét..1.il pas dans la
mi ère ,, , el il e résignait 11 11'en point
sa,·oir d:rv_intage .
Oui. ccrlc , 11 cél •füoyalilc supplice moral
on préfère les coups de Lrit[UC du cordonnier
'imon.

LE

"LisEz..Moi'' u1s10R 1QuE

T. CT.

J.,A v1E DE P .uns

sous

LA RESTA~RATION . -

UNE PARTIE DE DAMES AO CAFE L.utBLIN, VERS 1lho. -

·T,blear1 ,1t B01LLY. l l/u,~~ Co11Jé, Clr.mliJ/f'.)

..., 144 ,,.

PHlllS DE LA TO R-DU-PIN DE LA CHARCE
Tableau de LEGRIP. (J\lusée de rersaille .)

�</text>
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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