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                  <text>1f1STO'J{1A

~I me de Vieux-lfaisons est une des plus
grande suivante· de Cupidon, cl, ce qui pis
est, une des plus méchantes femme qu'on
pui e voir.
Elli~ e t la sœur de ~[me de Vauvray trè
belle femme que le duc d'.\.yen a aimée en
amant romanesque, ce qui ne lui res- emble
guère.
li 'était fait pa ser pour maitre de musique et lui a donné de leçons. Un beau
jour, à aint-fiocb, elle voit son mailre de
mu.i1p1e en habit supt:rbe, suivi de valets!
On pen c que c'e t puur e divertir plutôt
que par grand sentiment qu'il a joué ce rôle.
)lmc de Vieux-Mai~on n'a\·ait pa de plus
grande amie que la pré..~idenle Portail. n
am:int, qu'elles e disputèrt'nt, jeta un froid
entre elle . Elle se rencontrèrent chez Mme
de ,;-..i-.:i, et e quPrellèrent. La présidtnte reprochait à l'autre de courir après le homme .

- C'est bien à vous, riposta Mme de de son appartement. Il 'habilla en if cl parut
Vieux-füi on., qui arPz couru aprè le Roi, dan la aile. La foule de prétendantes élait
au ]Jal de la Ville, à Yer·ailles, et qui avez inGni,\; loutrs crurent rernir le noi; la préélA attrapée par un de 5CS domesti11ue , qui sidente se cha.r"'ea &lt;le l'agacer plu que toute
a fait de ,·ous tout ce qu'il a ,·oulu ! 1&gt;
les :intres.
Et aussitôt, .:il\, qu'on pùl l'interrompre,
11 Il ne fut pas cruel l propo. a à la Porelle commença l'histoire. La présidt:nle Por- tail de le sui1·re d,rns 1,• fll'lit :ippa.rtcrucnt de
tail 'en alla îurieu e, an entendre le re::te, son premier valet ùe chamlirc. La pré idcnle
qu'on décida :rn. peine Jrmc de Vieux-)Jai- ne :.clc lit pa.s rt;péler el. c hr\La dl! l'y suine,
son à raconter. Elle dit :
cr Il n'y avait point de lumi~re parce que
« Au bal, pour le mariage du Dauphin ~I. de Brige avait eu, :iupara\·ant que de
(25 février 17 i5), plu ieur femme cher- rentrer au bal, la prfolULiou de l'éteindre.
chaient à faire la contJuête du Roi. El Ja p1·éc&lt; L'érnyer prodigua les plus belles prosidente Portail n'était pas ln rooin. emprcs.ée. mes~c. i1 )lrne Portail, la pres a •,ivemenl...
Le Roi el quclyue courli an de sa ~ociété el elle crut avoir rendu le r\oi heureux.
in lime parurent dégui~é en if ·, taillé · dans
&lt;c ~lai$, eu sortant du petit appariement,
le got'lt de ceux de. jardins du chàleau.
le vèternent en dé ordre, S3 coiffure défaite,
« Il 'amusa quelque temp au bal. Et, les eux rayonnants d'or!!Ueil, elle ,·it tout à
ensuite, fatigué de la gène et du poids de . on coup a )laje té ttni traversait le salon de
déguisement, il rentra cbc•l lui par une porte l'Œil-de-Bœuf, vètu à l'ordinaire et .uivi de
de derrière. On porta sa ma carade chez son ses courtisans habituels . .\u·sitôt l'ir, qui lui
premier valet de chambre qui a un pl'lil ap- donnait le bra , la quilla el 'évada. Elle \'Ïl
partement dan l'anlichaml,re de Sa Maje lé. qu-'elle avaiL été trompée et devint furieuse.
cc li. de Briges, écu)tr du noi, était l'ami Lonntemps après, par &lt;JUdques indiscrétion ,
du premier valet de chambre. li le pria de elle ut, ain·i que moi, le nom de celui qui
lui prèter le dégui emenL, ainsi que la clef avait i bien joué le rùle du l\oi. »
~I.Ao.uiE c.u

IL\C

ET.

t:hcbe lilr&amp;o00D

LA

VIE ET LES Mlf.UR~ AU XVII' SI.E.CLF;. -

L"HIVER. -

Gra11ure à'AuRAHA.\l Bosse. (Calririd iks Estampes

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Tableau de j.-B. REG. AULT. l~lusée de Versailles. )

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TALLANDIBR, ÉDITEU~. -

75, rue Dareau,

PA~IS

(XIV' arr').
'::..

·m~

3oe fascic ule (20Février l9II ).

Sommaire d u

l\.i~

Les comparses de I' , Épopée • : Un ami de
Napoléon . . . . . . . . . . . . . . . . . . . :2.p
Ju:,i POUJOlJLIT •• · • La seconde Murie-Antoinette . . . . . . . . 2-13
. •
.
'fALLE.\1A:-1T llES RÉAUX · Histoires de pendus . . . . . _.
219
FRÉDERIC L OLIÉE. . , · Les Femmes du second Empi re : La prmcesse de Metternich . . . . . . . .
Cn. G\ILLY PE TAUR\NES. Le lieutenant ci v il Dreux d'Aubray .
Querelles
de princesses . . . . . .
SMNTSum:, . . . . . . .
PO:-TE:-ILLES • . .

G.

LE:-IOTRE • . . . . . •
ÜL'CLOS • . . . . .
C•• DE FHA:-iCE 1l'lH.ZECQUES • . . . . . .
GÉ:-IERAL DE -'lARBOT . .
VICTOR H UGO • • .
ER:-IEST DAUDET • • • . .

ILLUSTRATIONS

TIR EE EN CUIAÎEIJ :

J

11 AullERT BEL.LIARD BERTHAULT, Co:-;RAD, ri.ES DA no, D Evtn1.1 , E. DurAI'I,
f)E:PLESSl·~E~;EAUX, f-~EIJ DEBERq, ]Ul.E ' &lt;.illlARIJET, MAGDELEINE IJORTIIEMH.:l.
SCOTI~, GEORGF.S SCOTT, F.-A. YINCENf.

ARN'AUL T
Tableau de J.-8. Regnault (.\!usée de Versaille /.
MADAME

Copyright by Tallandier 1910.

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le IO et le 25

MAGAZINE LITTÉRAIRE ILLUSTRÉ BI-MENSUEL

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SOMMAIR.B du NUMÉRO 132 du 25 février 1911

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UNE VIE
• R oman, par Guy de MAUPASSAN~ \-.; on,:• Tl·IErRIET. La ~o~elière . - Tul':oDORE DF. _BA:\ : ILLE . yœu ._ . .\hr~ ALPHOSSE DAUDE r. Alinéas - Gu~ CIIANTEPLEURK A.~1es fem1n1nes .
_ L i:crn DEL.\IU'E--'lARDRt.,S. Mardi gras. - JI E:&lt;RI II El :'i E. ~es dieux
grecs. _ PAUL BOURGET de l",\ce1demie franyaise. La vie es~ aux Jeunes._ ANAJOLE PR.\I\CE, d~ l'Academie françmbe . La _~agesse des griffons ..--: II ENRY
BORDEAUX. La ro be de laine. - P111L1PrE GÈRF.\UT. Pensées~ h,ver._Eo~IOKD RoSTA~P, de l'Académie frnnça1se. Tes_ yeux . - J. MAR'.\_l. A~a, re
c.i"honneur. -CHARLE " UAUDELAIRE. Tout entière. - H ENRL I.AVEUAN , d e
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l'Académie rrançabe. Le prince d' Au rec.

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2o

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Prénoms _ _ _ _ _ _ _ _ __

Rut _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
A _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

Dq,arltmtnt _ _ _ _ _ _ _ __
8urtau dl Poste _ _ _ _ _ _ __

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Un amt• de Napoléon
.

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OUTES

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année (20 Novembre 1911), bénéficieront de cette
Surprime. Aussitôt réception de leur mandat d' abonnement nous leur adresserons un Bon de photographie
qu'ils pourront utiliser pendant toute l'année 1911 en se
faisant photographier à la Maison SŒTAERT.

~,)')

~
1

~(

Parmi les poètes de second plan qui surt&gt;11l
e faire un nom sous la Révoluliou et sous
l'Empire, mais que la po térilé pt&gt;ul . a11s
déni de justice traiter avec qucl, iu" dédo1i11,
il en est un qui doit .urtout aux cirt;1,nlances extra-littéraires de .a vie de n'è1re
pas encore, pour nos contemporains, un
« oublié ». Ce poète, c'e l Aruault, dont
F.-A. Vincent a pt'Înl le rrrand portrait qu on
peut voir au dernier étage du p;1la.i · d~ \"crsailles, dans une des sa lles du Consulill,
auprè · de celui demadameArnault, sa fe mme,
représentée dans le plein épanouis emt'nl do:
a beauté planrureuse par l'onctueux pinci-au
de J .-B. Regnau lt.
De tra.(édie' de style néo--cla~ ique am,·
quelles Arnault, pendant près d'un dl"misiècle, dut de pass .. r pour un maitre dP. 1a
scène frarrçaise, il ne ubsiste gui&gt;re que
de brève mentions dans le cours de litréralure documt'nlé· avec un oin tout particulièremPnt méticu l1::ux. De r fa bl~.,
qui con Lribuèrenl, avec plu dt&gt; rai on
peut-être, à aFseoir sa réputalio11, on
retrouve-' en cherchant bien, d, s ci1a1io11s
dans certain manud · scolaires. De ses
caulates el autres pièi:e de circonsbtnCt',
comme de St"s poé ie fngitin·s, 011 ne
connait plus qu.. celle plaiule d'un honaparli~te exilé : La feuille, une élégie dl'
C( □inie vers. 3fais, en outre, Arnaull a
lais équalcc volum , vivant et a-nu anls.
où, sou le lilre de Souvenirs d'un sexagénail'e, il retraça verveusement et ·p1rituellement se aveulures de jeune ho111me
et d'homme fait. El comme tout app11rt
d'un témoin qui a su voir et s11it rnurer
sera toujour , prti,·i~u ement recut'illi par
quiconque Ïotére,. eaux rhoses de Jadis,
il se trouve 11u·aujourd'hui ces 4ua1re
volumes-là, écrits .ans ·pré1eutio11, parîuis
même un peu à la diable, consli lut"ut
en réalité la. meilleure partie du copieux
bagage littéraire d'Arnault. Uu brtf résumé
de ces souveuirs, ou du moiu de leurs
parties saitlan1es, ne saurait donc ètre
dépourvu d'iutérêl, car l'existen,·e ruouvt&gt;mentée du poète présente, en cha, un de
es haut el de se bas, une conséquem:e
directe de sursauts 4ui agitère11t a prn prè.s
sans répit la société de on temps.
rnaull était né à Pari en i 766. Apri&gt;s
avoir fait ses éludes ebtz les Uralor1 .. us,
ou la férule de professeurs parmi l"'squel ·
on cornpt.ait le Père Fou,:hé, futur duc

Sous ce pli mandat postal de :
22 fr PARIS. - 24 fr. PROVINCE. - 2 8 fr.
ETRANGER. Rayer les chiffres inutf~.

Afin d'êYiter des erreurs, prière d'écrire très lisiblement lou~ les indications.
AJouter

ÉPOPÉE

~

I}

La Cour de Versailles inti me : La chapelle. 268
Mémoires. . . . . . . . . .
270
La fuite de Louis-Philip pe .
278
Mademoiselle de Circé . . . . . . . . . . . . 28 1

c&lt;

~

~

!!).

:~ r,

tffi

~

..

0

PLANCHE HORS TEXTE

D' APRÈS LES TABLEAOX, OESSINS FT P.STAMPF.S DE •

J0

L'Exode des Girondins : Madame Bouquey
Procès de presse . . . . . . . . . . . . . . . 26,

·-

-0

LES COMPARSES DE L'

~&gt;

.

- ·-

~

0 fr. 5 0 pour l'envoi des gravures, O fr. 2 5 ~ourle stylographe et pour
les Uvres O Ir. 25 (l'aris) et O fr. 85 (Dcpartements).

!V. -

SU'RP'RlME ~VEILLEUSE

lliSTORIA. -

d'l1trante, et le Père Hillaud-Varenne, futur
th,·rmidorit&gt;n, il devint clerc de procureur,
u1ais un clerc beaucoup moins friand d"ampliation~. expédi1i11ns et transcriptions, que
de minute ver~iliécs écriles sous la dic1ée de
cc la Muse 1&gt;. Cel apprentissage de ha od1e
dura pl'u. ~:n 1i8fi, Arnault se vil attaehé
au ~ervia:e d'une prince e du sang, la comlt's.e d,· Pr11ve11c", eomme secréta.ire du cabiul"l, avec un traitC'mtnl de mille écus. La
mème année, - a1·a11l, par con~équent,
d'rlre ruaJeur . - il épou ait la jolre maden,oi-elle d,.. B1111 ueui l, l'une de filles du premil'r valet decb;1mbre d.. U ,nsieur. Llè· lor ,
il • 'abandonue tout à 1,nsir à sa vocation de
poPle drdm~tique, el broche pour se débuts,
à l'i111enlion d~s ach·urs du Tbéàtre-ltalien,
une ptèce où 11 s'e t donné pour sujet l'aven-

prémunir eonll·e le retour d"une lelle mésavcnlure, il va cultiver désorma is un genre
enllèrement différent, el se met à aligner les
alt:rnndrin héroïques. Pendant qu'il s'abandonne aio i au feu de l'in pir~tion d'où doit
ortir. coulé en airain pour l'éternité, le
Jlrwius à Alinlurnes qui St'ra on premier
titre de gloire. une cala Lrophe d'ordre proaïyuemcnt économique s'abat soudain ur
on foyer. On lu i supprime la si11écure qu'il
devait dt&gt;puis deux ans à la géoéro ité de
Madame. Pour parer à ce désastre, il achète
alors, un bon pri~, la charge de valet de
garde-robe dans la maison de Monsieur ....
Les événements allaient bientôt lui démontrer que s'aviser, en 88, d'un tl'I placement
d'ar,Tent, c'était, ain i que d'ailleur il devait
par la suite le remarquer lui-mème, (t se
faire marchand de poisson aprè · Pâques 1&gt; .
Deux ans s'écoulent encore. 9l arrive
et voit le succès de Marius. Mais la fuite
de Monsieur va lais.er Arnault an « patron » et ce n'est assurément pas, e.n
une épnque aussi troublée, le métier d'auteur qui pourra suffire à nourrir son
homme. Aussi retrouve-t-on, en 1792, le
poète tragique titulaire d"un modeste
emploi dans les servire créé· pour la
fabrication des assignais . Pui , la tragédie
dé ertant le tréteaux pour le pa,·é dts
ru,..s de Pari , prudemment l'ancien "officieux 1&gt; da comte de Provence passe eo •
An;{letl'rre. Il se risque pllurta1,t, au Lout
de quatre mois, à rentrer E'll France. On
l'arrèle à llunker,1ue, on l'emprisonne
comme émigré. .DPjà des vi:.ion~ dt' guiUotine vit&gt;nnenl le hanler d.. n~ son cachot.
Par bonheur, mademoi.ell,.. C1111tal et un
groupe d'amis, Tallien, fiolaud, 1-'ons de
Verdun, Fabre d"Églantine, prenuenl en
mam a cause "?t le sortent d~ Cl' mauvais
pa ·. Arnault taille alors de uouvtau sa
plume de dramaturge. ll émt pour Méhul
uu opéra-comique, Phrosine el !ilelidor,
CUcht Glraudon.
pui~ revient au répertoire tragique avec
LE POÈTE AR~AULT.
o~car, fils de Der,nid. C'e.~L à ce moment
Tableau de F.-,\. V1,-cE. T. 1Musée de Vtrsail/es.)
yu~ se place un voyage du poè•Le à Marseille, où il devait se lier d'amitié avec les
8011aparte, et à la suite duquel on le voit,
!ure de Gil Blas dan la caverne d1·s bri- sous le Directoire, devenir le fa1111lier de Jo égan,Js. liai ·, aui·un co111éJiP11 d., la troupe ne phine et de madame Tallien. Une page de ses
vuulanl fair~ li!{ure de ban.lit Je ;.iranJs Souvenirs montre ~i bien sous :,011 vrai jour
tbtm1i11 ·. 1., pit&gt;~ d'Aruault lui e·L, à l'u11a- - t:œur IPger et tête de linoLte - ec•lle qui,
01w1Lt&gt;, r .. rus,•e C'e,L u11e leçon donl notre
de 11 1lt·mi-ruondaine », comme 011 dirait mainjeune poète ~au,·a faire ·un prol:ii. !lin de se teuaut, allait deyenir impératrice, qu'elle

Fasc. 3o.

16

�111STORJ.Jf
mérite à coup . ùr d'ètre citée intéŒr.1lement.
11 farcbant de uccè en uccès, dit Arnault, Bonaparte avait contraint le roi de ardai!me à demander la paix. La Yictoire lui
a1·ait ou,·ert le porte· de ~lilan. rural, son
premier aid11 de camp, 11ui viol apport •r à
Paris le· lrophét&gt;, de Montenotte. de Dego, dti
Jloado1·i el de Lodi, remit à madame Ilnnapartc un• lettre par laquelle le jeune conquérant la pre ail de ,·enir le rejoindre. Cette
lettre, qu'elle me 6t Yoir, portail, ain. i 11ue
toulP. celle. qu'il lui avait adrer ée d1•pui
son d :part, le caracli•re tle la pa ion la plu'
violente. Jo · 1phine s'aruu ail de ce enliment,
•1ui n'était p;1 c empt de jalou:.ie. Je l'entend en ·ore li~anl un pa age dan lequel,
emulant repous~er de inquiétudes 11ui \i i1,lemenl le tourmentaienl, on mari lui dt. ail : • 'il était uai, pourtant I Crain l •
poirrnard d'Otbello 1 11 je l'entend, dire u·ec
~on accent créole, eo souriant : « ll e.~l drôl.e,
Bonaparte! Il l,'amour c1u'elle in pi rait à un
homme au. i e1traordinaire la flattait 1hidemment, quoiqu'elle prit la cbo.e moin sérieuem •nt &lt;Jue lui; 1:Ue était fio\re dè voir qu'il
l'aimai L pre que autant 1111e la gloire; elle
joui. ait de celte gloire qui chaque jour ·'accroi sait, mai c'est à Pari qu'elle aimait à
en jouir, au milieu de acclama lion· qui retenti ·saieot ·ur .on pa age à chaque nouvelle
de l'armée d' Italie. on cba..,rin fut extrême
quand elle Yil qu'il n'y avait plus moyen de
reculer. Pen anl plu à cc qu 'ell allait 4uit1er qu'à ce qu'elle allait trouver, elle aurait
donné le pala1 préparé à ~itlan pour la recevoir, elleauraildonnétou le· palai' du monde
pour sa. ma'l&gt;On de la rue Chantereine, pour
la petite m.iison qu'ellti 1·enail d'acheter de
Talma. c·e~t du Lu embourg qu'elle partit,
aprè ) avo,r oupé arnc quelque ami au
nombre d •·quel je me trou~ai.... P.iu,•re
femme! elle fondait en larme , elle an.,lolait
comme i Il• allait au upplice : elle allait
régner. •
Après voir vécu dan l'iotimilé de Jo é• phine, Arnault allait être bientol appelé à
vivre dan. celle du mari. A la fin de li96, le
•~néral Lederc emmena notre poète à iJao,
où le beau-frère de ce dernier, fügnaud de
'ainL-Jean-d'Anrrély (qui arait, lui au •Î,
épou é une demoi elle de Bonneuil) rempli . ait le fonction d'admini:·lrateur énéral de '
hôpitaux de l'armée d'llalie. Arnault de\'inl le
commensal du général en chef, qui, l'ayant
apprécié pour son inlellirrenœ ou1erle, lit de
lui le repré~enlanl du Uirectoire pr de la
république de ile Ionienne , avec le rang et
le traitement de cbd de brigade. Prouvant
de réell qualité pl'llli&lt;tue , Arnault or"anisa le goul'ernement et J'admini lraliou de

\·pl-lie , mai n 'élerni ·a pa dan. a nouvelle fonction. a Aprè~ a\'oir, dit-il, donné
dr·s )ni à Corfou, lai~. ant à d'nutr l'honneur de le faire e é ula, j'abdiquai le pou,·oir au~. i béroitJuement c1ue L)cur ue et plu '
prudemment que ancbo. pui~c1ue je n'attendi pa. pour le répudier que l'expérience
m'en eùt démontré tou le inconl'énienl . »
flel'enu d'Italie à son tour, Ronaparlc l,'.
traita comm • un ,, ami de famille », un de
ces intime. de quel. on ne peut e pa: er.
Quand, par ba.ard, il manquait un jour de
e montrrr cbez le premier Con ul, celui-ci
lui di ait : « On ne vous voit plu ! Que devenez-\'OU donc? » et c'était Arnault qu'il
char eait de lui compo. er un entourage de
choix, recru lé dans le mon Je avant el parmi
lé g•ns de lettre . Le poèle, bon enfant, peu
porté j l'emie, incapable d'.lpri&gt; parli pri ,
dut œlte ilualion pécialc d'être, en réalité, pour bon nomlire de i.;c confrère , le
d1 pen ateur pre111ier de ta\'eurs m:itérielles
ou honorifique dont le coml,lerail par la
uitc l'Empereur.
Élant do11né une telle cordialitjl de rapport·, on conçoit qu'à et·lle ami lié du premier
Con ul Arnault ait répondu par l'affection la
plu dévouée, el l'on 'étonue moin qu'au
l Brumaire, avec on beau-frère J\e!!tlaud
de int-Jean-d'Anf(ély, il . e soit fJit _l'un
des complice le plu zélés du. coup d'~tat.
On peul au i lui rendre celle ju lice c1uc,
loin d'abu cr, pour « pou er a fortune»,
de~ relation an•c l'ami &lt;1u'il 1•oyai1 à préent au faite de la puL oœ el de se ruer,
comme tant d'aulre', à la curée des place el
des honneur , il ~ • oil contenté de faire
œu\'re mod • te el ulile comme chef de division à l'ln lructioo publique, où il fut, huil
ann.:-cs durant, le collabora! ·ur de Fourcroy,
tJU·acliYcmcnl il aida dan l'orzaoi alion d
écol centrale CL de hcée .
C• brarn homme u·l, pourtant, e taire
plu d'un ennemi. C' l qu'a,·ec un cœur
excellent, il a,·ait parfoi · mauvai e tèle, et
que, dan ct'rtain arcè' de franchi ·e brutale,
an tenir le moindre compte d~ l'importance
du per onna"' au11uel il 'adrc~sait, il ne fut
pa a\'are de coup de boutoir. La façon dont
il 'attira l'inimitié de Foui.:hé, qu'il a1·ait
touJour· eu en viv • antipathie, montre qudle
pou\'aient êlfè, à l'occa ·ioa, la liberté cl la
,·t• rdeur de. e. ripo·tc . Un jour que le loul
pukant mini tre de la police ~omnolait aprè
. on diner, Arnault entre à l'unpro,·i. te chez
lui et le ré\'eille. • Vou. arri,·ez bien à propo,, dit au poète l'ancien Oratorien; je rèvai que vou étiez ur le point de mourir de
la· corde ou d'une '!alanterie. - Le enre d~
ma mort crait en efftit ,ite réglé, réplique r-

nault du tac au lac, si j' lpou. ai votre maitrP _s ou ,·o princi p . »
En i I i, l'ami de Bonaparte, le dévoUl:
. •nitcur de , apoléon, aÎYant un e1cmple
trop commun, eut on heure de faiblesse. li
alla, prêt à e remettre au ordres de on
ancien a patron », au-d •rnol de Loui XVHI
à Compiègne. lai , p r"onnarre de trop minœ
envergure pour qu·on lui :-ùl ,rre de celle démarche, l'accueil glacial qu'il rencontra n
fut pa de nature à atténuer le remord· de
sa palinodie. Et c'e t une UdêliLê à peine en~
lamée qu'au moment du retour de l'i)
d'Elbe, il offrit de nouveau à Napoléon.
Lorsriue urvinl la chute définitive de l'Ai
gle, la froideur royale devint de la rigueur.
On ne pardonna pa · à Arn ult d'a,oir fait,
pendant les Cent-Jour , partie de la Chamhr
des Repré~entanLs. Pro cril, il se réfugia en
llel11ique. C'e L là qu'il exprima a mélancolie
d'exilé dan· l'élé&lt;1ie qui comm nce par ce
ver :
ne ta Lige déLAchéc,
l'am·re fouille ,t,• ··, Iule,
Où ~•--lu "! - J,• n'en SJI~ rien ....

el qui se termine ain i :
Je vai ou n toute cho,r,
Où va la fouille de rose
Et la reaille de laurier.

lai le frontières de Fraoec ne devaient
pa lui r 'Ler à jamai fermée . D 1819,
on lui permit de rentrer dan oo pays et de
repr •ndre a place à l'Académie, où il avait
élé admi vinrrt ans plu lot.
a combath·ité ne s'e erça plus que dao.
le domaine lilléraire, par un con •rvali me
auqu.PI l'e. or de l',•cole romantique donna
l'occa ion de e ma nife ter, ou forme de
prole' talion · ou de sarca me~. li fit partie de
la peu éùlouL ante pléiade dont l'a lre de
première randeur était un Baour-Lormian,
et qui pré eula au roi Ch:irle X une requêt
à l'elftl de fermer le Théàtrt:-Françai à Ioule
pièce entachée de romanti~me. li , ·a . ocia
enfin à l'indignation d'un Lemercier, qui
s'écriait, dan un alexandrin moin cruel qn ·
comique:

Cuo, ET

(OC108llP.

JEA

r:-gJ). -

rtkht! A. DIO&lt;lr.

Ta/o~;JU J~ Jur~ GIRAROET.

PO JOULAT

.,..

La seconde Marie-Antoinette

Açec impumti: il'. llu,?O r,ml Jes vtnl

Quant à lui, Arnault, e lai. anl doucement vieillir, il lit tranquillement ses p tile
{abl . Pui , par un jour d'été, en J851,
pendant que a fille lui jouait au piano un air
d'antrefoi qu'il aimait, il 'allongea dao
son fauteuil, pencha la tête èD un lent dodelinement, comme un homme 11ui 'endort, et
'en alla, ourianl el apai é, an même une
rrisµation de ou Ifrance ....
FO TE, ILLE

... 2.p ...

l)ÉROUTE l&gt;E

Yer la lin de 1ï\13, en pleine Terreur, à corpore parwi le~ ~arde. de la porte qui , uplui délivra le comité r :volutionnaire de la
un• lieue de la FI '·cbe, ur la limite de cc
pléaient l'i doul,laienl, pour ainsi dire, le
Flèche.
pr1nince de l'Ouf'_l .ilor à feu et à ana, un
ardc du corp .
Pour obtenir celle protection, \larcilly nt'
hàteau, seul peut-être du département, le
Le fonction da mari étaient trop m0&lt;le l("
'était li Hé à aucune de ces làchelé féroce
château dl' )larcilly, u'a1ait pas été dé-crié pour ,aloir à la femme un rao" di.tingué à
par on maitre, lequel, ~ou la ~auni ..ard • de Yer~aillc . l'ourlant, l'e~pèce d'adoration par le ·quelle , à celle époque, 1 · poltron e
l'afii&gt;ction de
compatriote., y menait. à voUt:e par Éléonore au . ou,·enir de larie- rendaient plu redoutable que le m 1cbanl!.
pèu de cbo·e pr\s, la 1ie impie et pai iblc Antoineltc donne à penser qu'elle en r&lt;'çut, D•ux roplistc , errant et furritif:;, étant
,·enu demander a ile dan on château, il 1
d ,, a ntil ·hommc campa"nard~ d'autrefoi .
à celle époque, de martJuc · de hil•nrcillance. accu illit au péril de sa propre vie.
Le chàt1·lain i prhilégié . e nommait Loui Au licenciement de la mai~n du roi, le
Dans le dernier jour· de novembre t 703,
\liche! Giroult de llarciUy. Quelque années
farci Ur rtitournèrent dan · leur province; per- riuaod l'armée royale occupa la Flè,·he, pluaupam·ant, en iï 1, à peine àgé de îingtoune ne le~ I inquiéta. La popularité du
cinq an , il nait épou é une Ioule jeune lille mari était i !!l'ande que, loin de le I nir ·ieur de. chef se rendir 'nt auprè de l. de
fürcilly cl in i tèrent pour qu'il se joignit à
d'u.ne beauté remarquable : Éléonore de Couw pect comme ayant eni à la Cour. les
eux. li commença par refuser, ne pouvant se
drcaux. Celle-ci, bientôt las e de la monotone
patriotes de la Flè, be le nommèrent officier décider à lai · er eul , an défen eur, sa
'i d~ campagne et dé! irant connaitre la cour,
de la garde na li on ale. Il en exerça le foot&gt; mère et a femme, mais celle dernière interamit obt ou d,, on mari qu'il ach '•terait une
Lion jus11u'en ii92, pui , quand le régime \iot. L'exécution de la reine ( uneooe .ix
char e dan la mai ou du roi. Loui de llard
· la Terreur commen , il se retira dan
._ mai.ne:; auparavant) avait frappé au cœur
cill~, ricb , mai de petite noble se, dut e
ses
terres où il pul demeurer relati vemenl eo Eléonore. Exa pérée contre la Révolution,
nteoter d'un emploi ccoodaire. Il fut insécurité, nràce à un certificat de ciYi me que humiliée de voir on mari éparé du. parti de

�111STO'l{1A
la noblei se, la.se de vhTc oiSJve el olitaire
reclui:e dan on chàteau, elle voulait suivre
l'armée comme le faisaient ces grande dame.
vendéenne qui avaient déjà leur légt&gt;nde.
EHc obtint donc de Marcilly qu'il parL1raiL el
que ce serait avec elle. i nrandes étaient es
illu ions sur les dangers de la campa ane,
qu'elle l'mmena, pour la ervir en route, une
fillette de quinze ans, [◄' rançoi e Guarodé,
orph~line que la douairihe de Marcilly faisait
élever par charité.
Le cbet ruyafütes offrirent galamment à
la jeune femme un carrosse pour la durée de
l'expéJiLion; c'était, vu les circonstanre ,
autant d'é.rard que pour une prince se. La
beauté, lajt'unessc, l'entbousia me d'Éléonore
les charmaient; ils la surnommèrent alors
« Marie-Antoinette », peut-être à cause d'une
vague re · emblance avec la reine, peut-ètre
seulemt'nl par allu ion à son dévouement
fanati11ue pour la m(moire de celle-ci.
Pendant douze jours, à partir du Ier décemhre i i93, à A.ngèrS, au Mans, à Ancenis,
à ,ort, 1 ~ MJrcilly suivireut l'armée royale
à trav1r une . érie de défaite dont elle ne
devait jam~i · se relever. La guerre de Vendée,
après ce · dernil'r comhals, fuL une gm rre
de dé e. péré~. Toute perspective de victoire
finale arn1t disparu.
Il de"erwil imµossible pour M. de Marcilly
de lrdÎllt'r a Jeune femme à la suite des
'bamh·s en di:route qui, affolée. , repas aient
la Loire, alia11dunnant les hies és et ne recon11ai ~ml plu les cbefc. liai ·, retourner
en arrière était irupossil,le. Les troupe républi1·ai11es 1·er11aie11l li,s environs, refoulant ur
1 ante les Jébri de l'armée rebelle : « ui« vanl le orJre ' que vou m'a,ez do11nés,
c1 écrivait \\'e t...rmitnn à la Coment,on, j'ai
« é1·ra é 1, e11f..tnls sous lt:s pieds dt&gt; che• v;rnx, nia, acré les femmes, 11ui, au moin
« celles-là, 11'eufan1ru·o11t pas des brigand .
11 Je 11'ai pa un pr1 onuier à me r,•procher,
« h:~ r1111Lt·s ~onl emécs de cadaues. Un
cr fu,ille ·,111s cesse, car, à chairue instant, il
n arrive des br,;...ranJ. qui prélt!uJent se
&lt;&lt; r.-11dre pri,111111ier , mais la pitié o·e~t pas
11 rrvoluli1111rn1ire. 11
E11 clM. p,,ur al'hevt'r de semer le Jésordre
parmi le:. v ,mcu,, de ' agents de Carrier
foi ait'11l traitrt'u~emeut courir le bruit d ·uue
anuu~he pro111i~e à tou eeu1 de · rebelles
qui \ie11Jra,cnl faire l,·ur soumLsion.
M,,rcill e fia imprudemment à cette rumeur. Tout aut.1 e mo)en de salut ne semblai1-1I ~a . d'aill1·ur., presque au i dangereux ttu•· cdui-1 .. 7 Eu1111enaut donc avt'c lui
a Jeu11e Ct:wme el la petite uirnute Françoise, il ~e J1riw a \er anlt' , espéraut 4ue
le Cornilé ri:\1Jluti11uuaire de Ct!tle ville lui
tiendr.. il co111µ1e de e an1écédents et du cerutical dl' l'i\~ uw que lui avaient délivré aulrdoi~ 1,. p.,trwtes de la Flèche. Sans doule,
à l'lit&gt;ure 11ù il e rattachait à ce dernier e·poir. ll(1HJ1·ai1-iJ ce qu'ét.ait la situation de
aul~~ ,011:. lt&lt; vrocuusulat de Carrier.
~a11lt'S pl1111g~ dau le aog. jonchée de
cad,,\'le~, liv,tie au ruai- acre, à la pe..'.'le el à
la fa.ruiu e, riait le dernit:r cerde daus l'enfer

de la THreur. La commi--~ion militaire, en
seize srancc • prononça dix-neuf Cl'nt oixanteneuI condarunation' à mort, et le procon ul,
trouvant encore les formes juridiques trop
lentes, eut recour à de exécution ' sans
ju1tement. En deux fournée , on guillotina
airu i cinquante-trois pcr onne ·, parmi le quelles deux enîant de treize an dout la tète
ne dépas aut qu'à moitié la planche de la
"Uillotine fut mutilée par le coupt'rel. Le
bourreau en mourut d'horreur.
Carrier chercha un mode d'exécution moin
public et plu rapide que la guillotine et le ·
Cu illades. ri fallait dêsencombrt'r le pri on ,
ix mille per onoes pourris aient dan · l'ordure et, comme on n'rnlevait pa les corp
de ceux qui mouraient, une épidémie de
typhus 'était déclarée. D"ailleur la famine
évi sait; autant de gen supprimé , autant
de bouches de moin à nourrir.
L'expédient cherché fut ugaéré au proconul par unt orle de maurni génie ou de
traitre do mélodrame, .Jean-Jar4ues GonLin,
créole de aint-Domin!!Uo, lequel, ayant joué
au "enlilhomme sous l"ancien rilgime, a)anl,
au courant d'une explication un peu vive,
frappé son père à coup de bàro11, ayant péroré dans le café· au déhut de la Révolution,
ayanl, lor de Ja première atla.qut des endéens contre antes, refusé de prendre les
armes sous préteite d'une malarlie neneuse,
\·emiit finalement d'ètre élu président de la
ociété populaire dont le pouvoir à ante
était si graud que le procon ul avait lenu à
honneur d'en faire partie.
Goulin parla « d'un navire où l'on ferait
embarquer les prisonnier lJ; Carrier comprit
à demi-mot. i le créole, toujours prudent,
ne e chargea pa de diriger le expéditions,
il fournit des hommes pour les exécuter :
U11 las d • gens perdus do

th':llcs cl

de cri mes

a ociés sou le nom de compagnit Maral.
Ces bourreaux amateurs s'adjoignirent
comme aides une liande de nè1tres, venus en
France à l'appel de Fournier l'Améri,.ain, et
tout échauDës encore des ma · acres de ainlDomin!!lle. Le a a in · trouvés, il leur fallaiL un chef; l"bomme qui assuma celle terrible re~ponsabilité e nommait Guilfaume
Lamberty. ~é aux environ de I antes, à
Poutchàteau, il avait dans sa première jeune e exercé la prolrssion de carro sier. A
l'époque de la Révolution (il était alors âgé
d'une tri:ntaine d'année ) il pril, comme
pre que tou les ouniers de la ville, le parti
de Bleu~, qui l'emplo1èrent en qualilé d'e pion.
Connaissant à îond le pay , qu'il avait souvent parcouru autrefui ' quand il allait de
château en château pour réparer des car•
ro es, il était à mème de guider Jes troupes
républicaines à Lraver les chemins creu
bordés de baies de la campa!!lle vendéenne.
Parfois auslli il avait l'audace de s'aventurer
seul ju:.que dans le camp de Charette; fait
pri onnier au cours d'une de ce dangereu e
expéditions, il s'évada et revint à Nantes où
il e trouvait en juin i 793 lor de l'auaque

simultanée de celle ville par le armées de
Charette et de Cathelineau. On ail que le
plan des chefs roialbte échoua par la rési tance inattendue de 'ort, bourgade ituée
devant , ante , en sentinelle, au bord du
fleure, et qui, défendue par cinq cents ·antais, tint huit heures contre dix. mille Vendéen.
Parmi les cinq cenl défenseurs de ort,
trente eulement survécurenl. Guillaume
L:imberty était du nombre; il avait comhallu
comme un héro de l' lliade. On citait de lui
dt&gt;s proues es de légende; on di ail qu'à lui
seul il avait, sur un des ponls de Nort, tenu
deux cent royali te en échec.
Quelques mois plus tard, Carrier, à son
arrirée à Nantes, e prit pour le héro populaire d'un enthou ia me d'autant plu· vif que
le procoo. ul lui-même était rarement brare
et parfoi tout à rail poltron. A la bataille de
Cholet il était descendu de rbeval pour e cacher; le grand abre qu'il portaii à on côté,
dont il menaçait à tout propos es inLPrlocuteurs (:l qu'il brandi ait à la tribune de la
Société populaire, ne lui senait guère qu'à
moucher les chandelle , ainsi que le rapporta
un témoin au cour de ~on procè".
li donna d"emblée à Lamberty le commandement de l'artillerie de la ville el le !!rade
de général. La présence auprè de lui d'un
homme au i brave lui ,emblait devoir as uror . a propre sé urité et, comme il aimait à
jouer au souverain, il fit du nou1,eau général
son aide de camp favori, uoo orle de premier mini tre pour lequel il n.. cachait pas
a prilférence ;1 la petite cour formée autour
de lui par les « lfarats » et 11-s memlires de
la ociété populaire : « Vous ète de bon
b .... , mais vou ne \·alez pas Lamllerly, 11
leur disait-il som·ent dans :,on langage fami•
lier.
Les puissants élèvent ou abais enL leur
faroris suivant leur propre nin•au. Dieu sait
ce que NJpoléon aurait fait &lt;l un bumme
comme Lawberty, Carrier 1'11 lit un a ·sassin.
Il l'a ocia d'abord à es débauche , t·n uite
à ses crimes. Le proconsul, dans le somptueux bote! dont il avait fait a résidence,
menait, ainsi que es courtisan, , une vie de
satrape auprè Je laqut•lle les Ji tractions de
Lom XV au parc au Cerfs po11vaieul pas er
pour une églogue de Florian. Outre e" deus
mai1r e en litre, la 'ormand t'L la Caron,
qui, s't-nricbi santde prévanca11on:a, t:t,ùt.1ieul
plu cher aux 1'antais que la IJu.harry n'avait
coùté aux Pari iens, il - 'était en Louré de
femmes do mau,,ai~e ,ie. Tuul ce monde festoyait gaiement au milieu de la ville aUamée,
au bruit des fu illades.
Lamb~rly n'ayant connu, ju 4u'à la force
de l'àge, que la dure vie des artisans, était
déJà gri é plll' sa rapide fortuue; les plai,ir
au111 uels il se jeta avec to11Le la violence de
sa ualure ardente achevèrent d~ lui faire
perdre Lout équilibre moral.
a Lamberty, a écrit un de es contemporain 1 , a montré de la bra\'oure, mais e·
mœur · 0111 élé dissolues. Il est d1:ve11u un
1. Rapport de Chao-x,

'-------------------homme de sana; il s'est livré aux oraies les
plu crapuleuse , aux dis -olution le plu
méprisa hie . »
C'e ·t au sortir d'une de ce· orrries que
d~n la nuit du 15 au i 6 novembre, la pre~
mtère noyade fut exécutée sous les orJres de
Lam1&gt;&lt;:rty et de Robert Fouquet, un ancien
lonnel!er, dont l'adjudant général avait fait
,on aide de camp el qui lui était tout dévoué.
l:e Yi~·lime de œ premier assas inat collecltf étaient quaLre-viogt-dix prêtre détenu
a_u Bouffay: _l~ur mort fut annoncée par Carrier au. mm1slre· dans une lellre dont la
Convention acdama la lecture. Le lendemain
dr. ~elle exécution, Carrier réunit à souper a
peute cour à bord de la aliote d'où a,·aienl
été_pr~ipitées le victime . Le proconsul ne
lar.•_s ait pas d'~loges à, l'égard de Lamberty
c1u 11 embra smt en l appelant le meilleur
d~ rév?lt,tionn~ire~, et, en témoignage de
r.econna1s ance, il lui fil présent de la ga1,_ote. Ivre.. e1altés par le. éloges, le as asm .et l •ur c·hef e livrèrent à d'ignobles van~ard' ~ rncontanl comment ils avaient achevé
a coup de abre le malheureux qui tentaient
de o sauver à la narre. Le souper e termina
par des chants patriotiques.
' Dès lors, (es nuits de noyades se succèdent
a de court" rnterYalle : noyade de prètre
noyade do pri onniers de guerre, noyade di~
d_r . uspe~I~ comprenant cent cinquante-cinq
VJi:Umes ltree au hasard pêle-mêle de la prison du Bo~ffay, noyade de quatre-viogt-trui.
fill~ publiques. C'était une idée fixe chez
Carrier de purger le sol républicain de ces
~alheureu ~. re tes impur de l'ancien régime.

LA

SECONDE MA~lE-ANT01N'ETTE - - ,

et qui dre sait los listes de victime , ayant le
talent de se dis imuler toujours au moment
suprême. li y eut pourtant de · occa ions oi1
il fut forcé de mettre la main à la beso11ne :
au 20 frimaire, par exemple, pour 0cctto
norade de su"pecls que, dan un moment
d'horreur subite, de remords sans lendemain,
L~mberty refusa do commandèr : « Pourquoi
fa1 -tu des difficulté ? n dit brutalement Goulin, voyant que es in tances et celles des
Marats re taienl inutiles. « Est-ee que ce
n'esl pas toujours toi qui es charué de ces
alTaires-là'l » L'adjudant général :'oL tina
dans son r~fo ; il fallut agir sans lui. lais,
dans la nuit même, quand le noyeur revinrent de leur expédition, il s'attabla avec eux
chez Carrier el l'h•re se di ipa bientôt se
velléité de repentir.
_Cependant, si endurci qu'il fût dès lors, le
m1sérable fut encore capable d'un sentiment
généreux; il respecta la rési tance d'une pau\·re fille, Aaathe Gingrou, femme de chambre
de \~me de Le cure. Agathe, arrêtée après le
défaites de. Vendéens, avait d'abord été conduite à la pri on de l'Enlrepôt et en u.ite à
~rd de la galiote à soupape. Lamber!)',
la ·ant trouvée à on oût lui offrit la vie
sauve moyennant condition.
li lui arrivait :;om·ent de sauver :rin i de
joLies femmes; ce en quoi il se montrait
moins féroce que les Milrats et que les noirs
de Fournier, le quels violentaient d'aliord le
pri onnière et les noyaient ou les fu illaient
en uite.
Agathe, pour toute réponse, courut à la
ou pape et voulut e jeter d'clle-mème à l'eau
Ce trait de coura 0 e toucha Lamberty :
·

Pui , le sy tème se développant davanta"'e,
on, noya :" ma se, sans y reaarder de trop
pre '. hmt cent, victimes d'un seul coup
parUIJ le quelles e trouvaient, mêlé au re _
tant de_s hordes vendéennes, des condamné ·
d~ d~oil ~mmun, un pauvre diable accu é
d avoir vole un pantalon et deux autre arrêtés pour ivrognerie.
_L~ \'Îlle d~gorgeait ain i dan le fleuve des
milliers de victimes, des noble • des gens du
peuple, des prètres, de jeunes fille ' des voleur , de enfant., de filles publiques. le
fleuve le re,·omi sait sur la ville. Le l~na
de her~I' ven_aient 'échouer de c.,davre~
aux mams ?1utilé~s p~r les coup de abre,
paunes m:nns qu1 avaient tenté vainement de
e raccr0t:ber aux parois de galiotes. Le
m~rts se von aèrent; la peste 'exhala de la
Loire; un arrêté interdit de boire l'eau du
fleuve et ~c manaer de ses poi ons, mais on
~e pou~a1L défendre de respirer et Ja corruption éta.J.~ dans l'atmosphère.
JEAN-BAPTISTE CARRIER .
On ,01r, chez Carrier, Lamberty répétait
D'apr~s ,~ dessin de BELLIARD.
co~me ob édé d'une idée .fixe : « Deux mi!J;
b_utt ':6°1_ ... cela fait deux mille huit cents ... u
n lemoin demanda de explication . cc Tu
- Tu o une brave fille, dit-il· je le saun\fmp~ends pa , Ûl Carrier en riant : deux verai quand même.
'
m1 _e bu1l _cents de ·ceodu au food de la baignoire naltonale f »
1: C'est p•~ erreur que Michelet a écril : c 11 la mena
drn1l t he~ lu i l La. chose était impo sible, au moiJJS
La~?erty était le chef apparent de ce
po~r ~~e bonne ra1wn : chei LamberLy . e trouex_péd1l.Jon , Goulin, qui les a\·ait conseillées Vi l~ deJa une aul re Vendéenne au,·ée par lui, une
maitresse de La Trémoille, laquellcl s'était montrée

Et il la fit cacher à 1 antes, chez la femme
d'un de ses lieulenanls.
C'e t quelques jours aprè cet épisode quo
le~ farcilly, toujours accompa11:nés do Françoise, furPnl arrêtés au sortir du bourg de
Carquefou, tout près de Nantes, où il se rendaient dans 1a croyance d'une amni~lie. Conduits en pré ence du général Lamhrr1y, tou
trois furent sur· son ordre écroués à la pri on
de l'Enlrepot.
Tout conspira pour allirer sur Éléonore
l'attention de l'adjudant général; quand il
n'aurait pas été frappé à prt&gt;mière vue de la
l1oaulé de la prisonnière, il aurait eu l'ima"ination montée par les récils dont la jeune
femme élait l'objt:L.
Ce urnom de Marie-Antoinelle. que ,a
dévolion pour la reine lui avait fair donner
parmi les royali te , urnom répété de ville
en ville à on pa age et parvenu à la connaissance des comités révolutionnaires; les éaards
que lui avaient témoignés le chd:; vendéen ,
le détail même du ca.rro se mis par eux à sa
disposition, tout cela per-uada aux patriote
de Nantes que Mme de Marcilly était une aristocrate de Lrè· haut rang, une de ces fameu e
briaaodes que la Jéaende rrprésentait dirigeant l'insurrection vendérnne.
. L'idée de ces grandeur: ajouta à l'imprc s10_n que 1~ v~e de ~Lne de Marcilly avait produite ur I adjudant général. Il voulut la revoir
e~ charn-ea on aide de camp, Rol:wrt Fouquet,
daller la chercher à l'Entrepôl el de la lui
amener dans une petite mai ·on qu'il s'était
amilnagée à Nantes 1 •
Êléoaore comprit-elle par qui•lle honteuse
cltclmence elle était seule extraite dn charnier
de l'Enlrepôt après quelques jours do détention el cooduit.e dan une mai,on inconnue?
Impossible de le savoir; pa une pen ée, pa
une parole d'elle ne sub. i te, pa une de ce
li_gnes qui, retrouvées dans le lias es pous1.ér~u~s des documents, re. suscilt!nl pour
am51 dire une âme après des siècles d'en eveli semenl et d'oubli.
Après a sorLie de rEntrepôt, Mme de farcilly pas e dans celle trai:!édie dont elle est
l'héroïne comme l'Alcesle d'Euripide revenue
du éjour des morts, triste, ~ilenciense et
glacée.
. ~~ ne peut lui reprocher de n'avoir pa
1m1le ces co°:ageuses Vendéennes qui préférèrent mourir que de racheter leur ,·io au
prix de leur honneur : Victoire de Jourdain
celle enfant de seize an dont la mort ublim;
a été racontée par tou les historiens de la
Terreur à ante' l, ou cette autre j .. une fille
que, .~or le ~~nt de la. galiote, ~•ouquet avait
en va.10 upphee à genoux de se laisser sauver.
. Celles-là ne acrifiaieot que leur propre
VIC.

Éléonore n'eut pas a ez d'héroïsme pour
sacrifier l s deux ètre c1u'elle avait enlrainéi;
dans sa perte. Elle accepta l'ignominie de devenir la favorite du lieutenant de Carrier, de
moin~ farou che qu'Al!nthc il l'ilgard «le son sauveur.
'.!. llrmuin&lt;tle la llod ~jaquekù, : c Tumbée sur
ua ~ oacca11 . de_cadavres qui emp1•che gur le neuve
ne so11 _un a~1\e a ~a pudeur, elle s'écria : , Je n'ai pas
•
1. d eau, aidez-moi 1 •

�H1ST0~111----------------------•
l'exécuteur des noyades. Moyennant celle rançon, qu'elle paya de sa pt\rsonne, Lamberly
alla chercher lui-mème à !'Entrepôt el amena
près d'elle la pelite Françoise. Quant à Louis
de Marcilly, il fut laissé en prison au lieu
d'être, e-0mme les autres transfuges de l'armée Ye11déenoe, envoyé deYant la terrible
commission militaire, c'est-à-dire fusillé immédiatement.
Sans doute, il n'aurait pas été impossiLle
à l'adjudant génér:il de le faire évader; mais
celui-ci préféra le garder comme otage, ne se
fiant qu'à demi à l'apparente résignation de
, a capti,e.
Entre ce P}rrhus terroriste et son Andro•
maque, c'est le mari qui jouait le rôle d'AsLyanax.
D'ailleur~, sur tous les autres points, Lamberty était soumis aux désirs d'Éléonore; son
caprice pour elle avait fait place à une violente passi m; non seulement, pour lui plaire,
il avait délivré Fr·ançoise Guarodé, mais il
défün d';,1utn:s royalistes prisonniers el laissa
Mme de Marcilly libre de communiquer aver,
eux. C'était pour !ni-même le risque d'un
coup de couteau, si l'un de ces proscrits,
ayant à venger des parents ou des amis engloutis dans la Loire, eût, dans un recoin
sombre de la maison, guetté la visite du lieutenant de Carr,er.
oit pour se e-0oformel' à une demande de
Mme de Marcilly, soit que les sentiments qu'il
éprouvait pour elle eussent rouvert son cœur
à la pi lié, Lambert y Lenla à celle époque,
avec l'aide de son in éparable f ouquet, l'en)è\·ement en masse d'un ccrt~in nombre de
prisonnières, parmi lesquelles plusieurs
étaient enceintes; mais, pour la première
fois, le favori du tout-puissant proconsul rencontra de la part des autorités de Nantes une
résistance à laquelle il n'était pas habitué.
David Vaujois, accusateur public près le tribunal révolutionnaire, prévenu des fréquentes
ex.tractions de détenu opérées par l'adjudant
général dans les diverses prisons de Nantes,
y avait apposté des gens à lui ; on courut le
prévenir de l'entreprise de Lamherty. li arriva comme par hasard et déclara qu'il ne
laisserait pas emmener les captives. Une
scène violente se produisit; cependant Vaujois tint bon et Lamberty, après l'avoir vainement menacé de le faire guillotiner ou de le
sabrer de sa main, dut se retirer sans exécuter son projet.
C'était un signe des Lemps qu'une semblai.ile rési ·tance chez un membre de cette
magistrature tellement asservie au proconsul
el à ses créatures. Vaujoi~ n'aurait pas monlrJ tant de fel'meté s'il ue s'était enli soutenu par la municipalité et la Société populaire, lesquelles commençaient à se lasser du
despotisme et de l'arrogance de Carrier et de
son aide de camp.
Plusieurs fois déjà des connils s'étaient
produits, mais il était vi ible que les choses
s'envenimaient. Tout avertissait Lamberty de
se tenir sur ses gardes, de ne pas donner
prise sur lui. Si le prüconsul, succombant à
l'hostilité de la Société populaire, ne pouvait

plus lui servir d'appui, le fait d'avoir sous- chez lui en lui faisant promellre de rernoir
trait de royalistes au (l glaive de la loi 1&gt; le voir le lendemain.
~lare-Antoine, on le comprend facilement,
était de nature à mener un homme à l'échafaud, surtout quand parmi ces royalistes se se soucia peu d'une seconde enlrevue et détrouvait une brigande célèbre, celle que deux campa dans la nuit. Carrier, devinant ce que
comités révolutionnaire arnient flétrie du lui présageait ce brusque départ, entra dans
nom de « seconde Marie-Antoinette &gt;&gt;. Une des convulsions de rage. Rage inutile, le sort
telle faiblesse était bien autrement criminelle élait accompli; dès sa premii&gt;re étape, le petit
que la noyade de deux mille huit cents per- Jullien avait écrit à son cher 71apa et à son
sonnes ' an jugement; Lambcrty, à vrai dire, bon ami fiobespirrre pour raconter les périls
pouvait encore réparer s1 faute en renvoyant courus par lui à Nantes cl llétrir les débaula brigande dans sa pris,in, mais au lieu de ches dè Carrier, qu'il Mpeignit &lt;1 vivant
prendre ce parti prudent il attendit le danger, comme un satrape entouré d'insolentes sultanes et d' épa11/eliers lui .~e1'1'anl d'eunula i;riffe sur sa proie.
Le danger parut bientôt à l'horizon sous ques ... les 1•1·ais patriotes sont conslernis,
les traits d'un agent secret de Robespierre; ajoutait-il, tandis que les aide.~ de camp de
agent que le dictateur en,·oyait de départe- Carrie1-, fiers de lelfrs uni(ormes chamarré
ment en département, sous prétexte d'une d'o1·, éclabous. ent en passant dans leurs voiiospeclion d'instruction public1ue, et dont la tu1·es les sans-culottes à pierl. » •
mission véritable était d'adresser à Paris des
Quelle étrange oblitéra lion de sentiment!
rapport sur les agissemenls des proe-0osuls. Au sortir de l'immense charnier qu'était Nanflobespierre, avec l'insolence que donne le tes avec s,in odeur de cadavres et les gémispouvoir absolu(. urtout quand il esl usurpé), sements de ses mourants, ne trouver d'acavait confié ce droit de censure envers les cents attendris que pour compalir à l'humireprésenlants du peuple à un baml,in de dix- liation des sans-culottes à pied, regardant
neuf ans, ~lare-Antoine Jullien, fil du con- passer les aides de camp de Carrier en voiventionnel Jullien (de la Drôme). Le jeune lure!
Td était le crédit du rramin que Robeshomme, déjà secrètement en rapport a\'eC la
Société populaire, arriva 11 Nantes à l'insu de pierre, au reçu de sa lettre, rappela imméCarrier et oommenç:i sans bruit son enquêle. diatement Carrier, sans autres explications
Les massacres, noyades ou fusillades ~ans ju- préalal,les. Ici les dates ont leur éloquence.
Alarc-Aotoine s'est enfui de Nantes dans la
gement ne furent pas ce qui le loucha.
Lui-même avait écrit je ne ~ais où : (l La nuit du i5 au 14 pluviôse (du i•• au 2 féliberté ne veut se reposer que sur un lit de vrirr); sa l~ttre à fiobespierre est datée de
cadavres. » Mais Carrier vivait dans le lux.e, Tours, le 16 pluviôse, et le rappel de Carrier
dans la débauche; il avait des maîtresses, des ainsi que son remplacement par Prieur (de
aides de camp au:t uniformes galonnés : voilà la Marne) furent décidés le 20 du même mois .
Si promptes que fussent ces décisions, les
de 'JUOi scandaliser péniblement un disciple
de l'austère Maximilien, surtout un disciple à événements à Nantes les devancèrent. Au lenl'àge des illusions, croyant encore aux vertus demain du départ de Jullien, la Société populaire, süre désormais que ses griefs seraient
républicaines.
Le jeune homme allait repartir, indigné appuyés auprès de Robespierre, avait envoyé
des révélations que lui avaient faites les pa- deux délégués à Paris pour dénoncer à la
triotes de la Société populaire, quand un soir, Comention la tyrannie el les débordements
fort tard, au sortir de celte société, il fut ar- du proconsul. Celle nouvelle, coïncidant avec
rêté et conduit devant le proconsul. Celui-ci, l'affaire de Jullien, jeta la panique parmi les
informé par ses espions du vrai but de la compagnons de Lamberty. Ces bandits, noyeurs
mission de Marc-Antoine, tenta d'abord de el égorgeurs, avaient de l'affection pour leur
l'intimider par de menaces : « C'est donc chef; ils le virent perdu par la disgrâce du
toi, petit b..... , qui veux me dénoncer. Mais proconsul et voulurent le sauver à leur maje te tiens, tu ne m'échapperas pas et je ne nière, malgré lui s'il le fallait. Ils comprirent
me donnerai pas la peine de t'envoyer à la d'où viendrait le péril. Les victimes jetées à
guilloline; au besoin, je serai moi-mème Loo la Loire comptaient peu; le comité révolutionnaire, les ayant pour ainsi dire poussées
bourreau. ,&gt;
Le petit Jullien se raidit contre sa frayeur dans les galiotes, ne pouvait prétendre les
et riposta qu'on ne se défaisait pas du fils venger. C'était des victimes épargnées qu'il
d'un conveotionnel comme d'un simple pay- ~erail demandé compté. Donc, il fallait les
san vendéen : « Tu peux. me faire mourir la sacrifier au plus lot, afin d'anéantir avec elles
nuit dans les ténèbres (sic), mai ma mort les preuves du crime d'indulgence. Une batne restera pas impunie comme celle de tes tue fut organisée pour retrouver les malheuautres victimes. Mon père est député, je suis reux sauvés par l'adjudant général el presque
l'ami de Robespierre; au ,ein de la Conven- tous cachés dans 'antes.
Pierre Robin, un des Marats, voulut ain i
tion, ils te demanderont comple de mon sang
et tu périras toi-même comme un vil assas- poignarder Agathe Gingrou dont il s'était fait
indiquer la retraite. La pauvre fille le supplia
sin .... o
Carrier eut peur, el balbutia des excuses de lui lais er la vie. Il ne l'eûl sans doute pas
stupides : il y avait erreur de nom; ce n'était ée-0utée à bord de la galiote, entouré d'autres
pas à ce Jullien-là qu'il en voulait, mais à un assassins; mais, hors de l'engrenage de la
autre. Finalement il renvr,ya le jeune homme collectivité, ce tout jeune homme ( Robin avait

�111ST0~1A--------'-----------------vingt :ms à peine) fut acces ible à un scnlimenl humain. li éparrna Agathe el lui procu.ra un autre a. ile riue œlui où elle avait éLé
découverte.
Agathe n'était qu'une compare: la femme
fatale, celle pour qui Lamberll' ris,~uail l'échafaud, c'était la seconde füric--Anloinelle. Les
Marat la firent arrèlcr le 23 pluviôse, dan
celle mai on mystér1eu e où Lambert l'arait
tenue cachée pcndaulquaranle jour. L_a malheureuse, en rentrant à l'Enlrepôt, ne subit
pas la boule d'y revoir son mari. Marc1lly,
compris dan· l'hécatombe r1uc les amis de
Lamberty immolaient pour j ustiOer leur chef
du reproche d'indulgence, avait élé jurré le
22 pluvio. e par la commi sion militaire el
fusillé le 23 au malin.
li semble qu'il ait ignoré en mourant par
quelle faveur iofàme, au lieu d'être. comme
tant d'autres prisonniers, enVO)'é aussitôt arrèlé devant le peloton d'exécution, il avait. vu
on procès différé pendant ix emaine . Au
cours de on inlcrrogaloire, les juges, auiquels }P. mol d·ordre était donné de ne rien
dire qui pill comprometlre Lamberly, évilèrcnl toute allu ion à la femme de l'accu é.
Peut-être ce dcruier crut-il t1u'elle avait péri
avant lui.
Franc;ois Guarodé, arrêtée eo mème temp
que a matir,· se, (ul, apr~s a\'Oir été interrogée, renvo~ée en prison ju r1u'à plu ample
informé. C'était une formule d'indu! 't&gt;llce
relalive qui p"rmellail aux accustls d'ê1re
oubliés sou le verrous. Françoise dut cette
farnur à ce qu'elle prétendit n'a"oir uivi
l'armée royale tiue c•mlrainLe par le . larcilly; sy Lème de défense rendu vrais~mblable par on extrème jeune e et sa position
ubaltern,•.
En envoyant \Jme de Marcilly occuper à
l'Entrepol le rrrJbat laLsé vide par la morl
de son mari, les compagnon de Lamberty
'imaginaient le au ver; ils ne firent qu'assurer sa perte. La Jureur où le jeta le rapt
tl' Éléonore lui fil oublier le oin de sa con ervation per onnelle.
a puis ance était brisée : la nou\·elle du
rappel de Carrier venait d'arriver à ante .
Le temp n'était plus où le prisons s'ouvraient selon le bon plaisir de l'adjudant général. Carrier, auquel il s'aclres a, ne put
rien faire pour lui que d'exalter eucore sa
colère par des paroles frénétique., allant ju riu'à lui conseiller d'incendier antes; conseil
que, dan on délire, Lamberty emble avoir
réellement ongé à uivre. a dernière espérance était de fomenter un soulèvement populaire : « Il ne faut pas s'étonner. di ait-il,
' Î après cela on s'égorge le un~ les autres! n
Le misérable, en comptant ur l'appui du
peuple dont il se rappelait avoir été l'idole
lors de la dérense de 1' antes, ne comprenait
pa à quel poinl ses crimes récent avaient
effacé les glorieux: souvenirs d'antrefois. li
n'était plu le héro de i'orl; il était 1homme
des noyades, le pourvoyeur de la Loire.
Pris enlre l'aaimo ité des comités révolutionnaires et la vindicte publique, sa ule
chance de aJut étaiL de quit ter la nlle dans
0

le sillage de l'ex-proconsul. En clîet. le rappel de celai-ci n'était qu' une dt'm.i-di. gràce,
Barrère le mandait à Paris dan des termPs
amicaux: c1 Vien pr ·ndre au t•in de la Con,,cntion, parmi tes collè)!ues qui eront heureux de te re\"oir, un repos mérité par te
lra,·aux multiple . &gt;)
On peu de rt'pO était en ,·érité nére~ aire
à un homme qui \'en1~ de raire ma sacrt•r
neu[ mille per onnc en cent jours, et l'adju•
dant général, al•a11l parragé les travaux de
on chef, aurait eu le droit d'allt:r avec lui
e repo er à Paris. Carrier lui portait une
amitié Y "rilaLle, i l,izarre que soit un pareil
sentiment dans le cœur d'un pareil homme;
il n'aurait pas rt&gt;fu~é de l'emmener pour le
souslraire à Ja haine de ses ennemis 1 ; mais
Lamberty ne \'Oulait pas s'éloirner de la
pri ·on.
Le 25 pluviose, Mme de Marcilly comparut
devant les mêmesju~esqui ovaient condamné
son mari. on int,·rro!raloire ne se retrouve
pa aux archive de 1 antes. Le jugement eul
sullsi le :
« La commission miliLaire, conv.. incue
« &lt;11d:1 'onore Condrol, fomme Marcilly, a
« suivi de son plein gré lt' hordes de bri&lt;C gand , alors qu't:lle aurait pu
uivre l'ar1c mée républicaine (?), la condamne à La
« peine de murl cl, en con idération de la
a dticlaratioo faite par l'accu ée qu'elle e. t
&lt;&lt; enceinte de &lt;.:inq emaines, ordonne uo or« is de Lroi moi à l'exécution du jugement,
Cl à la fin desqu"I l'accusée sera visit ée par
a les gens de l'art el, dans Je cas où elle .eo rail pré umée eoceiute, sur i · aura lieu à
« l'exécution jnsqu ':\ l'accouchement de la« dite femme llarrilly. »
Chez quel désel péré le mol de sur. is DE
fait-il pa renaîrrc l'e poir'? Lamùerty crut
que ce long délai allait lui permettre d'arracher à la mort la femme qu'il aimait, la mère
de son enfant; mai une cala lrophe inattendue vint le frapper comme un coup •te couteau entre If:: · deul épaulèS.
Le 27 pluvio e, Carrier avait quillé ante .
Or. le lendemain mème de œ départ, Guillaume Lamlierly cl Robert Fouquet étaient
arrêtés à l'impro\'Ï te et fcroués à la pri on
du Bouffay. Le coup venait de Goulin. Le
créole avait loujo11r élé jaloux de la puisance oclro:yée à LamberLy p:ir la fa eur de
Carrier el peu 1-èLre au~si de la réputation de
courarre de l'adjudant général 'urveillanl à
]a dérobée lrs arlion de l'homme qu'il voulait perdre, il a,·ait eu ('Onnai ance de l'enlè,·emeot de Mme de Mar,•illy el, malgré I dévouement cruel dont les Marals avaient fait
preuye en .remmeuant la jeune ft'mme en
prison, le fait lui semhl.a suffl ant pour étayer
une accu alion mor1elle. l □ i , pal' prudence,
pour dénoncer ·on ennemi, il avait attendu
que Je procon..c;ul ne fût plus là.
La subite arrestation de deux acolyte de
Carrier tau. a daus la ville de la urpri e ans
aucune pitié. Les autorités aYaieat beau les
1. Carrier emmeomai u i, pour le mellre en sûre.té
à Pari-, ce Pierre Robin qui avait voulu poignardt:r
Agathe Gingrou.

inculper de modéranlisme, c'e t-à-dirc d'humanilé, on pensait au1 cadaHes échoués or
le bPrges de la Loire et chacun Lrouvail juste
le chàLimenl des as a,sins. En revan he, les
.u&lt;·c,,s' eur de Carrier: Pr,eur, Hentz el
Franea lei. se montraient fort ior1uiet de
l'évrnernenL lis n'o aient tenir tète au comité ~ui, par la bouche de Goulin, demandait impérieusement la morl dès coupable ,
rt, cep ..ndanl, il craignai1ml lrop la colère
du procon ' ul pour prendre sur cm la responahîlilé du procès de on favori.
Leur ioqniétudes étaient d'autant mieux
fondée que Lamberly se rédamait hautement
de Carrier, allant ju qu'à dire que Mme de
Marcilly élait ortie de prison du con ·enterrwnt de celui-ci, ce qui, en omme, n'arait
ri .. n d'impo. ible.
Les repré entants, pour sortir d'!!mbarras,
. omruèr nt les juge d'informer Carrier des
alltlgalions de Lamberty.
L'accu aleur public Vaujoi , que la cornmi ion militaire chargea de celle mission.
rut très mal reçu par l'ex-proconsul.
11 En apprenant l'armlation de Lamberty,
témoigna plus tard Vaujois, il s'emporta et
tomba dans des agitations convul ives. portées à un Lel point que j'aurais tremblé si
nou avions été encore à , ant . D Mai Carrier était trop poltron pour o er la seule démarche qui aurait pu srnver on ami : écrire
qu'il parta"eail la responsabilité de. acte
rt&gt;prochés à celui-ci. D'ailleurs, il s'illu ionnait ru; ez pour croire que es rodomonL1des
arrête.raient le cour· du procès. Il comptait
an Goulin. Talonnée par le haineux créole,
la commi ion militaire conlillua son œuvre.
Voici J'acte d'accusation rédigé par Vaujois;
« L'accu ateur public etc., expo. e à la
« commi sion les faits qui feront connaitre
« combien Lamberly el Fouquet sont cou« pables envers ltmr pay et enver. la liberté.
et Une ex.-noble, Ja femme Giroult de Mar11 cdly, cootre-révol1Ùionnaire enragée, qui
« al'a1t eolraioé son mari à la uite de Bri11 gand -, le quel lui fournis.aient une voi« Lure. des chevaux et des dome tiques, une
« femme enfin, ou plutôt un monstre. qua« litiée par les comités rél'olutionnaires de
« La.val t&gt;L de la Flèche du titre de seconde
11 Marie-Antoinette à eau e de sa conduite
" abominable contre la RéYoluLion, a été en« levée du lieu où elle était pour être jugée,
« par le dits Fom1ueL el Lamberty qui vou" laient ain-i sou traire à la vengeance des
cc lois une célérale qui les oulraD"eait depuis
&lt;1 loogtemp .... Lamberty c disculperait-il
« de cette accusation, œ qu'il ne peut faire,
11 il ne e disculperait pas des autl'es crime
11 seml,laliles qu'il a commi . Le grand nom« bre de céléral qu'il a soustrait à la
c, vengeance de loi n'est pa encore connu,
t&lt; ruais plusieurs le sont déjà et ont été dé« couvert dans les retraites qu 'il leur a,·ait
11 accordée , an mépris de décret
de la
« Convention nationale. En con ér1uence des
tt faits ci-dessus, l'accusateur public demande
u que le coupables soient jugés conforméa ment aux lois. 1&gt;

LA, SECONDE
Lamuerly et Fou11uet comparurt:!nl le
13 germinal (~ aHil) deranl La cocnmi' ion
militair•, mai', contrairement am:. rè 11lcs da
1héàtr&lt;', la tragédie s'ét.iiL dénouée avant ce
dernier acte. ly,1rrieu1 dénouement doot les
circonsl,Jllce resLenl iuconnul!..
Le 9 g-erminal, cinq jours a,•ant le procè ,
[léonore Coudrot, femme Harcilly, est extraite Je l'Enlrepùl pour ètre incarcérée à la
prison du Uoulfay (celle où se lrouraiL Lam1.Jerty). Or ur le registre d'éerou, à càté &lt;le
on nom, rei impies mot sont tracés en
marge ; « j/01•te le même )01,,.. » Que igoifie cc tran~fcrt d'une mourante c11lre une
pri 011 et l'autre ? Par quelle faveur Guillaume
Lamberty obtint-il de n!\'Oir celle pour cJui il
all3il èlre envoyé à l'écha(aud? Succomba-telle à une mort nalur1•lle ou on :iwanl l'a-l-il
tuée pour ne pa tJUC, lui di paru. elle devint
la proie d'un autre Laudit 1 De Goulin peulêtre ou d'un des nègre, de Fournier. Le dramalurrr,~ qu'inspirera cette tragédie d'amour,
traver ·ée de si douloureux. épisodt! , aura le
champ lihre parmi ce uppo ·itions.
LamberLy, a,ant de suirre sa Yarie-AntoineLLe dan le repo de la mort, eut encore
un Yerre de fiel à boire. i, pendant l'instruction, il n'avait pl été que Lion dt:S noy.td~,
oo ne put, à l'audience, empêcher le témoins
d'en parler; une Fois de plus, les cadavres
enseveli au fond de la Loire reparurent à la
urlace. Le peuple, qui se pres ait dao la
salle d'audience, accueillait avec de cri · d'indignation chaque dépo ilion relative à ce
monst rueu es exér.ulion . Quand LacnberLy,
exaspéré de se voir eul chargé du crime
collectif, parla avec emportement de se complices, de Goulm, de Carrier lui-mème, les
jurres lui impo èr&lt;'Dl silence. lls le pouvaient
en toute sécurité, l'ordre écrit, deliHé par
Carrier ;j l'adjudant gënéral, avait été ous-

lrJ.il à celui-ci par l'accusateur poulie Vanjois qui, dans on réquisitoire, nia effrontément l'existence de la pièi;e volée par lui.
Au milieu de lanl d'atrocités, se troure un
incident comi&lt;cue, relaté dao- les notes d'audience reslé&lt;JS aux: archire de ante 1 •
11 des juge demanda curieusement à
Lamberly en quoi Mme de larcilly diff.irait
pour lui des autre Cemme:: ! Le malheureux
:umlil bien été le premier homme connaissant
a set son propre cœur pour répondre à une
semblal,le question.
La double condamnation à morl, prononcée
au milieu de' acclamations du pulilic, fot
etéculée le lendemain. On témoin oculaire de
l'e1écution a raconté à Du ga t-llalifeux (un
des princip1uic hi&lt;ilorien{ de la Terreur à
'ante ) que Lamberly alla d'un pas leste el
ferme à la guillotine. Arrivé sur la place, il
cria : &lt;&lt; Vive la République! 1&gt;, répéta le
même cri sur la plaie-forme pendant que le
lJourreau le liait el le répéta encore la tète
son le couteau.
A. l'heure uprème, le misérable assa in
était redevenu l'homme d' aulrefoi , le héros
de la défen e de 'ort.
Carrier apprit la mort de Lamucrty par
Goulin, le'{uel fidèle à e habi tudes de prudence, était venu faire à Paris un voyage
d'agrément, tandi 1ru'on exécutait on ennemi
à Nante , moyen spécieux pour se dégager de
Loule r • pon a.Lililé dan l'éYénemenL. L'exprocon ul hurla, j!:esticula, parla d'aller luimême porter le fer et le feu dan antes :
&lt;1 Une ville abominable.... Un seul patriote
'y trouvait, vous l'avt!z guiUoliné! »
1. Le do, -icrs furent envoyé il Pari ·, lor du procès de i:~rricr, et •gnrés en route, mais un con erre
à ·a11le~ queh1ue brouilJon el oot..!s pri•es au "ul
pendant les dêbals.
'2. l,ellrc de la duchesse de Dinu /,. l'nlihd Dupanloup ( 10 111ni 1 30).

M Jf..'R,rE-.Jf.NTOlN'ETT'E - - ...

li 'en tinl d'ailleur aux menac . 'on
seulement Lambert y ne devait p:i ' être
vengé, mais il fal, en quelque orle, jugé el
condamné de nou\·eau aprt&gt; :&lt;a morl. Quand,
à la suite de la réaction de Thermidor, Carrier el le ComiLé révolutionnaire dn Nantes
durc:nl rendre compte de leurs crime. , tous
les accu~és, à qui mieux mieux, cherchèrent
à se déchargêr sur la mémoire de Lamhtrly.
Si Carrier, au prix de celle l.1cheté, ne réussit
pas à ' nover sa lèle, il n'en ÎUL pas de même
pour Goulin. Le rusé créule, tanlol prétendant avoir été la dupe et la victime de l'adjudaot-génér.11, tanlotjouant des sc\ncs d'alteodris ement qui flattèrent la fausse . ensiLlerie
de l'époque, arracha aux juges une sentence
d'acquiuemeol.
Tl mourut de a Lelle mort, troi ans plu
lard, chez un de ses amis, un prêtre marié,
qui l'avait recueilli dans a maison.
Lamberty, moins coupable que lui, mais
ayant moio ménagé sa responsabilité, n'aurait snns doule pas évité uue condamnation
capitale, une entence mortelle. La Révolution, en l'envoyant à l'échafaud pour une
fomme, lui fit une grande gràce : elle lui
épargna l'ignominie de périr avec Carrier el
pour les même- crimes.
Certe , ces crime son L trop grand pour
que la mémoire de Lamuerly puisse être défendue. Toutefoi , il est permis de rappeler
à sa décba1·ge cc paroles de Talleirand, à
une pçrsoooe de a famille qui lui demandait d'expliquer œrlain actes de la période
ré~olutionnaire : « En vérité, ,je ne peux
« vous donner d'explication; cela s' l fait
« dan un Lemp de désordre •é11éral. On
« n'aLtachaiL alor- grande importance à rien,
« ni à soi ni aux autres .... Vou ne avez
&lt;&lt; pas jusqu'où le hommes pem•ent s'égarer
!I aux époque de Mcompo itioo ociale 1 . 1&gt;
]EA.N

Histoires de pendus
~ l'u suldat îrançai au ervice des Étals
des Provinces- nies, s'étant tromé engagé
avec quelque autres dans je ne sai quel
crime, fut cond1mné à tirer au billet a\"eC
eux. à qui erait p •ndu; mais il ne voulut jamais tirer, et l'ofticier, selon la coutume, fut
oblirré de tirer pour lui, el Lira le biUet où il
a,·ait écrit potence. Le oldat en appelle,
dit qu'il n'avait point donné ordre à l'officier
de tirer pour lui, ce que n'avait point été de
on con entement, et fit tant de bruit que
cela vint au1 ort"illes de M. de Coligny, fils
ainé du maréchal de Cl:iàtilloo, qui commandait alor le régiment de son père, et ce oldaL
était de ce régiment. Cela lui sembla plaisant;
il !'alla conter au prince d'Orange, qui, après

en avoir bien ri, fit gràce à cc soldat qui a1ait
si bonne en11ie de vivre.
~ Uo autre oldat, qui St.&gt; rvait au i le
Etats, ayant été coodamué à être pendu, fit
demander au. même prince d'Orange qu'il lui
fût permi~ lie faire publier par ioules les
troupes que, s'il y avait quelqu'un qui voulût
êlre pendu à sa place, il lui donnerait quatre
cents écu · qu'il avait. La propo ilion . embla
si e:xtravaganle que, pour eu rire, on ne
\'Oulut pas refu ·er ce qu'il demandait. 1[ais
on fut bien urpris quaud un vieux soldal
angLai e présenla pour être pendu au lieu
de l"aulre. Le prince d'Orange lui demanda
de quoi il s'avi ait. Le soldat lui dil que, deeuis trente ou quarante an · qu'il servait les
Etal , il n'en était pa' plus à son aise; qu'il
avait une femme el des enfants, el que, s'il
venait à èlre tué, il ne leur laisserait rien,
au lieu que, s'il était pendu pour cet autre,
il leUt· laisserait qualre cents écus pour leur
aider à ,•ivre. Le prince donna la vie au cri-

POUJOULAT.

minet, à condition qu'il lais erail le quatre
cents écus à ce vieux soldat, qui ga!!lla, par
cette générosité, de l'argent et de l'estime.
~ Un homme, à Londres, se lai sa gagner par le créancier d'un de ses amis, coutre
lequel il y avait une pri e de corps, et promit
de le preodre; mais ce débit~ur ne sorlait
point de chez lui. Que fait cet homme? Pour
le faire sortir, il s'avise de faire semblant de
se pendre à un arbre qui était devant la porte
de ce débiteur. L'autre, quj était à la fenêtre,
court pou.r l'en empêcher. Les ergents cachés orient el le prennent. Celui qui faisail
semblant de se ~ndre ~•a~u _a un peu trop
à regarder ce qua se fa, ait; 1l avait déjà la
corde au col ; en e tournant, il rait tom ber
le tabouret et demeure pendu. C'était de bon
matin el en un quartier fort recuJé, de sorte
que ce coquin fol pendu comme il le méritait. M. de Fonteoay-M.areu,l me l'a conté· il
était alors amLa ~adeur eu Angleterre. '
TALLEMA. 'T DES RÉAUX

�' ---------------------------LES FEMMES DU SECOND EMPIRE
+

La princesse de Metf ernich
Par Frédéric LOUÉE.

-.
Toute Viennoi:e de cœur et Cervenle patriote qu"elle ee montrât, ce ne fol pa à lorl Jluoe lille on l'avait Yue, par lïndtlpendaoc(• non an h 1~itation de la fortune, la pui · nce
11u'on la urnommail une « princei e pari- dci:e mani'&gt;rt&gt; ctle~an -gèncde on espril,ra- autrichienne au delà du quadrilatère. A l'inicone », l'ambas adrice d'autrefoi ', la lemme g3illardir l'ntmo phèrt- un peu froide du ruondt• térieur, de - démon !rations de force, d1•
officil'I, à ln Cour impériale d'Autriche. On richesse, de confiance, faisaient illu ion sur
prime autièrc, qui. pendant dix à douze ant·ommençaiL à ·occupPr d'ellP. prP que à l'état de pré. omption el d'incurie du gou\'ernées, très en évidl'nce, amu. a, intér sa,
l'imiter, dans ce clan d':iri tocratic hautaine nemcnt françai, en ma hère de politi,p1e étrancharma de a Yen• aigui ée el.' amis de
cl dédaigneuse fai~ant cercle tiutour des ar- gi-rt&gt;. Elle ar1;vait, l'ambn sadr1ce, au m1•illeur
France, irrita le. jaloux, effaroucha le. tichiduchese , !or qu'elle .e maria a"ec le tunp,.
moré~, étonna le uo , fâcha I autre , remprinre Richard de IL•tternicb, fils de lïllu h·c
Oéj~ l'avaient pr'cédée le. iodi crétioo
plit du bruiL de son nom et de l'éclat de
diplomate, qui pré~iJa le Congrès de Yit'nne, Je· gazelle.. On arait en Je information.
fêt le écho. de la grande et de la petite
t, presque au ,ihlt, elle partait a,·ec lui pour préalaLle , ur celte originalité de nature,
pr se; et &lt;Jui, depui lor , aprè un i Ion
la f'rance, pour Pari , oi1 il était enroyé, . ur
celle crânerie parlit:ulière de façon., cette inintervalle, n'a pas c é d'a ir, de corre l:i foi de .on nom, comme amba .adeur. Elle dépendance de propo Pl celle ponlanéité de
pondre, d'évoluer entre les deux capitale ,
repartit-., qui l'avaient rendue l'enfant gâtée
théâtre ch:ingean_t de on originale d ..
lin !e.
de la Cour "iennuise. Le interro;;alion et
le. suppo].ilion. allaient leur train. Comment
Tl y a peu d'année - l'autog-raphe csl '-OU
erdil-elle '1 (lue! co tume allait-Pile expo er à
no yeu - elle détachait, de a haute et
~
la première oirée d'Opéra ou de all11 Yen:,igniflcathe écriture, le li!!Tl suivanl~e
.
d_
Ladour, au balcon de ~a loge? an doute
de lin
à l'un d notre. . aus i répandu dan. le monde que connu dan. le
elle l'ell emblcrail à la plupart dr prince.lellre :
. e autrichiennt&gt;., élanœes de taille, très
froides, très ré ervéc , et gardant, au
1 Vou
avez combien le royautés
de la mode ont pa sa..,èr , etje dois
coin de 1hr • le pli df&gt;daif?ll ux inYOU a. urer que celle que vou me
l'Olontairc. Tels avaient pen~é qu'elle
prêtez n'e iste plu., je croi , qu'à
~~ aurait le nez dé cette façon, le:l'étal de mythe et de rague sou1
chernux decPtle nuance.et qu'elle
\enir. ,,
se montrerait, au théàlre, en quel•
Je crois ... dit-elle. Que la ré, que maje tueux co~tume de Yeticence e t adroitement u. penlours incarnat, alléiré. dans a
due! El quel heureux rorrectif à
lourde magnificenct•, de denlelle
l'eipre·sion de c d6-ahu ement
de \'eni e, et brodé au point d'Esphilo ophiquc ! En réalité, nulle,
pa,,ne. On allait le avoir .... Un
,ntre le pereonnalilé féminine
. oir, à l'Opfra de la rue Le Pdedont l"éclat éblouie.ait I yeux, :1
lier, le bruit a couru qu'elle \lient
la Cour de :Xapoléon TU, n'aura eu,
d'entrer dan a loge. L'allention
ain i que lime de \fetternich, le pridos première· galeri " . 'e t au ivilè17e de prolonger une telle cl si fu.
tôt détournée de la scène. Oc chu!!itivc ro ·nuté au delà de circon lances
chotement ont fait pa . er la nouqui la firent naitre. Elle n'eut point su, elle de place en place. Tou les les lorbir, comme les étoile pas airère , qui
gnettes ont dirigée ,·er l'avant- cène
cinlillaient à coté d'elle, l'impression douoù elle s'e t commodément et ~impieloureuse et oudaine de l'ellàcemenl da~
ment in titllée. Mince, de taille moyenne,
a!!l'éable à \·oir et, néanmoins, un peu dt..
la nuit, de la d~persi~n ~u du vide. implcment, elle contmua d ag,r et de briller, au
concertante quant à l'expression de trait
même rang, ou un autre ciel.
du visag , ln première impre ion qu'elle
Émanée d'un père fanta que, un ma"n:ll
eau e e t de urpr· e. La econde t de 1mhongroi , le comte ndor, que ~e folle aupathie. On n'a pas été long à 'aJ&gt;l!rcevoir
daces de caralier et de thasscur avaient rendu
qu'e)le pouvait être prince, e aulhenti,1ue et
rameux, elle aYail gardé dan le . ana el dan.
marier, pourtant, le naturel à la distinction
de commnnde.
l'humeur un grain de on ardeur l~bulente.
avait \Ïn,.1--deux ;.n . Il n'en avait pas plu
« Le san" paternel, a-t-t'lle dit, parle lrè
Le lendemain, Paris, par la plume flatteu. e
de trente.
haut chez moi. ,
d'un Jules orinc, proclamait que la nouvelle
C'était en 1 60. Oo était rerenu de l'émo- amLa sadrice était le charme, la gràce et l'l' La nature l'avait faite gaie. Tout enfant on
tion
produite dan les cercle diplomatique
la trouvait bien turbulente, la petite comtes e.
prit dan une même personne. Eli avait
par la courte campa"ne qui avait refoulé, &lt;'onquis a place d"uoe façon lrè dêliurr·e.

Dès son arri\'ée, elle 'était rendu compte
de I' ·prit de la . ociété où elle était appelée à
,ivre, dan' un milieu de jeune. c, d'insouciance el de luie. et clic ·'y
trouva comme chez elle. Elle
lais ·a, comme on dit, galoper
.on oalurt'I. Il faut prendre
son bien où il t' r 'Ol'Ontre;
cl, d'abord. elle ·e mil à !'uni n du ton 11ui r~ 11oait en
ces lie111, pour J'entrainer_bicntot à .e ré,,.Jer ·ur elle, et en
•rarder linalt'menl la direction
mondaine. On e lanç.1 à :.a
suite éperdument. L tlé.,ances de a mi. e, le p:irtil'ularit ·s do on caractère et les
mot., 1 n•partie , 1 boutades, 11ui jailli~~aient Je es
lèvres, à cha11ue moment: rien
ne pa .ail inaperçu de ce qui
était d'elle. ~ur •le boulevard,
on connai ait, au .i bien que
les équiparrc• de: l'emper•ur,
le huit-r · ort attelé d quatre
chc\lau upl'rbe de l'amba adriœ d·Autriche, et portant,
:ur Je panonce.'111 , son écu
~on timbré d'une couronne
princière. Son nom revenait
quotidiennement sou. la plume
J · chronicp1eurs.
Le cachet de c. toil •ttc el
lt•ur diversité, . e façon: déinvolt et le nouvcautésaux11ueJle elle attachait oo nom,
mille détail. émanant d'une
complexion de jeune ·se un peu
exaltée el tapa"eu. c pr 1taient
à toute le · conrnr. alion ..
li était de notoriété qu'elle
allait recréer le mode. . · n
innuence rénov:itrice dan· le
dom:line léaer de. fanCreluches
ÎUL prompte el en ible. Elle
amit déclaré la guerre à la ca..,e
triplement fermée et bataillé
pour le robes courte . Les co turne ahréaés
fnrcèrcnl l'entrée d bal et le coup d'œil en
plut à beaucoup de ctens. a A celle occasion,
remarquait le malicieu. férimée, j'ai rn 110
a, z !!rand nombre de pied·· charmant· el de
jarretière dan la valse. • Les circon tanc
étaient propice : Une rérnlution allait s'accomplir dao la hiérarchie d tailleur et de
modi les. Les couturier· commençaient à
prendre le pa ur I grande [ai eu ·. L'un
d'entre eux, un Anglai · nommé Worth, le
1. llippalytc llrioll,-t. dan le Chm·it•ari, fut lîn,,.n1eur de celle ,ldinuiun 1:uiitmatiquc.
i. TltfoJure d,: lfanvillc,cn .P&lt; Gamin pariait:111,
111erceuil 1111 rapJIOr-t 'lAUC, rugitif, lrt&lt;, •rai, pourtanl. ,mtre ces den:i: Ullur('~, ou 1lomioait la
&lt;;e,
•1ui Iran figure Ir. lrail~.
3. Puisque nous ,enoo ùenommerco mt.lc Vme ,le
eu rnich el Victorien 'ardou, ou\"l'On en,·ore une
l' renlh• , pour enea,lrer uuc autre an cdote, que
JC li n comme Il préce,fo11te dl.' la bouche Je lîlluslr 1r1dêmici •n. ar,lou dinait chez la comlr de
l'ourlai'··. me de •ttcroich Lcn1il le dé de la ron' ·rs.tiun p,!ndant que se reposait i l'écouter le plu,
•pir,tuel des rau u . Elle
nait amené le ujei
ur n ooau-pèrr. 1.. lfl'lntl lfcllcrnilh, et rapporlail

,,,w.

LA P'R,_TNCESSE

fameux Worth, · 'tait établi pour on compte
à Pari • en 185,. lime de lfellernich avait
au l-ilôl di tiO!rut: cet haliilleur bor li"ue,

entait, interpr 'lai!, rectifiait la nature
;Hec I don el l'ima ination d'un arti le.
Au risque dïnlli..,er un déplai ir à Aurélien
cboll, qui l'a\·ail . urnomm ' ... jalou ement
cdo Caunede la toilette», parce que de c main
d'homme il cb.ilfonnait à . on aise le corsage
Céminin et les alentour , elle l'adopta el l'impo a. Il étail devenu, grâce à elle, l'autocrate
du 0 oû t. El les mondaine. el toute les dame. ,
qui avaient le graod vol de I' 1léganœ, e porl.iient également rue de la Paix, à on adres e.

'IUÎ

CJ&gt;llc hislorirlle. l)o ,J •mamlail, une foi., i ll,•U,•rmch
en quelle drcon,t1uce . •poléon premier, a,·cc lr.•1uel il
cul tant O('ra,ion ,te con forer. lu, av.il J .on; lïm11n""
i.,11 du plu, ~r:uul pr....rige, ,le la s,,u~erameltl la plu
compli'lë. Ou ,,11~mtai1 à ~-e qo'il rëronilit: à llrl!:-41&lt;'.
à Erfurt, qn.,n,t 11 fai&lt;.ail ,emr de l'•ri. • " Corn -.Jie 1
1iour 1111u'!'r ,m N•r:r•e ile prinre&lt; N ,te roi,. ,1.,i, non,
ce n'a1ait 1•1s élt&gt; l1 . Ce rut, ,lil-1I. au château ,le
Com1iii• ne. un malin, 111 retour d'une prom,·oaile en
carru;"' dan. la forêll où l'on &lt;'{,11it 1111 peu attanlê.
On ëlait rentré au c 1Îll'au ~e~ midi. En alfend1nt.
l'empereur 'enlrt•JcnaiL a, •c
hùtc • ado,- 1 i 1
cheminée ,·ommr il en nait l'hal,itudc. Il ,· avait li
quantiré Il,· per-111111:ig • el dr membres de s· r»millc.
1.rpcndanl, 11 cornmcn ait il ~tir l'ai:ruillon de la
.. 251 ...

DE METTJ;J(JV1C1i ~

\fme de lletlernich avait dP. mrrites plu.
personnel que d'ayoir aidé de .on initialil-e
original' à 13 rénovation de )\,:;thétique Céminine. Son e.~prit, on ne le di culait pa : il Oamhait à chaque mot. Le phJ~ique, en
elle, prE'tait davantao-c à la conlro,er·e. « Il 0'1 a pa que le·
bouteill de Leyde, disait un
railleur 1 ; il y a aus~i fme de
"t:lkrnich. » Elle-mème, tr'
adroite ô faire a propre critique afin de pr,1,enir celle dt&gt;
autres, ,e proclamait dénuée
d1• toute beauté, c. pérant bien
qu'avec ,a pby.ionomie parlante on ne la prendr:iil pa · au
mol. ln oir, thez la prince e ~falhilde, cllt abordait
no célHire écrhain de théâtre:
o \'ou ,~te ~I. ardou?- Oui,
prince e. -- Dite -moi, e t-il
,•rai, que je re . ernble i particulièremen là Mlle Oela porte 1 ?•
C'était une actrice du G)'mna e, qui a\lait la réputation
d'être laide el , pirituclle. a Il
y a toujour · dt&gt; c.ôlé de reseoiblance entre deux femme ,
avait répondu • ardou. ,i différente qu'elle pui.. ent être.
füi je n'en juge que sur le
• phy ionomi ; el c'c L par lb
que je lroure de -Ïmilitude.
frappante entre vous, princ,•, e, el cette actrice : la jeune .ect l'e prit•.» Entre femme , on vopit davantage; on
remarquait que l'ovale du vi. age n'était pas la régularité
même, que. le lène étaient
Corte et qu'il · au rail eu à reprendre il la n courbe imprérne » du nez. Il n'était qu'une
opinion, eo re\'anche, sur l'éclat de e yeux noir· et pétillants, ur l'agrément d'une
phy ionomie mobile à l'e. trèmc, el l'on convenait, an r: istance, que la blondeur de la
chevelure avait bien au si son aurait. Finalement, on arrivait à dire, à force de bonne ,olontr, 11ue l'ambas adrice pouvait pa cr, en
omme, pour une jolie II blonde u ; el cc devait être le sentiment de\ 'iolerhaher, le peintre officiel de~ gràre du décaméron impérial,
puisqu'ilsutfairedu charmeà. are semblance~
« Lorsque la prince .e de lellcrnich, rapporte un témom du temp , entrait aux Tuiraim. lnlermmpaul le d1, ur• commèllré, il -c lourn

,·ers lural :
c !lui de ~api~. allei donc voir pourquoi nous ne
Mje11uo11s pas. •
El le br1llanl llur1l -orl, va, "informe. • , ire, le
r'pas '!(Ira prêt Jans quelqu,s minut ,re~,ent-it dire.
li y I Cil UD l&lt;¾ter COIILre-1 rnps. 1
)1pvféon reprend ,a Jémon ln.lion. 1111 J'artente se
prulouge. 11 'impalienlt'. ,e rouroanL d'un aulrc cote :
lloi de Uollande. dil-it, sachrz d ne ;,j nous ne
tlêjeuneron pa aujourd'hui 1 • Et te prrnce de li ltern,ch. 1c1·oulum,• aux ri(U •urs dr l'éli1ruelfe autrichienn•. avait été fr.iµpé sin ulièremenl d-1 celle conditien d'un empereur en•oy1nt de, rois it l'office pour
r&lt;&gt;mmander qu·on h:llil le cnicc de 1,Lte.
•

•

�H1ST0~1A---------------:---------•
l&lt;'ries, un . oîr de l•al, Ir~ minr.e, rnai 0 re
mèrur, a,sez rrrande, avec: ,e épaule· Lr-.
décou,·erte , on front charné de diamanl ,
·c.., lon"ue jupe lrainanle , il élait imposiltlc d'a"oir plu.· grand air. Elle a,. it celle
allure ari. tocratique inimiL.'lble, ,,ue donnrnt
la nai ~anœ l le milieu dan · lequel on a 1·é ·u.
Toute la haut• .ocitlté pari'iennc, dè' lors,
affluait dan. .
alon. de la rue d Yarenne.
En ·'1 in. 1allan1, le priuce el la prin&lt;'e c de
letternirh n'avaient eu qu à r •prendre d,•,
habitude.ci, anciennement accrédité à l'amhL ade d'.lutri1h , d'abandon cl de• gaieté
bo:pitalih1•. Lt&gt;. rèle délici u e de nuit el
·urtoul le déjeuner~ dan ant , qu'y nail
donné le comte Appon i, ou la Heslauration. n'éLaienl pas sortis de mémoir , dan
li: noble fouhour".
La conver alion y fut, de nouveau, lrè· en
fareur, et au~ ·i la mu!&lt;i«1ue, Richard de lfetlernich étanl, lui-même, ce prince diplomatique des ,·al ·, un Yirluo:c. Lt&gt; liede,· dth
plu· grand~ mai1res de la mélodie allemande,
le- ml
de tram:. ou }, grand. air d'opéra 'y mêlaient dan un harmonieui éclecti. me. C'e l là que rut arrête, décidé, l'audacieuJ projet d'impo.er Wagner au· Pariien . La prince e avaiL pri l'avance d'un
peu loin, Ior 1u'ell • fil ordonner par l'empereur la repré! enlaLion,
l'Opéra, du
Tnmihaü er, - l'inouhliable première, tumullucu ·e comme une bataille, le fia co béroïqu où fme de lfetlcrnicb d ;ploya tant de
\'aillanli e pour enlever d' lroup ", el une
éner·•ie . i militante, que ~ adver. aire.... en
mu.ique (el je vou · donne à pemer . 'il
étaient nombreux, ce .oir-Fi!) Ji aienr, ou
.a lo"e: « L Aulril'hien cherchent, évidemment, lt•ur rc,·anche de olrérino. 11
Quelle . oiré&lt;&gt; ! Quelle aYenluri: ! Quelle o. ée
tentathe, vin"t an. avant l'heure p ycholo!lique !
ur e in lance donc, l'empereur avait
déciJ..; que rüp~rajouerait ce nébulcui: Tannh&lt;Liiser : la première cul lieu, en l'an de
11 râœ
1 61. Dans Ja chaleur prévoyant de
:on zèle, Mme de fetternich avait groupé
autour d'dle tou. se ami . Je me lrompt-.
Plu inlellirremmenl elle le avait répandu
dan la sllle. C'étaient, en Ire les fcmru . ,
les comtes es de PourlalèQ, Walem ka, ~hon,
les prioc •~ e de agan, Ponialo, ka, de
Beauvau, ~!me Erazzu, la ùelle llexicaine~
parmi le homme· on reconnai ait les Roth child, le. A!!Uado, 1 frère Lamlwr1,, le
marquis de Ma a, d'Alton-Shée, Gallilh·t,
Grammont-Caderou · et comùieo d'autr !
Dominant, de lt•ur lnrre, Lous ceux-là, l'empereur et lïmrJratrice étaient pr; enl , :elforça.nl en consci nce d'avoir une opinion, de
paraitre intér · ·- • une mu ique qui leur
restait incompri. e. ~faü I yeux rc,·eoait-nl
an ces e ver· \lme de ~Ie1ternich, ljUÏ 'étail
chargée vi iùlement de conduire les bravo. et
le applaudh,emenls. En effet, la partition
e l d 'ployée d ,ant elle . ur le rt'bord d . a
log~. Elle a l'éventail lc,é comme un Laton
de commandement 1Calheurru·em ol ou a
débuté par rire dan ,la , alli: et rire un peu

haut. Le . t!rieux ne r ,·ira Ira plu . L •. « caraîh ~ » ont dérhaim: .. L'1odirrnation peinte
ur l · traits de la princ,, s,•, e. ge. te courro11cè,, un mot qu'elle ne peut retenir, el qui
~Hile à lrarer.· IJ salle: lmbecile~, jt, croi..
n' p u1·t&gt;nt rien. On a applaudi la marche,
parce qu'il étail impo. 11,li: de n'être p enlevé, . oulcvé mnlgré .oi par celle pa)?c mer,. illeu e. Lt&gt; r6le m à la débandadl!. Et c·e t
un bruit, un Lumulte inénarraùlt&gt;s. Des lo 0 e
à l"ord11•·1re, de l'ori.:he,tre à l'amphithéàtrP,
des 11101 ont écl1angé, et librent comme une
rnlée de lli·1•h1\. Et Ilien .ail ..i l'on cause r•l
-i l'on ja.·c ! Ct&gt;rutin.· in,iournt r1ue la représentai ion du Ta1111lwüm· fut une de conwntion .. ecrètc, dn traité de \'illafranca. d'auIre. prétendt:nl qu'on a enVOJé Warrn°r aux
Pari.ir.n. pour 1 . forer d'admirer l~rlioz.
Le 1 ndemnin Loule la pre· e fut mauvaisr.
On n'épar•:m •1ue ln march,•, la rritique ,011lant avoir l'air d'ètre impartiale. Oc colère la
prince. e décida qu'on ne Jouerait cbei elle,
ce jour-là, 11ue du Wagner. Ace~~ d'humeur
tout pa . ~ger, et qui ne l'empè ·bail pas, en
~on éclecli me, de ~oùter, à leur moment, le
mu e folàtrcs d'Olfi•nlnch et d'llcrré, ni de
e montri•r eu. ible à la mélodie di&gt; Gounod.
On ne lui lai a pa · le temp de pleurer
cet écbel'. L'un d~ fidèle de .on ,alon,
homme d' .pril, Beyen, imagina ur l'heure
d'écrire pour omhrru 1;hin,,i,~· el de faire représenter ch1•z elle une plai,ante parodie de
l'ouvra e lo1Dbé. Le rom1e de olm , qui
avait de aptitude de de i11a1eur, découpa
en carton le cb:irgp: de., principaux per,onnag ' de C&lt;'th.' faota mal{orit•. Et ce fut un
amu nl coup cl'ccil. ,hant le levrr du rideau, une amie de la mai on, t•n robe et bonnet d'omreuse, a,-ait eu ln Joyeu e id·, de
di~tribuer «ratuil.t'm••nt à tha,1ue pecl,tlriœ
un é,·entail à bon mar,·M, pour le ca où ce
dam hé,iteraient à bri,er le leur par raison
d'économie•. On cul le tableau de cha .e, où
le relt lé1rin~ était•nl repré~ent :, par dt·
La ·.els à jamhes tor es, et le dix-corlj par
un lapin craintif. On eut la Iran fi"uration
de la Wartlmrg dèveou • le Johanui:ber11,
château célèbre el fameux ,-ignoble appartenant au prince de .\letltirnil'h. Et l'héroï«1ue
Tannbaü H, enfermé dan la cave, y ridait,
en tituLant, une bouteill de ce cru, ~ndi
qu'une voix chantait dan la couli e, ur l'air
du 1Jo11ton tle to e:
0

Dieu, quelle ,·cslr
Pour W ·,ner 1:• son fonu.:;berg !
·oyou. du moin J ,ur sorl funeste
.\ p-a0tl flots ,le Joh•nnî,,herg
, ur celle ,·c.le 1

Dll grand éclat· de rire di~ ip\renl les
dernier· re-. ntimeni' de la princt• e. Il ne
fut pla- de lon°lemp pari· du Tan11hau~er.
Chacun le ,avait à l'amba sadè et, au
dthOr', dao le grand nombre de ceux et de
œll · qui désiraienL y participt&gt;r, lime de
llt!Uernich exei·llail à rarit&gt;r lt! plaisirs. ~lre
admis à es redoute~ était fort rt·cLeri.:bé. Le
I._no racont.il qu'• l'_Op :ra .. aux. pr('mi,•1"5 coup·
de ,,rnet, )lme d,1 llcll m1ch 1n1l l,r1së èc rol~re son

è,·,•ntail e nlre

ûoigt crispJ .

liomme · étaient rrçu à Yi~age d11cometl ;
les fomme· . · · présentaient Pn d11mino, mais
le capuchon de,·.iit
relewr , l'entrée du
prPmier .alon, 011 c tenait la maitr11s c du
ln~k Car elle n·ou,rait l porle~ dt&gt; on chez
oi que sur iovilaLion per. onncllc. Elit! recevaiL beaucoup de demand ~. accui•illait l
une~, déclinait le autre . . et ~e montrait, en
ré,-umil, pt. abll'ment ri~oureme, ce 11ui lui
al tira de inimitié cruelle.. Une foi dans la
place, on ' · •ntail tr\ à l'ai e. Le grand
charme de . e réc~pti'ln élail 11ue l'a 0 rPmcnt
Je.:- .pectark on de auditions 01• rai.ait qu'y
alternt&gt;r a\"r le jeu des piriturlll' causeri ..
Elle ·'y prodi!!Uait. On se plai. ,,it à rtlpéler
Il' ,a1l11~ un peu hardie 1p1elqucfoi , Lrè:
linei ouvent, que le ha ard dt• id.:c , l'occa,ion, le too · de l'entrl'li, n, pou~~aicnl à
jaillir ùe
lèvre . Toute de premier mouvrnl'nt, elle n'1:chnppait point, non plu que
d'autr .. , au accè · d'humeur dont un chacun
~e ent échauffé pour une · maladre~se, une
coutradi..iioo une importunitti, une parole
mahonnanle; el le mot o'alle11d.1it pa d'en
traJuire l'impr ion. Tant pi. où il tomùait.
Elle n',:t,lÏt pa la maitre e d"arrêler .e rrpli,4ue . Prompte aux bouillon de l'impatience, li&gt;s entiment de dotm•ur, d'aménité,
en . outlraient quelque(oü. Elle a rait la ripo te un peu oudaioe el bru 11u~.
Certain . oir de grande r ~ception, un étranger, un j11urnali Le américain, qui, lui-même,
m·eu rapportait le détail en ~ourianl, à quarante ar111é de di. tauce, piétinait, . an 'en
aperce,oir, la lraioè .uperhemeut déroulée
de sa robe de cour. Elle tourne I tète, et,
d'un ton ,ec : cc Pay an 1 » ruurmure-t-elle.
lluil J0Ur' npr\~, dan une autre oirée
olfitidle, l'a. i · rance était errée aux npproch1• du ùulT&lt;'l, où pas aient le,.. ·oupe du
viu pétillant. Quelqu'un la heurte lé •èremcnt
au coude, et des goutte 'épancbenl da ,·erre
.ur l"étolTe oieu de ,on co turne. Même
rr lé rapide; elle a r connu le coup:ible. ,, Ah!
reprend-elle, c' t encore mon pay aa ! o
Une au1re foi que, pendant un bal lrave.,ti. son ami Galliffet l'avait un peu trop
harcelée, traca · ée, elle s'en revancha wrtemeut. Cet officier, 'lui avait été lile é d'un
éclat d'obus, joui sait d'un congé de conva1 cence t l'emplopil aiment. Il parcourait
les alon , celle nuiL-là, en co turne d'apothicaire Loui XI Vet portait arec une fierté
martiale, ·u pendu à on ceinLuron, l'in. trumcnt tfUe lfolière a lé 11ué au marécltal Lobau ....

• f.onnais-tu œla, b au ma que? demandait-il à la priac.es c.
- Oui! répondit-elle vivement : c'est le
canon qui a ble I ce pau,·re Gallilfet, en
Crimée! »
tlle eut d • trait moins rudes. On en citerait à l'mftui.
Le frivolité de la toilette, les programmes
de e fête el le plai ir de la conrersation
ne rempfusaicnt pa uoi11uement on temps
et
pco é •. Mme de letteroich était née
diplomate. Elle e erça une intluenc.e offi-

'--- - - - - - ------------'---------"---- LJt

P'ft1NCESSE DE .M°ETTE'R,NTCH

cieu e, qni ne fut pa indPmne d't1rreurs, loujour , Lr prompte à pa ·~er d'un ·ujl·l à
- a remi le. rho e au point dan.. ~· • oucomme dan. l'alTaire du fe'fique, - car elle l'autre et 'C défendant bien de trahir, dan.
11eni1·1 de la Cou,• des T111leties. Avec plu de
n'avait pa été la moin· ardente à pour uine l'expr ion de on ,·i age. celle manière rt,L
préci ion encore, au cour d'une conversation
la rt.&lt;ali~lion du rê,·e califoraieo 1 - mais llécbie d'écouter, qui met le bavard en dt,t..
que j'avais l'honneur d'enlretenir a,·ec elle, à
qui l'llt pu être .alutaire sur d'autre point , fiance. , ··e. t-ce pas elle qui disait ce mol
œ propo , elle ramenait l'état de ce rapports
i on l"eùl écoutée da\"antage, par exemple plein Je en el qu'on a lant cité : a li a l'air à leur, ju les limite .
en i fi6, 11uand il élait encore po sihl' d'ar- trop 6n pour un amhas adeur?
En réalité, au delà du càt!monial habituel,
rêter lt-s empi lt-menls de la l'ru. e. Une
Elle avait 11arraé, dè en arri,ant, les Hm- l'impératrice n'avait d'amie que la ducbe ,e
douhl,· gunre u·aurail pa · éclaté, à quatre pathie le plu· marquée· du couple ioipt-:..
de Mouchy; et, en clebor de e lundis et
annPe. d1• disritnce. On n'tùl pa. eu adowa rial. Eugénie goùlait l'animation . éduisanll!
des circon lance. de pure mondanité, elle ne
el dowa n't&gt;ùl pa. amené edan. En gém.t.. de ~on e ·pril et 'entretenait familièrement
rece,·ail per onne, , an demande d'audience.
rai, on pourait e dire que, dau la fine,~ avec elle, chaque foi que les circon tanc
~f.ci , dans le! déplacemPnt du printemp
rcn .. ei!,!11!.'e donl l'amba. ~adc d'Autriche donna oîficiell le réuni .aient. Encore a-t-on exael
de l'automne, aux lieux dH villégiature
de. pr•uvc., uue bonne part rcvrnait à la
éré la m 'ure de lt&gt;ur intimité. La princ . c saisonnière, à Fontaineblrau, ~ CompiègnP,
prin, ·' .e dt: felteraith. Elle complt1tait, par cle Metlernich ne Fut pos, ain i qu'on l'a écrit,
une iu1dlig1•nti: a ·ol'iation, le roi• de on l'in:éparable amie dt' l'impératrice . .Yme Ca- où le. cadres étaient rompus, où le contact
oumari, qui la tenait en grande estime. l,e relle - lectrice, pui dame du palai , alla- était de chaque jour, où l'exi tence d
verain était mêlée cootiuueUemenl à celle
prince . uutt•nait on per,onde J ur · Mie., à table, au
narrt' d'une h1•lle tenue extéLai, au théâtre, en promerieure. C'était l'amha .adeur
nadr, 1 · lien e rc ~1.:rraient.
accompli par ]\·,prit el le~
,\lor , vrai111e111, la pré enc
ruanièr s. Il perdait de vu ,
de la prince:. e de leuerni h
Jan. l'rl,loui · ement trop rad ·venait pré&lt;'Ïf u~P, indi. pcnpide dt• Îèle mondaine,,
,able, à l'impfralrice. Il iml{Udtturs-urw. d,•, nél'e il~
portait
de crét·r, autour de
d'oh trnttiuu el d é1udi: de
oi, du mouvement et de la
homm • , qui 'impo~enl à
aietc'•. Ur, personne ne po l'étal d1pluuiali,1ue. La politiédait le don d"enlraînemrnt,
11ue e1111u11-!éede. '· poléon Ill
cedoo qu'ell garda toujour:-,
a,ait J,. détour· et d omà l'égal de ~Jmc dl' Mel ternicb.
bre , où ne Dé11étrait point
Le temp~ étaient calme,
.on coup d'œ,I fu••ace, it
et pro.pèrl• . Toute les illuqu'il n' prit pa garde, oit
sion emblaicnl permi e .
ftu'tl '11n 1apporlà1 à la 6nes!-.e
Pour pa · l'r I heure aus~i
de pcrcep1i11n de 1'aruba ~,agréaLlement que po . ible,
drice pour y roir clair. Ce
la prinre-~e 'était pa. ,ionnée
n'c lpa. qu'"llc en parùttr~
de
specLacle . IJle î apporta
occupt!e. tlle ~erul,lail avoir
cette fougue qui lui élait naa. ez à raire. nu d air
Lardie el CPtle facullé d'iniétourdi,, 'lui trompaient ùicn
tiatiYe r tée . an t·mploi . ur
dt! "en,, d.. 111euer . a partie
d'autrfs lt'rrain ..
dr femme â la mod .. dans l'i ntouraot.. hal,itud de l'impéra.\ la Cour dr Tuilerie., on
trice. un a1tP11tio11, toujours
nait re::-!-U~cil • le rilt .ompe.o évt1l. u·aur:ut ·u trouwr
tuaire_, remi. en ,i;!Ut-ur dr.
dema rJU1! plu· ing..nitur 4ae
lois de pré éa11re et d1!. oh ercette fo111tc i11diffl:rrnce pour
vance: d'étiqurue. qu'on 'atle my,tr-re dt! la politi,1ue .
tachait :irn1: d'aul:11Jt plus de
Elle était de ecu -là, pour-:&gt;În à faire re p1·cler qu • Je
laol, qui peu ;tÎtnl. r, llé&lt;'hLpre. rriptioo en dataient de
aicnl. ~l.11,1I t'ml,l it4u'elle
la Yeille.
·e fùL d,t 11 Ill' lt! plu:.- pre é
Le début· de diner el
étant de s'amu,t-r, Je re.te
de ré&lt;·epl ions 'a nno11ç.aient
Yiendrait à MIO hcurè.
an&gt;c une froid1·ur impo ée.
Le ·alun d • la princes e de
Aell.erui, b était le plu ouPeu :i peu le liPn. ~e détendaient. On e rdâchait de ces
wrl à la co1m•r~1ioo libre
qu'on cu11uùt à Pari • Elle
manil·re apprêlé&lt;',. I.e tementreten.iit. de 011 air d'inpérament el la jeune. redul~eucc d1 traite et de on
prenant le dr,sus, on riait,
encour-Ji ant ·ourir , le lai on •~ aiait, on était oi, et
er-aller de ce eau crie
bien dl• réunion commenl'excitait 11,ème de l'ai.,uil~
cée ou le ma~11ue d la
LE l'Rl . 'CE ET LA PRINCE . E OE ~, ETTERsrcn.
Ion, qu,tnd il ri,quait de
ré r\'e officielle e terminaient en une ,orle de terlanguir. lbacuo, aleu tour' di ait , on mot.
Elle euteud.üt et c ou,·enait, tri'· é,.,,vée ché con&lt;.1ammPnt à la p,•r onnc de la souve- lulia e.pa11nolc, où chacun dh,it tout ce qui
raine, et à 1111i lme d11 \IPllernich déclarait, lui pas.ait par la tète an au1r• .oud de
dan. une minule d",·xpan ion, 'lue, . i l'impé- la formule. Mme de fctternich, a1•ec l'ai1: tlle rnlra fort ••nol aussi ,laos le, idét&gt; de l'impè~1(!•'t ~ur la ~u,• lion romaine. Or, 001 nï1n1ore qu l'.:~ratrir.e etit été une Jarie-Antoinelle. elle sanre de sa naturelle gaieté, bàtaiL le motm1e rul t.,UJOU IIUC J patin\' oppù.anlc.
aur;iil ,·oulu être a princesse de J.amballe, ment de la :con,er. aûon . franche et d'e -

. .

... 253 ...

�1llST0~1.Jl _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __

L.Jt
pre~. ion libre. La causerie . e rendait plus
intime. Le. yeux brillaient a,ec plu , d'éclat.
On r pirait, on ,h-ait. r1i:jà le préc'dent amba. adeur, baron de lhibner, avaitcoo latéque

en :prouvait un ha"rin 'm81 • d'irritation, la
prinec!S e de MeUernieb lui était une comp gne instante el néce saire même, par le lwoio qu'elle r, eu tait de distractions à tout

UIGII

LES

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E T IRES DE C€ R
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eo!lldes.

DE M, LE MARQUIS DE MASSA

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FAl · UIILE DlS PR OGRAllllES, l)l f&gt;lllllÉS
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J.I.IPtRIAUl, A COlll ' llG ' E. (Col/~clio11 Ju )h1&lt;QCIS DE

le Tuilerie- n'ùait:nL p . un liru de tri le.
el que ce· représentation dL gala avaient bien
four charme au :reux amu is d'un diplomate.
liai c'e là Compiètme, avon -nou dit, où
fme de Yeucrnicb pas ait, chaque année,
plusieurs emain~, qu'on 'échaulTait da\'antarre à la pour·uite du nouveau, et qu'ellemême exerçait, avec le plu de uc -. , le don
qu'elle avait de emer ur . es pa l'animation
, el la vie. Dans le io lanls de tri te e de
l'impératrice, lor que l'empereur, qu'elle
aimait exclu hemcnt, la délai il, et qu'elle

1.,nns

DES

!IIA ,. A, t

pm. La « dame du logis , , comme l'Jcrhait
lérimée à oo a Inconnue 1&gt;, u,ait de tout
pour comballre l'ennui ecret. Et les représentations, le:. chanson , les partie de campagne se uccédaient au •ré de imagination de celle dont on a dit qu'elle fut, à la
Cour de France, l'amba~sadrice de plai~r .
C'est à traver ce jeu:t: et ce dj\erti ement qu'avait eu lieu, un 15 novembre, jour
de la fête de l'impératrice, ur le tbWre de
la Cour, le pa , si expre iI, le pa ioouhlialile
du Diable à quall'e. n caprice de grande

dame, «lu'on nec" a plu de raconter, et qui
e~t dewnu, depui le temps, bel et liien un
cliché de chronique.
On al'ail eu la fanlai ie d'un ballet à daner en co turne, comme à l'Opéra, maillot et
jupe courte. Le Diable à quatre aYait été
choi i. o maitre à dan cr de !'Opéra • 'était
rendu, chaque jour, en nrand ID)' 1ère (car
on en ré.!ervail la .urpri e), à Compiègne.
pour conduire le répélttion des «Juatre dan. u. e cl de leur partenaire, le m rqui de
Caux. Et le moment arrhé, devant Ioule la
Cour, en pr'•. encc d'un grand nombre d'étrangers io,·i1é pour la circon. tance, le baHet fut
dan$é, ruimé très brillamment. Le artu-te.~,
au noml,re de quelle une ambas,adrice,
c·e t-à-dire 1. princ " e de lellernich, étaient
venues recevoir, confu e et ·atb!aite , les
compliments de l'empereur et de · hôtes.
Une chronique indi.erètr. ajouta que la f te
a,anl été terminé• par un bal, on avait prié
1; dan· u e du Diable à quatre de ne pa
remplacer 1·or maillot· par de jupes de
cour, d jupes longues, et que le plabir de
la oiréc en fut de beaucoup augmenté.
Les cbo e' n'allaient pa. loujour an encombre dao l'arrangement. de pectacles et
d diverti_ ments,oùellea,·aitlaha.utcmain.
Ou a conté le ingulier dilîérend qui 'était
élevé entre Mme de llellernich et la duches e
de Per igny, pour fort peu decho , un mince
détail de mise en scène. On devait donnn à
Compii&gt;gnc la figuration d'un tablt&gt;au de Watteau : le Dé;eur1ei- champêll'e. Et la prinet&gt;s e 'était chargée de la di:.tribution de
per. onnarre et des co tum s. Cha_cune e
disiit contente, saur Mrue d1• Per:-1 11n), la
fc&gt;mme du mini trc de l'fntérieur, par '
qu 'elle n'} ,oyait pa l'occa ion de 'attifer à
.a manière, comme elle l'aurait voulu. Par
exemple, se· chc,·cux blond· étaient d"une
rare Leau té, cl elle aurait tenu à I • montrer.
, - Je veux que l'on mie me cheveux, »
répétait-elle 3\'e~ un lége: 1.ézai~menl et une
ob ·tioation mutine, qui o!Tra,eot quclqu
cho e d'enfantin.
« - ~lai c'e l impo iult', répli(JUall
Mme de letternit-h, il faut, au contraire, une
pclile coiffure rele1· ·' cl poudrée l
u ...- Non, reprenait Mme de Per ignJ,
nous fai. on cela pour noo amu cr et cela
m'amu_e d'arnir le· cheveux défait ' .
ai ,·ou ne voulez pa raire comme nou.
tout~, ne parai . ez donc pa, dan Je tableau. »
Et elle .-n r 1féra à l'impératrice.
&lt;1 - Lai se:c-la faire, dit la ouveraine, c'e t
une nouYeaulé, qui . t&gt;ra pt•ul-èlre heureuse.
« oo, non, elle ft:ra tout man4oer.
li oyon , ma chère princesse, qu'estce que œla ,·ou fait'! !-:Ile era Loujoftrs_jolie.
e ,ou querellez pa pour etla, soyez 111dul"Cnle. Vou avez, cette pauvre Mme de P'rign · sa mère e t folle 1
" ~ Ah! . a mère e t follet, ch bhm!
1. L'imp1:nlrice n'a,ail pas rnulu dir~. que la du1&gt;11t 11 cervel!e ~ 1ercnl et . Iridées uo peu bn,utllus. O_n con11a1ss.11~, ~u~ ce p&lt;11n1,
les ,ou i du duc ,le Pel'Slgoy. Aux rcc.·P.lfons de la
place Beau vau commP aus fèles plus rntrmes Je Ea
thP se elle-ml!lll~

P'R_1NCESSE DE METTER.N1C11 - -~

mon phc e l fou, t'l jt• ne céderai pas. 11 mieux un clalrue plan!' droit. .. el orné de
de corrirrer ! Av nt elle, on n'était rien moins
Il fallut en pa. ~cr par a \'Olorrttl.
tl,·urs ! t:ne autre foi., Octa\'c Feuillet dt•vail que difficile, chez ce.&lt; dileltaotC's, ne onOn a pu . 'en former une juste opinion : faire venir un e:irrick et un paotalcin mou:se
l'aml,a ·,adric •, 11uoi1rue au fond du cœur p,rnr un rcilc de \·01ageur, el l'idée de pa- ~eant que de rire el de 'amu cr. Ain i, le
bienveillant et honn ', açail l'humeur prompte; raitre en cette tenue, ou plu tard en maillot 15 nol'embre I a7, le jour d,· la tète de l'impératrice. on avait joué, à Compiègne, une
el J"on s'en ap•rcevait. quaNd on .'altirail i1 paillettes devant Leurs ~laje té , n'était pa
grande
charade, dont Mhimée et ~locquart,
imprudl'mm nt quelque r •partie mordante ou pr :ci émenl ce 11ui le rlljoui. ait le plu au
le
·ccrélaire
particulier de l'empereur, comquelqnc Irait acéré, ,·enapl de a franchi: , monde. Comme il eùt préfér,: à tout cela une
po. èrenl le texte. ftoufand y rempli.sait, à
en droitt• li~ne.
promenade trani1uille et méditalil'C en forèt !
Ceux qn"dle appréciait el farnri:-,ait de ;es füis la princes e sarnil si bien ramener en- la .atUaction ~énér11le, un rôle l,ooffc d'Auymp:1thie , en revanche, la juneaienl bien -uite le contentement dans l'àme de on au- '"er;!nal et rc:hélait un talent de comédien
. édui::inle. Lo. poirrnéc de main chaude el teur, cmbe.o.,né de Ioule· cc menue. -eri-i- parfaitement inattendu chn un mini tre de
rordiale, le mot heurcu trou,·é de uit.e, le Lode ! Elle était la. plu fervente de applau- l'Io lruction publique el de. Culte!!. En redétail pn onnel 11ui louche a1nilcll, l'action di. ,eu. : . Elle donnait le _inoal. Ou lapait "anche, le atlrice , pour la plupart d
t!tprr ·. ive de e ·eu. el de .-oo l, n"age lui de. mains dam la aUe élécranlr. On criait étrangère , avaient e tropié la poé ie, à qui
mieux mal et, en particulier, une lady Egling,.a,.nai nt, à l'in ·tant. le· intelligence. qu'il d' •ntbou ia,me. On rappelait le po:,,te, et •
lon,
qui cbangr.ait le rimes, tourmentait le
lui plaisait de 'attacher. 0 aa,·e Feuillet, d~- intrrprètt . Mme de Yetteroich réapparai ait
la premil•re foi!i qu'il arait été mi en sa pré- entraînant l'beurem: coupahle Jusqu'à la dialogue, allong •ait le ver de trois ou qua~enCP cl qui! trè opportun :ment cil a,·ail ramp' 1&lt; dc,·anl le public idolàtre 11. Et Oc- tre pied de conlr -bande, et e trouvait,
entamé la conrersation :,ur .on roman de i- la,·e Feuille! fini ,ail par trou\'er que c'élail avec cela, très coolente d'elle et du public.
La Cour avait été charmée.
bylle, 'était déclaré charmé, t:duit, conqui . délicieux.
f me de lctternich l mit ordre. li fallut
Elle açait, d'ailleur , cc qu'elle fai:-ait, la
s'entendre à jouer et à dire comme de arfine amha. ~adricc eu :-e montrant à l'égard
Le rtile qu'elfo avait accepté de i bonne
dn maitre frri1·:iin lleuri • de douceur el de gr.\ce n'était pa. au si ai é qu'on le pourrait û le ce comédie de paravent.
pr :"enance. Quand t1D aime le tbé.llre el croire. Il n'était pas i • impie d'entretenir à
J'ai ou les yrut. tr~- à propo·. le volume
(Ju'on a . ous la rnain no nuteur tel •1uc Feuil- jet continu le rourant de la belle humeur
let, cela vaut bien qu'on dépen:c de l'cm- dan cette ociété dé. œurrée. On y mellait à as. cz raréfi I du Thédlre de aum du marqui
Philippe de lia a, gentilhomme, .oldat et
pre: 1•m nt cl de l'amabilité . • ·e venait-elle
'amu f'r, parfoi , une lionne ,oJonté Lri•
écri\'ain,
auteur attitré de la Cour de Tuilepa justt•mmt dr former le projet d'une cha- laborieuse. Toul comme aux Tuilcri~, il y
ries, régi seur général des cène de Comrade pour la fètc de l'impératrice?
avait à Compièrrne de. aprè -midi fort mau - pii·gne et de Fonlaineblco.u, qui avait pri la
Le lendemain, san plu~ nlleadr ', elle lui
aJc , quand il n·y a,·ait pa cba ~e ou excuruite du duc de Moro ', dan· l'art d'improfai.ail ronfidencc de ce li au d1u,cin. Le mot , ion en forêt.
"i,er de vaudevilles mondain à l'u a11e de
4u'clle a trouvé est de circon:-tance : ArmiUo oir, avant le dloer, elle n'avait pu
1•er airl', • fa ·œur Anne • pour la pre- trouver rien de mieux, co attendant le po- prince el de leur imités, el qui app lait
mi/•re syllabe, lui ouvr, une matière com- la •e, que d'indi11uer aux belle. oisivei un jeu, ~lme de lellcrnicb a u e. On ne jouait se.
mode à remplir. ffüer vi •nl de lui uggércr où il .· avail de la farine et une barrue dcdao ·, m nues pièces qu'une ou d ux fob; mai il
une malicieu~c fantai i&gt;. Elle a rché &lt;1ue le ,1ue l'on devait ai~ir avec . e, d~nls -an e a,·ait ce u~ enviable de recueillir le
fringant Galliffet aurait l'attitod, d'un homme blanchir le nez. Cho e difficile entre toute . applaudi .ements de· main •l le- vivats de
bouche· le plu ravis antes de la création.
11ui tom!., le ,enlre ~ur la glace el ne peut
Par le Lemp de pluie, on ne ~avait qu'iui, \·oilà Lien ces faroeu Com111er1tair
pa e relt·H•r.
maginer pour réveill •r l'animalion ur le
" - Très bien, princ se .. fai qui fera ri arr• a~.oupis. L'annonce d'une charade de Càa,·, C lie revue en deut actes Je l'anlt's \'Cr 1
née 1 lî5, un document lypi&lt;fue des actuartait la mieux accueillie et répandait, ou- lité.~ pari. ienoe· du momen1. el qu'avait
• - You~. 1 n'.pond-clle. •
dain, une noie folùtre dan. 1 salon . La
Les cbo~ei; ne trainaient point a\·rc celte perspecti\·e de co. tume ·, le ouri d toi- montée, répétée, et en grandi! partie interC"nlraincu e. On avait du :,'y mcllrc de uile. ldte , le jeu d,~ · répétition , c'était pour en- prétée, chantée 'on .\Ile e la prince e Pauline de Metternicb.
Quand il la rdrou,·c au ·bàteau, ,·io!lt-quatr
chanter Ir femme ·.
Elle y tléplo1a une chaleur tic zèle c traorht&gt;ure après ou guère drn1111a"c, la princ . e
Le thé:itre était le grand moyen.
dinaire.
a on rôle en main el le trarnillc dïmporCe fut toujour · la pa, ion dominante de
Dan la mi~e en ·Cclne d'une pièce in~crite
lanle, Oeta,·&lt;! l'euilld ura donc été l'auteur lime de Ic1t1:mich, le thé.Ur i en tou , enr
diliuenl, le con. rillcr littl'.-rairc ingénieux. li et ou toute le r;rmes. Elle n'en ùédai- au tableau, ,\!tue de ~fotteroicb, tout à on
e croit quille à cc compte. ,\fah non. Ju~te- gnait rien, même le fi1ruration-; rouelle cl role et à cc qu'on c,-pérait d'elle, ne ~e tenait
correspondance
ment, on per oonarre reste inoœupé dans la • le· taLleaux ,ivaots, qu'elle di. po,ait -céni- pa · d'agir et d't'crire.
charade; c'e l un méchant rùle de jardinier, quemenl avec le femme· intelli••cnte el ljUOlidienne en était con idérablemeot gro ic.
1pii lui tomiendraiL à men •ille. Un le lui a jolies, 11ui partarreaienl cc "OÙl. Elle était Clraquejour, elle email de Ct!' hillrt · alerte,,
r: ené. Il 'eo défend. Est-ce ,pie le prince prince~ e de nai ~auce el d'éducation, arû te comme elle ut en lourni:r ur tou le ·ujet~.
et qui formeront, le jour où oo 1 réunira,
de l\cu~s'!... E l-ce 4uc Clermunl•Îonncrrc el mu icienne de tempérament.
un r ·cueil de plu curieux d de plu· vivant. ,
u· nd.,~~erail pa Lt'au •oup micu la 1·c. le
Le leu acré était en elle. Elle anit la con~I. de lia ·:a, 11ui com ·rra, depuis lor ,
enrulrannfo de ce hergèr LouL XV? Vaine
·tanœ d'apprendre de lonrr. rôle.- coupés de avec la prin · e des rapport J, "rande
xcu c.. Oo ne \'eut pa eo entendre daran- chan ·on , d'organiser les répétition- et de réla"e. Il n'a que le lemp. de donner es ulcr point par point l'arranrrement d pre- amitié, en fut, naturellement, très farori ·é.
JI y a\·ait à 'entendre ur maints détail·, à
in trutLions pour le décor el d'aller pa. er mière , awe le concoor de ault' ur et de
culoltt! de a.tin. La repr :,enta lion a déléuué · officiel· de· plaisirs de la Cour. Ellll couvenir d'un rôle, d'une intcrprt'•Lation,d'une
lieu. n ,erra le délicat écrivarn apparaitre se fai.aitde on plai ir un devoir et un lra\'ail. nuance nouvelle à introduire, d'un changement h faire. Et les notes épistolaire n
tout à l'b ure, au débouché d'un para,·1:nt,
li était bon qu'une entbouja 1, de la
et e montrer &lt;:u cène rc\'èlu d't111 as ez ridi- .c ne, une ,irtuose comme la princes c de cbomaient pas
c Vou de,e;: al'oir bien des letlre de la
cule co turne, a'"cc une tète de vieux bon- Ml!llt:ruicb, eût à cela l'œil el la main. IJor ·
pirituelle grande dame, di ·ais-je au marqui
homme poudré à blanc, portant de on de sa ·urreillanc , on eùl commis tant
de Ma a, un oir de rencontre inopinée
terre de CliamaranJ •, la 11ë1r1&gt;-1:i d,· la 1lud1
d'inexactitude , répété tant de petile mala- (c'était au Th~àlre-Fro.nçai , à la prrunière de
11' lait un • •cr~l pour aucun ,les im·ité •
dre ~e , qu'on oe prenait pas a ez la peine la Plus Faible, de Marcel Prévo t), dt-... 255 ....

�H1STO'J{1.ll
perles que vou'! ne lai erez poinl s'égarer.
« Vou· vous tr11mpez, me répondit-il. Je
ne con&amp;t'l'Ve plu de lellres, depuis qu'une
tentation lrop forte ou qu'une main trop
pr Le s'est :1vi,ée d'en alléger mes tiroirs. ~
Par quel ·ortil~e e ont-elle~ en,,olées de
la cassdte du mar11ui' de ~fa a, qui les
croyail bien en ùreté dans le château de
Ménars, po11r circuler rn public, an indication de la provenan1:e, ni du nom du d.. Lmatairr? Le mysti&gt;re ne nou en a pa été éclairci.
Ou moin , rlle n'ont pas été perdue pour
tout le m,,11de. Il n'est rien que de très innocent, au re Le, dan ces billet « d'arli te » à
son poè1e, dt'S idées qu'on échange, de la
collaboration à &lt;l1:-lance. On y peut uivre,
jour par jnur. la marche des répétitions el
J'avancemeut des étud..s.
Ce sont de~ a,is, des conseils qu'on sait
donner fort à propo , avec une ju ·te ·se
d'instinct el de la manière la plus courtoise.
« Ne m'tlo v,•u1llt.'z pa~, dit-elle, - à la lin
d'une a· ·.,z lon~ue mi~. i,·e pleine d'obst-rvations, - Ut! m'en veuillez pa · de ces difficulté· pour mon rôle. Je déte· te faire de
emharra~, et j .. me suis décid.le difficilement
à vou~ en parltir. U,i· c'est que votre uecè·
dépeud b, auc·oup aussi de œrlaioes ch,i-e ,
que je me ,uis llt!rmi de vous mar4uer. ))
La que tiou de co. turnes e L son :,onci
parlil'Ulier. Ult' s'y eute11d, du re:.te. F.mellre
des proj .. ts. ltls fJire dessi11er par Marcelin,
de la Vie parisienne, exJculer par Wo1-th ou
par un aulre, PL revèllr par le plus charmantes mo111.ldi111· ·. pour le plai,,ir de Lou$,
c'est on eocl,antemenl. Mai· il n'e L pa · uu
seul poi11t 4ui 11e la Louche et donL elle ne
s'occupe avec . oll1ci1ude, en ce· coulis ·,·s de
fautai ie. Uan, le partage de· d,v.. rlls~eme11ts, les g11ùLS soul varié~. On aime ici le·
tableaux vivant,. On pr~fère là les ma ·carade ·, les Lraves1i~. Mme de Mellernil'h ue
dé~avoue 11i IP. uw, u, les autrt' ·. M111ife.,temenl. .e:, pr..d,lc• l1ow v,ml à la d1..iraJ .. , à
la comé,lw, aux ~I' ctad,i · dialogués el vivant,.
Là surtout un al'LIVILé fait mt:rvcille~ Pl donnerait à cruire 'Ille l'é,·enla1l r1•pl1é Je la
princes ·e a res,11 ·cité la vertu des l,a~u,·1 tes
ma!!l4u~·. r,,uJours la plu \·aillan1e. Loujours t.ur la hrèdw. elle se plJinl u11 pPu, de
temp en lt•mp,, de la ltédeur vù s'tlnd11rl le
reste de la coml':igniP.
« Vou · verret.. dt!cl:tre-L-elle au puèle de
la r ,·ut!, vuu · n·rr,·z 1t,s Pnnui et le:: llllSt'l'lque vous auret a sul11r avec acteur el aclrlCt'~.
Je con11ai · cela, c'est une ral'e allreU•t'. JI!
pui le dire. pu• ,1ut- Jt'II ui ·. ~~t Comp•èj!tlt'
esl fait, pour répti•er sérieu tme111, c,,111we
moi pour dan er ,ur la corde de B1011 d,n. 1)
Et ,,ue celle 1ruupe br1llrnte esl mala, èe
à conduire, ~urloul à nodre exa&lt;'le!
a Toul le monde court du rua,in au ,-oir
el, à 1'11 .. urtl de la répétition, pa~ àrne qui
vive. Rien 4u.- rautt-ur el ... moi. Ju ·qu'à
préstlul. ça u'a jamai mao4ué. ous a11ri1111
une t,elle cbauni, i le slatu q1w étai, cbd11•rti. o
Eocure, ,,i uu la lai,sait travailler; wai ·

non, pendant qu'elle on!re de la pièce, qu'elle
écril de la pièce et qu'elle eo vil, qu'elle se
tourmente à en éprouver chaque effet, à en
interroger chaque nuance et chaque détail,
aulour d'elle on babille, on fait du bruit,
comme s'il ne s'agissait point d'une cho e
d'importance.
&lt;&lt;
On ,ient m'interrompre à chaque
instant. Bu on {le prince de agan) ja e
comme une pie. Bussière ne se lait guère.
Richard fait comme eux; ma tète n'y e Lplu
du tout, et je ne sais trop ce que je vous
dis. 1&gt;
Richard de Metternich, en effet, est beaucoup moio entrainé. Tenir l'orche Lre, jouer
du piano, il y consent; mais monter en scène,
donner la réplique. il n'en éprouve qu'une
faiMe envie.
« Ne comptez pas ur Metlernich, écrit
lme de Pourtalè ; on n'e l jamais ùr de
lui; il ne veut pas jouer. 1&gt;
'importe, la princes e e donne as ez de
mouv..ment pour deux el davantage. a dilig,rnce e t ans ecoode; sa complaisance
d'apprendre, de dire ou de chanter est sans
limites. C'est au mème correspondant :
« Mon cher ~la a, je chanterai ce que
vou voudrez me donner et ce que les autres
ne voudront pas. Je vous répèle ce que vous
sa,·ez, j'e père : c·~t que j~ ne uis pa lrop
d1ffi1·ile à faire marcher. J°ÉTonu:, à l'heure
qu'il est, mes rôles; car ils ont à peu près
appris. Voilà mon plan de campagne : la
cantinière uipageu e, bruyante, l'allure mililaire, l'air go 0 uenard; la Grève. bona e, un
milieu entre le 1·omi4ue el le ridicule ... une
naïveté, p.enre Alphon ·iot&gt;. Enfin, la Cban on
l1'ès f,·ançaise, graci... u e, f{entillc, gaie et
parfuis très posée, rieuse et parfois Lri le •... »

de la repré·entalion !. .. Cti serait à e pendre
au premier arbre venu l »
En voyaae, à Vienne, ou ur les chemins
qui mènent à es magnifiques propriétés de
Bohême et de Hongrie, elle emporte ses rôle ,
les reprend, les travaille avec le cru pu le
d'une véritable actrice :

Le lieutenant-civil Dreux d'Aubray
Par CH. OAILLY DE TAURINES

« Vieone, 29 octobre 1 65.
&lt;&lt; Je chante et je rechante; j'apprt&gt;nds, je
répèle; je uis, enfin, en pleine revue 1 ••• • ,i

El, à force de brûler les pl aache ... du
théâtre de Compiègne, ans y prendre garde,
entraînée par le métier, si j'ose dire, elle se
lai e gagner légèrement aux façons de parler
dé 'iovoltes, un peu osées, un peu familières
des divas el des divette· :
« Quant à l'air à loul casse1·, cela va
comme sur des roulelles et je me demande
pourciuoi il m'allait si pt&gt;u, au début .... Je
refuse énergiquement la dan e espagnole,
dont me parle Bo on. J'en aurai a,sez fait
en créant tout ce que vous m'avez envoyé. li
y en a plu qu'il ne faut à ja er et à fredonner. Je crains que le public ne me prt'nne en
grippe; car je lui eo sers, en veux-tu en
voilà. »
Mais, tout en se livrant à des espiègleries
que a jeunesse explique, tout en jouant avec
un diable au corp qui n'appartient qu'à elle,
ne croyez pas qu'elle oublie son étal de princes,e et a dignité d'ambassadriœ. li umL
qu'ils soient en cause pour qu'elle se mette
nettement ur la défensive :
« Permettez-moi de vous confier touL bas,
tout ha , que je me refu e à chanter le coupl •t à l'empereur. Je ne pui le faire, et ce
serait ridicule dan ma position d'ambassadrice. Je vous upplie de ne pas me faire
Lrû.ler un seul grain d'encen . &gt;&gt;

Il se rencontre ouvent des anicroches.
Cbal'uae apporte une réclamation, demande
un 1·ba11 •ement, exü:e un coup de ciseaux.
L'1mpératri1·e au.· i taille dans les couplèl en
loug ou en large. Toul de même, le cho es
P!llin s'arrangent. Cda ~e des ine el prend
1·orp·. La troupe arrive à travailler d'ent'tuhle. « Je counais bi .. n LDnn public »,
a ,ure alor la d1rt.'clriœ de la scène. ne
aclr•œ de prores~ion ne s'i:xprimerait pa
autrem• nl.
011 st-nl qu't•lle 11'aime pas les lenteurs.
Elle hrùle d avoir en main toute la pièce, de
~.noir . es rôlt&gt; , d'P11trrr en .cène. « La
pièn,· ! la pièi.·Pl » rèclamt"-t-f'lle. L'imprévu la
wurnwnte. l'1mp11He. Elle t sl dan 1• tran es
4ue tpwlqne événetut'nl malencontreux n'aille
e11t·11re rt&gt;Lard"r la fèlt.&gt; théàlr;1le.
(( J'., ·vèrt: bt.'aucoup, j',·.père de tout mon
cœur •1u.. le d1u1t:ra u·l'rufiè•·hera pa le séjour
d, CompiègnP, ni qu'un affreux deuil de cour
ne viendra uou · towuer l&gt;llr le do , la veille

Qnant aux hardies e· du texte, elle n'e,t
pa · prudE:. ~lai , pour d'autre., pour Cornpi rrne, pour la grande maitresse d'E süng
aux airs timorés el renfrognés, elle réclama
qu'on atténue la vPrdenr de couplrt .. Dan
les Commentaires de César, elle avait douli~e
rôle. Elle incarnait la chan on, la vraie chanon françai e; elle repr l•enta1L au •i, bra,·emenl, un u chevalier du îouet 1&gt;. Il fallut
supprimer, dan le grand air du a apin • en
course, l'allusion trop vive aux store bais és
dt&gt; · voiture publiques. Très amu ée, d'ailleur~, heureuse d'avoir à détailler le malice·
du rondeau, elle avait chaulé le reste du
morceau avec beaucoup d'humour, en digne
automédon-femme, qui, par dévouement à la
famille, a remplacé pour un jour, ur le
siège, 011 mari en état de grève.
Ces grandes audaœs théâtrales étaient de
ai on el ne Juraient que leur temp ·, une
fiè\'re d'automne renai ant el di parais anl
a1·cc le vacances de Compiè!!lle. Le vertige
l. Dan- la même lettre, de sa main de princesse,
pa~ é, elle savait, et vite, reprendre ous son
elle aJuula : , Vilr, faile:;.-moi ln mu~ique Je l'air :
amabilit~ !1ère, pour qu'on n'en ignorât, le
llac.iche turco
a,·ache coguaco .... ,
tond~ la grande dame el les convenances de
Un miuce tlètail, cumu,e on voit, qu'elle n'oublie:
son rang.
pa,.
(A suivre.)

FRÉDÉRIC

LOUEE.

du faubourg Saint-Jacques, cl, le trajet étant
forl lona, celle cbaritalilc prince e a,·ail
l'habitn,le de lui envoyer son carro se.
Le 1;; mai,~(. de Sacy devailju tcment e
rendre thez la duch .e, mai · celle-ci ne put
ce jour-là le faire prendre, tou ·e chevaux
ayant éLé envo1és en relais au-devant de
~[me Ja prince e de Conti, a btlle-,œur,
revenant à Pari aprè la mort de ,on époux
qui venait de terminer dans la pénitence une
,ie p1 .ablemenl agitée.
En cette année 166G, avai , nl commencé
di! précoce chaleur , l'air était orageux, el
en prévision d'une longue marche à pied, l'extrémité dn faubourg "aint-,\nloine n'e. t
p~ tout prè de hauteurs du faubourcr aintJacque. , - M. de Sacy, voulant profiter de
heure les plu fraiche du jour, e mil en
marche à ix heure~ du malin.
Comme, depui plu de deux. am•, il 'al-

afin, lor,qu'il ,erait pris, d'al'oir au moin
comme con. olation et -ecours ce beau lh·re
M. de Sacy, les épîtres de saint Paul,
dans sou cacliol.
les u carrosses à cinq sol n et les
cc Q11'on fa ·.e de moi ce qu'on ,·omlra,
Mét.11norphoses ,t'0111de.
di ·ait-il avec a · urance, en quelque lieu que
l'on me mette, pourrn que j'aie mon :tint
Paul, je ne crains rien 1 »
Les . olitair~, ces amis du dt!hors chez qui,
dès l'année I GGO, le Lieutenant Ci,·il avait
lai 1a chaleur 'annonçait comme devaol'
été appelé à faire de~ vi ile~ terminée de si
être i accablanle et le chemin à parcourir, à
aimable taçon, furent, par ordre du lloi,
pied, dan des rue montante el pous iépotmuhi· avec autant d'acharnement que le
reu e , était i Ion que, ce jour-l;1, avec un
religieu e . Errants d'asile en a.ile, c'est
peu de Mrrel el pour ne pas se trop charger,
en 'min que, réunis par pctil !!Toupe , ils
~r. de .. acy lai a on ,:;aint Paul ur a talile.
·tlîorçaient d'échapper au. recherche d'une
Afin d'ailleur de diminuer la fatigue el de
police sans cesse en é,·eil.
couper le trajet, il comptait 'arrèter ;1 miPeu aprè l'e111rée solennrlle du Uoi el de
chemin à l'egli_e aint-P,IUI ou à 'aint-Gcrla Reine à Pari , M. de acy, le saint prêtre
vai' pour y enlendre la me, e.
directeur piriLuel de olit.aire , avait dû
Accomp:icrné de ~I. Font.aine, l'un de
quiller a retraite d Trou el venir 'in litaires qui demeuraient avec lui, il ,e mit
taller en ecret dan une mai on i.solée
donc pai iblement en route ,er la ,-ille.
entre cour et jardin, tout à l'extréA peine, en suivant le faubour"', les
mité du faubourg ... ainl-Antoine, non
deux matineux marcheur· araienL-iL
loin de l'e planade qu'on continuait à
parco11ru une faible distance, qu'arappeler « le Trône », depuis qu'y avait
rivés à la hauteur do l'abbaye Sainlt\lé dre~sée l'e trade du baul de laquelle
Antoine, il· croi èrenl uncarros equ'il
Leurs !lajesté a\'aienl reçu l'hommage
reconnurent comme celui de M. le
de Lous les corp de la Yille.
Lieutenant Ci,il; il était tout rempli
Là, en compa!mie de deux ou trois
de commis aires.
amis fidèles, M. de acy menait la vie la
Sans prêter autrement attention à
plu rclirée,ctce me -ieur ·, respectéi;
cette rencontre et é,itant de e retourdes voi~in pour la dignité eL le calme
ner, le deux Yoya"eurs continuèrent
de leur ,·ie. e.-;péraienl pou\'oir échaph:ur route; ils allaient en grand .ilence,
per ain~i aux recherches de leurs encar M. de ac.·l avait coutume de dire
nemi~.
tout en marchant quelques prière, et,
Pendant un certain temp il
passant le pont el la porte aiut-Anloine,
avaient réos i en eJfcL, lorsqu'au comil pénlitrèreut li.cnlôt dan la ,·ille.
mencement de mai de l'année 166ü,
A celte heure matinale, le .oleil, has
ils crurent remarquer autour de lrnr
encore sur l'horizon, projetait à travers
logis et de leur per onnes des allée
la rue aint-Antoine J'ombre des ha11el ,enue et une surveillance de gens
les Lours de la Bastille. [)'in linct le
bitarre aux allure à la fois discrèles
compagnon de M. de 'acrleva le eux
cl inquisilire , ayanl tout à faiL l'air
vers les sombres murailles de la prid'e pion de l)Olir . M. de acy ou
on:
-e ami· venaient-il h orlir, quelqu'un
11 En vérité, dit-il, nou ne peu on
au itùt était ur leurs talon ; prepas as ez à ceux qui sont enfcrmés là;
naient-i ls uncarro e, unaulre carros e
ou n'a point celle compa · ion, dont
les sui vail; comme il avaienl un jour
parle saint Paul, et qui fail que l'on
p:t sé l'eau à la porle aioL-!nLoine
&amp;t au si sensiblement louché de 1a
pour aller à Saint-Médard as.i ter
capliüLé déS autres que si l'on était
aux funérailles d'un de leur5 amis, un
captif mi-même. J&gt;
homme se trou\'a dan le même ba- L.i. RtrE AINT-A::-TOIXE ET L'Ü,LISE An.t-PAUL AU nu• SIÈCLE.
Il disait cela en pensant au bon
D'après unt gravurt .tu Cabinet des Estampes,
teau cl ne le quilta pas d'un pa 1 •
M. avreux, Je libraire cl ami des
Choi i comme directeur de conscience
olitaires, qui, depui lonrrtemps déjà
par la duches.e de Longue\'ille, .Y. de aC) tendait un peu à être concluil qudque jour à était à la Bastille pour aToir imprimé leur;
avait 01nent à se rendre dans Ja peli te mai on la Ba tille, il avait pris oin de faire relier, écrit 1 •
en un volume do formaL portatif qu'il prenaiL
«
assez! C'est a ez, M ieurs! cria
; Ellrail du volume : /'ère el fille 1Philippe de
toujours
ur
lui,
les
Épitres
de
aint
Paul,
Uiampague et tl'III' Cc1ll1el'i11e de Samte~S11~1111e
2. 11vreux re la dix mois â la Ba lille. )'ou· l'ie
;, Port-lluyal , 11ar Clt. Gailly de Taariues. (Libr iric
1. Foot .. ioc. lcmoiré pour .en-ir il l'hi toire de
Ïllléru,011us et édifta11le1 de 1/eligieu ·es cil' J&gt;ort

c·~t

lle1:ltcllc d C".J

... :?56 ....

lV. -

Hu,TORIA . -

l'orl·ll.upl. lln.'t:hl, 2 vol. in-12. 1ïj6.

fasc. 3o.

Royal,:, L. lï52, m-1'.!, I\·. p. 25~.

�_

111ST0-/{1.Jl ----- - -- -------------------------·--------'

à l!e momenL uno voix derrière les marcheur
, 'étant retourné:, ceux-ci reconnurent

fours, les attendaient au passage, les voyaient
lou pa~serpleins devanteux. Le· jourssuhanl •
le uccès ·'accentua encore : des magi Lrats,

glisser le lettre , de a pocbe dans .on caleçon; imiolable asile. pen ait-il.
En quelques tours de roue, un se Lrouva
chez le commis air .
u OtE&gt;z votre manteau, Mou icur, cl ,·euillez
Yous a seoir ur cel escabeau. dirent le archer à M. ùc SacJ dès qu'il fut entré; et le
cordons de es hauts-de-chau~sc a ·:ml élé
dénoués par ces valet de cbamLn· improYisé~
qui, pour le mieux servir, 'étaient mis à
genouJI de,,anl lui, le pamre M. de ,. ac eut
la douleur, au milieu de leurs rire ironique , de voir les 1&lt; lettre de con cience » se
répandre lamentablement sur le parquet eL
tomber dan · leurs main ".
fai , après celle Cormalilé forcée.
le
commissaire voulut faire preuve de l'amabilité qui en dehors de :c devoir profedonnel , lui éLait baùituelle; ayant donc mené
~[. de acy dan une chambre haute. il ounit un placard dan · l'encoi.,nurc d'une cheminée; les lablelles en étaient garnies de
liv1·cs.
&lt;1 C'est ma bibliolbèque, annonça-L-il, non
san. fierté, car il se piquait de quelque cannai ·once dans les belle ~letlres; vou. poU\·ez,
Mon ieur, y puiser à voire fantaisie . Quel e t
,·otre auteur pri:f{,ré? Voici les Metamo1·pho ·es d'Ot•ide, Ll1·t ,J'aime1· ....
- Pardon, ~Ion icur, interrompit doucement ~L de ~acy, j'aimerais mieux la BiUe,
ne l'a\•ez-,1ous point? 1J
EL comme la Diltlc ne se lroma pa dans
la bibliothèque de M. le commissaire, déplorant le fatal mou,em.ent de mollesse, 11ui,
pour éviter une falibrue, 1ui avait fait lai ser
son aint Paul ·ur la table, le pauvre li. d~
Sacy se pas a ce jour-là de lecture.

,r.

LA PORTE

\\i; T-.-biTOl1'.E. -

Gr.ivure dt

alor · uu de, rnmmissa1r &lt;lu carros~e qui
accompagné de deux archers, les avaiL doucemcnl uivis sau qu ïl s'en aperçu sent.
u )fo sieur , e'Xpliqua celui-ci, j'ai l'ordre
ùe mus arrêter.
- ·e vou trompez-vous point, Monsieur,
u'l a-t -il point d'équivoque 'l répliqua, en s 'effor\:ant d·assurer a voix, le compagnon de
~L ùc 'acy. Moo iear, achcz-le, esL uuc
per onne d'importance · prenez garde de faire
mal à propo du scandale.
- '1on, non, répondit le commissaire, il
n'y a point d'équivo 1ue; nou connai . ons
vo as t•mblée. du rauhourg aint-Antoine.
- .\.lor , .il'!!&gt; icur I faiLE's de nous ce que
vous avez ordre de faire 1 • ,i
Le commi saire voulait éviter l'éclat, cl
comme on .c trouvait justemeul en face du
bureau des (l Car,·osses ri. cinq liOl ,, . au
coin de 1a rue coaduisanl à la place Royale, il
y fil entrer se pri onniers.
,. ur l'inilialive de ~1. Pascal à qui 4ucl!JDe · grands ~eignt urs de se amis a\'aienl
fourni de food .. l'rntreprise de C( Carrosses
à cinq sol » - ces ancêtres de no moderne · omnibus - a\'ail eu, quelques années
auparavanl des dJbuts e:.trêmement brillants; l'inauguration de la première« roule ,&gt; ,
aJJaut préci ément de la place Royale au
Luxembourg, avail été un vérilahlc triomphe :
la foule se pressait sw· loul le parcour , le
ouuier, au passage des voilure . quiuaieot
leur ouvrage pour les regarder· on ne travailla guère, ce jour-là. dans ces 11uartier •el
la11l de ,·oy:igcurs e pre -i:renl pour entrer
dans les ,·éLicules que ceux qui, aux carrc1. fü,moirc~ de Fuulaine.
2. ur le;; Cm-rosse à 5 sols, , oir la M ll·c de
\lme l't!Jicr i1 Arna uld ,le Pumponne , racoolànl d11
façou fo rt amu,au lc b journée d'ina ul!'Uraliu11 . (l'u-

~ COTIN .

(C.:ab{ntl des E sl.1111pe_s .)

con. eillers au Chàtelet, maîtres &lt;les f\eqi.tèles,
et même des conseillers au Parlement ne dédai0nèrent pa d'empnm1er ce mode de Lransporl pour se rendre ù l'audience el au Palais;
bien plus, on rit uu jour, non ans admiraLion, uu prince du ang, !gr le duc d'Enghieu,
fils du grand Condé, monter en carro e ~
cinq ols! L'entrepri e en uu mol ,emblait
marcher Vl'l'S un triomphal uccès lor que ,
toul d'un coup, la mort malheureu e du
pauvre M. Pascal, enlevé à trente-neuf ans
par de · infirmités douloureuses cl précoces,
vint arrèlrr ce bel es or. Oe ce jour, les carra .c à cinq .ol · ne firent plu que ,·égéler,
leur e.n-ite devint irrégulier et incommode,
au si la foule ces~a+dle de se pre scr aux
bureaux, hs ,·oilure partirent à ,,ïde , ilne
,c trouva plus pt:r~onne pour le allendre
aux carrefours; l'enlr?pri e était morte avec
son merreillcux organisa leur 2 •
Ce jour-là donc, à celle heure matinale,
un carro.:i e vide allenùait JSolitairement le
moment du départ· profilant de la circonstance, le commi . aire pria &lt;1 le mailre du
bureau &gt;l d'agréer qu'il fit monter es prisonniers dao la ,·oiLure pour leur faire ,eulemeol Lra,erser la rue et les conduire à son
logis, c1ui était loul prod1e, prè ainl-Paul.
- Pendant ce court lrajd, Y. de 'acy 'ilgilait beaucoup. Dan la poche de son habit,
se trouvaient en effet quch1ues !cure_ reçues
de personnes don l il dirigeait la con cience;
l'idée de Yoir ces papier contidentiels tombe!'
entre le- mains des gens de police lui élail
une atroce ou[rance el, sous .on manteau,
à grand effort, il paninL à faire douœruent
pier ùc la r~millc Arnauld. BilJl.dc l'Ar enal) et Y.de

Youlrncrqur . Le carru,:;es-à 5 ,ob. br0&lt;·h. iu-12, 11!28,
J . ll émoirr rie Fonlà me.
i-. li. de ,tuloml iu . ,lu ca nton ile Soleur e, anil

Les Suisses du colonel Molondin

Pcndanl ce temps, l'émotion était grande
au logis du faubourg ainl-.Anloine. Suirant
les ordres trè évères du Roi, des force
impo ante · avaient été préparée pour s·a surer de ces dangereux conspirateur· et de
leur. important papier . Le colon I dr
ui~se , M. de )Jolondin 1 , qui e trouvait
êlre le voi in de 11. de Sacy el de es compagnon et dont la mai on touchait à la leur,
avait r(çu ordre d'as embler chez lui, pendant la nuil, Ioule sa compagnie en armes el
de se conformer en uile aux prescriptions de
M. le Lie11lenanl Civil· une centaine d'archers
a\'ait de plu ' élé cachée dans &lt;&lt; la mai.on du
Trùne », &lt;:elle mai on où Leurs Maj11 ·tés
avaient pri leur repa le jour de leur entrée
dans Paris.
-.: i, le malin, M. le Lieutenant Ci,il avail
tranquillement Jais é passer devant son carro ~e )1. de acy et on compagnon et donné
ordre à son commissaire de ne les arrèter
qu'en \'ille, c'était de crainte que le moindre
brait, excité dan le faubourg, ne vînt à présuccüdê comme 1--olo11el rlu rëgimenl des Garde,
11i.-scs â ~ - de llcs&lt;y, ,lu 1:a nl&lt;&gt;11 Je Gloris. P, Daniel,
lli&amp;t . de la 111ilfoe frrn u;ai«e, 1. ll . p. :;1;, \'oir nulu
à la liu du chapitre.)

L E LlEUT'ENA.NT c1nL D 'R.,EUX D'.JlUBJ?.AY ~

nmir ccu. 4u'on cbcrchait du dangrr qui
planait sur eu\ et ne leur donnâl ain i le
loi ir de Mtoarner qudques papiers compromettants. ... e_ inslruclions donnée, , ce magistrat c fü conduire chez le colonel de
uL ses et tous deux, de concert, combinèrent
un habile plan de campa!!lle qu'il mirenl
aus itôl à exécution.
Parmi les olitairc demeuré dans la maion ain~i menacée d'un siè"e, se lrom:ail
M. du Fo · é, cc jeune homme sur qui lei;
fri,;olrs pectacle du siècle exerçaient encore,
quelques année · auparavant, un si regrellable
attrait et qui, en aoùl IUOJ, n'avait pu ré isler au désir d quiller la olilude de · Trou,
pour venir contempler les pompes de l'entrée ·ol,mncUe du Roi.
Le jour où M. de acy commît la regrettable imprudence de sortir n on volume de
saint Paul, li. du Fossé, un peu fatigué d'un
voyage dont il étail revenu la ,·eill , C'éda au
be oin de faire gra ~e malinée cl, nlrairement à on habitude, à ix heure pas • il
-C Lrouv:.1it encore au lit. "élanl alor- é,·eill &gt;
il e leva, courut ounir la fenêtre de son
cabinet afin d'y donner de l'air et rentra
dan sa 1.;hambre pour s'habiller.
A peine avail-il commencé sa toilette qu'un
Lruit .ourd cl répété, em.hlable à celai de
plusieurs objets de fort poid tombant lourdement · ur le p:irquet, le rappela en toute
hâte et fort intrigué dans .on cabinet; quelle
ne fuL pas sa Lupt1faclion de s') trouver face
à face a ec quatre soldat sui - qui, par la
fcuètre ouverle, venaient d'y sauter avec
Loule la légèreté propre à leur nation el à
leur élal.
« A qui eu arez-,'Olt ·, demanda M. &lt;lu
fossé ahuri au premier de ces étranges ,i iLeur qui se Lrom·a devanl lui; qu'est-ce que
vou waez faire ici, par les fenêtre , au-de.!ll des murs, arec des mou quels?
- Je n'&lt;'n s:iis rien, répondit le fidèle
oldal, c'e L par ordre de M. le Colonel 1 • 1)
Par la mème Yoie, arnc la même légèreté,
d'aulres ·uisscs conlinuaienl à pénétrer;
bienlùt le logis en fut rempli, ils e répandirent daos Ir couloirs, de cendirenl IP.
degrés et coururent ouvrir la porle d'entrée
à leur. camarades appo té en ba .
Un moment après deux commis aires monlaient à la chambre de
du Fos é.
« Voici M. le Lieutenant Civil, 1, annonchent-il .
Ea effet .ll. d'.\uhrar marchait sur leurs
pa·, et, pénétrant dans Ïa chambre, 'y trouva
eu pré cnce de 1. du fos é, lOUJOnrs en
costam1: de nuit, tel qtr'il était orti de on
lit.
&lt;&lt; llonsieur,
'écriait avec agitation M. du
Fo éen parcourant sa chambre dans ce léger
co~lume, je ne ~aurais a set 'l'OUS témoigner
combien je uis 'urpris de votre façon d'agir.
\os rren me traitent TI"aimr11L comme un capitaine de ,oleur !
- C'c t par ordre du Hoi, D répondit
·implement le Lieutenant CiYil.

lléveillé au bruit cao-é par cet extraordinaire déploiement de forces, tout le quartier
'était ameuté; des gen · parai saient aux
fenètres, 'habillaient en hâte, descendaient
précipitamment dans la rue pour s'enquérir
avec curiosité des événement .
(&lt; Ce
ont des rrcn de finance à qui l'on
rcut Faire rendre gorge, disait l'un .... Xon, répondaient le autre. , cc onl des hérétique;; q11'on ,·a brûler.... - You vous
trompez Lou , ce sont des faux monnayeurs,
complices de ce Delcampes qu'on a pendu
ju. lement hier. ,1
Celle forluile coïncidence fai aul pencher
les opinions de ce côté, c'est la version de
faux monnayeurs qui reaconlrail le plus de
créance el le boula.nge.r, fourni eur de~ Solita ires, quo ceux-ci avaient ju Lcmenl payé la
\"eille, courul en hâle el Lrès inquiet \'érifier
dans son tiroir la monnaie qui lui avait été
comptée.
&lt;&lt; 'ils font de la fau e monnaie, dit-il
ra uré après avoir fail sonner les écus, ce
n'est toujour pa à moi qu'ils l'ontdonnée 1• 11
Pendant cc temp , toujour · captif chez le
coromi aire dc,·ant l'armoire aux llétamo,·ph PS d' 01•i1le, 1. de ~aCl contiuuait à
déplorer amèrement J'ai, ence de on saint
Paul. Enfin. après ix heures d'angoi se,
ver. midi, ·arrêta de"ant la porte le c..trros e
de M. le Lieutenant Civil dan lequel deux
commissaire fir nt entrer le pri onnier .

aire· demeuraient muet comme de poi. son . C'est seulement lor que, roulant avec
bruit sur le paré de la rue ~ainl-Ântoine el
se di rigeant rnrs le faubourg, le carras e eul
dépassél'cnlréc de la Ba tille, que les commi saires, e déridant enfin, s'écrièrent en rianl :
« Vou· le voyez, lle ieur· , c'est chez ,·ou ·
que nou vous menons l , »
Quel cbange~ent au lo"IB en si peu ùc
lemp ! et comment reconnaitre dao ce
camp militaire, bruyant, affairé, plein de·
jurons, le lieu qui, hier encore, enail de
dem '11re i paisible à la piété?
.\.u dedans, au debor , ce n'étaient que
Suisse et archers; les cours, les jardin , le ·
,ulles, le degrés, 1a cui inc el la ca\'e surtout, étaient remplis de soldat , le· un· faisant sentinelle, d'autres sondant le pot-au-feu
ou vérifiant si le î'În était à leur goût.
A l'approche du carrosso amenant ~1- de
acy, tou furent rassemblé pourtant el se
rangèrent en une lon••uc haie tJui, prenant an
milieu de la rue, traversait taules le cour
el allait jusqu'au fond du jardin.
Devant le Licutenanl Civil qui, pour dr ser se procè -ve!'bau , s·élail in ·tallé un
bureau dan une de chambres de la maison,
l'inlerro atoirc commença ans ilôt.
&lt;l Voici, dit le magi traL en feuilletant le ·
importants papiers si mnlheureu ·cment saisi ·
:-ur M. ,lr Sacy. Yoici des lettre qui, Loule· ,
se111Llenl bien adœsséc /1 la mèrne pcrsonrni

,r.

,1. Rdation_~e fa prison de M. de. :1cy par li . Fo'lla111c,

,lan&lt; 11e8 111(ére.•

a11 /e1 el &lt;'rlifinufe de-. rt li

L .\BIU YE
0

l)E P o 1n- R OYA L-lJES· ClIA..\! PS :

LE

CIIAPITl{E.

lJ'Jprës I.J gra1•ure Je ~IA &lt;iDELEI NE H o R tuE&gt;lî.Lb. (C.ié ine/ des Estampes.)

You nous condui ·ez à la Bastille '/ ll
inlerro 0ea M. de acJ,
~lai , impa iLle et gra\'e , le commi &lt;1

gicmes c~r Porl-Roy'!-l el de pl1!$ie11r!!'.1r~1J111:;
leu r Uaimt atlnrfrüs, l. lî. . 1.. 1JJ - , 111- L .
.... 259 ...

q111

el rhacune d ellc pourtant porlc une buscription dilférente. Qu'e t-ce par exemple qn u
~J. de Gournay?
0

2. Vie i11ll!rtssa11les, IV , 1'· 1i~1.

;;. llémoires de

Fonl~Îl11• .

�1f1ST0'/{1A
C'est moi, Monsieur.
Et M. Deleau?
- C'e t moi encore.
- Et M. de ..,ac1?
- C'e t toujours moi.
- Oh I oh! observa d'on Lon sévi·re le Lit•utcnant Ci\'il, tant de mystères sentent Iiien la
conspiration.
- Monsieur, répondit sans s'étonner et
d'un ton dou mai' ferme M. de ac,, l'étal
où vous me vo1ez maint.enanl réduit do.it a~ ez
justifier à ,·os yeux les précautions que j'ai
pu prendre; si j'ai eu tort en un point, c\:st
s~uJemen.t, je crois, de n'en point choisir
dassez ure .
- Où demeuriez-vous avant d'être ici Pl
où vous rendiez-vous tle ce pa , lorsqu'on
mu arrêta?

sant, )lonsieur, de la liberté que le Hoi
donne à tous ses sujcls de lo,.er où il leur plait
et d'aller où ils veulent, j'ai demeuré là où
bon me embla &lt;'t sui allé partout où m'a1&gt;pclaient mes affaire ; je n'ai pas à \'OUS en dire
davant.1,.e, vou n'avez droit que snr hl
crime et non sur les choses le· plus innocentes, et c'est naimenl se moquer du
monde que de croire, quand on a pris une
personne, avoir droit de lui faire rendre
compte de taule a vie.
- En agis anr sur ces principe on pour•
rait éluder toute le demandes des maaistrats,
objecta timidemenl ·et d'une ,·oi. faible• le
Lieutenant Civil qui, devant œlle belle assurance, se trouvait tout décontenancé el avait
presque l'air non d'un juge, mai bien plutôt d'un accusé.

1. lïu i11lt!res1anles. I\'. I'· 170-71.
2. l'ira i11t1fre 1a11lu, 1V, p. '171.
Le colonel des ·uisses dont il e.t 11u~:,l1on en ec
cl1apilrc esl Laurent d"Esla,·a,o! de llolondin, colonel
d'un régiment suisse de 1648 ~ t6M, puis des Gar.les-

Sni es 11 u 13 d cembre 1655 a octobre 1685, m1trêchal-de-camp le 7 jan~ier 1056, mort le 25 oclobrc
IO 6 à soi~ntc.Ju neuf an~. Reuseigncmcnls dus à
l'obligcnncc de ~- Félix Brun, arcbi1i~le des Archives
J,isloriqucs au ministère de la Guerre.

(A

Querelles de princesses
ous fûmes d'un voyage de )farly, qui fut
pour moi le premier, où il arriva une singulière cène. Le roi et Monseigneur y tenaient
chacun une table à même heure et en même
pièce, soir et malin; les dames s'y partageaient sans aUectati.on, inon que Mme La prince se de Conti étail toujour à celle de Monseigneur, et ses deux sŒurs toujours à celle
du roi. Il y avait dan un coin de la m~me
pièce cinq ou six comerl où, san affectation aus i, se meltaieot tantùl les unes, tantôt
Les autres, mais qui n'élaienl tenus par personne. Celle du roi était plu proche du grand
salon, l'autre plus \'Oisioc des fenêtres et de
la porte par où, en sortant de dînet, le roi
allait chez Mme de füintenon, qui alors dinait
,ou vent il La table du roi, se mettait vis-à-vi
de lui (les tal,les étaient rondes), ne mangeait
jamai · qu'à celle-là, et soupait toujours seule
chez elle. Pour expliquer le fait, il fallait
metlre ce tableau au net.
Les prince es [après une brouille récente]
n'étaient que très légèrement raccommodées,
et .Mme la princesse de Conti intérieurement
de fort mauvaise humeur du goùt de Monseigneur pour la Choin qu'elle ne pouvait
ignorer et dont elle n'osait donner aucun
signe. A un dtoer pendant lequel Monseigneur était à la chas e, et où a table était

- 'i vous m'accusiet, Monsieur, poursuivit M. de acy, d'avoir fait quelque chose
contre le Roi ou contre le Lien de l'État, je
con enûrru alor à vous rendre un compte détaillé de ma conduite et, non seulement je vous
dirai tous les lieux où j'ai été, mais je \"OU
nommerais encore toutes les personnes que
j'aurais pu fréquenter; mais la ..-érité m·empèche de mentir et la charité de vou livrer
les nom de me' corre pondant ; ce n'est pa
ble er le respect que je vous doi de ne vouloir pa expo er mes amis à vos violences; en
faisant autrement, fagirais contrl1 le droiL
des gen et me montrerais indigne d"avoir :1
l'a\'enir aucun ami. »
e trouvant rien à répliquer à cela, le magi~tral e lut. ... « Le pauvre homme l pensait en lui-même M. de Sacy, il n'est pa
des plus habiles el Dieu nous fait une
arande grâce de n'avoir affaire c1uâ un
magi Irat auquel il était si facile d'en imposert. 1&gt;
0

SUÎ)'re.)

tenue par Mme la princesse de Conti, le roi
s'amu a à badiner avec fme la Duchesse, et
sorlit de cette gravité qu'il ne quittait jamais,
pour, à la surprise de la compagnie, jouer
avec elle aux olives. Cela fit boire quelques
coup à Mme la Ouches e; le roi fil semblant
d'en boire un ou deux, et cet amusement
dura jusqll'aux fruits et à la sortie de table.
Le roi, pa ant derant Mme la princesse de
Conti pour aller ched[me de Maintenon, choqué peut-êlre du sérieux qu'il lui remarqua,
lui d.itassezsècbementque sa gravité ne s'accommodait pa de leur ivrognerie. La princes c
piquée laissa pa ser le roi, puis se tournant
à Mme de Châtillon, dans ce moment de chaos
où chacun se lavait la bouche, lui dit qu'elle
aimait miem: être gra,·e que sac 11 Yin (entendant quelques repas un peu allongés que ses
5œur avaient fait depai· peu en emble), Ce
mot fut entendu de Jme la doche e de
Chartres, qui répondit a scz haut, de sa voix
lente et tremblante, qu'elle aimait mieux être
sac à rio que ·ac à guenilles : par où elle
entendait Clermont el des officier des gardes
du corps qui avaient été, les un· cha sé , les
autres éloignés à cause d'elle. Ce mot Iut si
cruel qu'il ne reçut point de repartie, el qu'il
courut sur le champ par Marly, et de là par
Paris cl partout. Mme la Duchesse qui, avec
bien de la gràce et de l'esprll, a l'art des
chan on salées, en fil d'étranges sur ce
même ton. Mme la princesse de Conti au
désespoir, el qui n'avait pas le mêmes armes,
ne ut que devenir. Mon ieur, le roi des traca series, entra dans celle-ci qu'il. trouva de

Cu. GAILLY DE TAURINE'.

part el d'autre trop forte. Monseigneur s'eu
mêla aussi; il leur donna un dtuer à Meudou
où ~fme la prince,se de Conli alla .eule et y
arriYa la première; les deux autre y furent
menées par Monsieur. Elles se parlèrent peu,
tout fat aride, et elles re\inrent de tout point
comme elles étaitm l allées.
La fin de celle année fut orageuse à Marly.
Mme la duche .e de Chartres et Mme la
Duchesse, plus ralliées par l'aversion de
lme la princesse de Conti, se mirent au
voyage suivant à un repa rompu, après le
coucher du roi, dans la chambre de lime de
Chartres au ('bàtean; Uon eigncur joua lard
dans lesllon. En se retirant chez lui, il monta
chez ces princes es et le trouva qui fumaient
avec des pipes qu'elles avaient envoyé chercher au corp de garde 1tisse. Monseigneur,
llui en vit les uites i cette odeur gagnait,
leur fit quitter cet exercice; mais la fumée
les avait trahies. Le roi leur fit le lendemain
une rode correction, dont :\!me la prince se
de Conti triompha. Cependant ce brouillerie.
se mulLiplièreot, et le roi, qui avaiL e~péré
qu'elles finiraient d'elles-même , s'en ennuya;
et un soir à îcrsailles qu'ell~s étaient Jan
son cabinet aprè on ouper, il leur en parla
très fortement, et conclut par les a urer que,
sïlenenlendaitparlerdavantage, elles avaient
chacune des maison · de campa ne oil il les
enverrait pour longtemp el où il les tramerait fort bien.
La menace cul son effet, et le calme el la
bien é:tnœ rc-vinrent el suppléèrent à l'amitié.

EN 17()1. - Ff.:TE DE L'ÊTRE SUPRÊME, u:

G,·a~urede

BERTOAULT,

d'atrès

Dt1PLESS1-BERTE.AlJX.

L'Exode des Girondins
Avec lu So-nin de F,tion d lu Jlf,mair~• de
Lount, nous avons suivi la fwte à travers la France
du diputis girondins proscrits par la rivolution du
3 1 mai 179.3. On a vu pOT suitot de qudl&lt;-S angoisu.ntcs
avc.nhrru louvet, SÛ&gt;andonnant sucompa~nons dïnforhu,c aux environs de llbo::irne, parvint à rcgagntt
Paris el à .-ctrounT ,a chère Lodoisb . .L'itude qu'on
va lin nous ramèntta dans I• Gironde et nous fix«a
sur le son de ceux quot Louvd y avait laissis. On se
rappcJlt, sans doute, qu'il avait été, ,avec d'autru fuitltifs, recueilli à Saint-Emilion par une femme héroïque
dont, p~r prudence, il ne prononce pas le 110m, en il
écrivait Je récit de son l1.m.«n1ablc voyage alors qu'il
était ioncort: sous le co;tp de la proscrlptio:1 ignora.nt
et q1ùtaient devenus su amis. C'est l'hi,toire de cette
couragtusc ciroycMe qui va urvir en qutlquesorte de
dénouement et d'ipnoguc aux pagu que nous avons
publiêu soiu le titre d 'Exo:I, dts Giro11dit1s, en risumant qudquu-11115 dt.s faits qu"on connait dêj\ et en
nous nnscign1nt sur la tin tngique des compagnons de
Louvet et de ceux qui cun.nt la rémériti, bien rare.
de J,.ur vorur en Ïïdc.

son lr Girondins proscrits, montre une de
ces bourgeoise d'antan avenant-es et adroites,
dont le cœur était aus i parfaitement ordonné
que la mai on. Elle s'est endilll3nchée pour
c faire peindre; sur ses cheveux pompeusement étagé-, e t posé un petit chapeau de
bergère; elle a de grands eux noirs un peu
étonnés, le nez. est mince et régulier; la bouche, naturellement souriante, se force à la
11 rarilé; un ruban noir suspend au cou une
croi.x à la Jeanneue 1 ; mai sou ces atours
apparait la femme impie et laborieu e des
jours ouvrables, circulant, dè le matin, de
es chais à son fourneau, avec la bonne humeur conciliante de ménagères d'autrefois,
économe., aimante , 11ui faisaientà no pères
l'existence si confortable et si digne.
)Jme L\ouquey n'était pas jolie, elle était
charmante : c'était, a dit quelqu'un, &lt;c une

Madame Bouquey.

J. L,· portrait a èl~ publié. pour la premii•re fois.
par C. ,•atrt dms son ouvnge, Cliar/Qlle Corday et
les Girrmdius. C'esl aux documents publié par Vatel
que se nfiportent les références citëes au cours de
celle étut e•

Un portrait de Ume Bouquey, l'héroïne au
tra·nquille courage qui recueillit dan sa mai... '.!ÔO ...

10 PRAIRIAL -

de ces figures qu'on mit sans surpri e mais
qu'on quitte avec regret 1,. Son nom était
Thérèse Dupeyrat. Mariée au procureur du
roi à Saint-Émilion, Ilobert Bouquey, de dix.ept ans plus âgé qu'elle, homme assez ordinaire et parfois morose, Thérèse semblait
néanmoins très heureu e : elle était franche
et gaie comme une soubrette du rêp&lt;'rloire '·
C'était le temps des surnoms : on l'appelait
familièremenl Jlarinelle ;;.
a sœur avait épousé f;lie Guadet, élu en
Iï92 par le département de la Gironde député
il la Convenlion, et Bouquei, gràce à l'appui
de son beau-frère, obtint du mini Ire llo]and
un emploi de régi seur des domaine nationaux qui lui valait la résidence au ci-devant
chàte.1u de Fontainebleau.
C'est là que les Bouquey apprirent le coup
de force parlementaire du 2 juin 1795, l'exclusion el la mi ·e en arrestation d députés
2. .'était, disaiL w1e femme qui l'nait connue,
ur.e charmante femme, bonne, oimable, gaie, dn carnclère le plus franc et le plu.s ouvert. Vatel, 698.
3. Vatel, 698.

�- - - 111ST01{1.Jl
&lt;lu parti rrirondin, la fuite de Guadel el de bouleversé 1 , con ·entait bien à recevoir ~on
~es ami , leur audacieux "~ode ,·er la pro- m~ et un de ses ami , pa plu , n'ayant pa.
vince. L'illusion de pro crits était grande; de cc cache » où loger le. autre .. Gua&lt;leL 'ad'aprè leur· upputatiou.-, oixante-neuf dé- dres. a &lt;t ~ plu de trente per·onne », papartemcnL allaient 'in. urger h leur appel : rents, ami· d'eniance, obli•1 és de lui ou de
la déception, dèi l'arrivée en •'ormandie, fut
ien .... Pas un n'o a omrir a mai on.
rrucllc; il· passèrent plusieurs rcrne , proLe. aulr , au Bec-d',\ ml,è , p rdaient panoncrrenl •1uelque!- ltaranrrues; mais d,tjà il: tience : leur pr ·ence
était . i nalJc. Il
étaient per uadé. que la France nr prendrait e_artir ·nt en troupe, e diri 0 eant ver :aintpoint parti dan une querelle parlementaire Emilion - huit lieues - par des chl'min~
qu'dl · ne comprenait pa . . Jk ne réu .. irent détourné·. Pour bagage, il· a,·aient o une
à écbaufü•r qn'uue tète, celle de Charlotte petile malle et trois porte-manteaux lié enCor&lt;la1, et le fol exploit de celle fille enthou- semble » ; il portaient o Len iblement de·
. ia 11• les perdiL irrémédial1lcment : il di pa- pi tolet , des cannes à épée el des abre . Le
rurenl. Oo le arail Lra11ués en , 1orma11clie, père Guadet voulut bien le. abriter Lou penfu~·ant Yer, la Bretagne, ,an parti ans, ,an
dant une nuit; mai dè l':iuhe, iL e remimoyen d'action : on les oublia.
rent en route, sans Lut. Comme pour le.
Ocpui quatre moi Thérè e Bouquey, de- interdib et le. excommuniés du moyen àge,
meurée à Fontainebleau avec on mari, était toute Je porte c fermaient devant eux; il
·an· nom•elles de on beau-îrère Guadet et erraient, « comme des loup », de Pomerol à
de ,C' ami • quand lui pm'ÎDL une lettre de
aint-Genez, de ~lonpeyroux à Castillon, dor. on père, le citoyen flupeyrat, vieillard de mant dan. les vi,,ne , dan les bois, dans le
·oi:xante-dix.-·epl an , contant le a,enlures carrières .... On avait leur pré ence dan le
lamentables de députés fugitifs ; leur par- pays; on craignail leur rencontre comme
cour · à travers l'oue t de la France, d'abord celle de bête maUai antes; il portaient « la
ou des déguisem nt d'cnrôlés volontaires, contagion du upplice &gt;&gt;; leur a,pect eul
vimnt de la vie du soldai, réclamant aux ell'rayaît le· pay an . n d'eux déclara que,
ferme· « la couchée 1&gt;, un billet de lorrement ver la aint-.Uichc.l, avanl ix hP.ure du
à la main; hicnlôL dépi té
matin, il avait croi é u quaLre ou cinq étranguide, san chau ur , l pied en ang, ger ayant de. chapeaux à haute forme, boncaché' pendanl le jour da11s de ranges i o- net blancs par-des ous, vêtus chacun d'une
lée,, dan- le: boi , dans 1' marais, se trai- roupe brune, collet et rever' rou"e, ayant un
nant la nuit. évilanl les village el gardant canne à sabre, et chacun, sou, le bra , un
cependant leur fierté, convaincu que leur
ac de nuit en toile; qu'un in tant apr ,urmi érable personnalités, fourbue L tra- vinrent deux autres élranaer , l'un de haute
quée·, incarnaient loutc la repré entalion taille, l'aatre plu petit, ayant chacun an
nationale.
habit Yert pas é des chapeaux à corne et
[) étaient allés ain,i Yer la mer, e pérant de bonnet hlancs de ou , qui uivirent le
'cmbariruer, alleindre &lt;&lt; la terre de Gironde», ring tmtre lJ. Le pay an eut méfiance el
a,ec ln certitude d'y trouver de cœur chaud~ pen a « que c'étaient de dé,crtcur ». n
et de patriotes pur . A Quimper, il- 'étaient autre racontait que a le 29 "cptembrc, un
dhi. é · : Pétion, 1;uadet, Valad · Lomel
dimanche, à huit heur du .oir, il aperçut
Buzot, alle et Barbaroux araient, à Dre
sept homme. inconnu , dont un d'une haute
rejoint na brick de commerce, l'Jnduslrie, taille, et que la peur lui ota l'envie de arnir
acco·té la nuit, en rade, qui les avait dépo- de quelle manière ils füicnl babillé 1,. C'était
é , après trois jour- de narig-atioo mom·e- l'époque de la 9m11&lt;le épo11Mnle.
ruenlée, en Girond!', au Bec~• mhès, où le
En apprenant c cho c , Tbérè c Douquey
licau-pèrc de Guadet po édail une propriété. ne put se contraindre; non pas que son opiLe jour même, Guadet el Pétion avaient nion pcr-onnelle cnlràl pour qnelque cho c
gagné Bordeaux à pied; iL en re~inrenL con- dan on indignation : clic n'était ni « fédt!,-lcrnés : Ioule la ville était terrorisée, ou- ralisle » à la manière de Charlotte Corday. ni
mi e aux arrenl de la Convention; rien lt « girondine • de la façon de ~lmc Roland. On
tenter, il fallait attendre et se terr r. Où? ne ,oit pa que jamai ellr manifesta quelque
l~uadel qui connai ::-ait tout le pay., e fit préférence politique; mai elle était de celle
forL de léur procurer une retraite. Un gaba- qui courent au malheur comme les oldat~
rier du Bec-d'Amb , nommé Grèze, con- courent au canon. Lai .anl on mari à Fonsentit à le conduire jusqu'à aiot-Pardon, tainebleau, elle ne perd pa une heure, prend
un hameau, ur la "raad'route, au bord de la diligence, arrive à aint-Émilion et trou,·e
la Dordogne, d'où, le soir renu, Guadet alla ans itôL le moyen d'a"iser aile el Guadet
jusqu'à Sainl-Émilion. li erra lonrrlemp au- que sa mai on leur e L ou"erte. li \ accoutour de sa mai on familiale, ituée hor de
rent, non ans crupulcs, car Ba_;baroux,
mur· &lt;le 1a l"illc, dan les viane~, ur le che- Lom·et el Valady n'ont pa d'asile. - « Qu'ils
min de Contra . minuit, il c rrlissa chez viennent ton Lroi · , dit la brave femme. La
on père, se jeLa à e pied le upplia de •nuit suivante arri'i'enl les troi proscrits, hai:lonner asile à · compagnon ; le ücillard. ra .é , le bauit en lambeaax, rapport.ml
1. - •. Ion ûls ~inl il minu_it se Jl'lcr il me pieds che1· les ervante·, et, drmcuronl seul u ·cc mon lfü.
en. t~e pr1nnl ,le lw ~onn~r a,1le; que i&gt;i je le refu·
ù 13 favl'ur tl'uM èc~cll~, je le pla\·ai 8\'Cf son com1:, 11
1) po1imnr,lera1I. J a mue que mes eotraille
pagnou tla~ le r~_01c~, ~t le len~cmain, je rtpaodis
,'énmr,·11( e1 .•1ue _je ne ,us pa, le .,·e~rnycr. !,;tilt&gt;
tlnn, la mai on qu tl· c10.1e11t parl1 1•r. 1&lt;01r mi•m1•. •

t:

~onwr,:il:on lut fa,tc entre lui r·t mot; J'enn1~ni mu-

lnt,.rrogatoir, · tin père Guadet.

que, depui 4uinœ jour , Buzot et Pélion on ·
changé neuf foi de retraite el qu 'iL sont
cc réduit à la dernicre extrémité 1&gt;. - (1 (Ju 'il
viennent donc aus i &gt;&gt;, fait Mme Büuqucy.
recommandant seulement qu'on les avertisse
de ne e présenter qu'à la nuit.
A minuit, - c'était le 12 octobre 179;;_
- le. ~epl fugitif étaient réuni che, elle :
elle pleurait de joie en contemplant celte
hamle éplorée &lt;1 a nichée d'enfant~ »; Loule
heureu5e, elle régala d'un copieur oupcr ces
rudes homme qui, depui de· emaines,
n'a\·aient rencontré ni oupe fumante ni ourire accucillan 1.
La maison Bouquey, tapie entre den"&lt;
rues, dan l'om.Lre de la Collégiale, au sommet de la colline où 'éparpille ~ainL-f:milion, était une commode demeure provinciale, combinée, an fa te. pour le ùicu-~Lre.
ur la rue du Chapitre, aujourd'hui rue de
la République, était l'entrée principale, une
porte très impie, donnant accè. au pr1•s oir
et aux chais. La maison, en errée dans e
dépendance , n'a Je façade que _ur un jardinet, recueilli el silencieux, que dominenl
les pignon d'immeuble voisin . ur CC' jardinet- deux carré de lérrum et une treille.
- 'ouvrenl l'entrée et toutes le feoètre de
l'habitation; un petit ,e·tihule d'où part l'escali r ru Lique du premier étage; à droite,
une Jar e cuisine, une laverie cl un bùcher;
à gauche, une aile à manger, un aloo d&lt;·
proportions confortable ; dan le salon, une
cheminée de marbre blanc, portant, enlacée ,
le lettre Il. B, (Robert Bouquey). Rien n'e t
modifié : le fcnèlre gardent leur anciennes
vitres, les porte sont de chènc i paL, le
serrure ont leur vieille cil·~ - lei cl,,r.
qui pendaient en trou,. eau au cordon du
tablier de Marine/le.
La mai on po sédait une &lt;1 cache » admirable. Contre la dernière fenêtre de la cuiioe, dan le jardinet, e t un puit carré, profond de trente mètres : une pierre qu'on )
jeltc n'atteint l'eau qu'après une longue
chute, aYec un bruit i.ni lre et lointain. Dan
la maçonnerie de deux. de paroi., e fai ant
face, onl ména 11és dt:s trou , - de quoi
po er le pied , un à droite, l'autre à gauche, alternaLil'ement : on dru:cend ainsi; en
des ou., l •s profondeur. attirantes du puits.
Ce marche creu es suintent d'humidité; le
pied y glL ent, le main n'y peuvent rien
ai ir. En c risquant à cette effroyable gymna ti'lue, on lrome, apr' ix ou epl mètre
de de cente, une baie ouvrant sur un souterrain égal en superficie au jardinet qui Je recouvre. Tout le ous-sol de int-Émilion ~t
percé d'immense 11alerie d'une antiquité
nébulcu e el de coofi 11 uration incertaine;
nombre de propriétaire , pour s'isoler, ont
aujourd'hui muré leur part de oulerrain;
mai naguère on circulait d&lt;\n ce dédale,
encore qu'il fùt imprudent de 'y aventurer :
le· camèr • 'étendent, e replient, e nouent,
'entremêlent, se di l'i enl en plu ieurs étages.
ur a colline é,idée, au-de us de ce catacombe étonnamment froide , la ville étale
au ebaud oleil
ruine calcinée comme

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L'EXODE D'ES GTR..ONDl'NS - -

de vieux ossements et .e Loits plats de tuiles nemenl, qui e ·t le suprème de la vertu, elle
bombée , de même ton,, ocre, carmin et avait le dévouement ai, con errnnl a bonne
roux, quP. les belle· pêches mûres du pays. humeur et .on sourire. Autour de cet te mai.\lme Bouquey « nichait dan sa grolle » son où elle confinait les homme , but et
le. sept Girondin·. C'c l une aile irrégulière, prétext . d J'etîroyable tempèle déchainée
mais , pacieu ·c qui elle-même aYail a cave, ., or la rrance, le abayeur de clulis circurralerie plu~ profond, à laqucll' on panenait laient, criant le nom~elle., jurant qu'il- fern se lai ant 11 lis er dans un trou ordinai- raient brûla ,·ifs dans h·urs repaire:- lei,
rement fermé d'une planche. C'e·t dan, cette rl'Céleur. d'ari tocrate . . .. Elle, a,·en:inte
fo .• e, :1 trente pied- sou terre, que Ume B11u- enjouée, imulait l'in ouciance, défendant .a
11uey rnfouit se hôte .. Elle ~ de~cendit deux porte, érentant le~ ,i ile. domiciliaire , mematela , deux chaises, une table. du linge,
urant ju qu'à la rumée de sa cui·inc et
Je. cou,·crLurcs; le mobilier, sommaire d'a- l'odeur de e pot-au-feu. Un jour, elle dit à
hord, ·au!!Ill ·nla ,ile. Pour que .. e pro·crit
~e pen.ionnaircs, . 'oubliant elle-même : se troul'a. ent hien, la brare femme aurait 11 .\ton Dieu! i on m'am'tail, que deYieajeté dan leur trou toute a mai .. on; elle leur driez-vou ? »
rnrnya, à J'aide d'une longue Li"e de fer
li mellaicn Là profl t ces étranp;c loi. ir ;
garnie d'un crochet, une lanterne, de lhre , Buzot. Barbaroux. Pétion, Louvet écrivaient
&lt;le l'argenterie, un &lt;t moine 1&gt; pour chaufîer leur mémoire. ; aile· composait une trale couchage : la grolle était humide el l'on rrédie, Cha rio/le Coi-tla,11; il travaillaient
n' poufait allumer de feu. En outre, on n'y tout le jour à la lueur d'une lanterne, au
devait parler qu'à voi ba,sc, car &lt;le perfides fond de leur cachette, plu close, plu étouffée
écho peuplent cc;: cavité· de pirrre. au'.&lt; ra- qu'un tombeau. C'c,t là qu'il. connurent,
mifications inconnu s.
aur premier jours Je novembre, la mort de
Lr. pro crit. n'l éjourmient pa, d'ail- Vergniaud, de Bri ·:ot et de leur dix-neuf
1,~ur, continnellemcnt. ~lme 8011q11ey, , n. amk l)ix jour" plu· tard, )lme 8011que) leur
cc~. c aux aguets de ce qui ~e pa:sait ou c apprit l'cmpri 11nnemenl &lt;le \lme fioland à la
Ji~ait ùan la , ille, ju 11e11it-elle que le zèle Concicrgt'rie. Quelles journé..- ! Que de tor&lt;ll· terroriste· ~e ralenti.. ait, rite elle arnrli - ture endurée dan ce trou noir où il emblc,
ail e · redu· qu'il· pouvaient prendre l'air: 1111and on ~ pénètr à lâtoo , qnïl plane enelle a,ait même im iné. ponr le. pins frileux core qucl1p1e chose du désc, poir cl de ln rag~
rl le moins robu. te., une autre" cache», de ,ept cœurs robu$t • qui . e bri èrcnt là!
d~n. sa mai on même, plu saine, plu
Cc jeune. rren , bouillant d'exuuérance et
a :ré~, moin glaciale. es h&lt;Îlc viv:iicnl ainsi de be oin d'action, fiers d'avoir touché le
éparé~.
la moindre alerte, tom enjam- . ommct , _c 1·0 ·ait•nt enfoui· ,·irnnt • ctitc à.
liaient la marrrelle du puit , pa · aient dao. côte, dan un sépulcre; vaincu., réduirs à
le souterrain, et de là dan le ca,·eau : une l'impuLance, n'o anl parler. par crainte de
bêche, un pic, un seau plein &lt;le morJier leur l'écho d•- "aleric: onore , il~ re,taient là,
permettaient d'en oh trucr l'entrée el de la roncrés de pcn ées. De tou., Ruzol fut le plu
1111\rcr mèm ·ur eu. , au be oin. C'étaient mi érable : il aimait \!me Holand, il se a,ait
le ca · cxtrème ; bahituellemenl, le soir, ils aimé d'elle; le malhcurea~, oblirré de cacher
. e réunis.ai nt autour de la ta hic &lt;le ll·ur 11. e~ compa -rnons le déchirement de son ,lme,
11 fée &gt;J qui ïnaéniaiL à le nourrir le mieux ne pouYaiL 'i oler pour sall'•loter. Louvel eul
po· iùlc - rrra\'c prolilème.
était le confident de . on béroïq111• amour el
Toute la pronac · était ralionnèe en fro- 11,:1it ,iurJ Jr 11\•n ri,•11 rè11:l1·r.
ment tl en viande. La citoyenne Bou11uey
Un . oir, c'était le l;j novembre, en rcmonn'a1·ait droit, étant eule, 11u'à une lirre de llat pour le .oupcr, il trourèrcol Mme lloupain par jour! Et il lui fallait poun·oir aux quey en larmes. llepui plu ·ieur jour , elle
liesoin de ept homme: jeune , ton, bien dissimulait ~on ango~se; e parent ,
endenl • . Pour ne pa· déjeuner. ils ne :-c ami , '-Oil mari même, rc.t '. à Pari,, 'étaient
l •vaient qu'à midi; mai kur appétit n'en ligué· pour ohtenir d'elle le remoi des proétait que plu vif. l ne forte ,oup aux lécrit · . on cœur en crevait de honte et de cha~ume compo ait tout le diner que ~[me 8011- grin; •lie dit le intrirrue , les menaces, lt&gt;
11uc) descendait dan la ~ cache 11; le ,-ouper l:ich · manœuvre emplo}éC" pour la conen commun était plu opult·nt : un morceau traindre; la ville tout entière menacée d'efde bœur à grand'peinc obtenu· - l'héroïque frayantes repré;.aille . . . . Les cruel !
hùtes,e ri ·quait a vie pour oulircr au bou- Quelle violence ib me foot! Jamais je ne la
cher une livre de plu, .... \ défaul de viande, leur pardonnerai, 'il faut que quelqu'un
ou manaeait un poulet de la l.,a e-cour, !Jlli d'entre YOU::- 1•••• 11 Elle n'achera pas, . e la~·épui a vite, des œufs, de. légume:,, tin peu 111ent.ant de ~a dépendance, allant de l'un à
Je lait. li .e trouvait toujour· que la bonne l'autre en «émi· anl. Eux, déjà, 'apprêtant
llal'Ïnelle, n'ayant pas d'appétit, lais.ait. a au dJpart, :.'adre_saienl leurs adieux.
part aux plu affamés; elle était II comme
C lle nuit-là, re&lt;:ommença la ,·ic errante.
nn ru &gt;re au milieu de . e. enfants », une Guadet, alle cl Lomet pa, sèrcnt la journée
mère dP trente et un an .• - cl par ce raîfi- . uivaote drm le carrière ; Ba.rLaroux, Pé_l. • c·,, l, par.1i1-il, Roltcrl Unuq1w1 •1ui, m.. in
qu ' c11 ,1 'c•·mltri•. du muiu·
ïl faut c11 cro1rr 111 1 in.
lt&lt;·roïqu • que &gt;li f~mm,•, ,•~ig('m IJ~P. J,,; rro.;a\b ~lterro)!'atoirc ,l,· lui. dl· psr V:ilrl. fi5!1 note.
ia, ·r•nl /lortC'r e1ll,cw la .conl~e111n de ,lrur mf~r'.! . llédaration ,te s_, hr,ll'I' r;ro., â \"n1,,1, eu 1, Oi.

Lion et Buzot, qui ne devaient plu .equitter,
prirent le chemin de vi!!lle , espérant pa: er
la Dordogne, gagner la mer ou les Landes;
Valady 'éloiima par la route de Périgueux,
où il croyait trouver un a ·ile ùr, lui seul et
Louvet, ré, olu de untrer à Paris el qui J
panint. réu ,irent à . 'éloigner de la Gironde:
le autre riidèrenl mi érablement autour de
taint-Émilion, dont le oulerrain · offraient
du moin un abri contre le pluies d'automne.
Salle. et Guadet amient repri · po e sion
de leur ca.cht:tte ous le toit du père Guadet.
)f me Bouquey e ri qua encore à rece,·oir
Barbaroux, Pélion el Buzot; mais a famille
la surveillait de prè , en garde contre :on
héro1 me compromettant. ,r. Bouqu~ avait
quitté Paris el était renlr~ à Sainl-Emilioa.
Le père Dupe)Tat était éŒalement in:tallé chez
a fille. Elle fut. de nouveau, obligée de
fermer a porte aux pro crit : indi née de la
l:1cheté des . ien ·, incapable de modérer on
dévouement, elle 'ingéniait à procurer aux
fugitif· des refuge , in oucianle du péril, négligeant les précaution . , ur se:- instance • ils
CurenL hébergés pendant quelque jour par
le citoyen Pari , curé con LiLutionuel de ainlÉmilion : elle leur a ·sura en uite une retraite
chez di ver bourgcoi' dtJ Ca tilloo, le citoyens Penaud, fourel, Coste, qui le reçurent ll)Ur tl tour. Co te I s logeait dan un
grenier dépendant de l'ancien couvent, aude u de c· écurie., rue Planterose. C'e 1
là qu'il • étaient en fin de décembre. lln garçon
de ci1.c ans, .:ylvc lre Gro , apr~ a,·oir fêté
avec ·e camarade le ré,·eillon de .NoPl, jugeant l'heure trop tardive pour rentrer chez
es paren~. imagina d'afür ~e coucher dan
le foin de ~t. Co ·te. cr Mai en montant dans
le grenier, raconla-t-il je •enti trois tètes cl
je me auvai. ~Ion amaraùe me dit : - e
crie pa , ne parle pa de c que lu as \'U: ce
onl le.~ troi · é111igre· 2. Ainsi ra~onnait le
zèle contagieux de Mme Bouquey : ton· les
gen, du par s'impro,isaient se complices.
Elle, cependant, rêl'ait pour se i:her pro crils une hospitalité moin. précaire ..\u centre
même de ..,niot-l~milion, à l'an°le de la
Grand'Rue - actuellement rue Guadet •- et
de la rue Cap-du-Pont, était la boutique d"un
perruquier, ,Jcan-Daptislc Troquarl. Le troi
face. de la m ison, aujourd'hui di:molie, formaient promontoire à l'endroit le plu pa sant
de la ,·iUe. Troquart y ,·init eul et n'occupait que le rc1.-de-chau ée: le premier étage,
·urplombant, e composait d'une .eulc pièce,
• un laudi infect , , eneombré Je chiffons,
dont le renêtre ne s'ouvraienljamais:.. C'est
là que dan Ir premiers jour· dejanviert 794.
füue Houque;· installa Buu1t, Pélion et lfarbaroux; elle 'engageait à fournir leur nourriture, pain compri , el elle remit à Troquarl
un a~ ignat de cirnt cent lirre , :1 rompte
·ur la pemion.
La pièce où, pendant cinq moi~. e tinrent
tapi les troi. Girondins, ne contenait qu'un

lunr. • ,u,;;arnl, f,(ngl' lw lurt1111e dl' 1,ttndet, \atcl. :. . Il. C,:,114•111lan1 , llou,1m·! 1w r"1in1 ,1.- I' ri~

:i. , t.a mai,011 Tl'Ulju.,rt êuit i,,Me d "311&gt; Utuu
,·nnlnt·t ,ur lroi, fa
arnc le, haliilalton, u, 1,in,•~.

"" 263 ...

Elle -e compo,nit ,ruu rez 1l1•-d111u,.c,. en pi erre cl
,l'un 1,rcmier ,1tai:e &lt;'n colomho~«• à t1·an'. rse,. opparcute_.•. • Le. fonelrc~. peu nomLreu c,, étaient i1
noi,;illoo, et o fll'til• rnrr,·~11~ ou m1111i1•s de mit'!~. •

V3t cl,

fll11.

�111STO'RJ.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ ,.
it où couchaient Pétion et Buzot; Barbaroux
dormait sur un matelas. lis ne pouvaient allumer de feu, « à cause de la fumée dénonciatrice •, et osaient à peine eau cr, 1, de peur
d'être enlendu · ·par les pa sants ». Buzot et
Barbaroux écrivaient sans ces e. Pélion dt·meurait oi if : a.sis dans un Yieux fauteuil,
il rêvait ou sommeillait. Quand la nuit étail
obscure et les rue désertes, Troquart faisait
les commLions de es pensionnaires : il allait
à la mai. on B'.&gt;uquey, trè Yoi ine, ou plu
loin, ch«.'z le pète Guadet, échangeait de lettres, rapportait des prod ion .
alles, ur Je grenier de la mai on ,uadet,
ùans une cachette i bas e qu'il ne pouvait
s'y tenir que couché', Salles s'ob Linait à sa
tra 0 édic de C!iadolle Corday; il en expédiait,
par Tro11uart, de longue tranches à . es amis,
m les prcs anl de I ui transmcllre leurs ohscr111lions : le drnme fut ain i par eux commenté, di culé, politiquement cl liuérairement, d'une manière peu Oalletke, d'ailleurs,
pour l'amour-propre de l'auteur. - « Pluicur· tirade· oa l une longueur déme urée »,
nole Pétion. - « J~ vou engage à imiter le
pièces de Shake pcare 1&gt;, insinue Blllot. (1 , oirrne ta ver ificalion, eJle est né,,Jicrée,
même dan· les hon~ endroit 1&gt; , remarque
Barbaroux.
Il n'avaient guère d'autres di traction :
l'éûon, qui s'ennu~ail, e ri qna à ouper un
oir chez le .Bouc1uey; une autre foi , il y
entraina c deux compaftnon ; Mme Bouque · efforçait de leur rendre upporlable la
cc pri on Troquart &gt;&gt; , elle leur fourni sail
drap , mouchoir ·, lin°e de corp , leur expédiait
de friaudi e , leur confectionnait de vêtements pour remplacer leur baùiLs en loques;
elle envop à Barbaroux une grande culotte,
coupée el cou ue de se main '; aut premier jour. du printemps, elle leur fil porter
de Oeurs «pour parer leur pauvre et sombre
asile ».
Us · · croyaient bien en tlretê, et de fait,
nul ne oupçonnait leur pré ence chez le
perruquier, au-des u d'une bo!lliquc où les
plu chaud· patriote de aint-Emilion c !elMmaienl à l'heure de la barbe. Mai un proco11 ul de vingt an , Julien, ri!gnait à Bordeaux
et tenait à honneur de e si cr~aler. Quelqu'un
- Nada!, aubcrgi te à 'aint-Emilion, croit-on
- lui ouffia une idée : on supposait les Girondins caché dan le carrières · on a surait
qu'ils s·l' étaient ménagé de retraite: impénétrable · mai nul n'o ait 'y a,•enlurer, Or,
à ainle-Foy-la-Grande, pelile ville ur la
Dordo!!lle, à sept lieues de aint-Émilion,
vivait un boucher, nommé François !larcon,
qui élevait des dogues énorm , dres é au
combat; a meute él~it fameuse et redoutée
dan Loule la contrée; &lt;1 on venait de Bordeaux pour la voir lutlcr » ; un de ce chiens
cc n•avail que trois pattes », on l'appelait,

» : c'était le plu terrible de torn,
on citait de lui des fait exlraordinaires 3 i&gt;.
Le 17 juiu 1791, au malin, "aint-Émilion
se ré\'eille bloqué par le 10 · bataillon de la
Gironde, Ycnu de Libourne. Toutes les porte
sont gardées, ainsi que Ja maison Guadet et
le diver·es is ues des souterrain . La meute
hurlante de Marcan, amenée de aiule-foy,
est de la partie : la chasse au Girondin se
prépare; le molo se sont làcbés dans les
carrière el l'on s'atleod à en ,·oir ~ortir,
comme d'un terrier, les pro crits déhuchés'.
flien ne parut: Marcan renchaîna se do urs,
et morlilié de leur insucd•·, se dirigea 'l"ers
la m,i on Guadd ; on la fouilla des caves
aux combles. Sou un de angles du toit, on
décourrit. alles et Guadet, au itôt garrollé
et conduits cc dan un caharet de la ville ».
Mèmc opération avait été faite chez Mme llouquey : on y reconnut, dan la « irrolle Il,
traces du Pjour de hors-la-loi. A deux
heures et demie, ""r une charrette réquisitionnée, on chargeait M. et .\lme Bouquey,
le père Dnpeyrat, nlle , le vieux Guadet,
on fils le député, a fille ~farie Gundel; on y
jeta même uoe pauvre fille bos ue, cnante
chez MrnC' llou4uey 6 • Un des soldat chargés
d'c corter les pri onnicrs racontait qu'il se
pas a « une scène terrible 1&gt; au momenl où
l'on chargea la charrette. Le père Guadet était
a is de côté; son fils était debout pr~ de
lui : il était dé olé; il s'écriait avec force :
« A.b ! mon père, mon père, nous allons
mourir et c'est moi qui en ~uis eau e ! »
Pla lard, de,·enu vieux, ce soldat (&lt; qui
avail vu bien de carnane el n'était pas
tacile à attendrir D, répétai!, comme 'il en
e1il étè obsédé: - &lt;t Ce qui m'a fendu l'àme,
c'est d'entendre Guadet crier : « Ah mon
përe, mon pèl'e, c'est moi qui 1•ous lue!»
Il y arait quelque chose de déchirant dan sa
voix 6 »:
Aux heures chaudes de l'après-midi, la
éharrelle, 11agnant la porte de la Madeleine
pour rejoindre la roule de Libourne, drscendil la Grand'Rue el pas a rontr~ les mur de
li maison Troctuarl où se tenaient, angoi é..
ilencieux, lluzot, Pélion el Il:irbaroux. La
boutique du perruquier était remplie de oldal . n de meneurs de l'upédition, Oré,
a,ait allaché son cheval à l'un d..s barreaux
de la (enètre. Nul ne songea à monter l'escalier et à vi iter le premier étage. Les trois
proscriL , à travers les au,enls clos, virent
défiler le cortège qui condui.ait à la mort
leurs derniers amis. Le soir, quand la ,i.lle
con Lernéc fuL retombée au calme, ils dirent
adieu à leur hôle 1 et rnrtirent de la ,ille par
la porte Brunet, antique amas d'ogives el
de tour du xruc iède, qu'ombr:ige aujourd'hui un vieux noyer, arbuste à cette époque,
planté sur l'un des bastions du pont dormant.
Ils allaient, déguenillés, hâve , la barbe

1. •. Le . toit é~il moins ~levé qu • ~l~i _du eorp
de l~s; 11 formul un .-Jdmt auquel 1I cl.11L imposiblc â·acctldcr el qui ne pouvait servir à aueun usage,
n'ét.anl ni aéré, ni i!clairé, el n'annl aucune commauication avec le grl'nier qui règne ur la maison. ,
Vatel, 665.
'2. • n. - Quel tnillcur ils ont employtl pour foire
des vè·lemcnls1 - R. Que Saint-Brice-Goadcl lew·

pvrta une ve le bll'Ue tr·• IDauvaL&lt;c ... et que la
femme Robert Bouquey leur a fait w,c paire de
gran~les culottrui. » Interrogatoire de J.-8. Tro-

a Le Tors

1c

quarl.

3.
4,
5.
6.

Déclara lion de Marron. bouclier à ainll'-Fuy .

J Gua,lt&gt;t. Le, Girmulim.

Décluration de lmc Adéran, née Fonfrèdc.
Déclnralion de Jean Cagnard.

lo°-orrue, dé habitué de la marche par plusieur: mois de réclusion. lis 'étaient munis
de leur· pistolet ; Barbaroux portait en
outre, à on ct'ité, un couteau de cha 'SC;
Pélion tenait sou le bras les provisions de
bouche: un gros pain rond, bourré de ,iande
et de pois verl . ffailleur- ils ne savaient
vers quel point de l'horizon se diriger : la
Frontière la plus proche était celle d'E·pagoe :
et, au péa 11e de tous les ponts, à la traversée
de moindres b,JUrgades, ils ~avaient que des
rntioelle veillaient, réclamant à tout pasant une josti6caLion d'identité: or il étaienl
•ans pa. eport. ...
Errant, ils de cendirenl les coteaux de
aint-Émilion, éviLanl les ,illage de · intLaurenl el de -caint-Hippolyte : on montre
encore l'endroit où leur pa ' age à tra,·ers les
vignes a été con talé. Il avançaient vers la
Dordogne qu'il· e péraicnt traver~er peulêtre : mais le pont le plu voi in, celui de
Ca Lillon, était gardé : il fallait pas er à la
nage, ou profiter, s'il était po$sible, du bac
de Civrac, ,illacre . ur la rive gauche, moins
surveillé que Castillon. A l'aube, les proscrit
avaient parcouru cmiron deux lieues et lra,·ersaicnl la rrrand'roule de Bergerac lt Bordeaux, non loin d'une métairie app~lée Germans. 11, a,·isèrent, dans la plaine opulente,
un petit boi de pins, planté à quelque deux
cents mètres de la route ~ entre le bois et la
route s'é1en&lt;l:1it une pièce de blé dans laquelle ils s'eorrarrèri&gt;nl. A.u milieu de ce
champ deux gros mt\riers fai aient OII}hre;
les troi hommes, fatigué , 'a sirent là pour
déjeuner; la place de chacun d'eux s'est trouvée marquée par un mouchoir el un morceau
de pain : on dit qu'un enfanL, monté dans un
de arbre el occupé lt cueillir des feuilles de
mû.rier, fut fort effrayé de l'arrivée de ces
rôdeur à mine ini tre : tapi dans les
branche , il les aurait vu faire halte en de ous de lui, et entamer leurs provision ....
A ce moment Lluelques YOlontaires ,·errant
de Castillon et e rllndant à Bordeaux passèrent sur la route : ils étaient précédé d'un
Lambour qui, par caprice, e mit à battre ~a
caisse. Le proscrits, gîtés dans le blés
hiuts, ne pouvJient les apercevoir, mais le
on du tambour leur fil croire qu'il étaient
poursui is. Deux. d'entre eur, Pétion et Duzot,
se lèvent aus:i.itôt et gagnent en quelques
auts le bois de apios où il di parai ·eot :
llarbaroux, appesan li par une obésité précoce,
ou peut-être dégoûté el las de celle vie de
panique , arme on pislolel, l'applique à on
oreille droite et fait feu.... Le volontaires,
sur la route, enttndcnt le coup, s'arrêtent,
entrent dans les Ll.5s; il trouvent le ble é
• souffianl très fort, el se retournant eo tous
sens, comme s'il agonisait »; toute sa joue
droite est en saug, l'œil est presque hors de
l'orbite. Qui est-ce? On entoure le hies é
Ime Lacombe-Guadet, pe1Île-6Jte ,lu CooYentionnel,
ccrivail : - • Mon J&gt;Cr(', qw o':i1ait f10urlanl que
quatre a 1s nl?r', ~•arl itn~d~ le ~uvenrr du. del:!ier
bai er que lui avait de&gt;nnc son pcre, cl en,,uile t rmprt!. ion. ,fun•· joumoo iui:.tre, âe ,·i~a::-es con lernés
nulour de lui, des L:unbours qui ballaient dan le
,·oi inage, et des gens qui disnieul tout has ; t Les
,·oilil qui pa •eut. • -Vite), 600.

HISTORIA

MADAME AR AULT
Tableau Je

J.-R. RU,

- \L LT. 1;1\u~ëc Je \ 'L:r.aillc.

�L'EXODE D'ES G-m,ONDTNS - ,

san que n~l ose approcher de lui pour le
oulager ou lui donner des soins : les paysans
ont peur de ce moribond; c'est, sans doute,
un de ces émigrés, un de ces hors-la-loi dont
on dit que le pap foisonne, et l'épouranle,
par ce temps d'échafaud est si grande, qu'il
émane de ce suspect, même expirant, quelque
chose de la terreur qu'inspiraient jadis aux
('hrétiens du IDOJen âge les pécheurs frappés
d'anathème. Jusqu'à l'après-midi, Barbaroux,
le beau Barbaroux, qui naguère, admiré et
galant, elfcnillait, d'un geste élégant, de

dans l'esprit méûant des pa~ ans terrorisés,
la crainte de la guillotine étouffait tout sentiment de pitié : on demanda aux métayers
une tasse d'eau pour es. uyer la blessure, il dirent non; un peu de p1ille pour étendre
le morihond, - ils reîusèren1. Ainsi la révolution, hérissée de sa législation draconienne,
se retournait contre celui qui avait élé, au
temps des illusions, son apôtre et son idole:
elle lui rrfusait une goulte d'eau pour adoucir son ai;ooic, une poignée de paille pour
reposer sa têle expirante : à cel effroyable

close de la ferme~ et l'on assit le hie é : de
tous côtés arrivaient des curieu-x qui formaient cercle autour de lui: le oleil était
brùlant, mais la curiosité avide, et les arrivants, pour voir, bousculaieot les mieux placés: c'était une rumeur, des cris, des appels,
de~ disputes: lui, affalé sur sa chaise, sans un
momement, regardait de ses yeux fixes les
gen rrni l'entoutaienl : sur son pantalon de
coutil le sang avait coulé et « paraissait
ùeaucoup i&gt;: on lui parlait, il ne répondait
pas; on le touchait, il oc donnait pas signe

l'ucuc .\ lilock.
LES GIRO:SOl:-15 P1t TION ET BUZOT, LE SOIR

ou 3o

PRAIRIAL 1~94. -

TaNea11 cte E.

DO PA I:'!.

(.)Jusée Je Lit&gt;ourne.)

roses dans le verre de Mme Roland, Barbaroux resta gisant sur le sol .rougi de son sang,
que piétinaient autour de lai cent curieux
dont pas un n'eut la pudeur de lui porter
assistance. Vers trois heures seulement, arrivèrent les officiers municipaux de S:ùntfü anc, enfin avi ·é' de l'iocident; ils H.renl
porter le blessé ju qu'à la métairie ,·oisinc,
Gcrmans; mais le fermiers ne voulurmt pas
ouvrir leur porte : les loi · étaient formelles·
tou.t citoyen donnant asile à un conspirateur
devenait par là même son complice; et,

retour de événemenls, BarlJaroux comprit
qu'il serait proscrit jusque dans la mort.
Qaoiqu 'il eùt présente toute son intelligence,
il ferma les 1eu.x, désormais résigoé : qualrc
hommes le saisirent, et gagnèrent, à travers
champs, suivis d'une foule amu ée, une autre
ferme, la méLairie du c&lt; Bout de l'allée »,
qui se trour&lt;! en bordure de la grand'route
de Bordeaux 1 • Là encore on refusa d'abriter
un hors-la-loi. Pourtant un paysan, moins
timoré que les autres, consentit à prêter sa
chaise : on la posa de,·ant la grande porte

de vie. o gam;n de quatorze an, , Françoi
Laprade:&gt;, accouru des premiers, ne perdit pas
un incident du spectade; soixante-treize ans
plus tard il racontait aiosi ses impressions :
&lt;&lt; C'était un homme brun, je veux dire qu'il
a,·ait la peau brune, les cheveux el la barbe
noirs, la figure allongéa; il était vêtu d'une
grande lé\·ile. Les uns disaient : c'est 'lin
traître de Par· is; les autres prétendaient que
c'était Pétion ou Buzot. Plus lard on a su
que c'était Barbaroux : on ne lui donnait
aucun soin, ni eau, ni ,·in, ni antre chose.

1. Les Lour1;le dèsireui. de faire le pêlcrinage etc
la métairie ,lu t lJout de t'A.1/,éc » reconnaitront la
maison ~ncor · intacte à sa ~ituation ol.Jlique, à droite,
p,·e. 1uc en bordlll'r, de la roule en allanl de Ca5tillon

V&lt;'rs oiul-Êu,iliun. Pre,quc en face de la maison se
trourn la borne de distance 45.9. Lïndication que
donne Yale! (709 note) Lien c.ertainemenl &lt;'Xactc au
temps où ili&gt;cri,·ait, ne l'csl donc p1115 aujourd'hui.

'.!. Dèd.aratioo de M. EspèL"on, ancien m~irc de
SainHlagne.
3. [I raconla lui•m~me les laits à Val.el, en 1867
Il avait alors 11uatrc-viagt-sept ans.

�1flSTOR..1.ll - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - - J
Les esprits éta.ieBt si animes alors! Je tili
sur quü n':t"'lÎt qu'une seule blessure audessus de l'oreilte: j'y ai moi-même porté la
main. D'abord il n'y avait qu'une vingtaine de
personnes; plus tard toute la rille de Ca tillon J est accourue. »
Le citoyen L1'"ache, ancien maire de Castillon, petit homme, d'opinion avancées, imagina d'interroger le mourant : celui-ci &lt;( fnt
longtemps sans lui répondre »; et, comme
Lavache, sans pitié, insistait, Barbaroux imp-1tienté répliqua &lt;&lt; qu'il se mêlait de choses
qui ne le regardaient pas et qu'il n'était pas
de taille à l'interroger &gt;&gt;. Graillon, pharmacien à Castillon, survint également et se pn.l..
para à onder la blessUl'e : il tira sa trous e,
disposa ses instruments, explora la plaie el
ne trouva rien. Enfin, vers quatre heures de
l'après-midi, en pleine chaleur, des hommes
soulevèrent la chaise, el, portant ainsi le
proscrit, e mirent, au petit pas, en routr
ver Castillon où l'on ne parrint qu'à six
heure . A la geôle, en arrivant, on l'étendit
sur un matelas et on désigna, pour l'assister
1-t lui donner des soins, une fille de Fonbaud,
faubourg de la ville, nommée Maria; six jours
plus tard, les gens de Castillon le virent de
nouveau : il était, celle fois, (&lt; amarré » sur
un matelas; ses beaux cheveux ooirs encadraient a joue bllldée; on prit la rue qui
mène au port, on le hàla par la Gargouille à
la Calle I sur un bateau qui ver· Bordeaux
descendit à la dériw, au fil de l'&lt;'au. Du
haut du pont les Castillonnais regardaient :
on ne savait pas encore, au juste, ce qu ïl
était : le peuple ,·oyait eu lui, &lt;&lt; un des
émigrés dr la Chambre crui avait gllillotiné
Loui XVI ». Rien d'autre! On apprit, une
semaine plu· tard, qu'il était mort sur
l'échafaud.

finir; n'osant. peut-être, se regarder, tant ils
redoulaient de lire dans les yeux l'un de
l'autre la résolution déci h·e, ils se trainaient
sous la pinada, affaiblis, boueux, au guet,
sini lres. Et c'ét~il Pélion, et c'élail Buzot!
Duzot que h plu romaine des femmes de la
llévolution arail aimé d'un amour héroïque;
Pétion, le jovial Pélion, si infatué naguère
de . a vigueur cl de sa popularité, et dont
maintenant les cheveux avaient blanchi en
quelques nuits, comme ceux de la reine que,
,j:tdis triomphant, il avait ramenée humiliée
de Varennes.
Le soir, tard, quand la nuit vint, le· habiLanL&lt;; des métairies de Germans el de PilleDois entendirent au loin &lt;t du côté du hois
de M. Devalz », deu.x coups de feu presque
simultanés. On n'y prêta nulle allention; huit
jour plus lard seulement, le 25 juin, un
nommé Béchaud, dit Bnraba, rerenanl dl'
cbez sa fiancée, à Cafol, entendit dans un
rhamp de seigle, des grognement de chien~ :
il se détourna du sentier, pour voir, et ·on
approche mit en fuite trois dogues occupé. à
déchirer deux corp étendus sur le do à
quelques pas l'un de l'autre : les deux cadavres aYaienl le isage intact, mais &lt;( noir
comme une pla 1uc de cheminée ». Baraba
courut à Castillon afin d'avertir les autorités.
Il était si satisfait de sa décourerle qu'il en
fit le ujel d'une chan ou en patois.
En venant de Ctûô
Pa ·ant au coin des pins
J)c 11100.icur Tlrvô
.l"entendi, lrois gro kins
Qui tOA"naicnl deu-x corp morts.... t

Le lendemain, dès quatre heures du matin, le juge de paix de Castillon e mettait
en roule, accompagné des officiers municipaux de aint-Magne et escorté d'une douzaine
de gardes nationaux en armes. Une troupe de
Au moment précis où leur ami se blessait curieux suivait. On alla à traver· champ · jusd'un coup de pistolet, Pétion et Bllzot s'en- qu'à l'angle du bois de pins, où étaient les
fupient, à travers les blés el le seigles, vers corps. Celui de rJuzot était vêtu d'une longue
le petit hosquet de pins planté entre la mé- redingote brune à collet de velour. rouge: il
tairie de Germans et celle de Pille-Bois. Terrés avait une culotte de cotonnade à raies bleu et
dans l'cpaisseur du taillis, ils puren-t, de là, blanc, de bas de filoselle jaspé de mêmes
voir le pay ans relever leur compagnon, et couleurs, un mouchoir de soie noire au cou ;
l'emporter. Comme la plaine, à ceL endroit, une ceinture de fer ceignait on corps. Pélion
est lrè plate, il leur fut aisé d'obsener le
était vêtu d'une redingote semblable à celle
allées et vanue dll groupe, la file des curieux de Buzot, d'un gilet blanc à boutons jaunes,
sur la route, l'attroupement devant la mé- d'une culotte de velours candie gris, et de
tairie du Bout de )'Allée. Que se passait-il? b1s à grandes raie bleu et blanc•.
Ilarbaroux n'était donc pas mort? S'il avait
TandL que les magistrats locaux opéraient
réu si à se tuer ne l'aurait-on pas inhumé leurs constatations, les a si tanls épilo6',laient.
sur place? Oo ne sait rien de ce qui se pas a Autour des cadavres étaient épars beaucoup
entre ces deux homme qu'une si étonnante de pistolels : &lt;1 une pile, peut-èlre 5, ou 6,
destinée avait amenés au dernier point de la 7, .. . » Les eigle étaient versé comme i
mi ère et du dé espoir. Mais quand on inter- les deux hommes s'étaient longtemp retourroge la plaine lragiquè témoin de leur arro1iie, nés el débattus; el ceci donna à penser « qu'il
les dernière heures qu'ils pa èrcnt là s'évo'étaient empoisonnés &gt;&gt;. D'autres, e basant
quenl impérieusomenL. Quelle journée! Tous sur la petite distance qui les séparait, - dix
deux, clapi ou les pins comme des bêtes ou douze pa , - e Limaient &lt;JU 'ils n·a vaienl
traquées ; entant diminuer, d'instant en in- point dû e uicidcr, mai &lt;&lt;~e tuer récipro~ant. leur chances d'exister; _achant bien quement ainsi que dans un duel n ; ce qui
qu'avant la fin du j•mr il leur faudrait en prête à celle opinion une certaine naisom1. neclaratioo d'Antoine Roy . Valet, 751.
2. Dcclarat ion de fo an Quentin , adjoi nt de SaiolPc~ d'Armcns.

:ï. Desc ription et lr vêe des cadan cs dL· Buzot et de
Pètion.
~- Oéclaration do Pierre Galineau.

blance c'P.sl le fait que, pour mourir. ils sortirent de l'enchevêtrement des branches du
bois de pins, se postèrent en face l'un de
l'autre comme pour se vi~er ' . On ignore tout,
d'ailleurs; le procès-verbal dressé le malin
du 26 juin est trop uccinct et trop imprécis
pour qu'on en puisse déduire une indication
certaine. Les corp étaient dans un Lei état de
&lt;&lt; pestifération &gt;&gt; que le citoyen 8oulan1rer
Lanose, officier de santé, requis pour la circonstance, se refusa à les examiner. ~ul ne
consentit à les toucher : on déchira, it raide
d'outils, les poches de leurs vêlement ponr
y chercl,er le papiers ou l'arrrent 11u'on y
pen ait découvrir : il ne 'I trouvait rien, pa
un sou, pas un crayon, pas un feuillet: ce
qui faisait dire qu'on avait pillé le, cadavres;
seul Burnt avait gardé sa montre qui fut mise
dans un sac avec le. deux chapeaux: cl les
mouchoirs qu'on pril oin d'expo:-cr à un
rrrand Ccu de plante odoriférante .
Les curieux:, pendant ce temps, 'amassaient : ils étaient près d'une centaine, vers
ept heures du malin, quand les deux fosses
furent creusées et qu'on 'apprêta à j jeter
les cadavres. Une femme remarquait « que
c'étaient Ms homme terril&gt;les, magnifiques ·
un paysan, nommé Blanc\ habitant aintMagne, ne décolérait pas contre les conspirateurs. Il s'approcha des morts et leur brLa
la mâchoire d'un coup de pioche, en disant:
&lt;( coquins d'émigré 1 &gt;&gt; Oo prétend que celui-là
mourut quinze jour plus tard.
Les deux trous, profonds de ix pieds,
ont prêts, on y pousse les corps qu'on recouvre aus ilôt dti terre : les lombes étaient
si voi ines qu'elles ne semblaient former
qu'un seul monticule.
Pendant longtemps elles sub istèrcnl :
mèml! quand les années les eurent affaissée ,
on les respecta: on ne labourait pas le lieu
où reposaient les pro crits; durant hien des
années, à cette place-là, la terre ne travailla
poinl : l'endroit, par les pa ·sans, était appelé le champ des émig1·é.~. Car on n'en samit pas davantage. Royalistes'? Républicains 1
q1ù s'en inquifüil ! li ,emble bien que, à
l"époque, le peuple ne comprit rien :1 ces réYolutions successives qui traitaient en maudits le héros de la veille : les gens acceptaient les événements avec docilité: plus tard
ils en parlaient, se contentant de dire, foi ant
allusion aux assignats: c'était le temps du
111aul'llis papier, sans chercher à comprendre pourquoi ceux qu'on diyinisait un jour
étaient les parias du lendemain. Ignorance
a sez semblable à la agesse.
Aujourd'l1ui le bois de pins a disparu: on
ne sait plu au ju le où reposent le deux
émigrés; jamais le soc d'une charrue n'a rencontré leurs ossements : à quelques mètres
près, on montre la placé, dans un champ de
maï , non loin d'une sorte de cabane qui serl,
en cas d'oraae, d"abri aux cultivateurs et qui
jadis, avant le défrichement, e trouvait en
bordure un bois de M. Devalz. Les gens du
pays l'OU. y coudai ent Yolontiers; ils n'ignoà. Dédaralio11 de 11. E,pcron. ancieu m~irc tlc. aint•
llagnc.

"------------"""'"""":~------------rent pa qu'un drame s'est passé là, sans
savoir précisément lequel; les visiteurs, au
reste, sont rare . C'est si vague, et i vieux!
Les trois représentants, Barbaroux, Salles
et Guadet, 1c père Guadet. sa fille Marie, son
second fils Saint-Brice-Guadet, Robert Bouquey, Thérèse Bouquey et son père, le vieux
Dupeyral, furent condamnés à mort.
A l'audience, Mme Bouquey, indignée de
s voir accusée t&lt; de pitié envers les malheureux &gt;&gt;, fut prise d'un effra~anl accès de colère. Elle apostropha les juges : « - Des
monstres! criait-elle. i l'humanité est un
crime, nous méritons la mort! &gt;&gt; Puis elle e
jeta en pleurant dans les bras du père Guadet.
.\prè la lecture du verdict, pendant les
liravos et les buées des curieux dont s'emplissait la maison de justice, on la vit, furieuse, hors de soi, repou sanl les hui sier.s,

s'élancer dans le prétoire, C( vers le président,
qu'elle cherchait à . aisir, pour le déchirer&gt;&gt;.
On l'emporta, écumante. Quand on dut lui
couper les cheveux, elle échappa aux aides
de l'exécuteur; une lutte 'engagea; « il
fallut employer la violence pour la contenir n.
Le père Guadet s'approcha d'elle, lui ouvrit
ses bras, la pressa ur sa poitrine; alor elle
éclata en sanglots el &lt;( cet attondrissemenl
ramena le rt&gt;pos dans son cœur ».
n procè. qui surgit quelques années plus
tard entre les héritiers rJouquey révéla un
détail saisissant. U s'agissait d'établir lequel
des deux conjoints Bouqney était mort le
dernier, leur contrat de mariage a1anl Lipulé
une donation réciproque et univer elle faite
au survivant. Or, ils étaient morts le même
jour, à la mème heure et presque du mèmc
coup. Le procè.s dura jus'}U 'en 1810; à celte

L'LXODE DES Gffto,4D1JYS - ~

époque, le t1·ibunal de Libourne ordonna un~
enquête et l'on interrogea le bourr~au ~•
vivait encore. Cet homme raconta qu au pied
de l'échafaud « Bouquey, voyant son épouse
s'avancer seule vers la planche fatale, dit à
l'un des a sistants : &lt;t Ah! donne:, donc hi
main it madame. » Mais elle, très calme,
demanda ex.pressément d'être e.xéculée la
dernière, voulant épargner à son mari ln
douleur de mir répandre le sang de sa
femme».
Je oe sais pas si. dans le grandiose monument, encore incomplet, que la ,ill~ de ~ordeaux élèrn il la mémoire des G11'011d111s,
doit fiourer le nom ou l'image de Mme T3ouqu-cy. 0ll semble bien qu~ l'effigie de ~eu~
femme héroïque ne era1l pa. déplaree n
côté de la ,talue de ceux dont elle prolongea
J'un an la vie en donnant la sienne.
G. LE TOTRE ·

Procès de presse

Le parlement de Bretag_ne a rendu un pour avoir vendu des livre. contraires aux
arrêt, le 29 mars 1767), qui condamne un bonnes mœurs et à la reliiion.
Ces livres sont : le Christianisme dàoilé,
nommé Bocloy à êlre enfermé le reste de ses
l'Homme
a11,i; quarante écus, Éricie 011 la
jour dans une mai on de force, comme soupVestale,
les4uels
ont été lacérés et brûlés par
çonné d'avoir voulu faire imprimer une brochure :11,- les tronb/es de la France, et l'exécuteur de la haute ju· tiœ, lors de l'exécomme soupçonné d'avoir Youlu donner le cution de. coupables.
On s'e t récrié contre la sévérité d"11n pajour it deux libelles, dont l'un intitulé le
reil
arrêt, qu'on attribue à M. de Sainl~FarRoyaimtP. clei; femme.~, et l'autre les A1•e~gean, président de la chambre des vaca_t,on:,
t11res du comte de•", lesquels manuscrit
homme dur cl inflexible, el ùont le Janscont été lacérés et brùlés.
On ne sait encore quels sont tous ces ou- nisme rigoureux n'admet aucune tolérance.
vrages criminels et quel mérite lilléraire ils
peuvent avoir.
***

:l Octobre 1768. - On a exécuté ces joursci un arrèt du parlement, qui condamne JeanBapliste Josserand, garçon épicier, Jean Lecuyer, brocanteur, et Marie Suis e,. fe~me
dudit Lecuyer, au carcan pendant trois JOUr:1
con écutifs; condamne en outre ledit Jo cranù à la marque et aux: galère· pendanl neuf
ans ledit Lecu)·er au i à la marque et aux
aalères pendanl cinq an , el ladite Marie
n
. ans
ui~se à ètre renfermée pendant cmq
dan, la maison de furce de l'h&lt;1pital général,

La république des le!lrcs vienL de ~etdrc
le sieur Deforges, mort, 11 y a quelques J0nrs,
ubitement à tabll'.
C'était un auteur moins célèbre par ses
opuscules que par_ ses ~aI1;eurs.
.
En i 749, il était à 1 Opera, lorsque le pretendanl fut arrêté. li fut indigné de cet acte
de violence; il crut que l'honneur de la nalion était compromis, el exhala ses plaintes
dan une pièce en vers forl cout1.tc alors,
qui commence ainsi :
Peuple jadis si fier, oujourcl'hui si senilc. .
Des prince, malheurcm: ~ 0 11• o·èt,•s pin, l":ml{'.

li ne put prendre sur son amour-propre
de 0oarder l'incormilo: il se confia à un ami
prétendu, qui le trahit; il fut arrêté et conduit au Mont-Saint-llicbel, où il re la trois
ans dans la Cage, qui n'est point une fable,
comme bien des gens le prétendent. C'est un
caveau creusé dans le roc, de huit pied en
carré, où le p1·isonnier ne reçoit le jour que
par les crevasses de marches de l'église.
M. de Broglie, abbé de ainL-~lichel, eut
pitié de ce malheureux. 11 obtint enfin qu'il
dit l'abba ·e pour prison. Ce ne fut qu'avec
des prél'.aulion extrêmes qu'on put le faire
passer à la lumière de celle longue et profonde obscurité.
Le caractère de M. Deforges, son esprit el
ses qualités per annelles lui gagnèrent les
bonnes g~;lces de cet abbé, au p~int d'obtenir
son élaro-1ssement au bout de cmq ans. 11 le
donna à son frère M. le maréchal, en qualité
de secrétaire, el, Mme la marquise de Pompadour étant morte, il fut fait commissaire
de guerre, dela nomination de ce rrénéral,, ui\'anl le droit de tou les maréchaux &lt;le France.
M. De forges avait supporté courageu~emen L
sa longue et cruelle captivité. Son e prit n'était point affaibli dr tant de disgrfu:es, el
"· le maréchal en faisai l grand cas.
DUCLO~.

�"---,---------------------CO,'ttTE DE FRA CE D'HÉZECQUES
et&lt;&gt;

La cour de Versailles intime
La chapelle.
c=,..

Tou' le arh . 'étaient donné rcndez-l'ou
el al'aicol employé le produit, le plu précieu pour préparer à Dieu, au chùteau de
Ycr:-aille • un temple di:me, ~inon dé la dil'inité qui dél'ait l'habiter, du moin de la
dtlm,•urtJ ro)ale dont il de,ait faire partie.
l'arloul on y rnyait hrîller le · d1cf~-d'œurre
de la peinture!, les dorure: le· plu éclalanLC
et Il' · m rbre' le plus pr·•cieut.
'fnw le· jours lt• roi allait à la me. e; il
él.lîl imité par le rc.&gt;.Le de a famille. et . i
c'ét1ît uuc . uîle de l'étir111etll', c'était du
m ,in, un liel exemple. On ne &lt;lc,ait ju rrer
,11ue l'adé et nullement Ier di,positions; au
re,te, la piété édair~e de Loui \.\1 ne pou,ait lai l!r de doute qné ~on cœur ne le
porlàt à la diapdle Litln micu\ 1p1e Il\ cérémonial.
C'était à midi, - ou plu· tôt si le le,er e
lai. ait plu· matin, - que le roi, ortanl de
on appartl'ID!!11L par une porte de "lace,
commu11i,1uanl du c.,liin •t du con ·eil à la
",derie, traver ait Lou I grand · appartemllols et ·e rendait à la lribuoe, précédé d
pages, de rcu1 •rs, d • grnlil homme , de

( ' IIATEAU DE VERSA.ILLES. -

réuni sait po11r la me5 ·c. Le, prince~ e r ndaicnt ch z le roi, et lc . corlùgc en ortait
quand la reine elle-mêm? quittait on appartement par le alon de la Pai • au fond de la
"alcric. C1.:1te multitude tl'oflicier-, de dame,
magnifirp1emenl parée. , 'a1ançant :rn milieu
d'une fouit\ de curieux, dan. celte lon 11 ue
pièce. l'un de. plu· beaux monument! de l'e
genre ciui oient en Europe, formait le coup
d'o·il le plu: impo ant.
La chapelle de Versaille e composait pour
ain i dire de deux éLa:;ies t La triLunc était en
haut, t•L de chaque càté régnait une ~alerie
oil e plaçaient les personne du en·ice qui
11e pouvaient lroul'er place dan · la tribune,
ain ·i 'Ill, le t=lrangers. La tribune était tri..
~rande. Elle était bordée, ur le uc\·aol, d'une
balm,lrade de marbre ur laqudle on jetait
nu grand tapi de 1·elour cramoi ' i à fran"t'
d'or, et à chacune de se eitrémité. ~c trouvait une lanterne doriic el frrmée de glaces,
pournnt contenir une eul p r onn cl de ·lim1e aux prioc · e: malade- ou qui ne voulaient point paraitr • pnbli,101ment. On r •mar&lt;1uera que, sous Louis XI\, madame de
.laintenon était loujour. placée; c'était là
la seule mar']ur publirJut&gt; qu'ellt• eùt jamnis
fait paraitre do lien ,p1i l'uni~sait au mo-

\'tJr, El TERIEt;R F. Dl! L.1 CIIAPELLE.

onicier~ des rdes, cl uil'i du capitaine
de "3rd~.
Tou: le. dimanch .s la famille ro)ale e

narque. Comme la tribune eùt été trè froide
l'hh-er, la cour as i~laot à de. offiœs lrÎ!5
lon!!S, urtout la ,·cille de oël. où le .enice

divin durait depui dix heure du :oir ju. qu',
une heure, on montait ur la Lril.mne une
grande charpente dorée qui en fai, ait un
Leau :al.in, arec de fenêtre de glace ttu 'on
ou,rait à volonté.
C,· n'était que le jours de grande ft1t
que la cour de rendait dan. le ha· de la cbnpclJC', par d~ux e calier touroanli placé de
chaque côté de la tribu nt'. On courrait le pa\'é
de uperbe tapi·; on di ·po. ait un prie-dieu
cl deux fauteuil pour le roi et la reine; les
prince uaient de chai es cl un carreau;
tous le officier~ et l •· dames e plaçai nt
derrière ur des tabourets cl de· ùanqueue ;
enfin, le aumônier el le1 gardes de la
manche étaient de chaque côté du prie-di 'U.
Il ~ aYait cc jour-là une con·éc qui ~tait
cependant Lien rechercht&lt;e, c'était la quête.
oe jeune femme, aprè· a prt enlalion,
devait . 'aei1ui1ter de celle fonction, qu'on
redoutait Lien un pt&gt;u avant la cérémonie,
ruai· dont on était a&lt;&gt;réal&gt;lemenl r1kompensé
par le murmur de louange et d'admiration
que oulerail la pr:•ence d'uncj ·un• fomme,
daru la fleur d l'àge cl de lo b •auté, maa-nifiquemenl p:irée et courerte de diamants de
tolll • .a famille. J'ai dit qu'on royait Yenir
ce jour avec une certaine appréhen ion. En
effet, quel cmharra pour unejcuoe personne
qui a,Jit à peine 11uitté sa mère, Je se ,·oir
obligée de pa~ .cr ou , le yeux d'une &lt;'&lt;&gt;Ur
nombreuse en faj ant, avec lentc-ur, une
multilu Je de r,fréreoces dont elle faL ait, la
vciU&lt;.', une rJpélit'on m·ec un homme l'hargé
de la dirirrt'r! Et elle n·avait mrmc pa.,
comme Jan le t,.Ji e , la re :onrce d'fürc
conduite par un ca1·alicr qui aurait pu. au
Le oln, soutenir , pa cbaocdant . A . on
LrouLle, ?i l'in,Jlriétudc de manquer une révérence. d'aller à tel prince avant tel autre, .e
joignait encore l'embarra· de !"habit de cour,
de cet énorme pani ·r et de la loo!!lle queue.
J'ai YU plu~ieur d' ce jeune quêteuses dan·
nn état à faire peine; mai la coquellerie,
l'ambition, leur faisaient ,ite oubLier une
"ène pas arrère et la fatigue de cette impoanle cér11monil·.
Cette quête rapportait beaucoup; car,
quoique les princes, les grand officier el
le~ dames donna :enl culs, comme on ne
pouvait mettre que de l'or, la recette montait trè haut el ne lai ait pa que de nêner
li' pcronnes peu ricù~. Ueureux qui pouYait e procurer un demi-loui ! à moin de
faire comme un cordon-bleu qui y metlail
con ·tammeol un jeton. On m'avail, en elTet,
as. uré que, depuis plnsieur année dt'jà, l
jours de cérémonie de l'ordre du aint-Esprit,

,

1.A cou~

DE °VER,SA1ll'ES 1NT1ME - -...

on trouvait toujoor un jeton dans la _quêl~. affairé du collier, où l'on a\·ait rn le nom de que oo mari, alor. reniarië, el j •_l"ai lromé
Jan· la de traction de l'or.Ire, ou aurait fin,, la . OU\'eraine ervir dïn·trument à d6 fri- diane d'a1oir eu une Îl'mme au. ,1 coupaLI,·.
à la morl de ce moderne llarpa!!OO, par dé- pons pour duper un grand sei 11oeur. .\ux
!"&gt;Le cardinal de Bohan. qu'on appelait le
counir . on nom, à moins qu'une dispo ·ilion
de .on te lament n• .ùt perpétué on secret.
Cc· IJUêtes, qui, les jonr· de proces i_on,
allaient à plu · de cmt Joui-, élaieot remise
au curé de Yer~aillcs.
Le jour· de granJe (ètc qui Lomb~ient u~
dimanche, on présentait le pain béml au roi
et à la famille rol·ale. C'était un très gros
morceau de briocl.te. Loui \ \'I tirait son couteau de sa poche, et, ~pri• en aroir coupé
une tranche, il donnait le re te aux pag de
la chambre. u,·cnt même il ne prenait point
tant de peine : il mordait à mème la ~~ioche.
Le jour de mon entrée aux page .Jeu: le
morceau ur lequel les dents du rot arrueot
lai ,é leur empreinte, et, dan mon exta e
provinciale, je ne le maorreai qu'avec un certain ri!. ped.
La mm,ique du roi exéculait des me e
et des motels compo és par les au~eu~s le
plu· di tinaué . A la me se de mmmt du
jour de 'oël, on entendait a,ec beaucou~
d'admiration le hautboi Ju cJlèLre Ilezozz1
exécuter de petits air que le calme de la nuit
CUATJ::All DE YERSAILU:S . LE \'EHIBl'LE DE U CIL\l'ELLE .
rendait encore plu gracieux. On avait atlach • à lJ mu ique du roi douze enfant., appelés pa,. • de la mu ique, qui remplaçaient
le· fau ,e( . C'êtaienl le enfants dei; valet '
eu de la justice, le prince de llolian n'était prince Louis, était enc_ore lr~ Li ·n con ·enr,
de~ officier de la cour. li· portaient la lim..:C point coupable, el l'arrèt du parlenPnt de lorsque je le fr au Etats généraux, malgré
de la "rande écurie · mai- oo les distinguait Pari· ét:iit coméquent, car le parl~meol Loule le infirmité· qu'il conlracla dan .on
rn ce ~u'il ne pounient avoir ni ba. de ·oie n'était point junc &lt;le mn•urs ~OCJales; rxil à l'abbaye de la Cbai c-Dieu, el un m:il
ni Loudes d'ar •enl.
mai· au1 1eu . de la majesté roya~e le car- à l'œil qui l'obligeait de le couvrir d'uu tafIJuand le roi était dl 1 le ha de la cha- dinal êta.il répréhen~ible pour al'Otr cru ~ fela. noir. Dan le lemp de a . pknJcur,
pelle, on lu.i pré ·entait le corporal à bai.cr_; ·ouveraioc capable d'entrer dan. t~n march_~ c'était le plu noLlc. et le plu marnifi_que
c'était une d, prérogatl\'e Je la rolaute, clande tin dont le clau e el:111:nl au 1 ei!!llcur de ln cour. P r oonc ne fil m1cu\
le roi étant re•!afdé comm, ::;ous-diacre.
déshonorante pour lui que pour elle. La Yaloir on opulence cl l'autiq ue dignité de , a
Quand 1 éH! rurs prêt.. icot ·erment a~ perte de c cba.rgCli, o~ ~xil _loin de la cour, race.
roi, c'était après l'é1·an°ile l'une meise qui n'étaient donc pa. une lDJU~L,ce, comme ont
Dan· le f.'lc-beu c. affaire dont je lien d •
e disait ?I l'autel de ':tinte-Thérèse, 011 le \OUiu le faire croire les ennemis de la reine. parler tout à l'heure, le cardin~l fut m_:il
pinceau de • anlcrr' arait repré ·enté cette Le cardinal en était si per uadé qu'il ne ,eeni par qudqucs-uw de es amis. ~n a1_l,
, ainte eo extase, i lwlle, i roluplueu ·e, que nail point aux États ,.énéraux ·an la permis- co effet, que leur olle méchanceté hl orl1r
.
bien d,i prêlrti· craignaient de dire la messe
ion de la cour; cl,e plu tard, . a con d111le
de l'hôtel d monnait· de trasbourg, l'II
à celle chapelle.
dans ~e ro~- '5 ion all,·mandl!·, · · sacrifice
17, • d • !oui d'or où l'eflîgie du monarque
Le nrand aumônier de I•rance était le car- pour la eau de LtJub \ \'l, lo~1t a pr~mé a\ail an front une petite protul,érance qui
dinal de lloolmoreocI-La\'al ', évèque de que cc prélat était loin d'en ,·oulo1r au roi de
emblail vouloir a:~imiler l • roi aux mari·
. letz, prélat lier et fa lueux, que , on nom, l'a,·oir puni Je ·e imprudl•net• .
trompé . La police ·crupr..:~sa 1e Fair: d!, paplus que se. conmi.ss:inc_!! , al'ail po:lé aux
~ladamc de Lamothe liait coupahle, au
r::ùtre celle ~cauJalt-o tl monnaie. Mai· 1I n
plus haute dignité de \'Enlise. IJ ar:11l uc- yeux des loi~ et de la ocié_té: d'intrigues, d_c a échappé plu icur _Pit·ee qui ont_ tromé u_n
cédé Jan!\ cette ch,r,,.e au cardinal de Rohan, ,éJuctioo~ et d·uo ,·ol con 1d ·ral,lc. n pre- asile dan le~ cahmel ' de curieux. Mo1évê 1ue d,, tra ·bourg, apr la malheureuse teodu nom de Valois n'était pas une rai on mème, en i 7!H, j'en ai YU une en Ire le
de la sou~traire au peines infamanle. qu'elle main· d'un né •ocianl de Valencienne·, grand
1. Lom--Jo,1•pl1 ,lo 'luul,n11rcnc~-l.:i1al, è_,ê')1te ,1,e
méritait.
conduite n'en de1iut pas meil- amateur de médaillt:s, que je rencontrai à
llclz, graml aum.' uier tl, pui ti , ne ,lcnnl canliual 11u·cn l 71S\J.
lcurr. J'ai lo•é depuis don le même hàtcl Amers.

ComE oc FR.\. 'Ch lrl!ÉZECQLL~.

.... 20&lt;) ...

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Mémoires

du général baron de Marbot
CHAPITRE IV

culte,, r11rn l'ancienne France, . cule, élail
vraiment soumise aux restrictions commerLa guerre del'ienl inc.-illhle. - A"erti scmeot, ilon•
ciales;
encore, les licence,, d,mt j'ai parlé
n~ i ~apoléon. - l.i, Cour i111péri1l~ il IJn'l11le. l'icc ,le compolition ,le l'armée et deo clircn
plus haut. y faisaicut-dl d'~normes Lrècorp,i.
d~. Quant à l'Italie, à l'Allemagne cl aux
pro,iuccs llhrienncs. le s,,tème continenlal
Le mot.ir le plus pui~,aut 11ui portât l'Eru- hien •p1'étal,Ïi par décret i111périal, u·y étai~
p«·rrur à faire la guerre à la fiu!-ie était le appliqué 'lu'illu,o:rcment, tant à eau e de
dbir de la ramener à l'exécution du traité
l'i:tênJue des côte:. que par la connileuce cl
:-i~né à Til itt en 1)l07, traité par lequel
le défaut de · ur1·cillancc de œux qui admil'empereur .\lennJrc ,s'était en•,,v,é
à fermer
0 0
nistraient ces vas les contrées: aussi l'cmpr1
tous
es port
de •~es • !.lat:;
à L\onler.-rrc, , e
• ..
• •
,
..
e
'
rcur Je Ru_ie répondait-il ao1 sommation:.
11m II a,,ut J3lll,fü etc pra11qué que d une
que la Frarwc lui faisait d'interdire toute rcmanière fort imparfaite. i\apoléon p ·ns 1il
,l\ec raison quïl ruinerait les An:,ilais. peuple btion commerciale n,l'C l'.\ngleterre, en
c.sentidlerncot fahric-ant et marchand, s'il signalant cet état d'exl'eption pre:;11ue général
parvenait à détruire l1•ur négoce a,·cc 11• con- en Europe. Mai, la 1·éritaLle cau,e du refus
tinent européen; mai l'CJ:œution de œ pro- 11u'oppo~ait .Ueiandro aux prétentions Je
jl'l gigantesque offrait de ~i grandes diW- i\'apoléon était la crainte qu'il épromait d'êlrl•
as5as~iné comme l'avait été l'empereur Paul,
0

~on père, arurucl on rtprochait J;irnir Llessé
l'amour-prnprc national eu s'alliant à la
France, et, en Sl'fOnd lieu, d'a,·oir détruit li:
rommerce russe en dt'.-clarant la guerre à
l',\n;;lctcrrt•. Or, Alexandre commençait à
rompr• ndre qu'il ù:ttit d~jà aliéné les esprit:; par la ùéfërcncc cl l'amitié qu'il avait
t;( noi. ·,,:es à ~apoMon dan les entre me
d'Erfurt et de 1ïlsill; et il de,ait craindre.
maintenant, de leur fournir un nouveau griC'f
par la suspension Je tout commerce avet·
l',\03lcterrc, seul débouché par le,1uel la nohle:;se ru~~c pournit écouler les produits eucomlirant~ de se, imm&lt;•nses propriété, d s'assurer . e&lt;: re1enu,. La mort de Paul ter prou1ail bien à qucb danger· l'empereur de Russie
s'exposait en prenant une pareille mesure.
.\lexan,lre devait craindre J'autaut plus, qu'il
,oyait encore près de lui le:, orficim, •111i

:l\·ai&lt;'nt entouré •011 père: de ccu1-là était
llenninz,cn, ,on chf'f d'é1at-majnr.
~apolt•on ne tenait p3• a,.sez rompre Je:;
dirfil'11ltl; Je l'êtte •ituation. en mPnaç.1111
\lexarrdre Je la :::urrrc s'il n'acc~d~it pa~ à
ses J,:,irs. Cependant, eu apprenant les perle"
uhies et les rel'er;; es uyés en E,papne et en
l'orlu~I. il •emhl:tit hé,itrr à s'('n:?a"er Jan,;
une guerre dont le nhùtal lui parai sait fort
inc('rtain. Je tit'ns ,lu ;énéral fkrtrand 11ue
,1\'apoléon a ,ou,·,mt r,;pélé à Saintc-llrlr11e
•rue sa seule pc115ée fut 1l'.1hord J'cffra1er
l'empereur Alexandre, alin de l'amcnrr'à
l'cxi'.-cution du trai1é: « ~uu:, étion , disait-il,
« comme dl'UI maitrèS d'l;~le Corœ qu'on
« croit prêts à en \'l'llir aux main", mab ,pri,
« n'en aJant cn,·ie ni l'un ni l'autre. c ruea n:went de l'œil et du rcr co aunçant à pe« lils pas, cb:icun d'eux 3)3111 l'espoir que
11 son adrer,aire reculera par crainte Je
cr croher l't1péel ... D .,rab la comparai~orr de
!'Empereur 11'était pas cxade, car run Je.~
Jcn, m.ritrè.~ J'arme., a,ail J .. rrièrc lui un
précipice ~nos fond, prèl à l'engloutir au premier pas ,,u ïl rcrait en arrièrl!: ainsi plaré
entrtl une mort ignominieuse et la nl:r1~•~i1tl
dti combattre a,cc des chance.- de •uc«·ès, il
de1'3it prendre cc dernier parti. Telle riait la
,ituatiun d'.\lexanJre, :-ituatioo encore :i~;rarr.e par le.- 111anœu,n.', au,;11udles l',\n~lais
Wilson c fürail auprès Ju gént'.-ral Bermingscu t'l des officier, de ,on t'.·tat-major.
1. 'C'rupcreur Xa1ioléon hésitait l'IICorc I'!
:semblait ,·ouloir écouler b sagth ans Je
Caulaincourt, so11 anciC'n nruba ~adcur a '-arot1'{1crsl"1urg. li ,oulut mêmc interroger pluieurs oflîci,•r~ rrançai,. qui u·aicot habité
11uclque temp~ la nu,,ic el en connaissaient
la topo!!raphie et 16 rcs~ourt'es. Parmi eux
se lro111ait le heutenant-coloncl de Ponthon,
•1ui auit ,:té Ju nomhre de, officier, du ;;énic que i\·apolt'-on, lor, dn traité de Tibitt,
av11it, sur les in~tanccs d'.\lexanJre, aulori~t~S
et même in\1tb à pa, cr &lt;1ucl,p1cs années au
.ser1ice ,le la nn~,ie. C'était un homme des
plu, c.ipal,lcs el Je,; plu~ mode,t ..\ttacbé
au ser1ioo lopographi,1ue Je i\'apoh'.'011, il
n'eût pa cru pournir érnellro ~ponL1n,1ment
son avis ,ur les difficulté., 11u·,~prouverait une
armée portaut la guerre darr rernpirc rus,e;
mni, lorsque !'Empereur Il! ip1cstionna, de
Ponlbun, en homme d'honneur, tout Jérnué
à ·on pa]", crut Jc~oir dire la rir~té tout
1:ntière nu clid de ll::tal, et. s.:tn, cram«lrc Je
lui déplaire, il lui signala tous les obstacll'
qui s'oppo"eraient ù son cntrepri~c. Les principaux étaient : l'apa1ltic et le défaut de coucour, des pro,·inccs lithuanicnocs assujettie
de1mb de longue nnn6cs à l:i l\u ic: la rê~i tance fanatique Jes nucien llo.covites; la
rnrdé Je.., , iHc, ,•t fourrages; dC's coulrilt•&lt;
presque dt'.-s1:rtc- •1u"il rauJrait tra,erser:
des routes impraticables pour l'artilleri,1
aprè,. une pluie Je r1u ·l,1ue heures: maii' il
appu}a surtout sur le, ri;ueurs de l'lii1er et
lïmpo.sihilité phFi,1ue de faire la guerre
lors11u·o11 aurait atlt•int l'époque Jes nci;;cs,
qui lo1u.baient sou renl dès I" premier jours
d'oetolirc. Enfin, "Il homm1! HaimC'ol coura-

)JfF...'JfOr~cS DU GÉj\'1;~J(L BA~ON DE .M.Jl~BOT - - ~

;&lt;'nx, an ri,'(UC de Mpl:tire 1·L Je comprometlre son awmir, li. de Ponthou ~c permit
de tomber aux S•'noux dt• !'Empereur pour le
,upplirr. au nom du bonheur de la Franrc el
de sa propre ~luire, de 11e pas cntr!.'prc11Jn·
celle dan~ercu e expédition. dont il lui pn'.'llit
toute le:- calamilt:s. L'Empercur, apri·~ a,oir
écouté a,ec c:ilme le colonel de Ponlbo11, le
congrdia ,an, faire aucune olNnation. Il rut
plu ieur,- joor, rèîcur et pen. if, et le hruit
se rt:panJit que l'CJpéJition é111it ajournée.
Mais l,il•ntôt M. ~farci, duc Je Ila,sano, ramena l'F.mpereur à son premier projet, et
l'on as~ura, dan fo lrmp,, «prc le marédral
llnout ne Cul poiol itranger à la résolution
que prit ;\apoll-on Je porter a nornhreu~e
armée d'.\llema::me. ur 11• ri1cs du i\iémen.
à l'extrême fror~ièrc Je l'empire russe, afin
de déterminer .\lcianJre à obéir à ses . ommation~.
.\ rornptcr de œ moment, Ucn 11ue M. ile
Punlhon Urt toujour, attaché au cahiuct et
"ui"il con,tamnwnl l"Emprreur, celui-ci ne
lui aJrl'~~a plu~ la parolti penJanl tout le
trajet Ju Siémen à Moscou, et lor"111e, p.. ndaot la retraite, ~apolt'.-.,n fut forcé ùc ,:a,oucr
à lui-mfme 11ue b pré1isio11s de cet e;timalilc orlicicr ne s'étaient 11ue trop rt:rifirt:s,
il tvitait dl· rt.?11rontr1·r ses reriard,; m:anmoin,, il l'élern au grade Je colonel.
ius ne dc,·anrons pn~ le cour:- des él'l'nCments el rc,cnon~ DU\ prép:iratif~ que fai,ait Napol~on pour arn!.'ncr Je Hré ou Jl,
forn: IJ f\u_,ie nux l~•ndi1i1111~ 11u'il wulait
lui impo,er.
Il~ le moi~ d'a1ril, b lroupc., rram~,i~es
cantonnfos l'n ,\llema 0 nc. ainsi •1ue cell

GhtlUL C.tL'l..U:'&gt;-COl:RT.
0

lJ 11frès ,~ aus/,i jr IILLLIARD.

des dil'er, princes de la Confédération ;crmani,Jlrc rangés sou~ la Launière de ~apoléoo, s"t~taienl mises en mouH·mml, el leur
marche ,·er la Pologne o"é1ait ralenti,1 que
par la Jirtirulté Je .se procun:·r les mopifü

de nourrir kur.s nomlm::ux chl!1aux, lê~
herl,cs et même les hlé, t:La.nt à peine hor·
de terre, à cdtc ép,,,,nc, dans le~ contrl:c,
Ju .\'orJ. Ccpcn,lanl, !'Empereur quitta Pari~
Il: Il ruai, l'I, al·compag-ni- Je l'lmp{-ratricc, il
se rendit 11 llrcsdc, oi1 l'attendaient son Lcaup~rt•, l\·111pcrcur d',\ulrichc, t•I pre~•rue lous
le- prinœ d'.\llemagne, attiré., les Ufü Jl:lr
J'e.,poir Je rnir accroitre l'étendue Je leurs
~:tals, les autres par la crainte Je Mplaire 11
l'arhitre Je leur destinée. Parmi les rois, 1c
seul ah~L·nl était le roi Je 11ru~ c, p.irce que,
ne fai,aul pa~ pntic de la Co11fo!dénitio11 du
l\birr, il n'a,ait pas i·té appelé ir cl'ltc rJunion cl 11°füait s'y présenter san, l'autorisation de Sapoléon ! li la fit humblenll'nt ~olliciter, et, dès qu'il l'eut obtenue, il s"cmprcs.sa dt• venir augml'nter la foule de,
sou,crains qui i;"étaienl rendu~ à Dresde pour
faire leur rour au tout-puissant vaio,prcur Je
l'Europe.
Le., prolcstations Je fidélité cl Je dévouement 1111i furt·nt alor,- prodiguées à ~apoléorr
l'étourdirent au (IOint de lui faire commettre
un,· foute Ùl', plu~ gra,es Jans l'organi$alion
des coutin6ent• qui dc,aient former la granJe
armrc Jl'~tin,:,. à porlcr la guerre en llussit·.
En elli!t, au lieu J'affail,lir les ;om·erncmtwl.s J'Autrid1tJ cl d~ Pru,st•, ~es anrit.&gt;ns
enncrub, en eli3eanl d'eux •1uïls lui fourni,~cnt la plus grau,le partie de IL'ur~ troupes
dbponilob, 11uc la prudence aurait Jù l'enga=c•· à foire nurdtcr à l'a,·ant-!!arde, tant
pour épar,,;ncr le s u1g fran\·ais que pour être
à même tic suneiller -c., nou\·t!aux el chauc,·lanls alliés, nuu "e11lemc11t ~apoléon Ill!
demanda t1ue ;;0,1100 bomme:s à chacuue de
,·ci; puis:,arrrt:!&gt;, 111ais il l•n forma les deux
aill' J, . .,:, rméc! ... Le., Autrichien , sous
le priuce Sd111Jr.tenl,erg, tiureot l:t droite en
Yolhrn11. I, , Pru sien.,, auxquel il donna
pour" d1d un marécbal frarr~ai$, )focdonald,
occupî•rcnt la gauche. ,cr l'emLouchure Ju
~ifo1en. I.e ferrlrc éluil composé des corl':s
rrançais et de., l'011tingcnts Je la Con[éMratiou du Hhiu, dont la li,lélittl arait été éprou,ée par Ici; campagne~ d'léna el Je \\ :i;;ram.
Le ,iœ Je celle or;anisation frappa beaucoup dl' bon~ 1:sprits, 11ui YO)aicnt a,cc peiuc
les aile de la Grande \rtuée compo,écs
J'étraugers rc;,tanl sur _les frontihcs di• leurs
paJS respectiL cl à même de former, eu c.i
de rcn·rs, deux armée., :sur no, dcrrièrl',,
lor que notre centre, composé Je troupes
sùres, ~e serait eufoncé dan, l'Empire ru~se.
.\imi, l'Autriche, qui avait :!00,uou soldats
mus les armes. u'co mcllarrt que :i0,000 i1
la Ji.spo~ilion de ~apoléon, en 3arJait I Ï0,000
prêts à a;ir conlrc oou en ca,, d'in~ocœs! .•.
l,n Pru.sc, liien rp1e moin!, puissante, avail,
outre son contingent. (j0,000 hommes en ré~cr,e. Un s"élonnait donc que l'Enrpercur Lint
i peu compte Je ce qu ïl lai~sait derrière
lui; mais sa i.:onhance était "i grande 11ue lt·
roi de l'rus_c ra}ant prié Je permetlre que
son til!, ainé (le roi actuel) 1 fit la c.'.lntp:iinw
aupr.:s de lui en 11ualîté d'aide de camp, ?\apoléon ne ,·oulut pas ) consentir. Cependant
1. rn:,téri,-t;uillaumc 1\.

�IDSTOR.1.11
ce jlunc prince eût été un ola• e précieux, ui1
Ce fut ·n un d: · princip le · cau_cs des perçant, décontman~·aient bi,·n d •- col!)~el:,
ga"e bien .ùr de la fidélité de .on père.
r~vcrs que nou éprouvàme .
et cependant. malheur :, elui qui _hé.ita_it ,\
Pendant que les fête H' uccédaient à
répondre : il étai~ ruai noté dan 1:e.pril de
Drc~de, les troupes de ~~po!t:on . il1011naicnt
CHAPITRE V
·apoléon !.Je !!l'étais. i bien préparil que j' ·\!
le nord de l'Allcmarrnc. n,:jà l'armée d'llafü•,
répon c à tout, cl l'Empcr~ur, aprè m'àvoir
fraud1i sant lt• montarrnc' du ÎJrol, e diri- llcrnt: J • l'Emper,ur. - 1.·1rml!C -ur I • :'iifo1,•11. complimcnlé ur la helle tenue du n:;;ime111,
geait sur Vàr O\ie: Le 1 ', 2" el ;;ë corp
l'n mol sur les hi,toru•u, ,111 la umpagnt: d • 1 I:!.
allait probablement me nommrr cç,lon~l cl
Ellorls
,le
Auglai
pour
nuu
1•oler.
Alli1111lc
franç:u. , comniandés par le n~réc~a~x ba,le ilernadullr. - Di,positions &lt;le la Pol~'TIC,
élever
au grade de gênéral. M. de La • ougavout, Oudinot el 'ey, lrarcr~aient la .f'ru :c
rède,
lorsque
celui-~i, le jamLe em·~loppées
pour marcher ur la Vi Iule. La \~cstphalic,
L'Empereur, ayant quitté Dresd le ~9 mai,
la n \ière, la .·:i e, Bade, le Wurlember,T, .e dirigea ,·ers la Polo!!ne par Danzj.-, e! la de llanl'lle, 'étant r it hi, er à cheval pour
uine de loin les mou,•emcnt de son régiainsi que le' autre . conféJérés du ll~in, \'ieille Pro . c, que trarer~aienl en ce moment
ment
que je commandais à sa pla e, s'cnlcnfournis~aienl leur. contin"cnb, el l'Autrid1r,' ses troupe , 11u'il passait en rcrne à me ure
danl
appeler, , 'appr0t h~ d1\ 1"apoli:on cl
ain.i que la Pru~:e, le~ a,·ail imit · : MaL, qu'il le rencontrait ..
l'irrita par une dcm1nde maladro~te en fàwur
cbo~e di~nc de remar,rùe, tandi: que les éU'aprè l'organi:ation de l'armée, le -:!3t de
néraux autrichien exprimaient leur 1;ati ·fac- cba, eur à cheval se trou mit emhrizaJé avec d'un officier, son parent, indigne de tout
intérèt. Cette demande oulcva une tcmpetc
tion •d'unir leur drapeaui aux nôtre., le&gt;
le 2t• de la même arme. Le gém!r~I Ca-tex dont j"éprourai IP conlr1•-co11p. \apoléon e
oflirier!&gt; rnbalternes et la troupl' ne mar- eut le comma.ndemcnt de cette lirigade qui
chaient' qu'à rrgrct contre la flu :,.Ïe. C'était fil partie du 2fl corp d'armée, placé .ous mit dan. une colère de~ plu violente~, ortout le contraire dan le contin••ent pru - le, ordre du maréchal Oudinot. Je C'onnais- donna à la rrrndarmPrie de cba~ cr de l'arm11c
l'officier dont on lui p'lri:lit, et, fai saut
·ien: le· générau. cl le: colonel· e trouai depui lon°ternp le . nénéral Ca.tex, M. de La ,·ougrirède allcrré, _il -'éloigna au
vaient humilié · d'ètrc dan l'oLlirration de cxccllenl homme, qui fut parfait pour moi
galop. ,\in i La ~ou,.arèdc ne fut point fait
.enir leur Yainqueur, tandis que le. orficier
penJanl toute la camparrne. Le maréchal général.
de ran inf1lricur.s cL le, .oldats se félici- Uudiuot m'avait \U au sit·"e de Gènes, aupr
taient d'avoir l'occa,ion de combattre il côté de mon père, ain i qu'en Autriche:, lorn1u'cn · Le maréchal Oudinot ayant suhi !'Empede· Françai , pour prourer que 'il n,·aienl 1 Oil j'étai aide de camp du maréchal reur pour lui demander s ordr relativeüté batiu dan la campanne d'léna, ce n'était Lanne ; il me traita arec beaucoup de honté. ment an 2;:;e de chas~eur , 'a Maje té répondit : a Que le cher d'e cadron.:. larl1ot continue
pru; faut de coura"e, mai parce que leur
L,. 20 juin, le 2e corp reçut l'ordre de à le comman,ier. \vant d'ol1tenir le grade
cher le- a,ai 'nl mal ùiri;.:é .
. 'arrèter à ln Lerburu pour J être pa sé en
• 'on culerùenl 'apoléon avait encadré a rerue p:ir l'Emp ·reur. Ct!:; olennit.é- mili- de colonel, je Jcvai recevoir encore une
Grande" .\rru\ dans les . continacnts autri- taire étaient toujour attendue • a\·ec impa- nou ,·i:llc et "ra, c hic, ur !
Pour rendre jn:tice à 1. d • La, ·ou"ar'· le,
chiens et pru. ien., mai il avait affaibli le tience par le individus qui espéraient partimoral de troup, Irançai · un le mêlant à ciperaux favt.:Ur di tribuéc dao ce· réunions je doi· dire qu'il m'exprima de la m:inière
de· r 1aimen t~ étranger-. ifüi, le t..,. corp , par ~apoléon. J'élai de cc nombre, et je rue la plu loyal fos regret qu'il ,:promait d'ètre
commandé par le maréchal Davout, comptait cro ai d'autant plu certain d'èlre nommé la cause involontaire du rt!larJ apporté à mon
avancement. La fàdicu e po. ition de 1·rl
au fer juin 67 000 homme·, sur le, quel
colonel du régiment que je commandais pro5 ',1100 Fran~i ; le urp]u était compo é \·isoiremcnt, qu'outre les prome ·c •1ue homme c~timaLlc m'in,;pirait un ,·if intérêt,
de Badoî~, lccklcmbour coi , lie oi , Espa- l'Empercur m'a,aiL faite il ce ujcl, 1• gé11é- car il craianait d'a\'oir prrdu b couftance de
gnol. et Polo·nai • Le 2• corp. , au ordre du ral Ca~tex cl le maréchal Oudinot m'avaicnl n:mpcrcur et, par uite de e. infirmité., ne
maréchal Oudinot, e compo ail de :ï4,000 prévenu qu'il allaient me propo cr of,'iciel- pouuil se remdtre hicn dan l'c~pril de a
Françai ··au· '{UeL on avai l joint i ,000 Por- l1'nte11t cl 11u'il · cropicnl que \I. de La ~ou- Majest~ par a conduite Jafü les comhats qui
dera1cnl avoir lieu.
tuaais, 1, '(li) Croate el 7,000 ui · e..
gn.rcde allait èlre placé comme génrral à la
J'a,·ai' été a.~ez beur ux, le jour de la
Le ;j• corps, commandé par le marécha 1 tète d'un de' urand· dépôt· de remonte 11u·on
re1·ue,
pour 11uc l'EmpP.rcur l'Ùl accord' tout
e~, était formé par 2:i,0110 Français, 3,0011 de,ail établir , ur le derrière de l'armée.
l'a,anccment
et toute· le décoration que
Porlugai=&gt;, ~,000 lll1rien rt U,000 \for- ,fai~ la raw!ité qui, quelques mois a\ant,
j" avai dem:indé · pour Il· oflicier ·, ou tt:rnb rgcoi~. L 4~ et 6" corp , réuni ou
avait reculé i souwnt la dl:liHance de mou officier et oldal.! 'du ~;;•, cl, comme· la
le: ordre. du prince Eurrène, étnicnt formé
bre,·el de chef d't cadron , me pour ·ui,it de
de i7,000 homin , .ur lc~quel' :i ,000 nouveau pour l'ohtcntion de cdui de colonel. rcconoai ~ancc q11i r6. ullc de &lt;·e fa1·eur ·
remonte toujour au cher qui le a rajt ohteFrançais, 1, i(J(J Croatr , 1,200 E pamol ,
Les revue étairnt des examens évère ,,ue nir, l'inlluence fJUC je commcnrai à prendre
2,1100 Dalmate , ~0,000 llalicn et {2,000 ['Empereur faisait oulenir aux chef de es
ur le régiment ·en accrul beaucoup el
BavaroL.
r1Hments, .urtout à la Yeille d'une entrée en
La réscne de calaleri1•, commandec par campagne; car, outre les 11ue lion d'u,agc calma le reôrets que j'~prouui de n'arnir
Jla obtenu Il' grade dool je remplis ai: le.
\Jorat, comptait -H,000 combattants, .ur
ur la force numérique en hommes et en îonctiun .
lcsquel il y avait 27,000 Françai , 1,-i-00 chevaux, l'armement, etc., il en adres,ait,
Jè rl'ÇÜ à œtle 6poquc une lettre du maréJ1ru . .icn-, 600 Wurlcrub1Jrgeoi~, J, 100 lla- coup ur coup, une foule d'imprévu • auxYaroi , 2,000 'a ons, 6,000 l'olonai cl :i,000 quelles on n'était pa · toujours préparJ à rl'.'- c:bal \ta éna et une autre de · lme la maré·cbale, me recommandant, le premier, ll. He\\'e tpbalicns.
pondre. Par exemple: c Combit:n arez-,·ou · nique; la seconde, .:on fil Prosper. ,le ru!&gt;
Je n'ai pa· l'intention de donucr ici la no- « reru d'hommes de tel départcmeut depuis
ruruclature de force- dont ~apoléon cfüpo- - « dcu an·? Combien de mow;quetow pro- trè' rn iLle à cette double démarche, el ,
sait au moment de ~on entrée en Ru ·ic; « ,enant de Tulle ou de Charle,·iUe? Com- répondi comme je le dt,·ai,, en acceptan l
mai· j'ai ,oulu démontrer, par l'examen de a b.ien ayez-,ou de cheraux normanJ '! Corn- dans mori régiment cc deux capitaine·. foul'état de ituation de plusieur corp d'ar- « bien de brelolli) '/ ComLicn d'allemands? Lcfoi,, hue lâ maréchale n'ayant pa per~Lté
dan ses in leu lion., Pro pcr ~la séna ne vint
mée, 11 quel point l'élément françai était « Quelle quanlité la compa!!llie •que ,·oil
mèlé aux éll'angers, qui, confoàdus eux- 11 a+elle de triple chevron ? Combien de point en llus.ic, et il n'aurait pu, du reste,
même de la façon la plu hétérogène, sous et douhles et de impies'? Quelle t la moyen fil! en supporter le rode cli1D.ft.
L'armée allait bicntôl toucher à la fronle rapport du langage, des mœur, des habi- 11 de l'âge de tous ,·o oldats'/ de vos of6tière
de l'empire ru ~e cl revoir le 1 'iémen,
rudes et de intérêG, servirent tous fort mal « cier:.? de"°' cheYaux'? etc .... i,
ur
le11uel
nous nous étions arrêté en 1 07.
el paralysèrent oment les efforts des troupe
Ces que tion , toujours faites d'un ton ltref L'Empcrcur di posa es troupe· sur la ri\c
françai es.
dc.s plus impératif , accompagné d'un renard g uche de et fleuve daru l'ordre uivanl .

I\". - HISTOJt.a,- Fa•r. Mi

�r --

111ST0~1A - - - - -- -- - - - - - - - - - - - - - - - -

d'abord, à l'extrèmP droite, le corp,- autcicbîen du prince de .- hwJrzcnkr!!', -':ippuyant trop acerbe, ce qui O&lt;'casionn:1 un dtll'l entre .\lai ce peuple turbulent, dont le:. aïeu .
sur la G:tlicie 1•er · Orn·•itchin. A la "a11cbe de lui et . f de 1:~ur. qui fut Lless~. Tl fout 11'arnicnt pu . 'accorder lor qu'il formaient
chwarzenberg, le roi J •rôme avait ra •. m- convenir qu i O) dernier e monlre peu un eul État indép•ndanl, 11'olfrait aucun
lM, entr • B,aly ·tok cl Grodno, deux i:orps favorable à ~apoléon et à on armée, le éoé- appui moral ni pbJ~fr1ue.
ral Gour:!and e.,t trop louanrrear pour !'Emped'armée con ·idérable-. A côté d'eu , le prince
En el, la Lithuanie el au Ires pro\·ince
reur, eu il ne veut rcconnailr• aucune de se
Eutr1\ne de Beaubarnai réuni-. ait, à Prenn, fautes!...
r1ui forment plu du Lier de l'ancieon
0,000 h'lmme . L'Empereur était au centre.
Pulono , soumise depui prè · de quarante
Je n'ai ccrtaim•meot p:i l'intention d'écrire
en face dt! Kowno, a1·c · 220,000 combatan: à la nu. ie, aYaicnt pre. que entièrement
tant • commandé~ par Mural, e •, Oudinot, une nou relie relation de la campa"ne de l 12, perdu le. ouTenir de leur antique con ·tilution
Lefebvre et Be ,ière . La garde Iai ait partie maL je crois del'oir l'n rappeler le îai~ prin- et . e r.on idéraieut comme Ru!- depui de
cipaux, pui.qu'ils font partie es!'flnlielle de
de tt'lle immen e n1union de lroup : Enfin,
longue annt.:CS. La noble e enYoyait t&gt; frl
l'époque à laquelle j'ai v,~cu, et que plu~ieur
à Tihu, le maréchal , lardonald, avec
dans les armét&gt; du Czar, auquel l'hahitud,i
::ï~,.000 Prussien~, formait l'aile gauche, . e rattachent à ce qui m'e. t ad1· •ou ; mai , les avait trop attaché pour qu'on p11l e. pérer
ainsi que je l'ai déj dit. Le Niémen couuail dans cette anal . e uc,:incte, je veux 1viter 1 voir o joindre aux Français. Il en était de
le frool de l'armée rus e, fort d't&gt;n1·iron le deux exc~ con1raire dan Je ·1ucl .ont même de· autre Polonais, que dh-er- par100.000 homme commandé· par l'empe- tombé é:.:ur et Gour!rnud. ,le ne erai ni taae avaient jadis ~éparés de la mère patrie
erai véridi11ue.
reur " le andrc, ou plutôt par Bennio en, détracteur ni Jlatteur :
pour les oumellre 11 l'.\utrkhc et à la Pru . e.
Au
moment
où
I
deux
pui ·~anLs empire
son rbtr d'é1at-major. Ce: fore étaient diviIl marcbai •nt bien contre Ja Ru ie, mai.
d'Europe allairnL 'entre-cbo11ucr, l'An:.:leée en trois C{trp · principaux, commandé
c'était par obéi sanc el ,ou le- drapeaux
par les nénéraux Dagralion, Barclay de Toll · terri•, alliée naturelle de la C\u ic, dut faire de leur:; nou1eaux ou1·erain,. Il· n'épronlou, e · rtrort. pour l'aider à rrpou.s. er l'inet Witt enstein.
vait•nt ni amour ni cnthoo. iru me pour l'emvasion
quel' •tnp •reur de f'ranç-0.i allait faire
Quatre hi lorien ont écrit ·ur 1, campagne
pereur Napoléon, el craignaient de mir leurs
de 1 12. Le premier fut Labaume, i11 énieur sur on lerritoirll. En prodi~uanl l'or au
propriété,. déva téc par la guerre . Le grandgéograµbe Cranç1is, c' t-à-dire appartenant minislr turc , le cal,iuet anglai parvint à duché de Var Ol'ie, c,~dé eo J 07 au roi de
faire conclnre la paix .entr • le sultan et la
à un corp · qui, biec que dépendant du mini
axe par le traité de Til ·itt, ét.tit la cule
tère de la guerre n'allait point au comh t et flu . ic, ce qui permllllait à c lie-ci de rap- province de l'ancienne Pologne qui cùl conpeler dan· e Etat l'armée qu'elle avait sur
ne uivait le. armée que pour lel'er de
en·é un rr. te d'e. prit national et . • r,H un
la
frontière de Turquie, armée qui joua un
plan . Labaume n'avait jamai commandé le
peu attachée à la !•rance. \lai· de 11uclle utilroup •~ et n'a1·ail pa la oona~:ance prati,rue rôle immeo e dan I rruerre contre non . lité un si petit Ctat pouvait-il êtrt&gt; pour k
de l'art militaire; au .. i . e jugement!&gt; .onL- L'Anglet rre a1·ait ti-ral •ment ménagé la pai.
grande· armée de , 'apoléoo?
il pr que toujour · ine act·, quand il ne enlre I' •mpcrt&gt;ur Al ·xandre cl la , uède, alliée
éanmoins celui-ci, plein de con0ance dau
font pa tort /t l'armée françai e. Ct:pendant, naturelle de Ja France, ur laquelle ~apoléon .e force comme dans on nénie, ré olut de
l'ouvrage de Labaume a ant paru peu de de1•ait d'autant plu comptt&gt;r que &amp;&gt;roadoue franchir le i 'iémen. En con tiquenœ, 1•
venait d'en être nommé prince héréditaire el
lem p aprè la pai de 1 14 d la rentrée de
23 Juin, !'Empereur, accomp1"n1: du énéral
C(u'il
!!Ou1·ernail le paJ . pour le ieax roi, on
Loui :XVHI, l'e. prit de parti et le dé ir père adopur.
Uuo el e 01uHanL du bonnet el du ruanlt&gt;au '
d'a,·oir de ren.ei.,nemcnt.s sur les terribl
d'un Polonai· de a garde, parcourut J.
Je rou ai fait coon:ùtrc préœdemment par
é1·énements de la récente campagne de Ru ie
bord - du ~iémen. Le oir même, à dix
quel concour de circon tance liitarres Berlui donnèrent une célébrité d'aut.,nl plu
heure,, il fil commencer le p age de ce
nadou.c
fut élevé au rao" d'héritier pré mptiI
rande que per onne ne 'occupa de réfuter
lleu,e ur plu-ieur· pont de bateaux, dont
ce füre. el que le public 'habitua con i- de la couronne de uede. Le nou1·eau prince lei plus importants avaient été j •tés en face
uédoi,, apr~ ' avoir a uré qu'il re lerait
dér r . n contenu comme de vérité inconde la pelite ville ru· c de Kowuo, que no
Français p1r le camr, . e lai ·. a cependanl
leslable .
troupe.: oceupt&gt;r'nt sau éproul'er aucune
ré i Lance.
La seconde relation publiée sur la cam- s •du ire ou intimider par Ir \114!laL, auxquel
il eût été d'aillcur facile Je le rcnver er. JI
parrne d • J 12 (!l;t du colond Boutourlin,
.acrifia le véritable intérêt de a pairie
aide de mp de l'empereur l&amp;xandre. Cet
CHAPITR E VI
adoptive
en e lai. ant dominer par l' o"leouvra,.e, bien qu'érrit par un ennemi, contient de appréciation ~age , et i la narra- terre et en 'alliant :ivec la l\u ie dan une l'a, ge du ~iémen. - Enlr'i. Jan, Wilna. - Je juin
nlrevue avec l'empereur Alllxandre. Cette
l'ennemi. - Le 2-1• de rl,a.-- UI'! i \\ilkumfr, tion de l':iuteur n'e;t pa. elacte . ur tou le
rencontre
eut lieu à Aho, petite 1ille de la
Dlfficultc c11 f.ilhuani •. - Marche eu 1,1111 .
point , c'e.t que l · documt•n1 . lui ont manqu.X, car il est impartial, cl il a lait tout ce FinlandP. L •· Tlu · e venait•nt de com1uérir
Le 2i, au Ie,·er du soleil, nou, fûmc léqui dépcnd.,it de lui pour décomrir la v' rité; celte province et promelt.ii nt à la ' uMe de moiu d'un . pectacle des pin - 1mposanL. ' ur
l'en dédommarrt'r par la ce ,ion de la ;',om\"e
aus i lloutourlin est-il nénéralement e limé,
la hauteur la plu élc1ét! Je la m·e gauche,
110'00 arracht•raiL au Danemark, trop fidèle
car il a écrit t•n homme d'honneur.
on apt•rœl'ait J . , tente de l'Empereur. Auallié de la France. Ain ·i fü:rn:1dotte, loin de tour d'elles, tout •· J, colline., leur;: pentes
Le libelle de Labaume étaiL déjà oublié
'appuyer or nos armtle da ~ord pour e
for ·11uP, en l 2;,, par con équcnt après le
et leur ' valh1es étaient garnie · d'homme: d
faire
rc li tuer es province. , con~al'rait au
déci•s de l'Empcr •ur, le ntlnéral comte de
de cbe1au t·ou1·erts d'arme, étin elant~ !...
égur puhlia une lroi io'•me relation de la i:ontraire, se empiékment. en e ran••eant Celle ma · e, compo ée de 250,000 comh 1p:irmi les alli • de Ilus~e !
_
campagne de 1 12. L'e priL de on ouvrage
t:mt,, di1i é en trois immense. colonne ,
~
i
&amp;rnadotte
cùt
agi
d
concert
avec
oou. ,
aflli"ca plu d'un ·urvi,·ar1t de celle cam-·
'écoulait dan le plu · rand ordre rer. le
la po ilion topo"raphique de la ui•dc e1)l
pagne, et no' ennemi · l'ont eui-mème. quatroi · pont étaLli · ur l • fl,•u1·c, et IP diflëlifié Je romn11 militaire. lf. de égur eut men eilleusement eni no' intérèt · œmrnun . rcnls corp, ~•avançaient ensuite wr la rive
œ(&gt;l!ndant 1111 immen su~, tnnt à cauw Cependant, le nnU1·eau prince ne prit pa
droite dan · la direction indi4uéc à chacun
d • l:i pur •lé et de l'élénance de ~n tyle que en&lt;ore eutii-remenl parti contre nou ·; il rn1J- d'eux. Ce mtîrue jour, le • ïé,oen était franchi
par ·uite de l'accueil que lui firent la cour el lait sarnir de quel côté :crait la victoire et 11e par no · lroupe . ur d'autre. points, rers
e prononça 11uc l'ano~e • uhanle. l'ri,·é de Grodno, l'ilonr et Til. ilt.
le parti ultra-roynli lt). Les ancien orficier:
l'appui de IJ Tur4uie et de la ' u•·dc• . ur
dl' l'Empire, e trouvant attaqués , chargèrent
Le énéral Gouruaud m'a communiqué uu
le gémirai Gour!!aud de répondre à ~I. de lesquellc il avait compté pour contenir 11!5 étal de -Ïtuation urcharrré de note écrite·
"«ur; il le fil awc uccè~. mais d'une fa çon armée ru e., .\'apoléon ne pou1ait arnir de la main de Napoléon, et il rtS.uhe de ce
d'autre. allié Jau le . ord que le Polon~i~.
documt.'nt orficid 11ue l'armée complait au
11

.MË.JJfOTJres DU G'É.NE~AL B.JUtON DE .MA.~BOT

ie

11

pa,:ane du I ïém n 5:?ti.000 homme. 1 pré-- men, em·ahir la Lithuanie et occuper Wilna lcrie et la mous11ucterie, ce qui étonne et
..enls, donl 155, iOO françai · et 170,UOO al- san oppo er de ré i lance, il ~lait de\ettu de ébranle Ill olda6 J · leur· ad,·er aire !...
liés, plus 9 i ltouchc à feu. Le régiment bon ton, parmi l'ertains officier,-, de dire que Clltlt• méthode, qui ofîre p 'at--ètre quelque
que je commandai ~ai:ait p:ir~ic du '.?•_ corp , le ennemi fuiraient toujour cl ne tien- avantaie , a souvent eu de bon · ré ullats
aux ordr du mart&gt;chal Oudinot, 11u1 pa ·~a draient nulle part. l.,'état-m~j'lr J'Oudinot, pour le l\u e ; au i le général Witl"'en ·le 25 . ur le premier pool de Kowuo et e
tt&gt;in nou préparait-il une réception de ce
diri ea ur-le-cliamp 1·rr) [anow,,,
geurel ...
La chaleur était étouffant . Elle amena v, rs
Le ca. me parut i grave que, an monl:i nuit un oraue a1Treu1, el une pluie dilutrer mou tégimenl, je Ill fi:; rentrer dan· la
1·ienne inonda Ill, roui cl le champ à plus
for L cl couru· de ma per onoe au-devant du
de cinquante lieue à la ronde. L'armre 11·~
maréchal OuJinul pour le prth·enir de l'état
vil cependant pa · un Cu11e le pré·:ige, comwc
Je ('Ùo e·. Je le lrouvai hor du hoi , dans
on s'e ·t plu à le dire, car le oldat con. idt:rl
une pl ine, où, apr · a 1·oir mi pi, J à terre
la grêle el le 1onncrre comme cho,e fort ?ret fait arrêter ~es troupes, il déjeunait fort
diuair en été. Au urplu. , le. flus r .• luen
trall!Juillcrnl'nl au milieu de on étal-major.
autrement super litieux que certain· Fra_nJ~ m'allendai à ce que mon rapport le tire\·ai , eurent aussi un Li,·11 ftll·h 'Ut prono Il(',
rait. de celle fan.se sécurité, mai· il mo reçut
car, dan la nuit du~;; au 2i juin, l'emped'un air incrédule. et, me frappant ur l'éreur Alexandre faillit périr Jau. un hal à
paule, il 'écria : « Allon , voilà larLot qui
W1lua, le planch ·r d'une . aile . 'é1ant l'llfonré
vient d . oou · trouver :'i0,000 homme: à étril_ou on fault!uil, à l'heure mcm où la prcler! » Lr gt:!néral Lorencez, gendre el chef
mièrti harqu françai e, portant le premier
d'état-major du maréi:hal Oudinot, rut le
détach m nt d s troupe de , 'apoléon, .iLor~ ul à me croire; il ai ;iil été jadi · aide de
dait à la rh·e droite du , 'ifolt!n, ur le terri&lt;'amp
d'Aurrrreau el me conuai sait de longue
toire rw, ·e. Quoi (tt1'il en . oil , l'ora"e :i~ant
date.
Il
prit donc ma défen e, en fai.ant obinfiniment rerroidi le temp., ufü ch•!vau en
,
crver
que
lor qu'un chef de corp di:ail :
oulfrir nt d'autant plu· dau · le Livou.ic
«
J
ai
v11
»,
11 Je1·ait être cru, et que négli11u'il m:io ..eaient de· h~rL
mouillé•, e~
S
'r
les
averti,
·entent de. ofl1cier de. lronpe
couchaient . ur un terrain fangeux. Au. 1
PR1.·ce ~l!G ·a.
lé~ère · était 'expo er à de •rrands re,·er . Ces
l'armée en perdit-clll! plusieur~ millier,, de D'.Jt,·ts ,~ iimtn .u D vtRr.,. (CaN11et Jes F:. t.J tts,l ub ervation · du cher d'état-major ay:int fait
colique ai~ufu·.
.
réfli!chir le marécbal, il commençait à me
Au delà de Kowno coule une lrè p lite cl ce m:iréch;I lui-mème, émettaient auvent qne:stionner
ur la pré~ ·nce de l'ennemi, prérivière appelée la Yilia, dont l'ennemi avait celle opinion el traitaient d conle le rapence dont il parai ait douter encore, lor coupé le pont. L'orage ,enait de gooner les port que Cai:aient le pay o , ur un ".'ro
qu'un capitaine d'état-major, M. Ouple. · i~.
eau. de cet afllucul du ïémen, de .orte que corp de troup · ru
pbr: rn a\11nt de la arril'anl tout e·souroé, vient dire qu'il a parle premier éclaireur d'Oudinol e trou- petite ville de Wilkomir. Ci:lle incrédulit: fut couru tou le · environ , pénétré mèm,i dans
,aienl arrêté'. L'Empcreur unint au mour Je point Je nou devenir fatale; 1oici la forêt, el qu'il n'a pa 1u un . eu! l\u · e!
ment où j'arrivais moi-même à la 1ète de
comment.
En eoteod:int ce rapport, le maréchal el son
mon régiment. li ordonna aux lanciers poloLa cavalerie létrère, étant le )eux d ar- état-major ·e prirent /t rire de m ' crainte •
nai de onder le "Ué : un bomme e noya: mt!es, marcbe babi1uellem al en avant el sur ce qui m'alîect.a viv-menl. • · nmoin. je me
je pri :-on nom, il 'appelait Tzcin. ki. , i le Oaocs. Ion ré:,iment précédait donc les contin·, certain que, .ou peu, la vérilé .,j'in.ÎJ le . ur cc détail, c' t qu'on a infiniment division dïofauti:rie d'uni&gt; petite lieue, lor - rait connue.
exagfré l'accidl'lll qui e produi il au passage que, arrivé~ non loin de~ ilkomir,. an a1·oir
En elîel, le déjeuner terminé, on e r m l
de la \'ilia par le lanciers polonais.
rencontré uu eul po te ennemi, je me trou- en marche, el je retourne à mon ré•riment
Cependaut, le Rus,t'S se retiraient an
vai en face d'une forèt dïmmen e sapin. au qui fai ait l':11·ant-rrardc. Je le dirige encore
attendre l'armée fraoçai e, qui occupa bientôt
milieu des,,uel les pclolo05 à cheval pou- à travers boi , comme j'avais fait la première
\\'ilna, capital dll la Lithuanie. li 1 eut pr·
vaient ai. émenl circuler, mai dont le haute · foi , car je prévo ·ai ce qui allait arriver dè ·
d celle ville uo combat de ca"alcrie, dan:
branche. ma qnaientau loin la ,ue. Craignant que nou déboucherions en fai:e Je la po:ilec1uel Ûl'tave d • ;,.ur, mon ancien camarade
unc eml,u ·cade, j'arrfüai le régimenl et lançai • lion ennemie. Malgré me. ol,senalions, Oude l'état-major Je . la ~éna, fut pri. p:ir le
à la décournrle un seul e·radron, commandé dinot 1·oulut uivre uoe trt'&gt; large route tirée
nu s à la tète d'on e,cadron Ju ~ J e hu par un capitaine fort intelligent, qui revint au cordeau qui travcr ,, la forêt; ID' i à pein
sarJs 11u'il commandait. clave était le rrèrc
au
bout d'un qnart d'h ure m'annoncer la approchait-il de la lisière, que le· ennemi ,
ainé du aént1ral cOmte dr. 'gur.
pré.,enc • d'une arm~c ennemie. Jll me porte apercevant le groupe nombreux formé par
I.e jour mème où l'Emper&gt;ur entrait dan.
alur rapidement à l'ettrème lisPre de la
on état-major, font un feu roulant de leur,
W,lna, IPs lroupt's du maréclial Oudinot renforêt, d'où ,j'aper{'oi à ·ouc porlée de canon canon qui, placés en face de la grande route,
conlr~rl•DL le corp ru. se de Willgen, tein /t
la ville de \\'ilkomir protégée par un rui ·seau l'enfilent de plein IronL et portent le d: ordre
W1lkomir. oi1 eut lieu le premier enga"emcot
et par une colline ur laquelle _e lrou1·aienl dan l'e ·cadroo doré, naguère i joyeux! Heu- ·
sérieux de celle campagne. Je n'avai jam:u
. er,Ti sou I• ordre d' udioot. r.c début en bataille ~5 à 30,000 fauta . in. ennemi:, reusemenl, les boulets u'attei••nirenl aucun
a1·1JC ca1·alerie cl artillerie!...
homme; mai le cheYal du maréthal fut tué,
confirma la haute opinion que j'a1ai · di: :on
Vou
'
erez
an
doute
étonné
·
que
ce
·
ain
i qne celui de .\f. Dople! i et beaucoup
coura"e, mais il m'en donna une plu faible
troup
n'eu
ent
en
avant
d'elle
ni
grand'd'autre
!... J'.ltai uffisammeot vcng : ; au~ i,
Je
talents militaire .
garde:.-, ai petit po ·t ' ·, ni éclaireu . , mai. j'avoue à ma honte que j'eus pein • à cacher
lin dt&gt;· plu nrand défaut des fraoçab,
11uand il,.. foot Ja zucrrc, e L de pa: cr ans c'a--t l'u a 1re d · flu. eJ. !or qu 'il soul ré- la ~ati faction que j'éprouvai · en l'oyant tou
rai on de~ précaution le· plu minutieu e /t sola à défendre une bon1w po ition, d'en œu qui avaient ri de mon rapport et traité
lai. er approchl.'r le plu pr~ po. ible leur de fautai ie tout ce que j 'a1·ai. dit sur la
unll confiance . an · liorne.. Or, comme lt&gt;
llus:,c nous avaient laL ·: franchir le ~ié- ennemi an que le (eu de leur tiraill •ur. le prt'.~ence de l'ennemi, e di ·perser en courant
prthienne de la r ~ i. lallc.'-C r1u 'il rn éprou1·er, sou une gr 11e de boulets ·t .auter le fo sés
et
c'c t eulemenl lor que e ma · . ont à à qui mieux mieux, pour chercher un refuge
1. . Thiers pari d l&gt;CJ,
eu chiffre ronJ.
bonne portée qu'il le.' foudroient avec l'arlil- derrière les 0 rand , pin I Le l&gt;on général
C

J

�------------~

1f1ST0~1.ll - - - - - - - - - Lorcncez, que j'avais eng.ig&lt;- à re ter dans Ja
foret, ril beaucoup 1fo c •lh: srcne. Je dui au
mmfohal Oudinot la ju lice de dm: l(UC, à
~iuc rc:munlé à che,·al, il ,·iot à moi pour
m'c\primer les regret· 11u'1l éprou\laÏI 1fo œ
qui /était pa é p •nJanl le déjeuner, el m enO'agcr à lui donner des rcn eignemeuLS ur la
po ilion Ût!S Hu . el à lui 111diqul'r les pa s.1 11 1·s de l.i forêt par le. 11uel il pourrait diri;:; r ~t! colonne dïnfaulerie dlls trop te~
e., pwer au canon.
Plu icur olficier · du ~;5• qui avaicnl, aim,i
r1ut• moi, parcouru le bui · le matin, furent

abordé l'ennemi al'CC une grande ré olulion,
elle · Je repoud:rcnl de toute. par~, et,
après deux bcures de combat, il t:lfeclua sa
retraite. Elit· n'était pa an · dan rrer pour
1U1, car, pour l'o_perer, il dernit pa cr par la
,itte el lraver,er Je pont d'un ruis eau fort
enr.ai sé. Celle opérJûon, touj,,ur' fort wIlic,le qu:1od ou Juil la faire: l'O comballaut,
commenç.a J'ahord a1ec ordre; 11i;1i uotr •
arlillcri • IJgèrt! a1:111L pm po~ition sur une
hautl!ur qui domin • la ,itlc, un feu redoulilé
porta bientôt lt: dé ordre Jan le ma ses ennemie-, If UÎ c pr: ipiti·rent à Li dél,andade

uo 11uarl d'heure pour arriver dernnl lt' pont,
el 1'· momeul · étaient précieux.
.\Ion ré •imcnt, qui avait fa,L une e.:hargr.
hcureu à l'cntrt.:C de la \'ille, e lroU\a1l
réuni sur l:t promenadc, peu éloignée du
rois eau. Le maréch:il me fait J..irc de l'amener au galop, cl, à peine arrivé, il m'ordonne
de cbarrrer ur les Lataillon cunemi , 11u1
COU\'reut le pont, de le lraver cr et de me
lancer en uirc dan la plain~ à la uite J
IuprJs. Le!; militaires expérimentés a,ent
combien il e l dûticile pour la ca\·alerie d'enfoncer de brav' fanl - in résolus à e bien

JffÊ.M017?_'ES DU GÊNÉT(JU. BA~ON DE Jff.Jt~'BOT -

été impélucu I o;:,- que nou · eùm ·, pénétré poléon Je oulel"er toull!s !,•. pr111inet!: d de
J 10 li• ran", ennemi , rut•. terribles cha - mcllre à on enice plu de :i00,000 homeur,;, ,e st•nanl O\'c.:C de térité dt&gt; la pointe m •s, le jour où il Jé.:larerait o({iciel/eme11t
de leur~ al,r ·,, fir •nt une affreuse bouclll'rie ! 11ue Lou le parla es ubi, par leur pa~
L ', enrwmi . e r •tirèrent sur le tablier du étaienL anuul~ · el 1111c le ro)aumt! dll P,,lome
pont, 011 nou l• s suhime., d ,i pr., quP, étnil reco11,litué! \lais l'emp •rcnr Je rranarrivt!.; de l'autre colt!, il cb •rch'rcnl vainc- ç1i,, tout en reconnai-sanl 1· avantage · qu'il
111c111 à ,·e rcform r, il ne purent y pan·enir,
pourrait recueillir d,· ci~lle bée de hourlit&gt;r. ,
no cavalii:r étant m~lJs :t\'ec eu el Luant uc e di-~imulail pas 11u'elle aurait pourpretout c' 1p1'1ls pouvaient allt:indrll. Le colonel mier ré ·uhat de le mettre en "Uerre al'ec 1
r,r:c tomba mort. \lur on régiment, dé- Pru ·~e el l'.\utriche, 1p1i, plutùt que de i;e
couran,t_ n'&lt;-hmt plu· commauJJ el voyant 1oir nrracht!r dïmmen t·s el l,elle prolinœs,
accourir les rnlti•.,..:urs rranç:ib, •1ui arrh·aienl joindraient leurs armées i1 celle, Je· Hu· e .
Jéjà au pool. mit !fa· le, armi&gt;. l Je perd 1.
hi· il craignait ~urtoul l'inron. tance de l.t
epl homme Lué· l'l eu · une ,inut.a.ine dll 11 lion polouai e, 110), aprè~ l'avoir en°agé
hl!'.!·,; . 1 'ou prime un drapeau el fime: contre l ,, lroi plu · gran fos pui ances du
~.ooo prisonnier,.
•'ord, ne tiendrait peul-être pa . c prome~1pr' r~ comhat, je m, lançai avec mon ,cs J':\tlj11urJ'hui. L'Empereur rJpoodit donc
monde dan· la plaine, où nou prim • un 'lu'il ne recoooaitr. it le royaume de Pologne
grand nombre de fu3ard~. plu . ieurs ~non~ 11ue !or que le populalioo ' de cc. ,a le conel l.ieaucoup Je cheraux.
trée: e •raient montrée di••u · d'être ind :_
Le marxhal Oudinot, qui du haut de la p,•odantc en e . oulevant contre leur oplille al'ait été 1·111oin d, l'affairt!, vint compli- pr • ~eur . On tournait ain i d10 un cercle
menter le n~•!'Ïmt:nl, pour lequel il eut depui · ,icieu:r, 1 npoléon ne ,·oulaol reconnaitre la
ce jour une pr 1ddettion parti ·ul1ère. Il la Pulo"Dl! qu'aulanl qu'elle . e oulherait, el
mérit.ail à Lou érrard . .l'étai, lier de co,u- le· Polonais ne voulant a.rir qu'apr · la remaudcr de tel . oldat , el lor.,p1e le maré- l'Oo,Lilution de leur nn1ionali1é. Au urplu · ,
chal rn 'annonça 11u 'il allait demander pour Cè qui prourerail 11ue J'E.nperl!ur, en portant
moi 1• 0 r.ide de culont:.I, je crai,.nai 11u&lt;! la n-ucrrti en Hu ie, n'a1·aiL d'autre Lol que
l'Cmpereur, r•nonç.,nt à .a premii•rc C'lmùi- l • rJtahli,,-.cmenl du blocus continental, c'c. t
uai~on, !1' m,! dunn.\l I • premier r;.uimenl qu'il u·av.iil fait conduire ur 1, Niémen au,acanl. E1ran" · LiLarrerie de, cho~1· hum 1i- cun approvi ionnemeol d, fu,il ni d'habits
n1• 1 Lt! I,• u combat de \\'ïlkomir, où 1• 2:i• poÙr armer el é.1uipcr le lroup que le.
,'était courcrl de nloire, fol ·ur le point de Polonais eu" eut dù metlre . ur pied.
,leH·11ir plu, Lard la cau,e Je . a perle, parœ
Qooi qu il eu :.oil, quclqu
eigneur~ iu(1ue le ruura••t! qu'il ;rn1it montré dan rl'!te Ilueul , voulant l'on:cl' la m.iin à ;'\ poléon cl
occa. ion lt! lit chui ir pour une opération mt- l'tm 3"cr lllal••ré lui, e con liLuàr nl à Vartéricllemcol impralicablc, dout je parlerai ~ovie en Dit!tc nation:ile, à laquelle ,·iorent
.ou. peu.
e joindre un petit nuwurt~ d.i députés de plu\lai, M·e11110 à \Vilna, où l'Erup&lt;•n ur
ieur cercl . Le pr,mi11r acte de celle ascomrnençait à rencontrer l(Ocl(JUe -unec de
:emlilée ayant ;lé dc proclamer la recn11~/il11difficulté qui deYaitnt foire é, houer a i •an- lio11 el lïmlépenda,ice 1/e l'a11cie11 1·oya11111e
lcs11ue entn·pri.:e.
de l'oloy,1e. le retenti ·tmenl de cette patrioLa prsmière fut d'or"',1ni ·er la Lithuanie, li,1ue dédaration fut immen e (lan Ioule Je,
11ue nou venion de curup1érir. Celle or:!3.- province., •1u·et1e fu" ut d,·,·enUI!!-- ru-:,e ,
ui!oalion devait èlrc faile -Je mamère à nou
pru -,icnue ou autrii-hicnnr- . On crut penattacher 11011 culemenl l · pro,in
encore dant qucl,1u jour:. à un ·oulèvemcnl én •oci.:upt{c, par le l\u e , mai · Je plu. celle~ rai 11u'eùl prol,alJI lllrnt appu é I apoléou;
u11 Juché. Je l'o-en et J la Galicie 11ue J'an- ruai~ celle exaltation irréfléchie dura peu
1:Îen trait: ai aient incurpor 1e à la Pru'" c chez les Polunai ·, dont à peine quc!t1ue.:- t·er1él à l'.\ulricbe, allitie de , ·apoléon, tpti a\'ait Laine · \'inrcnt se joindr • à nous. 1. rerroidi eu ce moment tant d'inlt.!rêl à le ména"'cr !
"ment de,iul td •1ue la ,ille ·t le cercle de
l. • cigneur l · plu ardents des divt'r ,
\Vilna ni! pur ·nt fournir que vingt homme
partie de IJ l'oJo ...nc l'ai ienl propo5er a ~a- pour 1a &lt;&gt;arde d'honneur de Napoléon. , i le
0

0

0

P,1 SAGI:; Dt! N11b1EN ( 2.j JCIN 1f11 :i). -

char é, Je conduire les dili -ion . C ·lie -ci
furent néanmoin reçue à leur débouché par
une caoun11ade terrible, ce qui :mrait pu être
évité si, a\'erli comme on l'était de la précoce de fius , on eùl manœmré pour
tourner un de leur Oaucs. au lieu de mar!'her ~an - préellulion Yer leur fronl. ~ou
fùmes aio i contraints, une foi · , orli de la
forèl, d'alla'luer la po "tion par le point 11!
mieux défendu, cl de prendre I • taureau par
le cornes!
Quoi qu'il en _oil , no· br3\ troupe:, a1ant

IJ'.itr ~s unt llllr ogr;,thlt du Cabi11tt dts J•:stamft s.

\'ers l pool. Au lieu de reformer le ran~
aprè l'avoir pa sé on 1• vo,·ail fuir lumullueu eme11L dan le plaine, de la rive oppoée, où leur retraite se changea bieolôl en
déroule! n . eul régimenl d'infanterie rus e,
elui de Toula, lenail encore ferme à l'entrée
Ju pont du côté de la üUe. Le maréchal OuJinot dé5irail ,iH·mcnl Jurcer ce défilé pour
aller compléter a ,·ictoire sur le troupes qui
ruyaient dao- 1 , plaine au Jt'là du rui ·seau:
mais no:. colonne d'infanterie touchant à
J&gt;t!ine I r,u1hour -, il leur fallait au moio

déCendre Jans le ruP d"une Yille! J, com pris toute l'étendue des périls de la mi ion
qui m'était impo. ée; il fallait obéir ur-1 ....
champ; je !-avai d'ailleur · que c'est par le
première impre ' ion. de comuat qu'un chef
decorp
place bien ou mal dan l'esprit de
sa troupe. La mienne était ,·ompo ée de bra,·es guerrier·. Je 1 enlt•ve rapidement au
galop et fond,
à leur tête ur le · eureoadier ·
.
ru " • qu, nous reçurent en croi aoL bravement la baMnnelle. lis furent néanmoins enfon · du premit.r choc tant nolrt&gt; élan avail

1

(A

-,

Polonais avaient dliplo}é à celle époqur la
crntième partie de l'énergie el J, l'l'nlhousinsm,i do111 il: firent prrmtl lor · de l'in,urrcrtion de 1 30-1 :'l 1, il auraient peul-être
r •coum~ leur inJépenJanc el tt,ur lihtrlt:,
loin de ,·enir en aide aux troupe fra111;:tise., ils IPur rem aient les chose. les pins
inJi~pcn able. , d, dans le cour. de C!'ll1•
t:ampagnr, nos olJat durent . ouveot s'emJ&gt;arer de fo.rt·e de· viHe el de~ fourra"e:-,
que le. hal,itant t.'l • urloul le sci"neurs
nou cachaient, e.:t li,raienl cepl'ndanl à la
première ré(JUÎ ilion d,•. [\us e , leur · persécuteur~. Cl'tte parlial,tt! en fa1eur de no· en11erni rérnltait le ,olJaL rrançai , ce qui
Jonna lil!u à quch1ues .cim, Î;icheu,e:-. que
li. de '"iSn-ur qualifie J'nff,.eu.r. pillage! Il
n'e t cependant pa· po iùle d'emp 1cher de
malheureux rnldats hara~sé. de Iali!!lle et
au quel: on ne rail aucune di~triLution, de
'emp:irer du pain rl de:. Le~tiau do11l il
011t l.,c, oin pour vine.
La né ..,ité de maintenir l'ordre dao le
province occupée par on armée, amena,
mal!!ré hml, l'Empereur à nommer de préfets el des ·ou -préf•!ls, cboi i. pa rmi le Polonais le plu éclairé. : mai· leur admiai lratioo fut illu~oire el ne rendit aucun . ervice
à l'armée îr.inçai e. La eau. e principale de
l'ap:ubi' de Polonai lithuanien· pro1·eoait
de l'auadwmenl intérë~sé des grand:- pour le
_ou,·ernt'm •nl ru . e •. qui a.. urail leur droil.
!-Ur le pa1,ans dont il· rrai nairnl rarrranchi . emeul par J• Françai , car lou ce, nobl, polonai., qui parlaient .an, re ~e de
liberté, tenaient l · papan . . dan I plus
rude ervar!e !
Ouoique l'a""lom 'ralion dt. troupl's rrançai · ur leur. frontièr · e1i1 dû faire presenlir au. llu, e le commencement prochain
de. ho Lili té , il. n·en avaient p:i. moins été
surpris par lt: pa age du 1 irmcn, qu'il
u·a,·aieol défendu -Ur aucun poiut. Leur armée s'était mie eu relrailc . ur la llûna, sur
la ri,·e auche de laquelle il· avaient con Lruil, à l&gt;ris a, un irnmcn e &lt;'amp retranché.
D • tout..., parll. le. di,·er corp· îrançai. ·uivaient les colonne ennemie . Le prince Mural
commandait la c,nalcrie de l'a,. nt-!!llrde, et
chaque oir il alleigoait l'arrière-garde de
l\u~.e·; mai ·, apr • arnir outeou un léger
eu,.acremcnl. cdle..:i ~'éloi• nait à marche ·
forcées pendant la nuil, .an qu'il fût po ilile de l'amener à un combat :érieu.\.

,ta,

0

sun•re. l

ÜÈSÉRAL DE

.\lARIJOT

�L;t. 'FU1TE DE L OU1S- P11TL1PPE - -.,.
~ur li. Jules de La~teirie, le duc Je Yonlp n,i r sur .\l. Crémieui.
Le duc de Moolpem,ier dit à ~I. Crémieux :
t t 3\'CC 11ou,. mon ·ieur Cr ;mit!UX,
n nou 1p1it1 z pa . \' otre nom p, ut riou,
ètr' util '.
On arriva aio~i à la place dt! la Bé,·ululion.
Ll , lo roi pàlit.
li cbcrd1a J · yeux k: quatre rniture.
qu'il araiL fait d m.1nd1:r à e t~urie . Elle,
o' · étaient pa ..
.Au ~orlir des écurie,, le co ·ber de la première miture avait été lm1 d"un coup de fu,il.

- ne

r.~

lll'CIIE

E o'ORLF.A:-1

Au CII.AJIBRE DES

Du&gt;on:·,

A\'EC '-E

DU 2.i FEVRIER. -

DEUX Fil

Lt&gt; roi ouvrit ,ircmcnt la porti,·rc et dit
aux 11ua1re femme : - D• ctnJct ! Toute· !
Tont · !
Il ne prononça qne ce· !roi mols.
L - coups de fu ·il denmaient de plu Pn
plu terr1_bl1· . 0~ _e11l~ndaiL le Ilot du peuple
qui entrait au1 1 mlene:.
En un clin d'œil le. 11uatrè fom111r furt&gt;nl
sur 1• pavé, - le m~me paie oi1 avait été
dr1• ~é l'échafaud de Loui .HI.
Le roi monla, ou, pour mieux dire, e
plnn;.:ea dm le fiacre \ide; la reine l"y ui,·it. ~ladame de Nemour monta ur la. ban-

. ant ,. retrou,•er Je roi. Là, il ap1•rit 11ue Ill
l'OÎ ét;it rt•parti pour Trianon.
Eu ce mom, nt, madamP. la prince~. e Clémentine el on mari, Je duc tic a1e-Cobour 11 ,
arrivaient par l,• cbcmi11 de f1•r.
- Vile, madame, dit Thuret, rcprenon
le ch min Je fer et partons pour Trianon. Le
roi c. t là.
Ci: fut ainsi que Tburtt par\'iot à rc•joiudre
le roi.
·
Ccpi&gt;ndanl, à \ ersaillc • le roi ·"était _procuré une herline et une e. pèce de ,·01tu re
omniLu -. li prit la Le, line a1ec la rt•ioc. a

'LE CO»TE DE PARIS ET LE DUC DE CnARTREs, DA:O.S LA JOUR,&gt;EF.

F.st:unpe d~ ]CLE" D,1vir,

(18,i8J,

VJCTO~ H GO
':fa&gt;

La fuite de Louis-Philippe
JI. Crémieux étendit la main rcrs ce bruit
Ce fut li. Crémieux qui dit au roi Loui ini Ire qui venail du debor et répéta :
Philippe cr tri-te paroles
ire, il faut
- dre, il faut parlir.
parllr.
Le roi, ·ao· r11po11dre une parole, el ans
Le roi déjà a\·ait abdiqué. Cette i!!Tlature
quitter M. Crémieux du on reg,,rd fixe, ôta
fatale était donnée. Il regard I. Crémieux
on chapeau de général qu'il tendit à quelfixement.
qu'un au hasard près de lui. pui il ôta on
On entendait au dehors la vh·e Cu illade de
uniforme à gro . i- épaulette d"argunt, el
la place du Palais-Boyal, c'était lt: mnmt&gt;nl
dit .an se levi,r du large fauteuil où il était
11
où le ardc municipaux du Château--d'Eau
comme alfai é depuis plu it-ur heure· :
luttaient cootri: 1 'deux barricadi:s de la rue
- Uo chapeau rond! une redmn-ote !
de Valoi el de la rue aint-Hoooré.
On
lui apporta une rt-clingote el un chaPar moments d'immerues clameur monpeau rond. Au bout d'lllt instant il n'y a,·ait
taient el couvraient la mou queterie. Il était plu, qu'un \Ïeu. bourgeois.
é\·ideot que le peuple arrivait. Ou Palai Pui il cria d"uoc voi qui oommaodaü à
floyal aux Tuilerie • c'est à peine une enjambàtc :
bée pour œ géant qu'on appelle l'émeute.
lies clef: ! me clefs!

Lt~~ clef: e firent attendre.
Crpendant le bruit crois-ait, la fusillade
emblait s'approcher, la rumeur terrible
grandi sait.
Le roi répétait : les c)pf ! me clefs!
Enlio on trouva le cll.lr· et on le, lui apporta. li en ferma un porkfeuille qu'il prit
dan ses bra , et un plus gros porlt-feûille
dont un ,·alet de pied e chargea. li avait une
orte d'a.,itatioo félirile. Tout ~e bàlail autour de lui. On entendait lr prince et )p
,·alet dire: Yite! vile! La reine eule était
lente et fière.
Oo e mit en mard1e. On lrarer a les Tuilerie . Le roi donnait le bras à la reine ou,
pour mieux dire, la reine donnait le bras au
roi. La duchesse de Yontpen ier s'appuyait

ARRIITE llE

Lour

-PJUl.ll'PE ...:::, ROl'VILU:·SUR·.\\ ER. -

Et au moment où le roi le cbcrcbail ·ur 1il
place Loui · X\', le peuple lei. hrùlait ,ur la
place du Palai -noyai.
Il y avait au pied de robéli que un peLil
fiacre à uu rh~\, 1, arrèté.
Le roi y marcha rapidement, uiYi de la
reine.
Han ce fiacre il y arail quatre femmt ·
portant ur leur:; genoux quatre enfant .
Les quatre femme étaient m dame· de
, 'r·mour · et de JoilJ\ille, et deux per oooe
de la cour. Le quatre enfants étaient le
peliL-fi) du roi.

YtF. DE LA MAI ON

ou

LE ROI S'EST RI FUGlt:. -

quelle de rlernot. Le roi a,ail Loujour ,on
porlt•Îeuille .ons le Lra . On lit entrer l'autre
!!1',ind. 111ii ét:iil vert, dan la roiture a,·ec
qu •'que peine. M. Crémieux l'y fit lomber
d'un coup d.: poin".
- Par ! cria I roi.
Le l'iat:rt· p:tr1il. On prit !"avenue de :euilly.
Thur t, le nlcl de chambre du roi, monta
derrière. Mai il Ill' pul .e 1c11ir ~ur la barre
qui tenait lieu de trapoutin. Il t ~.1)3 alor
de mon Ier ur le chcral. pui finit par courir
à pi,·d. La voi1urt: le Mpa,sa.
Thuret t urul juS&lt;1u'à ... aint-Clou&lt;l, peu-

279 ...

D".:irres 1/lle est~rn~ de

,o.,e.

uite prit l'omnibu . On mit à loul cela d~
1·bevaux de poste cl l'on partit pour Dreux.
Ch min foi ant, le roi ôta oo faux toupet
el • , coiffa d'uu Lono t de • oie noire jusqu 'au1 )eux .. a harbe n'était p3 fdile de la
,eille. li n'a, 1l pa~ dormi. Il était méconnai. .able. li e tourna "' r la reine, qui iui
dil : - \'ou a,· •:,; cent an .
En arrivant à IJr Ill, il y a dPux roules,
l'une à druite, qui e t la mdlleurt&gt;, Lien
paH:e el qu ·oo prend toujours, l'autre à
""dUthe, plein· de fondrière Pl plu longue.
Le roi dit : - Po tillon, prenez à gauche.

�1f1ST0~1.JI _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ _ __
Il fit bien, il était l1aî à Oreux. Linn partie
liais il était trop lard.
Hcnard fouella et l'on 11uitta ÉHeux.
dt la populJtion l'allrndait :eur la rouw de
.J. de .. . ra . ura 1' roi . llcnard était un
Oa courut Loule la nuiL. De temp, en tl'mp
droite a,•t•c des iulentioa ho Liles. Ue relle l1ra,e hommt&gt;. On pou iait e fier à lui.
on 'arrèlailau.uuber,.i: du l,ordJ .. la route,
tacon il i-ch:ippa au da11 •er.
oute la ferme était pl1'.ine de gens Ùri,.
et nenar&lt;l fobit man"Pr l'a,·oine '.à e cht-.
Le ~ou,-préfet de Ur 'Ux, pré,enu, le r&lt;'joi- Et1 bien I dit fo roi, il faut que je r ·- vau .
;;nit cl lui remit douze mille franc , , i. mille parle tout de uitP. Cummcnl faire?
li di ait à Thuret : - De. ct•nd~1.. À}CZ
rrancs l'n billets, .it mille en ac. d'ar~eol.
-- Où \"OUIPz-n,u~ aller'/Jcmanda flcnarù.
1'1ir à ,·otre ai·e. Tutmez-moi. - Il tnlotait
La li rlin quilla l'omnibn., qui devint Ct'
- (Jnel e. t le pnrl le plus proche?
aus i un peu le roi. ·
•
11u'il put, et .e dirii;ea ver · Evreux. Le roi
- llon01mr.
Le&gt; roi ahai ·ail . 011 bonnet dl' oie noire
conuai sait 111, à une lieue avant d'arriver à
- Eh Lieu! je ,,ai · à llonlleur.
ju. qu'à oa ne, et gardait un , ileuce profond .
la ville, une mai .on de campa;ne apparte- Soit, dit flenard.
.\ sPpt ht&gt;ure du matin on était à Uonnant à quehp1 'un de dévoué, )1. de .. .
-- Combien y a-t-il d'ici là?
neur.
Les chernux araient fait rinnt.dt&gt;u
Il était nuit noire quand on arrirn à celte
- , inrrt-dcut lieue !
lieue
ans . 'arrêter, en douze bt&gt;ure ·. Ils
mai~on. La voiture 'arrêta.
Le roi effr.né s'écria :
étaient hara ·s.
Thuret descendit, ·onna à la porte, onna
- Vin -,t-a"eux lieue~!
lon~lemps.
- Il est lemp • dit le roi.
- Vou erez demain matin à llonfleur,
f:nrin quel11u'un pJrul.
Ue llooOeur le roi &lt;Ta 0 na Trou\ille. li
dit fünard.
espérait se cacher dao~ une maison autrcfoi'
Thuret demanda : - J. de ... ?
llenard avait un lape-cul dont il ~en-ail
M. de . . . était ab ent. C'était l'hiver; pour courir le marché -. Il était éleveur el louée par ,1. lluchàtel quand il venaitprtadr •
'I. de . . . étai l à la , iUe.
les bains de mer au racaru:e·. Jai, la maimarch:ind d~ chevaux . li allela à on tapeon était fermée. Il
réfugièrent ch ·1 uu
on fermier, appelé Renard, qui était venu cul deux fort chrvaux.
pêcheur.
oui rir, expliqu cela à Thuret.
Le roi se mit dan un coin, Tbur•t dan~
Le g 1néral de llumirroy uniul dans la
- C'c&gt; 1 égal, dit Thuret, j'ai là un vieux l'autre;· Renard, comme cocher. au milieu;
mon ieur et une vieil! dame, de . ami , ou mit en tr.ner · ur I • taulier un "rand .ac matinée el Inillit tout perdre. n offi ·itr J •
reconnut 11r la porte.
&lt;111i soul fati,1?ué . Ouvrt-z-nou: Loujour l:t d'a"oine, et l'on partit.
mai,011.
Enfin le roi parrint à s'em1Jar,1uer. Le
Il était epl hl.'urc du oir.
GouYerneruent provi oire 'y prêtait bt aucou p.
- Je n'ai pa le defs, dit llenard.
La reiue ne partit que deux h ure aprèi
C pendant, au dl'rnier moment, un comLe roi était l:pui.é de fatigue, de ~ou li ra ace da11 ' la berline avec de chevaux de po te.
mis aire de police çoulut foire du zèle. Il ,e
et de faim. Renard re&lt;Tarda ce Iieillard et fut
Le roi avait mis le billets de han11ue dan _
ému.
pr 1:-enla ur le h:ltimenl où ét.iit le roi en
a poche. Qua11t aux ·acs d'argent, ib
rue de Uoaflcur et le vi, ita du pont à la
- Moa i •11r et nud:uuc, r ·prit-il, enlrl'-' tiênaient.
cale.
loujour . Je Dé puis pa ,·ou · faire ounir le
- J'ai vu plu d'une roi le moment où
Dans l'enln•pont, il reo-arda heaucoup ce
ehàtf'au. m, i · je ,·uu- ou~rc b forme. Entrez. le roi allait ru 'ordonner de le· jt•ter ~ur la
Pend,11ll ce lemp -là, je vai enrnyer cherehcr route, me disait plu tard Thuret en me vieut mon i,·ur et cette vieilli• dame tJui
mon maitre à ÊH •ux.
étaient là a, is dans un coin et a,anl l'air de
contant œ . détail . .
H!Ïller • nr leur sacs de nuit.
·
Le roi et la reine de ceadircnt. llenard 1•
On lraver.a Évreux, non an~ p ·ine. A fa
Cependant il ne s'en allait p:i ..
introduisit dan: L1 . :ille ha. e de la ferme. sortie, pr·•- l'é li e .'aint-îaurio, il y arnil
0
Tout à coup le capitaine lira ·a montre el
Il)' a\·ail un 11ra.nd feu. Le roi était trao-i .
un ra,, •mhlement qui arrêta l.t voiture.
dit:
- J'ai bien froid, dit-il, pui.· il reprit :
(Tn homme prit le chernl par la hride el
J'ai bien raim.
1011-.ieur le comrni aire de police,
dit: - C'est qu'on dil que le roi s • sau,·e r ~tez-1·00:
ou parttz-\Ou ?
fi ·nard dit:
par ici.
Pourquoi
celle que lion? Jit le com- ton~ieur, aimez-vou la soupe à l'oin aulr' mil une !Jaterne ~ou, le )·eux du
mi .aire.
"rton?
roi.
- lk~uroup. dit le roi.
- C'e l &lt;Juc&gt;, . i ,·ou n'ètc. pa à terre &lt;'n
Enfin une e. pi'·re d'orlicier de garde a tioOa lit une suupe? l'oignon, on apporta le· nale, 11ui dl.'pui - 11uelque in ·tant~ semblait Fran ,laa. ua •1uart d'heure, dPrnain matin
r 1 li' du d ~jean r d l:t ferme, je ne sai · toutber au baruai, de d1evaut dan une You .erez c&gt;o Aadeterre.
- You, parlez?
4ucl r.i oùt froid, uae omdette.
iutention u pectt•, 'écria :
- Tout de ·uite.
Le roi cl la reine~ mirent à table, et tout
1en · 1 c·e t le père l\euar&lt;l ! Je le conLe commissaire prit le p.1rli &lt;le d1:guerpir,
le monde nI l!C eu • flenard le Cermier, . 11
uai , citovcn !
fort mécontent el ayant vaim·mPnl 11.iiré une
!3rçon, d d1arrne, cl Tburc:t, le ralet d
Il · jouia · vuit ba se en e tournant ver · proie.
chamhrè.
Thuret : - Jt· rPcoanai ,olre comparrnon du
Le bâtiment partit.
Le rc,i d •vora tout ce 11u'im lui !)enit. Ln co;n. Parlc•z Yitt•.
reine ne man&lt;Tea pa .
·
Ea
vue du Havre il faillit ,ombrer. fi e
Thuret m'a dit depui
li •urta - le temp était mau\'ai èt la nuit
·Au milieu du repa , la porte ~•ou1rc.
- Il m'a parlé 11 ~mp,, cet homme-là, car
C'était il. ue ... il arrh-ail en bâte d"Émux. je cro)ai 1111'il v•nait de l'Oupt•r le trait· uoire - daus un gro · navire gui lui enleva
Il aperçut Loui -Philippe el "écria : - Le d"ua ch•val, elj'allais lui donner un œup de une partie de sa mâture et de on Liordane,
roi!
On r{-para le· a"aries comme oa put, el le
couteau. J':i.vai. dtijà mon couteau lout ouvert
lendemain
malin le roi et la reine étairnl en
- . ilencel dit le roi.
. ou la main.
Anglet&lt;'rre.
\ ICTOR

B 'GO.

-

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Ma demoiselle de Circé
-

4~---- ,.

ciac&gt;

-- -

cujeu. [J 'tltait enuarré à . aurcr d la morl
ceux à qui . • dérnuail l. abelle. Cet cn••ag, ment, il voulait le knir, 11uoi qu'il dût lui
eu coùter.
Comment il s'y prit pour le Lenir, le note
qui ont in. piré c récit ne le révl'lcut pa . Il
· 'l fait allu. ion eulemeat à Je fal-iûcaLion dïnt •rrogatoire ·• à la di,p.1rilion de
pr •uve. étrile' .ai ·ic - ur le accu és, c&gt;l à
l,!ur hàti,·e mi5e en liuerlé. Il c t permis d'en
conclure 11u'nva111 d'inlerro"er œs malheureux, le jeune commi ·,aire "énéral de police
le· prévint de
iulentioa , délrui il en
ll'ur pr •. ence le · papier· compromeltaul ·,
11u'il dicta lui-mème leur- réponse~ à .e ·
11u • tiun, , el 11u'aprè ' en Hoir dre, é procè n~rl,al, il orJunna lt&gt;ur l,b ·ration immédiate,
pres.é .ans doute d'apprendre à L abelll! qu'il
ne !'Ouraient plu aucun dan~cr. La ,raisemhlance de œlle :apposition ré ulte clairemeut
de la urpri' • que lit éprou,·er ce dénout•mcnt
inattendu à l'officier de gendarmerie qui avait
arrt!lé le mariiui de t:ircé, urpri ·e rru'il
exprima !or de l'enquête &lt;JUi eut lieu plu
tard, à Pontarlier, par ordre de Fouché.

·-

--

~
tf°6'-

.

ji

11

C,,mme, ·ur le premier moment, il crul Jernir la di,-simuler, Oli 1icr Tal va\1 pul c, pérer
,,u·on ne saurait jamai à quel couvable
·tr-J.tairè~e il arait eu recour pour arrin:r à
e lin -. Ce incident: 'étaient pas. é' au fort
Je Joux durant le court .tljour 1p1'il y fil. I.e
pouvoir dont Fouché l'avait revêtu mellaient
ou: se, orJrt!S, pour l'accompli: ement de a
ruis ion, le autorités civib el militaire .. Il
lui ufti ait d'ordonner pour être ri"oureusemenl ol&gt;t!i. li et probable qu'il -'entoura
de my t~re, évita le- explication que, d'ailleur~. per onne a'eùl o é lui demandl'r, 'al,linl de toute coalidcnces, il qu'il put ainsi
conduire à :on gré ccll~ téoébreu c affaire.
Durant celte journée, l ·abelle de Circé,
re tée cule apr le départ du commis aire
g:néral de police, altendail arec impatience
le r: ullal Je· promc · qu'il lui a,ait faite
en la quittant. Autour d'elle, tout était my. tèr · et . ilrac •. De .a &lt;Trand'mère, de Cha,,eral, Jp l'abbé, elle ne savait rit•n, sinon qur
Tahau les avait lai é au chàle.1u, el 11u'ea
ordonnant, au moment de on d .,part, 11u 'il
y fu··ent pri,onniers ju 11n"à .on retour, il

L, · homme, de cc Lemps l;laient d'une
autre trempe 11ue J,. homm.1• d'aujourd'bni.
llan le ·ou, air de la Terreur comme dans
le. fait de guerre qui ~e d :roulaient autour
J ·eu , il· pui~aient le m :pri. de la mort.
fltlriticr · ou acteur d"une épo,1uc qui foulait
au pied· le rc pect de la ,ic humaine, celle
d'autrui n • t"Omptait pas plu. pour eux que
1, llur. Oli,icr l:ihau _'tltait nourri de 1:cs
tra&lt;litiun .. Bès lor. , de quel poids pouvait
pe.,~r .\ c }CU\ l'honneur d'une femme'!
Ill• J1• Cim: ,oulait ,:iuver ~on fl'l}rc et 1
complil'C. de ce dernier. ~'était-il p logi,rue
11uc p11ur 1•. ~au,er elle pa)âl Je a persunn •'! ,haut cllt•, tant J'aulre J'araieut fait!
L'hi 1oir1i Je la Hérnlution , t r conde en
épi,ude de cc a:enre.
tout in 'tant, on y
n,it dt' ~ictim • acbekr pour die· ou pour
J';iutre l'e i lenl'e el la JilJerlé au pri de
,acrilin•~ et d'immolation pirl' 11ue le trépa~. Olivier 1ahau n'ét~it Jonc qu'un imilall'llr. Le con.laltir, œ n'e.t pa uuiquemenl
plaider ll s ciri;oo tance · atléuuanlc à on
prulil. C',.st am i démontrer q11\:n dépit des
apparence,, . on action n'était pas ùc celle'.
!JIIÏ mfritent une condamoaûon san' meri.:i.
Pl·ut-êtrc mème y a-t-il lieu J'inrn,1uer en , a
fari:ur uue c 1·11. e tirée Ju p :r.i dan. lerJ11el
il ·e jetait pour donner .\ ~a pas. io11 la cul,•
pàture 11ui µùl t'U apaiser l'ardeur.
ll'aillcur , en 11uiltant hab lie, il ne appartenait plu -. ~i la per:;peclÎ\e de .on avenir
cornpromi, p:tr .:a faute, ni cdle du cbàti111c111 qu'allait allÎrl'r . ur sa lètc l'oubli de
,1· dc·,oir· profc. sionnels, qu,1lilié par la loi
crinw en\tT l'l:tat, n'auraient uffi à le ".ird1•r ronlrc l'e111rai11cmen1 11u'1l ulii sait. .'un
dé:oir lé tenait tl•rp cl cœur, l\:trcinuait
comme en de, -erre pub ante~. uulitérail
. un entendement, le r&gt;nJait a\'eurr) cl ~ourd.
llomioé p.,r une volonté upéricurc el fatale,
il n con en-ait d'autre éocr·•ie qt1l' celle de
lui nLéir. Elle l'emportait dan· on tourbi'lun allé"• de tout r1·••rct cl J · tout n'mor,ls,
II!-ah sa con.cieure au point de lui rnikr
le caracll'rc odieux de ,a conduite. La promn e qut•, le couteau ~ur la •orrrc, il avait
ol,teuue d , Ille de Circé, cette infàmc c ploitatiun ,le taal &lt;le faihles~ el d'innucence lui
,eml,laieul cho,c- impie.- et naturelle , ju Lili1:,., par son amour 1p1·exaltaienL le circofütam·,•. tr:igi11ul', dans le 11uclle il a,ail •• La f.isslon ,J"O/frier ~ureimUe, se ,·t pa11.Lin/ tn f l.Jintes sirrcfres , en prii!res ar.:Jtnles, t11 ,men.2ces me,n;:
ftf!roi u .VIIe~ Cir,:t, ses surtrctlion s, toutes les f'lri~l•n .ù,,re résl.\l.211cl! ;USl!sJIWu aux prius auc Jts
pri nais ance l'i . urtout par la ra.leur de on
txlgenc.:s impLJ .:,Nes .... (Page :lb.)
1

pa./

... 28o ...

-

ERNEST DAUDET

~

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-~

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.. '.?8I ...

�111S T0'1{1.11

-----------------------=---------------------..

leur amil as. i!!llé leur charulir&lt;! pour pri~on. ,ai1•11l i·•uorcr l11ujour dt! qm·l prix elle élail
ou·uper, Js:il,cll• .e lit ,iolence pour rclenir
Les gendarme· oli,t•naicnt ri 11ureu,1·menl
co11dnm11éc à lt• p:,~er. IJu.1111 :1 &lt;'" . tlle la ,éril: prlte à torul,cr dt! ,t. · l'•l'rc.. Lor leur consi!!f1e. Ille d Cirré, t:11 dt:pit de , · · n'était r,·dc,ahle que de cc prix. cl, quand
1111 , \'ers dix heure,, C'lte se lrom·a cule
pri•~res l't de se. larme . n'arait pu rommut-llc .e nait ac,111i11L:C. die rt· )i-rait lilire de
niquer 111ème arec la marq11i,e. Elle é1ait mépris..r le l1ru1al auteur Je :a chute, de le Jan .. a c.:hambrc, elle était au. si hri. 'e par
œ Ion~ et dottlourt Il\ clforl 1.fUC par l'appréalor rentrée chez elle, ré\Oltt:c, trouLI :e, ha1r l'l Je . 1ew•cr.
hl'nsio71 du malheur 1111i pl'sait sur a tète.
fiévr ·u e, l'e prit eu proie à de pt&gt;n t't' •
li c,.t remar1111al,Je •1u't•n ,ongc.:ml à J'oui\"ou ne ~arnn~ rien de préci sur ce qui
amère· cl .. io,stre:, maudissant le riel el Il'
tra~e 4ui lui éla1t C.1il, l'idée Ill' lui YÎnt pas
homme , écrn éc déj' ,,us l'affn·ux de.,tiu de s'i .011 !raire, Elll le p11U\:1il cep .. nda111. .e pas~a au ch;itcau de Circé durant cclk
nuiL. On pl·nt c •pendant le d,·l'iuer. · Olh·il'r
auquel elle ne poul'ait plus .e déroLcr. Elle
En Lc:nant d'.1rnnce tll 11u'il avait promi,,
re ta aiu i ju ·que ver la lia du jour, lh·rée Olhit&gt;r h'érait d '~arm,:. ,Lti,; b,,belle ,e cou- allcnda11t armeu. que le· haliita111s du ch.1teau .e fus "Ill rndurmi pour aller troU1er
à ellc-mème, allant el ,eoanl dao .oo appar~idfrait eomrne •'11ganée t•11v1-r · lui par la palsalidlc; sa pa. sioo sure. cité•, , c répandant
tement, tentée de e briser le Crout ro111re le
rolt' dounée. eul, il aurait pu la délier de
en plaink' incrr,·s, t•n prière ardente., en
muraille:, montrant aux cnit, nr. l•·rrifié_
on cn;.:ag... awnl, rt romme die n'allendait
menare. mune · l't flroi d · lllle de Circé. :.e
•1ui . e pré·cutèrent rhez clic à plu. ieur rPpa de lui «·c ~:i, rifice, t·lle d •m1•uraiL à . a
pri , un ,i. age t•xalté et farouch•. Pui le lllt'r ·i, irnpui,.a11te à le li 'd1ir, lrop fi\re, supplicarions, Ioule le péripétie d'une rt.L
soir ,·enu, au moment où elle dé:-,·~r :rait de d'a,llcur,, pour faire apftl'I à . a pitié. L'u)l- . istaocc dé. c,pêrifo aux prise a,ec de· eximir, ce jour-là, liuir son supplie&gt;, on l'ap- eUe ,oulu, 11u'dl1• y cùt renoncé rn ron ·ta- gence· implacalil , t'I enlia un con eutemenl
pela. De retour au chàte:iu, le cum111i ·.aire lant n·c tJll«•lle hal,ildé Oli, i r lirait parti arraché uon à une ,olont1; maitres. e d'ell "éoéral de police l'invitait à comparaître d1•- de· circon l,mces pnur faeilitn la réa!hation mème, mai ' à un ép11i cruent dt!S forces pby. itJlle~ et morale,, la ,·ictoire J • l'amaul, rl'vaol lui. Elit! courut an .alon où il l'altt'IJJe ' de .ei11 . L'heure :nancé • ri•ndail :difdait. A force de Yolonté, elle 'était fait une tic.:ile ,on di p.irt pour Pun1arli •r le rnè.m • ,·ètant l1•s allure d'uu 1·iol, lei est le lablcnu
ph)' iooomie impa .ible, la ph) ionomie d'uue ,oir. Dan,- l'rlan Je sa reconnai,.anee, la qui .e pré ute tout ualurt'llement à l'e prit
et celui q11 'il l a lieu de r"lcuir e-0011111!
vaincue de\anl un w1iaqneur délt• lé, donl
mar!Jui~e l':l\•ait invité à p:1. ·t•r la nuit au
elle va. ubir la loi en Je hais nnl. Mai ci•lle chàreau. Ct-Uc offre, il l'.J\ait arci·pt,:C en e l'image ruèmc de la ,érité, pui~qu'aucun
autr • ne 'actorJ rail plu lo;?iq111·111e11t an!c
impa.~il,ilité Youlue .ous la11udle elle dis~idu11nant l'air de ne ci&lt;Jn •1u'à la pressante
la uile de cc n:,·il. J•our le romplliler et lui
mul:iit , s émotions, es rén,ltc.• ,ou anprii·n• d,• ceux dont il , 'était in1pro\'i~é le
impriml•r uu Irait de plu , il convi ·nt d'ajoulTOÏ .,!, e fondit ÙcHmt le . pcdarlc qui '·..
l.ii1·11foiteur, mai. t--n réali1r. part-e •1u'1l ,outer lfUe le lendemain, lorn1uc Olivier Tnlvau
frait à e · re •ard . Oli\'icr n' :rait pa, seul.
lait s'a ,urt-r le mol •n de• ne pa · ~\:Joirrn •r
Près de lui, ,e tcnait•nt la mar,1ui l', Ch:i.- d'•~ati.1 Ill!. Elle li,ail clairenw11t dans on allait quitter la demeure où ,a pré,enre a... ail
cral, rahhé, :ner, sur leur~ trait , une cx.- j,·u. Elle n't-n é1:1it que plu di. po,é • à 'ir- apporlé le dé ·espoir et la mort, l,nbc•lle ne
e pr: enta pa pour rt'cc,oir ~e · adit•Ux. 1,a
pr -,ion de joie et de reconnai ,anr •. bab.. llt•
riter de, atl1·11ti1111 •tUt' prodiµu:1it la marmari1ui ·e, Cha ·~cral, l'aLbé llaucombe pror lait ~ur le euil, ,an· comprendre, 11'0 ·tnL
11ui~1· à 011 h1ile. \ïnF!l li,i:-, ju qu'à la fin
digu3i1 nt au comu1i ~aire général de police
avancer. :a nrant.l'mère e précipita ,·en; l'lll-',
d.. 1·dle journilt•, duraut lt' · i11slanl · lfUi préde .ouhail alfeclm•u qui exprimai~nt à
la prit p:ir la ruain cl, l'e11lrai11ant ,·er, Oliœdèrent le ~oup•·r, à la taLI~ familiale où
peine leur gralitud,•. 11~ cxig,·aient de loi 1
vier, lui dit : \'oki notr,i lihératt!ur, ma
prome . dti revenir Licntôt. Il 'éloignait acfille. llernerciet-le. ~ou~ lui dl'v..ns la , ic de
compa&lt;&gt;né de leur - bénéd11:1ions. .\lai c·c l
rnlrc rrère, noire liLerLé, uotrc reµo .
en min qu'il cherchait parmi eut Ille de
- li y :n·ait routrt! le mar,,ui.- de Cirré
Circ: pour la nluer. Elle ne :e montra pa •.
de preu,e at'cabla1111- , dit alol"!i Tal\'au. Je
Il partait an l'a\'OÎr revue, . an ~afoir 'il
1 • ai dét ruilt- . Il ne pou,ait I rai11dre ljOt!
lai ait derri~re lui de l'amour ou de la haine.
e propre :neux. J'ai r11fu~~ &lt;l'cnlt 11dr,•
ceux tJUl', cnlraint: p:ir ~un or •u1·illrux , ouXI.'
ra" , il allai! me foire. Sur ruo11 1·01hril. il a
profité de a liberté pour rrpJ,,t•r la fron{JneJqurs jour apri'.•~. il arriv.iit à Pari,;.
tière. Il 11c ri1•11Jr.1 ici que l1w,1p1 • nou, ~èOo venait d'~ appr ·ndrc la nou\dle de la
ron c,•rlain- 1p1'1l n'a plu. ri,•n à crai11dr,·. JI
1icloirc d ,\u. lcrl111, remport,:e par ~ poléon,
t:n fiui,sant, Olivier crm•loppa l~alit•llc d'un
le 2 clfre111bre, ur les arm 11 s Ù1• la co1lition.
re••· rJ 11u'dle ,cule pou\'ail 1:11ml'rcudre. li
Au i1111uié111d1!. qui rénn:iil'llt da11. la capila prt•nait à tértNin du lny.11 rrupr1~·,e111eot
tale. lor-r111c Tah:m en était parti. cdl • ,wu•1u'1I avait mi, à accomplir ·e pr111ue ,c!:'.
,clle fai,ail rnl'céd ·r de· espéra ni' • répara« E t-ce hien la ,ùi Lè ·? d,·111:iuda-t-dlt·
lrin•- . On &lt;'ropil maintenant à une pni
encore dériant.i•. Qu'c l-ce qui prome •111e
mon frère e,L lihre?
définitive, à la rl'nai~~anœ de la pro,pfrit ·
...énéralc, il la lin de la cri.' linanl'irr •, Tou
- La lellre que, avant de 11uiller la
IP couLrrnp ,rai11 ,out d'accord pour rœonFrance, il m'a écrite, répo11d1l la mar,1 uiH·.
La. roid. 1)
naitre que la joi du people lcuait Je l'frr e.
Les Parisi1•11s allcudaient, pour l'atclaowr,
Elle 1•udait :, J ·ahclle un bill, t . i•mé par
n.:mpl'ri'Ur \'ÎCloricut, dont on mmouçail le
Bol.i rt. En IJUel,jltr li!!nru lr.1cé lié1reu,,.procl1ai11 retour. En l'allendau l, i 1· acdament, le mar,1ai rendait homm~"e à la i;éaéro. 1té de lahau el rccounai, il qu'il lui l.'f.:mtertur, au.~ ri•el.Jlions Jt Fo11chi. eut u11 .k cts mai •nt au pn · ngc 1• dr,1p aux pri à 1'1•11a.:«s Jt cokr-r .tonl les tclJ/$ cour~Jitnl 1011/t• /ts
ncn,i, qu'apportai•nt du tf.11:àlre Je la :nierrc
defait ~on alut. Ot!\alll œ 1émoi·•na!!ll irréltlts, (l'ai:e
.)
de:, oldats noir:- t·ncore de la poudre d •:cu alile, llllt! dt: Circ.:é ce enlil défaillir.
combat:-. Ce drapeaux déchiré con lituairm
a llerci dune, ruun~ieur 1, soupira-l-elle.
Oh! comme elle le d :1e·tai1, cel homme Tahau occupait la place d'honneur, pui à un Lémoi!!lla"e ,i:-ible et tan •ible de la ,.ileur frauç.ii e. JI. allait"nt dt'.'COrcr les aile
abominaL,e, de,·enu son mailre ! Vue d'aul'heure du com·her, 11uand elle entendit ~
du •'énal, le 0 -alt&gt;ries de l'Bô1el de ville, lt•
tre· lui Ius c1ll reconnai ~anl do cnice
raud·wère donner à Cha. cral et à l'aLl,é
\OÎILI' d ·• olrt!-Dam,•. Un préparc111 d fèll''
qu'il venait de r~ndr • à la mai on de Circé,
l'ordre de conduire li. le commi . aire ,:!énépubliqur pour célébrer ces grand - é,éoeelle n'1 pou1·ait rien. 11 ignoraieut el deral de police darli l"apparlt!lllcnl qu'il devaiL
ment ·, pour m consacrer le -ou,· ·11ir.
01

1

r-

0

1

...

282 ►

M ADE.MOlSEl.lE

DE Cr]f,CÉ - - ,

.\u moment de rl'Ddre compte à Fouché
de sa mi, ·ion, Olhier Tahau ne puUtail trou\'Cr de' cirt'onstanct• · plus proprC!. à farnri,er
1 ru e t'l 1 · mtnsor,ge au111ud · il était
contraint d • rl'rourir pour di, imulrr sa cnlpaliililé. La glorÎL-lhC is. ue tle la campa,,.ne,
l'écra eml'nl tic allié,, la condu:ion de la
paix. ·1aie11t Je~ fait i con. idérabl •:;, si dé1·isifs, •1u'il, allnii-nl an doute relé..,uer au
derni r r:w .. Je préoccupnlioo~ de l'Emper ur 1• complot de Circé. Pl.'ut- \tre l'arnit-il
ouLlié Jéj;\ et n'en parlerait-il plu .. , 'il y
n3c.1i1 encort•, ~·11 y revenait, il cra1t lreureux J'apprcnJre yue le franç:ii~ «lénoncé,à se colèn·, comme rebelle· à . es loi. el
in t'nsible : l' bi1•nfails ;naienl été aceusé
à tort. La Cortune de ,; arme le rendrait
confiant el ert'~duli&gt;. li .e féliciterait dl! n'avoir
pa à a. ·omhrir par des ch,Himcnls ce
heures de joie triomphaule dont il .e propo ait de rele\cr la olt•nnité en prodi!!llant
de: ré mJkfüe à ,es lieutenant,; et à t·s
oldati. Fouché lui-mêm" n'y r '!!:!rderait pa
de trop pri-s. Il nœepterait comme vraie les
aCfirm lion d son mandataire. ati ·fait d'un
dénou,·mcut 1pii prouverait à l'l:mper,•ur
qu'aucun dt~ es ujets ne con.pirait c.:ontre
. ou pou,·oir.
n :i,·enir prochain allait démontrer à Olivier Tahau IJllc c'étaient là de illu ion . ne
connais. anœ pin complète du caractère de
opoléon l'aurait &lt;'mpt.\ hé de I conœrnir.
Mai , à celle heure, •lie. le dominaient. JI ,
puisa r udace tranquille av laquelle il .;~
présentait de,aut Fouché au lendemain de•
son retour. If fit au mini tre le récit de sa
conduit•, lei 11u'il l'a\·ait préparé. li mir ou
es )CUI le iul •rrwraLoires de :ll'CU é . De
leur dires, de • propre démarche pour
d :coU\rir la ,ùiLé, de !'ab cnœ cou talée de
loute preu,·e c,mlre eu~. ré,mltait, à ·on aYi ,
leur innoceuce. Il ,·antail la ~incérité dei prote,tatio11: J la marquLe de Circé, . a gratitude 1•n1·e1· · l'Emper ... ur, . a loyauté couuue,
qui l'Cartnit toute idi:c cl'arrière-pt·n ·r&lt;c et de
dnuLJc jeu. Il parlait d'hal,..lle, n,:ii - u11iq11emt•111 p,cur ol, ·1•r1 t•r «fUC a jc1111e~ e, ·es habitude d' · i,lt•nn•, le long i ·olenwnt dans
l•!quel cllt• a l'ait ,·L:C·u, ue p ·rmcttait•nt pa d
la ·0111 ·uunl'r. L'abbé ,, 111c11ruLc prhait lrop
haut la fa,·cnr qui lui av,1it ouwrl J porte,
de on pay· p11ur ètre. u p clé . .\11 prolil de DJns Ll mJlinét Ju prtrnitr .ti"'~ 'f,h, Je Nvrltr rlloo, .Jrri•:1 tll /rJu1t.1u, au c:h.iltau Je Circé, un f'trsonn.1ge
inconni, t'!COrlê t qu:i/re J(tnd.Jnnes. (Page :2.."6.)
Cha~st-ral, le eorumissaire général de police
im-o,1uait lout 1111 pa,,,; &lt;l bounc11r t de pur
ci,i me. Quant à l\oli ·ri de Cirré, lorsqu'on cooCronlation, répouÙÎI Talvau a,ec embarra . accu ation. dt! rtcurier. li 'éd1a111làit en par- Je dcvai. allcnilrc de votre zèle et de
l'nvail :ll'rè1t!, il renlrail en France, en wrtu
l~nt, . 'attad1ail à mellre en lumière 1 fait·
\'Olre
clairvoyance que ,·ou eu prendriez
Je l'autori.atiou qu'il ,ferait il la clémence
fnoralile
l'i11i1iatire. diL Fouché a1·ec hum~ur. Elle fcn. rur. à ceux dont il 'était fait le déimpériale. Il n't'lail coupai&gt;!• 11ue d'a,oir
s'impo~ait, el je ,ou a\'aÎ donné de plein
tenté d' fairtJ rentrer avec lui deux émiurés poa,·oirs
« You plaidez bil'n nrdemment leur
11
11ui, l.1 J'1·rrtJr à l'élran~er, drmai1daicml à
eau e », remarqua fo111hé.
Et comme Talnu "ardait le ill'nCC, I •
,·iue ou. ru1 ' el ,oumi. au i: loi , dan la
Ce mol tomba ;.ur J'élo1p1enœ de Tah-au
miui. tre reprit :
contric où ils étaient Ill~·.
comme
uu ooup de ma: ue. li en resta dé« Ce n'e:t que lor~c1u'elle aura ea lieu
11 Fleuricra donc m oti ! dit Foncbé aprè
conrerlé.
C'e.-.t à ce moment que on altitude
que je pourrai affirmer à !'Empereur qne le
a\'Oir entt-odu le récit de on ~ubordonné.
é,cilb le· oupçoa du mini~tre. D\ lor ,
m r,1ui de Cin-v était innon nt. 1&gt;
- li a menti, cela ne fait pas doute pour
Tal,au p;ilit. Dan. on inexpérience, il n'a- relui-ci rcnou~cla k qu~tioo , proie, 10a de
mui.
vait pa pré1a celle obJ ction. li n'o.a a\'ouer nnU1·ell r •pon . Son flair de policier, .on
- L'awz-,·ou roufronlé arnc Ct:'Ut qu'il
que le mar,1uis l'l e complice, :Haieot re- habiLu,le de cruter le coo,cicnl'c et de tenaccuse'?
dre d,· pit}nes lui révélaient que Talvau ne
- - \'otre Eu lli:11ce n'a\"ail pa, ~iné Ct&gt;lte pa é la frontière. Pour di imuler on trou- coule . ait pas Ioule la vérité. ~on opinion une
hl •, il re,int ur le· invra.i t!Jllblance Je
foi· I.Jle, el an ~YOÎr encore dan qnt!lle
0

""283 ...

�ms TORJJL

------------------------------------~---j

mesure le jeune fonctionnaire avait trahi .es préparatirs de fête, l"allégre .e d'un peuple
devoirs, ni pourquoi il les a,·ait trahi., il ne déliné de e craintes et recommençant 11
ongea plus qu'à le rassurer pour obtenir vine dan sa érurité recourrée. lfaîs ers
ultérieurement, en feignant la conftance. de
ma.nife-talion du contentement populaire ne
areo1 complet .
p~nenai(·nl pas à le tirer de. a torpeur.
« Vou rédigerez un rapport ur tout ceci,
Qu"eût-ce été, s'il a.\'aiL u qu'à la même
lui dit-il, en rede\t~nant soudain birorr.illant beure, et par ordre dt! Fuuclu\ un artc d'acet affectueux. , ou: l' joindrez vos procès- cusation ·e dres ait co:nlre Jw? On po édait
\erbaux l'l ms inlrrrogaloirc . Je mellraî Je maintenant sur l'or•7 aoisation du complot de
tout mu les yeux de !'Empereur.
renseignements qui en affirmaient l'eiistence.
- Votre E.x-cellcncc dé.ire-t-clle que je Le prl5[d du Douh', chargé conftdt:&gt;nûelleprocède à la confrontation dont elle parlait? ment de e liner à une enquête sur le séJOUr
demanda Talvau, à qui le souci de sa sùreté d'Olil'ier Talrau à Pontarlier, !&gt;'était transel le désir de cacher encore au ministre que porté dans celte ville. U appelait devant lui
le marqw de Circé n'était plu. en son pou- le commaodaut du fort de Joux el l'officier
voir suggérèrent celte demande invraLem- de gendarmerie qui, lors de l'arrestation du
hlable.
marquis de Circé, avait sai i sur lui les let- Allendez mes ordres el oe \'OU , occupez tres patentes du prétencl.anl : « Loui , par
que de ,·otre rapport, répliqua Foucbé. Vous la grâce de Dien roi de France et de Name le remettrez dl• que vous l'aurez ter- varre. 1&gt; Ces témoins de la première henre
miné. 11
exprimaient l'étonnement que leul' avaient
Il le congédia • ur ce· mot .
causé la di ·parilion de œs papiers, le brusCet en lretien lai sa le commi sa ire général que déparL du marqui et de ses complices,
de police ous le coup d'une anaoi se poi- ordonné par Tahau, les singulière allures
gnante ré.ml tant du danger clairement entreru de ce deruier, la prolongation de on éjour
qui le menaçaiL. Ce n'e t pa quïl fût di posé au chàteau de Circé. De ces faits constatés,
i1 se repenlir de ce qu'il avait fait. Le souve- rapprochés, réunis, se Mgagi·ail celle connir d'J abelle était trop récent, trop brû.lanl clruion, c"est que le repré:.enlant de la police
surtout, pour qu'il regrettât sa conduite. Mai
impériale s'était fait le libérateur dP.s grands
il se reprochait d':woir manqué d'habileté, de coupables sur le quels il devait exercer la
prudence et de ana-froid, de s'être trop b:ité l'enaeance des lois. A quel mobile avait-il
de mettre en liberté le marquis de Circé. obéi~C'eitce qu'on ne avait pas et ce que
Cette hâle con litueraiL contre lui, lor qne 1a Fouché Youlait sa.voir.
preuve en erait faite, une charge accablante.
Olivier îahau, laissé dans l'ignorance de
Si Fouché confiait à un autre que lui le soin ce qui se tramait contre lui, dut à ce naturel
de confronter Fleurier avec les accu é , il désir du ministre de la police générale de
était perdu, pui que l'impos-ihilité de celle n'être pas arrêté. On le lai - ail en liberté.
confrontation démontrerait sa trahison. li ne Mais on le surveillait avec l'e. poir de découpouvait plus être samé que s'il éwil chargé vrir, dans ses allérs et venues, quelque fait
lui-même de celle formalité. Sous prélexle qui révélerait le causes de a criminelle cond'y procéder, il partirait avec fleurier, et duite.
quand il le tiendrait en ·on pouvoir, il sauLe 26 janvier 1 06, !'Empereur entrait
rait bien Je contraindre à se prêter à une triomphalement dans Paris. Dès le lendemain,
comédie qui acbèverait de tromper Fouché. il aborJait avec se divers mini Lre l'rx.amen
Il ,e entait ré ·olu à ne pas reculer même iles affaires dont la solution avait été uborJ1-:vant un crime pour fair~ di pa1·aître cet donnée à son retour. 11 en était de si graves,
accusateur dangereux, 'il refusait d'obéir.
celles qui touchaient aux 6nances surlouL,
Durant le jour •1ui suivirent, il ,·écu! dan
que, comparée à elles, la conspiration de
des transe· que l'on devine. Il a"ait rédigé Circé, avortée par l'impui auce des conspison rapport el, en le remetlaut à Fouché, rateurs, ne pou,·ail retenir longtemp l'atLenfourni lui-même la preme écrile de on men- tion du souverain. lais, avec on habitude
,onge. Pui' il n'avait plu entendu parler de de "occuper de toutes cLoses, de ne rien
rien. L11 miuislre ne le faisait pa appelrr. A oublier de ce qui l'avait un moment frappé,
deux repri es, il se présenta pour Je voir. Il il revint sui· l'événement au sujet duquel il
ne fut pas reçu. L'horreur de .a ilnation avait écrit de chœnbrunn au mini tre de la
s'aggrJvaiL de la trif&gt;lesse à la'luelle le fürait police. Ce dernier lui communiqua les pièces
le souvenir d'Isabelle. Il aurait rnulu la re- de l"enquête.
joindre. Il n'osait pas quitter Pari,, et moins
L'Empi&gt;reur, à ce révélations, eut un de
encore écrire à sa victime. 11 ouffrait de son ce accè dtl colère dooL les éclats courbaient
impuis~ance à l'enlrdeuir dë son amour, de toutes les têtes. Ce &lt;fui se passa entre l11i et
ne pomoir, en lui disant queL péril il avait Fouché e t resté leur secret à tous le deux.
encouru: pour mériter d'être aimé d"elle, lui On ne peul que se livrer à des hypothèse~
promer combien iel amour étai L si acère. li entre les1p1elles il e11 est an moins une qui
allait el venait, iudi[érent à la Lâche qui, ne saurait être conte tée, c·e l qu'ordre Iul
chaque jour, l'appelait dans les bureaux de enjoint au minh,tre de é,·ir avec la dernière
la police où il avait repris es fonction , in- rigueur tontre le fonctionnaire qui avait endifférent aussi à la joie de· Parisiens, surex- .Ireint es de-roir. On sait qu'1m ce Lemps-là,
cit~ par la noufelle de l"arrivée prochaine de Lout crime où apparai ait la main de émi!'Empereur. Toul autour de lui, il rnynit de
gré était deféré à une commi, ion militaire.

Celte juridiction toujours prèle fonctionnait
_ans cesse. Le tribunal s'organisait en hâte
sur les liem mêmes où le coupable était arrêté. li prononçait souverainement, san appel, et a smlence reœrnil ur l'heur!! soo
exécution. Les ordres de l'Empereur é&lt;JuivaLaienl donc pour le malheureux: qu'il concernaient à une condamnation à mort.
Ce ruème jour, Fouché signa u11 mandat
d'arrestation. Mais soit que, pris de pitié
pour uo jeune homme dont il a~ail connu le
père et s'était fait le protecteur, il eùt voulu
se donner le temps de l'avertir el lui laisser
celui de se mettre à l'abri; soit 11ue d'autres
soucis l'eu sent empêché d"agir arec plu de
diligence, ce mandat ne fut envoyé que dans
la soirée au préfoL de police. Quand lt•s agents
chargés de l'exécuter se prêscnlèrenl au domicile d' livier Tal vau, ce dernier avail di paru.
Celte nuit-là et le lendemain, on le chercha
vainement dans Pari ..!vi fut donné à Fouché qu'on avait perdu ses traces. Il accueillit
cel!e nouvelle sans manifester aucune émotion. Il se borna à faire écrire, sui,·ant l'usagr,
anx autorités des département pour les prévenir que le sieur Olivier Tah·au, poursuivi
à raison Je crime contre la ûreté de l'État,
était fugitif, el pour leur envoyer on ignalemenl, avec l'ordre de se sai.ir de lui, s'il
se trouvait à leur portée. Le préfet du Duubs,
comme tous les autres préfots de France,
reçut cette circulaire. A dater de ce jour, il
fil exercer une surveillance rigollfeuse aux
abords du chàleau do Circé.

.X
En re11Lrant en France. la marquise de
Circé espérait y Lrouver repos et sécuritP.
Bru quement, cette espérauce venait d'être
détrn.ite. En quel4ucs heures, une tourmente
s'était déchainée, menaçant d'emporter un
bonheur à peine recouvré. Oe~ circonstances
pre •JUC miraculeu. es a,•aient conjuré ee danger, mais ~ans ramener le oonheur compromis. Roht!rt condamné à vivre dans l'exil, la
famille de Circé re'tanl 011 le coup des suspicions de la police, l'éloignement de l'unique
héritier màlc du nom et des armes, la lai sanl en quelque sorte décapitée, &lt;lan lïmpo ibilité de reprendre son ancien éclat, la
bienveillance de !'Empereur pour lonslemps
aliénée, pllul' loujour:1. peut-èlre, telles étaient
les con équences du complot ourdi à l'insu
de la m1rqui~e el de la réalité duquel elle ne
pouvait plus douter.
Le péril disparu, dl,! avait voulu connaitre
la vérité. Elle la connais ail par le aveux de
l'al,bé Mautomlie. Elle en ,·onlait à celui-ri
comme à son petit-fils di? l'avoir e"posée à
p1sser au1 yeux de !'Empereur pour une
femme san honneur el sans foi, 1ui n'avait
imploré sa clémence que pour en rc:lourner,
après l'avoir obtenue, les effets contre lui.
Elle se tonsidérail comme l'rappée dans a
vieille. réputation de lo1aulé et de droiture,
cl quoique s'ah tenant de récrimioatitins el
de reproches, elle con,erYaÎl de ces iocide11ts,
outre un chagrin que seul le retour de Ro-

"---------------------------------herL aurait pu t&gt;Ul:rir, une impre:.:.ion d'humiliation el de honte.
Ce l{lli ajoutait il sa tristes.e, c"était l'altitude d'lsalielle, dt·pui le juur fun~ 1c où Cl':événemenls arnie11t éclaté. Comme sa rrrand'mère, ln jeune fille paraissait écra ée .ous le
fardeau d'un inrnrt1Lle accablement el las c
&lt;le vivre. C'en était rait de son hel entrain
d'autrefoi~, J1! a viq1ci1c, du ourire confiant et rnrdial •1ue lout1&gt; manifestation de
sollicitude ou de sympatlüti amenait à es
lèvre .... on regard, donl l"éclal pénétrant el
la mobilité fai aie11l le charme, :,\:tait uniformisé dan une expre.sion malacti\'1'. Aloutce
qui rendait communicatif et contagieux l"élan
de sa jeune e rac.lieu e. a rail . uccédé une
prostra Lion contre laquelle, oil irnpuis ance,
oil volonté, l'llt:&gt; ne tentait pas Je réagir. La
Iran forma1iou de on être phi i1p1c e reprodui ait en son être moral. , aguère acce ~ihlc
,rnx idée génércu 1·s, t:lle ne s'enLh1msia~mniL
plus, co111JJe ·i, soudain, die t·tH été dépo ~édée de toute ~en~ilJililé. Elle portait en tou.
se acte· une é••ale indillërence, un amer dérouragemenl, le déJain de la vie, de ce 11ui
la fail aimer et de ce (JUi la fait haïr. Aut11ur
d"ell ,, on s"alarruail de cet état qui réve1ait
un mal ecret. liais elle se refusai I à eu lai ser
de,·i11er ln cause. Toujour de plu en plu
impénétralile, elle :,e rJidissait dan a douleur ilencieu e, rommt&gt; dans une armure
qu'aucun elfort ne pouvait bri er.
Ce qu'elle 'ob tinail à ne pa dire, il est
aisé de le de\'iner en e rappJant l'outrage
dont elle avait é1é "icliwe. Ocu1 moi ' déjà la
éparaient dé lïnoublialJle nuit durant laquelle elle était LomLée ous le dé:,ir brulai
d'Olivier. liai le Lemps avait beau 't:ofuir,
le om·enir de la Oétri ure sul,ie ne 'e!Taçait
pa . IA trace en re lait dans a 111émoirc
aussi profonde que dan a chair. L'impr&lt;'ssion douloureu ·e IJU'elle en con ·enait la
maint nail en une altitude de réwlte el de
colère, qu'elle di.simulait sous a froideur
1ouluc, appeléu i1 . on- aide ain i qu'un frein
néce~ aire pour coutcnir les éclat de sa vengeance. c rnnger ! Elle y était résolue. Mai
clle entendait ue le faire qu'à son heure,
11uand elle serait sùre d'i réu ·ir et de poumir ca her à a grand'mère pourquoi et de
quoi cil!.! se vengea il.
C'e·t à celte con.,,idéralion que Talvau avait
dù ou sa lut, au moment où ses bra , ép □ i é
par une lulle crimiuelle, lais aient retomber
le corp· iuerle de .a 1·ictimc. lai., dans la
pen·t~ de cefü-ci, il était déjà condamné.
L'hoo1me qui l'avait po édtie par un abu de
force ne pouvait rester vi,ant si lie-même
1·ivait. Comment e débarras erait-elle de lui?
Par &lt;1ud moyen lui ferait-elle expier .on forfail? Elle l'ignorait el ne cherchait pas à le
pré mir. En la quittant, Olilier avait juré une
éterntlle .fidélité, promis de re\'enir. Elle l'attendait à ce retour-, prèle à tirer parti des circon lances pour t'Xercer ·on droit de le cbàtier. Loin d'aJfail,lir ses résolution . le jour
cl les heure·. en 'écoulant, les rendaient
plus inéuranlables.
Et cependant, lorsqu'elle d,•,œndait en

.MAD"E.MOlSELL"E D"E Cl~C'É _ _ ..,

ellt.!•mème, ce n'e t pa uniquem, nt ùe la il a trahi la sincérité de la passion qui l'euh.aine r1u'f'lle ' lrournit, cl ce Irait, qui 11c trainail.
Elit: ne doutait pas de la sincérité de ~ou
$aurait èlre pa é \IU ilencc, n·é1onnera
que ceux pour riui le cœur de la femme est raris~cur. Si l'amour pouvait ufüre 11 cicuscr
uri line fermé. E11lre ll'~ pou~se. \Îgoureu~es le · crimes qa 'il fait commellre, elle cùl parde cellt! haine, apparaissait parfoi. , hurublc donné et tenté d'oublier la violence impo éc,
el fragile, une fleur de clémence, lorsque, la domination exercée, tout ce qui la laissait
par e:.cmple, lllle de Circé était contrainte de humiliée. Au ri que même d'être éterndkrendre hommage ;1 la lvyalc rigueur a,·ec la- meut malb.eureu.e, elle t:ùl considéré le maquelle Olivier Ol'ait tenu I paroi,•. Elle 11e riage comme une réparation ufûsante el 'en
pouvait lui reprocher de l'arnir lrompee. Ce serait reruise à l"an•nir du ~oin d'effac:er l'ou4ui était arrr\'é, elle y a"ait cunsenli. Oe la tra~e. ,rais ~a nais ancc, son rang. le nom
respon.abilité &lt;le l'outrage, elle de,ait porter qu'tllu portail, l'ob.curité de celui d'Ofü·ier,
sa p:1rt. IWe s'y était prêlée, en cou entant à l'infériorité d11 a condition ne permettàienl
lais.cr auver ~n frèr!'. rn contrariant de ee pas un tel dénouement. C'e.t 111 c·e qui renchef une delle dont par avam·e elle ronnais- Jait, :1 es 1eux, irrrparable et indigne de
saiL la rançon. i coupable qu'eùL été Olivier pardon l'àcle odieux qui l'avait perdoe, el
en abusant de sou poul'oir, en dictant iolkxi- tandis qu'une voix s'élevait en elle pour délilernent sa loi. :;a fault s·auénuail de luut fendr(' Olivier, une voix plus haute répondait
ce 11u't·lle-mè111e se rapprlail a,·oir fait pour pour l'accuser. C'est cellc-d qu'elle écoutait
raue11drir. Elle se re"o)aiL le suppliant après el dont le- accents impérieux étouO'aienl
l'avoir l,raré, ver·anl de lartnl'S, édifiant de l'autre. Ain.i, elle e dél,allait entre ce qui
lui prèchail fo pardon et ce qui lui prêchait
:.e propre. lllain. la tentation ;\ laquelle il
avait urcombé. Ce souvenir de leur réci- la vengeanl'e, et cette lutte l'épai, ait, la
proque fail,le. -e plaiùa,t lle,·ant elle pour livrait à une torture dont la mort eule fa
délivrerait.
celui qn'elle a&lt;"l'II, ait.
L'absenre d'Olivier, le silence qu'il gardait
A ce souvenir, sa mémoire, :1 tout in tant,
en ajoutait d'autres, !ont un Ilot de sensa- exasp '•raicnt celle ouffrance. an nouvelles
tiom t1 peine re ·s nfie·, dan l'emportement de lui, 1 ahrlle ~e demandait s'il allait mainde ses protestations de vaincue, mais qui ~I.! tenant l'abandonner comme une épnve el i
prrcisaient mai11Lenanl, san l'irriter au l'ardeur de sa pa ion, inrnquée ur le premême degré qu'au moment où., pour la pre- mier mOUlent pour sa ju tification el son
mière foi , un ~iruulacre d'amour le avait excuse, était éteinte. Avait-il résolu de ne
é\·eillél•s en ~011 èl re révolié. Diljà nai sait plus rewnir? Espérait-il se foire oul,lier'?
Elle ne savait que pcn•er. Mais die ne se
ri! iguait pas à l'idée qu'après avoir détruit
son repos et la dignité de sa vie, il se consi.
dérerail comme liure de tout eng~gement
en"er elle, la traiterait en étrangère, oserait
tenir à une autre lrs propos qu'il lui avait
lenu à elle-mèmc. Son re rnlime.nt s'aggra.:iit de cette jalousie incon~cienle, sous laquelle l'amour était l'n train d'éclore A
qui lui eût alors prét.lit qu'elle airuerait un
jour l'auteur de on inforlune, elle eût répondu par des protestations indiguées. C'est
l,ien l'.iilJOUr ct:pendant qui se mêlait à a.
haine. Mais il 'y mêlait ~ans la dé armer.
Toul éLait agitation, ronfu ·ion, m1stère dan
ce cœur ulcéré, où l'urgueil enlrelenail un
impérieux besoin de représailles el CJUÎ ubi ail en ruèmc lt•mps les premier ellets de
celle naturelle di. position de la femme à c
sou.mcLLrr à l"homme qui l'a possédét-.
0

Hl

Le con,missaire gtt11éral Je poilu do1111all lect11re des
lexie$ dt loi qni .J~similtnl aux ac,uses «ux qui
leur 0111 Jonnc asll~. (Page '!,(1/,.)

dan son cœur ce enlimenl m)· Lé.rieux. que
conçoit toute femme pour l'homme à qui elle
a appartenu s:m~ l'aimer, qu'il l'ail pri e
par la violence ou qu'elle se soit donnée
Yolontairemenl, quand, par 11uelque trait,
.., 28.'i ....

Depuis plu de d~u-\ mois, Mlle de Circé
vi,·ail dans cet état d"abaltement el de fièvre.
Elle sortait peu, passait ses jouruées dans a
chambre, expliquant ce goùl subit pour la
solitude et a dauslration ,·olontaire par la
riglll'Ur de l'hiver. Tout ce pillore·que pa)S
de Franche-Comté, à cette époque de l'année,
est en~eveli ous la neige. Elle blanchit de es
nappe d·ar 0 en l, cristalli ées par le froid, les
prairies et les mont.~. Elle allacbe ses slalactites aux branches de sapins. Ellt: remplit
jusqu'aux bord les combes profonde., s·a-

�1t1STORJA
moncelle . ur le roule,, aux loiturei; de~ celle \ i ile ioallendue, Je per on nage déclina
cbàteau le main üde . Au moment de
ferme , enveloppe le pa agl' •t les horizons
es qualité en monlrant l'écharpe tricolore parlir, il prononçait de parole menaçante .
d'une uniformité il •nrieu e. Libre de re- qu'il portail , ou sonbabit.C'ét.-iil le rommi.prendre ses habitude d'autrefoi:, la mar- saire néuéral de p-0lice du département du Il afûrmait, d'aprè· des rapport émané · de
quise de Circé aurait 11uiL1é le chàtcau, dès Doub .. li vc,nait de fit, :inçon, muni d'un l'admini ·tration de douane, , que Tal\•au arail
le commencement de décemLre, pour aller mandat d~ per11uisition, à l'elfot de 'a urer été rn dan le pay,. Gro j . ant la voix el
vivre à Pari pendant la durée de la maurni e que le château ne donnait pas a!'ile au ieur prenant une attitude hautaine, il donnait
~airnn. C'e. t m~me ri' 'l" ·en rentrant en Olivier T.ilvau. pré,·cnu du crime de haute lecture des textes de loi qui a imilent aux
accu é , pour l'application de peine , ceux
France, elle . e propo. ail de f:iire, autant trahi on, qu'on suppo~ail ·'1 êlre réfurrié.
qui leur ont donné a ilr. li annonçait qu'il
pour c dérober aux ri:rueur du climat ,,uc
A cc déclaralion. , Cha eral, surpri~. pro- lai~. ait dan le pay un peloton de gendarmeg,
pour prbenter dan le monde , a petite-fille te ta contre l'inju. tice des nouveaux. oupçons
et on petit-fil ·. liai le:- incido!nl . urve~us conçu p:ir la police. Il fit remarquer au avec la mis ion de arveiller les abord. du
l'avaient décidéè t1 ajourner se. proJcl . Elle commi aire géo :rat que le fu~itif, à suppo r château, et . 'éloi gnail enfin, certain d'a,oir
in~pîré un efTroi alutaire.
ni• ,·oulait rel'Coir aux usage~ de a vie pas ée
qu'en quittant Pari ·. il , e fût dirigé ver Pon11 erail-ce po .. ihll' qu'Ol1,1er flit prè'
que lorsqu'elle crail tranq111lli ée ur le sort tarlier, a\·ait dtl profit r du voisinage de la
d'ici?
pen. ait I abelle. Chmhe-t-il à pas er la
de Hobert.
frontière pour ,e mettre en sûreté. L'em·oyé frontière? A-t-il \'Oulu .e rapprocher de moi? r&gt;
Loin de . e plaindre de cette déci~ion, l:a- de Fouché n'en di con\·int pa . füis .e
Pour la première foi. , dt-pni lonrrtcmp ,
bdle . 'en était montrée . atbfaite. La p r:~c- ordrt·. étaiPnt form •1s. lis lui enjoignaient de
tive d'un hiver pa. é au cbâteau ne pouvait pcrqui~ilionoer dan le cbâwau, et il entendait elle eml,foit .orlir de a torp ur. comme. i
l'efîr.11er ni lui déplairt&gt;. C'était ~a vie _ci_rdi- les ex éculer. Cba~st•ral e rt1 i11 na à ce qu 'il ce qu'elle ,·enait d'appr•ndrc eùt imprimé à
tout . on être une ccou e.
naire, continuée dan les mèm · cond1llon
n • pom·ait empc•d1er. li ·'offrit même à guider
que jadi.• une vie qui mainten:int répondait le. r ch rd1 ,. Elle, eur •nt lieu et n'am uèrent
XXII
plu que jam~i à . on étal d'âme. ~~lie répu- aucune dltcouverte. Pendant qu'on yprOC'édait,
gnait tant au mouvement cl au bruit. Il e. t la marqUJsc .. sa petite-fille el l'aLbé étaicut
Le même jour, elle ,·oulu t monll.'r à d1e\·al,
des Lies ure· qn'enreoime le contact de la revenus des Etrache . Il fallut leur avouer la
mal!!'!'é
le froid, malgré la neige qui com-rait
foule. La ienne el.irrcait l'i ..olement. Au cbl- présence de la police et la mis ion &lt;Ju'dle
le
.ol
d'un épais linreul. :i. rrrand'mère
teau . cet Lolemt'nt était facile. La conlrainte aŒ·ompli ~ait.
pous,a les hauts cri·. Aller ~c promener en
mP.m1! qu'elle dev it ,e faire pour cacher on
La marqui.e fut boult•rersée par la révélamol à ceu parmi lesquel elle ,·il'ait ne néce. - tion des danrrers qui menaçaient le jeune plein bher, ri 11oer un accid1•nt. hraver la
sitait pa de t•llorts u-de. u · de on .énerµic. bommfl dont le dévouement aYait pré ervé sa ri1,r1.1Cur de la aison, c'était folie. Elle n'en
Elle n'av, it à redoutH ni le: que lion indb- maison d'un irréparahle d; ·astre. Ce dérnue- per i la pa moio dao . a ré,-olution. La
crèle~. ni I inlerprélaLion malveillante· . meot, elle en irrnorait le eau. el ; elle le marqui ·e, redoulant de l'irriter, se rési 11na.
L'nb.cnce de son frère et le. raison· de celle croyait désintér . é. P1nétrée de reconnai - J.;lle l'ennagea eulrmenl à ·e faire accompaaner par Cha rai. .fai bahelle entendait
ab ·eme suffüaient à expliquer a tri ·le e
ance pour son ~duveur, elle s'affü.,cait de le être •ule.11 fallut c soumdtr' à .a Yolonté.
qui, dans ses manife talion., ne di~1:rait en .aroir en détr s_e el de ne pou\'01r rien pour
Elle partit, parcourut la li"oe de· rrontièrcs
rien dll la Lri te e que le mème motif cn.,.cn- lui épargner le ort qui l'at1eodni1.
ur une éll'ndue de 1,lu ieurs lieue., 'jetant
drait autour d'ellr.
Quant à l ·abelle, ell • compr nait mainteDu reste, sa rulonlé de ne pa laLer péné- nant pourquoi Olivier n'avait pa. écrit. Traqué audaricu. enwnt ou. les boi , blanc" de gi\re.
trer le ocret de on mal, loin de 'affaiblir, pnr la police, comment aurait-il pu 1krirc? franchi.. ant ·ur la lace I torrent , lravcrant le défilé étroits, exaltée, anxieu. e,
·'accentuait de jour en jour. Plus clle alkit, llan . on l"œur, en proie depui tant de jour
'attendant à tout in tant à voir Olivier lui
et plu elle s'appliquAÎt : le dérober à autrui. à d'irrilanle pen.ée , nai · ail une angoi~se
De, a\'(mx, mêmll à sa rrand'mrre, tJe l'auraient altcndrie, la pitié naturelle aux àme géné- apparaître.
Quand elle rentra, à lo tombt1e de la nuit.
pa oula ée. Elle e ·erait r1 proc_h • comme ren es, pour quiconqut· ouffr • el va périr,
son
anxiété durait toojour , entretenue par
nn crime de confe · er à la marr1m e a dou- cclui-111 rnt-il un con ·mi. ... on re entiment ne
loureu e avenlure. C'e t autant pour èlre dtk.armait pa . l:ii il perd dit quelque cho. e l'e. pérance de découvl'ir celui dont l'image
a~ ur~e que celle-ci n'en saurail jamai· rien de . on caractrre al,,olu et farouch•. Ce que hantait a pensée. Ce qu'elle avait f,tit cejourlà, elle .e propo ait dti le recommencer le
qui: pour, 'Jpargner une honte nouvdle qu'elle
eraicnl pour Olivier le con. équencc de
!end
main. Le langage de boromC! de police
per·i rail à en l'airem), tèreà l'alibi füucombe pour uite diri~écs contre lui, il lui uffi ait
cl à Cha ,eral. Quant à eux, ils étai nt trop pour le de, ion de , e rappel ·r certain faits l'avait com·aincue que on amant errâit dan
le pay . Elle voulaiL le trournr, le mettre en
loin de la \'érité pour l:t deviner. Il:. allri- antérieur~. 'il tombait aux main. de reu
buaieut aux même eau es l'accaUcmeot de qui le cherchaient, traduit aus,ilôt de,·ant une gard • conlre leur piège . A!!issail-elle ain ·i
l'aïeule cl celui de ,a pelite-fillt&gt;, ,'inquiétaient commi ion militaire, il payPrait de a vie la p3rce qu'dle inclinait au pardon ou parce
moin der lui-ci que de œlui-là, n'i norant mise en liberlé du mar11ui flobat cl de I s qu'elle ne rcconnai ,ait à personne le droit
pa · qu'à l'.i"ll de la mar,111i,e le coup · de complice . qu'il avait ordonntlc, au mépri de de lni ravir sa reogeance? Elle eût été hor·
d'étal de le dire. Elle ubi ·sail des ensation
l'ad\er,ité ont ouvent mortels, et r.aressanl
dC\oÎr . En enrisaat•ant celte dc:-tinée. confu e et contradictoires, leur obéi..ait san
l'e poir qu'a,·cc le temp , la jeune.se de Mlle de Circé entait 'amollir sa haine. Le
le· raLonner, emportée tour à tour par . a
~Ille de Circé erail ,·ictorieu.,e du ~a douleor.
ouvenir du bicnrail que le bienfaiteur allait
Tdle étail,au commencement de fëvricr t 06, exri ·r i chèrement devenait en on e prit colère, soudain ravi\·éc, et par de pensées
de clémence. Elle ne .e pliait pas à l'idée que
la situation qu'il romeuait d'expo~er en tou.
au: i puis. ant lJUe le .ou,·enir de l'outrngP,.
e, détail pour rrndre c-0mprében iLlc le Elle soon-eait moins à . e venger d'Olivier qu'à le crimll d'Oli\'ier - ce qu'elle appelait . on
crime -re Lerait impuni, et clic trcmlilait de
tra i11ue dénouement de cc rt'cil.
lui porter secour , mai ~an a\'oir, lant elle le voir périr.
Dan la matinée du premier dimanch • de r tait lrouliléc, tiraillée entre de, entiment
A la lin de cette fiéHeuse journre, elle avait
ce moi de fé,·ricr, la m1r,1ui e, !~a belle el
onlrair · , i c'était afin qu•it vécût qu'elle
l'aLbl .laucomb, s'étaient rendu ;) l'é 11li.e aurait rnulu défondre . a vi • ou si c'était afln allégué a falirrue pour se donner le préle1te
de reulr•r cht•z elle. L'appartement 1p1'clle
de · l~trache!' pour a i Ier à la me. ·e parois- d'ètre seule:) pou\'oir en di po. er.
hahitait depuis le retour de a grand' mère
~iale, et Cha -~eral s1• trouvait seul au château,
Elfe ne rel'oana un peu de rolmc que était itué au r z-de-chau ·,ée, da11 · l'aile
quand arrirn en traineau un per ·onnage lor.-l]UP le perquisition eurent pri ûn. Elle
inconnu de lui, e. corté de qnalre neod rme,. aYaicnt été raine . Le commi.!&gt;.lirc "énéral gauche do château. li ~e compo ait d'une
Com,ue Chawral 'informait de l'ohjet de de police e ,·oyait contraint de quiller le vaste chambre agrandie encore par le ~alon
11ui la pré-iédait, auquel elle était réunie par

,

_________________________________
.MADE.M01SELŒ

DE Cffl,CÉ

une lar·•e ouvi·rlure en forme de bail'. Le
1·r0Lée;. donnaient .ur le parc. Pourcombaur,
le froid IJUÏ ré"nail ous le haut el \ieilles
,oûte:,, on l avait iu. tallé un poêle monumental en Ta:icnœ, comme on rn \'Oit encore
Pn ui e cl tn Allema ne, de,·ant lequel une
table el un fauteuil, proté" ··par un paravent,
0Jfraier1t une sorte d'abri.
C'étail, depui le eommencement de ce
ri,.ourcut hi\·c:r, la place préfér~ d'Labelle.
Lil, hien . OU\ nt, ·Ile aYait pleuré, médité,
re,u par la pen~ée le pa . é lrai;iquc: et, avant
d'aroir suhi l'indélébile 0étri ·ure, rèl'é d'un
avenir plu doux que cc pa,sé. La force de
l'hal,itade l'y ram nait tuujours . ._'i maiuten:mt lie n'y pou\"ait plu· olller le même
con olation ni lt's mèmes e p{,rance qu·autrdoi', Ile · tromait encore la lib1•rté de
l•·rst:r d larme,, m, être troublée, dan, le·
manif,·tation de .a Jouteur, p r lt's témoign:i,,e d'uoc ·ollicitude importune.
\'cr neuf heure , ce oir-là, elle ,, étai1.
Lri ée de corps, lasse d'àme. 1:n lh--; è était
ourert de,·ant elle. on goût pour I lt·cture
datait de :on eu Cance. Il s'était «Jé~·eloppé
avec s011 iotclli 11enrr. et . a rai~on. Elle lui
du,ait les moments les plu. doux de . a ,i1•.
.t'u11 1·olœ d"h1,miJ/tt cr'-'lal/i t!t, tint oml-rt mou·anle se dtssi111Ji/., .• Sur lert~ord
Mai queli1ue pui ant et efficace qu'il Iùt, il [)errj r, /.r 1•1/rr coui•trlt't'.d.!ritur
d.t' /J C/Oistt, un homme se lm.ri/ as.&lt;is, II',1/?C :87.)
Ill' l'était plu a:sez en cet in tant pour la
distraire de :e préol"cupation . Lefü re restait
011\'ert à la mème parre. ·e yeu1 ··y fixaient
uni' lran,formation déci,h •. Grandi ou li&gt;s pa · m'expatriersan vou. reroir, ~an. implorer
peut-èlre, mai· non ~on attE&gt;nLion. Et nul
rc ::-eutim1·11t.· . contenu par la haine, mai
à 1 e11ùux mon pardon. J'ai été .i coupahle ....
effort u·y JIOm·ait rien. C que la ie mèt _-ur
fécondé
par
le
larme~,
l'amour
ét'lataiL.
En
Mais je \'OU· aimais .... Oui, je \'ou- aimais
notre route, pein s ou joie,, l'sl autr •ment
retrou\'ant le malht·ureux qui 'était perdu comme je rous aim encore, comme je mus
absorbant 11ue la magie des poème , les imapour, unir1ucment, c donn1•r le droit de la aimerai toujour .... r&gt;
ginations de, romans ou Je· évocation de
tenir
dan c bra , elle _entit touL .on ètre
l'hi toire.
Elle l'interrompit, en di. :int :
cfoudrc dao un ·uLil attendri s•menl, el
« 1·ou· reprendron. plu tard cet entretien.
~ oudain, · la vitre, derrii!re le lourd·
monter en elle, comme un Ilot qui \"3 bri cr Quant à pr ·~enl, il ne faut .onner qu'à
rideau lt•ndu · devant Je. croi ée~, un bruit
tout les dirru ,ippo~ée à son pa~ a11 e, une réparer \'O furce , qu·à vous meure en état
e fit entendre mais ;i léger, si timide, qu&lt;',
:ération plu forte •1ue ~c r .cn- de partir demain matin. Chas.eral e charuera
bien &lt;Juïl fùt arrivé à n oreille, elle ne e commi
liment.
d'a surer votre fuite.
retourna p. . llienlôt il
reprodoi il. Cette
Toute
déraillante
de
l'émotion
qui
la
méta- Allez-vou. donc lui faire l-avoir que je
foi. , elle reb-a la tête. Pui Je choc redonmorpho ait, elle n'i•xprima pa d'abord ce
ui ici? 'écria-t-il avec effroi. on, non, que
1,lant et devenant plus fort, elle alla, au
qu'elle éproHait, ou i tlle l'eiprima, cc fut tout le monde l'ignore. Cachez à tou ma
comprendre encore, du oté où il était venu.
d"un :icceut de ré.:ene timide ,,1 craintive, à pré ence. Permette:,; que je re le là. C'est
ln· 1inctivemcnt, die écarta h, ridt•au. lJ •rrit·re
laquelle Olivier dernit e tromper. Elle u'eul pour vous ,·oir pour vou parler que je ui.
la ritre couverte d'un mile d'l•umidité cri tald'autre élan ,·er · lui qu'un élan de -Ollicitude, \"enu. i ·e me prh·ez p:1.1 de cc bonheur. C'e t
lLé • one ombre mouvante se dessinait. Cette
tel qu'elle eût pu l'a,oir pour un inconnu qui peut-être la dernitlre fois 11ue j'en jouirai.
fois elle comprit. Éperdue, elle omrit la
l'aurait
sup1iliée de uula 0 er a détre- e. Elle Dan quel11ue · heure , avant que le jour se
Croi { ·. ·ur le rebord e lérieur, un homme
·al,
tint
de toute allu ion à r1hén ment qui lhe, je crai contraint de partir. Personne
,e t nait a,.i ..\rant m me qu'il eût ,auté
.
e
Jres
ait
entre eux. Ufüier demandait asile. que vou ne ru 'aura rn, personne que vou dans l:i d1amlire cl mal!.l'ré le eba~au dont
L·asile
lui
était as ur ;_ 1,. première parole ne ~aura que je . u.i, ,·cou. J
lP. Jar •e aile· carhail'nt
ligurt•, elle le
qu'il
entendit
fut pour le lui dire et pour lui
J.. ahelle le regardait, émue, apitoyée, pénérëConnut. C't:tait lui. Mai:. Jan quel étal,
apprendre que le m1'mc jour. ~eut 11ui le trée par cette \"Oil. dont, n. !!'llèr~, le- accenl
2ranJ Ohd le. )"CU cr a~ .parla ~oulTranœ,
cherchaient avaient fouillé 11· ch,He:m du haut pJ. ·ionné l'a,·aienl olfcn. ée, ne 'é1onnant
la p •au 1,1 uie par le froid, les fètements
en
ba · a,·ec l'r.,.poïr de l'y troU\w. Et comme, mêmll pa de l'é,·outer an colère tl d'être
.-ouilfl:, et d~cbirés.
à celle oou\'dle, il ~·alarmait, fai~1il mine de ain i Jésarmée, alor que, la reitle encore, •
1, r pelldilnl, à celle minu(('. en Je
·euîu.ir, 1 abdle lui rend11 coufiaoœ en loi elle ne on°eait qu'à e \'t:'D"er.
royant tel lfUÏl était, larn niable &gt;t mécond~darant que, pour quelque heure· au
« Eh bien, ·oit, 'écria+dle. Il sera fait '
naisi-aLle, pr ,er,t, ru •nacé, pour ui1·i, • ra ·é
moin , il était en ~ùreté.
ui\'anl
,·oLre dé.ir. Vous dormirez ici, apr'• ·
par uu inc.xorable d ' :tin, qu'J ahclle ,e
c J"ai eu peut-êLre tort de solliciter votre arnir pri · une nourriture qui rou est néceslai a pr•ndr • de cœur, &lt;'omrne. 1•lle ·'était
protection, fit-il alor .. Peut-ètr• eût-il ruieux .aire, à en jugc·r par volre air d'épui emcnl. »
lai~ é pr ·ndre dti corp~, nni ·an rési. tarw~.
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                <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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              <text>La revista Historia Magazine Illustré Bi-mensuel fue creada por un ex librero que se convirtió en editor Jules Tallandier, En diciembre de 1909, se publicó el Léame histórico con el título Historia. La revista dejó de publicarse entre 1937 y 1945. La revista publica artículos y dossieres en los que participan destacados historiadores. Los archivos se detallan en una publicación bimensual temática.</text>
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