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                  <text>'lt1ST0'/{1.ll - - - - - - - - - - - - - - , - - - - - - - - - - - - - roup, l. 'Ihiers, il corrigeait trop, il avait la
fàcbeu e habitude de récrire ses di cours et
de remplacer par de grandes el longu
phrases les petites phrases, heurtées et incorrectes, qui avaient été saisies au vol, tout s
,chaudes et toutes ,·ibran1~ , par les sténol(rapbe . Cela n'e l Jlas français, di ait
M. Thier .. . oil, mais c'était vivant.... Et,
après que Thier a,ait re\U el rt'manié es
~preuves, c'élait bien moins vivant, et cc
n'était pas toujour plus français .... C' ;lait
même &lt;1nel4uefoi t·ucure moins {mnçais.
Celte nuit-là, je m'approchai re pectueusement de M. Thiers .... i'\ous avions grand'peur de lui .... li était d'une exlrêmc vivacité
et regimbait à la moindre ob er,•alion. Je me
permi de lui faire ob cm:r que, dans la
reYision des 1lpreuve , il avait écrit deux
phrase qui, l'une à la uite de l'autre, en
Jes termes pre ljUe identique , di aient exact1:menl la même cho e :
- Je le sai bien, répondit M. Thiers de
.a petite voix aigrelelle, je le ~ais bien, el
c'est exprè., entendez-vous, c'est exprès ....
La première foi c'e t pour lts gens intelligents, poar ceux qui saisissent tout de
~mite .... Mais il faut parler à Loul le monde,
il faut se faire comprendre de tout Je monde ....

Et la seconde fois, c'e t pour les imbécile ,
qui sont la majorité, en dehor de la Chambre.
Et comme je m'en allai , piteu~ement,
apr' mon échec, j'entendi M. Thier qui
mdchonoail entre ses lèvre
Et mème en dedans.
Un de mes amis dinait, il a quinze jours
fmai 1 7 l], chez M. Thiers, à Versailles ....
Et '10ilà IJUe mon ami, après le dîner, se
lrouvant dans un coin du salon avec deux
ou troi personnes, eut l'imprudence de dire,
à voix ba sf', très basse :
- Mon ·entimentest que, depui un moi ,
on aurait pu entrer à Paris par ~urprise.
M. Thiers était à vingt pa de là, à l'autre
bout du alon, mais il a l'oreiUe fine, surtout
4uand on parle des fortifications de Pari . li
bondit ur mon malheureux ami a,•ec un véritable emportement :
- Ah! vous êtes, mon cher monsieur, de
ceux. qui croient qu'on peut entrer dans Paris
par surprise. C'est une erreur, sache~le
Lien .... Par surprise! Voilà qui est bientôt
dit I Prenez le commandement de l'armée, et
entrez dans Paris par surprise !.. . par urprisel Je suis peut-être compéte11t dans la

question. Les furtifica.Liorn de Pari sont un
ouvrage immen e, un ouvrage de premier
ordre .... Elles ool arrêté 1c Prussiens pendant cinq moi . Elles ]es auraient arrêlés
pendant cinq an , pendant cinquante an , i
Paris n'avait pas manqué de vines. Et la
Commune ne manque pas de vivres; elle se
mitaille tout à on ai.e, à traver les ligo ·
prus~ienne . Croyez-moi, ce n't· t pas une petite all'aire que d'avoir rai ·on de forlifü·ation de Pari . C'esl une enlrt&gt;prise &lt;:910. alf',
gigante. que· ou ne peut en Yenir à boul que
par une grande opération d'en.cmble, par
un immense effort militaire, longuemi:nl, a,,amment comùiné .... Ah! le fortifications Je
Pari !. .. Je les &lt;·onnais, moi, mieux que ptronne, les forLifica1ion dê Paris!
f. Thiers là-de u s'en alla. Mon ami
avait reçu celle semonce, la tête ha se, doc1lement. respectueu ement. Mais, li:: lend,·main, il se vengeait en me disant :
- Oui, M. Thiers veut entrer dans Pari ,
el il y entrera, mais il lui déplairait de voir
es fortifications tomber trop vite et trop facilement. Jl faut qu'il oit bien démontré que
M. Tbier seul était capable de prendre cttte
ville rendue imprenable par 1. Thiers. Amourpropre d'auteur!
Lrnov1c H.\LÈYY.

EN 18o7. -

LE JOUR

DE

L'AN. -

Estampe de DEBOCOORT.

CLAUDE DE SlMlA E, ENFANT.

�LIBitAIR.IB ItLusTitÉB. -

J ULES

TALLANDIBR, ÉDITBUl&lt;. - ..1_5, rue Dareau,

Soinmaire du

:20 J a11vier 19 1r• .

totu. . . . Les soldats de l'ancienne France: L'armée
du R.oi-Soleil . . . . . . . . . . . . . ..
PAUi.. G.-u :t.oT. . . . . A~OU!'S d'autrefois : Un ménage royal
GtNtRAL DE M.\.RBOr. . .Memoires . . . . . . . . . . . . . .
V1cToR lluGo. . . . . Madame de .Montléar. . . . . . . .
T. G. . . . . . . . . Cœurs de rois . . . . . . . . . . . .
J\soii DE Cuoi r . . . Henri JV . . . . . . . . • • • • • • •
jEA.'&lt; RI IIEPTN. . . . Grandes amoureuses : La Périoe .

s\lJ\'T- 1\10.

P110L DE

D• :\&gt;fa x

•-1&lt;.i

Ji:u: · liOCllE . .

156

162
163

.w

1·
16

6$

L'abbé de Vatteville . . . . . .
Un petit Gaulois de Lutèce .
Le mystère de uremberg . .
Louis XIV et Mazarin . . . . .
L'Exode des Girondins . . ..
Mademoiselle de Circé . . . .
Le colonel prussien Collignon

. .

14

l:ltt.LAJW

P. LIE L\ PORlt.

Lo

VET . . . . .

ERNE T U .\.UIJJ:.I.

P.

DE PARDTEI-L,\'i . .

. . . . . . . .

1-

.
.
.
.
. . . . . . . .

de L'Acalém1ef1·a11ç::1ise.

ILLUSTRATIONS

PLANCHE HORS TEXTE

D'APRÈS LES TABLEAUX, DESSINS IIT ESTA MPES DE :
TIRÊE SN CAMA ÏEO :

Ar.AUX BERTA "LT CALLET . CARPACCIO, CnoFFARD, CONRAD Co DER, DESFO ÉS,
D1E:s A.-J. Duc1.o , DUPLES r-BERTEA -;, J.-M. FONTJ.1 E LI E:i1&lt;rcu Go1.Tz1c ,
GUD IN,

J.-lf. K ER. OT ,

C L A DE DE

CHARLES LAN l. 1,;, MAU RI CE L ELOl R, L LA.'i:TA, P AOI..O
JEUNE, ARC:EOT P RUDHOmtE, ANTOJXE R OBERT, ll IIIF11RE.
WEB CH·DE FO:iTAIJ\'F. , L E T1Tl&amp;N,
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le IO et le 25

SOMMAIRE du NUMÉRO 130 du 25 janvier 19 1 l

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LE P R INCE D'AUREC
Comédie en trois actes, par Henri LAVEDAN, de 1' Académie fraaiaise.
Lll"•N ne T I N' E,\ l'. La belle Mrs Kennedy, de Baltimore . - Guy U,\);TEPLE l'RE. ~m es féminines .
Co,,1T~S E .\l.,THTP.U DE :.\OAILLE.. Emotio n.
CATa1.1.e ,\Ili;. DÈS. Touffe de myosoti s. - ANA1C)I P. FM~ 'E, de l'Académie
françai ·ç.
jarà ln d' Epicure. - AtPIIONsF. DAUIJET . U7:1- mé nage de cba nt eu:r ·.
.
Ri: Rl\'01 RE. Plus tard. - HE'-R• BOllDEAVX. La robe de laine .
- T11l°':ONIIL. G.\ TIER. Bai s er ro se, boise r bl eu. - Re:;-É MAI ZEll Y. En
Provence. - J. l.\R NI. Sortie de fav eur. - Jr.,N RI Cll EP IN, de l'Ac:id~mie
aise, Une fa ntùi ie. - lll•R,.f:L l'H l~\'O T . d~ l'Acnd~mic
hon cb ette. - ,\hCilEL PR ) \ T \"'. L'é prouvette. - . \ tHF.RT .\I ER.\ T. F igurine .

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TA L LANÔÎ-ER~5.

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JULES TALLANDlER, 75, rue Dareau, PARIS, :uv-.
Veuillez m.'abonncr pour un an à partir Nom _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

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année (2 0 Novembre 191 l), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d' abonnement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en· se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.
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le t-4 /:!lea11 Je Coo DER. (Musée d~ v~sai/les .)

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valeur sont incomparables.

lfadame de Pompadour

,mure Je

L'armée du Roi-Soleil

Ces

L'embarquement pour Cythère.

G~

LES SO LDATS DE L'ANC IENNE FRANCE

G. SŒTAERT

~

.

PRI E DF: L ÉRIDA ( 13 OCTOilRf.• 170 • )
'
• · -

deux poses photographiques différentes (mais de la même personne)
dans les ateliers d ·une des plus
grandes maisons de Paris, spécialiste
du portrait :

~"~::~:OI" HISTORIA Ma:::~~:tré
WATTEAU~

(ill u. cle d"Ah).

Paraissant

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

fran

TAHLEAU o"ArL~ULPBY

li\lL\ XC

SU'R_PR._1.ME MER._YElLLEUSE

Parmi les riche e d'art, trop peu connu~,_que garde précieusement en son musée
la vieille et noble viJle d'Aix-en-Provence il
~L ~ne toile, peinte ,·ers f 715 par le mai~re
a_• 01 Aroulpby, qui appelle el retient l"atten-

feU.J. d'artillerie, croire que l'arfi te 'est
~mplu, en exécution d'une commande royale,
a représenter d le ha. àge un Dauphin
da~ l':ipp:U:eil ?'1errier que, par préde tinaL1on devait lm réserver l'avenir. Ce n'est
lion .
po_urtant
~as de l'héritier présomptif d'un
On_ y voit, en pied, un petit personnage
roi
_qu;
l
~uvre d'Arnulpby nou a conde di à onze an dont l'ajustement imserve
l
effigie,
mai simplement du cadet
préni e5 L mi-p_arti de robe el d'épée, la robe
d:~E'
mai
on
de
Provence, Claude- ecret de
a_mple pli soyeux étant celle d'un joli
•~iane,
~
I
·_
de
Jo
eph de La Cépède, marmbrn que ses gouvernante- n'ont pas encore abanJu~né .an retour aux oin plus &lt;tlll- de H1:uane-lès-Ai1. el de Marguerite de
~udes _du preceplt'ur; la cuira se, étoilée de \ ~lhelle-Me1ra_rgues de Rian . EL Claude, bien
r C~OII d l'ordre, étam ceUe d'un haut lorn de deverur, par la uite, Je roudre de
0 ficie_r; .• l'ilpée dti commandement qu'il guerre _dont le pinceau d'un bon peintre avait
compla15:1mment et prématurément présagé
~rand1t herement au bou l de son petit lira
les e~plo1t , n"eù_t lai é d'autre trace qu'une
ta~DI t ~ne d un héro , d'un gagneur de bitmenLJ_oo de oo titre el de on nom dao le
e..
On po urra,t.
· en face de ce tableau. dont le re~ut-Il ' de «éaé.alo!!ie, nobiliaires, si l'eiqui e
10nd
tuwultueru s't•claire et s'enfume de ~o,le _du mu ée d'Ah, aprè deu sièc!Ps
ccoules, ne le !ai ait re,ivrc ous no ·e11.1.

:x

I\". - H1

TORI A. _

Fasc. 28 _

En ,d~pit_ du peu de place qu'il occupe
dans_l ~t lo1re de son lemp , le fils de Joseph
d~ im1ane-~ Cépède, inon par es haut
~a•t~, du .mo~ par son portrait, olTre un
~nterêt b~stor1que spécial. La belliqueuse
11~age qu on ·nou a gardée de lui montre
bien, en effet, quel était le principal souci
des parents, quant à l'éducation de leur
enfant mâles, dans la nobles e de l'ancienne
France. On ne voyait en eux que de futur
oldats, et, _dès leurs premiers an , c'était
v~:s _le ervice du roi qu'on les dirigeait,
~ eta1t_ ~ur ~e ~ 'lier des armes qu 'on le
mstrui_-ait, _c éta1L à devenir des chef qu'on
le~ prepara1t. Aus i, lorsqu'on leur faisait,
a,~nt l ân-e,. pa_rler en si n-raod apparat la
~•ra _e et l epee, on ne songeait nullement à
n_ y voir, com~e aujourd'hui pour le petit
ctt_oyen français, fil de bourgeois ou de travailleur ' pendant les journées de caroanl,
10

�111S T O'J{1.Jl

L'AR_.MÉ'E DU '/{01-SOL'ElL

qu'un travestissement et qu'un jPu. On
de\'ançait tout bonnement une réalité très

grand'mère d'aujourd'hui, serait près assurément de paraitre monstrueux: - l'impa-

Cliché Glraudon.
UNE REVUE DE MOUSQUETAIRES. -

Tab/.ea.11 J'AsTOlNE ROBERT. {!tf11sée tte Versailles.)

prochaine, qui, chez le fils de noblesse, verrait avant la fin de l'adolescence son plein
accompHssement.
A l'appui de cette explication qu'il est permis de donner pour commentaire au singulier portrait de Claude de Simiane, rien ne
serait plus aisé que de mulliplier les exemples, mais un seul suffira, tant il est concluant,
!!l'àce aux considérations et réflexions qu'il
sut inspirer à une femme en qui l'on saluera
toujours un de nos grands écrivains français.
11 s'agit du marquis de Grignan, petit-fils
de la marquise de Sévigné, jeune gentilhomme-soldat dont un savant critique, M. Ernest Bertin, a étudié el résumé naguère la vie,
d'après la belle étude, puissamment savoureuse et copieusement documentée, du maitre
historien Frédéric Masson.
Lorsque, encore tout enfant, le fils du
gouverneur de Provence semble être et devoir
re ter d'un naturel timide, disposition fâcheuse
dont s'inquiète sa mère, en raison des projets
d'avenir qu'elle forme pour lui, la bonue
marquise écrit bien ,·ile à cette dernière, pour
la tranquilliser là-dessus: cc Ils sont des filles
&lt;&lt; tant qu'ils sont en robe. En croissant, au
« lieu de craindre les loups-garous, ils crai« gnent le blâme el de ne pas être estimés
&lt;t autant que les autres, et c'est assez pour
&lt;&lt; les rendre hraves et pour les faire tuer
(t mille fois : ne vous impalientez dong
l( pas .... J)
« L'impatience, dit M. Ernest Bertin, en
reprenant et expHquant le mot de madame
de Sévigné, - uu mot qui, se retrouvant,
appliqué au même cas, fût-ce même sous la
forme ironique, au bout de la plume d'une

tience, voilà le trait oaraetéristi,rue de l'affection maternelle dans ce temps et dans
cetle classe. Le souci de l'avenir gâte ou détruit la joie du présent. Il faut mûrir ses fils

Sévigné finit elle-mèmn par se laisser rragner
aux pensées arnbitieu es de sa fille; elle
parle, sans sourire, de la figure considérable
du marquis; elle le voit déjà gouverneur de
Provence, à tout le moins colonel, et il a
six an . Elle rencontre, en allant à Vich1, un
l,ambin du mèrne âge un fils d'officier, façonné aux màles exercices, délibéré, adroit,
ous i vigoureux qu'agile à manier le mousquet et la pique, et die le cite avec admir.,tion pour ainuillonner son dauphin de Provence .... &gt;&gt;
Quelyues années s'écoulent. 16 8 arrive.
Au début de l'automne, Mon eigneur, fils du
roi, quille Versailles pour aller commander
en chef l'armée qui doit assiéger Philippsbourg. Toute la jeune nobles e s'élance sur
ses pas, impatienle de se signaler sous les
yeux de son futur souverain. Le pelit marquis de Grignan, dont la sPizième année est
révolue depuis peu, avait, trois ans plus tôt,
été admis d'emblée à faire ses débuts à Versailles, en dansant dans un bal de cour. Il va
maintenant faire sur le Rhi~ ses premières
armes. et Void un autre genre de précocité
qui ne prête pas à rire, et qui a son prix
dans tous les Lemps et sous tous les régimes.
C'est encore la même grâce, mais intrépide,
mais héroïque, sous le feu du canon, ou bien
c'e t la passion, la soif du péril et des élan
d'indomptable audace ... A. Philippsbourg, il
faut que le maréchal de Duras, sur un ordre
formel de Louvois, défende aux Yolontaires
de donner à tous les assauts, les attache à
un régiment spécial, leur assigne leur tour

Jolre marquis, attaché au o-lorieux régiment
de Champa!!Ile, y fait bonne et martiale figure; il ptor-te allègrement les fa ~cine , rit
aux boulet qui passent, enrerristre les incident du ièrre avec le sang-froid ù'un vieil
officier.... Tout marche ;1 ouhai t pour le
mou quclaire, et néanmoins madame de Grignan, il faut le dire à sa louange, en 'prouve
moin de ravissement que d'angoisse . -

bombe sur l'épée et la hanche du mou~quetaire. L'beureu-e contu,ion, qui a si bien
choi i sa place, dan~ de bonne chairs, el
·e t arrêtée à point! ... » Nous retr0t1vons,
peu après, le marquis, capitaine de chevaulégers ùans le régiment de son oncle. « li
mène une fringante compa&lt;snie qui a été
levée et équipée par maJame de Grignan
en personne. Il enlre en campagne dans

BATAILLE DE YILLAVJCIOSA (10 OÉCEllBRE J"IO)
1

PRISE DE SEPT VAISSEAUX ANGLAIS, HOLLANDAIS ET CATALA."1S PAR J\,l. DE L'AIGLE (2 MARS

Gravure de Stir.'t.TON, J.'après le tableau de

. en toute hâte pour la cour ou pour le champ
de bataille, et les ~• envoyer grossir le renom
et les honneurs de leur maison. Madame de
.... q 6 ...

Gi;oJN.

1711).

(,}fusée de Versailles.)

de se faire tuer. Vauban, si avare de l'humble sang des soldats, ne peut empècher ct.-s
généreux étourdis de prodiguer le leur ....

C'est le moment, ajoute M. Erne!tl BP.rtin, où
madame de Sévigné rtdouble de confiance
d'entrain, d'humeur guerrière, exalte Ja for~
lune el les exploits du marquis, pour jeter
~~elque baume sur la plaie qui saigne. Elle
lait bravement campagne avec son petit-fils
pour ~e protéger, le célébrer, pour le ramener tr10mpl1ant et entier. «J'ai Philipp bourg
à prendre, &gt;&gt; répond-elle aux invitations qui
pourraient la détourner de cette rude be 0 •
~ne. Elle prend Philipp bourg, et après Phihp.p bourg, il lui faut prendre encore Manhe1m, et à Manheim elle reçoiL un édat de

•

-

.

G, avure Je

P1wouom1E,

-

forcer un cbà[eau, - et enlerer onze ou
c&lt; douze cents hommes! Hepré entez-vous un
11 peu cel enfant devenu un homme, un
t&lt; homme de guerre, un brûleur de maisons l 1&gt;
cc Un lei foudre de guerre ne pouvait rester
longtemps capitaine.... Le chevalier de Grignan, , on oncle, lui offrit en cadeau son propre régiment. Mais qudque chose encore
1c

,t"af'rês le tableau -l'Auux. (.!fusée de l ·ersail/es.)

le corps du mar4uis de Boufllers. De sa
k~r~ de Bretagne, madame de Sévigné suit et
decr1t Jes événements qui s'accompli sent Sllr
les hmds de la ~loselle, et di tribue la oloire
arec une charmante partialité. Dan le"brillant assaut donné au chàleau de Kocheirn
elle ne distingue à travers la fumée du corn:
bat q.u'un seul ~éros, le sien : elle se plait à
le pnndre hou1llant, furieux, et même un
peu féroce, d'autant plus féroce qu'il est plus
imberbe, et elle onne en son honneur une
triomphante fanfare:
&lt;&lt; Ce marmot I entrer l'épée à la main, el

m~nqua!t au nouveau colonel, quelque chose
qm ne s emprunte pas, l'expérience, l'autorité
el le tact nécessaires pour mener un rérriment
de douze compagnies et s'imposer aux ~ieilles
moustaches. Il est plus facile de bâter les
grades que la raison; l'enfant reparaissait
da_ns le col?oe_l,, av~it Je~ caprice qui blessa1e_nt la d1gnue d autrui, compromettaient
la, sienne et l'exposaient à d'amers déboires. A
defaut de maturité, le marquis paya de bravuure et ce ne fut pas sa faute s'il n'eut point
de part aux actions brillantes de Fleurus H
de Staffarde. Des marches et des contre-mar-

�H1STO'J{1.Jl
ches, sans gloire, sinon sans fatigue, tel fut
le lot de son régiment. Avec la meillenre volonté do monde, madame de Sé,,igné n'y peul
trouver matière à louange .... füis son admiration se ranime à l'occasion du irgedeNice,
où le jeune colonel, affamé d'honneur, est
-accouru en wlontaire. Elle trace de ses travaux et de son altitude un portrait où la
-martiale élégance du gentilhomme esl comme
encadrée dans la beauté de la nature méridionale .... Ce n'est plus le brûleur de maions de Kocbeim, c'est l'orticier correct de
YersailJes, portant fascines à petits pas (ain i
le veut le bel air) sous la mitraille de la place,
c&lt; el quelles fascines! toute~ d'orangers, de
&lt;1 lauriers .roses, de grenadiers; ils ne crai« gnent que d'être trop parfumés. 1)
La mort de la marquise de Sévigné, qui
survint, comme on sa:it, au mois d'avril 1696,
fit perdre au brillant colonel, en même temps
crue la plus adorable des grand'mères, le plus
brillant et le plus vibrant historiographe que
jamais il eùt pu rêver. Aussi, depuis ce m()ment-là, on ,·ague brouillard rccouvre-t-il
la courte vie du marquis de Grignan. « Son
histoire lient en quelques Lignes : une promotion de brigadier, une mission d'étiquetle
à la cour de Lorraine, une vaillante attitude
à la bataille d'Hochsledl, puis la maladie, la
petite vérole, qui le prend et le tue à Thionville, au seuil des grandeurs rêvées par lt·s
siens. Tant d'application, de soins, de démarche , d'efforts généreux et hâtifs, et pour
unique récompeuse une mort obscure à
l'écart des champs de bataille, une lombe
ignorée, un nom éteint l Son épitaphe, du
moifü, nous reste, écrite par Saint-Simon,
un juge dont la louange vaut double:
c1 C'était un galant homme, et qui promettait fort. o
Telle fut, brièvement résumée, la vie d'un
de ces jeunes gentilshommes destinés dès le
berceau à devenir des soldats, et qui recevaient, avant même la fin de leur adoles. cence, ainsi qu'un dernier jouet do1l.t ils savaient d'ailleurs apprécier le prix, leu.rs pre.miers galons d'officier. Et, de même qu'elle
montre avec un relief particulier, grâce aux
lettres de l'immortelle marquise, comment
les aïeules et les mères prenaient en ce
temps-là leur parti des risques courus à la
guerre par leurs fils et leu.rs petits-fils, cette
biographie sommaire du dernier des Grignan
pourrait, dans ses grandes lignes, servir de
prototype à celle de nombre d'autres héritiers
d'un beau nom.

TI y eut Jà, pC'ndant toute la durée d'un
très long règne, uoe floraison incomparable
de jolie Lravoure, de ouriante inlrépitlité,
d'béroï~me sans pose ni apprêt. La jeune
noblesse de France prodigua, sous le grand
roi, avec le meilleur de son sang, les plus
brillants faits d'armes. De ses exploits fut
faite en partie l'auréole dont ~e nimlia l'orgueille'ux sou,·erain. Aussi, lor que arriva le
déclin dn Iloi-Soleil, dont l'éclat aveuglant
avai.L si longtemps éLloui le monde, Lous ces
noLles porteurs d'épée, quOÎ'fue toujours
aussi résolus en Iaee du pilril et vaillants en
face de la mort, s'effacèrent dans le demijour crépusculaire où s'estompait maintenant
celui devant qui l'Europe allait se déshabituer
de trembler.
Le années funestes avaient succédé aux
années glorieuses. On avait C'DCOre des troupes
ad.mirai.iles, aussi patientes que courageuses,
résistant aux plus dures fatigues comme aux
plus cruelles prirntions, et réunissant des
hommes qui, comme à Malplaquet, pour
courir plus vite à l'ennemi, s'aJJégeaient en
le jetant du pain qu'on yenait de leur distribuer et dont ils manquaient depuis la veille.
On avait, pour les commander, des officit&gt;rs
tels que le marquis de Grignan et ses pareils.
El si, malheureusement, pour mener ces soldats et ces ofûciers, on avait des chefs comme
les Chamillard et les Villeroi, on en avait
aus i comme les Villar;; et les Vendôme.
Mais, depuis la défaite d'Hochsledt surtout,
en août 1704, où tout un corps d'armée
français - vingt-sept bataillons de vieille infanterie, douze escadrons de dragons: de dix
à onze mille hommes - avait capitulé, le
prestÎ!:e de la France s'était de plus en plus
affaibli. Le malheur s'acharnait sur le vieux
roi et son royaume. « Tout révélait la profonde décadence des choses et des personnes
dans ce gouvernement 4ui avait été l'exemple
et l'effroi de tous les autres. Le présent était
s,inislre; l'avenir, tel que la pensée n'osait
plus en sonder les abimes : on n'entrevoyait
pas seulement l'abai~sement, mais la ruine
de la France l 1 »
De toutes parts, les échecs succédaient aux
échecs, les défaites aux défaites. Mais, pendant que Louis XIV, vieilli et déprimé, pouvait dire lri~tement à l'incapable Villeroi, le
vaincu de Ramillies : « Mon ieur le maréchal, on n'est plus heureux à notre âge, »
l'armée, où bouillonnait toujours un sang
jeune et ardent, ne connaissait ni le découra1. Deori Martin, tome XIV, page 506.

gement, ni la résignation . .Faisant face aux
diverses coalitions formées contre la France,
elle continuaithravement, sur tous les points,
à combattre - pour l'honneur. Et la fortune
devait enfin répond-re à tant d'efforts par des
sourires qui, pour un temps, allaient sinon
faire oublier Lanl de désastres successifs, du
moins en atténuer le souvenir.
C'est en Espagne, où le I oi de Fran"e, par
la force des armes, tentait de consen-er le
trône à Philippe V, son petit-fil~, que les
alliés devaient, à leur tour, essuyer de nouveaux revers.
De ce côté la marine française se montra
la digne auxiliaire de notre armée de terre.
Dès i 707, - alors que le duc d'Orléans et
Berwick s'emparaient de Valence, puis de
Lérida, cette fameuse place, réputée imprenable, contre laquelle le grand Condé luimême avait échoué soixante ans plus tôt, Forbin et Dugua1-Trouin capturaient ou coulaient des convois anglais portant en Espagne
troupes et munitions. Et celle guerre maritime se poursuivait presque continument pendant toute la durée de la campagne dans la
péninsule, jusq u•au déùu t de frl1 , où M. de
l'Aig]e prenait brillamment, après un combat
de quelques heures, sept vais~eaux anglais,
hollandais et catalans, qu'il conduisait ensuite partie à Malte et partie à Toulon.
Entre temps, le roi de France envoyait au
secours du roi d'Espagne le duc de Vendàme, dont le nom, à lui seul, &lt;C valait upe
armée ». Vendôme, qui possédait au suprême
degré l'art de fanatiser les troupes qu'on lui
donnait à diriger, jouissait d'uu prestige tel,
qu'une foule de volontaires, dont un grand
nombre appartenaient à la noblesse, le suiYirent en Espagne, et infusèrent à l'a.rinée
franco-uspagnole comme un sang nouveau.
Aussi vil-on à Villaviciosa, où Philippe V
commandait à côté de Vendôme, une des
plus vigoureuses et des plus frappantes manifestations des qualités spéciales qu'une éducation avant tout militaire, un cc enlraÎDt'ment » app.roprié, ainsi qu'on dirait aujourd'hui, donnait aux gentilshommes de ce
temps-là.
EL la bravoure de ces'jeunes officiers, menant si crânement leurs hommes au Ieu, ne
con tri boa pas peu à cette brillante victoire,
- l'un des suprêmes rayons dont s'éclairèrent les dernières années d'un vieux roi, qui,
à sa mort, laissa la France plongée dans u
si terrible misère, en un désarroi si profond,
après l'avoir comblée de 1ant de gloire.
PAUL DE

.\lORA.

L&amp;

REl:.E A. NONÇANT A M~IE DE BELLFGARl&gt;P., DES JUGES ET LA LtnERTÉ DE SON MARI, EN MAI

17~7. •

Gravure tie A .-J. DuvLoS, j'aprés le faste/ .:te LEsFOssü.

AMOURS

D'AUTREFOIS
♦

Un

ménage royal
Par PAUL GAULOT

[1

pareilles d'autre désaYantage que de n'avoir
point un mari à tromper ou à désespérer,
Louis XV meurt le iO mai 1774.
comme le Montespan, les Châteauroux et les
Le premier acte de son successeur est une Pompadour?
insulte à la mémoire du roi défunt : il
Le seul reproche politique qu'on pût
cc envoie la c-réature au couvent 1 » ; en
adresser à madame du Barry ··tait d'avoir
d'autres termes, on expédie à madame du poussé au renvoi de Choiseul. Si Louis XVI
Barry une lettre de eachet. La mesure était considérait la disl-!ràce de ce ministre comme
pour le moins inutile, car la favorite, privée une faute, le meilleur moyen, pour réparer
de son protecteur, se serait retirée d'elle- cette iuj ustice, était non d'exiler la maitresse
même dans quelqu'une de ses propriétés. A royale, mais de rappeler Choiseul. Il n'en fit
quoi bon attirer davantage encore l'attention rien cependant, et ce n'est pas fauted'enavoir
sur une liaison que la mort venait de rompre, été sollicité. On verra plus tard ce que raconte
el surtout traiter aussi durement une femme à ce sujet llarie-Anloinette; qu'on sache seulégère, mais bonne, el qui n'eut sur ses lement que, par les soins de la reine, une
1. Lettre de Marie-AnloineHe à :Uarie-Tbérêse entrevue eut lieu entre le nouveau roi et
14 mai 1774).
l'ancien ministre, lequel entendit, sans trop

d'étonnement, ces étranges paroles sortir avec
peine de la bouche royale :
- Monsieur de Choiseul, vous avez bien
engraissé .... Vous a,·ez perdu vos cheYeux,
YOus devenez chauve.
Ce fot là tout ce qu'il put trouver à dire.
L'impression que produisait le pauvre
prince élevé ainsi à la toute-puissance était
?éné_rale, el_ceux-là seuls conservaient quelque
1llu~1~n qm ne le connaissaient point et se
flattaient que le successeur de Louis XV
vaudrait mieux que &amp;on prédécesseur. Lacho e
s~mb!~t facile, car o~ ne pensait guère qu ïl
f~l aise de t,rouver pue. On ne trouva point
pire, en eflet, mais on trouva autrement
mauvais. Louis XV ne manquait pas d'inlelligenre, mais de caractère et de moralité.

�, ___________________________

111S TORJ.ll
Louis Xîl a, ait moins d'intelligence, pas écrit : assurémeuL, elle n'avait pas lieu ù'en "ucces. ion en ligne directe, tous s'imaginaieul
davantage de caractère : par contre, il avait èlre c1 on ne ;:aurait plu coatente u. La for- découvrir dans les moindres SJ'mptàmes la
de la moralité à rcrendre, i l'on peul appeler mule banale de sou mari lui causa quelque réalisation de ces espérances. Marie-Antoinette
de œ nom une apaÙlie extraordinaire, qui dr.crption, el elle ne s'en eacha pa . Elle rapporte un mince incident urrnnu à ce
ést un défaut ans i bien chez un roi que reprit la plume, priaot sa mère d'excu er le sujet : cc En revenant de Compiègne, j'ai eu
chez un homme.
1·oi à cau,e de sa &lt;&lt; timidité et embarras une petite indisposition fort dé agréable en
Mèrcy-Aruenteau sentait lti danger, et ne naturel. " Et elle ajouta : « Yous vo ·ez, ma ,,01age : la grande chaleur et le mouvement
"oyait de ren.ècle à cet éLaL de choses que chère mamaa, par la fin de on comphmenl, de la voiture où j'étais montée en sortant de
dan l'action polilic1ue de la reine. Il regrettait que, quoiqu'il ail beaucoup de tendre e pour la table m'ont porté au cœur, ce qui m'a fai t
qu'elle cùt toujours été ,1 un peu
beaucoup vomir, te qui m'a
trop éloignée de aifa ires séfait grand honneur dan le purieuses n, el, elon lui, il fallait
blic; mais, malheureu ement,
&lt;&lt; que, pour la sûreté de son
ma chère maman voit bien que
IJonheur, elle commen~·ùt à
j 'étais loin de grosse se•. &gt;&gt;
'emparer de l'autorité 4ue le
En d'autres circonstances,
roi n'exercera jamais que d'une
elle Y mettait moins de bonne
façon préca ir ', et, rn la tourhum~ur, et il arriva un jour
nure des gens qui composent
que, pressée par une de ses
cette cour, ru l'e pri Lqui le
femmes de ne plus monter à
anime et qui les guide, il crait
cheval, elle s'écria dans un
du dernier danger eL pouT l'État
moment d'impatience trop exet pour le sy tème général
plicahle :
que qui que ce . oit s'emparàt
- Au nom de Dieu! laisdu roi, et qu'il fùt conduit par
sez-moi en paix, et sachez que
un autre que par la reine 1 &gt;l.
je ne compromets aucun hériAin ile malheur de sa destitier4?
née \'OUlait que ses ami~, ses
Bientôt la joie d'autrui vint
con eillers la poussassent eux .
ajouler à ses propres tristesses .
mèmes dans la \'Oie funeste oit
Le comte d'Artois, de trois ans
la malheureuse princesse dt:!vaÜ
plus jeune que Louis XVI, el
rencontrer lant d'obstacles et
marié trois ans plus tard,
soulever tant de colères ... .
n'avait point imité la réserve
Mais les Lemps terrililes
de ses frères : la nouvelle que
éLaienL encore éloignés , er, pour
la comtesse d'Artois était en1.: momeut, elle éprouvait l'éceiute se répandit à la cour
Llouissement que lui donnait
avec une rapidité prodigieuse,
ce beau titre de (1 reine de
et, dès le deuxième mois, les
France &gt;&gt;. Son orgueil s'en
uns s'en réjouissaient, tandis
i·éjouissait, et, naïvement, elle
que d'autres s'en attristaiènt.
ne pouvait s'empècher, écrivaitCe fut une cruelle piqûre d'aelle, &lt;&lt; d'admirer l'arrangement
mour-propre pour la reine.
de la Providence, qui l'avait
Elle 'elforça d'atlénuer son
choisie pour le plus beau royaucb.agrin en écrivant la cho e à
IDIJ de l'Europe. Jl
ca mère: (( J'avoue ... que je
EUe était heureuse de monsuis fàchée qu'elle devienne
trer sa joie à sa mère. Dans celte
mère avant moi, mais je ne
heure d'expan,ion, elle voulut
m'en crois pas moins obligée à
y associer sun mal'i, et elle Iui ·
avoir pour elle plus d'auention
demanda d'écrire 4ueh1ues mols
que personne. » Mais Mercy
auss i. Afin de lui rendre la
LOUIS xvr.
pouvait être plus franc: « Debesogne plu facile, elle lui dicta
puis les apparences très probaGra,•ure de NARGEOT, cf Jf&gt;rès le tableau de CALLET . (.lfusée de 1·c,-sailles. )
deu'( phl'ases qu'il écrivit doLles de la grossesse de macilement : c1 .fe uis fort ai e
dame la comtesse d'Artois, il
de Lrouver une occasion, ma ch?1rc maman, moi, il ne me gâte pa par ses fadeurs!. &gt;&gt; est arrivé ce que j'avais toujours prévu et
de vous prournr ma tendres e et mon atlaCependant il y avait un progri!s dans la craint : c'est que la reine, frappée de cette
chement. Je désirerai bien avoir de vos conduite conjugale : depuis quelque temps circonstance el réiléchissan t sur les siennes
conseils dans ces moment~-ci, qui sont si em- déjà, il avait ce sé de se reLÎrt'r le soir dan
propres, y trouve avec rai on un sujet très
barra~ anis .... &gt;&gt;
se appartements el ne souhaitait plus le grave de peine, el je rnis avec un extrême
Il était. lancé; e1le espéra qu'il allait conti- bonsoir à sa femme, comme il avait fait le chagrin que Sa Majesté en est intérieurement
nuer, mais elle eùl voulu qu'il le fit de lui- jour de se noces et pendant si longlemp de- affectée d'une façon Lrès douloureuse 5 . »
mème. Le roi continua en elîet : &lt;C Je serai
puis, mais il dormait simplement plus près;
Bien qu'elle cherche à conserver son embien enchanté de pouvoir vous contenter et c'était le seul changement survenu, car il pire sur elle-mème, la vérité finit par lui
de vou marquer par là tout mon attachement n'empêchait point la reine de dormir.
échapper, et alors les imprudences commene~ la reconn~issance que j'ai que vou avez
La nouvelle u t'D avait pas moia été ébruitée, cent. L'exaspération qu'elle éprouve d'être
bien voulu m accorder votre .Olle, dont je suis et tous alors, partageant ce désir universel, associée à ce mari ridicule lui fait oublier ses
on ne saurait plus content. »
qu'il e t d'usage de manifester sous les monar- résolutions anciennes; elle ne se relient plu ,
Marie-Antoinette Yint lire ce qu'il avait chie , de voir un héritier assurer rordre de
0

1

J. Correspv,ulaure secrète, 1. lI. 11. l;:ii.

•

2. ibid., L 11, 11. H0-141.

- r5o ...

3. Ibid .. L li, p. 230.
'•· Mémofres de 111adame Campan .
b. Corresp. sea., 1. li, p. 268 et 214.

el c'est sur uu Lon de plaisante raillerie trop heureu e encore i, eu se perdanl, elle
qu'elle parle de lui maintenant. fü c'était conserve les vertus dues à son rang! »
L"empereur Joseph li, son frère, fut aussi
encore à Mt-rcy ou à a mère, il n ·y aurait
attristé
tiue Marie-Thérèse. et. dans le preque demi-mal; mais elle prend pou.r confident
mier
in
tant de la surprise el du mécontenun ancien diplomate, qui fut l'homme de
confiance de l'impératrice en diverses circon- lemenl, il adressa à sa sœur une lettre
s.Lances, le comte de Rosenberg. Elle lui écrit. contenant le reproche, les plus durs, el où,
le 17 avril l 7ï5 : (&lt; Le plaisir que j'ai eu à arec uue Yéritahle perspical'ité, il lui énuméeau eravec vou , monsieur, doit bien mu ré- rait es fautes, celle que plu tard on devait
pondre de celui que m'a fait votre lettre. Je transformer en crimes. Faisant allu~ion à la
ne serai jamais infjuiète des conte" qui iront nominal ion de M. de Sartines au ministère de
à Yienne taot qu'on ,,ou en parlera; vous la marine, au remoi du duc d'Aiguillon, à
connaissez Pari et Versaille , vous avez vu l'affaire as ez louc-he du duc de Guines, et à
et jugé. 'i j'avai besoin d'apologie, je me la charge de surintendante donnée it la princonfier11is bien à l'0us. De bonne foi j'en cesse de Lamballe, il disait : « De quoi vous
avouerai plu que vous n'en dites : par mèlez-,·ous, ma chère sœnr. de déplacer des
e:xemple, mes goùts ne sont pas les mèmes ministres, d'en faire envoyer un autre snr es
que ceu'&lt; du roi, qui u'a que ceux de la chasse terres, de faire donner tel département à
celui-ci ou à C'elui-là, de faire gagner un proel des ouvrages mécaniques. YousconTiendrez
que j'aurai~ ass·cz mauvaisfl 11,râce auprès cès à l'un, de créer une nouvelle charge disd'une forge; je n'y ,erais pas Vulcain, et le pendieu e à votre cour, enfin de parler
rôle de Vénus pourrait lui déplaire beaucoup d'affair~s, de vous servir même de termes
plu que me goûts qu'il ne désapprouve très peu convenables à volre situation?
pas. \) Cette lellre nous fait connaitre une
« Peut-on éi.;rire quelque chose de plus imMarie-Antoinette qu'on n oupçonnerail pas prudent, de plus irraisonnahlP, de plu~ incond'après .a correspondance hahitu.elle. Elle venant que ce que vous marquez au comte de
n'a pas lieu d'aillt&gt;urs de beaucoup étonner, Rosenberg touchant la manière avec la'luelle
la p.rincesse ayant de tout temp monlré une vous arr·angt&lt;âtes une conversation à l\eims
tendance à la malignité et une grande apti- avec le dur. de Choi eul '! Si jamais une lettre
tude à ai ir les ridicules des gens. On devine comme celle-là s'rgarail, si jamais, comme je
les bruits auxquels le comte de rio enberg n'en doute presque point, il Yous échappe des
avait faiL alla.ion dans sa Jeure. La .réponse propos et pbra es pareilJe vis-à-vis de vos
est très uelle et marque la très petite place irn imes confidents, je ne puis qu'entrevoir le
que tenait &lt;( Vul(·ain &gt;) dans l'e prit de sa malheur de votre vie, et j'avoue que, par
femme. Un pas~age d'une lettre, adres ée le l'attachement que je vous ai voué, cela me
15 juilld, au mème de tinataire, accentue fait une peine infinie 1 •..• »
enrore les chose .
Ces crainles prophétif]ues ne parvinrent pas
rt s'agiL de l'entrevue préparée à son in. ti- à Marie-1ntoinette. L'impératrice jugea trop
gation entre le roi et Choiseul, entrevue dont vifs les reproches de Joseph II _à sa sœur, et
on sait le piteux résultat.
t&lt; Vous aurez peut-ètre appris l'audience
que j'ai donnée au duc de Choiseul à Reims.
On en a tant parlé que je ne répondrai pas
que le vieux Maurepas n'ait eu peur d'aller se
reposer chez lui. Vous croirez ai émenL que
je ae l'ai point vu &amp;ails en parler au roi, mais •
mus ne devinerez pa l'adi·esse que j'ai mi e
pour ne pas avoir l'air de demander permision. Je lui ai dit que ,j'avais cnvie de ,·oir
M. de Choiseul el que je a'étais embarrassée
que du jour. J'ai 't bitn fait que le pauvre
homme m'a arrangé lui-mèmc l'heure la plus
commode où je pouvais le voir. Je crois que
j'ai assez usé du droit de femme dans ce moweut 1. ))
Le comte de Rosenberg ne se crut pa tenu
à un secret qu'on ne lui demandait pas, et il
montra les lettres. Elles étaient d'un st;ile à
ne point pas er inaperçues, et elles de1•inrent
promptement le sujet des conversation . Le
BARON DE BESE~VAL.
bruit en parvint jusqu"à l'impératrire, qui
demanda à voir l'ori"inal. Avec quelle stupeur elle lut les confidences de sa fille!&lt;&lt; J'en elle obtint qu'une lettre de formes plus douces
sui· pénétrée jusqu'au fond du cœur, écrit- seraiL substituée à celle-là. Peut-ètre aussi se
elle à Mercy. Quel S!Jle, quelle façon de pen- ~ouvenait-elle qu'elle avait partarré l'avis de
ser! Cela ne ron firme que trop mes in4uié- Mercy, conseillant à la reine de prendre autotudes; elle court à grands pas à sa ruù1e, rité sur son époux, et de s'.occuper des affaires
1. Correspon.lance tecrèle, L. Il, p. 561 et 562.

2. ibid.,

L.

Il. p. 36:5.
... 151 ...

UN

JKÉNAG'E ~OYAL ~

de l'État, ce dont le roi ne leur semblait
guère capable.
~lercy apprit avec peine l'incident causé parces lellres; il essaya tout d'abord d'atténuer
le mécontentement qu'on en avait ressenti à
Vienne.
(C Je vois avec un grand chagrin combien
celte lettre de la reine au comte de Rosenberg
a causé de peine à Votre Majesté; cependant
je la supplie de daigner me permettre d'observer que le sens et la tournure de celle .
lettre ne partent absolument que du point de
la petite vanité de vouloir paraitre en position
de gouverner le roi, et que dans le fond la
reine n'a pas eu l'intention de donner aux
termes dont elle se sert, nommément à celui
de cc bonhomme n, l'acception de plaisanterie
d011t ce terme pourrait paraître susceptible.
Votre Majesté apercevra celle vérité si elle
daigne jeter un coup d'œil sur l"article de
mon très humble rapport du 17 juillet, où il
s'agit de la façon où le roi indiqua lui-même
le moment de l'audience à donner au duc de
Choiseul. Lorsque la reine me confia cette
circonstance, elle m'en parla comme d'une
chose arrivée de hasard el à laquelle elle
n'avait point mis de détour ni de projet. Ce
n'est donc qu'après coup que Sa Majesté a
imaginé, en écrivant au comte de Rosenberg,
de donner une tournure de plaisanterie à une
chose qui était arrivée tout naturèllement. J'ai
toujours insisté sur ce que, à l'extérieur, la
reine manquait quelquefois à de petites démonstrations d'égards et d'attention envers le
roi : mais, cruant à l'essentiel, il est certain
qu'elle estime son auguste époux, qu'elle est
mème jalouse de sa gloire, et qu'il n'y a que
de petits mouvements de vivacité et de légèreté
qui puissent quelquefois masquer en elle
celle façon de penser el de sen tir• .... &gt;&gt;
C'étaient là les efforts d'un vieux courtisan,
désirt!ux de plaire à tout le monde; malheureusement, l'impératrice ne pouvait accepter
tous les beaux raisonnements du diplomate,
non plus que la pelite entorse qu'il donnait à
la ,·érité. c&lt; Ce n'est pas l'épithète de cc bon &gt;&gt;,
mais de c&lt; pauvre homme )), dont elle a régalé son époux. )l Toutefois, comprenant
qu'une trop grande sévérité produirait mauvais e[et, el sentant le besoin de ménager ~a
fille au moment où celle-ci vient d'apprendre,
- avec quelle jalousie, avec quelle amertume,
on le devine, - que la comtesse d'Artois est
accouchée d'un fils, Marie-Tbérèse se borne
à quelques maternelles remontrances, gardant
pour Mercy la confidence de ses chagrins et
de ses craintes.
ll semble que chaque jour les augmentât;
en effet, la reine en était arrivée à une sorte
d'exaspération contre son mari, et, comme si
elle eût.redouté qu'on atlribuàt à elle, et non
point à lui, cette absence d.héritier qui faisait
gloser tout Versailles et tout Paris, elle ne se
retenait plus et confiait les secrets de l'alcôve
à ceux qui, pour une raison quelconque, lui
paraissaient mériter de telles confidences.
C'est ainsi qu'elle donna sur la constitution
5. ibid. , 1. li, p. 570.

�SACRE DE

Louts XVI,

ROI DE FRANCE: ET DE NAVARRE, A

REws.

LE 11 JUIN

17~5-

Dtssi!1é d'atres irature el gravé par J,-1\l.

MoRua LE JEUNB,

desSinale:ur el graveur du cabinet du roi.

�1f1STORJJI - - - - - - -----------------------------------pb)'sique du roi certains dJtails trop préci
au baron de BeseOYal.
Ce personnage, Sui ~e d'origine, avait servi
avec distinction dans la guerre de ept an ,
et s'était par là acqui une bonne situation à
la cour. « li avait une belle taille, une firure
agréable, de l'esprit, de 'l'audace : que faut-il
de plus pour réussir? Au si avait-il eu beaucoup de succès auprès des femmes .... Il parvint bientôt à ~e faire admettre dans la ociélé
intime de la reine; mêlant alors la flatlerie à
des maximes pernicieu es qu'il débitait avec
une as urance faite pour en impo er à une
princes e sans expérience, il ac•1uit or elle
un ascendant foneste, et que je regarde même,
ainsi que plusieurs per-onne à portée d'en
juger, comme une d~s principales causes de
sa perte. En effet, la reine, avec un 1rès bon
cœur, avait un malheurrux penchant pour la
moquerie. ll applaudi t à ce défaut que l'on
pourrait presque appeler vice dans un tel
rang 1.... »
On juge de ce que devenaient les confidenl'es
faites par la reine à un tel homme, qui se
fiaLLait cc de lui fa.ire jouer le rôle et de lui
donner la con istanr.e la plus convenable à sa
gloire el à assurer son bonheur' 1&gt; . ll n'eut
rien de plus pressé que de les divulguer : il
était si heureux d'exciter la jalousie en se
vantant des bontés qu'on lui témoignait!
Le bruit en Yintjusqu'aux oreilles deMarieThérèse; ce lui fut un chagrin de plus : &lt;( La
confidence qu'elle a faite au Laron de Besenval sur ce qui est personnel au roi est une
nouvelle preuve de son peu de réflexion, »
écrit-elle à Mercy le 5 octobre 1775.
Le fait est qu'il étaiL sin~lier, pour ne pas
dire plus, que Marie-Antoinette parlàl à qui
que ce fùt, sauf à sa mère el à Mercy, d'une
légère opération qu'il était alors question de
faire au roi, opération plu utile d'ailleurs
pour l'aider à vaincre son excessive timidité
que pour lui en facililer les mol'ens physiques.
L'excuse qu'elle peut invoquer, c'est qu'au
milieu des curieux malreillants qui l'environnaient, les secrets les plus intimes cessaient
promptement. par l'indiscrétion de la domesticité, d'ètre des secrets. Puis ne doit-on pas
pardonner beaucoup à une ft&gt;rnme placée
comme elle dans une situation si anormale?
Elle n'avait pas un caractère assez fortement
trempé pour dévorer son chagrin en silence
el s'armer en public d'impassibilité. Quelle
patience, d'ailleurs, il lui eùl fallu! Les années
passaient; à l'époque où nous sommes parvenus, il y avait plus de cinq ans qu'elle était
mariée, et elle était toujours obligée de répéter à sa mère ses aveux mélancoliques sur
l'inditlërence du roi à son égard. li y avait
certes là de quoi dépiler une femme même
moins jeune, moins jolie el moins aimable
que la reine.
(&lt; Le roi parait redoubler d'amitié et de
confiance pour moi, écrit-elle le 12 novembre 1775, et je n'ai rien à désirer de ce
côté-là. Pour l'olijet important qui inquiète la
tendresse de ma cbère maman, je suis bien
1. Souvenirs el Porlraiü, par 11. le duc
2. Mémoù-es du. ba1·011 de lJe8enval.

DE

Uvis.

fùchée de ne pouvoir rien lui apprendre de
nouveau; la nonchalance n'est ùremenl pas
dti mon côté. Je sen plus que jamais combien cet arLiclc esl intéressant pour mon sorl;

Duc

DE CH01sEt.;L ,

G•avure de

J ,-',[. F'ONTAINF.

d'après un taNeau ;tu /lf11sèe de Versailles.

mais ma chère maman doit juger que ma
situation est embarras~ante et que je n'ai
f?Uère d'autres moyens que la patience et la
douceur 3 • )&gt;
Parfois, comme si elle eût voulu racheter
auprès de sa mère le tort de certaines confidences imprudentes ou inntiles, elle se montrait plus résirrnée à on .ort,et cherchait à
dire de Loui Hl le plu de bien qu'elle
pouvait. La chose n'était pas facile en ellemême; elle ne le devenait un peu que par
comparaison. Quand elle reportait son allention sur ses beaux-frères, qu 'el!e,voyai.t l'un,
le comte de Provence, (( gros comme un tonneau, bien paresseux et bien gras 1J , et sous
le rapport de la virilité plus nul encore que
on mari, el l'autre, le comte d'Artois, sot et
\'anileux incapable d'un acte de courage ou
d'une action raisonnable, elle en arrivait à
trouver sa part moins mau,·aise : « Je sui
convaincue que, si j'.n-ais à choisir un mari
entre les trois, je préférerais encore celui que
le ciel m'a donné. Son caractère est vrai, et,
quoiqu'il est gauche, il a toutes les a Ltentions
el complaisances possibles pour moi 4 • ))
Le vague el relatif sentiment de préférence
que Marit!-Antoinelle croyait 011 disait éprouver
pour son mari ne suffi ail point à sa nature
alfectucuse. Instinctivement, elle chercha autour d'elle qui pourrait en combler le vide, et
tout d'abord se raballit sur l'amitié. Sa bonté
la guida mal en l'occurrence, et ses choix ne
furent pas heureux.
Elle commença par distinguer une femme,
un peu plus âgée qu'elle, dont la beauté et les
malheur avaient atL.iré l'attention de tous.
5. Cm·respo11da11ce secrëte, 1. Il, p. ;;94,
4. ibid., t. li, p. 40/4 .

füdemoiselle de avoie-Carignan. veuve à dixneuf ans du prince de Lamballr, avait eu
pour ce mari déhanché une a[..,ction vive. et
elle avait éprouvé à sa mort, suite d'excè de
toutes sortes, une douleur profonde. Elle
avait songé un instant à s'ensevelir dans la
retraite. a situation de famille l'avait ramen,:e à la cour, et il avait éLé même qu estion
prndant quelque temps de lui faire épouser
Loni XY, ennuyé et désœuvré, veuf à la foi
de. a femme et de l'a maitres e, la marquise
de Pompadour. Les con olations que prodi,,.ua
au vieux roi madame du Barr~ firent tomber
ce projet.
Marie-AnLoinetle, O,rnphine, ·entil un p;oùt
très vif pour cette jeune Î&lt;!mme, et, lorsqu'elle
devint reine, elle n'eut d'autre désir que de
placer son amie dans une haute position près
d'elle. Par malheur, la princesse de LamLalle
était aussi peu iutellig:enle c1ue dévouée, el
elle ne larda pas à las er l'afJeclion de sa protrctrice.
Déçue de ce côté, celle-ci reporta toutes les
ardeurs de son cœur aimant ur une l"ernme
séduisante, habile au suprèrne degré, d'une
in. atiable cupidité, et qui devait, au rebours
de la princesse de Lamballe, montrer plus
d'intelligence que de dévouement, en se mettant à l'ahri par la fuite dès que viendraient
les mau 1rais jours.
La comtesse Jules de Polignac, dont le
vil'af(e d'une pureté angélique dissimulait
admirablement une âme aux: pires instincts.
1·oroprit au. sitôt le parti qu'elle pouvait tirer
d'une amitié si haute pour ~orlir de la position précaire, misérable mème, dans laquelle
elle se trouvait. Mettant à profit l'extrême faveur dont elle jouit promptement auprès de
la reine aveuglée, elle amena avec elle toute
s~ famille, y compris le comte de Vaudreuil,
qui, publiquement, était son amant. Ilicntôl
elle forma, avec la princes e de Guéménée,
une joueuse suspecte, le baron de Be emal,
un intrigant sans moralité, et quelques autres
personnages dignes de ceux-ci, une coterie
de tinée à se protéger mutuellement et à mettre
en coupes réglées la bienveillance et la généra ité de la reine. Ils ne réus irent que trop
bien : il n'est pas d'honneurs 11ue la Polignac
ne réclamàt pour elle et pour les siens, pas
de cadeaux qu'elle ne ollicit àt, an"menlanl
ses prétentions à mesure qu'augmentaient les
l,ienfails. Elle sut, au bout de peu d'année ,
faire altriliuer à sa famille près de cinq cent
mille livres de revenus annuels; ous un vain
préteite, elle obtint pour Vaudreuil une pension de trenle mille livres, et, quand sa fille
fut en âge d'êLre mariée, elle reçut pour elle
une dot de huit œnt mille livres.
Mercy était candalisé, et ne s'en cachait
point : « Toutes les familles les plus méritantes se récrit'nt ,conlre le tort qu'elles
éprouvent par une telle dispensai ion de grâces,
et, si l'on en voit encore ajouter une qui
serait sans exemple, œs clameurs el le dégoùl
seront portés an dernier point 5 • n
li était, en elfot, que·stiou de donner à

a.

UN
madame de Polignac un domaine du roi de
cent mille livre de rente, le comté de Bitche.
Toutefoi. . l'imprudente reine ne se bornait
pa à ce amitié· féminine., rt bientôt elle
di.lini!Ua un g-rand seigneur, flcnri de Franquelot, dur de Coigny, preruicr écuyer du
roi. li acquit auprè d'elle un crédit tel
i1u'il sufllsait qu'il ollicitàt quelque grâce
pour qu'elle fùt accordée immédiatement. U
était bien de sa personne: il n'en fallut pas
davantage pour faire naitre de bruits qui,
une foi . emés dans le puLlic, prirent tant de
consistance que la répu la lion de la reine en fu l
irrémédiablement atteinte 1 •
Ce n'e.l pa tout: la politique tente l'épouse
délais ée, et on in°érence dans des matitlres
-i gra,,e n'étant guidée ni par le. conseils
d'homme autorisés, ni par une expérience
réritaLle, porte le fruits le plus déte table .
Son hostilité valut 11 Malesherbe. et à Turgot
leur disgràce, et même, « sans les repré entalion les plu fortes et les plus instantes 1&gt;,
qui firent fléchir sa volonté, c'est à la Bastille
qu'elle eût voulu que le contrôleur général hit
conduit. El ce qu'il y a de plus tri Le dans cet
incident, c'est qu'on l'yYoit manquer de franchise : elle écrit à Marie-Thérè e &lt;I qu'elle
n'e t pas fâchée de ces départs, mais qu'elle
ne s'en est pas mèlée )&gt;, ce que, pour rester
fidèle à la vérité, Mercy est obligé de démentir.
En dehors de la politique, qui ne pouvait
point donner de bien grandes jouissance à
une femme comme Marie-Anloinelle, la grande
dislrac1ion de Lou les moments que lais aient
libre · l'étiquette et les devoirs de représentation était le jeu, non point le jeu pris comme
amusement, mais le jeu pousséjusq11'àl'ahus.
Et, comme il arrive toujours eu pareille circonstance, cette passion s'augmentait d'autant
plus q11'on s'y laissait davantage aller. Mercy
disait, en parlant de la reine : « on jen e~l
devenu l'ort cher; elle ne joue plus au jeu d&lt;-l
commerce, dont la perte esl néce sairement
bornée. Le lansquenet est devenu son jeu
ordinaire, et parfois le pharaon, lorsque on
jeu n'est pas entièrement public. Les dames
et le courtisans ont effrayés et affiicré des
perle auxquelles ils s'expo ent pour !aire
leur cour à la reine. [I est de même vrai que
le gro" jeu déplait au roi, el qu'on se cache
de lui autanl qu'il est possible. 1&gt;
·I . .lft&gt;moirea dit cnmte de Tilly.
i . Con·espo11do11,·e seai:lr, l. Il. p. 40i el a2t

.MÉJ\J.JWE ~OYAl. - -...

plus enracrés; mais, portant en cela la mesquinerie et le manque de dignité qu'il avait
en toutes choses, il &lt;( tourmentait toot Ir
monde el formait une espèce de quête dans
Versailles pour ra~sembler cinll à six cent
louis dont on formait une banque, et contre
laquelle on joua il tr~s gros jeu:; )) . Il n'était
même pas beau joueur, « se désolant quand
il perdait, et se livrant à des joies pilopbles
quand il gagnait ».
Quant à la reine, elle ne ju~tilîait guère
l'adage qui veut que les faveurs de la fortune
compensenl les déplaisirs de l'amour : elle
perdait constamment, et, comme sa cassette
particulière n'était point inépuisable, elle
devait des sommes con idérables. Mercy l'aida
à en faire le calcul au mois de janvier l 777 :
le total fut de lfUatre cent quatre~vingt- epl
mille deux cent soixante el douze livres.
Les dettes contractées par la rerne n'étaient
peut-ètre pas le plus. grand inconvénient de
ce jeu effréné; les séances s'en perpétuaient
sc,uvent fort avant dans la nuit, et le roi
vivait de plus en plus séparé de son épouse.
Cette situation fit naitre dans l'esprit de quelques courtisans l'idée de reprendre pour l1mr
compte le rôle joué ous les règnes précédents
par quelques grands seigneurs dépourvus de
prPjugés. Pourquoi ne donnerait-on pas une
maitresse au roi? Si la chose réu si~sait,
quelle infiuence ce $erail pour eux! Et ils
al'aienl même quelques bonnes raisons de
croire qu'en plaisant ainsi au roi ils ne
déplairaient point à la reine.
ll y avait alors à la Comédie-Française une
jeune artiste de dix-sept ans, mademoiselle
Contai, laquelle possédait « la taille la plu
svelte, la plus élégante, une physionomie
étincelante de vivacité et d'enjouement; qu'on
se figure enfin une femme qui, aussi spirituelle que jolie, est aussi jolie qu'il est possible de l'ètre ». Avec cela « un talent au
niveau de sa beauté : profondeur et finesse,
gaielé et sen, ibililé, donnant l'accent le plus
juste à tous les sentiments qu'elle exprimait
al'ec 1a Yoix la plus mélodieuse 'i&gt;.
Ce fnt sur cette sédui ante comédienne que
quelques personnes bien intentionnées jetèrent
les yeux; daw leur pensée, elles la destinèrent
à déniai er le roi.
Mais la tentative échoua dès le début : on
:i. Ibid .. t. lll, p. :;.J,
voudrait pouvoir n'en faire honneur qu'à. la
4. Les S01we11irs el les Regrets du L•ieil amaütll'
tlramotiquP.
vertu du. pri ncê.

Mai sur ce point comme .ur tant d'autre ,
le roi ne .avait témoigner qu'un déplaisir platonique, et sa bona serie, imprudente et maladroite en l'espèce, ne trouvait rien ponr
enrayer le mal. ans énergie, ans autorité, il
se laissait en quelque sorte bafouer par les
joueurs acharnés qui ne t~naient aucun compte
de ses remontrances. Mercy rapporte un incident bien caractéristique à cet égard : c&lt; li
prit envie à. la reine de jouer au pharaon; elle
demanda au roi qu'il permit que l'on fit venir
des banquier -joueurs de Paris. Le monarque
observa qu'après les défenses portées contre
le jeux de hasard, mème chez les princes clu
.ang, il était de mauvai~ exemple de les
admettre à la cour; mais le roi, avec sa douceur ordinaire, ajouta que cela ne tirerait pas
à conséquence, pourm que l'on ne jouàt
qu'nne seule soirée. Le banquiers arrivèrent
le :iO octobre ( 1776) et taillèrent toute la nuit
et la maliuée du :'ll chez la princesse de L~mballe, oit la reine re ta jusqu'à cinq heures
du matin, après quoi Sa Majesté fit encore
tailler le soir et bien avant dans la matinée
du j rr novembre, jour de la Tou saint. La
reine jona elle-même jusqu'à troi heures du
matin. Le grand mal de cela était qu'une
pareille veillée tombait dans la matinée d'une
l'ète solennelle, et il en est résulté des propos
dan le public. La reine se tira de là par une
plai anterie, en disant au roi qu'il avait permis une séance de jeu sans en déterminer la
durée, qu'ain i on arnil été en droit de la
prolonger pendant trente- ix heures. Le roi
e mil à rire et répondit gaiement : &lt;&lt; Allez,
vous ne valez rien, Lous tant que vous
êtes!! »
La ituaüon qui était ainsi faite à ce mari
débonnaire n'était _pourtant rien moins que
plai ante. A Paris, en elJet, la fureur du jeu,
un moment contenue par les ordonnances de
police, s'autorisait d'un aussi haut exemple
pour reprendre de plus belle, el le pauvre roi
édictait de nouvelles défenses très sévères,
qu'il 11°o ail même pa a,·ou.er à la reine, el
que l'on critiquait d'autant plus qu'au palais
de Ver ailles régnait une plu grande tolérance.
Le comte d'Artois, qui partageait sut· cc
point les goùt de sa belle-sœur, était un des

(A

Ibid. , 1. JH, p. 382.

.,. t5.'i...,.

suivre.)

PAUL

Gr\.ULOT.

�,

Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITJ{E XL

placés autour de la chapelle. Enfin, pour
comble Je malheur, le désordre iut jeté parmi
Bataille de Fuentes d'Oi'ioro. - Fatale méprise. nos troupes par un déplorable événement que
Beau mouvement de Masséna. - Insuccés dù it
l'on
aurait dù prévoir.
l'abstention de Bessières.
Il y avait. dans la division Fcrey, un baLorsque nous rencontrâmes l'armée anglo- laillon de la légion hanovrienne au service de
porlugaise à l'extrême frontière de l'Espagne la France. L'habit d'uniforme de ce corp
et du Portugal, elle était postée en avant de était rouge comme celui des Anglais, mais il
la forleresse d'Alméida, dont elle faisait le portail des capotes grises comme toute
bloclls; les troupes occupaient un très vaste l'armée française; au si le commandant des
plateau, ilué enlre le ruisseau de Turones et Hanovriens, qui avait eu plusieurs hommes
celui qui coule dans le profond raviu nommé tués par nos gens au camp de Busaco, avait-il
Dos Casas. Lord Wellington avait sa gauche demandé, avant d'entrer à Oùoro, l'autorisaauprès du fort détruit de la Conception, le tion de faire garder les capotes à sa troupe,
centre vers le village d'Alameda, et sa droite, au lieu de les rouler sur les sacs, ainsi que
placée à Fuentès d'Oiioro, se prolongeait vers cela venait d'être prescrit. Mais le général
le marais de Na,·e de Ave!, d'où sort le cours Loison lui .répondit qu'il devait se conformer
d'eau que les uns nomment Dos Casas et les à l'ordre donné pour tout le corps d'armée. li
autres Oi1oro; ce ruisseau couvrait son front. en résulta une méprise bien cruelle; car le
Les Français arrivèrent sur cette ligne en 66• régiment français, ayant été envoyé au
trois colonnes, par la route de Ciudad-Rodrigo. .outien des Hanovriens qui combattaient en
Les 6• el 9e corps, réunis sous les ordres du première ligne, les prit au milieu de la fumée
général Loison, formaient l'aile gauche placée pour un bataillon anglais et Lira sur eux,
en face de Fuentès d'Oiioro. Le Se corps, sous pendant que nolre artillerie, induire aussi en
.Junot, et la cavalerie de Montbrun, étaient au erreur par les habits rouges, les couvrait de
centre, au bas du monticule de la .Briba. Le mitraille.
général Re)'nier, avec le 2ecorps, prit position
Je dois à ces braves Uanovriens la ju tice de
à la droite, observant Alameda et la Concep- dire.que, bien que placés ainsienlredeux feux,
tion.
ils les supporlèrent longtemps sans reculer
Plusieurs bataillons d'élite, les lanciers d'un seul pas; mais enfin, ayant un grand
de la garde et quelque!' batteries composaient nombre de blessés et 100 hommes. tués, le
la réserve, aux ordres du général Lepic, bataillon se trouva dans l'obligation de se
célèbre par sa valeur et la brillante conduite retirer en longeant un des côtés du village.
qu'il avait tenue à la bataille d'Eylau.
Les soldats d'un régiment français qui y
A peine nos troupes étaient-elles à leurs entraient en ce moment, voyant des habits
postes respeclifs, que le général Loison, sans rouges sur leur flanc, se crurent tournés par
allendre les ordres de Masséna pour un mou- une colonne anglaise, et il en résulta quelque
vement simultané, foncüt sur Je village désordre, dont les ennemis profitèrent habiled'Oiio.ro, occupé par les Éco,sais et la dh·ision ment pour reprendre Fuentès d'Oùoro, ce qui
d'élite de l'armée des alliés. L'attaque fut si ne serait pas arri\'é si les généraux. eussent
brusque et si vive que Jes ennemi , bien que garni les fenêtres de fantassins, ainsi que
retranchés dans des maisons en pierres sèches l'avait prescrit Masséna. La nuit vint mettre
très solides, furent obligés d'abandonner lem· un terme à ce premier engagement, dans
poste; mais ils se retirèrent dans une vieille lequel nous eûmes 600 hommes mis hors de
chapelle située au sommet des énormes combat.
rochers qui dominent Oùoro, et il devint
Les perles des ennemis furent à peu près
impossible de les déloger de celle importante les mêmes, et portèrent principalement sur
posilion. ~lasséna prescrivit donc de s'en tenir leurs meilleures troupes, les Écossais. Le
pour le moment à l'occupation du village, et colonel Williams fut Lué.
de garnir toutes les maisons de troupes; mais .
Je n'ai jamais compris comment Welcet ordre fut mal exécuté, car la divisionFerey, lington avait pu se résoudre à attendre les
qui en était chargée, se laissant emporter par Français dans une position aussi défarnrable
l'ardeur d'un premier succès, alla se former que celle dans laquelle l'inhabile général
tout entière en dehors d'Onoro et s'exposa Spencer avait placé les troupes avant son
ainsi au canon et à la fusillade des Anglais arrivée. En effet, les alliés avaient à dos non

- 156 -

culement la forteresse d'Alméida qui ,leur
barrait le seul bon passage de retraitl', mai
encore la Coa, ril'ière très encaissée, dont les
accès sont in6niment di[liciles, ce qui pouvait
amener la perle de l'arm~e anglo-porturaise,
si les événements l'eu~sent contrainte à se
retirer. li est vrai que la gorge escarpée el très
profonde du Do Casas protégeait le front des
Anglais, depuis les ruines du fort de la Conception jusqu'à Nave de Avel; mais, au delà
de ce point, les berges de ce grand ravin
s'affaissent, füparaissent même et font place
à un marais très facile à traverser. Wellington
aurait pu néanmoins s'en servir pour courrir
la pointe de son extrême droite, en le faisant
défendre par un bon régiment appuyé par du
canon; mais le généralissime ennemi, oubliant
le tort qu'il avait eu à Busaco en ~e reposant
sur le partisan Trent du soin d'empêcher les
Français de tourner son armée par le défilé de
Bofalva, .retomba dans la même faute; il se
borna à confier la garde du marais de Nave
de Avel aux bandes du partisan don Julian,
incapables de résister à des troupes de ligne.
Masséna, informé de cette néglig-ence par
une patrouille de la cavalerie de Montbrun,
ordonna de tout préparer pour que ses divisions
pussent franchir le marais le lendemain au
point du jour, afin de prendre l'aile droi.tedes
ennemis à rever . On fit dol)c confectionner
pendant la nuit bon nombre de fascines, et en
même temps le ge corps et une parlie du 9•,
marchant en silence, se dirigèrent ,·ers 'ave
de Avel. La division Ferey resta devant Oiioro,
que l'ennemi occupait toujours.
Le 5 mai, au point du jour, une compagnie
de voltigeurs se glissa parmi 11::s saules et les
roseaux, franchit sans bruit le marais, et, se
passant des fascines de main en main, combla
les mauvais pas, do"nt le nombre élaiL infininimenl moins considérable qu'on ne l'avait
présumé.
Don JuLian et ses guérillas, se croyant à
l'abri de toute attaque derrière le marais, se
gardaient si mal que nos gens les trouvèrent
endormis et en tuèrent une trentaine · tout le
resle de la bande, au lieu de tirer vivement,
ne fût-ce quepouravertir lesAnglais,se sauva
à Loutes jambes jllsqu'à Freneda, au delà du
1'urones, et don Julian, quoique fort brave,
ne put retenir ses soldats indisciplinés. os
troupes, profitant de la négligence de Wellington, s'empressèrent de traverser le marais,
et déjà nous avions de l'autre côté quatre divisions d'infanterie, Loule la cavalerie de

________________________

Montbrun, plusieurs batteries, et nous étions
maîtres de 'ave de Ave!, sans que les Anglais
e fussent aperçus de notre mom-ement, un
des plus beaux que Ma séna ait jamai
conçus.... C'était le dernier éclair d'uue
lampe qui s'éteint. ...
Par le fait de notre passage au lraYers
des marais , l'aile droite de ennemis était
complètement débordée, et la situation de
Wellington devenait eHrêmemenl difficile,
car non eolement il devait opérer un immen~e
changement de front pour s'opposer à celle

-,

sur Pozzo Velho la première brio-ade d'infan- les seules qui fussent encore arrivées à se
terie qui lui Lomba sous la main. ·otre cava- ranger devant nous!. ..
Cependant, par ordre de Masséna, le général
lerie, dirigée par llonL~run, culbuta el sabra
celle arnnt-gard e l... Le général ~Iaucuae. Montbrun, cachant son artillerie derrière
suivant alor ce mo•l\'ement en avant, se pré- quelques escadrons de housards, s'avance de
cipita dans les bois de Pozo Velho, d'où il nouveau et, démasquant tout à coup ses
chassa les Écossais, auxquels il prit deux cent bouches à feu, foudroie la division llouston,
cinquante hommes et en tua une centaine. et, lorsqu'elle est ébranlée, il la fait charger
Toul faisait donc présager aux Français une par les brigades Wathier et Fouroier, qui
victoire éclatante, lorsque, par suite d'une sabrèrent presque entièrement le 5i 0 régiment
discussion élevée enLre les généran.x Loison et anglais et mirent dans la plu complète
llontbrun, celui-ci ~u pendit la marche de la déroule le surplus de la division Houston. Les

C A\IPAGN"E D' ESPAGNE : CœlUAT DE CASTALLA. -

de nos divisions qui occupaient déjà ave de
Ave] el Pozo Velho, ainsi que le bois situé
enlre ce village et Fuenlès d'Oiïoro, mais le
général anglais était forcé de laisser une pa.rLie
de es troupes devant Fuenlès d'Oùoro et Alameda pour contenir les corps du comle d'Erlon
et du général Reynier, qui se préparaient à
passer le Dos Casas, afin d'allaquer les ennemis
pendant leur mouvement. Lord Wellington
avait i Lien cru l'extrémitéde son aile droite
à l'abri de Loule atkinte par le marais de Na,·e
de Ave), qu'il n'avait lai sé sur ce point que
quelques cavaliers éclaireurs. Mais en VO}ant
celle aile tournée, il s'empressa de diriger

,Mi:..M0 11(ES DU GÉNÉR,.llL BAR.ON DE ;Jf .Jl'Jt_BOT -

Gn1 v1111~ Je DrEN, ,i 'af'rès le lal'lea11 d4 C nARLES LAN GL OIS. (Musée de Versa illes.)

réserve de cavalerie, sous prétexte que les
batteries de la garde qu'on lui avait promises
n'étaient pas encore arrhées! En effet, le
maréchal Bessières les avait retenues sans en
prévenir Masséna, qui, averti trop tard de
celle difficulté, envoya sur-le-champ plusieurs
pièces à Montbrun; mais le temps d'arrêt de
celui-ci nous fut doublement funeste: d'abord
parce que l'infanterie de Loison, ne se voyant
plus secondée par la cavalerie de )Iontbrun,
hésita à s'engager dans la plaine; et en second
lieu, cette halte fatale permit à Wellington
d'appeler tonie sa cavalerie au secours des
divisions anglaises de Ilouslon et de Crawfurd,

fuyards ga~ècent Villa-Formosa, la rive
gauche du Turones, et ne durent leur salut
qu'au régiment des chasseurs britanniques
qui, posté derrièreunelongue et forte muraille,
arrêta l'élan de nos cavaliers par des feux aussi
nourris que bien dirigés.
Wellington n'avait plus sur cette partie du
champ de bataille que la division Crawfurd et
celle de cavalerie, le surplus de son armée,
pris à revers, n'ayant pas encore terminé
l'immense changement de front qui deva.it
l'amener en ligne devant les Français. Comme
le terrain sur lequel on combattait en ce
moment était, avant nolre passage du marais,

�,
1f1S T0'/{1.Jl
le lieu le moin expo é à no· coup , le "en
attaché à l'intendance de l armée anglai e,
le ble .és, le dame tique le bagaJ?e., les
chevaux de main, le soldats éloignés de leur
ré iments .• étaient acmlomér ·s, el cette \'aste
plain était couverte jusqu'au Turone d'une
mulli1ude en désordre, au milieu de laquelle
le Lroi carrés que venait de former l 'in footerie de Crawfnrd ne parai aient que comme
des points! ... Et nous avion là à portée de
canon, et prèt à fondre ur le nnemi , le
corps du général Loi.on, celui de Junot, cinq
mille homme. de cavalerie, dont mille de la
garde, et de pln riuatre batteries de camparoe ! ... IPjil Je " corp a,·ail dépassé le
boi· dP. Pozo Velho; le \:l• atlaquait vivement
le village de Fucntès d 'Oîioro par la ri,•e
droite du Do Ca as, el le général Reynier
avait ordre de déboucher par Alameda, afin
de prendre les An lais par derrière; il n'
avait doue plu qu'à marcher en avant. ...
us i l'hi torien Napier, qui a i tait à celte
bataille, convient-il que dan lout le cours de
la guerre il n'y a point eu de moment au. i
dangereux pour le armre hrilannique ! ...
~lais l'aveurrle fortune en décida aulrementl. ..
Le rrénéral Loison, au Jieu d'aller par la rive
oauche el le Loi prendre à rever le village
de Fuentè d'Oiioro, allaqué de front par le
général Drouet d'Erlon, perdit beaucoup de
Lemp. et fit de faux mouvements qui permirent à Wellin,..,.lon de renforcer ce poste
important devenu la clef de la po ilion. De son
ôté, le général Re)'oier n'exécuta pa les
ordre· de iasséna, car sous préteito qu'il
avaiL des force trop con idéra bles devant lui,
il no dépa sa pas .\.lameda el ne prit presque
aucune part à l'action.
lal«ré tous ces contretemps, nou pou\'i.ons
encore garrner la bataille, lant no avanlages
étaient grands I En effet, la cavalerie de
~Iontbrun, ayant battu celle des ennemis, ne
tarda pas à ,e trouver en présence de l'infanterie de Crawfurd. Elle chargea et enfonça
deux carré , dont un f utlitléralemcnLbacbé! ...
Le oldat du second jetèrent leur armes et
'enfuirent dans la plaine. Le colonel llill rend
on épée à l'adjudant-major Dulimbern, du
15ede cha seurs, et nou faisons quinzecents
prisonnier . Le troisième carré anglai Lient
toujours ferme; Montbrun le fait attaquer
par les brigade Fournier et \\'athier, qui
pénétraient déjà par l'une de îaœs, lor que
ces deux t't'énéraux ayant eu leurs chevaux
Lué ou eux et les colonel étant Lou
ble és dao la mêlée, personne ne se troun
là pour diriger 1•s ré 0 imenls vainqueurs.
,1onLurun accourut, mai le carré ennemi
s'était remi en ordre; il dut, pour l'attaquer,

reformer no escadrons.
Pendant qu'il 'en occupe, \tas éna, voulant a.chever la victoire, envoie un aide de
camp porter au général Lepic, qui se trouvait
en réserve avec la caYalerie de la garde, l'ordre de charger lais le brave Lepic, mordant de dé,espoir la lame de son !:al.ire, répond a,·ec douleur que le maréchal Be· ières,
son che[ direct, lui a formellement défendu
d'engager le ll'oupe~ de la 0 arde sans son

nrdrc! ... Dix aide de camp parlent alor,
dans tout le direclions à la recherche de
Bes ièr ; mai celui-ci, qui depui plusieurs
jour marchaü con Lam ment au prè de Ma éna, a,·ail di paru, non par manque de valeur, car il était fort brare, mai par calcul
ou jalousie contre on ramarade. li ne voulut
pa enrayer un eul de homme confié à
son commandement pour a urer un uccidont Loule la "loire rejaillirait ur fa éaa,
~an . f&gt;0!Ier aux intérêt upérieur de la
France! ... Enfin, au bout d'un quart d'heure,
on trouva 1o maréchal Drssièrr loin du champ
de liataille, errant au delà du marai , où il
examinait de quelle manière étaient fait le
fascines employée le malin pour é!ablir le
pas age 1... JI arcourl d'un air empressé,
mais le momenL décisif, manqué par sa faute,
ne e retrouve plu . car le ..\n°lai • 'étant
remis du dé ordre dan lequel la cavalerie de
Montbrun le avait jelé • venaient de faire
approcher une artillerie formidable qui couvrait nos escadrons de mitraille, pendant que
les leur délivraient le quinze cent prisonniers que nous avions faits. Enfin, lord ,Wellington, aprè avoir terminé son chanj!"emenl
de front, avail rétabli son armée ur le plateau, ]a droite au Turones, la gauche appuyée à Faentès d Onoro.
A la vue de celte nouvelle ligne rnlidement
constituée, Ma séna su pendiL la marche de
es troupes el fit commencer une forte canonnade, qui eau a de grands ravages dans
le rang- épais de ennemis, qu'l\lle charge
générale de toute notre cavalerie pouvruL enfoncer.
Masséna espérait donc que Be sières consentirait enfin à faire participer le régiments de Ja 'garde à ce coup de collier, qui
nous eût infailliblement donné la victoire;
mai Bessières s'y reîu a, en disant qu ïl
était re~ponsable enver !'Empereur des
perte que pourraient éprouver les troupes
de a garde! ... Comme si toute l'armée ne
servait -pas !'Empereur, pour qui l'~ entiel
était de Eavoir le Anglais battus et cha sé
de la Péninsule!. .. Tous les militaires, et
principalement ceux de la garde, furent indignés de la détermination de Bessières, et
se demandaient ce que ce maréchal étail venu
faire devant Alméida, puisque, pour sauver
cette place, il ne voulait pas que se troupes
pri sent part au combat. Ce contretemps si
inattendu changeait tout à coup la face de
affaires, car à cbaque in tant le An°lais recevaient de nombreux renforts, et 11ne de
leurs plu fortes divi::.îons, anivant du blocu
d'Alméida, ,·enait de pa er le Turone pour
se former dans la plaine!. .. La po ilion r~ pective de deux armée .e !ramant ain i
chan«ée, les combinaisons faite la veille par
Mas éna deraienL l'être de même. Il ré olut
- donc de porter ses principales forces sur
Alaméda, de s'y réunir au corp de Reynier.
pour tomber tau ensemble sur la droite et
les derrières des ennemi . C'était la contrepartie du mouvement opéré la nuit précédente par Nave de A,·el.
){ai un nouvel oh tacle imprérn arrêta

tout à coup l'elfet de ce di:-po ition . Le
général Eblé, chef de l'artillerie, accourt préYenir quïl n'y a plus au parc d'artillerie que
quatre cartouche par homme, ce qui, aYec
celle lais ée dan le giberne , donnait à
peu près une vin.,.laine de cartouches par îa:11la in.
r, c'était in-urfi ant pour recommenr.er le combat aYec un ennemi qui oppoerail une résislance dé I' pérée ! ... ~la éna
ordonne donc d'envo er à l'instant même tau
les fourcron à Ciudad-Rodrigo pour prendre
des muni Lion de guerre· mai l'intendant
déclare qu'il en a disposé pour aller chercher
dans la mème ville le pain qui doit être di lribué le lendemain aux troupes! Il fallait
cependant des cartouches. Ma éna, n'a ·anl
plu aucun moyen de Lran port, invite le maréchal Bes ières à lui prèter pour quelque
heure les caisson de la garde; mai celui-ci
répond froidement que es alLelage , déjà
îatieués dans celte journée, seront p· rdu
s'il font une marche de nuit par de mauvais
chemins, et qu'il ne les prêtera que le lendemain!... fa éna 'emporte, el 'écrie qu'on
lui enlève une seconde l'ois Ja victoire, qui
vaut bien le prix de quelques chevaux; mais
Bessières rcf u e encore, et une cène des plus
violenles a lieu entre les deux maréchaux 1
Le 6, au point du jour, ]es caissons de
Bessières partaient pour llodrigo ; mais leur
marche fut si lente que les cartouches n·arrivèrent que dans l'aprè -midi, et WelJington a,•ait employé ces vin°t-qualre heures !t
retrancher a nourelle position, surtout la
par1ie haute du village de Fuentès d'Oi1oro,
qu'on ne pouvait enlever désormais sans répandre des torrents de sang français! L'occasion de la victoire fut donc perdue pour nous
ans retour!. ..

CHAPITRE XLI
Dèvoue.menl de trois soldats. - Deslruclion d·Atméida et é,·a ion tic la garni on. - L'armée" se cal\•
tonne à Ciudad-Rodrigo. - Marmont rempl3ce
Ma éna. - fautes de ce dernier.

Masséna comprenant qu'il ne pouvait plus
ètre que tioo. de livrer bataille, ni de ravitailler Alméida, dut e borner à tàcher de
sauver la garni on de cette place, après en
avoir détruit le fortifications. lai pour arri'"er à ce but, il fallait pouvoir prévenir le
gouverneur de la ville, qu'entouraient de
nombreu es Lroupes anglaise,, et les communication étaient, sinon impos ibles, du
moins fort difficiles. Trois braves, dont les
nom doivent ètre conserr · dans nos annales, e présentèrent volontairement pour
remplir la périlleu e mi ion de Lraver ·er le
camp ennemis el de porter au général Brénier des in tmctions sur ce qu'il dernit fair~
en ortanl de la place.
Ces troi intrépides militaires étaient :
Pierre Zanihoni, caporal au 7Ge: Jean-Xoël
Lami, cantinier de la division Ferey, et André
TilJet, cba seur au Ge léger. Comme il·
avaient tou as Lté l'année précédente au
sièn-e d'Alméida fait par le Français, ils
cannai saient parfaitement le contrée rni-

___________________

MtM011{ES DU G"ÉN"É'R/tl BA~ON DE JJfA1fBOT - ~

e guidant sur la lune et sur le cour de
incs el devaient prendre des chemin dilfé- mai - ce îut tout le contraire dan le villa:ze, rui eaux. Déjà il n· était plu qu'à une peren1 •. On remit à chacun d'cui: une petite où le ennemis amieot combattu à l'abri de. tite distan e de la divi ion française du génémai ons et de murs de jardin . On releYa
lettre en chiffre, pour 1 gounirneur, et il
ral Ileu&lt;lel t, envoyée au-devant de lui par
beaucoup de bJes.és des d~u~ parts. At~ no!°partirent le 6 au uir, nla nuit clo e.
lia .éna lor.que, a)aot renconlré une bribre
des
nôtre
étail
le
cap1tatn
cpteml,
aide
Zaniboni. dé••ui é en marchaml espagnol
n-ade porlu aise, il Loml.,a ur ell , la dis(il parl:iit fort bien la langue d~ pap), _'i1!- de camp du prince Berthier, qui aw1it, comme ~er a el continua rapidement sa retraite. Mais
:;.inua dan· le lii\'Ouacs an!!laJs sou. pre- Canouville, reçu l'ordre de quiller Pari pour le .,énéral Pack, a\'erti par la fusillade, ac,enir auprè. de Ma séna. Le malheur de ce
1cxle de ,. ndre du tabac el d'acheter le hacourut de l(alpartida, uivit 110s colonnes en
bit. de bummes tué·. Lami, ,·ètu en paysan jeune homme fut eo~ore plu ~-rand, car un tiraillant, el bientôt la earalerie anglai e du
boulet
lui
bri,
a
une
Jambe
qu
11
fallut
amportugai., joua 1t peu prè~ le m~me rùle sur
o-énéral Cotto, attaquant vivement l'arrièreun autre point de la lig-nc annlai~e, cl ce pe- puter ur le champ de bataille! 11 up~orl_a iarde de la garnison, lui fit éprourcr ciueltit commerce étant en usage dans toutes lL'S celle terrible opération avec courage. el il Y1t que perte . Enfin, no aeo. , apercevant le
encore.
armée~. le~ deux Françai · ;uaienl d'une lirrn
[n rovant rarmée rrançaise re ter immo- pont de Barba del Puerco par lequel s'a,·an;1 l'autre an· éveiller aucun oup~·on, cl
çail la divi-ion TieudeleL Ytnant à leur ren:ipprochaienl déjà de portes ~'.\lméida, ~or.- bile dev;nt lui pendant plu ieur jour , Wel- coot re, e crurent sauvés et manifestèrent
qu • des circon, tances re tée inconnue· hrenl lionton, dont les alve faite par le canon leur joie; mai. il était écril &lt;1ue le ,ol portud'Alméida ,·enaienl .ans doute d'aLtirPr l'aldécounir Jeur ru,,e. Fouillés cl trahi par le
«ais de,•ait ètre encore arro é de sang franlctlrei; accu.atrices, ces deux malheureux fu- teolion, comprit que Ma,séna aYait l'intençai !
tion
de
favori
er
l'éra
ion
de
la
garni2on
de
rent fu.ilP comme e pion , J'aprè· le. loi·
La dernière de no colonnes a·,ait à lracette
place.
(1
renforça
donc
la
di"ision
de la «ucrre, qui rangent d,1ns c&lt;·lle catéver
er un défilé abouti ant à une carrière
gorie ef puni enl de mort tant militaire qu'., l'bargée du b1ocu et donna au général Ca.mpituée
entre des rocher en pointe d'aiguille.
pour remplir une mi ·:ion, quille ,on uu1- hell, qui la commandait, de ordre· telle- Les ennemi accouraient de tous côtés, el
ment bien comuinés que 'il eu ent été
forme.
quelque peloton de notre arrière-,,.arde r1!Quant à. Till •t, mieux impiré el urLouL ponct_ucllement exécuté., le énéral Brénier
rent ooupés &lt;le la colonne par la cavalerie
plus hauil que es di!UX _infortunés_ cama- el ses troupe n'auraient pu édlapper aux aot't'lai e. 1 celle vue, les oldats f raoçai
• 1
rade • il parlit pour Almé1da Pn umîormc. ennemi. ....
Ce fut le 10, à minuit, qu'une e-xplo- gravissant avec légèreté les "ersanl escarpés
armé de ou .al,re, et prenanl d'abord pour
îon
ourde el prolongée appriL à l'arméè de la gorge, évitèrent la cavalerie anglai e,
chemin le Lit profondément encai il du rui ruai ce fut pour tomber dan un autre daneau de Do Ca.a . où il aYail de l' au ju.- françai e qu'enfin A.lméida n'existait plu , du
ger : l'infanterie portugaise les suivit s~r les
qu'à la ceinture, il ·'avança leulemenl de ro- moins comme place forte. Le général Bréhauteur", dirigeant . ur eux une fusillade
cher en rocher, e blottis ant derrière :rn oier, pour donner le chan"e aux An°lo-Porvive et meurtrière! Enân, lorsque nos vollimoindre Lruil, jusqu'auprès des ruines du
creur , près d'ètre secourus par la division
fort de la Conception, ou, quillanl le Do
lleudelet, espéraient toucher au port, la
Casa , dont les haute berges J'a\·aieut . i
terre manquant tout à coup sous leur pa
bien caché, même ur le~ points qui touen enrt}outit une parûe dan un précipice
chaient au camp ennemi, il rampa ur
béant, au pied d'un immen e rocher. La tète
genoux au milieu des mois~ons déj1\ hautes
de la colonne portugai e qui pour uivait viel parvint enfin à l'avancée d'Alméida, où il
vement nos gen éprouva le même sort, et
fut reçu le 7, au poinl do jour, par le po te:
roula pêle-mêle avec eux dans ]e gouffre. La
de la garnison françai e !... La lettre tran,division Heudelt:l, qui accourut, étant parmi$e au général Brénier par cel intrépide
venue à repousser les troupes anglo-porluoldat contenaiL l'ordre de faire auler les
gai
es bien au dela du point où venait d'a,oir
rempart et de e retirer au ,ilôt ur Barba
lieu
celle cala trophe, on fouilla le fond du
del Paerco, 01J les troupes dn général lle~·précipice,
qui pré entai L un pectacle aiîreux !
nier iraient au-Je1·anl de lui. Plu ieur alve
Là gi aient trois cent oldals français ou
d'artillerie du plu gw cahure, tirées à des
portugais, morts ou horriblement mutilé !
heures indiquées, devaient annoncer à MasCependant
une oixanLaine de Françai et
éna qu'un d,. .e. émi· aire èLa.it arrivé.
trente
Portugai
urvécureoL à celle horrible
Le canon d',\lméida ayant fait entendre ces
chute.
. alves, Ma séna fit le préparatif nécessaire
Tel fut le dernier incident de la pénipour opérer sa retraite sur Ciudad-Rodrigo.
ble
et malbeureu·e campa 0 ne que les Frandè qu'il aurait acqui' la cerlilude de la desçai
venaient de faire en Portugal, où ils ne
truction des remparts d'Alméida. Le. opérarentrèrent µlu. !
tion de ce 1renre exi.,ent beaucoup de temp.,
L'armée de lias éaa, abanùonnanl le champ
car il faut miner le remparts, char-"cr le
de
bataille de Fuentès d'Oiioro, se replia ver
fouroeaux, détruire le munition , l'artilforie,
Ciudad-flodrirro,
où elle prit es cantonneuri er le affùts, etc., etc.
ments.
ll fallut donc altendré que le Lru.il du caLe .\nrrlai ne la ui I irent pas. 'ous
)\~RÉ.CHAI. )1oCTOX, COMTE: DC LOBAU.
non nou avertit que Brénier éi;-acuait la
ùme
plu Lard que "'elliogton,
exa. péré
plac-e; le deux armé · re tèrent donc en pré- r ,r.1r1ff" Je RomtRRE, J':ifn!s 1111 t:icl/le,111 lu ,\frt~,•e
v
contre
le
..,énéral
Campbell,
qu'il
accu ait
ence toutes 1e journées des 7, 8, 9 el 1()
d'avoir
voulu
lai
ser
évader
la
o-arni
on
d'.\lsan rien entreprendre l'une contre l'autre.
méida, faute d'avoir exécuté ses ordres, avait
Pendant ce temp , le Anrrlai demand~rcnl
traduit ce général devant un con e-il de
une su. pension d'arme pour enterrer les
"Uerre,
et que Campbell 'était brûlé la certurrai
,
les
avaiL
harcel
·
dans
les
journée·
mort . Ctt hommane rendu à de ùrav " "Uervelle
de
désespoir.
précédentes
du
côté
oppo
é
1t
celui
par
lequel
rier devrait loujour· êlre pratiqué chez les
.i peine l'armée [raoçai e fut-elle rendue
la garni on d Yait etlectner .a ortie, qui eut
nation· civili·ée . Le noml.ire des cadavre
anglais Lrouvè dao La plaine fut infinimtnl lieu san malencontre. n en fut d'abord de dan ses quarùer. de rafraichis ement, que
plu con.idé.a.ble que celw de Françai. ; même de la retraite que Brénier diri 0 eait, en Ma_ éna on,,.ea à la réor"ani er dans l'e pair
.... 1.)(,) ....

... 1.58 -

�JJf"ÉMOTR,ES

1f1S T O'f(1.Jl
de faire une nouvelle campagne; mais on
travail était à peine commencé, lorsque nou
vimes arriver de Pari le maréchal Marmont.
Ce maréchal, qui apportait sa nominaiion de
générali ime, se pré-enta d'abord comme le
successeur du maré bal Ney au commandement du 6e corp ; pui , quelques jours aprè ,
lorsqu'il ut suffisamment cannai, aoce de
l'étal dus choses, il produi il ses lettres de
service et remit à Ma séna l'ordre impérial
qui le rappelait à Pari !
Mas~éna fut atterré par c lle disgrâce imprévue el par la manière dont elle lui était
annoncée, ce qui présageait que l'Empereur
n'approm·ait pa la façon dont il avaü dirigé
les opérations; mai contraint de céder le
command ment à Marmont. il fil es adieux à
l'armée el se rendit d'abord à • alamanque,
après avoir eu une très vive explication avec
Je général Foy, qu'il accu ait d'avoir fait
cause commune avec Ney pour le des ervir
auprè de !'Empereur.
En apprenant la vigueur avec laquelle le
général Urénier avait dirigé la retraite de la
garni.on d"Alméidn, !'Empereur le nomma
général de divLion. Il récompensa aussi le
dévouement et le courage de l'intrépide Tillet,
en lui douoant la croix de la Légion d'honneur et une pen ion de 600 rranc . Cette
seconde faveur fut plus tard l'objet d'une discussion à la ChamLre de député . Tillet,
devenu sergent, avait obtenu, sou la Re Lauration, une pen ion de retraite, quand on
propo a de la lui retrancher par application
de la loi ur le cumul. Le rrénéral Fo~' plaida
éloquemment la eau e de l'héroïque oldat,
qui con erva e deu pen ion .
Ma éna fit un trè court éjour à alamanque et e dirirrea sur Paris, où, dès son
arrivée, il e présenta chez !'Empereur, qui,
prétextant des alfaires importante ·, refusa
pendant un mois de le recevoir!. .. La di grâce était complète! ... Il est vrai que !asséna
avait commi de bien grande faute et mal
répondu à la confiance de !'Empereur, principalement dans sa marche ur Lisbonne; mais
il faut convenir au i que le gouvernement
eut le torl bien grave d'abandonner son armée
dans un pays aus i dénué de re sources que
Je Portu al, et de ne pas a surer e communication par des troupe échelonnées enlr~
on armée et la frontière d'E pagne. Quoi
qu'il en soit, Masséna se releva dan l'esprit
de ses troupes p&lt;'ndant l'e pédition entreprise
pour ecourir Alméida; non eulemenl il .fit
de très beaux mouvements stratégiques, mais
il e montra fort actif, ne s'inquiétant plus
de tme . . . . qu'il lai a sur les derrières de
l'armée, et donnant tous e soins aux opérations de la guerre. Cependant, je me p rmettrai de sümaler plu iears faute commi e par
(asséna pendant on expédilion contre A.1méida.
La première fol de l'enlreprendreavec des
moyens de trao port io uffi ants pour les
vivre el pour les munition de guerre. On a
dit qu'il manquait de chevaux de trait : c'est
vrai, mais il exHait dans la contrée une
grande quantité de mulets qu'il aurait d11

mettre en réquisition pour quelque jours,
ainsi que cela se pratiqu en pareil ca .
~econdement, la fatale mépri e occa ionnée
par le habit rouges de llanovrien ayant
déjà eu 1ieu à Bu aco, Ma. éna aurait d11
faire prendre le capotes !!l'i es à ce bataillon,
avant de le lancer dao Oiioro pour combattre
les Anglai , dont l'habit rou 0 e était pareil 11.
celui des Uanovrien . Par celte préYoyance, le
0 énérali sime eùl con ervé lout le ,·iUage, dont
nou perdùnes la partie élevée, qu'il nou fut
impossible de reprendre.
Troi ièmement, Ma. séna étant maître d'une
grande partie de la plaine el du cour du Dos
Casa , moins le point où ce ruis eau traverse
Fuentè d'Oi'loro, il eut tort, selon moi, de
perdre un temp· précieux et beaucoup
d'homme , en cherchant à repou er entièrement le nglai de ce village fortement retranché par eux. Je pen e qu'il eùl mieux
valu, imitant la conduite de Marlborough à
Malplaquet, dépasser Oiïoro, en laissant hor
de la portée de on feu llile brirrade en oh ervalion, afin de maintenir la arni on qui, se
croyant prèle à être cernée, eût éré obligée
d'abandonner le poo:te pour rejoindre Wellington; inon, elle 'eipo. ail à mettre bas le
armes après 1a défaite de l'armée anglaise.
L'essentiel était donc pour nous de battre le
gros de troupe ennemies qui était en rase
campagne. Mais le Fraoçai ont malheureusement pour principe de ne lais er. un jour
de bataille, aucun poste retranché derrière
eux. Cette habitude nou a élé souvent bien
fatale, surtout à Fuentès d'Oiioro et à Waterloo,
où nous nous ob tinfüne à attaquer le fermes
de la Raie- ainte el de flou 0 omool, au lieu
de les masquer par une divi ion el de marcher
sur les lignes anglaises déjà fortexnenL ébranlées. ou aurion eu le lemp de les détruire
avant l'arrivée de Prussien , ce qui uou
aurait assuré la victoire; après quoi, les défen eur des fermes auraient mi bas le
armes en e voyant abandonné , ain i que
cela eut lieu pour no troupes à Malplaquet.
La quatrième faute que l"on peul reprocher
à Masséna lur de la bataille de Fuenlè
d'Oûoro fut de ne 'ètre pa assuré avant
l'action qu'il exi tait dan ses cai on un
nombre utfisant de carlouclies, et, dan le
ca contraire, il devait en faire prendre dan
l'arsenal de Ciudad-Rodrigo, qui n'était qu'à
trois petites lieue du point où nous allions
combattre. Ce manque de précautions fut une
des principales causes de notre in uccès.
Cinquièmement, i Ma séna eût eu eorore la
fermeté dont il a\·aiL donné tant de preuves à
Rivoli, à Gène et à Zurich il aurait envoyé
arrêter le général Reynier lorsque celui-ci
refusa d'obéir à l'ordrt! qui lui prescrivait de
déboucher d'Alaméda pour prendre le ennemis à revers, le commandement du 28 corps
fût alor pa~ é au hra\re général HeudeJet, qui
eùt promptement pous~é les Anglais. Mais
~fasséna n'osa prendre sur lui cet acte de
vigueur; le vainqueur de ouwarolf, n'ayant
plus d'énergie, se voyait Lravé impunément,
et le sang des soldat coulait sans qu ïl en
résultàt ni bénéfice ni gloire.

CHAPITRE XLII
Ca~cs prtncipales cle n , re,·crs dan. lt P,111in ulc. Dèsunion des muéchn1u. - ruihl c ,c de Joseph.
- De crtion de! ullié . - Ju lrs e du lir de• An•
glais. - Ju,,.,mcnt sur la rnll'Hr rl' 1wc1il·c t.fe
&amp;pognols cl des Porlu.,.:ü-. - Retour en France

Il n·entre pas dans le plan que j me uis
tracé, en écrivant ces )Iémoires, de relatn les
pba. e dil'er~e de la iroerre faite pour l'indépendance de la Plin.insalc; mai· avant de
quiller ce pays, je croi- de, oir indiquer le
causes principale · de revers que Je Françai
y éprouvèrent, bien qu'à aucune époque ni en
aucun lieu no troupes n'aient fait prem·e de
plus de 2ùle, de patience el ·urrout de r11leur.
Vou devez vou rappeler qu'en 1 0 l'abdication du roi Charle l V et l'arre talion de
on fils Ferdinand VII. que l'Emp rear délrôna pour placer la couronne d'E•pa"ne sur
la tête de on rrère Joseph, a anl i11Ji«né la
nation espagnole, elle prit lt' arm pour
reconquérir sa liberté, et quoique le in. urgés
aient étê battus dans les rues &lt;le Madrid,
l'impéritie du 0 énéral Dupont leur dunna la
victoire à Ba len, où il prirPnt entièrement
l'un de no corps d'armée. Ce succè inespéré
non seulement accrut le courarre d ,. Espagnols, mai enllamma au :i celui de leur
voi in le Portugai , dont la Reine, de crainte
d'être arrêtée par le Français, s'était 1&gt;mbarquée avec sa famille paar le Bré·il. ~ sujeb,
aidés par une armée ancrlai e, se ré\ollèrent
alors contre les troupes de l apoléon, rt fil"ent
prisonnier le énéral Junol et toute on
armée. Dè ce moment, la Pénin ule enlière
élanl révollée conlre l'li:mpereur, il comprît
que sa pré ence élait néœ..~ aire pour comprimer les révoltés, el pn anl les Pyrénées à
la tèle de plus de iO0.U00 vieux ~oldal , couverts de_ laurier d'Au tcrlitz, d'léna et de
Friedland, il fond il ur I' E pagne, "arrna pluieur bataillt' el ramena triomphalement le
roi Joseph à ~ladrid. Aprè· ce éclatants succès, apoléon, se mettant à la pour uite d'une
armée an laise qui avait o.é s'aventurer
ju. qu·au centre de ce royaume, la r foula sur
le port de l.i. Corogoe, où Je maréchal uult
acheva ~a victoire, en forçanL les A.nulai à
'embarqurr à la bâLe aYec perle de plu~ieurs
millier d'hommes, au nomLre de quel e
trouvait leur géuéral, sir John loore.
Il esl hors de doute que i J'Empereur eût
pu continuer adiriger lui-mème les opéralioos,
la Pénin. ule aurait promptement succombé
ou e coups; mai le cabinet de Loodre
lui avait habilement su cité un nouvel et
puLsant ennemi : l'Autriche venait de déclarer la guerre à Napoléon, qui fut contraint
de courir en Allemagne, en lai aot à. ses
lieutenants la difficile tâche de comprimer
l'insurrection. Il aurait:nt pu néanmoin
alteindre ce bat, l'll arri anl awc ensemble
et bon accord; mai le mai 1re une fois parti,
et le faible roi Jo epb n' aJant ni l cannai aoces militaire- ni la fermeté néce·saires
pour le remplacer, il n'y eut plu de centre
de commandement. L'anarchie 1a plus corn-

piète régna parmi les maréchaux et chef de
d.iver corps de l'arm 'e françai e. Chacun, se
considérant comme .indépendant, e bornait
à dëfendre la prorince occupée par es propres troupes, el ne voulait prèler cco1:1r , ni
en homme ni en ub islances, à ceu de es
camarade qui gouvernaient Jes contrées \·oiine .
En vain le major gém\ral el !'Empereur
lui-même adre aient-iL les ordre les plus
péremptoire pour prescrire au commandant upérieurs de s'entr'aider clon les cir•
con~1.anœ , l'éloirrnemcnl le rendait indi ciplinés i aucun n'obéissait, et chacun prétendait
avoir besoin des re ources dont il pouvait
disposer. Ainsi, le général aint-Cyr fut ur
le point d'être écrasé en Catalogne an que
le maréchal Suchet, gouverneur de rO)'anmes
d'Ara on el de Valence, con entîL à lui envoyer un eul bataillon! Vou a.,·ez vu le
maréchal oult abandonné seul dan Oporto,
ans que le maréchal Victor exécutât l'ordr
qu'il avait reçu d'aller le rejoindre. oull, 11
son tour, refu,a plus tard de venir au ccour
de Ma séna, lorsque celui-ci éta it aux porte
de Li bonne, où il l 'altendit vainement pen•
danl six mois!... Enfin, lia éna ne pul
obtenir que Bessiores l'aidàl à battre le Anglai Jevant Alméida 1
Je pourrai citer une foule &lt;l'exemple
d'égoï me et de désobéissance qui perdirent
l'arm~e française dans la Pénin ule; mais il
faut avouer au i que le tort principal appartint au gouvernement. En effet, on comprend
qu'en 1809 !'Empereur, se voyanl attaqué en
Allemagne par l'Autriche, se soit éloigné de
l'Espagne pour courir au-devant du danger le
plus pressant; mais on ne peut 'expliquer
comment après la victoire de Wagram, la
paix conclue dans le ord, el on mariage
fait, apoléon n'ait pa enti combien il importait à se intérêts de retourner dans la
Pénin ule, afin d'y terminer la guerre en
cba ant, les Anglais 1. .. fais ce qui étonne le
pin , c'est que ce grand génie ait cru à la
p:&gt;. ibilité de diriger, de Paris, les mouvement des diverses armées qui occupaient à
cinq cents lieues de lui l'Espagne et le Porturral, couverts d'an nombre immense d'inurgés, arrêtant le officiers porteur de
dépêches et condamnant ainsi souvent le
chef d'armée français à rester an nouvelles
el .ans ordres pendant plusieur mois!
Était-il po ible que la guerre ain i dirigée
produisit de bons résultats? ... Pui que !'Empereur ne pouvait ou ne voulait venir luimême, il aurait dù im tir l'un de es meilleur maréchaux du commandement supérieur
de toutes ses armées dans la Pénin ule, el
punir Lrès évèremenl ceux qui ne lui obéiraient pas 1... apoléon avait bien donné le
titre de son lieutenant au roi Jo epb; mai
celui-ci, homme d'un caractère fort doux
piriluel, instruit, mai tolalemenl étranger
l'art militaire, était deyenu le jouet des maréchau,:, qui n'exécutaient pas es ordres et
considéraient même a présence à l'armée
comme un embarras. H e l certain que
l'exce ive bonté de ce roi lui fiL commettre

à

IV. -

HISTORIA. -

Fas.:. 28.

DU G"ÉN'ÉR.JU.. BJU(ON DE

hfon des faute , dont la plus crra\C ful de e
mettre en oppo ilion arec la volonté de l"Empereur relativement à la conduite qu'il fallait
tenir vi -à-n des militai r e pa0 nol- que
les troupes françai es prenaient sur le champs
de bataille. 'apoléon ordonnait de les envo)·er

GÊl'-1!.RAL LEPIC.

D'après ta lllhograp/iîe de

L~ANTA,

en France comme prisonniers de guerre, afin
de diminner le nombre de nos ennemi dan
la Pénin ule, tandis que Joseph, auquel il
répugnait de combattre contre des hommes
qu'il appelail e ujets, se fai ail contre nous
le déien eur des E pagnols. Ceux-ci, ahu ant
de a crédulité, s'empressaienl, dès qu'ils
étaient pris, de crier : « Vive notre bon roi
Jo eph 1 » et demandaient à prendre da rvice parmi e troupes. Joseph, malgré le
observations des maréchaux et généraux français, avait une telle eoofianœ dans la loyauté
castillane, qu'il créa une garde et une armée
nombreu e, uniquement eomposée.s de pri:;onniers fait par nou ! ... Ce oldal , bien
payé , bien nourris el bien équipés, étaient
fidèles à Jo cph tant que les affaires pro pé.raienl; mais, au premier rever , ils désertaient
par millier , el, allant rejoindre leurs compa.trioles insurgé , ils e servaient contre nou
de armes que le Roi leur avait donnée ; cela
n'empêchait pa' Joseph de croire de nouveau
à la sincérité de leurs protestations, lorsque,
faits prisonniers derechef, ils demandaient
encore à s'enrôler dans les régiment jo éphin . Plus de -1.50 000 hommes pa sèrent
ain i d'un parti dan l'autre, et comme Jo epb
les fai ait promptement ha.biller quand ils lui
revenaient en guenilles, le E pagnols l'avaient
surnommé le gmnd capitaine d'habillement.
Les troupes française étaient très mécontent.es de ce stème, sorte de tonneau des Danaïdes, qui éternilt3.it la guerre, en rendant aux
ennemis le soldats que nous leur avions pri ,
el &lt;lont il e ervaicnl c-0n lammenl contre

.MJU(BOT

--~

nous! L'Emperenr exprima ouvent le méco1!Lentemenl que lui causait cet abus; il ne put
pan-enir à le détruire! De on côté, 'apoléon
contribuait au i beaucoup au re rutem nl
perpétuel des ennemi qu'il combattait en
Espagne et en Portun-al, car, ne voulant pa
trop affaiblir l'armée française d'outre-Rhio,
il a-vait sommé les alliés de ]ni fournir une
partie de con lingent Lipulé dan les traités,
el dirioé ce troupes w•r la Péninsule, afin
d'éparrrner le ang françai . Le motif était
san doute fort louable; mais les circonstance
rendaient l'application d ce y tèmenon eulementimpraticable,mais nui ible à noire eau e.
En effet, ~i l'emploi de étrangers peul êlrc
utile dao- une campagne régulière de courre
dorée il n'en e t pa de même lorsqu'il
s'agit de comballre plusieurs année d
ennemis tel que les Espagnol el les Portugai , qui, you harcelant an cc se, nepeu\'ent
êlre join Ls nulle part. Or, pour upporter le
faûgues ince ante de ce genre de guerre, il
faul être limulé par un déjr de nincre
el une ardeur qu'on n trouve jamai chez
de troupes auxiliaire ; aussi, non ,eulement
celle que l'Empereur obtenait de es alliés
servirent-elle fort mal dans no rang , mais
one foule de leurs soldats, séduits par la
haute paye que les ennemis accordaient à
ceux qui ,•enaient prendre dn enice cbl'.'1.
eux, désertaient journellement. Ain i les (Lalicn , uisse , axon , Bavaroi , We tpbalien, ,
Ile soi , "\\ urteoobergeoi , etc , formèrent-ils
bientôt de nombreux régiment chez no;
ennemis; cl les Polonais, ces Polonais qui
depui · ont fait onner si haut leur dé,·ouement
à la France, pas èrent en si rrrand nombre
dan les rang de l'armée anrrlai e, toujours
bien payée el nourrie, que Wellington en
forma une forte lécion, qui .e battait san
façon contre les Françai .
La défection des soldats étranger dont
l'Empereru inondait la Péninsule, ajoutée à
celle de pri onniers espagnols i imprudemment réarm · par Joseph, nous de1•inl infiniment préjudiciable.
lai , à mon avis, la eau e principale de no
rernrs, bien qu'elle n'ait été indiquée par
aucun des militaire qui ont écrit ur les
guerres d'E pa 0 ne el de Portugal, fat l'immen e supériorité de Ja juste se du tir de
l'infanterie anglaise, upériorité qui provient
du très fréquent exercice à la cible, et beaucoup au si de sa formation sur deux rang . Je
sais qu'un grand nombre d'oftlcier françai
nient la vérilé de celle dernière eau e; mai
l'expérience n'en a pas moin démontré que
les oldats pres és entre le premier et Je troisième ranrr tirent presque lou en l'air et que
le troisième ne peut aju Ler l'ennemi, dont
les deux premiers lui dérobent la vue. On prétend que deux rano-s ne présentent pas a ez
de résistance contre la cavalerie; mais l'infanterie anglai e, doublan L ses rang en un clin
d'œil, se trouve sur quatre homme de profondeur pour recevoir la charge, et jamai ·
no escadron n'ont pu la surprendre sur deux
rangs, disposition qu'elle reprend lesLement
dè r1u 'il fau l tirer!
TI

�_

1f1STOR..lll

OtLoi qu'il en soit., j'ai la co1mclwn que
Napol 'on aurait fini par triompher cl par
élablir on frère rnr le trône d'E. paanc, s'il
se rùt horn' à terminer celle guerre avanL
d'aller en Ru ie. La Péninsule ne recevail en
effet d'appui que de L\.ngletcrre, et cell ci,
malgré le rée nts ucœ de ses armée était
i accablée par les envois in.cessant d'hommes
el d'arll'enl qu'engloutissait la Pénin ulc, que
la Chambre des communes élail su1· 1 point
de refu cr le subside nécc saires pour une
nou,-elle campagne, lor_qu'à nolre retour de
Portugal, une rumeu-r sourde ayanl fait prc...~
sentir le des cin formé par Napoléon d'aller
allaquer la Russie chez elle, le Parlement
anglais autorisa la continuation de la guerre
en Espagne. Elle ne fut pas heureuse pour
nou ; car la mé intelligence que ,j'ai signalée
continua à régner entre les chefs de no ·
3rm :c . Le maréchal Marmont se fit battre
par Wellinglon à la bataille des Arapiles, et le
roi Joseph perdit celle de Vitoria, où nous
éprouvâmes de tels revers que, ver la fin de
1815, nos armées durent repasser les Pyrénées et abandonner totalement l'Espagne qui
lenr avait coûté tant de sang l
J'e ti.me que dans les six années crui se onl
é('oulées depuis le commencement de 1 08
ju qu'à la fin del 15, le Français ont perdu
dans la péninsule Ibérique -00.000 homme
tué", ou mort dans les hùpilaux, auxquels il
faut ajouler les 60.000 perdus par nos alli6s
de di,·er es nations.
Les Anglais et les Portugais éprourèt·dlt
aussi des pertes considérables, mais celles des
Espagnols dépa sèrent toules le autre , à
cause de l'obstination qu'ils mirenl à outenir
le siège de plusieurs villes, dont les populations périrent presque enlièrcment. La
vigueur de ces défenses célèbre , particulièrement celle de Saragosse, a jeté un tel éclat
sur les Espagnols qu'on attribue généralement
/, leur courage la délivrance de la Péninsule;
mais c'est une erreur. Ils y ont cerlainemen L
beaucoup contribué; cependant, san l'appui

des tr011pes anglaises les E. pagnols n'auraient nirs de la campagne que nous venions de
jamais pu rl!si ter aux. troupes françai~c · faire. Ce notes me oui aujourd'hui trè '
devant lesquelles ils n'o. aient tenir en ligne. utiles pour écrire celle par lie de mes Mémoires.
Le ministre de la guerre, prenant en consiMais ils onl Ull méril immen c, c'e•t que
bien que battus, il ne se décou-rall'ent jamais. dération la blessure que j'avais re .ue à M.iranda
Ils fuient, ,·ont e réunir au loin et reviennent de Corvo, m'envoya enfin un congé pour me
quelques jours après, avec une nouvelle con- rendre en France. Quelques autres officier
1iance, qw, toujours déçue, ne peut èlre de l'état-major de Masséna ayant aussi reçu
détruite!... o oldats comp:iraient les Espa- l'autorisation de quiller la Péninsule, nou
gnols à des bandes de pigeons, qui s'ahattent nous joignîmes à un détachement de cinq
sur un champ el s'envolent au moindre bruit, cent grenadiers &lt;JU 'on venait de choisir dan
pour revenir l'instant d'aprè . Qu:rnl aux Por- toute l'.armée pour aller à Paris renforcer la
tugai·, on ne leur a pa r ndu justice pour la garde impériale. Avec une escorte pareille, on
part qu'ils ont prise aux guerres de la Pénin- pouvait braver toutes les guérillas d'Espagneule. Moins cruels, beaucoup plus di cipliné· aussi le général Junot et la dnchesse sa
que le Espagnol et d'un courage plus calme, femme résolurent-ils d'en profiter.
ils formaient dans l'armée de Wellington pluou voyagions à cheval à petites journées
sieurs brigades el division qui, dirigées par et par un temps charmant. Pendant le trajet
de officiers anglais, ne ie cédaient en rien de Salamanque à Ba1•onne, .Junot ne manqua
aux troupe. britanniques; mais, moins van- pas de faire quelques excentricités qui m'intards que les Espagnols, ils ont peu parlé quiétèrent pour l'avenir. Nous arrivâmes
d'eux et de leurs exploit , et la renommée le
enfin à la frontière, où je ne pus m'empêcher
a moin c{&gt;léhrés.
de sourire, en pensant au îàch.eux. pronosti
Mais revenon pour un moment au mois de que j'avais tiré de ma rencontre avec l'âne
juin 1 l l, époque 1t laquelle Ma éna quitta noir sur le pont de la Bidassoa, à ma derle commandement. La guerre que les Fran- nière entrée en E pagne!... La campagne de
çais faisaient dans la Péninsule élait si désa- Portugal arnil failü me devenir fatale, mais
gréable et si pénible que chacun aspirait à enfin j'étais en France!. .. J'allais revoir ma
renlrer en France. L'Empereur, qui ne lïgno- mère, ain i qu'une aulre personne qui m'était
rait pa el voulait maintenir son armée au déjà bien chère!. .. J'oubliai donc les maux
complet, arnit décidé qu'aucun officier ne passés et m'empressai de me rendre à Paris,
s'éloignerait d'E pagne sans autorisation; cl où j'arrivai vers la mi-juillet 1811, après une
l'ordre de rappel adressé à Mass~na lui enjoi- absence de quinze mois bien péniblement
gnit de n'emmener que deux aides de camp remplis ! Contrairement à mon attente, lP .
et de lai::-ser tous les autres à la disposition maréchal me rcçul on ne peut mieux, el je
us qu'il avait parlé de moi en terme · très
de ~on succes eur, le maréchal Marmont.
Celui-ci, ayant son état-major au complet, et bjenveillants à !'Empereur. Aussi, la première
ne connaissant aucun de nous, n'aYa.it pas fois que je me présentai aux. Tuileries, l'Emplus envie de nous garder que nous ne dési- pereur voulul bien m'exprimer sa saûsfaction,
rion rester auprè de lui. TI ne nous assi- me parler avec intérêt de mon combat de
gna donc aucune fonction, et nous pas àmes Miranda de Corvo, ainsi &lt;rue de mes nouvelles
assez tristement une vingtaine de jours à blessures, et me demander à quel nombre
Salamanque. Ils me parurent cependant moins elle s'élevaient. c1 A huit, Sire, 1&gt; lui réponlongs qu'à mes camarades, parce que je les dis-je. « Eh bien, œla vous fait huit bons
employai à consirrn~r sur le papier mes souve- rpiartiers de noblesse! » reparlil !'Empereur.
(A sui~re.)

Madame de Mont léar
·1844.

.

lf me de Montléar est une fort grande da.me.
Elle est petite-fille du feu roi de Saxe et mère
&lt;lu roi actuel de ardai 0 ne, l'anci n prince de
Carignan. Je ne ai plu ce qu'elle e· t il la
vice-reine d'[talie, ~lme Eurrène de Beauharnai •.
Elle a épou é un petit gentilhomme du
Béarn. M. de lontléar, qu'on a fait prince,

et elle s'appelle la princes e de Montléar. Du
reste, elle ne va pa à la cour de Sardaigne,
car elle n' aurait pa de rang, ou du moins
elle cule aurait un raug, on mari !non, encore moins c enfants. Elle reste à Paris.
C'est une femme étrange comme la po ilion qu'elle a. Elle réalise d'une façon frappante l'idée qu'on ~e fait de ces ancienne
électrices qui figurent dans les Mémoires.
J'imarrine que ~!me la Mar,.,.rave de Bareith
dHait être quelque cho c d'approchant.
La princes e de Montléar est une rrrande
femme fort laide avec de beaux eux
d·homme, une coiffure frisée qui lui cache
le front, parlant beaucoup, vite et haut,

GÉNÉRAL DE

l\lARBOT.

fière, bizarre, rude, familière, pa méchante,
spirituelle, négligée, mal faite en tout, des
bonnet ridicules, des jupes qui lui viennent
à mi-jambe, et avec tout cela le plus grand
air du monde.
Le roi on fils lui a fait don de son portrait, petite miniature entourée de perles
dont la ingularilé est d'être couverte d'une
rrlace faite d'un gro. diamant aminci ju qu'à
l'épai seur du verre. Celle glace de diamant
fait un étrange effet. La princes c de Monlléar
porte la cho c en bracelet. Elle en fait arandement montre el en tire vanité. Du re te.
elle paraît tenir beaucoup plu" à la glace qu'au
portrait.
VICTOR

..,. 102 ►

HUGO.

•
rots
Cœurs de

M. P •tit-Cuenol, commi saire-pri eur; il vil
passer aux enchère treize plaques de cuivre
qui, d'oprès les in criptions quis'· trouvaienl
gravée , prornnaienl des urne où jadis
avaient été con crvés les cœurs de quelques
princes el prince ses de la famille royale. If n
amateur, pour le compte du duc d'Orléans,
acheta douze de ces in eriptions : Schunck
poima la treizième cl s't~n rendit acquéreur
pour U Cranes, C'élait ceHe mentionnant le
Mpiil du cœur de Loui XIY.
Très sati fait de se trouver en posse sion
de ce p-récieux bibelot, Schunck en voulut
reconstituer l'histoire, et c'est ain i que, ou
tliaire des &lt;'lier- le prétexle d'acheter un tableau , il se fil préenter au peintre Sainl-fürlin , dont Petitcheto·.~ el c111'ie11.r.
Il e l certain qu'on Badel avait été l'ami.
Saint-~fartin, d'abord, u a de réticences;
y con-erre un coffret de métal tiui, enfin, Limul I par chunck, il raconta que, à
s'il fauL en croire l'époque de la Révolution, lors de la destrucUR~E DU CŒUR DE
non seulement la tion de monument funéraire qui peuplaient
FRANÇOIS J••, A L ABHAYE
lr ad Ilion, mais
les ca-veauxde Saint-Deui el du Val-de-Grâce,
DE SAINT-DEN! .
ans i nne in . crip- Petit-fladel, en qualité d'architecte, ayait été
1Clkht Ncurdcin ,
tion très explicite, chargé de urveiller l'opération. Notons ici
contiendrait le que chunck, en rapportanl le récit de Sainlcœurdu grand roi. Mais M. l'abbé Dnperron, Martin, ne fait mention, comme on le voit,
procédant à une enquète, n'a trouvé là qu'une que de l'abbaye du Val-de-Grâce et de la La iboîte rondo rece1ant quelque fragments qui
parai sent être desimples débri d'os emwt.s.
La que Lion posée par l'Jntermerliaire a
en pour premier rèsultat de faire ju lice
d'une légende d'après laquelle le royal viscère
aurait élé mangé, - oui, mangé - par un
certain docteur Bukland, doyen de Westminster. Quelque piuore que que soit celle verion, il faut décidément y renoncer; mais
j'en vais pré enter une autre qui ne lui cède
en rien, sinon en macabre, du moins en inatlendu. Celle-ci m'e t ré\·élée par une lias e de
trè authentiques dossiers: j'ai tout lieu dela
croire inédite. Elle mérile, en tout cas, examen, el bien qu'elle soit d'une déplorable
invraisemblance, il me paraît difficile de la
mettre en doute. ans plus de préambule,
voici l'anecdote. Je n'ai, pour la conter, qu'à
résumer deux pièces conservées parmi le
papiers provenant de l'administration de la
maison de Loui XVlll et qu'on trouve aux

L'armoire 011 ·ont "ardé· le ci ur tle
plu ieur rois de France et rru'on voit dans
la crypte de Saint-Deni , ou, pour mieux dire,
qu'on ne voit pas, car elle occupe le fond de
cet ob cur cl lugubre caveau où sont
déposé· le cercueils des Bourbon , renfermet-elle, comme on
l'a dit, le cœur dt&gt;
Louis XIV"! Telle
e Lia question qu'a
posée l' lntel'mi-

0

Saint-Antoine; ils étaient contenus en deux
man olées se faisant vis-à-vis, de cbaclue côté
du sanctuaire, et que supportaient de anges,
de grandeur (( qaasi-naturc », en argenl doré.
L'un de ces monuments était de Coustou;
l'autre avait été modelé par Sarra in. chunck
derait donc, pour t\tre erncl, citer, en même
Lemps &lt;1ue lü Val-de- ,ràce cl Sainl-Denis,
l'église des Jé uites, puisque la plaque cru'il
po, édait ,·enait de là. Peut-être se liait-il aux
ouvenir incomplets de ainl-)fartin. Peutêtre aussi rapportait-il simplement le indications sommaires du catalogue de la vente
Petit-Badel. Quoi qu'il en soit, la suite de
l'bistoirc établira qu'il n'y a là, de sa part,
qu'une omi sion résnllant d'ignorance ou
d'oubli.
Petit-Rade!, chargé de surveiJler le « démcublement » de églises, convia donc à y
as ·i Ler le dit aint-Martin et un autre pcintro
de es amis, fürlin Drolling. Tous deux l'accompagnèrent, désireux de e procurer, si
possible, de la momie dout ils a\·aienl be oin.
La momie est, comme chacun sait, une couleur brune séchant lrès lentement, cL qui se
compose d'aromates provenant des corps
embaumés. Au dix-huitième siècle, on disait

ArchiYe ~alionales sou la cote 03629.
On honnête bourgeois de Paris, PhilippeHenry chunck, habitant 26, rue d'Artoi ,
chaussée d'Anlin, avisa, dan les premiers
jours de février 1819, une affiche annonçant
la vente du mobilier el des collection· de
M. Pelit-Radel, ancien architecte, décédé
rue Castex, le 7 novembre de l'année précédente. chunch. était curieux de bibelot · il
se rendit à la vente, faite par le oins' de

L'ABBAYE DE , AI:-iT 0EXI ·

li que de ainL-Deni ; or, le cœurde Louis Xl\' ,
ain i que celui de Louis Xlll, arnienl été
dépo és à l'égli e des Grands Jé uitrs, rue

LA

CRYPTE .

mummze; à &lt;:e lle époque, celle matière était
d'autant plus recherchée par k artistes
ryn •elle fournissait, assurait-on, d s rrlaci:

�("" -

-

msTO'J{l.ll

111crveill'ux. Cdle11ue \Cndai1:11t alor~ le. dro:,:u, te du L '\a.Dl pro,t•nait d cadaue que
le~ juif'· d' rient con_ervaicnt it l'aide d'aromate~ ré~ioru:t el de bitume dt•J udtie; mai on
la pa)ail cbt rel on 'en procuraitdillicilcmenl.
L'ocea.ion était donc lrntantc el le deux

.\DB.\ YE DE

.\IST·DE. IS : LE TOlffif. \U DE

Lours XIV.

vaiL ' tromper, puisqu'il gardait pour oi la
pl:ique indicatrice cell 'e ur l'urne. ainllartio pa a cc qu'on lui demandait; il acheta
éaalemenl le cœur de Loui · XIII et parliL
ain i pourvu. La cène, c'esL évident, eut
pour théàtre l'énli_e des Jé uite , et 'e l bien
pour cela que, vingt-cinq ans plu tard,
int- farlin prudemment, lais a dan le
1•a1rue la dé ignation du lieu où elle 'était
pa. ·ée, de crainte qu'on loi reprochât celle
profanation; en r ,·anch • il parla du Val-deGr-.lce, d'où il n' vail rien mporlé. C' t là
que Urollinrr fit a provi ion; comme il peignait ordinairem nl de int 'rieur dan la
manièr • flamande et qu'il se péciali ait dao
le claii·-nb:,'m·, il lui fallait beaucoup de
momie : il acheta onze cœur ; à eo juger
par le épitaphe qui e relrou\'èrent en i 10
à la ,ente Petil-Iladel el que le duc d'Orléan
fil acheter c'étaient ceux d' nne d' ulriche,
de ~larie-Thérè e, du duc cl de la doches e de
Bour oane, de Mme Henriette - l'héroïne
de Bo uet - ceu. du Ré 7 ent, de la Palatine, du Ga ton d'( rléan., de la du bes c de
Jontpen ier, etc. Drollincr les emporta à on
atelier et le mil en tubes .... Le tout pa· a
ur sa palelle, car chunck, pour uivant on
enquête, acquit la certitude quo Martin Drolling, mort d'ailleur depuis t 17, avait employé la totalité de la momi recueillie p1r
lui aux caveaux. du Yal-de-Gràce.
aiot-~lartin avait eu plu· de crupult' .
Apr • a\'oir lon!rtemp hé·it , il e dé id,1
pourtant et entama le cœur de Louis • I\';
celui de Loui XIII re la intact; même le
peintre ne déroula pa la bandclello qui l'enserrait, à laquelle était u pendue une petite
médaille. Afalheureu ement, quand chunc.k
se p, enta chez lui, aint-~artio ne avait
plu où il avait fourré cette relique royal ; il
étail certain de ne l'avoir ni jetée, ni donnée,
ni vendue; elle devait e lrouv r dan quelque
0

,Clichi • 'eur~in ,

peintre a i tèrent à l'ouverture des urne
où repo_aient 1 cœur princier·. Petit-lladel,
en aH. ant un, le propo a à 'ainl-Yarlin,
di ant : a Tien , prend ceJui-là, c'e l le plu
gro ; c·e t celui de Loui XI . » Il ne pou-

coin de son atelier. et il pro mil que dè qu'il
aurait le temps, il ln rhcrcltuait dans dr:
ffJui/11 · !

En attendant, il fallait a urer la con::- rvation de la parcelle ul&gt;si tante du cœur de
Loui Xl . 'aint-.lartin con entait bien à
'en défaire, mai « à condition qu'on lui
rembourserait ce qu'il avail payé à Pelilfladel ». chunck e chargea de né 11ocier
l'alTair aYec l'intendant de la mai on du roi.
Lui-m 1 me offrit à Loui , \'(li la plaque grante qu'il posséd it ·
int-M rtin, de on
côté, r litua le reliquat du cœur du grand
roi et reçul en édnn 'le une tabatière d'or,
promettant d'apporter Lou e oin à retrouver le cœur de Loui XllL n an plu
Lard, se entant sur le poinl de mourir, il fil
appeler ch unck et le lui remit en ...tfèl, encore entouré de .a banddette el muni de a
petite méd ille. cbunck porta le tout à l'intendant de la mai on du roi, en même temp·
qu'une relation de on enquête que ignèrenl
le duc d'Aumont et le ,icomte d'A.,oult, pr~mier écuyer de Mme I duches e d'Angoulême, atle Lanl Lou· le deux qu'il avaient
connu chunck bien avaot la Hévolution, qu'il
était in1:apable d'unpo Lure el trop bon roya]j te pour qu'on o·àt mettre en doute a
parole ur de i re pectable; objets.
Voilà comment il se p)urrail bien que la
parcelle aujourd'hui coo,ervée à aiot-l.leoi ·
el 11ui, d'aprè· ~I. l'abbé Duperron, ne re embleen ri'!n à un cœur, Fùl tout implemenl le fra •ment échappé aux pinceau de
'ainl-Martin. Quant aux. autre· c ur , ceux
de fürie-Tbér~ ·e, de la doche e de ilourgo Tne, du Rl•Tenl, d~ füdarue Henrielle quel 11.Jt d'éloquence pour Bo"uet! -quant
à ceux-là, il- ne ont pa p!rdu:; tout à fait;
m1i , dame! il faut en chercher la trace dans
l'Intérieur de cuhne, tableau de Drolling,
qui est au Loune.

l'f.n:

O.\'i

UN l'ALAI ' A VESI E, AU XVI"

IÈCLl.. -

,-;rJ)•ttr~ .fllF..~RICC. GOLTZl~S.

(Cabinet dtS Est.imtes.)

GRANDES AMOUREUSES

+

La Périne
Par J E

~ICHEPI , de t'Ac:.idémie fr.inçai ·c

T. ,.

Henri IV
~

llenri l\' était le plus grand roi el le
m illcur homme du monde. 'n jour )L du
füinc I vint _e plaindre à lui de l'insolence
de JI. de Bala!!'ll ·', qui a1ail fait appel •r en
duel le duc J' iauillon ·on fiL II Balanny
e t Lien heureux, di :iit li. du Maine, qu je
n'aie point ét I chez moi; je l'aurais fait
pendre à la grille. 1&gt; Le roi ne fit que e rel. r.tiarl •. de Lorrain . duc de 3h;enn~, lieuh•nanl
gén ·•rai de l'Llal el s-ouronnc de France pour la Ltg11c
aprè le duc do., Gui. son rr~rc.
2. Je~n dt• Baia 1y. Mimi ,I,• \Jontlnc, llllri-,·hal
11, f'raucc &lt;'Il I Mit

tourner ver ceux qui étaient dan la chambre,
et leur dit: « Le bonhomme e nt encore
de la Ligue. li

Ti ch, lui dit-il en l'embra ant, j'ai tort à
votr • étrard, et je \'OU fai tou le réparation.
- Ab! ire, lui répondit le vieu colonel,
vo bonté me vont coûter la vie,
o ùonoa
la ha taille el il ful Lué.

~ Ce grand prince était prompt, mai
bientôt la rai on I • foi ail revenir. Le colonel
Ti ch, qui commandait le ui ses dan on ~ Cc grand roi avail e faibles c. comme
armée, lui vint demander le m:&gt;nlrc 3 de· un autre homme. JI était amour •ux de la
ui_ e la veille de la Lataill • de Dreux, Le ducbe- e de Beaufort 4 et roulait ab olumcnt
roi, qui n'avait p:i d'argent, e mit dan une l'épou er. Il nomma ~anc • on amba adeur
furieu e colère. 1 traita C-1rt mal, el • 'm- à Rome pour faire C.'l cr on mariage a\'CC
porla à de parole fort injurieu c . Le len- la reine llar"uerite, ou prétexte de a maudemain, en ran(feant
troupe en bataille, ni e conduite; mai
ncy ne voulut point
il e souvint de ce qu ïl avait fail, et quand il
e charger de la commi ion. « ir , lui ditfut devant le bataillon ui
: 1 Colonel il arnc une rranchi e de vieux Gauloi , courtisane pour courtisane, encore vaut-il mieu.x
;;, lfo11il'e1, Ide, On appdait ,11011frt la rcrne où
la wlile : t.li lribuail au soldats,
que rnu "ardiez ce!Je que \'OUS ayez; au
'•· Gabrielle d'E lrécs.
moin. e t-elle de bonne maù on. »
ADÉ DE

.,.

IÛ-! ,..

'J 101 Y.

Le lorieux le grand, I • divin .Arétin,
celui 11ui de,ail ètre l• roi de l'Italie lill''rnire, el l'emperrur de la satire l'n Europe,
o·eut pa dl' nom en nais aol. li 'appdait
impll'menl Picrr , Pi tro, fil de n'importe
qui, •nrant de courfüane, , nu au jour :1
l'hôpital d'.\rezzo en I i02. dl mère Tita
fai ait métier de modèle et de pro~litufr, et
l' \rélin fut le bâtard d' Loulle lllondl!.
:on rnrance fut Ct·lle de fil de "Ul'Ul''
celle qui .e pa ·.c . ou le table du c.iharet,
ur le de cente de lit d mau,ai' l1eu:r,
dan le rai eau, dan l':ipprenti a"e de
vice précoce rl du ,agaLonda"c mal~ain,
celle d'où l'on ort rnurien, filou, outentur.
A ln iLe an • il file ÎI. Pérouse pour cherchcr forlunr, el r:u. il à y vi1re, comml' apprenti rdieur, "ràce à la Liemcillance de·
b Ile fille . Mai cela n lui .uflit point; car
ce n't· t pa. là un &lt;&gt;r•din \'Uh:airc. \'opnl
que l'a, •ntar e:-l la loi de l'Italie, que tout
e~t ouvert aux audacieux. et .e _ nlant tailJ:
our l'audace et l'arenture, il piaule là un

Leau jour le belle fille de l'érou e; el .an
le do· et il a des gràce naturelle en e met•
ou ni maille, avec un seule chcmi e u,- l,· . lanl à plat rentre. Le Lout e l d'entrer dan
derrière, rouchanL à la belle étoilr, mcn- une maison où on pui •·e exercer ces talents,
dianl, \·olant, ,·hant de raccroc, le ,·oilà en
rne foi valet d Léon X, quoi&lt;1ue perdu
route pour Home. Le tcmp d'être nlcl cl de dan la foule des Lai eurs de parquet, rn ez
e _au ver de cht•z on maîtr en emportant comme il sait e faire valoir. Eu moin de
un• la_ c de ,·crmcil, et il e l gro Jean rien, ràce à Juil' de Médici habilement
comme de"ant. Il rclour11e rn pro1ince, pui. 0aué, l'Arélin e t orti de l'ornière. Il a derentre en rvice, chez un &lt;·udin:il, pui re- habit à lui, de maître e à lui, el deYienl
devient porl '-be.arc, puis e îa1t c.1pucin, quelqu'un,
pur jelle I rroc aux ortie , pui finakmenl
.\lais décidément il a trop de concurmit&gt;nt à Rome, où 11 rnil hicn qu'il faut re·- rence Rome. Tùton la proYinr ! Bon11e
trr pour faire fortune. Toul cela en moin de idée en effet. Iilan Bulo 17ne el Pi.e le rencinq an , C'était un joli début d'aventurier. voient riche et presque pui ant. C'e l le
Etre parasite, ,oilà l'art qu'il faut ap- c-0mmencemenl d'un bon établi ement de
prendre pour réu •• ir alor:. Pietro n'a pa
para ile.
be.oin de l'apprendre. La 0allerie, la basE t-ce as ez·? Oui pour un autre. Non pour
.e e, la eomplai.ancc doul use, la pro titu- !'Arétin. li allend enœre le coup dëclaL qui
tion focile, il a toute cc belles qualité3 dan
doit le mellrc au-de u de Lou ,es ri1,au:..
le :30". Qu'un .utre ·c\'.ténue ;1 les aet1ué- Que faire? Il revient à Rome. Léon · e l
rir, el arrive par de nombreux eflbrts à plier mort et a été remplac: par dricn nr, Ull
comenablemenl l'échine! Lui n'a que faire Flamand ri 11ide. Mauvai-e affaire. Bah! lè.l
de 'efforcer. Ou premi r coup il ait courber trop bon papes durent peu. Quinze jour de
.,. 10.'i"'

�________________________________________
1f1STO']tl.Jl
~évérité, el Adrien \'Il est mort. Clément ''ll
lui succède, un lédicis cc]u i-là. A la bonne
heure; c'e t le champ ouYert aux courtisan .
L'1rétin accroche une pen ion par-ci, de·
cadeaux par-là . • 'importe! il n'est pas salisrail enrore.
ur ces cnlrt·failes, en 15~4, Jules Romain dessine eizc compo itions obsci!ne . On
le condamne, il prend la fuite. L'occajon
depuis i longtemp gueltée par l'Arélin, la
voilù enfin trourée. A la me de ces oh cénités, le ais de Tita a senti qu'il aYait du génie. Que fai ail-il ,ju.qu"alor , à user
emelle dan le antichambre comme Lou
le autre '! Pourquoi n'était-il qu'un para ile
!'Ont me Lout le monde, à Lrenlc et un aus?
Ah! maladroit cl avi é gredin! Happelle-Loi
donc t.lc qui tu c né, cl commente ce qu'a
fait La mère. Écris cc que tu as dans les
veine , de luxure l'urieu e el de raffinements
ingénieux. El l'.iréli.n joint aux eize compoitions de Jules fiomain eize .onn l explic:ati(s c1ui ,ont re Lé le modèles du genre.
a réputation était faite du coup. ~laintcnnnl
l'Arélin était un nom. Peu importait qu'il
fùL cba é de lloroc. lla1ai Lun refurre a uré
partout où on aimait la dJhauchc, c't t-h-dire
dan l'llalie tout enli. 'rc.
·
&lt;1 Vi,,e le Grand-Diable! i&gt; Tel c:.L le cri
que pou saient le troupes d Jean de Médici
en célébrant leur capitaine· Lei e l au si celui
que pou sa l'krélin, appelé à la cour de ce
eigneur. Quelle cour, el qu I e.igncur. ·n
camp et un chef de bandit . C'était bien un
rand diable en elfot, que cc tbef des Ba11tles
noi1·es, joueur, ivrogne, débauché halai lieur, grand capitaine au demeurant et adoré
de se oldat , car eux aussi étaient comme
lui, ivrogne , débauché el
joueur~. Le camp amit plutôt
l'air d'èlre au pillagêq_ue d'être
crardé. La ripaille y régoaiL.
Ici on assommait un bœuf qui
beuglait en s'aliai saut. là de
moutons entiers rôtis aient.
On buvait à même les tonneaux défoncés. l&gt;es filles écrasaient leurs chair blanches
ur l'acier des armures. De
tambours crvaienl de table·
;1 jouer. On criait, on riait, on
e di pulail. Des ,oix enrouées
hurlaient des chansons à boire,
et le baiser vineux claquaient
fortement sur les µeaux. Dans
un coin, on pa ait par le
armes des paysan qui ne
voulaient pa se lais er rançonner. Sur tout cela planait
une odeur forte où e mèlaient
la cui ine, la sueur, le cuir de
buffleteries, le Yin, le sang. Quel
paradi pour un aventurier!
Au si !'Arétin fut-il ,ile le
meilleur ami du Grand-Diable. C'e t lui qui
a ai,onnait d'esprit et d'obscéni Lés les festins
pantaarnéliques du soudard, cl qui lui tenait
le mieux tête dan le orgies. ki, il n'était
plus be oin de délicates louanges, de onnels

quintessencié,, &lt;l 'cxq uises courti,ane ric,,
comme il en fallait :'i Home pour charmer une
société de rafanés litléraires. ki la gro c
rraîté était la bonne, le el n'avait rien d'attique, la farce épai se était la bieol'enue, l'esprit était comme ln cuisine, el emblait divin
pou nu qu'il fût crou tillant, aignant, épicé,
arro é de vin l'umem qui ebaulfait l'estomac
et pou sait au larcre rire.
Cependant on oc pouvait rire loujour . li
fallait e Ùallre au · i. Pour le Grand-Diable
et pour ses ribaud , ce n'était que chan cr
de fêle. liai pour l' rétin, poltron comme
un être intelligent ttui tient it _a peau, c'était
le re,er de la médaille. u i quan:l ,·int le
moment où la bataille fut le de sert allcudu
de chaque repa Pierre jugea-L-il prndenl
d'aller faire un tour 11 llome.
Mal lui en priL. .\u si, que diantre avait-il
besoin de courtiser la cuisinière de monseigneur Ghiberti? Car voilil où il cherchait es
amours. Malheur u ement il n'était pa le
cul, et, qui plu c,t, un gcn1ilbomme ne
ÙQdaignail pas de lui faire concurrence.
C'était un Bolonai Achille de.lia Volta. Pour
l'éloigner, l'Arélin euL recours à son arme
ordinaire, la calomnie, el lança contre lui et
la sédui ante maritorne un sonnet plein dïnjures. Le cordon bleu e fàchc, le gentilhomme encore plus, et un beau oir, notre
amoureux transi et médisant reçoit de on
rival cinq coups de poignard qui lui !rouent
la poitrine et lui taillad ent les main . A
rrrand peine peut-il se sam•er, estropié et
aignant.
Décidément il valait encore mieux retourner auprès du Grand-Diable. Mais;ohéla ! le
Grand-Diable allait régi r son compte. Quel-

_,,

chenapans l'adoraient, cl perdaient en
lui un nai père.
Que faire maintenanl '/ Plu de protecteur!
Borne (ermée l L'ltalie en fou gràce à la
guerre t Pui , l'habitude perdue de faire le.
pied plat dan un alon. Au camp du GrandDiable, !'Arétin avait pris le CTO"Ût de la "ie
large, san crêne, des orgies facile , des dépenses san calcul. Faudrait-il donc rentrer
dan quelque cour de petil eiaoeur, et refaire le valet'! Faudrait-il recommencer les
petit sonnets à éloges fin , le petite épilr it délicate" allu ions? Faudrait-il e remettre
au c.rn·an Je telle ,·ie . an lendemain, où le
plu b au laient de parasite est à la merci
d'u.n m3Îlrc, où votre sort dépend de on
ourire, de , on humeur, de sa honoe ou
de sa mauvai e di 0 estion '? ~on! non'. l'Arétin ne voudrait pa s'abai rnr jusque-là. Car
pour lui, voilà le Yéritable ahais ment :
c'est de deveni r moindre. Mieux vaut 'enfoncer dans l'ianominie, mai grandi.r eu
riche ,e et en influence. Allon I l°J\.rétin,
l'homme ingénieul, l'aventurier sans scrupule et .an préjuaé, que va -lu faire? Yoici
l'embranchement de ta ,·ie. Tu vas re ter un
t'Ourti an ordinaire, ou devenir un grand
homme. Pou1· devenir cela, il faut trouver
du nouveau. Le trom·era -lu ?
L'Arétin le trouva, el c'est là qu'est proprnment on génie.
Il inventa la presse.
Certes, avant lui, on avait l'art de battre
monnaie a,·ec l'éloge ou la satire. C'est un
art au i vieux que celui de □ alteur, c'est-i1dire au si vieux que le monde. Mais on llaltait celui-ci ou celui-là, on s'allachail à quelqu'un. On était le panégyri Le d'un maitre,
el on attaquait abrité ous
sa protection. Puis, on ne faisait pas le métier en grand.
L'originalité de l'Arélin, a
force, fut de fonder en quelque
sorte une entreprise d'éloge
et de blàmc. li se mil à tenir
Lontique de calomnie. e retrancher da.n un fort inacce sible aux vengeance~, et met Ire
de lit lout le monde i1 contributiun, telle fut son idée. Poltron corume il l'était, il sut
en mèn:e temp se préserver
des danger que pouvait offrir
le métier. Fanfaron, mordant,
cruel a,,ec ceux dool il n'ara.il
rien à craindre, il trou,·a
moyen de faire croire qu'il
était prêt à dire Loule vérité,
el qu'il ne reculerait devanl
rien. Ain i il pouvail Jaire
Clkh~ GirauJon.
acheter son silence. Quant à
se" éloges, a réputation de
1 N PALA[S SUR 1.E GR.\:SO ' ANAL .~ \ ' ENISE·
satirique de,·aiL leur donner
un prix siogulierque n'avaient
que ·temps après, en l:i26, il recevait un pas ceux des flalleurs de profession. Joignez
eoup de fauconneau dans la jambe, ubissail :'1 cela .on audace d'a,cnturier, son cynisme
l'amputation ans e plaindre cl mourait d 'S d'é rh•ain, ses di positions ntiturelles à faire
suites de l'opération. li laissait e bandes le charlatan, et vous aurez le secret de la
noire désolée , et l'A.rélin au J6sespoir. Tous terrible pui ance qu'il inaugura el qui c~t
cc

,

_______________________________

ci elées, Labl aux, bronzes, tenture . Un
devenue la maitresse du monde. Ll [ul le jusqu'au maitri:. Beaucoup ont app ·lé , mais
homme du peuple crui frotte se aro ier»
,,éritable créateur du chantage en grand, qui peu eronl élu , dan celle troupe de quémanvt!lemeot à Loul cc lu e, pou ~c elTronLémcnt
L resté le plu olide fondement de l'in- deu r l)Ui ,ientas aillir le pui saulpropri6Laire
du pal.ai . Toul le monde peul entrer le tout le monde pour arri l"er le premi r. Il
0u nce en matière de pre:; e.
porte dan une corbeille un poi on d 1mesu\'coi e e t la seule ville libre en llalie. Là, demander: mai pour le voir, pour lui parler,
rémenL aro. · et le secrétaire
tranquillement, à couver t ou.s
du maitre, un !!rand fland.rin
l'égide de la Républit1uc neutout de noir ,·rlu Lorenzo
tre, pourvu 11u'il n'ait pas
Ycniero, lui fait faire plaœ.
maille à partir avec elle, il
Les autre ont beau bai er la
pourra travailler 11 a gui e
main cl n·rais.'er la patte du
dans sa nom·eUc manière. Le
jeune drolc, in oleoL rommc
27 mar- 1527 il
fait on
un chirn de riche, il îai L pa enlrêe el pail' a bienvenue
~er le pre111icr cc porl 'Ur de
en plalitude par une épilre au
pois on · car il ait que le
doge. Maintenan L il est as ur:
maill'C avanl toul e t un fin
contre l'extérieur, cl il ,a e
gourmand
.
mettre à l'œuue.
Ce mattre, qui se lai c ,oir
'froi an· aprè , e11 1550, il
~i difficiletll ni en per onnc,
esL le maitre de la littérature
on p ut adJllirer on portrait à
italienne, le ,éritabl' roi de
loUr. Ue-treproduit partout
1'1Li1lie et même de l'Europe.
'Il marbr , en bronze, ur la
Il écrit en protecteur au Ta~se,
1
oile, ur dl· médaille . couil corr pond a rct le potenronné d' laurier, , coiffé de
tat , il Lient tête au pap , il
rayon:. Le Titien lui-m 1me l'a
e L redoul;, tout-puis anl, et
pris pour modèle. Oui voil:1
1.'c t lc di,·in ArJLin.
bien
le portrtiil du !!rand
\'oulcz-You a,oir comnirnt
hom Ult'. nassa. icz \'O yeux
,·il l'ancien appreuti relieur,
de ·a me diYine. La tète,
l'aneien valet, le capudn déénorme 1iar del'rièrc, éLrniLe
fro4ué, le ouleneur mi épar deYant, porle impudemrable, l'amant des ·uisioièrcs
mcn L la face bestiale qu i
le fil de la prostituée·~ C'est
s'a,ance. Le front est dégarni,
à n' pas croire.
ridé, plissé, bosrné 1 urplomur I Canale Grande 'élèrc
banl. Le sourcil épais forme
un palai comparable aux plus
carcrne l'n dessous et dan.
beaux de Yeni.e, un palais
celle caverne e cache l'œil,
tout de marbre, ave des copetit el fauve. Le nez, écra é
lonne , des ogi,,e , de talue ,
à l:l. racinl', ,e dilate large,1ui parait, dè l'enlrée, fa
m •nt aux narines. Les lèrrcs
demeure d'un prince.
lippue el entr'ouverles, déL'intérieur L plu sompcou, renl de dents qui ont
lu ux encore. Ce n'e t pas eul'air de croC-. C'e l une fi.,urc
lcmcnl le palais d'un prince,
L'.\R1':m1.
sen udlc, hrnlalc, ru ·ée, et
c·e t le mnga in d'un ricbis/'remi~•· Jt• ses fOI INltl' f'ei11t&lt; f.ir LE TITIEX ·
la gramk harh qui la t •rime commerçant, encombré
mi n lui donue l'aspect, non
(Gravure Je CORNEILLE \ J1.N O1.1.EN LE JH~E./
de produits de l'Europt· et
d'un apôtre il c·oup . ÛJ•, mais
de l'A ie. On marl'hc de luxe
en luxe, de plendeur en ' plt-ndL•t11•i,. pour obtenir quelqu, cho. 1· du grand homme, bien plutùt ù'un b uc lu urieux.
'aluez ! c'e t le divin Arétin.
L'escalier qui mène à la première salle est il faut venir l main pleine . Donnant , donRiche, heureux, adu1é à 'Oil tour,jouis ant
monumental. L murs ont peints à rresque. nant. Et l'on voil là se pres er de. gen av
IJos Lapis de myrne su ienl les pieds de' des cadeaux arri,·és de Lon_ les coin du de toutes le · voluptés, ourmand, débauché,
ainsi vi\'3it-il à Vcni e, honoré de tou el
visiteur dont on ue demande mèmc pas l
monde connu. De amha adeur ont mèl'
nom. Ham l'antichambre où on arrive sont aux: arli les, le un tenant de sacs d'écus el a ·aot le Titien pour ami intime. Gràce à son
uspendu d~s tableaLL~ du Giorrrionc et du le autres de taLlcau...:, d ~talues, des &lt;rra- commerce de calomnie el de pané rique ·,
Ti lien, donné par c grand maitre·.
il avait fait du monde enlier on tributaire.
rnre , des bijoux. Des prètre cachent 011
Et cc n·c t pa · U, une farcur d'un in ·tant.
Quelle este Lie salle qui uit, où ii; femme · leur robe quelque pré enl payé avec l'aracnl
tra.aillcnt, causent, chiffonnent d ,, ruban:-, de fidèle , et coudoient des ·ourtisanes qui Non, l'œuvre e L trop bien organisée pour èlre
jouent de la !IUÎ.tarc et mangent de fruit
r .gard ill d'un œil d'crnie les helles .\rétines. passagère. Celle fortune, celte pui ·sancc,
dao de as iette d or? C'e L la alle de · Les Allemand , lourds el 1ètus de cuir, le
!'Arétin en jouira tout sa vie, et il vi1Ta
Atélinc•. et les Arélint'. sont le no,au d'un
nalaj raides dan leur a coutrcment de loncrtemps, trtlS longtemp·, dans l'opulence et
~frail. fai nul n'o e Loucher à cc Jfcmmes, ltrocarl, les Arméniens an long bonnel de 1• honneurs, plu admiré qu'un sao-e, plus
Lien qu'elles rirent ou l'œil de la foule qui fourrure, alteudenl patiemment qu'on les glorifié qu'un grand honune.
monte toujour le grand e calier. Et pourtant introdui. e, el se demandent a\'CC anxiété si
llire es amours, cc erait entreprendre
clic n'ont pour "ardien que Je nom de leur leurs dons cront les hienveous. Car autour une litauie san fin. Avan! mt\me d'arriver à
amant et sei!meur. Loin de le mépriser, car d'eux, ur les mur , sur le tables, charg,•anl la forlunc, il avait déjà épuisé toute la li te
œ soul d courtisane , chacun 1 adult&gt;, 1 meubles, il c:ontcmplenL de Lou · côtés
de_ liai ·oos voluplueu es depui celles qui
leur parle avec re pect el tùche d'obtenir 1·nr mille men-cille dont le palai:. regorge et &lt;[UÎ nai enL dan · le 1·uisscau, ju qu'à celle &lt;JUi
protection.
'épanouis enl dans l'alcôre d'un pa.Lai . li
onl été données au maitre, étoffes précieu ·e ,
Car il en faut ne fùl-ce que pour arriver manteaux. brodé , loques d'honneur, épées avait eu des doche se étant valet, et de
0

1

"" 107 ...
◄

lbù ..,_

�111S TOI{ 1.Jl
servantes étanl le commen al de du . 11
avait beau être un para ile, un bouffon, il
avait beau \tre laid sa venc, on esprit, ·on
cyni me, . a réputation obscène, on audace,
lui avaienL ,·:ilu pla d onqaètc· qu'il n'eût
pu n compter. Le temp qu'il avait
pa é avec le Grand-Diable avait été
une atllfnal, perpétuelle, pendant
lar1ueUe le femme se succéd:iient
an qu'il pùt seulement se rappeler
leur noms. C'était pire encore depui
qu'il était à Venise. Outre Je , Arétines, qui formaient n quelque orle
·on méaarre, il an:1il haque jour des
occa ions nouvelle d' ~Ire aim ', oit
JJOur lui, oit pour a rrnommée,
soit pour on or. Plu · d'une grande
dame ne dJdaionait pa de payrr en
nature une parrc de lui. Ile maris
menacé,; de .a plurn e rachetaient
en lui enrn,·ant leur femme. Le courtis:mt le • plu . belle Yenaienl loi
demander I ur célébrité. El cerlrs,
la liste de Oon Joan pouYait e comJ&gt;ar r à ceUe de ce faune liberLin.
De tout ce peuple de maitresse il
en e L une cependant qui ne peut
ètre ouliliée · il en e t une qui rendit
malheureux ce débauché toujours
heureux; il en est une qui fut
adorée par lui et qui ne 1 aima pa ;
oui, il exi. Le une femme, une enfant
Lien plutôt, que !'Arétin fut réduit à
aimer an espoir, el qu'il aima, lui
l'Arélin, platoniquement.
L'Arétin était dan tout l'épanoui cment de a grandeur, el il avait
quarante-cinq an , quand i! rencontra
ccl amour. La jeune fille se nommait
Perina Ri cia et avait quinze ans à
peine. On venait de la marier, quoique
paurre, à un homme riche appelé Polo. Elle
élail belle, mai d'une beauté étrange et Lien
rare à Veni e. Dan ce pays, célèbre par e
courtisanes planlurcu e dont le Titien a
con ervé le type opulent el ma11nifique, la
Périne fai ail l'effet d'une étranrrère, pre que
d'une apparilion. Grande el sYelle, elle n'avait
rien de., forme sculpturales si admirée
alor . Mai , en re\'anche, elle sédui ait sin ulièrement par une élégance maladive, par une
délicate se prc que an 11élique, par un air de
Yicr•'e tri te. Elle avait cet allraiL exqui el
pénétrant de la mélancolie, celte profondeur
de Leaulé morbide, qui est le charme de
poitrinaire . Par un contra.Le qu'on peul
·ouvent con taler dans Je amours, la nature
chaude et Loule &lt;&gt;n uelle de !'Arétin fut
, uLjuguée par celle pàleur. Il sentit là
quelque chose de niluYeau, d'inconnu. Lui qui
emblail avoir vu et savouré la femme ous
Loul e forme , il trouvait un mystère dans
celle frêle enfant, dont il avait oif, et qu'il
n'o ail pas même efllcurer du re..,ard de peur
de la fatiguer tant elle était faible. Celte faible e faisait précisément sa force.
ttre aimé de la Périne devint son vœu le
plu ardent, on eul ,·œu même, à lui qui se
croyait incapable d'P.n former encore. Et ce

vœu suprême, il ne put venir à boat de
l'accomplir. Grâce à on influence et à son or,
il put hi '.l aplanir tous le ob tacles; mai là
s'arrêta son pouvoir. Par de l'ar enl ou d
menace., on ne ait, il parvint à éloigner le

exige une éparation. Il viendra la voir, ce L
bien assez.
Et l'hiver commence, l'hi,·cr terrible aux
poitrinaires. La maladie entre dan · la période
pre que repou sanle, celle qui défigure, 11ui
d"un corps fait un pectre, qui amène
rnr de lèvres aimée des crachats répu!!Da ols. I 'importe I il bai e ces
lènes. Il ne voit pas l'horreur du mal,
ou il ne la voit fJU pour chérir
davanLa..,e la malade. li passerait s
jours el ses nuit à la soigner i elle
voulait. .Mai clic c,;t cruelle, elle ne
,·eut pa , elle le renvoi · chez lui.
El quand il a oif de la voir, ce
o·esl pa seulement cdle défen e qui
l'arrête. Souvent la mer e l mauvai e,
l'ora ce t menaçant, l pa un Larrarol ne veut le conduire, quelque
prix qu'il y mette. Eh birn I il ira
seul, il bra\'era tout, il a besoin d'aller pa.ser quelques in tants auprè '
ll'elle, il a be oin de la soigner, de
la consoler. El lui, l'homme riche
l'épicurien, le jouisseur, le poltron, il
'expo e aux intempéries et aux
danrrers plutôt que de rester sans
nouvelle de la bien-aimée. li oublie
tout en la voyant.
« ouvent, raconte-l-il, par le plus
« .cruel décembre, le plu affreux
« jan"ier, le plu tri Le Ié,·rîer quel 'on
« ait subis, je ne pouvais trouver de
,, barque di ponible. Alor , ous la
Cli&lt;ht! Oiraudoo,
(( plaie qui m'inondait, ous la neige
PAGES ET VALETS ATTENDAXT LEURS MAITRES
c, r1ui me glaça.il, sous le vent qui me
A LA PORTE D'UN PALA!~.
,, mordait, je me mellais en route,
De/ail 1fun tableau du fnnlre -,it!ntli1m CARP~ccro.
" et j'arrivai près du lit de la Périna,
(A cadtmie des Beaux-Arls, l'e,iise.)
« eul et dé e péré; el les gouttes
,, d'eau froide, et le flocon de
mari. Il obtint de la mère et de l'oncle &lt;le &lt;( neige, et les morsures de la hi e me
Périne tout ce qu'il voulut. La jeune femme « emblaienl encens, parfum et nuages de
,·int ho.biter chez lui. ,rai, ce fut tout. Elle ne « neurs. ))
l'aimait pas.
Tant de soins devaient avoir leur récomli n'en priL point d'ombra"'e, lui, habitué pens ', et le rétablis ement de la Périne en
au~ triomphes le plus rapide . (l e dit que fut le fruit. Après treize moi de cruelles
cela tenait à la maladie, aux soufl'rances de sa
ou[rances, elle se reprit à l'ivre. Quelle joie
chère maitre e, et qu'il entrerait dans ce au cœur d'Arélin, cl comme il se remit à
cœur fermé en prodiguant à l'enfant ses l'entourer de luxe, à la combler de faveurs,
soin les plus tendre .
pour hâler a convalescence! Ah I maintenant
Elle était au plu mal, en effet, la pauvre du moins Ile ne pourrait 'empêcher de
Périne. La phti ie minait ce frêle corp . On l'aimer. C'est lui qui l'avait arrachée à la
suit pa à pa ce douloureux_ progrè. dan les mort. C'est à lui qu'elle devait de voir encore
lellres de l'Arélin. On y lit combien il ou1frc la lumière du oleil. Et œtte foL, le pauvre
d \'Oir ou[rir la Périoe, combien il esl bon amant toujours rebuté espérait bien qu'ell e
pour elle, combien il l'adore. Rien ne lui lai erait toucher par une si vive tendresse.
emLlè a.us i beau qu'elle. Il n'a jamais rien Uélas t espoir trompé. Certes la Périne était
connu d'~u i accompli.C'est un angemalade. pénétrée de reconnai ance, et témoignait à
Pour lui faire oublier son mal, il n'est rien son bienfaiteur toutes le grâces qu'elle pouqu'il ne fa e. Toul ce qu'elle désire, il le lui vait. Elle lui disait avec un sourire qui le
donne. Le belle robe , le bijoux l'or, ont fai ait pâmer :
le hochets de celle enfant capricieuse. Qu'elle
ous ètes mon père et ma mère.
prenne tout, qu'eJle ca se tout si elle veut,
Mais de ce sentiment à l'amour il y avait
pourvu qu'elle solll'Îe el qu'elle semble un peu encore un abîme; et œt abime, quelque
. oula..,ée.
eJfort que fil l' Arétin pour arriver à le
Mais le mal augmente loujour . ur l'avis comliler, la Périne semblait de moins en
des médecins, il la conduit à la campagne. moin décidée à le franchir.
Va-+il donc se éparer d'elle? Il ne veut pa .
Le a iduités du pauvre homme eurent
lais elle, que tant de prévenance fatiguent, même un résultat auquel il était bin de
"" 168 .....

HISTORlA

CLAUDE DE SIMIANE, ENFANT.
Tableau d' R, 1ULPHY. (:;\lu ée d'Aix. )

�~---------------------------------------

Ut

'PÉ1{1N'E - - ,

s'attendre. Un beau matin, il apprit que la une làchcté. On se rappelle seulement une idées vaporeuses cl douœmenl mélancoliques,
Périne s'était enfuie, et le lendemain il chose, c'est qu'on les aime, et du coup on les l'ai;onie de la fin est horrible et répugnante.
Il faut un amour hicn trempé pour résistc1
savait qu'elle n'était pas partie seule. Sans aime davantage.
doute elle était lasse de la situation où il la
Et la Périne est de nouveau installée chez à ce spectacle. Celui de l'Arétin, qui avait
mettait par ses protestations d'amour, et elle l'Arétin. Pauvre entant! Comme elle est ma- déjà résisté à tant de choses, résista encore
y avait coupé court par un coup bien cruel, lade! Voilà trois ans qu'elle était partie! à celle-l'i .
(( C'est une passion folle, écrit-il, mais je
en se faisant enlever par un jeune homme Qu'a-t-elle fait pendant ces trois ans? Elle a
qu'elle aimait.
aimé un autre homme. Mais ne craignez rien : « ne puis m'empêcher d'aimer celle jeune
Oo juge quelle fot la colère de l'Arélin, et le grossier et obscène compagnon du Grand- « femme qui m'a si cruefüment traité, qui
comment il prit un tel acte, avec sa nature Diable a trop de délicatesse de cœur pour &lt;1 n'a pas vingt ans, qui a perdu la voix, le
violente. Autant il avait aimé l'ingrate, autant parler de tels souvenirs à celle femme qui c&lt; pouls,l'odorat, qui ne conserve quele scnil la détestait, ou du moins croyait la détes- souffre. li u'a pas un rrprochc pour elle, pas &lt;c liment de son martyre, cl qui, morte et
ter. Il s'emporte en invectives contre elle, une parole amère. Comme un père dévoué, &lt;( vil'ante à la fois, est gisante dans son lit
dans ses Jeures, et la maudit mille fois, et comme un amant fi&lt;l1:lè, il la veille, il la (&lt; comme un cadavre dans le sépulcre. l&gt;
E:te mourut dans ses bras, et il la pleura
nonobstant ne peut s'en détacher, quoiqu'il soigne, il lui adoucit les derniers moments.
prétende ne l'aimer rius.
Car ce sont bien ses derniers moments celle de toutes ses larmes. Pendant de longues
« Oui, écrit-il, la voilà dissipée, celle illu- füis. Le peu de vie qui restait dans celle journées, de longs mois, cet homme si gai,
&lt;l sion qui, pend~nt cinq a1,nées, m'a conlampe fragile, ce peu do vie que \'Arétin avait si plein de verve, si cynique, fut triste,
« lrainl à l'adorer! Est-il possible que je l'aie rallumé jadis pendant lreize mois de soins, morne, silencieux, respectueux de son sou« aimée, et qu'elle n'ait pas cessé d'accroître ce peu de vie vient de s'user à la flamme de venir. Les plaisirs, aussi bien 11ue les affaires,
« sa haine quand augmentait ma bienveil- l'amour pendant trois ans. Si elle rn plus 10 laissaient froid. li pensa mourir de don&lt;l lance? Je royais bien qu'elle était !romm~I, si elle est plus bas qu'elle 11'a jamais lcur.
Un an après, il écrit ceci :
« pense; mais je savais 11u'en essayant &lt;l'étouî- été, c'est à son ingratitude, à rn lr:ihison, à
&lt;t La mort n'a pu me l'arracher du cœur.
&lt;l fer mon penchant, je ne réussirais pas
elle-même enfin 11u'elle le doit. Mais l'amant
« mieux que ceux dont les mains impru- trahi, le bienfaiteur méconnu ne ,·eul pas « Je me crois fou. Je 1;émis sans cesse. Je
(( denles essaient de courber les branches savoir cela. Elle a bernin d'ètrc so· gnée, l1 sais qu'elle était ingrate el que je devrais
(( des jeunes arbre~, toujours prèles à se voilà tout ce qu'il sait, el il la soigne. Et il (( l'auhorrer. Je me reproche ma faiLlcsse.
(( ~fais je ne peux me persuader qu'elle est
&lt;( redresser ver, leur cime. Peul-on aimer
l'aime de plus en plus.
(( ou désaimcr comme on veut? Aujourd'hui
Quelle mort hideuse, que celle des poitri- &lt;( morte. Je la cherche toujours. 11
c mème je le sens, mon àme, privée de la naires! Si quelque chose semble fait pour inA la longue, cet abattement se dissipa.
(1 chose aimée, est comme une terr-1 livrée
spirer le dégoût de la femme aimée, n'est-ce Entrainé par le tourbillon de sa vie, voué
&lt;1 à la licence et à la cruauté des ennemis,
pas ce cortège des maladies de poitrine, cet par état aux agitations perpétuelles, pris dans
l'engrenage de l'argent à gagner, des
(( toute couverte de ruines, et où ne
relation; à entretenir, des comman(&lt; vivent plus que les larmes. 11
des à satisfaire, des plaisirs à parLe coup était rude, et quelque fatager, il fallait bien qu'il se reploncile que lui fussent les remèdes, grâce
geât dans la lutte et dans l'orgie. Son
àson opulence, aux plaisirs, aux Arétempérament d'ailleurs n'était pas
lines, à ses amis, l'amant trompé ne
fait pour une prostration éternelle.
put se guérir. Jamais il n'a'Vail aimé
Au contraire, il se fentait poussé,
aiusi; jamais non plus il n'avait autant
pour oublier, à se jeter plus que
souJTert. Du seul amour sérieux et
jamais à corps perdu dans les jouisprofond qu'il eût dans sa vie, il n'avait
sances, et il s'y rejeta. Mais en dépit
goûté aucune des joies, aucune des
de tout, malgré le succès croissant
satisfactions, et il lmvait à longs traits
de ses pamphlets, malgré ses cométoutes les amertumes.
dies, malgré ses livres, malgré sa
li était dit qu'il souffrirait plus
encore, qu'il passerait p1r toutes les
renommée de plus en plus grandissante, au milieu des voluptés ou des
torlures réservées aux amants malpérils, parmi le bruit d'une maison
heureux, et qu'il riderait le calice
jusqu'à la lie. Après la fuite de la
sans cesse pleine et encombrée, dans
Périne, sachant qu'elle s'était donnée
l'opulence, dans la satisfaction, dans
à un autre, s'étant refusée à lui, après
les débauches, toujours il fut pourtant de cruelle ingratitude, il ne semsuivi par le îantorne de la Périne.
blait pas possiLle qu'elle pût le faire
Rien ne put eJTacer dans son cœur
souffrir encore. Malgré la force de son
le nom de cette enfant malade qui
amour, il devait la délester, la méloi avait fait connaitre les douleurs de
priser même, et sans doute, avec l'aide
l'amour trompé, el aussi, à son insu,
do temps, il était en garde contre une
les splendeurs d'une passion vraie. De
nouvelle rechute. Que la Périne osât
Lous lef souvenirs brnreux ou mal-

revenir, et il la chasserait, à tout le
moins il refuserait de la voir. Eh bien!
non. Elle revint, et il la reçut, el il fut
trop heureux de la revoir.
Les malades ont un moyen si sûr
.de se faire pardonner : _ils n'ont qu'à être
plus malades. La pitié vous prend en face de
leur figure amaigrie. En les royanl souffrir, on
oublie qu'ils vous 1,nt fait souffrir, eux aussi.
Le plus petit désir de vengeance semblerait

heureux, vulgaîres ou bizarres, de ~a
vie qui en fourmillait, celui-là fut le
] EAN DE )[É DICIS, DIT C JEAN DES B.-1.NUES N OIRES ».
plus doux à la fois el le plus cruel,
TaNtall d11 TtTIE~, gravé par PAOLO L ORENZ!.
et en tout cas le plus tenace.
On sait à quelle infamie arrirn cc
amaigrissement qui alterne avec la tuméfac- maître de la littérature ordurilire, ce profestion, ces poumons crachés pu lambeaux. seur de calomnie. Par ses pamphlets odieux
infects, ces SJmptômes de mort qui envahis- et par ses dialogues immoraux, il fut tout
sent l'être encore vivant? Si fa lente agonie ensemble la honte et la gloire de l'Italie. li
des phtisiques a pu donner aux poètes des récut jusqu'à soixante-cinq ans dans cette

�111ST0~1.Jl

--------------------------·-------------~

"loir • el dans cetl • hunl , courli.é Jt• print · ·, clto)é dt roi., craiuL d tout le moodc,
el faillit dntoir cardinal. Rien ne Je rorri ca
jamais, et il .1· mlih:i au ·onlraire 'èlre faiL
plu· immonde à me ure qu'il ,idlfü,ail. L s
Arétin . finir •ol par êlre uo hmm, ·l pir
ocore. L •· fr tio. du troinfrc .e chan,.,èrrnL
n bacchanale . L · vi illard fut . urnommé le
a Roi de la D hau he .
La lérrC'nJe raconte qu'un jour, comme on
0

lui raiontail une ordure im·cnté par une de
« Jp ne sai i Je anué • "Uériront jamai.
·c ,o:u r., courthar;,• à Arcuo, il fut pri. 11 le mal :ilfreur que m'a lai. é dan le cU'u r
1l'un r u rir • cl en mourut. C\·.t une fin cc l'aff ction que je portai à la Périne, j ·
digne d lui à coup ùr.
« croi · qui· je ui mort du jour où clic e t
Eh Lil'n l m~mc au Jéclin dt• 1.: ·lie ,ic im- " murie, ou plutôt je croi~ que ell p te
pure, même dan tout l'éclatd e déLauch s 11 d'amour ne me quillt&gt;ra pn mème quand
1ni1e,, l'Arét in ,&lt;' .our nait toujour, d • la
je mout rai. Le mal c t au fond d me
P1rin , et voil'i ce qu'il écri1·i1, quelque - a entraiUe , et mille .iècl ne J'en arracheannée a,anl t-a mort au profo. eur de phi- « raient pas, llocl •ur c 'lèbr n philo. opbir,
lo opLie llarbaro :
&lt;t i vou pou,iez m'enseirrner l'oubli! »
JEAN RICHEPI .
de l'Aca.fémie françalu.

L'abbé de Vatteville
n cad ' l de VatLeviUe e flL cbartrcu.x de
bonne heure, el après sa profe sioa fut ordonné prêtre. Il avait Lcaucoup d'e. pril,
mai un e prit lfüre, impélueu , qui 'impatienta bientôt du jourr qu'il a,·ail pri . Incapable de d m urer plu longt1mp soumi à
de . i gènante oh ·mmces, il oanra à ·' n
affranchir. Il trouva moic-n d'a\'Oir de habit
écolier , de l'argent, d pi toi t , cl un
cheval à p u de a· lance. Toul cela peul-être
n'uait pu e pratiquer an donner quelque
oupçon. on prieur en ut, et, avec un
pa e-partout, ,·n ouvrir a cellule el le trouve
en bahiL -écuJi r ur une échelle, qui allait
~auler le mur . \'oilà le prieur à crier :
l'autre, sans s'émouvoir, Je Lue d'un coup de
pi tolet el e aure. A deux ou lroi journée
de là, il 'arrête pour dù1er à un méchant
cabaret cul dan 1. campag11 , parce qu'il
:1•ilail lanl qu'il pouvait de 'arrêler dan des
lieux b:ibiLé , met pied à terre, demande c •
qu'il I a au logi . L'hôte lui répond : « L:n
•igol et uo chapon. - Bon, répond mon défroqué, mettez-le· à la broche. » L'hôlc lui
veut r•montr r c1ue c·e t trop d deux pour
lui .eut, el qu'il n'a que ceJa pour loul chez
lui. Le moine e fàche, cl lui dit qu'en payant
c'e Lbien le moin · d :l\oir ce qu'on reul, el
qu'il a a ez bon appétit pour tout man t1er.
L'bùte n'o.e répliquer et emLrocbc. Comme
ce rôti 'en allait cuit, arrive un autre homme
à cbenl, ul au i, pour diner dan ce cabaret. Il en d mande, il Lrourc qu'il n'y a
quoi que ce oit que ce qu'il voit prêt à irrc
lité de la broche. Il demande combien il
·onl 1 -d u , et e Lrou,·c bien étonné que
ce oil pour un eul homme. li propo e, en
p, yant, d'en manrrer a part et est encore
plu urpri de la répon e de l'hôte, qui l'a ure qu'il en doute à l'air de c lui qui a commandé le diner. Là-de su le rnrarreur monte,
parle civilement à Valleville, ~l le prie de
0

lrou\'er bon 11ue, puL11u 'il u' a rien dao 1 ru t Li •n; cl, plein •ment a ~uré, il 'en revint
lo1ri 11uc cc 11u'il a rel •nu, il pui .e, en en 1'rancbl'-Cumlé Jans sa !amillc, cl c plaipayant, diner arrc lui. Vatlcl'ill n'y veut sait ;1 mor ucr l ·hartre11x.
pa con entir; di pute, ell '1chauffc; br f,
1) érénement i ing11liers I fir nt conle moine n u c comme arec on pri or, et naitre à la première 1-onquête Je la Franche-tue on homm d'un coup de pi Lolel. Il de-- Comté. On le jurrca homme de main el d'incend aprè tranquillement, et, au mili1.11 de lrrnue : il en lia direclcmrnl arC'c la reine
l'dl'roi de l'bôt et de J'hiit Uerie, .e fait er- m\re, puh, avec le mini.Ire~, qui ' n .&lt; r,·ir le irrol el le chapon, les mange l'un el
virml utilement à la .rronde conqnète de la
l'autre ju.qu'aux o., paye, remonll' à chcrnl même pro1incr. li y .crvit forl utifoment,
cl tire pays.
mai ce ne fut pas pour rien. JI a1aiL stipulé
,e a hant que•de,·enir, il • · n va •n Tur- l'arch 1ècl1é de Be an on· el rn elle! aprè
quie, t, pour 1' faire court, , e foit circon- la • cond conquête il y fut nommé. Le pape
cirr, prend le turban el 'enga"e dan la mi- ne put se ré oudre à lui donn r de , l111lle :
lice. on reniement J"avance, on c prit et a il e récria au mcurtr ll l'apo tasie, à la
rnleur le di. tingucnt, il del'ien t ba ha cl circonci ion. Le roi entra dan le~ raison dn
l'homme de confiance en )foré , oi1 1 Tur
pape, el il capitula arec l'abbé de Valleville,
fai aien l la !!lierre aux \' éni tien . JI Jeu r prit qui e contenta de J'abba ·e de Baume, la
de place , et e condui il si bien av c le
den ièmc de Franche-Comté, d'une autre
Turc , qu'il e crut en élal de tirer parti de boone en Picardie, et de diver autre avan,a ituation, dan laquell il ne poul'ait .c larr . Il 1·écut depui dan on nbbnyc de
trouver à on ni c.11 eut de moyen de faire Baume, partie dan .e terre~, quclquefoi 11
parler au gouvernement d ' la république, et Bc·ançon, rarement à Pari l'i • la cour, où
de faire on march: a\' lui. Il promit Yer- il étail loujour' reçu a1cc di tinclion.
bal 1menl d • livrer plusi ur place ' et force
Il avait partout beauc·oup d'équiparrc,
ecr L de Tur , mo ·ennanl qu'on lui rap- grande chrrc, une belle m ute, grand laLI •
porlàt, en Loule les meilleure. formr , l'ahl bonne compagnie. li ne .e conlrairrnait
~olution du pape de tou ll's méfaits de :,a point ur le· dcmoLeUe ,el ,•ivait non .eulcvie, de se meurtn•s, de on npo. lasic, . li- ment en grand eirrneur el fort craint el rc r Lé entière contre le cltnrlrcu , el d n
pecté, mai à l'ancienne mode, lJranoisant
pou,oir t:lrc rcmi dan aucun autre ordre, fort .e. terre. , cell de · • abbaye , et quelr • litu: plénièrement au . iè ·le avec le droit.
qul'foi
roi. in , urtout chez lui tr'. al;de c ux qui n'en ont jnmai orti , et plei- :-olu. I.e intendant· pliaient le épaule , et
n ment à l'exercice de on ordre de pr ltri. ,
par ordre e. pr de la cour, tant qu'il récut,
el pouYoir de po Jder tou bénéfice qucl- Je lai aient faire el n'osai ut le choquer en
con•1ue . Le \'énitien
trouvèrent trop rien ni ·ur les impo ilion qu'il réglait à
bien leur cornple pour 'y épar!!Iler et le peu pr comme bon lui ·erublail dan toute
pape crut l'intérêt de n ~gli c ~i rrrand à favo- se dépendance , ni ur
enlrepri e as. ez
riser le chr :Lien. coolr le Turcs qu'il acouvent ,iolenle . Avec cc mœur el ce
corda d • bonne ràce toute le demande du maintien qui e fai ail craindre el re ,peeter,
hacha. Quand il rut bien a ur; que toute
il e plai ait à aller q uelqu foi voir le charlé· expédition en étaient arrivée· au 1rouver- treux, pour e audir d'avoir quillé leur
oem nt en la meilleure forme, il prit i bien !roc. Il jouait fort Lien à l'hombre, cl
ae. me ure , qu'il exécuta parfaitement loul gnait i ouvent codille, que le nom d'abh:
ce à quoi il 'était engarré emers le Véni- CodilJe lui en r ta. Il ,écul de la orle, et
tien . Au •.ill apr, , il .e jeu dan leur ar- toujour dans la même licence el dan la
mée, pui ur un de leur vai seaux qui le même con idération, ju qu'à pr\ de qualreporta en Italie. li Cul à Rome, le pape le re- vingt-dix an .
Al "T- 1.\10 •

Un pet.il Gaulois de Lutèce
Par le Doèll:ur MAX BILLARD

.\u lemp &lt;le Gauloi P.~ri. n'éLail_q~·.uoe
hourt1ad' r nferm 'e dan I il de la Cite . o~
la nommait Lutetia, Lutèce (de Loutouh i1,
habitation au milieu de. eaux). Cep•ndant,
ui1a11t ccrtnio~ anti11uaires, le nom d • la
;.apiLale de Pari ien ,i ndrail d'un l~mpl ·
qui cr, il plu tard de forle~_e. ·e el o_u I on
adorail la dées e Leu ·olhoe, . ln ~ ?Jp~c
marine, une de plu haute el vic1lle dmnrte
océanienne .
.
Toujour· c t-il qu le a le e p~ce ma1~lcnanl cou1·ert de palai , de marrnifique prdin de pla ·e publique·, de monument
. upe~be , était alor,- o~upé p1r de · hu:l en boi de· mara, fanrrcux el une
~ombre fo;èl. w pul prévoir alor
i1ue cell bourgade, avec. e l~'.L de
ch.aume de,·iendrail, qunu:e .ic le
plu ta;d, la métropole d'un e~pir dont llome ~ me ne ~tirntl
elre qu'un ch f-h •u de prcfectur ?
},'hi Loire nou apprend, en
loul ca , que la parti de la rirn
gauche était occupé par d~ a~li an et urtout de poLter .
En J 7..,7,à l'endruil où s'élère
l'éJ1lke aux forme sé,èrcs el
•randio e du Panthéon, qui rappelle le temple de l'anli~uilé
romaine, il fut décou,·erl plu ieur
pui • sans re,·ètemcut, creusés dan
l'unique but d' · trouver de te~r ~
propres à la rabricaLioo de. pot~r•e · ,Qu~lque -un de ces puit a,a1ent JU cp1 à l'1ngLcinq pied· de profondeur• n trou"~ de
âtr . de four con truil pour la cu1 on
de potcri s, de f ragmcnlS de v c • de pot
entier et imparfait .
.
Ou laure nou dit tiu'on ~- emplo ·art.« d_cu_
orle de terre : l'une, d'un blnnc ri • clall
recouverte d'un ,·ernis noir el fort égal, et
l'autre. rou"e, dont le icroi avait un éclat
briUant ».
.
Le mu ée Carnavalet, ce chd-d'œnnc &lt;l ~rthilC'elure de la Rcnai ance, dont le gal~r,
content de façon i ai i ante la chr~nrque
rél'olutionoaire, e l rempli de ouvenrr de
la plu lointaine origine de 1~ ville : de po~,
de Yas de fiole de hou le1lle tou falm11u •, par'
antique artisan , qui ~i a!ent
érralemenl le chanvre el l • lin et fabr1qua1enl
m~me l'orfèvrerie; et, parmi
' témoin
mat.érieb du pa ·é, le plu intére.' ut!', sans
1. • On peul aninn, r •1ue la t"•.l••ric ~nloi,' .. poleriP il l'ac rab11len,,• 1 â p,11,• i::ross1è~c&gt;. !l'une c111 "OIi
1 i, nt encor' i ,li ircr, i·tail f, l,nq11,·c ru Gaule.
t,ieu a, anl l'arri, é • M, llomain,. · .\ • 'I• HlA\U. l.&lt;1
l 11Jtcr1earn11t l'/ii. toirc. llulleti11 de la
1t'lt- • l.e11
Ami, du ' cie11«s et frt, de lloc/1eclwuai·t ». 11107 •

.,. liO

1\1&gt;

cool, te, ont le objeL pro\'enanl de· cimetière pai •n de 'aint-Uarccl • cl du fauL urg
ainl-Jacque·.
L tombe se compo aient, pour la plu pari,
d impie· fos es reu. :c en terre, dans
le quell ,
lrouçai •nl, a, . 1' ~quelellc du
morl, d • monnaie pour le tribut Je la ~arrru:
à Caron, le ri iJc t•L 3\'nrc nauto11111er qu 1

;\1A QUE

o'c:,; PETll

\ULOI

(,\lrtsee Carnaulcl,
S.Jlle. tto-1ue 1;a//o,romatne.)

jadispa· ·1 le ombre_ ic:tril .tà remarquer
que peu à p u le Part , o a,·a1enl adopté le
mœur:--, le lob, la religion cl la lan"U' de
leur- ,·ainqueur. •.
. .
Dan le épulture d'enf?nls on a ~ecueilh
Je coUier , de d: , de J0uel curieux des jouets d'enfants vieux Je .eize cent a!1s
_ entre aulrc une fi urine en terre cmle
blanche représcnlo.nl une nourrice l nanL on
nourri on (la tête de la femme manque) i ?n
petit canard llollant, au i en terre mie
blanche, po é ur une nacelle lui perm liant

de ,orru r .ur I' 'au, et percé de petit trou
aux extrémité pour ' attacher un fil, el
pre IJUe Loujour un bib ron.
,.
,
Ce biberon , a\'ee aii es t Letm , d un
conl nanccd' miron cent ~ingL-cinq nrammc ,
•n , rr tr-. iri. é par l'o. rdation, dat~nl ~
111• d "' iè le , d'aprè · le tile de m crrpLion~ cl le monnaies de aaularrc.
Lor que l'admini !ration municipale JiL
•on truire, en l ' 73, le lari:hé duPort-lloyal,
au coin de la rue ~icole et du boulernrd dont
le nom rappelle une aLba1e riche en om·cnirs, on déèounit, en foi ·ant le fondation de ce marché, de nombr u e·
épullure romaine '· pui , cinq a_n
aprè , lL Landau relrourn la u1tc
de ce cimctit·re dan a propri :1é
itué, rue Xicole, ouverte à Lra,·er. C( jardin · de Carmélite.,
où MademoisclJe de La altière,
accoutumée à tant ' de Joire, de
mofü·.. , de plai ir , ~ • dépouillant de on lilr de duche se pour
pr ndre c lui de ... œur de la ~Jiéricorde, fit un con,crs1on
au i célèbre que a tendre
n ,oit au mu~éc C..,rnavalct.
dau la . eplième lra,,éc, pron:nant du cimetière romain de la
rue I ïcol ', un petit arcophage
,fenfant de 0,90de Ion ueur, ur
o,;,3 dl' lart1eur, creu é dan un bloc
"ro ièrement é&lt;1uarri, aJanl comme
co~nrr le une gro. ière pierre plate.
ou,enir plu intérc·,ant encore que h•
bil, ron c. t le ma que d'un pelil GauJoi de
Lut ère, - un contemporain de Julien l ',\ po ta.t,
_ pou,anl avoir huit à di. moi , lrou\ 1 dan
cc arcopharr du 1'' iècle. Le lrait ~nt
con cné avec toulc les apparence- d la \lC,
malrrr · lanl de tcmp éroul '.
La tèl de ce petit mort c trou,ail en parlie
cou'" te par une couche de mortier a ei
épaL.e. Lor du . cellemcnt du COU\'~rclc, ce
mortier 'élanl r 'panda sur le n a«e de
l'enfant c.n arnil pri l"empreinte rt, par ~a
nature même, a pu tra,·er·er cize ~ièck et
nou con ener aiwi intacte l'image de ce
petit aulo1 de Lu~ècc, ~ort il y .a ~lu de
~ ize cent an , qu une ~•mplc opcral!on d
moula"e, faite ·ur place, a pu reproduire
exaclcm •nt. 'n ruuu lromé anprè de
l'entant, po 1dail une e pèce de tube de1·anl
remplir le fonctions Ju ein.
On peul du r :te roir, au musée arna\'a.lct,
1. l.a pnnl'iji3IC og~lun1fral111n. ,li· ,,~p11ltu.r, '. · _,.
Jrnnuil , LL l'1UI,&gt;lacm1cnl d,• 1_cnclo,; ,le } ~~u, u
wuveol t1 Carméhti- cle ln rue d Euf~r. 11u1 elcnJail cle ourd. )Juct ju•'}u'à la llaterrull!,

�111STO"Jtl.ll _ _

----------------------------------=---,#

un lrè, inl 're · anl e cmplaire de c moufoi:-c'
dao· le compartiment iHféricur de 1a vitrine
centrale de la deuxième aU • de l'époque
rrallo-romaioc, auprc d'un :mir• moula!!e
non moin curieux, celui de. débri du crànc
de I' nfant, que recouvrait le masque d rnorlicr. Ce déLri .ont con-ené· au ~ru l!Um •

°'"

1. ,
eu ,lo11nmh
j1l'l:,·{,1le11k.

la r,·prutlud1on

it la 1111:;c

Ilien de plu· curicn que c lie envelo;&gt;pe
de plàtrc qui reproduit ce que le temp t le
ourd travail du ver du -épulcr auraient
délruit, ce que I ciment humide a ardé, la
chair, nou dirion pre que la rie.
Le momi~ ég ptienne -ont noir ,
hidru e , défl&lt;&gt;urée ·; cil• n'ont plu rien d ·
2. fo1r le 1;,,,,1,. ,Ji, mu. ü Cama miel. Jl.lr '"'·. t:L-

l.1Ln I flonun. l1ari,, l!IO;;.

commun arec 0011-. ·ou avon là au contraire, aprè cizc iè.-cl :cou]· , un portrait
viv110L d'un petit conlempor11in du C· ar
proclamé empereu r par e oldat dan c
palai de Th •rme dont il r t rncore aujourd'hui deu rn te Yoùtc- cncadr~c de fleur. ,
de rcrdure et de débri de vieux àrre , réuni. l.'1 pour peupler cette demeure qu'on pourrait, h ju le Litre, appeler le palai de ruioct-.
ÜOCHLR

'.\I AX BILL \RD.

Le mystère de Nuremberg
Par JULES HOCHE

YI
u moi · de janvier 1'30, le bour1rmcsl re
de .'ürcmbern- r connut, de concert avec le
tuteur de Gaspard llau~er de baron de Tuch r) tJUC l'état maladif du profe eur Daumer ne permettait plu à ce dernier de 'occuper de on jeune élrrc. En con ~quenc •
IJau r fut au lori é 11 accept r l'oJl're én 1rcu e du con ciller füh rach, qui meuait à . a
di. po ilion la table l le lo eruent.
lai ce chan •m nt de domicile, de milieu
urlout, ne parait pa avoir été du "OÙL du
jeune Hau er, 'il C ut en croire le iocid nl
f,icbeux qui 'datèrent peu aprè on entrée
dan la mai on Diberach et détermino\renL
_on départ au moi de mai de ,la même
année.
Le 2 avril t 30, nou appr nd un de -C
hi toriographe , Ga pard llau cr rentra plu
tard que d'habitude. Comme on le que lionnait à c ujet, il répondit qu'il ,· nait de
chez Je profe eur llaümler, el montra même
du pain d'épice que le pr îe cur, disait-il,
lui avait donné.
Le lendemain, le con ciller füberach intcrrorrca Rai1mler à ce ujet, en pré.eoce de
Uau-cr lui-même, cl le profe cur affirma
qu'il n'a1•ail point vu le jeune homme la
veille. Là-de . us Uau.er entra dao une ,•iolcnte colèrt', mai an rien avouer d'ailleurs
relati,·emenl à on e capadc, dont on ne ut
le lin mot que plu tard 1• Et comme le con, eiller Biberach le prenait à part pour l'admone:;ter év'•rement, llau er frappa, de e
deu poio1r fermés, la table placée entre
eu , et 'é ·ria d'un Ion furieul'. : cr Je ne
mu plu î"ivr • ici !
1. Il parait 'JU • llnu.er :11ait uiri cc jour-lit unt•
Jan,(•u Je cord , .orle 1f'E mer. Ida l.iararoi .!ont

Pour le punir de a conduite, le con-eilkr
lemme nt arraché de , a place H Je coup
lui intrrdit de quiller sa chambre ju qu'à partit.
nouYcl ordr , et lui défendit c·n même tcmp
On retrou\'a à l'endroit dé~inné de la mud'aller diner ce .oir-là chez le hourgmc Ire
raille deu lrace de feu et dao la direction
Dinder, omme il en avait !"habitude Lou Ir
oppo. :c le trou où 'était lon-éc la hall,
dimanche .
mai nucunc eD!JUêtc n' Cut ouverte à ce ullau cr était ,cul dan ~a chambr depui
jet, el l'étranrre ac ident d~ 11:tu rr e l re té
quelque, minute à pcin , lor·qu'une déto- d 'linitir ment enveloppé de my Lère.
nation relt'nlit dan la pièœ.
deu arEn ) réllé hi ~anL bien, on erait prc. que
dien accouru ur-le-champ le lrouvi'renl
lenlé de ré, oudre le probl me 11 bau. éritm
ét ndu .an counai ance, av c une ble. ure
(c "rmani,me vient loutnaturellement ,ou
Ugèr au-de. u de l'oreill droite.
ma plume) n con idéraot en réalité lem . n de "ardit'u~ pré\'int au itôl la directéril'u Il w,u comme 110 fou hy lériquc, ou
tion de polie que (;a 'pard Uau r Ycnait de
au moin comme un 01:rropalbc dont le d :_
se nicider en e tirant un coup de pistolet,
ran emcut céré~ral e traduit de lcmp en
à Lout portant, - a erlion bien ratuite, ou
lemp par la monomanie du uicide. Celle
pour le moins co11-idérablement e'&lt;:agérée.
olution d'ailleur· expliquerait tout au i
Quand le dir cleu r de police Rod r arriva·
ai ·ém nl h: prétl'lldu allenlat du l 7 octobre
ur Il'· lieux, le docteur Prcu t le chiru rgien
1 29 que celui du I i d :ccmbre 1 35, l~&lt;Jucl
challer • 'occupaie11t déjà à pan er la ble - de,·ail lui coùter la , ie.
ure reconnue tout à fait in. innifiante.
Mai. nou aurion mau,·a;se ràcc à tran!lamer a,·ait-il réellement attenté à .c
cL r d'autorité un ID)~t··re que n·onl pu prrjour , et 'était-il manqué? Jlan tou le
ccr le propres contemporain, de Jltu cr.
ca. , lui-mêm ne fit jamai aucun aveu dan
ceux même qui l'ont approché le plu prè
cc .en .. Rer nu à lui, il donna de a bic po _:ililc; au, i c, t-ce une opinion toute plaure re&gt;.plication uh·ante, a cz plau. ible.
ton111uc que nou formulon ici, 11ou conliHe étaient raorré ur un raîon tr\
tentant, quant au r le, de mettre en œurre
éleré fixé contre la muraille el im~édiale1 documenl authentique où le my ·tère
ruenl au-de ,u duquel étaient accroché
bai•arois est re lé en rcli.
drux pi. tolet chargtL, pour • a sûreté perI.es dimcn ion de ce r !Cil ne ooa permt:t.onnclle.
tent pas malhcureu emcnt d'in i ter .ur 1
Or pour atteindre un de ces fore , il
aî"ait placé une chai e contre le mur. li était nombreux aralar que l'opinion puLliquc.
à peine ll'Oole ~ur celte chaLe qu'il perdit loujour à la recherche d origine du jeune
I' :quilibre. La chaLe ha cula et tomba, Lan- ~?mme, fai ait ubir à la mème Ppoquc à
1infortuné llau,er, .e, prétendue filiation
di que lui, pour se retenir, .ai i ail au
ro alèS, impériale-, ' atwch hon«roise. ,
hasard un de pi. tolet accrochés à la mu- polooai es, 11utrichicnr1e , clc ....
raille; mai le clou céda, le pi tolet fut vioJu le à c momcnt-1.i, un pcr3onoa1re entre
1:i junhe maigre a,·ait e1crcé :ur lu, une allr~ction en cène qui "éprend pour Ga pard llau cr
r1ne Daumer rul pourrait c,pliquer.
d'un• affection que r, p 'rieocc de plu ieur
0

.... 171 ...

1;E MYSTÈ'JfE DE 'NUR.EMBE'R.G - - ~
année· de,·ait seul• ébranler, el dont l rr:né- lieux p:tr dcu. a1renls de polin• qui le nrrosité allait permellre de donner ~n~ tour- rcillcnl comme un pri.onnicr.
Il se plaignit 1;galemcnl que se· rapport
nure plus érieu. et plu. ~ctirn ~ma! infructucu e quand mlmc ) au mve twallon dont arec on père nourricier le barùn de 1 uchcr
dc,enaient de plu &lt;n plu tendu~, t &lt;1u
le jeune homme onlinuait d" 'Lrc l'ohjet.
Lord tanhope rencontra pour la pr 111ièrc di, rs . autre circon tance du même rrcnre
fois Hau r chez le bourgme· tre de ·ürem- le portaient à considérer :omme pénible ~l
berg 1 2 · mai l -1 et tout ~e- uilr 'i?t '•- inopportun un plu Ion~ .éJOUr dan. la ma,on de ce dernier.
r a à lui au point que le ~ JUID de 1~ ~em_e
année, c·e l-à-dir quatr jour· apr~ , 11111 Illlau cr, bien entendu, oblinl gain de eau
tuait par a te dùmcnt léœali é uue prirne d~ Par acte dùm nt 1'•gali é, lord tanhopc ~e
;-;oo florin à attribuer à celui ou à ceux qu_, , ub tilua à la ,ille de 1 uremb r pour le·
aid rai nt d'une fa on effica('C el directe tl frai d'entretien l d'éducation de Ga pard
d • ounir le auteur du crime commi · contre !Jau er, dont le -.ort fut a . uré mème en ca
la pcr.,,onne cl le· d tinée de G, pard llau- de décc du bienfaiteur. li fut arrêté n
_er. Ce dt&gt;rnier derail, en :lllendanl, toucucr même temp que Je bourn-mc Ire Uiodcr rcucillerail la tutelle de main du l1aron de
le intérêt· de cette . ommc, laqu lie lui
erail attribuée tout nlière .i le m ··tèrc Tucht'r el que ,a~pard quiller~it 1' uremn'a1•ait r.. ~·u au une &gt;lotion dJ1H le troi~ berrr pour être n,·oyé en pen ,on cht'z le
année qui 'écouleraient dater du jour de profc ·~ ur Geor"e 11 ycr, à .\n. bach. .
h donati1111.
En même tt'mp llau r obllnl, en r 1. on
de ce chann ment de r •, idcncc, comme o', n'était pa tout. Le_:; du mème moi
une ordonnance du roi Louis de Barièr d 'la- rateur péciaux, deux notabilit I d'An hach,
ch:iit en mi ion extraordinai re le lieulen:111t le li utenanl de gendarmerie Jl1kel l le préde l'ndarmcri l11kt'I à l'effet de faire avec ,jdcnt Feuerbach, ce dernier pour veiller
llawer le va •anc de Il nrrrie, et la exclu -ï- exclu i\'ement au bi n-être pby ique et moral
,·cmcnt aux. !rai du omle • tanbope. Le but du jeune abandonné.
on tran Cert à An hach accompli, lord
de cette e pédiLion - une Yéri~aLle lour~ée
d'exploration à tra,·er. l' .\ utr1c~c-llonrrr1~, • tanhope repartit oula1ré, ~our l'An_gle~erre,
a,·e • mi·. ion de recher ber le pt le po. 1- d'où il rnvo a pendant plu 1eur moi , a on
fil d'adoption, de longue~ 1 tir !ou h~nle.,
hle de la nou,· Il oricine austro-honrrroi
de llau:er ( a deroïre incarnation) - dc,ait alli•clucu r~, auxquelle JJau ·er emLlc n avoir
re ter ecrclju.qu'à on retour.
pa · été aus i ~ n ible qu'on.. eOf ai~é à le
Le 4 juiUcl, le lieutenant Hikel alla cb~r- croire. Dh:u ait pourtant qu 11 n a\':ut plu à
e plaindre de rien, le malheureu . aba?cher Ga ·pard llau er ch z on nou_\·eau _pcrc
donné et que le implc r pect humam eut
nourricier le baron de Tucber, qui ,cna1t d
dù le porter à épargner au comte la cruelle
uccédcr à Diberach, cl le baron lui-mêm
e mit en roule a\'ec eux.
Di.ans-le en pa ant, c tte curi u ·e e pédition e L peul-être bien pour quelqu cho
dan l'in piration humori tique à 1.aq~el(e
ob il l'auleur an•,lai - ar all quand li ·crtvait on joli roman : « Japhet in mn·cli of
hi.- father, " - u Japhet li la rechl'rche de
son père. »
_
,
Inutile d'ajout r que on i.. u • fol n •gativ à Lou le point de me, i ce n'e l
qu'elle fournil au lieutenant llikel l'occa ion
de livrer à la publicité de enqnèle ullérieures quelque' impres ion de rnyarre mi&gt;diocre .
l~a·pard llau er, 1 ci-devant magnat
au lro-honrrroi , rc,·int donc à ·uremLerg
r1•prendrc le jou" de a rrrandcur inconnue,
m:ii ce jou" parait dè · lor· lui de"enir de
plu en plu dirficile à upporter.
Au i quand le comte taohop' propo c (le
2 t no\'embre) de prendre à ou compte lous
le frai de lutclle du jeune homme et de le
confier à la tutelle du bourgme Ire Bind r,
llau ·er, oîficiellem ut con ulté à. ce ujet
1 IJF.RÈSE, REll 'F. llE BA VIÈRE.
:l\'OUC a,·ec de lorren de larme qu'il c l
D'atris untlilho rafhre u C.Jtintl Jts Eslamf&gt;e:.
tout di posé à aimer le comte tanbope
comme un père, d'autant qu'il ouffre cruellt'ment à l'idée d'être d pui i lon temp à désillusion qui l'allendait au bout de tant de
la I bar e de 1:i '";ne de l 'üremb rg. Il lui généreux · crifice .
p'- e. d·am •ur , de ne pou mir faire un pa·
Celle d 'rillu~ion, ur laquelle nou ne
au dehors san e dire que sa vie e'.!_ peul- nou élendron. pas aulremcnl pui 11u'elle e t
être en d:1Drrer, et de e voir corté rn Lou
en omme étran Pre à notre hi. Loire, emhl

a\'oir trou\'é s premièr~ racinr dan. la
di'•claration découra••cantc d' ll ikel 11ui, d •
retour d'une .econdc expédition en llonrrrit',
ne di • imula pa au comte qu • la pr 'tendue
orioin au tro-hongroi~c de llau er ne lui
parai •. ail plu qu'une lég~nde. _ans c?nsi •
tance (notez que Hau r lu1-meme a,a1t accrédit; celle légende à l'aide de oi-di~ant
re ou venir de 1110/ · hongrai et de c/10 e.
honrrroi e ) el que l'allitudc mèmc d 11:iu cr
dans cet! qne lion lui emblaît de plu. c.n
plu u.p cte. « /,e jeune hom111e, écma1l
llikel en rrançaü,, e11 ·ait plu lo,1ç1 que ·eu,·
qui e'ri-ii•tml des lil•res . 111· _lui, nwi: tl ne
veut parle1•. Toute la que lt011 r t '?· »
EL elfcctire1.0 nt Jlau r en .a,·a1t plu:
lonrr · il ne poumil mtlme en èlre autr ment,
car ,;on ,eulemcnt il a,·ait .ur le bout de
doi111 a propre hi loirt' - naie ou Cau :e
- telle qu'il l'avait i ouvent racontée à e
prolecleur mai il ·~_tait _a -!milé , an·
doute au i lout ce que 111uag1uat1on de
hi torio rapb ordinaire , Oaum~_r _en lêl~
avait brod; autour du m · tèrc qu il 111cnrna1t
t qui formait déjà. alor· une. bio raphie mooumen1ale, jouis ant du r •hef de la cho .
imprimée et rrndue puhlique.

vu
1 'ou . utons à présent deux annre
durant I quelle l'bi Loire d_c Jlau ~r o'o~r
rien de particulièrement milan~, ~ cc ne. l
l'in_istance de e proll'Cleur a c1r onveoir
le eomle tanhope dont le ·ceptici me de
plu en plus marq.u 1, en dépit_ de ·a lcndr~ e
per i tante pour l abando1111e, ne_ leur a pa
échappé. Tou le moyens ont m1 e~ œu.r~
par eux pour amener le lord angla1 à 1~1
a urer une pen ion viagère, et le comte 601t
pa.r s' •xécuter comme il a1·~il au re te toujour u lïnt nlion de J, faire.
· ur ce entrer: ite · (i:nai 1 73) le président
Feuerbacb, un des plu zélé d 1~ o eur. de
llau er vint à mourir, et pour la. première
foi · peul-ètre ( 'il faut ('O croire de . témoin
diones de Coi ) le jeune homme térno1 na uni'
douleur Haimenl ind•re.
Pour Je di traire on le fit voyager n
" ui .e.
li en revint à peu prè con olé, pour a i ter à 1 ·ür rober r à la grande fête national
du i O août 1' :5:i.
L'étoile de llau r était alors arrivée au
zénilh de .a cour. c el brillait d'un éclat
incomparable. De tèt · couronné demandèr nt l1 le ,oir ce qui était le summum de
honneur qui pomaient attendre une carrière eml,laLle à la i one.
La prin e de Lie nih: (comte c Augu la
de llarrach, depui 1 2i épou c morganatique du roi Frédérîc-Guill~u~e ur de
Pru se), était alors de pa a eu uremh, r .
Elle e fit pré crter le jeune _llau er et . entretint familièremenl avec lut.
D mèmt• le roi Loui l•r de Jla,ièr et la
reine Tbér~ , arri\'és :t •'ürt:mber.-. pour 1~
fête , youlurcnl avoir une nt~01-ue a\"ec lm.
La pré entation eut lieu au paY1llon de la 1. r-

�1flSTOJ{1Jl

L'E

--------------------------------------~

mes ,.• dans la .allt' de. ima:.:c:-. llau cr I ndil uracieu cmcnl J la reine 'fhérè'-C cl ;\
füth.ild · un pa~ a"e d'Uriilllt, cl tandi 11u1'
le roi 'était éloi:.:ué un in tant, il pria la
rein de u Youloir bien foir • porter 11 la connaL ancc publique tftt'il ne fcrail rail aucun
mal :1 celui lJllÎ l'aYait . équc tré :rntrcfoi
celle me,urc lui parai ant, dLait-il, le cul
moyen d'as ur r a Yi ontrc l • attentat ;1
venir. 1,
.\. ln même :pu,1ue au · i ·e place l'bi Loire a cz inallcndue d'une liai. on qne noua
Ga. pnrd Hau cr avec une femm' mariée dt•
trente-quatre :in·, parente de madame la
hour.,me. tre de i'iiirembcrg, el avec laquelle
on le fit trè .ouvenl .e promener hra de u lira des.ou dans le rue de 'ürcmher0.
La dame 'appelait Caroline l\anne'\\"urf,
et elle avait pour mari le comptable de la
mai on de banc1ue Wcrlbeimer de Vienne.
Cetll' liai on re ta-t-elle innoc nie alor
mt\me que. le exe avail fini par 'éveiller
chez llau er? :ous ne avon rien de préci ·
à cc ·ujel. L'hi Loire rapporte implemenl
que madame Kannewurf fil cadeau i\ Ga pard
llau er de a tabatière, un joyau en papiercarton noir (papier mâché. di enl le document allemand ) orné d'un couvercle d
verre lai sant Iran paraitre un bouquet de
Oeur en l,roderie .
Mal un témoignage plu important dt•
celle liaison, c'r t la lettre que Ga. pard llaurr écrivit 11 a Oulân :c du t~ au i6 • plembre el dont une copie Jérrali.ée e l encore
actuellement con.ervée dan les archives de
la cour d'appel d'An baeh.
\'oici le lext littéral de celle épître qui
jelte un jour urieux ,rr l'~tal p ychologiqu de nolr héro .
n ~l.t trè chère cl inouhliahle amie,
Je vous ac ompagne en e prit ju qu'à
Xïir mherg. )laintenant adieu, ma lrè chi::re,
me voilà maintenant fore·, aus i en e prit,
de me séparer d votre bon cœur, car je ui
obli,. I d'aller avec le Lour,.,nestre au natban
afin d meure no affaires au net. .\h ! quelle
douleur n'éprouve pa mou cœur aujourd'hui de avoir loin de moi un cœur au si
hon, air i !&gt;incèrc• 11ue l'e t le vôtre .• an
pou\'Oir l'accompagner à natLbonne, (où
nou avons été dt1jà une foi ) alin de m'a urer d'une façon certaine que ce bon cœur
arrivera aio et heureux avec on second
petit creur I à llati bonne. Pourtant une conolation rend mon cœur un peu plus lé 0 er,
c·est le doux e. poir que mu me donnerez de
vos chères nouvelle. el que TOU m'apprendrez i .ou êtes arrivt1e aine el heureuse à
füli ùonnc.
(Bien allemanJe, n'est-ce pa , cette salade
de cœurs?)
» Oem:iin m1lin à ix heur , i c'e t la
volonlé du Trè Oaut, je 'fl_lilterai "üremùerg, cl quand je serai arrivé à Ansbach,
mon premier oin .era de vow enw er la
1&gt;

[ •.\Jiu ion à 1'1•11fant deJ!m1• Kannc11urf.
'.!. 1:a,pnrtl llnu•cr s'nmu•ail ~lors i, foire oies ou-

petite boit &lt;·onfcr·Lionn 1c p:ir moi-mt1me 1 , I •
livre a,ec le purtrail et l •s objet de la f~te
populaire de Niircmbcr,.,.
» )lai Dieu! que ui -je forcé d'entendre
au Rathau ! On m'a dit que j'aurai à comparaitre encore une fois le 14, à onze heure .
Juoez de ma po~ition, l pen cz 'il m'e l
a!!réable de re. ter deu jour de plu à •'ii remberg an vou .
11
amedi, l'Cr onze heure ·, je uis allt:
au natbau pour mellre ordre à la cbo e: à
midi tout était terminé : je rentrai chez moi
faire mes paquets ju c1u'au moment rlu d 'jeuner. Apr~ le déjeuner, je commandai une
hai.e de po. te, et parti ain.i à troi· heure
pour arriver à An bach ver ept heure~.
1&gt; Dimanche, Je la, j'ai faiL mes vi ile
d'arrivée dan la matin6e, et l';iprè -midi j'ai
été in,•ité chez M. le commis aire général.
» Mais j' 1tai tr~s contra.rit: de n'aYoir pu
apprêter vos objet de façon à le mettre encore à la po le le même jour. 11
Ansbach, lundi le Hi
•&lt;

plembrc.

Bonjour, ma lrè- chère amie,

» li c t ix h ure et demie du malin, je
vais aller chercher le lil're, afin de pouvoir
mu· l'envol·er par la po te celle aprè -midi.
» 0 joie! qu'est-ce qne je trouve en rcnlraol à la mai.on avec le livre? votre chère
lettre. Elle m'e. l une nouvelle preuve de
votre con. tante amitié. car je voi par là que
wu. pcn.ez, même dan l'éloi«nement, à
votre ami Bau er. nec ,·cz-cn mes remerciements les plus cordialernenl incères, cl
croyez Lien que je sai e limer le prix d'une
amie au i belle que vous.
J&gt;
i Dieu m'a corde la vie ('l la ,anté, je
vou le prom-erai per.onnellemenl à Vienne
le printemps proehain. Je roi au i par
votre lellre que vous arrz ramené ros ami
en bonne santé à llalisbonne, e dont je me
rl'joui fort.
» ,oyez persuadée qu'il m'a emùlé bien
plus dur d'avoir à retenir mes larmes pour
ne pa · vou rendre nolre .éparation plu
cruelle.
» \'otre ami envoie à on cher p Lit Fritz
nombre de bai er , et .ouhaite de le voir
bientôt complètement rétabli. li faut que je
cc·~e d'écrire, car le cours m'attend dao
une demi-heure. Pour finir rntre ami envoie
encvre ~péeialcment pour ,·ou lroi a baiser .
Et maintepant, lais ez-moi seulement vous
a ·surl'.'r encore que je ne ces erai jamais de
rc Ler votre véritable cl pins cher ...
ami Dau er. D
c [,a peinture cl l'aul re porlrail. rnu le·
recc,·rez quelque juurs plus lard, je n'ai plus le
temps aujourd'liu1 tic le cmpaquclercon1ena.~•emcnl.
U1i bonjour à Pépi!

Au ver_o de la feuille c l écrit : &lt;t Je ,·ou
prie, chère amie, de lir• celte Jeure pour
vous seule. »
Il e là rcmar 1uer que le lirre dont llaude carlonn,1-(e ,lan
"randc atlresst:'.
n-3"t'S

le 11ucls il tl11ployail u11c

s r pari :1 plu ·ieu r · rl!pri.e. dans sa lctt rr
n'est autre chose que la fameu brochure
publ' ·e par Feuerbach sur le my l~r de Nuremb r••. (Dép(lsition de madame Konnewurf
à la cour d'
1, le Hl fé,'l'icr 1 :ii-. ) Ilauer était don , ctlte époque déjà au courant
de ce qu'on avai
·t t publi \ _ur son
compte, el ne négli 0 ·l aucune o ca ion
d'entretenir sa propre cél ùrité.

YIII
L'hi toire i commentée de Ga pard lia
er marche à pré ent à grands pa ver un
dénouemenl tragique. L'homme à la barbe
el à la mou tache noires va reparaitre el portera crlle foi à Tiau ·er un coup infiniment
plu fane le que celui du 17 octobre 1 29.
De tous temp les opinions ont été tr .
parta«ées au sujet de la morl du malht&gt;ureux,
le un ,·oulant y mir une impie réédition
de l'allental du i 7 octobre, con idéré d1lj:1
comme une sorte de comédie mi e n œuvre
par liau er tout eu! dan le but de donner
un nouvel appoinl it la curio ité publique, les
au Ire 'allachanl aveuglément à la version
recueillie de la bouche même de llau.er ur
on lit de mort et suivant laquelle il aurait
ét; victime d'un guet-apen analogue à celui
où périt Kléber, poignardé par un inconnu
qui lui avait fait lire une lettre pour distraire on attention.
En étudiant de prè. el minutieusement
l'hi toire de dernier jour de Uauser, nou
serions plnlùt tentés de rejeter l'une et l'autre
de ces versions, et de nou prononcer définitivement pour la monomanie du uicide, qui,
à celle époque précisément, fait apparaître
chez lui ses ymplômes le plu caractéri tiques.
Dans lou les cas nous ne aurion adopter
le vues tout à faiL dénuées de en commun
d'aprè !~quelle certain critique allemand
moderne e aie de démontrer que Hau r
avait implem 11t voulu réveiller autour de
lui le courant des sympalhies romanesques,
et ouvrir de nouveaux dél1ouché à es appétit d'ambitieu , de pare eux, d'impo L ur
el de propre à rien.
Certes, on peul soupçonner llau cr d'arnir
mi le particularité romane que de on
enfance au service de sa folie, et d'a,·oir atliré
sur lui l'attention de son iècle par des artifire plu ou moins légitime , toul en entrclenanl la crédulité de on entourage par
toutes sorte de ru es el de upercberies dont
il était souvent l'auteur incon cicnt (comme
il arrirn quotidiennement à certain hy tériqu dans nos hôpitam.), mais il c t purement ab urde d'imaginer qu'un homme ain
de corp et d'esprit (ç'a toujour été la conlictioo de notre critique allemand) va e
percer le cœur d'un coup de poignard a,·ec
l'idée qu'il fai Là es connai aoce une impl .
farce ans con équence aucune pour luimême.
u re lr, no lecteurs cronl juges eux;;. llnns l'or,ginnl ce chiffre tient le milieu 11'un
cœur des inè il ('Clle place pnr lhuser.

mêm · de• la qu . lion; il nous nfl:ra d'expos •r dan l'ordre cl la lumit'·re ·onvcnahl,·~
le, cène finalt• du ro111a11 Lau.éri u, tdlc
qu'on a pu le recuo Lituer d'apr' le ourcc·
authentique · el 1, d{•po ilion de· témoin .
Dè· le premier jour du mois de décemLre, Ga, pard llau er commençait t1 perdre
l'appétit, i bien que madame )lcyer lui n
fil l'ob enalion, disant :
- liai vou ne manocz plu rien du
tout!
A quoi llau r répondit :
- C'e t vrai, je n'ai plu le moindre appétit depui quelque t mp ; 11 peine at-Je
commencé à manrrer que je sui repu ... el
pourtant, ajoutait-il, il ne me manque rien.
En même tcmp· les di traction , le abence d'esprit de l:lau.er devenaient de plu
en plus fréquentes. ( oton en pa anl que
ce .onl là précisément les premier:- )IDPlôme par le-quel c manife le l'a 0 gravaLion de monomanies en «énéral, et en particulier de celle du uicid . )
on profo eur raconte à ce ujet : « Rien
q_uc je fu e habitué dt•puis qucl11ue lemp
aux façon indillërenle l di traites de llau.er, je de,ai néanmoin · ~tre frappé dans la
suite de l'apa1bie totale que je con latai chez
lui le 15 décembre ait oir, à la lt•çon d'arithméti11uc. Jamai je ne l'avais vu ain i .• 'on
e11lem nl il interprétait loul de lraver le.
donnée les plu impl , mais même dan
de impie addilioo et 011straction , il enta sait faute ur faute, _i bien que je du
lui dire à la fin : « i vou continuez 1, montrer aw; i ptu de érieux el d'aplitud au
lra,·ail, nou allons être fore: de u. pendre
la leçon. fü•,•fillez-,·tJu. donc, c'e l un peu
trop rort à la fin! 1)
Dan ce dernière semaines, lia.user avait,

JHYSTÈ'R,E D'E NUJ(EMBER,G - - ~

d'autr • pari, · nlracl ~ d'étran"e. h, bitudt'
d'i$olemcnt. Comme tou~ l •s ecncaux fail,b
rongé par mw idé , Jhe, il II arri,ail à n:ch rcber ardcm111enl 1, calml' la olitud '·
voire l'ub,c nrité. ilôl qu'il était libre, il c

LO UIS

l .

ROI

o~; B,\\ 1i,;RE.

D'iJfrès 1111e lllllogr.-ipllie J11 c '.1N11e1 Jts Est.-im('es.

barri!'adait dan a chambre, el fermait hermétiquement le per ienne' , bien que le ·
jour fussent ombres en général, comme
loujour à la fin de l'automne.
Il r; ulte encore de l'enquèle judiciaire,
que llawer détrui it à ce momenl plusieur
lettre el papier &lt;1u'il con ervait depuis a s z
lonotemps, tou indice parfaitement d'ac-

orù a,·c l'h poth' e d'un , ufride lon°uem ·11t prémédité.

Le .amcdi, l '1- décembre, Ga pal'd !lamer
e pré. ntail à huit heure~ un quart du matin chez le pa leur Fubrmann, pour prendre
comme d'habitude a leçon de religion. A
neuf heure un qu:i.rt la leçon était terminée,
et comme le pa leur priait son élè,·e de lui
aider à parfaire c1uelques ouvrage de cartonnarre ntrepri aux heure de loi ir celuici promit de revenir à une heure de l'aprè midi.
Il reYinl effoctivemenl, mai sans son
manlean, en dépit du froid as.ez ,it qu'il
îai ail alor (une pluie fine mèlée de neige
tombait depui le matin).
A deux heure el demie, le pa:.teu r dut
e r ndre au templ pour le be oins de on
mini tère, et Jlau er déclara au itôl rtu'il
avait de on cillé une ,i ite pre ée à faire à
mademoi elle Lilia de tic:haner, pour laquelle,
di ait-il, il était en train d confCl'lionner un
aliat-jou r.
11 Je reviendrai demain, dit-il au pa.teur,
et j, laLse mrs affaire · chrz yous.... i&gt;
Fuhrmann el on él ,e ·ortirenl en e111ble
bras d :,u bra de .. ou , et de, i ·anl gaiement. .\u moment de e é_parer, Hauser ecoua trè cordialpmenl la main de ·on pa teur, cl rien dan on altitude ne dêcelail à
cc moment qu'il fûl troublé par l'approch
de quoi que ce f ûl.
Pourtant, a ,·i ite à mademoi ·elle d Stichan r était un simpl prétexte, car au lieu
de e rendre chez elle, il ~e diri«ea tout droit
ver le jardin ro ·al oi1, aYait-il dit l'a,·antveille à madame Hikel, il avait rendez-vou~
avec le jardinier eo chef qui devail lui faire
vi iler le puit arlé ien. Que 'y pa sa-t-il '?
{ci commence le mystère.

JrLE 11

(A suivre.)

Louis X1V et Mazarin
Quoique le cardinal [Mazarin] eùl ,.,rand
o~n qu'on ne dit rien au roi [Loui XlYJ qui
IU1 pill nuire auprès d • lui, je ne lai sai
pa , le plus adroitemenl que je pouvai , d'entrel nir on e. prit dans le di po ilions oi.t jl!
le vo,ais à l'é,.,ard de 'oo Éminence · cl
J
"
'
rruoique je ne fusse plu bien aYcc lui, il me
oull'rait néanmoins, ne crai"nant pa que je
~ui pu e faire tort, parc que le roi étai l forl
JeWltl; cl par celle même rai ou il ne prenait
aucun oin de contenkr ~a Maje té en quoi
que ce fût, et le lai ait manquer non eulcwent de chose qu.i regardaient on diverti. sement, mai encore des néce aire .

La coutume c l que l'on donne au roi Lou
le~ an douze paires de draps et deux robes
de chambre, une d'été el l'autre d'biYer :
néanmoin je lui ai vu .enir ix paire de
drap troi ao, entier , et une robe de
chambre de ,elours vert, doublée de p tilari , ervir hiver el été pendant le même
temp , en orle que la dernière ann ·e elle ne
lui venait qu'i, la moitié de jambe ; el pour
le drap , il étaient i u és que je l'ai trouvé
plu ieur foi le jambe pas é au traver ,
à cru ur le malela : et tout le autres
cbo e allaient de la même sorte, peodanl
que I parti ans étaient dan la plu rrrande
opulence et dan une aliondance étonnante.
Un jour, le roi voulant s'aller baigner à
Connan , je donnai le ordre accoutumé
pour cela. n fit venir un carro . e pour nous
conduire avec le hardes de la chambre el de
la garde-robe; el, comme j'y vol!lu monter,

IIE.

je m'aperçu que tout le cuir de portière
qui couvraient le jambl' étail emporté, el
tout le reste du carros e tellement u é 'IU 'il
eut bien de la peine t1 faire le vopge: .fe
montai chez le roi, qui étudiait dan on
cabinet; je lui dis l'état de ses carrosse , et
que l'on e moquerait de nous si on nou J
-Yo ·ail aller : il le voulut mir el en rou it de
colère. Le soir, il se plaignail à la reine, à
._on Éminence et à t. de lai on , alor urinLendant des finances, en orle qu'il eut cini[
carros es neuI .
Je ne finirai point si je voulais rapporter
toute le me quinerie qui e pratiquaient
dao:- le cho e qui regardaient son ervice;
car l s esprits de ceux qui de,·aient avoir oin
de '-a ~lajesté étaient si occupé à leur plaiir ou à leur affaire , qu'il se trouvai nt
importunés lor qu'on le averti,sait de leur
devoir.
P.

DE LA

p RTE.

�L'EXODE DES GTl{ONDTNS

REPRISE DE TùULON PAR LES TROUPES FRANÇAISES, LE 18 DÉCEMBRE

1793. - Gravure de BERTHAULT, d'après

SWEBACK-DESFONTAINES.

L'Exode des Girondins
V

.,

Pendant les deux premiers jours, tout alla
bien; personne ne s'inquiéta de nous. Au milieu du troisième, la mésaventure d'Aix se
renouvela. C'était à Bois-Belmont, je crois :
un misérable petit hameau, composé de cinq
à six chaumières. Le moyen de soupçonner
qu'une sentinelle était là. li avait gelé, il
faisait très froid; pour me réchauffer, j'avais
mis pied à terre, je marchais avec le cavalier.
Tout à coup un factionnaire nous apparall;
je vais à lui :
- Que fais-tu là, camarade? il me paraît
que lu ne brûles pas?
Lui se met à rire.
- Si tu veux que j'aie plus chaud, me
répondit-il, tu n'as qu'à m'apporter un verre
de vin.
- De tout mon cœur ! je le vais chercher.
Je ne le lui portai pas, je le lui envoyai. Cependant il regardait les passeports des autres;
il oublia le mien.

- Pourquoi donc une sentinelle dans ce
hameau? disais-je au maître du poste, qui
tenait un bouchon qu'il appelait auberge.
Il nous apprit que la Vendée, qui grossissait beaucoup et s'avançait de c.e côté, forçait
à cette surveillance.
Sur une route de trente lieues nous trouverions des corps de garde dans tous les endroits où nous passerions.
A ces mots, notre voiturier fronça le sourcil.
Après Limoges, il avait cru ne devoir être
visité qu'une fois à Châteauroux; puis d'Orléans à Paris, :très mauvais passage, quatre
ou cinq fois. Sa contrebande devenait bien
plus difficile à sou(fl,er 1C'est dans cette occasion que j'eus lieu de reconnaître qu'avec un
grand courage cet homme avait plus d'adresse
et de pénétration qu'on ne devait l'allendre
dans son état.
- Vous -vous conduisez très bien avec ces
gens-là, me dit-il tout bas, en me montrant
la carrossée; continuez, ne craignez pas que
je vous manque. Fussiez-vous le diable,

ajouta-t-il, en me serrant la main, je vous
passerai!
Je répondis :
- Fort bien l mais puisque les obstacles
sont doublés, je doublerai la récompense.
- A la bonne heure! répliqua-t-il : vous
êtes un homme juste, et cela me fait plaisir.
Cependant ne vous gênez pas ; on se retrouve
dans le monde, et alors comme alors.
Le soir du lendemain, nous fûmes arrêtés
à l'entrée d'Argeoton; mais on ne fouilla
point la voilure, on se contenta de regarder
les papiers que chacun produisit. .Moi, pour
n'en pas produire, j'étais, comme je l'ai annoncé, tapi sous un las de hardes et de jupes.
Je ne m'en dépêtrai que pour descendre à
l'auberge. Tous les esprits y étaient occupés
de l'événement de l'après-dinée. Sans se faire
presser on nous le conta. Deux volontaires
avaient été rencontrés hier, aux environs de
Dufay, vers minuit, dans la traverse, et
n'ayant pour tout passeport qu'une permission qui n'avait pas paru fort en règle. Au-

jourd'hui douze gardes nationaux les amenaient à Ârtienton, pour qu'on les examinât
de plus près. A quelques portées de fusil de
la ville, un des deux suspects aYait prétexté
un besoin. On lui amit permis de s'écarter.
Arrird sur les bords de la riYière, il en avai l
d'un coup d'œil sondé la profondeur; il avait
jeté un couteau à son camarade, en lui
criant :
- Tàche de t'en servir!
Et il s'était précipité.
On s'était vainement efforcé de le secourir;
d_epuis deux heures on le cherchait sous l'eau.
Son compagnon venait d'être jeté dans les
prisons de la ville.
Ce récit me fit frémir. Je savais que Guadet et Salles nourrissaient depuis longtemps
le téméraire projet de traverser toute la
France, avec une permission qu'ils se seraient
fabriquée, comme étant des soldats qui allaient
rejoindre l'armée du Nord. Parvenus aux frontières, ils auraient traversé les Pals-Bas, pour
aller chercher, à Amsterdam, quelque vaisseau qui les eût portés en Amérique. Tremblant pour mes amis, je demandai le signalement de ces volontaires; on me les dépeignit
tels à peu près que je les connaissais.
Hélas! était-il bien vrai que ce fùt Salles
qui, non loin de moi, gémit dans les cachots,
et que mon cher Guadet eût trouvé son tombeau dans les eaux de la Creuse; je n'ai pu,
depuis ce temps-là, rien apprendre de ce qui
les touche 1 •
Tourmenté de celle inquiétude nourelle, il
me fallait cependant affecter quelque joie.
L'heure du souper était venue. Acharnés sur
le premier plat, les convives ne s'apercevaient
pas que je ne pouvais manger; mais le cavalier se fut bien vite aperçu que je ne pouvais
boire. Entre lui et moi le choc des verres avait
dt&gt;jà commencé. Jugez de ce que je souffrais.
Cl y eut péril à Châteauroux dans la journée suivante. C'était uo chef-lieu de département : les passeports furent longtemps
c~amim1s. Puis un des Jacobins de garde se
hissa, je ne dois pas dire à la portière, je dois
dire à l'ouverture de notre voiture. li voulait
s'assurer s'il n'y avait en effet que six voyageurs, cmignanl toujours que quelque Gi1·ondir, n'e'chappdt. (C'était ainsi qu'en cc moment il le disait lui-même.)
lleureusement nos précautions avaient été
prises. Habits, manteaux, jupons, paille, cartons, paquets, hommes, femmes, enfants,
tout me cachait, me couvrait, m'étouffait; je
ne bougeais pas, je ne soufflais point; mais
mon cœur ballait fort. Enfin l'inquisiteur
nou~ abandonna d'un air assez mécontent; et
il devait l'être, car malgré toute sa surveillance, il laissait échapper un fier Girondin.
Il était écrit que ce serait dans celle ülle
de Châteauroux que commenceraient pour
moi des épreuves d'une autre espèce. Dans la
Gironde nous avions su l'événement du 10 brumaire, je veux dire l'assassinat juridique de
nos vingt et un malheureux amis, la plupart
fondateurs de la répuLlique. D'autres res-

laient, qui pouvaient échapper; du moins
nous voulions l'espérer Pncore. Ce soir, à Châteauroux, un homme qui venait de Paris vint
se mellre à notre table. On lui demanda des
nouvelles.
- Madame Roland vient d'être guillotinée, nous dit-il.
Quel coup pour moi 1 j'y résistai le moins
mal que je pus. Les Parisiens avaient donc
souffert aussi qu'elle tombât sur l'échafaud,
celte femme courageuse qui, seule, aux premiers jours de septembre, osait encore prendre leur défense, el, dans ses écrits immortels, tonner contre les assassins. Au moin~,
on avait recueilli ses dernières paroks. Après
avoir entendu .son arrêt, elle a,·ail dit aux
brigands du tribunal révoluiionnaire : « Vous
me jugez digne de partager le sort des grands
hommes que vous avez assassinés. Je tâcherai
de porter à l'éC'bafaud le courage qu'ils y ont
montré. » Comme on la trainait sur un indigne tombereau, la foule, émue de pitié, ou
saisie d'admiration, mais glacée de terreur,
la foule se taisait; seulement, de loin en loin,
quelques scélérats apostés criaient : « A la
guillotine 1 1&gt; Elle, avec sa douceur mêlée de
fierté, leur répondait : &lt;( J'y v·ais, tout à
l'heure j'y serai; mais ceux qui m'y envoient
ne tarderont pas à m'r suivre.' J'y vais innocente, et ils y viendront criminels; el vous,
qui applaudissez aujourd'hui, vous applaudirez alors! » On lui avait donné pour compagnon d'infortune, ou plutôt de gloire, un
citoyen Lamarche, homme faible. Auprès de
cette femme, qui souriait aux approches de
la mort, il était dans l'accablement. Elle le
soutenait, elle le consolait; et jusqu'au pied
de l'échafaud, par un dernier égard, digne
de celle grande àme : « Allez le premier, lui
dit-elle, que je vous épargne au moins la
douleur de ,·oir couler mon ~ang. &gt;J
Elle n'était plus, cependant, cette femme,
dont le moindre mérite avait été de réunir en
sa personne toutes les grâces, tous les cba rmes, toutes les vertus de son sexe; celle
femme dont les rares talents et les mâles \"erIus auraient honoré les plus grands hommes,
elle n'était plus I Ma Lodoïska venait de perdre l'amie de son choix, son intime et digne
amie. Elle n'avait, un moment, embelli sa
patrie et travaillé à l'affranchir, que pour
attester encore, par un grand exemple, l'ingratitude ou l'aveuglement des hommes 1. ..
Elle n'était plus! ... et lorsque j'en recevais
l'affreuse nouvelle, je devais garder un front
calme. Que dis-je? il aurait fallu que je partageasse la cruelle joie de mes compagnons
égarés! Je pe me sentis pas ce courage atroœ.
A son nom révéré, ma bouche murmura
quelques mots d'éloge et de plainte. C'était
assez de retenir mes larmes. Quel tourment,
grands dieux!
Plus nous nous rapprochions de Paris, plus
nous rencontrions de gens qui en arri1,aienl.
fü position en devenait plus périlleuse; elle
en devenait surtout plus cruelle. Des visites
à essuyer deux ou trois fois par jour, le dan-

ger toujours plus pressant d'être reconnu
tout œla n'était que mon moindre mal. Les
nouvelles, les nouvelles qu'on nous débitait,
portaient le désespoir dans mon cœur.
Deux jours après; à Vierzon, c'éiait de
Cussy que j'apprenais la fin; on l'avait immolé dans la Gironde. Le lendemain, à Salbris, c'était de Manuel et de Kersaint : on les
avait assassinés à Paris. Deux jours après,
non loin de la Ferté-Lovendal. c'était Roland.
A la nournlle du trépas de sa femme, il n'a,·ait pu supporter plus longtemps le fardeau
de la vie. Pour ne pas compromettre l'ami
(Jlli lui donnait asile, il avait été se frapper
sur la grande route de Rouen. On avait trouvé
sur lui, parmi d'autres écrits, celte ligne :
&lt;t Passants, respectez les restes d'un homme
\'ertueux. ! &gt;&gt;
La fin tragique de Lidon mérite aussi quelquPs détails à part. Il s'éclrnppait de la Gironde,
et arrivait vers Brive, lieu de sa naissance.
Bientôt, ne pouvant plus marcher, il écrit i1
un ami de lui envoyer un cheval. Ce misérable était deYenu maratiste, et certes il se
montra digne de ne jamais cesser de l'ètre.
Le monstre! il porte au comité de surYeillance de sa commune, dont il était chef, la
lettre d.u trop confiant Lidon; et au lieu d'un
cheval, il lui envoie deux brigades de gendarmerie. Lidon se défendit jusqu'à la dernière extrémité : après avoir tué trois malheureux, il se tua.
Tt'ls étaient les récits journaliers qu'il me
fallait ent, ndre, sans changer de visage. Quiconque n'éprouva point un pareil supplice,
ne saurait en amir une juste idée. 0 Lodoïska !
sans le souvenir de ton amour, qui donc aurait pu m'empêcher de terminer mes peines? ...

1. Je ne le sais que trop maintenant. Cc n'est pas
sous les eam de la Creuse qu'ils ont péri; mais dans

Bor_dca~x même, dan, cette ville q~e leur courage
avait def~nduc, que leurs talents av:ucnt illustrée! 0

cité malheureuse! quand meltr3s-tu leurs statues o,·,
lu a~ ,·u lcm-s échafauds?

I\'. -

IIISTORI.I. -

Fa.c. :?8.

.... t77 ...,..

Je l'enais d'entrer dans le département où
tout un peuple, libre de son choix, m'avait
élu; j'avais, avec quelque courage, peul-être,
rempli les devoirs difficiles qu'il m'avait unposés; cPpcndant j'arrivais· au milieu de lui,
fugi1ir, dégoisé, proscrit, trop hrnreux s'il
me laissait passer. Orléans, son chef-lieu, renfermait depuis longtemps mes plus iµiplacables ennemis. C'étaient plusieurs brigands
vendus à la faction de l'étranger, longtemps
sans pain et sans ressource, maintenant investis du pouvoir, couverts de richesses, el
toujours chargés de mépris, de haines et de
crimes. lis me connaissaient bien, car ils
avaiefrt entendu, quelques jours avant le
51 mai, ma dernière opinion dans une assemblée qui avait encore une ombre de liberté. Ils m'avaient vu, dans la tribune nationale, tonner contre eux et leurs forfaits.
Si l'on d'èux pouvait m'entrevoir, j'étais
reconnu; si j'étais reconnu, je ne vivais pas
vingt-quatre heures.
Les portes de la ville étaient fermées, par
mesure de sûreté générale. A la suite des
visites domiciliaires faites dans la nuit précédente, on avait donné quarante nouveaux
compagnons de malheur aux cinq cents infortunés déjà mis en réserrn pour l'échafaud.

12

�_

1llST01(1.Jl

C'éraîrnt encnrrdrs cc LouYetins 11, jugés dignes
de ,,lu, pronrpl Lrépa . . Ain~i. dan~ ce pa~sage
diffi,·ile 'l'''i! ml' fallaiL îra, clrir, nrou nom
s1·ul r.ila11 la muri à quiror11111., élaiL soupçouutl de lui garder l(Ueltjue alladu:rut:nl.
Après qne nous Pùmrs essu)é l'rxamen
ord111aire, au da111a\er duq11d je m'a,·, 011lumais, on nous pt•rnrit d"e11trer dans Odt1an ..
Je Lrftlai:- d't·n ,urrir; mais le mallreureux
voiturier ava,L d1·s p;1quels à M1·harg1·r rl des
paqt1t•I. à pM1dre. Nuus restàmes impu11éme11l 1p1alre h.. ur, s dans cer le villt?, 011 je ne
potn•ai~, sa11 thuérilé, re~lcr dix mi11u1es.
Enfin 111111s parlon~; uous all11ns fraucliir
la grill,: du p1111I : 011 nous y arrèLtt.
- No:.. pa~sepor1 out é1é vus, dit mon cavalit'r.
- li n'ei-t pas question de cela, rilpond
l'offi,·i,·r de garde; yue tuul le monde de ceud... l
- Pourquoi donc? s'écrie la marchande.
- Que tout le ruonde descende! rt•pète-Lil d"un Ion plus imp..:rieux.
Il fout ol,..:ir. te~ h,1111mes commencent.
- Cela ne suflit pas, crie l'uflirier, les
femmes au~,i doivi ut Je~ce11Jre: œrlains
hornrn.,, prenne11L Lil'O Jes haLi1s de Ît'mmes.
- Jll vou, rép1111Js 'l'•e lt&gt;Urs pasi.,-porls
onl été 1•us pa rluul el soul Lien eu règle,
disaiL le voillrri,·r.
Mais le 1·ht'r homme avaiL d..:jà la l'OÏX toute
changée. Que j ... le plai~n:ii, ! 11utl je m~ reprod,ais de l'avoir emLar4.ué dans celle
affai rt&gt; !
L'orG,·ier venait de répliquer :
- ()ui vous parle de passeporl s? Je ne
demande pa~ les passt'porls; ce snut les
fiyu1·es qu'il f&lt;iul voir : nous savons ce que
vous ne savez. pas.
KL pour la troisième fois, mais d'an Lon
très llll'llllçanl :
- (Jue loul le monde de~cende! qu'il ne
reste pei-sonne là: lwul ! ajon la-t-il. a prè~ un
mo1111·11l de rc Ot·~ion; j'y nmarJnai, je vous
eu pr1hien;:, L••~ Ît'nrme.,, doue! les fc·mmes!
Pour celle fuis, je crus rues travaux LienLôt
finis.
Appar,•mmenl j'avais été reronnu quelq1ll' p;1r1; 011 nr·al'ail Jtl11011cé;j'é1ais alhmdu
sans d,,ure. A c;iu,c dt! l11us Ct'S brave.~ g.1•11s
du moin~, ne Îerai!--Je pa!l Lil'n Je par:1ilr1:?
CPllt' id,•e ne li 1 ,,ue pas, er Jans 111a tèle; car
à qnoi le11rt•ùr.,l ~...rvi 11ue j.. me Jécouvris~e?
P,111r n'avoir pu me co11J11ir" JU~qu'à Pdris,
aurairnl-ils été moins eoupal,les au,i: yeux de
me per ·éruleurs? L'a,,eutureuse eu1r1•prise
était trop a~arwée: pour rux-ruèwcs je devais
patie111111e11t m all1•11Jre la lia.
Ln.-; fo1111ne$ 11ui venait'nt de dP-"cendre,
emporla11l 1,·ur:.. jupes i-e1:011rablPs, lais,ait'nt
Ullt: L,11111e m11i1ié Je mou rorps altsolu111t'nl
dé,·uuŒrle. Sa11s l1rui1. mais pr11111p1 ... n1cul,
j'éte111l1s ~ur lltt'l- Ja11,L"s Pl s.ur mon e...;Joruac
u11 peu d... paille, l'l le gra11J manteau que
ruo11 i;a\·alier av,11L lai,:-.é la. Eu,uite Je rawenai de muu mieux, sur iua pui1riue el ~ur
ma tête, lt:s hardes el les cartons sous lesquels on les avait d'abord ensevelis

Cela fait, Je tirai dour.ement de mon sein
1'Pspi11i11le rp1P j'y lt•nais Lonjnur~. je l'armai,
je la mi da11s ma liout·be. Je Junne nn s11upir
à ma p~ rrie t,111jo11 rs ~i chr.rP, à ma fenr me
adnré,· une larmP, u•,e pensée f'rtMre à la
Provi,IP11ce rPm1111fra1ric... Pt j'alleudis l'insta111, l'î11..;l:111l s11prè111P . Oh! •JUt' i-on appruclre
était lenre! oh! qu'.1lors un momenL parait
long!
On demi-quart d'heure, un demi-siècle pénibl ... rnenl se 1rai11a, pendant lequel ce crud
visileur examiua crupuleusemeut Loules les
ftg-urPs; puis eulin:
- N'y a-1-il plus personne dans la voilure'?
s'é,·ria•t-il.
Du n,ème Lemps il y sauta. Je l'entendis,
jP le s,·nlis e11lrrr! L"c~trémiLé J'un de ses
pi, ds ve11ait dt' s' Appuy,•r conl re ma cuisse.
Ses 111ai11s 1111J;1it'nl le~ gros Lallols enta,sés
drrrit:re le sirgl'l Ju f,,11d; il du11na plusil'urs
coup, rnr les lia11t:s au pred J":-cl'1ds j'é1ais
gi-aul pèlt!-mèle avec un tas de pdits paq1w1~.
Dieu tutélaire, ses pieds ne surent point
me se111ir, ses mains ne purent me toul'h...r,
ses yeux, qui me cht'rchaienl, se prome11èrPnt
sur nroi sa11s d11ule, et 11e me vir1•ul puirrl !
se fùt tarit suil peu ha,ssé, s'il I ùl de
bas en haut jeté seuleme11L uu coup J'œil,
s'il eùl déra111,;é 'lu"lqut'S Lrins de paille, ou
soul,·vé le coin de ce manteau, daus l'in:-tant
mème c'en éwit fait,je &lt;lécbarµ-eais mou arme,
je ttuitLais mon pa}S el Loduï,ka, je lombais
dans les abîmes de l'éleruilé.

s·,1

-- Parbleu, nous l'avons éch;ippé belle!
me dit le vuilurier, tout pâle e11c11re el tout
défait, quoi4ue nous fus ions dt:hurs ,depuis
plus d'un 1p1arl d'heure.
Le cavalier, dont la voi:x tremblait aussi,
me demanda pourquoi, pui. que ce n'était pas
les passeporls 11u'o11 voulait tlxami11er, je ne
m'étais pas fait voir. Je lui rrp 111dis 411'un
bruit vague avait bien frappé IDl'S orcillt'S,
mais qu'a}anlla tètHn veloppée el surchargée
de paquets, je n'avais pas eutendu ce qui se
disait.
Oa sent que ce mensonge était néce8saire. Il eût paru fort singulier que j'eui-se
scierumPul refusé de me 111unlrer. Je ne pouvais avoir l'air de croire que ruon ~ig11aleu1ent,
à moi siml'le &lt;l~serku r, eùt élé e11Vo)é, el que
ce fùl à la rech..mbe d'un pauvre 1liaule •1u·on
mil celle importance. Ou se sou,·ient qu'il me
fallait par-dessus tout éviter de me rendre
su~pecL à la c1rrossée.
Je [us bien près de l'abandonnn à Toury.
Je b,1lançai loaglemp · si je ne me jellerais pas
sur la droite, pour aller, par Pithivit&gt;rs,
gagner ernuurs, où Lodubka pouvail s'èlre
relirée, 011 je croyais trouver encore nomure
d"amis. Mou Lon génie 111·.,11 détourna. J'ai su,
depui~, 'Iue, dt: mes i11fortu11és amis, une
partie élail en arr~lation, cl l'autre en fuite.
L"affreux marali~me avait fini par conquerir,
à sa manièl'e, q11inze à vrngL mauvai, sujets
de celte petite ville, où j'a\ais vu longlt'mps
régner le meillt:ur espriL. Là, comrne ailleurs,
celle bande dominait par la terreur. Comme
1

j'avais fait jadis quelque séjour dans œ joli
endroit, plusieurs de ses nouveaux trrans
connaissait&gt;nl très l,if'n ma figure : si j'y
avais parn, j'étais arrêlé.
_ De combien peu je manquai l'èlre à
Erampt's! D'abord la 1·isite y fut chaude,
moins terrible 4ue cdle d'Orléa11s, mais a~sez
seru.blable à celle de Chàleauroux, el plus
sévÎ&gt;re.
Comme à Châteauroux., un trop curieux
Jacobin se hissa sur le marchPpied et mit
la tète dans noire voiture! Ce fut dans celle
altitude qu'il lut les passeports, après quoi,
promenant ses regards el comptant sur ses
doigt , il s'assura longuement s'il y a1•ail
autant de passes que de voyag.. urs . Encore,
aprùs lecakul deu1 ou trois fuis recommPncé,
demandait-il &amp;'il u'y a,ait pe1's01111e aulrc'l
011 n'avait garde de lui dire qu'un mince
indiviJ u. qui aurai L beaucoup donné pour
être plu.-. mince enl'ore, était presque élouffé
sous les in~ividus qu'il nomJJrait, que deux
femmes pilaient ses jambes l'l ses cuisses,
qu'une petitdille écra$ait sa poitrine, el qu"un
, ac de solda t pesail ~ur sa lèle. Oa ne le lui
di~ail pas, mais il aurait pu s'en apercevoir,
car plu~1eurs fois, pour retrouver son équilibre, il posa la main sur le sac.
Nous pasloàmes cepe11dant, mais nous trouvâmes dans la ville un moul'ement considéraLle. Sa. rue princivale était obslruée de soldais; les 1aruLours battaient aux champs :
un cavalier, qui v... nait de recel'oir les hommages de la municipalité, passait dans les
rangs, et l, s troupes lui porlaient les armes.
Pour comble de dr~gràt:e, on venait de faire
signe à aolre voirurier d'arrèler jusqu'à ce
que la cérémonit: fùL fiuie; el 1a f tmme du
cavalier, curieuse à l'e.icès, s'oLstinait à tenir
nos rideaux ouverts. Je me rem·oignais de mon
mieux, pour échapper aux regar&lt;ls de celle
multitude, au miliPu de laque-Ile il suffisait
d'un seul homme ponr me perdre.
Cependant le voilurier Yenait lie s'informer
pourL(UOl tout ce Lruit1 c·e,ail qu'après quelque ~éjour dans ce cbef-litlu de dis1rict, un
cowruissaire de la Moutagne le quallail, pour
se m1dre dans Arpajon, ce soir, et demain à
Paris. La commune u'a,ail pas voulu le IaisSt'r JJartir sans lui Jonner les mar4ues de son
allai:heme11l. Ou espérait Lien le ga,der
e11core 4uel,1ues heures, pat·ce qu'apparemmenl il ue refu,erait pas de vider 4ud4 ues
der11ières uoulerlles avec les Jacobius de la
ville. Etre JacoLin c'était. .. , un e:xterminateur, et l'un des vtus làches, des plus cruels,
des plus forcenés qu'il y eût sur J'LorriLle
Montagne, par conséquent l'un de me mor•
tels eunerni ....
Tous deux, après six mois, nous nou
retrouvions dans une niême cité, sur la
mêw.ll place, pour aiusi dire, encore en face
l'uu Je l'autre. Quel corurasle Ct'peudanl !
Moi, pour avoir \'Oulu sacrilier quel4.ues talents
peul-èlre, tous mes goùLs si sm1ph!s, toutes
mes occupations chéries, 4ue dis-jt&gt;? Lous mes
attacbemeuts les plus saints : mes parents,
mes amis, mon amaule aussi, ma Lodoïska ;
oui, pour a,•oir tout voulu sacrifier au bonheur

�. _________________________________
,

'HIST0~1A
de homme", je me trouvai. foy~nl -~~ _les que j'1•nt ndrai monter a\"~C rr~';-3"'.' ou _prélhTéc de la mL ère, réJuil à I h11nul1allon lcltl' d'on L1• oio pr . a111 Je m eJ01gnera1 de
de. d1•rnier t•11,édi,.11t.. meua •p d' la mort la compa!!ni1•, je me li1·n_Jrai qnelqu~
de crimim·l-. El lui, vil, i;.!flor.int. corrompu, minuit•. à l"érarl. l'&lt;'lle f\"ai.1on shLtle a,a1t
làclll'mt'11L amlti1ieux nm1me !ou: Ct-ux d • ~a J.. ~rands dangn., die én•illt•rail le ?upnié11ri~.1 hie rac11011, il •e rn~:iit ('n\ iro1111é çnn .• je 1· .r111:,i,; mai au. ion pouvait nt'
d'honneur , dr rt&gt;~p I"!., de 1011lP lt•. app:i- pa \11 ap,·n•p,•oir. E11lin.', q?el a~lrt&gt; moy1•n1
Celle fui 11core cc n l'larl qu une fau . c
reuœ de l'amour de H' 1·omrudtat1t:,,I Peuple
alerte. ·11 duml'~lique, que le rcpr~:cul:ml
in en,é! mJlh1•ur1•ux peuplt'!
El . i ce Lrirrand, pou ~ · par le "· oie de la fai~il courir e11 a,ant, avait été pri. pour lui.
t i · i le 1·ourrier pa .. ail déjà, le maitre n_l!
maln:illanre, tùl approt~é culeml'nl, ~c~x
pa plu prè de cc c~ariol ou1•erl, d oo JP tard .. rait doue pa:? .\u moins on le. croyait
pouYai e11lr•nclre le bruit de~~ mar~·hc: &lt;piellc fermcn1cnt dan l'auLer••e. A chaque m. tant,
J°cutenJ:ii~ :
proie pour lui! quPl dou prc t'nl a ra,re au
- Le rnilà ! le rni111 !
roi. du dt·hor el au. roi. de la lloutarrne !
Yous jul!l'Z da11 quellP tran,e j'achevai,
Ce Iul eu rellc occa.ion 1111" j.. ret:onnu
que OH)ll t·ondUl'leur av~il :irdé de ra1•t·t1l u~e on plu1ô1 Je 11'orh1•,•ai pa· le diner, do11L lou
d' rléan~ uue im1,re. 1011 rnrte, et 411r, li le. m,•t.,. pr11I- ~Lre trè~ J.on , me parur nt
ne s'en l'r•,,ait ~or, du moi11. il ~oupc,:mmait dr, lurs d 111- 11,!Jli-•• ,\ mon •ITao1I oularr ·ment.
,•iolt'mnwnt·1111e ji- d1•,·~i · è1r1· un pt'r~111111;i •e 011, wit fiu pt,urlanl. Qud4uc heur ·s aprè ,
de 4ul"l,1ue importance. Quaud 1out eut oo,:. cn1 rà ml' dau Arp:ijon.
L'auh.. rori-le, quoique ordinairemenl il
défilé :
- \'oilà un LerriLle remuc-mén:in-c, di1-il log âL notre conducteur, ri:fu. de nou receen fiunt t' reuard· , ur moi d'un air tr \
voir.
..
'ou avion •I : prér nu par d ux d1l1j nificaLif: i nou:- pou ion pin loin?
J'all~ctai d , l'ind1lli:M1ce, à eau c d • m
irenre. ; d'ailleurs le repré entant du pruple et
toul son corlege di:vaieut \enir coucher L
compa11non ;j1• r'ponJi· nontb.olammenl:
- Il e. 1 ccr tai11 qu'il)' a 1, Lien du mo.nd ';
oupcr.
.
- Pa po .ibl que je poas e plu _loin,
1oul rcla ruan •e dan I• :iuL r•e auJourd"hui · nou, 111: lromerion peul-être puinl à me dit tout bn mon ,·oilurie.r d'un air lml
diner 'dan, la ,·ô1re.
il est nuit· d'ici à Lo11n-jurncau il y a Lroi.
- C'e Lc •la! :.'écria-l-il, ,•ous av z raison. lieues, el l'o II de mt· cbevaux l bic é · j'
Du rnPme I mps. mal •ré Il• murmure de rai voir Ir anlre~ aulierge .
Tout ~lait.'nt pldnt' .
la Ît'OlffiC du .olJat, qui n'aurail pa élr
- Je vai. ius1 ter ici, me dit-il; il faut
fàd1ét! de ~I' produirt&gt; dau celle cohue, le coup
biPn qu'on me loge, on y ~ L obligé; mais
de f11uct d11 d,·parL fut d 1111 •
•
1011
allà111t' dt!u l1t&gt;uc plu loin, à c t' l ou qui m • dounez de la l~L!aturt.
Il rue lix.a lwaucuup el pour u1,1t :
Étréch~, ptlil 11U.i"e, uù né.inmoiu dix _,uya- Ce mon. ieur dépulé vous connait peutgeu~ viurcul e m, lire à noire laLI: d l101e.
Ceux-ci ,enait•ul de Tour , ceux-là d Orléam. êlre?
.
. .
.
- Peut-èlre bien : du mom JC u1 ùr
plu,i1:mr' de Tuuluu •, uu ca1101111i~r p~ris_ien,
d ,. P)ré111•e Ori 111:,ll's, où 11 a,a,l lai ~' un qu'il m'a ouvent p é en rerne dan mon
hra,. Tu11
rendaient à Pari . A me ure bataillon.
ui, oui, reprit-il en secouant la IIH ,
que nuu opprod1io11 de celle _,illt&gt;, le rt·~conl re de Cètle e p \ct.J der na1enl plu.s fre- j'cnlend · liien. .
.
li rtlllé, bit uo m 1:ml, pu, :
11ueul, L plu 11omL1 eu e . E t-il l,ien • ûr
- Ît'nez, ou- fait aujourd'hui bien de
que plu it•~r · ne n~'ai~11l pa.. r~coanu? ~~­
menl n'ai-Jepa. t1tedcuouœ? \ou ne la,e~ cbo c que \'OU n'avez jaurai:- faitl'.,)c croi
pa roulu, l1ruv1Jc11ce impéuétraLle· à quo, Eh Lieu, . i v0u alliez pa~.er la nu1L ur la
doue me ré ·er1 cz-vou~ '?
pJille, dan récurie?
.
_.
_ Bien trou'"é !. .. Cependanl n l aurai l-11
Comiue j'a,ai co1uml'nl'é d'a,sez bon appt'.pa de l"alf,c1a1i110L. Qu'en p n!-eraiL la carLÜ, 011 ~e mil à cril"r dan, la rue:
- \',1e le repré,;eulanl du peuple! \·i,·e .... ! ro é '?... '011. llt·z eull'meul à l"aulicrgi le.
'ou élion ' dau- une rhamLrt: haute, p.irce olJtt,nt'z ,1u·,t ooui- ll'ardt•, et lai l'Z-moi faire.
(l fallut u~n qu'il con entil à nou. arder,
que le r1 z-de-tbau ~ée e trou.,ail vtl'i_n. li
:1.1ail 1~ Loule la au culouer1e du \'tlla"e; mai ce ne fut pa. n' nou a,·oir pr 1,·enu
cinquante à oix.aole Juroo qui, le ,·erre en que ùr ment nou erioo t!\'rillé avanl
main attendaient au pa ~age leur repré en- minuit, el qu'alur il faudrait l'éder no 1,ts;
pour le souper, nou l'allion faire ince .amtant.
ment, à taLli: d'btite, a,·ec Lou les ropg ur .
Habile à ai ir l'occasion des séduction
C'étaienl encore dt!S Orléanai el dl Toules vlu ,ile , et:lui-ci ne man11u~rail p de
pa11·r, en pa ant, qut!lque, ceutames de bou- ran ealll. mai reufurcé d' nge'"in .• de Poitevm el de troi l'ari it:n . C'etail bt:aucoup
tc1llt! •l de 'arrèlcr quelque kmp pour en
pr •ud~e a part. l'cut-ètre ~u~. i, ~o~mc Lrup de ruoude.
Je pri au ~ilôt rand ~al .de têie; mal r~
liucl411e--un d~ icu , pou e ~ un •~-_tmcl
d'c.,pio,ma re l'lll:ure plu· qu_e _d un d:~,r de le mau1·ais r1·pa de m1d1, Je me coute.mat
populari1é, peut-èlre rnuùra1l-LI pa_rélllre un d'une rôlie Lie11IÔL apprèlét'. pui j'allai choiir dan le coml,le~ uu taudi ·, et parrui tous
womc:nl à La taLI de Vo)a"cur . ~o ce ca ,
moo plan étaiL foit. Je prêtai l'orc:ille. Dè
le plu mau,ai lits le plu mau"ai~, bien ùr

récompeu er aulant que je le roudrai. !
Je lui donnai Ir cent franc d'a~. irrnal
11ui me re laient, et que j'a,·ai promi ; j'y
ajoutai une montre d'or qui valait . ii. foi
autant.
- Et au revoir encore. m'é..:riai-jc,
jamai la cbo e e. l po. !&lt;iLlc !
- C'e I pour vou que je le roudrais en
,érilé, me répondit-il· quant à moi, cela ne
, rait pa , l même rnu oc m ·auriez rien
lai.,·,, que je . erai toujours lrt' ('ontenl !
Il me errait la mai a, il allait m'embra ~cr. D'un -il,!n , je lui fi comprendre que
,;'était une imprudence que ,ie ne permellai ·
pa. ; je m' :Joirrnai.
~on loin de là, élaiL un ,·aLarel. oi1 je me
réfugie, landi que le cav:i!Jcr ,·a me clwrcher
un fiacr •; il l'amène bi1•ntùt, je m'y jeue.
~le rnilà .eut, rn plein jour, b dcu. beur
de l'apr~.-diuée, le ix déc mlire, Ira ver.. anl
d't:n ex1rén1ilé à l'autr cell11 l"ille in raie,
0(1 farai. tanl d parti an failile t't tant de
·ru •1 cnnPmi .
liai je pui e. pérer d'y retroU1· r ma Lodoi ka. ''y fùL-elle point, je aurai du moin
en quel lieux elle vil quel dernier hasard
me re tenl à courir pour l'aller rf'joindre ..Je
,·ais lrou,·er es ami· l le mi •n,, no ami
1·1r , dévou~ , no ami. de ~in"l nn . li me
c1·oi nl à jamai perdu, ,an doute; il vont
pleurer d pla.i ir en me ren1yanl.. .. Pourriuoi
donc mou cœor ne peul-il ·'t,u1rir à la joie?
Qu l e t cc douloureux pre entimenl qui
m'accable•~
1011

qu'à .on arrirl'c, le repré enlanl du peuple el
son cortèo-e décou, bcraient tout le monde
avant de me découcher.
- Fali"Ut', malad ·qucf 'tai , di:.ai -jr. à_ la
.j,ervanle, (airue mi1•u me reposn lan.t ~1en
que mal ur c,• rrrabat, que d'èlre uLh"e de
me le,er dan d •u heures el de pa er le
re l de la nuit ur pied.
La ~cn·ante lrouv:iil que j'avai raison: l
mon in'-luiet ,·oilnrier, 11ui me vopil faire,
me errait la main el di ·ail :
- Quand on 1ra1aille a\'ec un homme
d re ourcc romme ,ous, la besogne fait
plai ir.
Excédé de a&lt;&gt;ilalion de celle journée, jt&gt;
fi , à part moi l mon lral"er. in qu..J11u~
bon r.,i onnenwnu . ur le pPine de la 1·1e
el I douceur de la mort; clll' ne pou ,•aient
mi' fuir: j1 ,·enai de m'a , urcr qu~ l'?pi~11~1
el l'e~pin!!ole étai11111 eo l,on étal. Am 1 re 1goé, je m'endurmi · profond 1menl._
.
A mon ré,·cil, je ne m'iuformat pa ~ le
rt'prbcntaot du peuple t't on corlè••e •tarent
venu . Il ne foi. ail pa jour quand uou parlime · mon ennemi ne 011geait point . an·
doule à se lever.
Long1umeau, perdu de brigandage, nou:
fit . uLir un P.\aru n plu. menaçant que celur
d'Étampc . . , 'ranmoius l"énincmen_l en ful
, emLlaLle. 'foujours m me mahe,Uance et
mème maladrc c d'un tôlé; même audace
tl mPme Lonheur de l'aulr . 10Lre diner à la
Croix-de-llt"rn m'oll'riLencoredeju. lt' uj1•t·
d'inquiétude. 'ou rtion un grand no~Lr,
à taLle. Je ne sai plu. à propo de quoi un
de. con11,·e , 411i m'avait bcaut'oup r g~rdé,
je le ro ai du mui11 .' dil el répé_la plu~1enr
foi · à l'aub •rrri te, d un ton 4u1 me parut
affect 1 :
• '&gt; •
_ ~[e prenez-,ou. pour un romancier. Je
oe Cai pa ' de roman. , moi.
Étail-t un appel à J&lt;'ntthlas qu'il prétendait foire?
Quoi tJU'il en oit, il chud10L_a q~clque
mol à l'oreille d"un ami, qu,, l m~tanl
d"aprè , . mil 11 fredonner le r.. frain d_'une
do me rom ,n,-e tri·~ connu : Est-rc cramle,
Pst-cl' i11tliffereuce '1 jl' 11n111frais bien le de1

1•111er.

Toul ceci n'était-il donc qu'un jeu du
ha ard?
Au rc te, i ce deux homme· n 'in-noraicnt
point qui j'étai , je ne devai pa m'en ala~mer beaucoup . Cc n'eùl pa él: par d ' plais nkric qu'un ennemi m'eût fait comprendre
qu'il me recon~ai.s_aït. Ain _i, ra . u~é par
me réOcx.ion , JC m a\'eolura.J ur Pari:. .
La vi 'Île aux barrière· nou épouYaola1t;
nou prime conlr elle nombre de précaution·
tr inutile - : on nous lai sa pa ser an oou ·
dire un mot. Hue d'l'.:nfer, je remerciai mille
foi me compagnon de voyage, ~l .ou, I~·
murs de Chartreux, lieu peu frequenle, JC
mi , pied à lt:rre.
- llrave homme, di -je à mon conducteur ,ou avez couru de ha ard , mai entrr
Die; et nous, je vou jure q~e ,·~u avez_ fait
une bonne action .• uc n me Hl pcrm1. dc

'L 'EXODE DES G I'l(ON D1N S - - ,

~Ion plus grand dan;œr m'attendait à l'endroit mème où j'allai cher ·her un a ile. Mon
intim ami n'y demeurait plu . ~fui 11ui ne
nùn don lai pa ,, je reni·oie mon fiacre au
coin de la rue voi ine, el vai frappt&gt;r à la
porte &lt;JUe je connai. i,i bil'n ; un 11fonl de
:-cpl à huit ans me I" oune ; je reconoai le
fil d'un d1:pu1é, qui l'amenait ouvcnl à l'a semblée. ,le m'écrie :
- Qu'e l- .e la? n·c.l-cc pa ici le logement du ciln eo Brémont'? (Qu'on me p rmelle de d,:gui er aio i le oom de l'ami que
je dcmaudais.)
L'enfant répond :
~011.
-- Qui don· l demeure? lui di. -je.
- C"e.t mon papa, le voilà qui ,·ieot.
Eu eifol, quelqu·un vcnail de la pi~cc vuiine.
,le n"1m demande pa da\antarre; je me précipite ur l'e caJier, dan la cour, au milieu
de la rue.
ependanl une ervanle allail rentrer dan
la mai ·on; je lui demande oii loge actuellement le citoyen Brémont; lie me lïndique.
le voilà réduit à m'y rend 'à pied à \"Î.age
découvert; heuri-u~ement il n'y a pas loin, el
j1· n'y vai pa , j' · cour .
Je uis dan la maLon el à la porte de
l'app r((-m.. nt ind,qu 1 . La pr mière ,·oi , la
"Cule qui me frappe. c l Ile de Lotloï ka;
ïentri:, je me prilcipite: eJle pou e un cri,
.e j •tte à mes genoux qu'elle emLra se, se
relhe me pre e ur son cœur, pleure el

lomLe dan m bra . Je ne crain ric·n : ce c lui 11ui l'a 1•u na1Lre, c' l notre ami de
ont le larm , c'est Je di'Jirc de la joie; tou les lemp qui r•fu e d le recueillir,
c'c l celt joi, qui 111':i~ile, qui me rrmplit qui crainl de t'cnlrcvo1r, qui non envuic ur
comme elle q111 confond déjà no nnpir, et la pla1·e de la füfruluùou ! fü , emLle lrs
no , an°lut . . 0 [fo-u, "oilà de to11 ' rue maux fore !
I' nlier dédommag mPot! rnilà de Lou. me
t&gt; p ut-i1 que je oi révrillé? n'e l-ce pa,
Ira vaux la di 0 ne récompen c !
un aflr.,ux , ongtl qui me lourm nle · jr 1:icuc
La maitre
dn !11 i , 1 neveux, la nièce à reru.,illir m1&lt; e. prit, , Ioule mi&gt;. facullé .
onl accouru . Tou. il. 'écrient, lou il
Je ne pui en cro1r le premier trmoil,!D3~1:l
m'embra enl, tou il pleurent comme nou~. de me oreille et de me. ·eux: di. foi, je
Celle .r ne, i douce à mon cœur, . e pro- l:ile el rrn-:irde aulour de moi. Enfin, il e l
longe; cuGn nou, nous aperce,·on qu'il me trop certain que je n"ai pa le Lonbeur de
faut du lin 11e, de habit , du rcpo. ; que de
ré,er; c't' t Lien ma rl"mlllc qui e:,L 1.), l
be oin de tonte pcce me pre.. e11t. On me
erl 1ioemenL elle a dit 1.. cru"II" &lt;ho~ :,,
onduil à la ch:rmLr la plu n·culce de l'ap- que je vien. d'enlendre, car je l:i roi d1 Jwul,
pariement · c·c l œlle de Lo,loù,ka; ell el
imntoLile de douleur, le rt&gt;~ard Jiw. trop
moi nou y en Iron .. Peronne ne nou )'. uil; aflerlée pour ver. rr une larme, t.'l fai. aut
c·e l apparl'mm1•nl une alknlinn dt&gt;licatc de eflort alin d,• r&lt;'leair
11émi · l'Olcal A m
l"amitié 4ui nuu ' lh·re à l'amour · ô mon
urpri e indiciLlt! ·ucréda pmque 011.,-ilôl
èpou, c, mon épou.e adorre I qui pt&gt;indr::i me
une inJi.mation \ive, qui Lrùlail d'éclater.
lran~port et lc: 1·harme de l car• e.? c'e l )la Lod11Ha le r1Jmar,1uaiL l.,it&gt;n.
aux amant qui eront ra,ori. é pour brûler
- J' n'ai plu Pn ce momrnt d'l'i:pérance
de IOU ' 1 s feux du ,érilaLlc amour, que j'en
11ue
dan lon courage, me di ail-elle de ~a
lè ue le oin.
roix i tendre· au mom. quelque con.olation
'rpl'ndant lant de marche.!!, tant Je ralime re le. Tu n'e plu dan. la G.ronde, ah. o~
ll'U , de ha. ard ·. el mdme cl'llc douce joie, lumeul abanchmné, tout à fait r11I. Tu 11'éce ,,ir bonheur qui lru.r uccèdcnl, ont épuL:
prou\·era pa le tourment de li11ir loin d
un corp trop fait.le contre tant d'agitation .
moi; je n'aurai p;i. ctlui de le unin·c; c·e t
ln lit, mai 1p1el lit I celui de mon épnus Ya en •·mLle que nou allon. mourir.
me r Ce\'Oir. c·e t là 11u't·nfin j ,·ai. avec
• doux ac ni •. se roura~Pu e parole·
dt11ire r.. poser ·ett tète arra1 héc à lanl de
c:ilmaient mP agilalion dt1snrdonnée .
p ·ril . lia fommc un in. laot m'a quilté, pour
&lt;I ~:h oui, pensais-je déjli, 11uel1p1
êlre:
me fair~ apport,•r plu \"Île le· cbo le · plu
privil~ié e i Lent encore, fidèfo , généreux,
néw ·aire ; elle renlr • un moment apr\ , magna ni me . »
d'un air a ci tri ·te.
Déjà je nourr~ ai plu tranq11illemenl
- Nou ommes pre·que eul dao la
l'indigna1ion que m'ill'pirail la làLhcté de
mai:,on, me diL-ell ; le jeune "CO , ont homml".
.orti. , la ni~ce au~.i · ell a pri on manl let
Pour e pénélrer de toute la barbariP quïl
devant moi, et ne m'a point dit adieu. ~au
y avait 1.l.m ccl ordre de ~orlir .nu demiJoute, elle n'e t allée &lt;tu'à deux p11.; elle va
hem·e, il raut a,·oir qu'après la r&lt;'trailc hatrevenir; mai ne pouvait-elle pa différer un
tuc, l ·urtout quand di heure: ont ,onné,
momeut'!
11ul ne e monlre dan le rues de Pari.-.
Et moi, ans déiiance, je répète arec ma
qu'au silot on ne l,!fa~ e enlrer dan un corp:
femme:
de garde pour cp,'il y produi.e sa carte tir
an doute elle va rel-'enir.
~'Ûrcté, ·ur Jaqu lie. lrou11eol, awc on nom
'on, non ! nou nou Lrom pions Lou dcu x;
cl le nom dt: la i;ection, a d1•meure cl
die ne re,·iendrait pa , celle jf'une per ·onne
on ignalement. fon ancienne carte, arec
.i i111 'res.ante, qui m'était i cbère, 411i avait
mon n,,m, ne pou,~ait me .C'r\'ir;j.? n'en arai
n-ra11di ous me. yeu-x, pour la4uclle ma
pa d'aulre qui pût m'allcr, oo le .a,·ail Lien.
lemme a mit pri J'auacbementlc plu tendre,
Me ren,·o,er ai1l'i, c'élaiL donc, romme le
el qu'en Jes leo1p plu pro,-pt!re uou parl10n d'ad,1plcr. La làcbé peur commençait à disait ma Îl!mme, me pou r . ur l'écbafoud.
- !Ion ami, 11ucl parti prendre actudlc"lacer, autour de nou , toutes I àme . Elle
menl? pour ni"ail Lod11ï~ka.
11ou abandonnait déjà celle que oou · avions
Je lui di· d'un ton cru.me et déterminé :
\"Oulu faire notre li lie; elle ne re,iendrail
- Tlépond -lui de ma parl qu'il méritepas!. .. Ma femme ne l'a rerne qu'une foi :
rait qu'à lïn tant même je me tra1'na . e au
je ne l'ai jamais revue, moi! et quoi 11u 'il
euil de a porte, pour m'y brûler la cerYelle.
arri,·e, je ue doi' jamai la rernir !
Quïl . c ra. sure pourtant; il aura le bonheur
d'apprendre que j'ai fui, an le comproIl était dix beure et demie, ie dormais
meure. Mai je crois avoir, au prix du péril
profondément.
que f ai courus pour ,enir me rejetn dan
- 0 mon ami! ra cmlile Ioules lei force ,
.c l,ra , aci1ui~ 11:l droit d' ·xi er 1p1eJque
me dit ma femme, lu n'en eu jamai uo i
lwure · de répit, el de pr.. nJn•, a,ant de tergrand Le oin; je IJ1111ooce, dt: tou les malminer mon lr1 te ort, le lcmp. de me r conheur , le plu,; cruel peul't!lre el le muin
naiL1·e. Déclare-lui dime po iltvement qu'aualleudu. Ilrémout, qui rient de rentrer, te
rune pui san,·e ne 01';1rraclll'ra, vi,ant, de
donne une demi-heu1·e pou,· sortir de cite;
chez lui, à l'heur qu'il c~t, de mème que
lui; je ne chao 11e pa es paroles. C'est le
rien ne pourra m'cmpb.·bpr d'en ortir, avec
compagnoo de l'enfance de ton père, c'est
le précaution convenabl , demain à epl
0

0

�111STO'RJJI
heurrs du soir. Que si la -iirnr lui tourne enlÎPrPm1•nl la fêle, q11 'il M,·011rhr; rpwl1p1e
ami Je trf'nle ;ms pourra le. r&lt;'rernirponr une
nuiL : il Il f'~t pa, proscrit. fi va S:111S doule
insistrr, cri,•r, llli-'nacer. Aj11n1e alors que
pour1a111 il lui re~le un moyen, m:iis un moyen
u11i11ue, Je me mir sortir d'ici, a\'ant le
temps t111e je fixe; et ri11'après la leçon 11u'il
me Junne. j' alle11d · encore une anlr1· lt•çon :
c'est que tout à l'heure il m'aille d,:noncl'r;
c'est 4ue lui-m,:me, au lieu de m'envoyer à
mes assassins, il me les amène.
0

])u moins il n'ip:nnrail pas que je savais
gard,•r me,; résolu1io11s : en lps a11prcn.1111 de
la b,1111·he Je ma f.,mme, il pàlil; il s11rliL
sur IÏll'ure, 11 Ili-' rt&gt;11tra que le surlcnJ,·main.
Ct•ppn,l.111t Lo,loï~ka ne rPvenaiL pas seule
vers mon lil. )laJame Br1:mor1l a1·cou,·ai1 me
cousoler, elle accu,ait J'i11hum.1uilé de son
mari. La nfo·ssité de m"al,anJnnnn, pour
lui 111,{,ir, l..1 d.:se~pé1·ai1. tju'allais-je dev1:nir?
elle me couvrait de ses larmes.
Je m'éL011nais de voir 1p1e Lodoï~ka dPmeuràl l11ut à fait insrnsiule aux pr111estalions
d'allac!Jcmt&gt;nl qui m'étaient prtldiguées. Oès
que 11011s rù/Iles St'uls, ma malheureust' épouse
dul m'folaircir cet autre mys tère de douleur.
Des i11Jiœs' lrup ~ûrs la forçaient à penser
que c'était la cito)enne Brémont, dont nous
counai:,.sion~ d'ailleur, l'empire sur l'esprit de
son mari, plus aC(•es$ible enrore à ses conseils, q11a11d il avait peur, que c'était elle qui
avaiL &lt;l~lcrrniné cet bumme failile, en tout, à
montrer du moins quel4ue force pour me
mettre dehors. Pourtant ce n'était'nl 1.1ue de
fortes présomption~; depuis nous en avons
eu la pri·uve. Quel aLomi~ahle as~emhlagc
de IJarltarie, de fausseté, de lâches trahisons!
- 0 liuaJet, m'écriai-je, mon pauvre
Guadet, tu Le plaignais de les amis! si Lu
voyais h~s miens!
Au milieu de tant d'horreurs, cependant,
l'hymen d11nhait à l'amour une uuit. Oui,
l'hymen. Eh! t..jUel plus saint contrat que
celui que nous avions écrit et juré de\'ant nos
malheur1:ux amis ! dt'vanl quelle autorité
civile aurai -je pu, malheureux proscrit, me
présrnter el faire recounaitre mon épouse
légi1ime. 0,111s quel Lemps die avait uui ses
de~tinét's aux mienne~! Au .cin de notre
cruelle paL ie IIOUs ne pouvious plus a1oir
d'autres aulrls 4ue les échafauds.
Uelas ! serail-elJe du moins suivie de plu-

mur qui séparait les deux logements était s
mince, qu'il n'y avaü point de mouvemPnt
qu'on ne pùl mutuellement entendre. Une
amie de ma femme me reçut alors, mais elle
prit peur dès le second jour. Ma femme se
vil obligée de me venir chercher, quoique la
cache r1u'elle me préparait dans son nou"eau
logement ne fùt pas achevée.
Les jolies mains de ma Lodoïska, ses délicates mains, n'avaient jamais, comme vous
le pensez bien, manié le rabot, ni les clous,
ni le plâtre; pourtant, en cinq jours encore,
elle acheva seule, sans mon secours, car mon
myopisme me rendait ab~olument inhabile à
crt apprentissage; elle aùbe"a un ouvrage en
menuiserie ma~onnée, d'un plan si parfaitement conçu el si artistement imaginé, qu'un
tel coup d'essai eùt passé pour le cht!f-d'umvre d'un maitre.
A moins 4u'on ne sût qu'il y avait quelqu'un dans cette uoite, qui p~raissait un
mur, et un mur où l'on n'apercevait pas une
fente1 à moins qu'on ne le sùt, je défiais
le plus haliile de me lrou\'&lt;:&gt;r là.
Désormais nous étions parfaitement assurés
contre ces visites générales dont les sections
s'avisaient de temps en temps, chacune dans
son arrondissement. Celles-là se faisaient de
jour, elles n'avaient point pour objet telle
personne en parlicu lier; elles se bornaient à
queh1ues coups d'œil d'inquisition dans chaque logement.
Ma cacb.e était, en ce cas, un rempart certain ; j'y volais, au premier coup de sifilet du
portier.
·
Si l'on venait à frapper chez nous, sans
que le sifOet nous eùL avertis, ma femme,
lente et lourde dans sa marche, n'ouvrait jamai la première de nos trois portes,
qu'après m'avoir donné le temps d'aller,
au fond de la quatrième pièce, me laisser doucement tomber dans mon asile, où
j'entrais fort vite, et beaucoup plus commodément que je n'en pou\'ais sortir; elle avait
calculé 4uc, pour cette dernière opération,
j'aurais toujours assez de temp .
Si c'était quelque importun, m~s dans
notre adversité nous n't'n avions guère, quelAvant sept heures du soir le lendPmai11, que l,avarJ, on en rencontre en tout temps,
ce brave jeuue homme qui m'avait déjà rt:- - un.e voisiue, par exemple, et souvent la
cueitli t1ud11ue temps a\'a11t mon déparl pour portière qui, soiL désœuvrement, soit curio•
Caen, vint me preuJre encore; il ne put me sité, restait là 4udl1uefois deux ht.:ures, garder que trois jours. Des maratistes de- alors je m'arrangeais pour une espèce d'étameuraient actuellement sur son carré; le blissement.

sieurs nuits scmblahles, cette nuit si fortuné!:' 1Ne nous. touchait-il poinl, le jour, le jo□ r
fat;;] où nos doux liens, à f)eine f.. rmé:;, serai t'nl rompus, de la seule manière qui pût
les rompre?
- É1·0111e. me disait mon amante, il nous
rei;te du moins une consolation qu· on ne prut
nous ravir, relle de mourir en.t'mule. \'oici
mon plan : dès demain, je cherche dans ce
quartier perdu un logPment; je le prends
sous mon nom de fille. et je t'y reçois . Je sais
qu'on ira liienlôt s'informant quelle est CPtle
nou,·ellt! venue; je sais riu'on ne peul larder
à me décourrir, el &lt;p1'alors, à snpposer même
qu'on ne me sonpçonoàl point de le donner
a~ile, il kur sulfüa de retronrer en moi Lon
amie, Lon am:intc, la compa~ne de tes travaux, pour qu'au sitôt mou supplice soit préparé. Il, ne n1'y lraincronl pourtaut pas; avec
toi, eummc loi, je saurai me déroL,,r à leur
é.chafoud. 11emar&lt;Jue œpenda11t qu'aiosi nous
allons ga~ner linit jours, quime jours. peulêl re un mois. 0 mon ami! combwn, daus ce
court espace de temps, pourrons-nous vivre
davantage que lei qui ne tombe que de vieillesse. Cumme Saint-Preux, tu me puurrali
dire : Nous n'aurons pas quillé la \lie, sans
avoir connu le bon beur.
Je la serrais dans mes bras, sur mon
cœur; je la couvrais de baisers; mes Jeux
versaient des pleurs délicieux.
- Si pourlaut, lni dis-je, il n'était pas
impossil,Je qu'un jour, sans moi, la vie le
fùt moins à charge, 411'avec le temps ....
- Pour11uoi cet outragu? interrompit-elle.
Par où l'ai-je mérité?
Elle m'échappa, joignit les mains, leva le
yeux au ciel :
1on, je jure que sans toi la Yie m'est
un tourment, un insupportal,le tourment.
Seule, je périrais bienlôt, je périrais désespérée. Ah! permets, permets que nous mourions enseml,Je.
Je n'ai pu me résoudre à passer ces détails.
On les trouvera. Jongs, peuL-èLre; qu'on me
le parduune : ces moments furent à la fois
les plus doux el les plus cruels de ma vie.

(A suivre.)

..., 182 ,,.,.

LOUVET.

ERNEST DAUDET
+

Mademoiselle de Circé
VI
Je ne crois pas qu'il existe en France une
conlrre plus pillore~CJllf~ que celle ou est située
la petite ville de Pontarlier. Les voyall'PUrs
attiré~ en c:-s lil'UX se rappellt&gt;ront peu~-Plre
des sites d_aspecl ~!us grandio e, les Al~s
ave~ l:urs c1meq allter1·s el leurs ,:?laciPr~, Jps
Pyrenees avec leurs g-or~es profondes. Mais
nulle part ils ne ressenriront au même derrré
que dans le coin de Francbe-r.omlé où les
né~essilés de cette hisroire m'ol,ligent à conduire le lect~ur, l'admiralion qu'é\·eille en
nous la profu~1on des beautés de nature cette
sen atio11 d'apaisement infini et d'inallért1Lle
sfrénité que la grâce d'un paysaae où rè"ne
0
la solitude procure à noire âme. b
Cela est vr~i surtout du pays qu'on traversP!, au so~f•r dti P~ntarlier, pour gagner la
front1ere sm ~e. Qu on aille la Iran1;hir à
Verrières, au défilé d'Entreportes, aux llôpit~ux-Jougne, ou sur quel11ue autre point, ce
n est de toutes parts que 101·hps et forrenls
bois de sapins grimpan t aux flancs dt'S rolli~
nes, vastes prairit&gt;s - des (( combes 1), pour
employer l'exprei::sion locale - au fond de quelles s'élève parfois une Ît'rme à tuiles rouges, et que paissent des vaches, dans le bruit
argentin et mélancolique des sonnelles qu'elles
portent au cou.
Au fur el à mPsure qu'on avance, le paysage se 1ran~formc au gré des accidents de la
route. Tantôt, il ouvrn devant vos pas un
défilé tortueux, ass11rubri par les murailll'
humides que forment à droite età ~aul'he dt's
rochers crevassés, d'où coule ,11:outrt à goutte
une eau venue de sources cachét' ; tanlôl, il
vous oblige à loa~er, sur un s1mtier sillonné
d'ornières, un torrent qui promène ses onde
écumeuses au fond d'un hl rocailleux· tantôt
enfin, il vous drcouvre hrusquem~nt u11
horizo~ m_agique qui appelle le régardjusqu 'à
d_es lo.wtarns dont les extrémités se perdent,
s'._ le ciel est cl~ir, dans une poussière d'or et,
sil est obscurci par des nuages ou par l'approche de la nuit, sous un voile de brumtl
grise. Dti tous côtés, la couleur foncée des
sapins répand sur les cbosPs son reOet verdàtre, el, dans la mélancolie de son uniformité, contribue à vous donner l'illusion d'un
bout de monde, où les hommes ne viennent
pas, illusion accrue encore par la rareté des
ctnlres populeux et par la distance qui, dans
ce pays, les s.épare les uns des aulres.
Pour éprou\'er ces impressions, il faut le

par~ourir ?nrant la hPlle saison, alors qne le
soll•1l éda1re de se.~ feux les fnrrls, l1•s cnmhPs, lrs monts, IPs e:rnx. L'hiver V&lt;'ntJ, le
mervPillenx écrin s',·n~evdil sous la nf'irrr et
?'est 1i pPine s'il laissP devinn S&lt;'S ril'he;i;Ps
Jnsqu'nu jom 011 le printemps commence à
en ranimer l'éclat.
C'&lt;'sl dans ce cadre, sur un platran mamelonné, du hanl du1p1el on apPrçoit distin::temcnt les con,truclions massh·rs du Fort de
Joux, placres en senlinelle ur la frontière,
au-d,•ssns de Pontarlin, qn'existail enrore
en ·I 820, IOUl·bant au hameau des F.tra,·hes
le chàteau de Cirr.é. Mis en vente à ceu~
épo11ue par des h,:ritiers rollatrrau,c il drvint
la proie de la han.:le noire. Elle le dhruisit,
morcela les ferres, les venJit par lots à des
pny~ans qui eurent bientôt îait d'en cuuv~ir de sapinirres le vaste empla1:emenL. Il
n l'n rrsle plus !race aujo11rd hui. Ce n'est
&lt;f?'après de longues rt&gt;chL•r1·hrs que, lors d'un
r~e~t voyage !D Franche-Comté, j'ai pu,
gmde par un v1Pux garde dès furêls retiré
depuis sa mise à la relraite, dans Je Yillaore d;
la Cluse, Mc·ou vrir l'endroit où se dress;il le
châtea u, théâtre des événements que je raconte.

Mon vénéral,le iznidr SP. rappelait C'nrore la
physionnmir archi1Prf11ralP d,, l'a11tiq11r niaison dt&gt;s Cir,·é. r,·rasé~ drjt l11rsq11ïl la vit
P.~nr la prrmi1\_re rois,. sous le poicl~ de quatre
swcles, son Lml PU p1µ-non, f11r111é dl' tuiles
plalPs, ro11µ-rs à l'uridn,•, m~is noircirs pru
a . peu par le tt&gt;mps. sa foça,le f'n pi, rr, s de
faille, ron~r&lt;'s par l'hnniidiré. sr d1tr1111lnnt
avec ses croisél's élroites à pr1i1s c·nrreirnx
d1·vant un parterre que clmqne tl té 1ro111·ait
tout ncuri et au delà duq111·I s'élr11Jaic11l les
bois immt&gt;nsrs d'où les Circé tiraicut leurs
opulents revenm.
Il se rapp1•lait aussi la chapPJle en ruine,
avec ses a1J1cls en huis scu lplt•, srs innomlir?b_les slatnPs pou,siPrcusrs rt f'lus 011 moins
br1spe;:, \'end11es depui:- aux dirnws éorlises
da voisin11ge. C'l'St izrà1•p ;nu suun•11irs Je ce
b~ave homme qu'il rn'.t Pfé po,-,iule &lt;l1• rei·onsutu~r _rar la pr.u~ée la dt-lllPllrl' que la dénon1·taL1on de Fleurirr Vf'nail de lil'r1 ·r à la
police imp1:ri.le, Pt d'1·n don111•r à mes lt·cteurs une idée '(lie 1·h.icnn d'eux, J'aill, ·ur
a~1ra _la lilJPrlé de modifi,·r au gré de son ima~
grnaL1on, sans que l'intérèt dt: ce récit en soit
amoindri.

L'hh•er venu, le merveilleux écrin .s·e11sevelit s011s
la n,iJ!e, ,t c'est a Peine s'il lai.si,e deviner us
richesses jusq11'.iu jour oü le prinlem('s co,nm~rce à en ranimer l' · l l ,
ma,mewnné, qu'existait encore en 1820 le château de Circé. (Page ~~~ · C eSI J.~ns ce cad.re, sur

... 18.1 ...

1111

platea11

�~----------------------------- ..MADE.MOTSEI.L'E DE C11{CÉ

111S T0-1{1.Jl
On a vu par les nolt'S extrailcs du dossier
de la famille de Circé, 11 qui:lles cruelles
épreuves la llé1•olution l'avait soumise : le
vieux mar,1uis, dé igné aux. terroristes par
ses anrieus cl glorieux services, obligé de
s'enfuir avec sa femme el son petit-fùs, Robert de Circé; le père el la mère de celui-ci
cnroyés li l'échafaud, laissant derrière eux,
auandonnée aux hasards de la vie de Paris, si
féconde alors en périls de toutes sortes, leur
fille l :ibelle, encore enfant; celle orpheline
arrachée par miracle au plus misérable sort
et ramenée par un ami de ~es parents en cc
château de Circé où elle était née et que li!
dévouement d'un serviteur de sa maison, celui
que le fioles de police signalaient sous le
nom de ·chasserai, disputait intrépidement
aux agents ré1olu1ionnaires.
On ne comptera jamais le nombre des
drames privés qui se passèrent à celte éporp.1c,
on n'en connaitra jamais Loule l'horreur. li
faut remonter à la révûcatîon del'édil de l an les
ou aux tragiques épisodes de la Jacquerie
pour retrouver une égale accumulation de
catas trophes d'un caractère aussi somure.
L'histoire n'a pu le~ énumérer toutes ni nou
en transmettre tous les détails. Mai~, par
ceux qu'elle nou a légués, nous pouvons mt!·urer l'étendue de ces calamités privées q11i
vinrent a&amp;graver les calamités publiques.
Dans le district de Pontarlier, la Terreur
avait eu, à ses déuuls, le caractère d'une persécution religieuse cl non d'une pePsécution
politique. Elle s'en prenait au.x pr.ètres bien
plus qu'aux nobles. Ce fut à partir de 1792
que le club de Pontarlier étant deYenu !o.utpui sant, on enveloppa dans les mêmes meures les uns èL les _a,ulres. Ne se sentant plus
protégés par- le sou,·enir de leurs bienfaits,
menacés d'arrestation, le marquis et la marquise de Circé se décidèrent alors à émigrer,
poussés à ce parti, non eulcmcnt par la nécessité de se mettre à l'auri des violences,
mais encore par les pressantes ~ollicilalions
d'un certain abbé Maucombe, qu'on va voir
reparaitre dans la suite de cc l'écil. li vivait
auprès -d'eux. comme précepteur de leur pelittll-. Son active jeunesse, l'ardeur de es convictions, surexcitée par les coups portés au
clergé, n'avaient eu aucune peine à dominer
l'esprit d'un vieiUard et d'une femme. A force
de leur parler du péril qu'ils couraient en
restant en France, il les décida à partir avec
l'enfant, el les suivit dans leur fuite.
Cbasseral, constitué gardien du château el
de.s biens de Circé dont il suneillail depui
longtemps l'exploitation, ne songea plus qu'à
les conserver à ses maîtres. Jouant dans cc
lmt une comédie à laquelle c trompèrent les
plus enragés Jacobins du pays, il se jel:i dans
le parti terroriste, uniquement appliqué à
gagner leur confiance. !Jan les clubs, &lt;lans
les manifestation publiques, on le vit au
premier rang des orateurs qui annonçaient au
monde l'aurore de temps nouveaux et en ,,antaient les réformes. Mai , s'il parlait dans un
-ens, il agissait dans un autre. Beaucoup de
malheurtmx, dejà marqués pour la mort, lui
dnrent la vie. En même temp , il employait

son in llttence à défendre les Liens de Circé contre la cupidité des puii;sants du jour. Il n'avait
pu empêcher que ces biens fus ·ent équeslré, .
Mai il fut assez influent ou as ez habile d'aùor&lt;l pour se faire nommer gardien du séquestre, ensuite pour éloigner les acquéreurs allirés par la perspective d'une bonne opération.
Deux fois, il y eut tentative de vente aux enchères, et deux fois, elle échoua. Peut-ètre eùl1·lle réu~si un' troisième foi . Mais, après 'fhermidor, les érénements, en se précipitant,
écartèrent le danger. Sous le Directoire, les
propriété de la fa.mille de Circé étaient toujour - jntactcs. Elles le restèrent jusqu'au
jour où ~apoléon, devenu empereur, les restitua à leurs propriétaires.
Quant à Chassera}, il n'avait eu aucune
peine, lors&lt;iue commença la réaction, à faire
peau neuve, et, fort des erviccs rendus par
lui. pendant la Terreur, aux citoyens uspects
et poursuivis, à prom-cr qu'en s'affublant d'un
masque de Jacobin, il n'avait eu en vue que
de porter secours aux victime . Du reste, dans
l'intervalle, un fait d'ordre tout intime était
venu lui cré~r d'autres devoirs qu'il avait
remplis avec un égal dévouement.

VII
Durant l'hiver de i 794, alors que, sans
nouvelles de ses maîlres émigrés, il apprenait le supplice de leur !ils et de leur bru
exécutés par ordre du tribunal rèvolulionnaire, il avait vu arriver sous la conduile
d'un habitanl de Pontarlier qui rentrait d'un
VGJage à Pms, une -fillette de srpl ans Loule
chétire el toute pâle. C'étaitlabelle de Circé, la
sœur cadelle de Robert de Circé. Au moment
&lt;l'être condamnés, son père et sa mère avaient
eu la pensée de la confier à Chasserai el le
bonheur de trouyer une personne sûre qui
s'était chargée de la lui conduire.
Chasserai demeuré veuf à trente ans, peu
de temps avant la Ré\'olution, vivait, depuis
le départ de ses maitre -, dans une dépendance du château a\'ec un ménage de paysans,
qui l'aidait en son travail de surveillance et
d'entretien. Il y rerut l'orpheline comme un
dépôt non moins sacré que celui des richesses
confiées à sa proLité. Dans l'obscurité redoutaLle donl la Terreur enveloppait alors la
France, nul ne pomait préciser la durée de
ce régime odieux. Tout portait à croire qu'il
ne finirait pas de sitôt. La tâche qui s'impo·ail maintenant à Chas eral ne semblait donc
pas dernit- être la tàcbe d'un jour. ll l'emisagea dès le premier moment comme si désormais rllc devait remplir a vie. 11 avait
souhaiU passionnément d'avoir des enfant~.
Mais, par suile de Ill mort prématurée de
. a femme, cc souhait ne s'était pas réalisé.
];abelle en Sl'mbolisa pour lui la réalisation,
sous une forme assurément imprévue, mais
qui offrait au si charme et douceur.
Il aima la petite dès qu'il la vit. Elle
devint son rayon de soleil, la joie de son existcnt:e de préoccupations, de tristesses el d'an"oisses. li se découvrit des trésors de ollici~de quasi maternelle pour cette enfance en

fleur à laquelle il fallait faire oublier, dan
une atmosphère de tendresse et de sérénit•\
ses malheurs précoces. Us a,,aient ébranlé 1a
santé d'Isabelle. Réparer ce dommage, rendre
la confiance et la sécurité à cet le âme qui,
battue par la lempêle, se repliait déjà sur ellcmême, préparer l'héritière des Circé aux
dm·oirs de la vie en sti-mulanl son intelligence
el en rendant à son corps Ja santé, tel est le
programme qu'il se proposa. Dans ce prorrrammet l'édLtcation intellectuelle tenait peu
de place. Cbasseral n'était pas un savant.
Peul-être l'élève eût-elle en à souffrir de l'ignorance relative du professeur, si, mise en goùt
par le peu qu'il lui avait appri , elle ne se f1H
avisée de s'instruire elle-même dans la bibliothèque du château ouvcrleà ses curiosités. Cc
que contenait celle bibliothèque, Chas cral
ne s'en était jamais enquis, n'ayant ni le goût
des livres, ni le temps de les ouvrir. Il n'en
prit pas da1·antage souci, lorsque Isabelle
parut se passionner pour la lecture el n'avoir
pas de plaisir plus grand que celui de feuilleter les innomLrabks rnlumes conservés au
château, d'en admirer les gravures et d'en
parcourir au ha arJ les pages. EUe put doue
lire tout cc qui lui tombait sous la main, el
quoique sans ordre, sans méthode, souvent
même sans comprendre, elle lut tout. Trois
ans après son arrivée, elle en savait beaucoup
plus long que la plupart des enfants de son
ùge, à peine protégée contre le danger de
tant de libres lecture par son innocence
naturelle, ses honnêtes instincts et par le
leçons de morale qu'à toute heure el en toute
circonstance Chasserai opposait aux ardeurs
de sa jeune imagination.
Ces leçons, il en puisait les éléments en loimême, dans son cœur si généreux, dans .sa
conscience si droite, dans sa raison si sù.re. JI
rappelait à l'enfant l'histoire de sa famille,
célébrait les vertus de ses aïeux, pleurait avec
elle les morts, l'accoutumait à prier pour les
absents. Il l'entretenait de Dieu, de la religion, des cultes proscrits, des pieuses coutumes que la Terreur avait interrompues el
auxquelles il était défendu d'être fidèle sous
peine de mort. Par malheur, ces ages
enseignements, dont la rigueur des lois révolutionnaires entraYait sans cesse la pratique,
étaient dépourvus de sanction. Us ne ponv:iienl constituer un frein suffisant pour contenir dans les règles d'une discipline salutaire
celte orpheline déjà démoralisée par l'excès
de ses infortunes et qu'elles ne disposaient
que trop à douter d'une justice divine qui
l'avait jusqu'à ce jour si peu protégée, à n'y
plus compter et à ne pas la craindre. 'ayanl
jamais connu ni subi le joug des conventions
sociales momentanément suspendues, et bien
qu'elle ne fût encore qu'une enfant, elle
n'écoutait qu'avec impatience ce que lui en
di ait l'honnête Chasserai. Elle n'en voulait
accepter que ce qui flallait ses Mréditaires
préjugés de race et l'orgueil qu'elle tirait de
on nom, malgré les maux que ce nom a\'ait
allirés sur sa tète.
La vie qu'elle menait maintenant, au grand
air des montagnes el des bois, celte vie soli-

,

laire! presque sauvage, la métamorphosait
physiquement, faisait peu à peu de la fillette
frêle et timide qu'elle Jtait nao-uère une créa0
ture audacieuse et robu, te, dont un rare
mé_pris de tout danger inspirait les actes.
~tais elle n'était pas pour assouplir ni dérider
son cœur, ce cœur raidi et glacé, figé en
quelque sorte dans les affreux souvenir du
pas é. Trop d'implacables ressentiments v
grondaient, trop de haine pour les persé:
cute~rs et les bourreaux, un trop ardent
espoir de vengeance qu'exprimait, à certaines
heures, la dureté du regard farouche et hautain.
Chasseral s'inquiétait sou rent d'un étal
d'âme aus i exceptionnellement violent. li
~ss~ya:il d'y remédier par la persuasion, car
il n eût osé employer d'autres mo)'ens envers
la fille de ses maîlres. Vains étaient ses
etrorts. For_te de la déférence que tout naturellement 11 lui témoignait, elle s'entêtait
dans ses idées, s'y retranchait comme en une
fortere se, n'atténuant les effets de son iné~ranla~le volonté_ d'indépendance que par
1 affechon reconnamante qu'elle témoignait au
lirave homme devenu, par suite des événements, son unique protecteur.
Lorsque, après l'élévation de Bonaparte au
Consulat, parut s'ouvrir une ère réparatrice,
Chasserai conçut l'espoir de réformer le
caractère d'Isabelle. Elle venait d'atteindre sa
c1uinzjème année. Il appela à son aide Je curé
des Etraches, paroisse rnisine du château
rentré depuis peu dans son égfüe Iongtemp~
ferml!e. Sous l'influence de la ferveur religieu~e dans laquelle la jeta sa première commu?10n:. et p~ut-êlre aussi parce qu'elle touchait à l age ou dans toute jeune fille la femme
s'éveille, elle devint plus docile aux bons conseils, plus accessiule à d'heureuses transformations. Les aspérités de sa nature 'émoussèrent.
Elle cessa de considérer la vie comme un
théâtre où le triomphe du mal est assuré.
Elle prit co~fiance dans l'avenir. Elle apporta
dans ses actions plus de raisonnement et de
logiq~e. En ~n mot, les belJes qualités qu'elle
gardait en soi commencèrent à fleurir sur un
terrain retourné de fond en comble. Elle n'en
cons~rv~ fa,s moins son esprit d'indépendance,
sa temerite, ses allures garçonnières, cette
ph~sionomie d,e ~eune adolescent qu'accentuaient son dedam des parures, sa passion
pour les exercices virils, l'habitude de monter
à cheval sous un costume d'homme, sa disposition aùx aventures. Il ne pouvait en être
autrement, puisque, privée de tout contact
avec le monde, elle continuait à viYre dan la
solitude, au milieu de gens incapables de lui
apprendre ce qu'elle ignorait. Mais ces inconvénients d'une éducation sans contrôle trouYèrent un .contre-poids dans sa 0(l'énérosité
natu~eUe mieux exercée, dans son goût pour
les livres mieux dirigé, et surtout dans son
instinctif amour de tout ce qui était beau,
hon et droit.
Cha,.sseral fut alors rassuré. Sous une
l'orme encore un peu rude, la vi!!ueur morale
d~ Mlle de Circé se manifestait l'égal de sa
ngueur corporelle. A seize ans, c'était uno
superbe fille, grande el mince, coulée dans le

à

--~

Une c/Jaise Je poste, 1•e1111e e11 droite lig 11e du /011J de la Russk, s'arrêta, au village des l16pitaux-Joug11e
devant u11e cabane occupee par 1111 poste des douanes , .:ommis à la garJe de la frontière. (Page 186.)
'

moule d'une structure parfaite. Sous ses cbe~
veux châtains, tirant sur le roux, qu'elle
portait un peu embroussaillés, le visage offrait
les pures lignes d'une statue grecque. L'expression en était aristocratique el fière. Les
yeux larges, profonds et très noirs, révélaient,
en leur éclat sombre, la franchise et l'énergie,
une hérédité d'aspirations hautaines poussées
dans le sang. Toutes les impressions de
l'àme s'y reflétaient avec une spontanéité qui
faisait de celle âme un lirre toujours ouvert.

VIII
On était alors en 1805. De toutes parts, en
France, renais;;aient l'ordre et la sécurité.
""' r85 ..,.

Cbasseral, depui dix ans, n'avait eu que de
rares el indirectes nouvelles de ses mailres
11 en attendail de plus précises avec une
impatience fiévreuse. Ignorant en quel lieu il
résidaient, il n'avait pu leur apprendre que

leur petite-fille était ,·ivanle et digne d'eux.
Enfin, arriva une première lettre. Elle
Yenait d'Ode.:,sa d'où l'avait écrite et expédiée,
à l'adresse de (;basseral, la marqui e de Circé.
La noble douairière ne savait si l'ancien régi, seur de ses domaines était encore de ce
monde, ni si le cl1àteau de Circé était toujours
debout. Elle éc::-ivait donc au hasard, racontait à mots discrets les douloureux épisode
de son émigration, son séjour en Allemagne,
la morl de son mari, son départ pour la

�HlSTOJ(l.JI
l\us ie et enfin on récent pu age en Crimée,
ollicit~e de lui. ou vent au s ce pétition ·
ba 0 a es, la marqui e entraina lsabeJle dan "
o~. gràce à la prolcctioe1 du duc de Richdieu,
'égaraient dan les bureaux de la police; on
la
caliane. Elle avait Mte de la voir à la lugouverneur de cette province, elle a vair pu ·'in - le y Duliliait. Les iulért&gt;, é , e vo1·ait&gt;nl alor
taller auprès de on pctil-61 , nommé, comme contrainrs de les renouveler, quelc1uefois mière. D'un regard, elle enl'e)oppa celle été.beaucoup de enlil homme Crançais, olfi ·ier m~me à plu ieur repri es, ou de recourir à gante il!Jouette de jeune fille, ce 60 visage,
dans l'armée ru se. Elle parlait au ·ide l'aLW de inOuences a ·ez puis anle pour IPs tirer c~ beau cheveu où la failile lueur de lroi
chan~dle fichée dans des bouteilles mettait
Jaucombe IJUi n'avail ce sé de partager on dt! rarton où ell
'accumulaient. C'p t ain i
des rellcts cuirré , celle taille velte, le
e. il, a cwié à e douleurs el à e mi èrt' .
que la mm1ui~e de Circé :illend,L peudant
pures ligne de ce corp aux forme parfaite. ,
EUe rappelait le lra!!Ïque trépas de _on fil
deu1 an . a radiation de la li te des éroi ré ,
el toute boule ver. ée par le émol100 de cell
et de a bru, et, tout angoi sée, demandait à
alors qu'elle espérait de jour en jour en receCha eral ce qu'était devenue I abelle.
heure i douce, après la11uelle elle avait tant
,oir la nou,elle.
de foi oupiré: • Ah! chère mi!.!Tlonne, murC'est celle-ci cp1i répondit à cette lettre,
Enfin, peu de temp après la prorJamation mura-t-elle, je reconnais mon aao. Vou.
narrant à on tour le événement amquel
de !"Empire, un entilhomme dont la famille
elle avait été mèlée, et par uite de quelle
êre bien une Circé. » Comme l'ahlié entrait,
élait alliée à la ienne, el que le nouveau
circon lance elle re ·tait , aine el sauve, aprè
uivi de Cha sPral, elle lui dit: a Xe trou,·ezr 10 ime amit rait cbamb.. llan de !'Empereur'
vous pa~ l'ai.il, l, qu'elle re- emble à on
de• .i tt&gt;rriltlt' tourmt&gt;nlt&gt;'. Elle traçait de
o a plaider aupr de ce dt'rnier la c·au e de !!rand-père'?
l'héroïque dérnuement Je Cha . eral un ral,lrau
a parenle. Le , urcrs couronna a témérité.
où e 1r11u1ai nt énumérés tou les liienfaits
- t:'est 1·rai, madame la marqui e. ~fadeEn ,epli•mbre 1 05, la mar11ui e de Circé et
moi,elle ne aur11il di, imuler on illu Lre
que la rodi on de Circé devait à ce lo, al rron pelit-fil furent aulori:,é. à re111rer en
viteur : « Il vou a con ené votre pelitt&gt;-fille
origine. a re emblance al'ec feu on aïeul
France et à rt&lt;pre11dre po. . :,Ïoo de ll'ur
e Lsai,i ante.
et Lou vo LiPn , écrivait I abelle à a grand"bien re,tés ou éc1uc tre. L 'al,Lé ltaucombe
mere. li attend pour vou le ~ndre que YOUs
- Oui, ai,i - ante, répéta la marqui e.
était compri dans ~Lle me ure de clémence.
veniez le lui réclamer. à muin que vous ne
Paun·e petite Ûllur pou ~ée ur dP tombe ,
je n·e~phai pas \'OU retrou,·er i belle ni i
lui ordonniez de me conduire aupr de vou .
IX
lJécid,...z ce t{ uïl duit faire, Madame ma
robu le! Merci, mon brave homme, oonlirand'mère. Mai , quoi que vou décidiez,
nua-t-elle en 'adre . ant celle foi à Cha ela fin du moi ' d'octobre de celle année ral, merci pour me l'avoir con crvée et pour
on°ez qu'il y a ici une orpheline privée
i
05
à la tombée du jour, une cbai,e de me la rendre ainsi.
dt•pui donze ans de care e maternelle , qui
po
te,
charl,!ée de bag:ige , venue en droite
brûle du d~ ir de ,·ou revoir et de vou pro- J'ai fait cc que j'ai pu, madame la
ligne du fond de la Ru ie, 'arrêlaiL, apr
marqui e.
diguer les ienne . »
un vo1age de vingt jours, au villa~e de llôl'iCelle 1.-ttre partie, 1 ahelle et Cha eral en
- Je ai tout ce que je le doi ·, et par
taux-Jougne,
à l'entrée de France, non loin quel traits ta as mérité m reconnai..ance.
espér~renr une nouvelle el prochaine. Mai le
de Pont.arlit!r, devanL uue cabane moirié
corn rnunication é1aient diHic1les. On e l,a1tajt
- Que parlez-vou de reconnai .ance !
pierres, mui1ié planl·hes, occupée par un
encore aux rro11tib'e .. Leur alien te dura lroi
'écria Cha cral. J' 'lai · déjà pa é par l'afTecpo te des douane , commi à la arde dt! la
moi . La répon e qui leur paniol alors lt&gt;ur
tion de mademoi elle. Que je r te aupr'.
fronlière. Alor comme aujourd'hui, celle
cau~a une amère déception. Aux trrmes de
d'elle, aupr de vous, je ne demande pa
urveillance 'exerçaiL rirroureu,ernenl. L'au- autre cbo - .
10· contre 1• émia ré·, la marquise n pouvait
dace de contrel,3ndier , favori,-ée en ce
son11er 11 rentrer en france an une auturi a- Il e t bi •n entendu que nou ne nou.
lemp. par le lon° dé arroi des er\'ic admition. Pour l'obtenir il fallait du temp , de
quilleron plu. , répondit la marqui e. Par
ni lrall~, la r ndail plu partfrulièremenl
protection , des circon tance favoralile . néce saire.
exemple, r.on1inua-L-clle, en ouriant, je conD'autre part, elle ne croyait pa prudent de
Late que Lu ne lui a pa eo, eiané l'art de
Isalielle de Cirœ et Cha eral, l'enu au'babiller. Quelle Lenue, grand Dieu! »
lais er I belle venir la retrouver. Co vo1a 0 e
de,·ant de celle voilure, en ,irent d cendre
en pal étranger olTrait trop de péril pour
Il e l certain que la toileLte de Mlle de
d'abord un petit homme, dont le visage rubiune jeune fille, en nu · ie urtout, où nul ne
Circé lai ait un peu à désirer. on cor :irre
cond, ou d che eux noir , crépu • le teint
pénétrait et ne circulait an le con. entemenl
en drap verl, taillé par une couluri'•re de
Oeuri, le reoJ'ard pénétrant el ru é rél'élait&gt;nl
du T:ar. La marqui e exhortait donc a petilePontarlier, 'échancrait ur Je bau• de la
une maturité ri.,oureu e, bien qu'il fùL un
lille à la patience el lui promettait de multipoitrine quïl lai il à nu et permt•LtaiL de
peu lourd d'allures ur ses jambe trop
plier e démarche afin d'oLtenirl'aatori.ation
voir un col de toile étalé tout de travers ur
courte pour on gro corps larg et bedonde rentrer. Elle e Limait que ce erail l'affaire
nant lr étroitement erré dan une douil- une cral'ale en mou cline Llanche, à l'extréde ix moi • Elle ~e trompait. Ce devait être
mité de laq,1 Ile pendaicnL des denldl
ler te puce, doublée de fourrure; pui , une
l'aff,ire de plu,ieur années.
froi:- ét&gt; el déchirée . La jupe, donl la couvit&gt;ille dame, miuce et lonruc, à l'air hauPeul-être aur.iit-on quelque pPine à le
leur claire Lranchail trop cr1imcul ur celle
tain, enveloppée au i d'un manteau fourré
comprendre, i l'on en j1weait d'aprè le.s
du corsage, était au i froi ée que le denà pélerine et coi/T~e d'une capeline en oie
facilités a suréti aujourd'hui aux rapport
telle . Le extrémité lacérét- par l'usure
nuire, qui lai ail voir denx épais bandeaux
ioternationau . lai il n'v :rrail aJor ni chedécouvraient de botte montante· en gro
de cheveux blan. encadrant un vi age
min de for, ni Lél~tTJ"aph;. Lenle éraient IP
cuir jaune, qui n donnaienl qu'une idée
allongé, dont le ride ne par1·enaient pa. à
1·ommunicalion ·. Entra\·é à toute heure par
bien fau e du pied modelé qu'elle enferdi imuler des trace.! d'ancienne beauté.
1 intempérie dt! ai on , par la rigueur
maient. Eofin, un feutre noir à larn aile ,
Cette vieille dame élail la marqui ·e douai,le urveillance eiercée ur 1 • fronti rc .
ur lequd treml.Jlait un bou,1uet de plumes
rière de 'ircé; le pclÎL homme était l'abbé
par l'état de auerre où vivait l'lforope, par le
de corbeau dont les tige al'a1ent lai · é au\
Maucombe. « 'êtes-,ous pas ma graod'm re, branches des arbr · la plupart de leurs
mesures arbitraires de la poliœ qui arrêrait
madame? » demanda d'une voix émue I abarbes, donnait à la charmau1 figure qu'il
au pa age toute le•tre su pecle et ouvent la
belle. EL san atlendre la r lpon e, elle ajoura:
confi,quail, le ervice de po. tes n'anit
abriL il une e1pr ion faroucp el .am·a e,
a Permeuez à votre pcli te-fi lie de vous ouhaiaucune garantie. D'autre part, le 11ouverne- ter la bienvenue el dti vou embra ser.
où se révélaieoL de habitude de vie irrégu1
lière, menée au gré des plus soudains camenl con ulaire, a ·ailli par le demandes des
_Ce n~ _rut p~odant q_uelt1ues minutes que price , an di cipline et au grand air.
émigrés, les oumettait à de mioutieu e
cris dti J01e, l,aisers, presentatîon , toute le
enquêtes qu'il fai ait trainer en longueur
• C'est mon costume de cheval, dit timideefTusioos d'une rencontre ardemment attenlor ·que, hésitant devanL la cruauté d'un refu •
ment I abelle d~contenancée par l'ob ervaLioo
due. Pui·, taodi que les douanier , ur les de grand'mère.
11 ne e d cidait pas à accorder l'autorisalion
indication d'un dome tique, inspectaient 1
- Il faudra en commander un autre .
... 186 ...

M A.D'E.Mo1scu1;
Celui-ci ne convient pas à une lille de grande maîtres », répliqua l'abbé qui s'exaltait faciruai.on. lai mus êle dnnc venue à cheval,
lement.
ma mi 11 nonne? A celle bt&gt;ure et par ces cheCt'He foi , la marqui e le prit de plus haut.
mins déserts! (.!uelle imprudt&gt;nœ !
&lt;t Je connai vo idér , l'alilw, et j'ai eu
- Cha. Pral m'accompa..-nait. Et pui , j'ai le rrsrel de con. taler qu'en dépit de mei
l'habitude d"aller -eule.
elfort , vous le avez inculquée à votre
- Une haltitude à lariuPJle \'OU derrez élève.
renoncer, comme à ce co tume, ma chère
le idée sont celles de tout bon ertinfant, comme tout ce qui ne ied pa à \·i teur du roi. Renoncer à comLallre pour no·
,·otre condition. » En di ant ces mot. dont la prinoo, pa. er dan le · ran de ·élérats
douceur de l'accent tempérait la évérité, la qui
ont déclarés conrre eu , c'e t une démarquise crut voir ur la figure de Cha eral
erlion el ·i M. le marquis m'avait écouté ....
une expres ion de trbte e el comme le
- Joo pelcl-fil me doit olwi _anœ, interregrer d'avoir mérité une critique qui 'adre - rompit avec dignité Mme de Circé. Que ce
ail à lui tout autant qu'à t~abelle.
soit à on corp défendant qu'il ait obéi, peu
a Cc n'e ·t pa un reproche, Cha . cral, imporle, puh1u'il a ohéi. Je n'ai rien de plu
ùmpres a-t-elle d'ajouter. Je rempli mon à lui demander, i ce n'esl de ·rvir ·a patrie
devoir en préparant ma pPLiLe-fille à réformer . ou ce Napoléon, en 11ui ~olre int Père
e· allure et e oùlr, en !'averti, ant lui-même a alué l'élu de Dieu el que la
qu'ell • dena ~e façonner aux couru mes de la France acclame, comme il 1\ ûl ervie sou
·ociélé dans laquelle elle e Lappelée à vivre. le Uourlion . 11
)1.ii il n'en ré.,ulte pa 4ue toi, Lu n'aies
L'abbé, entrainé par on oùt pa iouné
remrm le Lien. Telle qu'elle e L, 1 abelle le pour la contrO\er e, allait répondre.
fait bonneur.
Ce fut li:al.Jclle qui l'en empècba.
- Uui, oui, appu}a l'abbé. ;n diamam
a \'ou êt en train de manquer de respect
non encor dé ro::. i n'en e-t pa moin un à ma graod 'mère, mon~ieur, » dit-elle a,ec
diamant. li uffit d'un bon ouvrier pour lui douceur.
donner tout on éclat. C'est cho e à laqueJl
Quoique d 'concerté par celle oh cr,alioo
lme la mar11ui e 'entend à merveille. »
En lançant celle belle phra e, l'alilié Maucomb e ren "orrreait comme un p on qw
fait la roue. 1 belle, é ayée par le compliment, le rt&gt;"ardaiL en errant ei lèl'r pour
élou/Ter le rire ironique qu'elle y enlaiL
monter. Pl.li , pr ·sée de secoutir la ène où
la jetail un eDLretil!n dool ell était l'objet,
Ile inlerrogca la marqui~e.
« fioberL n 'e t-il pas arec ,·ou , rrrand' m'&gt;re? demandn-t-elle.
- J'ai lai é votre frère à llamboorrr, où
il était venu me aluer nu pa sa e.
ù il était ,·enu '! 1 e \'Ous accompagnait-il donc pa· durant volre route?
- Quand j'ai quitté la nu ie, il en était
parti depui · quelques emaioe pour faire un
vo ·aœ en Anrrleterrc et ullli er am i un con é
c1u 'il a"aiL ouleno. Il ne connai, ail pa encore la déci ion de l'Empereur à notre égard.
Je la lui ai appri e quand oou . nou omme
rn~ .. ·aturellement, elle a modifié se projet . Contraint d'al.Jandonner l'.irméc ru e, il
a enrnJé ,a démi~ ion à 'aint-l'éter bour, el
écrit à on protecteur le duc de l.lic.helieu. li
viendra ou p•u pa -er qudqu jours auprl'
de nou pour renouer connai, ance avrc .a
:-œur, avant d'aller à Pari e mettre am.
ordre du mini tre de la guerre 1111i doiL le
placer dao un rérriment.
- Le mar'Juis de Circé dans l'armée de
l'u urpaLcur, » ob erva l'abbé d'une \"OÎX
ironique.
l:11 Jtulrt n oir .i l.:zrges ailts .1onnatl a y charm.Jnù
En entendant ces mots, la marqui~e bru figure iu'il abri/;iit une e.,fressfo11 faro11cM tl sauvage._ .. 1Page 186 . )
quemenl 'était retournée.
a e
vez-vous pa , l'abbé, que celle
condition a été tîpulée formellement par l'abbé protesta cependant du ge te et de la
1 'apoléou? Fallait-il, pour ne la pas uLir.
parole.
renoncer à revoir ma mai on, mon pay ?
a )Jadame la marqui e _ait bien que mon
- C'eùt été p ut-êLre plu di ne que re pecl égale mon dévouement, balbutîa-t-il.
d'implorer les bienfaits de l'ennemi de nos
- Oui, je sais cela, l'abbé· mais je sai

DE

CmŒ - -...

aus i que ,·on ête insupportable lorsque,
comme aujourd'hui, vou \'OU improvi. ez
l'avor.al de pri,1res el pPrdez le ouvenir dr
sacrifice que j'ai faits à leur eau e. Pour
eux, j'ai vécu dans l'i,xil, . ODtfl'rl la mi i•re,
travaillé comme une ervanle. Je lt&gt;ur a1
donné le sanrr le plu pur de mn mai on, mon
mari, mon fils, ma bru .... Ma delle est payée
oiiante-dix ans, j'ai droil au repo . Je
demande qu'on me lai se mourir en paix. »
El comme l'abbé lenlail encore de placer
une parole, qui, celle foi , eùl été peut-êLre
une e1cu e, elle l'en empêcha :
« fiompons sur ce ojet. »
li e le tint pour dit et ce
de discuter.
Ce débat, dan leq,wl l abelle n'était intervenue que pour en auénut·r la ravité, l'avait
troulilée. noyalh,re d'in 1i11ct el Je se111 iments,
pror~ ant u11e bainl' ardl!nle pour le. homme
et les doctrine e11fantét- par ci-tu- llévolutlon
qu'l'lle rendait respon aLle des infortunes de
a tàmille, elle rom liait de on haut en découvrant cht-z a grand'mère des opinion si di1Téren1e de ienne , de celle qu'elle lui cro ·ail.
.leotalemenL, t'lle donnait rai on à l'aLbé, et,
quoique n'ayant o é soutenir la même th e
'Jue lui, elle ne ongeait plus à le railler,
lli:po ée plutôt à l'admirer pour la fermeté
avec laquelle il venait de déft.i1dre de idée
qu'l'lle parla eait. Elle panint cependant à
di imuler son émotion à .a grand'mère
comme à lui. Cba eral, qui avait ce qu'elle
pen ait sur ce cho e,, fut cul à la de1ioer.
D'un ib'lle, il l'encourag-ea à per évérer dan ·
·on impa ibili1é. L'incident n'eut d'autre
suit que l'embarra momentané qui ré ulte
d'une querelle urvenue à l'impro\·i te entre
0 en
accoutumés, en vue d'allclnuer leur,
dis entiments à n'en parler jamais, l'i qui
ont oublié qu'il e doivl!nt le ilence ur Ir
·ujet qui les dhi , ou tout au moin d s
conces ion récipro,1ue .
Tandi que 'échangeaient ce propo , le~
douanier avaient accompli leur Lâche, ,•érifié
le conrenu de malle , dre é la li te de~
objet soumi.., aux droit de douane et donn:
quiuance du montant de cc droits, payé
entre leurs main . Le domestique de la
mar4ui.' vint la préveuir qu'elle poU\ait
rcmonLH en voilure, ce qu'elle fit en cumpagnie d'I abelle el de l'al.JLé, ouLlieu c déjl.
d'un dtlLat dont la joie qui gonflait son cœur
au moment de revoir un paJ di ipait 1
~ouvenir. Cha_ l'ral, enthantl de ce dénouement saula ur on cheval. Tenant en main
celui de a jeune maitres e, il prit le dennt .
n ,·oulait arriver le premier au chàteau où
devait être fêté le retour de lme de Cir :.

Tant que le domaine était re té sou
séque tre Ch eral, bien qu'à tirre de gardien il en fùt devenu le maitre de fait, n'avait
eu garde d'en continuer l'e1ploi1atioo. Uniquement préoccupé d'empècher les bâtiment
et le mur d'enceinte de e d~tériorer, il 'en
était tenu aux réparations indi pensables.
Quanl aux terres, il le avait lai ée tefle

�IDSTO~l.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _--,-_ _ _ _ _ _ __
qu'elle se trouvaient au momenl du décrel sière et fa pluie, avec, dan le angles, des
de Gonfiscation. Les sapinière étaient re rées toiles d'araignée ; sPs pelouses dévastées, ses achevées, étaient as ·ez avancées pour qu'en
.aw èlre coupées, les prairies ans être fau- prairies où l'bPrbe en pourris ant élait devenue rentrant chez elle, elle ne fût pas trnp cruelchée~ ni pâturées, de telle sorte que la pro- fumier, St' avenues emahie par les ronces, lemenl frappile drs ch~nrrrments survenu en
priété e couvrant peu à peu de brou sailles, se sapinièr_e sou lesquelle la broussaille son absence. C'était déjà, de la part de Chaseral, un témoignage de sollicitude et de
de bois mort, d'herbes géantes, avait revêtu obstruant le sentiers arrêtait la circulaLion.
dévouement.
Mai ce n'était pa aQsez. 11 avait
arec le temps une phy iooomie de désordre Autour des commun silencieux, se manifesencore voulu que Mme de Circé fùt reçue
cl d'abandon, accenluée par une ab ence
tait encore un peu de vie. Un carré de
pre que complèle d"habitants, qui en rendail lérrumes, d s fleurs en pJate-bande, des avec honneur au seuil de sa demeure, etc'esl
afin de jeter un dernier coup d'œil sur les
silencieu ·e el morne 1a oliLude. La maintenir arbre f ruiticr , une vache laiLière dan
apprèls
de celle réception, organi ée par lui,
en cet étal, c'était, pen ait Chasserai, le l'élable, deux chevaux à l'écurie, une douzaine
que
maintenant
el tandis que la noble dame
meilleur moyen de décourager les acquéreur. de poule dans la ba e-cour, rérélaient que
.
e
dirigeait
vers
le château, il la devançait,
Dan l'intérieur du château, il avait usé de le hauitanls du domaine 'étaie11t appliqués
pou
sanl
on
cheral,
pre sé de juger par luiprocédés analogues. es maitre partis, il tant bien que mal à en tirer la presriue totalil{,
même
si
es
ordre
araicnl
été inlelligemment
s'était empres é, avec l'aide d'homme ûr~, ùe lenrs moyensd'cxi IC'nce afindefaire durer
exécutés.
ùe foire di paraitre toul ce qui aurait pu plus longtemps leur mince pécule. Et de fait,
Les choses 'accomplirent ain i qu'il les
tenter la cupidité des bandes noire qui c depuis treize ans, sauf la riande et le pain,
avait
ordonnées. A l'entrée du parc, la mar•
formaient de Ioules part pour ache ter à ,il achetés au 1-illage, ils n'a raient pas eu d'aulres
quise
pa!lsa sous un arc de triomphe, formé
pri:. la dépouille des émirrrés. Les vieilles re nurces.
de
fleur
el de feuilla~es, tout autour duquel
tapi erie qui courraient les murailles, les
Mais .i, pendant ce Lemps Chas eral ne &lt;les pay ans, portaut des torche pous èrenl,
porlrails de famille, la massÎ\•e ar g-enlcricl
'était pa départi de sa prudence, il y renonça
étalée sur les dre soir , les meuble précieux, aus~itùL qu'il eul été averti du prochain retour en la Yoyant, des acclamaliuu . Elle en
retrou,a un second dan le parc, un troisième
les sièges couverts d'étoffes brochées, Lou
de la marqui e. La première nou11 elle lui en enfin rnr le perron qui accédait à la porte
ces objets, soigneusement emuallés, avaient fut donnée par un memlire du énat impérial,
été, le un cachés dan les caves, les autres originaire de Pontarlier, un ancien conven- prinripale, et toul autour de celui-lù, le curé
enterré en divers endroils du parc, enfouis tionnel, avec lequ~l il entretenait d'amicales des .ÉLrache , le m.1ire, le conseil municipal,
au fond d'un puil de ;éché, cl lout cela en relations et qui, sur sa demande, 'était des gendarmes, de douaniers, la plupart des
si peu de Lemps que lori:que, la confi~calion cnlremi' en faveur de la famille de Circé. habitants du village. Elle dut éuouter de
prononcée, les agent de la municipalité de , an attendre que la marqui e lui apprit elle- pompeuse barangnes où, comme au temps
Pontarlier 'étaient présentés au châleau pour même C'llte nouvelle, il rn bâta de mellre le jadis, la populatfon, par l'organe de son pa prendre po se sion des richesses qu'on y domaine e:1 état de recevoir ses maitres. Il leur et des membres de la muniripalih\
aluait en elle sa protectrice et manifestait la
di ait accumulées, ils n'avaient trouvé que recruta des ouvriers qu'on vit, sous sa direcjoie
qu'elle éprouvait à la reroir saine cl
des salle vides, dénudées, dans lesquelles tion, travailler pari out à la fois. Le domaine,
saure,
malgré tant d'épreuves.
quelques pauvres meubles semblaient porter rapidement mélamorpho é, recouvra sa belle
Après
avoir, d'une voix bri ée, remercié
le deuil de Lout ce qu'on avait enlevé. Et mine avec es gra ses prairie fauchées. netcomme les agents exprimaient leur déception toyées, ensemencées à nouveau el peuplées de ces braves gens, elle pénétra dans sa maison.
Mai là, ou· ce~ voûtes séculaire , auri inouet leur étonnement, Chasserai, affectant une
hlié de a ,•ie heureuse de jeune femme,
mine irrilée et déconfite, de répoudre que
derant
ce murs dont la clarté des bougies et
« ce coquin de marquis l'ayant éloigné sous
des
lampes
éclairait la nudité non encore
un prétexte, durant quelques jours, avail
voilée, tant de souvenirs .e dre .èrent devant
profité de son ab ence pour Iran porter son
elle, et i douloureux, si poirrnanl , qu'elle
Iré or de l'autre côlé de la frontière ».
perdit connai sance. Par Louheur, ce u'était
Jusqu'au 18 brumaire, les chose reslèren l
qu'une
faiulesse pa agère. Bientôt ses yeux
en cet état. Les hommes qui se succédaient au
se rouHirent, elle e redressa, et debout, la
pouvoir n'inspiraient pas confiarn·e à Cha tète haute, en grande dame et en femme
serai. Il croyait à un retour de la Terreur. li
énergique
qu'elle était, elle emhrassa d'un
n'avait visité es cachette qu'à l'époque où
regard
assuré
ces lieux béni qu'elle avaitcru
I abeUe était arrivée, et seulement pour y
ne jamais rel'oir et où elle allait vivre désorprendre de quoi décorer la cbamure où il
mais en pleurant ses chers morts el en
l'in talla dans les commun du clJâteau. Il
demandant
aux être adorés qui leur sunin'eut foi dans un avenir réparateur que
vaiPnt,
son
petit-fils et sa petite-fille, un peu
lor,que le général Bonaparte de,·int premier
de
bo11heur
pour se derniers jours.
Consul. Alor~, il reûra des lieux où il les
Jusqu'à une heure avancée de la oirée, elle
avait cachées le richesses de la famille de
COD erva sa fermeté maintenant recouvrée.
Circé, mais sans o er le remetlre en place,
Durant le diner, auquel é1aient invités le curé
redoutant d'être contr.ùnt de les faire de
et
les notables de la commune, elle eut pour
nouveau disparaitre, si Je Trésor public, dont
ses comive le mêmes grâce!l et les mêmes
les caisse étaient vides, s'avisait d'ordonner
prévenances qu'autrdois. Ceux d'entre eux
la vente des biens d'émigrés qu'il po sédail
qui
l'avaient connue en ces jours lointains, la
encore.
retr01:vaient
toujours bienveillante, toujour
Pour la même raison, il ne loucha ni aux Ses maitres parlls. Chasserai s't!t:lil empresse ,ù Jaire
enjouée
et
fine
d'esprit. C'était à ne pas croire
prairies ni aux boi . Le château, devenu pour
disparailre to,tt ce qut aurait pu tenter la cupiJi/e
que depuis tanl d'années elle mangeait le
des tan.tes noires. (Page 188 .)
les habitants de la commune des Étracbcs,
pain amer de l'exil. Elle-mème semblait
sur la4uelle il était situé, une retraite my tél'avoir
oublié, lran,.figurée subitement par
rieuse, où nul ne tentait de pénétrer, con erva vaches, ses bois débarrassés des véoétaLion
l'air
réparateur
du foyer familial.
ses apparences de chàleau de la Belle au bois parasites qui entravaient la croissance des
Elle avait 1'oulu que Cha sera! prît place it
dormant, ses murailles sillonnées de Lrace
arbres, ses bàliments relevés, les mur du
d'humidité, ses petites vitres couvertes d'une chà.Leau recrépi , Au jour fixé pour l'arrivée table et à sa droite, inaLlenti1•e à la mine
couche de boue qu'y avaient formée la pou . de la marqui c, ces réparation , quoique non scandalisée de l'abbé dont les inrorri!ribles
préjugés s'effarouchaient de cet homma~e. A
l)

M A.D'E..MOTS'ELL'E
tout instant, elle e penchait vers un fidèle
serviteur. E le lui dé i11nait sa petite-Olle
aRsise en face d'elle et murmurait :
&lt;C Elle est adoraltle, cette enfant, et le era
plus encore quand elle aura appris les manières du moude, quand elle saura 'habiller
urtout, oui, aduraule, » répétait-elle toute
viuranLe d'émotion, cumme en un rércil de
maternité.
Le urave Cha.serai Luvait ccl élo11e sans
admeLLre d'ailleur~ que le contact du monde
el des parure de meilleur goùl du. enL avoir
pour effet de rendre )Ille de Circé plus belle
de corps el plus parfaite de cœur.
,1 Attendez de la connailre pour vous prononcer, madame la marquise, ll répondait-il.
EL dans le bruil des Yoix el des rires qui
de tous côté montaient eu fusée , il rat·onLait à la marqui e, pour elle eule, en quel
lamenlable état il avait r1·çu lsauelle, à son
retour de Paris, el de 11uelles angoi ses, depuis ce jour, avait rempli sa vie la re pon abiliLé qui pc ait sur lui, mais aus i de quelles
joie . Les accident de a croi ·ance, es
maladies d'Pnfant, le travers de on caractère, lt-s effort entrepri pour le corriger,
le développement de ses forces intellectuelles
el physi4ue , le trait par où se ma11Üestaienl sa nobles e d'àme, la hauteur de ses
sentiments, a droiture, il rappelait tout cela
tt l'aïeule avide dt! l'entendre, dont les yeux
s'empli, aient de !arroi' , au cours de celle
marche en arrière qui ré1·élait combien était
digne d'elle l'hérilière de son sang el de son
nom. Cha~seral ne ce~sa de parler. elle-m~me
ne ce a d'écouler qu'au moment où le repas
prit fin.
Alor , en .e le1•anl, l'aimable femme, pour
honorer Ct-lui à qui elle devait de retrouver
sa petile-fille vivante el telle qu'elle la voyait
et la devinai!, po a sur le ura de Cbas. eral
a fine main blanche, el, Youlant lui rendrP
un Lémoicroagc érlalant, elle impo a d'un
gc le le silence anlour d'elle el dit :
&lt;&lt; Ce n'est pas
eul~ment P.n me conserranL, au péril de sa vie, mes hiens el 1, s riche ses cnfl'rmées dans ce cb:Ueau que Chasserai a mérilé l'éternelle reconnai · aoce de la
maison de Circé; c'est encore et surtout en
me con ervanl ce Lrt!Sor-là, le plus prédeux
de tous. » Et du doigt, elle désignait isabelle, en ajoulant : « Quiconque l'ouulierait
serait ,tir de me déplaire.
- Et à moi encore plus qu'à vous, grand'mère, l&gt; 'é&lt;;ria \Ille de Circé, en sautant au
cou de Chasserai.
Telle fu Lla récompense accordée à l'héroïque
dévouement de ce dernier. C'était peu; mais,
en ce temp -là, cc peu étail jugé urfi anL.

XI
La marqui e de Circé con acra le journée
qui suivirent son retour à reprendre po session de sa demeure et de es biens. Elle eut
aYec Cha eral de longues conférence!. Tout
étail à réorganiser dans le domaine, à réintaller dans le château. li fallait dre er un
invenlaire du mobilier, des bijoux, de l'ar-

genlerie, orùonner des coupe dan les bois,
contracter des baux avec le fermier , rendre
au~ appartement lt'ur ancit:'nne physionomie,
remellre en place Je Lapis.cries, les tentures,
les portraits de famille. Du matin au oir, ces

DE CrR,C'É - - ~

aprè avoir été le précepteur de Rol1erL de
Circé, était resté son ami, plus que son ami,
on confident. lsabdle le sa,ait, grâce aux
Jeures que, depui deux an , lui écriYait son
frère. Ausj, lursqu 'elle araiL voulu connaître
pour quels motifs fü,hert n'était pas rentré
en France, en mème Lemp que a grand'mère, c'e t à l'aubé qu'elle 'était adres ée.
li avait feint d'auord d'être empèché de
répondre. li donnait à entendre qu'il n'ayait
pas le droit de trahir les secret d'aulrui, que
la divulgation de celui qu'on lui demandait
de révéler aLLireraü des mam. sans nombre
sur la tète de Robert. Mai ce réponses él'aive ne pouvaient apaiser la curiosil~ d'une
fille voloutaire, entêtée en ses idées. Plus il
s'ousLinaiL dans se réticences, plus lts question d'Isabelle e faisaient pressa111Ps et impérieuses, si bien qu'un jour, . ou le Oot de·
dema11de qui se succédaient, il fut coritraint
de s'expli4uer. Aprè avoir e:xigé de Mlle dt!
Circé le erment de ne répéll'r à personne ce
qu'elle allait apprendre, il lui avoua que Robert con~pirail contre 1 Empereur.
1&lt; J'en étai
ùre, s'écria-t-elle, électrisi'.e
par celte confidence. Quelques phrases de sa
dernière lellre m'a,·aienL éclairée. \fais le roi
le lui a-l-il permi '!
- Le roi n'en est plus .'t permet lre ~ e
f.'hasseral u h.ila de me/1,-e l es domaines en elal Je
serviteurs
d'agir, ni à le leur défendre, rérecevoi,- ~es ma, rres . Il recruta Jes !'m•,-iers qu'o11
pondit tri tement l'abbé. Exilé au fo11d de la
vil. sous sa dlrec/1011, tr.ivailter pa,·to11/ r l;i fois
\Page rlltl.)
fius ie, abandonné par l'Europe, mal informé
de ce qui se pa se en France, il ne peut alsoins indi pensable~ absorbaient )1 me de Circé. tendre sa couronne que de l'iniriathc des plu
Ce n'c t guère qu ·aux heures de ri&gt;pas ou à intr&amp;pides d'entre eux. Votre frère a été reçu
la nuit venue qu'elle reYoyail sa pelitc-fille et à ~li tau. Sa füjesté n'a voulu ni l'encourager
pou1-ait s'entr,•teoir avec elle. Elle se pro· ni le décourager. Elle l'a lai~sé libre sous . n
mettait d'ailleurs dl:l se dédommager dès que seule responsabilité .... Tou le foi , comme térrait terminée sa tâche.
moi~nagè de a confiance, elle lui a donné
Tandis que, désireu e d'en finir, elle s'y de leltres patentes qui l'accréditent auprès
donuait fout entière. habelle pa ,ait son des chefs ro ·alisles. »
Lemps avec l'abbé ~laucombe. Au premier
)file de Circé fut mise ainsi au courant Je
moment, elle avait conçu pour lui plus de l'entreprise tentée par son l'rère. Sans tenir
défiance que d'atlrait. )lai , en peu de compte de transformations ~urvenues dfpuis
temps, ses préventions étaient tombée . i la chute du Directoire, ni de la puis. ante
les lraver de l'aLué apparaissaient d'abord organi. ation de la police impériale, cc jeun&lt;'
en lni, on découvrait nte en le f ré,fuenlant imprudent avait rêvé de provoquer sur le
qu'il po. édait les plus rares qualités de territoire français une prise d'armes, quell'e. pril et du cœur. a bontJ naturelle atté- que cho c d'anal/\gue à ce qui s'était passé
nuait le caraclère intransigeant de es idées. autrdois en Vendée, des soulèrements dont
Lor~qu'il parlait d~ · malheurs de la famille l'au ence de !'Empereur retenu alors en Allero-yale, de amertumes de l'exil, de crime
magne, aux pri es arec la coalition, semblait
de la Rél'OluLion, ses parol~s respiraient la devoir assurer la réussite. Jls éclateraient
violence, trahis aient d'implacaulcs re senti- parlout à la fois, favorisés par la crise finanments. Mai , s'il abordait d'autres sujets, sa cière, la détre,se publique, le mécontentemodération apparai·sail. Bien qu'il eùl sans ment général et surtout par les appréhcn ion
ce e à la bouche des menaces et des récri- qu'e,cilait dan Loule le clas e sociales la
minations contre le nom·eau régime, il em- guerre commencée. Le marquis de Circé deblait n'ètre ardent qu'en ~on langarre.
vait pénétrer en France avec ses complice ,
Isabelle se lia vite avec lui. Elle e plai ail par la ui se, du côté de Pontarlier. Il avait
à lui faire raconter li&gt;s plu émom·ants t:lpi- choisi celte po5itioo non seulement parce
sode de on émigration. Elle l'admirait pour qu'il la connaissait, mais encore parce que
sa Gdélité à la (au c du roi. Celle fidélité, il c'était la seule sur laquelle il n '1 eût pas, ;'t
la gardait inébranlable, encore quïl ne fût celle heure, de mouvement de troupe . Elle
pas san danger de la confesser. Isabelle présentait encore l'arantage d'ètre proche du
n'eût-elle eu que ce motif pour considérer château de Circé. Enfouie dans les bois,
l'alibé comme un homme &amp;.limable entre l'antique demeure offrait aux conjuré un
tous, qu'elle s'en fûl contentée. Mais elle en lieu de rendez-vous commode et ~ûr. Il leur
arait encore un autre. L'abl&gt;é Maucombe, serait ai é de 'y cachPr, d'y carher le armes
.... 1~ ...

�,

1flST0'/{1Jl ----------------------------------------'""
et les munitions qu'il étaient obligés d'introduire en contrebande.
Ces plans laborieu ement échafaudé alaient enlrt&gt;r dans la période d't&gt;iécution,
quand une circ11n ·tance imprévue était venue,
à l'improviste, les déconcerler. flohert de
Circé avait appris tout à coup que a mère et
lui-même étaient rayé de la li te de émigré
et remi en po ses ion de leurs biens. Cette
nouvelle, qu'en d'autres temps. il eût accueillie avec joie, constituait maintenant une
1éritable cala trophe. Elle l'obligeait à tout
recommencer. La marqui, c ignorait les projet de son pl'tit-flls. Il ne fallait pa songer
it les lui révél1•r. Par nature, elle rilpugnait
aux m01ens ,iolents ; elle en avait toujours
M. approuré l'emploi; à plus forte raison,
l'eût-clic M approu\'é au moment où sa famille béuéliciail de la clémenre de !'Empereur. a pré. ence au chàtl'au de Circé re1,dait
donc impo s;ble la réunion d...s conspirateurs
en cet e11droil. Hoberl s'était hâté d'en avertir
ceux d'entre eux qui se trouvaient encore à
sa portée. Quant aux autres, il e. pérail le
rencontrer sur la frontière avant qu'il • l'eu enl franchie, se concerter avec eux el modifier les instructions qu'il lt:'ur avait dunoées.
Instruite de ces graves desseins par le
confidences de l'aubé Maucombe, habelle,
dè ce m11ment, se con idéra comme destinée
à y participer, entraînée à agir elle aul-si non
eulemeol par la per pecti1•e des danger
qu'allait courir ce frère qu'elle adorait, bien

qu'elle le connùt à peine, et par l'ardent
Msir de les parlager, mais encore par un impérieux besoin de se dévouer à la eau. e du
roi. enir Cl'tle cau,e, lravailll'r à la chute
de l'u, urpaltmr, à la rPslauration du roi lilgitime, n'était-ce pa .e prrparer à vengPr es
parents , à a ~urer le châ1imenl de leurs
bourreaux, cc b0urrt•aux amni I iés et ab. ou ,
à qui l'Empire nai. ant avait fait une si large
part dan .es faveur ? Elle vécut alor· vibrante
et fié1reuse, dans J'attente de l'événement
qu'elle espérait et redoutait, excitée par le
langage de l'abbé qui se réjoui sait d'a,oir
trouvé à qui e conlîer.
C'était à tout in tant entre eux de my térieux colloques où il agitaient le diver~es
é1·eo1uali1é de la partie qu'avait o é en,wrer
Robert el c,,mmeutaii&gt;nt pas ionnémenl les
bruit du d~hor. , qu., 1...ur appor1aiPnt les
papi"r publics. La défaite de Traralgar, dont
la nouvelle était arrivée au ch:i.teau peu de
jours aprè la marqui e de Circé, les avait
comlilé de joie. Ils ignoraient enrore la prhe
de Vienne. Il e llallaient de l'e! poir que
apoléoo, écra é par les armées alliée. , ne
pourrait rentrer dans sa capitale, el qu'alors
le peuple françai , enfin délil'ré d'un deipotisme odiPux, rappellerait on roi. Ils apprirent bientôt la marche victorieuse de Napoléon
en Aulriche. Mais leurs espéranCPs ne furPnt
pa ébranlé . Cdle suite de faits d'armes
glorieux el victorieux ne leur apparai sait que
comme un accident de guerre sao impor-

flllustralions de CONRAD.)

tance et an lendemain. Que pouvait !'Empereur contre le empereur el l.. s roi coalLils?
De ce quP peo aient et se di aient ~a petitefille et l'abbé, la mar'luise ne e doutait
guère. Convai,,ru,; qu't•llt' le désapprouverait,
il, évitairnt d'y faire allusion en ~a pré.,ence.
'étonnail-t!lle de l'ab eoce prolooi:ée de on
petit-fils et d'ètrr. san nouvelle de lui, ils
s'en étonoaier.L avec elJe. Prononçait-elJe avec
reconnai ance le nom de 'apoléon, il a sociaient aux hommages qu'elle lui rendait.
Il a[ectaientau i, quand elle étaiL là, de ne
parler jamais des Bourbon . A tout instant et
sous toutes le forme , ils 'appliqnaienl à la
tromper. Elle était d'aillrur si loin de la
vérité qu'elle n'aurait pu la oupçonner, de
ttlle ~orle qu'elle continuait à vivre hi&gt;ureu e
et confiante, dans J'i&lt;rnorance de péril qui
grandis:,.aient autour d'elle.
vec Cha eral, la jPune fille el le vieux
prètre se montraient moins cirron~pect . Il
c,lt été trop difficile d'égarer a clai,royance.
Ils prévoyaienl aussi que le jour vit'odrait 011
on concour leur serait néces aire. lis e
lai saieot aller devant lui à des allusions discrètes, mai significative . Ils croyaient le
préparer ain i à de aveux ultérieur plus
compli&gt;ts. Mai déjà il en avait aussi long
qu'eux-mêmes. Ce qu'ils lui cachaient. il
l'avait deviné. 'il ne le leur déclarait pas,
c'e t qu'il voulaill'onc;errer Il' droit d'affirmer
à la marqui ·e qu'il n'avait jamai connu les
projets de l\obert.
(A

Le colonel
Sa Majesté prussienne se trouvait, au dire
de hi torien , en a ,.z ràcheu e po Lure ver
la fin de l'année 1757. Le 22 novembre,
chweidnil:t avait ouvert es porte aux Autrichil'n ; le corp du duc de Bevern a,•ait
été anéanti, en quelque sorte, sous les murs
Je Breslau, puis, pour comble d&lt;! malheur.
celle forteres. e avait dù capituler. Oe la sorte,
rrédéric-le-Grand - qui allait, d'ailleur ,
rétablir ses alfaires, grâce à uoe brillante
victoire (Leuthen) - avait tout au plu une
quarantaine de mille homml's à mettre en
ligne contre ses nombreux adversaires.
L'argent ne lui faisait pas défaut, car,
aussitôt maitre d'une région, il lui impo·ait
une contribution de guerre, sans préjudice
des coupes qu'il pratiquait dans les bois, des
équestres dont il frappait certains biens

suivre.)

ER"ŒST

•

prussien Collignon

•

(

L E COLONEL 'P~USS1E'N COLUG'NO'N

centaine de francs en moyenne; quant aux
Colli!mon était pa sé maitre en l'art de e
frais dP tran. port, varialtles suivant la di - •rrimer, el se honorable arol le po. sédaient
tanCt', il dép:i ,aient généralement de beau- vrai t&gt;mLlablement ce talent au même degré
coup la pré1·1:d,·nl.... omme.
que lui.
Par q11ellc savante combinaison, gràcc à
Bientôt on les vil opérer sur une vaste
qnel (01ubi, ce colonrl vi1rait-il et surtout écb..-lle dan tous les coin el recoin de
ferait-il vil're le nombreux auxiliaire dont l'Allemag-ne. parfoi au heau milieu dt&gt; lila coopéra lion lui serait infüpeosulilc ?
!!De ennemies, où la pré ence de racoleurs
Frédéric, tel que nou le connai . on au - parlant français ne pouvait, d'ailleurs, étonjourd'hui, n'était Haiment pa- homme it ner per onne.
s'embarra ser de que lions aus.i banales. Au
Que ce fût en ouahl', en Franconie, dan
surplu · , en admettant qu'il eOt appris le: le pay rhénans on dans le nord de l'Alleagis~t'ments de Collit1non, lui auraient-il· in- magne, ces me sieur employaient des pro·pirédc scrupules, à lui qui ne del'ail pa lar- cédé uniforme et 'adre ,aient invarialtl ,_
der à inonder I' Allema 0rne de , a fou .se monnaie'? ment à la même catégorie de gen , c'e, l-à·n fait est pa1e11L: le colo11el avait 0LL1•nu
dire à de jt&gt;unp· él udianl ~, de petits eml'lo) é.. ,
toute · le a11101 isatiou d1•mandéc el le
des courtaud ' de boutique. de ôl de famille
pale11r des différentes pro\'Îlll'e::. dti la mo- dé œmré, el autre badauds imbécile, qu'il
narchie pru ·ienne avaient été avi~és d'avnir reoronlrai eol .ur leur chemin.
à sold,·r, an~ autre formalité, les mandats
L'entrée en matière avec leurs victimes
que lui ou ses lieutenant~ ltmr pré:1cnteraieut n'avait rien qui pùl emharra, er Collignon et
au litre des prime d'en agemenl et de
es ru é mand:ilairc. . Cërail, en règle généfrais de transport.
rale, un appèl à la vanité de ce jeunes niais,
une érie plus ou moin longue de variations
ur l'air du Oenard et du Corbeau, puis l'olJre
Un mois 'était à peine écoulé depuis l'en- directe, brutale, d'un grade dan l'armée
Lrerne de Culliguon avec le roi - on était pru .. ienne.
aux premier jour · de l'année 1758 - que
- Voulez-vous une place de lieutenant ou
les recru · al'Ou,ienl déjà daus 1~ dépôt, de capitaine? dan l'infanl1 rit&gt;, dan les cuitout particu lièrt"menl à Ma 6debourg.
la rassiers, dans les hu sard ? \'uus n'a,·ez qu'à
place de - lameo1able et rares convois de dire un mol rt, séance tenante, je vou la
cinq ou six homme licelés, bàillonnés, ame- donoerai. a Maje té me permet de conférer
né par de voiture de rJqui ilion el sur- ces grades et la preuYe, tenez .... (En disant
veillés étroitement par Ji:s ous-oflh-ier ar- ces mol , il exbiliait une liasse de brevets en
més jusqu'aux dents, on voyait arriver main- blanc.) Je n'ai qu'à y in crire voire nom .
tenant, sans corte aucune, des Landes de Muni de celle lellre de service, vous vous
gaillards heureux de vivre, chaulant, riant et rendrez à Magdebourg, où vous serez remanimé uuifurmément d'un vif désir d'èlre boursé de vo frais de route el mis en posemployés au plus tôt. Loin d'être empruntés
ession de votre Pmploi.
comme le sonL habitucllemeot les soldats noPre que toujour, les malheureux s'y lai. viœs, ce jeunes gens e présentaient arec
aient prendre. Comme il leur fallait de l'arun aplomb uperbc chez le' secrél..Jires des gent pour leur voyage, ils n'hé itaient pas à
colonel· el remettaient d1acuo, d'un air \'Dler leur père, leur patron ou l'admimi.lratriomphant, un papier de rormal impo aot, tion qui les employait, n'ayant plus d'autre
artistement calligraphié, revètu de parales .ouci que de joindre au plu \'Île la gloritiuse
extraordiuaires; eu aile, dame eo. uite .... armée prussienne el de revètir l'uniforme de
Mais n'anlicipou pa .
. es officier . Les pauvres inconscieuls ne larCe Cullignon - 11u'il ft'it de l\'ancy ou de daient pas à dtkùauter. L'hi Loire nous apMetz - eo1111ai sait admiraLll'menl la na1ure prend, en eJTet, que, dès leur arrivée à laghumaine. li 'était reudu un compte exact dehour", on le incorporait en qualité de
de la bèti,e de ses coulemporaiu ·, el avait
impie ::.-olJat . « Tuule rési lance élail inudécou~erl un moJeO étuunawmeut simple de tile; ou les rouait de coup de balun, ju 11u'à
l'exploiler au plus graud profit de si:s inté- ce qu'il · se déclarasseut contents de leur
rêts propres, , au nuire à ceux du roi qui le sort. »
patrouuail.
Une fois autorisé par Frédéric~le-Grand, il
avait mis en campa"ue un aomhre incalcuCollignon avait un e prit fertile en re laLle d'agents, Cra11,;ai pour la plupart ources. Lor que, J'a\·en1ure, il traversait une
avouou -11:l à notre hunle - el dont le plus réi,rion peu éluignée de lignes pru iennes, il
ootaLles ét.aieut ll's ieurs de la BaJie. Fon- joi,,nait aux vulonlaires des espèces énuméLarne, Merlrn et Ei.taguolle.
rées plu haut tout ce qu'il rencontrait sur

•

DA DET

communaux ou particulier , et de· ferma"e
de lui fournir des recrue 1'11 nombre au i
qu'il prélevait par avance, notamment en grand qu'il le désirerait. Détail caracl 'risaxe.
tique, mais qui ne pouvait manquer d'inléEn revaochP, il ne trouvait plus d'hommes, re er au plu haut point un .ouveraio aus i
car la nouvelle de ses revers, propagée ra- économe, Colli&lt;rnoo ne dt'mandait pas d'appidement, avait fait tarir les principales poiotemenls. li 'en~ageait, moyennant la
ources qui aliment.-iient le recrutement de conce· ion du titre purement honorifi4ue de
on armée.
colonel pru ien et le paiement de la prime
La iluation était vraiment inquiétante. habituelle et des frai de route, à lui proAu si le plu sceptique de monarques, un curer des hommes « sains de corp et animés
certain jour de dé,·embre i 757, accueillit-il de bnns entimenls militaire D.
as,ez favorablement le ouverlures d'un avenPas d'appoi111emenls !
turier fraoçai , répondant au nom de ColLa raison était convaincante, bien que le
lignon.
roi - pourtant si méfiant - eût dù s'expliCet individu, sur l'étal civil duquel tous quer difficilement le mobiles auxquels cet
renseignemeots font diifaut, mais qui, d'après homme obéi ait.
certains indices, devail être ori!!inaire de la
Soit dit en passant, les arrhes (Hand9eld)
région compri e entre ancy et )felz, offrait donnée à chaque recrue 'élevaient à une

_____________________________

son chemin, plus particulièrement des ber&lt;rers. Des centaines de ce pauvres diobles.
surpris au milit&gt;u de la nuit, couchil dans
ll'urs rouloues. Iurenl enle,·é- ain. i. Par meure de précaution, leur~ ra"isseur clonaient
ou ficelaient le coul'Prcles de re \'éhicules.
l'n de ces berger , uo gaillard d'une force
prodigieu e, qui al'ait déjà mi à mal pluieur auxiliaires de Collignon, ne put échapper à . a de tinée. Lui au i fut victime de
sa vanité.
n jour, à l'auberge, en présence de yens
qu'il ne connaissait aurunement, il eut l'imprudence de vanter la pui ance de ses mu des el d'ex11cu1er quelques prom· . es. L'un
de· étrangers - on a rt&gt;connu Collignon,
n'est-ce pas? - lui proposa aus. ilùl un pari,
t. .qut'I, cela va sans dire, fut accepté an
plus de réilexion.
L'épreuve consistait en ceci : le ber&lt;rer deYail étendre les l,ra horizontalement , de
façon que l'on pût faire passer a houlelle
dans les manches de son habit, après quoi,
pour tenir la gageure, il fallait qu'en ramenant les bras devant on corps, il brisàt le
manche de celle houlette. Mieux eùl rnlu
pour lui s'engager ?i prendre la lune avec les
dents. Au.sitôt le bâton injnué dan les manche. , le gaillard ,se vit réduit à l'impuissance
la plu absolue. Deux racoleurs l'empoignant
par les bra. l'emmenèrent an qu'il pill
même e. quis er une lentitive de résistance.
La légt•nde ajoute qu 'en s'en allant avec son
escorte, « ce crucifié ambulant avait l'air
conîu' et très bète 1&gt; . Cela parait tout à fait
vrai emblable.
Par ces moyens, par d'autres eocore dont
la connaissance n'e l pas venue ju 4u'à nous,
« Collignon procura au roi, pendant la guerre
de t&gt;pl ao , 60 000 homme ». (Archenholz,
Gttene ile Sept ans, p. 155. )

•

II aurait été intéresi:ant d'apprendre comment et où ce fameux colonel tt&gt;rmina on
aventureuse carrii&gt;re, mais l'hh,Loire est
muette à ce sujet. En re"anche, elle nou eneigne que plusieurs de es collHhoraleurs,
notamment les capitaines Fon1aine el Merlin,
ain~i que le lieutenaut Estagnolle, finirent
mal.
Impliqués, à la fin de f76I, dan la mutinerie de · élra11ge1·s prw, iens (un régiment
d'infa11ll'rie, en majeure partie compo.é de
Fraoçai ), il îureul coudamués à mort et
pendus ... e~ eîügie, à Leiplig. Trop malins
pour e lais. er preudre, il , avaient ma sacré
leur colonel, un Pru ien, el emmenant leurs
canon • avaient gagné AILenbour", pui, la
Franconie, où il avaient pris, elon toute
apparence, du er1ice chez les alliés.
P.

DE

PARDIELLAN.

�, - - fflSTOR_lA

LA

VIE U' AUTREFOI . -

CHA.

T E OR DE COlol PLAC-TES.

-

Tahltau de MAORICEt,l.ELDIR.

Clicht Giraudon.

LA DUCHESSE D'ORLÉANS AUX EAUX DE SPA.
FÈTE DE LA SAUVEi 'IÈRE.
Tableau de l' Êcole anglaise. fin du xvm· iècle. (;\!usée Condé, Chantilly.

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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>El diseño y los contenidos de La hemeroteca Digital UANL están protegidos por la Ley de derechos de autor, Cap. III. De dominio público. Art. 152. Las obras del dominio público pueden ser libremente utilizadas por cualquier persona, con la sola restricción de respetar los derechos morales de los respectivos autores.</text>
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